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You may copy it, give it away or -re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included -with this eBook or online at www.gutenberg.org/license - - -Title: Mémoires touchant la vie et les écrits de Marie de Rabutin-Chantal, vol. 3/6 - -Author: Charles Athanase Walckenaer - -Release Date: April 19, 2016 [EBook #51802] - -Language: French - -Character set encoding: UTF-8 - -*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK MEMOIRES TOUCHANT LA VIE *** - - - - -Produced by Clarity, Hélène de Mink, and the Online -Distributed Proofreading Team at http://www.pgdp.net (This -file was produced from images generously made available -by the Bibliothèque nationale de France (BnF/Gallica) at -http://gallica.bnf.fr) - - - - - - - -Note sur la transcription: Les erreurs clairement introduites par le -typographe ont été corrigées. L'orthographe d'origine a été conservée et -n'a pas été harmonisée. - -La notation {lt} est l'abrégé du livre tournois. - - - - - MÉMOIRES - - SUR MADAME - - DE SÉVIGNÉ - - TROISIÈME PARTIE - - - - -TYPOGRAPHIE FIRMIN-DIDOT.--MESNIL (EURE). - - - - - MÉMOIRES - - TOUCHANT - - LA VIE ET LES ÉCRITS - - DE MARIE DE RABUTIN-CHANTAL - - DAME DE BOURBILLY - - MARQUISE DE SÉVIGNÉ - - DURANT LE MINISTÈRE DU CARDINAL MAZARIN - ET LA JEUNESSE DE LOUIS XIV - - SUIVIS - - De Notes et d'Éclaircissements - - PAR - - M. LE BARON WALCKENAER - - QUATRIÈME ÉDITION - - REVUE ET CORRIGÉE - - PARIS - - LIBRAIRIE DE FIRMIN-DIDOT ET CIE - - IMPRIMEURS DE L'INSTITUT, RUE JACOB, 56 - - 1880 - - - - -MÉMOIRES - -TOUCHANT LA VIE ET LES ÉCRITS - -DE - -MARIE DE RABUTIN-CHANTAL, - -DAME DE BOURBILLY, - -MARQUISE DE SÉVIGNÉ. - - - - -CHAPITRE PREMIER. - -1664-1666. - - Occupation de Bussy dans son exil.--Inconvénients qu'eurent pour - lui les diverses éditions de l'_Histoire amoureuse des Gaules_ et - du cantique obscène et supposé qu'on y intercala.--Jouissances - maternelles de madame de Sévigné--Louis XIV; sa cour.--Ses maximes - de gouvernement.--Boileau, Racine, la Rochefoucauld font paraître - leurs premiers ouvrages.--Tous ces écrivains sont les censeurs de - leur époque.--La satire est personnelle.--Répulsion que madame de - Sévigné devait éprouver pour le caractère des nouveaux - littérateurs.--Si elle goûtait peu leur personne, il n'en était - pas de même de leurs écrits.--Elle assiste chez madame de - Guénégaud à une lecture faite par Racine et par - Boileau.--Pomponne, revenu de son exil, assiste aussi à cette - lecture.--Détails sur les personnages qui s'y trouvaient, sur - madame de Feuquières, madame de la Fayette, la Rochefoucauld, - Gondrin, Louis de Bassompierre, l'abbé de Montigny, d'Avaux, - Châtillon, Barillon, Caumartin.--Détails sur madame de - Guénégaud.--Portrait de cette dame par Arnauld d'Andilly.--Ses - liaisons avec d'Andilly et avec son fils de Pomponne.--Elle marie - sa fille au duc de Caderousse.--Mademoiselle de Sévigné liée avec - mademoiselle de Montmort, qui épouse M. de Bertillac.--M. de - Guénégaud sort de la Bastille.--Description du château de - Fresnes.--Plaisirs qu'on y goûtait.--Mascarade à l'hôtel de - Guénégaud.--Vers adressés à madame de Guénégaud.--Pomponne est - nommé ambassadeur en Suède.--Mort d'Anne d'Autriche et du prince - de Conti.--Le roi passe l'été à Fontainebleau, et madame de - Sévigné à Fresnes.--Correspondance entre Pomponne et la société du - château de Fresnes.--Lettres de madame de la Fayette et de madame - de Sévigné à Pomponne.--Détails sur l'évêque de Munster.--Détails - sur madame et M. de Coulanges.--Lettres de Pomponne à la société - réunie à Fresnes.--Réflexions. - - -Nous avons terminé la seconde partie de ces _Mémoires_ à l'exil du comte -de Bussy: ce courtisan disgracié s'occupait à embellir sa demeure, -cherchant vainement, dans ses goûts pour les arts et la poésie, une -distraction aux tourments de l'ambition déçue et aux angoisses de -l'amour trompé. La vanité qui le dominait ne lui permettait pas de -croire qu'il fallût renoncer à aucune de ses espérances, et il ne -pouvait calmer les agitations d'un cÅ“ur en proie aux regrets, à la -haine, à l'envie et à tous les sentiments les plus contraires au repos -de l'âme. Il avait rangé dans la superbe galerie de son château les -portraits des plus illustres personnages de l'histoire de France et, -avec ses portraits de famille, ceux des hommes les plus célèbres et des -femmes les plus belles et les plus spirituelles de son temps. Pour ces -derniers portraits il avait composé des emblèmes et des inscriptions -plus propres à faire briller la malice que la finesse de son esprit; et, -par ses vaniteuses rancunes, il entretenait imprudemment l'animosité de -ses ennemis[1]. - - [1] BUSSY, _Lettres_, t. III, p. 65; t. V, p. 41.--MILLIN, - _Voyage dans les départements du midi de la France_, t. I, p. - 208-219, chap. XIV, pl. XII de l'atlas.--CORRARD DE BREBAN, - _Souvenirs d'un voyage aux ruines d'Alise et au château de - Bussy-Rabutin_; Troyes, 1833, in-8º, p. 16-29. - -Leur haine l'avait cependant aidé à obtenir plus promptement sa liberté. -Le désir qu'ils avaient de se venger de lui leur fit outre-passer, dans -leurs calomnies, la mesure de la vraisemblance. Nous avons dit, et avec -juste raison, dans la seconde partie de ces _Mémoires_[2], que le fameux -libelle de Bussy, intitulé _Histoire amoureuse des Gaules_, ne contenait -pas les couplets infâmes qu'on y a insérés depuis; et nous avions pensé, -d'après les éditions de cet ouvrage que nous avions réunies, qu'on ne -les avait intercalés que longtemps après: en cela nous nous -trompions[3]. Les ennemis de Bussy, aussitôt qu'il eut été mis à la -Bastille, s'occupèrent de faire imprimer en Hollande l'ouvrage inculpé, -et ils en firent faire une édition avec le nom de l'auteur[4]. Celui qui -prépara la copie de cette édition, au titre un peu déguisé d'_Histoire -amoureuse des Gaules_, substitua celui d'_Histoire amoureuse de France_; -et, au lieu de laisser subsister les noms supposés, il mit en toutes -lettres les véritables noms des personnages, d'une manière beaucoup plus -complète et plus exacte que dans la _clef_ des deux éditions anonymes et -subreptices qui avaient paru. Restait le cantique chanté durant la -semaine sainte au château de Roissy, mais qui n'était pas dans les deux -premières éditions, parce que la copie livrée à l'imprimeur par la -marquise de la Baume ne le contenait pas. On avait fait d'assez -nombreuses copies des couplets et vaudevilles composés à l'époque de la -Fronde et du ministère du cardinal Mazarin, qui presque tous étaient -dirigés contre ce ministre, le roi, la reine mère, ses filles d'honneur: -plusieurs de nos bibliothèques conservent encore ces recueils, en -écriture du temps, annotés et contenant des détails souvent vrais, -souvent faux, sur les personnes chansonnées; ce qui faisait dire à -Ménage qu'il était impossible d'écrire sincèrement l'histoire de son -temps sans un recueil de vaudevilles[5]. L'éditeur de l'_Histoire -amoureuse de France_ imagina d'aller chercher dans un de ces recueils -tout ce qu'il y avait de plus immonde, de plus ordurier, de plus plat, -dans les nombreux couplets dits _Alleluia_, parce qu'ils étaient sur -l'air des noëls parodiés, composés contre le roi, MONSIEUR, Mazarin, la -reine mère et ses filles d'honneur. Ce fut un libraire du Palais, nommé -François Maugé, avec lequel Bussy avait été en relation, qui, de concert -avec les puissants ennemis de ce dernier et entraîné par la cupidité, -s'entendit avec un autre libraire de Bruxelles (Foppens)[6], pour faire -paraître cette édition interpolée et scandaleuse de l'_Histoire -amoureuse des Gaules_, la seule peut-être qui du vivant de l'auteur ait -été publiée avec son nom; du moins plusieurs de ceux qui réimprimèrent -ensuite l'_Histoire amoureuse de France_ d'après cette édition -eurent-ils la pudeur de supprimer le nom de Bussy sur le titre[7]. - - [2] _Mémoires sur madame de Sévigné_, 2e partie, p. 138-142, 150, - 350 et 351. - - [3] Conférez p. 351, ligne 16, et la note p. 510 de la 1re - édition. - - [4] _Histoire amoureuse de France, par_ BUSSY-RABUTIN, _avec ses - Maximes d'amour_, 1666, petit in-12 de 237 pages, sans les - Maximes, qui commencent le volume et ne sont pas paginées. - - [5] _Ménagiana_, t. III, p. 355. - - [6] BUSSY-RABUTIN, _Mémoires_; Amsterdam, 1721, in-12, t. II, p. - 373 et 377. - - [7] _Histoire amoureuse de France, par_ BUSSY-RABUTIN, _avec ses - Maximes d'amour_, MDCLXVI, petit in-12 (sans nom de lieu ni - d'imprimeur). Le récit de la débauche pendant la semaine sainte - est à la page 190; le _Cantique_, p. 195 et 197; l'Histoire de - madame de Sévigné, à la page 200. Autre édition, sans nom - d'auteur, intitulée _Histoire amoureuse des Gaules_, édition - nouvelle; à Liége, 1666 (avec la sphère), 260 pages. L'Histoire - de madame de Chanville (Sévigné) est à la page 216. Autre - édition, et sans nom d'auteur, intitulée _Histoire amoureuse de - France_; Amsterdam, chez Isaac Van-Dyck, 1 vol. in-12, MDCLXXVII. - _Le Cantique_ est aux pages 198 à 200; l'Histoire de madame de - Sévigné, à la page 202. Il y a de plus, dans cette édition, la - Lettre au duc de Saint-Aignan, en date du 12 novembre 1665, qui - est dans le _Discours de Bussy à ses enfants_, page 382. - -Deux syndics de la corporation des libraires de Paris, avertis par -Foppens qu'il allait faire paraître cette édition, en instruisirent -Bussy dans sa prison. Bussy se hâta d'écrire à Colbert à ce sujet, et il -employa en même temps un habile commissaire de police pour découvrir -ceux qui vendaient sous son nom l'_Histoire amoureuse de France_. - -Deux libraires surpris en flagrant délit furent saisis et mis à la -Bastille. Bussy apprit, par l'interrogatoire qu'on fit subir à Maugé, -que cet homme l'avait déjà dénoncé en 1663, comme lui ayant troqué deux -exemplaires du _Testament du cardinal Mazarin_. Ce fait fut trouvé faux -d'après les propres déclarations de Maugé, qui fut mis au cachot pour sa -calomnie. Il en sortit deux jours après, ce qui parut suspect à Bussy; -car il sut en même temps alors, d'après cette dénonciation, qu'on avait -été sur le point de l'arrêter, lui Bussy, quand la cour allait à -Vincennes en 1664, et qu'on en fut empêché par l'entretien qu'il avait -eu à Fontainebleau avec le roi. Bussy, dans cet entretien, se justifia -non pas de ce qui concernait la dénonciation faite contre lui, puisqu'il -l'ignorait alors, mais d'être l'auteur des couplets ou des -plaisanteries qu'on lui attribuait faussement. Le roi déclara au duc de -Saint-Aignan qu'il était désabusé et satisfait des explications qui lui -avaient été données par Bussy[8]. - - [8] Sur cette entrevue du roi, conférez BUSSY, _Mémoires_, - Amsterdam, 1721, t. II, p. 283, et _Discours du comte_ DE - BUSSY-RABUTIN _à ses enfants_; Paris, chez Anisson, directeur de - l'Imprimerie royale, 1694, p. 365-367. - -Quand parut l'édition de l'_Histoire amoureuse de France_ avec l'ignoble -cantique et le nom de Bussy, Louis XIV n'eut pas besoin d'une nouvelle -explication pour ajouter foi aux protestations de Bussy. Il ne douta pas -un instant qu'il ne pouvait avoir part à cette édition ni au cantique. -Par le manuscrit que lui avait remis Bussy, Louis XIV connaissait le -cantique chanté à Roissy, et il savait que ni Bussy ni aucun de ceux -qui, dans leur débauche, avaient pendant la semaine sainte fait parade -d'impiété n'avaient pu proférer les paroles qu'on leur prêtait. Les -disciples des Petit[9], des Théophile, des auteurs du _Parnasse -satirique_, d'où partaient de telles attaques, se cachaient dans de -honteux galetas, et ne hantaient pas les palais. L'homme de cour ne se -croyait pas moins un honnête homme en affichant l'incrédulité en -religion et le libertinage des mÅ“urs; mais il aurait cru renoncer à -jamais à ce titre s'il avait employé, en vers ou en prose, l'argot -crapuleux de la débauche et le langage de la canaille. Bussy, qui -passait pour un des plus beaux esprits de la cour et un des plus -délicats, quoiqu'un des plus mordants, pouvait, moins qu'un autre, être -soupçonné d'un si honteux travers. S'il inséra dans son roman -historique le malin cantique chanté à Roissy, il ne le laissa -certainement pas tel qu'il avait été improvisé, et il le supprima dans -la copie qui fut communiquée à madame de la Baume. Les plaintes qu'il -forma sur le tort que lui faisaient ses ennemis par l'édition de -Bruxelles furent entendues et accueillies. Sa femme ayant alors demandé -qu'il fût relâché pour se faire traiter d'une maladie dont il était -atteint, Louis XIV envoya aussitôt Vallot, son premier médecin, et -Félix, son premier chirurgien, pour visiter le prisonnier[10], et donna -ordre de l'élargir. Bussy sortit enfin de la Bastille, pour n'y plus -rentrer. Il avait écrit le 10 mars (1665) pour prier Colbert de faire -arrêter les libraires qui débitaient l'édition de Bruxelles. Le 22 -avril, la comtesse de Bussy avait adressé sa demande au roi, et le 17 -mai Bussy était libre. Ces dates en disent plus que tous les arguments -sur les couplets intercalés. Dans sa retraite, le duc de Saint-Aignan, -le duc de Noailles et un grand nombre de personnages comblés des faveurs -de Louis XIV continuèrent à correspondre avec Bussy, et s'honoraient -d'être de ses amis. Mais ils ne purent jamais le faire rentrer au -service, quoique la reine mère elle-même eût souvent intercédé pour lui -lorsqu'il était en prison[11]. - - [9] Conférez les _OEuvres diverses du sieur_ D***; Amsterdam, - 1714, t. II, p. 229. - - [10] BUSSY, _Mémoires_; Amsterdam, 1721, t. II, p. 301. _Discours - du comte_ DE BUSSY-RABUTIN _à ses enfants_, 1694, in-12, p. 404. - - [11] BUSSY, _Mémoires_, t. II, p. 337. - -Nous savons que, lors de l'accusation intentée à Bussy pour avoir -composé des écrits offensants contre le roi et la reine mère, le -vendredi 17 avril 1665 au matin, le chevalier du guet Testu se -transporta chez Bussy, et, d'après les ordres qu'il avait reçus, -s'empara de tous ses papiers, et même le fouilla. Au nombre des -manuscrits que Testu saisit était celui de l'_Histoire amoureuse des -Gaules_, le même que Bussy avait prêté au roi. Après que le lieutenant -de justice criminel eut pris connaissance de ce manuscrit et de tous les -papiers de Bussy, qu'il l'eut interrogé juridiquement et qu'on eut fait -un rapport au roi sur le résultat de cette enquête, le roi déclara que -Bussy n'avait rien écrit contre sa personne ni contre celle de la reine, -et permit à ceux qui s'intéressaient à lui de parler en sa faveur. Mais -cependant le roi dit en même temps qu'il retiendrait encore Bussy en -prison, pour le dérober à la fureur des ennemis qu'il s'était faits par -son libelle, parce que, sans cette précaution, ils le feraient -assassiner; ce que Bussy confirme lui-même, puisqu'il avoue que, sur les -avis qui lui furent donnés, il ne sortait plus qu'avec deux pistolets -dans sa voiture, et qu'il se faisait suivre de quatre hommes à cheval, -également armés[12]. On sut bientôt que c'était sur la dénonciation du -prince de Condé, et non par suite d'aucun ressentiment du roi, que Bussy -avait été arrêté[13]. Par les lettres du duc de Saint-Aignan, nous -apprenons que ce fut le même motif qui força Louis XIV à exiler Bussy -dans ses terres et qui l'empêchait de lui permettre de revenir à Paris -et d'employer ses talents pour la guerre. - - [12] BUSSY, _Discours à ses enfants_, p. 375.--BARRIÈRE, _la Cour - et la Ville_, p. 46.--_Ménagiana_, t. IV. p. 216.--MENAGII - _Poemata_, octava editio; Amstelodami, _Ep._ p. 147, _epigram._ - CXXXVIII. - - [13] _Lettres_, GUI-PATIN (18 août 1665), t. III, p. 153; lettre - 354.--_Ibid._, BUSSY, _Mémoires_; Amsterdam, 1721, t. II, p. 300. - -Malgré la protection de la reine mère, de MADAME, de MADEMOISELLE; -malgré les vives sollicitations du duc de Saint-Aignan, du duc de -Noailles, du comte de Gramont et de beaucoup d'autres[14], Bussy ne put -être rappelé de son exil que dans l'âge où il n'était plus propre à -faire le métier de courtisan et à recommencer celui de guerrier. Ces -mêmes lettres du duc de Saint-Aignan nous disent que dans le cantique -qui se trouvait dans le manuscrit remis au roi, d'après lequel Bussy -avait fait ses lectures confidentielles, deux femmes d'un haut rang -étaient diffamées, et que Turenne et Condé, qui prenaient à elles un vif -intérêt, fortement courroucés contre l'auteur, s'opposaient toujours à -ce qu'il reprît du service. Eux et leurs adhérents continuaient à -attribuer à Bussy les nouveaux couplets et les épigrammes qui -circulaient de temps à autre contre les généraux, le roi et sa cour. Le -mécontentement de Bussy ne pouvait que donner crédit à cette accusation. -L'édition de son libelle, réimprimé avec un titre plus clair, avec tous -les noms et avec l'intercalation des _Alleluia_, en accrut encore le -succès, et redonna à cette Å“uvre malheureuse le piquant de la -nouveauté. Dans tous les temps, le public oiseux a aimé le scandale. -Jamais la calomnie n'abandonne entièrement celui qui, par ses vices et -ses travers, a prêté le flanc à ses coups: les blessures qu'elle lui -fait sont incurables, et semblent être la juste punition de ses méfaits -ignorés. Bussy remarque lui-même que les premières copies de l'_Histoire -amoureuse des Gaules_, qui n'étaient pas falsifiées, furent mises de -côté quand celles qui l'étaient parurent, parce que, dit-il, chacun -court à la satire la plus forte, et trouve fade la véritable[15]. Chaque -fois qu'on réimprimait ce livre[16], comme on fit en 1671 et en 1677, -il renouvelait les ressentiments qu'il avait excités lors de sa première -apparition; et peut-être est-ce à cette cause que nous devons attribuer -ces retours d'aigreur que madame de Sévigné manifeste quelquefois envers -son cousin, après avoir déclaré qu'elle lui avait pardonné. Tandis que, -dans son exil, Bussy était au milieu des ouvriers et des décorateurs de -son château, madame de Sévigné, dans les fêtes et les cercles où elle -conduisait sa fille, s'enivrait des jouissances de l'orgueil maternel, -et augmentait le nombre de ses amis et de ses admirateurs. - - [14] BUSSY, _Lettres_, t. III et V, _passim_. - - [15] BUSSY, _De l'usage des adversités_, t. III, p. 269; des - _Mémoires_.--BAYLE, _Dictionnaire_, p. 2957. - - [16] _Histoire amoureuse de France_; Amsterdam, Van-Dyck, - 1671,--_Ibid._, 1677.--Une 3e édition, Bruxelles, chez Pierre - Dobeleer, 1708, petit in-12; une 4e édition, par M***, chez - Adrian Moetjens, 1710, in-12. Cette dernière est celle que j'ai - citée et que je croyais la première avec ce titre. La Lettre de - Bussy au duc de Saint-Aignan est à la fin, après le - Cantique.--J'ai tenu l'édition de 1666, avec le nom de Bussy; - mais je ne connais que par la mention qu'en fait Barbier (t. II, - p. 60, _Dictionnaire des Anonymes_) l'édition de Van-Dyck, 1677, - et l'édition de Bruxelles, 1708.--Je possède l'_Histoire - amoureuse des Gaules_, édition nouvelle; Liége, 1666, avec la - sphère, sans nom d'auteur; et les deux éditions de Liége, sans - date ni nom d'auteur ni d'imprimeur; une, avec une croix de - Saint-André (Elzevier): ces deux éditions ont précédé toutes les - autres. - -Cette cour, ce monde, où brillaient madame de Sévigné et sa fille, -acquéraient chaque jour plus d'éclat par l'influence du jeune roi qui -présidait aux destinées de la France. Ce n'est pas que nous soyons -encore à l'époque la plus remarquable de son règne, mais nous sommes -arrivés à celle qui est la plus utile à étudier pour l'historien et pour -l'homme d'État. C'est pendant les années 1665 et 1666 que Louis XIV a -consolidé les bases de son gouvernement, préparé les combinaisons de sa -politique, arrêté pour lui-même les règles de conduite qui ont fait sa -grandeur[17]. Tant qu'il les a suivies, ses succès furent constants; il -n'éprouva de revers que lorsque ses fortes facultés eurent ployé sous le -poids des années, et quand, fasciné par ses victoires et par le long -exercice du pouvoir, il eut perdu cette volonté ferme qui l'astreignait -aux maximes que lui-même s'était prescrites. Jusque-là il a pu dire avec -vérité: «L'État, c'est moi;» car il était la pensée vivifiante de la -monarchie, celui dont la main puissante comprimait toutes les ambitions -coupables, dont les regards encourageaient tous les talents, dont les -paroles dispensaient la fortune, les honneurs et la gloire. - - [17] LOUIS XIV, _Instructions pour le Dauphin_, dans ses - _OEuvres_, t. III, p. 189. - -C'est en effet au temps dont nous traitons qu'on vit apparaître, comme -par enchantement, plusieurs des grands écrivains qui devaient illustrer -ce siècle. C'est dans les années 1665 à 1666 que la Fontaine, le -conteur, fit paraître son premier volume[18], la Rochefoucauld ses -_Maximes_[19], Boileau son _Discours au roi_ et sept de ses satires[20], -Racine sa tragédie d'_Alexandre_[21]; que Molière mit le sceau à sa -réputation par _le Tartuffe_ et _le Misanthrope_[22]. - - [18] _Contes et nouvelles en vers de M._ DE LA FONTAINE; Paris, - 1665, in-12, chez Claude Barbin. - - [19] _Réflexions ou Sentences et Maximes morales_; Paris, 1665, - in-12, chez Claude Barbin. - - [20] _Satires du sieur D***_; Paris, 1666, in-12, chez Claude - Barbin. - - [21] _Alexandre le Grand_, tragédie; Paris, 1666, in-12, chez - Pierre Trabouillet. - - [22] MADEMOISELLE, _Mémoires_, t. XLIII, p. 127, de la collection - de Petitot.--Les frères PARFAICT, _Histoire du théâtre françois_. - -Il est une chose digne de remarque relativement aux brillants athlètes -qui s'élançaient simultanément dans l'arène littéraire: c'était leur -audace; c'était leur dessein avoué de censurer en tout la société de -cette époque; c'étaient leurs vives agressions contre les célébrités qui -y primaient, contre les ridicules les plus en crédit, contre les -ouvrages les plus prônés, les illusions les plus douces, les réputations -les mieux établies, les doctrines les plus respectées. Le livre des -_Maximes_ tendait à faire disparaître ces idées chevaleresques, cette -croyance à la sympathie des âmes et à l'amour platonique qui jusqu'alors -avait souvent paré d'un semblant de vertu les vices d'une société dont -ce livre était une amère satire. Molière et Boileau osaient, par de -piquantes personnalités, donner plus de sel et de saveur à leurs -redoutables sarcasmes. Racine, dédiant au roi sa tragédie d'_Alexandre_, -dans une préface qu'il supprima depuis, s'attaque à Corneille, et lance -des traits malins contre les admirateurs de ce grand homme. La comédie -des _Plaideurs_ parut la même année que la grande ordonnance sur la -procédure civile (1667); et les maîtres, les protecteurs de la jeunesse -du poëte irritable ayant osé blâmer ceux qui travaillaient pour le -théâtre, il reversa[23] sur eux les traits acérés du ridicule, dont -Pascal s'était servi pour les défendre. Lorsque ces pieux solitaires, -par leurs nombreux prosélytes, avaient mis en crédit la réforme qu'ils -projetaient dans la religion et dans les mÅ“urs, les licencieux récits -de l'auteur de _Joconde_ paraissent avec privilége, et sont lus sans -scrupule. - - [23] Conférez les _OEuvres de_ RACINE et les frères PARFAICT, - _Histoire du théâtre françois_, t. X, p. 226. - -Madame de Sévigné avait, plus qu'aucune femme de son temps, -l'instruction et le genre d'esprit nécessaires pour apprécier des génies -de la trempe des Molière, des Boileau, des Racine et des la Fontaine; -mais lorsque leurs premiers écrits parurent, elle était entièrement -adonnée à l'éducation de ses enfants, et, sincèrement pieuse, elle -faisait ses délices et son profit des traités de Nicole sur la morale. -Quoiqu'elle ne se fût point interdit les fêtes, les spectacles et les -plaisirs du monde, elle ne pouvait donner son approbation à des -productions où Chapelain, Ménage, Saint-Pavin, Montreuil[24] et tant -d'autres de ses amis étaient personnellement offensés. L'odieux libelle -de Bussy, où madame de Sévigné était outragée, avait fait explosion en -même temps que les vers du satirique; et ce fut encore alors que, dans -le Voyage de MM. Chapelle et de Bachaumont, qu'on venait de publier, la -raillerie avait été poussée, à l'égard de «ce pauvre d'Assoucy[25],» à -un degré de cynisme que Voltaire seul, à sa honte, a depuis -surpassé[26]. - - [24] Las «de grossir impunément les feuillets d'un recueil,» - Montreuil venait de publier ses _OEuvres_; Paris, 1666, in-12, - chez Billaine. Conférez p. 5, 107 et 472 de cette édition, pour - les lettres et les vers relatifs à madame de Sévigné. - - [25] Voyez la _Lettre de_ D'ASSOUCY _à Chapelle_, datée de Rome - le 25 juillet 1665.--Dans _les Aventures de M._ D'ASSOUCY; Paris, - 1677, in-12, chez Claude Audinet, t. II, p. 254 et 260-264; et le - chapitre X, p. 283, intitulé _Ample Réponse de_ D'ASSOUCY _au - Voyage de M. Chapelle_. - - [26] _Voyages de Messieurs_ BACHAUMONT et CHAPELLE, _dans le - Recueil de quelques pièces nouvelles et galantes_, 1663 ou 1667, - p. 64-75; _Voyage de Messieurs_ LE COIGNEU DE BACHAUMONT et CL. - EMMAN, LUILLIER CHAPELLE; 1732, la Haye, in-12, p. 81 à 82. C'est - la meilleure édition de toutes celles qu'on a publiées avant et - après. - -Nous en avons assez dit pour faire comprendre pourquoi madame de -Sévigné éprouvait de la répulsion pour les jeunes poëtes dont la -réputation commençait à s'établir. Mais elle avait un sentiment trop vif -des beautés littéraires pour ne pas goûter leurs vers: comme elle ne -voulait pas les admettre dans son intimité, elle aimait à se rendre dans -les assemblées où ils les lisaient. Ainsi nous la trouvons avec sa fille -chez son amie madame Duplessis de Guénégaud, écoutant Boileau réciter -plusieurs de ses satires et Racine trois actes et demi de sa tragédie -d'_Alexandre_, le 3 février 1665. Ce jour-là même arrive aussi chez -madame de Guénégaud, après un long exil, M. de Pomponne, cet ami intime -de madame de Sévigné, celui auquel elle avait assidûment écrit pour le -mettre au courant de toutes les vicissitudes de crainte et d'espérance -que lui avaient fait éprouver les interrogatoires du procès de Fouquet. -On conçoit la joie de cette assemblée à l'aspect inattendu d'un tel -hôte. Mais laissons de Pomponne s'expliquer lui-même. Il écrit le -lendemain à son père, Arnauld d'Andilly, auprès duquel il s'était rendu -et qu'il venait de quitter; il lui annonce son arrivée à Paris; il dit -qu'il a d'abord été voir madame Ladvocat, sa belle-mère; ensuite M. de -Bertillac, trésorier général de la reine, qui avait beaucoup contribué à -son retour; qu'il avait reçu la visite de Hacqueville; et ensuite il -continue ainsi[27]: - -«Monsieur de Ladvocat me descendit à l'hôtel de Nevers (l'hôtel -Guénégaud)[28], où le grand monde que j'appris qui était en haut ne -m'empêcha point de paraître en habit gris. J'y trouvai seulement madame -et mademoiselle de Sévigné, madame de Feuquières et madame de la -Fayette, M. de la Rochefoucauld, MM. de Sens, de Saintes, de Léon, MM. -d'Avaux, de Barillon, de Châtillon, de Caumartin et quelques autres; et -sur le tout Boileau, que vous connaissez, qui y était venu réciter de -ses satires, qui me parurent admirables; et Racine, qui y récita aussi -trois actes et demi d'une comédie de Porus, si célèbre contre Alexandre, -qui est assurément d'une fort grande beauté. De vous dire quelle fut ma -réception par tout ce monde, il me serait difficile; car elle fut -agréable et pleine d'amitié et de plaisir de mon retour. Il parut d'un -si bon augure de me revoir après trois ans de malheur, dans un moment si -agréable, que M. de la Rochefoucauld ne m'en augura pas moins que d'être -chancelier.» - - [27] _Lettres de_ M. DE POMPONNE, à la suite des _Mémoires de_ - COULANGES, 1820, in-8º, p. 383. - - [28] Voyez notre _Seconde partie des Mém. de madame_ DE SÉVIGNÉ, - p. 497; les _Mémoires de_ COULANGES, p. 383, note 2 de M. - MONMERQUÉ. - -Remarquons que, parmi toutes les notabilités qui se trouvaient dans -cette assemblée, de Pomponne nomme d'abord madame de Sévigné et sa -fille, et qu'il ne sépare pas madame de la Fayette du duc de la -Rochefoucauld. La longue intimité de ces deux personnes, que la mort -seule put dissoudre, avait commencé depuis longtemps, et le nom de l'une -rappelait aussitôt celui de l'autre. Tous deux, ainsi que madame de -Feuquières, sont nommés avant les évêques. La marquise de Feuquières, -mariée seulement depuis deux ans, était sÅ“ur d'Antoine, duc de Gramont, -et son mari était cousin d'Andilly et parent de M. de Pomponne[29]. M. -de Sens[30] était Henri de Gondrin, oncle du marquis de Montespan. -Gondrin fut nommé évêque en 1646, et mourut en 1674[31]. Il s'acquit une -malheureuse célébrité par ses rigueurs contre les jésuites et les -capucins. M. de Saintes était Louis de Bassompierre, fils naturel du -maréchal de Bassompierre et de la marquise d'Entragues; il eut son -évêché en 1648, et madame de Sévigné en parle comme d'un des plus -aimables hommes de son temps. Le comte d'Avaux, qui avait travaillé avec -Servien au traité de Munster, était déjà devenu un personnage important. -De Châtillon, Barillon et Caumartin étaient tous les trois de la société -intime de madame de Sévigné. C'est le chevalier de Châtillon qui lui -demanda plaisamment huit jours pour faire un impromptu. Il devint par la -suite capitaine des gardes de MONSIEUR[32]. Quant à Barillon et à -Caumartin, tous deux dans la robe, nous aurons occasion d'en parler plus -d'une fois. Le premier fut ambassadeur en Angleterre; le second, qui -n'était encore que maître des requêtes, parvint à être conseiller d'État -et intendant de Champagne. - - [29] _Mémoires de_ COULANGES, p. 383. - - [30] _Gallia christiana_, t. XII, p. 103 à 104. - - [31] _Gallia christiana_, t. II, p. 1085, 1086.--MOTTEVILLE, - _Mém._, t. XXXIX, p. 302.--SÉVIGNÉ, _Lettres_ en date du 1er - juillet 1679, t. V, p. 8, édit. de G. de S.-G.; ou t. IV, p. 361 - de l'édit. de Monmerqué. - - [32] En 1674. Voyez SÉVIGNÉ, _Lettres_ en date du 23 décembre - 1671 et du 5 janvier 1674, t. II, p. 322, et t. III, p. 295 de - l'édit. de G. de S.-G.; ou p. 199 de l'édit de M.--Conférez aussi - LOUIS XIV, _OEuvres_, t. V, p. 362. - -Les personnes les plus notables de cette assemblée avaient passé leur -jeunesse à l'hôtel de Rambouillet[33]. Madame de Rambouillet venait de -mourir; mais la réputation de ceux qu'elle avait admis à ses réunions -lui survivait. C'était encore à eux que les jeunes poëtes de la nouvelle -école aimaient à soumettre leurs productions avant de les produire au -grand jour. Madame Duplessis-Guénégaud, sÅ“ur du maréchal de Praslin et -de la maréchale d'Étampes[34], réunissait, avec les beaux esprits du -temps, ceux qui avaient fait partie de cette société célèbre, pendant -l'hiver, dans son hôtel à Paris; durant l'été, dans son beau château de -Fresnes. On jouissait chez elle de cette franchise, de cette sûreté de -commerce, de cet abandon auxquels étaient accoutumés les amis de madame -de Rambouillet et qu'on ne retrouvait pas à la cour toute splendide, -toute galante de Louis XIV, où les soucis de l'ambition et les exigences -de l'étiquette mettaient obstacle aux jouissances sociales. - - [33] ARNAULD D'ANDILLY, _Mém._, t. XXXIV. - - [34] MOTTEVILLE, _Mémoires_, t. XXXIX, p. 298 et 393.--Voyez - ci-dessus, 2e partie, p. 271, chap. XIX. - -Celles dont madame Duplessis-Guénégaud avait contracté l'habitude -étaient, à cette époque, troublées par la captivité de son mari, qui se -trouvait enveloppé dans la persécution dirigée contre les collaborateurs -de Fouquet. Ce fut un motif pour les amis de madame de Guénégaud de se -montrer plus assidus auprès d'elle; et il était juste que cette femme -d'un si rare mérite trouvât de nombreux amis dans sa disgrâce, puisque -elle-même, dans le temps de sa haute fortune, s'était montrée fidèle et -courageuse en amitié. A cet égard il est d'autant plus opportun de citer -ici un passage des Mémoires d'Arnauld d'Andilly que nous savons par -lui-même qu'il fut écrit à l'époque dont nous traitons. Il raconte -comment, sous Mazarin, il fut une première fois, pour l'affaire du -jansénisme, exilé à Pomponne[35]. - - [35] Il faudrait écrire Pompone et non Pomponne (voyez LE BOEF, - _Hist. du Diocèse de Paris_, t. VI, p. 66 et suiv.); mais l'usage - de la double _n_ a prévalu. - -«A peine étais-je arrivé à Pomponne que madame Duplessis vint m'y -prendre, et me mena dans sa maison de Fresnes, qui en est proche, sans -que monsieur son mari ni elle aient jamais voulu m'en laisser partir -tant que cet exil dura... Notre amitié d'elle et de moi commença lors -des guerres de Paris, où, nous trouvant ensemble à Port-Royal aux -sermons de M. Singlin, nous parlions aussi hautement pour le service du -roi qu'on pourrait le faire aujourd'hui... J'ai trouvé en madame du -Plessis tout ce que l'on peut souhaiter pour rendre une amitié parfaite. -Son esprit, son cÅ“ur, sa vertu semblent disputer à qui doit avoir -l'avantage. Son esprit est capable de tout, sans que son application aux -plus grandes choses l'empêche d'en avoir en même temps pour les -moindres. Son cÅ“ur lui aurait, dans un autre sexe, fait faire des -actions de courage tout héroïques; et sa vertu est si élevée au-dessus -de la bonne et de la mauvaise fortune que ce ne serait pas la connaître -que de la croire capable de se laisser éblouir par l'une et abattre par -l'autre; enfin, pour le dire en un mot, c'est l'une de ces grandes âmes -dont j'ai parlé dans un autre endroit de ces Mémoires[36].» - - [36] ARNAULD D'ANDILLY, _Mémoires_, t. XXXIV, p. 92. - -L'amitié qui existait entre Arnauld d'Andilly et madame de Guénégaud -était entretenue par la proximité de leurs habitations et rendue plus -chère et plus précieuse à tous deux par les revers et les retours de -fortune que tous deux éprouvèrent en même temps. La terre de Pomponne, -terre noble de toute antiquité et depuis longtemps érigée en -marquisat[37], située sur les bords de la Marne, près de Lagny, n'était -qu'à une lieue et demie du château de Fresnes. Arnauld d'Andilly, au -mois d'août 1664, par suite des persécutions suscitées contre les -religieuses de Port-Royal, avait été exilé à cette terre de Pomponne. -Mais on eut honte des rigueurs exercées envers un vieillard qui avait -rendu tant de services à l'État. Comme on l'avait privé de trois de ses -filles, qui furent expulsées de Port-Royal et transportées dans un autre -couvent, on permit à son fils, que son attachement à Fouquet avait fait -reléguer à Verdun en mars 1662[38], de revenir et d'aller rejoindre son -père à sa terre de Pomponne[39]. La lettre de cachet qui lui accordait -encore la faculté de rentrer dans Paris est datée du 2 février 1665[40]: -l'on peut, d'après cette date, juger de l'empressement qu'il mit à se -rendre chez madame de Guénégaud, puisqu'il se trouvait chez elle le -lendemain au soir, assez à temps pour entendre les lectures qu'y firent -Boileau et Racine. M. de Guénégaud recouvra peu de temps après sa -liberté, et la joie se répandit de nouveau à l'hôtel de Nevers et au -château de Fresnes: joie de temps en temps un peu troublée par les -exigences de la chambre de justice, auxquelles M. de Guénégaud espérait -se soustraire. La somme considérable à laquelle il fut taxé ne l'empêcha -pas de donner deux cent mille livres (400,000 livres, monnaie actuelle) -en dot à sa fille, lorsqu'il la maria au duc de Caderousse. Ce duc -(car, quoique de Pomponne ne lui donne que le titre de marquis, en sa -qualité d'Avignonais il était, depuis quelque temps, duc de la façon du -pape Alexandre VII[41]); ce duc, dis-je, avant d'épouser mademoiselle de -Guénégaud, avait recherché en mariage mademoiselle de Sévigné. Nous -ignorons les causes qui ont empêché la conclusion de cet hymen, mais -nous verrons par la suite que madame de Sévigné dut se féliciter d'avoir -échappé au malheur d'une telle union[42]. Celle qui devait être la -victime de cet homme immoral fut, par une bizarrerie du sort, mariée en -même temps que lui. La jeune de Montmort, alors amie de mademoiselle de -Sévigné, épousa le fils de ce M. de Bertillac qui s'était montré si -dévoué aux intérêts de M. de Pomponne[43]. - - [37] LE BEUF, _Hist. du Diocèse de Paris_, t. VI, p. 66 à 77. - - [38] MONMERQUÉ, _Biographie universelle_, art. POMPONNE, t. XXXV, - p. 321. - - [39] _Lettre de_ POMPONNE, du 22 mai 1666.--_Mémoires de_ - COULANGES, p. 406. Cette lettre prouve que la terre de Pomponne - alors appartenait au fils, probablement par cession du père; car - le fils porta d'abord le nom de Briote, qui était celui d'une - terre de sa mère. - - [40] MONMERQUÉ, _Mém. de_ COULANGES, p. 384, note 3; et la - _Lettre de_ POMPONNE, en date du 4 février 1665, p. 382; et du 12 - mars 1666, p. 397. - - [41] Une des trois parties de la seigneurie de Caderousse fut - érigée en duché par bulle du pape du 18 septembre 1663. Voyez le - _Dictionnaire de la France, par_ D'EXPILLY, in-folio, t. II, p. - 4, article CADEROUSSE. - - [42] SÉVIGNÉ, _Lettres_ en date du 1er août 1667, t. I, p. 117; - du 9 août 1671, t. II, p. 149; t. III, p. 73, et t. VI, p. 123 et - 153, éd. de Monmerqué. - - [43] Voyez ci-dessus, p. 14; et SÉVIGNÉ, _Lettres_ du 7 août 1675 - et du 24 janvier 1680, t. III, p. 367, édit. M.; t. VI, p. 321 de - l'édit. de G. de S.-G,; ou t. VI, p. 124 et 153 de l'édit de - Monmerqué.--_Mémoires de_ COULANGES, p. 383 et 395. Ce mariage - eut lieu le 17 décembre 1665. - -Madame de Guénégaud avait plusieurs motifs pour rappeler autour d'elle -les plaisirs trop longtemps bannis de son séjour par le malheur qui -avait frappé son mari. Enfin ce mari lui était rendu; et son gendre, âgé -de vingt ans, beau, aimable, dont rien n'indiquait les inclinations -vicieuses, devait, d'après les conventions de son contrat, être pendant -deux ans, avec sa femme, l'hôte et le commensal de son beau-père et de -sa belle-mère. Aussi, cette année, les divertissements furent fréquents -à Fresnes, et la société y fut très-animée. Ce château de Fresnes, -situé un peu au delà de Claye, près du confluent que forme la Beuvronne -en se jetant dans la Marne, avait été, d'après les ordres de M. de -Guénégaud, presque entièrement reconstruit par François Mansard. Les -environs de Paris, si riches en magnifiques demeures, n'en offraient -aucune qui surpassât Fresnes par la beauté des points de vue, la -facilité qu'il présentait aux promeneurs de jouir sans fatigue de tous -les agréments d'une belle nature, enfin par la commodité et la splendeur -des appartements. Fresnes, par la grandeur et la magnificence du parc et -des jardins, rappelait Vaux, cette splendide création de Fouquet. Par -l'amabilité, l'esprit cultivé de madame de Guénégaud, on pouvait à -Fresnes se croire encore à l'hôtel de Rambouillet, mais avec cette -gaieté, ce sans-gêne que permettent les résidences à la campagne et que -n'admettent point les salons de la ville. Madame de Sévigné, quand elle -n'allait point à Livry, cédait volontiers aux invitations de madame de -Guénégaud, et passait avec sa fille une partie de l'été à Fresnes. Les -hôtes habitués de ce charmant séjour avaient gardé la coutume de l'hôtel -de Rambouillet, de se désigner mutuellement par des noms empruntés aux -romans ou à la mythologie, ou par des sobriquets baroques. Madame de -Guénégaud était connue sous le nom d'Amalthée[44], sans doute à cause de -l'abondance qu'elle faisait régner autour d'elle; M. de Pomponne portait -le nom de Clidamant et M. Duplessis-Guénégaud celui d'Alcandre[45]; -Timanes est certainement M. de la Rochefoucauld; et quant aux autres -personnages, Aniandre, Méliande, Cléodon, il est difficile de déterminer -avec certitude ceux que ces noms servaient à désigner. Cet usage est -cause que plusieurs des allusions qu'on trouve dans les lettres qui nous -restent de M. de Pomponne sont aujourd'hui inexplicables. Il fait -mention, dans une de ces lettres, des espiègleries que mademoiselle de -Sévigné[46] s'était permises envers quelques-uns des _Quiquoix_: c'était -le nom jovial par lequel on désignait ceux qui fréquentaient -habituellement le château de Fresnes et l'hôtel de Nevers. Enfin, tous -les _Quiquoix_, lorsqu'ils étaient à Fresnes, femmes et hommes, se -considéraient comme les nymphes et les tritons de la Beuvronne[47]. - - [44] _Recueil de quelques pièces nouvelles et galantes_; Cologne, - Pierre Marteau, t. II, p. 79. - - [45] _Lettres de_ M. DUPLESSIS-GUÉNÉGAUD et _Lettres de_ - POMPONNE, dans les _Mémoires de_ COULANGES, p. 396-398, 402-404. - - [46] POMPONNE, _Lettre_ en date du 5 juin 1667.--_Mém. de_ - COULANGES, p. 405. - - [47] POMPONNE, _Lettre_ en date du 17 avril 1666, p. 402. - Pomponne écrit toujours Brévone, et peut-être est-ce le véritable - nom de cette petite rivière, nommée _Beuvronne_ sur nos cartes - modernes. - -Ces _Quiquoix_ étaient des hôtes fort gais, très-aimables et -très-spirituels, si nous en jugeons par les pièces de vers -qu'adressèrent quatre d'entre eux à madame de Guénégaud, chez laquelle, -pendant le carnaval, ils avaient, déguisés en muets du Grand Seigneur et -masqués, dansé un ballet, sans avoir été reconnus. Ils supposent qu'ils -en étaient morts de douleur et qu'ils lui écrivent des enfers: - - Du noir cabinet de Pluton, - Et d'un des fuseaux de Clothon, - Nous vous écrivons cette lettre, - Qu'un Songe vient de nous promettre - De vous porter dès cette nuit - Sans vous faire ni peur ni bruit. - . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - Sous mille formes différentes, - Nos ombres, vos humbles servantes, - D'un vol prompt quittant les enfers, - Vont droit à l'hôtel de Nevers; - Les beautés des champs Élysées - Pour ce beau lieu sont méprisées: - Mânes, fantômes et lutins, - Esprits plus follets que malins, - Un caprice nous y transporte - Par la fenêtre et par la porte. - Là , comme de notre vivant, - Tantôt, derrière un paravent, - Nous prenons grand plaisir d'entendre - Un entretien galant et tendre; - Tantôt, du coin du cabinet, - Nous observons ce qui se fait; - Tantôt, sous le tapis de table, - Nous jugeons d'un conte agréable; - Tantôt, sous les rideaux du lit, - Nous rions lorsque quelqu'un rit. - . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - Quoique nos ombres amoureuses - Aiment les heures ténébreuses, - Et qu'elles vous fassent leur cour - La nuit plus souvent que le jour, - Pour n'être pas toutes contentes, - Elles ne sont pas déplaisantes. - . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - Le mal, à ne rien celer, - Est que nous ne saurions parler. - . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - Quiconque en l'empire nocturne - Descend muet et taciturne - N'y devient pas fort éloquent, - Ou ce miracle est peu fréquent; - La mort prend tout, et la friponne - Ne rend la parole à personne: - Ainsi notre unique recours - Est de vous écrire toujours. - Lisez donc, charmante Amalthée, - Une lettre qui fut dictée - Du pays d'où nul ne revint, - L'an mil six cent soixante-cinq[48]. - - [48] _Recueil de quelques pièces nouvelles et galantes_; Cologne, - chez Pierre Marteau, 1667, in-18, 2e partie, p. 80-83. - -Peut-être ces vers étaient-ils de M. de Pomponne: il en avait fait -beaucoup dans sa jeunesse. Deux des madrigaux de la fameuse _Guirlande -de Julie d'Angennes_ sont signés DE BRIOTE, qui était son premier nom, -et on a imprimé de lui une ode qui prouve un vrai talent pour la -poésie[49]. - - [49] _Recueil de poésies diverses, par M._ DE LA FONTAINE, 1671, - in-12, t. II, p. 113 et 114.--_Guirlande de Julie_, à la suite - des _Mémoires de M. le duc_ DE MONTAUSIER, p. 193 et 199. - -Mais il était occupé, au temps dont nous traitons, d'affaires plus -sérieuses. La cessation des rigueurs du pouvoir fut pour de Pomponne le -commencement d'une haute faveur. Le maréchal de Gramont et de Lionne, -tous deux ses amis, parvinrent à le faire rentrer dans les emplois -publics. Louis XIV le nomma ambassadeur extraordinaire en Suède à la fin -de cette même année 1665[50]. Le jeune roi était attentif à s'entourer -de tous les hommes capables, et il ne se laissait dominer par aucune -prévention quand il s'agissait de l'intérêt de l'État. Non-seulement il -avait permis au cardinal de Retz de rentrer, mais il traitait avec égard -cet ancien chef de la Fronde, parce qu'il prévoyait en avoir besoin[51]. -Le même motif l'avait déterminé à faire d'un exilé un ambassadeur. -L'emploi de toutes ses heures était réglé d'une manière invariable[52]. -Il ne s'en fiait point à ses généraux et à ses ministres pour les -détails qui concernaient la guerre; il les faisait surveiller par des -hommes habiles et sûrs, et entretenait pour cet effet une vaste -correspondance. Il passait lui-même en revue l'armée avec une -scrupuleuse attention[53]. Par sa vigilance toujours active, son -autorité était partout présente; elle agissait sur tous comme une -divinité à la fois bienfaisante et redoutable. Il ne se contentait pas -d'augmenter ses forces de terre et de mer; par ses négociateurs, il -travaillait à faire concourir toutes les puissances aux desseins de sa -politique. Il opposait secrètement le Portugal à l'Espagne, et -ouvertement la Hollande à l'Angleterre. La marine, qu'il avait créée et -organisée, réprimait la piraterie; il imposait ainsi aux nations qui -jusque-là avaient eu la prétention de dominer sur les mers[54]. - - [50] L'abbé ARNAULD, _Mém._, t. XXXIV, p. 18.--MONMERQUÉ, - _Biographie universelle_, t. XXXIV, p. 318. - - [51] LOUIS XIV, _Lettres_, t. V, p. 395. - - [52] SAINT-SIMON, _Mémoires authentiques_, t. XII, p. 369. - - [53] LOUIS XIV, _Instructions au Dauphin_, t. II, p. 78-82, 141, - 180, 205, 230, 250 des _OEuvres_. - - [54] LOUIS XIV, _Instructions au Dauphin_, OEuvres, t. I, p. 141. - -La mort d'Anne d'Autriche, arrivée au commencement de l'année 1666, et -ensuite celle du prince de Conti attristèrent la cour, et firent -suspendre les fêtes. LOUIS XIV avait passé l'hiver à Saint-Germain en -Laye, et résida la plus grande partie de l'été à Fontainebleau, -fortement occupé de ses préparatifs de guerre, de ses négociations et de -l'administration de son royaume. Madame de Sévigné ne faisait donc aucun -sacrifice à madame de Guénégaud en consentant à aller passer à Fresnes -la belle saison. Elle n'y put jouir de la société de M. de Pomponne, -qui s'était rendu à Stockholm. Au sein des grandeurs et des affaires, -sous le climat glacé de la Baltique, l'ambassadeur regrettait vivement -le ciel de la patrie, son vieux père, les délices de son domaine, tous -ses amis, les femmes aimables qui composaient la société de Fresnes et -surtout madame de Sévigné et madame de la Fayette. Pour tromper un peu -son ennui, il entretenait avec M. et madame de Guénégaud une -correspondance sur ce ton badin qui, passé en habitude dans cette -société de vrais amis, était comme l'indice de l'intimité de leur -liaison. Une de ses lettres, qui est une réponse à celle qu'il avait -reçue de M. de Guénégaud, est datée de Stockholm le 17 avril 1666, et se -termine ainsi: «De toutes les langues, je ne parle qu'un latin de -négociations et d'affaires, qui n'est pas tout à fait aussi poli que -celui de la cour d'Auguste. Je ne vois, pour tous livres, que des -traités de guerre, de commerce et de pacification; et les intérêts du -Nord, de l'Angleterre et de la Hollande sont les plus galantes choses -dont je m'entretienne. Peut-être serai-je assez heureux pour reprendre -bientôt le langage d'Amalthée; et c'est en celui de l'amitié, que l'on y -parle mieux qu'en lieu du monde, ou plutôt que l'on ne parle que là , que -je vous assure que nul triton n'est si inviolablement acquis que moi à -toutes les nymphes et tous les tritons de la Brévone.» Puis il signe -CLIDAMANT[55]. - - [55] _Lettre de_ M. DE POMPONNE _à M. Duplessis-Guénégaud_, datée - de Stockholm le 17 avril 1666, dans les _Mémoires de_ COULANGES, - p. 398-402. - -Toute la société de Fresnes se réunit pour répondre à cet aimable -ambassadeur. Nous n'avons plus la portion de la lettre écrite par M. et -madame de Guénégaud et par M. de la Rochefoucauld; mais il nous reste -celle qui fut tracée par madame de la Fayette et madame de Sévigné; et -si nous négligions de la citer, on ne pourrait bien apprécier ni -l'amitié qui unissait toute la société de Fresnes ni les succès -qu'obtenait déjà dans le monde mademoiselle de Sévigné[56]. - - [56] _Mémoires de_ COULANGES, p. 402. - - DE MADAME DE LA FAYETTE A M. DE POMPONNE. - - «A Fresnes, ce 1er mai 1666. - - «Je suis si honteuse de ne vous avoir point écrit depuis que vous - êtes parti que je crois que je n'aurais jamais osé m'y hasarder - sans une occasion comme celle-ci. A l'abri des noms qui sont de - l'autre côté de cette lettre (le nom de M. de Guénégaud et celui - de M. de la Rochefoucauld), j'espère que vous vous apercevrez du - mien. Aussi bien il y en a un qui le suit assez souvent. Mais - apparemment, puisqu'il est question de mademoiselle de Sévigné, - vous jugez bien que l'on ne parlera plus de moi, au moins sur ce - propos; car ne plus parler de moi, ce n'est pas chose possible à - Fresnes et à l'hôtel de Nevers. J'y suis le souffre-douleur; on - s'y moque de moi incessamment. Si la douceur de madame de - Coulanges et de madame de Sévigné ne me consolait un peu, je crois - que je m'enfuirais dans le Nord.» - - DE MADAME DE SÉVIGNÉ AU MÊME. - - «Pour moi, je suis comme madame de la Fayette: si j'avais encore - été longtemps sans vous écrire, je crois que je vous aurais - souhaité mort, pour être défaite de vous; _chi offende non - perdona_, comme vous savez. Cependant c'eût été grand dommage, car - j'apprends que Votre Excellence fait autant de merveilles qu'elle - se fait aimer quand elle est à Fresnes. Je suis donc fort aise de - vous écrire, afin de ne vous plus souhaiter tant de mal. Nous - sommes tous ici dans une compagnie choisie; si vous y étiez, il - n'y aurait rien à désirer. J'ai causé ce matin deux heures avec - monsieur votre père: si vous saviez comme nous nous aimons, vous - en seriez jaloux. Adieu, monsieur l'ambassadeur; si l'évêque de - Munster voit cette lettre, je serai bien aise qu'il sache que je - vous aime de tout mon cÅ“ur.» - -Christophe-Bernard Van Galen, prince-évêque de Munster, soudoyé par -l'Angleterre, avait attaqué les Hollandais. Louis XIV envoya à leur -secours six mille hommes[57], qui firent les troupes de l'évêque -prisonnières dans Oudenbosch. Van Galen cherchait alors à négocier avec -la France; mais son caractère violent donnait lieu de craindre qu'il -n'arrêtât les courriers qui passaient pour se rendre en France; et c'est -à cette circonstance que madame de Sévigné fait allusion dans sa lettre. - - [57] LOUIS XIV, _Instructions au Dauphin_, dans ses _OEuvres_, t. - II, p. 39. - -Madame de Coulanges, qui se trouvait alors à Fresnes, avait épousé en -1659 le joyeux cousin de madame de Sévigné[58]. Le nom de madame de -Coulanges était Marie-Angélique Dugué de Bagnols; elle s'était fait -remarquer de bonne heure par son esprit vif, brillant, mais caustique; -et ce fut peut-être ce défaut qui l'empêcha d'acquérir l'influence et le -crédit que paraissaient lui promettre sa parenté et ses succès dans le -monde. Nièce du chancelier le Tellier, cousine germaine du ministre -Louvois, accueillie, recherchée avec empressement dans tous les cercles -d'élite, invitée dans toutes les fêtes de la cour et de tous les -voyages, elle ne put jamais obtenir une intendance pour son mari. -L'incapacité de celui-ci pour les affaires en fut la cause. Il avait été -nommé conseiller au parlement de Metz en 1657; et son inaptitude à -remplir ses fonctions est restée célèbre, parce qu'elle a introduit dans -la langue une phrase proverbiale souvent employée. Deux paysans, dont -l'un se nommait Grappin, se disputaient une mare d'eau: Coulanges, ayant -à faire le résumé de cette affaire, avant de lire les conclusions de -l'arrêt, s'embrouilla tellement dans les détails qu'il ne put s'en -tirer; il resta court et quitta subitement son tribunal en disant: -«Pardon, messieurs, je me noie dans la mare à Grappin. Je suis votre -serviteur.» Madame de Coulanges, à l'époque où elle se trouvait à -Fresnes, en 1666, avait environ vingt-sept ans. Elle fut plus coquette -que madame de Sévigné, et eut une vertu moins ferme et plus contestée. -Ceux qui s'empressaient alors autour d'elle étaient le galant abbé -Testu, Brancas le distrait, le séduisant la Fare, mais plus -particulièrement et plus assidûment le marquis de la Trousse, son parent -et parent aussi de madame de Sévigné. - - [58] Cf. 1re partie de ces _Mémoires_, p. 8; et les _Mémoires de_ - COULANGES, p. 53. - -La réponse que fit M. de Pomponne à la lettre collective démontre que -mademoiselle de Sévigné avait déjà passé l'âge de la timidité virginale -et qu'elle commençait à prendre part à tout ce qui se passait dans la -société. - -«J'ai bien envie, dit de Pomponne, de murmurer contre l'ambassade; j'ai -manqué le _salement_ de mademoiselle de Sévigné. De tout ce que j'ai vu -et entendu au pays de Brévone[59], rien ne m'a paru si digne de -curiosité. Mais n'êtes-vous pas cruels, tous tant que vous êtes, de ne -point m'expliquer de tels mots? Quelle honte qu'il ne se trouve personne -parmi vous qui ait cette charité pour un pauvre _Quiquoix_ dépaysé! Et -cette madame de la Fayette, à qui l'on me renvoie, n'aurait-elle pas -mieux fait de me le dire que de m'apprendre que l'on se moque d'elle -depuis le matin jusqu'au soir, comme si ce m'était une chose fort -nouvelle? Elle a été moquée et le sera; je l'ai été avant elle et le -serai; enfin, c'est un honneur que nous partagerons longtemps ensemble. -Pour madame de Sévigné, je comprends qu'elle avait assez d'affaires à -voir saler sa pauvre fille pour ne lui pas reprocher de m'en avoir caché -le mystère et pour n'avoir qu'à la remercier très-humblement des marques -de son amitié, qu'elle a bien voulu hasarder à la discrétion de M. de -Munster[60].» - - [59] A Fresnes. Voyez ci-dessus, p. 22, la note 2. - - [60] _Lettre de_ M. DE POMPONNE, en date du 5 juin 1666. Dans les - _Mémoires de_ COULANGES, p. 405, 406. - -Heureux temps, où le sérieux des plus grandes affaires n'excluait pas la -gaieté et les plus grotesques fantaisies; où l'urbanité, la décence et -la grâce dominaient jusque dans l'abandon des plus folâtres jeux et du -commerce le plus familier! - - - - -CHAPITRE II. - -1666-1667. - - Mademoiselle de Sévigné est chantée par les poëtes.--Ménage - compose des vers pour elle.--La Fontaine lui dédie une de ses plus - jolies fables.--Saint-Pavin lui écrit une lettre.--Il lui adresse - des stances au sujet de son goût pour le reversis.--La froideur de - mademoiselle de Sévigné empêchait les passions de naître.--Sa mère - cherche à la marier.--Correspondance de Bussy et de madame de - Sévigné à ce sujet.--Le duc de Caderousse et Desmoutiers, comte de - Mérinville, se présentent pour l'épouser.--Ils sont éloignés, et - pourquoi.--Madame de Sévigné va passer l'hiver aux - Rochers.--Lettre en vers que lui écrit Saint-Pavin pour l'engager - à revenir à Paris.--La cour réside, cet hiver, à Saint-Germain en - Laye.--On y danse le ballet des _Muses_.--Molière compose, pour ce - ballet, _Mélicerte_ et _l'Amour sicilien_.--Madame de Sévigné - profite de son séjour aux Rochers pour augmenter et embellir sa - terre.--Elle revient au printemps à Paris.--Le roi était parti - pour l'armée.--Commencement de la guerre avec - l'Espagne.--Prétextes allégués.--Administration intérieure bien - réglée.--Réformes de la justice.--Lettres et beaux-arts - encouragés.--Victoires de Louis XIV.--Changement dans sa conduite - à l'égard de ses maîtresses après la mort de la reine mère.--La - Vallière est faite duchesse.--Intrigues du roi avec la princesse - de Monaco.--Espiègleries de Lauzun.--Madame de Montespan prend la - première place dans le cÅ“ur du roi. - -Trois ans s'étaient écoulés depuis que mademoiselle de Sévigné avait -paru pour la première fois dans les ballets du roi. Depuis cette époque, -ses attraits plus développés avaient acquis plus d'éclat. Son esprit et -ses grâces, perfectionnés par l'éducation, en avaient fait une femme -accomplie. L'admiration que partout elle faisait naître entretenait -dans le cÅ“ur de madame de Sévigné un orgueilleux sentiment de tendresse -et d'amour qui absorbait toutes ses pensées. Dans son entière abnégation -de toute autre jouissance, elle semblait ne plus considérer toutes les -choses de ce monde que dans leurs rapports avec sa fille. Les louanges -qu'on avait coutume de lui adresser à elle-même lui paraissaient un -larcin fait à cet objet chéri; et dès lors, pour lui plaire, ce fut pour -sa fille, et non pour elle, que les poëtes ses amis composèrent des -vers. Ménage adressa à mademoiselle de Sévigné un madrigal en italien, -langue qu'elle comprenait déjà très-bien[61]. Le bon la Fontaine lui -dédia une de ses plus jolies fables, celle du Lion amoureux. - - Sévigné, de qui les attraits - Servent aux Grâces de modèle, - Et qui naquîtes toute belle, - A votre indifférence près, - Pourriez-vous être favorable - Aux jeux innocents d'une fable, - Et voir sans vous épouvanter - Un lion qu'Amour sut dompter. - Amour est un étrange maître: - Heureux qui ne peut le connaître - Que par récit, lui ni ses coups! - Quand on en parle devant vous, - Si la vérité vous offense, - La fable au moins peut se souffrir - Celle-ci prend bien l'assurance - De venir à vos pieds s'offrir - Par zèle et par reconnaissance[62]. - - [61] ÆGIDII MENAGII _Poemata_, octava edit.; Amstel., 1667, - in-12, p. 337, ou 5e édit., 1668, p. 279. - - [62] LA FONTAINE, _Fables_, liv. IV, fable I, édit. 1668, in-4º, - p. 145; t. II, p. 3 de l'édit. 1668, in-12.--Cette fable commence - le volume dans cette édition, et ce second volume (dans le seul - exemplaire de ce format que j'aie encore rencontré) porte la date - de 1668, tandis que le premier volume a celle de 1669: celle-ci - est la vraie date, l'édition in-4º ayant précédé l'autre. La date - des éditions où parut pour la première fois cette fable n'est pas - indifférente à notre objet. - -Saint-Pavin avait écrit une lettre en vers à mademoiselle de Sévigné -avant qu'elle eût commencé à prendre son essor dans le monde; et cette -petite pièce est empreinte d'une facilité qui nous engage à la -transcrire tout entière. - - A MADEMOISELLE DE SÉVIGNÉ. - - L'autre jour, chagrin de mon mal, - Me promenant sur mon cheval - Sur les bords des vertes prairies, - J'entretenais mes rêveries, - Quand j'aperçus votre moineau - Sur le haut d'un jeune arbrisseau. - Beaucoup moins gai que de coutume, - Il avait le bec dans la plume, - Comme un oiseau qui languissait - Loin de celle qu'il chérissait. - Je l'appelai comme on l'appelle: - Il vint à moi battant de l'aile; - Et, sur mon bras s'étant lancé, - Je le pris et le caressai; - Mais après, faisant le colère, - Je lui dis d'un ton bien sévère: - Apprenez-moi, petit fripon, - Ce qui vous fait quitter Manon. - «Ah! me dit-il en son langage, - Ma belle maîtresse, à son âge, - S'offense et ne peut trouver bon - Qu'on l'appelle encor de ce nom. - Je sais que vous l'avez connue; - Mais tout autre elle est devenue: - Son esprit, qui s'est élevé, - Plus que son corps est achevé; - Il est bien juste qu'on la traite - En fille déjà toute faite. - Elle entend tout à demi-mot, - Discerne l'habile du sot; - Et sa maman, seule attrapée, - La croit encor fille à poupée. - Tous les matins dans son miroir - Elle prend plaisir à se voir, - Et n'ignore pas la manière - De rendre une âme prisonnière; - Elle consulte ses attraits, - Sait déjà lancer mille traits - Dont on ne peut plus se défendre - Pour peu qu'on s'en laisse surprendre. - Depuis qu'elle est dans cette humeur, - Elle m'a banni de son cÅ“ur, - Et ne m'a pas cru davantage - Un oiseau digne de sa cage. - Désespéré, j'ai pris l'essor, - Résolu plutôt à la mort - Que voir une ingrate maîtresse - N'avoir pour moi soin ni tendresse. - Je sais que vous l'aimez aussi; - Gardez qu'elle vous traite ainsi; - Elle est finette, elle est accorte, - Et n'aime que de bonne sorte.» - Ce fut ainsi qu'il me parla, - Puis aussitôt il s'envola.[63] - - [63] SAINT-PAVIN, dans l'édition des _Lettres de_ SÉVIGNÉ, par M. - MONMERQUÉ, 1820, in-8º, t. I; _Choix de Poésies_, p. VII et VIII. - -Dans des stances que Saint-Pavin adressa à mademoiselle de Sévigné, qui -doivent être postérieures à cette épître, il la raille sur son goût pour -le reversis. - - La jeune Iris n'a de souci - Que pour le jeu de reversi, - De son cÅ“ur il s'est rendu maître: - A voir tout le plaisir qu'elle a - Quand elle tient un _quinola_, - Heureux celui qui pourrait l'être! - . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - Son cÅ“ur devrait-il t'échapper, - Amour? Fais, pour la détromper, - Qu'elle ait d'autres amants en foule; - La belle au change gagnera[64]. - - [64] _Ibid._, t. I, p. VIII. - -Ainsi que je l'ai dit dans une des précédentes parties de ces Mémoires, -l'air froid, indifférent, dédaigneux même de mademoiselle de Sévigné, -que sa mère, sa grande admiratrice, lui reproche doucement dans une de -ses lettres, détruisait en partie l'effet produit par sa beauté. Sa -conversation intéressait d'abord, parce qu'elle avait de l'esprit et du -savoir; mais, comme rien ne partait du cÅ“ur, que rien n'y était -suggéré, animé par ses impressions du moment, on s'en lassait bientôt. -Il paraît que plus tard, et dans l'âge où l'on fait de sérieuses -réflexions sur soi-même, elle reconnut elle-même ce qui lui avait -toujours manqué pour faire, comme sa mère, les délices des sociétés où -elle se trouvait; car elle écrit à celle-ci: «D'abord on me croit assez -aimable, et quand on me connaît davantage on ne m'aime plus.» Sentence -qui fait jeter les hauts cris à madame de Sévigné; mais la manière dont -elle la combat[65] prouve que madame de Grignan continuait à être ce -qu'avait été mademoiselle de Sévigné. Par une ferme résolution, nous -pouvons perfectionner notre nature, mais nous ne pouvons la changer; -elle reste toujours la même malgré le blâme de notre raison; et il est -plus facile de reconnaître en nous ce qui fait défaut que d'acquérir ce -qui nous manque. - - [65] Madame DE SÉVIGNÉ, _Lettre_ en date du 22 septembre 1680, t. - VI, p. 469, édit. de Monmerqué. - -Cependant il était arrivé pour madame de Sévigné ce moment à la fois -cruel et doux où une mère doit enfin consentir à confier à un mari les -destinées de sa fille chérie, où elle doit se résoudre à n'être plus le -seul et principal objet de ses affections, la confidente unique de ses -pensées. - -A l'époque dont nous parlons, madame de Sévigné était péniblement -préoccupée de ce grand devoir de mère. Peu de partis se présentaient, du -moins de ceux qui pouvaient être acceptés. Les preuves de cette -assertion se trouvent dans les lettres mêmes de madame de Sévigné et -dans celles de Bussy, qui, en bon parent, partageait à cet égard les -sollicitudes de sa cousine: il l'entretenait souvent de mademoiselle de -Sévigné, dont il admirait l'esprit et la beauté, et il la désignait -presque toujours par ces mots: «La plus jolie fille de France.» - -Lorsque mademoiselle de Brancas, liée avec mademoiselle de Sévigné, -venait d'épouser (le 2 février 1667) Charles de Lorraine, prince -d'Harcourt, Bussy écrivait à sa cousine: «Mademoiselle de Sévigné a -raison de me faire ses amitiés: après vous, je n'estime et n'aime rien -autant qu'elle. Je suis assuré qu'elle n'est pas si mal satisfaite de sa -mauvaise fortune que moi; et sa vertu lui fera attendre sans impatience -un établissement avantageux, que l'estime extraordinaire que j'ai pour -elle me persuade être trop lent à venir.--Voilà de grandes paroles, -madame; en un mot, je l'aime fort, et je trouve qu'elle devrait être -plutôt princesse que mademoiselle de Brancas[66].» - - [66] BUSSY, _Lettre à madame de Sévigné_, en date du 23 mai 1667, - dans les _Lettres de_ SÉVIGNÉ, édit. de M., t. I, p. 11; t. I, p. - 162, édit. de G. - -Un an plus tard, l'impatience de madame de Sévigné se trahit vivement -par ces paroles contenues dans plusieurs réponses faites à Bussy: «La -plus jolie fille de France vous fait ses compliments: ce nom paraît -assez agréable; je suis pourtant lasse d'en faire les honneurs[67].» - - [67] SÉVIGNÉ, _Lettre_ en date du 26 juillet 1668, t. I, p. 189, - dans l'édition de G. de S.-G.; t. I, p. 133, édit. de Monmerqué. - -Bussy répond: «La plus jolie fille de France sait bien ce que je lui -suis. Il me tarde autant qu'à vous qu'un autre vous aide à en faire les -honneurs; c'est sur son sujet que je reconnais la bizarrerie du destin -aussi bien que sur mes affaires[68].» - - [68] _Lettre de_ BUSSY à madame de Sévigné, en date du 29 juillet - 1668, dans les _Lettres de_ SÉVIGNÉ, t. I, p. 141, éd. de M.; t. - I, p. 198, éd. de G. - -Un mois après, madame de Sévigné écrit encore à Bussy: «La plus jolie -fille de France est plus digne que jamais de votre estime et de votre -amitié. Sa destinée est si difficile à comprendre que, pour moi, je m'y -perds[69].» - - [69] SÉVIGNÉ, _Lettre_ en date du 28 août 1668, t. I, p. 148, - édit. de Monmerqué; t. I, p. 207, édit. de G. de S.-G. - -Je pense que le mot de cette énigme était parfaitement connu de madame -de Sévigné et de Bussy, mais qu'ils ne voulaient pas se le dire -mutuellement, parce qu'ils osaient à peine se l'avouer à eux-mêmes. - -La froideur de mademoiselle de Sévigné pouvait bien, ainsi que je l'ai -dit, l'empêcher d'inspirer de grandes passions; mais alors, plus qu'à -toute autre époque, ce n'était pas l'amour qui faisait contracter les -mariages, c'étaient l'ambition et l'intérêt; c'étaient surtout les -espérances que l'on pouvait fonder sur la faveur du monarque. Or, -mademoiselle de Sévigné appartenait à une famille frondeuse et -janséniste, dans laquelle ne se trouvait aucun homme puissant qui fût -intéressé à sa grandeur. Le choc des factions avait abattu la haute -fortune de Retz; Bussy, que ses talents militaires auraient pu faire -parvenir aux plus hautes dignités de l'État, était, par sa faute, depuis -longtemps disgracié. Ainsi aucun des chefs de cette famille ne pouvait -contribuer à l'élévation de celui qui aurait contracté alliance avec -elle; et cependant madame de Sévigné pensait que la beauté et la riche -dot de sa fille lui donnaient le droit de n'accueillir pour elle que des -propositions où le rang et la naissance se trouvaient en parfaite -convenance avec ce qu'elle croyait avoir droit d'exiger; et comme elle -portait naturellement ses prétentions au niveau de l'admiration qu'elle -avait pour sa fille, peu de partis lui convenaient: ceux qui auraient pu -la flatter, par les raisons que je viens d'exposer, ne se présentaient -pas. - -Il s'en offrit pourtant plusieurs qui semblaient réunir toutes les -conditions propres à être agréés, et les lettres de madame de Sévigné -nous en font connaître deux: l'un, le duc de Caderousse, dont nous avons -parlé, qui épousa mademoiselle de Guénégaud[70]; l'autre, Charles de -Mérinville, fis de François Desmoutiers, comte de Mérinville, chevalier -des ordres du roi et alors lieutenant général de Provence. Le comte de -Mérinville se trouvait à Paris en 1667, absent de son gouvernement; et -il profita de cette occasion pour présenter son fils chez madame de -Sévigné et lui demander sa fille en mariage[71]. Cette proposition parut -satisfaire madame de Sévigné, et l'union fut sur le point de se -conclure. Le jeune homme était de l'âge de mademoiselle de Sévigné, mais -il lui plaisait peu; et madame de Sévigné fit naître tant d'incidents -par la crainte qu'elle avait d'arriver à une conclusion que les -négociations commencées se rompirent[72]. Ce ne fut que plus tard, ainsi -que nous le dirons, que M. le comte de Grignan, beaucoup plus âgé que -Mérinville et deux fois veuf, fut agréé par la mère et par la fille[73]. - - [70] SÉVIGNÉ, _Lettre_ en date des 1er août 1667 et 9 août 1671, - t. I, p. 117; et t. II, p. 149, édit. de Monmerqué.--_Mémoires - de_ COULANGES, p. 391. - - [71] PAPON, _Histoire générale de Provence_, in-4º, t. IV, p. - 819. Sur les exploits de Mérinville le père à la guerre, conférez - LORET, _Gazette_, année 1656, liv. VII, p. 36. - - [72] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (9 août 1671), t. II, p. 149, édit. de - Monmerqué.--PAPON, _Histoire générale de Provence_, t. IV, p. - 819. - - [73] SÉVIGNÉ, _Lettres_, t. I, p. 86 et 106; t. III, p. 418, - édit. de Monmerqué.--SAINT-SIMON, _Mémoires_, t. XII, p. 59. - -Mais avant et dès le temps où elle s'était résolue à établir sa fille, -madame de Sévigné avait songé à faire des économies. C'est pour y -parvenir que, dans l'automne de l'année 1666, elle se rendit à sa maison -des Rochers, et qu'elle se résolut à y prolonger son séjour pendant tout -l'hiver[74]. Ce fut là un grand sujet de contrariété et d'ennui pour ses -amis de Paris et pour toutes les sociétés qu'elle animait par sa gaieté -et par son esprit. Saint-Pavin se rendit leur organe, et lui adressa en -Bretagne une lettre en vers, pour lui exprimer le désir que l'on avait -de la voir revenir dans la capitale. - - Paris vous demande justice; - Vous l'avez quitté par caprice. - A quoi bon de tant façonner, - Marquise? il y faut retourner. - L'hiver approche, et la campagne, - Mais surtout celle de Bretagne, - N'est pas un aimable séjour - Pour une dame de la cour. - Qui vous retient? Est-ce paresse? - Est-ce chagrin? est-ce finesse? - Ou plutôt quelque métayer - Devenu trop lent à payer? - De vous revoir on meurt d'envie; - On languit ici, on s'ennuie; - Et les Plaisirs, déconcertés, - Vous y cherchent de tous côtés. - Votre absence les désespère; - Sans vous ils n'oseraient nous plaire. - Si vous étiez ici demain, - La cour quitterait Saint-Germain; - Et les Jeux, les Ris et les Grâces, - Qui marchent toujours sur vos traces, - Y rendraient l'Amour désormais - Plus galant qu'il ne fut jamais. - - [74] SÉVIGNÉ, _Lettres_ en date du 21 novembre 1666 et du 20 mai - 1667, t. I, p. 109 et 111, édit. de M.; t. I, p. 154 et 156, - édit. de G. - -Après nous avoir appris, par des contre-vérités sur mademoiselle de -Sévigné, qu'elle s'appliquait avec succès à l'étude de l'espagnol et de -l'italien, Saint-Pavin continue ainsi: - - Il faut quitter ce badinage. - Votre fille est le seul ouvrage - Que la nature ait achevé: - Dans les autres elle a rêvé. - Aussi la terre est trop petite - Pour y trouver qui la mérite; - Et la belle, qui le sait bien, - Méprise tout et ne veut rien. - C'est assez pour cet ordinaire, - Et trop peut-être pour vous plaire; - S'il est vrai, gardez le secret, - Et donnez ma lettre à Loret: - Je crois qu'en Bretagne on ignore - S'il est mort ou s'il vit encore[75]. - . . . . . . . . . . . . . . . . . . - . . . . . . . . . . . Songez à partir. - La réponse la plus touchante - Ne pourrait payer mon attente; - Tout le plaisir est à se voir. - Les sens se peuvent émouvoir: - Tel est vieux et n'ose paraître - Qui, vous voyant, ne croit plus l'être[76]. - - [75] Loret était mort depuis peu de temps. Dans sa dernière - gazette, qui est du 28 mars 1665, il expose ses infirmités, et - dit presque adieu à ses lecteurs. Voyez _la Muse historique_, - liv. XVI, p. 51 et 52. - - [76] _Recueil des plus belles Poésies des poëtes françois_; - Paris, chez Claude Barbin, 1692, in-12, p. 325-328.--_Poésies de_ - SAINT-PAVIN; chez Leprieur, 1759, in-12, p. 62-71.--SÉVIGNÉ, - _Lettres_, t. I; _Choix de Poésies_, p. III, édition de - Monmerqué. - -La cour, ainsi que le dit Saint-Pavin, avait résidé à Saint-Germain -durant l'hiver que madame de Sévigné passa en Bretagne; mais quoique les -divertissements n'y eussent pas été aussi brillants que ceux des années -précédentes, cependant ils ne furent que peu de temps suspendus par la -mort de la reine mère. Benserade composa pour l'hiver de 1666 le _Ballet -des Muses_, dans lequel le roi dansa avec MADAME, mademoiselle de la -Vallière, madame de Montespan et d'autres beautés. Ce fut à cette -occasion que Molière rima son insipide pastorale de _Mélicerte_, qu'il -se repentit d'avoir écrite et qu'il remplaça depuis par la jolie pièce -du _Sicilien ou l'Amour peintre_[77]. - - [77] _Ballet royal des Muses_, dansé par Sa Majesté en 1666, dans - les _OEuvres de_ BENSERADE, t. II, p. 357.--_Mélicerte_, comédie - pastorale héroïque, par J.-B. P. DE MOLIÈRE, représentée pour la - première fois à Saint-Germain en Laye, pour le Roy, au ballet des - Muses, en décembre 1666, par la troupe du Roy; dans les _OEuvres - posthumes_ de monsieur DE MOLIÈRE; chez Denis Thierry, 1682, - in-12, _imprimées pour la première fois_, t. VII des _OEuvres_, - p. 229. - -Madame de Sévigné profita de son séjour aux Rochers pour agrandir et -embellir sa demeure sans nuire à ses projets d'économie. «J'ai fait -planter, écrivait-elle à Bussy, une infinité de petits arbres et un -labyrinthe d'où l'on ne sortira pas sans le fil d'Ariane; j'ai encore -acheté plusieurs terres, à qui j'ai dit, selon la manière accoutumée: Je -vous fais parc. De sorte que j'ai étendu mes promenoirs sans qu'il m'en -ait coûté beaucoup[78].» - - [78] SÉVIGNÉ, _Lettre_ en date du 20 mai 1667, t. I, p. 113, - édit. de Monmerqué, et p. 156 de l'édit. de G. de S.-G. - -Madame de Sévigné ne revint à Paris qu'au printemps suivant, vers la fin -du mois de mai[79]. Louis XIV était alors à Compiègne; mais il partit -bientôt pour aller rejoindre son armée, et commencer enfin cette grande -lutte contre l'Espagne à laquelle il se préparait depuis longtemps: -vaste scène qui s'ouvrait pour l'Europe entière, et qui, après de -sanglants combats, se termina par la conquête de la Flandre et celle de -la Franche-Comté[80]. Ainsi fut constitué ce beau royaume de France en -une masse compacte et formidable, restée intacte malgré les désastres de -la fin de ce glorieux règne, malgré la corruption et la mollesse des -deux règnes suivants, malgré les affreuses convulsions de l'anarchie et -la délirante ambition du génie des batailles. - - [79] Louis XIV partit de Paris le 16 mai, et alla coucher à - Champlâtreux. Conférez DALLICOURT, _Campagne royale_, p. 4. - - [80] BUSSY, _Lettres_, t. III, p. 29 et 30.--Sur les causes ou - les prétextes de cette guerre, conférez _Dialogues sur les droits - de La Reyne très-chrétienne_; Paris, de l'imprimerie d'Antoine - Vitré, 1667, in-12 (23 pages). Ce fut Louis XIV qui fit composer - et répandre ce petit écrit; il est avoué par lui dans - l'avertissement. La permission d'imprimer est du 10 mai 1667. - Grimoard, dans les _OEuvres de_ LOUIS XIV, t. III, p. 37, parle - d'un _Traité des droits de la Reyne_, dont il y eut trois - éditions. Est-ce le même écrit que le Dialogue?--Cf. MIGNET, - _Négociations relatives à la succession d'Espagne_, 1835, in-4º, - t. I, p. 177-297, 391-495. - -Tandis que Louis XIV, à Versailles, à Saint-Germain, aux Tuileries ou -dans les camps, ne semblait s'occuper que de plaisirs, de politique et -de guerre, toutes les réformes, toutes les institutions, tous les -établissements qui devaient accroître les richesses et la prospérité de -la France s'exécutaient comme il les avait déterminés dans son conseil. -Quand, pour donner plus d'activité au commerce, il créa, en 1665, la -compagnie des Indes occidentales, les commerçants qui devaient la -composer furent assemblés au Louvre, sous la présidence de Colbert; et -le roi parut en personne au milieu d'eux, pour les exhorter à se livrer -avec toute sécurité à leurs opérations commerciales et pour leur donner -l'assurance que ses vaisseaux les protégeraient jusqu'aux extrémités de -l'univers[81]. C'est dans cette année 1667, si mémorable par tant de -succès guerriers[82], de traités et de négociations importantes[83], que -furent promulguées ces belles ordonnances pour l'administration de la -justice, admirées des jurisconsultes, et qu'on avait surnommées le Code -Louis[84]; que fut instituée l'Académie des sciences; que fut établie à -Rome une Académie des beaux-arts; qu'on jeta les fondements de ce -séjour de tant de savantes et impérissables découvertes, l'Observatoire -de Paris; que furent commencés les travaux du canal qui devait joindre -l'Océan à la Méditerranée; qu'enfin des prix furent distribués aux -peintres, aux artistes; des récompenses données aux savants étrangers, -afin de rattacher au drapeau de la France les talents les plus éminents, -les plus hautes capacités[85]. - - [81] LORET, _Muse historique_, lettre 13, du 28 mars 1665, livre - XVI, p. 50. - - [82] RAMSAY, _Hist. du vicomte de Turenne_, édit. in-12, t. II, - p. 141-144. - - [83] MONGLAT, _Mémoires_, t. LI, p. 139-142. - - [84] Le président HÉNAULT, _Abrégé chronologique_, année 1667, t. - III, p. 864, édit. W.--BUSSY, _Hist. de Louis XIV_, 159-166. - - [85] LOUIS XIV, _OEuvres_, t. II, p. 267-272.--BUSSY, _Lettres_, - t. V, p. 35.--LÉPICIÉ, _Vies des peintres du Roi_, p. - 46.--ECKARD, _États au vrai de toutes les sommes employées par - Louis XIV_, chap. XVI, p. 59.--_Recueil de la Société des - bibliophiles_, 1826, 1 vol. in-8º. Gratifications faites par - Louis XIV aux savants et aux hommes de lettres depuis 1664 - jusqu'en 1679 (102 pages). - -Le roi, en s'exposant plus qu'il n'était nécessaire, donna des preuves -de bravoure personnelle[86]; mais cependant ses ennemis étaient si mal -préparés à se défendre, ses succès furent si rapides que, si on excepte -le siége de Lille, cette campagne ressembla plus à une marche triomphale -qu'à une lutte guerrière[87]. - - [86] MONGLAT, _Mémoires_, t. LI, p. 141 et 142. - - [87] LOUIS XIV, _Mémoires historiques et Instructions au - Dauphin_, dans les _OEuvres_, t. II, p. 328.--P. DALICOURT, _la - Campagne royale ès années 1667 et 1668_; Paris, chez la veuve - Gervais, 1668, in-12, p. 77-131. - -Louis XIV conduisait avec lui la jeune reine; il la montrait aux peuples -soumis comme leur légitime souveraine; car c'était pour soutenir les -droits de sa femme à la souveraineté de ces contrées et à la succession -d'Espagne, à laquelle cependant on avait renoncé par le traité des -Pyrénées, qu'il entreprenait cette guerre[88]. Une riante et gracieuse -escorte de jeunes et belles femmes accompagnait Louis dans ses -conquêtes. Partout, après les combats, des fêtes étaient préparées, -spontanément offertes, ou commandées sous la tente et sur les champs de -bataille: au milieu des dangers de la mort, incessamment bravés pour la -patrie, la volupté semblait acquérir quelque chose de grand et de -martial, qui désarmait la censure des esprits sévères. - - [88] MONGLAT, _Mém._, p. 51-146.--LOUIS XIV, _Mém. historiques_, - t. II, p. 304, 306, 307. - -Le jeune roi donnait, sous ce rapport, à ses peuples, un exemple fatal, -dont sa cour était fortement préoccupée. La mort de la reine mère avait -achevé d'ôter à Louis XIV le peu de contrainte qu'il s'était imposée par -égard pour elle. La femme si douce et si tendre qui ne voyait dans le -roi qu'un amant, qui aurait voulu ensevelir dans l'ombre le secret d'une -liaison coupable, celle dont le cÅ“ur, avant d'être touché par l'amour -de Dieu, ne palpita jamais que pour un seul homme, fut condamnée à -porter le titre de duchesse, à laisser légitimer par lettres patentes sa -honte et ses dignités, à subir l'ennui d'un nombreux cortége, à dévoiler -le mystère de ses accouchements, à voir ses deux enfants ravis dès leur -naissance à sa tendresse maternelle, et, sous les noms de comte de -Vermandois et de mademoiselle de Blois, reconnus, par actes publics, -comme les honorés rejetons d'un royal adultère[89]. - - [89] DREUX DU RADIER, _Mémoires historiques et critiques des - reines et régentes de France_, t. VI, p. 416 et 417. Les lettres - patentes qui créent la terre de Vaujour et la baronnie de - Saint-Christophe en duché-pairie sont du mois de mai 1671, datées - de Saint-Germain en Laye. - -Ce ne furent pas là encore ses plus grandes afflictions. Lorsque Louis -XIV augmentait, par des faveurs qu'elle eût voulu repousser, les remords -de la Vallière, il froissait son cÅ“ur par de fréquentes infidélités, -indices certains de l'affaiblissement de son amour. Une de ces liaisons -passagères, qui eut lieu avec la princesse de Monaco, fille du duc de -Gramont, acquit plus de publicité que toutes les autres, parce qu'elle -occasionna la disgrâce du duc de Lauzun, amant favorisé de la princesse -avant le roi. Lauzun fut mis à la Bastille, non-seulement pour n'avoir -pas voulu un grade supérieur qui l'éloignait de la cour, mais pour avoir -forcé sa perfide maîtresse à recevoir un soir les tendres protestations -du roi à travers le trou d'une serrure dont Lauzun avait su dérober la -clef. Louis XIV pardonna à Lauzun cette audacieuse espièglerie, parce -que le goût qu'il avait pour celle qui en avait été l'objet se passa -promptement[90]. - - [90] BUSSY, _Supplément aux Mémoires_, t. I, p. 59.--IDEM, - _Lettres_, t. V, p. 37 (_Lettre de_ BENSERADE à Bussy, en date du - 15 septembre 1667).--IDEM, t. III, p. 148 et 149 (_Lettre de_ - BUSSY, en date du 10 août 1669, à madame D...) (de Montmorency), - (L***, à la fin de la page 148, est Lauzun).--LA FARE, - _Mémoires_, t. LXV, p. 105.--LA BEAUMELLE, dans les _Mémoires de - Maintenon_, t. I, p. 69. - -Mais une autre femme, réputée belle entre les belles, d'un caractère -haut et fier, mariée à un homme plein d'honneur, respectée par la -médisance, même à la cour, toucha vivement le cÅ“ur de Louis XIV. -C'était madame de Montespan, qui, par son esprit caustique, ses -saillies, ses bons mots, son talent de narrer avec gaieté, s'était fait -aimer de la reine et de madame de la Vallière. Celle-ci devina avant -tout le monde (l'instinct de l'amour est le plus vif de tous) qu'elle -était trahie, et que madame de Montespan allait être pour elle la cause -du plus grand des malheurs, celui d'être obligée de se séparer d'un -amant pour lequel l'ardeur de sa passion n'avait cessé de s'accroître. -Ce secret fut divulgué à la cour durant cette campagne, et il ouvrait -une nouvelle carrière aux intrigues qui s'agitaient sans cesse autour -de ce monarque, dès son début couronné par la victoire, et déjà , si -jeune, flatté par la renommée[91]. La cour se tenait à Compiègne, afin -de se trouver plus rapprochée des opérations de la guerre; et -lorsqu'elles étaient suspendues, Louis XIV se hâtait de retourner à -Compiègne, où l'attiraient les enchantements de sa nouvelle passion. - - [91] LA FARE, _Mémoires_, t. LXV, p. 165.--MONTPENSIER, - _Mémoires_, t. XLIII, p. 107, 109, 112, 115, 119, 120.--CHOISY, - _Mémoires_, t. LXIII, p. 397-403. - - - - -CHAPITRE III. - -1667. - - Madame de Sévigné revient à Paris, et écrit à Bussy.--Celui-ci - dissimule avec elle.--Il demande au roi de rentrer au - service.--Bussy avait conservé des amis, et entretenait une - nombreuse correspondance.--Madame de Sévigné était la plus exacte - à lui écrire.--La marquise de Gouville continuait de correspondre - avec lui.--La marquise de Monglat s'efforce en vain de se remettre - bien avec lui.--Les principaux correspondants de Bussy étaient le - duc de Saint-Aignan, le duc de Noailles, le comte de Gramont, - Benserade, Corbinelli, dom Cosme, général des feuillants, le P. - Bouhours.--Jugement sur ce dernier.--Premier recueil des lettres - de madame de Sévigné, données par Bussy, avec celles qu'il avait - écrites.--Autres correspondants de Bussy en femmes: la marquise de - Gouville, madame de Montmorency, la comtesse du Bouchet, - mademoiselle d'Armentières, la maréchale d'Humières, la marquise - d'Hauterive, mademoiselle Dupré.--Détails sur cette demoiselle, - mise par Ménage au nombre des femmes illustres avec madame de - Sévigné.--Madame de Scudéry.--Caractère de cette dame.--Comparée à - madame de Sévigné.--Ce qu'elle écrit à Bussy sur les regrets - d'avoir perdu son mari.--Des amis des deux sexes qu'avait madame - de Scudéry.--De ses liaisons et de son cercle.--De son amitié pour - le P. Rapin.--Elle le fait entrer en correspondance avec Bussy, et - rend service à tous deux.--Pour se venger des vers de Boileau - contre son mari, elle veut animer Bussy contre Boileau.--Vers de - Boileau qui lui en ont fourni l'occasion.--Louis XIV demande - l'explication de ces vers.--Ce qu'on lui répond.--Licence des - mÅ“urs de cette époque, autorisée par le monarque, la presse et le - théâtre.--On joue l'_Amphitryon_ et _George Dandin_.--Bussy ne se - trouve pas offensé par le vers de Boileau, et refuse de s'associer - au ressentiment de madame de Scudéry contre ce poëte.--Bussy - demande au roi de servir, et n'obtient rien.--Il occupe - alternativement son château de Chaseu et celui de - Bussy.--Description que Bussy fait de la galerie de portraits qui - se trouvait dans ce dernier château. - -Lorsque madame de Sévigné revint à Paris, toute la haute société avait -quitté cette capitale, tous ses amis étaient absents; et si elle -recherchait parfois la solitude, ce n'était pas lorsqu'elle était en -ville. Elle se résolut donc à passer l'été à Livry. - -«Toute la cour est à l'armée, écrivait-elle[92] à Bussy; et toute -l'armée est à la cour. Paris est un désert; et, désert pour désert, -j'aime beaucoup mieux celui de la forêt de Livry, où je passerai l'été. - - En attendant que nos guerriers - Reviennent couverts de lauriers.» - - [92] SÉVIGNÉ, _Lettre_ en date du 20 mai 1667, t. I, p. 112 de - l'édit. de Monmerqué.--_Ibid._, t. I, p. 156, édit. de G. de - S.-G. - -Ainsi que je l'ai exposé dans la seconde partie de ces Mémoires, la -correspondance de madame de Sévigné avec Bussy, qui s'était renouée vers -cette époque, ne devait plus se rompre. Ce que nous en possédons nous -prouve que madame de Sévigné prenait une part très-vive aux succès de -Louis XIV et de son armée: à chaque nouvelle victoire, elle exprime des -regrets sincères que Bussy n'ait pas obtenu un commandement qui le mît à -portée d'obtenir sa part de tant de gloire. Bussy, toujours dominé par -son excessive vanité, dissimule avec sa cousine; il fait le dédaigneux -et le philosophe: cependant il lui envoie régulièrement les suppliques -qu'il adressait au roi à l'ouverture de chaque campagne, pour offrir ses -services; mais il ne lui disait pas qu'il écrivait sans cesse à ses -amis, pour qu'ils intercédassent aussi en sa faveur[93]. - - [93] SÉVIGNÉ, _Lettres_, t. I, p. 159-161 de l'édit. de G. de - S.-G.; t. I, p. 114 de l'édit. de Monmerqué.--_Suite des Mémoires - du comte_ DE BUSSY-RABUTIN, mss. no 221 de là bibliothèque de - l'Institut.--BUSSY, _Lettres_, t. I, p. 7 (en date du 23 mai - 1667).--_Ibid._, p. 12 (4 février et 6 avril 1668), p. 38 (27 - mars 1670), p. 56 (13 mars 1671), p. 62 (19 septembre 1671 ), p. - 66 (8 décembre 1671), p. 128 (9 juin 1674), p. 134 (20 août - 1674), p. 178 (20 novembre 1675). - -Bussy avait conservé, malgré les défauts de son caractère, un bon nombre -d'amis puissants et dévoués; il entretenait avec eux une correspondance -très-active[94]; il en avait une très-étendue avec des gens de lettres -et avec des femmes spirituelles, qui l'instruisaient de toutes les -nouvelles du jour et des intrigues de cour. Quelques-unes de ces femmes -s'étaient rendues célèbres dans les cercles de précieuses et de beaux -esprits, qui s'étaient multipliés dans Paris. Les unes étaient flattées -d'être en commerce de lettres avec un homme de qualité et de l'Académie; -les autres étaient des dames de la cour, dont quelques-unes avaient été -ses maîtresses et avaient conservé avec lui des rapports d'amitié. La -marquise de Monglat aurait bien voulu se remettre avec lui sur ce -pied[95]. Elle lui écrivit plusieurs fois pour se justifier, et tâcha de -ranimer en lui ce qu'elle voulait conserver de son ancienne affection. -Elle aussi avait beaucoup d'amis qui lui étaient sincèrement attachés: -son caractère aimable était fort goûté de madame de Sévigné, qui la -voyait souvent. Elle fit écrire à Bussy par plusieurs de ses -correspondantes[96], qui ne purent rien gagner sur cet homme -orgueilleux et vindicatif. Comme la santé de madame de Monglat s'était -affaiblie et qu'elle eut quelques velléités de religion, elle s'était -mise en rapport avec dom Cosme, prédicateur renommé et général des -feuillants, pour lequel Bussy avait beaucoup de considération et -d'estime. Elle l'employa comme intercesseur, mais ce fut encore en -vain[97]; et elle ne put empêcher que des tableaux emblématiques de son -inconstance et de sa légèreté ne fussent placés dans le grand salon du -château de Bussy[98], et que les devises mises sur ces peintures et au -bas de son portrait ne donnassent matière aux entretiens d'un monde -auquel la médisance plaît toujours. - - [94] BUSSY, _Lettres_; Paris, in-12, 4 vol., 4e édition; et - _Nouvelles Lettres_, t. V, VI et VII, 1727, in-12. - - [95] BUSSY, _Lettres_, t. V, p. 66 (24 mars 1667, à madame de - Montmorency); t. III, p. 49; _lettre de la marquise_ DE GOUVILLE, - en date du 12 août 1667. - - [96] BUSSY, _Lettres_, t. V, p. 66, lettre en date du 24 mars - 1669. - - [97] BUSSY, _Lettres_, t. III, p. 33 et 65 (en date du 16 juin et - du 25 décembre 1667); cette dernière est adressée à dom Cosme. - - [98] BUSSY, _Lettres_, t. V, p. 41, en date du 18 octobre 1667, à - mademoiselle d'Armentières.--MILLIN, _Voyage_, t. I, p. 208-219, - pl. XII de l'atlas. - -Parmi les principaux correspondants de Bussy, il faut d'abord nommer -celui qui lui était le plus dévoué, le duc de Saint-Aignan, si aimé du -roi et si bien instruit des secrets les plus intimes de son intérieur. -Madame de Sévigné a dit avec raison de lui «qu'il a rendu à Bussy des -services que nul autre courtisan n'aurait osé ni voulu lui rendre[99].» -Le duc de Saint-Aignan avait composé des mémoires où il justifiait -Bussy; et il eut le généreux courage de les montrer au roi[100]. - - [99] SÉVIGNÉ, _Lettres_, t. VIII, p. 249 (Lettre à Bussy, en date - du 17 juin 1687), et t. III, p. 371; t. V, p. 468; t. VII, p. 55 - de l'édit. de G. de S.-G. - - [100] BUSSY, _Lettres_, t. III, p. 264; Lettre de madame de - Scudéry, en date du 26 septembre 1670; Lettres de mesdames de - Scudéry, de Solvan-Sallier, etc.; Paris, 1806, Léopold Collin, p. - 33. - -Les autres correspondants de Bussy à la cour étaient le duc de Noailles, -qui fut capitaine des gardes[101], et le comte de Gramont, rendu célèbre -par les piquants mémoires que son beau-frère Hamilton a écrits sur les -folies de sa jeunesse[102]; le comte de Guiche, ceinturé comme son -esprit, disait madame de Sévigné, et qui se trouvait alors enveloppé -dans la disgrâce de Vardes[103]. Parmi les ecclésiastiques et les gens -de lettres, on doit nommer l'abbé de Choisy, plus célèbre par ses -scandaleuses aventures que par le grand nombre de livres qu'il a -composés; Benserade et Corbinelli (ce dernier alors était en Languedoc, -entraîné aussi dans l'exil de Vardes[104]); puis dom Cosme, dont nous -avons parlé; et enfin le P. Rapin[105] et le P. Bouhours. C'est à -Bouhours que nous devons l'édition tronquée des _Mémoires de Bussy_, et, -je crois, aussi l'édition si confusément ordonnée de sa correspondance. -Bouhours était à la fois homme du monde, homme d'Église et homme de -lettres; ayant les prétentions d'un puriste, et affectant l'autorité -d'un critique; recherchant la réputation de bel esprit, et s'arrogeant -l'importance d'un profond théologien; écrivant alternativement et avec -facilité sur des sujets saints ou profanes, sérieux ou légers; auteur -fécond, mais souvent futile; écrivain correct, mais non exempt -d'affectation, et qui, fort admiré de madame de Sévigné, jouissait -d'une réputation très-supérieure à ses talents[106]. - - [101] SÉVIGNÉ, _Lettres_, t. VII, p. 35; t. XI, p. 176, édit. de - G. de S.-G. - - [102] BUSSY, _Lettres_, t. IV, p. 73.--HAMILTON, _Mémoires - d'Hamilton_. (La traduction anglaise imprimée chez Bentley, 3 - vol. in-8º, avec portraits coloriés, est préférable, à cause des - notes.) - - [103] BUSSY, _Lettres_, t. III, p. 136, 137, 155, 207, 308, 522, - 523; t. V, p. 170 et 172. (Toutes les lettres de C** sont de - Corbinelli.) - - [104] SÉVIGNÉ, _Lettres_, t. II, p. 350 (en date du 5 janvier - 1672), édit. de G. de S.-G. - - [105] BUSSY, _Lettres_, t. III, p. 378 à 547; t. IV, p. 10 à 345. - - [106] BUSSY, _Lettres_, t. VI, p. 45 à 356. - -La correspondance de Bussy avec les femmes était bien plus nombreuse et -d'une plus grande valeur. Parmi elles, la première à nommer est madame -de Sévigné. Les lettres de Bussy à sa cousine, avec les réponses, -remplissent presque entièrement les deux volumes du recueil de la -correspondance qui fut publié par la marquise de Coligny, fille de -Bussy, en 1697[107]. Bayle fit l'éloge de ce recueil[108]. Bussy -composait beaucoup de vers, et il les envoyait à sa cousine pour les -soumettre à son jugement; ces vers ont été imprimés, avec les lettres où -ils se trouvaient insérés, dans le recueil dont nous parlons; et si les -éditeurs de madame de Sévigné ont eu raison de débarrasser sa -correspondance de cet inutile bagage, en réimprimant les lettres que -Bussy lui avait adressées, ils ont eu tort de supprimer de ces lettres -les passages qui concernaient les envois de ces pièces de vers, -puisqu'ils constataient que ce goût de Bussy pour la poésie était -partagé par sa cousine[109]. - - [107] MONMERQUÉ, _Notices biographiques sur les différentes - éditions de madame de Sévigné_. - - [108] BAYLE, _OEuvres_, in-folio, t. IV, p. 776 (lettre du 4 - décembre 1698).--_Lettres choisies_; Rotterdam, 1714, t. II, p. - 652. - - [109] BUSSY, _Lettres_, édit. 1720, t. I, p. 18, 29, 68, 93, - 341-364 (29 septembre 1668, 1er mai 1672, 4 septembre 1680). - Cette dernière lettre, qui renferme un grand nombre d'épigrammes - de Martial et de Catulle, assez bien traduites par Bussy, a été - entièrement omise par les éditeurs de madame de Sévigné, et forme - une lacune dans sa correspondance avec son cousin, qui devra être - réparée. - -Après madame de Sévigné, la marquise de Gouville mérite d'être -mentionnée comme celle qui correspondait le plus assidûment avec Bussy. -Ses lettres sont les plus spirituelles, les plus riches en détails -amusants, narrés avec esprit et finesse[110]. Elle avait pendant quelque -temps enchaîné Bussy; et l'intimité qui avait existé entre eux donnait à -leur commerce plus d'agrément, de franchise et de vérité. Il faut -joindre à la marquise de Gouville son intime amie la comtesse de -Fiesque, que Bussy appelait sa cousine. Folâtre et insouciante, elle -était initiée et elle initiait Bussy à tous les secrets de la petite -cour de MADEMOISELLE, dont elle faisait partie. - - [110] BUSSY, _Lettres_, t. III, p. 39, 49, 50, 55, 64, 233; t. V, - p. 11, 40, 300, 310, 342. - -Une dame qui par son mari portait le beau nom de Montmorency se montre -le plus instructif des correspondants de Bussy. Ses lettres sont des -espèces de bulletins de ce qui se passait à la cour, des promotions, des -mariages, des décès, des intrigues, des nouvelles politiques qu'on y -débitait, des anecdotes scandaleuses qu'on y racontait; le tout dit en -deux mots, sans réflexions, sans phrases, et exprimé avec une concision -remarquable. Des pièces de vers qui avaient circulé se trouvent aussi -insérées dans ces lettres. Le nom de famille de cette madame de -Montmorency était Isabelle d'Harville de Palaiseau, et elle appartenait -à cette noble famille de guerriers qui, dès le commencement du quinzième -siècle, s'étaient illustrés à la bataille d'Azincourt[111]. Ni Bussy ni -les mémoires contemporains ne nous apprennent rien sur cette dame de -Montmorency. Au bas de son portrait Bussy avait mis cette inscription: -«Digne non pas d'un homme de plus grande qualité, mais d'un homme plus -aimable[112].» Cette inscription prouve du moins que ce mari d'Isabelle -de Palaiseau était de la noble famille dont il portait le nom. Madame de -Montmorency était peu favorisée de la fortune, quoique amie de la -duchesse de Nemours, qui possédait de si grands biens et aurait pu se -montrer plus généreuse à son égard[113]. - - [111] Cf. LE BOEF, _Histoire du diocèse de Paris_, 8e partie, p. - 9-11. - - [112] CORRARD DE BRÉBAN, _Souvenirs d'une visite aux ruines - d'Alis et au château de Bussy_, p. 22.--MILLIN, _Voyage dans les - départements du midi de la France_, 1807, in-8º, t. I, p. - 212.--Dans Millin, l'inscription paraît être rapportée moins - exactement: il y a _Harville de Paloise_, au lieu d'_Harville de - Palaiseau_. - - [113] _Lettres de madame_ DE SCUDÉRY, p. 54, collection de - Léopold Collin, lettre en date du 17 mars 1670.--_Lettres de - mesdames_ DE MONTPENSIER, MONTMORENCY, etc., 1806, in-12. - -La comtesse du Bouchet écrivait aussi souvent à Bussy avec une liberté -d'expression qui devait lui plaire beaucoup: accoutumée à tout dire, sa -franchise donnait un grand prix à ses lettres[114]. - - [114] BUSSY, _Lettres_, t. V, p. 202, 203 (18 et 24 août 1671). - -Henriette de Conflans, demoiselle d'Armentières, belle quoiqu'elle ne se -mariât point, pieuse quoique amie de Bussy, était encore pour lui un -correspondant qui avait toute sa confiance: c'était celle qui plaidait -auprès de lui la cause de madame de Monglat avec le plus de chaleur, -parce que celle-ci paraissait vouloir alors se mettre sous la direction -de dom Cosme et renoncer à la vie mondaine[115]. - - [115] BUSSY, _Lettres_, t. III, p. 77, 80-90. 112; t. V, p. 7, - 41, 52, 70. - -Parmi les autres femmes auxquelles Bussy écrivait plus souvent, on -distingue la femme de son cousin, la maréchale d'Humières, dont le -portrait, dans sa galerie, était accompagné de cette inscription: «D'une -vertu qui, sans être austère ni rustique, eût contenté les plus -délicats.» Elle était dame du palais de la reine: liée avec madame de -Sévigné, belle et pieuse, elle termina[116] sa longue vie aux -Carmélites de la rue Saint-Jacques[117]. Après cette dame respectable -nous devons nommer la marquise d'Hauterive, fille du duc de Villeroy, à -laquelle on reprochait de s'être mésalliée, quoiqu'elle eût épousé un -bon et honorable gentilhomme, élégant dans ses goûts, amateur éclairé -des beaux-arts et grand protecteur du Poussin[118]. La correspondance de -Bussy avec la marquise d'Hauterive n'a point été imprimée; mais nous -savons, d'après une lettre du marquis d'Hauterive, que le portrait de -cette dame devait occuper une place parmi les autres portraits de femmes -avec lesquelles Bussy entretenait un commerce épistolaire[119]. - - [116] SÉVIGNÉ, _Lettres_, t. III, p. 251 et 259, édit. de - Monmerqué (lettres en date des 24 janvier et 20 mars - 1675).--CORRARD DE BRÉBAN, p. 23.--BUSSY, _Lettres_, t. IV, p. - 211, 337, 409; t. V, p. 155. - - [117] SÉVIGNÉ, _Lettres_, t. X, p. 102, édit. de Monmerqué; t. - XI, p. 182, édit. de G. de S.-G.; Lettre de madame DE COULANGES à - madame de Sévigné, le 20 juin 1695.--SAINT-SIMON, _Mémoires_, t. - XX, p. 477. - - [118] SÉVIGNÉ, _Lettres_, t. I, p. 284, édit. de G. de S.-G. et - la note; t. I, p. 213, édit. de Monmerqué (lettre en date du 15 - décembre 1670). - - [119] BUSSY, _Lettres_, t. V, p. 114 (Lettre du marquis - D'HAUTERIVE, en date du 8 novembre 1690). - -Mais, de tous les nombreux personnages qui correspondaient avec Bussy, -il n'y en avait pas dont il eût, après madame de Sévigné, plus de -plaisir à lire les lettres que celles de deux femmes sans rang, sans -beauté, sans fortune, sans naissance: c'étaient mademoiselle Dupré et -madame de Scudéry. Toutes les deux, il est vrai, étaient pleines de sens -et d'esprit, et possédaient le talent d'écrire avec enjouement, pureté -et élégance. La seconde était, sous ce rapport, très-supérieure à la -première; mais celle-ci avait plus de célébrité, parce qu'elle -appartenait à une famille d'érudits et de poëtes. Elle était la nièce et -l'élève de Roland Desmarets[120] et de Desmarets de Saint-Sorlin, -l'auteur de la comédie des _Visionnaires_. Marie Dupré était laide, mais -savante; car, si l'on en croit Bussy, elle parlait quatre langues -également bien[121]; elle avait, dit-on, approfondi la philosophie de -Descartes, dont elle était enthousiaste, ce qui semble peu s'accorder -avec son goût pour les bouts-rimés et les petits vers: on en trouve un -grand nombre de sa composition dans les recueils du temps et dans les -lettres de Bussy. Amie de Conrart, ce fondateur de l'Académie française, -mademoiselle Dupré fut célébrée, en vers comme en prose, par un grand -nombre d'hommes de lettres de son temps. Le savant Huet a rapporté dans -ses Mémoires le madrigal en vers latins qu'il fit pour elle. Ménage ne -lui adressa point de vers, mais il la nomme, dans son commentaire en -langue italienne sur le septième sonnet de Pétrarque, au nombre des -illustres contemporaines, avec mademoiselle de la Vigne, son amie, -madame de la Fayette, madame de Scudéry, madame de Rohan-Montbazon, -abbesse de Malnoue, et madame de Mortemart, abbesse de Fontevrault; puis -enfin madame de Sévigné, - - Donna bella, gentil, cortese e saggia, - Di castità , di fede e d'amor tempio[122]; - -car rarement Ménage, soit qu'il écrivît en vers ou en prose, en grec, -en latin, en italien ou en français, se permit de nommer madame de -Sévigné dans ses ouvrages, sans ajouter quelques vers à sa louange. -Mademoiselle Dupré allait souvent passer la belle saison aux eaux -minérales de Sainte-Reine, chez des amis dont le séjour était voisin du -château de Bussy; et Bussy profitait de cette occasion pour l'attirer -chez lui le plus souvent qu'il pouvait, ce qui prévenait entre eux cette -tiédeur et cet alanguissement de l'intimité qu'une trop longue -séparation ne manque jamais de produire[123]. - - [120] Sur Roland Desmarets, conférez le _Ménagiana_, t. IV, p. - 198; et WEISS et BEUCHOT, _Biographie universelle_, t. XI, p. - 202.--NICERON, _Mémoires_, t. XXXV. - - [121] BUSSY, _Lettres_ t. V, p. 93, 97, 102; et t. III, p. - 172-193, 201-244, 303-671, 506-520. - - [122] _Lezione_ D'EGIDIO MENAGIO _sopra'l sonnetto_ VII _di - misser Francesco Petrarca_, p. 62, à la suite du traité de - MÉNAGE, intitulé _Historia mulierum philosopharum_.--Conférez - HUETII Ep. A. _Commentarius de rebus ad eum pertinentibus_, p. - 204, 205.--BOUHOURS, _Recueil de vers choisis_; Paris, 1697, p. - 45, 48, 51, ou p. 58 à 60 de l'édit. 1701.--MORÉRI, - _Dictionnaire_, t. IV, article MARIE DUPRÉ.--WEISS, _Biographie - universelle_, t. XII, p. 313, article MARIE DUPRÉ.--TITON DU - TILLET, _le Parnasse françois_, in-folio, 1732, p. 507. - - [123] BUSSY, _Lettres_, t. III, p. 172 à 507.--Mademoiselle - DUPRÉ, _Lettres_, dans les _Lettres de mademoiselle_ DE - MONTPENSIER, DE MOTTEVILLE, etc.; Paris, 1806, Léopold Collin, p. - 148 à 204. - -Madame de Scudéry n'était point savante; elle ne faisait point de vers. -Par son mari et sa belle-sÅ“ur, le nom qu'elle portait avait acquis une -assez grande célébrité; elle n'en rechercha et n'en obtint aucune pour -elle-même. Plusieurs ignorent qu'elle a existé. Quand il est parlé -d'elle, on la confond avec la sÅ“ur de Scudéry[124]. Cependant, de -toutes les femmes que la correspondance de Bussy nous fait connaître, -madame de Scudéry est incontestablement, après madame de Sévigné, celle -qui mérite la préférence. Elle est loin d'avoir l'imagination vive et -brillante de la petite-fille de sainte Chantal; mais son style, moins -figuré, moins animé, est plus correct; sa raison est plus calme et son -jugement moins variable. Elle a sur madame de Sévigné le triste avantage -d'avoir connu l'adversité, d'être née dans une condition qui l'exemptait -des préjugés de naissance auxquels madame de Sévigné n'a pas échappé. -Elle apprécie mieux le monde; ses réflexions, elle les tient de son -expérience et de ses propres observations. L'expression de ses pensées -est toujours simple, forte, naturelle et digne, en parfait rapport avec -la noblesse de ses sentiments et l'élévation de son âme. L'académicien -Charpentier déclare qu'elle n'écrit pas moins bien que mademoiselle de -Scudéry, l'auteur de _Clélie_ et de _Cyrus_[125]. De toutes les amies de -Bussy, quoique la plus humble par le rang, madame de Scudéry fut celle -qui lui rendit le service le plus important[126], puisqu'elle le fit -rappeler de son exil. Elle était fort jeune et sans fortune lorsque -Scudéry, dans un âge déjà avancé, l'épousa[127]. Elle perdit son mari -l'année même dont nous nous occupons, le 14 mai 1667. Restée veuve à -l'âge de trente-six ans, elle ne contracta point de nouveaux liens, et -s'adonna à l'éducation de son fils unique, qui entra dans les ordres. -Les regrets qu'elle eut de perdre son mari sont vivement exprimés dans -deux lettres à Bussy, à Bussy peu capable d'apprécier les sentiments -d'une telle femme. - - [124] CARPENTARIANA, 1741, in-12, p. 383. - - [125] _Carpentariana_, 1741, p. 383. - - [126] BUSSY, _Lettres_, t. III, p. 92 à 549; t. V, p. 174 à 429. - - [127] Elle se nommait Marie-Françoise-Martin Vast; c'était une - demoiselle de Normandie. (Le Vast est un petit village à trois - lieues de Valogne, département de la Manche.) - -«Quand j'ai commencé ma lettre[128], j'avais oublié que j'étais en -colère contre vous. Comment, monsieur, me dire que je suis bien aise -d'être veuve, moi qui, trois ans durant, ai pensé mourir de douleur -d'avoir perdu un fort bon homme qui était de mes amis, comme s'il n'eût -pas été mon mari; qui m'a toujours louée, toujours estimée, toujours -bien traitée, et qui me déchargeait tout au moins de la moitié du mal -que j'ai, à cette heure, de souffrir ma mauvaise fortune toute seule? -Sachez, s'il vous plaît, monsieur, que, quand je parle des sentiments -ordinaires des femmes, je ne m'y comprends point. Si j'ose le dire, je -me trouve toujours fort au-dessus d'elles, et je vis d'une manière où la -liberté ne me sert de rien: la société d'un honnête homme m'était plus -douce. Faites-moi donc toutes les réparations que vous me devez.» - - [128] BUSSY, _Lettres_, t. III, p. 356.--Madame DE SCUDÉRY, - _Lettres_, 1806, in-12, p. 62 (lettre en date du 27 juin 1671), - collect. Léop. Collin. - -Ces réparations, Bussy crut les avoir faites; mais elles ne pouvaient la -satisfaire, et elle lui répondit[129]: - -«Vous me faites injustice de ne me passer que six mois de véritable -douleur de la mort de feu M. de Scudéry. J'en ai encore, je vous le -jure; et comme je ne fais rien de cette liberté que vous dites qui -console d'avoir perdu un mari, et que je n'en veux rien faire, vous -voyez que j'ai perdu une grande douceur en son amitié. Je ne sais plus -que faire de mon cÅ“ur, je n'ai point trouvé de véritable ami depuis sa -mort; cependant je vous avoue que c'est la seule rose sans épines qu'il -y ait au monde, que l'amitié. Je crois que vous ne connaissez pas cela, -vous autres; car j'ai ouï dire que ceux qui ont eu de l'attachement pour -le frère n'en ont jamais eu pour la sÅ“ur........ Il y a longtemps que -je me suis donné le même avis que vous me donnez, de vivre avec le -moins de chagrin qu'il me sera possible. J'ai réglé mon _rien_ d'une -manière qui fait que ma pauvreté ne paraît à personne, et je me passe -assez doucement de tout ce que je n'ai pas. Il n'y a que la disette -d'amis qui m'est insupportable; car j'avais toutes les qualités propres -à être une amie du premier ordre; cependant tout cela ne me sert de -rien, et je ne sais qui aimer.... Il faut s'accoutumer à ne vivre qu'en -société; car pour en amitié, cela est presque impossible.» - - [129] BUSSY, _Lettres_, t. III, p. 391 et 392.--Madame DE - SCUDÉRY, _Lettres_, p, 76 (lettre en date du 11 août 1671). - -Cette femme qui se plaignait si vivement de manquer d'amis en était -cependant sans cesse entourée, selon l'acception du monde. Sans être de -la cour, elle voyait un assez bon nombre de gens de cour, et des plus -hauts en dignités; sans aucune prétention à la littérature, les hommes -de lettres se plaisaient à la fréquenter. Par la solidité de son -caractère, l'égalité de son humeur, la finesse de son esprit, son tact -parfait des convenances, elle était parvenue à réunir dans son modeste -appartement une société choisie, préférable aux cercles les plus fameux -de beaux esprits, aux assemblées brillantes des palais les plus -somptueux. Mais elle savait distinguer ces liaisons du monde, ces -attachements d'habitude fondés sur le besoin de se soustraire à l'ennui -d'avec ceux où le cÅ“ur avait quelque part; et ses plus tendres -sentiments étaient réservés pour deux personnes de son sexe: l'une était -mademoiselle de Portes, personne pieuse, retirée aux Carmélites de la -rue Saint-Jacques, dans cette même maison où se réfugia de même, -longtemps après elle, dans le même but de piété, la maréchale -d'Humières[130]; l'autre était cette demoiselle de Vandy que nous -trouvons en relation assez étroite avec MADEMOISELLE, qui parle d'elle -très-longuement dans un endroit de ses Mémoires[131]. - - [130] SÉVIGNÉ, _Lettres_, t. X, p. 102, édit. de Monmerqué; t. - XI, p. 182, édit. de G. de S.-G. (lettre en date du 20 juin - 1695).--SAINT-SIMON, _Mémoires_, t. XX, p. 477. - - [131] MONTPENSIER, _Mémoires_, t. XLII, p. 37 et 44.--TALLEMANT - DES RÉAUX, _Historiettes_, article VANDY, t. V, p. 102, édit. - in-8º.--SCUDÉRY, _Lettres_, p. 107 (lettre en date du 27 février - 1673). - -Après ces deux amies, les femmes que madame de Scudéry voyait le plus -souvent étaient toutes de la cour: c'étaient madame du Vigean, la mère -de la maréchale de Richelieu; madame de Villette, qui lui attira par la -suite la protection et les bienfaits de madame de Maintenon; la marquise -de Rongère[132], et madame de Montmorency, cette amie de Bussy dont nous -avons parlé: celle-ci était une des femmes qu'elle goûtait le plus. - - [132] Madame DE SCUDÉRY, _Lettres_, p. 151, édit. in-12.--BUSSY, - _Lettres_, t. VI, p. 52. - -La société de madame de Scudéry, conforme à ce que comportait sa -situation dans le monde, était plus nombreuse en hommes qu'en femmes, et -se composait également de plusieurs des correspondants de Bussy. Les -ducs de Saint-Aignan et de Noailles étaient d'abord les deux personnages -qui la voyaient le plus souvent; ils étaient aussi, par leur crédit et -la faveur du monarque, les plus importants de son cercle; puis après -venaient le comte de Guiche, d'Elbène[133], Sobieski, depuis roi de -Pologne, et plusieurs autres. Parmi les hommes de lettres, on y -remarquait l'abbé de Choisy, qui était aussi homme de cour; le P. Rapin; -et plus tard Fontenelle, qui usa de son intervention pour être reçu à -l'Académie française[134]. Mais, de tous ceux qui se réunissaient chez -madame de Scudéry, le P. Rapin fut celui qu'elle préférait, et avec -lequel elle était le plus liée. Comme plusieurs de son ordre, sans -négliger le monde, le P. Rapin se livrait à la fois à la prédication, -aux belles-lettres, à la théologie; il composait alternativement des -livres de piété et de littérature; ce qui faisait dire, par ses envieux, -qu'il servait Dieu et le monde par semestre. A cette époque, il venait -de compléter et de mettre au jour son poëme sur les Jardins, qui -semblait comme un écho de la muse gracieuse de Virgile[135] et qui lui -valut une si belle renommée. C'est à madame de Scudéry que le P. Rapin -dut l'honneur qu'il ambitionnait d'entrer en relation avec Bussy; et -Bussy, le plaisir, auquel il fut très-sensible, d'avoir pour -correspondant un homme de lettres aussi célèbre, un religieux aussi -considéré. Leur correspondance fut très-active et longtemps prolongée. -Le P. Rapin y trouvait des occasions, qu'il ne laissait jamais échapper, -d'exhorter Bussy à se soumettre au joug salutaire de la religion; et -Bussy, un moyen de donner, par l'espoir de sa conversion, plus de -créance à ses projets de réforme, et de se procurer à la cour, afin de -faire terminer son exil, un solliciteur qui, pour n'être pas au nombre -des courtisans, n'en avait que plus de crédit auprès du roi[136]. - - [133] Madame DE SCUDÉRY, _Lettres_, p. 97. - - [134] _Ibid._, p. 175. - - [135] RAPIN, _Hortorum libri quatuor_, 1666, in-12. - - [136] BUSSY, _Lettres_, t. III, p. 378-380, 420-473, 530-547; t. - IV, p. 8, 45-70, 101-159, 214-260, 315-375, 408-488; t. VI, p. 6, - 55, 108, 188. - -La lettre de madame de Scudéry qui détermina cette liaison entre deux -hommes si différents par leur caractère, leurs mÅ“urs, leur profession -est remarquable; elle nous fait connaître cette femme intéressante et le -P. Rapin sous les rapports les plus propres à les faire estimer tous -deux. «Il a, dit-elle à Bussy en parlant de celui qu'elle recommande, -une physionomie qui découvre une partie de sa bonté et de sa douceur. Il -a une qualité dans l'esprit qui, à mon gré, est la marque de l'avoir -véritablement grand: c'est qu'il le hausse et qu'il le baisse tant qu'il -lui plaît... On peut dire de lui que ce n'est pas un docteur tout cru; -mais sa science est si bien digérée qu'il ne paraît dans sa conversation -ordinaire que du bon sens et de la raison.... Personne ne sait plus -précisément parler à chacun de ce qu'il sait le mieux et de ce qui lui -plaît davantage. Cela est admirable à un jésuite de savoir si bien une -chose qui, à mon gré, est la plus grande science du monde[137].» - - [137] Madame DE SCUDÉRY, _Lettres_, 1806, in-12, p. 63-65 (lettre - en date du 27 juin 1671).--BUSSY, _Lettres_, t. III, p. 357, 360, - 363, 365, 378, 380 (lettres des 27 juin, 17, 22, 24 juillet et 18 - août 1671). - -Madame de Scudéry ne put jamais pardonner à Boileau les vers qu'il avait -faits contre son mari, dont il avait légèrement changé le nom en celui -de _Scutari_. Comme ces vers parurent moins d'un an avant qu'elle le -perdît[138], peut-être avait-elle des raisons fondées de croire qu'ils -avaient hâté la fin de ce vieillard, qu'elle chérissait comme un père -et comme un ami. Aussi elle crut pouvoir profiter de la publication -d'une nouvelle satire que le poëte venait de composer pour animer contre -lui Bussy, qui s'y trouvait nommé. C'était la huitième satire, adressée -à Morel, docteur de Sorbonne[139], dans laquelle Boileau introduit un -marquis qui s'effraye du mariage, à cause des accidents dont il est trop -ordinairement accompagné, et qui dit: - - Moi j'irais épouser une femme coquette! - J'irais, par ma constance, aux affronts endurci, - Me mettre au rang des saints qu'a célébrés Bussy! - Assez de sots sans moi feront parler la ville[140]. - - [138] _Satires du sieur_ D***; Paris, chez Claude Barbin, 1666, - in-12, p. 16.--_Ibid._, 2e édition, chez Frédéric Léonard; Paris, - 1667, p. 25. - - Bienheureux Scutari, dont la fertile plume - Peut tous les mois sans peine enfanter un volume, - Tes écrits, il est vrai, sans force et languissants, - Semblent être formés en dépit du bon sens: - Mais ils trouvent pourtant, quoi qu'on en puisse dire, - Un marchand pour les vendre, et des sots pour les lire. - - Je ponctue ces vers comme ils le sont dans les deux premières - éditions. Il y en avait deux autres avant, où le nom de Scudéry se - trouvait sans déguisement; mais elles étaient subreptices et non - avouées par l'auteur. Voyez BERRIAT SAINT-PRIX, _Boileau_, t. I, - p. CXXX, CXXXI. - - [139] On nommait ainsi par ellipse les docteurs qui appartenaient - à la maison de Sorbonne, pour les distinguer de ceux qui - appartenaient à la maison de Navarre. - - [140] _Satires du sieur_ D***, quatrième édition; Paris, chez - Louis Billaine, Denys Thierry, Frédéric Léonard et Claude Barbin, - 1668, in-12 (14 pages, sans l'extrait du privilége).--Malgré le - titre, qui porte _Satires_ au pluriel, ce livre ne contient que - la satire VIII, imprimée en plus petits caractères que ceux de la - première et de la seconde édition. Les vers cités sont à la page - 3, ligne 6-11. - -Le mot _sot_ avait alors en notre langue une double signification[141], -qui rendait ce dernier vers plus piquant et l'allusion au livre de -Bussy, contenue dans le vers qui le précède, beaucoup plus claire. Ce -livre était, par les indiscrétions de Bussy et de ceux auxquels il -l'avait montré, bien connu à la cour, quoiqu'il eût été vu de peu de -personnes: c'était un petit volume in-16, élégamment relié en maroquin -_jaune_, doublé de maroquin rouge enrichi de dorures, avec des clous et -des fermoirs en or, au dos duquel était écrit: PRIÈRES. L'intérieur de -ce volume contenait des portraits de femmes de la cour connues par -leurs galanteries, représentées avec les emblèmes de sainte Cécile, de -sainte Dorothée, de sainte Catherine, de sainte Agnès et autres saintes, -selon les noms de baptême qu'elles portaient; et aussi des portraits -d'hommes bien connus par leur rang, leurs dignités ou leur mérite, qui -avaient reçu, dans l'état de mariage, de ces sortes d'échecs dont la -Fontaine, d'après l'Arioste, dans son recueil de contes récemment -imprimé, avait plaisamment démontré les avantages pour ceux qui les -éprouvaient[142]. Ces personnages étaient représentés sous les formes de -saints et de martyrs, et travestis, l'un en saint Sébastien, l'autre en -saint Jean-Baptiste, l'autre en saint George; chacun d'eux selon les -noms qu'on leur avait donnés dès leur naissance. Au bas de ces -portraits, tous encadrés en or, on lisait des explications en forme -d'oraisons, qui ont depuis été grattées ou couvertes de tabis, ainsi que -les peintures qui ont pu s'y trouver, par des hommes plus scrupuleux que -Bussy, possesseurs après lui de ce mystérieux volume. Le fini et la -parfaite exécution des miniatures l'ont sauvé d'une entière -destruction[143]. Lorsque Louis XIV eut entendu réciter les vers de -Boileau, il en demanda l'explication: on lui dit que c'était une -allusion à un badinage un peu impie du comte de Bussy; Louis XIV se -contenta de cette réponse, et, dit-on, n'y pensa plus. Si on lui donna -plus de détails, sans doute il considéra cette nouvelle espièglerie de -Bussy comme une chose sans conséquence, qui d'ailleurs étant secrète, ou -n'ayant de publicité que par l'indiscrétion d'un poëte, ne pouvait être -passible d'aucune censure. Alors, presque chaque année, il paraissait -une nouvelle édition[144] plus complète du recueil des contes de la -Fontaine, avec privilége du roi; en même temps, par permission du roi, -on jouait _Sganarelle_, puis l'_Amphitryon_ et _George Dandin_. Ces deux -comédies de Molière disputaient la foule à l'_Andromaque_ de -Racine[145]. Afin de satisfaire sa nouvelle passion, Louis XIV aussi -alors usait de sa toute-puissance pour imposer silence aux plaintes d'un -époux justement irrité. Il semblait donc que c'était se montrer bon -courtisan que de s'égayer, comme faisaient la Fontaine, Molière et -Bussy, aux dépens des maris trompés. Le jeune roi ne comprenait pas que -les licences du théâtre et de la presse, qu'il encourageait, avaient sur -les mÅ“urs publiques une influence plus fatale que le scandale donné par -lui aux grands de sa cour, alors trop séparés des autres classes du -peuple pour que leurs exemples fussent aussi contagieux qu'ils le sont -devenus depuis. - - [141] Voyez une de nos notes dans notre édition de la Fontaine, - ou des Poésies de Maucroix. - - [142] _Contes et Nouvelles en vers_, _par_ M. DE LA FONTAINE; - Paris, chez Louis Billaine, 1669, in-12 (avec privilége du Roy). - _La Coupe enchantée_, p. 204 à 208. - - [143] _Catalogue des livres de la bibliothèque de la Vallière_, - 1re partie, t. III, p. 265.--Malgré les mutilations qu'avait - éprouvées le manuscrit de Bussy, le prix en fut porté à 2,400 - livres à la vente de la Vallière. - - [144] _Contes et Nouvelles en vers_, _par_ M. DE LA FONTAINE, 1re - édit., 1665; 2e édit., 1665; 3e édit., 1666; 4e édit., 1667; 5e - édit., 1669, etc. - - [145] Les frères PARFAICT, _Histoire du théâtre franç._, t. X, p. - 185, 259, 294. - -Madame de Scudéry écrivit à Bussy ce qui s'était passé chez le roi: elle -espérait que l'orgueilleux Bussy, irrité de l'audace de Boileau, -romprait avec lui; mais Bussy, soit que sa vanité fût satisfaite de ce -que l'auteur des Satires eût dans ses vers donné de la célébrité aux -malices de son esprit, soit qu'il jugeât qu'il serait téméraire à lui -d'ébruiter une affaire aussi délicate, soutint à madame de Scudéry que -le vers de Boileau et la réponse faite au roi ne lui faisaient ni bien -ni mal; qu'il ne devait nullement s'en offenser. «D'ailleurs, -ajoute-t-il, Despréaux est un garçon d'esprit et de mérite, que j'aime -fort[146].» - - [146] Madame DE SCUDÉRY, _Lettres_, 1806, in-12, p. - XII.--BOILEAU, _OEuvres_, édit. de Saint-Marc, 1747, t. I, p. - 118; édit. Saint-Surin, t. I, p. 183. - -Bussy, malgré ses vives sollicitations, ses flatteries et les louanges -du roi répétées dans toutes ses lettres, même dans celles qui étaient -adressées à ses amis les plus intimes, non-seulement ne put rentrer au -service dans cette campagne ni dans la suivante, mais il n'obtint même -pas alors d'être rappelé de son exil[147]. Il fut réduit à passer du -château de Chazeu à celui de Bussy, et de résider alternativement dans -l'un et dans l'autre[148]. Mais c'est au château de Bussy qu'il faisait -de plus longs séjours; c'est là qu'était sa belle collection de -portraits[149], dont il donne, en ces termes, la description dans une -lettre adressée à la comtesse du Bouchet: - -«Je suis bien aise que notre ami Hauterive ait trouvé ma maison de Bussy -à son gré. Il y a des choses fort amusantes qu'on ne trouve point -ailleurs: par exemple, j'ai une galerie où sont tous les portraits de -tous les rois de la dernière race, depuis Hugues Capet jusqu'au roi, et -sous chacun d'eux un écriteau qui apprend tout ce qu'il faut savoir de -leurs actions. D'un autre côté, les grands hommes d'État et de lettres. -Pour égayer tout cela, on trouve en un autre endroit les maîtresses et -les bonnes amies des rois, depuis la belle Agnès, maîtresse de Charles -VII. Une grande antichambre précède cette galerie, où sont les hommes -illustres à la guerre, depuis le comte de Dunois, avec des souscriptions -qui, en parlant de leurs actions, apprennent ce qui s'est passé dans -chaque siècle où ils ont vécu. Une grande chambre est ensuite, où est -seulement ma famille; et cet appartement est terminé par un grand salon, -où sont les plus belles femmes de la cour qui m'ont donné leurs -portraits. Tout cela compose quatre pièces fort ornées et qui sont un -abrégé d'histoire ancienne et moderne, qui est tout ce que je voudrais -que mes enfants sussent sur cette matière[150].» - - [147] BUSSY, _Lettres_, t. III, p. 1, 8, 9, 13, 48, 96, etc. - - [148] Le château de Chazeu est dans la paroisse de Laizy, près - d'Autun, et non de Loizy, comme il est écrit dans la dissertation - de M. Xavier Girault sur les ancêtres de madame de Sévigné, p. - LIV des _Lettres_ inédites de Sévigné, édit. 1819, in-12, ou p. - XL de l'édition de 1816, in-8º. Loizy est dans la sous-préfecture - de Louhans, loin d'Autun.--Bussy-le-Grand est près de - Flavigny.--Conférez CORRARD DE BRÉBAN, _Souvenirs_, p. 18 et 19. - - [149] BUSSY, _Lettres_, t. I, p. 38; t. III, p. 39. - - [150] BUSSY, _Lettres_, t. V, p. 203, 204 (lettre en date du 24 - août 1671). - - - - -CHAPITRE IV. - -1666-1667. - - Madame de Sévigné va passer l'automne au château de Fresnes.--Sa - correspondance avec de Pomponne continue.--Elle lui fait la - description du salon de Fresnes et de la société qui s'y trouvait - rassemblée.--Réflexions sur les agréments de la vie de - château.--Détails sur Arnauld d'Andilly.--Sur madame de la - Fayette.--Sur le comte de la Rochefoucauld.--Sur madame de - Motteville.--Sur madame Duplessis de Guénégaud et sur la galerie - de tableaux qu'elle avait formée.--Détails sur le comte de Cessac - et sur les causes de sa disgrâce.--Sur madame de Caderousse, - mademoiselle de Sévigné et mademoiselle Duplessis-Guénégaud.--Sur - la mort du comte de Boufflers, qui fut le mari de cette - dernière.--Effets malheureux des guerres.--Madame de Sévigné ne - veut choisir un gendre que dans la noblesse d'épée.--Incertitude - où l'on est sur ce qu'elle fit pendant l'hiver.--Brillant état des - théâtres de Paris à cette époque.--Représentation du _Sicilien_ et - du _Misanthrope_.--Grand succès d'_Andromaque_.--Motifs qui font - croire que madame de Sévigné a passé l'hiver à Paris.--Détails sur - l'abbé le Tellier.--Lettre de mademoiselle de Sévigné à l'abbé le - Tellier.--Devise du cachet de cette lettre.--Madame de Sévigné et - sa fille partagent le goût du temps pour les emblèmes et les - devises. - -Madame de Sévigné ne passa point tout l'été à Livry, comme elle en avait -manifesté le projet dans sa lettre à Bussy. Une lettre adressée à de -Pomponne, en date du 1er août 1667, nous la montre établie à demeure -avec ses enfants dans le château de madame de Guénégaud, avec -l'intention d'y rester jusqu'en novembre, époque à laquelle on devait -jouer, à Fresnes, une pièce intitulée _les transformations de Louis -Bayard_[151]. Nous savons que madame de Sévigné aimait à jouer la -comédie, qu'elle était bonne actrice[152]; peut-être avait-elle promis -de jouer un rôle dans cette pièce. Dans une seconde lettre à de -Pomponne, elle peint, avec la vivacité qui lui est naturelle, la société -alors rassemblée dans le salon du château de Fresnes. «N'en déplaise au -service du roi, je crois, monsieur l'ambassadeur, que vous seriez tout -aussi aise d'être ici avec nous que d'être à Stockholm, à ne regarder le -soleil que du coin de l'Å“il. Il faut que je vous dise comme je suis -présentement. J'ai M. d'Andilly à ma main gauche, c'est-à -dire du côté -de mon cÅ“ur; j'ai madame de la Fayette à ma droite, madame du Plessis -devant moi, qui s'amuse à barbouiller de petites images; madame de -Motteville un peu plus loin, qui rêve profondément; notre oncle de -Cessac, que je crains, parce que je ne le connais guère; madame de -Caderousse, mademoiselle sa sÅ“ur, qui est un fruit nouveau que vous ne -connaissez pas; et mademoiselle de Sévigné sur le tout, allant et venant -par le petit cabinet, comme de petits frelons. Je suis assurée, -monsieur, que cette compagnie vous plairait fort[153].» - - [151] MONMERQUÉ, dans l'édition de SÉVIGNÉ, 1820, in-8º, t. I, p. - 119, notes. - - [152] SÉVIGNÉ, _Lettres_, t. II, p. 295, édit. de Monmerqué - (lettre en date du 15 janvier 1672); t. II, p. 348, édit. de G. - de S.-G. - - [153] SÉVIGNÉ, _Lettres_, t. I, p. 116, édit. de M.; t. I, p. - 164, édit. de G. de S.-G. (lettre du 1er août 1667). - -Il était difficile de réunir une compagnie qui présentât une plus grande -variété d'âge, de sexe, d'esprits, de talents et de caractères; qui fût -plus propre à réaliser cette heureuse existence de la vie de château, où -toutes les jouissances d'un luxe bien ordonné s'allient aux plaisirs -champêtres; où l'on goûte à la fois les délices d'un commerce intime, -les distractions de la société et les douceurs de la solitude; où une -fréquentation habituelle permet à chacun de développer, sans fatigue et -sans contrainte, ses moyens de plaire, de faire apprécier les qualités -solides ou brillantes de son esprit. Là , du moins, l'estime et l'amitié, -qui seules peuvent rendre les liaisons durables, ont le temps de naître -et de se consolider. La société n'est plus une agrégation fortuite -d'individus qui ne se voient qu'à de longs intervalles et pendant de -courts instants: c'est une nombreuse famille, dont chaque membre ne se -console de la nécessité de se séparer que par l'espoir de se retrouver -encore, au retour de la belle saison, sous le même toit, le même ciel et -les mêmes ombrages. - -Le patriarche de cette société, qui l'était aussi de Port-Royal, -l'ancien des réunions de l'hôtel de Rambouillet, alors âgé de soixante -et dix-huit ans, s'occupait à écrire les mémoires que nous avons de -lui[154], d'après la prière que lui en avait faite Arnauld de Pomponne, -son fils, auquel il en transmettait successivement tous les cahiers. On -avait, l'année précédente, publié un recueil de ses lettres, qui -faisaient connaître la part importante qu'il avait eue dans les -affaires, les relations qu'il avait entretenues avec les personnages les -plus élevés en dignités et les plus notables de son temps et les luttes -qu'il avait eues à soutenir[155]. La nécessité où il se trouvait alors -de repasser dans sa mémoire les faits les plus remarquables de sa vie, -ou ceux qui avaient le plus intéressé la génération précédente, devait -accroître le plaisir que l'on avait toujours à l'écouter. - - [154] ARNAULD D'ANDILLY, _Mémoires_, t. XXXIII et XXXIV, - collection de Petitot. - - [155] _Lettres de_ M. ARNAULD D'ANDILLY; Paris, chez Michel - Bobin, 1666, in-12. Dans l'article de la _Biographie universelle_ - sur cet auteur il n'est fait aucune mention de ses lettres; mais - Bayle les avait lues, et en parle. Voyez BAYLE, _Dictionnaire - hist. et crit._, édit. 1720, in-fol., t. I, p. 337, art. ARNAULD - D'ANDILLY (Robert). J'apprends, par cet article, que Richelet a - donné une nouvelle édition de ces lettres en 1694. Voyez - PERRAULT, _les Hommes illustres qui ont paru_ _en France_; Paris, - 1697, in-folio, p. 55. La notice sur Arnauld d'Andilly y est - accompagnée d'un beau portrait gravé. - -Madame de la Fayette, qui étonnait Ménage et le P. Rapin par sa sagacité -dans l'interprétation des passages difficiles d'Horace et de Virgile, -ses deux poëtes favoris, avait déjà fait pressentir son talent comme -romancier par la petite nouvelle intitulée _la Princesse de -Montpensier_[156]; et il y a tout lieu de présumer qu'elle s'occupait -alors de la composition de _Zayde_[157]. Le comte de la Rochefoucauld ne -se trouvait point à Fresnes avec madame de la Fayette: quoiqu'il n'eût -reçu, ainsi que le prince de Condé, aucun commandement pour cette -campagne, il s'était rendu à l'armée comme simple volontaire; et, malgré -la goutte qui le tourmentait, il était au camp devant Lille. Cette -conduite lui valut une bonne réception de la part du roi et une riche -abbaye pour son fils d'Anville[158]. - - [156] _La Princesse de Montpensier_; Paris, chez Charles de - Sercy, 1662, in-12 de 142 pages (le privilége est accordé à - Augustin Courbé). - - [157] Petr. DANIEL HUETII _Commentarius de rebus ad eum - pertinentibus_, 1718, in-8º, p. 204.--Id., _Origines de la ville - de Caen_, 2e édit., 1706, p. 408, chap. XXIV, art. JEAN RENAUD, - sieur DE SEGRAIS.--PETITOT, _Notice sur madame de la Fayette_, t. - LIV de la collection des _Mém. sur l'hist. de France_.--SEGRAIS, - _OEuvres_, t. II, p. 7 et 27. - - [158] SÉVIGNÉ, _Lettres_, t. I, p. 187, édit. de G. de S.-G. - _Lettre de_ LA ROCHEFOUCAULD au comte de Guitaud, 20 août 1667. - -Madame de Motteville, cette sage amie de deux reines[159], qui perdit -si jeune un époux âgé et déploya, dans un long veuvage, tant de vertu; -dans l'infortune, tant de résignation; dans la faveur, tant de -désintéressement; dans l'amitié, tant de constance; dans le commerce de -la vie, un caractère si égal, un enjouement si naturel, un esprit si fin -et si judicieux; madame de Motteville était alors retirée de la cour, où -elle n'allait plus depuis que la mort lui avait enlevé la reine mère, -son appui. En désapprouvant l'amour du roi pour la Vallière, madame de -Motteville s'aperçut qu'elle avait déplu: parvenue alors à l'âge de -quarante-cinq ans, elle ne vécut plus que pour ses amis, et consacra ses -loisirs à la rédaction de ses mémoires, que son impartialité, sa -candeur, l'élégance du style, l'importance des faits, la justesse des -réflexions ont placés au nombre des monuments les plus utiles et les -plus précieux de l'histoire de ces temps[160]. - - [159] Anne d'Autriche et Henriette-Marie, femme de Charles Ier. - - [160] _Mémoires de_ MOTTEVILLE, et _Notice_, t. XXXVI à XL de la - collection des _Mém. sur l'hist. de France_, par PETITOT. - -C'est en plaisantant que madame de Sévigné dit de la dame de Fresnes, de -la reine de cette réunion, de madame Duplessis-Guénégaud, qu'elle -s'amusait à barbouiller des images. Cette dame s'occupait de peinture -avec succès; elle était dirigée par Nicolas Loir, excellent peintre -français, et par son frère le graveur. Elle et son mari étaient des -amateurs éclairés des beaux-arts. La chapelle qu'ils avaient fait -construire à Fresnes, par François Mansart, passait pour un -chef-d'Å“uvre; et la collection qu'ils avaient réunie dans la galerie de -leur château était une des plus riches et une des plus complètes en -maîtres de tous les genres qu'on eût encore rassemblée. C'est pour M. de -Guénégaud que Poussin fit une Bacchanale, citée comme une de ses plus -belles compositions[161]. Madame Duplessis-Guénégaud brodait aussi avec -une rare habileté, ainsi que nous l'apprenons d'après des stances qui -lui furent adressées au sujet d'un petit sac brodé de sa main, tout -rempli de vers nouveaux[162], qu'elle avait donné à mademoiselle du -Vigean. - - [161] GAULT DE SAINT-GERMAIN, dans son édition des _Lettres de - madame de Sévigné_, t. I, p. 165, note 1. - - [162] _Nouveau recueil de pièces choisies_; Paris, chez Claude - Barbin, 1664, in-12, p. 114 à 116. - -Ce que madame de Sévigné dit de M. de Cessac est bien remarquable quand -on a scruté la vie de ce personnage. Elle l'appelle d'abord, par -plaisanterie, notre oncle, parce que probablement il était parent de -madame Duplessis-Guénégaud; puis elle ajoute «qu'elle le craint, parce -qu'elle ne le connaît guère.» Était-ce talent de physionomiste? était-ce -une sorte de pressentiment qui faisait éprouver à madame de Sévigné un -peu d'effroi à la seule vue de M. de Cessac? ou plutôt serait-ce par une -sorte de contre-vérité qu'elle exprime ce qu'elle pense de l'immoralité -dont M. de Cessac donna, par la suite, des preuves qui le perdirent? De -Cessac était le frère cadet de Louis Guilhem de Castelnau, comte de -Clermont-Lodève, avec lequel, au grand détriment de celui-ci, il a été à -tort confondu[163]. N'ayant rien à prétendre dans l'héritage paternel, -qui revenait en entier de droit à son frère aîné, et réduit à sa -légitime, de Cessac dut chercher à se créer une existence. Il se fit -d'abord abbé; mais, ne se sentant nullement propre à l'état -ecclésiastique, il obtint un régiment de cavalerie, et, sous le -ministère du cardinal Mazarin, il gagna au jeu, en trichant, des sommes -énormes[164] au financier d'Hervart. De Cessac osa, chez le roi, exercer -sa coupable industrie; pris sur le fait, il fut simplement exilé et -obligé de se défaire de sa charge; ensuite compromis dans l'affaire des -poisons; puis rappelé; et, par tous ces motifs, nous verrons plusieurs -fois reparaître son nom sous la plume de madame de Sévigné[165]. - - [163] SÉVIGNÉ, _Lettres_, t. I, p. 164, note 5, édit. de G. de - S.-G.; t. I, p. 117, note et édit. de M. - - [164] SANDRAZ DE COURTIS, _Histoire du maréchal duc de la - Feuillade, nouvelle galante et historique_, 1713, p. 111-113. - Sandraz écrit Sessac, et Saint-Évremont Saissac. En écartant le - romanesque du mauvais ouvrage de Sandraz, on y trouve des faits - vrais, conformes à ce qu'on lit ailleurs. Saint-Évremont fait - allusion à son habitude de tricher au jeu, qui était incommode - pour ses amis. MIGNET, _Négociations de Louis XIV_, p. 253 et - 254. - - [165] _Lettres de madame_ DE RABUTIN-CHANTAL, _marquise_ DE - SÉVIGNÉ, _à madame la comtesse de Grignan, sa fille_; la Haye, - Pierre Gosse, 1726, in-12, t. II, p. 36 et 37. Le nom est écrit - Sessac en toutes lettres; on ne laissa que les initiales dans les - éditions suivantes. Tallemant des Réaux écrit Cessac, t. I, p. - 304, in-8º, ou t. II, p. 102, in-12.--SÉVIGNÉ, _Lettres_, t. I, - p. 217 et 293, édit. M.; t. I, p. 164 et 380, édit. de G. de - S.-G. (lettres en date du 1er août 1667 et du 10 mars 1675); t. - III, p. 208 (du 12 janvier 1674); t. VI, p. 136 (du 31 janvier - 1680).--SÉVIGNÉ, _Lettres_, t. X, p. 310, édit. de M.--Conférez - TALLEMANT DES RÉAUX, _Historiettes_, t. I, p. 304, édit. in-8º; - t. II, p. 102, in-12.--_Historiettes_, XLIV, D'ALINCOURT. Cette - historiette est relative au frère aîné, le comte de - Clermont-Lodève, marquis de Cessac. - -Avec la jeune et nouvelle mariée, madame de Caderousse, madame de -Sévigné mentionne sa sÅ“ur Angélique de Guénégaud, qui était encore trop -jeune pour être produite dans le monde, lorsque de Pomponne partit pour -aller à Stockholm; voilà pourquoi madame de Sévigné dit qu'elle était -pour lui un fruit nouveau. Depuis, elle épousa le comte François de -Boufflers, frère aîné du maréchal de ce nom. Elle devint veuve presque -aussitôt après ses noces; une lettre de madame de Sévigné nous apprend -la singulière et tragique aventure de son mari, qui a fourni à la -Fontaine le sujet d'une fable[166]. - - [166] SÉVIGNÉ, _Lettres_, t. II, p. 330 et 339, édit. de M. - (lettres en date des 17 janvier et 26 février 1672).--LA - FONTAINE, VII, 11, _le Curé et le Mort_, t. II, p. 33, édit. - 1827, in-8º. - -Ces trois jeunes personnes, madame de Caderousse, mademoiselle de -Guénégaud et mademoiselle de Sévigné, dans la fraîcheur et dans la joie -du bel âge, égayèrent la société par leurs folâtres jeux; et comme des -mouches brillantes, auxquelles madame de Sévigné les compare, elles -voltigeaient partout, se mêlaient à tout sans jamais s'arrêter à rien. - -Cependant, même au milieu des plaisirs et de la tranquillité intérieure, -la guerre produisait ses résultats ordinaires. «Presque tout le monde, -dit madame de Sévigné en terminant sa lettre à de Pomponne, est en -inquiétude de son frère ou de son mari; car, malgré toutes nos -prospérités, il y a toujours quelque blessé ou quelque tué. Pour moi, -qui espère y avoir quelque gendre, je souhaite, en général, la -conservation de toute la chevalerie[167].» - - [167] SÉVIGNÉ, _Lettres_, t. I, p. 119, édit. de M.--Ibid., t. I, - p. 167, édit. de G. de S.-G. (lettre en date du 1er août 1667). - -On voit, par ces mots, qu'elle ne trouvait digne de s'allier aux Rabutin -et aux Sévigné que la noblesse d'épée, et qu'elle excluait celle de -robe. - -Sa correspondance ne nous apprend pas si elle attendit à la campagne le -commencement de ce qu'elle appelle les magies d'Amalthée[168], -c'est-à -dire l'ouverture du théâtre de Fresnes, qui ne devait avoir -lieu qu'à la Saint-Martin[169]; ou si, revenue dans la capitale, elle -alla jouir, à l'hôtel de Bourgogne ou au Palais-Royal, des enchantements -produits par des magiciens bien autrement puissants sur la scène que -ceux de madame Duplessis-Guénégaud. Alors Molière faisait représenter, -avec son _Misanthrope_, ce joli acte du _Sicilien_ ou _l'Amour peintre_, -qui, par la délicatesse des sentiments, les grâces du dialogue, le -comique de bon ton et la pureté du style, devait tant plaire à madame de -Sévigné et à toutes les précieuses qui avaient fréquenté l'hôtel de -Rambouillet; et le talent de Racine, à peine annoncé par le succès de la -tragédie d'_Alexandre_, brillait de tout son éclat dans la tragédie -d'_Andromaque_, chaque jour applaudie avec un enthousiasme dont on -n'avait pas été témoin depuis _le Cid_[170]. - - [168] Voyez ci-dessus, chap. I, p. 21 et 24.--_Recueil de - quelques pièces nouvelles et galantes_, 1667, 2e partie, p. 80 et - 83. - - [169] SÉVIGNÉ, _Lettres_, t. I, p. 117, édit. de M. (lettre en - date du 1er août 1667). - - [170] Frères PARFAICT, _Histoire du Théâtre françois_, t. X, p. - 151 à 189.--TASCHEREAU, _Hist. de Molière_, 3e édit., p. 113. - -Une lettre de mademoiselle de Sévigné nous fait croire que madame de -Sévigné put assister aux premières représentations de ce chef-d'Å“uvre -tragique et qu'elle passa l'automne à Paris. Cette lettre est adressée à -l'abbé le Tellier, qui voyageait alors en Italie et se trouvait à Rome, -où il s'était rendu probablement à l'époque du conclave ouvert après la -mort d'Alexandre VII[171]. L'abbé le Tellier était fils et frère de -ministres. Déjà pourvu de cinq ou six abbayes, il préludait ainsi à -l'épiscopat, qu'il obtint l'année suivante, avec la coadjutorerie à -l'archevêché de Reims, où il fut lui-même nommé quatre ans après[172]. -C'était un homme hardi, orgueilleux, pétulant, spirituel, plus propre à -manier le sabre qu'à porter la crosse, fort répandu dans le monde, -aimable avec les femmes[173]. Avant de partir, il avait dit à -mademoiselle de Sévigné qu'il pousserait la hardiesse jusqu'à lui -écrire, et il ne le fit pas. C'est pour lui reprocher ce manque de -parole que mademoiselle de Sévigné lui écrivit la lettre suivante: - - LETTRE DE MADEMOISELLE DE SÉVIGNÉ A L'ABBÉ LE TELLIER. - - «21 octobre 1667. - -«Vous m'avez menacée d'une si grande hardiesse quand vous auriez passé -les monts que je n'osais l'augmenter par une de mes lettres; mais je -vois bien, monsieur, que je n'ai rien à craindre que votre oubli; et -c'est la marque d'un si grand mépris, après qu'on a promis aux gens de -se souvenir d'eux, que j'en suis fort offensée. J'étais déjà préparée à -la liberté que vous deviez prendre de m'écrire, et je ne saurais -m'accoutumer à celle que vous prenez de m'oublier. Vous voyez que je ne -vous la donne pas longtemps. J'ai soin de mes intérêts. Je n'ai pas même -voulu les mettre entre les mains de madame de Coulanges, pour vous faire -ressouvenir de moi. Il m'a paru qu'elle n'était pas propre à vous en -faire souvenir agréablement. Il ne faut point confondre tant de rares -merveilles, et je ne prendrai point de chemins détournés pour me mettre -du nombre de vos amies. Je serais honteuse de devoir cet honneur à -d'autres qu'à moi. Je vous marque assez l'envie que j'en ai en faisant -un pas comme celui de vous écrire: s'il ne suffit, et que vous ne m'en -jugiez pas digne, j'en aurai l'affront; mais aussi ma vanité sera -satisfaite si je viens à bout de cette entreprise. Je suis votre -servante. - - «M. (Marguerite) DE SÉVIGNÉ. - -«Ma mère est votre très-humble servante.» - - * * * * * - - [171] Peut-être le Tellier avait-il été chargé d'épier les - démarches du cardinal de Retz, qui rendit de grands services à - Louis XIV en faisant nommer pape le cardinal Rospigliosi, - favorable à la France. Son exaltation eut lieu le 20 juin 1667, - sous le nom de Clément IX. Retz retourna aussitôt en France, et - se trouvait à Commercy le 13 août; mais le Tellier resta à Rome, - comme le prouve la lettre de madame de Sévigné. Conférez la - lettre de Retz, datée de Rome le 20 juin, dans SÉVIGNÉ, - _Lettres_, édit. de G. de Saint-Germain, t. I, p. 163.--Autre - lettre de Retz, du 14 août 1667, dans la _Vie du cardinal de - Rais_, 1836, in-8º, p. 609, édition Champollion. - - [172] En 1671. Conférez _Gallia christiana_, t. IX, p. 161, - 164.--BUSSY, _Lettres_, t. III, p. 97 (lettre du chancelier le - Tellier, en date du 3 juillet 1668). Le Tellier était abbé de - Saint-Remy de Reims, et avait été d'abord coadjuteur de l'évêque - de Langres.--FR. DE MAUCROIX, _Mémoires_, 1842, in-12, p. 17 et - 34, chap. XIV et XXI. - - [173] CHOISY, _Mémoires_, t. LXIII, p. 449-459.--SÉVIGNÉ, t. III, - p. 336 (5 février 1674); t. IV, p. 16 (6 août 1675); t. XI, p. - 196 (8 juillet 1695), édit. de G. de S.-G. - -Peut-être n'est-il pas au-dessous du soin que le biographe doit prendre -de n'omettre aucun des détails qui puissent jeter quelque jour sur les -inclinations et les habitudes des temps et des personnages qu'il a -entrepris de faire connaître de dire ici que cette lettre de -mademoiselle de Sévigné, trouvée à la Bibliothèque royale parmi les -papiers de l'archevêque de Reims, avait été close au moyen d'une faveur -couleur de rose, retenue aux deux bouts par un double cachet carré, -très-petit, en cire noire, portant l'empreinte d'une grenade fermée, -avec ces mots italiens: _Il piv_ (piu). _grato_, _nasconde_: «Ce -qu'elle a de meilleur, elle le cache.» On reconnaît ici le goût, si -général alors, pour les emblèmes et les devises. Les carrousels et les -ballets, si fréquents dans les fêtes de la cour depuis le règne du -dernier roi, avaient introduit cette mode, qui fut adoptée et propagée -par les beaux esprits galants et les _précieuses_ chevaleresques de -l'hôtel de Rambouillet. Ce goût était partagé par madame de Sévigné, et -elle l'avait communiqué à sa fille. Clément, conseiller à la cour des -aides et intendant du duc de Nemours, avait, dans sa riche bibliothèque, -réuni les ouvrages sur les emblèmes et les devises publiées en -différentes langues, mais plus particulièrement en italien; lui-même -composait des devises fort ingénieuses, et avait acquis par là une -petite célébrité. Ce fut lui qui donna à mademoiselle de Sévigné la -devise gravée sur son cachet, devise que, depuis, madame de Coulanges -appliqua à la Dauphine[174]. - - [174] MICHEL DE MAROLLES, _Mémoires_, 1755, in-12, t. II, p. 103; - et t. III, p. 260.--SÉVIGNÉ (31 mai et 21 juin 1680), t. VII, p. - 11, 59, édit. de G.; t. VI, p. 297 et p. 333, édit. M. - - L'_Histoire de madame de Maintenon_ (voir son histoire par M. le - duc de Noailles, t. II, p. 2, 1848, in-8º) raconte la chose - autrement: ce fut madame de Maintenon qui appliqua cette devise à - la Dauphine, en faisant présent au Dauphin d'une canne dont la - pomme renfermait le portrait de la Dauphine avec cette devise: _Il - piu grato nasconde_. - - - - -CHAPITRE V. - -1668-1669. - - Louis XIV s'empare de la Franche-Comté.--Formation de la triple - alliance.--Louis XIV avait le génie du gouvernement, mais non le - génie militaire.--Avis différents donnés par les généraux et les - ministres.--Ces derniers l'emportent.--La paix d'Aix-la-Chapelle - est conclue.--Louis XIV rend la Franche-Comté et garde les - conquêtes de Flandre.--Fêtes données à Versailles le 18 juillet - 1668.--Madame et mademoiselle de Sévigné y étaient.--Relation - manuscrite de cette fête par l'abbé de Montigny, ami de madame de - Sévigné.--Pourquoi cette relation est préférable à celle que - Félibien a publiée.--Magnificence des divertissements.--Trois - cents dames furent invitées à cette fête.--On y joue, pour la - première fois, la comédie de _George Dandin_, de Molière.--Molière - compose aussi les vers des intermèdes et des ballets mis en - musique par Lulli.--Madame et mademoiselle de Sévigné soupent à la - table du roi.--Bruits qui couraient sur l'inclination de Louis XIV - pour mademoiselle de Sévigné.--Le duc de la Feuillade cherchait à - faire naître cette inclination.--Lettre de madame de Montmorency à - Bussy de Rabutin à ce sujet.--Réponse de Bussy.--MADAME favorise - la princesse de Soubise auprès du roi.--La froideur de - mademoiselle de Sévigné la garantit de la séduction.--L'infidélité - de Louis XIV envers la Vallière était la cause de toutes ces - intrigues.--Madame de Montespan n'était pas encore maîtresse en - titre.--A la fête, madame de Montespan n'était point à la table du - roi.--A la même table étaient madame de Montespan et madame - Scarron.--Détails sur madame Scarron.--Elle veut s'exiler.--Madame - de Montespan la protége, et fait rétablir sa pension.--Madame de - Sévigné se rencontrait fréquemment avec elle.--Madame Scarron - tourne à la grande dévotion.--Elle est satisfaite de son - sort.--Publication des lettres et Å“uvres inédites de Scarron. - -De tous côtés on négociait[175]: toutes les puissances voulaient faire -cesser la guerre que l'ambition de Louis XIV avait allumée; toutes -voulaient mettre un terme aux agrandissements de la France. Les -Espagnols espéraient obtenir des rigueurs de l'hiver une trêve que le -vainqueur voulait leur faire acheter à trop haut prix. En effet, toutes -les opérations militaires étaient suspendues; une partie des troupes qui -avaient servi à l'envahissement des Pays-Bas rentraient forcément dans -l'intérieur. En même temps, des régiments qui se trouvaient dans le Midi -marchaient vers le Nord; mais on savait que leur destination était pour -la Bourgogne, et que le prince de Condé, gouverneur de cette province, y -devait tenir les états[176]. De fréquents courriers étaient dépêchés par -ce prince à un grand nombre d'officiers généraux, avec injonction de se -rendre sans délai près de lui à Dijon. Les approvisionnements et les -apprêts de tout ce qui était nécessaire pour entrer en campagne étaient -hâtés par le roi, au milieu de l'hiver, avec une activité inaccoutumée. -On sut que, pour pouvoir suffire à tous les ordres qu'il donnait, il -interrompait ses heures de sommeil; et on vit bien qu'il n'était pas, -comme il voulait le faire croire, uniquement occupé des plaisirs de sa -cour, des embellissements du château de Saint-Germain et des grandes et -étonnantes constructions qui s'exécutaient à Versailles. L'imminence du -danger fit sortir de son assoupissement l'indolence espagnole, et -bientôt le secret que le roi de France avait dissimulé avec tant de soin -fut divulgué, mais trop tard. Par des marches habilement déguisées, une -armée, dont les divers corps étaient naguère disséminés dans toutes les -parties du royaume, se trouva tout à coup réunie et prête à marcher. -Condé, qui n'avait supporté qu'avec douleur le repos auquel il avait -été condamné, en prit le commandement. En deux jours, il s'empare de -Besançon[177]; Luxembourg, qui servait sous lui, prend en même temps -Salins[178]. Dôle veut résister: Louis XIV y vient en personne, et, -après quatre jours de siége, s'en rend maître[179]. Deux jours après, -Gray se donne à lui, et toute la Franche-Comté lui fait sa soumission. -La conquête de cette grande et belle province fut achevée durant le plus -grand froid de l'année, entre le 7 et le 22 février (1668), c'est-à -dire -en quinze jours[180]. - - [175] LOUIS XIV, _OEuvres_, t. II, p. 344. - - [176] LOUIS XIV, _OEuvres_, t. II, p. 233; t. III, p. 89. - - [177] MONGLAT, _Mémoires_, t. LI, p. 149. - - [178] BUSSY, _Lettres_, t. V, p. 49 (16 février 1668). - - [179] LOUIS XIV, _OEuvres_, t. II, p. 349.--BUSSY, _Lettres_, t. - III, p. 82 (16 février 1668). - - [180] MONTPENSIER, _Mémoires_, t. XLIII, p. 120.--MONGLAT, - _Mémoires_, t. LI, p. 56.--LOUIS XIV, _OEuvres_, t. II, p. 354. - (MONGLAT dit douze jours, LOUIS XIV quinze.) - -Cependant, aussitôt que les alliés de Louis XIV avaient commencé à -pénétrer le secret de ses desseins, ils s'étaient tournés contre lui. -Dès le mois de janvier de cette année, l'Angleterre, la Suède et la -Hollande avaient projeté entre elles une triple alliance, qui fut -confirmée presque aussitôt après la conquête de la Franche-Comté. De -concert avec l'Espagne, ces puissances ouvrirent des négociations avec -l'ambitieux conquérant, pour le forcer à la paix[181]. - - [181] MONGLAT, _Mémoires_, t. LI, p. 159-160. - -Louis XIV ne manquait pas de bravoure; il était froid et calme au milieu -du danger; il savait s'y exposer, pour l'exemple. Il en donna des -preuves au siége de Lille, jusqu'à mécontenter sérieusement Turenne; -mais ce n'était pas par entraînement et par goût que Louis XIV aimait -les batailles, c'était pour l'agrandissement de la France, qui en devait -être le résultat. Quoique pendant son jeune âge il eût avec toute la -cour toujours suivi les armées, il s'était peu appliqué à la stratégie. -Mazarin, qui avait voulu prendre un grand ascendant sur son esprit, -avait plutôt cherché à le rendre attentif aux choses où lui-même -excellait qu'à celles qu'il ignorait. Il l'avait rendu plus habile à -conduire les affaires d'un royaume qu'à commander les armées. Cependant -le bon sens du jeune monarque et son instinct de gloire lui avaient -révélé que l'art du commandement et les talents guerriers étaient les -qualités les plus essentielles à un roi de France, sans cesse obligé de -comprimer l'envie ou l'ambition des grandes puissances qui -l'environnent. Depuis qu'il gouvernait par lui-même, Louis XIV s'était -appliqué à acquérir tout ce qui lui manquait à cet égard; et, dans la -campagne de Lille, il avait noblement et hautement déclaré qu'il se -mettait sous la direction de M. de Turenne, pour prendre de lui des -leçons sur le grand art de la guerre[182]. En étudiant soigneusement la -correspondance particulière de Louis XIV avec ses généraux et ses -ministres, on voit qu'il était doué d'une bonne mémoire, qu'il avait un -grand esprit de détail et beaucoup de persévérance dans tout ce qu'il -entreprenait. Il était parfaitement instruit de ce qui concerne -l'administration et le matériel d'une armée; il était même devenu savant -dans les campements, les évolutions des troupes et dans la conduite des -siéges. Mais cette perspicacité qui révèle les moyens de tirer tout le -parti possible des hommes que l'on commande et du terrain sur lequel on -doit les faire mouvoir; qui, par des plans savamment combinés, sait -préparer les succès d'une campagne, prévoit tous les obstacles, et -devine toutes les chances de succès ou de revers; cette vivacité de -conception qui permet de changer et de modifier sans cesse les projets -conçus, selon les entreprises habiles ou inhabiles de l'ennemi; enfin, -ce coup d'Å“il qui sur un champ de bataille, d'après l'aspect du terrain -et des forces qui s'y trouvent réunies, aperçoit aussitôt et comme par -inspiration toutes les dispositions qu'il faut prendre, tous les ordres -qui sont à donner pour disputer ou s'assurer la victoire; ce calme et -cette présence d'esprit qui, au milieu de la destruction et du désordre -des combats, suit avec méthode ses combinaisons, en reforme de nouvelles -selon les alternatives de la fortune, et, toujours à propos, fait la -part de l'audace et celle de la prudence, tout cela manquait à Louis -XIV[183]. Tout cela constitue le génie guerrier, et le génie ne -s'apprend pas; il résulte d'une organisation et d'un ensemble de -facultés que les circonstances exaltent, que l'étude et l'application -perfectionnent, mais qu'elles ne peuvent donner. La nature, qui fait le -poëte sublime et l'orateur puissant, fait aussi le grand capitaine. -Condé et Turenne s'étaient, dès leur plus jeune âge, montrés dans les -batailles supérieurs à tous ceux de leur temps; il en fut ainsi -d'Alexandre et de César dans l'antiquité, et, dans nos temps modernes, -de Frédéric et de Napoléon. Louis XIV, s'il n'était pas né roi, aurait -pu être un Colbert ou un Louvois; mais il n'eût jamais pu être un -Turenne ni un Condé. Ses ministres ne l'ignoraient pas; et, intéressés à -seconder ses penchants et à le flatter par des choses dans lesquelles il -excellait, ils désiraient la paix, qui devait augmenter leur influence -et annuler celle des généraux et des guerriers, dont la cour était -presque entièrement composée. Turenne surtout portait ombrage aux -ministres: non-seulement le roi avait en lui une entière confiance pour -tout ce qui concernait la guerre, mais il le consultait et l'employait -secrètement pour les affaires politiques. Familier et affectueux avec -les simples officiers, ayant pour les soldats des soins paternels, -Turenne était adoré des uns et des autres; mais l'ambition qu'il -montrait pour l'élévation de sa maison, sa hauteur et sa dureté envers -les autres généraux lui faisaient de nombreux ennemis, et les ministres -trouvaient en eux un appui pour combattre l'ascendant qu'il prenait -chaque jour sur l'esprit du roi[184]. Ils engagèrent donc celui-ci à -écouter les propositions de paix qui lui étaient faites. Il ne devait -pas, suivant eux, effrayer plus longtemps l'Europe en montrant une trop -grande avidité pour les conquêtes. Il était urgent de diviser et de -rompre la triple alliance avant qu'elle se fût transformée en une -coalition nombreuse et formidable. La paix pouvait assurer pour toujours -à l'État une partie des conquêtes du roi, et il dépendait du roi de la -conclure. Plus tard, s'il éprouvait des revers ou même une plus grande -résistance, la lutte pouvait se prolonger de manière à épuiser les -ressources du royaume. Condé et Turenne ouvraient un avis contraire. -L'armée, en quelque sorte, n'avait pas eu d'ennemis à combattre; elle -n'avait éprouvé aucune perte notable; c'était une des plus belles, une -des mieux pourvues d'artillerie et de toutes sortes de munitions qu'on -eût encore rassemblée. Pleine d'ardeur et sous la conduite de son roi, -ses succès seraient aussi certains que rapides: il fallait donc la faire -marcher sur les Pays-Bas et en achever la conquête. Elle serait -accomplie avant même que la triple alliance ait eu le temps de -rassembler ses troupes. Alors la paix offerte par le roi deviendrait -plus facile à conclure avantageusement. Si, à la première annonce d'une -coalition, on prenait le parti de la modération, on donnerait à la -triple alliance plus de confiance en ses forces. Le prompt résultat -qu'elle aurait dès à présent obtenu lui démontrerait la nécessité de -resserrer ses liens, afin de se prémunir contre les dangers à venir. Ce -n'était donc pas là le moment de poser les armes, mais bien de continuer -la guerre[185]. Ce conseil était sans nul doute le meilleur à suivre; -mais Louis XIV voulait terminer Versailles, et il était dans le premier -feu de son amour pour madame de Montespan[186]. L'opinion de -ses ministres fut préférée à celle de ses généraux: la paix -d'Aix-la-Chapelle fut conclue. La France rendit la Franche-Comté, et -garda les conquêtes qu'elle avait faites en Flandre[187]. - - [182] RAMSAY, _Histoire du vicomte de Turenne_; Paris, 1773, - in-12, t. II, p. 144. - - [183] Le général GRIMOARD, _Lettres aux éditeurs des OEuvres de - Louis XIV_, t. III, p. 7. - - [184] RACINE, _Fragments historiques_, t. V, p. 303, édit. de - 1820, in-8º, article TURENNE.--BUSSY-RABUTIN, _Lettres_, t. V, p. - 59.--Id., _Supplément aux Mémoires_, t. I, p. 75. - - [185] LOUIS XIV, _OEuvres_, t. II, p. 363; t. III, p. 109. - - [186] LA FARE, _Mémoires_, t. LXV, p. 166.--ECKARD, _Dépenses - effectives de Louis XIV en bâtiments_, p. 23-39, 41-48.--Id., - _États au vrai_, p. 23 à 29. - - [187] MONGLAT, _Mémoires_, t. LI, p. 161.--LA FARE, _Mémoires_, - t. LXV, p. 167. - -A la suite de ces glorieuses et profitables expéditions, les promotions -de maréchaux et d'autres grâces conférées par le monarque répandirent -la joie à la cour: une diminution dans les impôts, des encouragements -donnés aux arts et à l'industrie par des dons gratuits, une nombreuse -quantité d'ouvriers et d'artistes employés aux constructions ou -embellissements de Versailles, du Louvre, des Tuileries, de -Fontainebleau, de Chambord firent circuler l'argent dans toutes les -classes[188]. C'est dans ces circonstances et au milieu du bonheur -général que Louis XIV donna une de ces fêtes qui, par l'éclat et la -magnificence qu'il savait y mettre, devenaient l'objet de l'attention et -de l'admiration de l'Europe. Cette fête commença le 18 juillet (1668) le -matin, et se termina le lendemain à l'aurore. Elle eut lieu dans le -château et les jardins de Versailles, qui, quoique non encore achevés, -surpassaient déjà en magnificence toutes les demeures royales qu'on -avait construites auparavant, comme elle surpasse encore toutes celles -qu'on a élevées depuis[189]. Cette fête n'avait rien de la pompe -chevaleresque et guerrière du fameux carrousel de 1662; mais le grand -nombre de belles femmes qui s'y trouvaient réunies et qui y figuraient; -la magnificence de ces grandes galeries, ornées de dorure et des -chefs-d'Å“uvre des grands peintres; les cascades des jardins, les jets -d'eau, les statues de marbre et de bronze; la lumière d'un beau soleil, -les frais ombrages, les fleurs; les emblèmes ingénieux, les décorations, -les costumes, les chants, les danses, les festins; la comédie joyeuse -de Molière et la musique de Lulli; les explosions bruyantes et -volcaniques des feux d'artifice, les lustres, les illuminations, les -globes de feu et toutes les pompes de la nuit; enfin, cette multiplicité -de divertissements, de plaisirs et de surprises, qui variaient à toutes -les heures et auxquelles les heures ne pouvaient suffire, tout contribua -à donner à cette fête un caractère de féerie, qui laissa des souvenirs -enchanteurs, ineffaçables à toutes les personnes qui y avaient assisté. - - [188] ECKARD, _États au vrai de toutes les sommes employées par - Louis XIV_, etc., p. 25, 39, 55, 57 et 59.--LÉPICIÉ, _Vie des - premiers peintres du roi_, t. I, p. 46; Paris, 1752, - in-12.--GUÉRIN, _Description de l'Académie royale de peinture et - de sculpture_. - - [189] LA FONTAINE, _Psyché_, et les notes insérées t. V, p. 30 à - 36, de l'édition in-8º de 1826.--FÉLIBIEN, _Description sommaire - du château de Versailles_, 1674, in-12. - -Madame de Sévigné et sa fille étaient de ce nombre: nous l'apprenons par -une lettre du petit abbé de Montigny[190]. Cette lettre est une relation -de la fête, écrite le lendemain par ordre de la reine, pour être envoyée -au marquis de Fuentès[191], précédemment ambassadeur d'Espagne en France -et alors en résidence à Madrid[192]. Cette relation est bien supérieure -par le style et par les curieux détails qu'elle renferme à celle qui a -été donnée par Félibien et dont on encombre les éditions de -Molière[193], par la seule raison que notre grand comique composa, pour -les intermèdes et les ballets de cette fête, des vers aussi doucereux -que ceux de Benserade, et y fit jouer la comédie de _George Dandin_ ou -_le Mari confondu_. - - [190] Sur l'abbé de Montigny, qui devint évêque de Léon, voyez - SÉVIGNÉ, _Lettres_, t. II, p. 237 et 245, édit. de G. de S.-G. - (en date des 23 et 30 sept. 1671). - - [191] _Relation de la fête de Versailles donnée le 18 juillet - 1668 à M. le marquis de Fuentès, par l'abbé_ DE MONTIGNY - (_Manuscrits de_ CORRART, t. IX, p. 1109, bibliothèque de - l'Arsenal). - - [192] GOURVILLE, _Mémoires_, t. LII, p. 410. - - [193] MOLIÈRE, _OEuvres_, édition d'Auger, t. VII, p. 287 à 331; - édition d'Aimé-Martin, t. VI, p. 267-318.--FÉLIBIEN, _Relation de - la fête de Versailles du 18 juillet 1668_; Paris, in-folio, 1679, - avec cinq planches.--Idem, _Descript. de divers ouvrages de - peinture faits pour le roi_; 1671, in-12, p. 229 à 315. - -Nous savons, par la lettre de Montigny, que les dames invitées étaient -au nombre de trois cents. Toutes se rendirent dès le matin, parées pour -la journée, au château de Versailles. On avait orné et parfumé les -appartements pour les recevoir. Afin qu'elles ne fussent pas gênées par -les lois de l'étiquette, et qu'elles pussent parcourir à leur gré les -appartements de ce somptueux séjour et se rendre plus librement aux -offres qui leur étaient faites par les officiers du roi, chargés de se -conformer à leurs désirs, Louis XIV s'était retiré, avec toute la -famille royale, dans un pavillon voisin du château. Après avoir fait -leur premier repas, elles descendirent toutes dans le jardin, montèrent -dans des calèches qu'on leur avait préparées, et accompagnèrent la reine -dans une promenade autour du parc. Quand cette promenade fut terminée, -on vit commencer les enchantements de cette fête ravissante. Après -chaque divertissement, les calèches se trouvaient prêtes pour -transporter les dames aux lieux où les attendaient des jouissances -nouvelles et inattendues. Tous les ambassadeurs assistaient à cette -fête, et on y remarquait beaucoup d'étrangers, surtout beaucoup -d'Anglais, venus à la suite du beau duc de Montmouth, dont les -attentions pour Henriette d'Angleterre excitaient la jalousie du duc -d'Orléans et affermissaient dans son esprit le crédit du chevalier de -Lorraine, ennemi de cette princesse[194]. - - [194] CHOISY, _Mémoires_, t. LXIII, p. 397.--MONTPENSIER, - _Mémoires_, t. XLIII, p. 121. - -Vers la fin de la journée et lors du souper et du feu d'artifice, les -jardins furent ouverts au public; des rafraîchissements furent -distribués à tous ceux qui en voulurent; et le peuple put participer à -ce que cette fête offrait pour lui de plus surprenant et déplus -éclatant. - -L'abbé de Montigny avait joint à sa lettre des listes de toutes les -dames invitées, indiquant de quelle manière elles se trouvaient placées -au souper, qui fut le repas principal de la journée. Ces détails ne sont -pas sans intérêt, parce qu'ils jettent du jour sur la position des -personnages de la haute société de cette époque et sur les intrigues de -cour, que la jeunesse du roi et ses galantes inclinations rendaient -très-actives. - -Madame de Sévigné et sa fille étaient placées à la table du roi, et sont -inscrites sur la liste après madame de la Fayette et avant madame de -Thianges. Cette circonstance dut singulièrement accréditer les bruits -qu'on avait répandus de l'inclination du roi pour mademoiselle de -Sévigné. Madame de Montmorency, faisant part à Bussy de ce qui se disait -à la cour, lui écrit, le 15 juillet 1668 (trois jours avant la fête): -«Pour des nouvelles, vous saurez que M. de Rohan parle avec mépris de -madame de Mazarin. Il dit qu'on veut avoir ses bonnes grâces, mais sans -en faire cas quand on les a. On croit qu'il retourne à madame de -Soubise, que MADAME fait valoir tant qu'elle peut auprès du roi, et -souhaite fort cette galanterie. D'un autre côté, la Feuillade fiait ce -qu'il peut pour mademoiselle de Sévigné; mais cela est encore bien -faible.» Bussy, cet homme si fier et si hautain, loin de voir un -déshonneur pour sa famille dans la supposition que le roi pourrait jeter -les yeux sur mademoiselle de Sévigné, répond à madame de Montmorency, le -17 juillet (c'est-à -dire la veille de la fête): «Je serais fort aise que -le roi s'attachât à mademoiselle de Sévigné, car la demoiselle est fort -de mes amies, et il ne pourrait être mieux en maîtresse[195].» Le même -jour, Bussy écrit à sa cousine pour lui recommander une affaire, et, en -terminant sa lettre, il ne manque pas de lui parler de sa fille: «Je -suis bien à vous, ma chère cousine, et à la plus jolie fille de France; -je n'ai que faire, après cela, de faire mon compliment à mademoiselle de -Sévigné[196].» Cette préoccupation de Bussy pour mademoiselle de Sévigné -fait présumer qu'il savait gré à la Feuillade de ses projets; parce -qu'il voyait dans leur réussite une chance favorable à son ambition. - - [195] Lettres inédites, tirées du 3e volume des _Mémoires inédits - de_ BUSSY, mss. de la bibl. de l'Institut, no 221; _Lettres de_ - SÉVIGNÉ, t. I, p. 43 de la Notice bibliographique, édit. de - Monmerqué. - - [196] SÉVIGNÉ, _Lettres_, t. I, p. 182, édit. de G. de S.-G. (en - date du 17 juillet 1668). - -Au reste, toutes ces rumeurs, toutes ces intrigues provenaient de ce que -la liaison du roi avec madame de Montespan, encore enveloppée des voiles -du mystère, n'était considérée que comme un goût passager: on s'aperçut -dès lors que la maîtresse en titre avait cessé d'occuper la première -place dans le cÅ“ur du monarque, et que des rivales, plus belles et plus -jeunes, pouvaient tenter de ta supplanter. Madame de Sévigné nous -fournira l'occasion de faire remarquer par la suite le succès des -intrigues conduites, avec une si grande réserve et une si habile -dissimulation, par madame de Soubise, et déjà signalées dans la lettre -de madame de Montmorency. Quant à mademoiselle de Sévigné, sa froideur -dédaigneuse, jointe à la vertu vigilante de sa mère, la garantit d'un -péril qui ne fut peut-être jamais bien menaçant et que probablement elle -ne connut qu'après son mariage. - -Madame de la Trousse, cette tante de madame de Sévigné dont il est si -souvent fait mention dans ses lettres, se trouvait aussi à la même table -qu'elle; mais elle est nommée après madame de Thianges. Au reste, -Félibien remarque qu'à cette table du roi, après que lui et MONSIEUR se -furent assis, les dames qui avaient été nommées pour y prendre place -s'assirent sans garder aucun rang[197]. - - [197] FÉLIBIEN, _Relation de la fête du 18 juillet 1668_, dans - les _OEuvres de_ MOLIÈRE, t. VII, p. 287 à 315, édit. d'Auger; ou - t. VI, p. 300, édit. d'Aimé-Martin, 1824, in-8º.--Idem, _Recueil - de descriptions de peintures et autres ouvrages faits pour le - roi_, 1671, p. 283. - -A la table présidée par madame d'Humières, dont le mari, neveu de Bussy, -venait d'être promu à l'éminente dignité de maréchal de France, se -trouvaient mademoiselle de Bussy-Lameth, également parente de Bussy, et -la marquise de la Baume, qui s'était montrée si perfide envers madame de -Sévigné et Bussy[198]. A cette même table était aussi madame la comtesse -de Guitaut, amie intime de madame de Sévigné, dame d'Époisses[199]; puis -encore madame de la Troche, autre amie de madame de Sévigné et dont le -nom reparaît si souvent dans sa correspondance[200]. C'est elle dont -l'abbé Arnauld, dans ses Mémoires, loue l'esprit et la beauté quand il -nomme celles qui, particulièrement liées avec madame Renaud de Sévigné -et sa fille, faisaient les délices de la société de la ville d'Angers en -1652[201]. - - [198] Voyez p. 345 de la seconde partie de ces _Mémoires_, ch. - XXIV. - - [199] SÉVIGNÉ, _Lettres_, t. I, p. 120, édit. de - Monmerqué.--Idem, t. I, p. 172, édit. de G. de S.-G. (lettre en - date du 6 juin 1668). - - [200] SÉVIGNÉ, _Lettres_, t. II, p. 2, 3, 465; t. IV, p. 240; t. - VII, p. 133; t. IX, p. 191; t. X, p. 413. - - [201] L'abbé ARNAULD, _Mémoires_, t. XXXIV, p. 302, 305, 306, et - ci-dessus, 2e partie de ces _Mémoires_, p. 101 et 102, chap. - VIII. - -Ce qui était digne de remarque, c'est que madame de Montespan, qui avait -dans cette fête le rôle principal, ne se trouvait pas à la table du roi. -Elle était placée à celle dont la duchesse de Montausier faisait les -honneurs, entre la duchesse de Crussol et la duchesse de Gesvres. Il y -avait aussi à cette même table madame de Tallemont, madame et -mademoiselle de Raré, mademoiselle de Scudéry et enfin madame Scarron. -Réduite à l'indigence par la suppression de la pension de deux milles -livres que lui faisait la reine mère, pension dont elle avait en vain -sollicité le rétablissement, madame Scarron avait refusé d'épouser un -homme riche de naissance, mais de mÅ“urs dissolues. Pour ne pas être à -charge à ses puissants amis, qui offraient de la recueillir chez eux, -elle avait mieux aimé se résoudre à s'expatrier, et consentir à se -mettre à la suite de mademoiselle d'Aumale, princesse de Nemours, qui -allait à Lisbonne pour être reine de Portugal. Mais madame de Thianges, -qui connaissait avec quelle répugnance madame Scarron avait pris cette -résolution, s'opposa à son départ, et la présenta à sa sÅ“ur madame de -Montespan, qui la prit en amitié. Madame de Montespan, alors au -commencement de sa liaison avec le roi, obtint facilement ce que les -Richelieu, les Chalais, les d'Albret, les Villeroy et madame -d'Heudicourt avaient en vain sollicité[202]. Malgré la vive opposition -de Colbert, la pension de madame Scarron fut rétablie. Louis XIV, habile -à donner un plus grand prix à toutes ses grâces par la manière dont il -les conférait, tira parti de ses refus et de ses délais mêmes, lorsque -madame Scarron, présentée par madame de Montespan, vint lui faire ses -remercîments. «Madame, lui dit-il, je vous ai fait attendre longtemps. -J'ai été jaloux de vos amis, et j'ai voulu avoir ce mérite auprès de -vous[203].» Telle fut la première entrevue de deux êtres depuis si -intimement unis, séparés alors par un si grand intervalle, qui croyaient -n'avoir plus jamais aucune autre occasion de se voir ou au moins de se -parler. Pourtant madame de Montespan continua de goûter de plus en plus -la société de madame Scarron, qui, toujours prudente et réservée, ne se -prodiguait pas, et tournait déjà à la grande dévotion. Madame de -Sévigné, qui avait été liée avec Scarron, ne cessa point de voir sa -veuve, et la rencontrait souvent chez la maréchale d'Albret, à l'hôtel -de Richelieu et chez madame d'Heudicourt. Le public de cette époque -n'était pas encore déshabitué du style burlesque mis en crédit par -Scarron; et après lui Loret et ses continuateurs avaient, par leurs -gazettes du monde élégant, continué à en maintenir la vogue dans la -haute société. Aussi les Å“uvres de Scarron[204], qui furent alors -réunies et publiées avec ses lettres inédites, livrées à l'éditeur par -d'Elbène, eurent-elles un grand succès. Une de ces lettres, adressée à -madame de Sévigné[205], dont nous avons déjà parlé à sa date, -constatait l'admiration qu'avait eue pour elle ce bel esprit bouffon; et -plusieurs autres lettres, de même pour la première fois publiées, -démontraient la sollicitude de Scarron pour sa femme, la tendresse et le -respect qu'elle avait su lui inspirer, et ajoutaient encore à l'intérêt -qu'on prenait à elle. L'ambition de madame Scarron parut comblée -lorsqu'on eut rétabli sa pension. Du moins elle écrivit à madame de -Chanteloup, son amie: «Deux mille livres! c'est plus qu'il n'en faut -pour ma solitude et pour mon salut[206].» Par la suite, cette somme ne -suffisait pas au salaire d'une de ses femmes de service. - - [202] MAINTENON, _Lettres_, t. I, p. 38.--Idem, édit. de Collin, - 1806, t. I, p. 36-44 (lettres à madame de Chanteloup, 28 avril, - 11 juillet 1666).--CAYLUS, _Souvenirs_, collect. de Petitot, t. - LXVI, p. 443.--Idem, édit. Renouard, 1806, in-12, p. - 84.--AVRIGNY, _Mém. chronologiques_ (édit. 1725), t. III, p. - 189.--LA BEAUMELLE, _Mémoires_. - - [203] LA BEAUMELLE, _Mémoires de Maintenon_, t. I, p. - 285.--MAINTENON, _Lettres_, t. I, p. 43 (lettre à madame de - Chanteloup, en date du 11 juillet 1666).--_Ibid._, t. I, p. 40, - 41, 48. - - [204] _OEuvres de_ M. SCARRON, revues, corrigées et augmentées; - Paris, Guillaume de Luyne, 1669, in-12. - - [205] _Les dernières OEuvres de_ M. SCARRON, divisées en deux - parties; Paris, Guillaume de Luyne, 1669, in-12, t. I, p. 21, à - madame de Sévigny la veuve. (La lettre suivante, à tort intitulée - _à madame de Sévigny la marquise_, est adressée à madame Renaud - de Sévigné, mère de madame de la Fayette. Conférez la 1re partie - de ces _Mémoires_, chap. XVI, t. I, p. 226.) - - [206] MAINTENON, _Lettres_, édit. de 1806, in-12, t. I, p. 43 (à - madame de Chanteloup, 11 juillet 1666). - - - - -CHAPITRE VI. - -1668-1669. - - La fête donnée à Versailles ajoute à la célébrité de ce lieu.--La - description de Versailles, dans le roman de _Psyché_, de la - Fontaine, contribue au succès de cet ouvrage.--Madame de Sévigné - lisait tous les écrits de cet auteur.--Elle aimait les - divertissements du théâtre.--Elle approuvait Louis XIV d'avoir - soutenu le _Tartuffe_.--Chefs-d'Å“uvre de Molière, de la Fontaine, - de Racine et de Boileau qui parurent à cette époque.--Ce grand - mouvement littéraire exerce de l'influence sur le talent de madame - de Sévigné.--L'amour maternel suppléait chez elle à l'amour de la - gloire.--Louis XIV fait cesser les persécutions contre les - jansénistes, et les rappelle de leur exil.--Madame de Sévigné les - revoit chez elle et chez la duchesse de Longueville.--Elle lit les - _Essais de morale_ de Nicole.--Succès du P. Desmares à - Saint-Roch.--Prédiction de madame de Sévigné sur le P. Bourdaloue. - Elle se rétracte.--De Bossuet.--Madame de la Fayette fait paraître - _Zayde_;--Huet, son _Traité sur l'origine des romans_.--Madame de - Sévigné ignorait qu'elle participerait à la gloire du grand - siècle.--Elle se mettait au-dessous de toutes les femmes auteurs - de son temps.--Les lettres qu'elle écrit à Bussy sont au nombre de - ses meilleures.--Bussy les recueille, et les insère dans ses - Mémoires.--Inscription qu'il met au bas du portrait de madame de - Sévigné.--Elle et Bussy se faisaient valoir mutuellement.--Mot de - madame de Sévigné à ce sujet.--Jugement que Bayle porte des - lettres de madame de Sévigné à Bussy.--Poëme d'Hervé de Montaigu - sur le style épistolaire.--Éloge qu'il fait de madame de - Sévigné.--Elle a entretenu une correspondance très-active avec le - cardinal de Retz.--Retz s'était volontairement retiré à - Commercy.--Il s'était réconcilié avec Louis XIV, auquel il rendit - d'importants services.--Il va deux fois à Rome, et contribue à la - nomination de deux papes.--Madame de Sévigné lui écrit pour lui - recommander Corbinelli et une affaire qui intéresse le maréchal - d'Albret.--Réponse qu'elle en reçoit. - -L'éclat et la pompe de la grande fête qui eut lieu à Versailles, après -la paix d'Aix-la-Chapelle, avaient donné beaucoup de célébrité à cette -ville nouvelle, à ce château, à ces jardins, à ce parc, magnifiques -créations de Louis XIV, presque aussi rapides et aussi étonnantes que -ses conquêtes. La Fontaine fit alors paraître son charmant poëme -d'_Adonis_ et son gracieux roman de _Psyché_[207]. Les descriptions du -lieu où l'auteur a placé les interlocuteurs de ce roman nous paraissent -avec raison aujourd'hui un hors-d'Å“uvre; mais alors, au contraire, ces -descriptions, où la poésie venait au secours de la prose, contribuèrent -beaucoup au succès de l'ouvrage. Versailles était alors si peu connu, et -tant de personnes cependant avaient pu récemment admirer ce prodige, -tant d'autres n'en avaient rien appris que par des récits vulgaires, que -la Fontaine intéressait tous les lecteurs en s'adressant aux souvenirs -des uns et à l'imagination des autres. Le sujet de ce volume était -encore l'amour, non cet amour sensuel dont l'auteur s'était trop complu -à tracer la dangereuse peinture dans ses deux recueils de contes, mais -cet amour que l'âme partage et dont il dit que les peines sont plus -douces que les plaisirs[208]. Un an avant l'apparition de ce roman, la -Fontaine s'était acquis une gloire plus durable par la publication de -son premier recueil de _Fables_, dédié au jeune Dauphin. Le duc de -Montausier avait été nommé gouverneur de ce prince, Bossuet son -précepteur, et Huet son sous-précepteur[209]. La noble conduite de la -Fontaine lors de la disgrâce de Fouquet avait accru l'amitié de madame -de Sévigné pour ce poëte. Elle faisait ses délices de ses écrits, et -nous apprenons par ses lettres qu'elle lui pardonnait les licencieuses -productions de sa muse[210]. Madame de Sévigné ne partageait pas non -plus le rigorisme des jansénistes ses amis, qui voulaient proscrire -comme irréligieux les divertissements du théâtre. Elle les aimait: une -plaisanterie qui lui est échappée[211], sur l'abbé Roquette, démontre -qu'elle approuvait Louis XIV d'avoir résisté à ceux qui s'opposaient à -la représentation du _Tartuffe_. Elle trouvait bon qu'il eût employé -plus de temps pour élever sur la scène française ce chef-d'Å“uvre de -Molière et pour l'y maintenir que pour conquérir la Flandre et la -Franche-Comté[212]. - - [207] Les _Amours de Psiché_ (sic) _et de Cupidon_, _par_ M. DE - LA FONTAINE; Paris, chez Claude Barbin, 1669, in-8º.--A la page - 441 commence le poëme d'_Adonis_; le privilége est du 2 mai - 1668.--Conférez l'_Histoire de la vie et des ouvrages de la - Fontaine_, 3e édition, p. 172 à 190. - - [208] «Et leurs plaisirs sont moins doux que ses peines.» - _Psyché_, p. 56, édit. 1669. - - [209] _Vie de monsieur le duc de Montausier_, t. II, p. 8, 18 et - 20. - - [210] _Hist. de la vie et des ouvr. de la Fontaine_, 3e édit., p. - 210. - - [211] SÉVIGNÉ, _Lettres_, t. V, p. 216, édit. de M.--_Ibid._, t. - V, p. 378, édit. de G. de S.-G. - - [212] ÉTIENNE, _Notice sur le Tartuffe_ (dans la 1re livraison du - _Théâtre français_ de Panckouke; il n'a paru que cette - livraison).--AUGER, _OEuvres de Molière_, t. VI, p. - 192-199.--TASCHEREAU, _Vie de Molière_, 2e édit., 1818, in-8º, p. - 189 à 213.--_Ibid._, 3e édit., in-12, p. 115-126. - -Malgré l'admiration un peu trop exclusive de madame de Sévigné pour -Corneille et l'approbation qu'elle avait donnée, dans sa jeunesse, aux -poëtes médiocres qui s'étaient acquis de la réputation, les -chefs-d'Å“uvre dont le théâtre et la presse enrichissaient la -littérature durent, à cette époque, être pour elle la source de vives -jouissances. C'est pendant les deux années qui précédèrent celles où -madame de Sévigné commença à laisser courir journellement sa plume pour -correspondre avec sa fille que l'on vit éclore les productions -littéraires les plus propres à développer le goût du beau et du naturel. -Ce fut dans cet espace de temps qu'on joua pour la première fois _les -Plaideurs_ de Racine et sa tragédie de _Britannicus_[213]; que Molière -fit représenter et imprimer le _Tartuffe_[214], _le Misanthrope_, -_l'Amphitryon_, _l'Avare_; que la Fontaine publia ses _Fables -choisies_[215], Boileau ses deux premières _Épîtres_ et cette neuvième -_Satire_[216] qui fit dire à Bussy que le poëte s'y était surpassé -lui-même[217]. - - [213] _Britannicus_; Paris, Claude Barbin, 1670, in-12 (80 pages - sans l'épître et la préface).--RACINE, _OEuvres_; Paris, 1687, - in-12, p. 225 à 229. - - [214] _Le Tartuffe_ ou _l'Imposteur_, comédie de J.-B. P. DE - MOLIÈRE, imprimée aux dépens de l'auteur. Chez Ribou, 1669, petit - in-12. - - [215] _Fables choisies, mises en vers par_ M. DE LA FONTAINE, - 1668, in-4º.--_Ibid._, in-12, 1668 et 1669. - - [216] _Satires du sieur D***_; Paris, Louis Billaine, 1668, - in-12.--Quoique ce mot _satires_ soit au pluriel sur le titre, il - n'y a que la satire IX précédée du discours (16 pages).--_Satires - du sieur D***_; Paris, Louis Billaine, 1669, in-12, 76 pages et - le discours; cette édition contient les neuf premières satires. - - [217] BUSSY, _Lettres_, t. III, p. 108 et 109 (lettre en date du - 16 septembre 1668). Cette lettre apprend que la neuvième satire - de Boileau avait été envoyée à Bussy le mois précédent. - -Nul doute que le grand mouvement littéraire de cette époque n'ait -beaucoup contribué à développer le talent naturel de madame de Sévigné -comme écrivain. Sa sensibilité et sa vive imagination lui donnaient les -moyens d'employer toutes les ressources de son esprit pour distraire sa -fille et pour se distraire elle-même de la peine d'être séparée d'elle. -Sans un motif puissant, il n'y a pas de puissants efforts, il n'y a pas -de grands résultats. L'amour maternel suppléa, dans madame de Sévigné, à -l'amour de la gloire; et les jouissances du cÅ“ur tinrent lieu de celles -de l'orgueil et de la vanité. - -D'autres causes encore, qu'il ne faut pas omettre, contribuèrent à -former le talent de madame de Sévigné à l'époque où elle fut appelée à -le mettre en pratique pour sa seule satisfaction, pour celle de sa fille -et celle de ses amis. - -Elle alliait le goût de la société et du monde avec celui de la -retraite, la plus franche gaieté avec des pensées sérieuses, un grand -penchant aux plaisirs et un sincère attachement aux sévères pratiques de -la religion. Tous les sentiments, joyeux ou mélancoliques, tendres ou -sublimes, énergiques ou délicats, trouvaient en elle des sympathies. Son -esprit était nourri de ce qu'il y avait de plus élevé dans la -littérature sacrée et de plus ingénieux et de plus parfait dans la -littérature profane: Louis XIV faisait alors représenter le _Tartuffe_, -il ordonnait de cesser toute persécution contre les jansénistes; de Sacy -était sorti de la Bastille; Arnauld, le grand Arnauld, était rentré dans -Paris; tous les solitaires de Port-Royal avaient repris leur poste dans -la Vallée; madame de Sévigné profitait, chez elle et chez la duchesse de -Longueville (dont l'hôtel était devenu comme le chef-lieu du -parti[218]), de la conversation de ces hommes de savoir et de génie; et -elle goûtait encore plus leurs préceptes de morale que leurs subtilités -religieuses. Les _Essais de Nicole_ étaient au nombre de ses lectures -favorites[219]. A cette époque aussi le fameux prédicateur janséniste, -le P. Desmares, interdit depuis plusieurs années, remonta en chaire, et -attira la foule à l'église Saint-Roch[220]. Il était sans rival lorsque -Bossuet, évêque de Condom, eut cessé de prêcher à Paris. Alors aussi le -jeune Bourdaloue débuta dans la prédication au collége des jésuites. -Madame de Sévigné, accompagnée de sa fille, alla l'écouter: prévenue, -par ses amis les jansénistes, contre l'ordre des jésuites, auquel -appartenait le P. Bourdaloue, elle attribuait la supériorité de talent -qu'elle reconnut dans le nouveau prédicateur à la petitesse de l'église -où il prêchait: «Il ne jouera bien, dit-elle, que dans son tripot[221].» -A quoi l'esprit de parti ne se prend-il pas? Heureusement pour madame de -Sévigné que son bon goût était plus fort que ses préventions. Elle ne -tarda pas à rétracter son indiscrète prédiction sur Bourdaloue, et elle -devint une des plus vives admiratrices de son éloquence. Quant à -Bossuet, il s'éleva, dès son début dans l'oraison funèbre, à une telle -hauteur que, pour la puissance des mots, la profondeur des pensées, la -grandeur des images, la majesté du discours, il ne fut plus possible de -lui comparer personne chez les anciens ni chez les modernes. C'était un -genre d'éloquence que la sublimité de la religion et le génie de Bossuet -pouvaient seuls créer[222]. - - [218] FR. BOURGOIN DE VILLEFORT, _la Véritable vie - d'Anne-Geneviève de Bourbon, duchesse de Longueville_; Amsterdam, - chez Jean-Fr. Joly, 1739, in-12, t. II, p. 105-118, 119-124, liv. - VI.--(L'édition de Paris de ce même ouvrage, qui porte pour titre - _Vie de madame la duchesse de Longueville_, t. V, 1738, est - très-incomplète; les retranchements ont surtout porté sur ce - livre VI.) - - [219] SÉVIGNÉ, _Lettres_, t. II, p. 246 et 252; t. IV, p. 260; t. - V, p. 249; t. VII, p. 6, 215; t. X, p. 237; t. XI, p. 239, édit. - de G. de S.-G. - - [220] PETITOT, _Notice sur Port-Royal_, collection des Mémoires, - t. XXXIII, p. 199. Le souvenir du P. Desmares se conserva - longtemps; car, plus de vingt ans après, Boileau disait: - - Desmares dans Saint-Roch n'aurait pas mieux prêché. (_Sat. X._) - - [221] SÉVIGNÉ, _Lettres_, t. I, p. 208-284.--Idem, p. 286-288, - édit. de M. - - [222] L.-F. DE BAUSSET, _Hist. de J.-B. Bossuet_, 1814, in-8º, - liv. III, t I, p. 231 à 234. - -Ce n'est pas sans de justes motifs que nous passons ici en revue tous -les grands écrivains contemporains de madame de Sévigné. Sans doute les -génies qui ont brillé dans la littérature et dans les arts sont mieux -appréciés à mesure qu'une longue suite d'années a permis de les comparer -avec un plus grand nombre de ceux qui ont cherché à les imiter ou ont -aspiré à les surpasser; mais de leur vivant ces hommes supérieurs -exercent par eux-mêmes et par leurs ouvrages une plus forte influence, -parce que l'admiration qu'ils excitent est mêlée de surprise et a toute -la puissance magique de la nouveauté; leurs succès forcent à réfléchir -et font naître des résolutions courageuses; on veut profiter des -richesses nouvelles avant qu'elles soient flétries par un usage banal ou -une inhabile médiocrité. La parole d'ailleurs et le geste ont bien un -autre effet que celui d'une froide lecture. La controverse animée et les -éclairs qui jaillissent inattendus de la conversation des grands esprits -exercent sur les âmes et les intelligences un empire auquel le livre le -mieux fait ne saurait prétendre. - -Nous ignorons si madame de Sévigné fut dans le secret de son amie madame -de la Fayette, qui alors publia sous le nom de Segrais le roman de -_Zayde_, dont elle était l'auteur[223]. Madame la comtesse du Bouchet -envoya ce roman à Bussy aussitôt qu'il parut, en lui écrivant que -c'était le plus joli qu'on pût lire[224]. Huet, qui ainsi que Segrais -avait assisté madame de la Fayette dans la composition de cet ouvrage, -écrivit, pour lui donner plus de valeur, son savant _Traité sur -l'origine des Romans_, sous la forme d'une lettre adressée à Segrais, -qui fut imprimée en tête de _Zayde_. A ce sujet, madame de la Fayette -disait à Huet: «Nous avons marié nos enfants ensemble[225].» Ce traité -de Huet[226] dut plaire autant que le roman même à madame de Sévigné, -car c'était une sorte d'apologie, faite par un homme sérieux et savant, -d'un genre de lecture qu'elle aima à toutes les époques de sa vie. Dans -sa jeunesse, l'_Astrée_ de d'Urfé et la _Clélie_ de mademoiselle de -Scudéry avaient amusé ses loisirs; et dans son âge mûr elle admirait -encore dans _Cléopâtre_ l'idéal des belles âmes et les grands coups -d'épée retracés par la Calprenède. - - [223] _Zayde, histoire espagnole_, _par_ M. SEGRAIS, avec un - _Traité sur l'origine des romans_, _par_ M. HUET; Paris, Claude - Barbin, 1670, in-8º (le privilége est du 8 octobre 1669). - - [224] BUSSY, _Nouvelles lettres_, 2 vol., t. V, p. 126 (lettre en - date du 18 décembre 1669). C'était bien une nouveauté, car à la - fin du privilége de _Zayde_ il est dit: «Achevé d'imprimer pour - la première fois le 20 novembre 1669.» - - [225] HUETII _Commentarius de rebus ad eum pertinentibus_, 1718, - in-12, p. 20.--Les _Origines de la ville de Caen_, 2e édit., - in-8º, 1706, p. 409. Id. - - [226] Il s'en fit un grand nombre d'éditions séparées.--_Traité - sur l'origine des romans_, _de_ M. HUET; 1685, in-12, 6e édit. - -Un auteur bien plus caché que madame de la Fayette, et du même sexe, -c'était madame de Sévigné elle-même. Par les lettres qui s'échappaient -rapidement de sa plume, elle était loin de se douter qu'elle aussi -travaillait à la gloire du grand siècle. Elle ignora toujours que, -devenue un modèle inimitable dans le genre épistolaire, elle mériterait -d'être placée au nombre des grands écrivains. Il est certain, au -contraire, que, malgré la bonne opinion qu'elle avait de son esprit, -elle se mettait, sous le rapport du style, bien au-dessous de -mademoiselle de Scudéry, de madame de la Fayette, de madame Deshoulières -et des autres femmes de cette époque qui cultivaient les lettres et qui -avaient osé affronter la publicité. - -Nous ne pouvons douter qu'au temps dont nous traitons madame de Sévigné, -fort répandue dans le monde, n'ait eu une correspondance très-active -avec diverses personnes; mais il ne nous reste d'elle, pendant ces deux -années, que les lettres qu'elle écrivit à Bussy. Il est vrai qu'elles -sont au nombre des mieux écrites et des plus spirituelles de celles -qu'on a recueillies. On peut en dire autant des lettres de Bussy à sa -cousine. En lisant leur correspondance, on reconnaît que, suivant la -juste observation de Bussy, ils se faisaient valoir mutuellement[227]. -Madame de Sévigné trouvait qu'elle écrivait avec plus de vivacité et de -feu quand il lui fallait répondre à son cousin. C'est ce qu'elle exprime -avec une familière originalité quand elle lui dit: «Vous êtes le fagot -de mon esprit.» - - [227] SÉVIGNÉ, _Lettres_, t. I, p. 152, édit. de M.--Idem, t. I, - p. 211, édit. de G. de S.-G. (7 septembre 1668). - -Bussy, dont en littérature le jugement était droit et le tact fin, ne -tarit pas sur les éloges qu'il donne aux lettres de sa cousine. Il -conservait avec soin toutes celles qu'elle lui écrivait; et lorsque, par -la suite, il se mit à écrire ses _Mémoires_, il y inséra les lettres -qu'il avait reçues d'elle, parce qu'il les considérait avec juste -raison comme un des principaux ornements et une des portions les plus -agréables à lire de son ouvrage[228]. - - [228] BUSSY-RABUTIN, _Mémoires_, 1694, 2 vol, in-4º.--_Lettres du - comte_ DE BUSSY, 1697, in-12.--_Lettres de madame_ DE SÉVIGNÉ _au - comte de Bussy-Rabutin_, tirées du _Recueil de lettres_ de ce - dernier; Amsterdam et Paris, Delalain, 1775, in-12. - -Parmi les épigraphes, le plus souvent satiriques, dont Bussy affublait -les portraits des femmes qu'il s'occupait alors à placer dans la galerie -de son château, il en avait composé une d'un tout autre style pour le -portrait de sa cousine, au bas duquel on lisait ce qui suit: - -«MARIE DE RABUTIN, FILLE DU BARON DE CHANTAL, MARQUISE DE SÉVIGNÉ, FEMME -D'UN GÉNIE EXTRAORDINAIRE ET D'UNE VERTU COMPATIBLE AVEC LA JOIE ET LES -AGRÉMENTS[229].» - - [229] BUSSY-RABUTIN, dans SÉVIGNÉ, _Lettres_, t. I, p. 157, édit. - de M., et t. I, p. 217, édit. de G. de S.-G.--MILLIN, _Voyage - dans les départements du midi de la France_, t. I, p. - 213.--CONRARD DE BRÉBAN, _Souvenirs d'une visite au château de - Bussy-Rabutin_, 1833, p. 27. - -Lorsque parut cette correspondance de Bussy, Bayle, qui alors -travaillait à son Dictionnaire, fut tellement frappé par la lecture des -lettres de madame de Sévigné qui s'y trouvaient mêlées qu'il demanda à -un de ses amis de Paris des renseignements sur celle qui les avait -écrites, disant: «Je ne vois personne qui doute que les lettres de -madame de Sévigné ne soient meilleures que celles de Rabutin. Cette dame -avait bien du sens et de l'esprit... Elle mérite une place parmi les -femmes illustres de notre siècle.... M. Perrault ne fera-t-il pas un -livre pour elles aussi bien que pour les hommes?... Je voudrais bien -savoir quelque chose de l'histoire de celle-là . Je la mettrais -volontiers dans mon Dictionnaire[230].» - - [230] BAYLE, _Lettres choisies_; Rotterdam, 1714, t. II, p. 652. - (Des Maiseaux a redonné une meilleure édition de ces _Lettres_ en - 1729.)--BAYLE, _OEuvres_, in-folio, t. IV, p. 986. (_Lettres_ en - date du 18 décembre 1698. L'édition des _Lettres_ de Rotterdam - dit le 4 décembre.) - -Bayle écrivait ces lignes deux ans après la mort de madame de Sévigné; -et Hervey de Montaigu, lorsqu'il fit paraître son élégant poëme latin -_sur le style épistolaire_, n'hésite pas d'avouer que les femmes ont sur -les hommes la supériorité dans ce genre d'écrits. Pour le prouver, il -cite en exemple madame de Sévigné, et par conséquent les lettres qu'elle -avait écrites à Bussy, les seules qui eussent été publiées, les seules -que Hervé de Montaigu aussi bien que Bayle ont pu connaître. Voici -comment s'exprime le moderne poëte latin: - -«Les femmes se jouent avec plus de facilité que les hommes du style -épistolaire; elles ont moins d'art, mais plus de naturel. Les mêmes -doigts qui savent ourdir avec dextérité un fil délicat manient aussi la -plume avec une égale habileté. Je t'en prends à témoin, aimable Sévigné; -et je chanterais tes louanges si je pouvais t'emprunter ton style -enchanteur, dont l'éclat est si pur, la grâce si parfaite, qui recèle -tant d'esprit et de finesse sous une apparente simplicité. Tes lettres -coulent sous ta plume avec tant de rapidité que tu sembles plutôt les -transcrire que les composer[231].» - - [231] - Aptius ipsa viris scribendo femina ludit; - Natura mulier, vir magis arte valet. - Quæque manus subtile trahit de stamine filum - Æquali calamum dexteritate movet. - Testis erat SEVINEA. Suas me scribere laudes - Si patitur, calamum commodet ipsa suum. - Tam purus nitor est, adeo sincera venustas, - Si salibus condit scripta, lepore sales. - Tam facilis procedit epistola, pene videtur - Composuisse minor quam perarasse labor. - _Ratio conscribendæ epistolæ_, _carmen auctore_ CLAUDIO - HERVÆO DE MONTAIGU, _e societate Jesu_; Parisiis, 1713, - in-12 (15 pages), p. 7. - -On ne peut douter que madame de Sévigné ne trouvât dans cette facilité -même un attrait pour nouer des correspondances avec des personnes dont -l'esprit lui plaisait. Diverses lettres d'elle qu'on a retrouvées le -démontrent, entre autres les quatre lettres à son cousin de Coulanges, -écrites vers le temps dont nous nous sommes occupé et qui furent -publiées les premières après celles de Bussy[232]. - - [232] _Lettres de_ MARIE RABUTIN DE CHANTAL, _marquise_ DE - SÉVIGNÉ, à _madame la comtesse de Grignan, sa fille_; 1726, - in-12, p. 15-49. Ce sont quatre lettres à Coulanges qui ouvrent - ce recueil. La première (c'est la fameuse lettre sur le mariage - de Lauzun) est datée du 15 décembre 1670; la dernière, du 15 mars - 1671. - -Quoiqu'il ne nous reste aucune lettre de madame de Sévigné au cardinal -de Retz, nous apprenons, par plusieurs de celles qu'elle écrivit à sa -fille, que sa correspondance avec cet homme éminent était au moins aussi -fréquente que celle qu'elle entretenait avec Bussy; et cela est confirmé -par les lettres de Bussy à ce dernier. Si Retz se tenait dans sa -retraite de Commercy, c'est qu'il avait formé l'honorable résolution de -vivre économiquement, pour payer ses dettes; et s'il ne jugeait pas à -propos de paraître à la cour, ce n'est pas qu'il en fût exclu. Retz -avait plusieurs fois écrit au roi pour le féliciter sur le -rétablissement de sa santé et sur les victoires qu'il avait remportées; -et Retz avait reçu du roi des réponses aimables et gracieuses. -L'intérêt de l'État et le soleil de la gloire avaient dissipé tous les -nuages qu'auraient pu soulever de fâcheuses réminiscences sur cet ancien -chef de la Fronde. Les services qu'il avait rendus dans le conclave et -la part qu'il avait eue dans l'élection de Clément IX avaient achevé de -faire connaître tout ce qu'on pouvait espérer de son habileté, de son -zèle et de la confiance qu'on avait en lui[233]. Aussi, dès qu'on eut -reçu la nouvelle que Clément IX, après avoir occupé pendant dix-huit -mois seulement le trône de saint Pierre, avait terminé ses jours, Louis -XIV se hâta d'envoyer un courrier à Commercy pour réclamer le secours du -cardinal de Retz, qui partit de nouveau pour Rome et exerça pour -l'élection de Clément X la même influence que pour la nomination de -Clément IX[234]. - - [233] LOUIS XIV, _OEuvres_, t. V, p. 81, 144, 395, 397, 412, 424, - 555 (lettres en date des 17 mars 1662, 18 juin 1663, 19 novembre - 1666, 1er juillet 1667, 9 mars 1668, 13 août 1676). - - [234] Ce pape fut nommé le 29 avril 1670.--Conférez _Mémoires du - cardinal_ DE RETZ, publiés d'après les manuscrits autographes, - collection MICHAUD, p. 609. (_Lettres de_ LOUIS XIV _au cardinal - de Retz_, 10 décembre 1669. Ibid., p. 610 à 611.--Lettres en date - des 10, 13 et 17 déc. 1669.) - -Dans l'année qui précéda ce prompt départ de Retz pour Rome, madame de -Sévigné lui avait écrit pour lui recommander Corbinelli, qui, alors -exilé avec Vardes dans le midi de la France, écrivait fréquemment à -Bussy de longues lettres, entremêlées de nombreuses citations d'Horace -et d'autres auteurs anciens[235]. Madame de Sévigné, qui savait que -Retz jouissait de nouveau d'un assez grand crédit, l'avait aussi prié de -ne point prendre parti contre le maréchal d'Albret dans un procès que -celui-ci avait avec la trop fameuse duchesse de Châtillon, qui s'était -remariée, en 1664, à Christian-Louis, duc de Mecklembourg. Il était -naturel que madame de Sévigné prît plus d'intérêt au maréchal d'Albret -qu'à la duchesse de Mecklembourg, à cause de l'amitié qu'elle avait pour -lui et aussi parce qu'il avait épousé une sÅ“ur de M. de Guénégaud[236]. -Retz répondit à madame de Sévigné qu'il avait été trompé par un -faussaire dans l'affaire de Corbinelli, et que c'était ce faussaire qui -avait profité de la recommandation faite pour le protégé de madame de -Sévigné. Retz, qui a montré tant de capacité et de finesse dans les -négociations comme chef de parti ou dans les commissions qui lui furent -données par le roi, a cependant prouvé que, dans les grandes comme dans -les petites affaires, il était facile à tromper: il fut presque toujours -dupe des femmes qu'il croyait séduire, et la victime des trames qu'il -avait ourdies au profit de son ambition personnelle. Comme il était ami -chaud et sincère, il se montra désolé de ce qui lui était arrivé dans -cette circonstance. «Vous ne pouvez vous imaginer, écrit-il à madame de -Sévigné, le chagrin que cela m'a donné. J'y remédierai par le premier -ordinaire avec toute la force qui me sera possible.» Sa lettre -commençait ainsi: «Si les intérêts de madame de Mecklembourg et de M. le -maréchal d'Albret vous sont indifférents, madame, je solliciterai pour -le cavalier, parce que je l'aime quatre fois plus que la dame; si vous -voulez que je sollicite pour la dame, je le ferai de très-bon cÅ“ur, -parce que je vous aime quatre millions de fois plus que le cavalier; si -vous m'ordonnez la neutralité, je la garderai; enfin parlez, et vous -serez ponctuellement obéie[237].» - - [235] BUSSY, _Lettres_, t. III, p. 19, 155, 207, 296, 384, 386, - 408; t. V, p. 75, 97-170 (toutes les lettres avec l'initiale C. - sont de CORBINELLI).--Idem, t. V, p. 126, Lettre de madame DU - BOUCHET, en date du 18 décembre 1667.--LOUIS XIV, _OEuvres_, t. - V, p. 424. - - [236] SAINT-SIMON, _OEuvres_, t. II, p. 21.--MORERI, t. V, p. - 426. - - [237] SÉVIGNÉ, t. I, p. 159, édit. de M., ou t. II, p. 220 de - l'édit. de G. de S.-G.--BUSSY, _Lettres_, t. V, p. - 126.--SAINT-SIMON, _Mém. authentiques_, t. XI, p. 131. - -Le cardinal de Retz avait vendu, en 1665, sa seigneurie de Commercy à la -princesse de Lislebonne cinq cents cinquante mille livres, mais en s'en -réservant l'usufruit. La duchesse de Lorraine avait ajouté à cette -réserve l'usufruit de la souveraineté du Château-Bas, ce qui rendait le -cardinal maître de tout le Commercy quant aux droits honorifiques[238]. -Il ne faut pas croire qu'en s'éloignant du monde et de la cour pour -payer ses dettes il s'imposât à Commercy de grandes privations; il y -vivait, au contraire, en prince de l'Église, et aimait à y exercer le -pouvoir de petit souverain. En sa qualité de damoiseau de Commercy, il -publiait des décrets, ordonnait des prières publiques, fondait des -corporations pieuses et charitables, leur donnait des constitutions et -des règlements. Il avait sa justice, son président des grands jours, son -lieutenant de cavalerie, ses deux gentilshommes, ses comédiens, sa -musique, un chanteur et une chanteuse pour sa chapelle, un brillant -équipage. Enfin, le personnel de sa maison, ou, comme on disait, le -nombre de ses domestiques, se montait à soixante et deux individus, en y -comprenant son intendant, messire Hippolyte Rousseau, seigneur de -Chevincourt, conseiller du roi et correcteur de la chambre des -comptes[239]. Retz occupait aussi ses loisirs à l'étude et à des -discussions de métaphysique et de philosophie cartésienne avec dom -Robert des Gabets, bénédictin et prieur de l'abbaye de Breuil[240], à -Commercy. Retz écrivit aussi vers ce temps (en 1670) ses Mémoires, à la -prière de madame de Caumartin, dont le mari était son parent[241]; mais -il mourut avant de les avoir terminés. Il les composa en partie au -château de la Ville-Issey, et les continua dans cette ville et à -l'abbaye de Saint-Mihiel, où l'abbé dom Hennezon, qui avait toute sa -confiance[242], et plusieurs de ses religieux en écrivirent une portion -sous sa dictée. Il est faux qu'il ait, comme on l'a dit, employé des -religieuses pour lui rendre ce service. Il aimait à se promener dans la -forêt voisine, et plusieurs des animaux sauvages qu'elle nourrissait -furent enfermés par lui dans une ménagerie qu'il avait fait construire à -grands frais à la Ville-Issey. Si alors il eût voulu revenir à la cour, -il y eût été très-bien accueilli. Le duc d'Enghien vint lui rendre -visite à Commercy en 1670, et le duc d'Orléans deux ans après. Lorsqu'il -venait à Paris pour ses affaires, il logeait chez sa nièce, madame de -Lesdiguières, ou dans son abbaye de Saint-Denis: alors il y célébrait -l'office divin dans les jours de grandes solennités. Il donna, en 1675, -sa démission du cardinalat; mais le pape ne voulut pas l'accepter, ce -qui le força, quoique souffrant de la goutte, à faire encore le voyage -de Rome (en 1676) pour l'élection d'un nouveau pape. Ses meilleurs amis -et même ses plus anciennes amies ne se doutaient point qu'il eût écrit -ses Mémoires, car ils étaient presque terminés lorsqu'ils le pressaient -de les commencer. Il savait que madame de Sévigné aurait fortement -désapprouvé ce qu'il y disait de lui-même et des autres. Elle l'aimait -avec tendresse[243] et sans aucune vue d'intérêt[244], quoi qu'en ait -dit un illustre écrivain[245]. Elle n'ignorait pas que tout ce qu'il -possédait était engagé pour le payement de ses dettes et qu'il ne -faisait pas d'économie sur ses riches revenus. C'est une erreur -d'avancer que l'admiration de madame de Sévigné pour le cardinal -diminuât à mesure qu'il approchait de sa fin; c'est le contraire de -cette assertion qui est la vérité. Les plus grands éloges qu'elle lui -ait donnés datent de l'année qui a précédé sa mort[246], qui fut -d'ailleurs subite et imprévue. Les lettres de madame de Sévigné au comte -de Guitaud et à Bussy témoignent de la profonde douleur qu'elle -ressentit par la perte de celui «dont elle était l'amie depuis trente -ans et dont l'amitié lui était également honorable et délicieuse[247]» -N'anticipons pas sur les années. Je n'ose entrer en discussion avec -l'auteur du _Génie du Christianisme_, qui prononce que madame de Sévigné -était «légère d'esprit;» mais je doute que beaucoup de mes lecteurs (si -j'ai des lecteurs) veuillent souscrire à ce jugement; et quant au -reproche jeté à cette mère de famille, d'être «positive dans sa conduite -et calculée dans ses affaires,» je conviens que sa vie entière le -justifie. Mais je le demande à toutes celles auxquelles leur tendresse -maternelle a imposé pour toujours, dans l'âge des grands périls, les -rigueurs du veuvage, si ces torts, qu'on attribue à madame de Sévigné, -ne sont pas de ceux dont elles se féliciteraient d'être accusées. - - [238] DUMONT, _Histoire de la ville et des seigneurs de - Commercy_, t. II, p. 159. - - [239] DUMONT, avocat à Saint-Mihiel, _Histoire de la ville et des - seigneurs de Commercy_; Bar-le-Duc, 1843, in-8º, t. II, p. 149 et - 152. - - [240] COUSIN, _Analyse des Mss. de Robert des Gabets, Journal des - Savants_, 1842, in-4º, p. 129 à 144; p. 193 à 210, et p. 288 à - 305. - - [241] Madame de Sévigné en fait l'éloge.--SÉVIGNÉ, _Lettres_ (7 - juin 1675), t. III, p. 288, édit. M.; t. III, p. 410, édit. de G. - de S.-G. - - [242] MM. CHAMPOLLION, _Notice sur le cardinal de Retz_, dans la - _Nouvelle collection des Mémoires pour servir à l'histoire de - France_, t. I, p. 9 et 12.--DUMONT, _Hist. de Commercy_.--Madame - CHARLOTTE-ÉLISABETH DE BAVIÈRE, _Fragments de lettres - originales_, t. I, p. 24.--Madame la duchesse D'ORLÉANS, - princesse palatine; 1832, in-8º, p. 361. - - [243] SÉVIGNÉ, _Lettres_, 5 et 24 juillet 1675, t. III, p. 321 et - 336, édit. de M.; t. III, p. 445 et 462, édit. de G. de S.-G. - - [244] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (7 et 19 juin 1675), t. III, p. 269 et - 299, édit. de M., et t. III, p. 410 et 419, édit. de G. de S.-G. - - [245] CHATEAUBRIAND, _Vie de Rancé_, 1844, in-8º, p. 125, 1re - édit. - - [246] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (27 juin 1678), t. VI, p. 7 et 8, édit. - de G. de S.-G.; t. V, p. 340, édit. de M. - - [247] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (25 août 1679), t. VI, p. 109 et 110: - cette lettre n'est pas dans toutes les éditions; et p. 111 - (lettre à Bussy), édit. de G. de S.-G.--_Ibid._, t. V, p. 421, - édit. de M. - - - - -CHAPITRE VII. - -1668-1669. - - Bonheur dont jouissait madame de Sévigné.--Réflexion sur la - brièveté des moments les plus heureux de la vie.--Ses deux enfants - devaient bientôt la quitter.--Son fils, le baron de Sévigné, - s'engage comme volontaire pour aller faire la guerre contre les - Turcs.--Politique de la France à l'égard de l'Allemagne et de - l'empire ottoman.--Guerre des Turcs et des Vénitiens.--Candie est - assiégée.--Louis XIV désirait secourir les Vénitiens, et ne le - pouvait à cause des traités.--Il accepte l'offre de la Feuillade - de conduire à ses frais cinq cents gentilshommes comme volontaires - au secours de Candie.--Avant de partir pour cette expédition, le - baron de Sévigné consulte Turenne, le cardinal de Retz et le duc - de la Rochefoucauld, qui tous l'engagent à exécuter son - projet.--Motifs particuliers que chacun d'eux avait pour lui - donner ce conseil.--Sévigné part dans l'escadron du comte de - Saint-Paul.--Cette expédition eut une fin malheureuse.--Les - Français se montrèrent aussi braves qu'indisciplinés.--La - Feuillade revient après avoir perdu la moitié des siens.--Le baron - de Sévigné revient avec lui, et rejoint sa mère. - -L'ascendant que madame de Sévigné obtenait dans le monde par le pouvoir -de sa plume le cédait à celui qu'elle exerçait par sa présence. Ses -attraits, qui, même sur le retour de l'âge, ne l'avaient point -abandonnée, et les charmes de son commerce spirituel et enjoué lui -conciliaient les cÅ“urs, lui soumettaient les volontés. Son fils venait -d'achever son éducation, et, par sa figure comme par ses qualités -acquises, il était compté parmi les jeunes gens de son âge au nombre des -plus agréables. Sa fille, renommée par sa beauté, brillait par -l'instruction, les talents, qui donnaient encore plus de prix à sa -beauté. Mère heureuse et femme charmante, madame de Sévigné jouissait de -son automne sans avoir à regretter ni son brillant printemps ni son -éclatant été, deux saisons de la vie qui, dans l'état de veuvage qu'elle -avait voulu garder, étaient, pour une femme aussi vertueuse, -accompagnées de trop d'orages et de douloureux combats, pour ne pas -éveiller en elle quelques pénibles souvenirs. - -On aperçoit, non sans en être attendri, les traces de ces sentiments -dans un court billet qu'elle écrivit à Ménage, qui lui avait envoyé la -cinquième édition de ses poésies. Cette édition avait cela de -particulier que la première idylle, intitulée _le Pêcheur_ ou _Alexis_, -dédiée à la marquise de Sévigné[248], commençait par les deux vers -suivants, qui ne se trouvent pas dans les quatre éditions précédentes: - - Digne objet de mes vÅ“ux, à qui tous les mortels - Partout, à mon exemple, élèvent des autels[249]. - - [248] Conférez première part., chap. XXII, p. 451. - - [249] ÆGIDII MENAGII _Poemata, octava editio, prioribus longe - auctior et emendatior, et quam solam Menagius agnoscit_; - Amstelodami, Henr. Westenium, 1668, in-12, p. 202.--_Quinta - editio_, 1668, p. 146.--_Septima editio, prioribus longe - emendatior_; Parisiis, Petrum le Petit, 1680, in-12, p. 170. (Je - crois que cette édition est la dernière revue par Ménage, et que - celle de Hollande, 1688, n'en est qu'une réimpression.) Dans la - 4e édition, 1663, in-18 (_in officina Elzeviriana_), les deux - premiers vers sont ainsi: - - Des ouvrages du ciel le plus parfait ouvrage, - Miracle de ces lieux, merveille de notre âge. - -Sans doute que le signet de l'exemplaire que Ménage envoya à madame de -Sévigné se trouvait à cet endroit du livre, car elle lui répondit: - -«Votre souvenir m'a donné une joie sensible, et m'a réveillé tout -l'agrément de notre ancienne amitié. Vos vers m'ont fait souvenir de ma -jeunesse; et je voudrais bien savoir pourquoi le souvenir d'un bien -aussi irréparable ne donne point de tristesse. Au lieu du plaisir que -j'ai senti, il me semble qu'on devrait pleurer; mais, sans examiner ce -sentiment, je veux m'attacher à celui que me donne la reconnaissance de -votre présent. Vous ne pouvez douter qu'il ne me soit agréable, puisque -mon amour-propre y trouve si bien son compte et que j'y suis célébrée -par le plus bel esprit de mon temps. Il faudrait, pour l'honneur de vos -vers, que j'eusse mieux mérité tout celui que vous me faites. Telle que -j'ai été et telle que je suis, je n'oublierai jamais votre véritable et -solide amitié, et je serai toute ma vie la plus reconnaissante, comme la -plus ancienne de vos très-humbles servantes[250].» - - [250] SÉVIGNÉ, t. I, p. 125, édit. de M.; _ibid._, t. I, p. 179, - édit. de G. de S.-G. (lettre du 23 juin 1688). - -Qu'ils sont rares et courts les moments de la vie où se trouvent réunies -les circonstances qui concourent à nous faire jouir de tout le bonheur -auquel l'avare destinée nous permet d'atteindre! Certes, il est peu de -femmes qui aient été aussi bien partagées par la nature et la fortune -que madame de Sévigné; et on doit penser qu'elle eût été bien ingrate de -se plaindre de l'une et de l'autre. Cependant elle l'avait acquise, -cette félicité, par des privations continuelles imposées à ses plus -belles années, par l'abnégation des plaisirs les plus entraînants, par -la violence faite aux sentiments les plus puissants. A peine était-elle -parvenue à savourer, sans mélange d'aucune amertume, les fruits de ses -sacrifices et de sa vertu qu'elle se trouva isolée, sans consolation, -privée de son bien le plus précieux, séparée de ce qui faisait son -orgueil et ses délices. Ses deux enfants quittèrent presque en même -temps la maison maternelle. Son fils, que son jeune âge et la paix qui -venait de se conclure semblaient devoir fixer près d'elle pendant -quelques années, fut le premier qui l'abandonna. Il s'éloigna pour -aller, au delà des mers, affronter des périls qui étaient pour elle la -cause des plus mortelles inquiétudes. Les meilleurs amis de madame de -Sévigné, Retz, la Rochefoucauld, Turenne, furent ceux qui, par leur -approbation, contribuèrent le plus à l'exécution du projet que ce jeune -homme, avide de gloire militaire, comme toute la noblesse française de -cette époque, avait formé à l'insu de sa tendre mère, qui versa, -lorsqu'elle l'apprit, d'abondantes larmes[251]. - - [251] SÉVIGNÉ, _Lettres_, t. I, p. 205, édit. de G. de S.-G., ou - t. I, p. 147, édit. de M. (lettre en date du 8 août 1668). - -Depuis François Ier, la France, par la nécessité où elle était -d'abaisser l'Autriche, sa rivale, se trouvait engagée dans une politique -contraire à ses sentiments religieux, contraire à ses habitudes de -déférence envers le chef de l'Église catholique. Dans aucun pays on -n'avait montré plus de zèle pour la propagation de la foi, dans aucun -pays la soumission au pape n'avait été plus absolue qu'en France, et -nulle part les persécutions contre les protestants n'avaient été plus -cruelles et plus acharnées: cependant, sous Henri IV comme sous François -Ier, sous Louis XIV comme sous Louis XII, le gouvernement avait toujours -soutenu, tantôt secrètement, tantôt ouvertement, le Grand Turc et les -protestants d'Allemagne contre l'Autriche. Les gouvernements qui se -succédaient en France, cédant à l'opinion générale de l'Europe, aux -intérêts de l'Église et de la religion en France et à leurs propres -inclinations, agissaient souvent d'une manière contraire à leur -politique et aux traités qu'ils avaient conclus. Au dedans, ils -mécontentaient les protestants d'Allemagne par la violation des -engagements contractés avec eux, en se montrant intolérants envers les -protestants français; au dehors, ils fournissaient contre les Turcs, -alliés de la France, des hommes et des chevaux et secouraient leurs -ennemis. - -Depuis vingt-quatre ans, la riche, mais petite république de Venise -soutenait contre les Ottomans une lutte inégale. Candie était assiégée -depuis huit ans. L'attaque comme la défense avait présenté des prodiges -de valeur, qui avaient fait dire que c'était une guerre de géants. -Venise sollicitait des secours de toute la chrétienté, et elle -s'adressait surtout à son plus puissant monarque, à Louis XIV, vainqueur -de l'Espagne; mais les traités qui liaient la France à la Turquie ne -permettaient pas au roi de céder aux instances de l'ambassadeur de la -république. Le pape, cependant, pressait vivement le monarque de prêter -secours aux Vénitiens contre les infidèles. Dans ces circonstances -embarrassantes, Louis XIV accepta la proposition qui lui fut faite par -un de ses jeunes courtisans, qui, plein d'un enthousiasme chevaleresque, -lui offrit de conduire à ses frais, au secours de Candie, un corps de -cinq cents gentilshommes français, comme volontaires du saint-siége. -L'auteur de cette proposition était d'Aubusson de la Feuillade, alors -nommé duc de Roannès, parce qu'il venait d'épouser la sÅ“ur de -l'héritier de ce nom, qui se démit de tous ses droits en faveur de son -beau-frère, créé duc et pair à cette occasion[252]. Tout ce qu'il y -avait dans la noblesse française de jeunes gens impatients à se signaler -dans les combats s'enrôla sous les drapeaux de la Feuillade. Parmi ceux -qui étaient sous ses ordres on comptait des d'Aubusson, des Beauvau, des -Langeron, des Créquy, des Fénelon, des Chamilly, des Saint-Marcel, des -Villemorts, des Oxienstern, des la Rochejacquelein, des Xaintrailles, -des du Chastelet, des Chavigny. Il avait pour lieutenants le duc de -Caderousse, le duc de Château-Thierry et le comte de Saint-Paul[253]. - - [252] SAINT-SIMON, _Mémoires complets et authentiques_, édit. - 1829, t. I, p. 439 (année 1696).--HÉNAULT, _Nouvel Abrégé - chronologique de l'histoire de France_, 1768, in-4º, t. II, p. - 634 (année 1667); et t. III, p. 866 de l'édit. in-8º; 1821, p. - 866.--Hénault écrit à tort _Rouannois_, et Saint-Simon assez bien - _Roannais_; le vrai nom est _Roannès_ ou _Roannez_.--Hénault et - d'Expilly (_Dict. des Gaules et de la France_, t. VI, p. 334) - ont, à ce sujet, d'autres inexactitudes. - - [253] DARU, _Histoire de Venise_, 1819, in-8º, t. IV, p. 602, - 608-610.--LOUIS XIV, _Lettres_, t. V, p. 423, 443, 444, 459 - (lettres du 16 mars 1668, 20 septembre 1669).--BUSSY, _Lettres_, - t. III, p. 132-147-152, 164; et t. V, p. 89, 90.--_Journal - véritable de ce qui s'est passé à Candie sous M. le duc de la - Feuillade_, _par_ M. DESROCHES, aide-major; Paris, 1670, in-18, - chez Charles de Sercy, cité par AUBENAS, _Histoire de madame de - Sévigné_; Paris, 1842, in-8º, p. 148 à 152.--DU LONDEL, _Fastes - des rois de la maison d'Orléans et de celle de Bourbon_, 1697, - in-8º, p. 204. Du Londel place au 29 octobre 1668 l'arrivée du - duc de la Feuillade à Candie; Desroches, au 1er novembre. - -Le baron de Sévigné (tel fut le titre que prit le fils de la marquise de -Sévigné en entrant dans le monde et qu'il conserva tant qu'elle vécut) -était alors âgé de vingt ans. Avant de prendre part à cette expédition, -il consulta d'abord Turenne, qui, avec toute la chaleur d'un nouveau -converti, l'exhorta à partir pour cette espèce de croisade. En effet, -tous les historiens nous montrent Turenne depuis la mort de sa femme, -qui était comme lui de la religion prétendue réformée, vacillant dans la -croyance de ses ancêtres par la lecture de quelques-uns des écrits -substantiels qu'avaient publiés les solitaires de Port-Royal sur les -vraies doctrines de la religion, et aussi par les entretiens de -plusieurs de ses doctes amis, Choiseul, évêque de Tournay, Vialart, -évêque de Châlons[254], et par les arguments de son jeune neveu le duc -d'Albret. Enfin, il fut tout à fait convaincu par l'excellent traité que -Bossuet composa exprès pour lui sur les points les plus controversés -entre les deux communions. Les protestants attribuèrent cette conversion -au désir qu'ils supposaient à Turenne de contrebalancer la confiance que -Louis XIV semblait vouloir accorder à Condé pour les choses de la -guerre. Ce qui pouvait donner lieu à cette croyance, c'est qu'on fit -valoir auprès du pape le crédit dont jouissait Turenne à la cour de -France et l'influence qu'il pouvait avoir sur les déterminations du roi -pour envoyer des troupes au secours des Vénitiens. Ce motif engagea le -souverain pontife à confirmer le choix que Louis XIV avait fait du duc -d'Albret, neveu de Turenne, pour être promu à la dignité de cardinal. Ce -jeune abbé n'avait encore reçu aucune dignité ecclésiastique; il sortait -à peine d'être reçu docteur[255]. Trop de causes engageaient donc -Turenne à déterminer ceux qui voulaient faire leur apprentissage de la -guerre à secourir Candie pour qu'il en détournât le jeune Sévigné, -malgré l'ancienne amitié qu'il avait pour sa mère. Le cardinal de Retz, -qui désirait que ce jeune homme, son parent, se distinguât dans la -carrière militaire, la seule qui convînt à son rang et à sa naissance, -approuva la courageuse résolution qu'il avait prise. Quant à la -Rochefoucauld, il lui suffisait que le comte de Saint-Paul se fût engagé -à partir pour souhaiter vivement qu'il eût un grand nombre de compagnons -d'armes. Aussi, bien loin de combattre les projets du baron de Sévigné, -il l'exhorta à les mettre à exécution. Si la Rochefoucauld avait -réfléchi à ce qui s'était passé à cette occasion entre Retz, Turenne et -le baron de Sévigné, il aurait peut-être à son recueil de Maximes -chagrines ajouté celle-ci: Dans les conseils que nous donnons à nos -amis, nous commençons par considérer l'avantage qui peut en résulter -pour nous-mêmes.--Le motif de la tendresse que le duc de la -Rochefoucauld avait pour l'unique héritier du nom de Longueville n'était -ignoré de personne. C'était cet enfant dont la duchesse de Longueville -avait accouché à l'hôtel de ville de Paris durant les troubles de la -Fronde et lors de son intime liaison avec le duc de la Rochefoucauld. -Celui-ci engagea le jeune baron de Sévigné à s'enrôler dans l'escadron, -composé d'environ cent cinquante gentilshommes, que devait commander le -comte de Saint-Paul. - - [254] DE BAUSSET, t. I, p. 111 et 112, liv. I; et p. 442, no 2 - des Pièces justificatives.--RAMSAY, _Vie de Turenne_, 1773, - in-12, t. II, p. 153, 154-160.--RAGUENET, _Histoire du vicomte de - Turenne_, t. II, p. 47.--CHOISY, _Mémoires_, t. III, p. - 460.--BOSSUET, _Exposition de la doctrine de l'Église catholique, - augmentée d'une traduction latine par l'abbé de Fleury_, 1761, - in-12 (conférez surtout la Préface historique). Une addition - particulière à cet ouvrage de Bossuet fut faite pour M. de - Turenne, et n'a été imprimée qu'en 1671. - - [255] CHOISY, _Mémoires_, t. LXIII de la collection de Petitot, - p. 156, 458-460-464-465-468.--LOUIS XIV, _OEuvres_, 1806, in-8º, - t. V, p. 442-444, 451 (lettre au pape, en date du 31 janvier - 1669).--BUSSY, _Lettres_, t. V, p. 59; ibid., _Supplément aux - Mémoires_, t. I, p. 75,--_Histoire de la vie et des Å“uvres de la - Fontaine_, liv. II, p. 169-171 de la 3º édition, 1824, in-8º. - -L'expédition, partie de Toulon le 25 septembre 1668, sur trois navires -fournis par le roi, arriva à Candie au commencement de novembre, et ne -fut pas heureuse. La troupe de la Feuillade, composée de jeunes gens -pleins d'ardeur, mais indisciplinés et sans aucune expérience du métier -de la guerre, fit des prodiges de valeur contre les Turcs; mais par ses -imprudences elle compromit la défense de la place plutôt qu'elle ne lui -fut utile. Mal secondée par la garnison vénitienne et en désaccord avec -ceux qui la commandaient, elle se rembarqua, et arriva à Toulon le 6 -mars 1669, après six mois d'absence. Elle avait perdu plus de la moitié -de ceux qui la composaient. La peste, dont elle remporta le germe, -moissonna la plus grande partie de ceux qui restaient. La Feuillade -avait reçu trois blessures; l'escadron commandé par le comte de -Saint-Paul fut celui qui donna le plus de preuves de bravoure éclatante, -mais ce fut aussi celui qui se montra le plus indiscipliné et qui perdit -le plus de monde. Le jeune baron de Sévigné, qui en faisait partie, eut -le bonheur d'échapper à tous ces périls, et revint rejoindre sa -mère[256]. - - [256] DARU, _Histoire de Venise_, t. IV, p. 608-610.--SÉVIGNÉ, t. - I, p. 148, édit de M.; et t. I, p. 207, édit. de G. de - S.-G.--DESROCHES, _Journal véritable de ce qui s'est passé à - Candie sous M. le duc de la Feuillade_, cité par AUBENAS, _Vie de - madame de Sévigné_, p. 149, 152, 153. - - - - -CHAPITRE VIII. - -1668-1669. - - Madame de Sévigné annonce à Bussy le départ de son fils.--Sévigné - n'était parti qu'avec la permission de sa mère.--Sentiments de - Sévigné pour sa mère et sa sÅ“ur.--Son désintéressement.--Il - laisse en partant une procuration pour consentir au mariage de sa - sÅ“ur et pour signer le contrat.--Dot que madame de Sévigné donne - à sa fille en la mariant au comte de Grignan.--Signature du - contrat.--Liste de tous les personnages dénommés au - contrat.--Détails sur le comte de Grignan et sur sa famille.--Des - motifs qui faisaient désirer à madame de Sévigné de l'avoir pour - gendre.--De son impatience des délais apportés à la conclusion de - ce mariage.--Elle écrit à Bussy pour le lui annoncer et demander - son consentement.--Bussy le lui donne par lettre.--Elle lui envoie - une procuration à signer pour consentir, par-devant les notaires, - au contrat.--Il ne la signe pas.--Son nom ne paraît point au - contrat.--Par quelle raison.--Obstacles au mariage causés par les - hésitations de mademoiselle de Sévigné et par les conseils du - cardinal de Retz.--Madame de Sévigné lui écrit qu'elle ne peut - avoir aucun renseignement précis sur l'état de la fortune de M. de - Grignan et qu'elle s'en rapporte à cet égard à la - Providence.--Réflexions du cardinal à ce sujet.--Date de la - célébration du mariage, donnée par madame de Sévigné.--Son - imprévoyance.--Réflexions à ce sujet. - -En écrivant à Bussy la nouvelle du départ du baron de Sévigné, dans sa -lettre en date du 28 août 1668, madame de Sévigné disait: «Je crois que -vous ne savez pas que mon fils est allé en Candie avec M. de Roannès et -le comte de Saint-Paul. Cette fantaisie lui est entrée fortement dans la -tête; il l'a dit à M. de Turenne, au cardinal de Retz, à M. de la -Rochefoucauld: voyez quels personnages! Tous ces messieurs l'ont -tellement approuvé que la chose a été résolue et répandue avant que j'en -susse rien. Enfin il est parti: j'en ai pleuré amèrement; j'en suis -sensiblement affligée. Je n'aurai pas un moment de repos pendant tout ce -voyage; j'en vois tous les périls, j'en suis morte; mais, enfin, je n'en -ai pas été maîtresse, et, dans ces occasions-là , les mères n'ont pas -beaucoup de voix au chapitre[257].» - - [257] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (18 août 1668), t. I, p. 148, édit. de - M.; _ibid._, t. I, p. 207, édit. de G. de S.-G. - -Non sans doute, quand on a de pareilles inspirations et la ferme volonté -de les suivre, on ne consulte point sa mère. Mais, pourtant, Sévigné ne -partit pas sans avoir obtenu le consentement de la sienne. La -correspondance de celle-ci nous prouve que, malgré ses défauts et les -travers de sa jeunesse, Sévigné se montra toujours plein de tendresse et -de déférence pour sa mère; il savait apprécier ses aimables qualités, et -se trouvait heureux de lui prouver son affection par ses complaisances -et ses attentions. Bien souvent il préféra à tous les plaisirs de la -cour et du monde les longues journées de lectures et de promenades -passées en tête à tête avec cette mère chérie, dans la solitude des -Rochers. Frère aussi excellent qu'il était bon fils, la préférence -marquée que madame de Sévigné manifestait en toute occasion pour sa -fille ne lui inspira jamais ni jalousie ni envie. Il aimait tendrement -sa sÅ“ur, et le lui prouva surtout par son désintéressement. - -Au commencement de l'année 1679, Sévigné n'était pas encore de retour de -son expédition de Candie, lorsque madame de Sévigné recevait quittance -de deux cent mille livres tournois par elle payées, à compte[258] des -trois cent mille livres de dot qu'elle donnait à sa fille en la mariant -au comte de Grignan. Sévigné, la veille du jour où il avait quitté sa -mère pour se rendre à Toulon[259], avait passé une procuration à l'effet -de signer en son nom et d'approuver tous les avantages pécuniaires qui -seraient faits à sa sÅ“ur par son contrat de mariage. Ce contrat fut -signé le 28 janvier 1669, et il est utile, pour l'intelligence de ces -Mémoires et des lettres de madame de Sévigné, de faire connaître, selon -l'ordre où ils sont mentionnés dans cet acte, tous les personnages qui y -comparurent alors, soit en personne, soit par procuration[260]. - - [258] «En louis d'argent, louis d'or et pistoles d'Espagne,» dit - la quittance annexée au contrat, dont la grosse originale, signée - des notaires GIGAULT et SIMONNET, est sous nos yeux. La dot de - mademoiselle de Sévigné était de plus de six cent mille francs, - monnaie actuelle. - - [259] Le 22 août 1668. - - [260] Nous avons laissé l'orthographe des noms telle qu'elle est - dans l'acte, quoique ce ne soit pas toujours celle qui a été - suivie dans cet ouvrage, d'après l'usage établi et les livres - imprimés. - -C'est d'abord le futur époux: - -«François Adhémar de Grignan, chevalier, comte dudit Grignan et autres -lieux, conseiller du roi, lieutenant général pour Sa Majesté en -Languedoc, demeurant à Paris, rue Béthizy, paroisse Saint-Germain -l'Auxerrois.» - -Puis ensuite: «Marie de Rabutin-Chantal, veuve de Henri, marquis de -Sévigné, seigneur des Rochers, de la Haye-de-Torré, du Buron, Bodegat et -autres lieux, conseiller du roi, maréchal de ses camps et gouverneur -pour Sa Majesté des villes et châteaux de Fougères; stipulant pour -mademoiselle Françoise-Marguerite de Sévigné, sa fille, et demeurant rue -du Temple, paroisse Saint-Nicolas des Champs.» - -Du côté de l'époux comparaissent, pour donner leur consentement au -mariage: «Jacques Adhémar de Grignan, évêque et comte d'Uzès, oncle -paternel[261]. - - [261] SÉVIGNÉ, _Lettres_, 6 mars, 11 et 28 octobre 1671. - -«Joseph Adhémar de Monteil de Grignan, chevalier, comte de Venosan, -capitaine d'une compagnie de chevau-légers[262]; et Louis, abbé de -Grignan, aussi frère (c'est-à -dire tous deux frères du comte de -Grignan)[263]. - - [262] SÉVIGNÉ, _Lettres_, 9 juillet, 1er novembre 1671, 7 août - 1675, 28 octobre 1676 (le chevalier de la Gloire), 1er novembre - 1688; 6 juillet, 31 août 1689; 11 janvier 1690. - - [263] SÉVIGNÉ, _Lettres_, 30 mars 1672, 9 septembre 1675 (le plus - beau de tous les prélats); 21 août 1680, 9 janvier 1683, 22 - septembre 1688 (M. de Carcassonne); 7 février, 16 juin, 17 - juillet 1689 (_idem_); 17 août 1690.--Sur Louis-Joseph Adhémar de - Monteil de Grignan, dit _le bel abbé_, qui fut successivement - évêque d'Évreux et de Carcassonne; conférez encore les _Lettres - inédites et restituées de madame_ DE GRIGNAN _et de l'abbé_ DE - COULANGES, publiées par M. VALLET DE VIRIVILLE, t. IV, p. 320 de - la _Bibliothèque de l'École des Chartes_, 1843, in-8º (lettre du - 22 décembre 1677), p. 5 du tirage à part.--_Catalogue des - archives de la maison de Grignan_, 1844, in-8º, p. 30-36. - -«Charles de Sainte-Maure, duc de Montausier, pair de France, etc.; et -dame Julie d'Angennes, duchesse de Montausier, beau-frère et belle-sÅ“ur -(du comte de Grignan par le premier mariage de ce dernier avec la -deuxième fille de madame de Rambouillet)[264]. - - [264] SÉVIGNÉ, _Lettres_, 4 septembre 1668, 16 mars 1672; 7 août, - 24 novembre 1675; 21 février 1680, 1er décembre 1688, 15 février - 1690.--LOUIS XIV, _OEuvres_, t. V, p. 373.--CONRART, _Mémoires_, - t. XLVIII, p. 64, 76.--MONGLAT, _Mémoires_, t. L, p. 393, sur - madame de Montausier.--SÉVIGNÉ, _Lettres_, 22 novembre 1671. - -«Madame du Puy du Fou de Champagne, marquise de Mirepoix, belle-sÅ“ur -(par le second mariage de M. de Grignan avec Marie-Angélique, fille du -marquis du Puy du Fou et de Champagne et de Madeleine de -Bellièvre)[265]. - - [265] La marquise du Puy du Fou la mère mourut en mars 1696, à - l'âge de quatre-vingt-trois ans. Voyez le _Mercure galant_, mars - 1696, p. 221. Cf. _Archives de la maison de Grignan_, p. 32, no - 195. - -«Pomponne de Bellièvre, chevalier, marquis de Grignan, conseiller du roi -en ses conseils et d'honneur en sa cour du parlement, oncle. - -«De Crussol, comte dudit lieu, et dame Julie-Françoise de Sainte-Maure -son épouse, nièce[266]. - - [266] Conférez SÉVIGNÉ, _Lettres_, en date du 15 mai 1671, du 18 - novembre 1671, du 22 janvier 1672, t. II, p. 71, 292 et 357, - édit. de G. de S.-G.--_Vie du duc de Montausier_, t. II, p. 15 et - 17.--MONTPENSIER, _Mémoires_, t. XLIII, p. 196.--TALLEMANT, - _Hist._, t. II, p. 33, édit. in-8º. - -«Henri de Lorraine, prince d'Harcourt, cousin germain maternel, et -Françoise de Brancas, princesse d'Harcourt, son épouse[267]. - - [267] SÉVIGNÉ, _Lettres_, 23 mai 1667, 6 janvier et 26 décembre - 1672, 1er janvier 1674, 20 juillet 1679.--CHOISY, _Mém._, t. - LXIII, p. 432. - -«Antoine-Escalin Adhémar de la Garde, chevalier, comte de la Garde, -gouverneur de la ville de Furnes, cousin germain maternel[268]. - - [268] SÉVIGNÉ, _Lettres_, 7 et 11 août 1675, 28 octobre 1676, 16 - juillet 1677, 20 juillet 1689. - -«Simiane de Gordes, chevalier des ordres du roi, marquis de Gordes, -comte de Carser, chevalier d'honneur de la reine, et dame Marie de -Sourdis, son épouse, cousine[269]. - - [269] SÉVIGNÉ, _Lettres_, 19 février 1672, 19 novembre 1673. - -«Toussaint de Forbin, évêque de Marseille[270]. - - [270] Conférez SÉVIGNÉ, _Lettres_, 28 novembre 1670, 8 avril - 1671, 19 et 27 novembre 1673 (il est nommé _la Grêle_ dans cette - lettre), 24 novembre 1675 (nommé seulement _l'évêque_ dans cette - lettre), 18 août 1680, 22 février 1690 (c'est le cardinal de - Forbin). - -«Madame d'Uzès[271]. - - [271] Madame DE GRIGNAN, _Lettres_ à son mari, 1843, in-8º, p. 18 - et 19 du tirage à part. - -«Charlotte d'Étampes de Vallencey, marquise de Puysieux[272]. - - [272] SÉVIGNÉ, _Lettres_, 19 novembre 1670, 13 mars 1671, 23 août - 1675, 15 septembre 1677 (lettre de Bussy).--TALLEMANT, - _Historiettes_, t. I, p. 293 et 294.--MONTPENSIER, _Mémoires_, t. - XLIII, p. 159, 205, 271, édit. in-8º.--_Biographie universelle_, - t. XXXVI, p. 304. - -«Armand de Simiane, abbé de Gordes, premier aumônier de la reine, comte -de Lyon et prieur de la Roé et de Saint-Lô de Rouen[273]. - - [273] SÉVIGNÉ, _Lettres_, 3 novembre 1688 (évêque de Langres), 19 - novembre 1695. - -«Cousins et cousines. - -«Marie d'Alongny-Rochefort, épouse de Jacque le Coigneux, chevalier, -conseiller du roi et grand président en la cour du parlement[274]. - - [274] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (lettre de Bussy, du 14 novembre - 1685.)--_Journal de_ DANGEAU, 24 avril 1686. - -«De Brancas[275]. - - [275] SÉVIGNÉ, _Lettres_, 25 juin 1670; 24 et 27 avril, 13 mai, - 10 juin, 28 décembre 1671; 2 juin 1672, 25 septembre 1676, 29 - nov. 1679. - -«Anne-Marie d'Aiguebonne, comtesse de Bury[276]. - - [276] SÉVIGNÉ, _Lettres_, 17 et 24 janvier 1680, 26 juin 1689 (la - sotte amie de madame de la Faluère). - -«Vicomte de Polignac, chevalier des ordres du roi et gouverneur de la -ville du Puy; dame du Rouvre, son épouse[277]. - - [277] SÉVIGNÉ, _Lettres_, 13 décembre 1684, 3 et 29 avril 1686, - juillet 1690, t. III, p. 319, édit. de G. de S.-G. - -«Henri de Guénégaud, chevalier, marquis de Plancy, seigneur de Fresne et -autres lieux, conseiller secrétaire d'État et de commandement de Sa -Majesté, commandeur de ses ordres; et dame Claire-Bénédict de Guénégaud, -duchesse de Cadrousse, cousine[278]. - - [278] SÉVIGNÉ, _Lettres_, 9 août 1671. - -«Le marquis de Montanègre[279]. - - [279] SÉVIGNÉ, _Lettres_, 31 mai 1680. - -«Le marquis de Valavoire, et dame Amat, son épouse[280]. - - [280] SÉVIGNÉ, _Lettres_, 13 janvier 1672, 22 mars 1676, 29 août - 1677.--MONTPENSIER, _Mémoires_, t. XLI, p. 218 et 219.--LORET, - _Muse historique_, t. IX, p. 136, 164. - -«De Reffuges, chevalier, lieutenant général des armées du roi; dame de -Buzeau, son épouse[281]. - - [281] Madame de Sévigné ne fait aucune mention de Reffuges, - personnage intéressant que Saint-Simon fait bien connaître. - Conférez SAINT-SIMON, _Mémoires_, t. X, p. 332 et 334. Reffuges - mourut en 1712.--Une Charlotte Reffuges épousa Guy d'Elbène. Voy. - deuxième partie de ces _Mémoires_, p. 419. - -«Claude de Seur, chevalier, conseiller du roi et directeur de ses -finances. - -«Dame Catherine de Tignard, marquise de Saint-Auban. - -«L'abbé de Valbelle[282]. - - [282] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (19 janvier 1674, 17 juillet - 1680).--LORET, _Muse historique_, t. XII, p. 36. - -«L'abbé de Rochebonne, comte de Lyon[283]. - - [283] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (16 août 1671, 27 juillet 1672). - -«Dame Jacqueline de Laugère, comtesse douairière du Roure. - -«Le comte du Roure, lieutenant général pour Sa Majesté en Languedoc, -gouverneur du Pont-Saint-Esprit; et dame Dugas, son épouse. - -«M. de Montbel.» - -Après cette énumération de personnages, «tous parents, amis et alliés -dudit seigneur futur époux,» l'acte nomme ensuite tous les parents et -amis qui ont comparu devant les notaires de la part de la future épouse; -et d'abord est nommé le premier: - -«Pierre de la Mousse[284], prêtre et docteur en théologie, prieur de la -Grossé, comme fondé de procuration de Charles de Sévigné, chevalier, -marquis dudit lieu, seigneur des Rochers, la Haye-de-Torré, le Buron, -Bodegat, la Baudière et autres lieux, frère de ladite demoiselle future -épouse.» - - [284] SÉVIGNÉ, _Lettres_, 27 avril, 23 mai, 20 et 30 septembre - 1671; 19 février 1690, t. II, p. 45, 233; t. X, p. 264, édit. G. - de S.-G. - -Après Pierre de la Mousse et Sévigné, l'acte nomme ensuite: -«D'Hacqueville[285], conseiller du roi, abbé, tant en son nom que comme -fondé de procuration de Son Éminence Jean-François-Paul de Gondy, -cardinal de Retz, souverain du Commercy, grand-oncle.» Le cardinal de -Retz prend le titre de souverain du Commercy, parce que ce petit -district de Lorraine, doyenné du diocèse de Toul, était devenu une -souveraineté jugeant les procès en dernier ressort et dont les sessions -se nommaient les _grands jours_. Le cardinal de Retz était devenu -seigneur, ou, comme on disait spécialement, _damoiseau_ du Commercy, par -héritage de sa tante Madeleine de Silly, dame du Fargis. Retz, pour -payer ses dettes, vendit la nue-propriété de cette terre à Charles IV, -duc de Lorraine; mais il s'en conserva l'usufruit[286]. Il y demeurait -alors, et sa procuration donnée à d'Hacqueville fut dressée par Vanesson -et Collignon, notaires à Commercy. - - [285] SÉVIGNÉ, _Lettres_, 24 avril, 5 juillet, 27 septembre 1671; - 15 décembre 1673, 19 et 24 juillet 1675, 5 août 1676.--RETZ, - _Mémoires_, t. XLVI, p. 49, 226, 360.--JOLY, _Mémoires_, p. 261 - et 473. - - [286] Conférez P. BENOÃŽT, _Histoire ecclésiastique et politique - de la ville et du diocèse de Toul_, 1707, in 4º, p. 79.--L'abbé - D'EXPILLY, _Dictionnaire géographique, historique et politique - des Gaules et de la France_, 1764, in-folio, t. II, p. - 401.--SÉVIGNÉ, _Lettres_, 10 octobre 1654, 15 avril 1672; 19 et - 26 juin, 9 et 22 août, 20 décembre 1675; 11 et 12 août 1676 - (notre bon ermite), 12 et 15 octobre 1677 (le cardinal, le - parrain de Pauline), 28 avril et 20 juin 1678 (de Bussy), 27 juin - 1678, 25 et 28 août 1679 (de Bussy), 13 mai 1680. - -«André Marquevin Besnard, bourgeois de Paris, comme fondé de -procuration du duc de Retz, grand-oncle. - -«Réné Renault de Sévigné, seigneur de Champiré, grand-oncle[287]. - - [287] SÉVIGNÉ, _Lettres_, 9 mars 1672, 22 mars 1676. - -«Charles de Sévigné, chevalier, comte de Montmoron, conseiller du roi en -sa cour du parlement de Bretagne, cousin paternel[288]. - - [288] SÉVIGNÉ, _Lettres_, 2 décembre 1672. - -«François de Morais, chevalier, marquis de Brezolles, capitaine enseigne -des gens d'armes de Monsieur, duc d'Orléans, frère unique du roi. - -«Et Charles-Nicolas de Créqui, chevalier, marquis de Ragny[289], cousin. - - [289] SÉVIGNÉ, _Lettres_, 1er mai 1672 (lettre de Bussy); 13 mai, - 26 août 1675; 8 décembre 1677, février 1683 (t. VII, p. 362 de - l'édit. de G. de S.-G.), 14 février 1687. - -«Henri-François, chevalier, marquis de Vassé, cousin germain -paternel[290]. - - [290] SÉVIGNÉ, _Lettres_, 7 juin 1676.--TALLEMANT, - _Historiettes_, t. IV, p. 119, édit. in-8º.--MONTPENSIER, - _Mémoires_, t. XLI, p. 232. - -«Christophle de Colanges, abbé de Livry, grand-oncle maternel[291]. - - [291] SÉVIGNÉ, _Lettres_, 16 février 1671 (l'abbé), 18 mai 1672 - (notre abbé), 6 octobre 1676, 2 septembre 1687. (L'acte porte - toujours _Colanges_; c'est, dit M. Monmerqué, l'ancienne - orthographe de ce nom, en faisant observer que l'abbé de - Coulanges signait toujours _Colanges_.)--_Mémoires de_ COULANGES, - p. 346. - -«Louis de Colanges, chevalier, seigneur de Chezières, grand-oncle -maternel[292]. - - [292] SÉVIGNÉ, _Lettres_, 5 et 23 août 1671, 27 mai 1672, 30 - avril 1675. - -«Charles de Colanges, chevalier, seigneur de Saint-Aubin, aussi -grand-oncle maternel[293]. - - [293] SÉVIGNÉ, _Lettres_, 6 octobre 1679; 15, 17, 19 novembre - 1688.--COULANGES, _Mémoires_, p. 49. - -«Dame Henriette de Colanges, veuve de François le Hardy, chevalier, -marquis de la Trousse, maréchal des camps et armées du roi, -grande-tante[294]. - - [294] SÉVIGNÉ, _Lettres_, 23 août et 18 octobre 1671 (ma tante), - 24 juin et 1er juillet 1672. - -«Philippe-Auguste le Hardy de la Trousse, chevalier, marquis dudit lieu, -capitaine sous-lieutenant de gendarmes de monseigneur le Dauphin, cousin -germain maternel[295]. - - [295] SÉVIGNÉ, _Lettres_, 9 juillet 1656 (de Bussy), 20 juillet - 1656, 19 août et 14 septembre 1675; 31 juillet 1680, 15 novembre - 1684, 22 juillet 1685, 8 octobre 1688; 3 janvier, 20 mars et 12 - juin 1689; 4 janvier 1690.--DANGEAU, mss., 24 mars 1685. - -«Philippe-Emmanuel de Colanges, chevalier, conseiller du roi en sa cour -de parlement, cousin germain maternel; et dame Angélique Dugué, son -épouse[296]. - - [296] Dans les lettres qui nous restent de madame de Sévigné, on - en compte trente-cinq où madame de Coulanges et son mari sont - mentionnés: plusieurs sont écrites par eux à madame de Sévigné ou - leur sont adressées par elle. - -«Henri de Lancy Raray, chevalier, marquis dudit lieu, aussi cousin -maternel. - -«Gaston-Jean-Baptiste de Lancy Raray chevalier aussi, marquis dudit -lieu, cousin maternel[297]. - - [297] SÉVIGNÉ, _Lettres_, 31 juillet 1680.--Conférez MONTPENSIER, - _Mémoires_, t. XLI, p. 456, 457. - -«Charles de Lancy, seigneur de Ribecourt et Pimpré, conseiller du roi en -son conseil d'État, cousin maternel. - -«Roger Duplessis, duc de la Rocheguyon, pair de France, seigneur de -Liancourt, comte de Duretal; et dame Jeanne de Schomberg, son épouse. - -«Marie d'Hautefort, veuve de François de Schomberg, duc d'Alvin, pair et -maréchal de France, gouverneur de Metz en pays Messin, colonel général -des Suisses et Grisons[298]. - - [298] Conférez la 2e partie des _Mémoires_, ch. VI, p. - 61-67.--SÉVIGNÉ, _Lettres_, du 5 janvier 1674, 30 juillet 1677. - -«François, duc de la Rochefoucauld, pair de France, prince de Marsillac, -chevalier des ordres du roi[299]. - - [299] SÉVIGNÉ, _Lettres_, 19 novembre 1652, t. I, p. 19, 67, 90, - 94, 158, 167, 170, édit. de G. de S.-G. (lettres de la - Rochefoucauld à de Guitaud), 22 septembre et 15 novembre 1664; 11 - mai, 20 août 1667; 24 septembre 1667; 21 mars, 12 juillet 1671; - 20 juin 1672 (il y a un homme dans le monde, etc.), 14 Juillet - 1673, 30 juillet 1677, 21 décembre 1678 (de Bussy), 6 et 25 - octobre 1679, 15 et 29 mars 1680. - -«La princesse mademoiselle Anne-Élisabeth de Lorraine. - -«Félix Vialar, évêque de Châlons, comte et pair de France. - -«Jean-Antoine de Mesmes, chevalier, comte d'Avaux, conseiller du roi en -tous ses conseils, grand président en sa cour de parlement de -Paris[300]. - - [300] SÉVIGNÉ, _Lettres_, 11 mars 1671. - -«Olivier Lefèvre d'Ormesson, chevalier, seigneur d'Amboille[301]. - - [301] SÉVIGNÉ, _Lettres_, 24, 26 et 27 novembre 1664 (le - rapporteur). - -«Philbert-Emmanuel de Beaumanoir de Lavardin, conseiller du roi en ses -conseils, évêque du Mans, commandant des ordres de Sa Majesté[302]. - - [302] SÉVIGNÉ, _Lettres_, 11 mars 1671 (je dîne tous les - vendredis chez le Mans), 2 août 1671; t. I, p. 371; t. II, p. - 167, édit. de G. de S.-G.--LORET, _la Muse historique_, t. III, - p. 46; t. IX, p. 130; t. XI, p. 34. - -«Marguerite-Renée de Rostaing, veuve de Henri de Beaumanoir, chevalier, -marquis de Lavardin, maréchal des camps et armées du roi[303]. - - [303] SÉVIGNÉ, _Lettres_, 15 avril 1671 (Savardin), 9 et 12 juin - 1680 10 avril 1691, avril 1694 (édit. de G. de S.-G., t. XI, p. - 25). - -«Marie-Madeleine de la Vergne, épouse du marquis de la Fayette[304]. - - [304] SÉVIGNÉ, _Lettres_, 17 avril, 16 mars 1671 (princesse de - Clèves), 9 février 1673, 26 mai, 30 juin 1673 (lettre de madame - de la Fayette), 15 décembre 1675, 12 janvier 1676, 18 et 22 mars, - 19 juin 1678 (lettre de Bussy), 17 mars 1680, juin 1693 (édit. de - G. de S.-G., t. X, p. 461).--BUSSY, _Lettres_, t. V, p. 154, du - 1er mai 1670.--DELORT, _Voyage aux environs de Paris_, t. I, p. - 217 et 224.--COSTAR, _Lettres_, p. 540.--BARRIÈRE, _la Cour et la - Ville_, p. 70.--LORET, _Muse historique_, t. XII, p. 142.--LA - FAYETTE, _Histoire d'Henriette_, t. LXIV, p. 395, collect. de - Petitot. - -«Dame Françoise de Montalais, veuve du comte de Marans. - -«Alliés et amis de ladite demoiselle future épouse.» - -Cette longue liste ne nous donne pas une connaissance complète de tous -les membres de la famille dans laquelle la fille de madame de Sévigné -allait entrer; il y manque encore: - -François Adhémar de Monteil de Grignan, archevêque d'Arles, oncle -paternel de M. de Grignan[305]. - - [305] SÉVIGNÉ, _Lettres_, 19 novembre 1670, 22 septembre 1673, 21 - janvier 1689 (l'oncle); 12 avril, 23 octobre 1689.--_Archives de - la maison de Grignan_, 1844, in-8º, no 192. - -Jean-Baptiste Adhémar de Monteil de Grignan, frère de M. de Grignan, -coadjuteur de son oncle l'archevêque d'Arles[306]. - - [306] SÉVIGNÉ, _Lettres_, 19 novembre 1670, 17 avril 1671 - (seigneur Corbeau), 14 novembre 1671 (M. de Claudiopolis), 31 mai - 1675 (l'abbé d'Aiguebeve), 5 juin, 16 et 19 août 1675 (le - coadjuteur).--Madame DE GRIGNAN, _Lettres à son mari_ (5 janvier - 1688), p. 5 et 20 du tirage à part; lettre du 22 décembre 1677, - t. IV, p. 320 et 333 de la _Bibliothèque de l'École des - chartes_.--_Archives de Grignan_, p. 31, no 192. - -Charles-Philippe Adhémar de Monteil, chevalier de Grignan, chevalier de -Malte, autre frère de M. de Grignan[307]. - - [307] SÉVIGNÉ, _Lettres_, 22 janvier et 10 février 1672. - -Marie Adhémar de Monteil de Grignan, sÅ“ur de M. de Grignan, religieuse -à Aubenas dans le Vivarais [308]. - - [308] SÉVIGNÉ, _Lettres_, 9 juin 1680. - -M. de Grignan avait encore deux autres sÅ“urs, dont l'une, Marguerite de -Grignan, avait épousé le marquis de Saint-Andiol[309]; l'autre, Thérèse -de Grignan, fut mariée au comte de Rochebonne[310]. - - [309] _Lettres de madame_ RABUTIN-CHANTAL, _marquise_ DE SÉVIGNÉ, - _à madame de Grignan_; la Haye, 1726, in-12, t. I, p. 39 (18 mars - 1671).--SÉVIGNÉ, _Lettres_, 8 juillet 1675, 21 février 1735 - (lettre de madame de Simiane, dans l'édit. de G. de S.-G., t. - XII, p. 118). Dans les éditions modernes, le passage sur - Saint-Andiol, qui se trouve dans la première édition, a été - retranché. Conférez ch. XVII. - - [310] SÉVIGNÉ, _Lettres_, 16 août 1671, 27 juillet 1672, 6 - novembre 1675, 18 septembre 1679, 15 mai 1689. - -M. de Grignan avait de sa première femme Claire d'Angennes, qu'il épousa -le 27 avril 1658, deux filles, toutes deux fort jeunes encore lorsqu'il -se maria pour la troisième fois à mademoiselle de Sévigné, l'une nommée -Louise-Catherine de Grignan[311], l'autre Françoise-Julie de Grignan, -plus connue sous le nom de mademoiselle d'Alérac[312]. - - [311] SÉVIGNÉ, _Lettres_, 1er mai, 25 octobre 1686. - - [312] SÉVIGNÉ, _Lettres_, 11 septembre 1680 (la fille terrestre - de M. de Grignan), 13 décembre 1684, 14 février 1685, 1er mai - 1686, 27 septembre 1687, 9 mars et 30 avril 1689.--Madame DE - GRIGNAN, _Lettres à son mari_ (22 décembre 1677 et 5 janvier - 1688), t. IV, p. 321 et 333 de la _Bibliothèque de l'École des - chartes_, 1843, in-8º, ou p. 6 et 18 du tirage à part, ou _Lettre - de madame_ DE GRIGNAN _au comte de Grignan, son mari_, Paris, - imprimerie de Firmin Didot, décembre 1832, in-8º, p. 7 et 8. - (C'est la lettre du 5 janvier 1688, publiée, d'après - l'autographe, à 50 exemplaires seulement.) - -Nous aurons, dans le cours de ces Mémoires, plus d'une occasion de -parler des personnages dont les noms viennent d'être mentionnés. Ce -qu'il importe pour le présent, c'est de bien faire connaître l'aîné et -le chef de cette nombreuse famille des Grignan, puisqu'en l'adoptant -pour gendre madame de Sévigné croyait voir réaliser toutes les -espérances que sa tendresse lui avait suggérées pour le bonheur de celle -qui était l'objet de ses pensées les plus chères et de ses jouissances -les plus vives. Quoiqu'en épousant mademoiselle de Sévigné le comte de -Grignan fût à ses troisièmes noces, cependant il n'avait alors que -trente-sept ans[313]. Mademoiselle de Sévigné avait atteint vingt-trois -ans; or, une supériorité d'âge de la part de l'époux qui n'excède pas le -nombre de treize années a toujours paru propre à établir dans l'union -conjugale cette similitude de goûts et d'inclinations que la différence -des sexes tend à faire disparaître entre personnes de même âge, à mesure -qu'elles s'avancent vers les dernières périodes de la vie. Le comte de -Grignan était plutôt laid que beau de visage; mais il avait une -physionomie expressive, une belle taille, un air noble et gracieux. Il -possédait cette politesse exquise, ce suprême bon ton, cet art de -converser agréablement qui, même à la cour élégante et polie de Louis -XIV, faisaient distinguer avantageusement ceux qui, dans leur jeunesse, -avaient fréquenté l'hôtel de Rambouillet. Sans être un homme remarquable -par sa capacité et par son esprit, il s'était acquitté avec distinction -de tous les emplois dont il avait été chargé: grand, généreux, aimant -les arts, le luxe, il s'était fait de nombreux amis, et, bien vu du roi, -il pouvait aspirer aux plus hautes dignités, aux plus belles fonctions -de l'État[314]. Par ses deux premières femmes, qu'il avait rendues -heureuses, il donnait à celle qu'il allait épouser des garanties de la -douceur de son caractère dans les relations conjugales, garanties que -bien peu d'hommes de son âge pouvaient offrir. Sa noblesse était -non-seulement fort ancienne, mais illustre; il était Grignan par les -femmes, Castellane par les hommes. Sa famille, par ses alliances et ses -origines, se trouvait encore greffée à celles des Adhémar et des Ornano; -elle réunissait tous ces beaux noms, et écartelait en quatre quartiers, -sur son écusson, les insignes de ces quatre souches[315]. Encore -florissante et nombreuse, cette famille se maintenait dans un grand -éclat par les dignités ecclésiastiques et les grades militaires de -plusieurs de ses membres, tous oncles ou frères de M. de Grignan; et -lui, par ses prudents mariages, n'avait point terni la splendeur de sa -maison. La famille des d'Angennes de Rambouillet est suffisamment connue -par ce que nous avons déjà dit d'elle dans ces Mémoires. M. de Grignan -avait perdu sa première femme, Angélique-Clarice d'Angennes, en janvier -1665[316]. Elle lui avait laissé deux filles, dont mademoiselle de -Sévigné, en se mariant, allait devenir la belle-mère. La seconde femme -qu'il avait épousée était d'une noblesse encore plus ancienne, quoique -moins illustre que les d'Angennes: c'était Marie-Angélique du Puy du -Fou, fille de Gabriel, sire du Puy du Fou, marquis de Combronde, -seigneur de Champagne, et de Madeleine Peschseul de Bellièvre[317]. Elle -mourut au mois de juin de l'année 1667, en couche d'un fils qui ne vécut -pas. Ces deux alliances n'avaient pas été moins avantageuses sous le -rapport de la fortune que sous celui de la naissance, ce qui semblait -dispenser madame de Sévigné d'un rigoureux examen et lui permettre de -s'en tenir à cet égard aux apparences, que les belles possessions -territoriales du comte de Grignan présentaient sous un jour favorable. -Depuis son dernier veuvage, M. de Grignan paraissait décidé à vivre à la -cour. Sa charge de lieutenant général du roi en Languedoc y mettait peu -d'obstacle. A cette époque, le gouvernement militaire du Languedoc se -composait d'un gouverneur général, d'un commandant et de trois -lieutenants généraux. La présence de M. de Grignan, qui était un de ces -trois, n'était nécessaire que dans des cas extraordinaires[318]; et -madame de Sévigné était surtout charmée de l'espoir de conserver près -d'elle sa fille, de diriger ses premiers pas dans le monde, de partager -ses plaisirs et d'alléger ses peines. Ses lettres nous la montrent -enchantée de ce mariage, négocié par son ami le comte de Brancas[319]. -Son ambition et sa tendresse maternelle y trouvaient un double sujet de -satisfaction. Elle s'impatientait des délais que la nécessité des formes -et les considérations de parenté forçaient d'y apporter. Le 4 décembre -1668, elle écrivait à Bussy, dont, en sa qualité de curateur, -l'approbation, au moins pour la forme, devait être demandée[320]: - -«Il faut que je vous apprenne ce qui, sans doute, vous donnera de la -joie: c'est qu'enfin la plus jolie fille de France épouse non le plus -joli garçon, mais un des plus honnêtes hommes du royaume, que vous -connaissez il y a longtemps. Toutes ses femmes sont mortes pour faire -place à votre cousine, et même son père et son fils, par une bonté -extraordinaire; de sorte qu'étant plus riche qu'il n'a jamais été, et se -trouvant d'ailleurs, et par sa naissance, et par ses établissements, et -par ses bonnes qualités, tel que nous le pouvions souhaiter, nous ne le -marchandons point, comme on a accoutumé de faire; nous nous en fions -bien aux deux familles qui ont passé devant nous. Il paraît fort -content de notre alliance; et aussitôt que nous aurons reçu des -nouvelles de l'archevêque d'Arles, son oncle, son autre oncle l'évêque -d'Uzès étant ici, ce sera une affaire qui s'achèvera avant la fin de -l'année. Comme je suis une dame assez régulière, je n'ai pas voulu -manquer à vous demander votre avis et votre approbation. Le public -paraît content, c'est beaucoup; car on est si sot que c'est quasi sur -cela qu'on se règle.» - - [313] SAINT-SIMON, _Mémoires complets et authentiques_, ch. V, t. - XII, p. 59. - - [314] SAINT-SIMON, _Mémoires_, t. XII, p. 59. - - [315] Conférez le chevalier PERRIN, _Préface des Lettres de - madame de Sévigné à madame de Grignan, sa fille_, p. xxviij, - édit. de 1754.