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-The Project Gutenberg EBook of Mémoires touchant la vie et les écrits de
-Marie de Rabutin-Chantal, vol. 3/6, by Charles Athanase Walckenaer
-
-This eBook is for the use of anyone anywhere at no cost and with
-almost no restrictions whatsoever. You may copy it, give it away or
-re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included
-with this eBook or online at www.gutenberg.org/license
-
-
-Title: Mémoires touchant la vie et les écrits de Marie de Rabutin-Chantal, vol. 3/6
-
-Author: Charles Athanase Walckenaer
-
-Release Date: April 19, 2016 [EBook #51802]
-
-Language: French
-
-Character set encoding: UTF-8
-
-*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK MEMOIRES TOUCHANT LA VIE ***
-
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-
-
-Produced by Clarity, Hélène de Mink, and the Online
-Distributed Proofreading Team at http://www.pgdp.net (This
-file was produced from images generously made available
-by the Bibliothèque nationale de France (BnF/Gallica) at
-http://gallica.bnf.fr)
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-Note sur la transcription: Les erreurs clairement introduites par le
-typographe ont été corrigées. L'orthographe d'origine a été conservée et
-n'a pas été harmonisée.
-
-La notation {lt} est l'abrégé du livre tournois.
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-
-
- MÉMOIRES
-
- SUR MADAME
-
- DE SÉVIGNÉ
-
- TROISIÈME PARTIE
-
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-
-
-TYPOGRAPHIE FIRMIN-DIDOT.--MESNIL (EURE).
-
-
-
-
- MÉMOIRES
-
- TOUCHANT
-
- LA VIE ET LES ÉCRITS
-
- DE MARIE DE RABUTIN-CHANTAL
-
- DAME DE BOURBILLY
-
- MARQUISE DE SÉVIGNÉ
-
- DURANT LE MINISTÈRE DU CARDINAL MAZARIN
- ET LA JEUNESSE DE LOUIS XIV
-
- SUIVIS
-
- De Notes et d'Éclaircissements
-
- PAR
-
- M. LE BARON WALCKENAER
-
- QUATRIÈME ÉDITION
-
- REVUE ET CORRIGÉE
-
- PARIS
-
- LIBRAIRIE DE FIRMIN-DIDOT ET CIE
-
- IMPRIMEURS DE L'INSTITUT, RUE JACOB, 56
-
- 1880
-
-
-
-
-MÉMOIRES
-
-TOUCHANT LA VIE ET LES ÉCRITS
-
-DE
-
-MARIE DE RABUTIN-CHANTAL,
-
-DAME DE BOURBILLY,
-
-MARQUISE DE SÉVIGNÉ.
-
-
-
-
-CHAPITRE PREMIER.
-
-1664-1666.
-
- Occupation de Bussy dans son exil.--Inconvénients qu'eurent pour
- lui les diverses éditions de l'_Histoire amoureuse des Gaules_ et
- du cantique obscène et supposé qu'on y intercala.--Jouissances
- maternelles de madame de Sévigné--Louis XIV; sa cour.--Ses maximes
- de gouvernement.--Boileau, Racine, la Rochefoucauld font paraître
- leurs premiers ouvrages.--Tous ces écrivains sont les censeurs de
- leur époque.--La satire est personnelle.--Répulsion que madame de
- Sévigné devait éprouver pour le caractère des nouveaux
- littérateurs.--Si elle goûtait peu leur personne, il n'en était
- pas de même de leurs écrits.--Elle assiste chez madame de
- Guénégaud à une lecture faite par Racine et par
- Boileau.--Pomponne, revenu de son exil, assiste aussi à cette
- lecture.--Détails sur les personnages qui s'y trouvaient, sur
- madame de Feuquières, madame de la Fayette, la Rochefoucauld,
- Gondrin, Louis de Bassompierre, l'abbé de Montigny, d'Avaux,
- Châtillon, Barillon, Caumartin.--Détails sur madame de
- Guénégaud.--Portrait de cette dame par Arnauld d'Andilly.--Ses
- liaisons avec d'Andilly et avec son fils de Pomponne.--Elle marie
- sa fille au duc de Caderousse.--Mademoiselle de Sévigné liée avec
- mademoiselle de Montmort, qui épouse M. de Bertillac.--M. de
- Guénégaud sort de la Bastille.--Description du château de
- Fresnes.--Plaisirs qu'on y goûtait.--Mascarade à l'hôtel de
- Guénégaud.--Vers adressés à madame de Guénégaud.--Pomponne est
- nommé ambassadeur en Suède.--Mort d'Anne d'Autriche et du prince
- de Conti.--Le roi passe l'été à Fontainebleau, et madame de
- Sévigné à Fresnes.--Correspondance entre Pomponne et la société du
- château de Fresnes.--Lettres de madame de la Fayette et de madame
- de Sévigné à Pomponne.--Détails sur l'évêque de Munster.--Détails
- sur madame et M. de Coulanges.--Lettres de Pomponne à la société
- réunie à Fresnes.--Réflexions.
-
-
-Nous avons terminé la seconde partie de ces _Mémoires_ à l'exil du comte
-de Bussy: ce courtisan disgracié s'occupait à embellir sa demeure,
-cherchant vainement, dans ses goûts pour les arts et la poésie, une
-distraction aux tourments de l'ambition déçue et aux angoisses de
-l'amour trompé. La vanité qui le dominait ne lui permettait pas de
-croire qu'il fallût renoncer à aucune de ses espérances, et il ne
-pouvait calmer les agitations d'un cœur en proie aux regrets, à la
-haine, à l'envie et à tous les sentiments les plus contraires au repos
-de l'âme. Il avait rangé dans la superbe galerie de son château les
-portraits des plus illustres personnages de l'histoire de France et,
-avec ses portraits de famille, ceux des hommes les plus célèbres et des
-femmes les plus belles et les plus spirituelles de son temps. Pour ces
-derniers portraits il avait composé des emblèmes et des inscriptions
-plus propres à faire briller la malice que la finesse de son esprit; et,
-par ses vaniteuses rancunes, il entretenait imprudemment l'animosité de
-ses ennemis[1].
-
- [1] BUSSY, _Lettres_, t. III, p. 65; t. V, p. 41.--MILLIN,
- _Voyage dans les départements du midi de la France_, t. I, p.
- 208-219, chap. XIV, pl. XII de l'atlas.--CORRARD DE BREBAN,
- _Souvenirs d'un voyage aux ruines d'Alise et au château de
- Bussy-Rabutin_; Troyes, 1833, in-8º, p. 16-29.
-
-Leur haine l'avait cependant aidé à obtenir plus promptement sa liberté.
-Le désir qu'ils avaient de se venger de lui leur fit outre-passer, dans
-leurs calomnies, la mesure de la vraisemblance. Nous avons dit, et avec
-juste raison, dans la seconde partie de ces _Mémoires_[2], que le fameux
-libelle de Bussy, intitulé _Histoire amoureuse des Gaules_, ne contenait
-pas les couplets infâmes qu'on y a insérés depuis; et nous avions pensé,
-d'après les éditions de cet ouvrage que nous avions réunies, qu'on ne
-les avait intercalés que longtemps après: en cela nous nous
-trompions[3]. Les ennemis de Bussy, aussitôt qu'il eut été mis à la
-Bastille, s'occupèrent de faire imprimer en Hollande l'ouvrage inculpé,
-et ils en firent faire une édition avec le nom de l'auteur[4]. Celui qui
-prépara la copie de cette édition, au titre un peu déguisé d'_Histoire
-amoureuse des Gaules_, substitua celui d'_Histoire amoureuse de France_;
-et, au lieu de laisser subsister les noms supposés, il mit en toutes
-lettres les véritables noms des personnages, d'une manière beaucoup plus
-complète et plus exacte que dans la _clef_ des deux éditions anonymes et
-subreptices qui avaient paru. Restait le cantique chanté durant la
-semaine sainte au château de Roissy, mais qui n'était pas dans les deux
-premières éditions, parce que la copie livrée à l'imprimeur par la
-marquise de la Baume ne le contenait pas. On avait fait d'assez
-nombreuses copies des couplets et vaudevilles composés à l'époque de la
-Fronde et du ministère du cardinal Mazarin, qui presque tous étaient
-dirigés contre ce ministre, le roi, la reine mère, ses filles d'honneur:
-plusieurs de nos bibliothèques conservent encore ces recueils, en
-écriture du temps, annotés et contenant des détails souvent vrais,
-souvent faux, sur les personnes chansonnées; ce qui faisait dire à
-Ménage qu'il était impossible d'écrire sincèrement l'histoire de son
-temps sans un recueil de vaudevilles[5]. L'éditeur de l'_Histoire
-amoureuse de France_ imagina d'aller chercher dans un de ces recueils
-tout ce qu'il y avait de plus immonde, de plus ordurier, de plus plat,
-dans les nombreux couplets dits _Alleluia_, parce qu'ils étaient sur
-l'air des noëls parodiés, composés contre le roi, MONSIEUR, Mazarin, la
-reine mère et ses filles d'honneur. Ce fut un libraire du Palais, nommé
-François Maugé, avec lequel Bussy avait été en relation, qui, de concert
-avec les puissants ennemis de ce dernier et entraîné par la cupidité,
-s'entendit avec un autre libraire de Bruxelles (Foppens)[6], pour faire
-paraître cette édition interpolée et scandaleuse de l'_Histoire
-amoureuse des Gaules_, la seule peut-être qui du vivant de l'auteur ait
-été publiée avec son nom; du moins plusieurs de ceux qui réimprimèrent
-ensuite l'_Histoire amoureuse de France_ d'après cette édition
-eurent-ils la pudeur de supprimer le nom de Bussy sur le titre[7].
-
- [2] _Mémoires sur madame de Sévigné_, 2e partie, p. 138-142, 150,
- 350 et 351.
-
- [3] Conférez p. 351, ligne 16, et la note p. 510 de la 1re
- édition.
-
- [4] _Histoire amoureuse de France, par_ BUSSY-RABUTIN, _avec ses
- Maximes d'amour_, 1666, petit in-12 de 237 pages, sans les
- Maximes, qui commencent le volume et ne sont pas paginées.
-
- [5] _Ménagiana_, t. III, p. 355.