--MORERI, _Dictionnaire_, t. V, p. 375.--D'EXPILLY, - _Dictionnaire géographique de France_, 1764, in-folio, t. II, p. - 114.--_Lettre de_ M. DE GRIGNAN-GRIGNAN _à M. Grouvelle_, - _Gazette de France_ du mercredi 4 juin 1806.--AUBENAS, _Notice - historique sur la maison de Grignan_, dans l'_Histoire de madame - de Sévigné_, 1842, in-8º, p. 521 à 528.--VALLET DE VIRIVILLE, - _Catalogue des Archives de la maison de Grignan_, 1844, in-8º (no - 1 est de l'an 1267).--Voyez, dans l'édition des _Lettres de - madame_ DE SÉVIGNÉ, 1820, in-8º, t. I, les armes des familles de - Sévigné, Bussy, Grignan et Simiane. - - [316] SÉVIGNÉ, _Lettres_, t. I, p. 106, édit. de Monmerqué, 1820, - in-8º; et t. I, p. 150, édit. de G. de S.-G. (janvier 1665). - - [317] _Tableau généalogique de la maison du Puy du Fou_, 40 pages - in-folio, sans la table. - - [318] D'EXPILLY, _Dictionnaire géographique et historique de la - France_, t. IV, p. 132. - - [319] SÉVIGNÉ, _Lettres_, 22 juin 1670, t. I, p. 190, édit. de - M.--_Ibid._, t. I, p. 253, édit. de G. de S.-G.--2 septembre - 1676, t. IV, p. 451, édit. de M.; t. V, p. 106, édit. de G. de - S.-G. - - [320] SÉVIGNÉ, _Lettres_, 4 décembre 1668, t. I, p. 153 et 154, - édit. de M., ou t. I, p. 214, édit. de G. de S.-G. - -Bussy, qui alors était avec sa cousine dans le fort de la discussion sur -les torts qu'ils avaient eus l'un envers l'autre et qui aimait peu le -comte de Grignan, répond, quatre jours après[321]: - -«Vous avez raison de croire que la nouvelle du mariage de mademoiselle -de Sévigné me donnera de la joie: l'aimant et l'estimant comme je fais, -peu de choses m'en peuvent donner davantage; et d'autant plus que M. de -Grignan est un homme de qualité et de mérite, et qu'il a une charge -considérable. Il n'y a qu'une chose qui me fait peur pour la plus jolie -fille de France, c'est que Grignan, qui n'est pas encore vieux, est déjà -à sa troisième femme; il en use presque autant que d'habits ou du moins -que de carrosses: à cela près, je trouve ma cousine bien heureuse; mais, -pour lui, il ne manque rien à sa bonne fortune. Au reste, madame, je -vous suis trop obligé des égards que vous avez pour moi en cette -rencontre. Mademoiselle de Sévigné ne pouvait épouser personne à qui je -donnasse de meilleur cÅ“ur mon approbation.» - - [321] SÉVIGNÉ (lettre de Bussy, en date du 8 décembre 1668), t. - I, p. 156, édit. de M.; t. I, p. 217, édit. de G. de S.-G. - -Un mois après, le 7 janvier, madame de Sévigné écrit encore à Bussy: «Je -suis fort aise que vous approuviez le mariage de M. de Grignan. Il est -vrai que c'est un très-bon et très-honnête homme, qui a du bien, de la -qualité, une charge, de l'estime et de la considération dans le monde. -Que faut-il davantage? Je trouve que nous sommes fort bien sortis -d'intrigues. Puisque vous êtes de cette opinion, signez la procuration -que je vous envoie, mon cher cousin, et soyez persuadé que, par mon -goût, vous seriez tout le beau premier de la fête. Bon Dieu, que vous y -tiendriez bien votre place! Depuis que vous êtes parti de ce pays-ci, je -ne trouve plus d'esprit qui me contente pleinement, et mille fois je me -dis en moi-même: Bon Dieu, quelle différence[322]!» - - [322] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (7 janvier 1669), t. I, p. 224, édit. de - G. de S.-G. - -Bussy, malgré cette pressante invitation et ces cajoleries de sa -cousine, ne signa point de procuration, mécontent du comte de Grignan, -qui ne lui avait point écrit et qui n'avait pas, selon lui, agi, comme -proche parent[323], avec assez de déférence. Bussy se contenta de -l'adhésion qu'il avait donnée au mariage, en termes froids, mais polis, -dans sa lettre à madame de Sévigné. Mais cette lettre ne pouvait suffire -pour insérer son nom dans le contrat, et il n'y parut pas. - - [323] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (lettre de Bussy, en date du 16 mai - 1669), t. I, p. 226, édit. de G. de S.-G. - -Le cardinal de Retz n'avait cessé d'exhorter madame de Sévigné de -prendre, avant de conclure, des renseignements sur l'état de fortune du -comte de Grignan; mademoiselle de Sévigné, peu susceptible de se -passionner pour aucun homme, ne voyait qu'avec crainte s'approcher le -moment qui devait la livrer à celui qui, déjà deux fois marié, semblait, -comme disait Bussy, «avoir pris l'habitude de changer de femmes comme de -carrosses.» - -Dans sa réponse au cardinal de Retz, madame de Sévigné lui faisait part -de l'hésitation de sa fille, et en même temps elle lui mandait qu'elle -n'avait pu obtenir des renseignements précis sur l'état de fortune du -comte de Grignan et qu'elle était à cet égard forcée de s'en rapporter à -la Providence. - -Le cardinal de Retz lui répond[324]: - -«Je ne suis point surpris des frayeurs de ma nièce; il y a longtemps que -je me suis aperçu qu'elle dégénère; mais, quelque grand que vous me -dépeigniez son transissement sur le jour de la conclusion, je doute -qu'il puisse être égal au mien sur les suites, depuis que j'ai vu, -par une de vos lettres, que vous n'avez ni n'espérez guère -d'éclaircissements et que vous vous abandonnez en quelque sorte au -destin, qui est souvent très-ingrat et reconnaît assez mal la confiance -que l'on a placée en lui. Je me trouve en vérité, sans comparaison, plus -sensible à ce qui vous regarde, vous et la petite, qu'à ce qui m'a -jamais touché moi-même sensiblement.» - - [324] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (20 décembre 1668), t. I, p. 221, édit. - de G. de S.-G. - -Malgré ces avertissements et le peu de désir que montrait sa -fille, madame de Sévigné n'en poursuivit pas moins avec ardeur -l'accomplissement du projet qui lui paraissait la réalisation de ses -plus flatteuses espérances. C'est elle-même qui, en datant trois ans -après, jour pour jour, une de ses lettres, nous apprend[325] que sa -fille fut fiancée au comte de Grignan le lendemain de la signature du -contrat, le 29 janvier 1669, jour de la fête de saint François de Sales. -Alors déjà cette tendre mère avait une occasion de se convaincre -combien elle s'était montrée imprévoyante en n'adhérant pas assez -strictement aux conseils qui lui étaient donnés par un homme aussi -expérimenté que le cardinal de Retz. Quoiqu'elle ne se fût pas trompée -sur le caractère et les excellentes qualités du comte de Grignan, déjà -elle avait éprouvé qu'une union sur laquelle elle avait fondé les plus -douces et les plus paisibles jouissances de son âge mûr et de sa -vieillesse ferait couler de ses yeux plus de larmes qu'elle n'en avait -jamais répandu dans sa vie! - - [325] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (29 janvier 1669), t. II, p. 309, édit. - de M.; t. II, p. 365, édit. de G. de S.-G. - - - - -CHAPITRE IX. - -1669. - - Réflexions sur les impressions produites par des événements - heureux selon la différence des caractères.--Du caractère de - madame de Sévigné.--Elle est encore une fois parfaitement - heureuse.--Une nouvelle altercation a lieu entre elle et - Bussy.--Tout contribuait à désespérer Bussy.--Il fait de nouvelles - offres de service lors de la guerre de la Franche-Comté.--Il est - refusé.--Son dépit.--Bussy et Saint-Évremond sollicitaient tous - deux leur rappel.--Des causes qui les empêchaient de - l'obtenir.--On leur attribuait des pièces satiriques contre Louis - XIV.--Ils n'en étaient point les auteurs.--Comment ils se - nuisaient à eux-mêmes en flattant le roi aux dépens de - Mazarin.--Politique de Louis XIV, la même que celle de - Mazarin.--Sa dissimulation envers ses ministres et sa conduite à - l'égard de Condé, de Turenne, de ses ambassadeurs et de ses - agents; envers Gourville, le pape et les jansénistes.--Bussy - n'aimait point Grignan, et n'en était point aimé.--Madame de - Sévigné entreprend de persuader à Bussy qu'il faut qu'il écrive le - premier à M. de Grignan.--Bussy refuse de le faire.--Nouvelle - lettre de madame de Sévigné à Bussy sur ce sujet.--Bussy s'en - offense.--Étonnement de madame de Sévigné.--Ses plaintes d'avoir - été mal jugée.--Bussy reconnaît qu'il a eu tort.--Madame de - Sévigné insiste pour que Bussy écrive à M. de Grignan.--Bussy - consent, à condition que madame de Sévigné lui saura gré de la - violence qu'il se fait. - -Il est des personnes dont la pensée, toujours tendue sur l'instabilité -des choses humaines, n'accueille qu'avec crainte les sentiments de joie -qu'un événement heureux leur inspire et qui n'osent se fier aux gages de -bonheur que le sort favorable semble leur assurer. Madame de Sévigné -n'était pas de ce nombre. Sa sensibilité vive, prompte, entraînante -engendrait facilement dans son âme la mélancolie lorsqu'elle était -blessée ou simplement contrariée dans ses affections de cÅ“ur; mais, par -son caractère porté à la gaieté, elle se livrait volontiers aux -illusions de l'espérance, et elle ne troublait pas, par d'importunes -prévisions, les jouissances dont elle était en possession. Sa pieuse -confiance en la Providence affermissait encore ses penchants naturels. -«Pour ma Providence, dit-elle dans une de ses lettres[326], je ne -pourrais pas vivre en paix si je ne la regardais souvent; elle est la -consolation des tristes états de la vie, elle abrége toutes les -plaintes, elle calme toutes les douleurs, elle fixe toutes les pensées; -c'est-à -dire elle devrait faire tout cela; mais il s'en faut bien que -nous soyons assez sages pour nous servir si salutairement de cette vue; -nous ne sommes encore que trop agités et trop sensibles.» - - [326] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (1664), t. VI, p. 182, édit. de Leyde, - 1736. - -Jamais cette Providence que madame de Sévigné adorait ne réunit autour -d'elle autant d'éléments de bonheur que dans le cours de cette année -1669. Elle avait un gendre de son choix, depuis longtemps connu d'elle; -et par lui elle était alliée à une nombreuse et puissante famille, dont -sa fille, par sa jeunesse, son esprit et sa beauté, devenait l'ornement -et la gloire. Elle produisait celle-ci dans le monde et à la cour avec -tous ses avantages personnels et tous ceux que lui procuraient la -naissance et le rang de son époux. Madame de Sévigné se glorifiait -encore de son fils, récemment échappé aux dangers d'une campagne -meurtrière et recueillant la considération et l'estime que confèrent à -un jeune homme les inclinations guerrières et les premières preuves de -valeur et d'audace. Enfin elle s'était réconciliée avec son cousin, son -plus proche parent, l'ami de sa jeunesse, celui qui l'avait le plus -cruellement offensée, le plus constamment aimée, admirée et flattée. -Mais ce mariage, qui eut lieu à l'époque de cette réconciliation, fit -surgir entre elle et Bussy un nouveau sujet de débat, dont il est -nécessaire de développer les causes pour bien comprendre le caractère de -ce dernier et sa correspondance avec madame de Sévigné. - -Tout semblait se réunir pour mettre obstacle aux désirs et aux projets -de Bussy. La haute opinion qu'il avait de lui-même et de l'antiquité de -sa race l'empêchait de mettre des bornes à son ambition et de dissimuler -son orgueil. Il ne voulait reconnaître presque aucune noblesse plus -ancienne que celle des Rabutin. Sa cousine, qui venait de produire les -titres de son mari aux états de Bretagne et qui avait, à cause du -mariage de sa fille, intérêt de ne pas laisser passer sans la combattre -cette prétention de Bussy, lui donne dans une de ses lettres ce détail -généalogique de la famille des Sévigné[327]: «Quatorze contrats de -mariage de père en fils; trois cent cinquante ans de chevalerie; les -pères quelquefois considérables dans les guerres de Bretagne et bien -marqués dans l'histoire; quelquefois retirés chez eux comme des Bretons; -quelquefois de grands biens, quelquefois de médiocres, mais toujours de -bonnes et de grandes alliances; celles de trois cent cinquante ans, au -bout desquels on ne voit que des noms de baptême, sont du Quelnec, -Montmorency, Baraton et Châteaugiron: ces noms sont grands; ces femmes -avaient pour maris des Rohan et des Clisson. Depuis ces quatre, ce sont -des Guesclin, des Coaquin, des Rosmadec, des Clindon, des Sévigné de -leur même maison, des du Bellay, des Rieux, des Bodegat, des -Plessis-Ireul et d'autres qui ne me reviennent pas présentement, jusqu'à -Vassé et jusqu'à Rabutin. Tout cela est vrai, il faut m'en croire...» - - [327] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (4 décembre 1668), t. I, p. 155, édit. - de M.; t. I, p. 215, édit. de G. de S.-G. - -La vanité de Bussy souffrit tellement en lisant cette énumération de sa -cousine qu'il en biffa les dernières lignes, et il nous en a ainsi -dérobé les conclusions. Pour lui, il n'en voulut pas démordre, et dans -sa réponse il dit: «Pour les maisons que vous me mandez, qui sont -meilleures que la nôtre, je n'en demeure pas d'accord. Je le cède aux -Montmorency pour les honneurs, et non pour l'ancienneté; mais pour les -autres, je ne les connais pas; je n'y entends non plus qu'au -bas-breton[328].» - - [328] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (4 décembre 1668), t. I, p. 257, édit. - de M.--_Ibid._, t. I, p. 218, édit. de G. de S.-G. - -Madame de Sévigné répond avec raison que, s'il ne connaît pas ces -familles bretonnes qui lui paraissent barbares, elle en appelle de ce -qu'elle a dit et vu à Bouchet, le savant généalogiste. «Je ne vous dis -pas cela, ajoute-t-elle, pour dénigrer nos Rabutin: hélas! je ne les -aime que trop[329].» - - [329] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (7 janvier 1669), t. I, p. 162, édit. de - M.; _ibid._, t. I, p. 223. - -Lors de la guerre de Flandre, Bussy avait cru qu'il lui suffisait -d'offrir ses services au roi pour qu'ils fussent acceptés. Il pensait -qu'avec ses talents militaires il lui serait facile de se distinguer -dans cette campagne, et de regagner par ses exploits, par son esprit, -par sa connaissance de la cour, par sa souplesse de courtisan, la faveur -du jeune monarque; qu'ainsi, étant, par droit d'ancienneté et par ses -services, le premier dans la catégorie de ceux qui devaient être faits -maréchaux de France, cette haute dignité, objet de ses vÅ“ux les plus -ardents, ne pouvait lui échapper[330]. Cependant il eut la douleur de -voir ses offres refusées; et la promotion de maréchaux qui eut lieu peu -de temps après la campagne de Flandre excita en lui un dépit que, malgré -son esprit, il dissimulait mal sous une apparence de dédain et de -philosophique indifférence[331]. Pourtant il se consolait en pensant que -le plus illustre guerrier du siècle, le grand Condé lui-même, n'avait -point été compris au nombre des généraux employés dans cette guerre et -qu'il était, comme lui, resté oisif dans ses châteaux, à Chantilly et à -Saint-Maur. - - [330] BUSSY, _Lettres_, t. III, p. 8, 9, 24, 27, 48, 54, 59, 81; - Paris, Delaulme, 1737, in-12. Les volumes V, VI et VII de mon - exemplaire portent le millésime 1727, avec le titre de _Nouvelles - lettres_; les premiers volumes ont donc été réimprimés, ou on a - changé les titres. - - [331] BUSSY, _Lettres_, t. V, p. 80 et 81 (12 et 6 juillet 1669). - -Mais Bussy revint à la charge, et fit les plus grands efforts pour -rentrer au service lorsqu'il vit que des troupes venues de divers points -du royaume s'approchaient des lieux de son exil. Quand les officiers -généraux qui commandaient ces troupes acceptèrent l'hospitalité qui leur -était offerte par lui; quand il apprit (ce qui était resté secret pour -tout le monde) que le théâtre de la guerre allait être porté dans la -province la plus voisine de celle où il résidait, de celle dont il était -une des plus grandes notabilités militaires; quand il sut, enfin, que -Condé allait commander en chef l'expédition contre la Franche-Comté, -alors Bussy demanda, sollicita avec plus d'instance; mais le roi lui fit -dire de se tenir tranquille dans sa terre et d'attendre. Cette réponse, -quoique accompagnée de tous les adoucissements et les égards qu'on put y -mettre, l'atterra[332]: il désespéra de sa fortune; son humeur jalouse -s'aigrit. Il continuait toujours à tenir le même langage de soumission -et de dévouement à l'égard du monarque dans les placets qu'il ne cessait -de lui adresser[333] ou dans les lettres qu'il écrivait à ses amis et à -ses connaissances de cour; mais dans l'intimité ses sentiments se -trahissaient. On le savait, et l'on n'ignorait pas non plus qu'un grand -nombre de hauts personnages, sans être exilés comme Bussy, étaient aussi -dans la classe des mécontents: les uns parce qu'on ne les employait pas; -les autres parce que, peu satisfaits des grâces qu'ils avaient reçues, -ils étaient jaloux de ceux auxquels on en avait conféré de plus grandes. -Un nombre bien plus considérable d'hommes indépendants par leur -caractère, leur fortune ou les charges et emplois qu'on ne pouvait leur -ôter désapprouvaient le despotisme du roi, son ambition, ses guerres, -ses prodigalités. Ce parti, formé des débris de toutes les Frondes, -était nombreux dans le parlement et la noblesse. Les plus probes et les -plus sincères d'entre eux, croyant n'obéir qu'à des motifs généreux de -bien public, se déguisaient à eux-mêmes l'impulsion qui leur était -donnée par des intérêts particuliers. Les femmes des princes et des -grands les plus comblés de faveurs étaient révoltées et humiliées des -préférences et des préséances que le roi accordait à ses maîtresses. -Tous ceux qui étaient sincèrement attachés à la religion blâmaient la -dissolution des mÅ“urs de la cour. A la vérité, elle n'était pas -nouvelle; mais on pensait que le roi, au lieu de chercher à y remédier, -l'accroissait encore par le scandale de ses amours. Les âmes -indépendantes et fières (le nombre en était beaucoup plus grand au -commencement de ce règne qu'à la fin) ne pouvaient pardonner à Louis XIV -cet orgueil révoltant qu'il manifestait en toute occasion. Il s'était -fait à lui-même une sorte d'apothéose, et semblait s'être isolé de tous -les mortels en prenant pour emblème le soleil; en se déclarant, par la -devise qu'il y ajoutait, lui seul supérieur à tous les autres monarques -de la terre réunis; en faisant reproduire par la poésie, la peinture, la -sculpture et la gravure les serviles flatteries dont il était l'objet, -et en encourageant en même temps les plus beaux génies du siècle à -ridiculiser sur la scène ou à bafouer dans des satires toutes les -classes, tous les rangs, toutes les professions. - - [332] BUSSY, _Lettres_, t. III, p. 86 (lettre 57, 5 mars 1669; - cette lettre est à tort datée 1668). - - [333] BUSSY, _Lettres_, t. V, p. 86 (lettre 63, 1er août 1669, à - madame de Montespan). - -Louis XIV, par sa vigilance et sa fermeté, par l'action constante d'un -gouvernement bienfaiteur, pouvait empêcher les mécontents de dégénérer -en factieux, les forcer à la soumission et les rendre incapables -d'entraver la marche de son autorité; mais, avec les passions qui le -dominaient, il ne pouvait faire disparaître les causes de mécontentement -ni les empêcher de s'exhaler en secret par des sarcasmes virulents, par -des vaudevilles, des épigrammes, de scandaleux libelles dont on -multipliait les copies manuscrites ou qu'on imprimait en Hollande: ils -circulaient en grand nombre, sans qu'on pût parvenir à en connaître les -auteurs. - -Les pièces les plus mordantes et les plus spirituelles étaient -attribuées à Bussy ou à Saint-Évremond, parce que l'un et l'autre -s'étaient acquis la réputation de beaux esprits malins et caustiques. -Cependant ni l'un ni l'autre ne songeaient alors à composer des écrits -satiriques contre Louis XIV. Tous deux, au contraire, sollicitaient en -même temps d'être rappelés de leur exil, et désiraient de rentrer en -grâce auprès du monarque. Mais, lors même qu'ils n'eussent point été en -butte aux préventions dont il leur était impossible de se garantir, ils -n'auraient pu, par les moyens qu'ils faisaient valoir à l'appui de leurs -demandes, réussir à obtenir leur rappel. Tous deux se trompaient, et de -la même manière; tous deux avaient mal saisi le caractère du roi, mal -interprété ses secrets sentiments; et par la maladresse de leurs -flatteries, au lieu de capter sa bienveillance et de se faire pardonner -le passé, ils aggravaient, sans le savoir, les torts qui leur étaient -imputés. L'esprit de discernement manque bien souvent aux gens d'esprit. -Bussy et Saint-Évremond pensaient que, comme leur opposition à la -politique et aux intrigues de Mazarin durant la régence avait été la -cause première et principale de leur disgrâce, c'était se montrer habile -que d'exalter le roi, la grandeur de ses vues, la sagesse de ses -conseils, et de mettre en parallèle les glorieux commencements de son -règne avec les calamités de la Fronde. Mais plus ils développaient bien -ce thème (et Saint-Évremond le fit avec un remarquable talent dans sa -longue lettre à de Lionne[334]), plus ils rappelaient à Louis XIV les -éminents services de son ancien ministre et les utiles leçons qu'il en -avait reçues, plus ils lui ôtaient l'envie de faire cesser l'exil des -ennemis de sa mémoire et d'accepter leurs offres de service. Le roi, -armé du sceptre et portant la couronne, n'était pas astreint à la même -dissimulation et aux mêmes ruses que le cardinal, enveloppé de sa robe -de pourpre et n'exerçant qu'un pouvoir délégué. Sans doute Louis XIV -avait des formes plus nobles et en apparence plus franches que celles -de Mazarin; mais Louis XIV, tant que l'âge lui conserva ses facultés, se -conforma avec autant de finesse que de succès à la pratique de cette -politique souple et déliée que lui avait inculquée son ministre. Ainsi -il employait Condé et le comblait de joie en lui donnant le commandement -en chef de l'armée qui devait conquérir la Franche-Comté et en se -confiant à lui pour la conduite des intrigues corruptrices et des -négociations secrètes qui devaient faciliter cette conquête[335]; mais -lorsque Casimir, roi de Pologne, se démit de la couronne, et que des -chances se présentèrent pour faire passer cette couronne sur la tête de -Condé, Louis XIV travailla par ses négociations à les faire -avorter[336]. Il jugeait, avec raison, qu'il était important pour la -France et pour lui qu'un aussi grand capitaine fût toujours son sujet, -et jamais son égal. De même il autorisait Louvois à employer Gourville -dans des intrigues diplomatiques auprès de l'évêque d'Osnabruck et -autres, pour obtenir des troupes et une alliance avantageuse; et il -laissait Colbert poursuivre dans Gourville le complice des dilapidations -de Fouquet, et empêcher sa rentrée en France jusqu'à ce qu'il eût payé à -l'épargne la somme énorme dont le jugement d'une commission le rendait -redevable[337]. Quand Louis XIV éprouvait des difficultés dans ses -relations avec le pape, les jansénistes, que Rome avait en horreur, -étaient favorisés en France; quand il était satisfait du pape, aussitôt -des scrupules de conscience forçaient le roi à comprimer cette secte -orgueilleuse, et portait l'alarme à l'hôtel de Longueville. Pour la -guerre, sa confiance en Turenne était entière, et il avait avec lui de -fréquents entretiens; mais, pour qu'aucune capacité, quelque grande -qu'elle fût, ne pût se croire indispensable, il affectait de consulter -aussi Condé, et il tenait en respect ces deux grands guerriers, tous -deux ambitieux, tous deux devenus jaloux de se concilier sa faveur. Il -entretenait avec soin la division et la rivalité entre ses ministres, -afin que rien ne lui fût caché. Son conseil entier était tenu sur ses -gardes, et on savait que les fils les plus déliés de sa vaste -administration étaient surveillés par des correspondances secrètes et -des agents inconnus, qui bien souvent étaient les seuls vrais -interprètes et les seuls exécuteurs de ses pensées intimes. Pour mieux -voiler ses desseins, il en dérobait la connaissance à ses représentants -officiels[338]. Nul espoir ne restait de pouvoir tromper ou d'abuser -celui qui avait su se réserver la faculté de tromper tout le monde et de -dérouter toutes les intrigues. On peut juger, d'après cet exposé, -combien était grande l'erreur de Bussy et de Saint-Évremond, qui -croyaient faire leur cour en critiquant la politique de Mazarin. Bussy -et Saint-Évremond subissaient le sort de ceux qui, après s'être -longtemps agités dans le tourbillon du monde, s'en trouvent séparés -pendant quelque temps, et croient facile de se prévaloir de l'expérience -du passé pour mettre le présent au service de l'avenir. Mais le monde se -modifie rapidement; ceux qui le quittent ne le retrouvent plus le -lendemain tel qu'ils l'avaient laissé la veille; il change à tout -instant de forme et d'aspect, comme un ciel orageux, où roulent sans -cesse des nuages poussés par des vents violents et variables. Bussy et -Saint-Évremond, en louant Louis XIV, en cherchant à justifier leur -conduite passée, se souvenaient trop de l'époque où, ami de ses -plaisirs, accessible aux flatteurs, le roi adolescent se montrait -contrarié d'être forcé de quitter la répétition d'un ballet pour -assister au conseil tenu par le cardinal. - - [334] SAINT-ÉVREMOND, _OEuvres_, édit. 1753, in-12, t. I, p. - 88-93 (Vie de l'auteur, par DES MAIZEAUX); t. III, p. 189, 190, - 197. - - [335] LOUIS XIV, _OEuvres_, t. III, p. 77-82. - - [336] TURPIN, _Vie de Condé_, t. II, p. 151.--_Mémoires de M._ - DE***, _pour servir à l'histoire du dix-huitième siècle_, dans la - collection de Petitot, t. LVIII, p. 484.--_Histoire de la vie et - des ouvrages de la Fontaine_, 3e édit., p. 162-165. - - [337] GOURVILLE, _Mémoires_, t. LII, p. 397-399. - - [338] LOUIS XIV, _OEuvres_, t. V, p. 399 et 405; Lettres au comte - d'Estrades, en date du 24 décembre 1666 et du 18 avril 1667. - -Le refus qu'avait éprouvé Bussy ne lui faisait pas prendre en gré M. de -Grignan, dont les services étaient loin d'égaler les siens et qui -cependant jouissait de la faveur du monarque. Bussy avait donné par sa -lettre son consentement au mariage, parce que, sans offenser sa cousine, -il lui était impossible de faire autrement; mais il avait, ainsi que je -l'ai dit, fait en sorte que son nom ne parût point au contrat. De son -côté, le comte de Grignan avait ses raisons pour ne pas aimer Bussy et -ne pas se lier avec lui; peut-être parce que Bussy n'était pas bien en -cour; peut-être parce qu'il s'était fait des ennemis de Condé et de -Turenne et de plusieurs autres personnages amis de Grignan ou dont -Grignan avait besoin. Quoi qu'il en soit, il est certain que Grignan -s'abstint d'écrire à Bussy, comme la simple politesse l'obligeait à le -faire, en épousant la fille de Marie de Rabutin-Chantal. Il importait à -madame de Sévigné que son gendre fût en bons termes avec son cousin, et -que tous deux pussent se voir et se parler affectueusement, s'ils se -rencontraient chez elle ou dans le monde. Pour opérer ce rapprochement, -il fallait nécessairement que M. de Grignan écrivît une lettre -convenable à Bussy. Madame de Sévigné pensa qu'elle contraindrait son -gendre à faire cette démarche, si elle pouvait persuader à Bussy -d'écrire le premier à Grignan une de ces lettres aimables et -spirituelles pour lesquelles il excellait. La hautaine susceptibilité -de Bussy, son mécontentement et ses mauvaises dispositions envers -Grignan semblaient rendre la chose presque impossible. Cependant madame -de Sévigné l'entreprit; et elle fondait l'espoir du succès sur la nature -des sentiments qu'elle avait inspirés à son cousin et dont la femme la -moins coquette trouve du plaisir à essayer le pouvoir. - -D'abord elle échoua; et il faut croire pourtant que sa lettre était bien -séduisante, puisque Bussy lui répond qu'ayant passé une partie de sa vie -à l'offenser, il ne doutait pas qu'il n'en consacrât le reste à l'aimer -_éperdument_. Puis, après avoir avoué qu'il a eu tort de n'avoir point -écrit à madame de Sévigné sur le mariage de sa fille, il ajoute[339]: - -«Madame de Grignan a raison aussi de se plaindre de moi; c'est à elle à -qui je devais de nécessité écrire après son mariage, et je lui en vais -crier merci; j'avoue franchement ma dette. Il faut aussi que vous soyez -sincère sur le sujet de M. de Grignan: de quelque côté qu'on nous -regarde tous deux, et particulièrement quand il épouse la fille de ma -cousine germaine, il me doit écrire le premier; car je n'imagine pas que -d'être persécuté ce me doive être une exclusion à cette grâce; il y a -mille gens qui m'en écriraient plus volontiers, et cela n'est pas de la -politesse de Rambouillet. Je sais bien que les amitiés sont libres; mais -je ne pensais pas que les choses qui regardent la bienséance le fussent -aussi. Voilà ce que c'est que d'être longtemps hors de la cour, on -s'enrouille dans la province.» - - [339] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (16 mai 1669), t. I, p. 166, édit. de - M.; t. I, p. 228, édit. de G. de S.-G. - -Il semble qu'il n'y avait rien à répondre à une objection aussi -légitime, et qu'une ironie aussi bien méritée ne laissait plus à madame -de Sévigné aucune espérance de réussite. Mais elle connaissait Bussy, et -les expressions de son refus lui prouvaient le vif désir qu'il avait de -lui faire oublier, par les preuves efficaces de son affection, les torts -graves qu'il avait à se reprocher. Cependant la chaleur même de ces -expressions a renouvelé les défiances de madame de Sévigné; elle craint -d'avoir été trop loin dans les témoignages de son attachement, et que -son cousin n'ait, avec sa présomption ordinaire, prêté à certaines -phrases de sa première lettre un sens qu'elles n'avaient pas. Dans sa -seconde lettre, tout en poursuivant son dessein, elle éprouve la -nécessité de se mettre en défense, et elle commence par plaisanter Bussy -sur ce mot _éperdument_[340]. - - [340] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (4 juin 1669), t. I, p. 167, édit. de - M.--_Ibid._, t. I, p. 229, édit. de G. de S.-G. - -«Pour vous dire le vrai, je ne me plaignais point de vous, car nous nous -étions rendu tous les devoirs de proximité dans le mariage de ma fille; -mais je vous faisais une espèce de querelle d'Allemand pour avoir de vos -lettres, qui ont toujours le bonheur de me plaire. N'allez pas pour cela -vous mettre à m'aimer _éperdument_, comme vous m'en menacez: que -voudriez-vous que je fisse de votre _éperdument_ sur le point d'être -grand'mère? Je pense qu'en cet état je m'accommoderais mieux de votre -haine que de votre extrême tendresse. Vous êtes un homme bien excessif! -N'est-ce pas une chose étrange que vous ne puissiez trouver de milieu -entre m'offenser outrageusement ou m'aimer plus que votre vie? Des -mouvements si impétueux sentent le fagot, je vous le dis franchement. -Vous trouver à mille lieues de l'indifférence est un état qui ne vous -devrait pas brouiller avec moi, si j'étais une femme comme une autre; -mais je suis si unie, si tranquille et si reposée que vos -bouillonnements ne vous profitent pas comme ils feraient ailleurs. -Madame de Grignan vous écrit pour monsieur son époux; il jure qu'il ne -vous écrira pas sottement, comme tous les maris ont accoutumé de faire à -tous les parents de leur épousée; il veut que ce soit vous qui lui -fassiez un compliment sur l'inconcevable bonheur qu'il a eu de posséder -mademoiselle de Sévigné; il prétend que pour un tel sujet il n'y a pas -de règle générale. Comme il dit tout cela fort plaisamment et d'un bon -ton, et qu'il vous aime et vous estime avant ce jour, je vous prie, -comte, de lui écrire une lettre badine, comme vous savez si bien faire; -vous me ferez plaisir, à moi que vous aimez, et à lui qui, entre nous, -est le plus souhaitable mari et le plus divin pour la société qui soit -au monde. Je ne sais pas ce que j'aurais fait d'un _jobelin_ qui eût -sorti de l'Académie, qui ne saurait ni la langue ni le pays, qu'il -faudrait produire et expliquer partout, et qui ne ferait pas une sottise -qui ne nous fît rougir.» - -Bussy prit au sérieux le badinage de madame de Sévigné, et son -mécontentement s'accrut probablement par la lecture de la lettre froide -et compassée de madame de Grignan. Il ne put supporter sans impatience -les éloges de Grignan contenus dans la lettre de madame de Sévigné et la -prétention de la mère et de la fille à vouloir soutenir que la femme -pouvait payer pour le mari; que, madame de Grignan lui ayant écrit la -première sur le fait du mariage, c'était à lui, Bussy, à écrire le -premier à M. de Grignan. Il imagine que sa cousine a montré sa lettre à -M. et à madame de Grignan, et que la réponse qu'elle lui avait faite -avait été concertée entre eux. Bouleversé par cette idée, il lui écrit -une lettre pleine de colère et de fiel; il se croit insulté par elle, et -il le lui dit. Il termine enfin par une sanglante ironie sur Grignan, -auquel, dit-il, sa bonne fortune a fait tourner la tête[341]. - - [341] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (6 juin. 1669), t. I, p. 108 à - 170.--_Ibid._, t. I, p. 231 à 236. - -Madame de Sévigné fut frappée d'étonnement en lisant cette lettre de son -cousin, et dans sa réponse elle lui témoigne son chagrin «de ce que la -plus sotte lettre du monde puisse être prise de cette manière par un -homme qui entend si bien raillerie.» Elle s'exprime avec tant de -vivacité, d'énergie, de bonté et de grâce; elle donne des explications -si naturelles des expressions qui avaient pu blesser Bussy; elle montre -une douleur si sincère d'avoir été ainsi jugée[342], que Bussy se -repentit de s'être donné un nouveau tort envers une femme si aimable et -si aimée de lui. On s'en aperçoit au calme de sa réponse et au soin -qu'il prend, comme il le dit lui-même, «avec tout le respect et toute la -douceur imaginable, à justifier son procédé[343].» Pour le fond de la -contestation, sa justification n'était pas difficile; et, à juste titre, -il rappelle à sa cousine la demande qu'elle lui avait faite d'écrire le -premier à M. de Grignan; qu'elle l'avait prié «de le faire pour l'amour -d'elle, qu'il aimait;» qu'un tel langage ne pouvait assurément se -prendre pour une plaisanterie. Il termine par une déclaration faite sur -un ton sérieux des sentiments d'affection qu'elle lui inspire. «Je n'ai -jamais, dit-il, eu tant de disposition à vous aimer que j'en ai, je -n'oserais plus dire ce terrible mot _éperdument_, mais à vous bien -aimer. Au nom de Dieu, ma chère cousine, ne me donnez pas sujet de la -vouloir changer.» - - [342] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (9 juin 1669), t. I, p. 170, édit. de - M.--_Ibid._, t. I, p. 234, édit. de G. de S.-G. - - [343] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (12 juin 1669), t. I, p. 173, édit. de - M.--_Ibid._, t. I, p. 237, édit. de G. de S.-G. - -Madame de Sévigné comprit tout l'avantage que lui donnait sur Bussy le -repentir qu'il avait de lui avoir causé de la peine, et dans sa courte -réponse elle n'argumente plus; il lui suffit d'insister sur ce qu'elle -désire. Après avoir reporté la pensée de son cousin sur l'époque assez -rapprochée où ils s'étaient vus, sans qu'il lui fût possible de réparer -les graves torts qu'il avait eus envers elle; sur l'époque, plus -prochaine encore, où ils se verront sans qu'il ait fait ce qu'elle lui -demande, et lorsqu'il ne sera plus temps, elle termine en lui insinuant -avec adresse que, si elle n'a pas toujours eu pour lui toute l'affection -à laquelle elle était portée de cÅ“ur, c'est lui seul qui en est cause; -mais que, dans aucun temps, elle n'a eu pour lui de l'indifférence. - -«Si je suis jamais assez heureuse pour vous voir, et que vous soyez -d'assez bonne humeur pour vous laisser battre, je vous ferai rendre -votre épée aussi franchement que vous l'avez fait rendre autrefois à -d'autres... Je finis cette guerre jusqu'à ce que nous soyons en -présence; cependant souvenez-vous que je vous ai toujours aimé -naturellement, et que je ne vous ai jamais haï que par accident[344].» - - [344] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (8 août 1669), t. I, p. 174 et 175, - édit. de M.--_Ibid._, t. I, p. 237 et 238, édit. de G. de S.-G. - -Bussy ne put résister à des allusions si flatteuses pour sa vanité, à -la douce expression d'un sentiment si tendre et si constant; il céda, et -répondit[345]: - -«Il n'est pas nécessaire que nous soyons en présence, ma chère cousine, -pour que je vous rende les armes; je vous enverrai de cinquante lieues -mon épée, et l'amitié me fera faire ce que la crainte fait faire aux -autres; mais vous étendez un peu vos priviléges, et vous avez raison, à -mon avis, de la même chose où tout le monde aurait tort. Comptez-moi -cela, il en vaut bien la peine; et vous pouvez juger par vous-même si -c'est un petit sacrifice que celui de son opinion. Nous en dirons sur -cela quelque jour davantage; cependant croyez bien que je vous aime et -que je vous estime plus que tout ce que je connais de femmes au monde.» - - [345] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (Bussy, 12 août 1669), t. I, p. 175 et - 176.--_Ibid._, t. I, p. 239 et 240. - -Ainsi le fier Bussy écrivit le premier au comte de Grignan pour le -complimenter sur son mariage, de manière à satisfaire celle qui exigeait -de lui cette démarche, et par la seule espérance «qu'elle lui tiendrait -compte de cela.» Avec le caractère de Bussy, c'était là une victoire que -madame de Sévigné seule pouvait remporter. - - - - -CHAPITRE X. - -1669-1671. - - Bussy, mécontent de M. de Grignan, suspend son commerce de lettres - avec madame de Sévigné.--Il embellit ses deux châteaux.--Augmente - sa collection de portraits.--Sa famille et ses amis auraient pu - faire son bonheur.--Détails sur sa femme, ses deux fils et ses - trois filles.--De la correspondance de Bussy avec la comtesse de - la Roche-Milet.--Bussy est considéré dans sa province.--Société - qui fréquentait son château pendant la saison des eaux de - Sainte-Reine.--Détails sur la manière dont Bussy réglait sa - journée.--Il ne peut se consoler de son exil, ni oublier madame de - Monglat.--Il écrit ses _Mémoires_.--Le duc de Saint-Aignan avait - aussi composé des Mémoires, qui sont perdus.--Ceux de Bussy ont - été imprimés en partie.--Défauts de cet ouvrage.--Bussy les avait - composés pour les montrer au roi.--On essaye en vain d'apaiser - l'animosité de Bussy envers madame de Monglat.--Cette dame avait - conservé tous ses amis.--Madame de Sévigné se trouve avec elle à - une représentation de la pièce d'_Andromaque_ de Racine.--Ce que - Bussy dit, à ce sujet, de sa cousine.--Madame de Scudéry exhorte - Bussy à se réfugier dans le sein de la religion.--Elle forme le - projet de quitter le monde.--Ce qu'elle dit de - l'amitié.--Abjurations de Turenne et Pellisson.--Conversion du - marquis de Tréville.--Bussy indévot, mais non incrédule.--Ce que - lui écrivent, au sujet de la religion, madame Corbinelli, - religieuse à Châtillon, et mademoiselle Dupré.--Réponses que leur - fait Bussy.--Belle lettre de Pellisson.--Bussy rapporte sur - Pellisson un bon mot de madame de Sévigné. - -Bussy ne reçut aucune réponse de M. de Grignan, ou celle qu'il reçut ne -le satisfit point: mécontent et blessé d'avoir été entraîné par sa -cousine dans une démarche qui avait tant coûté à son orgueil, il -suspendit sa correspondance avec elle. Bussy avait plus d'un moyen de -combler le vide que l'interruption de cette correspondance faisait dans -son existence. S'il avait su régler son esprit et son cÅ“ur, aucun -élément de bonheur ne lui aurait manqué. Il avait deux châteaux dans une -des plus belles et des plus riantes provinces de France. Il les occupait -alternativement, se plaisait à les embellir et surtout à accroître sa -collection de portraits. Il nous apprend dans une de ses lettres que le -nombre de ces portraits, en l'année 1670, se montait à trois cents[346]. -Les plus grandes notabilités de cette époque, surtout les femmes, -étaient flattées d'avoir une place dans cette galerie des personnages -célèbres de l'_Histoire de France_. Le 2 novembre 1670, il écrivait à -une de ses correspondantes à Paris: «Je ne demandai pas deux fois leurs -portraits à MADAME (Henriette d'Angleterre, duchesse d'Orléans) et à -MADEMOISELLE. Elles me firent bien de l'honneur en me les accordant, -mais elles témoignèrent que je leur faisais plaisir de les leur -demander.» Bussy aurait pu trouver dans sa famille une source de -consolations et de jouissances. Sa femme[347], bonne, douce, vertueuse, -allait souvent à Paris, de son consentement, soit pour y faire ses -couches, soit par la nécessité de leurs communs intérêts; elle y -résidait le moins qu'elle pouvait, et retournait avec empressement -auprès de lui toutes les fois qu'il la rappelait. Elle déférait à toutes -ses volontés et ne le gênait en rien dans ses habitudes de -galanteries[348], et elle lui était fort utile par sa capacité pour les -affaires. De ses deux fils, l'aîné fut élevé sous ses yeux en Bourgogne, -et mis ensuite dans un collége, où madame de Sévigné l'allait voir[349]. -Il devint un brave militaire, qui n'eut pas les brillantes qualités de -son père, mais qui n'en eut pas les défauts et ne fit pas les mêmes -fautes. Le second, qui naquit à l'époque dont nous traitons, fut par la -suite évêque de Luçon, et s'attira, par les grâces de son esprit et les -agréments de son commerce, les éloges de Voltaire et de Gresset: comme -son père, il reçut aussi les honneurs du fauteuil académique[350]. Quant -à ses trois filles, l'une, Diane-Charlotte, se fit religieuse, et -demeura d'abord à Paris au couvent des Filles de Sainte-Marie et ensuite -à Saumur, où elle fut nommée supérieure. Madame de Sévigné nous la fait -connaître par ses lettres comme réunissant la politesse, l'élégance et -les agréments du monde aux principes du christianisme le plus -austère[351]. Les deux autres filles de Bussy ne quittèrent point leur -père, et faisaient, par leur esprit, leurs talents et leur enjouement, -le charme de la société qu'il réunissait dans ses châteaux. L'aînée des -deux, Louise-Françoise, s'est rendue célèbre, comme marquise de Coligny, -par ses amours et son scandaleux procès avec de la Rivière, son second -mari, dont elle ne porta jamais le nom[352]. La seconde, Marie-Thérèse, -épousa par la suite le marquis de Montataire, père du marquis de Lassay, -qui a laissé de si singuliers Mémoires. Marie-Thérèse était la filleule -de madame de Sévigné[353]; on la nommait, quoique demoiselle, madame de -Remiremont, parce qu'elle était chanoinesse du chapitre de ce nom[354]. -Nous la voyons prendre cette qualification dans un madrigal de sa -composition, réuni à d'autres composés par son père au nom de son fils -encore enfant, de son autre fille, de la comtesse de Bussy, sa femme, et -du comte de Toulongeon, son beau-frère, et de la femme de celui-ci. -Toutes ces personnes se trouvaient réunies à Chazeu dans les premiers -jours de janvier 1669; elles écrivirent en commun à la comtesse de la -Roche-Milet, avec laquelle Bussy était lié. La lettre collective -transmettait en étrennes des madrigaux et un nombre de bourses égal à -celui des madrigaux; elle annonçait, en même temps, la résolution de -toutes les personnes qui l'avaient écrite d'aller à la Roche-Milet -célébrer chez la comtesse la fête des Rois, à moins qu'elle n'aimât -mieux se rendre ce jour-là à Chazeu[355]. - - [346] BUSSY, _Lettres_, t. V, p. 178 et 179 (2 novembre 1670). - Voyez ci-dessus, chap. I, p. 2; chap. III, p. 56-68; chap. VI, p. - 107. - - [347] Louise de Rouville, fille de Jacques de Rouville, chevalier - d'honneur de madame la duchesse de Montpensier, et d'Isabelle de - Longueval.--Conférez BUSSY, _Discours à ses enfants_, p. - 240.--SÉVIGNÉ, _Lettres_, t. III, p. 27; t. VI, p. 355-475, 478, - édit. de M. - - [348] BUSSY, _Lettres_, t. III, p. 192 (6 août 1670); p. 193 et - 196 (19 août 1670). - - [349] SÉVIGNÉ, _Lettres_, t. II, p. 400; IV, 473; V, 288, 296; - VI, 470, 475; VII, 56, 60, 365-367; VIII, 134, 137; IX, 339. - - [350] AUGER, _Biographie universelle_, t. V, p. 377.--SÉVIGNÉ, - _Lettres_, t. VIII, p. 137; IX, 339; X, 461, édit. de M. - - [351] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (24 janvier 1672), t. II, p. 305, édit. - de M.--_Ibid._, t. II, p. 73, édit. de G. de S.-G.--Conférez - BUSSY, _Lettres_, t. V, p. 163 et 166. - - [352] _Lettres choisies de_ M. DE LA RIVIÈRE, t. I, p. 70, 79, - 99, 101, 115, 145, 167, 185, 190, 206; t. II, p. 208 et - 281.--BUSSY, _Lettres_, t. III, p. 217 (1er juillet 1670), p. 299 - (29 janvier 1671 ), p. 309 (Corbinelli au comte de Bussy, 15 - janvier 1671). - - [353] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (18 septembre 1676, Lettre de Bussy), t. - IV, p. 476 de l'édit. de M. - - [354] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (en date du 1er juillet 1676), t. IV, p. - 459; t. V, p. 5; t. VII, p. 84, 291 et 423. - - [355] BUSSY, _Lettres_, t. V, p. 60 à 65 (lettre en date du 1er - janvier 1669),--_Supplément aux Mémoires et Lettres de M. le - comte_ DE BUSSY, t. I, p. 77-82. - -Bussy faisait fréquemment des excursions qui mettaient de la variété -dans son existence et attiraient dans ses deux résidences une société -nombreuse et brillante. Il était l'homme le plus considérable et le plus -considéré dans sa province. Ceux qui auraient pu avoir des prétentions à -passer avant lui étaient auprès du roi, dans leurs gouvernements ou à -l'armée, et ne résidaient que passagèrement dans leurs terres. L'exil et -la disgrâce servaient encore à rehausser la considération qu'on avait -pour Bussy. Tous les gentilshommes qui n'avaient ni charges ni emplois, -qui vivaient de leurs revenus, entourés de leurs vassaux et de leur -dépendance, n'allaient point à la cour, et n'en attendaient aucun -bienfait. Ils étaient loin d'être bien disposés pour le gouvernement, -qui usurpait tous les jours sur leurs priviléges ou en prévenait les -abus. Ils se sentaient donc naturellement du penchant pour Bussy, qui -frondait le gouvernement et les ministres avec beaucoup d'esprit et une -connaissance de la cour et des affaires que personne n'était tenté de -lui contester. Cette prééminence de Bussy sur presque tous ceux qui -allaient le voir ou qu'il recevait chez lui augmentait encore son -orgueil naturel. Les fréquentes visites de ses parents, de ses amis, de -ses connaissances en faveur auprès du roi ou revêtus de hautes dignités -ajoutaient encore à son importance, et faisaient voir en lui un homme -puissant dans l'exil, auquel ses envieux et ses persécuteurs n'avaient -pu enlever toute son influence. A cette époque il n'en était pas comme à -la fin du règne de Louis XIV, lorsque le long et paisible exercice du -despotisme eut assoupli tous les caractères au même degré de servilité. -Dans ce temps si voisin de celui de la Fronde, on s'étudiait à -conserver les dehors d'indépendance et de fierté. Les plus obséquieux -des courtisans auraient été déshonorés s'ils avaient répudié leurs -anciens amis parce qu'ils étaient tombés en disgrâce. Aussi, bien loin -d'être privé de société, Bussy, au contraire, se plaignait que le -voisinage de son château près de Sainte-Reine lui amenait, dans la -saison des eaux minérales, un nombre trop considérable d'ennuyeux -visiteurs. Mais ce voisinage lui procurait aussi des hôtes agréables, -qui ne seraient pas venus le voir si le besoin de leur santé ne les -avait pas forcés de faire ce voyage tous les ans. A toutes les visites -il préférait celles des jolies femmes de la cour qui allaient prendre -les eaux de Sainte-Reine uniquement pour se rafraîchir; et il avait -coutume de dire qu'il ne les trouvait pas moins aimables pour avoir le -sang échauffé[356]. - - [356] BUSSY, _Lettres_ (7 septembre 1670), t. III, p. 240, édit. - de Paris des _Lettres de_ ROGER DE RABUTIN, 1737, in-12. - -Cependant il savait s'occuper; et lui-même, dans une lettre à madame de -Scudéry, qui l'avait interrogé à ce sujet, donne les détails suivants -sur la manière dont il réglait son temps[357]; cette lettre est datée du -10 décembre 1670: - -«Vous saurez, madame, que je me lève assez matin; que j'écris aussitôt -que je suis habillé, soit pour mes affaires domestiques, soit pour mes -affaires de la cour et de Paris, soit pour autre chose... Après cela je -me promène, je vais d'atelier en atelier, car j'ai des peintres et des -maçons, des menuisiers et des manÅ“uvres; et puis je dîne à midi. Je -mange fort brusquement; votre amie madame de M*** [Monglat] vous pourra -dire qu'elle m'appelait quelquefois un brutal de table: je ne sais pas -si elle n'eût point souhaité que je l'eusse été encore davantage -ailleurs. Après dîner, je tiens cercle avec ma famille, avec qui je me -divertis mieux qu'en mille visites de Paris. Quelque temps après, je -retourne à mes ouvriers. La journée se passe ainsi à tracasser. Ensuite -je soupe comme j'ai dîné, je joue, et je me retire à dix heures. Voilà -ce que je fais quand je ne fais point de visite et que je n'en reçois -point. Ces visites sont mêlées, comme à Paris, de sottes gens, de gens -d'esprit, comme il faut que soit le monde. Enfin, madame, j'ai deux -aussi agréables maisons qui soient en France, lesquelles j'ajuste encore -tous les jours. Je tâche à raccommoder mes affaires domestiques, que le -service du roi avait mises en fort mauvais état. Je suis considéré dans -mon pays, où quelque mérite, joint à de grands malheurs, m'attire -l'attention de tout le monde.... Cela console un peu les misérables: -cependant je fais des pas pour mon retour, sans empressement, comme je -vous l'ai déjà mandé; s'ils réussissent, j'en serai bien aise; sinon, je -n'en serai pas fâché... Quand je retournerai, je n'aurai jamais tant de -repos que j'en goûte.» - - [357] BUSSY, _Lettres_, t. III, p. 279. - -Précédemment, il avait écrit à madame de Montmorency[358]: «Quelque -impatience que j'aie de vous voir, madame, je tâche de ne me point -ennuyer. Je m'amuse à bâtir; à faire des garçons, comme vous voyez; à -haïr mon infidèle; à vous aimer et à vous l'écrire; à me faire une santé -que je n'ai jamais eue dans le tumulte de la cour et de la guerre. -Enfin, j'ai mille petits plaisirs sans peine, et je n'ai eu là que de -grandes peines sans plaisirs; car l'ambition, et surtout l'ambition -malheureuse, ne laisse à l'âme aucun autre sentiment.» - - [358] BUSSY, _Lettres_ (12 juin 1669), t. V, p. 80. - -Qui ne croirait, d'après cette sage réflexion et les dispositions -manifestées dans ses lettres, que Bussy ne fût uniquement occupé à tirer -parti pour son bonheur de la position que le sort lui avait faite? -Cependant il n'en était rien. Ses lettres mêmes, et les plans de -campagne qu'il faisait parvenir au roi, et les instances à ses parents, -à ses amis, pour qu'ils sollicitassent son retour, tout nous démontre -que Bussy était sans cesse tourmenté du désir de rentrer dans cette -carrière tumultueuse où, pour récompense de ses labeurs, il n'avait -rencontré que la perte de son repos, de sa santé et d'une partie de sa -fortune. L'âge et l'absence ne l'avaient pas encore consolé d'avoir été -abandonné par une maîtresse chérie; de sorte que l'ambition et l'amour, -refoulés dans son âme sans pouvoir se produire au dehors, ne lui -inspiraient ni pensées élevées ni sentiments tendres, et ne le rendaient -accessible qu'à la haine et à l'envie, passions tristes et malheureuses, -qu'irritait encore son incorrigible orgueil. - -Pour caresser celui-ci et se procurer quelque soulagement, il s'occupait -à écrire ses _Mémoires_. Mais, au lieu de porter dans ce travail cette -liberté d'esprit que produit le désabusement de toutes les choses de la -vie et du monde, qui donne à une telle Å“uvre l'intérêt et l'importance -d'une confession générale faite en vue et au profit de la postérité, il -voulait s'en servir comme d'un moyen propre à le faire rappeler de son -exil[359]. Il savait que son ami le duc de Saint-Aignan avait aussi -écrit des _Mémoires_ qu'il avait l'intention de montrer au roi. Bussy -espérait que Louis XIV aurait le désir de lire les siens, et qu'ainsi -il pourrait par là rentrer en grâce auprès de lui[360]. Les Mémoires du -duc de Saint-Aignan, de ce courtisan si dévoué et si bien initié aux -secrets les plus intimes de la vie intérieure de son maître, n'ont -jamais été imprimés. Ceux de Bussy l'ont été en partie après la mort de -l'auteur, par les soins de sa fille, la marquise de Coligny, et par ceux -du P. Bouhours. Ils sont bien tels qu'on devait s'y attendre d'après la -connaissance que l'on a des motifs qui les avaient fait entreprendre: -Å“uvre incohérente et incomplète, pleine d'indiscrétions et de -réticences, sans impartialité et sans abandon. La malignité de -l'écrivain envers les autres, sa complaisance pour lui-même déprécient, -sans qu'il s'en aperçoive, le mérite de ses actions et les bonnes -qualités de son esprit. Sa vanité le portait à croire que tout ce qui le -concernait pourrait intéresser les lecteurs; et il met autant -d'importance à faire connaître ses prouesses galantes qu'à retracer ses -plus beaux faits d'armes. C'est pourquoi l'occupation qu'il s'était -donnée d'écrire ses Mémoires le ramenait vers le souvenir de madame de -Monglat. Il en était sans cesse assiégé. Dans sa correspondance, le nom -de cette dame se retrouve continuellement sous sa plume avec les plus -amères expressions de haine et de mépris[361]. Pour mieux _infamer_ -l'infidèle en vers et en prose, il souhaitait pouvoir apprendre -plusieurs langues, afin d'être compris par un plus grand nombre de -personnes[362]. Il ne pouvait supporter l'idée qu'elle eût, par sa -bonté, par son amabilité et une conduite plus régulière, conservé -l'amitié de toutes les femmes avec lesquelles elle s'était liée. -Lorsqu'on lui écrivit que madame de Sévigné avait été avec madame de -Monglat à une représentation d'_Andromaque_, il répondit: qu'il fallait -que la réputation de vertu de sa cousine fût bien établie pour oser se -montrer dans des lieux publics en telle compagnie[363]. Plus on -exhortait Bussy à s'exprimer avec égards et douceur sur une femme -partout accueillie avec empressement[364], plus il mettait de virulence -dans ses injures, plus il multipliait, sous toutes les formes, les -satires, les épigrammes et les sarcasmes. Il trouvait, dans sa -correspondance avec les femmes qui étaient liées avec madame de Monglat, -des occasions de satisfaire sa vengeance en cherchant à diminuer -l'estime et l'amitié qu'on avait pour elle. Mais il n'y a pas de plus -mauvais conseils que ceux qu'inspire la haine. En cherchant à nuire à -madame de Monglat il se faisait à lui-même un tort irrémédiable. On -plaignait celle qui avait eu le malheur d'aimer un homme de ce -caractère, et on ne la blâmait pas de s'être guérie d'un tel amour. -D'ailleurs, on s'apercevait bien que le dépit de n'être plus aimé était -la seule cause de la colère de Bussy et de son indifférence affectée. Si -d'une part il manifestait le désir qu'il avait de la voir abandonnée par -tout le monde, de l'autre, il était bien aise qu'on lui en parlât et -qu'on l'instruisît de tout ce qui la concernait. Il ne voulait point se -rendre aux exhortations qu'on lui faisait de l'oublier. Il reprochait à -celles qui la fréquentaient de garder à son égard un silence -affecté[365]. Pour faire cesser ce silence, il donnait lui-même, à ce -sujet, matière à de nouvelles réprimandes, et même il consentait à ce -qu'on dît du bien d'elle plutôt que de ne pas en parler du tout[366]. -Madame de Scudéry particulièrement le suppliait de ne plus l'entretenir -de madame de Monglat, puisqu'il ne pouvait le faire sans la blesser -elle-même: non qu'elle se méprît sur la nature des sentiments de Bussy -et qu'elle prît au sérieux toutes ses injures; mais par toutes sortes de -motifs elles lui déplaisaient, et elle voulait les faire cesser. «J'ai -bien ouï dire, lui écrivait-elle, que vous autres messieurs habillez -quelquefois l'amitié avec tous les atours de la haine; mais, à vous -parler franchement, la mascarade est un peu fâcheuse[367].» Bussy aimait -mieux encore avouer que madame de Monglat ne lui était pas indifférente -que de s'abstenir de verser à son sujet le fiel de sa plume. «Vous -croyez, disait-il à madame de Scudéry, que j'aime fort la dame dont je -ne saurais me taire; j'y consens, pourvu que j'en parle: je ne me soucie -guère de ce qu'on en pensera, mais j'en parlerai et en prose et en -vers[368].» - - [359] BUSSY, _Lettres_ (20 février 1671), t. III, p. 313, édit. - 1737, in-12. - - [360] BUSSY, _Lettres_ (26 septembre 1670), t. III, p. 247 (18 - octobre 1670); t. III, p. 262-264 (23 et 31 octobre 1670); t. - III, p. 261, 262, 264 (8 septembre 1670); t. III, p. 267, 308 (20 - février 1671); t. III, p. 313. - - [361] BUSSY, _Lettres_, t. III, p. 33, 34, 125, 183, 178, 188, - 197, 221, 223, 228, 241, 242, 246, 249, 250, 257, 265, 269, 270, - 279, 288; t. V, p. 109, 134, 141, 154, 156, 159, - 174.--_Supplément aux Mémoires et Lettres_, 1re partie, p. 93, - 96, 177. - - [362] BUSSY, _Lettres_ (23 octobre 1670), t. III, p. 261. - - [363] BUSSY, t. III, p. 242 (15 septembre 1670). La lettre est, - je crois, adressée à mademoiselle Dupré. - - [364] MONTPENSIER, _Mémoires_, t. XLII, p. 255, 441, 445. - - [365] BUSSY, _Lettres_ (1er octobre 1670), t. III, p. 249. - - [366] BUSSY, _Lettres_ (6 mai 1670), t. III, p. - 197.--_Supplément_, t. I, p. 96. - - [367] BUSSY, _Lettres_, t. III, p. 228 (Lettre de madame de - Scudéry, en date du 31 juillet 1670). - - [368] BUSSY, _Lettres_, t. III, p. 261 (23 octobre 1670). - -Cependant les personnes avec lesquelles Bussy correspondait alors le -plus habituellement cherchaient à le purger de ses mauvaises passions. -Le bon Corbinelli lui prêtait les secours d'une philosophie aimable, -peu austère et parfaitement appropriée à sa situation. Il résumait tous -les conseils qu'il lui donnait en vers admirables ou en prose éloquente, -dont, à la vérité, il n'était pas redevable à son génie, mais à sa -mémoire[369]. Jamais il n'y en eut de plus richement meublée, de plus -prompte et de plus complaisante. Tous les auteurs qu'il avait lus, -anciens et modernes, sérieux ou frivoles, semblaient n'avoir pensé et -écrit que pour donner plus de force et d'autorité à ce qu'il pensait et -écrivait lui-même, que pour mieux faire ressortir les sages maximes et -les règles de conduite qu'il cherchait à inculquer et dont, par la -pratique, il avait reconnu l'excellence[370]. Ami sûr, d'un dévouement -sans bornes, d'une obligeance infatigable, il inspirait à tous autant -d'affection que d'estime; sa conversation, toujours variée, instructive -et amusante, plaisait aux hommes comme aux femmes, aux vieillards comme -aux jeunes gens, aux personnes sérieuses ou mélancoliques comme à celles -qui étaient vives et enjouées. A l'époque dont nous traitons, son exil -avait cessé. Après un long voyage fait dans le midi de la France, il -était revenu à Paris; et presque tous les jours il allait chez madame de -Sévigné, la plus intime et la plus chérie de toutes ses amies[371]. Il -se disposait alors à partir pour la Bourgogne, pour voir une de ses -sÅ“urs, religieuse à Châtillon. - - [369] BUSSY, _Lettres_, t. III, p. 136, 155, 270, 300 (Lettres de - Corbinelli, datées de Montpellier, le 16 juin 1669; de Toulouse, - le 15 septembre 1669; de Paris, le 17 mai 1670; d'Aiguemortes, le - 15 février 1671); t. III, p. 522. - - [370] CORBINELLI, _Recueil de tous les beaux endroits des - ouvrages des plus célèbres auteurs de ce temps_, 1696, 5 vol. - in-18.--_Les Anciens historiens réduits en maximes_, 1694, - in-12.--_Sentiments d'amour tirés des meilleurs poëtes modernes_; - Paris, 1665, in-12. - - [371] Corbinelli mourut en 1716, âgé de plus de cent ans; donc il - était né en 1615: ainsi il avait cinquante-cinq ans en 1670. - -Si la sagesse mondaine avait auprès de Bussy un excellent avocat dans -Corbinelli, la religion avait aussi dans le P. Cosme, général des -feuillants[372], un interprète zélé que Bussy paraissait écouter avec -déférence; mais la correspondance qu'il entretenait avec ce religieux se -ralentit beaucoup lorsque ce dernier eut cessé d'être le confesseur de -madame de Monglat[373]. - - [372] BUSSY, _Lettres_, t. III, p. 2, 65, 69, 180, 184, 286, 288 - (29 octobre 1666, 25 décembre 1667, 2 janvier 1668, 19 et 27 - janvier 1670). - - [373] BUSSY, t. III, p. 183 (27 janvier 1670). Le P. Cosme fut - depuis évêque de Lombez. Il avait exigé de madame de Monglat - qu'elle n'allât plus au spectacle; elle refusa, et il ne voulut - plus la diriger. - -Madame de Scudéry, que nous avons déjà fait connaître à nos -lecteurs[374], était pour Bussy un prédicateur plus persuasif; elle -aimait son esprit, sa brusque franchise, sa constance et sa loyauté en -amitié; elle n'était point rebutée par les défauts de son caractère, -qu'elle savait lui faire apercevoir et qu'elle aurait voulu réformer. -Bussy avait en elle la plus entière confiance. Par sa discrétion dans -les affaires les plus délicates, par son incomparable activité quand il -fallait rendre un service, par son bon sens, sa piété, son esprit, sa -modestie et son savoir, madame de Scudéry avait acquis une influence -au-dessus de sa position. C'était, à cette époque, une sorte de mode de -se faire admettre à ses cercles, peu nombreux, mais remarquables par le -choix des personnages[375]. Elle ne s'enorgueillissait pas de ses succès -en ce genre, elle en connaissait la cause, et elle se prêtait plutôt -qu'elle ne se livrait à la société qui l'entourait. Elle savait qu'elle -ne lui paraissait si aimable que parce qu'elle avait su s'y rendre -utile. - - [374] Voyez ci-dessus, chap. III, p. 56-68. - - [375] BUSSY, _Lettres_, t. III, p. 228 et 229 (31 juillet - 1670).--Madame DE SCUDÉRY, _Lettres_, 1806, in-12, p. 30. - -«J'ai beaucoup d'apparence d'amis et d'amies, écrivait-elle à Bussy; -car, en vérité, monsieur, l'on n'en a guère. Mais n'importe, j'ai l'âme -douce; j'aime tout de l'amitié, jusqu'à l'apparence; et je dirais -volontiers, sur ce sujet, ce qui est dans _Astrée_ sur un autre: - - Privé de mon vrai bien, ce faux bien me soulage. - -Cependant je vous avoue que cela est incommode de faire toujours le -change des Indiens avec ses amis; de leur donner de bon or, et de ne -recevoir que du verre[376].» - - [376] BUSSY, _Lettres_, t. III, p. 316-17 (6 mars - 1671).--_Supplément_, t. I, p. 97.--Lettres de mesdames DE - SCUDÉRY, DE SALVAN-SALIÈRE et de mademoiselle DESCARTES, - collection de Collin; Paris, 1806, in-12, p. 46 et 47. - -Fortement dominée alors par ses idées religieuses, elle avait le projet -de se retirer du monde, afin, disait-elle, de n'avoir plus autre chose à -penser qu'à bien mourir[377]. De tous les amis et de tous les parents -que Bussy avait à la cour, le duc de Saint-Aignan était celui qui -s'occupait le plus à le faire rentrer en grâce auprès du roi; mais le -duc de Saint-Aignan était trop occupé pour correspondre avec Bussy aussi -souvent que celui-ci l'eût désiré. Madame de Scudéry, amie de tous deux, -y suppléait. Le zèle qu'elle montrait en toute occasion pour les -intérêts de Bussy lui avait acquis une sorte d'empire sur son esprit. -Elle voulait en profiter pour le ramener par la religion à une conduite -plus régulière, à des sentiments plus purs. Les exhortations pieuses -qu'elle lui adressait partaient du cÅ“ur et étaient imprégnées de la -chaleur d'une profonde conviction[378]. L'abjuration récente de Turenne -et celle de Pellisson et surtout la conversion du marquis de -Tréville[379] étaient de nature à faire impression sur Bussy, et -ajoutaient aux paroles de madame de Scudéry l'autorité des grands -exemples. Mais lui, malgré ses cinquante-deux ans, ne se sentait -nullement disposé à réformer sa vie; pourtant il repousse avec force le -reproche qu'elle lui fait d'être plus philosophe que chrétien; et comme, -en même temps, elle lui avait proposé, pour l'éclairer, de lui envoyer -le livre des _Pensées_ de Pascal[380], que Port-Royal avait récemment -publié et qui faisait alors une grande sensation[381], il lui répond: -«Ne vous alarmez point de ma foi; elle est bonne, et je suis chrétien -encore plus que philosophe. Il est vrai que, sur certaines actions, je -ne suis pas aussi régulier qu'un missionnaire, au moins en apparence; -car pour le fond je crois l'avoir meilleur que ces gens-là ... J'ai -Pascal céans, et je l'ai lu avec admiration; mais, comme vous savez, on -n'imite pas toujours tout ce qu'on admire[382].» - - [377] BUSSY, _Lettres_ (31 juillet 1670), t. III, p. 229. - - [378] BUSSY, _Lettres_, t. III, p. 228 et 229 (31 juillet - 1670).--Madame DE SCUDÉRY, _Lettres_, p. 28 et 30, édit. 1806 (du - recueil de Léopold Collin). - - [379] Le vrai nom est Troisville; l'abréviation avait - prévalu.--Conférez LA FARE, _Mémoires_, t. LXV, p. 181.--SÉVIGNÉ, - t. II, p. 324; t. IV, p. 165; t. VIII, p. 440 et 447, t. XI, p. - 159, 190, 191, édit. de G. de S.-G.--TALLEMANT DES RÉAUX, - _Historiettes_, t. I, p. 420, édit. in-8º. - - [380] BUSSY, _Lettres_, t. III, p. 218 (4 juillet 1670). Cette - lettre de madame de Scudéry est omise, ainsi que beaucoup - d'autres, dans le recueil de Léopold Collin, qui a été fait avec - beaucoup de négligence. - - [381] _Pensées de M. Pascal sur la religion_, 1670, in-12, chez - G. Desprez (les approbations des évêques, pour l'impression, sont - datées de septembre 1669). - - [382] BUSSY, _Lettres_, t. III, p. 220 (7 juillet 1670). - -Madame de Scudéry, peu satisfaite de cette réponse, revient encore sur -le même sujet dans la lettre que nous avons déjà citée[383]. - - [383] BUSSY, _Lettres_, t. III, p. 228 (31 juillet 1670). - -«Quoique vous me vouliez rassurer sur votre foi, monsieur, je vous dirai -que vous n'y réussissez pas tout à fait. Cependant, si vous vouliez -devenir bon chrétien, ce serait une chose admirable. Après tout, -monsieur, l'éternité est longue et la vie est courte. Il y a si peu de -plaisirs véritables dans le monde que cela ne vaut pas la peine de se -damner. Mais Pascal dit tout cela bien mieux que moi; puis il faut que -Dieu vous le dise, car nos discours n'opèrent rien sans lui; et dans la -vérité je sais, par expérience, qu'il n'y a que les prières qui attirent -la miséricorde de Dieu. Je vous exhorte, comme mon bon ami, à qui je -souhaite toute sorte de bien, de le prier le plus que vous pourrez. On -ne devinerait jamais que vous eussiez un commerce de lettres avec une -amie qui vous écrivît ainsi. Pour moi, je hais le monde, et je veux m'en -retirer.» - -Soit que les pieux conseils de madame de Scudéry eussent fait impression -sur Bussy, soit qu'elle l'eût mal jugé, il est certain que, dans sa -correspondance avec d'autres femmes, s'il paraît indévot, il ne se -montre point incrédule, et qu'il accueille avec l'apparence de la foi -toutes les ouvertures qui lui sont faites au sujet de la religion. - -Corbinelli en voyage écrivit, à cette époque, à sa sÅ“ur, religieuse à -Châtillon, pour obtenir des nouvelles de la santé de Bussy, dont il -était inquiet; celle-ci charge un M. Rémond d'aller s'en informer, et, -pour qu'il puisse s'acquitter de sa commission, elle lui remet pour -Bussy une lettre d'introduction, qu'elle termine par ces mots[384]: «Si -l'assurance de mes prières était un régal pour vous, je vous dirais que -je ne passe pas un jour sans demander à Dieu qu'il vous fasse aussi -saint par sa grâce qu'il vous a fait honnête homme selon le monde.» - - [384] BUSSY, _Lettres_, t. V, p. 182 (5 décembre 1670, Lettre de - madame de Corbinelli, religieuse à Châtillon, au comte de Bussy). - -A ceci Bussy répond[385]: - -«Je ne sais quelle idée vous vous êtes faite de moi, mais je vous assure -que vos prières pour mon salut me sont très-agréables; et je les crois -très-utiles, car je suis persuadé que vous êtes aussi aimable devant -Dieu que devant les hommes.» - - [385] BUSSY, _Lettres_, t. V, p. 183 (8 décembre 1670). - -La réponse qu'il fit à mademoiselle Dupré, qui lui envoyait copie de la -lettre que Pellisson écrivit au roi lors de son abjuration[386], est -encore plus significative. Bussy rapporte un bon mot de sa cousine, dont -il avait gardé la mémoire depuis bien des années[387]: - -«La lettre de Pellisson est belle; rien ne m'affermit davantage dans ma -religion que de voir un bon esprit comme le sien l'étudier longtemps, et -l'embrasser à la fin. Madame de Sévigné disait de lui, à quelqu'un qui -exagérait ses bonnes qualités, sa droiture, sa grandeur d'âme, sa -politesse: «Eh bien! dit-elle, pour moi, je ne connais que sa laideur; -qu'on me le dédouble donc.» Il serait encore meilleur à dédoubler -aujourd'hui, que la foi a éclairé son âme des lumières de la vérité.» - - [386] BUSSY, _Lettres_, t. V, p. 179 et 180 (2 novembre 1670). - - [387] BUSSY, _Lettres_, t. V, p. 181 (21 novembre 1670).--DELORT, - _Hist. de la détention des philosophes et des gens de lettres à - la Bastille et à Vincennes_. - - - - -CHAPITRE XI - -1670-1671. - - Idée de la correspondance de Bussy avec madame de - Sévigné.--Pourquoi les lettres de madame de Sévigné ne pouvaient - avoir sur Bussy une influence morale aussi favorable au bonheur de - ce dernier que celles de Corbinelli et de madame de Scudéry.--Mort - du président de Frémyot.--Il donne tout son bien à madame de - Sévigné.--Bussy saisit cette occasion de lui écrire, et recommence - sa correspondance avec elle.--Madame de Sévigné lui répond, et lui - annonce la grossesse de madame de Grignan.--Madame de Sévigné, - mécontente de Bussy, lui écrit une lettre de reproche sur le - passé.--Réponse modérée de Bussy à cette injuste attaque.--Madame - de Sévigné lui demande excuse.--Elle est enchantée qu'il travaille - à la généalogie des Rabutin et flattée que Bussy lui ait dédié cet - ouvrage.--Cependant elle continue à lui rappeler sa conduite - antérieure à son égard.--Bussy perd patience.--Il lui demande de - cesser ce genre de guerre.--Madame de Sévigné y consent.--Madame - de Sévigné écrit à Bussy qu'elle a des ennemis, puis ensuite le - nie.--Bussy dit qu'il le sait.--Madame de Sévigné cherche à savoir - de qui Bussy a reçu ses informations et ce que son cousin sait des - propos qui ont été débités sur elle.--Bussy, dans sa réponse, se - tient sur la réserve.--Ses réticences nous réduisent à des - conjectures.--Motifs de croire que madame de Montmorency était - celle qui instruisit Bussy des bruits qui couraient sur sa - cousine. - -La correspondance de Bussy avec sa cousine ne pouvait avoir sur lui une -influence aussi salutaire que celle qu'il entretenait avec madame de -Scudéry et avec Corbinelli. Madame de Sévigné n'avait ni la ferveur -religieuse de l'une ni le calme philosophique de l'autre. Plus que -jamais livrée au monde par goût comme par devoir, elle n'était pas -insensible aux succès qu'elle y obtenait. Elle se plaisait à la lecture -des traités moraux de Nicole, à écouter un beau sermon; elle remplissait -exactement ses devoirs de religion; mais l'amour de sa fille était -devenu chez elle une passion dominante et tenait dans son cÅ“ur plus de -place que l'amour de Dieu. C'est ce qu'elle déplore elle-même amèrement -et avec cette naturelle éloquence qui ne la quittait jamais. Le désir de -contribuer à l'élévation de ses enfants la rendait attentive à toutes -les intrigues de cour. Ambitieuse non pour elle, mais pour sa famille et -ses amis, elle irritait dans Bussy les blessures faites à son -amour-propre et à son ambition trompée. Sans cesse elle se lamentait sur -l'oisiveté inglorieuse à laquelle il était condamné; elle louait avec -effusion son esprit, ses talents militaires, dont elle entretenait -peut-être une trop haute idée; et ainsi elle augmentait encore l'orgueil -qui le dominait. Autant que lui, elle avait cette vanité nobiliaire qui -aime à se prévaloir de l'antiquité et de l'illustration de sa race. Elle -lui savait un gré infini de ses laborieuses recherches sur la généalogie -et l'histoire des Rabutin, et elle lui transmettait pour ce travail tous -ses titres et papiers de famille. Elle se faisait aider par son tuteur, -l'abbé de Coulanges, et par le savant Bouchet. Elle témoigne, avec une -grande naïveté, le plaisir qu'elle ressent lorsque son cousin lui -annonce qu'il est parvenu à faire remonter à des temps plus reculés la -longue suite de leurs communs aïeux. Elle se montre très-flattée qu'il -ait eu la pensée de lui dédier ce grand et important ouvrage: la -_Généalogie des Rabutin_[388]! Vivant dans un temps et au milieu d'une -cour où les affaires de galanterie étaient aussi des affaires d'État, -madame de Sévigné les racontait à son cousin avec cette vivacité -d'imagination et cette liberté d'expression trop bien assorties au goût -et aux inclinations de son correspondant, et par là elle nuisait aux -pensées sérieuses et aux sages résolutions qui auraient dû l'occuper -uniquement dans sa solitude. Il existait sans doute entre madame de -Sévigné et Bussy de grandes différences sous le rapport de la vertu et -des qualités de l'âme et du cÅ“ur; mais la tournure de leur esprit et -les faiblesses qui leur étaient communes établissaient entre l'une et -l'autre beaucoup de ressemblance. Aussi tous deux regrettaient que -l'incident relatif au mariage de mademoiselle de Sévigné eût suspendu -leur correspondance, Bussy beaucoup plus encore que madame de Sévigné; -malgré l'humeur que lui donnaient les Grignan, il résolut de saisir le -premier prétexte pour renouer son commerce avec elle. - - [388] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (19 septembre 1670), t. I, p. 216, édit. - de M.--_Ib._, t. I, p. 288, édit. de G. de S.-G. (23 janvier - 1771); t. I, p. 227, édit. de M.--_Ibid._, t. I, p. 301, édit. de - G. de S.-G. (16 février 1671); t. I, p. 249, édit. de - M.--_Ibid._, t. I, p. 326, édit. de G. de S.-G. - -Une occasion toute naturelle se présenta. Claude Frémyot, neveu de -Bénigne Frémyot, dont nous avons parlé dans le premier chapitre de cet -ouvrage, mourut sans enfant le 20 avril 1670[389]. Il ne laissa à sa -femme que l'usufruit de ses biens; il en donna la plus grande partie à -madame de Sévigné, sa cousine du côté maternel[390], et il l'institua -son légataire universel. Madame de Sévigné ne s'attendait nullement à ce -don d'un parent pour lequel elle avait une véritable affection et -qu'elle regretta vivement. Elle en écrivit à madame de Toulongeon, qui -se trouvait au nombre des donataires du défunt. Bussy le sut, et -s'empara de ce motif pour adresser à sa cousine quelques mots de -félicitation sur l'héritage qu'elle venait de recevoir, qui se montait à -plus de cent mille livres, monnaie de cette époque (deux cent mille -francs de notre monnaie actuelle[391]). - - [389] Ire partie, p. 2. - - [390] XAVIER GIRAULT, _Notice hist. sur madame de Sévigné_, dans - les _Lettres inédites de_ SÉVIGNÉ, p. XXV.--_Ibid._, t. I, p. - LXXX de l'édit. des _Lettres de_ SÉVIGNÉ, par G. de S.-G.; _id._, - t. V, p. 428 et 432; t. V, p. 255, 256, 261, 337, 380 de l'édit. - de M. (lettres des 15 septembre et 13 octobre 1677, des 13 juin - et 12 août 1678); t. VI, p. 4 et 19, édit. de G. de S.-G.; _id._, - t. XI, p. 26 (avril 1694). - - [391] SÉVIGNÉ, _Lettres_, t. I, p. 242, édit. de G. de - S.-G.--_Id._, t. I, p. 177, édit. de M. (3 et 16 avril - 1670).--ROGER DE RABUTIN, _Lettres_, t. V, p. 248 et 249. - -Madame de Sévigné fit à Bussy la réponse la plus aimable; mais comme il -ne lui avait point parlé de M. ni de madame de Grignan, madame de -Sévigné, sans avoir l'air de s'apercevoir des mauvaises dispositions de -son cousin envers eux, lui annonça que sa fille était enceinte, et que -M. de Grignan se disposait à partir pour la Provence. Elle remercie -ensuite Bussy d'avoir rouvert la porte à leur commerce, qui était, -dit-elle, tout démanché; puis elle ajoute: «Il nous arrive toujours des -incidents, mais le fond est bon; nous en rirons peut-être quelque jour.» -Bussy lui répond «que, quoique M. de Frémyot ne lui ait rien laissé, il -lui a aussi des obligations, puisqu'il lui a fourni l'occasion de -renouer leur correspondance.» Vient ensuite une page employée à -discourir sur lui-même, sur son exil, ses ennemis, ses malheurs et sa -patience à les supporter; puis il termine encore de manière à montrer -toute la rancune qu'il conserve contre M. de Grignan: «Vous avez deviné -que je ne voulais pas vous parler de madame de Grignan, parce que je -n'étais point content d'elle; et ma raison est que je n'ai jamais aimé -les femmes qui aimaient si fort leurs maris; encore me mandez-vous une -chose qui ne me raccommodera point avec elle, c'est sa grossesse. Il -faut que ces choses-là me choquent étrangement pour altérer -l'inclination naturelle que j'ai toujours eue pour mademoiselle de -Sévigné[392].» - - [392] SÉVIGNÉ, _Lettres_, t. I, p. 245, édit. de G. de - S.-G.--_Ibid._, t. I, p. 180, édit. de M. (21 avril 1670).--Cf. - 2e partie, ch. XI, p. 137. - -Quelques lettres d'un style badin, mais amical, furent ensuite échangées -entre le cousin et la cousine, et elles semblaient promettre pour leur -liaison une atmosphère longtemps sereine; mais bientôt l'horizon -s'obscurcit, et ce fut du côté de madame de Sévigné que souffla le vent -qui ramena les brouillards. L'arrivée de Corbinelli à Paris avait donné -occasion à madame de Sévigné de raconter à cet ami de Bussy, qui était -aussi le sien, sa grande querelle avec ce dernier, la rupture qui en -avait été la suite, leur raccommodement et la discussion épistolaire qui -avait eu lieu entre eux pendant que Corbinelli était absent et voyageait -dans le Midi. En cherchant à donner des preuves de tout ce qu'elle -disait à Corbinelli, elle retrouva dans ses papiers des lettres de Bussy -qui lui témoignaient sa reconnaissance du consentement qu'elle avait -donné à ce qu'il fût avancé à son cousin l'argent qu'il avait demandé à -l'époque de son départ pour l'armée en 1657[393]. Ces lettres, dont elle -ne s'était pas ressouvenue lors de leur altercation, détruisaient le -reproche qu'il lui avait fait de n'en avoir pas agi avec lui en bonne -parente. Elle était alors peu satisfaite des lettres d'insouciant -badinage qu'elle recevait de Bussy et de ce qu'il n'écrivait point à sa -fille; mais elle n'osait pas l'attaquer sur ce sujet, parce qu'elle -savait bien que tout le tort était du côté de M. de Grignan, et que -Bussy avait dans cette occasion donné des preuves, qui lui avaient mal -réussi, d'une grande déférence pour elle. Tourmentée cependant du besoin -d'exhaler l'humeur qu'elle avait contre lui, elle profita de la -découverte qu'elle venait de faire, et, sans provocation, sans motif -apparent, elle lui écrivit une lettre où elle lui reprochait encore, sur -un ton goguenard et le plus propre à le blesser, cette malheureuse -satire de l'_Histoire amoureuse des Gaules_ qui depuis longtemps avait -été de sa part l'objet d'un pardon entier et sans réserve[394]. -Corbinelli, qui se trouvait présent lorsque madame de Sévigné écrivit -cette lettre, voulut s'opposer à ce qu'elle fût envoyée; mais ce fut en -vain. Prévoyant l'effet qu'elle ferait sur Bussy, Corbinelli y ajouta un -_post-scriptum_, dans lequel il faisait entrevoir la pensée qu'il les -désapprouvait tous deux. «Vous êtes deux vrais Rabutin, dit-il, nés l'un -pour l'autre: Dieu vous maintienne en parfaite intelligence!» Aussitôt -que la lettre fut partie, madame de Sévigné se repentit de l'avoir -écrite, et elle lui fit dire de ne point s'en fâcher[395]. La réponse de -Bussy est parfaite, et prouve combien était puissant l'attachement qu'il -avait pour sa cousine, puisqu'il fait taire, en sa faveur, cet esprit -hautain et rancuneux qui formait le fond de son caractère. Il explique -avec beaucoup de sagacité ce qui se passait dans l'âme de madame de -Sévigné quand elle se résolut à lui écrire ainsi; il en appelle à sa -conscience, il excuse son tort, il refuse de profiter des avantages que -lui donne sur elle l'humeur dont elle le rend victime; mais il la prie -de lui dire combien ces _recommencements_ doivent durer, afin qu'il s'y -prépare; enfin, il proteste que, malgré le grief de sa cousine envers -lui, il ne garde rien contre elle sur le cÅ“ur et qu'il ne l'aime pas -moins qu'il ne faisait avant[396]. Pour lui prouver encore plus le désir -qu'il avait de lui complaire, il lui fait des compliments sur sa fille; -mais il profite de la réponse qu'il avait à faire à Corbinelli pour -mettre dans le _post-scriptum_ une partie du venin qu'il n'avait pas osé -insérer dans le corps de la lettre; et il engage son ami à ne pas trop -compter sur les bienveillants sentiments que madame de Sévigné lui -témoigne. «Quoique vous n'ayez pas comme moi, dit-il, le péché originel -à son égard, défiez-vous de l'avenir: _Toute femme varie_, comme disait -François Ier.» Encore un sarcasme contre le sexe: quand on est mécontent -d'une femme, on dit volontiers du mal de toutes. - - [393] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (15 mai 1670), t. I, p. 247, édit. de G. - de S.-G.; t. I, p. 181, édit. de M. - - [394] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (17 juin 1670), t. I, p. 250, édit. de - G. de S.-G.; t. I, p. 183, édit. de M.--_Ibid._ (6 juillet 1671), - t. I, p. 191, édit. de M.; t. I, p. 259, édit. de G. de S.-G. - - [395] Par un nommé Bréban, dont je ne trouve le nom nulle part - ailleurs.--SÉVIGNÉ, _Lettres_ (25 juin 1670), t. I, p. 253, édit. - de G. de S.-G.--_Ibid._ t. I, p. 186, édit. de M. - - [396] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (25 juin 1670), t. I, p. 185 à 188, - édit. de M.; t. I, p. 255, édit. de G. de S.-G. - -Madame de Sévigné reconnut ses torts, et se hâta de répondre à son -cousin, près duquel Corbinelli se trouvait alors[397]. «Il est vrai, -dit-elle, que j'étais de méchante humeur d'avoir retrouvé dans mes -paperasses ces lettres que je vous dis. Je n'eus pas la docilité de -démonter mon esprit pour vous écrire; je trempai ma plume dans mon fiel, -et cela composa une sotte lettre amère, dont je vous fais mille excuses. -Adieu, comte; point de rancunes, ne nous tracassons plus... J'ai un peu -tort, mais qui n'en a point dans ce monde? Je suis bien aise que vous -reveniez pour ma fille. Demandez à M. de Corbinelli combien elle est -jolie. Montrez-lui ma lettre, afin qu'il voie que, si je fais les maux, -je fais les médecines.» - - [397] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (6 juillet 1670), t. I, p. 259, 262, - édit. de G. de S.-G.--_Id._, t. I, p. 191-193, édit. de M. - -Bussy se montre non-seulement satisfait, mais enchanté de cette nouvelle -lettre de madame de Sévigné[398], puisqu'il lui déclare qu'il lui permet -de l'offenser encore, pourvu qu'elle lui promette une pareille -satisfaction. Pourtant elle ne put s'empêcher de mêler aux paroles -douces qu'elle lui adressait alors une allusion au grand méfait qu'elle -avait à lui reprocher; et elle continua, dans presque toutes les lettres -qu'elle lui écrivait, à ramener toujours ainsi le souvenir fâcheux du -passé, même lorsqu'elle était le plus satisfaite du présent. Elle paraît -éprouver un malin plaisir à lui prouver que si, en raison de ses bons -procédés, de ses louanges et de sa tendresse, sa grâce est descendue sur -lui, elle n'est pas encore assez efficace pour le laver de ce qu'il -appelait lui-même le _péché originel_. Bussy envoya à sa cousine le -commencement de son travail sur la généalogie des Rabutin[399], avec -l'épître dédicatoire, à elle adressée, qui devait la précéder. Madame de -Sévigné, flattée des éloges qui lui sont donnés dans cette épître, -répond: «La lettre que vous me faites l'honneur de m'écrire, pour me -dédier notre généalogie, est trop aimable et trop obligeante; il -faudrait être parfaite, c'est-à -dire n'avoir point d'amour-propre, pour -n'être pas sensible à des louanges si bien assaisonnées; elles sont -même choisies et tournées d'une manière que, si l'on n'y prenait garde, -on se laisserait aller à la douceur de croire en mériter une partie, -quelque imagination qu'il y ait. Vous devriez, mon cher cousin, avoir -toujours été dans cet aveuglement, puisque je vous ai toujours aimé et -que je n'ai jamais mérité votre haine... N'en parlons plus.» - - [398] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (10 juillet 1670, lettre de Bussy), t. - I, p. 262-264, édit. de G. de S.-G.--_Id._, t. I, p. 194 à 196, - édit. de M. - - [399] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (19 décembre 1670), t. I, p. 216, édit. - de M.; t. I, p. 288, édit. de G. de S.-G. (Cette généalogie des - Rabutins, dit l'éditeur de madame de Sévigné, ne fut terminée - qu'en 1685.) - -Malgré cette promesse tant de fois renouvelée de garder à l'avenir le -silence sur le fatal libelle, elle recommença de nouveau à en parler, et -toujours au sujet de cette généalogie des Rabutin. «Voilà , dit-elle, mon -cousin, tout ce que l'abbé de Coulanges sait de notre maison, dont vous -avez dessein de faire une petite histoire... Je voudrais que vous -n'eussiez jamais fait que celle-là [400]...» Et, plus loin encore, elle -lui reproche de «n'avoir pas fait de son nom (de Rabutin) tout ce qui -était en son pouvoir...» Cette fois Bussy perdit patience; déjà , dans la -réponse à la première lettre qui lui avait causé une si vive -satisfaction, il avait mis en garde sa cousine contre le mauvais effet -que produisaient sur lui les malignes insinuations qu'elle s'était -permises, même dans cette lettre; et il terminait ainsi sa réponse[401]: -«Adieu, ma belle cousine; ne nous tracassons plus. Quoique vous -m'assuriez que nos liens s'allongent de notre race, et qu'ils ne se -rompent point, ne vous y fiez pas trop: il arrive en une heure ce qui -n'arrive pas en cent. Pour moi, j'aime la douceur; je suis, comme le -frère d'Arnolphe, _tout sucre et tout miel_[402].» Aussi madame de -Sévigné, craignant l'effet des provocations qu'elle s'était permises -dans cette dernière lettre, a-t-elle grand soin de dire à Bussy en -finissant: «Je vous souhaite la continuation de votre philosophie, et à -moi celle de votre amitié; elle ne saurait périr, quoique nous puissions -faire; elle est d'une bonne trempe, et le fond en tient à nos os.» Mais -Bussy répondit sur le ton le plus sévère et de manière à convaincre sa -cousine combien ces attaques répétées pouvaient nuire à cette amitié -dont elle lui donnait l'assurance et dont pourtant elle méconnaissait -les droits. Après lui avoir prouvé que sa dernière réflexion, lors même -qu'elle serait juste, est peu généreuse quand elle s'applique à un homme -que l'adversité poursuit, il ajoute: «Je remarque que vous avez, à point -nommé, quand vous m'écrivez, des occasions de picoteries, dont je me -passerais fort bien. Regardez s'il vous serait agréable que je vous -redisse souvent que, si vous aviez voulu, on n'aurait pas dit de vous et -du surintendant les sottises qui s'en dirent après qu'il fut arrêté. Je -ne les ai jamais crues; mais aussi je ne vous ai pas donné le chagrin de -les entendre. Je vous prie donc, ma cousine, d'avoir les mêmes égards -pour moi que j'ai pour vous; car, quoique je ne puisse jamais m'empêcher -de vous aimer, je n'aimerais pas que toute notre vie se passât en -reproches et en éclaircissements: c'est tout ce que nous pourrions faire -s'il y avait de l'amour sur jeu.» - - [400] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (23 janvier 1671), t. I, p. 227, édit. - de M.; t. I, p. 301, édit. de G. de S.-G. - - [401] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (10 juillet 1670), t. I, p. 264, édit. - de G. de S.-G.; t. I, p. 195, édit. de M. - - [402] Bussy aurait dû dire: Comme le frère de Sganarelle. Voyez - _l'École des Maris_, acte I, scène 2.--Conférez _OEuvres de - monsieur_ DE MOLIÈRE, t. II, p. 80, 1676, in 12; chez Claude - Barbin. - -Madame de Sévigné comprit toute la portée de ce langage. Souvent Bussy -s'était prévalu de la vive expression de son amitié pour lui, et il -l'avait interprétée (non peut-être sans quelque raison) comme un indice -d'un sentiment plus tendre. Elle avait toujours cherché à lui ôter cette -croyance, et désormais elle était intéressée à ne plus s'attirer de -nouveaux reproches de Bussy, en se donnant le tort de ranimer toujours -leurs anciennes querelles, puisque, selon lui, c'était donner à penser -qu'il y avait de sa part «de l'amour sur jeu.» Elle s'abstint donc de -toute récrimination. Mais elle-même témoigne que c'était avec peine -qu'elle renonçait à la satisfaction qu'elle éprouvait de lui infliger de -temps en temps quelques petites corrections, pour punition de ses fautes -passées. Elle trouvait que cela rendait leur correspondance plus -piquante et plus animée. «Mon Dieu, dit-elle[403], mon cousin, que votre -lettre est raisonnable, et que je suis impertinente de vous attaquer -toujours! Vous me faites voir si clairement que j'ai tort que je n'ai -pas le mot à dire; mais je suis tellement résolue de m'en corriger que, -quand nos lettres devraient être aussi froides qu'elles sont vives, il -est certain que je ne vous donnerai jamais sujet de m'écrire sur ce -ton-là . Au milieu de mon repentir, à l'heure que je vous parle, il vient -encore des aigreurs au bout de ma plume; ce sont des tentations du -diable, que je renvoie d'où elles viennent.» Et en effet, dans cette -lettre même où elle demande excuse pour être revenue sur le passé, elle -en parle de nouveau, et fait ressouvenir Bussy que, si elle a eu tort -envers lui, les torts qu'il a eus à son égard sont bien plus grands. -«Nous voilà donc raccommodés. Vous seriez bien heureux si nous étions -quittes; mais, bon Dieu! que je vous en dois encore de reste que je ne -vous payerai jamais[404]!» Puis elle demande, en finissant, la -permission de faire à son cousin quelques petites querelles d'Allemand, -mais sur d'autres sujets. «Ce qui me plaît dans tout ceci, -ajoute-t-elle, c'est que nous éprouvons la bonté de nos cÅ“urs, qui est -inépuisable.» - - [403] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (16 février 1671), t. I, p. 268, 269, ou - t. I, p. 325, édit. de G. de S.-G. - - [404] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (6 juillet 1670), t. I, p. 260, édit. de - G. de S.-G.; t. I, p. 192, édit. M. - -Dans les lettres auxquelles cette discussion a donné lieu, nous devons -remarquer certains passages qui font allusion à des propos qu'on aurait -tenus sur madame de Sévigné et dont il sera important, pour -l'intelligence de sa correspondance, de deviner la nature et les motifs. -Madame de Sévigné tâche, dans la première, de réparer un peu la dureté -de ses reproches en terminant par une phrase plus amicale[405], et elle -dit: «Adieu, comte; écrivons-nous, et prenons courage contre nos -ennemis. Pensez-vous que je n'en aie pas, moi qui vous parle?»--A ceci -Bussy répond[406]: «Je ne doute pas que vous n'ayez des ennemis; je le -sais par d'autres que par vous; mais, quoi qu'on m'ait mandé, je ne -crois pas votre conduite si dégingandée qu'on dit, et je ne condamne pas -les gens sans les entendre.» - - [405] BUSSY, _Lettres_ (17 juin 1670), t. I, p. 184, édit. de - M.--_Ibid._, t. I, p. 251, édit. de G. de S.-G. - - [406] SÉVIGNÉ, _Lettres_, t. I, p. 254, édit. de G. de - S.-G.--_Id._, t. I, p. 187, édit. de M. (lettre de Bussy, du 25 - juin 1670). - -Ce passage de la lettre de Bussy intrigua beaucoup madame de Sévigné; il -lui prouvait que ce qu'elle croyait être ignoré de son cousin lui était -connu et que, par les altercations qui avaient eu lieu entre elle et lui -et par son alliance et son intimité avec M. de Grignan, elle avait perdu -une partie de la confiance que Bussy avait en elle et l'ascendant dû au -tendre et fort attachement qu'elle lui avait inspiré. Au lieu de mettre -le même empressement à l'instruire de tout ce qui la concernait, Bussy -lui taisait donc ce que ses correspondances lui apprenaient de -désavantageux sur son compte. Soit qu'elle ait oublié ce qu'elle avait -écrit à Bussy, soit qu'elle ait voulu plaider le faux pour savoir le -vrai, elle feignit d'ignorer ce qu'il voulait dire, et nia qu'elle pût -avoir des ennemis ou avoir été l'objet d'aucun mauvais propos; puis, par -le souvenir, agréable pour elle et pour son cousin, des temps de leur -jeunesse, elle tâcha de ranimer la chaleur de ses anciens sentiments, -dans l'espoir de lui arracher son secret[407]. - - [407] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (6 juillet 1670), t. I, p. 260, édit. de - G. de S.-G.; t. I, p. 192, édit. de M. - -«Vous me donnez un trait en me disant que j'ai des ennemis et qu'on vous -a mandé que ma conduite était dégingandée. Vous feignez qu'on vous l'a -écrit; je parie que cela n'est pas vrai. Hélas! mon cousin, je n'ai -point d'ennemis; ma vie est tout unie, ma conduite n'est pas dégingandée -(puisque _dégingandée_ il y a). Il n'est point question de moi: j'ai une -bonne réputation; mes amis m'aiment, les autres ne songent pas que je -suis au monde; je ne suis ni jeune ni jolie; on ne m'envie point. Je -suis quasi grand'mère, c'est un état où l'on n'est guère l'objet de la -médisance; quand on a été jusque-là sans se décrier, on se peut vanter -d'avoir achevé sa carrière.--M. de Corbinelli vous dira comme je suis, -et, malgré mes cheveux blancs[408], il vous redonnera peut-être du goût -pour moi. Il m'aime de tout son cÅ“ur; et je vous jure aussi que je -n'aime personne plus que lui. Son esprit, son cÅ“ur, ses sentiments me -plaisent au dernier point. C'est un bien que je vous dois; sans vous je -ne l'aurais jamais vu.» - - [408] Cette lettre étant datée du 6 juillet 1670, madame de - Sévigné avait, quand elle l'écrivit, quarante-quatre ans et cinq - mois. - -Bussy était trop rusé pour se laisser prendre au piége, quoique l'amorce -eût été habilement préparée. Il répondit de manière à prouver à sa -cousine qu'il était parfaitement bien informé, et se garda de faire -connaître de quelle part venaient ses informations[409]. - - [409] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (10 juillet 1670), t. I, p. 262, édit. - de G. de S.-G.--_Id._, t. I, p. 194, édit. de M. - -«... Aussi bien me mandez-vous que vous m'en devez encore de reste. -Hâtez-vous donc de me payer, afin que nous soyons bientôt quittes. Je -meurs d'impatience d'être assuré que je n'essuierai jamais de mauvaise -humeur de vous. Je ne vous ai point menti quand je vous ai dit que vous -aviez des ennemis; premièrement, vous me l'avez écrit dans votre _Épître -chagrine_[410]; mais on me l'a mandé d'ailleurs. Quoique votre modestie -vous fasse dire que vous n'êtes ni jeune ni belle, et quoique vous ne -puissiez vous sauver par là si vous donniez lieu de parler, ce n'est pas -sur cela qu'on a parlé de vous. Mais que je suis ridicule de vouloir -vous apprendre ce qu'assurément vous savez avant moi! On ne manque pas -de gens, dans le pays où vous êtes, qui avertissent les amis des -calomnies aussi bien que des vérités qu'on dit d'eux. Je ne vous en -dirai donc pas davantage, sinon qu'à quelques petits reproches près dont -vous m'avez fatigué, je vous trouve une dame sans reproche, et que j'ai -la meilleure opinion du monde de vous.» - - [410] Expression qui fait allusion à l'épître en vers de Scarron - intitulée _Épître chagrine_.--Conf. SCARRON, _OEuvres_, t. VIII, - p. 228, édit. 1737, in-18. - -Bussy en avait dit assez pour être compris de madame de Sévigné; mais -ses réticences nous réduisent à ne pouvoir former que des conjectures -sur les médisances et les calomnies auxquelles il fait allusion. Nous -aurons par la suite occasion de faire connaître ce qui sur ce point nous -paraît être la supposition la plus probable. Nous nous contenterons de -dire ici que nous croyons que madame de Montmorency était celle qui -avait fait connaître à Bussy ce qu'on disait dans le monde sur sa -cousine. De toutes les personnes qui correspondaient alors avec Bussy, -madame de Montmorency est celle qui se montre la plus exacte et la plus -empressée à lui transmettre les nouvelles de ce genre. - - - - -CHAPITRE XII. - -1670-1671. - - Madame de Sévigné parle, dans ses lettres, des événements qui se - sont passés durant sa nouvelle contestation avec Rabutin.--Louis - XIV envoie de nouveaux secours à Candie.--Le duc de Beaufort y - périt.--Navailles est disgracié, puis rappelé.--Louis XIV - travaille avec succès à la prospérité et à la grandeur de la - France.--Il conclut un traité secret avec Charles II--Réside à - Saint-Germain en Laye ou à Chambord.--Créqui, par ses ordres, - s'empare de la Lorraine.--Pirates d'Alger soumis.--Dunkerque - acheté.--Ambassadeurs d'Ardrah, de la côte de Guinée.--Louis XIV - fait la visite de places fortes.--Bon état des finances.--Il n'y - eut point de fêtes données par Louis XIV à Versailles ni dans la - capitale.--Les plaisirs ne sont pas négligés.--Molière compose les - _Amants magnifiques_--Molière est inférieur à Benserade dans les - vers qu'il compose pour ce ballet.--Ce fut le dernier où le roi - figura.--Vers de Racine auxquels on attribue ce changement.--Il - eut d'autres causes plus probables.--La comédie du _Bourgeois - gentilhomme_ eut peu de succès à la cour.--Par quelle - raison.--Tragédies de _Bérénice_, composées par Corneille et par - Racine, à l'instigation d'Henriette d'Angleterre.--Ce fut un duel - littéraire.--Critique des deux pièces par l'abbé Villars, - approuvée par madame de Sévigné.--Racine répond avec humeur à - cette critique.--Sa pièce de _Bérénice_ est représentée aux noces - du duc de Nevers et de mademoiselle de Thianges.--Allusions à - Louis XIV, auxquelles la nature du sujet invitait les deux - poëtes.--Beaux vers qui s'appliquaient à ce monarque dans la - _Bérénice_ de Corneille.--Louis XIV alors admiré et redouté dans - toute l'Europe.--Les malheurs de la fin de son règne sont préparés - dans les temps de prospérité.--Violence faite à la morale publique - par sa liaison avec Montespan.--Le marquis de Montespan est - exilé.--La séparation d'avec sa femme est prononcée en - justice.--Les deux maîtresses du roi cohabitent ensemble.--Peines - qu'en éprouve la Vallière.--Elle se retire aux Filles de - Sainte-Marie de Chaillot.--Mathonnet emprisonné à Pignerol à cause - des services rendus à la Vallière.--Montespan déguise ses - grossesses et cache ses accouchements.--Ses enfants sont confiés à - madame Scarron.--Conduite admirable que tient cette - dernière.--Introduite à la cour, elle est peu goûtée du roi.--Le - règne des femmes assure celui des favoris.--Louis XIV, pour les - affaires d'État, ne se laissait gouverner ni par les uns ni par - les autres.--Détails sur les favoris de Louis - XIV,--Saint-Aignan,--Dangeau,--d'Armagnac,--Marsillac,--la - Feuillade,--Lauzun.--L'exemple que donne Louis XIV l'empêche de - réprimer les désordres de son frère et des favoris qui entourent - ce dernier.--Madame (Henriette d'Angleterre) demande que le - chevalier de Lorraine soit exilé.--Il est éloigné, et, de concert - avec d'Effiat et Beuvron, il donne par le poison la mort à - Henriette.--Fin cruelle de cette princesse.--Bague d'émeraude - qu'en mourant elle donne à Bossuet.--Oraison funèbre qu'il - prononce sur la mort de cette princesse.--Louis XIV découvre le - complot.--Il acquiert la certitude que son frère l'a - ignoré.--Irritation produite en Angleterre par la mort - d'Henriette.--Louis XIV est forcé, par sa politique, à la - dissimulation.--Il rappelle le chevalier de Lorraine de son exil - et épargne ses complices. - -Tandis que madame de Sévigné mariait sa fille, qu'elle s'occupait de -réconcilier Bussy avec son gendre, la France prospérait; des événements -importants avaient lieu sur la grande scène politique. Par patriotisme, -par amour pour ses enfants, par ambition pour sa famille, madame de -Sévigné y prenait intérêt; mais ce qui se passait autour d'elle à la -cour et dans la haute société, dans cette société si avide de gloire, de -dignités, de plaisirs, la touchait encore plus vivement. Elle en parle -souvent dans ses lettres, ou y fait fréquemment allusion. Pour faire -sortir de ses écrits la peinture fidèle du monde au milieu duquel elle a -vécu, il est donc nécessaire de faire de l'histoire de ces temps l'objet -d'une étude approfondie. Quoique ce sujet ait déjà été traité par nombre -d'écrivains, il ne l'a jamais été sous ce point de vue. La vie privée -du jeune monarque, des princes de son sang, de ses courtisans, de ses -ministres et l'influence exercée par eux sur les mÅ“urs, la religion, la -littérature doivent surtout appeler notre attention, non-seulement parce -que toutes ces choses sont par elles-mêmes les plus importantes à -connaître par leur résultat sur les destinées du pays, mais aussi parce -que ce sont celles sur lesquelles madame de Sévigné nous fournit le plus -de lumière et qui peuvent le mieux nous faire pénétrer dans le secret de -ses pensées, et nous dévoiler les causes les plus cachées des -résolutions et des opinions qui lui sont propres ou qui appartiennent -aux hommes d'État et aux personnages du grand monde, dont les noms se -rencontrent souvent, ou occasionnellement, sous sa plume. Enfin, madame -de Sévigné parle souvent des écrivains illustres dont elle était -contemporaine et dont la lecture lui était familière; les investigations -auxquelles ces lettres et celles qui lui furent adressées donnent lieu -nous procurent une intelligence plus complète des chefs-d'Å“uvre de -notre littérature; elles nous instruisent des circonstances et des idées -régnantes sous l'empire desquelles les auteurs se sont trouvés placés et -des motifs qui les ont dirigés dans leurs compositions. - -La troupe de la Feuillade, dans laquelle le jeune de Sévigné avait fait -ses premières armes, ne fut pas la seule qui partit du port de Toulon -pour aller au secours de Candie. Cédant aux conseils de Turenne, qui -secondait les instances de la cour de Rome, à laquelle ce grand -capitaine devait la promotion de son neveu au cardinalat, Louis XIV -envoya l'année suivante six mille hommes au secoure de Candie; il les -plaça sous les ordres du duc de Navailles, et donna le commandement de -la flotte au duc de Beaufort[411]. La plupart des braves qui -composaient cette petite armée furent massacrés dans une sortie. Le duc -de Beaufort, ce héros de la Fronde, périt dans cette action meurtrière; -comme on ne put retrouver son corps après le combat, sa mort donna lieu -à des fables, qu'on cherchait à rendre probables par le souvenir du rôle -qu'il avait autrefois joué. Navailles, pour sauver la flotte et ce qui -lui restait de troupes, revint en France; et Candie se rendit peu après -son départ. On s'en prit à Navailles du mauvais succès de l'expédition; -il fut exilé et forcé à se retirer dans sa terre. Mais il prouva au roi -que, dans toute sa conduite, il avait su concilier l'honneur et les -intérêts du royaume, et que, bien loin d'avoir mérité d'être blâmé, il -aurait dû être récompensé. Louis fut convaincu, et Navailles rentra en -grâce[412]: belle preuve d'équité. L'homme tout-puissant qui sait -réparer une injustice dont il est l'auteur est encore plus rare que -celui qui n'en commet aucune. Quel dommage que Louis XIV n'ait pas été -assez maître de ses passions pour être juste envers la femme de -Navailles, comme il l'avait été envers lui[413]! - - [411] SÉVIGNÉ, _Lettres_, t. I, p. 89; t. II, p. 53 (1er mai - 1671). - - [412] Duc DE NAVAILLES ET DE LA VALETTE, _Mémoires_, 1701, in-12, - p. 225-278, liv. IV.--LOUIS XIV, _OEuvres_, t. V, p. 451, 454, - 456.--BUSSY, _Lettres_, t. V, p. 83.--DARU, _Hist. de Venise_, - 1819, in-8º, t. IV, p. 616-621; t. VII, p. 246 et 247.--SÉVIGNÉ, - _Lettres_, t. III, p. 477 (31 juillet 1675); _Plans et cartes de - Candie_, Biblioth. royale, vol. XXX de l'_Histoire de France par - estampes_. - - [413] SAINT-SIMON, _Mémoires authentiques_, t. II, p. 410, - 411.--Voyez ci-dessus, 2e partie, p. 301, chap. XX. - -A l'époque où nous sommes arrivés, cette entreprise de Candie fut la -seule où Louis XIV échoua. Jamais il ne travailla plus efficacement -qu'alors à la prospérité du royaume, à sa grandeur et à sa puissance. -Les secours qu'il avait envoyés à Candie ne nuisirent point à ses -négociations avec la Porte Ottomane. Son ambassadeur fut reçu à -Constantinople avec des honneurs inouïs jusqu'alors; une alliance fut -faite avec le sultan. Les pirates d'Alger se virent contraints par la -force de respecter le pavillon français; et le commerce de France, en -Orient, étendit ses ramifications dans toutes les vastes et riches -contrées soumises au croissant; en Occident, dans les deux Amériques; au -Midi, jusqu'au fond du golfe de Guinée, d'où l'on vit venir des -ambassadeurs d'Ardrah, présenter aux Tuileries le curieux spectacle -d'une magnificence sauvage, et s'incliner devant le trône du grand -roi[414]. Dunkerque fut acheté à l'Angleterre, et devint un port -français[415]. Un traité secret fut conclu avec Charles II, qui mettait, -en cas de guerre, toutes les forces britanniques à la disposition du roi -de France[416]. Le duc de Lorraine n'exécutait pas ses traités avec la -France, et négociait contre elle. Louis XIV envoya aussitôt une armée -commandée par le maréchal de Créqui, qui s'empara de Pont-à -Mousson, -d'Épinal, de Longwy; et le duc de Lorraine, voyant ses États séquestrés, -fut obligé de se retirer à Cologne, et ensuite à Francfort[417]. Des -traités avantageux lièrent à la France l'empereur, l'électeur de -Cologne, l'évêque de Munster et la Suède[418]. Casimir, roi de Pologne, -se démit de sa couronne, vint à Paris, où il fut reçu avec tous les -honneurs dus à son rang, et accepta de Louis XIV la dignité -ecclésiastique d'abbé de Saint-Germain des Prés. - - [414] Le portrait de l'ambassadeur d'Ardrah, D. Matheo Lopez, fut - gravé par Larmessin.--BUSSY, _Lettres_, t. V, p. 185 (lettre du 9 - décembre 1670). - - [415] BUSSY, _Lettres_, t. V, p. 186. - - [416] LINGARD'S _History of England_.--LOUIS XIV, _OEuvres_, t. - V, p. 466, 467, 469. - - [417] RAMSAY, _Histoire du vicomte de Turenne_, édit. in-12, t. - II, p. 165 et 166. - - [418] _Préliminaires des traités entre les rois de France et tous - les princes de l'Europe_; Paris, Frédéric Léonard, 1692, in-12, - p. 287 à 300. - -Louis XIV visita toutes les places de Flandre qu'il avait conquises; et -ce voyage, qu'il fit avec une grande pompe et accompagné de beaucoup de -troupes, jeta l'inquiétude et la crainte dans toute l'Europe[419]. Il -avait, au milieu de la paix, mis ses armées, ses arsenaux sur le pied de -guerre, créé une marine formidable, établi un ordre inconnu avant lui -dans l'administration de ces deux parties essentielles à la défense de -l'État et au soutien de sa puissance. L'administration intérieure -n'était pas moins admirable; et celle des finances fut portée à ce degré -de perfection que les impôts furent diminués et les recettes -augmentées[420]: résultat qui paraît contradictoire et que cependant -peut toujours obtenir en temps de paix, dans un grand État, un -gouvernement énergique, probe et éclairé. - - [419] CHOISY, _Mémoires_, t. LXIII, p. 404, 415.--BUSSY, - _Lettres_, t. V, p. 177 et 184 (2 novembre et 9 décembre 1670). - - [420] FORBONNAIS, _Recherches et considérations sur les finances - de France_, édit. in-12, t. III, p. 43, 47, 51, 54, 57. - -Occupé de ses vastes projets politiques et guerriers, Louis XIV, cette -année, quand il n'était pas aux frontières, résida le plus -habituellement à Saint-Germain en Laye et à Chambord. Il n'y eut point -de fêtes royales données dans la capitale et à Versailles. De grands -travaux furent exécutés dans ce dernier lieu, et de plus fortes sommes -que dans aucune des années précédentes furent consacrées à cette -prodigieuse création[421]. Mais pour achever le château et le parc il -fallait encore vingt ans, et douze ans s'écoulèrent avant que les -travaux fussent assez avancés pour que Louis XIV pût s'y établir à -demeure[422]. Les plaisirs ne pouvaient se trouver longtemps absents -partout où ce jeune monarque était présent. Durant l'hiver de 1670, -lorsqu'il était avec toute sa cour à Saint-Germain en Laye, il donna à -Molière le sujet d'une pièce fort bien choisi pour amener des ballets et -des divertissements nombreux et brillants. Ce but fut atteint par la -composition des _Amants magnifiques_, production que Molière avait jugée -ne devoir pas survivre à la circonstance qui y avait donné lieu; il ne -la fit point représenter à Paris, et elle ne fut publiée qu'après sa -mort[423]. Nous devons remarquer que cette fois les vers des ballets et -des intermèdes ne furent pas composés par Benserade, mais par Molière, -qui chercha à imiter Benserade dans l'art de tourner avec élégance et -facilité des riens spirituels et des à -propos flatteurs, mais qui se -montra dans cette lutte inférieur à ce poëte médiocre. Bussy, avec ce -tact fin qui caractérise son goût en littérature, en fait la remarque au -sujet du ballet de _Psyché_, qui fut donné l'année suivante[424]. - - [421] ECKARD, _États au vrai de toutes les sommes employées par - Louis XIV aux créations de Versailles, Marly et dépendances_; - 1836, in-8º, p. 23, 39, 42, 45, 47, 48, 53, 57. - - [422] FÉLIBIEN, _Description sommaire du chasteau de Versailles_; - 1674, in-12.--COMBE, _Explication historique de ce qu'il y a de - plus remarquable dans la maison royale de Versailles et dans - celle de_ MONSIEUR _à Saint-Cloud_; 1681, in-12.--FÉLIBIEN, - _Explicat. des tableaux de la galerie de Versailles et de ses - deux salons_; 1687, in-12.--Id., _Recueil et description de - peintures et autres ouvrages faits pour le roi_; 1689, - in-12.--Id., _Description sommaire de Versailles ancienne et - nouvelle_; 1703.--ECKARD, _Recherches sur Versailles_; 1836, - in-8º, p. 41 et 49. - - [423] _Les OEuvres posthumes de monsieur_ DE MOLIÈRE, t. VIII, - imprimées pour la première fois; Paris, Denys Thierry, etc., - 1682, in-12.--_Les Amants magnifiques_, p. 5-84.--_OEuvres de_ - MOLIÈRE, t. VII, p. 477-481, édition d'Auger.--TASCHEREAU, _Hist. - de la vie et des ouvrages de Molière_; 2e édition, p. 250 et 432; - 3e édit., p. 153 et 296. - - [424] BUSSY, _Lettres_, t. III, p. 306 (lettre à la comtesse du - Bouchet, du 7 février 1671). Le livre du ballet mentionné est - _Psyché_; 1671, in-12.--Frères PARFAICT, _Hist. du Théâtre - françois_, t. XI, p. 121 à 132. - -Cette pièce des _Amants magnifiques_ forme époque dans la vie de Louis -XIV, parce que ce fut la dernière où il figura en personne dans les -ballets et les divertissements que l'on jouait à la cour: il fit le rôle -de _Neptune_ et celui du _Soleil_[425]. D'Armagnac le grand écuyer, le -marquis de Villeroi et le marquis de Rassent représentèrent tous trois -des dieux marins. Ce changement dans les habitudes du jeune monarque a -été généralement attribué à de beaux vers de Racine qui ont été souvent -cités à ce sujet. Il semble qu'on ne peut guère douter du fait, -puisqu'il est attesté, du vivant de Louis XIV, dans une lettre écrite -par Boileau en défense de l'opinion soutenue par lui contre Massillon en -faveur de l'utilité de la comédie et du théâtre[426]. Cependant il doit -être permis de faire observer que, si tel a été l'effet des vers de -Racine, cet effet n'a pas été instantané, puisque la tragédie de -_Britannicus_, où se trouvent ces vers, fut jouée et même imprimée avant -la représentation des _Amants magnifiques_[427]. Ce que nous pouvons -affirmer, d'après la connaissance intime de l'histoire littéraire de -cette époque et de l'esprit d'adulation qui dominait alors la plume de -tous les auteurs à l'égard de Louis XIV, c'est que Racine n'eût jamais -écrit des vers qui pussent donner lieu au roi de se faire l'application -d'un reproche adressé à Néron, ou que, s'il les eût écrits, il les eût -effacés. Si donc les vers de Racine ont empêché Louis XIV, après qu'il -les eut entendus, «de danser à aucun ballet, même au temps du carnaval,» -comme le prétend Boileau, ce fut contre l'intention de Racine, qui était -trop bon courtisan pour avoir la prétention de réformer le roi, surtout -en lui faisant l'application de vers tels que ceux-ci[428]: - - Quoi donc! ignorez-vous tout ce qu'ils osent dire? - Néron, s'ils en sont crus, n'est point né pour l'empire; - Il ne dit, il ne fait que ce qu'on lui prescrit. - . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - Pour toute ambition, pour vertu singulière, - Il excelle à conduire un char dans la carrière, - A disputer des prix indignes de ses mains, - A se donner lui-même en spectacle aux Romains, - A venir prodiguer sa voix sur un théâtre, - A réciter des chants qu'il veut qu'on idolâtre. - - [425] MOLIÈRE, _OEuvres posthumes_, 1682, t. VIII, p. 10 et 83. - - [426] LOUIS RACINE, _Mémoires sur la vie de Jean Racine_; - Lausanne, 1747, in-12, t. I, p. 80.--_Lettre de_ BOILEAU _à - Monchesnay_, t. II, p. 260.--Dans les _OEuvres de_ BOILEAU, édit. - de Berriat Saint-Prix, t. IV, p. 128 et 130, la lettre est datée - du 7 septembre 1707.--AIMÉ-MARTIN, _OEuvres de Racine_, 1826, - in-8º, t. I, p. XLIV. - - [427] _Britannicus_; Paris, Claude Barbin, 1670, in-12 (80 pages; - le privilége est du 7 janvier 1670).--Frères PARFAICT, _Histoire - du Théâtre françois_, t. X, p. 426 à 446 (13 décembre - 1669).--_Ibid._, t. XI, p. 42-96 (février 1670). - - [428] _Britannicus_, acte IV, scène 4. - -Si on fait attention que la lettre de Boileau, quoique écrite du vivant -de Louis XIV, l'a été trente-sept ans après la première représentation -de _Britannicus_ et celle des _Amants magnifiques_; que c'est une lettre -particulière publiée plusieurs années après la mort du monarque et de -Boileau lui-même; que cette lettre, adressée à Monchesnay dans le but de -faire l'apologie de la comédie, fortement attaquée alors par Bossuet, -Massillon, et par tous les grands talents que possédait le clergé de -France; que cette lettre, dis-je, n'a peut-être reproduit, en cette -circonstance, qu'un bruit vulgaire, dont Boileau, sans en avoir une -connaissance particulière et sans chercher à l'approfondir, était bien -aise de s'emparer, on sera induit à chercher une autre cause à la -résolution de Louis XIV; et il sera facile de trouver un motif plus -naturel dans l'âge du monarque, qui modifiait sous ce rapport ses goûts -et ses habitudes. L'étiquette pompeuse dont il crut devoir s'entourer à -mesure que s'exaltait en lui le sentiment de la dignité royale formait -aussi obstacle à ce qu'il s'adonnât à ce genre de divertissements, qui -avait eu tant d'attraits pour lui dans son adolescence. D'ailleurs, avec -les occupations dont il était surchargé, avait-il le temps d'étudier les -rôles d'un ballet et de retenir les vers que Benserade composait? -Ajoutons que la complication de ses intrigues amoureuses et de celles de -toute sa cour, trop fidèle imitatrice des exemples qu'il lui donnait, -jointe aux ménagements que réclamaient la reine et la majesté du trône, -ne permettaient plus au poëte de hasarder ces plaisanteries ingénieuses, -ces allusions folâtres ou graveleuses dans lesquelles Benserade -excellait: elles eussent été des révélations indiscrètes et -extravagantes. Ainsi non-seulement on ne vit plus Louis XIV déployer ses -grâces, son agilité et son adresse dans les ballets et les carrousels, -mais les ballets et les carrousels même cessèrent pendant longtemps. Ils -ne recommencèrent que dix ans après la représentation des _Amants -magnifiques_, lorsque le Dauphin fut en âge d'y figurer, et que leur -ancienne célébrité fit naître le désir de procurer à l'héritier du -trône ces divertissements. Ce fut alors que l'on demanda de nouveau des -vers à Benserade pour le _Ballet royal du Triomphe de l'Amour_, qui fut -son dernier ouvrage en ce genre[429]. - - [429] BENSERADE, _OEuvres_; Paris, 1697, t. II, p. 404; _Ballet - royal du Triomphe de l'Amour_, dansé devant Sa Majesté, à - Saint-Germain en Laye, en 1681.--LAURENT, _la Galante et - magnifique joute des chevaliers maures, au grand carrousel - Dauphin, à Versailles, le 1er et 2 juin 1685_; Paris, in-12, chez - Antoine Raflé (40 pages).--DE SOURCHES, _Mémoires_; Paris, 1836, - in-8º, t. I, p. 129-176. - -_Le Bourgeois gentilhomme_, composé aussi pour amener des ballets et des -danses et joué pour la première fois, à Chambord, le 14 octobre 1670, ne -fut pas si bien accueilli que _les Amants magnifiques_; et cependant -Molière, dans cette pièce, était rentré dans le domaine de son talent et -de la bonne et franche comédie. Des scènes d'un naturel exquis, d'un -comique délicieux, mais peu liées entre elles et terminées par une -parade grotesque et invraisemblable, ne plurent pas au goût dédaigneux -d'une cour que l'auteur du _Misanthrope_ et du _Tartufe_ avait rendue -difficile à satisfaire[430]. - - [430] Les frères PARFAICT, _Histoire du Théâtre françois_, t. XI, - p. 56-66.--TASCHEREAU, _Vie de Molière_, 1844, in-12, p. 158-161. - -Mais le principal événement théâtral de l'année fut la lutte -qu'Henriette d'Angleterre, duchesse d'Orléans, parvint à établir entre -Corneille et Racine[431]. Ces deux grands poëtes, par les instigations -de cette princesse, firent représenter chacun en même temps et sur deux -théâtres différents une tragédie sur le même sujet. Ce fut un duel, a -dit Fontenelle; mais dans ce duel les conditions n'étaient pas égales: -l'un des combattants acquérait sans cesse des forces, l'autre avait -perdu les siennes. Le Corneille de _Tite et Bérénice_ n'était plus celui -du _Cid_ et de _Polyeucte_; et quoique la troupe de Molière fit tous ses -efforts pour faire valoir la nouvelle pièce, elle ne réussit pas. La -_Bérénice_ de Racine eut au contraire un succès prodigieux, à la cour -comme à la ville. Une actrice admirable, dont on disait que l'auteur -était amoureux, fit mieux dans cette pièce que de s'attirer des -applaudissements, elle fit répandre d'abondantes larmes[432]. _Bérénice_ -devint la pièce en vogue; ce fut elle qu'on joua aux brillantes noces -qui eurent lieu pour le mariage de mademoiselle de Thianges avec le duc -de Nevers[433], de ce duc de Nevers qui fut depuis le chef de la cabale -contre Racine, de ce duc de Nevers «si difficile à ferrer, dit madame de -Sévigné, si extraordinaire qu'il glisse des mains alors qu'on y pense le -moins.» - - [431] Conférez FONTENELLE, _OEuvres_ (Vie de Pierre - Corneille).--LOUIS RACINE, _Mémoires sur la vie de Jean Racine_; - 1747, in-12, p. 87.--GEOFFROY, _OEuvres de Racine_, t. III, p. - 11. - - [432] Les frères PARFAICT, _Hist. du Théâtre françois_, t. XI, p. - 66-108-120. - - [433] Diane-Gabrielle de Damas, fille de Claude-Léonor, marquis - de Thianges, et de Gabrielle Rochechouart de Mortemart, sÅ“ur de - madame de Montespan. Voyez SÉVIGNÉ, _Lettres_, t. I, p. 210, - édit. de M.--_Ibid._, t. I, p. 280, édit. de G. de S.-G. (10 - décembre 1670).--_Ibid._, t. VII, p. 38, édit. de G. de S.-G. - -L'abbé de Villars, le spirituel auteur des _Lettres du comte de Gabalis -sur les sylphes, les gnomes et les salamandres_, fit des deux tragédies -une critique sévère, mais presque toujours juste. Madame de Sévigné eut -raison de la trouver plaisante [c'est-à -dire agréable] et ingénieuse. -C'est à tort qu'on a taxé d'esprit de parti madame de Sévigné pour avoir -jugé favorablement un petit écrit qu'elle-même traite de bagatelle et -dans lequel elle blâme cinq ou six mauvaises plaisanteries, qui sont, -dit-elle, «d'un homme qui ne sait pas le monde[434].» Racine, qui plus -tard fut désolé d'une arlequinade dont sa pièce fut l'objet, qui -s'affligea d'un bon mot de Chapelle, fut singulièrement irrité de -l'approbation donnée par beaucoup d'hommes de goût à la critique de -Villars. Il en parle dans la préface de sa tragédie avec une colère mal -déguisée; il la réfute faiblement, et il a l'air de la mépriser. Cette -critique fit alors grand bruit, et divisa la cour et la ville, les gens -de lettres et les gens du monde sur le jugement qu'on devait porter de -la _Bérénice_ de Racine. On était pour l'avis du critique après l'avoir -lu, et pour la pièce après avoir entendu la Champmeslé[435]. Il en est -encore ainsi aujourd'hui: les vers de Racine produisent toujours leur -effet accoutumé, et désarment ceux qui voudraient signaler les défauts -de ses compositions. Il importe peu à la gracieuse Vénus de Médicis de -n'avoir ni le port ni la dignité d'une déesse; l'admirable pureté de ses -formes séduit aussitôt les regards; et plus ils s'attachent sur l'Å“uvre -de l'artiste, plus ils confirment le jugement que l'on a porté de son -sublime talent. Cependant la rareté des représentations de _Bérénice_ a -depuis longtemps prouvé que l'abbé Villars avait raison de ne pas -trouver dans cette pièce les véritables caractères d'une tragédie. -Henriette, en donnant, à leur insu, ce sujet à traiter aux deux poëtes, -avait une intention que Voltaire a très-bien fait ressortir: elle -s'attendait à ce que tous les deux chercheraient à créer des allusions à -Louis XIV dans le rôle de Titus. Ils n'y manquèrent pas; mais chacun -d'eux les puisa dans la nature de son génie, Racine dans les sentiments -d'un amour tendre et passionné, Corneille dans l'élévation de l'âme et -l'énergie du caractère; et certes on peut dire que, quoique la pièce de -Corneille fût bien inférieure à celle de son jeune rival, elle était -plus conforme aux désirs de la princesse. - - [434] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (10 septembre 1671), t. II, p. 192, - édit. de M.--_Ibid._, t. II, p. 230.--Conférez encore, sur - Racine, SÉVIGNÉ, t. II, p. 426; t. V, p. 554-558; t. IX, p. 126, - et t. X, p. 182, édit. de G. de S.-G.--GEOFFROY, _Jugement sur - Bérénice_, dans son édit. des _OEuvres de_ RACINE; 1808, in-8º, - t. III, p. 156.--LOUIS RACINE, _Mém. sur la vie de Jean Racine_; - 1747, in-12, p. 88; et dans les _OEuvres de_ RACINE, t. I, p. LI - de l'édit. d'Aimé-Martin.--SAINT-ÉVREMOND, _OEuvres_, t. III, p. - 317 et 318.--CAYLUS, _Mém._, p. 452. - - [435] LOUIS RACINE, _Mém. sur la vie de Jean Racine_, 1747, t. I, - p. 90 et 91.--_OEuvres de_ RACINE, édit. d'Aimé-Martin, 1820, - in-8º, t. II, p. 304.--Les frères PARFAICT, _Hist. du Théâtre - françois_, t. XI, p. 104. - -Dans _Tite et Bérénice_, l'intention de Corneille fut si bien saisie que -Santeul traduisit en latin les vers suivants, pour les présenter à Louis -XIV lorsqu'il partit pour faire la conquête de la Hollande: - - Mon nom, par la victoire est si bien affermi - Qu'on me croit, dans la paix, un lion endormi; - Mon réveil incertain du monde fait l'étude; - Mon repos en tout lieu jette l'inquiétude; - Et, tandis qu'à ma cour les aimables loisirs - Ménagent l'heureux choix des jeux et des plaisirs, - Pour envoyer l'effroi de l'un à l'autre pôle - Je n'ai qu'à faire un pas et hausser la parole[436]. - - [436] CORNEILLE, _Tite et Bérénice_, comédie héroïque, acte II, - scène I, t. V, p. 262 et 263, édit. 1692, chez P. Trabouillet, - revue et corrigée par l'auteur, t. IX, p. 16 de l'édit. 1824, - in-8º, de Lefèvre.--FRANÇOIS DE NEUFCHATEAU, _Esprit du grand - Corneille_, p. 366. - -A cette époque Louis XIV était redouté et admiré de toute l'Europe. On -cherchait avec anxiété à pénétrer ses desseins, à deviner ses -résolutions. Nul souverain, par ses brillantes qualités comme par ses -défauts, n'exerça une plus grande et plus longue influence au dedans -comme au dehors de ses États. Tout homme qui, devenu tout-puissant, a le -noble désir d'exercer son pouvoir dans l'intérêt des peuples et de sa -gloire se trouve exposé au plus grand de tous les dangers. Tous ceux, -qui l'entourent, loin de combattre ses mauvais penchants, cherchent à -les exploiter pour élever leur fortune; et s'il ne sait pas puiser en -lui-même la force nécessaire pour résister à la séduction et dissiper -les nuages sans cesse amassés pour offusquer sa raison, il marche de -faute en faute et d'erreur en erreur. Tous les grands personnages dont -l'histoire contient l'éloge ont déployé dans l'adversité une énergie -digne d'être admirée; peu ont su résister à la prospérité. Louis XIV -n'était pas du nombre de ces derniers; et dès lors, et même avant qu'il -eût atteint le faîte de sa grandeur, se manifestèrent les faiblesses qui -devaient enfanter vers la fin de son règne les malheurs publics et ses -chagrins domestiques. Enivré par ses succès, il se regardait, par son -génie, par les droits divins de sa couronne, comme un être à part, dont -la volonté faisait loi. Mettre obstacle à cette volonté était à ses yeux -non-seulement rébellion, mais sacrilége; et, soit qu'il fût question de -s'opposer à ses passions ou aux mesures de son gouvernement, l'effet -était le même et le crime était pareil. - -La liaison de Louis XIV avec madame de Montespan devait entraîner des -conséquences plus graves que celles qu'avait produites son amour pour la -Vallière. Celle-ci, en disposant d'elle-même selon son cÅ“ur, ne violait -pas les saintes lois du mariage; mais Montespan avait un mari dont elle -était aimée. Pour l'arracher à cet homme d'honneur, qui la rendait -heureuse, Louis XIV se vit forcé de méconnaître les droits les plus -sacrés de la justice. Le marquis de Montespan fut relégué à l'extrémité -du royaume, et un tribunal complaisant prononça un jugement de -séparation entre lui et sa femme. Elle fut attachée à la cour, et eut la -charge de surintendante de la maison de la reine; de la reine! pour -laquelle ainsi, à double titre, son nom devenait un outrage. On ne -parvint pas de prime abord à ce degré d'impudeur; il fallut s'y -accoutumer et y accoutumer le peuple. On s'entoura de quelque mystère. -L'ancienne maîtresse dut servir de voile pour couvrir le secret de la -nouvelle. L'infortunée la Vallière eut à supporter les inexprimables -angoisses d'une amante abandonnée, qui, le cÅ“ur brûlant d'amour, se -trouve forcée d'être continuellement spectatrice du bonheur de sa rivale -et d'habiter avec elle. Lorsqu'on songe que le roi s'était par principe -imposé l'obligation de revenir chaque nuit dans la couche nuptiale, on -est surpris qu'il ne fût pas choqué lui-même d'une si étrange polygamie. -L'orgueil de madame de Montespan souffrit de se trouver dans le même -gynécée que celle qu'elle avait trompée et trahie; elle en fit des -reproches à son amant. Louis s'excusa en disant que cela s'était établi -insensiblement. «Insensiblement pour vous, lui répliqua vivement la -fière beauté, mais très-sensiblement pour moi.» Des humiliations, -d'insupportables affronts étaient pour la Vallière le résultat -inévitable de sa position. L'infortunée, pour la seconde fois, fit sa -retraite au couvent des Filles Sainte-Marie de Chaillot[437], où était -toujours mademoiselle de la Mothe d'Argencourt, son ancienne amie[438]. -Louis XIV, qui s'était habitué à compter sur l'affection et l'entier -dévouement de la Vallière, versa des larmes quand il se vit menacé de la -perdre pour toujours; il envoya Colbert pour la prier de revenir, et il -força sa nouvelle maîtresse de joindre ses instances aux siennes. Elle -revint. Madame de Sévigné a raconté cet événement[439], qui fit douter -pendant quelque temps à la cour si les tendresses cordiales d'un ancien -attachement ne l'emporteraient pas sur l'entraînement d'une nouvelle -passion. - - [437] Ce fut le mercredi des Cendres. Sur la Vallière, voyez - SÉVIGNÉ (lettres en date des 12 et 13 janvier 1671), t. I, p. 245 - et 247, édit. de M.; et t. I, p. 322 et 324, édit. de G. de - S.-G.; (13 décembre 1673), t. III, p. 263, édit. de G.--_Id._, t. - III, p. 172 et 173 (16 octobre 1676); _ib._, t. V, p. 170, édit. - de G.--_Ib._, t. V, p. 3, édit. M. (29 décembre 1679).--_Ib._, t. - VI, p. 276, édit. de G.--_Ib._, t. VI, p. 83, édit. de M. (5 - janvier 1680).--_Ib._, t. VI, p. 285, édit. de G.--_Ib._, t. VI, - p. 92, édit. de M. (1er septembre 1680).--_Ib._, t. VII, p. 190, - édit. de G. de S.-G.--_Ib._, t. VI, p. 443, édit. M.--BUSSY, - _Lettres_ (1er juin et 6 juillet 1669), t. V, p. 79, 82.--CAYLUS, - _Mém._, t. LXVI, p. 379 et 380.--MONTPENSIER, _Mémoires_, t. - XLIII, p. 196 et 634.--LA ROCHEFOUCAULD, _Mémoires_, t. LII, p. - 94 et 123.--LA FAYETTE, _Mémoires_, t. LXIV, p. 395, 410, 414, - 456.--RETZ, t. XLVI, p. 54.--BENSERADE, _OEuvres_, t. I, p. 313, - 370. Conférez _Mémoires de Maucroix_, suite et fin, p. 33, ch. - XX, et ci-dessus, 2e partie, p. 300, ch. XX. - - [438] Voyez ch. IX, 2e partie de cet ouvrage, p. 114. - - [439] SÉVIGNÉ, _loc. cit._ (lettres des 12 et 13 février). - -Mais l'on sut bientôt, que la Vallière, victime d'un amour qui ne se -nourrissait plus que de larmes et de regrets, avait le projet de se -retirer au couvent. Louis XIV crut pouvoir la retenir en prodiguant pour -elle, pour sa famille et pour les enfants qu'il avait eus d'elle les -richesses et les dignités. Vain espoir! Rien que le cÅ“ur d'un amant -adoré ne pouvait consoler celle que poursuivait le remords de lui avoir -sacrifié l'honneur. Ses longs entretiens avec mademoiselle de la Mothe -d'Argencourt et ses fréquentes visites au monastère de Chaillot firent -ombrage à Louis XIV. Il fit arrêter et conduire en prison, à Pignerol, -un gentilhomme nommé Mathonnet[440], uniquement parce qu'il s'employait -comme intermédiaire entre madame de la Vallière et les sÅ“urs de -Sainte-Marie; et il ne lui accorda sa liberté que lorsqu'il n'osa plus -contraindre celle qui avait pris la ferme résolution de se consacrer -tout entière à Dieu seul. De moins scrupuleuses et de plus dangereuses -rivales tâchèrent de supplanter Montespan auprès de son royal amant; si -elles ne réussirent pas, elles parvinrent néanmoins à mettre à profit -l'inconstance de ses goûts pour satisfaire leur cupidité ou leur -ambition. Parmi elles on distingua la princesse de Soubise, comme la -plus habile à s'envelopper des ombres du mystère et à dérouter, par -l'art de ses intrigues, l'active surveillance de la maîtresse en titre. -Celle-ci, obligée à des ménagements envers la reine, la cour et le -public, ne put entièrement déguiser, par la mode des amples vêtements -qu'elle introduisit, les apparences de ses fréquentes grossesses; mais -ses enfants furent mis au monde dans le plus profond secret. Il fallait -les confier à des mains prudentes et dignes d'un si précieux dépôt. -Madame de Montespan jeta les yeux sur la veuve de Scarron, dont elle -avait été la bienfaitrice et dont la société était devenue pour elle un -besoin, au milieu des grandeurs et des ennuis de la cour. Madame Scarron -refusa de s'en charger, à moins que le roi ne lui en donnât l'ordre. Cet -ordre lui fut donné: elle a elle-même fait connaître les embarras de sa -position[441] et la conduite qu'elle tint dans ces circonstances -difficiles, qui lui donnèrent les moyens de montrer sa discrétion, son -activité, son courage, son dévouement. Elle nous apprend qu'elle prit -avec elle la jeune fille de madame d'Heudicourt, et qu'elle parvint si -bien à donner le change à ses amies et protectrices de l'hôtel d'Albret -et de l'hôtel de Richelieu que personne ne soupçonna la véritable cause -de sa nouvelle et mystérieuse existence. Elle aima mieux soulever des -doutes sur sa vertu et supporter la calomnie que de laisser deviner que -dans sa modeste condition elle était dépositaire d'importants -secrets[442]. Elle a décrit ses soins assidus, ses inquiétudes -incessantes pour ces enfants, qui lui avaient inspiré une tendresse de -mère[443]. Les fonctions qu'elle remplissait avec tant de zèle la -rapprochèrent nécessairement du roi, auquel elle rendait compte du dépôt -qui lui était confié. C'est ainsi qu'elle fut introduite à la cour et -dans les appartements privés du monarque, à la suite de madame de -Montespan, comme le repentir, encore ignoré, compagnon du plaisir -coupable. Cette jeune et belle veuve déplut d'abord à Louis XIV par son -maintien froid et réservé, par la réputation qu'on lui avait faite -d'être un bel esprit et une dévote rigide; et même les longs entretiens -qu'elle avait avec madame de Montespan lui donnaient du dépit et -excitaient sa jalousie. - - [440] Lettre de Louvois à Saint-Mars, écrite de Saint-Germain en - Laye, datée du 14 octobre 1672, dans J. DELORT, _Histoire de la - détention des philosophes et des gens de lettres détenus à la - Bastille, à Vincennes_, etc.; 1829, in-8º, t. I, p. 193 à 194. - - [441] _Entretiens de madame de Maintenon_, t. VI, p. 240 de ses - _Lettres_ de l'édition de Sautereau de Marsy, publiées par - Léopold Collin, 1806, in-12; ou t. VI, p. 28 du _Recueil de - lettres de madame_ DE MAINTENON, 1756, in-12, publié par la - Beaumelle. - - [442] LA BEAUMELLE, _Mémoires_, t. II, p. 1-12, chap. - I.--MAINTENON, _Lettres_ (24 mars 1669, à madame d'Heudicourt), - t. I, p. 48 de l'édit. de la Beaumelle; 1756, in-12; t. I, p. 56 - de l'édit. de Sautereau de Marsy; Paris, Léopold Collin, 1806, - in-12. - - [443] LA BEAUMELLE, _Mémoires pour servir à l'histoire de madame - de Maintenon, entretien XI de madame de Maintenon_, t. VI, p. 20 - à 218.--Et dans les _Lettres de madame_ DE MAINTENON, t. VI, p. - 233-246. - -L'empire des femmes sur ceux qui gouvernent ne peut avoir qu'une -influence fâcheuse sur les affaires d'État. Le mal produit par cette -cause n'est jamais seul: le règne des maîtresses rend nécessaire celui -des favoris. Quand on veut conduire des intrigues obscures et honteuses, -il faut des confidents propres à de tels emplois; il les faut souples, -adroits, assidus, actifs, prudents, dévoués, incapables de scrupules. -Lorsqu'on en a trouvé de tels et qu'ils plaisent, on cherche à les -conserver; on les comble d'honneurs et de richesses dont la moindre -partie eût suffi pour récompenser les plus éminents services rendus au -pays. Unis d'intérêts avec les maîtresses, ils forment des brigues, des -cabales qui pénètrent dans les conseils du gouvernement, se partagent -ses agents, entravent sa marche, et le portent à sacrifier sans cesse -l'intérêt général à des intérêts particuliers et à précipiter l'État -vers sa décadence ou dans le gouffre des révolutions. La gloire de Louis -XIV est d'avoir échappé à ces influences, de n'avoir jamais livré le -secret des affaires, de n'avoir jamais laissé entraver l'autorité de ses -ministres, d'avoir gouverné par la seule force de son caractère et le -seul empire de sa volonté; et cependant Louis XIV eut des maîtresses, et -par conséquent il eut aussi des favoris. Nous avons souvent parlé des -unes, disons un mot des autres. - -Dans ce nombre nous ne compterons pas le duc de Saint-Aignan et le -marquis de Dangeau: quoiqu'ils fussent toujours des courtisans -très-favorisés, ils n'étaient pas proprement des favoris. Essentiels -pour l'arrangement des parties de jeux, des loteries, des fêtes, des -cérémonies, des ballets, pour les petits vers, la prose galante, les -nouvelles du jour, les riens agréables, leur complaisance pour des -services moins publics, pour des affaires plus compromettantes était -tout naturellement acquise. On y comptait, et on en usait selon -l'occasion; mais ils n'étaient point initiés aux intrigues les plus -secrètes de ce genre ni admis dans les réunions les plus intimes. Leur -âge, différent de celui du roi, n'admettait pas entre eux et lui cette -affection, cette familiarité expansive, cet abandon qui font disparaître -le roi pour ne plus laisser voir que l'homme, que l'ami, et qui sont les -indices caractéristiques du favoritisme complet. Les seuls courtisans de -Louis XIV qu'on peut placer dans cette catégorie et que ménageaient les -ministres à l'égal des maîtresses furent d'Armagnac, Marsillac, la -Feuillade et Lauzun. - -Quant au premier (Louis de Lorraine, comte d'Armagnac), qui fut nommé -grand écuyer et conserva constamment cette belle charge, Saint-Simon -nous apprend que nul n'a joui auprès de Louis XIV d'une si constante et -si parfaite faveur, jointe à la considération la plus haute, la plus -marquée, la plus invariable. Sa belle figure, le jargon de la -galanterie, l'habitude de la flatterie; une assiduité infatigable; une -grande habileté à la danse, à l'équitation, à tous les exercices du -corps; des richesses, du goût, de l'élégance, une curieuse recherche -dans ses habillements; une magnificence de grand seigneur et un air de -noblesse et de grandeur qui lui était naturel, qu'il ne déposait jamais -avec personne, le roi seul excepté, telles furent les causes de ses -succès[444]. - - [444] SAINT-SIMON, _Mémoires authentiques_, t. XV, p. - 473.--SÉVIGNÉ, _Lettres_ (26 novembre 1670), t. I, p. 275, édit. - de G. de S.-G.; ou t. I, p. 206, édit. de M.--_Ib._ (13 janvier - 1672), t. II, p. 346, édit. de G. de S.-G.--_Ib._, t. II, p. 293, - édit. de M.--_Ib._ (26 juillet 1675), t. III, p. 470, édit. de - G.--_Ib._ (21 janvier 1695), t. XI, p. 124, édit. de - G.--MONTPENSIER, _Mém._, t. XLIII, p. 60. - -Le prince de Marsillac était le fils du duc de la Rochefoucauld, et -porta toujours sur sa figure les cicatrices des blessures qu'il avait -reçues pendant la Fronde en combattant avec son père contre le roi, qui -cependant eut toujours en lui la confiance la plus entière. Ce ne fut ni -par l'esprit ni par les agréments de sa personne que Louis XIV lui -demeura si fortement attaché; car Saint-Simon a dit de lui que «c'était -un homme entre deux tailles, maigre avec des gros os, un air niais -quoique rude, des manières embarrassées, une chevelure de filasse, et -rien qui sortît de là .» Mais nul ne mit plus de suite à étudier le goût -et les habitudes de son maître, plus d'empressement à s'y conformer, -plus d'assiduité à faire sa cour, plus de constance à se trouver -toujours près de lui et sous sa main; il fut le seul qui, comme le roi, -le manteau sur le nez, le suivait à distance lorsqu'il allait à ses -premiers rendez-vous. Il était le confident de toutes les maîtresses -tant que durait leur règne, le consolateur et l'ami de toutes celles -dont le règne avait cessé[445]. - - [445] SAINT-SIMON, _Mémoires authentiques_, t. XI, p. - 109,--_Ib._, t. VII, p. 174.--SÉVIGNÉ, _Lettres_ (23 août 1671), - t. II, p. 201, édit. de G.; _ib._, t. II, p. 167, édit. de M.; - _ib._ (16 août 1675), t. IV, p. 20, édit. de G.; t. III, p. 397, - édit. de M.--LA FARE, _Mémoires_, t. LXV, p. 187; SÉVIGNÉ, - _Lettres_ (21 juin 1680), t. VII, p. 61, édit. de G.; _ib._, t. - VI, p. 335, édit. de M.--_Ib._ (19 novembre 1687), t. VII, p. - 318, édit. de G.--_Ib._, t. VIII, p. 45, édit. de M. (Marsillac - est là mentionné comme duc de la Rochefoucauld, nom qu'il porta - après la mort de son père); _ib._ (22 et 30 novembre 1688), t. - VIII, p. 451 et 464, édit. de G.; _ib._, t. VIII, p. 169-181, - édit. de M.; _ib._, (13 décembre 1688), t. IX, p. 19; _ib._, t. - IX, p. 217 (le grand veneur). - -C'est par des qualités plus éminentes et des services d'une plus noble -nature que la Feuillade, dont nous avons déjà parlé dans la première -partie de ces Mémoires[446], avait acquis la faveur de Louis XIV. -Officieux pour ses amis et ceux qu'il protégeait, la Feuillade était -haut et fier avec les indifférents; homme de parole et en qui on pouvait -se fier; bien fait de corps et laid de visage, ayant un teint bilieux et -bourgeonné, mais avec cela une physionomie et des traits agréables; -distingué dans ses manières; beau parleur quand il voulait donner une -idée de son mérite; charmant causeur quand il voulait plaire; -connaissant l'art d'enchanter les femmes; libéral, poli, courageux, -galant, gros et beau joueur; dominé par l'ambition et par l'amour du -plaisir; sans suite dans ses idées, sans profondeur dans ses vues; -recherchant avec emportement l'éclat et la célébrité; se lançant, pour y -parvenir, dans les entreprises les plus étranges; prenant les -résolutions les plus extravagantes: de là ses campagnes chevaleresques -en Candie et en Hongrie, ce voyage en Espagne pour aller se battre avec -Saint-Aunay, qui à Madrid, selon un bruit public, avait mal parlé du -roi, et, enfin, ce somptueux monument de la place des Victoires, où des -flambeaux toujours allumés brûlaient devant la statue de Louis XIV, -comme devant celle d'une divinité[447]. - - [446] _Mémoires sur Sévigné_, 1re partie, p. 507, chap. XXXVII. - - [447] SAINT-SIMON, _Mémoires authentiques_, t. III, p. 232 à - 235.--_OEuvres complètes de_ LOUIS DE SAINT-SIMON, 1791, in-8º, - t. X, p. 34-38.--SÉVIGNÉ, _Lettres_ (4 novembre 1671), t. II, p. - 261, édit. de G.; t. II, p. 239, édit. de M. (16 août 1675), t. - IV, p. 24; _ibid._, t. III, page 401 (20 juillet 1679); t. VI, p. - 99, édit. de G.; ou t. V, p. 415, édit. de M.; _ib._ (11 mars - 1689), t. IX, p. 207-209, édit. de G.; _ib._, t. VIII, p. 379, - édit. de M.--(Lettre de madame de la Fayette, 19 septembre 1691), - t. X, p. 408, édit de G. de S.-G.; t. IX, p 472, édit. de M. - -Un zèle si ardent, une admiration si soutenue pour la personne du roi -valut à la Feuillade cette faveur qu'il désirait tant et les grâces qui -en étaient la suite: il fut nommé maréchal, mais sa faveur ne se soutint -pas; il mourut à temps. Louis XIV était dégoûté «de ce courtisan, -passant tous les courtisans passés,» comme dit madame de Sévigné[448]. -Il en fut de même de Lauzun, mais par un motif tout contraire. De tous -les favoris de Louis XIV, Lauzun fut le seul qui ait osé affronter sa -colère et qui l'ait fait impunément. Ce fut ce qui contribua le plus à -la perte de cet homme extraordinaire et bizarre. Cadet de Gascogne, de -la maison de Caumont, dénué de fortune, il fut recueilli par un cousin -germain de son père, le maréchal de Gramont[449], qui le produisit à la -cour. Il s'insinua en très-peu de temps dans les bonnes grâces du roi, -qui le fit capitaine de ses gardes, maréchal de camp, et créa pour lui -la charge de colonel général des dragons. C'était un petit homme blond, -musculeux, bien pris dans sa taille, laid, très-négligé dans sa mise, -d'une physionomie spirituelle; bon pour ses parents et ses amis, mais -pour tout autre méchant et caustique; habile à saisir les ridicules, -n'épargnant personne; d'un tempérament de fer; vif, actif, infatigable -dans le plaisir, dans la guerre, dans les agitations de l'intrigue; -magnifique dans sa dépense, grand et noble dans ses manières; -extrêmement brave et d'une dextérité dangereuse dans les combats -singuliers; tour à tour et au besoin audacieux et souple, caressant et -brutal, insolent et rampant; fertile en expédients, saisissant -rapidement tous les moyens d'arriver à son but, et ne laissant échapper -aucune occasion; pourtant plein de caprices, de fantaisies et de -jalousies. Nul ne réussit auprès d'un si grand nombre de femmes, et ne -fut aussi prompt à se concilier toutes les sympathies de Louis XIV, à -capter et ensuite à s'aliéner son affection[450]. - - [448] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (20 juillet 1679), t. V, p. 415, édit. - de M.; _ib._, t. VI, p. 99, édit. de G. de S.-G.--CHOISY, - _Mémoires_, t. LXIII, p. 304-305.--LA FARE, _Mémoires_, t. LXV, - p. 185-187. - - [449] Son nom alors était Antoine de Nompar de Caumont, marquis - de Puyguilhem. Sur ce qui le concerne, voyez SÉVIGNÉ, _Lettres_, - en date des 15 et 19 décembre 1670, 27 février 1671, 29 novembre - 1671, décembre 1671, dans l'édit. de G. de S.-G., t. II, p. 305; - 9 et 23 décembre 1671, 6 janvier 1677, 23 mars 1672, 8 mars 1676, - 27 février 1679, 23 octobre 1680, 24 décembre 1688, 25 février - 1689, 28 mai 1695. - - [450] _Mémoires et fragments historiques de_ MADAME, _duchesse_ - D'ORLÉANS; 1833, in-8º, p. 346.--CHOISY, _Mémoires_, t. LXIII, p. - 520.--SAINT-SIMON, _OEuvres_, t. X, p. 120.--MONTPENSIER, - _Mémoires_, p. 515, et t. XLIII, p. 124 et 136.--LA FARE, t. LXV, - p. 181 et 182.--DELORT, _Histoire de la détention des philosophes - et des gens de lettres à la Bastille et à Vincennes_, précédée de - celle de Fouquet, de Pellisson et de Lauzun; 1829, in-8º, p. 41 à - 45-176-180-186, 190.--LA BRUYÈRE, chapitre _De la Cour_, 394, - Straton.--CAYLUS, _Mémoires_, t. XLVI, p. 466. - -Avec la fermeté de caractère de Louis XIV, avec cette auréole de -grandeur dont il savait s'entourer, cette élévation dans les idées, ces -généreuses inclinations qui le portaient à récompenser par des honneurs, -des dignités, des richesses les talents, les vertus, les services rendus -à l'État, le besoin de maîtresses et de favoris, que l'exercice de la -puissance suprême lui avait fait contracter, n'aurait eu que peu -d'inconvénients. Mais il aurait fallu réserver pour soi seul le -privilége de telles faiblesses; surtout les écarter de sa famille, et -les faire considérer comme une sorte de dédommagement aux soucis de la -royauté. Malheureusement ces faiblesses mirent le roi dans l'impuissance -de réprimer, ainsi qu'il l'aurait voulu, les honteux désordres de son -frère et de ceux qui entouraient ce prince. Ce fut là la grande -souillure de ce siècle glorieux; ce fut là que se forma cette gangrène -qui, dans ce règne et dans les deux règnes suivants, infiltra ses -poisons dans toutes les veines du corps social, et porta au plus haut -degré, dans toutes les classes, la corruption des mÅ“urs. A la cour du -duc d'Orléans, ce n'était plus, comme à celle du roi, la volupté se -produisant au grand jour décente et gracieuse, tenue en respect par la -vertu, la religion et la gloire; c'était la débauche sans frein, -accompagnée de l'ivresse et de l'impiété, s'abandonnant sans scrupule à -des plaisirs réprouvés[451]. Pour faire cesser de tels déréglements, le -roi ne pouvait user de toute son autorité, puisque pour lui-même il -faisait taire les lois protectrices de l'autorité conjugale. Il fut donc -réduit à des admonitions, qui eurent peu d'effet. Cependant la duchesse -d'Orléans, qui voyait dans le chevalier de Lorraine l'obstacle qui -l'empêchait de reconquérir la tendresse de son mari, demanda qu'il fût -écarté. Louis XIV, auquel sa belle-sÅ“ur était utile pour ses -négociations avec Charles II, ne pouvait lui rien refuser: il exila -l'indigne favori. Celui-ci vit que la mort de celle qui avait causé son -exil pouvait seule le faire cesser; il ne recula pas devant l'idée d'en -rapprocher le terme par un forfait. Comme ceux qui étaient restés près -du prince étaient tous ses affidés, ses complices et qu'ils ne pouvaient -qu'avec lui ressaisir l'ascendant qu'ils avaient obtenu sur leur maître, -il fut facile au chevalier de Lorraine d'exécuter de loin le crime -qu'il avait conçu. De Rome, où il résidait, il envoya le poison au comte -de Beuvron et au marquis d'Effiat[452], ses complices; et cette belle et -jeune Henriette, récemment revenue d'Angleterre, joyeuse et triomphante -du succès de l'importante négociation dont Louis XIV l'avait chargée, -expira à Saint-Cloud le 29 juin 1670, après neuf heures d'horribles -tortures, entre les bras de madame de la Fayette et de Bossuet, en -présence de l'ambassadeur anglais et de toute la cour, qui la virent -presser sur ses lèvres le même crucifix dont Anne d'Autriche s'était -servie dans le moment suprême. - - [451] SAINT-SIMON, _Mémoires authentiques_, t. I, p. 20.--CHOISY, - _Mémoires_, t. LXIII de la collection de Petitot et Monmerqué, p. - 386-391-392, 463.--Madame de LA FAYETTE, _Hist. de_ MADAME - HENRIETTE D'ANGLETERRE, t. LXIV, p. 392 et 396-397.--LOMÉNIE DE - BRIENNE, _Mémoires_, 1828, in-8º, p. 298. - - [452] SAINT-SIMON, _Mémoires authentiques_, édit. 1829, in-8º, t. - III, p. 177-181, chap. XIII; _ibid._, t. XII, p. 141, chap. - XII.--SAINT-SIMON, _OEuvres complètes_, 1790, in-8º, t. III, p. - 36-43; _ibid._, p. 223 à 226.--(Lettre de MONSIEUR, frère de - Louis XIV, à Colbert.) - -La voix éloquente qui avait récemment retenti sur le cercueil de la -reine d'Angleterre se fit encore entendre sur celui de sa fille. Bossuet -n'était arrivé près de la princesse que dans ses derniers instants, mais -assez à temps encore pour dissiper, par des paroles de foi, d'amour et -de confiance en Dieu, les agitations et les terreurs qu'avaient jetées -dans l'âme de cette infortunée, en proie à de si horribles souffrances, -les longues et sévères exhortations d'un austère confesseur[453]. Plus -calme après avoir entendu Bossuet, elle ordonna à voix basse, en -anglais, à une de ses femmes placée près de son lit, que lorsqu'elle ne -serait plus, on détachât de son doigt l'émeraude qui s'y trouvait et -qu'on la remît à l'apôtre consolateur, comme une bague qu'elle avait -fait faire pour lui. Ce souvenir, cette dernière pensée du départ et -plus encore le spectacle des souffrances et de la mort cruelle de cette -jeune princesse donnèrent à l'éloquence de Bossuet une suavité, une -grâce touchante et mélancolique qu'on ne retrouve dans aucun de ses -autres discours. Dans ces tristes et solennelles circonstances, chacune -des explosions de ce génie sublime était presque toujours suivie de la -conversion de quelques-unes des personnes qui en avaient été témoins. Ce -fut après que Bossuet eut prononcé, dans la majestueuse basilique de -Saint-Denis, le 21 août 1670, l'oraison funèbre d'Henriette -d'Angleterre, que le marquis de Tréville, toujours cité comme un des -hommes les plus instruits et les plus spirituels de son temps, prit la -subite résolution de se retirer du monde et de la cour, pour se livrer -tout entier à ses religieuses pensées et aux nouveaux devoirs qu'elles -lui imposaient. - - [453] Nicolas Feuillet. Conférez sa relation, et BOILEAU, _Satire - IX_, vers 249, t. I, p. 157, et la note dans l'édition de - Saint-Marc, 1747, in-8º; et t. I, p. 210, édit. de M. Berriat - Saint-Prix, 1830, in-8º.--Sur les remords qui pouvaient - tourmenter cette princesse, voyez GUY-PATIN, _Lettres_ (novembre - 1654), t. I, p. 217, éd. 1846. - -La perte d'Henriette d'Angleterre fut ressentie d'autant plus vivement -par Louis XIV qu'il se trouvait blessé dans ses plus chères affections -et contrarié dans les combinaisons de sa politique. Dès sa jeunesse il -s'était senti de l'inclination pour sa belle-sÅ“ur; elle était un des -ornements de sa cour, le gage de l'alliance entre la France et la -Grande-Bretagne; et lorsqu'elle lui fut ravie elle venait de resserrer -l'union qui existait entre lui et Charles II, entre les souverains de -deux grands royaumes, contristés par sa mort. Louis XIV ne se méprit pas -sur la cause de cet événement, et reconnut de quel côté partait le coup. -Mais l'intérêt de l'État le força de dissimuler et de paraître persuadé -que cette mort avait été naturelle. Elle avait produit une telle -sensation en Angleterre qu'on parlait de se saisir de tous les Français -qui y résidaient; et Charles II, qui ne pouvait se consoler de la perte -de sa sÅ“ur, paraissait disposé à seconder l'animosité publique contre -les sujets du roi de France. Pour cette seule cause, une guerre pouvait -s'ensuivre entre les deux pays, qui étaient loin d'être aussi bien -disposés l'un pour l'autre que les rois qui les gouvernaient. Pour -calmer cette irritation, Louis XIV déguisa sa pensée, fit taire ses -ressentiments. Par des procès-verbaux de ses médecins et de ses -chirurgiens, qui firent l'autopsie de la princesse, il fit constater que -le poison n'avait pas eu de part à sa fin cruelle. La nécessité de -dérouter tous les soupçons, surtout d'écarter ceux qui pesaient sur son -frère, et l'impossibilité de convaincre par des preuves les plus -coupables le forcèrent de rappeler de son exil le chevalier de Lorraine -et d'agir avec la même dissimulation envers ses complices. Par ces actes -le roi parvint bien à jeter de l'obscurité sur la véritable cause de cet -événement; mais lui n'eut aucun doute. Il avait saisi, par l'aveu d'un -des criminels, tous les fils de cette horrible trame; et ce fut pour lui -un grand soulagement d'acquérir la certitude que son frère n'y avait -aucune part, et qu'elle avait été ourdie et exécutée à son insu[454]. - - [454] SAINT-SIMON, _Mém. authentiques_, t. III, p. 177, 181, ch. - XIII; _ibid._, t. XII, p. 141, ch. XII.--SAINT-SIMON, _OEuvres - complètes_, t. III, p. 36-43; _ibid._, p. 223 à 226 (Lettre de - MONSIEUR à Colbert).--MIGNET, _Documents sur l'histoire de - France, négociations relatives à la succession d'Espagne sous - Louis XIV_, 1842, in-4º, t. III, p. 184, 186; _ibid._, p. 208 - (Lettre de Colbert à M. de Lionne, du 3 juillet 1670).--SÉVIGNÉ, - _Lettres_ (12 février 1672, du 26 juin 1676), t. II, p. 385, - édit. de G. de S.-G.; _ibid._., t. II, p. 326, édit. de - M.--PONCET DE LA GRAVE, _Mémoires intéressants pour servir à - l'histoire de France_, t. III, p. 406 (_Mort chrétienne de_ - MADAME, _duchesse d'Orléans, femme de_ MONSIEUR, _par_ FEUILLET). - Il y a un extrait très-incomplet de cette curieuse relation dans - BUSSY, _Supplément aux lettres et mémoires_, t. I, p. - 82-89.--Conférez encore, dans PONCET DE LA GRAVE, _Mémoires_, - etc., t. II, p. 128, 392 et 406, et 411-419.--LA FAYETTE, - _Mémoires_, t. LXIV, p. 446-471. Bossuet a donné une autre - relation de la mort de MADAME; voyez BOSSUET, _Oraison funèbre - d'Henriette d'Angleterre_, édit. de 1686.--DE BAUSSET, _Vie de - Bossuet_, t. I, p. 244 à 283.--CHOISY, _Mém._, t. LXIII, p. 417 à - 463.--MONTPENSIER, _Mém._, t. XLIII, p. 191, 196.--LA FARE, - _Mém._, t. LXV, p. 181.--SÉVIGNÉ, _Lettres_, t. I, p. 193, édit. - de M.; _ibid._, t. I, p. 261, édit. de G. de S.-Germ. (lettre en - date du 6 juillet 1670).--LOUIS XIV. _OEuvres_, t. V, p. - 469.--BUSSY, _Lettres_, t. III, p. 219.--MONMERQUÉ, _Biographie - universelle_, t. XX, p. 198-199 (art. HENRIETTE).--_Mémoires, - fragments historiques et correspondances de_ MADAME, _duchesse - d'Orléans_, 1833, in-8º, p. 209, 210, 211 et 398.--Sir WILLIAM - TEMPLE, _Lettres_, t. II, p. 132.--_Le Sentiment de Vallot_ - (médecin du roi) _sur les causes de la mort de madame la duchesse - d'Orléans_ (mémoire autographe à la bibliothèque de - L'Arsenal).--_Lettres de madame_ DE SÉVIGNÉ, édit. de G. de - S.-G., 1823, in-8º; et t. V, p. 4; et t. II, p. 261.--_Histoire - secrète de la France_; Londres, 1713, t. I, p. 130; t. III, p. - 4.--Le savant M. Floquet a publié, dans la _Bibliothèque de - l'École des chartes_ (2e série, 1845, t. I, p. 174), une _Lettre - inédite de_ BOSSUET _sur la mort d'Henriette-Anne d'Angleterre, - duchesse d'Orléans_. Cette lettre n'a point été imprimée d'après - l'autographe. Elle est rapportée dans les _Mémoires de_ PHILIBERT - DE LA MARE, conseiller au parlement de Dijon, mort le 16 mai - 1687, dont le manuscrit se trouve à la Bibliothèque royale. C'est - de ce manuscrit que M. Floquet a tiré cette lettre. L'auteur des - _Mémoires_ n'a pu même dire à qui elle est adressée; il est - facile de voir qu'elle est supposée et qu'elle ne peut avoir été - écrite par Bossuet: fût-elle vraie et authentique, elle ne ferait - que confirmer l'exactitude du récit de madame de la Fayette, la - relation de Feuillet, les révélations de Saint-Simon, et ajouter - aux preuves nombreuses de l'empoisonnement. - - - - -CHAPITRE XIII. - -1670-1671. - - Madame de Sévigné s'exprime brièvement en annonçant la mort de - MADAME.--Elle ne s'étend que sur les faits peu connus.--Aventure - de la princesse de Condé.--Duval, son valet de pied, et Louis de - Rabutin, son page, tirent l'épée l'un contre l'autre en sa - présence, et lui font une blessure au sein.--Duval est condamné - aux galères.--Madame de Sévigné le voit à la chaîne, et cause avec - lui.--Louis de Rabutin s'enfuit en Allemagne.--Il épouse la - duchesse de Holstein.--Par ce mariage les Rabutin sont alliés à la - maison royale de Danemark.--Louis de Rabutin parvient au grade de - feld-maréchal de l'empereur.--Éloge que madame de Sévigné et Bussy - font de Louis de Rabutin, leur cousin.--Madame de Sévigné regrette - que Bussy-Rabutin n'ait pas été aussi heureux.--Sa réflexion sur - la Providence.--Spirituelle réponse de Bussy au P. la Chaise sur - ce sujet.--Madame de Sévigné, bien instruite des intrigues - galantes du grande monde et de la cour, y fait souvent - allusion.--Ces allusions sont obscures pour les lecteurs - modernes.--Passage d'une de ses lettres sur le maréchal de la - Ferté, le comte de Saint-Paul et le comte de Fiesque.--Détails sur - ces personnages.--Mariage de mademoiselle de Thianges et du duc de - Nevers.--Détails sur le duc de Nevers.--Pouvoir de - Montespan.--Détails sur la Vallière.--Bal donné par le roi aux - Tuileries.--Madame de Sévigné y assiste.--Elle remarque que ce bal - était triste.--Madame de Montespan et madame de la Vallière n'y - avaient point paru.--Cette dernière s'était retirée aux sÅ“urs - Sainte-Marie de Chaillot.--Le roi repart pour Versailles.--Il - écrit à la Vallière, et lui envoie successivement le maréchal de - Bellefonds et Lauzun, pour l'engager à revenir à Versailles: elle - s'y refuse.--Il envoie, avec des ordres impératifs, Colbert, qui - la ramène.--Causes de la tendresse du roi pour la Vallière.--Cette - tendresse fait le malheur de celle-ci. - -Dans le petit nombre de lettres de madame de Sévigné qui nous ont été -conservées pour la période de temps qu'embrasse le chapitre précédent, -il est parlé des faits et des événements dont nous venons de faire -mention; mais c'est toujours en peu de mots quand il s'agit de ceux dont -les détails étaient publics: ainsi, en annonçant à Bussy que Corbinelli -allait le rejoindre, elle se contente de dire au sujet de la mort -d'Henriette, dont toute la France s'entretenait depuis sept jours: «Il -vous dira la mort de Madame, l'étonnement où l'on a été en apprenant -qu'elle a été malade et morte en huit heures, et qu'on perdait avec elle -toute la joie, tout l'agrément et tous les plaisirs de la cour[455].» - - [455] SÉVIGNÉ, _Lettres_, t. I, p. 193, édit. de M.--_Ibid._, t. - I, p. 261, édit. de G. de S.-G. (6 juillet 1670). - -Elle écrit plus longuement lorsqu'elle parle de faits moins connus, -d'anecdotes secrètes dont s'emparait la malignité publique, mais que, -par la crainte de se compromettre, on ne racontait qu'en tête à tête ou -à voix basse. De cette espèce était l'aventure arrivée à la princesse de -Condé, qui fit assez de bruit pour qu'on crût nécessaire d'en parler -dans la gazette de manière à sauver l'honneur de cette princesse[456]. -Madame de Sévigné la raconte à Bussy dans une lettre du 23 janvier 1671. - - [456] Recueil de gazettes nouvelles, in-4º (17 janvier 1671); - GUY-PATIN, _Lettres choisies_, 1685, in-18, p. 480 (lettre du 14 - janvier 1671; le fait eut lieu le 13; la date de la lettre est - exacte). - -«On me vient de conter une aventure extraordinaire qui s'est passée à -l'hôtel de Condé et qui mériterait de vous être mandée, quand vous -n'auriez pas l'intérêt que nous y avons. La voici[457]. Madame la -princesse (Claire-Clémence de Maillé-Brézé, princesse de Condé) ayant -pris depuis quelque temps de l'affection pour un de ses valets de pied -nommé Duval, celui-ci fut assez fou pour souffrir impatiemment la bonne -volonté qu'elle témoignait aussi pour le jeune Rabutin, qui avait été -son page. Un jour qu'ils se trouvaient tous deux dans sa chambre, Duval -ayant dit quelque chose qui manquait de respect à la princesse, Rabutin -mit l'épée à la main pour l'en châtier; Duval tira aussi la sienne; et -la princesse, se mettant entre deux, fut blessée légèrement à la gorge. -On a arrêté Duval, et Rabutin est en fuite: cela fait grand bruit en ce -pays-ci. Quoique le sujet de la noise soit honorable, je n'aime pas -qu'on nomme un valet de pied avec Rabutin.» - - [457] SÉVIGNÉ, _Lettres_, t. I, p. 227, édit. de - Monmerqué.--_Ibid._, t. I, p. 302, édit. de G. de S.-G. (23 - janvier 1671).--MONTPENSIER, _Mémoires_, t. XLIII, p. 276 et - 277. - -Madame de Montmorency manda aussi cette nouvelle à Bussy avec des -circonstances peu différentes[458]; mais elle ajoute que monsieur le Duc -(le duc d'Enghien, fils du prince de Condé) serait parvenu à apaiser la -colère de son père; que MADEMOISELLE, qui en voulait à Condé, (nous -dirons bientôt par quel motif), fit de cette aventure l'objet de ses -railleries à la cour. Condé, irrité et excité encore par la princesse -Palatine, exila sa femme à Châteauroux. «Il n'y (a) pas de désespoir -pareil au sien, dit madame de Montmorency; personne que ses trois -proches ne l'a vue en partant.» Si de tels écarts pouvaient être -excusés, ils le seraient dans cette infortunée princesse. Depuis la mort -du cardinal de Richelieu, son oncle, elle était traitée par son mari -avec peu d'égards: «Les mauvais traitements, dit MADEMOISELLE, -redoublèrent après le mariage de monsieur le Duc; elle était réduite à -ne voir personne.» A Châteauroux elle fut tenue en captivité; il se -passa un temps assez long avant qu'on lui donnât la liberté de se -promener dans la cour du château, et ce fut seulement en présence des -gens que le prince avait chargés de la garder. - - [458] BUSSY, _Supplément aux lettres et mémoires_, t. I, p. 89 - (lettre de madame de Montmorency, à Paris, ce 25 février 1671; - peut-être faut-il corriger 25 janvier). - -Cependant il ne faut pas oublier de dire que la querelle de Louis de -Rabutin et de Duval n'était pas la première que la princesse de Condé -eût occasionnée par ses coupables imprudences. Au temps de la Fronde, -elle fut la cause de la mort du jeune marquis de Cessac, qui, à l'âge de -vingt-deux ans, fut tué en duel par Coligny, son ami, qu'il crut être -son rival. Coligny, au contraire, s'était attaché à une des filles -d'honneur de la princesse, nommée Gerbier, celle-là même qui, par son -esprit et son habileté, avait le plus contribué à soustraire à la -vigilance de Mazarin toute la famille du prince de Condé, retirée à -Chantilly[459]. - - [459] Voyez ci-dessus, 2e partie, p. 34, chapitre - III.--COLIGNY-SALIGNY, _Mémoires_, 1841 et 1843, in-8º, p. - 24-31.--LENET, _Mémoires_, t. LIII, p. 139 à 143.--SÉVIGNÉ, - _Lettres_, 3 juillet 1655, t. I, p. 40, édit. de G. de S.-G.; t. - I, p. 32, édit. de M. - -On fit le procès à Duval; il fut condamné aux galères. Madame de -Sévigné, en allant promener à Vincennes, le vit à la chaîne des -galériens qui partaient pour Marseille; elle s'entretint avec lui, et il -lui parut un homme de bonne conversation[460]. - - [460] SÉVIGNÉ, _Lettres_, t. II, p. 10, édit. de M., ou t. II, p. - 12, édit. de G. de S.-G. (lettre du 10 avril 1671).--GUY-PATIN - (lettre en date du 17 mars 1671). - -Quant à Louis de Rabutin, cette aventure lui valut une fortune et un -degré d'élévation qu'il n'eût jamais osé espérer en France. Obligé de -s'expatrier pour fuir la vengeance du prince, il se vit, comme dit -très-bien madame de Sévigné, romanesquement transporté en -Allemagne[461]. Là , aimable auprès des femmes et brave sur les champs de -bataille, la guerre le porta successivement, dans les armées de -l'empereur, jusqu'au grade supérieur de feld-maréchal[462]; et le -mariage le plus brillant lui procura l'alliance, et par lui à tous les -Rabutin, de la famille royale de Danemark. Aussi madame de Sévigné se -montre-t-elle glorieuse de ce cousin germain d'Allemagne; et elle -s'empressa d'entrer en correspondance avec la femme qu'il avait épousée. -Cette cousine allemande, comme elle l'appelle, était la duchesse de -Holstein, Dorothée-Élisabeth, fille de Philippe-Louis, héritier de -Norwége, duc de Holstein-Wiesembourg, arrière-petit-fils de Christiern -III, élu roi de Danemark en 1525, dont la postérité, réélue à chaque -interrègne en la personne de l'aîné de la maison royale, est devenue -héréditaire en 1660, et règne encore aujourd'hui. Louis de Rabutin, mari -de Dorothée-Élisabeth, descendait de Christophe de Rabutin, seigneur de -Ballore, quatrième fils d'Amé de Rabutin; tandis que madame de Sévigné -et le comte de Bussy étaient descendus de Hugues de Rabutin, fils aîné -d'Amé de Rabutin[463]. Louis de Rabutin était donc leur cousin germain, -mais d'une branche cadette. Aussi plusieurs fois madame de Sévigné -regrette que Bussy n'ait pas eu une aussi brillante destinée que ce -cousin. «Il est vrai, dit-elle dans une lettre adressée à Bussy, que -j'aime la réputation de notre cousin d'Allemagne. Le marquis de Villars -nous en dit des merveilles à son retour de Vienne, et de sa valeur, et -de son mérite de tous les jours, et de sa femme, et du bon air de sa -maison. Je sentis la force du sang, et je la sens encore dans tout ce -que dit la gazette de sa blessure. Vous êtes cause, mon cher cousin, que -j'écris à cette duchesse-comtesse en lui envoyant votre paquet -[probablement la généalogie des Rabutin, dressée par Bussy]. J'admire -toujours les jeux et les arrangements de la Providence. Elle veut que ce -Rabutin d'Allemagne, notre cadet de toutes façons, par des chemins -bizarres et obliques s'élève et soit heureux; et qu'un comte de Bussy, -l'aîné de sa maison, avec beaucoup de valeur, d'esprit et de services, -même avec la plus brillante charge de la guerre, soit le plus malheureux -homme de la cour de France. Oh! bien, Providence, faites comme vous -l'entendrez: vous êtes la maîtresse; vous disposez de tout comme il vous -plaît; et vous êtes tellement au-dessus de nous qu'il faut encore vous -adorer, quoi que vous puissiez faire, et baiser la main qui nous frappe -et qui nous punit; car devant elle nous méritons toujours d'être -punis[464].» - - [461] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (23 janvier 1671), t. I, p. 230, édit. - de M.; t. I, p. 302, édit. de G. de S.-G.--(1er février 1671, - lettre de Bussy à madame de Sévigné), t. I, p. 231, édit. de - M.--_Ibid._, t. I, p. 305, édit. de G. de S.-G. - - [462] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (2 septembre 1687, notre cousin - d'Allemagne), t. VII, p. 471, édit. de M.; t. VII, p. 268, édit. - de G. de S.-G.--(13 septembre 1687), t. VII, p. 474, édit. de M.; - t. VIII, p. 271, édit. de G. de S.-G--(13 août 1688, à notre - cousin d'Allemagne), t. VIII, p. 61, édit. de M.; t. VIII, p. - 335, édit. de G. de S.-G.--(15 et 22 septembre 1688), t. VIII, p. - 78 et 80, édit. de M.; t. VIII, p. 354 et 356, édit. de G. de - S.-G.--(23 mars 1689), t. VIII, p. 390, édit. de M.--(22 - septembre 1688), t. VIII, p. 356, édit. de G. de S.-G. - - [463] MONMERQUÉ, _Lettres de madame_ DE SÉVIGNÉ, édit. 1820, - in-8º, p. 106, note _a_, p. 80, note _a_, et t. V, p. 358. - - [464] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (22 et 28 septembre 1688), t. VIII, p. - 81 et 88, édit. de M.; t. VIII, p. 357 et 360, édit. de G. de - S.-G. - -Bussy confirme cet éloge donné à son cousin d'Allemagne, et répond ainsi -à madame de Sévigné: «Tout ceux qui retournent de Vienne disent de notre -cousin les mêmes choses que vous a dites M. de Villars, madame; lui et -sa femme sont l'ornement de la cour de l'empereur. Ce que vous dites de -la Providence sur cela est fort bien dit; quelque fertile que je sois en -pensées et en expressions, je n'y saurais rien ajouter, sinon que je -reçois toutes les disgrâces de la main de Dieu, comme des marques -infaillibles de prédestination. La dernière fois que je vis le P. la -Chaise, il me dit, sur les plaintes que je lui faisais des duretés du -roi, que Dieu me témoignait par là son amour. Je lui répondis que je le -croyais; que je voyais bien qu'il me voulait avoir, et qu'il m'aurait; -mais que j'aurais bien voulu que c'eût été un autre que Sa Majesté qui -eût fait mon salut[465].» - - [465] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (28 septembre 1688).--On fit une - nouvelle des aventures de ce Jean-Louis de Rabutin, sous le titre - de _l'Heureux page_, nouvelle galante, 1691 à 1694; Cologne, 1691 - à 1697. Voy. BARBIER _Anonymes_, t. II, p. 52, qui n'indique pas - l'auteur. L'auteur fait mention de ce comte Jean-Louis de - Rabutin qui aurait parlé un peu librement de son cousin Rozier. - -Les deux lettres que nous venons de citer, pour terminer ce que nous -avions à dire sur les suites singulières de l'aventure arrivée à la -princesse de Condé, sont bien postérieures au temps dont nous nous -occupons; mais elles montrent la continuité de la mauvaise fortune de -Bussy, et nous prouvent la constance des sentiments religieux de madame -de Sévigné, que nous retrouverons tenant toujours le même langage à -toutes les époques de sa vie. Cependant qu'on ne croie pas que c'est -uniquement parce qu'un Rabutin se trouve impliqué dans l'affaire de la -princesse de Condé que madame de Sévigné la raconte à Bussy: elle se -montre en général fort instruite des intrigues galantes de son temps; et -quand elle écrivait à sa fille ou à Bussy, ou au comte de Grignan, -qu'intéressaient beaucoup les anecdotes scandaleuses de la cour ou du -grand monde, elle y fait souvent allusion. Ces allusions, parfaitement -intelligibles pour ceux à qui elle écrivait, ne peuvent être comprises -par les lecteurs actuels, qui, pour la plupart, ignorent que l'histoire -d'une époque, pour être bien connue, a besoin qu'on se donne la peine de -scruter la vie privée des personnages qui ont eu quelque part aux -événements publics. - -Ainsi, dans une lettre en date du 10 décembre 1670, écrite au comte de -Grignan par madame de Sévigné, on lit: «Le maréchal de la Ferté dit ici -des choses non pareilles; il a présenté à sa femme le comte de -Saint-Paul et le _Petit Bon_, en qualité de jeunes gens qu'il faut -présenter aux dames. Il fit des reproches au comte de Saint-Paul d'avoir -été si longtemps sans l'être venu voir. Le comte a répondu qu'il était -venu plusieurs fois chez lui; qu'il fallait donc qu'on ne le lui eût pas -dit[466].» - - [466] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (10 décembre 1670), t. I, p. 211, édit. - de M.; t. I, p. 282, édit. de G. de S.-G. - -Pour bien saisir toute la spirituelle malice de ce passage, en apparence -si simple et si innocent, il faut se rappeler que le comte de -Saint-Paul, dont nous avons déjà parlé dans ces Mémoires[467] pour avoir -entraîné le jeune Sévigné à la guerre de Candie, était âgé de vingt ans -et un des plus beaux hommes de la cour lorsque madame de Sévigné -écrivait cette lettre à sa fille; de plus, neveu du grand Condé, le -comte de Saint-Paul était l'unique héritier de la riche maison de -Longueville, parce que son frère aîné, réduit à l'état d'imbécillité, -devait se faire religieux et renoncer à tous ses droits en faveur de son -cadet[468]. Le comte de Saint-Paul était donc un des plus brillants -partis de France et en même temps un des cavaliers les plus polis et les -plus braves. A tous ces titres il était vivement recherché par les -femmes ambitieuses et coquettes. Parmi ces dernières, la maréchale de la -Ferté[469], quoique âgée de près de quarante ans, mais encore belle et -fraîche, entreprit de lui plaire. Elle employa pour l'attirer chez elle -le comte de Fiesque[470], amant de madame de Lionne[471], dont la -mère[472], prodigue et légère, avait été dame d'honneur de MADEMOISELLE -et dont le père, mort en 1660, s'était ruiné au service du prince de -Condé[473]. Le comte de Fiesque, sans héritage, homme d'esprit, peu -guerrier, aimable avec les femmes[474], et cherchant à réparer les -torts de la fortune aux dépens de celles dont il avait gagné les bonnes -grâces, était envers toutes si plein de complaisance qu'elles l'avaient -surnommé le _Petit Bon_[475]. C'est lui que madame de Sévigné désigne -par ce surnom dans sa lettre; et l'on comprend ce qu'il y avait de -piquant, pour tous ceux qui n'ignoraient pas les intrigues galantes de -la maréchale de la Ferté, d'apprendre que le comte de Saint-Paul et le -comte de Fiesque lui avaient été présentés par son mari, les reproches -que celui-ci leur adressait et la réponse du comte de Saint-Paul, qui -pour s'excuser affirme qu'il est venu fréquemment chez le maréchal, mais -qu'on ne lui en a rien dit. - - [467] Voyez ci-dessus, chapitre XI, p. 193 de ce volume. - - [468] BUSSY, _Lettres_, t. V, p. 157 (lettre du comte de Choiseul - à Bussy, en date du 3 mai 1671). Ce frère du comte de Saint-Paul - prit par la suite le nom d'abbé d'Orléans. - - [469] _Histoire de la maréchale de la Ferté_, dans la _France - galante_, 1695, p. 191 à 263.--_Histoire amoureuse des Gaules_, - 1754, t. III, p. 1 à 102. - - [470] Jean-Louis-Marie, comte de Fiesque. - - [471] Conférez les _Vieilles amoureuses_, dans la _France - galante_, 1695, p. 191 à 263.--SÉVIGNÉ, _Lettres_ (17 avril et 17 - juillet 1676), t. IV, p. 262 et 380, édit. de M.; t. V, p. 19, - édit. de G. de S.-G. - - [472] Madeleine d'Angennes de la Loupe, femme du maréchal de la - Ferté-Senectaire (Sennetaire). - - [473] MONTPENSIER, _Mémoires_, t. XLII, p. 456.--LORET, liv. III, - p. 142; liv. IV, p. 85, 97, 123. - - [474] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (lettre du 24 juillet 1675), t. III, p. - 335, édit. de M.--_Ibid._, t. III, p. 461, édit. de G. de S.-G. - «Pour ce dernier (le comte de Fiesque), on est tenté de dire: Di - cortesia più che guerra amico.» - - [475] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (10 décembre 1670), t. I, p. 211, édit. - de M., et t. I, p. 282.--(17 juillet 1676), t. IV, p. 380. édit. - de M.; t. V, p. 29, édit. de G. de S.-G.--_France galante ou - Histoire amoureuse de la cour_, 1695, in-12, p. 1 à 102, et p. - 265 à 405 (_France italienne_).--MONMERQUÉ, dans les _Lettres de - Sévigné_, t. VI, p. 138, note _a_. - -Ce qui attirait particulièrement l'attention de madame de Sévigné et lui -fournissait des sujets favoris de correspondance, c'est surtout ce qui a -rapport au roi, directement ou indirectement. Aussitôt que le mariage du -duc de Nevers eut été décidé, madame de Sévigné n'oublia pas de l'écrire -à son gendre. Ce mariage était un événement, et acquérait de -l'importance parce qu'il prouvait le crédit de la nouvelle maîtresse: -«Ma fille me prie de vous mander le mariage de M. de Nevers... Il -épouse, devinez qui? Ce n'est pas mademoiselle d'Houdancourt, ni -mademoiselle de Grancé: c'est mademoiselle de Thianges, jeune, jolie, -modeste, élevée à l'Abbaye-aux-Bois. Madame de Montespan en fait les -noces dimanche; elle en fait comme la mère et en reçoit tous les -honneurs. Le roi rend à M. de Nevers toutes ses charges; de sorte que -cette belle, qui n'a pas un sou, lui vaut mieux que la plus riche -héritière de France. Madame de Montespan fait des merveilles -partout[476].» - - [476] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (10 décembre 1670), t. I, p. 210, édit. - de Monmerqué; t. I, p. 2?1, édit. de G. de S.-G.--MONTPENSIER, - _Mémoires_, t. XLII, p. 50, 77, 87, 95, 108, 113.--LA FAYETTE, t. - LXIV, p. 378.--BUSSY, t. V, p. 83. - -Ce fut Lauzun qui négocia le mariage de cette belle nièce de madame de -Montespan; il eut à vaincre les irrésolutions de cet étrange duc de -Nevers, qui, dit MADEMOISELLE, «va et vient de Rome par fantaisie deux -ou trois fois l'année, comme les autres qui vont se promener au Cours, -et qui se trouva marié lorsqu'il ne croyait pas l'être[477].» - - [477] MONTPENSIER, _Mémoires_, t. XLIII, p. 247 et 248 (année - 1670).--CAYLUS, _Mémoires_, t. LXVI, p. 403 et 404. - -Mademoiselle de Thianges était adorée de sa mère, qui la préférait de -beaucoup à sa sÅ“ur cadette, la duchesse de Sforce[478], et à son fils, -homme médiocre, comme avait été son père. La duchesse de Nevers -justifiait par son esprit et sa beauté la prédilection maternelle; mais -cette modestie de l'Abbaye-aux-Bois, que vante en elle madame de -Sévigné, disparut bientôt à la cour; et par là peut-être, comme par son -humeur caustique et joviale, la duchesse de Nevers ressemblait à sa -mère, qui, selon la remarque de mademoiselle de Montpensier, «aimait à -rire et n'était pas plus charitable pour les autres qu'on ne l'était -pour elle.[479]» - - [478] CAYLUS, _Mémoires_, t. LXVI, p. 402 et 403. - - [479] MONTPENSIER, _Mémoires_, t. XLII, p. 95, 96 (année 1656). - -Rien n'intéresse plus, dans la vie privée de Louis XIV, que tout ce qui -concerne la Vallière, cet objet de ses premières affections, cette -touchante victime de son inconstance. Le rang, les honneurs, les -richesses n'avaient pu vaincre sa modestie, ni les puissantes séductions -de la volupté lui ravir sa pudeur. Elle n'avait ressenti de l'amour que -les purs et délicieux sentiments qu'il inspire. Ses religieuses -douleurs[480] et les remords qui l'agitaient la montraient encore plus -digne du grand monarque qui avait triomphé de sa vertu et de son Dieu. -Louis XIV tenait à la Vallière par le cÅ“ur, par le souvenir des jours -de bonheur dont il lui était redevable, par la persuasion de son entier -dévouement pour lui, surtout par l'estime profonde qu'il ne pouvait -refuser à la sincérité de l'unique passion qui ait pu altérer la pureté -de cette âme pieuse et virginale. Mais les sens, mais le besoin de -distractions l'entraînaient vers une autre maîtresse plus belle, plus -spirituelle, dont l'humeur fière, la gaieté caustique et l'agaçante -coquetterie formaient un contraste avec l'humble et scrupuleuse -tendresse de la Vallière. Les humiliations que celle-ci éprouva de la -part de son orgueilleuse rivale la poussèrent à une résolution -désespérée. - - [480] Conférez SÉVIGNÉ, t. I, p. 322, 323, 334; t. III, p. 263, - 304, 305; t. V, p. 170; t. VI, p. 177; t. VII, p. 190.--BUSSY, - _Lettres_, t. V, p. 79-82.--BENSERADE, _OEuvres_, t. I, p. - 170.--MONTPENSIER, _Mémoires_, t. XLIII, p. 21, 196.--LA FAYETTE, - _Mémoires_, t. LXIV, p. 395, 410, 414, 456.--CAYLUS, _Mémoires_, - t. LXVI, p. 379 et 380. - -Le dernier jour de carnaval de cette année 1671, Louis XIV donna un bal -aux Tuileries; contre l'ordinaire ce bal fut triste[481]. Madame de -Sévigné, qui y fut invitée et y assista, en fait la remarque; elle en -écrit ainsi à sa fille: «Le bal du mardi gras pensa être renvoyé; jamais -il ne fut une telle tristesse: je crois que c'était votre absence qui en -était la cause. Bon Dieu! que de compliments j'ai à vous faire! que -d'amitiés! que de soins de savoir de vos nouvelles! que de louanges -qu'on vous donne!» - - [481] MONTPENSIER, _Mémoires_, t. XLIII, p. 299 (1671).--SÉVIGNÉ, - _Lettres_ (13 février 1671), t. I, p. 247, édit. de Monmerqué; t. - I, p. 324, édit. de G. de S.-G.--BUSSY, _Lettres_, t. III, p. 306 - (7 janvier 1671). - -Comme elle aimait à flatter sa fille, cette faible mère! Certainement -elle n'ignorait pas que toutes les personnes qui se trouvaient à ce bal -étaient préoccupées de tout autre chose que de l'absence de madame de -Grignan. On avait remarqué que madame de Montespan et madame de la -Vallière, qu'on voyait dans toutes les fêtes, ne se trouvaient point à -celle-ci; et la tristesse dont le visage du roi était empreint s'était -répandue dans toute l'assemblée. Les soupçons que l'on avait sur les -causes de cette tristesse furent confirmés. On sut que la Vallière -s'était retirée de la cour et réfugiée au couvent des sÅ“urs -Sainte-Marie de Chaillot. Le lendemain le roi repartit pour Versailles. -MADEMOISELLE, qui se trouvait présente et dans le même carrosse que lui -et madame de Montespan, nous apprend que, durant le trajet, tous deux ne -cessèrent point de pleurer[482]. La même cause produisait leur chagrin, -mais les motifs en étaient différents. Avant d'employer l'autorité pour -arracher madame de la Vallière de l'asile où elle s'était réfugiée, -Louis XIV essaya les moyens de persuasion; il lui écrivit, et il lui -envoya sa lettre par le maréchal de Bellefonds: celui-ci devait inspirer -à la belle repentante une grande confiance, puisque lui-même se trouvait -alors sous l'influence de la ferveur religieuse qui le porta, peu de -temps après, à faire une retraite au couvent de la Trappe durant la -semaine sainte[483]. Le maréchal de Bellefonds ne put obtenir de la -Vallière qu'une lettre qu'elle écrivit à Louis XIV pour le prier -instamment de lui permettre de consacrer à Dieu le reste de ses jours. -Lauzun fut ensuite envoyé, et ne put parvenir même à la voir; enfin, -Colbert se rendit à Chaillot avec des ordres impératifs du roi; elle s'y -soumit. Madame de Sévigné eut connaissance des premières démarches de -Louis XIV pour obtenir que la fugitive revînt d'elle-même à Versailles; -madame de Sévigné en avait parlé dans une lettre que nous n'avons plus; -car, dans celle du 12 février 1671[484], voici comme elle raconte à sa -fille le retour de la Vallière: - -«La duchesse de la Vallière manda au roi, outre cette lettre que l'on -n'a point vue, «qu'elle aurait plus tôt quitté la cour, après avoir -perdu l'honneur de ses bonnes grâces, si elle avait pu obtenir d'elle de -ne le plus voir; que cette faiblesse avait été si forte en elle qu'à -peine était-elle capable présentement d'en faire un sacrifice à Dieu; -qu'elle voulait pourtant que le reste de la passion qu'elle a eue pour -lui servît à sa pénitence, et qu'après lui avoir donné toute sa jeunesse -ce n'était pas trop encore du reste de sa vie pour le soin de son -salut.» Le roi pleura fort, et envoya Colbert à Chaillot, la prier -instamment de venir à Versailles, et qu'il pût lui parler encore. M. -Colbert l'y a conduite; le roi a causé une heure avec elle, et a fort -pleuré. Madame de Montespan fut au-devant d'elle les bras ouverts et les -larmes aux yeux. Tout cela ne se comprend point: les uns disent qu'elle -demeurera à Versailles et à la cour; les autres, qu'elle reviendra à -Chaillot. Nous verrons.» - - [482] MONTPENSIER, _Mémoires_, t. XLIII, p. 299 (1671).--BUSSY, - _Lettres_, t. III, p. 306 (7 février 1671).--SÉVIGNÉ, _Lettres_ - (13 février 1671), t. I, p. 247, édit. de M.; t. I, p. 324, édit. - de G. de S.-G. - - [483] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (8 avril 1672), t. II, p. 453, édit. de - G. de S.-G.; t. I, p. 383, édit. de M. - - [484] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (12 février 1671), t. I, p. 322, édit. - de G. de S.-G.; t. I, p. 245, édit. de M. - -Six jours après cette lettre, madame de Sévigné, écrivant encore à sa -fille, dit[485]: «Madame de la Vallière est toute rétablie à la cour. Le -roi la reçut avec des larmes de joie, et madame de Montespan avec des -larmes..... devinez de quoi? Elle a eu plusieurs conversations tendres; -tout cela est difficile à comprendre: il faut se taire[486].» - - [485] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (18 février 1671), t. I, p. 334, édit. - de G. de S.-G.; t. I, p. 255, édit. de M. - - [486] SÉVIGNÉ, _Lettres de Marie Rabutin-Chantal à madame la - comtesse de Grignan, sa fille_, 1726, in-12, t. I, p. 32 (lettre - du 18 février 1671). - -On avait approuvé le départ de madame de la Vallière, on désapprouva son -retour; mais le public n'était rien pour elle, Louis XIV était tout, et -quand Dieu cessait de la soutenir elle n'avait pas la force de résister -à son amant. Le feu autrefois allumé par elle dans le cÅ“ur de Louis -XIV, quoiqu'il ne fît plus briller de flamme, y laissait encore assez de -chaleur pour que le monarque ne pût supporter l'idée de se séparer -d'elle. La Vallière se trouva donc condamnée à garder encore longtemps -cette pénible chaîne qu'elle arrosait de ses larmes[487]. - - [487] Sur la Vallière, conférez SÉVIGNÉ, _Lettres_ (13 janvier - 1672), t. II, p. 342, édit. de G. de S.-G.--(13 décembre 1675), - t. III, p. 263, édit. de G. de S.-G.--_Ibid._, t. III, p. 172, - édit. de M.--(12 janvier 1674), t. III, p. 304, édit. de G. de - S.-G.--_Ibid._ t. III, p. 206 et 207, édit. de M. (la Rosée).--(5 - juin 1675, écrite le lendemain de la profession de madame de la - Vallière), t. III, p. 403 et 404, édit. de G. de S.-G.--_Ibid._, - t. III, p. 283.--(29 avril 1676), t. IV, p. 412, édit. de G. de - S.-G.--_Ibid._, t. IV, p. 272, édit. de M.--(16 octobre 1676), t. - V, p. 170, édit. de G. de S.-G.--_Ibid._, t. V, p. 30, édit. de - M. (29 décembre 1679); t. VI, p. 276, édit. de G. de - S.-G.--_Ibid._, t. VI, p. 83.--(5 janvier 1680), t. VI, p. 286, - édit. de G. de S.-G.; t. VI, p. 92, édit. de M.--(1er septembre - 1680, lettre de Corbinelli à Bussy), t. VII, p. 190, édit. de G. - de S.-G.--_Ibid._, t. VI, p. 443, édit. de M., et la note _a_, - qui contient le songe de la marquise de la Beaume.--BUSSY, - _Lettres_, t. V, p. 83. - - - - -CHAPITRE XIV. - -1671. - - Affliction de MADEMOISELLE.--Sa cause.--Surprise de madame de - Sévigné à la nouvelle du mariage projeté de MADEMOISELLE avec - Lauzun.--Tous les chefs de la Fronde sont soumis au roi.--Condé - leur donne l'exemple.--MADEMOISELLE conserve son - indépendance.--Énumération des nombreux partis qu'elle avait - refusés.--Elle manifeste le désir de se marier.--On veut lui faire - épouser le comte de Saint-Paul.--Madame de Puisieux négocie cette - affaire.--Détails sur madame de Puisieux.--MADEMOISELLE refuse - MONSIEUR.--On croit qu'elle épousera le comte de Saint-Paul, et - l'on apprend qu'elle se marie à Lauzun, avec le consentement du - roi.--Surprise générale.--Son amour pour Lauzun avait commencé en - 1667.--Progrès de cet amour.--Conduite adroite de Lauzun.--Il - feint de ne pas comprendre MADEMOISELLE.--Embarras qu'elle éprouve - pour faire connaître son amour à Lauzun.--Ses scrupules.--Ses - combats intérieurs.--Elle fait à Lauzun une déclaration par - écrit.--Lauzun la révoque en doute.--Elle est forcée de déclarer à - Lauzun son amour de vive voix.--Elle voit le roi, qui promet de ne - pas s'opposer à ses désirs.--Une députation de nobles fait la - demande officielle de la main de MADEMOISELLE pour Lauzun.--Cette - affaire est discutée dans le conseil du roi, et le roi, malgré - l'opposition de MONSIEUR et des princes du sang, donne son - consentement.--Fureur de Condé.--Démarche de la reine, des princes - du sang, de MONSIEUR pour empêcher ce mariage.--Lauzun veut - différer, pour les préparatifs, la cérémonie.--On persuade à - madame de Montespan de se mettre contre Lauzun.--Le roi rétracte - son consentement.--Désespoir de MADEMOISELLE; elle voit le roi, - lui fait verser des larmes, et n'en peut rien obtenir.--Lauzun - supporte ses revers avec calme et dignité.--Cette bonne conduite - ne se soutient pas.--Il veut commettre madame de Montespan avec le - roi; il est disgracié et enfermé.--MADEMOISELLE refuse encore - d'épouser le comte de Saint-Paul, et parvient à faire mettre - Lauzun en liberté.--Elle contracte avec lui un mariage - secret.--L'ingratitude de Lauzun force MADEMOISELLE de s'en - séparer.--Détails subséquents sur MADEMOISELLE.--Madame de Sévigné - a été témoin des joies et des douleurs de MADEMOISELLE.--L'affaire - de son mariage avec Lauzun est une tragédie dans toutes les - règles. - -Dans ce carrosse qui, le lendemain d'un bal, transportait à Versailles -Louis XIV et Montespan versant des larmes, MADEMOISELLE pleurait aussi. -Ce n'est pas qu'elle fût émue par la sensibilité du roi ou le dépit de -sa maîtresse; mais elle pleurait de ses propres douleurs, de son mariage -avec Lauzun différé ou rompu pour toujours. - -Il n'est pas un lecteur qui, à cette mention de mariage de Lauzun, ne se -rappelle aussitôt la lettre si souvent citée que madame de Sévigné -écrivit pour exprimer l'étonnement où la jeta l'annonce de ce -mariage[488]. Cette multitude de souvenirs qui se pressaient alors sous -sa plume et se disputaient la préférence; cette agitation qu'elle -éprouvait à la révélation d'un événement dont elle ne pouvait douter et -qui cependant était pour elle, comme pour tout le monde, -invraisemblable, monstrueux, incroyable; tout cela ne se peut bien -comprendre qu'autant que l'on sait apprécier ce que madame de Sévigné -connaissait si bien: le caractère de MADEMOISELLE, la constance de ses -sentiments, la ténacité de ses opinions, le rang élevé et la position -tout exceptionnelle qu'elle tenait à la cour. - - [488] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (15 décembre 1670), t. I, p. 212, édit. - de Monmerqué.--_Ibid._, t. I, p. 283, édit. de G. de S.-G.; t. I. - p. 15 de l'édit. 1726 (sans nom de lieu). Cette lettre commence - cette édition, qui est la première imprimée en France. - -La jeunesse de MADEMOISELLE, comme celle de madame de Sévigné, s'était -écoulée durant les troubles de la régence et de la Fronde, temps de -désordre et d'agitation, mais aussi temps de plaisirs et d'espérance. La -bourgeoisie, la roture avaient cru alors s'affranchir des servitudes qui -pesaient sur elles; la noblesse, reconquérir l'indépendance dont elle -jouissait avant Richelieu. L'autorité royale, en faisant cesser les -résistances, n'avait pu anéantir les convictions. Lorsqu'on a longtemps -combattu pour une cause que l'on croit juste, on peut bien renoncer à -l'espoir, mais non pas au désir de la voir triomphante. C'est la -conscience que l'on avait de la légitimité d'un tel sentiment qui -faisait des chefs les plus hardis de la Fronde et de la guerre civile -les plus humbles et les plus obséquieux courtisans. Plus ils pouvaient -être soupçonnés d'intentions hostiles envers l'autorité royale, plus, -pour s'y rattacher et en obtenir des faveurs, ils se montraient prompts -à se soumettre à ses ordres et à se faire les apologistes et les -soutiens de ses actes les plus despotiques. Le plus illustre, le plus -redoutable d'entre eux, Condé, leur chef, leur donnait l'exemple; il -avait déposé son orgueil aux pieds du jeune monarque, et toutes ses -démarches et tous ses discours ne tendaient qu'à rentrer en grâce auprès -de lui, afin d'obtenir de hauts emplois et le commandement d'une armée. -Condé, après avoir ruiné tous ses partisans, était rentré en France -criblé de dettes; et sans Gourville, qui sut négocier habilement avec -l'Espagne, intimider les créanciers de ce prince, établir l'ordre dans -la perception des revenus et l'économie dans les dépenses, Condé aurait -vu s'écrouler la fortune de sa maison[489]. L'entière prostration de -tous ceux qui pouvaient avoir quelque velléité d'opposition à l'égard du -roi et de son gouvernement, résultait nécessairement de la soumission -du prince de Condé, le premier d'entre eux par le rang et la naissance, -le plus illustre par ses talents et sa réputation d'homme de guerre. -Cependant il existait encore une personne qui, après avoir traversé les -temps orageux sans rien perdre des immenses richesses qu'elle tenait de -sa mère, conservait à la cour son indépendance. - - [489] GOURVILLE, _Mémoires_, t. LI, p. 410, 420, 428, 434, - 435.--TURPIN, _Vie de Louis de Bourbon, prince de Condé_, t. XXV - des _Hommes illustres de la France_, ou t. II de l'_Histoire de - Condé_, p. 161 et 162. - -MADEMOISELLE, princesse de Montpensier, avait été, durant les troubles, -recherchée par tous les partis, successivement l'idole de tous et -quelquefois leur arbitre. Fille d'un père timide et incertain, dès sa -première jeunesse elle avait donné des preuves de fermeté, de -résolution, de constance et de courage. Au milieu des plaisirs, des -séductions et de la licence générale, sa générosité, sa grandeur, sa -retenue, son imposante dignité semblaient réaliser l'idéal de ces -héroïnes de Corneille qui, exemptes de toutes les faiblesses du cÅ“ur, -ne connaissent d'autres sentiments que ceux qu'admettent l'ambition, -l'amour de la gloire, l'orgueil d'un rang élevé et d'un nom sans tache. -Aucune princesse ne fut sur le point de contracter d'aussi grandes -alliances et ne vit déconcerter par les événements un plus grand nombre -de projets de ce genre. Destinée par son père, dès son enfance, au comte -de Soissons, la mort de celui-ci la livra à l'espoir qu'elle nourrit si -longtemps d'épouser le roi[490]. Elle se crut un instant recherchée par -Charles, duc de Lorraine[491]. Anne d'Autriche la flatta ensuite de lui -procurer pour époux le cardinal infant, son frère; on la berça de -l'espérance de la marier à Philippe IV, roi d'Espagne, devenu veuf. Elle -repoussa les offres du prince de Galles, parce qu'alors elle croyait -qu'elle allait être mariée à l'empereur d'Autriche. Il y eut en effet -des négociations à ce sujet, qui ne réussirent pas plus que le projet de -la donner en mariage à l'archiduc Léopold, qu'on aurait fait souverain -des Pays-Bas. MADEMOISELLE avait eu encore le projet d'épouser le roi de -Hongrie, fils de l'empereur. La faiblesse de santé de madame la -princesse de Condé fit entrevoir à MADEMOISELLE la possibilité de s'unir -au prince de Condé, que l'esprit de parti lui avait fait autrefois -repousser, et qui, par la même cause, était depuis devenu son -héros[492]. On désira de nouveau la donner au duc de Lorraine, ce qui ne -réussit pas plus que le dessein qu'elle eut de renouer avec le prince de -Galles, devenu roi d'Angleterre. Elle refusa les offres du duc de -Savoie, et plus tard celles du duc de Neufbourg[493]. Enfin, Louis XIV -voulut lui imposer le roi de Portugal, Alphonse-Henri VI, parce que cela -importait à sa politique. Elle opposa un refus formel aux volontés du -roi, et fut, par cette unique raison, exilée à sa terre de -Saint-Fargeau. Le stupide Alphonse, forcé de céder à son frère sa femme -et son trône, justifia suffisamment le dédain que MADEMOISELLE avait -manifesté pour sa personne[494]. - - [490] MOTTEVILLE, _Mémoires_, t. XXXVIII, p. 102; t. XXXIX, p. - 109. - - [491] CHOISY, _Mémoires_, t. LXIII, p. 519. - - [492] GUY-PATIN, _Lettres_ (10 mai 1653), t. I, p. 195, édit. de - 1846, in-8º. - - [493] MONTPENSIER, _Mémoires_, t. XL, p. 338. - - [494] MOTTEVILLE, _Mémoires_, t. XXXVII, p. 350; t. XXXVIII, p. - 102; t. XXXIX, p. 109.--MONTPENSIER, _Mémoires_, t. XLI, p. - 385.--CHOISY, _Mémoires_, t. LXIII, p. 519, 520. - -Rappelée de son exil par le roi, qui, malgré sa rigueur passagère, ne -cessait d'avoir pour elle des égards et de la déférence, MADEMOISELLE -parut tout à coup renoncer aux résolutions qui jusque-là avaient présidé -à toute sa conduite et l'avaient dirigée dans ses projets. Née le 29 mai -1627, elle avait alors quarante-trois ans. Toutes les chances de mariage -qu'elle avait considérées comme sortables pour elle avaient été sans -résultat. Comme on la croyait inaccessible aux faiblesses d'une -inclination douce et tendre, on avait pensé qu'elle s'était enfin -résolue à rester maîtresse d'elle-même, à vivre dans le célibat, sans -quitter la cour, où son rang lui assignait la seconde place après la -reine. Sa grande fortune lui permettait de satisfaire son goût pour le -monde, d'avoir elle-même une petite cour et de donner des fêtes avec une -généreuse magnificence. D'après cette croyance, qui était générale, -chacune des branches de la famille royale, en faveur de laquelle seule -il lui convenait de tester, espérait un jour avoir une portion de ses -riches domaines[495]. Le roi d'abord en convoitait une grande part pour -le Dauphin, MONSIEUR pour ses filles[496] et le prince de Condé pour ses -fils. Cette position et les discours auxquels elle donnait lieu furent -pour elle une cause de chagrin et de tristesse, dont elle résolut de se -délivrer. On la vit donc tout à coup manifester hautement la ferme -volonté de se choisir un mari qui pût la rendre heureuse et lui donner -des héritiers directs. Aussitôt les ambitions et la cupidité -s'éveillèrent, et agirent avec d'autant plus de promptitude que l'âge de -la princesse la forçait elle-même à se hâter. Le comte de -Saint-Paul[497], le plus élevé par le rang de tous les jeunes seigneurs -de la cour, appartenait par son père aux Longueville, par sa mère aux -Condé: ces deux puissantes maisons se liguèrent pour le faire agréer -pour époux à MADEMOISELLE. La grande différence d'âge leur paraissait -plutôt un moyen de succès qu'un motif d'objection[498]. - - [495] MONTPENSIER, _Mémoires_, t. XLIII, p. 144. - - [496] Marie-Louise d'Orléans, née le 27 mai 1662, nommée - MADEMOISELLE comme mademoiselle de Montpensier, et mademoiselle - de Valois, née le 27 août 1669, toutes deux filles d'Henriette - d'Angleterre. - - [497] Ci-dessus, chapitre VII, p. 116, et chapitre XIII, p. 226. - - [498] MONTPENSIER, _Mémoires_, t. XLIII, p. 184 et 185. - -Il y avait alors à la cour une femme qui, dans sa jeunesse un peu -galante, y avait joué un assez grand rôle et qui, dans un âge -très-avancé, y conservait beaucoup d'influence: c'était Charlotte -d'Étampes de Valencey, marquise de Puisieux. Presque septuagénaire, elle -avait une inconcevable activité, jointe au besoin et à l'habitude de -l'intrigue. Comme elle était riche, d'un esprit très-original, -très-aimable malgré ses goûts bizarres, on la recherchait beaucoup. Son -âge, ses succès, son expérience, l'utilité et l'agrément de son commerce -lui avaient acquis un ascendant qui la rendait difficile et exigeante; -mais par cette raison elle avait, en quelque sorte, fait reconnaître le -droit qu'elle s'arrogeait de se mêler de toutes les affaires qu'elle -prenait en gré, et d'en parler librement, avec assurance, avec autorité, -fût-ce même aux princesses[499]. Cette espèce de privilége qu'elle avait -usurpé et qui lui était acquis contribuait au succès de tout ce qu'elle -entreprenait. Ce fut elle que les maisons de Condé et de Longueville -choisirent pour circonvenir MADEMOISELLE et la déterminer à épouser le -comte de Saint-Paul. Quand on parla de ce projet à MADEMOISELLE, elle ne -le repoussa pas, et l'on se crut certain du succès[500]. MADEMOISELLE -avait raconté un jour à M. de Coulanges qu'ayant songé que madame de -Sévigné était malade elle s'était réveillée en pleurant, et avait chargé -madame de Coulanges de le lui dire; et madame de Sévigné, pour laquelle -MADEMOISELLE avait tant d'amitié, favorisait le comte de -Saint-Paul[501]. Madame de Puisieux, madame de la Fayette, madame de -Thianges, madame d'Épernon, madame de Rambures[502] et quelques autres -personnes, toutes liées avec madame de Sévigné, toutes également admises -dans la société intime de la princesse, concouraient au même but et -secondaient les instances de l'héritier des Longueville; enfin, -Guilloire, qui avait le titre de gentilhomme ordinaire de MADEMOISELLE, -et qui était à la fois son médecin, son secrétaire ou son intendant, se -montrait aussi favorable à cette alliance[503]. - - [499] Id., _Mémoires_, t. XLIII, p. 159.--SAINT-SIMON, _Mémoires - authentiques_, t. II, p. 114. Voy. ci-dessus, chap. VIII, p. 130. - - [500] TALLEMANT, _Historiettes_, t. I, p. 293, 294, 296, édit. - in-8º.--MONTPENSIER, _Mémoires_, t. XLIII, p. 159, 171, 205, 206, - 209.--LORET, _Muse historique_, liv. IX, p. 10, 23.--_Ibid._, - liv. VIII, p. 139.--CONRART, _Mémoires_, t. XLVIII, p. - 64.--SÉVIGNÉ, _Lettres_, t. I, p. 201, édit. de M.--_Ibid._, t. - I, p. 171, édit. de G. de S.-G. (19 novembre 1671); t. I, p. 286, - édit. de M.; t. I, p. 376, édit. de G. de S.-G. (13 mars - 1671).--_Ibid._, t. III, p. 422, édit. de M.; t. IV, p. 48, édit. - de G. de S.-G. (23 août 1675).--_Ibid._, t. III, p. 448, édit. de - M.; t. IV, p. 76 (4 septembre 1675).--_Ibid._, t. IV, p. 146, - édit. de M.; t. IV, p. 273, édit. de G. de S.-G. (25 décembre - 1675).--_Ibid._, t. V, p. 255, édit. de M.; t. V, p. 427, édit. - de G. de S.-G. (15 septembre 1677).--_Ibid._, t. IV, p. 152, - édit. de M.; t. IV, p. 278, édit. de G. de S.-G. (C'est là qu'il - est dit que madame de Puisieux avait quatre-vingts ans, 29 - décembre 1675.)--_Ibid._, t. V, p. 259, édit. de M.; t. V, p. - 430, édit. de G. de S.-G. (13 octobre 1677).--_Ibid._, t. V, p. - 263, édit. de M.; t. VI, p. 434, édit. de G. de S.-G. (16 octobre - 1677). - - [501] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (24 février 1673), t. III, p. 73, édit. - de M.; t. III, p. 145, édit. de G. de S.-G. - - [502] MONTPENSIER, _Mémoires_, t. XLIII, p. 159, 183. - - [503] SÉVIGNÉ, t. I, p. 300, édit. de M.; t. I, p. 389, édit. de - G. de S.-G. (20 mars 1671).--SEGRAIS, _Mémoires_, t. II des - _OEuvres_, pag. 92 et 93. - -Deux circonstances parurent devoir y faire renoncer entièrement. Dès -qu'on sut que MADEMOISELLE voulait se marier, la politique chercha -aussitôt à mettre à profit cette volonté. Les ministres de Louis XIV, -voyant que le roi d'Angleterre ne pouvait avoir de postérité de la reine -sa femme, songèrent à le faire divorcer, à lui faire embrasser la -religion catholique, vers laquelle il inclinait, et à lui donner en -mariage _Mademoiselle_, dont les grands biens pourraient le soustraire, -pour ses dépenses personnelles, à la dépendance de son parlement. Ce -dessein, dont on parla pendant une semaine, n'eut pas de suite. Mais -lorsque, par la mort de l'infortunée Henriette, MONSIEUR devint veuf, -tout le monde pensa qu'il était le seul parti qui convînt à -MADEMOISELLE. L'idée de ce mariage s'accrédita à la cour et dans le -public, et fut enfin regardée comme certaine. Louis XIV le désirait peu, -mais il comprit qu'il ne pouvait s'y opposer. Il ne voyait pas avec -plaisir son frère devenir assez riche pour pouvoir se passer de ses -bienfaits. Lorsqu'il parla de cette affaire à sa cousine, il lui dit -qu'il croyait devoir lui déclarer que son intention était de ne jamais -donner à MONSIEUR aucun gouvernement, lors même qu'il deviendrait son -mari. Louis XIV fut fort surpris et en même temps très-satisfait -d'entendre MADEMOISELLE lui répondre qu'elle se soumettrait en tout à -ses ordres; qu'elle épouserait MONSIEUR, s'il le voulait; mais que tel -n'était pas son désir. MONSIEUR, de son côté, avait témoigné si peu -d'empressement pour obtenir la main de MADEMOISELLE, et dit si -clairement qu'il ne se marierait avec elle que pour ses grands biens, -que Louis XIV ne put être offensé que sa cousine refusât l'honneur de -cette alliance, puisque c'était lui-même qui lui avait rapporté le -propos, peu flatteur pour elle, que MONSIEUR lui avait tenu[504]. Dès -qu'on sut que MADEMOISELLE avait refusé d'épouser MONSIEUR, on ne douta -point qu'elle ne fût enfin décidée à prendre pour mari le beau comte de -Saint-Paul. Madame de Sévigné, madame de Puisieux et toutes les -personnes qui voyaient familièrement cette princesse regardèrent ce -mariage comme devant se faire très-prochainement. Les familles de -Longueville et de Condé se mirent en mesure de solliciter le -consentement du roi. - - [504] MADEMOISELLE, _Mémoires_, t. XLIII, p. 206 et - 213.--SEGRAIS, _Mémoires_, dans ses _OEuvres_, 1755, t. II, p. - 92. - -On en était là , lorsque tout à coup on apprit que ce consentement du roi -était donné à MADEMOISELLE pour épouser, le dimanche suivant, qui?--Le -comte de Saint-Paul.--Non... MADEMOISELLE, petite-fille de Henri IV, -mademoiselle d'Eu, mademoiselle de Dombes, mademoiselle de Montpensier, -MADEMOISELLE, cousine germaine du roi; MADEMOISELLE, destinée au trône; -MADEMOISELLE, le seul parti de France qui fût digne de MONSIEUR[505], -épousait Lauzun, ce petit marquis de Puyguilhem, ce cadet de Gascogne si -nouvellement introduit à la cour, si récemment comblé des faveurs de son -maître, qui, rapidement élevé de grade en grade et d'honneurs en -honneurs, était bien parvenu à faire naître la crainte et l'envie, mais -non à conquérir la considération et l'estime. Ce fut alors que madame de -Sévigné, dans le premier moment de l'émotion que lui causa une nouvelle -si étrange, si inattendue, prit la plume pour écrire à son cousin de -Coulanges, alors auprès de son beau-père Dugué-Bagnols, intendant à -Lyon, afin de l'instruire de l'événement qui allait avoir lieu et dont -toute la cour et tout le public étaient préoccupés[506]. - - [505] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (15 décembre 1670). - - [506] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (15 décembre 1670), t. I, p. 212, édit. - de Monmerqué; t. I, p. 283, édit. de G. de S.-G.; t. I, p. 15 de - l'édit. 1726. - -Ce qui est plus étrange que la chose qui causa tant de surprise à madame -de Sévigné, c'est sa surprise elle-même, c'est l'ignorance où elle -était, où étaient toute la cour, toutes les personnes qui entouraient la -princesse de son inclination pour Lauzun. Cette inclination, cependant, -était déjà ancienne quand elle éclata par la déclaration de son mariage. -MADEMOISELLE s'est plu à tracer naïvement et longuement les progrès de -cette passion malheureuse. Les déplorables faiblesses dont elle fut la -cause ont terni un caractère qui, sans être exempt d'inconséquences et -de petitesses féminines, avait conservé jusque-là de la grandeur et de -la noblesse. - -Les premiers commencements de cet amour datent de l'année 1666. Les -attentions de Lauzun pour le roi, son zèle pour son service, l'espèce de -familiarité qui régnait entre le monarque et lui l'avaient fait -distinguer par MADEMOISELLE entre tous les courtisans. Elle avait -remarqué la bonne tenue et le luxe des équipages du régiment de dragons -qu'il commandait. Dans les marches, c'était Lauzun qui montait le cheval -le plus beau et le plus vigoureux; il était toujours accompagné des plus -belles troupes; dans les campements, sa tente était la plus -magnifiquement meublée[507]. Il n'agissait, il ne parlait jamais qu'à -propos; il se communiquait à peu de gens, et paraissait extraordinaire -en tout, mais de telle sorte que tout en lui était naturel. Il déguisait -ce qui était à son avantage, et c'était par autrui que MADEMOISELLE -apprenait ses actes de bravoure ou ses actions généreuses. On le disait -aimé de beaucoup de femmes; et cependant MADEMOISELLE ne trouvait pas, -dans tous les seigneurs de la cour, un seul qui fût plus discret, qui -aimât moins à parler d'affaires de galanterie. Lauzun ne recherchait pas -MADEMOISELLE, jamais il ne l'abordait de lui-même; mais dans les -réceptions, chez la reine, chez le roi, dans les voyages, quelle que fût -la jeunesse ou la beauté de celles avec lesquelles il s'entretenait, -quelque forte que fût la chaleur de la conversation où il se trouvait -engagé, quelque élevé que fût le rang ou l'emploi de ceux qui lui -parlaient, un signe de tête de MADEMOISELLE, un mouvement de son doigt, -un regard dirigé sur lui l'amenait aussitôt près d'elle. Alors il -s'avançait avec une contenance si respectueuse et un air d'une si -parfaite soumission qu'elle pouvait réitérer ses appels en présence de -tous sans donner lieu à aucune interprétation maligne, sans suggérer -aucune autre pensée que, Lauzun ordonnant beaucoup de choses dans la -maison du roi et fort au courant de tout ce qui se passait à la cour et -dans le monde, il était naturel que MADEMOISELLE, pour satisfaire sa -curiosité, s'adressât à celui qui avait plus de moyens de la satisfaire. -Quand on la voyait honorer de sa bienveillance le plus intime des -favoris, celui que l'on considérait comme pouvant mieux l'informer de ce -qui concernait le roi, on la croyait uniquement occupée de plaire au -roi, et on lui savait gré de ces dispositions[508]. Son âge, l'orgueil -de sa naissance, sa vertu, la hauteur de ses résolutions éloignaient -jusqu'à l'ombre d'un soupçon. C'est ainsi que MADEMOISELLE, ne se voyant -gênée par aucune considération d'étiquette ou de bienséance, se fit une -douce habitude d'interroger sans cesse Lauzun, de le consulter sur -toutes choses. Elle lui trouvait des sentiments si honnêtes et si -délicats, un sens si droit et si juste que sa confiance en lui devint -entière, et que l'estime la plus profonde achevait encore de lui faire -goûter, dans les longs entretiens qu'elle avait avec lui, un plaisir pur -et toujours nouveau[509]. - - [507] MONTPENSIER, _Mémoires_, t. XLIII, p. 103, 160 (année - 1666).--CHOISY, _Mémoires_, t. LXIII, p. 520. - - [508] MONTPENSIER, _Mémoires_, t. I, p. 285. - - [509] Id., _Mémoires_, t. XLIII, p. 174. - -Cependant, à mesure que Lauzun s'aperçut des progrès qu'il faisait dans -le cÅ“ur de MADEMOISELLE, il évita de plus en plus de se trouver près -d'elle. Il faisait en sorte que les ordres du roi, les exigences de son -service ou quelques autres causes importantes le forçassent de s'écarter -des lieux où elle était; mais si sa personne était absente, des mesures -étaient prises pour que son souvenir fût toujours présent. La comtesse -de Nogent quittait peu MADEMOISELLE; sÅ“ur de Lauzun, elle l'entretenait -sans cesse de lui[510]. D'accord avec lui, ses amis les comtes de -Rochefort et de Guitry ne tarissaient pas sur ses louanges. Ils se -chargeaient surtout de réfuter tous les bruits désavantageux sur Lauzun, -qui parvenaient aux oreilles de la princesse. Pour motiver la rareté de -ses apparitions, il paraissait toujours accablé d'affaires. Cependant -MADEMOISELLE apprit que Lauzun n'était pas aussi occupé qu'il le disait, -et qu'il allait souvent en ville chez une dame de la Sablière. C'était -la femme de Rambouillet de la Sablière, déjà célèbre par les charmes de -sa figure, son savoir, son esprit et qui réunissait chez elle la société -la plus brillante de Paris, de savants, d'hommes de lettres et de gens -du monde[511]. Lauzun en était alors fort amoureux, et s'efforçait -d'obtenir la préférence sur un grand nombre de rivaux[512]. Telle était -l'ignorance de MADEMOISELLE sur ce qui se passait hors de la cour, et -l'audace de Lauzun et de ses amis, qu'un de ces derniers, interrogé par -la princesse pour lui dire ce qu'il fallait penser de madame de la -Sablière, osa répondre que c'était une petite bourgeoise de la ville, -vieille et laide; mais qu'il fallait bien qu'elle fût utile à Lauzun -pour quelque intrigue, puisque lui, qui vivait très-retiré des femmes et -ne songeait plus qu'à faire sa cour au roi, voyait assez souvent cette -madame de la Sablière, et que même il avait donné une place de -secrétaire des dragons à son frère Hesselin[513]. - - [510] Id., _Mémoires_, t. XLIII, p. 183. - - [511] Conférez notre _Hist. de la vie et des ouvrages de la - Fontaine_, 3e édition, et la notice sur Rambouillet de la - Sablière, dans notre édition des madrigaux de ce dernier, et - l'article que nous lui avons consacré dans la _Biographie - universelle_. - - [512] LA FARE, _Mémoires_, t. LXV, p. 184. Quoique madame de la - Sablière ne soit pas nommée, c'est d'elle qu'il est question dans - cet endroit des Mémoires de la Fare. Conférez avec ce passage - celui des _Mémoires de_ MONTPENSIER, t. XLIII, p. 171. - - [513] MONTPENSIER, _Mémoires_, t. XLIII, p. 171. - -L'habitude que MADEMOISELLE avait contractée de s'entretenir avec Lauzun -devint bientôt pour elle un impérieux besoin. L'ennui, ce triste -compagnon de la grandeur, l'accablait partout où Lauzun n'était pas. -Dès qu'elle entrait chez la reine ou chez le roi à Saint-Germain, aux -Tuileries, à Versailles, elle le cherchait des yeux. Quelque nombreuse -que fût la cour, quel que fût l'éclat des fêtes et des plaisirs qu'on y -goûtait, elle lui paraissait triste et déserte quand Lauzun en était -absent. Lorsqu'elle ne pouvait dans toute la journée échanger avec lui -une parole, un regard, c'était pour elle une jouissance de le voir -passer de loin à cheval. Pour se procurer cet allégement à sa peine, -elle se mettait souvent aux fenêtres ou dans les endroits les plus -propices. Le jour, la nuit, dans le monde, dans la solitude, en ville, -en repos ou sur les routes, elle ne pensait qu'à Lauzun. A cette -continuelle préoccupation, elle commença à croire qu'elle pouvait être -accessible à l'amour, mais elle ne s'en effraya pas. Les _précieuses_ de -l'hôtel de Rambouillet, dont les principes et les idées lui avaient été -inculqués dès sa jeunesse, avaient fait de cette passion la vertu des -belles âmes attirées par une commune sympathie à s'unir entre elles et -dégagées de tout appétit grossier et de l'avilissante influence des -sens. Quoique Lauzun n'eût jamais donné lieu à MADEMOISELLE de penser -qu'il partageât la passion qu'il lui avait inspirée, elle le croyait. Le -maintien froid et réservé de Lauzun lorsqu'il était près d'elle, même en -tête-à -tête, eût dû lui persuader le contraire; mais elle pensait que le -respect et la déférence qu'il lui devait le retenaient, et elle lui -savait gré de cette retenue, comme d'un sacrifice qu'il s'imposait. Il -lui paraissait impossible que cette âme si noble, si honnête, si pure -n'eût pas été créée pour elle. Un jour, à Saint-Germain, chez la reine, -en songeant à la mystérieuse union des cÅ“urs, elle se rappela -confusément des vers de Corneille qu'elle avait entendus au théâtre. -Aussitôt elle fit chercher dans tout le château les Å“uvres de -Corneille; elles ne s'y trouvèrent point. Elle dépêcha un courrier à -Paris pour se les procurer; dès qu'elle les eut, elle feuilleta tous les -volumes, trouva enfin les vers qu'elle cherchait, et en fut si enchantée -qu'elle les apprit par cÅ“ur[514]. - - [514] MONTPENSIER, Mémoires, t. XLIII, p. 144. - -Voici quel était le commencement de cette tirade: - - Quand les ordres du ciel nous ont faits l'un pour l'autre, - Lise, c'est un accord bientôt fait que le nôtre; - Sa main entre les cÅ“urs, par un secret pouvoir, - Sème l'intelligence avant que de se voir. - Il prépare si bien l'amant et la maîtresse - Que leur âme au seul nom s'émeut et s'intéresse. - On s'estime, on se cherche, on s'aime en un moment. - Tout ce qu'on s'entredit persuade aisément, - Et, sans s'inquiéter de mille peurs frivoles, - La foi semble courir au-devant des paroles[515]. - - [515] CORNEILLE, _Suite du Menteur_, acte IV, scène 2. - -«Il me semble, dit-elle dans ses Mémoires[516], que rien ne convenait -mieux à mon état que ces vers, qui ont un sens moral lorsqu'on les -regarde du côté de Dieu, et qui en ont un galant pour les cÅ“urs qui -sont capables de s'en occuper.» - - [516] MONTPENSIER, _Mémoires_, t. XLIII, p. 145. - -Ce qui entretenait l'illusion de la malheureuse princesse, c'était -Lauzun qui se montrait de plus en plus attentif à prévenir ses désirs, -de plus en plus ingénieux à les satisfaire. - -Ainsi, lorsque le roi avec la reine et toute sa cour se rendirent en -Flandre, le commandement de l'escorte fut donné à Lauzun. Il fut aussi -chargé d'ordonner tout ce qui était nécessaire pendant le voyage. Il fit -voir tant d'activité, de prévoyance et de présence d'esprit dans les -fonctions embarrassantes dont il était chargé qu'il s'attira les éloges -de toutes les personnes que le roi avait désignées pour l'accompagner. -MADEMOISELLE était de ce nombre, et suivait la reine. Elle eut alors peu -d'occasions de s'entretenir avec Lauzun; mais elle le voyait souvent, -car il semblait se multiplier et être à la fois présent partout, -saisissant avec une prestesse extraordinaire toutes les circonstances où -il pouvait lui être utile et paraissant n'être occupé qu'à les faire -naître. En se rendant de Saint-Quentin à Landrecies, toute la cour se -trouva arrêtée par les débordements d'une rivière et forcée de retourner -en arrière. Avant qu'on eût eu le temps de jeter un pont de bois, la -famille royale fut obligée de coucher pêle-mêle dans une grange. Dans la -confusion d'une marche si précipitée, les voitures ne purent se suivre -selon l'ordre qu'elles avaient gardé dans une marche régulière, et -princes et princesses se trouvèrent séparés de leurs gens de service. La -reine était désolée de n'avoir point ses femmes de chambre, et -MADEMOISELLE était d'autant plus inquiète des siennes qu'elle les avait -laissées, dans un des carrosses, nanties de ses pierreries. Tout à coup -elles arrivèrent, et MADEMOISELLE ne pouvait concevoir comment elles -avaient précédé les femmes de la reine[517] et dépassé tant d'équipages -qui marchaient avant elles. Mais le lendemain, à son réveil, elle eut -l'explication de ce fait par l'arrivée de ses deux dames d'honneur, qui, -fort courroucées contre Lauzun, vinrent se plaindre à elle de ce qu'il -avait fait arrêter leur carrosse pour faire passer celui des femmes de -chambre. Cette attention délicate de Lauzun fit un grand plaisir à -MADEMOISELLE; mais elle en éprouva un plus vif encore lorsqu'elle le -rencontra le soir même chez la reine, et qu'elle put, à voix basse, lui -en témoigner sa reconnaissance[518]. Les tendres sentiments qu'elle -entretenait pour Lauzun, sans aucune défiance d'elle-même, parce qu'elle -les croyait uniquement fondés sur l'estime, échauffèrent d'autant plus -son cÅ“ur qu'elle était forcée de les comprimer et de les déguiser sous -l'apparence de la tranquille affection d'une simple amitié; puis la -chaleur du cÅ“ur, par degrés, se communiquant aux sens, excita en elle -des troubles inconnus, qui semblèrent lui créer une nouvelle existence, -et la rendirent méconnaissable à elle-même. Qu'on juge ce que dut être -cette manifestation de la passion fougueuse de l'amour chez une -princesse qui était arrivée à l'âge de plus de quarante ans sans l'avoir -jamais ressentie, et qui, naturellement vive, avait été habituée, dès -son enfance, à se livrer à ses penchants! L'embrasement fut terrible, et -la surprise pareille à celle de l'éruption d'un volcan longtemps -silencieux. La princesse connut son état. Le péril était grand, mais la -religion était puissante, et elle avait pour auxiliaire un caractère -énergique et fier. La raison et la vertu eurent d'abord le dessus. Au -lieu de saisir les occasions de voir Lauzun, MADEMOISELLE les évita; -loin de rechercher avec lui les tête-à -tête, elle s'imposa la loi de ne -lui jamais parler qu'en présence d'un tiers[519]. Elle cessa de -s'entretenir avec lui de ce qui pouvait avoir quelque analogie avec les -souffrances de son cÅ“ur, et elle ne lui parla plus que de choses -indifférentes.--Vain espoir!--Tous les efforts qu'elle faisait pour -bannir Lauzun de sa pensée l'y regravaient en traits plus ineffaçables -et plus séducteurs. Les impressions que lui causait sa présence étaient -toujours de plus en plus vives. Elle se faisait une telle violence pour -se conformer à la résolution qu'elle avait prise de lui dissimuler ce -qu'elle ressentait pour lui qu'elle ne pouvait plus, lorsqu'elle lui -parlait, arranger trois mots qui eussent un sens[520]. Quand elle était -seule, elle formait cent projets qu'elle rejetait l'instant d'après pour -en concevoir cent autres, aussitôt repoussés comme impraticables. Plus -de repos pour elle, ni le jour ni la nuit. Son esprit incertain, sa -raison bouleversée flottaient sans cesse en tout sens, comme un vaisseau -sans voile et sans gouvernail, assiégé par la tempête. MADAME (Henriette -d'Angleterre), qui existait encore alors et avait, quoique plus jeune, -et malheureusement pour elle, plus que MADEMOISELLE l'expérience des -passions, lui parlait souvent du mérite de Lauzun. «MADAME avait de -l'amitié pour moi, dit MADEMOISELLE dans ses Mémoires; je fus tentée de -lui ouvrir mon cÅ“ur, afin qu'elle me dît bonnement ce que je devais -faire et de quelle manière elle me conseillait de me conduire. Je -n'étais pas en état de le pouvoir faire moi-même, puisque je faisais -toujours le contraire de ce que je voulais chercher à faire; ce que -j'avais projeté la nuit, je ne pouvais l'exécuter le jour[521].» - - [517] MONTPENSIER, _Mémoires_, t. XLIII, p. 163. - - [518] MONTPENSIER, _Mémoires_, t. XLIII, p. 164. - - [519] Id., _ibid._, p. 145. - - [520] MONTPENSIER, _Mémoires_, t. XLIII, p. 145. - - [521] Id., _ibid._, p. 146. - -MADEMOISELLE n'osa rien dire à MADAME. Mais elle suivit régulièrement la -reine aux Récollets, où il se faisait une neuvaine pour saint Pierre -d'Alcantara; et un jour que le saint sacrement était exposé, après avoir -prié Dieu avec ferveur de lui inspirer ce qu'elle avait à faire, «Dieu -lui fit la grâce, dit-elle, de la déterminer à ne pas travailler -davantage à chasser de son esprit ce qui s'y était établi si fortement, -et à épouser M. de Lauzun.» - -Toutefois la grâce de Dieu n'était point pour elle tellement efficace -qu'elle n'eût encore des combats à livrer avec son orgueil avant -d'exécuter la résolution qu'elle avait prise. Elle, si fière, si -hautaine, se soumettre au joug de l'hymen, à son âge!... Que diront le -monde, la cour, le public, l'Europe? Le bruit de son héroïque vertu -n'était-il pas partout répandu?.... Se marier!.... et avec qui?.... avec -Lauzun, un simple gentilhomme, un cadet de famille!.... Puis elle -repassait dans son esprit toutes les mésalliances illustres que sa -mémoire lui fournissait; ensuite elle songeait à tous les partis qu'elle -avait refusés, aux princes et aux souverains qui pouvaient encore se -présenter pour obtenir sa main.... Mais serait-ce là le bonheur?.... Ah! -sans Lauzun pouvait-il en exister pour elle?--Alors, s'affermissant dans -une détermination qui lui semblait inspirée par Dieu même, elle -préparait dans son esprit les réponses à toutes les objections qu'on -pourrait faire contre son mariage. Elle se livra, avec une étonnante et -studieuse activité, à des recherches sur la généalogie des Lauzun, sur -les documents qui pouvaient la justifier. Son érudition devint si riche -et sa mémoire si fidèle sur tous ces points que par la suite, et lorsque -cela fut nécessaire, elle étonna Lauzun en lui apprenant l'histoire de -ses ancêtres, qu'il ignorait; et elle surprit le roi en l'instruisant -sur les faits relatifs aux monarques qui l'avaient précédé sur le trône -de France. - -Quand sa résolution fut définitive et que rien relativement à elle ne -pouvait l'empêcher de l'exécuter, toutes ses inquiétudes se réveillaient -en pensant à Louis XIV. Elle revenait sans cesse et comme malgré elle -aux pensées que lui suggérait la difficulté d'obtenir son consentement -pour une telle mésalliance. Mais, disait-elle, pourquoi s'y -refuserait-il?.... Il aime Lauzun, il a de l'amitié pour moi; il ne -voudra pas s'opposer à mon bonheur ni à l'élévation de son -favori.--D'ailleurs, il ne le pourra pas.--N'a-t-il pas consenti au -mariage de la duchesse d'Alençon avec le jeune duc de Guise?--Peut-il me -dénier ce qu'il a concédé à ma sÅ“ur?--Oui; mais ma sÅ“ur de Guise est -le fruit de la mésalliance de mon père.--Elle n'est pas Anne de Bourbon, -la petite-fille d'Henri IV.--Elle est la fille d'une princesse de -Lorraine.--Dira-t-on que le duc de Guise est d'une maison plus ancienne -et plus puissante que celle de Lauzun?--Plus puissante, oui, parce que -cette maison de Lorraine s'est accrue démesurément dans ces derniers -temps par l'ambition de ses chefs et la faiblesse de nos rois; mais plus -ancienne, non. Les aïeux de M. de Guise ont desservi la France, ceux de -la maison de Caumont se sont souvent sacrifiés pour elle. Sous le règne -de Charles VI, en l'année 1422, Charles, duc de Lorraine, était encore à -la solde du roi de France moyennant trois cents livres tournois par -mois, tandis qu'en 1404 Jean de Nompar-Caumont, seigneur de Lauzun, -concluait un traité de souverain à souverain avec Jean de Bourbon, -commandant les armées du roi en Guyenne[522]; et les anciens titres de -cette illustre maison remontent à plus de sept siècles.--D'ailleurs, ne -sais-je pas combien notre histoire fournit de nombreux exemples de -femmes, de filles et de sÅ“urs de rois qui ont épousé de simples -gentilshommes?... Adèle, l'aînée des filles de Dagobert, n'a-t-elle pas -épousé le comte Hermann, homme peu considérable? Rotilde, la seconde -fille du même roi, n'a-t-elle pas été mariée à Ledéric, premier -forestier de Flandre? Landrade, fille de Charles Martel, ne fut-elle pas -unie à Sidromme de Hasbannin? Berthe, la fille du puissant Charlemagne, -ne devint-elle pas la femme d'Angilbert, simple gouverneur d'Abbeville? -Des filles de Louis le Jeune, la première épousa le comte de Champagne, -et Alix, sa sÅ“ur, Thibaut, comte de Chartres et de Blois; Alix, fille -de Charles VII, fut mariée à Guillaume, comte de Ponthieu; Isabelle de -France, fille de Philippe le Long, à Gui, comte d'Albon; Catherine de -France, fille de Charles VI, lorsqu'elle fut devenue veuve, donna sa -main à Owin Tyder, qui n'était qu'un simple chevalier gallois, pauvre et -d'une très-médiocre naissance[523]. - - [522] MONTPENSIER, _Mémoires_, t. XLIII, p. 144. - - [523] MONTPENSIER, _Mémoires_, t. XLIII, p. 162. - -Ainsi la malheureuse princesse allait fouillant péniblement jusque dans -les parties les plus obscures de nos annales, pour y trouver des faits -favorables à sa passion, ne s'apercevant pas que ces exemples, puisés -dans des siècles qui n'avaient rien de commun avec le temps où elle -vivait, ne pouvaient lui être applicables. Cependant ils lui -paraissaient décisifs; mais les noms qu'elle y trouvait lui semblaient -obscurs auprès de celui de Lauzun. L'antiquité de sa noblesse, ses -belles actions à la guerre, la réputation d'homme extraordinaire qu'il -s'était faite dans toute la France, la faveur royale dont il jouissait -lui persuadaient que son mérite[524] était encore au-dessus de tout ce -qu'elle voulait faire pour lui. Elle s'affermissait dans le projet -qu'elle avait de l'épouser; et, avec l'énergie et la ténacité de son -caractère, cette résolution une fois prise était invariable. Mais son -embarras était de savoir comment elle la mettrait à exécution.--Quand -elle se faisait cette question, son cÅ“ur palpitait, sa tête -s'embarrassait et son esprit flottait incertain. Lorsque l'âme est -vivement émue par un objet d'où dépend le sort de notre vie, plus on -désire atteindre le but, plus on hésite sur les moyens d'y parvenir. - - [524] MONTPENSIER, _Mémoires_, t. XLIII, p. 144. - -La première chose à faire, sans doute, était d'instruire Lauzun du -projet qu'elle avait formé sur lui. Mais c'était précisément là pour -elle le point difficile. Il fallait que Lauzun sût d'abord qu'elle -l'aimait; et quoiqu'elle eût tâché de le lui faire apercevoir par tous -les moyens qui ne répugnaient pas à sa pudeur, il ne paraissait pas le -moins du monde soupçonner la nature de ses sentiments pour lui. Elle -s'affligeait de ne pas reconnaître en lui les signes de l'amant, tels -que Corneille les donne dans la tirade dont nous avons cité les premiers -vers et dont voici les derniers, que MADEMOISELLE trouvait fort beaux, -parce qu'ils lui semblaient en parfait rapport avec sa situation: - - La langue en peu de mots en explique beaucoup; - Les yeux, plus éloquents, font tout voir tout d'un coup; - Et, de quoi qu'à l'envi tous les deux nous instruisent, - Le cÅ“ur en entend plus que tous les deux n'en disent. - -MADEMOISELLE chercha de nouveau, et plus fréquemment que par le passé, à -se trouver en tête-à -tête avec Lauzun. Mais lui abrégeait le plus qu'il -pouvait ces entretiens particuliers; il s'y prêtait avec un empressement -si froid, un air si respectueux que MADEMOISELLE, toute troublée devant -lui, ne pouvait se résoudre à rompre le silence; et ces entrevues si -vivement désirées, ménagées par elle avec tant de peine et de mystère, -étaient toujours sans résultat[525]. - - [525] MONTPENSIER, _Mémoires_, t. XLIII, p. 148. - -Cette situation était trop pénible pour que la princesse ne cherchât -point à la faire cesser. Elle ne voyait cependant d'autre moyen que de -faire à Lauzun une déclaration. Alors sa pudeur, sa fierté se -révoltaient à cette idée qui lui revenait sans cesse. Elle en était -obsédée; elle frissonnait, se désespérait, versait des larmes, et ne -pouvait rien déterminer. - -Au milieu de ses incertitudes et de ses douleurs, MADEMOISELLE apprit -que l'on parlait de lui faire épouser le duc de Lorraine, afin -d'arranger le différend qui existait entre ce prince et le roi de -France. Cette circonstance lui parut favorable pour instruire Lauzun des -projets qu'elle avait sur lui. Elle le trouva chez la reine au moment où -le bruit de cette alliance se répandait, et lui dit, en se retirant dans -l'embrasure d'une croisée, qu'elle avait à lui parler. Il la suivit. «Il -avait, dit-elle dans ses Mémoires, une telle fierté que je le regardai -comme le maître du monde.»--Elle lui dit, non sans trembler un peu, -qu'elle avait une résolution à prendre, mais que, le considérant comme -son plus fidèle ami, elle ne voulait rien faire sans lui avoir demandé -avis.--Lauzun répondit à cette ouverture par d'humbles révérences et par -des témoignages de reconnaissance sur l'honneur que la princesse lui -faisait. Il lui protesta que, par sa sincérité, il répondrait à la bonne -opinion qu'elle avait de lui.--Alors elle lui parla des bruits qui -couraient sur son mariage avec M. de Lorraine et sur les intentions du -roi à cet égard. Lauzun feignit de tout ignorer, et dit simplement que -l'amitié et la déférence du roi pour MADEMOISELLE lui feraient vouloir -sur cela ce qu'elle désirait.--Mais elle s'empressa de déclarer à Lauzun -que, quelle que fût la volonté du roi, elle était bien décidée à ne pas -s'immoler à des considérations de grandeur et de gloire; qu'elle ne -voulait point se marier à un inconnu, fût-il un puissant souverain; -qu'elle voulait un honnête homme, qu'elle pût aimer[526]. Lauzun, sans -paraître deviner où tendait ce discours, dit à la princesse que ses -sentiments étaient pleins de raison; qu'il les approuvait, mais qu'il -s'étonnait qu'heureuse comme elle l'était elle songeât à se -marier.--Alors elle lui avoua qu'elle y était déterminée par la quantité -de personnes qui comptaient sur son bien et qui par conséquent -souhaitaient sa mort.--Lauzun avoua que cette considération était vraie -et sérieuse, mais que cette affaire était d'une telle importance qu'il -fallait qu'elle y réfléchît mûrement; que, de son côté, il y songerait -avec application, et qu'après il lui en dirait son avis. - - [526] MONTPENSIER, _Mémoires_, t. XLIII, P. 215 à 229. - -La reine sortit, et ce premier entretien se termina là . - -Les entretiens qui suivirent (toujours chez la reine) furent plus -prolongés, et semblaient propres à amener une explication claire et -définitive. La princesse fut charmée du vif intérêt que Lauzun -paraissait prendre à sa situation, aux peines, aux ennuis qui en -étaient la conséquence. Elle lui demanda de vouloir bien la -conseiller, et promit de ne se gouverner que par ses avis. Déposant -alors cet air froid et compassé qu'il avait toujours en sa -présence, il lui dit, avec un sourire qui l'enchanta: «Je dois donc -être bien glorieux d'être le chef de votre conseil, et vous allez -me donner bonne opinion de moi.»--Avec chaleur elle répliqua que -l'opinion qu'elle avait de lui ne pouvait être meilleure, et elle -se disposait à continuer de manière à ne plus lui laisser aucun -doute sur la nature de ses sentiments lorsque Lauzun, lui faisant -une profonde révérence et reprenant son grand air de respect, -arrêta l'impulsion de son cÅ“ur, et la contraignit à se contenter -de l'invitation qu'elle lui fit de s'expliquer sur le conseil qu'il -avait à lui donner. - -Lauzun approuva entièrement les motifs qui faisaient désirer -à la princesse de se marier; mais la chose lui paraissait -impossible, puisqu'il n'y avait personne sur qui elle pût jeter les -yeux.--«Cependant je ne puis disconvenir que vous n'ayez raison, dit-il, -de sortir de l'état pénible où vous vous trouvez, en pensant qu'on vous -souhaite la mort: sans cela, qu'auriez-vous à désirer? Les grandeurs, -les biens vous manquent-ils? Vous êtes estimée, honorée par votre vertu, -votre mérite et votre qualité; c'est, à mon sens, un état bien agréable, -de vous devoir à vous-même la considération que l'on a pour vous. Le roi -vous traite bien, il vous aime; je vois qu'il se plaît avec vous: -qu'avez-vous à souhaiter? Si vous aviez été reine ou impératrice dans un -pays étranger, vous vous seriez ennuyée à la mort. Ces conditions ont -peu d'élévation au-dessus de la vôtre. Il y a beaucoup de peine à -étudier l'humeur de l'homme et du reste des gens avec qui l'on doit -vivre, et je ne conçois pas de plaisir qui puisse l'adoucir[527].» - - [527] MONTPENSIER, _Mémoires_, t. XLIII, p. 152. - -MADEMOISELLE convint de la justesse de ces réflexions; mais si elle -choisissait pour époux un parfait honnête homme, si elle suivait la -pente de son cÅ“ur, qui la portait à ne jamais se séparer du roi, le roi -ne serait-il pas satisfait qu'elle fût la cause de l'élévation d'un de -ses sujets? n'approuverait-il pas qu'elle lui donnât du bien pour -l'employer à son service?--«Oui, dit Lauzun; outre le plaisir d'avoir -élevé un homme à un degré au-dessus de tout ce qu'il y a de souverains -en Europe, vous auriez celui de la certitude qu'il vous en saurait gré -et qu'il vous aimerait plus que sa vie; et par-dessus le tout vous ne -quitteriez pas le roi. Mais ce sont là des châteaux en Espagne. La -difficulté est de trouver cet homme, dont la naissance, les -inclinations, le mérite et la vertu soient assez grands pour répondre à -tout ce que vous auriez fait pour lui; et vous avez dû vous convaincre, -par tout ce que je vous ai dit, que c'était la chose impossible.»--«Cela -est très-possible, dit la princesse en souriant et en le regardant d'un -air passionné, puisque vos objections ne sont pas contre le projet, mais -regardent l'individu; je verrais à en trouver un qui eût toutes les -qualités que vous voulez qu'il ait.»--La reine sortit en cet instant de -son oratoire; l'entretien avait duré deux heures, et il se serait encore -prolongé sans la circonstance qui y mit fin. - -MADEMOISELLE était satisfaite d'avoir cette fois réussi à expliquer ses -intentions à Lauzun de manière à ce qu'il ne pût s'y méprendre; du moins -elle le croyait. Pourtant lorsqu'elle s'aperçut que Lauzun, qu'elle -voyait alors tous les jours, ne venait pas de lui-même la trouver, mais -qu'elle était obligée d'aller vers lui pour lui parler, elle pensa -qu'elle s'était trompée, qu'elle n'avait pas été assez explicite; et -toutes ses anxiétés recommencèrent.--Elle rechercha un nouvel entretien, -et éprouva une vive peine d'entendre dire à Lauzun qu'il lui conseillait -de ne plus penser au mariage; que pour elle ce parti entraînait trop de -dégoûts, de difficultés; qu'il se regarderait comme indigne de l'honneur -qu'elle lui avait fait de se confier en lui s'il ne lui disait pas que -ce qui était le mieux pour elle serait de rester dans l'état où elle -était. - -Longtemps Lauzun désola la princesse par cette artificieuse conduite: il -lui démontrait la nécessité de prendre un parti, et la difficulté d'en -prendre un; l'impossibilité, pour son bonheur, de rester dans la -situation où elle était, et les graves inconvénients d'un -mariage.--«Lors même, lui disait-il, qu'elle aurait trouvé quelqu'un qui -réunît toutes les qualités propres à lui plaire, qui pourrait lui -répondre qu'il n'aurait pas des défauts qu'elle n'aurait pas connus et -qui feraient son malheur[528]?» Ces réflexions si sages ne faisaient -qu'accroître l'estime de la princesse pour Lauzun et la confiance -qu'elle avait en lui; et, au lieu d'ébranler la résolution qu'elle avait -prise, elles la rendaient plus impatiente de la mettre à exécution. Ces -longs entretiens, pour elle si délicieux, attisaient le feu de sa -passion, et rendaient de jour en jour plus violents et plus pénibles les -combats intérieurs qu'elle était obligée de se livrer à elle-même. - - [528] MONTPENSIER, _Mémoires_, t. XLIII, p. 189. - -Cependant Lauzun, dans ces entretiens, quand la princesse lui parlait de -celui qu'elle avait choisi pour époux et lui en faisait l'éloge, -paraissait ne pas se douter qu'il pût être question de lui; et ses -observations faisaient toujours allusion, sans le nommer, à celui auquel -le bruit public donnait la main de MADEMOISELLE. Tantôt c'était le comte -de Saint-Paul, ou MONSIEUR, ou le duc de Lorraine, ou quelque souverain. - -MADEMOISELLE, convaincue que la modestie de Lauzun ne lui permettait pas -de croire que c'était bien lui qu'elle aimait, que c'était bien lui -qu'elle voulait épouser, résolut de le lui déclarer, puisque ni ses -discours ni ses regards n'avaient pu le lui faire deviner.--Elle lui dit -donc un jour: «Je veux absolument vous nommer celui que j'ai choisi pour -époux[529].»--«Vous me faites trembler, répondit-il. Si par caprice je -n'approuvais pas votre goût, vous ne voudrez plus me voir; je suis trop -intéressé à conserver l'honneur de vos bonnes grâces pour écouter une -confidence qui me mettrait au hasard de les perdre. Je n'en ferai rien; -je vous supplie de tout mon cÅ“ur de ne plus m'entretenir de cette -affaire.»--Et Lauzun évita de se trouver seul avec la princesse, et -affecta de ne lui point parler. Mais plus il semblait se refuser à -apprendre d'elle son secret, plus elle brûlait de le lui révéler. -Cependant le courage lui manquait; et ces deux simples monosyllabes, -«C'est vous,» ne pouvaient sortir de sa bouche. Dans les moments où elle -voulait les prononcer, toujours son trouble et son extrême agitation lui -coupaient la parole et la respiration. Enfin, un certain jeudi soir, -chez la reine, ayant rencontré Lauzun, elle lui dit qu'elle voulait -absolument, malgré sa défense, lui nommer l'homme en question. «Je ne -puis plus, d'après cela, répondit Lauzun, me défendre de vous écouter; -mais vous me feriez plaisir d'attendre à demain.»--«Non, sur-le-champ, -répondit la princesse; demain est vendredi, c'est un jour -malheureux.»--Lauzun, avec un air inquiet et soumis, garda le silence, -et semblait la regarder avec attendrissement. Elle leva sur lui ses -yeux, brillant de la flamme qui la consumait; son sein palpita avec -violence...; elle se sentit défaillir, et, craignant de s'évanouir si -elle augmentait son émotion, elle déclara à Lauzun, en baissant ses -paupières, que ce nom, ce nom si cher, elle n'avait pas la force de le -lui dire.--«J'ai envie, dit-elle, d'épaissir la glace avec mon souffle, -et de vous tracer ce nom dessus[530].»--L'entretien se prolongea ensuite -sur un ton badin, mais qui devint de plus en plus tendre; de telle sorte -que tout était clairement exprimé de la part de la princesse sans que -cependant elle eût prononcé le nom de Lauzun. Mais lui, qui feignait de -ne rien comprendre, la pressa de lui révéler le nom de celui qu'elle -avait choisi.--Tous deux gardèrent alors un instant le silence, comme -pour se recueillir dans ce moment solennel; puis elle ouvrit la bouche -pour faire cet aveu tant désiré, et prononça le mot, C'est...; puis -s'arrêta subitement, effrayée par le timbre sonore d'une pendule qui -venait de se faire entendre...; elle écoute, compte douze coups -consécutifs. «Il est minuit, dit-elle... c'est vendredi... je ne vous -dirai plus rien.»--Le lendemain, ou plutôt après la nuit passée, -MADEMOISELLE, toujours de plus en plus agitée, écrivit ces mots sur un -papier à billet: «_C'est vous_;» elle cacheta ce papier, et le mit dans -sa poche.--Dans la journée, elle alla chez la reine; et, comme elle s'y -était attendue, elle y vit Lauzun, et lui dit: «J'ai écrit le nom sur -un papier.»--Lauzun la pressa vivement de lui remettre ce papier, -promettant de le placer sous son oreiller et de ne le regarder que -lorsque minuit serait sonné.--Elle s'y refusa par la crainte qu'il ne se -trompât d'heure. - - [529] MONTPENSIER, _Mémoires_, t. XLIII, p. 215. - - [530] MONTPENSIER, _Mémoires_, t. XLIII, p. 217. - -Le dimanche suivant, dans la matinée, la reine étant entrée dans son -oratoire, MADEMOISELLE se trouva seule dans le salon avec Lauzun; elle -lui montra le billet, qu'elle avait dans son manchon. Lauzun la supplia -de le lui remettre. «Le cÅ“ur lui battait, disait-il; c'était un -pressentiment que le choix qu'elle avait fait lui causerait une vive -peine.» N'importe, il désirait faire cesser son incertitude. Mais elle, -qui sentait combien, après un tel aveu, elle serait embarrassée de se -trouver seule avec Lauzun, prolongea la conversation afin que la reine -eût le temps de sortir de son oratoire. Comme ce court entretien fut -extrêmement tendre de la part de Lauzun et de la sienne, elle se -félicita du moyen qu'elle prenait pour l'instruire du choix qu'elle -avait fait de lui. Aussi quand la reine reparut, MADEMOISELLE remit le -papier à Lauzun, avec injonction de revenir le soir même lui remettre la -réponse au bas du billet. Elle partit soulagée, et suivit la reine aux -Récollets, où elle pria Dieu avec ferveur pour la réussite de ses -projets. - -Lauzun était sans lettres, sans étude, peu remarquable par son esprit; -mais il connaissait le monde et surtout les femmes; et ses succès auprès -d'un grand nombre lui avaient donné une merveilleuse sagacité pour -discerner les progrès et les phases des passions qu'elles veulent -cacher. Il savait que, pour être certain de dominer entièrement celles -dont la raison et la conscience combattent les impétueux mouvements du -cÅ“ur, il faut les obliger à sacrifier à l'amour jusqu'aux derniers -scrupules de la pudeur, cette vigilante gardienne de la vertu. Pour -cette raison, cette déclaration de MADEMOISELLE, par billet, ne satisfit -pas Lauzun: il ne doutait pas qu'il ne fût aimé, aimé avec passion; mais -cette passion cependant n'était pas encore assez forte pour vaincre -entièrement l'orgueil de la princesse. Ce sentiment pouvait se réveiller -en elle, surtout lorsqu'il serait exalté par les instigations des -personnes intéressées. C'est ce qui devait arriver infailliblement quand -cette liaison, enveloppée jusqu'ici du plus profond mystère, serait -connue. On pouvait alors triompher en partie de cette malheureuse -passion, ou du moins en modérer les accès, et empêcher cette entière -abnégation de soi-même, cet abandon de toute volonté contraire à celle -de l'objet aimé: c'est ce que Lauzun voulait prévenir. - -Au lieu de répondre au billet qu'il avait reçu, et de se répandre en -témoignages de reconnaissance auprès de la princesse, Lauzun continua -son rôle d'incrédule. Selon lui, la princesse le trompait, et refusait -de lui dire le nom de celui qu'elle avait choisi; il se montra jaloux, -triste, rêveur; et il la désola tellement par ses brusqueries et son -humeur que, pour lui rendre sa sérénité, elle se vit contrainte à -déposer toute dignité et à répéter plusieurs fois de vive voix ce -qu'elle avait à peine osé lui insinuer par écrit. Il fallut qu'elle lui -déclarât qu'elle l'aimait avec passion; que lui seul pouvait faire son -bonheur; qu'elle s'abandonnait à lui sans réserve, ne voulait vivre que -pour lui, et enfin qu'elle voulait l'épouser et lui donner tous ses -biens. - -Lauzun ne répondit à une déclaration si tendre et si explicite que par -des objections; mais elles étaient de nature à affermir la princesse -dans ses résolutions. En supposant, disait-il, qu'il serait assez -extravagant pour croire cette affaire possible, il était obligé de -déclarer à MADEMOISELLE qu'il aimait trop le roi pour qu'aucune -considération humaine pût le déterminer à s'éloigner de lui; qu'il -garderait les charges qu'il avait près de lui; par conséquent il ne -pouvait pas penser qu'elle consentît jamais à épouser le _domestique_ -(ce mot s'employait alors pour celui de serviteur) de son cousin -germain.--«Mais, répondit-elle, ce cousin germain est mon maître aussi -bien que le vôtre; et je ne trouve rien de plus honorable pour mon époux -que d'être son domestique. Si vous n'aviez pas de charge auprès du roi, -j'en achèterais une pour vous[531].» - - [531] MONTPENSIER, _Mémoires_, t. XLIII, p. 222 à 229. - -Lauzun, facilement réfuté sur ce point, ainsi qu'il s'y attendait, avec -une apparence de franchise, d'abandon et de désintéressement, eut l'air -de ne plus envisager cette affaire que sous le point de vue du bonheur -de la princesse; il passait en revue tous les inconvénients -qu'entraînait pour elle l'exécution d'un pareil projet, et il lui -conseillait d'y renoncer; il traça surtout de lui-même un portrait vrai -en partie, mais dans lequel, en exagérant quelques-uns de ses défauts, -il eut grand soin de les rattacher à des goûts opposés à ceux qu'il -avait, à une manière de vivre toute différente de celle qu'il avait -embrassée. «Tout ce que j'aurais de bon pour vous, lui disait-il, au cas -que vous fussiez d'humeur jalouse, serait le peu de raison que je vous -donnerais de vous chagriner, parce que je hais autant les femmes que je -les ai aimées autrefois. Cela est si vrai que je ne comprends pas -comment on est si fou que de s'y amuser[532].» - - [532] MONTPENSIER, _Mémoires_, t. XLIII, p. 223. - -Lorsque, après ces longues explications, MADEMOISELLE croyait avoir tout -réfuté, lorsqu'elle croyait pouvoir enfin arriver à une conclusion, -Lauzun la désespérait encore de nouveau en ayant l'air de retomber dans -sa première incrédulité, et il lui disait: «Croyez-vous que je sois -assez fou pour considérer tout ceci autrement que comme une -fiction?»--Enfin, quand il la vit si bien possédée de son fol amour -qu'elle ne pouvait penser ni agir que par lui, il parut devant elle -persuadé que tout cela n'était pas une illusion, et il se livra à toute -l'ivresse d'une joie qui était en partie sincère. Cependant il refusa de -faire aucune démarche personnelle auprès du roi pour obtenir son -consentement. Ce fut MADEMOISELLE qui les fit toutes, mais toujours sous -sa direction et par ses conseils. - -Elle commença par écrire à Louis XIV une lettre qu'elle lui fit remettre -par la voie secrète, c'est-à -dire par Bontems, son valet de -chambre[533]. Elle en reçut une réponse qui n'était ni un consentement -ni un refus. Le roi lui disait qu'il ne voulait la gêner en rien, mais -qu'elle devait mûrement réfléchir au parti qu'elle allait prendre. Il y -a tout lieu de croire que Lauzun avait déjà préparé Louis XIV à cette -affaire par le canal de madame de Montespan, qui était alors dans ses -intérêts; mais la princesse l'ignorait. - - [533] Id., _ibid._, p. 230 et 231. - -Durant cette négociation secrète, le comte de Saint-Paul, devenu prince -de Longueville, allait régulièrement au Luxembourg faire sa cour à -MADEMOISELLE. Guilloire s'aperçut de l'accord qui régnait entre elle et -Lauzun, et il en informa Louvois[534]. Lauzun, qui avait partout des -intelligences, le sut, et le dit à la princesse. Celle-ci, dans la -crainte que les ministres ne traversassent ses projets, résolut de voir -le roi le plus tôt qu'elle pourrait. - - [534] MONTPENSIER, _Mémoires_, t. XLIII, p. 235. - -Elle l'attendit dans la ruelle de la reine. Nous avons déjà dit que -Louis XIV revenait toujours passer la nuit chez la reine, quelque tard -qu'il fût. Ce jour, son jeu se prolongea, contre la coutume, jusqu'à -deux heures du matin; et la reine, qui ne se doutait de rien, se coucha, -et dit à MADEMOISELLE «qu'il fallait qu'elle eût quelque chose de bien -pressé à dire au roi pour l'attendre si tard.»--Elle dit qu'en effet -elle voulait l'entretenir d'une affaire très-importante, dont on devait -parler le lendemain au conseil. Le roi fut fort étonné, en rentrant dans -sa chambre à coucher, de trouver MADEMOISELLE dans la ruelle de la -reine; et, quoiqu'il fût très-fatigué, il la conduisit entre deux -portes, pour écouter ce qu'elle avait à lui dire. MADEMOISELLE, dont le -cÅ“ur battait avec violence, ne put d'abord que répéter trois fois le -mot, Sire; mais enfin, après une pause d'un moment, de sa poitrine -profondément émue, ses paroles s'échappèrent avec feu, avec volubilité. -Elle tint au roi un assez long discours, et n'omit rien de ce qui -pouvait l'engager à lui accorder le consentement qu'elle demandait. Le -roi lui répondit qu'il portait intérêt à Lauzun, et ne voulait pas lui -nuire en s'opposant à sa fortune; mais qu'il ne voudrait pas lui être -utile aux dépens du bonheur de sa cousine; qu'en conséquence il ne lui -défendait pas ce mariage, mais qu'il ne le lui conseillait pas; et il la -pria instamment d'y songer mûrement avant de rien conclure. «J'ai -encore, ajouta-t-il, un autre avis à vous donner. Vous devez tenir votre -dessein secret jusqu'à ce que vous soyez déterminée. Bien des gens s'en -doutent, et les ministres m'en ont parlé. Prenez là -dessus vos -mesures[535].» - - [535] MONTPENSIER, _Mémoires_, t. XLIII, p. 239. - -Ces paroles, qui furent redites à Lauzun, lui prouvèrent qu'il était -temps de hâter la conclusion de cette affaire; et aussitôt ses amis de -Guitry, les ducs de Créqui, de Montausier, d'Albret, d'après la prière -de la princesse, allèrent ensemble vers le roi pour le supplier de -permettre à sa cousine d'épouser M. de Lauzun; ils adressèrent en même -temps au roi des actions de grâces pour l'honneur qui rejaillirait par -ce mariage sur toute la noblesse de France. Cette demande, qu'appuyaient -encore le prince de Marsillac, le duc de Richelieu, le comte de -Rochefort et d'autres amis de Lauzun[536], fut faite en plein conseil. -Louis XIV répondit qu'il ne pouvait s'opposer à ce que MADEMOISELLE -épousât M. de Lauzun, puisqu'il avait permis à sa sÅ“ur de se marier à -M. de Guise. MONSIEUR, qui avait été appelé à ce conseil par ordre -exprès du roi, se récria sur une telle mésalliance; mais Louis XIV -persista, et déclara qu'il accordait son consentement[537]. - - [536] Id., _ibid._, p. 265. - - [537] Id., _ibid._, p. 242 à 250.--LA FARE, _Mémoires_, t. LXV, - p. 181, 182.--CHOISY, _Mémoires_, t. LXIII, p. 521. - -Montausier alla aussitôt en instruire MADEMOISELLE, et lui dit: «Voilà -une affaire faite. Je ne vous conseille pas de la laisser traîner en -longueur; et, si vous m'en croyez, vous vous marierez cette nuit.» Ces -paroles s'accordaient trop bien avec l'impatience de MADEMOISELLE pour -n'être pas approuvées par elle: aussi pria-t-elle M. de Montausier de -persuader à Lauzun de suivre ce conseil. Lauzun, enivré de son succès, -aspirait à le rendre complet. Certain que la volonté de la princesse ne -pouvait changer, assuré du consentement du roi, Lauzun répugnait à tout -ce qui pouvait ressembler à un mariage clandestin[538]. Il voulait au -contraire ne rien négliger de ce qui tendait à augmenter l'éclat de la -célébration du sien. Il exigea donc que MADEMOISELLE fît part de ses -intentions à la reine. MADEMOISELLE obéit avec docilité à Lauzun, et -toute la cour en fut instruite.--On en était là , et l'on disait que ce -mariage devait se célébrer au Louvre le dimanche suivant, lorsque madame -de Sévigné écrivit à son cousin de Coulanges cette nouvelle -abasourdissante, et lui dit: «Je m'en vais vous annoncer la chose la -plus surprenante, la plus étonnante, etc., etc.... une chose qui se fera -dimanche, et qui ne sera pas faite lundi.» - - [538] CAYLUS, _Mémoires_, t. LXVI, p. 411. - -Sa prédiction fut vraie; et elle nous prouve combien elle était -parfaitement bien informée de toutes les clameurs qu'occasionnait ce -mariage, de toutes les intrigues auxquelles il donnait lieu. Les -familles de Condé et de Longueville, étonnées de se voir déçues dans -leurs espérances, indignées d'avoir été jouées par Lauzun, soulevèrent -toutes les résistances. Le grand Condé sortit de sa réserve ordinaire, -et proféra des menaces contre le favori s'il osait épouser MADEMOISELLE; -la reine, pour manifester ses sentiments en cette occasion, se dépouilla -de sa timidité et de sa douceur naturelles. MONSIEUR lui-même, loin de -céder à son indolence, s'agita avec fureur. Le roi résistait, et -pendant ce temps MADEMOISELLE, ignorant la tempête qui grondait autour -d'elle, était dans le ravissement et la sécurité la plus profonde. Elle -s'occupait uniquement de Lauzun, des préparatifs de l'auguste et sainte -cérémonie qui allait avoir lieu. La lenteur de M. de Boucherat et des -gens d'affaires lui causait de l'impatience. Comment pouvaient-ils -trouver tant de difficultés à dresser son contrat de mariage, -puisqu'elle voulait tout donner à M. de Lauzun? Elle grondait Lauzun -lui-même de vouloir mettre des bornes à sa générosité envers lui; et, -dans sa folle confiance, elle recevait avec délices les compliments des -dames de la cour dont Lauzun passait pour avoir eu les bonnes grâces. Il -semblait qu'avoir été aimées de Lauzun comme elle croyait l'être -elle-même était pour elle un motif de les préférer à d'autres[539], et -qu'en leur témoignant son affection elle donnait ainsi la mesure de sa -confiance en lui. - - [539] MONTPENSIER, _Mémoires_, t. XLIII, p. 266, 270, 271. - -Il est probable que, quoique assiégé pendant trois jours consécutifs par -les remontrances de la reine, de son frère, de tous les princes de son -sang et de quelques ambassadeurs de l'étranger, Louis XIV n'eût jamais -rétracté le consentement qu'il avait donné, si l'on n'était parvenu à -détacher du parti de Lauzun son plus ferme appui, madame de Montespan. A -celle-ci on fit entendre qu'en contribuant à porter à une si grande -élévation un favori tellement goûté du roi qu'il balançait le crédit des -ministres et de tous les princes du sang elle travaillait contre -elle-même. La hauteur et la fierté de Lauzun révoltaient déjà tout le -monde: que serait-ce lorsque, devenu par alliance le cousin germain de -son maître et possesseur d'une immense fortune, il n'aurait plus besoin -de la protection de la maîtresse en titre ni de celle de personne? Si ce -mariage s'accomplissait, toute la famille royale lui en voudrait -mortellement, comme étant celle qui avait porté le roi à y consentir; et -le roi lui-même le lui reprocherait un jour. La princesse de Carignan et -madame Scarron, dans les conseils de laquelle madame de Montespan avait -une grande confiance, furent chargées de lui développer ces motifs: ils -produisirent leur effet, et la firent résoudre à se déclarer contre -Lauzun[540]. Louis XIV, déjà ébranlé par les assauts nombreux qu'on lui -avait livrés sur cette affaire, ne put résister aux séductions de sa -maîtresse, et promit enfin d'empêcher ce mariage. - - [540] LA FARE, _Mémoires_, t. LXV, p. 182.--CHOISY, _Mémoires_, - t. LXIII, p. 522. - -Il lui en coûtait beaucoup de se dédire; mais sa résolution était -devenue invariable. Il voulut au moins adoucir, autant qu'il était en -lui, ce qu'avait de pénible et de rigoureux cet acte de sa despotique -volonté, et la déclarer lui-même à MADEMOISELLE. Il la fit donc prier de -venir le trouver. Aux premiers mots que lui dit le roi, elle devina le -reste. Comment peindre l'excès du désespoir de cette malheureuse -princesse, ses touchantes prières, ses pleurs amers, ses cris -douloureux, lorsque, se roulant aux pieds du monarque, elle le supplia -de révoquer l'arrêt qu'il venait de prononcer, ou de lui donner la mort, -mille fois préférable pour elle à sa séparation d'avec Lauzun? Louis -XIV, dans l'émotion que lui causa l'abaissement d'une princesse -autrefois si puissante et si fière, que la politique de son ministre -avait pensé un instant à lui donner pour femme et pour soutien de son -trône chancelant, se mit à genoux pour la relever[541]: dans cette -posture, il la pressa contre sa poitrine, et mêla ses larmes aux -siennes. Le chagrin qu'il éprouvait de se refuser à ses instances fut si -grand qu'il s'abandonna jusqu'à lui reprocher de ne s'être pas hâtée, et -de lui avoir laissé le temps de la réflexion. Hélas! ce reproche, si peu -fondé, ne pouvait qu'augmenter les regrets douloureux de la princesse. -Elle n'y répondit que par de nouvelles supplications. Mais Louis XIV lui -déclara qu'il ne pouvait plus changer, et la laissa désespérée de -n'avoir pu le fléchir. - - [541] MONTPENSIER, _Mémoires_, t. XLIII, p. 378. - -Lauzun se montra d'abord digne de l'honneur qui lui était refusé: froid, -calme et en apparence insensible à ce revers de fortune[542], il -continua comme à l'ordinaire son service auprès du roi. Pour le -dédommager, Louis XIV lui offrit le titre de duc et le bâton de -maréchal. Il refusa ces grâces, et dit au roi qu'avant de lui faire -accepter une aussi honorable dignité que celle de maréchal de France il -le priait de vouloir bien attendre qu'il l'eût méritée par ses -services[543]. Lauzun ne se soutint pas à cette hauteur: c'est que ses -refus étaient ceux d'un favori qui veut bouder son maître et le punir -d'avoir manqué à sa parole, et non ceux d'un légitime orgueil et d'une -noble fierté. Mais il poussa si loin l'audace que, dans sa colère contre -madame de Montespan, dont il avait surpris les secrets, il voulut la -compromettre avec le roi[544], et s'attira ainsi une disgrâce éclatante. -Abandonné par le roi à l'inimitié de Louvois, il finit par subir une -rigoureuse détention[545]. C'est alors que le jeune duc de Longueville -fut de nouveau offert pour époux à MADEMOISELLE; elle le refusa. Son -amour survécut à la disgrâce et à l'absence. Depuis que Lauzun était -malheureux, la princesse l'aimait encore avec plus de tendresse[546]. - - [542] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (24 décembre 1670), t. I, p. 264, édit. - de G. de S.-G. - - [543] CHOISY, _Mémoires_, t. LXIII, p. 523.--SÉVIGNÉ (27 février - 1671), t. I, p. 349, édit. de G. de S.-G.; (19 et 24 décembre - 1670), t. I, p. 218 et 220, édit. de M.; t. I, p. 192 et 194, - édit. de G. de S.-G.; t. I, p. 19 et 23 de l'édition de 1726, - dite de Rouen. - - [544] SAINT-SIMON, _OEuvres_, t. X, p. 123 et 135.--SEGRAIS, - _OEuvres_, 1799, in-12, t. II, p. 92. - - [545] DELORT, _Détention des philosophes à la Bastille_, t. I, p. - 41 à 45, 129.--LA FARE, _Mémoires_, t. LXV, p. 183.--PETITOT, - _Notice sur Montpensier_, t. XL du recueil des _Mémoires_, p. - 355-356.--SÉVIGNÉ, _Lettres_ (2 et 23 décembre 1671, 6 janvier et - 23 mars 1672), t. II, p. 300, 306, 308, 319, 338, 435, édit. de - G. de S.-G. - - [546] CAYLUS, _Mémoires_, t. LXVI, p. 411.--MONTPENSIER, - _Mémoires_, t. XLIII, p. 281 à 287.--BUSSY, _Lettres_, t. V, p. - 297 à 307. - -Après plusieurs années de démarches sans nombre, de sollicitations -humiliantes et le sacrifice d'une partie de sa fortune, elle obtint -enfin du roi de faire cesser la captivité de Lauzun, et probablement -aussi la permission de contracter avec lui un mariage secret[547]. La -liberté qu'il lui devait, les dons qu'elle lui fit, les preuves -multipliées de son long et touchant attachement ne purent la garantir de -son ingratitude et de ses indignes procédés. Moins oppressée par sa -passion, elle retrouva encore assez d'énergie et de fierté natives pour -se séparer de lui et le bannir pour toujours de sa présence. Elle ne fit -pas la moindre mention de lui dans son testament. Lauzun vécut jusqu'à -l'âge de quatre-vingt-quatorze ans, et vers la fin de sa carrière il -obtint par ses services de nouveaux grades et de nouveaux honneurs[548], -mais jamais il ne put reconquérir la faveur du roi. MADEMOISELLE, depuis -son fatal amour, n'eut plus à la cour cette haute influence qu'elle y -avait exercée si longtemps. Sa personne avait cessé d'inspirer cette -estime et ces éclatants respects qui l'avaient entourée jusque-là . - - [547] PETITOT, _Notice sur Montpensier_, t. XL, p. 385.--SÉVIGNÉ, - _Lettres_ (8 mars 1676), t. IV, p. 362; (27 février 1679), t. VI, - p. 66; (23 octobre 1680), t. VII, p. 261, édit. de G. de S.-G. - - [548] SAINT-SIMON, _OEuvres_, t. X, p. 148.--SÉVIGNÉ, _Lettres_ - (24 décembre 1688), t. IX, p. 49; (28 mai 1695), t. XI, p. 175, - édit. de G. de S.-G. - -Madame de Sévigné la vit avant et après la catastrophe de son mariage -projeté[549]. Elle s'entretint longtemps seule avec elle, et fut -alternativement le témoin de l'ivresse de sa joie et de l'excès de sa -douleur. Plusieurs fois le spectacle de ses tourments et des angoisses -de son cÅ“ur lui arracha des larmes. Elle décrit très-bien l'état de -l'âme de cette princesse dans ces deux instants si opposés[550]. «C'est, -dit-elle en écrivant à son cousin de Coulanges, le sujet d'une tragédie -dans toutes les règles; jamais il ne s'est vu de si grands changements -en si peu de temps; jamais vous n'avez vu une émotion aussi générale.» - - [549] SÉVIGNÉ, _Lettres_, en date des 15, 19, 24 et 31 décembre - 1670, t. I, p. 218, 219, 220, 221, édit. de M.; t. I, p. 283-286, - 292-295, édit. de G.--MARIE RABUTIN-CHANTAL, marquise de SÉVIGNÉ, - _Lettres à madame de Grignan_, t. I, p. 18, édit. 1726. - - [550] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (24 et 31 décembre 1670), t. I, p. 294, - 296-298, édit. de G. de S.-G.--BUSSY, _Lettres_, t. III, p. 297 - (Lettre de madame de Scudéry à Bussy).--_Ibid._, p. 307. - -Cette affaire fit tellement de bruit dans toute l'Europe que Louis XIV -crut devoir écrire aux ambassadeurs qu'il avait dans l'étranger une -circulaire dans laquelle il expliquait les raisons qu'il avait eues de -permettre et ensuite de défendre le mariage de MADEMOISELLE et de -Lauzun; il engagea ses agents diplomatiques à communiquer secrètement -cette dépêche aux différentes cours près desquelles ils se trouvaient -placés[551]. - - [551] LA FARE, _Mémoires_, t. LXV, p. 183. - -Nous avons suffisamment entretenu nos lecteurs des personnages que -voyait madame de Sévigné et dont elle nous parle dans les lettres -qu'elle a écrites, à dater de l'époque dont nous traitons. Il est temps -de revenir aux particularités qui, dans ces mêmes lettres, la concernent -personnellement. - - - - -CHAPITRE XV. - -1669-1671. - - Madame de Sévigné passe à Livry l'automne de l'année 1669 avec sa - fille, son gendre et sa famille.--Long souvenir qu'elle conserve - de cette heureuse époque de sa vie.--Son bonheur est troublé par - un événement.--Le chevalier de Grignan tombe de cheval.--Madame de - Grignan s'évanouit, et fait une fausse couche.--Propos malins de - la comtesse de Marans à ce sujet.--Bussy paraît en avoir eu - connaissance.--Ces propos peuvent être relatifs à l'inclination - présumée du roi pour madame de Grignan.--Saint-Pavin, goutteux, - fait encore des vers pour madame de Sévigné.--Il meurt.--Son - épitaphe est composée par Fieubet.--Le comte de Grignan est nommé - lieutenant général de Provence.--Il part.--Une correspondance - s'engage entre lui et madame de Sévigné, et entre elle et son - cousin de Coulanges, avec toute la famille de l'intendant de Lyon - et avec madame de Coulanges.--Madame de Sévigné, par ses lettres, - cherche à capter la confiance et l'amitié de son gendre.--Elle lui - recommande un gentilhomme condamné aux galères.--Détails sur ce - gentilhomme.--Nouvelles diverses données par madame de Sévigné au - comte de Grignan.--Mot de la duchesse de Saint-Simon.--Son - caractère.--Le duc de Noirmoutier devient aveugle.--Détails sur - lui et sur son père.--Hiver rigoureux.--Décès causés par la petite - vérole.--Mariage de mademoiselle de Thianges et du duc de - Nevers.--Guillaume VII, prince de Hesse, meurt sans avoir été - saigné.--Discussion des médecins sur l'efficacité de la - saignée.--Intrigue du comte de Saint-Paul et de la duchesse de la - Ferté.--Pari et course au bois de Boulogne du grand écuyer et du - maréchal de Bellefonds.--Le comte de Grignan musicien.--Madame de - Sévigné lui promet des motets.--Nicole publie un traité;--La - Fontaine, un recueil de ses Contes.--Bourdaloue prêche aux - Tuileries.--Madame de Sévigné fait l'éloge de tous ces talents. - -La sensibilité, ce mobile de nos peines et de nos jouissances, grave -dans notre mémoire nos moments de joie et nos jours de tristesse. C'est -cette faculté de l'âme qui nous fait vivre dans le passé autant que dans -le présent; plus elle prédomine, plus elle nous retrace vivement ces -heures si promptement écoulées, où les objets de nos intimes affections -se trouvaient réunis autour de nous; où, au milieu d'une société d'amis, -nous étions avec eux en communauté de plaisirs, de sentiments et -d'idées. Il est dans notre nature, dans cet instinct de bonheur dont la -Providence nous a pourvus de chercher à nous rappeler de préférence les -époques de nos plus grandes félicités. C'est par cette raison que les -souvenirs de l'automne de l'année 1669 viennent si souvent se placer -sous la plume de madame de Sévigné. Bosquets de Livry, qui aviez été si -longtemps témoins des jeux enfantins, des ris folâtres et de la -pétulante gaieté de Marie de Rabutin, vous la vîtes alors, parée d'un -autre nom, belle de sa maternité, se promener avec plus de calme sous -vos ombrages; heureuse par les soins pieux qu'elle prodiguait à son -tuteur, par la tendresse d'un fils, par le bonheur d'une fille, objets -de ses prédilections; par les attentions d'un gendre qui satisfaisait -son orgueil et donnait plus de force à ses espérances! Ce gendre, le -chevalier de Grignan, son frère, madame de Charmes, femme d'un président -du parlement d'Aix, qui avait été ami intime de Fouquet[552], vinrent -alors passer quelque temps avec madame de Sévigné, et contribuèrent, -avec la société aimable et brillante qui lui venait de Paris et des -environs, à varier son existence et à faire de Livry un séjour de fêtes -et de jouissances continuelles. - - [552] SÉVIGNÉ, _Lettres_, t. II, p. 165, édit. de M.; t. II, p. - 198, édit. de G. (23 août 1671).--_Ibid._, t. VI, p. 12, M.; t. - VI, p. 192, G. (2 novembre 1679). - -Il faut d'autant moins s'étonner que madame de Sévigné se rappelle, -après l'intervalle de plusieurs années, les jours passés à Livry au -milieu de toute sa famille qu'elle était alors dans la force de l'âge et -de la santé, dans la plus riante campagne, dans la plus agréable saison -de l'année, et que ce temps d'un bonheur si complet fut aussitôt suivi -de celui qui la sépara d'avec sa fille; séparation cruelle et cause -incessante des douleurs de toute sa vie! - -Il était encore un autre motif qui ne permettait pas à madame de Sévigné -d'oublier cette époque de son séjour à Livry, qu'elle prolongea jusqu'à -la chute des feuilles, c'est qu'au souvenir des doux moments qu'elle y -avait passés se mêlait celui d'un événement triste en lui-même, et qui -la menaça du plus grand malheur qui pût lui arriver. - -Le 4 novembre 1669[553], le chevalier de Grignan, montant un cheval -fougueux, fut violemment jeté à terre en présence de sa belle-sÅ“ur, -alors enceinte. Madame de Grignan s'évanouit, et fit une fausse couche. -Il est facile de comprendre quelles furent alors les inquiétudes de -madame de Sévigné. Elle en parle dans un grand nombre de lettres; mais -ses tourments, et les souffrances de madame de Grignan, et les regrets -de son gendre ne furent pas les seuls résultats fâcheux de cet accident; -il y en eut un plus durable dans ses effets, que ces mêmes lettres et -les lettres de Bussy nous font connaître[554]. - - [553] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (4 novembre 1671), t. II, p. 280, édit. - de G. de S.-G.--_Ibid._, t. II, p. 237, édit. de M. «Ah! ma - fille, il y a aujourd'hui deux ans qu'il se passa une étrange - scène à Livry!» etc. - - [554] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (6 mars, 19 et 23 août, 6 et 13 - septembre, 4 novembre 1671), t. I, p. 277, 187, édit. de - Monmerqué; t. I, p. 361, édit. de G. de S.-G.; t. II, p. 163, - 165, 272 et 273, édit. de M.; t. II, p. 196, 198, 214, 280, 361, - édit. de G. de S.-G. - -Le chevalier de Grignan avait une belle figure; il était plus jeune, -plus sémillant, plus aimable que le comte de Grignan, son frère, laid de -visage, ainsi que nous l'avons dit. La familiarité qui s'était établie -entre le beau-frère et la belle-sÅ“ur n'avait rien qui ne fut -irréprochable: toujours en présence d'une mère et d'un époux, ils -pouvaient tous deux se livrer aux accès de leur gaieté avec la liberté -que permet le séjour à la campagne et dont leur jeune âge leur faisait -un besoin. Mais la vive émotion qu'éprouva madame de Grignan lors de -l'accident arrivé au chevalier et surtout la fausse couche qui en fut la -suite donnèrent lieu à la malignité de s'exercer sur le compte de tous -deux. J'ai rapporté ailleurs la parodie de la fable de la Fontaine, que -l'on fit peu après sur ce sujet[555]. Les recueils de vers manuscrits de -ce temps renferment plusieurs autres pièces qui prouvent que madame de -Grignan fut en butte à ces satires grossières des chansonniers et des -vaudevillistes, auxquelles la célébrité, la puissance, les richesses et -la beauté ne pouvaient alors échapper. Leurs auteurs s'étaient accordés -à donner au comte de Grignan le surnom de _Matou_, à cause de sa mine -ébouriffée; et, aussitôt après son mariage avec mademoiselle de Sévigné, -on fit sur lui et sur sa femme le couplet suivant: - - Belle Grignan, vous avez de l'esprit - D'avoir choisi votre beau-frère; - Il vous fera l'amour sans bruit, - Et saura cacher le mystère. - --Matou! n'en soyez pas jaloux; - Il est Grignan tout comme vous[556]. - - [555] Voyez dans les notes et éclaircissements sur l'_Histoire de - la vie et des ouvrages de la Fontaine_, 1re édition, 1820, in-8º, - la parodie de la fable intitulée _la Cigale et la Fourmi_. - - [556] _Recueils de chansons et de vaudevilles, mss. de mon - cabinet_, p. 288, verso. - -La comtesse de Marans, en accréditant par ses discours les bruits qui -couraient sur madame de Grignan et sur son beau-frère, s'attira -l'inimitié de madame de Sévigné ainsi que de rudes reproches de la part -du duc de la Rochefoucauld et des nombreux amis de notre aimable -veuve[557]. - - [557] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (9 et 27 février 1671), t. I, p. 239 et - 269, édit. de M.; ou t. I, p. 315, édit. de G. de S.-G. (6, 9 et - 25 février, 18 mars, 22 avril 1671; 29 avril, 20 juin et 30 - décembre 1672); t. I, p. 251, 254, 260, 263, 306, 307, 308, 313, - 315, 324, 344, 384; t. II, p. 33 et 34; t. III, p. 73-137.--La - comtesse de Marans était la sÅ“ur de mademoiselle de Montalais, - dont nous avons parlé dans la première partie de ces _Mémoires_. - -Il y a lieu de croire que les insinuations de madame de Marans -parvinrent aux oreilles de Bussy; et c'est à elles qu'il fait allusion -dans ses lettres du 25 juin et du 10 juillet 1670[558]; à moins qu'on ne -pense que le bruit qui courait de l'inclination du roi pour mademoiselle -de Sévigné ne se soit accrédité, et même n'ait pris plus de consistance -depuis qu'elle était mariée. Alors ce serait là l'objet véritable des -discours indiscrets et malveillants de madame de Marans et de quelques -personnages de la cour sur la mère et sur la fille. Ce qui est certain, -c'est que madame de Grignan craignit de fixer sur elle l'attention du -monarque. Lorsqu'elle parut à la cour avec son mari, dont la laideur -faisait un si grand contraste avec sa beauté, non-seulement elle -s'abstint de toute recherche de toilette, mais elle osa choquer la -despotique volonté de la mode en dérobant aux regards, par un vêtement -peu gracieux, de séducteurs attraits, que les jeunes femmes de son âge -étaient tenues de montrer. C'est à quoi madame de Sévigné fait allusion -dans une de ses lettres, où elle témoigne à sa fille la satisfaction -qu'elle éprouve des soins qu'elle se donne pour être plus élégamment -vêtue: «Vous souvient-il, lui dit-elle, combien nous avons été fatiguées -avec ce méchant manteau noir? Cette négligence était d'une honnête -femme, M. de Grignan vous en peut remercier; mais elle était bien -ennuyeuse pour les spectateurs[559].» - - [558] Voyez ci-dessus, chap. XI, p. 189 à 192; et SÉVIGNÉ, - _Lettres_, t. I, p. 254, édit. de G. de S.-G. (lettre de Bussy à - madame de Sévigné, du 25 juin 1670). - - [559] SÉVIGNÉ, _Lettre écrite à madame de Grignan_, le 21 janvier - 1671, _rétablie pour la première fois d'après le manuscrit - autographe_ (par M. Monmerqué); Paris, Blaise, 1826, in-8º, p. 8 - et 9.--_Lettres de madame_ DE RABUTIN-CHANTAL, _marquise_ DE - SÉVIGNÉ, _à madame la comtesse de Grignan, sa fille_; la Haye, - 1726, in-12, t. I, p. 119. Dans cette édition, le passage est - conforme à l'autographe publié par M. Monmerqué; mais le texte - des éditions du chevalier Perrin porte: «Cette négligence, que - nous vous avons tant reprochée.» Ces derniers mots ont été - ajoutés par l'éditeur, qui n'a pas été l'auteur des suppressions - faites à cette lettre, comme le croyait M. Monmerqué, puisque ces - suppressions se trouvent dans l'édition de Hollande, bien - antérieure à celle de Perrin. - -Quoi qu'il en soit, les torts de madame de Marans ont dû être graves. -Madame de Sévigné ne la désigne le plus souvent que par le surnom de la -sorcière _Mellusine_; et elle manifeste à son égard un ressentiment et -une aigreur qui n'étaient pas dans son caractère, naturellement doux et -indulgent. Cette comtesse de Marans avait ses raisons pour discréditer -les femmes dont la conduite était régulière. Elle était fort galante et -publiquement connue pour être la maîtresse de monsieur le Duc, fils du -grand Condé; elle en eut une fille qui porta le nom de Guenani, -anagramme de celui d'Anguien. Cette fille fut légitimée, et épousa -depuis le marquis de Lassay, dont on a des Mémoires[560]. - - [560] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (3 avril et 6 mai 1696), t. I, p. 317, - édit. de Monmerqué. Cette fille de M. le Duc, après avoir été - légitimée, porta le nom de Julie de Bourbon, demoiselle de - Châteaubriand; son mari se nommait Armand de Pardaillan, marquis - de Lassay. - -Pendant le séjour que madame de Sévigné fit à Livry durant cet automne, -elle revit Saint-Pavin. Il était affaissé par l'âge et les souffrances -de la goutte[561], et cependant il faisait encore des vers tendres et -galants. Le retour de madame de Sévigné à Paris, à la fin de la saison, -lui épargna la douleur de voir mourir ce bon et aimable épicurien, dont -la société avait égayé sa jeunesse[562] et dont les poésies avaient -contribué à lui donner le goût du style naturel et gracieux[563]. -Saint-Pavin eut une attaque d'apoplexie le 1er mars de l'année -1670[564]; il mourut le 8 avril suivant. Sa destinée fut singulière. -Boileau, qui fit un poëme contre les gens d'Église, le taxa -d'incrédulité, et dirigea contre lui ses traits satiriques. -Fieubet[565], si connu par sa pieuse austérité, fit pour lui cette -épitaphe: - - Sous ce tombeau gît Saint-Pavin: - Donne des larmes à sa fin. - Tu fus de ses amis peut-être? - Pleure ton sort avec le sien. - Tu n'en fus pas? pleure le tien, - _Passant_, d'avoir manqué d'en être. - - [561] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (1er août 1685), t. VII, p. 319, édit. - de Monmerqué; t. VIII, p. 104, édit. de G. de S.-G. - - [562] Conférez la première partie de ces _Mémoires_, chap. VI, p. - 76-78. - - [563] _Poésies de_ SAINT-PAVIN _et de_ CHARLEVAL, 1769, in-12, - édit. de Saint-Marc, p. 68 à 72.--_Recueil des plus belles - pièces des poëtes français_; chez Claude Barbin, 1669, in-18, - p. 325.--Toutes les poésies de Saint-Pavin ne sont pas - publiées.--Conférez MONMERQUÉ, _Lettres de Sévigné_, t. IX, p. - 243. - - [564] BUSSY, _Nouvelles lettres_, t. V, p. 136, ou Lettres de - mesdemoiselles de Montpensier, de Montmorency, du Pré, etc., - édit. de Léopold Collin; Paris, in-12, p. 163. - - [565] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (31 mai 1675, 5 juillet 1685, 26 octobre - 1689, 3 octobre 1694, 15 octobre 1695), t. III, p. 279; t. VII, - p. 292; t. IX, p. 185; t. X, p. 16 et 143, édit. de Monmerqué. - -A peine madame de Sévigné eut-elle quitté le séjour de Livry qu'elle -apprit qu'un grand et douloureux changement se préparait dans son -existence. Le comte de Grignan, son gendre, fut nommé, par lettres -patentes du 29 novembre 1669, lieutenant général en Provence[566]. -Louis-Joseph, duc de Vendôme et de Penthièvre, qui avait été adjoint à -son père le 24 avril 1658 et lui avait succédé comme gouverneur de la -province, n'y résidait jamais[567]. M. de Grignan y était donc envoyé -pour y commander en chef. Cette haute faveur aurait dû être pour madame -de Sévigné un sujet de satisfaction, puisqu'elle assurait à sa fille un -rang et une position dignes d'être enviés; mais elle lui imposait un -sacrifice trop grand et trop pénible pour n'être pas plus affligée que -réjouie de cette nomination. Sa fille, qui ne l'avait jamais quittée, -devait bientôt se séparer d'elle et s'éloigner pour aller résider à -l'extrémité de la France. Elle ne pouvait prévoir la durée de cette -absence, et il lui était même interdit de souhaiter de la voir cesser, -puisque cela ne pouvait avoir lieu que par la disgrâce de M. de Grignan -et la privation de sa charge. Mais il semble que la Providence voulait -ménager la sensibilité de cette tendre mère et l'accoutumer par degrés -au coup qu'elle lui portait. Sa fille se trouvait enceinte, et il ne -parut pas prudent à son mari de lui faire entreprendre dans cet état un -long voyage, à la suite de la fausse couche qu'elle avait faite. Il la -confia donc aux soins de sa mère, et il partit seul pour la Provence -vers la fin d'avril 1670[568]. - - [566] PAPON, _Histoire de Provence_, t. IV, p. 819. - - [567] Idem, _ibid._, t. IV, p. 816. - - [568] SÉVIGNÉ, _Lettres_, t. I, p. 178, édit. de M.; t. I, p. - 142, édit. de G. de S.-G. (16 avril 1670). - -Alors s'engagea entre madame de Sévigné et le comte de Grignan une -correspondance dont il ne nous reste qu'une portion; mais, dans les -fragments interrompus de ce commerce épistolaire, que d'esprit, que de -raison, que de prévoyance et de tendresse maternelles! Comme madame de -Sévigné s'insinue avec adresse dans la confiance de son gendre! Sa plus -grande crainte est de paraître conserver un reste d'autorité et -d'influence sur cette fille chérie, et qu'on puisse croire que ce n'est -pas entièrement qu'elle l'a concédée à M. de Grignan. Aussi voyez comme -elle doute naturellement de ce qu'elle sait le mieux[569]! comme elle -s'efface et disparaît derrière sa fille! comme elle revient toujours et -comme sans dessein aux éloges que l'on en fait! avec quelle apparence de -vérité elle se dépite de ce que madame de Grignan néglige les devoirs du -monde pour écrire à son mari; de ce qu'elle ne pense qu'à lui et se -montre jalouse des lettres que sa mère en reçoit! «Mais elle a beau -faire, dit madame de Sévigné, je la défie d'empêcher notre amitié[570].» -Que de variété, de gaieté dans cet entretien épistolaire! - - [569] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (5 juin 1670), t. I, p. 256, édit. de G. - de S.-G. - - [570] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (12 septembre 1670), t. I, p. 269. - -Remarquons que madame de Sévigné a bien soin de faire écrire dans ses -lettres son cousin de Coulanges, moins suspect qu'elle de partialité, -afin qu'il fasse l'éloge de madame de Grignan. Elle ne manque pas non -plus d'informer le comte de Grignan de tout ce qui pouvait l'intéresser; -et comme elle connaît sa paresse pour écrire, elle ne cesse de lui -répéter qu'elle ne veut pas de réponse de lui. «Je vous défends de -m'écrire, dit-elle; mais je vous conjure de m'aimer[571].» Tout ce qui -reste de loisirs à M. de Grignan, après la grande affaire dont il est -chargé, il faut qu'il l'emploie à répondre à sa femme. Dans les affaires -sérieuses, que de sagesse, que de prudence! Ces lettres nous dévoilent -quel admirable plan de conduite madame de Sévigné trace à son gendre. -Comme elle a soin de lui rappeler les devoirs dont il doit s'acquitter -envers les personnes qu'il a laissées à Paris, que ses nouvelles -dignités et ses nouvelles fonctions pourraient lui faire oublier! -Combien elle craint qu'il ne se fasse des ennemis, et comme elle cherche -toutes les occasions de lui procurer de nouveaux protecteurs et de -nouveaux amis! - - [571] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (12 septembre 1670), t. I, p. 270, édit - G. de S.-G. - -Mais, toutefois, ce surcroît d'occupations ne lui fait pas oublier ses -anciens amis à elle. Pour servir ceux que les rigueurs du roi avaient -atteints, elle ne néglige pas de se servir du crédit de son gendre. - -Fouquet était, par les ordres de Louvois, détenu à Pignerol dans la plus -dure captivité. Personne ne pouvait communiquer avec lui; on lui avait -interdit tous les moyens de donner de ses nouvelles: il fut réduit, pour -écrire, à se servir, au lieu de plume, d'os de chapon; au lieu d'encre, -de suie mêlée avec du vin; et cette ressource lui fut encore enlevée. -Mais auparavant une lettre de lui, péniblement tracée par ce moyen, -avait été transmise à sa femme[572] par un gentilhomme nommé -Valcroissant, autrefois attaché au service du surintendant et qui avait -conservé pour lui un vif sentiment de reconnaissance. Pour ce seul fait, -Valcroissant fut condamné à cinq ans de galères. Ce jugement eût été -exécuté dans toute sa rigueur si madame de Sévigné n'avait pas écrit à -son gendre en faveur de ce gentilhomme, «un des plus honnêtes garçons -qu'on puisse voir, dit-elle, et propre aux galères comme de prendre la -lune avec les dents.» Madame de Scudéry avait aussi adressé une lettre -dans le même but à M. de Vivonne, général des galères[573]. Par -l'intervention et les démarches de ces deux généreuses femmes, l'arrêt -fut commué; et Valcroissant, trois mois après sa condamnation, put se -promener en liberté dans la ville de Marseille[574]. - - [572] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (25 juin 1670), t. I, p. 189 et 190, - édit. M.--_Ibid._, t. I, p. 237, édit. G.--DELORT, _De la - détention des philosophes à la Bastille_, t. I, p. 32, 161, 162, - 166, 169 et 170. Les éditeurs de Sévigné ont laissé le nom en - blanc, parce qu'ils ne l'ont pas connu. - - [573] MONTPENSIER, _Mémoires_, t. XLIII, p. 122.--_Lettre de - madame_ DE SCUDÉRY, du 23 août 1670, dans SÉVIGNÉ, _Lettres_, t. - I, p. 190, édit. de M. - - [574] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (en date du 28 novembre 1670), t. I, p. - 207, édit. de M.; t. I, p. 278, édit. de G. de S.-G. (pour ***, - il faut lire Valcroissant). - -Pendant sa détention, son frère, sur la demande de madame de Sévigné, -avait obtenu un canonicat de M. de Grignan. Dix-huit ans après, ce même -Valcroissant, estimé de tous comme un des meilleurs officiers de -l'armée, remplissait les fonctions d'inspecteur dont Louvois l'avait -chargé; il eut alors occasion d'être utile au jeune marquis de Grignan, -petit-fils de madame de Sévigné. Dans son rapport, Valcroissant rendit -au ministre un compte favorable de la conduite et des heureuses -dispositions de ce jeune homme, et prépara ainsi son avancement. Ce fut -là un vrai bonheur pour Valcroissant; car si l'on est satisfait de -pouvoir conférer un bienfait, on éprouve des émotions plus douces encore -en acquittant ainsi la dette de la reconnaissance[575]. - - [575] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (26 novembre 1688), t. I, p. 175, édit. - de M.--_Ibid._, t. I, p. 456, édit. de G. de S.-G. - -Pour ce qui concerne les commencements du séjour de M. de Grignan en -Provence, nous devons regretter de n'avoir pas la correspondance qui -alors s'engagea entre M. Dugué-Bagnols, intendant de Lyon, madame -Dugué-Bagnols, sa femme, madame de Coulanges, leur fille aînée, d'une -part; et madame de Sévigné et son cousin de Coulanges, de l'autre. -Coulanges, séparé de sa femme, se trouvait alors à Paris avec madame de -Sévigné. M. de Grignan se louait beaucoup de ses rapports avec -l'intendant de Lyon et des politesses de sa femme. Toute la famille -Dugué-Bagnols et surtout madame de Coulanges, si intimement liée avec -madame de Sévigné, s'empressaient d'écrire, soit à elle, soit à son -cousin, tous les détails qu'ils pouvaient recueillir sur le nouveau -lieutenant général de Provence et sur les actes de son administration; -et même mademoiselle Dugué-Bagnols[576] (trop éprise après son mariage -du jeune baron de Sévigné), en écrivant à son beau-frère de Coulanges, -s'entretenait aussi de ce qui concernait le comte de Grignan. De son -côté, madame de Sévigné écrit à M. de Grignan qu'elle ne lui donne -aucune nouvelle, parce que ce serait aller sur les droits de sa -fille[577]. Par là elle entend les nouvelles publiques; car il paraît -bien, d'après ses lettres, qu'elle se réservait toutes les nouvelles -particulières qui pouvaient intéresser son gendre. C'est elle qui lui -transmet les compliments de M. de la Rochefoucauld, du fils de celui-ci, -le prince de Marsillac, de madame de la Fayette, et ceux aussi du comte -de Brancas, qui est fort content de lui et qui espère qu'il saura mettre -à profit le service qu'il lui a rendu en lui donnant une si jolie femme. -Elle n'oublie ni la marquise de la Trousse, sa tante[578], ni le _bon -abbé_[579], qui aime madame de Grignan de tout cÅ“ur. «Et ce n'est pas -peu, ajoute madame de Sévigné; car si elle n'était pas bien raisonnable, -il la haïrait de tout son cÅ“ur.» - - [576] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (12 septembre, 28 novembre et 10 - décembre 1670), t. I, p. 200, 207-209, édit. de M.--_Ibid._, t. - I, p. 270, 278 et 280, édit. de G. de S.-G.--_Ibid._ (17 février - 1672), t. II, édit. M.--_Ibid._, t. II, p. 391, édit. G. (3, 7 et - 19 juillet 1677), t. V, p. 113, 114, 118, 139, édit. M.--_Ibid._, - t. V, p. 269, 270, 294, édit. M. - - [577] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (6 août 1670), t. I, p. 197, édit. de - M.--_Ibid._, t. I, p. 266, édit. de G. de S.-G. - - [578] Henriette de Coulanges, marquise de la Trousse, sÅ“ur de - Marie de Coulanges, mère de madame de Sévigné. - - [579] Christophe de Coulanges, abbé de Livry. - -C'est madame de Sévigné qui donne au comte de Grignan tous les détails -sur la maladie qui conduisit au tombeau l'aimable duchesse de -Saint-Simon, leur amie commune. Elle fut atteinte de la petite vérole, -et succomba le 2 décembre 1670. C'était la première femme de Claude de -Saint-Simon, père de l'auteur des Mémoires, et la fille cadette de M. de -Portes, du nom de Budos. Son beau-fils, le duc de Saint-Simon, nous -apprend qu'elle était belle, d'une amabilité et d'une douceur qui la -faisaient aimer de tout le monde[580]. Dans sa jeunesse, elle était, -comme madame de Sévigné, une des célébrités de l'hôtel de Rambouillet; -et le grand _Dictionnaire des_ _Précieuses_ a tracé d'elle, sous le nom -de _Sinésis_, un portrait qui ressemble à celui qu'a donné -Saint-Simon[581]; seulement l'auteur du _Dictionnaire_ ajoute qu'elle -était plus sérieuse qu'enjouée. Enlevée à la fleur de l'âge, elle fut -vivement regrettée: madame de Sévigné, qui se montre très-affligée de sa -perte[582], recommande à ce sujet à son gendre d'écrire une lettre de -condoléance à la duchesse de Brissac, femme d'un caractère tout -différent de celui de sa mère et mieux connue par les Lettres de madame -de Sévigné que par les Mémoires de son frère[583]. - - [580] SAINT-SIMON, _Mémoires authentiques_, t. I, p. 79 à 80. - - [581] SOMAIZE, _le grand Dictionnaire des Précieuses_, t. II, p. - 129.--Il dit que _Sinésis_ loge à la _petite Athènes_, - c'est-à -dire au faubourg Saint-Germain. - - [582] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (10 décembre 1670), t. I, p. 209, édit. - de M.--_Ibid._, t. I, p. 280, édit. de G. - - [583] Gabrielle-Louise de Saint-Simon, duchesse de Brissac, sÅ“ur - du duc de Saint-Simon, l'auteur des _Mémoires_.--Conférez - SÉVIGNÉ, _Lettres_ (29 juillet 1671, 10 février 1672), t. II, p. - 164 et 386, édit. de G. de S.-G. (26 mai 1673), t. III, p. 155, - édit. G. (5 janvier 1674), t. III, p. 293, édit. G. (19 mai - 1676), t. IV, p. 449, édit. G. - -L'hiver de cette année 1670 fut remarquable par la rigueur du froid[584] -et par la grande mortalité qu'éprouva la population. Ce même fléau de la -petite vérole, qui avait été funeste à la duchesse de Saint-Simon, -menaçait de cécité le jeune duc de Noirmoutier; et une imprudence le -rendit complétement aveugle[585]. Madame de Sévigné le nomme -familièrement le petit de Noirmoutier, parce qu'il n'avait pas encore -vingt ans[586]; c'était le fils de Louis de la Trémouille, duc de -Noirmoutier, si actif pendant la Fronde[587], si assidu auprès de madame -de Sévigné pendant sa belle jeunesse. Elle sut conserver comme ami celui -qui avait voulu être son amant. Elle l'avait perdu depuis quatre ans, et -son fils[588] avait succédé à l'affection qu'elle portait au père: voilà -pourquoi elle informe si exactement M. de Grignan des progrès du mal qui -affligeait ce jeune homme. Elle lui parle aussi de M. de Foix -(Charles-Henri de Foix, abbé de Saint-Rebais), que la petite vérole a de -même mis à l'extrémité, et d'un jeune fils du landgrave de Hesse -(Guillaume VII), qui mourut de la fièvre continue, parce que, suivant -madame de Sévigné, sa mère lui avait recommandé, en partant, de ne point -se faire saigner à Paris. «Il ne s'est point fait saigner, il est mort.» -Alors s'agitait avec chaleur, entre les médecins, la grande question, -qui dure encore, sur l'efficacité ou le danger de la saignée pour la -cure de certaines maladies[589]. - - [584] _Mémoire mss. sur la statistique de Paris au_ XVIIe - _siècle_.--Conférez les notes à la fin du volume. - - [585] SAINT-SIMON, _Mém. authent._, t. II, p. 422.--SÉVIGNÉ, - _Lettres_ (10 décembre 1670), t. I, p. 179, édit. G. - - [586] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (26 novembre 1670), t. I, p. 304, édit. - de M.; t. I, p. 274, édit. G.--SAINT-SIMON, _Mém. authent._, t. - II, p. 122. - - [587] RETZ, _Mém._, t. XLIV, p. 290, 306, 307.--SAINT-AULAIRE, - _Histoire de la Fronde_, t. I, p. 298, 1re édition. - - [588] Antoine-François de la Trémouille, duc de - Noirmoutier.--Conférez _Mémoires_ de Coulanges, p. 314 (Lettre de - madame de Sévigné à Ménage, 1658).--SAINT-SIMON, _Mémoires - authentiques_. - - [589] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (10 décembre 1670), t. I, p. 209, édit. - M., et 282, édit. de G. de S.-G.--Guillaume mourut à Paris le 21 - novembre 1670. - -Madame de Sévigné se garde bien de s'appesantir sur ces tristes détails; -les mêmes lettres qui les contiennent renferment aussi les nouvelles qui -pouvaient distraire M. de Grignan de ce qu'ils avaient d'affligeant. -Tantôt c'est le mariage de M. de Nevers avec mademoiselle de Thianges; -puis l'intrigue du comte de Saint-Paul avec la maréchale de la -Ferté[590]; ensuite le pari de trois mille pistoles entre M. le Grand -(Louis de Lorraine, comte d'Armagnac, grand écuyer) et le maréchal de -Bellefonds, pour une course qu'ils devaient faire au bois de Boulogne le -lundi suivant (1er décembre), sur des chevaux «vites comme des -éclairs[591].» Quelquefois elle l'entretient des _motets_ qu'elle avait -promis[592], ce qui nous fait supposer que le comte de Grignan était -musicien; supposition dont la vérité se trouve confirmée par la -recommandation qu'elle lui fait de ne pas négliger sa voix. Les lectures -enjouées, comme les lectures sérieuses, plaisaient au comte de Grignan; -et son goût en cela était conforme à celui de madame de Sévigné, qui, -dans la correspondance de cette année, fait plusieurs heureuses -allusions aux _Contes_ de la Fontaine, dont un nouveau recueil complet -venait de paraître avec privilége du roi[593]. En même temps elle -annonce à son gendre qu'elle lui enverra un traité de Nicole. «C'est -d'une extrême beauté, dit-elle; le livre est de l'ami intime de Pascal: -il ne vient rien de là que de très-parfait; lisez-le avec attention. -Voilà aussi de très-beaux airs, en attendant les motets[594].»--Et peu -après elle lui exprime le plaisir que lui ont fait les sermons du P. -Bourdaloue, prêchés devant la cour aux Tuileries; ils lui paraissent -infiniment au-dessus de tout ce qu'elle a entendu en ce genre[595]. -Qu'on fût janséniste ou jésuite, dévot ou indévot, on était certain de -plaire à madame de Sévigné avec de l'esprit et du talent. - - [590] Voyez ci-dessus, p. 233, et SÉVIGNÉ, _Lettres_ (10 décembre - 1670), t. I, p. 211, édit. M.--_Ibid._, t. I, p. 280-282. - - [591] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (mercredi, 26 novembre 1670), t. I, - p. 205, édit. de M.--_Ibid._, t. I, p. 275.--Sur le comte - d'Armagnac, conférez MONTPENSIER, _Mém._, t. XLIII, p. 60 et - 416.--LORET, liv. XI, p. 158, 181.--LA FAYETTE, _Mém._, LXIV, p. - 381.--LOUIS XIV, _OEuvres_, t. V, p. 131 et 138.--BUSSY, t. V, p. - 46. - - [592] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (25 juin 1670), t. I, p. 188, édit. de - M.--_Ibid._, p. 256, édit. G. de S.-G. - - [593] En 1669. Conférez l'_Hist. de la vie et des ouvrages de la - Fontaine_, 3e édition.--SÉVIGNÉ, _Lettres_ (9 mars 1672), t. II, - p. 415. - - [594] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (15 août 1670), t. I, p. 199, édit. de - M.; t. I, p. 268, édit. de G. de S.-G. - - [595] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (3 décembre 1670), t. I, p. 208, édit. - de M.--_Ibid._, t. I, p. 279, édit. de G. de S.-G. - - - - -CHAPITRE XVI - -1670-1671. - - Continuation de la correspondance de madame de Sévigné avec le - comte de Grignan.--Quand elle lui parle d'affaires sérieuses, elle - les traite à fond et lui donne d'excellents conseils.--Digression - sur les affaires de Provence lorsque M. de Grignan fut nommé - lieutenant général.--Droits des états remplacés par une commission - du parlement.--Le roi enlève au parlement le droit de gouverner - en l'absence du gouverneur et de son lieutenant.--Le baron - d'Oppède, président du parlement, est nommé d'office pour - remplir les fonctions de gouverneur.--Influence de l'évêque de - Marseille.--Position difficile où se trouve placé le comte de - Grignan.--Conseils qui lui sont donnés par madame de Sévigné.--M. - de Grignan demande à l'assemblée des communautés de Provence des - fonds pour payer ses gardes.--Cette demande est rejetée.--Par le - moyen de madame de Sévigné, qui agit auprès du baron d'Oppède et - de l'archevêque d'Aix, M. de Grignan obtient de l'assemblée une - gratification annuelle.--Madame de Grignan accouche d'une - fille.--Détails sur la destinée de cet enfant.--Madame de Sévigné - s'efforce de retarder le départ de madame de Grignan pour la - Provence.--Elle cite à M. de Grignan madame de Rochefort, qui ne - peut venir à Paris à cause du mauvais temps.--Détails sur madame - de Rochefort.--Mariage de mademoiselle d'Heudicourt, cousine des - Grignan.--Le coadjuteur de l'archevêque d'Arles devait assister à - ses noces; il y renonce, et madame de Grignan part avec lui pour - la Provence.--Date de ce départ. - -Dans ses lettres à M. de Grignan et dans tout le cours de sa -correspondance madame de Sévigné ne passe pas toujours, ainsi que nous -venons de le voir, d'un sujet à un autre légèrement et rapidement. Quand -il est question d'affaires sérieuses, et surtout d'affaires qui -intéressent l'honneur, la gloire ou la fortune de son gendre et de sa -fille, elle s'y arrête, et les envisage sous toutes les faces. Ce n'est -plus alors la femme aimable, instruite, spirituelle et sensée, qui cause -sur les événements du jour, sur la religion, la littérature, les -spectacles, les modes; qui moralise sur les joies et les tristesses du -monde. C'est l'homme des grandes choses, qui voit tout, qui apprécie -tout à sa juste valeur, les obstacles et les moyens, les intérêts et les -intrigues, les passions et les caractères. - -A l'époque dont nous traitons, la position de M. le comte de Grignan -inquiétait madame de Sévigné; et, pour bien comprendre ce que cette -position avait de difficile, il est nécessaire de faire connaître ce -qu'était alors le gouvernement de la Provence. - -Cette province était ce que l'on appelait un pays d'états, réuni et -soumis à la couronne, mais sous certaines conditions, ayant ses -représentants, son parlement et ses franchises. Comme dans les autres -pays de même origine, ces garanties de la liberté, par l'effet des -empiétements du pouvoir royal, se réduisaient à de pures formes. -Cependant il restait encore à la Provence un privilége reconnu et -respecté par le pouvoir: c'est que, quand le gouverneur et le lieutenant -général étaient tous les deux absents, le parlement prenait de droit le -gouvernement de la province; et, pour l'exercice de ce droit, il nommait -dans son sein une commission à laquelle ses pouvoirs étaient délégués. -Ce cas se présenta lorsque le duc de Vendôme, gouverneur de Provence, -fut nommé cardinal en 1667. Le gouverneur et son lieutenant se -trouvèrent tous les deux absents. Louis XIV se ressouvenait de la -Fronde, et refusait au parlement de Paris toute action sur la police du -royaume; il était peu disposé à permettre que cette action fût exercée -par un parlement de province dans l'étendue de son ressort. Cependant, -pour ne pas attenter trop ouvertement à des droits consacrés par le -temps et par un long usage, il nomma, pour commander en l'absence du duc -de Vendôme, gouverneur, et de Mérinville, lieutenant général, le premier -président du parlement, Henri Forbin de Meynier, baron d'Oppède. On -n'osa point faire de réclamation; mais cette mesure indisposa le -parlement et ceux de la noblesse et du clergé qui avaient droit de -siéger dans l'assemblée des états et qui étaient regardés comme les -gardiens naturels des libertés de la province[596]. Comme on soupçonnait -le baron d'Oppède d'avoir sollicité son brevet de gouverneur par -_intérim_, qu'on l'accusait de partialité dans son administration et de -profiter de son autorité pour son intérêt particulier, il éprouva de -fortes oppositions. Les ministres de Louis XIV comprirent qu'il était -nécessaire de faire surveiller les mécontents par quelqu'un qui eût plus -d'influence que le baron d'Oppède. L'évêque de Marseille, Forbin-Janson, -s'offrit à eux, et il leur fournit ainsi l'occasion de connaître sa -capacité[597]. Ils s'habituèrent peu à peu à traiter avec lui toutes les -affaires de la Provence qui avaient quelque importance. Forbin, son -parent, ami de Bontems, les servait à la cour auprès du roi, et ajoutait -à son crédit tout le poids d'une si haute volonté. - - [596] PAPON, _Hist. de Provence_, t. IV, p. 691, 816 et 819. - - [597] SAINT-SIMON, _Mémoires authentiques_, t. X, p. 484. - -C'est dans ces circonstances que le comte de Grignan fut nommé -lieutenant général, pour remplir la place du gouverneur absent. Sa -présence dans la province et son investiture dans la charge dont il -était revêtu faisaient cesser de droit l'autorité que le baron d'Oppède -avait exercée à un titre assez peu légal, et tendait à anéantir -l'influence que l'évêque de Marseille, sans aucun titre, avait usurpée -dans les affaires. Ces deux hommes, puissants par l'indépendance de -leurs fonctions et par les dignités dont ils étaient revêtus, par les -créatures et les partisans qu'ils s'étaient faits dans le pays, -formaient obstacle à l'autorité pleine et entière du lieutenant général -gouverneur. L'intervention de l'évêque pour les affaires qui n'étaient -pas du ressort ecclésiastique était surtout humiliante pour le comte de -Grignan, puisque, par les pouvoirs dont le lieutenant général était -revêtu, elle devait être inutile. Mais son inexpérience la rendait -nécessaire, et, malgré tous ses efforts pour la faire cesser, elle -continuait toujours. C'est ce qui produisit l'aversion que le comte de -Grignan avait pour le prélat. Le caractère aigre et altier de -celui-ci[598] n'était pas propre à la diminuer. Entre ces deux hommes -les luttes devinrent plus fréquentes et l'inimitié s'accrut de jour en -jour. - - [598] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (17 novembre 1673), t. III, p. 225, - édit. de G. L'évêque de Marseille est nommé _la Grêle_.--(24 - novembre 1675), t. IV, p. 219.--(18 août 1680), t. VII, p. - 165.--(28 février 1690), t. X, p 273. - -Madame de Sévigné, mieux instruite que le comte de Grignan des intrigues -qui lui étaient contraires, jugea, avec son ordinaire sagacité, ce que -la position de son gendre exigeait de prudence et de ménagement. Elle -voulait qu'il dissimulât et qu'il n'en vînt pas à une rupture déclarée -avec l'évêque et avec le baron d'Oppède. Tous deux étaient alors absents -de leur province; présents et assidus à la cour, madame de Sévigné les -voyait, et elle agissait auprès d'eux d'une manière conforme aux -intérêts du lieutenant général gouverneur. Les conseils qu'elle donnait -à M. de Grignan étaient accompagnés de réflexions qui font autant -d'honneur à la noblesse de son âme, à la droiture de son cÅ“ur qu'à la -sagesse et à la solidité de son esprit. - -«Je veux vous parler, dit-elle, de M. de Marseille, et vous conjurer, -par toute la confiance que vous pouvez avoir en moi, de suivre mes -conseils sur votre conduite avec lui. Je connais les manières des -provinces, et je sais le plaisir qu'on y prend à nourrir les divisions; -en sorte qu'à moins que d'être en garde contre les discours de ces -messieurs on prend insensiblement leurs sentiments, et très-souvent -c'est une injustice. Je vous assure que le temps et d'autres raisons ont -changé l'esprit de M. de Marseille: depuis quelques jours il est fort -adouci, et, pourvu que vous ne vouliez pas le traiter en ennemi, vous -trouverez qu'il ne l'est pas. Prenons-le sur ses paroles jusqu'à ce -qu'il ait fait quelque chose de contraire. Rien n'est plus capable -d'ôter tous les bons sentiments que de marquer de la défiance; il suffit -souvent d'être soupçonné comme ennemi pour le devenir: la dépense en est -toute faite, on n'a plus rien à ménager. Au contraire, la confiance -engage à bien faire; on est touché de la bonne opinion des autres, et on -ne se résout pas facilement à la perdre. Au nom de Dieu, desserrez votre -cÅ“ur, et vous serez peut-être surpris par un procédé que vous -n'attendez pas. Je ne puis croire qu'il y ait du venin caché dans son -cÅ“ur, avec toutes les démonstrations qu'il nous fait et dont il serait -honnête d'être la dupe plutôt que d'être capable de le soupçonner -injustement. - -«Suivez mes avis; ils ne sont pas de moi seule: plusieurs bonnes têtes -vous demandent cette conduite, et vous assurent que vous n'y serez pas -trompé. Votre famille en est persuadée; nous voyons les choses de plus -près que vous; tant de personnes qui vous aiment et qui ont un peu de -bon sens ne peuvent guère s'y méprendre. - -«Je vous mandai l'autre jour que M. le premier président de Provence [de -Forbin, baron d'Oppède] était venu de Saint-Germain exprès, aussitôt que -ma fille fut accouchée, pour lui faire son compliment; on ne peut -témoigner plus d'honnêteté ni prendre plus d'intérêt à ce qui vous -touche. Nous l'avons revu aujourd'hui; il nous a parlé le plus -franchement et le mieux du monde sur l'affaire que vous ferez proposer à -l'assemblée des communautés de Provence. Il nous a dit qu'on avait -envoyé des ordres pour la convoquer, et qu'il vous écrivait pour vous -faire part de ses conseils, que nous avons trouvés très-bons. Comme on -ne connaît d'abord les hommes que par les paroles, il faut les croire -jusqu'à ce que les actions les détruisent; on trouve quelquefois que les -gens qu'on croit ennemis ne le sont point; on est alors fort honteux de -s'être trompé; il suffit que l'on soit toujours reçu à se haïr quand on -y est autorisé[599].» - - [599] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (28 novembre 1670), t. I, p. 205 à 207, - édit. de M.; t. I, p. 275 à 277, édit. de G. de S.-G. - -Pour l'intelligence de ce dernier paragraphe, il est nécessaire -d'expliquer quelle était l'affaire dont parle ici madame de Sévigné et -que M. de Grignan devait proposer aux états. Cette explication achèvera -de mettre en évidence les inconvénients et les difficultés de la charge, -plus brillante que profitable, dont le comte de Grignan avait été -pourvu. - -Le comte de Grignan avait dans ses manières et sa façon de vivre tout le -désintéressement, toute la libéralité d'un grand seigneur. Dans sa -nouvelle position il se trouvait obligé à donner fréquemment des repas -et des fêtes, et un plus grand train de maison lui était nécessaire. -Astreint à des dépenses auxquelles sa fortune, quoique considérable, ne -pouvait suffire, il aurait dû trouver dans les appointements de sa -charge une compensation au moins suffisante. Ces appointements, ainsi -que ceux du gouverneur, n'étaient pas payés par l'épargne ou le trésor -public, mais par la province; et le montant en était réglé par des -ordonnances royales. Ils étaient fixés par ces ordonnances à la somme de -18,000 livres, équivalant à 36,000 livres de notre monnaie actuelle. -Cette somme eût été plus que suffisante si le gouverneur eût résidé dans -la province, et eût rendu inutile l'intervention du lieutenant général; -mais lorsque celui-ci se trouvait seul chargé du gouvernement et de tous -les frais de représentation, elle ne pouvait lui suffire. Ce n'est pas -tout: les ordonnances avaient fixé une certaine somme pour le payement -et l'entretien des gardes du gouverneur; mais elles n'avaient pas prévu -le cas où le lieutenant général serait tenu de faire les fonctions de -gouverneur et obligé, par conséquent, d'avoir des gardes. Pour suppléer -à cette omission, le comte de Grignan crut devoir profiter de l'occasion -d'une assemblée de toutes les communautés de la province, dont les -représentants avaient été réunis à l'effet d'accorder un don de 600,000 -francs demandés par le gouvernement du roi et quelques autres sommes -moins considérables, exigées par la nécessité de pourvoir à certaines -dépenses locales. A toutes ces demandes, justifiées dans le discours que -M. le comte de Grignan prononça lors de l'ouverture de cette assemblée, -il joignit la proposition d'allouer ce dont il avait besoin pour suffire -à la subsistance de ses gardes. Cette proposition était fondée -non-seulement sur ce que, le lieutenant général remplissant les -fonctions de gouverneur, on devait lui donner les moyens de soutenir la -dignité de son rang, mais encore parce que ses gardes lui étaient d'une -utilité indispensable pour le maintien de la police militaire. Appuyée -sur d'aussi excellentes considérations, cette proposition aurait dû être -adoptée sans difficulté; mais comme le baron d'Oppède s'était fait -nommer commissaire du roi pour la tenue de cette assemblée, il s'y -opposa, et la fit rejeter. On appuya ce refus sur l'arrêt du conseil du -26 août 1639, qui fixait à 18,000 francs les appointements du lieutenant -général, et lui défendait de rien exiger au delà , pour quelque cause que -ce fût. - -Voilà quelle était l'affaire dont madame de Sévigné parle dans sa -lettre. C'est ce premier échec de M. le comte de Grignan qu'il -s'agissait de réparer en faisant accorder par l'assemblée, sous un autre -motif que celui qu'on avait refusé d'admettre, une somme quelconque qui -pût suppléer à l'insuffisance des fonds qui lui étaient alloués. Madame -de Sévigné réussit, par ses démarches personnelles et celles de toute la -famille de Grignan, à se concilier l'appui du baron d'Oppède et de -l'évêque de Marseille, et parvint à persuader à son gendre qu'il ne -fallait pas qu'il témoignât aucun ressentiment à ces deux personnages, -dont le concours lui était nécessaire; et que même il aurait tort de ne -pas croire à leurs promesses et à leurs protestations et de les -considérer comme ennemis tant qu'ils ne feraient pas contre lui des -actes d'hostilité. Les conseils de madame de Sévigné furent suivis, et -ses démarches eurent un plein succès. L'assemblée, sans revenir sur sa -première décision, déclara qu'en considération des bons services que le -lieutenant général rendait continuellement au pays il lui serait accordé -une somme de 5,000 livres (10,000 livres de notre monnaie actuelle). -Cette somme fut continuée annuellement, et porta ainsi à 46,000 livres -(monnaie actuelle) les appointements du comte de Grignan comme -lieutenant général gouverneur[600]. - - [600] _Abrégé des délibérations faites en l'assemblée générale - des communautés du pays de Provence, tenue à Lambesc en décembre - 1670, Janvier et mars 1671, par autorité de monseigneur comte_ DE - GRIGNAN, _lieutenant général pour le roi dudit pays, et par - mandement de MM. les procureurs généraux dudit pays_. A Aix, chez - Charles David, imprimeur du roi, du clergé et de la ville; 1671, - in-4º, p. 43.--CORIOLIS, _Traité sur l'administration du comté de - Provence_, 1786, in 4º, t. I, p. 11.--SÉVIGNÉ, _Lettres_ (10 - avril 1671, madame de Fiesque à madame de Grignan), t. II, p. - 17.--_Ibid._, t. II, p. 13, édit. de M. - -Plus d'un lecteur aura remarqué que la lettre de madame de Sévigné, qui -nous instruit des affaires de son gendre, nous apprend aussi que sa -fille était accouchée. On pense bien que cet accouchement n'avait pu -avoir lieu sans que madame de Sévigné en eût écrit tous les détails au -comte de Grignan, sans qu'antérieurement elle l'eût entretenu bien -souvent des circonstances de la grossesse, du désir et de l'espérance de -voir naître un fils destiné à continuer la noble postérité des Grignan; -et de fait madame de Sévigné avait d'avance préparé tout le trousseau du -futur enfant conformément à cette idée[601]. Mais, dès les premiers mots -de la lettre où elle annonce à M. de Grignan l'heureuse issue de -l'événement si attendu, on apprend ce qu'il accorde et ce qu'il refuse -pour le présent, et ce qu'il promet pour l'avenir[602]. «Madame de -Puisieux[603] dit que, si vous avez envie d'avoir un fils, vous preniez -la peine de le faire. Je trouve ce discours le plus juste et le meilleur -du monde.» En terminant le récit de la délivrance facile et même -précipitée de madame de Grignan, madame de Sévigné la compare -plaisamment à la jeune fille du conte de la Fontaine intitulé -_l'Ermite_, laquelle croyait accoucher d'un pape. «Quand nous songeons, -dit-elle, que nous avons fait des _béguins au saint-père_, et qu'après -de si belles espérances la _signora met au mondé une fille_, je vous -assure que cela rabaisse le caquet.» - - [601] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (25 juin, 15 août, 12 septembre 1670), - t. I, p. 256, 268, 269, édit. de G. de S.-G.; ou t. I, p. 188, - 199, 200, édit. de Monmerqué. - - [602] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (19 novembre 1670), t. I, p. 201, édit. - de M.; ou t. I, p. 271, édit. de G. de S.-G. - - [603] Charlotte d'Étampes de Valencey, marquise de Puisieux. - Voyez ci-dessus, p. 247. - -Cette fille, baptisée sous le nom de _Marie-Blanche_, fut tenue sur les -fonts de baptême par madame de Sévigné et par le frère de M. de Grignan, -au nom de son oncle l'archevêque d'Arles, dont il était le -coadjuteur[604]. - - [604] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (19 novembre 1671), t. I, p. 278, édit. - de G. de S.-G.; t. I, p. 203, édit. de M. - -Nourrie à Paris sous les yeux de son aïeule[605], celle-ci fut la -première, et longtemps la seule, à laquelle elle donna le nom de -mère[606]. Par les grâces et les gentillesses de son enfance, elle se -concilia son affection[607]. Quand Marie-Blanche eut été rendue à celle -qui lui avait donné le jour, de la province d'où elle ne sortit plus -elle écrivait à madame de Sévigné. Dans les lettres que celle-ci adresse -à madame de Grignan[608], elle montre souvent une tendre sollicitude -pour cette filleule chérie, qu'elle avait surnommée _ses petites -entrailles_. Marie-Blanche d'Adhémar, quoiqu'elle eût les traits de son -père[609], n'était pas dépourvue d'agréments. Elle avait une taille -svelte et bien prise, ses yeux étaient d'un bleu foncé et ses cheveux -d'un beau noir[610]. A l'âge de quinze ans et demi, elle fut mise par sa -mère dans le couvent des dames Sainte-Marie d'Aix[611]; elle s'y fit -religieuse, et y mourut à l'âge de soixante-cinq ans[612]. C'est au -sujet de son entrée dans cette maison que madame de Sévigné nous -apprend qu'elle aussi avait cru nécessaire autrefois de mettre pendant -quelque temps sa fille au couvent. En écrivant à madame de Grignan, elle -dit: «J'ai le cÅ“ur serré de ma petite-fille; elle sera au désespoir de -vous avoir quittée et d'être, comme vous dites, en prison. J'admire -comment j'eus le courage de vous y mettre; la pensée de vous voir -souvent et de vous en retirer me fit résoudre à cette barbarie, qui -était trouvée alors une bonne conduite et une chose nécessaire à votre -éducation. Enfin, il faut suivre les règles de la Providence, qui nous -destine comme il lui plaît.» - - [605] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (19 août 1676), t. II, p. 196, édit. de - M.--_Ib._ (24 février 1673), madame de Coulanges à madame de - Sévigné, t. III, p. 144, édit. de G. de S.-G.; t. III, p. 73, - édition de Monmerqué. - - [606] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (23 décembre 1671), t. II, p. 320 et - 321, édit. de G. de S.-G.; t. II, p. 271, édit. de M. - - [607] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (22 janvier 1672), t. II, p. 354, édit. - de G. de S.-G.--_Ibid._, t. II, p. 299, édit. de M.--_Ibid._ (16 - mai 1672, à madame de Grignan), t. III, p. 33, édit. de G. de - S.-G.; t. II, p. 440, édit. de M.--_Ibid._ (23 mai 1672), t. III, - p. 34, édit. de G. de S.-G.; t. II, p. 445, édit. de M.--_Ibid._ - (3 juillet 1672), t. III, p. 92, édit. de G. de S.-G.; t. III, p. - 26, édit. de M.--_Ibid._ (11 juillet 1672), t. III, p. 103, édit. - de G. de S.-G.; t. III, p. 36, édit. de M.--_Ibid._ (24 février - 1673), t. III, p. 73, édit. de M.--_Ibid._ (19 août 1675), t. - III, p. 411, édit. de M.--_Ibid._ (29 mars 1680), t. VI, p. 419, - édit. de G. de S.-G.; t. VI, p. 212, édit de M. - - [608] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (19 avril 1680), t. VI, p. 452, édit. de - G. de S.-G.; t. VI, p. 236, édit. de M.--_Ibid._ (15 juin 1680), - t. VII, p. 48, édit. de G. de S.-G.; t. VI, p. 323 (24 juillet - 1680). - - [609] XAVIER GIRAULT, Notice biographique, etc., dans Sévigné, - édit. de G. de S.-G., p. 114. - - [610] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (17 février 1672), t. II, p. 289, édit. - de G. de S.-G.; t. II, p. 331, édit. de M. - - [611] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (15 avril et 6 mai 1676), t. IV, p. 396 - et 422, édit. de G. de S.-G.; t. IV, p. 281, édit. de M. - - [612] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (11 mars 1676), t. IV, p. 229, édit. de - M. - -La Providence, nous devons le croire, fut douce et bonne envers -Marie-Blanche d'Adhémar, puisqu'elle l'a soustraite aux peines et aux -agitations du monde pour la consacrer à Dieu. Cependant tout ce que nous -savons sur sa vie nous est donné par quelques lignes des lettres de -madame de Sévigné et surtout par celles qui furent écrites lorsque la -jeune vierge avait acquis l'âge de vingt ans, et probablement peu après -qu'elle eut prononcé ses vÅ“ux, hélas! perpétuels: «Je fais réponse à ma -chère petite Adhémar avec une vraie amitié. La pauvre enfant! qu'elle -est heureuse, si elle est contente! Cela est sans doute; mais vous -m'entendez bien[613].» - - [613] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (1er février 1690, lettre de madame de - Sévigné à madame de Grignan), t. X, p. 228, édit. de G. de S.-G.; - t. IX, p. 331, édit. de M. - -Ces lignes mystérieuses et mélancoliques et quelques autres[614] -laissent subsister une douloureuse incertitude sur le sort de cette -aînée des enfants du comte de Grignan. - - [614] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (24 juillet 1680), t. VII, p. 129, édit. - de G. de S.-G.; t. VI, p. 190, édit. de M. - -Dix jours après son accouchement, madame de Grignan se trouvait -parfaitement rétablie, et madame de Sévigné commençait ainsi la grande -lettre qu'elle écrivait au comte de Grignan sur ses affaires de -Provence: «Ne parlons plus de cette femme, nous l'aimons au delà de -toute raison; elle se porte très-bien, et je vous écris en mon propre et -privé nom[615].» - - [615] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (28 novembre 1670), t. I, p. 275, édit. - de G. de S.-G; t. I, p. 205, édit. de M. - -Il était bien naturel que madame de Sévigné retardât, autant qu'elle le -pouvait raisonnablement, le départ pour la Provence de _cette femme_, -bien véritablement aimée d'elle _au delà de toute raison_. Aussi la -voyons-nous redoubler de soins, de tendresses et de cajoleries pour le -comte de Grignan; parler sans cesse du désir qu'a sa fille d'aller le -rejoindre; exagérer les inconvénients, les dangers de ce voyage dans une -si rigoureuse saison. Il paraît que la nouvelle de la nomination de M. -de Grignan à la lieutenance générale de Provence, et l'idée de se voir -séparée de sa fille, avait causé une telle affliction à madame de -Sévigné que sa santé en avait été altérée; car, en parlant à M. de -Grignan du prochain départ de sa fille, elle lui dit douloureusement: -«Je serai bientôt dans l'état où vous me vîtes l'année passée[616].» - - [616] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (10 décembre 1670), t. I, p. 280, édit. - de G. de S.-G. - -Cependant le 16 janvier arrive; c'est-à -dire que deux mois se sont -écoulés depuis l'accouchement de madame de Grignan, et elle n'a point -encore quitté sa mère. «Hélas! dit celle-ci, je l'ai encore cette pauvre -enfant! et quoi qu'elle ait pu faire, il ne lui a pas été possible de -partir le 10 de ce mois[617].» Et voyez quel monde d'obstacles madame -de Sévigné accumule pour retarder ce départ! A l'entendre, elle le -souhaite, et c'est forcément qu'elle le diffère. «Les pluies ont été et -sont encore si excessives qu'il y aurait eu de la folie à se hasarder. -Toutes les rivières sont débordées, tous les grands chemins sont noyés, -toutes les ornières cachées; on peut fort bien verser dans tous les -gués. Enfin, la chose est au point que madame de Rochefort, qui est chez -elle à la campagne, qui brûle d'envie de revenir à Paris, où son mari la -souhaite et où sa mère l'attend avec une impatience incroyable, ne peut -pas se mettre en chemin, parce qu'il n'y a pas de sûreté, et qu'il est -vrai que cet hiver est épouvantable; il n'a pas gelé un moment, et il a -plu tous les jours comme des pluies d'orage; il ne passe plus aucun -bateau sous les ponts; les arches du Pont-Neuf sont quasi comblées: -enfin c'est une chose étrange.» - - [617] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (16 janvier 1671), t. I, p. 298, édit. - de G. de S.-G. - -Madeleine de Laval-Bois-Dauphin, mariée depuis peu au marquis de -Rochefort, était liée avec madame de Grignan, et du même âge[618]. -Nommée deux ans après dame du palais, son mari fut ensuite fait maréchal -de France[619] et mourut à l'âge de quarante ans; sa femme se montra -longtemps inconsolable de sa perte[620]. Jolie personne, elle inspira à -la Fare une passion à laquelle elle se montra insensible. Celle qu'eut -pour elle Louvois fut plus constante et plus sérieuse[621]; mais, à -l'époque où madame de Sévigné écrivait la lettre que nous venons de -citer, toutes les affections de madame de Rochefort étaient concentrées -sur son mari, et l'exemple était donc bien choisi[622]. Madame de -Sévigné ne veut pas que sa fille, pour aller joindre son mari, paraisse -arrêtée par la crainte du danger; aussi elle prend tout sur elle, et -dit: - -«Je vous avoue que l'excès d'un si mauvais temps fait que je me suis -opposée à son départ pendant quelques jours. Je ne prétends pas qu'elle -évite le froid, ni les boues, ni les fatigues du voyage; mais je ne veux -pas qu'elle soit noyée. Cette raison, quoique très-forte, ne la -retiendrait pas présentement, sans le coadjuteur, qui part avec elle et -qui est engagé de marier sa cousine d'Harcourt. Cette cérémonie se fait -au Louvre. M. de Lionne est le procureur; le roi lui a parlé... Ce -serait une chose si étrange que d'aller seule, et c'est une chose si -heureuse pour elle d'aller avec son beau-frère, que je ferai tous mes -efforts pour qu'ils ne se quittent pas. Cependant les eaux s'écouleront -un peu. Je veux vous dire de plus que je ne sens point le plaisir de -l'avoir présentement: je sais qu'il faut qu'elle parte; ce qu'elle fait -ici ne consiste qu'en devoirs et en affaires; on ne s'attache à nulle -société; on ne prend aucun plaisir; on a toujours le cÅ“ur serré; on ne -cesse de parler de chemins, de pluies, des histoires tragiques de ceux -qui se sont hasardés. En un mot, quoique je l'aime comme vous savez, -l'état où nous sommes à présent nous pèse et nous ennuie; ces derniers -jours-ci n'ont aucun agrément. Je vous suis très-obligée, mon cher -comte, de toutes vos amitiés pour moi et de toute la pitié que je vous -fais. Vous pouvez mieux qu'un autre comprendre ce que je souffre et ce -que je souffrirai[623].» - - [618] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (19 février 1672), t. II, p. 396, édit. - de G. de S.-G. - - [619] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (29 septembre 1673), t. III, p. 288, - édit. de G. de S.-G. - - [620] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (1er juin et 11 septembre 1676), t. IV, - p. 467, et t. V, p. 117, édit. de G. de S.-G. - - [621] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (19 mai 1673), t. III, p. 153. - - [622] Conférez encore, sur le maréchal et la maréchale de - Rochefort, LORET, _Muse historique_, liv. VIII, p. 135; IX, p. - 130; XIII, p. 66.--MONTPENSIER, _Mémoires_, t. XLII, p. - 136.--GOURVILLE, _Mémoires_, t. LII, p. 265.--SÉVIGNÉ, _Lettres_ - (25 décembre 1679), t. VI, p. 265, édit. de G. de S.-G.--SÉVIGNÉ, - _Lettres_ (24 janvier 1680), t. VI, p. 320, édit. de G. de S.-G. - - [623] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (16 janvier 1671), t. I, p. 299 et 300, - édit. de G. de S.-G. - -L'inquiétude de madame de Sévigné au sujet de ce départ était d'autant -plus grande que si ce mariage de la cousine du coadjuteur tardait plus -de huit jours, et que le coadjuteur persistât à vouloir y assister, elle -voyait sa fille résolue à partir sans lui, ce qui lui paraissait à elle -le comble de la folie, et la mettait au désespoir[624]. Le mariage n'eut -lieu que trois semaines après la date de cette lettre à M. de Grignan. -Mais le coadjuteur, d'après les vives instances de madame de Sévigné, -aima mieux renoncer à assister à cette cérémonie que de ne pas -accompagner sa belle-sÅ“ur; c'est ce qui résulte évidemment de la date -de la célébration des noces de mademoiselle d'Harcourt[625] avec Pereïra -de Mello, duc de Cardaval, qui eut lieu le 7 février[626], et de la -lettre de madame de Sévigné, datée du 6 du même mois. C'est par cette -lettre que commence cette longue suite de complaintes sur la douleur -qu'éprouvait madame de Sévigné d'être séparée de sa fille; éloquentes et -touchantes expressions de ses tourments maternels, qui tiennent une si -grande place dans sa correspondance. Dès la première phrase de cette -lettre, nous apprenons que madame de Grignan était partie la veille du -jour où elle fut écrite. - - [624] SÉVIGNÉ, _ibid._, p. 300. - - [625] La mère de Marie-Angélique-Henriette de Lorraine était - Ornano et sÅ“ur de la mère de MM. de Grignan.--Voyez ci-dessus, - chap. VIII, p. 129, la liste des parents qui signèrent le contrat - de mariage de M. de Grignan. - - [626] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (23 janvier, 1er et 6 février 1671), t. - I, p. 303, 304, 305. - - - - -CHAPITRE XVII. - -1671. - - D'Hacqueville vient chercher madame de Grignan dans son carrosse, - pour la séparer d'avec sa mère.--Douleur de celle-ci.--Elle écrit - à sa fille.--Madame de Grignan arrive à Nogent-sur-Vernisson.--A - Moulins, elle y trouve madame de Guénégaud.--Triste réflexion de - madame de Guénégaud en présence du monument funèbre du duc de - Montmorency.--C'est là que madame de Grignan rencontre la marquise - de Valencey et ses deux filles.--Madame de Grignan arrive à Lyon, - court quelques dangers en gravissant la montagne Tarare, manque - d'être noyée dans le Rhône à Avignon, où elle s'embarque avec son - mari.--Couplet sur le départ de madame de Grignan et sur son - absence de la cour.--Madame de Grignan fait son entrée dans - Arles.--Elle y trouve le marquis de Vardes et le président de - Bandol.--Madame de Sévigné entretient une correspondance avec - diverses personnes pour avoir des nouvelles de sa fille.--De - Julianis et le marquis de Saint-Andiol lui en apportent.--Elle eut - trois relations du voyage de sa fille.--Elle reçoit des nouvelles - de son arrivée à Aix.--Elle souhaite d'être à Aix, pour partager - avec elle l'ennui des visites et du cérémonial.--Elle ne peut - s'accoutumer à son absence.--Elle forme le projet de l'aller - trouver en Provence.--Madame de Grignan est enceinte.--Inquiétudes - de sa mère sur son projet d'aller à Marseille.--Honneurs rendus à - madame de Grignan par de Vivonne; détails sur celui-ci.--Pour mot - d'ordre il donne le nom de madame de Sévigné.--Celle-ci se montre - charmée de cette galanterie et de la relation que sa fille lui - adresse de son voyage d'Aix à Marseille.--Elle se rend dans cette - ville la conciliatrice de tous les différends.--Madame de Sévigné - se dispose à partir pour la Bretagne, et promet à sa fille d'aller - la rejoindre en Provence. - -Fille adorée, heureuse mère, dans tout l'éclat de la jeunesse et de la -beauté, madame de Grignan allait retrouver un époux sur lequel la -puissance de ses charmes et l'énergie de son caractère devaient lui -assurer un suprême ascendant; elle partait avec l'assurance d'être -accueillie en reine sous ce beau ciel de Provence, où la renommée de ses -attraits, de sa vertu, de ses talents, de la culture de son esprit, -l'avait précédée. - -Le complaisant d'Hacqueville, au moment du départ, était venu lui-même -la prendre dans son carrosse, autant par attention pour elle que pour -soutenir le courage de madame de Sévigné contre la douleur d'une telle -séparation. Plus d'un mois après ce cruel moment, cette mère -inconsolable ne pouvait supporter la vue de la chambre où elle avait dit -à sa fille un dernier adieu, où elle lui avait donné le dernier -baiser[627]. - - [627] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (3 mars 1671), t. I. p. 355, édit. de G. - de S.-G.; t. I, p. 272, édit. de M. - -«Je vous assure, ma chère enfant, lui écrit-elle alors, que je songe à -vous continuellement, et que je sens tous les jours ce que vous me dîtes -une fois, qu'il ne fallait pas appuyer sur certaines pensées: si l'on ne -glissait pas dessus, on serait toujours en larmes, c'est-à -dire moi. Il -n'y a lieu dans cette maison qui ne me blesse le cÅ“ur; toute votre -chambre me tue; j'y ai fait mettre un paravent tout au milieu, pour -rompre un peu la vue; une fenêtre de ce degré par où je vous vis monter -dans le carrosse d'Hacqueville, et par où je vous rappelai, me fait peur -à moi-même quand je pense combien alors j'étais capable de me jeter par -la fenêtre; car je suis folle quelquefois. Ce cabinet, où je vous -embrassai sans savoir ce que je faisais; ces Capucins[628], où j'allai -entendre la messe; ces larmes qui tombaient de mes yeux à terre, comme -si c'eût été de l'eau qu'on eût répandue; Sainte-Marie[629], madame de -la Fayette, mon retour dans cette maison, votre appartement, la nuit, le -lendemain; et votre première lettre, et toutes les autres, et encore -tous les jours, et tous les entretiens de ceux qui entrent dans mes -sentiments: ce pauvre d'Hacqueville est le premier; je n'oublierai -jamais la pitié qu'il eut de moi. Voilà donc où j'en reviens, il faut -glisser sur tout cela, et se bien garder de s'abandonner à ses pensées -et aux mouvements de son cÅ“ur; j'aime mieux m'occuper de la vie que -vous faites maintenant, cela me fait une diversion sans m'éloigner -pourtant de mon sujet et de mon objet, qui est ce qu'on appelle -poétiquement l'objet aimé. Je songe donc à vous, et je souhaite toujours -de vos lettres; quand je viens d'en recevoir, j'en voudrais bien encore. -J'en attends présentement, et je reprendrai ma lettre quand j'aurai de -vos nouvelles. J'abuse de vous, ma très-chère; j'ai voulu aujourd'hui me -permettre cette lettre d'avanie, mon cÅ“ur en avait besoin; je n'en -ferai pas une coutume[630].» - - [628] Le couvent des Capucins de la rue d'Orléans au Marais. - Cette église est aujourd'hui la paroisse de Saint-François - d'Assise. - - [629] Le couvent des filles de Sainte-Marie. Voyez PIGANIOL DE LA - FORCE, _Description de Paris_, t. VIII, p. 318; et SÉVIGNÉ, - _Lettres_ (6 février 1671), t. I, p. 305 et 306, édit. de G. de - S.-G. - - [630] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (13 mars 1671), t. I, p. 355. - -Cette lettre rappelle celle qu'elle avait écrite dès le lendemain même -du départ de madame de Grignan: - -«Ma douleur serait bien médiocre si je pouvais vous la dépeindre[631]; -je ne l'entreprendrai pas aussi. J'ai beau chercher ma fille, je ne la -trouve plus, et tous les pas qu'elle fait l'éloignent de moi. Je m'en -allai donc à Sainte-Marie, toujours pleurant et toujours mourant; il me -semblait qu'on m'arrachait le cÅ“ur et l'âme; et en effet quelle rude -séparation! Je demandai la liberté d'être seule; on me mena dans la -chambre de madame de Housset, on me fit du feu. Agnès me regardait sans -me parler; c'était notre marché. J'y passai jusqu'à cinq heures sans -cesser de sangloter; toutes mes pensées me faisaient mourir. J'écrivis à -M. de Grignan, vous pouvez juger sur quel ton; j'allai ensuite chez -madame de la Fayette, qui redoubla mes douleurs par l'intérêt qu'elle y -prit; elle était seule et malade, et triste de la mort d'une sÅ“ur -religieuse. Elle était comme je la pouvais désirer. M. de la -Rochefoucauld y vint; on ne parla plus que de vous, et de la raison que -j'avais d'être touchée... Les réveils de la nuit ont été noirs, et le -matin je n'étais pas avancée d'un pas pour le repos de mon esprit. -L'après-dînée se passa chez madame de la Troche, à l'Arsenal. Le soir, -je reçus votre lettre, qui me remit dans mes premiers transports.» - - [631] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (6 février 1671), t. I, p. 305-307, - édit. de G. de S.-G. - -Ainsi que nous l'avons déjà dit, madame de Grignan, en quittant Paris, -laissa sa fille à madame de Sévigné, et partit avec ses chevaux, -s'avançant à petites journées sur la route de Lyon[632]. Elle avait pour -conducteur ou pour cocher un certain Busche, homme dévoué, mais -grotesque, qui, lorsqu'il l'eut rendue saine et sauve à sa destination, -revint à Paris, et fut questionné, choyé et sur le point d'être embrassé -par madame de Sévigné[633]. Un paysan de Sully fut chargé de lui -apporter une lettre de sa fille tandis qu'elle était en route. «Je veux -le voir, lui écrit-elle; je lui donnerai de quoi boire. Je le trouve -bien heureux de vous avoir vue. Hélas! comme un moment me paraîtrait -doux, et que j'ai de regret à tous ceux que j'ai perdus!» Lorsque madame -de Grignan fut arrivée à Nogent-sur-Vernisson, elle écrivit à sa -mère[634], et chercha à la distraire en lui racontant les singulières -saillies d'éloquence de Busche. Nous n'avons aucune des lettres que -madame de Grignan a écrites pendant ce voyage, et nous n'en pouvons -juger que par la vive impression qu'elles faisaient sur madame de -Sévigné, toujours dans les larmes, toujours inconsolable et croyant -toujours voir ce fatal carrosse, «qui, dit-elle, avance sans cesse et -n'approchera jamais de moi[635].» - - [632] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (9 février 1671), t. I, p. 237, 238, - 239, édit. de M., ou t. I, p. 313 à 314, édit. de G. de S.-G. - - [633] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (4 mars 1671), t. I, p. 359-361.--(9 - février 1671), t. I, p. 315, édit. de G. de S.-G.; t. I, p. 239, - édit. de M. - - [634] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (9 et 11 février 1671), t. I, p. 315 et - 320. - - [635] SÉVIGNÉ, _Lettres_ en date des 9 et 18 février 1671, t. I, - p. 311 et 333 de l'édit. de G. de S.-G. - -Arrivée à Moulins, madame de Grignan y trouva madame Duplessis de -Guénégaud, non telle que dans son enfance elle l'avait vue à Fresnes au -milieu de sa prospérité: cette femme si aimable, si spirituelle avait -été dépouillée de la plus grande partie de sa fortune par les mesures -rigoureuses de Colbert contre tous les amis de Fouquet, contre tous ceux -qui s'étaient enrichis sous son administration[636]. Déchue du rang -qu'elle occupait à la cour et dans le monde, elle s'était retirée à -Moulins, où se trouvait aussi madame Fouquet et toute sa famille, -plongée dans la douleur d'être privée de son chef. Madame de Guénégaud -retournait en cette ville après un court séjour à Paris. En partant, -elle s'était chargée d'une lettre que madame de Sévigné l'avait[637] -priée de remettre à sa fille lorsqu'elle l'aurait rejointe. Le premier -soin de madame de Grignan, en arrivant à Moulins, avait été de se rendre -au couvent de la Visitation, fondé par sa bisaïeule la baronne de -Chantal, où, depuis trente ans qu'elle avait cessé de vivre, on -conservait son cÅ“ur avec vénération[638]. Madame de Grignan, après -avoir payé le tribut des prières dues à une si chère et si pieuse -mémoire, tourna ses regards vers le tombeau orné de pilastres, de -statues, couronné de figures d'anges que la veuve de Henri de -Montmorency, décapité à Toulouse le 30 octobre 1632[639], avait fait -ériger dans cette église. Le maréchal-duc y est représenté couché sur le -dos et appuyé sur le coude. La duchesse, sa femme, est assise à ses -pieds, voilée et en mante. Deux jeunes enfants, beaux, frais, gracieux, -priaient avec leur mère près de ce magnifique mausolée; c'étaient les -deux petites-filles de François de Montmorency, comte de Boutteville, ce -parent et cet ami du baron de Sévigné, l'aïeul de madame de Grignan, de -ce comte de Boutteville que Richelieu aussi avait fait décapiter le 21 -juin 1637; et leur mère, Marie-Louise de Montmorency, marquise de -Valencey[640]. L'aspect de ce lieu, si rempli des souvenirs de sa -famille et des deux illustres victimes immolées à l'ambition et à la -cruauté d'un ministre; cette réunion autour d'une même tombe de -l'enfance et de l'âge mûr, du malheur et de la prospérité émurent madame -de Grignan, déjà triste de se trouver séparée d'une mère qu'elle n'avait -jamais quittée: elle se prit à pleurer, et soupira profondément. Dans le -même moment madame de Guénégaud, arrivant de Paris, l'accosta, la -regarda avec attendrissement, et lui dit: «Soupirez, madame, soupirez; -j'ai accoutumé Moulins aux soupirs qu'on apporte de Paris[641].» - - [636] GOURVILLE, _Mémoires_ (année 1671), collection des - _Mémoires sur l'histoire de France_, par Petitot et Monmerqué, t. - LII, p. 449. - - [637] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (9 et 18 février 1671), t. I, p. 311 et - 329.--_Ibid._ (17 mai 1676), t. IV, p. 440, édit. de G. de S.-G. - - [638] Tome I, p. 3 de la première partie de ces Mémoires. - - [639] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (18 février 1671), t. I, p. 332, et la - note 1 de M. Gault de Saint-Germain. - - [640] Première partie de cet ouvrage, p. 5.--Conférez SÉVIGNÉ, - _Lettres_ (28 juillet 1682), t. VII, p. 98, édit. de M. - - [641] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (17 mai 1671), t. IV, p. 441, édit. de - G. de S.-G.; t. IV, p. 298, édit. de M. - -Madame de Grignan vit encore à Moulins, dans le couvent de la -Visitation, une très-belle femme, madame de Valence, qui s'était faite -religieuse[642]; cette madame de Valence passa depuis dans plusieurs -couvents, puis se fixa dans l'abbaye de Clérets, où elle rétablit la -règle, ce qui lui acquit la réputation d'une sainte[643]. - - [642] _Lettres de madame_ DE RABUTIN-CHANTAL, _marquise_ DE - SÉVIGNÉ, _à madame la comtesse de Grignan, sa fille_; la Haye, - 1726, in-12, t. I, p. 20. - - [643] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (de madame de Sévigné au comte de - Guitaud, 1693), t. X, p. 445 et 446, édit. de G. de S.-G. - -Madame de Grignan continua sa route sans s'arrêter jusqu'à Lyon; et le -récit qu'elle fit de ce trajet à madame de Sévigné donna lieu à celle-ci -de gronder dans une de ses lettres le coadjuteur pour avoir fait -franchir de nuit à sa fille la montagne de Tarare, qu'on ne passe -jamais, dit-elle, qu'entre deux soleils[644]. Mais M. de Grignan reçut -une réprimande bien plus méritée et bien plus sérieuse pour avoir, -selon madame de Sévigné, par son imprudence, fait courir à sa femme, à -lui-même et à tous les siens un véritable danger. Cependant il ne la -méritait pas, cette réprimande, et le coupable en cette occasion était -encore le coadjuteur[645]. - - [644] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (25 et 27 février 1671), t. I, p. 342, - 350, édit. de G. de S.-G. - - [645] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (4 mars 1671), t. I, p. 359, édit. de G. - de S.-G. - -M. de Grignan était venu au-devant de sa femme jusqu'à Avignon[646]. -L'empressement que mit madame de Grignan à rejoindre son mari ne lui -permit pas de séjourner à Lyon. Poussé par son frère et par sa femme, M. -de Grignan consentit, malgré ses craintes, à s'embarquer avec eux sur le -Rhône par un temps d'orage; le bateau qui les portait, jeté violemment -sur une des arches du pont d'Avignon, fut sur le point de se briser, et -tous ceux qu'il contenait furent exposés à être engloutis dans le -fleuve. La lettre de madame de Grignan, qui contenait le récit de cette -aventure, mit pendant plusieurs jours madame de Sévigné dans un état -permanent d'effroi. Elle écrivit à sa fille: «Quel miracle que vous -n'ayez pas été brisés et noyés en même temps! Je ne soutiens pas cette -pensée, j'en frissonne, et je m'en suis réveillée avec des sursauts dont -je ne suis pas la maîtresse.» Et deux jours après, dans une autre -lettre, voulant plaisanter sur le coadjuteur, qui n'écrit pas et qui -sans doute a été noyé sous le pont d'Avignon: «Ah! mon Dieu! dit-elle, -cet endroit est encore bien noir dans ma tête[647].» Elle croyait que sa -fille n'avait pu être sauvée que par un miracle de Dieu. «Je crois du -moins, lui dit-elle, que vous avez rendu grâces à Dieu de vous avoir -sauvée. Pour moi, je suis persuadée que les messes que j'ai fait dire -tous les jours pour vous ont fait ce miracle, et je suis plus obligée à -Dieu de vous avoir conservée dans cette occasion que de m'avoir fait -naître[648].» Bossuet, auquel madame de Grignan avait inspiré de -l'attachement, fut fortement ému lorsque le jeune de Sévigné lui apprit -cet événement. Sévigné termine ainsi une courte lettre à sa sÅ“ur: -«Adieu; soyez la bien échappée des périls du Rhône et la bien reçue dans -votre royaume d'Arles. A propos, j'ai fait transir M. de Condom sur le -récit de votre aventure; il vous aime toujours de tout son cÅ“ur[649].» - - [646] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (27 mars 1671), t. I, p. 398, édit. de - M. - - [647] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (4 et 6 mars 1671), t. I, p. 358 et 361, - édit. de G. de S.-G.; p. 274 à 277, édit. de M. - - [648] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (4 mars 1671), t, I, p. 358. - - [649] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (6 mars 1671), t. I, p. 361. - -Le départ de madame de Grignan, le danger qu'elle avait couru, son -absence, qui devait longtemps se prolonger, occupèrent pendant quelques -jours la cour et la ville; et on fit sur cela des vaudevilles et des -chansons[650], comme alors on avait coutume d'en faire sur les plus -graves affaires et sur les plus légers événements: ces chansons, après -avoir couru en manuscrit, passaient dans les recueils imprimés. Une de -celles qui ont reçu cet honneur commence ainsi: - - Provinciaux, vous êtes heureux - D'avoir ce chef-d'Å“uvre des cieux, - Grignan, que tout le monde admire. - Provinciaux, voulez vous nous plaire, - Rendez cet objet si doux: - Nous en avons affaire. - Gardez monsieur son époux - Et rendez-la-nous[651]. - - [650] _Recueil de chansons choisies, par_ M. DE ***; 1698, in-12, - t. I, p. 166-168. _Pour madame la comtesse de Grignan, qui pensa - se noyer sur le Rhône en allant à Arles._ - - [651] _Recueil de chansons choisies_; 1698, in-12, t. I, p. 175. - Conférez encore t. II, p. 19, 20 et 22. Les chansons de ce - recueil sont à tort attribuées à de Coulanges; il en contient un - grand nombre de lui, mais il y en a beaucoup d'autres dont il - n'est pas l'auteur. - -Madame de Grignan fit son entrée dans Arles; et la réception pompeuse -qui lui fut faite ne lui causa point autant de satisfaction que d'y -rencontrer Corbinelli et de s'entretenir avec lui de sa mère[652]. - - [652] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (6 mars 1671), t. I, p. 361, édit. de G. - de S.-G.; t. I, p. 177, édit. de M. - -M. de Grignan quitta sa femme à Arles[653], où elle séjourna. -Indépendamment de Corbinelli, elle était encore entourée dans cette -ville de deux autres amis de madame de Sévigné, le brillant marquis de -Vardes, toujours exilé, et le président de Bandol, homme d'esprit et de -goût, aimant la poésie et les belles-lettres et en correspondance avec -Coulanges le chansonnier. C'est accompagnée par le président de Bandol -et le marquis de Vardes que madame de Grignan fit son entrée dans la -ville d'Aix, qui, comme la capitale de la Provence, devait être le lieu -de sa résidence habituelle et était le terme de son voyage[654]. - - [653] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (11 mars 1671), t. I, p. 365, édit. de - G. de S.-G. - - [654] _Lettres de madame_ RABUTIN-CHANTAL, _marquise_ DE SÉVIGNÉ, - _à madame la comtesse de Grignan, sa fille_; la Haye, 1726, - in-12, t. I, p. 38 et 39.--SÉVIGNÉ, _Lettres_ (18 mars 1671), t. - I, p. 379 et 380, édit. de G. de S.-G.; t. I, p. 292, édit. de M. - -Madame de Grignan avait, par ses lettres, instruit sa mère de tout ce -qui lui avait paru intéressant depuis son arrivée en Provence; mais -madame de Sévigné, avide des moindres détails, ne trouvait pas sa fille -assez explicite, et s'était mise en rapport avec tous ceux qui pouvaient -lui en donner des nouvelles. C'est ainsi qu'elle se procura une relation -admirable, selon elle, du voyage de madame de Grignan depuis Arles -jusqu'à Aix, adressée à M. de Coulanges par M. de Ripert, homme -d'affaires de M. de Grignan[655] et frère du doyen du chapitre de -Grignan. Corbinelli lui fit une seconde relation du même voyage, et le -président de Bandol une troisième[656]. Toutes furent lues et relues par -elle avec un égal empressement. Elle recherchait aussi tous ceux qui -venaient de la Provence et lui parlaient de sa fille, et même tous les -Provençaux, qui, eux aussi, pouvaient au moins l'entretenir du pays -qu'habitait madame de Grignan. Madame de Sévigné lia une correspondance -avec Vardes sur ce sujet et avec le coadjuteur d'Arles; elle rendit plus -actives ses relations avec son cousin de Coulanges, alors à Paris. Le -coadjuteur d'Arles lui écrivait en italien des lettres qui la -divertissaient. «Je ferai, dit-elle, réponse au prélat dans la même -langue, avec l'aide de mes amis[657].» Ces amis, c'était sans doute -Ménage, qui écrivait parfaitement en italien. Dans cette même lettre -(mutilée dans toutes les éditions modernes) elle dit encore: «La liaison -de M. de Coulanges et de moi est extrême par le côté de la Provence; il -me semble qu'il m'est bien plus proche qu'il n'était; nous en parlons -sans cesse. Quand les lettres de Provence arrivent, c'est une joie parmi -tous ceux qui m'aiment, comme c'est une tristesse quand je suis -longtemps sans en avoir. Lire vos lettres et vous écrire sont la -première affaire de ma vie; tout fait place à ce commerce; aimer comme -je vous aime fait trouver frivoles toutes les autres amitiés[658].» - - [655] _Lettres de madame_ RABUTIN-CHANTAL, _marquise_ DE SÉVIGNÉ, - _à madame la comtesse de Grignan, sa fille_; la Haye, 1726, - in-12, t. I, p. 38 et 39 (18 mars 1671); et t. I, p. 220. Le nom - de Ripert ne se trouve pas dans les éditions modernes, et les - lettres citées ici y ont subi beaucoup de - retranchements.--SÉVIGNÉ, _Lettres_ (le jour des noces, à onze - heures, 1671), t. II, p. 325, édit. de G. de S.-G.; ou t. II, p. - 275 de l'édit. de M.--_Ibid._ (26 juillet 1675), t. III, p. 469, - édit. de G. de S.-G.--_Ibid._ (4 septembre 1676), t. V, p. 113. - Sur Ripert, voyez l'_Histoire de madame de Sévigné_, par M. - Aubenas, p. 180 et 588. - - [656] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (27 mars 1671), t. I, p. 398, édit. de - G. de S.-G.; t. I, p. 309, édit. de M. - - [657] SÉVIGNÉ, _Lettres_, édit. de la Haye, 18 mars 1671, t. I, - p. 639. - - [658] _Lettres de madame_ RABUTIN-CHANTAL, _marquise_ DE SÉVIGNÉ, - _à madame la comtesse de Grignan, sa fille_; la Haye, 1726, - in-12, t. I, p. 38. - -Le premier Provençal qui vint donner à madame de Sévigné des nouvelles -de sa fille fut le beau-frère de M. de Grignan, le marquis de -Saint-Andiol[659], qui, en se rendant à Paris, avait rencontré madame de -Grignan. «Saint-Andiol m'est venu voir... il m'a dit qu'il vous avait -vue en chemin; il m'a fait transir en me parlant des chemins que vous -aviez à passer.» - - [659] Conférez ci-dessus, chapitre VIII, p. 137, et _Lettres de - madame_ RABUTIN-CHANTAL, etc.; la Haye, 1726, in-12, t. I, p. 39. - (Ce passage ne se trouve que dans cette première édition.) - -Mais ce fut un autre Provençal, nommé de Julianis, qui mit fin aux -anxiétés de madame de Sévigné en lui apprenant que sa fille était enfin -arrivée heureusement au terme de son voyage. - -Le 11 mars, un mercredi, madame de Sévigné écrit à sa fille: «Vous étiez -à Arles; mais je ne sais rien de votre arrivée à Aix. Il me vint hier un -gentilhomme de ce pays-là , qui était présent à votre arrivée et qui vous -a vue jouer à petite prime avec Vardes, Bandol et autres; je voudrais -pouvoir vous dire comme je l'ai reçu et ce qu'il m'a paru de vous avoir -vue jeudi dernier... Il m'a trouvée avec le P. Mascaron, à qui je -donnais un très-beau dîner. Comme il prêche à ma paroisse et qu'il vint -me voir l'autre jour, j'ai pensé que cela était d'une vraie petite -dévote de lui donner un repas; il est de Marseille, et a trouvé fort bon -d'entendre parler de Provence[660].» - - [660] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (11 mars 1671), t. I, p. 365, édit. de - G. de S.-G.--_Ibid._ (18 février 1671), t. I, p. 330.--_Ibid._ (6 - et 10 novembre 1675), t. IV, p. 194-196.--_Ibid._ (29 décembre - 1675), t. I, p. 280.--_Ibid._ (1er janvier 1676), t. IV, p. - 285--_Ibid._ (12 août 1695, lettre de madame de Coulanges), t. - XI, p. 204, note 1. - -Il résulte de ce passage de la lettre de madame de Sévigné que de -Julianis, le gentilhomme dont elle parle, ne mit que cinq jours à se -rendre d'Aix à Paris, et que madame de Grignan employa un mois entier -pour se rendre de Paris à Aix; ce qui ne doit pas surprendre. Madame de -Grignan, ainsi que nous l'avons dit, avait voyagé avec ses chevaux à -petites journées, et, de plus, on a vu qu'elle s'était arrêtée partout -où elle avait trouvé des parents et des amis qui l'invitaient à -séjourner. - -Enfin, madame de Sévigné ne fut parfaitement tranquille que lorsqu'elle -reçut une lettre de madame de Grignan datée d'Aix. Mais elle regrettait -de n'y pas trouver assez de détails, et elle en fit des reproches à sa -fille. «Je ne comprends pas que vous ne me disiez pas un mot de votre -entrée à Aix ni de quelle manière on vous y avait reçue. Tous deviez me -dire de quelle manière Vardes honorait votre triomphe; du reste, vous me -le représentez très-plaisamment, avec votre embarras et vos civilités -déplacées. Bandol vous est d'un grand secours; et moi, ma petite, que -je vous serais bonne! Ce n'est pas que je fisse mieux que vous, car je -n'ai pas le don de placer si juste les noms sur les visages; au -contraire, je fais tous les jours mille sottises là -dessus; mais je vous -aiderais à faire des révérences[661].» - - [661] _Lettres de madame_ RABUTIN-CHANTAL, _marquise_ DE SÉVIGNÉ, - _à madame la comtesse de Grignan, sa fille_ (18 mars 1671), t. I, - p. 34. Ce texte a éprouvé, de la part du chevalier Perrin, des - altérations et des suppressions. Conférez SÉVIGNÉ, _Lettres_, t. - I, p. 379, édit. de G. de S.-G. - -La voilà donc réduite, cette tendre mère, à regretter de ne pouvoir -partager les ennuis et les tribulations de celle qu'elle aime; la voilà -séparée d'elle pour un temps qui lui paraît infini, puisque la durée -n'en peut être déterminée. Que fera-t-elle, la pauvre délaissée? Avec sa -fille, son cÅ“ur, son âme, son esprit ont été transportés en Provence; -c'est là qu'elle vit, qu'elle s'alarme, qu'elle se réjouit, qu'elle se -console, qu'elle s'afflige. Enfin elle ne peut plus résister aux -anxiétés qu'elle éprouve d'en être privée, d'en être si éloignée. Elle -forme le projet de l'aller joindre, de jouir encore du bonheur de la -voir, de l'admirer, de la caresser, de lui donner ses soins; car elle -sait qu'elle est enceinte; sa grossesse est connue de l'évêque de -Marseille et n'est un mystère pour personne[662]. Cependant madame de -Grignan, nonobstant l'état où elle se trouve, veut aller visiter -Marseille; nouveau sujet d'alarme pour madame de Sévigné. D'Aix à -Marseille la distance n'est pas grande, et la route est belle.--Peu -importe: lorsque madame de Sévigné sait que ce voyage s'exécute, mille -craintes la tourmentent. «Pourquoi avez-vous été à Marseille? M. de -Marseille mande ici qu'il y a de la petite vérole; de plus, on vous aura -tiré du canon qui vous aura émue: cela est très-dangereux. On dit que de -Biez accoucha l'autre jour, d'un coup de pistolet qu'on tira dans la -rue. Vous aurez été dans des galères, vous aurez passé sur de petits -ponts; le pied peut vous avoir glissé, vous serez tombée. Voilà les -horreurs de la séparation; on est à la merci de toutes ces pensées; on -peut croire, sans folie, que ce qui est possible peut arriver. Toutes -les tristesses de tempérament sont des pressentiments, tous les songes -sont des présages, toutes les précautions sont des avertissements; enfin -c'est une douleur sans fin[663].» - - [662] _Lettres de madame_ RABUTIN-CHANTAL, _marquise_ DE SÉVIGNÉ, - t. I, p. 97, édit. de la Haye, 1726, 6 mai 1671.--SÉVIGNÉ, - _Lettres_, t. II, p. 61, édit. de G.--_Ibid._, t. II, p. 51, - édit. de M. - - [663] _Lettres de madame_ RABUTIN-CHANTAL, édit. de la Haye, - 1726, t. I, p. 97 (6 mai 1671).--SÉVIGNÉ, _Lettres_, t. II, p. - 58, édit. de G. de S.-G.--_Ibid._, t. II, p. 48, édit. de M. - -Mais aussitôt que madame de Sévigné apprend que ce voyage s'est terminé -heureusement, elle paraît charmée qu'il ait été entrepris. Vivonne, que -sa bravoure et sa qualité de frère de madame de Montespan portèrent aux -postes les plus enviés et au grade de maréchal de France, était alors à -Marseille général des galères. Gros réjoui, homme d'esprit, adonné aux -femmes et aux plaisirs de la table jusqu'à la débauche[664], lié avec -madame de Sévigné, il fit rendre à madame de Grignan des honneurs dignes -d'une reine. Le canon retentit avec fracas à son arrivée; le mot d'ordre -donné aux troupes fut le nom même de sa mère. La relation que madame de -Grignan fit à madame de Sévigné de ce voyage la charma, et elle ne -déguise pas le plaisir que lui fit la galanterie dont elle fut -personnellement l'objet de la part de Vivonne, ce _gros crevé_, comme -elle l'appelle ailleurs. «Je vois bien, ma fille, que vous pensez à moi -très-souvent et que cette _maman mignonne_ de M. de Vivonne n'est pas de -contrebande avec vous.» Madame de Sévigné se montre surtout enchantée, -et avec raison, que madame de Grignan ait profité de son rang de femme -du lieutenant général gouverneur pour opérer des réconciliations et -faire cesser des dissensions. «Il m'est venu de deux endroits que vous -aviez un esprit si bon, si juste, si droit et si solide qu'on vous a -faite seule arbitre des plus grandes affaires. Vous avez accommodé les -différends infinis de M. de Monaco avec un monsieur dont j'ai oublié le -nom. Vous avez un sens si net et si fort au-dessus des autres qu'on -laisse le soin de parler de votre personne, pour louer votre esprit; -voilà ce qu'on dit de vous ici[665].» - - [664] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (22 septembre 1688, 24 juin 1671, 12 - juin 1672, 11 et 15 décembre 1673, 31 juillet et 6 novembre - 1675); t. VIII, p. 357; t. II, p. 120; t. III, p. 64, 477; t. IV, - p. 190; t. VIII, p. 357.--LOUIS XIV, _OEuvres_, t. V, Lettres, p. - 320 et 330, 365, 366, 371. - - [665] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (13 mai 1671), t. II, p. 65, édit. de - G.--_Ibid._, t. II, p. 55, édit. de M. - -Madame de Grignan ne s'arrêta pas à ce service rendu au prince de -Monaco; elle alla dans le chef-lieu de sa principauté rendre visite à sa -femme, fille du comte de Gramont. C'était là une marque de déférence à -laquelle celle-ci n'avait pas droit de s'attendre après le discrédit où -l'avait fait tomber le scandale de ses amours avec Lauzun, avec le -chevalier de Lorraine, puis ses complaisances envers le roi. Aussi la -princesse se hâta-t-elle d'aller rendre en Provence à madame de Grignan -la visite qu'elle en avait reçue. Ces deux femmes, qui n'avaient rien -entre elles de commun que la beauté, furent cependant charmées de se -retrouver ensemble. Elles pouvaient parler de la cour, où toutes deux -avaient brillé et dont elles se regardaient comme exilées, quoique -toutes deux, dans les pays où elles résidaient, occupassent le premier -rang. Mais ce voyage que fit madame de Grignan à Monaco fut pour madame -de Sévigné un nouveau sujet d'alarmes: les grosses vagues de la mer et -ces chemins plus étroits que les litières, où la vie dépend de la -fermeté des pieds des mulets, la faisaient transir de frayeur[666]. - - [666] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (27 et 30 mai, 6 juin 1672), t. III, p. - 38, 42, 47 et 48, édit. de G.; t. II, p. 448-451, 461 et 463, - édit. de M.--_Idem_ (23 décembre 1671), t. II, p. 319, édit. - de G.; t. II, p. 270, édit. de M.--SAINT-SIMON, t. X, p. - 96.--DELORT, t. I, p. 207.--SÉVIGNÉ, _Lettres_ (25 juin 1677), t. - V, p. 257, édit. de G.--_Ibid._ (20 juin 1678, lettre de Bussy), - t. V, p. 505.--_Ibid._ (20 juin 1678, lettre de madame de - Sévigné), t. V, p. 509.--_Ibid._, 27 juin 1678, t. VI, p. 6 et - 7.--_Ibid._, 27 décembre 1688, t. IX, p. 54, édit. de G. de S.-G. - -Madame de Sévigné avait dans sa maison de Paris fait déménager tous les -meubles de madame de Grignan, pour les placer dans une chambre réservée. -«J'ai été présente à tout, lui écrit-elle; pourvu que vous ayez intérêt -à quelque chose, elle est digne de mes soins; je n'ai pas tant d'amitié -pour moi, Dieu m'en garde[667]!» Elle se plaint à sa fille que l'envie -continuelle qu'elle a de recevoir ses lettres et d'apprendre des -nouvelles de sa santé est une chose dévorante qu'elle ne peut supporter. -Aussi tient-elle toujours au projet qu'elle a formé d'aller en Provence; -et cependant, avant d'entreprendre ce voyage, il faut qu'elle en fasse -un autre; qu'elle s'éloigne de sa fille, dont elle est déjà séparée par -une distance de deux cents lieues; et, dans le moment même où elle lui -écrit: «J'irai vous voir très-assurément; ce voyage est nécessaire à ma -vie,» elle se disposait à partir pour la Bretagne[668]. - - [667] SÉVIGNÉ, _Lettres_, t. II, p. 67, édit de G. de S.-G.; t. - II, p. 56, édit. de M. - - [668] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (13, 25 et 28 mai 1671), t. II, p. 64, - 70 et 76, édit. de G. de S.-G. - - - - -CHAPITRE XVIII. - -1671-1672. - - Motifs qui obligent madame de Sévigné à se rendre en Bretagne.--Époque - de la tenue des états de cette province.--Indication où ils se - sont réunis.--Convoqués à Vitré en 1671.--Madame de Sévigné est - très-aimée en Bretagne.--Cet attachement n'est pas réciproque.--Le - duc de Chaulnes est nommé pour présider les états de Bretagne.--La - duchesse de Chaulnes est l'amie de madame de Sévigné.--Les états - de Bretagne et la maladie de sa tante, la marquise de la Trousse, - forcent madame de Sévigné de différer son voyage en Provence, et - prolongent sa correspondance avec sa fille.--Cette correspondance - doit être examinée dans son ensemble.--Son caractère général.--C'est - à elle que madame de Sévigné doit d'avoir été le peintre le plus - fidèle du grand monde de son temps.--Le recueil des lettres de - madame de Sévigné, publié en 1726, la plaçait au premier rang des - épistolographes.--Ce recueil a été bien apprécié par l'éditeur de - Hollande.--Toutes les éditions qui ont suivi cette première sont - tronquées et fautives pour les lettres qui s'y trouvent, parce que - les éditeurs modernes ne l'ont pas collationnée.--Sincérité de - madame de Sévigné justifiée.--Objections réfutées.--Pourquoi - madame de Sévigné et madame de Grignan ne concordaient pas - toujours lorsqu'elles vivaient ensemble.--L'amour de madame de - Sévigné pour sa fille était une passion.--Comment cette passion - s'exprime aussitôt après leur séparation.--Madame de Sévigné verse - des larmes toutes les fois qu'elle reçoit des lettres de sa - fille.--Madame de Grignan était froide.--Madame de Sévigné ne se - croyait jamais assez aimée, et devenait importune.--Extraits de - diverses lettres de madame de Sévigné où elle exprime sa passion - pour sa fille.--Jamais plus touchante que lorsqu'elle comprime ses - sentiments et affecte la gaieté.--Se compare à une figure de - Benoît.--Ses fins de lettres.--Madame de Grignan ne pouvait - supporter la compagnie ennuyeuse.--Soufflet donné par elle à - mademoiselle du Plessis.--Madame de Sévigné fait l'éloge des - lettres de madame de Grignan.--Comment madame de Sévigné termine - ses lettres à sa fille.--Madame de Sévigné se rend à Livry - pendant la semaine sainte du jubilé.--Impression que ces - lieux font sur elle.--Elle entend prêcher la Passion par - Mascaron.--Elle va dîner à Pomponne.--Son entretien avec Arnauld - d'Andilly.--Le cardinal de Retz vient à Paris.--Accueil qui lui est - fait.--Molière, Corneille et Boileau doivent lui lire de - leurs ouvrages.--Retz demande des nouvelles de madame de - Grignan.--Les louanges qu'il en fait excitent la sensibilité de sa - mère.--Impressions produites sur elle par son retour aux Rochers - et par sa visite au couvent des sÅ“urs Sainte-Marie.--Madame de - Grignan avait des opinions différentes de celles de sa - mère.--Madame de Sévigné avait formé sa fille pour écrire et lui - avait appris l'italien.--Madame de Sévigné ne veut pas que sa - fille déprécie les lettres qu'elle lui écrit ni qu'elle se compare - à la princesse d'Harcourt.--Madame de Grignan gardait les lettres - de sa mère, et les montrait.--Madame de Sévigné écrivait vite, et - ne se corrigeait pas.--Elle écrivait à toutes les heures du - jour.--Un commis de la poste lui remettait les lettres de sa fille - avant tout le monde.--Inquiétudes de madame de Sévigné lorsque - les lettres de madame de Grignan ne lui arrivaient pas à - temps.--Madame de Sévigné entretenait des correspondances avec - plusieurs personnes.--Nature de la correspondance qu'elle avait - avec sa fille. - -Par sa naissance, par ses richesses, par le nom qu'elle tenait de son -mari, la marquise de Sévigné était une des plus notables personnes de la -Bretagne. Elle était particulièrement liée avec ce que ce pays -renfermait de plus élevé en dignités et en puissance. Madame de Sévigné -comptait la duchesse de Chaulnes, la femme du gouverneur, au nombre de -ses plus intimes amies. L'assemblée des états, pour le consentement des -impôts et le règlement des dépenses, se réunissait tantôt à Nantes, -tantôt à Dinan, tantôt à Vitré. Cette dernière ville était située à sept -quarts de lieue des Rochers, où madame de Sévigné se retirait durant la -belle saison. Si, contre sa coutume, elle se fût abstenue de s'y rendre -pendant la tenue des états, elle aurait eu l'air, pour éviter une -dépense nécessaire, de fuir ses amis, et de faire, par un motif -sordide, une sorte d'affront à toute la province. Elle y était -très-aimée, quoique à cet égard elle fût ingrate et que cet attachement -ne fût pas réciproque; ce qu'avec raison elle dissimulait soigneusement. - -Depuis seize ans les états de Bretagne ne s'étaient point tenus à Vitré. -Leur dernière réunion en cette ville avait eu lieu en 1655; on les avait -rassemblés en 1661 à Nantes, et à Dinan en 1669. On les convoqua de -nouveau à Vitré en 1671[669], c'est-à -dire l'année même où madame de -Grignan s'en allait assister à ceux de la Provence. La commission -adressée par le roi: «A mon bien amé cousin le duc de Chaulnes, pair de -France, lieutenant général en nos armées dans nos pays et duché de -Bretagne,» est datée[670] de Saint-Germain en Laye le 6 mai 1671; et ce -jour-là même madame de Sévigné écrivait à sa fille, alors en route, pour -lui recommander d'être bien exacte à lui répondre, puisque bientôt elle -serait en Bretagne, et que là , pour calmer les inquiétudes causées par -un si grand éloignement, elle aurait encore plus besoin de ses -lettres[671]. - - [669] LOUIS DUBOIS, sous-préfet de Vitré, _Madame de Sévigné et - sa correspondance relative à Vitré et aux Rochers_, p. 58 et 59. - - [670] _Registres des états de Bretagne_, mss. bibl. du Roi; - Bl.-Mant.; no 75, p. 324 et 329. - - [671] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (6 mai 1671), t. II, p. 61 et 62, édit. - de G.; t. II, p. 51, édit. de M. - -Mais madame de Sévigné, ayant appris que l'ouverture des états n'aurait -lieu qu'au mois d'août, différa son départ, ne pouvant songer à aller en -Provence qu'après la séparation de l'assemblée des états de Bretagne. -Puis, lorsqu'elle fut de retour à Paris, elle se vit forcée d'y -séjourner pour donner des soins à sa tante, la marquise de la Trousse, -attaquée d'une maladie mortelle[672]. Ainsi fut plusieurs fois retardé -ce voyage, si ardemment désiré; ainsi se prolongea cette correspondance, -qui était la seule consolation de cette mère affligée, le seul moyen -qu'elle eût de calmer l'impatience douloureuse qu'elle éprouvait d'être -obligée de reculer le moment de son départ. - - [672] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (24, 27 juin et 1er juillet 1672), t. - III, p. 76, 81 et 84, édit. de G.; t. III, p. 12 et 19, édit. de - M. - -Puisque ce commerce épistolaire est le sujet, la substance même de ces -Mémoires, il faut une bonne fois le considérer en lui-même et -indépendamment des récits et des faits curieux qu'il renferme et qui le -recommandent à notre attention. Il faut rechercher ce qu'il nous apprend -sur madame de Sévigné; tâcher de pénétrer, par les aveux qui lui -échappent ou les opinions qu'elle manifeste, dans les secrets de ses -penchants les plus constants, de ses répulsions les plus invincibles, de -ses pensées les plus secrètes, de ses sentiments les plus intimes; et -parvenir ainsi à connaître ses vertus et ses faiblesses, les traits -distinctifs de son caractère et ses habitudes dominantes. Alors il sera -plus facile de comprendre ce que ses lettres nous révèlent sur les -événements du siècle où elle a vécu et de faire une juste appréciation -de ses jugements sur les personnes et sur les choses. - -Si vivre n'est pas seulement exister et user ses jours dans les -occupations obligées de fortune, de famille et de soins matériels; si la -vie consiste principalement dans l'exercice des plus nobles facultés de -l'âme; si pour en jouir dans toute sa plénitude il faut ressentir -vivement les émotions du cÅ“ur, subir malgré soi les impressions de -l'imagination, se complaire dans tout ce qui alimente le sentiment et -la pensée, avoir été fréquemment en proie aux vicissitudes des grandes -joies et des grandes douleurs, on peut affirmer que madame de Sévigné -n'a jamais plus vécu que durant les dix-huit mois qui se sont écoulés -pendant sa première séparation d'avec sa fille, c'est-à -dire depuis le -mois de février 1671 jusqu'au mois de juillet 1672. - -C'est dans cet intervalle de temps que madame de Sévigné se trouve -partagée entre l'orgueilleux plaisir d'avoir placé au premier rang, dans -une des plus belles provinces de France, celle qu'elle avait faite son -idole, et la douleur et les inquiétudes que lui causent son absence, sa -grossesse, ses voyages et ses indispositions. C'est alors aussi que la -satisfaction que le baron de Sévigné donne à sa mère par des preuves -répétées de son filial amour et par la confiance qu'il lui témoigne se -trouve contre-balancée par le chagrin des folles amours de ce jeune -homme; et lorsque la guerre a arraché ce fils à une conduite aussi -nuisible à son bonheur qu'à sa santé et à sa fortune, madame de Sévigné -a la crainte de se le voir enlever par le sort des combats, et elle -tressaille à l'arrivée de chaque courrier qui vient lui en apporter des -nouvelles. - -A aucune époque madame de Sévigné ne fréquenta davantage le monde et la -cour, parce qu'elle avait besoin de la cour et du monde, où se tramaient -toutes les intrigues et se décidaient toutes les affaires, pour être -utile à son gendre et à fille, pour distraire celle-ci par le récit de -ce qui se passait dans une sphère qu'elle avait quittée à regret, pour -l'intéresser à la lecture de ses lettres et empêcher qu'un commerce qui -faisait toute sa consolation ne languît par la paresse qu'elle lui -connaissait pour écrire. C'est pendant ce période de temps que se place -la rentrée au ministère du marquis de Pomponne, cet intime ami de -madame de Sévigné, et la déclaration de guerre à la Hollande; Paris et -Versailles sont rendus déserts par le départ du roi pour l'armée; c'est -aussi dans cet intervalle qu'ont lieu cette campagne sur le Rhin si -glorieuse et si meurtrière, la tenue des états de Bretagne et ceux de -Provence. Jamais madame de Sévigné n'a plus souvent éprouvé le besoin de -se mêler aux cercles tumultueux de la capitale et de les quitter pour la -silencieuse solitude de Livry. Jamais elle n'a eu autant d'entraînement -pour la société et les distractions mondaines, ni éprouvé d'aussi fortes -inspirations vers Dieu; jamais elle ne fréquenta plus les spectacles et -les églises, ni elle ne lut un plus grand nombre d'ouvrages pieux et de -livres profanes; jamais elle n'a joui d'une santé plus ferme et plus -robuste; jamais enfin elle n'a plus agi, plus senti, plus pensé et -surtout plus écrit. - -Si on excepte des lettres à diverses personnes, qui sont à des dates -très-éloignées les unes des autres, de toutes les correspondances que -madame de Sévigné avait entretenues durant cet espace de temps, il ne -nous reste que celles qu'elle a eues avec Bussy et avec sa fille. Ce qui -domine dans les lettres à cette dernière, c'est sa tendresse passionnée, -qui ne se manifeste à aucune autre époque avec autant d'abandon, de -chaleur et d'éloquence. C'est alors aussi qu'elle mit le plus -d'empressement et d'exactitude dans ce commerce épistolaire, qu'il lui -importait tant de faire agréer à madame de Grignan et à tous ceux qui -l'entouraient. Aussi ce qui frappe le plus dans les premières lettres de -madame de Sévigné, c'est l'idée fixe qui la domine et qui ne lui permet -pas de se distraire un instant de sa fille et des lieux habités par -elle. Les tracasseries d'Aix et de Marseille lui causent plus d'émotion -que Paris, Versailles ou Saint-Germain, Nantes ou Vitré; le château de -Grignan et son parc l'intéressent plus que les Rochers. Toutes les -_pétoffes_ de la société provençale, elle veut les connaître[673], car -elle sait que de toutes ces misères dépendent le bonheur et la -tranquillité de celle qu'elle chérit. Pour lui plaire, elle transporte -en Provence la Bretagne et ses états, la cour et ses intrigues, le roi -et ses maîtresses, l'Église et le théâtre, la littérature et les grands -événements de la guerre, les fêtes, les repas, les toilettes, les -conversations, le sermon; elle parlera de ceux qui meurent et de ceux -qui se marient, de ceux qui se ruinent et de ceux qui s'enrichissent. -Les lazzis et les réflexions, les portraits et les saillies, les -ridicules et les vices, tout lui sera bon, tout se pressera sous sa -plume, tout prendra, par la magie de son imagination, des formes et des -couleurs. Jusque dans la retraite de sa solitude champêtre, elle fera en -sorte que sa fille habite plus encore avec elle. Elle saura la mettre -dans la confidence de ses projets, de ses occupations, de ses -distractions, de ses tristesses, de ses craintes et de ses espérances; -mêler les conseils d'une profonde sagesse aux flatteries que sa -tendresse lui inspire. C'est lorsqu'elle était seule avec elle-même que -son cousin de Coulanges, avec plus de justesse qu'au milieu d'une -nombreuse et brillante assemblée, pouvait dire d'elle: «Voyez cette -femme, elle est toujours en présence de sa fille[674].» - - [673] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (26 octobre, 1er novembre, 6 décembre - 1671), t. II, p. 274, 278, 279, 394, édit. de G. de S.-G. - - [674] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (6 janvier 1672), t. II, p. 337, édit. - de G.; t. II, p. 285, édit. de M.--_Ibid._ (27 et 29 avril 1671), - t. II, p. 47, édit. de G.--_Ibid._, t. II, p. 39, édit. de - M.--_Ibid._ (18 mars 1671), t. I, p. 35, 37 et 40. - -Nous l'avons déjà remarqué, c'est à cette séparation de madame de -Sévigné d'avec sa fille, c'est à son amour de mère qu'elle doit, sans -qu'elle ait pu le soupçonner, d'avoir été le peintre le plus fidèle du -grand monde de son temps; d'avoir procuré, par le recueil de ses -lettres, les mémoires les plus piquants, les plus sincères et les plus -instructifs sur l'époque où elle a vécu; car ils furent écrits non pas à -froid, non pas avec l'intention de se poser vis-à -vis de la postérité en -historien et en juge des contemporains, mais sans aucun dessein -prémédité, mais sans aucune vue d'avenir, dans l'abandon d'un commerce -intime, sous l'impression vive et actuelle des événements, avec la verve -et la chaleur des émotions qu'ils produisaient, en compagnie et souvent -sous les yeux des personnages qu'ils nous font connaître. - -Les lettres écrites par madame de Sévigné à Bussy et publiées avec les -Mémoires de ce dernier avaient déjà été distinguées comme de parfaits -modèles du style épistolaire; nous avons vu que Bayle, qui n'en connut -point d'autres, leur donnait la préférence sur celles de Bussy -même[675]. Alors aussi le jésuite Hervey, dans le poëme latin qu'il -publia sur l'art d'écrire des lettres, accorde en ce genre la -prééminence aux femmes, et à madame de Sévigné sur toutes les -femmes[676]. Mais ce ne fut cependant que dix ans plus tard, et -lorsqu'on eut publié les deux petits volumes des lettres de madame de -Sévigné à madame de Grignan, que l'on connut toute l'étendue et la -flexibilité de son talent, parce que c'est dans ces lettres seules que -le désir de plaire et d'intéresser lui fit déployer toutes les -ressources de son style, toutes les richesses de sa féconde imagination, -et qu'elle put s'abandonner sans contrainte à toutes les saillies de son -esprit, à toute l'impétuosité de ses idées et de ses sentiments. Elle -fut parfaitement jugée par l'un des deux éditeurs qui, en 1726, -publièrent presque simultanément chacun une édition du même recueil de -ses lettres. L'éditeur de la Haye est celui des deux qui paraît l'avoir -connue, et avoir publié sur les autographes son recueil de lettres sans -aucun retranchement ni altération. Homme d'esprit, il a bien apprécié, -quoique étranger[677], l'ouvrage dont il faisait part au public; et il -nous semble que ceux qui ont parlé depuis des lettres de madame de -Sévigné n'ont fait qu'amplifier et que commenter les paroles que nous -allons citer. Elles sont précieuses à recueillir, parce qu'elles sont -d'un contemporain. - - [675] Voyez la 1re partie de ces _Mémoires_. - - [676] Voyez ci-dessus, chap. IV, p. 108 et 109. - - [677] Une note de notre exemplaire de cette édition de la Haye, - 1726, dit que cet éditeur se nommait J.-J. Gendebien.--L'autre - édition, de 1726, a été imprimée à Rouen, selon M. Monmerqué; et - Thiriot, l'ami de Voltaire, en fut, dit-on, l'éditeur. Voy. - _Sévigné_, t. I, p. 15, édit. de M. - -«On trouve dans le recueil des lettres de madame de Sévigné une naïveté -qui charme. C'est une imagination brillante et fertile, qui produit sans -efforts. Elle n'écrit que comme parle une personne du grand monde et de -beaucoup d'esprit; de sorte que, lorsque vous voyez ces lettres, vous -croyez qu'elle parle. Vous ne la lisez point, vous l'entendez. - -«Cette affection extrême, cette tendresse extraordinaire pour sa fille, -madame de Grignan, qui est répandue dans toutes ses lettres, ne -surprendra que ceux qui n'ont jamais connu madame de Sévigné. Elle -portait sa tendresse jusqu'à l'excès; elle adorait sa fille, elle -l'aimait d'une amitié parfaite, dont la vivacité et la délicatesse, si -on en juge par ses expressions, surpassaient tous les sentiments de -l'amour. Elle était sur ce pied-là dans le monde; chacun la connaissait -mère tendre et idolâtre; et ce caractère allait jusqu'à une singularité -qui néanmoins ne lui donnait aucun ridicule: elle était la première à -trouver de la faiblesse dans ses sentiments, elle se raillait -quelquefois elle-même sur cet article; et tout cela ne servait qu'à la -faire aimer, parce qu'elle donnait lieu par là à des railleries -innocentes et même obligeantes, auxquelles elle répondait toujours avec -esprit et avec un air aimable. - -«Plusieurs particularités de la cour de son temps se trouvent ici, et -n'auront aucune obscurité pour les personnes du grand monde; on y voit -des portraits avantageux de gens qui vivent encore et qui étaient alors -dans la fleur de l'âge. Madame de Sévigné mande tout à sa fille, le bien -et le mal. Elle médit quelquefois, mais elle ne médit point en -médisante. Ce sont des choses plaisantes et ridicules dont elle fait -part à madame de Grignan, pour égayer ses lettres. Elles contiennent -outre cela des maximes et des réflexions admirables... Le style, naturel -et délicat, surpasse tout ce qu'on a jamais vu depuis qu'on écrit et -qu'on lit des lettres. Ce n'est point un style exact ni un langage -mesuré et étudié; c'est un tour inimitable et un air négligé de noblesse -et d'esprit[678].» - - [678] _Lettres de madame_ RABUTIN-CHANTAL, _marquise_ DE SÉVIGNÉ, - _à madame la comtesse de Grignan, sa fille_; la Haye, chez P. - Gosse, J. Neaulme et comp., 1726, in-12, t. I, p. 2, 3 et 4 de - l'_Avertissement_ de l'éditeur. Cet avertissement a été réimprimé - dans l'édition de Sévigné de G. de S.-G., t. I, p. 25. - -Malheureusement aucun des éditeurs des lettres de madame Sévigné n'a -pensé à collationner cette édition de Hollande avec celles qui ont été -publiées postérieurement; il en est résulté, pour cette partie de sa -correspondance, que toutes les éditions qui ont paru sont défectueuses, -incomplètes et tronquées; que des pages entières sont supprimées, et -qu'un grand nombre de passages sont altérés, parce que le premier -éditeur français, que tous les autres ont copié, a cru devoir en agir -ainsi par égard pour les membres de la famille de Grignan, qui vivaient -encore[679]. - - [679] Conférez avec les éditions SÉVIGNÉ, _Lettres_, édit. de la - Haye, 1726 (2 juillet, 20 et 27 septembre 1671), p. 135-180, 189, - etc. - -Lorsque le nombre de lettres de madame de Sévigné à sa fille se fut -considérablement accru dans les éditions successives, on leur fit un -reproche que n'avaient pu encourir celles de sa correspondance avec -Bussy: c'est la continuelle manifestation de cet amour maternel, qui -parut tenir de l'affectation et dont la violence et la durée semblaient -invraisemblables. On disait que cette expression réitérée, quoique -toujours heureusement variée, d'un même sentiment pouvait être agréable -à celle qui l'inspirait, mais devenait insupportable à la majorité des -lecteurs[680].--Je le crois. Aussi madame de Sévigné n'a-t-elle pas -songé à écrire pour eux; et si la réputation qu'elle s'était acquise de -son vivant, dans ses sociétés et à la cour, a pu lui faire soupçonner -que quelques-unes de ses lettres seraient par la suite produites au -grand jour dans des recueils épistolaires, ce n'est certainement aucune -de celles qu'elle écrivait à sa fille et qu'elle écrivait uniquement -pour sa fille. J'ai précédemment expliqué pourquoi les effusions de sa -tendresse ne pouvaient rencontrer de parfaite sympathie[681] dans la -majorité des lecteurs. Mais est-ce pour cela un motif de douter un seul -instant de leur sincérité? de méconnaître la passion dont elle a subi -l'influence[682]? Elle-même fait à sa fille l'aveu de ce qu'elle a -d'insensé; souvent sa piété s'en alarme[683].--Qu'y pouvait-elle? Les -écarts de l'esprit, les défauts de caractère, les inclinations -condamnables se peuvent combattre avec les secours d'une philosophie -courageuse ou les armes plus puissantes encore de la religion; mais -contre ces émotions qui nous subjuguent avec une force irrésistible, -contre ces maladies de l'âme que peut la volonté? que peut la -raison?--Chercherons-nous à réprimer ce que nos sentiments ont -d'excessif? Mais ils n'existent que parce qu'ils sont excessifs, que -parce qu'ils se sont emparés du cÅ“ur; qu'eux seuls l'échauffent, le -remuent, le font vivre et palpiter. Tant qu'ils le possèdent, rien de ce -qui peut les expulser ne peut y trouver accès. Force est de se soumettre -à leur domination; entreprendre de leur résister, c'est les irriter -encore, c'est accroître leur violence, c'est renoncer à tout espoir de -bonheur, c'est annihiler l'existence. On peut se sacrifier à eux; mais -on ne peut les sacrifier à soi: on peut mourir de douleur ou d'ennui. -Voilà tout.--Que sera-ce donc s'il ne se mêle dans la passion dont nous -sommes fascinés rien de personnel, rien de sensuel; si tout en est pur -et désintéressé; si, loin d'avoir été inspirée par une rencontre -fortuite ou les événements du monde, elle a pris possession de nous par -une des lois les plus sacrées de la nature; si elle s'est accrue par des -habitudes obligées de chaque jour et de chaque moment; si enfin, loin de -contrarier nos devoirs, elle nous donne plus de courage pour les -accomplir?--Comment nous résoudre alors à nous soustraire au charme qui -nous entraîne? Comment nous condamner à une continuelle privation? Ne -sentons-nous pas que, si ce talisman venait à disparaître, il ne -laisserait plus autour de nous qu'un vide affreux et une absence de -toute sympathie, de toute joie, de tout contentement, de toute -consolation, une existence solitaire et douloureuse, dont le fardeau -nous deviendrait insupportable? - - [680] SAINT-SIMON, _Mémoires authentiques_, t. I, p. 352; t. IV, - p. 271. - - [681] Voyez le chapitre XII de la 2e partie, p. 307 à 312. - - [682] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (27 et 29 avril 1671), t. II, p. 47, - édit. de G.; t. II, p. 39, édit. de M.--_Ibid._ (6 janvier 1672), - t. II, p. 337, ou t. II, p. 285, édit. de M. - - [683] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (9 février 1671), t. I, p. 311, édit. de - G. de S.-G.; t. I, p. 235, édit. de M.--_Ibid._ (6 mai 1671), t. - II, p. 59, édit. de G; t. II, p. 49, édit. de M. - -Mais vous vous êtes demandé si madame de Grignan méritait en effet tous -les éloges que sa mère lui adresse; s'il était vrai qu'elle fût telle -qu'elle la dépeint, d'une beauté parfaite, d'une grâce incomparable, -douée de tant de talents, si fort au-dessus de son sexe pour le savoir -et la réflexion, et comme vous avez trouvé des témoignages contraires à -un si brillant portrait, vous concluez que les louanges qui lui sont -prodiguées dans les lettres de madame de Sévigné sont exagérées et peu -sincères: mais c'est cette exagération même qui prouve leur sincérité. -Ce délire d'admiration ne peut provenir que d'un cÅ“ur passionné et -d'une imagination qui s'exalte[684].--Vous dites encore que cette femme -qui se lamentait continuellement d'être séparée de sa fille ne semble -plus être la même quand elle est avec elle sous le même toit; que leur -union est fréquemment troublée par des explications, des froideurs et -des raccommodements, des protestations et des dissimulations. La -correspondance de madame de Sévigné le démontre malgré les précautions -prises par les premiers éditeurs pour dissimuler cette triste -vérité[685]. Il y a donc moins de réalité que d'imagination dans les -expressions si vives et si réitérées de l'amour de madame de Sévigné -pour sa fille.--Que vous connaissez mal les infirmités et les misères -des cÅ“urs maternels! Si la tendresse de madame de Sévigné avait pu être -réglée par sa raison, elle eût, dans les plus grandes effusions de -cÅ“ur, conservé cette mesure, ce discernement qui ne l'abandonne jamais -dans toute autre occasion; vive, affectueuse, expansive, facile à -émouvoir, elle eût reconnu, sans en être alarmée, que sa fille, -indolente, froide et concentrée, devait avoir une manière de sentir et -de s'exprimer différente de la sienne; elle eût assigné à sa véritable -cause le contraste qui existait entre elles deux; elle eût compris qu'on -peut rectifier ses opinions, réformer sa conduite, mais non pas changer -sa nature; que la volonté exerce sa toute-puissance sur nos idées, sur -nos actions, mais non pas sur nos sentiments; qu'à cet égard elle perd -son libre arbitre; qu'elle ne peut rien sur cette faculté sympathique -qui est en nous comme un sixième sens, qu'on désigne par le mot de -sensibilité, parce qu'en effet ce sens comprend tous les autres; qu'il -s'associe à eux tous et semble être comme le lieu commun qui les unit -et qui leur donne la vie. La sensibilité préexiste en nous, et la -volonté ne peut ni en augmenter ni en affaiblir l'intensité. Si madame -de Sévigné avait reconnu la différence que la nature avait établie entre -elle et sa fille à cet égard, satisfaite de posséder sa confiance plus -que personne au monde, elle n'eût point fatigué l'objet de sa -tendresse par ses ombrageuses susceptibilités et ses empressements -tyranniques[686]. Rien n'eût troublé l'union qui exista toujours entre -ces deux femmes si remarquables par leurs vertus, les agréments de leur -personne et les qualités de leur esprit; rien n'eût altéré le plaisir -qu'elles avaient de se trouver ensemble, et à entretenir un commerce de -lettres lorsqu'elles étaient séparées. Mais je l'ai dit, l'amour -maternel dans madame de Sévigné était une passion extravagante qui a -duré toute sa vie et qui toute sa vie fut accompagnée des mêmes -inquiétudes et des mêmes agitations que fait éprouver tout sentiment -profond. Cette passion était, comme dit très-bien Saint-Simon[687], le -seul défaut de cette charmante femme. Pardonnez-le-lui donc ce défaut; -plaignez-la d'avoir été trop éprise de sa fille, d'avoir été si jalouse -de son affection et sans cesse tourmentée par le désir de lui plaire et -par la crainte de n'en être pas assez aimée. Plaignez-la, mais ne la -blâmez pas de n'avoir pas eu une imagination plus calme, un cÅ“ur moins -facile à émouvoir, puisque cela n'était pas en sa puissance[688]. -Autant vaudrait lui reprocher, comme un tort, d'être née avec des -cheveux blonds, parce que vous préférez les bruns. - - [684] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (11 et 31 mars, 27 avril, 31 mai, 2 - septembre, 18 et 25 octobre, 29 novembre, 18 et 20 décembre 1671, - 6 et 20 janvier 1672), t. II, p. 87, 213, 264, 270, 297, 315, - 323-327, 335, 353, édit. de G. de S.-G. - - [685] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (21 juin 1671). Lettre inédite, publiée - par M. Monmerqué, p. 13. - - [686] Conférez SÉVIGNÉ, _Lettres_ (1678), t. VI, p. 74.--_Ibid._ - (6 mai 1671), t. II, p 56, édit. de G. de S.-G. - - [687] SAINT-SIMON, _Mémoires authentiques_, t. I, p. 352; t. IV, - p. 271. - - [688] Conférez SÉVIGNÉ, _Lettres_ (9 et 18 février, 11 mars, 15 - avril, 6 et 23 mai, 12 juillet 1671), t. I, p. 365; t. II, p. 18, - 56, 80, 134, édit. de G. de S.-G.; t. I, p. 280, édit. de - M.--_Ibid._ (30 octobre 1673).--_Ibid._ (14, 30 juin et 3 juillet - 1677), t. III, p. 201.--_Ibid._, t. V, p. 238, 259, 266, édit. de - G. de S.-G.--_Ibid._ (18 septembre, 29 décembre 1679, 3 et 5 - janvier 1680), t. VI, p. 74, 121, 271, 281, 285, édit. de G. de - S.-G.--SÉVIGNÉ, _Lettre écrite à madame de Grignan le 21 juin - 1671, rétablie_ (par M. Monmerqué) _pour la première fois d'après - le manuscrit autographe_; Paris, 1826, in-8º, p. 13. - -Écoutez comme, dès le début de sa correspondance et des premières -lettres qu'elle échange avec madame de Grignan après leur séparation, -elle exprime ce qu'elle sent. Madame de Grignan avait écrit qu'elle -était jalouse de sa petite Marie-Blanche; madame de Sévigné lui répond: - -«Il est vrai que j'aime votre fille, mais vous êtes une friponne de me -parler de jalousie; il n'y a ni en vous ni en moi de quoi pouvoir la -composer. C'est une imperfection dont vous n'êtes point capable, et je -ne vous en donne non plus de sujet que M. de Grignan. Hélas! quand on -trouve en son cÅ“ur toutes les préférences et que rien n'est en -comparaison, de quoi pourrait-on donner de la jalousie à la jalousie -même? Ne parlons pas de cette passion, je la déteste: quoiqu'elle vienne -d'un fonds admirable, les effets en sont trop cruels et trop haïssables. -Hélas! ma bonne, je suis persuadée que vous n'êtes que trop vive pour ma -santé; elle est à présent au-dessus de toutes les craintes ordinaires. -Je vivrai pour vous aimer, et j'abandonne ma vie à cette unique -occupation, à toute la joie, à toute la douleur, à tous les agréments, à -toutes les mortelles inquiétudes, enfin à tous les sentiments que cette -passion pourra me donner[689].» - - [689] _Lettres de madame_ RABUTIN-CHANTAL, _marquise_ DE SÉVIGNÉ, - _à madame la comtesse de Grignan, sa fille_; la Haye, 1726, - in-12, t. I, p. 95 et 96.--SÉVIGNÉ, _Lettres_ (6 mai 1671), t. - II, p. 59, édit. de G. de S.-G.; t. II, p. 46, édit. de M. - -Avant, elle lui avait dit qu'elle ne pouvait recevoir ses lettres sans -pleurer: «Je ne le puis, ma fille, mais ne souhaitez point que je le -puisse; aimez mes tendresses, aimez mes faiblesses; pour moi, je m'en -accommode fort bien; je les aime bien mieux que des sentiments de -Sénèque et d'Épictète. Je suis douce, tendre, ma chère enfant, jusqu'à -la folie; vous m'êtes toute chose, je ne connais que vous. Hélas! c'est -ma folie que de vous voir, de vous parler, de vous entendre; je me -dévore de cette envie et du déplaisir de ne vous avoir pas assez -écoutée, pas assez regardée; il me semble pourtant que je n'en perdais -guère les moments: mais enfin je n'en suis pas moins contente; je suis -folle, il n'y a rien de plus vrai; mais vous êtes obligée d'aimer ma -folie. Je ne comprends pas comment on peut tant penser à une personne: -n'aurai-je jamais tout pensé? Non, que quand je ne penserai plus[690].» - - [690] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (18 mars 1671, la troisième de cette - date), t. I, p. 384, 385, édit. de G. de S.-G.; t. I, p. 297-298, - édit. de M. - -Dans une autre lettre, écrite peu de temps après celle-ci, l'on trouve -la preuve que les orages qui assombrissaient par intervalle ce touchant -et pur amour et qui se renouvelèrent à différentes époques[691] avaient -déjà commencé à paraître avant cette première séparation. - - [691] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (1678 et 1679), lettre 670 de l'édit. de - M., t. V, p. 427. - -«Je vous prie, ma bonne, ne donnez point désormais à l'absence -l'honneur d'avoir mis entre nous une parfaite intelligence, et de mon -côté la persuasion de votre tendresse pour moi; quand elle aurait part à -cette dernière chose, regrettons un temps où je vous voyais tous les -jours, vous, ma bonne, qui êtes le charme de ma vie et de mes yeux; où -je vous entendais, vous dont l'esprit touche mon goût plus que tout ce -qui m'a jamais plu. N'allons point faire une séparation de votre aimable -vue et de votre amitié, il y aurait trop de cruauté à séparer ces deux -choses; et quoique M. de Grignan dise que les absents ont toujours tort -auprès de vous, c'est une folie; je veux plutôt croire que le temps est -venu que ces deux choses marcheront ensemble; que j'aurai le plaisir de -vous voir sans mélange d'aucun nuage, et que je réparerai toutes mes -injustices passées, puisque vous voulez bien les nommer ainsi. Après -tout, que de bons moments que je ne puis assez regretter et que je -regrette aussi avec des larmes et des tendresses qui ne peuvent jamais -finir! Ce discours même n'est pas bon pour mes yeux, qui sont d'une -faiblesse étrange. Je me sens dans une disposition qui m'oblige à finir -en cet endroit; il faut pourtant que je vous dise encore que je regarde -le temps où je vous verrai comme le seul que je désire et qui peut être -agréable dans ma vie[692].» - - [692] _Lettres de madame_ RABUTIN-CHANTAL, _marquise_ DE SÉVIGNÉ, - _à madame la comtesse de Grignan, sa fille_; la Haye, 1726, - in-12, t. I, p. 94 (6 mai 1671). Ce passage a été mutilé et - altéré, ainsi que beaucoup d'autres, dans toutes les éditions - subséquentes.--Conférez SÉVIGNÉ, _Lettres_ (6 mai 1671), t. II, - p. 56, édit. de G. de S.-G., ou t. II, p. 49, édit. de M. - -Dans une lettre écrite un mois après, et lorsque madame de Sévigné était -aux Rochers, fort occupée de ce qui devait se passer aux états de -Bretagne qui allaient se réunir, elle s'exprime de manière à ne nous -laisser aucun doute que ses plus vives peines provenaient de la froideur -de madame de Grignan, qui lui faisait craindre que la tendresse qu'elle -avait pour elle ne fût pas réciproque, et par cette raison ne lui fût à -charge. - -«Nous avons ici beaucoup d'affaires; ce qui est certain, ma bonne, et -dont je crois que vous ne doutez pas, c'est que nous sommes bien loin -d'oublier cette pauvre exilée. Hélas! qu'elle nous est chère et -précieuse! Nous en parlons très-souvent; mais, quoique j'en parle -beaucoup, j'y pense encore mille fois davantage, et jour et nuit, et en -me promenant (car on a toujours quelques heures), et à toute heure, et à -tout propos, et en parlant d'autre chose, et enfin comme on devrait -penser à Dieu, si l'on était véritablement touché de son amour; il y a -des excès qu'il faut corriger, et pour être polie, et pour être -politique; il me souvient comme il faut vivre pour n'être pas pesante: -je me sers encore de mes vieilles leçons[693].» - - [693] _Lettre écrite par madame_ DE SÉVIGNÉ _le 21 juin 1671, - rétablie pour la première fois d'après le manuscrit autographe_; - Paris, Blaise, 1826, in-8º, p. 13. Lettre mutilée dans toutes les - éditions, rétablie par M. Monmerqué.--Conférez SÉVIGNÉ, _Lettres_ - (21 juin 1671), t. II, p. 105, édit. de G. de S.-G. Dans - l'édition de la Haye, 1726, in-12, t. I, p. 120, le passage est - comme dans le manuscrit autographe, sauf une faute d'impression - grave. - -Trois semaines après, elle revient encore dans une autre lettre sur les -mêmes souvenirs: «Hélas! ma fille, c'est bien moi qui dis cette chanson -que vous me rappelez: _Hélas! quand reviendra-t-il ce temps, bergère?_ -Je le regrette tous les jours de ma vie, et j'en souhaiterais un pareil -au prix de mon sang; ce n'est pas que j'aie sur le cÅ“ur de n'avoir pas -senti le plaisir d'être avec vous; je vous jure et vous proteste que je -ne vous ai jamais regardée avec indifférence ni avec la langueur que -donne quelquefois l'habitude; mes yeux ni mon cÅ“ur ne se sont jamais -accoutumés à cette vue, et jamais je ne vous ai regardée sans joie et -sans tendresse; s'il y a eu quelques moments où elle n'ait pas paru, -c'est alors que je la sentais plus vivement: ce n'est donc point cela -que je puis me reprocher; mais je regrette de ne vous avoir pas assez -vue et d'avoir eu dans certains moments de cruelles politiques qui m'ont -ôté ce plaisir. Ce serait une belle chose si je remplissais mes lettres -de ce qui me remplit le cÅ“ur. Ah! comme vous dites, il faut glisser sur -bien des pensées[694].» Malheureusement, au lieu d'y glisser, elle pèse -quelquefois dessus de tout son poids, et éclate en reproches amers; -c'est ainsi que, longtemps après l'époque où nous sommes arrivés, -mécontente du départ précipité de madame de Grignan, elle trace le plan -d'un traité sur l'amitié, et dit: «Je ferai voir dans ce livre qu'il y a -cent manières de témoigner son amitié sans le dire, ou de dire par ses -actions qu'on n'a point d'amitié lorsque la bouche traîtreusement assure -le contraire. Je ne parle pour personne, mais ce qui est écrit est -écrit[695].» - - [694] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (12 juillet 1671), t. II, p. 135. - - [695] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (2 novembre 1679), t. VI, p. 191, édit. - de G. de S.-G; t. VI, p. 11, édit. M. - -Le passage suivant fait encore allusion au genre de peines que madame de -Sévigné éprouvait souvent de la part de sa fille alors même qu'elle -jouissait du bonheur de la posséder, et il contient un reproche indirect -et bien tendre, souvent répété dans le cours de cette correspondance. - -«Il y a demain un bal chez MADAME; j'ai vu chez MADEMOISELLE l'agitation -des pierreries; cela m'a fait souvenir des tribulations passées, et plût -à Dieu y être encore! Pouvais-je être malheureuse avec vous? toute ma -vie est pleine de repentir. Monsieur Nicole, ayez pitié de moi, et me -faites bien envisager les ordres de la Providence. Adieu, ma chère -fille; je n'oserais dire que je vous adore, mais je ne puis concevoir -qu'il y ait un degré d'amitié au delà de la mienne; vous m'adoucissez et -m'augmentez mes ennuis par les aimables et douces assurances de la -vôtre[696].» - - [696] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (20 janvier 1672), t. II, p. 353, édit. - de G. de S.-G.; t. II, p. 298 et 299, édit. de M. - -Cette autre fin de lettre, qu'avaient retranchée les premiers éditeurs, -nous révèle encore plus clairement ce qui troublait les jouissances que -goûtait madame de Sévigné dans son affection pour sa fille. «Adieu, ma -très-chère et très-aimable; je prendrai grand plaisir à lire le chapitre -de la tendresse que vous avez pour moi; je vous promets de demeurer -fixée dans l'opinion que j'en ai; mais, pour plus grande sûreté, soyez -fixée aussi à m'en donner des marques, comme vous faites. Vous savez -avec quelle passion je vous aime et quelle inclination j'ai eue toute ma -vie pour vous; tout ce qui peut m'avoir rendue haïssable venait de ce -fond; il est en vous de me rendre la vie heureuse ou malheureuse[697].» - - [697] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (25 octobre 1671), t. II, p. 271, édit. - de G. de S.-G.; t. II, p. 229, édit. de M. - -On voit encore, dans une autre lettre, que madame de Sévigné trouvait -dans l'exactitude que sa fille mettait à lui écrire des preuves plus -fortes de son attachement que dans les protestations de tendresse que -celle-ci se croyait obligée de lui adresser pour calmer les inquiétudes -de son cÅ“ur maternel. «Vous me voulez aimer pour vous et pour votre -enfant: hé! ma chère fille, n'entreprenez pas tant de choses! Quand vous -pourriez atteindre à m'aimer autant que je vous aime, ce qui n'est pas -une chose possible, ni même selon l'ordre de Dieu, il faudrait toujours -que ma petite fût par-dessus le marché; c'est le trop plein de la -tendresse que j'ai pour vous[698].» - - [698] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (9 août 1671), t. II, p. 176, édit. de - G. de S.-G.; t. II, p. 146, édit. de M. - -Madame de Sévigné revient encore sur ces tristes souvenirs dans une -lettre où elle répond à des observations, fort justes peut-être, sur sa -trop grande susceptibilité, mais dont elle ne se montre pas -très-satisfaite.--«Il est vrai qu'il ne faudrait s'attacher à rien et -qu'à tout moment on se trouve le cÅ“ur arraché dans les grandes et -petites choses; mais le moyen? Il faut donc toujours avoir cette -_morale_ dans les mains comme du vinaigre au nez, de peur de -s'évanouir.--Je vous avoue, ma fille, que mon cÅ“ur me fait bien -souffrir. J'ai bien meilleur marché de mon esprit et de mon humeur. Je -suis très-contente de votre amitié. Ne croyez pas, au moins, que je sois -trop délicate et trop difficile; ma tendresse me pourrait rendre telle, -mais je ne l'ai jamais écoutée, et quand elle n'est point raisonnable je -la gourmande; mais croyez-moi de bonne foi, et, dans le temps que je -vous aime le plus et que je crois que vous m'aimez, croyez que les -choses qui m'ont touchée auraient touché qui que ce soit au monde. Je -vous dis tout cela pour vous ôter de l'esprit qu'il y ait aucune peine à -vivre avec moi ni qu'il faille des observations fatigantes. Non, ma -bonne, il faut faire comme vous faites et comme vous avez su si bien -faire quand vous avez voulu; cette capacité qui est en vous rendrait le -contraire plus douloureux[699].» - - [699] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (20 septembre 1671), t. II, p. 235, - édit. de G. de S.-G.; t. II, p. 197, édit. de M.--_Lettres de - madame_ RABUTIN-CHANTAL, _marquise_ DE SÉVIGNÉ; la Haye, 1726 (20 - septembre), t. I, p. 183. - -Madame de Grignan avait fait des réflexions morales au sujet des vaines -inquiétudes que l'on a pour un avenir qui bien souvent ne se réalise -pas, ou qui, s'il se réalise, nous paraît alors tout autre qu'à l'époque -où sa prévision fut la cause de notre tourment. Nous craignons des maux -qui perdent ce nom par le changement de nos pensées et de nos -inclinations[700]. Et à ce sujet, pour mieux faire goûter sa morale, -madame de Grignan avait exalté les bonnes qualités de sa mère et -déprécié les siennes. Madame de Sévigné, qui ne pouvait être dupe d'un -tel stratagème oratoire, lui répond avec une grande gravité: «Vous -n'êtes point sincère quand vous me louez tant aux dépens de vous-même, -et vous méprisant comme vous faites. Il me siérait mal de faire votre -panégyrique à vous-même, et vous ne voulez jamais que je dise du mal de -moi..... Vous avez un fonds de raison et de courage que j'honore; pour -moi, je n'en ai point tant, surtout quand mon cÅ“ur prend le soin de -m'affliger. Mes paroles sont assez bonnes; je les range comme ceux qui -disent bien; mais la tendresse de mes sentiments me tue. Par exemple, je -n'ai point été trompée dans les douleurs d'être séparée de vous; je les -ai imaginées comme je les sens; j'ai compris que rien ne me remplirait -votre place, que votre souvenir me serait toujours sensible au cÅ“ur; -que je m'ennuierais de votre absence, que je serais en peine de votre -santé; que jour et nuit je serais occupée de vous. Je sens tout cela -comme je l'avais prévu. Il y a plusieurs endroits sur lesquels je n'ai -pas la force d'appuyer; toute ma pensée glisse là -dessus, comme vous -disiez, et je n'ai pas trouvé que le proverbe fût vrai pour moi, -_d'avoir la robe selon le froid_. Je n'ai point de robe pour ce -froid-là [701].» - - [700] SÉVIGNÉ, _Lettres_, t. II, p. 146, édit. de M. - - [701] _Lettres de madame_ RABUTIN CHANTAL, _marquise_ DE SÉVIGNÉ - (7 août 1671), t. I, p. 155 et 156.--SÉVIGNÉ, _Lettres_ (9 août - 1671), t. II, p. 174, édit. de G.; t. II, p. 145, 146, édit. de - M. Le texte de l'édition de la Haye est différent de celui des - éditions modernes, et a pour date le 7 août. - -Cependant madame de Sévigné avait beaucoup de ressort dans le caractère, -de la gaieté et de la vivacité; elle s'intéressait à tout, aimait le -monde, et se plaisait dans la solitude; jouissait des personnes -aimables, spirituelles ou instruites qu'elle rencontrait, et savait -supporter celles dont la société était ennuyeuse, l'esprit borné ou -futile, et assortir sa conversation à la leur. Madame de Grignan, au -contraire, était sujette aux vapeurs; elle s'ennuyait facilement; il lui -fallait de la compagnie, et une compagnie qui lui convînt[702]. Ce -défaut venait en partie de son éducation et de l'habitude qu'elle avait -contractée de la société de sa mère, de la trop grande indulgence et des -extrêmes complaisances de celle-ci pour elle dans sa jeunesse. Le -soufflet donné par elle à mademoiselle du Plessis le prouve[703]; et -c'est ce qui ressort aussi évidemment de plusieurs passages des lettres -de madame de Sévigné et notamment de celui-ci: «Vous aimer, penser à -vous, m'attendrir à tout moment plus que je ne voudrais, m'occuper de -vos affaires, m'inquiéter de ce que vous pensez, sentir vos ennuis et -vos peines, les vouloir souffrir pour vous s'il était possible, écumer -votre cÅ“ur comme j'écumais votre chambre des fâcheux dont je la voyais -remplie; en un mot, comprendre vivement ce que c'est que d'aimer -quelqu'un plus que soi-même, voilà comme je suis: c'est une chose qu'on -dit souvent en l'air; on abuse de cette expression, moi je la répète; -et, sans la profaner jamais, je la sens tout entière en moi, et cela est -vrai[704].» - - [702] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (27 septembre 1671), t. II, p. 242, - édit. de G. de S.-G.; t. II, p. 203 et 204, édit. de M. - - [703] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (29 juillet 1671), t. II, p. 157. - - [704] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (1er avril 1671), t. I, p. 407, édit. de - G. de S.-G.; t. I, p. 316, édit. de M.--_Ibid._ (26 juillet - 1671), t. II, p. 159, édit. de G. de S.-G. - -Rien ne touchait plus madame de Sévigné que les marques de tendresse que -lui donnait sa fille. Elle en était avide, et il semble qu'elle craint -toujours que ce cÅ“ur, dans lequel elle voudrait habiter, ne se -refroidisse et ne devienne indifférent pour elle. Aux premières lettres -qu'elle reçoit de madame de Grignan, elle répond: - -«Je reçois vos lettres, ma bonne, comme vous avez reçu ma bague. Je -fonds en larmes en les lisant; il semble que vous m'écriviez des -injures, ou que vous soyez malade, ou qu'il vous soit arrivé quelque -accident; et c'est tout le contraire. Vous m'aimez, ma chère enfant, et -vous me le dites d'une manière que je ne puis soutenir sans des pleurs -en abondance. Vous continuez votre voyage sans aucune aventure fâcheuse, -et lorsque j'apprends tout cela, qui est justement tout ce qui me peut -être le plus agréable dans l'état où je suis, vous vous avisez donc de -penser à moi, vous en parlez, et vous aimez mieux m'écrire vos -sentiments que vous n'aimez à me les dire. De quelque façon qu'ils me -viennent, ils sont reçus avec une tendresse et une sensibilité qui n'est -comprise que de ceux qui savent aimer comme je fais. Vous me faites -sentir pour vous tout ce qu'il est possible de sentir de tendresse. . . -. . . . . . . . . . . . . . . . . . . Adieu, ma chère enfant, l'unique -passion de mon cÅ“ur, le plaisir et la douleur de ma vie; aimez-moi -toujours, c'est la seule chose qui peut me donner de la -consolation[705].» - - [705] _Lettres de madame_ RABUTIN-CHANTAL, _marquise_ DE SÉVIGNÉ - _à madame la comtesse de Grignan, sa fille_; la Haye, 1726, - in-12, t. I, p. 8 et 12 (janvier 1671).--SÉVIGNÉ, _Lettres_ (9 - février 1671), t. I, p. 235 et 240, édit. de M.--_Ibid._, t. I, - p. 310 et 316, édit. de G. de S.-G. La date est différente pour - cette lettre dans l'édition de la Haye et dans les éditions plus - modernes. Elle aura été mise par les éditeurs, et probablement - même par les éditeurs modernes. Pour le texte nous avons préféré - l'édition de la Haye, précisément parce que les éditeurs modernes - se sont donné la peine de le corriger. - -Deux jours après, madame de Sévigné reçoit encore de nouvelles lettres -de sa fille; et, quoique brèves, elles dissipent tous les doutes qui -s'étaient élevés dans son esprit en trouvant sa fille si peu expansive à -son égard lorsqu'elles étaient toutes deux ensemble. - -«Vos lettres, lui dit-elle, sont premièrement très-bien écrites, et de -plus si tendres et si naturelles qu'il est impossible de ne les pas -croire; la défiance même en serait convaincue: elles ont le caractère de -vérité qui se maintient toujours et qui se fait voir avec autorité... -Vos paroles ne servent tout au plus qu'à vous expliquer; et, dans cette -noble simplicité, elles ont une force à quoi l'on ne peut résister. -Voilà , ma bonne, comme vos lettres m'ont paru; jugez quel effet elles -me font et quelles sortes de larmes je répands en me trouvant persuadée -de la vérité de toutes les vérités que je souhaite le plus sans -exception! Vous pouvez juger par là de ce que m'ont fait toutes les -choses qui m'ont donné autrefois un sentiment contraire. Si mes paroles -ont la même puissance que les vôtres, il ne faut pas vous en dire -davantage. Je suis assurée que mes vérités ont fait sur vous leur effet -ordinaire. Mais je ne veux point que vous disiez que j'étais un rideau -qui vous cachait. Tant pis si je vous cachais, vous êtes encore plus -aimable quand on a tiré le rideau; il faut que vous soyez à découvert -pour être dans votre perfection: nous l'avons dit mille fois. Pour moi, -il me semble que je suis toute nue, qu'on m'a dépouillée de tout ce qui -me rendait aimable. Je n'ose plus voir le monde; et quoi qu'on ait fait -pour m'y remettre, j'ai passé tous ces jours comme un loup garou, ne -pouvant faire autrement. _Peu de gens sont dignes de comprendre ce que -je sens._ J'ai cherché ceux qui sont de ce petit nombre, et j'ai évité -les autres[706].» - - [706] _Lettres de madame_ RABUTIN-CHANTAL, etc.; la Haye, 1726, - t. I, p. 13 et 14 (mercredi 14 février 1671).--SÉVIGNÉ, _Lettres_ - (mercredi 11 février), t. I, p. 317, édit. de G. de S.-G.; t. I, - p. 241, édit. de M. Il y a une erreur dans le chiffre contenant - la date du mois dans l'ancienne ou les nouvelles éditions. Dans - celles-ci, le texte original a été à tort corrigé par les - éditeurs modernes. Les mots mis en italique sont ainsi dans - l'édition de la Haye, parce qu'ils étaient probablement soulignés - dans l'original. - -Sept jours après avoir écrit cette lettre, madame de Sévigné s'exprime -sur le même sujet d'une manière plus significative encore dans sa -réponse à une nouvelle lettre de sa fille. - -«Je vous conjure, ma chère bonne, de conserver vos yeux.--Pour les -miens, vous savez qu'ils doivent mourir à votre service. Vous comprenez -bien, ma belle, que, de la manière dont vous m'écrivez, il faut que je -pleure en lisant vos lettres. Pour comprendre quelque chose à l'état où -je suis, joignez, ma bonne, à la tendresse et à l'inclination naturelle -que j'ai pour votre personne la petite circonstance d'être persuadée que -vous m'aimez, et jugez de l'excès de mes sentiments. Méchante, pourquoi -me cachez-vous quelquefois de si précieux trésors? Vous avez peur que je -ne meure de joie; mais ne craignez-vous pas aussi que je ne meure de -déplaisir de croire et de voir le contraire? Je prends d'Hacqueville à -témoin de l'état où il m'a vue autrefois. Mais quittons ces tristes -souvenirs, et laissez-moi jouir d'un bien sans lequel la vie m'est dure -et fâcheuse. Ce ne sont point des paroles, ce sont des vérités. Madame -de Guénégaud m'a mandé de quelle manière elle vous a vue; pour moi, je -vous conjure, ma bonne, d'en conserver le fond; mais plus de larmes, je -vous en conjure: elles ne vous sont pas si saines qu'à moi. Je suis -présentement assez raisonnable, je me soutiens au besoin, et quelquefois -je suis quatre ou cinq heures tout comme un autre; mais peu de chose me -remet à mon premier état: un souvenir, un lieu, une parole, une pensée -un peu trop arrêtée; vos lettres surtout, les miennes même en les -écrivant, quelqu'un qui me parle de vous, voilà des écueils à ma -constance, et ces écueils se rencontrent souvent. . . . . . . . . . . . -Ah! ma bonne, je voudrais bien vous voir un peu, vous entendre et vous -embrasser, vous voir passer, si c'est trop que le reste. Eh bien! voilà -de ces pensées à quoi je ne résiste pas; je sens qu'il m'ennuie de ne -vous plus avoir; cette séparation me fait une douleur au cÅ“ur et à -l'âme, que je sens comme un mal du corps[707].» - - [707] _Lettres de madame_ RABUTIN-CHANTAL, _marquise_ DE SÉVIGNÉ; - la Haye, 1726, t. I, p. 18 et 21 (mercredi 18 février - 1671).--_Ibid._, t. I, p. 329, édit. de G. de S.-G.; t. I, p. - 251, édit. de M. C'est toujours le texte de l'édition primitive - que nous transcrivons. - -Elle ne termine presque jamais sa lettre sans prier sa fille de l'aimer, -sans renouveler le témoignage de sa tendresse par une expression vive et -forte.--«Ma fille, aimez-moi donc toujours;--c'est ma vie, c'est mon âme -que votre amitié;--je vous le disais l'autre jour, elle fait toute ma -joie et toutes mes douleurs.» Dans une autre lettre: «Je souhaite, ma -petite, que vous m'aimiez toujours; c'est ma vie, c'est l'air que je -respire[708].» Dans une autre encore elle termine ainsi: «Je vous -remercie de vos soins, de votre amitié, de vos lettres; ma vie tient à -toutes ces choses-là [709].» Dans une autre enfin: «Vous êtes mon cÅ“ur -et ma vie. _Seposto ho il cor nelle sue mani, a lei stara di farsi amar -quanto le piace_[710].» - - [708] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (17 avril, 31 mai 1672), t. II, p. 28 et - 87, édit. de G. de S.-G.; t. II, p. 23 et 73, édit de M. - - [709] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (18 octobre 1671), t. II, p. 264, édit. - de G. de S.-G.; t. II, p. 23, édit. de M. - - [710] «J'ai remis mon cÅ“ur dans vos mains, et il ne tiendra qu'à - vous de vous faire aimer autant qu'il vous plaira.» Voyez - _Lettres de madame_ RABUTIN-CHANTAL, édit. de la Haye, t. I, p. - 197. Ce passage italien a été omis dans les éditions modernes. - Voyez Gault, t. II, p. 254; Monmerqué, t. II, p. 214. - -Madame de Sévigné comprenait tout ce qu'il y avait d'insensé dans -l'excès de cette tendresse; aussi cherchait-elle à la combattre par la -raison, par la religion, par tous les genres de distractions qui -s'alliaient avec sa position, ses inclinations et ses devoirs; et c'est -lorsqu'elle veut badiner de sa peine, c'est lorsque la violence de ses -sentiments se trahit malgré ses efforts pour les comprimer qu'elle nous -touche le plus; alors sa délirante gaieté nous serre le cÅ“ur et rend -plus déchirant encore le cri de douleur qui la termine. Madame de -Grignan était au château de Grignan. Elle écrit à madame de Sévigné, -alors aux Rochers, qu'elle se fait peindre; que le comte de Grignan -s'amuse à jouer au mail, qu'il y est très-adroit, et qu'enfin il -embrasse sa belle-mère. Rien ne paraît plus ordinaire et plus simple que -ces détails, rien de moins propre en apparence à émouvoir la -sensibilité. Mais voyez l'émotion qu'ils excitent dans le sein de cette -pauvre mère, et jugez-en par ce peu de paroles qu'elle jette sur le -papier: «Vous dites donc que M. de Grignan m'embrasse. Vous perdez le -respect, mon pauvre Grignan. Viens donc un peu jouer dans mon mail, je -t'en conjure; il y fait si beau; j'ai tant d'envie de vous voir jouer; -vous avez si bonne grâce, vous faites de si beaux coups! Vous êtes bien -cruel de me refuser une promenade d'une heure seulement. Et vous, ma -petite, venez, nous causerons... Ah! mon Dieu! j'ai bien envie de -pleurer[711].» - - [711] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (7 juin 1671), t. II, p. 94, édit. de G. - de S.-G.; t. II, p. 78, édit. de M. Conférez encore (25 octobre - 1671), t. II, p. 270, édit. de G. de S.-G. - -Au milieu des plaisirs du monde, de la musique et des danses, madame de -Sévigné se trouvait tout à coup assaillie par le souvenir de sa fille et -plongée dans une invincible mélancolie. Les airs d'Ytier, que sa fille -aimait, faisaient sur elle une impression douloureuse. Au sortir d'un -bal où elle avait assisté à Vitré, elle écrit à madame de Grignan, du -cabinet de la duchesse de Chaulnes: «Mais sera-t-il possible, ma fille, -que M. de Grignan ne me donne jamais le plaisir de vous voir danser un -moment? Quoi! je ne reverrai jamais cette danse et cette grâce parfaite -qui m'allait droit au cÅ“ur? Je meurs d'envie de pleurer au bal, et -quelquefois j'en passe mon envie sans que personne s'en aperçoive; -certains airs, certaines danses font cet effet très-ordinairement[712].» - - [712] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (26 août 1671), t. II, p. 203, édit. de - G. de S.-G. - -De cette éloquence du sentiment, qui s'élève quelquefois jusqu'au -sublime, madame de Sévigné tombe dans le plaisant et le grotesque, et -elle exprime alors non moins énergiquement ce qu'elle éprouve, comme -dans cette fin d'une de ses lettres: «Adieu, ma très-aimable bonne, je -ne pense qu'à vous; si, par un miracle que je n'espère ni ne veux, vous -étiez hors de ma pensée, il me semble que je serais vide de tout, comme -une figure de Benoît.» Ce Benoît était un artiste qui excellait à faire -des portraits en cire; il montrait pour de l'argent, réunies dans un -grand salon, les effigies des principaux seigneurs de la cour, revêtus -de leurs plus brillants costumes[713]. Dans une autre lettre, où elle -plaisante sur son défaut de mémoire, elle dit: «Nous sentons plus que -jamais que la mémoire est dans le cÅ“ur; car quand elle ne nous vient -pas de cet endroit, nous n'en avons pas plus que des lièvres[714].» - - [713] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (8 avril 1671), t. II, p. 9 et 10, édit. - de G. de S.-G.--_Lettres de madame_ RABUTIN-CHANTAL, _marquise_ - DE SÉVIGNÉ; la Haye, 1726, t. I, p. 62; t. II, p. 8, édit. de M. - - [714] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (9 septembre 1671), t. II, p. 220; t. - II, p. 184, édit. de M. - -Cependant un jubilé était ouvert; la semaine sainte approchait, et -madame de Sévigné, pour échapper aux pensées qu'elle se reproche et qui -la tourmentent, se rend à Livry, afin d'y passer quelques jours dans -une retraite pieuse, bien résolue, tant qu'elle y serait, de ne point -écrire à sa fille. Vaine résolution!--Elle se trouve forcée de retourner -à Paris, où elle termine les tristes et humiliants aveux commencés à -Livry. - -«Ma chère bonne, il y a trois heures que je suis partie de Paris avec -l'abbé (de Coulanges, son tuteur), Hélène (sa femme de chambre), Hébert -(son valet de chambre) et Marphise (sa chienne), dans le dessein de me -retirer du monde et du bruit jusqu'à jeudi au soir. Je prétends être en -solitude; je fais de ceci une petite Trappe; je veux y prier Dieu, y -faire mille réflexions; j'ai résolu d'y jeûner beaucoup, pour toutes -sortes de raisons; de marcher pour tout le temps que j'ai été dans ma -chambre, et surtout de m'ennuyer pour l'amour de Dieu. Mais ce que je -ferai beaucoup mieux que tout cela, c'est de penser à vous, ma fille; je -n'ai pas encore cessé depuis que je suis arrivée, et, ne pouvant -contenir tous mes sentiments, je me suis mise à vous écrire au bout de -cette petite allée sombre que vous aimez, assise sur ce siége de mousse -où je vous ai vue quelquefois couchée. Mais, mon Dieu! où ne vous ai-je -point vue ici? et de quelle façon toutes ces pensées me traversent-elles -le cÅ“ur? Il n'y a point d'endroit, point de lieu, ni dans la maison, ni -dans l'église, ni dans le pays, ni dans le jardin, où je ne vous ai -vue... Je vous vois, vous m'êtes présente; je pense et je repense à -vous. Ma tête et mon esprit se creusent; mais j'ai beau tourner, j'ai -beau chercher cette chère enfant que j'aime avec tant de passion, elle -est à deux cents lieues de moi, je ne l'ai plus. Sur cela, je pleure -sans pouvoir m'en empêcher. Ma chère bonne, voilà qui est bien faible; -pour moi, je ne sais point être forte contre une tendresse si juste et -si naturelle. L'état où ce lieu m'a mise est une chose incroyable: je -vous prie de ne pas parler de mes faiblesses; mais vous devez aimer et -respecter mes larmes, qui viennent d'un cÅ“ur tout à vous[715].» - - [715] _Lettres de madame_ RABUTIN-CHANTAL, _marquise_ DE SÉVIGNÉ; - la Haye, 1726, t. I, p. 47 et 48.--SÉVIGNÉ, _Lettres_ (24 mars - 1671), t. I, p. 394, édit. de G. de S.-G.; t. I, p. 305, édit. de - M. - -Puis encore, le surlendemain, elle reprend la plume pour faire une -nouvelle infraction à la résolution qu'elle avait prise; et le jeudi -saint elle écrit: «Si j'avais autant pleuré mes péchés que j'ai pleuré -pour vous depuis que je suis ici, je serais très-bien disposée pour -faire mes pâques et mon jubilé. J'ai passé ici le temps que j'avais -résolu, et de la manière dont je l'avais prévu. C'est une chose étrange -qu'une imagination vive qui représente toutes choses comme si elles -étaient encore; sur cela, on songe au présent; et quand on a le cÅ“ur -comme je l'ai, on se meurt. Je ne sais où me sauver de vous; notre -maison de Paris m'assomme encore tous les jours, et Livry m'achève. Pour -vous, c'est par un effort de mémoire que vous pensez à moi; la Provence -n'est point obligée de me rendre à vous, comme ces lieux-ci doivent vous -rendre à moi. J'ai trouvé de la douceur dans la tristesse que j'ai eue -ici. Une grande solitude, un grand silence, un office triste, des -ténèbres chantées avec dévotion, un jeûne canonique, et une beauté dans -ces jardins dont vous seriez charmée; tout cela m'a plu. Je n'avais -jamais été à Livry la semaine sainte. Hélas! que je vous y ai souhaitée! -Quelque ennemie que vous soyez de la solitude, vous auriez été contente -de celle-ci. Mais je m'en retourne à Paris par nécessité. Je veux demain -aller à la Passion du P. Bourdaloue et du P. Mascaron. J'ai toujours -honoré les belles Passions. Adieu, ma chère petite; voilà ce que vous -aurez de Livry; j'achèverai cette lettre à Paris. Si j'avais eu la force -de ne vous y point écrire, et de faire un sacrifice à Dieu de tout ce -que j'ai senti, cela vaudrait mieux que toutes les pénitences du monde; -mais, au lieu d'en faire un bon usage, j'ai cherché de la consolation à -vous en parler. Ah! ma bonne, que cela est faible et misérable[716]!» - - [716] _Lettres de madame_ RABUTIN-CHANTAL, _marquise_ DE SÉVIGNÉ; - la Haye, 1726, t. I, p. 49 et 50.--SÉVIGNÉ, _Lettres_ (26 mars - 1671), t. I, p. 396, édit. de G. de S.-G. - -Elle retourne à Paris, et revient ensuite à Livry; mais en s'y rendant -elle avait été dîner à Pomponne avec son vieil ami, le père du marquis -de Pomponne, et Arnauld d'Andilly, dont les sages admonitions firent sur -elle une forte impression, sans qu'elle en devînt plus raisonnable. -Voici ce qu'elle écrit à sa fille de cet homme vénérable, âgé alors de -quatre-vingt-trois ans: «Je le trouvai dans une augmentation de sainteté -qui m'étonna: plus il approche de la mort, plus il s'épure. Il me gronda -très-sérieusement; et, transporté de zèle et d'amitié pour moi, il me -dit que j'étais folle de ne point songer à me convertir; que j'étais une -jolie païenne; que je faisais de vous une idole de mon cÅ“ur; que cette -sorte d'idolâtrie était aussi dangereuse qu'une autre, quoiqu'elle me -parût moins criminelle; qu'enfin je songeasse à moi: il me dit tout cela -si fortement que je n'avais pas le mot à dire. Enfin, après six heures -de conversation très-agréable, quoique très-sérieuse, je le quittai, et -vins ici, où je trouvai tout le triomphe du mois de mai: le rossignol, -le coucou, la fauvette ont ouvert le printemps dans nos forêts; je m'y -suis promenée le soir toute seule, j'y ai trouvé toutes mes tristes -pensées; mais je ne veux plus vous en parler[717].» - - [717] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (29 avril 1671), t. II, p. 46, édit. de - G. de S.-G.; t. II, p. 39, édit. de M.--Conférez, sur Arnauld - d'Andilly et de Pomponne, la deuxième partie de ces _Mémoires_, - p. 265 et 269, et ci-dessus, chap. III, p. 72. - -Elle était bien loin de pouvoir garder cette résolution, qui ne fut -jamais prise par elle sérieusement, puisque, encore près d'un an après -la date de cette lettre, elle avoue qu'elle se trouve dans des -dispositions toutes différentes, et que tout renouvelait ses douleurs. -Le cardinal de Retz avait quitté sa retraite pour faire à Paris une -courte apparition; il y avait été reçu par M. de la Rochefoucauld, -madame de la Fayette et madame de Sévigné avec un empressement et une -cordialité proportionnés à l'affection sincère qu'il avait dans tous les -temps inspirée à ses anciens amis[718]. Madame de Sévigné parle ainsi de -lui à sa fille: «Nous tâchons d'amuser notre bon cardinal; Corneille lui -a lu une pièce qui sera jouée dans quelque temps et qui fait souvenir -des anciennes. Molière lui lira samedi _Trissotin_[719], qui est une -fort plaisante chose. Despréaux lui donnera son _Lutrin_ et son _Art -poétique_: voilà tout ce qu'on peut faire pour son service. Il vous aime -de tout son cÅ“ur, ce pauvre cardinal; il parle souvent de vous, et vos -louanges ne finissent pas si aisément qu'elles commencent. Mais, hélas! -quand nous songeons qu'on nous a enlevé notre chère enfant, rien n'est -capable de nous consoler; pour moi, je serais très-fâchée d'être -consolée; je ne me pique ni de fermeté ni de philosophie; mon cÅ“ur me -mène et me conduit. On disait l'autre jour (je crois vous l'avoir -mandé) que la vraie mesure du cÅ“ur c'est la capacité d'aimer; je me -trouve d'une grande élévation par cette règle; elle me donnerait trop de -vanité si je n'avais mille autres sujets de me remettre à ma -place[720].» - - [718] Sur le cardinal de Retz, conférez ci-dessus, chap. VI, p. - 109-115. - - [719] Conférez sur ce passage les notes et éclaircissements à la - fin du présent volume. - - [720] _Lettres de madame_ RABUTIN-CHANTAL, _marquise_ DE SÉVIGNÉ, - t. I, p. 247.--SÉVIGNÉ, _Lettres_ (9 mars 1672), t. II, p. 415, - édit. de G. de S.-G.; t. II, p. 353, édit. de M. - -Les Rochers, où madame de Sévigné avait tant de fois goûté le plaisir de -se trouver seule avec sa fille, font sur elle la même impression que -Livry lorsqu'elle y rentre pour la première fois après le départ de -madame de Grignan, et elle écrit: «Enfin, ma fille, me voici dans ces -pauvres _Rochers_: peut-on revoir ces allées, ces devises, ce petit -cabinet, ces livres, cette chambre sans mourir de tristesse? Il y a des -souvenirs agréables; mais il y en a de si vifs et de si tendres qu'on a -peine à les supporter. Ceux que j'ai de vous sont de ce nombre. Ne -comprenez-vous pas bien l'effet que cela peut faire dans un cÅ“ur comme -le mien?--J'ai quelquefois des rêveries, dans ces bois, d'une telle -noirceur que j'en reviens plus changée que dans un accès de -fièvre[721].» - - [721] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (31 mai 1671), t. II, p. 84 et 85; t. - II, p. 70 et 71. - -Un an après que sa fille l'eut quittée, le jour anniversaire où elle la -maria, dans ce même couvent des sÅ“urs de Sainte-Marie du Faubourg, où -elle la fit élever, madame de Sévigné se trouva saisie d'une si forte -douleur qu'elle ne put s'empêcher de prendre la plume pour exprimer tout -ce qu'elle ressentait. «Me voici dans un lieu, ma bonne, qui est le lieu -du monde où j'ai pleuré, le jour de votre départ, le plus abondamment et -le plus amèrement. La pensée m'en fait encore tressaillir. Ma bonne, je -n'en puis plus; votre souvenir me tue en mille occasions. J'ai pensé -mourir dans ce jardin, où je vous ai vue mille fois; je ne veux point -vous dire en quel état je suis: vous avez une vertu sévère qui n'entre -point dans la faiblesse humaine. Il y a des heures, des moments où je ne -suis pas la maîtresse; je suis faible, et je ne me pique point de ne -l'être pas[722].» - - [722] _Lettres de madame_ RABUTIN-CHANTAL, _marquise_ DE SÉVIGNÉ, - édit. de la Haye, 1726, t. I, p. 231.--SÉVIGNÉ, _Lettres_, t. II, - p. 365; édit. de G. de S.-G.; t. II, p. 309, édit. de M. (29 - janvier 1672). - -Madame de Sévigné fut vivement touchée de l'exactitude que madame de -Grignan mettait à lui écrire. «Dès que j'ai reçu une de vos lettres, lui -dit-elle, j'en voudrais tout à l'heure une autre; je ne respire que d'en -recevoir.» Elle lui témoigne sans cesse le plaisir qu'elle ressent -lorsque ses lettres lui parviennent; ses inquiétudes, ses impatiences -quand elles n'arrivent pas aussitôt qu'elle les espère; la consolation -et le soulagement que leur lecture lui procure. Elle cherche à -l'encourager dans cette voie par des éloges souvent répétés[723]. Mais -toutefois, au milieu de toutes ces louanges, on aperçoit quelquefois ce -qui manquait aux lettres de madame de Grignan pour être entièrement du -goût de sa mère. Puisqu'elle l'invite à ne jamais quitter le naturel, -qui, selon elle, «surpasse un style parfait,» c'est que sa fille tombait -souvent dans l'affectation. Les observations de madame de Sévigné -produisaient leur effet: non que madame de Grignan adoptât les idées de -sa mère sur les points importants de philosophie, de religion, de -littérature; madame de Grignan avait au contraire sur toutes ces -matières des opinions très-arrêtées, qui en bien des points différaient -de celles de sa mère; mais elle devait à celle-ci une partie de son -instruction. Pour l'italien, elle n'avait pas eu d'autre maître[724]; et -le témoignage de tout le monde, comme son propre jugement, lui faisait -sentir combien, dans le commerce épistolaire, sa mère lui était -supérieure par l'esprit, les saillies et le prestige de l'imagination. -Dès son enfance, et dans le court séjour qu'elle avait fait au couvent -de Sainte-Marie de Nantes, elle avait eu soin de garder les lettres -qu'elle recevait de madame de Sévigné[725]. Depuis elle ne cessa jamais -de les conserver religieusement; et soit que ce soin fût dû à la piété -filiale ou à l'excellence de son goût, on ne lui en est pas moins -redevable du plus admirable recueil dont notre littérature puisse se -glorifier. Mais peut-être est-ce à sa vanité qu'on doit attribuer la -destruction de ses propres lettres, qui eussent jeté tant de jour sur -celles de sa mère et que celle-ci, sans nul doute, avait conservées -comme un précieux trésor. Il est certain que madame de Grignan ne -paraissait pas contente des lettres qu'elle écrivait. Madame de Sévigné -la gronde souvent sur son excès de modestie[726]. «Vous me déplaisez, -lui dit-elle, mon enfant, en parlant comme vous faites de vos aimables -lettres. Quel plaisir prenez-vous à dire du mal de votre esprit, de -votre style, de vous comparer à la princesse d'Harcourt? Où prenez-vous -cette fausse et offensante humilité?» - - [723] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (18 février, 20 mars, 8, 10, 15 et 17 - avril, 13 mai et 9 juillet 1671), t. II, p. 331, 333, 388, édit. - de G. de S.-G.; t. II, p. 5, 13, 51, 29, 54, 124, édit. de M. - - [724] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (4 mars 1671), t. I, p. 359, édit. de G. - de S.-G.; t. I, p. 276, édit. de M. «Ne m'aimez-vous pas de vous - avoir appris l'italien?» - - [725] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (13 mars et 5 novembre 1671), t. I, p. - 375, édit. de G. de S.-G.; t. I, p. 289, édit. de M. «Si vous - êtes encore de l'humeur dont vous étiez à Sainte-Marie, et que - vous gardiez mes lettres.» - - [726] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (6 janvier 1672), t. II, p. 337, édit. - de G. de S.-G.; t. II, p. 285, édit. de M. - -Par là nous apprenons que la princesse d'Harcourt, la fille de Brancas -le distrait[727], avait peu d'esprit; mais c'était une belle femme, et -sous ce rapport la comparaison n'avait rien d'humiliant pour madame de -Grignan. La princesse d'Harcourt se trouvait enceinte en même temps que -cette dernière, ce qui était une conformité de plus[728]. - - [727] Henri de Lorraine, prince d'Harcourt, était cousin germain - maternel de M. de Grignan; et lui ainsi que sa femme et le comte - de Brancas ont comparu au contrat de mariage de M. de Grignan. - Voyez chapitre VIII, p. 129. - - [728] CHOISY, _Mémoires_, t. LXIII, p. 432, de la collection de - Petitot et Monmerqué.--SÉVIGNÉ, _Lettres_ (1er mai 1671), t. II, - p. 53, édit. de G. de S.-G.; t. II, p. 44, édit. de M.--(23 mai - 1667), t. I, p. 116 et note, édit. de M.; t. I, p. 163, édit. de - G. - -Madame de Sévigné savait que sa fille montrait ses lettres[729] ou les -lisait aux personnes de sa connaissance en supprimant les louanges -qu'elle lui donnait et ce qui lui était personnel; ce dont sa mère lui -savait très-mauvais gré, car elle en agissait tout autrement. «Mais vous -êtes bien plaisante, madame la comtesse, de montrer mes lettres! Où est -donc ce principe de cachoterie pour ce que vous aimez? Vous souvient-il -avec quelle peine nous attrapions les dates de celles de M. de Grignan? -Vous pensez m'apaiser par vos louanges, et me traiter toujours comme la -Gazette de Hollande; je m'en vengerai. Vous cachez les tendresses que je -vous mande, friponne; et moi je montre quelquefois, et à certaines gens, -celles que vous m'écrivez. Je ne veux pas qu'on croie que j'ai pensé -mourir, et que je pleure tous les jours, _pour qui? pour une ingrate_. -Je veux qu'on voie que vous m'aimez, et que, si vous avez mon cÅ“ur tout -entier, j'ai une place dans le vôtre.» - - [729] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (11 mars 1671), t. I, p. 268, édit. de - G. de S.-G.; t. I, p. 283, édit. de M. - -Cette certitude qu'avait madame de Sévigné que les lettres qu'elle -écrivait à sa fille étaient souvent lues par M. de Grignan, auquel elles -plaisaient beaucoup[730], et aussi par d'autres personnes, ne la gênait -nullement. Jamais elle ne se corrigeait, et elle n'avait, comme elle le -dit, qu'un trait de plume[731]. - - [730] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (30 mars 1672), t. II, p. 437, édit. de - G. de S.-G. - - [731] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (3 avril 1671), t. I, p. 408, édit. de - G. de S.-G.; t. I, p. 316, édit. de M. - -Aussi savait-elle très-bien qu'il lui échappait beaucoup d'incorrections. -«Est-il possible, dit-elle à madame de Grignan, que mes lettres -vous soient agréables au point où vous me le dites? Je ne les -sens point telles en sortant de mes mains; je crois qu'elles le -deviennent quand elles ont passé par les vôtres. Enfin, ma chère enfant, -c'est un grand bonheur que vous les aimiez; car, de la manière dont vous -en êtes accablée, vous seriez fort à plaindre si cela était autrement. -M. de Coulanges est bien en peine de savoir laquelle de vos _madames_ y -prend goût; nous trouvons que c'est un bon signe pour elle, car mon -style est si négligé qu'il faut avoir un esprit naturel et du monde pour -pouvoir s'en accommoder[732].» - - [732] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (23 décembre 1671), t. II, p. 270, édit. - de M.; t. II, p. 320, édit. de G. de S.-G.--_Ibid._ (15 janvier - 1672), t. II, p. 346, édit. de G. de S.-G.; t. II, p. 293, édit. - de M. - -Madame de Sévigné faisait cas du goût de sa fille en matière de style. -«Je suis ravie, lui dit-elle, que vous ayez approuvé mes lettres; vos -approbations et vos louanges sincères me font un plaisir qui surpasse -tout ce qui me vient d'ailleurs[733].» - - [733] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (22 avril 1671), t. II, p. 35, édit. de - G. de S.-G.; t. II, p. 29, édit. de M.--_Lettres de madame_ - RABUTIN-CHANTAL, etc., édition de la Haye, 1726, t. I, p. 77 et - 78.--_Ibid._ (23 mars 1671), t. I, p. 391 et 392. - -Madame de Sévigné écrivait à sa fille à toutes les heures du jour, -souvent le matin, après dîner, après souper, quelquefois fort tard dans -la nuit[734], non-seulement chez elle, mais chez ses parents et chez ses -amis, chez toutes les personnes où elle était assez libre pour pouvoir -le faire; chez sa tante de la Trousse, chez son cousin de Coulanges, -chez madame de la Fayette. Autrement, quand elle dînait en ville, si le -départ de la poste l'exigeait, elle rentrait chez elle pour expédier son -courrier. Le plus souvent aussi elle commençait ses lettres à sa fille -bien avant le jour du départ; c'est ce qu'elle appelait écrire de -provision[735], ou, comme elle le dit plaisamment, faire comme Arlequin, -qui répond avant d'avoir reçu la lettre. Elle continuait quelquefois la -même lettre pendant trois jours de suite, ce qui explique l'extrême -longueur de quelques-unes; et comme souvent, en achevant, elle avait -oublié ce qu'elle avait dit en commençant, elle revenait sur les mêmes -nouvelles. «Quand je m'aperçois, dit-elle, de ces répétitions, je fais -une grimace épouvantable; mais il n'en est autre chose, car il est tard; -je ne sais point raccommoder, et je fais mon paquet. Je vous mande cela -une fois pour toutes, afin que vous excusiez cette radoterie[736].» -Elle écrivait avec rapidité, et ses lettres étaient, selon elle, tracées -avec la plume des vents[737]. Elle aimait à faire ce qu'elle appelait -des réponses à la chaude, c'est-à -dire sous l'impression de la lettre -qu'elle venait de lire[738]. Quand elle écrivait en compagnie, soit chez -elle, soit chez les autres, elle s'interrompait souvent pour laisser -écrire dans ses lettres quelques-unes des personnes présentes[739]. Elle -recevait des lettres de sa fille exactement tous les trois jours, et -rarement pouvait-elle s'empêcher de verser quelques larmes en les -lisant[740]. Afin qu'elles lui fussent remises plus promptement, elle -avait gagné un commis de Louvois, qui remettait à son domestique les -lettres qui lui étaient adressées aussitôt leur arrivée et avant -qu'elles fussent distribuées aux facteurs. Ce commis, qui se nommait -Dubois, elle l'appelait _son petit ami_. Lorsque Louvois emmena -Dubois avec lui à l'armée, elle eut grand soin de se procurer à -l'administration des postes un autre _petit ami_ qui lui rendît le même -service[741]. Elle témoigne plaisamment son admiration pour la poste, -et, comme il lui arrive souvent, sa raillerie se transforme en -réflexions justes et philosophiques. «Je suis en fantaisie, écrit-elle à -madame de Grignan, d'admirer l'honnêteté de messieurs les postillons, -qui sont incessamment sur les chemins pour porter et rapporter vos -lettres; enfin, il n'y a jour de la semaine où ils n'en portent -quelqu'une à vous ou à moi. Il y en a toujours à toutes les heures par -la campagne. Les honnêtes gens! qu'ils sont obligeants! et que c'est une -belle invention que la poste, et un bel effet de la Providence que la -cupidité[742]!» - - [734] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (25 décembre 1671), t. II, p. 325, édit. - de G. de S.-G.; t. II, p. 275, édit. de M. - - [735] _Lettres de madame_ RABUTIN-CHANTAL, etc., édit. de la - Haye, 1726, t. I, p. 213 (23 déc. 1671).--SÉVIGNÉ, _Lettres_ (15 - avril 1671), t. II, p. 18; t. II, p. 316, édit. de G. de S.-G; t. - II, p. 15, édit. de M. - - [736] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (11 mars 1672 et 27 mai 1680), t. II, p. - 422, édit. de G. de S.-G.; t. II, p. 359, édit. de M.--_Ibid._ - (30 mars 1672), t. II, p. 437, édit. de G. de S.-G.; t. II, p. - 269, édit. de M. - - [737] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (30 mars 1672), t. II, p. 442; t. II, p. - 373.--_Ibid._ (23 mars 1671), t. I, p. 391 et 392, édit. de G. de - S.-G. - - [738] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (11 mars 1672), t. II, p. 422, édit. de - G. de S.-G.; t. II, p. 359, édit. de M. - - [739] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (6 et 18 mars 1671, 2e lettre), t. I, p. - 362 et 383, édit. de G. de S.-G.; t. I, p. 279 et 296, édit. - de M.--_Ibid._ (4 avril 1671), t. II, p. 3 et 5, édit. de - M.--_Ibid._ (24 avril 1671), t. II, p. 36, édit. de G. de S.-G.; - t. II, p. 33, édit. de M. Un grand nombre d'autres exemples - pourraient être cités. - - [740] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (18 mars 1671), t. I, p. 381-385, édit. - de G. de S.-G.; t. I, p. 296, édit. de M. - - [741] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (20 avril 1672), t. II, p. 468, édit. de - G. de S.-G.; t. II, p. 394, édit. de M.--_Ibid._ (23 mai 1672), - t. III, p. 33, édit. de G. de S.-G.; t. II, p. 444, édit. de M. - - [742] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (12 juillet 1671), t. II, p. 136, édit. - de G. de S.-G.; t. II, p. 114, édit. de M. - -Lorsque les lettres de madame de Grignan n'arrivaient pas aux jours et -aux heures fixés, elle était aussitôt désespérée et en proie à de -mortelles inquiétudes. Le 17 juin, elle écrit des Rochers à -d'Hacqueville: «Enfin voilà le second ordinaire que je ne reçois point -de nouvelles de ma fille; je tremble depuis la tête jusqu'aux pieds, je -n'ai pas l'usage de raison; je ne dors point, et si je dors, je me -réveille avec des sursauts qui sont pires que de ne pas dormir... Mais, -mon cher monsieur, d'où cela vient-il? Ma fille ne m'écrit-elle plus? -est-elle malade? Ah! mon Dieu! que je suis malheureuse de n'avoir -personne avec qui pleurer[743]!» - - [743] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (1671), t. II, p. 101, édit. de G. - de S.-G.--_Lettres inédites de madame_ DE SÉVIGNÉ; Paris, - Klostermann, 1814, in-8º, p. 197 (mercredi 17 juin). - -Enfin les lettres de madame de Grignan, qui avaient été envoyées à -Rennes à son fils, arrivent à madame de Sévigné trois jours après la -lettre qu'elle a écrite à d'Hacqueville. «Bon Dieu! dit-elle à sa fille, -que n'ai-je point souffert pendant deux ordinaires que je n'ai point eu -de vos lettres? Elles sont nécessaires à ma vie; ce n'est point une -façon de parler, c'est une grande vérité[744].» - - [744] _Lettre écrite par madame_ DE SÉVIGNÉ (le 21 juin 1671), - _rétablie d'après le manuscrit original_; 1826, in-8º, p. - 3.--SÉVIGNÉ, _Lettres_, t. II, p. 103, édit. de G. de S.-G.; t. - II, p. 85, édit. de M.; t. I, p. 118, édit. de la Haye, 1626. - -Une autre cause d'inquiétude pour madame de Sévigné, dans sa -correspondance avec madame de Grignan, était lorsque les lettres qu'elle -adressait à celle-ci ne lui parvenaient pas; alors elle soupçonnait -qu'elles avaient été ouvertes et interceptées par les agents du -gouvernement. Ceci explique les déguisements de noms et les mots -couverts dont madame de Sévigné se sert pour communiquer à sa fille des -nouvelles du roi et de la cour. «Je veux revenir à mes lettres qu'on ne -vous envoie point; j'en suis au désespoir. Croyez-vous qu'on les ouvre? -croyez-vous qu'on les garde? Hélas! je conjure ceux qui prennent cette -peine de considérer le peu de plaisir qu'ils ont à cette lecture et le -chagrin qu'ils nous donnent. Messieurs, ayez soin de les recacheter, -afin qu'elles arrivent tôt ou tard[745].» - - [745] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (18 mars 1671), t. I, p. 385, édit. de - G.; t. I, p. 297, édit. de M. - -Les correspondances que madame de Sévigné entretenait avec madame de -Grignan, avec Bussy et avec quelques amis intimes n'étaient pas les -seules. Par les plaintes qu'elle forme, on voit qu'on aimait à recevoir -de ses lettres et qu'on saisissait le moindre prétexte pour lui écrire -et en obtenir une réponse. Elle écrit des Rochers à madame de Grignan: -«Je suis accablée des lettres de Paris; surtout la répétition du -mariage de MONSIEUR me fait sécher sur pied; je suis en butte à tout le -monde, et tel qui ne m'a point écrit se réveille pour mon malheur, afin -de me l'apprendre[746].» - - [746] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (21 octobre 1671), t. II, p. 265, 266, - édit. de G. de S.-G.; t. II, p. 244, édit. de M. - -La correspondance de madame de Sévigné avec sa fille ne ressemblait, ne -pouvait ressembler à aucune autre. C'était la continuation de ces -épanchements de cÅ“ur, de ces causeries délicieuses, de ces confidences -intimes qui avaient eu lieu entre la mère et la fille lorsqu'elles -étaient réunies, surtout depuis que le mariage de M. de Grignan les -avait entraînées plus fréquemment toutes deux à la cour et dans la haute -société. Dès lors elles avaient été obligées de prendre leur part des -agitations, des anxiétés que le choc des intérêts, des rivalités, des -ambitions excite sans cesse dans le tourbillon du monde; et elles -éprouvèrent plus que jamais le besoin de se communiquer mutuellement -leurs idées, leurs sentiments, leurs réflexions; de se raconter l'une à -l'autre ce qu'elles voyaient, ce qu'elles apprenaient, ce qu'elles -entendaient, ce qu'elles observaient dans les cercles qui s'occupaient -d'elles et dont elles étaient occupées. - -Depuis que madame de Grignan, par son séjour en Provence, se trouvait -écartée de la cour et de la société de la capitale, elle était plus que -jamais tourmentée du désir de connaître ce qui s'y passait, et ce que -faisait, ce que disait, ce que pensait sa mère. Celle-ci était charmée -d'avoir des occasions, qui se renouvelaient sans cesse, de se rendre -nécessaire; son plaisir, sa consolation étaient dans son commerce de -lettres avec sa fille. «Vous ne me parlez point assez de vous, lui -dit-elle; j'en suis nécessiteuse, comme vous l'êtes de folies; je vous -souhaite toutes celles que j'entends; pour celles que je dis, elles ne -valent plus rien depuis que vous ne m'aidez plus: vous m'en inspirez, et -quelquefois aussi je vous en inspire. C'est une longue tristesse, et qui -se renouvelle souvent, d'être loin d'une personne comme vous[747].» - - [747] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (24 avril 1671), t. II, p. 36, édit. de - G. de S.-G.; t. II, p. 30, édit. de M. - -Elle savait gré à sa fille de se plaire à la lecture de ses lettres. «Il -y a plaisir, lui dit-elle, à vous envoyer des folies; vous y répondez -délicieusement. Vous savez que rien n'attrape tant les gens que quand on -croit avoir écrit pour divertir ses amis, et qu'il arrive qu'ils n'y -prennent pas garde ou qu'ils n'en disent pas un mot. Vous n'avez pas -cette cruauté; vous êtes aimable en tout et partout; hélas! combien vous -êtes aimée aussi! combien de cÅ“urs où vous êtes la première! Il y a peu -de gens qui puissent se vanter d'une telle chose[748].» - - [748] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (23 mars 1671), t. I, p. 302, édit de M. - -Madame de Grignan, qui cependant n'aimait ni à écrire ni à lire de -longues lettres[749], trouvait toujours trop courtes les lettres de sa -mère[750]; et c'est au désir que celle-ci avait de l'intéresser, de la -distraire, de l'amuser que nous devons cette variété de récits, de -portraits, de bons mots, de saillies, d'anecdotes, de récits joyeux ou -touchants, ce tableau mouvant du monde de cette époque, qu'on trouve -dans les lettres adressées par madame de Sévigné à madame de Grignan. -«Ne vous trompez-vous point, lui écrit-elle, dans l'opinion que vous -avez de mes lettres? L'autre jour, un pendard d'homme, voyant ma lettre -infinie, me demanda si je pensais qu'on pût lire cela. J'en tremblai, -sans dessein toutefois de me corriger, et, me tenant à ce que vous m'en -dites, je ne vous épargnerai aucune bagatelle, grande ou petite, qui -vous puisse divertir. Pour moi, c'est ma vie et mon unique plaisir que -le commerce que j'ai avec vous; toutes choses sont ensuite bien loin -après[751].» On a dit que c'était par le désir qu'avait madame de -Sévigné de plaire à sa fille qu'elle s'était laissé entraîner à des -traits de médisance, à des sarcasmes virulents, à des jugements injustes -envers les personnes qui déplaisaient à celle qu'elle aimait tant; -tandis qu'elle se montre pleine d'équité, d'indulgence et de bonté pour -toutes celles qu'elle fréquentait, quand elles n'étaient pas frappées -par cette cause de réprobation. De là on a généralement conclu que -madame de Grignan, déjà convaincue d'être froide et dédaigneuse, était -en outre envieuse et malveillante. Raisonner ainsi, c'est peut-être -commettre une grande injustice envers la fille, par le désir qu'on a -d'écarter de la mère des reproches mérités et de trouver réunies en elle -toutes les perfections. Les lettres que madame de Grignan avait écrites -auraient pu nous éclairer sur ce point; et précisément le soin que l'on -a eu de les faire disparaître et les conseils et les exhortations -auxquels quelques-unes donnent lieu dans les réponses[752] qui lui sont -faites par sa mère font présumer qu'on a deviné le motif qui les a fait -anéantir. - - [749] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (20 mars 1671), t. I, p. 386, édit. de - G. de S.-G.; t. I, p. 298, édit de M. - - [750] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (13 et 15 janvier 1672), t. II, p. 345, - 347, 352, édit. de G. de S.-G.; t. II, p. 292, 294, 298, édit. de - M. - - [751] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (20 janvier 1672), t. II, p. 352, édit. - de G. de S.-G.; t. II, p. 298, édit. de M. - - [752] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (18 et 22 septembre 1679), t. VI, p. - 121, 132, édit. de G. de S.-G.--_Ibid._ (22 août 1675), t. IV, p. - 47, édit. de G. de S.-G.--(24 mai 1694, lettre de Coulanges à - madame de Sévigné), t. XI, p. 34, édit. de G. de S.-G. - -Quoi qu'il en soit, ce qui permettait à madame de Sévigné de donner -toute liberté à sa plume quand elle écrivait à sa fille, c'est qu'elle -connaissait sa prudence et sa discrétion. Elle savait que madame de -Grignan ne communiquait les lettres qu'elle recevait d'elle qu'avec une -grande réserve. Jamais surtout madame de Sévigné n'eut un seul instant -la pensée que ses lettres à sa fille pussent être imprimées. Celles qui -avaient fait le plus de bruit dans la société et dont on avait tiré des -copies étaient écrites à d'autres personnes sur des sujets futiles et -sans importance[753]. On n'imprimait pas alors de correspondance ou de -_mémoires_ qui pussent éclairer l'histoire ou révéler les secrets des -familles. Les recueils de lettres recherchés du public et donnés après -la mort de ceux qui les avaient écrites roulaient toujours sur -d'élégantes bagatelles, ou n'étaient que des jeux d'esprit. De toutes -les lettres de Voiture, tant renommé pour le genre épistolaire, son -neveu Pinchesne n'a songé à publier que les lettres galantes ou -complimenteuses. Des nombreuses et importantes dépêches que Voiture a dû -écrire dans ses missions diplomatiques, pendant ses fréquents séjours en -pays étranger, il ne nous en reste pas une seule, ou du moins aucune n'a -encore vu le jour. - - [753] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (10 avril 1673), t. III, p. 78, édit. de - M.; t. III, p. 150, édit. de G. de S.-G. - - - - -CHAPITRE XIX. - -1671-1672. - - Le meilleur résultat des lettres de madame de Sévigné est de nous - la bien faire connaître.--La plupart des lettres qu'elle avait - écrites semblent perdues.--De la correspondance qu'elle avait - entretenue avec M. de Pomponne.--Détails sur ce ministre.--De la - correspondance de madame de Sévigné avec d'Hacqueville.--Comment - elle trace le caractère de celui-ci lorsqu'il devient amoureux de - la fille du maréchal de Gramont.--De la correspondance de madame - de Sévigné avec Corbinelli.--Avec madame de la Fayette et M. de la - Rochefoucauld.--Détails sur l'une et sur l'autre.--De la - correspondance de madame de Sévigné avec M. et madame de - Coulanges.--Détails sur l'un et sur l'autre.--De la correspondance - de madame de Sévigné avec son fils.--Caractère de celui-ci.--Ses - travers de jeunesse.--Sa tendresse pour sa mère.--Nouveaux détails - sur la correspondance de madame de Sévigné avec sa fille. - -Poursuivons le sujet commencé dans le précédent chapitre; et avant de -conduire madame de Sévigné aux états de Bretagne et de lui faire -entreprendre son grand voyage en Provence, avant de rechercher ce que -les lettres qui nous restent d'elle nous apprennent sur l'histoire et -les mÅ“urs de son temps, voyons ce qu'elles nous font connaître sur -elle-même; étudions-la (elle en vaut la peine), étudions-la dans ses -confidences les plus intimes, dans ses plus grandes indiscrétions, dans -ses aveux les plus imprudents, et nous trouverons que, malgré ses -faiblesses, peu de femmes peuvent lui être comparées pour l'élévation de -l'âme, les qualités du cÅ“ur, les lumières de l'esprit et le talent -d'écrire. Qu'on ne s'y méprenne pas; elle eut de bonne heure le -sentiment de son talent épistolaire; et quoique jamais elle ne fût prise -de la vanité de croire qu'elle pût, comme son amie madame de la Fayette, -faire un livre et occuper les imprimeurs, elle savait que les moyens de -plaire que lui donnait dans la société sa belle et vive imagination se -retrouvaient en elle plus forts et plus séduisants encore au bout de sa -plume et dans le silence du cabinet. Née pour le grand monde avant -d'être absorbée par sa passion maternelle, avant que son amour-propre, -son ambition, son orgueil fussent concentrés dans sa fille, elle était -coquette, partout et toujours. Elle voulait se montrer aimable à tous -ceux qui lui plaisaient et à qui elle plaisait. Seule, et en leur -absence, elle se rendait présente à eux par ses lettres et le charme de -son esprit; aussi devons-nous beaucoup regretter ce qu'elle écrivit dans -son bel âge, lorsqu'elle-même en butte aux séducteurs elle s'intéressait -aux intrigues galantes dont elle était entourée. Quelques courtes -lettres écrites à Ménage, à Bussy, deux billets à Lenet[754], un billet -en italien à la marquise d'Uxelles[755], voilà tout ce qui nous reste -d'elle de ces premiers temps; mais cela suffit pour nous montrer que dès -lors même elle croyait pouvoir se rendre digne de la louange que Ménage -lui avait donnée dans les vers qu'il composa sur son portrait: - - .. Questa; questa è la man leggiadra e bella Ch' ogni cor prende, e, - come vuol, l'aggira[756]. - - [754] _Lettres inédites de madame_ DE SÉVIGNÉ, publiées par M. - Vallet de Viriville dans la _Revue de Paris_, 28 décembre 1844. - (Dans la première de ces lettres, datée de minuit, ces mots: «Si - je n'étais prête d'aller aux Quinze-Vingts,» veulent dire, Si je - n'étais prête à fermer les yeux et à me coucher.) - - [755] _Billet italien de madame_ DE SÉVIGNÉ _à la marquise - d'Uxelles, suivi d'une lettre de madame de Grignan à la même_, - publié par M. Monmerqué; Paris, 1844, p. 10-13. - - [756] ÆGIDII MENAGII _Poemata_, 8e édit., p. 325. Sopra il - ritratto della marchesa di Sevigni, sonetto II. - -Malheureusement le plus grand nombre des lettres qu'elle avait écrites à -toutes les époques semblent perdues pour toujours. - -De toutes les correspondances que madame de Sévigné avait engagées avec -diverses personnes, les plus regrettables sont celles avec son fils, -avec M. et madame de Coulanges, avec madame de la Fayette et le duc de -la Rochefoucauld, avec le cardinal de Retz, avec Corbinelli, avec -d'Hacqueville et avec M. de Pomponne. - -Ce fut une grande joie pour madame de Sévigné[757] lorsque de Pomponne, -qui était ambassadeur en Suède, fut rappelé de son ambassade et fait -secrétaire d'État des affaires étrangères en remplacement de M. de -Lionne, décédé. L'opinion de son mérite et son intégrité avaient pu -seules déterminer le roi à faire ce choix; car de Pomponne, ainsi que -nous l'avons fait connaître, avait été, comme ami de Fouquet, pendant -quelque temps en disgrâce[758]; et de plus il appartenait à une famille -dont tous les membres s'étaient en quelque sorte illustrés par leur -dévouement au jansénisme. Aussi tous ceux qui tenaient à ce parti -célébrèrent-ils son avénement au pouvoir comme un triomphe; l'un d'eux -fit à ce sujet les vers suivants: - - Élevé dans la vertu - Et malheureux avec elle, - Je disais: A quoi sers-tu, - Pauvre et stérile vertu? - Ta droiture et tout ton zèle, - Tout compté, tout rabattu, - Ne valent pas un fétu. - Mais voyant que l'on couronne - Aujourd'hui le grand Pomponne, - Aussitôt je me suis tu. - A quelque chose elle est bonne[759]. - - [757] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (13 septembre 1671), t. II, p. 189, - édit. de M.; t. II, p. 225, édit. de G. de S.-G. - - [758] Conférez ci-dessus, chap. I, p. 14, et la deuxième partie - de ces _Mémoires_, p. 265 et 269. - - [759] SÉVIGNÉ, _Lettres_, t. II, p. 368, édit. de G. de S.-G.; t. - II, p. 312, édit. de M., en note. - -De Pomponne, devenu ministre, mit plus d'empressement que jamais à -resserrer les nÅ“uds d'amitié qui l'unissaient à madame de Sévigné; -voici comment elle en écrit à sa fille: «J'eus hier une heure de -conversation avec M. de Pomponne; il faudrait plus de papier qu'il n'y -en a dans mon cabinet pour vous dire la joie que nous eûmes de nous -revoir; il sait écouter aussi bien que répondre, il me donne toujours de -l'esprit; le sien est tellement aisé qu'on prend sans y penser une -confiance qui fait qu'on parle heureusement de tout ce qu'on pense: je -connais mille gens qui font le contraire. Enfin, ma fille, sans vouloir -m'attirer de nouvelles douceurs, dont vous êtes prodigue pour moi, je -sortis avec une joie incroyable, dans la pensée que cette liaison avec -lui vous serait très-utile. Nous sommes demeurés d'accord de nous -écrire; il aime mon style naturel et dérangé, quoique le sien soit comme -celui de l'éloquence même[760].» - - [760] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (3 février 1673), t. II, p. 368; t. II, - p. 312, édit. de M. - -Madame de Sévigné ne se trompa pas. Par M. de Pomponne elle obtint sur -les affaires de la Provence une influence heureuse pour son gendre, et -dont celui-ci fut reconnaissant. Il est certain que, si l'on retrouvait -les lettres qu'elle écrivit à ce ministre pendant ces deux années, nous -verrions qu'elles sont au nombre des plus correctes et des mieux faites -de toutes celles qu'elle a écrites[761]. - - [761] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (6 et 20 novembre 1672), t. III, p. 129, - 144, 145, édit. de M.; t. III, p. 209, 228 à 230, édit. de G. de - S.-G. - -La correspondance de madame de Sévigné avec le cardinal de Retz, pendant -qu'il était dans sa retraite de Commercy, devait être très-active, et -nous aurait appris beaucoup de particularités intéressantes sur -elle-même. Cette correspondance était très-intime: Retz avait contribué -au mariage de madame de Sévigné; il fut le parrain de Pauline de -Grignan, et dans tous les temps il donna à toute la famille des preuves -d'affection et d'amitié. - -Mais une des correspondances perdues de madame de Sévigné qui semblait -nous promettre le plus de particularités sur elle-même et sur les -personnages de son temps est celle qu'elle entretenait avec -d'Hacqueville, ce confident des affaires les plus secrètes de ses amis, -cet ami _inépuisable_, si actif à obliger qu'il semblait se multiplier, -si bien qu'on ne parlait de ses actes qu'en mettant son nom au pluriel, -et en disant _les d'Hacquevilles_. Mais son écriture était -indéchiffrable, et madame de Sévigné n'avait aucun plaisir à recevoir de -ses lettres; elle ne devait donc lui écrire que par nécessité, et fort -brièvement: les lettres qu'elle lui adressait étaient peu remarquables; -mais elle s'intéressait beaucoup à lui, et il lui a fourni dans sa -correspondance avec sa fille une des pages les plus piquantes qu'elle -ait écrites. Madame de Sévigné avait mandé à madame de Grignan que ce -d'Hacqueville, dont ses amis redoutaient l'austère sagesse, était devenu -amoureux de la fille du maréchal de Gramont, privée d'un Å“il et sans -attraits, mais très-jeune[762]. D'Hacqueville s'en défendait, et madame -de Grignan ne pouvait croire à cette ridicule faiblesse de la part de -cet ancien et prudent ami. Elle trouvait que son caractère bien connu et -son âge le défendaient suffisamment contre de tels soupçons. Sa mère lui -répond: «Vous me demandez les symptômes de cet amour: c'est premièrement -une négative vive et prévenante; c'est un air d'indifférence qui prouve -le contraire; c'est le témoignage de gens qui voient de près, soutenu de -la voix publique; c'est une suspension de tout ce mouvement de la -machine ronde; c'est un relâchement de tous les soins ordinaires pour -vaquer à un seul; c'est une satire perpétuelle contre les vieilles gens -amoureux: Vraiment il faut être bien fou, bien insensé! Quoi, une jeune -femme! Voilà une bonne pratique pour moi; cela me conviendrait fort! -j'aimerais mieux m'être rompu les deux bras. Et à cela on répond -intérieurement: Eh! oui, tout cela est vrai, mais vous ne laissez pas -d'être amoureux: vous dites vos réflexions, elles sont justes, elles -sont vraies, elles font votre tourment; mais vous ne laissez pas d'être -amoureux: vous êtes tout plein de raison, mais l'amour est plus fort que -toutes les raisons: vous êtes malade, vous pleurez, vous enragez, et -vous êtes amoureux[763].» - - [762] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (19 février 1672), t. II, p. 234, édit. - de M. - - [763] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (9 mars 1672), t. II, p. 350, édit. de - M.; t. II, p. 392 et 413, édit. de G. de S.-G. - -On croit lire la Bruyère, quand la Bruyère est excellent. - -S'il est incontestable qu'une confiance entière et une estime -réciproque, que l'accord des opinions et des sentiments, une complète -sympathie du cÅ“ur donnent à l'esprit plus d'activité, à l'imagination -plus d'élan, on doit bien vivement regretter que les lettres de madame -de Sévigné à Corbinelli ne nous soient pas parvenues; car entre elle et -lui tout ce qui fait le charme d'un commerce épistolaire se trouvait -réuni, et la différence des sexes n'y nuisait pas. Nous avons un certain -nombre de lettres de Corbinelli dans la correspondance de madame de -Sévigné et un plus grand nombre encore dans celle de Bussy; pas une -seule ne dément l'éloge que fait de cet ami madame de Sévigné, -lorsqu'elle le défend avec tant de chaleur contre une plaisanterie de sa -fille, qui, dit-elle, pourrait surprendre les simples. Toutes ces -lettres, au contraire, confirment cet éloge, et nous montrent en -Corbinelli un philosophe, mais un philosophe chrétien, maltraité par la -fortune, refusant de se mettre à sa poursuite, et préférant employer ses -jours à cultiver les lettres, à servir ses amis, à leur rester fidèle -dans l'adversité. «En lui, dit madame de Sévigné, je défends celui qui -ne cesse de célébrer les perfections et l'existence de Dieu; qui ne juge -jamais son prochain, qui l'excuse toujours; qui est insensible aux -plaisirs et aux délices de la vie et entièrement soumis à la volonté de -Dieu; enfin, je soutiens le fidèle admirateur de sainte Thérèse et de ma -grand'mère[764](sainte Chantal).» Savant et versé dans la lecture des -meilleurs auteurs de l'antiquité, de ceux de l'Italie et de la France, -dont son heureuse mémoire lui rappelait au besoin les plus beaux -passages, Corbinelli plaisait par sa conversation et par sa -correspondance, l'une et l'autre souvent agréables, toujours utiles et -instructives. Il appréciait surtout dans madame de Sévigné cette vive -imagination dont lui-même était dépourvu, et il comparait ses lettres à -celles de Cicéron; mais il aurait voulu qu'elle aimât sa fille avec plus -de modération. «Nous lisons ici, dit madame de Sévigné à madame de -Grignan, des maximes que Corbinelli m'explique; il voudrait bien -m'apprendre à gouverner mon cÅ“ur: j'aurais beaucoup gagné à mon voyage -si j'en rapportais cette science[765].» Elle devait savoir que cette -science-là Dieu peut nous l'enseigner, mais non les hommes. - - [764] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (15 janvier 1690), t. X, p. - 197.--_Ibid._ (24 mars 1684), t. VIII, p. 147, édit. de G. de - S.-G.; t. IX, p. 305, 309, 344, édit. de M. - - [765] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (17 et 29 mai 1675), t. III, p. 276, - édit. de M.; t. III, p. 394-396, édit. de G. de S.-G. - -La perte de plusieurs lettres écrites à madame de Sévigné par madame de -la Fayette et par M. de la Rochefoucauld (il n'est pas plus permis de -séparer ces deux personnes quant à leur correspondance que quant à leurs -relations avec le monde) est moins à regretter que ne donnerait lieu de -le penser la célébrité littéraire de l'une et de l'autre. Lorsqu'elle -était à Paris, madame de Sévigné ne se plaisait nulle part autant que -chez son ancienne amie madame de la Fayette. Quand elle a des peines de -cÅ“ur ou qu'elle désire se distraire, elle s'en va au _Faubourg_, -c'est-à -dire chez madame de la Fayette[766]. Là elle y trouve M. de la -Rochefoucauld, qui, malgré ses souffrances, aimable et spirituel, -toujours courtisan, même hors de la cour, lui parlait souvent de la -_reine de Provence_[767], de la _troisième côte de M. de Grignan_, et en -faisait l'éloge; il ne pensait pas tout ce qu'il en disait; et lui et -madame de la Fayette étaient moins bien vus des enfants de madame de -Sévigné que de leur mère. C'est chez madame de la Fayette que madame de -Sévigné retrouve sans cesse le cardinal de Retz et tous ses amis de la -Fronde avec les beaux esprits de ce temps, Segrais, Huet, la Fontaine et -Molière. C'est là qu'elle apprenait toutes les nouvelles relatives aux -affaires publiques, aux intrigues de cour, aux bruits de ville, aux -nouvelles promotions, et tout ce qui lui donnait les moyens de remplir -les lettres qu'elle écrivait à sa fille. Madame de Sévigné, dans sa -correspondance avec madame de Grignan, ne nous donne pas plus de détails -sur cette dernière et sur elle-même que sur les deux illustres habitants -du _Faubourg_. Par cette correspondance nous vivons en quelque sorte -avec eux, et nous sommes initiés aux secrets les plus intimes de leur -existence intérieure, de leurs habitudes les plus privées; nous -connaissons leurs jugements, leurs répulsions, les objets de leurs -préférences[768], et le jargon de convention de leur société, hors de -celle-ci inintelligible. Mais à cette époque la liaison de madame de -Sévigné avec madame de la Fayette, malgré leur continuelle -fréquentation, n'était plus la même qu'elle avait dû être dans leur -jeunesse[769]. L'habitude depuis longtemps contractée d'être souvent -ensemble, les amis qui leur étaient communs et enfin les sympathies de -l'esprit avaient au moins autant et plus de part à leur longue et -étroite liaison que les sentiments du cÅ“ur et l'accord des caractères. -Madame de la Fayette était devenue par ses romans une célébrité -littéraire. Par l'influence du fils de M. de la Rochefoucauld, le -prince de Marsillac, autant que par son mérite et par le souvenir de -MADAME, dont elle avait été la favorite, madame de la Fayette avait été -l'objet des attentions et des bienfaits du roi; et comme elle avait peu -de fortune et deux fils à pourvoir, elle ménageait son crédit[770], et -se montra peu empressée à en user pour ses amis, ce qui était un grand -tort aux yeux de madame de Grignan. Ceci explique pourquoi celle-ci, -ainsi que son frère, cherchaient à la desservir dans l'esprit de leur -mère. - - [766] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (6 février 1671), t. I, p. 306, édit. de - G. de S.-G.; t. I, p. 232, édit. de M. - - [767] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (9 février 1673), t. III, p. 141, édit. - de G. de S.-G.; t. III, p. 70, édit. de M. - - [768] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (1er avril 1671), t. I, p. 314, édit. de - M.; t. I, p. 405, édit. de G. de S.-G. - - [769] Voyez la deuxième partie de ces _Mémoires_, chap. XX, p. - 303. - - [770] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (15 novembre 1684), t. VII, p. 197, - édit. de M.--_Ibid._ (15 décembre 1675), t. IV, p. 255, 257, - édit. de G. de S.-G.; t. IV, p. 30, édit. de M. - -Cependant l'amitié de ces deux femmes, cimentée par le temps et fondée -sur une estime réciproque, était sincère. Lorsque madame de Sévigné -était bien payée de ses fermiers, que rien n'altérait son bien-être, que -tout semblait concourir à sa satisfaction, sa philosophie ne pouvait -tenir contre le chagrin que lui occasionnait le redoublement de dépenses -que madame de Grignan se croyait obligée de faire dans son gouvernement -de Provence et contre le redoublement de fièvre de madame de la Fayette. -«Il n'importe guère, dit-elle, d'avoir du repos pour soi-même quand on -entre véritablement dans les intérêts des personnes qui vous sont chères -et qu'on sent tout leur chagrin peut-être plus qu'elles-mêmes. C'est le -moyen de n'avoir guère de plaisir dans la vie, et il faut être bien -enragée pour l'aimer autant qu'on fait. Je dis la même chose de la -santé; j'en ai beaucoup, mais à quoi me sert-elle? à garder ceux qui -n'en ont point[771].» - - [771] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (20 mai 1672), t. III, p. 30, édit. de - G. de S.-G., t. II, p. 440, édit. de M. - -De son côté, madame de la Fayette avait pour madame de Sévigné un -attachement plus fort que pour toute autre femme. Il lui manquait -quelque chose lorsqu'elle était absente; et quand cette amie partait -pour les Rochers, il ne fallait pas, par ménagement pour sa sensibilité, -que madame de Sévigné lui fît ses adieux, ni qu'elle eût l'air de venir -la voir pour prendre congé. M. de la Rochefoucauld goûtait beaucoup -l'esprit et les lettres de madame de Sévigné; il disait aussi d'elle -qu'elle contentait son idée sur l'amitié, avec toutes ses circonstances -et dépendances; mais il était en proie aux souffrances de la -goutte[772], et madame de la Fayette était accablée par les maux de -nerfs ou dévorée par les fièvres, et tous deux détestaient d'écrire. -Madame de la Fayette le déclare sans ménagement à son amie, qui se -montrait exigeante à cet égard: «Le goût d'écrire vous dure encore pour -tout le monde, il m'est passé pour tout le monde; et si j'avais un amant -qui voulût de mes lettres tous les matins, je romprais avec lui[773].» - - [772] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (23 mars 1671), t. I, p. 303, édit. de - M.; t. I, p. 391, édit. de G. de S.-G. - - [773] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (30 juin 1673), t. III, p. 85, édit. de - M.; t. III, p. 158, édit. de G. de S.-G. - -En rapprochant toutes ces circonstances, nous devons présumer que les -lettres que madame de la Fayette et madame de Sévigné s'écrivirent -depuis l'époque du mariage de madame de Grignan, et qui se sont égarées, -étaient en petit nombre; et que celles qu'elles ont pu s'écrire dans -leur jeunesse, si on les retrouvait, seraient beaucoup plus -intéressantes pour nous que ces dernières. - -Il n'en est pas de même de la correspondance avec madame de Coulanges -et avec son mari, le petit Coulanges; c'est surtout avec ce dernier, -avec ce compagnon de son enfance, que madame de Sévigné, toujours à -l'aise, retrouvait toute sa verve. Les lettres les plus remarquables -qu'elle ait écrites et les plus souvent citées lui sont adressées[774], -et nous doivent faire vivement regretter celles qui sont perdues. Elle -lui écrivait régulièrement tous les quinze jours, sans compter les jours -d'exception[775]. De son côté, elle gardait soigneusement les lettres du -spirituel chansonnier; selon elle, «il avait un style si particulier -pour faire valoir les choses les plus ordinaires que personne ne saurait -lui disputer cet agrément[776].» Ainsi la plus complète et la mieux -suivie de toutes les correspondances de madame de Sévigné, si nous les -possédions toutes, après celles qu'elle eut avec sa fille et avec Bussy, -serait le commerce de lettres qu'elle ne cessa d'entretenir, tant -qu'elle vécut, avec son cousin de Coulanges. On sait que cet aimable -épicurien poussa jusqu'à l'âge de quatre-vingt-cinq ans sa joyeuse -vie[777]; qu'il jeta de bonne heure de côté la robe du magistrat, pour -ne pas «se noyer trop souvent dans la mare à Grapin,» et que, né, comme -il le dit lui-même, pour le superflu et jamais pour le nécessaire, -dissipateur et dissipé, toujours chantant, toujours bien portant, il eut -beaucoup d'amis et pas un seul ennemi[778]. Jeune encore, il se trouva -un jour marié avec la jolie fille de l'intendant de Lyon, mademoiselle -Dugué-Bagnols. Elle avait dix ans moins que lui. Tous deux s'unirent et -se désunirent sans vivre moins bien ensemble, sans renoncer à se -rejoindre et à se trouver aimables; créatures frivoles et légères, -semblables à deux papillons dans un beau jour de printemps, qui se -touchent un instant, voltigent, s'écartent et se rapprochent, sans -s'inquiéter de ce que chacun d'eux est devenu dans les intervalles[779]. -Madame de Coulanges fut une des femmes les plus séduisantes de la cour -de Louis XIV[780]. Elle n'y fut pas seulement admise comme cousine -germaine du ministre Louvois, mais elle fut invitée à toutes les -réunions, à toutes les fêtes; elle avait ses entrées dans les cabinets -particuliers, et était reçue aux heures réservées[781]. Son esprit, -comme le dit très-bien madame de Sévigné, lui tenait lieu de dignité, et -lui valut ces distinctions si enviées: par sa grâce, sa vivacité et ses -attraits elle s'était rendue nécessaire. Ses bons mots, que l'on citait, -sa conversation brillante et épigrammatique, ses succès auprès des -princesses, de la reine, du Dauphin et du roi lui-même n'attirèrent -point sur elle la haine ni l'envie, parce qu'on la savait désintéressée, -sans ambition et sans intrigue, cherchant uniquement à s'amuser et à -plaire, et n'en retirant aucun avantage ni pour elle ni pour les siens; -par ses manières aimables et prévenantes elle contentait tout le monde, -hormis ses amants; ceux-ci, elle les désolait par sa coquetterie et son -humeur volage. Les surnoms de _Feuille_[782], de _Mouche_[783], de -_Sylphide_[784], de _Déesse_[785], par lesquels madame de Sévigné la -désigne, peignent ses manières vives et gracieuses, ses aimables -caprices, ses piquantes reparties et tout ce que sa personne avait -d'enchanteur. Madame de Coulanges, pour faire l'éloge du jeune baron de -Sévigné, par lequel elle s'était fait accompagner à la cour, dit -naïvement à sa mère: «Il est aimé de tout le monde, presque autant que -moi[786].» - - [774] Celle sur le mariage de MADEMOISELLE (15 décembre 1670), t. - I, p. 212, édit. de M.; t. I, p. 283, édit. de G. de S.-G.; celle - sur le renvoi de Picard (22 juillet 1671), t. II, p. 127, édit. - de M.; t. II, p. 153, édit. de G. de S.-G. - - [775] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (22 juillet 1671), t. II, p. 127, édit. - de M.; t. II, p. 153, édit. de G. de S.-G. - - [776] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (7 mars 1685), t. VII, p. 251, édit. de - M.; t. VIII, p. 29, édit. de G. de S.-G.--_Ibid._ (29 janvier - 1685), t. VII, p. 229, édit. de M.--_Ibid._ (30 août 1671, 17 - avril 1676), t. II, p. 172; t. IV, p. 261, édit. de M.; t. VIII, - p. 3, édit. de G. - - [777] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (10 juin 1695), t. XI, p. 174, édit. de - G. de S.-G.--_Ibid._ (7 juillet 1703, 1er août 1705), t. XI, p. - 121, édit. de G. de S.-G.; t. XII, p. 349, édit. de G. de S.-G.; - t. X, p. 91 à 97, édit. de M.--_Ibid._ (7 juillet 1703), t. X, p. - 287 à 295, édit. de M. - - [778] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (29 janvier 1685), t. VII, p. 229, édit. - de M.; t. VIII, p. 3, édit. de G. de S.-G. - - [779] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (13 avril 1672), t. II, p. 385, édit. de - M.; t. II, p. 456, édit. de G. de S.-G. - - [780] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (5 janvier, 5 et 6 avril 1680), t. VI, - p. 224 et 228, édit. de G. de S.-G.--_Ibid._ (1er septembre - 1680), t. VI, p. 241, édit. de G. de S.-G.--_Ibid._ (23 juillet - 1677), t. V, p. 148, édit. de G. de S.-G.--_Ibid._ (5 janvier - 1680), t. VI, p. 189, édit. de G. de S.-G.; t. VI, p. 95, édit. - de M. - - [781] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (5 janvier et 5 avril 1680), t. VI, p. - 95 et 224, édit. de M.--_Ibid._ (3 et 5 janvier 1680), t. VI, p. - 282, 284, 289, édit. de G. de S.-G.--_Ibid._ (12 avril 1680), t. - VI, p. 233, édit. de M.; t. VI, p. 282, 284, 289, 448, édit. de - G. de S.-G. - - [782] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (19 janvier 1674), t. III, p. 220, édit. - de M. - - [783] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (23 juillet 1677), t. V, p. 148, édit. - de M.; t. V, p. 303, édit. de G. de S.-G. - - [784] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (2 septembre 1676), t. IV, p. 448, édit. - de M.; t. V, p. 102, édit. de G. de S.-G. - - [785] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (1er décembre 1690), t. IX, p. 422, - édit. de M.; t. X, p. 358, édit. de G. de S.-G. - - [786] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (24 février 1673), t. III, p. 143, édit. - de G. de S.-G. - -Ses lettres spirituelles lui avaient donné pour ce genre d'écrire une -réputation supérieure à celle de madame de Sévigné et à celle de toutes -les femmes de son temps. Nous ne pouvons juger si c'est à juste titre; -ce qui nous reste de la correspondance de madame de Coulanges a été -écrit dans un âge avancé, lorsque, revenue à la religion, elle avait, -dans sa maison de Brevannes, pris goût au séjour de la campagne et à la -retraite, et qu'elle cherchait à ramener son mari aux sentiments pieux -dont elle était elle-même pénétrée[787]. Son amabilité ne fut pas moins -grande, mais elle fut accompagnée de plus de bonté; et à cette époque -elle se serait reproché l'emploi qu'elle faisait de son esprit dans sa -jeunesse[788]. Dans le peu de lettres que nous avons d'elle au temps où -elle brillait dans le monde, on entrevoit qu'il pouvait y avoir plus que -dans les lettres de madame de Sévigné de ces traits malins, de ces fines -allusions, de ces jeux de mots mordants, de ces contrastes inattendus -auxquels s'applique plus particulièrement le nom d'esprit[789]; mais il -y avait certainement moins d'imagination, de force et d'éloquence -naturelle. Madame de Coulanges avait aussi beaucoup moins d'instruction -que madame de Sévigné. De Coulanges, parlant de sa femme, nous apprend -que son écriture et son orthographe ne répondaient pas à l'élégance de -son style[790]. Aussi aimait-elle mieux dicter que de prendre la plume, -et elle ne manquait jamais d'hommes empressés à lui servir de -secrétaires. Madame de Sévigné a dit que c'était là une condition -qu'elle enviait, tant elle avait une haute idée du talent épistolaire de -madame de Coulanges. Le comte de Sanzei, neveu de son mari, lui ayant -manqué pour cet office, elle prit son mari même; c'est sur quoi madame -de Sévigné la plaisante malignement, plutôt en souvenir du passé que -pour des motifs présents. «Je serais consolée, dit-elle, du petit -secrétaire que vous avez perdu, si celui que vous avez pris en sa place -était capable de s'attacher à votre service; mais, de la façon dont j'en -ai ouï parler, il vous manquera à tout moment. Il est libertin. Après -cela, mon amie, vous en userez comme vous voudrez. Je vous conseille de -le prendre à l'essai; quand vous le trouverez sous votre patte, -servez-vous-en; _tant tenu, tant payé_[791].» Madame de Coulanges avait -l'habitude d'écrire ses lettres sur de petites feuilles volantes, -coupées des quatre côtés, ce qui impatientait madame de Sévigné. «Ces -feuilles me font enrager, dit-elle; je m'y brouille à tout moment; je ne -sais plus où j'en suis; ce sont les feuilles de la Sibylle, elles -s'envolent, et l'on ne peut leur pardonner de retarder et d'interrompre -ce que dit mon amie[792].» Toutefois madame de Sévigné aimait -singulièrement à recevoir ces feuilles de la Sibylle, toujours si bien -remplies de nouvelles de la cour, d'un grand intérêt. Ces deux femmes, -qui différaient tant par leurs principes et surtout par leur conduite et -leur genre de vie, avaient entre elles de fortes analogies de talents, -d'esprit, de caractère, et il leur était impossible d'être attachées -l'une à l'autre par des liens de famille sans l'être aussi par ceux de -l'amitié. Madame de Sévigné se plut toujours dans la société de la femme -de son cousin, et celle-ci était charmée de la cousine de son mari[793]. -Madame de Thianges, qui avait entendu parler de deux lettres écrites par -madame de Sévigné à madame de Coulanges, voulut les lire, et les envoya -demander par un laquais. Madame de Coulanges rapporte cette circonstance -à madame de Sévigné, puis elle ajoute: «Vos lettres font tout le bruit -qu'elles méritent, comme vous voyez; il est certain qu'elles sont -délicieuses, et vous êtes comme vos lettres[794].» - - [787] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (11 décembre 1689), t. IX, p. 247, édit - de M.--_Ibid._ (23 juillet 1691), t. IX, p. 461, édit de M.; t. - X, p. 129, 396, édit. de G. - - [788] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (11 et 15 novembre 1688), t. VIII, p. - 151, 154 et 156, édit. de M.; t. VIII, p. 431, 435 et 436, édit. - de G. de S.-G. - - [789] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (24 février 1673), t. III, p. 142-145, - édit. de G. de S.-G.; t. III, p. 73, édit. de M. - - [790] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (7 juillet 1703, à madame de Coulanges), - t. XI, p. 398, édit. de G. de S.-G. - - [791] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (26 février 1695), t. XI, p. 139, édit. - de G. de S.-G.--_Ibid._ (9 septembre 1695), t. X, p. 127, édit. - de M.--_Ibid._ (4 mars 1695), t. XI, p. 142 et 146, édit. de G. - de S.-G. - - [792] _Ibid._ (26 février 1695), t. XI, p. 140. - - [793] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (1er décembre 1690), t. IX, p. 427, - édit. de M.; t. X, p. 358, édit. de G. de S.-G.--_Ibid._ (22 - juillet 1672), t. III, p. 42, édit. de M.--_Ibid._ (27 juillet - 1672), t. III, p. 100, édit. de G. de S.-G. - - [794] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (10 avril 1673), t. II, p. 150, édit. de - G. de S.-G. - -Une autre correspondance dont nous devons vivement regretter la perte -est celle de madame de Sévigné avec son fils; cette correspondance -devait être surtout d'un grand intérêt à l'époque dont nous traitons, -lorsque le baron de Sévigné était à l'armée, et que sa mère, déjà -affligée par l'absence de madame de Grignan, était saisie d'effroi à -l'arrivée de chaque courrier, tremblant sans cesse pour les jours d'un -fils qui, à la tête des gendarmes, dont il était le guidon, s'exposait -journellement au feu de l'ennemi. Sévigné aimait tendrement sa mère; il -quittait tous les plaisirs de la capitale et de la cour pour se retirer -avec elle dans la solitude des Rochers; il lui tenait compagnie à la -promenade, auprès du foyer; il était son lecteur, son secrétaire, son -complaisant, son factotum; et au besoin il la soignait, et même la -pansait lorsqu'elle était malade[795]. Il avait en elle la confiance la -plus entière: elle écoutait avec indulgence ses plus intimes confidences -et le récit de toutes ses _diableries_ et _ravauderies_[796], afin de -pouvoir, par ses sages conseils, exercer sur la conduite de ce jeune -homme une salutaire influence; et quoiqu'elle n'y pût toujours réussir, -elle ne se rebutait jamais. Sévigné[796], ainsi qu'elle naturellement -porté à la gaieté, la divertissait; il est peu de chagrins dont il ne -parvînt à la distraire. Par sa fréquentation avec la Champmeslé, il -avait acquis un merveilleux talent pour la déclamation; il aimait à en -faire jouir sa mère et à s'entretenir avec elle des auteurs qu'ils -lisaient ensemble. Il avait fait d'excellentes études; son goût en -littérature s'était développé et perfectionné dans la société de Boileau -et de Racine. Enfin malgré la différence de sexe et la guerrière -éducation qu'il avait reçue, Sévigné avait, comme sa mère, cette vive -sensibilité qui, facilement excitée par l'imagination, incline -promptement à l'attendrissement et à la faiblesse. Il eut besoin d'aller -aux Rochers à une époque où madame de Sévigné en était absente; ce lieu -lui parut désert et triste. Quand il se trouva seul dans l'appartement -qu'elle occupait et qu'on lui eut remis les clefs de ses cabinets, une -pensée funeste le saisit: il songea qu'il arriverait un jour fatal où il -serait encore à cette même place sans sa mère, sans aucun espoir de la -revoir jamais, et il pleura[797]. Madame de Sévigné était heureuse de la -tendresse qu'avaient pour elle ses deux enfants, et elle dit à sa fille, -en parlant de son fils: «Votre frère m'aime, et ne songe qu'à me plaire; -je suis aussi une vraie marâtre pour lui, et ne suis occupée que de ses -affaires. J'aurais grand tort si je me plaignais de vous deux; vous -êtes, en vérité, trop jolis chacun en votre espèce[798].» Quand elle -voulait s'entretenir de littérature et de poésie, madame de Sévigné -préférait Sévigné à sa sÅ“ur, parce que madame de Grignan lisait presque -exclusivement les livres sérieux et ceux qui traitaient de la nouvelle -philosophie; elle dédaignait les autres. Dans le grand nombre d'ouvrages -divers que madame de Sévigné avait lus aux Rochers avec son fils, les -romans n'étaient point exclus, et elle avoue franchement qu'elle prenait -goût à ceux de la Calprenède; mais elle trouvait le style de cet auteur -détestable[799]. «Ce style, dit-elle, est maudit en mille endroits; de -grandes périodes, de méchants mots, je sens tout cela. J'écrivis l'autre -jour à mon fils une lettre de ce style, qui était fort plaisante.[800]» -Sa vive et flexible imagination se prêtait facilement à cette variété -de tons et de tournures, qui donne tant de charme à la lecture de ses -lettres. «Je suis tellement libertine quand j'écris, dit-elle, que le -premier tour que je prends règne tout le long de ma lettre[801].» Cette -imitation du style de la Calprenède, de la part d'une telle plume, eût -été curieuse à lire. Nous ne l'avons point, et nous ne pouvons espérer -de la retrouver, ni aucune des lettres que madame de Sévigné avait -écrites à son fils avant qu'il fût marié. Si lui-même, par scrupule de -conscience, n'a pas anéanti toutes celles qu'il avait reçues de sa mère -dans sa jeunesse, sa femme n'aura pas manqué de le faire. Par le même -motif, madame de Simiane (Pauline de Grignan) a fait disparaître toutes -les lettres qui avaient trait à son éducation, quand elle a permis -l'impression de la correspondance de son aïeule. - - [795] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (4 et 5 février 1685), t. VII, p. 235 et - 238, édit. de M.; t. VIII, p. 5 et 11, édit. de G. de - S.-G.--_Ibid._ (27 janv. 1676), t. IV, p. 192, édit. de M.; t. - IV, p. 123, édit. de G. de S.-G.--_Ibid._ (2 février 1676), t. - IV, p. 197, édit. de M.; t. IV, p. 329, édit. de G. de S.-G. - _Ibid._ (9 mars, 8, 22 et 27 avril 1672), t. II, p. 454, 471, - 482, édit. de G. de S.-G.; t. II, p. 355, 397 et 407, édit. - M.--_Ibid._ (20 juin 1672), t. III, p. 74, édit. de G. de S.-G.; - t. III, p. 10, édit. de M.--_Ibid._ (8 juillet 1672), t. III, p. - 96, édit. de G.; t. III, p. 30, édit. de M. - - [796] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (13 mars 1671, 1er avril 1671, 19 mai - 1673, 26 juillet 1677), t. I, p. 374, 404, 405; t. III, p. 152; - t. V, p. 304 à 306; t. VI, p. 191, édit. de G. de S.-G.--_Ibid._, - t. I, p. 288, 313, 314; t. III, p. 81; t. V, p. 149 et - 150.--_Ibid._ (1er novembre 1679), t. VI, p. 187, édit. de G. de - S.-G.; t. VI, p. 7, édit. de M. - - [797] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (1er novembre 1679), t. VI, p. 187, - édit. de G. de S.-G.; t. VI, p. 7, édit de M. - - [798] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (8 avril 1672), t. II, p. 454, édit. de - G. de S.-G.; t. II, p. 384, édit. de M.--_Ibid._ (27 juin 1672), - t. III, p. 81 et 82, édit. de G. de S.-G.; t. III, p. 17 et 18, - édit. de M. - - [799] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (12 juillet 1671), t. II, p. 137 et 138, - édit. de G. de S.-G.; t. II, p. 115, édit de M. - - [800] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (22 décembre 1675), t. IV, p. 265. - - [801] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (20 juillet 1679), t. V, p. 416, édit. - de M.; t. VI, p. 100, édit. de G. de S.-G. - -La correspondance de madame de Sévigné avec son fils, si nous la -possédions, charmerait probablement les lecteurs par l'expression -élégante et variée d'une tendresse maternelle vive et forte, mais non -folle et passionnée, comme celle que madame de Grignan avait inspirée. -On y trouverait aussi, de la part du baron de Sévigné, les protestations -souvent répétées d'un amour filial qui satisfaisaient mieux madame de -Sévigné que les témoignages de tendresse qu'elle recevait de sa fille, -soit parce qu'en effet son fils mettait dans l'expression de ses -sentiments plus de chaleur et d'abandon, soit parce que ce cÅ“ur -maternel, trop fortement embrasé et avide dans sa fille d'une affection -égale à la sienne, ne pouvait jamais de ce côté être complétement -satisfait. Les lettres du baron de Sévigné eussent surtout été -curieuses sous le rapport historique par des nouvelles de l'armée et par -des observations sur les généraux et les guerriers de cette époque; et -celles de sa mère, comme les siennes, devaient, en traits de gaieté, en -anecdotes amusantes, en jugements sur les ouvrages nouveaux et sur les -littérateurs du temps, différer beaucoup de la correspondance entre -madame de Sévigné et sa fille. - -Cette correspondance est la plus fréquente, la plus longue, la mieux -suivie de toutes celles dont madame de Sévigné fut occupée. Nous sommes -loin de l'avoir entière: un grand nombre de lettres ont été, ainsi que -nous l'avons dit, supprimées; plusieurs, probablement, ont été égarées; -enfin toutes les lettres de madame de Grignan, qui jetteraient tant de -jour sur celles de sa mère, nous manquent. Cependant, telle qu'elle est, -telle qu'elle s'est successivement accrue par les soins de plusieurs -éditeurs zélés, cette correspondance suffit pour nous faire connaître -celle dont elle émane bien plus sûrement que ne pourraient le faire des -mémoires élaborés avec soin pour être transmis à la postérité. Tout ce -que madame de Sévigné écrivait à sa fille s'échappait de son âme, de son -cÅ“ur, rapidement, sans retour, sans détours, sans réflexion. Nous avons -déjà recueilli, dans ce qui est ainsi sorti de sa plume, plusieurs des -traits qui la caractérisent; tâchons de saisir encore ceux qui peuvent -servir à compléter cette peinture; achevons la partie la plus importante -et la plus essentielle de la tâche que nous nous sommes imposée dans cet -ouvrage. - - - - -CHAPITRE XX. - -1671-1672. - - Contraste entre madame de Sévigné et sa fille.--Elles ne se - ressemblaient que par le plaisir qu'elles éprouvaient à - correspondre ensemble.--Pourquoi les lettres de madame de Sévigné - à madame de Grignan sont les plus intéressantes et les mieux - écrites.--Madame de Grignan n'aimait pas à écrire, si ce n'est - à sa mère.--Madame de Grignan néglige de répondre à le - Tellier.--Madame de Sévigné avait formé sa fille pour le style - épistolaire.--Madame de Grignan écrivait bien.--Elle fait une - relation de son voyage à la grotte de Sainte-Baume, et une autre - de son voyage à Monaco.--Madame de Sévigné montre à quelques - personnes les passages remarquables des lettres qu'elle reçoit de - madame de Grignan, et cite plusieurs de ses bons mots.--Madame de - Sévigné lisait beaucoup.--Elle envoyait à sa fille les - livres nouveaux les plus remarquables.--Madame de Sévigné - différait de goût avec sa fille.--Des livres que chacune - d'elles affectionnait.--Opinion de madame de Sévigné sur - Racine;--sur Bourdaloue.--Variété des lectures de madame de - Sévigné.--Différences qui existaient entre elle et madame de - Grignan sous le rapport de la religion.--Les convictions - religieuses de madame de Sévigné étaient sincères, et elle - pratiquait sa religion.--Madame de Grignan, adonnée à la - philosophie de Descartes, était plus chancelante dans sa - foi.--Sentiments de madame de Sévigné sur la religion.--Elle - désira toujours être dévote.--Elle n'avait point de faiblesses - superstitieuses.--Elle était fort instruite sur les points les - plus difficultueux de doctrine religieuse.--Elle avait adopté les - opinions des jansénistes.--Passage de ses _Lettres_ où elles les - défend.--Ses erreurs et son esprit ne nuisent en rien à ses bonnes - résolutions.--Composition de sa bibliothèque à son château des - Rochers.--Elle prend des leçons de Corbinelli sur la philosophie - de Descartes.--Réfute Malebranche.--Appuie ses opinions sur - l'autorité de saint Paul et de saint Augustin.--Contraste qui - existait entre madame de Sévigné et madame de Grignan sous le - rapport des sentiments maternels et la conduite de la vie.--Madame - de Sévigné facile à émouvoir.--Madame de Grignan froide et - impassible.--Madame de Sévigné eut une grande préférence pour sa - fille.--Madame de Grignan voulait, pour l'avancement de son fils, - mettre ses deux filles au couvent.--Madame de Sévigné cherchait à - plaire à tous.--Madame de Grignan dédaignait le monde et l'opinion - publique.--Madame de Sévigné économe et sage dans la gestion de sa - fortune.--Elle exhorte sa fille à se rendre maîtresse des affaires - de son mari, pour réduire son luxe et ses dépenses.--Les conseils - de madame de Sévigné sont mal suivis.--Madame de Grignan fait de - fréquentes pertes au jeu.--Inquiétudes de madame de Sévigné à ce - sujet.--Elle fait des cadeaux et des remontrances à sa fille.--Le - roi, mécontent des états de Provence, veut les dissoudre.--Madame - de Sévigné conseille à M. de Grignan de ne pas exécuter les ordres - rigoureux qu'il a reçus et d'écrire au roi.--Ce conseil est - suivi.--Le roi approuve les observations des états, mais il envoie - des lettres de cachet pour exiler les consuls.--Madame de Sévigné - conseille de ne pas faire usage de ces lettres. - -Ce qui étonne le plus dans les lettres de madame de Sévigné à madame de -Grignan, c'est qu'elles nous révèlent le contraste complet qui existait -entre la mère et la fille[802] sans que leur parfaite union, leur -confiance réciproque en fût altérée. Nul accord entre leurs caractères, -leurs goûts, leurs opinions. Elles différaient en toutes choses hors en -une seule, c'est à savoir dans le plaisir qu'elles éprouvaient de se -communiquer leurs pensées, leurs sentiments, leurs projets; et comme -l'imagination n'est jamais plus vive et plus puissante que lorsqu'elle -reçoit les impulsions du cÅ“ur, il en résultait que les lettres de -madame de Sévigné les mieux écrites, les plus riches par le style, par -les faits, les réflexions et les images sont précisément celles qu'elle -écrivait à sa fille, sans efforts, sans étude et avec un entraînement -irrésistible. Elle-même le sentait, car elle lui dit[803]: «Je vous -donne avec plaisir le dessus de tous les paniers, c'est-à -dire la fleur -de mon esprit, de ma tête, de mes yeux, de ma plume, de mon écritoire; -et puis le reste va comme il peut. Je me divertis autant à causer avec -vous que je laboure avec les autres.» - - [802] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (8 juillet 1672), t. III, p. 95, édit. - de G. de S.-G.; t. III, p. 29, édit. de M. - - [803] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (1er décembre 1675), t. IV, p. 225, - édit. de G.; t. IV, p. 106, édit. de M. - -De son côté, madame de Grignan, si exacte à répondre à sa mère, se -montrait d'une paresse extrême lorsqu'il lui fallait écrire à toute -autre personne; et madame de Sévigné était sans cesse obligée de lui -rappeler les lettres de devoir, de politesse et d'affection pour -lesquelles elle était en retard[804]. Ainsi Charles-Maurice le Tellier, -frère du ministre Louvois, coadjuteur et depuis archevêque de Reims, -qu'elle avait, avant son mariage, invité à correspondre avec elle[805], -lui avait écrit deux fois sans recevoir de réponse. Il s'en plaignit à -madame de Sévigné, qui fut obligée d'exhorter sa fille à payer plus -exactement ses dettes en ce genre. - - [804] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (20 mars 1671), t. I, p. 386, édit. de - G.; t. I, p. 298, édit. de M.--_Ibid._ (16 août 1671), t. I, p. - 162, édit. de la Haye. Cette édition à M. et à madame de Lavardin - ajoute d'Hacqueville, t. II, p. 186, édit. de G.; t. II, p. 154, - édit. de M.--_Ibid._ (18 septembre 1671), t. II, p. 225, édit. - G.; t. II, p. 189, édit. M. - - [805] Voyez ci-dessus, chap. IV, p. 79. - -L'orgueil maternel, dans madame de Sévigné, se mêlait à l'admiration -qu'elle avait pour le talent épistolaire de sa fille; elle reconnaissait -que, sous ce rapport, madame de Grignan était son élève; aussi -continuait-elle à lui inculquer encore ses leçons, et elle trouvait en -elle, sur ce point, la même docilité que par le passé. Elle dit, en la -complimentant sur une lettre qu'elle avait reçue d'elle[806]: «J'ai reçu -deux lettres de vous qui m'ont transportée de joie; ce que je sens en -les lisant ne se peut imaginer. Si j'ai contribué de quelque chose à -l'agrément de votre style, je croyais ne travailler que pour le plaisir -des autres, et non pas pour le mien; mais la Providence, qui a mis tant -d'espaces et tant d'absences entre nous, m'en console un peu par les -charmes de votre commerce.» - - [806] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (28 juin 1671), t. II, p. 111, édit. de - G. de S.-G.; t. II, p. 93, édit. de M. - -Madame de Sévigné faisait cas du goût de sa fille, qui n'était pas -toujours d'accord avec le sien. En lui envoyant une lettre qu'elle avait -écrite à l'évêque de Marseille: «Lisez-la, dit-elle, et vous verrez -mieux que moi si elle est à propos ou non... Vous savez que je n'ai -qu'un trait de plume, ainsi mes lettres sont fort négligées; mais c'est -mon style, et peut-être qu'il fera autant d'effet qu'un autre plus -ajusté; si j'étais à portée d'en recevoir votre avis, vous savez combien -je l'estime et combien de fois il m'a réformée[807].» Elle était de plus -en plus charmée des lettres qu'elle recevait de madame de Grignan. «Mon -Dieu, ma fille, dit-elle encore, que vos lettres sont aimables! Il y a -des endroits dignes de l'impression[808]...»--«Vous me louez -continuellement sur mes lettres, et je n'ose plus parler des vôtres, de -peur que cela n'ait l'air de rendre louanges pour louanges; mais encore -ne faut-il pas se contraindre jusqu'à ne pas dire la vérité: vous avez -des pensées et des tirades incomparables; il ne manque rien à votre -style[809].» - - [807] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (27 septembre 1671), t. II, p. 243, édit - de G.; t. II, p. 205, édit. de M. - - [808] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (8 avril 1671), t. II, p. 5, édit. de G. - - [809] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (22 janvier 1672), t. II, p. 355, édit. - de G.; t. II, p. 301, édit. de M. - -Madame de Grignan faisait profession de détester les narrations et -d'être ennemie des détails, ce qui tendait à mettre de la sécheresse -dans ses lettres et une trop grande brièveté. Madame de Sévigné l'en -reprend, et parvint à la réformer sur ce point, du moins en ce qui la -concernait. «Défaites-vous, lui dit-elle, de cette haine que vous avez -pour les détails; je vous l'ai déjà dit et vous le pouvez sentir, ils -sont aussi chers de ceux que nous aimons qu'ils nous sont ennuyeux des -autres, et cet ennui ne vient jamais que de la profonde indifférence que -nous avons pour ceux qui nous importunent; si cette observation est -vraie, jugez de ce que me font vos relations[810].» Aussi madame de -Grignan triompha de son indolence et de sa paresse, et surmonta cette -humeur noire qui la rendait indifférente à tout et qui était si opposée -à la franche sympathie, à la vivacité et à la gaieté du caractère de -madame de Sévigné[811]. Pour plaire à sa mère, madame de Grignan composa -des _relations_: celle du voyage qu'elle fit à la grotte de -Sainte-Baume, avec toute la pompe et le train dispendieux de la femme -d'un gouverneur de province, charma madame de Sévigné. Elle crut lire un -joli roman, dont sa fille était l'héroïne[812]. Elle fut aussi -très-satisfaite du récit détaillé de son voyage à Monaco, et elle le fit -lire à d'Hacqueville, au duc de la Rochefoucauld et au comte de -Guitaud[813]. Mais c'est dans les lettres d'affaires que madame de -Grignan avait une véritable supériorité. Madame de Sévigné, qui, dans -l'intérêt de son gendre, entretenait de Pomponne de ce qui concernait la -Provence, aimait mieux distraire des lettres qu'elle avait reçues de sa -fille les portions relatives à cet objet et les envoyer à ce ministre -que de les transcrire ou d'essayer d'exposer autrement ce qui était si -bien et si nettement exprimé[814]. Aussi, pour les affaires, madame de -Grignan écrivait particulièrement à l'abbé de Coulanges, qui lui rendait -compte de tout, et débarrassait ainsi madame de Sévigné de détails qui -l'auraient ennuyée[815]. Madame de Grignan écrivait aussi à Bossuet[816] -des lettres que sa mère se chargeait de remettre. Quant aux lettres de -madame de Grignan qui se recommandaient par les agréments du style et -des pensées ingénieuses, madame de Sévigné en était non-seulement -contente, mais glorieuse; et elle avait grand soin d'en montrer les -passages les plus remarquables aux personnes qui lui paraissaient les -plus propres à les goûter. «Ainsi, ne me parlez plus de mes lettres, ma -fille, dit madame de Sévigné; je viens d'en recevoir une de vous qui -enlève; tout aimable, toute brillante, toute pleine de pensées, toute -pleine de tendresse: c'est un style juste et court, qui chemine et qui -plaît au souverain degré, même sans vous aimer comme je fais. Je vous le -dirais plus souvent, sans que je crains d'être fade; mais je suis -toujours ravie de vos lettres, sans vous le dire; madame de Coulanges -l'est aussi de quelques endroits que je lui fais voir et qu'il est -impossible de lire toute seule. Il y a un petit air de dimanche gras -répandu sur cette lettre, qui la rend d'un goût non pareil[817].» - - [810] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (28 juin 1671), t. II, p. 112, édit. de - G.; t. II, p. 93, édit. de M. - - [811] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (3 mars 1671), t. I, p. 355, édit. de - G.; t. I, p. 272, édit. de M.--(4 mars 1672), t. II, p. 409, - édit. de G.; t. II, p. 347, édit. de M.--_Ibid._ (8 juillet - 1672), t. III, p. 95, édit. G.; t. III, p. 29, édit. M.--_Ibid._ - (27 septembre 1671), t. II, p. 242, édit. G.; t. II, p. 204, - édit. M.--_Ibid._ (16 juillet 1672), t. II, p. 105, édit. G.; t. - III, p. 38, édit. M.--_Ibid._ (4 mai 1672), t. III, p. 1, édit. - de G.; t. II, p. 416 et 417, édit. de M. - - [812] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (22 avril 1672), t. II, p. 469, édit. - G.; t. II, p. 390, édit. M.--_Ibid._ (16 mai 1672), t. III, p. - 26, édit. G.; t. II, p. 438, édit. M.--_Ibid._ (20 mai 1672), t. - III, p. 30, édit. G.; t. II, p. 441, édit. M. - - [813] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (27 mai 1672), t. III, p. 37 et 39, - édit. G.; t. II, p. 447 et 448, édit. M. - - [814] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (29 avril 1672), t. II, p. 488, édit. G - de S.-G.; t. II, p. 412, édit. M. - - [815] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (15 mars 1671), t. I, p. 378, édit. G.; - t. I, p. 292, édit. M. - - [816] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (1er avril 1671), t. I, p. 403, édit. de - G. de S.-G. - - [817] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (9 mars 1672), t. II, p. 411, édit. de - G.; t. II, p. 349, édit. de M. - -Quinze jours après cette lettre, madame de Sévigné écrit encore à madame -de Grignan[818]: - -«Madame de Villars, M. Chapelain et quelque autre encore sont ravis de -votre lettre sur l'ingratitude. Il ne faut pas que vous croyiez que je -sois ridicule; je sais à qui je montre ces petits morceaux de vos -grandes lettres, je connais mes gens; je ne le fais point mal à propos, -je sais le temps et le lieu; mais enfin c'est une chose charmante que la -manière dont vous dites quelquefois de certaines choses: fiez-vous à -moi, je m'y connais.» - - [818] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (23 mars 1672), t. II, p. 432, édit. de - G.; t. II, p. 366, édit. de M. - -Et avant, dans le même mois[819], elle lui avait écrit: «Vos réflexions -sur l'espérance sont divines; si Bourdelot[820] les avait faites, tout -l'univers les saurait; vous ne faites pas tant de bruit pour faire des -merveilles; le _malheur du bonheur_ est tellement bien dit qu'on ne peut -trop aimer une plume qui exprime ces choses-là .» - - [819] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (1er mars 1672), t. II, p. 402, édit. de - G.; t. II, p. 341 et 342, édit. de M. - - [820] Bourdelot avait fait une pièce contre l'_espérance_, et la - princesse Palatine y fit une réponse: cette petite joute de bel - esprit fit quelque bruit dans le temps.