-
- [6] BUSSY-RABUTIN, _Mémoires_; Amsterdam, 1721, in-12, t. II, p.
- 373 et 377.
-
- [7] _Histoire amoureuse de France, par_ BUSSY-RABUTIN, _avec ses
- Maximes d'amour_, MDCLXVI, petit in-12 (sans nom de lieu ni
- d'imprimeur). Le récit de la débauche pendant la semaine sainte
- est à la page 190; le _Cantique_, p. 195 et 197; l'Histoire de
- madame de Sévigné, à la page 200. Autre édition, sans nom
- d'auteur, intitulée _Histoire amoureuse des Gaules_, édition
- nouvelle; à Liége, 1666 (avec la sphère), 260 pages. L'Histoire
- de madame de Chanville (Sévigné) est à la page 216. Autre
- édition, et sans nom d'auteur, intitulée _Histoire amoureuse de
- France_; Amsterdam, chez Isaac Van-Dyck, 1 vol. in-12, MDCLXXVII.
- _Le Cantique_ est aux pages 198 à 200; l'Histoire de madame de
- Sévigné, à la page 202. Il y a de plus, dans cette édition, la
- Lettre au duc de Saint-Aignan, en date du 12 novembre 1665, qui
- est dans le _Discours de Bussy à ses enfants_, page 382.
-
-Deux syndics de la corporation des libraires de Paris, avertis par
-Foppens qu'il allait faire paraître cette édition, en instruisirent
-Bussy dans sa prison. Bussy se hâta d'écrire à Colbert à ce sujet, et il
-employa en même temps un habile commissaire de police pour découvrir
-ceux qui vendaient sous son nom l'_Histoire amoureuse de France_.
-
-Deux libraires surpris en flagrant délit furent saisis et mis à la
-Bastille. Bussy apprit, par l'interrogatoire qu'on fit subir à Maugé,
-que cet homme l'avait déjà dénoncé en 1663, comme lui ayant troqué deux
-exemplaires du _Testament du cardinal Mazarin_. Ce fait fut trouvé faux
-d'après les propres déclarations de Maugé, qui fut mis au cachot pour sa
-calomnie. Il en sortit deux jours après, ce qui parut suspect à Bussy;
-car il sut en même temps alors, d'après cette dénonciation, qu'on avait
-été sur le point de l'arrêter, lui Bussy, quand la cour allait à
-Vincennes en 1664, et qu'on en fut empêché par l'entretien qu'il avait
-eu à Fontainebleau avec le roi. Bussy, dans cet entretien, se justifia
-non pas de ce qui concernait la dénonciation faite contre lui, puisqu'il
-l'ignorait alors, mais d'être l'auteur des couplets ou des
-plaisanteries qu'on lui attribuait faussement. Le roi déclara au duc de
-Saint-Aignan qu'il était désabusé et satisfait des explications qui lui
-avaient été données par Bussy[8].
-
- [8] Sur cette entrevue du roi, conférez BUSSY, _Mémoires_,
- Amsterdam, 1721, t. II, p. 283, et _Discours du comte_ DE
- BUSSY-RABUTIN _à ses enfants_; Paris, chez Anisson, directeur de
- l'Imprimerie royale, 1694, p. 365-367.
-
-Quand parut l'édition de l'_Histoire amoureuse de France_ avec l'ignoble
-cantique et le nom de Bussy, Louis XIV n'eut pas besoin d'une nouvelle
-explication pour ajouter foi aux protestations de Bussy. Il ne douta pas
-un instant qu'il ne pouvait avoir part à cette édition ni au cantique.
-Par le manuscrit que lui avait remis Bussy, Louis XIV connaissait le
-cantique chanté à Roissy, et il savait que ni Bussy ni aucun de ceux
-qui, dans leur débauche, avaient pendant la semaine sainte fait parade
-d'impiété n'avaient pu proférer les paroles qu'on leur prêtait. Les
-disciples des Petit[9], des Théophile, des auteurs du _Parnasse
-satirique_, d'où partaient de telles attaques, se cachaient dans de
-honteux galetas, et ne hantaient pas les palais. L'homme de cour ne se
-croyait pas moins un honnête homme en affichant l'incrédulité en
-religion et le libertinage des mœurs; mais il aurait cru renoncer à
-jamais à ce titre s'il avait employé, en vers ou en prose, l'argot
-crapuleux de la débauche et le langage de la canaille. Bussy, qui
-passait pour un des plus beaux esprits de la cour et un des plus
-délicats, quoiqu'un des plus mordants, pouvait, moins qu'un autre, être
-soupçonné d'un si honteux travers. S'il inséra dans son roman
-historique le malin cantique chanté à Roissy, il ne le laissa
-certainement pas tel qu'il avait été improvisé, et il le supprima dans
-la copie qui fut communiquée à madame de la Baume. Les plaintes qu'il
-forma sur le tort que lui faisaient ses ennemis par l'édition de
-Bruxelles furent entendues et accueillies. Sa femme ayant alors demandé
-qu'il fût relâché pour se faire traiter d'une maladie dont il était
-atteint, Louis XIV envoya aussitôt Vallot, son premier médecin, et
-Félix, son premier chirurgien, pour visiter le prisonnier[10], et donna
-ordre de l'élargir. Bussy sortit enfin de la Bastille, pour n'y plus
-rentrer. Il avait écrit le 10 mars (1665) pour prier Colbert de faire
-arrêter les libraires qui débitaient l'édition de Bruxelles. Le 22
-avril, la comtesse de Bussy avait adressé sa demande au roi, et le 17
-mai Bussy était libre. Ces dates en disent plus que tous les arguments
-sur les couplets intercalés. Dans sa retraite, le duc de Saint-Aignan,
-le duc de Noailles et un grand nombre de personnages comblés des faveurs
-de Louis XIV continuèrent à correspondre avec Bussy, et s'honoraient
-d'être de ses amis. Mais ils ne purent jamais le faire rentrer au
-service, quoique la reine mère elle-même eût souvent intercédé pour lui
-lorsqu'il était en prison[11].
-
- [9] Conférez les _OEuvres diverses du sieur_ D***; Amsterdam,
- 1714, t. II, p. 229.
-
- [10] BUSSY, _Mémoires_; Amsterdam, 1721, t. II, p. 301. _Discours
- du comte_ DE BUSSY-RABUTIN _à ses enfants_, 1694, in-12, p. 404.
-
- [11] BUSSY, _Mémoires_, t. II, p. 337.
-
-Nous savons que, lors de l'accusation intentée à Bussy pour avoir
-composé des écrits offensants contre le roi et la reine mère, le
-vendredi 17 avril 1665 au matin, le chevalier du guet Testu se
-transporta chez Bussy, et, d'après les ordres qu'il avait reçus,
-s'empara de tous ses papiers, et même le fouilla. Au nombre des
-manuscrits que Testu saisit était celui de l'_Histoire amoureuse des
-Gaules_, le même que Bussy avait prêté au roi. Après que le lieutenant
-de justice criminel eut pris connaissance de ce manuscrit et de tous les
-papiers de Bussy, qu'il l'eut interrogé juridiquement et qu'on eut fait
-un rapport au roi sur le résultat de cette enquête, le roi déclara que
-Bussy n'avait rien écrit contre sa personne ni contre celle de la reine,
-et permit à ceux qui s'intéressaient à lui de parler en sa faveur. Mais
-cependant le roi dit en même temps qu'il retiendrait encore Bussy en
-prison, pour le dérober à la fureur des ennemis qu'il s'était faits par
-son libelle, parce que, sans cette précaution, ils le feraient
-assassiner; ce que Bussy confirme lui-même, puisqu'il avoue que, sur les
-avis qui lui furent donnés, il ne sortait plus qu'avec deux pistolets
-dans sa voiture, et qu'il se faisait suivre de quatre hommes à cheval,
-également armés[12]. On sut bientôt que c'était sur la dénonciation du
-prince de Condé, et non par suite d'aucun ressentiment du roi, que Bussy
-avait été arrêté[13]. Par les lettres du duc de Saint-Aignan, nous
-apprenons que ce fut le même motif qui força Louis XIV à exiler Bussy
-dans ses terres et qui l'empêchait de lui permettre de revenir à Paris
-et d'employer ses talents pour la guerre.
-
- [12] BUSSY, _Discours à ses enfants_, p. 375.--BARRIÈRE, _la Cour
- et la Ville_, p. 46.--_Ménagiana_, t. IV. p. 216.--MENAGII
- _Poemata_, octava editio; Amstelodami, _Ep._ p. 147, _epigram._
- CXXXVIII.
-
- [13] _Lettres_, GUI-PATIN (18 août 1665), t. III, p. 153; lettre
- 354.--_Ibid._, BUSSY, _Mémoires_; Amsterdam, 1721, t. II, p. 300.
-
-Malgré la protection de la reine mère, de MADAME, de MADEMOISELLE;
-malgré les vives sollicitations du duc de Saint-Aignan, du duc de
-Noailles, du comte de Gramont et de beaucoup d'autres[14], Bussy ne put
-être rappelé de son exil que dans l'âge où il n'était plus propre à
-faire le métier de courtisan et à recommencer celui de guerrier. Ces
-mêmes lettres du duc de Saint-Aignan nous disent que dans le cantique
-qui se trouvait dans le manuscrit remis au roi, d'après lequel Bussy
-avait fait ses lectures confidentielles, deux femmes d'un haut rang
-étaient diffamées, et que Turenne et Condé, qui prenaient à elles un vif
-intérêt, fortement courroucés contre l'auteur, s'opposaient toujours à
-ce qu'il reprît du service. Eux et leurs adhérents continuaient à
-attribuer à Bussy les nouveaux couplets et les épigrammes qui
-circulaient de temps à autre contre les généraux, le roi et sa cour. Le
-mécontentement de Bussy ne pouvait que donner crédit à cette accusation.
-L'édition de son libelle, réimprimé avec un titre plus clair, avec tous
-les noms et avec l'intercalation des _Alleluia_, en accrut encore le
-succès, et redonna à cette œuvre malheureuse le piquant de la
-nouveauté. Dans tous les temps, le public oiseux a aimé le scandale.
-Jamais la calomnie n'abandonne entièrement celui qui, par ses vices et
-ses travers, a prêté le flanc à ses coups: les blessures qu'elle lui
-fait sont incurables, et semblent être la juste punition de ses méfaits
-ignorés. Bussy remarque lui-même que les premières copies de l'_Histoire
-amoureuse des Gaules_, qui n'étaient pas falsifiées, furent mises de
-côté quand celles qui l'étaient parurent, parce que, dit-il, chacun
-court à la satire la plus forte, et trouve fade la véritable[15]. Chaque
-fois qu'on réimprimait ce livre[16], comme on fit en 1671 et en 1677,
-il renouvelait les ressentiments qu'il avait excités lors de sa première
-apparition; et peut-être est-ce à cette cause que nous devons attribuer
-ces retours d'aigreur que madame de Sévigné manifeste quelquefois envers
-son cousin, après avoir déclaré qu'elle lui avait pardonné. Tandis que,
-dans son exil, Bussy était au milieu des ouvriers et des décorateurs de
-son château, madame de Sévigné, dans les fêtes et les cercles où elle
-conduisait sa fille, s'enivrait des jouissances de l'orgueil maternel,
-et augmentait le nombre de ses amis et de ses admirateurs.
-
- [14] BUSSY, _Lettres_, t. III et V, _passim_.
-
- [15] BUSSY, _De l'usage des adversités_, t. III, p. 269; des
- _Mémoires_.--BAYLE, _Dictionnaire_, p. 2957.
-
- [16] _Histoire amoureuse de France_; Amsterdam, Van-Dyck,
- 1671,--_Ibid._, 1677.--Une 3e édition, Bruxelles, chez Pierre
- Dobeleer, 1708, petit in-12; une 4e édition, par M***, chez
- Adrian Moetjens, 1710, in-12. Cette dernière est celle que j'ai
- citée et que je croyais la première avec ce titre. La Lettre de
- Bussy au duc de Saint-Aignan est à la fin, après le
- Cantique.--J'ai tenu l'édition de 1666, avec le nom de Bussy;
- mais je ne connais que par la mention qu'en fait Barbier (t. II,
- p. 60, _Dictionnaire des Anonymes_) l'édition de Van-Dyck, 1677,
- et l'édition de Bruxelles, 1708.--Je possède l'_Histoire
- amoureuse des Gaules_, édition nouvelle; Liége, 1666, avec la
- sphère, sans nom d'auteur; et les deux éditions de Liége, sans
- date ni nom d'auteur ni d'imprimeur; une, avec une croix de
- Saint-André (Elzevier): ces deux éditions ont précédé toutes les
- autres.
-
-Cette cour, ce monde, où brillaient madame de Sévigné et sa fille,
-acquéraient chaque jour plus d'éclat par l'influence du jeune roi qui
-présidait aux destinées de la France. Ce n'est pas que nous soyons
-encore à l'époque la plus remarquable de son règne, mais nous sommes
-arrivés à celle qui est la plus utile à étudier pour l'historien et pour
-l'homme d'État. C'est pendant les années 1665 et 1666 que Louis XIV a
-consolidé les bases de son gouvernement, préparé les combinaisons de sa
-politique, arrêté pour lui-même les règles de conduite qui ont fait sa
-grandeur[17]. Tant qu'il les a suivies, ses succès furent constants; il
-n'éprouva de revers que lorsque ses fortes facultés eurent ployé sous le
-poids des années, et quand, fasciné par ses victoires et par le long
-exercice du pouvoir, il eut perdu cette volonté ferme qui l'astreignait
-aux maximes que lui-même s'était prescrites. Jusque-là il a pu dire avec
-vérité: «L'État, c'est moi;» car il était la pensée vivifiante de la
-monarchie, celui dont la main puissante comprimait toutes les ambitions
-coupables, dont les regards encourageaient tous les talents, dont les
-paroles dispensaient la fortune, les honneurs et la gloire.
-
- [17] LOUIS XIV, _Instructions pour le Dauphin_, dans ses
- _OEuvres_, t. III, p. 189.
-
-C'est en effet au temps dont nous traitons qu'on vit apparaître, comme
-par enchantement, plusieurs des grands écrivains qui devaient illustrer
-ce siècle. C'est dans les années 1665 à 1666 que la Fontaine, le
-conteur, fit paraître son premier volume[18], la Rochefoucauld ses
-_Maximes_[19], Boileau son _Discours au roi_ et sept de ses satires[20],
-Racine sa tragédie d'_Alexandre_[21]; que Molière mit le sceau à sa
-réputation par _le Tartuffe_ et _le Misanthrope_[22].
-
- [18] _Contes et nouvelles en vers de M._ DE LA FONTAINE; Paris,
- 1665, in-12, chez Claude Barbin.
-
- [19] _Réflexions ou Sentences et Maximes morales_; Paris, 1665,
- in-12, chez Claude Barbin.
-
- [20] _Satires du sieur D***_; Paris, 1666, in-12, chez Claude
- Barbin.
-
- [21] _Alexandre le Grand_, tragédie; Paris, 1666, in-12, chez
- Pierre Trabouillet.
-
- [22] MADEMOISELLE, _Mémoires_, t. XLIII, p. 127, de la collection
- de Petitot.--Les frères PARFAICT, _Histoire du théâtre françois_.
-
-Il est une chose digne de remarque relativement aux brillants athlètes
-qui s'élançaient simultanément dans l'arène littéraire: c'était leur
-audace; c'était leur dessein avoué de censurer en tout la société de
-cette époque; c'étaient leurs vives agressions contre les célébrités qui
-y primaient, contre les ridicules les plus en crédit, contre les
-ouvrages les plus prônés, les illusions les plus douces, les réputations
-les mieux établies, les doctrines les plus respectées. Le livre des
-_Maximes_ tendait à faire disparaître ces idées chevaleresques, cette
-croyance à la sympathie des âmes et à l'amour platonique qui jusqu'alors
-avait souvent paré d'un semblant de vertu les vices d'une société dont
-ce livre était une amère satire. Molière et Boileau osaient, par de
-piquantes personnalités, donner plus de sel et de saveur à leurs
-redoutables sarcasmes. Racine, dédiant au roi sa tragédie d'_Alexandre_,
-dans une préface qu'il supprima depuis, s'attaque à Corneille, et lance
-des traits malins contre les admirateurs de ce grand homme. La comédie
-des _Plaideurs_ parut la même année que la grande ordonnance sur la
-procédure civile (1667); et les maîtres, les protecteurs de la jeunesse
-du poëte irritable ayant osé blâmer ceux qui travaillaient pour le
-théâtre, il reversa[23] sur eux les traits acérés du ridicule, dont
-Pascal s'était servi pour les défendre. Lorsque ces pieux solitaires,
-par leurs nombreux prosélytes, avaient mis en crédit la réforme qu'ils
-projetaient dans la religion et dans les mœurs, les licencieux récits
-de l'auteur de _Joconde_ paraissent avec privilége, et sont lus sans
-scrupule.
-
- [23] Conférez les _OEuvres de_ RACINE et les frères PARFAICT,
- _Histoire du théâtre françois_, t. X, p. 226.
-
-Madame de Sévigné avait, plus qu'aucune femme de son temps,
-l'instruction et le genre d'esprit nécessaires pour apprécier des génies
-de la trempe des Molière, des Boileau, des Racine et des la Fontaine;
-mais lorsque leurs premiers écrits parurent, elle était entièrement
-adonnée à l'éducation de ses enfants, et, sincèrement pieuse, elle
-faisait ses délices et son profit des traités de Nicole sur la morale.
-Quoiqu'elle ne se fût point interdit les fêtes, les spectacles et les
-plaisirs du monde, elle ne pouvait donner son approbation à des
-productions où Chapelain, Ménage, Saint-Pavin, Montreuil[24] et tant
-d'autres de ses amis étaient personnellement offensés. L'odieux libelle
-de Bussy, où madame de Sévigné était outragée, avait fait explosion en
-même temps que les vers du satirique; et ce fut encore alors que, dans
-le Voyage de MM. Chapelle et de Bachaumont, qu'on venait de publier, la
-raillerie avait été poussée, à l'égard de «ce pauvre d'Assoucy[25],» à
-un degré de cynisme que Voltaire seul, à sa honte, a depuis
-surpassé[26].
-
- [24] Las «de grossir impunément les feuillets d'un recueil,»
- Montreuil venait de publier ses _OEuvres_; Paris, 1666, in-12,
- chez Billaine. Conférez p. 5, 107 et 472 de cette édition, pour
- les lettres et les vers relatifs à madame de Sévigné.
-
- [25] Voyez la _Lettre de_ D'ASSOUCY _à Chapelle_, datée de Rome
- le 25 juillet 1665.--Dans _les Aventures de M._ D'ASSOUCY; Paris,
- 1677, in-12, chez Claude Audinet, t. II, p. 254 et 260-264; et le
- chapitre X, p. 283, intitulé _Ample Réponse de_ D'ASSOUCY _au
- Voyage de M. Chapelle_.
-
- [26] _Voyages de Messieurs_ BACHAUMONT et CHAPELLE, _dans le
- Recueil de quelques pièces nouvelles et galantes_, 1663 ou 1667,
- p. 64-75; _Voyage de Messieurs_ LE COIGNEU DE BACHAUMONT et CL.
- EMMAN, LUILLIER CHAPELLE; 1732, la Haye, in-12, p. 81 à 82. C'est
- la meilleure édition de toutes celles qu'on a publiées avant et
- après.
-
-Nous en avons assez dit pour faire comprendre pourquoi madame de
-Sévigné éprouvait de la répulsion pour les jeunes poëtes dont la
-réputation commençait à s'établir. Mais elle avait un sentiment trop vif
-des beautés littéraires pour ne pas goûter leurs vers: comme elle ne
-voulait pas les admettre dans son intimité, elle aimait à se rendre dans
-les assemblées où ils les lisaient. Ainsi nous la trouvons avec sa fille
-chez son amie madame Duplessis de Guénégaud, écoutant Boileau réciter
-plusieurs de ses satires et Racine trois actes et demi de sa tragédie
-d'_Alexandre_, le 3 février 1665. Ce jour-là même arrive aussi chez
-madame de Guénégaud, après un long exil, M. de Pomponne, cet ami intime
-de madame de Sévigné, celui auquel elle avait assidûment écrit pour le
-mettre au courant de toutes les vicissitudes de crainte et d'espérance
-que lui avaient fait éprouver les interrogatoires du procès de Fouquet.