--Voyez BUSSY, _Lettres_, - t. III, p. 333.--SÉVIGNÉ, _Lettres_ (1er mars 1672), t. II, p. - 402, édit. de G. - -Madame de Sévigné et madame de Grignan lisaient beaucoup; mais à cet -égard leur goût était différent[821]. Madame de Grignan lisait les -livres de la nouvelle philosophie (la philosophie de Descartes), que -madame de Sévigné goûtait peu[822]. Quoiqu'elle écoutât avec intérêt les -discussions qui avaient lieu en sa présence entre ses amis sur ce grave -sujet et qu'elle en parlât souvent avec eux, elle aimait mieux confier à -sa foi religieuse la solution des hautes questions de la métaphysique -que de se fatiguer à les comprendre; elle ne pouvait se résoudre à -admettre une théorie qui prétendait lui démontrer que sa chienne -_Marphise_ n'avait point d'âme et était une pure machine[823]; et elle -disait malignement des cartésiens que s'ils ont envie d'aller en paradis -c'est par curiosité[824]. Elle mettait un grand empressement à envoyer à -sa fille les plus intéressantes nouveautés littéraires, qui, presque -toutes, avaient alors pour éditeur le libraire Barbin. Lorsque celui-ci -ne les lui faisait pas remettre assez tôt pour que madame de Grignan les -reçût par elle avant qu'elles fussent parvenues en Provence, elle -accusait plaisamment _ce chien de Barbin_, qui, disait-elle, la -haïssait, parce qu'elle ne faisait pas de _Princesses de Clèves_ et de -_Montpensier_, comme son amie madame de la Fayette[825]. On comprend -très-bien pourquoi madame de Sévigné mettait au premier rang de tous les -soins qu'elle se donnait pour plaire à sa fille celui de lui envoyer les -ouvrages nouveaux; elle y était personnellement intéressée. Ces ouvrages -étaient ceux qu'elle-même lisait, et qui fournissaient de nouveaux -aliments à cette correspondance, son bonheur et ses délices[826]. C'est -pourquoi madame de Sévigné ne manquait jamais de mettre madame de -Grignan au courant des lectures qu'elle faisait ou qu'elle se proposait -de faire[827]. Elle trouvait tant de douceur à être, en ceci comme en -toutes choses, en rapport avec elle, que, lui ayant recommandé la -lecture d'un des ouvrages de Tacite, que madame de Grignan n'acheva pas, -elle lui en témoigna ses regrets, et l'engagea à lui écrire la page où -elle en était restée, afin qu'elle pût terminer pour elle cette -lecture[828]. Madame de Sévigné savait peu le latin. S'il en avait été -autrement, Corbinelli, écrivant quelques lignes à Bussy dans une des -lettres de madame de Sévigné, n'aurait pas dit que c'était en sa -considération qu'il traduisait un passage d'Horace[829]. Elle-même -n'aurait pas annoncé qu'elle se proposait de lire Térence et de se faire -traduire par son fils la satire contre les folles amours que renferme la -première scène de l'_Eunuque_[830]. Ce n'était pas une chose très-rare -alors cependant, même parmi les femmes, que de pouvoir lire les auteurs -latins dans leur langue originale. L'abbesse de Fontevrault, sÅ“ur de -madame de Montespan, madame de Rohan de Montbazon, abbesse de Malnou, -avaient cet avantage; il en était de même de madame de la Sablière, de -mademoiselle de Scudéry et de plusieurs autres, sans nommer madame -Dacier, qui, pour la haute érudition, est restée une exception[831]. -Mais c'est dans la traduction de Perrot d'Ablancourt que madame de -Sévigné admirait l'éloquence et l'harmonie des phrases de Tacite; c'est -aussi par le même traducteur qu'elle avait appris à goûter l'esprit de -Lucien. C'est dans la traduction italienne d'Annibal Caro qu'elle lisait -Virgile[832]. Cependant, comme elle mande à madame de Grignan qu'elle a -fait mettre en lettres d'or sur le grand autel de sa chapelle cette -inscription: SOLI DEO HONOR ET GLORIA, on peut croire qu'elle ainsi que -sa fille entendaient[833] assez le latin pour lire en cette langue les -Actes des Apôtres et les livres d'église. Dans les jugements qu'elles -portaient sur les auteurs, elles différaient beaucoup entre elles. -Madame de Sévigné avait plus que madame de Grignan le sentiment vif et -prompt des beautés littéraires; son goût était moins sévère, moins -dédaigneux, mais peut-être moins pur. Madame de Sévigné se passionnait -facilement pour les auteurs qu'elle lisait, et proportionnait ses -louanges aux émotions et aux inspirations qu'elle en recevait. Madame de -Grignan, au contraire, aimait à critiquer, à se rendre raison de tout, -et se défendait d'admirer. Madame de Sévigné avait plus que sa fille le -goût de la solitude et de la campagne; les sombres et mélancoliques -horreurs de la forêt avaient pour elle de l'attrait[834]. Elle lisait -plutôt pour le plaisir de lire que par l'ambition de devenir savante; -c'était tout le contraire dans madame de Grignan. - - [821] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (12 juillet 1671), t. II, p. 138, édit. - de G.; t. II, p. 13, édit. de M. - - [822] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (30 août 1671), t. II, p. 209, édit. G.; - t. II, p. 175, édit. M.--_Ibid._ (20 et 30 septembre 1671), t. - II, p. 212, 213 et 233, édit. G.; t. II, p. 177 et 195, édit. M. - - [823] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (20 et 30 septembre 1671), t. II, p. 234 - et 245, édit. de G.; t. II, p. 197 et 209, édit. de M. - - [824] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (30 septembre 1671), t. II, p. 248, - édit. G.; t. II, p. 209, édit. M. - - [825] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (16 mars 1672), t. II, p. 426, édit. de - G.; t. II, p. 362, édit. de M. - - [826] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (28 juin 1671), t. II, p. 113, édit. de - G.; t. II, p. 94 et 100, édit. de M. - - [827] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (12 juillet 1671), t. II, p. 136, édit. - de G.; t. II, p. 113, édit. de M. - - [828] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (11 et 12 août 1676), t. IV, p. 420, - édit. de M.; et t. V, p. 71, édit. de G. - - [829] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (30 juillet 1677), t. V, p. 316-318, - édit. de G. - - [830] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (22 septembre 1680), t. VII, p. 223, - édit. de G.; t. VI, p. 470, édit. de M. - - [831] Sur les femmes savantes de cette époque, consultez MÉNAGE, - _Lezione sopra 'l sonetto di Francesco Petrarca_, p. 58-64, à la - suite du traité intitulé _Historia mulierum philosopharum_. - - [832] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (26 juillet 1672), t. III, p. 105, édit. - G. - - [833] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (4 août 1688), t. VII, p. 145, édit. G. - - [834] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (14 octobre 1671), t. II, p. 260, édit. - G.--_Ibid._ (22 avril, 13, 17, 20 et 17 mai 1672), t. II, p. - 471-483; t. III, p. 13, 14 et 40, édit. de G. de S.-G. (Elle fit - graver ces mots sur un arbre de l'allée la plus obscure de son - parc des Rochers: _E di mezzo l'orrore esce il diletto_.) - -Les prédilections de madame de Sévigné en littérature se trahissent -lorsqu'elle quitte la capitale pour aller passer quelques jours dans sa -retraite de Livry. Quels sont les auteurs qu'elle emporte alors de -préférence? Corneille et la Fontaine. On lui a reproché d'avoir manqué -de discernement, et, dans son admiration exclusive pour Corneille, de -n'avoir pas rendu justice à Racine. Tout le monde sait cependant -aujourd'hui qu'elle n'a jamais dit ni cité ces mots ridicules que lui -prêtent Voltaire, la Harpe et tant d'autres: «Racine passera comme le -café[835];» mais elle a dit «qu'il n'irait point plus loin -qu'Andromaque[836].» Ce qui prouve seulement que cette pièce, qu'elle -loue avec effusion et qui lui faisait verser des larmes même lorsqu'elle -la voyait jouer par une troupe de campagne[837], était, selon elle, le -_nec plus ultra_ du talent de Racine.--Avec sa tendresse maternelle, -pouvait-elle penser autrement? Si elle avait vécu du temps de Voltaire, -nul doute qu'elle n'eût préféré aussi _Mérope_ à toutes les pièces de -cet auteur. Tout le monde juge ainsi: ce qui touche le plus le cÅ“ur est -aussi ce qui émeut le plus fortement l'imagination. A la vérité, madame -de Sévigné cherche à atténuer le succès de _Bajazet_, et elle en donne -la plus forte part au talent de la Champmeslé. Cependant elle envoie -cette pièce à sa fille aussitôt qu'elle a paru; il est vrai qu'elle -préfère Corneille à Racine, et qu'elle trouve plus de génie dramatique à -l'auteur du _Cid_, de _Polyeucte_, des _Horaces_, de _Cinna_. A-t-elle -si grand tort? On n'a pas remarqué que lorsqu'elle parle ainsi Corneille -avait produit tous ses chefs-d'Å“uvre, et qu'il n'en était pas ainsi de -Racine, dont la réputation n'était encore qu'à son aurore, quoique cette -aurore eût un grand éclat. On oublie que madame de Sévigné avait alors -de bien légitimes motifs pour ne pas aimer Racine, et que les déplaisirs -qu'il lui causait devaient très-naturellement disposer son esprit à -juger peu favorablement des productions de ce poëte. On se représente -toujours Racine dans un âge avancé, couronné par l'auréole de sa gloire -poétique, vénéré par sa fervente piété, uniquement occupé de son salut -et de l'éducation de ses enfants, refusant d'aller dîner chez un grand -de la cour, afin d'avoir le plaisir de manger un beau poisson en -famille, et pourtant écrivant encore _Esther_ et _Athalie_ pour les -vierges d'un couvent. Le jeune auteur d'_Andromaque_ et de _Bajazet_ -était un personnage tout différent. Ingrat et malin, dans deux lettres -très-spirituelles et pleines de mordants sarcasmes, il avait versé le -ridicule sur les pieux solitaires de Port-Royal, qui l'avaient élevé, -parce qu'ils avaient osé soutenir que le théâtre est un divertissement -peu favorable aux bonnes mÅ“urs et à la religion. Quand il faisait -imprimer ses tragédies, il y mettait des préfaces qui étaient la -critique acérée des ouvrages de ses rivaux, particulièrement de -Corneille; et il composait contre eux de sanglantes épigrammes. Alors -amoureux de la Champmeslé, Racine soupait souvent chez elle avec -Boileau, son ami; et le baron de Sévigné, qui courtisait cette actrice -et auquel la société des deux poëtes plaisait beaucoup, payait les -soupers. Madame de Sévigné ne trouvait pas bon que son fils jouât le -rôle ridicule d'Amphitryon et contribuât aux plaisirs des amants de sa -maîtresse. On doit donc peu s'étonner que dans son dépit, en écrivant à -sa fille, elle parle avec le même dédain de la courtisane et des deux -poëtes. Plus tard, et lorsque son fils a rompu avec la Champmeslé, elle -s'exprime sur eux avec l'admiration due à leur caractère et à leur -talent; et quand, longtemps après, elle assistait à Saint-Cyr aux -représentations d'_Athalie_ et d'_Esther_, elle ne disait plus que -Racine composait des tragédies pour la Champmeslé, et non pour la -postérité, et qu'il ne serait plus le même quand il ne serait plus -jeune et amoureux; mais elle remarque, au contraire, le caractère de son -talent, sa sensibilité, et dit «qu'il aime Dieu comme il aimait ses -maîtresses[838].» La même chose lui arriva lorsqu'elle entendit débuter -le P. Bourdaloue dans l'église de son collége. Selon elle, il a bien -prêché; mais son éloquence, appropriée à son église, n'en franchira pas -l'enceinte. Et cependant elle assista ensuite assidûment à ses -sermons[839], et ne peut trouver de termes assez énergiques pour peindre -sa vive admiration, pour exprimer le bien qu'elle ressentait des pieuses -convictions produites par la parole du grand orateur. Elle loue aussi -avec le même discernement, mais non avec le même enthousiasme, Mascaron -et Fléchier. Elle variait beaucoup ses lectures[840]. Les sermons ne -l'empêchaient pas d'aller au spectacle, d'assister aux pièces de -Molière, de se plaire à l'Opéra et de trouver céleste la musique de -Lulli, de lire des romans (l'_Astrée_, _Cléopâtre_, _Pharamond_, -etc.)[841], les Contes de la Fontaine, Rabelais, l'Arioste, le Tasse, -Pétrarque, Tassoni, Marini, Montaigne, Charron; elle mêlait ensemble -Corneille, Despréaux, Sarrasin, Voiture, les livres de controverses -religieuses, l'Alcoran et Don Quichotte. Quelquefois elle entreprenait -de longues lectures historiques, et elle bravait la fatigue que lui -faisaient éprouver les interminables périodes du P. Maimbourg, pour -s'instruire sur l'histoire des croisades et sur celle de l'arianisme et -des iconoclastes. Puis elle lit l'_Histoire de la découverte de -l'Amérique par Christophe Colomb_, «qui la divertit au dernier point;» -la _Vie du cardinal Commendon_, «qui lui tient très-bonne compagnie;» et -une _Histoire des Grands Vizirs_, de Chassepol, qui eut dans le temps -beaucoup de succès. Malgré son inclination pour Tacite, et quoiqu'elle -lût et relût Josèphe, Plutarque et Lucien, elle préférait l'_Histoire de -France_ à l'histoire romaine, où elle n'avait, disait-elle -spirituellement, ni parents ni amis. On est étonné de lui voir lire en -quatre jours l'in-folio de l'académicien Paul Hay du Chastelet, -contenant la _Vie de Bertrand du Guesclin_; mais tout ce qui concernait -l'_histoire de Bretagne_ avait pour elle un intérêt de famille[842]. - - [835] Conférez SÉVIGNÉ, _Lettres_ (10 mai 1676), t. IV, p. 463, - édit. G.; t. IV, p. 291, édit. M.--SAINT-SURIN, _Notice sur - madame de Sévigné_, t. I, p. 100 de l'édition des _Lettres de_ - SÉVIGNÉ, par Monmerqué, 1820, in-8º.--HÉNAULT, _Abrégé - chronologique_ (1669), t. III, p. 371.--LEMONTEY, _Hist. de la - régence_, t. I, p. 442. - - [836] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (16 mars 1672), t. II, p. 426, édit. G.; - t. II, p. 362, édit. M. - - [837] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (12 août 1671), t. II, p. 183, édit. G.; - t. II, p. 152, édit. M. - - [838] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (16 mars 1672, 28 janvier et 7 février - 1689), t. II, p. 360, et t. VIII, p. 310 et 325, édit. de M.; t. - II, p. 426 et 427, et t. IX, p. 126 et 127, édit. de G. - - [839] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (18 février, 11, 13, 20 et 26 mars, 13 - avril, 25 décembre 1671), t. I, p. 330, 367, 370, 372, 374, 376, - 388, 394, 396, 397, 404, 406; t. II, p. 324, édit. de G. - - [840] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (11 et 13 mars, 29 avril, 8 mai, 2, 22 - et 28 juin, 5 juillet, 19 août, 16 et 30 septembre, 1er, 4 et 11 - novembre 1671), t. I, p. 370, 374; t. II, p. 49, 61, 67, 87, 105, - 125, 136, 141, 195, 229, 238 et 239, 352 et 377, édit. de G. de - S.-G. - - [841] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (28 juin 1671), t. II, p. 113, édit. de - G.; t. II, p. 94, édit. de M.--_Ibid._ (11 septembre 1675), t. - III, p. 465, édit. M. - - [842] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (3 novembre 1675), t. IV, p. 186, édit. - de G. t. IV, p. 69, édit. de M.--_Ibid._ (14 juillet 1680), t. - VII, p. 104, édit. de G.; t. VI, p. 372, édit. de M.--_Ibid._ (25 - septembre 1680, 14 décembre 1689), t. VII, p. 221-228; t. X, p. - 137, édit. de G.--_Ibid._ (1er août 1672), t. II, p. 377, édit. - de M.; t. II, p. 447, édit. de G.--_Ibid._ (15 mai, 4 juin, 11 et - 12 août 1676), t. IV, p. 297, 326 et 420, édit. de M.; t. IV, p. - 439-472; t. V, p. 71, édit. de G.--_Ibid._ (9 janvier 1676), t. - IV, p. 312, édit. de G.--_Ibid._ (15 janvier 1690), t. X, p. 196. - Voyez _Lettre écrite par madame de Sévigné le_ 21 _juin 1671, - rétablie d'après le mss. original_, 1826, in-8º, p. 15.--_Ibid._ - (7 juin 1671), t. II, p. 88, édit. de G. Conférez encore sur les - lectures de madame de Sévigné (20 janvier et 24 février 1672), t. - II, p. 352 et 397, édit. de G.--_Ibid._ (15 janvier 1690), t. X, - p. 196, édit. de G.--_Ibid._ (6 novembre 1675), t. IV, p. 190, - édit. de G. - -Elle aimait avant tout les livres de morale, et surtout de morale -religieuse. Les _Essais_ de Nicole étaient ceux qu'elle préférait. Les -meilleurs et les plus beaux éloges qu'on ait faits de cet écrivain ont -été tracés par Voltaire dans son _Siècle de Louis XIV_ et par madame de -Sévigné dans les lettres écrites à sa fille[843]. Nicole est l'auteur -favori de madame de Sévigné; elle le lisait et le relisait; elle y -trouvait des ressources contre tous les maux, toutes les misères de la -vie, même, disait-elle, contre la pluie et le mauvais temps; elle veut -s'en pénétrer, se l'assimiler; elle souhaiterait pouvoir en faire un -bouillon et l'avaler[844]. Il était, suivant elle, de la même _étoffe_ -que Pascal, et elle ajoute: «Cette étoffe-là est si belle qu'elle me -plaît toujours; jamais le cÅ“ur humain n'a été mieux anatomisé que par -ces messieurs-là [845].» Elle lisait aussi les Traités de Bossuet, et -surtout son _Histoire des Variations_[846]. En bonne janséniste, elle -avait lu saint Augustin et les Lettres de Saint-Cyran; mais elle se -tenait éloignée du rigorisme de la secte. - - [843] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (13 et 30 septembre, 1er et 4 novembre - 1671), t. II, p. 226-277, 279 et 286, édit. de G.; t. II, p. 208 - et 238, édit. de M.; t. I, p. 180, édit. de la Haye. - - [844] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (1er et 4 novembre 1671), t. II, p. 276 - à 280, édit. de G.; t. II, p. 238, édit. de M. - - [845] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (19 août 1671), t. II, p. 195, édit de - G.; t II, p. 162, édit. de M.--_Ibid._ (23 mai 1671), t. II, p. - 81, édit. de G. - - [846] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (23 novembre 1689), t. X, p. 106. édit. - de G.; t. IX, p. 226, édit. de M. - -Sa foi était forte et sincère, et en cela surtout elle différait de sa -fille. Comme toutes les femmes de son temps, madame de Grignan -pratiquait sa religion; mais sa raison, enorgueillie par les lueurs -vacillantes d'une philosophie qu'elle croyait comprendre, faisait subir -aux croyances qui lui avaient été inculquées dès son enfance des doutes -peu conformes à la soumission due aux décisions de l'Église. Telle -n'était point madame de Sévigné, qui ne partageait pas le superbe dédain -de Port-Royal pour l'efficacité de l'intervention du saint sacerdoce. -Elle avait soin de faire dire des messes pour détourner les malheurs -qu'elle redoutait, et elle ne manquait pas d'en agir ainsi lorsque sa -fille voyageait ou lorsque celle-ci était enceinte[847], et encore après -qu'elle était accouchée[848]. Quoique nous n'ayons pas les lettres que -madame de Grignan avait écrites à sa mère, ce qui nous reste de leur -correspondance témoigne suffisamment de la lutte qui avait lieu entre -elles deux, en raison de leur dissidence d'opinion sur ces graves -matières. Jamais madame de Sévigné ne laisse échapper l'occasion de -manifester à madame de Grignan combien sa religion lui est chère, et de -s'efforcer de lui persuader qu'elle satisfait mieux le cÅ“ur et la -raison que toutes les vaines subtilités des philosophes. Elle la mit -dans la confidence de tous ses scrupules religieux et des tourments de -sa conscience. Elle plaint sa fille de n'avoir pas en Provence de P. -Bourdaloue ni de P. Mascaron: «Comment, dit-elle, peut-on aimer Dieu -quand on n'entend jamais bien parler de lui[849]?» Et madame de Grignan -est instruite toutes les fois que des devoirs religieux appellent sa -mère à l'église de Saint-Paul de la rue Saint-Antoine ou des Minimes de -la place Royale. «Ma fille, lui écrit-elle, je m'en vais prier Dieu, et -me disposer à faire demain mes pâques: il faut au moins sauver cette -action de l'imperfection des autres. Je voudrais bien que mon cÅ“ur fût -pour Dieu comme il est pour vous[850].» Bien souvent madame de Sévigné -se lamente de n'avoir pas le courage de rompre les liens du monde et de -conformer sa vie aux préceptes de sa croyance; et sa fille, qui n'avait -pas intérêt à ce qu'il en fût ainsi, combat toujours ce penchant à la -dévotion, qui était commun alors aux personnes les plus mondaines. -Ainsi, dès cette année 1671, madame de Sévigné écrivait, au sujet de la -mort du chevalier de Buous[851]: - -«C'est un beau sujet de réflexions que l'état où vous le dépeignez. Il -est certain qu'en ce temps-là nous aurons de la foi de reste; elle fera -tous nos désespoirs et tous nos troubles; et ce temps que nous -prodiguons et que nous voulons qui coule présentement nous manquera, et -nous donnerions toutes choses pour avoir un de ces jours que nous -perdons avec tant d'insensibilité... La morale chrétienne est excellente -à tous les maux; mais je la veux chrétienne; elle est trop creuse et -trop inutile autrement.» - - [847] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (4 novembre 1671), t. II, p. 281, édit. - de G.; t. II, p. 238, édit. de M. «Je fais dire tous les jours - des messes pour vous: voilà mon emploi.» - - [848] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (29 novembre 1671), t. II, p. 298, édit. - de G.: «Comme vous êtes philosophe, vous savez la raison de tous - ces effets; pour moi, je les sens, et je m'en vais faire dire - autant de messes pour remercier Dieu de cette grâce que j'en - faisais dire pour la lui demander.» - - [849] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (1er avril 1671), t. I, p. 315, édit. de - M.; t. I, p. 406, édit. de G. - - [850] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (vendredi saint, 15 avril 1671), t. II, - p. 462, édit. de G.; et t. II, p. 390, édit. de M. - - [851] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (20 sept. 1671), t. II, p. 232, édit. de - G. (de Buous dans cette édit.); t. II, p. 194 et 195, édit. de - M.--_Lettres de madame_ RABUTIN-CHANTAL, _marquise de Sévigné_, - t. I, p. 180, édit. de la Haye, 1726.--Il y a au commencement de - cette lettre seize lignes de plus dans cette édition, qui ont été - supprimées dans toutes les autres. - -Trois mois avant cette lettre, elle avait déjà écrit à madame de -Grignan: «Une de mes grandes envies, ma fille, ce serait d'être dévote; -j'en tourmente la Mousse tous les jours. Je ne suis ni à Dieu ni à -diable; cet état m'ennuie, quoique, entre nous, je le trouve le plus -naturel du monde. On n'est point au diable parce qu'on craint Dieu, et -qu'au fond on a un principe de religion; on n'est point à Dieu aussi, -parce que sa loi paraît dure, et qu'on n'aime point à se détruire -soi-même; cela compose les tièdes, dont le grand nombre ne m'étonne -point du tout: j'entre dans leurs raisons. Cependant Dieu les hait; il -faut donc sortir de cet état, et voilà la difficulté[852].» - - [852] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (10 juin 1671), t. II, p. 98, édit. de - G. de S.-G.; t. II, p. 83, édit. de M.--_Lettres de madame_ - RABUTIN-CHANTAL; la Haye, 1726, in-12, t. I, p. 117. - -Vingt ans après, madame de Sévigné en était encore au même point; mais -du moins sa foi n'avait point varié, et elle se trouvait encore plus -fermement établie par les études qu'elle avait faites dans l'intervalle. -«Vous me demandez, écrit-elle à madame de Grignan, si je suis toujours -une petite dévote qui ne vaut guère: oui, justement voilà ce que je suis -toujours, et pas davantage, et à mon grand regret. Tout ce que j'ai de -bon, c'est que je sais bien ma religion et de quoi il est question; je -ne prendrai point le faux pour le vrai; je sais ce qui est bon et ce qui -n'en a que l'apparence; j'espère ne m'y point méprendre, et que, Dieu -m'ayant déjà donné de bons sentiments, il m'en donnera encore: les -grâces passées me garantissent en quelque sorte celles qui viendront; -ainsi je vis dans la confiance, mêlée cependant de beaucoup de -crainte[853].» - - [853] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (15 janvier 1690), t. X, p. 197, édit. - de G.; t. IX, p. 305, édit. de M. - -Quoiqu'elle trouvât que dans cette voie ses progrès fussent lents, -pourtant elle reconnaissait qu'elle faisait des progrès. «Si je pouvais -seulement, dit-elle, vivre deux cents ans, il me semble que je serais -une personne admirable.» - -Madame de Sévigné avait foi aux promesses de la religion et espérait en -elles; mais elle répugnait à croire aux terreurs qu'on voulait lui -inculquer en son nom. «Vous aurez peine, dit-elle à madame de Grignan, à -nous faire entrer une éternité de supplices dans la tête, à moins que, -d'un ordre du roi et de la sainte Écriture, la soumission n'arrive au -secours[854].» Léger sarcasme aussi juste que mérité contre le -despotisme de Louis XIV, qui mal à propos faisait intervenir son -autorité dans les querelles théologiques, et les évoquait à son conseil, -non sans dommage pour l'État et pour la religion. Madame de Sévigné -n'aimait pas que l'on portât trop loin l'esprit de pénitence, et la -rigueur des règles nouvellement imposées aux religieux du couvent de la -Trappe par le Bouthillier de Rancé[855] lui paraissait extravagante. «Je -crains, dit-elle, que cette Trappe, qui veut surpasser l'humanité, ne -devienne les Petites-Maisons[856].» - - [854] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (20 septembre 1671), t. II, p. 233, - édit. de G.; t. II, p. 194, édit. de M. - - [855] DE MARSOLLIER, _Vie de dom Armand-Jean le Bouthillier de - Rancé_, 1703, in-12, 1re partie, liv. III, ch. XII, XIII et XIV, - t. I, p. 413 à 460. - - [856] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (15 avril 1671), t. II, p. 21, édit. de - G.--_Ibid._, t. II, p. 17, édit. de M. - -Madame de Sévigné n'avait aucune de ces faiblesses superstitieuses dont -quelques esprits très-fermes ne sont pas toujours exempts. Elle se -dépite de ce que le bel abbé de Grignan, qui devait l'accompagner en -Provence, la supplie de différer son départ de quelques jours, parce -qu'il ne peut consentir à se mettre en route un vendredi. «On ne peut, -dit-elle malignement, tirer les prêtres de Paris; il n'y a que les dames -qui en veuillent partir[857].» Elle était plus incrédule que sa fille -sur certains faits surnaturels, que madame de Grignan semblait disposée -à croire. «Je trouve plaisants, lui écrit-elle, les miracles de votre -solitaire; mais sa vanité pourrait bien le conduire du milieu de son -désert dans le milieu de l'enfer... Dieu est tout-puissant, qui est-ce -qui en doute? Mais nous ne méritons guère qu'il nous montre sa -puissance[858].» - - [857] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (13 mai 1671), t. II, p. 66 et 67, édit. - de G; t. II, p. 55, édit. de M. - - [858] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (18 octobre 1671), t. II, p 263 et 264, - édit. G.; t. II, p. 23, édit. M. - -Ses croyances étaient raisonnées; elle lisait beaucoup de livres de -controverse, même ceux que composaient des protestants[859], et aussi, -pour complaire à sa fille, ceux qui étaient écrits d'après les principes -de la nouvelle philosophie; mais elle en était peu satisfaite. «J'ai -pris, dit-elle à madame de Grignan, les _Conversations chrétiennes_; -elles sont d'un bon cartésien, qui sait par cÅ“ur votre _Recherche de la -vérité_ (du P. Malebranche)... Je vous manderai si ce livre est à la -portée de mon intelligence; s'il n'y est pas, je le quitterai -humblement, en renonçant à la sotte vanité de contrefaire l'éclairée, -quand je ne le suis pas. Enfin Dieu est tout-puissant, et fait tout ce -qu'il veut, j'entends cela; il veut notre cÅ“ur, nous ne voulons pas le -lui donner, voilà tout le mystère[860].» - - [859] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (22 septembre 1680), t. VII, p. 224, - édit. G.; t. VI, p. 470.--_Ibid._ (13 août 1688), t. VIII, p. - 337, édit. de G.; t. VIII, p. 63, édit. de M.--_Ibid._ (24 - janvier 1689), t. IX, p. 117, édit. de G. - - [860] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (15 juin 1680), t. VII, p. 42, édit. de - G.; t. VI, p. 319, édit. de M. - -Mais elle comprend fort bien ces questions qu'elle feint d'être trop -ardues pour son intelligence, et elle exhorte sa fille, pour les -résoudre, à lire le traité de la _Prédestination des Saints_, par saint -Augustin, et surtout celui du _Don de la persévérance_. «Lisez, -dit-elle, ce livre, il n'est pas long; c'est où j'ai puisé mes erreurs. -Je ne suis pas la seule, cela me console; et en vérité je suis tentée de -croire qu'on ne discute aujourd'hui sur cette matière avec tant de -chaleur que faute de s'entendre[861].» - - [861] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (26 juin 1680), t. VII, p. 63, 70, édit. - de G.; t. VI, p. 342, édit. de M. - -Cette lecture de saint Augustin et les commentaires de ses amis de -Port-Royal l'avaient confirmée dans l'opinion des jansénistes sur la -grâce. Madame de Grignan, pour combattre cette opinion, profita de -l'exemple de madame de la Sablière, connue par son savoir et par son -attachement à la philosophie cartésienne, qui cependant, touchée des -vérités de la religion, s'était convertie. «Oui, dit madame de Sévigné, -elle est dans ce bienheureux état, elle est dévote et vraiment dévote, -elle fait un bon usage de son libre arbitre; mais n'est-ce pas Dieu qui -le lui fait faire? N'est-ce pas Dieu qui la fait vouloir? N'est-ce pas -Dieu qui l'a délivrée de l'empire du démon? N'est-ce pas Dieu qui a -tourné son cÅ“ur? N'est-ce pas Dieu qui la fait marcher et qui la -soutient? N'est-ce pas Dieu qui lui donne la vue et le désir d'être à -lui? C'est cela qui est couronné; c'est Dieu qui couronne ses dons. Si -c'est cela que vous appelez le libre arbitre, ah! je le veux -bien[862].» - - [862] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (21 juin 1680), t. VII, p. 62 et 65, - édit. de G.; t VI, p. 366 et 367, édit. de M. - -Dans la même lettre, elle professe l'opinion de Jansénius avec toutes -ses conséquences. «Je n'ai rien à vous répondre, dit-elle à madame de -Grignan, sur ce que dit saint Augustin, sinon que je l'écoute et que je -l'entends quand il me dit et me répète cinq cents fois dans un même -livre que tout dépend, comme le dit l'Apôtre, non de celui qui veut ni -de celui qui court, mais de Dieu, qui fait miséricorde à qui il lui -plaît; que ce n'est point en considération d'aucun mérite que Dieu donne -sa grâce aux hommes, mais selon son bon plaisir... Il appelle notre -libre arbitre une délivrance et une facilité d'aimer Dieu, parce que -nous ne sommes pas sous l'empire du démon, et que nous sommes élus de -toute éternité, selon les décrets du Père éternel, avant tous les -siècles.» - -Cependant cette doctrine sur la grâce, qui conduit droit au fatalisme, -ne pouvait être admise par un esprit aussi juste que celui de madame de -Sévigné sans y faire naître beaucoup de doutes; et nous voyons dans la -même lettre qu'ils surgissent surtout à la lecture du chapitre dont le -sommaire est: _Comment Dieu jugerait-il les hommes si les hommes -n'avaient point de libre arbitre?_ «En vérité, dit-elle, je n'entends -point cet endroit, et je suis toute disposée à croire que c'est un -mystère; mais comme ce libre arbitre ne peut pas mettre notre salut en -notre pouvoir et qu'il faut toujours dépendre de Dieu, je n'ai pas -besoin d'être éclaircie sur ce passage, et je me tiendrai, si je puis, -dans l'humilité et dans la dépendance[863].» - - [863] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (21 juin 1680), t. VII, p. 63 et 64, - édit. de G.; t. VI, p. 337-338, édit. de M. - -Ainsi l'on voit que les erreurs de son esprit ne la faisaient dévier en -rien de la rectitude de ses résolutions. Elle trouvait dans saint -Augustin des pensées si nobles et si grandes «que tout le mal qui peut -arriver de sa doctrine aux esprits mal faits était moindre que le bien -que les autres en retirent[864].» - - [864] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (4 nov. 1676), t. V, p. 192, édit. de - G.; t. V, p. 50, éd. de M.--Conférez encore (16 août 1680), t. - VII, p. 145, éd. de G. - -Elle revient cependant si souvent sur ce sujet, et quelquefois avec une -telle éloquence et avec tant de chaleur, qu'il est manifeste qu'elle a -le désir de ramener sa fille à son opinion[865]. Elle désigne par le -titre de _frères_ ses amis les écrivains de Port-Royal. «Quand je veux -nourrir, dit-elle, mon esprit et mon âme, j'entre dans mon cabinet, -j'écoute _nos frères_ et leur belle morale, qui nous fait si bien -connaître notre pauvre cÅ“ur[866].» Toute sa vie elle aima à lire; mais -dans son âge avancé ce goût de sa jeunesse se dirigea exclusivement sur -les lectures graves et sérieuses. Sa fille lui reproche d'avoir relu -jusqu'à trois fois les mêmes romans. «Ce sont de vieux péchés, dit-elle, -qui doivent être pardonnés en considération du profit qui me revient de -pouvoir relire aussi plusieurs fois les plus beaux livres du monde, les -Abbadie, Pascal, Nicole, Arnauld, les plus belles histoires[867].» - - [865] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (14 juillet 1689), t. VII, p. 104, édit. - de G.; t. VI, p. 372, édit. de M. - - [866] SÉVIGNÉ, _ibid._, t. VII, p. 102 et 103. - - [867] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (8 février 1690), t. X, p. 248, édit. de - G.; t. IX, p. 349, édit. de M. - -C'est vers l'âge de cinquante ans que se fit cette révolution dans ses -goûts pour les lectures; et elle a donné en peu de mots à sa fille la -composition de sa petite bibliothèque des Rochers et de quelle manière -elle l'avait elle-même classée en une seule matinée[868]. «J'ai apporté -ici quantité de livres, je les ai rangés ce matin; on ne met pas la main -sur un, tel qu'il soit, qu'on n'ait envie de le lire tout entier; toute -une tablette de dévotion, et quelle dévotion! bon Dieu, quel point de -vue pour honorer notre religion! L'autre est toute d'histoires -admirables; l'autre, de morale; l'autre, de poésies, et de nouvelles, et -de mémoires. Les romans sont méprisés, et ont gagné les petites -armoires. Quand j'entre dans ce cabinet, je ne comprends pas pourquoi -j'en sors; il serait digne de vous, ma fille.» - - [868] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (5 juin 1680), t. VII, p. 19, édit. de - G.; t. VI, p. 300, édit. de M. - -Il n'est fait dans ce passage aucune mention des livres sur la -philosophie de Descartes, lecture favorite de madame de Grignan. Il -semble que madame de Sévigné les considérait comme un exercice pour son -intelligence, comme les romans pour son imagination; mais qu'étant -inutiles pour son salut et pour éclairer sa raison ils ne devaient point -trouver place dans sa bibliothèque choisie. Pour cette partie de son -instruction, elle s'en reposait sur Corbinelli. «Il est souvent avec -moi, dit-elle, ainsi que la Mousse, et tous deux parlent de votre _père_ -Descartes; ils ont entrepris de me rendre capable d'entendre ce qu'ils -disent; j'en serai ravie, afin de n'être pas comme une sotte bête quand -ils vous tiendront ici[869].» - - [869] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (8 juillet 1676), t. V, p. 19, édit. de - G.; t. IV, p. 372, édit. de M. - -Évidemment madame de Sévigné, en cette occasion, n'est pas franche dans -sa modestie, et sa correspondance nous prouve qu'elle était plus -instruite sur ces hautes questions de métaphysique qu'elle ne veut le -faire paraître. Sa feinte ignorance est un avantage qu'elle se donne -pour combattre plus efficacement les raisonnements de sa fille; et un -petit nombre de passages remarquables de ses lettres, ajoutés à ceux que -nous avons déjà rapportés, suffiront, je l'espère, pour montrer quelles -étaient les convictions religieuses de cette femme, en apparence si -fortement livrée aux élans et aux agitations de sa vive sensibilité, et -cependant si studieuse, si calme, si profondément réfléchie. Mais il y a -des naturels puissants et si heureusement formés qu'ils peuvent allier -les qualités les plus contraires. - -Contre l'opinion de Malebranche, que tout ce qui se fait dans la nature -est par la nature de l'ordre, opinion sur laquelle avait écrit madame de -Grignan, madame de Sévigné répond: «La Providence veut donc l'ordre: si -l'ordre n'est autre chose que la volonté de Dieu, quasi tout se fait -contre sa volonté; toutes les persécutions que je vois contre saint -Athanase et les orthodoxes, la prospérité des tyrans, tout cela est -contre l'ordre, et par conséquent contre la volonté de Dieu. Mais, n'en -déplaise à votre père Malebranche, ne serait-il pas aussi bien de s'en -tenir à saint Augustin, que Dieu permet toutes ces choses, parce qu'il -en tire sa gloire par des voies qui nous sont inconnues? Saint Augustin -ne connaît ni de règle ni d'ordre que la volonté de Dieu; et si nous ne -suivons pas cette doctrine, nous aurons le déplaisir de voir que, rien -dans le monde n'étant quasi dans l'ordre, tout s'y passera contre la -volonté de celui qui l'a fait: cela me paraît bien cruel[870].» Et -ensuite: - -«Je voudrais bien me plaindre au P. Malebranche des souris qui mangent -tout ici; cela est-il dans l'ordre? Quoi! de bon sucre, du fruit, des -compotes!... Et l'année passée était-il dans l'ordre que de vilaines -chenilles dévorassent toutes les feuilles de notre forêt (de Livry) et -de nos jardins, et tous les fruits de la terre? Et le père Païen, qui -s'en revient paisiblement et à qui on casse la tête, cela est-il dans la -règle? Oui, mon père, tout cela est bon, Dieu sait en tirer sa gloire; -nous ne voyons pas comment, mais cela est vrai; et si vous ne mettez sa -volonté pour toute règle et pour tout ordre, vous tomberez dans de -grands inconvénients[871]... Si vous lisez l'arianisme, vous serez -étonné de cette histoire; elle vous empêchera de rêver. Vraiment, vous y -verrez bien des choses contre l'ordre: vous y verrez triompher -l'arianisme et mettre en pièces les serviteurs de Dieu; vous y verrez -l'_impulsion_ de Dieu, qui veut que tout le monde l'aime, très-rudement -repoussée; vous y verrez le vice couronné, les défenseurs de -Jésus-Christ outragés: voilà un beau désordre; et moi, petite femme, je -regarde tout cela comme la volonté de Dieu, qui en tire sa gloire, et -j'adore cette conduite, quelque extraordinaire qu'elle me paraisse; mais -je me garde bien de croire que si Dieu eût voulu cela eût été autrement, -cela n'eût pas été[872].» - - [870] _Lettres de_ MARIE RABUTIN-CHANTAL, _marquise_ DE SÉVIGNÉ - (31 juillet 1680), édit. de la Haye, 1726, ou t. VI, p. 400, - édit. de M.; t. VII, p. 141, édit. de G. de S.-G. - - [871] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (4 avril 1680), t. VII, p. 145 et 146, - édit. de G. de S.-G.; t. VI, p. 405, édit. de M.--_Ibid._, sur - l'aventure du P. Païen (7 juillet 1680), t. VI, p. 364, édit. M.; - t. VII, p. 94, édit. G. - - [872] SÉVIGNÉ, _Lettres_, _ibid._, t. VII, p. 140, édit. de G.; - t. VI, p. 407, édit. de M. - -«Il y a un endroit de la _Recherche de la vérité_, contre lequel -Corbinelli a écrit; on y dit «que Dieu nous donne une _impulsion_ à -l'aimer, que nous arrêtons et détournons à volonté.» Cela me paraît bien -rude qu'un être très-parfait et par conséquent tout-puissant soit ainsi -arrêté au milieu de sa course[873]...» Ce sujet occupe si fortement la -pensée de madame de Sévigné qu'elle y revient encore dans la lettre -suivante: «Je suis toujours choquée, dit-elle, de cette _impulsion_ que -nous arrêtons tout court; mais si le P. Malebranche a besoin de cette -liberté de choix qu'il nous donne, comme à Adam, pour justifier la -justice de Dieu envers les adultes, que fera-t-il pour les petits -enfants? il faudra en revenir à l'_altitudo_. J'aimerais autant m'en -servir pour tout, comme saint Thomas, qui ne marchande pas[874].» - - [873] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (3 juillet 1680), t. VI, p. 359, édit. - de M.; t. VII, p. 89, édit. de G. - - [874] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (31 mai 1680), t. VII, p. 5 et 6, édit. - de G. - -Enfin, c'est lorsque avaient lieu les persécutions contre les plus -fervents soutiens du jansénisme, lorsque Nicole était exilé dans les -Ardennes, qu'Arnauld était obligé de se cacher, que madame de Sévigné -éprouve plus que jamais le besoin de faire prévaloir ses opinions dans -l'esprit de sa fille. «Je ne vous obligerais plus, lui dit-elle, de -répondre sur cette divine Providence que j'adore et que je crois qui -fait et ordonne tout; je suis assurée que vous n'oseriez traiter cette -opinion de mystère inconcevable avec les disciples de votre père -Descartes; ce qui serait vraiment inconcevable, ce serait que Dieu eût -fait le monde sans régler tout ce qui s'y fait; les gens qui font de si -belles restrictions et contradictions dans leurs livres en parlent bien -mieux et plus dignement quand ils ne sont pas contraints ni étranglés -par la politique[875].» - - [875] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (7 juillet 1680), t. VI, p. 363, édit. - de M.; t. VII, p. 93, édit. de G. - -Les principes des jansénistes étaient mal vus à la cour; et madame de -Sévigné recommandait à sa fille de ne pas montrer au comte de Grignan -les passages de ses lettres qui avaient trait à ces matières; elle avait -fini par éviter de lui en écrire; mais comme sa fille était revenue à la -charge, et lui avait cité saint Augustin et saint Paul, le souvenir des -écrits de ces deux grands confesseurs de la foi la ranime, et, avec -l'impétuosité ordinaire de sa plume, elle répond: «Vous lisez donc saint -Paul et saint Augustin? Voilà les bons ouvriers pour rétablir la -souveraine volonté de Dieu; ils ne marchandent point à dire que Dieu -dispose de ses créatures: comme le potier, il en choisit, il en rejette; -ils ne sont point en peine de faire des compliments pour sauver la -justice, car il n'y a point d'autre justice que sa volonté; c'est la -justice même, c'est la règle; et, après tout, que doit-il aux hommes? -que leur appartient-il? rien du tout. Il leur fait donc justice quand il -les laisse à cause du péché originel, qui est le fondement de tout, et -il fait miséricorde au petit nombre de ceux qu'il sauve par son fils. -JÉSUS-CHRIST le dit lui-même; «Je connais mes brebis, je les mènerai -paître moi-même: je n'en perdrai aucune, je les connais, elles me -connaissent. Je vous ai choisis, dit-il à ses apôtres; ce n'est pas vous -qui m'avez choisi.» Je trouve mille passages sur ce ton, je les entends -tous; et quand je vois le contraire, je dis: C'est qu'ils ont voulu -parler communément; c'est comme quand on dit que _Dieu s'est repenti, -qu'il est en furie_; c'est qu'ils parlent aux hommes; et je me tiens à -cette première et grande vérité, qui est toute divine, qui me -représente Dieu comme Dieu, comme un maître, comme un souverain créateur -et auteur de l'univers et comme un être enfin très-parfait, selon la -réflexion de votre _père_ (Descartes). Voilà mes petites pensées -respectueuses, dont je ne tire point de conséquences ridicules, et qui -n'ôtent point l'espérance d'être, du nombre choisi, après tant de -grâces, qui sont des préjugés et des fondements de cette confiance. Je -hais mortellement à vous parler de tout cela; pourquoi m'en parlez-vous? -Ma plume va comme une étourdie[876].» - - [876] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (14 juillet 1680), t. VII, p. 102 à 104, - édit. de G. de S.-G.; t. VI, p. 371, édit. de M. - -Le contraste que l'on remarque entre madame de Sévigné et madame de -Grignan, relativement à leurs goûts en littérature et à leurs opinions -religieuses, est encore plus prononcé et plus étrange si on les -considère toutes deux dans leurs sentiments maternels et dans leur -conduite et leurs relations avec le monde. - -Les larmes mouillaient souvent les yeux de madame de Sévigné pour peu -qu'elle fût fortement émue; madame de Grignan, calme et froide, -trahissait rarement par des signes extérieurs les impressions faites sur -son cÅ“ur; sa mère en fait la remarque: «Vous pleurâtes, lui dit-elle, -ma très-chère fille, et c'est une affaire pour vous; ce n'est pas la -même chose pour moi, c'est mon tempérament[877].» - - [877] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (15 avril 1671), t. II, p. 19, 20 et 22, - édit. G.; t. II, p. 16, édit. M.--_Ibid._ (18 décembre 1671), t. - II, p. 316, édit. G.; t. II, p. 267, édit. de M.--_Ibid._ (20 mai - 1672), t. III, p. 30, édit. de G., t. II, p. 440, édit. de - M.--_Ibid._ (21 octobre 1671), t. II, p. 297, édit. de G.; t. II, - p. 225, édit. de M. (Voyez ci-dessus, p. 320, ch. XVI.) - -Madame de Sévigné, on le sait, poussait jusqu'à l'excès son amour pour -sa fille; elle lui accordait sur son fils, sur l'unique héritier du nom -de Sévigné, une injuste préférence, et elle se laissait dominer par -cette inclination au point de négliger quelquefois ses devoirs envers -Dieu et d'oublier sa charité envers le prochain. La tendresse maternelle -de madame de Grignan pour ses deux filles ne fut jamais assez forte pour -l'empêcher de vouloir sacrifier le bonheur de leur vie entière à la -grandeur de sa maison, à la fortune et à l'élévation de celui qui -pouvait seul continuer la noble race des Adhémar. Madame de Grignan -exécuta ce projet à l'égard de Blanche, l'aînée de ses filles, qu'elle -contraignit à se faire religieuse; et si la jolie figure, les grâces et -l'esprit de Pauline, la plus jeune, n'avaient pas convaincu sa mère -qu'elle la marierait facilement et sans une forte dot, madame de Sévigné -aurait été impuissante à lui persuader[878] de ne pas commettre cette -seconde immolation[879]. - - [878] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (6 octobre 1679), t. V, p. 453, édit. - M.; t. VI, p. 150, édit. G. - - [879] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (10 novembre 1688), t. VIII, p. 150, - édit. de M.--_Ibid._ (6 janvier 1687), t. VII, p. 406.--_Ibid._ - (8 décembre 1679), t. VI, p. 61. - -Mais c'est dans ses relations avec le monde, dans la conduite de la vie, -dans la gestion des affaires que madame de Sévigné montre une grande -supériorité sur sa fille. Quel jugement exquis! quel prompt et juste -discernement! quels admirables conseils! quels beaux et utiles préceptes -de sagesse et de savoir-vivre, heureusement exprimés! Les lettres de -madame de Sévigné nous font admirer une mère tendre, mais non aveugle; -elle cherche à empêcher que madame de Grignan ne se fasse tort par son -caractère hautain, ou ne devienne victime de sa vanité et de son -orgueil. - -Madame de Grignan, retranchée sur les hauteurs de ses pensées -philosophiques, faisait profession de mépriser les jugements du public. -Capricieuse et indolente, elle était sujette à des accès de mélancolie -et de misanthropie; elle fuyait alors la société, et se complaisait dans -ce qu'elle appelait sa _tigrerie_[880]; élevée à la cour et dans le -grand monde, les manières et les habitudes cérémonieuses des provinces -lui déplaisaient[881], et elle ne prenait guère alors la peine de -dissimuler son ennui. Madame de Sévigné, qui prévoyait combien ces -défauts et ces travers étaient nuisibles à sa fille dans la position -élevée où elle était placée, cherche à lui démontrer la nécessité de -s'en corriger ou du moins de les dissimuler. Dans une lettre écrite en -réponse à une de celles où madame de Grignan lui disait qu'elle était -heureuse de se trouver retirée dans la solitude de son château, madame -de Sévigné lui dit: «Je trouve votre esprit dans une philosophie et dans -une tranquillité qui me paraît bien plus au-dessus des brouillards et -des grossières vapeurs que le château de Grignan. C'est tout de bon que -les nuages sont sous vos pieds; vous êtes élevée dans la moyenne région, -et vous ne m'empêcherez pas de croire que ces beaux noms que vous dites, -que vous donnez à des qualités naturelles, sont un effet de votre raison -et de la force de votre esprit. Dieu vous le conserve si droit! il ne -vous sera pas inutile; mais il faut un peu agir, afin que votre -philosophie ne se tourne pas en paresse, et que vous puissiez être en -état de revoir un pays où les nues seront au-dessous de vous. Il me -semble que je vous vois dans l'indolence que vous donne l'impossibilité; -ne vous y abandonnez qu'autant qu'il est nécessaire pour votre repos, et -non pas assez pour vous ôter l'action et le courage[882].» - - [880] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (7 septembre 1671), t. II, p. 220, édit. - G.; t. II, p. 184, édit. M.--_Ibid._ (4 mai 1672), t. III, p. 1, - édit. G.; t. II, p. 416, édit. M. - - [881] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (30 août 1671), t. II, p. 206, édit. G.; - t. II, p. 172, édit. M. - - [882] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (30 août 1671), t. II, p. 210, édit. G.; - t. II, p. 175, édit. M. - -Ce que madame de Sévigné combat le plus souvent dans madame de Grignan, -c'est le mépris que celle-ci affichait pour l'opinion publique; et ce -désaccord était entre elles déjà ancien, car madame de Sévigné, écrivant -à M. de Grignan au sujet des louanges que le monde donnait à sa fille, -dit: «Voilà mon ancienne thèse, qui me fera lapider un jour. C'est que -le public n'est ni fou ni injuste[883].» - - [883] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (6 août 1670), t. I, p. 265, édit. de - G.; t. I, p. 196, édit de M. - -A peine madame de Grignan est-elle arrivée en Provence que sa mère -l'encourage à ne pas se lasser de répondre aux politesses ennuyeuses -dont elle est l'objet. «Il est vrai, dit madame de Sévigné, que c'est un -métier tuant que cet excès de cérémonies et de civilités; cependant ne -vous relâchez sur rien; tâchez, mon enfant, de vous ajuster aux mÅ“urs -et aux manières des gens avec qui vous avez à vivre; accommodez-vous un -peu de ce qui n'est pas mauvais; ne vous dégoûtez point de ce qui n'est -que médiocre; faites-vous un plaisir de ce qui n'est pas ridicule[884].» - - [884] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (18 mars 1671), t. I, p. 379, édit. de - G.; t I, p. 293, édit. de M. - -Madame de Sévigné rappelle souvent à sa fille que, quand par sa haute -position on se doit au public, il ne suffit pas d'_être_, mais qu'il -faut aussi _paraître_. - -Comme la Rochefoucauld avait mis les _maximes_ à la mode, madame de -Sévigné commence une de ses lettres par cette réflexion, qu'elle -intitule, en badinant, MAXIME: _La grande amitié n'est jamais -tranquille_[885]. Et en effet, ce qui était pour elle l'objet de -continuelles inquiétudes, ce qui excitait le plus sa sollicitude et lui -paraissait toucher le plus au bonheur de sa fille dans l'avenir, c'était -la conservation et, s'il se pouvait, l'augmentation de sa fortune; car, -étant beaucoup plus jeune que M. de Grignan, il était probable qu'elle -lui survivrait. Aussi madame de Sévigné termine une de ses lettres par -cet aveu bien sincère: «Votre santé, votre repos, vos affaires, ce sont -les trois points de mon esprit, d'où je tire une conclusion que je vous -laisse à méditer[886].» - - [885] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (16 septembre 1671), t. II, p. 228, - édit. de G. - - [886] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (15 mars 1671), t. I, p. 378, édit. de - G.; t. I, p. 292, édit. de M. - -Madame de Sévigné ne pouvait ignorer le caractère du comte de Grignan, -facile jusqu'à la faiblesse, fastueux jusqu'à la prodigalité[887]. Une -partie de la dot de sa femme avait servi à réparer le désordre de ses -affaires. Madame de Sévigné craignit qu'avec le luxe coûteux de -représentation qu'exigeait le rang de lieutenant général gouverneur M. -de Grignan ne dérangeât de nouveau sa fortune; et elle ne voyait de -salut pour lui et pour madame de Grignan que dans l'intervention de -celle-ci, qu'elle avait habituée, par ses leçons et ses exemples, à -l'ordre et à l'économie. Dès que madame de Grignan eut rejoint son mari -en Provence, madame de Sévigné s'empressa d'exhorter sa fille à profiter -de l'ascendant qu'elle avait sur lui pour le faire consentir à lui -abandonner sans réserve la direction de ses affaires et la gestion de -ses biens, et à régler ses dépenses de manière à ce qu'elles -n'excédassent pas ses revenus. De son côté, elle se montrait généreuse, -et adoucissait par des cadeaux la sévérité de ses remontrances[888]. - - [887] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (21 août 1680, 16 février 1690), t. VII, - p. 171; t. X, p. 274, édit. de G. de S.-G.; et ci-dessus, ch. - VIII, p. 139 et 143, et _Catalogue des archives de la maison de - Grignan_, par M. VALLET DE VIRIVILLE, p. 31 à 36, nos 191, 199, - 202, 203, 206 et 207. - - [888] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (23 mars 1671), t. I, p. 393, édit. G.; - t. I, p. 304, édit. M.--_Ibid._ (10 avril 1671), t. II, p. 13, - édit. G.; t. II, p. 10, édit. M.--_Ibid._ (22 avril 1672), t. II, - p. 469, édit. G.; t. II, p. 396, édit. M.--_Ibid._ (9 mars 1672), - t. II, p. 419, édit. G.; t. II, p. 355, édit. M. - -Dans une lettre qui a été étrangement altérée dans toutes les éditions, -hors la première, madame de Sévigné dit à madame de Grignan: «Vous me -donnez une belle espérance de votre affaire; suivez-la constamment, et -n'épargnez aucune civilité pour la faire réussir. Si vous la faites, -soyez assurée que cela vaudra mieux qu'une terre de dix mille livres.» -Ceci s'applique à la demande faite à l'assemblée des états de Provence, -par le comte de Grignan, d'une augmentation d'appointements pour -subvenir au payement de ses gardes et à la splendeur de ses hautes -fonctions[889]. Madame de Sévigné continue ensuite ainsi: «Pour vos -autres affaires, je n'ose y penser, et j'y pense pourtant toujours; -rendez-vous la maîtresse de toutes choses, c'est ce qui vous peut -sauver; et mettez au rang de vos desseins celui de ne vous point abîmer -par une extrême dépense, et de vous mettre en état, autant que vous le -pourrez, de ne pas renoncer à ce pays-ci. J'espère beaucoup de votre -habileté et de votre sagesse; vous avez de l'application, c'est la -meilleure qualité que l'on puisse avoir pour ce que vous avez à -faire[890].» Et plus loin elle lui répète encore: «L'abbé est fort -content du soin que vous voulez prendre de vos affaires; ne perdez pas -cette envie, ma bonne, soyez seule maîtresse: c'est le salut de la -maison de Grignan[891].» - - [889] Voyez ci-dessus, chap. XVI, p. 307, et conférez l'_Abrégé - des délibérations faites en assemblée générale des communautés du - pays de Provence, tenue à Lambesc dans les mois de décembre 1670, - janvier, février et mars 1671, par autorité et permission de - monseigneur le comte_ DE GRIGNAN, _lieutenant général pour le roi - et autres pays, et par mandement de messieurs les procureurs - généraux dudit pays_; à Aix, par Charles David, imprimeur du roi - et du clergé de la ville, 1671, in-4º, p. 43-45 (séance du 21 - mars 1671). - - [890] _Lettres de madame_ RABUTIN-CHANTAL, _marquise_ DE SÉVIGNÉ, - _à madame la comtesse de Grignan, sa fille_; la Haye, 1726, - in-12, t. I, p. 34 et 35 (13 mars 1671). - - [891] _Lettres de madame_ RABUTIN-CHANTAL, _marquise_ DE SÉVIGNÉ; - la Haye, 1726, in-12, t. I, p. 40.--Tout ce que nous citons ici a - été retranché dans les autres éditions.--Conférez, avec cette - édition de la Haye, dans celle de Monmerqué, deux lettres à - madame de Grignan, en date du 18 mars 1671, t. I, p. 292 et 296; - ou dans l'édit. de G. de S.-G., t. I, p. 379 à 383. - -Mais malheureusement les conseils de madame de Sévigné ne furent pas -strictement suivis. Madame de Grignan, soit que sa vanité le trouvât -nécessaire à sa position, soit qu'elle ne pût résister aux volontés de -son mari, eut un état de maison beaucoup trop somptueux pour que les -émoluments du lieutenant général pussent y suffire. Le jeu vint encore -accroître son déficit; et quoique ce jeu fût assez modéré pour le temps, -cependant, comme madame de Grignan et son mari perdaient très-souvent, -les dépenses, par cet article seul, se trouvaient considérablement -augmentées. Madame de Sévigné, justement alarmée de cet état de choses, -n'épargne pas à sa fille les avertissements. «Prenez garde, lui -dit-elle, que votre paresse ne vous fasse perdre votre argent au jeu; -ces petites pertes fréquentes sont comme les petites pluies, qui gâtent -bien les chemins. Je vous embrasse, ma chère fille. Si vous pouvez, -aimez-moi toujours, puisque c'est la seule chose que je souhaite en ce -monde. Pour la tranquillité de mon âme, je fais bien d'autres souhaits -pour ce qui vous regarde; enfin tout tourne ou sur vous, ou de vous, ou -par vous[892].» Elle revient encore à la charge peu de temps après: -«Quelle folie de perdre tant d'argent à ce chien de brelan!... Vous -jouez d'un malheur insurmontable, vous perdez toujours; croyez-moi, ne -vous opiniâtrez point; songez que tout cet argent s'est perdu sans vous -divertir; au contraire, vous avez payé cinq ou six mille francs pour -vous ennuyer et être houspillée de la fortune[893].» Enfin, elle déclare -que ces pertes continuelles que font madame de Grignan et son mari au -jeu ne sont pas naturelles, et qu'elle croit qu'ils ont affaire à des -fripons[894]. Ce genre d'improbité n'a jamais été rare parmi les plus -hauts personnages adonnés au jeu, et il était loin de l'être à cette -époque. - - [892] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (23 mars 1671), t. I, p. 393 et 394, - édit. G.; t. I, p. 305, édit. M.--Madame de Sévigné revient - encore sur ce sujet (18 mai 1671), t. II, p. 79, édit. de G.; t. - II, p. 66, édit. de M. - - [893] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (9 mars 1672), t. II, p. 419, édit. de - G.; t. II, p. 356, édit. de M. - - [894] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (30 mars 1672), t. II, p. 441, édit. de - G.; t. II, p. 372, édit. de M. - -Madame de Grignan semblait cependant s'être décidée à suivre les -conseils de sa mère, qui, en lui témoignant combien elle est satisfaite -de la résolution qu'elle a prise, lui en inculque encore plus fortement -la nécessité. En l'entretenant du voyage de Provence, qu'elle a le -projet de faire avec l'abbé de Coulanges, et après lui avoir dit qu'elle -sera charmée de voir toutes les antiquités de ce pays et les -magnificences du château de Grignan, elle ajoute: «L'abbé aura bien des -affaires; après les ordres doriques et les titres de votre maison, il -n'y a rien à souhaiter que l'ordre que vous y allez mettre; car, sans un -peu de subsistance, tout est dur, tout est amer. Ceux qui se ruinent me -font pitié; c'est la seule affliction dans la vie qui se fasse sentir -également et que le temps augmente, au lieu de la diminuer[895].» - - [895] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (28 juin 1671), t. II, p. 117 et 118, - édit. de G.; t. II, p. 98, édit. de M. - -Nous avons vu que madame de Sévigné portait, dans l'intérêt de madame de -Grignan, ses regards sur le gouvernement de la Provence[896], et qu'elle -se tenait au courant de tout ce qui se faisait à cet égard. Les conseils -qu'elle donne sur ces graves matières à son gendre et à sa fille ne sont -pas moins sages et moins salutaires que ceux qu'elle leur adressait pour -leurs affaires domestiques. - - [896] Voyez ci-dessus, chap. XVI, p. 302-309. - -Louis XIV avait mal accueilli les délais et les refus des états de -Provence, qui ne voulaient point accorder la totalité des subsides -demandés en son nom par le lieutenant général gouverneur, et la -résolution qu'on avait prise de lui envoyer une députation. Il avait -transmis au comte de Grignan l'ordre de dissoudre l'assemblée, et en -même temps de faire part aux membres qui la composaient de -l'indignation du roi, en leur annonçant qu'à l'avenir le mode de lever -les impôts serait changé et que la province serait assujettie, pour -punir sa désobéissance, à loger un plus grand nombre de troupes[897]. -Madame de Sévigné avait fait en vain, de concert avec l'évêque d'Uzès, -des démarches auprès de le Tellier, pour que des ordres moins rigoureux -fussent expédiés; et, n'ayant pu y réussir, elle avait écrit à sa fille -le 1er janvier 1672, à dix heures du soir, pour la prévenir que ces -ordres sévères allaient être envoyés. Elle conseille d'en suspendre -l'exécution et de faire écrire au roi, par le lieutenant général -gouverneur, «une lettre d'un homme qui est sur les lieux et qui voit -que, pour le bien de son service, il faut tâcher d'obtenir un pardon de -sa bonté pour cette fois.» Ce conseil fut suivi, et eut un plein succès; -car nous lisons dans les procès-verbaux de l'assemblée des états que M. -de Grignan se rendit, le 9 janvier au matin[898], dans la salle des -_états_, pour leur faire part de ce qui s'était passé, leur défendre -d'envoyer une députation au roi, leur recommander d'attendre la réponse -à la supplique qu'il avait adressée à Sa Majesté et de suspendre toute -délibération jusqu'au retour du courrier qu'il avait envoyé. Ce courrier -ne revint à Aix que le 22 janvier, et le même jour[899] l'assemblée fut -convoquée. Il lui fut donné lecture de la lettre du roi, qui acceptait -l'offre des états; tout fut terminé à la satisfaction du lieutenant -général gouverneur, qui cependant avait reçu des lettres de cachet pour -exiler les consuls, en raison de ce que le roi n'avait pas été obéi -ponctuellement. Madame de Sévigné fut aussi informée de cet envoi par -l'évêque d'Uzès; et elle écrit à sa fille de manière à nous prouver -combien elle désapprouvait ces mesures despotiques. Elle engage son -gendre à ne point faire usage des lettres, et trace avec un admirable -bon sens le principe qui doit diriger toute son administration. «Ce -qu'il faut faire en général, c'est d'être toujours très-passionné pour -le service de Sa Majesté; mais il faut tâcher aussi de ménager les -cÅ“urs des Provençaux, afin d'être plus en état de faire obéir au roi -dans ce pays-là [900].» Le roi demandait cinq cents mille francs à -l'assemblée des communautés. L'assemblée offrit quatre cent cinquante -mille francs, et l'offre fut acceptée. La misère de la Provence était -grande alors[901]. - - [897] _Abrégé des délibérations faites en assemblée générale des - communautés de Provence_, etc.; à Aix, par Charles David, 1671, - in-4º, «séance du neuvième du même mois de janvier, du matin,» p. - 41. - - [898] _Abrégé des délibérations_, etc., p. 41, 42, 43. - - [899] _Ibid._, «séance du vingt-deuxième du même mois, de - relevée,» p. 52. - - [900] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (1er janvier 1672), t. II, p. 329 et - 330, édit. de G.; t. II, p. 579, édit. de M. - - [901] _Lettre de M._ DE GRIGNAN _à Colbert_, insérée dans - l'_Histoire de Colbert_, par M. P. Clément, 1846, in-8º, p. 352 - et 353. - - - - -NOTES - -ET - -ÉCLAIRCISSEMENTS. - - - - -NOTES ET ÉCLAIRCISSEMENTS. - - -CHAPITRE PREMIER. - - Page 4, lignes 7 et 8: En écriture du temps. - -Dans le recueil manuscrit, en 6 vol. in-folio, que nous avons souvent -cité dans nos deux premières parties, on trouve plusieurs des couplets -du cantique attribués à Bussy, mais détachés et mêlés avec d'autres, et -non sous la forme d'un seul noël. Il y a celui sur _Deodatus_, celui sur -mademoiselle de Vandis, avec laquelle Bussy n'a pas cessé d'entretenir -des relations amicales, ainsi qu'avec MADEMOISELLE, qui figure dans le -même couplet et qui cependant écrivit à Bussy de sa propre main après la -publication de l'édition de l'_Histoire amoureuse de France_, où ce -cantique, attribué à Bussy, était inséré, le 12 septembre 1666. (Voyez -_Nouvelles Lettres de messire_ ROGER DE RABUTIN, chez la veuve Delaulne, -1727, in-12, t. V, p. 2.)--Mais je n'en finirais pas si j'entrais dans -le détail des preuves qui établissent, d'après le seul texte de ce -cantique, que Bussy n'a pu en être l'auteur. - - Page 4, ligne 12: L'éditeur de l'_Histoire amoureuse de France_. - -L'_Histoire amoureuse des Gaules_ n'était pas encore imprimée en mai -1664, mais elle l'était en mars ou avril 1665 (voyez les _Mémoires de_ -BUSSY; Amsterdam, 1721, t. II, p. 212 et 213); d'où je présume que les -deux éditions anonymes portant sur le titre _Liége_ avaient paru au -commencement de l'année 1665. Il est difficile de dire quelle est la -première des deux; peut-être est-ce la moins bien imprimée, qui n'a pas -la croix de Saint-André.--La troisième édition est nécessairement celle -avec la date de 1666 et le nom _Liége_, que je cite seulement d'après -Barbier; quant aux éditions de cet ouvrage, dont l'intitulé est -l'_Histoire amoureuse de France_, celles que je connais portent les -dates de 1666, 1671, 1677, 1708, 1709 et 1710. Il y (a) aussi dans les -bibliothèques plusieurs copies manuscrites de cet ouvrage; et, en -comparant la copie qui est à la Bibliothèque de l'Institut, j'ai vu -qu'elle différait en plusieurs endroits des éditions imprimées. Je -possède les trois éditions primitives de cet ouvrage de Bussy, portant -pour titre _Histoire amoureuse des Gaules_, avec la rubrique de _Liége_ -sur le frontispice, les deux premières sans date: la première la plus -belle, et avec les types d'Elzevier, avec une croix de Saint-André; la -seconde sans croix ni aucune figure sur le titre; la troisième avec la -date 1666 et une sphère sur le titre, qui porte _Nouvelle édition_. -Toutes les trois ont la même clef, mais aucune ne contient le fameux -cantique qui est dans l'édition de 1666, avec nom d'auteur et un autre -titre; celle-ci a été la tige de toutes les éditions qui portent pour -titre _Histoire amoureuse de France_. - - Page 8, lignes 16 et 17: Quatre hommes à cheval, également armés. - -J'ai cité Ménage en note, parce qu'il se vengea à sa manière du ridicule -rôle que Bussy lui fit jouer dans son _Histoire amoureuse des Gaules_, -et que l'épigramme qu'il composa contre lui prouve que l'on connaissait -la colère de Condé et de Turenne contre Bussy, et que les insultes que -l'on suppose avoir été faites par ce dernier au roi et à la reine mère -n'entraient pour rien dans les causes de sa détention. Voici l'épigramme -de Ménage contre Bussy, qu'on ne trouve que dans la 8e édition de ses -_Poésies_; Amstelodami, 1687, p. 147, no CXXXVIII. - - IN BUSSIADEN. - - Francorum proceres, media (quis credat?) in aula - Bussiades scripto læserat horribili. - PÅ“na levis: Lodoix, nebulonem carcere claudens, - Detrahit indigno munus equestre duci. - Sic nebulo gladiis quos formidabat Iberis, - Quos meruit Francis fustibus eripitur. - -Ménage cite aussi un couplet de Bussy contre Turenne qui peut nous -donner une idée de ceux qui furent chantés à Roissy: - - Son altesse de Turenne, - Soi-disant prince très-haut, - Ressent l'amoureuse peine - Pour l'infante Guénégaud; - Et cette grosse Clymène - Partage avec lui sa peine. - - _Ménagiana_, t. IV, p. 216. - -Dans le paragraphe précédent (p. 215) Ménage dit: «C'est un bel et bon -esprit que M. Bussy de Rabutin; je ne puis m'empêcher de lui rendre -cette justice, quoiqu'il ait tâché de me donner un vilain tour dans son -_Histoire des Gaules_.» Certes Ménage ne se fût point exprimé ainsi s'il -avait cru Bussy capable d'écrire contre le roi les couplets publiés sous -son nom. - - Page 9, ligne 22: Les blessures qu'elle lui fait sont incurables. - -C'est certainement faute d'avoir lu, comme nous avons été obligé de le -faire, tous les écrits de Bussy imprimés et un grand nombre de ceux qui -sont restés manuscrits que des auteurs d'ailleurs studieux ont pu, sans -faire attention à ses dénégations, croire Bussy l'auteur de tous les -couplets du cantique. Si l'on venait m'apporter une histoire sans style, -sans esprit, sans goût, sans jugement, sans critique, imprimée à -Bruxelles et portant le nom de l'auteur de l'_Histoire de France sous le -ministère du cardinal Mazarin_, je prononcerais aussitôt que c'est une -piraterie de nos voisins, et que cette histoire n'est pas de l'élégant -et spirituel écrivain auquel on l'attribue. Comment donc, lors même -qu'il n'y aurait pas bien d'autres raisons, ne pas croire Bussy -lorsqu'il n'a pas, lui si indiscret, écrit une seule ligne qui puisse le -démentir; quand il déclare devant un juge, devant un lieutenant -criminel, après avoir levé la main et prêté serment, qu'il n'est point -auteur des couplets qu'on lui attribue; lorsqu'il offre sa tête à -l'échafaud si on peut administrer la moindre preuve contraire à cette -assertion? (_Mémoires_, 1721, t. III, p. 304.) Sa vanité, son -libertinage, son orgueil si déplaisant doivent-ils empêcher, à son -égard, la critique d'être juste? Je m'étonne surtout que, pour la seule -raison que Bussy, dans une de ses lettres à sa cousine, parlait de ce -cantique impie autrefois chanté dans le repas de Roissy, on n'ait pas -compris que ce noël, ou alléluia, ne pouvait être composé de tous les -immondes couplets qui sont insérés dans l'_Histoire amoureuse de -France_, très-connue et très-souvent réimprimée, lorsque Bussy écrivit -cette lettre. Il est probable que le cantique chanté à Roissy était -encore plus impie que libertin. Il y en a un de ce genre dans le recueil -de vaudevilles mss., où la sainte Vierge est chansonnée avec les -beautés galantes de l'époque, mais avec esprit et sans aucun terme -obscène. Je reconnaîtrais plus volontiers dans cette pièce le cantique -chanté à Roissy que dans celui qu'on a inséré dans l'_Histoire amoureuse -de France_: ce qui appuie cette opinion, c'est la manière dont Bussy -parle du premier dans le passage de la lettre dont j'ai fait mention, et -que je vais citer: - -«J'ai mille choses à vous dire et à vous montrer; je vous dirai que je -viens de faire une version du cantique de Pâques, _O filii et filiæ_; -car je ne suis pas toujours profane. Vivonne, le comte de Guiche, -Manicamp et moi fîmes autrefois des _alléluia_ à Roissy, qui ne furent -pas aussi approuvés que le seraient ceux-ci et qui nous firent chasser -tous quatre. Je dois cette réparation, pour mes amis et pour moi, à Dieu -et au monde.» SÉVIGNÉ, _Lettres_ (17 avril 1692), t. X, p. 436, édit. -G.; t. IX, p. 498, édit M. - -CHAPITRE II. - - Page 41, note 3: _Ballet royal des Muses_. - -Dans la troisième entrée du _Ballet des Muses_, avant de commencer la -pièce de _Mélicerte_, composée par Molière pour ce ballet, un des -personnages du ballet récita ces vers, que Benserade avait composés pour -le grand comique: - - Le célèbre MOLIÈRE est dans un grand éclat; - Son mérite est connu de Paris jusqu'à Rome. - Il est avantageux partout d'être honnête homme; - Mais il est dangereux, avec lui, d'être un fat. - - BENSERADE, _OEuvres_, t. II, p. 359. - -Ces vers seraient plats et insignifiants si on donnait aux mots _honnête -homme_ le sens qu'on leur donne aujourd'hui. Mais alors cette expression -était le plus souvent employée dans le sens d'homme élégant, d'homme -aimable et aimant le plaisir, à manières distinguées et qui cherchait à -plaire aux femmes et à les séduire. L'exagération de ce caractère -produisait la fatuité; le fat était à l'honnête homme ce que les -précieuses ridicules étaient aux véritables précieuses. La comédie -s'attaquait aux défauts, mais elle épargnait les vices. - - Page 43, ligne 12: Il créa, en 1665, la compagnie des Indes. - -Colbert fut nommé président; le prévôt des marchands, le président de -Thou et Berner, un des premiers commis de Colbert, directeurs. Les -commerçants, véritables directeurs de cette compagnie, furent Pocquelin -(était-il de la famille de Molière?), Langlois de Faye, de Varennes, -Cadeau, Hérin, Bachelier, Jaback et Chanlate.--Forbonnais ne dit rien de -cette création, qui est rappelée cependant par le président Hénault. - - Page 44, ligne 23, note 1: BUSSY, _Lettres_. - -Nous apprenons par la lettre du P. Rapin à Bussy, en date du 24 juillet -1671 (t. III, p. 378), que le livre du P. Rapin qui fut envoyé par -madame de Scudéry à Bussy, avec sa lettre du 5 juillet 1671, était les -_Réflexions sur l'éloquence_. M. Daunou, dans son article RAPIN -(_Biographie universelle_, t. XXXVII, p. 94), dit que ces Réflexions sur -l'éloquence sont de 1672 (in-12). Peut-être le livre n'était-il pas -encore rendu public.--Rapin dit dans cette même lettre à Bussy: «Je dois -faire imprimer un recueil de trois comparaisons des six premiers savants -de l'antiquité, de Platon et d'Aristote, de Démosthène et de Cicéron, -d'Homère et de Virgile, pour faire, dans un même volume, une -philosophie, une rhétorique et une poétique historique; et, dans l'idée -du livre qui me paraît le plus faible des trois, un rayon de votre -esprit que vous laisserez écouler sur ce livre le recommandera et le -corrigera (p. 379).» Ce projet a-t-il reçu son exécution? Je le crois; -et je présume que c'est le recueil qui parut en 1684, en 2 vol. in-4º; -et Amsterdam, 2 vol. in-12. - -CHAPITRE III. - - Page 53, ligne 16: Ils ont eu tort de supprimer de ces lettres les - passages qui concernaient les envois de pièces de vers. - -Ainsi la lettre de Bussy à sa cousine, du 1er mai 1672, se termine par -ces mots, qui ne se trouvent dans aucune édition des lettres de Sévigné: - -«Je me suis amusé à traduire les épîtres d'Ovide; je vous envoie celle -de Pâris à Hélène. Qu'en dites-vous?» - -Madame de Sévigné n'en dit rien dans sa réponse (lettre du 16 mai 1672, -t. III, p. 18-23, édit. de G. de S.-G.--BUSSY, _Lettres_, p. 94 à 98. A -la page 94 il faut lire, de madame S..., au lieu de madame B..., qui est -une faute d'impression); elle dit seulement: «Je vous laisse à votre -ami;» elle ne veut pas flatter ni courroucer ce poëte vaniteux, et elle -charge Corbinelli, qui écrit dans sa lettre, de mentir pour elle. La -louange que Corbinelli donne à Bussy paraîtrait aujourd'hui une -dérision, et cependant je crois qu'elle était sincère.--Les deux pièces -de vers de Bussy, quoique annoncées comme des traductions d'Ovide, ne -sont ni des traductions ni même des imitations; ce sont des paraphrases -de deux héroïdes d'Ovide, où les pensées de cet ancien sont travesties -en ce style facile, cavalier et presque burlesque si fort à la mode -alors, et qui semblait caractériser ce qu'on appelait la _poésie -galante_. Considérées sous ce point de vue, ces deux pièces de vers de -Bussy, qui sont fort longues, ne paraissent pas aussi mauvaises qu'elles -le sont en effet. On n'y trouve aucune trace de l'antiquité: images, -tournures, comparaisons, tout est à la française; et sans doute l'auteur -se félicitait de cela comme d'un grand mérite. - -Pâris, dans sa lettre à Hélène, lui dit, dans Ovide: - - Interea, credo, versis ad prospera fatis, - Regius agnoscor per rata signa puer. - Læta domus, nato post tempora longa recepto; - Addit et ad festos hunc quoque Troja diem. - Utque ego te cupio, sic me cupiere puellæ. - -Voici comme Bussy traduit ces vers: - - Cependant le Destin, peut-être - Las de me faire tant de mal, - Me fait à la fin reconnaître - Enfant royal. - Pour dire la métamorphose - De tristesse en plaisir que cause mon retour - A la ville comme à la cour, - Il faudrait plus d'un jour, - A ne faire autre chose. - J'avais tout le monde charmé; - Et comme à présent je vous aime, - En ce temps-là j'étais aimé - Des princesses, des nymphes même. - -Voilà ce que Corbinelli appelle embellir Ovide! - - Page 55, ligne 3: Madame de Montmorency, etc. - -L'auteur de la notice sur madame de Montmorency insérée dans l'édition -des _Lettres_ citée en note, p. XXVI, présume que cette dame était la -mère du maréchal de Luxembourg. Cela n'est pas. La mère du maréchal de -Luxembourg était Élisabeth, fille de Jean de Vienne, président de la -chambre des comptes. Elle avait épousé Bouteville, cet ami du baron de -Chantal, père de madame de Sévigné, qui, ainsi que nous l'avons dit (t. -I, p. 5), eut la tête tranchée pour cause de duel. Sa veuve, après -soixante-neuf ans de viduité, mourut en 1696, à l'âge de -quatre-vingt-neuf ans. (Voyez SAINT-SIMON, _Mémoires_, t. I, p. 143 à -149.) Je crois qu'Isabelle de Palaiseau, qui correspondait avec Bussy et -qui est un peu compromise par cette correspondance et par l'inscription -de son portrait, était la femme de Montmorency-Laval. - - Page 58, ligne 17: Madame de Scudéry..... on la confond avec la - sÅ“ur de Scudéry. - -Il est dit, dans le _Carpenteriana_, p. 383, que le continuateur de -Moréri, en anglais, depuis 1688 jusqu'en 1705, a commis cette faute. M. -Roederer avait aussi fait cette confusion dans son _Essai sur la société -polie_. Nous l'en avertîmes lorsqu'il nous lut, avant l'impression, cet -écrit spirituel, mais peu exact. Il a effacé ce qu'il avait dit des -prétendues lettres «de mademoiselle de Scudéry, la sÅ“ur de Scudéry, à -Bussy-Rabutin.» Cependant il a encore laissé des traces de cette -méprise, comme lorsqu'il dit, p. 169, chap. XIV, que le bon duc de -Saint-Aignan se montrait très-assidu aux cercles de mademoiselle de -Scudéry.--Charpentier dit: «Scudéry s'est marié avec une demoiselle de -basse Normandie, nommée mademoiselle Martinvas, qui n'écrit pas moins -bien que mademoiselle Scudéry.» - -CHAPITRE V. - - Page 89, lignes 13 et 17: «Elle eut lieu dans le château et les - jardins de Versailles, qui, quoique non encore achevés, - surpassaient déjà en magnificence toutes les demeures royales.» - -J'ai, dans les notes de la deuxième partie (p. 506), fait observer de -quelle manière les auteurs les plus sérieux et les plus renommés, qui -subissaient l'influence des idées et des mouvements révolutionnaires de -1789, écrivaient l'histoire. - -Mirabeau évaluait à douze cents millions les dépenses de Louis XIV pour -Versailles; Volney, à quatre milliards, (Leçons d'histoire prononcées en -l'an III, 1799, in-8º, p. 141.) - -Les vérifications des états originaux de toutes les dépenses de -constructions, d'embellissement, d'entretien, depuis 1661 jusqu'en 1689, -pendant près de vingt ans qu'elles ont duré, ont constaté que la -totalité de ces dépenses a été, au cours du temps, de 116,257,330{lt} -2s 7d, correspondant à 280,643,326 fr. 32 c. (Voyez ECKARD, _Dépenses -effectives de Louis XIV en bâtiments_; 1838, in-8º, p. 44.--Id., _États -au vrai de toutes les sommes employées par Louis XIV_, p. 38.) Il faut -ajouter à la somme ci-dessus 3,260,341{lt} 19s, pour les dépenses de -la chapelle, depuis 1690 jusqu'en 1719. (Conférez encore ECKARD, -_Recherches historiques et biographiques sur Versailles_, p. 142 à -152.)--_Id._, A. JULES TASCHEREAU, _au sujet des dépenses de Louis XIV_, -1836, in-8º.--GUILLAUMOT, _Observations sur le tort que font à -l'architecture les déclamations hasardées et exagérées contre la dépense -qu'occasionne la construction des monuments publics_; Paris, an IX -(1801). Guillaumot n'estimait cette dépense, d'après les états, qu'à 83 -millions, cours d'alors; 165 millions, cours actuel.--Volney exagérait -de même la dépense des monuments construits de son temps; ainsi il -avançait que le Panthéon avait coûté 30 millions, et il avait coûté au -plus 12 millions.--(Voyez PEIGNOT, _Dépenses de Louis XIV_; 1827, in-8º, -p. 167 et 173.) - -Au reste, il paraît que, pour pouvoir apprécier au juste la dépense -réelle de Versailles dans toute la durée du règne de Louis XIV en -valeurs du jour, il faudrait consulter les archives de la Liste civile, -où l'on peut puiser les matériaux nécessaires pour obtenir le chiffre -total de toutes ces dépenses, et le combiner avec le prix moyen des -journées de travail, celui des denrées, les salaires des artistes, etc. -M. Eckard se plaint, dans un de ses écrits, qu'on lui ait refusé la -faculté de compulser, dans les archives de l'administration de la Liste -civile, les pièces relatives aux dépenses de Versailles sous Louis XIV. -Je suis informé que des calculs ont été faits dans cette administration -pour évaluer le montant de ces dépenses. Mon opinion est que, quels que -soient les efforts que l'on fasse pour accroître le chiffre de ces -dépenses, si l'on opère avec sincérité, il n'excédera pas, et -probablement n'atteindra pas, 400 millions de notre monnaie actuelle, -dans toute la durée du règne de Louis XIV. - -CHAPITRE VI - - Page 108, ligne 1 et 2: Je la mettrais volontiers dans mon - Dictionnaire. - -Bayle ajoute à cet endroit de sa lettre: «Elle sera sans doute dans le -Moréri de Paris, et madame Deshoulières aussi;» et Prosper Marchand, -éditeur des Å“uvres de Bayle, a mis en note (p. 653, note 16): «Elles ne -sont ni l'une ni l'autre dans le Moréri de Hollande ni dans la dernière -édition du _Dictionnaire_ de Bayle, 1702.» - -Les premiers renseignements sur madame de Sévigné furent donnés par M. -de Bussy (qui n'est pas le comte de Bussy de Rabutin), dans la préface -du recueil des _Lettres_ de madame de Sévigné à sa fille, publié en -1726, sans nom de lieu, 2 vol. in-12; et dans l'édition de la Haye, chez -P. Gosse et Jean Néaulme, 2 vol. in-12, donnée en 1726, simultanément -avec l'autre, et dont l'éditeur, d'après une note de mon exemplaire, -était un nommé Gendebien. Le chevalier Perrin donna enfin une notice -plus détaillée dans l'édition de 1734, notice qui fut considérablement -augmentée dans l'édition de 1754. C'est avec ces matériaux que -Chauffepié, dans son _Nouveau Dictionnaire historique et critique, pour -servir de supplément ou de continuation_, in-folio, 1756, à celui de -Bayle, réalisa le vÅ“u que Bayle avait formé, et composa un article -SÉVIGNÉ, qu'il inséra dans son _Dictionnaire_, t. IV, p. 245-258. Cet -article est à la manière de Bayle, c'est-à -dire que le texte est -accompagné de très-longues notes qui l'éclaircissent, le développent ou -le complètent; de sorte que ce texte n'est autre chose que des sommaires -de chapitres qui se composent des notes qui leur correspondent. Cette -manière est fatigante pour les lecteurs, surtout pour les lecteurs -paresseux; mais il faut convenir qu'elle est très-favorable à -l'instruction; et, s'il faut dire toute notre pensée, malgré les -notices, les volumes même que l'on a composés sur madame de Sévigné -depuis Chauffepié, son article SÉVIGNÉ, si peu vanté, si peu lu -peut-être, était encore ce qu'on avait écrit de plus propre à la faire -bien connaître; et cela parce que cet honnête compilateur a compris que, -pour faire un bon article sur madame de Sévigné selon le plan de Bayle, -il fallait joindre de longs et judicieux extraits de ses lettres aux -faits que l'on pourrait puiser ailleurs que dans sa correspondance. - -CHAPITRE VIII. - - Page 126, lignes 26 et 28: Lorsque madame de Sévigné recevait - quittance de deux cent mille livres tournois, etc. - -Le propos de mauvais ton et de mauvais goût qu'on prête à madame de -Sévigné au sujet de cette somme payée à compte sur la dot de sa fille -est un conte absurde, qui n'est appuyé sur aucun témoignage valable et -qui, inséré longtemps après sa mort dans un mauvais recueil d'_ana_, a -été répété par tous ceux qui, en écrivant sur la vie de personnages -célèbres, se croient obligés de n'omettre aucune des sottises qui ont -été débitées sur leur compte. M. de Saint-Surin, qui a rapporté cette -anecdote dans sa notice (t. I, p. 86 de l'édit. des _Lettres de_ -SÉVIGNÉ, par Monmerqué), ne cite pas d'autre autorité que l'_Histoire -littéraire des dames françaises_. - - Page 133, ligne 1: Du duc de Retz, grand-oncle. - -La procuration dressée à Machecoul, transcrite dans l'acte, par le -_duché de Rais et duc de Rais_. Dans l'acte dressé à Paris, il est -toujours écrit _Retz_. - - Page 135, ligne 4: Marie d'Hautefort, veuve de François - de Schomberg. - -Dans sa note sur la lettre de madame de Sévigné, du 5 janvier 1674, un -commentateur a dit (édit. de G. de S.-G., t. III, p. 294) que madame de -Schomberg était la mère du maréchal, alors vivant: il y a deux erreurs -dans ce peu de mots. Madame de Schomberg, dont parle madame de Sévigné, -était la femme et non la mère du maréchal; et le maréchal avait alors -cessé de vivre depuis plusieurs années. - - Page 135, ligne 16: Olivier Lefèvre d'Ormesson, seigneur d'Amboille. - -Ce nom d'Amboille ou Amboile a occasionné de fortes méprises de la part -de nos rédacteurs de dictionnaires géographiques de la France, et sur -nos cartes. Amboille est un hameau près de Paris, entre Chenevière et -Noiseau, par delà le parc ou bois de Saint-Maur. Amboille, vers le -milieu du XVIIIe siècle, en 1745, ne contenait que trente-huit feux, et -formait cependant une paroisse distincte de celle de Noiseau, qui, sur -le coteau opposé, n'en est séparée que par un ruisseau. Il est souvent -fait mention d'Amboile sous le nom d'_Amboella_, dans les titres du -XIIe siècle; mais l'héritier d'Olivier Lefèvre d'Ormesson ayant réuni à -la terre d'Amboile celle de Noiseau et de la Queue, on laissa le nom -d'Amboile au lieu où se trouvait le château d'Ormesson, et l'on attribua -le nom d'Ormesson à Noiseau. (Voyez la carte des environs de Paris, de -dom Coutance, no 11.) C'était une erreur: la carte de France dressée -récemment par l'administration de la guerre (no 48, Paris) a fait -disparaître le nom d'Amboile et inscrit en place Ormesson, et n'a rien -ajouté au nom de Noiseau. Amboile se trouve encore sur la carte de -Cassini (no 1, Paris), ainsi que Noiseau, tous deux sans le nom -d'Ormesson; mais, dans le _Dictionnaire universel de la France_, de -Prudhomme, il n'en est pas même fait mention. Sous le nom d'_Ormesson_, -le compilateur a confondu l'Ormesson de la paroisse d'Amboile avec le -lieu du même nom qui se trouve près de Nemours.--Valois a aussi omis -Amboile, _Amboella_, dans sa notice du diocèse de Paris. Hurtaut, dans -son _Dictionnaire historique de la ville de Paris_, t. I, p. 244, dit -que c'est un village situé près de Villeneuve-Saint-George, et il en est -éloigné de près de douze kilomètres. Ainsi le nom de ce lieu, important -pour l'intelligence des écrits du XIIe et du XIIIe siècle, deviendrait, -si on n'y mettait ordre, un _desiderata_ en géographie. Cependant la -famille d'Ormesson est encore, au moment où j'écris, propriétaire de la -seigneurie d'Amboile, et y réside. Il y a une église à Amboile ou -Ormesson, mais elle est moderne. Le château est curieux; il fut, dit-on, -construit par Henri IV pour une demoiselle de Centeny ou Santeny, dont -il était amoureux; son portrait y est encore comme en 1758, au temps de -l'abbé le Boef, qui rapporte cette tradition, souvent reproduite depuis, -sans qu'on ait encore découvert rien qui la justifie. (Conférez LE BOEF, -_Histoire du diocèse de Paris_, t. XIV, p. 38 à 385.) - - Page 136, ligne 4: Épouse du marquis de la Fayette; et en note, - ligne 26: Delort, _Voyage aux environs de Paris_, t. I, p. 217 - à 224. - -La huitième des _Lettres_ de madame de la Fayette, publiée par Delort, -indiquée par cette citation, était depuis longtemps publiée lorsque M. -Sainte-Beuve l'a redonnée, d'après le manuscrit, comme inédite, dans la -_Revue des Deux Mondes_ (t. VII, p. 325, 4e série, 5e livraison, 1er -septembre 1836). - - Page 136, ligne 15: Jean-Baptiste Adhémar de Monteil de Grignan, - coadjuteur de son oncle l'archevêque d'Arles. - -Je présume que c'est à celui-ci qu'est dédié un petit ouvrage de -Pontier, prêtre et docteur en théologie, intitulé _le Fare de la -vérité_; à Paris chez Michel Vavyon, 1660, in-12.--La dédicace commence -ainsi: _A monsieur de Grignan, abbé de Notre-Dame d'Aiguebelle_; et à -côté sont gravées, sur une feuille à part, les armes de la maison de -Grignan, presque en tout semblables à celles que M. Monmerqué a fait -graver dans son édition de Sévigné. - -Pontès dit, dans cette dédicace: - - «Monsieur, - - «Vous tirez la naissance d'une maison dont l'ancienne grandeur est - connue de toute la terre... Elle reluit encore aujourd'hui d'une - manière extraordinaire en la personne de ses deux princes de - l'Église, d'Arles et d'Uzez.» - -Jean-Baptiste de Grignan, en 1660, étudiait probablement en théologie et -recevait peut-être des leçons de Pontès. - -Dans toutes les éditions des _Lettres_ de madame de Sévigné (même celle -de 1754, t. III, p. 35) on a imprimé, dans la lettre du 31 mai 1675: -«L'abbé de Grignan reprendra le nom qu'il avait quitté depuis -vingt-quatre heures, pour se cacher sous celui d'_abbé d'Aiguebère_.» Il -faut lire l'_abbé d'Aiguebelle_. L'édition de 1754 est la première où -cette lettre ait été donnée et où se trouve la faute: les éditeurs -suivants s'y sont conformés. - - Page 140, lignes 6 et 7: Avait perdu sa première femme, - Angélique-Clarice d'Angennes, en janvier 1665. - -Voilà pourquoi, dans une édition du troisième acte de la traduction du -_Berger fidèle_ de Guarini (_Gabriel Quinet_, 1665, in-12), l'auteur, -dans la dédicace au comte de Grignan, le félicite de s'être allié «à une -maison qui a toujours été l'asile des Muses, de l'honneur et de la -vertu,» ce qui désigne les d'Angennes de Rambouillet, et non les -Sévigné, comme l'a cru le savant auteur du catalogue de la bibliothèque -dramatique de M. de Soleinne, p. 60. Voyez la seconde partie de ces -_Mémoires_, p. 381, note du chapitre IV de la première partie. - - Page 140, lignes 10 et 11: La seconde femme qu'il avait épousée - était d'une noblesse encore plus ancienne, quoique moins illustre - que les d'Angennes. - -La famille du Puy du Fou prétendait descendre de Renaud, seigneur du Puy -du Fou, qui épousa Adèle de Thouars, fille d'Émery, vicomte de Thouars, -en 1197, sous Philippe-Auguste.--Voyez le _tableau_ cité. - - Page 140, ligne 26: A cette époque, le gouvernement militaire - du Languedoc. - -Le gouvernement civil et financier de cette province était, comme celui -de toutes les autres provinces, confié à un ou deux intendants. De 1665 -à 1669, il y en eut deux, M. de Besons et M. de TubÅ“uf; de 1669 à 1673, -M. de Besons fut le seul intendant; de 1674 à 1687, ce fut M. -d'Aguesseau; de 1687 à 1719, M. de Basville. Conférez l'_Essai -historique sur les états généraux de la province de Languedoc_, par le -baron Trouvé; 1818, in-4º, chap. XIX, XX et XXI, p. 161, 191, 200, 211. - - Page 141, ligne 17: Que vous connaissez il y a longtemps. - -Sur ces mots, M. Monmerqué, t. I, p. 154, de son édition des _Lettres_ -de Sévigné, a mis cette note: «Mademoiselle de Sévigné avait vingt et un -ans, le comte de Grignan trente-neuf.» Je crois qu'il y a erreur dans ce -dernier chiffre soit de la part de l'imprimeur, soit de celle de -l'auteur.--Saint-Simon, dans ses _Mémoires_ (chap. V, t. XII, p. 59), -dit, sous l'année 1715: «Le comte de Grignan, seul lieutenant général en -Provence et chevalier de l'Ordre, gendre de madame de Sévigné, qui en -parle tant dans ses _Lettres_, mourut à quatre-vingt-trois ans, dans une -hôtellerie, allant de Lambesc à Marseille.» Donc le comte de Grignan -était né en 1632, et au commencement de l'année 1669 il ne pouvait avoir -que trente-sept ans accomplis ou trente-six ans et quelques mois; ce qui -fait soupçonner que, dans la note de M. Monmerqué, le 9 est un 6 -retourné. Madame de Grignan avait, lors de son mariage, vingt-trois ans -et non vingt-deux ans; il n'y avait donc que douze ans de différence -entre elle et son mari. - -CHAPITRE IX. - - Page 149, ligne 18: A Bouchet, le savant généalogiste. - -Jean Bouchet, dont parle madame de Sévigné, a été un des plus savants -généalogistes. Il fut chevalier de l'Ordre du roi, maître d'hôtel -ordinaire, et mourut, en 1684, à l'âge de quatre-vingt cinq ans. On a de -lui six à sept ouvrages in-folio, sur l'histoire et les généalogies, -pleins de recherches et de pièces justificatives curieuses. - - Page 159, ligne 18: Je ne sais pas ce que j'aurais fait d'un - _jobelin_. - -Cette épithète de _jobelin_, appliquée à un jeune homme novice auprès -des femmes, était alors souvent employée à cause du fameux sonnet de -Job; elle prouve que, dès l'époque où écrivait madame de Sévigné, cette -patience auprès des femmes, ce respect qu'on leur portait, qui avait -fait le succès du sonnet de Job, était tourné en ridicule, et que les -_uraniens_ avaient triomphé des _jobelins_. Ce qui dut y contribuer, -c'est la paraphrase un peu longue, mais spirituelle, du poëte Sarrazin, -contre le sonnet de Benserade. On sait que ce célèbre sonnet se -terminait ainsi: - - Il eut des peines incroyables; - Il s'en plaignit, il en parla: - J'en connais de plus misérables. - -La paraphrase de Sarrazin finit ainsi: - - Mais, à propos, hier, au Parnasse, - De sonnets Phébus se mêla; - Et l'on dit que, de bonne grâce - Il s'en plaignit, il en parla: - J'aime les vers _uraniens_, - Dit-il; mais je me donne au diable - Si, pour les vers des _jobelins_, - J'en connais de plus misérables. - -(Conférez SALLENGRE, _Mémoires de littérature_, 1715, in-12, t. I, p. -127 à 134.) - -Le mot _jobelin_ n'a jamais été admis dans le _Dictionnaire_ de -l'Académie française; du moins il ne se trouve ni dans la première ni -dans la dernière édition; il ne se trouve pas non plus dans le -dictionnaire de Trévoux. Cependant Richelet l'avait inséré dans le sien, -publié en 1680, et l'avait ainsi défini: «JOBELIN, s. m., manière de -c***. C'est un _jobelin_.» Boiste, de nos jours, l'a aussi inséré dans -son lexique, avec la signification que lui donne madame de Sévigné, un -_niais_, un _sot_; il le donne comme synonyme d'homme patient comme Job, -et il cite Rabelais. Alors l'emploi de ce mot serait, dans notre langue, -plus ancien que le sonnet de Job; et cela est certain, car je trouve -_jobelin_ dans le _Dictionnaire anglais_ de Randle Cotgrave (1632) avec -la signification que lui donne madame de Sévigné: JOBELIN _a sot_, -_gull_, _doult_, _asse_, _cokes_. Ainsi l'Académie a eu tort de ne pas -admettre ce mot, qui n'a jamais cessé d'être en usage dans le langage -familier. - -CHAPITRE X. - - Page 166, lignes 1 et 2: De la Rivière, son second mari, dont - elle ne porta jamais le nom. - -Elle prit celui de comtesse d'Aletz, et c'est de ce nom qu'elle a signé -la fastueuse épitaphe qu'elle composa pour son père et qu'elle fit -graver sur sa tombe dans l'église de Notre-Dame d'Autun. Cette épitaphe -fait tous les frais de la notice que d'Olivet a insérée, sur Bussy, dans -l'_Histoire de l'Académie française_, t. II, p. 251, édition in-4º. - -Louise-Françoise de Bussy, marquise de Coligny, veuve de Gilbert de -Langheac, avait trente-huit ans lorsqu'elle épousa de la Rivière; elle -s'était mariée à M. de Coligny, à Chaseu, le 5 novembre 1675; le marquis -de Coligny mourut en 1676, à Condé, dans l'armée de M. de Schomberg. -Madame de Coligny en eut un enfant et tout son bien. (Voyez _Lettres -choisies de M._ DE LA RIVIÈRE, t. I, p. 25 et 26, et sur la Rivière, -avant le mariage, BUSSY, _Lettres_, t. III, p. 233 et 234; et t. V, p. -165.) - -CHAPITRE XII. - - Page 199, ligne 27, note 1: DARU, _Histoire de Venise_. - -M. Daru ne paraît point avoir connu les Mémoires du duc de Navailles; -s'il les avait consultés, il n'aurait pas fait de cette partie de la -guerre de Candie, à laquelle les Français prirent part, un récit si peu -exact; il ne se serait pas contenté des seules assertions des auteurs -vénitiens. Sans doute on ne saurait excuser l'historien qui, même dans -un but patriotique, permet à sa plume d'altérer la vérité: c'est pour -lui un devoir de n'épargner aucun soin pour la connaître, et d'avoir le -courage de la dire même lorsqu'elle lui répugne; mais ce devoir est -encore plus impérieux quand l'honneur national se trouve, comme dans -cette circonstance, inculpé par des témoins suspects et intéressés à -rejeter sur nos compatriotes leurs fautes et leurs malheurs. - - Page 203, lignes 15 et 17: Il semble qu'on ne peut guère douter - du fait, puisqu'il est attesté par une lettre de Boileau. - -Je ne parle pas du témoignage de Louis Racine, parce que dans les -_Mémoires sur la vie de Jean Racine_ (Lausanne, 1747, p. 80) il s'appuie -sur la lettre de Boileau, ce qui prouve qu'il ne savait pas la chose par -son père ni même par tradition de famille; et Louis Racine n'a publié -ses _Mémoires_ que soixante-dix-sept ans après la première -représentation de _Britannicus_. - - Page 206, note 3, ligne dernière: GEOFFROY, _OEuvres de Racine_, - t. III, p. 11. - -Les doutes de l'éditeur ne sont pas fondés; Henriette mourut avant -l'impression de la pièce de Racine. - - Page 207, lignes 19 et 21: L'abbé de Villars, le spirituel auteur - des _Lettres du comte de Gabalis sur les sylphes, les gnomes - et les salamandres_. - -Pope a mis à profit ces lettres dans son poëme badin et médiocre, selon -nous, de la _Boucle de cheveux enlevée_ (The _rape of the lock_). - - Page 209, ligne 23: _Pour envoyer l'effroi de l'un à l'autre pôle_. - -Dans l'édition de 1692, donnée par Thomas Corneille, il y a: - - Pour envoyer l'effroi sous l'un et l'autre pôle. - -Si l'autre variante est autorisée par quelque édition antérieure, il -faut la préférer; sinon, il faut rétablir celle de l'édition de Thomas -Corneille, qui est la bonne. - - Page 213, ligne 1: Un gentilhomme nommé Mathonnet. - -Voici le passage de la lettre de Louvois: «Il est à propos que vous -continuiez à garder soigneusement le sieur Mathonnet pour le faire -parler, Sa Majesté sachant très-bien que, pendant qu'il a été à Paris, -il allait souvent à Chaillot voir mademoiselle d'Argencourt; et il faut -qu'il soit de cette cabale-là .» - - Page 218, ligne 6: La Feuillade,..... laid de visage, ayant un - teint bilieux et bourgeonné. - -La mère du duc de la Feuillade fut cette demoiselle de Roannès à -laquelle Pascal inspira de tels sentiments de dévotion qu'elle ainsi que -son frère le duc de Roannès ne voulaient pas se marier, et firent vÅ“u -de chasteté; ce qui mit dans une telle fureur le père de ces deux -personnes que le concierge de l'hôtel de Roannès monta à l'appartement -de Pascal, logé dans cet hôtel, pour le tuer. M. de la Feuillade, cadet -de l'archevêque d'Embrun, épousa mademoiselle de Roannès, à laquelle son -frère qui voulut rester célibataire, transmit tous ses biens et son -titre. Elle eut de ce mariage trois enfants avant de mettre au monde le -duc de la Feuillade, qui fut maréchal. Le premier de ces enfants mourut -en naissant, le second fut un fils contrefait et le troisième une fille -naine, qui mourut à dix-neuf ans. Conférez un morceau curieux sur la -biographie de mademoiselle de Roannès, par M. Victor Cousin, -_Bibliothèque de l'École des chartes_, t. V, p. 1 à 7. - - Page 221, ligne 12: S'abandonnant sans scrupule à des plaisirs - réprouvés. - -Nous avons déjà signalé les dangers de ces travestissements d'hommes en -femmes, que la trop indulgente Anne d'Autriche permettait dans les -ballets durant l'enfance et l'adolescence même du roi. L'exemple de -l'abbé de Choisy, dans sa jeunesse, en fut une preuve bien étrange. Il a -lui-même pris plaisir à écrire toutes les aventures amoureuses que ces -travestissements lui ont procurées, et elles passent en libertinage -licencieux les fictions du détestable roman de Louvet, auquel il a servi -de modèle (Voyez l'_Histoire de la comtesse Desbarres_; Anvers, 1735, -in-12, in-18, p. 138.--_Vie de l'abbé de Choisy_, 1742. in-8º, p. -22-26.--MONMERQUÉ, _Notice sur l'abbé_ _de Choisy et sur ses Mémoires_, -t. LXIII de la collection des _Mém. sur l'hist. de Fr._, p. 123 à 146.) - - Page 224, ligne 19: Mais lui n'eut aucun doute. - -Sismondi est, de tous les historiens, celui qui a le mieux raconté cette -mort; il hésite dans son opinion, et ne semble pas bien persuadé que le -duc d'Orléans ne fut pas coupable; puis il incline ensuite pour le -_cholera-morbus_. Les caractères de l'agonie de la princesse et de ses -derniers moments, si bien décrits dans la relation de Feuillet, n'ont -point le caractère de cette maladie; et le procès-verbal d'autopsie, -quoique concluant qu'il n'y a pas eu d'empoisonnement, constate, suivant -nous, le poison par la description de l'état des viscères. Ce -procès-verbal a été publié par Bourdelot, et se trouve dans les _Pièces -intéressantes_, de Poncet de la Grave, que j'ai citées. Les médecins -anglais envoyèrent en Angleterre une relation toute contraire à celle -des médecins français. Henriette elle-même, aussitôt qu'elle eut avalé -le verre d'eau de chicorée et éprouvé des douleurs, déclara qu'elle -était empoisonnée. Enfin, le rapport fait à Louis XIV par Vallot, son -médecin, daté de Versailles le 1er juillet 1670, dont M. Gault de -Saint-Germain a publié la conclusion, implique que l'opinion de ce -médecin était pour l'empoisonnement. La lettre de Bossuet aura été -fabriquée dans le temps, comme les avis des médecins, pour donner le -change à l'opinion. Philibert de la Mare, qui demeurait en province, a -pu croire à son authenticité, mais à la cour personne n'aurait pu s'y -tromper; c'est probablement ce qui aura été cause qu'on n'a pas osé lui -donner une grande publicité. - -CHAPITRE XIII. - - Page 227, ligne 31, note 3: SÉVIGNÉ, _Lettres_ (23 janvier 1671). - -Cette lettre a été publiée pour la première fois par M. Monmerqué. Dans -le recueil des _Lettres de_ BUSSY, comme dans celui des _Lettres de -madame de_ SÉVIGNÉ _au comte de Bussy_, 1775, p. 21, no 12, on en avait -donné les premières lignes, où il n'est pas dit un mot de la princesse -de Condé. Ce récit, fait par MADEMOISELLE (_Mémoires_, t. XIII, p. 297), -s'accorde plus complétement avec celui de Guy-Patin qu'avec celui de -madame de Sévigné; MADEMOISELLE dit: «Un joueur qui avait été son valet -de pied, à qui elle avait accoutumé de faire quelques largesses, entra -dans sa chambre pour lui demander de l'argent; sa demande fut -accompagnée de manières qui firent croire qu'il avait envie d'en prendre -ou de s'en faire donner. L'abbé Lainé, sur l'avis qu'on avait donné que -le valet de pied s'était sauvé dans le Luxembourg, me vint demander la -permission de le laisser prendre; il ne s'y trouva point, et il fut pris -hors la ville.» - - Page 229, lignes 5 et 6: Des gens que le prince avait chargés de - garder. - -MADEMOISELLE accuse le duc d'Enghien, qu'elle n'aimait pas, d'avoir -conseillé à Condé ce traitement envers sa mère: «Il était bien aise, -disait-on, d'avoir trouvé un prétexte de la mettre dans un lieu où elle -ferait moins de dépense que dans le monde.» D'après ce que mande madame -de Montmorency à Bussy, ceci paraît être calomnieux. Le duc d'Enghien -était un caractère dur, il est vrai; mais les autres mémoires du temps -ne permettent pas de croire qu'il fût à ce point méchant, ingrat, fils -dénaturé. Lord Mahon, dans sa _Vie du grand Condé_, a pris fait et cause -avec chaleur pour la princesse, et il transcrit à ce sujet l'extrait -d'une correspondance secrète tirée de la secrétairerie d'État de la cour -de Londres, qui prouve seulement que le correspondant avait été mal -informé, ou plutôt qu'il donnait le récit de cette affaire comme on -désirait que la cour de Londres en fût instruite et conformément au -bruit que l'on fit courir dans Paris. Cependant l'extrait de cette -correspondance est curieux, et nous apprend que la princesse fit tous -ses efforts pour sauver Duval, dont Condé voulait la mort. Il est facile -d'atténuer les torts de la princesse par ceux que son époux eut envers -elle, mais il n'est pas possible d'en douter. Le silence des -contemporains après son malheur, et leur insensible indifférence, en dit -encore plus que leurs témoignages accusateurs. Conférez lord MAHON'S, -_Life of great Condé_, 1845, in-12, part. II, p. 269 à 275.--Voici le -passage de Coligny, p. 26, sur la conduite de la princesse en 1650: «Le -marquis de Cessac, dont j'ai dit un mot, s'attacha à madame la -princesse, ou plutôt la princesse à lui; car il faut que ces dames-là -fassent plus de la moitié du chemin si elles veulent avoir des galants, -qu'autrement le respect ferait taire. Comme elle n'était pas pourvue -d'un grand esprit, ce défaut et la passion lui firent faire tant de -minauderies indiscrètes que tout le monde connut aisément ses affaires.» - -Ce témoignage est celui du plus virulent ennemi de Condé et de son plus -grand détracteur. - - Page 234, ligne 9, et page 235, ligne 7: La maréchale de la Ferté. - -Quand il est fait mention, dans les mémoires et les libelles du temps, -de madame de la Ferté ou de la duchesse de la Ferté, il faut se garder -de confondre la belle-mère et la belle-fille, toutes deux pouvant être -désignées de la même manière. La maréchale était Madeleine d'Angennes de -la Loupe; la belle-fille était Marie-Isabelle-Gabrielle-Angélique de la -Mothe-Houdancourt, duchesse de la Ferté, fille de la maréchale de la -Mothe-Houdancourt, ancienne gouvernante des enfants de France et sÅ“ur -cadette des duchesses d'Aumont et de Ventadour. La maréchale de la Ferté -était la sÅ“ur de Catherine-Henriette d'Angennes, comtesse d'Olonne, -dont les mÅ“urs furent encore plus déréglées que celles de la duchesse. - -CHAPITRE XIV. - - Page 246, ligne 9: La faiblesse de la santé de la princesse de - Condé. - -Guy-Patin dit que dans cette prévision la reine mère écrivit à Gaston -pour mettre obstacle à ce mariage. - - Page 282, ligne 3: Il finit par subir une rigoureuse détention. - -La chronologie des faits relatifs à la biographie de Lauzun n'est pas -facile à déterminer. Saint-Simon place en 1669 l'affaire relative à -l'espionnage de madame de Montespan par le moyen d'une femme de chambre -séduite par Lauzun, et celle de la place de grand maître de l'artillerie -sollicitée par lui, et le beau trait du roi jetant sa canne par la -fenêtre dans la crainte de se laisser aller à en frapper un gentilhomme. -Mais alors tout cela paraît antérieur au mariage, ce qui n'est pas -probable. Saint-Simon a écrit plus de quarante ans après ces faits, et -s'est évidemment trompé sur les dates. Je pense, avec M. Petitot (t. XL, -p. 356), que ce fut la conduite insolente de Lauzun avec madame de -Montespan qui détermina le roi à le faire arrêter. - - Page 283, lignes 1 et 2: Il obtint par ses services de nouveaux - grades et de nouveaux honneurs. - -Des lettres de duc furent données à Lauzun en 1692. Lauzun mourut en -1723 et survécut huit ans à Louis XIV. - -CHAPITRE XV. - - Page 296, ligne 22: Mademoiselle Dugué-Bagnols. - -Le chevalier Perrin nous apprend, dans son édition des _Lettres de -madame de Sévigné_, que mademoiselle Dugué-Bagnols fut mariée depuis à -M. Dugué-Bagnols, son cousin. - - Page 297, ligne 19: C'était la première femme de Claude de - Saint-Simon; elle succomba le 2 décembre 1670. - -Diane-Henriette de Budos, duchesse de Saint-Simon, mourut, selon -l'assertion de M. Monmerqué (_Lettres de Sévigné_, t. I, p. 208), à -quarante ans; et comme Saint-Simon dit que son père l'épousa en 1644, il -en résulterait qu'elle n'aurait eu que quatorze ans lorsqu'elle s'est -mariée. Comme l'âge nubile était alors fixé par les lois à douze ans, -cela n'est pas impossible, mais cela est peu probable. - -C'est en 1743 que Saint-Simon a écrit le volume de ses _Mémoires_ qui -concerne les années 1722 et 1723. J'avais dit cela dans une note qui est -à la page 453 de mon deuxième volume, 1re édition; mais je suis obligé -de le répéter, parce qu'il y a deux fautes d'impression dans les -chiffres de cette note. J'ajouterai ici que Saint-Simon, pour ce qui -concerne les dates et les généalogies, s'est beaucoup servi des Mémoires -manuscrits de Dangeau, c'est-à -dire de ses portefeuilles. - - Page 298, ligne 12: Et, par la grande mortalité qu'éprouva - la population. - -D'après un recueil statistique de Paris, déposé à la Bibliothèque du -Roi, le nombre des naissances dans cette capitale fut de 16,810, celui -des décès de 21,460; le nombre des décès surpassa donc les naissances de -4,651. - -CHAPITRE XVI. - - Page 303, ligne 29: Le gouverneur et son lieutenant se trouvèrent - tous les deux absents. - -Dans une semblable circonstance, en 1673, Brulart, premier président du -parlement de Bourgogne, écrivit à Louvois qu'en l'absence du gouverneur -et de son lieutenant général le gouvernement de la province lui -appartenait de droit. Voyez la lettre de BRULART à Louvois, dans -l'ouvrage intitulé _Une province sous Louis XIV_, par M. Thomas, 1844, -in-8º, p. 431. - - Page 312, lignes 3 et 4: Elle écrivait à madame de Sévigné. - -Il est probable que madame de Sévigné avait conçu cette aversion pour -les filles de Sainte-Marie d'Aix par les lettres de sa filleule; elle la -manifeste en toute occasion, et elle appelle ces religieuses des -baragouines. Elle montre, au contraire, une prédilection particulière -pour les filles de cet ordre, fondé par son aïeule, qui étaient dans -d'autres couvents. Il est évident aussi, d'après le passage suivant de -la lettre de madame de Sévigné, du 24 juillet 1680, que, pour avantager -les autres enfants de madame de Grignan, on voulait que Marie-Blanche -fît des vÅ“ux; sa vocation paraît au moins douteuse. «Votre petite d'Aix -me fait pitié, d'être destinée à demeurer dans ce couvent _perdu_ pour -vous; en attendant une vocation, vous n'oseriez la remuer, de peur -qu'elle ne se dissipe. Cette enfant est d'un esprit chagrin et jaloux, -tout propre à se dévorer. Pour moi, je tâterais si la Providence ne -voudrait pas bien qu'elle fût à Aubenas; elle serait moins _égarée_.» La -sÅ“ur de M. de Grignan était abbesse du couvent d'Aubenas, et madame de -Sévigné espérait que sa petite-fille pourrait un jour lui succéder. Nous -reviendrons, dans la suite de ces _Mémoires_, sur ce passage de la -lettre de madame de Sévigné et sur les mots _perdu_ et _égarée_, que -Grouvelle, M. Monmerqué et Gault de Saint-Germain ont expliqués -diversement. - -CHAPITRE XVII. - - Page 325, ligne 12: Une très-belle femme, madame de Valence, - qui s'était faite religieuse. - -J'ai cité ici l'édition de la Haye, t. I, p. 20, parce que c'est la -seule qui dans cet endroit nous semble donner le vrai texte de madame de -Sévigné. Ce texte est ainsi: - -«Vous me dites des merveilles du tombeau de Montmorency et de la beauté -de madame de Valence.» - -Les premiers éditeurs des _Lettres de madame de Sévigné_, ne trouvant -aucune mention de cette madame de Valence dans toute la correspondance -de madame de Sévigné, ont substitué aux mots qui la concernent «et de -la beauté de mesdemoiselles de Valançai» (lettre du 18 février 1671, t. -I, p. 332, édit. G.), parce qu'en effet madame de Sévigné, en passant -aussi à Moulins cinq ans après madame de Grignan, lui avait écrit de -cette ville que les petites-filles de madame de Valançai, que madame de -Grignan y avait vues, sont _belles et aimables_ (lettre du 17 mai 1676, -t. IV, p. 440, édit. G.). Mais elles étaient, lorsque madame de Grignan -les vit, trop jeunes et trop petites pour qu'il fût question de leur -beauté; et la lettre de madame de Sévigné au comte de Guitaud, publiée -pour la première fois dans l'édition de M. Gault de Saint-Germain -(lettre 1693, t. X, p. 445, édit. G.), qui nous apprend que madame de -Valence a été au couvent de la Visitation, explique celle qu'elle avait -écrite précédemment, et ne laisse aucun doute sur l'exactitude de -l'édition de la Haye. La preuve que les éditeurs ont altéré le texte de -cette lettre en voulant la corriger se tire encore du passage qui suit -immédiatement, où madame de Sévigné dit à sa fille (t. I, p. 20): -«Personne n'écrit mieux que vous; ne quittez jamais le naturel, votre -tour s'y est formé, et cela _surpasse_ un style parfait.» Tous les -éditeurs subséquents ont substitué (t. I, p. 332): «Vous écrivez -entièrement bien, personne n'écrit mieux; ne quittez jamais le naturel, -votre tour s'y est formé, et cela _compose_ un style parfait.» -Indépendamment du pléonasme dans les deux premiers membres de phrase, -qui n'était pas dans madame de Sévigné, en mettant le mot _compose_ à la -place du mot _surpasse_ on a fait disparaître une expression énergique -et piquante pour y substituer une expression impropre et plate; et de -plus, en croyant rendre la pensée plus logique, on l'a dénaturée, et on -lui a ôté tout ce qu'elle a d'original et de profond. L'intention de -madame de Sévigné est de faire distinguer ici l'écrivain du grammairien, -le talent d'écrire d'avec l'art d'écrire. Le naturel dans le style, -c'est la grâce: - - Et la grâce, plus belle encor que la beauté, - -dit la Fontaine quand il veut donner une idée des séduisants attraits de -Vénus. C'est la même pensée que celle de madame de Sévigné, exprimée -d'une manière analogue. Je dois dire que le savant et exact éditeur des -_Lettres de madame de Sévigné_ n'a pu ni rectifier ce texte ni éviter -cette méprise, puisqu'il n'avait pu se procurer l'édition de la Haye, -1726, lorsqu'il fit la sienne; et que la publication de la lettre de -madame de Sévigné au comte de Guitaud, qui fait mention de madame de -Valence, est bien postérieure à celle de son édition. Voyez _Lettres_ DE -SÉVIGNÉ, édit. de Monmerqué, in-8º, t. I, p. 48. - - Page 329, lignes 4-7: Une relation admirable, selon elle, adressée - à M. de Coulanges par M. de Ripert, homme d'affaires de M. de - Grignan. - -Voici le texte de l'édition de la Haye: - -«M. de Coulanges vient de m'apporter une relation admirable de tout -votre voyage, que lui fait très-agréablement M. Ripert; voilà justement -ce que nous souhaitons (p. 38).» ... «M. le marquis de Saint-Andiol -m'est venu voir; je lui ai montré la relation de Ripert, dont il a été -ravi pour l'honneur de la Provence... J'attends celle de Corbinelli (p. -39).» - -On peut voir aux endroits cités de l'_Histoire de Sévigné_, par M. -Aubenas, et surtout dans la note, p. 588, qui termine l'ouvrage de cet -auteur, quelles sont les prétentions de la famille de Ripert. Du temps -de madame de Sévigné, il y avait au moins quatre frères de ce nom; car, -dans la lettre du 6 septembre 1676, t. V, p. 113, de l'édition de G. de -S.-G., madame de Sévigné dit: «Mon fils me mande que les frères Ripert -ont fait des prodiges de valeur à la défense de Maestricht; j'en fais -mes compliments au doyen et à Ripert.» Ce doyen était le Ripert du -chapitre de Grignan, et le dernier mentionné celui qui était attaché à -M. de Grignan comme homme d'affaires. - -Des deux lettres du 18 mars 1671 des éditions modernes, il n'y en a -qu'une dans l'édition de la Haye; et dans les éditions modernes il y a -beaucoup de suppressions, qui portent principalement sur les noms -propres. Ainsi ces mots, «Bandol vous est d'un grand secours,» p. 34, -ont été supprimés. Suppression ensuite d'un long paragraphe important, -qui remplit la page 35; puis, page 36, le nom de _Sessac_, donné -intégralement, remplacé par S***. Tout le paragraphe 37 de madame de -Janson supprimé; page 39, le passage sur d'Harouys supprimé. - -CHAPITRE XVIII. - - Page 359, lignes 29 et 30, note 1: 20 septembre, _Lettres de - madame_ RABUTIN-CHANTAL; la Haye, 1726, 20 septembre 1671. - -Toute la première page de cette lettre ne se trouve que dans l'édition -de la Haye, et a été supprimée dans toutes les autres. - - Page 371, lignes 16 et 17: Molière lui lira samedi _Trissotin_. - -On a écrit (voyez TASCHEREAU, _Histoire de Molière_, 3e édit., 1844, -grand in-12, p. 256) que, lors des premières représentations des _Femmes -savantes_, le personnage de _Trissotin_ portait le nom de _Tricotin_, -pour que la satire contre l'abbé Cotin, dont ce rôle était l'objet, en -pût ressortir sans aucun détour. Mais la lettre de madame de Sévigné -semble être contraire à cette assertion peu vraisemblable, puisqu'elle -désigne ce rôle, et par ce rôle toute la pièce, par le nom de -_Trissotin_, qui est le seul qu'on trouve dans la pièce imprimée. _Les -Femmes savantes_ furent jouées le 11 mars 1672 (TASCHEREAU, _Histoire de -Molière_, 3e édition, p. 169). La lettre de madame de Sévigné est datée -du mercredi 9 mars, c'est-à -dire de deux jours antérieure à la -représentation, qui eut lieu le vendredi: ainsi dès lors le rôle portait -le nom de _Trissotin_. La lecture de cette pièce par Molière, annoncée -dans la lettre de madame de Sévigné pour le samedi 12 mars, n'eut -probablement pas lieu, puisque le jour fixé au samedi était le lendemain -même de la représentation. Cette pièce fut achevée d'imprimer le 10 -décembre 1672, comme nous l'apprend le catalogue de la _Bibliothèque -dramatique de M. de Soleinne_, no 1296, p. 298. La mention de cette -édition manque dans la bibliographie de Molière, de M. Taschereau. - - Page 378, ligne 7: Pour laisser écrire dans ses lettres. - -Surtout par Corbinelli. Des lettres de Corbinelli à Bussy, qui se -trouvent dans la correspondance de ce dernier, il n'y en a qu'un petit -nombre qui portent le nom de Corbinelli; il y en a beaucoup qui n'ont -que l'initiale du nom C***; enfin il y en a sans initiale. Un lecteur -familiarisé à la lecture des auteurs de ce siècle les reconnaît -facilement. Toutes sont très-mal rangées, ainsi que toute cette -intéressante correspondance, qui mériterait bien de trouver un éditeur -savant et intelligent. - -CHAPITRE XIX. - - Page 387, ligne 12: Ce fut une grande joie pour madame de Sévigné - lorsque de Pomponne... - -Nous apprenons par le Portefeuille de Dangeau, manuscrit de la -Bibliothèque du Roi, A, 253, que de Pomponne fut nommé secrétaire -d'État, en remplacement de M. de Lyonne, le 10 septembre, et qu'il -prêta serment le 12 septembre; la lettre de madame de Sévigné, qui donne -cette nouvelle à sa fille, est datée du 13 septembre. Il ne faut pas -confondre les Portefeuilles de Dangeau que nous citons ici et que nous -citerons peut-être encore avec le Journal de Dangeau; c'est tout autre -chose. - - Page 396, ligne 4: Les lettres les plus remarquables qu'elle - ait écrites. - -Deux de ces lettres étaient ainsi désignées, la lettre sur _le cheval_ -et celle sur _la prairie_. Cette dernière est, comme on l'a très-bien -remarqué, celle qui est relative au renvoi de _Picard_ (du 22 juillet -1671) et où madame de Sévigné explique si agréablement à son cousin de -Coulanges, tout à fait étranger, comme un vrai citadin, aux travaux -ruraux, en quoi consiste l'opération du fanage. - - Page 396, ligne 9: Elle gardait soigneusement les lettres du - spirituel chansonnier. - -«Ce petit Coulanges vaut trop d'argent; je garde toutes ses lettres.» -(SÉVIGNÉ, _Lettre_ du 29 janvier 1685, t. VII, p. 229, édit. de M.) - - Page 397, lignes 7 et 8: Elle avait dix ans moins que lui. - -Philippe-Manuel de Coulanges était né à Paris vers 1631, Marie-Angélique -Dugué en 1641. Elle se maria le 16 décembre 1659, et n'avait alors que -dix-sept ans et quelques mois. - - Page 399, lignes 16 et 17: Auxquels s'applique plus particulièrement - le nom d'esprit. - -Comme, par exemple, lorsqu'elle dit du duc de Villeroi, qui était -amoureux d'une femme nullement éprise de lui: «Il est plus charmé qu'il -n'est _charmant_.» Ce dernier mot, ainsi placé, est à la fois verbe et -adjectif et applicable au duc dans sa double et maligne signification. -(Voyez la lettre du 24 février 1673.) - - Page 399, lignes 21 et 22: Son écriture et son orthographe ne - répondaient pas à l'élégance de son style. - -Coulanges a inséré ces mots dans une lettre de sa femme à madame de -Grignan: - -«Je viens de prendre la liberté de lire tout ce que madame de Coulanges -vous écrit; c'est grand dommage que ce ne soit une meilleure écriture et -une meilleure orthographe; son style assurément le mériterait bien, -convenez-en, madame; mais il ne faut pas espérer qu'elle s'en corrige. -Tout ce qui est à souhaiter, c'est que vous puissiez lire ce qu'elle -vous mande.» (Lettre de madame de Coulanges à madame de Grignan, 7 -juillet 1703, t. XI, p. 398.) - - Page 401, lignes 3 et 4: Madame de Sévigné se plut toujours dans - la société de la femme de son cousin. - -Madame de Sévigné ne voulait pas que son cousin quittât la rue du -Parc-Royal pour aller demeurer au Temple, parce que cela éloignait -d'elle madame de Coulanges. «Au lieu de trouver, comme je faisais, cette -jolie madame de Coulanges sous ma main, prendre du café avec elle, y -courir après la messe, y revenir le soir comme chez soi; enfin, mon -pauvre cousin, ne m'en parlez pas: je suis trop heureuse d'avoir -quelques mois pour m'accoutumer à ce bizarre dérangement.» (Lettre du -1er décembre 1690, t. IX, p. 427.) - -CHAPITRE XX. - - Page 415, lignes 23 et 24: SOLI DEO HONOR ET GLORIA. - -Cette inscription, qui est tirée du texte de l'épître de saint Paul aux -Romains, a donné lieu au continuateur de Bayle (Chauffepié, Supplément -au Dictionnaire de Bayle) de prêter à madame de Sévigné, dans l'intérêt -du protestantisme, des sentiments contraires à l'invocation des saints, -que ses lettres démentent en un grand nombre d'endroits. - - Page 416, ligne 26: Racine passera comme le café. - -L'usage du café n'ayant été introduit en France que vers l'an 1669, il -en résulte que les premiers chefs-d'Å“uvre de Racine lui sont -antérieurs; _Andromaque_ date de 1669, les _Plaideurs_ de 1668, -_Britannicus_ de 1669, _Bajazet_ de 1672. Le premier traité, je crois, -publié sur le café, en français, est celui qui est intitulé _De l'usage -du caphé, du thé, et chocolate_ (sic); Lyon, chez Girin, 1671, in-8º. Il -est traduit du latin, et il est dit, page 30, «que la plupart de ceux -qui usent du café y sont réduits par nécessité, et le prennent plutôt -comme un médicament que comme un régal.» Il en était de même du thé et -du chocolat. Mais dix ans plus tard il se faisait de toutes ces -substances, et surtout du café, une très-grande consommation à Londres -et à Paris, «non-seulement, dit de Blégny, chez les marchands de -liqueurs, mais encore dans les maisons particulières et dans les -communautés.» _Du bon usage du thé, du café et du chocolat, pour la -préservation et la guérison des maladies_, par M. de Blégny; Paris, -1687, in-12, p. 96 et 166. De Blégny, d'après Bernier, dit que dans -l'Inde et la Perse on use très-peu de café, et seulement dans les ports -de mer; mais que par toute la Turquie on en fait un fort grand usage. -«Peu s'en faut, ajoute de Blégny, que les Anglais et les Hollandais ne -suivent l'exemple des Turcs, et peu s'en faut aussi que nous ne soyons -aussi avancés que ceux-là sur cette habitude; mais en revanche les -Espagnols, les Italiens et les Flamands ne s'y portent pas volontiers.» -(P. 166.) Bien loin de dénigrer le café, et surtout le café au lait, -madame de Sévigné fut une des premières à en prendre, et elle en -recommandait l'usage à sa fille. (SÉVIGNÉ, _Lettres_, 19 février 1690, -t. X, p. 263, édit. de G.) - - - - -SUPPLÉMENT AUX NOTES ET ÉCLAIRCISSEMENTS DE LA PREMIÈRE PARTIE. - -En développant dans la première et la seconde partie de cet ouvrage la -politique de Mazarin, j'ai souvent eu occasion de citer des lettres -autographes de Mazarin, de Colbert et de Louis XIV[902], qui -appartiennent à la Bibliothèque royale. Des fragments de ces lettres -avaient déjà été imprimés, mais très-incorrectement, par Soulavie, dans -les _OEuvres de Saint-Simon_. Elles ont été très-bien publiées dans les -_Documents historiques sur l'histoire de France_, par M. -Champollion-Figeac, qui me les avait indiquées. Mais j'ai cité à la page -215 de la première partie une _lettre autographe d'Anne d'Autriche au -cardinal Mazarin_, que je ne trouve point dans le recueil de M. -Champollion-Figeac. Cette lettre n'a point été publiée ailleurs, et il -est intéressant de la faire connaître, parce qu'elle vient à l'appui de -ce que j'ai dit du refroidissement d'Anne d'Autriche pour le cardinal -Mazarin, lorsque celui-ci, afin de conserver le pouvoir, se fit un appui -du jeune roi, dont il avait capté toute la confiance, contre la reine sa -mère, ou plutôt contre les intrigues des personnes qui l'entouraient. - -LETTRE D'ANNE D'AUTRICHE AU CARDINAL MAZARIN. - - «A Saintes, ce 30 juin 1660. - -«Vostre letre ma donnee une grande joye je ne say si je seray asses -heureuse pour que vous le croies et que si eusse creu qune de mes letres -vous eust autant pleut j'en aurays escrit de bon cÅ“ur et il est vray -que den voir tant et des transports avec lon les recent et je les voyes -lire me fesoit fort souvenir d'un autre tant[903] don je me souviens -presque a tout momants quoy que vous en puissiez croire et douter je -vous asseure que tous ceux de ma vie seront enploies à vous tesmoigner -que jamais il ni a euee damitie plus veritable que la mienne et si vous -ne le croies pas jespere de la justice que jay que vous vous -repâtires[904] quelque jour den avoir jamais douté et si je vous pouves -aussi bien faire voir mon cÅ“ur que ce que je vous dis sur ce papier je -suis asseurée que vous series contant, ou vous series le plus ingrat -homme du monde et je ne croie pas que cela soiet. La Reyne[905] qui -escrit eicy sur ma table me dit de vous dire que ce que vous me mandes -du confidant[906] ne lui déplait pas et que je vous asseure de son -affession, mon fils[907] vous remercie aussi et 22[908] me prie de vous -dire que jusques au dernier soupir (symboles) quoique vous en croies -(symboles) - -«Et au dos est escrit: _A Monsieur le Cardinal_.» - - * * * * * - - [902] Voyez IIe partie, p. 155, 161, 229. - - [903] Temps. - - [904] Repentirez. - - [905] La jeune reine, la femme de Louis XIV. - - [906] Le confident, c'est le roi. Voyez les _Lettres inédites de_ - MAZARIN; publiées par M. Ravenel. - - [907] Philippe de France, le frère de Louis XIV. La lettre était - fermée par une petite faveur rouge, scellée des deux côtés du cachet - d'Anne d'Autriche, et dont les bouts subsistent encore, ainsi que les - cachets. Cette lettre, ployée, n'a que la grandeur d'un billet. - - [908] Le numéro 22 est, dit-on, la reine elle-même; et aux - conjecture que ces (symboles) remplacent les mots par lesquels elle - était convenue d'exprimer sa tendresse pour Mazarin. Voyez la clef - dans les _Lettres inédites de_ MAZARIN, publiées par M. Ravenel, 1836, - in-8º, p. 491. - - * * * * * - -Cette lettre a été écrite lorsque Louis XIV, après son mariage, revint -avec toute la cour, de Saint-Jean-de-Luz à Paris. D'après les nombreuses -relations de ce voyage, le 23 juin on était à Bordeaux, le 27 à Blaye. -«Le 29, dit Colletet dans sa relation (pag. 5), les reines partirent -pour Saintes,» où elles arrivèrent le 30; c'est de là et de ce jour -qu'est datée la lettre. Le roi s'était écarté, et avait été au Brouage -avec le cardinal, qui rejoignit les reines le lendemain à -Saint-Jean-d'Angely. - - - - -TABLE SOMMAIRE - -DES CHAPITRES DE CE VOLUME. - - CHAPITRE PREMIER.--1664-1666. - - Pages. - - Occupation de Bussy dans son exil.--Louis XIV et sa cour.--Madame - de Sévigné et madame Duplessis-Guénégaud.--De Pomponne, - ambassadeur en Suède.--Société réunie à Fresnes.--Correspondance - de M. de Pomponne et de madame de Sévigné. 1 - - - CHAPITRE II.--1666-1667. - - Mademoiselle de Sévigné est produite dans le monde.--Partis qui se - présentent pour elle.--Madame de Sévigné aux Rochers.--Guerre - d'Espagne.--De Louis XIV et de son gouvernement.--De ses victoires - et de ses maîtresses. 31 - - - CHAPITRE III.--1667. - - De Bussy et des personnes avec lesquelles il était en - correspondance. 48 - - - CHAPITRE IV.--1666-1667. - - Madame de Sévigné passe l'automne au château de Fresnes.--Arnauld - d'Andilly.--Le comte de la Rochefoucauld.--Madame de la - Fayette.--Madame de Motteville.--Le comte de Cessac.--Madame de - Caderousse.--Lettre de mademoiselle de Sévigné à l'abbé le - Tellier. 70 - - - CHAPITRE V.--1668-1669. - - Conquête de la Franche-Comté.--Paix d'Aix-la-Chapelle.--Fête - donnée à Versailles.--Place qu'y occupaient madame de Sévigné et - sa fille.--Bruits qui couraient de l'inclination de Louis XIV pour - mademoiselle de Sévigné.--Intrigues du roi.--La duchesse de - Sully.--La Vallière, madame Scarron et madame de Montespan. 82 - - - CHAPITRE VI.--1668-1669. - - Versailles.--Goût de madame de Sévigné pour les divertissements du - théâtre.--Influence du grand mouvement littéraire de l'époque sur - le talent de madame de Sévigné.--Sa correspondance avec le - cardinal de Retz.--Occupations de celui-ci. 98 - - - CHAPITRE VII.--1668-1669. - - Siége de Candie.--Sévigné s'embarque pour aller au secours de - cette ville.--Tristes résultats de cette expédition.--Sévigné - revient avec la Feuillade, et rejoint sa mère. 116 - - - CHAPITRE VIII.--1668-1669. - - Mariage de mademoiselle de Sévigné avec le comte de - Grignan.--Détails et réflexions sur ce mariage. 125 - - - CHAPITRE IX.--1669. - - Altercations de madame de Sévigné avec Bussy.--Politique de Louis - XIV.--Madame de Sévigné veut que Bussy écrive au comte de - Grignan.--Bussy résiste, et ensuite consent. 146 - - - CHAPITRE X.--1669-1671. - - Bussy.--Sa famille.--Société qui fréquentait son château.--Son - animosité envers madame de Monglat.--Son commerce de lettres avec - madame de Scudéry.--Bussy écrit ses Mémoires. 163 - - - CHAPITRE XI.--1670-1671. - - Correspondance de Bussy avec madame de Sévigné.--Claude Frémyot - institue madame de Sévigné son légataire universel.--Bussy saisit - cette occasion de renouer avec elle son commerce de - lettres.--Nouvelles altercations entre eux. 181 - - - CHAPITRE XII.--1670-1671. - - Louis XIV envoie de nouveaux secours à Candie.--Beaufort y - périt.--Traité secret avec Charles II.--Prospérité de la - France.--Molière, Racine et Corneille continuent à travailler pour - le théâtre.--Madame de Montespan devient maîtresse en titre.--Ses - enfants sont confiés à madame Scarron.--Retraite de la Vallière à - Chaillot.--Détails sur les favoris de Louis XIV.--Henriette - d'Angleterre périt par le poison.--Madame de Sévigné parle de - tous ces événements. 196 - - - CHAPITRE XIII.--1670-1671. - - Duel entre Duval, valet de pied de la princesse de Condé, et - Bussy-Rabutin, son page.--Celui-ci s'enfuit en Allemagne.--Madame - de Sévigné entre en correspondance avec lui et avec sa femme, la - duchesse de Holstein.--Madame de Sévigné est bien instruite des - intrigues de cour.--Du comte de Saint-Paul et du comte de - Fiesque.--Pouvoir de madame de Montespan.--La Vallière se retire - encore à Chaillot.--Colbert la ramène à la cour. 226 - - - CHAPITRE XIV.--1671. - - Mademoiselle et Lauzun.--Lettre de madame de Sévigné sur leur - mariage. 242 - - - CHAPITRE XV.--1669-1671. - - Madame de Sévigné à Livry.--Mort de Saint-Pavin.--Le comte de - Grignan est nommé lieutenant général gouverneur de la - Provence.--Correspondance de madame de Sévigné avec toute la - famille de Coulanges à Lyon.--Nouvelles diverses.--M. de Grignan - musicien.--Éloges donnés par madame de Sévigné aux ouvrages de - Nicole et de la Fontaine et aux prédications de Bourdaloue. 285 - - - CHAPITRE XVI.--1670-1671. - - Affaires de la Provence.--Conseils donnés par madame de Sévigné - au comte de Grignan.--Madame de Grignan se dispose pour aller en - Provence rejoindre son mari. 302 - - - CHAPITRE XVII.--1671. - - Départ de madame de Grignan.--Son voyage de Paris à Aix.--Elle - rencontre à Moulins madame de Guénégaud.--Madame de Grignan - arrive à Aix.--Honneurs qui lui sont rendus par M. de Vivonne. 319 - - - CHAPITRE XVIII.--1671-1672. - - Etats de Bretagne.--Motifs qui forcent madame de Sévigné d'aller - en Bretagne.--Examen de sa correspondance avec sa fille. 337 - - - CHAPITRE XIX.--1671-1672. - - Détails sur la correspondance de madame de Sévigné avec diverses - personnes:--avec d'Hacqueville,--Corbinelli,--madame de la - Fayette,--M. et madame de Coulanges,--avec Sévigné, son fils. 385 - - - CHAPITRE XX.--1671-1672. - - Parallèle entre madame de Sévigné et madame de - Grignan.--Caractères, habitudes, inclinations de l'une et de - l'autre.--Leur goût et leurs opinions en littérature,--en - philosophie,--en religion.--Bons conseils donnés par madame de - Sévigné à sa fille. 406 - - - NOTES ET ÉCLAIRCISSEMENTS. 449 - - - SUPPLÉMENT AUX ÉCLAIRCISSEMENTS DE LA PREMIÈRE PARTIE. 477 - - - Lettre inédite d'Anne d'Autriche au cardinal Mazarin. _ibid._ - - -FIN DE LA TABLE DES CHAPITRES. - - - - -LIBRAIRIE DE FIRMIN-DIDOT ET CIE, RUE JACOB, 56. - - -CHEFS-D'OEUVRE DE LA LITTÉRATURE FRANÇAISE. - -Format in-18 anglais, la plupart avec portraits. - -PRIX DE CHAQUE VOLUME: TROIS FRANCS. - -_Les volumes d'un prix différent sont indiqués._ - - - Anciens monuments de la langue française - Vol. - ÉGINHARD, Vie de Charlemagne, 4 fr. 1 - - FROISSART, Chroniques, 4 fr. 1 - - GRÉGOIRE DE TOURS, trad. par H. Bordier, 8 fr. 2 - - JOINVILLE, Vie de saint Louis. Vie de Joinville, - par M. Ambr. Didot. Prix: 5 fr. 1 - - LORRIS (DE), Roman de la Rose, 8 fr. 2 - - PASQUIER, Recherches sur la France, 8 fr. 2 - - RABELAIS, OEuvres complètes, 8 fr. 2 - - RONSARD, Choix de poésies, 8 fr. 2 - - - NISARD, Hist. de la littérature française, 16 fr. 4 - - - BEAUMARCHAIS, Théâtre 1 - - BERNARDIN DE SAINT-PIERRE, Paul et Virginie 1 - -- Études de la nature 1 - - BOILEAU 1 - - BOSSUET, Sermons 1 - -- Oraisons 1 - -- Discours sur l'Histoire universelle 1 - - BUFFON, Epoques de la nature 1 - -- Les Animaux 1 - - CHATEAUBRIAND, Atala 1 - -- Génie du christianisme 2 - -- Martyrs 1 - -- Natchez 1 - -- Itinéraire de Paris à Jérusalem 2 - -- Mélanges politiques et littéraires 1 - -- Études historiques 1 - -- Analyse de l'histoire de France 1 - - CHEFS-D'OEUVRE TRAGIQUES 2 - - CHEFS-D'OEUVRE COMIQUES 8 - - CHEFS-D'OEUVRE HISTORIQUES 2 - - CLASSIQUES DE LA TABLE 2 - - CORNEILLE, Théâtre 2 - - COURIER (Paul-Louis) 1 - - CUVIER, Révolutions du globe 1 - - D'AGUESSEAU (le chancelier) 1 - - DEFOE, Robinson Crusoé 1 - - DELILLE (Choix) 1 - - DESJARDINS, Vie de Jeanne d'Arc 1 - - DIDEROT 2 - - DUREAU DE LA MALLE, L'Algérie 1 - - FÉNELON, Télémaque 1 - -- Éducation des filles 1 - -- Existence de Dieu 1 - - FLORIAN, Fables 1 - -- Don Quichotte 1 - - GENOUDE (DE), Vie de Jésus-Christ 1 - - GONCOURT (DE), Marie Antoinette 1 - - HAMILTON, Mémoires de Grammont 1 - - LA BRUYÈRE, Caractères 1 - - LA FONTAINE, Fables 1 - - LA ROCHEFOUCAULD 1 - - LE SAGE, Gil Blas 1 - - MALHERBE, J.-B ROUSSEAU, LEBRUN 1 - - MARMONTEL, Littérature 3 - - MASSILLON, Petit Carême 1 - - MAURY, Éloquence 1 - - MIGNET, Révolution française, 7 fr 2 - - MOLIÈRE, Théâtre 2 - - MONTESQUIEU, Grandeur des Romains 1 - - MONTESQUIEU, Esprit des lois 1 - - NAPOLÉON, par M. Kermoysan 4 - - PASCAL, Provinciales 1 - -- Pensées 1 - - RACINE, Théâtre 1 - - RACINE (LOUIS), Poëme de la Religion 1 - - REGNARD, Theâtre 1 - - ROLAND, Histoire d'Angleterre, d'Écosse et d'Irlande 1 - - ROLLIN, Traité des études 3 - -- Histoire ancienne 10 - -- Histoire romaine 10 - - ROUSSEAU, Nouvelle Héloïse 1 - -- Émile 1 - -- Confessions 1 - -- Petits chefs-d'Å“uvre 1 - - RULHIÈRE (DE), Révolutions de Pologne 3 - - SAINT-ÉVREMOND, 4 fr. 1 - - SCRIBE, Théâtre 5 - - SÉVIGNÉ, Lettres complètes 6 - -- Choix 1 - - SOUZA (DE), Lettres portugaises 1 - - SILVIO PELLICO, Mes Prisons 1 - - STAËL (DE), Corinne 1 - -- De l'Allemagne 1 - -- Delphine 1 - - VIENNET, Mélanges de poésies 1 - -- Le Cimetière du Père-Lachaise 1 - - VIES DES SAINTS 2 - - VOLTAIRE, Commentaires sur Corneille 1 - -- Henriade 1 - -- Théâtre 1 - -- Louis XIV 1 - -- Louis XV 1 - -- Charles XII 1 - -- Contes 1 - -- Romans 1 - - WALCKENAER, Mémoires sur madame de Sévigné, 24 fr. 6 - -- Vie d'Horace, 8 fr. 2 - -- Vie de la Fontaine, 8 fr. 2 - -- Géographie des Gaules, 8 fr. 2 - -- Lettres sur les contes des fées, 4 fr. 1 - - - LITTÉRATURE ANCIENNE - (TRADUCTION FRANÇAISE). - - ARISTOPHANE, trad. par Artaud, 7 fr. 2 - - EURIPIDE, trad. par le même, 7 fr. 2 - - HÉRODOTE, traduction par Miot 2 - - HOMÈRE, Iliade, trad. par Dugas-Montbel 1 - -- Odyssée, trad. par le même 1 - - - LITTÉRATURE ÉTRANGÈRE. - - ARIOSTE, L'Orlando furioso 2 - - BOCCACE, Il Decamerone 2 - - CAMOËNS, Os Lusiadas 1 - - DANTE, La Divina Commedia 1 - -- Traduction par Artaud 1 - - GOLDONI, Commedie scelte 1 - - TASSE, La Gerusalemme liberata 1 - -- Traduction française 1 - - -TYPOGRAPHIE FIRMIN-DIDOT.--MESNIL (EURE). - - - - - -End of the Project Gutenberg EBook of Mémoires touchant la vie et les écris -de Marie de Rabutin-Chantal, vol. 3/6, by Charles Athanase Walckenaer - -*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK MEMOIRES TOUCHANT LA VIE *** - -***** This file should be named 51802-0.txt or 51802-0.zip ***** -This and all associated files of various formats will be found in: - http://www.gutenberg.org/5/1/8/0/51802/ - -Produced by Clarity, Hélène de Mink, and the Online -Distributed Proofreading Team at http://www.pgdp.net (This -file was produced from images generously made available -by the Bibliothèque nationale de France (BnF/Gallica) at -http://gallica.bnf.fr) - - -Updated editions will replace the previous one--the old editions -will be renamed. - -Creating the works from public domain print editions means that no -one owns a United States copyright in these works, so the Foundation -(and you!) can copy and distribute it in the United States without -permission and without paying copyright royalties. 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It exists -because of the efforts of hundreds of volunteers and donations from -people in all walks of life. - -Volunteers and financial support to provide volunteers with the -assistance they need, are critical to reaching Project Gutenberg-tm's -goals and ensuring that the Project Gutenberg-tm collection will -remain freely available for generations to come. In 2001, the Project -Gutenberg Literary Archive Foundation was created to provide a secure -and permanent future for Project Gutenberg-tm and future generations. -To learn more about the Project Gutenberg Literary Archive Foundation -and how your efforts and donations can help, see Sections 3 and 4 -and the Foundation web page at http://www.pglaf.org. - - -Section 3. Information about the Project Gutenberg Literary Archive -Foundation - -The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non profit -501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the -state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal -Revenue Service. The Foundation's EIN or federal tax identification -number is 64-6221541. Its 501(c)(3) letter is posted at -http://pglaf.org/fundraising. Contributions to the Project Gutenberg -Literary Archive Foundation are tax deductible to the full extent -permitted by U.S. federal laws and your state's laws. - -The Foundation's principal office is located at 4557 Melan Dr. S. -Fairbanks, AK, 99712., but its volunteers and employees are scattered -throughout numerous locations. Its business office is located at -809 North 1500 West, Salt Lake City, UT 84116, (801) 596-1887, email -business@pglaf.org. Email contact links and up to date contact -information can be found at the Foundation's web site and official -page at http://pglaf.org - -For additional contact information: - Dr. Gregory B. Newby - Chief Executive and Director - gbnewby@pglaf.org - - -Section 4. Information about Donations to the Project Gutenberg -Literary Archive Foundation - -Project Gutenberg-tm depends upon and cannot survive without wide -spread public support and donations to carry out its mission of -increasing the number of public domain and licensed works that can be -freely distributed in machine readable form accessible by the widest -array of equipment including outdated equipment. Many small donations -($1 to $5,000) are particularly important to maintaining tax exempt -status with the IRS. - -The Foundation is committed to complying with the laws regulating -charities and charitable donations in all 50 states of the United -States. Compliance requirements are not uniform and it takes a -considerable effort, much paperwork and many fees to meet and keep up -with these requirements. We do not solicit donations in locations -where we have not received written confirmation of compliance. To -SEND DONATIONS or determine the status of compliance for any -particular state visit http://pglaf.org - -While we cannot and do not solicit contributions from states where we -have not met the solicitation requirements, we know of no prohibition -against accepting unsolicited donations from donors in such states who -approach us with offers to donate. - -International donations are gratefully accepted, but we cannot make -any statements concerning tax treatment of donations received from -outside the United States. U.S. laws alone swamp our small staff. - -Please check the Project Gutenberg Web pages for current donation -methods and addresses. 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Thus, we do not necessarily -keep eBooks in compliance with any particular paper edition. - - -Most people start at our Web site which has the main PG search facility: - - http://www.gutenberg.org - -This Web site includes information about Project Gutenberg-tm, -including how to make donations to the Project Gutenberg Literary -Archive Foundation, how to help produce our new eBooks, and how to -subscribe to our email newsletter to hear about new eBooks. diff --git a/old/51802-0.zip b/old/51802-0.zip Binary files differdeleted file mode 100644 index 4eb87f3..0000000 --- a/old/51802-0.zip +++ /dev/null diff --git a/old/51802-h.zip b/old/51802-h.zip Binary files differdeleted file mode 100644 index bc0040e..0000000 --- a/old/51802-h.zip +++ /dev/null diff --git a/old/51802-h/51802-h.htm b/old/51802-h/51802-h.htm deleted file mode 100644 index 83a111a..0000000 --- a/old/51802-h/51802-h.htm +++ /dev/null @@ -1,18743 +0,0 @@ - <!DOCTYPE html PUBLIC "-//W3C//DTD XHTML 1.0 Strict//EN" - "http://www.w3.org/TR/xhtml1/DTD/xhtml1-strict.dtd"> - <html xmlns="http://www.w3.org/1999/xhtml" xml:lang="fr" lang="fr"> - <head> - <meta http-equiv="Content-Type" - content="text/html;charset=iso-8859-1" /> - <meta http-equiv="Content-Style-Type" content="text/css" /> - <title> - The Project Gutenberg's eBook of Mémoires touchant la vie et les écrits de Marie de Rabutin-Chantal. 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You may copy it, give it away or -re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included -with this eBook or online at www.gutenberg.org/license - - -Title: Mémoires touchant la vie et les écrits de Marie de Rabutin-Chantal, vol. 3/6 - -Author: Charles Athanase Walckenaer - -Release Date: April 19, 2016 [EBook #51802] - -Language: French - -Character set encoding: ISO-8859-1 - -*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK MEMOIRES TOUCHANT LA VIE *** - - - - -Produced by Clarity, Hélène de Mink, and the Online -Distributed Proofreading Team at http://www.pgdp.net (This -file was produced from images generously made available -by the Bibliothèque nationale de France (BnF/Gallica) at -http://gallica.bnf.fr) - - - - - - -</pre> - - -<div class="tnote"> -<p>Note sur la transcription: Les erreurs clairement introduites par le typographe ont été corrigées. -L'orthographe d'origine a été conservée et n'a pas été harmonisée. -Les numéros des pages blanches n'ont pas été repris.</p> - -<p>La notation {<sup>lt</sup>} sur la page <a href="#Page_456">456</a> est l'abrégé du livre tournois.</p> -</div> - - -<p><span class="pagenumh"><a id="Page_I"> I</a></span> -<span class="pagenumh"><a id="Page_II"> II</a></span> -<span class="pagenumh"><a id="Page_III"> III</a></span></p> - -<h1><span class="large">MÉMOIRES</span><br /> -<span class="xs">SUR MADAME</span><br /> -<span class="xlarge">DE SÉVIGNÉ</span><br /> -<span class="medium">TROISIÈME PARTIE</span></h1> - -<p><span class="pagenumh"><a id="Page_IV"> IV</a></span></p> -<div class="topspace frontmatter"> -<hr class="tb" /> -<p class="small">TYPOGRAPHIE FIRMIN-DIDOT.—MESNIL (EURE).</p> -</div> - -<p><span class="pagenumh"><a id="Page_V"> V</a></span></p> -<div class="topspace titlepage"> -<p><span class="xxlarge">MÉMOIRES</span><br /> -<span class="medium">TOUCHANT</span><br /> -<span class="xlarge">LA VIE ET LES ÉCRITS</span><br /> -<span class="large">DE MARIE DE RABUTIN-CHANTAL</span><br /> -<span class="small">DAME DE BOURBILLY</span><br /> -<span class="large">MARQUISE DE SÉVIGNÉ</span>,</p> -<p><span class="small">DURANT LE MINISTÈRE DU CARDINAL MAZARIN</span><br /> -<span class="small">ET LA JEUNESSE DE LOUIS XIV.</span></p> -<p><span class="xs">SUIVIS</span><br /> -<span class="xs">De Notes et d'Éclaircissements.</span><br /> -<span class="xs">PAR</span><br /> -<span class="large">M. LE BARON WALCKENAER.</span></p> -<hr class="deco" /> -<p><span class="medium">QUATRIÈME ÉDITION,</span><br /> -<span class="small">REVUE ET CORRIGÉE.</span></p> -<div class="figcenter"> -<img src="images/deco.jpg" width="120" height="13" alt="" /> -</div> - -<p><span class="large">PARIS,</span><br /> -<span class="medium">LIBRAIRIE DE FIRMIN DIDOT FRÈRES, FILS ET C<sup>IE</sup></span>,<br /> -<span class="xs">IMPRIMEURS DE L'INSTITUT DE FRANCE,</span><br /> -<span class="xs">RUE JACOB, 56.</span></p> -<hr class="deco" /> -<p><span class="medium">1880.</span></p> -</div> - -<p><span class="pagenumh"><a id="Page_VI"> VI</a></span> </p> - -<div class="chapter"> -<p><span class="pagenum"><a id="Page_1"> 1</a></span></p> -<h2><span class="xxlarge">MÉMOIRES</span><br /> -<span class="large">TOUCHANT LA VIE ET LES ÉCRITS</span><br /> -<span class="xs">DE</span><br /> -<span class="medium">MARIE DE RABUTIN-CHANTAL</span>,<br /> -<span class="small">DAME DE BOURBILLY,</span><br /> -<span class="xlarge">MARQUISE DE SÉVIGNÉ.</span></h2> - -<p class="extra">CHAPITRE PREMIER.<br /> -<span class="medium">1664-1666.</span></p> -</div> - -<p class="hanging indent"> -Occupation de Bussy dans son exil.—Inconvénients qu'eurent pour -lui les diverses éditions de l'<i>Histoire amoureuse des Gaules</i> et -du cantique obscène et supposé qu'on y intercala.—Jouissances -maternelles de madame de Sévigné—Louis XIV; sa cour.—Ses -maximes de gouvernement.—Boileau, Racine, la Rochefoucauld -font paraître leurs premiers ouvrages.—Tous ces écrivains sont -les censeurs de leur époque.—La satire est personnelle.—Répulsion -que madame de Sévigné devait éprouver pour le caractère des -nouveaux littérateurs.—Si elle goûtait peu leur personne, il n'en -était pas de même de leurs écrits.—Elle assiste chez madame de -Guénégaud à une lecture faite par Racine et par Boileau.—Pomponne, -revenu de son exil, assiste aussi à cette lecture.—Détails -sur les personnages qui s'y trouvaient, sur madame de Feuquières, -madame de la Fayette, la Rochefoucauld, Gondrin, Louis de Bassompierre, -l'abbé de Montigny, d'Avaux, Châtillon, Barillon, Caumartin.—Détails -sur madame de Guénégaud.—Portrait de cette -dame par Arnauld d'Andilly.—Ses liaisons avec d'Andilly et avec -<span class="pagenum"><a id="Page_2"> 2</a></span> -son fils de Pomponne.—Elle marie sa fille au duc de Caderousse.—Mademoiselle -de Sévigné liée avec mademoiselle de Montmort, -qui épouse M. de Bertillac.—M. de Guénégaud sort de la Bastille.—Description -du château de Fresnes.—Plaisirs qu'on y goûtait.—Mascarade -à l'hôtel de Guénégaud.—Vers adressés à madame de -Guénégaud.—Pomponne est nommé ambassadeur en Suède.—Mort -d'Anne d'Autriche et du prince de Conti.—Le roi passe l'été -à Fontainebleau, et madame de Sévigné à Fresnes.—Correspondance -entre Pomponne et la société du château de Fresnes.—Lettres -de madame de la Fayette et de madame de Sévigné à -Pomponne.—Détails sur l'évêque de Munster.—Détails sur madame -et M. de Coulanges.—Lettres de Pomponne à la société -réunie à Fresnes.—Réflexions.</p> - -<p class="space">Nous avons terminé la seconde partie de ces <i>Mémoires</i> -à l'exil du comte de Bussy: ce courtisan disgracié s'occupait -à embellir sa demeure, cherchant vainement, -dans ses goûts pour les arts et la poésie, une distraction -aux tourments de l'ambition déçue et aux angoisses -de l'amour trompé. La vanité qui le dominait -ne lui permettait pas de croire qu'il fallût renoncer à -aucune de ses espérances, et il ne pouvait calmer les -agitations d'un cœur en proie aux regrets, à la haine, -à l'envie et à tous les sentiments les plus contraires -au repos de l'âme. Il avait rangé dans la superbe galerie -de son château les portraits des plus illustres personnages -de l'histoire de France et, avec ses portraits de -famille, ceux des hommes les plus célèbres et des femmes -les plus belles et les plus spirituelles de son temps. Pour -ces derniers portraits il avait composé des emblèmes et des -inscriptions plus propres à faire briller la malice que la -finesse de son esprit; et, par ses vaniteuses rancunes, -il entretenait imprudemment l'animosité de ses ennemis<a id="FNanchor_1" href="#Footnote_1" class="fnanchor"> [1]</a>.</p> - -<p><span class="pagenum"><a id="Page_3"> 3</a></span> -Leur haine l'avait cependant aidé à obtenir plus promptement -sa liberté. Le désir qu'ils avaient de se venger de -lui leur fit outre-passer, dans leurs calomnies, la mesure -de la vraisemblance. Nous avons dit, et avec juste raison, -dans la seconde partie de ces <i>Mémoires</i><a id="FNanchor_2" href="#Footnote_2" class="fnanchor"> [2]</a>, que le fameux -libelle de Bussy, intitulé <i>Histoire amoureuse des Gaules</i>, -ne contenait pas les couplets infâmes qu'on y a insérés -depuis; et nous avions pensé, d'après les éditions de cet -ouvrage que nous avions réunies, qu'on ne les avait -intercalés que longtemps après: en cela nous nous trompions<a id="FNanchor_3" href="#Footnote_3" class="fnanchor"> [3]</a>. -Les ennemis de Bussy, aussitôt qu'il eut été mis à -la Bastille, s'occupèrent de faire imprimer en Hollande -l'ouvrage inculpé, et ils en firent faire une édition avec le -nom de l'auteur<a id="FNanchor_4" href="#Footnote_4" class="fnanchor"> [4]</a>. Celui qui prépara la copie de cette édition, -au titre un peu déguisé d'<i>Histoire amoureuse des -Gaules</i>, substitua celui d'<i>Histoire amoureuse de France</i>; -et, au lieu de laisser subsister les noms supposés, il mit -en toutes lettres les véritables noms des personnages, -d'une manière beaucoup plus complète et plus exacte que -dans la <i>clef</i> des deux éditions anonymes et subreptices -qui avaient paru. Restait le cantique chanté durant la -semaine sainte au château de Roissy, mais qui n'était -pas dans les deux premières éditions, parce que la copie -<span class="pagenum"><a id="Page_4"> 4</a></span> -livrée à l'imprimeur par la marquise de la Baume ne le -contenait pas. On avait fait d'assez nombreuses copies -des couplets et vaudevilles composés à l'époque de la -Fronde et du ministère du cardinal Mazarin, qui presque -tous étaient dirigés contre ce ministre, le roi, la -reine mère, ses filles d'honneur: plusieurs de nos bibliothèques -conservent encore ces recueils, en écriture -du temps, annotés et contenant des détails souvent -vrais, souvent faux, sur les personnes chansonnées; ce qui -faisait dire à Ménage qu'il était impossible d'écrire sincèrement -l'histoire de son temps sans un recueil de vaudevilles<a id="FNanchor_5" href="#Footnote_5" class="fnanchor"> [5]</a>. -L'éditeur de l'<i>Histoire amoureuse de France</i> -imagina d'aller chercher dans un de ces recueils tout ce -qu'il y avait de plus immonde, de plus ordurier, de plus -plat, dans les nombreux couplets dits <i>Alleluia</i>, parce -qu'ils étaient sur l'air des noëls parodiés, composés contre -le roi, <span class="small1">Monsieur</span>, Mazarin, la reine mère et ses filles -d'honneur. Ce fut un libraire du Palais, nommé François -Maugé, avec lequel Bussy avait été en relation, qui, -de concert avec les puissants ennemis de ce dernier et -entraîné par la cupidité, s'entendit avec un autre libraire -de Bruxelles (Foppens)<a id="FNanchor_6" href="#Footnote_6" class="fnanchor"> [6]</a>, pour faire paraître cette -édition interpolée et scandaleuse de l'<i>Histoire amoureuse -des Gaules</i>, la seule peut-être qui du vivant de l'auteur ait -été publiée avec son nom; du moins plusieurs de ceux qui -réimprimèrent ensuite l'<i>Histoire amoureuse de France</i> -d'après cette édition eurent-ils la pudeur de supprimer -le nom de Bussy sur le titre<a id="FNanchor_7" href="#Footnote_7" class="fnanchor"> [7]</a>.</p> - -<p><span class="pagenum"><a id="Page_5"> 5</a></span> -Deux syndics de la corporation des libraires de Paris, -avertis par Foppens qu'il allait faire paraître cette édition, -en instruisirent Bussy dans sa prison. Bussy se -hâta d'écrire à Colbert à ce sujet, et il employa en -même temps un habile commissaire de police pour découvrir -ceux qui vendaient sous son nom l'<i>Histoire amoureuse -de France</i>.</p> - -<p>Deux libraires surpris en flagrant délit furent saisis et -mis à la Bastille. Bussy apprit, par l'interrogatoire qu'on -fit subir à Maugé, que cet homme l'avait déjà dénoncé -en 1663, comme lui ayant troqué deux exemplaires du -<i>Testament du cardinal Mazarin</i>. Ce fait fut trouvé faux -d'après les propres déclarations de Maugé, qui fut mis au -cachot pour sa calomnie. Il en sortit deux jours après, ce -qui parut suspect à Bussy; car il sut en même temps alors, -d'après cette dénonciation, qu'on avait été sur le point de -l'arrêter, lui Bussy, quand la cour allait à Vincennes -en 1664, et qu'on en fut empêché par l'entretien qu'il -avait eu à Fontainebleau avec le roi. Bussy, dans cet entretien, -se justifia non pas de ce qui concernait la dénonciation -faite contre lui, puisqu'il l'ignorait alors, mais -<span class="pagenum"><a id="Page_6"> 6</a></span> -d'être l'auteur des couplets ou des plaisanteries qu'on lui -attribuait faussement. Le roi déclara au duc de Saint-Aignan -qu'il était désabusé et satisfait des explications -qui lui avaient été données par Bussy<a id="FNanchor_8" href="#Footnote_8" class="fnanchor"> [8]</a>.</p> - -<p>Quand parut l'édition de l'<i>Histoire amoureuse de -France</i> avec l'ignoble cantique et le nom de Bussy, -Louis XIV n'eut pas besoin d'une nouvelle explication -pour ajouter foi aux protestations de Bussy. Il ne douta -pas un instant qu'il ne pouvait avoir part à cette édition -ni au cantique. Par le manuscrit que lui avait remis Bussy, -Louis XIV connaissait le cantique chanté à Roissy, et il -savait que ni Bussy ni aucun de ceux qui, dans leur débauche, -avaient pendant la semaine sainte fait parade -d'impiété n'avaient pu proférer les paroles qu'on leur -prêtait. Les disciples des Petit<a id="FNanchor_9" href="#Footnote_9" class="fnanchor"> [9]</a>, des Théophile, des auteurs -du <i>Parnasse satirique</i>, d'où partaient de telles -attaques, se cachaient dans de honteux galetas, et ne -hantaient pas les palais. L'homme de cour ne se croyait -pas moins un honnête homme en affichant l'incrédulité en -religion et le libertinage des mœurs; mais il aurait cru -renoncer à jamais à ce titre s'il avait employé, en vers -ou en prose, l'argot crapuleux de la débauche et le langage -de la canaille. Bussy, qui passait pour un des plus -beaux esprits de la cour et un des plus délicats, quoiqu'un -des plus mordants, pouvait, moins qu'un autre, -être soupçonné d'un si honteux travers. S'il inséra dans -<span class="pagenum"><a id="Page_7"> 7</a></span> -son roman historique le malin cantique chanté à Roissy, -il ne le laissa certainement pas tel qu'il avait été improvisé, -et il le supprima dans la copie qui fut communiquée -à madame de la Baume. Les plaintes qu'il forma sur le -tort que lui faisaient ses ennemis par l'édition de Bruxelles -furent entendues et accueillies. Sa femme ayant alors demandé -qu'il fût relâché pour se faire traiter d'une maladie -dont il était atteint, Louis XIV envoya aussitôt Vallot, -son premier médecin, et Félix, son premier chirurgien, -pour visiter le prisonnier<a id="FNanchor_10" href="#Footnote_10" class="fnanchor"> [10]</a>, et donna ordre de l'élargir. -Bussy sortit enfin de la Bastille, pour n'y plus rentrer. Il -avait écrit le 10 mars (1665) pour prier Colbert de faire -arrêter les libraires qui débitaient l'édition de Bruxelles. -Le 22 avril, la comtesse de Bussy avait adressé sa demande -au roi, et le 17 mai Bussy était libre. Ces dates en -disent plus que tous les arguments sur les couplets intercalés. -Dans sa retraite, le duc de Saint-Aignan, le duc de -Noailles et un grand nombre de personnages comblés -des faveurs de Louis XIV continuèrent à correspondre -avec Bussy, et s'honoraient d'être de ses amis. Mais ils -ne purent jamais le faire rentrer au service, quoique la -reine mère elle-même eût souvent intercédé pour lui lorsqu'il -était en prison<a id="FNanchor_11" href="#Footnote_11" class="fnanchor"> [11]</a>.</p> - -<p>Nous savons que, lors de l'accusation intentée à Bussy -pour avoir composé des écrits offensants contre le roi et la -reine mère, le vendredi 17 avril 1665 au matin, le chevalier -du guet Testu se transporta chez Bussy, et, d'après -les ordres qu'il avait reçus, s'empara de tous ses papiers,</p> - -<p><span class="pagenum"><a id="Page_8"> 8</a></span> -et même le fouilla. Au nombre des manuscrits que Testu -saisit était celui de l'<i>Histoire amoureuse des Gaules</i>, le -même que Bussy avait prêté au roi. Après que le lieutenant -de justice criminel eut pris connaissance de ce manuscrit -et de tous les papiers de Bussy, qu'il l'eut interrogé -juridiquement et qu'on eut fait un rapport au roi -sur le résultat de cette enquête, le roi déclara que Bussy -n'avait rien écrit contre sa personne ni contre celle de la -reine, et permit à ceux qui s'intéressaient à lui de parler -en sa faveur. Mais cependant le roi dit en même temps -qu'il retiendrait encore Bussy en prison, pour le dérober -à la fureur des ennemis qu'il s'était faits par son libelle, -parce que, sans cette précaution, ils le feraient assassiner; -ce que Bussy confirme lui-même, puisqu'il avoue que, -sur les avis qui lui furent donnés, il ne sortait plus -qu'avec deux pistolets dans sa voiture, et qu'il se faisait -suivre de quatre hommes à cheval, également armés<a id="FNanchor_12" href="#Footnote_12" class="fnanchor"> [12]</a>. -On sut bientôt que c'était sur la dénonciation du prince -de Condé, et non par suite d'aucun ressentiment du roi, -que Bussy avait été arrêté<a id="FNanchor_13" href="#Footnote_13" class="fnanchor"> [13]</a>. Par les lettres du duc de -Saint-Aignan, nous apprenons que ce fut le même motif -qui força Louis XIV à exiler Bussy dans ses terres et -qui l'empêchait de lui permettre de revenir à Paris et -d'employer ses talents pour la guerre.</p> - -<p>Malgré la protection de la reine mère, de <span class="small1">Madame</span>, de -<span class="small1">Mademoiselle</span>; malgré les vives sollicitations du duc de -Saint-Aignan, du duc de Noailles, du comte de Gramont -<span class="pagenum"><a id="Page_9"> 9</a></span> -et de beaucoup d'autres<a id="FNanchor_14" href="#Footnote_14" class="fnanchor"> [14]</a>, Bussy ne put être rappelé -de son exil que dans l'âge où il n'était plus propre -à faire le métier de courtisan et à recommencer celui de -guerrier. Ces mêmes lettres du duc de Saint-Aignan -nous disent que dans le cantique qui se trouvait dans le -manuscrit remis au roi, d'après lequel Bussy avait fait -ses lectures confidentielles, deux femmes d'un haut rang -étaient diffamées, et que Turenne et Condé, qui prenaient -à elles un vif intérêt, fortement courroucés contre -l'auteur, s'opposaient toujours à ce qu'il reprît du service. -Eux et leurs adhérents continuaient à attribuer à Bussy -les nouveaux couplets et les épigrammes qui circulaient -de temps à autre contre les généraux, le roi et sa cour. -Le mécontentement de Bussy ne pouvait que donner -crédit à cette accusation. L'édition de son libelle, réimprimé -avec un titre plus clair, avec tous les noms et avec -l'intercalation des <i>Alleluia</i>, en accrut encore le succès, -et redonna à cette œuvre malheureuse le piquant de la -nouveauté. Dans tous les temps, le public oiseux a aimé -le scandale. Jamais la calomnie n'abandonne entièrement -celui qui, par ses vices et ses travers, a prêté le flanc à -ses coups: les blessures qu'elle lui fait sont incurables, -et semblent être la juste punition de ses méfaits ignorés. -Bussy remarque lui-même que les premières copies de -l'<i>Histoire amoureuse des Gaules</i>, qui n'étaient pas falsifiées, -furent mises de côté quand celles qui l'étaient parurent, -parce que, dit-il, chacun court à la satire la plus -forte, et trouve fade la véritable<a id="FNanchor_15" href="#Footnote_15" class="fnanchor"> [15]</a>. Chaque fois qu'on -<span class="pagenum"><a id="Page_10"> 10</a></span> -réimprimait ce livre<a id="FNanchor_16" href="#Footnote_16" class="fnanchor"> [16]</a>, comme on fit en 1671 et en 1677, -il renouvelait les ressentiments qu'il avait excités lors de -sa première apparition; et peut-être est-ce à cette cause -que nous devons attribuer ces retours d'aigreur que madame -de Sévigné manifeste quelquefois envers son cousin, -après avoir déclaré qu'elle lui avait pardonné. Tandis -que, dans son exil, Bussy était au milieu des ouvriers et -des décorateurs de son château, madame de Sévigné, -dans les fêtes et les cercles où elle conduisait sa fille, -s'enivrait des jouissances de l'orgueil maternel, et augmentait -le nombre de ses amis et de ses admirateurs.</p> - -<p>Cette cour, ce monde, où brillaient madame de Sévigné -et sa fille, acquéraient chaque jour plus d'éclat par -l'influence du jeune roi qui présidait aux destinées de la -France. Ce n'est pas que nous soyons encore à l'époque -la plus remarquable de son règne, mais nous sommes arrivés -à celle qui est la plus utile à étudier pour l'historien -et pour l'homme d'État. C'est pendant les années 1665 et -1666 que Louis XIV a consolidé les bases de son gouvernement, -préparé les combinaisons de sa politique, arrêté -<span class="pagenum"><a id="Page_11"> 11</a></span> -pour lui-même les règles de conduite qui ont fait sa grandeur<a id="FNanchor_17" href="#Footnote_17" class="fnanchor"> [17]</a>. -Tant qu'il les a suivies, ses succès furent constants; -il n'éprouva de revers que lorsque ses fortes facultés -eurent ployé sous le poids des années, et quand, fasciné -par ses victoires et par le long exercice du pouvoir, il eut -perdu cette volonté ferme qui l'astreignait aux maximes -que lui-même s'était prescrites. Jusque-là il a pu dire -avec vérité: «L'État, c'est moi;» car il était la pensée -vivifiante de la monarchie, celui dont la main puissante -comprimait toutes les ambitions coupables, dont les regards -encourageaient tous les talents, dont les paroles -dispensaient la fortune, les honneurs et la gloire.</p> - -<p>C'est en effet au temps dont nous traitons qu'on vit -apparaître, comme par enchantement, plusieurs des -grands écrivains qui devaient illustrer ce siècle. C'est -dans les années 1665 à 1666 que la Fontaine, le conteur, -fit paraître son premier volume<a id="FNanchor_18" href="#Footnote_18" class="fnanchor"> [18]</a>, la Rochefoucauld ses -<i>Maximes</i><a id="FNanchor_19" href="#Footnote_19" class="fnanchor"> [19]</a>, Boileau son <i>Discours au roi</i> et sept de ses satires<a id="FNanchor_20" href="#Footnote_20" class="fnanchor"> [20]</a>, -Racine sa tragédie d'<i>Alexandre</i><a id="FNanchor_21" href="#Footnote_21" class="fnanchor"> [21]</a>; que Molière -mit le sceau à sa réputation par <i>le Tartuffe</i> et <i>le Misanthrope</i><a id="FNanchor_22" href="#Footnote_22" class="fnanchor"> [22]</a>.</p> - -<p>Il est une chose digne de remarque relativement aux -<span class="pagenum"><a id="Page_12"> 12</a></span> -brillants athlètes qui s'élançaient simultanément dans l'arène -littéraire: c'était leur audace; c'était leur dessein -avoué de censurer en tout la société de cette époque; -c'étaient leurs vives agressions contre les célébrités qui y -primaient, contre les ridicules les plus en crédit, contre -les ouvrages les plus prônés, les illusions les plus douces, -les réputations les mieux établies, les doctrines les plus -respectées. Le livre des <i>Maximes</i> tendait à faire disparaître -ces idées chevaleresques, cette croyance à la sympathie -des âmes et à l'amour platonique qui jusqu'alors -avait souvent paré d'un semblant de vertu les vices d'une -société dont ce livre était une amère satire. Molière et -Boileau osaient, par de piquantes personnalités, donner -plus de sel et de saveur à leurs redoutables sarcasmes. -Racine, dédiant au roi sa tragédie d'<i>Alexandre</i>, dans -une préface qu'il supprima depuis, s'attaque à Corneille, -et lance des traits malins contre les admirateurs de ce -grand homme. La comédie des <i>Plaideurs</i> parut la même -année que la grande ordonnance sur la procédure civile -(1667); et les maîtres, les protecteurs de la jeunesse du -poëte irritable ayant osé blâmer ceux qui travaillaient -pour le théâtre, il reversa<a id="FNanchor_23" href="#Footnote_23" class="fnanchor"> [23]</a> sur eux les traits acérés du -ridicule, dont Pascal s'était servi pour les défendre. Lorsque -ces pieux solitaires, par leurs nombreux prosélytes, -avaient mis en crédit la réforme qu'ils projetaient dans -la religion et dans les mœurs, les licencieux récits de -l'auteur de <i>Joconde</i> paraissent avec privilége, et sont lus -sans scrupule.</p> - -<p>Madame de Sévigné avait, plus qu'aucune femme de -<span class="pagenum"><a id="Page_13"> 13</a></span> -son temps, l'instruction et le genre d'esprit nécessaires -pour apprécier des génies de la trempe des Molière, des -Boileau, des Racine et des la Fontaine; mais lorsque leurs -premiers écrits parurent, elle était entièrement adonnée -à l'éducation de ses enfants, et, sincèrement pieuse, elle -faisait ses délices et son profit des traités de Nicole sur -la morale. Quoiqu'elle ne se fût point interdit les fêtes, -les spectacles et les plaisirs du monde, elle ne pouvait -donner son approbation à des productions où Chapelain, -Ménage, Saint-Pavin, Montreuil<a id="FNanchor_24" href="#Footnote_24" class="fnanchor"> [24]</a> et tant d'autres de -ses amis étaient personnellement offensés. L'odieux libelle -de Bussy, où madame de Sévigné était outragée, avait -fait explosion en même temps que les vers du satirique; -et ce fut encore alors que, dans le Voyage de MM. Chapelle -et de Bachaumont, qu'on venait de publier, la raillerie -avait été poussée, à l'égard de «ce pauvre d'Assoucy<a id="FNanchor_25" href="#Footnote_25" class="fnanchor"> [25]</a>,» -à un degré de cynisme que Voltaire seul, -à sa honte, a depuis surpassé<a id="FNanchor_26" href="#Footnote_26" class="fnanchor"> [26]</a>.</p> - -<p>Nous en avons assez dit pour faire comprendre pourquoi -<span class="pagenum"><a id="Page_14"> 14</a></span> -madame de Sévigné éprouvait de la répulsion pour -les jeunes poëtes dont la réputation commençait à s'établir. -Mais elle avait un sentiment trop vif des beautés littéraires -pour ne pas goûter leurs vers: comme elle ne voulait -pas les admettre dans son intimité, elle aimait à se rendre -dans les assemblées où ils les lisaient. Ainsi nous la -trouvons avec sa fille chez son amie madame Duplessis -de Guénégaud, écoutant Boileau réciter plusieurs de ses -satires et Racine trois actes et demi de sa tragédie d'<i>Alexandre</i>, -le 3 février 1665. Ce jour-là même arrive aussi -chez madame de Guénégaud, après un long exil, M. de -Pomponne, cet ami intime de madame de Sévigné, celui -auquel elle avait assidûment écrit pour le mettre au courant -de toutes les vicissitudes de crainte et d'espérance que -lui avaient fait éprouver les interrogatoires du procès de -Fouquet. On conçoit la joie de cette assemblée à l'aspect -inattendu d'un tel hôte. Mais laissons de Pomponne s'expliquer -lui-même. Il écrit le lendemain à son père, Arnauld -d'Andilly, auprès duquel il s'était rendu et qu'il venait de -quitter; il lui annonce son arrivée à Paris; il dit qu'il a -d'abord été voir madame Ladvocat, sa belle-mère; ensuite -M. de Bertillac, trésorier général de la reine, qui avait -beaucoup contribué à son retour; qu'il avait reçu la visite -de Hacqueville; et ensuite il continue ainsi<a id="FNanchor_27" href="#Footnote_27" class="fnanchor"> [27]</a>:</p> - -<p>«Monsieur de Ladvocat me descendit à l'hôtel de Nevers -(l'hôtel Guénégaud)<a id="FNanchor_28" href="#Footnote_28" class="fnanchor"> [28]</a>, où le grand monde que j'appris -qui était en haut ne m'empêcha point de paraître en -<span class="pagenum"><a id="Page_15"> 15</a></span> -habit gris. J'y trouvai seulement madame et mademoiselle -de Sévigné, madame de Feuquières et madame de -la Fayette, M. de la Rochefoucauld, MM. de Sens, de -Saintes, de Léon, MM. d'Avaux, de Barillon, de Châtillon, -de Caumartin et quelques autres; et sur le tout -Boileau, que vous connaissez, qui y était venu réciter de -ses satires, qui me parurent admirables; et Racine, qui -y récita aussi trois actes et demi d'une comédie de Porus, -si célèbre contre Alexandre, qui est assurément d'une fort -grande beauté. De vous dire quelle fut ma réception par -tout ce monde, il me serait difficile; car elle fut agréable -et pleine d'amitié et de plaisir de mon retour. Il parut d'un -si bon augure de me revoir après trois ans de malheur, -dans un moment si agréable, que M. de la Rochefoucauld -ne m'en augura pas moins que d'être chancelier.»</p> - -<p>Remarquons que, parmi toutes les notabilités qui se -trouvaient dans cette assemblée, de Pomponne nomme -d'abord madame de Sévigné et sa fille, et qu'il ne sépare -pas madame de la Fayette du duc de la Rochefoucauld. La -longue intimité de ces deux personnes, que la mort seule -put dissoudre, avait commencé depuis longtemps, et -le nom de l'une rappelait aussitôt celui de l'autre. Tous -deux, ainsi que madame de Feuquières, sont nommés -avant les évêques. La marquise de Feuquières, mariée -seulement depuis deux ans, était sœur d'Antoine, duc -de Gramont, et son mari était cousin d'Andilly et parent -de M. de Pomponne<a id="FNanchor_29" href="#Footnote_29" class="fnanchor"> [29]</a>. M. de Sens<a id="FNanchor_30" href="#Footnote_30" class="fnanchor"> [30]</a> était Henri de Gondrin, -oncle du marquis de Montespan. Gondrin fut nommé -évêque en 1646, et mourut en 1674<a id="FNanchor_31" href="#Footnote_31" class="fnanchor"> [31]</a>. Il s'acquit une -<span class="pagenum"><a id="Page_16"> 16</a></span> -malheureuse célébrité par ses rigueurs contre les jésuites -et les capucins. M. de Saintes était Louis de Bassompierre, -fils naturel du maréchal de Bassompierre et de -la marquise d'Entragues; il eut son évêché en 1648, et -madame de Sévigné en parle comme d'un des plus aimables -hommes de son temps. Le comte d'Avaux, qui -avait travaillé avec Servien au traité de Munster, était -déjà devenu un personnage important. De Châtillon, -Barillon et Caumartin étaient tous les trois de la société -intime de madame de Sévigné. C'est le chevalier de -Châtillon qui lui demanda plaisamment huit jours pour -faire un impromptu. Il devint par la suite capitaine des -gardes de <span class="small1">Monsieur</span><a id="FNanchor_32" href="#Footnote_32" class="fnanchor"> [32]</a>. Quant à Barillon et à Caumartin, -tous deux dans la robe, nous aurons occasion d'en parler -plus d'une fois. Le premier fut ambassadeur en Angleterre; -le second, qui n'était encore que maître des requêtes, -parvint à être conseiller d'État et intendant de -Champagne.</p> - -<p>Les personnes les plus notables de cette assemblée -avaient passé leur jeunesse à l'hôtel de Rambouillet<a id="FNanchor_33" href="#Footnote_33" class="fnanchor"> [33]</a>. -Madame de Rambouillet venait de mourir; mais la réputation -de ceux qu'elle avait admis à ses réunions lui survivait. -C'était encore à eux que les jeunes poëtes de la nouvelle -école aimaient à soumettre leurs productions avant -de les produire au grand jour. Madame Duplessis-Guénégaud, -<span class="pagenum"><a id="Page_17"> 17</a></span> -sœur du maréchal de Praslin et de la maréchale -d'Étampes<a id="FNanchor_34" href="#Footnote_34" class="fnanchor"> [34]</a>, réunissait, avec les beaux esprits du temps, -ceux qui avaient fait partie de cette société célèbre, pendant -l'hiver, dans son hôtel à Paris; durant l'été, dans son -beau château de Fresnes. On jouissait chez elle de cette -franchise, de cette sûreté de commerce, de cet abandon -auxquels étaient accoutumés les amis de madame de Rambouillet -et qu'on ne retrouvait pas à la cour toute splendide, -toute galante de Louis XIV, où les soucis de l'ambition -et les exigences de l'étiquette mettaient obstacle -aux jouissances sociales.</p> - -<p>Celles dont madame Duplessis-Guénégaud avait contracté -l'habitude étaient, à cette époque, troublées par la -captivité de son mari, qui se trouvait enveloppé dans la -persécution dirigée contre les collaborateurs de Fouquet. -Ce fut un motif pour les amis de madame de Guénégaud -de se montrer plus assidus auprès d'elle; et il était juste -que cette femme d'un si rare mérite trouvât de nombreux -amis dans sa disgrâce, puisque elle-même, dans le temps -de sa haute fortune, s'était montrée fidèle et courageuse -en amitié. A cet égard il est d'autant plus opportun de -citer ici un passage des Mémoires d'Arnauld d'Andilly que -nous savons par lui-même qu'il fut écrit à l'époque dont -nous traitons. Il raconte comment, sous Mazarin, il fut une -première fois, pour l'affaire du jansénisme, exilé à Pomponne<a id="FNanchor_35" href="#Footnote_35" class="fnanchor"> [35]</a>.</p> - -<p>«A peine étais-je arrivé à Pomponne que madame Duplessis -<span class="pagenum"><a id="Page_18"> 18</a></span> -vint m'y prendre, et me mena dans sa maison de -Fresnes, qui en est proche, sans que monsieur son mari ni -elle aient jamais voulu m'en laisser partir tant que cet -exil dura... Notre amitié d'elle et de moi commença lors -des guerres de Paris, où, nous trouvant ensemble à Port-Royal -aux sermons de M. Singlin, nous parlions aussi -hautement pour le service du roi qu'on pourrait le faire -aujourd'hui... J'ai trouvé en madame du Plessis tout ce -que l'on peut souhaiter pour rendre une amitié parfaite. -Son esprit, son cœur, sa vertu semblent disputer à qui -doit avoir l'avantage. Son esprit est capable de tout, sans -que son application aux plus grandes choses l'empêche -d'en avoir en même temps pour les moindres. Son cœur -lui aurait, dans un autre sexe, fait faire des actions de -courage tout héroïques; et sa vertu est si élevée au-dessus -de la bonne et de la mauvaise fortune que ce ne serait -pas la connaître que de la croire capable de se laisser -éblouir par l'une et abattre par l'autre; enfin, pour le dire -en un mot, c'est l'une de ces grandes âmes dont j'ai parlé -dans un autre endroit de ces Mémoires<a id="FNanchor_36" href="#Footnote_36" class="fnanchor"> [36]</a>.»</p> - -<p>L'amitié qui existait entre Arnauld d'Andilly et madame -de Guénégaud était entretenue par la proximité de -leurs habitations et rendue plus chère et plus précieuse à -tous deux par les revers et les retours de fortune que tous -deux éprouvèrent en même temps. La terre de Pomponne, -terre noble de toute antiquité et depuis longtemps -érigée en marquisat<a id="FNanchor_37" href="#Footnote_37" class="fnanchor"> [37]</a>, située sur les bords de la -Marne, près de Lagny, n'était qu'à une lieue et demie du -château de Fresnes. Arnauld d'Andilly, au mois d'août -<span class="pagenum"><a id="Page_19"> 19</a></span> -1664, par suite des persécutions suscitées contre les religieuses -de Port-Royal, avait été exilé à cette terre de -Pomponne. Mais on eut honte des rigueurs exercées envers -un vieillard qui avait rendu tant de services à l'État. -Comme on l'avait privé de trois de ses filles, qui furent -expulsées de Port-Royal et transportées dans un autre -couvent, on permit à son fils, que son attachement à -Fouquet avait fait reléguer à Verdun en mars 1662<a id="FNanchor_38" href="#Footnote_38" class="fnanchor"> [38]</a>, -de revenir et d'aller rejoindre son père à sa terre de Pomponne<a id="FNanchor_39" href="#Footnote_39" class="fnanchor"> [39]</a>. -La lettre de cachet qui lui accordait encore la faculté -de rentrer dans Paris est datée du 2 février 1665<a id="FNanchor_40" href="#Footnote_40" class="fnanchor"> [40]</a>: -l'on peut, d'après cette date, juger de l'empressement qu'il -mit à se rendre chez madame de Guénégaud, puisqu'il se -trouvait chez elle le lendemain au soir, assez à temps pour -entendre les lectures qu'y firent Boileau et Racine. M. de -Guénégaud recouvra peu de temps après sa liberté, et la -joie se répandit de nouveau à l'hôtel de Nevers et au château -de Fresnes: joie de temps en temps un peu troublée -par les exigences de la chambre de justice, auxquelles -M. de Guénégaud espérait se soustraire. La somme considérable -à laquelle il fut taxé ne l'empêcha pas de donner -deux cent mille livres (400,000 livres, monnaie actuelle) -en dot à sa fille, lorsqu'il la maria au duc de Caderousse.</p> - -<p><span class="pagenum"><a id="Page_20"> 20</a></span> -Ce duc (car, quoique de Pomponne ne lui donne -que le titre de marquis, en sa qualité d'Avignonais il -était, depuis quelque temps, duc de la façon du pape -Alexandre VII<a id="FNanchor_41" href="#Footnote_41" class="fnanchor"> [41]</a>); ce duc, dis-je, avant d'épouser mademoiselle -de Guénégaud, avait recherché en mariage mademoiselle -de Sévigné. Nous ignorons les causes qui ont -empêché la conclusion de cet hymen, mais nous verrons -par la suite que madame de Sévigné dut se féliciter d'avoir -échappé au malheur d'une telle union<a id="FNanchor_42" href="#Footnote_42" class="fnanchor"> [42]</a>. Celle qui devait -être la victime de cet homme immoral fut, par une bizarrerie -du sort, mariée en même temps que lui. La jeune de -Montmort, alors amie de mademoiselle de Sévigné, épousa -le fils de ce M. de Bertillac qui s'était montré si dévoué -aux intérêts de M. de Pomponne<a id="FNanchor_43" href="#Footnote_43" class="fnanchor"> [43]</a>.</p> - -<p>Madame de Guénégaud avait plusieurs motifs pour -rappeler autour d'elle les plaisirs trop longtemps bannis -de son séjour par le malheur qui avait frappé son mari. -Enfin ce mari lui était rendu; et son gendre, âgé de vingt -ans, beau, aimable, dont rien n'indiquait les inclinations -vicieuses, devait, d'après les conventions de son contrat, -être pendant deux ans, avec sa femme, l'hôte et le commensal -de son beau-père et de sa belle-mère. Aussi, cette -année, les divertissements furent fréquents à Fresnes, -<span class="pagenum"><a id="Page_21"> 21</a></span> -et la société y fut très-animée. Ce château de Fresnes, -situé un peu au delà de Claye, près du confluent que forme -la Beuvronne en se jetant dans la Marne, avait été, d'après -les ordres de M. de Guénégaud, presque entièrement -reconstruit par François Mansard. Les environs de Paris, -si riches en magnifiques demeures, n'en offraient aucune -qui surpassât Fresnes par la beauté des points de vue, la -facilité qu'il présentait aux promeneurs de jouir sans fatigue -de tous les agréments d'une belle nature, enfin par -la commodité et la splendeur des appartements. Fresnes, -par la grandeur et la magnificence du parc et des jardins, -rappelait Vaux, cette splendide création de Fouquet. Par -l'amabilité, l'esprit cultivé de madame de Guénégaud, on -pouvait à Fresnes se croire encore à l'hôtel de Rambouillet, -mais avec cette gaieté, ce sans-gêne que permettent -les résidences à la campagne et que n'admettent -point les salons de la ville. Madame de Sévigné, quand -elle n'allait point à Livry, cédait volontiers aux invitations -de madame de Guénégaud, et passait avec sa -fille une partie de l'été à Fresnes. Les hôtes habitués -de ce charmant séjour avaient gardé la coutume -de l'hôtel de Rambouillet, de se désigner mutuellement -par des noms empruntés aux romans ou à la mythologie, -ou par des sobriquets baroques. Madame de Guénégaud -était connue sous le nom d'Amalthée<a id="FNanchor_44" href="#Footnote_44" class="fnanchor"> [44]</a>, sans -doute à cause de l'abondance qu'elle faisait régner autour -d'elle; M. de Pomponne portait le nom de Clidamant -et M. Duplessis-Guénégaud celui d'Alcandre<a id="FNanchor_45" href="#Footnote_45" class="fnanchor"> [45]</a>; Timanes -<span class="pagenum"><a id="Page_22"> 22</a></span> -est certainement M. de la Rochefoucauld; et quant aux -autres personnages, Aniandre, Méliande, Cléodon, il est -difficile de déterminer avec certitude ceux que ces noms -servaient à désigner. Cet usage est cause que plusieurs -des allusions qu'on trouve dans les lettres qui nous restent -de M. de Pomponne sont aujourd'hui inexplicables. -Il fait mention, dans une de ces lettres, des espiègleries -que mademoiselle de Sévigné<a id="FNanchor_46" href="#Footnote_46" class="fnanchor"> [46]</a> s'était permises envers quelques-uns -des <i>Quiquoix</i>: c'était le nom jovial par lequel -on désignait ceux qui fréquentaient habituellement le -château de Fresnes et l'hôtel de Nevers. Enfin, tous les -<i>Quiquoix</i>, lorsqu'ils étaient à Fresnes, femmes et hommes, -se considéraient comme les nymphes et les tritons -de la Beuvronne<a id="FNanchor_47" href="#Footnote_47" class="fnanchor"> [47]</a>.</p> - -<p>Ces <i>Quiquoix</i> étaient des hôtes fort gais, très-aimables -et très-spirituels, si nous en jugeons par les -pièces de vers qu'adressèrent quatre d'entre eux à madame -de Guénégaud, chez laquelle, pendant le carnaval, -ils avaient, déguisés en muets du Grand Seigneur et -masqués, dansé un ballet, sans avoir été reconnus. Ils -supposent qu'ils en étaient morts de douleur et qu'ils lui -écrivent des enfers:</p> - -<div class="poetry"><div class="stanza"> -<p>Du noir cabinet de Pluton,</p> -<p>Et d'un des fuseaux de Clothon,</p> -<p>Nous vous écrivons cette lettre,</p> -<p>Qu'un Songe vient de nous promettre</p> -<div><span class="pagenum"><a id="Page_23"> 23</a></span></div> -<p>De vous porter dès cette nuit</p> -<p>Sans vous faire ni peur ni bruit.</p> -<p><b>. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .</b></p> -<p>Sous mille formes différentes,</p> -<p>Nos ombres, vos humbles servantes,</p> -<p>D'un vol prompt quittant les enfers,</p> -<p>Vont droit à l'hôtel de Nevers;</p> -<p>Les beautés des champs Élysées</p> -<p>Pour ce beau lieu sont méprisées:</p> -<p>Mânes, fantômes et lutins,</p> -<p>Esprits plus follets que malins,</p> -<p>Un caprice nous y transporte</p> -<p>Par la fenêtre et par la porte.</p> -<p>Là, comme de notre vivant,</p> -<p>Tantôt, derrière un paravent,</p> -<p>Nous prenons grand plaisir d'entendre</p> -<p>Un entretien galant et tendre;</p> -<p>Tantôt, du coin du cabinet,</p> -<p>Nous observons ce qui se fait;</p> -<p>Tantôt, sous le tapis de table,</p> -<p>Nous jugeons d'un conte agréable;</p> -<p>Tantôt, sous les rideaux du lit,</p> -<p>Nous rions lorsque quelqu'un rit.</p> -<p><b>. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .</b></p> -<p>Quoique nos ombres amoureuses</p> -<p>Aiment les heures ténébreuses,</p> -<p>Et qu'elles vous fassent leur cour</p> -<p>La nuit plus souvent que le jour,</p> -<p>Pour n'être pas toutes contentes,</p> -<p>Elles ne sont pas déplaisantes.</p> -<p><b>. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .</b></p> -<p>Le mal, à ne rien celer,</p> -<p>Est que nous ne saurions parler.</p> -<p><b>. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .</b></p> -<p>Quiconque en l'empire nocturne</p> -<p>Descend muet et taciturne</p> -<p>N'y devient pas fort éloquent,</p> -<p>Ou ce miracle est peu fréquent;</p> -<p>La mort prend tout, et la friponne</p> -<div><span class="pagenum"><a id="Page_24"> 24</a></span></div> -<p>Ne rend la parole à personne:</p> -<p>Ainsi notre unique recours</p> -<p>Est de vous écrire toujours.</p> -<p>Lisez donc, charmante Amalthée,</p> -<p>Une lettre qui fut dictée</p> -<p>Du pays d'où nul ne revint,</p> -<p>L'an mil six cent soixante-cinq<a id="FNanchor_48" href="#Footnote_48" class="fnanchor"> [48]</a>.</p> -</div></div> - -<p>Peut-être ces vers étaient-ils de M. de Pomponne: il en -avait fait beaucoup dans sa jeunesse. Deux des madrigaux -de la fameuse <i>Guirlande de Julie d'Angennes</i> sont signés -<span class="small1">de Briote</span>, qui était son premier nom, et on a imprimé -de lui une ode qui prouve un vrai talent pour la poésie<a id="FNanchor_49" href="#Footnote_49" class="fnanchor"> [49]</a>.</p> - -<p>Mais il était occupé, au temps dont nous traitons, -d'affaires plus sérieuses. La cessation des rigueurs du -pouvoir fut pour de Pomponne le commencement d'une -haute faveur. Le maréchal de Gramont et de Lionne, -tous deux ses amis, parvinrent à le faire rentrer dans -les emplois publics. Louis XIV le nomma ambassadeur -extraordinaire en Suède à la fin de cette même année -1665<a id="FNanchor_50" href="#Footnote_50" class="fnanchor"> [50]</a>. Le jeune roi était attentif à s'entourer de tous -les hommes capables, et il ne se laissait dominer par -aucune prévention quand il s'agissait de l'intérêt de -l'État. Non-seulement il avait permis au cardinal de Retz -de rentrer, mais il traitait avec égard cet ancien chef de -la Fronde, parce qu'il prévoyait en avoir besoin<a id="FNanchor_51" href="#Footnote_51" class="fnanchor"> [51]</a>. Le -<span class="pagenum"><a id="Page_25"> 25</a></span> -même motif l'avait déterminé à faire d'un exilé un ambassadeur. -L'emploi de toutes ses heures était réglé d'une -manière invariable<a id="FNanchor_52" href="#Footnote_52" class="fnanchor"> [52]</a>. Il ne s'en fiait point à ses généraux -et à ses ministres pour les détails qui concernaient la -guerre; il les faisait surveiller par des hommes habiles et -sûrs, et entretenait pour cet effet une vaste correspondance. -Il passait lui-même en revue l'armée avec une -scrupuleuse attention<a id="FNanchor_53" href="#Footnote_53" class="fnanchor"> [53]</a>. Par sa vigilance toujours active, -son autorité était partout présente; elle agissait sur tous -comme une divinité à la fois bienfaisante et redoutable. -Il ne se contentait pas d'augmenter ses forces de terre et -de mer; par ses négociateurs, il travaillait à faire concourir -toutes les puissances aux desseins de sa politique. Il -opposait secrètement le Portugal à l'Espagne, et ouvertement -la Hollande à l'Angleterre. La marine, qu'il avait -créée et organisée, réprimait la piraterie; il imposait -ainsi aux nations qui jusque-là avaient eu la prétention de -dominer sur les mers<a id="FNanchor_54" href="#Footnote_54" class="fnanchor"> [54]</a>.</p> - -<p>La mort d'Anne d'Autriche, arrivée au commencement -de l'année 1666, et ensuite celle du prince de -Conti attristèrent la cour, et firent suspendre les fêtes. -<span class="small1">Louis</span> XIV avait passé l'hiver à Saint-Germain en Laye, -et résida la plus grande partie de l'été à Fontainebleau, -fortement occupé de ses préparatifs de guerre, de ses -négociations et de l'administration de son royaume. -Madame de Sévigné ne faisait donc aucun sacrifice à -madame de Guénégaud en consentant à aller passer à -Fresnes la belle saison. Elle n'y put jouir de la société de -<span class="pagenum"><a id="Page_26"> 26</a></span> -M. de Pomponne, qui s'était rendu à Stockholm. Au sein -des grandeurs et des affaires, sous le climat glacé de la -Baltique, l'ambassadeur regrettait vivement le ciel de la -patrie, son vieux père, les délices de son domaine, tous ses -amis, les femmes aimables qui composaient la société de -Fresnes et surtout madame de Sévigné et madame de la -Fayette. Pour tromper un peu son ennui, il entretenait avec -M. et madame de Guénégaud une correspondance sur ce -ton badin qui, passé en habitude dans cette société de vrais -amis, était comme l'indice de l'intimité de leur liaison. Une -de ses lettres, qui est une réponse à celle qu'il avait reçue -de M. de Guénégaud, est datée de Stockholm le 17 avril -1666, et se termine ainsi: «De toutes les langues, je ne -parle qu'un latin de négociations et d'affaires, qui n'est -pas tout à fait aussi poli que celui de la cour d'Auguste. Je -ne vois, pour tous livres, que des traités de guerre, de -commerce et de pacification; et les intérêts du Nord, de -l'Angleterre et de la Hollande sont les plus galantes choses -dont je m'entretienne. Peut-être serai-je assez heureux -pour reprendre bientôt le langage d'Amalthée; et c'est en -celui de l'amitié, que l'on y parle mieux qu'en lieu du -monde, ou plutôt que l'on ne parle que là, que je vous -assure que nul triton n'est si inviolablement acquis que -moi à toutes les nymphes et tous les tritons de la Brévone.» -Puis il signe <span class="small1">Clidamant</span><a id="FNanchor_55" href="#Footnote_55" class="fnanchor"> [55]</a>.</p> - -<p>Toute la société de Fresnes se réunit pour répondre à cet -aimable ambassadeur. Nous n'avons plus la portion de la -lettre écrite par M. et madame de Guénégaud et par -<span class="pagenum"><a id="Page_27"> 27</a></span> -M. de la Rochefoucauld; mais il nous reste celle qui fut -tracée par madame de la Fayette et madame de Sévigné; -et si nous négligions de la citer, on ne pourrait bien apprécier -ni l'amitié qui unissait toute la société de Fresnes -ni les succès qu'obtenait déjà dans le monde mademoiselle -de Sévigné<a id="FNanchor_56" href="#Footnote_56" class="fnanchor"> [56]</a>.</p> - -<p class="letter">DE MADAME DE LA FAYETTE A M. DE POMPONNE.</p> - -<p class="dater">«A Fresnes, ce 1<sup>er</sup> mai 1666.</p> - -<p>«Je suis si honteuse de ne vous avoir point écrit depuis -que vous êtes parti que je crois que je n'aurais jamais osé -m'y hasarder sans une occasion comme celle-ci. A l'abri -des noms qui sont de l'autre côté de cette lettre (le nom -de M. de Guénégaud et celui de M. de la Rochefoucauld), -j'espère que vous vous apercevrez du mien. Aussi bien il -y en a un qui le suit assez souvent. Mais apparemment, -puisqu'il est question de mademoiselle de Sévigné, vous -jugez bien que l'on ne parlera plus de moi, au moins sur -ce propos; car ne plus parler de moi, ce n'est pas chose -possible à Fresnes et à l'hôtel de Nevers. J'y suis le souffre-douleur; -on s'y moque de moi incessamment. Si la douceur -de madame de Coulanges et de madame de Sévigné -ne me consolait un peu, je crois que je m'enfuirais dans -le Nord.»</p> - -<p class="letter">DE MADAME DE SÉVIGNÉ AU MÊME.</p> - -<p>«Pour moi, je suis comme madame de la Fayette: si -j'avais encore été longtemps sans vous écrire, je crois que -je vous aurais souhaité mort, pour être défaite de vous; -<span class="pagenum"><a id="Page_28"> 28</a></span> -<i>chi offende non perdona</i>, comme vous savez. Cependant -c'eût été grand dommage, car j'apprends que Votre -Excellence fait autant de merveilles qu'elle se fait aimer -quand elle est à Fresnes. Je suis donc fort aise de vous -écrire, afin de ne vous plus souhaiter tant de mal. Nous -sommes tous ici dans une compagnie choisie; si vous y -étiez, il n'y aurait rien à désirer. J'ai causé ce matin deux -heures avec monsieur votre père: si vous saviez comme -nous nous aimons, vous en seriez jaloux. Adieu, monsieur -l'ambassadeur; si l'évêque de Munster voit cette -lettre, je serai bien aise qu'il sache que je vous aime de -tout mon cœur.»</p> - -<p>Christophe-Bernard Van Galen, prince-évêque de -Munster, soudoyé par l'Angleterre, avait attaqué les Hollandais. -Louis XIV envoya à leur secours six mille hommes<a id="FNanchor_57" href="#Footnote_57" class="fnanchor"> [57]</a>, -qui firent les troupes de l'évêque prisonnières dans -Oudenbosch. Van Galen cherchait alors à négocier avec -la France; mais son caractère violent donnait lieu de -craindre qu'il n'arrêtât les courriers qui passaient pour se -rendre en France; et c'est à cette circonstance que madame -de Sévigné fait allusion dans sa lettre.</p> - -<p>Madame de Coulanges, qui se trouvait alors à Fresnes, -avait épousé en 1659 le joyeux cousin de madame de -Sévigné<a id="FNanchor_58" href="#Footnote_58" class="fnanchor"> [58]</a>. Le nom de madame de Coulanges était Marie-Angélique -Dugué de Bagnols; elle s'était fait remarquer -de bonne heure par son esprit vif, brillant, mais caustique; -et ce fut peut-être ce défaut qui l'empêcha d'acquérir -l'influence et le crédit que paraissaient lui promettre -<span class="pagenum"><a id="Page_29"> 29</a></span> -sa parenté et ses succès dans le monde. Nièce -du chancelier le Tellier, cousine germaine du ministre -Louvois, accueillie, recherchée avec empressement dans -tous les cercles d'élite, invitée dans toutes les fêtes de -la cour et de tous les voyages, elle ne put jamais obtenir -une intendance pour son mari. L'incapacité de celui-ci -pour les affaires en fut la cause. Il avait été nommé conseiller -au parlement de Metz en 1657; et son inaptitude à -remplir ses fonctions est restée célèbre, parce qu'elle a -introduit dans la langue une phrase proverbiale souvent -employée. Deux paysans, dont l'un se nommait Grappin, -se disputaient une mare d'eau: Coulanges, ayant à faire -le résumé de cette affaire, avant de lire les conclusions de -l'arrêt, s'embrouilla tellement dans les détails qu'il ne put -s'en tirer; il resta court et quitta subitement son tribunal -en disant: «Pardon, messieurs, je me noie dans la mare à -Grappin. Je suis votre serviteur.» Madame de Coulanges, -à l'époque où elle se trouvait à Fresnes, en 1666, avait -environ vingt-sept ans. Elle fut plus coquette que madame -de Sévigné, et eut une vertu moins ferme et plus -contestée. Ceux qui s'empressaient alors autour d'elle -étaient le galant abbé Testu, Brancas le distrait, le séduisant -la Fare, mais plus particulièrement et plus assidûment -le marquis de la Trousse, son parent et parent aussi -de madame de Sévigné.</p> - -<p>La réponse que fit M. de Pomponne à la lettre collective -démontre que mademoiselle de Sévigné avait déjà -passé l'âge de la timidité virginale et qu'elle commençait -à prendre part à tout ce qui se passait dans la société.</p> - -<p>«J'ai bien envie, dit de Pomponne, de murmurer contre -l'ambassade; j'ai manqué le <i>salement</i> de mademoiselle de -Sévigné. De tout ce que j'ai vu et entendu au pays de Brévone<a id="FNanchor_59" href="#Footnote_59" class="fnanchor"> [59]</a>, -<span class="pagenum"><a id="Page_30"> 30</a></span> -rien ne m'a paru si digne de curiosité. Mais n'êtes-vous -pas cruels, tous tant que vous êtes, de ne point -m'expliquer de tels mots? Quelle honte qu'il ne se trouve -personne parmi vous qui ait cette charité pour un pauvre -<i>Quiquoix</i> dépaysé! Et cette madame de la Fayette, à qui -l'on me renvoie, n'aurait-elle pas mieux fait de me le dire -que de m'apprendre que l'on se moque d'elle depuis le -matin jusqu'au soir, comme si ce m'était une chose fort -nouvelle? Elle a été moquée et le sera; je l'ai été avant -elle et le serai; enfin, c'est un honneur que nous partagerons -longtemps ensemble. Pour madame de Sévigné, je -comprends qu'elle avait assez d'affaires à voir saler sa -pauvre fille pour ne lui pas reprocher de m'en avoir caché -le mystère et pour n'avoir qu'à la remercier très-humblement -des marques de son amitié, qu'elle a bien voulu -hasarder à la discrétion de M. de Munster<a id="FNanchor_60" href="#Footnote_60" class="fnanchor"> [60]</a>.»</p> - -<p>Heureux temps, où le sérieux des plus grandes affaires -n'excluait pas la gaieté et les plus grotesques fantaisies; -où l'urbanité, la décence et la grâce dominaient jusque -dans l'abandon des plus folâtres jeux et du commerce le -plus familier!</p> - -<div class="chapter"> -<p><span class="pagenum"><a id="Page_31"> 31</a></span></p> -<h2 class="normal">CHAPITRE II.<br /> -<span class="medium">1666-1667.</span></h2> -</div> - -<p class="hanging indent"> -Mademoiselle de Sévigné est chantée par les poëtes.—Ménage compose -des vers pour elle.—La Fontaine lui dédie une de ses plus -jolies fables.—Saint-Pavin lui écrit une lettre.—Il lui adresse des -stances au sujet de son goût pour le reversis.—La froideur de mademoiselle -de Sévigné empêchait les passions de naître.—Sa mère -cherche à la marier.—Correspondance de Bussy et de madame de -Sévigné à ce sujet.—Le duc de Caderousse et Desmoutiers, comte -de Mérinville, se présentent pour l'épouser.—Ils sont éloignés, et -pourquoi.—Madame de Sévigné va passer l'hiver aux Rochers.—Lettre -en vers que lui écrit Saint-Pavin pour l'engager à revenir à -Paris.—La cour réside, cet hiver, à Saint-Germain en Laye.—On -y danse le ballet des <i>Muses</i>.—Molière compose, pour ce ballet, -<i>Mélicerte</i> et <i>l'Amour sicilien</i>.—Madame de Sévigné profite de -son séjour aux Rochers pour augmenter et embellir sa terre.—Elle -revient au printemps à Paris.—Le roi était parti pour l'armée.—Commencement -de la guerre avec l'Espagne.—Prétextes allégués.—Administration -intérieure bien réglée.—Réformes de la justice.—Lettres -et beaux-arts encouragés.—Victoires de Louis XIV.—Changement -dans sa conduite à l'égard de ses maîtresses après -la mort de la reine mère.—La Vallière est faite duchesse.—Intrigues -du roi avec la princesse de Monaco.—Espiègleries de Lauzun.—Madame -de Montespan prend la première place dans le -cœur du roi.</p> - -<p class="space">Trois ans s'étaient écoulés depuis que mademoiselle de -Sévigné avait paru pour la première fois dans les ballets -du roi. Depuis cette époque, ses attraits plus développés -avaient acquis plus d'éclat. Son esprit et ses grâces, perfectionnés -par l'éducation, en avaient fait une femme -<span class="pagenum"><a id="Page_32"> 32</a></span> -accomplie. L'admiration que partout elle faisait naître -entretenait dans le cœur de madame de Sévigné un orgueilleux -sentiment de tendresse et d'amour qui absorbait -toutes ses pensées. Dans son entière abnégation de toute -autre jouissance, elle semblait ne plus considérer toutes -les choses de ce monde que dans leurs rapports avec sa -fille. Les louanges qu'on avait coutume de lui adresser à -elle-même lui paraissaient un larcin fait à cet objet chéri; -et dès lors, pour lui plaire, ce fut pour sa fille, et non -pour elle, que les poëtes ses amis composèrent des vers. -Ménage adressa à mademoiselle de Sévigné un madrigal -en italien, langue qu'elle comprenait déjà très-bien<a id="FNanchor_61" href="#Footnote_61" class="fnanchor"> [61]</a>. Le -bon la Fontaine lui dédia une de ses plus jolies fables, -celle du Lion amoureux.</p> - -<div class="poetry"><div class="stanza"> -<p>Sévigné, de qui les attraits</p> -<p>Servent aux Grâces de modèle,</p> -<p>Et qui naquîtes toute belle,</p> -<p>A votre indifférence près,</p> -<p>Pourriez-vous être favorable</p> -<p>Aux jeux innocents d'une fable,</p> -<p>Et voir sans vous épouvanter</p> -<p>Un lion qu'Amour sut dompter.</p> -<p>Amour est un étrange maître:</p> -<p>Heureux qui ne peut le connaître</p> -<p>Que par récit, lui ni ses coups!</p> -<p>Quand on en parle devant vous,</p> -<p>Si la vérité vous offense,</p> -<p>La fable au moins peut se souffrir</p> -<p>Celle-ci prend bien l'assurance</p> -<p>De venir à vos pieds s'offrir</p> -<p>Par zèle et par reconnaissance<a id="FNanchor_62" href="#Footnote_62" class="fnanchor"> [62]</a>.</p> -</div></div> - -<p><span class="pagenum"><a id="Page_33"> 33</a></span> -Saint-Pavin avait écrit une lettre en vers à mademoiselle -de Sévigné avant qu'elle eût commencé à prendre son -essor dans le monde; et cette petite pièce est empreinte -d'une facilité qui nous engage à la transcrire tout entière.</p> - - -<div class="poetry"><div class="stanza"> -<p>A MADEMOISELLE DE SÉVIGNÉ.</p> -</div> -<div class="stanza"> -<p>L'autre jour, chagrin de mon mal,</p> -<p>Me promenant sur mon cheval</p> -<p>Sur les bords des vertes prairies,</p> -<p>J'entretenais mes rêveries,</p> -<p>Quand j'aperçus votre moineau</p> -<p>Sur le haut d'un jeune arbrisseau.</p> -<p>Beaucoup moins gai que de coutume,</p> -<p>Il avait le bec dans la plume,</p> -<p>Comme un oiseau qui languissait</p> -<p>Loin de celle qu'il chérissait.</p> -<p>Je l'appelai comme on l'appelle:</p> -<p>Il vint à moi battant de l'aile;</p> -<p>Et, sur mon bras s'étant lancé,</p> -<p>Je le pris et le caressai;</p> -<p>Mais après, faisant le colère,</p> -<p>Je lui dis d'un ton bien sévère:</p> -<p>Apprenez-moi, petit fripon,</p> -<p>Ce qui vous fait quitter Manon.</p> -<p>«Ah! me dit-il en son langage,</p> -<p>Ma belle maîtresse, à son âge,</p> -<p>S'offense et ne peut trouver bon</p> -<p>Qu'on l'appelle encor de ce nom.</p> -<p>Je sais que vous l'avez connue;</p> -<p>Mais tout autre elle est devenue:</p> -<div><span class="pagenum"><a id="Page_34"> 34</a></span></div> -<p>Son esprit, qui s'est élevé,</p> -<p>Plus que son corps est achevé;</p> -<p>Il est bien juste qu'on la traite</p> -<p>En fille déjà toute faite.</p> -<p>Elle entend tout à demi-mot,</p> -<p>Discerne l'habile du sot;</p> -<p>Et sa maman, seule attrapée,</p> -<p>La croit encor fille à poupée.</p> -<p>Tous les matins dans son miroir</p> -<p>Elle prend plaisir à se voir,</p> -<p>Et n'ignore pas la manière</p> -<p>De rendre une âme prisonnière;</p> -<p>Elle consulte ses attraits,</p> -<p>Sait déjà lancer mille traits</p> -<p>Dont on ne peut plus se défendre</p> -<p>Pour peu qu'on s'en laisse surprendre.</p> -<p>Depuis qu'elle est dans cette humeur,</p> -<p>Elle m'a banni de son cœur,</p> -<p>Et ne m'a pas cru davantage</p> -<p>Un oiseau digne de sa cage.</p> -<p>Désespéré, j'ai pris l'essor,</p> -<p>Résolu plutôt à la mort</p> -<p>Que voir une ingrate maîtresse</p> -<p>N'avoir pour moi soin ni tendresse.</p> -<p>Je sais que vous l'aimez aussi;</p> -<p>Gardez qu'elle vous traite ainsi;</p> -<p>Elle est finette, elle est accorte,</p> -<p>Et n'aime que de bonne sorte.»</p> -<p>Ce fut ainsi qu'il me parla,</p> -<p>Puis aussitôt il s'envola.<a id="FNanchor_63" href="#Footnote_63" class="fnanchor"> [63]</a></p> -</div></div> - -<p>Dans des stances que Saint-Pavin adressa à mademoiselle -de Sévigné, qui doivent être postérieures à cette -épître, il la raille sur son goût pour le reversis.</p> - -<div class="poetry"><div class="stanza"> -<p>La jeune Iris n'a de souci</p> -<p>Que pour le jeu de reversi,</p> -<div><span class="pagenum"><a id="Page_35"> 35</a></span></div> -<p>De son cœur il s'est rendu maître:</p> -<p>A voir tout le plaisir qu'elle a</p> -<p>Quand elle tient un <i>quinola</i>,</p> -<p>Heureux celui qui pourrait l'être!</p> -<p><b>. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .</b></p> -<p>Son cœur devrait-il t'échapper,</p> -<p>Amour? Fais, pour la détromper,</p> -<p>Qu'elle ait d'autres amants en foule;</p> -<p>La belle au change gagnera<a id="FNanchor_64" href="#Footnote_64" class="fnanchor"> [64]</a>.</p> -</div></div> - -<p>Ainsi que je l'ai dit dans une des précédentes parties de -ces Mémoires, l'air froid, indifférent, dédaigneux même -de mademoiselle de Sévigné, que sa mère, sa grande admiratrice, -lui reproche doucement dans une de ses lettres, -détruisait en partie l'effet produit par sa beauté. Sa conversation -intéressait d'abord, parce qu'elle avait de l'esprit -et du savoir; mais, comme rien ne partait du cœur, -que rien n'y était suggéré, animé par ses impressions du -moment, on s'en lassait bientôt. Il paraît que plus tard, -et dans l'âge où l'on fait de sérieuses réflexions sur soi-même, -elle reconnut elle-même ce qui lui avait toujours -manqué pour faire, comme sa mère, les délices des sociétés -où elle se trouvait; car elle écrit à celle-ci: «D'abord -on me croit assez aimable, et quand on me connaît -davantage on ne m'aime plus.» Sentence qui fait jeter -les hauts cris à madame de Sévigné; mais la manière dont -elle la combat<a id="FNanchor_65" href="#Footnote_65" class="fnanchor"> [65]</a> prouve que madame de Grignan continuait -à être ce qu'avait été mademoiselle de Sévigné. Par une -ferme résolution, nous pouvons perfectionner notre nature, -mais nous ne pouvons la changer; elle reste toujours -la même malgré le blâme de notre raison; et il est plus -<span class="pagenum"><a id="Page_36"> 36</a></span> -facile de reconnaître en nous ce qui fait défaut que d'acquérir -ce qui nous manque.</p> - -<p>Cependant il était arrivé pour madame de Sévigné ce -moment à la fois cruel et doux où une mère doit enfin consentir -à confier à un mari les destinées de sa fille chérie, -où elle doit se résoudre à n'être plus le seul et principal -objet de ses affections, la confidente unique de ses pensées.</p> - -<p>A l'époque dont nous parlons, madame de Sévigné -était péniblement préoccupée de ce grand devoir de mère. -Peu de partis se présentaient, du moins de ceux qui pouvaient -être acceptés. Les preuves de cette assertion se -trouvent dans les lettres mêmes de madame de Sévigné et -dans celles de Bussy, qui, en bon parent, partageait à cet -égard les sollicitudes de sa cousine: il l'entretenait souvent -de mademoiselle de Sévigné, dont il admirait l'esprit -et la beauté, et il la désignait presque toujours par ces -mots: «La plus jolie fille de France.»</p> - -<p>Lorsque mademoiselle de Brancas, liée avec mademoiselle -de Sévigné, venait d'épouser (le 2 février 1667) -Charles de Lorraine, prince d'Harcourt, Bussy écrivait -à sa cousine: «Mademoiselle de Sévigné a raison de me -faire ses amitiés: après vous, je n'estime et n'aime rien -autant qu'elle. Je suis assuré qu'elle n'est pas si mal satisfaite -de sa mauvaise fortune que moi; et sa vertu lui fera -attendre sans impatience un établissement avantageux, -que l'estime extraordinaire que j'ai pour elle me persuade -être trop lent à venir.—Voilà de grandes paroles, madame; -en un mot, je l'aime fort, et je trouve qu'elle devrait -être plutôt princesse que mademoiselle de Brancas<a id="FNanchor_66" href="#Footnote_66" class="fnanchor"> [66]</a>.»</p> - -<p><span class="pagenum"><a id="Page_37"> 37</a></span> -Un an plus tard, l'impatience de madame de Sévigné -se trahit vivement par ces paroles contenues dans plusieurs -réponses faites à Bussy: «La plus jolie fille de -France vous fait ses compliments: ce nom paraît assez -agréable; je suis pourtant lasse d'en faire les honneurs<a id="FNanchor_67" href="#Footnote_67" class="fnanchor"> [67]</a>.»</p> - -<p>Bussy répond: «La plus jolie fille de France sait bien -ce que je lui suis. Il me tarde autant qu'à vous qu'un autre -vous aide à en faire les honneurs; c'est sur son sujet que -je reconnais la bizarrerie du destin aussi bien que sur mes -affaires<a id="FNanchor_68" href="#Footnote_68" class="fnanchor"> [68]</a>.»</p> - -<p>Un mois après, madame de Sévigné écrit encore à -Bussy: «La plus jolie fille de France est plus digne que -jamais de votre estime et de votre amitié. Sa destinée est -si difficile à comprendre que, pour moi, je m'y perds<a id="FNanchor_69" href="#Footnote_69" class="fnanchor"> [69]</a>.»</p> - -<p>Je pense que le mot de cette énigme était parfaitement -connu de madame de Sévigné et de Bussy, mais qu'ils ne -voulaient pas se le dire mutuellement, parce qu'ils osaient -à peine se l'avouer à eux-mêmes.</p> - -<p>La froideur de mademoiselle de Sévigné pouvait bien, -ainsi que je l'ai dit, l'empêcher d'inspirer de grandes passions; -mais alors, plus qu'à toute autre époque, ce n'était -pas l'amour qui faisait contracter les mariages, c'étaient -l'ambition et l'intérêt; c'étaient surtout les espérances que -l'on pouvait fonder sur la faveur du monarque. Or, mademoiselle -de Sévigné appartenait à une famille frondeuse -et janséniste, dans laquelle ne se trouvait aucun homme -<span class="pagenum"><a id="Page_38"> 38</a></span> -puissant qui fût intéressé à sa grandeur. Le choc des factions -avait abattu la haute fortune de Retz; Bussy, que -ses talents militaires auraient pu faire parvenir aux plus -hautes dignités de l'État, était, par sa faute, depuis longtemps -disgracié. Ainsi aucun des chefs de cette famille -ne pouvait contribuer à l'élévation de celui qui aurait -contracté alliance avec elle; et cependant madame -de Sévigné pensait que la beauté et la riche dot de sa -fille lui donnaient le droit de n'accueillir pour elle que des -propositions où le rang et la naissance se trouvaient en -parfaite convenance avec ce qu'elle croyait avoir droit -d'exiger; et comme elle portait naturellement ses prétentions -au niveau de l'admiration qu'elle avait pour sa fille, -peu de partis lui convenaient: ceux qui auraient pu la -flatter, par les raisons que je viens d'exposer, ne se présentaient -pas.</p> - -<p>Il s'en offrit pourtant plusieurs qui semblaient réunir -toutes les conditions propres à être agréés, et les lettres -de madame de Sévigné nous en font connaître deux: l'un, -le duc de Caderousse, dont nous avons parlé, qui épousa -mademoiselle de Guénégaud<a id="FNanchor_70" href="#Footnote_70" class="fnanchor"> [70]</a>; l'autre, Charles de Mérinville, -fis de François Desmoutiers, comte de Mérinville, -chevalier des ordres du roi et alors lieutenant général -de Provence. Le comte de Mérinville se trouvait à Paris -en 1667, absent de son gouvernement; et il profita de -cette occasion pour présenter son fils chez madame de -Sévigné et lui demander sa fille en mariage<a id="FNanchor_71" href="#Footnote_71" class="fnanchor"> [71]</a>. Cette proposition -parut satisfaire madame de Sévigné, et l'union -<span class="pagenum"><a id="Page_39"> 39</a></span> -fut sur le point de se conclure. Le jeune homme était de -l'âge de mademoiselle de Sévigné, mais il lui plaisait peu; -et madame de Sévigné fit naître tant d'incidents par la -crainte qu'elle avait d'arriver à une conclusion que les -négociations commencées se rompirent<a id="FNanchor_72" href="#Footnote_72" class="fnanchor"> [72]</a>. Ce ne fut que -plus tard, ainsi que nous le dirons, que M. le comte de -Grignan, beaucoup plus âgé que Mérinville et deux fois -veuf, fut agréé par la mère et par la fille<a id="FNanchor_73" href="#Footnote_73" class="fnanchor"> [73]</a>.</p> - -<p>Mais avant et dès le temps où elle s'était résolue à établir -sa fille, madame de Sévigné avait songé à faire des -économies. C'est pour y parvenir que, dans l'automne de -l'année 1666, elle se rendit à sa maison des Rochers, et -qu'elle se résolut à y prolonger son séjour pendant tout -l'hiver<a id="FNanchor_74" href="#Footnote_74" class="fnanchor"> [74]</a>. Ce fut là un grand sujet de contrariété et d'ennui -pour ses amis de Paris et pour toutes les sociétés -qu'elle animait par sa gaieté et par son esprit. Saint-Pavin -se rendit leur organe, et lui adressa en Bretagne une lettre -en vers, pour lui exprimer le désir que l'on avait de la -voir revenir dans la capitale.</p> - -<div class="poetry"><div class="stanza"> -<p>Paris vous demande justice;</p> -<p>Vous l'avez quitté par caprice.</p> -<p>A quoi bon de tant façonner,</p> -<p>Marquise? il y faut retourner.</p> -<span class="pagenum"><a id="Page_40"> 40</a></span> -<p>L'hiver approche, et la campagne,</p> -<p>Mais surtout celle de Bretagne,</p> -<p>N'est pas un aimable séjour</p> -<p>Pour une dame de la cour.</p> -<p>Qui vous retient? Est-ce paresse?</p> -<p>Est-ce chagrin? est-ce finesse?</p> -<p>Ou plutôt quelque métayer</p> -<p>Devenu trop lent à payer?</p> -<p>De vous revoir on meurt d'envie;</p> -<p>On languit ici, on s'ennuie;</p> -<p>Et les Plaisirs, déconcertés,</p> -<p>Vous y cherchent de tous côtés.</p> -<p>Votre absence les désespère;</p> -<p>Sans vous ils n'oseraient nous plaire.</p> -<p>Si vous étiez ici demain,</p> -<p>La cour quitterait Saint-Germain;</p> -<p>Et les Jeux, les Ris et les Grâces,</p> -<p>Qui marchent toujours sur vos traces,</p> -<p>Y rendraient l'Amour désormais</p> -<p>Plus galant qu'il ne fut jamais.</p> -</div></div> - -<p>Après nous avoir appris, par des contre-vérités sur mademoiselle -de Sévigné, qu'elle s'appliquait avec succès à -l'étude de l'espagnol et de l'italien, Saint-Pavin continue -ainsi:</p> - -<div class="poetry"><div class="stanza"> -<p>Il faut quitter ce badinage.</p> -<p>Votre fille est le seul ouvrage</p> -<p>Que la nature ait achevé:</p> -<p>Dans les autres elle a rêvé.</p> -<p>Aussi la terre est trop petite</p> -<p>Pour y trouver qui la mérite;</p> -<p>Et la belle, qui le sait bien,</p> -<p>Méprise tout et ne veut rien.</p> -<p>C'est assez pour cet ordinaire,</p> -<p>Et trop peut-être pour vous plaire;</p> -<p>S'il est vrai, gardez le secret,</p> -<p>Et donnez ma lettre à Loret:</p> -<span class="pagenum"><a id="Page_41"> 41</a></span> -<p>Je crois qu'en Bretagne on ignore</p> -<p>S'il est mort ou s'il vit encore<a id="FNanchor_75" href="#Footnote_75" class="fnanchor"> [75]</a>.</p> -<p><b>. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .</b></p> -<p><b>. . . . . . . . . . . . . .</b> Songez à partir.</p> -<p>La réponse la plus touchante</p> -<p>Ne pourrait payer mon attente;</p> -<p>Tout le plaisir est à se voir.</p> -<p>Les sens se peuvent émouvoir:</p> -<p>Tel est vieux et n'ose paraître</p> -<p>Qui, vous voyant, ne croit plus l'être<a id="FNanchor_76" href="#Footnote_76" class="fnanchor"> [76]</a>.</p> -</div></div> - -<p>La cour, ainsi que le dit Saint-Pavin, avait résidé à -Saint-Germain durant l'hiver que madame de Sévigné -passa en Bretagne; mais quoique les divertissements n'y -eussent pas été aussi brillants que ceux des années précédentes, -cependant ils ne furent que peu de temps suspendus -par la mort de la reine mère. Benserade composa pour -l'hiver de 1666 le <i>Ballet des Muses</i>, dans lequel le roi -dansa avec <span class="small1">Madame</span>, mademoiselle de la Vallière, madame -de Montespan et d'autres beautés. Ce fut à cette occasion -que Molière rima son insipide pastorale de <i>Mélicerte</i>, -qu'il se repentit d'avoir écrite et qu'il remplaça -depuis par la jolie pièce du <i>Sicilien ou l'Amour peintre</i><a id="FNanchor_77" href="#Footnote_77" class="fnanchor"> [77]</a>.</p> - -<p><span class="pagenum"><a id="Page_42"> 42</a></span> -Madame de Sévigné profita de son séjour aux Rochers -pour agrandir et embellir sa demeure sans nuire à ses -projets d'économie. «J'ai fait planter, écrivait-elle à -Bussy, une infinité de petits arbres et un labyrinthe d'où -l'on ne sortira pas sans le fil d'Ariane; j'ai encore acheté -plusieurs terres, à qui j'ai dit, selon la manière accoutumée: -Je vous fais parc. De sorte que j'ai étendu mes promenoirs -sans qu'il m'en ait coûté beaucoup<a id="FNanchor_78" href="#Footnote_78" class="fnanchor"> [78]</a>.»</p> - -<p>Madame de Sévigné ne revint à Paris qu'au printemps -suivant, vers la fin du mois de mai<a id="FNanchor_79" href="#Footnote_79" class="fnanchor"> [79]</a>. Louis XIV était alors à -Compiègne; mais il partit bientôt pour aller rejoindre son -armée, et commencer enfin cette grande lutte contre l'Espagne -à laquelle il se préparait depuis longtemps: vaste -scène qui s'ouvrait pour l'Europe entière, et qui, après de -sanglants combats, se termina par la conquête de la Flandre -et celle de la Franche-Comté<a id="FNanchor_80" href="#Footnote_80" class="fnanchor"> [80]</a>. Ainsi fut constitué ce -beau royaume de France en une masse compacte et formidable, -restée intacte malgré les désastres de la fin de -<span class="pagenum"><a id="Page_43"> 43</a></span> -ce glorieux règne, malgré la corruption et la mollesse -des deux règnes suivants, malgré les affreuses convulsions -de l'anarchie et la délirante ambition du génie des -batailles.</p> - -<p>Tandis que Louis XIV, à Versailles, à Saint-Germain, -aux Tuileries ou dans les camps, ne semblait s'occuper -que de plaisirs, de politique et de guerre, toutes les réformes, -toutes les institutions, tous les établissements qui -devaient accroître les richesses et la prospérité de la -France s'exécutaient comme il les avait déterminés -dans son conseil. Quand, pour donner plus d'activité au -commerce, il créa, en 1665, la compagnie des Indes occidentales, -les commerçants qui devaient la composer furent -assemblés au Louvre, sous la présidence de Colbert; -et le roi parut en personne au milieu d'eux, pour les -exhorter à se livrer avec toute sécurité à leurs opérations -commerciales et pour leur donner l'assurance que ses vaisseaux -les protégeraient jusqu'aux extrémités de l'univers<a id="FNanchor_81" href="#Footnote_81" class="fnanchor"> [81]</a>. -C'est dans cette année 1667, si mémorable par tant de succès -guerriers<a id="FNanchor_82" href="#Footnote_82" class="fnanchor"> [82]</a>, de traités et de négociations importantes<a id="FNanchor_83" href="#Footnote_83" class="fnanchor"> [83]</a>, -que furent promulguées ces belles ordonnances pour l'administration -de la justice, admirées des jurisconsultes, et -qu'on avait surnommées le Code Louis<a id="FNanchor_84" href="#Footnote_84" class="fnanchor"> [84]</a>; que fut instituée -l'Académie des sciences; que fut établie à Rome une Académie -des beaux-arts; qu'on jeta les fondements de ce -<span class="pagenum"><a id="Page_44"> 44</a></span> -séjour de tant de savantes et impérissables découvertes, -l'Observatoire de Paris; que furent commencés les travaux -du canal qui devait joindre l'Océan à la Méditerranée; -qu'enfin des prix furent distribués aux peintres, aux artistes; -des récompenses données aux savants étrangers, -afin de rattacher au drapeau de la France les talents les -plus éminents, les plus hautes capacités<a id="FNanchor_85" href="#Footnote_85" class="fnanchor"> [85]</a>.</p> - -<p>Le roi, en s'exposant plus qu'il n'était nécessaire, donna -des preuves de bravoure personnelle<a id="FNanchor_86" href="#Footnote_86" class="fnanchor"> [86]</a>; mais cependant -ses ennemis étaient si mal préparés à se défendre, ses succès -furent si rapides que, si on excepte le siége de Lille, -cette campagne ressembla plus à une marche triomphale -qu'à une lutte guerrière<a id="FNanchor_87" href="#Footnote_87" class="fnanchor"> [87]</a>.</p> - -<p>Louis XIV conduisait avec lui la jeune reine; il la montrait -aux peuples soumis comme leur légitime souveraine; -car c'était pour soutenir les droits de sa femme à la souveraineté -de ces contrées et à la succession d'Espagne, à -laquelle cependant on avait renoncé par le traité des Pyrénées, -qu'il entreprenait cette guerre<a id="FNanchor_88" href="#Footnote_88" class="fnanchor"> [88]</a>. Une riante et -gracieuse escorte de jeunes et belles femmes accompagnait -<span class="pagenum"><a id="Page_45"> 45</a></span> -Louis dans ses conquêtes. Partout, après les combats, -des fêtes étaient préparées, spontanément offertes, -ou commandées sous la tente et sur les champs de bataille: -au milieu des dangers de la mort, incessamment bravés -pour la patrie, la volupté semblait acquérir quelque chose -de grand et de martial, qui désarmait la censure des esprits -sévères.</p> - -<p>Le jeune roi donnait, sous ce rapport, à ses peuples, un -exemple fatal, dont sa cour était fortement préoccupée. -La mort de la reine mère avait achevé d'ôter à Louis XIV -le peu de contrainte qu'il s'était imposée par égard pour -elle. La femme si douce et si tendre qui ne voyait dans -le roi qu'un amant, qui aurait voulu ensevelir dans l'ombre -le secret d'une liaison coupable, celle dont le cœur, -avant d'être touché par l'amour de Dieu, ne palpita jamais -que pour un seul homme, fut condamnée à porter le -titre de duchesse, à laisser légitimer par lettres patentes -sa honte et ses dignités, à subir l'ennui d'un nombreux -cortége, à dévoiler le mystère de ses accouchements, -à voir ses deux enfants ravis dès leur naissance à sa -tendresse maternelle, et, sous les noms de comte de -Vermandois et de mademoiselle de Blois, reconnus, par -actes publics, comme les honorés rejetons d'un royal -adultère<a id="FNanchor_89" href="#Footnote_89" class="fnanchor"> [89]</a>.</p> - -<p>Ce ne furent pas là encore ses plus grandes afflictions. -Lorsque Louis XIV augmentait, par des faveurs qu'elle eût -voulu repousser, les remords de la Vallière, il froissait -son cœur par de fréquentes infidélités, indices certains de -<span class="pagenum"><a id="Page_46"> 46</a></span> -l'affaiblissement de son amour. Une de ces liaisons passagères, -qui eut lieu avec la princesse de Monaco, fille du -duc de Gramont, acquit plus de publicité que toutes les -autres, parce qu'elle occasionna la disgrâce du duc de -Lauzun, amant favorisé de la princesse avant le roi. Lauzun -fut mis à la Bastille, non-seulement pour n'avoir pas -voulu un grade supérieur qui l'éloignait de la cour, mais -pour avoir forcé sa perfide maîtresse à recevoir un soir -les tendres protestations du roi à travers le trou d'une -serrure dont Lauzun avait su dérober la clef. Louis XIV -pardonna à Lauzun cette audacieuse espièglerie, parce -que le goût qu'il avait pour celle qui en avait été l'objet -se passa promptement<a id="FNanchor_90" href="#Footnote_90" class="fnanchor"> [90]</a>.</p> - -<p>Mais une autre femme, réputée belle entre les belles, d'un -caractère haut et fier, mariée à un homme plein d'honneur, -respectée par la médisance, même à la cour, toucha -vivement le cœur de Louis XIV. C'était madame de Montespan, -qui, par son esprit caustique, ses saillies, ses bons -mots, son talent de narrer avec gaieté, s'était fait aimer -de la reine et de madame de la Vallière. Celle-ci devina -avant tout le monde (l'instinct de l'amour est le plus vif -de tous) qu'elle était trahie, et que madame de Montespan -allait être pour elle la cause du plus grand des malheurs, -celui d'être obligée de se séparer d'un amant pour lequel -l'ardeur de sa passion n'avait cessé de s'accroître. Ce secret -fut divulgué à la cour durant cette campagne, et il ouvrait -<span class="pagenum"><a id="Page_47"> 47</a></span> -une nouvelle carrière aux intrigues qui s'agitaient sans -cesse autour de ce monarque, dès son début couronné par -la victoire, et déjà, si jeune, flatté par la renommée<a id="FNanchor_91" href="#Footnote_91" class="fnanchor"> [91]</a>. La -cour se tenait à Compiègne, afin de se trouver plus rapprochée -des opérations de la guerre; et lorsqu'elles étaient -suspendues, Louis XIV se hâtait de retourner à Compiègne, -où l'attiraient les enchantements de sa nouvelle -passion.</p> - -<div class="chapter"> -<p><span class="pagenum"><a id="Page_48"> 48</a></span></p> -<h2 class="normal">CHAPITRE III.<br /> -<span class="medium">1667.</span></h2> -</div> - -<p class="hanging indent"> -Madame de Sévigné revient à Paris, et écrit à Bussy.—Celui-ci dissimule -avec elle.—Il demande au roi de rentrer au service.—Bussy -avait conservé des amis, et entretenait une nombreuse correspondance.—Madame -de Sévigné était la plus exacte à lui écrire.—La -marquise de Gouville continuait de correspondre avec lui.—La -marquise de Monglat s'efforce en vain de se remettre bien avec -lui.—Les principaux correspondants de Bussy étaient le duc de -Saint-Aignan, le duc de Noailles, le comte de Gramont, Benserade, -Corbinelli, dom Cosme, général des feuillants, le P. Bouhours.—Jugement -sur ce dernier.—Premier recueil des lettres -de madame de Sévigné, données par Bussy, avec celles -qu'il avait écrites.—Autres correspondants de Bussy en femmes: -la marquise de Gouville, madame de Montmorency, la comtesse -du Bouchet, mademoiselle d'Armentières, la maréchale d'Humières, -la marquise d'Hauterive, mademoiselle Dupré.—Détails -sur cette demoiselle, mise par Ménage au nombre des femmes -illustres avec madame de Sévigné.—Madame de Scudéry.—Caractère -de cette dame.—Comparée à madame de Sévigné.—Ce -qu'elle écrit à Bussy sur les regrets d'avoir perdu son mari.—Des -amis des deux sexes qu'avait madame de Scudéry.—De ses liaisons -et de son cercle.—De son amitié pour le P. Rapin.—Elle -le fait entrer en correspondance avec Bussy, et rend service à tous -deux.—Pour se venger des vers de Boileau contre son mari, elle -veut animer Bussy contre Boileau.—Vers de Boileau qui lui en -ont fourni l'occasion.—Louis XIV demande l'explication de ces -vers.—Ce qu'on lui répond.—Licence des mœurs de cette époque, -autorisée par le monarque, la presse et le théâtre.—On joue -l'<i>Amphitryon</i> et <i>George Dandin</i>.—Bussy ne se trouve pas offensé -par le vers de Boileau, et refuse de s'associer au ressentiment -de madame de Scudéry contre ce poëte.—Bussy demande au roi -<span class="pagenum"><a id="Page_49"> 49</a></span> -de servir, et n'obtient rien.—Il occupe alternativement son château -de Chaseu et celui de Bussy.—Description que Bussy fait de -la galerie de portraits qui se trouvait dans ce dernier château.</p> - -<p class="space">Lorsque madame de Sévigné revint à Paris, toute la -haute société avait quitté cette capitale, tous ses amis -étaient absents; et si elle recherchait parfois la solitude, -ce n'était pas lorsqu'elle était en ville. Elle se résolut donc -à passer l'été à Livry.</p> - -<p>«Toute la cour est à l'armée, écrivait-elle<a id="FNanchor_92" href="#Footnote_92" class="fnanchor"> [92]</a> à Bussy; et -toute l'armée est à la cour. Paris est un désert; et, désert -pour désert, j'aime beaucoup mieux celui de la forêt de -Livry, où je passerai l'été.</p> - -<p class="quote">En attendant que nos guerriers<br /> -Reviennent couverts de lauriers.»</p> - -<p>Ainsi que je l'ai exposé dans la seconde partie de ces -Mémoires, la correspondance de madame de Sévigné -avec Bussy, qui s'était renouée vers cette époque, ne devait -plus se rompre. Ce que nous en possédons nous -prouve que madame de Sévigné prenait une part très-vive -aux succès de Louis XIV et de son armée: à chaque -nouvelle victoire, elle exprime des regrets sincères que -Bussy n'ait pas obtenu un commandement qui le mît à -portée d'obtenir sa part de tant de gloire. Bussy, toujours -dominé par son excessive vanité, dissimule avec sa -cousine; il fait le dédaigneux et le philosophe: cependant -il lui envoie régulièrement les suppliques qu'il adressait -au roi à l'ouverture de chaque campagne, pour offrir ses -services; mais il ne lui disait pas qu'il écrivait sans cesse -<span class="pagenum"><a id="Page_50"> 50</a></span> -à ses amis, pour qu'ils intercédassent aussi en sa faveur<a id="FNanchor_93" href="#Footnote_93" class="fnanchor"> [93]</a>.</p> - -<p>Bussy avait conservé, malgré les défauts de son caractère, -un bon nombre d'amis puissants et dévoués; -il entretenait avec eux une correspondance très-active<a id="FNanchor_94" href="#Footnote_94" class="fnanchor"> [94]</a>; -il en avait une très-étendue avec des gens de lettres et -avec des femmes spirituelles, qui l'instruisaient de toutes -les nouvelles du jour et des intrigues de cour. Quelques-unes -de ces femmes s'étaient rendues célèbres dans les -cercles de précieuses et de beaux esprits, qui s'étaient -multipliés dans Paris. Les unes étaient flattées d'être -en commerce de lettres avec un homme de qualité et -de l'Académie; les autres étaient des dames de la cour, -dont quelques-unes avaient été ses maîtresses et avaient -conservé avec lui des rapports d'amitié. La marquise de -Monglat aurait bien voulu se remettre avec lui sur ce -pied<a id="FNanchor_95" href="#Footnote_95" class="fnanchor"> [95]</a>. Elle lui écrivit plusieurs fois pour se justifier, et -tâcha de ranimer en lui ce qu'elle voulait conserver de son -ancienne affection. Elle aussi avait beaucoup d'amis qui -lui étaient sincèrement attachés: son caractère aimable -était fort goûté de madame de Sévigné, qui la voyait -souvent. Elle fit écrire à Bussy par plusieurs de ses correspondantes<a id="FNanchor_96" href="#Footnote_96" class="fnanchor"> [96]</a>, -<span class="pagenum"><a id="Page_51"> 51</a></span> -qui ne purent rien gagner sur cet homme -orgueilleux et vindicatif. Comme la santé de madame de -Monglat s'était affaiblie et qu'elle eut quelques velléités -de religion, elle s'était mise en rapport avec dom Cosme, -prédicateur renommé et général des feuillants, pour lequel -Bussy avait beaucoup de considération et d'estime. -Elle l'employa comme intercesseur, mais ce fut encore en -vain<a id="FNanchor_97" href="#Footnote_97" class="fnanchor"> [97]</a>; et elle ne put empêcher que des tableaux emblématiques -de son inconstance et de sa légèreté ne fussent -placés dans le grand salon du château de Bussy<a id="FNanchor_98" href="#Footnote_98" class="fnanchor"> [98]</a>, et que -les devises mises sur ces peintures et au bas de son portrait -ne donnassent matière aux entretiens d'un monde -auquel la médisance plaît toujours.</p> - -<p>Parmi les principaux correspondants de Bussy, il faut -d'abord nommer celui qui lui était le plus dévoué, le duc -de Saint-Aignan, si aimé du roi et si bien instruit des secrets -les plus intimes de son intérieur. Madame de Sévigné -a dit avec raison de lui «qu'il a rendu à Bussy des -services que nul autre courtisan n'aurait osé ni voulu lui -rendre<a id="FNanchor_99" href="#Footnote_99" class="fnanchor"> [99]</a>.» Le duc de Saint-Aignan avait composé des mémoires -où il justifiait Bussy; et il eut le généreux courage -de les montrer au roi<a id="FNanchor_100" href="#Footnote_100" class="fnanchor"> [100]</a>.</p> - -<p><span class="pagenum"><a id="Page_52"> 52</a></span> -Les autres correspondants de Bussy à la cour étaient -le duc de Noailles, qui fut capitaine des gardes<a id="FNanchor_101" href="#Footnote_101" class="fnanchor"> [101]</a>, et le -comte de Gramont, rendu célèbre par les piquants mémoires -que son beau-frère Hamilton a écrits sur les folies -de sa jeunesse<a id="FNanchor_102" href="#Footnote_102" class="fnanchor"> [102]</a>; le comte de Guiche, ceinturé comme -son esprit, disait madame de Sévigné, et qui se trouvait -alors enveloppé dans la disgrâce de Vardes<a id="FNanchor_103" href="#Footnote_103" class="fnanchor"> [103]</a>. Parmi les -ecclésiastiques et les gens de lettres, on doit nommer -l'abbé de Choisy, plus célèbre par ses scandaleuses aventures -que par le grand nombre de livres qu'il a composés; -Benserade et Corbinelli (ce dernier alors était en -Languedoc, entraîné aussi dans l'exil de Vardes<a id="FNanchor_104" href="#Footnote_104" class="fnanchor"> [104]</a>); puis -dom Cosme, dont nous avons parlé; et enfin le P. Rapin<a id="FNanchor_105" href="#Footnote_105" class="fnanchor"> [105]</a> -et le P. Bouhours. C'est à Bouhours que nous devons -l'édition tronquée des <i>Mémoires de Bussy</i>, et, je -crois, aussi l'édition si confusément ordonnée de sa correspondance. -Bouhours était à la fois homme du monde, -homme d'Église et homme de lettres; ayant les prétentions -d'un puriste, et affectant l'autorité d'un critique; -recherchant la réputation de bel esprit, et s'arrogeant l'importance -d'un profond théologien; écrivant alternativement -et avec facilité sur des sujets saints ou profanes, -sérieux ou légers; auteur fécond, mais souvent futile; -écrivain correct, mais non exempt d'affectation, et qui, -<span class="pagenum"><a id="Page_53"> 53</a></span> -fort admiré de madame de Sévigné, jouissait d'une réputation -très-supérieure à ses talents<a id="FNanchor_106" href="#Footnote_106" class="fnanchor"> [106]</a>.</p> - -<p>La correspondance de Bussy avec les femmes était bien -plus nombreuse et d'une plus grande valeur. Parmi elles, -la première à nommer est madame de Sévigné. Les lettres -de Bussy à sa cousine, avec les réponses, remplissent -presque entièrement les deux volumes du recueil de la -correspondance qui fut publié par la marquise de Coligny, -fille de Bussy, en 1697<a id="FNanchor_107" href="#Footnote_107" class="fnanchor"> [107]</a>. Bayle fit l'éloge de ce recueil<a id="FNanchor_108" href="#Footnote_108" class="fnanchor"> [108]</a>. -Bussy composait beaucoup de vers, et il les envoyait à -sa cousine pour les soumettre à son jugement; ces vers -ont été imprimés, avec les lettres où ils se trouvaient -insérés, dans le recueil dont nous parlons; et si les éditeurs -de madame de Sévigné ont eu raison de débarrasser -sa correspondance de cet inutile bagage, en réimprimant -les lettres que Bussy lui avait adressées, ils ont eu tort -de supprimer de ces lettres les passages qui concernaient -les envois de ces pièces de vers, puisqu'ils constataient -que ce goût de Bussy pour la poésie était partagé par sa -cousine<a id="FNanchor_109" href="#Footnote_109" class="fnanchor"> [109]</a>.</p> - -<p>Après madame de Sévigné, la marquise de Gouville -mérite d'être mentionnée comme celle qui correspondait -<span class="pagenum"><a id="Page_54"> 54</a></span> -le plus assidûment avec Bussy. Ses lettres sont les plus -spirituelles, les plus riches en détails amusants, narrés -avec esprit et finesse<a id="FNanchor_110" href="#Footnote_110" class="fnanchor"> [110]</a>. Elle avait pendant quelque temps -enchaîné Bussy; et l'intimité qui avait existé entre -eux donnait à leur commerce plus d'agrément, de franchise -et de vérité. Il faut joindre à la marquise de -Gouville son intime amie la comtesse de Fiesque, que -Bussy appelait sa cousine. Folâtre et insouciante, elle -était initiée et elle initiait Bussy à tous les secrets de la -petite cour de <span class="small1">Mademoiselle</span>, dont elle faisait partie.</p> - -<p>Une dame qui par son mari portait le beau nom de -Montmorency se montre le plus instructif des correspondants -de Bussy. Ses lettres sont des espèces de bulletins -de ce qui se passait à la cour, des promotions, des mariages, -des décès, des intrigues, des nouvelles politiques -qu'on y débitait, des anecdotes scandaleuses qu'on y racontait; -le tout dit en deux mots, sans réflexions, sans -phrases, et exprimé avec une concision remarquable. Des -pièces de vers qui avaient circulé se trouvent aussi insérées -dans ces lettres. Le nom de famille de cette -madame de Montmorency était Isabelle d'Harville de -Palaiseau, et elle appartenait à cette noble famille de -guerriers qui, dès le commencement du quinzième siècle, -s'étaient illustrés à la bataille d'Azincourt<a id="FNanchor_111" href="#Footnote_111" class="fnanchor"> [111]</a>. Ni Bussy ni -les mémoires contemporains ne nous apprennent rien -sur cette dame de Montmorency. Au bas de son portrait -Bussy avait mis cette inscription: «Digne non pas d'un -homme de plus grande qualité, mais d'un homme plus -<span class="pagenum"><a id="Page_55"> 55</a></span> -aimable<a id="FNanchor_112" href="#Footnote_112" class="fnanchor"> [112]</a>.» Cette inscription prouve du moins que ce mari -d'Isabelle de Palaiseau était de la noble famille dont il -portait le nom. Madame de Montmorency était peu favorisée -de la fortune, quoique amie de la duchesse de Nemours, -qui possédait de si grands biens et aurait pu se -montrer plus généreuse à son égard<a id="FNanchor_113" href="#Footnote_113" class="fnanchor"> [113]</a>.</p> - -<p>La comtesse du Bouchet écrivait aussi souvent à Bussy -avec une liberté d'expression qui devait lui plaire beaucoup: -accoutumée à tout dire, sa franchise donnait un -grand prix à ses lettres<a id="FNanchor_114" href="#Footnote_114" class="fnanchor"> [114]</a>.</p> - -<p>Henriette de Conflans, demoiselle d'Armentières, belle -quoiqu'elle ne se mariât point, pieuse quoique amie de -Bussy, était encore pour lui un correspondant qui avait -toute sa confiance: c'était celle qui plaidait auprès de lui -la cause de madame de Monglat avec le plus de chaleur, -parce que celle-ci paraissait vouloir alors se mettre sous la -direction de dom Cosme et renoncer à la vie mondaine<a id="FNanchor_115" href="#Footnote_115" class="fnanchor"> [115]</a>.</p> - -<p>Parmi les autres femmes auxquelles Bussy écrivait plus -souvent, on distingue la femme de son cousin, la maréchale -d'Humières, dont le portrait, dans sa galerie, était -accompagné de cette inscription: «D'une vertu qui, sans -être austère ni rustique, eût contenté les plus délicats.» Elle -était dame du palais de la reine: liée avec madame de Sévigné, -<span class="pagenum"><a id="Page_56"> 56</a></span> -belle et pieuse, elle termina<a id="FNanchor_116" href="#Footnote_116" class="fnanchor"> [116]</a> sa longue vie aux -Carmélites de la rue Saint-Jacques<a id="FNanchor_117" href="#Footnote_117" class="fnanchor"> [117]</a>. Après cette dame respectable -nous devons nommer la marquise d'Hauterive, -fille du duc de Villeroy, à laquelle on reprochait de s'être -mésalliée, quoiqu'elle eût épousé un bon et honorable -gentilhomme, élégant dans ses goûts, amateur éclairé -des beaux-arts et grand protecteur du Poussin<a id="FNanchor_118" href="#Footnote_118" class="fnanchor"> [118]</a>. La correspondance -de Bussy avec la marquise d'Hauterive n'a -point été imprimée; mais nous savons, d'après une lettre -du marquis d'Hauterive, que le portrait de cette dame -devait occuper une place parmi les autres portraits de -femmes avec lesquelles Bussy entretenait un commerce -épistolaire<a id="FNanchor_119" href="#Footnote_119" class="fnanchor"> [119]</a>.</p> - -<p>Mais, de tous les nombreux personnages qui correspondaient -avec Bussy, il n'y en avait pas dont il eût, -après madame de Sévigné, plus de plaisir à lire les -lettres que celles de deux femmes sans rang, sans -beauté, sans fortune, sans naissance: c'étaient mademoiselle -Dupré et madame de Scudéry. Toutes les deux, il est -vrai, étaient pleines de sens et d'esprit, et possédaient le -talent d'écrire avec enjouement, pureté et élégance. La -<span class="pagenum"><a id="Page_57"> 57</a></span> -seconde était, sous ce rapport, très-supérieure à la première; -mais celle-ci avait plus de célébrité, parce qu'elle -appartenait à une famille d'érudits et de poëtes. Elle était -la nièce et l'élève de Roland Desmarets<a id="FNanchor_120" href="#Footnote_120" class="fnanchor"> [120]</a> et de Desmarets de -Saint-Sorlin, l'auteur de la comédie des <i>Visionnaires</i>. Marie -Dupré était laide, mais savante; car, si l'on en croit Bussy, -elle parlait quatre langues également bien<a id="FNanchor_121" href="#Footnote_121" class="fnanchor"> [121]</a>; elle avait, dit-on, -approfondi la philosophie de Descartes, dont elle était -enthousiaste, ce qui semble peu s'accorder avec son goût -pour les bouts-rimés et les petits vers: on en trouve un grand -nombre de sa composition dans les recueils du temps et dans -les lettres de Bussy. Amie de Conrart, ce fondateur de l'Académie -française, mademoiselle Dupré fut célébrée, en vers -comme en prose, par un grand nombre d'hommes de lettres -de son temps. Le savant Huet a rapporté dans ses Mémoires -le madrigal en vers latins qu'il fit pour elle. Ménage -ne lui adressa point de vers, mais il la nomme, dans son -commentaire en langue italienne sur le septième sonnet -de Pétrarque, au nombre des illustres contemporaines, -avec mademoiselle de la Vigne, son amie, madame de la -Fayette, madame de Scudéry, madame de Rohan-Montbazon, -abbesse de Malnoue, et madame de Mortemart, -abbesse de Fontevrault; puis enfin madame de Sévigné,</p> - -<p class="quote">Donna bella, gentil, cortese e saggia,<br /> -Di castità, di fede e d'amor tempio<a id="FNanchor_122" href="#Footnote_122" class="fnanchor"> [122]</a>;</p> - -<p><span class="pagenum"><a id="Page_58"> 58</a></span> -car rarement Ménage, soit qu'il écrivît en vers ou en -prose, en grec, en latin, en italien ou en français, se permit -de nommer madame de Sévigné dans ses ouvrages, -sans ajouter quelques vers à sa louange. Mademoiselle Dupré -allait souvent passer la belle saison aux eaux minérales -de Sainte-Reine, chez des amis dont le séjour était -voisin du château de Bussy; et Bussy profitait de cette occasion -pour l'attirer chez lui le plus souvent qu'il pouvait, -ce qui prévenait entre eux cette tiédeur et cet alanguissement -de l'intimité qu'une trop longue séparation ne manque -jamais de produire<a id="FNanchor_123" href="#Footnote_123" class="fnanchor"> [123]</a>.</p> - -<p>Madame de Scudéry n'était point savante; elle ne faisait -point de vers. Par son mari et sa belle-sœur, le nom -qu'elle portait avait acquis une assez grande célébrité; -elle n'en rechercha et n'en obtint aucune pour elle-même. -Plusieurs ignorent qu'elle a existé. Quand il est -parlé d'elle, on la confond avec la sœur de Scudéry<a id="FNanchor_124" href="#Footnote_124" class="fnanchor"> [124]</a>. -Cependant, de toutes les femmes que la correspondance -de Bussy nous fait connaître, madame de Scudéry est -incontestablement, après madame de Sévigné, celle qui -mérite la préférence. Elle est loin d'avoir l'imagination -vive et brillante de la petite-fille de sainte Chantal; mais -son style, moins figuré, moins animé, est plus correct; sa -<span class="pagenum"><a id="Page_59"> 59</a></span> -raison est plus calme et son jugement moins variable. -Elle a sur madame de Sévigné le triste avantage d'avoir -connu l'adversité, d'être née dans une condition qui -l'exemptait des préjugés de naissance auxquels madame -de Sévigné n'a pas échappé. Elle apprécie mieux le -monde; ses réflexions, elle les tient de son expérience et -de ses propres observations. L'expression de ses pensées -est toujours simple, forte, naturelle et digne, en parfait -rapport avec la noblesse de ses sentiments et l'élévation -de son âme. L'académicien Charpentier déclare qu'elle -n'écrit pas moins bien que mademoiselle de Scudéry, -l'auteur de <i>Clélie</i> et de <i>Cyrus</i><a id="FNanchor_125" href="#Footnote_125" class="fnanchor"> [125]</a>. De toutes les amies de -Bussy, quoique la plus humble par le rang, madame de -Scudéry fut celle qui lui rendit le service le plus important<a id="FNanchor_126" href="#Footnote_126" class="fnanchor"> [126]</a>, -puisqu'elle le fit rappeler de son exil. Elle était -fort jeune et sans fortune lorsque Scudéry, dans un âge -déjà avancé, l'épousa<a id="FNanchor_127" href="#Footnote_127" class="fnanchor"> [127]</a>. Elle perdit son mari l'année même -dont nous nous occupons, le 14 mai 1667. Restée veuve -à l'âge de trente-six ans, elle ne contracta point de nouveaux -liens, et s'adonna à l'éducation de son fils unique, -qui entra dans les ordres. Les regrets qu'elle eut de perdre -son mari sont vivement exprimés dans deux lettres à -Bussy, à Bussy peu capable d'apprécier les sentiments -d'une telle femme.</p> - -<p>«Quand j'ai commencé ma lettre<a id="FNanchor_128" href="#Footnote_128" class="fnanchor"> [128]</a>, j'avais oublié que -<span class="pagenum"><a id="Page_60"> 60</a></span> -j'étais en colère contre vous. Comment, monsieur, me -dire que je suis bien aise d'être veuve, moi qui, trois ans -durant, ai pensé mourir de douleur d'avoir perdu un fort -bon homme qui était de mes amis, comme s'il n'eût pas -été mon mari; qui m'a toujours louée, toujours estimée, -toujours bien traitée, et qui me déchargeait tout au moins -de la moitié du mal que j'ai, à cette heure, de souffrir ma -mauvaise fortune toute seule? Sachez, s'il vous plaît, monsieur, -que, quand je parle des sentiments ordinaires des -femmes, je ne m'y comprends point. Si j'ose le dire, je -me trouve toujours fort au-dessus d'elles, et je vis d'une -manière où la liberté ne me sert de rien: la société d'un -honnête homme m'était plus douce. Faites-moi donc toutes -les réparations que vous me devez.»</p> - -<p>Ces réparations, Bussy crut les avoir faites; mais elles -ne pouvaient la satisfaire, et elle lui répondit<a id="FNanchor_129" href="#Footnote_129" class="fnanchor"> [129]</a>:</p> - -<p>«Vous me faites injustice de ne me passer que six mois -de véritable douleur de la mort de feu M. de Scudéry. J'en -ai encore, je vous le jure; et comme je ne fais rien de -cette liberté que vous dites qui console d'avoir perdu un -mari, et que je n'en veux rien faire, vous voyez que j'ai -perdu une grande douceur en son amitié. Je ne sais plus -que faire de mon cœur, je n'ai point trouvé de véritable -ami depuis sa mort; cependant je vous avoue que c'est -la seule rose sans épines qu'il y ait au monde, que l'amitié. -Je crois que vous ne connaissez pas cela, vous autres; car -j'ai ouï dire que ceux qui ont eu de l'attachement pour -le frère n'en ont jamais eu pour la sœur........ Il y a -longtemps que je me suis donné le même avis que vous -<span class="pagenum"><a id="Page_61"> 61</a></span> -me donnez, de vivre avec le moins de chagrin qu'il me -sera possible. J'ai réglé mon <i>rien</i> d'une manière qui fait -que ma pauvreté ne paraît à personne, et je me passe assez -doucement de tout ce que je n'ai pas. Il n'y a que la -disette d'amis qui m'est insupportable; car j'avais toutes -les qualités propres à être une amie du premier ordre; -cependant tout cela ne me sert de rien, et je ne sais qui -aimer.... Il faut s'accoutumer à ne vivre qu'en société; -car pour en amitié, cela est presque impossible.»</p> - -<p>Cette femme qui se plaignait si vivement de manquer -d'amis en était cependant sans cesse entourée, selon l'acception -du monde. Sans être de la cour, elle voyait un assez -bon nombre de gens de cour, et des plus hauts en dignités; -sans aucune prétention à la littérature, les hommes -de lettres se plaisaient à la fréquenter. Par la solidité de -son caractère, l'égalité de son humeur, la finesse de son -esprit, son tact parfait des convenances, elle était parvenue -à réunir dans son modeste appartement une société -choisie, préférable aux cercles les plus fameux de beaux -esprits, aux assemblées brillantes des palais les plus somptueux. -Mais elle savait distinguer ces liaisons du monde, -ces attachements d'habitude fondés sur le besoin de se -soustraire à l'ennui d'avec ceux où le cœur avait quelque -part; et ses plus tendres sentiments étaient réservés pour -deux personnes de son sexe: l'une était mademoiselle de -Portes, personne pieuse, retirée aux Carmélites de la rue -Saint-Jacques, dans cette même maison où se réfugia de -même, longtemps après elle, dans le même but de piété, -la maréchale d'Humières<a id="FNanchor_130" href="#Footnote_130" class="fnanchor"> [130]</a>; l'autre était cette demoiselle -<span class="pagenum"><a id="Page_62"> 62</a></span> -de Vandy que nous trouvons en relation assez étroite -avec <span class="small1">Mademoiselle</span>, qui parle d'elle très-longuement -dans un endroit de ses Mémoires<a id="FNanchor_131" href="#Footnote_131" class="fnanchor"> [131]</a>.</p> - -<p>Après ces deux amies, les femmes que madame de Scudéry -voyait le plus souvent étaient toutes de la cour: -c'étaient madame du Vigean, la mère de la maréchale de -Richelieu; madame de Villette, qui lui attira par la suite -la protection et les bienfaits de madame de Maintenon; -la marquise de Rongère<a id="FNanchor_132" href="#Footnote_132" class="fnanchor"> [132]</a>, et madame de Montmorency, -cette amie de Bussy dont nous avons parlé: celle-ci était -une des femmes qu'elle goûtait le plus.</p> - -<p>La société de madame de Scudéry, conforme à ce que -comportait sa situation dans le monde, était plus nombreuse -en hommes qu'en femmes, et se composait également -de plusieurs des correspondants de Bussy. Les ducs -de Saint-Aignan et de Noailles étaient d'abord les deux -personnages qui la voyaient le plus souvent; ils étaient -aussi, par leur crédit et la faveur du monarque, les plus -importants de son cercle; puis après venaient le comte de -Guiche, d'Elbène<a id="FNanchor_133" href="#Footnote_133" class="fnanchor"> [133]</a>, Sobieski, depuis roi de Pologne, et -plusieurs autres. Parmi les hommes de lettres, on y remarquait -l'abbé de Choisy, qui était aussi homme de cour; le -P. Rapin; et plus tard Fontenelle, qui usa de son intervention -pour être reçu à l'Académie française<a id="FNanchor_134" href="#Footnote_134" class="fnanchor"> [134]</a>. Mais, de -tous ceux qui se réunissaient chez madame de Scudéry, le -<span class="pagenum"><a id="Page_63"> 63</a></span> -P. Rapin fut celui qu'elle préférait, et avec lequel elle -était le plus liée. Comme plusieurs de son ordre, sans négliger -le monde, le P. Rapin se livrait à la fois à la prédication, -aux belles-lettres, à la théologie; il composait alternativement -des livres de piété et de littérature; ce qui -faisait dire, par ses envieux, qu'il servait Dieu et le monde -par semestre. A cette époque, il venait de compléter et de -mettre au jour son poëme sur les Jardins, qui semblait -comme un écho de la muse gracieuse de Virgile<a id="FNanchor_135" href="#Footnote_135" class="fnanchor"> [135]</a> et qui -lui valut une si belle renommée. C'est à madame de Scudéry -que le P. Rapin dut l'honneur qu'il ambitionnait -d'entrer en relation avec Bussy; et Bussy, le plaisir, auquel -il fut très-sensible, d'avoir pour correspondant un -homme de lettres aussi célèbre, un religieux aussi considéré. -Leur correspondance fut très-active et longtemps -prolongée. Le P. Rapin y trouvait des occasions, qu'il -ne laissait jamais échapper, d'exhorter Bussy à se soumettre -au joug salutaire de la religion; et Bussy, un moyen -de donner, par l'espoir de sa conversion, plus de créance -à ses projets de réforme, et de se procurer à la cour, afin -de faire terminer son exil, un solliciteur qui, pour n'être -pas au nombre des courtisans, n'en avait que plus de crédit -auprès du roi<a id="FNanchor_136" href="#Footnote_136" class="fnanchor"> [136]</a>.</p> - -<p>La lettre de madame de Scudéry qui détermina cette -liaison entre deux hommes si différents par leur caractère, -leurs mœurs, leur profession est remarquable; elle -nous fait connaître cette femme intéressante et le P. Rapin -sous les rapports les plus propres à les faire estimer -<span class="pagenum"><a id="Page_64"> 64</a></span> -tous deux. «Il a, dit-elle à Bussy en parlant de celui -qu'elle recommande, une physionomie qui découvre une -partie de sa bonté et de sa douceur. Il a une qualité dans -l'esprit qui, à mon gré, est la marque de l'avoir véritablement -grand: c'est qu'il le hausse et qu'il le baisse -tant qu'il lui plaît... On peut dire de lui que ce n'est pas -un docteur tout cru; mais sa science est si bien digérée -qu'il ne paraît dans sa conversation ordinaire que du -bon sens et de la raison.... Personne ne sait plus précisément -parler à chacun de ce qu'il sait le mieux et de ce -qui lui plaît davantage. Cela est admirable à un jésuite -de savoir si bien une chose qui, à mon gré, est la plus -grande science du monde<a id="FNanchor_137" href="#Footnote_137" class="fnanchor"> [137]</a>.»</p> - -<p>Madame de Scudéry ne put jamais pardonner à Boileau -les vers qu'il avait faits contre son mari, dont il avait légèrement -changé le nom en celui de <i>Scutari</i>. Comme ces -vers parurent moins d'un an avant qu'elle le perdît<a id="FNanchor_138" href="#Footnote_138" class="fnanchor"> [138]</a>, -peut-être avait-elle des raisons fondées de croire qu'ils -avaient hâté la fin de ce vieillard, qu'elle chérissait comme -<span class="pagenum"><a id="Page_65"> 65</a></span> -un père et comme un ami. Aussi elle crut pouvoir profiter -de la publication d'une nouvelle satire que le poëte -venait de composer pour animer contre lui Bussy, qui s'y -trouvait nommé. C'était la huitième satire, adressée à -Morel, docteur de Sorbonne<a id="FNanchor_139" href="#Footnote_139" class="fnanchor"> [139]</a>, dans laquelle Boileau introduit -un marquis qui s'effraye du mariage, à cause des -accidents dont il est trop ordinairement accompagné, et -qui dit:</p> - -<div class="poetry"><div class="stanza"> -<p>Moi j'irais épouser une femme coquette!</p> -<p>J'irais, par ma constance, aux affronts endurci,</p> -<p>Me mettre au rang des saints qu'a célébrés Bussy!</p> -<p>Assez de sots sans moi feront parler la ville<a id="FNanchor_140" href="#Footnote_140" class="fnanchor"> [140]</a>.