-On conçoit la joie de cette assemblée à l'aspect inattendu d'un tel
-hôte. Mais laissons de Pomponne s'expliquer lui-même. Il écrit le
-lendemain à son père, Arnauld d'Andilly, auprès duquel il s'était rendu
-et qu'il venait de quitter; il lui annonce son arrivée à Paris; il dit
-qu'il a d'abord été voir madame Ladvocat, sa belle-mère; ensuite M. de
-Bertillac, trésorier général de la reine, qui avait beaucoup contribué à
-son retour; qu'il avait reçu la visite de Hacqueville; et ensuite il
-continue ainsi[27]:
-
-«Monsieur de Ladvocat me descendit à l'hôtel de Nevers (l'hôtel
-Guénégaud)[28], où le grand monde que j'appris qui était en haut ne
-m'empêcha point de paraître en habit gris. J'y trouvai seulement madame
-et mademoiselle de Sévigné, madame de Feuquières et madame de la
-Fayette, M. de la Rochefoucauld, MM. de Sens, de Saintes, de Léon, MM.
-d'Avaux, de Barillon, de Châtillon, de Caumartin et quelques autres; et
-sur le tout Boileau, que vous connaissez, qui y était venu réciter de
-ses satires, qui me parurent admirables; et Racine, qui y récita aussi
-trois actes et demi d'une comédie de Porus, si célèbre contre Alexandre,
-qui est assurément d'une fort grande beauté. De vous dire quelle fut ma
-réception par tout ce monde, il me serait difficile; car elle fut
-agréable et pleine d'amitié et de plaisir de mon retour. Il parut d'un
-si bon augure de me revoir après trois ans de malheur, dans un moment si
-agréable, que M. de la Rochefoucauld ne m'en augura pas moins que d'être
-chancelier.»
-
- [27] _Lettres de_ M. DE POMPONNE, à la suite des _Mémoires de_
- COULANGES, 1820, in-8º, p. 383.
-
- [28] Voyez notre _Seconde partie des Mém. de madame_ DE SÉVIGNÉ,
- p. 497; les _Mémoires de_ COULANGES, p. 383, note 2 de M.
- MONMERQUÉ.
-
-Remarquons que, parmi toutes les notabilités qui se trouvaient dans
-cette assemblée, de Pomponne nomme d'abord madame de Sévigné et sa
-fille, et qu'il ne sépare pas madame de la Fayette du duc de la
-Rochefoucauld. La longue intimité de ces deux personnes, que la mort
-seule put dissoudre, avait commencé depuis longtemps, et le nom de l'une
-rappelait aussitôt celui de l'autre. Tous deux, ainsi que madame de
-Feuquières, sont nommés avant les évêques. La marquise de Feuquières,
-mariée seulement depuis deux ans, était sœur d'Antoine, duc de Gramont,
-et son mari était cousin d'Andilly et parent de M. de Pomponne[29]. M.
-de Sens[30] était Henri de Gondrin, oncle du marquis de Montespan.
-Gondrin fut nommé évêque en 1646, et mourut en 1674[31]. Il s'acquit une
-malheureuse célébrité par ses rigueurs contre les jésuites et les
-capucins. M. de Saintes était Louis de Bassompierre, fils naturel du
-maréchal de Bassompierre et de la marquise d'Entragues; il eut son
-évêché en 1648, et madame de Sévigné en parle comme d'un des plus
-aimables hommes de son temps. Le comte d'Avaux, qui avait travaillé avec
-Servien au traité de Munster, était déjà devenu un personnage important.
-De Châtillon, Barillon et Caumartin étaient tous les trois de la société
-intime de madame de Sévigné. C'est le chevalier de Châtillon qui lui
-demanda plaisamment huit jours pour faire un impromptu. Il devint par la
-suite capitaine des gardes de MONSIEUR[32]. Quant à Barillon et à
-Caumartin, tous deux dans la robe, nous aurons occasion d'en parler plus
-d'une fois. Le premier fut ambassadeur en Angleterre; le second, qui
-n'était encore que maître des requêtes, parvint à être conseiller d'État
-et intendant de Champagne.
-
- [29] _Mémoires de_ COULANGES, p. 383.
-
- [30] _Gallia christiana_, t. XII, p. 103 à 104.
-
- [31] _Gallia christiana_, t. II, p. 1085, 1086.--MOTTEVILLE,
- _Mém._, t. XXXIX, p. 302.--SÉVIGNÉ, _Lettres_ en date du 1er
- juillet 1679, t. V, p. 8, édit. de G. de S.-G.; ou t. IV, p. 361
- de l'édit. de Monmerqué.
-
- [32] En 1674. Voyez SÉVIGNÉ, _Lettres_ en date du 23 décembre
- 1671 et du 5 janvier 1674, t. II, p. 322, et t. III, p. 295 de
- l'édit. de G. de S.-G.; ou p. 199 de l'édit de M.--Conférez aussi
- LOUIS XIV, _OEuvres_, t. V, p. 362.
-
-Les personnes les plus notables de cette assemblée avaient passé leur
-jeunesse à l'hôtel de Rambouillet[33]. Madame de Rambouillet venait de
-mourir; mais la réputation de ceux qu'elle avait admis à ses réunions
-lui survivait. C'était encore à eux que les jeunes poëtes de la nouvelle
-école aimaient à soumettre leurs productions avant de les produire au
-grand jour. Madame Duplessis-Guénégaud, sœur du maréchal de Praslin et
-de la maréchale d'Étampes[34], réunissait, avec les beaux esprits du
-temps, ceux qui avaient fait partie de cette société célèbre, pendant
-l'hiver, dans son hôtel à Paris; durant l'été, dans son beau château de
-Fresnes. On jouissait chez elle de cette franchise, de cette sûreté de
-commerce, de cet abandon auxquels étaient accoutumés les amis de madame
-de Rambouillet et qu'on ne retrouvait pas à la cour toute splendide,
-toute galante de Louis XIV, où les soucis de l'ambition et les exigences
-de l'étiquette mettaient obstacle aux jouissances sociales.
-
- [33] ARNAULD D'ANDILLY, _Mém._, t. XXXIV.
-
- [34] MOTTEVILLE, _Mémoires_, t. XXXIX, p. 298 et 393.--Voyez
- ci-dessus, 2e partie, p. 271, chap. XIX.
-
-Celles dont madame Duplessis-Guénégaud avait contracté l'habitude
-étaient, à cette époque, troublées par la captivité de son mari, qui se
-trouvait enveloppé dans la persécution dirigée contre les collaborateurs
-de Fouquet. Ce fut un motif pour les amis de madame de Guénégaud de se
-montrer plus assidus auprès d'elle; et il était juste que cette femme
-d'un si rare mérite trouvât de nombreux amis dans sa disgrâce, puisque
-elle-même, dans le temps de sa haute fortune, s'était montrée fidèle et
-courageuse en amitié. A cet égard il est d'autant plus opportun de citer
-ici un passage des Mémoires d'Arnauld d'Andilly que nous savons par
-lui-même qu'il fut écrit à l'époque dont nous traitons. Il raconte
-comment, sous Mazarin, il fut une première fois, pour l'affaire du
-jansénisme, exilé à Pomponne[35].
-
- [35] Il faudrait écrire Pompone et non Pomponne (voyez LE BOEF,
- _Hist. du Diocèse de Paris_, t. VI, p. 66 et suiv.); mais l'usage
- de la double _n_ a prévalu.
-
-«A peine étais-je arrivé à Pomponne que madame Duplessis vint m'y
-prendre, et me mena dans sa maison de Fresnes, qui en est proche, sans
-que monsieur son mari ni elle aient jamais voulu m'en laisser partir
-tant que cet exil dura... Notre amitié d'elle et de moi commença lors
-des guerres de Paris, où, nous trouvant ensemble à Port-Royal aux
-sermons de M. Singlin, nous parlions aussi hautement pour le service du
-roi qu'on pourrait le faire aujourd'hui... J'ai trouvé en madame du
-Plessis tout ce que l'on peut souhaiter pour rendre une amitié parfaite.
-Son esprit, son cœur, sa vertu semblent disputer à qui doit avoir
-l'avantage. Son esprit est capable de tout, sans que son application aux
-plus grandes choses l'empêche d'en avoir en même temps pour les
-moindres. Son cœur lui aurait, dans un autre sexe, fait faire des
-actions de courage tout héroïques; et sa vertu est si élevée au-dessus
-de la bonne et de la mauvaise fortune que ce ne serait pas la connaître
-que de la croire capable de se laisser éblouir par l'une et abattre par
-l'autre; enfin, pour le dire en un mot, c'est l'une de ces grandes âmes
-dont j'ai parlé dans un autre endroit de ces Mémoires[36].»
-
- [36] ARNAULD D'ANDILLY, _Mémoires_, t. XXXIV, p. 92.
-
-L'amitié qui existait entre Arnauld d'Andilly et madame de Guénégaud
-était entretenue par la proximité de leurs habitations et rendue plus
-chère et plus précieuse à tous deux par les revers et les retours de
-fortune que tous deux éprouvèrent en même temps. La terre de Pomponne,
-terre noble de toute antiquité et depuis longtemps érigée en
-marquisat[37], située sur les bords de la Marne, près de Lagny, n'était
-qu'à une lieue et demie du château de Fresnes. Arnauld d'Andilly, au
-mois d'août 1664, par suite des persécutions suscitées contre les
-religieuses de Port-Royal, avait été exilé à cette terre de Pomponne.