</p> -</div></div> - -<p>Le mot <i>sot</i> avait alors en notre langue une double signification<a id="FNanchor_141" href="#Footnote_141" class="fnanchor"> [141]</a>, -qui rendait ce dernier vers plus piquant et -l'allusion au livre de Bussy, contenue dans le vers qui le -précède, beaucoup plus claire. Ce livre était, par les indiscrétions -de Bussy et de ceux auxquels il l'avait montré, -bien connu à la cour, quoiqu'il eût été vu de peu de personnes: -c'était un petit volume in-16, élégamment relié -en maroquin <i>jaune</i>, doublé de maroquin rouge enrichi -de dorures, avec des clous et des fermoirs en or, au -dos duquel était écrit: <span class="small1">Prières</span>. L'intérieur de ce volume -<span class="pagenum"><a id="Page_66"> 66</a></span> -contenait des portraits de femmes de la cour connues par -leurs galanteries, représentées avec les emblèmes de -sainte Cécile, de sainte Dorothée, de sainte Catherine, -de sainte Agnès et autres saintes, selon les noms de baptême -qu'elles portaient; et aussi des portraits d'hommes -bien connus par leur rang, leurs dignités ou leur mérite, -qui avaient reçu, dans l'état de mariage, de ces sortes -d'échecs dont la Fontaine, d'après l'Arioste, dans son recueil -de contes récemment imprimé, avait plaisamment -démontré les avantages pour ceux qui les éprouvaient<a id="FNanchor_142" href="#Footnote_142" class="fnanchor"> [142]</a>. -Ces personnages étaient représentés sous les formes de -saints et de martyrs, et travestis, l'un en saint Sébastien, -l'autre en saint Jean-Baptiste, l'autre en saint George; -chacun d'eux selon les noms qu'on leur avait donnés dès -leur naissance. Au bas de ces portraits, tous encadrés en -or, on lisait des explications en forme d'oraisons, qui -ont depuis été grattées ou couvertes de tabis, ainsi que les -peintures qui ont pu s'y trouver, par des hommes plus -scrupuleux que Bussy, possesseurs après lui de ce mystérieux -volume. Le fini et la parfaite exécution des miniatures -l'ont sauvé d'une entière destruction<a id="FNanchor_143" href="#Footnote_143" class="fnanchor"> [143]</a>. Lorsque -Louis XIV eut entendu réciter les vers de Boileau, -il en demanda l'explication: on lui dit que c'était une allusion -à un badinage un peu impie du comte de Bussy; -Louis XIV se contenta de cette réponse, et, dit-on, n'y -<span class="pagenum"><a id="Page_67"> 67</a></span> -pensa plus. Si on lui donna plus de détails, sans doute il -considéra cette nouvelle espièglerie de Bussy comme une -chose sans conséquence, qui d'ailleurs étant secrète, ou -n'ayant de publicité que par l'indiscrétion d'un poëte, ne -pouvait être passible d'aucune censure. Alors, presque -chaque année, il paraissait une nouvelle édition<a id="FNanchor_144" href="#Footnote_144" class="fnanchor"> [144]</a> plus complète -du recueil des contes de la Fontaine, avec privilége -du roi; en même temps, par permission du roi, on jouait -<i>Sganarelle</i>, puis l'<i>Amphitryon</i> et <i>George Dandin</i>. Ces -deux comédies de Molière disputaient la foule à l'<i>Andromaque</i> -de Racine<a id="FNanchor_145" href="#Footnote_145" class="fnanchor"> [145]</a>. Afin de satisfaire sa nouvelle passion, -Louis XIV aussi alors usait de sa toute-puissance pour imposer -silence aux plaintes d'un époux justement irrité. Il -semblait donc que c'était se montrer bon courtisan que de -s'égayer, comme faisaient la Fontaine, Molière et Bussy, -aux dépens des maris trompés. Le jeune roi ne comprenait -pas que les licences du théâtre et de la presse, qu'il encourageait, -avaient sur les mœurs publiques une influence -plus fatale que le scandale donné par lui aux grands de -sa cour, alors trop séparés des autres classes du peuple -pour que leurs exemples fussent aussi contagieux qu'ils le -sont devenus depuis.</p> - -<p>Madame de Scudéry écrivit à Bussy ce qui s'était passé -chez le roi: elle espérait que l'orgueilleux Bussy, irrité -de l'audace de Boileau, romprait avec lui; mais Bussy, -soit que sa vanité fût satisfaite de ce que l'auteur des Satires -eût dans ses vers donné de la célébrité aux malices -de son esprit, soit qu'il jugeât qu'il serait téméraire à lui -<span class="pagenum"><a id="Page_68"> 68</a></span> -d'ébruiter une affaire aussi délicate, soutint à madame de -Scudéry que le vers de Boileau et la réponse faite au roi -ne lui faisaient ni bien ni mal; qu'il ne devait nullement -s'en offenser. «D'ailleurs, ajoute-t-il, Despréaux est un -garçon d'esprit et de mérite, que j'aime fort<a id="FNanchor_146" href="#Footnote_146" class="fnanchor"> [146]</a>.»</p> - -<p>Bussy, malgré ses vives sollicitations, ses flatteries et -les louanges du roi répétées dans toutes ses lettres, même -dans celles qui étaient adressées à ses amis les plus intimes, -non-seulement ne put rentrer au service dans cette -campagne ni dans la suivante, mais il n'obtint même pas -alors d'être rappelé de son exil<a id="FNanchor_147" href="#Footnote_147" class="fnanchor"> [147]</a>. Il fut réduit à passer du -château de Chazeu à celui de Bussy, et de résider alternativement -dans l'un et dans l'autre<a id="FNanchor_148" href="#Footnote_148" class="fnanchor"> [148]</a>. Mais c'est au château -de Bussy qu'il faisait de plus longs séjours; c'est là qu'était -sa belle collection de portraits<a id="FNanchor_149" href="#Footnote_149" class="fnanchor"> [149]</a>, dont il donne, en ces -termes, la description dans une lettre adressée à la comtesse -du Bouchet:</p> - -<p>«Je suis bien aise que notre ami Hauterive ait trouvé -ma maison de Bussy à son gré. Il y a des choses fort -amusantes qu'on ne trouve point ailleurs: par exemple, -j'ai une galerie où sont tous les portraits de tous les rois -<span class="pagenum"><a id="Page_69"> 69</a></span> -de la dernière race, depuis Hugues Capet jusqu'au roi, -et sous chacun d'eux un écriteau qui apprend tout ce -qu'il faut savoir de leurs actions. D'un autre côté, les -grands hommes d'État et de lettres. Pour égayer tout -cela, on trouve en un autre endroit les maîtresses et les -bonnes amies des rois, depuis la belle Agnès, maîtresse -de Charles VII. Une grande antichambre précède cette -galerie, où sont les hommes illustres à la guerre, depuis -le comte de Dunois, avec des souscriptions qui, en parlant -de leurs actions, apprennent ce qui s'est passé dans chaque -siècle où ils ont vécu. Une grande chambre est ensuite, -où est seulement ma famille; et cet appartement est terminé -par un grand salon, où sont les plus belles femmes -de la cour qui m'ont donné leurs portraits. Tout cela compose -quatre pièces fort ornées et qui sont un abrégé d'histoire -ancienne et moderne, qui est tout ce que je voudrais -que mes enfants sussent sur cette matière<a id="FNanchor_150" href="#Footnote_150" class="fnanchor"> [150]</a>.»</p> - -<div class="chapter"> -<p><span class="pagenum"><a id="Page_70"> 70</a></span></p> -<h2 class="normal">CHAPITRE IV.<br /> -<span class="medium">1666-1667.</span></h2> -</div> - -<p class="hanging indent"> -Madame de Sévigné va passer l'automne au château de Fresnes.—Sa -correspondance avec de Pomponne continue.—Elle lui fait la description -du salon de Fresnes et de la société qui s'y trouvait rassemblée.—Réflexions -sur les agréments de la vie de château.—Détails -sur Arnauld d'Andilly.—Sur madame de la Fayette.—Sur -le comte de la Rochefoucauld.—Sur madame de Motteville.—Sur -madame Duplessis de Guénégaud et sur la galerie de tableaux -qu'elle avait formée.—Détails sur le comte de Cessac et sur les -causes de sa disgrâce.—Sur madame de Caderousse, mademoiselle -de Sévigné et mademoiselle Duplessis-Guénégaud.—Sur la mort du -comte de Boufflers, qui fut le mari de cette dernière.—Effets malheureux -des guerres.—Madame de Sévigné ne veut choisir un -gendre que dans la noblesse d'épée.—Incertitude où l'on est sur -ce qu'elle fit pendant l'hiver.—Brillant état des théâtres de Paris -à cette époque.—Représentation du <i>Sicilien</i> et du <i>Misanthrope</i>.—Grand -succès d'<i>Andromaque</i>.—Motifs qui font croire que madame -de Sévigné a passé l'hiver à Paris.—Détails sur l'abbé le -Tellier.—Lettre de mademoiselle de Sévigné à l'abbé le Tellier.—Devise -du cachet de cette lettre.—Madame de Sévigné et sa fille -partagent le goût du temps pour les emblèmes et les devises.</p> - -<p class="space">Madame de Sévigné ne passa point tout l'été à Livry, -comme elle en avait manifesté le projet dans sa lettre à -Bussy. Une lettre adressée à de Pomponne, en date du -1<sup>er</sup> août 1667, nous la montre établie à demeure avec ses -enfants dans le château de madame de Guénégaud, avec -l'intention d'y rester jusqu'en novembre, époque à laquelle -on devait jouer, à Fresnes, une pièce intitulée <i>les transformations -de Louis Bayard</i><a id="FNanchor_151" href="#Footnote_151" class="fnanchor"> [151]</a>. Nous savons que madame -<span class="pagenum"><a id="Page_71"> 71</a></span> -de Sévigné aimait à jouer la comédie, qu'elle était bonne -actrice<a id="FNanchor_152" href="#Footnote_152" class="fnanchor"> [152]</a>; peut-être avait-elle promis de jouer un rôle dans -cette pièce. Dans une seconde lettre à de Pomponne, elle -peint, avec la vivacité qui lui est naturelle, la société alors -rassemblée dans le salon du château de Fresnes. «N'en -déplaise au service du roi, je crois, monsieur l'ambassadeur, -que vous seriez tout aussi aise d'être ici avec nous -que d'être à Stockholm, à ne regarder le soleil que du -coin de l'œil. Il faut que je vous dise comme je suis présentement. -J'ai M. d'Andilly à ma main gauche, c'est-à-dire -du côté de mon cœur; j'ai madame de la Fayette à -ma droite, madame du Plessis devant moi, qui s'amuse -à barbouiller de petites images; madame de Motteville un -peu plus loin, qui rêve profondément; notre oncle de -Cessac, que je crains, parce que je ne le connais guère; -madame de Caderousse, mademoiselle sa sœur, qui est -un fruit nouveau que vous ne connaissez pas; et mademoiselle -de Sévigné sur le tout, allant et venant par le -petit cabinet, comme de petits frelons. Je suis assurée, -monsieur, que cette compagnie vous plairait fort<a id="FNanchor_153" href="#Footnote_153" class="fnanchor"> [153]</a>.»</p> - -<p>Il était difficile de réunir une compagnie qui présentât -une plus grande variété d'âge, de sexe, d'esprits, de talents -et de caractères; qui fût plus propre à réaliser cette heureuse -existence de la vie de château, où toutes les jouissances -d'un luxe bien ordonné s'allient aux plaisirs champêtres; -où l'on goûte à la fois les délices d'un commerce -intime, les distractions de la société et les douceurs de la -solitude; où une fréquentation habituelle permet à chacun -<span class="pagenum"><a id="Page_72"> 72</a></span> -de développer, sans fatigue et sans contrainte, ses moyens -de plaire, de faire apprécier les qualités solides ou brillantes -de son esprit. Là, du moins, l'estime et l'amitié, qui -seules peuvent rendre les liaisons durables, ont le temps de -naître et de se consolider. La société n'est plus une agrégation -fortuite d'individus qui ne se voient qu'à de longs -intervalles et pendant de courts instants: c'est une nombreuse -famille, dont chaque membre ne se console de la -nécessité de se séparer que par l'espoir de se retrouver encore, -au retour de la belle saison, sous le même toit, le -même ciel et les mêmes ombrages.</p> - -<p>Le patriarche de cette société, qui l'était aussi de Port-Royal, -l'ancien des réunions de l'hôtel de Rambouillet, -alors âgé de soixante et dix-huit ans, s'occupait à écrire -les mémoires que nous avons de lui<a id="FNanchor_154" href="#Footnote_154" class="fnanchor"> [154]</a>, d'après la prière -que lui en avait faite Arnauld de Pomponne, son fils, auquel -il en transmettait successivement tous les cahiers. -On avait, l'année précédente, publié un recueil de ses -lettres, qui faisaient connaître la part importante qu'il -avait eue dans les affaires, les relations qu'il avait entretenues -avec les personnages les plus élevés en dignités et -les plus notables de son temps et les luttes qu'il avait eues -à soutenir<a id="FNanchor_155" href="#Footnote_155" class="fnanchor"> [155]</a>. La nécessité où il se trouvait alors de repasser -<span class="pagenum"><a id="Page_73"> 73</a></span> -dans sa mémoire les faits les plus remarquables de sa vie, -ou ceux qui avaient le plus intéressé la génération précédente, -devait accroître le plaisir que l'on avait toujours à -l'écouter.</p> - -<p>Madame de la Fayette, qui étonnait Ménage et le P. Rapin -par sa sagacité dans l'interprétation des passages -difficiles d'Horace et de Virgile, ses deux poëtes favoris, -avait déjà fait pressentir son talent comme romancier par -la petite nouvelle intitulée <i>la Princesse de Montpensier</i><a id="FNanchor_156" href="#Footnote_156" class="fnanchor"> [156]</a>; -et il y a tout lieu de présumer qu'elle s'occupait alors de -la composition de <i>Zayde</i><a id="FNanchor_157" href="#Footnote_157" class="fnanchor"> [157]</a>. Le comte de la Rochefoucauld -ne se trouvait point à Fresnes avec madame de la -Fayette: quoiqu'il n'eût reçu, ainsi que le prince de Condé, -aucun commandement pour cette campagne, il s'était -rendu à l'armée comme simple volontaire; et, malgré la -goutte qui le tourmentait, il était au camp devant Lille. -Cette conduite lui valut une bonne réception de la part du -roi et une riche abbaye pour son fils d'Anville<a id="FNanchor_158" href="#Footnote_158" class="fnanchor"> [158]</a>.</p> - -<p>Madame de Motteville, cette sage amie de deux reines<a id="FNanchor_159" href="#Footnote_159" class="fnanchor"> [159]</a>, -<span class="pagenum"><a id="Page_74"> 74</a></span> -qui perdit si jeune un époux âgé et déploya, dans un long -veuvage, tant de vertu; dans l'infortune, tant de résignation; -dans la faveur, tant de désintéressement; dans l'amitié, -tant de constance; dans le commerce de la vie, un -caractère si égal, un enjouement si naturel, un esprit si -fin et si judicieux; madame de Motteville était alors retirée -de la cour, où elle n'allait plus depuis que la mort lui -avait enlevé la reine mère, son appui. En désapprouvant -l'amour du roi pour la Vallière, madame de Motteville -s'aperçut qu'elle avait déplu: parvenue alors à l'âge de -quarante-cinq ans, elle ne vécut plus que pour ses amis, et -consacra ses loisirs à la rédaction de ses mémoires, que -son impartialité, sa candeur, l'élégance du style, l'importance -des faits, la justesse des réflexions ont placés au -nombre des monuments les plus utiles et les plus précieux -de l'histoire de ces temps<a id="FNanchor_160" href="#Footnote_160" class="fnanchor"> [160]</a>.</p> - -<p>C'est en plaisantant que madame de Sévigné dit de la -dame de Fresnes, de la reine de cette réunion, de madame -Duplessis-Guénégaud, qu'elle s'amusait à barbouiller des -images. Cette dame s'occupait de peinture avec succès; -elle était dirigée par Nicolas Loir, excellent peintre français, -et par son frère le graveur. Elle et son mari étaient -des amateurs éclairés des beaux-arts. La chapelle qu'ils -avaient fait construire à Fresnes, par François Mansart, -passait pour un chef-d'œuvre; et la collection qu'ils avaient -réunie dans la galerie de leur château était une des plus -riches et une des plus complètes en maîtres de tous les -genres qu'on eût encore rassemblée. C'est pour M. de Guénégaud -que Poussin fit une Bacchanale, citée comme une -<span class="pagenum"><a id="Page_75"> 75</a></span> -de ses plus belles compositions<a id="FNanchor_161" href="#Footnote_161" class="fnanchor"> [161]</a>. Madame Duplessis-Guénégaud -brodait aussi avec une rare habileté, ainsi que -nous l'apprenons d'après des stances qui lui furent adressées -au sujet d'un petit sac brodé de sa main, tout rempli -de vers nouveaux<a id="FNanchor_162" href="#Footnote_162" class="fnanchor"> [162]</a>, qu'elle avait donné à mademoiselle -du Vigean.</p> - -<p>Ce que madame de Sévigné dit de M. de Cessac est -bien remarquable quand on a scruté la vie de ce personnage. -Elle l'appelle d'abord, par plaisanterie, notre oncle, -parce que probablement il était parent de madame Duplessis-Guénégaud; -puis elle ajoute «qu'elle le craint, -parce qu'elle ne le connaît guère.» Était-ce talent de physionomiste? -était-ce une sorte de pressentiment qui faisait -éprouver à madame de Sévigné un peu d'effroi à la -seule vue de M. de Cessac? ou plutôt serait-ce par une sorte -de contre-vérité qu'elle exprime ce qu'elle pense de l'immoralité -dont M. de Cessac donna, par la suite, des -preuves qui le perdirent? De Cessac était le frère cadet de -Louis Guilhem de Castelnau, comte de Clermont-Lodève, -avec lequel, au grand détriment de celui-ci, il a été à tort -confondu<a id="FNanchor_163" href="#Footnote_163" class="fnanchor"> [163]</a>. N'ayant rien à prétendre dans l'héritage paternel, -qui revenait en entier de droit à son frère aîné, et -réduit à sa légitime, de Cessac dut chercher à se créer une -existence. Il se fit d'abord abbé; mais, ne se sentant nullement -propre à l'état ecclésiastique, il obtint un régiment -de cavalerie, et, sous le ministère du cardinal Mazarin, -<span class="pagenum"><a id="Page_76"> 76</a></span> -il gagna au jeu, en trichant, des sommes énormes<a id="FNanchor_164" href="#Footnote_164" class="fnanchor"> [164]</a> au -financier d'Hervart. De Cessac osa, chez le roi, exercer -sa coupable industrie; pris sur le fait, il fut simplement -exilé et obligé de se défaire de sa charge; ensuite -compromis dans l'affaire des poisons; puis rappelé; -et, par tous ces motifs, nous verrons plusieurs fois -reparaître son nom sous la plume de madame de Sévigné<a id="FNanchor_165" href="#Footnote_165" class="fnanchor"> [165]</a>.</p> - -<p>Avec la jeune et nouvelle mariée, madame de Caderousse, -madame de Sévigné mentionne sa sœur Angélique -de Guénégaud, qui était encore trop jeune pour être -produite dans le monde, lorsque de Pomponne partit pour -aller à Stockholm; voilà pourquoi madame de Sévigné dit -qu'elle était pour lui un fruit nouveau. Depuis, elle épousa -le comte François de Boufflers, frère aîné du maréchal -<span class="pagenum"><a id="Page_77"> 77</a></span> -de ce nom. Elle devint veuve presque aussitôt après ses -noces; une lettre de madame de Sévigné nous apprend -la singulière et tragique aventure de son mari, qui a -fourni à la Fontaine le sujet d'une fable<a id="FNanchor_166" href="#Footnote_166" class="fnanchor"> [166]</a>.</p> - -<p>Ces trois jeunes personnes, madame de Caderousse, -mademoiselle de Guénégaud et mademoiselle de Sévigné, -dans la fraîcheur et dans la joie du bel âge, égayèrent la -société par leurs folâtres jeux; et comme des mouches -brillantes, auxquelles madame de Sévigné les compare, -elles voltigeaient partout, se mêlaient à tout sans jamais -s'arrêter à rien.</p> - -<p>Cependant, même au milieu des plaisirs et de la tranquillité -intérieure, la guerre produisait ses résultats ordinaires. -«Presque tout le monde, dit madame de Sévigné -en terminant sa lettre à de Pomponne, est en inquiétude de -son frère ou de son mari; car, malgré toutes nos prospérités, -il y a toujours quelque blessé ou quelque tué. Pour -moi, qui espère y avoir quelque gendre, je souhaite, en -général, la conservation de toute la chevalerie<a id="FNanchor_167" href="#Footnote_167" class="fnanchor"> [167]</a>.»</p> - -<p>On voit, par ces mots, qu'elle ne trouvait digne de s'allier -aux Rabutin et aux Sévigné que la noblesse d'épée, -et qu'elle excluait celle de robe.</p> - -<p>Sa correspondance ne nous apprend pas si elle attendit -à la campagne le commencement de ce qu'elle appelle les -magies d'Amalthée<a id="FNanchor_168" href="#Footnote_168" class="fnanchor"> [168]</a>, c'est-à-dire l'ouverture du théâtre de -<span class="pagenum"><a id="Page_78"> 78</a></span> -Fresnes, qui ne devait avoir lieu qu'à la Saint-Martin<a id="FNanchor_169" href="#Footnote_169" class="fnanchor"> [169]</a>; -ou si, revenue dans la capitale, elle alla jouir, à l'hôtel de -Bourgogne ou au Palais-Royal, des enchantements produits -par des magiciens bien autrement puissants sur la -scène que ceux de madame Duplessis-Guénégaud. Alors -Molière faisait représenter, avec son <i>Misanthrope</i>, ce joli -acte du <i>Sicilien</i> ou <i>l'Amour peintre</i>, qui, par la délicatesse -des sentiments, les grâces du dialogue, le comique -de bon ton et la pureté du style, devait tant plaire à -madame de Sévigné et à toutes les précieuses qui avaient -fréquenté l'hôtel de Rambouillet; et le talent de Racine, -à peine annoncé par le succès de la tragédie d'<i>Alexandre</i>, -brillait de tout son éclat dans la tragédie d'<i>Andromaque</i>, -chaque jour applaudie avec un enthousiasme dont on n'avait -pas été témoin depuis <i>le Cid</i><a id="FNanchor_170" href="#Footnote_170" class="fnanchor"> [170]</a>.</p> - -<p>Une lettre de mademoiselle de Sévigné nous fait croire -que madame de Sévigné put assister aux premières représentations -de ce chef-d'œuvre tragique et qu'elle passa -l'automne à Paris. Cette lettre est adressée à l'abbé le Tellier, -qui voyageait alors en Italie et se trouvait à Rome, -où il s'était rendu probablement à l'époque du conclave -ouvert après la mort d'Alexandre VII<a id="FNanchor_171" href="#Footnote_171" class="fnanchor"> [171]</a>. L'abbé le Tellier -<span class="pagenum"><a id="Page_79"> 79</a></span> -était fils et frère de ministres. Déjà pourvu de cinq ou six -abbayes, il préludait ainsi à l'épiscopat, qu'il obtint -l'année suivante, avec la coadjutorerie à l'archevêché de -Reims, où il fut lui-même nommé quatre ans après<a id="FNanchor_172" href="#Footnote_172" class="fnanchor"> [172]</a>. -C'était un homme hardi, orgueilleux, pétulant, spirituel, -plus propre à manier le sabre qu'à porter la crosse, fort -répandu dans le monde, aimable avec les femmes<a id="FNanchor_173" href="#Footnote_173" class="fnanchor"> [173]</a>. -Avant de partir, il avait dit à mademoiselle de Sévigné -qu'il pousserait la hardiesse jusqu'à lui écrire, et il ne -le fit pas. C'est pour lui reprocher ce manque de parole -que mademoiselle de Sévigné lui écrivit la lettre suivante:</p> - -<p class="letter">LETTRE DE MADEMOISELLE DE SÉVIGNÉ<br /> -A L'ABBÉ LE TELLIER.</p> - -<p class="dater">«21 octobre 1667.</p> - -<p>«Vous m'avez menacée d'une si grande hardiesse quand -vous auriez passé les monts que je n'osais l'augmenter -par une de mes lettres; mais je vois bien, monsieur, que -je n'ai rien à craindre que votre oubli; et c'est la marque -d'un si grand mépris, après qu'on a promis aux gens de -se souvenir d'eux, que j'en suis fort offensée. J'étais déjà -<span class="pagenum"><a id="Page_80"> 80</a></span> -préparée à la liberté que vous deviez prendre de m'écrire, -et je ne saurais m'accoutumer à celle que vous prenez de -m'oublier. Vous voyez que je ne vous la donne pas longtemps. -J'ai soin de mes intérêts. Je n'ai pas même voulu -les mettre entre les mains de madame de Coulanges, pour -vous faire ressouvenir de moi. Il m'a paru qu'elle n'était -pas propre à vous en faire souvenir agréablement. Il ne -faut point confondre tant de rares merveilles, et je ne -prendrai point de chemins détournés pour me mettre du -nombre de vos amies. Je serais honteuse de devoir cet -honneur à d'autres qu'à moi. Je vous marque assez l'envie -que j'en ai en faisant un pas comme celui de vous écrire: -s'il ne suffit, et que vous ne m'en jugiez pas digne, j'en -aurai l'affront; mais aussi ma vanité sera satisfaite si je -viens à bout de cette entreprise. Je suis votre servante.</p> - -<p class="signature">«M. (Marguerite) <span class="small1">de Sévigné</span>.</p> - -<p>«Ma mère est votre très-humble servante.»</p> - -<hr class="tb" /> - -<p>Peut-être n'est-il pas au-dessous du soin que le biographe -doit prendre de n'omettre aucun des détails qui puissent -jeter quelque jour sur les inclinations et les habitudes des -temps et des personnages qu'il a entrepris de faire connaître -de dire ici que cette lettre de mademoiselle de Sévigné, -trouvée à la Bibliothèque royale parmi les papiers -de l'archevêque de Reims, avait été close au moyen d'une -faveur couleur de rose, retenue aux deux bouts par un -double cachet carré, très-petit, en cire noire, portant l'empreinte -d'une grenade fermée, avec ces mots italiens: <i>Il -piv</i> (piu). <i>grato</i>, <i>nasconde</i>: «Ce qu'elle a de meilleur, -elle le cache.» On reconnaît ici le goût, si général alors, -<span class="pagenum"><a id="Page_81"> 81</a></span> -pour les emblèmes et les devises. Les carrousels et les -ballets, si fréquents dans les fêtes de la cour depuis le règne -du dernier roi, avaient introduit cette mode, qui fut adoptée -et propagée par les beaux esprits galants et les -<i>précieuses</i> chevaleresques de l'hôtel de Rambouillet. Ce -goût était partagé par madame de Sévigné, et elle l'avait -communiqué à sa fille. Clément, conseiller à la cour des -aides et intendant du duc de Nemours, avait, dans sa riche -bibliothèque, réuni les ouvrages sur les emblèmes et les -devises publiées en différentes langues, mais plus particulièrement -en italien; lui-même composait des devises fort -ingénieuses, et avait acquis par là une petite célébrité. -Ce fut lui qui donna à mademoiselle de Sévigné la devise -gravée sur son cachet, devise que, depuis, madame de -Coulanges appliqua à la Dauphine<a id="FNanchor_174" href="#Footnote_174" class="fnanchor"> [174]</a>.</p> - -<div class="chapter"> -<p><span class="pagenum"><a id="Page_82"> 82</a></span></p> -<h2 class="normal">CHAPITRE V.<br /> -<span class="medium">1668-1669.</span></h2> -</div> - -<p class="hanging indent">Louis XIV s'empare de la Franche-Comté.—Formation de la triple -alliance.—Louis XIV avait le génie du gouvernement, mais non le -génie militaire.—Avis différents donnés par les généraux et les -ministres.—Ces derniers l'emportent.—La paix d'Aix-la-Chapelle -est conclue.—Louis XIV rend la Franche-Comté et garde les -conquêtes de Flandre.—Fêtes données à Versailles le 18 juillet -1668.—Madame et mademoiselle de Sévigné y étaient.—Relation -manuscrite de cette fête par l'abbé de Montigny, ami de madame -de Sévigné.—Pourquoi cette relation est préférable à celle que -Félibien a publiée.—Magnificence des divertissements.—Trois -cents dames furent invitées à cette fête.—On y joue, pour la première -fois, la comédie de <i>George Dandin</i>, de Molière.—Molière -compose aussi les vers des intermèdes et des ballets mis en musique -par Lulli.—Madame et mademoiselle de Sévigné soupent à la table -du roi.—Bruits qui couraient sur l'inclination de Louis XIV pour -mademoiselle de Sévigné.—Le duc de la Feuillade cherchait à faire -naître cette inclination.—Lettre de madame de Montmorency à -Bussy de Rabutin à ce sujet.—Réponse de Bussy.—<span class="small1">Madame</span> favorise -la princesse de Soubise auprès du roi.—La froideur de mademoiselle -de Sévigné la garantit de la séduction.—L'infidélité de -Louis XIV envers la Vallière était la cause de toutes ces intrigues.—Madame -de Montespan n'était pas encore maîtresse en titre.—A -la fête, madame de Montespan n'était point à la table du roi.—A -la même table étaient madame de Montespan et madame Scarron.—Détails -sur madame Scarron.—Elle veut s'exiler.—Madame -de Montespan la protége, et fait rétablir sa pension.—Madame de -Sévigné se rencontrait fréquemment avec elle.—Madame Scarron -tourne à la grande dévotion.—Elle est satisfaite de son sort.—Publication -des lettres et œuvres inédites de Scarron.</p> - -<p class="space">De tous côtés on négociait<a id="FNanchor_175" href="#Footnote_175" class="fnanchor"> [175]</a>: toutes les puissances voulaient -faire cesser la guerre que l'ambition de Louis XIV -<span class="pagenum"><a id="Page_83"> 83</a></span> -avait allumée; toutes voulaient mettre un terme aux -agrandissements de la France. Les Espagnols espéraient -obtenir des rigueurs de l'hiver une trêve que le vainqueur -voulait leur faire acheter à trop haut prix. En effet, toutes -les opérations militaires étaient suspendues; une partie des -troupes qui avaient servi à l'envahissement des Pays-Bas -rentraient forcément dans l'intérieur. En même temps, -des régiments qui se trouvaient dans le Midi marchaient -vers le Nord; mais on savait que leur destination était -pour la Bourgogne, et que le prince de Condé, gouverneur -de cette province, y devait tenir les états<a id="FNanchor_176" href="#Footnote_176" class="fnanchor"> [176]</a>. De -fréquents courriers étaient dépêchés par ce prince à un -grand nombre d'officiers généraux, avec injonction de -se rendre sans délai près de lui à Dijon. Les approvisionnements -et les apprêts de tout ce qui était nécessaire -pour entrer en campagne étaient hâtés par le roi, au milieu -de l'hiver, avec une activité inaccoutumée. On sut -que, pour pouvoir suffire à tous les ordres qu'il donnait, -il interrompait ses heures de sommeil; et on vit bien qu'il -n'était pas, comme il voulait le faire croire, uniquement -occupé des plaisirs de sa cour, des embellissements du -château de Saint-Germain et des grandes et étonnantes -constructions qui s'exécutaient à Versailles. L'imminence -du danger fit sortir de son assoupissement l'indolence -espagnole, et bientôt le secret que le roi de France -avait dissimulé avec tant de soin fut divulgué, mais -trop tard. Par des marches habilement déguisées, une -armée, dont les divers corps étaient naguère disséminés -dans toutes les parties du royaume, se trouva tout -à coup réunie et prête à marcher. Condé, qui n'avait supporté -<span class="pagenum"><a id="Page_84"> 84</a></span> -qu'avec douleur le repos auquel il avait été condamné, -en prit le commandement. En deux jours, il -s'empare de Besançon<a id="FNanchor_177" href="#Footnote_177" class="fnanchor"> [177]</a>; Luxembourg, qui servait sous -lui, prend en même temps Salins<a id="FNanchor_178" href="#Footnote_178" class="fnanchor"> [178]</a>. Dôle veut résister: -Louis XIV y vient en personne, et, après quatre jours -de siége, s'en rend maître<a id="FNanchor_179" href="#Footnote_179" class="fnanchor"> [179]</a>. Deux jours après, Gray se -donne à lui, et toute la Franche-Comté lui fait sa soumission. -La conquête de cette grande et belle province -fut achevée durant le plus grand froid de l'année, -entre le 7 et le 22 février (1668), c'est-à-dire en quinze -jours<a id="FNanchor_180" href="#Footnote_180" class="fnanchor"> [180]</a>.</p> - -<p>Cependant, aussitôt que les alliés de Louis XIV avaient -commencé à pénétrer le secret de ses desseins, ils s'étaient -tournés contre lui. Dès le mois de janvier de cette année, -l'Angleterre, la Suède et la Hollande avaient projeté -entre elles une triple alliance, qui fut confirmée presque -aussitôt après la conquête de la Franche-Comté. De concert -avec l'Espagne, ces puissances ouvrirent des négociations -avec l'ambitieux conquérant, pour le forcer à la -paix<a id="FNanchor_181" href="#Footnote_181" class="fnanchor"> [181]</a>.</p> - -<p>Louis XIV ne manquait pas de bravoure; il était froid -et calme au milieu du danger; il savait s'y exposer, pour -l'exemple. Il en donna des preuves au siége de Lille, jusqu'à -mécontenter sérieusement Turenne; mais ce n'était -<span class="pagenum"><a id="Page_85"> 85</a></span> -pas par entraînement et par goût que Louis XIV aimait les -batailles, c'était pour l'agrandissement de la France, qui -en devait être le résultat. Quoique pendant son jeune âge il -eût avec toute la cour toujours suivi les armées, il s'était -peu appliqué à la stratégie. Mazarin, qui avait voulu prendre -un grand ascendant sur son esprit, avait plutôt cherché -à le rendre attentif aux choses où lui-même excellait -qu'à celles qu'il ignorait. Il l'avait rendu plus habile à -conduire les affaires d'un royaume qu'à commander les armées. -Cependant le bon sens du jeune monarque et son -instinct de gloire lui avaient révélé que l'art du commandement -et les talents guerriers étaient les qualités les plus -essentielles à un roi de France, sans cesse obligé de comprimer -l'envie ou l'ambition des grandes puissances -qui l'environnent. Depuis qu'il gouvernait par lui-même, -Louis XIV s'était appliqué à acquérir tout ce qui lui -manquait à cet égard; et, dans la campagne de Lille, il -avait noblement et hautement déclaré qu'il se mettait -sous la direction de M. de Turenne, pour prendre de lui -des leçons sur le grand art de la guerre<a id="FNanchor_182" href="#Footnote_182" class="fnanchor"> [182]</a>. En étudiant -soigneusement la correspondance particulière de Louis XIV -avec ses généraux et ses ministres, on voit qu'il était -doué d'une bonne mémoire, qu'il avait un grand esprit -de détail et beaucoup de persévérance dans tout ce qu'il -entreprenait. Il était parfaitement instruit de ce qui concerne -l'administration et le matériel d'une armée; il -était même devenu savant dans les campements, les -évolutions des troupes et dans la conduite des siéges. -Mais cette perspicacité qui révèle les moyens de tirer -<span class="pagenum"><a id="Page_86"> 86</a></span> -tout le parti possible des hommes que l'on commande -et du terrain sur lequel on doit les faire mouvoir; -qui, par des plans savamment combinés, sait -préparer les succès d'une campagne, prévoit tous les obstacles, -et devine toutes les chances de succès ou de revers; -cette vivacité de conception qui permet de changer -et de modifier sans cesse les projets conçus, selon les -entreprises habiles ou inhabiles de l'ennemi; enfin, ce -coup d'œil qui sur un champ de bataille, d'après l'aspect -du terrain et des forces qui s'y trouvent réunies, aperçoit -aussitôt et comme par inspiration toutes les dispositions -qu'il faut prendre, tous les ordres qui sont à donner -pour disputer ou s'assurer la victoire; ce calme et cette -présence d'esprit qui, au milieu de la destruction et du désordre -des combats, suit avec méthode ses combinaisons, -en reforme de nouvelles selon les alternatives de la -fortune, et, toujours à propos, fait la part de l'audace et -celle de la prudence, tout cela manquait à Louis XIV<a id="FNanchor_183" href="#Footnote_183" class="fnanchor"> [183]</a>. -Tout cela constitue le génie guerrier, et le génie ne s'apprend -pas; il résulte d'une organisation et d'un ensemble -de facultés que les circonstances exaltent, que -l'étude et l'application perfectionnent, mais qu'elles ne -peuvent donner. La nature, qui fait le poëte sublime et -l'orateur puissant, fait aussi le grand capitaine. Condé et -Turenne s'étaient, dès leur plus jeune âge, montrés dans -les batailles supérieurs à tous ceux de leur temps; il en fut -ainsi d'Alexandre et de César dans l'antiquité, et, dans nos -temps modernes, de Frédéric et de Napoléon. Louis XIV, -s'il n'était pas né roi, aurait pu être un Colbert ou un -<span class="pagenum"><a id="Page_87"> 87</a></span> -Louvois; mais il n'eût jamais pu être un Turenne ni un -Condé. Ses ministres ne l'ignoraient pas; et, intéressés -à seconder ses penchants et à le flatter par des choses -dans lesquelles il excellait, ils désiraient la paix, qui devait -augmenter leur influence et annuler celle des généraux -et des guerriers, dont la cour était presque entièrement -composée. Turenne surtout portait ombrage aux -ministres: non-seulement le roi avait en lui une entière -confiance pour tout ce qui concernait la guerre, mais il le -consultait et l'employait secrètement pour les affaires politiques. -Familier et affectueux avec les simples officiers, -ayant pour les soldats des soins paternels, Turenne était -adoré des uns et des autres; mais l'ambition qu'il montrait -pour l'élévation de sa maison, sa hauteur et sa dureté -envers les autres généraux lui faisaient de nombreux -ennemis, et les ministres trouvaient en eux un appui -pour combattre l'ascendant qu'il prenait chaque jour sur -l'esprit du roi<a id="FNanchor_184" href="#Footnote_184" class="fnanchor"> [184]</a>. Ils engagèrent donc celui-ci à écouter les -propositions de paix qui lui étaient faites. Il ne devait -pas, suivant eux, effrayer plus longtemps l'Europe en -montrant une trop grande avidité pour les conquêtes. Il -était urgent de diviser et de rompre la triple alliance -avant qu'elle se fût transformée en une coalition nombreuse -et formidable. La paix pouvait assurer pour toujours -à l'État une partie des conquêtes du roi, et il dépendait -du roi de la conclure. Plus tard, s'il éprouvait -des revers ou même une plus grande résistance, la lutte -pouvait se prolonger de manière à épuiser les ressources -du royaume. Condé et Turenne ouvraient un avis contraire. -<span class="pagenum"><a id="Page_88"> 88</a></span> -L'armée, en quelque sorte, n'avait pas eu d'ennemis -à combattre; elle n'avait éprouvé aucune perte -notable; c'était une des plus belles, une des mieux pourvues -d'artillerie et de toutes sortes de munitions qu'on -eût encore rassemblée. Pleine d'ardeur et sous la conduite -de son roi, ses succès seraient aussi certains que rapides: -il fallait donc la faire marcher sur les Pays-Bas et en -achever la conquête. Elle serait accomplie avant même que -la triple alliance ait eu le temps de rassembler ses troupes. -Alors la paix offerte par le roi deviendrait plus facile -à conclure avantageusement. Si, à la première annonce -d'une coalition, on prenait le parti de la modération, on -donnerait à la triple alliance plus de confiance en ses forces. -Le prompt résultat qu'elle aurait dès à présent obtenu -lui démontrerait la nécessité de resserrer ses liens, afin -de se prémunir contre les dangers à venir. Ce n'était donc -pas là le moment de poser les armes, mais bien de continuer -la guerre<a id="FNanchor_185" href="#Footnote_185" class="fnanchor"> [185]</a>. Ce conseil était sans nul doute le meilleur -à suivre; mais Louis XIV voulait terminer Versailles, -et il était dans le premier feu de son amour pour madame -de Montespan<a id="FNanchor_186" href="#Footnote_186" class="fnanchor"> [186]</a>. L'opinion de ses ministres fut préférée -à celle de ses généraux: la paix d'Aix-la-Chapelle fut -conclue. La France rendit la Franche-Comté, et garda -les conquêtes qu'elle avait faites en Flandre<a id="FNanchor_187" href="#Footnote_187" class="fnanchor"> [187]</a>.</p> - -<p>A la suite de ces glorieuses et profitables expéditions, -les promotions de maréchaux et d'autres grâces conférées -<span class="pagenum"><a id="Page_89"> 89</a></span> -par le monarque répandirent la joie à la cour: une -diminution dans les impôts, des encouragements donnés -aux arts et à l'industrie par des dons gratuits, une nombreuse -quantité d'ouvriers et d'artistes employés aux constructions -ou embellissements de Versailles, du Louvre, -des Tuileries, de Fontainebleau, de Chambord firent circuler -l'argent dans toutes les classes<a id="FNanchor_188" href="#Footnote_188" class="fnanchor"> [188]</a>. C'est dans ces circonstances -et au milieu du bonheur général que Louis XIV -donna une de ces fêtes qui, par l'éclat et la magnificence -qu'il savait y mettre, devenaient l'objet de l'attention -et de l'admiration de l'Europe. Cette fête commença le -18 juillet (1668) le matin, et se termina le lendemain à -l'aurore. Elle eut lieu dans le château et les jardins de -Versailles, qui, quoique non encore achevés, surpassaient -déjà en magnificence toutes les demeures royales qu'on -avait construites auparavant, comme elle surpasse encore -toutes celles qu'on a élevées depuis<a id="FNanchor_189" href="#Footnote_189" class="fnanchor"> [189]</a>. Cette fête n'avait -rien de la pompe chevaleresque et guerrière du fameux -carrousel de 1662; mais le grand nombre de belles femmes -qui s'y trouvaient réunies et qui y figuraient; la magnificence -de ces grandes galeries, ornées de dorure et des -chefs-d'œuvre des grands peintres; les cascades des jardins, -les jets d'eau, les statues de marbre et de bronze; -la lumière d'un beau soleil, les frais ombrages, les fleurs; -les emblèmes ingénieux, les décorations, les costumes, les -<span class="pagenum"><a id="Page_90"> 90</a></span> -chants, les danses, les festins; la comédie joyeuse de -Molière et la musique de Lulli; les explosions bruyantes -et volcaniques des feux d'artifice, les lustres, les illuminations, -les globes de feu et toutes les pompes de la -nuit; enfin, cette multiplicité de divertissements, de plaisirs -et de surprises, qui variaient à toutes les heures et -auxquelles les heures ne pouvaient suffire, tout contribua -à donner à cette fête un caractère de féerie, qui laissa -des souvenirs enchanteurs, ineffaçables à toutes les personnes -qui y avaient assisté.</p> - -<p>Madame de Sévigné et sa fille étaient de ce nombre: -nous l'apprenons par une lettre du petit abbé de Montigny<a id="FNanchor_190" href="#Footnote_190" class="fnanchor"> [190]</a>. -Cette lettre est une relation de la fête, écrite le -lendemain par ordre de la reine, pour être envoyée au -marquis de Fuentès<a id="FNanchor_191" href="#Footnote_191" class="fnanchor"> [191]</a>, précédemment ambassadeur d'Espagne -en France et alors en résidence à Madrid<a id="FNanchor_192" href="#Footnote_192" class="fnanchor"> [192]</a>. Cette -relation est bien supérieure par le style et par les curieux -détails qu'elle renferme à celle qui a été donnée par Félibien -et dont on encombre les éditions de Molière<a id="FNanchor_193" href="#Footnote_193" class="fnanchor"> [193]</a>, par -la seule raison que notre grand comique composa, pour -les intermèdes et les ballets de cette fête, des vers aussi -<span class="pagenum"><a id="Page_91"> 91</a></span> -doucereux que ceux de Benserade, et y fit jouer la comédie -de <i>George Dandin</i> ou <i>le Mari confondu</i>.</p> - -<p>Nous savons, par la lettre de Montigny, que les dames -invitées étaient au nombre de trois cents. Toutes se rendirent -dès le matin, parées pour la journée, au château -de Versailles. On avait orné et parfumé les appartements -pour les recevoir. Afin qu'elles ne fussent pas gênées par -les lois de l'étiquette, et qu'elles pussent parcourir à leur -gré les appartements de ce somptueux séjour et se rendre -plus librement aux offres qui leur étaient faites par les -officiers du roi, chargés de se conformer à leurs désirs, -Louis XIV s'était retiré, avec toute la famille royale, dans -un pavillon voisin du château. Après avoir fait leur premier -repas, elles descendirent toutes dans le jardin, -montèrent dans des calèches qu'on leur avait préparées, -et accompagnèrent la reine dans une promenade autour -du parc. Quand cette promenade fut terminée, on vit -commencer les enchantements de cette fête ravissante. -Après chaque divertissement, les calèches se trouvaient -prêtes pour transporter les dames aux lieux où les attendaient -des jouissances nouvelles et inattendues. Tous les -ambassadeurs assistaient à cette fête, et on y remarquait -beaucoup d'étrangers, surtout beaucoup d'Anglais, -venus à la suite du beau duc de Montmouth, dont les -attentions pour Henriette d'Angleterre excitaient la jalousie -du duc d'Orléans et affermissaient dans son esprit -le crédit du chevalier de Lorraine, ennemi de cette princesse<a id="FNanchor_194" href="#Footnote_194" class="fnanchor"> [194]</a>.</p> - -<p>Vers la fin de la journée et lors du souper et du feu -<span class="pagenum"><a id="Page_92"> 92</a></span> -d'artifice, les jardins furent ouverts au public; des rafraîchissements -furent distribués à tous ceux qui en voulurent; -et le peuple put participer à ce que cette fête offrait -pour lui de plus surprenant et déplus éclatant.</p> - -<p>L'abbé de Montigny avait joint à sa lettre des listes de -toutes les dames invitées, indiquant de quelle manière -elles se trouvaient placées au souper, qui fut le repas principal -de la journée. Ces détails ne sont pas sans intérêt, -parce qu'ils jettent du jour sur la position des personnages -de la haute société de cette époque et sur les intrigues -de cour, que la jeunesse du roi et ses galantes inclinations -rendaient très-actives.</p> - -<p>Madame de Sévigné et sa fille étaient placées à la table -du roi, et sont inscrites sur la liste après madame de la -Fayette et avant madame de Thianges. Cette circonstance -dut singulièrement accréditer les bruits qu'on avait -répandus de l'inclination du roi pour mademoiselle de -Sévigné. Madame de Montmorency, faisant part à Bussy -de ce qui se disait à la cour, lui écrit, le 15 juillet 1668 -(trois jours avant la fête): «Pour des nouvelles, vous saurez -que M. de Rohan parle avec mépris de madame de -Mazarin. Il dit qu'on veut avoir ses bonnes grâces, mais -sans en faire cas quand on les a. On croit qu'il retourne à -madame de Soubise, que <span class="small1">Madame</span> fait valoir tant qu'elle -peut auprès du roi, et souhaite fort cette galanterie. D'un -autre côté, la Feuillade fiait ce qu'il peut pour mademoiselle -de Sévigné; mais cela est encore bien faible.» Bussy, -cet homme si fier et si hautain, loin de voir un déshonneur -pour sa famille dans la supposition que le roi pourrait -jeter les yeux sur mademoiselle de Sévigné, répond -à madame de Montmorency, le 17 juillet (c'est-à-dire la -veille de la fête): «Je serais fort aise que le roi s'attachât -<span class="pagenum"><a id="Page_93"> 93</a></span> -à mademoiselle de Sévigné, car la demoiselle est fort de -mes amies, et il ne pourrait être mieux en maîtresse<a id="FNanchor_195" href="#Footnote_195" class="fnanchor"> [195]</a>.» -Le même jour, Bussy écrit à sa cousine pour lui recommander -une affaire, et, en terminant sa lettre, il ne -manque pas de lui parler de sa fille: «Je suis bien à vous, -ma chère cousine, et à la plus jolie fille de France; je n'ai -que faire, après cela, de faire mon compliment à mademoiselle -de Sévigné<a id="FNanchor_196" href="#Footnote_196" class="fnanchor"> [196]</a>.» Cette préoccupation de Bussy -pour mademoiselle de Sévigné fait présumer qu'il savait -gré à la Feuillade de ses projets; parce qu'il voyait dans -leur réussite une chance favorable à son ambition.</p> - -<p>Au reste, toutes ces rumeurs, toutes ces intrigues provenaient -de ce que la liaison du roi avec madame de Montespan, -encore enveloppée des voiles du mystère, n'était -considérée que comme un goût passager: on s'aperçut -dès lors que la maîtresse en titre avait cessé d'occuper -la première place dans le cœur du monarque, et que des -rivales, plus belles et plus jeunes, pouvaient tenter de ta -supplanter. Madame de Sévigné nous fournira l'occasion -de faire remarquer par la suite le succès des intrigues -conduites, avec une si grande réserve et une si habile -dissimulation, par madame de Soubise, et déjà signalées -dans la lettre de madame de Montmorency. Quant à -mademoiselle de Sévigné, sa froideur dédaigneuse, jointe -à la vertu vigilante de sa mère, la garantit d'un péril qui -ne fut peut-être jamais bien menaçant et que probablement -elle ne connut qu'après son mariage.</p> - -<p><span class="pagenum"><a id="Page_94"> 94</a></span> -Madame de la Trousse, cette tante de madame de Sévigné -dont il est si souvent fait mention dans ses lettres, -se trouvait aussi à la même table qu'elle; mais elle est -nommée après madame de Thianges. Au reste, Félibien -remarque qu'à cette table du roi, après que lui et <span class="small1">Monsieur</span> -se furent assis, les dames qui avaient été nommées -pour y prendre place s'assirent sans garder aucun rang<a id="FNanchor_197" href="#Footnote_197" class="fnanchor"> [197]</a>.</p> - -<p>A la table présidée par madame d'Humières, dont le -mari, neveu de Bussy, venait d'être promu à l'éminente -dignité de maréchal de France, se trouvaient mademoiselle -de Bussy-Lameth, également parente de Bussy, et -la marquise de la Baume, qui s'était montrée si perfide -envers madame de Sévigné et Bussy<a id="FNanchor_198" href="#Footnote_198" class="fnanchor"> [198]</a>. A cette même table -était aussi madame la comtesse de Guitaut, amie intime -de madame de Sévigné, dame d'Époisses<a id="FNanchor_199" href="#Footnote_199" class="fnanchor"> [199]</a>; puis encore -madame de la Troche, autre amie de madame de Sévigné -et dont le nom reparaît si souvent dans sa correspondance<a id="FNanchor_200" href="#Footnote_200" class="fnanchor"> [200]</a>. -C'est elle dont l'abbé Arnauld, dans ses Mémoires, -loue l'esprit et la beauté quand il nomme celles -qui, particulièrement liées avec madame Renaud de Sévigné -et sa fille, faisaient les délices de la société de la -ville d'Angers en 1652<a id="FNanchor_201" href="#Footnote_201" class="fnanchor"> [201]</a>.</p> - -<p><span class="pagenum"><a id="Page_95"> 95</a></span> -Ce qui était digne de remarque, c'est que madame de -Montespan, qui avait dans cette fête le rôle principal, ne -se trouvait pas à la table du roi. Elle était placée à celle -dont la duchesse de Montausier faisait les honneurs, entre -la duchesse de Crussol et la duchesse de Gesvres. Il y avait -aussi à cette même table madame de Tallemont, madame -et mademoiselle de Raré, mademoiselle de Scudéry et -enfin madame Scarron. Réduite à l'indigence par la suppression -de la pension de deux milles livres que lui faisait -la reine mère, pension dont elle avait en vain sollicité le -rétablissement, madame Scarron avait refusé d'épouser -un homme riche de naissance, mais de mœurs dissolues. -Pour ne pas être à charge à ses puissants amis, qui offraient -de la recueillir chez eux, elle avait mieux aimé se -résoudre à s'expatrier, et consentir à se mettre à la suite -de mademoiselle d'Aumale, princesse de Nemours, qui -allait à Lisbonne pour être reine de Portugal. Mais madame -de Thianges, qui connaissait avec quelle répugnance -madame Scarron avait pris cette résolution, s'opposa à -son départ, et la présenta à sa sœur madame de Montespan, -qui la prit en amitié. Madame de Montespan, alors -au commencement de sa liaison avec le roi, obtint facilement -ce que les Richelieu, les Chalais, les d'Albret, les -Villeroy et madame d'Heudicourt avaient en vain sollicité<a id="FNanchor_202" href="#Footnote_202" class="fnanchor"> [202]</a>. -Malgré la vive opposition de Colbert, la pension de madame -Scarron fut rétablie. Louis XIV, habile à donner un -plus grand prix à toutes ses grâces par la manière dont il -<span class="pagenum"><a id="Page_96"> 96</a></span> -les conférait, tira parti de ses refus et de ses délais -mêmes, lorsque madame Scarron, présentée par madame -de Montespan, vint lui faire ses remercîments. «Madame, -lui dit-il, je vous ai fait attendre longtemps. J'ai été jaloux -de vos amis, et j'ai voulu avoir ce mérite auprès de -vous<a id="FNanchor_203" href="#Footnote_203" class="fnanchor"> [203]</a>.» Telle fut la première entrevue de deux êtres depuis -si intimement unis, séparés alors par un si grand -intervalle, qui croyaient n'avoir plus jamais aucune autre -occasion de se voir ou au moins de se parler. Pourtant -madame de Montespan continua de goûter de plus en plus -la société de madame Scarron, qui, toujours prudente et -réservée, ne se prodiguait pas, et tournait déjà à la -grande dévotion. Madame de Sévigné, qui avait été liée -avec Scarron, ne cessa point de voir sa veuve, et la rencontrait -souvent chez la maréchale d'Albret, à l'hôtel de -Richelieu et chez madame d'Heudicourt. Le public de -cette époque n'était pas encore déshabitué du style burlesque -mis en crédit par Scarron; et après lui Loret et -ses continuateurs avaient, par leurs gazettes du monde -élégant, continué à en maintenir la vogue dans la haute -société. Aussi les œuvres de Scarron<a id="FNanchor_204" href="#Footnote_204" class="fnanchor"> [204]</a>, qui furent alors -réunies et publiées avec ses lettres inédites, livrées à l'éditeur -par d'Elbène, eurent-elles un grand succès. Une de -ces lettres, adressée à madame de Sévigné<a id="FNanchor_205" href="#Footnote_205" class="fnanchor"> [205]</a>, dont nous -<span class="pagenum"><a id="Page_97"> 97</a></span> -avons déjà parlé à sa date, constatait l'admiration qu'avait -eue pour elle ce bel esprit bouffon; et plusieurs autres -lettres, de même pour la première fois publiées, démontraient -la sollicitude de Scarron pour sa femme, la tendresse -et le respect qu'elle avait su lui inspirer, et ajoutaient -encore à l'intérêt qu'on prenait à elle. L'ambition -de madame Scarron parut comblée lorsqu'on eut rétabli -sa pension. Du moins elle écrivit à madame de Chanteloup, -son amie: «Deux mille livres! c'est plus qu'il n'en -faut pour ma solitude et pour mon salut<a id="FNanchor_206" href="#Footnote_206" class="fnanchor"> [206]</a>.» Par la suite, -cette somme ne suffisait pas au salaire d'une de ses -femmes de service.</p> - -<div class="chapter"> -<p><span class="pagenum"><a id="Page_98"> 98</a></span></p> -<h2 class="normal">CHAPITRE VI.<br /> -<span class="medium">1668-1669.</span></h2> -</div> - -<p class="hanging indent">La fête donnée à Versailles ajoute à la célébrité de ce lieu.—La description -de Versailles, dans le roman de <i>Psyché</i>, de la Fontaine, -contribue au succès de cet ouvrage.—Madame de Sévigné lisait -tous les écrits de cet auteur.—Elle aimait les divertissements du -théâtre.—Elle approuvait Louis XIV d'avoir soutenu le <i>Tartuffe</i>.—Chefs-d'œuvre -de Molière, de la Fontaine, de Racine et de Boileau -qui parurent à cette époque.—Ce grand mouvement littéraire -exerce de l'influence sur le talent de madame de Sévigné.—L'amour -maternel suppléait chez elle à l'amour de la gloire.—Louis -XIV fait cesser les persécutions contre les jansénistes, et les -rappelle de leur exil.—Madame de Sévigné les revoit chez elle et -chez la duchesse de Longueville.—Elle lit les <i>Essais de morale</i> de -Nicole.—Succès du P. Desmares à Saint-Roch.—Prédiction de -madame de Sévigné sur le P. Bourdaloue. Elle se rétracte.—De -Bossuet.—Madame de la Fayette fait paraître <i>Zayde</i>;—Huet, son -<i>Traité sur l'origine des romans</i>.—Madame de Sévigné ignorait -qu'elle participerait à la gloire du grand siècle.—Elle se mettait -au-dessous de toutes les femmes auteurs de son temps.—Les lettres -qu'elle écrit à Bussy sont au nombre de ses meilleures.—Bussy -les recueille, et les insère dans ses Mémoires.—Inscription qu'il -met au bas du portrait de madame de Sévigné.—Elle et Bussy se -faisaient valoir mutuellement.—Mot de madame de Sévigné à ce -sujet.—Jugement que Bayle porte des lettres de madame de Sévigné -à Bussy.—Poëme d'Hervé de Montaigu sur le style épistolaire.—Éloge -qu'il fait de madame de Sévigné.—Elle a entretenu une -correspondance très-active avec le cardinal de Retz.—Retz s'était -volontairement retiré à Commercy.—Il s'était réconcilié avec -Louis XIV, auquel il rendit d'importants services.—Il va deux -fois à Rome, et contribue à la nomination de deux papes.—Madame -de Sévigné lui écrit pour lui recommander Corbinelli et -<span class="pagenum"><a id="Page_99"> 99</a></span> -une affaire qui intéresse le maréchal d'Albret.—Réponse qu'elle -en reçoit.</p> - -<p class="space">L'éclat et la pompe de la grande fête qui eut lieu à Versailles, -après la paix d'Aix-la-Chapelle, avaient donné -beaucoup de célébrité à cette ville nouvelle, à ce château, à -ces jardins, à ce parc, magnifiques créations de Louis XIV, -presque aussi rapides et aussi étonnantes que ses conquêtes. -La Fontaine fit alors paraître son charmant poëme d'<i>Adonis</i> -et son gracieux roman de <i>Psyché</i><a id="FNanchor_207" href="#Footnote_207" class="fnanchor"> [207]</a>. Les descriptions -du lieu où l'auteur a placé les interlocuteurs de ce roman -nous paraissent avec raison aujourd'hui un hors-d'œuvre; -mais alors, au contraire, ces descriptions, où la -poésie venait au secours de la prose, contribuèrent beaucoup -au succès de l'ouvrage. Versailles était alors si peu -connu, et tant de personnes cependant avaient pu récemment -admirer ce prodige, tant d'autres n'en avaient rien -appris que par des récits vulgaires, que la Fontaine intéressait -tous les lecteurs en s'adressant aux souvenirs -des uns et à l'imagination des autres. Le sujet de ce volume -était encore l'amour, non cet amour sensuel dont -l'auteur s'était trop complu à tracer la dangereuse peinture -dans ses deux recueils de contes, mais cet amour -que l'âme partage et dont il dit que les peines sont plus -douces que les plaisirs<a id="FNanchor_208" href="#Footnote_208" class="fnanchor"> [208]</a>. Un an avant l'apparition de -ce roman, la Fontaine s'était acquis une gloire plus durable -<span class="pagenum"><a id="Page_100"> 100</a></span> -par la publication de son premier recueil de <i>Fables</i>, -dédié au jeune Dauphin. Le duc de Montausier avait été -nommé gouverneur de ce prince, Bossuet son précepteur, -et Huet son sous-précepteur<a id="FNanchor_209" href="#Footnote_209" class="fnanchor"> [209]</a>. La noble conduite de -la Fontaine lors de la disgrâce de Fouquet avait accru -l'amitié de madame de Sévigné pour ce poëte. Elle faisait -ses délices de ses écrits, et nous apprenons par ses lettres -qu'elle lui pardonnait les licencieuses productions de sa -muse<a id="FNanchor_210" href="#Footnote_210" class="fnanchor"> [210]</a>. Madame de Sévigné ne partageait pas non plus -le rigorisme des jansénistes ses amis, qui voulaient proscrire -comme irréligieux les divertissements du théâtre. Elle -les aimait: une plaisanterie qui lui est échappée<a id="FNanchor_211" href="#Footnote_211" class="fnanchor"> [211]</a>, sur -l'abbé Roquette, démontre qu'elle approuvait Louis XIV -d'avoir résisté à ceux qui s'opposaient à la représentation -du <i>Tartuffe</i>. Elle trouvait bon qu'il eût employé plus de -temps pour élever sur la scène française ce chef-d'œuvre -de Molière et pour l'y maintenir que pour conquérir la -Flandre et la Franche-Comté<a id="FNanchor_212" href="#Footnote_212" class="fnanchor"> [212]</a>.</p> - -<p>Malgré l'admiration un peu trop exclusive de madame -de Sévigné pour Corneille et l'approbation qu'elle avait -donnée, dans sa jeunesse, aux poëtes médiocres qui s'étaient -acquis de la réputation, les chefs-d'œuvre dont le -théâtre et la presse enrichissaient la littérature durent, -à cette époque, être pour elle la source de vives jouissances. -<span class="pagenum"><a id="Page_101"> 101</a></span> -C'est pendant les deux années qui précédèrent -celles où madame de Sévigné commença à laisser courir -journellement sa plume pour correspondre avec sa fille -que l'on vit éclore les productions littéraires les plus propres -à développer le goût du beau et du naturel. Ce fut -dans cet espace de temps qu'on joua pour la première -fois <i>les Plaideurs</i> de Racine et sa tragédie de <i>Britannicus</i><a id="FNanchor_213" href="#Footnote_213" class="fnanchor"> [213]</a>; -que Molière fit représenter et imprimer le <i>Tartuffe</i><a id="FNanchor_214" href="#Footnote_214" class="fnanchor"> [214]</a>, -<i>le Misanthrope</i>, <i>l'Amphitryon</i>, <i>l'Avare</i>; que la Fontaine -publia ses <i>Fables choisies</i><a id="FNanchor_215" href="#Footnote_215" class="fnanchor"> [215]</a>, Boileau ses deux premières -<i>Épîtres</i> et cette neuvième <i>Satire</i><a id="FNanchor_216" href="#Footnote_216" class="fnanchor"> [216]</a> qui fit dire à Bussy -que le poëte s'y était surpassé lui-même<a id="FNanchor_217" href="#Footnote_217" class="fnanchor"> [217]</a>.</p> - -<p>Nul doute que le grand mouvement littéraire de cette -époque n'ait beaucoup contribué à développer le talent -naturel de madame de Sévigné comme écrivain. Sa sensibilité -et sa vive imagination lui donnaient les moyens -d'employer toutes les ressources de son esprit pour distraire -sa fille et pour se distraire elle-même de la peine -<span class="pagenum"><a id="Page_102"> 102</a></span> -d'être séparée d'elle. Sans un motif puissant, il n'y a pas -de puissants efforts, il n'y a pas de grands résultats. -L'amour maternel suppléa, dans madame de Sévigné, à -l'amour de la gloire; et les jouissances du cœur tinrent -lieu de celles de l'orgueil et de la vanité.</p> - -<p>D'autres causes encore, qu'il ne faut pas omettre, contribuèrent -à former le talent de madame de Sévigné à -l'époque où elle fut appelée à le mettre en pratique pour -sa seule satisfaction, pour celle de sa fille et celle de ses -amis.</p> - -<p>Elle alliait le goût de la société et du monde avec celui -de la retraite, la plus franche gaieté avec des pensées -sérieuses, un grand penchant aux plaisirs et un sincère -attachement aux sévères pratiques de la religion. Tous les -sentiments, joyeux ou mélancoliques, tendres ou sublimes, -énergiques ou délicats, trouvaient en elle des sympathies. -Son esprit était nourri de ce qu'il y avait de plus élevé -dans la littérature sacrée et de plus ingénieux et de plus -parfait dans la littérature profane: Louis XIV faisait alors -représenter le <i>Tartuffe</i>, il ordonnait de cesser toute persécution -contre les jansénistes; de Sacy était sorti de la -Bastille; Arnauld, le grand Arnauld, était rentré dans -Paris; tous les solitaires de Port-Royal avaient repris -leur poste dans la Vallée; madame de Sévigné profitait, -chez elle et chez la duchesse de Longueville (dont l'hôtel -était devenu comme le chef-lieu du parti<a id="FNanchor_218" href="#Footnote_218" class="fnanchor"> [218]</a>), de la conversation -<span class="pagenum"><a id="Page_103"> 103</a></span> -de ces hommes de savoir et de génie; et elle -goûtait encore plus leurs préceptes de morale que leurs -subtilités religieuses. Les <i>Essais de Nicole</i> étaient au -nombre de ses lectures favorites<a id="FNanchor_219" href="#Footnote_219" class="fnanchor"> [219]</a>. A cette époque aussi le -fameux prédicateur janséniste, le P. Desmares, interdit -depuis plusieurs années, remonta en chaire, et attira la -foule à l'église Saint-Roch<a id="FNanchor_220" href="#Footnote_220" class="fnanchor"> [220]</a>. Il était sans rival lorsque -Bossuet, évêque de Condom, eut cessé de prêcher à Paris. -Alors aussi le jeune Bourdaloue débuta dans la prédication -au collége des jésuites. Madame de Sévigné, accompagnée -de sa fille, alla l'écouter: prévenue, par ses -amis les jansénistes, contre l'ordre des jésuites, auquel -appartenait le P. Bourdaloue, elle attribuait la supériorité -de talent qu'elle reconnut dans le nouveau prédicateur -à la petitesse de l'église où il prêchait: «Il -ne jouera bien, dit-elle, que dans son tripot<a id="FNanchor_221" href="#Footnote_221" class="fnanchor"> [221]</a>.» A quoi -l'esprit de parti ne se prend-il pas? Heureusement pour -madame de Sévigné que son bon goût était plus fort que -ses préventions. Elle ne tarda pas à rétracter son indiscrète -prédiction sur Bourdaloue, et elle devint une des -plus vives admiratrices de son éloquence. Quant à Bossuet, -il s'éleva, dès son début dans l'oraison funèbre, à -<span class="pagenum"><a id="Page_104"> 104</a></span> -une telle hauteur que, pour la puissance des mots, la -profondeur des pensées, la grandeur des images, la majesté -du discours, il ne fut plus possible de lui comparer -personne chez les anciens ni chez les modernes. C'était -un genre d'éloquence que la sublimité de la religion et le -génie de Bossuet pouvaient seuls créer<a id="FNanchor_222" href="#Footnote_222" class="fnanchor"> [222]</a>.</p> - -<p>Ce n'est pas sans de justes motifs que nous passons ici -en revue tous les grands écrivains contemporains de madame -de Sévigné. Sans doute les génies qui ont brillé dans -la littérature et dans les arts sont mieux appréciés à mesure -qu'une longue suite d'années a permis de les comparer -avec un plus grand nombre de ceux qui ont cherché à les -imiter ou ont aspiré à les surpasser; mais de leur vivant -ces hommes supérieurs exercent par eux-mêmes et par -leurs ouvrages une plus forte influence, parce que l'admiration -qu'ils excitent est mêlée de surprise et a toute la -puissance magique de la nouveauté; leurs succès forcent -à réfléchir et font naître des résolutions courageuses; -on veut profiter des richesses nouvelles avant qu'elles -soient flétries par un usage banal ou une inhabile médiocrité. -La parole d'ailleurs et le geste ont bien un autre -effet que celui d'une froide lecture. La controverse animée -et les éclairs qui jaillissent inattendus de la conversation -des grands esprits exercent sur les âmes et les intelligences -un empire auquel le livre le mieux fait ne saurait -prétendre.</p> - -<p>Nous ignorons si madame de Sévigné fut dans le secret -de son amie madame de la Fayette, qui alors publia sous -le nom de Segrais le roman de <i>Zayde</i>, dont elle était l'auteur<a id="FNanchor_223" href="#Footnote_223" class="fnanchor"> [223]</a>. -<span class="pagenum"><a id="Page_105"> 105</a></span> -Madame la comtesse du Bouchet envoya ce roman à -Bussy aussitôt qu'il parut, en lui écrivant que c'était le plus -joli qu'on pût lire<a id="FNanchor_224" href="#Footnote_224" class="fnanchor"> [224]</a>. Huet, qui ainsi que Segrais avait -assisté madame de la Fayette dans la composition de cet -ouvrage, écrivit, pour lui donner plus de valeur, son savant -<i>Traité sur l'origine des Romans</i>, sous la forme d'une -lettre adressée à Segrais, qui fut imprimée en tête de -<i>Zayde</i>. A ce sujet, madame de la Fayette disait à Huet: -«Nous avons marié nos enfants ensemble<a id="FNanchor_225" href="#Footnote_225" class="fnanchor"> [225]</a>.» Ce traité de -Huet<a id="FNanchor_226" href="#Footnote_226" class="fnanchor"> [226]</a> dut plaire autant que le roman même à madame -de Sévigné, car c'était une sorte d'apologie, faite par un -homme sérieux et savant, d'un genre de lecture qu'elle -aima à toutes les époques de sa vie. Dans sa jeunesse, -l'<i>Astrée</i> de d'Urfé et la <i>Clélie</i> de mademoiselle de Scudéry -avaient amusé ses loisirs; et dans son âge mûr elle admirait -encore dans <i>Cléopâtre</i> l'idéal des belles âmes et les -grands coups d'épée retracés par la Calprenède.</p> - -<p>Un auteur bien plus caché que madame de la Fayette, -et du même sexe, c'était madame de Sévigné elle-même. -Par les lettres qui s'échappaient rapidement de sa plume, -elle était loin de se douter qu'elle aussi travaillait à la -<span class="pagenum"><a id="Page_106"> 106</a></span> -gloire du grand siècle. Elle ignora toujours que, devenue -un modèle inimitable dans le genre épistolaire, -elle mériterait d'être placée au nombre des grands écrivains. -Il est certain, au contraire, que, malgré la bonne -opinion qu'elle avait de son esprit, elle se mettait, sous -le rapport du style, bien au-dessous de mademoiselle de -Scudéry, de madame de la Fayette, de madame Deshoulières -et des autres femmes de cette époque qui cultivaient -les lettres et qui avaient osé affronter la publicité.</p> - -<p>Nous ne pouvons douter qu'au temps dont nous traitons -madame de Sévigné, fort répandue dans le monde, -n'ait eu une correspondance très-active avec diverses -personnes; mais il ne nous reste d'elle, pendant ces deux -années, que les lettres qu'elle écrivit à Bussy. Il est vrai -qu'elles sont au nombre des mieux écrites et des plus -spirituelles de celles qu'on a recueillies. On peut en dire -autant des lettres de Bussy à sa cousine. En lisant leur -correspondance, on reconnaît que, suivant la juste observation -de Bussy, ils se faisaient valoir mutuellement<a id="FNanchor_227" href="#Footnote_227" class="fnanchor"> [227]</a>. -Madame de Sévigné trouvait qu'elle écrivait avec plus de -vivacité et de feu quand il lui fallait répondre à son cousin. -C'est ce qu'elle exprime avec une familière originalité -quand elle lui dit: «Vous êtes le fagot de mon esprit.»</p> - -<p>Bussy, dont en littérature le jugement était droit et le -tact fin, ne tarit pas sur les éloges qu'il donne aux lettres -de sa cousine. Il conservait avec soin toutes celles qu'elle -lui écrivait; et lorsque, par la suite, il se mit à écrire ses -<i>Mémoires</i>, il y inséra les lettres qu'il avait reçues d'elle, -<span class="pagenum"><a id="Page_107"> 107</a></span> -parce qu'il les considérait avec juste raison comme un -des principaux ornements et une des portions les plus -agréables à lire de son ouvrage<a id="FNanchor_228" href="#Footnote_228" class="fnanchor"> [228]</a>.</p> - -<p>Parmi les épigraphes, le plus souvent satiriques, dont -Bussy affublait les portraits des femmes qu'il s'occupait -alors à placer dans la galerie de son château, il en avait -composé une d'un tout autre style pour le portrait de sa -cousine, au bas duquel on lisait ce qui suit:</p> - -<p><span class="small1">«Marie de Rabutin, fille du baron de Chantal, -marquise de Sévigné, femme d'un génie extraordinaire -et d'une vertu compatible avec la joie et -les agréments</span><a id="FNanchor_229" href="#Footnote_229" class="fnanchor"> [229]</a>.»</p> - -<p>Lorsque parut cette correspondance de Bussy, Bayle, -qui alors travaillait à son Dictionnaire, fut tellement frappé -par la lecture des lettres de madame de Sévigné qui s'y -trouvaient mêlées qu'il demanda à un de ses amis de -Paris des renseignements sur celle qui les avait écrites, -disant: «Je ne vois personne qui doute que les lettres de -madame de Sévigné ne soient meilleures que celles de -Rabutin. Cette dame avait bien du sens et de l'esprit... -Elle mérite une place parmi les femmes illustres de notre -siècle.... M. Perrault ne fera-t-il pas un livre pour elles -aussi bien que pour les hommes?... Je voudrais bien savoir -<span class="pagenum"><a id="Page_108"> 108</a></span> -quelque chose de l'histoire de celle-là. Je la mettrais volontiers -dans mon Dictionnaire<a id="FNanchor_230" href="#Footnote_230" class="fnanchor"> [230]</a>.»</p> - -<p>Bayle écrivait ces lignes deux ans après la mort de madame -de Sévigné; et Hervey de Montaigu, lorsqu'il fit -paraître son élégant poëme latin <i>sur le style épistolaire</i>, -n'hésite pas d'avouer que les femmes ont sur les hommes -la supériorité dans ce genre d'écrits. Pour le prouver, il -cite en exemple madame de Sévigné, et par conséquent -les lettres qu'elle avait écrites à Bussy, les seules qui eussent -été publiées, les seules que Hervé de Montaigu aussi -bien que Bayle ont pu connaître. Voici comment s'exprime -le moderne poëte latin:</p> - -<p>«Les femmes se jouent avec plus de facilité que les -hommes du style épistolaire; elles ont moins d'art, mais -plus de naturel. Les mêmes doigts qui savent ourdir avec -dextérité un fil délicat manient aussi la plume avec une -égale habileté. Je t'en prends à témoin, aimable Sévigné; -et je chanterais tes louanges si je pouvais t'emprunter ton -style enchanteur, dont l'éclat est si pur, la grâce si parfaite, -qui recèle tant d'esprit et de finesse sous une apparente -simplicité. Tes lettres coulent sous ta plume avec -tant de rapidité que tu sembles plutôt les transcrire que -les composer<a id="FNanchor_231" href="#Footnote_231" class="fnanchor"> [231]</a>.»</p> - -<p><span class="pagenum"><a id="Page_109"> 109</a></span> -On ne peut douter que madame de Sévigné ne trouvât -dans cette facilité même un attrait pour nouer des correspondances -avec des personnes dont l'esprit lui plaisait. -Diverses lettres d'elle qu'on a retrouvées le démontrent, -entre autres les quatre lettres à son cousin de Coulanges, -écrites vers le temps dont nous nous sommes occupé et -qui furent publiées les premières après celles de Bussy<a id="FNanchor_232" href="#Footnote_232" class="fnanchor"> [232]</a>.</p> - -<p>Quoiqu'il ne nous reste aucune lettre de madame de Sévigné -au cardinal de Retz, nous apprenons, par plusieurs -de celles qu'elle écrivit à sa fille, que sa correspondance -avec cet homme éminent était au moins aussi fréquente -que celle qu'elle entretenait avec Bussy; et cela est confirmé -par les lettres de Bussy à ce dernier. Si Retz se tenait -dans sa retraite de Commercy, c'est qu'il avait formé -l'honorable résolution de vivre économiquement, pour -payer ses dettes; et s'il ne jugeait pas à propos de paraître -à la cour, ce n'est pas qu'il en fût exclu. Retz avait plusieurs -fois écrit au roi pour le féliciter sur le rétablissement -de sa santé et sur les victoires qu'il avait remportées; -et Retz avait reçu du roi des réponses aimables et -<span class="pagenum"><a id="Page_110"> 110</a></span> -gracieuses. L'intérêt de l'État et le soleil de la gloire -avaient dissipé tous les nuages qu'auraient pu soulever de -fâcheuses réminiscences sur cet ancien chef de la Fronde. -Les services qu'il avait rendus dans le conclave et la part -qu'il avait eue dans l'élection de Clément IX avaient -achevé de faire connaître tout ce qu'on pouvait espérer -de son habileté, de son zèle et de la confiance qu'on -avait en lui<a id="FNanchor_233" href="#Footnote_233" class="fnanchor"> [233]</a>. Aussi, dès qu'on eut reçu la nouvelle que -Clément IX, après avoir occupé pendant dix-huit mois -seulement le trône de saint Pierre, avait terminé ses -jours, Louis XIV se hâta d'envoyer un courrier à Commercy -pour réclamer le secours du cardinal de Retz, qui -partit de nouveau pour Rome et exerça pour l'élection -de Clément X la même influence que pour la nomination -de Clément IX<a id="FNanchor_234" href="#Footnote_234" class="fnanchor"> [234]</a>.</p> - -<p>Dans l'année qui précéda ce prompt départ de Retz pour -Rome, madame de Sévigné lui avait écrit pour lui recommander -Corbinelli, qui, alors exilé avec Vardes dans le -midi de la France, écrivait fréquemment à Bussy de longues -lettres, entremêlées de nombreuses citations d'Horace -et d'autres auteurs anciens<a id="FNanchor_235" href="#Footnote_235" class="fnanchor"> [235]</a>. Madame de Sévigné, qui savait -<span class="pagenum"><a id="Page_111"> 111</a></span> -que Retz jouissait de nouveau d'un assez grand crédit, -l'avait aussi prié de ne point prendre parti contre le maréchal -d'Albret dans un procès que celui-ci avait avec la -trop fameuse duchesse de Châtillon, qui s'était remariée, -en 1664, à Christian-Louis, duc de Mecklembourg. Il était -naturel que madame de Sévigné prît plus d'intérêt au -maréchal d'Albret qu'à la duchesse de Mecklembourg, -à cause de l'amitié qu'elle avait pour lui et aussi parce -qu'il avait épousé une sœur de M. de Guénégaud<a id="FNanchor_236" href="#Footnote_236" class="fnanchor"> [236]</a>. Retz répondit -à madame de Sévigné qu'il avait été trompé par un -faussaire dans l'affaire de Corbinelli, et que c'était ce faussaire -qui avait profité de la recommandation faite pour le -protégé de madame de Sévigné. Retz, qui a montré tant de -capacité et de finesse dans les négociations comme chef -de parti ou dans les commissions qui lui furent données -par le roi, a cependant prouvé que, dans les grandes -comme dans les petites affaires, il était facile à tromper: -il fut presque toujours dupe des femmes qu'il croyait séduire, -et la victime des trames qu'il avait ourdies au profit -de son ambition personnelle. Comme il était ami chaud -et sincère, il se montra désolé de ce qui lui était arrivé -dans cette circonstance. «Vous ne pouvez vous imaginer, -écrit-il à madame de Sévigné, le chagrin que cela m'a -donné. J'y remédierai par le premier ordinaire avec -toute la force qui me sera possible.» Sa lettre commençait -ainsi: «Si les intérêts de madame de Mecklembourg -et de M. le maréchal d'Albret vous sont indifférents, -madame, je solliciterai pour le cavalier, parce que -je l'aime quatre fois plus que la dame; si vous voulez -que je sollicite pour la dame, je le ferai de très-bon -<span class="pagenum"><a id="Page_112"> 112</a></span> -cœur, parce que je vous aime quatre millions de fois plus -que le cavalier; si vous m'ordonnez la neutralité, je -la garderai; enfin parlez, et vous serez ponctuellement -obéie<a id="FNanchor_237" href="#Footnote_237" class="fnanchor"> [237]</a>.»</p> - -<p>Le cardinal de Retz avait vendu, en 1665, sa seigneurie -de Commercy à la princesse de Lislebonne cinq cents cinquante -mille livres, mais en s'en réservant l'usufruit. La -duchesse de Lorraine avait ajouté à cette réserve l'usufruit -de la souveraineté du Château-Bas, ce qui rendait le cardinal -maître de tout le Commercy quant aux droits honorifiques<a id="FNanchor_238" href="#Footnote_238" class="fnanchor"> [238]</a>. -Il ne faut pas croire qu'en s'éloignant du monde -et de la cour pour payer ses dettes il s'imposât à Commercy -de grandes privations; il y vivait, au contraire, en prince -de l'Église, et aimait à y exercer le pouvoir de petit souverain. -En sa qualité de damoiseau de Commercy, il -publiait des décrets, ordonnait des prières publiques, -fondait des corporations pieuses et charitables, leur donnait -des constitutions et des règlements. Il avait sa justice, -son président des grands jours, son lieutenant de -cavalerie, ses deux gentilshommes, ses comédiens, sa -musique, un chanteur et une chanteuse pour sa chapelle, -un brillant équipage. Enfin, le personnel de sa maison, -ou, comme on disait, le nombre de ses domestiques, se -montait à soixante et deux individus, en y comprenant -son intendant, messire Hippolyte Rousseau, seigneur de -Chevincourt, conseiller du roi et correcteur de la chambre -<span class="pagenum"><a id="Page_113"> 113</a></span> -des comptes<a id="FNanchor_239" href="#Footnote_239" class="fnanchor"> [239]</a>. Retz occupait aussi ses loisirs à l'étude et -à des discussions de métaphysique et de philosophie cartésienne -avec dom Robert des Gabets, bénédictin et prieur -de l'abbaye de Breuil<a id="FNanchor_240" href="#Footnote_240" class="fnanchor"> [240]</a>, à Commercy. Retz écrivit aussi -vers ce temps (en 1670) ses Mémoires, à la prière de -madame de Caumartin, dont le mari était son parent<a id="FNanchor_241" href="#Footnote_241" class="fnanchor"> [241]</a>; -mais il mourut avant de les avoir terminés. Il les composa -en partie au château de la Ville-Issey, et les continua -dans cette ville et à l'abbaye de Saint-Mihiel, où -l'abbé dom Hennezon, qui avait toute sa confiance<a id="FNanchor_242" href="#Footnote_242" class="fnanchor"> [242]</a>, -et plusieurs de ses religieux en écrivirent une portion -sous sa dictée. Il est faux qu'il ait, comme on l'a dit, -employé des religieuses pour lui rendre ce service. Il -aimait à se promener dans la forêt voisine, et plusieurs -des animaux sauvages qu'elle nourrissait furent enfermés -par lui dans une ménagerie qu'il avait fait construire à -grands frais à la Ville-Issey. Si alors il eût voulu revenir à -la cour, il y eût été très-bien accueilli. Le duc d'Enghien -vint lui rendre visite à Commercy en 1670, et le duc -d'Orléans deux ans après. Lorsqu'il venait à Paris pour -ses affaires, il logeait chez sa nièce, madame de Lesdiguières, -<span class="pagenum"><a id="Page_114"> 114</a></span> -ou dans son abbaye de Saint-Denis: alors il y célébrait -l'office divin dans les jours de grandes solennités. Il -donna, en 1675, sa démission du cardinalat; mais le -pape ne voulut pas l'accepter, ce qui le força, quoique -souffrant de la goutte, à faire encore le voyage de Rome -(en 1676) pour l'élection d'un nouveau pape. Ses meilleurs -amis et même ses plus anciennes amies ne se doutaient -point qu'il eût écrit ses Mémoires, car ils étaient -presque terminés lorsqu'ils le pressaient de les commencer. -Il savait que madame de Sévigné aurait fortement désapprouvé -ce qu'il y disait de lui-même et des autres. Elle -l'aimait avec tendresse<a id="FNanchor_243" href="#Footnote_243" class="fnanchor"> [243]</a> et sans aucune vue d'intérêt<a id="FNanchor_244" href="#Footnote_244" class="fnanchor"> [244]</a>, -quoi qu'en ait dit un illustre écrivain<a id="FNanchor_245" href="#Footnote_245" class="fnanchor"> [245]</a>. Elle n'ignorait pas -que tout ce qu'il possédait était engagé pour le payement -de ses dettes et qu'il ne faisait pas d'économie sur ses riches -revenus. C'est une erreur d'avancer que l'admiration -de madame de Sévigné pour le cardinal diminuât à -mesure qu'il approchait de sa fin; c'est le contraire de -cette assertion qui est la vérité. Les plus grands éloges -qu'elle lui ait donnés datent de l'année qui a précédé sa -mort<a id="FNanchor_246" href="#Footnote_246" class="fnanchor"> [246]</a>, qui fut d'ailleurs subite et imprévue. Les lettres -de madame de Sévigné au comte de Guitaud et à Bussy -témoignent de la profonde douleur qu'elle ressentit par -la perte de celui «dont elle était l'amie depuis trente -ans et dont l'amitié lui était également honorable et -<span class="pagenum"><a id="Page_115"> 115</a></span> -délicieuse<a id="FNanchor_247" href="#Footnote_247" class="fnanchor"> [247]</a>» N'anticipons pas sur les années. Je n'ose -entrer en discussion avec l'auteur du <i>Génie du Christianisme</i>, -qui prononce que madame de Sévigné était «légère -d'esprit;» mais je doute que beaucoup de mes lecteurs (si j'ai -des lecteurs) veuillent souscrire à ce jugement; et quant au -reproche jeté à cette mère de famille, d'être «positive dans -sa conduite et calculée dans ses affaires,» je conviens que -sa vie entière le justifie. Mais je le demande à toutes -celles auxquelles leur tendresse maternelle a imposé pour -toujours, dans l'âge des grands périls, les rigueurs du veuvage, -si ces torts, qu'on attribue à madame de Sévigné, -ne sont pas de ceux dont elles se féliciteraient d'être -accusées.</p> - -<div class="chapter"> -<p><span class="pagenum"><a id="Page_116"> 116</a></span></p> -<h2 class="normal">CHAPITRE VII.<br /> -<span class="medium">1668-1669.</span></h2> -</div> - -<p class="hanging indent">Bonheur dont jouissait madame de Sévigné.—Réflexion sur la brièveté -des moments les plus heureux de la vie.—Ses deux enfants -devaient bientôt la quitter.—Son fils, le baron de Sévigné, s'engage -comme volontaire pour aller faire la guerre contre les Turcs.—Politique -de la France à l'égard de l'Allemagne et de l'empire -ottoman.—Guerre des Turcs et des Vénitiens.—Candie est assiégée.—Louis -XIV désirait secourir les Vénitiens, et ne le pouvait -à cause des traités.—Il accepte l'offre de la Feuillade de conduire -à ses frais cinq cents gentilshommes comme volontaires au secours -de Candie.—Avant de partir pour cette expédition, le baron de -Sévigné consulte Turenne, le cardinal de Retz et le duc de la Rochefoucauld, -qui tous l'engagent à exécuter son projet.—Motifs -particuliers que chacun d'eux avait pour lui donner ce conseil.—Sévigné -part dans l'escadron du comte de Saint-Paul.—Cette expédition -eut une fin malheureuse.—Les Français se montrèrent -aussi braves qu'indisciplinés.—La Feuillade revient après avoir -perdu la moitié des siens.—Le baron de Sévigné revient avec -lui, et rejoint sa mère.</p> - -<p class="space">L'ascendant que madame de Sévigné obtenait dans le -monde par le pouvoir de sa plume le cédait à celui -qu'elle exerçait par sa présence. Ses attraits, qui, même -sur le retour de l'âge, ne l'avaient point abandonnée, et -les charmes de son commerce spirituel et enjoué lui -conciliaient les cœurs, lui soumettaient les volontés. Son -fils venait d'achever son éducation, et, par sa figure -comme par ses qualités acquises, il était compté parmi -les jeunes gens de son âge au nombre des plus agréables. -<span class="pagenum"><a id="Page_117"> 117</a></span> -Sa fille, renommée par sa beauté, brillait par l'instruction, -les talents, qui donnaient encore plus de prix -à sa beauté. Mère heureuse et femme charmante, madame -de Sévigné jouissait de son automne sans avoir à regretter -ni son brillant printemps ni son éclatant été, deux saisons -de la vie qui, dans l'état de veuvage qu'elle avait -voulu garder, étaient, pour une femme aussi vertueuse, -accompagnées de trop d'orages et de douloureux combats, -pour ne pas éveiller en elle quelques pénibles souvenirs.</p> - -<p>On aperçoit, non sans en être attendri, les traces de ces -sentiments dans un court billet qu'elle écrivit à Ménage, -qui lui avait envoyé la cinquième édition de ses poésies. -Cette édition avait cela de particulier que la première -idylle, intitulée <i>le Pêcheur</i> ou <i>Alexis</i>, dédiée à la marquise -de Sévigné<a id="FNanchor_248" href="#Footnote_248" class="fnanchor"> [248]</a>, commençait par les deux vers suivants, -qui ne se trouvent pas dans les quatre éditions -précédentes:</p> - -<p class="quote">Digne objet de mes vœux, à qui tous les mortels<br /> -Partout, à mon exemple, élèvent des autels<a id="FNanchor_249" href="#Footnote_249" class="fnanchor"> [249]</a>.</p> - -<p>Sans doute que le signet de l'exemplaire que Ménage envoya -<span class="pagenum"><a id="Page_118"> 118</a></span> -à madame de Sévigné se trouvait à cet endroit du -livre, car elle lui répondit:</p> - -<p>«Votre souvenir m'a donné une joie sensible, et m'a -réveillé tout l'agrément de notre ancienne amitié. Vos -vers m'ont fait souvenir de ma jeunesse; et je voudrais -bien savoir pourquoi le souvenir d'un bien aussi irréparable -ne donne point de tristesse. Au lieu du plaisir que -j'ai senti, il me semble qu'on devrait pleurer; mais, sans -examiner ce sentiment, je veux m'attacher à celui que me -donne la reconnaissance de votre présent. Vous ne pouvez -douter qu'il ne me soit agréable, puisque mon amour-propre -y trouve si bien son compte et que j'y suis célébrée -par le plus bel esprit de mon temps. Il faudrait, pour -l'honneur de vos vers, que j'eusse mieux mérité tout celui -que vous me faites. Telle que j'ai été et telle que je suis, -je n'oublierai jamais votre véritable et solide amitié, et je -serai toute ma vie la plus reconnaissante, comme la plus -ancienne de vos très-humbles servantes<a id="FNanchor_250" href="#Footnote_250" class="fnanchor"> [250]</a>.»</p> - -<p>Qu'ils sont rares et courts les moments de la vie où -se trouvent réunies les circonstances qui concourent à -nous faire jouir de tout le bonheur auquel l'avare destinée -nous permet d'atteindre! Certes, il est peu de femmes -qui aient été aussi bien partagées par la nature et la -fortune que madame de Sévigné; et on doit penser qu'elle -eût été bien ingrate de se plaindre de l'une et de l'autre. -Cependant elle l'avait acquise, cette félicité, par des privations -continuelles imposées à ses plus belles années, par -l'abnégation des plaisirs les plus entraînants, par la violence -faite aux sentiments les plus puissants. A peine était-elle -<span class="pagenum"><a id="Page_119"> 119</a></span> -parvenue à savourer, sans mélange d'aucune amertume, -les fruits de ses sacrifices et de sa vertu qu'elle -se trouva isolée, sans consolation, privée de son bien le -plus précieux, séparée de ce qui faisait son orgueil et ses -délices. Ses deux enfants quittèrent presque en même -temps la maison maternelle. Son fils, que son jeune âge -et la paix qui venait de se conclure semblaient devoir fixer -près d'elle pendant quelques années, fut le premier qui -l'abandonna. Il s'éloigna pour aller, au delà des mers, affronter -des périls qui étaient pour elle la cause des plus -mortelles inquiétudes. Les meilleurs amis de madame de -Sévigné, Retz, la Rochefoucauld, Turenne, furent ceux -qui, par leur approbation, contribuèrent le plus à l'exécution -du projet que ce jeune homme, avide de gloire -militaire, comme toute la noblesse française de cette époque, -avait formé à l'insu de sa tendre mère, qui versa, -lorsqu'elle l'apprit, d'abondantes larmes<a id="FNanchor_251" href="#Footnote_251" class="fnanchor"> [251]</a>.</p> - -<p>Depuis François I<sup>er</sup>, la France, par la nécessité où elle -était d'abaisser l'Autriche, sa rivale, se trouvait engagée -dans une politique contraire à ses sentiments religieux, -contraire à ses habitudes de déférence envers le -chef de l'Église catholique. Dans aucun pays on n'avait -montré plus de zèle pour la propagation de la foi, -dans aucun pays la soumission au pape n'avait été -plus absolue qu'en France, et nulle part les persécutions -contre les protestants n'avaient été plus cruelles et plus -acharnées: cependant, sous Henri IV comme sous François -I<sup>er</sup>, sous Louis XIV comme sous Louis XII, le gouvernement -avait toujours soutenu, tantôt secrètement, -<span class="pagenum"><a id="Page_120"> 120</a></span> -tantôt ouvertement, le Grand Turc et les protestants d'Allemagne -contre l'Autriche. Les gouvernements qui se succédaient -en France, cédant à l'opinion générale de l'Europe, -aux intérêts de l'Église et de la religion en France -et à leurs propres inclinations, agissaient souvent d'une -manière contraire à leur politique et aux traités qu'ils -avaient conclus. Au dedans, ils mécontentaient les protestants -d'Allemagne par la violation des engagements -contractés avec eux, en se montrant intolérants envers les -protestants français; au dehors, ils fournissaient contre -les Turcs, alliés de la France, des hommes et des chevaux -et secouraient leurs ennemis.</p> - -<p>Depuis vingt-quatre ans, la riche, mais petite république -de Venise soutenait contre les Ottomans une lutte inégale. -Candie était assiégée depuis huit ans. L'attaque -comme la défense avait présenté des prodiges de valeur, -qui avaient fait dire que c'était une guerre de géants. -Venise sollicitait des secours de toute la chrétienté, et -elle s'adressait surtout à son plus puissant monarque, à -Louis XIV, vainqueur de l'Espagne; mais les traités qui -liaient la France à la Turquie ne permettaient pas au -roi de céder aux instances de l'ambassadeur de la république. -Le pape, cependant, pressait vivement le monarque -de prêter secours aux Vénitiens contre les infidèles. -Dans ces circonstances embarrassantes, Louis XIV -accepta la proposition qui lui fut faite par un de ses jeunes -courtisans, qui, plein d'un enthousiasme chevaleresque, -lui offrit de conduire à ses frais, au secours de Candie, -un corps de cinq cents gentilshommes français, comme -volontaires du saint-siége. L'auteur de cette proposition -était d'Aubusson de la Feuillade, alors nommé duc de -Roannès, parce qu'il venait d'épouser la sœur de l'héritier -<span class="pagenum"><a id="Page_121"> 121</a></span> -de ce nom, qui se démit de tous ses droits en faveur de -son beau-frère, créé duc et pair à cette occasion<a id="FNanchor_252" href="#Footnote_252" class="fnanchor"> [252]</a>. Tout -ce qu'il y avait dans la noblesse française de jeunes gens -impatients à se signaler dans les combats s'enrôla sous -les drapeaux de la Feuillade. Parmi ceux qui étaient sous -ses ordres on comptait des d'Aubusson, des Beauvau, des -Langeron, des Créquy, des Fénelon, des Chamilly, des -Saint-Marcel, des Villemorts, des Oxienstern, des la Rochejacquelein, -des Xaintrailles, des du Chastelet, des Chavigny. -Il avait pour lieutenants le duc de Caderousse, le -duc de Château-Thierry et le comte de Saint-Paul<a id="FNanchor_253" href="#Footnote_253" class="fnanchor"> [253]</a>.</p> - -<p>Le baron de Sévigné (tel fut le titre que prit le fils de la -marquise de Sévigné en entrant dans le monde et qu'il -conserva tant qu'elle vécut) était alors âgé de vingt ans. -Avant de prendre part à cette expédition, il consulta d'abord -Turenne, qui, avec toute la chaleur d'un nouveau -converti, l'exhorta à partir pour cette espèce de croisade. En -<span class="pagenum"><a id="Page_122"> 122</a></span> -effet, tous les historiens nous montrent Turenne depuis -la mort de sa femme, qui était comme lui de la religion -prétendue réformée, vacillant dans la croyance de ses ancêtres -par la lecture de quelques-uns des écrits substantiels -qu'avaient publiés les solitaires de Port-Royal sur les vraies -doctrines de la religion, et aussi par les entretiens de -plusieurs de ses doctes amis, Choiseul, évêque de Tournay, -Vialart, évêque de Châlons<a id="FNanchor_254" href="#Footnote_254" class="fnanchor"> [254]</a>, et par les arguments -de son jeune neveu le duc d'Albret. Enfin, il fut tout à fait -convaincu par l'excellent traité que Bossuet composa exprès -pour lui sur les points les plus controversés entre les -deux communions. Les protestants attribuèrent cette conversion -au désir qu'ils supposaient à Turenne de contrebalancer -la confiance que Louis XIV semblait vouloir accorder -à Condé pour les choses de la guerre. Ce qui pouvait -donner lieu à cette croyance, c'est qu'on fit valoir auprès -du pape le crédit dont jouissait Turenne à la cour de France -et l'influence qu'il pouvait avoir sur les déterminations du -roi pour envoyer des troupes au secours des Vénitiens. -Ce motif engagea le souverain pontife à confirmer le choix -que Louis XIV avait fait du duc d'Albret, neveu de Turenne, -pour être promu à la dignité de cardinal. Ce jeune -abbé n'avait encore reçu aucune dignité ecclésiastique; il -sortait à peine d'être reçu docteur<a id="FNanchor_255" href="#Footnote_255" class="fnanchor"> [255]</a>. Trop de causes engageaient -<span class="pagenum"><a id="Page_123"> 123</a></span> -donc Turenne à déterminer ceux qui voulaient -faire leur apprentissage de la guerre à secourir Candie -pour qu'il en détournât le jeune Sévigné, malgré l'ancienne -amitié qu'il avait pour sa mère. Le cardinal de -Retz, qui désirait que ce jeune homme, son parent, -se distinguât dans la carrière militaire, la seule qui convînt -à son rang et à sa naissance, approuva la courageuse -résolution qu'il avait prise. Quant à la Rochefoucauld, il lui -suffisait que le comte de Saint-Paul se fût engagé à partir -pour souhaiter vivement qu'il eût un grand nombre de -compagnons d'armes. Aussi, bien loin de combattre les -projets du baron de Sévigné, il l'exhorta à les mettre à exécution. -Si la Rochefoucauld avait réfléchi à ce qui s'était -passé à cette occasion entre Retz, Turenne et le baron de -Sévigné, il aurait peut-être à son recueil de Maximes -chagrines ajouté celle-ci: Dans les conseils que nous -donnons à nos amis, nous commençons par considérer -l'avantage qui peut en résulter pour nous-mêmes.—Le -motif de la tendresse que le duc de la Rochefoucauld avait -pour l'unique héritier du nom de Longueville n'était -ignoré de personne. C'était cet enfant dont la duchesse de -Longueville avait accouché à l'hôtel de ville de Paris durant -les troubles de la Fronde et lors de son intime liaison -avec le duc de la Rochefoucauld. Celui-ci engagea le jeune -baron de Sévigné à s'enrôler dans l'escadron, composé -d'environ cent cinquante gentilshommes, que devait commander -le comte de Saint-Paul.</p> - -<p><span class="pagenum"><a id="Page_124"> 124</a></span> -L'expédition, partie de Toulon le 25 septembre 1668, -sur trois navires fournis par le roi, arriva à Candie au -commencement de novembre, et ne fut pas heureuse. La -troupe de la Feuillade, composée de jeunes gens pleins -d'ardeur, mais indisciplinés et sans aucune expérience du -métier de la guerre, fit des prodiges de valeur contre les -Turcs; mais par ses imprudences elle compromit la défense -de la place plutôt qu'elle ne lui fut utile. Mal secondée par -la garnison vénitienne et en désaccord avec ceux qui la -commandaient, elle se rembarqua, et arriva à Toulon le -6 mars 1669, après six mois d'absence. Elle avait perdu -plus de la moitié de ceux qui la composaient. La peste, -dont elle remporta le germe, moissonna la plus grande -partie de ceux qui restaient. La Feuillade avait reçu trois -blessures; l'escadron commandé par le comte de Saint-Paul -fut celui qui donna le plus de preuves de bravoure -éclatante, mais ce fut aussi celui qui se montra le plus indiscipliné -et qui perdit le plus de monde. Le jeune baron -de Sévigné, qui en faisait partie, eut le bonheur d'échapper -à tous ces périls, et revint rejoindre sa mère<a id="FNanchor_256" href="#Footnote_256" class="fnanchor"> [256]</a>.</p> - -<div class="chapter"> -<p><span class="pagenum"><a id="Page_125"> 125</a></span></p> -<h2 class="normal">CHAPITRE VIII.<br /> -<span class="medium">1668-1669.</span></h2> -</div> - -<p class="hanging indent">Madame de Sévigné annonce à Bussy le départ de son fils.—Sévigné -n'était parti qu'avec la permission de sa mère.—Sentiments de Sévigné -pour sa mère et sa sœur.—Son désintéressement.—Il laisse -en partant une procuration pour consentir au mariage de sa sœur -et pour signer le contrat.—Dot que madame de Sévigné donne à -sa fille en la mariant au comte de Grignan.—Signature du contrat.—Liste -de tous les personnages dénommés au contrat.—Détails -sur le comte de Grignan et sur sa famille.—Des motifs qui -faisaient désirer à madame de Sévigné de l'avoir pour gendre.—De -son impatience des délais apportés à la conclusion de ce mariage.—Elle -écrit à Bussy pour le lui annoncer et demander son consentement.—Bussy -le lui donne par lettre.—Elle lui envoie une -procuration à signer pour consentir, par-devant les notaires, au -contrat.—Il ne la signe pas.—Son nom ne paraît point au contrat.—Par -quelle raison.—Obstacles au mariage causés par les -hésitations de mademoiselle de Sévigné et par les conseils du cardinal -de Retz.—Madame de Sévigné lui écrit qu'elle ne peut avoir -aucun renseignement précis sur l'état de la fortune de M. de Grignan -et qu'elle s'en rapporte à cet égard à la Providence.—Réflexions -du cardinal à ce sujet.—Date de la célébration du -mariage, donnée par madame de Sévigné.—Son imprévoyance.—Réflexions -à ce sujet.</p> - -<p class="space">En écrivant à Bussy la nouvelle du départ du baron de -Sévigné, dans sa lettre en date du 28 août 1668, madame -de Sévigné disait: «Je crois que vous ne savez pas que mon -fils est allé en Candie avec M. de Roannès et le comte de -Saint-Paul. Cette fantaisie lui est entrée fortement dans la -tête; il l'a dit à M. de Turenne, au cardinal de Retz, à -M. de la Rochefoucauld: voyez quels personnages! Tous -<span class="pagenum"><a id="Page_126"> 126</a></span> -ces messieurs l'ont tellement approuvé que la chose a été -résolue et répandue avant que j'en susse rien. Enfin il est -parti: j'en ai pleuré amèrement; j'en suis sensiblement affligée. -Je n'aurai pas un moment de repos pendant tout ce -voyage; j'en vois tous les périls, j'en suis morte; mais, -enfin, je n'en ai pas été maîtresse, et, dans ces occasions-là, -les mères n'ont pas beaucoup de voix au chapitre<a id="FNanchor_257" href="#Footnote_257" class="fnanchor"> [257]</a>.»</p> - -<p>Non sans doute, quand on a de pareilles inspirations -et la ferme volonté de les suivre, on ne consulte point sa -mère. Mais, pourtant, Sévigné ne partit pas sans avoir -obtenu le consentement de la sienne. La correspondance -de celle-ci nous prouve que, malgré ses défauts et les travers -de sa jeunesse, Sévigné se montra toujours plein de -tendresse et de déférence pour sa mère; il savait apprécier -ses aimables qualités, et se trouvait heureux de lui prouver -son affection par ses complaisances et ses attentions. Bien -souvent il préféra à tous les plaisirs de la cour et du monde -les longues journées de lectures et de promenades passées -en tête à tête avec cette mère chérie, dans la solitude des -Rochers. Frère aussi excellent qu'il était bon fils, la préférence -marquée que madame de Sévigné manifestait en toute -occasion pour sa fille ne lui inspira jamais ni jalousie ni -envie. Il aimait tendrement sa sœur, et le lui prouva -surtout par son désintéressement.</p> - -<p>Au commencement de l'année 1679, Sévigné n'était pas -encore de retour de son expédition de Candie, lorsque madame -de Sévigné recevait quittance de deux cent mille livres -tournois par elle payées, à compte<a id="FNanchor_258" href="#Footnote_258" class="fnanchor"> [258]</a> des trois cent -<span class="pagenum"><a id="Page_127"> 127</a></span> -mille livres de dot qu'elle donnait à sa fille en la mariant -au comte de Grignan. Sévigné, la veille du jour où il avait -quitté sa mère pour se rendre à Toulon<a id="FNanchor_259" href="#Footnote_259" class="fnanchor"> [259]</a>, avait passé une -procuration à l'effet de signer en son nom et d'approuver -tous les avantages pécuniaires qui seraient faits à sa sœur -par son contrat de mariage. Ce contrat fut signé le 28 -janvier 1669, et il est utile, pour l'intelligence de ces Mémoires -et des lettres de madame de Sévigné, de faire connaître, -selon l'ordre où ils sont mentionnés dans cet acte, -tous les personnages qui y comparurent alors, soit en -personne, soit par procuration<a id="FNanchor_260" href="#Footnote_260" class="fnanchor"> [260]</a>.</p> - -<p>C'est d'abord le futur époux:</p> - -<p>«François Adhémar de Grignan, chevalier, comte dudit -Grignan et autres lieux, conseiller du roi, lieutenant général -pour Sa Majesté en Languedoc, demeurant à Paris, -rue Béthizy, paroisse Saint-Germain l'Auxerrois.»</p> - -<p>Puis ensuite: «Marie de Rabutin-Chantal, veuve de -Henri, marquis de Sévigné, seigneur des Rochers, de la -Haye-de-Torré, du Buron, Bodegat et autres lieux, conseiller -du roi, maréchal de ses camps et gouverneur pour -Sa Majesté des villes et châteaux de Fougères; stipulant -pour mademoiselle Françoise-Marguerite de Sévigné, -sa fille, et demeurant rue du Temple, paroisse Saint-Nicolas -des Champs.»</p> - -<p>Du côté de l'époux comparaissent, pour donner leur -<span class="pagenum"><a id="Page_128"> 128</a></span> -consentement au mariage: «Jacques Adhémar de Grignan, -évêque et comte d'Uzès, oncle paternel<a id="FNanchor_261" href="#Footnote_261" class="fnanchor"> [261]</a>.</p> - -<p>«Joseph Adhémar de Monteil de Grignan, chevalier, -comte de Venosan, capitaine d'une compagnie de chevau-légers<a id="FNanchor_262" href="#Footnote_262" class="fnanchor"> [262]</a>; -et Louis, abbé de Grignan, aussi frère (c'est-à-dire -tous deux frères du comte de Grignan)<a id="FNanchor_263" href="#Footnote_263" class="fnanchor"> [263]</a>].</p> - -<p>«Charles de Sainte-Maure, duc de Montausier, pair de -France, etc.; et dame Julie d'Angennes, duchesse de Montausier, -beau-frère et belle-sœur (du comte de Grignan -par le premier mariage de ce dernier avec la deuxième -fille de madame de Rambouillet)<a id="FNanchor_264" href="#Footnote_264" class="fnanchor"> [264]</a>.</p> - -<p>«Madame du Puy du Fou de Champagne, marquise de -Mirepoix, belle-sœur (par le second mariage de M. de Grignan -avec Marie-Angélique, fille du marquis du Puy du -Fou et de Champagne et de Madeleine de Bellièvre)<a id="FNanchor_265" href="#Footnote_265" class="fnanchor"> [265]</a>.</p> - -<p><span class="pagenum"><a id="Page_129"> 129</a></span> -«Pomponne de Bellièvre, chevalier, marquis de Grignan, -conseiller du roi en ses conseils et d'honneur en sa -cour du parlement, oncle.</p> - -<p>«De Crussol, comte dudit lieu, et dame Julie-Françoise -de Sainte-Maure son épouse, nièce<a id="FNanchor_266" href="#Footnote_266" class="fnanchor"> [266]</a>.</p> - -<p>«Henri de Lorraine, prince d'Harcourt, cousin germain -maternel, et Françoise de Brancas, princesse d'Harcourt, -son épouse<a id="FNanchor_267" href="#Footnote_267" class="fnanchor"> [267]</a>.</p> - -<p>«Antoine-Escalin Adhémar de la Garde, chevalier, comte -de la Garde, gouverneur de la ville de Furnes, cousin -germain maternel<a id="FNanchor_268" href="#Footnote_268" class="fnanchor"> [268]</a>.</p> - -<p>«Simiane de Gordes, chevalier des ordres du roi, marquis -de Gordes, comte de Carser, chevalier d'honneur de -la reine, et dame Marie de Sourdis, son épouse, cousine<a id="FNanchor_269" href="#Footnote_269" class="fnanchor"> [269]</a>.</p> - -<p>«Toussaint de Forbin, évêque de Marseille<a id="FNanchor_270" href="#Footnote_270" class="fnanchor"> [270]</a>.</p> - -<p>«Madame d'Uzès<a id="FNanchor_271" href="#Footnote_271" class="fnanchor"> [271]</a>.</p> - -<p><span class="pagenum"><a id="Page_130"> 130</a></span> -«Charlotte d'Étampes de Vallencey, marquise de Puysieux<a id="FNanchor_272" href="#Footnote_272" class="fnanchor"> [272]</a>.</p> - -<p>«Armand de Simiane, abbé de Gordes, premier aumônier -de la reine, comte de Lyon et prieur de la Roé et de -Saint-Lô de Rouen<a id="FNanchor_273" href="#Footnote_273" class="fnanchor"> [273]</a>.</p> - -<p>«Cousins et cousines.</p> - -<p>«Marie d'Alongny-Rochefort, épouse de Jacque le Coigneux, -chevalier, conseiller du roi et grand président en la -cour du parlement<a id="FNanchor_274" href="#Footnote_274" class="fnanchor"> [274]</a>.</p> - -<p>«De Brancas<a id="FNanchor_275" href="#Footnote_275" class="fnanchor"> [275]</a>.</p> - -<p>«Anne-Marie d'Aiguebonne, comtesse de Bury<a id="FNanchor_276" href="#Footnote_276" class="fnanchor"> [276]</a>.</p> - -<p>«Vicomte de Polignac, chevalier des ordres du roi et -gouverneur de la ville du Puy; dame du Rouvre, son -épouse<a id="FNanchor_277" href="#Footnote_277" class="fnanchor"> [277]</a>.</p> - -<p>«Henri de Guénégaud, chevalier, marquis de Plancy, -seigneur de Fresne et autres lieux, conseiller secrétaire -d'État et de commandement de Sa Majesté, commandeur -de ses ordres; et dame Claire-Bénédict de Guénégaud, -duchesse de Cadrousse, cousine<a id="FNanchor_278" href="#Footnote_278" class="fnanchor"> [278]</a>.</p> - -<p><span class="pagenum"><a id="Page_131"> 131</a></span> -«Le marquis de Montanègre<a id="FNanchor_279" href="#Footnote_279" class="fnanchor"> [279]</a>.</p> - -<p>«Le marquis de Valavoire, et dame Amat, son épouse<a id="FNanchor_280" href="#Footnote_280" class="fnanchor"> [280]</a>.</p> - -<p>«De Reffuges, chevalier, lieutenant général des armées -du roi; dame de Buzeau, son épouse<a id="FNanchor_281" href="#Footnote_281" class="fnanchor"> [281]</a>.</p> - -<p>«Claude de Seur, chevalier, conseiller du roi et directeur -de ses finances.</p> - -<p>«Dame Catherine de Tignard, marquise de Saint-Auban.</p> - -<p>«L'abbé de Valbelle<a id="FNanchor_282" href="#Footnote_282" class="fnanchor"> [282]</a>.</p> - -<p>«L'abbé de Rochebonne, comte de Lyon<a id="FNanchor_283" href="#Footnote_283" class="fnanchor"> [283]</a>.</p> - -<p>«Dame Jacqueline de Laugère, comtesse douairière du -Roure.</p> - -<p>«Le comte du Roure, lieutenant général pour Sa Majesté -en Languedoc, gouverneur du Pont-Saint-Esprit; et dame -Dugas, son épouse.</p> - -<p>«M. de Montbel.»</p> - -<p>Après cette énumération de personnages, «tous parents, -amis et alliés dudit seigneur futur époux,» l'acte nomme -ensuite tous les parents et amis qui ont comparu devant -les notaires de la part de la future épouse; et d'abord est -nommé le premier:</p> - -<p><span class="pagenum"><a id="Page_132"> 132</a></span> -«Pierre de la Mousse<a id="FNanchor_284" href="#Footnote_284" class="fnanchor"> [284]</a>, prêtre et docteur en théologie, -prieur de la Grossé, comme fondé de procuration de Charles -de Sévigné, chevalier, marquis dudit lieu, seigneur des -Rochers, la Haye-de-Torré, le Buron, Bodegat, la Baudière -et autres lieux, frère de ladite demoiselle future -épouse.»</p> - -<p>Après Pierre de la Mousse et Sévigné, l'acte nomme -ensuite: «D'Hacqueville<a id="FNanchor_285" href="#Footnote_285" class="fnanchor"> [285]</a>, conseiller du roi, abbé, tant -en son nom que comme fondé de procuration de Son Éminence -Jean-François-Paul de Gondy, cardinal de Retz, -souverain du Commercy, grand-oncle.» Le cardinal de -Retz prend le titre de souverain du Commercy, parce que -ce petit district de Lorraine, doyenné du diocèse de Toul, -était devenu une souveraineté jugeant les procès en dernier -ressort et dont les sessions se nommaient les <i>grands -jours</i>. Le cardinal de Retz était devenu seigneur, ou, -comme on disait spécialement, <i>damoiseau</i> du Commercy, -par héritage de sa tante Madeleine de Silly, dame du -Fargis. Retz, pour payer ses dettes, vendit la nue-propriété -de cette terre à Charles IV, duc de Lorraine; mais -il s'en conserva l'usufruit<a id="FNanchor_286" href="#Footnote_286" class="fnanchor"> [286]</a>. Il y demeurait alors, et sa procuration -donnée à d'Hacqueville fut dressée par Vanesson -et Collignon, notaires à Commercy.</p> - -<p>«André Marquevin Besnard, bourgeois de Paris, -<span class="pagenum"><a id="Page_133"> 133</a></span> -comme fondé de procuration du duc de Retz, grand-oncle.</p> - -<p>«Réné Renault de Sévigné, seigneur de Champiré, -grand-oncle<a id="FNanchor_287" href="#Footnote_287" class="fnanchor"> [287]</a>.</p> - -<p>«Charles de Sévigné, chevalier, comte de Montmoron, -conseiller du roi en sa cour du parlement de Bretagne, -cousin paternel<a id="FNanchor_288" href="#Footnote_288" class="fnanchor"> [288]</a>.</p> - -<p>«François de Morais, chevalier, marquis de Brezolles, -capitaine enseigne des gens d'armes de Monsieur, duc -d'Orléans, frère unique du roi.</p> - -<p>«Et Charles-Nicolas de Créqui, chevalier, marquis de -Ragny<a id="FNanchor_289" href="#Footnote_289" class="fnanchor"> [289]</a>, cousin.</p> - -<p>«Henri-François, chevalier, marquis de Vassé, cousin -germain paternel<a id="FNanchor_290" href="#Footnote_290" class="fnanchor"> [290]</a>.</p> - -<p>«Christophle de Colanges, abbé de Livry, grand-oncle -maternel<a id="FNanchor_291" href="#Footnote_291" class="fnanchor"> [291]</a>.</p> - -<p>«Louis de Colanges, chevalier, seigneur de Chezières, -grand-oncle maternel<a id="FNanchor_292" href="#Footnote_292" class="fnanchor"> [292]</a>.</p> - -<p><span class="pagenum"><a id="Page_134"> 134</a></span> -«Charles de Colanges, chevalier, seigneur de Saint-Aubin, -aussi grand-oncle maternel<a id="FNanchor_293" href="#Footnote_293" class="fnanchor"> [293]</a>.</p> - -<p>«Dame Henriette de Colanges, veuve de François le -Hardy, chevalier, marquis de la Trousse, maréchal des -camps et armées du roi, grande-tante<a id="FNanchor_294" href="#Footnote_294" class="fnanchor"> [294]</a>.</p> - -<p>«Philippe-Auguste le Hardy de la Trousse, chevalier, -marquis dudit lieu, capitaine sous-lieutenant de gendarmes -de monseigneur le Dauphin, cousin germain maternel<a id="FNanchor_295" href="#Footnote_295" class="fnanchor"> [295]</a>.</p> - -<p>«Philippe-Emmanuel de Colanges, chevalier, conseiller -du roi en sa cour de parlement, cousin germain maternel; -et dame Angélique Dugué, son épouse<a id="FNanchor_296" href="#Footnote_296" class="fnanchor"> [296]</a>.</p> - -<p>«Henri de Lancy Raray, chevalier, marquis dudit lieu, -aussi cousin maternel.</p> - -<p>«Gaston-Jean-Baptiste de Lancy Raray chevalier aussi, -marquis dudit lieu, cousin maternel<a id="FNanchor_297" href="#Footnote_297" class="fnanchor"> [297]</a>.</p> - -<p>«Charles de Lancy, seigneur de Ribecourt et Pimpré, -conseiller du roi en son conseil d'État, cousin maternel.</p> - -<p><span class="pagenum"><a id="Page_135"> 135</a></span> -«Roger Duplessis, duc de la Rocheguyon, pair de -France, seigneur de Liancourt, comte de Duretal; et -dame Jeanne de Schomberg, son épouse.</p> - -<p>«Marie d'Hautefort, veuve de François de Schomberg, -duc d'Alvin, pair et maréchal de France, gouverneur de -Metz en pays Messin, colonel général des Suisses et -Grisons<a id="FNanchor_298" href="#Footnote_298" class="fnanchor"> [298]</a>.</p> - -<p>«François, duc de la Rochefoucauld, pair de France, -prince de Marsillac, chevalier des ordres du roi<a id="FNanchor_299" href="#Footnote_299" class="fnanchor"> [299]</a>.</p> - -<p>«La princesse mademoiselle Anne-Élisabeth de Lorraine.</p> - -<p>«Félix Vialar, évêque de Châlons, comte et pair de -France.</p> - -<p>«Jean-Antoine de Mesmes, chevalier, comte d'Avaux, -conseiller du roi en tous ses conseils, grand président en -sa cour de parlement de Paris<a id="FNanchor_300" href="#Footnote_300" class="fnanchor"> [300]</a>.</p> - -<p>«Olivier Lefèvre d'Ormesson, chevalier, seigneur -d'Amboille<a id="FNanchor_301" href="#Footnote_301" class="fnanchor"> [301]</a>.</p> - -<p>«Philbert-Emmanuel de Beaumanoir de Lavardin, conseiller -du roi en ses conseils, évêque du Mans, commandant -des ordres de Sa Majesté<a id="FNanchor_302" href="#Footnote_302" class="fnanchor"> [302]</a>.</p> - -<p><span class="pagenum"><a id="Page_136"> 136</a></span> -«Marguerite-Renée de Rostaing, veuve de Henri de -Beaumanoir, chevalier, marquis de Lavardin, maréchal -des camps et armées du roi<a id="FNanchor_303" href="#Footnote_303" class="fnanchor"> [303]</a>.</p> - -<p>«Marie-Madeleine de la Vergne, épouse du marquis de -la Fayette<a id="FNanchor_304" href="#Footnote_304" class="fnanchor"> [304]</a>.</p> - -<p>«Dame Françoise de Montalais, veuve du comte de -Marans.</p> - -<p>«Alliés et amis de ladite demoiselle future épouse.»</p> - -<p>Cette longue liste ne nous donne pas une connaissance -complète de tous les membres de la famille dans laquelle -la fille de madame de Sévigné allait entrer; il y manque -encore:</p> - -<p>François Adhémar de Monteil de Grignan, archevêque -d'Arles, oncle paternel de M. de Grignan<a id="FNanchor_305" href="#Footnote_305" class="fnanchor"> [305]</a>.</p> - -<p>Jean-Baptiste Adhémar de Monteil de Grignan, frère -de M. de Grignan, coadjuteur de son oncle l'archevêque -d'Arles<a id="FNanchor_306" href="#Footnote_306" class="fnanchor"> [306]</a>.</p> - -<p><span class="pagenum"><a id="Page_137"> 137</a></span> -Charles-Philippe Adhémar de Monteil, chevalier de -Grignan, chevalier de Malte, autre frère de M. de Grignan<a id="FNanchor_307" href="#Footnote_307" class="fnanchor"> [307]</a>.</p> - -<p>Marie Adhémar de Monteil de Grignan, sœur de M. de -Grignan, religieuse à Aubenas dans le Vivarais<a id="FNanchor_308" href="#Footnote_308" class="fnanchor"> [308]</a>.</p> - -<p>M. de Grignan avait encore deux autres sœurs, dont -l'une, Marguerite de Grignan, avait épousé le marquis de -Saint-Andiol<a id="FNanchor_309" href="#Footnote_309" class="fnanchor"> [309]</a>; l'autre, Thérèse de Grignan, fut mariée -au comte de Rochebonne<a id="FNanchor_310" href="#Footnote_310" class="fnanchor"> [310]</a>.</p> - -<p>M. de Grignan avait de sa première femme Claire -d'Angennes, qu'il épousa le 27 avril 1658, deux filles, -toutes deux fort jeunes encore lorsqu'il se maria pour la -troisième fois à mademoiselle de Sévigné, l'une nommée -Louise-Catherine de Grignan<a id="FNanchor_311" href="#Footnote_311" class="fnanchor"> [311]</a>, l'autre Françoise-Julie -de Grignan, plus connue sous le nom de mademoiselle -d'Alérac<a id="FNanchor_312" href="#Footnote_312" class="fnanchor"> [312]</a>.</p> - -<p><span class="pagenum"><a id="Page_138"> 138</a></span> -Nous aurons, dans le cours de ces Mémoires, plus d'une -occasion de parler des personnages dont les noms viennent -d'être mentionnés. Ce qu'il importe pour le présent, -c'est de bien faire connaître l'aîné et le chef de cette nombreuse -famille des Grignan, puisqu'en l'adoptant pour -gendre madame de Sévigné croyait voir réaliser toutes les -espérances que sa tendresse lui avait suggérées pour le -bonheur de celle qui était l'objet de ses pensées les plus -chères et de ses jouissances les plus vives. Quoiqu'en épousant -mademoiselle de Sévigné le comte de Grignan fût à -ses troisièmes noces, cependant il n'avait alors que trente-sept -ans<a id="FNanchor_313" href="#Footnote_313" class="fnanchor"> [313]</a>. Mademoiselle de Sévigné avait atteint vingt-trois -ans; or, une supériorité d'âge de la part de l'époux qui -n'excède pas le nombre de treize années a toujours paru -propre à établir dans l'union conjugale cette similitude -de goûts et d'inclinations que la différence des sexes tend -à faire disparaître entre personnes de même âge, à mesure -qu'elles s'avancent vers les dernières périodes de la -vie. Le comte de Grignan était plutôt laid que beau de -visage; mais il avait une physionomie expressive, une -belle taille, un air noble et gracieux. Il possédait cette -politesse exquise, ce suprême bon ton, cet art de converser -<span class="pagenum"><a id="Page_139"> 139</a></span> -agréablement qui, même à la cour élégante et polie -de Louis XIV, faisaient distinguer avantageusement ceux -qui, dans leur jeunesse, avaient fréquenté l'hôtel de Rambouillet. -Sans être un homme remarquable par sa capacité -et par son esprit, il s'était acquitté avec distinction de tous -les emplois dont il avait été chargé: grand, généreux, -aimant les arts, le luxe, il s'était fait de nombreux amis, -et, bien vu du roi, il pouvait aspirer aux plus hautes -dignités, aux plus belles fonctions de l'État<a id="FNanchor_314" href="#Footnote_314" class="fnanchor"> [314]</a>. Par ses -deux premières femmes, qu'il avait rendues heureuses, il -donnait à celle qu'il allait épouser des garanties de la douceur -de son caractère dans les relations conjugales, garanties -que bien peu d'hommes de son âge pouvaient offrir. Sa -noblesse était non-seulement fort ancienne, mais illustre; -il était Grignan par les femmes, Castellane par les hommes. -Sa famille, par ses alliances et ses origines, se trouvait -encore greffée à celles des Adhémar et des Ornano; elle -réunissait tous ces beaux noms, et écartelait en quatre -quartiers, sur son écusson, les insignes de ces quatre souches<a id="FNanchor_315" href="#Footnote_315" class="fnanchor"> [315]</a>. -Encore florissante et nombreuse, cette famille se -maintenait dans un grand éclat par les dignités ecclésiastiques -<span class="pagenum"><a id="Page_140"> 140</a></span> -et les grades militaires de plusieurs de ses membres, -tous oncles ou frères de M. de Grignan; et lui, par ses -prudents mariages, n'avait point terni la splendeur de -sa maison. La famille des d'Angennes de Rambouillet est -suffisamment connue par ce que nous avons déjà dit d'elle -dans ces Mémoires. M. de Grignan avait perdu sa première -femme, Angélique-Clarice d'Angennes, en janvier -1665<a id="FNanchor_316" href="#Footnote_316" class="fnanchor"> [316]</a>. Elle lui avait laissé deux filles, dont mademoiselle -de Sévigné, en se mariant, allait devenir la -belle-mère. La seconde femme qu'il avait épousée était -d'une noblesse encore plus ancienne, quoique moins illustre -que les d'Angennes: c'était Marie-Angélique du Puy -du Fou, fille de Gabriel, sire du Puy du Fou, marquis de -Combronde, seigneur de Champagne, et de Madeleine -Peschseul de Bellièvre<a id="FNanchor_317" href="#Footnote_317" class="fnanchor"> [317]</a>. Elle mourut au mois de juin de -l'année 1667, en couche d'un fils qui ne vécut pas. Ces -deux alliances n'avaient pas été moins avantageuses sous le -rapport de la fortune que sous celui de la naissance, ce qui -semblait dispenser madame de Sévigné d'un rigoureux -examen et lui permettre de s'en tenir à cet égard aux -apparences, que les belles possessions territoriales du -comte de Grignan présentaient sous un jour favorable. -Depuis son dernier veuvage, M. de Grignan paraissait -décidé à vivre à la cour. Sa charge de lieutenant général -du roi en Languedoc y mettait peu d'obstacle. A cette -époque, le gouvernement militaire du Languedoc se composait -d'un gouverneur général, d'un commandant et de -trois lieutenants généraux. La présence de M. de Grignan, -<span class="pagenum"><a id="Page_141"> 141</a></span> -qui était un de ces trois, n'était nécessaire que dans des -cas extraordinaires<a id="FNanchor_318" href="#Footnote_318" class="fnanchor"> [318]</a>; et madame de Sévigné était surtout -charmée de l'espoir de conserver près d'elle sa fille, de -diriger ses premiers pas dans le monde, de partager ses -plaisirs et d'alléger ses peines. Ses lettres nous la montrent -enchantée de ce mariage, négocié par son ami le comte de -Brancas<a id="FNanchor_319" href="#Footnote_319" class="fnanchor"> [319]</a>. Son ambition et sa tendresse maternelle y trouvaient -un double sujet de satisfaction. Elle s'impatientait -des délais que la nécessité des formes et les considérations -de parenté forçaient d'y apporter. Le 4 décembre 1668, -elle écrivait à Bussy, dont, en sa qualité de curateur, -l'approbation, au moins pour la forme, devait être demandée<a id="FNanchor_320" href="#Footnote_320" class="fnanchor"> [320]</a>:</p> - -<p>«Il faut que je vous apprenne ce qui, sans doute, vous -donnera de la joie: c'est qu'enfin la plus jolie fille de -France épouse non le plus joli garçon, mais un des plus -honnêtes hommes du royaume, que vous connaissez il -y a longtemps. Toutes ses femmes sont mortes pour faire -place à votre cousine, et même son père et son fils, par -une bonté extraordinaire; de sorte qu'étant plus riche -qu'il n'a jamais été, et se trouvant d'ailleurs, et par sa -naissance, et par ses établissements, et par ses bonnes -qualités, tel que nous le pouvions souhaiter, nous ne le -marchandons point, comme on a accoutumé de faire; nous -nous en fions bien aux deux familles qui ont passé devant -<span class="pagenum"><a id="Page_142"> 142</a></span> -nous. Il paraît fort content de notre alliance; et aussitôt -que nous aurons reçu des nouvelles de l'archevêque d'Arles, -son oncle, son autre oncle l'évêque d'Uzès étant ici, -ce sera une affaire qui s'achèvera avant la fin de l'année. -Comme je suis une dame assez régulière, je n'ai pas -voulu manquer à vous demander votre avis et votre approbation. -Le public paraît content, c'est beaucoup; car on -est si sot que c'est quasi sur cela qu'on se règle.»</p> - -<p>Bussy, qui alors était avec sa cousine dans le fort de la -discussion sur les torts qu'ils avaient eus l'un envers l'autre -et qui aimait peu le comte de Grignan, répond, quatre -jours après<a id="FNanchor_321" href="#Footnote_321" class="fnanchor"> [321]</a>:</p> - -<p>«Vous avez raison de croire que la nouvelle du mariage -de mademoiselle de Sévigné me donnera de la joie: l'aimant -et l'estimant comme je fais, peu de choses m'en peuvent -donner davantage; et d'autant plus que M. de Grignan -est un homme de qualité et de mérite, et qu'il a une -charge considérable. Il n'y a qu'une chose qui me fait peur -pour la plus jolie fille de France, c'est que Grignan, qui -n'est pas encore vieux, est déjà à sa troisième femme; il -en use presque autant que d'habits ou du moins que de -carrosses: à cela près, je trouve ma cousine bien heureuse; -mais, pour lui, il ne manque rien à sa bonne fortune. -Au reste, madame, je vous suis trop obligé des -égards que vous avez pour moi en cette rencontre. Mademoiselle -de Sévigné ne pouvait épouser personne à qui je -donnasse de meilleur cœur mon approbation.»</p> - -<p>Un mois après, le 7 janvier, madame de Sévigné écrit -encore à Bussy: «Je suis fort aise que vous approuviez le -mariage de M. de Grignan. Il est vrai que c'est un très-bon -<span class="pagenum"><a id="Page_143"> 143</a></span> -et très-honnête homme, qui a du bien, de la qualité, une -charge, de l'estime et de la considération dans le monde. -Que faut-il davantage? Je trouve que nous sommes fort -bien sortis d'intrigues. Puisque vous êtes de cette opinion, -signez la procuration que je vous envoie, mon cher cousin, -et soyez persuadé que, par mon goût, vous seriez -tout le beau premier de la fête. Bon Dieu, que vous y tiendriez -bien votre place! Depuis que vous êtes parti de ce -pays-ci, je ne trouve plus d'esprit qui me contente pleinement, -et mille fois je me dis en moi-même: Bon Dieu, -quelle différence<a id="FNanchor_322" href="#Footnote_322" class="fnanchor"> [322]</a>!»</p> - -<p>Bussy, malgré cette pressante invitation et ces cajoleries -de sa cousine, ne signa point de procuration, mécontent -du comte de Grignan, qui ne lui avait point écrit et -qui n'avait pas, selon lui, agi, comme proche parent<a id="FNanchor_323" href="#Footnote_323" class="fnanchor"> [323]</a>, -avec assez de déférence. Bussy se contenta de l'adhésion -qu'il avait donnée au mariage, en termes froids, mais -polis, dans sa lettre à madame de Sévigné. Mais cette -lettre ne pouvait suffire pour insérer son nom dans le -contrat, et il n'y parut pas.</p> - -<p>Le cardinal de Retz n'avait cessé d'exhorter madame -de Sévigné de prendre, avant de conclure, des renseignements -sur l'état de fortune du comte de Grignan; mademoiselle -de Sévigné, peu susceptible de se passionner -pour aucun homme, ne voyait qu'avec crainte s'approcher -le moment qui devait la livrer à celui qui, déjà deux fois -marié, semblait, comme disait Bussy, «avoir pris l'habitude -de changer de femmes comme de carrosses.»</p> - -<p><span class="pagenum"><a id="Page_144"> 144</a></span> -Dans sa réponse au cardinal de Retz, madame de Sévigné -lui faisait part de l'hésitation de sa fille, et en même -temps elle lui mandait qu'elle n'avait pu obtenir des renseignements -précis sur l'état de fortune du comte de Grignan -et qu'elle était à cet égard forcée de s'en rapporter -à la Providence.</p> - -<p>Le cardinal de Retz lui répond<a id="FNanchor_324" href="#Footnote_324" class="fnanchor"> [324]</a>:</p> - -<p>«Je ne suis point surpris des frayeurs de ma nièce; il y -a longtemps que je me suis aperçu qu'elle dégénère; mais, -quelque grand que vous me dépeigniez son transissement -sur le jour de la conclusion, je doute qu'il puisse être égal -au mien sur les suites, depuis que j'ai vu, par une de -vos lettres, que vous n'avez ni n'espérez guère d'éclaircissements -et que vous vous abandonnez en quelque sorte -au destin, qui est souvent très-ingrat et reconnaît assez -mal la confiance que l'on a placée en lui. Je me trouve en -vérité, sans comparaison, plus sensible à ce qui vous -regarde, vous et la petite, qu'à ce qui m'a jamais touché -moi-même sensiblement.»</p> - -<p>Malgré ces avertissements et le peu de désir que montrait -sa fille, madame de Sévigné n'en poursuivit pas -moins avec ardeur l'accomplissement du projet qui lui -paraissait la réalisation de ses plus flatteuses espérances. -C'est elle-même qui, en datant trois ans après, jour pour -jour, une de ses lettres, nous apprend<a id="FNanchor_325" href="#Footnote_325" class="fnanchor"> [325]</a> que sa fille fut -fiancée au comte de Grignan le lendemain de la signature -du contrat, le 29 janvier 1669, jour de la fête de saint -François de Sales. Alors déjà cette tendre mère avait une -<span class="pagenum"><a id="Page_145"> 145</a></span> -occasion de se convaincre combien elle s'était montrée -imprévoyante en n'adhérant pas assez strictement aux -conseils qui lui étaient donnés par un homme aussi expérimenté -que le cardinal de Retz. Quoiqu'elle ne se fût pas -trompée sur le caractère et les excellentes qualités du -comte de Grignan, déjà elle avait éprouvé qu'une union -sur laquelle elle avait fondé les plus douces et les plus -paisibles jouissances de son âge mûr et de sa vieillesse -ferait couler de ses yeux plus de larmes qu'elle n'en avait -jamais répandu dans sa vie!</p> - -<div class="chapter"> -<p><span class="pagenum"><a id="Page_146"> 146</a></span></p> -<h2 class="normal">CHAPITRE IX.<br /> -<span class="medium">1669.</span></h2> -</div> - -<p class="hanging indent">Réflexions sur les impressions produites par des événements heureux -selon la différence des caractères.—Du caractère de madame de -Sévigné.—Elle est encore une fois parfaitement heureuse.—Une -nouvelle altercation a lieu entre elle et Bussy.—Tout contribuait à -désespérer Bussy.—Il fait de nouvelles offres de service lors de la -guerre de la Franche-Comté.—Il est refusé.—Son dépit.—Bussy -et Saint-Évremond sollicitaient tous deux leur rappel.—Des causes -qui les empêchaient de l'obtenir.—On leur attribuait des pièces -satiriques contre Louis XIV.—Ils n'en étaient point les auteurs.—Comment -ils se nuisaient à eux-mêmes en flattant le roi aux -dépens de Mazarin.—Politique de Louis XIV, la même que celle -de Mazarin.—Sa dissimulation envers ses ministres et sa conduite -à l'égard de Condé, de Turenne, de ses ambassadeurs et de ses -agents; envers Gourville, le pape et les jansénistes.—Bussy n'aimait -point Grignan, et n'en était point aimé.—Madame de Sévigné -entreprend de persuader à Bussy qu'il faut qu'il écrive le premier -à M. de Grignan.—Bussy refuse de le faire.—Nouvelle lettre de -madame de Sévigné à Bussy sur ce sujet.—Bussy s'en offense.—Étonnement -de madame de Sévigné.—Ses plaintes d'avoir -été mal jugée.—Bussy reconnaît qu'il a eu tort.—Madame de -Sévigné insiste pour que Bussy écrive à M. de Grignan.—Bussy -consent, à condition que madame de Sévigné lui saura gré de la -violence qu'il se fait.</p> - -<p class="space">Il est des personnes dont la pensée, toujours tendue sur -l'instabilité des choses humaines, n'accueille qu'avec -crainte les sentiments de joie qu'un événement heureux -leur inspire et qui n'osent se fier aux gages de bonheur -que le sort favorable semble leur assurer. Madame de Sévigné -n'était pas de ce nombre. Sa sensibilité vive, prompte, -<span class="pagenum"><a id="Page_147"> 147</a></span> -entraînante engendrait facilement dans son âme la mélancolie -lorsqu'elle était blessée ou simplement contrariée -dans ses affections de cœur; mais, par son caractère porté -à la gaieté, elle se livrait volontiers aux illusions de l'espérance, -et elle ne troublait pas, par d'importunes prévisions, -les jouissances dont elle était en possession. Sa pieuse -confiance en la Providence affermissait encore ses penchants -naturels. «Pour ma Providence, dit-elle dans une -de ses lettres<a id="FNanchor_326" href="#Footnote_326" class="fnanchor"> [326]</a>, je ne pourrais pas vivre en paix si je ne la -regardais souvent; elle est la consolation des tristes états -de la vie, elle abrége toutes les plaintes, elle calme toutes -les douleurs, elle fixe toutes les pensées; c'est-à-dire elle -devrait faire tout cela; mais il s'en faut bien que nous -soyons assez sages pour nous servir si salutairement de -cette vue; nous ne sommes encore que trop agités et trop -sensibles.»</p> - -<p>Jamais cette Providence que madame de Sévigné adorait -ne réunit autour d'elle autant d'éléments de bonheur -que dans le cours de cette année 1669. Elle avait un gendre -de son choix, depuis longtemps connu d'elle; et par lui elle -était alliée à une nombreuse et puissante famille, dont sa -fille, par sa jeunesse, son esprit et sa beauté, devenait -l'ornement et la gloire. Elle produisait celle-ci dans le -monde et à la cour avec tous ses avantages personnels et -tous ceux que lui procuraient la naissance et le rang de son -époux. Madame de Sévigné se glorifiait encore de son fils, -récemment échappé aux dangers d'une campagne meurtrière -et recueillant la considération et l'estime que confèrent -à un jeune homme les inclinations guerrières et les -premières preuves de valeur et d'audace. Enfin elle s'était -<span class="pagenum"><a id="Page_148"> 148</a></span> -réconciliée avec son cousin, son plus proche parent, l'ami -de sa jeunesse, celui qui l'avait le plus cruellement offensée, -le plus constamment aimée, admirée et flattée. Mais -ce mariage, qui eut lieu à l'époque de cette réconciliation, -fit surgir entre elle et Bussy un nouveau sujet de débat, -dont il est nécessaire de développer les causes pour bien -comprendre le caractère de ce dernier et sa correspondance -avec madame de Sévigné.</p> - -<p>Tout semblait se réunir pour mettre obstacle aux désirs -et aux projets de Bussy. La haute opinion qu'il avait de -lui-même et de l'antiquité de sa race l'empêchait de mettre -des bornes à son ambition et de dissimuler son orgueil. -Il ne voulait reconnaître presque aucune noblesse plus ancienne -que celle des Rabutin. Sa cousine, qui venait de produire -les titres de son mari aux états de Bretagne et qui -avait, à cause du mariage de sa fille, intérêt de ne pas laisser -passer sans la combattre cette prétention de Bussy, lui -donne dans une de ses lettres ce détail généalogique de la -famille des Sévigné<a id="FNanchor_327" href="#Footnote_327" class="fnanchor"> [327]</a>: «Quatorze contrats de mariage de -père en fils; trois cent cinquante ans de chevalerie; les -pères quelquefois considérables dans les guerres de Bretagne -et bien marqués dans l'histoire; quelquefois retirés -chez eux comme des Bretons; quelquefois de grands biens, -quelquefois de médiocres, mais toujours de bonnes et de -grandes alliances; celles de trois cent cinquante ans, au -bout desquels on ne voit que des noms de baptême, sont du -Quelnec, Montmorency, Baraton et Châteaugiron: ces -noms sont grands; ces femmes avaient pour maris des Rohan -et des Clisson. Depuis ces quatre, ce sont des Guesclin, -<span class="pagenum"><a id="Page_149"> 149</a></span> -des Coaquin, des Rosmadec, des Clindon, des Sévigné de -leur même maison, des du Bellay, des Rieux, des Bodegat, -des Plessis-Ireul et d'autres qui ne me reviennent pas présentement, -jusqu'à Vassé et jusqu'à Rabutin. Tout cela est -vrai, il faut m'en croire...»</p> - -<p>La vanité de Bussy souffrit tellement en lisant cette énumération -de sa cousine qu'il en biffa les dernières lignes, -et il nous en a ainsi dérobé les conclusions. Pour lui, il -n'en voulut pas démordre, et dans sa réponse il dit: -«Pour les maisons que vous me mandez, qui sont meilleures -que la nôtre, je n'en demeure pas d'accord. Je le -cède aux Montmorency pour les honneurs, et non pour -l'ancienneté; mais pour les autres, je ne les connais pas; -je n'y entends non plus qu'au bas-breton<a id="FNanchor_328" href="#Footnote_328" class="fnanchor"> [328]</a>.»</p> - -<p>Madame de Sévigné répond avec raison que, s'il ne connaît -pas ces familles bretonnes qui lui paraissent barbares, -elle en appelle de ce qu'elle a dit et vu à Bouchet, le savant -généalogiste. «Je ne vous dis pas cela, ajoute-t-elle, pour -dénigrer nos Rabutin: hélas! je ne les aime que trop<a id="FNanchor_329" href="#Footnote_329" class="fnanchor"> [329]</a>.»</p> - -<p>Lors de la guerre de Flandre, Bussy avait cru qu'il lui -suffisait d'offrir ses services au roi pour qu'ils fussent acceptés. -Il pensait qu'avec ses talents militaires il lui serait -facile de se distinguer dans cette campagne, et de regagner -par ses exploits, par son esprit, par sa connaissance de la -cour, par sa souplesse de courtisan, la faveur du jeune monarque; -qu'ainsi, étant, par droit d'ancienneté et par ses -services, le premier dans la catégorie de ceux qui devaient -<span class="pagenum"><a id="Page_150"> 150</a></span> -être faits maréchaux de France, cette haute dignité, objet -de ses vœux les plus ardents, ne pouvait lui échapper<a id="FNanchor_330" href="#Footnote_330" class="fnanchor"> [330]</a>. Cependant -il eut la douleur de voir ses offres refusées; et la -promotion de maréchaux qui eut lieu peu de temps après la -campagne de Flandre excita en lui un dépit que, malgré -son esprit, il dissimulait mal sous une apparence de dédain -et de philosophique indifférence<a id="FNanchor_331" href="#Footnote_331" class="fnanchor"> [331]</a>. Pourtant il se consolait -en pensant que le plus illustre guerrier du siècle, le grand -Condé lui-même, n'avait point été compris au nombre des -généraux employés dans cette guerre et qu'il était, comme -lui, resté oisif dans ses châteaux, à Chantilly et à Saint-Maur.</p> - -<p>Mais Bussy revint à la charge, et fit les plus grands efforts -pour rentrer au service lorsqu'il vit que des troupes -venues de divers points du royaume s'approchaient des -lieux de son exil. Quand les officiers généraux qui commandaient -ces troupes acceptèrent l'hospitalité qui leur -était offerte par lui; quand il apprit (ce qui était resté -secret pour tout le monde) que le théâtre de la guerre -allait être porté dans la province la plus voisine de celle -où il résidait, de celle dont il était une des plus grandes -notabilités militaires; quand il sut, enfin, que Condé -allait commander en chef l'expédition contre la Franche-Comté, -alors Bussy demanda, sollicita avec plus d'instance; -mais le roi lui fit dire de se tenir tranquille dans sa -terre et d'attendre. Cette réponse, quoique accompagnée -de tous les adoucissements et les égards qu'on put y mettre, -<span class="pagenum"><a id="Page_151"> 151</a></span> -l'atterra<a id="FNanchor_332" href="#Footnote_332" class="fnanchor"> [332]</a>: il désespéra de sa fortune; son humeur jalouse -s'aigrit. Il continuait toujours à tenir le même langage de -soumission et de dévouement à l'égard du monarque dans -les placets qu'il ne cessait de lui adresser<a id="FNanchor_333" href="#Footnote_333" class="fnanchor"> [333]</a> ou dans les lettres -qu'il écrivait à ses amis et à ses connaissances de cour; -mais dans l'intimité ses sentiments se trahissaient. On le -savait, et l'on n'ignorait pas non plus qu'un grand nombre -de hauts personnages, sans être exilés comme Bussy, -étaient aussi dans la classe des mécontents: les uns -parce qu'on ne les employait pas; les autres parce que, -peu satisfaits des grâces qu'ils avaient reçues, ils étaient -jaloux de ceux auxquels on en avait conféré de plus -grandes. Un nombre bien plus considérable d'hommes indépendants -par leur caractère, leur fortune ou les charges -et emplois qu'on ne pouvait leur ôter désapprouvaient -le despotisme du roi, son ambition, ses guerres, ses -prodigalités. Ce parti, formé des débris de toutes les -Frondes, était nombreux dans le parlement et la noblesse. -Les plus probes et les plus sincères d'entre eux, -croyant n'obéir qu'à des motifs généreux de bien public, -se déguisaient à eux-mêmes l'impulsion qui leur était donnée -par des intérêts particuliers. Les femmes des princes et des -grands les plus comblés de faveurs étaient révoltées et -humiliées des préférences et des préséances que le roi accordait -à ses maîtresses. Tous ceux qui étaient sincèrement -attachés à la religion blâmaient la dissolution des mœurs -de la cour. A la vérité, elle n'était pas nouvelle; mais on -pensait que le roi, au lieu de chercher à y remédier, l'accroissait -<span class="pagenum"><a id="Page_152"> 152</a></span> -encore par le scandale de ses amours. Les âmes -indépendantes et fières (le nombre en était beaucoup plus -grand au commencement de ce règne qu'à la fin) ne pouvaient -pardonner à Louis XIV cet orgueil révoltant qu'il -manifestait en toute occasion. Il s'était fait à lui-même une -sorte d'apothéose, et semblait s'être isolé de tous les mortels -en prenant pour emblème le soleil; en se déclarant, par -la devise qu'il y ajoutait, lui seul supérieur à tous les autres -monarques de la terre réunis; en faisant reproduire par -la poésie, la peinture, la sculpture et la gravure les serviles -flatteries dont il était l'objet, et en encourageant en -même temps les plus beaux génies du siècle à ridiculiser sur -la scène ou à bafouer dans des satires toutes les classes, -tous les rangs, toutes les professions.</p> - -<p>Louis XIV, par sa vigilance et sa fermeté, par l'action -constante d'un gouvernement bienfaiteur, pouvait empêcher -les mécontents de dégénérer en factieux, les forcer à -la soumission et les rendre incapables d'entraver la marche -de son autorité; mais, avec les passions qui le dominaient, -il ne pouvait faire disparaître les causes de mécontentement -ni les empêcher de s'exhaler en secret par -des sarcasmes virulents, par des vaudevilles, des épigrammes, -de scandaleux libelles dont on multipliait les -copies manuscrites ou qu'on imprimait en Hollande: ils -circulaient en grand nombre, sans qu'on pût parvenir à -en connaître les auteurs.</p> - -<p>Les pièces les plus mordantes et les plus spirituelles -étaient attribuées à Bussy ou à Saint-Évremond, parce -que l'un et l'autre s'étaient acquis la réputation de beaux -esprits malins et caustiques. Cependant ni l'un ni l'autre -ne songeaient alors à composer des écrits satiriques contre -Louis XIV. Tous deux, au contraire, sollicitaient en même -<span class="pagenum"><a id="Page_153"> 153</a></span> -temps d'être rappelés de leur exil, et désiraient de rentrer -en grâce auprès du monarque. Mais, lors même qu'ils n'eussent -point été en butte aux préventions dont il leur était -impossible de se garantir, ils n'auraient pu, par les moyens -qu'ils faisaient valoir à l'appui de leurs demandes, réussir -à obtenir leur rappel. Tous deux se trompaient, et de la -même manière; tous deux avaient mal saisi le caractère du -roi, mal interprété ses secrets sentiments; et par la maladresse -de leurs flatteries, au lieu de capter sa bienveillance -et de se faire pardonner le passé, ils aggravaient, sans -le savoir, les torts qui leur étaient imputés. L'esprit de -discernement manque bien souvent aux gens d'esprit. -Bussy et Saint-Évremond pensaient que, comme leur opposition -à la politique et aux intrigues de Mazarin durant -la régence avait été la cause première et principale de leur -disgrâce, c'était se montrer habile que d'exalter le roi, -la grandeur de ses vues, la sagesse de ses conseils, et de -mettre en parallèle les glorieux commencements de son -règne avec les calamités de la Fronde. Mais plus ils développaient -bien ce thème (et Saint-Évremond le fit avec un -remarquable talent dans sa longue lettre à de Lionne<a id="FNanchor_334" href="#Footnote_334" class="fnanchor"> [334]</a>), plus -ils rappelaient à Louis XIV les éminents services de son ancien -ministre et les utiles leçons qu'il en avait reçues, plus -ils lui ôtaient l'envie de faire cesser l'exil des ennemis de sa -mémoire et d'accepter leurs offres de service. Le roi, armé -du sceptre et portant la couronne, n'était pas astreint à la -même dissimulation et aux mêmes ruses que le cardinal, -enveloppé de sa robe de pourpre et n'exerçant qu'un pouvoir -délégué. Sans doute Louis XIV avait des formes plus -<span class="pagenum"><a id="Page_154"> 154</a></span> -nobles et en apparence plus franches que celles de Mazarin; -mais Louis XIV, tant que l'âge lui conserva ses facultés, se -conforma avec autant de finesse que de succès à la pratique -de cette politique souple et déliée que lui avait inculquée son -ministre. Ainsi il employait Condé et le comblait de joie en -lui donnant le commandement en chef de l'armée qui devait -conquérir la Franche-Comté et en se confiant à lui pour la -conduite des intrigues corruptrices et des négociations secrètes -qui devaient faciliter cette conquête<a id="FNanchor_335" href="#Footnote_335" class="fnanchor"> [335]</a>; mais lorsque -Casimir, roi de Pologne, se démit de la couronne, et que des -chances se présentèrent pour faire passer cette couronne sur -la tête de Condé, Louis XIV travailla par ses négociations à -les faire avorter<a id="FNanchor_336" href="#Footnote_336" class="fnanchor"> [336]</a>. Il jugeait, avec raison, qu'il était important -pour la France et pour lui qu'un aussi grand capitaine -fût toujours son sujet, et jamais son égal. De même il autorisait -Louvois à employer Gourville dans des intrigues diplomatiques -auprès de l'évêque d'Osnabruck et autres, -pour obtenir des troupes et une alliance avantageuse; et il -laissait Colbert poursuivre dans Gourville le complice des -dilapidations de Fouquet, et empêcher sa rentrée en France -jusqu'à ce qu'il eût payé à l'épargne la somme énorme dont -le jugement d'une commission le rendait redevable<a id="FNanchor_337" href="#Footnote_337" class="fnanchor"> [337]</a>. Quand -Louis XIV éprouvait des difficultés dans ses relations avec -le pape, les jansénistes, que Rome avait en horreur, étaient -favorisés en France; quand il était satisfait du pape, aussitôt -des scrupules de conscience forçaient le roi à comprimer -<span class="pagenum"><a id="Page_155"> 155</a></span> -cette secte orgueilleuse, et portait l'alarme à l'hôtel -de Longueville. Pour la guerre, sa confiance en Turenne -était entière, et il avait avec lui de fréquents entretiens; -mais, pour qu'aucune capacité, quelque grande qu'elle -fût, ne pût se croire indispensable, il affectait de consulter -aussi Condé, et il tenait en respect ces deux grands guerriers, -tous deux ambitieux, tous deux devenus jaloux de -se concilier sa faveur. Il entretenait avec soin la division -et la rivalité entre ses ministres, afin que rien ne lui fût -caché. Son conseil entier était tenu sur ses gardes, et on -savait que les fils les plus déliés de sa vaste administration -étaient surveillés par des correspondances secrètes et des -agents inconnus, qui bien souvent étaient les seuls vrais -interprètes et les seuls exécuteurs de ses pensées intimes. -Pour mieux voiler ses desseins, il en dérobait la -connaissance à ses représentants officiels<a id="FNanchor_338" href="#Footnote_338" class="fnanchor"> [338]</a>. Nul espoir ne -restait de pouvoir tromper ou d'abuser celui qui avait su -se réserver la faculté de tromper tout le monde et de dérouter -toutes les intrigues. On peut juger, d'après cet exposé, -combien était grande l'erreur de Bussy et de Saint-Évremond, -qui croyaient faire leur cour en critiquant la -politique de Mazarin. Bussy et Saint-Évremond subissaient -le sort de ceux qui, après s'être longtemps agités dans le -tourbillon du monde, s'en trouvent séparés pendant quelque -temps, et croient facile de se prévaloir de l'expérience -du passé pour mettre le présent au service de l'avenir. Mais -le monde se modifie rapidement; ceux qui le quittent ne le -retrouvent plus le lendemain tel qu'ils l'avaient laissé la -veille; il change à tout instant de forme et d'aspect, comme -<span class="pagenum"><a id="Page_156"> 156</a></span> -un ciel orageux, où roulent sans cesse des nuages poussés -par des vents violents et variables. Bussy et Saint-Évremond, -en louant Louis XIV, en cherchant à justifier leur -conduite passée, se souvenaient trop de l'époque où, ami -de ses plaisirs, accessible aux flatteurs, le roi adolescent -se montrait contrarié d'être forcé de quitter la répétition -d'un ballet pour assister au conseil tenu par le cardinal.</p> - -<p>Le refus qu'avait éprouvé Bussy ne lui faisait pas prendre -en gré M. de Grignan, dont les services étaient loin -d'égaler les siens et qui cependant jouissait de la faveur -du monarque. Bussy avait donné par sa lettre son -consentement au mariage, parce que, sans offenser sa cousine, -il lui était impossible de faire autrement; mais il -avait, ainsi que je l'ai dit, fait en sorte que son nom ne -parût point au contrat. De son côté, le comte de Grignan -avait ses raisons pour ne pas aimer Bussy et ne pas se -lier avec lui; peut-être parce que Bussy n'était pas bien -en cour; peut-être parce qu'il s'était fait des ennemis de -Condé et de Turenne et de plusieurs autres personnages -amis de Grignan ou dont Grignan avait besoin. Quoi qu'il -en soit, il est certain que Grignan s'abstint d'écrire à -Bussy, comme la simple politesse l'obligeait à le faire, en -épousant la fille de Marie de Rabutin-Chantal. Il importait -à madame de Sévigné que son gendre fût en bons -termes avec son cousin, et que tous deux pussent se voir -et se parler affectueusement, s'ils se rencontraient chez elle -ou dans le monde. Pour opérer ce rapprochement, il fallait -nécessairement que M. de Grignan écrivît une lettre convenable -à Bussy. Madame de Sévigné pensa qu'elle contraindrait -son gendre à faire cette démarche, si elle pouvait -persuader à Bussy d'écrire le premier à Grignan une -de ces lettres aimables et spirituelles pour lesquelles il excellait. -<span class="pagenum"><a id="Page_157"> 157</a></span> -La hautaine susceptibilité de Bussy, son mécontentement -et ses mauvaises dispositions envers Grignan -semblaient rendre la chose presque impossible. Cependant -madame de Sévigné l'entreprit; et elle fondait l'espoir du -succès sur la nature des sentiments qu'elle avait inspirés -à son cousin et dont la femme la moins coquette trouve -du plaisir à essayer le pouvoir.</p> - -<p>D'abord elle échoua; et il faut croire pourtant que sa -lettre était bien séduisante, puisque Bussy lui répond -qu'ayant passé une partie de sa vie à l'offenser, il ne -doutait pas qu'il n'en consacrât le reste à l'aimer <i>éperdument</i>. -Puis, après avoir avoué qu'il a eu tort de n'avoir -point écrit à madame de Sévigné sur le mariage de sa -fille, il ajoute<a id="FNanchor_339" href="#Footnote_339" class="fnanchor"> [339]</a>:</p> - -<p>«Madame de Grignan a raison aussi de se plaindre de -moi; c'est à elle à qui je devais de nécessité écrire après -son mariage, et je lui en vais crier merci; j'avoue franchement -ma dette. Il faut aussi que vous soyez sincère -sur le sujet de M. de Grignan: de quelque côté qu'on nous -regarde tous deux, et particulièrement quand il épouse la -fille de ma cousine germaine, il me doit écrire le premier; -car je n'imagine pas que d'être persécuté ce me -doive être une exclusion à cette grâce; il y a mille gens -qui m'en écriraient plus volontiers, et cela n'est pas de la -politesse de Rambouillet. Je sais bien que les amitiés sont -libres; mais je ne pensais pas que les choses qui regardent -la bienséance le fussent aussi. Voilà ce que c'est que d'être -longtemps hors de la cour, on s'enrouille dans la province.»</p> - -<p><span class="pagenum"><a id="Page_158"> 158</a></span> -Il semble qu'il n'y avait rien à répondre à une objection -aussi légitime, et qu'une ironie aussi bien méritée ne -laissait plus à madame de Sévigné aucune espérance de -réussite. Mais elle connaissait Bussy, et les expressions de -son refus lui prouvaient le vif désir qu'il avait de lui faire -oublier, par les preuves efficaces de son affection, les -torts graves qu'il avait à se reprocher. Cependant la chaleur -même de ces expressions a renouvelé les défiances de -madame de Sévigné; elle craint d'avoir été trop loin dans -les témoignages de son attachement, et que son cousin n'ait, -avec sa présomption ordinaire, prêté à certaines phrases -de sa première lettre un sens qu'elles n'avaient pas. Dans -sa seconde lettre, tout en poursuivant son dessein, elle -éprouve la nécessité de se mettre en défense, et elle commence -par plaisanter Bussy sur ce mot <i>éperdument</i><a id="FNanchor_340" href="#Footnote_340" class="fnanchor"> [340]</a>.</p> - -<p>«Pour vous dire le vrai, je ne me plaignais point de -vous, car nous nous étions rendu tous les devoirs de proximité -dans le mariage de ma fille; mais je vous faisais une -espèce de querelle d'Allemand pour avoir de vos lettres, -qui ont toujours le bonheur de me plaire. N'allez pas pour -cela vous mettre à m'aimer <i>éperdument</i>, comme vous -m'en menacez: que voudriez-vous que je fisse de votre -<i>éperdument</i> sur le point d'être grand'mère? Je pense -qu'en cet état je m'accommoderais mieux de votre haine -que de votre extrême tendresse. Vous êtes un homme bien -excessif! N'est-ce pas une chose étrange que vous ne -puissiez trouver de milieu entre m'offenser outrageusement -ou m'aimer plus que votre vie? Des mouvements -si impétueux sentent le fagot, je vous le dis franchement. -<span class="pagenum"><a id="Page_159"> 159</a></span> -Vous trouver à mille lieues de l'indifférence est un état -qui ne vous devrait pas brouiller avec moi, si j'étais une -femme comme une autre; mais je suis si unie, si tranquille -et si reposée que vos bouillonnements ne vous profitent -pas comme ils feraient ailleurs. Madame de Grignan -vous écrit pour monsieur son époux; il jure qu'il ne vous -écrira pas sottement, comme tous les maris ont accoutumé -de faire à tous les parents de leur épousée; il veut -que ce soit vous qui lui fassiez un compliment sur l'inconcevable -bonheur qu'il a eu de posséder mademoiselle -de Sévigné; il prétend que pour un tel sujet il n'y a pas -de règle générale. Comme il dit tout cela fort plaisamment -et d'un bon ton, et qu'il vous aime et vous estime -avant ce jour, je vous prie, comte, de lui écrire une -lettre badine, comme vous savez si bien faire; vous me -ferez plaisir, à moi que vous aimez, et à lui qui, entre -nous, est le plus souhaitable mari et le plus divin pour -la société qui soit au monde. Je ne sais pas ce que j'aurais -fait d'un <i>jobelin</i> qui eût sorti de l'Académie, qui ne saurait -ni la langue ni le pays, qu'il faudrait produire et expliquer -partout, et qui ne ferait pas une sottise qui ne -nous fît rougir.»</p> - -<p>Bussy prit au sérieux le badinage de madame de Sévigné, -et son mécontentement s'accrut probablement par -la lecture de la lettre froide et compassée de madame de -Grignan. Il ne put supporter sans impatience les éloges -de Grignan contenus dans la lettre de madame de Sévigné -et la prétention de la mère et de la fille à vouloir soutenir -que la femme pouvait payer pour le mari; que, madame -de Grignan lui ayant écrit la première sur le fait du mariage, -c'était à lui, Bussy, à écrire le premier à M. de Grignan. -Il imagine que sa cousine a montré sa lettre à M. et -<span class="pagenum"><a id="Page_160"> 160</a></span> -à madame de Grignan, et que la réponse qu'elle lui avait -faite avait été concertée entre eux. Bouleversé par cette -idée, il lui écrit une lettre pleine de colère et de fiel; il se -croit insulté par elle, et il le lui dit. Il termine enfin par -une sanglante ironie sur Grignan, auquel, dit-il, sa bonne -fortune a fait tourner la tête<a id="FNanchor_341" href="#Footnote_341" class="fnanchor"> [341]</a>.</p> - -<p>Madame de Sévigné fut frappée d'étonnement en lisant -cette lettre de son cousin, et dans sa réponse elle lui témoigne -son chagrin «de ce que la plus sotte lettre du -monde puisse être prise de cette manière par un homme -qui entend si bien raillerie.» Elle s'exprime avec tant de -vivacité, d'énergie, de bonté et de grâce; elle donne des -explications si naturelles des expressions qui avaient pu -blesser Bussy; elle montre une douleur si sincère d'avoir -été ainsi jugée<a id="FNanchor_342" href="#Footnote_342" class="fnanchor"> [342]</a>, que Bussy se repentit de s'être donné un -nouveau tort envers une femme si aimable et si aimée de -lui. On s'en aperçoit au calme de sa réponse et au soin -qu'il prend, comme il le dit lui-même, «avec tout le respect -et toute la douceur imaginable, à justifier son procédé<a id="FNanchor_343" href="#Footnote_343" class="fnanchor"> [343]</a>.» -Pour le fond de la contestation, sa justification n'était pas -difficile; et, à juste titre, il rappelle à sa cousine la demande -qu'elle lui avait faite d'écrire le premier à M. de -Grignan; qu'elle l'avait prié «de le faire pour l'amour -d'elle, qu'il aimait;» qu'un tel langage ne pouvait assurément -se prendre pour une plaisanterie. Il termine par -<span class="pagenum"><a id="Page_161"> 161</a></span> -une déclaration faite sur un ton sérieux des sentiments -d'affection qu'elle lui inspire. «Je n'ai jamais, dit-il, eu -tant de disposition à vous aimer que j'en ai, je n'oserais -plus dire ce terrible mot <i>éperdument</i>, mais à vous bien aimer. -Au nom de Dieu, ma chère cousine, ne me donnez -pas sujet de la vouloir changer.»</p> - -<p>Madame de Sévigné comprit tout l'avantage que lui -donnait sur Bussy le repentir qu'il avait de lui avoir causé -de la peine, et dans sa courte réponse elle n'argumente -plus; il lui suffit d'insister sur ce qu'elle désire. Après -avoir reporté la pensée de son cousin sur l'époque assez -rapprochée où ils s'étaient vus, sans qu'il lui fût possible -de réparer les graves torts qu'il avait eus envers elle; -sur l'époque, plus prochaine encore, où ils se verront sans -qu'il ait fait ce qu'elle lui demande, et lorsqu'il ne sera -plus temps, elle termine en lui insinuant avec adresse que, -si elle n'a pas toujours eu pour lui toute l'affection à laquelle -elle était portée de cœur, c'est lui seul qui en est -cause; mais que, dans aucun temps, elle n'a eu pour lui -de l'indifférence.</p> - -<p>«Si je suis jamais assez heureuse pour vous voir, et -que vous soyez d'assez bonne humeur pour vous laisser -battre, je vous ferai rendre votre épée aussi franchement -que vous l'avez fait rendre autrefois à d'autres... Je finis -cette guerre jusqu'à ce que nous soyons en présence; cependant -souvenez-vous que je vous ai toujours aimé naturellement, -et que je ne vous ai jamais haï que par -accident<a id="FNanchor_344" href="#Footnote_344" class="fnanchor"> [344]</a>.»</p> - -<p>Bussy ne put résister à des allusions si flatteuses pour -<span class="pagenum"><a id="Page_162"> 162</a></span> -sa vanité, à la douce expression d'un sentiment si tendre -et si constant; il céda, et répondit<a id="FNanchor_345" href="#Footnote_345" class="fnanchor"> [345]</a>:</p> - -<p>«Il n'est pas nécessaire que nous soyons en présence, -ma chère cousine, pour que je vous rende les armes; je -vous enverrai de cinquante lieues mon épée, et l'amitié -me fera faire ce que la crainte fait faire aux autres; mais -vous étendez un peu vos priviléges, et vous avez raison, -à mon avis, de la même chose où tout le monde aurait -tort. Comptez-moi cela, il en vaut bien la peine; et vous -pouvez juger par vous-même si c'est un petit sacrifice que -celui de son opinion. Nous en dirons sur cela quelque jour -davantage; cependant croyez bien que je vous aime et -que je vous estime plus que tout ce que je connais de -femmes au monde.»</p> - -<p>Ainsi le fier Bussy écrivit le premier au comte de Grignan -pour le complimenter sur son mariage, de manière à -satisfaire celle qui exigeait de lui cette démarche, et par -la seule espérance «qu'elle lui tiendrait compte de cela.» -Avec le caractère de Bussy, c'était là une victoire que madame -de Sévigné seule pouvait remporter.</p> - -<div class="chapter"> -<p><span class="pagenum"><a id="Page_163"> 163</a></span></p> -<h2 class="normal">CHAPITRE X.<br /> -<span class="medium">1669-1671.</span></h2> -</div> - -<p class="hanging indent">Bussy, mécontent de M. de Grignan, suspend son commerce de lettres -avec madame de Sévigné.—Il embellit ses deux châteaux.—Augmente -sa collection de portraits.—Sa famille et ses amis auraient -pu faire son bonheur.—Détails sur sa femme, ses deux fils -et ses trois filles.—De la correspondance de Bussy avec la comtesse -de la Roche-Milet.—Bussy est considéré dans sa province.—Société -qui fréquentait son château pendant la saison des eaux -de Sainte-Reine.—Détails sur la manière dont Bussy réglait sa -journée.—Il ne peut se consoler de son exil, ni oublier madame -de Monglat.—Il écrit ses <i>Mémoires</i>.—Le duc de Saint-Aignan -avait aussi composé des Mémoires, qui sont perdus.—Ceux de -Bussy ont été imprimés en partie.—Défauts de cet ouvrage.—Bussy -les avait composés pour les montrer au roi.—On essaye en -vain d'apaiser l'animosité de Bussy envers madame de Monglat.—Cette -dame avait conservé tous ses amis.—Madame de Sévigné se -trouve avec elle à une représentation de la pièce d'<i>Andromaque</i> -de Racine.—Ce que Bussy dit, à ce sujet, de sa cousine.—Madame -de Scudéry exhorte Bussy à se réfugier dans le sein de la religion.—Elle -forme le projet de quitter le monde.—Ce qu'elle dit -de l'amitié.—Abjurations de Turenne et Pellisson.—Conversion -du marquis de Tréville.—Bussy indévot, mais non incrédule.—Ce -que lui écrivent, au sujet de la religion, madame Corbinelli, religieuse -à Châtillon, et mademoiselle Dupré.—Réponses que leur -fait Bussy.—Belle lettre de Pellisson.—Bussy rapporte sur Pellisson -un bon mot de madame de Sévigné.</p> - -<p class="space">Bussy ne reçut aucune réponse de M. de Grignan, ou -celle qu'il reçut ne le satisfit point: mécontent et blessé -d'avoir été entraîné par sa cousine dans une démarche qui -<span class="pagenum"><a id="Page_164"> 164</a></span> -avait tant coûté à son orgueil, il suspendit sa correspondance -avec elle. Bussy avait plus d'un moyen de combler -le vide que l'interruption de cette correspondance faisait -dans son existence. S'il avait su régler son esprit et son -cœur, aucun élément de bonheur ne lui aurait manqué. Il -avait deux châteaux dans une des plus belles et des plus -riantes provinces de France. Il les occupait alternativement, -se plaisait à les embellir et surtout à accroître -sa collection de portraits. Il nous apprend dans une de ses -lettres que le nombre de ces portraits, en l'année 1670, se -montait à trois cents<a id="FNanchor_346" href="#Footnote_346" class="fnanchor"> [346]</a>. Les plus grandes notabilités de -cette époque, surtout les femmes, étaient flattées d'avoir -une place dans cette galerie des personnages célèbres de -l'<i>Histoire de France</i>. Le 2 novembre 1670, il écrivait à -une de ses correspondantes à Paris: «Je ne demandai -pas deux fois leurs portraits à <span class="small1">Madame</span> (Henriette d'Angleterre, -duchesse d'Orléans) et à <span class="small1">Mademoiselle</span>. Elles me -firent bien de l'honneur en me les accordant, mais elles -témoignèrent que je leur faisais plaisir de les leur demander.» -Bussy aurait pu trouver dans sa famille une source -de consolations et de jouissances. Sa femme<a id="FNanchor_347" href="#Footnote_347" class="fnanchor"> [347]</a>, bonne, -douce, vertueuse, allait souvent à Paris, de son consentement, -soit pour y faire ses couches, soit par la nécessité -de leurs communs intérêts; elle y résidait le moins -qu'elle pouvait, et retournait avec empressement auprès -de lui toutes les fois qu'il la rappelait. Elle déférait à toutes -<span class="pagenum"><a id="Page_165"> 165</a></span> -ses volontés et ne le gênait en rien dans ses habitudes de -galanteries<a id="FNanchor_348" href="#Footnote_348" class="fnanchor"> [348]</a>, et elle lui était fort utile par sa capacité pour -les affaires. De ses deux fils, l'aîné fut élevé sous ses yeux -en Bourgogne, et mis ensuite dans un collége, où madame -de Sévigné l'allait voir<a id="FNanchor_349" href="#Footnote_349" class="fnanchor"> [349]</a>. Il devint un brave militaire, -qui n'eut pas les brillantes qualités de son père, mais qui -n'en eut pas les défauts et ne fit pas les mêmes fautes. Le -second, qui naquit à l'époque dont nous traitons, fut par -la suite évêque de Luçon, et s'attira, par les grâces de -son esprit et les agréments de son commerce, les éloges -de Voltaire et de Gresset: comme son père, il reçut aussi -les honneurs du fauteuil académique<a id="FNanchor_350" href="#Footnote_350" class="fnanchor"> [350]</a>. Quant à ses trois -filles, l'une, Diane-Charlotte, se fit religieuse, et demeura -d'abord à Paris au couvent des Filles de Sainte-Marie -et ensuite à Saumur, où elle fut nommée supérieure. -Madame de Sévigné nous la fait connaître par ses -lettres comme réunissant la politesse, l'élégance et les -agréments du monde aux principes du christianisme le -plus austère<a id="FNanchor_351" href="#Footnote_351" class="fnanchor"> [351]</a>. Les deux autres filles de Bussy ne quittèrent -point leur père, et faisaient, par leur esprit, leurs -talents et leur enjouement, le charme de la société qu'il -réunissait dans ses châteaux. L'aînée des deux, Louise-Françoise, -s'est rendue célèbre, comme marquise de -Coligny, par ses amours et son scandaleux procès avec de -<span class="pagenum"><a id="Page_166"> 166</a></span> -la Rivière, son second mari, dont elle ne porta jamais le -nom<a id="FNanchor_352" href="#Footnote_352" class="fnanchor"> [352]</a>. La seconde, Marie-Thérèse, épousa par la suite -le marquis de Montataire, père du marquis de Lassay, -qui a laissé de si singuliers Mémoires. Marie-Thérèse était -la filleule de madame de Sévigné<a id="FNanchor_353" href="#Footnote_353" class="fnanchor"> [353]</a>; on la nommait, quoique -demoiselle, madame de Remiremont, parce qu'elle -était chanoinesse du chapitre de ce nom<a id="FNanchor_354" href="#Footnote_354" class="fnanchor"> [354]</a>. Nous la voyons -prendre cette qualification dans un madrigal de sa composition, -réuni à d'autres composés par son père au nom -de son fils encore enfant, de son autre fille, de la comtesse -de Bussy, sa femme, et du comte de Toulongeon, son -beau-frère, et de la femme de celui-ci. Toutes ces personnes -se trouvaient réunies à Chazeu dans les premiers -jours de janvier 1669; elles écrivirent en commun à la -comtesse de la Roche-Milet, avec laquelle Bussy était -lié. La lettre collective transmettait en étrennes des madrigaux -et un nombre de bourses égal à celui des madrigaux; -elle annonçait, en même temps, la résolution de -toutes les personnes qui l'avaient écrite d'aller à la -Roche-Milet célébrer chez la comtesse la fête des Rois, -à moins qu'elle n'aimât mieux se rendre ce jour-là à -Chazeu<a id="FNanchor_355" href="#Footnote_355" class="fnanchor"> [355]</a>.</p> - -<p><span class="pagenum"><a id="Page_167"> 167</a></span> -Bussy faisait fréquemment des excursions qui mettaient -de la variété dans son existence et attiraient dans ses -deux résidences une société nombreuse et brillante. Il -était l'homme le plus considérable et le plus considéré -dans sa province. Ceux qui auraient pu avoir des prétentions -à passer avant lui étaient auprès du roi, dans leurs -gouvernements ou à l'armée, et ne résidaient que passagèrement -dans leurs terres. L'exil et la disgrâce servaient -encore à rehausser la considération qu'on avait pour -Bussy. Tous les gentilshommes qui n'avaient ni charges -ni emplois, qui vivaient de leurs revenus, entourés de -leurs vassaux et de leur dépendance, n'allaient point à -la cour, et n'en attendaient aucun bienfait. Ils étaient loin -d'être bien disposés pour le gouvernement, qui usurpait -tous les jours sur leurs priviléges ou en prévenait les -abus. Ils se sentaient donc naturellement du penchant -pour Bussy, qui frondait le gouvernement et les ministres -avec beaucoup d'esprit et une connaissance de la cour et -des affaires que personne n'était tenté de lui contester. -Cette prééminence de Bussy sur presque tous ceux qui -allaient le voir ou qu'il recevait chez lui augmentait -encore son orgueil naturel. Les fréquentes visites de ses -parents, de ses amis, de ses connaissances en faveur auprès -du roi ou revêtus de hautes dignités ajoutaient encore -à son importance, et faisaient voir en lui un homme -puissant dans l'exil, auquel ses envieux et ses persécuteurs -n'avaient pu enlever toute son influence. A cette époque -il n'en était pas comme à la fin du règne de Louis XIV, -lorsque le long et paisible exercice du despotisme eut assoupli -tous les caractères au même degré de servilité. -Dans ce temps si voisin de celui de la Fronde, on s'étudiait -<span class="pagenum"><a id="Page_168"> 168</a></span> -à conserver les dehors d'indépendance et de fierté. -Les plus obséquieux des courtisans auraient été déshonorés -s'ils avaient répudié leurs anciens amis parce qu'ils -étaient tombés en disgrâce. Aussi, bien loin d'être privé -de société, Bussy, au contraire, se plaignait que le voisinage -de son château près de Sainte-Reine lui amenait, dans -la saison des eaux minérales, un nombre trop considérable -d'ennuyeux visiteurs. Mais ce voisinage lui procurait -aussi des hôtes agréables, qui ne seraient pas venus le voir -si le besoin de leur santé ne les avait pas forcés de faire -ce voyage tous les ans. A toutes les visites il préférait celles -des jolies femmes de la cour qui allaient prendre les eaux -de Sainte-Reine uniquement pour se rafraîchir; et il avait -coutume de dire qu'il ne les trouvait pas moins aimables -pour avoir le sang échauffé<a id="FNanchor_356" href="#Footnote_356" class="fnanchor"> [356]</a>.</p> - -<p>Cependant il savait s'occuper; et lui-même, dans une -lettre à madame de Scudéry, qui l'avait interrogé à ce -sujet, donne les détails suivants sur la manière dont il -réglait son temps<a id="FNanchor_357" href="#Footnote_357" class="fnanchor"> [357]</a>; cette lettre est datée du 10 décembre -1670:</p> - -<p>«Vous saurez, madame, que je me lève assez matin; -que j'écris aussitôt que je suis habillé, soit pour mes affaires -domestiques, soit pour mes affaires de la cour et de -Paris, soit pour autre chose... Après cela je me promène, -je vais d'atelier en atelier, car j'ai des peintres et des maçons, -des menuisiers et des manœuvres; et puis je dîne -à midi. Je mange fort brusquement; votre amie madame -<span class="pagenum"><a id="Page_169"> 169</a></span> -de M*** [Monglat] vous pourra dire qu'elle m'appelait -quelquefois un brutal de table: je ne sais pas si elle n'eût -point souhaité que je l'eusse été encore davantage ailleurs. -Après dîner, je tiens cercle avec ma famille, avec qui je -me divertis mieux qu'en mille visites de Paris. Quelque -temps après, je retourne à mes ouvriers. La journée se -passe ainsi à tracasser. Ensuite je soupe comme j'ai dîné, -je joue, et je me retire à dix heures. Voilà ce que je fais -quand je ne fais point de visite et que je n'en reçois point. -Ces visites sont mêlées, comme à Paris, de sottes gens, de -gens d'esprit, comme il faut que soit le monde. Enfin, -madame, j'ai deux aussi agréables maisons qui soient en -France, lesquelles j'ajuste encore tous les jours. Je tâche -à raccommoder mes affaires domestiques, que le service -du roi avait mises en fort mauvais état. Je suis considéré -dans mon pays, où quelque mérite, joint à de grands malheurs, -m'attire l'attention de tout le monde.... Cela console -un peu les misérables: cependant je fais des pas pour -mon retour, sans empressement, comme je vous l'ai déjà -mandé; s'ils réussissent, j'en serai bien aise; sinon, je n'en -serai pas fâché... Quand je retournerai, je n'aurai jamais -tant de repos que j'en goûte.»</p> - -<p>Précédemment, il avait écrit à madame de Montmorency<a id="FNanchor_358" href="#Footnote_358" class="fnanchor"> [358]</a>: -«Quelque impatience que j'aie de vous voir, -madame, je tâche de ne me point ennuyer. Je m'amuse à -bâtir; à faire des garçons, comme vous voyez; à haïr mon -infidèle; à vous aimer et à vous l'écrire; à me faire une -santé que je n'ai jamais eue dans le tumulte de la cour et -de la guerre. Enfin, j'ai mille petits plaisirs sans peine, et -je n'ai eu là que de grandes peines sans plaisirs; car l'ambition, -<span class="pagenum"><a id="Page_170"> 170</a></span> -et surtout l'ambition malheureuse, ne laisse à l'âme -aucun autre sentiment.»</p> - -<p>Qui ne croirait, d'après cette sage réflexion et les dispositions -manifestées dans ses lettres, que Bussy ne fût -uniquement occupé à tirer parti pour son bonheur de la -position que le sort lui avait faite? Cependant il n'en était -rien. Ses lettres mêmes, et les plans de campagne qu'il -faisait parvenir au roi, et les instances à ses parents, à -ses amis, pour qu'ils sollicitassent son retour, tout nous -démontre que Bussy était sans cesse tourmenté du désir -de rentrer dans cette carrière tumultueuse où, pour récompense -de ses labeurs, il n'avait rencontré que la perte -de son repos, de sa santé et d'une partie de sa fortune. -L'âge et l'absence ne l'avaient pas encore consolé d'avoir -été abandonné par une maîtresse chérie; de sorte que -l'ambition et l'amour, refoulés dans son âme sans pouvoir -se produire au dehors, ne lui inspiraient ni pensées élevées -ni sentiments tendres, et ne le rendaient accessible -qu'à la haine et à l'envie, passions tristes et malheureuses, -qu'irritait encore son incorrigible orgueil.</p> - -<p>Pour caresser celui-ci et se procurer quelque soulagement, -il s'occupait à écrire ses <i>Mémoires</i>. Mais, au lieu de -porter dans ce travail cette liberté d'esprit que produit -le désabusement de toutes les choses de la vie et du -monde, qui donne à une telle œuvre l'intérêt et l'importance -d'une confession générale faite en vue et au profit -de la postérité, il voulait s'en servir comme d'un moyen -propre à le faire rappeler de son exil<a id="FNanchor_359" href="#Footnote_359" class="fnanchor"> [359]</a>. Il savait que son -ami le duc de Saint-Aignan avait aussi écrit des <i>Mémoires</i> -qu'il avait l'intention de montrer au roi. Bussy espérait -<span class="pagenum"><a id="Page_171"> 171</a></span> -que Louis XIV aurait le désir de lire les siens, et -qu'ainsi il pourrait par là rentrer en grâce auprès de lui<a id="FNanchor_360" href="#Footnote_360" class="fnanchor"> [360]</a>. -Les Mémoires du duc de Saint-Aignan, de ce courtisan si -dévoué et si bien initié aux secrets les plus intimes de la -vie intérieure de son maître, n'ont jamais été imprimés. -Ceux de Bussy l'ont été en partie après la mort de l'auteur, -par les soins de sa fille, la marquise de Coligny, et par -ceux du P. Bouhours. Ils sont bien tels qu'on devait s'y -attendre d'après la connaissance que l'on a des motifs -qui les avaient fait entreprendre: œuvre incohérente et -incomplète, pleine d'indiscrétions et de réticences, sans -impartialité et sans abandon. La malignité de l'écrivain -envers les autres, sa complaisance pour lui-même déprécient, -sans qu'il s'en aperçoive, le mérite de ses actions et -les bonnes qualités de son esprit. Sa vanité le portait à -croire que tout ce qui le concernait pourrait intéresser les -lecteurs; et il met autant d'importance à faire connaître -ses prouesses galantes qu'à retracer ses plus beaux faits -d'armes. C'est pourquoi l'occupation qu'il s'était donnée -d'écrire ses Mémoires le ramenait vers le souvenir de -madame de Monglat. Il en était sans cesse assiégé. Dans -sa correspondance, le nom de cette dame se retrouve -continuellement sous sa plume avec les plus amères expressions -de haine et de mépris<a id="FNanchor_361" href="#Footnote_361" class="fnanchor"> [361]</a>. Pour mieux <i>infamer</i> -l'infidèle en vers et en prose, il souhaitait pouvoir apprendre -<span class="pagenum"><a id="Page_172"> 172</a></span> -plusieurs langues, afin d'être compris par un plus -grand nombre de personnes<a id="FNanchor_362" href="#Footnote_362" class="fnanchor"> [362]</a>. Il ne pouvait supporter -l'idée qu'elle eût, par sa bonté, par son amabilité et une -conduite plus régulière, conservé l'amitié de toutes les -femmes avec lesquelles elle s'était liée. Lorsqu'on lui -écrivit que madame de Sévigné avait été avec madame de -Monglat à une représentation d'<i>Andromaque</i>, il répondit: -qu'il fallait que la réputation de vertu de sa cousine -fût bien établie pour oser se montrer dans des lieux -publics en telle compagnie<a id="FNanchor_363" href="#Footnote_363" class="fnanchor"> [363]</a>. Plus on exhortait Bussy -à s'exprimer avec égards et douceur sur une femme -partout accueillie avec empressement<a id="FNanchor_364" href="#Footnote_364" class="fnanchor"> [364]</a>, plus il mettait de -virulence dans ses injures, plus il multipliait, sous toutes -les formes, les satires, les épigrammes et les sarcasmes. -Il trouvait, dans sa correspondance avec les femmes qui -étaient liées avec madame de Monglat, des occasions de -satisfaire sa vengeance en cherchant à diminuer l'estime -et l'amitié qu'on avait pour elle. Mais il n'y a pas de plus -mauvais conseils que ceux qu'inspire la haine. En cherchant -à nuire à madame de Monglat il se faisait à lui-même -un tort irrémédiable. On plaignait celle qui avait -eu le malheur d'aimer un homme de ce caractère, et on -ne la blâmait pas de s'être guérie d'un tel amour. D'ailleurs, -on s'apercevait bien que le dépit de n'être plus -aimé était la seule cause de la colère de Bussy et de son -indifférence affectée. Si d'une part il manifestait le désir -qu'il avait de la voir abandonnée par tout le monde, de -l'autre, il était bien aise qu'on lui en parlât et qu'on -<span class="pagenum"><a id="Page_173"> 173</a></span> -l'instruisît de tout ce qui la concernait. Il ne voulait point -se rendre aux exhortations qu'on lui faisait de l'oublier. -Il reprochait à celles qui la fréquentaient de garder à son -égard un silence affecté<a id="FNanchor_365" href="#Footnote_365" class="fnanchor"> [365]</a>. Pour faire cesser ce silence, il -donnait lui-même, à ce sujet, matière à de nouvelles réprimandes, -et même il consentait à ce qu'on dît du bien -d'elle plutôt que de ne pas en parler du tout<a id="FNanchor_366" href="#Footnote_366" class="fnanchor"> [366]</a>. Madame -de Scudéry particulièrement le suppliait de ne plus l'entretenir -de madame de Monglat, puisqu'il ne pouvait le -faire sans la blesser elle-même: non qu'elle se méprît sur -la nature des sentiments de Bussy et qu'elle prît au sérieux -toutes ses injures; mais par toutes sortes de motifs -elles lui déplaisaient, et elle voulait les faire cesser. «J'ai -bien ouï dire, lui écrivait-elle, que vous autres messieurs -habillez quelquefois l'amitié avec tous les atours de -la haine; mais, à vous parler franchement, la mascarade -est un peu fâcheuse<a id="FNanchor_367" href="#Footnote_367" class="fnanchor"> [367]</a>.» Bussy aimait mieux encore avouer -que madame de Monglat ne lui était pas indifférente que -de s'abstenir de verser à son sujet le fiel de sa plume. «Vous -croyez, disait-il à madame de Scudéry, que j'aime fort -la dame dont je ne saurais me taire; j'y consens, pourvu -que j'en parle: je ne me soucie guère de ce qu'on en pensera, -mais j'en parlerai et en prose et en vers<a id="FNanchor_368" href="#Footnote_368" class="fnanchor"> [368]</a>.»</p> - -<p>Cependant les personnes avec lesquelles Bussy correspondait -alors le plus habituellement cherchaient à le purger -de ses mauvaises passions. Le bon Corbinelli lui prêtait -<span class="pagenum"><a id="Page_174"> 174</a></span> -les secours d'une philosophie aimable, peu austère et -parfaitement appropriée à sa situation. Il résumait tous -les conseils qu'il lui donnait en vers admirables ou en -prose éloquente, dont, à la vérité, il n'était pas redevable -à son génie, mais à sa mémoire<a id="FNanchor_369" href="#Footnote_369" class="fnanchor"> [369]</a>. Jamais il n'y en eut de -plus richement meublée, de plus prompte et de plus complaisante. -Tous les auteurs qu'il avait lus, anciens et modernes, -sérieux ou frivoles, semblaient n'avoir pensé et -écrit que pour donner plus de force et d'autorité à ce qu'il -pensait et écrivait lui-même, que pour mieux faire ressortir -les sages maximes et les règles de conduite qu'il cherchait -à inculquer et dont, par la pratique, il avait reconnu -l'excellence<a id="FNanchor_370" href="#Footnote_370" class="fnanchor"> [370]</a>. Ami sûr, d'un dévouement sans -bornes, d'une obligeance infatigable, il inspirait à tous -autant d'affection que d'estime; sa conversation, toujours -variée, instructive et amusante, plaisait aux hommes -comme aux femmes, aux vieillards comme aux jeunes -gens, aux personnes sérieuses ou mélancoliques comme à -celles qui étaient vives et enjouées. A l'époque dont nous -traitons, son exil avait cessé. Après un long voyage fait -dans le midi de la France, il était revenu à Paris; et presque -tous les jours il allait chez madame de Sévigné, la -plus intime et la plus chérie de toutes ses amies<a id="FNanchor_371" href="#Footnote_371" class="fnanchor"> [371]</a>. Il se -<span class="pagenum"><a id="Page_175"> 175</a></span> -disposait alors à partir pour la Bourgogne, pour voir une -de ses sœurs, religieuse à Châtillon.</p> - -<p>Si la sagesse mondaine avait auprès de Bussy un excellent -avocat dans Corbinelli, la religion avait aussi dans -le P. Cosme, général des feuillants<a id="FNanchor_372" href="#Footnote_372" class="fnanchor"> [372]</a>, un interprète zélé -que Bussy paraissait écouter avec déférence; mais la correspondance -qu'il entretenait avec ce religieux se ralentit -beaucoup lorsque ce dernier eut cessé d'être le confesseur -de madame de Monglat<a id="FNanchor_373" href="#Footnote_373" class="fnanchor"> [373]</a>.</p> - -<p>Madame de Scudéry, que nous avons déjà fait connaître -à nos lecteurs<a id="FNanchor_374" href="#Footnote_374" class="fnanchor"> [374]</a>, était pour Bussy un prédicateur -plus persuasif; elle aimait son esprit, sa brusque franchise, -sa constance et sa loyauté en amitié; elle n'était -point rebutée par les défauts de son caractère, qu'elle -savait lui faire apercevoir et qu'elle aurait voulu réformer. -Bussy avait en elle la plus entière confiance. Par -sa discrétion dans les affaires les plus délicates, par son -incomparable activité quand il fallait rendre un service, -par son bon sens, sa piété, son esprit, sa modestie et son -savoir, madame de Scudéry avait acquis une influence au-dessus -de sa position. C'était, à cette époque, une sorte de -mode de se faire admettre à ses cercles, peu nombreux, -mais remarquables par le choix des personnages<a id="FNanchor_375" href="#Footnote_375" class="fnanchor"> [375]</a>. Elle ne -s'enorgueillissait pas de ses succès en ce genre, elle en -<span class="pagenum"><a id="Page_176"> 176</a></span> -connaissait la cause, et elle se prêtait plutôt qu'elle ne se -livrait à la société qui l'entourait. Elle savait qu'elle ne lui -paraissait si aimable que parce qu'elle avait su s'y rendre -utile.</p> - -<p>«J'ai beaucoup d'apparence d'amis et d'amies, écrivait-elle -à Bussy; car, en vérité, monsieur, l'on n'en a guère. -Mais n'importe, j'ai l'âme douce; j'aime tout de l'amitié, -jusqu'à l'apparence; et je dirais volontiers, sur ce sujet, -ce qui est dans <i>Astrée</i> sur un autre:</p> - -<p class="quote">Privé de mon vrai bien, ce faux bien me soulage.</p> - -<p>Cependant je vous avoue que cela est incommode de -faire toujours le change des Indiens avec ses amis; de leur -donner de bon or, et de ne recevoir que du verre<a id="FNanchor_376" href="#Footnote_376" class="fnanchor"> [376]</a>.»</p> - -<p>Fortement dominée alors par ses idées religieuses, elle -avait le projet de se retirer du monde, afin, disait-elle, de -n'avoir plus autre chose à penser qu'à bien mourir<a id="FNanchor_377" href="#Footnote_377" class="fnanchor"> [377]</a>. De tous -les amis et de tous les parents que Bussy avait à la cour, -le duc de Saint-Aignan était celui qui s'occupait le plus à -le faire rentrer en grâce auprès du roi; mais le duc de -Saint-Aignan était trop occupé pour correspondre avec -Bussy aussi souvent que celui-ci l'eût désiré. Madame de -Scudéry, amie de tous deux, y suppléait. Le zèle qu'elle -montrait en toute occasion pour les intérêts de Bussy lui -avait acquis une sorte d'empire sur son esprit. Elle voulait -en profiter pour le ramener par la religion à une conduite -plus régulière, à des sentiments plus purs. Les exhortations -<span class="pagenum"><a id="Page_177"> 177</a></span> -pieuses qu'elle lui adressait partaient du cœur et -étaient imprégnées de la chaleur d'une profonde conviction<a id="FNanchor_378" href="#Footnote_378" class="fnanchor"> [378]</a>. -L'abjuration récente de Turenne et celle de Pellisson -et surtout la conversion du marquis de Tréville<a id="FNanchor_379" href="#Footnote_379" class="fnanchor"> [379]</a> -étaient de nature à faire impression sur Bussy, et ajoutaient -aux paroles de madame de Scudéry l'autorité des -grands exemples. Mais lui, malgré ses cinquante-deux -ans, ne se sentait nullement disposé à réformer sa vie; -pourtant il repousse avec force le reproche qu'elle lui -fait d'être plus philosophe que chrétien; et comme, en -même temps, elle lui avait proposé, pour l'éclairer, de lui -envoyer le livre des <i>Pensées</i> de Pascal<a id="FNanchor_380" href="#Footnote_380" class="fnanchor"> [380]</a>, que Port-Royal -avait récemment publié et qui faisait alors une grande -sensation<a id="FNanchor_381" href="#Footnote_381" class="fnanchor"> [381]</a>, il lui répond: «Ne vous alarmez point de ma -foi; elle est bonne, et je suis chrétien encore plus que philosophe. -Il est vrai que, sur certaines actions, je ne suis pas -aussi régulier qu'un missionnaire, au moins en apparence; -car pour le fond je crois l'avoir meilleur que ces gens-là... -J'ai Pascal céans, et je l'ai lu avec admiration; mais, -<span class="pagenum"><a id="Page_178"> 178</a></span> -comme vous savez, on n'imite pas toujours tout ce qu'on -admire<a id="FNanchor_382" href="#Footnote_382" class="fnanchor"> [382]</a>.»</p> - -<p>Madame de Scudéry, peu satisfaite de cette réponse, revient -encore sur le même sujet dans la lettre que nous -avons déjà citée<a id="FNanchor_383" href="#Footnote_383" class="fnanchor"> [383]</a>.</p> - -<p>«Quoique vous me vouliez rassurer sur votre foi, -monsieur, je vous dirai que vous n'y réussissez pas tout -à fait. Cependant, si vous vouliez devenir bon chrétien, -ce serait une chose admirable. Après tout, monsieur, -l'éternité est longue et la vie est courte. Il y a si peu de -plaisirs véritables dans le monde que cela ne vaut pas la -peine de se damner. Mais Pascal dit tout cela bien mieux -que moi; puis il faut que Dieu vous le dise, car nos discours -n'opèrent rien sans lui; et dans la vérité je sais, -par expérience, qu'il n'y a que les prières qui attirent la -miséricorde de Dieu. Je vous exhorte, comme mon bon -ami, à qui je souhaite toute sorte de bien, de le prier le -plus que vous pourrez. On ne devinerait jamais que vous -eussiez un commerce de lettres avec une amie qui vous -écrivît ainsi. Pour moi, je hais le monde, et je veux m'en -retirer.»</p> - -<p>Soit que les pieux conseils de madame de Scudéry -eussent fait impression sur Bussy, soit qu'elle l'eût mal -jugé, il est certain que, dans sa correspondance avec -d'autres femmes, s'il paraît indévot, il ne se montre point -incrédule, et qu'il accueille avec l'apparence de la foi toutes -les ouvertures qui lui sont faites au sujet de la religion.</p> - -<p>Corbinelli en voyage écrivit, à cette époque, à sa -sœur, religieuse à Châtillon, pour obtenir des nouvelles -<span class="pagenum"><a id="Page_179"> 179</a></span> -de la santé de Bussy, dont il était inquiet; celle-ci charge -un M. Rémond d'aller s'en informer, et, pour qu'il puisse -s'acquitter de sa commission, elle lui remet pour Bussy -une lettre d'introduction, qu'elle termine par ces mots<a id="FNanchor_384" href="#Footnote_384" class="fnanchor"> [384]</a>: -«Si l'assurance de mes prières était un régal pour vous, -je vous dirais que je ne passe pas un jour sans demander -à Dieu qu'il vous fasse aussi saint par sa grâce qu'il vous -a fait honnête homme selon le monde.»</p> - -<p>A ceci Bussy répond<a id="FNanchor_385" href="#Footnote_385" class="fnanchor"> [385]</a>:</p> - -<p>«Je ne sais quelle idée vous vous êtes faite de moi, -mais je vous assure que vos prières pour mon salut me -sont très-agréables; et je les crois très-utiles, car je suis -persuadé que vous êtes aussi aimable devant Dieu que -devant les hommes.»</p> - -<p>La réponse qu'il fit à mademoiselle Dupré, qui lui envoyait -copie de la lettre que Pellisson écrivit au roi lors -de son abjuration<a id="FNanchor_386" href="#Footnote_386" class="fnanchor"> [386]</a>, est encore plus significative. Bussy -rapporte un bon mot de sa cousine, dont il avait gardé la -mémoire depuis bien des années<a id="FNanchor_387" href="#Footnote_387" class="fnanchor"> [387]</a>:</p> - -<p>«La lettre de Pellisson est belle; rien ne m'affermit -davantage dans ma religion que de voir un bon esprit -comme le sien l'étudier longtemps, et l'embrasser à la fin. -Madame de Sévigné disait de lui, à quelqu'un qui exagérait -ses bonnes qualités, sa droiture, sa grandeur d'âme, -<span class="pagenum"><a id="Page_180"> 180</a></span> -sa politesse: «Eh bien! dit-elle, pour moi, je ne connais -que sa laideur; qu'on me le dédouble donc.» Il serait -encore meilleur à dédoubler aujourd'hui, que la foi a -éclairé son âme des lumières de la vérité.»</p> - -<div class="chapter"> -<p><span class="pagenum"><a id="Page_181"> 181</a></span></p> -<h2 class="normal">CHAPITRE XI<br /> -<span class="medium">1670-1671.</span></h2> -</div> - -<p class="hanging indent">Idée de la correspondance de Bussy avec madame de Sévigné.—Pourquoi -les lettres de madame de Sévigné ne pouvaient avoir sur -Bussy une influence morale aussi favorable au bonheur de ce dernier -que celles de Corbinelli et de madame de Scudéry.—Mort du -président de Frémyot.—Il donne tout son bien à madame de Sévigné.—Bussy -saisit cette occasion de lui écrire, et recommence sa correspondance -avec elle.—Madame de Sévigné lui répond, et lui annonce -la grossesse de madame de Grignan.—Madame de Sévigné, -mécontente de Bussy, lui écrit une lettre de reproche sur le passé.—Réponse -modérée de Bussy à cette injuste attaque.—Madame de -Sévigné lui demande excuse.—Elle est enchantée qu'il travaille à -la généalogie des Rabutin et flattée que Bussy lui ait dédié cet -ouvrage.—Cependant elle continue à lui rappeler sa conduite antérieure -à son égard.—Bussy perd patience.—Il lui demande de -cesser ce genre de guerre.—Madame de Sévigné y consent.—Madame -de Sévigné écrit à Bussy qu'elle a des ennemis, puis ensuite -le nie.—Bussy dit qu'il le sait.—Madame de Sévigné cherche à -savoir de qui Bussy a reçu ses informations et ce que son cousin -sait des propos qui ont été débités sur elle.—Bussy, dans sa réponse, -se tient sur la réserve.—Ses réticences nous réduisent à des -conjectures.—Motifs de croire que madame de Montmorency était -celle qui instruisit Bussy des bruits qui couraient sur sa cousine.</p> - -<p class="space">La correspondance de Bussy avec sa cousine ne pouvait -avoir sur lui une influence aussi salutaire que celle qu'il -entretenait avec madame de Scudéry et avec Corbinelli. -Madame de Sévigné n'avait ni la ferveur religieuse de -l'une ni le calme philosophique de l'autre. Plus que jamais -livrée au monde par goût comme par devoir, elle -<span class="pagenum"><a id="Page_182"> 182</a></span> -n'était pas insensible aux succès qu'elle y obtenait. Elle -se plaisait à la lecture des traités moraux de Nicole, à -écouter un beau sermon; elle remplissait exactement ses -devoirs de religion; mais l'amour de sa fille était devenu -chez elle une passion dominante et tenait dans son cœur -plus de place que l'amour de Dieu. C'est ce qu'elle déplore -elle-même amèrement et avec cette naturelle éloquence -qui ne la quittait jamais. Le désir de contribuer -à l'élévation de ses enfants la rendait attentive à toutes -les intrigues de cour. Ambitieuse non pour elle, mais -pour sa famille et ses amis, elle irritait dans Bussy les -blessures faites à son amour-propre et à son ambition -trompée. Sans cesse elle se lamentait sur l'oisiveté inglorieuse -à laquelle il était condamné; elle louait avec effusion -son esprit, ses talents militaires, dont elle entretenait -peut-être une trop haute idée; et ainsi elle augmentait -encore l'orgueil qui le dominait. Autant que lui, elle avait -cette vanité nobiliaire qui aime à se prévaloir de l'antiquité -et de l'illustration de sa race. Elle lui savait un gré -infini de ses laborieuses recherches sur la généalogie et -l'histoire des Rabutin, et elle lui transmettait pour ce travail -tous ses titres et papiers de famille. Elle se faisait -aider par son tuteur, l'abbé de Coulanges, et par le savant -Bouchet. Elle témoigne, avec une grande naïveté, le -plaisir qu'elle ressent lorsque son cousin lui annonce qu'il -est parvenu à faire remonter à des temps plus reculés la -longue suite de leurs communs aïeux. Elle se montre très-flattée -qu'il ait eu la pensée de lui dédier ce grand et -important ouvrage: la <i>Généalogie des Rabutin</i><a id="FNanchor_388" href="#Footnote_388" class="fnanchor"> [388]</a>! Vivant -<span class="pagenum"><a id="Page_183"> 183</a></span> -dans un temps et au milieu d'une cour où les affaires -de galanterie étaient aussi des affaires d'État, madame de -Sévigné les racontait à son cousin avec cette vivacité d'imagination -et cette liberté d'expression trop bien assorties -au goût et aux inclinations de son correspondant, et par -là elle nuisait aux pensées sérieuses et aux sages résolutions -qui auraient dû l'occuper uniquement dans sa solitude. -Il existait sans doute entre madame de Sévigné et -Bussy de grandes différences sous le rapport de la vertu et -des qualités de l'âme et du cœur; mais la tournure de leur -esprit et les faiblesses qui leur étaient communes établissaient -entre l'une et l'autre beaucoup de ressemblance. -Aussi tous deux regrettaient que l'incident relatif au -mariage de mademoiselle de Sévigné eût suspendu leur -correspondance, Bussy beaucoup plus encore que madame -de Sévigné; malgré l'humeur que lui donnaient les -Grignan, il résolut de saisir le premier prétexte pour -renouer son commerce avec elle.</p> - -<p>Une occasion toute naturelle se présenta. Claude Frémyot, -neveu de Bénigne Frémyot, dont nous avons parlé -dans le premier chapitre de cet ouvrage, mourut sans enfant -le 20 avril 1670<a id="FNanchor_389" href="#Footnote_389" class="fnanchor"> [389]</a>. Il ne laissa à sa femme que l'usufruit -de ses biens; il en donna la plus grande partie à -madame de Sévigné, sa cousine du côté maternel<a id="FNanchor_390" href="#Footnote_390" class="fnanchor"> [390]</a>, et il -<span class="pagenum"><a id="Page_184"> 184</a></span> -l'institua son légataire universel. Madame de Sévigné ne -s'attendait nullement à ce don d'un parent pour lequel -elle avait une véritable affection et qu'elle regretta vivement. -Elle en écrivit à madame de Toulongeon, qui se trouvait -au nombre des donataires du défunt. Bussy le sut, -et s'empara de ce motif pour adresser à sa cousine quelques -mots de félicitation sur l'héritage qu'elle venait de -recevoir, qui se montait à plus de cent mille livres, monnaie -de cette époque (deux cent mille francs de notre -monnaie actuelle<a id="FNanchor_391" href="#Footnote_391" class="fnanchor"> [391]</a>).</p> - -<p>Madame de Sévigné fit à Bussy la réponse la plus aimable; -mais comme il ne lui avait point parlé de M. ni de -madame de Grignan, madame de Sévigné, sans avoir -l'air de s'apercevoir des mauvaises dispositions de son -cousin envers eux, lui annonça que sa fille était enceinte, -et que M. de Grignan se disposait à partir pour la Provence. -Elle remercie ensuite Bussy d'avoir rouvert la -porte à leur commerce, qui était, dit-elle, tout démanché; -puis elle ajoute: «Il nous arrive toujours des incidents, -mais le fond est bon; nous en rirons peut-être quelque -jour.» Bussy lui répond «que, quoique M. de Frémyot -ne lui ait rien laissé, il lui a aussi des obligations, puisqu'il -lui a fourni l'occasion de renouer leur correspondance.» -Vient ensuite une page employée à discourir sur lui-même, -sur son exil, ses ennemis, ses malheurs et sa patience -à les supporter; puis il termine encore de manière -à montrer toute la rancune qu'il conserve contre M. de -Grignan: «Vous avez deviné que je ne voulais pas vous -parler de madame de Grignan, parce que je n'étais point -<span class="pagenum"><a id="Page_185"> 185</a></span> -content d'elle; et ma raison est que je n'ai jamais aimé les -femmes qui aimaient si fort leurs maris; encore me -mandez-vous une chose qui ne me raccommodera point -avec elle, c'est sa grossesse. Il faut que ces choses-là me -choquent étrangement pour altérer l'inclination naturelle -que j'ai toujours eue pour mademoiselle de Sévigné<a id="FNanchor_392" href="#Footnote_392" class="fnanchor"> [392]</a>.»</p> - -<p>Quelques lettres d'un style badin, mais amical, furent -ensuite échangées entre le cousin et la cousine, et elles -semblaient promettre pour leur liaison une atmosphère -longtemps sereine; mais bientôt l'horizon s'obscurcit, et ce -fut du côté de madame de Sévigné que souffla le vent qui -ramena les brouillards. L'arrivée de Corbinelli à Paris avait -donné occasion à madame de Sévigné de raconter à cet -ami de Bussy, qui était aussi le sien, sa grande querelle -avec ce dernier, la rupture qui en avait été la suite, leur -raccommodement et la discussion épistolaire qui avait -eu lieu entre eux pendant que Corbinelli était absent et -voyageait dans le Midi. En cherchant à donner des preuves -de tout ce qu'elle disait à Corbinelli, elle retrouva dans ses -papiers des lettres de Bussy qui lui témoignaient sa reconnaissance -du consentement qu'elle avait donné à ce qu'il fût -avancé à son cousin l'argent qu'il avait demandé à l'époque -de son départ pour l'armée en 1657<a id="FNanchor_393" href="#Footnote_393" class="fnanchor"> [393]</a>. Ces lettres, dont elle -ne s'était pas ressouvenue lors de leur altercation, détruisaient -le reproche qu'il lui avait fait de n'en avoir pas agi -avec lui en bonne parente. Elle était alors peu satisfaite -des lettres d'insouciant badinage qu'elle recevait de Bussy -et de ce qu'il n'écrivait point à sa fille; mais elle n'osait -<span class="pagenum"><a id="Page_186"> 186</a></span> -pas l'attaquer sur ce sujet, parce qu'elle savait bien que -tout le tort était du côté de M. de Grignan, et que Bussy -avait dans cette occasion donné des preuves, qui lui avaient -mal réussi, d'une grande déférence pour elle. Tourmentée -cependant du besoin d'exhaler l'humeur qu'elle avait -contre lui, elle profita de la découverte qu'elle venait de -faire, et, sans provocation, sans motif apparent, elle lui -écrivit une lettre où elle lui reprochait encore, sur un ton -goguenard et le plus propre à le blesser, cette malheureuse -satire de l'<i>Histoire amoureuse des Gaules</i> qui depuis -longtemps avait été de sa part l'objet d'un pardon entier et -sans réserve<a id="FNanchor_394" href="#Footnote_394" class="fnanchor"> [394]</a>. Corbinelli, qui se trouvait présent lorsque -madame de Sévigné écrivit cette lettre, voulut s'opposer à -ce qu'elle fût envoyée; mais ce fut en vain. Prévoyant l'effet -qu'elle ferait sur Bussy, Corbinelli y ajouta un <i>post-scriptum</i>, -dans lequel il faisait entrevoir la pensée qu'il les désapprouvait -tous deux. «Vous êtes deux vrais Rabutin, -dit-il, nés l'un pour l'autre: Dieu vous maintienne en parfaite -intelligence!» Aussitôt que la lettre fut partie, madame -de Sévigné se repentit de l'avoir écrite, et elle lui fit -dire de ne point s'en fâcher<a id="FNanchor_395" href="#Footnote_395" class="fnanchor"> [395]</a>. La réponse de Bussy est -parfaite, et prouve combien était puissant l'attachement -qu'il avait pour sa cousine, puisqu'il fait taire, en sa faveur, -cet esprit hautain et rancuneux qui formait le fond -de son caractère. Il explique avec beaucoup de sagacité ce -qui se passait dans l'âme de madame de Sévigné quand -<span class="pagenum"><a id="Page_187"> 187</a></span> -elle se résolut à lui écrire ainsi; il en appelle à sa conscience, -il excuse son tort, il refuse de profiter des avantages -que lui donne sur elle l'humeur dont elle le rend victime; -mais il la prie de lui dire combien ces <i>recommencements</i> -doivent durer, afin qu'il s'y prépare; enfin, il proteste que, -malgré le grief de sa cousine envers lui, il ne garde rien -contre elle sur le cœur et qu'il ne l'aime pas moins qu'il -ne faisait avant<a id="FNanchor_396" href="#Footnote_396" class="fnanchor"> [396]</a>. Pour lui prouver encore plus le désir -qu'il avait de lui complaire, il lui fait des compliments sur -sa fille; mais il profite de la réponse qu'il avait à faire à -Corbinelli pour mettre dans le <i>post-scriptum</i> une partie -du venin qu'il n'avait pas osé insérer dans le corps de la -lettre; et il engage son ami à ne pas trop compter sur les -bienveillants sentiments que madame de Sévigné lui témoigne. -«Quoique vous n'ayez pas comme moi, dit-il, -le péché originel à son égard, défiez-vous de l'avenir: -<i>Toute femme varie</i>, comme disait François I<sup>er</sup>.» Encore -un sarcasme contre le sexe: quand on est mécontent d'une -femme, on dit volontiers du mal de toutes.</p> - -<p>Madame de Sévigné reconnut ses torts, et se hâta de -répondre à son cousin, près duquel Corbinelli se trouvait -alors<a id="FNanchor_397" href="#Footnote_397" class="fnanchor"> [397]</a>. «Il est vrai, dit-elle, que j'étais de méchante -humeur d'avoir retrouvé dans mes paperasses ces lettres -que je vous dis. Je n'eus pas la docilité de démonter mon -esprit pour vous écrire; je trempai ma plume dans mon -fiel, et cela composa une sotte lettre amère, dont je vous -fais mille excuses. Adieu, comte; point de rancunes, ne -<span class="pagenum"><a id="Page_188"> 188</a></span> -nous tracassons plus... J'ai un peu tort, mais qui n'en a -point dans ce monde? Je suis bien aise que vous reveniez -pour ma fille. Demandez à M. de Corbinelli combien elle -est jolie. Montrez-lui ma lettre, afin qu'il voie que, si je -fais les maux, je fais les médecines.»</p> - -<p>Bussy se montre non-seulement satisfait, mais enchanté -de cette nouvelle lettre de madame de Sévigné<a id="FNanchor_398" href="#Footnote_398" class="fnanchor"> [398]</a>, puisqu'il -lui déclare qu'il lui permet de l'offenser encore, pourvu -qu'elle lui promette une pareille satisfaction. Pourtant elle -ne put s'empêcher de mêler aux paroles douces qu'elle lui -adressait alors une allusion au grand méfait qu'elle avait -à lui reprocher; et elle continua, dans presque toutes les -lettres qu'elle lui écrivait, à ramener toujours ainsi le -souvenir fâcheux du passé, même lorsqu'elle était le plus -satisfaite du présent. Elle paraît éprouver un malin plaisir -à lui prouver que si, en raison de ses bons procédés, de -ses louanges et de sa tendresse, sa grâce est descendue sur -lui, elle n'est pas encore assez efficace pour le laver de -ce qu'il appelait lui-même le <i>péché originel</i>. Bussy envoya -à sa cousine le commencement de son travail sur la -généalogie des Rabutin<a id="FNanchor_399" href="#Footnote_399" class="fnanchor"> [399]</a>, avec l'épître dédicatoire, à elle -adressée, qui devait la précéder. Madame de Sévigné, -flattée des éloges qui lui sont donnés dans cette épître, -répond: «La lettre que vous me faites l'honneur de m'écrire, -pour me dédier notre généalogie, est trop aimable -et trop obligeante; il faudrait être parfaite, c'est-à-dire -n'avoir point d'amour-propre, pour n'être pas sensible à -<span class="pagenum"><a id="Page_189"> 189</a></span> -des louanges si bien assaisonnées; elles sont même choisies -et tournées d'une manière que, si l'on n'y prenait -garde, on se laisserait aller à la douceur de croire en mériter -une partie, quelque imagination qu'il y ait. Vous -devriez, mon cher cousin, avoir toujours été dans cet -aveuglement, puisque je vous ai toujours aimé et que je -n'ai jamais mérité votre haine... N'en parlons plus.»</p> - -<p>Malgré cette promesse tant de fois renouvelée de garder -à l'avenir le silence sur le fatal libelle, elle recommença -de nouveau à en parler, et toujours au sujet de cette généalogie -des Rabutin. «Voilà, dit-elle, mon cousin, tout -ce que l'abbé de Coulanges sait de notre maison, dont -vous avez dessein de faire une petite histoire... Je voudrais -que vous n'eussiez jamais fait que celle-là<a id="FNanchor_400" href="#Footnote_400" class="fnanchor"> [400]</a>...» Et, plus -loin encore, elle lui reproche de «n'avoir pas fait de son -nom (de Rabutin) tout ce qui était en son pouvoir...» -Cette fois Bussy perdit patience; déjà, dans la réponse à -la première lettre qui lui avait causé une si vive satisfaction, -il avait mis en garde sa cousine contre le mauvais -effet que produisaient sur lui les malignes insinuations -qu'elle s'était permises, même dans cette lettre; et il terminait -ainsi sa réponse<a id="FNanchor_401" href="#Footnote_401" class="fnanchor"> [401]</a>: «Adieu, ma belle cousine; ne -nous tracassons plus. Quoique vous m'assuriez que nos -liens s'allongent de notre race, et qu'ils ne se rompent -point, ne vous y fiez pas trop: il arrive en une heure ce -qui n'arrive pas en cent. Pour moi, j'aime la douceur; je -suis, comme le frère d'Arnolphe, <i>tout sucre et tout miel</i><a id="FNanchor_402" href="#Footnote_402" class="fnanchor"> [402]</a>.»</p> - -<p><span class="pagenum"><a id="Page_190"> 190</a></span> -Aussi madame de Sévigné, craignant l'effet des provocations -qu'elle s'était permises dans cette dernière lettre, -a-t-elle grand soin de dire à Bussy en finissant: «Je vous -souhaite la continuation de votre philosophie, et à moi -celle de votre amitié; elle ne saurait périr, quoique nous -puissions faire; elle est d'une bonne trempe, et le fond en -tient à nos os.» Mais Bussy répondit sur le ton le plus sévère -et de manière à convaincre sa cousine combien ces -attaques répétées pouvaient nuire à cette amitié dont elle -lui donnait l'assurance et dont pourtant elle méconnaissait -les droits. Après lui avoir prouvé que sa dernière réflexion, -lors même qu'elle serait juste, est peu généreuse -quand elle s'applique à un homme que l'adversité poursuit, -il ajoute: «Je remarque que vous avez, à point -nommé, quand vous m'écrivez, des occasions de picoteries, -dont je me passerais fort bien. Regardez s'il vous serait -agréable que je vous redisse souvent que, si vous aviez -voulu, on n'aurait pas dit de vous et du surintendant les -sottises qui s'en dirent après qu'il fut arrêté. Je ne les ai -jamais crues; mais aussi je ne vous ai pas donné le chagrin -de les entendre. Je vous prie donc, ma cousine, -d'avoir les mêmes égards pour moi que j'ai pour vous; -car, quoique je ne puisse jamais m'empêcher de vous -aimer, je n'aimerais pas que toute notre vie se passât en -reproches et en éclaircissements: c'est tout ce que nous -pourrions faire s'il y avait de l'amour sur jeu.»</p> - -<p>Madame de Sévigné comprit toute la portée de ce langage. -Souvent Bussy s'était prévalu de la vive expression -de son amitié pour lui, et il l'avait interprétée (non peut-être -<span class="pagenum"><a id="Page_191"> 191</a></span> -sans quelque raison) comme un indice d'un sentiment -plus tendre. Elle avait toujours cherché à lui ôter cette -croyance, et désormais elle était intéressée à ne plus s'attirer -de nouveaux reproches de Bussy, en se donnant -le tort de ranimer toujours leurs anciennes querelles, -puisque, selon lui, c'était donner à penser qu'il y avait -de sa part «de l'amour sur jeu.» Elle s'abstint donc -de toute récrimination. Mais elle-même témoigne que -c'était avec peine qu'elle renonçait à la satisfaction qu'elle -éprouvait de lui infliger de temps en temps quelques petites -corrections, pour punition de ses fautes passées. -Elle trouvait que cela rendait leur correspondance plus -piquante et plus animée. «Mon Dieu, dit-elle<a id="FNanchor_403" href="#Footnote_403" class="fnanchor"> [403]</a>, mon cousin, -que votre lettre est raisonnable, et que je suis impertinente -de vous attaquer toujours! Vous me faites voir si -clairement que j'ai tort que je n'ai pas le mot à dire; mais -je suis tellement résolue de m'en corriger que, quand nos -lettres devraient être aussi froides qu'elles sont vives, il -est certain que je ne vous donnerai jamais sujet de m'écrire -sur ce ton-là. Au milieu de mon repentir, à l'heure que je -vous parle, il vient encore des aigreurs au bout de ma -plume; ce sont des tentations du diable, que je renvoie -d'où elles viennent.» Et en effet, dans cette lettre même -où elle demande excuse pour être revenue sur le passé, -elle en parle de nouveau, et fait ressouvenir Bussy que, si -elle a eu tort envers lui, les torts qu'il a eus à son égard -sont bien plus grands. «Nous voilà donc raccommodés. -Vous seriez bien heureux si nous étions quittes; mais, bon -Dieu! que je vous en dois encore de reste que je ne vous -<span class="pagenum"><a id="Page_192"> 192</a></span> -payerai jamais<a id="FNanchor_404" href="#Footnote_404" class="fnanchor"> [404]</a>!» Puis elle demande, en finissant, la permission -de faire à son cousin quelques petites querelles -d'Allemand, mais sur d'autres sujets. «Ce qui me plaît -dans tout ceci, ajoute-t-elle, c'est que nous éprouvons la -bonté de nos cœurs, qui est inépuisable.»</p> - -<p>Dans les lettres auxquelles cette discussion a donné -lieu, nous devons remarquer certains passages qui font -allusion à des propos qu'on aurait tenus sur madame -de Sévigné et dont il sera important, pour l'intelligence -de sa correspondance, de deviner la nature et les motifs. -Madame de Sévigné tâche, dans la première, de réparer -un peu la dureté de ses reproches en terminant par une -phrase plus amicale<a id="FNanchor_405" href="#Footnote_405" class="fnanchor"> [405]</a>, et elle dit: «Adieu, comte; écrivons-nous, -et prenons courage contre nos ennemis. Pensez-vous -que je n'en aie pas, moi qui vous parle?»—A -ceci Bussy répond<a id="FNanchor_406" href="#Footnote_406" class="fnanchor"> [406]</a>: «Je ne doute pas que vous n'ayez des -ennemis; je le sais par d'autres que par vous; mais, quoi -qu'on m'ait mandé, je ne crois pas votre conduite si dégingandée -qu'on dit, et je ne condamne pas les gens sans -les entendre.»</p> - -<p>Ce passage de la lettre de Bussy intrigua beaucoup -madame de Sévigné; il lui prouvait que ce qu'elle croyait -être ignoré de son cousin lui était connu et que, par les -altercations qui avaient eu lieu entre elle et lui et par -son alliance et son intimité avec M. de Grignan, elle -avait perdu une partie de la confiance que Bussy avait -<span class="pagenum"><a id="Page_193"> 193</a></span> -en elle et l'ascendant dû au tendre et fort attachement -qu'elle lui avait inspiré. Au lieu de mettre le même empressement -à l'instruire de tout ce qui la concernait, Bussy -lui taisait donc ce que ses correspondances lui apprenaient -de désavantageux sur son compte. Soit qu'elle ait oublié -ce qu'elle avait écrit à Bussy, soit qu'elle ait voulu plaider -le faux pour savoir le vrai, elle feignit d'ignorer ce -qu'il voulait dire, et nia qu'elle pût avoir des ennemis -ou avoir été l'objet d'aucun mauvais propos; puis, par -le souvenir, agréable pour elle et pour son cousin, des -temps de leur jeunesse, elle tâcha de ranimer la chaleur -de ses anciens sentiments, dans l'espoir de lui arracher son -secret<a id="FNanchor_407" href="#Footnote_407" class="fnanchor"> [407]</a>.</p> - -<p>«Vous me donnez un trait en me disant que j'ai des -ennemis et qu'on vous a mandé que ma conduite était -dégingandée. Vous feignez qu'on vous l'a écrit; je parie -que cela n'est pas vrai. Hélas! mon cousin, je n'ai point -d'ennemis; ma vie est tout unie, ma conduite n'est -pas dégingandée (puisque <i>dégingandée</i> il y a). Il n'est -point question de moi: j'ai une bonne réputation; mes -amis m'aiment, les autres ne songent pas que je suis au -monde; je ne suis ni jeune ni jolie; on ne m'envie point. -Je suis quasi grand'mère, c'est un état où l'on n'est guère -l'objet de la médisance; quand on a été jusque-là sans se -décrier, on se peut vanter d'avoir achevé sa carrière.—M. -de Corbinelli vous dira comme je suis, et, malgré -mes cheveux blancs<a id="FNanchor_408" href="#Footnote_408" class="fnanchor"> [408]</a>, il vous redonnera peut-être du goût -<span class="pagenum"><a id="Page_194"> 194</a></span> -pour moi. Il m'aime de tout son cœur; et je vous jure -aussi que je n'aime personne plus que lui. Son esprit, -son cœur, ses sentiments me plaisent au dernier point. -C'est un bien que je vous dois; sans vous je ne l'aurais -jamais vu.»</p> - -<p>Bussy était trop rusé pour se laisser prendre au piége, -quoique l'amorce eût été habilement préparée. Il répondit -de manière à prouver à sa cousine qu'il était -parfaitement bien informé, et se garda de faire connaître -de quelle part venaient ses informations<a id="FNanchor_409" href="#Footnote_409" class="fnanchor"> [409]</a>.</p> - -<p>«... Aussi bien me mandez-vous que vous m'en devez encore -de reste. Hâtez-vous donc de me payer, afin que nous -soyons bientôt quittes. Je meurs d'impatience d'être assuré -que je n'essuierai jamais de mauvaise humeur de -vous. Je ne vous ai point menti quand je vous ai dit que -vous aviez des ennemis; premièrement, vous me l'avez -écrit dans votre <i>Épître chagrine</i><a id="FNanchor_410" href="#Footnote_410" class="fnanchor"> [410]</a>; mais on me l'a mandé -d'ailleurs. Quoique votre modestie vous fasse dire que -vous n'êtes ni jeune ni belle, et quoique vous ne puissiez -vous sauver par là si vous donniez lieu de parler, ce -n'est pas sur cela qu'on a parlé de vous. Mais que je -suis ridicule de vouloir vous apprendre ce qu'assurément -vous savez avant moi! On ne manque pas de gens, dans le -pays où vous êtes, qui avertissent les amis des calomnies -aussi bien que des vérités qu'on dit d'eux. Je ne -vous en dirai donc pas davantage, sinon qu'à quelques -petits reproches près dont vous m'avez fatigué, je vous -<span class="pagenum"><a id="Page_195"> 195</a></span> -trouve une dame sans reproche, et que j'ai la meilleure -opinion du monde de vous.»</p> - -<p>Bussy en avait dit assez pour être compris de madame -de Sévigné; mais ses réticences nous réduisent à ne pouvoir -former que des conjectures sur les médisances et les -calomnies auxquelles il fait allusion. Nous aurons par la -suite occasion de faire connaître ce qui sur ce point -nous paraît être la supposition la plus probable. Nous -nous contenterons de dire ici que nous croyons que madame -de Montmorency était celle qui avait fait connaître -à Bussy ce qu'on disait dans le monde sur sa cousine. De -toutes les personnes qui correspondaient alors avec Bussy, -madame de Montmorency est celle qui se montre la plus -exacte et la plus empressée à lui transmettre les nouvelles -de ce genre.</p> - -<div class="chapter"> -<p><span class="pagenum"><a id="Page_196"> 196</a></span></p> -<h2 class="normal">CHAPITRE XII.<br /> -<span class="medium">1670-1671.</span></h2> -</div> - -<p class="hanging indent">Madame de Sévigné parle, dans ses lettres, des événements qui se sont -passés durant sa nouvelle contestation avec Rabutin.—Louis XIV -envoie de nouveaux secours à Candie.—Le duc de Beaufort y périt.—Navailles -est disgracié, puis rappelé.—Louis XIV travaille avec -succès à la prospérité et à la grandeur de la France.—Il conclut un -traité secret avec Charles II—Réside à Saint-Germain en Laye ou -à Chambord.—Créqui, par ses ordres, s'empare de la Lorraine.—Pirates -d'Alger soumis.—Dunkerque acheté.—Ambassadeurs -d'Ardrah, de la côte de Guinée.—Louis XIV fait la visite de -places fortes.—Bon état des finances.—Il n'y eut point de fêtes -données par Louis XIV à Versailles ni dans la capitale.—Les -plaisirs ne sont pas négligés.—Molière compose les <i>Amants magnifiques</i>—Molière -est inférieur à Benserade dans les vers qu'il -compose pour ce ballet.—Ce fut le dernier où le roi figura.—Vers -de Racine auxquels on attribue ce changement.—Il eut -d'autres causes plus probables.—La comédie du <i>Bourgeois gentilhomme</i> -eut peu de succès à la cour.—Par quelle raison.—Tragédies -de <i>Bérénice</i>, composées par Corneille et par Racine, à -l'instigation d'Henriette d'Angleterre.—Ce fut un duel littéraire.—Critique -des deux pièces par l'abbé Villars, approuvée par madame -de Sévigné.—Racine répond avec humeur à cette critique.—Sa -pièce de <i>Bérénice</i> est représentée aux noces du duc de Nevers et de -mademoiselle de Thianges.—Allusions à Louis XIV, auxquelles la -nature du sujet invitait les deux poëtes.—Beaux vers qui s'appliquaient -à ce monarque dans la <i>Bérénice</i> de Corneille.—Louis XIV -alors admiré et redouté dans toute l'Europe.—Les malheurs de -la fin de son règne sont préparés dans les temps de prospérité.—Violence -faite à la morale publique par sa liaison avec Montespan.—Le -marquis de Montespan est exilé.—La séparation d'avec sa -femme est prononcée en justice.—Les deux maîtresses du roi -cohabitent ensemble.—Peines qu'en éprouve la Vallière.—Elle -<span class="pagenum"><a id="Page_197"> 197</a></span> -se retire aux Filles de Sainte-Marie de Chaillot.—Mathonnet emprisonné -à Pignerol à cause des services rendus à la Vallière.—Montespan -déguise ses grossesses et cache ses accouchements.—Ses -enfants sont confiés à madame Scarron.—Conduite admirable -que tient cette dernière.—Introduite à la cour, elle est peu goûtée du -roi.—Le règne des femmes assure celui des favoris.—Louis XIV, pour -les affaires d'État, ne se laissait gouverner ni par les uns ni par les -autres.—Détails sur les favoris de Louis XIV,—Saint-Aignan,—Dangeau,—d'Armagnac,—Marsillac,—la Feuillade,—Lauzun.—L'exemple -que donne Louis XIV l'empêche de réprimer les désordres -de son frère et des favoris qui entourent ce dernier.—Madame -(Henriette d'Angleterre) demande que le chevalier de Lorraine soit -exilé.—Il est éloigné, et, de concert avec d'Effiat et Beuvron, il donne -par le poison la mort à Henriette.—Fin cruelle de cette princesse.—Bague -d'émeraude qu'en mourant elle donne à Bossuet.—Oraison -funèbre qu'il prononce sur la mort de cette princesse.—Louis XIV -découvre le complot.—Il acquiert la certitude que son frère l'a -ignoré.—Irritation produite en Angleterre par la mort d'Henriette.—Louis -XIV est forcé, par sa politique, à la dissimulation.—Il rappelle -le chevalier de Lorraine de son exil et épargne ses complices.</p> - -<p class="space">Tandis que madame de Sévigné mariait sa fille, qu'elle -s'occupait de réconcilier Bussy avec son gendre, la -France prospérait; des événements importants avaient -lieu sur la grande scène politique. Par patriotisme, par -amour pour ses enfants, par ambition pour sa famille, -madame de Sévigné y prenait intérêt; mais ce qui se passait -autour d'elle à la cour et dans la haute société, dans -cette société si avide de gloire, de dignités, de plaisirs, -la touchait encore plus vivement. Elle en parle souvent -dans ses lettres, ou y fait fréquemment allusion. Pour -faire sortir de ses écrits la peinture fidèle du monde au -milieu duquel elle a vécu, il est donc nécessaire de faire -de l'histoire de ces temps l'objet d'une étude approfondie. -Quoique ce sujet ait déjà été traité par nombre d'écrivains, -<span class="pagenum"><a id="Page_198"> 198</a></span> -il ne l'a jamais été sous ce point de vue. La vie -privée du jeune monarque, des princes de son sang, de -ses courtisans, de ses ministres et l'influence exercée -par eux sur les mœurs, la religion, la littérature doivent -surtout appeler notre attention, non-seulement parce que -toutes ces choses sont par elles-mêmes les plus importantes -à connaître par leur résultat sur les destinées du -pays, mais aussi parce que ce sont celles sur lesquelles -madame de Sévigné nous fournit le plus de lumière et -qui peuvent le mieux nous faire pénétrer dans le secret de -ses pensées, et nous dévoiler les causes les plus cachées -des résolutions et des opinions qui lui sont propres ou qui -appartiennent aux hommes d'État et aux personnages du -grand monde, dont les noms se rencontrent souvent, ou -occasionnellement, sous sa plume. Enfin, madame de Sévigné -parle souvent des écrivains illustres dont elle était -contemporaine et dont la lecture lui était familière; les -investigations auxquelles ces lettres et celles qui lui furent -adressées donnent lieu nous procurent une intelligence -plus complète des chefs-d'œuvre de notre littérature; elles -nous instruisent des circonstances et des idées régnantes -sous l'empire desquelles les auteurs se sont trouvés placés -et des motifs qui les ont dirigés dans leurs compositions.</p> - -<p>La troupe de la Feuillade, dans laquelle le jeune de Sévigné -avait fait ses premières armes, ne fut pas la seule -qui partit du port de Toulon pour aller au secours de -Candie. Cédant aux conseils de Turenne, qui secondait -les instances de la cour de Rome, à laquelle ce grand capitaine -devait la promotion de son neveu au cardinalat, -Louis XIV envoya l'année suivante six mille hommes au -secoure de Candie; il les plaça sous les ordres du duc de -Navailles, et donna le commandement de la flotte au duc -<span class="pagenum"><a id="Page_199"> 199</a></span> -de Beaufort<a id="FNanchor_411" href="#Footnote_411" class="fnanchor"> [411]</a>. La plupart des braves qui composaient cette -petite armée furent massacrés dans une sortie. Le duc de -Beaufort, ce héros de la Fronde, périt dans cette action -meurtrière; comme on ne put retrouver son corps après -le combat, sa mort donna lieu à des fables, qu'on cherchait -à rendre probables par le souvenir du rôle qu'il -avait autrefois joué. Navailles, pour sauver la flotte et ce -qui lui restait de troupes, revint en France; et Candie se -rendit peu après son départ. On s'en prit à Navailles du -mauvais succès de l'expédition; il fut exilé et forcé à se -retirer dans sa terre. Mais il prouva au roi que, dans -toute sa conduite, il avait su concilier l'honneur et les intérêts -du royaume, et que, bien loin d'avoir mérité d'être -blâmé, il aurait dû être récompensé. Louis fut convaincu, -et Navailles rentra en grâce<a id="FNanchor_412" href="#Footnote_412" class="fnanchor"> [412]</a>: belle preuve d'équité. -L'homme tout-puissant qui sait réparer une injustice dont -il est l'auteur est encore plus rare que celui qui n'en commet -aucune. Quel dommage que Louis XIV n'ait pas été -assez maître de ses passions pour être juste envers la -femme de Navailles, comme il l'avait été envers lui<a id="FNanchor_413" href="#Footnote_413" class="fnanchor"> [413]</a>!</p> - -<p>A l'époque où nous sommes arrivés, cette entreprise de -Candie fut la seule où Louis XIV échoua. Jamais il ne -travailla plus efficacement qu'alors à la prospérité du -<span class="pagenum"><a id="Page_200"> 200</a></span> -royaume, à sa grandeur et à sa puissance. Les secours -qu'il avait envoyés à Candie ne nuisirent point à ses -négociations avec la Porte Ottomane. Son ambassadeur -fut reçu à Constantinople avec des honneurs inouïs jusqu'alors; -une alliance fut faite avec le sultan. Les -pirates d'Alger se virent contraints par la force de respecter -le pavillon français; et le commerce de France, -en Orient, étendit ses ramifications dans toutes les vastes -et riches contrées soumises au croissant; en Occident, -dans les deux Amériques; au Midi, jusqu'au fond du -golfe de Guinée, d'où l'on vit venir des ambassadeurs -d'Ardrah, présenter aux Tuileries le curieux spectacle -d'une magnificence sauvage, et s'incliner devant le trône -du grand roi<a id="FNanchor_414" href="#Footnote_414" class="fnanchor"> [414]</a>. Dunkerque fut acheté à l'Angleterre, et -devint un port français<a id="FNanchor_415" href="#Footnote_415" class="fnanchor"> [415]</a>. Un traité secret fut conclu avec -Charles II, qui mettait, en cas de guerre, toutes les forces -britanniques à la disposition du roi de France<a id="FNanchor_416" href="#Footnote_416" class="fnanchor"> [416]</a>. Le duc -de Lorraine n'exécutait pas ses traités avec la France, et -négociait contre elle. Louis XIV envoya aussitôt une armée -commandée par le maréchal de Créqui, qui s'empara -de Pont-à-Mousson, d'Épinal, de Longwy; et le duc de -Lorraine, voyant ses États séquestrés, fut obligé de se -retirer à Cologne, et ensuite à Francfort<a id="FNanchor_417" href="#Footnote_417" class="fnanchor"> [417]</a>. Des traités -avantageux lièrent à la France l'empereur, l'électeur de -<span class="pagenum"><a id="Page_201"> 201</a></span> -Cologne, l'évêque de Munster et la Suède<a id="FNanchor_418" href="#Footnote_418" class="fnanchor"> [418]</a>. Casimir, roi -de Pologne, se démit de sa couronne, vint à Paris, où il -fut reçu avec tous les honneurs dus à son rang, et accepta -de Louis XIV la dignité ecclésiastique d'abbé de Saint-Germain -des Prés.</p> - -<p>Louis XIV visita toutes les places de Flandre qu'il -avait conquises; et ce voyage, qu'il fit avec une grande -pompe et accompagné de beaucoup de troupes, jeta l'inquiétude -et la crainte dans toute l'Europe<a id="FNanchor_419" href="#Footnote_419" class="fnanchor"> [419]</a>. Il avait, au -milieu de la paix, mis ses armées, ses arsenaux sur le -pied de guerre, créé une marine formidable, établi un -ordre inconnu avant lui dans l'administration de ces deux -parties essentielles à la défense de l'État et au soutien de -sa puissance. L'administration intérieure n'était pas moins -admirable; et celle des finances fut portée à ce degré de -perfection que les impôts furent diminués et les recettes -augmentées<a id="FNanchor_420" href="#Footnote_420" class="fnanchor"> [420]</a>: résultat qui paraît contradictoire et que cependant -peut toujours obtenir en temps de paix, dans un -grand État, un gouvernement énergique, probe et éclairé.</p> - -<p>Occupé de ses vastes projets politiques et guerriers, -Louis XIV, cette année, quand il n'était pas aux frontières, -résida le plus habituellement à Saint-Germain en -Laye et à Chambord. Il n'y eut point de fêtes royales -données dans la capitale et à Versailles. De grands travaux -furent exécutés dans ce dernier lieu, et de plus fortes -sommes que dans aucune des années précédentes furent -<span class="pagenum"><a id="Page_202"> 202</a></span> -consacrées à cette prodigieuse création<a id="FNanchor_421" href="#Footnote_421" class="fnanchor"> [421]</a>. Mais pour achever -le château et le parc il fallait encore vingt ans, et douze -ans s'écoulèrent avant que les travaux fussent assez avancés -pour que Louis XIV pût s'y établir à demeure<a id="FNanchor_422" href="#Footnote_422" class="fnanchor"> [422]</a>. Les plaisirs -ne pouvaient se trouver longtemps absents partout où ce -jeune monarque était présent. Durant l'hiver de 1670, -lorsqu'il était avec toute sa cour à Saint-Germain en Laye, -il donna à Molière le sujet d'une pièce fort bien choisi -pour amener des ballets et des divertissements nombreux -et brillants. Ce but fut atteint par la composition des -<i>Amants magnifiques</i>, production que Molière avait jugée -ne devoir pas survivre à la circonstance qui y avait donné -lieu; il ne la fit point représenter à Paris, et elle ne fut -publiée qu'après sa mort<a id="FNanchor_423" href="#Footnote_423" class="fnanchor"> [423]</a>. Nous devons remarquer que -cette fois les vers des ballets et des intermèdes ne furent -pas composés par Benserade, mais par Molière, qui chercha -à imiter Benserade dans l'art de tourner avec élégance -<span class="pagenum"><a id="Page_203"> 203</a></span> -et facilité des riens spirituels et des à-propos flatteurs, -mais qui se montra dans cette lutte inférieur à ce -poëte médiocre. Bussy, avec ce tact fin qui caractérise son -goût en littérature, en fait la remarque au sujet du ballet -de <i>Psyché</i>, qui fut donné l'année suivante<a id="FNanchor_424" href="#Footnote_424" class="fnanchor"> [424]</a>.</p> - -<p>Cette pièce des <i>Amants magnifiques</i> forme époque -dans la vie de Louis XIV, parce que ce fut la dernière où -il figura en personne dans les ballets et les divertissements -que l'on jouait à la cour: il fit le rôle de <i>Neptune</i> et -celui du <i>Soleil</i><a id="FNanchor_425" href="#Footnote_425" class="fnanchor"> [425]</a>. D'Armagnac le grand écuyer, le marquis -de Villeroi et le marquis de Rassent représentèrent -tous trois des dieux marins. Ce changement dans les habitudes -du jeune monarque a été généralement attribué -à de beaux vers de Racine qui ont été souvent cités à -ce sujet. Il semble qu'on ne peut guère douter du fait, -puisqu'il est attesté, du vivant de Louis XIV, dans une -lettre écrite par Boileau en défense de l'opinion soutenue -par lui contre Massillon en faveur de l'utilité de la -comédie et du théâtre<a id="FNanchor_426" href="#Footnote_426" class="fnanchor"> [426]</a>. Cependant il doit être permis de -faire observer que, si tel a été l'effet des vers de Racine, -cet effet n'a pas été instantané, puisque la tragédie de <i>Britannicus</i>, -où se trouvent ces vers, fut jouée et même imprimée -avant la représentation des <i>Amants magnifiques</i><a id="FNanchor_427" href="#Footnote_427" class="fnanchor"> [427]</a>. -<span class="pagenum"><a id="Page_204"> 204</a></span> -Ce que nous pouvons affirmer, d'après la connaissance -intime de l'histoire littéraire de cette époque et de l'esprit -d'adulation qui dominait alors la plume de tous les auteurs -à l'égard de Louis XIV, c'est que Racine n'eût jamais -écrit des vers qui pussent donner lieu au roi de se faire -l'application d'un reproche adressé à Néron, ou que, s'il -les eût écrits, il les eût effacés. Si donc les vers de Racine -ont empêché Louis XIV, après qu'il les eut entendus, -«de danser à aucun ballet, même au temps du carnaval,» -comme le prétend Boileau, ce fut contre l'intention de -Racine, qui était trop bon courtisan pour avoir la prétention -de réformer le roi, surtout en lui faisant l'application -de vers tels que ceux-ci<a id="FNanchor_428" href="#Footnote_428" class="fnanchor"> [428]</a>:</p> - -<div class="poetry"><div class="stanza"> -<p>Quoi donc! ignorez-vous tout ce qu'ils osent dire?</p> -<p>Néron, s'ils en sont crus, n'est point né pour l'empire;</p> -<p>Il ne dit, il ne fait que ce qu'on lui prescrit.</p> -<p><b>. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .</b></p> -<p>Pour toute ambition, pour vertu singulière,</p> -<p>Il excelle à conduire un char dans la carrière,</p> -<p>A disputer des prix indignes de ses mains,</p> -<p>A se donner lui-même en spectacle aux Romains,</p> -<p>A venir prodiguer sa voix sur un théâtre,</p> -<p>A réciter des chants qu'il veut qu'on idolâtre.</p> -</div></div> - -<p>Si on fait attention que la lettre de Boileau, quoique -écrite du vivant de Louis XIV, l'a été trente-sept -ans après la première représentation de <i>Britannicus</i> et -celle des <i>Amants magnifiques</i>; que c'est une lettre particulière -publiée plusieurs années après la mort du monarque -<span class="pagenum"><a id="Page_205"> 205</a></span> -et de Boileau lui-même; que cette lettre, adressée à -Monchesnay dans le but de faire l'apologie de la comédie, -fortement attaquée alors par Bossuet, Massillon, et par -tous les grands talents que possédait le clergé de France; -que cette lettre, dis-je, n'a peut-être reproduit, en cette -circonstance, qu'un bruit vulgaire, dont Boileau, sans en -avoir une connaissance particulière et sans chercher à l'approfondir, -était bien aise de s'emparer, on sera induit à -chercher une autre cause à la résolution de Louis XIV; et -il sera facile de trouver un motif plus naturel dans l'âge -du monarque, qui modifiait sous ce rapport ses goûts et -ses habitudes. L'étiquette pompeuse dont il crut devoir -s'entourer à mesure que s'exaltait en lui le sentiment de -la dignité royale formait aussi obstacle à ce qu'il s'adonnât -à ce genre de divertissements, qui avait eu tant d'attraits -pour lui dans son adolescence. D'ailleurs, avec les -occupations dont il était surchargé, avait-il le temps d'étudier -les rôles d'un ballet et de retenir les vers que Benserade -composait? Ajoutons que la complication de ses intrigues -amoureuses et de celles de toute sa cour, trop -fidèle imitatrice des exemples qu'il lui donnait, jointe aux -ménagements que réclamaient la reine et la majesté du -trône, ne permettaient plus au poëte de hasarder ces plaisanteries -ingénieuses, ces allusions folâtres ou graveleuses -dans lesquelles Benserade excellait: elles eussent été des -révélations indiscrètes et extravagantes. Ainsi non-seulement -on ne vit plus Louis XIV déployer ses grâces, son -agilité et son adresse dans les ballets et les carrousels, mais -les ballets et les carrousels même cessèrent pendant longtemps. -Ils ne recommencèrent que dix ans après la représentation -des <i>Amants magnifiques</i>, lorsque le Dauphin -fut en âge d'y figurer, et que leur ancienne célébrité -<span class="pagenum"><a id="Page_206"> 206</a></span> -fit naître le désir de procurer à l'héritier du trône ces -divertissements. Ce fut alors que l'on demanda de nouveau -des vers à Benserade pour le <i>Ballet royal du -Triomphe de l'Amour</i>, qui fut son dernier ouvrage en ce -genre<a id="FNanchor_429" href="#Footnote_429" class="fnanchor"> [429]</a>.</p> - -<p><i>Le Bourgeois gentilhomme</i>, composé aussi pour amener -des ballets et des danses et joué pour la première fois, à -Chambord, le 14 octobre 1670, ne fut pas si bien accueilli -que <i>les Amants magnifiques</i>; et cependant Molière, dans -cette pièce, était rentré dans le domaine de son talent et de -la bonne et franche comédie. Des scènes d'un naturel exquis, -d'un comique délicieux, mais peu liées entre elles et -terminées par une parade grotesque et invraisemblable, ne -plurent pas au goût dédaigneux d'une cour que l'auteur -du <i>Misanthrope</i> et du <i>Tartufe</i> avait rendue difficile à satisfaire<a id="FNanchor_430" href="#Footnote_430" class="fnanchor"> [430]</a>.</p> - -<p>Mais le principal événement théâtral de l'année fut -la lutte qu'Henriette d'Angleterre, duchesse d'Orléans, -parvint à établir entre Corneille et Racine<a id="FNanchor_431" href="#Footnote_431" class="fnanchor"> [431]</a>. Ces deux -grands poëtes, par les instigations de cette princesse, firent -représenter chacun en même temps et sur deux théâtres -différents une tragédie sur le même sujet. Ce fut un -<span class="pagenum"><a id="Page_207"> 207</a></span> -duel, a dit Fontenelle; mais dans ce duel les conditions -n'étaient pas égales: l'un des combattants acquérait sans -cesse des forces, l'autre avait perdu les siennes. Le Corneille -de <i>Tite et Bérénice</i> n'était plus celui du <i>Cid</i> et de -<i>Polyeucte</i>; et quoique la troupe de Molière fit tous ses efforts -pour faire valoir la nouvelle pièce, elle ne réussit pas. -La <i>Bérénice</i> de Racine eut au contraire un succès prodigieux, -à la cour comme à la ville. Une actrice admirable, -dont on disait que l'auteur était amoureux, fit mieux dans -cette pièce que de s'attirer des applaudissements, elle fit -répandre d'abondantes larmes<a id="FNanchor_432" href="#Footnote_432" class="fnanchor"> [432]</a>. <i>Bérénice</i> devint la pièce -en vogue; ce fut elle qu'on joua aux brillantes noces qui -eurent lieu pour le mariage de mademoiselle de Thianges -avec le duc de Nevers<a id="FNanchor_433" href="#Footnote_433" class="fnanchor"> [433]</a>, de ce duc de Nevers qui fut -depuis le chef de la cabale contre Racine, de ce duc de -Nevers «si difficile à ferrer, dit madame de Sévigné, si -extraordinaire qu'il glisse des mains alors qu'on y pense -le moins.»</p> - -<p>L'abbé de Villars, le spirituel auteur des <i>Lettres du -comte de Gabalis sur les sylphes, les gnomes et les salamandres</i>, -fit des deux tragédies une critique sévère, mais -presque toujours juste. Madame de Sévigné eut raison de -la trouver plaisante [c'est-à-dire agréable] et ingénieuse. -C'est à tort qu'on a taxé d'esprit de parti madame de Sévigné -pour avoir jugé favorablement un petit écrit qu'elle-même -<span class="pagenum"><a id="Page_208"> 208</a></span> -traite de bagatelle et dans lequel elle blâme cinq -ou six mauvaises plaisanteries, qui sont, dit-elle, «d'un -homme qui ne sait pas le monde<a id="FNanchor_434" href="#Footnote_434" class="fnanchor"> [434]</a>.» Racine, qui plus tard -fut désolé d'une arlequinade dont sa pièce fut l'objet, qui -s'affligea d'un bon mot de Chapelle, fut singulièrement -irrité de l'approbation donnée par beaucoup d'hommes de -goût à la critique de Villars. Il en parle dans la préface de -sa tragédie avec une colère mal déguisée; il la réfute faiblement, -et il a l'air de la mépriser. Cette critique fit alors -grand bruit, et divisa la cour et la ville, les gens de lettres -et les gens du monde sur le jugement qu'on devait porter -de la <i>Bérénice</i> de Racine. On était pour l'avis du critique -après l'avoir lu, et pour la pièce après avoir entendu la -Champmeslé<a id="FNanchor_435" href="#Footnote_435" class="fnanchor"> [435]</a>. Il en est encore ainsi aujourd'hui: les vers de -Racine produisent toujours leur effet accoutumé, et désarment -ceux qui voudraient signaler les défauts de ses compositions. -Il importe peu à la gracieuse Vénus de Médicis de -n'avoir ni le port ni la dignité d'une déesse; l'admirable -pureté de ses formes séduit aussitôt les regards; et plus ils -s'attachent sur l'œuvre de l'artiste, plus ils confirment le jugement -que l'on a porté de son sublime talent. Cependant -la rareté des représentations de <i>Bérénice</i> a depuis longtemps -<span class="pagenum"><a id="Page_209"> 209</a></span> -prouvé que l'abbé Villars avait raison de ne pas trouver -dans cette pièce les véritables caractères d'une tragédie. -Henriette, en donnant, à leur insu, ce sujet à traiter -aux deux poëtes, avait une intention que Voltaire a très-bien -fait ressortir: elle s'attendait à ce que tous les deux -chercheraient à créer des allusions à Louis XIV dans -le rôle de Titus. Ils n'y manquèrent pas; mais chacun -d'eux les puisa dans la nature de son génie, Racine dans -les sentiments d'un amour tendre et passionné, Corneille -dans l'élévation de l'âme et l'énergie du caractère; -et certes on peut dire que, quoique la pièce de Corneille -fût bien inférieure à celle de son jeune rival, elle était plus -conforme aux désirs de la princesse.</p> - -<p>Dans <i>Tite et Bérénice</i>, l'intention de Corneille fut si bien -saisie que Santeul traduisit en latin les vers suivants, pour -les présenter à Louis XIV lorsqu'il partit pour faire la -conquête de la Hollande:</p> - -<div class="poetry"><div class="stanza"> -<p>Mon nom, par la victoire est si bien affermi</p> -<p>Qu'on me croit, dans la paix, un lion endormi;</p> -<p>Mon réveil incertain du monde fait l'étude;</p> -<p>Mon repos en tout lieu jette l'inquiétude;</p> -<p>Et, tandis qu'à ma cour les aimables loisirs</p> -<p>Ménagent l'heureux choix des jeux et des plaisirs,</p> -<p>Pour envoyer l'effroi de l'un à l'autre pôle</p> -<p>Je n'ai qu'à faire un pas et hausser la parole<a id="FNanchor_436" href="#Footnote_436" class="fnanchor"> [436]</a>.</p> -</div></div> - -<p>A cette époque Louis XIV était redouté et admiré de -toute l'Europe. On cherchait avec anxiété à pénétrer ses -desseins, à deviner ses résolutions. Nul souverain, par -ses brillantes qualités comme par ses défauts, n'exerça -<span class="pagenum"><a id="Page_210"> 210</a></span> -une plus grande et plus longue influence au dedans -comme au dehors de ses États. Tout homme qui, devenu -tout-puissant, a le noble désir d'exercer son pouvoir dans -l'intérêt des peuples et de sa gloire se trouve exposé au -plus grand de tous les dangers. Tous ceux, qui l'entourent, -loin de combattre ses mauvais penchants, cherchent à les -exploiter pour élever leur fortune; et s'il ne sait pas puiser -en lui-même la force nécessaire pour résister à la séduction -et dissiper les nuages sans cesse amassés pour offusquer -sa raison, il marche de faute en faute et d'erreur -en erreur. Tous les grands personnages dont l'histoire contient -l'éloge ont déployé dans l'adversité une énergie digne -d'être admirée; peu ont su résister à la prospérité. -Louis XIV n'était pas du nombre de ces derniers; et dès -lors, et même avant qu'il eût atteint le faîte de sa grandeur, -se manifestèrent les faiblesses qui devaient enfanter -vers la fin de son règne les malheurs publics et ses chagrins -domestiques. Enivré par ses succès, il se regardait, -par son génie, par les droits divins de sa couronne, comme -un être à part, dont la volonté faisait loi. Mettre obstacle -à cette volonté était à ses yeux non-seulement rébellion, -mais sacrilége; et, soit qu'il fût question de s'opposer à -ses passions ou aux mesures de son gouvernement, -l'effet était le même et le crime était pareil.</p> - -<p>La liaison de Louis XIV avec madame de Montespan -devait entraîner des conséquences plus graves que celles -qu'avait produites son amour pour la Vallière. Celle-ci, -en disposant d'elle-même selon son cœur, ne violait pas -les saintes lois du mariage; mais Montespan avait un -mari dont elle était aimée. Pour l'arracher à cet homme -d'honneur, qui la rendait heureuse, Louis XIV se vit -forcé de méconnaître les droits les plus sacrés de la justice. -<span class="pagenum"><a id="Page_211"> 211</a></span> -Le marquis de Montespan fut relégué à l'extrémité -du royaume, et un tribunal complaisant prononça un jugement -de séparation entre lui et sa femme. Elle fut attachée -à la cour, et eut la charge de surintendante de la -maison de la reine; de la reine! pour laquelle ainsi, à -double titre, son nom devenait un outrage. On ne parvint -pas de prime abord à ce degré d'impudeur; il fallut s'y -accoutumer et y accoutumer le peuple. On s'entoura de -quelque mystère. L'ancienne maîtresse dut servir de voile -pour couvrir le secret de la nouvelle. L'infortunée la Vallière -eut à supporter les inexprimables angoisses d'une -amante abandonnée, qui, le cœur brûlant d'amour, se -trouve forcée d'être continuellement spectatrice du bonheur -de sa rivale et d'habiter avec elle. Lorsqu'on songe -que le roi s'était par principe imposé l'obligation de revenir -chaque nuit dans la couche nuptiale, on est surpris -qu'il ne fût pas choqué lui-même d'une si étrange polygamie. -L'orgueil de madame de Montespan souffrit de se -trouver dans le même gynécée que celle qu'elle avait trompée -et trahie; elle en fit des reproches à son amant. Louis -s'excusa en disant que cela s'était établi insensiblement. -«Insensiblement pour vous, lui répliqua vivement la -fière beauté, mais très-sensiblement pour moi.» Des humiliations, -d'insupportables affronts étaient pour la Vallière -le résultat inévitable de sa position. L'infortunée, -pour la seconde fois, fit sa retraite au couvent des Filles -Sainte-Marie de Chaillot<a id="FNanchor_437" href="#Footnote_437" class="fnanchor"> [437]</a>, où était toujours mademoiselle -<span class="pagenum"><a id="Page_212"> 212</a></span> -de la Mothe d'Argencourt, son ancienne amie<a id="FNanchor_438" href="#Footnote_438" class="fnanchor"> [438]</a>. Louis XIV, -qui s'était habitué à compter sur l'affection et l'entier dévouement -de la Vallière, versa des larmes quand il se vit -menacé de la perdre pour toujours; il envoya Colbert -pour la prier de revenir, et il força sa nouvelle maîtresse -de joindre ses instances aux siennes. Elle revint. Madame -de Sévigné a raconté cet événement<a id="FNanchor_439" href="#Footnote_439" class="fnanchor"> [439]</a>, qui fit douter pendant -quelque temps à la cour si les tendresses cordiales -d'un ancien attachement ne l'emporteraient pas sur l'entraînement -d'une nouvelle passion.</p> - -<p>Mais l'on sut bientôt, que la Vallière, victime d'un -amour qui ne se nourrissait plus que de larmes et de regrets, -avait le projet de se retirer au couvent. Louis XIV -crut pouvoir la retenir en prodiguant pour elle, pour sa -famille et pour les enfants qu'il avait eus d'elle les richesses -et les dignités. Vain espoir! Rien que le cœur d'un -amant adoré ne pouvait consoler celle que poursuivait le -remords de lui avoir sacrifié l'honneur. Ses longs entretiens -avec mademoiselle de la Mothe d'Argencourt et ses -fréquentes visites au monastère de Chaillot firent ombrage -à Louis XIV. Il fit arrêter et conduire en prison, à Pignerol, -<span class="pagenum"><a id="Page_213"> 213</a></span> -un gentilhomme nommé Mathonnet<a id="FNanchor_440" href="#Footnote_440" class="fnanchor"> [440]</a>, uniquement -parce qu'il s'employait comme intermédiaire entre madame -de la Vallière et les sœurs de Sainte-Marie; et il ne -lui accorda sa liberté que lorsqu'il n'osa plus contraindre -celle qui avait pris la ferme résolution de se consacrer -tout entière à Dieu seul. De moins scrupuleuses et de plus -dangereuses rivales tâchèrent de supplanter Montespan -auprès de son royal amant; si elles ne réussirent pas, elles -parvinrent néanmoins à mettre à profit l'inconstance de -ses goûts pour satisfaire leur cupidité ou leur ambition. -Parmi elles on distingua la princesse de Soubise, comme la -plus habile à s'envelopper des ombres du mystère et à dérouter, -par l'art de ses intrigues, l'active surveillance de -la maîtresse en titre. Celle-ci, obligée à des ménagements -envers la reine, la cour et le public, ne put entièrement -déguiser, par la mode des amples vêtements qu'elle introduisit, -les apparences de ses fréquentes grossesses; mais -ses enfants furent mis au monde dans le plus profond secret. -Il fallait les confier à des mains prudentes et dignes -d'un si précieux dépôt. Madame de Montespan jeta les -yeux sur la veuve de Scarron, dont elle avait été la -bienfaitrice et dont la société était devenue pour elle -un besoin, au milieu des grandeurs et des ennuis de la -cour. Madame Scarron refusa de s'en charger, à moins -que le roi ne lui en donnât l'ordre. Cet ordre lui fut donné: -elle a elle-même fait connaître les embarras de sa position<a id="FNanchor_441" href="#Footnote_441" class="fnanchor"> [441]</a> -et la conduite qu'elle tint dans ces circonstances -<span class="pagenum"><a id="Page_214"> 214</a></span> -difficiles, qui lui donnèrent les moyens de montrer sa discrétion, -son activité, son courage, son dévouement. Elle -nous apprend qu'elle prit avec elle la jeune fille de madame -d'Heudicourt, et qu'elle parvint si bien à donner -le change à ses amies et protectrices de l'hôtel d'Albret -et de l'hôtel de Richelieu que personne ne soupçonna la -véritable cause de sa nouvelle et mystérieuse existence. Elle -aima mieux soulever des doutes sur sa vertu et supporter -la calomnie que de laisser deviner que dans sa modeste -condition elle était dépositaire d'importants secrets<a id="FNanchor_442" href="#Footnote_442" class="fnanchor"> [442]</a>. Elle -a décrit ses soins assidus, ses inquiétudes incessantes pour -ces enfants, qui lui avaient inspiré une tendresse de mère<a id="FNanchor_443" href="#Footnote_443" class="fnanchor"> [443]</a>. -Les fonctions qu'elle remplissait avec tant de zèle la -rapprochèrent nécessairement du roi, auquel elle rendait -compte du dépôt qui lui était confié. C'est ainsi qu'elle fut -introduite à la cour et dans les appartements privés du monarque, -à la suite de madame de Montespan, comme le -repentir, encore ignoré, compagnon du plaisir coupable. -Cette jeune et belle veuve déplut d'abord à Louis XIV par -son maintien froid et réservé, par la réputation qu'on lui -avait faite d'être un bel esprit et une dévote rigide; et -même les longs entretiens qu'elle avait avec madame de -<span class="pagenum"><a id="Page_215"> 215</a></span> -Montespan lui donnaient du dépit et excitaient sa jalousie.</p> - -<p>L'empire des femmes sur ceux qui gouvernent ne peut -avoir qu'une influence fâcheuse sur les affaires d'État. Le -mal produit par cette cause n'est jamais seul: le règne -des maîtresses rend nécessaire celui des favoris. Quand -on veut conduire des intrigues obscures et honteuses, -il faut des confidents propres à de tels emplois; il les faut -souples, adroits, assidus, actifs, prudents, dévoués, incapables -de scrupules. Lorsqu'on en a trouvé de tels et qu'ils -plaisent, on cherche à les conserver; on les comble d'honneurs -et de richesses dont la moindre partie eût suffi pour -récompenser les plus éminents services rendus au pays. -Unis d'intérêts avec les maîtresses, ils forment des brigues, -des cabales qui pénètrent dans les conseils du gouvernement, -se partagent ses agents, entravent sa marche, et le -portent à sacrifier sans cesse l'intérêt général à des intérêts -particuliers et à précipiter l'État vers sa décadence ou dans -le gouffre des révolutions. La gloire de Louis XIV est d'avoir -échappé à ces influences, de n'avoir jamais livré le -secret des affaires, de n'avoir jamais laissé entraver l'autorité -de ses ministres, d'avoir gouverné par la seule force -de son caractère et le seul empire de sa volonté; et cependant -Louis XIV eut des maîtresses, et par conséquent -il eut aussi des favoris. Nous avons souvent parlé des unes, -disons un mot des autres.</p> - -<p>Dans ce nombre nous ne compterons pas le duc de -Saint-Aignan et le marquis de Dangeau: quoiqu'ils fussent -toujours des courtisans très-favorisés, ils n'étaient pas -proprement des favoris. Essentiels pour l'arrangement des -parties de jeux, des loteries, des fêtes, des cérémonies, des -ballets, pour les petits vers, la prose galante, les nouvelles -<span class="pagenum"><a id="Page_216"> 216</a></span> -du jour, les riens agréables, leur complaisance pour des -services moins publics, pour des affaires plus compromettantes -était tout naturellement acquise. On y comptait, -et on en usait selon l'occasion; mais ils n'étaient point -initiés aux intrigues les plus secrètes de ce genre ni admis -dans les réunions les plus intimes. Leur âge, différent de -celui du roi, n'admettait pas entre eux et lui cette affection, -cette familiarité expansive, cet abandon qui font -disparaître le roi pour ne plus laisser voir que l'homme, -que l'ami, et qui sont les indices caractéristiques du favoritisme -complet. Les seuls courtisans de Louis XIV qu'on -peut placer dans cette catégorie et que ménageaient les -ministres à l'égal des maîtresses furent d'Armagnac, -Marsillac, la Feuillade et Lauzun.</p> - -<p>Quant au premier (Louis de Lorraine, comte d'Armagnac), -qui fut nommé grand écuyer et conserva constamment -cette belle charge, Saint-Simon nous apprend -que nul n'a joui auprès de Louis XIV d'une si constante -et si parfaite faveur, jointe à la considération la plus haute, -la plus marquée, la plus invariable. Sa belle figure, le -jargon de la galanterie, l'habitude de la flatterie; une assiduité -infatigable; une grande habileté à la danse, à l'équitation, -à tous les exercices du corps; des richesses, du -goût, de l'élégance, une curieuse recherche dans ses habillements; -une magnificence de grand seigneur et un -air de noblesse et de grandeur qui lui était naturel, qu'il -ne déposait jamais avec personne, le roi seul excepté, -telles furent les causes de ses succès<a id="FNanchor_444" href="#Footnote_444" class="fnanchor"> [444]</a>.</p> - -<p>Le prince de Marsillac était le fils du duc de la Rochefoucauld, -<span class="pagenum"><a id="Page_217"> 217</a></span> -et porta toujours sur sa figure les cicatrices des -blessures qu'il avait reçues pendant la Fronde en combattant -avec son père contre le roi, qui cependant eut toujours -en lui la confiance la plus entière. Ce ne fut ni par -l'esprit ni par les agréments de sa personne que Louis XIV -lui demeura si fortement attaché; car Saint-Simon a dit -de lui que «c'était un homme entre deux tailles, maigre -avec des gros os, un air niais quoique rude, des manières -embarrassées, une chevelure de filasse, et rien qui sortît -de là.» Mais nul ne mit plus de suite à étudier le goût et -les habitudes de son maître, plus d'empressement à s'y -conformer, plus d'assiduité à faire sa cour, plus de constance -à se trouver toujours près de lui et sous sa main; il -fut le seul qui, comme le roi, le manteau sur le nez, le -suivait à distance lorsqu'il allait à ses premiers rendez-vous. -Il était le confident de toutes les maîtresses tant que -durait leur règne, le consolateur et l'ami de toutes celles -dont le règne avait cessé<a id="FNanchor_445" href="#Footnote_445" class="fnanchor"> [445]</a>.</p> - -<p>C'est par des qualités plus éminentes et des services -<span class="pagenum"><a id="Page_218"> 218</a></span> -d'une plus noble nature que la Feuillade, dont nous avons -déjà parlé dans la première partie de ces Mémoires<a id="FNanchor_446" href="#Footnote_446" class="fnanchor"> [446]</a>, avait -acquis la faveur de Louis XIV. Officieux pour ses amis et -ceux qu'il protégeait, la Feuillade était haut et fier avec -les indifférents; homme de parole et en qui on pouvait se -fier; bien fait de corps et laid de visage, ayant un teint -bilieux et bourgeonné, mais avec cela une physionomie -et des traits agréables; distingué dans ses manières; beau -parleur quand il voulait donner une idée de son mérite; -charmant causeur quand il voulait plaire; connaissant -l'art d'enchanter les femmes; libéral, poli, courageux, -galant, gros et beau joueur; dominé par l'ambition et par -l'amour du plaisir; sans suite dans ses idées, sans profondeur -dans ses vues; recherchant avec emportement -l'éclat et la célébrité; se lançant, pour y parvenir, dans les -entreprises les plus étranges; prenant les résolutions les -plus extravagantes: de là ses campagnes chevaleresques -en Candie et en Hongrie, ce voyage en Espagne pour -aller se battre avec Saint-Aunay, qui à Madrid, selon -un bruit public, avait mal parlé du roi, et, enfin, ce -somptueux monument de la place des Victoires, où des -flambeaux toujours allumés brûlaient devant la statue de -Louis XIV, comme devant celle d'une divinité<a id="FNanchor_447" href="#Footnote_447" class="fnanchor"> [447]</a>.</p> - -<p><span class="pagenum"><a id="Page_219"> 219</a></span> -Un zèle si ardent, une admiration si soutenue pour la -personne du roi valut à la Feuillade cette faveur qu'il -désirait tant et les grâces qui en étaient la suite: il -fut nommé maréchal, mais sa faveur ne se soutint pas; -il mourut à temps. Louis XIV était dégoûté «de ce -courtisan, passant tous les courtisans passés,» comme -dit madame de Sévigné<a id="FNanchor_448" href="#Footnote_448" class="fnanchor"> [448]</a>. Il en fut de même de Lauzun, -mais par un motif tout contraire. De tous les favoris de -Louis XIV, Lauzun fut le seul qui ait osé affronter sa colère -et qui l'ait fait impunément. Ce fut ce qui contribua le plus -à la perte de cet homme extraordinaire et bizarre. Cadet de -Gascogne, de la maison de Caumont, dénué de fortune, -il fut recueilli par un cousin germain de son père, le maréchal -de Gramont<a id="FNanchor_449" href="#Footnote_449" class="fnanchor"> [449]</a>, qui le produisit à la cour. Il s'insinua -en très-peu de temps dans les bonnes grâces du roi, -qui le fit capitaine de ses gardes, maréchal de camp, et créa -pour lui la charge de colonel général des dragons. C'était -un petit homme blond, musculeux, bien pris dans sa -taille, laid, très-négligé dans sa mise, d'une physionomie -spirituelle; bon pour ses parents et ses amis, mais pour -tout autre méchant et caustique; habile à saisir les ridicules, -n'épargnant personne; d'un tempérament de fer; -vif, actif, infatigable dans le plaisir, dans la guerre, dans -<span class="pagenum"><a id="Page_220"> 220</a></span> -les agitations de l'intrigue; magnifique dans sa dépense, -grand et noble dans ses manières; extrêmement brave -et d'une dextérité dangereuse dans les combats singuliers; -tour à tour et au besoin audacieux et souple, caressant et -brutal, insolent et rampant; fertile en expédients, saisissant -rapidement tous les moyens d'arriver à son but, et -ne laissant échapper aucune occasion; pourtant plein de -caprices, de fantaisies et de jalousies. Nul ne réussit auprès -d'un si grand nombre de femmes, et ne fut aussi -prompt à se concilier toutes les sympathies de Louis XIV, -à capter et ensuite à s'aliéner son affection<a id="FNanchor_450" href="#Footnote_450" class="fnanchor"> [450]</a>.</p> - -<p>Avec la fermeté de caractère de Louis XIV, avec cette auréole -de grandeur dont il savait s'entourer, cette élévation -dans les idées, ces généreuses inclinations qui le portaient -à récompenser par des honneurs, des dignités, des richesses -les talents, les vertus, les services rendus à -l'État, le besoin de maîtresses et de favoris, que l'exercice -de la puissance suprême lui avait fait contracter, n'aurait eu -que peu d'inconvénients. Mais il aurait fallu réserver pour -soi seul le privilége de telles faiblesses; surtout les écarter -de sa famille, et les faire considérer comme une sorte de -dédommagement aux soucis de la royauté. Malheureusement -ces faiblesses mirent le roi dans l'impuissance de réprimer, -<span class="pagenum"><a id="Page_221"> 221</a></span> -ainsi qu'il l'aurait voulu, les honteux désordres de -son frère et de ceux qui entouraient ce prince. Ce fut là la -grande souillure de ce siècle glorieux; ce fut là que se forma -cette gangrène qui, dans ce règne et dans les deux -règnes suivants, infiltra ses poisons dans toutes les veines -du corps social, et porta au plus haut degré, dans toutes -les classes, la corruption des mœurs. A la cour du duc -d'Orléans, ce n'était plus, comme à celle du roi, la volupté -se produisant au grand jour décente et gracieuse, tenue -en respect par la vertu, la religion et la gloire; c'était la -débauche sans frein, accompagnée de l'ivresse et de l'impiété, -s'abandonnant sans scrupule à des plaisirs réprouvés<a id="FNanchor_451" href="#Footnote_451" class="fnanchor"> [451]</a>. -Pour faire cesser de tels déréglements, le roi ne pouvait -user de toute son autorité, puisque pour lui-même il -faisait taire les lois protectrices de l'autorité conjugale. Il -fut donc réduit à des admonitions, qui eurent peu d'effet. -Cependant la duchesse d'Orléans, qui voyait dans le chevalier -de Lorraine l'obstacle qui l'empêchait de reconquérir -la tendresse de son mari, demanda qu'il fût écarté. -Louis XIV, auquel sa belle-sœur était utile pour ses négociations -avec Charles II, ne pouvait lui rien refuser: il -exila l'indigne favori. Celui-ci vit que la mort de celle qui -avait causé son exil pouvait seule le faire cesser; il ne recula -pas devant l'idée d'en rapprocher le terme par un forfait. -Comme ceux qui étaient restés près du prince étaient tous -ses affidés, ses complices et qu'ils ne pouvaient qu'avec lui -ressaisir l'ascendant qu'ils avaient obtenu sur leur maître, -<span class="pagenum"><a id="Page_222"> 222</a></span> -il fut facile au chevalier de Lorraine d'exécuter de loin -le crime qu'il avait conçu. De Rome, où il résidait, il -envoya le poison au comte de Beuvron et au marquis -d'Effiat<a id="FNanchor_452" href="#Footnote_452" class="fnanchor"> [452]</a>, ses complices; et cette belle et jeune Henriette, -récemment revenue d'Angleterre, joyeuse et triomphante -du succès de l'importante négociation dont -Louis XIV l'avait chargée, expira à Saint-Cloud le 29 juin -1670, après neuf heures d'horribles tortures, entre les -bras de madame de la Fayette et de Bossuet, en présence -de l'ambassadeur anglais et de toute la cour, qui la -virent presser sur ses lèvres le même crucifix dont Anne -d'Autriche s'était servie dans le moment suprême.</p> - -<p>La voix éloquente qui avait récemment retenti sur -le cercueil de la reine d'Angleterre se fit encore entendre -sur celui de sa fille. Bossuet n'était arrivé près de -la princesse que dans ses derniers instants, mais assez -à temps encore pour dissiper, par des paroles de foi, -d'amour et de confiance en Dieu, les agitations et les terreurs -qu'avaient jetées dans l'âme de cette infortunée, en -proie à de si horribles souffrances, les longues et sévères -exhortations d'un austère confesseur<a id="FNanchor_453" href="#Footnote_453" class="fnanchor"> [453]</a>. Plus calme après -avoir entendu Bossuet, elle ordonna à voix basse, en anglais, -à une de ses femmes placée près de son lit, que lorsqu'elle -<span class="pagenum"><a id="Page_223"> 223</a></span> -ne serait plus, on détachât de son doigt l'émeraude -qui s'y trouvait et qu'on la remît à l'apôtre consolateur, -comme une bague qu'elle avait fait faire pour lui. Ce souvenir, -cette dernière pensée du départ et plus encore le -spectacle des souffrances et de la mort cruelle de cette -jeune princesse donnèrent à l'éloquence de Bossuet une -suavité, une grâce touchante et mélancolique qu'on ne retrouve -dans aucun de ses autres discours. Dans ces tristes -et solennelles circonstances, chacune des explosions de ce -génie sublime était presque toujours suivie de la conversion -de quelques-unes des personnes qui en avaient été témoins. -Ce fut après que Bossuet eut prononcé, dans la majestueuse -basilique de Saint-Denis, le 21 août 1670, l'oraison funèbre -d'Henriette d'Angleterre, que le marquis de Tréville, toujours -cité comme un des hommes les plus instruits et les -plus spirituels de son temps, prit la subite résolution de -se retirer du monde et de la cour, pour se livrer tout entier -à ses religieuses pensées et aux nouveaux devoirs -qu'elles lui imposaient.</p> - -<p>La perte d'Henriette d'Angleterre fut ressentie d'autant -plus vivement par Louis XIV qu'il se trouvait blessé dans -ses plus chères affections et contrarié dans les combinaisons -de sa politique. Dès sa jeunesse il s'était senti de l'inclination -pour sa belle-sœur; elle était un des ornements de sa cour, -le gage de l'alliance entre la France et la Grande-Bretagne; -et lorsqu'elle lui fut ravie elle venait de resserrer l'union -qui existait entre lui et Charles II, entre les souverains de -deux grands royaumes, contristés par sa mort. Louis XIV -ne se méprit pas sur la cause de cet événement, et reconnut -de quel côté partait le coup. Mais l'intérêt de l'État le força -de dissimuler et de paraître persuadé que cette mort avait -été naturelle. Elle avait produit une telle sensation en -<span class="pagenum"><a id="Page_224"> 224</a></span> -Angleterre qu'on parlait de se saisir de tous les Français -qui y résidaient; et Charles II, qui ne pouvait se consoler -de la perte de sa sœur, paraissait disposé à seconder l'animosité -publique contre les sujets du roi de France. Pour -cette seule cause, une guerre pouvait s'ensuivre entre les -deux pays, qui étaient loin d'être aussi bien disposés l'un -pour l'autre que les rois qui les gouvernaient. Pour calmer -cette irritation, Louis XIV déguisa sa pensée, fit -taire ses ressentiments. Par des procès-verbaux de ses -médecins et de ses chirurgiens, qui firent l'autopsie de la -princesse, il fit constater que le poison n'avait pas eu de -part à sa fin cruelle. La nécessité de dérouter tous les -soupçons, surtout d'écarter ceux qui pesaient sur son -frère, et l'impossibilité de convaincre par des preuves les -plus coupables le forcèrent de rappeler de son exil le -chevalier de Lorraine et d'agir avec la même dissimulation -envers ses complices. Par ces actes le roi parvint -bien à jeter de l'obscurité sur la véritable cause de cet -événement; mais lui n'eut aucun doute. Il avait saisi, -par l'aveu d'un des criminels, tous les fils de cette horrible -trame; et ce fut pour lui un grand soulagement -d'acquérir la certitude que son frère n'y avait aucune -part, et qu'elle avait été ourdie et exécutée à son insu<a id="FNanchor_454" href="#Footnote_454" class="fnanchor"> [454]</a>.</p> - -<p><span class="pagenumh"><a id="Page_225"> 225</a></span></p> -<div class="chapter"> -<p><span class="pagenum"><a id="Page_226"> 226</a></span></p> -<h2 class="normal">CHAPITRE XIII.<br /> -<span class="medium">1670-1671.</span></h2> -</div> - -<p class="hanging indent">Madame de Sévigné s'exprime brièvement en annonçant la mort de -<span class="small1">Madame</span>.—Elle ne s'étend que sur les faits peu connus.—Aventure -de la princesse de Condé.—Duval, son valet de pied, et Louis -de Rabutin, son page, tirent l'épée l'un contre l'autre en sa présence, -et lui font une blessure au sein.—Duval est condamné aux galères.—Madame -de Sévigné le voit à la chaîne, et cause avec lui.—Louis -de Rabutin s'enfuit en Allemagne.—Il épouse la duchesse de -Holstein.—Par ce mariage les Rabutin sont alliés à la maison -royale de Danemark.—Louis de Rabutin parvient au grade de -feld-maréchal de l'empereur.—Éloge que madame de Sévigné et -Bussy font de Louis de Rabutin, leur cousin.—Madame de Sévigné -regrette que Bussy-Rabutin n'ait pas été aussi heureux.—Sa -réflexion sur la Providence.—Spirituelle réponse de Bussy au -P. la Chaise sur ce sujet.—Madame de Sévigné, bien instruite -des intrigues galantes du grande monde et de la cour, y fait souvent -allusion.—Ces allusions sont obscures pour les lecteurs modernes.—Passage -d'une de ses lettres sur le maréchal de la Ferté, le comte -de Saint-Paul et le comte de Fiesque.—Détails sur ces personnages.—Mariage -de mademoiselle de Thianges et du duc de Nevers.—Détails -sur le duc de Nevers.—Pouvoir de Montespan.—Détails sur -la Vallière.—Bal donné par le roi aux Tuileries.—Madame de Sévigné -y assiste.—Elle remarque que ce bal était triste.—Madame -de Montespan et madame de la Vallière n'y avaient point paru.—Cette -dernière s'était retirée aux sœurs Sainte-Marie de Chaillot.—Le -roi repart pour Versailles.—Il écrit à la Vallière, et lui envoie -successivement le maréchal de Bellefonds et Lauzun, pour l'engager -à revenir à Versailles: elle s'y refuse.—Il envoie, avec des -ordres impératifs, Colbert, qui la ramène.—Causes de la tendresse -du roi pour la Vallière.—Cette tendresse fait le malheur de celle-ci.</p> - -<p class="space">Dans le petit nombre de lettres de madame de Sévigné -qui nous ont été conservées pour la période de temps -<span class="pagenum"><a id="Page_227"> 227</a></span> -qu'embrasse le chapitre précédent, il est parlé des faits et -des événements dont nous venons de faire mention; mais -c'est toujours en peu de mots quand il s'agit de ceux dont -les détails étaient publics: ainsi, en annonçant à Bussy -que Corbinelli allait le rejoindre, elle se contente de dire -au sujet de la mort d'Henriette, dont toute la France s'entretenait -depuis sept jours: «Il vous dira la mort de Madame, -l'étonnement où l'on a été en apprenant qu'elle a -été malade et morte en huit heures, et qu'on perdait avec -elle toute la joie, tout l'agrément et tous les plaisirs de -la cour<a id="FNanchor_455" href="#Footnote_455" class="fnanchor"> [455]</a>.»</p> - -<p>Elle écrit plus longuement lorsqu'elle parle de faits -moins connus, d'anecdotes secrètes dont s'emparait la -malignité publique, mais que, par la crainte de se compromettre, -on ne racontait qu'en tête à tête ou à voix -basse. De cette espèce était l'aventure arrivée à la princesse -de Condé, qui fit assez de bruit pour qu'on crût -nécessaire d'en parler dans la gazette de manière à sauver -l'honneur de cette princesse<a id="FNanchor_456" href="#Footnote_456" class="fnanchor"> [456]</a>. Madame de Sévigné -la raconte à Bussy dans une lettre du 23 janvier 1671.</p> - -<p>«On me vient de conter une aventure extraordinaire qui -s'est passée à l'hôtel de Condé et qui mériterait de vous -être mandée, quand vous n'auriez pas l'intérêt que nous -y avons. La voici<a id="FNanchor_457" href="#Footnote_457" class="fnanchor"> [457]</a>. Madame la princesse (Claire-Clémence -de Maillé-Brézé, princesse de Condé) ayant pris -<span class="pagenum"><a id="Page_228"> 228</a></span> -depuis quelque temps de l'affection pour un de ses valets -de pied nommé Duval, celui-ci fut assez fou pour souffrir -impatiemment la bonne volonté qu'elle témoignait -aussi pour le jeune Rabutin, qui avait été son page. Un -jour qu'ils se trouvaient tous deux dans sa chambre, -Duval ayant dit quelque chose qui manquait de respect à -la princesse, Rabutin mit l'épée à la main pour l'en châtier; -Duval tira aussi la sienne; et la princesse, se mettant -entre deux, fut blessée légèrement à la gorge. On -a arrêté Duval, et Rabutin est en fuite: cela fait grand -bruit en ce pays-ci. Quoique le sujet de la noise soit honorable, -je n'aime pas qu'on nomme un valet de pied avec -Rabutin.»</p> - -<p>Madame de Montmorency manda aussi cette nouvelle -à Bussy avec des circonstances peu différentes<a id="FNanchor_458" href="#Footnote_458" class="fnanchor"> [458]</a>; mais elle -ajoute que monsieur le Duc (le duc d'Enghien, fils du -prince de Condé) serait parvenu à apaiser la colère de -son père; que <span class="small1">Mademoiselle</span>, qui en voulait à Condé, -(nous dirons bientôt par quel motif), fit de cette aventure -l'objet de ses railleries à la cour. Condé, irrité et -excité encore par la princesse Palatine, exila sa femme à -Châteauroux. «Il n'y (a) pas de désespoir pareil au sien, -dit madame de Montmorency; personne que ses trois proches -ne l'a vue en partant.» Si de tels écarts pouvaient -être excusés, ils le seraient dans cette infortunée princesse. -Depuis la mort du cardinal de Richelieu, son oncle, -elle était traitée par son mari avec peu d'égards: «Les -mauvais traitements, dit <span class="small1">Mademoiselle</span>, redoublèrent -<span class="pagenum"><a id="Page_229"> 229</a></span> -après le mariage de monsieur le Duc; elle était réduite à -ne voir personne.» A Châteauroux elle fut tenue en -captivité; il se passa un temps assez long avant qu'on lui -donnât la liberté de se promener dans la cour du château, -et ce fut seulement en présence des gens que le prince avait -chargés de la garder.</p> - -<p>Cependant il ne faut pas oublier de dire que la querelle -de Louis de Rabutin et de Duval n'était pas la première que -la princesse de Condé eût occasionnée par ses coupables -imprudences. Au temps de la Fronde, elle fut la cause de -la mort du jeune marquis de Cessac, qui, à l'âge de vingt-deux -ans, fut tué en duel par Coligny, son ami, qu'il -crut être son rival. Coligny, au contraire, s'était attaché -à une des filles d'honneur de la princesse, nommée Gerbier, -celle-là même qui, par son esprit et son habileté, -avait le plus contribué à soustraire à la vigilance de Mazarin -toute la famille du prince de Condé, retirée à Chantilly<a id="FNanchor_459" href="#Footnote_459" class="fnanchor"> [459]</a>.</p> - -<p>On fit le procès à Duval; il fut condamné aux galères. -Madame de Sévigné, en allant promener à Vincennes, le -vit à la chaîne des galériens qui partaient pour Marseille; -elle s'entretint avec lui, et il lui parut un homme de bonne -conversation<a id="FNanchor_460" href="#Footnote_460" class="fnanchor"> [460]</a>.</p> - -<p>Quant à Louis de Rabutin, cette aventure lui valut une -fortune et un degré d'élévation qu'il n'eût jamais osé espérer -<span class="pagenum"><a id="Page_230"> 230</a></span> -en France. Obligé de s'expatrier pour fuir la vengeance -du prince, il se vit, comme dit très-bien madame de Sévigné, -romanesquement transporté en Allemagne<a id="FNanchor_461" href="#Footnote_461" class="fnanchor"> [461]</a>. Là, -aimable auprès des femmes et brave sur les champs de -bataille, la guerre le porta successivement, dans les armées -de l'empereur, jusqu'au grade supérieur de feld-maréchal<a id="FNanchor_462" href="#Footnote_462" class="fnanchor"> [462]</a>; -et le mariage le plus brillant lui procura l'alliance, -et par lui à tous les Rabutin, de la famille royale -de Danemark. Aussi madame de Sévigné se montre-t-elle -glorieuse de ce cousin germain d'Allemagne; et elle s'empressa -d'entrer en correspondance avec la femme qu'il -avait épousée. Cette cousine allemande, comme elle l'appelle, -était la duchesse de Holstein, Dorothée-Élisabeth, -fille de Philippe-Louis, héritier de Norwége, duc de Holstein-Wiesembourg, -arrière-petit-fils de Christiern III, élu -roi de Danemark en 1525, dont la postérité, réélue à chaque -interrègne en la personne de l'aîné de la maison -royale, est devenue héréditaire en 1660, et règne encore -aujourd'hui. Louis de Rabutin, mari de Dorothée-Élisabeth, -descendait de Christophe de Rabutin, seigneur de -Ballore, quatrième fils d'Amé de Rabutin; tandis que -<span class="pagenum"><a id="Page_231"> 231</a></span> -madame de Sévigné et le comte de Bussy étaient descendus -de Hugues de Rabutin, fils aîné d'Amé de Rabutin<a id="FNanchor_463" href="#Footnote_463" class="fnanchor"> [463]</a>. -Louis de Rabutin était donc leur cousin germain, mais -d'une branche cadette. Aussi plusieurs fois madame de -Sévigné regrette que Bussy n'ait pas eu une aussi brillante -destinée que ce cousin. «Il est vrai, dit-elle dans -une lettre adressée à Bussy, que j'aime la réputation de -notre cousin d'Allemagne. Le marquis de Villars nous en -dit des merveilles à son retour de Vienne, et de sa valeur, -et de son mérite de tous les jours, et de sa femme, et du -bon air de sa maison. Je sentis la force du sang, et je la -sens encore dans tout ce que dit la gazette de sa blessure. -Vous êtes cause, mon cher cousin, que j'écris à cette -duchesse-comtesse en lui envoyant votre paquet [probablement -la généalogie des Rabutin, dressée par Bussy]. -J'admire toujours les jeux et les arrangements de la Providence. -Elle veut que ce Rabutin d'Allemagne, notre -cadet de toutes façons, par des chemins bizarres et obliques -s'élève et soit heureux; et qu'un comte de Bussy, -l'aîné de sa maison, avec beaucoup de valeur, d'esprit et de -services, même avec la plus brillante charge de la guerre, -soit le plus malheureux homme de la cour de France. Oh! -bien, Providence, faites comme vous l'entendrez: vous -êtes la maîtresse; vous disposez de tout comme il vous -plaît; et vous êtes tellement au-dessus de nous qu'il faut -encore vous adorer, quoi que vous puissiez faire, et baiser -la main qui nous frappe et qui nous punit; car devant -elle nous méritons toujours d'être punis<a id="FNanchor_464" href="#Footnote_464" class="fnanchor"> [464]</a>.»</p> - -<p><span class="pagenum"><a id="Page_232"> 232</a></span> -Bussy confirme cet éloge donné à son cousin d'Allemagne, -et répond ainsi à madame de Sévigné: «Tout -ceux qui retournent de Vienne disent de notre cousin les -mêmes choses que vous a dites M. de Villars, madame; -lui et sa femme sont l'ornement de la cour de l'empereur. -Ce que vous dites de la Providence sur cela est fort bien dit; -quelque fertile que je sois en pensées et en expressions, -je n'y saurais rien ajouter, sinon que je reçois toutes les -disgrâces de la main de Dieu, comme des marques infaillibles -de prédestination. La dernière fois que je vis le P. la -Chaise, il me dit, sur les plaintes que je lui faisais des duretés -du roi, que Dieu me témoignait par là son amour. -Je lui répondis que je le croyais; que je voyais bien qu'il -me voulait avoir, et qu'il m'aurait; mais que j'aurais bien -voulu que c'eût été un autre que Sa Majesté qui eût fait -mon salut<a id="FNanchor_465" href="#Footnote_465" class="fnanchor"> [465]</a>.»</p> - -<p>Les deux lettres que nous venons de citer, pour terminer -ce que nous avions à dire sur les suites singulières de -l'aventure arrivée à la princesse de Condé, sont bien postérieures -au temps dont nous nous occupons; mais elles -montrent la continuité de la mauvaise fortune de Bussy, -et nous prouvent la constance des sentiments religieux de -madame de Sévigné, que nous retrouverons tenant toujours -le même langage à toutes les époques de sa vie. Cependant -qu'on ne croie pas que c'est uniquement parce qu'un -Rabutin se trouve impliqué dans l'affaire de la princesse -de Condé que madame de Sévigné la raconte à Bussy: -elle se montre en général fort instruite des intrigues galantes -de son temps; et quand elle écrivait à sa fille ou -à Bussy, ou au comte de Grignan, qu'intéressaient beaucoup -<span class="pagenum"><a id="Page_233"> 233</a></span> -les anecdotes scandaleuses de la cour ou du grand -monde, elle y fait souvent allusion. Ces allusions, parfaitement -intelligibles pour ceux à qui elle écrivait, ne -peuvent être comprises par les lecteurs actuels, qui, -pour la plupart, ignorent que l'histoire d'une époque, pour -être bien connue, a besoin qu'on se donne la peine de -scruter la vie privée des personnages qui ont eu quelque -part aux événements publics.</p> - -<p>Ainsi, dans une lettre en date du 10 décembre 1670, -écrite au comte de Grignan par madame de Sévigné, on -lit: «Le maréchal de la Ferté dit ici des choses non pareilles; -il a présenté à sa femme le comte de Saint-Paul -et le <i>Petit Bon</i>, en qualité de jeunes gens qu'il faut présenter -aux dames. Il fit des reproches au comte de Saint-Paul -d'avoir été si longtemps sans l'être venu voir. Le -comte a répondu qu'il était venu plusieurs fois chez lui; -qu'il fallait donc qu'on ne le lui eût pas dit<a id="FNanchor_466" href="#Footnote_466" class="fnanchor"> [466]</a>.»</p> - -<p>Pour bien saisir toute la spirituelle malice de ce passage, -en apparence si simple et si innocent, il faut se -rappeler que le comte de Saint-Paul, dont nous avons -déjà parlé dans ces Mémoires<a id="FNanchor_467" href="#Footnote_467" class="fnanchor"> [467]</a> pour avoir entraîné le -jeune Sévigné à la guerre de Candie, était âgé de vingt -ans et un des plus beaux hommes de la cour lorsque -madame de Sévigné écrivait cette lettre à sa fille; de -plus, neveu du grand Condé, le comte de Saint-Paul -<span class="pagenum"><a id="Page_234"> 234</a></span> -était l'unique héritier de la riche maison de Longueville, -parce que son frère aîné, réduit à l'état d'imbécillité, -devait se faire religieux et renoncer à tous ses droits en -faveur de son cadet<a id="FNanchor_468" href="#Footnote_468" class="fnanchor"> [468]</a>. Le comte de Saint-Paul était donc -un des plus brillants partis de France et en même temps -un des cavaliers les plus polis et les plus braves. A tous -ces titres il était vivement recherché par les femmes ambitieuses -et coquettes. Parmi ces dernières, la maréchale -de la Ferté<a id="FNanchor_469" href="#Footnote_469" class="fnanchor"> [469]</a>, quoique âgée de près de quarante ans, -mais encore belle et fraîche, entreprit de lui plaire. Elle -employa pour l'attirer chez elle le comte de Fiesque<a id="FNanchor_470" href="#Footnote_470" class="fnanchor"> [470]</a>, -amant de madame de Lionne<a id="FNanchor_471" href="#Footnote_471" class="fnanchor"> [471]</a>, dont la mère<a id="FNanchor_472" href="#Footnote_472" class="fnanchor"> [472]</a>, prodigue -et légère, avait été dame d'honneur de <span class="small1">Mademoiselle</span> -et dont le père, mort en 1660, s'était ruiné au service -du prince de Condé<a id="FNanchor_473" href="#Footnote_473" class="fnanchor"> [473]</a>. Le comte de Fiesque, sans héritage, -homme d'esprit, peu guerrier, aimable avec les femmes<a id="FNanchor_474" href="#Footnote_474" class="fnanchor"> [474]</a>, -<span class="pagenum"><a id="Page_235"> 235</a></span> -et cherchant à réparer les torts de la fortune aux dépens -de celles dont il avait gagné les bonnes grâces, était -envers toutes si plein de complaisance qu'elles l'avaient -surnommé le <i>Petit Bon</i><a id="FNanchor_475" href="#Footnote_475" class="fnanchor"> [475]</a>. C'est lui que madame de -Sévigné désigne par ce surnom dans sa lettre; et l'on -comprend ce qu'il y avait de piquant, pour tous ceux qui -n'ignoraient pas les intrigues galantes de la maréchale de la -Ferté, d'apprendre que le comte de Saint-Paul et le comte -de Fiesque lui avaient été présentés par son mari, les reproches -que celui-ci leur adressait et la réponse du comte de -Saint-Paul, qui pour s'excuser affirme qu'il est venu fréquemment -chez le maréchal, mais qu'on ne lui en a rien dit.</p> - -<p>Ce qui attirait particulièrement l'attention de madame -de Sévigné et lui fournissait des sujets favoris de correspondance, -c'est surtout ce qui a rapport au roi, directement -ou indirectement. Aussitôt que le mariage du duc -de Nevers eut été décidé, madame de Sévigné n'oublia pas -de l'écrire à son gendre. Ce mariage était un événement, -et acquérait de l'importance parce qu'il prouvait le crédit -de la nouvelle maîtresse: «Ma fille me prie de vous mander -le mariage de M. de Nevers... Il épouse, devinez -qui? Ce n'est pas mademoiselle d'Houdancourt, ni mademoiselle -de Grancé: c'est mademoiselle de Thianges, -jeune, jolie, modeste, élevée à l'Abbaye-aux-Bois. Madame -de Montespan en fait les noces dimanche; elle en -fait comme la mère et en reçoit tous les honneurs. Le -roi rend à M. de Nevers toutes ses charges; de sorte que -<span class="pagenum"><a id="Page_236"> 236</a></span> -cette belle, qui n'a pas un sou, lui vaut mieux que la plus -riche héritière de France. Madame de Montespan fait des -merveilles partout<a id="FNanchor_476" href="#Footnote_476" class="fnanchor"> [476]</a>.»</p> - -<p>Ce fut Lauzun qui négocia le mariage de cette belle -nièce de madame de Montespan; il eut à vaincre les irrésolutions -de cet étrange duc de Nevers, qui, dit <span class="small1">Mademoiselle</span>, -«va et vient de Rome par fantaisie deux ou trois -fois l'année, comme les autres qui vont se promener au -Cours, et qui se trouva marié lorsqu'il ne croyait pas -l'être<a id="FNanchor_477" href="#Footnote_477" class="fnanchor"> [477]</a>.»</p> - -<p>Mademoiselle de Thianges était adorée de sa mère, -qui la préférait de beaucoup à sa sœur cadette, la duchesse -de Sforce<a id="FNanchor_478" href="#Footnote_478" class="fnanchor"> [478]</a>, et à son fils, homme médiocre, comme -avait été son père. La duchesse de Nevers justifiait par -son esprit et sa beauté la prédilection maternelle; mais -cette modestie de l'Abbaye-aux-Bois, que vante en elle -madame de Sévigné, disparut bientôt à la cour; et par là -peut-être, comme par son humeur caustique et joviale, la -duchesse de Nevers ressemblait à sa mère, qui, selon la remarque -de mademoiselle de Montpensier, «aimait à rire -et n'était pas plus charitable pour les autres qu'on ne -l'était pour elle.<a id="FNanchor_479" href="#Footnote_479" class="fnanchor"> [479]</a>»</p> - -<p>Rien n'intéresse plus, dans la vie privée de Louis XIV, -que tout ce qui concerne la Vallière, cet objet de ses -<span class="pagenum"><a id="Page_237"> 237</a></span> -premières affections, cette touchante victime de son -inconstance. Le rang, les honneurs, les richesses n'avaient -pu vaincre sa modestie, ni les puissantes séductions -de la volupté lui ravir sa pudeur. Elle n'avait ressenti -de l'amour que les purs et délicieux sentiments qu'il -inspire. Ses religieuses douleurs<a id="FNanchor_480" href="#Footnote_480" class="fnanchor"> [480]</a> et les remords qui l'agitaient -la montraient encore plus digne du grand monarque -qui avait triomphé de sa vertu et de son Dieu. Louis XIV -tenait à la Vallière par le cœur, par le souvenir des jours de -bonheur dont il lui était redevable, par la persuasion de son -entier dévouement pour lui, surtout par l'estime profonde -qu'il ne pouvait refuser à la sincérité de l'unique passion -qui ait pu altérer la pureté de cette âme pieuse et virginale. -Mais les sens, mais le besoin de distractions l'entraînaient -vers une autre maîtresse plus belle, plus spirituelle, dont -l'humeur fière, la gaieté caustique et l'agaçante coquetterie -formaient un contraste avec l'humble et scrupuleuse -tendresse de la Vallière. Les humiliations que celle-ci -éprouva de la part de son orgueilleuse rivale la poussèrent -à une résolution désespérée.</p> - -<p>Le dernier jour de carnaval de cette année 1671, -Louis XIV donna un bal aux Tuileries; contre l'ordinaire -ce bal fut triste<a id="FNanchor_481" href="#Footnote_481" class="fnanchor"> [481]</a>. Madame de Sévigné, qui y fut invitée -<span class="pagenum"><a id="Page_238"> 238</a></span> -et y assista, en fait la remarque; elle en écrit ainsi à sa -fille: «Le bal du mardi gras pensa être renvoyé; jamais -il ne fut une telle tristesse: je crois que c'était votre absence -qui en était la cause. Bon Dieu! que de compliments -j'ai à vous faire! que d'amitiés! que de soins de savoir -de vos nouvelles! que de louanges qu'on vous donne!»</p> - -<p>Comme elle aimait à flatter sa fille, cette faible mère! -Certainement elle n'ignorait pas que toutes les personnes -qui se trouvaient à ce bal étaient préoccupées de tout -autre chose que de l'absence de madame de Grignan. On -avait remarqué que madame de Montespan et madame de -la Vallière, qu'on voyait dans toutes les fêtes, ne se trouvaient -point à celle-ci; et la tristesse dont le visage du roi -était empreint s'était répandue dans toute l'assemblée. Les -soupçons que l'on avait sur les causes de cette tristesse furent -confirmés. On sut que la Vallière s'était retirée de la -cour et réfugiée au couvent des sœurs Sainte-Marie de -Chaillot. Le lendemain le roi repartit pour Versailles. -<span class="small1">Mademoiselle</span>, qui se trouvait présente et dans le même -carrosse que lui et madame de Montespan, nous apprend -que, durant le trajet, tous deux ne cessèrent point de pleurer<a id="FNanchor_482" href="#Footnote_482" class="fnanchor"> [482]</a>. -La même cause produisait leur chagrin, mais les motifs -en étaient différents. Avant d'employer l'autorité pour -arracher madame de la Vallière de l'asile où elle s'était -réfugiée, Louis XIV essaya les moyens de persuasion; il -lui écrivit, et il lui envoya sa lettre par le maréchal de -Bellefonds: celui-ci devait inspirer à la belle repentante -une grande confiance, puisque lui-même se trouvait -<span class="pagenum"><a id="Page_239"> 239</a></span> -alors sous l'influence de la ferveur religieuse qui le porta, -peu de temps après, à faire une retraite au couvent de la -Trappe durant la semaine sainte<a id="FNanchor_483" href="#Footnote_483" class="fnanchor"> [483]</a>. Le maréchal de Bellefonds -ne put obtenir de la Vallière qu'une lettre qu'elle -écrivit à Louis XIV pour le prier instamment de lui permettre -de consacrer à Dieu le reste de ses jours. Lauzun -fut ensuite envoyé, et ne put parvenir même à la voir; -enfin, Colbert se rendit à Chaillot avec des ordres impératifs -du roi; elle s'y soumit. Madame de Sévigné -eut connaissance des premières démarches de Louis XIV -pour obtenir que la fugitive revînt d'elle-même à Versailles; -madame de Sévigné en avait parlé dans une lettre -que nous n'avons plus; car, dans celle du 12 février -1671<a id="FNanchor_484" href="#Footnote_484" class="fnanchor"> [484]</a>, voici comme elle raconte à sa fille le retour -de la Vallière:</p> - -<p>«La duchesse de la Vallière manda au roi, outre cette -lettre que l'on n'a point vue, «qu'elle aurait plus tôt quitté -la cour, après avoir perdu l'honneur de ses bonnes grâces, -si elle avait pu obtenir d'elle de ne le plus voir; -que cette faiblesse avait été si forte en elle qu'à peine -était-elle capable présentement d'en faire un sacrifice à -Dieu; qu'elle voulait pourtant que le reste de la passion -qu'elle a eue pour lui servît à sa pénitence, et qu'après -lui avoir donné toute sa jeunesse ce n'était pas trop -encore du reste de sa vie pour le soin de son salut.» -Le roi pleura fort, et envoya Colbert à Chaillot, la prier -instamment de venir à Versailles, et qu'il pût lui parler -encore. M. Colbert l'y a conduite; le roi a causé une heure -<span class="pagenum"><a id="Page_240"> 240</a></span> -avec elle, et a fort pleuré. Madame de Montespan fut au-devant -d'elle les bras ouverts et les larmes aux yeux. -Tout cela ne se comprend point: les uns disent qu'elle demeurera -à Versailles et à la cour; les autres, qu'elle reviendra -à Chaillot. Nous verrons.»</p> - -<p>Six jours après cette lettre, madame de Sévigné, écrivant -encore à sa fille, dit<a id="FNanchor_485" href="#Footnote_485" class="fnanchor"> [485]</a>: «Madame de la Vallière est -toute rétablie à la cour. Le roi la reçut avec des larmes de -joie, et madame de Montespan avec des larmes..... devinez -de quoi? Elle a eu plusieurs conversations tendres; -tout cela est difficile à comprendre: il faut se taire<a id="FNanchor_486" href="#Footnote_486" class="fnanchor"> [486]</a>.»</p> - -<p>On avait approuvé le départ de madame de la Vallière, -on désapprouva son retour; mais le public n'était rien pour -elle, Louis XIV était tout, et quand Dieu cessait de la soutenir -elle n'avait pas la force de résister à son amant. Le -feu autrefois allumé par elle dans le cœur de Louis XIV, -quoiqu'il ne fît plus briller de flamme, y laissait encore -assez de chaleur pour que le monarque ne pût supporter -l'idée de se séparer d'elle. La Vallière se trouva donc condamnée -à garder encore longtemps cette pénible chaîne -qu'elle arrosait de ses larmes<a id="FNanchor_487" href="#Footnote_487" class="fnanchor"> [487]</a>. -<span class="pagenum"><a id="Page_241"> 241</a></span></p> - -<div class="chapter"> -<p><span class="pagenum"><a id="Page_242"> 242</a></span></p> -<h2 class="normal">CHAPITRE XIV.<br /> -<span class="medium">1671.</span></h2> -</div> - -<p class="hanging indent">Affliction de <span class="small1">Mademoiselle</span>.—Sa cause.—Surprise de madame de -Sévigné à la nouvelle du mariage projeté de <span class="small1">Mademoiselle</span> avec -Lauzun.—Tous les chefs de la Fronde sont soumis au roi.—Condé -leur donne l'exemple.—<span class="small1">Mademoiselle</span> conserve son indépendance.—Énumération -des nombreux partis qu'elle avait refusés.—Elle -manifeste le désir de se marier.—On veut lui faire -épouser le comte de Saint-Paul.—Madame de Puisieux négocie -cette affaire.—Détails sur madame de Puisieux.—<span class="small1">Mademoiselle</span> -refuse <span class="small1">Monsieur</span>.—On croit qu'elle épousera le comte de Saint-Paul, -et l'on apprend qu'elle se marie à Lauzun, avec le consentement -du roi.—Surprise générale.—Son amour pour Lauzun -avait commencé en 1667.—Progrès de cet amour.—Conduite -adroite de Lauzun.—Il feint de ne pas comprendre <span class="small1">Mademoiselle</span>.—Embarras -qu'elle éprouve pour faire connaître son amour à -Lauzun.—Ses scrupules.—Ses combats intérieurs.—Elle fait à -Lauzun une déclaration par écrit.—Lauzun la révoque en doute.—Elle -est forcée de déclarer à Lauzun son amour de vive voix.—Elle -voit le roi, qui promet de ne pas s'opposer à ses désirs.—Une -députation de nobles fait la demande officielle de la main de -<span class="small1">Mademoiselle</span> pour Lauzun.—Cette affaire est discutée dans le -conseil du roi, et le roi, malgré l'opposition de <span class="small1">Monsieur</span> et des -princes du sang, donne son consentement.—Fureur de Condé.—Démarche -de la reine, des princes du sang, de <span class="small1">Monsieur</span> pour -empêcher ce mariage.—Lauzun veut différer, pour les préparatifs, -la cérémonie.—On persuade à madame de Montespan de se mettre -contre Lauzun.—Le roi rétracte son consentement.—Désespoir de -<span class="small1">Mademoiselle</span>; elle voit le roi, lui fait verser des larmes, et n'en -peut rien obtenir.—Lauzun supporte ses revers avec calme et -dignité.—Cette bonne conduite ne se soutient pas.—Il veut commettre -madame de Montespan avec le roi; il est disgracié et enfermé.—<span class="small1">Mademoiselle</span> -refuse encore d'épouser le comte de -Saint-Paul, et parvient à faire mettre Lauzun en liberté.—Elle -contracte avec lui un mariage secret.—L'ingratitude de Lauzun -<span class="pagenum"><a id="Page_243"> 243</a></span> -force <span class="small1">Mademoiselle</span> de s'en séparer.—Détails subséquents sur -<span class="small1">Mademoiselle</span>.—Madame de Sévigné a été témoin des joies et des -douleurs de <span class="small1">Mademoiselle</span>.—L'affaire de son mariage avec Lauzun -est une tragédie dans toutes les règles.</p> - -<p class="space">Dans ce carrosse qui, le lendemain d'un bal, transportait -à Versailles Louis XIV et Montespan versant des -larmes, <span class="small1">Mademoiselle</span> pleurait aussi. Ce n'est pas qu'elle -fût émue par la sensibilité du roi ou le dépit de sa maîtresse; -mais elle pleurait de ses propres douleurs, de son -mariage avec Lauzun différé ou rompu pour toujours.</p> - -<p>Il n'est pas un lecteur qui, à cette mention de mariage -de Lauzun, ne se rappelle aussitôt la lettre si souvent -citée que madame de Sévigné écrivit pour exprimer l'étonnement -où la jeta l'annonce de ce mariage<a id="FNanchor_488" href="#Footnote_488" class="fnanchor"> [488]</a>. Cette -multitude de souvenirs qui se pressaient alors sous sa -plume et se disputaient la préférence; cette agitation -qu'elle éprouvait à la révélation d'un événement dont -elle ne pouvait douter et qui cependant était pour elle, -comme pour tout le monde, invraisemblable, monstrueux, -incroyable; tout cela ne se peut bien comprendre -qu'autant que l'on sait apprécier ce que madame de Sévigné -connaissait si bien: le caractère de <span class="small1">Mademoiselle</span>, -la constance de ses sentiments, la ténacité de ses opinions, -le rang élevé et la position tout exceptionnelle -qu'elle tenait à la cour.</p> - -<p>La jeunesse de <span class="small1">Mademoiselle</span>, comme celle de madame -de Sévigné, s'était écoulée durant les troubles de -<span class="pagenum"><a id="Page_244"> 244</a></span> -la régence et de la Fronde, temps de désordre et d'agitation, -mais aussi temps de plaisirs et d'espérance. La -bourgeoisie, la roture avaient cru alors s'affranchir des -servitudes qui pesaient sur elles; la noblesse, reconquérir -l'indépendance dont elle jouissait avant Richelieu. L'autorité -royale, en faisant cesser les résistances, n'avait pu -anéantir les convictions. Lorsqu'on a longtemps combattu -pour une cause que l'on croit juste, on peut bien renoncer -à l'espoir, mais non pas au désir de la voir triomphante. -C'est la conscience que l'on avait de la légitimité d'un tel -sentiment qui faisait des chefs les plus hardis de la -Fronde et de la guerre civile les plus humbles et les plus -obséquieux courtisans. Plus ils pouvaient être soupçonnés -d'intentions hostiles envers l'autorité royale, plus, pour -s'y rattacher et en obtenir des faveurs, ils se montraient -prompts à se soumettre à ses ordres et à se faire les apologistes -et les soutiens de ses actes les plus despotiques. -Le plus illustre, le plus redoutable d'entre eux, Condé, -leur chef, leur donnait l'exemple; il avait déposé son -orgueil aux pieds du jeune monarque, et toutes ses démarches -et tous ses discours ne tendaient qu'à rentrer en -grâce auprès de lui, afin d'obtenir de hauts emplois et le -commandement d'une armée. Condé, après avoir ruiné -tous ses partisans, était rentré en France criblé de dettes; -et sans Gourville, qui sut négocier habilement avec l'Espagne, -intimider les créanciers de ce prince, établir l'ordre -dans la perception des revenus et l'économie dans les -dépenses, Condé aurait vu s'écrouler la fortune de sa -maison<a id="FNanchor_489" href="#Footnote_489" class="fnanchor"> [489]</a>. L'entière prostration de tous ceux qui pouvaient -avoir quelque velléité d'opposition à l'égard du roi et de -<span class="pagenum"><a id="Page_245"> 245</a></span> -son gouvernement, résultait nécessairement de la soumission -du prince de Condé, le premier d'entre eux par le -rang et la naissance, le plus illustre par ses talents et sa -réputation d'homme de guerre. Cependant il existait encore -une personne qui, après avoir traversé les temps -orageux sans rien perdre des immenses richesses qu'elle -tenait de sa mère, conservait à la cour son indépendance.</p> - -<p><span class="small1">Mademoiselle</span>, princesse de Montpensier, avait été, -durant les troubles, recherchée par tous les partis, successivement -l'idole de tous et quelquefois leur arbitre. -Fille d'un père timide et incertain, dès sa première jeunesse -elle avait donné des preuves de fermeté, de résolution, -de constance et de courage. Au milieu des plaisirs, -des séductions et de la licence générale, sa générosité, -sa grandeur, sa retenue, son imposante dignité semblaient -réaliser l'idéal de ces héroïnes de Corneille qui, -exemptes de toutes les faiblesses du cœur, ne connaissent -d'autres sentiments que ceux qu'admettent l'ambition, -l'amour de la gloire, l'orgueil d'un rang élevé et d'un -nom sans tache. Aucune princesse ne fut sur le point de -contracter d'aussi grandes alliances et ne vit déconcerter -par les événements un plus grand nombre de projets de -ce genre. Destinée par son père, dès son enfance, au comte -de Soissons, la mort de celui-ci la livra à l'espoir qu'elle -nourrit si longtemps d'épouser le roi<a id="FNanchor_490" href="#Footnote_490" class="fnanchor"> [490]</a>. Elle se crut un -instant recherchée par Charles, duc de Lorraine<a id="FNanchor_491" href="#Footnote_491" class="fnanchor"> [491]</a>. Anne -d'Autriche la flatta ensuite de lui procurer pour époux le -<span class="pagenum"><a id="Page_246"> 246</a></span> -cardinal infant, son frère; on la berça de l'espérance de -la marier à Philippe IV, roi d'Espagne, devenu veuf. Elle -repoussa les offres du prince de Galles, parce qu'alors elle -croyait qu'elle allait être mariée à l'empereur d'Autriche. -Il y eut en effet des négociations à ce sujet, qui ne réussirent -pas plus que le projet de la donner en mariage à -l'archiduc Léopold, qu'on aurait fait souverain des Pays-Bas. -<span class="small1">Mademoiselle</span> avait eu encore le projet d'épouser le -roi de Hongrie, fils de l'empereur. La faiblesse de santé -de madame la princesse de Condé fit entrevoir à <span class="small1">Mademoiselle</span> -la possibilité de s'unir au prince de Condé, que -l'esprit de parti lui avait fait autrefois repousser, et qui, -par la même cause, était depuis devenu son héros<a id="FNanchor_492" href="#Footnote_492" class="fnanchor"> [492]</a>. On -désira de nouveau la donner au duc de Lorraine, ce qui -ne réussit pas plus que le dessein qu'elle eut de renouer -avec le prince de Galles, devenu roi d'Angleterre. Elle -refusa les offres du duc de Savoie, et plus tard celles du -duc de Neufbourg<a id="FNanchor_493" href="#Footnote_493" class="fnanchor"> [493]</a>. Enfin, Louis XIV voulut lui imposer -le roi de Portugal, Alphonse-Henri VI, parce que cela -importait à sa politique. Elle opposa un refus formel aux -volontés du roi, et fut, par cette unique raison, exilée à -sa terre de Saint-Fargeau. Le stupide Alphonse, forcé de -céder à son frère sa femme et son trône, justifia suffisamment -le dédain que <span class="small1">Mademoiselle</span> avait manifesté -pour sa personne<a id="FNanchor_494" href="#Footnote_494" class="fnanchor"> [494]</a>.</p> - -<p>Rappelée de son exil par le roi, qui, malgré sa rigueur -<span class="pagenum"><a id="Page_247"> 247</a></span> -passagère, ne cessait d'avoir pour elle des égards et de -la déférence, <span class="small1">Mademoiselle</span> parut tout à coup renoncer -aux résolutions qui jusque-là avaient présidé à toute sa -conduite et l'avaient dirigée dans ses projets. Née le -29 mai 1627, elle avait alors quarante-trois ans. Toutes les -chances de mariage qu'elle avait considérées comme sortables -pour elle avaient été sans résultat. Comme on la -croyait inaccessible aux faiblesses d'une inclination douce -et tendre, on avait pensé qu'elle s'était enfin résolue à -rester maîtresse d'elle-même, à vivre dans le célibat, -sans quitter la cour, où son rang lui assignait la seconde -place après la reine. Sa grande fortune lui permettait de -satisfaire son goût pour le monde, d'avoir elle-même une -petite cour et de donner des fêtes avec une généreuse -magnificence. D'après cette croyance, qui était générale, -chacune des branches de la famille royale, en faveur de -laquelle seule il lui convenait de tester, espérait un jour -avoir une portion de ses riches domaines<a id="FNanchor_495" href="#Footnote_495" class="fnanchor"> [495]</a>. Le roi d'abord -en convoitait une grande part pour le Dauphin, <span class="small1">Monsieur</span> -pour ses filles<a id="FNanchor_496" href="#Footnote_496" class="fnanchor"> [496]</a> et le prince de Condé pour ses fils. Cette -position et les discours auxquels elle donnait lieu furent -pour elle une cause de chagrin et de tristesse, dont elle -résolut de se délivrer. On la vit donc tout à coup manifester -hautement la ferme volonté de se choisir un mari -qui pût la rendre heureuse et lui donner des héritiers -directs. Aussitôt les ambitions et la cupidité s'éveillèrent, -et agirent avec d'autant plus de promptitude que l'âge de -<span class="pagenum"><a id="Page_248"> 248</a></span> -la princesse la forçait elle-même à se hâter. Le comte de -Saint-Paul<a id="FNanchor_497" href="#Footnote_497" class="fnanchor"> [497]</a>, le plus élevé par le rang de tous les jeunes -seigneurs de la cour, appartenait par son père aux Longueville, -par sa mère aux Condé: ces deux puissantes -maisons se liguèrent pour le faire agréer pour époux à -<span class="small1">Mademoiselle</span>. La grande différence d'âge leur paraissait -plutôt un moyen de succès qu'un motif d'objection<a id="FNanchor_498" href="#Footnote_498" class="fnanchor"> [498]</a>.</p> - -<p>Il y avait alors à la cour une femme qui, dans sa -jeunesse un peu galante, y avait joué un assez grand rôle -et qui, dans un âge très-avancé, y conservait beaucoup -d'influence: c'était Charlotte d'Étampes de Valencey, -marquise de Puisieux. Presque septuagénaire, elle avait -une inconcevable activité, jointe au besoin et à l'habitude -de l'intrigue. Comme elle était riche, d'un esprit très-original, -très-aimable malgré ses goûts bizarres, on la recherchait -beaucoup. Son âge, ses succès, son expérience, -l'utilité et l'agrément de son commerce lui avaient acquis -un ascendant qui la rendait difficile et exigeante; mais -par cette raison elle avait, en quelque sorte, fait reconnaître -le droit qu'elle s'arrogeait de se mêler de toutes les -affaires qu'elle prenait en gré, et d'en parler librement, -avec assurance, avec autorité, fût-ce même aux princesses<a id="FNanchor_499" href="#Footnote_499" class="fnanchor"> [499]</a>. -Cette espèce de privilége qu'elle avait usurpé et -qui lui était acquis contribuait au succès de tout ce -qu'elle entreprenait. Ce fut elle que les maisons de Condé -et de Longueville choisirent pour circonvenir <span class="small1">Mademoiselle</span> -et la déterminer à épouser le comte de Saint-Paul. -Quand on parla de ce projet à <span class="small1">Mademoiselle</span>, elle ne le -<span class="pagenum"><a id="Page_249"> 249</a></span> -repoussa pas, et l'on se crut certain du succès<a id="FNanchor_500" href="#Footnote_500" class="fnanchor"> [500]</a>. <span class="small1">Mademoiselle</span> -avait raconté un jour à M. de Coulanges -songé que madame de Sévigné était malade elle s'était -réveillée en pleurant, et avait chargé madame de Coulanges -de le lui dire; et madame de Sévigné, pour -laquelle <span class="small1">Mademoiselle</span> avait tant d'amitié, favorisait le -comte de Saint-Paul<a id="FNanchor_501" href="#Footnote_501" class="fnanchor"> [501]</a>. Madame de Puisieux, madame de -la Fayette, madame de Thianges, madame d'Épernon, -madame de Rambures<a id="FNanchor_502" href="#Footnote_502" class="fnanchor"> [502]</a> et quelques autres personnes, -toutes liées avec madame de Sévigné, toutes également -admises dans la société intime de la princesse, concouraient -au même but et secondaient les instances de l'héritier -des Longueville; enfin, Guilloire, qui avait le titre -de gentilhomme ordinaire de <span class="small1">Mademoiselle</span>, et qui était -<span class="pagenum"><a id="Page_250"> 250</a></span> -à la fois son médecin, son secrétaire ou son intendant, -se montrait aussi favorable à cette alliance<a id="FNanchor_503" href="#Footnote_503" class="fnanchor"> [503]</a>.</p> - -<p>Deux circonstances parurent devoir y faire renoncer entièrement. -Dès qu'on sut que <span class="small1">Mademoiselle</span> voulait se -marier, la politique chercha aussitôt à mettre à profit cette -volonté. Les ministres de Louis XIV, voyant que le roi -d'Angleterre ne pouvait avoir de postérité de la reine sa -femme, songèrent à le faire divorcer, à lui faire embrasser -la religion catholique, vers laquelle il inclinait, et à lui -donner en mariage <i>Mademoiselle</i>, dont les grands biens -pourraient le soustraire, pour ses dépenses personnelles, -à la dépendance de son parlement. Ce dessein, dont on -parla pendant une semaine, n'eut pas de suite. Mais -lorsque, par la mort de l'infortunée Henriette, <span class="small1">Monsieur</span> -devint veuf, tout le monde pensa qu'il était le seul parti -qui convînt à <span class="small1">Mademoiselle</span>. L'idée de ce mariage s'accrédita -à la cour et dans le public, et fut enfin regardée -comme certaine. Louis XIV le désirait peu, mais il comprit -qu'il ne pouvait s'y opposer. Il ne voyait pas avec -plaisir son frère devenir assez riche pour pouvoir se passer -de ses bienfaits. Lorsqu'il parla de cette affaire à sa cousine, -il lui dit qu'il croyait devoir lui déclarer que son -intention était de ne jamais donner à <span class="small1">Monsieur</span> aucun -gouvernement, lors même qu'il deviendrait son mari. -Louis XIV fut fort surpris et en même temps très-satisfait -d'entendre <span class="small1">Mademoiselle</span> lui répondre qu'elle se soumettrait -en tout à ses ordres; qu'elle épouserait <span class="small1">Monsieur</span>, -s'il le voulait; mais que tel n'était pas son désir. <span class="small1">Monsieur</span>, -<span class="pagenum"><a id="Page_251"> 251</a></span> -de son côté, avait témoigné si peu d'empressement pour -obtenir la main de <span class="small1">Mademoiselle</span>, et dit si clairement -qu'il ne se marierait avec elle que pour ses grands biens, -que Louis XIV ne put être offensé que sa cousine refusât -l'honneur de cette alliance, puisque c'était lui-même qui -lui avait rapporté le propos, peu flatteur pour elle, que -<span class="small1">Monsieur</span> lui avait tenu<a id="FNanchor_504" href="#Footnote_504" class="fnanchor"> [504]</a>. Dès qu'on sut que <span class="small1">Mademoiselle</span> -avait refusé d'épouser <span class="small1">Monsieur</span>, on ne douta point -qu'elle ne fût enfin décidée à prendre pour mari le beau -comte de Saint-Paul. Madame de Sévigné, madame de Puisieux -et toutes les personnes qui voyaient familièrement -cette princesse regardèrent ce mariage comme devant se -faire très-prochainement. Les familles de Longueville et -de Condé se mirent en mesure de solliciter le consentement -du roi.</p> - -<p>On en était là, lorsque tout à coup on apprit que ce -consentement du roi était donné à <span class="small1">Mademoiselle</span> pour -épouser, le dimanche suivant, qui?—Le comte de Saint-Paul.—Non... -<span class="small1">Mademoiselle</span>, petite-fille de Henri IV, -mademoiselle d'Eu, mademoiselle de Dombes, mademoiselle -de Montpensier, <span class="small1">Mademoiselle</span>, cousine germaine -du roi; <span class="small1">Mademoiselle</span>, destinée au trône; <span class="small1">Mademoiselle</span>, -le seul parti de France qui fût digne de <span class="small1">Monsieur</span><a id="FNanchor_505" href="#Footnote_505" class="fnanchor"> [505]</a>, -épousait Lauzun, ce petit marquis de Puyguilhem, ce -cadet de Gascogne si nouvellement introduit à la cour, -si récemment comblé des faveurs de son maître, qui, -rapidement élevé de grade en grade et d'honneurs en -honneurs, était bien parvenu à faire naître la crainte et -<span class="pagenum"><a id="Page_252"> 252</a></span> -l'envie, mais non à conquérir la considération et l'estime. -Ce fut alors que madame de Sévigné, dans le premier -moment de l'émotion que lui causa une nouvelle si étrange, -si inattendue, prit la plume pour écrire à son cousin de -Coulanges, alors auprès de son beau-père Dugué-Bagnols, -intendant à Lyon, afin de l'instruire de l'événement qui -allait avoir lieu et dont toute la cour et tout le public -étaient préoccupés<a id="FNanchor_506" href="#Footnote_506" class="fnanchor"> [506]</a>.</p> - -<p>Ce qui est plus étrange que la chose qui causa tant de surprise -à madame de Sévigné, c'est sa surprise elle-même, -c'est l'ignorance où elle était, où étaient toute la cour, -toutes les personnes qui entouraient la princesse de son -inclination pour Lauzun. Cette inclination, cependant, -était déjà ancienne quand elle éclata par la déclaration de -son mariage. <span class="small1">Mademoiselle</span> s'est plu à tracer naïvement -et longuement les progrès de cette passion malheureuse. -Les déplorables faiblesses dont elle fut la cause ont terni -un caractère qui, sans être exempt d'inconséquences et -de petitesses féminines, avait conservé jusque-là de la -grandeur et de la noblesse.</p> - -<p>Les premiers commencements de cet amour datent de -l'année 1666. Les attentions de Lauzun pour le roi, son -zèle pour son service, l'espèce de familiarité qui régnait -entre le monarque et lui l'avaient fait distinguer par -<span class="small1">Mademoiselle</span> entre tous les courtisans. Elle avait remarqué -la bonne tenue et le luxe des équipages du régiment -de dragons qu'il commandait. Dans les marches, c'était -Lauzun qui montait le cheval le plus beau et le plus vigoureux; -il était toujours accompagné des plus belles -<span class="pagenum"><a id="Page_253"> 253</a></span> -troupes; dans les campements, sa tente était la plus magnifiquement -meublée<a id="FNanchor_507" href="#Footnote_507" class="fnanchor"> [507]</a>. Il n'agissait, il ne parlait jamais -qu'à propos; il se communiquait à peu de gens, et paraissait -extraordinaire en tout, mais de telle sorte que tout en -lui était naturel. Il déguisait ce qui était à son avantage, -et c'était par autrui que <span class="small1">Mademoiselle</span> apprenait ses -actes de bravoure ou ses actions généreuses. On le disait -aimé de beaucoup de femmes; et cependant <span class="small1">Mademoiselle</span> -ne trouvait pas, dans tous les seigneurs de la cour, un -seul qui fût plus discret, qui aimât moins à parler d'affaires -de galanterie. Lauzun ne recherchait pas <span class="small1">Mademoiselle</span>, -jamais il ne l'abordait de lui-même; mais dans -les réceptions, chez la reine, chez le roi, dans les voyages, -quelle que fût la jeunesse ou la beauté de celles avec -lesquelles il s'entretenait, quelque forte que fût la chaleur -de la conversation où il se trouvait engagé, quelque -élevé que fût le rang ou l'emploi de ceux qui lui parlaient, -un signe de tête de <span class="small1">Mademoiselle</span>, un mouvement de -son doigt, un regard dirigé sur lui l'amenait aussitôt -près d'elle. Alors il s'avançait avec une contenance si -respectueuse et un air d'une si parfaite soumission qu'elle -pouvait réitérer ses appels en présence de tous sans donner -lieu à aucune interprétation maligne, sans suggérer -aucune autre pensée que, Lauzun ordonnant beaucoup de -choses dans la maison du roi et fort au courant de tout -ce qui se passait à la cour et dans le monde, il était naturel -que <span class="small1">Mademoiselle</span>, pour satisfaire sa curiosité, -s'adressât à celui qui avait plus de moyens de la satisfaire. -Quand on la voyait honorer de sa bienveillance le plus -<span class="pagenum"><a id="Page_254"> 254</a></span> -intime des favoris, celui que l'on considérait comme pouvant -mieux l'informer de ce qui concernait le roi, on -la croyait uniquement occupée de plaire au roi, et on lui -savait gré de ces dispositions<a id="FNanchor_508" href="#Footnote_508" class="fnanchor"> [508]</a>. Son âge, l'orgueil de sa -naissance, sa vertu, la hauteur de ses résolutions éloignaient -jusqu'à l'ombre d'un soupçon. C'est ainsi que -<span class="small1">Mademoiselle</span>, ne se voyant gênée par aucune considération -d'étiquette ou de bienséance, se fit une douce habitude -d'interroger sans cesse Lauzun, de le consulter sur -toutes choses. Elle lui trouvait des sentiments si honnêtes -et si délicats, un sens si droit et si juste que sa confiance -en lui devint entière, et que l'estime la plus profonde -achevait encore de lui faire goûter, dans les longs entretiens -qu'elle avait avec lui, un plaisir pur et toujours -nouveau<a id="FNanchor_509" href="#Footnote_509" class="fnanchor"> [509]</a>.</p> - -<p>Cependant, à mesure que Lauzun s'aperçut des progrès -qu'il faisait dans le cœur de <span class="small1">Mademoiselle</span>, il évita de -plus en plus de se trouver près d'elle. Il faisait en sorte -que les ordres du roi, les exigences de son service ou -quelques autres causes importantes le forçassent de s'écarter -des lieux où elle était; mais si sa personne était -absente, des mesures étaient prises pour que son souvenir -fût toujours présent. La comtesse de Nogent quittait peu -<span class="small1">Mademoiselle</span>; sœur de Lauzun, elle l'entretenait sans -cesse de lui<a id="FNanchor_510" href="#Footnote_510" class="fnanchor"> [510]</a>. D'accord avec lui, ses amis les comtes de -Rochefort et de Guitry ne tarissaient pas sur ses louanges. -Ils se chargeaient surtout de réfuter tous les bruits désavantageux -sur Lauzun, qui parvenaient aux oreilles de la -<span class="pagenum"><a id="Page_255"> 255</a></span> -princesse. Pour motiver la rareté de ses apparitions, il -paraissait toujours accablé d'affaires. Cependant <span class="small1">Mademoiselle</span> -apprit que Lauzun n'était pas aussi occupé qu'il -le disait, et qu'il allait souvent en ville chez une dame de -la Sablière. C'était la femme de Rambouillet de la Sablière, -déjà célèbre par les charmes de sa figure, son savoir, son -esprit et qui réunissait chez elle la société la plus brillante -de Paris, de savants, d'hommes de lettres et de gens du -monde<a id="FNanchor_511" href="#Footnote_511" class="fnanchor"> [511]</a>. Lauzun en était alors fort amoureux, et s'efforçait -d'obtenir la préférence sur un grand nombre de rivaux<a id="FNanchor_512" href="#Footnote_512" class="fnanchor"> [512]</a>. -Telle était l'ignorance de <span class="small1">Mademoiselle</span> sur ce -qui se passait hors de la cour, et l'audace de Lauzun et de -ses amis, qu'un de ces derniers, interrogé par la princesse -pour lui dire ce qu'il fallait penser de madame de la Sablière, -osa répondre que c'était une petite bourgeoise de -la ville, vieille et laide; mais qu'il fallait bien qu'elle fût -utile à Lauzun pour quelque intrigue, puisque lui, qui -vivait très-retiré des femmes et ne songeait plus qu'à -faire sa cour au roi, voyait assez souvent cette madame -de la Sablière, et que même il avait donné une place de -secrétaire des dragons à son frère Hesselin<a id="FNanchor_513" href="#Footnote_513" class="fnanchor"> [513]</a>.</p> - -<p>L'habitude que <span class="small1">Mademoiselle</span> avait contractée de s'entretenir -avec Lauzun devint bientôt pour elle un impérieux -besoin. L'ennui, ce triste compagnon de la grandeur, -<span class="pagenum"><a id="Page_256"> 256</a></span> -l'accablait partout où Lauzun n'était pas. Dès qu'elle -entrait chez la reine ou chez le roi à Saint-Germain, aux -Tuileries, à Versailles, elle le cherchait des yeux. Quelque -nombreuse que fût la cour, quel que fût l'éclat des fêtes -et des plaisirs qu'on y goûtait, elle lui paraissait triste -et déserte quand Lauzun en était absent. Lorsqu'elle ne -pouvait dans toute la journée échanger avec lui une parole, -un regard, c'était pour elle une jouissance de le voir passer -de loin à cheval. Pour se procurer cet allégement à sa -peine, elle se mettait souvent aux fenêtres ou dans les -endroits les plus propices. Le jour, la nuit, dans le monde, -dans la solitude, en ville, en repos ou sur les routes, elle -ne pensait qu'à Lauzun. A cette continuelle préoccupation, -elle commença à croire qu'elle pouvait être accessible -à l'amour, mais elle ne s'en effraya pas. Les <i>précieuses</i> -de l'hôtel de Rambouillet, dont les principes et -les idées lui avaient été inculqués dès sa jeunesse, avaient -fait de cette passion la vertu des belles âmes attirées par -une commune sympathie à s'unir entre elles et dégagées -de tout appétit grossier et de l'avilissante influence des -sens. Quoique Lauzun n'eût jamais donné lieu à <span class="small1">Mademoiselle</span> -de penser qu'il partageât la passion qu'il lui avait -inspirée, elle le croyait. Le maintien froid et réservé de -Lauzun lorsqu'il était près d'elle, même en tête-à-tête, -eût dû lui persuader le contraire; mais elle pensait que le -respect et la déférence qu'il lui devait le retenaient, et elle -lui savait gré de cette retenue, comme d'un sacrifice qu'il -s'imposait. Il lui paraissait impossible que cette âme si -noble, si honnête, si pure n'eût pas été créée pour elle. -Un jour, à Saint-Germain, chez la reine, en songeant à -la mystérieuse union des cœurs, elle se rappela confusément -des vers de Corneille qu'elle avait entendus au théâtre. -<span class="pagenum"><a id="Page_257"> 257</a></span> -Aussitôt elle fit chercher dans tout le château les œuvres -de Corneille; elles ne s'y trouvèrent point. Elle dépêcha -un courrier à Paris pour se les procurer; dès qu'elle -les eut, elle feuilleta tous les volumes, trouva enfin les -vers qu'elle cherchait, et en fut si enchantée qu'elle les -apprit par cœur<a id="FNanchor_514" href="#Footnote_514" class="fnanchor"> [514]</a>.</p> - -<p>Voici quel était le commencement de cette tirade:</p> - -<div class="poetry"><div class="stanza"> -<p>Quand les ordres du ciel nous ont faits l'un pour l'autre,</p> -<p>Lise, c'est un accord bientôt fait que le nôtre;</p> -<p>Sa main entre les cœurs, par un secret pouvoir,</p> -<p>Sème l'intelligence avant que de se voir.</p> -<p>Il prépare si bien l'amant et la maîtresse</p> -<p>Que leur âme au seul nom s'émeut et s'intéresse.</p> -<p>On s'estime, on se cherche, on s'aime en un moment.</p> -<p>Tout ce qu'on s'entredit persuade aisément,</p> -<p>Et, sans s'inquiéter de mille peurs frivoles,</p> -<p>La foi semble courir au-devant des paroles<a id="FNanchor_515" href="#Footnote_515" class="fnanchor"> [515]</a>.</p> -</div></div> - -<p>«Il me semble, dit-elle dans ses Mémoires<a id="FNanchor_516" href="#Footnote_516" class="fnanchor"> [516]</a>, que rien -ne convenait mieux à mon état que ces vers, qui ont un -sens moral lorsqu'on les regarde du côté de Dieu, et -qui en ont un galant pour les cœurs qui sont capables de -s'en occuper.»</p> - -<p>Ce qui entretenait l'illusion de la malheureuse princesse, -c'était Lauzun qui se montrait de plus en plus attentif à -prévenir ses désirs, de plus en plus ingénieux à les satisfaire.</p> - -<p>Ainsi, lorsque le roi avec la reine et toute sa cour se rendirent -en Flandre, le commandement de l'escorte fut donné -<span class="pagenum"><a id="Page_258"> 258</a></span> -à Lauzun. Il fut aussi chargé d'ordonner tout ce qui était -nécessaire pendant le voyage. Il fit voir tant d'activité, de -prévoyance et de présence d'esprit dans les fonctions embarrassantes -dont il était chargé qu'il s'attira les éloges -de toutes les personnes que le roi avait désignées pour l'accompagner. -<span class="small1">Mademoiselle</span> était de ce nombre, et suivait -la reine. Elle eut alors peu d'occasions de s'entretenir -avec Lauzun; mais elle le voyait souvent, car il semblait -se multiplier et être à la fois présent partout, saisissant -avec une prestesse extraordinaire toutes les circonstances -où il pouvait lui être utile et paraissant n'être occupé qu'à -les faire naître. En se rendant de Saint-Quentin à Landrecies, -toute la cour se trouva arrêtée par les débordements -d'une rivière et forcée de retourner en arrière. -Avant qu'on eût eu le temps de jeter un pont de bois, la -famille royale fut obligée de coucher pêle-mêle dans une -grange. Dans la confusion d'une marche si précipitée, -les voitures ne purent se suivre selon l'ordre qu'elles -avaient gardé dans une marche régulière, et princes et -princesses se trouvèrent séparés de leurs gens de service. -La reine était désolée de n'avoir point ses femmes de -chambre, et <span class="small1">Mademoiselle</span> était d'autant plus inquiète des -siennes qu'elle les avait laissées, dans un des carrosses, -nanties de ses pierreries. Tout à coup elles arrivèrent, et -<span class="small1">Mademoiselle</span> ne pouvait concevoir comment elles -avaient précédé les femmes de la reine<a id="FNanchor_517" href="#Footnote_517" class="fnanchor"> [517]</a> et dépassé tant -d'équipages qui marchaient avant elles. Mais le lendemain, -à son réveil, elle eut l'explication de ce fait par l'arrivée -de ses deux dames d'honneur, qui, fort courroucées contre -Lauzun, vinrent se plaindre à elle de ce qu'il avait fait arrêter -<span class="pagenum"><a id="Page_259"> 259</a></span> -leur carrosse pour faire passer celui des femmes -de chambre. Cette attention délicate de Lauzun fit un -grand plaisir à <span class="small1">Mademoiselle</span>; mais elle en éprouva un -plus vif encore lorsqu'elle le rencontra le soir même chez -la reine, et qu'elle put, à voix basse, lui en témoigner sa -reconnaissance<a id="FNanchor_518" href="#Footnote_518" class="fnanchor"> [518]</a>. Les tendres sentiments qu'elle entretenait -pour Lauzun, sans aucune défiance d'elle-même, -parce qu'elle les croyait uniquement fondés sur l'estime, -échauffèrent d'autant plus son cœur qu'elle était forcée de -les comprimer et de les déguiser sous l'apparence de la -tranquille affection d'une simple amitié; puis la chaleur -du cœur, par degrés, se communiquant aux sens, excita en -elle des troubles inconnus, qui semblèrent lui créer une -nouvelle existence, et la rendirent méconnaissable à elle-même. -Qu'on juge ce que dut être cette manifestation -de la passion fougueuse de l'amour chez une princesse qui -était arrivée à l'âge de plus de quarante ans sans l'avoir jamais -ressentie, et qui, naturellement vive, avait été habituée, -dès son enfance, à se livrer à ses penchants! L'embrasement -fut terrible, et la surprise pareille à celle de -l'éruption d'un volcan longtemps silencieux. La princesse -connut son état. Le péril était grand, mais la religion -était puissante, et elle avait pour auxiliaire un caractère -énergique et fier. La raison et la vertu eurent d'abord le -dessus. Au lieu de saisir les occasions de voir Lauzun, -<span class="small1">Mademoiselle</span> les évita; loin de rechercher avec lui les -tête-à-tête, elle s'imposa la loi de ne lui jamais parler qu'en -présence d'un tiers<a id="FNanchor_519" href="#Footnote_519" class="fnanchor"> [519]</a>. Elle cessa de s'entretenir avec lui -de ce qui pouvait avoir quelque analogie avec les souffrances -<span class="pagenum"><a id="Page_260"> 260</a></span> -de son cœur, et elle ne lui parla plus que de -choses indifférentes.—Vain espoir!—Tous les efforts -qu'elle faisait pour bannir Lauzun de sa pensée l'y regravaient -en traits plus ineffaçables et plus séducteurs. -Les impressions que lui causait sa présence étaient toujours -de plus en plus vives. Elle se faisait une telle violence -pour se conformer à la résolution qu'elle avait -prise de lui dissimuler ce qu'elle ressentait pour lui -qu'elle ne pouvait plus, lorsqu'elle lui parlait, arranger -trois mots qui eussent un sens<a id="FNanchor_520" href="#Footnote_520" class="fnanchor"> [520]</a>. Quand elle était seule, elle -formait cent projets qu'elle rejetait l'instant d'après pour -en concevoir cent autres, aussitôt repoussés comme impraticables. -Plus de repos pour elle, ni le jour ni la nuit. Son -esprit incertain, sa raison bouleversée flottaient sans cesse -en tout sens, comme un vaisseau sans voile et sans gouvernail, -assiégé par la tempête. <span class="small1">Madame</span> (Henriette d'Angleterre), -qui existait encore alors et avait, quoique plus -jeune, et malheureusement pour elle, plus que <span class="small1">Mademoiselle</span> -l'expérience des passions, lui parlait souvent du -mérite de Lauzun. «<span class="small1">Madame</span> avait de l'amitié pour moi, -dit <span class="small1">Mademoiselle</span> dans ses Mémoires; je fus tentée de lui -ouvrir mon cœur, afin qu'elle me dît bonnement ce que -je devais faire et de quelle manière elle me conseillait de -me conduire. Je n'étais pas en état de le pouvoir faire -moi-même, puisque je faisais toujours le contraire de ce -que je voulais chercher à faire; ce que j'avais projeté la -nuit, je ne pouvais l'exécuter le jour<a id="FNanchor_521" href="#Footnote_521" class="fnanchor"> [521]</a>.»</p> - -<p><span class="small1">Mademoiselle</span> n'osa rien dire à <span class="small1">Madame</span>. Mais elle -suivit régulièrement la reine aux Récollets, où il se faisait -<span class="pagenum"><a id="Page_261"> 261</a></span> -une neuvaine pour saint Pierre d'Alcantara; et un -jour que le saint sacrement était exposé, après avoir -prié Dieu avec ferveur de lui inspirer ce qu'elle avait à -faire, «Dieu lui fit la grâce, dit-elle, de la déterminer -à ne pas travailler davantage à chasser de son esprit ce qui -s'y était établi si fortement, et à épouser M. de Lauzun.»</p> - -<p>Toutefois la grâce de Dieu n'était point pour elle tellement -efficace qu'elle n'eût encore des combats à livrer avec -son orgueil avant d'exécuter la résolution qu'elle avait -prise. Elle, si fière, si hautaine, se soumettre au joug de -l'hymen, à son âge!... Que diront le monde, la cour, le -public, l'Europe? Le bruit de son héroïque vertu n'était-il -pas partout répandu?.... Se marier!.... et avec -qui?.... avec Lauzun, un simple gentilhomme, un cadet -de famille!.... Puis elle repassait dans son esprit toutes -les mésalliances illustres que sa mémoire lui fournissait; -ensuite elle songeait à tous les partis qu'elle avait refusés, -aux princes et aux souverains qui pouvaient encore se -présenter pour obtenir sa main.... Mais serait-ce là le -bonheur?.... Ah! sans Lauzun pouvait-il en exister pour -elle?—Alors, s'affermissant dans une détermination -qui lui semblait inspirée par Dieu même, elle préparait -dans son esprit les réponses à toutes les objections qu'on -pourrait faire contre son mariage. Elle se livra, avec une -étonnante et studieuse activité, à des recherches sur la -généalogie des Lauzun, sur les documents qui pouvaient -la justifier. Son érudition devint si riche et sa mémoire si -fidèle sur tous ces points que par la suite, et lorsque cela -fut nécessaire, elle étonna Lauzun en lui apprenant l'histoire -de ses ancêtres, qu'il ignorait; et elle surprit le roi -en l'instruisant sur les faits relatifs aux monarques qui -l'avaient précédé sur le trône de France.</p> - -<p><span class="pagenum"><a id="Page_262"> 262</a></span> -Quand sa résolution fut définitive et que rien relativement -à elle ne pouvait l'empêcher de l'exécuter, toutes -ses inquiétudes se réveillaient en pensant à Louis XIV. -Elle revenait sans cesse et comme malgré elle aux pensées -que lui suggérait la difficulté d'obtenir son consentement -pour une telle mésalliance. Mais, disait-elle, pourquoi -s'y refuserait-il?.... Il aime Lauzun, il a de l'amitié -pour moi; il ne voudra pas s'opposer à mon bonheur ni -à l'élévation de son favori.—D'ailleurs, il ne le pourra -pas.—N'a-t-il pas consenti au mariage de la duchesse -d'Alençon avec le jeune duc de Guise?—Peut-il me -dénier ce qu'il a concédé à ma sœur?—Oui; mais ma -sœur de Guise est le fruit de la mésalliance de mon père.—Elle -n'est pas Anne de Bourbon, la petite-fille d'Henri -IV.—Elle est la fille d'une princesse de Lorraine.—Dira-t-on -que le duc de Guise est d'une maison plus ancienne -et plus puissante que celle de Lauzun?—Plus puissante, -oui, parce que cette maison de Lorraine s'est accrue -démesurément dans ces derniers temps par l'ambition -de ses chefs et la faiblesse de nos rois; mais plus ancienne, -non. Les aïeux de M. de Guise ont desservi la France, -ceux de la maison de Caumont se sont souvent sacrifiés -pour elle. Sous le règne de Charles VI, en l'année 1422, -Charles, duc de Lorraine, était encore à la solde du roi -de France moyennant trois cents livres tournois par mois, -tandis qu'en 1404 Jean de Nompar-Caumont, seigneur -de Lauzun, concluait un traité de souverain à souverain -avec Jean de Bourbon, commandant les armées du roi en -Guyenne<a id="FNanchor_522" href="#Footnote_522" class="fnanchor"> [522]</a>; et les anciens titres de cette illustre maison -remontent à plus de sept siècles.—D'ailleurs, ne sais-je -<span class="pagenum"><a id="Page_263"> 263</a></span> -pas combien notre histoire fournit de nombreux exemples -de femmes, de filles et de sœurs de rois qui ont épousé -de simples gentilshommes?... Adèle, l'aînée des filles de -Dagobert, n'a-t-elle pas épousé le comte Hermann, homme -peu considérable? Rotilde, la seconde fille du même roi, -n'a-t-elle pas été mariée à Ledéric, premier forestier de -Flandre? Landrade, fille de Charles Martel, ne fut-elle -pas unie à Sidromme de Hasbannin? Berthe, la fille du -puissant Charlemagne, ne devint-elle pas la femme d'Angilbert, -simple gouverneur d'Abbeville? Des filles de -Louis le Jeune, la première épousa le comte de Champagne, -et Alix, sa sœur, Thibaut, comte de Chartres et -de Blois; Alix, fille de Charles VII, fut mariée à Guillaume, -comte de Ponthieu; Isabelle de France, fille de -Philippe le Long, à Gui, comte d'Albon; Catherine de -France, fille de Charles VI, lorsqu'elle fut devenue -veuve, donna sa main à Owin Tyder, qui n'était qu'un -simple chevalier gallois, pauvre et d'une très-médiocre -naissance<a id="FNanchor_523" href="#Footnote_523" class="fnanchor"> [523]</a>.</p> - -<p>Ainsi la malheureuse princesse allait fouillant péniblement -jusque dans les parties les plus obscures de nos annales, -pour y trouver des faits favorables à sa passion, -ne s'apercevant pas que ces exemples, puisés dans des siècles -qui n'avaient rien de commun avec le temps où elle -vivait, ne pouvaient lui être applicables. Cependant ils lui -paraissaient décisifs; mais les noms qu'elle y trouvait lui -semblaient obscurs auprès de celui de Lauzun. L'antiquité -de sa noblesse, ses belles actions à la guerre, la réputation -d'homme extraordinaire qu'il s'était faite dans -toute la France, la faveur royale dont il jouissait lui -<span class="pagenum"><a id="Page_264"> 264</a></span> -persuadaient que son mérite<a id="FNanchor_524" href="#Footnote_524" class="fnanchor"> [524]</a> était encore au-dessus de -tout ce qu'elle voulait faire pour lui. Elle s'affermissait -dans le projet qu'elle avait de l'épouser; et, avec l'énergie -et la ténacité de son caractère, cette résolution une fois -prise était invariable. Mais son embarras était de savoir -comment elle la mettrait à exécution.—Quand elle se -faisait cette question, son cœur palpitait, sa tête s'embarrassait -et son esprit flottait incertain. Lorsque l'âme -est vivement émue par un objet d'où dépend le sort de -notre vie, plus on désire atteindre le but, plus on hésite -sur les moyens d'y parvenir.</p> - -<p>La première chose à faire, sans doute, était d'instruire -Lauzun du projet qu'elle avait formé sur lui. Mais c'était -précisément là pour elle le point difficile. Il fallait que -Lauzun sût d'abord qu'elle l'aimait; et quoiqu'elle eût -tâché de le lui faire apercevoir par tous les moyens qui -ne répugnaient pas à sa pudeur, il ne paraissait pas le -moins du monde soupçonner la nature de ses sentiments -pour lui. Elle s'affligeait de ne pas reconnaître en lui les -signes de l'amant, tels que Corneille les donne dans la -tirade dont nous avons cité les premiers vers et dont -voici les derniers, que <span class="small1">Mademoiselle</span> trouvait fort beaux, -parce qu'ils lui semblaient en parfait rapport avec sa situation:</p> - -<div class="poetry"><div class="stanza"> -<p>La langue en peu de mots en explique beaucoup;</p> -<p>Les yeux, plus éloquents, font tout voir tout d'un coup;</p> -<p>Et, de quoi qu'à l'envi tous les deux nous instruisent,</p> -<p>Le cœur en entend plus que tous les deux n'en disent.</p> -</div></div> - -<p><span class="small1">Mademoiselle</span> chercha de nouveau, et plus fréquemment -que par le passé, à se trouver en tête-à-tête avec Lauzun. -<span class="pagenum"><a id="Page_265"> 265</a></span> -Mais lui abrégeait le plus qu'il pouvait ces entretiens -particuliers; il s'y prêtait avec un empressement si -froid, un air si respectueux que <span class="small1">Mademoiselle</span>, toute -troublée devant lui, ne pouvait se résoudre à rompre le -silence; et ces entrevues si vivement désirées, ménagées -par elle avec tant de peine et de mystère, étaient toujours -sans résultat<a id="FNanchor_525" href="#Footnote_525" class="fnanchor"> [525]</a>.</p> - -<p>Cette situation était trop pénible pour que la princesse -ne cherchât point à la faire cesser. Elle ne voyait cependant -d'autre moyen que de faire à Lauzun une déclaration. -Alors sa pudeur, sa fierté se révoltaient à cette idée -qui lui revenait sans cesse. Elle en était obsédée; elle frissonnait, -se désespérait, versait des larmes, et ne pouvait -rien déterminer.</p> - -<p>Au milieu de ses incertitudes et de ses douleurs, <span class="small1">Mademoiselle</span> -apprit que l'on parlait de lui faire épouser le duc -de Lorraine, afin d'arranger le différend qui existait entre -ce prince et le roi de France. Cette circonstance lui parut -favorable pour instruire Lauzun des projets qu'elle avait -sur lui. Elle le trouva chez la reine au moment où le bruit -de cette alliance se répandait, et lui dit, en se retirant dans -l'embrasure d'une croisée, qu'elle avait à lui parler. Il la -suivit. «Il avait, dit-elle dans ses Mémoires, une telle -fierté que je le regardai comme le maître du monde.»—Elle -lui dit, non sans trembler un peu, qu'elle avait -une résolution à prendre, mais que, le considérant comme -son plus fidèle ami, elle ne voulait rien faire sans lui -avoir demandé avis.—Lauzun répondit à cette ouverture -par d'humbles révérences et par des témoignages de reconnaissance -<span class="pagenum"><a id="Page_266"> 266</a></span> -sur l'honneur que la princesse lui faisait. Il -lui protesta que, par sa sincérité, il répondrait à la bonne -opinion qu'elle avait de lui.—Alors elle lui parla des -bruits qui couraient sur son mariage avec M. de Lorraine -et sur les intentions du roi à cet égard. Lauzun feignit de -tout ignorer, et dit simplement que l'amitié et la déférence -du roi pour <span class="small1">Mademoiselle</span> lui feraient vouloir sur cela -ce qu'elle désirait.—Mais elle s'empressa de déclarer à -Lauzun que, quelle que fût la volonté du roi, elle était -bien décidée à ne pas s'immoler à des considérations de -grandeur et de gloire; qu'elle ne voulait point se marier -à un inconnu, fût-il un puissant souverain; qu'elle voulait -un honnête homme, qu'elle pût aimer<a id="FNanchor_526" href="#Footnote_526" class="fnanchor"> [526]</a>. Lauzun, sans -paraître deviner où tendait ce discours, dit à la princesse -que ses sentiments étaient pleins de raison; qu'il les approuvait, -mais qu'il s'étonnait qu'heureuse comme elle -l'était elle songeât à se marier.—Alors elle lui avoua -qu'elle y était déterminée par la quantité de personnes -qui comptaient sur son bien et qui par conséquent souhaitaient -sa mort.—Lauzun avoua que cette considération -était vraie et sérieuse, mais que cette affaire était d'une -telle importance qu'il fallait qu'elle y réfléchît mûrement; -que, de son côté, il y songerait avec application, -et qu'après il lui en dirait son avis.</p> - -<p>La reine sortit, et ce premier entretien se termina là.</p> - -<p>Les entretiens qui suivirent (toujours chez la reine) -furent plus prolongés, et semblaient propres à amener -une explication claire et définitive. La princesse fut charmée -du vif intérêt que Lauzun paraissait prendre à sa -<span class="pagenum"><a id="Page_267"> 267</a></span> -situation, aux peines, aux ennuis qui en étaient la conséquence. -Elle lui demanda de vouloir bien la conseiller, -et promit de ne se gouverner que par ses avis. Déposant -alors cet air froid et compassé qu'il avait toujours en sa -présence, il lui dit, avec un sourire qui l'enchanta: «Je -dois donc être bien glorieux d'être le chef de votre conseil, -et vous allez me donner bonne opinion de moi.»—Avec -chaleur elle répliqua que l'opinion qu'elle avait de -lui ne pouvait être meilleure, et elle se disposait à continuer -de manière à ne plus lui laisser aucun doute sur la -nature de ses sentiments lorsque Lauzun, lui faisant -une profonde révérence et reprenant son grand air de -respect, arrêta l'impulsion de son cœur, et la contraignit -à se contenter de l'invitation qu'elle lui fit de s'expliquer -sur le conseil qu'il avait à lui donner.</p> - -<p>Lauzun approuva entièrement les motifs qui faisaient -désirer à la princesse de se marier; mais la chose lui paraissait -impossible, puisqu'il n'y avait personne sur qui -elle pût jeter les yeux.—«Cependant je ne puis disconvenir -que vous n'ayez raison, dit-il, de sortir de l'état -pénible où vous vous trouvez, en pensant qu'on vous souhaite -la mort: sans cela, qu'auriez-vous à désirer? Les -grandeurs, les biens vous manquent-ils? Vous êtes estimée, -honorée par votre vertu, votre mérite et votre qualité; -c'est, à mon sens, un état bien agréable, de vous -devoir à vous-même la considération que l'on a pour -vous. Le roi vous traite bien, il vous aime; je vois qu'il -se plaît avec vous: qu'avez-vous à souhaiter? Si vous -aviez été reine ou impératrice dans un pays étranger, -vous vous seriez ennuyée à la mort. Ces conditions ont -peu d'élévation au-dessus de la vôtre. Il y a beaucoup de -peine à étudier l'humeur de l'homme et du reste des gens -<span class="pagenum"><a id="Page_268"> 268</a></span> -avec qui l'on doit vivre, et je ne conçois pas de plaisir -qui puisse l'adoucir<a id="FNanchor_527" href="#Footnote_527" class="fnanchor"> [527]</a>.»</p> - -<p><span class="small1">Mademoiselle</span> convint de la justesse de ces réflexions; -mais si elle choisissait pour époux un parfait honnête -homme, si elle suivait la pente de son cœur, qui la portait -à ne jamais se séparer du roi, le roi ne serait-il pas satisfait -qu'elle fût la cause de l'élévation d'un de ses sujets? -n'approuverait-il pas qu'elle lui donnât du bien pour l'employer -à son service?—«Oui, dit Lauzun; outre le plaisir -d'avoir élevé un homme à un degré au-dessus de tout ce -qu'il y a de souverains en Europe, vous auriez celui de -la certitude qu'il vous en saurait gré et qu'il vous aimerait -plus que sa vie; et par-dessus le tout vous ne quitteriez -pas le roi. Mais ce sont là des châteaux en Espagne. -La difficulté est de trouver cet homme, dont la naissance, -les inclinations, le mérite et la vertu soient assez grands -pour répondre à tout ce que vous auriez fait pour lui; et -vous avez dû vous convaincre, par tout ce que je vous -ai dit, que c'était la chose impossible.»—«Cela est très-possible, -dit la princesse en souriant et en le regardant d'un -air passionné, puisque vos objections ne sont pas contre -le projet, mais regardent l'individu; je verrais à en trouver -un qui eût toutes les qualités que vous voulez qu'il ait.»—La -reine sortit en cet instant de son oratoire; l'entretien -avait duré deux heures, et il se serait encore prolongé -sans la circonstance qui y mit fin.</p> - -<p><span class="small1">Mademoiselle</span> était satisfaite d'avoir cette fois réussi à -expliquer ses intentions à Lauzun de manière à ce qu'il -ne pût s'y méprendre; du moins elle le croyait. Pourtant -lorsqu'elle s'aperçut que Lauzun, qu'elle voyait alors tous -<span class="pagenum"><a id="Page_269"> 269</a></span> -les jours, ne venait pas de lui-même la trouver, mais -qu'elle était obligée d'aller vers lui pour lui parler, elle -pensa qu'elle s'était trompée, qu'elle n'avait pas été assez -explicite; et toutes ses anxiétés recommencèrent.—Elle -rechercha un nouvel entretien, et éprouva une vive peine -d'entendre dire à Lauzun qu'il lui conseillait de ne plus -penser au mariage; que pour elle ce parti entraînait trop -de dégoûts, de difficultés; qu'il se regarderait comme -indigne de l'honneur qu'elle lui avait fait de se confier en -lui s'il ne lui disait pas que ce qui était le mieux pour -elle serait de rester dans l'état où elle était.</p> - -<p>Longtemps Lauzun désola la princesse par cette artificieuse -conduite: il lui démontrait la nécessité de prendre -un parti, et la difficulté d'en prendre un; l'impossibilité, -pour son bonheur, de rester dans la situation où elle -était, et les graves inconvénients d'un mariage.—«Lors -même, lui disait-il, qu'elle aurait trouvé quelqu'un qui -réunît toutes les qualités propres à lui plaire, qui pourrait -lui répondre qu'il n'aurait pas des défauts qu'elle n'aurait -pas connus et qui feraient son malheur<a id="FNanchor_528" href="#Footnote_528" class="fnanchor"> [528]</a>?» Ces réflexions -si sages ne faisaient qu'accroître l'estime de la -princesse pour Lauzun et la confiance qu'elle avait en lui; -et, au lieu d'ébranler la résolution qu'elle avait prise, elles -la rendaient plus impatiente de la mettre à exécution. Ces -longs entretiens, pour elle si délicieux, attisaient le feu -de sa passion, et rendaient de jour en jour plus violents et -plus pénibles les combats intérieurs qu'elle était obligée -de se livrer à elle-même.</p> - -<p>Cependant Lauzun, dans ces entretiens, quand la -princesse lui parlait de celui qu'elle avait choisi pour -<span class="pagenum"><a id="Page_270"> 270</a></span> -époux et lui en faisait l'éloge, paraissait ne pas se douter -qu'il pût être question de lui; et ses observations faisaient -toujours allusion, sans le nommer, à celui auquel le bruit -public donnait la main de <span class="small1">Mademoiselle</span>. Tantôt c'était -le comte de Saint-Paul, ou <span class="small1">Monsieur</span>, ou le duc de Lorraine, -ou quelque souverain.</p> - -<p><span class="small1">Mademoiselle</span>, convaincue que la modestie de Lauzun -ne lui permettait pas de croire que c'était bien lui qu'elle -aimait, que c'était bien lui qu'elle voulait épouser, résolut -de le lui déclarer, puisque ni ses discours ni ses regards -n'avaient pu le lui faire deviner.—Elle lui dit donc un -jour: «Je veux absolument vous nommer celui que j'ai -choisi pour époux<a id="FNanchor_529" href="#Footnote_529" class="fnanchor"> [529]</a>.»—«Vous me faites trembler, répondit-il. -Si par caprice je n'approuvais pas votre goût, -vous ne voudrez plus me voir; je suis trop intéressé à -conserver l'honneur de vos bonnes grâces pour écouter -une confidence qui me mettrait au hasard de les perdre. -Je n'en ferai rien; je vous supplie de tout mon cœur de -ne plus m'entretenir de cette affaire.»—Et Lauzun évita -de se trouver seul avec la princesse, et affecta de ne lui -point parler. Mais plus il semblait se refuser à apprendre -d'elle son secret, plus elle brûlait de le lui révéler. Cependant -le courage lui manquait; et ces deux simples monosyllabes, -«C'est vous,» ne pouvaient sortir de sa bouche. -Dans les moments où elle voulait les prononcer, toujours -son trouble et son extrême agitation lui coupaient la parole -et la respiration. Enfin, un certain jeudi soir, chez la -reine, ayant rencontré Lauzun, elle lui dit qu'elle voulait -absolument, malgré sa défense, lui nommer l'homme en -question. «Je ne puis plus, d'après cela, répondit Lauzun, -<span class="pagenum"><a id="Page_271"> 271</a></span> -me défendre de vous écouter; mais vous me feriez plaisir -d'attendre à demain.»—«Non, sur-le-champ, répondit la -princesse; demain est vendredi, c'est un jour malheureux.»—Lauzun, -avec un air inquiet et soumis, garda le -silence, et semblait la regarder avec attendrissement. Elle -leva sur lui ses yeux, brillant de la flamme qui la consumait; -son sein palpita avec violence...; elle se sentit défaillir, -et, craignant de s'évanouir si elle augmentait son -émotion, elle déclara à Lauzun, en baissant ses paupières, -que ce nom, ce nom si cher, elle n'avait pas la force de le -lui dire.—«J'ai envie, dit-elle, d'épaissir la glace avec -mon souffle, et de vous tracer ce nom dessus<a id="FNanchor_530" href="#Footnote_530" class="fnanchor"> [530]</a>.»—L'entretien -se prolongea ensuite sur un ton badin, mais qui devint -de plus en plus tendre; de telle sorte que tout était clairement -exprimé de la part de la princesse sans que cependant -elle eût prononcé le nom de Lauzun. Mais lui, -qui feignait de ne rien comprendre, la pressa de lui révéler -le nom de celui qu'elle avait choisi.—Tous deux -gardèrent alors un instant le silence, comme pour se recueillir -dans ce moment solennel; puis elle ouvrit la bouche -pour faire cet aveu tant désiré, et prononça le mot, -C'est...; puis s'arrêta subitement, effrayée par le timbre -sonore d'une pendule qui venait de se faire entendre...; -elle écoute, compte douze coups consécutifs. «Il est minuit, -dit-elle... c'est vendredi... je ne vous dirai plus rien.»—Le -lendemain, ou plutôt après la nuit passée, <span class="small1">Mademoiselle</span>, -toujours de plus en plus agitée, écrivit ces -mots sur un papier à billet: «<i>C'est vous</i>;» elle cacheta ce -papier, et le mit dans sa poche.—Dans la journée, elle alla -chez la reine; et, comme elle s'y était attendue, elle y vit -<span class="pagenum"><a id="Page_272"> 272</a></span> -Lauzun, et lui dit: «J'ai écrit le nom sur un papier.»—Lauzun -la pressa vivement de lui remettre ce papier, promettant -de le placer sous son oreiller et de ne le regarder -que lorsque minuit serait sonné.—Elle s'y refusa par la -crainte qu'il ne se trompât d'heure.</p> - -<p>Le dimanche suivant, dans la matinée, la reine étant -entrée dans son oratoire, <span class="small1">Mademoiselle</span> se trouva seule -dans le salon avec Lauzun; elle lui montra le billet, qu'elle -avait dans son manchon. Lauzun la supplia de le lui remettre. -«Le cœur lui battait, disait-il; c'était un pressentiment -que le choix qu'elle avait fait lui causerait une -vive peine.» N'importe, il désirait faire cesser son incertitude. -Mais elle, qui sentait combien, après un tel aveu, -elle serait embarrassée de se trouver seule avec Lauzun, -prolongea la conversation afin que la reine eût le temps -de sortir de son oratoire. Comme ce court entretien fut -extrêmement tendre de la part de Lauzun et de la sienne, -elle se félicita du moyen qu'elle prenait pour l'instruire du -choix qu'elle avait fait de lui. Aussi quand la reine reparut, -<span class="small1">Mademoiselle</span> remit le papier à Lauzun, avec injonction -de revenir le soir même lui remettre la réponse au bas -du billet. Elle partit soulagée, et suivit la reine aux Récollets, -où elle pria Dieu avec ferveur pour la réussite de -ses projets.</p> - -<p>Lauzun était sans lettres, sans étude, peu remarquable -par son esprit; mais il connaissait le monde et surtout -les femmes; et ses succès auprès d'un grand nombre lui -avaient donné une merveilleuse sagacité pour discerner -les progrès et les phases des passions qu'elles veulent -cacher. Il savait que, pour être certain de dominer entièrement -celles dont la raison et la conscience combattent -les impétueux mouvements du cœur, il faut les obliger à -<span class="pagenum"><a id="Page_273"> 273</a></span> -sacrifier à l'amour jusqu'aux derniers scrupules de la pudeur, -cette vigilante gardienne de la vertu. Pour cette -raison, cette déclaration de <span class="small1">Mademoiselle</span>, par billet, -ne satisfit pas Lauzun: il ne doutait pas qu'il ne fût aimé, -aimé avec passion; mais cette passion cependant n'était -pas encore assez forte pour vaincre entièrement l'orgueil -de la princesse. Ce sentiment pouvait se réveiller en -elle, surtout lorsqu'il serait exalté par les instigations -des personnes intéressées. C'est ce qui devait arriver infailliblement -quand cette liaison, enveloppée jusqu'ici -du plus profond mystère, serait connue. On pouvait alors -triompher en partie de cette malheureuse passion, ou du -moins en modérer les accès, et empêcher cette entière -abnégation de soi-même, cet abandon de toute volonté -contraire à celle de l'objet aimé: c'est ce que Lauzun voulait -prévenir.</p> - -<p>Au lieu de répondre au billet qu'il avait reçu, et de -se répandre en témoignages de reconnaissance auprès de -la princesse, Lauzun continua son rôle d'incrédule. Selon -lui, la princesse le trompait, et refusait de lui dire le nom -de celui qu'elle avait choisi; il se montra jaloux, triste, -rêveur; et il la désola tellement par ses brusqueries et son -humeur que, pour lui rendre sa sérénité, elle se vit contrainte -à déposer toute dignité et à répéter plusieurs fois -de vive voix ce qu'elle avait à peine osé lui insinuer par -écrit. Il fallut qu'elle lui déclarât qu'elle l'aimait avec passion; -que lui seul pouvait faire son bonheur; qu'elle -s'abandonnait à lui sans réserve, ne voulait vivre que -pour lui, et enfin qu'elle voulait l'épouser et lui donner -tous ses biens.</p> - -<p>Lauzun ne répondit à une déclaration si tendre et si -explicite que par des objections; mais elles étaient de -<span class="pagenum"><a id="Page_274"> 274</a></span> -nature à affermir la princesse dans ses résolutions. En -supposant, disait-il, qu'il serait assez extravagant pour -croire cette affaire possible, il était obligé de déclarer à -<span class="small1">Mademoiselle</span> qu'il aimait trop le roi pour qu'aucune -considération humaine pût le déterminer à s'éloigner de -lui; qu'il garderait les charges qu'il avait près de lui; par -conséquent il ne pouvait pas penser qu'elle consentît jamais -à épouser le <i>domestique</i> (ce mot s'employait alors -pour celui de serviteur) de son cousin germain.—«Mais, -répondit-elle, ce cousin germain est mon maître aussi -bien que le vôtre; et je ne trouve rien de plus honorable -pour mon époux que d'être son domestique. Si vous -n'aviez pas de charge auprès du roi, j'en achèterais une -pour vous<a id="FNanchor_531" href="#Footnote_531" class="fnanchor"> [531]</a>.»</p> - -<p>Lauzun, facilement réfuté sur ce point, ainsi qu'il s'y -attendait, avec une apparence de franchise, d'abandon et -de désintéressement, eut l'air de ne plus envisager cette -affaire que sous le point de vue du bonheur de la princesse; -il passait en revue tous les inconvénients qu'entraînait -pour elle l'exécution d'un pareil projet, et il lui -conseillait d'y renoncer; il traça surtout de lui-même un -portrait vrai en partie, mais dans lequel, en exagérant -quelques-uns de ses défauts, il eut grand soin de les rattacher -à des goûts opposés à ceux qu'il avait, à une -manière de vivre toute différente de celle qu'il avait -embrassée. «Tout ce que j'aurais de bon pour vous, lui -disait-il, au cas que vous fussiez d'humeur jalouse, serait -le peu de raison que je vous donnerais de vous chagriner, -parce que je hais autant les femmes que je les ai aimées -<span class="pagenum"><a id="Page_275"> 275</a></span> -autrefois. Cela est si vrai que je ne comprends pas comment -on est si fou que de s'y amuser<a id="FNanchor_532" href="#Footnote_532" class="fnanchor"> [532]</a>.»</p> - -<p>Lorsque, après ces longues explications, <span class="small1">Mademoiselle</span> -croyait avoir tout réfuté, lorsqu'elle croyait pouvoir -enfin arriver à une conclusion, Lauzun la désespérait encore -de nouveau en ayant l'air de retomber dans sa première -incrédulité, et il lui disait: «Croyez-vous que je -sois assez fou pour considérer tout ceci autrement que -comme une fiction?»—Enfin, quand il la vit si bien possédée -de son fol amour qu'elle ne pouvait penser ni agir -que par lui, il parut devant elle persuadé que tout cela -n'était pas une illusion, et il se livra à toute l'ivresse d'une -joie qui était en partie sincère. Cependant il refusa de faire -aucune démarche personnelle auprès du roi pour obtenir -son consentement. Ce fut <span class="small1">Mademoiselle</span> qui les fit toutes, -mais toujours sous sa direction et par ses conseils.</p> - -<p>Elle commença par écrire à Louis XIV une lettre qu'elle -lui fit remettre par la voie secrète, c'est-à-dire par Bontems, -son valet de chambre<a id="FNanchor_533" href="#Footnote_533" class="fnanchor"> [533]</a>. Elle en reçut une réponse -qui n'était ni un consentement ni un refus. Le roi lui disait -qu'il ne voulait la gêner en rien, mais qu'elle devait mûrement -réfléchir au parti qu'elle allait prendre. Il y a tout -lieu de croire que Lauzun avait déjà préparé Louis XIV à -cette affaire par le canal de madame de Montespan, qui -était alors dans ses intérêts; mais la princesse l'ignorait.</p> - -<p>Durant cette négociation secrète, le comte de Saint-Paul, -devenu prince de Longueville, allait régulièrement -au Luxembourg faire sa cour à <span class="small1">Mademoiselle</span>. Guilloire -<span class="pagenum"><a id="Page_276"> 276</a></span> -s'aperçut de l'accord qui régnait entre elle et Lauzun, et il -en informa Louvois<a id="FNanchor_534" href="#Footnote_534" class="fnanchor"> [534]</a>. Lauzun, qui avait partout des intelligences, -le sut, et le dit à la princesse. Celle-ci, dans la -crainte que les ministres ne traversassent ses projets, résolut -de voir le roi le plus tôt qu'elle pourrait.</p> - -<p>Elle l'attendit dans la ruelle de la reine. Nous avons -déjà dit que Louis XIV revenait toujours passer la nuit -chez la reine, quelque tard qu'il fût. Ce jour, son jeu se -prolongea, contre la coutume, jusqu'à deux heures du -matin; et la reine, qui ne se doutait de rien, se coucha, et -dit à <span class="small1">Mademoiselle</span> «qu'il fallait qu'elle eût quelque chose -de bien pressé à dire au roi pour l'attendre si tard.»—Elle -dit qu'en effet elle voulait l'entretenir d'une affaire -très-importante, dont on devait parler le lendemain au -conseil. Le roi fut fort étonné, en rentrant dans sa chambre -à coucher, de trouver <span class="small1">Mademoiselle</span> dans la ruelle de -la reine; et, quoiqu'il fût très-fatigué, il la conduisit entre -deux portes, pour écouter ce qu'elle avait à lui dire. <span class="small1">Mademoiselle</span>, -dont le cœur battait avec violence, ne put -d'abord que répéter trois fois le mot, Sire; mais enfin, -après une pause d'un moment, de sa poitrine profondément -émue, ses paroles s'échappèrent avec feu, avec volubilité. -Elle tint au roi un assez long discours, et n'omit -rien de ce qui pouvait l'engager à lui accorder le consentement -qu'elle demandait. Le roi lui répondit qu'il portait -intérêt à Lauzun, et ne voulait pas lui nuire en s'opposant -à sa fortune; mais qu'il ne voudrait pas lui être utile aux -dépens du bonheur de sa cousine; qu'en conséquence il -ne lui défendait pas ce mariage, mais qu'il ne le lui conseillait -pas; et il la pria instamment d'y songer mûrement -<span class="pagenum"><a id="Page_277"> 277</a></span> -avant de rien conclure. «J'ai encore, ajouta-t-il, un autre -avis à vous donner. Vous devez tenir votre dessein secret -jusqu'à ce que vous soyez déterminée. Bien des gens s'en -doutent, et les ministres m'en ont parlé. Prenez là-dessus -vos mesures<a id="FNanchor_535" href="#Footnote_535" class="fnanchor"> [535]</a>.»</p> - -<p>Ces paroles, qui furent redites à Lauzun, lui prouvèrent -qu'il était temps de hâter la conclusion de cette affaire; -et aussitôt ses amis de Guitry, les ducs de Créqui, de -Montausier, d'Albret, d'après la prière de la princesse, -allèrent ensemble vers le roi pour le supplier de permettre -à sa cousine d'épouser M. de Lauzun; ils adressèrent -en même temps au roi des actions de grâces pour -l'honneur qui rejaillirait par ce mariage sur toute la -noblesse de France. Cette demande, qu'appuyaient encore -le prince de Marsillac, le duc de Richelieu, le comte -de Rochefort et d'autres amis de Lauzun<a id="FNanchor_536" href="#Footnote_536" class="fnanchor"> [536]</a>, fut faite en -plein conseil. Louis XIV répondit qu'il ne pouvait s'opposer -à ce que <span class="small1">Mademoiselle</span> épousât M. de Lauzun, -puisqu'il avait permis à sa sœur de se marier à M. de -Guise. <span class="small1">Monsieur</span>, qui avait été appelé à ce conseil par -ordre exprès du roi, se récria sur une telle mésalliance; -mais Louis XIV persista, et déclara qu'il accordait son -consentement<a id="FNanchor_537" href="#Footnote_537" class="fnanchor"> [537]</a>.</p> - -<p>Montausier alla aussitôt en instruire <span class="small1">Mademoiselle</span>, et -lui dit: «Voilà une affaire faite. Je ne vous conseille pas -de la laisser traîner en longueur; et, si vous m'en croyez, -vous vous marierez cette nuit.» Ces paroles s'accordaient -trop bien avec l'impatience de <span class="small1">Mademoiselle</span> pour n'être -<span class="pagenum"><a id="Page_278"> 278</a></span> -pas approuvées par elle: aussi pria-t-elle M. de Montausier -de persuader à Lauzun de suivre ce conseil. Lauzun, enivré -de son succès, aspirait à le rendre complet. Certain -que la volonté de la princesse ne pouvait changer, assuré -du consentement du roi, Lauzun répugnait à tout ce qui -pouvait ressembler à un mariage clandestin<a id="FNanchor_538" href="#Footnote_538" class="fnanchor"> [538]</a>. Il voulait -au contraire ne rien négliger de ce qui tendait à augmenter -l'éclat de la célébration du sien. Il exigea donc que -<span class="small1">Mademoiselle</span> fît part de ses intentions à la reine. <span class="small1">Mademoiselle</span> -obéit avec docilité à Lauzun, et toute la cour en -fut instruite.—On en était là, et l'on disait que ce mariage -devait se célébrer au Louvre le dimanche suivant, -lorsque madame de Sévigné écrivit à son cousin de Coulanges -cette nouvelle abasourdissante, et lui dit: «Je m'en -vais vous annoncer la chose la plus surprenante, la plus -étonnante, etc., etc.... une chose qui se fera dimanche, -et qui ne sera pas faite lundi.»</p> - -<p>Sa prédiction fut vraie; et elle nous prouve combien -elle était parfaitement bien informée de toutes les clameurs -qu'occasionnait ce mariage, de toutes les intrigues auxquelles -il donnait lieu. Les familles de Condé et de Longueville, -étonnées de se voir déçues dans leurs espérances, -indignées d'avoir été jouées par Lauzun, soulevèrent toutes -les résistances. Le grand Condé sortit de sa réserve ordinaire, -et proféra des menaces contre le favori s'il osait -épouser <span class="small1">Mademoiselle</span>; la reine, pour manifester ses sentiments -en cette occasion, se dépouilla de sa timidité et de -sa douceur naturelles. <span class="small1">Monsieur</span> lui-même, loin de céder -à son indolence, s'agita avec fureur. Le roi résistait, et -<span class="pagenum"><a id="Page_279"> 279</a></span> -pendant ce temps <span class="small1">Mademoiselle</span>, ignorant la tempête -qui grondait autour d'elle, était dans le ravissement et la -sécurité la plus profonde. Elle s'occupait uniquement de -Lauzun, des préparatifs de l'auguste et sainte cérémonie -qui allait avoir lieu. La lenteur de M. de Boucherat et des -gens d'affaires lui causait de l'impatience. Comment pouvaient-ils -trouver tant de difficultés à dresser son contrat -de mariage, puisqu'elle voulait tout donner à M. de -Lauzun? Elle grondait Lauzun lui-même de vouloir mettre -des bornes à sa générosité envers lui; et, dans sa folle -confiance, elle recevait avec délices les compliments des -dames de la cour dont Lauzun passait pour avoir eu les -bonnes grâces. Il semblait qu'avoir été aimées de Lauzun -comme elle croyait l'être elle-même était pour elle un -motif de les préférer à d'autres<a id="FNanchor_539" href="#Footnote_539" class="fnanchor"> [539]</a>, et qu'en leur témoignant -son affection elle donnait ainsi la mesure de sa confiance -en lui.</p> - -<p>Il est probable que, quoique assiégé pendant trois jours -consécutifs par les remontrances de la reine, de son -frère, de tous les princes de son sang et de quelques -ambassadeurs de l'étranger, Louis XIV n'eût jamais rétracté -le consentement qu'il avait donné, si l'on n'était -parvenu à détacher du parti de Lauzun son plus ferme -appui, madame de Montespan. A celle-ci on fit entendre -qu'en contribuant à porter à une si grande élévation un -favori tellement goûté du roi qu'il balançait le crédit des -ministres et de tous les princes du sang elle travaillait -contre elle-même. La hauteur et la fierté de Lauzun révoltaient -déjà tout le monde: que serait-ce lorsque, -devenu par alliance le cousin germain de son maître et -<span class="pagenum"><a id="Page_280"> 280</a></span> -possesseur d'une immense fortune, il n'aurait plus besoin -de la protection de la maîtresse en titre ni de celle de personne? -Si ce mariage s'accomplissait, toute la famille -royale lui en voudrait mortellement, comme étant celle -qui avait porté le roi à y consentir; et le roi lui-même -le lui reprocherait un jour. La princesse de Carignan et -madame Scarron, dans les conseils de laquelle madame -de Montespan avait une grande confiance, furent chargées -de lui développer ces motifs: ils produisirent leur effet, et -la firent résoudre à se déclarer contre Lauzun<a id="FNanchor_540" href="#Footnote_540" class="fnanchor"> [540]</a>. Louis XIV, -déjà ébranlé par les assauts nombreux qu'on lui avait livrés -sur cette affaire, ne put résister aux séductions de sa -maîtresse, et promit enfin d'empêcher ce mariage.</p> - -<p>Il lui en coûtait beaucoup de se dédire; mais sa résolution -était devenue invariable. Il voulut au moins adoucir, -autant qu'il était en lui, ce qu'avait de pénible et de -rigoureux cet acte de sa despotique volonté, et la déclarer -lui-même à <span class="small1">Mademoiselle</span>. Il la fit donc prier de venir -le trouver. Aux premiers mots que lui dit le roi, elle devina -le reste. Comment peindre l'excès du désespoir de -cette malheureuse princesse, ses touchantes prières, ses -pleurs amers, ses cris douloureux, lorsque, se roulant -aux pieds du monarque, elle le supplia de révoquer l'arrêt -qu'il venait de prononcer, ou de lui donner la mort, mille -fois préférable pour elle à sa séparation d'avec Lauzun? -Louis XIV, dans l'émotion que lui causa l'abaissement -d'une princesse autrefois si puissante et si fière, que la -politique de son ministre avait pensé un instant à lui -donner pour femme et pour soutien de son trône chancelant, -<span class="pagenum"><a id="Page_281"> 281</a></span> -se mit à genoux pour la relever<a id="FNanchor_541" href="#Footnote_541" class="fnanchor"> [541]</a>: dans cette posture, -il la pressa contre sa poitrine, et mêla ses larmes -aux siennes. Le chagrin qu'il éprouvait de se refuser à -ses instances fut si grand qu'il s'abandonna jusqu'à lui -reprocher de ne s'être pas hâtée, et de lui avoir laissé -le temps de la réflexion. Hélas! ce reproche, si peu -fondé, ne pouvait qu'augmenter les regrets douloureux -de la princesse. Elle n'y répondit que par de nouvelles -supplications. Mais Louis XIV lui déclara qu'il ne pouvait -plus changer, et la laissa désespérée de n'avoir pu le -fléchir.</p> - -<p>Lauzun se montra d'abord digne de l'honneur qui lui -était refusé: froid, calme et en apparence insensible à -ce revers de fortune<a id="FNanchor_542" href="#Footnote_542" class="fnanchor"> [542]</a>, il continua comme à l'ordinaire son -service auprès du roi. Pour le dédommager, Louis XIV -lui offrit le titre de duc et le bâton de maréchal. Il refusa -ces grâces, et dit au roi qu'avant de lui faire accepter une -aussi honorable dignité que celle de maréchal de France -il le priait de vouloir bien attendre qu'il l'eût méritée par -ses services<a id="FNanchor_543" href="#Footnote_543" class="fnanchor"> [543]</a>. Lauzun ne se soutint pas à cette hauteur: -c'est que ses refus étaient ceux d'un favori qui veut bouder -son maître et le punir d'avoir manqué à sa parole, et -non ceux d'un légitime orgueil et d'une noble fierté. Mais -il poussa si loin l'audace que, dans sa colère contre -madame de Montespan, dont il avait surpris les secrets, -<span class="pagenum"><a id="Page_282"> 282</a></span> -il voulut la compromettre avec le roi<a id="FNanchor_544" href="#Footnote_544" class="fnanchor"> [544]</a>, et s'attira ainsi -une disgrâce éclatante. Abandonné par le roi à l'inimitié -de Louvois, il finit par subir une rigoureuse détention<a id="FNanchor_545" href="#Footnote_545" class="fnanchor"> [545]</a>. -C'est alors que le jeune duc de Longueville fut de nouveau -offert pour époux à <span class="small1">Mademoiselle</span>; elle le refusa. Son -amour survécut à la disgrâce et à l'absence. Depuis que -Lauzun était malheureux, la princesse l'aimait encore avec -plus de tendresse<a id="FNanchor_546" href="#Footnote_546" class="fnanchor"> [546]</a>.</p> - -<p>Après plusieurs années de démarches sans nombre, de -sollicitations humiliantes et le sacrifice d'une partie de -sa fortune, elle obtint enfin du roi de faire cesser la captivité -de Lauzun, et probablement aussi la permission de -contracter avec lui un mariage secret<a id="FNanchor_547" href="#Footnote_547" class="fnanchor"> [547]</a>. La liberté qu'il -lui devait, les dons qu'elle lui fit, les preuves multipliées -de son long et touchant attachement ne purent la garantir -de son ingratitude et de ses indignes procédés. Moins -oppressée par sa passion, elle retrouva encore assez d'énergie -et de fierté natives pour se séparer de lui et le bannir -pour toujours de sa présence. Elle ne fit pas la moindre -mention de lui dans son testament. Lauzun vécut jusqu'à -l'âge de quatre-vingt-quatorze ans, et vers la fin de sa -<span class="pagenum"><a id="Page_283"> 283</a></span> -carrière il obtint par ses services de nouveaux grades et -de nouveaux honneurs<a id="FNanchor_548" href="#Footnote_548" class="fnanchor"> [548]</a>, mais jamais il ne put reconquérir -la faveur du roi. <span class="small1">Mademoiselle</span>, depuis son fatal -amour, n'eut plus à la cour cette haute influence qu'elle y -avait exercée si longtemps. Sa personne avait cessé d'inspirer -cette estime et ces éclatants respects qui l'avaient -entourée jusque-là.</p> - -<p>Madame de Sévigné la vit avant et après la catastrophe -de son mariage projeté<a id="FNanchor_549" href="#Footnote_549" class="fnanchor"> [549]</a>. Elle s'entretint longtemps seule -avec elle, et fut alternativement le témoin de l'ivresse de sa -joie et de l'excès de sa douleur. Plusieurs fois le spectacle -de ses tourments et des angoisses de son cœur lui arracha -des larmes. Elle décrit très-bien l'état de l'âme de cette -princesse dans ces deux instants si opposés<a id="FNanchor_550" href="#Footnote_550" class="fnanchor"> [550]</a>. «C'est, dit-elle -en écrivant à son cousin de Coulanges, le sujet d'une -tragédie dans toutes les règles; jamais il ne s'est vu de si -grands changements en si peu de temps; jamais vous -n'avez vu une émotion aussi générale.»</p> - -<p>Cette affaire fit tellement de bruit dans toute l'Europe -que Louis XIV crut devoir écrire aux ambassadeurs qu'il -avait dans l'étranger une circulaire dans laquelle il expliquait -les raisons qu'il avait eues de permettre et ensuite -de défendre le mariage de <span class="small1">Mademoiselle</span> et de Lauzun; -<span class="pagenum"><a id="Page_284"> 284</a></span> -il engagea ses agents diplomatiques à communiquer secrètement -cette dépêche aux différentes cours près desquelles -ils se trouvaient placés<a id="FNanchor_551" href="#Footnote_551" class="fnanchor"> [551]</a>.</p> - -<p>Nous avons suffisamment entretenu nos lecteurs des -personnages que voyait madame de Sévigné et dont elle -nous parle dans les lettres qu'elle a écrites, à dater de -l'époque dont nous traitons. Il est temps de revenir aux -particularités qui, dans ces mêmes lettres, la concernent -personnellement.</p> - -<div class="chapter"> -<p><span class="pagenum"><a id="Page_285"> 285</a></span></p> -<h2 class="normal">CHAPITRE XV.<br /> -<span class="medium">1669-1671</span>.</h2> -</div> - -<p class="hanging indent">Madame de Sévigné passe à Livry l'automne de l'année 1669 avec sa -fille, son gendre et sa famille.—Long souvenir qu'elle conserve de -cette heureuse époque de sa vie.—Son bonheur est troublé par un -événement.—Le chevalier de Grignan tombe de cheval.—Madame -de Grignan s'évanouit, et fait une fausse couche.—Propos malins de -la comtesse de Marans à ce sujet.—Bussy paraît en avoir eu connaissance.—Ces -propos peuvent être relatifs à l'inclination présumée -du roi pour madame de Grignan.—Saint-Pavin, goutteux, fait -encore des vers pour madame de Sévigné.—Il meurt.—Son épitaphe -est composée par Fieubet.—Le comte de Grignan est nommé -lieutenant général de Provence.—Il part.—Une correspondance -s'engage entre lui et madame de Sévigné, et entre elle et son cousin -de Coulanges, avec toute la famille de l'intendant de Lyon et avec -madame de Coulanges.—Madame de Sévigné, par ses lettres, cherche -à capter la confiance et l'amitié de son gendre.—Elle lui recommande -un gentilhomme condamné aux galères.—Détails sur -ce gentilhomme.—Nouvelles diverses données par madame de Sévigné -au comte de Grignan.—Mot de la duchesse de Saint-Simon.—Son -caractère.—Le duc de Noirmoutier devient aveugle.—Détails -sur lui et sur son père.—Hiver rigoureux.—Décès causés -par la petite vérole.—Mariage de mademoiselle de Thianges et du -duc de Nevers.—Guillaume VII, prince de Hesse, meurt sans avoir -été saigné.—Discussion des médecins sur l'efficacité de la saignée.—Intrigue -du comte de Saint-Paul et de la duchesse de la Ferté.—Pari -et course au bois de Boulogne du grand écuyer et du maréchal -de Bellefonds.—Le comte de Grignan musicien.—Madame -de Sévigné lui promet des motets.—Nicole publie un traité;—La -Fontaine, un recueil de ses Contes.—Bourdaloue prêche aux Tuileries.—Madame -de Sévigné fait l'éloge de tous ces talents.</p> - -<p class="space">La sensibilité, ce mobile de nos peines et de nos jouissances, -grave dans notre mémoire nos moments de joie et -<span class="pagenum"><a id="Page_286"> 286</a></span> -nos jours de tristesse. C'est cette faculté de l'âme qui -nous fait vivre dans le passé autant que dans le présent; -plus elle prédomine, plus elle nous retrace vivement ces -heures si promptement écoulées, où les objets de nos -intimes affections se trouvaient réunis autour de nous; -où, au milieu d'une société d'amis, nous étions avec eux -en communauté de plaisirs, de sentiments et d'idées. Il -est dans notre nature, dans cet instinct de bonheur dont -la Providence nous a pourvus de chercher à nous rappeler -de préférence les époques de nos plus grandes félicités. -C'est par cette raison que les souvenirs de l'automne -de l'année 1669 viennent si souvent se placer sous la plume -de madame de Sévigné. Bosquets de Livry, qui aviez été -si longtemps témoins des jeux enfantins, des ris folâtres -et de la pétulante gaieté de Marie de Rabutin, vous la -vîtes alors, parée d'un autre nom, belle de sa maternité, -se promener avec plus de calme sous vos ombrages; heureuse -par les soins pieux qu'elle prodiguait à son tuteur, -par la tendresse d'un fils, par le bonheur d'une fille, objets -de ses prédilections; par les attentions d'un gendre -qui satisfaisait son orgueil et donnait plus de force à ses -espérances! Ce gendre, le chevalier de Grignan, son frère, -madame de Charmes, femme d'un président du parlement -d'Aix, qui avait été ami intime de Fouquet<a id="FNanchor_552" href="#Footnote_552" class="fnanchor"> [552]</a>, vinrent -alors passer quelque temps avec madame de Sévigné, -et contribuèrent, avec la société aimable et brillante -qui lui venait de Paris et des environs, à varier son existence -et à faire de Livry un séjour de fêtes et de jouissances -continuelles.</p> - -<p><span class="pagenum"><a id="Page_287"> 287</a></span> -Il faut d'autant moins s'étonner que madame de Sévigné -se rappelle, après l'intervalle de plusieurs années, les -jours passés à Livry au milieu de toute sa famille qu'elle -était alors dans la force de l'âge et de la santé, dans -la plus riante campagne, dans la plus agréable saison de -l'année, et que ce temps d'un bonheur si complet fut aussitôt -suivi de celui qui la sépara d'avec sa fille; séparation -cruelle et cause incessante des douleurs de toute sa vie!</p> - -<p>Il était encore un autre motif qui ne permettait pas à -madame de Sévigné d'oublier cette époque de son séjour -à Livry, qu'elle prolongea jusqu'à la chute des feuilles, -c'est qu'au souvenir des doux moments qu'elle y avait passés -se mêlait celui d'un événement triste en lui-même, et -qui la menaça du plus grand malheur qui pût lui arriver.</p> - -<p>Le 4 novembre 1669<a id="FNanchor_553" href="#Footnote_553" class="fnanchor"> [553]</a>, le chevalier de Grignan, montant -un cheval fougueux, fut violemment jeté à terre en présence -de sa belle-sœur, alors enceinte. Madame de Grignan s'évanouit, -et fit une fausse couche. Il est facile de comprendre -quelles furent alors les inquiétudes de madame de Sévigné. -Elle en parle dans un grand nombre de lettres; -mais ses tourments, et les souffrances de madame de Grignan, -et les regrets de son gendre ne furent pas les seuls -résultats fâcheux de cet accident; il y en eut un plus durable -dans ses effets, que ces mêmes lettres et les lettres -de Bussy nous font connaître<a id="FNanchor_554" href="#Footnote_554" class="fnanchor"> [554]</a>.</p> - -<p><span class="pagenum"><a id="Page_288"> 288</a></span> -Le chevalier de Grignan avait une belle figure; il était -plus jeune, plus sémillant, plus aimable que le comte de -Grignan, son frère, laid de visage, ainsi que nous l'avons -dit. La familiarité qui s'était établie entre le beau-frère et la -belle-sœur n'avait rien qui ne fut irréprochable: toujours -en présence d'une mère et d'un époux, ils pouvaient tous -deux se livrer aux accès de leur gaieté avec la liberté -que permet le séjour à la campagne et dont leur jeune âge -leur faisait un besoin. Mais la vive émotion qu'éprouva -madame de Grignan lors de l'accident arrivé au chevalier -et surtout la fausse couche qui en fut la suite donnèrent -lieu à la malignité de s'exercer sur le compte de tous deux. -J'ai rapporté ailleurs la parodie de la fable de la Fontaine, -que l'on fit peu après sur ce sujet<a id="FNanchor_555" href="#Footnote_555" class="fnanchor"> [555]</a>. Les recueils de vers -manuscrits de ce temps renferment plusieurs autres pièces -qui prouvent que madame de Grignan fut en butte à ces -satires grossières des chansonniers et des vaudevillistes, -auxquelles la célébrité, la puissance, les richesses et la -beauté ne pouvaient alors échapper. Leurs auteurs s'étaient -accordés à donner au comte de Grignan le surnom -de <i>Matou</i>, à cause de sa mine ébouriffée; et, aussitôt -après son mariage avec mademoiselle de Sévigné, on fit -sur lui et sur sa femme le couplet suivant:</p> - -<div class="poetry"><div class="stanza"> -<p>Belle Grignan, vous avez de l'esprit</p> -<p>D'avoir choisi votre beau-frère;</p> -<p>Il vous fera l'amour sans bruit,</p> -<p>Et saura cacher le mystère.</p> -<div><span class="pagenum"><a id="Page_289"> 289</a></span></div> -<p>—Matou! n'en soyez pas jaloux;</p> -<p>Il est Grignan tout comme vous<a id="FNanchor_556" href="#Footnote_556" class="fnanchor"> [556]</a>.</p> -</div></div> - -<p>La comtesse de Marans, en accréditant par ses discours -les bruits qui couraient sur madame de Grignan et sur son -beau-frère, s'attira l'inimitié de madame de Sévigné ainsi -que de rudes reproches de la part du duc de la Rochefoucauld -et des nombreux amis de notre aimable veuve<a id="FNanchor_557" href="#Footnote_557" class="fnanchor"> [557]</a>.</p> - -<p>Il y a lieu de croire que les insinuations de madame de -Marans parvinrent aux oreilles de Bussy; et c'est à elles -qu'il fait allusion dans ses lettres du 25 juin et du 10 juillet -1670<a id="FNanchor_558" href="#Footnote_558" class="fnanchor"> [558]</a>; à moins qu'on ne pense que le bruit qui courait -de l'inclination du roi pour mademoiselle de Sévigné ne -se soit accrédité, et même n'ait pris plus de consistance -depuis qu'elle était mariée. Alors ce serait là l'objet véritable -des discours indiscrets et malveillants de madame de -Marans et de quelques personnages de la cour sur la mère -et sur la fille. Ce qui est certain, c'est que madame de Grignan -craignit de fixer sur elle l'attention du monarque. -Lorsqu'elle parut à la cour avec son mari, dont la laideur -faisait un si grand contraste avec sa beauté, non-seulement -elle s'abstint de toute recherche de toilette, mais -<span class="pagenum"><a id="Page_290"> 290</a></span> -elle osa choquer la despotique volonté de la mode en -dérobant aux regards, par un vêtement peu gracieux, de -séducteurs attraits, que les jeunes femmes de son âge -étaient tenues de montrer. C'est à quoi madame de Sévigné -fait allusion dans une de ses lettres, où elle témoigne -à sa fille la satisfaction qu'elle éprouve des soins qu'elle se -donne pour être plus élégamment vêtue: «Vous souvient-il, -lui dit-elle, combien nous avons été fatiguées avec ce -méchant manteau noir? Cette négligence était d'une honnête -femme, M. de Grignan vous en peut remercier; mais -elle était bien ennuyeuse pour les spectateurs<a id="FNanchor_559" href="#Footnote_559" class="fnanchor"> [559]</a>.»</p> - -<p>Quoi qu'il en soit, les torts de madame de Marans ont -dû être graves. Madame de Sévigné ne la désigne le plus -souvent que par le surnom de la sorcière <i>Mellusine</i>; et -elle manifeste à son égard un ressentiment et une aigreur -qui n'étaient pas dans son caractère, naturellement doux -et indulgent. Cette comtesse de Marans avait ses raisons -pour discréditer les femmes dont la conduite était régulière. -Elle était fort galante et publiquement connue pour -être la maîtresse de monsieur le Duc, fils du grand Condé; -elle en eut une fille qui porta le nom de Guenani, anagramme -<span class="pagenum"><a id="Page_291"> 291</a></span> -de celui d'Anguien. Cette fille fut légitimée, et -épousa depuis le marquis de Lassay, dont on a des Mémoires<a id="FNanchor_560" href="#Footnote_560" class="fnanchor"> [560]</a>.</p> - -<p>Pendant le séjour que madame de Sévigné fit à Livry -durant cet automne, elle revit Saint-Pavin. Il était affaissé -par l'âge et les souffrances de la goutte<a id="FNanchor_561" href="#Footnote_561" class="fnanchor"> [561]</a>, et cependant -il faisait encore des vers tendres et galants. Le retour -de madame de Sévigné à Paris, à la fin de la saison, -lui épargna la douleur de voir mourir ce bon et aimable -épicurien, dont la société avait égayé sa jeunesse<a id="FNanchor_562" href="#Footnote_562" class="fnanchor"> [562]</a> et -dont les poésies avaient contribué à lui donner le goût du -style naturel et gracieux<a id="FNanchor_563" href="#Footnote_563" class="fnanchor"> [563]</a>. Saint-Pavin eut une attaque -d'apoplexie le 1<sup>er</sup> mars de l'année 1670<a id="FNanchor_564" href="#Footnote_564" class="fnanchor"> [564]</a>; il mourut le -8 avril suivant. Sa destinée fut singulière. Boileau, qui fit -un poëme contre les gens d'Église, le taxa d'incrédulité, et -dirigea contre lui ses traits satiriques. Fieubet<a id="FNanchor_565" href="#Footnote_565" class="fnanchor"> [565]</a>, si connu -par sa pieuse austérité, fit pour lui cette épitaphe:</p> - -<p><span class="pagenum"><a id="Page_292"> 292</a></span></p> -<div class="poetry"><div class="stanza"> -<p>Sous ce tombeau gît Saint-Pavin:</p> -<p>Donne des larmes à sa fin.</p> -<p>Tu fus de ses amis peut-être?</p> -<p>Pleure ton sort avec le sien.</p> -<p>Tu n'en fus pas? pleure le tien,</p> -<p><i>Passant</i>, d'avoir manqué d'en être.</p> -</div></div> - -<p>A peine madame de Sévigné eut-elle quitté le séjour de -Livry qu'elle apprit qu'un grand et douloureux changement -se préparait dans son existence. Le comte de Grignan, -son gendre, fut nommé, par lettres patentes du -29 novembre 1669, lieutenant général en Provence<a id="FNanchor_566" href="#Footnote_566" class="fnanchor"> [566]</a>. -Louis-Joseph, duc de Vendôme et de Penthièvre, qui -avait été adjoint à son père le 24 avril 1658 et lui avait -succédé comme gouverneur de la province, n'y résidait -jamais<a id="FNanchor_567" href="#Footnote_567" class="fnanchor"> [567]</a>. M. de Grignan y était donc envoyé pour y commander -en chef. Cette haute faveur aurait dû être pour -madame de Sévigné un sujet de satisfaction, puisqu'elle -assurait à sa fille un rang et une position dignes d'être -enviés; mais elle lui imposait un sacrifice trop grand et -trop pénible pour n'être pas plus affligée que réjouie de -cette nomination. Sa fille, qui ne l'avait jamais quittée, -devait bientôt se séparer d'elle et s'éloigner pour aller résider -à l'extrémité de la France. Elle ne pouvait prévoir -la durée de cette absence, et il lui était même interdit de -souhaiter de la voir cesser, puisque cela ne pouvait avoir -lieu que par la disgrâce de M. de Grignan et la privation -de sa charge. Mais il semble que la Providence voulait -ménager la sensibilité de cette tendre mère et l'accoutumer -par degrés au coup qu'elle lui portait. Sa fille se -<span class="pagenum"><a id="Page_293"> 293</a></span> -trouvait enceinte, et il ne parut pas prudent à son mari -de lui faire entreprendre dans cet état un long voyage, -à la suite de la fausse couche qu'elle avait faite. Il la -confia donc aux soins de sa mère, et il partit seul pour la -Provence vers la fin d'avril 1670<a id="FNanchor_568" href="#Footnote_568" class="fnanchor"> [568]</a>.</p> - -<p>Alors s'engagea entre madame de Sévigné et le comte -de Grignan une correspondance dont il ne nous reste -qu'une portion; mais, dans les fragments interrompus -de ce commerce épistolaire, que d'esprit, que de raison, -que de prévoyance et de tendresse maternelles! Comme -madame de Sévigné s'insinue avec adresse dans la confiance -de son gendre! Sa plus grande crainte est de paraître -conserver un reste d'autorité et d'influence sur cette fille -chérie, et qu'on puisse croire que ce n'est pas entièrement -qu'elle l'a concédée à M. de Grignan. Aussi voyez comme -elle doute naturellement de ce qu'elle sait le mieux<a id="FNanchor_569" href="#Footnote_569" class="fnanchor"> [569]</a>! -comme elle s'efface et disparaît derrière sa fille! comme -elle revient toujours et comme sans dessein aux éloges -que l'on en fait! avec quelle apparence de vérité elle se -dépite de ce que madame de Grignan néglige les devoirs -du monde pour écrire à son mari; de ce qu'elle ne pense -qu'à lui et se montre jalouse des lettres que sa mère en -reçoit! «Mais elle a beau faire, dit madame de Sévigné, -je la défie d'empêcher notre amitié<a id="FNanchor_570" href="#Footnote_570" class="fnanchor"> [570]</a>.» Que de variété, de -gaieté dans cet entretien épistolaire!</p> - -<p>Remarquons que madame de Sévigné a bien soin de -faire écrire dans ses lettres son cousin de Coulanges, -moins suspect qu'elle de partialité, afin qu'il fasse l'éloge -<span class="pagenum"><a id="Page_294"> 294</a></span> -de madame de Grignan. Elle ne manque pas non plus d'informer -le comte de Grignan de tout ce qui pouvait l'intéresser; -et comme elle connaît sa paresse pour écrire, elle -ne cesse de lui répéter qu'elle ne veut pas de réponse -de lui. «Je vous défends de m'écrire, dit-elle; mais je -vous conjure de m'aimer<a id="FNanchor_571" href="#Footnote_571" class="fnanchor"> [571]</a>.» Tout ce qui reste de loisirs à -M. de Grignan, après la grande affaire dont il est chargé, -il faut qu'il l'emploie à répondre à sa femme. Dans les -affaires sérieuses, que de sagesse, que de prudence! Ces -lettres nous dévoilent quel admirable plan de conduite -madame de Sévigné trace à son gendre. Comme elle a -soin de lui rappeler les devoirs dont il doit s'acquitter -envers les personnes qu'il a laissées à Paris, que ses nouvelles -dignités et ses nouvelles fonctions pourraient lui -faire oublier! Combien elle craint qu'il ne se fasse des -ennemis, et comme elle cherche toutes les occasions de -lui procurer de nouveaux protecteurs et de nouveaux -amis!</p> - -<p>Mais, toutefois, ce surcroît d'occupations ne lui fait pas -oublier ses anciens amis à elle. Pour servir ceux que les -rigueurs du roi avaient atteints, elle ne néglige pas de se -servir du crédit de son gendre.</p> - -<p>Fouquet était, par les ordres de Louvois, détenu à Pignerol -dans la plus dure captivité. Personne ne pouvait -communiquer avec lui; on lui avait interdit tous les -moyens de donner de ses nouvelles: il fut réduit, pour -écrire, à se servir, au lieu de plume, d'os de chapon; au -lieu d'encre, de suie mêlée avec du vin; et cette ressource -lui fut encore enlevée. Mais auparavant une lettre de lui, -péniblement tracée par ce moyen, avait été transmise à sa -<span class="pagenum"><a id="Page_295"> 295</a></span> -femme<a id="FNanchor_572" href="#Footnote_572" class="fnanchor"> [572]</a> par un gentilhomme nommé Valcroissant, autrefois -attaché au service du surintendant et qui avait -conservé pour lui un vif sentiment de reconnaissance. -Pour ce seul fait, Valcroissant fut condamné à cinq ans -de galères. Ce jugement eût été exécuté dans toute sa -rigueur si madame de Sévigné n'avait pas écrit à son -gendre en faveur de ce gentilhomme, «un des plus honnêtes -garçons qu'on puisse voir, dit-elle, et propre aux -galères comme de prendre la lune avec les dents.» Madame -de Scudéry avait aussi adressé une lettre dans le -même but à M. de Vivonne, général des galères<a id="FNanchor_573" href="#Footnote_573" class="fnanchor"> [573]</a>. Par -l'intervention et les démarches de ces deux généreuses -femmes, l'arrêt fut commué; et Valcroissant, trois mois -après sa condamnation, put se promener en liberté dans -la ville de Marseille<a id="FNanchor_574" href="#Footnote_574" class="fnanchor"> [574]</a>.</p> - -<p>Pendant sa détention, son frère, sur la demande de -madame de Sévigné, avait obtenu un canonicat de M. de -Grignan. Dix-huit ans après, ce même Valcroissant, estimé -de tous comme un des meilleurs officiers de l'armée, -remplissait les fonctions d'inspecteur dont Louvois l'avait -chargé; il eut alors occasion d'être utile au jeune marquis -de Grignan, petit-fils de madame de Sévigné. Dans son rapport, -Valcroissant rendit au ministre un compte favorable -<span class="pagenum"><a id="Page_296"> 296</a></span> -de la conduite et des heureuses dispositions de ce jeune -homme, et prépara ainsi son avancement. Ce fut là un -vrai bonheur pour Valcroissant; car si l'on est satisfait -de pouvoir conférer un bienfait, on éprouve des émotions -plus douces encore en acquittant ainsi la dette de la reconnaissance<a id="FNanchor_575" href="#Footnote_575" class="fnanchor"> [575]</a>.</p> - -<p>Pour ce qui concerne les commencements du séjour de -M. de Grignan en Provence, nous devons regretter de -n'avoir pas la correspondance qui alors s'engagea entre -M. Dugué-Bagnols, intendant de Lyon, madame Dugué-Bagnols, -sa femme, madame de Coulanges, leur fille -aînée, d'une part; et madame de Sévigné et son cousin -de Coulanges, de l'autre. Coulanges, séparé de sa femme, -se trouvait alors à Paris avec madame de Sévigné. M. de -Grignan se louait beaucoup de ses rapports avec l'intendant -de Lyon et des politesses de sa femme. Toute la -famille Dugué-Bagnols et surtout madame de Coulanges, -si intimement liée avec madame de Sévigné, s'empressaient -d'écrire, soit à elle, soit à son cousin, tous les détails -qu'ils pouvaient recueillir sur le nouveau lieutenant -général de Provence et sur les actes de son administration; -et même mademoiselle Dugué-Bagnols<a id="FNanchor_576" href="#Footnote_576" class="fnanchor"> [576]</a> (trop éprise -après son mariage du jeune baron de Sévigné), en écrivant -à son beau-frère de Coulanges, s'entretenait aussi -de ce qui concernait le comte de Grignan. De son côté, -madame de Sévigné écrit à M. de Grignan qu'elle ne lui -<span class="pagenum"><a id="Page_297"> 297</a></span> -donne aucune nouvelle, parce que ce serait aller sur les -droits de sa fille<a id="FNanchor_577" href="#Footnote_577" class="fnanchor"> [577]</a>. Par là elle entend les nouvelles publiques; -car il paraît bien, d'après ses lettres, qu'elle se réservait -toutes les nouvelles particulières qui pouvaient -intéresser son gendre. C'est elle qui lui transmet les compliments -de M. de la Rochefoucauld, du fils de celui-ci, -le prince de Marsillac, de madame de la Fayette, et ceux -aussi du comte de Brancas, qui est fort content de lui et -qui espère qu'il saura mettre à profit le service qu'il lui a -rendu en lui donnant une si jolie femme. Elle n'oublie -ni la marquise de la Trousse, sa tante<a id="FNanchor_578" href="#Footnote_578" class="fnanchor"> [578]</a>, ni le <i>bon abbé</i><a id="FNanchor_579" href="#Footnote_579" class="fnanchor"> [579]</a>, -qui aime madame de Grignan de tout cœur. «Et ce n'est -pas peu, ajoute madame de Sévigné; car si elle n'était -pas bien raisonnable, il la haïrait de tout son cœur.»</p> - -<p>C'est madame de Sévigné qui donne au comte de -Grignan tous les détails sur la maladie qui conduisit au -tombeau l'aimable duchesse de Saint-Simon, leur amie -commune. Elle fut atteinte de la petite vérole, et succomba -le 2 décembre 1670. C'était la première femme -de Claude de Saint-Simon, père de l'auteur des Mémoires, -et la fille cadette de M. de Portes, du nom de Budos. Son -beau-fils, le duc de Saint-Simon, nous apprend qu'elle -était belle, d'une amabilité et d'une douceur qui la faisaient -aimer de tout le monde<a id="FNanchor_580" href="#Footnote_580" class="fnanchor"> [580]</a>. Dans sa jeunesse, elle -était, comme madame de Sévigné, une des célébrités de -l'hôtel de Rambouillet; et le grand <i>Dictionnaire des</i> -<span class="pagenum"><a id="Page_298"> 298</a></span> -<i>Précieuses</i> a tracé d'elle, sous le nom de <i>Sinésis</i>, un -portrait qui ressemble à celui qu'a donné Saint-Simon<a id="FNanchor_581" href="#Footnote_581" class="fnanchor"> [581]</a>; -seulement l'auteur du <i>Dictionnaire</i> ajoute qu'elle était -plus sérieuse qu'enjouée. Enlevée à la fleur de l'âge, elle -fut vivement regrettée: madame de Sévigné, qui se montre -très-affligée de sa perte<a id="FNanchor_582" href="#Footnote_582" class="fnanchor"> [582]</a>, recommande à ce sujet à son -gendre d'écrire une lettre de condoléance à la duchesse -de Brissac, femme d'un caractère tout différent de celui -de sa mère et mieux connue par les Lettres de madame -de Sévigné que par les Mémoires de son frère<a id="FNanchor_583" href="#Footnote_583" class="fnanchor"> [583]</a>.</p> - -<p>L'hiver de cette année 1670 fut remarquable par la -rigueur du froid<a id="FNanchor_584" href="#Footnote_584" class="fnanchor"> [584]</a> et par la grande mortalité qu'éprouva -la population. Ce même fléau de la petite vérole, qui avait -été funeste à la duchesse de Saint-Simon, menaçait de -cécité le jeune duc de Noirmoutier; et une imprudence -le rendit complétement aveugle<a id="FNanchor_585" href="#Footnote_585" class="fnanchor"> [585]</a>. Madame de Sévigné le -nomme familièrement le petit de Noirmoutier, parce qu'il -n'avait pas encore vingt ans<a id="FNanchor_586" href="#Footnote_586" class="fnanchor"> [586]</a>; c'était le fils de Louis de -<span class="pagenum"><a id="Page_299"> 299</a></span> -la Trémouille, duc de Noirmoutier, si actif pendant la -Fronde<a id="FNanchor_587" href="#Footnote_587" class="fnanchor"> [587]</a>, si assidu auprès de madame de Sévigné pendant -sa belle jeunesse. Elle sut conserver comme ami -celui qui avait voulu être son amant. Elle l'avait perdu -depuis quatre ans, et son fils<a id="FNanchor_588" href="#Footnote_588" class="fnanchor"> [588]</a> avait succédé à l'affection -qu'elle portait au père: voilà pourquoi elle informe si -exactement M. de Grignan des progrès du mal qui affligeait -ce jeune homme. Elle lui parle aussi de M. de Foix -(Charles-Henri de Foix, abbé de Saint-Rebais), que la -petite vérole a de même mis à l'extrémité, et d'un jeune -fils du landgrave de Hesse (Guillaume VII), qui mourut -de la fièvre continue, parce que, suivant madame de Sévigné, -sa mère lui avait recommandé, en partant, de ne -point se faire saigner à Paris. «Il ne s'est point fait saigner, -il est mort.» Alors s'agitait avec chaleur, entre les -médecins, la grande question, qui dure encore, sur l'efficacité -ou le danger de la saignée pour la cure de certaines -maladies<a id="FNanchor_589" href="#Footnote_589" class="fnanchor"> [589]</a>.</p> - -<p>Madame de Sévigné se garde bien de s'appesantir sur -ces tristes détails; les mêmes lettres qui les contiennent -renferment aussi les nouvelles qui pouvaient distraire -M. de Grignan de ce qu'ils avaient d'affligeant. Tantôt -c'est le mariage de M. de Nevers avec mademoiselle de -Thianges; puis l'intrigue du comte de Saint-Paul avec la -<span class="pagenum"><a id="Page_300"> 300</a></span> -maréchale de la Ferté<a id="FNanchor_590" href="#Footnote_590" class="fnanchor"> [590]</a>; ensuite le pari de trois mille pistoles -entre M. le Grand (Louis de Lorraine, comte d'Armagnac, -grand écuyer) et le maréchal de Bellefonds, pour -une course qu'ils devaient faire au bois de Boulogne le -lundi suivant (1<sup>er</sup> décembre), sur des chevaux «vites -comme des éclairs<a id="FNanchor_591" href="#Footnote_591" class="fnanchor"> [591]</a>.» Quelquefois elle l'entretient des -<i>motets</i> qu'elle avait promis<a id="FNanchor_592" href="#Footnote_592" class="fnanchor"> [592]</a>, ce qui nous fait supposer -que le comte de Grignan était musicien; supposition dont -la vérité se trouve confirmée par la recommandation -qu'elle lui fait de ne pas négliger sa voix. Les lectures enjouées, -comme les lectures sérieuses, plaisaient au comte -de Grignan; et son goût en cela était conforme à celui de -madame de Sévigné, qui, dans la correspondance de cette -année, fait plusieurs heureuses allusions aux <i>Contes</i> de -la Fontaine, dont un nouveau recueil complet venait de -paraître avec privilége du roi<a id="FNanchor_593" href="#Footnote_593" class="fnanchor"> [593]</a>. En même temps elle annonce -à son gendre qu'elle lui enverra un traité de Nicole. -«C'est d'une extrême beauté, dit-elle; le livre est -de l'ami intime de Pascal: il ne vient rien de là que de -très-parfait; lisez-le avec attention. Voilà aussi de très-beaux -airs, en attendant les motets<a id="FNanchor_594" href="#Footnote_594" class="fnanchor"> [594]</a>.»—Et peu après -<span class="pagenum"><a id="Page_301"> 301</a></span> -elle lui exprime le plaisir que lui ont fait les sermons du -P. Bourdaloue, prêchés devant la cour aux Tuileries; -ils lui paraissent infiniment au-dessus de tout ce qu'elle -a entendu en ce genre<a id="FNanchor_595" href="#Footnote_595" class="fnanchor"> [595]</a>. Qu'on fût janséniste ou jésuite, -dévot ou indévot, on était certain de plaire à madame de -Sévigné avec de l'esprit et du talent.</p> - -<div class="chapter"> -<p><span class="pagenum"><a id="Page_302"> 302</a></span></p> -<h2 class="normal">CHAPITRE XVI<br /> -<span class="medium">1670-1671.</span></h2> -</div> - -<p class="hanging indent">Continuation de la correspondance de madame de Sévigné avec le -comte de Grignan.—Quand elle lui parle d'affaires sérieuses, elle -les traite à fond et lui donne d'excellents conseils.—Digression sur -les affaires de Provence lorsque M. de Grignan fut nommé lieutenant -général.—Droits des états remplacés par une commission du -parlement.—Le roi enlève au parlement le droit de gouverner en -l'absence du gouverneur et de son lieutenant.—Le baron d'Oppède, -président du parlement, est nommé d'office pour remplir les fonctions -de gouverneur.—Influence de l'évêque de Marseille.—Position -difficile où se trouve placé le comte de Grignan.—Conseils qui -lui sont donnés par madame de Sévigné.—M. de Grignan demande -à l'assemblée des communautés de Provence des fonds pour payer -ses gardes.—Cette demande est rejetée.—Par le moyen de madame -de Sévigné, qui agit auprès du baron d'Oppède et de l'archevêque -d'Aix, M. de Grignan obtient de l'assemblée une gratification -annuelle.—Madame de Grignan accouche d'une fille.—Détails -sur la destinée de cet enfant.—Madame de Sévigné s'efforce -de retarder le départ de madame de Grignan pour la Provence.—Elle -cite à M. de Grignan madame de Rochefort, qui ne peut -venir à Paris à cause du mauvais temps.—Détails sur madame de -Rochefort.—Mariage de mademoiselle d'Heudicourt, cousine des -Grignan.—Le coadjuteur de l'archevêque d'Arles devait assister -à ses noces; il y renonce, et madame de Grignan part avec lui -pour la Provence.—Date de ce départ.</p> - -<p class="space">Dans ses lettres à M. de Grignan et dans tout le cours -de sa correspondance madame de Sévigné ne passe pas -toujours, ainsi que nous venons de le voir, d'un sujet à -un autre légèrement et rapidement. Quand il est question -<span class="pagenum"><a id="Page_303"> 303</a></span> -d'affaires sérieuses, et surtout d'affaires qui intéressent -l'honneur, la gloire ou la fortune de son gendre et de sa -fille, elle s'y arrête, et les envisage sous toutes les faces. -Ce n'est plus alors la femme aimable, instruite, spirituelle -et sensée, qui cause sur les événements du jour, sur la -religion, la littérature, les spectacles, les modes; qui moralise -sur les joies et les tristesses du monde. C'est l'homme -des grandes choses, qui voit tout, qui apprécie tout à sa -juste valeur, les obstacles et les moyens, les intérêts et -les intrigues, les passions et les caractères.</p> - -<p>A l'époque dont nous traitons, la position de M. le comte -de Grignan inquiétait madame de Sévigné; et, pour bien -comprendre ce que cette position avait de difficile, il est -nécessaire de faire connaître ce qu'était alors le gouvernement -de la Provence.</p> - -<p>Cette province était ce que l'on appelait un pays d'états, -réuni et soumis à la couronne, mais sous certaines -conditions, ayant ses représentants, son parlement et ses -franchises. Comme dans les autres pays de même origine, -ces garanties de la liberté, par l'effet des empiétements -du pouvoir royal, se réduisaient à de pures formes. Cependant -il restait encore à la Provence un privilége reconnu -et respecté par le pouvoir: c'est que, quand le gouverneur -et le lieutenant général étaient tous les deux -absents, le parlement prenait de droit le gouvernement -de la province; et, pour l'exercice de ce droit, il nommait -dans son sein une commission à laquelle ses pouvoirs -étaient délégués. Ce cas se présenta lorsque le duc de Vendôme, -gouverneur de Provence, fut nommé cardinal en -1667. Le gouverneur et son lieutenant se trouvèrent tous -les deux absents. Louis XIV se ressouvenait de la Fronde, -et refusait au parlement de Paris toute action sur la police -<span class="pagenum"><a id="Page_304"> 304</a></span> -du royaume; il était peu disposé à permettre que cette -action fût exercée par un parlement de province dans -l'étendue de son ressort. Cependant, pour ne pas attenter -trop ouvertement à des droits consacrés par le temps et -par un long usage, il nomma, pour commander en l'absence -du duc de Vendôme, gouverneur, et de Mérinville, -lieutenant général, le premier président du parlement, -Henri Forbin de Meynier, baron d'Oppède. On n'osa -point faire de réclamation; mais cette mesure indisposa -le parlement et ceux de la noblesse et du clergé qui -avaient droit de siéger dans l'assemblée des états et qui -étaient regardés comme les gardiens naturels des libertés -de la province<a id="FNanchor_596" href="#Footnote_596" class="fnanchor"> [596]</a>. Comme on soupçonnait le baron -d'Oppède d'avoir sollicité son brevet de gouverneur par -<i>intérim</i>, qu'on l'accusait de partialité dans son administration -et de profiter de son autorité pour son intérêt particulier, -il éprouva de fortes oppositions. Les ministres -de Louis XIV comprirent qu'il était nécessaire de faire -surveiller les mécontents par quelqu'un qui eût plus d'influence -que le baron d'Oppède. L'évêque de Marseille, -Forbin-Janson, s'offrit à eux, et il leur fournit ainsi -l'occasion de connaître sa capacité<a id="FNanchor_597" href="#Footnote_597" class="fnanchor"> [597]</a>. Ils s'habituèrent peu -à peu à traiter avec lui toutes les affaires de la Provence -qui avaient quelque importance. Forbin, son parent, ami -de Bontems, les servait à la cour auprès du roi, et ajoutait -à son crédit tout le poids d'une si haute volonté.</p> - -<p>C'est dans ces circonstances que le comte de Grignan -fut nommé lieutenant général, pour remplir la place du -gouverneur absent. Sa présence dans la province et son -<span class="pagenum"><a id="Page_305"> 305</a></span> -investiture dans la charge dont il était revêtu faisaient -cesser de droit l'autorité que le baron d'Oppède avait exercée -à un titre assez peu légal, et tendait à anéantir l'influence -que l'évêque de Marseille, sans aucun titre, avait usurpée -dans les affaires. Ces deux hommes, puissants par l'indépendance -de leurs fonctions et par les dignités dont ils étaient -revêtus, par les créatures et les partisans qu'ils s'étaient -faits dans le pays, formaient obstacle à l'autorité pleine -et entière du lieutenant général gouverneur. L'intervention -de l'évêque pour les affaires qui n'étaient pas du ressort -ecclésiastique était surtout humiliante pour le comte de -Grignan, puisque, par les pouvoirs dont le lieutenant général -était revêtu, elle devait être inutile. Mais son inexpérience -la rendait nécessaire, et, malgré tous ses efforts -pour la faire cesser, elle continuait toujours. C'est ce qui -produisit l'aversion que le comte de Grignan avait pour le -prélat. Le caractère aigre et altier de celui-ci<a id="FNanchor_598" href="#Footnote_598" class="fnanchor"> [598]</a> n'était pas -propre à la diminuer. Entre ces deux hommes les luttes devinrent -plus fréquentes et l'inimitié s'accrut de jour en jour.</p> - -<p>Madame de Sévigné, mieux instruite que le comte de -Grignan des intrigues qui lui étaient contraires, jugea, -avec son ordinaire sagacité, ce que la position de son gendre -exigeait de prudence et de ménagement. Elle voulait -qu'il dissimulât et qu'il n'en vînt pas à une rupture déclarée -avec l'évêque et avec le baron d'Oppède. Tous deux -étaient alors absents de leur province; présents et assidus -à la cour, madame de Sévigné les voyait, et elle agissait -auprès d'eux d'une manière conforme aux intérêts du -<span class="pagenum"><a id="Page_306"> 306</a></span> -lieutenant général gouverneur. Les conseils qu'elle donnait -à M. de Grignan étaient accompagnés de réflexions qui -font autant d'honneur à la noblesse de son âme, à la droiture -de son cœur qu'à la sagesse et à la solidité de son esprit.</p> - -<p>«Je veux vous parler, dit-elle, de M. de Marseille, -et vous conjurer, par toute la confiance que vous pouvez -avoir en moi, de suivre mes conseils sur votre conduite -avec lui. Je connais les manières des provinces, et je sais -le plaisir qu'on y prend à nourrir les divisions; en sorte -qu'à moins que d'être en garde contre les discours de -ces messieurs on prend insensiblement leurs sentiments, -et très-souvent c'est une injustice. Je vous assure que le -temps et d'autres raisons ont changé l'esprit de M. de -Marseille: depuis quelques jours il est fort adouci, et, -pourvu que vous ne vouliez pas le traiter en ennemi, vous -trouverez qu'il ne l'est pas. Prenons-le sur ses paroles -jusqu'à ce qu'il ait fait quelque chose de contraire. Rien -n'est plus capable d'ôter tous les bons sentiments que de -marquer de la défiance; il suffit souvent d'être soupçonné -comme ennemi pour le devenir: la dépense en est toute -faite, on n'a plus rien à ménager. Au contraire, la confiance -engage à bien faire; on est touché de la bonne opinion -des autres, et on ne se résout pas facilement à la perdre. -Au nom de Dieu, desserrez votre cœur, et vous serez -peut-être surpris par un procédé que vous n'attendez -pas. Je ne puis croire qu'il y ait du venin caché dans son -cœur, avec toutes les démonstrations qu'il nous fait et -dont il serait honnête d'être la dupe plutôt que d'être capable -de le soupçonner injustement.</p> - -<p>«Suivez mes avis; ils ne sont pas de moi seule: plusieurs -bonnes têtes vous demandent cette conduite, et vous assurent -que vous n'y serez pas trompé. Votre famille en -<span class="pagenum"><a id="Page_307"> 307</a></span> -est persuadée; nous voyons les choses de plus près que -vous; tant de personnes qui vous aiment et qui ont un -peu de bon sens ne peuvent guère s'y méprendre.</p> - -<p>«Je vous mandai l'autre jour que M. le premier président -de Provence [de Forbin, baron d'Oppède] était venu -de Saint-Germain exprès, aussitôt que ma fille fut accouchée, -pour lui faire son compliment; on ne peut témoigner -plus d'honnêteté ni prendre plus d'intérêt à ce qui vous -touche. Nous l'avons revu aujourd'hui; il nous a parlé -le plus franchement et le mieux du monde sur l'affaire -que vous ferez proposer à l'assemblée des communautés -de Provence. Il nous a dit qu'on avait envoyé des ordres -pour la convoquer, et qu'il vous écrivait pour vous faire -part de ses conseils, que nous avons trouvés très-bons. -Comme on ne connaît d'abord les hommes que par les paroles, -il faut les croire jusqu'à ce que les actions les détruisent; -on trouve quelquefois que les gens qu'on croit -ennemis ne le sont point; on est alors fort honteux de -s'être trompé; il suffit que l'on soit toujours reçu à se -haïr quand on y est autorisé<a id="FNanchor_599" href="#Footnote_599" class="fnanchor"> [599]</a>.»</p> - -<p>Pour l'intelligence de ce dernier paragraphe, il est nécessaire -d'expliquer quelle était l'affaire dont parle ici -madame de Sévigné et que M. de Grignan devait proposer -aux états. Cette explication achèvera de mettre en -évidence les inconvénients et les difficultés de la charge, -plus brillante que profitable, dont le comte de Grignan -avait été pourvu.</p> - -<p>Le comte de Grignan avait dans ses manières et sa façon -de vivre tout le désintéressement, toute la libéralité -<span class="pagenum"><a id="Page_308"> 308</a></span> -d'un grand seigneur. Dans sa nouvelle position il se trouvait -obligé à donner fréquemment des repas et des fêtes, -et un plus grand train de maison lui était nécessaire. -Astreint à des dépenses auxquelles sa fortune, quoique -considérable, ne pouvait suffire, il aurait dû trouver -dans les appointements de sa charge une compensation au -moins suffisante. Ces appointements, ainsi que ceux du -gouverneur, n'étaient pas payés par l'épargne ou le trésor -public, mais par la province; et le montant en était réglé -par des ordonnances royales. Ils étaient fixés par ces -ordonnances à la somme de 18,000 livres, équivalant à -36,000 livres de notre monnaie actuelle. Cette somme eût -été plus que suffisante si le gouverneur eût résidé dans la -province, et eût rendu inutile l'intervention du lieutenant -général; mais lorsque celui-ci se trouvait seul chargé du -gouvernement et de tous les frais de représentation, elle -ne pouvait lui suffire. Ce n'est pas tout: les ordonnances -avaient fixé une certaine somme pour le payement et -l'entretien des gardes du gouverneur; mais elles n'avaient -pas prévu le cas où le lieutenant général serait tenu de -faire les fonctions de gouverneur et obligé, par conséquent, -d'avoir des gardes. Pour suppléer à cette omission, -le comte de Grignan crut devoir profiter de l'occasion d'une -assemblée de toutes les communautés de la province, dont -les représentants avaient été réunis à l'effet d'accorder -un don de 600,000 francs demandés par le gouvernement -du roi et quelques autres sommes moins considérables, -exigées par la nécessité de pourvoir à certaines -dépenses locales. A toutes ces demandes, justifiées dans le -discours que M. le comte de Grignan prononça lors de -l'ouverture de cette assemblée, il joignit la proposition -d'allouer ce dont il avait besoin pour suffire à la subsistance -<span class="pagenum"><a id="Page_309"> 309</a></span> -de ses gardes. Cette proposition était fondée non-seulement -sur ce que, le lieutenant général remplissant les -fonctions de gouverneur, on devait lui donner les moyens -de soutenir la dignité de son rang, mais encore parce que -ses gardes lui étaient d'une utilité indispensable pour le -maintien de la police militaire. Appuyée sur d'aussi excellentes -considérations, cette proposition aurait dû être -adoptée sans difficulté; mais comme le baron d'Oppède -s'était fait nommer commissaire du roi pour la tenue de -cette assemblée, il s'y opposa, et la fit rejeter. On appuya -ce refus sur l'arrêt du conseil du 26 août 1639, qui -fixait à 18,000 francs les appointements du lieutenant -général, et lui défendait de rien exiger au delà, pour quelque -cause que ce fût.</p> - -<p>Voilà quelle était l'affaire dont madame de Sévigné -parle dans sa lettre. C'est ce premier échec de M. le -comte de Grignan qu'il s'agissait de réparer en faisant -accorder par l'assemblée, sous un autre motif que -celui qu'on avait refusé d'admettre, une somme quelconque -qui pût suppléer à l'insuffisance des fonds qui lui étaient -alloués. Madame de Sévigné réussit, par ses démarches -personnelles et celles de toute la famille de Grignan, à se -concilier l'appui du baron d'Oppède et de l'évêque de -Marseille, et parvint à persuader à son gendre qu'il ne -fallait pas qu'il témoignât aucun ressentiment à ces deux -personnages, dont le concours lui était nécessaire; et que -même il aurait tort de ne pas croire à leurs promesses -et à leurs protestations et de les considérer comme ennemis -tant qu'ils ne feraient pas contre lui des actes -d'hostilité. Les conseils de madame de Sévigné furent -suivis, et ses démarches eurent un plein succès. L'assemblée, -sans revenir sur sa première décision, déclara qu'en -<span class="pagenum"><a id="Page_310"> 310</a></span> -considération des bons services que le lieutenant général -rendait continuellement au pays il lui serait accordé une -somme de 5,000 livres (10,000 livres de notre monnaie -actuelle). Cette somme fut continuée annuellement, et porta -ainsi à 46,000 livres (monnaie actuelle) les appointements -du comte de Grignan comme lieutenant général -gouverneur<a id="FNanchor_600" href="#Footnote_600" class="fnanchor"> [600]</a>.</p> - -<p>Plus d'un lecteur aura remarqué que la lettre de madame -de Sévigné, qui nous instruit des affaires de son gendre, -nous apprend aussi que sa fille était accouchée. On pense -bien que cet accouchement n'avait pu avoir lieu sans -que madame de Sévigné en eût écrit tous les détails au -comte de Grignan, sans qu'antérieurement elle l'eût entretenu -bien souvent des circonstances de la grossesse, -du désir et de l'espérance de voir naître un fils destiné à -continuer la noble postérité des Grignan; et de fait madame -de Sévigné avait d'avance préparé tout le trousseau -du futur enfant conformément à cette idée<a id="FNanchor_601" href="#Footnote_601" class="fnanchor"> [601]</a>. Mais, dès les -premiers mots de la lettre où elle annonce à M. de Grignan -l'heureuse issue de l'événement si attendu, on apprend -<span class="pagenum"><a id="Page_311"> 311</a></span> -ce qu'il accorde et ce qu'il refuse pour le présent, -et ce qu'il promet pour l'avenir<a id="FNanchor_602" href="#Footnote_602" class="fnanchor"> [602]</a>. «Madame de Puisieux<a id="FNanchor_603" href="#Footnote_603" class="fnanchor"> [603]</a> -dit que, si vous avez envie d'avoir un fils, vous preniez la -peine de le faire. Je trouve ce discours le plus juste et le -meilleur du monde.» En terminant le récit de la délivrance -facile et même précipitée de madame de Grignan, -madame de Sévigné la compare plaisamment à la jeune -fille du conte de la Fontaine intitulé <i>l'Ermite</i>, laquelle -croyait accoucher d'un pape. «Quand nous songeons, -dit-elle, que nous avons fait des <i>béguins au saint-père</i>, -et qu'après de si belles espérances la <i>signora met au -mondé une fille</i>, je vous assure que cela rabaisse le -caquet.»</p> - -<p>Cette fille, baptisée sous le nom de <i>Marie-Blanche</i>, -fut tenue sur les fonts de baptême par madame de Sévigné -et par le frère de M. de Grignan, au nom de -son oncle l'archevêque d'Arles, dont il était le coadjuteur<a id="FNanchor_604" href="#Footnote_604" class="fnanchor"> [604]</a>.</p> - -<p>Nourrie à Paris sous les yeux de son aïeule<a id="FNanchor_605" href="#Footnote_605" class="fnanchor"> [605]</a>, celle-ci -fut la première, et longtemps la seule, à laquelle elle -donna le nom de mère<a id="FNanchor_606" href="#Footnote_606" class="fnanchor"> [606]</a>. Par les grâces et les gentillesses -<span class="pagenum"><a id="Page_312"> 312</a></span> -de son enfance, elle se concilia son affection<a id="FNanchor_607" href="#Footnote_607" class="fnanchor"> [607]</a>. Quand -Marie-Blanche eut été rendue à celle qui lui avait -donné le jour, de la province d'où elle ne sortit plus elle -écrivait à madame de Sévigné. Dans les lettres que -celle-ci adresse à madame de Grignan<a id="FNanchor_608" href="#Footnote_608" class="fnanchor"> [608]</a>, elle montre -souvent une tendre sollicitude pour cette filleule chérie, -qu'elle avait surnommée <i>ses petites entrailles</i>. Marie-Blanche -d'Adhémar, quoiqu'elle eût les traits de son -père<a id="FNanchor_609" href="#Footnote_609" class="fnanchor"> [609]</a>, n'était pas dépourvue d'agréments. Elle avait une -taille svelte et bien prise, ses yeux étaient d'un bleu -foncé et ses cheveux d'un beau noir<a id="FNanchor_610" href="#Footnote_610" class="fnanchor"> [610]</a>. A l'âge de quinze -ans et demi, elle fut mise par sa mère dans le couvent -des dames Sainte-Marie d'Aix<a id="FNanchor_611" href="#Footnote_611" class="fnanchor"> [611]</a>; elle s'y fit religieuse, et y -mourut à l'âge de soixante-cinq ans<a id="FNanchor_612" href="#Footnote_612" class="fnanchor"> [612]</a>. C'est au sujet de -<span class="pagenum"><a id="Page_313"> 313</a></span> -son entrée dans cette maison que madame de Sévigné nous -apprend qu'elle aussi avait cru nécessaire autrefois de mettre -pendant quelque temps sa fille au couvent. En écrivant -à madame de Grignan, elle dit: «J'ai le cœur serré de ma -petite-fille; elle sera au désespoir de vous avoir quittée et -d'être, comme vous dites, en prison. J'admire comment -j'eus le courage de vous y mettre; la pensée de vous -voir souvent et de vous en retirer me fit résoudre à cette -barbarie, qui était trouvée alors une bonne conduite et -une chose nécessaire à votre éducation. Enfin, il faut -suivre les règles de la Providence, qui nous destine comme -il lui plaît.»</p> - -<p>La Providence, nous devons le croire, fut douce et -bonne envers Marie-Blanche d'Adhémar, puisqu'elle l'a -soustraite aux peines et aux agitations du monde pour -la consacrer à Dieu. Cependant tout ce que nous savons -sur sa vie nous est donné par quelques lignes des lettres -de madame de Sévigné et surtout par celles qui furent écrites -lorsque la jeune vierge avait acquis l'âge de vingt ans, -et probablement peu après qu'elle eut prononcé ses vœux, -hélas! perpétuels: «Je fais réponse à ma chère petite -Adhémar avec une vraie amitié. La pauvre enfant! qu'elle -est heureuse, si elle est contente! Cela est sans doute; mais -vous m'entendez bien<a id="FNanchor_613" href="#Footnote_613" class="fnanchor"> [613]</a>.»</p> - -<p>Ces lignes mystérieuses et mélancoliques et quelques -autres<a id="FNanchor_614" href="#Footnote_614" class="fnanchor"> [614]</a> laissent subsister une douloureuse incertitude sur -le sort de cette aînée des enfants du comte de Grignan.</p> - -<p><span class="pagenum"><a id="Page_314"> 314</a></span> -Dix jours après son accouchement, madame de Grignan -se trouvait parfaitement rétablie, et madame de Sévigné -commençait ainsi la grande lettre qu'elle écrivait au -comte de Grignan sur ses affaires de Provence: «Ne parlons -plus de cette femme, nous l'aimons au delà de toute -raison; elle se porte très-bien, et je vous écris en mon -propre et privé nom<a id="FNanchor_615" href="#Footnote_615" class="fnanchor"> [615]</a>.»</p> - -<p>Il était bien naturel que madame de Sévigné retardât, -autant qu'elle le pouvait raisonnablement, le départ pour -la Provence de <i>cette femme</i>, bien véritablement aimée -d'elle <i>au delà de toute raison</i>. Aussi la voyons-nous -redoubler de soins, de tendresses et de cajoleries pour -le comte de Grignan; parler sans cesse du désir qu'a sa -fille d'aller le rejoindre; exagérer les inconvénients, les -dangers de ce voyage dans une si rigoureuse saison. Il -paraît que la nouvelle de la nomination de M. de Grignan -à la lieutenance générale de Provence, et l'idée de -se voir séparée de sa fille, avait causé une telle affliction -à madame de Sévigné que sa santé en avait été altérée; -car, en parlant à M. de Grignan du prochain départ de -sa fille, elle lui dit douloureusement: «Je serai bientôt -dans l'état où vous me vîtes l'année passée<a id="FNanchor_616" href="#Footnote_616" class="fnanchor"> [616]</a>.»</p> - -<p>Cependant le 16 janvier arrive; c'est-à-dire que deux -mois se sont écoulés depuis l'accouchement de madame -de Grignan, et elle n'a point encore quitté sa mère. -«Hélas! dit celle-ci, je l'ai encore cette pauvre enfant! et -quoi qu'elle ait pu faire, il ne lui a pas été possible de -<span class="pagenum"><a id="Page_315"> 315</a></span> -partir le 10 de ce mois<a id="FNanchor_617" href="#Footnote_617" class="fnanchor"> [617]</a>.» Et voyez quel monde d'obstacles -madame de Sévigné accumule pour retarder ce départ! -A l'entendre, elle le souhaite, et c'est forcément qu'elle le -diffère. «Les pluies ont été et sont encore si excessives -qu'il y aurait eu de la folie à se hasarder. Toutes les -rivières sont débordées, tous les grands chemins sont -noyés, toutes les ornières cachées; on peut fort bien -verser dans tous les gués. Enfin, la chose est au point -que madame de Rochefort, qui est chez elle à la campagne, -qui brûle d'envie de revenir à Paris, où son mari -la souhaite et où sa mère l'attend avec une impatience -incroyable, ne peut pas se mettre en chemin, parce qu'il -n'y a pas de sûreté, et qu'il est vrai que cet hiver est -épouvantable; il n'a pas gelé un moment, et il a plu tous -les jours comme des pluies d'orage; il ne passe plus aucun -bateau sous les ponts; les arches du Pont-Neuf sont quasi -comblées: enfin c'est une chose étrange.»</p> - -<p>Madeleine de Laval-Bois-Dauphin, mariée depuis peu -au marquis de Rochefort, était liée avec madame de -Grignan, et du même âge<a id="FNanchor_618" href="#Footnote_618" class="fnanchor"> [618]</a>. Nommée deux ans après -dame du palais, son mari fut ensuite fait maréchal de -France<a id="FNanchor_619" href="#Footnote_619" class="fnanchor"> [619]</a> et mourut à l'âge de quarante ans; sa femme -se montra longtemps inconsolable de sa perte<a id="FNanchor_620" href="#Footnote_620" class="fnanchor"> [620]</a>. Jolie personne, -elle inspira à la Fare une passion à laquelle elle se -<span class="pagenum"><a id="Page_316"> 316</a></span> -montra insensible. Celle qu'eut pour elle Louvois fut plus -constante et plus sérieuse<a id="FNanchor_621" href="#Footnote_621" class="fnanchor"> [621]</a>; mais, à l'époque où madame -de Sévigné écrivait la lettre que nous venons de citer, -toutes les affections de madame de Rochefort étaient concentrées -sur son mari, et l'exemple était donc bien choisi<a id="FNanchor_622" href="#Footnote_622" class="fnanchor"> [622]</a>. -Madame de Sévigné ne veut pas que sa fille, pour aller -joindre son mari, paraisse arrêtée par la crainte du danger; -aussi elle prend tout sur elle, et dit:</p> - -<p>«Je vous avoue que l'excès d'un si mauvais temps fait -que je me suis opposée à son départ pendant quelques -jours. Je ne prétends pas qu'elle évite le froid, ni les boues, -ni les fatigues du voyage; mais je ne veux pas qu'elle -soit noyée. Cette raison, quoique très-forte, ne la retiendrait -pas présentement, sans le coadjuteur, qui part avec -elle et qui est engagé de marier sa cousine d'Harcourt. -Cette cérémonie se fait au Louvre. M. de Lionne est le -procureur; le roi lui a parlé... Ce serait une chose si -étrange que d'aller seule, et c'est une chose si heureuse -pour elle d'aller avec son beau-frère, que je ferai tous mes -efforts pour qu'ils ne se quittent pas. Cependant les eaux -s'écouleront un peu. Je veux vous dire de plus que je -ne sens point le plaisir de l'avoir présentement: je sais -qu'il faut qu'elle parte; ce qu'elle fait ici ne consiste -qu'en devoirs et en affaires; on ne s'attache à nulle -société; on ne prend aucun plaisir; on a toujours le cœur -<span class="pagenum"><a id="Page_317"> 317</a></span> -serré; on ne cesse de parler de chemins, de pluies, des -histoires tragiques de ceux qui se sont hasardés. En un -mot, quoique je l'aime comme vous savez, l'état où nous -sommes à présent nous pèse et nous ennuie; ces derniers -jours-ci n'ont aucun agrément. Je vous suis très-obligée, -mon cher comte, de toutes vos amitiés pour moi et de -toute la pitié que je vous fais. Vous pouvez mieux qu'un -autre comprendre ce que je souffre et ce que je souffrirai<a id="FNanchor_623" href="#Footnote_623" class="fnanchor"> [623]</a>.»</p> - -<p>L'inquiétude de madame de Sévigné au sujet de ce -départ était d'autant plus grande que si ce mariage de -la cousine du coadjuteur tardait plus de huit jours, et -que le coadjuteur persistât à vouloir y assister, elle -voyait sa fille résolue à partir sans lui, ce qui lui paraissait -à elle le comble de la folie, et la mettait au désespoir<a id="FNanchor_624" href="#Footnote_624" class="fnanchor"> [624]</a>. -Le mariage n'eut lieu que trois semaines après -la date de cette lettre à M. de Grignan. Mais le coadjuteur, -d'après les vives instances de madame de Sévigné, -aima mieux renoncer à assister à cette cérémonie que de -ne pas accompagner sa belle-sœur; c'est ce qui résulte -évidemment de la date de la célébration des noces de -mademoiselle d'Harcourt<a id="FNanchor_625" href="#Footnote_625" class="fnanchor"> [625]</a> avec Pereïra de Mello, duc de -Cardaval, qui eut lieu le 7 février<a id="FNanchor_626" href="#Footnote_626" class="fnanchor"> [626]</a>, et de la lettre de -<span class="pagenum"><a id="Page_318"> 318</a></span> -madame de Sévigné, datée du 6 du même mois. C'est par -cette lettre que commence cette longue suite de complaintes -sur la douleur qu'éprouvait madame de Sévigné d'être -séparée de sa fille; éloquentes et touchantes expressions -de ses tourments maternels, qui tiennent une si grande -place dans sa correspondance. Dès la première phrase de -cette lettre, nous apprenons que madame de Grignan -était partie la veille du jour où elle fut écrite.</p> - -<div class="chapter"> -<p><span class="pagenum"><a id="Page_319"> 319</a></span></p> -<h2 class="normal">CHAPITRE XVII.<br /> -<span class="medium">1671.</span></h2> -</div> - -<p class="hanging indent">D'Hacqueville vient chercher madame de Grignan dans son carrosse, -pour la séparer d'avec sa mère.—Douleur de celle-ci.—Elle écrit -à sa fille.—Madame de Grignan arrive à Nogent-sur-Vernisson.—A -Moulins, elle y trouve madame de Guénégaud.—Triste réflexion de -madame de Guénégaud en présence du monument funèbre du duc -de Montmorency.—C'est là que madame de Grignan rencontre la -marquise de Valencey et ses deux filles.—Madame de Grignan arrive -à Lyon, court quelques dangers en gravissant la montagne Tarare, -manque d'être noyée dans le Rhône à Avignon, où elle s'embarque -avec son mari.—Couplet sur le départ de madame de Grignan et sur -son absence de la cour.—Madame de Grignan fait son entrée dans -Arles.—Elle y trouve le marquis de Vardes et le président de -Bandol.—Madame de Sévigné entretient une correspondance avec -diverses personnes pour avoir des nouvelles de sa fille.—De Julianis -et le marquis de Saint-Andiol lui en apportent.—Elle eut trois relations -du voyage de sa fille.—Elle reçoit des nouvelles de son arrivée -à Aix.—Elle souhaite d'être à Aix, pour partager avec elle l'ennui -des visites et du cérémonial.—Elle ne peut s'accoutumer à son absence.—Elle -forme le projet de l'aller trouver en Provence.—Madame -de Grignan est enceinte.—Inquiétudes de sa mère sur son -projet d'aller à Marseille.—Honneurs rendus à madame de Grignan -par de Vivonne; détails sur celui-ci.—Pour mot d'ordre il -donne le nom de madame de Sévigné.—Celle-ci se montre charmée -de cette galanterie et de la relation que sa fille lui adresse de son -voyage d'Aix à Marseille.—Elle se rend dans cette ville la conciliatrice -de tous les différends.—Madame de Sévigné se dispose à -partir pour la Bretagne, et promet à sa fille d'aller la rejoindre -en Provence.</p> - -<p class="space">Fille adorée, heureuse mère, dans tout l'éclat de la -jeunesse et de la beauté, madame de Grignan allait retrouver -<span class="pagenum"><a id="Page_320"> 320</a></span> -un époux sur lequel la puissance de ses charmes et -l'énergie de son caractère devaient lui assurer un suprême -ascendant; elle partait avec l'assurance d'être accueillie -en reine sous ce beau ciel de Provence, où la renommée -de ses attraits, de sa vertu, de ses talents, de la culture -de son esprit, l'avait précédée.</p> - -<p>Le complaisant d'Hacqueville, au moment du départ, -était venu lui-même la prendre dans son carrosse, autant -par attention pour elle que pour soutenir le courage de -madame de Sévigné contre la douleur d'une telle séparation. -Plus d'un mois après ce cruel moment, cette -mère inconsolable ne pouvait supporter la vue de la -chambre où elle avait dit à sa fille un dernier adieu, où -elle lui avait donné le dernier baiser<a id="FNanchor_627" href="#Footnote_627" class="fnanchor"> [627]</a>.</p> - -<p>«Je vous assure, ma chère enfant, lui écrit-elle alors, -que je songe à vous continuellement, et que je sens tous -les jours ce que vous me dîtes une fois, qu'il ne fallait -pas appuyer sur certaines pensées: si l'on ne glissait pas -dessus, on serait toujours en larmes, c'est-à-dire moi. Il -n'y a lieu dans cette maison qui ne me blesse le cœur; -toute votre chambre me tue; j'y ai fait mettre un paravent -tout au milieu, pour rompre un peu la vue; une -fenêtre de ce degré par où je vous vis monter dans le carrosse -d'Hacqueville, et par où je vous rappelai, me fait -peur à moi-même quand je pense combien alors j'étais -capable de me jeter par la fenêtre; car je suis folle quelquefois. -Ce cabinet, où je vous embrassai sans savoir ce -que je faisais; ces Capucins<a id="FNanchor_628" href="#Footnote_628" class="fnanchor"> [628]</a>, où j'allai entendre la messe; -<span class="pagenum"><a id="Page_321"> 321</a></span> -ces larmes qui tombaient de mes yeux à terre, comme si -c'eût été de l'eau qu'on eût répandue; Sainte-Marie<a id="FNanchor_629" href="#Footnote_629" class="fnanchor"> [629]</a>, -madame de la Fayette, mon retour dans cette maison, -votre appartement, la nuit, le lendemain; et votre première -lettre, et toutes les autres, et encore tous les jours, et -tous les entretiens de ceux qui entrent dans mes sentiments: -ce pauvre d'Hacqueville est le premier; je n'oublierai -jamais la pitié qu'il eut de moi. Voilà donc où j'en -reviens, il faut glisser sur tout cela, et se bien garder -de s'abandonner à ses pensées et aux mouvements de son -cœur; j'aime mieux m'occuper de la vie que vous faites -maintenant, cela me fait une diversion sans m'éloigner -pourtant de mon sujet et de mon objet, qui est ce qu'on -appelle poétiquement l'objet aimé. Je songe donc à vous, -et je souhaite toujours de vos lettres; quand je viens d'en -recevoir, j'en voudrais bien encore. J'en attends présentement, -et je reprendrai ma lettre quand j'aurai de vos -nouvelles. J'abuse de vous, ma très-chère; j'ai voulu -aujourd'hui me permettre cette lettre d'avanie, mon cœur -en avait besoin; je n'en ferai pas une coutume<a id="FNanchor_630" href="#Footnote_630" class="fnanchor"> [630]</a>.»</p> - -<p>Cette lettre rappelle celle qu'elle avait écrite dès le lendemain -même du départ de madame de Grignan:</p> - -<p>«Ma douleur serait bien médiocre si je pouvais vous la -dépeindre<a id="FNanchor_631" href="#Footnote_631" class="fnanchor"> [631]</a>; je ne l'entreprendrai pas aussi. J'ai beau -chercher ma fille, je ne la trouve plus, et tous les pas -qu'elle fait l'éloignent de moi. Je m'en allai donc à Sainte-Marie, -<span class="pagenum"><a id="Page_322"> 322</a></span> -toujours pleurant et toujours mourant; il me semblait -qu'on m'arrachait le cœur et l'âme; et en effet -quelle rude séparation! Je demandai la liberté d'être -seule; on me mena dans la chambre de madame de Housset, -on me fit du feu. Agnès me regardait sans me -parler; c'était notre marché. J'y passai jusqu'à cinq -heures sans cesser de sangloter; toutes mes pensées me -faisaient mourir. J'écrivis à M. de Grignan, vous pouvez -juger sur quel ton; j'allai ensuite chez madame de la -Fayette, qui redoubla mes douleurs par l'intérêt qu'elle -y prit; elle était seule et malade, et triste de la mort d'une -sœur religieuse. Elle était comme je la pouvais désirer. -M. de la Rochefoucauld y vint; on ne parla plus que -de vous, et de la raison que j'avais d'être touchée... Les -réveils de la nuit ont été noirs, et le matin je n'étais pas -avancée d'un pas pour le repos de mon esprit. L'après-dînée -se passa chez madame de la Troche, à l'Arsenal. -Le soir, je reçus votre lettre, qui me remit dans mes premiers -transports.»</p> - -<p>Ainsi que nous l'avons déjà dit, madame de Grignan, -en quittant Paris, laissa sa fille à madame de Sévigné, -et partit avec ses chevaux, s'avançant à petites journées -sur la route de Lyon<a id="FNanchor_632" href="#Footnote_632" class="fnanchor"> [632]</a>. Elle avait pour conducteur ou -pour cocher un certain Busche, homme dévoué, mais grotesque, -qui, lorsqu'il l'eut rendue saine et sauve à sa destination, -revint à Paris, et fut questionné, choyé et sur le -point d'être embrassé par madame de Sévigné<a id="FNanchor_633" href="#Footnote_633" class="fnanchor"> [633]</a>. Un paysan -<span class="pagenum"><a id="Page_323"> 323</a></span> -de Sully fut chargé de lui apporter une lettre de sa fille -tandis qu'elle était en route. «Je veux le voir, lui écrit-elle; -je lui donnerai de quoi boire. Je le trouve bien -heureux de vous avoir vue. Hélas! comme un moment -me paraîtrait doux, et que j'ai de regret à tous ceux que -j'ai perdus!» Lorsque madame de Grignan fut arrivée à -Nogent-sur-Vernisson, elle écrivit à sa mère<a id="FNanchor_634" href="#Footnote_634" class="fnanchor"> [634]</a>, et chercha -à la distraire en lui racontant les singulières saillies d'éloquence -de Busche. Nous n'avons aucune des lettres que -madame de Grignan a écrites pendant ce voyage, et nous -n'en pouvons juger que par la vive impression qu'elles -faisaient sur madame de Sévigné, toujours dans les larmes, -toujours inconsolable et croyant toujours voir ce -fatal carrosse, «qui, dit-elle, avance sans cesse et n'approchera -jamais de moi<a id="FNanchor_635" href="#Footnote_635" class="fnanchor"> [635]</a>.»</p> - -<p>Arrivée à Moulins, madame de Grignan y trouva madame -Duplessis de Guénégaud, non telle que dans son enfance -elle l'avait vue à Fresnes au milieu de sa prospérité: -cette femme si aimable, si spirituelle avait été dépouillée -de la plus grande partie de sa fortune par les mesures rigoureuses -de Colbert contre tous les amis de Fouquet, -contre tous ceux qui s'étaient enrichis sous son administration<a id="FNanchor_636" href="#Footnote_636" class="fnanchor"> [636]</a>. -Déchue du rang qu'elle occupait à la cour et dans -le monde, elle s'était retirée à Moulins, où se trouvait aussi -madame Fouquet et toute sa famille, plongée dans la douleur -d'être privée de son chef. Madame de Guénégaud retournait -<span class="pagenum"><a id="Page_324"> 324</a></span> -en cette ville après un court séjour à Paris. En -partant, elle s'était chargée d'une lettre que madame de -Sévigné l'avait<a id="FNanchor_637" href="#Footnote_637" class="fnanchor"> [637]</a> priée de remettre à sa fille lorsqu'elle -l'aurait rejointe. Le premier soin de madame de Grignan, -en arrivant à Moulins, avait été de se rendre au couvent -de la Visitation, fondé par sa bisaïeule la baronne de -Chantal, où, depuis trente ans qu'elle avait cessé de vivre, -on conservait son cœur avec vénération<a id="FNanchor_638" href="#Footnote_638" class="fnanchor"> [638]</a>. Madame de -Grignan, après avoir payé le tribut des prières dues à une -si chère et si pieuse mémoire, tourna ses regards vers le -tombeau orné de pilastres, de statues, couronné de figures -d'anges que la veuve de Henri de Montmorency, -décapité à Toulouse le 30 octobre 1632<a id="FNanchor_639" href="#Footnote_639" class="fnanchor"> [639]</a>, avait fait ériger -dans cette église. Le maréchal-duc y est représenté couché -sur le dos et appuyé sur le coude. La duchesse, sa femme, -est assise à ses pieds, voilée et en mante. Deux jeunes -enfants, beaux, frais, gracieux, priaient avec leur mère -près de ce magnifique mausolée; c'étaient les deux petites-filles -de François de Montmorency, comte de Boutteville, -ce parent et cet ami du baron de Sévigné, l'aïeul de madame de -Grignan, de ce comte de Boutteville que Richelieu -aussi avait fait décapiter le 21 juin 1637; et leur mère, -Marie-Louise de Montmorency, marquise de Valencey<a id="FNanchor_640" href="#Footnote_640" class="fnanchor"> [640]</a>. -L'aspect de ce lieu, si rempli des souvenirs de sa famille -et des deux illustres victimes immolées à l'ambition et à la -<span class="pagenum"><a id="Page_325"> 325</a></span> -cruauté d'un ministre; cette réunion autour d'une même -tombe de l'enfance et de l'âge mûr, du malheur et -de la prospérité émurent madame de Grignan, déjà -triste de se trouver séparée d'une mère qu'elle n'avait -jamais quittée: elle se prit à pleurer, et soupira profondément. -Dans le même moment madame de Guénégaud, -arrivant de Paris, l'accosta, la regarda avec attendrissement, -et lui dit: «Soupirez, madame, soupirez; -j'ai accoutumé Moulins aux soupirs qu'on apporte de -Paris<a id="FNanchor_641" href="#Footnote_641" class="fnanchor"> [641]</a>.»</p> - -<p>Madame de Grignan vit encore à Moulins, dans le couvent -de la Visitation, une très-belle femme, madame de -Valence, qui s'était faite religieuse<a id="FNanchor_642" href="#Footnote_642" class="fnanchor"> [642]</a>; cette madame de -Valence passa depuis dans plusieurs couvents, puis se -fixa dans l'abbaye de Clérets, où elle rétablit la règle, ce -qui lui acquit la réputation d'une sainte<a id="FNanchor_643" href="#Footnote_643" class="fnanchor"> [643]</a>.</p> - -<p>Madame de Grignan continua sa route sans s'arrêter -jusqu'à Lyon; et le récit qu'elle fit de ce trajet à madame -de Sévigné donna lieu à celle-ci de gronder dans une de -ses lettres le coadjuteur pour avoir fait franchir de nuit -à sa fille la montagne de Tarare, qu'on ne passe jamais, -dit-elle, qu'entre deux soleils<a id="FNanchor_644" href="#Footnote_644" class="fnanchor"> [644]</a>. Mais M. de Grignan reçut -une réprimande bien plus méritée et bien plus sérieuse -<span class="pagenum"><a id="Page_326"> 326</a></span> -pour avoir, selon madame de Sévigné, par son imprudence, -fait courir à sa femme, à lui-même et à tous les -siens un véritable danger. Cependant il ne la méritait -pas, cette réprimande, et le coupable en cette occasion -était encore le coadjuteur<a id="FNanchor_645" href="#Footnote_645" class="fnanchor"> [645]</a>.</p> - -<p>M. de Grignan était venu au-devant de sa femme jusqu'à -Avignon<a id="FNanchor_646" href="#Footnote_646" class="fnanchor"> [646]</a>. L'empressement que mit madame de Grignan -à rejoindre son mari ne lui permit pas de séjourner -à Lyon. Poussé par son frère et par sa femme, M. de Grignan -consentit, malgré ses craintes, à s'embarquer avec -eux sur le Rhône par un temps d'orage; le bateau qui les -portait, jeté violemment sur une des arches du pont d'Avignon, -fut sur le point de se briser, et tous ceux qu'il -contenait furent exposés à être engloutis dans le fleuve. -La lettre de madame de Grignan, qui contenait le récit de -cette aventure, mit pendant plusieurs jours madame de -Sévigné dans un état permanent d'effroi. Elle écrivit à sa -fille: «Quel miracle que vous n'ayez pas été brisés et -noyés en même temps! Je ne soutiens pas cette pensée, -j'en frissonne, et je m'en suis réveillée avec des sursauts -dont je ne suis pas la maîtresse.» Et deux jours après, -dans une autre lettre, voulant plaisanter sur le coadjuteur, -qui n'écrit pas et qui sans doute a été noyé sous le -pont d'Avignon: «Ah! mon Dieu! dit-elle, cet endroit -est encore bien noir dans ma tête<a id="FNanchor_647" href="#Footnote_647" class="fnanchor"> [647]</a>.» Elle croyait que sa -fille n'avait pu être sauvée que par un miracle de Dieu. -«Je crois du moins, lui dit-elle, que vous avez rendu -<span class="pagenum"><a id="Page_327"> 327</a></span> -grâces à Dieu de vous avoir sauvée. Pour moi, je suis persuadée -que les messes que j'ai fait dire tous les jours pour -vous ont fait ce miracle, et je suis plus obligée à Dieu de -vous avoir conservée dans cette occasion que de m'avoir -fait naître<a id="FNanchor_648" href="#Footnote_648" class="fnanchor"> [648]</a>.» Bossuet, auquel madame de Grignan avait -inspiré de l'attachement, fut fortement ému lorsque le -jeune de Sévigné lui apprit cet événement. Sévigné termine -ainsi une courte lettre à sa sœur: «Adieu; soyez -la bien échappée des périls du Rhône et la bien reçue -dans votre royaume d'Arles. A propos, j'ai fait transir -M. de Condom sur le récit de votre aventure; il vous aime -toujours de tout son cœur<a id="FNanchor_649" href="#Footnote_649" class="fnanchor"> [649]</a>.»</p> - -<p>Le départ de madame de Grignan, le danger qu'elle -avait couru, son absence, qui devait longtemps se prolonger, -occupèrent pendant quelques jours la cour et la -ville; et on fit sur cela des vaudevilles et des chansons<a id="FNanchor_650" href="#Footnote_650" class="fnanchor"> [650]</a>, -comme alors on avait coutume d'en faire sur les plus graves -affaires et sur les plus légers événements: ces chansons, -après avoir couru en manuscrit, passaient dans les -recueils imprimés. Une de celles qui ont reçu cet honneur -commence ainsi:</p> - -<div class="poetry"><div class="stanza"> -<p>Provinciaux, vous êtes heureux</p> -<p>D'avoir ce chef-d'œuvre des cieux,</p> -<p>Grignan, que tout le monde admire.</p> -<p>Provinciaux, voulez vous nous plaire,</p> -<p class="i1"> Rendez cet objet si doux:</p> -<p class="i2"> Nous en avons affaire.</p> -<div><span class="pagenum"><a id="Page_328"> 328</a></span></div> -<p>Gardez monsieur son époux</p> -<p class="i1"> Et rendez-la-nous<a id="FNanchor_651" href="#Footnote_651" class="fnanchor"> [651]</a>.</p> -</div></div> - -<p>Madame de Grignan fit son entrée dans Arles; et la -réception pompeuse qui lui fut faite ne lui causa point autant -de satisfaction que d'y rencontrer Corbinelli et de -s'entretenir avec lui de sa mère<a id="FNanchor_652" href="#Footnote_652" class="fnanchor"> [652]</a>.</p> - -<p>M. de Grignan quitta sa femme à Arles<a id="FNanchor_653" href="#Footnote_653" class="fnanchor"> [653]</a>, où elle séjourna. -Indépendamment de Corbinelli, elle était encore -entourée dans cette ville de deux autres amis de madame -de Sévigné, le brillant marquis de Vardes, toujours exilé, -et le président de Bandol, homme d'esprit et de goût, aimant -la poésie et les belles-lettres et en correspondance -avec Coulanges le chansonnier. C'est accompagnée par -le président de Bandol et le marquis de Vardes que -madame de Grignan fit son entrée dans la ville d'Aix, -qui, comme la capitale de la Provence, devait être le -lieu de sa résidence habituelle et était le terme de son -voyage<a id="FNanchor_654" href="#Footnote_654" class="fnanchor"> [654]</a>.</p> - -<p>Madame de Grignan avait, par ses lettres, instruit -sa mère de tout ce qui lui avait paru intéressant depuis -son arrivée en Provence; mais madame de Sévigné, -<span class="pagenum"><a id="Page_329"> 329</a></span> -avide des moindres détails, ne trouvait pas sa fille assez -explicite, et s'était mise en rapport avec tous ceux qui -pouvaient lui en donner des nouvelles. C'est ainsi qu'elle -se procura une relation admirable, selon elle, du voyage -de madame de Grignan depuis Arles jusqu'à Aix, adressée -à M. de Coulanges par M. de Ripert, homme d'affaires -de M. de Grignan<a id="FNanchor_655" href="#Footnote_655" class="fnanchor"> [655]</a> et frère du doyen du chapitre de -Grignan. Corbinelli lui fit une seconde relation du même -voyage, et le président de Bandol une troisième<a id="FNanchor_656" href="#Footnote_656" class="fnanchor"> [656]</a>. Toutes -furent lues et relues par elle avec un égal empressement. -Elle recherchait aussi tous ceux qui venaient de la Provence -et lui parlaient de sa fille, et même tous les Provençaux, -qui, eux aussi, pouvaient au moins l'entretenir du -pays qu'habitait madame de Grignan. Madame de Sévigné -lia une correspondance avec Vardes sur ce sujet et avec -le coadjuteur d'Arles; elle rendit plus actives ses relations -avec son cousin de Coulanges, alors à Paris. Le coadjuteur -d'Arles lui écrivait en italien des lettres qui la divertissaient. -«Je ferai, dit-elle, réponse au prélat dans la -même langue, avec l'aide de mes amis<a id="FNanchor_657" href="#Footnote_657" class="fnanchor"> [657]</a>.» Ces amis, c'était -<span class="pagenum"><a id="Page_330"> 330</a></span> -sans doute Ménage, qui écrivait parfaitement en italien. -Dans cette même lettre (mutilée dans toutes les éditions -modernes) elle dit encore: «La liaison de M. de Coulanges -et de moi est extrême par le côté de la Provence; il -me semble qu'il m'est bien plus proche qu'il n'était; nous -en parlons sans cesse. Quand les lettres de Provence arrivent, -c'est une joie parmi tous ceux qui m'aiment, comme -c'est une tristesse quand je suis longtemps sans en avoir. -Lire vos lettres et vous écrire sont la première affaire de -ma vie; tout fait place à ce commerce; aimer comme je vous -aime fait trouver frivoles toutes les autres amitiés<a id="FNanchor_658" href="#Footnote_658" class="fnanchor"> [658]</a>.»</p> - -<p>Le premier Provençal qui vint donner à madame de -Sévigné des nouvelles de sa fille fut le beau-frère de -M. de Grignan, le marquis de Saint-Andiol<a id="FNanchor_659" href="#Footnote_659" class="fnanchor"> [659]</a>, qui, en se -rendant à Paris, avait rencontré madame de Grignan. -«Saint-Andiol m'est venu voir... il m'a dit qu'il vous -avait vue en chemin; il m'a fait transir en me parlant des -chemins que vous aviez à passer.»</p> - -<p>Mais ce fut un autre Provençal, nommé de Julianis, qui -mit fin aux anxiétés de madame de Sévigné en lui apprenant -que sa fille était enfin arrivée heureusement au -terme de son voyage.</p> - -<p>Le 11 mars, un mercredi, madame de Sévigné écrit -à sa fille: «Vous étiez à Arles; mais je ne sais rien de -votre arrivée à Aix. Il me vint hier un gentilhomme de -ce pays-là, qui était présent à votre arrivée et qui vous -<span class="pagenum"><a id="Page_331"> 331</a></span> -a vue jouer à petite prime avec Vardes, Bandol et autres; -je voudrais pouvoir vous dire comme je l'ai reçu et ce -qu'il m'a paru de vous avoir vue jeudi dernier... Il m'a -trouvée avec le P. Mascaron, à qui je donnais un très-beau -dîner. Comme il prêche à ma paroisse et qu'il -vint me voir l'autre jour, j'ai pensé que cela était d'une -vraie petite dévote de lui donner un repas; il est de -Marseille, et a trouvé fort bon d'entendre parler de Provence<a id="FNanchor_660" href="#Footnote_660" class="fnanchor"> [660]</a>.»</p> - -<p>Il résulte de ce passage de la lettre de madame de -Sévigné que de Julianis, le gentilhomme dont elle parle, -ne mit que cinq jours à se rendre d'Aix à Paris, et que -madame de Grignan employa un mois entier pour se rendre -de Paris à Aix; ce qui ne doit pas surprendre. Madame -de Grignan, ainsi que nous l'avons dit, avait voyagé -avec ses chevaux à petites journées, et, de plus, on a vu -qu'elle s'était arrêtée partout où elle avait trouvé des -parents et des amis qui l'invitaient à séjourner.</p> - -<p>Enfin, madame de Sévigné ne fut parfaitement tranquille -que lorsqu'elle reçut une lettre de madame de Grignan -datée d'Aix. Mais elle regrettait de n'y pas trouver -assez de détails, et elle en fit des reproches à sa fille. -«Je ne comprends pas que vous ne me disiez pas un mot -de votre entrée à Aix ni de quelle manière on vous y -avait reçue. Tous deviez me dire de quelle manière Vardes -honorait votre triomphe; du reste, vous me le représentez -très-plaisamment, avec votre embarras et vos civilités -<span class="pagenum"><a id="Page_332"> 332</a></span> -déplacées. Bandol vous est d'un grand secours; et -moi, ma petite, que je vous serais bonne! Ce n'est pas -que je fisse mieux que vous, car je n'ai pas le don de -placer si juste les noms sur les visages; au contraire, je -fais tous les jours mille sottises là-dessus; mais je vous -aiderais à faire des révérences<a id="FNanchor_661" href="#Footnote_661" class="fnanchor"> [661]</a>.»</p> - -<p>La voilà donc réduite, cette tendre mère, à regretter de -ne pouvoir partager les ennuis et les tribulations de celle -qu'elle aime; la voilà séparée d'elle pour un temps qui lui -paraît infini, puisque la durée n'en peut être déterminée. -Que fera-t-elle, la pauvre délaissée? Avec sa fille, son -cœur, son âme, son esprit ont été transportés en Provence; -c'est là qu'elle vit, qu'elle s'alarme, qu'elle se réjouit, -qu'elle se console, qu'elle s'afflige. Enfin elle ne peut -plus résister aux anxiétés qu'elle éprouve d'en être privée, -d'en être si éloignée. Elle forme le projet de l'aller joindre, -de jouir encore du bonheur de la voir, de l'admirer, de la -caresser, de lui donner ses soins; car elle sait qu'elle est -enceinte; sa grossesse est connue de l'évêque de Marseille -et n'est un mystère pour personne<a id="FNanchor_662" href="#Footnote_662" class="fnanchor"> [662]</a>. Cependant -madame de Grignan, nonobstant l'état où elle se trouve, -veut aller visiter Marseille; nouveau sujet d'alarme pour -madame de Sévigné. D'Aix à Marseille la distance n'est -pas grande, et la route est belle.—Peu importe: lorsque -<span class="pagenum"><a id="Page_333"> 333</a></span> -madame de Sévigné sait que ce voyage s'exécute, mille -craintes la tourmentent. «Pourquoi avez-vous été à Marseille? -M. de Marseille mande ici qu'il y a de la petite -vérole; de plus, on vous aura tiré du canon qui vous aura -émue: cela est très-dangereux. On dit que de Biez accoucha -l'autre jour, d'un coup de pistolet qu'on tira dans la -rue. Vous aurez été dans des galères, vous aurez passé -sur de petits ponts; le pied peut vous avoir glissé, vous -serez tombée. Voilà les horreurs de la séparation; on -est à la merci de toutes ces pensées; on peut croire, sans -folie, que ce qui est possible peut arriver. Toutes les tristesses -de tempérament sont des pressentiments, tous les -songes sont des présages, toutes les précautions sont des -avertissements; enfin c'est une douleur sans fin<a id="FNanchor_663" href="#Footnote_663" class="fnanchor"> [663]</a>.»</p> - -<p>Mais aussitôt que madame de Sévigné apprend que ce -voyage s'est terminé heureusement, elle paraît charmée -qu'il ait été entrepris. Vivonne, que sa bravoure et sa -qualité de frère de madame de Montespan portèrent aux -postes les plus enviés et au grade de maréchal de France, -était alors à Marseille général des galères. Gros réjoui, -homme d'esprit, adonné aux femmes et aux plaisirs de la -table jusqu'à la débauche<a id="FNanchor_664" href="#Footnote_664" class="fnanchor"> [664]</a>, lié avec madame de Sévigné, -il fit rendre à madame de Grignan des honneurs dignes -d'une reine. Le canon retentit avec fracas à son arrivée; -le mot d'ordre donné aux troupes fut le nom même de sa -<span class="pagenum"><a id="Page_334"> 334</a></span> -mère. La relation que madame de Grignan fit à madame -de Sévigné de ce voyage la charma, et elle ne déguise pas -le plaisir que lui fit la galanterie dont elle fut personnellement -l'objet de la part de Vivonne, ce <i>gros crevé</i>, comme -elle l'appelle ailleurs. «Je vois bien, ma fille, que vous -pensez à moi très-souvent et que cette <i>maman mignonne</i> -de M. de Vivonne n'est pas de contrebande avec vous.» -Madame de Sévigné se montre surtout enchantée, et avec -raison, que madame de Grignan ait profité de son rang de -femme du lieutenant général gouverneur pour opérer -des réconciliations et faire cesser des dissensions. «Il m'est -venu de deux endroits que vous aviez un esprit si bon, -si juste, si droit et si solide qu'on vous a faite seule arbitre -des plus grandes affaires. Vous avez accommodé les -différends infinis de M. de Monaco avec un monsieur dont -j'ai oublié le nom. Vous avez un sens si net et si fort au-dessus -des autres qu'on laisse le soin de parler de votre -personne, pour louer votre esprit; voilà ce qu'on dit de -vous ici<a id="FNanchor_665" href="#Footnote_665" class="fnanchor"> [665]</a>.»</p> - -<p>Madame de Grignan ne s'arrêta pas à ce service rendu -au prince de Monaco; elle alla dans le chef-lieu de sa principauté -rendre visite à sa femme, fille du comte de Gramont. -C'était là une marque de déférence à laquelle celle-ci -n'avait pas droit de s'attendre après le discrédit où -l'avait fait tomber le scandale de ses amours avec Lauzun, -avec le chevalier de Lorraine, puis ses complaisances -envers le roi. Aussi la princesse se hâta-t-elle d'aller rendre -en Provence à madame de Grignan la visite qu'elle en -avait reçue. Ces deux femmes, qui n'avaient rien entre -<span class="pagenum"><a id="Page_335"> 335</a></span> -elles de commun que la beauté, furent cependant charmées -de se retrouver ensemble. Elles pouvaient parler de -la cour, où toutes deux avaient brillé et dont elles se regardaient -comme exilées, quoique toutes deux, dans les -pays où elles résidaient, occupassent le premier rang. -Mais ce voyage que fit madame de Grignan à Monaco -fut pour madame de Sévigné un nouveau sujet d'alarmes: -les grosses vagues de la mer et ces chemins plus étroits -que les litières, où la vie dépend de la fermeté des pieds -des mulets, la faisaient transir de frayeur<a id="FNanchor_666" href="#Footnote_666" class="fnanchor"> [666]</a>.</p> - -<p>Madame de Sévigné avait dans sa maison de Paris fait -déménager tous les meubles de madame de Grignan, pour -les placer dans une chambre réservée. «J'ai été présente -à tout, lui écrit-elle; pourvu que vous ayez intérêt à -quelque chose, elle est digne de mes soins; je n'ai pas tant -d'amitié pour moi, Dieu m'en garde<a id="FNanchor_667" href="#Footnote_667" class="fnanchor"> [667]</a>!» Elle se plaint à -sa fille que l'envie continuelle qu'elle a de recevoir ses -lettres et d'apprendre des nouvelles de sa santé est une -chose dévorante qu'elle ne peut supporter. Aussi tient-elle -toujours au projet qu'elle a formé d'aller en Provence; -et cependant, avant d'entreprendre ce voyage, il faut -qu'elle en fasse un autre; qu'elle s'éloigne de sa fille, dont -elle est déjà séparée par une distance de deux cents lieues; -<span class="pagenum"><a id="Page_336"> 336</a></span> -et, dans le moment même où elle lui écrit: «J'irai vous -voir très-assurément; ce voyage est nécessaire à ma vie,» -elle se disposait à partir pour la Bretagne<a id="FNanchor_668" href="#Footnote_668" class="fnanchor"> [668]</a>.</p> - -<div class="chapter"> -<p><span class="pagenum"><a id="Page_337"> 337</a></span></p> -<h2 class="normal">CHAPITRE XVIII.<br /> -<span class="medium">1671-1672.</span></h2> -</div> - -<p class="hanging indent">Motifs qui obligent madame de Sévigné à se rendre en Bretagne.—Époque -de la tenue des états de cette province.—Indication où -ils se sont réunis.—Convoqués à Vitré en 1671.—Madame de -Sévigné est très-aimée en Bretagne.—Cet attachement n'est pas -réciproque.—Le duc de Chaulnes est nommé pour présider les -états de Bretagne.—La duchesse de Chaulnes est l'amie de madame -de Sévigné.—Les états de Bretagne et la maladie de sa -tante, la marquise de la Trousse, forcent madame de Sévigné de -différer son voyage en Provence, et prolongent sa correspondance -avec sa fille.—Cette correspondance doit être examinée dans son -ensemble.—Son caractère général.—C'est à elle que madame de -Sévigné doit d'avoir été le peintre le plus fidèle du grand monde de -son temps.—Le recueil des lettres de madame de Sévigné, publié en -1726, la plaçait au premier rang des épistolographes.—Ce recueil -a été bien apprécié par l'éditeur de Hollande.—Toutes les éditions -qui ont suivi cette première sont tronquées et fautives pour les -lettres qui s'y trouvent, parce que les éditeurs modernes ne l'ont -pas collationnée.—Sincérité de madame de Sévigné justifiée.—Objections -réfutées.—Pourquoi madame de Sévigné et madame -de Grignan ne concordaient pas toujours lorsqu'elles vivaient ensemble.—L'amour -de madame de Sévigné pour sa fille était une -passion.—Comment cette passion s'exprime aussitôt après leur -séparation.—Madame de Sévigné verse des larmes toutes les fois -qu'elle reçoit des lettres de sa fille.—Madame de Grignan était -froide.—Madame de Sévigné ne se croyait jamais assez aimée, et -devenait importune.—Extraits de diverses lettres de madame de -Sévigné où elle exprime sa passion pour sa fille.—Jamais plus -touchante que lorsqu'elle comprime ses sentiments et affecte la -gaieté.—Se compare à une figure de Benoît.—Ses fins de lettres.—Madame -de Grignan ne pouvait supporter la compagnie ennuyeuse.—Soufflet -donné par elle à mademoiselle du Plessis.—Madame de -Sévigné fait l'éloge des lettres de madame de Grignan.—Comment -madame de Sévigné termine ses lettres à sa fille.—Madame de Sévigné -<span class="pagenum"><a id="Page_338"> 338</a></span> -se rend à Livry pendant la semaine sainte du jubilé.—Impression -que ces lieux font sur elle.—Elle entend prêcher la Passion par -Mascaron.—Elle va dîner à Pomponne.—Son entretien avec Arnauld -d'Andilly.—Le cardinal de Retz vient à Paris.—Accueil qui -lui est fait.—Molière, Corneille et Boileau doivent lui lire de leurs -ouvrages.—Retz demande des nouvelles de madame de Grignan.—Les -louanges qu'il en fait excitent la sensibilité de sa mère.—Impressions -produites sur elle par son retour aux Rochers et par -sa visite au couvent des sœurs Sainte-Marie.—Madame de Grignan -avait des opinions différentes de celles de sa mère.—Madame de -Sévigné avait formé sa fille pour écrire et lui avait appris l'italien.—Madame -de Sévigné ne veut pas que sa fille déprécie les -lettres qu'elle lui écrit ni qu'elle se compare à la princesse d'Harcourt.—Madame -de Grignan gardait les lettres de sa mère, et les -montrait.—Madame de Sévigné écrivait vite, et ne se corrigeait -pas.—Elle écrivait à toutes les heures du jour.—Un commis de -la poste lui remettait les lettres de sa fille avant tout le monde.—Inquiétudes -de madame de Sévigné lorsque les lettres de madame -de Grignan ne lui arrivaient pas à temps.—Madame de Sévigné entretenait -des correspondances avec plusieurs personnes.—Nature -de la correspondance qu'elle avait avec sa fille.</p> - -<p class="space">Par sa naissance, par ses richesses, par le nom qu'elle -tenait de son mari, la marquise de Sévigné était une des -plus notables personnes de la Bretagne. Elle était particulièrement -liée avec ce que ce pays renfermait de plus élevé -en dignités et en puissance. Madame de Sévigné comptait -la duchesse de Chaulnes, la femme du gouverneur, au -nombre de ses plus intimes amies. L'assemblée des états, -pour le consentement des impôts et le règlement des dépenses, -se réunissait tantôt à Nantes, tantôt à Dinan, -tantôt à Vitré. Cette dernière ville était située à sept -quarts de lieue des Rochers, où madame de Sévigné se -retirait durant la belle saison. Si, contre sa coutume, elle -se fût abstenue de s'y rendre pendant la tenue des états, -elle aurait eu l'air, pour éviter une dépense nécessaire, -<span class="pagenum"><a id="Page_339"> 339</a></span> -de fuir ses amis, et de faire, par un motif sordide, une -sorte d'affront à toute la province. Elle y était très-aimée, -quoique à cet égard elle fût ingrate et que cet attachement -ne fût pas réciproque; ce qu'avec raison elle dissimulait -soigneusement.</p> - -<p>Depuis seize ans les états de Bretagne ne s'étaient point -tenus à Vitré. Leur dernière réunion en cette ville avait -eu lieu en 1655; on les avait rassemblés en 1661 à Nantes, -et à Dinan en 1669. On les convoqua de nouveau à Vitré -en 1671<a id="FNanchor_669" href="#Footnote_669" class="fnanchor"> [669]</a>, c'est-à-dire l'année même où madame de Grignan -s'en allait assister à ceux de la Provence. La commission -adressée par le roi: «A mon bien amé cousin le -duc de Chaulnes, pair de France, lieutenant général en -nos armées dans nos pays et duché de Bretagne,» est -datée<a id="FNanchor_670" href="#Footnote_670" class="fnanchor"> [670]</a> de Saint-Germain en Laye le 6 mai 1671; et ce -jour-là même madame de Sévigné écrivait à sa fille, alors -en route, pour lui recommander d'être bien exacte à lui -répondre, puisque bientôt elle serait en Bretagne, et que -là, pour calmer les inquiétudes causées par un si grand -éloignement, elle aurait encore plus besoin de ses lettres<a id="FNanchor_671" href="#Footnote_671" class="fnanchor"> [671]</a>.</p> - -<p>Mais madame de Sévigné, ayant appris que l'ouverture -des états n'aurait lieu qu'au mois d'août, différa son départ, -ne pouvant songer à aller en Provence qu'après la -séparation de l'assemblée des états de Bretagne. Puis, -lorsqu'elle fut de retour à Paris, elle se vit forcée d'y séjourner -pour donner des soins à sa tante, la marquise de -<span class="pagenum"><a id="Page_340"> 340</a></span> -la Trousse, attaquée d'une maladie mortelle<a id="FNanchor_672" href="#Footnote_672" class="fnanchor"> [672]</a>. Ainsi fut -plusieurs fois retardé ce voyage, si ardemment désiré; -ainsi se prolongea cette correspondance, qui était la seule -consolation de cette mère affligée, le seul moyen qu'elle -eût de calmer l'impatience douloureuse qu'elle éprouvait -d'être obligée de reculer le moment de son départ.</p> - -<p>Puisque ce commerce épistolaire est le sujet, la substance -même de ces Mémoires, il faut une bonne fois le -considérer en lui-même et indépendamment des récits et -des faits curieux qu'il renferme et qui le recommandent à -notre attention. Il faut rechercher ce qu'il nous apprend -sur madame de Sévigné; tâcher de pénétrer, par les aveux -qui lui échappent ou les opinions qu'elle manifeste, dans -les secrets de ses penchants les plus constants, de ses répulsions -les plus invincibles, de ses pensées les plus secrètes, -de ses sentiments les plus intimes; et parvenir ainsi -à connaître ses vertus et ses faiblesses, les traits distinctifs -de son caractère et ses habitudes dominantes. Alors il -sera plus facile de comprendre ce que ses lettres nous -révèlent sur les événements du siècle où elle a vécu et -de faire une juste appréciation de ses jugements sur les -personnes et sur les choses.</p> - -<p>Si vivre n'est pas seulement exister et user ses jours -dans les occupations obligées de fortune, de famille et -de soins matériels; si la vie consiste principalement dans -l'exercice des plus nobles facultés de l'âme; si pour en -jouir dans toute sa plénitude il faut ressentir vivement -les émotions du cœur, subir malgré soi les impressions de -l'imagination, se complaire dans tout ce qui alimente le -<span class="pagenum"><a id="Page_341"> 341</a></span> -sentiment et la pensée, avoir été fréquemment en proie -aux vicissitudes des grandes joies et des grandes douleurs, -on peut affirmer que madame de Sévigné n'a jamais plus -vécu que durant les dix-huit mois qui se sont écoulés pendant -sa première séparation d'avec sa fille, c'est-à-dire depuis -le mois de février 1671 jusqu'au mois de juillet 1672.</p> - -<p>C'est dans cet intervalle de temps que madame de Sévigné -se trouve partagée entre l'orgueilleux plaisir d'avoir -placé au premier rang, dans une des plus belles provinces -de France, celle qu'elle avait faite son idole, et la douleur -et les inquiétudes que lui causent son absence, sa grossesse, -ses voyages et ses indispositions. C'est alors aussi que la -satisfaction que le baron de Sévigné donne à sa mère par -des preuves répétées de son filial amour et par la confiance -qu'il lui témoigne se trouve contre-balancée par le chagrin -des folles amours de ce jeune homme; et lorsque la -guerre a arraché ce fils à une conduite aussi nuisible à son -bonheur qu'à sa santé et à sa fortune, madame de Sévigné -a la crainte de se le voir enlever par le sort des combats, -et elle tressaille à l'arrivée de chaque courrier qui vient lui -en apporter des nouvelles.</p> - -<p>A aucune époque madame de Sévigné ne fréquenta -davantage le monde et la cour, parce qu'elle avait besoin -de la cour et du monde, où se tramaient toutes les intrigues -et se décidaient toutes les affaires, pour être utile à son -gendre et à fille, pour distraire celle-ci par le récit de -ce qui se passait dans une sphère qu'elle avait quittée à -regret, pour l'intéresser à la lecture de ses lettres et empêcher -qu'un commerce qui faisait toute sa consolation ne -languît par la paresse qu'elle lui connaissait pour écrire. -C'est pendant ce période de temps que se place la rentrée -au ministère du marquis de Pomponne, cet intime ami -<span class="pagenum"><a id="Page_342"> 342</a></span> -de madame de Sévigné, et la déclaration de guerre à la -Hollande; Paris et Versailles sont rendus déserts par le -départ du roi pour l'armée; c'est aussi dans cet intervalle -qu'ont lieu cette campagne sur le Rhin si glorieuse et -si meurtrière, la tenue des états de Bretagne et ceux de -Provence. Jamais madame de Sévigné n'a plus souvent -éprouvé le besoin de se mêler aux cercles tumultueux de la -capitale et de les quitter pour la silencieuse solitude de -Livry. Jamais elle n'a eu autant d'entraînement pour la -société et les distractions mondaines, ni éprouvé d'aussi -fortes inspirations vers Dieu; jamais elle ne fréquenta plus -les spectacles et les églises, ni elle ne lut un plus grand -nombre d'ouvrages pieux et de livres profanes; jamais -elle n'a joui d'une santé plus ferme et plus robuste; jamais -enfin elle n'a plus agi, plus senti, plus pensé et surtout -plus écrit.</p> - -<p>Si on excepte des lettres à diverses personnes, qui -sont à des dates très-éloignées les unes des autres, de -toutes les correspondances que madame de Sévigné avait -entretenues durant cet espace de temps, il ne nous reste -que celles qu'elle a eues avec Bussy et avec sa fille. Ce -qui domine dans les lettres à cette dernière, c'est sa tendresse -passionnée, qui ne se manifeste à aucune autre époque -avec autant d'abandon, de chaleur et d'éloquence. -C'est alors aussi qu'elle mit le plus d'empressement et -d'exactitude dans ce commerce épistolaire, qu'il lui importait -tant de faire agréer à madame de Grignan et à tous -ceux qui l'entouraient. Aussi ce qui frappe le plus dans -les premières lettres de madame de Sévigné, c'est l'idée -fixe qui la domine et qui ne lui permet pas de se distraire -un instant de sa fille et des lieux habités par elle. Les tracasseries -d'Aix et de Marseille lui causent plus d'émotion -<span class="pagenum"><a id="Page_343"> 343</a></span> -que Paris, Versailles ou Saint-Germain, Nantes ou Vitré; -le château de Grignan et son parc l'intéressent plus que -les Rochers. Toutes les <i>pétoffes</i> de la société provençale, -elle veut les connaître<a id="FNanchor_673" href="#Footnote_673" class="fnanchor"> [673]</a>, car elle sait que de toutes ces -misères dépendent le bonheur et la tranquillité de celle -qu'elle chérit. Pour lui plaire, elle transporte en Provence -la Bretagne et ses états, la cour et ses intrigues, le roi et -ses maîtresses, l'Église et le théâtre, la littérature et les -grands événements de la guerre, les fêtes, les repas, les -toilettes, les conversations, le sermon; elle parlera de -ceux qui meurent et de ceux qui se marient, de ceux qui -se ruinent et de ceux qui s'enrichissent. Les lazzis et les -réflexions, les portraits et les saillies, les ridicules et les -vices, tout lui sera bon, tout se pressera sous sa plume, -tout prendra, par la magie de son imagination, des formes -et des couleurs. Jusque dans la retraite de sa solitude -champêtre, elle fera en sorte que sa fille habite plus encore -avec elle. Elle saura la mettre dans la confidence de -ses projets, de ses occupations, de ses distractions, de ses -tristesses, de ses craintes et de ses espérances; mêler les -conseils d'une profonde sagesse aux flatteries que sa tendresse -lui inspire. C'est lorsqu'elle était seule avec elle-même -que son cousin de Coulanges, avec plus de justesse -qu'au milieu d'une nombreuse et brillante assemblée, -pouvait dire d'elle: «Voyez cette femme, elle est toujours -en présence de sa fille<a id="FNanchor_674" href="#Footnote_674" class="fnanchor"> [674]</a>.»</p> - -<p><span class="pagenum"><a id="Page_344"> 344</a></span> -Nous l'avons déjà remarqué, c'est à cette séparation de -madame de Sévigné d'avec sa fille, c'est à son amour de -mère qu'elle doit, sans qu'elle ait pu le soupçonner, d'avoir -été le peintre le plus fidèle du grand monde de son temps; -d'avoir procuré, par le recueil de ses lettres, les mémoires -les plus piquants, les plus sincères et les plus instructifs -sur l'époque où elle a vécu; car ils furent écrits non pas -à froid, non pas avec l'intention de se poser vis-à-vis de -la postérité en historien et en juge des contemporains, -mais sans aucun dessein prémédité, mais sans aucune vue -d'avenir, dans l'abandon d'un commerce intime, sous l'impression -vive et actuelle des événements, avec la verve et -la chaleur des émotions qu'ils produisaient, en compagnie -et souvent sous les yeux des personnages qu'ils nous font -connaître.</p> - -<p>Les lettres écrites par madame de Sévigné à Bussy et -publiées avec les Mémoires de ce dernier avaient déjà été -distinguées comme de parfaits modèles du style épistolaire; -nous avons vu que Bayle, qui n'en connut point -d'autres, leur donnait la préférence sur celles de Bussy -même<a id="FNanchor_675" href="#Footnote_675" class="fnanchor"> [675]</a>. Alors aussi le jésuite Hervey, dans le poëme latin -qu'il publia sur l'art d'écrire des lettres, accorde en ce -genre la prééminence aux femmes, et à madame de Sévigné -sur toutes les femmes<a id="FNanchor_676" href="#Footnote_676" class="fnanchor"> [676]</a>. Mais ce ne fut cependant -que dix ans plus tard, et lorsqu'on eut publié les deux -petits volumes des lettres de madame de Sévigné à madame -de Grignan, que l'on connut toute l'étendue et la -flexibilité de son talent, parce que c'est dans ces lettres -seules que le désir de plaire et d'intéresser lui fit déployer -<span class="pagenum"><a id="Page_345"> 345</a></span> -toutes les ressources de son style, toutes les richesses -de sa féconde imagination, et qu'elle put s'abandonner -sans contrainte à toutes les saillies de son esprit, -à toute l'impétuosité de ses idées et de ses sentiments. -Elle fut parfaitement jugée par l'un des deux éditeurs -qui, en 1726, publièrent presque simultanément chacun -une édition du même recueil de ses lettres. L'éditeur de -la Haye est celui des deux qui paraît l'avoir connue, et -avoir publié sur les autographes son recueil de lettres -sans aucun retranchement ni altération. Homme d'esprit, -il a bien apprécié, quoique étranger<a id="FNanchor_677" href="#Footnote_677" class="fnanchor"> [677]</a>, l'ouvrage dont il -faisait part au public; et il nous semble que ceux qui ont -parlé depuis des lettres de madame de Sévigné n'ont fait -qu'amplifier et que commenter les paroles que nous allons -citer. Elles sont précieuses à recueillir, parce qu'elles sont -d'un contemporain.</p> - -<p>«On trouve dans le recueil des lettres de madame de -Sévigné une naïveté qui charme. C'est une imagination -brillante et fertile, qui produit sans efforts. Elle n'écrit -que comme parle une personne du grand monde et de -beaucoup d'esprit; de sorte que, lorsque vous voyez ces -lettres, vous croyez qu'elle parle. Vous ne la lisez point, -vous l'entendez.</p> - -<p>«Cette affection extrême, cette tendresse extraordinaire -pour sa fille, madame de Grignan, qui est répandue -dans toutes ses lettres, ne surprendra que ceux qui n'ont -jamais connu madame de Sévigné. Elle portait sa tendresse -<span class="pagenum"><a id="Page_346"> 346</a></span> -jusqu'à l'excès; elle adorait sa fille, elle l'aimait -d'une amitié parfaite, dont la vivacité et la délicatesse, -si on en juge par ses expressions, surpassaient tous les -sentiments de l'amour. Elle était sur ce pied-là dans le -monde; chacun la connaissait mère tendre et idolâtre; et -ce caractère allait jusqu'à une singularité qui néanmoins -ne lui donnait aucun ridicule: elle était la première à -trouver de la faiblesse dans ses sentiments, elle se raillait -quelquefois elle-même sur cet article; et tout cela ne servait -qu'à la faire aimer, parce qu'elle donnait lieu par -là à des railleries innocentes et même obligeantes, auxquelles -elle répondait toujours avec esprit et avec un air -aimable.</p> - -<p>«Plusieurs particularités de la cour de son temps se -trouvent ici, et n'auront aucune obscurité pour les personnes -du grand monde; on y voit des portraits avantageux -de gens qui vivent encore et qui étaient alors -dans la fleur de l'âge. Madame de Sévigné mande tout à -sa fille, le bien et le mal. Elle médit quelquefois, mais -elle ne médit point en médisante. Ce sont des choses plaisantes -et ridicules dont elle fait part à madame de Grignan, -pour égayer ses lettres. Elles contiennent outre cela -des maximes et des réflexions admirables... Le style, -naturel et délicat, surpasse tout ce qu'on a jamais vu depuis -qu'on écrit et qu'on lit des lettres. Ce n'est point un -style exact ni un langage mesuré et étudié; c'est un tour -inimitable et un air négligé de noblesse et d'esprit<a id="FNanchor_678" href="#Footnote_678" class="fnanchor"> [678]</a>.»</p> - -<p><span class="pagenum"><a id="Page_347"> 347</a></span> -Malheureusement aucun des éditeurs des lettres de -madame Sévigné n'a pensé à collationner cette édition -de Hollande avec celles qui ont été publiées postérieurement; -il en est résulté, pour cette partie de sa correspondance, -que toutes les éditions qui ont paru sont -défectueuses, incomplètes et tronquées; que des pages -entières sont supprimées, et qu'un grand nombre de passages -sont altérés, parce que le premier éditeur français, -que tous les autres ont copié, a cru devoir en agir ainsi -par égard pour les membres de la famille de Grignan, qui -vivaient encore<a id="FNanchor_679" href="#Footnote_679" class="fnanchor"> [679]</a>.</p> - -<p>Lorsque le nombre de lettres de madame de Sévigné -à sa fille se fut considérablement accru dans les éditions -successives, on leur fit un reproche que n'avaient pu encourir -celles de sa correspondance avec Bussy: c'est la -continuelle manifestation de cet amour maternel, qui parut -tenir de l'affectation et dont la violence et la durée semblaient -invraisemblables. On disait que cette expression -réitérée, quoique toujours heureusement variée, d'un même -sentiment pouvait être agréable à celle qui l'inspirait, -mais devenait insupportable à la majorité des lecteurs<a id="FNanchor_680" href="#Footnote_680" class="fnanchor"> [680]</a>.—Je -le crois. Aussi madame de Sévigné n'a-t-elle pas songé -à écrire pour eux; et si la réputation qu'elle s'était acquise -de son vivant, dans ses sociétés et à la cour, -a pu lui faire soupçonner que quelques-unes de ses lettres -seraient par la suite produites au grand jour dans -des recueils épistolaires, ce n'est certainement aucune de -celles qu'elle écrivait à sa fille et qu'elle écrivait uniquement -<span class="pagenum"><a id="Page_348"> 348</a></span> -pour sa fille. J'ai précédemment expliqué pourquoi -les effusions de sa tendresse ne pouvaient rencontrer de -parfaite sympathie<a id="FNanchor_681" href="#Footnote_681" class="fnanchor"> [681]</a> dans la majorité des lecteurs. Mais -est-ce pour cela un motif de douter un seul instant de -leur sincérité? de méconnaître la passion dont elle a subi -l'influence<a id="FNanchor_682" href="#Footnote_682" class="fnanchor"> [682]</a>? Elle-même fait à sa fille l'aveu de ce qu'elle -a d'insensé; souvent sa piété s'en alarme<a id="FNanchor_683" href="#Footnote_683" class="fnanchor"> [683]</a>.—Qu'y -pouvait-elle? Les écarts de l'esprit, les défauts de caractère, -les inclinations condamnables se peuvent combattre -avec les secours d'une philosophie courageuse ou les armes -plus puissantes encore de la religion; mais contre ces -émotions qui nous subjuguent avec une force irrésistible, -contre ces maladies de l'âme que peut la volonté? que -peut la raison?—Chercherons-nous à réprimer ce que -nos sentiments ont d'excessif? Mais ils n'existent que -parce qu'ils sont excessifs, que parce qu'ils se sont emparés -du cœur; qu'eux seuls l'échauffent, le remuent, le -font vivre et palpiter. Tant qu'ils le possèdent, rien de -ce qui peut les expulser ne peut y trouver accès. Force -est de se soumettre à leur domination; entreprendre de -leur résister, c'est les irriter encore, c'est accroître leur -violence, c'est renoncer à tout espoir de bonheur, c'est annihiler -l'existence. On peut se sacrifier à eux; mais on ne -peut les sacrifier à soi: on peut mourir de douleur ou d'ennui. -Voilà tout.—Que sera-ce donc s'il ne se mêle dans -<span class="pagenum"><a id="Page_349"> 349</a></span> -la passion dont nous sommes fascinés rien de personnel, -rien de sensuel; si tout en est pur et désintéressé; si, loin -d'avoir été inspirée par une rencontre fortuite ou les événements -du monde, elle a pris possession de nous par une -des lois les plus sacrées de la nature; si elle s'est accrue -par des habitudes obligées de chaque jour et de chaque -moment; si enfin, loin de contrarier nos devoirs, elle nous -donne plus de courage pour les accomplir?—Comment -nous résoudre alors à nous soustraire au charme qui nous -entraîne? Comment nous condamner à une continuelle privation? -Ne sentons-nous pas que, si ce talisman venait à -disparaître, il ne laisserait plus autour de nous qu'un vide -affreux et une absence de toute sympathie, de toute joie, -de tout contentement, de toute consolation, une existence -solitaire et douloureuse, dont le fardeau nous deviendrait -insupportable?</p> - -<p>Mais vous vous êtes demandé si madame de Grignan -méritait en effet tous les éloges que sa mère lui adresse; -s'il était vrai qu'elle fût telle qu'elle la dépeint, d'une -beauté parfaite, d'une grâce incomparable, douée de tant -de talents, si fort au-dessus de son sexe pour le savoir -et la réflexion, et comme vous avez trouvé des témoignages -contraires à un si brillant portrait, vous concluez -que les louanges qui lui sont prodiguées dans les lettres -de madame de Sévigné sont exagérées et peu sincères: -mais c'est cette exagération même qui prouve leur sincérité. -Ce délire d'admiration ne peut provenir que d'un -cœur passionné et d'une imagination qui s'exalte<a id="FNanchor_684" href="#Footnote_684" class="fnanchor"> [684]</a>.—Vous -<span class="pagenum"><a id="Page_350"> 350</a></span> -dites encore que cette femme qui se lamentait continuellement -d'être séparée de sa fille ne semble plus être -la même quand elle est avec elle sous le même toit; que -leur union est fréquemment troublée par des explications, -des froideurs et des raccommodements, des protestations -et des dissimulations. La correspondance de madame de -Sévigné le démontre malgré les précautions prises par -les premiers éditeurs pour dissimuler cette triste vérité<a id="FNanchor_685" href="#Footnote_685" class="fnanchor"> [685]</a>. -Il y a donc moins de réalité que d'imagination dans les -expressions si vives et si réitérées de l'amour de madame -de Sévigné pour sa fille.—Que vous connaissez -mal les infirmités et les misères des cœurs maternels! Si -la tendresse de madame de Sévigné avait pu être réglée -par sa raison, elle eût, dans les plus grandes effusions de -cœur, conservé cette mesure, ce discernement qui ne l'abandonne -jamais dans toute autre occasion; vive, affectueuse, -expansive, facile à émouvoir, elle eût reconnu, sans -en être alarmée, que sa fille, indolente, froide et concentrée, -devait avoir une manière de sentir et de s'exprimer -différente de la sienne; elle eût assigné à sa véritable -cause le contraste qui existait entre elles deux; elle -eût compris qu'on peut rectifier ses opinions, réformer -sa conduite, mais non pas changer sa nature; que la volonté -exerce sa toute-puissance sur nos idées, sur nos -actions, mais non pas sur nos sentiments; qu'à cet -égard elle perd son libre arbitre; qu'elle ne peut rien sur -cette faculté sympathique qui est en nous comme un -sixième sens, qu'on désigne par le mot de sensibilité, -parce qu'en effet ce sens comprend tous les autres; qu'il -<span class="pagenum"><a id="Page_351"> 351</a></span> -s'associe à eux tous et semble être comme le lieu commun -qui les unit et qui leur donne la vie. La sensibilité -préexiste en nous, et la volonté ne peut ni en -augmenter ni en affaiblir l'intensité. Si madame de Sévigné -avait reconnu la différence que la nature avait -établie entre elle et sa fille à cet égard, satisfaite de posséder -sa confiance plus que personne au monde, elle -n'eût point fatigué l'objet de sa tendresse par ses ombrageuses -susceptibilités et ses empressements tyranniques<a id="FNanchor_686" href="#Footnote_686" class="fnanchor"> [686]</a>. -Rien n'eût troublé l'union qui exista toujours entre -ces deux femmes si remarquables par leurs vertus, les -agréments de leur personne et les qualités de leur esprit; -rien n'eût altéré le plaisir qu'elles avaient de se trouver -ensemble, et à entretenir un commerce de lettres lorsqu'elles -étaient séparées. Mais je l'ai dit, l'amour maternel -dans madame de Sévigné était une passion extravagante -qui a duré toute sa vie et qui toute sa vie fut -accompagnée des mêmes inquiétudes et des mêmes agitations -que fait éprouver tout sentiment profond. Cette -passion était, comme dit très-bien Saint-Simon<a id="FNanchor_687" href="#Footnote_687" class="fnanchor"> [687]</a>, le seul -défaut de cette charmante femme. Pardonnez-le-lui donc -ce défaut; plaignez-la d'avoir été trop éprise de sa fille, -d'avoir été si jalouse de son affection et sans cesse -tourmentée par le désir de lui plaire et par la crainte de -n'en être pas assez aimée. Plaignez-la, mais ne la blâmez -pas de n'avoir pas eu une imagination plus calme, un cœur -moins facile à émouvoir, puisque cela n'était pas en sa -<span class="pagenum"><a id="Page_352"> 352</a></span> -puissance<a id="FNanchor_688" href="#Footnote_688" class="fnanchor"> [688]</a>. Autant vaudrait lui reprocher, comme un -tort, d'être née avec des cheveux blonds, parce que vous -préférez les bruns.</p> - -<p>Écoutez comme, dès le début de sa correspondance et -des premières lettres qu'elle échange avec madame de Grignan -après leur séparation, elle exprime ce qu'elle sent. -Madame de Grignan avait écrit qu'elle était jalouse de sa -petite Marie-Blanche; madame de Sévigné lui répond:</p> - -<p>«Il est vrai que j'aime votre fille, mais vous êtes une -friponne de me parler de jalousie; il n'y a ni en vous ni -en moi de quoi pouvoir la composer. C'est une imperfection -dont vous n'êtes point capable, et je ne vous en donne -non plus de sujet que M. de Grignan. Hélas! quand on -trouve en son cœur toutes les préférences et que rien n'est -en comparaison, de quoi pourrait-on donner de la jalousie -à la jalousie même? Ne parlons pas de cette passion, -je la déteste: quoiqu'elle vienne d'un fonds admirable, -les effets en sont trop cruels et trop haïssables. Hélas! -ma bonne, je suis persuadée que vous n'êtes que trop vive -pour ma santé; elle est à présent au-dessus de toutes les -craintes ordinaires. Je vivrai pour vous aimer, et j'abandonne -ma vie à cette unique occupation, à toute la joie, -à toute la douleur, à tous les agréments, à toutes les -<span class="pagenum"><a id="Page_353"> 353</a></span> -mortelles inquiétudes, enfin à tous les sentiments que cette -passion pourra me donner<a id="FNanchor_689" href="#Footnote_689" class="fnanchor"> [689]</a>.»</p> - -<p>Avant, elle lui avait dit qu'elle ne pouvait recevoir ses -lettres sans pleurer: «Je ne le puis, ma fille, mais ne -souhaitez point que je le puisse; aimez mes tendresses, -aimez mes faiblesses; pour moi, je m'en accommode fort -bien; je les aime bien mieux que des sentiments de Sénèque -et d'Épictète. Je suis douce, tendre, ma chère enfant, -jusqu'à la folie; vous m'êtes toute chose, je ne connais -que vous. Hélas! c'est ma folie que de vous voir, de vous -parler, de vous entendre; je me dévore de cette envie et -du déplaisir de ne vous avoir pas assez écoutée, pas assez -regardée; il me semble pourtant que je n'en perdais guère -les moments: mais enfin je n'en suis pas moins contente; -je suis folle, il n'y a rien de plus vrai; mais vous êtes -obligée d'aimer ma folie. Je ne comprends pas comment -on peut tant penser à une personne: n'aurai-je jamais -tout pensé? Non, que quand je ne penserai plus<a id="FNanchor_690" href="#Footnote_690" class="fnanchor"> [690]</a>.»</p> - -<p>Dans une autre lettre, écrite peu de temps après celle-ci, -l'on trouve la preuve que les orages qui assombrissaient -par intervalle ce touchant et pur amour et qui se renouvelèrent -à différentes époques<a id="FNanchor_691" href="#Footnote_691" class="fnanchor"> [691]</a> avaient déjà commencé à -paraître avant cette première séparation.</p> - -<p>«Je vous prie, ma bonne, ne donnez point désormais -<span class="pagenum"><a id="Page_354"> 354</a></span> -à l'absence l'honneur d'avoir mis entre nous une parfaite -intelligence, et de mon côté la persuasion de votre tendresse -pour moi; quand elle aurait part à cette dernière -chose, regrettons un temps où je vous voyais tous les -jours, vous, ma bonne, qui êtes le charme de ma vie et -de mes yeux; où je vous entendais, vous dont l'esprit -touche mon goût plus que tout ce qui m'a jamais plu. -N'allons point faire une séparation de votre aimable vue -et de votre amitié, il y aurait trop de cruauté à séparer -ces deux choses; et quoique M. de Grignan dise que les -absents ont toujours tort auprès de vous, c'est une folie; -je veux plutôt croire que le temps est venu que ces deux -choses marcheront ensemble; que j'aurai le plaisir de -vous voir sans mélange d'aucun nuage, et que je réparerai -toutes mes injustices passées, puisque vous voulez bien les -nommer ainsi. Après tout, que de bons moments que je -ne puis assez regretter et que je regrette aussi avec des -larmes et des tendresses qui ne peuvent jamais finir! Ce -discours même n'est pas bon pour mes yeux, qui sont -d'une faiblesse étrange. Je me sens dans une disposition -qui m'oblige à finir en cet endroit; il faut pourtant que -je vous dise encore que je regarde le temps où je vous -verrai comme le seul que je désire et qui peut être agréable -dans ma vie<a id="FNanchor_692" href="#Footnote_692" class="fnanchor"> [692]</a>.»</p> - -<p>Dans une lettre écrite un mois après, et lorsque madame -de Sévigné était aux Rochers, fort occupée de ce -<span class="pagenum"><a id="Page_355"> 355</a></span> -qui devait se passer aux états de Bretagne qui allaient -se réunir, elle s'exprime de manière à ne nous laisser -aucun doute que ses plus vives peines provenaient de la -froideur de madame de Grignan, qui lui faisait craindre -que la tendresse qu'elle avait pour elle ne fût pas réciproque, -et par cette raison ne lui fût à charge.</p> - -<p>«Nous avons ici beaucoup d'affaires; ce qui est certain, -ma bonne, et dont je crois que vous ne doutez pas, -c'est que nous sommes bien loin d'oublier cette pauvre -exilée. Hélas! qu'elle nous est chère et précieuse! Nous -en parlons très-souvent; mais, quoique j'en parle beaucoup, -j'y pense encore mille fois davantage, et jour et -nuit, et en me promenant (car on a toujours quelques -heures), et à toute heure, et à tout propos, et en parlant -d'autre chose, et enfin comme on devrait penser à Dieu, si -l'on était véritablement touché de son amour; il y a des -excès qu'il faut corriger, et pour être polie, et pour être -politique; il me souvient comme il faut vivre pour n'être -pas pesante: je me sers encore de mes vieilles leçons<a id="FNanchor_693" href="#Footnote_693" class="fnanchor"> [693]</a>.»</p> - -<p>Trois semaines après, elle revient encore dans une autre -lettre sur les mêmes souvenirs: «Hélas! ma fille, c'est -bien moi qui dis cette chanson que vous me rappelez: -<i>Hélas! quand reviendra-t-il ce temps, bergère?</i> Je le -regrette tous les jours de ma vie, et j'en souhaiterais un -pareil au prix de mon sang; ce n'est pas que j'aie sur le -<span class="pagenum"><a id="Page_356"> 356</a></span> -cœur de n'avoir pas senti le plaisir d'être avec vous; je -vous jure et vous proteste que je ne vous ai jamais regardée -avec indifférence ni avec la langueur que donne -quelquefois l'habitude; mes yeux ni mon cœur ne se sont -jamais accoutumés à cette vue, et jamais je ne vous ai -regardée sans joie et sans tendresse; s'il y a eu quelques -moments où elle n'ait pas paru, c'est alors que je la sentais -plus vivement: ce n'est donc point cela que je puis me -reprocher; mais je regrette de ne vous avoir pas assez -vue et d'avoir eu dans certains moments de cruelles politiques -qui m'ont ôté ce plaisir. Ce serait une belle chose -si je remplissais mes lettres de ce qui me remplit le cœur. -Ah! comme vous dites, il faut glisser sur bien des pensées<a id="FNanchor_694" href="#Footnote_694" class="fnanchor"> [694]</a>.» -Malheureusement, au lieu d'y glisser, elle pèse -quelquefois dessus de tout son poids, et éclate en reproches -amers; c'est ainsi que, longtemps après l'époque où -nous sommes arrivés, mécontente du départ précipité de -madame de Grignan, elle trace le plan d'un traité sur -l'amitié, et dit: «Je ferai voir dans ce livre qu'il y a cent -manières de témoigner son amitié sans le dire, ou de dire -par ses actions qu'on n'a point d'amitié lorsque la bouche -traîtreusement assure le contraire. Je ne parle pour -personne, mais ce qui est écrit est écrit<a id="FNanchor_695" href="#Footnote_695" class="fnanchor"> [695]</a>.»</p> - -<p>Le passage suivant fait encore allusion au genre de -peines que madame de Sévigné éprouvait souvent de la -part de sa fille alors même qu'elle jouissait du bonheur -de la posséder, et il contient un reproche indirect et bien -tendre, souvent répété dans le cours de cette correspondance.</p> - -<p><span class="pagenum"><a id="Page_357"> 357</a></span> -«Il y a demain un bal chez <span class="small1">Madame</span>; j'ai vu chez -<span class="small1">Mademoiselle</span> l'agitation des pierreries; cela m'a fait -souvenir des tribulations passées, et plût à Dieu y être encore! -Pouvais-je être malheureuse avec vous? toute ma vie -est pleine de repentir. Monsieur Nicole, ayez pitié de moi, -et me faites bien envisager les ordres de la Providence. -Adieu, ma chère fille; je n'oserais dire que je vous adore, -mais je ne puis concevoir qu'il y ait un degré d'amitié au -delà de la mienne; vous m'adoucissez et m'augmentez -mes ennuis par les aimables et douces assurances de la -vôtre<a id="FNanchor_696" href="#Footnote_696" class="fnanchor"> [696]</a>.»</p> - -<p>Cette autre fin de lettre, qu'avaient retranchée les premiers -éditeurs, nous révèle encore plus clairement ce -qui troublait les jouissances que goûtait madame de Sévigné -dans son affection pour sa fille. «Adieu, ma très-chère -et très-aimable; je prendrai grand plaisir à lire le chapitre -de la tendresse que vous avez pour moi; je vous -promets de demeurer fixée dans l'opinion que j'en ai; -mais, pour plus grande sûreté, soyez fixée aussi à m'en -donner des marques, comme vous faites. Vous savez -avec quelle passion je vous aime et quelle inclination -j'ai eue toute ma vie pour vous; tout ce qui peut m'avoir -rendue haïssable venait de ce fond; il est en vous de me -rendre la vie heureuse ou malheureuse<a id="FNanchor_697" href="#Footnote_697" class="fnanchor"> [697]</a>.»</p> - -<p>On voit encore, dans une autre lettre, que madame de -Sévigné trouvait dans l'exactitude que sa fille mettait à -lui écrire des preuves plus fortes de son attachement -que dans les protestations de tendresse que celle-ci se -<span class="pagenum"><a id="Page_358"> 358</a></span> -croyait obligée de lui adresser pour calmer les inquiétudes -de son cœur maternel. «Vous me voulez aimer pour -vous et pour votre enfant: hé! ma chère fille, n'entreprenez -pas tant de choses! Quand vous pourriez atteindre -à m'aimer autant que je vous aime, ce qui n'est pas une -chose possible, ni même selon l'ordre de Dieu, il faudrait -toujours que ma petite fût par-dessus le marché; c'est le -trop plein de la tendresse que j'ai pour vous<a id="FNanchor_698" href="#Footnote_698" class="fnanchor"> [698]</a>.»</p> - -<p>Madame de Sévigné revient encore sur ces tristes souvenirs -dans une lettre où elle répond à des observations, -fort justes peut-être, sur sa trop grande susceptibilité, -mais dont elle ne se montre pas très-satisfaite.—«Il est -vrai qu'il ne faudrait s'attacher à rien et qu'à tout moment -on se trouve le cœur arraché dans les grandes et -petites choses; mais le moyen? Il faut donc toujours avoir -cette <i>morale</i> dans les mains comme du vinaigre au nez, -de peur de s'évanouir.—Je vous avoue, ma fille, que -mon cœur me fait bien souffrir. J'ai bien meilleur marché -de mon esprit et de mon humeur. Je suis très-contente -de votre amitié. Ne croyez pas, au moins, que je sois -trop délicate et trop difficile; ma tendresse me pourrait -rendre telle, mais je ne l'ai jamais écoutée, et quand -elle n'est point raisonnable je la gourmande; mais -croyez-moi de bonne foi, et, dans le temps que je vous -aime le plus et que je crois que vous m'aimez, croyez -que les choses qui m'ont touchée auraient touché qui que -ce soit au monde. Je vous dis tout cela pour vous ôter -de l'esprit qu'il y ait aucune peine à vivre avec moi ni -qu'il faille des observations fatigantes. Non, ma bonne, il -<span class="pagenum"><a id="Page_359"> 359</a></span> -faut faire comme vous faites et comme vous avez su si -bien faire quand vous avez voulu; cette capacité qui est -en vous rendrait le contraire plus douloureux<a id="FNanchor_699" href="#Footnote_699" class="fnanchor"> [699]</a>.»</p> - -<p>Madame de Grignan avait fait des réflexions morales -au sujet des vaines inquiétudes que l'on a pour un avenir -qui bien souvent ne se réalise pas, ou qui, s'il se réalise, -nous paraît alors tout autre qu'à l'époque où sa prévision -fut la cause de notre tourment. Nous craignons des -maux qui perdent ce nom par le changement de nos pensées -et de nos inclinations<a id="FNanchor_700" href="#Footnote_700" class="fnanchor"> [700]</a>. Et à ce sujet, pour mieux faire -goûter sa morale, madame de Grignan avait exalté les -bonnes qualités de sa mère et déprécié les siennes. Madame -de Sévigné, qui ne pouvait être dupe d'un tel stratagème -oratoire, lui répond avec une grande gravité: «Vous -n'êtes point sincère quand vous me louez tant aux dépens -de vous-même, et vous méprisant comme vous faites. Il -me siérait mal de faire votre panégyrique à vous-même, -et vous ne voulez jamais que je dise du mal de moi..... -Vous avez un fonds de raison et de courage que j'honore; -pour moi, je n'en ai point tant, surtout quand mon cœur -prend le soin de m'affliger. Mes paroles sont assez bonnes; -je les range comme ceux qui disent bien; mais la tendresse -de mes sentiments me tue. Par exemple, je n'ai -point été trompée dans les douleurs d'être séparée de -vous; je les ai imaginées comme je les sens; j'ai compris -que rien ne me remplirait votre place, que votre souvenir -me serait toujours sensible au cœur; que je m'ennuierais -<span class="pagenum"><a id="Page_360"> 360</a></span> -de votre absence, que je serais en peine de votre santé; -que jour et nuit je serais occupée de vous. Je sens tout -cela comme je l'avais prévu. Il y a plusieurs endroits -sur lesquels je n'ai pas la force d'appuyer; toute ma -pensée glisse là-dessus, comme vous disiez, et je n'ai -pas trouvé que le proverbe fût vrai pour moi, <i>d'avoir -la robe selon le froid</i>. Je n'ai point de robe pour ce -froid-là<a id="FNanchor_701" href="#Footnote_701" class="fnanchor"> [701]</a>.»</p> - -<p>Cependant madame de Sévigné avait beaucoup de ressort -dans le caractère, de la gaieté et de la vivacité; -elle s'intéressait à tout, aimait le monde, et se plaisait -dans la solitude; jouissait des personnes aimables, spirituelles -ou instruites qu'elle rencontrait, et savait supporter -celles dont la société était ennuyeuse, l'esprit borné -ou futile, et assortir sa conversation à la leur. Madame -de Grignan, au contraire, était sujette aux vapeurs; -elle s'ennuyait facilement; il lui fallait de la compagnie, -et une compagnie qui lui convînt<a id="FNanchor_702" href="#Footnote_702" class="fnanchor"> [702]</a>. Ce défaut venait en -partie de son éducation et de l'habitude qu'elle avait -contractée de la société de sa mère, de la trop grande -indulgence et des extrêmes complaisances de celle-ci pour -elle dans sa jeunesse. Le soufflet donné par elle à mademoiselle -du Plessis le prouve<a id="FNanchor_703" href="#Footnote_703" class="fnanchor"> [703]</a>; et c'est ce qui ressort -aussi évidemment de plusieurs passages des lettres de -<span class="pagenum"><a id="Page_361"> 361</a></span> -madame de Sévigné et notamment de celui-ci: «Vous -aimer, penser à vous, m'attendrir à tout moment plus -que je ne voudrais, m'occuper de vos affaires, m'inquiéter -de ce que vous pensez, sentir vos ennuis et vos peines, -les vouloir souffrir pour vous s'il était possible, écumer -votre cœur comme j'écumais votre chambre des fâcheux -dont je la voyais remplie; en un mot, comprendre vivement -ce que c'est que d'aimer quelqu'un plus que soi-même, -voilà comme je suis: c'est une chose qu'on dit -souvent en l'air; on abuse de cette expression, moi je la -répète; et, sans la profaner jamais, je la sens tout entière -en moi, et cela est vrai<a id="FNanchor_704" href="#Footnote_704" class="fnanchor"> [704]</a>.»</p> - -<p>Rien ne touchait plus madame de Sévigné que les marques -de tendresse que lui donnait sa fille. Elle en était -avide, et il semble qu'elle craint toujours que ce cœur, dans -lequel elle voudrait habiter, ne se refroidisse et ne devienne -indifférent pour elle. Aux premières lettres qu'elle reçoit -de madame de Grignan, elle répond:</p> - -<p>«Je reçois vos lettres, ma bonne, comme vous avez -reçu ma bague. Je fonds en larmes en les lisant; il semble -que vous m'écriviez des injures, ou que vous soyez malade, -ou qu'il vous soit arrivé quelque accident; et c'est -tout le contraire. Vous m'aimez, ma chère enfant, et -vous me le dites d'une manière que je ne puis soutenir -sans des pleurs en abondance. Vous continuez votre -voyage sans aucune aventure fâcheuse, et lorsque j'apprends -tout cela, qui est justement tout ce qui me peut -être le plus agréable dans l'état où je suis, vous vous -<span class="pagenum"><a id="Page_362"> 362</a></span> -avisez donc de penser à moi, vous en parlez, et vous -aimez mieux m'écrire vos sentiments que vous n'aimez à -me les dire. De quelque façon qu'ils me viennent, ils sont -reçus avec une tendresse et une sensibilité qui n'est comprise -que de ceux qui savent aimer comme je fais. Vous -me faites sentir pour vous tout ce qu'il est possible de -sentir de tendresse<b>. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .</b> -Adieu, ma chère enfant, l'unique passion de mon cœur, -le plaisir et la douleur de ma vie; aimez-moi toujours, c'est -la seule chose qui peut me donner de la consolation<a id="FNanchor_705" href="#Footnote_705" class="fnanchor"> [705]</a>.»</p> - -<p>Deux jours après, madame de Sévigné reçoit encore -de nouvelles lettres de sa fille; et, quoique brèves, elles -dissipent tous les doutes qui s'étaient élevés dans son esprit -en trouvant sa fille si peu expansive à son égard -lorsqu'elles étaient toutes deux ensemble.</p> - -<p>«Vos lettres, lui dit-elle, sont premièrement très-bien -écrites, et de plus si tendres et si naturelles qu'il est impossible -de ne les pas croire; la défiance même en serait -convaincue: elles ont le caractère de vérité qui se maintient -toujours et qui se fait voir avec autorité... Vos -paroles ne servent tout au plus qu'à vous expliquer; et, -dans cette noble simplicité, elles ont une force à quoi -l'on ne peut résister. Voilà, ma bonne, comme vos lettres -<span class="pagenum"><a id="Page_363"> 363</a></span> -m'ont paru; jugez quel effet elles me font et quelles -sortes de larmes je répands en me trouvant persuadée -de la vérité de toutes les vérités que je souhaite le plus -sans exception! Vous pouvez juger par là de ce que m'ont -fait toutes les choses qui m'ont donné autrefois un sentiment -contraire. Si mes paroles ont la même puissance -que les vôtres, il ne faut pas vous en dire davantage. Je -suis assurée que mes vérités ont fait sur vous leur effet -ordinaire. Mais je ne veux point que vous disiez que -j'étais un rideau qui vous cachait. Tant pis si je vous cachais, -vous êtes encore plus aimable quand on a tiré le -rideau; il faut que vous soyez à découvert pour être dans -votre perfection: nous l'avons dit mille fois. Pour moi, il -me semble que je suis toute nue, qu'on m'a dépouillée de -tout ce qui me rendait aimable. Je n'ose plus voir le -monde; et quoi qu'on ait fait pour m'y remettre, j'ai passé -tous ces jours comme un loup garou, ne pouvant faire -autrement. <i>Peu de gens sont dignes de comprendre ce -que je sens.</i> J'ai cherché ceux qui sont de ce petit nombre, -et j'ai évité les autres<a id="FNanchor_706" href="#Footnote_706" class="fnanchor"> [706]</a>.»</p> - -<p>Sept jours après avoir écrit cette lettre, madame de -Sévigné s'exprime sur le même sujet d'une manière plus -significative encore dans sa réponse à une nouvelle lettre -de sa fille.</p> - -<p><span class="pagenum"><a id="Page_364"> 364</a></span> -«Je vous conjure, ma chère bonne, de conserver vos -yeux.—Pour les miens, vous savez qu'ils doivent mourir -à votre service. Vous comprenez bien, ma belle, que, de -la manière dont vous m'écrivez, il faut que je pleure en -lisant vos lettres. Pour comprendre quelque chose à l'état -où je suis, joignez, ma bonne, à la tendresse et à l'inclination -naturelle que j'ai pour votre personne la petite circonstance -d'être persuadée que vous m'aimez, et jugez de -l'excès de mes sentiments. Méchante, pourquoi me cachez-vous -quelquefois de si précieux trésors? Vous avez peur -que je ne meure de joie; mais ne craignez-vous pas aussi -que je ne meure de déplaisir de croire et de voir le contraire? -Je prends d'Hacqueville à témoin de l'état où il -m'a vue autrefois. Mais quittons ces tristes souvenirs, et -laissez-moi jouir d'un bien sans lequel la vie m'est dure et -fâcheuse. Ce ne sont point des paroles, ce sont des vérités. -Madame de Guénégaud m'a mandé de quelle manière -elle vous a vue; pour moi, je vous conjure, ma bonne, -d'en conserver le fond; mais plus de larmes, je vous en -conjure: elles ne vous sont pas si saines qu'à moi. Je suis -présentement assez raisonnable, je me soutiens au besoin, -et quelquefois je suis quatre ou cinq heures tout comme -un autre; mais peu de chose me remet à mon premier -état: un souvenir, un lieu, une parole, une pensée un -peu trop arrêtée; vos lettres surtout, les miennes même -en les écrivant, quelqu'un qui me parle de vous, voilà -des écueils à ma constance, et ces écueils se rencontrent -souvent<b>. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .</b> -Ah! ma bonne, je voudrais bien vous voir un peu, vous -entendre et vous embrasser, vous voir passer, si c'est trop -que le reste. Eh bien! voilà de ces pensées à quoi je ne -résiste pas; je sens qu'il m'ennuie de ne vous plus avoir; -<span class="pagenum"><a id="Page_365"> 365</a></span> -cette séparation me fait une douleur au cœur et à l'âme, -que je sens comme un mal du corps<a id="FNanchor_707" href="#Footnote_707" class="fnanchor"> [707]</a>.»</p> - -<p>Elle ne termine presque jamais sa lettre sans prier -sa fille de l'aimer, sans renouveler le témoignage de sa -tendresse par une expression vive et forte.—«Ma fille, -aimez-moi donc toujours;—c'est ma vie, c'est mon âme -que votre amitié;—je vous le disais l'autre jour, elle fait -toute ma joie et toutes mes douleurs.» Dans une autre lettre: -«Je souhaite, ma petite, que vous m'aimiez toujours; -c'est ma vie, c'est l'air que je respire<a id="FNanchor_708" href="#Footnote_708" class="fnanchor"> [708]</a>.» Dans une autre -encore elle termine ainsi: «Je vous remercie de vos -soins, de votre amitié, de vos lettres; ma vie tient à toutes -ces choses-là<a id="FNanchor_709" href="#Footnote_709" class="fnanchor"> [709]</a>.» Dans une autre enfin: «Vous êtes -mon cœur et ma vie. <i>Seposto ho il cor nelle sue mani, a -lei stara di farsi amar quanto le piace</i><a id="FNanchor_710" href="#Footnote_710" class="fnanchor"> [710]</a>.»</p> - -<p>Madame de Sévigné comprenait tout ce qu'il y avait -d'insensé dans l'excès de cette tendresse; aussi cherchait-elle -à la combattre par la raison, par la religion, par tous -les genres de distractions qui s'alliaient avec sa position, -ses inclinations et ses devoirs; et c'est lorsqu'elle veut -<span class="pagenum"><a id="Page_366"> 366</a></span> -badiner de sa peine, c'est lorsque la violence de ses sentiments -se trahit malgré ses efforts pour les comprimer -qu'elle nous touche le plus; alors sa délirante gaieté nous -serre le cœur et rend plus déchirant encore le cri de douleur -qui la termine. Madame de Grignan était au château -de Grignan. Elle écrit à madame de Sévigné, alors aux -Rochers, qu'elle se fait peindre; que le comte de Grignan -s'amuse à jouer au mail, qu'il y est très-adroit, et qu'enfin -il embrasse sa belle-mère. Rien ne paraît plus ordinaire -et plus simple que ces détails, rien de moins propre -en apparence à émouvoir la sensibilité. Mais voyez l'émotion -qu'ils excitent dans le sein de cette pauvre mère, et -jugez-en par ce peu de paroles qu'elle jette sur le papier: -«Vous dites donc que M. de Grignan m'embrasse. Vous -perdez le respect, mon pauvre Grignan. Viens donc un -peu jouer dans mon mail, je t'en conjure; il y fait si beau; -j'ai tant d'envie de vous voir jouer; vous avez si bonne -grâce, vous faites de si beaux coups! Vous êtes bien cruel -de me refuser une promenade d'une heure seulement. Et -vous, ma petite, venez, nous causerons... Ah! mon Dieu! -j'ai bien envie de pleurer<a id="FNanchor_711" href="#Footnote_711" class="fnanchor"> [711]</a>.»</p> - -<p>Au milieu des plaisirs du monde, de la musique et des -danses, madame de Sévigné se trouvait tout à coup assaillie -par le souvenir de sa fille et plongée dans une invincible -mélancolie. Les airs d'Ytier, que sa fille aimait, faisaient -sur elle une impression douloureuse. Au sortir d'un -bal où elle avait assisté à Vitré, elle écrit à madame de -Grignan, du cabinet de la duchesse de Chaulnes: «Mais -sera-t-il possible, ma fille, que M. de Grignan ne me -<span class="pagenum"><a id="Page_367"> 367</a></span> -donne jamais le plaisir de vous voir danser un moment? -Quoi! je ne reverrai jamais cette danse et cette grâce parfaite -qui m'allait droit au cœur? Je meurs d'envie de pleurer -au bal, et quelquefois j'en passe mon envie sans que -personne s'en aperçoive; certains airs, certaines danses -font cet effet très-ordinairement<a id="FNanchor_712" href="#Footnote_712" class="fnanchor"> [712]</a>.»</p> - -<p>De cette éloquence du sentiment, qui s'élève quelquefois -jusqu'au sublime, madame de Sévigné tombe dans le plaisant -et le grotesque, et elle exprime alors non moins énergiquement -ce qu'elle éprouve, comme dans cette fin d'une -de ses lettres: «Adieu, ma très-aimable bonne, je ne -pense qu'à vous; si, par un miracle que je n'espère ni -ne veux, vous étiez hors de ma pensée, il me semble que -je serais vide de tout, comme une figure de Benoît.» -Ce Benoît était un artiste qui excellait à faire des portraits -en cire; il montrait pour de l'argent, réunies dans -un grand salon, les effigies des principaux seigneurs de -la cour, revêtus de leurs plus brillants costumes<a id="FNanchor_713" href="#Footnote_713" class="fnanchor"> [713]</a>. Dans -une autre lettre, où elle plaisante sur son défaut de mémoire, -elle dit: «Nous sentons plus que jamais que la -mémoire est dans le cœur; car quand elle ne nous vient -pas de cet endroit, nous n'en avons pas plus que des -lièvres<a id="FNanchor_714" href="#Footnote_714" class="fnanchor"> [714]</a>.»