-Mais on eut honte des rigueurs exercées envers un vieillard qui avait
-rendu tant de services à l'État. Comme on l'avait privé de trois de ses
-filles, qui furent expulsées de Port-Royal et transportées dans un autre
-couvent, on permit à son fils, que son attachement à Fouquet avait fait
-reléguer à Verdun en mars 1662[38], de revenir et d'aller rejoindre son
-père à sa terre de Pomponne[39]. La lettre de cachet qui lui accordait
-encore la faculté de rentrer dans Paris est datée du 2 février 1665[40]:
-l'on peut, d'après cette date, juger de l'empressement qu'il mit à se
-rendre chez madame de Guénégaud, puisqu'il se trouvait chez elle le
-lendemain au soir, assez à temps pour entendre les lectures qu'y firent
-Boileau et Racine. M. de Guénégaud recouvra peu de temps après sa
-liberté, et la joie se répandit de nouveau à l'hôtel de Nevers et au
-château de Fresnes: joie de temps en temps un peu troublée par les
-exigences de la chambre de justice, auxquelles M. de Guénégaud espérait
-se soustraire. La somme considérable à laquelle il fut taxé ne l'empêcha
-pas de donner deux cent mille livres (400,000 livres, monnaie actuelle)
-en dot à sa fille, lorsqu'il la maria au duc de Caderousse. Ce duc
-(car, quoique de Pomponne ne lui donne que le titre de marquis, en sa
-qualité d'Avignonais il était, depuis quelque temps, duc de la façon du
-pape Alexandre VII[41]); ce duc, dis-je, avant d'épouser mademoiselle de
-Guénégaud, avait recherché en mariage mademoiselle de Sévigné. Nous
-ignorons les causes qui ont empêché la conclusion de cet hymen, mais
-nous verrons par la suite que madame de Sévigné dut se féliciter d'avoir
-échappé au malheur d'une telle union[42]. Celle qui devait être la
-victime de cet homme immoral fut, par une bizarrerie du sort, mariée en
-même temps que lui. La jeune de Montmort, alors amie de mademoiselle de
-Sévigné, épousa le fils de ce M. de Bertillac qui s'était montré si
-dévoué aux intérêts de M. de Pomponne[43].
-
- [37] LE BEUF, _Hist. du Diocèse de Paris_, t. VI, p. 66 à 77.
-
- [38] MONMERQUÉ, _Biographie universelle_, art. POMPONNE, t. XXXV,
- p. 321.
-
- [39] _Lettre de_ POMPONNE, du 22 mai 1666.--_Mémoires de_
- COULANGES, p. 406. Cette lettre prouve que la terre de Pomponne
- alors appartenait au fils, probablement par cession du père; car
- le fils porta d'abord le nom de Briote, qui était celui d'une
- terre de sa mère.
-
- [40] MONMERQUÉ, _Mém. de_ COULANGES, p. 384, note 3; et la
- _Lettre de_ POMPONNE, en date du 4 février 1665, p. 382; et du 12
- mars 1666, p. 397.
-
- [41] Une des trois parties de la seigneurie de Caderousse fut
- érigée en duché par bulle du pape du 18 septembre 1663. Voyez le
- _Dictionnaire de la France, par_ D'EXPILLY, in-folio, t. II, p.
- 4, article CADEROUSSE.
-
- [42] SÉVIGNÉ, _Lettres_ en date du 1er août 1667, t. I, p. 117;
- du 9 août 1671, t. II, p. 149; t. III, p. 73, et t. VI, p. 123 et
- 153, éd. de Monmerqué.
-
- [43] Voyez ci-dessus, p. 14; et SÉVIGNÉ, _Lettres_ du 7 août 1675
- et du 24 janvier 1680, t. III, p. 367, édit. M.; t. VI, p. 321 de
- l'édit. de G. de S.-G,; ou t. VI, p. 124 et 153 de l'édit de
- Monmerqué.--_Mémoires de_ COULANGES, p. 383 et 395. Ce mariage
- eut lieu le 17 décembre 1665.
-
-Madame de Guénégaud avait plusieurs motifs pour rappeler autour d'elle
-les plaisirs trop longtemps bannis de son séjour par le malheur qui
-avait frappé son mari. Enfin ce mari lui était rendu; et son gendre, âgé
-de vingt ans, beau, aimable, dont rien n'indiquait les inclinations
-vicieuses, devait, d'après les conventions de son contrat, être pendant
-deux ans, avec sa femme, l'hôte et le commensal de son beau-père et de
-sa belle-mère. Aussi, cette année, les divertissements furent fréquents
-à Fresnes, et la société y fut très-animée. Ce château de Fresnes,
-situé un peu au delà de Claye, près du confluent que forme la Beuvronne
-en se jetant dans la Marne, avait été, d'après les ordres de M. de
-Guénégaud, presque entièrement reconstruit par François Mansard. Les
-environs de Paris, si riches en magnifiques demeures, n'en offraient
-aucune qui surpassât Fresnes par la beauté des points de vue, la
-facilité qu'il présentait aux promeneurs de jouir sans fatigue de tous
-les agréments d'une belle nature, enfin par la commodité et la splendeur
-des appartements. Fresnes, par la grandeur et la magnificence du parc et
-des jardins, rappelait Vaux, cette splendide création de Fouquet. Par
-l'amabilité, l'esprit cultivé de madame de Guénégaud, on pouvait à
-Fresnes se croire encore à l'hôtel de Rambouillet, mais avec cette
-gaieté, ce sans-gêne que permettent les résidences à la campagne et que
-n'admettent point les salons de la ville. Madame de Sévigné, quand elle
-n'allait point à Livry, cédait volontiers aux invitations de madame de
-Guénégaud, et passait avec sa fille une partie de l'été à Fresnes. Les
-hôtes habitués de ce charmant séjour avaient gardé la coutume de l'hôtel
-de Rambouillet, de se désigner mutuellement par des noms empruntés aux
-romans ou à la mythologie, ou par des sobriquets baroques. Madame de
-Guénégaud était connue sous le nom d'Amalthée[44], sans doute à cause de
-l'abondance qu'elle faisait régner autour d'elle; M. de Pomponne portait
-le nom de Clidamant et M. Duplessis-Guénégaud celui d'Alcandre[45];
-Timanes est certainement M. de la Rochefoucauld; et quant aux autres
-personnages, Aniandre, Méliande, Cléodon, il est difficile de déterminer
-avec certitude ceux que ces noms servaient à désigner. Cet usage est
-cause que plusieurs des allusions qu'on trouve dans les lettres qui nous
-restent de M. de Pomponne sont aujourd'hui inexplicables. Il fait
-mention, dans une de ces lettres, des espiègleries que mademoiselle de
-Sévigné[46] s'était permises envers quelques-uns des _Quiquoix_: c'était
-le nom jovial par lequel on désignait ceux qui fréquentaient
-habituellement le château de Fresnes et l'hôtel de Nevers. Enfin, tous
-les _Quiquoix_, lorsqu'ils étaient à Fresnes, femmes et hommes, se
-considéraient comme les nymphes et les tritons de la Beuvronne[47].
-
- [44] _Recueil de quelques pièces nouvelles et galantes_; Cologne,
- Pierre Marteau, t. II, p. 79.
-
- [45] _Lettres de_ M. DUPLESSIS-GUÉNÉGAUD et _Lettres de_
- POMPONNE, dans les _Mémoires de_ COULANGES, p. 396-398, 402-404.
-
- [46] POMPONNE, _Lettre_ en date du 5 juin 1667.--_Mém. de_
- COULANGES, p. 405.
-
- [47] POMPONNE, _Lettre_ en date du 17 avril 1666, p. 402.
- Pomponne écrit toujours Brévone, et peut-être est-ce le véritable
- nom de cette petite rivière, nommée _Beuvronne_ sur nos cartes
- modernes.
-
-Ces _Quiquoix_ étaient des hôtes fort gais, très-aimables et
-très-spirituels, si nous en jugeons par les pièces de vers
-qu'adressèrent quatre d'entre eux à madame de Guénégaud, chez laquelle,
-pendant le carnaval, ils avaient, déguisés en muets du Grand Seigneur et
-masqués, dansé un ballet, sans avoir été reconnus. Ils supposent qu'ils
-en étaient morts de douleur et qu'ils lui écrivent des enfers:
-
- Du noir cabinet de Pluton,
- Et d'un des fuseaux de Clothon,
- Nous vous écrivons cette lettre,
- Qu'un Songe vient de nous promettre
- De vous porter dès cette nuit
- Sans vous faire ni peur ni bruit.
- . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
- Sous mille formes différentes,
- Nos ombres, vos humbles servantes,
- D'un vol prompt quittant les enfers,
- Vont droit à l'hôtel de Nevers;
- Les beautés des champs Élysées
- Pour ce beau lieu sont méprisées:
- Mânes, fantômes et lutins,
- Esprits plus follets que malins,
- Un caprice nous y transporte
- Par la fenêtre et par la porte.
- Là, comme de notre vivant,
- Tantôt, derrière un paravent,
- Nous prenons grand plaisir d'entendre
- Un entretien galant et tendre;
- Tantôt, du coin du cabinet,
- Nous observons ce qui se fait;
- Tantôt, sous le tapis de table,
- Nous jugeons d'un conte agréable;
- Tantôt, sous les rideaux du lit,
- Nous rions lorsque quelqu'un rit.
- . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
- Quoique nos ombres amoureuses
- Aiment les heures ténébreuses,
- Et qu'elles vous fassent leur cour
- La nuit plus souvent que le jour,
- Pour n'être pas toutes contentes,
- Elles ne sont pas déplaisantes.
- . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
- Le mal, à ne rien celer,
- Est que nous ne saurions parler.
- . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
- Quiconque en l'empire nocturne
- Descend muet et taciturne
- N'y devient pas fort éloquent,
- Ou ce miracle est peu fréquent;
- La mort prend tout, et la friponne
- Ne rend la parole à personne:
- Ainsi notre unique recours
- Est de vous écrire toujours.
- Lisez donc, charmante Amalthée,
- Une lettre qui fut dictée
- Du pays d'où nul ne revint,
- L'an mil six cent soixante-cinq[48].
-
- [48] _Recueil de quelques pièces nouvelles et galantes_; Cologne,
- chez Pierre Marteau, 1667, in-18, 2e partie, p. 80-83.
-
-Peut-être ces vers étaient-ils de M. de Pomponne: il en avait fait
-beaucoup dans sa jeunesse. Deux des madrigaux de la fameuse _Guirlande
-de Julie d'Angennes_ sont signés DE BRIOTE, qui était son premier nom,
-et on a imprimé de lui une ode qui prouve un vrai talent pour la
-poésie[49].
-
- [49] _Recueil de poésies diverses, par M._ DE LA FONTAINE, 1671,
- in-12, t. II, p. 113 et 114.--_Guirlande de Julie_, à la suite
- des _Mémoires de M. le duc_ DE MONTAUSIER, p. 193 et 199.