</p> - -<p>Cependant un jubilé était ouvert; la semaine sainte -approchait, et madame de Sévigné, pour échapper aux -pensées qu'elle se reproche et qui la tourmentent, se rend -<span class="pagenum"><a id="Page_368"> 368</a></span> -à Livry, afin d'y passer quelques jours dans une retraite -pieuse, bien résolue, tant qu'elle y serait, de ne point écrire -à sa fille. Vaine résolution!—Elle se trouve forcée de retourner -à Paris, où elle termine les tristes et humiliants -aveux commencés à Livry.</p> - -<p>«Ma chère bonne, il y a trois heures que je suis partie -de Paris avec l'abbé (de Coulanges, son tuteur), Hélène -(sa femme de chambre), Hébert (son valet de chambre) -et Marphise (sa chienne), dans le dessein de me retirer -du monde et du bruit jusqu'à jeudi au soir. Je prétends -être en solitude; je fais de ceci une petite Trappe; je -veux y prier Dieu, y faire mille réflexions; j'ai résolu -d'y jeûner beaucoup, pour toutes sortes de raisons; de -marcher pour tout le temps que j'ai été dans ma chambre, -et surtout de m'ennuyer pour l'amour de Dieu. Mais ce -que je ferai beaucoup mieux que tout cela, c'est de penser -à vous, ma fille; je n'ai pas encore cessé depuis que je -suis arrivée, et, ne pouvant contenir tous mes sentiments, -je me suis mise à vous écrire au bout de cette petite allée -sombre que vous aimez, assise sur ce siége de mousse où -je vous ai vue quelquefois couchée. Mais, mon Dieu! où -ne vous ai-je point vue ici? et de quelle façon toutes ces -pensées me traversent-elles le cœur? Il n'y a point d'endroit, -point de lieu, ni dans la maison, ni dans l'église, -ni dans le pays, ni dans le jardin, où je ne vous ai vue... -Je vous vois, vous m'êtes présente; je pense et je repense -à vous. Ma tête et mon esprit se creusent; mais j'ai beau -tourner, j'ai beau chercher cette chère enfant que j'aime -avec tant de passion, elle est à deux cents lieues de moi, -je ne l'ai plus. Sur cela, je pleure sans pouvoir m'en empêcher. -Ma chère bonne, voilà qui est bien faible; pour -moi, je ne sais point être forte contre une tendresse si -<span class="pagenum"><a id="Page_369"> 369</a></span> -juste et si naturelle. L'état où ce lieu m'a mise est une -chose incroyable: je vous prie de ne pas parler de mes -faiblesses; mais vous devez aimer et respecter mes larmes, -qui viennent d'un cœur tout à vous<a id="FNanchor_715" href="#Footnote_715" class="fnanchor"> [715]</a>.»</p> - -<p>Puis encore, le surlendemain, elle reprend la plume -pour faire une nouvelle infraction à la résolution qu'elle -avait prise; et le jeudi saint elle écrit: «Si j'avais autant -pleuré mes péchés que j'ai pleuré pour vous depuis que -je suis ici, je serais très-bien disposée pour faire mes pâques -et mon jubilé. J'ai passé ici le temps que j'avais résolu, -et de la manière dont je l'avais prévu. C'est une -chose étrange qu'une imagination vive qui représente -toutes choses comme si elles étaient encore; sur cela, on -songe au présent; et quand on a le cœur comme je l'ai, -on se meurt. Je ne sais où me sauver de vous; notre maison -de Paris m'assomme encore tous les jours, et Livry -m'achève. Pour vous, c'est par un effort de mémoire que -vous pensez à moi; la Provence n'est point obligée de me -rendre à vous, comme ces lieux-ci doivent vous rendre à -moi. J'ai trouvé de la douceur dans la tristesse que j'ai eue -ici. Une grande solitude, un grand silence, un office triste, -des ténèbres chantées avec dévotion, un jeûne canonique, -et une beauté dans ces jardins dont vous seriez charmée; -tout cela m'a plu. Je n'avais jamais été à Livry la semaine -sainte. Hélas! que je vous y ai souhaitée! Quelque ennemie -que vous soyez de la solitude, vous auriez été contente -de celle-ci. Mais je m'en retourne à Paris par nécessité. -Je veux demain aller à la Passion du P. Bourdaloue -<span class="pagenum"><a id="Page_370"> 370</a></span> -et du P. Mascaron. J'ai toujours honoré les belles Passions. -Adieu, ma chère petite; voilà ce que vous aurez de -Livry; j'achèverai cette lettre à Paris. Si j'avais eu la -force de ne vous y point écrire, et de faire un sacrifice à -Dieu de tout ce que j'ai senti, cela vaudrait mieux que -toutes les pénitences du monde; mais, au lieu d'en faire -un bon usage, j'ai cherché de la consolation à vous en -parler. Ah! ma bonne, que cela est faible et misérable<a id="FNanchor_716" href="#Footnote_716" class="fnanchor"> [716]</a>!»</p> - -<p>Elle retourne à Paris, et revient ensuite à Livry; mais -en s'y rendant elle avait été dîner à Pomponne avec son -vieil ami, le père du marquis de Pomponne, et Arnauld -d'Andilly, dont les sages admonitions firent sur elle une -forte impression, sans qu'elle en devînt plus raisonnable. -Voici ce qu'elle écrit à sa fille de cet homme vénérable, -âgé alors de quatre-vingt-trois ans: «Je le trouvai dans -une augmentation de sainteté qui m'étonna: plus il approche -de la mort, plus il s'épure. Il me gronda très-sérieusement; -et, transporté de zèle et d'amitié pour moi, -il me dit que j'étais folle de ne point songer à me convertir; -que j'étais une jolie païenne; que je faisais de vous -une idole de mon cœur; que cette sorte d'idolâtrie était -aussi dangereuse qu'une autre, quoiqu'elle me parût -moins criminelle; qu'enfin je songeasse à moi: il me -dit tout cela si fortement que je n'avais pas le mot à dire. -Enfin, après six heures de conversation très-agréable, -quoique très-sérieuse, je le quittai, et vins ici, où je trouvai -tout le triomphe du mois de mai: le rossignol, le coucou, -la fauvette ont ouvert le printemps dans nos forêts; -<span class="pagenum"><a id="Page_371"> 371</a></span> -je m'y suis promenée le soir toute seule, j'y ai trouvé toutes -mes tristes pensées; mais je ne veux plus vous en parler<a id="FNanchor_717" href="#Footnote_717" class="fnanchor"> [717]</a>.»</p> - -<p>Elle était bien loin de pouvoir garder cette résolution, -qui ne fut jamais prise par elle sérieusement, puisque, encore -près d'un an après la date de cette lettre, elle avoue -qu'elle se trouve dans des dispositions toutes différentes, -et que tout renouvelait ses douleurs. Le cardinal de Retz -avait quitté sa retraite pour faire à Paris une courte apparition; -il y avait été reçu par M. de la Rochefoucauld, -madame de la Fayette et madame de Sévigné avec un -empressement et une cordialité proportionnés à l'affection -sincère qu'il avait dans tous les temps inspirée à ses anciens -amis<a id="FNanchor_718" href="#Footnote_718" class="fnanchor"> [718]</a>. Madame de Sévigné parle ainsi de lui à sa -fille: «Nous tâchons d'amuser notre bon cardinal; Corneille -lui a lu une pièce qui sera jouée dans quelque temps -et qui fait souvenir des anciennes. Molière lui lira samedi -<i>Trissotin</i><a id="FNanchor_719" href="#Footnote_719" class="fnanchor"> [719]</a>, qui est une fort plaisante chose. Despréaux lui -donnera son <i>Lutrin</i> et son <i>Art poétique</i>: voilà tout ce -qu'on peut faire pour son service. Il vous aime de tout son -cœur, ce pauvre cardinal; il parle souvent de vous, et vos -louanges ne finissent pas si aisément qu'elles commencent. -Mais, hélas! quand nous songeons qu'on nous a enlevé -notre chère enfant, rien n'est capable de nous consoler; -pour moi, je serais très-fâchée d'être consolée; je ne me -pique ni de fermeté ni de philosophie; mon cœur me mène -et me conduit. On disait l'autre jour (je crois vous l'avoir -<span class="pagenum"><a id="Page_372"> 372</a></span> -mandé) que la vraie mesure du cœur c'est la capacité -d'aimer; je me trouve d'une grande élévation par cette -règle; elle me donnerait trop de vanité si je n'avais mille -autres sujets de me remettre à ma place<a id="FNanchor_720" href="#Footnote_720" class="fnanchor"> [720]</a>.»</p> - -<p>Les Rochers, où madame de Sévigné avait tant de fois -goûté le plaisir de se trouver seule avec sa fille, font sur -elle la même impression que Livry lorsqu'elle y rentre -pour la première fois après le départ de madame de Grignan, -et elle écrit: «Enfin, ma fille, me voici dans ces -pauvres <i>Rochers</i>: peut-on revoir ces allées, ces devises, -ce petit cabinet, ces livres, cette chambre sans mourir -de tristesse? Il y a des souvenirs agréables; mais il y en -a de si vifs et de si tendres qu'on a peine à les supporter. -Ceux que j'ai de vous sont de ce nombre. Ne comprenez-vous -pas bien l'effet que cela peut faire dans un cœur -comme le mien?—J'ai quelquefois des rêveries, dans ces -bois, d'une telle noirceur que j'en reviens plus changée -que dans un accès de fièvre<a id="FNanchor_721" href="#Footnote_721" class="fnanchor"> [721]</a>.»</p> - -<p>Un an après que sa fille l'eut quittée, le jour anniversaire -où elle la maria, dans ce même couvent des sœurs -de Sainte-Marie du Faubourg, où elle la fit élever, madame -de Sévigné se trouva saisie d'une si forte douleur -qu'elle ne put s'empêcher de prendre la plume pour exprimer -tout ce qu'elle ressentait. «Me voici dans un lieu, -ma bonne, qui est le lieu du monde où j'ai pleuré, le jour -de votre départ, le plus abondamment et le plus amèrement. -La pensée m'en fait encore tressaillir. Ma bonne, -je n'en puis plus; votre souvenir me tue en mille occasions. -<span class="pagenum"><a id="Page_373"> 373</a></span> -J'ai pensé mourir dans ce jardin, où je vous ai vue -mille fois; je ne veux point vous dire en quel état je suis: -vous avez une vertu sévère qui n'entre point dans la faiblesse -humaine. Il y a des heures, des moments où je ne -suis pas la maîtresse; je suis faible, et je ne me pique -point de ne l'être pas<a id="FNanchor_722" href="#Footnote_722" class="fnanchor"> [722]</a>.»</p> - -<p>Madame de Sévigné fut vivement touchée de l'exactitude -que madame de Grignan mettait à lui écrire. «Dès -que j'ai reçu une de vos lettres, lui dit-elle, j'en voudrais -tout à l'heure une autre; je ne respire que d'en recevoir.» -Elle lui témoigne sans cesse le plaisir qu'elle ressent -lorsque ses lettres lui parviennent; ses inquiétudes, ses -impatiences quand elles n'arrivent pas aussitôt qu'elle les -espère; la consolation et le soulagement que leur lecture -lui procure. Elle cherche à l'encourager dans cette -voie par des éloges souvent répétés<a id="FNanchor_723" href="#Footnote_723" class="fnanchor"> [723]</a>. Mais toutefois, au -milieu de toutes ces louanges, on aperçoit quelquefois ce -qui manquait aux lettres de madame de Grignan pour -être entièrement du goût de sa mère. Puisqu'elle l'invite -à ne jamais quitter le naturel, qui, selon elle, «surpasse -un style parfait,» c'est que sa fille tombait souvent -dans l'affectation. Les observations de madame de -Sévigné produisaient leur effet: non que madame de -Grignan adoptât les idées de sa mère sur les points importants -de philosophie, de religion, de littérature; madame -de Grignan avait au contraire sur toutes ces -<span class="pagenum"><a id="Page_374"> 374</a></span> -matières des opinions très-arrêtées, qui en bien des points -différaient de celles de sa mère; mais elle devait à celle-ci -une partie de son instruction. Pour l'italien, elle n'avait -pas eu d'autre maître<a id="FNanchor_724" href="#Footnote_724" class="fnanchor"> [724]</a>; et le témoignage de tout -le monde, comme son propre jugement, lui faisait sentir -combien, dans le commerce épistolaire, sa mère lui était -supérieure par l'esprit, les saillies et le prestige de l'imagination. -Dès son enfance, et dans le court séjour qu'elle -avait fait au couvent de Sainte-Marie de Nantes, elle avait -eu soin de garder les lettres qu'elle recevait de madame de -Sévigné<a id="FNanchor_725" href="#Footnote_725" class="fnanchor"> [725]</a>. Depuis elle ne cessa jamais de les conserver -religieusement; et soit que ce soin fût dû à la piété filiale -ou à l'excellence de son goût, on ne lui en est pas moins -redevable du plus admirable recueil dont notre littérature -puisse se glorifier. Mais peut-être est-ce à sa vanité qu'on -doit attribuer la destruction de ses propres lettres, qui -eussent jeté tant de jour sur celles de sa mère et que -celle-ci, sans nul doute, avait conservées comme un précieux -trésor. Il est certain que madame de Grignan ne -paraissait pas contente des lettres qu'elle écrivait. Madame -de Sévigné la gronde souvent sur son excès de modestie<a id="FNanchor_726" href="#Footnote_726" class="fnanchor"> [726]</a>. -«Vous me déplaisez, lui dit-elle, mon enfant, en -parlant comme vous faites de vos aimables lettres. Quel -<span class="pagenum"><a id="Page_375"> 375</a></span> -plaisir prenez-vous à dire du mal de votre esprit, de votre -style, de vous comparer à la princesse d'Harcourt? Où -prenez-vous cette fausse et offensante humilité?»</p> - -<p>Par là nous apprenons que la princesse d'Harcourt, la -fille de Brancas le distrait<a id="FNanchor_727" href="#Footnote_727" class="fnanchor"> [727]</a>, avait peu d'esprit; mais c'était -une belle femme, et sous ce rapport la comparaison -n'avait rien d'humiliant pour madame de Grignan. La -princesse d'Harcourt se trouvait enceinte en même temps -que cette dernière, ce qui était une conformité de plus<a id="FNanchor_728" href="#Footnote_728" class="fnanchor"> [728]</a>.</p> - -<p>Madame de Sévigné savait que sa fille montrait ses -lettres<a id="FNanchor_729" href="#Footnote_729" class="fnanchor"> [729]</a> ou les lisait aux personnes de sa connaissance en -supprimant les louanges qu'elle lui donnait et ce qui lui -était personnel; ce dont sa mère lui savait très-mauvais -gré, car elle en agissait tout autrement. «Mais vous êtes -bien plaisante, madame la comtesse, de montrer mes -lettres! Où est donc ce principe de cachoterie pour ce que -vous aimez? Vous souvient-il avec quelle peine nous attrapions -les dates de celles de M. de Grignan? Vous pensez -m'apaiser par vos louanges, et me traiter toujours -comme la Gazette de Hollande; je m'en vengerai. Vous -cachez les tendresses que je vous mande, friponne; et moi -je montre quelquefois, et à certaines gens, celles que vous -m'écrivez. Je ne veux pas qu'on croie que j'ai pensé -<span class="pagenum"><a id="Page_376"> 376</a></span> -mourir, et que je pleure tous les jours, <i>pour qui? pour -une ingrate</i>. Je veux qu'on voie que vous m'aimez, et -que, si vous avez mon cœur tout entier, j'ai une place -dans le vôtre.»</p> - -<p>Cette certitude qu'avait madame de Sévigné que les -lettres qu'elle écrivait à sa fille étaient souvent lues par -M. de Grignan, auquel elles plaisaient beaucoup<a id="FNanchor_730" href="#Footnote_730" class="fnanchor"> [730]</a>, et aussi -par d'autres personnes, ne la gênait nullement. Jamais -elle ne se corrigeait, et elle n'avait, comme elle le dit, -qu'un trait de plume<a id="FNanchor_731" href="#Footnote_731" class="fnanchor"> [731]</a>.</p> - -<p>Aussi savait-elle très-bien qu'il lui échappait beaucoup -d'incorrections. «Est-il possible, dit-elle à madame de -Grignan, que mes lettres vous soient agréables au point -où vous me le dites? Je ne les sens point telles en sortant -de mes mains; je crois qu'elles le deviennent quand elles -ont passé par les vôtres. Enfin, ma chère enfant, c'est un -grand bonheur que vous les aimiez; car, de la manière -dont vous en êtes accablée, vous seriez fort à plaindre si -cela était autrement. M. de Coulanges est bien en peine -de savoir laquelle de vos <i>madames</i> y prend goût; nous -trouvons que c'est un bon signe pour elle, car mon style -est si négligé qu'il faut avoir un esprit naturel et du -monde pour pouvoir s'en accommoder<a id="FNanchor_732" href="#Footnote_732" class="fnanchor"> [732]</a>.»</p> - -<p>Madame de Sévigné faisait cas du goût de sa fille en -matière de style. «Je suis ravie, lui dit-elle, que vous ayez -<span class="pagenum"><a id="Page_377"> 377</a></span> -approuvé mes lettres; vos approbations et vos louanges -sincères me font un plaisir qui surpasse tout ce qui me -vient d'ailleurs<a id="FNanchor_733" href="#Footnote_733" class="fnanchor"> [733]</a>.»</p> - -<p>Madame de Sévigné écrivait à sa fille à toutes les heures -du jour, souvent le matin, après dîner, après souper, -quelquefois fort tard dans la nuit<a id="FNanchor_734" href="#Footnote_734" class="fnanchor"> [734]</a>, non-seulement chez -elle, mais chez ses parents et chez ses amis, chez toutes -les personnes où elle était assez libre pour pouvoir le faire; -chez sa tante de la Trousse, chez son cousin de Coulanges, -chez madame de la Fayette. Autrement, quand elle dînait -en ville, si le départ de la poste l'exigeait, elle rentrait -chez elle pour expédier son courrier. Le plus souvent -aussi elle commençait ses lettres à sa fille bien avant le -jour du départ; c'est ce qu'elle appelait écrire de provision<a id="FNanchor_735" href="#Footnote_735" class="fnanchor"> [735]</a>, -ou, comme elle le dit plaisamment, faire comme -Arlequin, qui répond avant d'avoir reçu la lettre. Elle continuait -quelquefois la même lettre pendant trois jours de -suite, ce qui explique l'extrême longueur de quelques-unes; -et comme souvent, en achevant, elle avait oublié -ce qu'elle avait dit en commençant, elle revenait sur les -mêmes nouvelles. «Quand je m'aperçois, dit-elle, de ces -répétitions, je fais une grimace épouvantable; mais il -n'en est autre chose, car il est tard; je ne sais point raccommoder, -et je fais mon paquet. Je vous mande cela une -<span class="pagenum"><a id="Page_378"> 378</a></span> -fois pour toutes, afin que vous excusiez cette radoterie<a id="FNanchor_736" href="#Footnote_736" class="fnanchor"> [736]</a>.» -Elle écrivait avec rapidité, et ses lettres étaient, selon elle, -tracées avec la plume des vents<a id="FNanchor_737" href="#Footnote_737" class="fnanchor"> [737]</a>. Elle aimait à faire ce -qu'elle appelait des réponses à la chaude, c'est-à-dire sous -l'impression de la lettre qu'elle venait de lire<a id="FNanchor_738" href="#Footnote_738" class="fnanchor"> [738]</a>. Quand -elle écrivait en compagnie, soit chez elle, soit chez les -autres, elle s'interrompait souvent pour laisser écrire dans -ses lettres quelques-unes des personnes présentes<a id="FNanchor_739" href="#Footnote_739" class="fnanchor"> [739]</a>. Elle -recevait des lettres de sa fille exactement tous les trois -jours, et rarement pouvait-elle s'empêcher de verser quelques -larmes en les lisant<a id="FNanchor_740" href="#Footnote_740" class="fnanchor"> [740]</a>. Afin qu'elles lui fussent remises -plus promptement, elle avait gagné un commis de Louvois, -qui remettait à son domestique les lettres qui lui -étaient adressées aussitôt leur arrivée et avant qu'elles -fussent distribuées aux facteurs. Ce commis, qui se -nommait Dubois, elle l'appelait <i>son petit ami</i>. Lorsque -Louvois emmena Dubois avec lui à l'armée, elle eut -grand soin de se procurer à l'administration des postes -un autre <i>petit ami</i> qui lui rendît le même service<a id="FNanchor_741" href="#Footnote_741" class="fnanchor"> [741]</a>. Elle -<span class="pagenum"><a id="Page_379"> 379</a></span> -témoigne plaisamment son admiration pour la poste, et, -comme il lui arrive souvent, sa raillerie se transforme en -réflexions justes et philosophiques. «Je suis en fantaisie, -écrit-elle à madame de Grignan, d'admirer l'honnêteté de -messieurs les postillons, qui sont incessamment sur les -chemins pour porter et rapporter vos lettres; enfin, il n'y -a jour de la semaine où ils n'en portent quelqu'une à -vous ou à moi. Il y en a toujours à toutes les heures par -la campagne. Les honnêtes gens! qu'ils sont obligeants! -et que c'est une belle invention que la poste, et un bel -effet de la Providence que la cupidité<a id="FNanchor_742" href="#Footnote_742" class="fnanchor"> [742]</a>!»</p> - -<p>Lorsque les lettres de madame de Grignan n'arrivaient -pas aux jours et aux heures fixés, elle était aussitôt -désespérée et en proie à de mortelles inquiétudes. -Le 17 juin, elle écrit des Rochers à d'Hacqueville: -«Enfin voilà le second ordinaire que je ne reçois point de -nouvelles de ma fille; je tremble depuis la tête jusqu'aux -pieds, je n'ai pas l'usage de raison; je ne dors point, et si -je dors, je me réveille avec des sursauts qui sont pires que -de ne pas dormir... Mais, mon cher monsieur, d'où cela -vient-il? Ma fille ne m'écrit-elle plus? est-elle malade? -Ah! mon Dieu! que je suis malheureuse de n'avoir personne -avec qui pleurer<a id="FNanchor_743" href="#Footnote_743" class="fnanchor"> [743]</a>!»</p> - -<p>Enfin les lettres de madame de Grignan, qui avaient -été envoyées à Rennes à son fils, arrivent à madame de -<span class="pagenum"><a id="Page_380"> 380</a></span> -Sévigné trois jours après la lettre qu'elle a écrite à d'Hacqueville. -«Bon Dieu! dit-elle à sa fille, que n'ai-je point -souffert pendant deux ordinaires que je n'ai point eu de -vos lettres? Elles sont nécessaires à ma vie; ce n'est point -une façon de parler, c'est une grande vérité<a id="FNanchor_744" href="#Footnote_744" class="fnanchor"> [744]</a>.»</p> - -<p>Une autre cause d'inquiétude pour madame de Sévigné, -dans sa correspondance avec madame de Grignan, était -lorsque les lettres qu'elle adressait à celle-ci ne lui parvenaient -pas; alors elle soupçonnait qu'elles avaient été ouvertes -et interceptées par les agents du gouvernement. Ceci -explique les déguisements de noms et les mots couverts -dont madame de Sévigné se sert pour communiquer à sa -fille des nouvelles du roi et de la cour. «Je veux revenir à -mes lettres qu'on ne vous envoie point; j'en suis au désespoir. -Croyez-vous qu'on les ouvre? croyez-vous qu'on les -garde? Hélas! je conjure ceux qui prennent cette peine de -considérer le peu de plaisir qu'ils ont à cette lecture et le -chagrin qu'ils nous donnent. Messieurs, ayez soin de les -recacheter, afin qu'elles arrivent tôt ou tard<a id="FNanchor_745" href="#Footnote_745" class="fnanchor"> [745]</a>.»</p> - -<p>Les correspondances que madame de Sévigné entretenait -avec madame de Grignan, avec Bussy et avec quelques -amis intimes n'étaient pas les seules. Par les plaintes -qu'elle forme, on voit qu'on aimait à recevoir de ses lettres -et qu'on saisissait le moindre prétexte pour lui écrire -et en obtenir une réponse. Elle écrit des Rochers à madame -de Grignan: «Je suis accablée des lettres de Paris; -<span class="pagenum"><a id="Page_381"> 381</a></span> -surtout la répétition du mariage de <span class="small1">Monsieur</span> me fait sécher -sur pied; je suis en butte à tout le monde, et tel qui -ne m'a point écrit se réveille pour mon malheur, afin de -me l'apprendre<a id="FNanchor_746" href="#Footnote_746" class="fnanchor"> [746]</a>.»</p> - -<p>La correspondance de madame de Sévigné avec sa fille -ne ressemblait, ne pouvait ressembler à aucune autre. -C'était la continuation de ces épanchements de cœur, de -ces causeries délicieuses, de ces confidences intimes qui -avaient eu lieu entre la mère et la fille lorsqu'elles étaient -réunies, surtout depuis que le mariage de M. de Grignan -les avait entraînées plus fréquemment toutes deux -à la cour et dans la haute société. Dès lors elles avaient -été obligées de prendre leur part des agitations, des -anxiétés que le choc des intérêts, des rivalités, des ambitions -excite sans cesse dans le tourbillon du monde; -et elles éprouvèrent plus que jamais le besoin de se communiquer -mutuellement leurs idées, leurs sentiments, -leurs réflexions; de se raconter l'une à l'autre ce qu'elles -voyaient, ce qu'elles apprenaient, ce qu'elles entendaient, -ce qu'elles observaient dans les cercles qui s'occupaient -d'elles et dont elles étaient occupées.</p> - -<p>Depuis que madame de Grignan, par son séjour en -Provence, se trouvait écartée de la cour et de la société de -la capitale, elle était plus que jamais tourmentée du désir -de connaître ce qui s'y passait, et ce que faisait, ce que disait, -ce que pensait sa mère. Celle-ci était charmée d'avoir -des occasions, qui se renouvelaient sans cesse, de se rendre -nécessaire; son plaisir, sa consolation étaient dans son -commerce de lettres avec sa fille. «Vous ne me parlez point -assez de vous, lui dit-elle; j'en suis nécessiteuse, comme -<span class="pagenum"><a id="Page_382"> 382</a></span> -vous l'êtes de folies; je vous souhaite toutes celles que -j'entends; pour celles que je dis, elles ne valent plus -rien depuis que vous ne m'aidez plus: vous m'en inspirez, -et quelquefois aussi je vous en inspire. C'est une longue -tristesse, et qui se renouvelle souvent, d'être loin d'une -personne comme vous<a id="FNanchor_747" href="#Footnote_747" class="fnanchor"> [747]</a>.»</p> - -<p>Elle savait gré à sa fille de se plaire à la lecture de ses -lettres. «Il y a plaisir, lui dit-elle, à vous envoyer des -folies; vous y répondez délicieusement. Vous savez que -rien n'attrape tant les gens que quand on croit avoir écrit -pour divertir ses amis, et qu'il arrive qu'ils n'y prennent -pas garde ou qu'ils n'en disent pas un mot. Vous n'avez -pas cette cruauté; vous êtes aimable en tout et partout; -hélas! combien vous êtes aimée aussi! combien de cœurs -où vous êtes la première! Il y a peu de gens qui puissent -se vanter d'une telle chose<a id="FNanchor_748" href="#Footnote_748" class="fnanchor"> [748]</a>.»</p> - -<p>Madame de Grignan, qui cependant n'aimait ni à -écrire ni à lire de longues lettres<a id="FNanchor_749" href="#Footnote_749" class="fnanchor"> [749]</a>, trouvait toujours trop -courtes les lettres de sa mère<a id="FNanchor_750" href="#Footnote_750" class="fnanchor"> [750]</a>; et c'est au désir que celle-ci -avait de l'intéresser, de la distraire, de l'amuser que nous -devons cette variété de récits, de portraits, de bons mots, -de saillies, d'anecdotes, de récits joyeux ou touchants, ce -tableau mouvant du monde de cette époque, qu'on trouve -dans les lettres adressées par madame de Sévigné à madame -de Grignan. «Ne vous trompez-vous point, lui écrit-elle, -<span class="pagenum"><a id="Page_383"> 383</a></span> -dans l'opinion que vous avez de mes lettres? L'autre -jour, un pendard d'homme, voyant ma lettre infinie, me -demanda si je pensais qu'on pût lire cela. J'en tremblai, -sans dessein toutefois de me corriger, et, me tenant à ce -que vous m'en dites, je ne vous épargnerai aucune bagatelle, -grande ou petite, qui vous puisse divertir. Pour moi, -c'est ma vie et mon unique plaisir que le commerce que -j'ai avec vous; toutes choses sont ensuite bien loin après<a id="FNanchor_751" href="#Footnote_751" class="fnanchor"> [751]</a>.» -On a dit que c'était par le désir qu'avait madame de Sévigné -de plaire à sa fille qu'elle s'était laissé entraîner à -des traits de médisance, à des sarcasmes virulents, à des -jugements injustes envers les personnes qui déplaisaient à -celle qu'elle aimait tant; tandis qu'elle se montre pleine -d'équité, d'indulgence et de bonté pour toutes celles qu'elle -fréquentait, quand elles n'étaient pas frappées par cette -cause de réprobation. De là on a généralement conclu que -madame de Grignan, déjà convaincue d'être froide et dédaigneuse, -était en outre envieuse et malveillante. Raisonner -ainsi, c'est peut-être commettre une grande injustice -envers la fille, par le désir qu'on a d'écarter de la mère -des reproches mérités et de trouver réunies en elle toutes -les perfections. Les lettres que madame de Grignan avait -écrites auraient pu nous éclairer sur ce point; et précisément -le soin que l'on a eu de les faire disparaître et -les conseils et les exhortations auxquels quelques-unes -donnent lieu dans les réponses<a id="FNanchor_752" href="#Footnote_752" class="fnanchor"> [752]</a> qui lui sont faites par -<span class="pagenum"><a id="Page_384"> 384</a></span> -sa mère font présumer qu'on a deviné le motif qui les a -fait anéantir.</p> - -<p>Quoi qu'il en soit, ce qui permettait à madame de Sévigné -de donner toute liberté à sa plume quand elle écrivait -à sa fille, c'est qu'elle connaissait sa prudence et sa -discrétion. Elle savait que madame de Grignan ne communiquait -les lettres qu'elle recevait d'elle qu'avec une -grande réserve. Jamais surtout madame de Sévigné n'eut -un seul instant la pensée que ses lettres à sa fille pussent -être imprimées. Celles qui avaient fait le plus de bruit -dans la société et dont on avait tiré des copies étaient -écrites à d'autres personnes sur des sujets futiles et sans -importance<a id="FNanchor_753" href="#Footnote_753" class="fnanchor"> [753]</a>. On n'imprimait pas alors de correspondance -ou de <i>mémoires</i> qui pussent éclairer l'histoire ou révéler -les secrets des familles. Les recueils de lettres recherchés -du public et donnés après la mort de ceux qui les avaient -écrites roulaient toujours sur d'élégantes bagatelles, ou -n'étaient que des jeux d'esprit. De toutes les lettres de -Voiture, tant renommé pour le genre épistolaire, son -neveu Pinchesne n'a songé à publier que les lettres galantes -ou complimenteuses. Des nombreuses et importantes -dépêches que Voiture a dû écrire dans ses missions -diplomatiques, pendant ses fréquents séjours en pays -étranger, il ne nous en reste pas une seule, ou du moins -aucune n'a encore vu le jour.</p> - -<div class="chapter"> -<p><span class="pagenum"><a id="Page_385"> 385</a></span></p> -<h2 class="normal">CHAPITRE XIX.<br /> -1671-1672.</h2> -</div> - -<p class="hanging indent">Le meilleur résultat des lettres de madame de Sévigné est de nous la -bien faire connaître.—La plupart des lettres qu'elle avait écrites -semblent perdues.—De la correspondance qu'elle avait entretenue -avec M. de Pomponne.—Détails sur ce ministre.—De la -correspondance de madame de Sévigné avec d'Hacqueville.—Comment -elle trace le caractère de celui-ci lorsqu'il devient amoureux -de la fille du maréchal de Gramont.—De la correspondance -de madame de Sévigné avec Corbinelli.—Avec madame de la -Fayette et M. de la Rochefoucauld.—Détails sur l'une et sur -l'autre.—De la correspondance de madame de Sévigné avec M. et -madame de Coulanges.—Détails sur l'un et sur l'autre.—De -la correspondance de madame de Sévigné avec son fils.—Caractère -de celui-ci.—Ses travers de jeunesse.—Sa tendresse pour -sa mère.—Nouveaux détails sur la correspondance de madame -de Sévigné avec sa fille.</p> - -<p class="space">Poursuivons le sujet commencé dans le précédent chapitre; -et avant de conduire madame de Sévigné aux états -de Bretagne et de lui faire entreprendre son grand voyage -en Provence, avant de rechercher ce que les lettres qui -nous restent d'elle nous apprennent sur l'histoire et les -mœurs de son temps, voyons ce qu'elles nous font connaître -sur elle-même; étudions-la (elle en vaut la peine), -étudions-la dans ses confidences les plus intimes, dans -ses plus grandes indiscrétions, dans ses aveux les plus -imprudents, et nous trouverons que, malgré ses faiblesses, -peu de femmes peuvent lui être comparées pour l'élévation -de l'âme, les qualités du cœur, les lumières de l'esprit -et le talent d'écrire. Qu'on ne s'y méprenne pas; elle eut -<span class="pagenum"><a id="Page_386"> 386</a></span> -de bonne heure le sentiment de son talent épistolaire; et -quoique jamais elle ne fût prise de la vanité de croire -qu'elle pût, comme son amie madame de la Fayette, faire -un livre et occuper les imprimeurs, elle savait que les -moyens de plaire que lui donnait dans la société sa belle -et vive imagination se retrouvaient en elle plus forts et -plus séduisants encore au bout de sa plume et dans le -silence du cabinet. Née pour le grand monde avant d'être -absorbée par sa passion maternelle, avant que son amour-propre, -son ambition, son orgueil fussent concentrés -dans sa fille, elle était coquette, partout et toujours. -Elle voulait se montrer aimable à tous ceux qui lui plaisaient -et à qui elle plaisait. Seule, et en leur absence, -elle se rendait présente à eux par ses lettres et le charme -de son esprit; aussi devons-nous beaucoup regretter ce -qu'elle écrivit dans son bel âge, lorsqu'elle-même en -butte aux séducteurs elle s'intéressait aux intrigues galantes -dont elle était entourée. Quelques courtes lettres -écrites à Ménage, à Bussy, deux billets à Lenet<a id="FNanchor_754" href="#Footnote_754" class="fnanchor"> [754]</a>, un billet -en italien à la marquise d'Uxelles<a id="FNanchor_755" href="#Footnote_755" class="fnanchor"> [755]</a>, voilà tout ce qui -nous reste d'elle de ces premiers temps; mais cela suffit -pour nous montrer que dès lors même elle croyait pouvoir -se rendre digne de la louange que Ménage lui avait donnée -dans les vers qu'il composa sur son portrait: -<span class="pagenum"><a id="Page_387"> 387</a></span></p> - -<p class="quote">.. Questa; questa è la man leggiadra e bella<br /> -Ch' ogni cor prende, e, come vuol, l'aggira<a id="FNanchor_756" href="#Footnote_756" class="fnanchor"> [756]</a>.</p> - -<p>Malheureusement le plus grand nombre des lettres qu'elle -avait écrites à toutes les époques semblent perdues pour -toujours.</p> - -<p>De toutes les correspondances que madame de Sévigné -avait engagées avec diverses personnes, les plus regrettables -sont celles avec son fils, avec M. et madame de Coulanges, -avec madame de la Fayette et le duc de la Rochefoucauld, -avec le cardinal de Retz, avec Corbinelli, avec -d'Hacqueville et avec M. de Pomponne.</p> - -<p>Ce fut une grande joie pour madame de Sévigné<a id="FNanchor_757" href="#Footnote_757" class="fnanchor"> [757]</a> lorsque -de Pomponne, qui était ambassadeur en Suède, fut rappelé -de son ambassade et fait secrétaire d'État des affaires -étrangères en remplacement de M. de Lionne, décédé. -L'opinion de son mérite et son intégrité avaient pu seules -déterminer le roi à faire ce choix; car de Pomponne, ainsi -que nous l'avons fait connaître, avait été, comme ami de -Fouquet, pendant quelque temps en disgrâce<a id="FNanchor_758" href="#Footnote_758" class="fnanchor"> [758]</a>; et de plus -il appartenait à une famille dont tous les membres s'étaient -en quelque sorte illustrés par leur dévouement au jansénisme. -Aussi tous ceux qui tenaient à ce parti célébrèrent-ils -son avénement au pouvoir comme un triomphe; l'un -d'eux fit à ce sujet les vers suivants:</p> - -<div class="poetry"><div class="stanza"> -<p>Élevé dans la vertu</p> -<p>Et malheureux avec elle,</p> -<div><span class="pagenum"><a id="Page_388"> 388</a></span></div> -<p>Je disais: A quoi sers-tu,</p> -<p>Pauvre et stérile vertu?</p> -<p>Ta droiture et tout ton zèle,</p> -<p>Tout compté, tout rabattu,</p> -<p>Ne valent pas un fétu.</p> -<p>Mais voyant que l'on couronne</p> -<p>Aujourd'hui le grand Pomponne,</p> -<p>Aussitôt je me suis tu.</p> -<p>A quelque chose elle est bonne<a id="FNanchor_759" href="#Footnote_759" class="fnanchor"> [759]</a>.</p> -</div></div> - -<p>De Pomponne, devenu ministre, mit plus d'empressement -que jamais à resserrer les nœuds d'amitié qui -l'unissaient à madame de Sévigné; voici comment elle en -écrit à sa fille: «J'eus hier une heure de conversation avec -M. de Pomponne; il faudrait plus de papier qu'il n'y en a -dans mon cabinet pour vous dire la joie que nous eûmes -de nous revoir; il sait écouter aussi bien que répondre, il -me donne toujours de l'esprit; le sien est tellement aisé -qu'on prend sans y penser une confiance qui fait qu'on -parle heureusement de tout ce qu'on pense: je connais -mille gens qui font le contraire. Enfin, ma fille, sans -vouloir m'attirer de nouvelles douceurs, dont vous êtes -prodigue pour moi, je sortis avec une joie incroyable, -dans la pensée que cette liaison avec lui vous serait très-utile. -Nous sommes demeurés d'accord de nous écrire; il -aime mon style naturel et dérangé, quoique le sien soit -comme celui de l'éloquence même<a id="FNanchor_760" href="#Footnote_760" class="fnanchor"> [760]</a>.»</p> - -<p>Madame de Sévigné ne se trompa pas. Par M. de -Pomponne elle obtint sur les affaires de la Provence -une influence heureuse pour son gendre, et dont celui-ci fut -<span class="pagenum"><a id="Page_389"> 389</a></span> -reconnaissant. Il est certain que, si l'on retrouvait les -lettres qu'elle écrivit à ce ministre pendant ces deux -années, nous verrions qu'elles sont au nombre des plus -correctes et des mieux faites de toutes celles qu'elle a -écrites<a id="FNanchor_761" href="#Footnote_761" class="fnanchor"> [761]</a>.</p> - -<p>La correspondance de madame de Sévigné avec le cardinal -de Retz, pendant qu'il était dans sa retraite de Commercy, -devait être très-active, et nous aurait appris beaucoup -de particularités intéressantes sur elle-même. Cette -correspondance était très-intime: Retz avait contribué -au mariage de madame de Sévigné; il fut le parrain -de Pauline de Grignan, et dans tous les temps il donna à -toute la famille des preuves d'affection et d'amitié.</p> - -<p>Mais une des correspondances perdues de madame de -Sévigné qui semblait nous promettre le plus de particularités -sur elle-même et sur les personnages de son temps -est celle qu'elle entretenait avec d'Hacqueville, ce confident -des affaires les plus secrètes de ses amis, cet ami -<i>inépuisable</i>, si actif à obliger qu'il semblait se multiplier, -si bien qu'on ne parlait de ses actes qu'en mettant son -nom au pluriel, et en disant <i>les d'Hacquevilles</i>. Mais -son écriture était indéchiffrable, et madame de Sévigné -n'avait aucun plaisir à recevoir de ses lettres; elle ne devait -donc lui écrire que par nécessité, et fort brièvement: -les lettres qu'elle lui adressait étaient peu remarquables; -mais elle s'intéressait beaucoup à lui, et il lui a fourni -dans sa correspondance avec sa fille une des pages les -plus piquantes qu'elle ait écrites. Madame de Sévigné -avait mandé à madame de Grignan que ce d'Hacqueville, -dont ses amis redoutaient l'austère sagesse, était devenu -<span class="pagenum"><a id="Page_390"> 390</a></span> -amoureux de la fille du maréchal de Gramont, privée d'un -œil et sans attraits, mais très-jeune<a id="FNanchor_762" href="#Footnote_762" class="fnanchor"> [762]</a>. D'Hacqueville s'en défendait, -et madame de Grignan ne pouvait croire à cette ridicule -faiblesse de la part de cet ancien et prudent ami. Elle -trouvait que son caractère bien connu et son âge le défendaient -suffisamment contre de tels soupçons. Sa mère lui -répond: «Vous me demandez les symptômes de cet amour: -c'est premièrement une négative vive et prévenante; c'est -un air d'indifférence qui prouve le contraire; c'est le témoignage -de gens qui voient de près, soutenu de la voix -publique; c'est une suspension de tout ce mouvement de -la machine ronde; c'est un relâchement de tous les soins -ordinaires pour vaquer à un seul; c'est une satire perpétuelle -contre les vieilles gens amoureux: Vraiment il faut -être bien fou, bien insensé! Quoi, une jeune femme! Voilà -une bonne pratique pour moi; cela me conviendrait fort! -j'aimerais mieux m'être rompu les deux bras. Et à cela -on répond intérieurement: Eh! oui, tout cela est vrai, -mais vous ne laissez pas d'être amoureux: vous dites vos -réflexions, elles sont justes, elles sont vraies, elles font -votre tourment; mais vous ne laissez pas d'être amoureux: -vous êtes tout plein de raison, mais l'amour est plus fort -que toutes les raisons: vous êtes malade, vous pleurez, -vous enragez, et vous êtes amoureux<a id="FNanchor_763" href="#Footnote_763" class="fnanchor"> [763]</a>.»</p> - -<p>On croit lire la Bruyère, quand la Bruyère est excellent.</p> - -<p>S'il est incontestable qu'une confiance entière et une -estime réciproque, que l'accord des opinions et des sentiments, -une complète sympathie du cœur donnent à l'esprit -<span class="pagenum"><a id="Page_391"> 391</a></span> -plus d'activité, à l'imagination plus d'élan, on doit -bien vivement regretter que les lettres de madame de Sévigné -à Corbinelli ne nous soient pas parvenues; car -entre elle et lui tout ce qui fait le charme d'un commerce -épistolaire se trouvait réuni, et la différence des sexes n'y -nuisait pas. Nous avons un certain nombre de lettres de -Corbinelli dans la correspondance de madame de Sévigné -et un plus grand nombre encore dans celle de Bussy; -pas une seule ne dément l'éloge que fait de cet ami madame -de Sévigné, lorsqu'elle le défend avec tant de chaleur -contre une plaisanterie de sa fille, qui, dit-elle, -pourrait surprendre les simples. Toutes ces lettres, au -contraire, confirment cet éloge, et nous montrent en Corbinelli -un philosophe, mais un philosophe chrétien, maltraité -par la fortune, refusant de se mettre à sa poursuite, -et préférant employer ses jours à cultiver les lettres, à servir -ses amis, à leur rester fidèle dans l'adversité. «En lui, -dit madame de Sévigné, je défends celui qui ne cesse de -célébrer les perfections et l'existence de Dieu; qui ne juge -jamais son prochain, qui l'excuse toujours; qui est insensible -aux plaisirs et aux délices de la vie et entièrement -soumis à la volonté de Dieu; enfin, je soutiens le fidèle -admirateur de sainte Thérèse et de ma grand'mère<a id="FNanchor_764" href="#Footnote_764" class="fnanchor"> [764]</a> -[sainte Chantal].» Savant et versé dans la lecture des -meilleurs auteurs de l'antiquité, de ceux de l'Italie et de -la France, dont son heureuse mémoire lui rappelait au -besoin les plus beaux passages, Corbinelli plaisait par sa -conversation et par sa correspondance, l'une et l'autre -souvent agréables, toujours utiles et instructives. Il appréciait -<span class="pagenum"><a id="Page_392"> 392</a></span> -surtout dans madame de Sévigné cette vive imagination -dont lui-même était dépourvu, et il comparait -ses lettres à celles de Cicéron; mais il aurait voulu qu'elle -aimât sa fille avec plus de modération. «Nous lisons -ici, dit madame de Sévigné à madame de Grignan, des -maximes que Corbinelli m'explique; il voudrait bien -m'apprendre à gouverner mon cœur: j'aurais beaucoup -gagné à mon voyage si j'en rapportais cette science<a id="FNanchor_765" href="#Footnote_765" class="fnanchor"> [765]</a>.» -Elle devait savoir que cette science-là Dieu peut nous l'enseigner, -mais non les hommes.</p> - -<p>La perte de plusieurs lettres écrites à madame de Sévigné -par madame de la Fayette et par M. de la Rochefoucauld -(il n'est pas plus permis de séparer ces deux -personnes quant à leur correspondance que quant à -leurs relations avec le monde) est moins à regretter que -ne donnerait lieu de le penser la célébrité littéraire de -l'une et de l'autre. Lorsqu'elle était à Paris, madame -de Sévigné ne se plaisait nulle part autant que chez -son ancienne amie madame de la Fayette. Quand elle -a des peines de cœur ou qu'elle désire se distraire, elle -s'en va au <i>Faubourg</i>, c'est-à-dire chez madame de la -Fayette<a id="FNanchor_766" href="#Footnote_766" class="fnanchor"> [766]</a>. Là elle y trouve M. de la Rochefoucauld, qui, -malgré ses souffrances, aimable et spirituel, toujours -courtisan, même hors de la cour, lui parlait souvent de -la <i>reine de Provence</i><a id="FNanchor_767" href="#Footnote_767" class="fnanchor"> [767]</a>, de la <i>troisième côte de M. de -Grignan</i>, et en faisait l'éloge; il ne pensait pas tout ce -<span class="pagenum"><a id="Page_393"> 393</a></span> -qu'il en disait; et lui et madame de la Fayette étaient -moins bien vus des enfants de madame de Sévigné que -de leur mère. C'est chez madame de la Fayette que madame -de Sévigné retrouve sans cesse le cardinal de Retz -et tous ses amis de la Fronde avec les beaux esprits de ce -temps, Segrais, Huet, la Fontaine et Molière. C'est là -qu'elle apprenait toutes les nouvelles relatives aux affaires -publiques, aux intrigues de cour, aux bruits de ville, aux -nouvelles promotions, et tout ce qui lui donnait les -moyens de remplir les lettres qu'elle écrivait à sa fille. -Madame de Sévigné, dans sa correspondance avec madame -de Grignan, ne nous donne pas plus de détails sur -cette dernière et sur elle-même que sur les deux illustres -habitants du <i>Faubourg</i>. Par cette correspondance -nous vivons en quelque sorte avec eux, et nous sommes -initiés aux secrets les plus intimes de leur existence intérieure, -de leurs habitudes les plus privées; nous connaissons -leurs jugements, leurs répulsions, les objets de leurs -préférences<a id="FNanchor_768" href="#Footnote_768" class="fnanchor"> [768]</a>, et le jargon de convention de leur société, -hors de celle-ci inintelligible. Mais à cette époque la liaison -de madame de Sévigné avec madame de la Fayette, -malgré leur continuelle fréquentation, n'était plus la -même qu'elle avait dû être dans leur jeunesse<a id="FNanchor_769" href="#Footnote_769" class="fnanchor"> [769]</a>. L'habitude -depuis longtemps contractée d'être souvent ensemble, -les amis qui leur étaient communs et enfin les sympathies -de l'esprit avaient au moins autant et plus de part à -leur longue et étroite liaison que les sentiments du cœur -et l'accord des caractères. Madame de la Fayette était -devenue par ses romans une célébrité littéraire. Par l'influence -<span class="pagenum"><a id="Page_394"> 394</a></span> -du fils de M. de la Rochefoucauld, le prince de -Marsillac, autant que par son mérite et par le souvenir -de <span class="small1">Madame</span>, dont elle avait été la favorite, madame de la -Fayette avait été l'objet des attentions et des bienfaits du -roi; et comme elle avait peu de fortune et deux fils à pourvoir, -elle ménageait son crédit<a id="FNanchor_770" href="#Footnote_770" class="fnanchor"> [770]</a>, et se montra peu empressée -à en user pour ses amis, ce qui était un grand -tort aux yeux de madame de Grignan. Ceci explique -pourquoi celle-ci, ainsi que son frère, cherchaient à la desservir -dans l'esprit de leur mère.</p> - -<p>Cependant l'amitié de ces deux femmes, cimentée par -le temps et fondée sur une estime réciproque, était -sincère. Lorsque madame de Sévigné était bien payée de -ses fermiers, que rien n'altérait son bien-être, que tout -semblait concourir à sa satisfaction, sa philosophie ne -pouvait tenir contre le chagrin que lui occasionnait le -redoublement de dépenses que madame de Grignan se -croyait obligée de faire dans son gouvernement de Provence -et contre le redoublement de fièvre de madame -de la Fayette. «Il n'importe guère, dit-elle, d'avoir du -repos pour soi-même quand on entre véritablement dans -les intérêts des personnes qui vous sont chères et qu'on -sent tout leur chagrin peut-être plus qu'elles-mêmes. C'est -le moyen de n'avoir guère de plaisir dans la vie, et il faut -être bien enragée pour l'aimer autant qu'on fait. Je dis la -même chose de la santé; j'en ai beaucoup, mais à quoi me -sert-elle? à garder ceux qui n'en ont point<a id="FNanchor_771" href="#Footnote_771" class="fnanchor"> [771]</a>.»</p> - -<p><span class="pagenum"><a id="Page_395"> 395</a></span> -De son côté, madame de la Fayette avait pour madame -de Sévigné un attachement plus fort que pour toute autre -femme. Il lui manquait quelque chose lorsqu'elle était -absente; et quand cette amie partait pour les Rochers, -il ne fallait pas, par ménagement pour sa sensibilité, que -madame de Sévigné lui fît ses adieux, ni qu'elle eût l'air -de venir la voir pour prendre congé. M. de la Rochefoucauld -goûtait beaucoup l'esprit et les lettres de madame de Sévigné; -il disait aussi d'elle qu'elle contentait son idée sur -l'amitié, avec toutes ses circonstances et dépendances; -mais il était en proie aux souffrances de la goutte<a id="FNanchor_772" href="#Footnote_772" class="fnanchor"> [772]</a>, et madame -de la Fayette était accablée par les maux de nerfs ou -dévorée par les fièvres, et tous deux détestaient d'écrire. -Madame de la Fayette le déclare sans ménagement à son -amie, qui se montrait exigeante à cet égard: «Le goût -d'écrire vous dure encore pour tout le monde, il m'est -passé pour tout le monde; et si j'avais un amant qui voulût -de mes lettres tous les matins, je romprais avec lui<a id="FNanchor_773" href="#Footnote_773" class="fnanchor"> [773]</a>.»</p> - -<p>En rapprochant toutes ces circonstances, nous devons -présumer que les lettres que madame de la Fayette et -madame de Sévigné s'écrivirent depuis l'époque du mariage -de madame de Grignan, et qui se sont égarées, -étaient en petit nombre; et que celles qu'elles ont pu -s'écrire dans leur jeunesse, si on les retrouvait, seraient -beaucoup plus intéressantes pour nous que ces -dernières.</p> - -<p>Il n'en est pas de même de la correspondance avec -<span class="pagenum"><a id="Page_396"> 396</a></span> -madame de Coulanges et avec son mari, le petit Coulanges; -c'est surtout avec ce dernier, avec ce compagnon de -son enfance, que madame de Sévigné, toujours à l'aise, -retrouvait toute sa verve. Les lettres les plus remarquables -qu'elle ait écrites et les plus souvent citées lui sont adressées<a id="FNanchor_774" href="#Footnote_774" class="fnanchor"> [774]</a>, -et nous doivent faire vivement regretter celles qui -sont perdues. Elle lui écrivait régulièrement tous les quinze -jours, sans compter les jours d'exception<a id="FNanchor_775" href="#Footnote_775" class="fnanchor"> [775]</a>. De son côté, -elle gardait soigneusement les lettres du spirituel chansonnier; -selon elle, «il avait un style si particulier pour faire -valoir les choses les plus ordinaires que personne ne -saurait lui disputer cet agrément<a id="FNanchor_776" href="#Footnote_776" class="fnanchor"> [776]</a>.» Ainsi la plus complète -et la mieux suivie de toutes les correspondances de -madame de Sévigné, si nous les possédions toutes, après -celles qu'elle eut avec sa fille et avec Bussy, serait le commerce -de lettres qu'elle ne cessa d'entretenir, tant qu'elle -vécut, avec son cousin de Coulanges. On sait que cet aimable -épicurien poussa jusqu'à l'âge de quatre-vingt-cinq -ans sa joyeuse vie<a id="FNanchor_777" href="#Footnote_777" class="fnanchor"> [777]</a>; qu'il jeta de bonne heure de côté la -<span class="pagenum"><a id="Page_397"> 397</a></span> -robe du magistrat, pour ne pas «se noyer trop souvent -dans la mare à Grapin,» et que, né, comme il le dit lui-même, -pour le superflu et jamais pour le nécessaire, dissipateur -et dissipé, toujours chantant, toujours bien portant, -il eut beaucoup d'amis et pas un seul ennemi<a id="FNanchor_778" href="#Footnote_778" class="fnanchor"> [778]</a>. Jeune -encore, il se trouva un jour marié avec la jolie fille de -l'intendant de Lyon, mademoiselle Dugué-Bagnols. Elle -avait dix ans moins que lui. Tous deux s'unirent et se -désunirent sans vivre moins bien ensemble, sans renoncer -à se rejoindre et à se trouver aimables; créatures -frivoles et légères, semblables à deux papillons dans un -beau jour de printemps, qui se touchent un instant, voltigent, -s'écartent et se rapprochent, sans s'inquiéter de -ce que chacun d'eux est devenu dans les intervalles<a id="FNanchor_779" href="#Footnote_779" class="fnanchor"> [779]</a>. -Madame de Coulanges fut une des femmes les plus séduisantes -de la cour de Louis XIV<a id="FNanchor_780" href="#Footnote_780" class="fnanchor"> [780]</a>. Elle n'y fut pas -seulement admise comme cousine germaine du ministre -Louvois, mais elle fut invitée à toutes les réunions, -à toutes les fêtes; elle avait ses entrées dans les cabinets -particuliers, et était reçue aux heures réservées<a id="FNanchor_781" href="#Footnote_781" class="fnanchor"> [781]</a>. Son -<span class="pagenum"><a id="Page_398"> 398</a></span> -esprit, comme le dit très-bien madame de Sévigné, lui -tenait lieu de dignité, et lui valut ces distinctions si -enviées: par sa grâce, sa vivacité et ses attraits elle -s'était rendue nécessaire. Ses bons mots, que l'on citait, -sa conversation brillante et épigrammatique, ses succès -auprès des princesses, de la reine, du Dauphin et du -roi lui-même n'attirèrent point sur elle la haine ni -l'envie, parce qu'on la savait désintéressée, sans ambition -et sans intrigue, cherchant uniquement à s'amuser -et à plaire, et n'en retirant aucun avantage ni pour elle ni -pour les siens; par ses manières aimables et prévenantes -elle contentait tout le monde, hormis ses amants; ceux-ci, -elle les désolait par sa coquetterie et son humeur volage. -Les surnoms de <i>Feuille</i><a id="FNanchor_782" href="#Footnote_782" class="fnanchor"> [782]</a>, de <i>Mouche</i><a id="FNanchor_783" href="#Footnote_783" class="fnanchor"> [783]</a>, de <i>Sylphide</i><a id="FNanchor_784" href="#Footnote_784" class="fnanchor"> [784]</a>, de -<i>Déesse</i><a id="FNanchor_785" href="#Footnote_785" class="fnanchor"> [785]</a>, par lesquels madame de Sévigné la désigne, -peignent ses manières vives et gracieuses, ses aimables -caprices, ses piquantes reparties et tout ce que sa personne -avait d'enchanteur. Madame de Coulanges, pour -faire l'éloge du jeune baron de Sévigné, par lequel elle -s'était fait accompagner à la cour, dit naïvement à sa -mère: «Il est aimé de tout le monde, presque autant que -moi<a id="FNanchor_786" href="#Footnote_786" class="fnanchor"> [786]</a>.»</p> - -<p>Ses lettres spirituelles lui avaient donné pour ce genre -d'écrire une réputation supérieure à celle de madame de -<span class="pagenum"><a id="Page_399"> 399</a></span> -Sévigné et à celle de toutes les femmes de son temps. -Nous ne pouvons juger si c'est à juste titre; ce qui nous -reste de la correspondance de madame de Coulanges a -été écrit dans un âge avancé, lorsque, revenue à la -religion, elle avait, dans sa maison de Brevannes, pris -goût au séjour de la campagne et à la retraite, et -qu'elle cherchait à ramener son mari aux sentiments -pieux dont elle était elle-même pénétrée<a id="FNanchor_787" href="#Footnote_787" class="fnanchor"> [787]</a>. Son amabilité -ne fut pas moins grande, mais elle fut accompagnée de -plus de bonté; et à cette époque elle se serait reproché -l'emploi qu'elle faisait de son esprit dans sa jeunesse<a id="FNanchor_788" href="#Footnote_788" class="fnanchor"> [788]</a>. Dans -le peu de lettres que nous avons d'elle au temps où elle -brillait dans le monde, on entrevoit qu'il pouvait y avoir -plus que dans les lettres de madame de Sévigné de ces traits -malins, de ces fines allusions, de ces jeux de mots mordants, -de ces contrastes inattendus auxquels s'applique -plus particulièrement le nom d'esprit<a id="FNanchor_789" href="#Footnote_789" class="fnanchor"> [789]</a>; mais il y avait certainement -moins d'imagination, de force et d'éloquence naturelle. -Madame de Coulanges avait aussi beaucoup moins -d'instruction que madame de Sévigné. De Coulanges, parlant -de sa femme, nous apprend que son écriture et son orthographe -ne répondaient pas à l'élégance de son style<a id="FNanchor_790" href="#Footnote_790" class="fnanchor"> [790]</a>. Aussi -aimait-elle mieux dicter que de prendre la plume, et elle -ne manquait jamais d'hommes empressés à lui servir de -<span class="pagenum"><a id="Page_400"> 400</a></span> -secrétaires. Madame de Sévigné a dit que c'était là une -condition qu'elle enviait, tant elle avait une haute idée du -talent épistolaire de madame de Coulanges. Le comte de -Sanzei, neveu de son mari, lui ayant manqué pour cet -office, elle prit son mari même; c'est sur quoi madame -de Sévigné la plaisante malignement, plutôt en souvenir -du passé que pour des motifs présents. «Je serais consolée, -dit-elle, du petit secrétaire que vous avez perdu, si -celui que vous avez pris en sa place était capable de s'attacher -à votre service; mais, de la façon dont j'en ai ouï -parler, il vous manquera à tout moment. Il est libertin. -Après cela, mon amie, vous en userez comme vous voudrez. -Je vous conseille de le prendre à l'essai; quand -vous le trouverez sous votre patte, servez-vous-en; <i>tant -tenu, tant payé</i><a id="FNanchor_791" href="#Footnote_791" class="fnanchor"> [791]</a>.» Madame de Coulanges avait l'habitude -d'écrire ses lettres sur de petites feuilles volantes, coupées -des quatre côtés, ce qui impatientait madame de -Sévigné. «Ces feuilles me font enrager, dit-elle; je m'y -brouille à tout moment; je ne sais plus où j'en suis; ce -sont les feuilles de la Sibylle, elles s'envolent, et l'on -ne peut leur pardonner de retarder et d'interrompre ce -que dit mon amie<a id="FNanchor_792" href="#Footnote_792" class="fnanchor"> [792]</a>.» Toutefois madame de Sévigné -aimait singulièrement à recevoir ces feuilles de la -Sibylle, toujours si bien remplies de nouvelles de la -cour, d'un grand intérêt. Ces deux femmes, qui différaient -tant par leurs principes et surtout par leur conduite -et leur genre de vie, avaient entre elles de fortes -analogies de talents, d'esprit, de caractère, et il leur -<span class="pagenum"><a id="Page_401"> 401</a></span> -était impossible d'être attachées l'une à l'autre par des -liens de famille sans l'être aussi par ceux de l'amitié. -Madame de Sévigné se plut toujours dans la société de -la femme de son cousin, et celle-ci était charmée de la -cousine de son mari<a id="FNanchor_793" href="#Footnote_793" class="fnanchor"> [793]</a>. Madame de Thianges, qui avait entendu -parler de deux lettres écrites par madame de Sévigné -à madame de Coulanges, voulut les lire, et les envoya -demander par un laquais. Madame de Coulanges rapporte -cette circonstance à madame de Sévigné, puis elle -ajoute: «Vos lettres font tout le bruit qu'elles méritent, -comme vous voyez; il est certain qu'elles sont délicieuses, -et vous êtes comme vos lettres<a id="FNanchor_794" href="#Footnote_794" class="fnanchor"> [794]</a>.»</p> - -<p>Une autre correspondance dont nous devons vivement -regretter la perte est celle de madame de Sévigné avec -son fils; cette correspondance devait être surtout d'un -grand intérêt à l'époque dont nous traitons, lorsque -le baron de Sévigné était à l'armée, et que sa mère, déjà -affligée par l'absence de madame de Grignan, était saisie -d'effroi à l'arrivée de chaque courrier, tremblant sans -cesse pour les jours d'un fils qui, à la tête des gendarmes, -dont il était le guidon, s'exposait journellement -au feu de l'ennemi. Sévigné aimait tendrement sa mère; il -quittait tous les plaisirs de la capitale et de la cour pour -se retirer avec elle dans la solitude des Rochers; il lui -tenait compagnie à la promenade, auprès du foyer; il -était son lecteur, son secrétaire, son complaisant, son -factotum; et au besoin il la soignait, et même la pansait -<span class="pagenum"><a id="Page_402"> 402</a></span> -lorsqu'elle était malade<a id="FNanchor_795" href="#Footnote_795" class="fnanchor"> [795]</a>. Il avait en elle la confiance la -plus entière: elle écoutait avec indulgence ses plus intimes -confidences et le récit de toutes ses <i>diableries</i> et <i>ravauderies</i><a id="FNanchor_796" href="#Footnote_796" class="fnanchor"> [796]</a>, -afin de pouvoir, par ses sages conseils, exercer -sur la conduite de ce jeune homme une salutaire influence; -et quoiqu'elle n'y pût toujours réussir, elle ne se rebutait -jamais. Sévigné, ainsi qu'elle naturellement porté à la -gaieté, la divertissait; il est peu de chagrins dont il ne -parvînt à la distraire. Par sa fréquentation avec la Champmeslé, -il avait acquis un merveilleux talent pour la déclamation; -il aimait à en faire jouir sa mère et à s'entretenir -avec elle des auteurs qu'ils lisaient ensemble. Il avait fait -d'excellentes études; son goût en littérature s'était développé -et perfectionné dans la société de Boileau et de Racine. -Enfin malgré la différence de sexe et la guerrière éducation -qu'il avait reçue, Sévigné avait, comme sa mère, cette -vive sensibilité qui, facilement excitée par l'imagination, -incline promptement à l'attendrissement et à la faiblesse. -Il eut besoin d'aller aux Rochers à une époque où madame -de Sévigné en était absente; ce lieu lui parut désert et triste. -Quand il se trouva seul dans l'appartement qu'elle occupait -<span class="pagenum"><a id="Page_403"> 403</a></span> -et qu'on lui eut remis les clefs de ses cabinets, une pensée -funeste le saisit: il songea qu'il arriverait un jour fatal où il -serait encore à cette même place sans sa mère, sans aucun -espoir de la revoir jamais, et il pleura<a id="FNanchor_797" href="#Footnote_797" class="fnanchor"> [797]</a>. Madame -de Sévigné était heureuse de la tendresse qu'avaient pour -elle ses deux enfants, et elle dit à sa fille, en parlant de -son fils: «Votre frère m'aime, et ne songe qu'à me -plaire; je suis aussi une vraie marâtre pour lui, et ne -suis occupée que de ses affaires. J'aurais grand tort si je -me plaignais de vous deux; vous êtes, en vérité, trop -jolis chacun en votre espèce<a id="FNanchor_798" href="#Footnote_798" class="fnanchor"> [798]</a>.» Quand elle voulait s'entretenir -de littérature et de poésie, madame de Sévigné -préférait Sévigné à sa sœur, parce que madame de Grignan -lisait presque exclusivement les livres sérieux et ceux qui -traitaient de la nouvelle philosophie; elle dédaignait les -autres. Dans le grand nombre d'ouvrages divers que madame -de Sévigné avait lus aux Rochers avec son fils, les -romans n'étaient point exclus, et elle avoue franchement -qu'elle prenait goût à ceux de la Calprenède; mais elle -trouvait le style de cet auteur détestable<a id="FNanchor_799" href="#Footnote_799" class="fnanchor"> [799]</a>. «Ce style, -dit-elle, est maudit en mille endroits; de grandes périodes, -de méchants mots, je sens tout cela. J'écrivis l'autre -jour à mon fils une lettre de ce style, qui était fort plaisante.<a id="FNanchor_800" href="#Footnote_800" class="fnanchor"> [800]</a>» -Sa vive et flexible imagination se prêtait facilement -<span class="pagenum"><a id="Page_404"> 404</a></span> -à cette variété de tons et de tournures, qui donne -tant de charme à la lecture de ses lettres. «Je suis tellement -libertine quand j'écris, dit-elle, que le premier tour -que je prends règne tout le long de ma lettre<a id="FNanchor_801" href="#Footnote_801" class="fnanchor"> [801]</a>.» Cette -imitation du style de la Calprenède, de la part d'une telle -plume, eût été curieuse à lire. Nous ne l'avons point, et -nous ne pouvons espérer de la retrouver, ni aucune des -lettres que madame de Sévigné avait écrites à son fils -avant qu'il fût marié. Si lui-même, par scrupule de -conscience, n'a pas anéanti toutes celles qu'il avait reçues -de sa mère dans sa jeunesse, sa femme n'aura pas manqué -de le faire. Par le même motif, madame de Simiane -(Pauline de Grignan) a fait disparaître toutes les lettres -qui avaient trait à son éducation, quand elle a permis -l'impression de la correspondance de son aïeule.</p> - -<p>La correspondance de madame de Sévigné avec son -fils, si nous la possédions, charmerait probablement les -lecteurs par l'expression élégante et variée d'une tendresse -maternelle vive et forte, mais non folle et passionnée, -comme celle que madame de Grignan avait inspirée. On -y trouverait aussi, de la part du baron de Sévigné, les protestations -souvent répétées d'un amour filial qui satisfaisaient -mieux madame de Sévigné que les témoignages -de tendresse qu'elle recevait de sa fille, soit parce qu'en -effet son fils mettait dans l'expression de ses sentiments -plus de chaleur et d'abandon, soit parce que ce cœur maternel, -trop fortement embrasé et avide dans sa fille d'une -affection égale à la sienne, ne pouvait jamais de ce côté -être complétement satisfait. Les lettres du baron de Sévigné -<span class="pagenum"><a id="Page_405"> 405</a></span> -eussent surtout été curieuses sous le rapport historique -par des nouvelles de l'armée et par des observations -sur les généraux et les guerriers de cette époque; -et celles de sa mère, comme les siennes, devaient, en -traits de gaieté, en anecdotes amusantes, en jugements -sur les ouvrages nouveaux et sur les littérateurs du temps, -différer beaucoup de la correspondance entre madame de -Sévigné et sa fille.</p> - -<p>Cette correspondance est la plus fréquente, la plus longue, -la mieux suivie de toutes celles dont madame de -Sévigné fut occupée. Nous sommes loin de l'avoir entière: -un grand nombre de lettres ont été, ainsi que nous l'avons -dit, supprimées; plusieurs, probablement, ont été égarées; -enfin toutes les lettres de madame de Grignan, qui -jetteraient tant de jour sur celles de sa mère, nous manquent. -Cependant, telle qu'elle est, telle qu'elle s'est successivement -accrue par les soins de plusieurs éditeurs zélés, -cette correspondance suffit pour nous faire connaître celle -dont elle émane bien plus sûrement que ne pourraient le -faire des mémoires élaborés avec soin pour être transmis -à la postérité. Tout ce que madame de Sévigné écrivait -à sa fille s'échappait de son âme, de son cœur, rapidement, -sans retour, sans détours, sans réflexion. Nous -avons déjà recueilli, dans ce qui est ainsi sorti de sa -plume, plusieurs des traits qui la caractérisent; tâchons -de saisir encore ceux qui peuvent servir à compléter cette -peinture; achevons la partie la plus importante et la plus -essentielle de la tâche que nous nous sommes imposée -dans cet ouvrage.</p> - -<div class="chapter"> -<p><span class="pagenum"><a id="Page_406"> 406</a></span></p> -<h2 class="normal">CHAPITRE XX.<br /> -<span class="medium">1671-1672.</span></h2> -</div> - -<p class="hanging indent">Contraste entre madame de Sévigné et sa fille.—Elles ne se ressemblaient -que par le plaisir qu'elles éprouvaient à correspondre -ensemble.—Pourquoi les lettres de madame de Sévigné à madame -de Grignan sont les plus intéressantes et les mieux écrites.—Madame -de Grignan n'aimait pas à écrire, si ce n'est à sa mère.—Madame -de Grignan néglige de répondre à le Tellier.—Madame de -Sévigné avait formé sa fille pour le style épistolaire.—Madame -de Grignan écrivait bien.—Elle fait une relation de son voyage -à la grotte de Sainte-Baume, et une autre de son voyage à Monaco.—Madame -de Sévigné montre à quelques personnes les passages -remarquables des lettres qu'elle reçoit de madame de Grignan, -et cite plusieurs de ses bons mots.—Madame de Sévigné -lisait beaucoup.—Elle envoyait à sa fille les livres nouveaux les -plus remarquables.—Madame de Sévigné différait de goût avec sa -fille.—Des livres que chacune d'elles affectionnait.—Opinion de -madame de Sévigné sur Racine;—sur Bourdaloue.—Variété des -lectures de madame de Sévigné.—Différences qui existaient entre -elle et madame de Grignan sous le rapport de la religion.—Les -convictions religieuses de madame de Sévigné étaient sincères, et -elle pratiquait sa religion.—Madame de Grignan, adonnée à la -philosophie de Descartes, était plus chancelante dans sa foi.—Sentiments -de madame de Sévigné sur la religion.—Elle désira toujours -être dévote.—Elle n'avait point de faiblesses superstitieuses.—Elle -était fort instruite sur les points les plus difficultueux de doctrine -religieuse.—Elle avait adopté les opinions des jansénistes.—Passage -de ses <i>Lettres</i> où elles les défend.—Ses erreurs et son esprit -ne nuisent en rien à ses bonnes résolutions.—Composition de sa -bibliothèque à son château des Rochers.—Elle prend des leçons de -Corbinelli sur la philosophie de Descartes.—Réfute Malebranche.—Appuie -ses opinions sur l'autorité de saint Paul et de saint Augustin.—Contraste -qui existait entre madame de Sévigné et madame -<span class="pagenum"><a id="Page_407"> 407</a></span> -de Grignan sous le rapport des sentiments maternels et la conduite -de la vie.—Madame de Sévigné facile à émouvoir.—Madame de -Grignan froide et impassible.—Madame de Sévigné eut une grande -préférence pour sa fille.—Madame de Grignan voulait, pour l'avancement -de son fils, mettre ses deux filles au couvent.—Madame -de Sévigné cherchait à plaire à tous.—Madame de Grignan -dédaignait le monde et l'opinion publique.—Madame de Sévigné -économe et sage dans la gestion de sa fortune.—Elle exhorte sa -fille à se rendre maîtresse des affaires de son mari, pour réduire son -luxe et ses dépenses.—Les conseils de madame de Sévigné sont -mal suivis.—Madame de Grignan fait de fréquentes pertes au jeu.—Inquiétudes -de madame de Sévigné à ce sujet.—Elle fait des -cadeaux et des remontrances à sa fille.—Le roi, mécontent des -états de Provence, veut les dissoudre.—Madame de Sévigné conseille -à M. de Grignan de ne pas exécuter les ordres rigoureux qu'il -a reçus et d'écrire au roi.—Ce conseil est suivi.—Le roi approuve -les observations des états, mais il envoie des lettres de cachet -pour exiler les consuls.—Madame de Sévigné conseille de ne -pas faire usage de ces lettres.</p> - -<p class="space">Ce qui étonne le plus dans les lettres de madame de -Sévigné à madame de Grignan, c'est qu'elles nous révèlent -le contraste complet qui existait entre la mère et la fille<a id="FNanchor_802" href="#Footnote_802" class="fnanchor"> [802]</a> -sans que leur parfaite union, leur confiance réciproque -en fût altérée. Nul accord entre leurs caractères, leurs -goûts, leurs opinions. Elles différaient en toutes choses -hors en une seule, c'est à savoir dans le plaisir qu'elles -éprouvaient de se communiquer leurs pensées, leurs -sentiments, leurs projets; et comme l'imagination n'est -jamais plus vive et plus puissante que lorsqu'elle reçoit -les impulsions du cœur, il en résultait que les lettres de -madame de Sévigné les mieux écrites, les plus riches par -le style, par les faits, les réflexions et les images sont précisément -<span class="pagenum"><a id="Page_408"> 408</a></span> -celles qu'elle écrivait à sa fille, sans efforts, sans -étude et avec un entraînement irrésistible. Elle-même -le sentait, car elle lui dit<a id="FNanchor_803" href="#Footnote_803" class="fnanchor"> [803]</a>: «Je vous donne avec plaisir -le dessus de tous les paniers, c'est-à-dire la fleur de -mon esprit, de ma tête, de mes yeux, de ma plume, de -mon écritoire; et puis le reste va comme il peut. Je me -divertis autant à causer avec vous que je laboure avec -les autres.»</p> - -<p>De son côté, madame de Grignan, si exacte à répondre -à sa mère, se montrait d'une paresse extrême lorsqu'il -lui fallait écrire à toute autre personne; et madame de Sévigné -était sans cesse obligée de lui rappeler les lettres de -devoir, de politesse et d'affection pour lesquelles elle -était en retard<a id="FNanchor_804" href="#Footnote_804" class="fnanchor"> [804]</a>. Ainsi Charles-Maurice le Tellier, frère -du ministre Louvois, coadjuteur et depuis archevêque de -Reims, qu'elle avait, avant son mariage, invité à correspondre -avec elle<a id="FNanchor_805" href="#Footnote_805" class="fnanchor"> [805]</a>, lui avait écrit deux fois sans recevoir -de réponse. Il s'en plaignit à madame de Sévigné, qui fut -obligée d'exhorter sa fille à payer plus exactement ses -dettes en ce genre.</p> - -<p>L'orgueil maternel, dans madame de Sévigné, se mêlait -à l'admiration qu'elle avait pour le talent épistolaire de -sa fille; elle reconnaissait que, sous ce rapport, madame -de Grignan était son élève; aussi continuait-elle à lui inculquer -<span class="pagenum"><a id="Page_409"> 409</a></span> -encore ses leçons, et elle trouvait en elle, sur -ce point, la même docilité que par le passé. Elle dit, -en la complimentant sur une lettre qu'elle avait reçue -d'elle<a id="FNanchor_806" href="#Footnote_806" class="fnanchor"> [806]</a>: «J'ai reçu deux lettres de vous qui m'ont transportée -de joie; ce que je sens en les lisant ne se peut -imaginer. Si j'ai contribué de quelque chose à l'agrément -de votre style, je croyais ne travailler que pour le -plaisir des autres, et non pas pour le mien; mais la Providence, -qui a mis tant d'espaces et tant d'absences entre -nous, m'en console un peu par les charmes de votre commerce.»</p> - -<p>Madame de Sévigné faisait cas du goût de sa fille, qui -n'était pas toujours d'accord avec le sien. En lui envoyant -une lettre qu'elle avait écrite à l'évêque de Marseille: -«Lisez-la, dit-elle, et vous verrez mieux que moi si elle -est à propos ou non... Vous savez que je n'ai qu'un trait -de plume, ainsi mes lettres sont fort négligées; mais -c'est mon style, et peut-être qu'il fera autant d'effet -qu'un autre plus ajusté; si j'étais à portée d'en recevoir -votre avis, vous savez combien je l'estime et combien de -fois il m'a réformée<a id="FNanchor_807" href="#Footnote_807" class="fnanchor"> [807]</a>.» Elle était de plus en plus charmée -des lettres qu'elle recevait de madame de Grignan. -«Mon Dieu, ma fille, dit-elle encore, que vos lettres -sont aimables! Il y a des endroits dignes de l'impression<a id="FNanchor_808" href="#Footnote_808" class="fnanchor"> [808]</a>...»—«Vous -me louez continuellement sur mes lettres, -et je n'ose plus parler des vôtres, de peur que cela -n'ait l'air de rendre louanges pour louanges; mais encore -<span class="pagenum"><a id="Page_410"> 410</a></span> -ne faut-il pas se contraindre jusqu'à ne pas dire la vérité: -vous avez des pensées et des tirades incomparables; il ne -manque rien à votre style<a id="FNanchor_809" href="#Footnote_809" class="fnanchor"> [809]</a>.»</p> - -<p>Madame de Grignan faisait profession de détester les -narrations et d'être ennemie des détails, ce qui tendait à -mettre de la sécheresse dans ses lettres et une trop grande -brièveté. Madame de Sévigné l'en reprend, et parvint -à la réformer sur ce point, du moins en ce qui la -concernait. «Défaites-vous, lui dit-elle, de cette haine que -vous avez pour les détails; je vous l'ai déjà dit et vous -le pouvez sentir, ils sont aussi chers de ceux que nous aimons -qu'ils nous sont ennuyeux des autres, et cet ennui -ne vient jamais que de la profonde indifférence que nous -avons pour ceux qui nous importunent; si cette observation -est vraie, jugez de ce que me font vos relations<a id="FNanchor_810" href="#Footnote_810" class="fnanchor"> [810]</a>.» -Aussi madame de Grignan triompha de son indolence -et de sa paresse, et surmonta cette humeur noire qui -la rendait indifférente à tout et qui était si opposée -à la franche sympathie, à la vivacité et à la gaieté du -caractère de madame de Sévigné<a id="FNanchor_811" href="#Footnote_811" class="fnanchor"> [811]</a>. Pour plaire à sa mère, -madame de Grignan composa des <i>relations</i>: celle du -voyage qu'elle fit à la grotte de Sainte-Baume, avec toute -<span class="pagenum"><a id="Page_411"> 411</a></span> -la pompe et le train dispendieux de la femme d'un gouverneur -de province, charma madame de Sévigné. Elle -crut lire un joli roman, dont sa fille était l'héroïne<a id="FNanchor_812" href="#Footnote_812" class="fnanchor"> [812]</a>. Elle -fut aussi très-satisfaite du récit détaillé de son voyage -à Monaco, et elle le fit lire à d'Hacqueville, au duc de la -Rochefoucauld et au comte de Guitaud<a id="FNanchor_813" href="#Footnote_813" class="fnanchor"> [813]</a>. Mais c'est dans -les lettres d'affaires que madame de Grignan avait une -véritable supériorité. Madame de Sévigné, qui, dans l'intérêt -de son gendre, entretenait de Pomponne de ce qui -concernait la Provence, aimait mieux distraire des lettres -qu'elle avait reçues de sa fille les portions relatives à cet -objet et les envoyer à ce ministre que de les transcrire -ou d'essayer d'exposer autrement ce qui était si bien -et si nettement exprimé<a id="FNanchor_814" href="#Footnote_814" class="fnanchor"> [814]</a>. Aussi, pour les affaires, madame -de Grignan écrivait particulièrement à l'abbé de -Coulanges, qui lui rendait compte de tout, et débarrassait -ainsi madame de Sévigné de détails qui l'auraient ennuyée<a id="FNanchor_815" href="#Footnote_815" class="fnanchor"> [815]</a>. -Madame de Grignan écrivait aussi à Bossuet<a id="FNanchor_816" href="#Footnote_816" class="fnanchor"> [816]</a> des -lettres que sa mère se chargeait de remettre. Quant aux -lettres de madame de Grignan qui se recommandaient -par les agréments du style et des pensées ingénieuses, -madame de Sévigné en était non-seulement contente, -<span class="pagenum"><a id="Page_412"> 412</a></span> -mais glorieuse; et elle avait grand soin d'en montrer -les passages les plus remarquables aux personnes qui -lui paraissaient les plus propres à les goûter. «Ainsi, ne -me parlez plus de mes lettres, ma fille, dit madame de Sévigné; -je viens d'en recevoir une de vous qui enlève; tout -aimable, toute brillante, toute pleine de pensées, toute -pleine de tendresse: c'est un style juste et court, qui chemine -et qui plaît au souverain degré, même sans vous -aimer comme je fais. Je vous le dirais plus souvent, sans -que je crains d'être fade; mais je suis toujours ravie de -vos lettres, sans vous le dire; madame de Coulanges l'est -aussi de quelques endroits que je lui fais voir et qu'il -est impossible de lire toute seule. Il y a un petit air de -dimanche gras répandu sur cette lettre, qui la rend d'un -goût non pareil<a id="FNanchor_817" href="#Footnote_817" class="fnanchor"> [817]</a>.»</p> - -<p>Quinze jours après cette lettre, madame de Sévigné -écrit encore à madame de Grignan<a id="FNanchor_818" href="#Footnote_818" class="fnanchor"> [818]</a>:</p> - -<p>«Madame de Villars, M. Chapelain et quelque autre -encore sont ravis de votre lettre sur l'ingratitude. Il ne -faut pas que vous croyiez que je sois ridicule; je sais à -qui je montre ces petits morceaux de vos grandes lettres, -je connais mes gens; je ne le fais point mal à propos, je -sais le temps et le lieu; mais enfin c'est une chose charmante -que la manière dont vous dites quelquefois de certaines -choses: fiez-vous à moi, je m'y connais.»</p> - -<p>Et avant, dans le même mois<a id="FNanchor_819" href="#Footnote_819" class="fnanchor"> [819]</a>, elle lui avait écrit: -<span class="pagenum"><a id="Page_413"> 413</a></span> -«Vos réflexions sur l'espérance sont divines; si Bourdelot<a id="FNanchor_820" href="#Footnote_820" class="fnanchor"> [820]</a> -les avait faites, tout l'univers les saurait; vous ne -faites pas tant de bruit pour faire des merveilles; le <i>malheur -du bonheur</i> est tellement bien dit qu'on ne peut -trop aimer une plume qui exprime ces choses-là.»</p> - -<p>Madame de Sévigné et madame de Grignan lisaient -beaucoup; mais à cet égard leur goût était différent<a id="FNanchor_821" href="#Footnote_821" class="fnanchor"> [821]</a>. -Madame de Grignan lisait les livres de la nouvelle philosophie -(la philosophie de Descartes), que madame de Sévigné -goûtait peu<a id="FNanchor_822" href="#Footnote_822" class="fnanchor"> [822]</a>. Quoiqu'elle écoutât avec intérêt les -discussions qui avaient lieu en sa présence entre ses amis -sur ce grave sujet et qu'elle en parlât souvent avec eux, -elle aimait mieux confier à sa foi religieuse la solution des -hautes questions de la métaphysique que de se fatiguer -à les comprendre; elle ne pouvait se résoudre à admettre -une théorie qui prétendait lui démontrer que sa chienne -<i>Marphise</i> n'avait point d'âme et était une pure machine<a id="FNanchor_823" href="#Footnote_823" class="fnanchor"> [823]</a>; -et elle disait malignement des cartésiens que s'ils ont -envie d'aller en paradis c'est par curiosité<a id="FNanchor_824" href="#Footnote_824" class="fnanchor"> [824]</a>. Elle mettait -un grand empressement à envoyer à sa fille les plus intéressantes -<span class="pagenum"><a id="Page_414"> 414</a></span> -nouveautés littéraires, qui, presque toutes, -avaient alors pour éditeur le libraire Barbin. Lorsque celui-ci -ne les lui faisait pas remettre assez tôt pour que -madame de Grignan les reçût par elle avant qu'elles fussent -parvenues en Provence, elle accusait plaisamment <i>ce -chien de Barbin</i>, qui, disait-elle, la haïssait, parce -qu'elle ne faisait pas de <i>Princesses de Clèves</i> et de -<i>Montpensier</i>, comme son amie madame de la Fayette<a id="FNanchor_825" href="#Footnote_825" class="fnanchor"> [825]</a>. -On comprend très-bien pourquoi madame de Sévigné -mettait au premier rang de tous les soins qu'elle se donnait -pour plaire à sa fille celui de lui envoyer les ouvrages -nouveaux; elle y était personnellement intéressée. -Ces ouvrages étaient ceux qu'elle-même lisait, et qui -fournissaient de nouveaux aliments à cette correspondance, -son bonheur et ses délices<a id="FNanchor_826" href="#Footnote_826" class="fnanchor"> [826]</a>. C'est pourquoi -madame de Sévigné ne manquait jamais de mettre madame -de Grignan au courant des lectures qu'elle faisait -ou qu'elle se proposait de faire<a id="FNanchor_827" href="#Footnote_827" class="fnanchor"> [827]</a>. Elle trouvait tant de -douceur à être, en ceci comme en toutes choses, en rapport -avec elle, que, lui ayant recommandé la lecture d'un des -ouvrages de Tacite, que madame de Grignan n'acheva -pas, elle lui en témoigna ses regrets, et l'engagea à lui -écrire la page où elle en était restée, afin qu'elle pût terminer -pour elle cette lecture<a id="FNanchor_828" href="#Footnote_828" class="fnanchor"> [828]</a>. Madame de Sévigné savait -<span class="pagenum"><a id="Page_415"> 415</a></span> -peu le latin. S'il en avait été autrement, Corbinelli, écrivant -quelques lignes à Bussy dans une des lettres de madame -de Sévigné, n'aurait pas dit que c'était en sa considération -qu'il traduisait un passage d'Horace<a id="FNanchor_829" href="#Footnote_829" class="fnanchor"> [829]</a>. Elle-même -n'aurait pas annoncé qu'elle se proposait de lire Térence -et de se faire traduire par son fils la satire contre les folles -amours que renferme la première scène de l'<i>Eunuque</i><a id="FNanchor_830" href="#Footnote_830" class="fnanchor"> [830]</a>. -Ce n'était pas une chose très-rare alors cependant, même -parmi les femmes, que de pouvoir lire les auteurs latins -dans leur langue originale. L'abbesse de Fontevrault, -sœur de madame de Montespan, madame de Rohan de -Montbazon, abbesse de Malnou, avaient cet avantage; il -en était de même de madame de la Sablière, de mademoiselle -de Scudéry et de plusieurs autres, sans nommer madame -Dacier, qui, pour la haute érudition, est restée une -exception<a id="FNanchor_831" href="#Footnote_831" class="fnanchor"> [831]</a>. Mais c'est dans la traduction de Perrot d'Ablancourt -que madame de Sévigné admirait l'éloquence -et l'harmonie des phrases de Tacite; c'est aussi par le -même traducteur qu'elle avait appris à goûter l'esprit de -Lucien. C'est dans la traduction italienne d'Annibal Caro -qu'elle lisait Virgile<a id="FNanchor_832" href="#Footnote_832" class="fnanchor"> [832]</a>. Cependant, comme elle mande à -madame de Grignan qu'elle a fait mettre en lettres d'or -sur le grand autel de sa chapelle cette inscription: <span class="small1">SOLI -DEO HONOR ET GLORIA</span>, on peut croire qu'elle ainsi que -sa fille entendaient<a id="FNanchor_833" href="#Footnote_833" class="fnanchor"> [833]</a> assez le latin pour lire en cette langue -<span class="pagenum"><a id="Page_416"> 416</a></span> -les Actes des Apôtres et les livres d'église. Dans les -jugements qu'elles portaient sur les auteurs, elles différaient -beaucoup entre elles. Madame de Sévigné avait -plus que madame de Grignan le sentiment vif et prompt -des beautés littéraires; son goût était moins sévère, moins -dédaigneux, mais peut-être moins pur. Madame de Sévigné -se passionnait facilement pour les auteurs qu'elle lisait, -et proportionnait ses louanges aux émotions et aux -inspirations qu'elle en recevait. Madame de Grignan, au -contraire, aimait à critiquer, à se rendre raison de tout, -et se défendait d'admirer. Madame de Sévigné avait plus -que sa fille le goût de la solitude et de la campagne; les -sombres et mélancoliques horreurs de la forêt avaient -pour elle de l'attrait<a id="FNanchor_834" href="#Footnote_834" class="fnanchor"> [834]</a>. Elle lisait plutôt pour le plaisir de -lire que par l'ambition de devenir savante; c'était tout -le contraire dans madame de Grignan.</p> - -<p>Les prédilections de madame de Sévigné en littérature -se trahissent lorsqu'elle quitte la capitale pour aller passer -quelques jours dans sa retraite de Livry. Quels sont -les auteurs qu'elle emporte alors de préférence? Corneille -et la Fontaine. On lui a reproché d'avoir manqué de discernement, -et, dans son admiration exclusive pour Corneille, -de n'avoir pas rendu justice à Racine. Tout le -monde sait cependant aujourd'hui qu'elle n'a jamais dit -ni cité ces mots ridicules que lui prêtent Voltaire, la -Harpe et tant d'autres: «Racine passera comme le café<a id="FNanchor_835" href="#Footnote_835" class="fnanchor"> [835]</a>;» -<span class="pagenum"><a id="Page_417"> 417</a></span> -mais elle a dit «qu'il n'irait point plus loin qu'Andromaque<a id="FNanchor_836" href="#Footnote_836" class="fnanchor"> [836]</a>.» -Ce qui prouve seulement que cette pièce, qu'elle -loue avec effusion et qui lui faisait verser des larmes -même lorsqu'elle la voyait jouer par une troupe de campagne<a id="FNanchor_837" href="#Footnote_837" class="fnanchor"> [837]</a>, -était, selon elle, le <i>nec plus ultra</i> du talent de -Racine.—Avec sa tendresse maternelle, pouvait-elle penser -autrement? Si elle avait vécu du temps de Voltaire, -nul doute qu'elle n'eût préféré aussi <i>Mérope</i> à toutes les -pièces de cet auteur. Tout le monde juge ainsi: ce qui -touche le plus le cœur est aussi ce qui émeut le plus fortement -l'imagination. A la vérité, madame de Sévigné -cherche à atténuer le succès de <i>Bajazet</i>, et elle en donne -la plus forte part au talent de la Champmeslé. Cependant -elle envoie cette pièce à sa fille aussitôt qu'elle a -paru; il est vrai qu'elle préfère Corneille à Racine, et -qu'elle trouve plus de génie dramatique à l'auteur du -<i>Cid</i>, de <i>Polyeucte</i>, des <i>Horaces</i>, de <i>Cinna</i>. A-t-elle si -grand tort? On n'a pas remarqué que lorsqu'elle parle -ainsi Corneille avait produit tous ses chefs-d'œuvre, et -qu'il n'en était pas ainsi de Racine, dont la réputation n'était -encore qu'à son aurore, quoique cette aurore eût un -grand éclat. On oublie que madame de Sévigné avait -alors de bien légitimes motifs pour ne pas aimer Racine, et -que les déplaisirs qu'il lui causait devaient très-naturellement -disposer son esprit à juger peu favorablement des -<span class="pagenum"><a id="Page_418"> 418</a></span> -productions de ce poëte. On se représente toujours Racine -dans un âge avancé, couronné par l'auréole de sa gloire -poétique, vénéré par sa fervente piété, uniquement occupé -de son salut et de l'éducation de ses enfants, refusant -d'aller dîner chez un grand de la cour, afin d'avoir -le plaisir de manger un beau poisson en famille, et pourtant -écrivant encore <i>Esther</i> et <i>Athalie</i> pour les vierges -d'un couvent. Le jeune auteur d'<i>Andromaque</i> et de -<i>Bajazet</i> était un personnage tout différent. Ingrat et -malin, dans deux lettres très-spirituelles et pleines de -mordants sarcasmes, il avait versé le ridicule sur les pieux -solitaires de Port-Royal, qui l'avaient élevé, parce qu'ils -avaient osé soutenir que le théâtre est un divertissement -peu favorable aux bonnes mœurs et à la religion. Quand il -faisait imprimer ses tragédies, il y mettait des préfaces -qui étaient la critique acérée des ouvrages de ses rivaux, -particulièrement de Corneille; et il composait contre eux -de sanglantes épigrammes. Alors amoureux de la Champmeslé, -Racine soupait souvent chez elle avec Boileau, son -ami; et le baron de Sévigné, qui courtisait cette actrice et -auquel la société des deux poëtes plaisait beaucoup, payait -les soupers. Madame de Sévigné ne trouvait pas bon que -son fils jouât le rôle ridicule d'Amphitryon et contribuât -aux plaisirs des amants de sa maîtresse. On doit donc peu -s'étonner que dans son dépit, en écrivant à sa fille, elle parle -avec le même dédain de la courtisane et des deux poëtes. -Plus tard, et lorsque son fils a rompu avec la Champmeslé, -elle s'exprime sur eux avec l'admiration due à leur caractère -et à leur talent; et quand, longtemps après, elle assistait à -Saint-Cyr aux représentations d'<i>Athalie</i> et d'<i>Esther</i>, elle -ne disait plus que Racine composait des tragédies pour la -Champmeslé, et non pour la postérité, et qu'il ne serait -<span class="pagenum"><a id="Page_419"> 419</a></span> -plus le même quand il ne serait plus jeune et amoureux; -mais elle remarque, au contraire, le caractère de son talent, -sa sensibilité, et dit «qu'il aime Dieu comme il aimait -ses maîtresses<a id="FNanchor_838" href="#Footnote_838" class="fnanchor"> [838]</a>.» La même chose lui arriva lorsqu'elle -entendit débuter le P. Bourdaloue dans l'église -de son collége. Selon elle, il a bien prêché; mais son éloquence, -appropriée à son église, n'en franchira pas l'enceinte. -Et cependant elle assista ensuite assidûment à ses -sermons<a id="FNanchor_839" href="#Footnote_839" class="fnanchor"> [839]</a>, et ne peut trouver de termes assez énergiques -pour peindre sa vive admiration, pour exprimer le bien -qu'elle ressentait des pieuses convictions produites par la -parole du grand orateur. Elle loue aussi avec le même discernement, -mais non avec le même enthousiasme, Mascaron -et Fléchier. Elle variait beaucoup ses lectures<a id="FNanchor_840" href="#Footnote_840" class="fnanchor"> [840]</a>. -Les sermons ne l'empêchaient pas d'aller au spectacle, -d'assister aux pièces de Molière, de se plaire à l'Opéra et -de trouver céleste la musique de Lulli, de lire des romans -(l'<i>Astrée</i>, <i>Cléopâtre</i>, <i>Pharamond</i>, etc.)<a id="FNanchor_841" href="#Footnote_841" class="fnanchor"> [841]</a>, les Contes de la -Fontaine, Rabelais, l'Arioste, le Tasse, Pétrarque, Tassoni, -Marini, Montaigne, Charron; elle mêlait ensemble Corneille, -Despréaux, Sarrasin, Voiture, les livres de controverses -<span class="pagenum"><a id="Page_420"> 420</a></span> -religieuses, l'Alcoran et Don Quichotte. Quelquefois -elle entreprenait de longues lectures historiques, -et elle bravait la fatigue que lui faisaient éprouver les -interminables périodes du P. Maimbourg, pour s'instruire -sur l'histoire des croisades et sur celle de l'arianisme et -des iconoclastes. Puis elle lit l'<i>Histoire de la découverte -de l'Amérique par Christophe Colomb</i>, «qui la divertit -au dernier point;» la <i>Vie du cardinal Commendon</i>, «qui -lui tient très-bonne compagnie;» et une <i>Histoire des -Grands Vizirs</i>, de Chassepol, qui eut dans le temps beaucoup -de succès. Malgré son inclination pour Tacite, et -quoiqu'elle lût et relût Josèphe, Plutarque et Lucien, elle -préférait l'<i>Histoire de France</i> à l'histoire romaine, où -elle n'avait, disait-elle spirituellement, ni parents ni amis. -On est étonné de lui voir lire en quatre jours l'in-folio de -l'académicien Paul Hay du Chastelet, contenant la <i>Vie -de Bertrand du Guesclin</i>; mais tout ce qui concernait -l'<i>histoire de Bretagne</i> avait pour elle un intérêt de -famille<a id="FNanchor_842" href="#Footnote_842" class="fnanchor"> [842]</a>.</p> - -<p>Elle aimait avant tout les livres de morale, et surtout -<span class="pagenum"><a id="Page_421"> 421</a></span> -de morale religieuse. Les <i>Essais</i> de Nicole étaient ceux -qu'elle préférait. Les meilleurs et les plus beaux éloges -qu'on ait faits de cet écrivain ont été tracés par Voltaire -dans son <i>Siècle de Louis XIV</i> et par madame de Sévigné -dans les lettres écrites à sa fille<a id="FNanchor_843" href="#Footnote_843" class="fnanchor"> [843]</a>. Nicole est l'auteur -favori de madame de Sévigné; elle le lisait et le relisait; -elle y trouvait des ressources contre tous les maux, -toutes les misères de la vie, même, disait-elle, contre la -pluie et le mauvais temps; elle veut s'en pénétrer, se -l'assimiler; elle souhaiterait pouvoir en faire un bouillon -et l'avaler<a id="FNanchor_844" href="#Footnote_844" class="fnanchor"> [844]</a>. Il était, suivant elle, de la même <i>étoffe</i> que -Pascal, et elle ajoute: «Cette étoffe-là est si belle qu'elle -me plaît toujours; jamais le cœur humain n'a été mieux -anatomisé que par ces messieurs-là<a id="FNanchor_845" href="#Footnote_845" class="fnanchor"> [845]</a>.» Elle lisait aussi -les Traités de Bossuet, et surtout son <i>Histoire des Variations</i><a id="FNanchor_846" href="#Footnote_846" class="fnanchor"> [846]</a>. -En bonne janséniste, elle avait lu saint Augustin -et les Lettres de Saint-Cyran; mais elle se tenait éloignée -du rigorisme de la secte.</p> - -<p>Sa foi était forte et sincère, et en cela surtout elle différait -de sa fille. Comme toutes les femmes de son temps, -madame de Grignan pratiquait sa religion; mais sa raison, -enorgueillie par les lueurs vacillantes d'une philosophie -qu'elle croyait comprendre, faisait subir aux croyances -<span class="pagenum"><a id="Page_422"> 422</a></span> -qui lui avaient été inculquées dès son enfance des -doutes peu conformes à la soumission due aux décisions -de l'Église. Telle n'était point madame de Sévigné, qui -ne partageait pas le superbe dédain de Port-Royal pour -l'efficacité de l'intervention du saint sacerdoce. Elle avait -soin de faire dire des messes pour détourner les malheurs -qu'elle redoutait, et elle ne manquait pas d'en agir ainsi -lorsque sa fille voyageait ou lorsque celle-ci était enceinte<a id="FNanchor_847" href="#Footnote_847" class="fnanchor"> [847]</a>, -et encore après qu'elle était accouchée<a id="FNanchor_848" href="#Footnote_848" class="fnanchor"> [848]</a>. Quoique -nous n'ayons pas les lettres que madame de Grignan -avait écrites à sa mère, ce qui nous reste de leur correspondance -témoigne suffisamment de la lutte qui avait lieu -entre elles deux, en raison de leur dissidence d'opinion -sur ces graves matières. Jamais madame de Sévigné ne -laisse échapper l'occasion de manifester à madame de -Grignan combien sa religion lui est chère, et de s'efforcer -de lui persuader qu'elle satisfait mieux le cœur et la raison -que toutes les vaines subtilités des philosophes. -Elle la mit dans la confidence de tous ses scrupules religieux -et des tourments de sa conscience. Elle plaint -sa fille de n'avoir pas en Provence de P. Bourdaloue -ni de P. Mascaron: «Comment, dit-elle, peut-on aimer -Dieu quand on n'entend jamais bien parler de lui<a id="FNanchor_849" href="#Footnote_849" class="fnanchor"> [849]</a>?» -<span class="pagenum"><a id="Page_423"> 423</a></span> -Et madame de Grignan est instruite toutes les fois que -des devoirs religieux appellent sa mère à l'église de Saint-Paul -de la rue Saint-Antoine ou des Minimes de la place -Royale. «Ma fille, lui écrit-elle, je m'en vais prier Dieu, -et me disposer à faire demain mes pâques: il faut au -moins sauver cette action de l'imperfection des autres. Je -voudrais bien que mon cœur fût pour Dieu comme il -est pour vous<a id="FNanchor_850" href="#Footnote_850" class="fnanchor"> [850]</a>.» Bien souvent madame de Sévigné se -lamente de n'avoir pas le courage de rompre les liens -du monde et de conformer sa vie aux préceptes de sa -croyance; et sa fille, qui n'avait pas intérêt à ce qu'il en -fût ainsi, combat toujours ce penchant à la dévotion, qui -était commun alors aux personnes les plus mondaines. -Ainsi, dès cette année 1671, madame de Sévigné écrivait, -au sujet de la mort du chevalier de Buous<a id="FNanchor_851" href="#Footnote_851" class="fnanchor"> [851]</a>:</p> - -<p>«C'est un beau sujet de réflexions que l'état où vous -le dépeignez. Il est certain qu'en ce temps-là nous aurons -de la foi de reste; elle fera tous nos désespoirs et tous nos -troubles; et ce temps que nous prodiguons et que nous -voulons qui coule présentement nous manquera, et nous -donnerions toutes choses pour avoir un de ces jours que -nous perdons avec tant d'insensibilité... La morale chrétienne -est excellente à tous les maux; mais je la veux -chrétienne; elle est trop creuse et trop inutile autrement.»</p> - -<p>Trois mois avant cette lettre, elle avait déjà écrit à madame -<span class="pagenum"><a id="Page_424"> 424</a></span> -de Grignan: «Une de mes grandes envies, ma fille, -ce serait d'être dévote; j'en tourmente la Mousse tous les -jours. Je ne suis ni à Dieu ni à diable; cet état m'ennuie, -quoique, entre nous, je le trouve le plus naturel du -monde. On n'est point au diable parce qu'on craint Dieu, -et qu'au fond on a un principe de religion; on n'est point -à Dieu aussi, parce que sa loi paraît dure, et qu'on n'aime -point à se détruire soi-même; cela compose les tièdes, -dont le grand nombre ne m'étonne point du tout: j'entre -dans leurs raisons. Cependant Dieu les hait; il faut donc -sortir de cet état, et voilà la difficulté<a id="FNanchor_852" href="#Footnote_852" class="fnanchor"> [852]</a>.»</p> - -<p>Vingt ans après, madame de Sévigné en était encore -au même point; mais du moins sa foi n'avait point varié, -et elle se trouvait encore plus fermement établie par les -études qu'elle avait faites dans l'intervalle. «Vous me demandez, -écrit-elle à madame de Grignan, si je suis toujours -une petite dévote qui ne vaut guère: oui, justement -voilà ce que je suis toujours, et pas davantage, et à mon -grand regret. Tout ce que j'ai de bon, c'est que je sais -bien ma religion et de quoi il est question; je ne prendrai -point le faux pour le vrai; je sais ce qui est bon et -ce qui n'en a que l'apparence; j'espère ne m'y point méprendre, -et que, Dieu m'ayant déjà donné de bons sentiments, -il m'en donnera encore: les grâces passées me -garantissent en quelque sorte celles qui viendront; ainsi -je vis dans la confiance, mêlée cependant de beaucoup de -crainte<a id="FNanchor_853" href="#Footnote_853" class="fnanchor"> [853]</a>.»</p> - -<p><span class="pagenum"><a id="Page_425"> 425</a></span> -Quoiqu'elle trouvât que dans cette voie ses progrès fussent -lents, pourtant elle reconnaissait qu'elle faisait des -progrès. «Si je pouvais seulement, dit-elle, vivre deux -cents ans, il me semble que je serais une personne admirable.»</p> - -<p>Madame de Sévigné avait foi aux promesses de la religion -et espérait en elles; mais elle répugnait à croire aux -terreurs qu'on voulait lui inculquer en son nom. «Vous -aurez peine, dit-elle à madame de Grignan, à nous faire -entrer une éternité de supplices dans la tête, à moins que, -d'un ordre du roi et de la sainte Écriture, la soumission -n'arrive au secours<a id="FNanchor_854" href="#Footnote_854" class="fnanchor"> [854]</a>.» Léger sarcasme aussi juste que -mérité contre le despotisme de Louis XIV, qui mal à propos -faisait intervenir son autorité dans les querelles théologiques, -et les évoquait à son conseil, non sans dommage -pour l'État et pour la religion. Madame de Sévigné n'aimait -pas que l'on portât trop loin l'esprit de pénitence, -et la rigueur des règles nouvellement imposées aux religieux -du couvent de la Trappe par le Bouthillier de Rancé<a id="FNanchor_855" href="#Footnote_855" class="fnanchor"> [855]</a> -lui paraissait extravagante. «Je crains, dit-elle, que cette -Trappe, qui veut surpasser l'humanité, ne devienne les -Petites-Maisons<a id="FNanchor_856" href="#Footnote_856" class="fnanchor"> [856]</a>.»</p> - -<p>Madame de Sévigné n'avait aucune de ces faiblesses -superstitieuses dont quelques esprits très-fermes ne sont -pas toujours exempts. Elle se dépite de ce que le bel abbé -<span class="pagenum"><a id="Page_426"> 426</a></span> -de Grignan, qui devait l'accompagner en Provence, la supplie -de différer son départ de quelques jours, parce qu'il -ne peut consentir à se mettre en route un vendredi. «On -ne peut, dit-elle malignement, tirer les prêtres de Paris; -il n'y a que les dames qui en veuillent partir<a id="FNanchor_857" href="#Footnote_857" class="fnanchor"> [857]</a>.» Elle -était plus incrédule que sa fille sur certains faits surnaturels, -que madame de Grignan semblait disposée à croire. -«Je trouve plaisants, lui écrit-elle, les miracles de votre -solitaire; mais sa vanité pourrait bien le conduire du milieu -de son désert dans le milieu de l'enfer... Dieu est -tout-puissant, qui est-ce qui en doute? Mais nous ne méritons -guère qu'il nous montre sa puissance<a id="FNanchor_858" href="#Footnote_858" class="fnanchor"> [858]</a>.»</p> - -<p>Ses croyances étaient raisonnées; elle lisait beaucoup -de livres de controverse, même ceux que composaient -des protestants<a id="FNanchor_859" href="#Footnote_859" class="fnanchor"> [859]</a>, et aussi, pour complaire à sa fille, ceux -qui étaient écrits d'après les principes de la nouvelle philosophie; -mais elle en était peu satisfaite. «J'ai pris, dit-elle -à madame de Grignan, les <i>Conversations chrétiennes</i>; -elles sont d'un bon cartésien, qui sait par cœur votre <i>Recherche -de la vérité</i> (du P. Malebranche)... Je vous -manderai si ce livre est à la portée de mon intelligence; -s'il n'y est pas, je le quitterai humblement, en renonçant -à la sotte vanité de contrefaire l'éclairée, quand je ne le -suis pas. Enfin Dieu est tout-puissant, et fait tout ce qu'il -<span class="pagenum"><a id="Page_427"> 427</a></span> -veut, j'entends cela; il veut notre cœur, nous ne voulons -pas le lui donner, voilà tout le mystère<a id="FNanchor_860" href="#Footnote_860" class="fnanchor"> [860]</a>.»</p> - -<p>Mais elle comprend fort bien ces questions qu'elle feint -d'être trop ardues pour son intelligence, et elle exhorte sa -fille, pour les résoudre, à lire le traité de la <i>Prédestination -des Saints</i>, par saint Augustin, et surtout celui du -<i>Don de la persévérance</i>. «Lisez, dit-elle, ce livre, il n'est -pas long; c'est où j'ai puisé mes erreurs. Je ne suis pas -la seule, cela me console; et en vérité je suis tentée de -croire qu'on ne discute aujourd'hui sur cette matière avec -tant de chaleur que faute de s'entendre<a id="FNanchor_861" href="#Footnote_861" class="fnanchor"> [861]</a>.»</p> - -<p>Cette lecture de saint Augustin et les commentaires -de ses amis de Port-Royal l'avaient confirmée dans l'opinion -des jansénistes sur la grâce. Madame de Grignan, -pour combattre cette opinion, profita de l'exemple de -madame de la Sablière, connue par son savoir et par son -attachement à la philosophie cartésienne, qui cependant, -touchée des vérités de la religion, s'était convertie. «Oui, -dit madame de Sévigné, elle est dans ce bienheureux -état, elle est dévote et vraiment dévote, elle fait un bon -usage de son libre arbitre; mais n'est-ce pas Dieu qui le -lui fait faire? N'est-ce pas Dieu qui la fait vouloir? N'est-ce -pas Dieu qui l'a délivrée de l'empire du démon? N'est-ce -pas Dieu qui a tourné son cœur? N'est-ce pas Dieu qui la -fait marcher et qui la soutient? N'est-ce pas Dieu qui lui -donne la vue et le désir d'être à lui? C'est cela qui est -couronné; c'est Dieu qui couronne ses dons. Si c'est cela -<span class="pagenum"><a id="Page_428"> 428</a></span> -que vous appelez le libre arbitre, ah! je le veux bien<a id="FNanchor_862" href="#Footnote_862" class="fnanchor"> [862]</a>.»</p> - -<p>Dans la même lettre, elle professe l'opinion de Jansénius -avec toutes ses conséquences. «Je n'ai rien à vous -répondre, dit-elle à madame de Grignan, sur ce que dit -saint Augustin, sinon que je l'écoute et que je l'entends -quand il me dit et me répète cinq cents fois dans un même -livre que tout dépend, comme le dit l'Apôtre, non de -celui qui veut ni de celui qui court, mais de Dieu, qui -fait miséricorde à qui il lui plaît; que ce n'est point en -considération d'aucun mérite que Dieu donne sa grâce -aux hommes, mais selon son bon plaisir... Il appelle -notre libre arbitre une délivrance et une facilité d'aimer -Dieu, parce que nous ne sommes pas sous l'empire du -démon, et que nous sommes élus de toute éternité, selon -les décrets du Père éternel, avant tous les siècles.»</p> - -<p>Cependant cette doctrine sur la grâce, qui conduit droit -au fatalisme, ne pouvait être admise par un esprit aussi -juste que celui de madame de Sévigné sans y faire naître -beaucoup de doutes; et nous voyons dans la même lettre -qu'ils surgissent surtout à la lecture du chapitre dont le -sommaire est: <i>Comment Dieu jugerait-il les hommes -si les hommes n'avaient point de libre arbitre?</i> «En -vérité, dit-elle, je n'entends point cet endroit, et je suis -toute disposée à croire que c'est un mystère; mais comme -ce libre arbitre ne peut pas mettre notre salut en notre -pouvoir et qu'il faut toujours dépendre de Dieu, je n'ai -pas besoin d'être éclaircie sur ce passage, et je me tiendrai, -si je puis, dans l'humilité et dans la dépendance<a id="FNanchor_863" href="#Footnote_863" class="fnanchor"> [863]</a>.»</p> - -<p><span class="pagenum"><a id="Page_429"> 429</a></span> -Ainsi l'on voit que les erreurs de son esprit ne la faisaient -dévier en rien de la rectitude de ses résolutions. -Elle trouvait dans saint Augustin des pensées si nobles -et si grandes «que tout le mal qui peut arriver de sa -doctrine aux esprits mal faits était moindre que le bien -que les autres en retirent<a id="FNanchor_864" href="#Footnote_864" class="fnanchor"> [864]</a>.»</p> - -<p>Elle revient cependant si souvent sur ce sujet, et quelquefois -avec une telle éloquence et avec tant de chaleur, -qu'il est manifeste qu'elle a le désir de ramener sa fille -à son opinion<a id="FNanchor_865" href="#Footnote_865" class="fnanchor"> [865]</a>. Elle désigne par le titre de <i>frères</i> ses -amis les écrivains de Port-Royal. «Quand je veux nourrir, -dit-elle, mon esprit et mon âme, j'entre dans mon cabinet, -j'écoute <i>nos frères</i> et leur belle morale, qui nous -fait si bien connaître notre pauvre cœur<a id="FNanchor_866" href="#Footnote_866" class="fnanchor"> [866]</a>.» Toute sa vie -elle aima à lire; mais dans son âge avancé ce goût de sa -jeunesse se dirigea exclusivement sur les lectures graves -et sérieuses. Sa fille lui reproche d'avoir relu jusqu'à trois -fois les mêmes romans. «Ce sont de vieux péchés, dit-elle, -qui doivent être pardonnés en considération du profit qui -me revient de pouvoir relire aussi plusieurs fois les plus -beaux livres du monde, les Abbadie, Pascal, Nicole, Arnauld, -les plus belles histoires<a id="FNanchor_867" href="#Footnote_867" class="fnanchor"> [867]</a>.»</p> - -<p>C'est vers l'âge de cinquante ans que se fit cette révolution -dans ses goûts pour les lectures; et elle a donné en -peu de mots à sa fille la composition de sa petite bibliothèque -<span class="pagenum"><a id="Page_430"> 430</a></span> -des Rochers et de quelle manière elle l'avait elle-même -classée en une seule matinée<a id="FNanchor_868" href="#Footnote_868" class="fnanchor"> [868]</a>. «J'ai apporté ici -quantité de livres, je les ai rangés ce matin; on ne met -pas la main sur un, tel qu'il soit, qu'on n'ait envie de le -lire tout entier; toute une tablette de dévotion, et quelle -dévotion! bon Dieu, quel point de vue pour honorer -notre religion! L'autre est toute d'histoires admirables; -l'autre, de morale; l'autre, de poésies, et de nouvelles, et -de mémoires. Les romans sont méprisés, et ont gagné les -petites armoires. Quand j'entre dans ce cabinet, je ne -comprends pas pourquoi j'en sors; il serait digne de vous, -ma fille.»</p> - -<p>Il n'est fait dans ce passage aucune mention des livres -sur la philosophie de Descartes, lecture favorite de madame -de Grignan. Il semble que madame de Sévigné les -considérait comme un exercice pour son intelligence, -comme les romans pour son imagination; mais qu'étant -inutiles pour son salut et pour éclairer sa raison ils ne devaient -point trouver place dans sa bibliothèque choisie. -Pour cette partie de son instruction, elle s'en reposait sur -Corbinelli. «Il est souvent avec moi, dit-elle, ainsi que la -Mousse, et tous deux parlent de votre <i>père</i> Descartes; -ils ont entrepris de me rendre capable d'entendre ce -qu'ils disent; j'en serai ravie, afin de n'être pas comme -une sotte bête quand ils vous tiendront ici<a id="FNanchor_869" href="#Footnote_869" class="fnanchor"> [869]</a>.»</p> - -<p>Évidemment madame de Sévigné, en cette occasion, -n'est pas franche dans sa modestie, et sa correspondance -nous prouve qu'elle était plus instruite sur ces hautes -<span class="pagenum"><a id="Page_431"> 431</a></span> -questions de métaphysique qu'elle ne veut le faire paraître. -Sa feinte ignorance est un avantage qu'elle se donne -pour combattre plus efficacement les raisonnements de -sa fille; et un petit nombre de passages remarquables de -ses lettres, ajoutés à ceux que nous avons déjà rapportés, -suffiront, je l'espère, pour montrer quelles étaient les -convictions religieuses de cette femme, en apparence si -fortement livrée aux élans et aux agitations de sa vive -sensibilité, et cependant si studieuse, si calme, si profondément -réfléchie. Mais il y a des naturels puissants et si -heureusement formés qu'ils peuvent allier les qualités les -plus contraires.</p> - -<p>Contre l'opinion de Malebranche, que tout ce qui se fait -dans la nature est par la nature de l'ordre, opinion sur -laquelle avait écrit madame de Grignan, madame de Sévigné -répond: «La Providence veut donc l'ordre: si l'ordre -n'est autre chose que la volonté de Dieu, quasi tout -se fait contre sa volonté; toutes les persécutions que je -vois contre saint Athanase et les orthodoxes, la prospérité -des tyrans, tout cela est contre l'ordre, et par conséquent -contre la volonté de Dieu. Mais, n'en déplaise à votre père -Malebranche, ne serait-il pas aussi bien de s'en tenir à -saint Augustin, que Dieu permet toutes ces choses, parce -qu'il en tire sa gloire par des voies qui nous sont inconnues? -Saint Augustin ne connaît ni de règle ni d'ordre -que la volonté de Dieu; et si nous ne suivons pas cette -doctrine, nous aurons le déplaisir de voir que, rien dans -le monde n'étant quasi dans l'ordre, tout s'y passera -contre la volonté de celui qui l'a fait: cela me paraît bien -cruel<a id="FNanchor_870" href="#Footnote_870" class="fnanchor"> [870]</a>.» Et ensuite:</p> - -<p><span class="pagenum"><a id="Page_432"> 432</a></span> -«Je voudrais bien me plaindre au P. Malebranche -des souris qui mangent tout ici; cela est-il dans l'ordre? -Quoi! de bon sucre, du fruit, des compotes!... Et l'année -passée était-il dans l'ordre que de vilaines chenilles dévorassent -toutes les feuilles de notre forêt (de Livry) et -de nos jardins, et tous les fruits de la terre? Et le père -Païen, qui s'en revient paisiblement et à qui on casse la -tête, cela est-il dans la règle? Oui, mon père, tout cela -est bon, Dieu sait en tirer sa gloire; nous ne voyons pas -comment, mais cela est vrai; et si vous ne mettez sa -volonté pour toute règle et pour tout ordre, vous tomberez -dans de grands inconvénients<a id="FNanchor_871" href="#Footnote_871" class="fnanchor"> [871]</a>... Si vous lisez -l'arianisme, vous serez étonné de cette histoire; elle vous -empêchera de rêver. Vraiment, vous y verrez bien des -choses contre l'ordre: vous y verrez triompher l'arianisme -et mettre en pièces les serviteurs de Dieu; vous y -verrez l'<i>impulsion</i> de Dieu, qui veut que tout le monde -l'aime, très-rudement repoussée; vous y verrez le vice -couronné, les défenseurs de Jésus-Christ outragés: voilà -un beau désordre; et moi, petite femme, je regarde tout -cela comme la volonté de Dieu, qui en tire sa gloire, et -j'adore cette conduite, quelque extraordinaire qu'elle me -paraisse; mais je me garde bien de croire que si Dieu eût -voulu cela eût été autrement, cela n'eût pas été<a id="FNanchor_872" href="#Footnote_872" class="fnanchor"> [872]</a>.»</p> - -<p>«Il y a un endroit de la <i>Recherche de la vérité</i>, contre -<span class="pagenum"><a id="Page_433"> 433</a></span> -lequel Corbinelli a écrit; on y dit «que Dieu nous -donne une <i>impulsion</i> à l'aimer, que nous arrêtons et -détournons à volonté.» Cela me paraît bien rude qu'un -être très-parfait et par conséquent tout-puissant soit -ainsi arrêté au milieu de sa course<a id="FNanchor_873" href="#Footnote_873" class="fnanchor"> [873]</a>...» Ce sujet occupe -si fortement la pensée de madame de Sévigné qu'elle y -revient encore dans la lettre suivante: «Je suis toujours -choquée, dit-elle, de cette <i>impulsion</i> que nous arrêtons -tout court; mais si le P. Malebranche a besoin de cette -liberté de choix qu'il nous donne, comme à Adam, pour -justifier la justice de Dieu envers les adultes, que fera-t-il -pour les petits enfants? il faudra en revenir à l'<i>altitudo</i>. -J'aimerais autant m'en servir pour tout, comme -saint Thomas, qui ne marchande pas<a id="FNanchor_874" href="#Footnote_874" class="fnanchor"> [874]</a>.»</p> - -<p>Enfin, c'est lorsque avaient lieu les persécutions contre -les plus fervents soutiens du jansénisme, lorsque Nicole -était exilé dans les Ardennes, qu'Arnauld était obligé de -se cacher, que madame de Sévigné éprouve plus que jamais -le besoin de faire prévaloir ses opinions dans l'esprit -de sa fille. «Je ne vous obligerais plus, lui dit-elle, de -répondre sur cette divine Providence que j'adore et que -je crois qui fait et ordonne tout; je suis assurée que -vous n'oseriez traiter cette opinion de mystère inconcevable -avec les disciples de votre père Descartes; ce qui -serait vraiment inconcevable, ce serait que Dieu eût fait -le monde sans régler tout ce qui s'y fait; les gens qui -font de si belles restrictions et contradictions dans leurs -livres en parlent bien mieux et plus dignement quand ils -<span class="pagenum"><a id="Page_434"> 434</a></span> -ne sont pas contraints ni étranglés par la politique<a id="FNanchor_875" href="#Footnote_875" class="fnanchor"> [875]</a>.»</p> - -<p>Les principes des jansénistes étaient mal vus à la cour; -et madame de Sévigné recommandait à sa fille de ne -pas montrer au comte de Grignan les passages de ses lettres -qui avaient trait à ces matières; elle avait fini par -éviter de lui en écrire; mais comme sa fille était revenue -à la charge, et lui avait cité saint Augustin et saint Paul, -le souvenir des écrits de ces deux grands confesseurs de -la foi la ranime, et, avec l'impétuosité ordinaire de sa -plume, elle répond: «Vous lisez donc saint Paul et saint -Augustin? Voilà les bons ouvriers pour rétablir la souveraine -volonté de Dieu; ils ne marchandent point à dire que -Dieu dispose de ses créatures: comme le potier, il en -choisit, il en rejette; ils ne sont point en peine de faire des -compliments pour sauver la justice, car il n'y a point -d'autre justice que sa volonté; c'est la justice même, c'est -la règle; et, après tout, que doit-il aux hommes? que leur -appartient-il? rien du tout. Il leur fait donc justice quand -il les laisse à cause du péché originel, qui est le fondement -de tout, et il fait miséricorde au petit nombre de -ceux qu'il sauve par son fils. <span class="small1">Jésus-Christ</span> le dit lui-même; -«Je connais mes brebis, je les mènerai paître moi-même: -je n'en perdrai aucune, je les connais, elles me connaissent. -Je vous ai choisis, dit-il à ses apôtres; ce n'est pas -vous qui m'avez choisi.» Je trouve mille passages sur -ce ton, je les entends tous; et quand je vois le contraire, -je dis: C'est qu'ils ont voulu parler communément; c'est -comme quand on dit que <i>Dieu s'est repenti, qu'il est en -furie</i>; c'est qu'ils parlent aux hommes; et je me tiens à -<span class="pagenum"><a id="Page_435"> 435</a></span> -cette première et grande vérité, qui est toute divine, qui -me représente Dieu comme Dieu, comme un maître, -comme un souverain créateur et auteur de l'univers et -comme un être enfin très-parfait, selon la réflexion de -votre <i>père</i> (Descartes). Voilà mes petites pensées respectueuses, -dont je ne tire point de conséquences ridicules, -et qui n'ôtent point l'espérance d'être, du nombre choisi, -après tant de grâces, qui sont des préjugés et des fondements -de cette confiance. Je hais mortellement à vous -parler de tout cela; pourquoi m'en parlez-vous? Ma plume -va comme une étourdie<a id="FNanchor_876" href="#Footnote_876" class="fnanchor"> [876]</a>.»</p> - -<p>Le contraste que l'on remarque entre madame de Sévigné -et madame de Grignan, relativement à leurs goûts -en littérature et à leurs opinions religieuses, est encore -plus prononcé et plus étrange si on les considère toutes -deux dans leurs sentiments maternels et dans leur conduite -et leurs relations avec le monde.</p> - -<p>Les larmes mouillaient souvent les yeux de madame de -Sévigné pour peu qu'elle fût fortement émue; madame -de Grignan, calme et froide, trahissait rarement par des -signes extérieurs les impressions faites sur son cœur; sa -mère en fait la remarque: «Vous pleurâtes, lui dit-elle, -ma très-chère fille, et c'est une affaire pour vous; ce n'est -pas la même chose pour moi, c'est mon tempérament<a id="FNanchor_877" href="#Footnote_877" class="fnanchor"> [877]</a>.»</p> - -<p><span class="pagenum"><a id="Page_436"> 436</a></span> -Madame de Sévigné, on le sait, poussait jusqu'à l'excès -son amour pour sa fille; elle lui accordait sur son fils, sur -l'unique héritier du nom de Sévigné, une injuste préférence, -et elle se laissait dominer par cette inclination au -point de négliger quelquefois ses devoirs envers Dieu et -d'oublier sa charité envers le prochain. La tendresse maternelle -de madame de Grignan pour ses deux filles ne fut -jamais assez forte pour l'empêcher de vouloir sacrifier le -bonheur de leur vie entière à la grandeur de sa maison, -à la fortune et à l'élévation de celui qui pouvait seul continuer -la noble race des Adhémar. Madame de Grignan -exécuta ce projet à l'égard de Blanche, l'aînée de ses filles, -qu'elle contraignit à se faire religieuse; et si la jolie figure, -les grâces et l'esprit de Pauline, la plus jeune, n'avaient -pas convaincu sa mère qu'elle la marierait facilement et -sans une forte dot, madame de Sévigné aurait été impuissante -à lui persuader<a id="FNanchor_878" href="#Footnote_878" class="fnanchor"> [878]</a> de ne pas commettre cette seconde -immolation<a id="FNanchor_879" href="#Footnote_879" class="fnanchor"> [879]</a>.</p> - -<p>Mais c'est dans ses relations avec le monde, dans la -conduite de la vie, dans la gestion des affaires que -madame de Sévigné montre une grande supériorité sur -sa fille. Quel jugement exquis! quel prompt et juste discernement! -quels admirables conseils! quels beaux et -utiles préceptes de sagesse et de savoir-vivre, heureusement -exprimés! Les lettres de madame de Sévigné nous -font admirer une mère tendre, mais non aveugle; elle -<span class="pagenum"><a id="Page_437"> 437</a></span> -cherche à empêcher que madame de Grignan ne se fasse -tort par son caractère hautain, ou ne devienne victime de -sa vanité et de son orgueil.</p> - -<p>Madame de Grignan, retranchée sur les hauteurs de ses -pensées philosophiques, faisait profession de mépriser les -jugements du public. Capricieuse et indolente, elle était -sujette à des accès de mélancolie et de misanthropie; elle -fuyait alors la société, et se complaisait dans ce qu'elle -appelait sa <i>tigrerie</i><a id="FNanchor_880" href="#Footnote_880" class="fnanchor"> [880]</a>; élevée à la cour et dans le grand -monde, les manières et les habitudes cérémonieuses des -provinces lui déplaisaient<a id="FNanchor_881" href="#Footnote_881" class="fnanchor"> [881]</a>, et elle ne prenait guère alors -la peine de dissimuler son ennui. Madame de Sévigné, -qui prévoyait combien ces défauts et ces travers étaient -nuisibles à sa fille dans la position élevée où elle était -placée, cherche à lui démontrer la nécessité de s'en corriger -ou du moins de les dissimuler. Dans une lettre -écrite en réponse à une de celles où madame de Grignan -lui disait qu'elle était heureuse de se trouver retirée -dans la solitude de son château, madame de Sévigné lui -dit: «Je trouve votre esprit dans une philosophie et dans -une tranquillité qui me paraît bien plus au-dessus des -brouillards et des grossières vapeurs que le château de -Grignan. C'est tout de bon que les nuages sont sous vos -pieds; vous êtes élevée dans la moyenne région, et vous -ne m'empêcherez pas de croire que ces beaux noms que -vous dites, que vous donnez à des qualités naturelles, -sont un effet de votre raison et de la force de votre esprit. -<span class="pagenum"><a id="Page_438"> 438</a></span> -Dieu vous le conserve si droit! il ne vous sera pas inutile; -mais il faut un peu agir, afin que votre philosophie ne se -tourne pas en paresse, et que vous puissiez être en état de -revoir un pays où les nues seront au-dessous de vous. Il -me semble que je vous vois dans l'indolence que vous -donne l'impossibilité; ne vous y abandonnez qu'autant -qu'il est nécessaire pour votre repos, et non pas assez pour -vous ôter l'action et le courage<a id="FNanchor_882" href="#Footnote_882" class="fnanchor"> [882]</a>.»</p> - -<p>Ce que madame de Sévigné combat le plus souvent dans -madame de Grignan, c'est le mépris que celle-ci affichait -pour l'opinion publique; et ce désaccord était entre elles -déjà ancien, car madame de Sévigné, écrivant à M. de -Grignan au sujet des louanges que le monde donnait à sa -fille, dit: «Voilà mon ancienne thèse, qui me fera lapider -un jour. C'est que le public n'est ni fou ni injuste<a id="FNanchor_883" href="#Footnote_883" class="fnanchor"> [883]</a>.»</p> - -<p>A peine madame de Grignan est-elle arrivée en Provence -que sa mère l'encourage à ne pas se lasser de répondre -aux politesses ennuyeuses dont elle est l'objet. -«Il est vrai, dit madame de Sévigné, que c'est un métier -tuant que cet excès de cérémonies et de civilités; cependant -ne vous relâchez sur rien; tâchez, mon enfant, de -vous ajuster aux mœurs et aux manières des gens avec -qui vous avez à vivre; accommodez-vous un peu de ce -qui n'est pas mauvais; ne vous dégoûtez point de ce qui -n'est que médiocre; faites-vous un plaisir de ce qui n'est -pas ridicule<a id="FNanchor_884" href="#Footnote_884" class="fnanchor"> [884]</a>.»</p> - -<p><span class="pagenum"><a id="Page_439"> 439</a></span> -Madame de Sévigné rappelle souvent à sa fille que, -quand par sa haute position on se doit au public, il ne -suffit pas d'<i>être</i>, mais qu'il faut aussi <i>paraître</i>.</p> - -<p>Comme la Rochefoucauld avait mis les <i>maximes</i> à la -mode, madame de Sévigné commence une de ses lettres -par cette réflexion, qu'elle intitule, en badinant, <span class="small1">Maxime</span>: -<i>La grande amitié n'est jamais tranquille</i><a id="FNanchor_885" href="#Footnote_885" class="fnanchor"> [885]</a>. Et en effet, -ce qui était pour elle l'objet de continuelles inquiétudes, -ce qui excitait le plus sa sollicitude et lui paraissait toucher -le plus au bonheur de sa fille dans l'avenir, c'était -la conservation et, s'il se pouvait, l'augmentation de sa -fortune; car, étant beaucoup plus jeune que M. de Grignan, -il était probable qu'elle lui survivrait. Aussi madame -de Sévigné termine une de ses lettres par cet aveu -bien sincère: «Votre santé, votre repos, vos affaires, ce -sont les trois points de mon esprit, d'où je tire une conclusion -que je vous laisse à méditer<a id="FNanchor_886" href="#Footnote_886" class="fnanchor"> [886]</a>.»</p> - -<p>Madame de Sévigné ne pouvait ignorer le caractère du -comte de Grignan, facile jusqu'à la faiblesse, fastueux -jusqu'à la prodigalité<a id="FNanchor_887" href="#Footnote_887" class="fnanchor"> [887]</a>. Une partie de la dot de sa femme -avait servi à réparer le désordre de ses affaires. Madame -de Sévigné craignit qu'avec le luxe coûteux de représentation -qu'exigeait le rang de lieutenant général gouverneur -M. de Grignan ne dérangeât de nouveau sa -fortune; et elle ne voyait de salut pour lui et pour madame -<span class="pagenum"><a id="Page_440"> 440</a></span> -de Grignan que dans l'intervention de celle-ci, -qu'elle avait habituée, par ses leçons et ses exemples, à -l'ordre et à l'économie. Dès que madame de Grignan eut -rejoint son mari en Provence, madame de Sévigné s'empressa -d'exhorter sa fille à profiter de l'ascendant qu'elle -avait sur lui pour le faire consentir à lui abandonner -sans réserve la direction de ses affaires et la gestion de -ses biens, et à régler ses dépenses de manière à ce qu'elles -n'excédassent pas ses revenus. De son côté, elle se montrait -généreuse, et adoucissait par des cadeaux la sévérité -de ses remontrances<a id="FNanchor_888" href="#Footnote_888" class="fnanchor"> [888]</a>.</p> - -<p>Dans une lettre qui a été étrangement altérée dans toutes -les éditions, hors la première, madame de Sévigné -dit à madame de Grignan: «Vous me donnez une belle -espérance de votre affaire; suivez-la constamment, et n'épargnez -aucune civilité pour la faire réussir. Si vous la -faites, soyez assurée que cela vaudra mieux qu'une terre -de dix mille livres.» Ceci s'applique à la demande faite à -l'assemblée des états de Provence, par le comte de Grignan, -d'une augmentation d'appointements pour subvenir -au payement de ses gardes et à la splendeur de ses hautes -fonctions<a id="FNanchor_889" href="#Footnote_889" class="fnanchor"> [889]</a>. Madame de Sévigné continue ensuite ainsi: -<span class="pagenum"><a id="Page_441"> 441</a></span> -«Pour vos autres affaires, je n'ose y penser, et j'y pense -pourtant toujours; rendez-vous la maîtresse de toutes -choses, c'est ce qui vous peut sauver; et mettez au rang -de vos desseins celui de ne vous point abîmer par une -extrême dépense, et de vous mettre en état, autant que -vous le pourrez, de ne pas renoncer à ce pays-ci. J'espère -beaucoup de votre habileté et de votre sagesse; vous avez -de l'application, c'est la meilleure qualité que l'on puisse -avoir pour ce que vous avez à faire<a id="FNanchor_890" href="#Footnote_890" class="fnanchor"> [890]</a>.» Et plus loin elle -lui répète encore: «L'abbé est fort content du soin que -vous voulez prendre de vos affaires; ne perdez pas cette -envie, ma bonne, soyez seule maîtresse: c'est le salut de -la maison de Grignan<a id="FNanchor_891" href="#Footnote_891" class="fnanchor"> [891]</a>.»</p> - -<p>Mais malheureusement les conseils de madame de Sévigné -ne furent pas strictement suivis. Madame de Grignan, -soit que sa vanité le trouvât nécessaire à sa position, -soit qu'elle ne pût résister aux volontés de son -mari, eut un état de maison beaucoup trop somptueux -pour que les émoluments du lieutenant général pussent y -suffire. Le jeu vint encore accroître son déficit; et quoique -ce jeu fût assez modéré pour le temps, cependant, -<span class="pagenum"><a id="Page_442"> 442</a></span> -comme madame de Grignan et son mari perdaient très-souvent, -les dépenses, par cet article seul, se trouvaient -considérablement augmentées. Madame de Sévigné, justement -alarmée de cet état de choses, n'épargne pas à sa -fille les avertissements. «Prenez garde, lui dit-elle, que -votre paresse ne vous fasse perdre votre argent au jeu; -ces petites pertes fréquentes sont comme les petites pluies, -qui gâtent bien les chemins. Je vous embrasse, ma chère -fille. Si vous pouvez, aimez-moi toujours, puisque c'est -la seule chose que je souhaite en ce monde. Pour la tranquillité -de mon âme, je fais bien d'autres souhaits pour ce -qui vous regarde; enfin tout tourne ou sur vous, ou de -vous, ou par vous<a id="FNanchor_892" href="#Footnote_892" class="fnanchor"> [892]</a>.» Elle revient encore à la charge peu -de temps après: «Quelle folie de perdre tant d'argent à -ce chien de brelan!... Vous jouez d'un malheur insurmontable, -vous perdez toujours; croyez-moi, ne vous -opiniâtrez point; songez que tout cet argent s'est perdu -sans vous divertir; au contraire, vous avez payé cinq -ou six mille francs pour vous ennuyer et être houspillée -de la fortune<a id="FNanchor_893" href="#Footnote_893" class="fnanchor"> [893]</a>.» Enfin, elle déclare que ces pertes continuelles -que font madame de Grignan et son mari au -jeu ne sont pas naturelles, et qu'elle croit qu'ils ont -affaire à des fripons<a id="FNanchor_894" href="#Footnote_894" class="fnanchor"> [894]</a>. Ce genre d'improbité n'a jamais -été rare parmi les plus hauts personnages adonnés au jeu, -et il était loin de l'être à cette époque.</p> - -<p><span class="pagenum"><a id="Page_443"> 443</a></span> -Madame de Grignan semblait cependant s'être décidée -à suivre les conseils de sa mère, qui, en lui témoignant -combien elle est satisfaite de la résolution qu'elle a prise, -lui en inculque encore plus fortement la nécessité. En -l'entretenant du voyage de Provence, qu'elle a le projet -de faire avec l'abbé de Coulanges, et après lui avoir dit -qu'elle sera charmée de voir toutes les antiquités de ce -pays et les magnificences du château de Grignan, elle -ajoute: «L'abbé aura bien des affaires; après les ordres -doriques et les titres de votre maison, il n'y a rien à souhaiter -que l'ordre que vous y allez mettre; car, sans un -peu de subsistance, tout est dur, tout est amer. Ceux -qui se ruinent me font pitié; c'est la seule affliction dans -la vie qui se fasse sentir également et que le temps augmente, -au lieu de la diminuer<a id="FNanchor_895" href="#Footnote_895" class="fnanchor"> [895]</a>.»</p> - -<p>Nous avons vu que madame de Sévigné portait, dans -l'intérêt de madame de Grignan, ses regards sur le gouvernement -de la Provence<a id="FNanchor_896" href="#Footnote_896" class="fnanchor"> [896]</a>, et qu'elle se tenait au courant -de tout ce qui se faisait à cet égard. Les conseils qu'elle -donne sur ces graves matières à son gendre et à sa fille -ne sont pas moins sages et moins salutaires que ceux -qu'elle leur adressait pour leurs affaires domestiques.</p> - -<p>Louis XIV avait mal accueilli les délais et les refus des -états de Provence, qui ne voulaient point accorder la totalité -des subsides demandés en son nom par le lieutenant général -gouverneur, et la résolution qu'on avait prise de lui -envoyer une députation. Il avait transmis au comte de -Grignan l'ordre de dissoudre l'assemblée, et en même -<span class="pagenum"><a id="Page_444"> 444</a></span> -temps de faire part aux membres qui la composaient de -l'indignation du roi, en leur annonçant qu'à l'avenir le -mode de lever les impôts serait changé et que la province -serait assujettie, pour punir sa désobéissance, à loger un -plus grand nombre de troupes<a id="FNanchor_897" href="#Footnote_897" class="fnanchor"> [897]</a>. Madame de Sévigné -avait fait en vain, de concert avec l'évêque d'Uzès, des -démarches auprès de le Tellier, pour que des ordres moins -rigoureux fussent expédiés; et, n'ayant pu y réussir, elle -avait écrit à sa fille le 1<sup>er</sup> janvier 1672, à dix heures du -soir, pour la prévenir que ces ordres sévères allaient être -envoyés. Elle conseille d'en suspendre l'exécution et de -faire écrire au roi, par le lieutenant général gouverneur, -«une lettre d'un homme qui est sur les lieux et qui voit -que, pour le bien de son service, il faut tâcher d'obtenir -un pardon de sa bonté pour cette fois.» Ce conseil fut -suivi, et eut un plein succès; car nous lisons dans les -procès-verbaux de l'assemblée des états que M. de Grignan -se rendit, le 9 janvier au matin<a id="FNanchor_898" href="#Footnote_898" class="fnanchor"> [898]</a>, dans la salle des -<i>états</i>, pour leur faire part de ce qui s'était passé, leur -défendre d'envoyer une députation au roi, leur recommander -d'attendre la réponse à la supplique qu'il avait -adressée à Sa Majesté et de suspendre toute délibération -jusqu'au retour du courrier qu'il avait envoyé. Ce courrier -ne revint à Aix que le 22 janvier, et le même jour<a id="FNanchor_899" href="#Footnote_899" class="fnanchor"> [899]</a> -l'assemblée fut convoquée. Il lui fut donné lecture de -<span class="pagenum"><a id="Page_445"> 445</a></span> -la lettre du roi, qui acceptait l'offre des états; tout -fut terminé à la satisfaction du lieutenant général gouverneur, -qui cependant avait reçu des lettres de cachet -pour exiler les consuls, en raison de ce que le roi n'avait -pas été obéi ponctuellement. Madame de Sévigné fut aussi -informée de cet envoi par l'évêque d'Uzès; et elle écrit à -sa fille de manière à nous prouver combien elle désapprouvait -ces mesures despotiques. Elle engage son gendre -à ne point faire usage des lettres, et trace avec un admirable -bon sens le principe qui doit diriger toute son administration. -«Ce qu'il faut faire en général, c'est d'être toujours -très-passionné pour le service de Sa Majesté; mais -il faut tâcher aussi de ménager les cœurs des Provençaux, -afin d'être plus en état de faire obéir au roi dans ce -pays-là<a id="FNanchor_900" href="#Footnote_900" class="fnanchor"> [900]</a>.» Le roi demandait cinq cents mille francs à -l'assemblée des communautés. L'assemblée offrit quatre -cent cinquante mille francs, et l'offre fut acceptée. La -misère de la Provence était grande alors<a id="FNanchor_901" href="#Footnote_901" class="fnanchor"> [901]</a>.</p> - -<p><span class="pagenumh"><a id="Page_446"> 446</a></span></p> - -<p><span class="pagenum"><a id="Page_447"> 447</a></span></p> -<div class="topspace eclair"> -<p><span class="xlarge">NOTES</span><br /> -<span class="xs">ET</span><br /> -<span class="large">ÉCLAIRCISSEMENTS.</span></p> -</div> - -<p><span class="pagenumh"><a id="Page_448"> 448</a></span> -<span class="pagenum"><a id="Page_449"> 449</a></span></p> - -<div class="chapter"> -<p class="extra"><span class="xxlarge">NOTES</span><br /> -<span class="xs">ET</span><br /> -<span class="xlarge">ÉCLAIRCISSEMENTS.</span><br /> -<span class="large">CHAPITRE PREMIER.</span></p> -</div> - -<p class="pnote">Page <a href="#Page_4">4</a>, lignes 7 et 8: En écriture du temps.</p> - -<p>Dans le recueil manuscrit, en 6 vol. in-folio, que nous avons -souvent cité dans nos deux premières parties, on trouve plusieurs -des couplets du cantique attribués à Bussy, mais détachés et mêlés -avec d'autres, et non sous la forme d'un seul noël. Il y a celui -sur <i>Deodatus</i>, celui sur mademoiselle de Vandis, avec laquelle -Bussy n'a pas cessé d'entretenir des relations amicales, ainsi qu'avec -<span class="small1">Mademoiselle</span>, qui figure dans le même couplet et qui cependant -écrivit à Bussy de sa propre main après la publication de l'édition -de l'<i>Histoire amoureuse de France</i>, où ce cantique, attribué à Bussy, -était inséré, le 12 septembre 1666. (Voyez <i>Nouvelles Lettres de messire</i> -<span class="small1">Roger de Rabutin</span>, chez la veuve Delaulne, 1727, in-12, t. V, p. 2.)—Mais -je n'en finirais pas si j'entrais dans le détail des preuves qui -établissent, d'après le seul texte de ce cantique, que Bussy n'a pu en -être l'auteur.</p> - -<p class="pnote">Page <a href="#Page_4">4</a>, ligne 12: L'éditeur de l'<i>Histoire amoureuse de France</i>.</p> - -<p>L'<i>Histoire amoureuse des Gaules</i> n'était pas encore imprimée en -mai 1664, mais elle l'était en mars ou avril 1665 (voyez les <i>Mémoires -de</i> <span class="small1">Bussy</span>; Amsterdam, 1721, t. II, p. 212 et 213); d'où je présume -que les deux éditions anonymes portant sur le titre <i>Liége</i> avaient -paru au commencement de l'année 1665. Il est difficile de dire quelle -est la première des deux; peut-être est-ce la moins bien imprimée, -qui n'a pas la croix de Saint-André.—La troisième édition est nécessairement -celle avec la date de 1666 et le nom <i>Liége</i>, que je cite -seulement d'après Barbier; quant aux éditions de cet ouvrage, dont -l'intitulé est l'<i>Histoire amoureuse de France</i>, celles que je connais -<span class="pagenum"><a id="Page_450"> 450</a></span> -portent les dates de 1666, 1671, 1677, 1708, 1709 et 1710. Il y (a) aussi dans -les bibliothèques plusieurs copies manuscrites de cet ouvrage; et, en -comparant la copie qui est à la Bibliothèque de l'Institut, j'ai vu qu'elle -différait en plusieurs endroits des éditions imprimées. Je possède les -trois éditions primitives de cet ouvrage de Bussy, portant pour titre -<i>Histoire amoureuse des Gaules</i>, avec la rubrique de <i>Liége</i> sur le -frontispice, les deux premières sans date: la première la plus belle, -et avec les types d'Elzevier, avec une croix de Saint-André; la seconde -sans croix ni aucune figure sur le titre; la troisième avec -la date 1666 et une sphère sur le titre, qui porte <i>Nouvelle édition</i>. -Toutes les trois ont la même clef, mais aucune ne contient le fameux -cantique qui est dans l'édition de 1666, avec nom d'auteur et un autre -titre; celle-ci a été la tige de toutes les éditions qui portent pour titre -<i>Histoire amoureuse de France</i>.</p> - -<p class="pnote">Page <a href="#Page_8">8</a>, lignes 16 et 17: Quatre hommes à cheval, également armés.</p> - -<p>J'ai cité Ménage en note, parce qu'il se vengea à sa manière du -ridicule rôle que Bussy lui fit jouer dans son <i>Histoire amoureuse des -Gaules</i>, et que l'épigramme qu'il composa contre lui prouve que -l'on connaissait la colère de Condé et de Turenne contre Bussy, et -que les insultes que l'on suppose avoir été faites par ce dernier au -roi et à la reine mère n'entraient pour rien dans les causes de sa détention. -Voici l'épigramme de Ménage contre Bussy, qu'on ne trouve -que dans la 8<sup>e</sup> édition de ses <i>Poésies</i>; Amstelodami, 1687, p. 147, -n<sup>o</sup> <span class="small1">CXXXVIII</span>.</p> - -<div class="poetry"><div class="stanza"> -<p class="i3">IN BUSSIADEN.</p> -</div> -<div class="stanza"> -<p>Francorum proceres, media (quis credat?) in aula</p> -<p class="i1"> Bussiades scripto læserat horribili.</p> -<p>Pœna levis: Lodoix, nebulonem carcere claudens,</p> -<p class="i1"> Detrahit indigno munus equestre duci.</p> -<p>Sic nebulo gladiis quos formidabat Iberis,</p> -<p class="i1"> Quos meruit Francis fustibus eripitur.</p> -</div></div> - -<p>Ménage cite aussi un couplet de Bussy contre Turenne qui peut -nous donner une idée de ceux qui furent chantés à Roissy:</p> - -<div class="poetry"><div class="stanza"> -<p>Son altesse de Turenne,</p> -<p>Soi-disant prince très-haut,</p> -<p>Ressent l'amoureuse peine</p> -<p>Pour l'infante Guénégaud;</p> -<p><span class="pagenum"><a id="Page_451"> 451</a></span></p> -<p>Et cette grosse Clymène</p> -<p>Partage avec lui sa peine.</p> -</div> -<div class="stanza"> -<p class="i9"><i>Ménagiana</i>, t. IV, p. 216.</p> -</div></div> - -<p>Dans le paragraphe précédent (p. 215) Ménage dit: «C'est un bel -et bon esprit que M. Bussy de Rabutin; je ne puis m'empêcher de lui -rendre cette justice, quoiqu'il ait tâché de me donner un vilain tour -dans son <i>Histoire des Gaules</i>.» Certes Ménage ne se fût point exprimé -ainsi s'il avait cru Bussy capable d'écrire contre le roi les couplets -publiés sous son nom.</p> - -<p class="pnote">Page <a href="#Page_9">9</a>, ligne 22: Les blessures qu'elle lui fait sont incurables.</p> - -<p>C'est certainement faute d'avoir lu, comme nous avons été obligé de -le faire, tous les écrits de Bussy imprimés et un grand nombre de ceux -qui sont restés manuscrits que des auteurs d'ailleurs studieux ont pu, -sans faire attention à ses dénégations, croire Bussy l'auteur de tous les -couplets du cantique. Si l'on venait m'apporter une histoire sans style, -sans esprit, sans goût, sans jugement, sans critique, imprimée à -Bruxelles et portant le nom de l'auteur de l'<i>Histoire de France sous -le ministère du cardinal Mazarin</i>, je prononcerais aussitôt que c'est -une piraterie de nos voisins, et que cette histoire n'est pas de l'élégant -et spirituel écrivain auquel on l'attribue. Comment donc, lors même -qu'il n'y aurait pas bien d'autres raisons, ne pas croire Bussy lorsqu'il -n'a pas, lui si indiscret, écrit une seule ligne qui puisse le démentir; -quand il déclare devant un juge, devant un lieutenant criminel, -après avoir levé la main et prêté serment, qu'il n'est point auteur -des couplets qu'on lui attribue; lorsqu'il offre sa tête à l'échafaud si -on peut administrer la moindre preuve contraire à cette assertion? -(<i>Mémoires</i>, 1721, t. III, p. 304.) Sa vanité, son libertinage, son orgueil -si déplaisant doivent-ils empêcher, à son égard, la critique d'être juste? -Je m'étonne surtout que, pour la seule raison que Bussy, dans une de -ses lettres à sa cousine, parlait de ce cantique impie autrefois chanté -dans le repas de Roissy, on n'ait pas compris que ce noël, ou alléluia, -ne pouvait être composé de tous les immondes couplets qui -sont insérés dans l'<i>Histoire amoureuse de France</i>, très-connue et -très-souvent réimprimée, lorsque Bussy écrivit cette lettre. Il est -probable que le cantique chanté à Roissy était encore plus impie que -libertin. Il y en a un de ce genre dans le recueil de vaudevilles mss., -<span class="pagenum"><a id="Page_452"> 452</a></span> -où la sainte Vierge est chansonnée avec les beautés galantes de l'époque, -mais avec esprit et sans aucun terme obscène. Je reconnaîtrais -plus volontiers dans cette pièce le cantique chanté à Roissy que dans -celui qu'on a inséré dans l'<i>Histoire amoureuse de France</i>: ce qui -appuie cette opinion, c'est la manière dont Bussy parle du premier -dans le passage de la lettre dont j'ai fait mention, et que je vais citer:</p> - -<p>«J'ai mille choses à vous dire et à vous montrer; je vous dirai que -je viens de faire une version du cantique de Pâques, <i>O filii et filiæ</i>; -car je ne suis pas toujours profane. Vivonne, le comte de Guiche, Manicamp -et moi fîmes autrefois des <i>alléluia</i> à Roissy, qui ne furent -pas aussi approuvés que le seraient ceux-ci et qui nous firent chasser -tous quatre. Je dois cette réparation, pour mes amis et pour moi, -à Dieu et au monde.» <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (17 avril 1692), t. X, p. 436, -édit. G.; t. IX, p. 498, édit M.</p> - -<p class="echap">CHAPITRE II.</p> - -<p class="pnote">Page <a href="#Page_41">41</a>, note 3: <i>Ballet royal des Muses</i>.</p> - -<p>Dans la troisième entrée du <i>Ballet des Muses</i>, avant de commencer -la pièce de <i>Mélicerte</i>, composée par Molière pour ce ballet, un -des personnages du ballet récita ces vers, que Benserade avait composés -pour le grand comique:</p> - -<div class="poetry"><div class="stanza"> -<p>Le célèbre <span class="small1">Molière</span> est dans un grand éclat;</p> -<p>Son mérite est connu de Paris jusqu'à Rome.</p> -<p>Il est avantageux partout d'être honnête homme;</p> -<p>Mais il est dangereux, avec lui, d'être un fat.</p> -</div> -<div class="stanza"> -<p class="i9"><span class="small1">Benserade</span>, <i>Œuvres</i>, t. II, p. 359.</p> -</div></div> - -<p>Ces vers seraient plats et insignifiants si on donnait aux mots -<i>honnête homme</i> le sens qu'on leur donne aujourd'hui. Mais alors cette -expression était le plus souvent employée dans le sens d'homme élégant, -d'homme aimable et aimant le plaisir, à manières distinguées et -qui cherchait à plaire aux femmes et à les séduire. L'exagération de -ce caractère produisait la fatuité; le fat était à l'honnête homme ce -que les précieuses ridicules étaient aux véritables précieuses. La comédie -s'attaquait aux défauts, mais elle épargnait les vices.</p> - -<p class="pnote">Page <a href="#Page_43">43</a>, ligne 12: Il créa, en 1665, la compagnie des Indes.</p> - -<p>Colbert fut nommé président; le prévôt des marchands, le président -<span class="pagenum"><a id="Page_453"> 453</a></span> -de Thou et Berner, un des premiers commis de Colbert, directeurs. -Les commerçants, véritables directeurs de cette compagnie, -furent Pocquelin (était-il de la famille de Molière?), Langlois de Faye, -de Varennes, Cadeau, Hérin, Bachelier, Jaback et Chanlate.—Forbonnais -ne dit rien de cette création, qui est rappelée cependant par -le président Hénault.</p> - -<p class="pnote">Page <a href="#Page_44">44</a>, ligne 23, note 1: <span class="small1">Bussy</span>, <i>Lettres</i>.</p> - -<p>Nous apprenons par la lettre du P. Rapin à Bussy, en date du -24 juillet 1671 (t. III, p. 378), que le livre du P. Rapin qui fut envoyé -par madame de Scudéry à Bussy, avec sa lettre du 5 juillet 1671, -était les <i>Réflexions sur l'éloquence</i>. M. Daunou, dans son article -<span class="small1">Rapin</span> (<i>Biographie universelle</i>, t. XXXVII, p. 94), dit que ces Réflexions -sur l'éloquence sont de 1672 (in-12). Peut-être le livre n'était-il -pas encore rendu public.—Rapin dit dans cette même lettre à Bussy: -«Je dois faire imprimer un recueil de trois comparaisons des six -premiers savants de l'antiquité, de Platon et d'Aristote, de Démosthène -et de Cicéron, d'Homère et de Virgile, pour faire, dans un -même volume, une philosophie, une rhétorique et une poétique historique; -et, dans l'idée du livre qui me paraît le plus faible des trois, -un rayon de votre esprit que vous laisserez écouler sur ce livre le -recommandera et le corrigera (p. 379).» Ce projet a-t-il reçu son -exécution? Je le crois; et je présume que c'est le recueil qui parut -en 1684, en 2 vol. in-4<sup>o</sup>; et Amsterdam, 2 vol. in-12.</p> - -<p class="echap">CHAPITRE III.</p> - -<p class="pnote">Page <a href="#Page_53">53</a>, ligne 16: Ils ont eu tort de supprimer de ces lettres les passages -qui concernaient les envois de pièces de vers.</p> - -<p>Ainsi la lettre de Bussy à sa cousine, du 1<sup>er</sup> mai 1672, se termine -par ces mots, qui ne se trouvent dans aucune édition des lettres de -Sévigné:</p> - -<p>«Je me suis amusé à traduire les épîtres d'Ovide; je vous envoie -celle de Pâris à Hélène. Qu'en dites-vous?»</p> - -<p>Madame de Sévigné n'en dit rien dans sa réponse (lettre du 16 mai -1672, t. III, p. 18-23, édit. de G. de S.-G.—<span class="small1">Bussy</span>, <i>Lettres</i>, p. 94 à -98. A la page 94 il faut lire, de madame S..., au lieu de madame B..., -qui est une faute d'impression); elle dit seulement: «Je vous laisse -<span class="pagenum"><a id="Page_454"> 454</a></span> -à votre ami;» elle ne veut pas flatter ni courroucer ce poëte vaniteux, -et elle charge Corbinelli, qui écrit dans sa lettre, de mentir -pour elle. La louange que Corbinelli donne à Bussy paraîtrait aujourd'hui -une dérision, et cependant je crois qu'elle était sincère.—Les -deux pièces de vers de Bussy, quoique annoncées comme des traductions -d'Ovide, ne sont ni des traductions ni même des imitations; ce -sont des paraphrases de deux héroïdes d'Ovide, où les pensées de -cet ancien sont travesties en ce style facile, cavalier et presque burlesque -si fort à la mode alors, et qui semblait caractériser ce qu'on appelait -la <i>poésie galante</i>. Considérées sous ce point de vue, ces deux -pièces de vers de Bussy, qui sont fort longues, ne paraissent pas aussi -mauvaises qu'elles le sont en effet. On n'y trouve aucune trace de -l'antiquité: images, tournures, comparaisons, tout est à la française; -et sans doute l'auteur se félicitait de cela comme d'un grand mérite.</p> - -<p>Pâris, dans sa lettre à Hélène, lui dit, dans Ovide:</p> - -<div class="poetry"><div class="stanza"> -<p>Interea, credo, versis ad prospera fatis,</p> -<p class="i1"> Regius agnoscor per rata signa puer.</p> -<p>Læta domus, nato post tempora longa recepto;</p> -<p> Addit et ad festos hunc quoque Troja diem.</p> -<p>Utque ego te cupio, sic me cupiere puellæ.</p> -</div></div> - -<p>Voici comme Bussy traduit ces vers:</p> - -<div class="poetry"><div class="stanza"> -<p class="i2"> Cependant le Destin, peut-être</p> -<p class="i2"> Las de me faire tant de mal,</p> -<p class="i2"> Me fait à la fin reconnaître</p> -<p class="i4"> Enfant royal.</p> -<p class="i2"> Pour dire la métamorphose</p> -<p>De tristesse en plaisir que cause mon retour</p> -<p class="i2"> A la ville comme à la cour,</p> -<p class="i2"> Il faudrait plus d'un jour,</p> -<p class="i2"> A ne faire autre chose.</p> -<p class="i2"> J'avais tout le monde charmé;</p> -<p class="i2"> Et comme à présent je vous aime,</p> -<p class="i2"> En ce temps-là j'étais aimé</p> -<p class="i2"> Des princesses, des nymphes même.</p> -</div></div> - -<p>Voilà ce que Corbinelli appelle embellir Ovide!</p> - -<p class="pnote">Page <a href="#Page_55">55</a>, ligne 3: Madame de Montmorency, etc.</p> - -<p>L'auteur de la notice sur madame de Montmorency insérée dans -<span class="pagenum"><a id="Page_455"> 455</a></span> -l'édition des <i>Lettres</i> citée en note, p. <span class="small1">XXVI</span>, présume que cette dame -était la mère du maréchal de Luxembourg. Cela n'est pas. La mère du -maréchal de Luxembourg était Élisabeth, fille de Jean de Vienne, -président de la chambre des comptes. Elle avait épousé Bouteville, -cet ami du baron de Chantal, père de madame de Sévigné, qui, ainsi -que nous l'avons dit (t. I, p. 5), eut la tête tranchée pour cause de -duel. Sa veuve, après soixante-neuf ans de viduité, mourut en 1696, -à l'âge de quatre-vingt-neuf ans. (Voyez <span class="small1">Saint-Simon</span>, <i>Mémoires</i>, t. I, -p. 143 à 149.) Je crois qu'Isabelle de Palaiseau, qui correspondait avec -Bussy et qui est un peu compromise par cette correspondance et par -l'inscription de son portrait, était la femme de Montmorency-Laval.</p> - -<p class="pnote">Page <a href="#Page_58">58</a>, ligne 17: Madame de Scudéry..... on la confond avec la -sœur de Scudéry.</p> - -<p>Il est dit, dans le <i>Carpenteriana</i>, p. 383, que le continuateur de -Moréri, en anglais, depuis 1688 jusqu'en 1705, a commis cette faute. -M. Rœderer avait aussi fait cette confusion dans son <i>Essai sur la société -polie</i>. Nous l'en avertîmes lorsqu'il nous lut, avant l'impression, -cet écrit spirituel, mais peu exact. Il a effacé ce qu'il avait dit des -prétendues lettres «de mademoiselle de Scudéry, la sœur de Scudéry, -à Bussy-Rabutin.» Cependant il a encore laissé des traces de cette -méprise, comme lorsqu'il dit, p. 169, chap. <span class="small1">XIV</span>, que le bon duc de -Saint-Aignan se montrait très-assidu aux cercles de mademoiselle de -Scudéry.—Charpentier dit: «Scudéry s'est marié avec une demoiselle -de basse Normandie, nommée mademoiselle Martinvas, qui -n'écrit pas moins bien que mademoiselle Scudéry.»</p> - -<p class="echap">CHAPITRE V.</p> - -<p class="pnote">Page <a href="#Page_89">89</a>, lignes 13 et 17: «Elle eut lieu dans le château et les jardins -de Versailles, qui, quoique non encore achevés, surpassaient déjà -en magnificence toutes les demeures royales.»</p> - -<p>J'ai, dans les notes de la deuxième partie (p. 506), fait observer -de quelle manière les auteurs les plus sérieux et les plus renommés, -qui subissaient l'influence des idées et des mouvements révolutionnaires -de 1789, écrivaient l'histoire.</p> - -<p>Mirabeau évaluait à douze cents millions les dépenses de Louis XIV -pour Versailles; Volney, à quatre milliards, (Leçons d'histoire prononcées -en l'an <span class="small1">III</span>, 1799, in-8<sup>o</sup>, p. 141.)</p> - -<p><span class="pagenum"><a id="Page_456"> 456</a></span> -Les vérifications des états originaux de toutes les dépenses de constructions, -d'embellissement, d'entretien, depuis 1661 jusqu'en 1689, -pendant près de vingt ans qu'elles ont duré, ont constaté que la totalité -de ces dépenses a été, au cours du temps, de 116,257,330{<sup>lt</sup>} 2<sup>s</sup> 7<sup>d</sup>, -correspondant à 280,643,326 fr. 32 c. (Voyez <span class="small1">Eckard</span>, <i>Dépenses effectives -de Louis XIV en bâtiments</i>; 1838, in-8<sup>o</sup>, p. 44.—Id., -<i>États au vrai de toutes les sommes employées par Louis XIV</i>, -p. 38.) Il faut ajouter à la somme ci-dessus 3,260,341{<sup>lt</sup>} 19<sup>s</sup>, pour les -dépenses de la chapelle, depuis 1690 jusqu'en 1719. (Conférez encore -<span class="small1">Eckard</span>, <i>Recherches historiques et biographiques sur Versailles</i>, -p. 142 à 152.)—<i>Id.</i>, <span class="small1">A. Jules Taschereau</span>, <i>au sujet des dépenses de -Louis XIV</i>, 1836, in-8<sup>o</sup>.—<span class="small1">Guillaumot</span>, <i>Observations sur le tort -que font à l'architecture les déclamations hasardées et exagérées -contre la dépense qu'occasionne la construction des monuments -publics</i>; Paris, an <span class="small1">IX</span> (1801). Guillaumot n'estimait cette dépense, -d'après les états, qu'à 83 millions, cours d'alors; 165 millions, cours -actuel.—Volney exagérait de même la dépense des monuments construits -de son temps; ainsi il avançait que le Panthéon avait coûté -30 millions, et il avait coûté au plus 12 millions.—(Voyez <span class="small1">Peignot</span>, -<i>Dépenses de Louis XIV</i>; 1827, in-8<sup>o</sup>, p. 167 et 173.)</p> - -<p>Au reste, il paraît que, pour pouvoir apprécier au juste la dépense -réelle de Versailles dans toute la durée du règne de Louis XIV en -valeurs du jour, il faudrait consulter les archives de la Liste civile, -où l'on peut puiser les matériaux nécessaires pour obtenir le -chiffre total de toutes ces dépenses, et le combiner avec le prix -moyen des journées de travail, celui des denrées, les salaires des artistes, -etc. M. Eckard se plaint, dans un de ses écrits, qu'on lui ait -refusé la faculté de compulser, dans les archives de l'administration -de la Liste civile, les pièces relatives aux dépenses de Versailles sous -Louis XIV. Je suis informé que des calculs ont été faits dans cette -administration pour évaluer le montant de ces dépenses. Mon opinion -est que, quels que soient les efforts que l'on fasse pour accroître -le chiffre de ces dépenses, si l'on opère avec sincérité, il n'excédera -pas, et probablement n'atteindra pas, 400 millions de notre monnaie -actuelle, dans toute la durée du règne de Louis XIV.</p> - -<p><span class="pagenum"><a id="Page_457"> 457</a></span></p> -<p class="echap">CHAPITRE VI</p> - -<p class="pnote">Page <a href="#Page_108">108</a>, ligne 1 et 2: Je la mettrais volontiers dans mon Dictionnaire.</p> - -<p>Bayle ajoute à cet endroit de sa lettre: «Elle sera sans doute -dans le Moréri de Paris, et madame Deshoulières aussi;» et Prosper -Marchand, éditeur des œuvres de Bayle, a mis en note (p. 653, -note 16): «Elles ne sont ni l'une ni l'autre dans le Moréri de Hollande -ni dans la dernière édition du <i>Dictionnaire</i> de Bayle, 1702.»</p> - -<p>Les premiers renseignements sur madame de Sévigné furent donnés -par M. de Bussy (qui n'est pas le comte de Bussy de Rabutin), dans -la préface du recueil des <i>Lettres</i> de madame de Sévigné à sa fille, publié -en 1726, sans nom de lieu, 2 vol. in-12; et dans l'édition de la -Haye, chez P. Gosse et Jean Néaulme, 2 vol. in-12, donnée en 1726, -simultanément avec l'autre, et dont l'éditeur, d'après une note de mon -exemplaire, était un nommé Gendebien. Le chevalier Perrin donna -enfin une notice plus détaillée dans l'édition de 1734, notice qui fut considérablement -augmentée dans l'édition de 1754. C'est avec ces matériaux -que Chauffepié, dans son <i>Nouveau Dictionnaire historique et -critique, pour servir de supplément ou de continuation</i>, in-folio, -1756, à celui de Bayle, réalisa le vœu que Bayle avait formé, et composa -un article <span class="small1">Sévigné</span>, qu'il inséra dans son <i>Dictionnaire</i>, t. IV, -p. 245-258. Cet article est à la manière de Bayle, c'est-à-dire que le -texte est accompagné de très-longues notes qui l'éclaircissent, le développent -ou le complètent; de sorte que ce texte n'est autre chose -que des sommaires de chapitres qui se composent des notes qui leur -correspondent. Cette manière est fatigante pour les lecteurs, -surtout pour les lecteurs paresseux; mais il faut convenir qu'elle -est très-favorable à l'instruction; et, s'il faut dire toute notre pensée, -malgré les notices, les volumes même que l'on a composés sur -madame de Sévigné depuis Chauffepié, son article <span class="small1">Sévigné</span>, si peu -vanté, si peu lu peut-être, était encore ce qu'on avait écrit de plus -propre à la faire bien connaître; et cela parce que cet honnête compilateur -a compris que, pour faire un bon article sur madame de Sévigné -selon le plan de Bayle, il fallait joindre de longs et judicieux extraits -de ses lettres aux faits que l'on pourrait puiser ailleurs que dans sa -correspondance.</p> - -<p><span class="pagenum"><a id="Page_458"> 458</a></span></p> -<p class="echap">CHAPITRE VIII.</p> - -<p class="pnote">Page <a href="#Page_126">126</a>, lignes 26 et 28: Lorsque madame de Sévigné recevait -quittance de deux cent mille livres tournois, etc.</p> - -<p>Le propos de mauvais ton et de mauvais goût qu'on prête à madame -de Sévigné au sujet de cette somme payée à compte sur la dot -de sa fille est un conte absurde, qui n'est appuyé sur aucun témoignage -valable et qui, inséré longtemps après sa mort dans un mauvais -recueil d'<i>ana</i>, a été répété par tous ceux qui, en écrivant sur la -vie de personnages célèbres, se croient obligés de n'omettre aucune -des sottises qui ont été débitées sur leur compte. M. de Saint-Surin, -qui a rapporté cette anecdote dans sa notice (t. I, p. 86 de l'édit. des -<i>Lettres de</i> <span class="small1">Sévigné</span>, par Monmerqué), ne cite pas d'autre autorité -que l'<i>Histoire littéraire des dames françaises</i>.</p> - -<p class="pnote">Page <a href="#Page_133">133</a>, ligne 1: Du duc de Retz, grand-oncle.</p> - -<p>La procuration dressée à Machecoul, transcrite dans l'acte, par le -<i>duché de Rais et duc de Rais</i>. Dans l'acte dressé à Paris, il est toujours -écrit <i>Retz</i>.</p> - -<p class="pnote">Page <a href="#Page_135">135</a>, ligne 4: Marie d'Hautefort, veuve de François -de Schomberg.</p> - -<p>Dans sa note sur la lettre de madame de Sévigné, du 5 janvier 1674, -un commentateur a dit (édit. de G. de S.-G., t. III, p. 294) que madame -de Schomberg était la mère du maréchal, alors vivant: il y a -deux erreurs dans ce peu de mots. Madame de Schomberg, dont -parle madame de Sévigné, était la femme et non la mère du maréchal; -et le maréchal avait alors cessé de vivre depuis plusieurs années.</p> - -<p class="pnote">Page <a href="#Page_135">135</a>, ligne 16: Olivier Lefèvre d'Ormesson, seigneur d'Amboille.</p> - -<p>Ce nom d'Amboille ou Amboile a occasionné de fortes méprises de la -part de nos rédacteurs de dictionnaires géographiques de la France, et -sur nos cartes. Amboille est un hameau près de Paris, entre Chenevière -et Noiseau, par delà le parc ou bois de Saint-Maur. Amboille, vers le -milieu du <span class="small1">XVIII</span><sup>e</sup> siècle, en 1745, ne contenait que trente-huit feux, et -formait cependant une paroisse distincte de celle de Noiseau, qui, sur -le coteau opposé, n'en est séparée que par un ruisseau. Il est souvent -<span class="pagenum"><a id="Page_459"> 459</a></span> -fait mention d'Amboile sous le nom d'<i>Amboella</i>, dans les titres du -<span class="small1">XII</span><sup>e</sup> siècle; mais l'héritier d'Olivier Lefèvre d'Ormesson ayant réuni -à la terre d'Amboile celle de Noiseau et de la Queue, on laissa le nom -d'Amboile au lieu où se trouvait le château d'Ormesson, et l'on attribua -le nom d'Ormesson à Noiseau. (Voyez la carte des environs de -Paris, de dom Coutance, n<sup>o</sup> 11.) C'était une erreur: la carte de France -dressée récemment par l'administration de la guerre (n<sup>o</sup> 48, Paris) a -fait disparaître le nom d'Amboile et inscrit en place Ormesson, et n'a -rien ajouté au nom de Noiseau. Amboile se trouve encore sur la carte -de Cassini (n<sup>o</sup> 1, Paris), ainsi que Noiseau, tous deux sans le nom d'Ormesson; -mais, dans le <i>Dictionnaire universel de la France</i>, de -Prudhomme, il n'en est pas même fait mention. Sous le nom d'<i>Ormesson</i>, -le compilateur a confondu l'Ormesson de la paroisse d'Amboile -avec le lieu du même nom qui se trouve près de Nemours.—Valois -a aussi omis Amboile, <i>Amboella</i>, dans sa notice du diocèse -de Paris. Hurtaut, dans son <i>Dictionnaire historique de la ville de -Paris</i>, t. I, p. 244, dit que c'est un village situé près de Villeneuve-Saint-George, -et il en est éloigné de près de douze kilomètres. -Ainsi le nom de ce lieu, important pour l'intelligence des écrits du -<span class="small1">XII</span><sup>e</sup> et du <span class="small1">XIII</span><sup>e</sup> siècle, deviendrait, si on n'y mettait ordre, un <i>desiderata</i> -en géographie. Cependant la famille d'Ormesson est encore, -au moment où j'écris, propriétaire de la seigneurie d'Amboile, et y -réside. Il y a une église à Amboile ou Ormesson, mais elle est moderne. -Le château est curieux; il fut, dit-on, construit par Henri IV -pour une demoiselle de Centeny ou Santeny, dont il était amoureux; -son portrait y est encore comme en 1758, au temps de l'abbé le -Boef, qui rapporte cette tradition, souvent reproduite depuis, sans -qu'on ait encore découvert rien qui la justifie. (Conférez <span class="small1">le Boef</span>, -<i>Histoire du diocèse de Paris</i>, t. XIV, p. 38 à 385.)</p> - -<p class="pnote">Page <a href="#Page_136">136</a>, ligne 4: Épouse du marquis de la Fayette; et en note, ligne -26: Delort, <i>Voyage aux environs de Paris</i>, t. I, p. 217 à 224.</p> - -<p>La huitième des <i>Lettres</i> de madame de la Fayette, publiée par Delort, -indiquée par cette citation, était depuis longtemps publiée lorsque -M. Sainte-Beuve l'a redonnée, d'après le manuscrit, comme -inédite, dans la <i>Revue des Deux Mondes</i> (t. VII, p. 325, 4<sup>e</sup> série, -5<sup>e</sup> livraison, 1<sup>er</sup> septembre 1836).</p> - -<p><span class="pagenum"><a id="Page_460"> 460</a></span></p> -<p class="pnote">Page <a href="#Page_136">136</a>, ligne 15: Jean-Baptiste Adhémar de Monteil de Grignan, -coadjuteur de son oncle l'archevêque d'Arles.</p> - -<p>Je présume que c'est à celui-ci qu'est dédié un petit ouvrage de -Pontier, prêtre et docteur en théologie, intitulé <i>le Fare de la vérité</i>; -à Paris chez Michel Vavyon, 1660, in-12.—La dédicace commence -ainsi: <i>A monsieur de Grignan, abbé de Notre-Dame d'Aiguebelle</i>; -et à côté sont gravées, sur une feuille à part, les armes de la maison -de Grignan, presque en tout semblables à celles que M. Monmerqué -a fait graver dans son édition de Sévigné.</p> - -<p>Pontès dit, dans cette dédicace:</p> - -<p class="titel">«Monsieur,</p> - -<p class="blockquote">«Vous tirez la naissance d'une maison dont l'ancienne grandeur -est connue de toute la terre... Elle reluit encore aujourd'hui d'une -manière extraordinaire en la personne de ses deux princes de l'Église, -d'Arles et d'Uzez.»</p> - -<p>Jean-Baptiste de Grignan, en 1660, étudiait probablement en théologie -et recevait peut-être des leçons de Pontès.</p> - -<p>Dans toutes les éditions des <i>Lettres</i> de madame de Sévigné (même -celle de 1754, t. III, p. 35) on a imprimé, dans la lettre du 31 mai -1675: «L'abbé de Grignan reprendra le nom qu'il avait quitté depuis -vingt-quatre heures, pour se cacher sous celui d'<i>abbé d'Aiguebère</i>.» -Il faut lire l'<i>abbé d'Aiguebelle</i>. L'édition de 1754 est la première où -cette lettre ait été donnée et où se trouve la faute: les éditeurs suivants -s'y sont conformés.</p> - -<p class="pnote">Page <a href="#Page_140">140</a>, lignes 6 et 7: Avait perdu sa première femme, Angélique-Clarice -d'Angennes, en janvier 1665.</p> - -<p>Voilà pourquoi, dans une édition du troisième acte de la traduction -du <i>Berger fidèle</i> de Guarini (<i>Gabriel Quinet</i>, 1665, in-12), -l'auteur, dans la dédicace au comte de Grignan, le félicite de s'être -allié «à une maison qui a toujours été l'asile des Muses, de l'honneur -et de la vertu,» ce qui désigne les d'Angennes de Rambouillet, -et non les Sévigné, comme l'a cru le savant auteur du catalogue de la -bibliothèque dramatique de M. de Soleinne, p. 60. Voyez la seconde -partie de ces <i>Mémoires</i>, p. 381, note du chapitre <span class="small1">IV</span> de la première -partie.</p> - -<p><span class="pagenum"><a id="Page_461"> 461</a></span></p> -<p class="pnote">Page <a href="#Page_140">140</a>, lignes 10 et 11: La seconde femme qu'il avait épousée -était d'une noblesse encore plus ancienne, quoique moins illustre -que les d'Angennes.</p> - -<p>La famille du Puy du Fou prétendait descendre de Renaud, seigneur -du Puy du Fou, qui épousa Adèle de Thouars, fille d'Émery, -vicomte de Thouars, en 1197, sous Philippe-Auguste.—Voyez le -<i>tableau</i> cité.</p> - -<p class="pnote">Page <a href="#Page_140">140</a>, ligne 26: A cette époque, le gouvernement militaire -du Languedoc.</p> - -<p>Le gouvernement civil et financier de cette province était, comme -celui de toutes les autres provinces, confié à un ou deux intendants. -De 1665 à 1669, il y en eut deux, M. de Besons et M. de Tubœuf; -de 1669 à 1673, M. de Besons fut le seul intendant; de 1674 à 1687, -ce fut M. d'Aguesseau; de 1687 à 1719, M. de Basville. Conférez -l'<i>Essai historique sur les états généraux de la province de Languedoc</i>, -par le baron Trouvé; 1818, in-4<sup>o</sup>, chap. <span class="small1">XIX</span>, <span class="small1">XX</span> et <span class="small1">XXI</span>, -p. 161, 191, 200, 211.</p> - -<p class="pnote">Page <a href="#Page_141">141</a>, ligne 17: Que vous connaissez il y a longtemps.</p> - -<p>Sur ces mots, M. Monmerqué, t. I, p. 154, de son édition des <i>Lettres</i> -de Sévigné, a mis cette note: «Mademoiselle de Sévigné avait -vingt et un ans, le comte de Grignan trente-neuf.» Je crois qu'il y a -erreur dans ce dernier chiffre soit de la part de l'imprimeur, soit de -celle de l'auteur.—Saint-Simon, dans ses <i>Mémoires</i> (chap. <span class="small1">V</span>, t. XII, -p. 59), dit, sous l'année 1715: «Le comte de Grignan, seul lieutenant -général en Provence et chevalier de l'Ordre, gendre de madame de -Sévigné, qui en parle tant dans ses <i>Lettres</i>, mourut à quatre-vingt-trois -ans, dans une hôtellerie, allant de Lambesc à Marseille.» Donc -le comte de Grignan était né en 1632, et au commencement de l'année -1669 il ne pouvait avoir que trente-sept ans accomplis ou trente-six -ans et quelques mois; ce qui fait soupçonner que, dans la note de -M. Monmerqué, le 9 est un 6 retourné. Madame de Grignan avait, -lors de son mariage, vingt-trois ans et non vingt-deux ans; il n'y -avait donc que douze ans de différence entre elle et son mari.</p> - -<p><span class="pagenum"><a id="Page_462"> 462</a></span></p> -<p class="echap">CHAPITRE IX.</p> - -<p class="pnote">Page <a href="#Page_149">149</a>, ligne 18: A Bouchet, le savant généalogiste.</p> - -<p>Jean Bouchet, dont parle madame de Sévigné, a été un des plus savants -généalogistes. Il fut chevalier de l'Ordre du roi, maître d'hôtel -ordinaire, et mourut, en 1684, à l'âge de quatre-vingt cinq ans. On a -de lui six à sept ouvrages in-folio, sur l'histoire et les généalogies, -pleins de recherches et de pièces justificatives curieuses.</p> - -<p class="pnote">Page <a href="#Page_159">159</a>, ligne 18: Je ne sais pas ce que j'aurais fait d'un <i>jobelin</i>.</p> - -<p>Cette épithète de <i>jobelin</i>, appliquée à un jeune homme novice auprès -des femmes, était alors souvent employée à cause du fameux -sonnet de Job; elle prouve que, dès l'époque où écrivait madame -de Sévigné, cette patience auprès des femmes, ce respect qu'on leur -portait, qui avait fait le succès du sonnet de Job, était tourné en -ridicule, et que les <i>uraniens</i> avaient triomphé des <i>jobelins</i>. Ce qui -dut y contribuer, c'est la paraphrase un peu longue, mais spirituelle, -du poëte Sarrazin, contre le sonnet de Benserade. On sait -que ce célèbre sonnet se terminait ainsi:</p> - -<div class="poetry"><div class="stanza"> -<p>Il eut des peines incroyables;</p> -<p>Il s'en plaignit, il en parla:</p> -<p>J'en connais de plus misérables.</p> -</div></div> - -<p>La paraphrase de Sarrazin finit ainsi:</p> - -<div class="poetry"><div class="stanza"> -<p>Mais, à propos, hier, au Parnasse,</p> -<p>De sonnets Phébus se mêla;</p> -<p>Et l'on dit que, de bonne grâce</p> -<p>Il s'en plaignit, il en parla:</p> -<p>J'aime les vers <i>uraniens</i>,</p> -<p>Dit-il; mais je me donne au diable</p> -<p>Si, pour les vers des <i>jobelins</i>,</p> -<p>J'en connais de plus misérables.</p> -</div></div> - -<p>(Conférez <span class="small1">Sallengre</span>, <i>Mémoires de littérature</i>, 1715, in-12, t. I, -p. 127 à 134.)</p> - -<p>Le mot <i>jobelin</i> n'a jamais été admis dans le <i>Dictionnaire</i> de l'Académie -française; du moins il ne se trouve ni dans la première ni dans -<span class="pagenum"><a id="Page_463"> 463</a></span> -la dernière édition; il ne se trouve pas non plus dans le dictionnaire -de Trévoux. Cependant Richelet l'avait inséré dans le sien, publié -en 1680, et l'avait ainsi défini: «<span class="small1">Jobelin</span>, s. m., manière de c***. C'est -un <i>jobelin</i>.» Boiste, de nos jours, l'a aussi inséré dans son lexique, -avec la signification que lui donne madame de Sévigné, un <i>niais</i>, -un <i>sot</i>; il le donne comme synonyme d'homme patient comme Job, -et il cite Rabelais. Alors l'emploi de ce mot serait, dans notre langue, -plus ancien que le sonnet de Job; et cela est certain, car je trouve <i>jobelin</i> -dans le <i>Dictionnaire anglais</i> de Randle Cotgrave (1632) avec -la signification que lui donne madame de Sévigné: <span class="small1">Jobelin</span> <i>a sot</i>, <i>gull</i>, -<i>doult</i>, <i>asse</i>, <i>cokes</i>. Ainsi l'Académie a eu tort de ne pas admettre -ce mot, qui n'a jamais cessé d'être en usage dans le langage familier.</p> - -<p class="echap">CHAPITRE X.</p> - -<p class="pnote">Page <a href="#Page_166">166</a>, lignes 1 et 2: De la Rivière, son second mari, dont -elle ne porta jamais le nom.</p> - -<p>Elle prit celui de comtesse d'Aletz, et c'est de ce nom qu'elle a -signé la fastueuse épitaphe qu'elle composa pour son père et qu'elle -fit graver sur sa tombe dans l'église de Notre-Dame d'Autun. Cette -épitaphe fait tous les frais de la notice que d'Olivet a insérée, sur -Bussy, dans l'<i>Histoire de l'Académie française</i>, t. II, p. 251, édition -in-4<sup>o</sup>.</p> - -<p>Louise-Françoise de Bussy, marquise de Coligny, veuve de Gilbert -de Langheac, avait trente-huit ans lorsqu'elle épousa de la Rivière; -elle s'était mariée à M. de Coligny, à Chaseu, le 5 novembre 1675; -le marquis de Coligny mourut en 1676, à Condé, dans l'armée de -M. de Schomberg. Madame de Coligny en eut un enfant et tout son -bien. (Voyez <i>Lettres choisies de M.</i> <span class="small1">de la Rivière</span>, t. I, p. 25 et 26, -et sur la Rivière, avant le mariage, <span class="small1">Bussy</span>, <i>Lettres</i>, t. III, p. 233 -et 234; et t. V, p. 165.)</p> - -<p class="echap">CHAPITRE XII.</p> - -<p class="pnote">Page <a href="#Page_199">199</a>, ligne 27, note 1: <span class="small1">Daru</span>, <i>Histoire de Venise</i>.</p> - -<p>M. Daru ne paraît point avoir connu les Mémoires du duc de -Navailles; s'il les avait consultés, il n'aurait pas fait de cette partie -de la guerre de Candie, à laquelle les Français prirent part, un récit -<span class="pagenum"><a id="Page_464"> 464</a></span> -si peu exact; il ne se serait pas contenté des seules assertions des -auteurs vénitiens. Sans doute on ne saurait excuser l'historien qui, -même dans un but patriotique, permet à sa plume d'altérer la vérité: -c'est pour lui un devoir de n'épargner aucun soin pour la connaître, -et d'avoir le courage de la dire même lorsqu'elle lui répugne; mais -ce devoir est encore plus impérieux quand l'honneur national se -trouve, comme dans cette circonstance, inculpé par des témoins -suspects et intéressés à rejeter sur nos compatriotes leurs fautes et -leurs malheurs.</p> - -<p class="pnote">Page <a href="#Page_203">203</a>, lignes 15 et 17: Il semble qu'on ne peut guère douter -du fait, puisqu'il est attesté par une lettre de Boileau.</p> - -<p>Je ne parle pas du témoignage de Louis Racine, parce que dans -les <i>Mémoires sur la vie de Jean Racine</i> (Lausanne, 1747, p. 80) -il s'appuie sur la lettre de Boileau, ce qui prouve qu'il ne savait pas -la chose par son père ni même par tradition de famille; et Louis -Racine n'a publié ses <i>Mémoires</i> que soixante-dix-sept ans après la -première représentation de <i>Britannicus</i>.</p> - -<p class="pnote">Page <a href="#Page_206">206</a>, note 3, ligne dernière: <span class="small1">Geoffroy</span>, <i>Œuvres de Racine</i>, -t. III, p. 11.</p> - -<p>Les doutes de l'éditeur ne sont pas fondés; Henriette mourut -avant l'impression de la pièce de Racine.</p> - -<p class="pnote">Page <a href="#Page_207">207</a>, lignes 19 et 21: L'abbé de Villars, le spirituel auteur -des <i>Lettres du comte de Gabalis sur les sylphes, les gnomes -et les salamandres</i>.</p> - -<p>Pope a mis à profit ces lettres dans son poëme badin et médiocre, -selon nous, de la <i>Boucle de cheveux enlevée</i> (The <i>rape of the -lock</i>).</p> - -<p class="pnote">Page <a href="#Page_209">209</a>, ligne 23: <i>Pour envoyer l'effroi de l'un à l'autre pôle</i>.</p> - -<p>Dans l'édition de 1692, donnée par Thomas Corneille, il y a:</p> - -<p class="quote">Pour envoyer l'effroi sous l'un et l'autre pôle.</p> - -<p>Si l'autre variante est autorisée par quelque édition antérieure, il -faut la préférer; sinon, il faut rétablir celle de l'édition de Thomas -Corneille, qui est la bonne.</p> - -<p><span class="pagenum"><a id="Page_465"> 465</a></span></p> -<p class="pnote">Page <a href="#Page_213">213</a>, ligne 1: Un gentilhomme nommé Mathonnet.</p> - -<p>Voici le passage de la lettre de Louvois: «Il est à propos que -vous continuiez à garder soigneusement le sieur Mathonnet pour le -faire parler, Sa Majesté sachant très-bien que, pendant qu'il a été à -Paris, il allait souvent à Chaillot voir mademoiselle d'Argencourt; -et il faut qu'il soit de cette cabale-là.»</p> - -<p class="pnote">Page <a href="#Page_218">218</a>, ligne 6: La Feuillade,..... laid de visage, ayant un teint -bilieux et bourgeonné.</p> - -<p>La mère du duc de la Feuillade fut cette demoiselle de Roannès à -laquelle Pascal inspira de tels sentiments de dévotion qu'elle ainsi -que son frère le duc de Roannès ne voulaient pas se marier, et firent -vœu de chasteté; ce qui mit dans une telle fureur le père de ces deux -personnes que le concierge de l'hôtel de Roannès monta à l'appartement -de Pascal, logé dans cet hôtel, pour le tuer. M. de la Feuillade, -cadet de l'archevêque d'Embrun, épousa mademoiselle de -Roannès, à laquelle son frère qui voulut rester célibataire, transmit -tous ses biens et son titre. Elle eut de ce mariage trois enfants avant -de mettre au monde le duc de la Feuillade, qui fut maréchal. Le -premier de ces enfants mourut en naissant, le second fut un fils -contrefait et le troisième une fille naine, qui mourut à dix-neuf ans. -Conférez un morceau curieux sur la biographie de mademoiselle de -Roannès, par M. Victor Cousin, <i>Bibliothèque de l'École des chartes</i>, -t. V, p. 1 à 7.</p> - -<p class="pnote">Page <a href="#Page_221">221</a>, ligne 12: S'abandonnant sans scrupule à des plaisirs -réprouvés.</p> - -<p>Nous avons déjà signalé les dangers de ces travestissements d'hommes -en femmes, que la trop indulgente Anne d'Autriche permettait -dans les ballets durant l'enfance et l'adolescence même du roi. L'exemple -de l'abbé de Choisy, dans sa jeunesse, en fut une preuve bien -étrange. Il a lui-même pris plaisir à écrire toutes les aventures -amoureuses que ces travestissements lui ont procurées, et elles passent -en libertinage licencieux les fictions du détestable roman de -Louvet, auquel il a servi de modèle (Voyez l'<i>Histoire de la comtesse -Desbarres</i>; Anvers, 1735, in-12, in-18, p. 138.—<i>Vie de l'abbé -de Choisy</i>, 1742. in-8<sup>o</sup>, p. 22-26.—<span class="small1">Monmerqué</span>, <i>Notice sur l'abbé</i> -<span class="pagenum"><a id="Page_466"> 466</a></span> -<i>de Choisy et sur ses Mémoires</i>, t. LXIII de la collection des -<i>Mém. sur l'hist. de Fr.</i>, p. 123 à 146.)</p> - -<p class="pnote">Page <a href="#Page_224">224</a>, ligne 19: Mais lui n'eut aucun doute.</p> - -<p>Sismondi est, de tous les historiens, celui qui a le mieux raconté -cette mort; il hésite dans son opinion, et ne semble pas bien persuadé -que le duc d'Orléans ne fut pas coupable; puis il incline ensuite pour -le <i>cholera-morbus</i>. Les caractères de l'agonie de la princesse et de -ses derniers moments, si bien décrits dans la relation de Feuillet, -n'ont point le caractère de cette maladie; et le procès-verbal d'autopsie, -quoique concluant qu'il n'y a pas eu d'empoisonnement, -constate, suivant nous, le poison par la description de l'état des viscères. -Ce procès-verbal a été publié par Bourdelot, et se trouve dans -les <i>Pièces intéressantes</i>, de Poncet de la Grave, que j'ai citées. Les -médecins anglais envoyèrent en Angleterre une relation toute contraire -à celle des médecins français. Henriette elle-même, aussitôt -qu'elle eut avalé le verre d'eau de chicorée et éprouvé des douleurs, -déclara qu'elle était empoisonnée. Enfin, le rapport fait à Louis XIV -par Vallot, son médecin, daté de Versailles le 1<sup>er</sup> juillet 1670, -dont M. Gault de Saint-Germain a publié la conclusion, implique -que l'opinion de ce médecin était pour l'empoisonnement. La lettre -de Bossuet aura été fabriquée dans le temps, comme les avis des -médecins, pour donner le change à l'opinion. Philibert de la Mare, -qui demeurait en province, a pu croire à son authenticité, mais à la -cour personne n'aurait pu s'y tromper; c'est probablement ce qui -aura été cause qu'on n'a pas osé lui donner une grande publicité.</p> - -<p class="echap">CHAPITRE XIII.</p> - -<p class="pnote">Page <a href="#Page_227">227</a>, ligne 31, note 3: <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (23 janvier 1671).</p> - -<p>Cette lettre a été publiée pour la première fois par M. Monmerqué. -Dans le recueil des <i>Lettres de</i> <span class="small1">Bussy</span>, comme dans celui des <i>Lettres -de madame de</i> <span class="small1">Sévigné</span> <i>au comte de Bussy</i>, 1775, p. 21, n<sup>o</sup> 12, on en -avait donné les premières lignes, où il n'est pas dit un mot de la -princesse de Condé. Ce récit, fait par <span class="small1">Mademoiselle</span> (<i>Mémoires</i>, -t. XIII, p. 297), s'accorde plus complétement avec celui de Guy-Patin -qu'avec celui de madame de Sévigné; <span class="small1">Mademoiselle</span> dit: «Un -joueur qui avait été son valet de pied, à qui elle avait accoutumé de -<span class="pagenum"><a id="Page_467"> 467</a></span> -faire quelques largesses, entra dans sa chambre pour lui demander de -l'argent; sa demande fut accompagnée de manières qui firent croire -qu'il avait envie d'en prendre ou de s'en faire donner. L'abbé Lainé, -sur l'avis qu'on avait donné que le valet de pied s'était sauvé dans le -Luxembourg, me vint demander la permission de le laisser prendre; -il ne s'y trouva point, et il fut pris hors la ville.»</p> - -<p class="pnote">Page <a href="#Page_229">229</a>, lignes 5 et 6: Des gens que le prince avait chargés de -garder.</p> - -<p><span class="small1">Mademoiselle</span> accuse le duc d'Enghien, qu'elle n'aimait pas, -d'avoir conseillé à Condé ce traitement envers sa mère: «Il était -bien aise, disait-on, d'avoir trouvé un prétexte de la mettre dans un -lieu où elle ferait moins de dépense que dans le monde.» D'après ce -que mande madame de Montmorency à Bussy, ceci paraît être calomnieux. -Le duc d'Enghien était un caractère dur, il est vrai; mais les -autres mémoires du temps ne permettent pas de croire qu'il fût à ce -point méchant, ingrat, fils dénaturé. Lord Mahon, dans sa <i>Vie du -grand Condé</i>, a pris fait et cause avec chaleur pour la princesse, et il -transcrit à ce sujet l'extrait d'une correspondance secrète tirée de la -secrétairerie d'État de la cour de Londres, qui prouve seulement que -le correspondant avait été mal informé, ou plutôt qu'il donnait le -récit de cette affaire comme on désirait que la cour de Londres en fût -instruite et conformément au bruit que l'on fit courir dans Paris. Cependant -l'extrait de cette correspondance est curieux, et nous apprend -que la princesse fit tous ses efforts pour sauver Duval, dont -Condé voulait la mort. Il est facile d'atténuer les torts de la princesse -par ceux que son époux eut envers elle, mais il n'est pas possible -d'en douter. Le silence des contemporains après son malheur, et leur -insensible indifférence, en dit encore plus que leurs témoignages -accusateurs. Conférez lord <span class="small1">Mahon's</span>, <i>Life of great Condé</i>, 1845, -in-12, part. II, p. 269 à 275.—Voici le passage de Coligny, p. 26, -sur la conduite de la princesse en 1650: «Le marquis de Cessac, dont -j'ai dit un mot, s'attacha à madame la princesse, ou plutôt la princesse -à lui; car il faut que ces dames-là fassent plus de la moitié du -chemin si elles veulent avoir des galants, qu'autrement le respect -ferait taire. Comme elle n'était pas pourvue d'un grand esprit, ce -défaut et la passion lui firent faire tant de minauderies indiscrètes -que tout le monde connut aisément ses affaires.»</p> - -<p><span class="pagenum"><a id="Page_468"> 468</a></span> -Ce témoignage est celui du plus virulent ennemi de Condé et de -son plus grand détracteur.</p> - -<p class="pnote">Page <a href="#Page_234">234</a>, ligne 9, et page 235, ligne 7: La maréchale de la Ferté.</p> - -<p>Quand il est fait mention, dans les mémoires et les libelles du temps, -de madame de la Ferté ou de la duchesse de la Ferté, il faut se garder -de confondre la belle-mère et la belle-fille, toutes deux pouvant être -désignées de la même manière. La maréchale était Madeleine d'Angennes -de la Loupe; la belle-fille était Marie-Isabelle-Gabrielle-Angélique -de la Mothe-Houdancourt, duchesse de la Ferté, fille de -la maréchale de la Mothe-Houdancourt, ancienne gouvernante des -enfants de France et sœur cadette des duchesses d'Aumont et de -Ventadour. La maréchale de la Ferté était la sœur de Catherine-Henriette -d'Angennes, comtesse d'Olonne, dont les mœurs furent encore -plus déréglées que celles de la duchesse.</p> - -<p class="echap">CHAPITRE XIV.</p> - -<p class="pnote">Page <a href="#Page_246">246</a>, ligne 9: La faiblesse de la santé de la princesse de Condé.</p> - -<p>Guy-Patin dit que dans cette prévision la reine mère écrivit à -Gaston pour mettre obstacle à ce mariage.</p> - -<p class="pnote">Page <a href="#Page_282">282</a>, ligne 3: Il finit par subir une rigoureuse détention.</p> - -<p>La chronologie des faits relatifs à la biographie de Lauzun n'est -pas facile à déterminer. Saint-Simon place en 1669 l'affaire relative à -l'espionnage de madame de Montespan par le moyen d'une femme de -chambre séduite par Lauzun, et celle de la place de grand maître de -l'artillerie sollicitée par lui, et le beau trait du roi jetant sa canne par -la fenêtre dans la crainte de se laisser aller à en frapper un gentilhomme. -Mais alors tout cela paraît antérieur au mariage, ce qui n'est -pas probable. Saint-Simon a écrit plus de quarante ans après ces faits, -et s'est évidemment trompé sur les dates. Je pense, avec M. Petitot -(t. XL, p. 356), que ce fut la conduite insolente de Lauzun avec -madame de Montespan qui détermina le roi à le faire arrêter.</p> - -<p class="pnote">Page <a href="#Page_283">283</a>, lignes 1 et 2: Il obtint par ses services de nouveaux grades -et de nouveaux honneurs.</p> - -<p>Des lettres de duc furent données à Lauzun en 1692. Lauzun -mourut en 1723 et survécut huit ans à Louis XIV.</p> - -<p><span class="pagenum"><a id="Page_469"> 469</a></span></p> - -<p class="echap">CHAPITRE XV.</p> - -<p class="pnote">Page <a href="#Page_296">296</a>, ligne 22: Mademoiselle Dugué-Bagnols.</p> - -<p>Le chevalier Perrin nous apprend, dans son édition des <i>Lettres -de madame de Sévigné</i>, que mademoiselle Dugué-Bagnols fut mariée -depuis à M. Dugué-Bagnols, son cousin.</p> - -<p class="pnote">Page <a href="#Page_297">297</a>, ligne 19: C'était la première femme de Claude de Saint-Simon; -elle succomba le 2 décembre 1670.</p> - -<p>Diane-Henriette de Budos, duchesse de Saint-Simon, mourut, selon -l'assertion de M. Monmerqué (<i>Lettres de Sévigné</i>, t. I, p. 208), à -quarante ans; et comme Saint-Simon dit que son père l'épousa -en 1644, il en résulterait qu'elle n'aurait eu que quatorze ans lorsqu'elle -s'est mariée. Comme l'âge nubile était alors fixé par les lois -à douze ans, cela n'est pas impossible, mais cela est peu probable.</p> - -<p>C'est en 1743 que Saint-Simon a écrit le volume de ses <i>Mémoires</i> -qui concerne les années 1722 et 1723. J'avais dit cela dans une note -qui est à la page 453 de mon deuxième volume, 1<sup>re</sup> édition; mais je -suis obligé de le répéter, parce qu'il y a deux fautes d'impression -dans les chiffres de cette note. J'ajouterai ici que Saint-Simon, pour -ce qui concerne les dates et les généalogies, s'est beaucoup servi des -Mémoires manuscrits de Dangeau, c'est-à-dire de ses portefeuilles.</p> - -<p class="pnote">Page <a href="#Page_298">298</a>, ligne 12: Et, par la grande mortalité qu'éprouva -la population.</p> - -<p>D'après un recueil statistique de Paris, déposé à la Bibliothèque -du Roi, le nombre des naissances dans cette capitale fut de 16,810, -celui des décès de 21,460; le nombre des décès surpassa donc les -naissances de 4,651.</p> - -<p class="echap">CHAPITRE XVI.</p> - -<p class="pnote">Page <a href="#Page_303">303</a>, ligne 29: Le gouverneur et son lieutenant se trouvèrent -tous les deux absents.</p> - -<p>Dans une semblable circonstance, en 1673, Brulart, premier président -du parlement de Bourgogne, écrivit à Louvois qu'en l'absence -du gouverneur et de son lieutenant général le gouvernement de la -<span class="pagenum"><a id="Page_470"> 470</a></span> -province lui appartenait de droit. Voyez la lettre de <span class="small1">Brulart</span> à Louvois, -dans l'ouvrage intitulé <i>Une province sous Louis XIV</i>, par -M. Thomas, 1844, in-8<sup>o</sup>, p. 431.</p> - -<p class="pnote">Page <a href="#Page_312">312</a>, lignes 3 et 4: Elle écrivait à madame de Sévigné.</p> - -<p>Il est probable que madame de Sévigné avait conçu cette aversion -pour les filles de Sainte-Marie d'Aix par les lettres de sa filleule; -elle la manifeste en toute occasion, et elle appelle ces religieuses des -baragouines. Elle montre, au contraire, une prédilection particulière -pour les filles de cet ordre, fondé par son aïeule, qui étaient dans d'autres -couvents. Il est évident aussi, d'après le passage suivant de la lettre -de madame de Sévigné, du 24 juillet 1680, que, pour avantager les -autres enfants de madame de Grignan, on voulait que Marie-Blanche -fît des vœux; sa vocation paraît au moins douteuse. «Votre petite -d'Aix me fait pitié, d'être destinée à demeurer dans ce couvent -<i>perdu</i> pour vous; en attendant une vocation, vous n'oseriez la remuer, -de peur qu'elle ne se dissipe. Cette enfant est d'un esprit -chagrin et jaloux, tout propre à se dévorer. Pour moi, je tâterais si -la Providence ne voudrait pas bien qu'elle fût à Aubenas; elle serait -moins <i>égarée</i>.» La sœur de M. de Grignan était abbesse du couvent -d'Aubenas, et madame de Sévigné espérait que sa petite-fille pourrait -un jour lui succéder. Nous reviendrons, dans la suite de ces <i>Mémoires</i>, -sur ce passage de la lettre de madame de Sévigné et sur -les mots <i>perdu</i> et <i>égarée</i>, que Grouvelle, M. Monmerqué et Gault -de Saint-Germain ont expliqués diversement.</p> - -<p class="echap">CHAPITRE XVII.</p> - -<p class="pnote">Page <a href="#Page_325">325</a>, ligne 12: Une très-belle femme, madame de Valence, -qui s'était faite religieuse.</p> - -<p>J'ai cité ici l'édition de la Haye, t. I, p. 20, parce que c'est la seule -qui dans cet endroit nous semble donner le vrai texte de madame de -Sévigné. Ce texte est ainsi:</p> - -<p>«Vous me dites des merveilles du tombeau de Montmorency et -de la beauté de madame de Valence.»</p> - -<p>Les premiers éditeurs des <i>Lettres de madame de Sévigné</i>, ne trouvant -aucune mention de cette madame de Valence dans toute la correspondance -de madame de Sévigné, ont substitué aux mots qui la -<span class="pagenum"><a id="Page_471"> 471</a></span> -concernent «et de la beauté de mesdemoiselles de Valançai» (lettre -du 18 février 1671, t. I, p. 332, édit. G.), parce qu'en effet madame de -Sévigné, en passant aussi à Moulins cinq ans après madame de -Grignan, lui avait écrit de cette ville que les petites-filles de madame -de Valançai, que madame de Grignan y avait vues, sont -<i>belles et aimables</i> (lettre du 17 mai 1676, t. IV, p. 440, édit. G.). -Mais elles étaient, lorsque madame de Grignan les vit, trop jeunes -et trop petites pour qu'il fût question de leur beauté; et la lettre -de madame de Sévigné au comte de Guitaud, publiée pour la première -fois dans l'édition de M. Gault de Saint-Germain (lettre -1693, t. X, p. 445, édit. G.), qui nous apprend que madame de -Valence a été au couvent de la Visitation, explique celle qu'elle -avait écrite précédemment, et ne laisse aucun doute sur l'exactitude -de l'édition de la Haye. La preuve que les éditeurs ont altéré -le texte de cette lettre en voulant la corriger se tire encore du -passage qui suit immédiatement, où madame de Sévigné dit à sa -fille (t. I, p. 20): «Personne n'écrit mieux que vous; ne quittez -jamais le naturel, votre tour s'y est formé, et cela <i>surpasse</i> un style -parfait.» Tous les éditeurs subséquents ont substitué (t. I, p. 332): -«Vous écrivez entièrement bien, personne n'écrit mieux; ne -quittez jamais le naturel, votre tour s'y est formé, et cela <i>compose</i> un -style parfait.» Indépendamment du pléonasme dans les deux premiers -membres de phrase, qui n'était pas dans madame de Sévigné, -en mettant le mot <i>compose</i> à la place du mot <i>surpasse</i> on a fait -disparaître une expression énergique et piquante pour y substituer -une expression impropre et plate; et de plus, en croyant rendre la -pensée plus logique, on l'a dénaturée, et on lui a ôté tout ce qu'elle -a d'original et de profond. L'intention de madame de Sévigné est de -faire distinguer ici l'écrivain du grammairien, le talent d'écrire d'avec -l'art d'écrire. Le naturel dans le style, c'est la grâce:</p> - -<p class="quote">Et la grâce, plus belle encor que la beauté,</p> - -<p>dit la Fontaine quand il veut donner une idée des séduisants attraits -de Vénus. C'est la même pensée que celle de madame de Sévigné, exprimée -d'une manière analogue. Je dois dire que le savant et exact -éditeur des <i>Lettres de madame de Sévigné</i> n'a pu ni rectifier ce -texte ni éviter cette méprise, puisqu'il n'avait pu se procurer l'édition -de la Haye, 1726, lorsqu'il fit la sienne; et que la publication de -la lettre de madame de Sévigné au comte de Guitaud, qui fait mention -<span class="pagenum"><a id="Page_472"> 472</a></span> -de madame de Valence, est bien postérieure à celle de son édition. -Voyez <i>Lettres</i> <span class="small1">DE SÉVIGNÉ</span>, édit. de Monmerqué, in-8<sup>o</sup>, t. I, p. 48.</p> - -<p class="pnote">Page <a href="#Page_329">329</a>, lignes 4-7: Une relation admirable, selon elle, adressée -à M. de Coulanges par M. de Ripert, homme d'affaires de M. de -Grignan.</p> - -<p>Voici le texte de l'édition de la Haye:</p> - -<p>«M. de Coulanges vient de m'apporter une relation admirable de -tout votre voyage, que lui fait très-agréablement M. Ripert; voilà -justement ce que nous souhaitons (p. 38).» ... «M. le marquis de -Saint-Andiol m'est venu voir; je lui ai montré la relation de Ripert, -dont il a été ravi pour l'honneur de la Provence... J'attends celle de -Corbinelli (p. 39).»</p> - -<p>On peut voir aux endroits cités de l'<i>Histoire de Sévigné</i>, par -M. Aubenas, et surtout dans la note, p. 588, qui termine l'ouvrage -de cet auteur, quelles sont les prétentions de la famille de Ripert. Du -temps de madame de Sévigné, il y avait au moins quatre frères de ce -nom; car, dans la lettre du 6 septembre 1676, t. V, p. 113, de l'édition -de G. de S.-G., madame de Sévigné dit: «Mon fils me mande que les -frères Ripert ont fait des prodiges de valeur à la défense de Maestricht; -j'en fais mes compliments au doyen et à Ripert.» Ce doyen était le -Ripert du chapitre de Grignan, et le dernier mentionné celui qui -était attaché à M. de Grignan comme homme d'affaires.</p> - -<p>Des deux lettres du 18 mars 1671 des éditions modernes, il n'y en -a qu'une dans l'édition de la Haye; et dans les éditions modernes il -y a beaucoup de suppressions, qui portent principalement sur les -noms propres. Ainsi ces mots, «Bandol vous est d'un grand secours,» -p. 34, ont été supprimés. Suppression ensuite d'un long paragraphe -important, qui remplit la page 35; puis, page 36, le nom de <i>Sessac</i>, -donné intégralement, remplacé par S***. Tout le paragraphe 37 -de madame de Janson supprimé; page 39, le passage sur d'Harouys -supprimé.</p> - -<p class="echap">CHAPITRE XVIII.</p> - -<p class="pnote">Page <a href="#Page_359">359</a>, lignes 29 et 30, note 1: 20 septembre, <i>Lettres de madame</i> -<span class="small1">Rabutin-Chantal</span>; la Haye, 1726, 20 septembre 1671.</p> - -<p>Toute la première page de cette lettre ne se trouve que dans l'édition -de la Haye, et a été supprimée dans toutes les autres.</p> - -<p><span class="pagenum"><a id="Page_473"> 473</a></span></p> -<p class="pnote">Page <a href="#Page_371">371</a>, lignes 16 et 17: Molière lui lira samedi <i>Trissotin</i>.</p> - -<p>On a écrit (voyez <span class="small1">Taschereau</span>, <i>Histoire de Molière</i>, 3<sup>e</sup> édit., 1844, -grand in-12, p. 256) que, lors des premières représentations des -<i>Femmes savantes</i>, le personnage de <i>Trissotin</i> portait le nom de -<i>Tricotin</i>, pour que la satire contre l'abbé Cotin, dont ce rôle était -l'objet, en pût ressortir sans aucun détour. Mais la lettre de madame de -Sévigné semble être contraire à cette assertion peu vraisemblable, -puisqu'elle désigne ce rôle, et par ce rôle toute la pièce, par le nom -de <i>Trissotin</i>, qui est le seul qu'on trouve dans la pièce imprimée. -<i>Les Femmes savantes</i> furent jouées le 11 mars 1672 (<span class="small1">Taschereau</span>, -<i>Histoire de Molière</i>, 3<sup>e</sup> édition, p. 169). La lettre de madame de -Sévigné est datée du mercredi 9 mars, c'est-à-dire de deux jours antérieure -à la représentation, qui eut lieu le vendredi: ainsi dès lors -le rôle portait le nom de <i>Trissotin</i>. La lecture de cette pièce par -Molière, annoncée dans la lettre de madame de Sévigné pour le samedi -12 mars, n'eut probablement pas lieu, puisque le jour fixé au -samedi était le lendemain même de la représentation. Cette pièce fut -achevée d'imprimer le 10 décembre 1672, comme nous l'apprend le -catalogue de la <i>Bibliothèque dramatique de M. de Soleinne</i>, -n<sup>o</sup> 1296, p. 298. La mention de cette édition manque dans la bibliographie -de Molière, de M. Taschereau.</p> - -<p class="pnote">Page <a href="#Page_378">378</a>, ligne 7: Pour laisser écrire dans ses lettres.</p> - -<p>Surtout par Corbinelli. Des lettres de Corbinelli à Bussy, qui se -trouvent dans la correspondance de ce dernier, il n'y en a qu'un -petit nombre qui portent le nom de Corbinelli; il y en a beaucoup -qui n'ont que l'initiale du nom C***; enfin il y en a sans initiale. Un -lecteur familiarisé à la lecture des auteurs de ce siècle les reconnaît -facilement. Toutes sont très-mal rangées, ainsi que toute cette intéressante -correspondance, qui mériterait bien de trouver un éditeur -savant et intelligent.</p> - -<p class="echap">CHAPITRE XIX.</p> - -<p class="pnote">Page <a href="#Page_387">387</a>, ligne 12: Ce fut une grande joie pour madame de Sévigné -lorsque de Pomponne...</p> - -<p>Nous apprenons par le Portefeuille de Dangeau, manuscrit de la -Bibliothèque du Roi, A, 253, que de Pomponne fut nommé secrétaire -<span class="pagenum"><a id="Page_474"> 474</a></span> -d'État, en remplacement de M. de Lyonne, le 10 septembre, -et qu'il prêta serment le 12 septembre; la lettre de madame de Sévigné, -qui donne cette nouvelle à sa fille, est datée du 13 septembre. -Il ne faut pas confondre les Portefeuilles de Dangeau que nous citons -ici et que nous citerons peut-être encore avec le Journal de Dangeau; -c'est tout autre chose.</p> - -<p class="pnote">Page <a href="#Page_396">396</a>, ligne 4: Les lettres les plus remarquables qu'elle ait écrites.</p> - -<p>Deux de ces lettres étaient ainsi désignées, la lettre sur <i>le cheval</i> -et celle sur <i>la prairie</i>. Cette dernière est, comme on l'a très-bien remarqué, -celle qui est relative au renvoi de <i>Picard</i> (du 22 juillet 1671) -et où madame de Sévigné explique si agréablement à son cousin de -Coulanges, tout à fait étranger, comme un vrai citadin, aux travaux -ruraux, en quoi consiste l'opération du fanage.</p> - -<p class="pnote">Page <a href="#Page_396">396</a>, ligne 9: Elle gardait soigneusement les lettres du spirituel -chansonnier.</p> - -<p>«Ce petit Coulanges vaut trop d'argent; je garde toutes ses lettres.» -(<span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettre</i> du 29 janvier 1685, t. VII, p. 229, édit. de M.)</p> - -<p class="pnote">Page <a href="#Page_397">397</a>, lignes 7 et 8: Elle avait dix ans moins que lui.</p> - -<p>Philippe-Manuel de Coulanges était né à Paris vers 1631, Marie-Angélique -Dugué en 1641. Elle se maria le 16 décembre 1659, et -n'avait alors que dix-sept ans et quelques mois.</p> - -<p class="pnote">Page <a href="#Page_399">399</a>, lignes 16 et 17: Auxquels s'applique plus particulièrement -le nom d'esprit.</p> - -<p>Comme, par exemple, lorsqu'elle dit du duc de Villeroi, qui était -amoureux d'une femme nullement éprise de lui: «Il est plus charmé -qu'il n'est <i>charmant</i>.» Ce dernier mot, ainsi placé, est à la fois -verbe et adjectif et applicable au duc dans sa double et maligne -signification. (Voyez la lettre du 24 février 1673.)</p> - -<p class="pnote">Page <a href="#Page_399">399</a>, lignes 21 et 22: Son écriture et son orthographe ne répondaient -pas à l'élégance de son style.</p> - -<p>Coulanges a inséré ces mots dans une lettre de sa femme à madame -de Grignan:</p> - -<p>«Je viens de prendre la liberté de lire tout ce que madame de -<span class="pagenum"><a id="Page_475"> 475</a></span> -Coulanges vous écrit; c'est grand dommage que ce ne soit une meilleure -écriture et une meilleure orthographe; son style assurément le mériterait -bien, convenez-en, madame; mais il ne faut pas espérer -qu'elle s'en corrige. Tout ce qui est à souhaiter, c'est que vous puissiez -lire ce qu'elle vous mande.» (Lettre de madame de Coulanges à -madame de Grignan, 7 juillet 1703, t. XI, p. 398.)</p> - -<p class="pnote">Page <a href="#Page_401">401</a>, lignes 3 et 4: Madame de Sévigné se plut toujours dans -la société de la femme de son cousin.</p> - -<p>Madame de Sévigné ne voulait pas que son cousin quittât la rue du -Parc-Royal pour aller demeurer au Temple, parce que cela éloignait -d'elle madame de Coulanges. «Au lieu de trouver, comme je faisais, -cette jolie madame de Coulanges sous ma main, prendre du café avec -elle, y courir après la messe, y revenir le soir comme chez soi; enfin, -mon pauvre cousin, ne m'en parlez pas: je suis trop heureuse d'avoir -quelques mois pour m'accoutumer à ce bizarre dérangement.» (Lettre -du 1<sup>er</sup> décembre 1690, t. IX, p. 427.)</p> - -<p class="echap">CHAPITRE XX.</p> - -<p class="pnote">Page <a href="#Page_415">415</a>, lignes 23 et 24: <span class="small1">SOLI DEO HONOR ET GLORIA</span>.</p> - -<p>Cette inscription, qui est tirée du texte de l'épître de saint Paul -aux Romains, a donné lieu au continuateur de Bayle (Chauffepié, -Supplément au Dictionnaire de Bayle) de prêter à madame de Sévigné, -dans l'intérêt du protestantisme, des sentiments contraires à l'invocation -des saints, que ses lettres démentent en un grand nombre -d'endroits.</p> - -<p class="pnote">Page <a href="#Page_416">416</a>, ligne 26: Racine passera comme le café.</p> - -<p>L'usage du café n'ayant été introduit en France que vers l'an 1669, -il en résulte que les premiers chefs-d'œuvre de Racine lui sont antérieurs; -<i>Andromaque</i> date de 1669, les <i>Plaideurs</i> de 1668, <i>Britannicus</i> -de 1669, <i>Bajazet</i> de 1672. Le premier traité, je crois, publié -sur le café, en français, est celui qui est intitulé <i>De l'usage du caphé, -du thé, et chocolate</i> (sic); Lyon, chez Girin, 1671, in-8<sup>o</sup>. Il est traduit -du latin, et il est dit, page 30, «que la plupart de ceux qui usent -du café y sont réduits par nécessité, et le prennent plutôt comme un -<span class="pagenum"><a id="Page_476"> 476</a></span> -médicament que comme un régal.» Il en était de même du thé et du -chocolat. Mais dix ans plus tard il se faisait de toutes ces substances, -et surtout du café, une très-grande consommation à Londres et à Paris, -«non-seulement, dit de Blégny, chez les marchands de liqueurs, -mais encore dans les maisons particulières et dans les communautés.» -<i>Du bon usage du thé, du café et du chocolat, pour la préservation -et la guérison des maladies</i>, par M. de Blégny; Paris, 1687, -in-12, p. 96 et 166. De Blégny, d'après Bernier, dit que dans l'Inde et -la Perse on use très-peu de café, et seulement dans les ports de mer; -mais que par toute la Turquie on en fait un fort grand usage. «Peu -s'en faut, ajoute de Blégny, que les Anglais et les Hollandais ne -suivent l'exemple des Turcs, et peu s'en faut aussi que nous ne -soyons aussi avancés que ceux-là sur cette habitude; mais en revanche -les Espagnols, les Italiens et les Flamands ne s'y portent -pas volontiers.» (P. 166.) Bien loin de dénigrer le café, et surtout -le café au lait, madame de Sévigné fut une des premières à en prendre, -et elle en recommandait l'usage à sa fille. (<span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i>, -19 février 1690, t. X, p. 263, édit. de G.)</p> - -<p><span class="pagenum"><a id="Page_477"> 477</a></span></p> - -<p class="extra"><span class="large">SUPPLÉMENT</span><br /> -<span class="medium">AUX NOTES ET ÉCLAIRCISSEMENTS DE LA PREMIÈRE PARTIE.</span></p> - -<p>En développant dans la première et la seconde partie de cet ouvrage -la politique de Mazarin, j'ai souvent eu occasion de citer des lettres -autographes de Mazarin, de Colbert et de Louis XIV<a id="FNanchor_902" href="#Footnote_902" class="fnanchor"> [902]</a>, qui appartiennent -à la Bibliothèque royale. Des fragments de ces lettres avaient déjà -été imprimés, mais très-incorrectement, par Soulavie, dans les -<i>Œuvres de Saint-Simon</i>. Elles ont été très-bien publiées dans les -<i>Documents historiques sur l'histoire de France</i>, par M. Champollion-Figeac, -qui me les avait indiquées. Mais j'ai cité à la page 215 -de la première partie une <i>lettre autographe d'Anne d'Autriche au -cardinal Mazarin</i>, que je ne trouve point dans le recueil de -M. Champollion-Figeac. Cette lettre n'a point été publiée ailleurs, et -il est intéressant de la faire connaître, parce qu'elle vient à l'appui -de ce que j'ai dit du refroidissement d'Anne d'Autriche pour le cardinal -Mazarin, lorsque celui-ci, afin de conserver le pouvoir, se fit un -appui du jeune roi, dont il avait capté toute la confiance, contre la -reine sa mère, ou plutôt contre les intrigues des personnes qui l'entouraient.</p> - -<p class="letter">LETTRE D'ANNE D'AUTRICHE AU CARDINAL MAZARIN.</p> - -<p class="dater">«A Saintes, ce 30 juin 1660.</p> - -<p>«Vostre letre ma donnee une grande joye je ne say si je seray asses -heureuse pour que vous le croies et que si eusse creu qune de mes -letres vous eust autant pleut j'en aurays escrit de bon cœur et il est -vray que den voir tant et des transports avec lon les recent et je les -voyes lire me fesoit fort souvenir d'un autre tant<a id="FNanchor_903" href="#Footnote_903" class="fnanchor"> [903]</a> don je me souviens -presque a tout momants quoy que vous en puissiez croire et -<span class="pagenum"><a id="Page_478"> 478</a></span> -douter je vous asseure que tous ceux de ma vie seront enploies à -vous tesmoigner que jamais il ni a euee damitie plus veritable que la -mienne et si vous ne le croies pas jespere de la justice que jay que -vous vous repâtires<a id="FNanchor_904" href="#Footnote_904" class="fnanchor"> [904]</a> quelque jour den avoir jamais douté et si je vous -pouves aussi bien faire voir mon cœur que ce que je vous dis sur ce -papier je suis asseurée que vous series contant, ou vous series le plus -ingrat homme du monde et je ne croie pas que cela soiet. La Reyne<a id="FNanchor_905" href="#Footnote_905" class="fnanchor"> [905]</a> -qui escrit eicy sur ma table me dit de vous dire que ce que vous -me mandes du confidant<a id="FNanchor_906" href="#Footnote_906" class="fnanchor"> [906]</a> ne lui déplait pas et que je vous asseure -de son affession, mon fils<a id="FNanchor_907" href="#Footnote_907" class="fnanchor"> [907]</a> vous remercie aussi et 22<a id="FNanchor_908" href="#Footnote_908" class="fnanchor"> [908]</a> me prie de -vous dire que jusques au dernier soupir <img src="images/symbol1.jpg" width="55" height="16" alt="" /> -quoique vous en croies <img src="images/symbol2.jpg" width="15" height="16" alt="" />.</p> - -<p>«Et au dos est escrit: <i>A Monsieur le Cardinal</i>.»</p> - -<hr class="tb" /> - -<p>La lettre était fermée par une petite faveur rouge, scellée des deux -côtés du cachet d'Anne d'Autriche, et dont les bouts subsistent encore, -ainsi que les cachets. Cette lettre, ployée, n'a que la grandeur -d'un billet.</p> - -<hr class="tb" /> - -<p>Cette lettre a été écrite lorsque Louis XIV, après son mariage, revint -avec toute la cour, de Saint-Jean-de-Luz à Paris. D'après les -nombreuses relations de ce voyage, le 23 juin on était à Bordeaux, -le 27 à Blaye. «Le 29, dit Colletet dans sa relation (pag. 5), les reines -partirent pour Saintes,» où elles arrivèrent le 30; c'est de là et de ce -jour qu'est datée la lettre. Le roi s'était écarté, et avait été au Brouage -avec le cardinal, qui rejoignit les reines le lendemain à Saint-Jean-d'Angely.</p> - -<div class="chapter"> -<p><span class="pagenum"><a id="Page_479"> 479</a></span></p> -<div class="footnotes"> -<h2 class="normal">NOTES:</h2> -<div class="footnote"> - -<p><a id="Footnote_1" href="#FNanchor_1" class="label">[1]</a> <span class="small1">Bussy</span> <i>Lettres</i>, t. III, p. 65; t. V, p. 41.—<span class="small1">Millin</span>, <i>Voyage dans -les départements du midi de la France</i>, t. I, p. 208-219, chap. XIV, -pl. XII de l'atlas.—<span class="small1">Corrard de Breban</span>, <i>Souvenirs d'un voyage -aux ruines d'Alise et au château de Bussy-Rabutin</i>; Troyes, -1833, in-8<sup>o</sup>, p. 16-29.</p> - -<p><a id="Footnote_2" href="#FNanchor_2" class="label">[2]</a> <i>Mémoires sur madame de Sévigné</i>, 2<sup>e</sup> partie, p. 138-142, 150, -350 et 351.</p> - -<p><a id="Footnote_3" href="#FNanchor_3" class="label">[3]</a> Conférez p. 351, ligne 16, et la note p. 510 de la 1<sup>re</sup> édition.</p> - -<p><a id="Footnote_4" href="#FNanchor_4" class="label">[4]</a> <i>Histoire amoureuse de France, par</i> <span class="small1">Bussy-Rabutin</span>, <i>avec ses -Maximes d'amour</i>, 1666, petit in-12 de 237 pages, sans les Maximes, -qui commencent le volume et ne sont pas paginées.</p> - -<p><a id="Footnote_5" href="#FNanchor_5" class="label">[5]</a> <i>Ménagiana</i>, t. III, p. 355.</p> - -<p><a id="Footnote_6" href="#FNanchor_6" class="label">[6]</a> <span class="small1">Bussy-Rabutin</span>, <i>Mémoires</i>; Amsterdam, 1721, in-12, t. II, -p. 373 et 377.</p> -</div> -<div class="footnote"> -<p><a id="Footnote_7" href="#FNanchor_7" class="label">[7]</a> <i>Histoire amoureuse de France, par</i> <span class="small1">Bussy-Rabutin</span>, <i>avec ses Maximes -d'amour</i>, MDCLXVI, petit in-12 (sans nom de lieu ni d'imprimeur). -Le récit de la débauche pendant la semaine sainte est à la -page 190; le <i>Cantique</i>, p. 195 et 197; l'Histoire de madame de Sévigné, -à la page 200. Autre édition, sans nom d'auteur, intitulée <i>Histoire -amoureuse des Gaules</i>, édition nouvelle; à Liége, 1666 (avec -la sphère), 260 pages. L'Histoire de madame de Chanville (Sévigné) -est à la page 216. Autre édition, et sans nom d'auteur, intitulée <i>Histoire -amoureuse de France</i>; Amsterdam, chez Isaac Van-Dyck, -1 vol. in-12, MDCLXXVII. <i>Le Cantique</i> est aux pages 198 à 200; -l'Histoire de madame de Sévigné, à la page 202. Il y a de plus, -dans cette édition, la Lettre au duc de Saint-Aignan, en date du -12 novembre 1665, qui est dans le <i>Discours de Bussy à ses enfants</i>, -page 382.</p> - -<p><a id="Footnote_8" href="#FNanchor_8" class="label">[8]</a> Sur cette entrevue du roi, conférez <span class="small1">Bussy</span>, <i>Mémoires</i>, Amsterdam, -1721, t. II, p. 283, et <i>Discours du comte</i> <span class="small1">de Bussy-Rabutin</span> <i>à -ses enfants</i>; Paris, chez Anisson, directeur de l'Imprimerie royale, -1694, p. 365-367.</p> - -<p><a id="Footnote_9" href="#FNanchor_9" class="label">[9]</a> Conférez les <i>Œuvres diverses du sieur</i> D***; Amsterdam, 1714, -t. II, p. 229.</p> - -<p><a id="Footnote_10" href="#FNanchor_10" class="label">[10]</a> <span class="small1">Bussy</span>, <i>Mémoires</i>; Amsterdam, 1721, t. II, p. 301. <i>Discours du -comte</i> <span class="small1">de Bussy-Rabutin</span> <i>à ses enfants</i>, 1694, in-12, p. 404.</p> - -<p><a id="Footnote_11" href="#FNanchor_11" class="label">[11]</a> <span class="small1">Bussy</span>, <i>Mémoires</i>, t. II, p. 337.</p> - -<p><a id="Footnote_12" href="#FNanchor_12" class="label">[12]</a> <span class="small1">Bussy</span>, <i>Discours à ses enfants</i>, p. 375.—<span class="small1">Barrière</span>, <i>la Cour et -la Ville</i>, p. 46.—<i>Ménagiana</i>, t. IV. p. 216.—<span class="small1">Menagii</span> <i>Poemata</i>, -octava editio; Amstelodami, <i>Ep.</i> p. 147, <i>epigram.</i> <span class="small1">CXXXVIII</span>.</p> - -<p><a id="Footnote_13" href="#FNanchor_13" class="label">[13]</a> <i>Lettres</i>, <span class="small1">Gui-Patin</span> (18 août 1665), t. III, p. 153; lettre 354.—<i>Ibid.</i>, -<span class="small1">Bussy</span>, <i>Mémoires</i>; Amsterdam, 1721, t. II, p. 300.</p> - -<p><a id="Footnote_14" href="#FNanchor_14" class="label">[14]</a> <span class="small1">Bussy</span>, <i>Lettres</i>, t. III et V, <i>passim</i>.</p> - -<p><a id="Footnote_15" href="#FNanchor_15" class="label">[15]</a> <span class="small1">Bussy</span>, <i>De l'usage des adversités</i>, t. III, p. 269; des <i>Mémoires</i>.—<span class="small1">Bayle</span>, -<i>Dictionnaire</i>, p. 2957.</p> - -<p><a id="Footnote_16" href="#FNanchor_16" class="label">[16]</a> <i>Histoire amoureuse de France</i>; Amsterdam, Van-Dyck, 1671,—<i>Ibid.</i>, -1677.—Une 3<sup>e</sup> édition, Bruxelles, chez Pierre Dobeleer, -1708, petit in-12; une 4<sup>e</sup> édition, par M***, chez Adrian Moetjens, -1710, in-12. Cette dernière est celle que j'ai citée et que je croyais la -première avec ce titre. La Lettre de Bussy au duc de Saint-Aignan est -à la fin, après le Cantique.—J'ai tenu l'édition de 1666, avec le nom -de Bussy; mais je ne connais que par la mention qu'en fait Barbier -(t. II, p. 60, <i>Dictionnaire des Anonymes</i>) l'édition de Van-Dyck, -1677, et l'édition de Bruxelles, 1708.—Je possède l'<i>Histoire amoureuse -des Gaules</i>, édition nouvelle; Liége, 1666, avec la sphère, -sans nom d'auteur; et les deux éditions de Liége, sans date ni nom -d'auteur ni d'imprimeur; une, avec une croix de Saint-André (Elzevier): -ces deux éditions ont précédé toutes les autres.</p> - -<p><a id="Footnote_17" href="#FNanchor_17" class="label">[17]</a> <span class="small1">Louis</span> XIV, <i>Instructions pour le Dauphin</i>, dans ses <i>Œuvres</i>, -t. III, p. 189.</p> - -<p><a id="Footnote_18" href="#FNanchor_18" class="label">[18]</a> <i>Contes et nouvelles en vers de M.</i> <span class="small1">de la Fontaine</span>; Paris, 1665, -in-12, chez Claude Barbin.</p> - -<p><a id="Footnote_19" href="#FNanchor_19" class="label">[19]</a> <i>Réflexions ou Sentences et Maximes morales</i>; Paris, 1665, -in-12, chez Claude Barbin.</p> - -<p><a id="Footnote_20" href="#FNanchor_20" class="label">[20]</a> <i>Satires du sieur D***</i>; Paris, 1666, in-12, chez Claude Barbin.</p> - -<p><a id="Footnote_21" href="#FNanchor_21" class="label">[21]</a> <i>Alexandre le Grand</i>, tragédie; Paris, 1666, in-12, chez Pierre -Trabouillet.</p> - -<p><a id="Footnote_22" href="#FNanchor_22" class="label">[22]</a> <span class="small1">Mademoiselle</span>, <i>Mémoires</i>, t. XLIII, p. 127, de la collection de -Petitot.—Les frères <span class="small1">Parfaict</span>, <i>Histoire du théâtre françois</i>.</p> - -<p><a id="Footnote_23" href="#FNanchor_23" class="label">[23]</a> Conférez les <i>Œuvres de</i> <span class="small1">Racine</span> et les frères <span class="small1">Parfaict</span>, <i>Histoire -du théâtre françois</i>, t. X, p. 226.</p> - -<p><a id="Footnote_24" href="#FNanchor_24" class="label">[24]</a> Las «de grossir impunément les feuillets d'un recueil,» Montreuil -venait de publier ses <i>Œuvres</i>; Paris, 1666, in-12, chez Billaine. -Conférez p. 5, 107 et 472 de cette édition, pour les lettres et -les vers relatifs à madame de Sévigné.</p> - -<p><a id="Footnote_25" href="#FNanchor_25" class="label">[25]</a> Voyez la <i>Lettre de</i> <span class="small1">d'Assoucy</span> <i>à Chapelle</i>, datée de Rome le -25 juillet 1665.—Dans <i>les Aventures de M.</i> <span class="small1">d'Assoucy</span>; Paris, 1677, -in-12, chez Claude Audinet, t. II, p. 254 et 260-264; et le chapitre X, -p. 283, intitulé <i>Ample Réponse de</i> <span class="small1">d'Assoucy</span> <i>au Voyage de M. Chapelle</i>.</p> - -<p><a id="Footnote_26" href="#FNanchor_26" class="label">[26]</a> <i>Voyages de Messieurs</i> <span class="small1">Bachaumont</span> et <span class="small1">Chapelle</span>, <i>dans le Recueil -de quelques pièces nouvelles et galantes</i>, 1663 ou 1667, -p. 64-75; <i>Voyage de Messieurs</i> <span class="small1">le Coigneu de Bachaumont</span> et <span class="small1">Cl. -Emman, Luillier Chapelle</span>; 1732, la Haye, in-12, p. 81 à 82. C'est la -meilleure édition de toutes celles qu'on a publiées avant et après.</p> - -<p><a id="Footnote_27" href="#FNanchor_27" class="label">[27]</a> <i>Lettres de</i> M. <span class="small1">de Pomponne</span>, à la suite des <i>Mémoires de</i> <span class="small1">Coulanges</span>, -1820, in-8<sup>o</sup>, p. 383.</p> - -<p><a id="Footnote_28" href="#FNanchor_28" class="label">[28]</a> Voyez notre <i>Seconde partie des Mém. de madame</i> <span class="small1">De Sévigné</span>, -p. 497; les <i>Mémoires de</i> <span class="small1">Coulanges</span>, p. 383, note 2 de M. <span class="small1">Monmerqué</span>.</p> - -<p><a id="Footnote_29" href="#FNanchor_29" class="label">[29]</a> <i>Mémoires de</i> <span class="small1">Coulanges</span>, p. 383.</p> - -<p><a id="Footnote_30" href="#FNanchor_30" class="label">[30]</a> <i>Gallia christiana</i>, t. XII, p. 103 à 104.</p> - -<p><a id="Footnote_31" href="#FNanchor_31" class="label">[31]</a> <i>Gallia christiana</i>, t. II, p. 1085, 1086.—<span class="small1">Motteville</span>, <i>Mém.</i>, -t. XXXIX, p. 302.—<span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> en date du 1<sup>er</sup> juillet 1679, t. V, -p. 8, édit. de G. de S.-G.; ou t. IV, p. 361 de l'édit. de Monmerqué.</p> - -<p><a id="Footnote_32" href="#FNanchor_32" class="label">[32]</a> En 1674. Voyez <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> en date du 23 décembre 1671 et -du 5 janvier 1674, t. II, p. 322, et t. III, p. 295 de l'édit. de G. de -S.-G.; ou p. 199 de l'édit de M.—Conférez aussi <span class="small1">Louis</span> XIV, <i>Œuvres</i>, -t. V, p. 362.</p> - -<p><a id="Footnote_33" href="#FNanchor_33" class="label">[33]</a> <span class="small1">Arnauld d'Andilly</span>, <i>Mém.</i>, t. XXXIV.</p> - -<p><a id="Footnote_34" href="#FNanchor_34" class="label">[34]</a> <span class="small1">Motteville</span>, <i>Mémoires</i>, t. XXXIX, p. 298 et 393.—Voyez ci-dessus, -2<sup>e</sup> partie, p. 271, chap. XIX.</p> - -<p><a id="Footnote_35" href="#FNanchor_35" class="label">[35]</a> Il faudrait écrire Pompone et non Pomponne (voyez <span class="small1">le Boef</span>, -<i>Hist. du Diocèse de Paris</i>, t. VI, p. 66 et suiv.); mais l'usage de -la double <i>n</i> a prévalu.</p> - -<p><a id="Footnote_36" href="#FNanchor_36" class="label">[36]</a> <span class="small1">Arnauld d'Andilly</span>, <i>Mémoires</i>, t. XXXIV, p. 92.</p> - -<p><a id="Footnote_37" href="#FNanchor_37" class="label">[37]</a> <span class="small1">Le Beuf</span>, <i>Hist. du Diocèse de Paris</i>, t. VI, p. 66 à 77.</p> - -<p><a id="Footnote_38" href="#FNanchor_38" class="label">[38]</a> <span class="small1">Monmerqué</span>, <i>Biographie universelle</i>, art. <span class="small1">Pomponne</span>, t. XXXV, -p. 321.</p> - -<p><a id="Footnote_39" href="#FNanchor_39" class="label">[39]</a> <i>Lettre de</i> <span class="small1">Pomponne</span>, du 22 mai 1666.—<i>Mémoires de</i> <span class="small1">Coulanges</span>, -p. 406. Cette lettre prouve que la terre de Pomponne alors appartenait -au fils, probablement par cession du père; car le fils porta d'abord -le nom de Briote, qui était celui d'une terre de sa mère.</p> - -<p><a id="Footnote_40" href="#FNanchor_40" class="label">[40]</a> <span class="small1">Monmerqué</span>, <i>Mém. de</i> <span class="small1">Coulanges</span>, p. 384, note 3; et la <i>Lettre de</i> -<span class="small1">Pomponne</span>, en date du 4 février 1665, p. 382; et du 12 mars 1666, -p. 397.</p> - -<p><a id="Footnote_41" href="#FNanchor_41" class="label">[41]</a> Une des trois parties de la seigneurie de Caderousse fut érigée en -duché par bulle du pape du 18 septembre 1663. Voyez le <i>Dictionnaire -de la France, par</i> <span class="small1">d'Expilly</span>, in-folio, t. II, p. 4, article <span class="small1">Caderousse</span>.</p> - -<p><a id="Footnote_42" href="#FNanchor_42" class="label">[42]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> en date du 1<sup>er</sup> août 1667, t. I, p. 117; du 9 août -1671, t. II, p. 149; t. III, p. 73, et t. VI, p. 123 et 153, éd. de Monmerqué.</p> - -<p><a id="Footnote_43" href="#FNanchor_43" class="label">[43]</a> Voyez ci-dessus, p. 14; et <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> du 7 août 1675 et du -24 janvier 1680, t. III, p. 367, édit. M.; t. VI, p. 321 de l'édit. de G. de -S.-G,; ou t. VI, p. 124 et 153 de l'édit de Monmerqué.—<i>Mémoires de</i> -<span class="small1">Coulanges</span>, p. 383 et 395. Ce mariage eut lieu le 17 décembre 1665.</p> - -<p><a id="Footnote_44" href="#FNanchor_44" class="label">[44]</a> <i>Recueil de quelques pièces nouvelles et galantes</i>; Cologne, -Pierre Marteau, t. II, p. 79.</p> - -<p><a id="Footnote_45" href="#FNanchor_45" class="label">[45]</a> <i>Lettres de</i> M. <span class="small1">Duplessis-Guénégaud</span> et <i>Lettres de</i> <span class="small1">Pomponne</span>, -dans les <i>Mémoires de</i> <span class="small1">Coulanges</span>, p. 396-398, 402-404.</p> - -<p><a id="Footnote_46" href="#FNanchor_46" class="label">[46]</a> <span class="small1">Pomponne</span>, <i>Lettre</i> en date du 5 juin 1667.—<i>Mém. de</i> <span class="small1">Coulanges</span>, -p. 405.</p> - -<p><a id="Footnote_47" href="#FNanchor_47" class="label">[47]</a> <span class="small1">Pomponne</span>, <i>Lettre</i> en date du 17 avril 1666, p. 402. Pomponne -écrit toujours Brévone, et peut-être est-ce le véritable nom de cette -petite rivière, nommée <i>Beuvronne</i> sur nos cartes modernes.</p> - -<p><a id="Footnote_48" href="#FNanchor_48" class="label">[48]</a> <i>Recueil de quelques pièces nouvelles et galantes</i>; Cologne, -chez Pierre Marteau, 1667, in-18, 2<sup>e</sup> partie, p. 80-83.</p> - -<p><a id="Footnote_49" href="#FNanchor_49" class="label">[49]</a> <i>Recueil de poésies diverses, par M.</i> <span class="small1">de la Fontaine</span>, 1671, -in-12, t. II, p. 113 et 114.—<i>Guirlande de Julie</i>, à la suite des -<i>Mémoires de M. le duc</i> <span class="small1">de Montausier</span>, p. 193 et 199.</p> - -<p><a id="Footnote_50" href="#FNanchor_50" class="label">[50]</a> L'abbé <span class="small1">Arnauld</span>, <i>Mém.</i>, t. XXXIV, p. 18.—<span class="small1">Monmerqué</span>, <i>Biographie -universelle</i>, t. XXXIV, p. 318.</p> - -<p><a id="Footnote_51" href="#FNanchor_51" class="label">[51]</a> <span class="small1">Louis</span> XIV, <i>Lettres</i>, t. V, p. 395.</p> - -<p><a id="Footnote_52" href="#FNanchor_52" class="label">[52]</a> <span class="small1">Saint-Simon</span>, <i>Mémoires authentiques</i>, t. XII, p. 369.</p> - -<p><a id="Footnote_53" href="#FNanchor_53" class="label">[53]</a> <span class="small1">Louis</span> XIV, <i>Instructions au Dauphin</i>, t. II, p. 78-82, 141, 180, -205, 230, 250 des <i>Œuvres</i>.</p> - -<p><a id="Footnote_54" href="#FNanchor_54" class="label">[54]</a> <span class="small1">Louis</span> XIV, <i>Instructions au Dauphin</i>, Œuvres, t. I, p. 141.</p> - -<p><a id="Footnote_55" href="#FNanchor_55" class="label">[55]</a> <i>Lettre de</i> M. <span class="small1">de Pomponne</span> <i>à M. Duplessis-Guénégaud</i>, datée de -Stockholm le 17 avril 1666, dans les <i>Mémoires de</i> C<span class="small1">oulanges</span>, p. 398-402.</p> - -<p><a id="Footnote_56" href="#FNanchor_56" class="label">[56]</a> <i>Mémoires de</i> <span class="small1">Coulanges</span>, p. 402.</p> - -<p><a id="Footnote_57" href="#FNanchor_57" class="label">[57]</a> <span class="small1">Louis</span> XIV, <i>Instructions au Dauphin</i>, dans ses <i>Œuvres</i>, t. II, -p. 39.</p> - -<p><a id="Footnote_58" href="#FNanchor_58" class="label">[58]</a> Cf. 1<sup>re</sup> partie de ces <i>Mémoires</i>, p. 8; et les <i>Mémoires de</i> <span class="small1">Coulanges</span>, -p. 53.</p> - -<p><a id="Footnote_59" href="#FNanchor_59" class="label">[59]</a> A Fresnes. Voyez ci-dessus, p. 22, la note 2.</p> - -<p><a id="Footnote_60" href="#FNanchor_60" class="label">[60]</a> <i>Lettre de</i> M. <span class="small1">de Pomponne</span>, en date du 5 juin 1666. Dans les -<i>Mémoires de</i> <span class="small1">Coulanges</span>, p. 405, 406.</p> - -<p><a id="Footnote_61" href="#FNanchor_61" class="label">[61]</a> <span class="small1">Ægidii Menagii</span> <i>Poemata</i>, octava edit.; Amstel., 1667, in-12, -p. 337, ou 5<sup>e</sup> édit., 1668, p. 279.</p> - -<p><a id="Footnote_62" href="#FNanchor_62" class="label">[62]</a> <span class="small1">La Fontaine</span>, <i>Fables</i>, liv. IV, fable <span class="small1">I</span>, édit. 1668, in-4<sup>o</sup>, p. 145; -t. II, p. 3 de l'édit. 1668, in-12.—Cette fable commence le volume -dans cette édition, et ce second volume (dans le seul exemplaire de ce -format que j'aie encore rencontré) porte la date de 1668, tandis que -le premier volume a celle de 1669: celle-ci est la vraie date, l'édition -in-4<sup>o</sup> ayant précédé l'autre. La date des éditions où parut pour la -première fois cette fable n'est pas indifférente à notre objet.</p> - -<p><a id="Footnote_63" href="#FNanchor_63" class="label">[63]</a> <span class="small1">Saint-Pavin</span>, dans l'édition des <i>Lettres de</i> <span class="small1">Sévigné</span>, par M. <span class="small1">Monmerqué</span>, -1820, in-8<sup>o</sup>, t. I; <i>Choix de Poésies</i>, p. <span class="small1">VII</span> et <span class="small1">VIII</span>.</p> - -<p><a id="Footnote_64" href="#FNanchor_64" class="label">[64]</a> <i>Ibid.</i>, t. I, p. <span class="small1">VIII</span>.</p> - -<p><a id="Footnote_65" href="#FNanchor_65" class="label">[65]</a> Madame <span class="small1">de Sévigné</span>, <i>Lettre</i> en date du 22 septembre 1680, -t. VI, p. 469, édit. de Monmerqué.</p> - -<p><a id="Footnote_66" href="#FNanchor_66" class="label">[66]</a> <span class="small1">Bussy</span>, <i>Lettre à madame de Sévigné</i>, en date du 23 mai 1667, dans -les <i>Lettres de</i> <span class="small1">Sévigné</span>, édit. de M., t. I, p. 11; t. I, p. 162, édit. de G.</p> - -<p><a id="Footnote_67" href="#FNanchor_67" class="label">[67]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettre</i> en date du 26 juillet 1668, t. I, p. 189, dans l'édition -de G. de S.-G.; t. I, p. 133, édit. de Monmerqué.</p> - -<p><a id="Footnote_68" href="#FNanchor_68" class="label">[68]</a> <i>Lettre de</i> <span class="small1">Bussy</span> à madame de Sévigné, en date du 29 juillet 1668, -dans les <i>Lettres de</i> <span class="small1">Sévigné</span>, t. I, p. 141, éd. de M.; t. I, p. 198, éd. de G.</p> - -<p><a id="Footnote_69" href="#FNanchor_69" class="label">[69]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettre</i> en date du 28 août 1668, t. I, p. 148, édit. de -Monmerqué; t. I, p. 207, édit. de G. de S.-G.</p> - -<p><a id="Footnote_70" href="#FNanchor_70" class="label">[70]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettre</i> en date des 1<sup>er</sup> août 1667 et 9 août 1671, t. I, -p. 117; et t. II, p. 149, édit. de Monmerqué.—<i>Mémoires de</i> <span class="small1">Coulanges</span>, -p. 391.</p> - -<p><a id="Footnote_71" href="#FNanchor_71" class="label">[71]</a> <span class="small1">Papon</span>, <i>Histoire générale de Provence</i>, in-4<sup>o</sup>, t. IV, p. 819. Sur -les exploits de Mérinville le père à la guerre, conférez <span class="small1">Loret</span>, <i>Gazette</i>, -année 1656, liv. VII, p. 36.</p> - -<p><a id="Footnote_72" href="#FNanchor_72" class="label">[72]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (9 août 1671), t. II, p. 149, édit. de Monmerqué.—<span class="small1">Papon</span>, -<i>Histoire générale de Provence</i>, t. IV, p. 819.</p> - -<p><a id="Footnote_73" href="#FNanchor_73" class="label">[73]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i>, t. I, p. 86 et 106; t. III, p. 418, édit. de Monmerqué.—<span class="small1">Saint-Simon</span>, -<i>Mémoires</i>, t. XII, p. 59.</p> - -<p><a id="Footnote_74" href="#FNanchor_74" class="label">[74]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> en date du 21 novembre 1666 et du 20 mai -1667, t. I, p. 109 et 111, édit. de M.; t. I, p. 154 et 156, édit. de G.</p> - -<p><a id="Footnote_75" href="#FNanchor_75" class="label">[75]</a> Loret était mort depuis peu de temps. Dans sa dernière gazette, -qui est du 28 mars 1665, il expose ses infirmités, et dit presque adieu -à ses lecteurs. Voyez <i>la Muse historique</i>, liv. XVI, p. 51 et 52.</p> - -<p><a id="Footnote_76" href="#FNanchor_76" class="label">[76]</a> <i>Recueil des plus belles Poésies des poëtes françois</i>; Paris, -chez Claude Barbin, 1692, in-12, p. 325-328.—<i>Poésies de</i> <span class="small1">Saint-Pavin</span>; -chez Leprieur, 1759, in-12, p. 62-71.—<span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i>, -t. I; <i>Choix de Poésies</i>, p. <span class="small1">III</span>, édition de Monmerqué.</p> - -<p><a id="Footnote_77" href="#FNanchor_77" class="label">[77]</a> <i>Ballet royal des Muses</i>, dansé par Sa Majesté en 1666, dans les -<i>Œuvres de</i> <span class="small1">Benserade</span>, t. II, p. 357.—<i>Mélicerte</i>, comédie pastorale -héroïque, par <span class="small1">J.-B. P. de Molière</span>, représentée pour la première fois -à Saint-Germain en Laye, pour le Roy, au ballet des Muses, en décembre -1666, par la troupe du Roy; dans les <i>Œuvres posthumes</i> de monsieur -<span class="small1">de Molière</span>; chez Denis Thierry, 1682, in-12, <i>imprimées pour -la première fois</i>, t. VII des <i>Œuvres</i>, p. 229.</p> - -<p><a id="Footnote_78" href="#FNanchor_78" class="label">[78]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettre</i> en date du 20 mai 1667, t. I, p. 113, édit. de -Monmerqué, et p. 156 de l'édit. de G. de S.-G.</p> - -<p><a id="Footnote_79" href="#FNanchor_79" class="label">[79]</a> Louis XIV partit de Paris le 16 mai, et alla coucher à Champlâtreux. -Conférez <span class="small1">Dallicourt</span>, <i>Campagne royale</i>, p. 4.</p> - -<p><a id="Footnote_80" href="#FNanchor_80" class="label">[80]</a> <span class="small1">Bussy</span>, <i>Lettres</i>, t. III, p. 29 et 30.—Sur les causes ou les prétextes -de cette guerre, conférez <i>Dialogues sur les droits de La Reyne très-chrétienne</i>; -Paris, de l'imprimerie d'Antoine Vitré, 1667, in-12 (23 -pages). Ce fut Louis XIV qui fit composer et répandre ce petit écrit; il -est avoué par lui dans l'avertissement. La permission d'imprimer est du -10 mai 1667. Grimoard, dans les <i>Œuvres de</i> <span class="small1">Louis</span> XIV, t. III, p. 37, -parle d'un <i>Traité des droits de la Reyne</i>, dont il y eut trois éditions. -Est-ce le même écrit que le Dialogue?—Cf. <span class="small1">Mignet</span>, <i>Négociations relatives -à la succession d'Espagne</i>, 1835, in-4<sup>o</sup>, t. I, p. 177-297, 391-495.</p> - -<p><a id="Footnote_81" href="#FNanchor_81" class="label">[81]</a> <span class="small1">Loret</span>, <i>Muse historique</i>, lettre 13, du 28 mars 1665, livre XVI, -p. 50.</p> - -<p><a id="Footnote_82" href="#FNanchor_82" class="label">[82]</a> <span class="small1">Ramsay</span>, <i>Hist. du vicomte de Turenne</i>, édit. in-12, t. II, p. 141-144.</p> - -<p><a id="Footnote_83" href="#FNanchor_83" class="label">[83]</a> <span class="small1">Monglat</span>, <i>Mémoires</i>, t. LI, p. 139-142.</p> - -<p><a id="Footnote_84" href="#FNanchor_84" class="label">[84]</a> Le président <span class="small1">Hénault</span>, <i>Abrégé chronologique</i>, année 1667, t. III, -p. 864, édit. W.—<span class="small1">Bussy</span>, <i>Hist. de Louis XIV</i>, 159-166.</p> - -<p><a id="Footnote_85" href="#FNanchor_85" class="label">[85]</a> <span class="small1">Louis</span> XIV, <i>Œuvres</i>, t. II, p. 267-272.—<span class="small1">Bussy</span>, <i>Lettres</i>, t. V, -p. 35.—<span class="small1">Lépicié</span>, <i>Vies des peintres du Roi</i>, p. 46.—<span class="small1">Eckard</span>, -<i>États au vrai de toutes les sommes employées par Louis XIV</i>, -chap. XVI, p. 59.—<i>Recueil de la Société des bibliophiles</i>, 1826, -1 vol. in-8<sup>o</sup>. Gratifications faites par Louis XIV aux savants et aux -hommes de lettres depuis 1664 jusqu'en 1679 (102 pages).</p> - -<p><a id="Footnote_86" href="#FNanchor_86" class="label">[86]</a> <span class="small1">Monglat</span>, <i>Mémoires</i>, t. LI, p. 141 et 142.</p> - -<p><a id="Footnote_87" href="#FNanchor_87" class="label">[87]</a> <span class="small1">Louis</span> XIV, <i>Mémoires historiques et Instructions au Dauphin</i>, -dans les <i>Œuvres</i>, t. II, p. 328.—<span class="small1">P. Dalicourt</span>, <i>la Campagne -royale ès années 1667 et 1668</i>; Paris, chez la veuve Gervais, 1668, -in-12, p. 77-131.</p> - -<p><a id="Footnote_88" href="#FNanchor_88" class="label">[88]</a> <span class="small1">Monglat</span>, <i>Mém.</i>, p. 51-146.—<span class="small1">Louis</span> XIV, <i>Mém. historiques</i>, -t. II, p. 304, 306, 307.</p> - -<p><a id="Footnote_89" href="#FNanchor_89" class="label">[89]</a> <span class="small1">Dreux du Radier</span>, <i>Mémoires historiques et critiques des reines -et régentes de France</i>, t. VI, p. 416 et 417. Les lettres patentes qui -créent la terre de Vaujour et la baronnie de Saint-Christophe en duché-pairie -sont du mois de mai 1671, datées de Saint-Germain en Laye.</p> - -<p><a id="Footnote_90" href="#FNanchor_90" class="label">[90]</a> <span class="small1">Bussy</span>, <i>Supplément aux Mémoires</i>, t. I, p. 59.—<span class="small1">Idem</span>, <i>Lettres</i>, -t. V, p. 37 (<i>Lettre de</i> <span class="small1">Benserade</span> à Bussy, en date du 15 septembre -1667).—<span class="small1">Idem</span>, t. III, p. 148 et 149 (<i>Lettre de</i> <span class="small1">Bussy</span>, en date du 10 -août 1669, à madame D...) (de Montmorency), (L***, à la fin de la -page 148, est Lauzun).—<span class="small1">La Fare</span>, <i>Mémoires</i>, t. LXV, p. 105.—<span class="small1">La -Beaumelle</span>, dans les <i>Mémoires de Maintenon</i>, t. I, p. 69.</p> - -<p><a id="Footnote_91" href="#FNanchor_91" class="label">[91]</a> <span class="small1">La Fare</span>, <i>Mémoires</i>, t. LXV, p. 165.—<span class="small1">Montpensier</span>, <i>Mémoires</i>, -t. XLIII, p. 107, 109, 112, 115, 119, 120.—<span class="small1">Choisy</span>, <i>Mémoires</i>, -t. LXIII, p. 397-403.</p> - -<p><a id="Footnote_92" href="#FNanchor_92" class="label">[92]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettre</i> en date du 20 mai 1667, t. I, p. 112 de l'édit. -de Monmerqué.—<i>Ibid.</i>, t. I, p. 156, édit. de G. de S.-G.</p> - -<p><a id="Footnote_93" href="#FNanchor_93" class="label">[93]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i>, t. I, p. 159-161 de l'édit. de G. de S.-G.; t. I, -p. 114 de l'édit. de Monmerqué.—<i>Suite des Mémoires du comte</i> <span class="small1">de -Bussy-Rabutin</span>, mss. n<sup>o</sup> 221 de là bibliothèque de l'Institut.—<span class="small1">Bussy</span>, -<i>Lettres</i>, t. I, p. 7 (en date du 23 mai 1667).—<i>Ibid.</i>, p. 12 (4 février -et 6 avril 1668), p. 38 (27 mars 1670), p. 56 (13 mars 1671), p. 62 -(19 septembre 1671 ), p. 66 (8 décembre 1671), p. 128 (9 juin 1674), -p. 134 (20 août 1674), p. 178 (20 novembre 1675).</p> - -<p><a id="Footnote_94" href="#FNanchor_94" class="label">[94]</a> <span class="small1">Bussy</span>, <i>Lettres</i>; Paris, in-12, 4 vol., 4<sup>e</sup> édition; et <i>Nouvelles -Lettres</i>, t. V, VI et VII, 1727, in-12.</p> - -<p><a id="Footnote_95" href="#FNanchor_95" class="label">[95]</a> <span class="small1">Bussy</span>, <i>Lettres</i>, t. V, p. 66 (24 mars 1667, à madame de Montmorency); -t. III, p. 49; <i>lettre de la marquise</i> <span class="small1">de Gouville</span>, en -date du 12 août 1667.</p> - -<p><a id="Footnote_96" href="#FNanchor_96" class="label">[96]</a> <span class="small1">Bussy</span>, <i>Lettres</i>, t. V, p. 66, lettre en date du 24 mars 1669.</p> - -<p><a id="Footnote_97" href="#FNanchor_97" class="label">[97]</a> <span class="small1">Bussy</span>, <i>Lettres</i>, t. III, p. 33 et 65 (en date du 16 juin et du 25 décembre -1667); cette dernière est adressée à dom Cosme.</p> - -<p><a id="Footnote_98" href="#FNanchor_98" class="label">[98]</a> <span class="small1">Bussy</span>, <i>Lettres</i>, t. V, p. 41, en date du 18 octobre 1667, à mademoiselle -d'Armentières.—<span class="small1">Millin</span>, <i>Voyage</i>, t. I, p. 208-219, -pl. XII de l'atlas.</p> - -<p><a id="Footnote_99" href="#FNanchor_99" class="label">[99]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i>, t. VIII, p. 249 (Lettre à Bussy, en date du 17 -juin 1687), et t. III, p. 371; t. V, p. 468; t. VII, p. 55 de l'édit. de -G. de S.-G.</p> - -<p><a id="Footnote_100" href="#FNanchor_100" class="label">[100]</a> <span class="small1">Bussy</span>, <i>Lettres</i>, t. III, p. 264; Lettre de madame de Scudéry, -en date du 26 septembre 1670; Lettres de mesdames de Scudéry, de -Solvan-Sallier, etc.; Paris, 1806, Léopold Collin, p. 33.</p> - -<p><a id="Footnote_101" href="#FNanchor_101" class="label">[101]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i>, t. VII, p. 35; t. XI, p. 176, édit. de G. de S.-G.</p> - -<p><a id="Footnote_102" href="#FNanchor_102" class="label">[102]</a> <span class="small1">Bussy</span>, <i>Lettres</i>, t. IV, p. 73.—<span class="small1">Hamilton</span>, <i>Mémoires d'Hamilton</i>. -(La traduction anglaise imprimée chez Bentley, 3 vol. in-8<sup>o</sup>, avec -portraits coloriés, est préférable, à cause des notes.)</p> - -<p><a id="Footnote_103" href="#FNanchor_103" class="label">[103]</a> <span class="small1">Bussy</span>, <i>Lettres</i>, t. III, p. 136, 137, 155, 207, 308, 522, 523; t. V, -p. 170 et 172. (Toutes les lettres de C** sont de Corbinelli.)</p> - -<p><a id="Footnote_104" href="#FNanchor_104" class="label">[104]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i>, t. II, p. 350 (en date du 5 janvier 1672), édit. -de G. de S.-G.</p> - -<p><a id="Footnote_105" href="#FNanchor_105" class="label">[105]</a> <span class="small1">Bussy</span>, <i>Lettres</i>, t. III, p. 378 à 547; t. IV, p. 10 à 345.</p> - -<p><a id="Footnote_106" href="#FNanchor_106" class="label">[106]</a> <span class="small1">Bussy</span>, <i>Lettres</i>, t. VI, p. 45 à 356.</p> - -<p><a id="Footnote_107" href="#FNanchor_107" class="label">[107]</a> <span class="small1">Monmerqué</span>, <i>Notices biographiques sur les différentes éditions -de madame de Sévigné</i>.</p> - -<p><a id="Footnote_108" href="#FNanchor_108" class="label">[108]</a> <span class="small1">Bayle</span>, <i>Œuvres</i>, in-folio, t. IV, p. 776 (lettre du 4 décembre -1698).—<i>Lettres choisies</i>; Rotterdam, 1714, t. II, p. 652.</p> - -<p><a id="Footnote_109" href="#FNanchor_109" class="label">[109]</a> <span class="small1">Bussy</span>, <i>Lettres</i>, édit. 1720, t. I, p. 18, 29, 68, 93, 341-364 (29 -septembre 1668, 1<sup>er</sup> mai 1672, 4 septembre 1680). Cette dernière -lettre, qui renferme un grand nombre d'épigrammes de Martial et -de Catulle, assez bien traduites par Bussy, a été entièrement omise -par les éditeurs de madame de Sévigné, et forme une lacune dans sa -correspondance avec son cousin, qui devra être réparée.</p> - -<p><a id="Footnote_110" href="#FNanchor_110" class="label">[110]</a> <span class="small1">Bussy</span>, <i>Lettres</i>, t. III, p. 39, 49, 50, 55, 64, 233; t. V, p. 11, -40, 300, 310, 342.</p> - -<p><a id="Footnote_111" href="#FNanchor_111" class="label">[111]</a> Cf. <span class="small1">le Boef</span>, <i>Histoire du diocèse de Paris</i>, 8<sup>e</sup> partie, p. 9-11.</p> - -<p><a id="Footnote_112" href="#FNanchor_112" class="label">[112]</a> <span class="small1">Corrard de Bréban</span>, <i>Souvenirs d'une visite aux ruines d'Alis -et au château de Bussy</i>, p. 22.—<span class="small1">Millin</span>, <i>Voyage dans les départements -du midi de la France</i>, 1807, in-8<sup>o</sup>, t. I, p. 212.—Dans -Millin, l'inscription paraît être rapportée moins exactement: il y a -<i>Harville de Paloise</i>, au lieu d'<i>Harville de Palaiseau</i>.</p> - -<p><a id="Footnote_113" href="#FNanchor_113" class="label">[113]</a> <i>Lettres de madame</i> <span class="small1">de Scudéry</span>, p. 54, collection de Léopold -Collin, lettre en date du 17 mars 1670.—<i>Lettres de mesdames</i> <span class="small1">de -Montpensier</span>, <span class="small1">Montmorency</span>, etc., 1806, in-12.</p> - -<p><a id="Footnote_114" href="#FNanchor_114" class="label">[114]</a> <span class="small1">Bussy</span>, <i>Lettres</i>, t. V, p. 202, 203 (18 et 24 août 1671).</p> - -<p><a id="Footnote_115" href="#FNanchor_115" class="label">[115]</a> <span class="small1">Bussy</span>, <i>Lettres</i>, t. III, p. 77, 80-90. 112; t. V, p. 7, 41, 52, 70.</p> - -<p><a id="Footnote_116" href="#FNanchor_116" class="label">[116]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i>, t. III, p. 251 et 259, édit. de Monmerqué (lettres -en date des 24 janvier et 20 mars 1675).—<span class="small1">Corrard de Bréban</span>, -p. 23.—<span class="small1">Bussy</span>, <i>Lettres</i>, t. IV, p. 211, 337, 409; t. V, p. 155.</p> - -<p><a id="Footnote_117" href="#FNanchor_117" class="label">[117]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i>, t. X, p. 102, édit. de Monmerqué; t. XI, -p. 182, édit. de G. de S.-G.; Lettre de madame <span class="small1">de Coulanges</span> à madame -de Sévigné, le 20 juin 1695.—<span class="small1">Saint-Simon</span>, <i>Mémoires</i>, t. XX, -p. 477.</p> - -<p><a id="Footnote_118" href="#FNanchor_118" class="label">[118]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i>, t. I, p. 284, édit. de G. de S.-G. et la note; -t. I, p. 213, édit. de Monmerqué (lettre en date du 15 décembre -1670).</p> - -<p><a id="Footnote_119" href="#FNanchor_119" class="label">[119]</a> <span class="small1">Bussy</span>, <i>Lettres</i>, t. V, p. 114 (Lettre du marquis <span class="small1">d'Hauterive</span>, en -date du 8 novembre 1690).</p> - -<p><a id="Footnote_120" href="#FNanchor_120" class="label">[120]</a> Sur Roland Desmarets, conférez le <i>Ménagiana</i>, t. IV, p. 198; -et <span class="small1">Weiss</span> et <span class="small1">Beuchot</span>, <i>Biographie universelle</i>, t. XI, p. 202.—<span class="small1">Niceron</span>, -<i>Mémoires</i>, t. XXXV.</p> - -<p><a id="Footnote_121" href="#FNanchor_121" class="label">[121]</a> <span class="small1">Bussy</span>, <i>Lettres</i> t. V, p. 93, 97, 102; et t. III, p. 172-193, 201-244, -303-671, 506-520.</p> - -<p><a id="Footnote_122" href="#FNanchor_122" class="label">[122]</a> <i>Lezione</i> <span class="small1">d'Egidio Menagio</span> <i>sopra'l sonnetto</i> VII <i>di misser Francesco -Petrarca</i>, p. 62, à la suite du traité de <span class="small1">Ménage</span>, intitulé <i>Historia mulierum philosopharum</i>.—Conférez -<span class="small1">Huetii</span> Ep. A. <i>Commentarius -de rebus ad eum pertinentibus</i>, p. 204, 205.—<span class="small1">Bouhours</span>, -<i>Recueil de vers choisis</i>; Paris, 1697, p. 45, 48, 51, ou p. 58 à 60 de -l'édit. 1701.—<span class="small1">Moréri</span>, <i>Dictionnaire</i>, t. IV, article <span class="small1">Marie Dupré</span>.—<span class="small1">Weiss</span>, -<i>Biographie universelle</i>, t. XII, p. 313, article <span class="small1">Marie Dupré</span>.—<span class="small1">Titon -du Tillet</span>, <i>le Parnasse françois</i>, in-folio, 1732, p. 507.</p> - -<p><a id="Footnote_123" href="#FNanchor_123" class="label">[123]</a> <span class="small1">Bussy</span>, <i>Lettres</i>, t. III, p. 172 à 507.—Mademoiselle <span class="small1">Dupré</span>, -<i>Lettres</i>, dans les <i>Lettres de mademoiselle</i> <span class="small1">de Montpensier</span>, <span class="small1">de -Motteville</span>, etc.; Paris, 1806, Léopold Collin, p. 148 à 204.</p> - -<p><a id="Footnote_124" href="#FNanchor_124" class="label">[124]</a> <span class="small1">Carpentariana</span>, 1741, in-12, p. 383.</p> - -<p><a id="Footnote_125" href="#FNanchor_125" class="label">[125]</a> <i>Carpentariana</i>, 1741, p. 383.</p> - -<p><a id="Footnote_126" href="#FNanchor_126" class="label">[126]</a> <span class="small1">Bussy</span>, <i>Lettres</i>, t. III, p. 92 à 549; t. V, p. 174 à 429.</p> - -<p><a id="Footnote_127" href="#FNanchor_127" class="label">[127]</a> Elle se nommait Marie-Françoise-Martin Vast; c'était une demoiselle -de Normandie. (Le Vast est un petit village à trois lieues -de Valogne, département de la Manche.)</p> - -<p><a id="Footnote_128" href="#FNanchor_128" class="label">[128]</a> <span class="small1">Bussy</span>, <i>Lettres</i>, t. III, p. 356.—Madame <span class="small1">de Scudéry</span>, <i>Lettres</i>, 1806, -in-12, p. 62 (lettre en date du 27 juin 1671), collect. Léop. Collin.</p> - -<p><a id="Footnote_129" href="#FNanchor_129" class="label">[129]</a> <span class="small1">Bussy</span>, <i>Lettres</i>, t. III, p. 391 et 392.—Madame <span class="small1">de Scudéry</span>, -<i>Lettres</i>, p, 76 (lettre en date du 11 août 1671).</p> - -<p><a id="Footnote_130" href="#FNanchor_130" class="label">[130]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i>, t. X, p. 102, édit. de Monmerqué; t. XI, -p. 182, édit. de G. de S.-G. (lettre en date du 20 juin 1695).—<span class="small1">Saint-Simon</span>, -<i>Mémoires</i>, t. XX, p. 477.</p> - -<p><a id="Footnote_131" href="#FNanchor_131" class="label">[131]</a> <span class="small1">Montpensier</span>, <i>Mémoires</i>, t. XLII, p. 37 et 44.—<span class="small1">Tallemant des -Réaux</span>, <i>Historiettes</i>, article <span class="small1">Vandy</span>, t. V, p. 102, édit. in-8<sup>o</sup>.—<span class="small1">Scudéry</span>, -<i>Lettres</i>, p. 107 (lettre en date du 27 février 1673).</p> - -<p><a id="Footnote_132" href="#FNanchor_132" class="label">[132]</a> Madame <span class="small1">de Scudéry</span>, <i>Lettres</i>, p. 151, édit. in-12.—<span class="small1">Bussy</span>, -<i>Lettres</i>, t. VI, p. 52.</p> - -<p><a id="Footnote_133" href="#FNanchor_133" class="label">[133]</a> Madame <span class="small1">de Scudéry</span>, <i>Lettres</i>, p. 97.</p> - -<p><a id="Footnote_134" href="#FNanchor_134" class="label">[134]</a> <i>Ibid.</i>, p. 175.</p> - -<p><a id="Footnote_135" href="#FNanchor_135" class="label">[135]</a> <span class="small1">Rapin</span>, <i>Hortorum libri quatuor</i>, 1666, in-12.</p> - -<p><a id="Footnote_136" href="#FNanchor_136" class="label">[136]</a> <span class="small1">Bussy</span>, <i>Lettres</i>, t. III, p. 378-380, 420-473, 530-547; t. IV, p. 8, -45-70, 101-159, 214-260, 315-375, 408-488; t. VI, p. 6, 55, 108, 188.</p> - -<p><a id="Footnote_137" href="#FNanchor_137" class="label">[137]</a> Madame <span class="small1">de Scudéry</span>, <i>Lettres</i>, 1806, in-12, p. 63-65 (lettre en -date du 27 juin 1671).—<span class="small1">Bussy</span>, <i>Lettres</i>, t. III, p. 357, 360, 363, 365, -378, 380 (lettres des 27 juin, 17, 22, 24 juillet et 18 août 1671).</p> - -<p><a id="Footnote_138" href="#FNanchor_138" class="label">[138]</a> <i>Satires du sieur</i> D***; Paris, chez Claude Barbin, 1666, in-12, -p. 16.—<i>Ibid.</i>, 2<sup>e</sup> édition, chez Frédéric Léonard; Paris, 1667, p. 25.</p> - -<div class="poetry"><div class="stanza"> -<p>Bienheureux Scutari, dont la fertile plume</p> -<p>Peut tous les mois sans peine enfanter un volume,</p> -<p>Tes écrits, il est vrai, sans force et languissants,</p> -<p>Semblent être formés en dépit du bon sens:</p> -<p>Mais ils trouvent pourtant, quoi qu'on en puisse dire,</p> -<p>Un marchand pour les vendre, et des sots pour les lire.</p> -</div></div> - -<p>Je ponctue ces vers comme ils le sont dans les deux premières éditions. -Il y en avait deux autres avant, où le nom de Scudéry se trouvait -sans déguisement; mais elles étaient subreptices et non avouées -par l'auteur. Voyez <span class="small1">Berriat Saint-Prix</span>, <i>Boileau</i>, t. I, p. <span class="small1">CXXX</span>, <span class="small1">CXXXI</span>.</p> - -<p><a id="Footnote_139" href="#FNanchor_139" class="label">[139]</a> On nommait ainsi par ellipse les docteurs qui appartenaient à -la maison de Sorbonne, pour les distinguer de ceux qui appartenaient -à la maison de Navarre.</p> - -<p><a id="Footnote_140" href="#FNanchor_140" class="label">[140]</a> <i>Satires du sieur</i> D***, quatrième édition; Paris, chez Louis Billaine, -Denys Thierry, Frédéric Léonard et Claude Barbin, 1668, in-12 -(14 pages, sans l'extrait du privilége).—Malgré le titre, qui porte -<i>Satires</i> au pluriel, ce livre ne contient que la satire <span class="small1">VIII</span>, imprimée en -plus petits caractères que ceux de la première et de la seconde édition. -Les vers cités sont à la page 3, ligne 6-11.</p> - -<p><a id="Footnote_141" href="#FNanchor_141" class="label">[141]</a> Voyez une de nos notes dans notre édition de la Fontaine, ou -des Poésies de Maucroix.</p> - -<p><a id="Footnote_142" href="#FNanchor_142" class="label">[142]</a> <i>Contes et Nouvelles en vers</i>, <i>par</i> M. <span class="small1">de la Fontaine</span>; Paris, chez -Louis Billaine, 1669, in-12 (avec privilége du Roy). <i>La Coupe enchantée</i>, -p. 204 à 208.</p> - -<p><a id="Footnote_143" href="#FNanchor_143" class="label">[143]</a> <i>Catalogue des livres de la bibliothèque de la Vallière</i>, -1<sup>re</sup> partie, t. III, p. 265.—Malgré les mutilations qu'avait éprouvées -le manuscrit de Bussy, le prix en fut porté à 2,400 livres à la vente -de la Vallière.</p> - -<p><a id="Footnote_144" href="#FNanchor_144" class="label">[144]</a> <i>Contes et Nouvelles en vers</i>, <i>par</i> M. <span class="small1">de la Fontaine</span>, 1<sup>re</sup> édit., -1665; 2<sup>e</sup> édit., 1665; 3<sup>e</sup> édit., 1666; 4<sup>e</sup> édit., 1667; 5<sup>e</sup> édit., 1669, etc.</p> - -<p><a id="Footnote_145" href="#FNanchor_145" class="label">[145]</a> Les frères <span class="small1">Parfaict</span>, <i>Histoire du théâtre franç.</i>, t. X, p. 185, -259, 294.</p> - -<p><a id="Footnote_146" href="#FNanchor_146" class="label">[146]</a> Madame <span class="small1">de Scudéry</span>, <i>Lettres</i>, 1806, in-12, p. XII.—<span class="small1">Boileau</span>, -<i>Œuvres</i>, édit. de Saint-Marc, 1747, t. I, p. 118; édit. Saint-Surin, -t. I, p. 183.</p> - -<p><a id="Footnote_147" href="#FNanchor_147" class="label">[147]</a> <span class="small1">Bussy</span>, <i>Lettres</i>, t. III, p. 1, 8, 9, 13, 48, 96, etc.</p> - -<p><a id="Footnote_148" href="#FNanchor_148" class="label">[148]</a> Le château de Chazeu est dans la paroisse de Laizy, près d'Autun, -et non de Loizy, comme il est écrit dans la dissertation de M. Xavier -Girault sur les ancêtres de madame de Sévigné, p. LIV des <i>Lettres</i> -inédites de Sévigné, édit. 1819, in-12, ou p. XL de l'édition de 1816, -in-8<sup>o</sup>. Loizy est dans la sous-préfecture de Louhans, loin d'Autun.—Bussy-le-Grand -est près de Flavigny.—Conférez <span class="small1">Corrard de -Bréban</span>, <i>Souvenirs</i>, p. 18 et 19.</p> - -<p><a id="Footnote_149" href="#FNanchor_149" class="label">[149]</a> <span class="small1">Bussy</span>, <i>Lettres</i>, t. I, p. 38; t. III, p. 39.</p> - -<p><a id="Footnote_150" href="#FNanchor_150" class="label">[150]</a> <span class="small1">Bussy</span>, <i>Lettres</i>, t. V, p. 203, 204 (lettre en date du 24 août -1671).</p> - -<p><a id="Footnote_151" href="#FNanchor_151" class="label">[151]</a> <span class="small1">Monmerqué</span>, dans l'édition de <span class="small1">Sévigné</span>, 1820, in-8<sup>o</sup>, t. I, p. 119, -notes.</p> - -<p><a id="Footnote_152" href="#FNanchor_152" class="label">[152]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i>, t. II, p. 295, édit. de Monmerqué (lettre en -date du 15 janvier 1672); t. II, p. 348, édit. de G. de S.-G.</p> - -<p><a id="Footnote_153" href="#FNanchor_153" class="label">[153]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i>, t. I, p. 116, édit. de M.; t. I, p. 164, édit. de -G. de S.-G. (lettre du 1<sup>er</sup> août 1667).</p> - -<p><a id="Footnote_154" href="#FNanchor_154" class="label">[154]</a> <span class="small1">Arnauld d'Andilly</span>, <i>Mémoires</i>, t. XXXIII et XXXIV, collection -de Petitot.</p> - -<p><a id="Footnote_155" href="#FNanchor_155" class="label">[155]</a> <i>Lettres de</i> M. <span class="small1">Arnauld d'Andilly</span>; Paris, chez Michel Bobin, -1666, in-12. Dans l'article de la <i>Biographie universelle</i> sur cet auteur -il n'est fait aucune mention de ses lettres; mais Bayle les avait -lues, et en parle. Voyez <span class="small1">Bayle</span>, <i>Dictionnaire hist. et crit.</i>, édit. -1720, in-fol., t. I, p. 337, art. <span class="small1">Arnauld d'Andilly</span> (Robert). J'apprends, -par cet article, que Richelet a donné une nouvelle édition de ces lettres -en 1694. Voyez <span class="small1">Perrault</span>, <i>les Hommes illustres qui ont paru</i> -<i>en France</i>; Paris, 1697, in-folio, p. 55. La notice sur Arnauld d'Andilly -y est accompagnée d'un beau portrait gravé.</p> - -<p><a id="Footnote_156" href="#FNanchor_156" class="label">[156]</a> <i>La Princesse de Montpensier</i>; Paris, chez Charles de Sercy, -1662, in-12 de 142 pages (le privilége est accordé à Augustin -Courbé).</p> - -<p><a id="Footnote_157" href="#FNanchor_157" class="label">[157]</a> Petr. <span class="small1">Daniel Huetii</span> <i>Commentarius de rebus ad eum pertinentibus</i>, -1718, in-8<sup>o</sup>, p. 204.—Id., <i>Origines de la ville de Caen</i>, -2<sup>e</sup> édit., 1706, p. 408, chap. XXIV, art. <span class="small1">Jean Renaud</span>, sieur <span class="small1">de Segrais</span>.—<span class="small1">Petitot</span>, -<i>Notice sur madame de la Fayette</i>, t. LIV de -la collection des <i>Mém. sur l'hist. de France</i>.—<span class="small1">Segrais</span>, <i>Œuvres</i>, -t. II, p. 7 et 27.</p> - -<p><a id="Footnote_158" href="#FNanchor_158" class="label">[158]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i>, t. I, p. 187, édit. de G. de S.-G. <i>Lettre de</i> <span class="small1">la -Rochefoucauld</span> au comte de Guitaud, 20 août 1667.</p> - -<p><a id="Footnote_159" href="#FNanchor_159" class="label">[159]</a> Anne d'Autriche et Henriette-Marie, femme de Charles I<sup>er</sup>.</p> - -<p><a id="Footnote_160" href="#FNanchor_160" class="label">[160]</a> <i>Mémoires de</i> <span class="small1">Motteville</span>, et <i>Notice</i>, t. XXXVI à XL de la collection -des <i>Mém. sur l'hist. de France</i>, par <span class="small1">Petitot</span>.</p> - -<p><a id="Footnote_161" href="#FNanchor_161" class="label">[161]</a> <span class="small1">Gault de Saint-Germain</span>, dans son édition des <i>Lettres de madame -de Sévigné</i>, t. I, p. 165, note 1.</p> - -<p><a id="Footnote_162" href="#FNanchor_162" class="label">[162]</a> <i>Nouveau recueil de pièces choisies</i>; Paris, chez Claude Barbin, -1664, in-12, p. 114 à 116.</p> - -<p><a id="Footnote_163" href="#FNanchor_163" class="label">[163]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i>, t. I, p. 164, note 5, édit. de G. de S.-G.; t. I, -p. 117, note et édit. de M.</p> - -<p><a id="Footnote_164" href="#FNanchor_164" class="label">[164]</a> <span class="small1">Sandraz de Courtis</span>, <i>Histoire du maréchal duc de la Feuillade, -nouvelle galante et historique</i>, 1713, p. 111-113. Sandraz -écrit Sessac, et Saint-Évremont Saissac. En écartant le romanesque -du mauvais ouvrage de Sandraz, on y trouve des faits vrais, conformes -à ce qu'on lit ailleurs. Saint-Évremont fait allusion à son -habitude de tricher au jeu, qui était incommode pour ses amis. <span class="small1">Mignet</span>, -<i>Négociations de Louis XIV</i>, p. 253 et 254.</p> - -<p><a id="Footnote_165" href="#FNanchor_165" class="label">[165]</a> <i>Lettres de madame</i> <span class="small1">de Rabutin-Chantal</span>, <i>marquise</i> <span class="small1">de Sévigné</span>, -<i>à madame la comtesse de Grignan, sa fille</i>; la Haye, Pierre Gosse, -1726, in-12, t. II, p. 36 et 37. Le nom est écrit Sessac en toutes lettres; -on ne laissa que les initiales dans les éditions suivantes. Tallemant -des Réaux écrit Cessac, t. I, p. 304, in-8<sup>o</sup>, ou t. II, p. 102, -in-12.—<span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i>, t. I, p. 217 et 293, édit. M.; t. I, p. 164 -et 380, édit. de G. de S.-G. (lettres en date du 1<sup>er</sup> août 1667 et du -10 mars 1675); t. III, p. 208 (du 12 janvier 1674); t. VI, p. 136 (du -31 janvier 1680).—<span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i>, t. X, p. 310, édit. de M.—Conférez -<span class="small1">Tallemant des Réaux</span>, <i>Historiettes</i>, t. I, p. 304, édit. in-8<sup>o</sup>; -t. II, p. 102, in-12.—<i>Historiettes</i>, XLIV, <span class="small1">d'Alincourt</span>. Cette historiette -est relative au frère aîné, le comte de Clermont-Lodève, marquis -de Cessac.</p> - -<p><a id="Footnote_166" href="#FNanchor_166" class="label">[166]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i>, t. II, p. 330 et 339, édit. de M. (lettres en date -des 17 janvier et 26 février 1672).—<span class="small1">La Fontaine</span>, VII, 11, <i>le -Curé et le Mort</i>, t. II, p. 33, édit. 1827, in-8<sup>o</sup>.</p> - -<p><a id="Footnote_167" href="#FNanchor_167" class="label">[167]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i>, t. I, p. 119, édit. de M.—Ibid., t. I, p. 167, -édit. de G. de S.-G. (lettre en date du 1<sup>er</sup> août 1667).</p> - -<p><a id="Footnote_168" href="#FNanchor_168" class="label">[168]</a> Voyez ci-dessus, chap. I, p. 21 et 24.—<i>Recueil de quelques -pièces nouvelles et galantes</i>, 1667, 2<sup>e</sup> partie, p. 80 et 83.</p> - -<p><a id="Footnote_169" href="#FNanchor_169" class="label">[169]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i>, t. I, p. 117, édit. de M. (lettre en date du -1<sup>er</sup> août 1667).</p> - -<p><a id="Footnote_170" href="#FNanchor_170" class="label">[170]</a> Frères <span class="small1">Parfaict</span>, <i>Histoire du Théâtre françois</i>, t. X, p. 151 à -189.—<span class="small1">Taschereau</span>, <i>Hist. de Molière</i>, 3<sup>e</sup> édit., p. 113.</p> - -<p><a id="Footnote_171" href="#FNanchor_171" class="label">[171]</a> Peut-être le Tellier avait-il été chargé d'épier les démarches du -cardinal de Retz, qui rendit de grands services à Louis XIV en faisant -nommer pape le cardinal Rospigliosi, favorable à la France. Son -exaltation eut lieu le 20 juin 1667, sous le nom de Clément IX. Retz -retourna aussitôt en France, et se trouvait à Commercy le 13 août; -mais le Tellier resta à Rome, comme le prouve la lettre de madame -de Sévigné. Conférez la lettre de Retz, datée de Rome le 20 juin, -dans <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i>, édit. de G. de Saint-Germain, t. I, p. 163.—Autre -lettre de Retz, du 14 août 1667, dans la <i>Vie du cardinal de -Rais</i>, 1836, in-8<sup>o</sup>, p. 609, édition Champollion.</p> - -<p><a id="Footnote_172" href="#FNanchor_172" class="label">[172]</a> En 1671. Conférez <i>Gallia christiana</i>, t. IX, p. 161, 164.—<span class="small1">Bussy</span>, -<i>Lettres</i>, t. III, p. 97 (lettre du chancelier le Tellier, en date du -3 juillet 1668). Le Tellier était abbé de Saint-Remy de Reims, et avait -été d'abord coadjuteur de l'évêque de Langres.—<span class="small1">Fr. de Maucroix</span>, -<i>Mémoires</i>, 1842, in-12, p. 17 et 34, chap. XIV et XXI.</p> - -<p><a id="Footnote_173" href="#FNanchor_173" class="label">[173]</a> <span class="small1">Choisy</span>, <i>Mémoires</i>, t. LXIII, p. 449-459.—<span class="small1">Sévigné</span>, t. III, p. 336 -(5 février 1674); t. IV, p. 16 (6 août 1675); t. XI, p. 196 (8 juillet -1695), édit. de G. de S.-G.</p> - -<p><a id="Footnote_174" href="#FNanchor_174" class="label">[174]</a> <span class="small1">Michel de Marolles</span>, <i>Mémoires</i>, 1755, in-12, t. II, p. 103; et -t. III, p. 260.—<span class="small1">Sévigné</span> (31 mai et 21 juin 1680), t. VII, p. 11, 59, -édit. de G.; t. VI, p. 297 et p. 333, édit. M.</p> - -<p>L'<i>Histoire de madame de Maintenon</i> (voir son histoire par M. le -duc de Noailles, t. II, p. 2, 1848, in-8<sup>o</sup>) raconte la chose autrement: -ce fut madame de Maintenon qui appliqua cette devise à la Dauphine, -en faisant présent au Dauphin d'une canne dont la pomme -renfermait le portrait de la Dauphine avec cette devise: <i>Il piu -grato nasconde</i>.</p> - -<p><a id="Footnote_175" href="#FNanchor_175" class="label">[175]</a> <span class="small1">Louis XIV</span>, <i>Œuvres</i>, t. II, p. 344.</p> - -<p><a id="Footnote_176" href="#FNanchor_176" class="label">[176]</a> <span class="small1">Louis XIV</span>, <i>Œuvres</i>, t. II, p. 233; t. III, p. 89.</p> - -<p><a id="Footnote_177" href="#FNanchor_177" class="label">[177]</a> <span class="small1">Monglat</span>, <i>Mémoires</i>, t. LI, p. 149.</p> - -<p><a id="Footnote_178" href="#FNanchor_178" class="label">[178]</a> <span class="small1">Bussy</span>, <i>Lettres</i>, t. V, p. 49 (16 février 1668).</p> - -<p><a id="Footnote_179" href="#FNanchor_179" class="label">[179]</a> <span class="small1">Louis XIV</span>, <i>Œuvres</i>, t. II, p. 349.—<span class="small1">Bussy</span>, <i>Lettres</i>, t. III, -p. 82 (16 février 1668).</p> - -<p><a id="Footnote_180" href="#FNanchor_180" class="label">[180]</a> <span class="small1">Montpensier</span>, <i>Mémoires</i>, t. XLIII, p. 120.—<span class="small1">Monglat</span>, <i>Mémoires</i>, -t. LI, p. 56.—<span class="small1">Louis</span> XIV, <i>Œuvres</i>, t. II, p. 354. (<span class="small1">Monglat</span> dit -douze jours, <span class="small1">Louis</span> XIV quinze.)</p> - -<p><a id="Footnote_181" href="#FNanchor_181" class="label">[181]</a> <span class="small1">Monglat</span>, <i>Mémoires</i>, t. LI, p. 159-160.</p> - -<p><a id="Footnote_182" href="#FNanchor_182" class="label">[182]</a> <span class="small1">Ramsay</span>, <i>Histoire du vicomte de Turenne</i>; Paris, 1773, in-12, -t. II, p. 144.</p> - -<p><a id="Footnote_183" href="#FNanchor_183" class="label">[183]</a> Le général <span class="small1">Grimoard</span>, <i>Lettres aux éditeurs des Œuvres de -Louis XIV</i>, t. III, p. 7.</p> - -<p><a id="Footnote_184" href="#FNanchor_184" class="label">[184]</a> <span class="small1">Racine</span>, <i>Fragments historiques</i>, t. V, p. 303, édit. de 1820, -in-8<sup>o</sup>, article <span class="small1">Turenne</span>.—<span class="small1">Bussy-Rabutin</span>, <i>Lettres</i>, t. V, p. 59.—Id., -<i>Supplément aux Mémoires</i>, t. I, p. 75.</p> - -<p><a id="Footnote_185" href="#FNanchor_185" class="label">[185]</a> <span class="small1">Louis XIV</span>, <i>Œuvres</i>, t. II, p. 363; t. III, p. 109.</p> - -<p><a id="Footnote_186" href="#FNanchor_186" class="label">[186]</a> <span class="small1">La Fare</span>, <i>Mémoires</i>, t. LXV, p. 166.—<span class="small1">Eckard</span>, <i>Dépenses effectives -de Louis XIV en bâtiments</i>, p. 23-39, 41-48.—Id., <i>États -au vrai</i>, p. 23 à 29.</p> - -<p><a id="Footnote_187" href="#FNanchor_187" class="label">[187]</a> <span class="small1">Monglat</span>, <i>Mémoires</i>, t. LI, p. 161.—<span class="small1">La Fare</span>, <i>Mémoires</i>, -t. LXV, p. 167.</p> - -<p><a id="Footnote_188" href="#FNanchor_188" class="label">[188]</a> <span class="small1">Eckard</span>, <i>États au vrai de toutes les sommes employées par -Louis XIV</i>, etc., p. 25, 39, 55, 57 et 59.—<span class="small1">Lépicié</span>, <i>Vie des premiers -peintres du roi</i>, t. I, p. 46; Paris, 1752, in-12.—<span class="small1">Guérin</span>, -<i>Description de l'Académie royale de peinture et de sculpture</i>.</p> - -<p><a id="Footnote_189" href="#FNanchor_189" class="label">[189]</a> <span class="small1">La Fontaine</span>, <i>Psyché</i>, et les notes insérées t. V, p. 30 à 36, de -l'édition in-8<sup>o</sup> de 1826.—<span class="small1">Félibien</span>, <i>Description sommaire du château -de Versailles</i>, 1674, in-12.</p> - -<p><a id="Footnote_190" href="#FNanchor_190" class="label">[190]</a> Sur l'abbé de Montigny, qui devint évêque de Léon, voyez <span class="small1">Sévigné</span>, -<i>Lettres</i>, t. II, p. 237 et 245, édit. de G. de S.-G. (en date -des 23 et 30 sept. 1671).</p> - -<p><a id="Footnote_191" href="#FNanchor_191" class="label">[191]</a> <i>Relation de la fête de Versailles donnée le 18 juillet 1668 -à M. le marquis de Fuentès, par l'abbé</i> <span class="small1">de Montigny</span> (<i>Manuscrits -de</i> <span class="small1">Corrart</span>, t. IX, p. 1109, bibliothèque de l'Arsenal).</p> - -<p><a id="Footnote_192" href="#FNanchor_192" class="label">[192]</a> <span class="small1">Gourville</span>, <i>Mémoires</i>, t. LII, p. 410.</p> - -<p><a id="Footnote_193" href="#FNanchor_193" class="label">[193]</a> <span class="small1">Molière</span>, <i>Œuvres</i>, édition d'Auger, t. VII, p. 287 à 331; édition -d'Aimé-Martin, t. VI, p. 267-318.—<span class="small1">Félibien</span>, <i>Relation de la fête -de Versailles du 18 juillet 1668</i>; Paris, in-folio, 1679, avec cinq -planches.—Idem, <i>Descript. de divers ouvrages de peinture faits -pour le roi</i>; 1671, in-12, p. 229 à 315.</p> - -<p><a id="Footnote_194" href="#FNanchor_194" class="label">[194]</a> <span class="small1">Choisy</span>, <i>Mémoires</i>, t. LXIII, p. 397.—<span class="small1">Montpensier</span>, <i>Mémoires</i>, -t. XLIII, p. 121.</p> - -<p><a id="Footnote_195" href="#FNanchor_195" class="label">[195]</a> Lettres inédites, tirées du 3<sup>e</sup> volume des <i>Mémoires inédits de</i> -<span class="small1">Bussy</span>, mss. de la bibl. de l'Institut, n<sup>o</sup> 221; <i>Lettres de</i> <span class="small1">Sévigné</span>, t. I, -p. 43 de la Notice bibliographique, édit. de Monmerqué.</p> - -<p><a id="Footnote_196" href="#FNanchor_196" class="label">[196]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i>, t. I, p. 182, édit. de G. de S.-G. (en date du -17 juillet 1668).</p> - -<p><a id="Footnote_197" href="#FNanchor_197" class="label">[197]</a> <span class="small1">Félibien</span>, <i>Relation de la fête du 18 juillet 1668</i>, dans les <i>Œuvres -de</i> <span class="small1">Molière</span>, t. VII, p. 287 à 315, édit. d'Auger; ou t. VI, p. 300, -édit. d'Aimé-Martin, 1824, in-8<sup>o</sup>.—Idem, <i>Recueil de descriptions -de peintures et autres ouvrages faits pour le roi</i>, 1671, p. 283.</p> - -<p><a id="Footnote_198" href="#FNanchor_198" class="label">[198]</a> Voyez p. 345 de la seconde partie de ces <i>Mémoires</i>, ch. <span class="small1">XXIV</span>.</p> - -<p><a id="Footnote_199" href="#FNanchor_199" class="label">[199]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i>, t. I, p. 120, édit. de Monmerqué.—Idem, -t. I, p. 172, édit. de G. de S.-G. (lettre en date du 6 juin 1668).</p> - -<p><a id="Footnote_200" href="#FNanchor_200" class="label">[200]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i>, t. II, p. 2, 3, 465; t. IV, p. 240; t. VII, p. 133; -t. IX, p. 191; t. X, p. 413.</p> - -<p><a id="Footnote_201" href="#FNanchor_201" class="label">[201]</a> L'abbé <span class="small1">Arnauld</span>, <i>Mémoires</i>, t. XXXIV, p. 302, 305, 306, et -ci-dessus, 2<sup>e</sup> partie de ces <i>Mémoires</i>, p. 101 et 102, chap. <span class="small1">VIII</span>.</p> - -<p><a id="Footnote_202" href="#FNanchor_202" class="label">[202]</a> <span class="small1">Maintenon</span>, <i>Lettres</i>, t. I, p. 38.—Idem, édit. de Collin, 1806, -t. I, p. 36-44 (lettres à madame de Chanteloup, 28 avril, 11 juillet -1666).—<span class="small1">Caylus</span>, <i>Souvenirs</i>, collect. de Petitot, t. LXVI, p. 443.—Idem, -édit. Renouard, 1806, in-12, p. 84.—<span class="small1">Avrigny</span>, <i>Mém. chronologiques</i> -(édit. 1725), t. III, p. 189.—<span class="small1">La Beaumelle</span>, <i>Mémoires</i>.</p> - -<p><a id="Footnote_203" href="#FNanchor_203" class="label">[203]</a> <span class="small1">La Beaumelle</span>, <i>Mémoires de Maintenon</i>, t. I, p. 285.—<span class="small1">Maintenon</span>, -<i>Lettres</i>, t. I, p. 43 (lettre à madame de Chanteloup, en date -du 11 juillet 1666).—<i>Ibid.</i>, t. I, p. 40, 41, 48.</p> - -<p><a id="Footnote_204" href="#FNanchor_204" class="label">[204]</a> <i>Œuvres de</i> <span class="small1">M. Scarron</span>, revues, corrigées et augmentées; Paris, -Guillaume de Luyne, 1669, in-12.</p> - -<p><a id="Footnote_205" href="#FNanchor_205" class="label">[205]</a> <i>Les dernières Œuvres de</i> <span class="small1">M. Scarron</span>, divisées en deux parties; -Paris, Guillaume de Luyne, 1669, in-12, t. I, p. 21, à madame de -Sévigny la veuve. (La lettre suivante, à tort intitulée <i>à madame -de Sévigny la marquise</i>, est adressée à madame Renaud de Sévigné, -mère de madame de la Fayette. Conférez la 1<sup>re</sup> partie de ces <i>Mémoires</i>, -chap. <span class="small1">XVI</span>, t. I, p. 226.)</p> - -<p><a id="Footnote_206" href="#FNanchor_206" class="label">[206]</a> <span class="small1">Maintenon</span>, <i>Lettres</i>, édit. de 1806, in-12, t. I, p. 43 (à madame -de Chanteloup, 11 juillet 1666).</p> - -<p><a id="Footnote_207" href="#FNanchor_207" class="label">[207]</a> Les <i>Amours de Psiché</i> (sic) <i>et de Cupidon</i>, <i>par</i> <span class="small1">M. de la Fontaine</span>; -Paris, chez Claude Barbin, 1669, in-8<sup>o</sup>.—A la page 441 -commence le poëme d'<i>Adonis</i>; le privilége est du 2 mai 1668.—Conférez -l'<i>Histoire de la vie et des ouvrages de la Fontaine</i>, -3<sup>e</sup> édition, p. 172 à 190.</p> - -<p><a id="Footnote_208" href="#FNanchor_208" class="label">[208]</a> «Et leurs plaisirs sont moins doux que ses peines.» <i>Psyché</i>, -p. 56, édit. 1669.</p> - -<p><a id="Footnote_209" href="#FNanchor_209" class="label">[209]</a> <i>Vie de monsieur le duc de Montausier</i>, t. II, p. 8, 18 et 20.</p> - -<p><a id="Footnote_210" href="#FNanchor_210" class="label">[210]</a> <i>Hist. de la vie et des ouvr. de la Fontaine</i>, 3<sup>e</sup> édit., p. 210.</p> - -<p><a id="Footnote_211" href="#FNanchor_211" class="label">[211]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i>, t. V, p. 216, édit. de M.—<i>Ibid.</i>, t. V, p. 378, -édit. de G. de S.-G.</p> - -<p><a id="Footnote_212" href="#FNanchor_212" class="label">[212]</a> <span class="small1">Étienne</span>, <i>Notice sur le Tartuffe</i> (dans la 1<sup>re</sup> livraison du <i>Théâtre -français</i> de Panckouke; il n'a paru que cette livraison).—<span class="small1">Auger</span>, -<i>Œuvres de Molière</i>, t. VI, p. 192-199.—<span class="small1">Taschereau</span>, <i>Vie de Molière</i>, -2<sup>e</sup> édit., 1818, in-8<sup>o</sup>, p. 189 à 213.—<i>Ibid.</i>, 3<sup>e</sup> édit., in-12, -p. 115-126.</p> - -<p><a id="Footnote_213" href="#FNanchor_213" class="label">[213]</a> <i>Britannicus</i>; Paris, Claude Barbin, 1670, in-12 (80 pages sans -l'épître et la préface).—<span class="small1">Racine</span>, <i>Œuvres</i>; Paris, 1687, in-12, -p. 225 à 229.</p> - -<p><a id="Footnote_214" href="#FNanchor_214" class="label">[214]</a> <i>Le Tartuffe</i> ou <i>l'Imposteur</i>, comédie de J.-B. P. <span class="small1">de Molière</span>, -imprimée aux dépens de l'auteur. Chez Ribou, 1669, petit -in-12.</p> - -<p><a id="Footnote_215" href="#FNanchor_215" class="label">[215]</a> <i>Fables choisies, mises en vers par</i> <span class="small1">M. de la Fontaine</span>, 1668, -in-4<sup>o</sup>.—<i>Ibid.</i>, in-12, 1668 et 1669.</p> - -<p><a id="Footnote_216" href="#FNanchor_216" class="label">[216]</a> <i>Satires du sieur D***</i>; Paris, Louis Billaine, 1668, in-12.—Quoique -ce mot <i>satires</i> soit au pluriel sur le titre, il n'y a que la satire -IX précédée du discours (16 pages).—<i>Satires du sieur D***</i>; -Paris, Louis Billaine, 1669, in-12, 76 pages et le discours; cette -édition contient les neuf premières satires.</p> - -<p><a id="Footnote_217" href="#FNanchor_217" class="label">[217]</a> <span class="small1">Bussy</span>, <i>Lettres</i>, t. III, p. 108 et 109 (lettre en date du 16 septembre -1668). Cette lettre apprend que la neuvième satire de Boileau -avait été envoyée à Bussy le mois précédent.</p> - -<p><a id="Footnote_218" href="#FNanchor_218" class="label">[218]</a> <span class="small1">Fr. Bourgoin de Villefort</span>, <i>la Véritable vie d'Anne-Geneviève -de Bourbon, duchesse de Longueville</i>; Amsterdam, chez -Jean-Fr. Joly, 1739, in-12, t. II, p. 105-118, 119-124, liv. <span class="small1">VI</span>.—(L'édition -de Paris de ce même ouvrage, qui porte pour titre <i>Vie de madame -la duchesse de Longueville</i>, t. V, 1738, est très-incomplète; -les retranchements ont surtout porté sur ce livre <span class="small1">VI</span>.)</p> - -<p><a id="Footnote_219" href="#FNanchor_219" class="label">[219]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i>, t. II, p. 246 et 252; t. IV, p. 260; t. V, -p. 249; t. VII, p. 6, 215; t. X, p. 237; t. XI, p. 239, édit. de -G. de S.-G.</p> - -<p><a id="Footnote_220" href="#FNanchor_220" class="label">[220]</a> <span class="small1">Petitot</span>, <i>Notice sur Port-Royal</i>, collection des Mémoires, -t. XXXIII, p. 199. Le souvenir du P. Desmares se conserva longtemps; -car, plus de vingt ans après, Boileau disait:</p> - -<p class="quote">Desmares dans Saint-Roch n'aurait pas mieux prêché. (<i>Sat. X.</i>)</p> - -<p><a id="Footnote_221" href="#FNanchor_221" class="label">[221]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i>, t. I, p. 208-284.—Idem, p. 286-288, édit. -de M.</p> - -<p><a id="Footnote_222" href="#FNanchor_222" class="label">[222]</a> <span class="small1">L.-F. de Bausset</span>, <i>Hist. de J.-B. Bossuet</i>, 1814, in-8<sup>o</sup>, liv. <span class="small1">III</span>, -t I, p. 231 à 234.</p> - -<p><a id="Footnote_223" href="#FNanchor_223" class="label">[223]</a> <i>Zayde, histoire espagnole</i>, <i>par</i> <span class="small1">M. Segrais</span>, avec un <i>Traité sur -l'origine des romans</i>, <i>par</i> <span class="small1">M. Huet</span>; Paris, Claude Barbin, 1670, in-8<sup>o</sup> -(le privilége est du 8 octobre 1669).</p> - -<p><a id="Footnote_224" href="#FNanchor_224" class="label">[224]</a> <span class="small1">Bussy</span>, <i>Nouvelles lettres</i>, 2 vol., t. V, p. 126 (lettre en date du -18 décembre 1669). C'était bien une nouveauté, car à la fin du privilége -de <i>Zayde</i> il est dit: «Achevé d'imprimer pour la première -fois le 20 novembre 1669.»</p> - -<p><a id="Footnote_225" href="#FNanchor_225" class="label">[225]</a> <span class="small1">Huetii</span> <i>Commentarius de rebus ad eum pertinentibus</i>, 1718, -in-12, p. 20.—Les <i>Origines de la ville de Caen</i>, 2<sup>e</sup> édit., in-8<sup>o</sup>, -1706, p. 409. Id.</p> - -<p><a id="Footnote_226" href="#FNanchor_226" class="label">[226]</a> Il s'en fit un grand nombre d'éditions séparées.—<i>Traité sur -l'origine des romans</i>, <i>de</i> <span class="small1">M. Huet</span>; 1685, in-12, 6<sup>e</sup> édit.</p> - -<p><a id="Footnote_227" href="#FNanchor_227" class="label">[227]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i>, t. I, p. 152, édit. de M.—Idem, t. I, p. 211, -édit. de G. de S.-G. (7 septembre 1668).</p> - -<p><a id="Footnote_228" href="#FNanchor_228" class="label">[228]</a> <span class="small1">Bussy-Rabutin</span>, <i>Mémoires</i>, 1694, 2 vol, in-4<sup>o</sup>.—<i>Lettres du comte</i> -<span class="small1">de Bussy</span>, 1697, in-12.—<i>Lettres de madame</i> <span class="small1">de Sévigné</span> <i>au comte -de Bussy-Rabutin</i>, tirées du <i>Recueil de lettres</i> de ce dernier; Amsterdam -et Paris, Delalain, 1775, in-12.</p> - -<p><a id="Footnote_229" href="#FNanchor_229" class="label">[229]</a> <span class="small1">Bussy-Rabutin</span>, dans <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i>, t. I, p. 157, édit. de M., -et t. I, p. 217, édit. de G. de S.-G.—<span class="small1">Millin</span>, <i>Voyage dans les -départements du midi de la France</i>, t. I, p. 213.—<span class="small1">Conrard -de Bréban</span>, <i>Souvenirs d'une visite au château de Bussy-Rabutin</i>, -1833, p. 27.</p> - -<p><a id="Footnote_230" href="#FNanchor_230" class="label">[230]</a> <span class="small1">Bayle</span>, <i>Lettres choisies</i>; Rotterdam, 1714, t. II, p. 652. (Des -Maiseaux a redonné une meilleure édition de ces <i>Lettres</i> en 1729.)—<span class="small1">Bayle</span>, -<i>Œuvres</i>, in-folio, t. IV, p. 986. (<i>Lettres</i> en date du 18 -décembre 1698. L'édition des <i>Lettres</i> de Rotterdam dit le 4 décembre.)</p> - -<div class="poetry"><div class="stanza"> -<p><a id="Footnote_231" href="#FNanchor_231" class="label">[231]</a>Aptius ipsa viris scribendo femina ludit;</p> -<p class="i1"> Natura mulier, vir magis arte valet.</p> -<p>Quæque manus subtile trahit de stamine filum</p> -<p class="i1"> Æquali calamum dexteritate movet.</p> -<p>Testis erat <span class="small1">Sevinea</span>. Suas me scribere laudes</p> -<p class="i1"> Si patitur, calamum commodet ipsa suum.</p> -<p>Tam purus nitor est, adeo sincera venustas,</p> -<p class="i1"> Si salibus condit scripta, lepore sales.</p> -<p>Tam facilis procedit epistola, pene videtur</p> -<p class="i1"> Composuisse minor quam perarasse labor.</p> -</div></div> - -<p class="latinpoet"><i>Ratio conscribendæ epistolæ</i>, <i>carmen auctore</i> <span class="small1">Claudio</span><br /> -<span class="small1 i1">Hervæo de Montaigu</span>, <i>e societate Jesu</i>; Parisiis, 1713,<br /> -<span class="i2">in-12 (15 pages), p. 7.</span></p> - -<p><a id="Footnote_232" href="#FNanchor_232" class="label">[232]</a> <i>Lettres de</i> <span class="small1">Marie Rabutin de Chantal</span>, <i>marquise</i> <span class="small1">de Sévigné</span>, à -<i>madame la comtesse de Grignan, sa fille</i>; 1726, in-12, p. 15-49. Ce -sont quatre lettres à Coulanges qui ouvrent ce recueil. La première -(c'est la fameuse lettre sur le mariage de Lauzun) est datée du 15 -décembre 1670; la dernière, du 15 mars 1671.</p> - -<p><a id="Footnote_233" href="#FNanchor_233" class="label">[233]</a> <span class="small1">Louis XIV</span>, <i>Œuvres</i>, t. V, p. 81, 144, 395, 397, 412, 424, 555 -(lettres en date des 17 mars 1662, 18 juin 1663, 19 novembre 1666, -1<sup>er</sup> juillet 1667, 9 mars 1668, 13 août 1676).</p> - -<p><a id="Footnote_234" href="#FNanchor_234" class="label">[234]</a> Ce pape fut nommé le 29 avril 1670.—Conférez <i>Mémoires du -cardinal</i> <span class="small1">de Retz</span>, publiés d'après les manuscrits autographes, collection -<span class="small1">Michaud</span>, p. 609. (<i>Lettres de</i> <span class="small1">Louis XIV</span> <i>au cardinal de Retz</i>, -10 décembre 1669. Ibid., p. 610 à 611.—Lettres en date des 10, 13 -et 17 déc. 1669.)</p> - -<p><a id="Footnote_235" href="#FNanchor_235" class="label">[235]</a> <span class="small1">Bussy</span>, <i>Lettres</i>, t. III, p. 19, 155, 207, 296, 384, 386, 408; t. V, -p. 75, 97-170 (toutes les lettres avec l'initiale C. sont de <span class="small1">Corbinelli</span>).—Idem, -t. V, p. 126, Lettre de madame <span class="small1">du Bouchet</span>, en date du 18 -décembre 1667.—<span class="small1">Louis XIV</span>, <i>Œuvres</i>, t. V, p. 424.</p> - -<p><a id="Footnote_236" href="#FNanchor_236" class="label">[236]</a> <span class="small1">Saint-Simon</span>, <i>Œuvres</i>, t. II, p. 21.—<span class="small1">Moreri</span>, t. V, p. 426.</p> - -<p><a id="Footnote_237" href="#FNanchor_237" class="label">[237]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, t. I, p. 159, édit. de M., ou t. II, p. 220 de l'édit. de G. -de S.-G.—<span class="small1">Bussy</span>, <i>Lettres</i>, t. V, p. 126.—<span class="small1">Saint-Simon</span>, <i>Mém. authentiques</i>, -t. XI, p. 131.</p> - -<p><a id="Footnote_238" href="#FNanchor_238" class="label">[238]</a> <span class="small1">Dumont</span>, <i>Histoire de la ville et des seigneurs de Commercy</i>, -t. II, p. 159]</p> - -<p><a id="Footnote_239" href="#FNanchor_239" class="label">[239]</a> <span class="small1">Dumont</span>, avocat à Saint-Mihiel, <i>Histoire de la ville et des seigneurs -de Commercy</i>; Bar-le-Duc, 1843, in-8<sup>o</sup>, t. II, p. 149 et 152.</p> - -<p><a id="Footnote_240" href="#FNanchor_240" class="label">[240]</a> <span class="small1">Cousin</span>, <i>Analyse des Mss. de Robert des Gabets, Journal des -Savants</i>, 1842, in-4<sup>o</sup>, p. 129 à 144; p. 193 à 210, et p. 288 à 305.</p> - -<p><a id="Footnote_241" href="#FNanchor_241" class="label">[241]</a> Madame de Sévigné en fait l'éloge.—<span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (7 juin -1675), t. III, p. 288, édit. M.; t. III, p. 410, édit. de G. de S.-G.</p> - -<p><a id="Footnote_242" href="#FNanchor_242" class="label">[242]</a> MM. <span class="small1">Champollion</span>, <i>Notice sur le cardinal de Retz</i>, dans la -<i>Nouvelle collection des Mémoires pour servir à l'histoire de -France</i>, t. I, p. 9 et 12.—<span class="small1">Dumont</span>, <i>Hist. de Commercy</i>.—Madame -<span class="small1">Charlotte-Élisabeth de Bavière</span>, <i>Fragments de lettres originales</i>, -t. I, p. 24.—Madame la duchesse <span class="small1">d'Orléans</span>, princesse palatine; -1832, in-8<sup>o</sup>, p. 361.</p> - -<p><a id="Footnote_243" href="#FNanchor_243" class="label">[243]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i>, 5 et 24 juillet 1675, t. III, p. 321 et 336, édit. -de M.; t. III, p. 445 et 462, édit. de G. de S.-G.</p> - -<p><a id="Footnote_244" href="#FNanchor_244" class="label">[244]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (7 et 19 juin 1675), t. III, p. 269 et 299, édit. -de M., et t. III, p. 410 et 419, édit. de G. de S.-G.</p> - -<p><a id="Footnote_245" href="#FNanchor_245" class="label">[245]</a> <span class="small1">Chateaubriand</span>, <i>Vie de Rancé</i>, 1844, in-8<sup>o</sup>, p. 125, 1<sup>re</sup> édit.</p> - -<p><a id="Footnote_246" href="#FNanchor_246" class="label">[246]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (27 juin 1678), t. VI, p. 7 et 8, édit. de G. de -S.-G.; t. V, p. 340, édit. de M.</p> - -<p><a id="Footnote_247" href="#FNanchor_247" class="label">[247]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (25 août 1679), t. VI, p. 109 et 110: cette lettre -n'est pas dans toutes les éditions; et p. 111 (lettre à Bussy), édit. de -G. de S.-G.—<i>Ibid.</i>, t. V, p. 421, édit. de M.</p> - -<p><a id="Footnote_248" href="#FNanchor_248" class="label">[248]</a> Conférez première part., chap. XXII, p. 451.</p> - -<p><a id="Footnote_249" href="#FNanchor_249" class="label">[249]</a> <span class="small1">Ægidii Menagii</span> <i>Poemata, octava editio, prioribus longe auctior -et emendatior, et quam solam Menagius agnoscit</i>; Amstelodami, -Henr. Westenium, 1668, in-12, p. 202.—<i>Quinta editio</i>, 1668, -p. 146.—<i>Septima editio, prioribus longe emendatior</i>; Parisiis, -Petrum le Petit, 1680, in-12, p. 170. (Je crois que cette édition est la -dernière revue par Ménage, et que celle de Hollande, 1688, n'en est -qu'une réimpression.) Dans la 4<sup>e</sup> édition, 1663, in-18 (<i>in officina -Elzeviriana</i>), les deux premiers vers sont ainsi:</p> - -<p class="quote"> -Des ouvrages du ciel le plus parfait ouvrage,<br /> -Miracle de ces lieux, merveille de notre âge.</p> - -<p><a id="Footnote_250" href="#FNanchor_250" class="label">[250]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, t. I, p. 125, édit. de M.; <i>ibid.</i>, t. I, p. 179, édit. de G. -de S.-G. (lettre du 23 juin 1688).</p> - -<p><a id="Footnote_251" href="#FNanchor_251" class="label">[251]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i>, t. I, p. 205, édit. de G. de S.-G., ou t. I, -p. 147, édit. de M. (lettre en date du 8 août 1668).</p> - -<p><a id="Footnote_252" href="#FNanchor_252" class="label">[252]</a> <span class="small1">Saint-Simon</span>, <i>Mémoires complets et authentiques</i>, édit. 1829, -t. I, p. 439 (année 1696).—<span class="small1">Hénault</span>, <i>Nouvel Abrégé chronologique -de l'histoire de France</i>, 1768, in-4<sup>o</sup>, t. II, p. 634 (année 1667); et -t. III, p. 866 de l'édit. in-8<sup>o</sup>; 1821, p. 866.—Hénault écrit à tort -<i>Rouannois</i>, et Saint-Simon assez bien <i>Roannais</i>; le vrai nom est -<i>Roannès</i> ou <i>Roannez</i>.—Hénault et d'Expilly (<i>Dict. des Gaules et -de la France</i>, t. VI, p. 334) ont, à ce sujet, d'autres inexactitudes.</p> - -<p><a id="Footnote_253" href="#FNanchor_253" class="label">[253]</a> <span class="small1">Daru</span>, <i>Histoire de Venise</i>, 1819, in-8<sup>o</sup>, t. IV, p. 602, 608-610.—<span class="small1">Louis</span> -XIV, <i>Lettres</i>, t. V, p. 423, 443, 444, 459 (lettres du 16 mars -1668, 20 septembre 1669).—<span class="small1">Bussy</span>, <i>Lettres</i>, t. III, p. 132-147-152, -164; et t. V, p. 89, 90.—<i>Journal véritable de ce qui s'est passé à -Candie sous M. le duc de la Feuillade</i>, <i>par</i> <span class="small1">M. Desroches</span>, aide-major; -Paris, 1670, in-18, chez Charles de Sercy, cité par <span class="small1">Aubenas</span>, -<i>Histoire de madame de Sévigné</i>; Paris, 1842, in-8<sup>o</sup>, p. 148 à 152.—<span class="small1">Du -Londel</span>, <i>Fastes des rois de la maison d'Orléans et de celle de -Bourbon</i>, 1697, in-8<sup>o</sup>, p. 204. Du Londel place au 29 octobre 1668 -l'arrivée du duc de la Feuillade à Candie; Desroches, au 1<sup>er</sup> novembre.</p> - -<p><a id="Footnote_254" href="#FNanchor_254" class="label">[254]</a> <span class="small1">De Bausset</span>, t. I, p. 111 et 112, liv. <span class="small1">I</span>; et p. 442, n<sup>o</sup> 2 des Pièces -justificatives.—<span class="small1">Ramsay</span>, <i>Vie de Turenne</i>, 1773, in-12, t. II, p. 153, -154-160.—<span class="small1">Raguenet</span>, <i>Histoire du vicomte de Turenne</i>, t. II, p. 47.—<span class="small1">Choisy</span>, -<i>Mémoires</i>, t. III, p. 460.—<span class="small1">Bossuet</span>, <i>Exposition de la -doctrine de l'Église catholique, augmentée d'une traduction latine -par l'abbé de Fleury</i>, 1761, in-12 (conférez surtout la Préface -historique). Une addition particulière à cet ouvrage de Bossuet fut -faite pour M. de Turenne, et n'a été imprimée qu'en 1671.</p> - -<p><a id="Footnote_255" href="#FNanchor_255" class="label">[255]</a> <span class="small1">Choisy</span>, <i>Mémoires</i>, t. LXIII de la collection de Petitot, p. 156, -458-460-464-465-468.—<span class="small1">Louis</span> XIV, <i>Œuvres</i>, 1806, in-8<sup>o</sup>, t. V, p. 442-444, -451 (lettre au pape, en date du 31 janvier 1669).—<span class="small1">Bussy</span>, -<i>Lettres</i>, t. V, p. 59; ibid., <i>Supplément aux Mémoires</i>, t. I, p. 75,—<i>Histoire -de la vie et des œuvres de la Fontaine</i>, liv. II, -p. 169-171 de la 3<sup>e</sup> édition, 1824, in-8<sup>o</sup>.</p> - -<p><a id="Footnote_256" href="#FNanchor_256" class="label">[256]</a> <span class="small1">Daru</span>, <i>Histoire de Venise</i>, t. IV, p. 608-610.—<span class="small1">Sévigné</span>, t. I, -p. 148, édit de M.; et t. I, p. 207, édit. de G. de S.-G.—<span class="small1">Desroches</span>, -<i>Journal véritable de ce qui s'est passé à Candie sous M. le duc de -la Feuillade</i>, cité par <span class="small1">Aubenas</span>, <i>Vie de madame de Sévigné</i>, p. 149, -152, 153.</p> - -<p><a id="Footnote_257" href="#FNanchor_257" class="label">[257]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (18 août 1668), t. I, p. 148, édit. de M.; <i>ibid.</i>, -t. I, p. 207, édit. de G. de S.-G.</p> - -<p><a id="Footnote_258" href="#FNanchor_258" class="label">[258]</a> «En louis d'argent, louis d'or et pistoles d'Espagne,» dit la quittance -annexée au contrat, dont la grosse originale, signée des notaires -<span class="small1">Gigault</span> et <span class="small1">Simonnet</span>, est sous nos yeux. La dot de mademoiselle -de Sévigné était de plus de six cent mille francs, monnaie actuelle.</p> - -<p><a id="Footnote_259" href="#FNanchor_259" class="label">[259]</a> Le 22 août 1668.</p> - -<p><a id="Footnote_260" href="#FNanchor_260" class="label">[260]</a> Nous avons laissé l'orthographe des noms telle qu'elle est dans -l'acte, quoique ce ne soit pas toujours celle qui a été suivie dans cet -ouvrage, d'après l'usage établi et les livres imprimés.</p> - -<p><a id="Footnote_261" href="#FNanchor_261" class="label">[261]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i>, 6 mars, 11 et 28 octobre 1671.</p> - -<p><a id="Footnote_262" href="#FNanchor_262" class="label">[262]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i>, 9 juillet, 1<sup>er</sup> novembre 1671, 7 août 1675, 28 octobre -1676 (le chevalier de la Gloire), 1<sup>er</sup> novembre 1688; 6 juillet, -31 août 1689; 11 janvier 1690.</p> - -<p><a id="Footnote_263" href="#FNanchor_263" class="label">[263]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i>, 30 mars 1672, 9 septembre 1675 (le plus beau -de tous les prélats); 21 août 1680, 9 janvier 1683, 22 septembre 1688 -(M. de Carcassonne); 7 février, 16 juin, 17 juillet 1689 (<i>idem</i>); 17 août -1690.—Sur Louis-Joseph Adhémar de Monteil de Grignan, dit <i>le bel -abbé</i>, qui fut successivement évêque d'Évreux et de Carcassonne; -conférez encore les <i>Lettres inédites et restituées de madame</i> -<span class="small1">de Grignan</span> <i>et de l'abbé</i> <span class="small1">de Coulanges</span>, publiées par M. <span class="small1">Vallet de Viriville</span>, -t. IV, p. 320 de la <i>Bibliothèque de l'École des Chartes</i>, -1843, in-8<sup>o</sup> (lettre du 22 décembre 1677), p. 5 du tirage à part.—<i>Catalogue -des archives de la maison de Grignan</i>, 1844, in-8<sup>o</sup>, p. 30-36.</p> - -<p><a id="Footnote_264" href="#FNanchor_264" class="label">[264]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i>, 4 septembre 1668, 16 mars 1672; 7 août, -24 novembre 1675; 21 février 1680, 1<sup>er</sup> décembre 1688, 15 février -1690.—<span class="small1">Louis</span> XIV, <i>Œuvres</i>, t. V, p. 373.—<span class="small1">Conrart</span>, <i>Mémoires</i>, -t. XLVIII, p. 64, 76.—<span class="small1">Monglat</span>, <i>Mémoires</i>, t. L, p. 393, sur -madame de Montausier.—<span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i>, 22 novembre 1671.</p> - -<p><a id="Footnote_265" href="#FNanchor_265" class="label">[265]</a> La marquise du Puy du Fou la mère mourut en mars 1696, à -l'âge de quatre-vingt-trois ans. Voyez le <i>Mercure galant</i>, mars 1696, -p. 221. Cf. <i>Archives de la maison de Grignan</i>, p. 32, n<sup>o</sup> 195.</p> - -<p><a id="Footnote_266" href="#FNanchor_266" class="label">[266]</a> Conférez <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i>, en date du 15 mai 1671, du 18 novembre -1671, du 22 janvier 1672, t. II, p. 71, 292 et 357, édit. de G. -de S.-G.—<i>Vie du duc de Montausier</i>, t. II, p. 15 et 17.—<span class="small1">Montpensier</span>, -<i>Mémoires</i>, t. XLIII, p. 196.—<span class="small1">Tallemant</span>, <i>Hist.</i>, t. II, -p. 33, édit. in-8<sup>o</sup>.</p> - -<p><a id="Footnote_267" href="#FNanchor_267" class="label">[267]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i>, 23 mai 1667, 6 janvier et 26 décembre 1672, -1<sup>er</sup> janvier 1674, 20 juillet 1679.—<span class="small1">Choisy</span>, <i>Mém.</i>, t. LXIII, p. 432.</p> - -<p><a id="Footnote_268" href="#FNanchor_268" class="label">[268]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i>, 7 et 11 août 1675, 28 octobre 1676, 16 juillet -1677, 20 juillet 1689.</p> - -<p><a id="Footnote_269" href="#FNanchor_269" class="label">[269]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i>, 19 février 1672, 19 novembre 1673.</p> - -<p><a id="Footnote_270" href="#FNanchor_270" class="label">[270]</a> Conférez <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i>, 28 novembre 1670, 8 avril 1671, -19 et 27 novembre 1673 (il est nommé <i>la Grêle</i> dans cette lettre), -24 novembre 1675 (nommé seulement <i>l'évêque</i> dans cette lettre), -18 août 1680, 22 février 1690 (c'est le cardinal de Forbin).</p> - -<p><a id="Footnote_271" href="#FNanchor_271" class="label">[271]</a> Madame <span class="small1">de Grignan</span>, <i>Lettres</i> à son mari, 1843, in-8<sup>o</sup>, p. 18 et 19 -du tirage à part.</p> - -<p><a id="Footnote_272" href="#FNanchor_272" class="label">[272]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i>, 19 novembre 1670, 13 mars 1671, 23 août 1675, -15 septembre 1677 (lettre de Bussy).—<span class="small1">Tallemant</span>, <i>Historiettes</i>, -t. I, p. 293 et 294.—<span class="small1">Montpensier</span>, <i>Mémoires</i>, t. XLIII, p. 159, 205, -271, édit. in-8<sup>o</sup>.—<i>Biographie universelle</i>, t. XXXVI, p. 304.</p> - -<p><a id="Footnote_273" href="#FNanchor_273" class="label">[273]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i>, 3 novembre 1688 (évêque de Langres), 19 novembre -1695.</p> - -<p><a id="Footnote_274" href="#FNanchor_274" class="label">[274]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (lettre de Bussy, du 14 novembre 1685.)—<i>Journal -de</i> <span class="small1">Dangeau</span>, 24 avril 1686.</p> - -<p><a id="Footnote_275" href="#FNanchor_275" class="label">[275]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i>, 25 juin 1670; 24 et 27 avril, 13 mai, 10 juin, -28 décembre 1671; 2 juin 1672, 25 septembre 1676, 29 nov. 1679.</p> - -<p><a id="Footnote_276" href="#FNanchor_276" class="label">[276]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i>, 17 et 24 janvier 1680, 26 juin 1689 (la sotte -amie de madame de la Faluère).</p> - -<p><a id="Footnote_277" href="#FNanchor_277" class="label">[277]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i>, 13 décembre 1684, 3 et 29 avril 1686, juillet -1690, t. III, p. 319, édit. de G. de S.-G.</p> - -<p><a id="Footnote_278" href="#FNanchor_278" class="label">[278]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i>, 9 août 1671.</p> - -<p><a id="Footnote_279" href="#FNanchor_279" class="label">[279]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i>, 31 mai 1680.</p> - -<p><a id="Footnote_280" href="#FNanchor_280" class="label">[280]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i>, 13 janvier 1672, 22 mars 1676, 29 août 1677.—<span class="small1">Montpensier</span>, -<i>Mémoires</i>, t. XLI, p. 218 et 219.—<span class="small1">Loret</span>, <i>Muse -historique</i>, t. IX, p. 136, 164.</p> - -<p><a id="Footnote_281" href="#FNanchor_281" class="label">[281]</a> Madame de Sévigné ne fait aucune mention de Reffuges, personnage -intéressant que Saint-Simon fait bien connaître. Conférez <span class="small1">Saint-Simon</span>, -<i>Mémoires</i>, t. X, p. 332 et 334. Reffuges mourut en 1712.—Une -Charlotte Reffuges épousa Guy d'Elbène. Voy. deuxième partie -de ces <i>Mémoires</i>, p. 419.</p> - -<p><a id="Footnote_282" href="#FNanchor_282" class="label">[282]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (19 janvier 1674, 17 juillet 1680).—<span class="small1">Loret</span>, -<i>Muse historique</i>, t. XII, p. 36.</p> - -<p><a id="Footnote_283" href="#FNanchor_283" class="label">[283]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (16 août 1671, 27 juillet 1672).</p> - -<p><a id="Footnote_284" href="#FNanchor_284" class="label">[284]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i>, 27 avril, 23 mai, 20 et 30 septembre 1671; -19 février 1690, t. II, p. 45, 233; t. X, p. 264, édit. G. de S.-G.</p> - -<p><a id="Footnote_285" href="#FNanchor_285" class="label">[285]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i>, 24 avril, 5 juillet, 27 septembre 1671; 15 décembre -1673, 19 et 24 juillet 1675, 5 août 1676.—<span class="small1">Retz</span>, <i>Mémoires</i>, -t. XLVI, p. 49, 226, 360.—<span class="small1">Joly</span>, <i>Mémoires</i>, p. 261 et 473.</p> - -<p><a id="Footnote_286" href="#FNanchor_286" class="label">[286]</a> Conférez <span class="small1">P. Benoît</span>, <i>Histoire ecclésiastique et politique de la -ville et du diocèse de Toul</i>, 1707, in 4<sup>o</sup>, p. 79.—L'abbé <span class="small1">d'Expilly</span>, -<i>Dictionnaire géographique, historique et politique des Gaules et -de la France</i>, 1764, in-folio, t. II, p. 401.—<span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i>, -10 octobre 1654, 15 avril 1672; 19 et 26 juin, 9 et 22 août, 20 décembre -1675; 11 et 12 août 1676 (notre bon ermite), 12 et 15 octobre 1677 -(le cardinal, le parrain de Pauline), 28 avril et 20 juin 1678 (de -Bussy), 27 juin 1678, 25 et 28 août 1679 (de Bussy), 13 mai 1680.</p> - -<p><a id="Footnote_287" href="#FNanchor_287" class="label">[287]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i>, 9 mars 1672, 22 mars 1676.</p> - -<p><a id="Footnote_288" href="#FNanchor_288" class="label">[288]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i>, 2 décembre 1672.</p> - -<p><a id="Footnote_289" href="#FNanchor_289" class="label">[289]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i>, 1<sup>er</sup> mai 1672 (lettre de Bussy); 13 mai, 26 août -1675; 8 décembre 1677, février 1683 (t. VII, p. 362 de l'édit. de G. de -S.-G.), 14 février 1687.</p> - -<p><a id="Footnote_290" href="#FNanchor_290" class="label">[290]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i>, 7 juin 1676.—<span class="small1">Tallemant</span>, <i>Historiettes</i>, t. IV, -p. 119, édit. in-8<sup>o</sup>.—<span class="small1">Montpensier</span>, <i>Mémoires</i>, t. XLI, p. 232.</p> - -<p><a id="Footnote_291" href="#FNanchor_291" class="label">[291]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i>, 16 février 1671 (l'abbé), 18 mai 1672 (notre -abbé), 6 octobre 1676, 2 septembre 1687. (L'acte porte toujours <i>Colanges</i>; -c'est, dit M. Monmerqué, l'ancienne orthographe de ce nom, -en faisant observer que l'abbé de Coulanges signait toujours <i>Colanges</i>.)—<i>Mémoires -de</i> <span class="small1">Coulanges</span>, p. 346.</p> - -<p><a id="Footnote_292" href="#FNanchor_292" class="label">[292]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i>, 5 et 23 août 1671, 27 mai 1672, 30 avril 1675.</p> - -<p><a id="Footnote_293" href="#FNanchor_293" class="label">[293]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i>, 6 octobre 1679; 15, 17, 19 novembre 1688.—<span class="small1">Coulanges</span>, -<i>Mémoires</i>, p. 49.</p> - -<p><a id="Footnote_294" href="#FNanchor_294" class="label">[294]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i>, 23 août et 18 octobre 1671 (ma tante), 24 juin -et 1<sup>er</sup> juillet 1672.</p> - -<p><a id="Footnote_295" href="#FNanchor_295" class="label">[295]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i>, 9 juillet 1656 (de Bussy), 20 juillet 1656, -19 août et 14 septembre 1675; 31 juillet 1680, 15 novembre 1684, -22 juillet 1685, 8 octobre 1688; 3 janvier, 20 mars et 12 juin 1689; -4 janvier 1690.—<span class="small1">Dangeau</span>, mss., 24 mars 1685.</p> - -<p><a id="Footnote_296" href="#FNanchor_296" class="label">[296]</a> Dans les lettres qui nous restent de madame de Sévigné, on en -compte trente-cinq où madame de Coulanges et son mari sont mentionnés: -plusieurs sont écrites par eux à madame de Sévigné ou leur -sont adressées par elle.</p> - -<p><a id="Footnote_297" href="#FNanchor_297" class="label">[297]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i>, 31 juillet 1680.—Conférez <span class="small1">Montpensier</span>, <i>Mémoires</i>, -t. XLI, p. 456, 457.</p> - -<p><a id="Footnote_298" href="#FNanchor_298" class="label">[298]</a> Conférez la 2<sup>e</sup> partie des <i>Mémoires</i>, ch. VI, p. 61-67.—<span class="small1">Sévigné</span>, -<i>Lettres</i>, du 5 janvier 1674, 30 juillet 1677.</p> - -<p><a id="Footnote_299" href="#FNanchor_299" class="label">[299]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i>, 19 novembre 1652, t. I, p. 19, 67, 90, 94, 158, -167, 170, édit. de G. de S.-G. (lettres de la Rochefoucauld à de -Guitaud), 22 septembre et 15 novembre 1664; 11 mai, 20 août -1667; 24 septembre 1667; 21 mars, 12 juillet 1671; 20 juin 1672 -(il y a un homme dans le monde, etc.), 14 Juillet 1673, 30 juillet -1677, 21 décembre 1678 (de Bussy), 6 et 25 octobre 1679, 15 et -29 mars 1680.</p> - -<p><a id="Footnote_300" href="#FNanchor_300" class="label">[300]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i>, 11 mars 1671.</p> - -<p><a id="Footnote_301" href="#FNanchor_301" class="label">[301]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i>, 24, 26 et 27 novembre 1664 (le rapporteur).</p> - -<p><a id="Footnote_302" href="#FNanchor_302" class="label">[302]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i>, 11 mars 1671 (je dîne tous les vendredis chez -le Mans), 2 août 1671; t. I, p. 371; t. II, p. 167, édit. de G. de S.-G.—<span class="small1">Loret</span>, -<i>la Muse historique</i>, t. III, p. 46; t. IX, p. 130; t. XI, -p. 34.</p> - -<p><a id="Footnote_303" href="#FNanchor_303" class="label">[303]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i>, 15 avril 1671 (Savardin), 9 et 12 juin 1680 -10 avril 1691, avril 1694 (édit. de G. de S.-G., t. XI, p. 25).</p> - -<p><a id="Footnote_304" href="#FNanchor_304" class="label">[304]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i>, 17 avril, 16 mars 1671 (princesse de Clèves), -9 février 1673, 26 mai, 30 juin 1673 (lettre de madame de la Fayette), -15 décembre 1675, 12 janvier 1676, 18 et 22 mars, 19 juin 1678 (lettre -de Bussy), 17 mars 1680, juin 1693 (édit. de G. de S.-G., t. X, p. 461).—<span class="small1">Bussy</span>, -<i>Lettres</i>, t. V, p. 154, du 1<sup>er</sup> mai 1670.—<span class="small1">Delort</span>, <i>Voyage -aux environs de Paris</i>, t. I, p. 217 et 224.—<span class="small1">Costar</span>, <i>Lettres</i>, -p. 540.—<span class="small1">Barrière</span>, <i>la Cour et la Ville</i>, p. 70.—<span class="small1">Loret</span>, <i>Muse -historique</i>, t. XII, p. 142.—<span class="small1">La Fayette</span>, <i>Histoire d'Henriette</i>, -t. LXIV, p. 395, collect. de Petitot.</p> - -<p><a id="Footnote_305" href="#FNanchor_305" class="label">[305]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i>, 19 novembre 1670, 22 septembre 1673, 21 -janvier 1689 (l'oncle); 12 avril, 23 octobre 1689.—<i>Archives de la -maison de Grignan</i>, 1844, in-8<sup>o</sup>, n<sup>o</sup> 192.</p> - -<p><a id="Footnote_306" href="#FNanchor_306" class="label">[306]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i>, 19 novembre 1670, 17 avril 1671 (seigneur -Corbeau), 14 novembre 1671 (M. de Claudiopolis), 31 mai 1675 -(l'abbé d'Aiguebeve), 5 juin, 16 et 19 août 1675 (le coadjuteur).—Madame -<span class="small1">de Grignan</span>, <i>Lettres à son mari</i> (5 janvier 1688), p. 5 -et 20 du tirage à part; lettre du 22 décembre 1677, t. IV, p. 320 et -333 de la <i>Bibliothèque de l'École des chartes</i>.—<i>Archives de -Grignan</i>, p. 31, n<sup>o</sup> 192.</p> - -<p><a id="Footnote_307" href="#FNanchor_307" class="label">[307]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i>, 22 janvier et 10 février 1672.</p> - -<p><a id="Footnote_308" href="#FNanchor_308" class="label">[308]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i>, 9 juin 1680.</p> - -<p><a id="Footnote_309" href="#FNanchor_309" class="label">[309]</a> <i>Lettres de madame</i> <span class="small1">Rabutin-Chantal</span>, <i>marquise</i> <span class="small1">de Sévigné</span>, <i>à -madame de Grignan</i>; la Haye, 1726, in-12, t. I, p. 39 (18 mars 1671).—<span class="small1">Sévigné</span>, -<i>Lettres</i>, 8 juillet 1675, 21 février 1735 (lettre de madame -de Simiane, dans l'édit. de G. de S.-G., t. XII, p. 118). Dans -les éditions modernes, le passage sur Saint-Andiol, qui se trouve -dans la première édition, a été retranché. Conférez ch. XVII.</p> - -<p><a id="Footnote_310" href="#FNanchor_310" class="label">[310]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i>, 16 août 1671, 27 juillet 1672, 6 novembre -1675, 18 septembre 1679, 15 mai 1689.</p> - -<p><a id="Footnote_311" href="#FNanchor_311" class="label">[311]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i>, 1<sup>er</sup> mai, 25 octobre 1686.</p> - -<p><a id="Footnote_312" href="#FNanchor_312" class="label">[312]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i>, 11 septembre 1680 (la fille terrestre de M. de -Grignan), 13 décembre 1684, 14 février 1685, 1<sup>er</sup> mai 1686, 27 septembre -1687, 9 mars et 30 avril 1689.—Madame <span class="small1">de Grignan</span>, -<i>Lettres à son mari</i> (22 décembre 1677 et 5 janvier 1688), t. IV, -p. 321 et 333 de la <i>Bibliothèque de l'École des chartes</i>, 1843, in-8<sup>o</sup>, -ou p. 6 et 18 du tirage à part, ou <i>Lettre de madame</i> <span class="small1">de Grignan</span> <i>au -comte de Grignan, son mari</i>, Paris, imprimerie de Firmin Didot, décembre -1832, in-8<sup>o</sup>, p. 7 et 8. (C'est la lettre du 5 janvier 1688, -publiée, d'après l'autographe, à 50 exemplaires seulement.)</p> - -<p><a id="Footnote_313" href="#FNanchor_313" class="label">[313]</a> <span class="small1">Saint-Simon</span>, <i>Mémoires complets et authentiques</i>, ch. V, t. XII, -p. 59.</p> - -<p><a id="Footnote_314" href="#FNanchor_314" class="label">[314]</a> <span class="small1">Saint-Simon</span>, <i>Mémoires</i>, t. XII, p. 59.</p> - -<p><a id="Footnote_315" href="#FNanchor_315" class="label">[315]</a> Conférez le chevalier <span class="small1">Perrin</span>, <i>Préface des Lettres de madame -de Sévigné à madame de Grignan, sa fille</i>, p. xxviij, édit. de 1754.—<span class="small1">Moreri</span>, -<i>Dictionnaire</i>, t. V, p. 375.—<span class="small1">d'Expilly</span>, <i>Dictionnaire -géographique de France</i>, 1764, in-folio, t. II, p. 114.—<i>Lettre de</i> -M. <span class="small1">de Grignan-Grignan</span> <i>à M. Grouvelle</i>, <i>Gazette de France</i> du mercredi -4 juin 1806.—<span class="small1">Aubenas</span>, <i>Notice historique sur la maison de -Grignan</i>, dans l'<i>Histoire de madame de Sévigné</i>, 1842, in-8<sup>o</sup>, -p. 521 à 528.—<span class="small1">Vallet de Viriville</span>, <i>Catalogue des Archives de la -maison de Grignan</i>, 1844, in-8<sup>o</sup> (n<sup>o</sup> 1 est de l'an 1267).—Voyez, -dans l'édition des <i>Lettres de madame</i> <span class="small1">de Sévigné</span>, 1820, in-8<sup>o</sup>, t. I, -les armes des familles de Sévigné, Bussy, Grignan et Simiane.</p> - -<p><a id="Footnote_316" href="#FNanchor_316" class="label">[316]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i>, t. I, p. 106, édit. de Monmerqué, 1820, in-8<sup>o</sup>; -et t. I, p. 150, édit. de G. de S.-G. (janvier 1665).</p> - -<p><a id="Footnote_317" href="#FNanchor_317" class="label">[317]</a> <i>Tableau généalogique de la maison du Puy du Fou</i>, 40 pages -in-folio, sans la table.</p> - -<p><a id="Footnote_318" href="#FNanchor_318" class="label">[318]</a> <span class="small1">D'Expilly</span>, <i>Dictionnaire géographique et historique de la -France</i>, t. IV, p. 132.</p> - -<p><a id="Footnote_319" href="#FNanchor_319" class="label">[319]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i>, 22 juin 1670, t. I, p. 190, édit. de M.—<i>Ibid.</i>, -t. I, p. 253, édit. de G. de S.-G.—2 septembre 1676, t. IV, -p. 451, édit. de M.; t. V, p. 106, édit. de G. de S.-G.</p> - -<p><a id="Footnote_320" href="#FNanchor_320" class="label">[320]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i>, 4 décembre 1668, t. I, p. 153 et 154, édit. de M., -ou t. I, p. 214, édit. de G. de S.-G.</p> - -<p><a id="Footnote_321" href="#FNanchor_321" class="label">[321]</a> <span class="small1">Sévigné</span> (lettre de Bussy, en date du 8 décembre 1668), t. I, -p. 156, édit. de M.; t. I, p. 217, édit. de G. de S.-G.</p> - -<p><a id="Footnote_322" href="#FNanchor_322" class="label">[322]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (7 janvier 1669), t. I, p. 224, édit. de G. de -S.-G.</p> - -<p><a id="Footnote_323" href="#FNanchor_323" class="label">[323]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (lettre de Bussy, en date du 16 mai 1669), t. I, -p. 226, édit. de G. de S.-G.</p> - -<p><a id="Footnote_324" href="#FNanchor_324" class="label">[324]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (20 décembre 1668), t. I, p. 221, édit. de G. de -S.-G.</p> - -<p><a id="Footnote_325" href="#FNanchor_325" class="label">[325]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (29 janvier 1669), t. II, p. 309, édit. de M.; -t. II, p. 365, édit. de G. de S.-G.</p> - -<p><a id="Footnote_326" href="#FNanchor_326" class="label">[326]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (1664), t. VI, p. 182, édit. de Leyde, 1736.</p> - -<p><a id="Footnote_327" href="#FNanchor_327" class="label">[327]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (4 décembre 1668), t. I, p. 155, édit. de M.; -t. I, p. 215, édit. de G. de S.-G.</p> - -<p><a id="Footnote_328" href="#FNanchor_328" class="label">[328]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (4 décembre 1668), t. I, p. 257, édit. de M.—<i>Ibid.</i>, -t. I, p. 218, édit. de G. de S.-G.</p> - -<p><a id="Footnote_329" href="#FNanchor_329" class="label">[329]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (7 janvier 1669), t. I, p. 162, édit. de M.; -<i>ibid.</i>, t. I, p. 223.</p> - -<p><a id="Footnote_330" href="#FNanchor_330" class="label">[330]</a> <span class="small1">Bussy</span>, <i>Lettres</i>, t. III, p. 8, 9, 24, 27, 48, 54, 59, 81; Paris, -Delaulme, 1737, in-12. Les volumes V, VI et VII de mon exemplaire -portent le millésime 1727, avec le titre de <i>Nouvelles lettres</i>; les premiers -volumes ont donc été réimprimés, ou on a changé les titres.</p> - -<p><a id="Footnote_331" href="#FNanchor_331" class="label">[331]</a> <span class="small1">Bussy</span>, <i>Lettres</i>, t. V, p. 80 et 81 (12 et 6 juillet 1669).</p> - -<p><a id="Footnote_332" href="#FNanchor_332" class="label">[332]</a> <span class="small1">Bussy</span>, <i>Lettres</i>, t. III, p. 86 (lettre 57, 5 mars 1669; cette lettre -est à tort datée 1668).</p> - -<p><a id="Footnote_333" href="#FNanchor_333" class="label">[333]</a> <span class="small1">Bussy</span>, <i>Lettres</i>, t. V, p. 86 (lettre 63, 1<sup>er</sup> août 1669, à madame -de Montespan).</p> - -<p><a id="Footnote_334" href="#FNanchor_334" class="label">[334]</a> <span class="small1">Saint-Évremond</span>, <i>Œuvres</i>, édit. 1753, in-12, t. I, p. 88-93 (Vie -de l'auteur, par <span class="small1">des Maizeaux</span>); t. III, p. 189, 190, 197.</p> - -<p><a id="Footnote_335" href="#FNanchor_335" class="label">[335]</a> <span class="small1">Louis</span> XIV, <i>Œuvres</i>, t. III, p. 77-82.</p> - -<p><a id="Footnote_336" href="#FNanchor_336" class="label">[336]</a> <span class="small1">Turpin</span>, <i>Vie de Condé</i>, t. II, p. 151.—<i>Mémoires de M.</i> <span class="small1">DE</span>***, -<i>pour servir à l'histoire du dix-huitième siècle</i>, dans la collection -de Petitot, t. LVIII, p. 484.—<i>Histoire de la vie et des ouvrages -de la Fontaine</i>, 3<sup>e</sup> édit., p. 162-165.</p> - -<p><a id="Footnote_337" href="#FNanchor_337" class="label">[337]</a> <span class="small1">Gourville</span>, <i>Mémoires</i>, t. LII, p. 397-399.</p> - -<p><a id="Footnote_338" href="#FNanchor_338" class="label">[338]</a> <span class="small1">Louis</span> XIV, <i>Œuvres</i>, t. V, p. 399 et 405; Lettres au comte d'Estrades, -en date du 24 décembre 1666 et du 18 avril 1667.</p> - -<p><a id="Footnote_339" href="#FNanchor_339" class="label">[339]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (16 mai 1669), t. I, p. 166, édit. de M.; t. I, -p. 228, édit. de G. de S.-G.</p> - -<p><a id="Footnote_340" href="#FNanchor_340" class="label">[340]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (4 juin 1669), t. I, p. 167, édit. de M.—<i>Ibid.</i>, -t. I, p. 229, édit. de G. de S.-G.</p> - -<p><a id="Footnote_341" href="#FNanchor_341" class="label">[341]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (6 juin. 1669), t. I, p. 108 à 170.—<i>Ibid.</i>, -t. I, p. 231 à 236.</p> - -<p><a id="Footnote_342" href="#FNanchor_342" class="label">[342]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (9 juin 1669), t. I, p. 170, édit. de M.—<i>Ibid.</i>, -t. I, p. 234, édit. de G. de S.-G.</p> - -<p><a id="Footnote_343" href="#FNanchor_343" class="label">[343]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (12 juin 1669), t. I, p. 173, édit. de M.—<i>Ibid.</i>, -t. I, p. 237, édit. de G. de S.-G.</p> - -<p><a id="Footnote_344" href="#FNanchor_344" class="label">[344]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (8 août 1669), t. I, p. 174 et 175, édit. de M.—<i>Ibid.</i>, -t. I, p. 237 et 238, édit. de G. de S.-G.</p> - -<p><a id="Footnote_345" href="#FNanchor_345" class="label">[345]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (Bussy, 12 août 1669), t. I, p. 175 et 176.—<i>Ibid.</i>, -t. I, p. 239 et 240.</p> - -<p><a id="Footnote_346" href="#FNanchor_346" class="label">[346]</a> <span class="small1">Bussy</span>, <i>Lettres</i>, t. V, p. 178 et 179 (2 novembre 1670). Voyez -ci-dessus, chap. <span class="small1">I</span>, p. 2; chap. <span class="small1">III</span>, p. 56-68; chap. <span class="small1">VI</span>, p. 107.</p> - -<p><a id="Footnote_347" href="#FNanchor_347" class="label">[347]</a> Louise de Rouville, fille de Jacques de Rouville, chevalier d'honneur -de madame la duchesse de Montpensier, et d'Isabelle de Longueval.—Conférez -<span class="small1">Bussy</span>, <i>Discours à ses enfants</i>, p. 240.—<span class="small1">Sévigné</span>, -<i>Lettres</i>, t. III, p. 27; t. VI, p. 355-475, 478, édit. de M.</p> - -<p><a id="Footnote_348" href="#FNanchor_348" class="label">[348]</a> <span class="small1">Bussy</span>, <i>Lettres</i>, t. III, p. 192 (6 août 1670); p. 193 et 196 (19 -août 1670).</p> - -<p><a id="Footnote_349" href="#FNanchor_349" class="label">[349]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i>, t. II, p. 400; IV, 473; V, 288, 296; VI, 470, -475; VII, 56, 60, 365-367; VIII, 134, 137; IX, 339.</p> - -<p><a id="Footnote_350" href="#FNanchor_350" class="label">[350]</a> <span class="small1">Auger</span>, <i>Biographie universelle</i>, t. V, p. 377.—<span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i>, -t. VIII, p. 137; IX, 339; X, 461, édit. de M.</p> - -<p><a id="Footnote_351" href="#FNanchor_351" class="label">[351]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (24 janvier 1672), t. II, p. 305, édit. de M.—<i>Ibid.</i>, -t. II, p. 73, édit. de G. de S.-G.—Conférez <span class="small1">Bussy</span>, <i>Lettres</i>, -t. V, p. 163 et 166.</p> - -<p><a id="Footnote_352" href="#FNanchor_352" class="label">[352]</a> <i>Lettres choisies de</i> M. <span class="small1">de la Rivière</span>, t. I, p. 70, 79, 99, 101, -115, 145, 167, 185, 190, 206; t. II, p. 208 et 281.—<span class="small1">Bussy</span>, <i>Lettres</i>, -t. III, p. 217 (1<sup>er</sup> juillet 1670), p. 299 (29 janvier 1671 ), p. 309 -(Corbinelli au comte de Bussy, 15 janvier 1671).</p> - -<p><a id="Footnote_353" href="#FNanchor_353" class="label">[353]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (18 septembre 1676, Lettre de Bussy), t. IV, -p. 476 de l'édit. de M.</p> - -<p><a id="Footnote_354" href="#FNanchor_354" class="label">[354]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (en date du 1<sup>er</sup> juillet 1676), t. IV, p. 459; -t. V, p. 5; t. VII, p. 84, 291 et 423.</p> - -<p><a id="Footnote_355" href="#FNanchor_355" class="label">[355]</a> <span class="small1">Bussy</span>, <i>Lettres</i>, t. V, p. 60 à 65 (lettre en date du 1<sup>er</sup> janvier 1669),—<i>Supplément -aux Mémoires et Lettres de M. le comte</i> <span class="small1">de Bussy</span>, -t. I, p. 77-82.</p> - -<p><a id="Footnote_356" href="#FNanchor_356" class="label">[356]</a> <span class="small1">Bussy</span>, <i>Lettres</i> (7 septembre 1670), t. III, p. 240, édit. de Paris -des <i>Lettres de</i> <span class="small1">Roger de Rabutin</span>, 1737, in-12.</p> - -<p><a id="Footnote_357" href="#FNanchor_357" class="label">[357]</a> <span class="small1">Bussy</span>, <i>Lettres</i>, t. III, p. 279.</p> - -<p><a id="Footnote_358" href="#FNanchor_358" class="label">[358]</a> <span class="small1">Bussy</span>, <i>Lettres</i> (12 juin 1669), t. V, p. 80.</p> - -<p><a id="Footnote_359" href="#FNanchor_359" class="label">[359]</a> <span class="small1">Bussy</span>, <i>Lettres</i> (20 février 1671), t. III, p. 313, édit. 1737, in-12.</p> - -<p><a id="Footnote_360" href="#FNanchor_360" class="label">[360]</a> <span class="small1">Bussy</span>, <i>Lettres</i> (26 septembre 1670), t. III, p. 247 (18 octobre -1670); t. III, p. 262-264 (23 et 31 octobre 1670); t. III, p. 261, -262, 264 (8 septembre 1670); t. III, p. 267, 308 (20 février 1671); -t. III, p. 313.</p> - -<p><a id="Footnote_361" href="#FNanchor_361" class="label">[361]</a> <span class="small1">Bussy</span>, <i>Lettres</i>, t. III, p. 33, 34, 125, 183, 178, 188, 197, 221, -223, 228, 241, 242, 246, 249, 250, 257, 265, 269, 270, 279, 288; -t. V, p. 109, 134, 141, 154, 156, 159, 174.—<i>Supplément aux -Mémoires et Lettres</i>, 1<sup>re</sup> partie, p. 93, 96, 177.</p> - -<p><a id="Footnote_362" href="#FNanchor_362" class="label">[362]</a> <span class="small1">Bussy</span>, <i>Lettres</i> (23 octobre 1670), t. III, p. 261.</p> - -<p><a id="Footnote_363" href="#FNanchor_363" class="label">[363]</a> <span class="small1">Bussy</span>, t. III, p. 242 (15 septembre 1670). La lettre est, je -crois, adressée à mademoiselle Dupré.</p> - -<p><a id="Footnote_364" href="#FNanchor_364" class="label">[364]</a> <span class="small1">Montpensier</span>, <i>Mémoires</i>, t. XLII, p. 255, 441, 445.</p> - -<p><a id="Footnote_365" href="#FNanchor_365" class="label">[365]</a> <span class="small1">Bussy</span>, <i>Lettres</i> (1<sup>er</sup> octobre 1670), t. III, p. 249.</p> - -<p><a id="Footnote_366" href="#FNanchor_366" class="label">[366]</a> <span class="small1">Bussy</span>, <i>Lettres</i> (6 mai 1670), t. III, p. 197.—<i>Supplément</i>, t. I, -p. 96.</p> - -<p><a id="Footnote_367" href="#FNanchor_367" class="label">[367]</a> <span class="small1">Bussy</span>, <i>Lettres</i>, t. III, p. 228 (Lettre de madame de Scudéry, -en date du 31 juillet 1670).</p> - -<p><a id="Footnote_368" href="#FNanchor_368" class="label">[368]</a> <span class="small1">Bussy</span>, <i>Lettres</i>, t. III, p. 261 (23 octobre 1670).</p> - -<p><a id="Footnote_369" href="#FNanchor_369" class="label">[369]</a> <span class="small1">Bussy</span>, <i>Lettres</i>, t. III, p. 136, 155, 270, 300 (Lettres de Corbinelli, -datées de Montpellier, le 16 juin 1669; de Toulouse, le 15 septembre -1669; de Paris, le 17 mai 1670; d'Aiguemortes, le 15 février -1671); t. III, p. 522.</p> - -<p><a id="Footnote_370" href="#FNanchor_370" class="label">[370]</a> <span class="small1">Corbinelli</span>, <i>Recueil de tous les beaux endroits des ouvrages -des plus célèbres auteurs de ce temps</i>, 1696, 5 vol. in-18.—<i>Les Anciens -historiens réduits en maximes</i>, 1694, in-12.—<i>Sentiments -d'amour tirés des meilleurs poëtes modernes</i>; Paris, 1665, in-12.</p> - -<p><a id="Footnote_371" href="#FNanchor_371" class="label">[371]</a> Corbinelli mourut en 1716, âgé de plus de cent ans; donc il était -né en 1615: ainsi il avait cinquante-cinq ans en 1670.</p> - -<p><a id="Footnote_372" href="#FNanchor_372" class="label">[372]</a> <span class="small1">Bussy</span>, <i>Lettres</i>, t. III, p. 2, 65, 69, 180, 184, 286, 288 (29 octobre -1666, 25 décembre 1667, 2 janvier 1668, 19 et 27 janvier 1670).</p> - -<p><a id="Footnote_373" href="#FNanchor_373" class="label">[373]</a> <span class="small1">Bussy</span>, t. III, p. 183 (27 janvier 1670). Le P. Cosme fut depuis -évêque de Lombez. Il avait exigé de madame de Monglat qu'elle -n'allât plus au spectacle; elle refusa, et il ne voulut plus la diriger.</p> - -<p><a id="Footnote_374" href="#FNanchor_374" class="label">[374]</a> Voyez ci-dessus, chap. <span class="small1">III</span>, p. 56-68.</p> - -<p><a id="Footnote_375" href="#FNanchor_375" class="label">[375]</a> <span class="small1">Bussy</span>, <i>Lettres</i>, t. III, p. 228 et 229 (31 juillet 1670).—Madame -<span class="small1">de Scudéry</span>, <i>Lettres</i>, 1806, in-12, p. 30.</p> - -<p><a id="Footnote_376" href="#FNanchor_376" class="label">[376]</a> <span class="small1">Bussy</span>, <i>Lettres</i>, t. III, p. 316-17 (6 mars 1671).—<i>Supplément</i>, -t. I, p. 97.—Lettres de mesdames <span class="small1">de Scudéry</span>, <span class="small1">de Salvan-Salière</span> -et de mademoiselle <span class="small1">Descartes</span>, collection de Collin; Paris, 1806, -in-12, p. 46 et 47.</p> - -<p><a id="Footnote_377" href="#FNanchor_377" class="label">[377]</a> <span class="small1">Bussy</span>, <i>Lettres</i> (31 juillet 1670), t. III, p. 229.</p> - -<p><a id="Footnote_378" href="#FNanchor_378" class="label">[378]</a> <span class="small1">Bussy</span>, <i>Lettres</i>, t. III, p. 228 et 229 (31 juillet 1670).—Madame -<span class="small1">de Scudéry</span>, <i>Lettres</i>, p. 28 et 30, édit. 1806 (du recueil de -Léopold Collin).</p> - -<p><a id="Footnote_379" href="#FNanchor_379" class="label">[379]</a> Le vrai nom est Troisville; l'abréviation avait prévalu.—Conférez -<span class="small1">la Fare</span>, <i>Mémoires</i>, t. LXV, p. 181.—<span class="small1">Sévigné</span>, t. II, p. 324; -t. IV, p. 165; t. VIII, p. 440 et 447, t. XI, p. 159, 190, 191, édit. -de G. de S.-G.—<span class="small1">Tallemant des Réaux</span>, <i>Historiettes</i>, t. I, p. 420, -édit. in-8<sup>o</sup>.</p> - -<p><a id="Footnote_380" href="#FNanchor_380" class="label">[380]</a> <span class="small1">Bussy</span>, <i>Lettres</i>, t. III, p. 218 (4 juillet 1670). Cette lettre de -madame de Scudéry est omise, ainsi que beaucoup d'autres, dans -le recueil de Léopold Collin, qui a été fait avec beaucoup de négligence.</p> - -<p><a id="Footnote_381" href="#FNanchor_381" class="label">[381]</a> <i>Pensées de M. Pascal sur la religion</i>, 1670, in-12, chez -G. Desprez (les approbations des évêques, pour l'impression, sont -datées de septembre 1669).</p> - -<p><a id="Footnote_382" href="#FNanchor_382" class="label">[382]</a> <span class="small1">Bussy</span>, <i>Lettres</i>, t. III, p. 220 (7 juillet 1670).</p> - -<p><a id="Footnote_383" href="#FNanchor_383" class="label">[383]</a> <span class="small1">Bussy</span>, <i>Lettres</i>, t. III, p. 228 (31 juillet 1670).</p> - -<p><a id="Footnote_384" href="#FNanchor_384" class="label">[384]</a> <span class="small1">Bussy</span>, <i>Lettres</i>, t. V, p. 182 (5 décembre 1670, Lettre de madame -de Corbinelli, religieuse à Châtillon, au comte de Bussy).</p> - -<p><a id="Footnote_385" href="#FNanchor_385" class="label">[385]</a> <span class="small1">Bussy</span>, <i>Lettres</i>, t. V, p. 183 (8 décembre 1670).</p> - -<p><a id="Footnote_386" href="#FNanchor_386" class="label">[386]</a> <span class="small1">Bussy</span>, <i>Lettres</i>, t. V, p. 179 et 180 (2 novembre 1670).</p> - -<p><a id="Footnote_387" href="#FNanchor_387" class="label">[387]</a> <span class="small1">Bussy</span>, <i>Lettres</i>, t. V, p. 181 (21 novembre 1670).—<span class="small1">Delort</span>, -<i>Hist. de la détention des philosophes et des gens de lettres à -la Bastille et à Vincennes</i>.</p> - -<p><a id="Footnote_388" href="#FNanchor_388" class="label">[388]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (19 septembre 1670), t. I, p. 216, édit. de M.—<i>Ib.</i>, -t. I, p. 288, édit. de G. de S.-G. (23 janvier 1771); t. I, p. 227, -édit. de M.—<i>Ibid.</i>, t. I, p. 301, édit. de G. de S.-G. (16 février 1671); -t. I, p. 249, édit. de M.—<i>Ibid.</i>, t. I, p. 326, édit. de G. de S.-G.</p> - -<p><a id="Footnote_389" href="#FNanchor_389" class="label">[389]</a> I<sup>re</sup> partie, p. 2.</p> - -<p><a id="Footnote_390" href="#FNanchor_390" class="label">[390]</a> <span class="small1">Xavier Girault</span>, <i>Notice hist. sur madame de Sévigné</i>, dans les -<i>Lettres inédites de</i> <span class="small1">Sévigné</span>, p. <span class="small1">XXV</span>.—<i>Ibid.</i>, t. I, p. <span class="small1">LXXX</span> de l'édit. -des <i>Lettres de</i> <span class="small1">Sévigné</span>, par G. de S.-G.; <i>id.</i>, t. V, p. 428 et 432; -t. V, p. 255, 256, 261, 337, 380 de l'édit. de M. (lettres des 15 septembre -et 13 octobre 1677, des 13 juin et 12 août 1678); t. VI, -p. 4 et 19, édit. de G. de S.-G.; <i>id.</i>, t. XI, p. 26 (avril 1694).</p> - -<p><a id="Footnote_391" href="#FNanchor_391" class="label">[391]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i>, t. I, p. 242, édit. de G. de S.-G.—<i>Id.</i>, t. I, -p. 177, édit. de M. (3 et 16 avril 1670).—<span class="small1">Roger de Rabutin</span>, -<i>Lettres</i>, t. V, p. 248 et 249.</p> - -<p><a id="Footnote_392" href="#FNanchor_392" class="label">[392]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i>, t. I, p. 245, édit. de G. de S.-G.—<i>Ibid.</i>, t. I, -p. 180, édit. de M. (21 avril 1670).—Cf. 2<sup>e</sup> partie, ch. <span class="small1">XI</span>, p. 137.</p> - -<p><a id="Footnote_393" href="#FNanchor_393" class="label">[393]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (15 mai 1670), t. I, p. 247, édit. de G. de S.-G.; -t. I, p. 181, édit. de M.</p> - -<p><a id="Footnote_394" href="#FNanchor_394" class="label">[394]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (17 juin 1670), t. I, p. 250, édit. de G. de -S.-G.; t. I, p. 183, édit. de M.—<i>Ibid.</i> (6 juillet 1671), t. I, -p. 191, édit. de M.; t. I, p. 259, édit. de G. de S.-G.</p> - -<p><a id="Footnote_395" href="#FNanchor_395" class="label">[395]</a> Par un nommé Bréban, dont je ne trouve le nom nulle part ailleurs.—<span class="small1">Sévigné</span>, -<i>Lettres</i> (25 juin 1670), t. I, p. 253, édit. de G. -de S.-G.—<i>Ibid.</i> t. I, p. 186, édit. de M.</p> - -<p><a id="Footnote_396" href="#FNanchor_396" class="label">[396]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (25 juin 1670), t. I, p. 185 à 188, édit. de M.; -t. I, p. 255, édit. de G. de S.-G.</p> - -<p><a id="Footnote_397" href="#FNanchor_397" class="label">[397]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (6 juillet 1670), t. I, p. 259, 262, édit. de G. -de S.-G.—<i>Id.</i>, t. I, p. 191-193, édit. de M.</p> - -<p><a id="Footnote_398" href="#FNanchor_398" class="label">[398]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (10 juillet 1670, lettre de Bussy), t. I, p. 262-264, -édit. de G. de S.-G.—<i>Id.</i>, t. I, p. 194 à 196, édit. de M.</p> - -<p><a id="Footnote_399" href="#FNanchor_399" class="label">[399]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (19 décembre 1670), t. I, p. 216, édit. de M.; -t. I, p. 288, édit. de G. de S.-G. (Cette généalogie des Rabutins, dit -l'éditeur de madame de Sévigné, ne fut terminée qu'en 1685.)</p> - -<p><a id="Footnote_400" href="#FNanchor_400" class="label">[400]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (23 janvier 1671), t. I, p. 227, édit. de M.; -t. I, p. 301, édit. de G. de S.-G.</p> - -<p><a id="Footnote_401" href="#FNanchor_401" class="label">[401]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (10 juillet 1670), t. I, p. 264, édit. de G. de -S.-G.; t. I, p. 195, édit. de M.</p> - -<p><a id="Footnote_402" href="#FNanchor_402" class="label">[402]</a> Bussy aurait dû dire: Comme le frère de Sganarelle. Voyez <i>l'École des Maris</i>, -acte <span class="small1">I</span>, scène 2.—Conférez <i>Œuvres de monsieur</i> -<span class="small1">de Molière</span>, t. II, p. 80, 1676, in 12; chez Claude Barbin.</p> - -<p><a id="Footnote_403" href="#FNanchor_403" class="label">[403]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (16 février 1671), t. I, p. 268, 269, ou t. I, -p. 325, édit. de G. de S.-G.</p> - -<p><a id="Footnote_404" href="#FNanchor_404" class="label">[404]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (6 juillet 1670), t. I, p. 260, édit. de G. de -S.-G.; t. I, p. 192, édit. M.</p> - -<p><a id="Footnote_405" href="#FNanchor_405" class="label">[405]</a> <span class="small1">Bussy</span>, <i>Lettres</i> (17 juin 1670), t. I, p. 184, édit. de M.—<i>Ibid.</i>, -t. I, p. 251, édit. de G. de S.-G.</p> - -<p><a id="Footnote_406" href="#FNanchor_406" class="label">[406]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i>, t. I, p. 254, édit. de G. de S.-G.—<i>Id.</i>, t. I, -p. 187, édit. de M. (lettre de Bussy, du 25 juin 1670).</p> - -<p><a id="Footnote_407" href="#FNanchor_407" class="label">[407]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (6 juillet 1670), t. I, p. 260, édit. de G. de -S.-G.; t. I, p. 192, édit. de M.</p> - -<p><a id="Footnote_408" href="#FNanchor_408" class="label">[408]</a> Cette lettre étant datée du 6 juillet 1670, madame de Sévigné -avait, quand elle l'écrivit, quarante-quatre ans et cinq mois.</p> - -<p><a id="Footnote_409" href="#FNanchor_409" class="label">[409]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (10 juillet 1670), t. I, p. 262, édit. de G. de -S.-G.—<i>Id.</i>, t. I, p. 194, édit. de M.</p> - -<p><a id="Footnote_410" href="#FNanchor_410" class="label">[410]</a> Expression qui fait allusion à l'épître en vers de Scarron intitulée -<i>Épître chagrine</i>.—Conf. <span class="small1">Scarron</span>, <i>Œuvres</i>, t. VIII, p. 228, -édit. 1737, in-18.</p> - -<p><a id="Footnote_411" href="#FNanchor_411" class="label">[411]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i>, t. I, p. 89; t. II, p. 53 (1<sup>er</sup> mai 1671).</p> - -<p><a id="Footnote_412" href="#FNanchor_412" class="label">[412]</a> Duc <span class="small1">de Navailles et de la Valette</span>, <i>Mémoires</i>, 1701, in-12, -p. 225-278, liv. <span class="small1">IV</span>.—<span class="small1">Louis</span> XIV, <i>Œuvres</i>, t. V, p. 451, 454, 456.—<span class="small1">Bussy</span>, -<i>Lettres</i>, t. V, p. 83.—<span class="small1">Daru</span>, <i>Hist. de Venise</i>, 1819, -in-8<sup>o</sup>, t. IV, p. 616-621; t. VII, p. 246 et 247.—<span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i>, -t. III, p. 477 (31 juillet 1675); <i>Plans et cartes de Candie</i>, Biblioth. -royale, vol. XXX de l'<i>Histoire de France par estampes</i>.</p> - -<p><a id="Footnote_413" href="#FNanchor_413" class="label">[413]</a> <span class="small1">Saint-Simon</span>, <i>Mémoires authentiques</i>, t. II, p. 410, 411.—Voyez ci-dessus, -2<sup>e</sup> partie, p. 301, chap. <span class="small1">XX</span>.</p> - -<p><a id="Footnote_414" href="#FNanchor_414" class="label">[414]</a> Le portrait de l'ambassadeur d'Ardrah, D. Matheo Lopez, fut -gravé par Larmessin.—<span class="small1">Bussy</span>, <i>Lettres</i>, t. V, p. 185 (lettre du -9 décembre 1670).</p> - -<p><a id="Footnote_415" href="#FNanchor_415" class="label">[415]</a> <span class="small1">Bussy</span>, <i>Lettres</i>, t. V, p. 186.</p> - -<p><a id="Footnote_416" href="#FNanchor_416" class="label">[416]</a> <span class="small1">Lingard's</span> <i>History of England</i>.—<span class="small1">Louis</span> XIV, <i>Œuvres</i>, t. V, -p. 466, 467, 469.</p> - -<p><a id="Footnote_417" href="#FNanchor_417" class="label">[417]</a> <span class="small1">Ramsay</span>, <i>Histoire du vicomte de Turenne</i>, édit. in-12, t. II, -p. 165 et 166.</p> - -<p><a id="Footnote_418" href="#FNanchor_418" class="label">[418]</a> <i>Préliminaires des traités entre les rois de France et tous les -princes de l'Europe</i>; Paris, Frédéric Léonard, 1692, in-12, p. 287 à 300.</p> - -<p><a id="Footnote_419" href="#FNanchor_419" class="label">[419]</a> <span class="small1">Choisy</span>, <i>Mémoires</i>, t. LXIII, p. 404, 415.—<span class="small1">Bussy</span>, <i>Lettres</i>, -t. V, p. 177 et 184 (2 novembre et 9 décembre 1670).</p> - -<p><a id="Footnote_420" href="#FNanchor_420" class="label">[420]</a> <span class="small1">Forbonnais</span>, <i>Recherches et considérations sur les finances de -France</i>, édit. in-12, t. III, p. 43, 47, 51, 54, 57.</p> - -<p><a id="Footnote_421" href="#FNanchor_421" class="label">[421]</a> <span class="small1">Eckard</span>, <i>États au vrai de toutes les sommes employées par -Louis XIV aux créations de Versailles, Marly et dépendances</i>; -1836, in-8<sup>o</sup>, p. 23, 39, 42, 45, 47, 48, 53, 57.</p> - -<p><a id="Footnote_422" href="#FNanchor_422" class="label">[422]</a> <span class="small1">Félibien</span>, <i>Description sommaire du chasteau de Versailles</i>; -1674, in-12.—<span class="small1">Combe</span>, <i>Explication historique de ce qu'il y a de plus -remarquable dans la maison royale de Versailles et dans celle de</i> -<span class="small1">Monsieur</span> <i>à Saint-Cloud</i>; 1681, in-12.—<span class="small1">Félibien</span>, <i>Explicat. des -tableaux de la galerie de Versailles et de ses deux salons</i>; 1687, -in-12.—Id., <i>Recueil et description de peintures et autres ouvrages -faits pour le roi</i>; 1689, in-12.—Id., <i>Description sommaire de -Versailles ancienne et nouvelle</i>; 1703.—<span class="small1">Eckard</span>, <i>Recherches sur -Versailles</i>; 1836, in-8<sup>o</sup>, p. 41 et 49.</p> - -<p><a id="Footnote_423" href="#FNanchor_423" class="label">[423]</a> <i>Les Œuvres posthumes de monsieur</i> <span class="small1">de Molière</span>, t. VIII, imprimées -pour la première fois; Paris, Denys Thierry, etc., 1682, in-12.—<i>Les -Amants magnifiques</i>, p. 5-84.—<i>Œuvres de</i> <span class="small1">Molière</span>, t. VII, -p. 477-481, édition d'Auger.—<span class="small1">Taschereau</span>, <i>Hist. de la vie et des ouvrages -de Molière</i>; 2<sup>e</sup> édition, p. 250 et 432; 3<sup>e</sup> édit., p. 153 et 296.</p> - -<p><a id="Footnote_424" href="#FNanchor_424" class="label">[424]</a> <span class="small1">Bussy</span>, <i>Lettres</i>, t. III, p. 306 (lettre à la comtesse du Bouchet, du -7 février 1671). Le livre du ballet mentionné est <i>Psyché</i>; 1671, in-12.—Frères -<span class="small1">Parfaict</span>, <i>Hist. du Théâtre françois</i>, t. XI, p. 121 à 132.</p> - -<p><a id="Footnote_425" href="#FNanchor_425" class="label">[425]</a> <span class="small1">Molière</span>, <i>Œuvres posthumes</i>, 1682, t. VIII, p. 10 et 83.</p> - -<p><a id="Footnote_426" href="#FNanchor_426" class="label">[426]</a> <span class="small1">Louis Racine</span>, <i>Mémoires sur la vie de Jean Racine</i>; Lausanne, -1747, in-12, t. I, p. 80.—<i>Lettre de</i> <span class="small1">Boileau</span> <i>à Monchesnay</i>, t. II, -p. 260.—Dans les <i>Œuvres de</i> <span class="small1">Boileau</span>, édit. de Berriat Saint-Prix, -t. IV, p. 128 et 130, la lettre est datée du 7 septembre 1707.—<span class="small1">Aimé-Martin</span>, -<i>Œuvres de Racine</i>, 1826, in-8<sup>o</sup>, t. I, p. <span class="small1">XLIV</span>.</p> - -<p><a id="Footnote_427" href="#FNanchor_427" class="label">[427]</a> <i>Britannicus</i>; Paris, Claude Barbin, 1670, in-12 (80 pages; le -privilége est du 7 janvier 1670).—Frères <span class="small1">Parfaict</span>, <i>Histoire du -Théâtre françois</i>, t. X, p. 426 à 446 (13 décembre 1669).—<i>Ibid.</i>, -t. XI, p. 42-96 (février 1670).</p> - -<p><a id="Footnote_428" href="#FNanchor_428" class="label">[428]</a> <i>Britannicus</i>, acte <span class="small1">IV</span>, scène 4.</p> - -<p><a id="Footnote_429" href="#FNanchor_429" class="label">[429]</a> <span class="small1">Benserade</span>, <i>Œuvres</i>; Paris, 1697, t. II, p. 404; <i>Ballet royal du -Triomphe de l'Amour</i>, dansé devant Sa Majesté, à Saint-Germain -en Laye, en 1681.—<span class="small1">Laurent</span>, <i>la Galante et magnifique joute des -chevaliers maures, au grand carrousel Dauphin, à Versailles, le -1<sup>er</sup> et 2 juin 1685</i>; Paris, in-12, chez Antoine Raflé (40 pages).—<span class="small1">De -Sourches</span>, <i>Mémoires</i>; Paris, 1836, in-8<sup>o</sup>, t. I, p. 129-176.</p> - -<p><a id="Footnote_430" href="#FNanchor_430" class="label">[430]</a> Les frères <span class="small1">Parfaict</span>, <i>Histoire du Théâtre françois</i>, t. XI, -p. 56-66.—<span class="small1">Taschereau</span>, <i>Vie de Molière</i>, 1844, in-12, p. 158-161.</p> - -<p><a id="Footnote_431" href="#FNanchor_431" class="label">[431]</a> Conférez <span class="small1">Fontenelle</span>, <i>Œuvres</i> (Vie de Pierre Corneille).—<span class="small1">Louis -Racine</span>, <i>Mémoires sur la vie de Jean Racine</i>; 1747, in-12, -p. 87.—<span class="small1">Geoffroy</span>, <i>Œuvres de Racine</i>, t. III, p. 11.</p> - -<p><a id="Footnote_432" href="#FNanchor_432" class="label">[432]</a> Les frères <span class="small1">Parfaict</span>, <i>Hist. du Théâtre françois</i>, t. XI, p. 66-108-120.</p> - -<p><a id="Footnote_433" href="#FNanchor_433" class="label">[433]</a> Diane-Gabrielle de Damas, fille de Claude-Léonor, marquis de -Thianges, et de Gabrielle Rochechouart de Mortemart, sœur de madame -de Montespan. Voyez <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i>, t. I, p. 210, édit. de M.—<i>Ibid.</i>, -t. I, p. 280, édit. de G. de S.-G. (10 décembre 1670).—<i>Ibid.</i>, -t. VII, p. 38, édit. de G. de S.-G.</p> - -<p><a id="Footnote_434" href="#FNanchor_434" class="label">[434]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (10 septembre 1671), t. II, p. 192, édit. de M.—<i>Ibid.</i>, -t. II, p. 230.—Conférez encore, sur Racine, <span class="small1">Sévigné</span>, t. II, -p. 426; t. V, p. 554-558; t. IX, p. 126, et t. X, p. 182, édit. de G. de -S.-G.—<span class="small1">Geoffroy</span>, <i>Jugement sur Bérénice</i>, dans son édit. des <i>Œuvres -de</i> <span class="small1">Racine</span>; 1808, in-8<sup>o</sup>, t. III, p. 156.—<span class="small1">Louis Racine</span>, <i>Mém. -sur la vie de Jean Racine</i>; 1747, in-12, p. 88; et dans les <i>Œuvres -de</i> <span class="small1">Racine</span>, t. I, p. <span class="small1">LI</span> de l'édit. d'Aimé-Martin.—<span class="small1">Saint-Évremond</span>, -<i>Œuvres</i>, t. III, p. 317 et 318.—<span class="small1">Caylus</span>, <i>Mém.</i>, p. 452.</p> - -<p><a id="Footnote_435" href="#FNanchor_435" class="label">[435]</a> <span class="small1">Louis Racine</span>, <i>Mém. sur la vie de Jean Racine</i>, 1747, t. I, p. 90 et -91.—<i>Œuvres de</i> <span class="small1">Racine</span>, édit. d'Aimé-Martin, 1820, in-8<sup>o</sup>, t. II, p. 304.—Les -frères <span class="small1">Parfaict</span>, <i>Hist. du Théâtre françois</i>, t. XI, p. 104.</p> - -<p><a id="Footnote_436" href="#FNanchor_436" class="label">[436]</a> <span class="small1">Corneille</span>, <i>Tite et Bérénice</i>, comédie héroïque, acte <span class="small1">II</span>, scène I, -t. V, p. 262 et 263, édit. 1692, chez P. Trabouillet, revue et corrigée -par l'auteur, t. IX, p. 16 de l'édit. 1824, in-8<sup>o</sup>, de Lefèvre.—<span class="small1">François -de Neufchateau</span>, <i>Esprit du grand Corneille</i>, p. 366.</p> - -<p><a id="Footnote_437" href="#FNanchor_437" class="label">[437]</a> Ce fut le mercredi des Cendres. Sur la Vallière, voyez <span class="small1">Sévigné</span> -(lettres en date des 12 et 13 janvier 1671), t. I, p. 245 et 247, édit. de -M.; et t. I, p. 322 et 324, édit. de G. de S.-G.; (13 décembre 1673), -t. III, p. 263, édit. de G.—<i>Id.</i>, t. III, p. 172 et 173 (16 octobre 1676); -<i>ib.</i>, t. V, p. 170, édit. de G.—<i>Ib.</i>, t. V, p. 3, édit. M. (29 décembre 1679).—<i>Ib.</i>, -t. VI, p. 276, édit. de G.—<i>Ib.</i>, t. VI, p. 83, édit. de -M. (5 janvier 1680).—<i>Ib.</i>, t. VI, p. 285, édit. de G.—<i>Ib.</i>, t. VI, -p. 92, édit. de M. (1<sup>er</sup> septembre 1680).—<i>Ib.</i>, t. VII, p. 190, édit. de -G. de S.-G.—<i>Ib.</i>, t. VI, p. 443, édit. M.—<span class="small1">Bussy</span>, <i>Lettres</i> (1<sup>er</sup> juin -et 6 juillet 1669), t. V, p. 79, 82.—<span class="small1">Caylus</span>, <i>Mém.</i>, t. LXVI, p. 379 -et 380.—<span class="small1">Montpensier</span>, <i>Mémoires</i>, t. XLIII, p. 196 et 634.—<span class="small1">La -Rochefoucauld</span>, <i>Mémoires</i>, t. LII, p. 94 et 123.—<span class="small1">La Fayette</span>, <i>Mémoires</i>, -t. LXIV, p. 395, 410, 414, 456.—<span class="small1">Retz</span>, t. XLVI, p. 54.—<span class="small1">Benserade</span>, -<i>Œuvres</i>, t. I, p. 313, 370. Conférez <i>Mémoires de Maucroix</i>, -suite et fin, p. 33, ch. <span class="small1">XX</span>, et ci-dessus, 2<sup>e</sup> partie, p. 300, ch. <span class="small1">XX</span>.</p> - -<p><a id="Footnote_438" href="#FNanchor_438" class="label">[438]</a> Voyez ch. IX, 2<sup>e</sup> partie de cet ouvrage, p. 114.</p> - -<p><a id="Footnote_439" href="#FNanchor_439" class="label">[439]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>loc. cit.</i> (lettres des 12 et 13 février).</p> - -<p><a id="Footnote_440" href="#FNanchor_440" class="label">[440]</a> Lettre de Louvois à Saint-Mars, écrite de Saint-Germain en Laye, -datée du 14 octobre 1672, dans J. <span class="small1">Delort</span>, <i>Histoire de la détention -des philosophes et des gens de lettres détenus à la Bastille, à -Vincennes</i>, etc.; 1829, in-8<sup>o</sup>, t. I, p. 193 à 194.</p> - -<p><a id="Footnote_441" href="#FNanchor_441" class="label">[441]</a> <i>Entretiens de madame de Maintenon</i>, t. VI, p. 240 de ses <i>Lettres</i> -de l'édition de Sautereau de Marsy, publiées par Léopold Collin, -1806, in-12; ou t. VI, p. 28 du <i>Recueil de lettres de madame</i> <span class="small1">de -Maintenon</span>, 1756, in-12, publié par la Beaumelle.</p> - -<p><a id="Footnote_442" href="#FNanchor_442" class="label">[442]</a> <span class="small1">La Beaumelle</span>, <i>Mémoires</i>, t. II, p. 1-12, chap. <span class="small1">I</span>.—<span class="small1">Maintenon</span>, -<i>Lettres</i> (24 mars 1669, à madame d'Heudicourt), t. I, p. 48 de l'édit. -de la Beaumelle; 1756, in-12; t. I, p. 56 de l'édit. de Sautereau de -Marsy; Paris, Léopold Collin, 1806, in-12.</p> - -<p><a id="Footnote_443" href="#FNanchor_443" class="label">[443]</a> <span class="small1">La Beaumelle</span>, <i>Mémoires pour servir à l'histoire de madame -de Maintenon, entretien XI de madame de Maintenon</i>, t. VI, -p. 20 à 218.—Et dans les <i>Lettres de madame</i> <span class="small1">de Maintenon</span>, -t. VI, p. 233-246.</p> - -<p><a id="Footnote_444" href="#FNanchor_444" class="label">[444]</a> <span class="small1">Saint-Simon</span>, <i>Mémoires authentiques</i>, t. XV, p. 473.—<span class="small1">Sévigné</span>, -<i>Lettres</i> (26 novembre 1670), t. I, p. 275, édit. de G. de S.-G.; ou -t. I, p. 206, édit. de M.—<i>Ib.</i> (13 janvier 1672), t. II, p. 346, édit. -de G. de S.-G.—<i>Ib.</i>, t. II, p. 293, édit. de M.—<i>Ib.</i> (26 juillet 1675), -t. III, p. 470, édit. de G.—<i>Ib.</i> (21 janvier 1695), t. XI, p. 124, -édit. de G.—<span class="small1">Montpensier</span>, <i>Mém.</i>, t. XLIII, p. 60.</p> - -<p><a id="Footnote_445" href="#FNanchor_445" class="label">[445]</a> <span class="small1">Saint-Simon</span>, <i>Mémoires authentiques</i>, t. XI, p. 109,—<i>Ib.</i>, t. VII, -p. 174.—<span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (23 août 1671), t. II, p. 201, édit. de G.; -<i>ib.</i>, t. II, p. 167, édit. de M.; <i>ib.</i> (16 août 1675), t. IV, p. 20, édit. -de G.; t. III, p. 397, édit. de M.—<span class="small1">La Fare</span>, <i>Mémoires</i>, t. LXV, -p. 187; <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (21 juin 1680), t. VII, p. 61, édit. de G.; <i>ib.</i>, -t. VI, p. 335, édit. de M.—<i>Ib.</i> (19 novembre 1687), t. VII, p. 318, -édit. de G.—<i>Ib.</i>, t. VIII, p. 45, édit. de M. (Marsillac est là mentionné -comme duc de la Rochefoucauld, nom qu'il porta après la mort de son -père); <i>ib.</i> (22 et 30 novembre 1688), t. VIII, p. 451 et 464, édit. -de G.; <i>ib.</i>, t. VIII, p. 169-181, édit. de M.; <i>ib.</i>, (13 décembre 1688), -t. IX, p. 19; <i>ib.</i>, t. IX, p. 217 (le grand veneur).</p> - -<p><a id="Footnote_446" href="#FNanchor_446" class="label">[446]</a> <i>Mémoires sur Sévigné</i>, 1<sup>re</sup> partie, p. 507, chap. <span class="small1">XXXVII</span>.</p> - -<p><a id="Footnote_447" href="#FNanchor_447" class="label">[447]</a> <span class="small1">Saint-Simon</span>, <i>Mémoires authentiques</i>, t. III, p. 232 à 235.—<i>Œuvres -complètes de</i> <span class="small1">Louis de Saint-Simon</span>, 1791, in-8<sup>o</sup>, t. X, p. 34-38.—<span class="small1">Sévigné</span>, -<i>Lettres</i> (4 novembre 1671), t. II, p. 261, édit. de G.; -t. II, p. 239, édit. de M. (16 août 1675), t. IV, p. 24; <i>ibid.</i>, t. III, page -401 (20 juillet 1679); t. VI, p. 99, édit. de G.; ou t. V, p. 415, -édit. de M.; <i>ib.</i> (11 mars 1689), t. IX, p. 207-209, édit. de G.; <i>ib.</i>, -t. VIII, p. 379, édit. de M.—(Lettre de madame de la Fayette, -19 septembre 1691), t. X, p. 408, édit de G. de S.-G.; t. IX, p 472, -édit. de M.</p> - -<p><a id="Footnote_448" href="#FNanchor_448" class="label">[448]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (20 juillet 1679), t. V, p. 415, édit. de M.; <i>ib.</i>, -t. VI, p. 99, édit. de G. de S.-G.—<span class="small1">Choisy</span>, <i>Mémoires</i>, t. LXIII, -p. 304-305.—<span class="small1">La Fare</span>, <i>Mémoires</i>, t. LXV, p. 185-187.</p> - -<p><a id="Footnote_449" href="#FNanchor_449" class="label">[449]</a> Son nom alors était Antoine de Nompar de Caumont, marquis de -Puyguilhem. Sur ce qui le concerne, voyez <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i>, en date -des 15 et 19 décembre 1670, 27 février 1671, 29 novembre 1671, décembre -1671, dans l'édit. de G. de S.-G., t. II, p. 305; 9 et 23 décembre -1671, 6 janvier 1677, 23 mars 1672, 8 mars 1676, 27 février 1679, -23 octobre 1680, 24 décembre 1688, 25 février 1689, 28 mai 1695.</p> - -<p><a id="Footnote_450" href="#FNanchor_450" class="label">[450]</a> <i>Mémoires et fragments historiques de</i> <span class="small1">Madame</span>, <i>duchesse</i> -<span class="small1">d'Orléans</span>; 1833, in-8<sup>o</sup>, p. 346.—<span class="small1">Choisy</span>, <i>Mémoires</i>, t. LXIII, -p. 520.—<span class="small1">Saint-Simon</span>, <i>Œuvres</i>, t. X, p. 120.—<span class="small1">Montpensier</span>, <i>Mémoires</i>, -p. 515, et t. XLIII, p. 124 et 136.—<span class="small1">La Fare</span>, t. LXV, -p. 181 et 182.—<span class="small1">Delort</span>, <i>Histoire de la détention des philosophes et -des gens de lettres à la Bastille et à Vincennes</i>, précédée de celle -de Fouquet, de Pellisson et de Lauzun; 1829, in-8<sup>o</sup>, p. 41 à 45-176-180-186, -190.—<span class="small1">La Bruyère</span>, chapitre <i>De la Cour</i>, 394, Straton.—<span class="small1">Caylus</span>, -<i>Mémoires</i>, t. XLVI, p. 466.</p> - -<p><a id="Footnote_451" href="#FNanchor_451" class="label">[451]</a> <span class="small1">Saint-Simon</span>, <i>Mémoires authentiques</i>, t. I, p. 20.—<span class="small1">Choisy</span>, -<i>Mémoires</i>, t. LXIII de la collection de Petitot et Monmerqué, p. 386-391-392, -463.—Madame de <span class="small1">la Fayette</span>, <i>Hist. de</i> <span class="small1">madame Henriette -d'Angleterre</span>, t. LXIV, p. 392 et 396-397.—<span class="small1">Loménie de Brienne</span>, -<i>Mémoires</i>, 1828, in-8<sup>o</sup>, p. 298.</p> - -<p><a id="Footnote_452" href="#FNanchor_452" class="label">[452]</a> <span class="small1">Saint-Simon</span>, <i>Mémoires authentiques</i>, édit. 1829, in-8<sup>o</sup>, t. III, -p. 177-181, chap. <span class="small1">XIII</span>; <i>ibid.</i>, t. XII, p. 141, chap. <span class="small1">XII</span>.—<span class="small1">Saint-Simon</span>, -<i>Œuvres complètes</i>, 1790, in-8<sup>o</sup>, t. III, p. 36-43; <i>ibid.</i>, p. 223 à 226.—(Lettre -de <span class="small1">Monsieur</span>, frère de Louis XIV, à Colbert.)</p> - -<p><a id="Footnote_453" href="#FNanchor_453" class="label">[453]</a> Nicolas Feuillet. Conférez sa relation, et <span class="small1">Boileau</span>, <i>Satire IX</i>, vers -249, t. I, p. 157, et la note dans l'édition de Saint-Marc, 1747, in-8<sup>o</sup>; -et t. I, p. 210, édit. de M. Berriat Saint-Prix, 1830, in-8<sup>o</sup>.—Sur -les remords qui pouvaient tourmenter cette princesse, voyez <span class="small1">Guy-Patin</span>, -<i>Lettres</i> (novembre 1654), t. I, p. 217, éd. 1846.</p> - -<p><a id="Footnote_454" href="#FNanchor_454" class="label">[454]</a> <span class="small1">Saint-Simon</span>, <i>Mém. authentiques</i>, t. III, p. 177, 181, ch. <span class="small1">XIII</span>; -<i>ibid.</i>, t. XII, p. 141, ch. <span class="small1">XII</span>.—<span class="small1">Saint-Simon</span>, <i>Œuvres complètes</i>, -t. III, p. 36-43; <i>ibid.</i>, p. 223 à 226 (Lettre de <span class="small1">Monsieur</span> à Colbert).—<span class="small1">Mignet</span>, -<i>Documents sur l'histoire de France, négociations relatives -à la succession d'Espagne sous Louis XIV</i>, 1842, in-4<sup>o</sup>, -t. III, p. 184, 186; <i>ibid.</i>, p. 208 (Lettre de Colbert à M. de Lionne, -du 3 juillet 1670).—<span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (12 février 1672, du 26 juin -1676), t. II, p. 385, édit. de G. de S.-G.; <i>ibid.</i>., t. II, p. 326, édit. de -M.—<span class="small1">Poncet de la Grave</span>, <i>Mémoires intéressants pour servir à l'histoire de France</i>, -t. III, p. 406 (<i>Mort chrétienne de</i> <span class="small1">Madame</span>, -<i>duchesse d'Orléans, femme de</i> <span class="small1">Monsieur</span>, <i>par</i> <span class="small1">Feuillet</span>). Il y a un -extrait très-incomplet de cette curieuse relation dans <span class="small1">Bussy</span>, <i>Supplément -aux lettres et mémoires</i>, t. I, p. 82-89.—Conférez encore, -dans <span class="small1">Poncet de la Grave</span>, <i>Mémoires</i>, etc., t. II, p. 128, 392 et 406, -et 411-419.—<span class="small1">La Fayette</span>, <i>Mémoires</i>, t. LXIV, p. 446-471. Bossuet a -donné une autre relation de la mort de <span class="small1">Madame</span>; voyez <span class="small1">Bossuet</span>, <i>Oraison -funèbre d'Henriette d'Angleterre</i>, édit. de 1686.—<span class="small1">De Bausset</span>, -<i>Vie de Bossuet</i>, t. I, p. 244 à 283.—<span class="small1">Choisy</span>, <i>Mém.</i>, t. LXIII, p. 417 -à 463.—<span class="small1">Montpensier</span>, <i>Mém.</i>, t. XLIII, p. 191, 196.—<span class="small1">La Fare</span>, <i>Mém.</i>, -t. LXV, p. 181.—<span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i>, t. I, p. 193, édit. de M.; <i>ibid.</i>, -t. I, p. 261, édit. de G. de S.-Germ. (lettre en date du 6 juillet -1670).—<span class="small1">Louis</span> XIV. <i>Œuvres</i>, t. V, p. 469.—<span class="small1">Bussy</span>, <i>Lettres</i>, t. III, -p. 219.—<span class="small1">Monmerqué</span>, <i>Biographie universelle</i>, t. XX, p. 198-199 -(art. <span class="small1">Henriette</span>).—<i>Mémoires, fragments historiques et correspondances -de</i> <span class="small1">Madame</span>, <i>duchesse d'Orléans</i>, 1833, in-8<sup>o</sup>, p. 209, 210, -211 et 398.—Sir <span class="small1">William Temple</span>, <i>Lettres</i>, t. II, p. 132.—<i>Le Sentiment -de Vallot</i> (médecin du roi) <i>sur les causes de la mort de -madame la duchesse d'Orléans</i> (mémoire autographe à la bibliothèque -de L'Arsenal).—<i>Lettres de madame</i> <span class="small1">de Sévigné</span>, édit. de G. -de S.-G., 1823, in-8<sup>o</sup>; et t. V, p. 4; et t. II, p. 261.—<i>Histoire secrète -de la France</i>; Londres, 1713, t. I, p. 130; t. III, p. 4.—Le -savant M. Floquet a publié, dans la <i>Bibliothèque de l'École des -chartes</i> (2<sup>e</sup> série, 1845, t. I, p. 174), une <i>Lettre inédite de</i> <span class="small1">Bossuet</span> -<i>sur la mort d'Henriette-Anne d'Angleterre, duchesse d'Orléans</i>. -Cette lettre n'a point été imprimée d'après l'autographe. Elle -est rapportée dans les <i>Mémoires de</i> <span class="small1">Philibert de la Mare</span>, conseiller -au parlement de Dijon, mort le 16 mai 1687, dont le manuscrit se -trouve à la Bibliothèque royale. C'est de ce manuscrit que M. Floquet -a tiré cette lettre. L'auteur des <i>Mémoires</i> n'a pu même dire -à qui elle est adressée; il est facile de voir qu'elle est supposée et -qu'elle ne peut avoir été écrite par Bossuet: fût-elle vraie et authentique, -elle ne ferait que confirmer l'exactitude du récit de madame -de la Fayette, la relation de Feuillet, les révélations de Saint-Simon, -et ajouter aux preuves nombreuses de l'empoisonnement.</p> - -<p><a id="Footnote_455" href="#FNanchor_455" class="label">[455]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i>, t. I, p. 193, édit. de M.—<i>Ibid.</i>, t. I, p. 261, -édit. de G. de S.-G. (6 juillet 1670).</p> - -<p><a id="Footnote_456" href="#FNanchor_456" class="label">[456]</a> Recueil de gazettes nouvelles, in-4<sup>o</sup> (17 janvier 1671); <span class="small1">Guy-Patin</span>, -<i>Lettres choisies</i>, 1685, in-18, p. 480 (lettre du 14 janvier -1671; le fait eut lieu le 13; la date de la lettre est exacte).</p> - -<p><a id="Footnote_457" href="#FNanchor_457" class="label">[457]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i>, t. I, p. 227, édit. de Monmerqué.—<i>Ibid.</i>, -t. I, p. 302, édit. de G. de S.-G. (23 janvier 1671).—<span class="small1">Montpensier</span>, -<i>Mémoires</i>, t. XLIII, p. 276 et 277.</p> - -<p><a id="Footnote_458" href="#FNanchor_458" class="label">[458]</a> <span class="small1">Bussy</span>, <i>Supplément aux lettres et mémoires</i>, t. I, p. 89 (lettre -de madame de Montmorency, à Paris, ce 25 février 1671; peut-être -faut-il corriger 25 janvier).</p> - -<p><a id="Footnote_459" href="#FNanchor_459" class="label">[459]</a> Voyez ci-dessus, 2<sup>e</sup> partie, p. 34, chapitre <span class="small1">III</span>.—<span class="small1">Coligny-Saligny</span>, -<i>Mémoires</i>, 1841 et 1843, in-8<sup>o</sup>, p. 24-31.—<span class="small1">Lenet</span>, <i>Mémoires</i>, -t. LIII, p. 139 à 143.—<span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i>, 3 juillet 1655, t. I, -p. 40, édit. de G. de S.-G.; t. I, p. 32, édit. de M.</p> - -<p><a id="Footnote_460" href="#FNanchor_460" class="label">[460]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i>, t. II, p. 10, édit. de M., ou t. II, p. 12, édit. -de G. de S.-G. (lettre du 10 avril 1671).—<span class="small1">Guy-Patin</span> (lettre en -date du 17 mars 1671).</p> - -<p><a id="Footnote_461" href="#FNanchor_461" class="label">[461]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (23 janvier 1671), t. I, p. 230, édit. de M.; -t. I, p. 302, édit. de G. de S.-G.—(1<sup>er</sup> février 1671, lettre de Bussy -à madame de Sévigné), t. I, p. 231, édit. de M.—<i>Ibid.</i>, t. I, p. 305, -édit. de G. de S.-G.</p> - -<p><a id="Footnote_462" href="#FNanchor_462" class="label">[462]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (2 septembre 1687, notre cousin d'Allemagne), -t. VII, p. 471, édit. de M.; t. VII, p. 268, édit. de G. de S.-G.—(13 -septembre 1687), t. VII, p. 474, édit. de M.; t. VIII, p. 271, édit. -de G. de S.-G—(13 août 1688, à notre cousin d'Allemagne), t. VIII, -p. 61, édit. de M.; t. VIII, p. 335, édit. de G. de S.-G.—(15 et 22 -septembre 1688), t. VIII, p. 78 et 80, édit. de M.; t. VIII, p. 354 et -356, édit. de G. de S.-G.—(23 mars 1689), t. VIII, p. 390, édit. de -M.—(22 septembre 1688), t. VIII, p. 356, édit. de G. de S.-G.</p> - -<p><a id="Footnote_463" href="#FNanchor_463" class="label">[463]</a> <span class="small1">Monmerqué</span>, <i>Lettres de madame</i> <span class="small1">de Sévigné</span>, édit. 1820, in-8<sup>o</sup>, -p. 106, note <i>a</i>, p. 80, note <i>a</i>, et t. V, p. 358.</p> - -<p><a id="Footnote_464" href="#FNanchor_464" class="label">[464]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (22 et 28 septembre 1688), t. VIII, p. 81 et -88, édit. de M.; t. VIII, p. 357 et 360, édit. de G. de S.-G.</p> - -<p><a id="Footnote_465" href="#FNanchor_465" class="label">[465]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (28 septembre 1688).—On fit une nouvelle -des aventures de ce Jean-Louis de Rabutin, sous le titre de <i>l'Heureux page</i>, -nouvelle galante, 1691 à 1694; Cologne, 1691 à 1697. -Voy. <span class="small1">Barbier</span> <i>Anonymes</i>, t. II, p. 52, qui n'indique pas l'auteur. -L'auteur fait mention de ce comte Jean-Louis de Rabutin qui aurait parlé -un peu librement de son cousin Rozier.</p> - -<p><a id="Footnote_466" href="#FNanchor_466" class="label">[466]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (10 décembre 1670), t. I, p. 211, édit. de M.; -t. I, p. 282, édit. de G. de S.-G.</p> - -<p><a id="Footnote_467" href="#FNanchor_467" class="label">[467]</a> Voyez ci-dessus, chapitre <span class="small1">XI</span>, p. 193 de ce volume.</p> - -<p><a id="Footnote_468" href="#FNanchor_468" class="label">[468]</a> <span class="small1">Bussy</span>, <i>Lettres</i>, t. V, p. 157 (lettre du comte de Choiseul à -Bussy, en date du 3 mai 1671). Ce frère du comte de Saint-Paul -prit par la suite le nom d'abbé d'Orléans.</p> - -<p><a id="Footnote_469" href="#FNanchor_469" class="label">[469]</a> <i>Histoire de la maréchale de la Ferté</i>, dans la <i>France galante</i>, -1695, p. 191 à 263.—<i>Histoire amoureuse des Gaules</i>, 1754, -t. III, p. 1 à 102.</p> - -<p><a id="Footnote_470" href="#FNanchor_470" class="label">[470]</a> Jean-Louis-Marie, comte de Fiesque.</p> - -<p><a id="Footnote_471" href="#FNanchor_471" class="label">[471]</a> Conférez les <i>Vieilles amoureuses</i>, dans la <i>France galante</i>, 1695, -p. 191 à 263.—<span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (17 avril et 17 juillet 1676), t. IV, -p. 262 et 380, édit. de M.; t. V, p. 19, édit. de G. de S.-G.</p> - -<p><a id="Footnote_472" href="#FNanchor_472" class="label">[472]</a> Madeleine d'Angennes de la Loupe, femme du maréchal de la -Ferté-Senectaire (Sennetaire).</p> - -<p><a id="Footnote_473" href="#FNanchor_473" class="label">[473]</a> <span class="small1">Montpensier</span>, <i>Mémoires</i>, t. XLII, p. 456.—<span class="small1">Loret</span>, liv. III, -p. 142; liv. IV, p. 85, 97, 123.</p> - -<p><a id="Footnote_474" href="#FNanchor_474" class="label">[474]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (lettre du 24 juillet 1675), t. III, p. 335, -édit. de M.—<i>Ibid.</i>, t. III, p. 461, édit. de G. de S.-G. «Pour ce -dernier (le comte de Fiesque), on est tenté de dire: Di cortesia più -che guerra amico.»</p> - -<p><a id="Footnote_475" href="#FNanchor_475" class="label">[475]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (10 décembre 1670), t. I, p. 211, édit. de M., et -t. I, p. 282.—(17 juillet 1676), t. IV, p. 380. édit. de M.; t. V, p. 29, -édit. de G. de S.-G.—<i>France galante ou Histoire amoureuse de -la cour</i>, 1695, in-12, p. 1 à 102, et p. 265 à 405 (<i>France italienne</i>).—<span class="small1">Monmerqué</span>, -dans les <i>Lettres de Sévigné</i>, t. VI, p. 138, note <i>a</i>.</p> - -<p><a id="Footnote_476" href="#FNanchor_476" class="label">[476]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (10 décembre 1670), t. I, p. 210, édit. de Monmerqué; -t. I, p. 2?1, édit. de G. de S.-G.—<span class="small1">Montpensier</span>, <i>Mémoires</i>, -t. XLII, p. 50, 77, 87, 95, 108, 113.—<span class="small1">La Fayette</span>, t. LXIV, p. 378.—<span class="small1">Bussy</span>, -t. V, p. 83.</p> - -<p><a id="Footnote_477" href="#FNanchor_477" class="label">[477]</a> <span class="small1">Montpensier</span>, <i>Mémoires</i>, t. XLIII, p. 247 et 248 (année 1670).—<span class="small1">Caylus</span>, -<i>Mémoires</i>, t. LXVI, p. 403 et 404.</p> - -<p><a id="Footnote_478" href="#FNanchor_478" class="label">[478]</a> <span class="small1">Caylus</span>, <i>Mémoires</i>, t. LXVI, p. 402 et 403.</p> - -<p><a id="Footnote_479" href="#FNanchor_479" class="label">[479]</a> <span class="small1">Montpensier</span>, <i>Mémoires</i>, t. XLII, p. 95, 96 (année 1656).</p> - -<p><a id="Footnote_480" href="#FNanchor_480" class="label">[480]</a> Conférez <span class="small1">Sévigné</span>, t. I, p. 322, 323, 334; t. III, p. 263, 304, 305; -t. V, p. 170; t. VI, p. 177; t. VII, p. 190.—<span class="small1">Bussy</span>, <i>Lettres</i>, t. V, -p. 79-82.—<span class="small1">Benserade</span>, <i>Œuvres</i>, t. I, p. 170.—<span class="small1">Montpensier</span>, <i>Mémoires</i>, -t. XLIII, p. 21, 196.—<span class="small1">La Fayette</span>, <i>Mémoires</i>, t. LXIV, -p. 395, 410, 414, 456.—<span class="small1">Caylus</span>, <i>Mémoires</i>, t. LXVI, p. 379 et 380.</p> - -<p><a id="Footnote_481" href="#FNanchor_481" class="label">[481]</a> <span class="small1">Montpensier</span>, <i>Mémoires</i>, t. XLIII, p. 299 (1671).—<span class="small1">Sévigné</span>, -<i>Lettres</i> (13 février 1671), t. I, p. 247, édit. de Monmerqué; t. I, -p. 324, édit. de G. de S.-G.—<span class="small1">Bussy</span>, <i>Lettres</i>, t. III, p. 306 (7 janvier -1671).</p> - -<p><a id="Footnote_482" href="#FNanchor_482" class="label">[482]</a> <span class="small1">Montpensier</span>, <i>Mémoires</i>, t. XLIII, p. 299 (1671).—<span class="small1">Bussy</span>, <i>Lettres</i>, -t. III, p. 306 (7 février 1671).—<span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (13 février -1671), t. I, p. 247, édit. de M.; t. I, p. 324, édit. de G. de S.-G.</p> - -<p><a id="Footnote_483" href="#FNanchor_483" class="label">[483]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (8 avril 1672), t. II, p. 453, édit. de G. de -S.-G.; t. I, p. 383, édit. de M.</p> - -<p><a id="Footnote_484" href="#FNanchor_484" class="label">[484]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (12 février 1671), t. I, p. 322, édit. de G. de -S.-G.; t. I, p. 245, édit. de M.</p> - -<p><a id="Footnote_485" href="#FNanchor_485" class="label">[485]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (18 février 1671), t. I, p. 334, édit. de G. de -S.-G.; t. I, p. 255, édit. de M.</p> - -<p><a id="Footnote_486" href="#FNanchor_486" class="label">[486]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres de Marie Rabutin-Chantal à madame la -comtesse de Grignan, sa fille</i>, 1726, in-12, t. I, p. 32 (lettre du -18 février 1671).</p> - -<p><a id="Footnote_487" href="#FNanchor_487" class="label">[487]</a> Sur la Vallière, conférez <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (13 janvier 1672), - t. II, p. 342, édit. de G. de S.-G.—(13 décembre 1675), t. III, -p. 263, édit. de G. de S.-G.—<i>Ibid.</i>, t. III, p. 172, édit. de M.—(12 -janvier 1674), t. III, p. 304, édit. de G. de S.-G.—<i>Ibid.</i> t. III, -p. 206 et 207, édit. de M. (la Rosée).—(5 juin 1675, écrite le -lendemain de la profession de madame de la Vallière), t. III, p. 403 -et 404, édit. de G. de S.-G.—<i>Ibid.</i>, t. III, p. 283.—(29 avril 1676), -t. IV, p. 412, édit. de G. de S.-G.—<i>Ibid.</i>, t. IV, p. 272, édit. de M.—(16 -octobre 1676), t. V, p. 170, édit. de G. de S.-G.—<i>Ibid.</i>, t. V, -p. 30, édit. de M. (29 décembre 1679); t. VI, p. 276, édit. de G. de -S.-G.—<i>Ibid.</i>, t. VI, p. 83.—(5 janvier 1680), t. VI, p. 286, édit. de -G. de S.-G.; t. VI, p. 92, édit. de M.—(1<sup>er</sup> septembre 1680, lettre -de Corbinelli à Bussy), t. VII, p. 190, édit. de G. de S.-G.—<i>Ibid.</i>, -t. VI, p. 443, édit. de M., et la note <i>a</i>, qui contient le songe de la -marquise de la Beaume.—<span class="small1">Bussy</span>, <i>Lettres</i>, t. V, p. 83.</p> - -<p><a id="Footnote_488" href="#FNanchor_488" class="label">[488]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (15 décembre 1670), t. I, p. 212, édit. de Monmerqué.—<i>Ibid.</i>, -t. I, p. 283, édit. de G. de S.-G.; t. I. p. 15 de -l'édit. 1726 (sans nom de lieu). Cette lettre commence cette édition, -qui est la première imprimée en France.</p> - -<p><a id="Footnote_489" href="#FNanchor_489" class="label">[489]</a> <span class="small1">Gourville</span>, <i>Mémoires</i>, t. LI, p. 410, 420, 428, 434, 435.—<span class="small1">Turpin</span>, -<i>Vie de Louis de Bourbon, prince de Condé</i>, t. XXV des -<i>Hommes illustres de la France</i>, ou t. II de l'<i>Histoire de Condé</i>, -p. 161 et 162.</p> - -<p><a id="Footnote_490" href="#FNanchor_490" class="label">[490]</a> <span class="small1">Motteville</span>, <i>Mémoires</i>, t. XXXVIII, p. 102; t. XXXIX, p. 109.</p> - -<p><a id="Footnote_491" href="#FNanchor_491" class="label">[491]</a> <span class="small1">Choisy</span>, <i>Mémoires</i>, t. LXIII, p. 519.</p> - -<p><a id="Footnote_492" href="#FNanchor_492" class="label">[492]</a> <span class="small1">Guy-Patin</span>, <i>Lettres</i> (10 mai 1653), t. I, p. 195, édit. de 1846, -in-8<sup>o</sup>.</p> - -<p><a id="Footnote_493" href="#FNanchor_493" class="label">[493]</a> <span class="small1">Montpensier</span>, <i>Mémoires</i>, t. XL, p. 338.</p> - -<p><a id="Footnote_494" href="#FNanchor_494" class="label">[494]</a> <span class="small1">Motteville</span>, <i>Mémoires</i>, t. XXXVII, p. 350; t. XXXVIII, p. 102; -t. XXXIX, p. 109.—<span class="small1">Montpensier</span>, <i>Mémoires</i>, t. XLI, p. 385.—<span class="small1">Choisy</span>, -<i>Mémoires</i>, t. LXIII, p. 519, 520.</p> - -<p><a id="Footnote_495" href="#FNanchor_495" class="label">[495]</a> <span class="small1">Montpensier</span>, <i>Mémoires</i>, t. XLIII, p. 144.</p> - -<p><a id="Footnote_496" href="#FNanchor_496" class="label">[496]</a> Marie-Louise d'Orléans, née le 27 mai 1662, nommée <span class="small1">Mademoiselle</span> -comme mademoiselle de Montpensier, et mademoiselle de Valois, -née le 27 août 1669, toutes deux filles d'Henriette d'Angleterre.</p> - -<p><a id="Footnote_497" href="#FNanchor_497" class="label">[497]</a> Ci-dessus, chapitre <span class="small1">VII</span>, p. 116, et chapitre <span class="small1">XIII</span>, p. 226.</p> - -<p><a id="Footnote_498" href="#FNanchor_498" class="label">[498]</a> <span class="small1">Montpensier</span>, <i>Mémoires</i>, t. XLIII, p. 184 et 185.</p> - -<p><a id="Footnote_499" href="#FNanchor_499" class="label">[499]</a> Id., <i>Mémoires</i>, t. XLIII, p. 159.—<span class="small1">Saint-Simon</span>, <i>Mémoires authentiques</i>, -t. II, p. 114. Voy. ci-dessus, chap. <span class="small1">VIII</span>, p. 130.</p> - -<p><a id="Footnote_500" href="#FNanchor_500" class="label">[500]</a> <span class="small1">Tallemant</span>, <i>Historiettes</i>, t. I, p. 293, 294, 296, édit. in-8<sup>o</sup>.—<span class="small1">Montpensier</span>, -<i>Mémoires</i>, t. XLIII, p. 159, 171, 205, 206, 209.—<span class="small1">Loret</span>, -<i>Muse historique</i>, liv. IX, p. 10, 23.—<i>Ibid.</i>, liv. VIII, p. 139.—<span class="small1">Conrart</span>, -<i>Mémoires</i>, t. XLVIII, p. 64.—<span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i>, t. I, -p. 201, édit. de M.—<i>Ibid.</i>, t. I, p. 171, édit. de G. de S.-G. (19 novembre -1671); t. I, p. 286, édit. de M.; t. I, p. 376, édit. de G. de -S.-G. (13 mars 1671).—<i>Ibid.</i>, t. III, p. 422, édit. de M.; t. IV, -p. 48, édit. de G. de S.-G. (23 août 1675).—<i>Ibid.</i>, t. III, p. 448, -édit. de M.; t. IV, p. 76 (4 septembre 1675).—<i>Ibid.</i>, t. IV, p. 146, -édit. de M.; t. IV, p. 273, édit. de G. de S.-G. (25 décembre 1675).—<i>Ibid.</i>, -t. V, p. 255, édit. de M.; t. V, p. 427, édit. de G. de S.-G. -(15 septembre 1677).—<i>Ibid.</i>, t. IV, p. 152, édit. de M.; t. IV, -p. 278, édit. de G. de S.-G. (C'est là qu'il est dit que madame de Puisieux -avait quatre-vingts ans, 29 décembre 1675.)—<i>Ibid.</i>, t. V, -p. 259, édit. de M.; t. V, p. 430, édit. de G. de S.-G. (13 octobre -1677).—<i>Ibid.</i>, t. V, p. 263, édit. de M.; t. VI, p. 434, édit. de G. -de S.-G. (16 octobre 1677).</p> - -<p><a id="Footnote_501" href="#FNanchor_501" class="label">[501]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (24 février 1673), t. III, p. 73, édit. de M.; -t. III, p. 145, édit. de G. de S.-G.</p> - -<p><a id="Footnote_502" href="#FNanchor_502" class="label">[502]</a> <span class="small1">Montpensier</span>, <i>Mémoires</i>, t. XLIII, p. 159, 183.</p> - -<p><a id="Footnote_503" href="#FNanchor_503" class="label">[503]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, t. I, p. 300, édit. de M.; t. I, p. 389, édit. de G. de S.-G. -(20 mars 1671).—<span class="small1">Segrais</span>, <i>Mémoires</i>, t. II des <i>Œuvres</i>, pag. 92 -et 93.</p> - -<p><a id="Footnote_504" href="#FNanchor_504" class="label">[504]</a> <span class="small1">Mademoiselle</span>, <i>Mémoires</i>, t. XLIII, p. 206 et 213.—<span class="small1">Segrais</span>, -<i>Mémoires</i>, dans ses <i>Œuvres</i>, 1755, t. II, p. 92.</p> - -<p><a id="Footnote_505" href="#FNanchor_505" class="label">[505]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (15 décembre 1670)</p> - -<p><a id="Footnote_506" href="#FNanchor_506" class="label">[506]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (15 décembre 1670), t. I, p. 212, édit. de Monmerqué; -t. I, p. 283, édit. de G. de S.-G.; t. I, p. 15 de l'édit. 1726.</p> - -<p><a id="Footnote_507" href="#FNanchor_507" class="label">[507]</a> <span class="small1">Montpensier</span>, <i>Mémoires</i>, t. XLIII, p. 103, 160 (année 1666).—<span class="small1">Choisy</span>, -<i>Mémoires</i>, t. LXIII, p. 520.</p> - -<p><a id="Footnote_508" href="#FNanchor_508" class="label">[508]</a> <span class="small1">Montpensier</span>, <i>Mémoires</i>, t. I, p. 285.</p> - -<p><a id="Footnote_509" href="#FNanchor_509" class="label">[509]</a> Id., <i>Mémoires</i>, t. XLIII, p. 174.</p> - -<p><a id="Footnote_510" href="#FNanchor_510" class="label">[510]</a> Id., <i>Mémoires</i>, t. XLIII, p. 183.</p> - -<p><a id="Footnote_511" href="#FNanchor_511" class="label">[511]</a> Conférez notre <i>Hist. de la vie et des ouvrages de la Fontaine</i>, -3<sup>e</sup> édition, et la notice sur Rambouillet de la Sablière, dans notre -édition des madrigaux de ce dernier, et l'article que nous lui avons -consacré dans la <i>Biographie universelle</i>.</p> - -<p><a id="Footnote_512" href="#FNanchor_512" class="label">[512]</a> <span class="small1">La Fare</span>, <i>Mémoires</i>, t. LXV, p. 184. Quoique madame de la -Sablière ne soit pas nommée, c'est d'elle qu'il est question dans cet -endroit des Mémoires de la Fare. Conférez avec ce passage celui des -<i>Mémoires de</i> <span class="small1">Montpensier</span>, t. XLIII, p. 171.</p> - -<p><a id="Footnote_513" href="#FNanchor_513" class="label">[513]</a> <span class="small1">Montpensier</span>, <i>Mémoires</i>, t. XLIII, p. 171.</p> - -<p><a id="Footnote_514" href="#FNanchor_514" class="label">[514]</a> <span class="small1">Montpensier</span>, Mémoires, t. XLIII, p. 144.</p> - -<p><a id="Footnote_515" href="#FNanchor_515" class="label">[515]</a> <span class="small1">Corneille</span>, <i>Suite du Menteur</i>, acte IV, scène 2.</p> - -<p><a id="Footnote_516" href="#FNanchor_516" class="label">[516]</a> <span class="small1">Montpensier</span>, <i>Mémoires</i>, t. XLIII, p. 145.</p> - -<p><a id="Footnote_517" href="#FNanchor_517" class="label">[517]</a> <span class="small1">Montpensier</span>, <i>Mémoires</i>, t. XLIII, p. 163.</p> - -<p><a id="Footnote_518" href="#FNanchor_518" class="label">[518]</a> <span class="small1">Montpensier</span>, <i>Mémoires</i>, t. XLIII, p. 164.</p> - -<p><a id="Footnote_519" href="#FNanchor_519" class="label">[519]</a> Id., <i>ibid.</i>, p. 145.</p> - -<p><a id="Footnote_520" href="#FNanchor_520" class="label">[520]</a> <span class="small1">Montpensier</span>, <i>Mémoires</i>, t. XLIII, p. 145.</p> - -<p><a id="Footnote_521" href="#FNanchor_521" class="label">[521]</a> Id., <i>ibid.</i>, p. 146.</p> - -<p><a id="Footnote_522" href="#FNanchor_522" class="label">[522]</a> <span class="small1">Montpensier</span>, <i>Mémoires</i>, t. XLIII, p. 144.</p> - -<p><a id="Footnote_523" href="#FNanchor_523" class="label">[523]</a> <span class="small1">Montpensier</span>, <i>Mémoires</i>, t. XLIII, p. 162.</p> - -<p><a id="Footnote_524" href="#FNanchor_524" class="label">[524]</a> <span class="small1">Montpensier</span>, <i>Mémoires</i>, t. XLIII, p. 144.</p> - -<p><a id="Footnote_525" href="#FNanchor_525" class="label">[525]</a> <span class="small1">Montpensier</span>, <i>Mémoires</i>, t. XLIII, p. 148.</p> - -<p><a id="Footnote_526" href="#FNanchor_526" class="label">[526]</a> <span class="small1">Montpensier</span>, <i>Mémoires</i>, t. XLIII, P. 215 à 229.</p> - -<p><a id="Footnote_527" href="#FNanchor_527" class="label">[527]</a> <span class="small1">Montpensier</span>, <i>Mémoires</i>, t. XLIII, p. 152.</p> - -<p><a id="Footnote_528" href="#FNanchor_528" class="label">[528]</a> <span class="small1">MONTPENSIER</span>, <i>Mémoires</i>, t. XLIII, p. 189.</p> - -<p><a id="Footnote_529" href="#FNanchor_529" class="label">[529]</a> <span class="small1">Montpensier</span>, <i>Mémoires</i>, t. XLIII, p. 215.</p> - -<p><a id="Footnote_530" href="#FNanchor_530" class="label">[530]</a> <span class="small1">Montpensier</span>, <i>Mémoires</i>, t. XLIII, p. 217.</p> - -<p><a id="Footnote_531" href="#FNanchor_531" class="label">[531]</a> <span class="small1">Montpensier</span>, <i>Mémoires</i>, t. XLIII, p. 222 à 229.</p> - -<p><a id="Footnote_532" href="#FNanchor_532" class="label">[532]</a> <span class="small1">Montpensier</span>, <i>Mémoires</i>, t. XLIII, p. 223.</p> - -<p><a id="Footnote_533" href="#FNanchor_533" class="label">[533]</a> Id., <i>ibid.</i>, p. 230 et 231.</p> - -<p><a id="Footnote_534" href="#FNanchor_534" class="label">[534]</a> <span class="small1">Montpensier</span>, <i>Mémoires</i>, t. XLIII, p. 235.</p> - -<p><a id="Footnote_535" href="#FNanchor_535" class="label">[535]</a> <span class="small1">Montpensier</span>, <i>Mémoires</i>, t. XLIII, p. 239.</p> - -<p><a id="Footnote_536" href="#FNanchor_536" class="label">[536]</a> Id., <i>ibid.</i>, p. 265.</p> - -<p><a id="Footnote_537" href="#FNanchor_537" class="label">[537]</a> Id., <i>ibid.</i>, p. 242 à 250.—<span class="small1">La Fare</span>, <i>Mémoires</i>, t. LXV, p. 181, -182.—<span class="small1">Choisy</span>, <i>Mémoires</i>, t. LXIII, p. 521.</p> - -<p><a id="Footnote_538" href="#FNanchor_538" class="label">[538]</a> <span class="small1">Caylus</span>, <i>Mémoires</i>, t. LXVI, p. 411.</p> - -<p><a id="Footnote_539" href="#FNanchor_539" class="label">[539]</a> <span class="small1">Montpensier</span>, <i>Mémoires</i>, t. XLIII, p. 266, 270, 271.</p> - -<p><a id="Footnote_540" href="#FNanchor_540" class="label">[540]</a> <span class="small1">La Fare</span>, <i>Mémoires</i>, t. LXV, p. 182.—<span class="small1">Choisy</span>, <i>Mémoires</i>, -t. LXIII, p. 522.</p> - -<p><a id="Footnote_541" href="#FNanchor_541" class="label">[541]</a> <span class="small1">Montpensier</span>, <i>Mémoires</i>, t. XLIII, p. 378.</p> - -<p><a id="Footnote_542" href="#FNanchor_542" class="label">[542]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (24 décembre 1670), t. I, p. 264, édit. de G. -de S.-G.</p> - -<p><a id="Footnote_543" href="#FNanchor_543" class="label">[543]</a> <span class="small1">Choisy</span>, <i>Mémoires</i>, t. LXIII, p. 523.—<span class="small1">Sévigné</span> (27 février -1671), t. I, p. 349, édit. de G. de S.-G.; (19 et 24 décembre 1670), -t. I, p. 218 et 220, édit. de M.; t. I, p. 192 et 194, édit. de G. de -S.-G.; t. I, p. 19 et 23 de l'édition de 1726, dite de Rouen.</p> - -<p><a id="Footnote_544" href="#FNanchor_544" class="label">[544]</a> <span class="small1">Saint-Simon</span>, <i>Œuvres</i>, t. X, p. 123 et 135.—<span class="small1">Segrais</span>, <i>Œuvres</i>, -1799, in-12, t. II, p. 92.</p> - -<p><a id="Footnote_545" href="#FNanchor_545" class="label">[545]</a> <span class="small1">Delort</span>, <i>Détention des philosophes à la Bastille</i>, t. I, p. 41 -à 45, 129.—<span class="small1">La Fare</span>, <i>Mémoires</i>, t. LXV, p. 183.—<span class="small1">Petitot</span>, <i>Notice -sur Montpensier</i>, t. XL du recueil des <i>Mémoires</i>, p. 355-356.—<span class="small1">Sévigné</span>, -<i>Lettres</i> (2 et 23 décembre 1671, 6 janvier et 23 mars 1672), -t. II, p. 300, 306, 308, 319, 338, 435, édit. de G. de S.-G.</p> - -<p><a id="Footnote_546" href="#FNanchor_546" class="label">[546]</a> <span class="small1">Caylus</span>, <i>Mémoires</i>, t. LXVI, p. 411.—<span class="small1">Montpensier</span>, <i>Mémoires</i>, -t. XLIII, p. 281 à 287.—<span class="small1">Bussy</span>, <i>Lettres</i>, t. V, p. 297 à 307.</p> - -<p><a id="Footnote_547" href="#FNanchor_547" class="label">[547]</a> <span class="small1">Petitot</span>, <i>Notice sur Montpensier</i>, t. XL, p. 385.—<span class="small1">Sévigné</span>, -<i>Lettres</i> (8 mars 1676), t. IV, p. 362; (27 février 1679), t. VI, -p. 66; (23 octobre 1680), t. VII, p. 261, édit. de G. de S.-G.</p> - -<p><a id="Footnote_548" href="#FNanchor_548" class="label">[548]</a> <span class="small1">Saint-Simon</span>, <i>Œuvres</i>, t. X, p. 148.—<span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (24 décembre -1688), t. IX, p. 49; (28 mai 1695), t. XI, p. 175, édit. de -G. de S.-G.</p> - -<p><a id="Footnote_549" href="#FNanchor_549" class="label">[549]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i>, en date des 15, 19, 24 et 31 décembre 1670, -t. I, p. 218, 219, 220, 221, édit. de M.; t. I, p. 283-286, 292-295, -édit. de G.—<span class="small1">Marie Rabutin-ChantaL</span>, marquise de <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres -à madame de Grignan</i>, t. I, p. 18, édit. 1726.</p> - -<p><a id="Footnote_550" href="#FNanchor_550" class="label">[550]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (24 et 31 décembre 1670), t. I, p. 294, 296-298, -édit. de G. de S.-G.—<span class="small1">Bussy</span>, <i>Lettres</i>, t. III, p. 297 (Lettre de -madame de Scudéry à Bussy).—<i>Ibid.</i>, p. 307.</p> - -<p><a id="Footnote_551" href="#FNanchor_551" class="label">[551]</a> <span class="small1">La Fare</span>, <i>Mémoires</i>, t. LXV, p. 183.</p> - -<p><a id="Footnote_552" href="#FNanchor_552" class="label">[552]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i>, t. II, p. 165, édit. de M.; t. II, p. 198, édit. -de G. (23 août 1671).—<i>Ibid.</i>, t. VI, p. 12, M.; t. VI, p. 192, G. -(2 novembre 1679).</p> - -<p><a id="Footnote_553" href="#FNanchor_553" class="label">[553]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (4 novembre 1671), t. II, p. 280, édit. de G. de -S.-G.—<i>Ibid.</i>, t. II, p. 237, édit. de M. «Ah! ma fille, il y a aujourd'hui -deux ans qu'il se passa une étrange scène à Livry!» etc.</p> - -<p><a id="Footnote_554" href="#FNanchor_554" class="label">[554]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (6 mars, 19 et 23 août, 6 et 13 septembre, -4 novembre 1671), t. I, p. 277, 187, édit. de Monmerqué; t. I, -p. 361, édit. de G. de S.-G.; t. II, p. 163, 165, 272 et 273, édit. de -M.; t. II, p. 196, 198, 214, 280, 361, édit. de G. de S.-G.</p> - -<p><a id="Footnote_555" href="#FNanchor_555" class="label">[555]</a> Voyez dans les notes et éclaircissements sur l'<i>Histoire de la -vie et des ouvrages de la Fontaine</i>, 1<sup>re</sup> édition, 1820, in-8<sup>o</sup>, la -parodie de la fable intitulée <i>la Cigale et la Fourmi</i>.</p> - -<p><a id="Footnote_556" href="#FNanchor_556" class="label">[556]</a> <i>Recueils de chansons et de vaudevilles, mss. de mon cabinet</i>, -p. 288, verso.</p> - -<p><a id="Footnote_557" href="#FNanchor_557" class="label">[557]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (9 et 27 février 1671), t. I, p. 239 et 269, édit. -de M.; ou t. I, p. 315, édit. de G. de S.-G. (6, 9 et 25 février, -18 mars, 22 avril 1671; 29 avril, 20 juin et 30 décembre 1672); t. I, -p. 251, 254, 260, 263, 306, 307, 308, 313, 315, 324, 344, 384; t. II, -p. 33 et 34; t. III, p. 73-137.—La comtesse de Marans était la sœur -de mademoiselle de Montalais, dont nous avons parlé dans la première -partie de ces <i>Mémoires</i>.</p> - -<p><a id="Footnote_558" href="#FNanchor_558" class="label">[558]</a> Voyez ci-dessus, chap. <span class="small1">XI</span>, p. 189 à 192; et <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i>, t. I, -p. 254, édit. de G. de S.-G. (lettre de Bussy à madame de Sévigné, -du 25 juin 1670).</p> - -<p><a id="Footnote_559" href="#FNanchor_559" class="label">[559]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettre écrite à madame de Grignan</i>, le 21 janvier 1671, -<i>rétablie pour la première fois d'après le manuscrit autographe</i> -(par M. Monmerqué); Paris, Blaise, 1826, in-8<sup>o</sup>, p. 8 et 9.—<i>Lettres -de madame</i> <span class="small1">de Rabutin-Chantal</span>, <i>marquise</i> <span class="small1">de Sévigné</span>, <i>à madame -la comtesse de Grignan, sa fille</i>; la Haye, 1726, in-12, t. I, p. 119. -Dans cette édition, le passage est conforme à l'autographe publié -par M. Monmerqué; mais le texte des éditions du chevalier Perrin -porte: «Cette négligence, que nous vous avons tant reprochée.» Ces -derniers mots ont été ajoutés par l'éditeur, qui n'a pas été l'auteur des -suppressions faites à cette lettre, comme le croyait M. Monmerqué, -puisque ces suppressions se trouvent dans l'édition de Hollande, bien -antérieure à celle de Perrin.</p> - -<p><a id="Footnote_560" href="#FNanchor_560" class="label">[560]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (3 avril et 6 mai 1696), t. I, p. 317, édit. de -Monmerqué. Cette fille de M. le Duc, après avoir été légitimée, -porta le nom de Julie de Bourbon, demoiselle de Châteaubriand; son -mari se nommait Armand de Pardaillan, marquis de Lassay.</p> - -<p><a id="Footnote_561" href="#FNanchor_561" class="label">[561]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (1<sup>er</sup> août 1685), t. VII, p. 319, édit. de Monmerqué; -t. VIII, p. 104, édit. de G. de S.-G.</p> - -<p><a id="Footnote_562" href="#FNanchor_562" class="label">[562]</a> Conférez la première partie de ces <i>Mémoires</i>, chap. <span class="small1">VI</span>, p. 76-78.</p> - -<p><a id="Footnote_563" href="#FNanchor_563" class="label">[563]</a> <i>Poésies de</i> <span class="small1">Saint-Pavin</span> <i>et de</i> <span class="small1">Charleval</span>, 1769, in-12, édit. -de Saint-Marc, p. 68 à 72.—<i>Recueil des plus belles pièces des -poëtes français</i>; chez Claude Barbin, 1669, in-18, p. 325.—Toutes -les poésies de Saint-Pavin ne sont pas publiées.—Conférez <span class="small1">Monmerqué</span>, -<i>Lettres de Sévigné</i>, t. IX, p. 243.</p> - -<p><a id="Footnote_564" href="#FNanchor_564" class="label">[564]</a> <span class="small1">Bussy</span>, <i>Nouvelles lettres</i>, t. V, p. 136, ou Lettres de mesdemoiselles -de Montpensier, de Montmorency, du Pré, etc., édit. de -Léopold Collin; Paris, in-12, p. 163.</p> - -<p><a id="Footnote_565" href="#FNanchor_565" class="label">[565]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (31 mai 1675, 5 juillet 1685, 26 octobre 1689, -3 octobre 1694, 15 octobre 1695), t. III, p. 279; t. VII, p. 292; t. IX, -p. 185; t. X, p. 16 et 143, édit. de Monmerqué.</p> - -<p><a id="Footnote_566" href="#FNanchor_566" class="label">[566]</a> <span class="small1">Papon</span>, <i>Histoire de Provence</i>, t. IV, p. 819.</p> - -<p><a id="Footnote_567" href="#FNanchor_567" class="label">[567]</a> Idem, <i>ibid.</i>, t. IV, p. 816.</p> - -<p><a id="Footnote_568" href="#FNanchor_568" class="label">[568]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i>, t. I, p. 178, édit. de M.; t. I, p. 142, édit. de -G. de S.-G. (16 avril 1670).</p> - -<p><a id="Footnote_569" href="#FNanchor_569" class="label">[569]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (5 juin 1670), t. I, p. 256, édit. de G. de S.-G.</p> - -<p><a id="Footnote_570" href="#FNanchor_570" class="label">[570]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (12 septembre 1670), t. I, p. 269.</p> - -<p><a id="Footnote_571" href="#FNanchor_571" class="label">[571]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (12 septembre 1670), t. I, p. 270, édit G. de S.-G.</p> - -<p><a id="Footnote_572" href="#FNanchor_572" class="label">[572]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (25 juin 1670), t. I, p. 189 et 190, édit. M.—<i>Ibid.</i>, -t. I, p. 237, édit. G.—<span class="small1">Delort</span>, <i>De la détention des philosophes -à la Bastille</i>, t. I, p. 32, 161, 162, 166, 169 et 170. Les éditeurs -de Sévigné ont laissé le nom en blanc, parce qu'ils ne l'ont pas connu.</p> - -<p><a id="Footnote_573" href="#FNanchor_573" class="label">[573]</a> <span class="small1">Montpensier</span>, <i>Mémoires</i>, t. XLIII, p. 122.—<i>Lettre de madame</i> -<span class="small1">de Scudéry</span>, du 23 août 1670, dans <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i>, t. I, p. 190, -édit. de M.</p> - -<p><a id="Footnote_574" href="#FNanchor_574" class="label">[574]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (en date du 28 novembre 1670), t. I, p. 207, -édit. de M.; t. I, p. 278, édit. de G. de S.-G. (pour ***, il faut lire -Valcroissant.)</p> - -<p><a id="Footnote_575" href="#FNanchor_575" class="label">[575]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (26 novembre 1688), t. I, p. 175, édit. de M.—<i>Ibid.</i>, -t. I, p. 456, édit. de G. de S.-G.</p> - -<p><a id="Footnote_576" href="#FNanchor_576" class="label">[576]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (12 septembre, 28 novembre et 10 décembre -1670), t. I, p. 200, 207-209, édit. de M.—<i>Ibid.</i>, t. I, p. 270, 278 et -280, édit. de G. de S.-G.—<i>Ibid.</i> (17 février 1672), t. II, édit. M.—<i>Ibid.</i>, -t. II, p. 391, édit. G. (3, 7 et 19 juillet 1677), t. V, p. 113, -114, 118, 139, édit. M.—<i>Ibid.</i>, t. V, p. 269, 270, 294, édit. M.</p> - -<p><a id="Footnote_577" href="#FNanchor_577" class="label">[577]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (6 août 1670), t. I, p. 197, édit. de M.—<i>Ibid.</i>, -t. I, p. 266, édit. de G. de S.-G.</p> - -<p><a id="Footnote_578" href="#FNanchor_578" class="label">[578]</a> Henriette de Coulanges, marquise de la Trousse, sœur de Marie -de Coulanges, mère de madame de Sévigné.</p> - -<p><a id="Footnote_579" href="#FNanchor_579" class="label">[579]</a> Christophe de Coulanges, abbé de Livry.</p> - -<p><a id="Footnote_580" href="#FNanchor_580" class="label">[580]</a> <span class="small1">Saint-Simon</span>, <i>Mémoires authentiques</i>, t. I, p. 79 à 80.</p> - -<p><a id="Footnote_581" href="#FNanchor_581" class="label">[581]</a> <span class="small1">Somaize</span>, <i>le grand Dictionnaire des Précieuses</i>, t. II, p. 129.—Il -dit que <i>Sinésis</i> loge à la <i>petite Athènes</i>, c'est-à-dire au faubourg -Saint-Germain.</p> - -<p><a id="Footnote_582" href="#FNanchor_582" class="label">[582]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (10 décembre 1670), t. I, p. 209, édit. de M.—<i>Ibid.</i>, -t. I, p. 280, édit. de G.</p> - -<p><a id="Footnote_583" href="#FNanchor_583" class="label">[583]</a> Gabrielle-Louise de Saint-Simon, duchesse de Brissac, sœur du -duc de Saint-Simon, l'auteur des <i>Mémoires</i>.—Conférez <span class="small1">Sévigné</span>, -<i>Lettres</i> (29 juillet 1671, 10 février 1672), t. II, p. 164 et 386, édit. -de G. de S.-G. (26 mai 1673), t. III, p. 155, édit. G. (5 janvier -1674), t. III, p. 293, édit. G. (19 mai 1676), t. IV, p. 449, édit. G.</p> - -<p><a id="Footnote_584" href="#FNanchor_584" class="label">[584]</a> <i>Mémoire mss. sur la statistique de Paris au</i> <span class="small1">XVII</span><sup>e</sup> <i>siècle</i>.—Conférez -les notes à la fin du volume.</p> - -<p><a id="Footnote_585" href="#FNanchor_585" class="label">[585]</a> <span class="small1">Saint-Simon</span>, <i>Mém. authent.</i>, t. II, p. 422.—<span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> -(10 décembre 1670), t. I, p. 179, édit. G.</p> - -<p><a id="Footnote_586" href="#FNanchor_586" class="label">[586]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (26 novembre 1670), t. I, p. 304, édit. de M.; -t. I, p. 274, édit. G.—<span class="small1">Saint-Simon</span>, <i>Mém. authent.</i>, t. II, p. 122.</p> - -<p><a id="Footnote_587" href="#FNanchor_587" class="label">[587]</a> <span class="small1">Retz</span>, <i>Mém.</i>, t. XLIV, p. 290, 306, 307.—<span class="small1">Saint-Aulaire</span>, <i>Histoire -de la Fronde</i>, t. I, p. 298, 1<sup>re</sup> édition.</p> - -<p><a id="Footnote_588" href="#FNanchor_588" class="label">[588]</a> Antoine-François de la Trémouille, duc de Noirmoutier.—Conférez -<i>Mémoires</i> de Coulanges, p. 314 (Lettre de madame de Sévigné -à Ménage, 1658).—<span class="small1">Saint-Simon</span>, <i>Mémoires authentiques</i>.</p> - -<p><a id="Footnote_589" href="#FNanchor_589" class="label">[589]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (10 décembre 1670), t. I, p. 209, édit. M., et -282, édit. de G. de S.-G.—Guillaume mourut à Paris le 21 novembre -1670.</p> - -<p><a id="Footnote_590" href="#FNanchor_590" class="label">[590]</a> Voyez ci-dessus, p. 233, et <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (10 décembre 1670), -t. I, p. 211, édit. M.—<i>Ibid.</i>, t. I, p. 280-282.</p> - -<p><a id="Footnote_591" href="#FNanchor_591" class="label">[591]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (mercredi, 26 novembre 1670), t. I, p. 205, -édit. de M.—<i>Ibid.</i>, t. I, p. 275.—Sur le comte d'Armagnac, conférez -<span class="small1">Montpensier</span>, <i>Mém.</i>, t. XLIII, p. 60 et 416.—<span class="small1">Loret</span>, liv. XI, p. 158, -181.—<span class="small1">La Fayette</span>, <i>Mém.</i>, LXIV, p. 381.—<span class="small1">Louis</span> XIV, <i>Œuvres</i>, -t. V, p. 131 et 138.—<span class="small1">Bussy</span>, t. V, p. 46.</p> - -<p><a id="Footnote_592" href="#FNanchor_592" class="label">[592]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (25 juin 1670), t. I, p. 188, édit. de M.—<i>Ibid.</i>, -p. 256, édit. G. de S.-G.</p> - -<p><a id="Footnote_593" href="#FNanchor_593" class="label">[593]</a> En 1669. Conférez l'<i>Hist. de la vie et des ouvrages de la Fontaine</i>, -3<sup>e</sup> édition.—<span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (9 mars 1672), t. II, p. 415.</p> - -<p><a id="Footnote_594" href="#FNanchor_594" class="label">[594]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (15 août 1670), t. I, p. 199, édit. de M.; t. I, -p. 268, édit. de G. de S.-G.</p> - -<p><a id="Footnote_595" href="#FNanchor_595" class="label">[595]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (3 décembre 1670), t. I, p. 208, édit. de M.—<i>Ibid.</i>, -t. I, p. 279, édit. de G. de S.-G.</p> - -<p><a id="Footnote_596" href="#FNanchor_596" class="label">[596]</a> <span class="small1">Papon</span>, <i>Hist. de Provence</i>, t. IV, p. 691, 816 et 819.</p> - -<p><a id="Footnote_597" href="#FNanchor_597" class="label">[597]</a> <span class="small1">Saint-Simon</span>, <i>Mémoires authentiques</i>, t. X, p. 484.</p> - -<p><a id="Footnote_598" href="#FNanchor_598" class="label">[598]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (17 novembre 1673), t. III, p. 225, édit. de G. -L'évêque de Marseille est nommé <i>la Grêle</i>.—(24 novembre 1675), -t. IV, p. 219.—(18 août 1680), t. VII, p. 165.—(28 février 1690), -t. X, p 273.</p> - -<p><a id="Footnote_599" href="#FNanchor_599" class="label">[599]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (28 novembre 1670), t. I, p. 205 à 207, édit. -de M.; t. I, p. 275 à 277, édit. de G. de S.-G.</p> - -<p><a id="Footnote_600" href="#FNanchor_600" class="label">[600]</a> <i>Abrégé des délibérations faites en l'assemblée générale des -communautés du pays de Provence, tenue à Lambesc en décembre -1670, Janvier et mars 1671, par autorité de monseigneur comte</i> -<span class="small1">de Grignan</span>, <i>lieutenant général pour le roi dudit pays, et par -mandement de MM. les procureurs généraux dudit pays</i>. A Aix, -chez Charles David, imprimeur du roi, du clergé et de la ville; 1671, -in-4<sup>o</sup>, p. 43.—<span class="small1">Coriolis</span>, <i>Traité sur l'administration du comté de -Provence</i>, 1786, in 4<sup>o</sup>, t. I, p. 11.—<span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (10 avril -1671, madame de Fiesque à madame de Grignan), t. II, p. 17.—<i>Ibid.</i>, -t. II, p. 13, édit. de M.</p> - -<p><a id="Footnote_601" href="#FNanchor_601" class="label">[601]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (25 juin, 15 août, 12 septembre 1670), t. I, -p. 256, 268, 269, édit. de G. de S.-G.; ou t. I, p. 188, 199, 200, -édit. de Monmerqué.</p> - -<p><a id="Footnote_602" href="#FNanchor_602" class="label">[602]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (19 novembre 1670), t. I, p. 201, édit. de M.; -ou t. I, p. 271, édit. de G. de S.-G.</p> - -<p><a id="Footnote_603" href="#FNanchor_603" class="label">[603]</a> Charlotte d'Étampes de Valencey, marquise de Puisieux. Voyez -ci-dessus, p. 247.</p> - -<p><a id="Footnote_604" href="#FNanchor_604" class="label">[604]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (19 novembre 1671), t. I, p. 278, édit. de G. -de S.-G.; t. I, p. 203, édit. de M.</p> - -<p><a id="Footnote_605" href="#FNanchor_605" class="label">[605]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (19 août 1676), t. II, p. 196, édit. de M.—<i>Ib.</i> -(24 février 1673), madame de Coulanges à madame de Sévigné, -t. III, p. 144, édit. de G. de S.-G.; t. III, p. 73, édition de Monmerqué.</p> - -<p><a id="Footnote_606" href="#FNanchor_606" class="label">[606]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (23 décembre 1671), t. II, p. 320 et 321, -édit. de G. de S.-G.; t. II, p. 271, édit. de M.</p> - -<p><a id="Footnote_607" href="#FNanchor_607" class="label">[607]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (22 janvier 1672), t. II, p. 354, édit. de G. de -S.-G.—<i>Ibid.</i>, t. II, p. 299, édit. de M.—<i>Ibid.</i> (16 mai 1672, à madame -de Grignan), t. III, p. 33, édit. de G. de S.-G.; t. II, p. 440, édit. -de M.—<i>Ibid.</i> (23 mai 1672), t. III, p. 34, édit. de G. de S.-G.; t. II, -p. 445, édit. de M.—<i>Ibid.</i> (3 juillet 1672), t. III, p. 92, édit. de G. -de S.-G.; t. III, p. 26, édit. de M.—<i>Ibid.</i> (11 juillet 1672), t. III, -p. 103, édit. de G. de S.-G.; t. III, p. 36, édit. de M.—<i>Ibid.</i> (24 février -1673), t. III, p. 73, édit. de M.—<i>Ibid.</i> (19 août 1675), t. III, -p. 411, édit. de M.—<i>Ibid.</i> (29 mars 1680), t. VI, p. 419, édit. de G. -de S.-G.; t. VI, p. 212, édit de M.</p> - -<p><a id="Footnote_608" href="#FNanchor_608" class="label">[608]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (19 avril 1680), t. VI, p. 452, édit. de G. de -S.-G.; t. VI, p. 236, édit. de M.—<i>Ibid.</i> (15 juin 1680), t. VII, -p. 48, édit. de G. de S.-G.; t. VI, p. 323 (24 juillet 1680).</p> - -<p><a id="Footnote_609" href="#FNanchor_609" class="label">[609]</a> <span class="small1">Xavier Girault</span>, Notice biographique, etc., dans Sévigné, édit. -de G. de S.-G., p. 114.</p> - -<p><a id="Footnote_610" href="#FNanchor_610" class="label">[610]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (17 février 1672), t. II, p. 289, édit. de G. de -S.-G.; t. II, p. 331, édit. de M.</p> - -<p><a id="Footnote_611" href="#FNanchor_611" class="label">[611]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (15 avril et 6 mai 1676), t. IV, p. 396 et 422, -édit. de G. de S.-G.; t. IV, p. 281, édit. de M.</p> - -<p><a id="Footnote_612" href="#FNanchor_612" class="label">[612]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (11 mars 1676), t. IV, p. 229, édit. de M.</p> - -<p><a id="Footnote_613" href="#FNanchor_613" class="label">[613]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (1<sup>er</sup> février 1690, lettre de madame de Sévigné -à madame de Grignan), t. X, p. 228, édit. de G. de S.-G.; t. IX, -p. 331, édit. de M.</p> - -<p><a id="Footnote_614" href="#FNanchor_614" class="label">[614]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (24 juillet 1680), t. VII, p. 129, édit. de G. -de S.-G.; t. VI, p. 190, édit. de M.</p> - -<p><a id="Footnote_615" href="#FNanchor_615" class="label">[615]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (28 novembre 1670), t. I, p. 275, édit. de G. -de S.-G; t. I, p. 205, édit. de M.</p> - -<p><a id="Footnote_616" href="#FNanchor_616" class="label">[616]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (10 décembre 1670), t. I, p. 280, édit. de G. -de S.-G.</p> - -<p><a id="Footnote_617" href="#FNanchor_617" class="label">[617]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (16 janvier 1671), t. I, p. 298, édit. de G. de -S.-G.</p> - -<p><a id="Footnote_618" href="#FNanchor_618" class="label">[618]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (19 février 1672), t. II, p. 396, édit. de G. de -S.-G.</p> - -<p><a id="Footnote_619" href="#FNanchor_619" class="label">[619]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (29 septembre 1673), t. III, p. 288, édit. de G. -de S.-G.</p> - -<p><a id="Footnote_620" href="#FNanchor_620" class="label">[620]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (1<sup>er</sup> juin et 11 septembre 1676), t. IV, p. 467, -et t. V, p. 117, édit. de G. de S.-G.</p> - -<p><a id="Footnote_621" href="#FNanchor_621" class="label">[621]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (19 mai 1673), t. III, p. 153.</p> - -<p><a id="Footnote_622" href="#FNanchor_622" class="label">[622]</a> Conférez encore, sur le maréchal et la maréchale de Rochefort, -<span class="small1">Loret</span>, <i>Muse historique</i>, liv. VIII, p. 135; IX, p. 130; XIII, p. 66.—<span class="small1">Montpensier</span>, -<i>Mémoires</i>, t. XLII, p. 136.—<span class="small1">Gourville</span>, <i>Mémoires</i>, -t. LII, p. 265.—<span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (25 décembre 1679), t. VI, p. 265, -édit. de G. de S.-G.—<span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (24 janvier 1680), t. VI, -p. 320, édit. de G. de S.-G.</p> - -<p><a id="Footnote_623" href="#FNanchor_623" class="label">[623]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (16 janvier 1671), t. I, p. 299 et 300, édit. de -G. de S.-G.</p> - -<p><a id="Footnote_624" href="#FNanchor_624" class="label">[624]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>ibid.</i>, p. 300.</p> - -<p><a id="Footnote_625" href="#FNanchor_625" class="label">[625]</a> La mère de Marie-Angélique-Henriette de Lorraine était Ornano -et sœur de la mère de MM. de Grignan.—Voyez ci-dessus, chap. <span class="small1">VIII</span>, -p. 129, la liste des parents qui signèrent le contrat de mariage de -M. de Grignan.</p> - -<p><a id="Footnote_626" href="#FNanchor_626" class="label">[626]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (23 janvier, 1<sup>er</sup> et 6 février 1671), t. I, p. 303, -304, 305.</p> - -<p><a id="Footnote_627" href="#FNanchor_627" class="label">[627]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (3 mars 1671), t. I. p. 355, édit. de G. de S.-G.; -t. I, p. 272, édit. de M.</p> - -<p><a id="Footnote_628" href="#FNanchor_628" class="label">[628]</a> Le couvent des Capucins de la rue d'Orléans au Marais. Cette -église est aujourd'hui la paroisse de Saint-François d'Assise.</p> - -<p><a id="Footnote_629" href="#FNanchor_629" class="label">[629]</a> Le couvent des filles de Sainte-Marie. Voyez <span class="small1">Piganiol de la -Force</span>, <i>Description de Paris</i>, t. VIII, p. 318; et <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> -(6 février 1671), t. I, p. 305 et 306, édit. de G. de S.-G.</p> - -<p><a id="Footnote_630" href="#FNanchor_630" class="label">[630]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (13 mars 1671), t. I, p. 355.</p> - -<p><a id="Footnote_631" href="#FNanchor_631" class="label">[631]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (6 février 1671), t. I, p. 305-307, édit. de G. -de S.-G.</p> - -<p><a id="Footnote_632" href="#FNanchor_632" class="label">[632]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (9 février 1671), t. I, p. 237, 238, 239, édit. -de M., ou t. I, p. 313 à 314, édit. de G. de S.-G.</p> - -<p><a id="Footnote_633" href="#FNanchor_633" class="label">[633]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (4 mars 1671), t. I, p. 359-361.—(9 février -1671), t. I, p. 315, édit. de G. de S.-G.; t. I, p. 239, édit. de M.</p> - -<p><a id="Footnote_634" href="#FNanchor_634" class="label">[634]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (9 et 11 février 1671), t. I, p. 315 et 320.</p> - -<p><a id="Footnote_635" href="#FNanchor_635" class="label">[635]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> en date des 9 et 18 février 1671, t. I, p. 311 et -333 de l'édit. de G. de S.-G.</p> - -<p><a id="Footnote_636" href="#FNanchor_636" class="label">[636]</a> <span class="small1">Gourville</span>, <i>Mémoires</i> (année 1671), collection des <i>Mémoires sur -l'histoire de France</i>, par Petitot et Monmerqué, t. LII, p. 449.</p> - -<p><a id="Footnote_637" href="#FNanchor_637" class="label">[637]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (9 et 18 février 1671), t. I, p. 311 et 329.—<i>Ibid.</i> -(17 mai 1676), t. IV, p. 440, édit. de G. de S.-G.</p> - -<p><a id="Footnote_638" href="#FNanchor_638" class="label">[638]</a> Tome I, p. 3 de la première partie de ces Mémoires.</p> - -<p><a id="Footnote_639" href="#FNanchor_639" class="label">[639]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (18 février 1671), t. I, p. 332, et la note 1 de -M. Gault de Saint-Germain.</p> - -<p><a id="Footnote_640" href="#FNanchor_640" class="label">[640]</a> Première partie de cet ouvrage, p. 5.—Conférez <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> -(28 juillet 1682), t. VII, p. 98, édit. de M.</p> - -<p><a id="Footnote_641" href="#FNanchor_641" class="label">[641]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (17 mai 1671), t. IV, p. 441, édit. de G. de -S.-G.; t. IV, p. 298, édit. de M.</p> - -<p><a id="Footnote_642" href="#FNanchor_642" class="label">[642]</a> <i>Lettres de madame</i> <span class="small1">de Rabutin-Chantal</span>, <i>marquise</i> <span class="small1">de Sévigné</span>, -<i>à madame la comtesse de Grignan, sa fille</i>; la Haye, 1726, in-12, -t. I, p. 20.</p> - -<p><a id="Footnote_643" href="#FNanchor_643" class="label">[643]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (de madame de Sévigné au comte de Guitaud, -1693), t. X, p. 445 et 446, édit. de G. de S.-G.</p> - -<p><a id="Footnote_644" href="#FNanchor_644" class="label">[644]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (25 et 27 février 1671), t. I, p. 342, 350, édit. -de G. de S.-G.</p> - -<p><a id="Footnote_645" href="#FNanchor_645" class="label">[645]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (4 mars 1671), t. I, p. 359, édit. de G. de S.-G.</p> - -<p><a id="Footnote_646" href="#FNanchor_646" class="label">[646]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (27 mars 1671), t. I, p. 398, édit. de M.</p> - -<p><a id="Footnote_647" href="#FNanchor_647" class="label">[647]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (4 et 6 mars 1671), t. I, p. 358 et 361, édit. -de G. de S.-G.; p. 274 à 277, édit. de M.</p> - -<p><a id="Footnote_648" href="#FNanchor_648" class="label">[648]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (4 mars 1671), t, I, p. 358.</p> - -<p><a id="Footnote_649" href="#FNanchor_649" class="label">[649]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (6 mars 1671), t. I, p. 361.</p> - -<p><a id="Footnote_650" href="#FNanchor_650" class="label">[650]</a> <i>Recueil de chansons choisies, par</i> M. <span class="small1">DE</span> ***; 1698, in-12, t. I, -p. 166-168. <i>Pour madame la comtesse de Grignan, qui pensa se -noyer sur le Rhône en allant à Arles.</i></p> - -<p><a id="Footnote_651" href="#FNanchor_651" class="label">[651]</a> <i>Recueil de chansons choisies</i>; 1698, in-12, t. I, p. 175. Conférez -encore t. II, p. 19, 20 et 22. Les chansons de ce recueil sont à -tort attribuées à de Coulanges; il en contient un grand nombre de lui, -mais il y en a beaucoup d'autres dont il n'est pas l'auteur.</p> - -<p><a id="Footnote_652" href="#FNanchor_652" class="label">[652]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (6 mars 1671), t. I, p. 361, édit. de G. de -S.-G.; t. I, p. 177, édit. de M.</p> - -<p><a id="Footnote_653" href="#FNanchor_653" class="label">[653]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (11 mars 1671), t. I, p. 365, édit. de G. de -S.-G.</p> - -<p><a id="Footnote_654" href="#FNanchor_654" class="label">[654]</a> <i>Lettres de madame</i> <span class="small1">Rabutin-Chantal</span>, <i>marquise</i> <span class="small1">de Sévigné</span>, <i>à -madame la comtesse de Grignan, sa fille</i>; la Haye, 1726, in-12, -t. I, p. 38 et 39.—<span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (18 mars 1671), t. I, p. 379 et -380, édit. de G. de S.-G.; t. I, p. 292, édit. de M.</p> - -<p><a id="Footnote_655" href="#FNanchor_655" class="label">[655]</a> <i>Lettres de madame</i> <span class="small1">Rabutin-Chantal</span>, <i>marquise</i> <span class="small1">de Sévigné</span>, <i>à -madame la comtesse de Grignan, sa fille</i>; la Haye, 1726, in-12, -t. I, p. 38 et 39 (18 mars 1671); et t. I, p. 220. Le nom de Ripert ne -se trouve pas dans les éditions modernes, et les lettres citées ici y ont -subi beaucoup de retranchements.—<span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (le jour des -noces, à onze heures, 1671), t. II, p. 325, édit. de G. de S.-G.; ou t. II, -p. 275 de l'édit. de M.—<i>Ibid.</i> (26 juillet 1675), t. III, p. 469, édit. -de G. de S.-G.—<i>Ibid.</i> (4 septembre 1676), t. V, p. 113. Sur Ripert, -voyez l'<i>Histoire de madame de Sévigné</i>, par M. Aubenas, p. 180 -et 588.</p> - -<p><a id="Footnote_656" href="#FNanchor_656" class="label">[656]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (27 mars 1671), t. I, p. 398, édit. de G. de -S.-G.; t. I, p. 309, édit. de M.</p> - -<p><a id="Footnote_657" href="#FNanchor_657" class="label">[657]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i>, édit. de la Haye, 18 mars 1671, t. I, p. 639.</p> - -<p><a id="Footnote_658" href="#FNanchor_658" class="label">[658]</a> <i>Lettres de madame</i> <span class="small1">Rabutin-Chantal</span>, <i>marquise</i> <span class="small1">de Sévigné</span>, <i>à -madame la comtesse de Grignan, sa fille</i>; la Haye, 1726, in-12, -t. I, p. 38.</p> - -<p><a id="Footnote_659" href="#FNanchor_659" class="label">[659]</a> Conférez ci-dessus, chapitre <span class="small1">VIII</span>, p. 137, et <i>Lettres de madame</i> -<span class="small1">Rabutin-Chantal</span>, etc.; la Haye, 1726, in-12, t. I, p. 39. (Ce passage -ne se trouve que dans cette première édition.)</p> - -<p><a id="Footnote_660" href="#FNanchor_660" class="label">[660]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (11 mars 1671), t. I, p. 365, édit. de G. de S.-G.—<i>Ibid.</i> -(18 février 1671), t. I, p. 330.—<i>Ibid.</i> (6 et 10 novembre -1675), t. IV, p. 194-196.—<i>Ibid.</i> (29 décembre 1675), t. I, p. 280.—<i>Ibid.</i> -(1<sup>er</sup> janvier 1676), t. IV, p. 285—<i>Ibid.</i> (12 août 1695, lettre -de madame de Coulanges), t. XI, p. 204, note 1.</p> - -<p><a id="Footnote_661" href="#FNanchor_661" class="label">[661]</a> <i>Lettres de madame</i> <span class="small1">Rabutin-Chantal</span>, <i>marquise</i> <span class="small1">de Sévigné</span>, -<i>à madame la comtesse de Grignan, sa fille</i> (18 mars 1671), t. I, -p. 34. Ce texte a éprouvé, de la part du chevalier Perrin, des altérations -et des suppressions. Conférez <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i>, t. I, p. 379, édit. -de G. de S.-G.</p> - -<p><a id="Footnote_662" href="#FNanchor_662" class="label">[662]</a> <i>Lettres de madame</i> <span class="small1">Rabutin-Chantal</span>, <i>marquise</i> <span class="small1">de Sévigné</span>, -t. I, p. 97, édit. de la Haye, 1726, 6 mai 1671.—<span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i>, -t. II, p. 61, édit. de G.—<i>Ibid.</i>, t. II, p. 51, édit. de M.</p> - -<p><a id="Footnote_663" href="#FNanchor_663" class="label">[663]</a> <i>Lettres de madame</i> <span class="small1">Rabutin-Chantal</span>, édit. de la Haye, 1726, -t. I, p. 97 (6 mai 1671).—<span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i>, t. II, p. 58, édit. de G. -de S.-G.—<i>Ibid.</i>, t. II, p. 48, édit. de M.</p> - -<p><a id="Footnote_664" href="#FNanchor_664" class="label">[664]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (22 septembre 1688, 24 juin 1671, 12 juin 1672, -11 et 15 décembre 1673, 31 juillet et 6 novembre 1675); t. VIII, -p. 357; t. II, p. 120; t. III, p. 64, 477; t. IV, p. 190; t. VIII, p. 357.—<span class="small1">Louis</span> -XIV, <i>Œuvres</i>, t. V, Lettres, p. 320 et 330, 365, 366, 371.</p> - -<p><a id="Footnote_665" href="#FNanchor_665" class="label">[665]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (13 mai 1671), t. II, p. 65, édit. de G.—<i>Ibid.</i>, -t. II, p. 55, édit. de M.</p> - -<p><a id="Footnote_666" href="#FNanchor_666" class="label">[666]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (27 et 30 mai, 6 juin 1672), t. III, p. 38, 42, 47 -et 48, édit. de G.; t. II, p. 448-451, 461 et 463, édit. de M.—<i>Idem</i> -(23 décembre 1671), t. II, p. 319, édit. de G.; t. II, p. 270, édit. de M.—<span class="small1">Saint-Simon</span>, -t. X, p. 96.—<span class="small1">Delort</span>, t. I, p. 207.—<span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> -(25 juin 1677), t. V, p. 257, édit. de G.—<i>Ibid.</i> (20 juin 1678, lettre -de Bussy), t. V, p. 505.—<i>Ibid.</i> (20 juin 1678, lettre de madame -de Sévigné), t. V, p. 509.—<i>Ibid.</i>, 27 juin 1678, t. VI, p. 6 et 7.—<i>Ibid.</i>, -27 décembre 1688, t. IX, p. 54, édit. de G. de S.-G.</p> - -<p><a id="Footnote_667" href="#FNanchor_667" class="label">[667]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i>, t. II, p. 67, édit de G. de S.-G.; t. II, p. 56, -édit. de M.</p> - -<p><a id="Footnote_668" href="#FNanchor_668" class="label">[668]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (13, 25 et 28 mai 1671), t. II, p. 64, 70 et 76, -édit. de G. de S.-G.</p> - -<p><a id="Footnote_669" href="#FNanchor_669" class="label">[669]</a> <span class="small1">Louis Dubois</span>, sous-préfet de Vitré, <i>Madame de Sévigné et sa -correspondance relative à Vitré et aux Rochers</i>, p. 58 et 59.</p> - -<p><a id="Footnote_670" href="#FNanchor_670" class="label">[670]</a> <i>Registres des états de Bretagne</i>, mss. bibl. du Roi; Bl.-Mant.; -n<sup>o</sup> 75, p. 324 et 329.</p> - -<p><a id="Footnote_671" href="#FNanchor_671" class="label">[671]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (6 mai 1671), t. II, p. 61 et 62, édit. de G.; -t. II, p. 51, édit. de M.</p> - -<p><a id="Footnote_672" href="#FNanchor_672" class="label">[672]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (24, 27 juin et 1<sup>er</sup> juillet 1672), t. III, p. 76, -81 et 84, édit. de G.; t. III, p. 12 et 19, édit. de M.</p> - -<p><a id="Footnote_673" href="#FNanchor_673" class="label">[673]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (26 octobre, 1<sup>er</sup> novembre, 6 décembre 1671), -t. II, p. 274, 278, 279, 394, édit. de G. de S.-G.</p> - -<p><a id="Footnote_674" href="#FNanchor_674" class="label">[674]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (6 janvier 1672), t. II, p. 337, édit. de G.; -t. II, p. 285, édit. de M.—<i>Ibid.</i> (27 et 29 avril 1671), t. II, p. 47, -édit. de G.—<i>Ibid.</i>, t. II, p. 39, édit. de M.—<i>Ibid.</i> (18 mars 1671), -t. I, p. 35, 37 et 40.</p> - -<p><a id="Footnote_675" href="#FNanchor_675" class="label">[675]</a> Voyez la 1<sup>re</sup> partie de ces <i>Mémoires</i>.</p> - -<p><a id="Footnote_676" href="#FNanchor_676" class="label">[676]</a> Voyez ci-dessus, chap. <span class="small1">IV</span>, p. 108 et 109.</p> - -<p><a id="Footnote_677" href="#FNanchor_677" class="label">[677]</a> Une note de notre exemplaire de cette édition de la Haye, 1726, -dit que cet éditeur se nommait J.-J. Gendebien.—L'autre édition, de -1726, a été imprimée à Rouen, selon M. Monmerqué; et Thiriot, l'ami -de Voltaire, en fut, dit-on, l'éditeur. Voy. <i>Sévigné</i>, t. I, p. 15, édit. de M.</p> - -<p><a id="Footnote_678" href="#FNanchor_678" class="label">[678]</a> <i>Lettres de madame</i> <span class="small1">Rabutin-Chantal</span>, <i>marquise</i> <span class="small1">de Sévigné</span>, <i>à -madame la comtesse de Grignan, sa fille</i>; la Haye, chez P. Gosse, -J. Neaulme et comp., 1726, in-12, t. I, p. 2, 3 et 4 de l'<i>Avertissement</i> -de l'éditeur. Cet avertissement a été réimprimé dans l'édition -de Sévigné de G. de S.-G., t. I, p. 25.</p> - -<p><a id="Footnote_679" href="#FNanchor_679" class="label">[679]</a> Conférez avec les éditions <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i>, édit. de la Haye, -1726 (2 juillet, 20 et 27 septembre 1671), p. 135-180, 189, etc.</p> - -<p><a id="Footnote_680" href="#FNanchor_680" class="label">[680]</a> <span class="small1">Saint-Simon</span>, <i>Mémoires authentiques</i>, t. I, p. 352; t. IV, -p. 271.</p> - -<p><a id="Footnote_681" href="#FNanchor_681" class="label">[681]</a> Voyez le chapitre <span class="small1">XII</span> de la 2<sup>e</sup> partie, p. 307 à 312.</p> - -<p><a id="Footnote_682" href="#FNanchor_682" class="label">[682]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (27 et 29 avril 1671), t. II, p. 47, édit. de G.; -t. II, p. 39, édit. de M.—<i>Ibid.</i> (6 janvier 1672), t. II, p. 337, ou -t. II, p. 285, édit. de M.</p> - -<p><a id="Footnote_683" href="#FNanchor_683" class="label">[683]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (9 février 1671), t. I, p. 311, édit. de G. de -S.-G.; t. I, p. 235, édit. de M.—<i>Ibid.</i> (6 mai 1671), t. II, p. 59, -édit. de G; t. II, p. 49, édit. de M.</p> - -<p><a id="Footnote_684" href="#FNanchor_684" class="label">[684]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (11 et 31 mars, 27 avril, 31 mai, 2 septembre, -18 et 25 octobre, 29 novembre, 18 et 20 décembre 1671, 6 et 20 janvier -1672), t. II, p. 87, 213, 264, 270, 297, 315, 323-327, 335, 353, -édit. de G. de S.-G.</p> - -<p><a id="Footnote_685" href="#FNanchor_685" class="label">[685]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (21 juin 1671). Lettre inédite, publiée par -M. Monmerqué, p. 13.</p> - -<p><a id="Footnote_686" href="#FNanchor_686" class="label">[686]</a> Conférez <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (1678), t. VI, p. 74.—<i>Ibid.</i> (6 mai -1671), t. II, p 56, édit. de G. de S.-G.</p> - -<p><a id="Footnote_687" href="#FNanchor_687" class="label">[687]</a> <span class="small1">Saint-Simon</span>, <i>Mémoires authentiques</i>, t. I, p. 352; t. IV, -p. 271.</p> - -<p><a id="Footnote_688" href="#FNanchor_688" class="label">[688]</a> Conférez <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (9 et 18 février, 11 mars, 15 avril, -6 et 23 mai, 12 juillet 1671), t. I, p. 365; t. II, p. 18, 56, 80, 134, -édit. de G. de S.-G.; t. I, p. 280, édit. de M.—<i>Ibid.</i> (30 octobre -1673).—<i>Ibid.</i> (14, 30 juin et 3 juillet 1677), t. III, p. 201.—<i>Ibid.</i>, -t. V, p. 238, 259, 266, édit. de G. de S.-G.—<i>Ibid.</i> (18 septembre, -29 décembre 1679, 3 et 5 janvier 1680), t. VI, p. 74, 121, 271, 281, -285, édit. de G. de S.-G.—<span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettre écrite à madame de -Grignan le 21 juin 1671, rétablie</i> (par M. Monmerqué) <i>pour la première -fois d'après le manuscrit autographe</i>; Paris, 1826, in-8<sup>o</sup>, -p. 13.</p> - -<p><a id="Footnote_689" href="#FNanchor_689" class="label">[689]</a> <i>Lettres de madame</i> <span class="small1">Rabutin-Chantal</span>, <i>marquise</i> <span class="small1">de Sévigné</span>, -<i>à madame la comtesse de Grignan, sa fille</i>; la Haye, 1726, in-12, -t. I, p. 95 et 96.—<span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (6 mai 1671), t. II, p. 59, édit. -de G. de S.-G.; t. II, p. 46, édit. de M.</p> - -<p><a id="Footnote_690" href="#FNanchor_690" class="label">[690]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (18 mars 1671, la troisième de cette date), -t. I, p. 384, 385, édit. de G. de S.-G.; t. I, p. 297-298, édit. de M.</p> - -<p><a id="Footnote_691" href="#FNanchor_691" class="label">[691]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (1678 et 1679), lettre 670 de l'édit. de M., -t. V, p. 427.</p> - -<p><a id="Footnote_692" href="#FNanchor_692" class="label">[692]</a> <i>Lettres de madame</i> <span class="small1">Rabutin-Chantal</span>, <i>marquise</i> <span class="small1">de Sévigné</span>, <i>à -madame la comtesse de Grignan, sa fille</i>; la Haye, 1726, in-12, -t. I, p. 94 (6 mai 1671). Ce passage a été mutilé et altéré, ainsi que -beaucoup d'autres, dans toutes les éditions subséquentes.—Conférez -<span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (6 mai 1671), t. II, p. 56, édit. de G. de S.-G., -ou t. II, p. 49, édit. de M.</p> - -<p><a id="Footnote_693" href="#FNanchor_693" class="label">[693]</a> <i>Lettre écrite par madame</i> <span class="small1">de Sévigné</span> <i>le 21 juin 1671, rétablie -pour la première fois d'après le manuscrit autographe</i>; Paris, -Blaise, 1826, in-8<sup>o</sup>, p. 13. Lettre mutilée dans toutes les éditions, rétablie -par M. Monmerqué.—Conférez <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (21 juin 1671), -t. II, p. 105, édit. de G. de S.-G. Dans l'édition de la Haye, 1726, -in-12, t. I, p. 120, le passage est comme dans le manuscrit autographe, -sauf une faute d'impression grave.</p> - -<p><a id="Footnote_694" href="#FNanchor_694" class="label">[694]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (12 juillet 1671), t. II, p. 135.</p> - -<p><a id="Footnote_695" href="#FNanchor_695" class="label">[695]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (2 novembre 1679), t. VI, p. 191, édit. de G. -de S.-G; t. VI, p. 11, édit. M.</p> - -<p><a id="Footnote_696" href="#FNanchor_696" class="label">[696]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (20 janvier 1672), t. II, p. 353, édit. de G. de -S.-G.; t. II, p. 298 et 299, édit. de M.</p> - -<p><a id="Footnote_697" href="#FNanchor_697" class="label">[697]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (25 octobre 1671), t. II, p. 271, édit. de G. de -S.-G.; t. II, p. 229, édit. de M.</p> - -<p><a id="Footnote_698" href="#FNanchor_698" class="label">[698]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (9 août 1671), t. II, p. 176, édit. de G. de S.-G.; -t. II, p. 146, édit. de M.</p> - -<p><a id="Footnote_699" href="#FNanchor_699" class="label">[699]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (20 septembre 1671), t. II, p. 235, édit. de G. -de S.-G.; t. II, p. 197, édit. de M.—<i>Lettres de madame</i> <span class="small1">Rabutin-Chantal</span>, -<i>marquise</i> <span class="small1">de Sévigné</span>; la Haye, 1726 (20 septembre), -t. I, p. 183.</p> - -<p><a id="Footnote_700" href="#FNanchor_700" class="label">[700]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i>, t. II, p. 146, édit. de M.</p> - -<p><a id="Footnote_701" href="#FNanchor_701" class="label">[701]</a> <i>Lettres de madame</i> <span class="small1">Rabutin Chantal</span>, <i>marquise</i> <span class="small1">de Sévigné</span> -(7 août 1671), t. I, p. 155 et 156.—<span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (9 août 1671), -t. II, p. 174, édit. de G.; t. II, p. 145, 146, édit. de M. Le texte de -l'édition de la Haye est différent de celui des éditions modernes, et -a pour date le 7 août.</p> - -<p><a id="Footnote_702" href="#FNanchor_702" class="label">[702]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (27 septembre 1671), t. II, p. 242, édit. de G. de -S.-G.; t. II, p. 203 et 204, édit. de M.</p> - -<p><a id="Footnote_703" href="#FNanchor_703" class="label">[703]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (29 juillet 1671), t. II, p. 157.</p> - -<p><a id="Footnote_704" href="#FNanchor_704" class="label">[704]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (1<sup>er</sup> avril 1671), t. I, p. 407, édit. de G. de -S.-G.; t. I, p. 316, édit. de M.—<i>Ibid.</i> (26 juillet 1671), t. II, p. 159, -édit. de G. de S.-G.</p> - -<p><a id="Footnote_705" href="#FNanchor_705" class="label">[705]</a> <i>Lettres de madame</i> <span class="small1">Rabutin-Chantal</span>, <i>marquise</i> <span class="small1">de Sévigné</span> -<i>à madame la comtesse de Grignan, sa fille</i>; la Haye, 1726, in-12, -t. I, p. 8 et 12 (janvier 1671).—<span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (9 février 1671), -t. I, p. 235 et 240, édit. de M.—<i>Ibid.</i>, t. I, p. 310 et 316, édit. -de G. de S.-G. La date est différente pour cette lettre dans l'édition -de la Haye et dans les éditions plus modernes. Elle aura été mise -par les éditeurs, et probablement même par les éditeurs modernes. -Pour le texte nous avons préféré l'édition de la Haye, précisément -parce que les éditeurs modernes se sont donné la peine de le corriger.</p> - -<p><a id="Footnote_706" href="#FNanchor_706" class="label">[706]</a> <i>Lettres de madame</i> <span class="small1">Rabutin-Chantal</span>, etc.; la Haye, 1726, t. I, -p. 13 et 14 (mercredi 14 février 1671).—<span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (mercredi -11 février), t. I, p. 317, édit. de G. de S.-G.; t. I, p. 241, édit. -de M. Il y a une erreur dans le chiffre contenant la date du mois dans -l'ancienne ou les nouvelles éditions. Dans celles-ci, le texte original a -été à tort corrigé par les éditeurs modernes. Les mots mis en italique -sont ainsi dans l'édition de la Haye, parce qu'ils étaient probablement -soulignés dans l'original.</p> - -<p><a id="Footnote_707" href="#FNanchor_707" class="label">[707]</a> <i>Lettres de madame</i> <span class="small1">Rabutin-Chantal</span>, <i>marquise</i> <span class="small1">de Sévigné</span>; -la Haye, 1726, t. I, p. 18 et 21 (mercredi 18 février 1671).—<i>Ibid.</i>, -t. I, p. 329, édit. de G. de S.-G.; t. I, p. 251, édit. de M. C'est toujours -le texte de l'édition primitive que nous transcrivons.</p> - -<p><a id="Footnote_708" href="#FNanchor_708" class="label">[708]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (17 avril, 31 mai 1672), t. II, p. 28 et 87, édit. -de G. de S.-G.; t. II, p. 23 et 73, édit de M.</p> - -<p><a id="Footnote_709" href="#FNanchor_709" class="label">[709]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (18 octobre 1671), t. II, p. 264, édit. de G. -de S.-G.; t. II, p. 23, édit. de M.</p> - -<p><a id="Footnote_710" href="#FNanchor_710" class="label">[710]</a> «J'ai remis mon cœur dans vos mains, et il ne tiendra qu'à vous -de vous faire aimer autant qu'il vous plaira.» Voyez <i>Lettres de -madame</i> <span class="small1">Rabutin-Chantal</span>, édit. de la Haye, t. I, p. 197. Ce passage -italien a été omis dans les éditions modernes. Voyez Gault, t. II, -p. 254; Monmerqué, t. II, p. 214.</p> - -<p><a id="Footnote_711" href="#FNanchor_711" class="label">[711]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (7 juin 1671), t. II, p. 94, édit. de G. de S.-G.; -t. II, p. 78, édit. de M. Conférez encore (25 octobre 1671), t. II, -p. 270, édit. de G. de S.-G.</p> - -<p><a id="Footnote_712" href="#FNanchor_712" class="label">[712]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (26 août 1671), t. II, p. 203, édit. de G. de S.-G.</p> - -<p><a id="Footnote_713" href="#FNanchor_713" class="label">[713]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (8 avril 1671), t. II, p. 9 et 10, édit. de G. -de S.-G.—<i>Lettres de madame</i> <span class="small1">Rabutin-Chantal</span>, <i>marquise</i> <span class="small1">de Sévigné</span>; -la Haye, 1726, t. I, p. 62; t. II, p. 8, édit. de M.</p> - -<p><a id="Footnote_714" href="#FNanchor_714" class="label">[714]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (9 septembre 1671), t. II, p. 220; t. II, p. 184, -édit. de M.</p> - -<p><a id="Footnote_715" href="#FNanchor_715" class="label">[715]</a> <i>Lettres de madame</i> <span class="small1">Rabutin-Chantal</span>, <i>marquise</i> <span class="small1">de Sévigné</span>; -la Haye, 1726, t. I, p. 47 et 48.—<span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (24 mars 1671), -t. I, p. 394, édit. de G. de S.-G.; t. I, p. 305, édit. de M.</p> - -<p><a id="Footnote_716" href="#FNanchor_716" class="label">[716]</a> <i>Lettres de madame</i> <span class="small1">Rabutin-Chantal</span>, <i>marquise</i> <span class="small1">de Sévigné</span>; -la Haye, 1726, t. I, p. 49 et 50.—<span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (26 mars 1671), -t. I, p. 396, édit. de G. de S.-G.</p> - -<p><a id="Footnote_717" href="#FNanchor_717" class="label">[717]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (29 avril 1671), t. II, p. 46, édit. de G. de S.-G.; -t. II, p. 39, édit. de M.—Conférez, sur Arnauld d'Andilly et de Pomponne, -la deuxième partie de ces <i>Mémoires</i>, p. 265 et 269, et ci-dessus, -chap. <span class="small1">III</span>, p. 72.</p> - -<p><a id="Footnote_718" href="#FNanchor_718" class="label">[718]</a> Sur le cardinal de Retz, conférez ci-dessus, chap. <span class="small1">VI</span>, p. 109-115.</p> - -<p><a id="Footnote_719" href="#FNanchor_719" class="label">[719]</a> Conférez sur ce passage les notes et éclaircissements à la fin du -présent volume.</p> - -<p><a id="Footnote_720" href="#FNanchor_720" class="label">[720]</a> <i>Lettres de madame</i> <span class="small1">Rabutin-Chantal</span>, <i>marquise</i> <span class="small1">de Sévigné</span>, -t. I, p. 247.—<span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (9 mars 1672), t. II, p. 415, édit. -de G. de S.-G.; t. II, p. 353, édit. de M.</p> - -<p><a id="Footnote_721" href="#FNanchor_721" class="label">[721]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (31 mai 1671), t. II, p. 84 et 85; t. II, p. 70 et 71.</p> - -<p><a id="Footnote_722" href="#FNanchor_722" class="label">[722]</a> <i>Lettres de madame</i> <span class="small1">Rabutin-Chantal</span>, <i>marquise</i> <span class="small1">de Sévigné</span>, -édit. de la Haye, 1726, t. I, p. 231.—<span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i>, t. II, p. 365; -édit. de G. de S.-G.; t. II, p. 309, édit. de M. (29 janvier 1672).</p> - -<p><a id="Footnote_723" href="#FNanchor_723" class="label">[723]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (18 février, 20 mars, 8, 10, 15 et 17 avril, -13 mai et 9 juillet 1671), t. II, p. 331, 333, 388, édit. de G. de S.-G.; -t. II, p. 5, 13, 51, 29, 54, 124, édit. de M.</p> - -<p><a id="Footnote_724" href="#FNanchor_724" class="label">[724]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (4 mars 1671), t. I, p. 359, édit. de G. de S.-G.; -t. I, p. 276, édit. de M. «Ne m'aimez-vous pas de vous avoir appris -l'italien?»</p> - -<p><a id="Footnote_725" href="#FNanchor_725" class="label">[725]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (13 mars et 5 novembre 1671), t. I, p. 375, -édit. de G. de S.-G.; t. I, p. 289, édit. de M. «Si vous êtes encore -de l'humeur dont vous étiez à Sainte-Marie, et que vous gardiez -mes lettres.»</p> - -<p><a id="Footnote_726" href="#FNanchor_726" class="label">[726]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (6 janvier 1672), t. II, p. 337, édit. de G. -de S.-G.; t. II, p. 285, édit. de M.</p> - -<p><a id="Footnote_727" href="#FNanchor_727" class="label">[727]</a> Henri de Lorraine, prince d'Harcourt, était cousin germain maternel -de M. de Grignan; et lui ainsi que sa femme et le comte de -Brancas ont comparu au contrat de mariage de M. de Grignan. -Voyez chapitre <span class="small1">VIII</span>, p. 129.</p> - -<p><a id="Footnote_728" href="#FNanchor_728" class="label">[728]</a> <span class="small1">Choisy</span>, <i>Mémoires</i>, t. LXIII, p. 432, de la collection de Petitot et -Monmerqué.—<span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (1<sup>er</sup> mai 1671), t. II, p. 53, édit. de -G. de S.-G.; t. II, p. 44, édit. de M.—(23 mai 1667), t. I, p. 116 -et note, édit. de M.; t. I, p. 163, édit. de G.</p> - -<p><a id="Footnote_729" href="#FNanchor_729" class="label">[729]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (11 mars 1671), t. I, p. 268, édit. de G. de -S.-G.; t. I, p. 283, édit. de M.</p> - -<p><a id="Footnote_730" href="#FNanchor_730" class="label">[730]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (30 mars 1672), t. II, p. 437, édit. de G. de -S.-G.</p> - -<p><a id="Footnote_731" href="#FNanchor_731" class="label">[731]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (3 avril 1671), t. I, p. 408, édit. de G. de S.-G.; -t. I, p. 316, édit. de M.</p> - -<p><a id="Footnote_732" href="#FNanchor_732" class="label">[732]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (23 décembre 1671), t. II, p. 270, édit. de M.; -t. II, p. 320, édit. de G. de S.-G.—<i>Ibid.</i> (15 janvier 1672), t. II, -p. 346, édit. de G. de S.-G.; t. II, p. 293, édit. de M.</p> - -<p><a id="Footnote_733" href="#FNanchor_733" class="label">[733]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (22 avril 1671), t. II, p. 35, édit. de G. de -S.-G.; t. II, p. 29, édit. de M.—<i>Lettres de madame</i> <span class="small1">Rabutin-Chantal</span>, -etc., édition de la Haye, 1726, t. I, p. 77 et 78.—<i>Ibid.</i> -(23 mars 1671), t. I, p. 391 et 392.</p> - -<p><a id="Footnote_734" href="#FNanchor_734" class="label">[734]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (25 décembre 1671), t. II, p. 325, édit. de G. -de S.-G.; t. II, p. 275, édit. de M.</p> - -<p><a id="Footnote_735" href="#FNanchor_735" class="label">[735]</a> <i>Lettres de madame</i> <span class="small1">Rabutin-Chantal</span>, etc., édit. de la Haye, -1726, t. I, p. 213 (23 déc. 1671).—<span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (15 avril 1671), -t. II, p. 18; t. II, p. 316, édit. de G. de S.-G; t. II, p. 15, édit. de M.</p> - -<p><a id="Footnote_736" href="#FNanchor_736" class="label">[736]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (11 mars 1672 et 27 mai 1680), t. II, p. 422, -édit. de G. de S.-G.; t. II, p. 359, édit. de M.—<i>Ibid.</i> (30 mars 1672), -t. II, p. 437, édit. de G. de S.-G.; t. II, p. 269, édit. de M.</p> - -<p><a id="Footnote_737" href="#FNanchor_737" class="label">[737]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (30 mars 1672), t. II, p. 442; t. II, p. 373.—<i>Ibid.</i> -(23 mars 1671), t. I, p. 391 et 392, édit. de G. de S.-G.</p> - -<p><a id="Footnote_738" href="#FNanchor_738" class="label">[738]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (11 mars 1672), t. II, p. 422, édit. de G. de -S.-G.; t. II, p. 359, édit. de M.</p> - -<p><a id="Footnote_739" href="#FNanchor_739" class="label">[739]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (6 et 18 mars 1671, 2<sup>e</sup> lettre), t. I, p. 362 et -383, édit. de G. de S.-G.; t. I, p. 279 et 296, édit. de M.—<i>Ibid.</i> -(4 avril 1671), t. II, p. 3 et 5, édit. de M.—<i>Ibid.</i> (24 avril 1671), -t. II, p. 36, édit. de G. de S.-G.; t. II, p. 33, édit. de M. Un grand -nombre d'autres exemples pourraient être cités.</p> - -<p><a id="Footnote_740" href="#FNanchor_740" class="label">[740]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (18 mars 1671), t. I, p. 381-385, édit. de G. -de S.-G.; t. I, p. 296, édit. de M.</p> - -<p><a id="Footnote_741" href="#FNanchor_741" class="label">[741]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (20 avril 1672), t. II, p. 468, édit. de G. de -S.-G.; t. II, p. 394, édit. de M.—<i>Ibid.</i> (23 mai 1672), t. III, p. 33, -édit. de G. de S.-G.; t. II, p. 444, édit. de M.</p> - -<p><a id="Footnote_742" href="#FNanchor_742" class="label">[742]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (12 juillet 1671), t. II, p. 136, édit. de G. de -S.-G.; t. II, p. 114, édit. de M.</p> - -<p><a id="Footnote_743" href="#FNanchor_743" class="label">[743]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (1671), t. II, p. 101, édit. de G. de S.-G.—<i>Lettres -inédites de madame</i> <span class="small1">de Sévigné</span>; Paris, Klostermann, 1814, -in-8<sup>o</sup>, p. 197 (mercredi 17 juin).</p> - -<p><a id="Footnote_744" href="#FNanchor_744" class="label">[744]</a> <i>Lettre écrite par madame</i> <span class="small1">de Sévigné</span> (le 21 juin 1671), <i>rétablie -d'après le manuscrit original</i>; 1826, in-8<sup>o</sup>, p. 3.—<span class="small1">Sévigné</span>, -<i>Lettres</i>, t. II, p. 103, édit. de G. de S.-G.; t. II, p. 85, édit. de -M.; t. I, p. 118, édit. de la Haye, 1626.</p> - -<p><a id="Footnote_745" href="#FNanchor_745" class="label">[745]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (18 mars 1671), t. I, p. 385, édit. de G.; -t. I, p. 297, édit. de M.</p> - -<p><a id="Footnote_746" href="#FNanchor_746" class="label">[746]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (21 octobre 1671), t. II, p. 265, 266, édit. de -G. de S.-G.; t. II, p. 244, édit. de M.</p> - -<p><a id="Footnote_747" href="#FNanchor_747" class="label">[747]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (24 avril 1671), t. II, p. 36, édit. de G. de -S.-G.; t. II, p. 30, édit. de M.</p> - -<p><a id="Footnote_748" href="#FNanchor_748" class="label">[748]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (23 mars 1671), t. I, p. 302, édit de M.</p> - -<p><a id="Footnote_749" href="#FNanchor_749" class="label">[749]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (20 mars 1671), t. I, p. 386, édit. de G. de S.-G.; -t. I, p. 298, édit de M.</p> - -<p><a id="Footnote_750" href="#FNanchor_750" class="label">[750]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (13 et 15 janvier 1672), t. II, p. 345, 347, 352, -édit. de G. de S.-G.; t. II, p. 292, 294, 298, édit. de M.</p> - -<p><a id="Footnote_751" href="#FNanchor_751" class="label">[751]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (20 janvier 1672), t. II, p. 352, édit. de G. -de S.-G.; t. II, p. 298, édit. de M.</p> - -<p><a id="Footnote_752" href="#FNanchor_752" class="label">[752]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (18 et 22 septembre 1679), t. VI, p. 121, 132, -édit. de G. de S.-G.—<i>Ibid.</i> (22 août 1675), t. IV, p. 47, édit. de -G. de S.-G.—(24 mai 1694, lettre de Coulanges à madame de Sévigné), -t. XI, p. 34, édit. de G. de S.-G.</p> - -<p><a id="Footnote_753" href="#FNanchor_753" class="label">[753]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (10 avril 1673), t. III, p. 78, édit. de M.; -t. III, p. 150, édit. de G. de S.-G.</p> - -<p><a id="Footnote_754" href="#FNanchor_754" class="label">[754]</a> <i>Lettres inédites de madame</i> <span class="small1">de Sévigné</span>, publiées par M. Vallet -de Viriville dans la <i>Revue de Paris</i>, 28 décembre 1844. (Dans la -première de ces lettres, datée de minuit, ces mots: «Si je n'étais prête -d'aller aux Quinze-Vingts,» veulent dire, Si je n'étais prête à fermer -les yeux et à me coucher.)</p> - -<p><a id="Footnote_755" href="#FNanchor_755" class="label">[755]</a> <i>Billet italien de madame</i> <span class="small1">de Sévigné</span> <i>à la marquise d'Uxelles, -suivi d'une lettre de madame de Grignan à la même</i>, publié -par M. Monmerqué; Paris, 1844, p. 10-13.</p> - -<p><a id="Footnote_756" href="#FNanchor_756" class="label">[756]</a> <span class="small1">Ægidii Menagii</span> <i>Poemata</i>, 8<sup>e</sup> édit., p. 325. Sopra il ritratto della -marchesa di Sevigni, sonetto II.</p> - -<p><a id="Footnote_757" href="#FNanchor_757" class="label">[757]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (13 septembre 1671), t. II, p. 189, édit. de M.; -t. II, p. 225, édit. de G. de S.-G.</p> - -<p><a id="Footnote_758" href="#FNanchor_758" class="label">[758]</a> Conférez ci-dessus, chap. <span class="small1">I</span>, p. 14, et la deuxième partie de ces -<i>Mémoires</i>, p. 265 et 269.</p> - -<p><a id="Footnote_759" href="#FNanchor_759" class="label">[759]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i>, t. II, p. 368, édit. de G. de S.-G.; t. II, p. 312, -édit. de M., en note.</p> - -<p><a id="Footnote_760" href="#FNanchor_760" class="label">[760]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (3 février 1673), t. II, p. 368; t. II, p. 312, -édit. de M.</p> - -<p><a id="Footnote_761" href="#FNanchor_761" class="label">[761]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (6 et 20 novembre 1672), t. III, p. 129, 144, -145, édit. de M.; t. III, p. 209, 228 à 230, édit. de G. de S.-G.</p> - -<p><a id="Footnote_762" href="#FNanchor_762" class="label">[762]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (19 février 1672), t. II, p. 234, édit. de M.</p> - -<p><a id="Footnote_763" href="#FNanchor_763" class="label">[763]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (9 mars 1672), t. II, p. 350, édit. de M.; -t. II, p. 392 et 413, édit. de G. de S.-G.</p> - -<p><a id="Footnote_764" href="#FNanchor_764" class="label">[764]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (15 janvier 1690), t. X, p. 197.—<i>Ibid.</i> (24 mars -1684), t. VIII, p. 147, édit. de G. de S.-G.; t. IX, p. 305, 309, 344, -édit. de M.</p> - -<p><a id="Footnote_765" href="#FNanchor_765" class="label">[765]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (17 et 29 mai 1675), t. III, p. 276, édit. de -M.; t. III, p. 394-396, édit. de G. de S.-G.</p> - -<p><a id="Footnote_766" href="#FNanchor_766" class="label">[766]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (6 février 1671), t. I, p. 306, édit. de G. de -S.-G.; t. I, p. 232, édit. de M.</p> - -<p><a id="Footnote_767" href="#FNanchor_767" class="label">[767]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (9 février 1673), t. III, p. 141, édit. de G. de -S.-G.; t. III, p. 70, édit. de M.</p> - -<p><a id="Footnote_768" href="#FNanchor_768" class="label">[768]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (1<sup>er</sup> avril 1671), t. I, p. 314, édit. de M.; -t. I, p. 405, édit. de G. de S.-G.</p> - -<p><a id="Footnote_769" href="#FNanchor_769" class="label">[769]</a> Voyez la deuxième partie de ces <i>Mémoires</i>, chap. <span class="small1">XX</span>, p. 303.</p> - -<p><a id="Footnote_770" href="#FNanchor_770" class="label">[770]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (15 novembre 1684), t. VII, p. 197, édit. de M.—<i>Ibid.</i> -(15 décembre 1675), t. IV, p. 255, 257, édit. de G. de -S.-G.; t. IV, p. 30, édit. de M.</p> - -<p><a id="Footnote_771" href="#FNanchor_771" class="label">[771]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (20 mai 1672), t. III, p. 30, édit. de G. de S.-G., -t. II, p. 440, édit. de M.</p> - -<p><a id="Footnote_772" href="#FNanchor_772" class="label">[772]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (23 mars 1671), t. I, p. 303, édit. de M.; -t. I, p. 391, édit. de G. de S.-G.</p> - -<p><a id="Footnote_773" href="#FNanchor_773" class="label">[773]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (30 juin 1673), t. III, p. 85, édit. de M.; -t. III, p. 158, édit. de G. de S.-G.</p> - -<p><a id="Footnote_774" href="#FNanchor_774" class="label">[774]</a> Celle sur le mariage de <span class="small1">Mademoiselle</span> (15 décembre 1670), t. I, -p. 212, édit. de M.; t. I, p. 283, édit. de G. de S.-G.; celle sur le renvoi -de Picard (22 juillet 1671), t. II, p. 127, édit. de M.; t. II, -p. 153, édit. de G. de S.-G.</p> - -<p><a id="Footnote_775" href="#FNanchor_775" class="label">[775]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (22 juillet 1671), t. II, p. 127, édit. de M.; t. II, -p. 153, édit. de G. de S.-G.</p> - -<p><a id="Footnote_776" href="#FNanchor_776" class="label">[776]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (7 mars 1685), t. VII, p. 251, édit. de M.; -t. VIII, p. 29, édit. de G. de S.-G.—<i>Ibid.</i> (29 janvier 1685), t. VII, -p. 229, édit. de M.—<i>Ibid.</i> (30 août 1671, 17 avril 1676), t. II, -p. 172; t. IV, p. 261, édit. de M.; t. VIII, p. 3, édit. de G.</p> - -<p><a id="Footnote_777" href="#FNanchor_777" class="label">[777]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (10 juin 1695), t. XI, p. 174, édit. de G. de -S.-G.—<i>Ibid.</i> (7 juillet 1703, 1<sup>er</sup> août 1705), t. XI, p. 121, édit. de G. -de S.-G.; t. XII, p. 349, édit. de G. de S.-G.; t. X, p. 91 à 97, édit. -de M.—<i>Ibid.</i> (7 juillet 1703), t. X, p. 287 à 295, édit. de M.</p> - -<p><a id="Footnote_778" href="#FNanchor_778" class="label">[778]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (29 janvier 1685), t. VII, p. 229, édit. de M.; -t. VIII, p. 3, édit. de G. de S.-G.</p> - -<p><a id="Footnote_779" href="#FNanchor_779" class="label">[779]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (13 avril 1672), t. II, p. 385, édit. de M.; -t. II, p. 456, édit. de G. de S.-G.</p> - -<p><a id="Footnote_780" href="#FNanchor_780" class="label">[780]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (5 janvier, 5 et 6 avril 1680), t. VI, p. 224 et -228, édit. de G. de S.-G.—<i>Ibid.</i> (1<sup>er</sup> septembre 1680), t. VI, p. 241, -édit. de G. de S.-G.—<i>Ibid.</i> (23 juillet 1677), t. V, p. 148, édit. -de G. de S.-G.—<i>Ibid.</i> (5 janvier 1680), t. VI, p. 189, édit. de G. de -S.-G.; t. VI, p. 95, édit. de M.</p> - -<p><a id="Footnote_781" href="#FNanchor_781" class="label">[781]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (5 janvier et 5 avril 1680), t. VI, p. 95 et 224, -édit. de M.—<i>Ibid.</i> (3 et 5 janvier 1680), t. VI, p. 282, 284, 289, -édit. de G. de S.-G.—<i>Ibid.</i> (12 avril 1680), t. VI, p. 233, édit. de -M.; t. VI, p. 282, 284, 289, 448, édit. de G. de S.-G.</p> - -<p><a id="Footnote_782" href="#FNanchor_782" class="label">[782]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (19 janvier 1674), t. III, p. 220, édit. de M.</p> - -<p><a id="Footnote_783" href="#FNanchor_783" class="label">[783]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (23 juillet 1677), t. V, p. 148, édit. de M.; -t. V, p. 303, édit. de G. de S.-G.</p> - -<p><a id="Footnote_784" href="#FNanchor_784" class="label">[784]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (2 septembre 1676), t. IV, p. 448, édit. de M.; -t. V, p. 102, édit. de G. de S.-G.</p> - -<p><a id="Footnote_785" href="#FNanchor_785" class="label">[785]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (1<sup>er</sup> décembre 1690), t. IX, p. 422, édit. de M.; -t. X, p. 358, édit. de G. de S.-G.</p> - -<p><a id="Footnote_786" href="#FNanchor_786" class="label">[786]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (24 février 1673), t. III, p. 143, édit. de G. -de S.-G.</p> - -<p><a id="Footnote_787" href="#FNanchor_787" class="label">[787]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (11 décembre 1689), t. IX, p. 247, édit de M.—<i>Ibid.</i> -(23 juillet 1691), t. IX, p. 461, édit de M.; t. X, p. 129, -396, édit. de G.</p> - -<p><a id="Footnote_788" href="#FNanchor_788" class="label">[788]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (11 et 15 novembre 1688), t. VIII, p. 151, 154 -et 156, édit. de M.; t. VIII, p. 431, 435 et 436, édit. de G. de S.-G.</p> - -<p><a id="Footnote_789" href="#FNanchor_789" class="label">[789]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (24 février 1673), t. III, p. 142-145, édit. -de G. de S.-G.; t. III, p. 73, édit. de M.</p> - -<p><a id="Footnote_790" href="#FNanchor_790" class="label">[790]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (7 juillet 1703, à madame de Coulanges), t. XI, -p. 398, édit. de G. de S.-G.</p> - -<p><a id="Footnote_791" href="#FNanchor_791" class="label">[791]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (26 février 1695), t. XI, p. 139, édit. de G. -de S.-G.—<i>Ibid.</i> (9 septembre 1695), t. X, p. 127, édit. de M.—<i>Ibid.</i> -(4 mars 1695), t. XI, p. 142 et 146, édit. de G. de S.-G.</p> - -<p><a id="Footnote_792" href="#FNanchor_792" class="label">[792]</a> <i>Ibid.</i> (26 février 1695), t. XI, p. 140.</p> - -<p><a id="Footnote_793" href="#FNanchor_793" class="label">[793]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (1<sup>er</sup> décembre 1690), t. IX, p. 427, édit. de M.; -t. X, p. 358, édit. de G. de S.-G.—<i>Ibid.</i> (22 juillet 1672), t. III, p. 42, -édit. de M.—<i>Ibid.</i> (27 juillet 1672), t. III, p. 100, édit. de G. de S.-G.</p> - -<p><a id="Footnote_794" href="#FNanchor_794" class="label">[794]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (10 avril 1673), t. II, p. 150, édit. de G. de -S.-G.</p> - -<p><a id="Footnote_795" href="#FNanchor_795" class="label">[795]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (4 et 5 février 1685), t. VII, p. 235 et 238, édit. -de M.; t. VIII, p. 5 et 11, édit. de G. de S.-G.—<i>Ibid.</i> (27 janv. 1676), -t. IV, p. 192, édit. de M.; t. IV, p. 123, édit. de G. de S.-G.—<i>Ibid.</i> -(2 février 1676), t. IV, p. 197, édit. de M.; t. IV, p. 329, édit. de G. de -S.-G. <i>Ibid.</i> (9 mars, 8, 22 et 27 avril 1672), t. II, p. 454, 471, 482, édit. -de G. de S.-G.; t. II, p. 355, 397 et 407, édit. M.—<i>Ibid.</i> (20 juin -1672), t. III, p. 74, édit. de G. de S.-G.; t. III, p. 10, édit. de M.—<i>Ibid.</i> -(8 juillet 1672), t. III, p. 96, édit. de G.; t. III, p. 30, édit. de M.</p> - -<p><a id="Footnote_796" href="#FNanchor_796" class="label">[796]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (13 mars 1671, 1<sup>er</sup> avril 1671, 19 mai 1673, -26 juillet 1677), t. I, p. 374, 404, 405; t. III, p. 152; t. V, p. 304 à -306; t. VI, p. 191, édit. de G. de S.-G.—<i>Ibid.</i>, t. I, p. 288, 313, -314; t. III, p. 81; t. V, p. 149 et 150.—<i>Ibid.</i> (1<sup>er</sup> novembre 1679), -t. VI, p. 187, édit. de G. de S.-G.; t. VI, p. 7, édit. de M.</p> - -<p><a id="Footnote_797" href="#FNanchor_797" class="label">[797]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (1<sup>er</sup> novembre 1679), t. VI, p. 187, édit. de -G. de S.-G.; t. VI, p. 7, édit de M.</p> - -<p><a id="Footnote_798" href="#FNanchor_798" class="label">[798]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (8 avril 1672), t. II, p. 454, édit. de G. de S.-G.; -t. II, p. 384, édit. de M.—<i>Ibid.</i> (27 juin 1672), t. III, p. 81 et 82, -édit. de G. de S.-G.; t. III, p. 17 et 18, édit. de M.</p> - -<p><a id="Footnote_799" href="#FNanchor_799" class="label">[799]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (12 juillet 1671), t. II, p. 137 et 138, édit. de -G. de S.-G.; t. II, p. 115, édit de M.</p> - -<p><a id="Footnote_800" href="#FNanchor_800" class="label">[800]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (22 décembre 1675), t. IV, p. 265.</p> - -<p><a id="Footnote_801" href="#FNanchor_801" class="label">[801]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (20 juillet 1679), t. V, p. 416, édit. de M.; t. VI, -p. 100, édit. de G. de S.-G.</p> - -<p><a id="Footnote_802" href="#FNanchor_802" class="label">[802]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (8 juillet 1672), t. III, p. 95, édit. de G. de -S.-G.; t. III, p. 29, édit. de M.</p> - -<p><a id="Footnote_803" href="#FNanchor_803" class="label">[803]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (1<sup>er</sup> décembre 1675), t. IV, p. 225, édit. de G.; -t. IV, p. 106, édit. de M.</p> - -<p><a id="Footnote_804" href="#FNanchor_804" class="label">[804]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (20 mars 1671), t. I, p. 386, édit. de G.; t. I, -p. 298, édit. de M.—<i>Ibid.</i> (16 août 1671), t. I, p. 162, édit. de la -Haye. Cette édition à M. et à madame de Lavardin ajoute d'Hacqueville, -t. II, p. 186, édit. de G.; t. II, p. 154, édit. de M.—<i>Ibid.</i> -(18 septembre 1671), t. II, p. 225, édit. G.; t. II, p. 189, édit. M.</p> - -<p><a id="Footnote_805" href="#FNanchor_805" class="label">[805]</a> Voyez ci-dessus, chap. <span class="small1">IV</span>, p. 79.</p> - -<p><a id="Footnote_806" href="#FNanchor_806" class="label">[806]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (28 juin 1671), t. II, p. 111, édit. de G. de -S.-G.; t. II, p. 93, édit. de M.</p> - -<p><a id="Footnote_807" href="#FNanchor_807" class="label">[807]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (27 septembre 1671), t. II, p. 243, édit de G.; -t. II, p. 205, édit. de M.</p> - -<p><a id="Footnote_808" href="#FNanchor_808" class="label">[808]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (8 avril 1671), t. II, p. 5, édit. de G.</p> - -<p><a id="Footnote_809" href="#FNanchor_809" class="label">[809]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (22 janvier 1672), t. II, p. 355, édit. de G.; -t. II, p. 301, édit. de M.</p> - -<p><a id="Footnote_810" href="#FNanchor_810" class="label">[810]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (28 juin 1671), t. II, p. 112, édit. de G.; t. II, -p. 93, édit. de M.</p> - -<p><a id="Footnote_811" href="#FNanchor_811" class="label">[811]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (3 mars 1671), t. I, p. 355, édit. de G.; t. I, -p. 272, édit. de M.—(4 mars 1672), t. II, p. 409, édit. de G.; -t. II, p. 347, édit. de M.—<i>Ibid.</i> (8 juillet 1672), t. III, p. 95, édit. G.; -t. III, p. 29, édit. M.—<i>Ibid.</i> (27 septembre 1671), t. II, p. 242, -édit. G.; t. II, p. 204, édit. M.—<i>Ibid.</i> (16 juillet 1672), t. II, p. 105, -édit. G.; t. III, p. 38, édit. M.—<i>Ibid.</i> (4 mai 1672), t. III, p. 1, -édit. de G.; t. II, p. 416 et 417, édit. de M.</p> - -<p><a id="Footnote_812" href="#FNanchor_812" class="label">[812]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (22 avril 1672), t. II, p. 469, édit. G.; t. II, -p. 390, édit. M.—<i>Ibid.</i> (16 mai 1672), t. III, p. 26, édit. G.; t. II, -p. 438, édit. M.—<i>Ibid.</i> (20 mai 1672), t. III, p. 30, édit. G.; t. II, -p. 441, édit. M.</p> - -<p><a id="Footnote_813" href="#FNanchor_813" class="label">[813]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (27 mai 1672), t. III, p. 37 et 39, édit. G.; t. II, -p. 447 et 448, édit. M.</p> - -<p><a id="Footnote_814" href="#FNanchor_814" class="label">[814]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (29 avril 1672), t. II, p. 488, édit. G de S.-G.; -t. II, p. 412, édit. M.</p> - -<p><a id="Footnote_815" href="#FNanchor_815" class="label">[815]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (15 mars 1671), t. I, p. 378, édit. G.; t. I, -p. 292, édit. M.</p> - -<p><a id="Footnote_816" href="#FNanchor_816" class="label">[816]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (1<sup>er</sup> avril 1671), t. I, p. 403, édit. de G. de S.-G.</p> - -<p><a id="Footnote_817" href="#FNanchor_817" class="label">[817]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (9 mars 1672), t. II, p. 411, édit. de G.; t. II, -p. 349, édit. de M.</p> - -<p><a id="Footnote_818" href="#FNanchor_818" class="label">[818]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (23 mars 1672), t. II, p. 432, édit. de G.; -t. II, p. 366, édit. de M.</p> - -<p><a id="Footnote_819" href="#FNanchor_819" class="label">[819]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (1<sup>er</sup> mars 1672), t. II, p. 402, édit. de G.; -t. II, p. 341 et 342, édit. de M.</p> - -<p><a id="Footnote_820" href="#FNanchor_820" class="label">[820]</a> Bourdelot avait fait une pièce contre l'<i>espérance</i>, et la princesse -Palatine y fit une réponse: cette petite joute de bel esprit fit quelque -bruit dans le temps.—Voyez <span class="small1">Bussy</span>, <i>Lettres</i>, t. III, p. 333.—<span class="small1">Sévigné</span>, -<i>Lettres</i> (1<sup>er</sup> mars 1672), t. II, p. 402, édit. de G.</p> - -<p><a id="Footnote_821" href="#FNanchor_821" class="label">[821]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (12 juillet 1671), t. II, p. 138, édit. de G.; -t. II, p. 13, édit. de M.</p> - -<p><a id="Footnote_822" href="#FNanchor_822" class="label">[822]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (30 août 1671), t. II, p. 209, édit. G.; t. II, -p. 175, édit. M.—<i>Ibid.</i> (20 et 30 septembre 1671), t. II, p. 212, -213 et 233, édit. G.; t. II, p. 177 et 195, édit. M.</p> - -<p><a id="Footnote_823" href="#FNanchor_823" class="label">[823]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (20 et 30 septembre 1671), t. II, p. 234 et 245, -édit. de G.; t. II, p. 197 et 209, édit. de M.</p> - -<p><a id="Footnote_824" href="#FNanchor_824" class="label">[824]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (30 septembre 1671), t. II, p. 248, édit. G.; -t. II, p. 209, édit. M.</p> - -<p><a id="Footnote_825" href="#FNanchor_825" class="label">[825]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (16 mars 1672), t. II, p. 426, édit. de G.; t. II, -p. 362, édit. de M.</p> - -<p><a id="Footnote_826" href="#FNanchor_826" class="label">[826]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (28 juin 1671), t. II, p. 113, édit. de G.; t. II, -p. 94 et 100, édit. de M.</p> - -<p><a id="Footnote_827" href="#FNanchor_827" class="label">[827]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (12 juillet 1671), t. II, p. 136, édit. de G.; -t. II, p. 113, édit. de M.</p> - -<p><a id="Footnote_828" href="#FNanchor_828" class="label">[828]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (11 et 12 août 1676), t. IV, p. 420, édit. de -M.; et t. V, p. 71, édit. de G.</p> - -<p><a id="Footnote_829" href="#FNanchor_829" class="label">[829]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (30 juillet 1677), t. V, p. 316-318, édit. de G.</p> - -<p><a id="Footnote_830" href="#FNanchor_830" class="label">[830]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (22 septembre 1680), t. VII, p. 223, édit. de G.; -t. VI, p. 470, édit. de M.</p> - -<p><a id="Footnote_831" href="#FNanchor_831" class="label">[831]</a> Sur les femmes savantes de cette époque, consultez <span class="small1">Ménage</span>, -<i>Lezione sopra 'l sonetto di Francesco Petrarca</i>, p. 58-64, à la -suite du traité intitulé <i>Historia mulierum philosopharum</i>.</p> - -<p><a id="Footnote_832" href="#FNanchor_832" class="label">[832]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (26 juillet 1672), t. III, p. 105, édit. G.</p> - -<p><a id="Footnote_833" href="#FNanchor_833" class="label">[833]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (4 août 1688), t. VII, p. 145, édit. G.</p> - -<p><a id="Footnote_834" href="#FNanchor_834" class="label">[834]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (14 octobre 1671), t. II, p. 260, édit. G.—<i>Ibid.</i> -(22 avril, 13, 17, 20 et 17 mai 1672), t. II, p. 471-483; t. III, p. 13, 14 -et 40, édit. de G. de S.-G. (Elle fit graver ces mots sur un arbre de -l'allée la plus obscure de son parc des Rochers: <i>E di mezzo l'orrore -esce il diletto</i>.)</p> - -<p><a id="Footnote_835" href="#FNanchor_835" class="label">[835]</a> Conférez <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (10 mai 1676), t. IV, p. 463, édit. G.; -t. IV, p. 291, édit. M.—<span class="small1">Saint-Surin</span>, <i>Notice sur madame de Sévigné</i>, -t. I, p. 100 de l'édition des <i>Lettres de</i> <span class="small1">Sévigné</span>, par Monmerqué, -1820, in-8<sup>o</sup>.—<span class="small1">Hénault</span>, <i>Abrégé chronologique</i> (1669), t. III, p. 371.—<span class="small1">Lemontey</span>, -<i>Hist. de la régence</i>, t. I, p. 442.</p> - -<p><a id="Footnote_836" href="#FNanchor_836" class="label">[836]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (16 mars 1672), t. II, p. 426, édit. G.; t. II, -p. 362, édit. M.</p> - -<p><a id="Footnote_837" href="#FNanchor_837" class="label">[837]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (12 août 1671), t. II, p. 183, édit. G.; t. II, -p. 152, édit. M.</p> - -<p><a id="Footnote_838" href="#FNanchor_838" class="label">[838]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (16 mars 1672, 28 janvier et 7 février 1689), -t. II, p. 360, et t. VIII, p. 310 et 325, édit. de M.; t. II, p. 426 et 427, -et t. IX, p. 126 et 127, édit. de G.</p> - -<p><a id="Footnote_839" href="#FNanchor_839" class="label">[839]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (18 février, 11, 13, 20 et 26 mars, 13 avril, -25 décembre 1671), t. I, p. 330, 367, 370, 372, 374, 376, 388, 394, -396, 397, 404, 406; t. II, p. 324, édit. de G.</p> - -<p><a id="Footnote_840" href="#FNanchor_840" class="label">[840]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (11 et 13 mars, 29 avril, 8 mai, 2, 22 et 28 -juin, 5 juillet, 19 août, 16 et 30 septembre, 1<sup>er</sup>, 4 et 11 novembre -1671), t. I, p. 370, 374; t. II, p. 49, 61, 67, 87, 105, 125, 136, 141, -195, 229, 238 et 239, 352 et 377, édit. de G. de S.-G.</p> - -<p><a id="Footnote_841" href="#FNanchor_841" class="label">[841]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (28 juin 1671), t. II, p. 113, édit. de G.; t. II, -p. 94, édit. de M.—<i>Ibid.</i> (11 septembre 1675), t. III, p. 465, édit. M.</p> - -<p><a id="Footnote_842" href="#FNanchor_842" class="label">[842]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (3 novembre 1675), t. IV, p. 186, édit. de G. -t. IV, p. 69, édit. de M.—<i>Ibid.</i> (14 juillet 1680), t. VII, p. 104, édit. -de G.; t. VI, p. 372, édit. de M.—<i>Ibid.</i> (25 septembre 1680, 14 décembre -1689), t. VII, p. 221-228; t. X, p. 137, édit. de G.—<i>Ibid.</i> -(1<sup>er</sup> août 1672), t. II, p. 377, édit. de M.; t. II, p. 447, édit. de G.—<i>Ibid.</i> -(15 mai, 4 juin, 11 et 12 août 1676), t. IV, p. 297, 326 et 420, -édit. de M.; t. IV, p. 439-472; t. V, p. 71, édit. de G.—<i>Ibid.</i> -(9 janvier 1676), t. IV, p. 312, édit. de G.—<i>Ibid.</i> (15 janvier 1690), -t. X, p. 196. Voyez <i>Lettre écrite par madame de Sévigné le</i> 21 <i>juin -1671, rétablie d'après le mss. original</i>, 1826, in-8<sup>o</sup>, p. 15.—<i>Ibid.</i> -(7 juin 1671), t. II, p. 88, édit. de G. Conférez encore sur les lectures -de madame de Sévigné (20 janvier et 24 février 1672), t. II, p. 352 et -397, édit. de G.—<i>Ibid.</i> (15 janvier 1690), t. X, p. 196, édit. de G.—<i>Ibid.</i> -(6 novembre 1675), t. IV, p. 190, édit. de G.</p> - -<p><a id="Footnote_843" href="#FNanchor_843" class="label">[843]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (13 et 30 septembre, 1<sup>er</sup> et 4 novembre 1671), -t. II, p. 226-277, 279 et 286, édit. de G.; t. II, p. 208 et 238, édit. -de M.; t. I, p. 180, édit. de la Haye.</p> - -<p><a id="Footnote_844" href="#FNanchor_844" class="label">[844]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (1<sup>er</sup> et 4 novembre 1671), t. II, p. 276 à 280, -édit. de G.; t. II, p. 238, édit. de M.</p> - -<p><a id="Footnote_845" href="#FNanchor_845" class="label">[845]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (19 août 1671), t. II, p. 195, édit de G.; t II, -p. 162, édit. de M.—<i>Ibid.</i> (23 mai 1671), t. II, p. 81, édit. de G.</p> - -<p><a id="Footnote_846" href="#FNanchor_846" class="label">[846]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (23 novembre 1689), t. X, p. 106. édit. de G.; -t. IX, p. 226, édit. de M.</p> - -<p><a id="Footnote_847" href="#FNanchor_847" class="label">[847]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (4 novembre 1671), t. II, p. 281, édit. de G.; -t. II, p. 238, édit. de M. «Je fais dire tous les jours des messes -pour vous: voilà mon emploi.»</p> - -<p><a id="Footnote_848" href="#FNanchor_848" class="label">[848]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (29 novembre 1671), t. II, p. 298, édit. de G.: -«Comme vous êtes philosophe, vous savez la raison de tous ces -effets; pour moi, je les sens, et je m'en vais faire dire autant de -messes pour remercier Dieu de cette grâce que j'en faisais dire pour -la lui demander.»</p> - -<p><a id="Footnote_849" href="#FNanchor_849" class="label">[849]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (1<sup>er</sup> avril 1671), t. I, p. 315, édit. de M.; t. I, -p. 406, édit. de G.</p> - -<p><a id="Footnote_850" href="#FNanchor_850" class="label">[850]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (vendredi saint, 15 avril 1671), t. II, p. 462, -édit. de G.; et t. II, p. 390, édit. de M.</p> - -<p><a id="Footnote_851" href="#FNanchor_851" class="label">[851]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (20 sept. 1671), t. II, p. 232, édit. de G. (de Buous -dans cette édit.); t. II, p. 194 et 195, édit. de M.—<i>Lettres de madame</i> -<span class="small1">Rabutin-Chantal</span>, <i>marquise de Sévigné</i>, t. I, p. 180, édit. de la Haye, -1726.—Il y a au commencement de cette lettre seize lignes de plus -dans cette édition, qui ont été supprimées dans toutes les autres.</p> - -<p><a id="Footnote_852" href="#FNanchor_852" class="label">[852]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (10 juin 1671), t. II, p. 98, édit. de G. de S.-G.; -t. II, p. 83, édit. de M.—<i>Lettres de madame</i> <span class="small1">Rabutin-Chantal</span>; -la Haye, 1726, in-12, t. I, p. 117.</p> - -<p><a id="Footnote_853" href="#FNanchor_853" class="label">[853]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (15 janvier 1690), t. X, p. 197, édit. de G.; -t. IX, p. 305, édit. de M.</p> - -<p><a id="Footnote_854" href="#FNanchor_854" class="label">[854]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (20 septembre 1671), t. II, p. 233, édit. de -G.; t. II, p. 194, édit. de M.</p> - -<p><a id="Footnote_855" href="#FNanchor_855" class="label">[855]</a> <span class="small1">De Marsollier</span>, <i>Vie de dom Armand-Jean le Bouthillier de -Rancé</i>, 1703, in-12, 1<sup>re</sup> partie, liv. III, ch. <span class="small1">XII</span>, <span class="small1">XIII</span> et <span class="small1">XIV</span>, t. I, -p. 413 à 460.</p> - -<p><a id="Footnote_856" href="#FNanchor_856" class="label">[856]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (15 avril 1671), t. II, p. 21, édit. de G.—<i>Ibid.</i>, -t. II, p. 17, édit. de M.</p> - -<p><a id="Footnote_857" href="#FNanchor_857" class="label">[857]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (13 mai 1671), t. II, p. 66 et 67, édit. de G; -t. II, p. 55, édit. de M.</p> - -<p><a id="Footnote_858" href="#FNanchor_858" class="label">[858]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (18 octobre 1671), t. II, p 263 et 264, édit. -G.; t. II, p. 23, édit. M.</p> - -<p><a id="Footnote_859" href="#FNanchor_859" class="label">[859]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (22 septembre 1680), t. VII, p. 224, édit. G.; -t. VI, p. 470.—<i>Ibid.</i> (13 août 1688), t. VIII, p. 337, édit. de G.; -t. VIII, p. 63, édit. de M.—<i>Ibid.</i> (24 janvier 1689), t. IX, p. 117, -édit. de G.</p> - -<p><a id="Footnote_860" href="#FNanchor_860" class="label">[860]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (15 juin 1680), t. VII, p. 42, édit. de G.; -t. VI, p. 319, édit. de M.</p> - -<p><a id="Footnote_861" href="#FNanchor_861" class="label">[861]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (26 juin 1680), t. VII, p. 63, 70, édit. de G.; -t. VI, p. 342, édit. de M.</p> - -<p><a id="Footnote_862" href="#FNanchor_862" class="label">[862]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (21 juin 1680), t. VII, p. 62 et 65, édit. de G.; -t VI, p. 366 et 367, édit. de M.</p> - -<p><a id="Footnote_863" href="#FNanchor_863" class="label">[863]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (21 juin 1680), t. VII, p. 63 et 64, édit. de G.; -t. VI, p. 337-338, édit. de M.</p> - -<p><a id="Footnote_864" href="#FNanchor_864" class="label">[864]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (4 nov. 1676), t. V, p. 192, édit. de G.; t. V, p. 50, -éd. de M.—Conférez encore (16 août 1680), t. VII, p. 145, éd. de G.</p> - -<p><a id="Footnote_865" href="#FNanchor_865" class="label">[865]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (14 juillet 1689), t. VII, p. 104, édit. de G.; -t. VI, p. 372, édit. de M.</p> - -<p><a id="Footnote_866" href="#FNanchor_866" class="label">[866]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>ibid.</i>, t. VII, p. 102 et 103.</p> - -<p><a id="Footnote_867" href="#FNanchor_867" class="label">[867]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (8 février 1690), t. X, p. 248, édit. de G.; -t. IX, p. 349, édit. de M.</p> - -<p><a id="Footnote_868" href="#FNanchor_868" class="label">[868]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (5 juin 1680), t. VII, p. 19, édit. de G.; t. VI, -p. 300, édit. de M.</p> - -<p><a id="Footnote_869" href="#FNanchor_869" class="label">[869]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (8 juillet 1676), t. V, p. 19, édit. de G.; t. IV, -p. 372, édit. de M.</p> - -<p><a id="Footnote_870" href="#FNanchor_870" class="label">[870]</a> <i>Lettres de</i> <span class="small1">Marie Rabutin-Chantal</span>, <i>marquise</i> <span class="small1">De Sévigné</span> -(31 juillet 1680), édit. de la Haye, 1726, ou t. VI, p. 400, édit. de M.; -t. VII, p. 141, édit. de G. de S.-G.</p> - -<p><a id="Footnote_871" href="#FNanchor_871" class="label">[871]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (4 avril 1680), t. VII, p. 145 et 146, édit. de G. -de S.-G.; t. VI, p. 405, édit. de M.—<i>Ibid.</i>, sur l'aventure du P. Païen -(7 juillet 1680), t. VI, p. 364, édit. M.; t. VII, p. 94, édit. G.</p> - -<p><a id="Footnote_872" href="#FNanchor_872" class="label">[872]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i>, <i>ibid.</i>, t. VII, p. 140, édit. de G.; t. VI, p. 407, -édit. de M.</p> - -<p><a id="Footnote_873" href="#FNanchor_873" class="label">[873]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (3 juillet 1680), t. VI, p. 359, édit. de M.; -t. VII, p. 89, édit. de G.</p> - -<p><a id="Footnote_874" href="#FNanchor_874" class="label">[874]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (31 mai 1680), t. VII, p. 5 et 6, édit. de G.</p> - -<p><a id="Footnote_875" href="#FNanchor_875" class="label">[875]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (7 juillet 1680), t. VI, p. 363, édit. de M.; -t. VII, p. 93, édit. de G.</p> - -<p><a id="Footnote_876" href="#FNanchor_876" class="label">[876]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (14 juillet 1680), t. VII, p. 102 à 104, édit. de -G. de S.-G.; t. VI, p. 371, édit. de M.</p> - -<p><a id="Footnote_877" href="#FNanchor_877" class="label">[877]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (15 avril 1671), t. II, p. 19, 20 et 22, édit. G.; -t. II, p. 16, édit. M.—<i>Ibid.</i> (18 décembre 1671), t. II, p. 316, édit. G.; -t. II, p. 267, édit. de M.—<i>Ibid.</i> (20 mai 1672), t. III, p. 30, édit. de -G., t. II, p. 440, édit. de M.—<i>Ibid.</i> (21 octobre 1671), t. II, p. 297, -édit. de G.; t. II, p. 225, édit. de M. (Voyez ci-dessus, p. 320, -ch. <span class="small1">XVI</span>.)</p> - -<p><a id="Footnote_878" href="#FNanchor_878" class="label">[878]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (6 octobre 1679), t. V, p. 453, édit. M.; -t. VI, p. 150, édit. G.</p> - -<p><a id="Footnote_879" href="#FNanchor_879" class="label">[879]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (10 novembre 1688), t. VIII, p. 150, édit. de -M.—<i>Ibid.</i> (6 janvier 1687), t. VII, p. 406.—<i>Ibid.</i> (8 décembre -1679), t. VI, p. 61.</p> - -<p><a id="Footnote_880" href="#FNanchor_880" class="label">[880]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (7 septembre 1671), t. II, p. 220, édit. G.; -t. II, p. 184, édit. M.—<i>Ibid.</i> (4 mai 1672), t. III, p. 1, édit. G.; -t. II, p. 416, édit. M.</p> - -<p><a id="Footnote_881" href="#FNanchor_881" class="label">[881]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (30 août 1671), t. II, p. 206, édit. G.; t. II, -p. 172, édit. M.</p> - -<p><a id="Footnote_882" href="#FNanchor_882" class="label">[882]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (30 août 1671), t. II, p. 210, édit. G.; t. II, -p. 175, édit. M.</p> - -<p><a id="Footnote_883" href="#FNanchor_883" class="label">[883]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (6 août 1670), t. I, p. 265, édit. de G.; t. I, -p. 196, édit de M.</p> - -<p><a id="Footnote_884" href="#FNanchor_884" class="label">[884]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (18 mars 1671), t. I, p. 379, édit. de G.; t I, -p. 293, édit. de M.</p> - -<p><a id="Footnote_885" href="#FNanchor_885" class="label">[885]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (16 septembre 1671), t. II, p. 228, édit. de G.</p> - -<p><a id="Footnote_886" href="#FNanchor_886" class="label">[886]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (15 mars 1671), t. I, p. 378, édit. de G.; t. I, -p. 292, édit. de M.</p> - -<p><a id="Footnote_887" href="#FNanchor_887" class="label">[887]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (21 août 1680, 16 février 1690), t. VII, p. 171; -t. X, p. 274, édit. de G. de S.-G.; et ci-dessus, ch. <span class="small1">VIII</span>, p. 139 et 143, -et <i>Catalogue des archives de la maison de Grignan</i>, par M. <span class="small1">Vallet -de Viriville</span>, p. 31 à 36, n<sup>os</sup> 191, 199, 202, 203, 206 et 207.</p> - -<p><a id="Footnote_888" href="#FNanchor_888" class="label">[888]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (23 mars 1671), t. I, p. 393, édit. G.; t. I, -p. 304, édit. M.—<i>Ibid.</i> (10 avril 1671), t. II, p. 13, édit. G.; t. II, -p. 10, édit. M.—<i>Ibid.</i> (22 avril 1672), t. II, p. 469, édit. G.; t. II, -p. 396, édit. M.—<i>Ibid.</i> (9 mars 1672), t. II, p. 419, édit. G.; t. II, -p. 355, édit. M.</p> - -<p><a id="Footnote_889" href="#FNanchor_889" class="label">[889]</a> Voyez ci-dessus, chap. <span class="small1">XVI</span>, p. 307, et conférez l'<i>Abrégé des délibérations -faites en assemblée générale des communautés du -pays de Provence, tenue à Lambesc dans les mois de décembre -1670, janvier, février et mars 1671, par autorité et permission -de monseigneur le comte</i> <span class="small1">de Grignan</span>, <i>lieutenant général pour -le roi et autres pays, et par mandement de messieurs les procureurs -généraux dudit pays</i>; à Aix, par Charles David, imprimeur -du roi et du clergé de la ville, 1671, in-4<sup>o</sup>, p. 43-45 (séance du 21 -mars 1671).</p> - -<p><a id="Footnote_890" href="#FNanchor_890" class="label">[890]</a> <i>Lettres de madame</i> <span class="small1">Rabutin-Chantal</span>, <i>marquise</i> <span class="small1">de Sévigné</span>, -<i>à madame la comtesse de Grignan, sa fille</i>; la Haye, 1726, in-12, -t. I, p. 34 et 35 (13 mars 1671).</p> - -<p><a id="Footnote_891" href="#FNanchor_891" class="label">[891]</a> <i>Lettres de madame</i> <span class="small1">Rabutin-Chantal</span>, <i>marquise</i> <span class="small1">de Sévigné</span>; -la Haye, 1726, in-12, t. I, p. 40.—Tout ce que nous citons ici a été -retranché dans les autres éditions.—Conférez, avec cette édition de -la Haye, dans celle de Monmerqué, deux lettres à madame de Grignan, -en date du 18 mars 1671, t. I, p. 292 et 296; ou dans l'édit. -de G. de S.-G., t. I, p. 379 à 383.</p> - -<p><a id="Footnote_892" href="#FNanchor_892" class="label">[892]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (23 mars 1671), t. I, p. 393 et 394, édit. G.; -t. I, p. 305, édit. M.—Madame de Sévigné revient encore sur ce sujet -(18 mai 1671), t. II, p. 79, édit. de G.; t. II, p. 66, édit. de M.</p> - -<p><a id="Footnote_893" href="#FNanchor_893" class="label">[893]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (9 mars 1672), t. II, p. 419, édit. de G.; -t. II, p. 356, édit. de M.</p> - -<p><a id="Footnote_894" href="#FNanchor_894" class="label">[894]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (30 mars 1672), t. II, p. 441, édit. de G.; -t. II, p. 372, édit. de M.</p> - -<p><a id="Footnote_895" href="#FNanchor_895" class="label">[895]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (28 juin 1671), t. II, p. 117 et 118, édit. de G.; -t. II, p. 98, édit. de M.</p> - -<p><a id="Footnote_896" href="#FNanchor_896" class="label">[896]</a> Voyez ci-dessus, chap. <span class="small1">XVI</span>, p. 302-309.</p> - -<p><a id="Footnote_897" href="#FNanchor_897" class="label">[897]</a> <i>Abrégé des délibérations faites en assemblée générale des -communautés de Provence</i>, etc.; à Aix, par Charles David, 1671, -in-4<sup>o</sup>, «séance du neuvième du même mois de janvier, du matin,» -p. 41.</p> - -<p><a id="Footnote_898" href="#FNanchor_898" class="label">[898]</a> <i>Abrégé des délibérations</i>, etc., p. 41, 42, 43.</p> - -<p><a id="Footnote_899" href="#FNanchor_899" class="label">[899]</a> <i>Ibid.</i>, «séance du vingt-deuxième du même mois, de relevée,» -p. 52.</p> - -<p><a id="Footnote_900" href="#FNanchor_900" class="label">[900]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (1<sup>er</sup> janvier 1672), t. II, p. 329 et 330, édit. -de G.; t. II, p. 579, édit. de M.</p> - -<p><a id="Footnote_901" href="#FNanchor_901" class="label">[901]</a> <i>Lettre de M.</i> <span class="small1">de Grignan</span> <i>à Colbert</i>, insérée dans l'<i>Histoire de -Colbert</i>, par M. P. Clément, 1846, in-8<sup>o</sup>, p. 352 et 353.</p> - -<p><a id="Footnote_902" href="#FNanchor_902" class="label">[902]</a> Voyez II<sup>e</sup> partie, p. 155, 161, 229.</p> - -<p><a id="Footnote_903" href="#FNanchor_903" class="label">[903]</a> Temps.</p> - -<p><a id="Footnote_904" href="#FNanchor_904" class="label">[904]</a> Repentirez.</p> - -<p><a id="Footnote_905" href="#FNanchor_905" class="label">[905]</a> La jeune reine, la femme de Louis XIV.</p> - -<p><a id="Footnote_906" href="#FNanchor_906" class="label">[906]</a> Le confident, c'est le roi. Voyez les <i>Lettres inédites de</i> <span class="small1">Mazarin</span>; publiées -par M. Ravenel.</p> - -<p><a id="Footnote_907" href="#FNanchor_907" class="label">[907]</a> Philippe de France, le frère de Louis XIV.</p> - -<p><a id="Footnote_908" href="#FNanchor_908" class="label">[908]</a> Le numéro 22 est, dit-on, la reine elle-même; et aux conjecture que ces -<img src="images/symbol1.jpg" width="55" height="16" alt="" /> remplacent les mots par lesquels elle était convenue d'exprimer sa -tendresse pour Mazarin. Voyez la clef dans les <i>Lettres inédites de</i> <span class="small1">Mazarin</span>, -publiées par M. Ravenel, 1836, in-8<sup>o</sup>, p. 491.</p> - </div> - </div> -</div> - -<div class="chapter"> -<h2 class="normal">TABLE DES MATIÈRES</h2> -<p class="subh"><b>TABLE SOMMAIRE</b><br /> -<b>DES CHAPITRES DE CE VOLUME.</b></p> -</div> - -<table id="ToC" summary="contents"> -<tr> -<th colspan="2" class="tdc">CHAPITRE PREMIER.—1664-1666.</th> -</tr> -<tr> -<td> </td> -<td>Pages.</td> -</tr> -<tr> -<td class="tdl">Occupation de Bussy dans son exil.—Louis XIV et sa cour.—Madame -de Sévigné et madame Duplessis-Guénégaud.—De -Pomponne, ambassadeur en Suède.—Société réunie à Fresnes.—Correspondance -de M. de Pomponne et de madame de -Sévigné.</td> -<td class="tdr"><a href="#Page_1">1</a></td> -</tr> -<tr> -<th colspan="2" class="tdc">CHAPITRE II.—1666-1667.</th> -</tr> -<tr> -<td class="tdl">Mademoiselle de Sévigné est produite dans le monde.—Partis -qui se présentent pour elle.—Madame de Sévigné aux Rochers.—Guerre -d'Espagne.—De Louis XIV et de son gouvernement.—De -ses victoires et de ses maîtresses.</td> -<td class="tdr"><a href="#Page_31">31</a></td> -</tr> -<tr> -<th colspan="2" class="tdc">CHAPITRE III.—1667.</th> -</tr> -<tr> -<td class="tdl">De Bussy et des personnes avec lesquelles il était en correspondance.</td> -<td class="tdr"><a href="#Page_48">48</a></td> -</tr> -<tr> -<th colspan="2" class="tdc">CHAPITRE IV.—1666-1667.</th> -</tr> -<tr> -<td class="tdl">Madame de Sévigné passe l'automne au château de Fresnes.—Arnauld -d'Andilly.—Le comte de la Rochefoucauld.—Madame -de la Fayette.—Madame de Motteville.—Le comte de -Cessac.—Madame de Caderousse.—Lettre de mademoiselle -de Sévigné à l'abbé le Tellier.</td> -<td class="tdr"><a href="#Page_70">70</a> -<span class="pagenum"><a id="Page_480"> 480</a></span></td> -</tr> -<tr> -<th colspan="2" class="tdc">CHAPITRE V.—1668-1669.</th> -</tr> -<tr> -<td class="tdl">Conquête de la Franche-Comté.—Paix d'Aix-la-Chapelle.—Fête -donnée à Versailles.—Place qu'y occupaient madame -de Sévigné et sa fille.—Bruits qui couraient de l'inclination -de Louis XIV pour mademoiselle de Sévigné.—Intrigues du -roi.—La duchesse de Sully.—La Vallière, madame Scarron -et madame de Montespan.</td> -<td class="tdr"><a href="#Page_82">82</a></td> -</tr> -<tr> -<th colspan="2" class="tdc">CHAPITRE VI.—1668-1669.</th> -</tr> -<tr> -<td class="tdl">Versailles.—Goût de madame de Sévigné pour les divertissements -du théâtre.—Influence du grand mouvement littéraire -de l'époque sur le talent de madame de Sévigné.—Sa correspondance -avec le cardinal de Retz.—Occupations de celui-ci.</td> -<td class="tdr"><a href="#Page_98">98</a></td> -</tr> -<tr> -<th colspan="2" class="tdc">CHAPITRE VII.—1668-1669.</th> -</tr> -<tr> -<td class="tdl">Siége de Candie.—Sévigné s'embarque pour aller au secours de -cette ville.—Tristes résultats de cette expédition.—Sévigné -revient avec la Feuillade, et rejoint sa mère.</td> -<td class="tdr"><a href="#Page_116">116</a></td> -</tr> -<tr> -<th colspan="2" class="tdc">CHAPITRE VIII.—1668-1669.</th> -</tr> -<tr> -<td class="tdl">Mariage de mademoiselle de Sévigné avec le comte de Grignan.—Détails -et réflexions sur ce mariage.</td> -<td class="tdr"><a href="#Page_125">125</a></td> -</tr> -<tr> -<th colspan="2" class="tdc">CHAPITRE IX.—1669.</th> -</tr> -<tr> -<td class="tdl">Altercations de madame de Sévigné avec Bussy.—Politique de -Louis XIV.—Madame de Sévigné veut que Bussy écrive au -comte de Grignan.—Bussy résiste, et ensuite consent.</td> -<td class="tdr"><a href="#Page_146">146</a></td> -</tr> -<tr> -<th colspan="2" class="tdc">CHAPITRE X.—1669-1671.</th> -</tr> -<tr> -<td class="tdl">Bussy.—Sa famille.—Société qui fréquentait son château.—Son -animosité envers madame de Monglat.—Son commerce -<span class="pagenum"><a id="Page_481"> 481</a></span> -de lettres avec madame de Scudéry.—Bussy écrit ses Mémoires.</td> -<td class="tdr"><a href="#Page_163">163</a></td> -</tr> -<tr> -<th colspan="2" class="tdc">CHAPITRE XI.—1670-1671.</th> -</tr> -<tr> -<td class="tdl">Correspondance de Bussy avec madame de Sévigné.—Claude -Frémyot institue madame de Sévigné son légataire universel.—Bussy -saisit cette occasion de renouer avec elle son commerce -de lettres.—Nouvelles altercations entre eux.</td> -<td class="tdr"><a href="#Page_181">181</a></td> -</tr> -<tr> -<th colspan="2" class="tdc">CHAPITRE XII.—1670-1671.</th> -</tr> -<tr> -<td class="tdl">Louis XIV envoie de nouveaux secours à Candie.—Beaufort y -périt.—Traité secret avec Charles II.—Prospérité de la -France.—Molière, Racine et Corneille continuent à travailler -pour le théâtre.—Madame de Montespan devient maîtresse -en titre.—Ses enfants sont confiés à madame Scarron.—Retraite -de la Vallière à Chaillot.—Détails sur les favoris de -Louis XIV.—Henriette d'Angleterre périt par le poison.—Madame -de Sévigné parle de tous ces événements.</td> -<td class="tdr"><a href="#Page_196">196</a></td> -</tr> -<tr> -<th colspan="2" class="tdc">CHAPITRE XIII.—1670-1671.</th> -</tr> -<tr> -<td class="tdl">Duel entre Duval, valet de pied de la princesse de Condé, et -Bussy-Rabutin, son page.—Celui-ci s'enfuit en Allemagne.—Madame -de Sévigné entre en correspondance avec lui et avec -sa femme, la duchesse de Holstein.—Madame de Sévigné est -bien instruite des intrigues de cour.—Du comte de Saint-Paul -et du comte de Fiesque.—Pouvoir de madame de Montespan.—La -Vallière se retire encore à Chaillot.—Colbert -la ramène à la cour.</td> -<td class="tdr"><a href="#Page_226">226</a></td> -</tr> -<tr> -<th colspan="2" class="tdc">CHAPITRE XIV.—1671.</th> -</tr> -<tr> -<td class="tdl">Mademoiselle et Lauzun.—Lettre de madame de Sévigné sur -leur mariage.</td> -<td class="tdr"><a href="#Page_242">242</a></td> -</tr> -<tr> -<th colspan="2" class="tdc">CHAPITRE XV.—1669-1671.</th> -</tr> -<tr> -<td class="tdl">Madame de Sévigné à Livry.—Mort de Saint-Pavin.—Le comte -<span class="pagenum"><a id="Page_482"> 482</a></span> -de Grignan est nommé lieutenant général gouverneur de la -Provence.—Correspondance de madame de Sévigné avec -toute la famille de Coulanges à Lyon.—Nouvelles diverses.—M. -de Grignan musicien.—Éloges donnés par madame de -Sévigné aux ouvrages de Nicole et de la Fontaine et aux prédications -de Bourdaloue.</td> -<td class="tdr"><a href="#Page_285">285</a></td> -</tr> -<tr> -<th colspan="2" class="tdc">CHAPITRE XVI.—1670-1671.</th> -</tr> -<tr> -<td class="tdl">Affaires de la Provence.—Conseils donnés par madame de Sévigné -au comte de Grignan.—Madame de Grignan se dispose -pour aller en Provence rejoindre son mari.</td> -<td class="tdr"><a href="#Page_302">302</a></td> -</tr> -<tr> -<th colspan="2" class="tdc">CHAPITRE XVII.—1671.</th> -</tr> -<tr> -<td class="tdl">Départ de madame de Grignan.—Son voyage de Paris à Aix.—Elle -rencontre à Moulins madame de Guénégaud.—Madame -de Grignan arrive à Aix.—Honneurs qui lui sont rendus -par M. de Vivonne.</td> -<td class="tdr"><a href="#Page_319">319</a></td> -</tr> -<tr> -<th colspan="2" class="tdc">CHAPITRE XVIII.—1671-1672.</th> -</tr> -<tr> -<td class="tdl">Etats de Bretagne.—Motifs qui forcent madame de Sévigné -d'aller en Bretagne.—Examen de sa correspondance avec sa -fille.</td> -<td class="tdr"><a href="#Page_337">337</a></td> -</tr> -<tr> -<th colspan="2" class="tdc">CHAPITRE XIX.—1671-1672.</th> -</tr> -<tr> -<td class="tdl">Détails sur la correspondance de madame de Sévigné avec diverses -personnes:—avec d'Hacqueville,—Corbinelli,—madame -de la Fayette,—M. et madame de Coulanges,—avec -Sévigné, son fils.</td> -<td class="tdr"><a href="#Page_385">385</a></td> -</tr> -<tr> -<th colspan="2" class="tdc">CHAPITRE XX.—1671-1672.</th> -</tr> -<tr> -<td class="tdl">Parallèle entre madame de Sévigné et madame de Grignan.—Caractères, -habitudes, inclinations de l'une et de l'autre.—Leur -<span class="pagenum"><a id="Page_483"> 483</a></span> -goût et leurs opinions en littérature,—en philosophie,—en -religion.—Bons conseils donnés par madame de Sévigné -à sa fille.</td> -<td class="tdr"><a href="#Page_406">406</a></td> -</tr> -<tr> -<td class="tdl"><span class="small1">Notes et éclaircissements.</span></td> -<td class="tdr"><a href="#Page_449">449</a></td> -</tr> -<tr> -<td class="tdl"><span class="small1">Supplément aux éclaircissements de la première partie.</span></td> -<td class="tdr"><a href="#Page_477">477</a></td> -</tr> -<tr> -<td class="tdl">Lettre inédite d'Anne d'Autriche au cardinal Mazarin.</td> -<td class="tdr"><a href="#Page_477">477</a></td> -</tr> -</table> - - -<div class="chapter"><p class="end">FIN DE LA TABLE DES CHAPITRES.</p> -<p><span class="pagenumh"><a id="Page_484"> 484</a></span> -<span class="pagenumh"><a id="Page_485"> 485</a></span></p> -</div> - -<p><span class="pagenum"><a id="Page_486"> 486</a></span></p> -<p class="large ad"><span class="small1">LIBRAIRIE DE FIRMIN-DIDOT ET C<sup>IE</sup>, RUE JACOB, 56.</span></p> - -<p class="ad"><span class="xlarge">CHEFS-D'ŒUVRE DE LA LITTÉRATURE FRANÇAISE.</span><br /> -<span class="large">Format in-18 anglais, la plupart avec portraits.</span><br /> -<span class="medium">PRIX DE CHAQUE VOLUME: TROIS FRANCS.</span></p> - -<p class="ad"><i>Les volumes d'un prix différent sont indiqués.</i></p> - -<table id="ads" summary="authors"> -<tr> -<td class="tdl">Anciens monuments de la langue française</td> -<td class="tdr">Vol.</td> -</tr> -<tr> -<td class="tdl">ÉGINHARD, Vie de Charlemagne, 4 fr.</td> -<td class="tdr">1</td> -</tr> -<tr> -<td class="tdl">FROISSART, Chroniques, 4 fr.</td> -<td class="tdr">1</td> -</tr> -<tr> -<td class="tdl">GRÉGOIRE DE TOURS, trad. par H. Bordier, 8 fr.</td> -<td class="tdr">2</td> -</tr> -<tr> -<td class="tdl">JOINVILLE, Vie de saint Louis. Vie de Joinville, par M. Ambr. Didot. Prix: 5 fr.</td> -<td class="tdr">1</td> -</tr> -<tr> -<td class="tdl">LORRIS (DE), Roman de la Rose, 8 fr.</td> -<td class="tdr">2</td> -</tr> -<tr> -<td class="tdl">PASQUIER, Recherches sur la France, 8 fr.</td> -<td class="tdr">2</td> -</tr> -<tr> -<td class="tdl">RABELAIS, Œuvres complètes, 8 fr.</td> -<td class="tdr">2</td> -</tr> -<tr> -<td class="tdl">RONSARD, Choix de poésies, 8 fr.</td> -<td class="tdr">2</td> -</tr> -<tr> -<td class="tdl">NISARD, Hist. de la littérature française, 16 fr.</td> -<td class="tdr">4</td> -</tr> -<tr> -<td class="tdl">BEAUMARCHAIS, Théâtre</td> -<td class="tdr">1</td> -</tr> -<tr> -<td class="tdl">BERNARDIN DE SAINT-PIERRE, Paul et Virginie</td> -<td class="tdr">1</td> -</tr> -<tr> -<td class="tdl"><span class="i2">—</span> <span class="i2">Études de la nature</span></td> -<td class="tdr">1</td> -</tr> -<tr> -<td class="tdl">BOILEAU</td> -<td class="tdr">1</td> -</tr> -<tr> -<td class="tdl">BOSSUET, Sermons</td> -<td class="tdr">1</td> -</tr> -<tr> -<td class="tdl"><span class="i2">—</span><span class="i2"> Oraisons</span></td> -<td class="tdr">1</td> -</tr> -<tr> -<td class="tdl"><span class="i2">—</span> <span class="i2">Discours sur l'Histoire universelle</span></td> -<td class="tdr">1</td> -</tr> -<tr> -<td class="tdl">BUFFON, Epoques de la nature</td> -<td class="tdr">1</td> -</tr> -<tr> -<td class="tdl"><span class="i2">—</span><span class="i2"> Les Animaux</span></td> -<td class="tdr">1</td> -</tr> -<tr> -<td class="tdl">CHATEAUBRIAND, Atala</td> -<td class="tdr">1</td> -</tr> -<tr> -<td class="tdl"><span class="i2">—</span> <span class="i2">Génie du christianisme</span></td> -<td class="tdr">2</td> -</tr> -<tr> -<td class="tdl"><span class="i2">—</span> <span class="i2">Martyrs</span></td> -<td class="tdr">1</td> -</tr> -<tr> -<td class="tdl"><span class="i2">—</span> <span class="i2">Natchez</span></td> -<td class="tdr">1</td> -</tr> -<tr> -<td class="tdl"><span class="i2">—</span> <span class="i2">Itinéraire de Paris à Jérusalem</span></td> -<td class="tdr">2</td> -</tr> -<tr> -<td class="tdl"><span class="i2">—</span> <span class="i2">Mélanges politiques et littéraires</span></td> -<td class="tdr">1</td> -</tr> -<tr> -<td class="tdl"><span class="i2">—</span> <span class="i2">Études historiques</span></td> -<td class="tdr">1</td> -</tr> -<tr> -<td class="tdl"><span class="i2">—</span> <span class="i2">Analyse de l'histoire de France</span></td> -<td class="tdr">1</td> -</tr> -<tr> -<td class="tdl">CHEFS-D'ŒUVRE TRAGIQUES</td> -<td class="tdr" >2</td> -</tr> -<tr> -<td class="tdl">CHEFS-D'ŒUVRE COMIQUES</td> -<td class="tdr">8</td> -</tr> -<tr> -<td class="tdl">CHEFS-D'ŒUVRE HISTORIQUES</td> -<td class="tdr">2</td> -</tr> -<tr> -<td class="tdl">CLASSIQUES DE LA TABLE</td> -<td class="tdr">2</td> -</tr> -<tr> -<td class="tdl">CORNEILLE, Théâtre</td> -<td class="tdr">2</td> -</tr> -<tr> -<td class="tdl">COURIER (Paul-Louis)</td> -<td class="tdr">1</td> -</tr> -<tr> -<td class="tdl">CUVIER, Révolutions du globe</td> -<td class="tdr">1</td> -</tr> -<tr> -<td class="tdl">D'AGUESSEAU (le chancelier)</td> -<td class="tdr">1</td> -</tr> -<tr> -<td class="tdl">DEFOE, Robinson Crusoé</td> -<td class="tdr">1</td> -</tr> -<tr> -<td class="tdl">DELILLE (Choix)</td> -<td class="tdr">1</td> -</tr> -<tr> -<td class="tdl">DESJARDINS, Vie de Jeanne d'Arc</td> -<td class="tdr">1</td> -</tr> -<tr> -<td class="tdl">DIDEROT</td> -<td class="tdr">2</td> -</tr> -<tr> -<td class="tdl">DUREAU DE LA MALLE, L'Algérie</td> -<td class="tdr">1</td> -</tr> -<tr> -<td class="tdl">FÉNELON, Télémaque</td> -<td class="tdr">1</td> -</tr> -<tr> -<td class="tdl"><span class="i2">—</span> <span class="i2">Éducation des filles</span></td> -<td class="tdr">1</td> -</tr> -<tr> -<td class="tdl"><span class="i2">—</span> <span class="i2">Existence de Dieu</span></td> -<td class="tdr">1</td> -</tr> -<tr> -<td class="tdl">FLORIAN, Fables</td> -<td class="tdr">1</td> -</tr> -<tr> -<td class="tdl"><span class="i2">—</span> <span class="i2">Don Quichotte</span></td> -<td class="tdr">1</td> -</tr> -<tr> -<td class="tdl">GENOUDE (DE), Vie de Jésus-Christ</td> -<td class="tdr">1</td> -</tr> -<tr> -<td class="tdl">GONCOURT (DE), Marie Antoinette</td> -<td class="tdr">1</td> -</tr> -<tr> -<td class="tdl">HAMILTON, Mémoires de Grammont</td> -<td class="tdr">1</td> -</tr> -<tr> -<td class="tdl">LA BRUYÈRE, Caractères</td> -<td class="tdr">1</td> -</tr> -<tr> -<td class="tdl">LA FONTAINE, Fables</td> -<td class="tdr">1</td> -</tr> -<tr> -<td class="tdl">LA ROCHEFOUCAULD</td> -<td class="tdr">1</td> -</tr> -<tr> -<td class="tdl">LE SAGE, Gil Blas</td> -<td class="tdr">1</td> -</tr> -<tr> -<td class="tdl">MALHERBE, J.-B ROUSSEAU, LEBRUN</td> -<td class="tdr">1</td> -</tr> -<tr> -<td class="tdl">MARMONTEL, Littérature</td> -<td class="tdr">3</td> -</tr> -<tr> -<td class="tdl">MASSILLON, Petit Carême</td> -<td class="tdr">1</td> -</tr> -<tr> -<td class="tdl">MAURY, Éloquence</td> -<td class="tdr">1</td> -</tr> -<tr> -<td class="tdl">MIGNET, Révolution française, 7 fr.</td> -<td class="tdr">2</td> -</tr> -<tr> -<td class="tdl">MOLIÈRE, Théâtre</td> -<td class="tdr">2</td> -</tr> -<tr> -<td class="tdl">MONTESQUIEU, Grandeur des Romains</td> -<td class="tdr">1</td> -</tr> -<tr> -<td class="tdl">MONTESQUIEU, Esprit des lois</td> -<td class="tdr">1</td> -</tr> -<tr> -<td class="tdl">NAPOLÉON, par M. Kermoysan</td> -<td class="tdr">4</td> -</tr> -<tr> -<td class="tdl">PASCAL, Provinciales</td> -<td class="tdr">1</td> -</tr> -<tr> -<td class="tdl"><span class="i2">—</span> <span class="i2">Pensées</span></td> -<td class="tdr">1</td> -</tr> -<tr> -<td class="tdl">RACINE, Théâtre</td> -<td class="tdr">1</td> -</tr> -<tr> -<td class="tdl">RACINE (LOUIS), Poëme de la Religion</td> -<td class="tdr">1</td> -</tr> -<tr> -<td class="tdl">REGNARD, Theâtre</td> -<td class="tdr">1</td> -</tr> -<tr> -<td class="tdl">ROLAND, Histoire d'Angleterre, d'Écosse et d'Irlande</td> -<td class="tdr">1</td> -</tr> -<tr> -<td class="tdl">ROLLIN, Traité des études</td> -<td class="tdr">3</td> -</tr> -<tr> -<td class="tdl"><span class="i2">—</span> <span class="i2">Histoire ancienne</span></td> -<td class="tdr">10</td> -</tr> -<tr> -<td class="tdl"><span class="i2">—</span> <span class="i2">Histoire romaine</span></td> -<td class="tdr">10</td> -</tr> -<tr> -<td class="tdl">ROUSSEAU, Nouvelle Héloïse</td> -<td class="tdr">1</td> -</tr> -<tr> -<td class="tdl"><span class="i2">—</span> <span class="i2">Émile</span></td> -<td class="tdr">1</td> -</tr> -<tr> -<td class="tdl"><span class="i2">—</span> <span class="i2">Confessions</span></td> -<td class="tdr">1</td> -</tr> -<tr> -<td class="tdl"><span class="i2">—</span> <span class="i2">Petits chefs-d'œuvre</span></td> -<td class="tdr">1</td> -</tr> -<tr> -<td class="tdl">RULHIÈRE (DE), Révolutions de Pologne</td> -<td class="tdr">3</td> -</tr> -<tr> -<td class="tdl">SAINT-ÉVREMOND, 4 fr.</td> -<td class="tdr">1</td> -</tr> -<tr> -<td class="tdl">SCRIBE, Théâtre</td> -<td class="tdr">5</td> -</tr> -<tr> -<td class="tdl">SÉVIGNÉ, Lettres complètes</td> -<td class="tdr">6</td> -</tr> -<tr> -<td class="tdl"><span class="i2">—</span> <span class="i2">Choix</span></td> -<td class="tdr">1</td> -</tr> -<tr> -<td class="tdl">SOUZA (DE), Lettres portugaises</td> -<td class="tdr">1</td> -</tr> -<tr> -<td class="tdl">SILVIO PELLICO, Mes Prisons</td> -<td class="tdr">1</td> -</tr> -<tr> -<td class="tdl">STAËL (DE), Corinne</td> -<td class="tdr">1</td> -</tr> -<tr> -<td class="tdl"><span class="i2">—</span> <span class="i2">De l'Allemagne</span></td> -<td class="tdr">1</td> -</tr> -<tr> -<td class="tdl"><span class="i2">—</span> <span class="i2">Delphine</span></td> -<td class="tdr">1</td> -</tr> -<tr> -<td class="tdl">VIENNET, Mélanges de poésies</td> -<td class="tdr">1</td> -</tr> -<tr> -<td class="tdl"><span class="i2">—</span> <span class="i2">Le Cimetière du Père-Lachaise</span></td> -<td class="tdr">1</td> -</tr> -<tr> -<td class="tdl">VIES DES SAINTS</td> -<td class="tdr">2</td> -</tr> -<tr> -<td class="tdl">VOLTAIRE, Commentaires sur Corneille</td> -<td class="tdr">1</td> -</tr> -<tr> -<td class="tdl"><span class="i2">—</span> <span class="i2">Henriade</span></td> -<td class="tdr">1</td> -</tr> -<tr> -<td class="tdl"><span class="i2">—</span> <span class="i2">Théâtre</span></td> -<td class="tdr">1</td> -</tr> -<tr> -<td class="tdl"><span class="i2">—</span> <span class="i2">Louis XIV</span></td> -<td class="tdr">1</td> -</tr> -<tr> -<td class="tdl"><span class="i2">—</span> <span class="i2">Louis XV</span></td> -<td class="tdr">1</td> -</tr> -<tr> -<td class="tdl"><span class="i2">—</span> <span class="i2">Charles XII</span></td> -<td class="tdr">1</td> -</tr> -<tr> -<td class="tdl"><span class="i2">—</span> <span class="i2">Contes</span></td> -<td class="tdr">1</td> -</tr> -<tr> -<td class="tdl"><span class="i2">—</span> <span class="i2">Romans</span></td> -<td class="tdr">1</td> -</tr> -<tr> -<td class="tdl">WALCKENAER, Mémoires sur madame de Sévigné, 24 fr.</td> -<td class="tdr">6</td> -</tr> -<tr> -<td class="tdl"><span class="i2">—</span> <span class="i2">Vie d'Horace, 8 fr.</span></td> -<td class="tdr">2</td> -</tr> -<tr> -<td class="tdl"><span class="i2">—</span> <span class="i2">Vie de la Fontaine, 8 fr.</span></td> -<td class="tdr">2</td> -</tr> -<tr> -<td class="tdl"><span class="i2">—</span> <span class="i2">Géographie des Gaules, 8 fr.</span></td> -<td class="tdr">2</td> -</tr> -<tr> -<td class="tdl"><span class="i2">—</span> <span class="i2">Lettres sur les contes des fées, 4 fr.</span></td> -<td class="tdr">1</td> -</tr> -<tr> -<th>LITTÉRATURE ANCIENNE<br /> -(TRADUCTION FRANÇAISE).</th> -</tr> -<tr> -<td class="tdl">ARISTOPHANE, trad. par Artaud, 7 fr.</td> -<td class="tdr">2</td> -</tr> -<tr> -<td class="tdl">EURIPIDE, trad. par le même, 7 fr.</td> -<td class="tdr">2</td> -</tr> -<tr> -<td class="tdl">HÉRODOTE, traduction par Miot</td> -<td class="tdr">2</td> -</tr> -<tr> -<td class="tdl">HOMÈRE, Iliade, trad. par Dugas-Montbel</td> -<td class="tdr">1</td> -</tr> -<tr> -<td class="tdl"><span class="i2">—</span> <span class="i2">Odyssée, trad. par le même</span></td> -<td class="tdr">1</td> -</tr> -<tr> -<th>LITTÉRATURE ÉTRANGÈRE.</th> -</tr> -<tr> -<td class="tdl">ARIOSTE, L'Orlando furioso</td> -<td class="tdr">2</td> -</tr> -<tr> -<td class="tdl">BOCCACE, Il Decamerone</td> -<td class="tdr">2</td> -</tr> -<tr> -<td class="tdl">CAMOËNS, Os Lusiadas</td> -<td class="tdr">1</td> -</tr> -<tr> -<td class="tdl">DANTE, La Divina Commedia</td> -<td class="tdr">1</td> -</tr> -<tr> -<td class="tdl"><span class="i2">—</span> <span class="i2">Traduction par Artaud</span></td> -<td class="tdr">1</td> -</tr> -<tr> -<td class="tdl">GOLDONI, Commedie scelte</td> -<td class="tdr">1</td> -</tr> -<tr> -<td class="tdl">TASSE, La Gerusalemme liberata</td> -<td class="tdr">1</td> -</tr> -<tr> -<td class="tdl"><span class="i2">—</span> <span class="i2">Traduction française</span></td> -<td class="tdr">1</td> -</tr> -</table> - - -<p class="end">TYPOGRAPHIE FIRMIN-DIDOT.—MESNIL (EURE).</p> - - - - - - - - -<pre> - - - - - -End of the Project Gutenberg EBook of Mémoires touchant la vie et les écrits -de Marie de Rabutin-Chantal, vol. 3/6, by Charles Athanase Walckenaer - -*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK MEMOIRES TOUCHANT LA VIE *** - -***** This file should be named 51802-h.htm or 51802-h.zip ***** -This and all associated files of various formats will be found in: - http://www.gutenberg.org/5/1/8/0/51802/ - -Produced by Clarity, Hélène de Mink, and the Online -Distributed Proofreading Team at http://www.pgdp.net (This -file was produced from images generously made available -by the Bibliothèque nationale de France (BnF/Gallica) at -http://gallica.bnf.fr) - - -Updated editions will replace the previous one--the old editions -will be renamed. - -Creating the works from public domain print editions means that no -one owns a United States copyright in these works, so the Foundation -(and you!) can copy and distribute it in the United States without -permission and without paying copyright royalties. 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Redistribution is -subject to the trademark license, especially commercial -redistribution. - - - -*** START: FULL LICENSE *** - -THE FULL PROJECT GUTENBERG LICENSE -PLEASE READ THIS BEFORE YOU DISTRIBUTE OR USE THIS WORK - -To protect the Project Gutenberg-tm mission of promoting the free -distribution of electronic works, by using or distributing this work -(or any other work associated in any way with the phrase "Project -Gutenberg"), you agree to comply with all the terms of the Full Project -Gutenberg-tm License (available with this file or online at -http://gutenberg.org/license). - - -Section 1. General Terms of Use and Redistributing Project Gutenberg-tm -electronic works - -1.A. By reading or using any part of this Project Gutenberg-tm -electronic work, you indicate that you have read, understand, agree to -and accept all the terms of this license and intellectual property -(trademark/copyright) agreement. 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INDEMNITY - You agree to indemnify and hold the Foundation, the -trademark owner, any agent or employee of the Foundation, anyone -providing copies of Project Gutenberg-tm electronic works in accordance -with this agreement, and any volunteers associated with the production, -promotion and distribution of Project Gutenberg-tm electronic works, -harmless from all liability, costs and expenses, including legal fees, -that arise directly or indirectly from any of the following which you do -or cause to occur: (a) distribution of this or any Project Gutenberg-tm -work, (b) alteration, modification, or additions or deletions to any -Project Gutenberg-tm work, and (c) any Defect you cause. - - -Section 2. Information about the Mission of Project Gutenberg-tm - -Project Gutenberg-tm is synonymous with the free distribution of -electronic works in formats readable by the widest variety of computers -including obsolete, old, middle-aged and new computers. It exists -because of the efforts of hundreds of volunteers and donations from -people in all walks of life. - -Volunteers and financial support to provide volunteers with the -assistance they need, are critical to reaching Project Gutenberg-tm's -goals and ensuring that the Project Gutenberg-tm collection will -remain freely available for generations to come. In 2001, the Project -Gutenberg Literary Archive Foundation was created to provide a secure -and permanent future for Project Gutenberg-tm and future generations. -To learn more about the Project Gutenberg Literary Archive Foundation -and how your efforts and donations can help, see Sections 3 and 4 -and the Foundation web page at http://www.pglaf.org. - - -Section 3. Information about the Project Gutenberg Literary Archive -Foundation - -The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non profit -501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the -state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal -Revenue Service. The Foundation's EIN or federal tax identification -number is 64-6221541. Its 501(c)(3) letter is posted at -http://pglaf.org/fundraising. Contributions to the Project Gutenberg -Literary Archive Foundation are tax deductible to the full extent -permitted by U.S. federal laws and your state's laws. - -The Foundation's principal office is located at 4557 Melan Dr. S. -Fairbanks, AK, 99712., but its volunteers and employees are scattered -throughout numerous locations. Its business office is located at -809 North 1500 West, Salt Lake City, UT 84116, (801) 596-1887, email -business@pglaf.org. Email contact links and up to date contact -information can be found at the Foundation's web site and official -page at http://pglaf.org - -For additional contact information: - Dr. Gregory B. Newby - Chief Executive and Director - gbnewby@pglaf.org - - -Section 4. Information about Donations to the Project Gutenberg -Literary Archive Foundation - -Project Gutenberg-tm depends upon and cannot survive without wide -spread public support and donations to carry out its mission of -increasing the number of public domain and licensed works that can be -freely distributed in machine readable form accessible by the widest -array of equipment including outdated equipment. Many small donations -($1 to $5,000) are particularly important to maintaining tax exempt -status with the IRS. - -The Foundation is committed to complying with the laws regulating -charities and charitable donations in all 50 states of the United -States. Compliance requirements are not uniform and it takes a -considerable effort, much paperwork and many fees to meet and keep up -with these requirements. We do not solicit donations in locations -where we have not received written confirmation of compliance. To -SEND DONATIONS or determine the status of compliance for any -particular state visit http://pglaf.org - -While we cannot and do not solicit contributions from states where we -have not met the solicitation requirements, we know of no prohibition -against accepting unsolicited donations from donors in such states who -approach us with offers to donate. - -International donations are gratefully accepted, but we cannot make -any statements concerning tax treatment of donations received from -outside the United States. U.S. laws alone swamp our small staff. - -Please check the Project Gutenberg Web pages for current donation -methods and addresses. Donations are accepted in a number of other -ways including checks, online payments and credit card donations. -To donate, please visit: http://pglaf.org/donate - - -Section 5. General Information About Project Gutenberg-tm electronic -works. - -Professor Michael S. Hart is the originator of the Project Gutenberg-tm -concept of a library of electronic works that could be freely shared -with anyone. For thirty years, he produced and distributed Project -Gutenberg-tm eBooks with only a loose network of volunteer support. - - -Project Gutenberg-tm eBooks are often created from several printed -editions, all of which are confirmed as Public Domain in the U.S. -unless a copyright notice is included. Thus, we do not necessarily -keep eBooks in compliance with any particular paper edition. - - -Most people start at our Web site which has the main PG search facility: - - http://www.gutenberg.org - -This Web site includes information about Project Gutenberg-tm, -including how to make donations to the Project Gutenberg Literary -Archive Foundation, how to help produce our new eBooks, and how to -subscribe to our email newsletter to hear about new eBooks. - - -</pre> - -</body> -</html> diff --git a/old/51802-h/images/cover.jpg b/old/51802-h/images/cover.jpg Binary files differdeleted file mode 100644 index 02e0b13..0000000 --- a/old/51802-h/images/cover.jpg +++ /dev/null diff --git a/old/51802-h/images/deco.jpg b/old/51802-h/images/deco.jpg Binary files differdeleted file mode 100644 index fd170db..0000000 --- a/old/51802-h/images/deco.jpg +++ /dev/null diff --git a/old/51802-h/images/symbol1.jpg b/old/51802-h/images/symbol1.jpg Binary files differdeleted file mode 100644 index 3d4e686..0000000 --- a/old/51802-h/images/symbol1.jpg +++ /dev/null diff --git a/old/51802-h/images/symbol2.jpg b/old/51802-h/images/symbol2.jpg Binary files differdeleted file mode 100644 index 9c063fe..0000000 --- a/old/51802-h/images/symbol2.jpg +++ /dev/null |