-
-Mais il était occupé, au temps dont nous traitons, d'affaires plus
-sérieuses. La cessation des rigueurs du pouvoir fut pour de Pomponne le
-commencement d'une haute faveur. Le maréchal de Gramont et de Lionne,
-tous deux ses amis, parvinrent à le faire rentrer dans les emplois
-publics. Louis XIV le nomma ambassadeur extraordinaire en Suède à la fin
-de cette même année 1665[50]. Le jeune roi était attentif à s'entourer
-de tous les hommes capables, et il ne se laissait dominer par aucune
-prévention quand il s'agissait de l'intérêt de l'État. Non-seulement il
-avait permis au cardinal de Retz de rentrer, mais il traitait avec égard
-cet ancien chef de la Fronde, parce qu'il prévoyait en avoir besoin[51].
-Le même motif l'avait déterminé à faire d'un exilé un ambassadeur.
-L'emploi de toutes ses heures était réglé d'une manière invariable[52].
-Il ne s'en fiait point à ses généraux et à ses ministres pour les
-détails qui concernaient la guerre; il les faisait surveiller par des
-hommes habiles et sûrs, et entretenait pour cet effet une vaste
-correspondance. Il passait lui-même en revue l'armée avec une
-scrupuleuse attention[53]. Par sa vigilance toujours active, son
-autorité était partout présente; elle agissait sur tous comme une
-divinité à la fois bienfaisante et redoutable. Il ne se contentait pas
-d'augmenter ses forces de terre et de mer; par ses négociateurs, il
-travaillait à faire concourir toutes les puissances aux desseins de sa
-politique. Il opposait secrètement le Portugal à l'Espagne, et
-ouvertement la Hollande à l'Angleterre. La marine, qu'il avait créée et
-organisée, réprimait la piraterie; il imposait ainsi aux nations qui
-jusque-là avaient eu la prétention de dominer sur les mers[54].
-
- [50] L'abbé ARNAULD, _Mém._, t. XXXIV, p. 18.--MONMERQUÉ,
- _Biographie universelle_, t. XXXIV, p. 318.
-
- [51] LOUIS XIV, _Lettres_, t. V, p. 395.
-
- [52] SAINT-SIMON, _Mémoires authentiques_, t. XII, p. 369.
-
- [53] LOUIS XIV, _Instructions au Dauphin_, t. II, p. 78-82, 141,
- 180, 205, 230, 250 des _OEuvres_.
-
- [54] LOUIS XIV, _Instructions au Dauphin_, OEuvres, t. I, p. 141.
-
-La mort d'Anne d'Autriche, arrivée au commencement de l'année 1666, et
-ensuite celle du prince de Conti attristèrent la cour, et firent
-suspendre les fêtes. LOUIS XIV avait passé l'hiver à Saint-Germain en
-Laye, et résida la plus grande partie de l'été à Fontainebleau,
-fortement occupé de ses préparatifs de guerre, de ses négociations et de
-l'administration de son royaume. Madame de Sévigné ne faisait donc aucun
-sacrifice à madame de Guénégaud en consentant à aller passer à Fresnes
-la belle saison. Elle n'y put jouir de la société de M. de Pomponne,
-qui s'était rendu à Stockholm. Au sein des grandeurs et des affaires,
-sous le climat glacé de la Baltique, l'ambassadeur regrettait vivement
-le ciel de la patrie, son vieux père, les délices de son domaine, tous
-ses amis, les femmes aimables qui composaient la société de Fresnes et
-surtout madame de Sévigné et madame de la Fayette. Pour tromper un peu
-son ennui, il entretenait avec M. et madame de Guénégaud une
-correspondance sur ce ton badin qui, passé en habitude dans cette
-société de vrais amis, était comme l'indice de l'intimité de leur
-liaison. Une de ses lettres, qui est une réponse à celle qu'il avait
-reçue de M. de Guénégaud, est datée de Stockholm le 17 avril 1666, et se
-termine ainsi: «De toutes les langues, je ne parle qu'un latin de
-négociations et d'affaires, qui n'est pas tout à fait aussi poli que
-celui de la cour d'Auguste. Je ne vois, pour tous livres, que des
-traités de guerre, de commerce et de pacification; et les intérêts du
-Nord, de l'Angleterre et de la Hollande sont les plus galantes choses
-dont je m'entretienne. Peut-être serai-je assez heureux pour reprendre
-bientôt le langage d'Amalthée; et c'est en celui de l'amitié, que l'on y
-parle mieux qu'en lieu du monde, ou plutôt que l'on ne parle que là, que
-je vous assure que nul triton n'est si inviolablement acquis que moi à
-toutes les nymphes et tous les tritons de la Brévone.» Puis il signe
-CLIDAMANT[55].
-
- [55] _Lettre de_ M. DE POMPONNE _à M. Duplessis-Guénégaud_, datée
- de Stockholm le 17 avril 1666, dans les _Mémoires de_ COULANGES,
- p. 398-402.
-
-Toute la société de Fresnes se réunit pour répondre à cet aimable
-ambassadeur. Nous n'avons plus la portion de la lettre écrite par M. et
-madame de Guénégaud et par M. de la Rochefoucauld; mais il nous reste
-celle qui fut tracée par madame de la Fayette et madame de Sévigné; et
-si nous négligions de la citer, on ne pourrait bien apprécier ni
-l'amitié qui unissait toute la société de Fresnes ni les succès
-qu'obtenait déjà dans le monde mademoiselle de Sévigné[56].
-
- [56] _Mémoires de_ COULANGES, p. 402.
-
- DE MADAME DE LA FAYETTE A M. DE POMPONNE.
-
- «A Fresnes, ce 1er mai 1666.
-
- «Je suis si honteuse de ne vous avoir point écrit depuis que vous
- êtes parti que je crois que je n'aurais jamais osé m'y hasarder
- sans une occasion comme celle-ci. A l'abri des noms qui sont de
- l'autre côté de cette lettre (le nom de M. de Guénégaud et celui
- de M. de la Rochefoucauld), j'espère que vous vous apercevrez du
- mien. Aussi bien il y en a un qui le suit assez souvent. Mais
- apparemment, puisqu'il est question de mademoiselle de Sévigné,
- vous jugez bien que l'on ne parlera plus de moi, au moins sur ce
- propos; car ne plus parler de moi, ce n'est pas chose possible à
- Fresnes et à l'hôtel de Nevers. J'y suis le souffre-douleur; on
- s'y moque de moi incessamment. Si la douceur de madame de
- Coulanges et de madame de Sévigné ne me consolait un peu, je crois
- que je m'enfuirais dans le Nord.»
-
- DE MADAME DE SÉVIGNÉ AU MÊME.
-
- «Pour moi, je suis comme madame de la Fayette: si j'avais encore
- été longtemps sans vous écrire, je crois que je vous aurais
- souhaité mort, pour être défaite de vous; _chi offende non
- perdona_, comme vous savez. Cependant c'eût été grand dommage, car
- j'apprends que Votre Excellence fait autant de merveilles qu'elle
- se fait aimer quand elle est à Fresnes. Je suis donc fort aise de
- vous écrire, afin de ne vous plus souhaiter tant de mal. Nous
- sommes tous ici dans une compagnie choisie; si vous y étiez, il
- n'y aurait rien à désirer. J'ai causé ce matin deux heures avec
- monsieur votre père: si vous saviez comme nous nous aimons, vous
- en seriez jaloux. Adieu, monsieur l'ambassadeur; si l'évêque de
- Munster voit cette lettre, je serai bien aise qu'il sache que je
- vous aime de tout mon cœur.»
-
-Christophe-Bernard Van Galen, prince-évêque de Munster, soudoyé par
-l'Angleterre, avait attaqué les Hollandais. Louis XIV envoya à leur
-secours six mille hommes[57], qui firent les troupes de l'évêque
-prisonnières dans Oudenbosch. Van Galen cherchait alors à négocier avec
-la France; mais son caractère violent donnait lieu de craindre qu'il
-n'arrêtât les courriers qui passaient pour se rendre en France; et c'est
-à cette circonstance que madame de Sévigné fait allusion dans sa lettre.
-
- [57] LOUIS XIV, _Instructions au Dauphin_, dans ses _OEuvres_, t.
- II, p. 39.
-
-Madame de Coulanges, qui se trouvait alors à Fresnes, avait épousé en
-1659 le joyeux cousin de madame de Sévigné[58]. Le nom de madame de
-Coulanges était Marie-Angélique Dugué de Bagnols; elle s'était fait
-remarquer de bonne heure par son esprit vif, brillant, mais caustique;
-et ce fut peut-être ce défaut qui l'empêcha d'acquérir l'influence et le
-crédit que paraissaient lui promettre sa parenté et ses succès dans le
-monde. Nièce du chancelier le Tellier, cousine germaine du ministre
-Louvois, accueillie, recherchée avec empressement dans tous les cercles
-d'élite, invitée dans toutes les fêtes de la cour et de tous les
-voyages, elle ne put jamais obtenir une intendance pour son mari.
-L'incapacité de celui-ci pour les affaires en fut la cause. Il avait été
-nommé conseiller au parlement de Metz en 1657; et son inaptitude à
-remplir ses fonctions est restée célèbre, parce qu'elle a introduit dans
-la langue une phrase proverbiale souvent employée. Deux paysans, dont
-l'un se nommait Grappin, se disputaient une mare d'eau: Coulanges, ayant
-à faire le résumé de cette affaire, avant de lire les conclusions de
-l'arrêt, s'embrouilla tellement dans les détails qu'il ne put s'en
-tirer; il resta court et quitta subitement son tribunal en disant:
-«Pardon, messieurs, je me noie dans la mare à Grappin. Je suis votre
-serviteur.» Madame de Coulanges, à l'époque où elle se trouvait à
-Fresnes, en 1666, avait environ vingt-sept ans. Elle fut plus coquette
-que madame de Sévigné, et eut une vertu moins ferme et plus contestée.
-Ceux qui s'empressaient alors autour d'elle étaient le galant abbé
-Testu, Brancas le distrait, le séduisant la Fare, mais plus
-particulièrement et plus assidûment le marquis de la Trousse, son parent
-et parent aussi de madame de Sévigné.
-
- [58] Cf. 1re partie de ces _Mémoires_, p. 8; et les _Mémoires de_
- COULANGES, p. 53.
-
-La réponse que fit M. de Pomponne à la lettre collective démontre que
-mademoiselle de Sévigné avait déjà passé l'âge de la timidité virginale
-et qu'elle commençait à prendre part à tout ce qui se passait dans la
-société.
-
-«J'ai bien envie, dit de Pomponne, de murmurer contre l'ambassade; j'ai
-manqué le _salement_ de mademoiselle de Sévigné. De tout ce que j'ai vu
-et entendu au pays de Brévone[59], rien ne m'a paru si digne de
-curiosité. Mais n'êtes-vous pas cruels, tous tant que vous êtes, de ne
-point m'expliquer de tels mots? Quelle honte qu'il ne se trouve personne
-parmi vous qui ait cette charité pour un pauvre _Quiquoix_ dépaysé! Et
-cette madame de la Fayette, à qui l'on me renvoie, n'aurait-elle pas
-mieux fait de me le dire que de m'apprendre que l'on se moque d'elle
-depuis le matin jusqu'au soir, comme si ce m'était une chose fort
-nouvelle? Elle a été moquée et le sera; je l'ai été avant elle et le
-serai; enfin, c'est un honneur que nous partagerons longtemps ensemble.
-Pour madame de Sévigné, je comprends qu'elle avait assez d'affaires à
-voir saler sa pauvre fille pour ne lui pas reprocher de m'en avoir caché
-le mystère et pour n'avoir qu'à la remercier très-humblement des marques
-de son amitié, qu'elle a bien voulu hasarder à la discrétion de M. de
-Munster[60].»
-
- [59] A Fresnes. Voyez ci-dessus, p. 22, la note 2.
-
- [60] _Lettre de_ M. DE POMPONNE, en date du 5 juin 1666. Dans les
- _Mémoires de_ COULANGES, p. 405, 406.
-
-Heureux temps, où le sérieux des plus grandes affaires n'excluait pas la
-gaieté et les plus grotesques fantaisies; où l'urbanité, la décence et
-la grâce dominaient jusque dans l'abandon des plus folâtres jeux et du
-commerce le plus familier!
-
-
-
-
-CHAPITRE II.
-
-1666-1667.
-
- Mademoiselle de Sévigné est chantée par les poëtes.--Ménage
- compose des vers pour elle.--La Fontaine lui dédie une de ses plus
- jolies fables.--Saint-Pavin lui écrit une lettre.--Il lui adresse
- des stances au sujet de son goût pour le reversis.--La froideur de
- mademoiselle de Sévigné empêchait les passions de naître.--Sa mère
- cherche à la marier.--Correspondance de Bussy et de madame de
- Sévigné à ce sujet.--Le duc de Caderousse et Desmoutiers, comte de
- Mérinville, se présentent pour l'épouser.--Ils sont éloignés, et
- pourquoi.--Madame de Sévigné va passer l'hiver aux
- Rochers.--Lettre en vers que lui écrit Saint-Pavin pour l'engager
- à revenir à Paris.--La cour réside, cet hiver, à Saint-Germain en
- Laye.--On y danse le ballet des _Muses_.--Molière compose, pour ce
- ballet, _Mélicerte_ et _l'Amour sicilien_.--Madame de Sévigné
- profite de son séjour aux Rochers pour augmenter et embellir sa
- terre.--Elle revient au printemps à Paris.--Le roi était parti
- pour l'armée.--Commencement de la guerre avec
- l'Espagne.--Prétextes allégués.--Administration intérieure bien
- réglée.--Réformes de la justice.--Lettres et beaux-arts
- encouragés.--Victoires de Louis XIV.--Changement dans sa conduite
- à l'égard de ses maîtresses après la mort de la reine mère.--La
- Vallière est faite duchesse.--Intrigues du roi avec la princesse
- de Monaco.--Espiègleries de Lauzun.--Madame de Montespan prend la
- première place dans le cœur du roi.
-
-Trois ans s'étaient écoulés depuis que mademoiselle de Sévigné avait
-paru pour la première fois dans les ballets du roi. Depuis cette époque,
-ses attraits plus développés avaient acquis plus d'éclat. Son esprit et
-ses grâces, perfectionnés par l'éducation, en avaient fait une femme
-accomplie. L'admiration que partout elle faisait naître entretenait
-dans le cœur de madame de Sévigné un orgueilleux sentiment de tendresse
-et d'amour qui absorbait toutes ses pensées. Dans son entière abnégation
-de toute autre jouissance, elle semblait ne plus considérer toutes les
-choses de ce monde que dans leurs rapports avec sa fille. Les louanges
-qu'on avait coutume de lui adresser à elle-même lui paraissaient un
-larcin fait à cet objet chéri; et dès lors, pour lui plaire, ce fut pour
-sa fille, et non pour elle, que les poëtes ses amis composèrent des
-vers. Ménage adressa à mademoiselle de Sévigné un madrigal en italien,
-langue qu'elle comprenait déjà très-bien[61]. Le bon la Fontaine lui
-dédia une de ses plus jolies fables, celle du Lion amoureux.
-
- Sévigné, de qui les attraits
- Servent aux Grâces de modèle,
- Et qui naquîtes toute belle,
- A votre indifférence près,
- Pourriez-vous être favorable
- Aux jeux innocents d'une fable,
- Et voir sans vous épouvanter
- Un lion qu'Amour sut dompter.
- Amour est un étrange maître:
- Heureux qui ne peut le connaître
- Que par récit, lui ni ses coups!
- Quand on en parle devant vous,
- Si la vérité vous offense,
- La fable au moins peut se souffrir
- Celle-ci prend bien l'assurance
- De venir à vos pieds s'offrir
- Par zèle et par reconnaissance[62].
-
- [61] ÆGIDII MENAGII _Poemata_, octava edit.; Amstel., 1667,
- in-12, p. 337, ou 5e édit., 1668, p. 279.
-
- [62] LA FONTAINE, _Fables_, liv. IV, fable I, édit. 1668, in-4º,
- p. 145; t. II, p. 3 de l'édit. 1668, in-12.--Cette fable commence
- le volume dans cette édition, et ce second volume (dans le seul
- exemplaire de ce format que j'aie encore rencontré) porte la date
- de 1668, tandis que le premier volume a celle de 1669: celle-ci
- est la vraie date, l'édition in-4º ayant précédé l'autre. La date
- des éditions où parut pour la première fois cette fable n'est pas
- indifférente à notre objet.
-
-Saint-Pavin avait écrit une lettre en vers à mademoiselle de Sévigné
-avant qu'elle eût commencé à prendre son essor dans le monde; et cette
-petite pièce est empreinte d'une facilité qui nous engage à la
-transcrire tout entière.
-
- A MADEMOISELLE DE SÉVIGNÉ.
-
- L'autre jour, chagrin de mon mal,
- Me promenant sur mon cheval
- Sur les bords des vertes prairies,
- J'entretenais mes rêveries,
- Quand j'aperçus votre moineau
- Sur le haut d'un jeune arbrisseau.
- Beaucoup moins gai que de coutume,
- Il avait le bec dans la plume,
- Comme un oiseau qui languissait
- Loin de celle qu'il chérissait.
- Je l'appelai comme on l'appelle:
- Il vint à moi battant de l'aile;
- Et, sur mon bras s'étant lancé,
- Je le pris et le caressai;
- Mais après, faisant le colère,
- Je lui dis d'un ton bien sévère:
- Apprenez-moi, petit fripon,
- Ce qui vous fait quitter Manon.
- «Ah! me dit-il en son langage,
- Ma belle maîtresse, à son âge,
- S'offense et ne peut trouver bon
- Qu'on l'appelle encor de ce nom.
- Je sais que vous l'avez connue;
- Mais tout autre elle est devenue:
- Son esprit, qui s'est élevé,
- Plus que son corps est achevé;
- Il est bien juste qu'on la traite
- En fille déjà toute faite.
- Elle entend tout à demi-mot,
- Discerne l'habile du sot;
- Et sa maman, seule attrapée,
- La croit encor fille à poupée.
- Tous les matins dans son miroir
- Elle prend plaisir à se voir,
- Et n'ignore pas la manière
- De rendre une âme prisonnière;
- Elle consulte ses attraits,
- Sait déjà lancer mille traits
- Dont on ne peut plus se défendre
- Pour peu qu'on s'en laisse surprendre.
- Depuis qu'elle est dans cette humeur,
- Elle m'a banni de son cœur,
- Et ne m'a pas cru davantage
- Un oiseau digne de sa cage.
- Désespéré, j'ai pris l'essor,
- Résolu plutôt à la mort
- Que voir une ingrate maîtresse
- N'avoir pour moi soin ni tendresse.
- Je sais que vous l'aimez aussi;
- Gardez qu'elle vous traite ainsi;
- Elle est finette, elle est accorte,
- Et n'aime que de bonne sorte.»
- Ce fut ainsi qu'il me parla,
- Puis aussitôt il s'envola.[63]
-
- [63] SAINT-PAVIN, dans l'édition des _Lettres de_ SÉVIGNÉ, par M.
- MONMERQUÉ, 1820, in-8º, t. I; _Choix de Poésies_, p. VII et VIII.
-
-Dans des stances que Saint-Pavin adressa à mademoiselle de Sévigné, qui
-doivent être postérieures à cette épître, il la raille sur son goût pour
-le reversis.
-
- La jeune Iris n'a de souci
- Que pour le jeu de reversi,
- De son cœur il s'est rendu maître:
- A voir tout le plaisir qu'elle a
- Quand elle tient un _quinola_,
- Heureux celui qui pourrait l'être!
- . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
- Son cœur devrait-il t'échapper,
- Amour? Fais, pour la détromper,
- Qu'elle ait d'autres amants en foule;
- La belle au change gagnera[64].
-
- [64] _Ibid._, t. I, p. VIII.
-
-Ainsi que je l'ai dit dans une des précédentes parties de ces Mémoires,
-l'air froid, indifférent, dédaigneux même de mademoiselle de Sévigné,
-que sa mère, sa grande admiratrice, lui reproche doucement dans une de
-ses lettres, détruisait en partie l'effet produit par sa beauté. Sa
-conversation intéressait d'abord, parce qu'elle avait de l'esprit et du
-savoir; mais, comme rien ne partait du cœur, que rien n'y était
-suggéré, animé par ses impressions du moment, on s'en lassait bientôt.
-Il paraît que plus tard, et dans l'âge où l'on fait de sérieuses
-réflexions sur soi-même, elle reconnut elle-même ce qui lui avait
-toujours manqué pour faire, comme sa mère, les délices des sociétés où
-elle se trouvait; car elle écrit à celle-ci: «D'abord on me croit assez
-aimable, et quand on me connaît davantage on ne m'aime plus.» Sentence
-qui fait jeter les hauts cris à madame de Sévigné; mais la manière dont
-elle la combat[65] prouve que madame de Grignan continuait à être ce
-qu'avait été mademoiselle de Sévigné. Par une ferme résolution, nous
-pouvons perfectionner notre nature, mais nous ne pouvons la changer;
-elle reste toujours la même malgré le blâme de notre raison; et il est
-plus facile de reconnaître en nous ce qui fait défaut que d'acquérir ce
-qui nous manque.
-
- [65] Madame DE SÉVIGNÉ, _Lettre_ en date du 22 septembre 1680, t.
- VI, p. 469, édit. de Monmerqué.
-
-Cependant il était arrivé pour madame de Sévigné ce moment à la fois
-cruel et doux où une mère doit enfin consentir à confier à un mari les
-destinées de sa fille chérie, où elle doit se résoudre à n'être plus le
-seul et principal objet de ses affections, la confidente unique de ses
-pensées.
-
-A l'époque dont nous parlons, madame de Sévigné était péniblement
-préoccupée de ce grand devoir de mère. Peu de partis se présentaient, du
-moins de ceux qui pouvaient être acceptés. Les preuves de cette
-assertion se trouvent dans les lettres mêmes de madame de Sévigné et
-dans celles de Bussy, qui, en bon parent, partageait à cet égard les
-sollicitudes de sa cousine: il l'entretenait souvent de mademoiselle de
-Sévigné, dont il admirait l'esprit et la beauté, et il la désignait
-presque toujours par ces mots: «La plus jolie fille de France.»
-
-Lorsque mademoiselle de Brancas, liée avec mademoiselle de Sévigné,
-venait d'épouser (le 2 février 1667) Charles de Lorraine, prince
-d'Harcourt, Bussy écrivait à sa cousine: «Mademoiselle de Sévigné a
-raison de me faire ses amitiés: après vous, je n'estime et n'aime rien
-autant qu'elle. Je suis assuré qu'elle n'est pas si mal satisfaite de sa
-mauvaise fortune que moi; et sa vertu lui fera attendre sans impatience
-un établissement avantageux, que l'estime extraordinaire que j'ai pour
-elle me persuade être trop lent à venir.--Voilà de grandes paroles,
-madame; en un mot, je l'aime fort, et je trouve qu'elle devrait être
-plutôt princesse que mademoiselle de Brancas[66].»
-
- [66] BUSSY, _Lettre à madame de Sévigné_, en date du 23 mai 1667,
- dans les _Lettres de_ SÉVIGNÉ, édit. de M., t. I, p. 11; t. I, p.
- 162, édit. de G.
-
-Un an plus tard, l'impatience de madame de Sévigné se trahit vivement
-par ces paroles contenues dans plusieurs réponses faites à Bussy: «La
-plus jolie fille de France vous fait ses compliments: ce nom paraît
-assez agréable; je suis pourtant lasse d'en faire les honneurs[67].»
-
- [67] SÉVIGNÉ, _Lettre_ en date du 26 juillet 1668, t. I, p. 189,
- dans l'édition de G. de S.-G.; t. I, p. 133, édit. de Monmerqué.
-
-Bussy répond: «La plus jolie fille de France sait bien ce que je lui
-suis. Il me tarde autant qu'à vous qu'un autre vous aide à en faire les
-honneurs; c'est sur son sujet que je reconnais la bizarrerie du destin
-aussi bien que sur mes affaires[68].»
-
- [68] _Lettre de_ BUSSY à madame de Sévigné, en date du 29 juillet
- 1668, dans les _Lettres de_ SÉVIGNÉ, t. I, p. 141, éd. de M.; t.
- I, p. 198, éd. de G.
-
-Un mois après, madame de Sévigné écrit encore à Bussy: «La plus jolie
-fille de France est plus digne que jamais de votre estime et de votre
-amitié. Sa destinée est si difficile à comprendre que, pour moi, je m'y
-perds[69].»
-
- [69] SÉVIGNÉ, _Lettre_ en date du 28 août 1668, t. I, p. 148,
- édit. de Monmerqué; t. I, p. 207, édit. de G. de S.-G.
-
-Je pense que le mot de cette énigme était parfaitement connu de madame
-de Sévigné et de Bussy, mais qu'ils ne voulaient pas se le dire
-mutuellement, parce qu'ils osaient à peine se l'avouer à eux-mêmes.
-
-La froideur de mademoiselle de Sévigné pouvait bien, ainsi que je l'ai
-dit, l'empêcher d'inspirer de grandes passions; mais alors, plus qu'à
-toute autre époque, ce n'était pas l'amour qui faisait contracter les
-mariages, c'étaient l'ambition et l'intérêt; c'étaient surtout les
-espérances que l'on pouvait fonder sur la faveur du monarque. Or,
-mademoiselle de Sévigné appartenait à une famille frondeuse et
-janséniste, dans laquelle ne se trouvait aucun homme puissant qui fût
-intéressé à sa grandeur. Le choc des factions avait abattu la haute
-fortune de Retz; Bussy, que ses talents militaires auraient pu faire
-parvenir aux plus hautes dignités de l'État, était, par sa faute, depuis
-longtemps disgracié. Ainsi aucun des chefs de cette famille ne pouvait
-contribuer à l'élévation de celui qui aurait contracté alliance avec
-elle; et cependant madame de Sévigné pensait que la beauté et la riche
-dot de sa fille lui donnaient le droit de n'accueillir pour elle que des
-propositions où le rang et la naissance se trouvaient en parfaite
-convenance avec ce qu'elle croyait avoir droit d'exiger; et comme elle
-portait naturellement ses prétentions au niveau de l'admiration qu'elle
-avait pour sa fille, peu de partis lui convenaient: ceux qui auraient pu
-la flatter, par les raisons que je viens d'exposer, ne se présentaient
-pas.
-
-Il s'en offrit pourtant plusieurs qui semblaient réunir toutes les
-conditions propres à être agréés, et les lettres de madame de Sévigné
-nous en font connaître deux: l'un, le duc de Caderousse, dont nous avons
-parlé, qui épousa mademoiselle de Guénégaud[70]; l'autre, Charles de
-Mérinville, fis de François Desmoutiers, comte de Mérinville, chevalier
-des ordres du roi et alors lieutenant général de Provence. Le comte de
-Mérinville se trouvait à Paris en 1667, absent de son gouvernement; et
-il profita de cette occasion pour présenter son fils chez madame de
-Sévigné et lui demander sa fille en mariage[71]. Cette proposition parut
-satisfaire madame de Sévigné, et l'union fut sur le point de se
-conclure. Le jeune homme était de l'âge de mademoiselle de Sévigné, mais
-il lui plaisait peu; et madame de Sévigné fit naître tant d'incidents
-par la crainte qu'elle avait d'arriver à une conclusion que les
-négociations commencées se rompirent[72]. Ce ne fut que plus tard, ainsi
-que nous le dirons, que M. le comte de Grignan, beaucoup plus âgé que
-Mérinville et deux fois veuf, fut agréé par la mère et par la fille[73].
-
- [70] SÉVIGNÉ, _Lettre_ en date des 1er août 1667 et 9 août 1671,
- t. I, p. 117; et t. II, p. 149, édit. de Monmerqué.--_Mémoires
- de_ COULANGES, p. 391.
-
- [71] PAPON, _Histoire générale de Provence_, in-4º, t. IV, p.
- 819. Sur les exploits de Mérinville le père à la guerre, conférez
- LORET, _Gazette_, année 1656, liv. VII, p. 36.
-
- [72] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (9 août 1671), t. II, p. 149, édit. de
- Monmerqué.--PAPON, _Histoire générale de Provence_, t. IV, p.
- 819.
-
- [73] SÉVIGNÉ, _Lettres_, t. I, p. 86 et 106; t. III, p. 418,
- édit. de Monmerqué.--SAINT-SIMON, _Mémoires_, t. XII, p. 59.
-
-Mais avant et dès le temps où elle s'était résolue à établir sa fille,
-madame de Sévigné avait songé à faire des économies. C'est pour y
-parvenir que, dans l'automne de l'année 1666, elle se rendit à sa maison
-des Rochers, et qu'elle se résolut à y prolonger son séjour pendant tout
-l'hiver[74]. Ce fut là un grand sujet de contrariété et d'ennui pour ses
-amis de Paris et pour toutes les sociétés qu'elle animait par sa gaieté
-et par son esprit. Saint-Pavin se rendit leur organe, et lui adressa en
-Bretagne une lettre en vers, pour lui exprimer le désir que l'on avait
-de la voir revenir dans la capitale.
-
- Paris vous demande justice;
- Vous l'avez quitté par caprice.
- A quoi bon de tant façonner,
- Marquise? il y faut retourner.
- L'hiver approche, et la campagne,
- Mais surtout celle de Bretagne,
- N'est pas un aimable séjour
- Pour une dame de la cour.
- Qui vous retient? Est-ce paresse?
- Est-ce chagrin? est-ce finesse?
- Ou plutôt quelque métayer
- Devenu trop lent à payer?
- De vous revoir on meurt d'envie;
- On languit ici, on s'ennuie;
- Et les Plaisirs, déconcertés,
- Vous y cherchent de tous côtés.
- Votre absence les désespère;
- Sans vous ils n'oseraient nous plaire.
- Si vous étiez ici demain,
- La cour quitterait Saint-Germain;
- Et les Jeux, les Ris et les Grâces,
- Qui marchent toujours sur vos traces,
- Y rendraient l'Amour désormais
- Plus galant qu'il ne fut jamais.
-
- [74] SÉVIGNÉ, _Lettres_ en date du 21 novembre 1666 et du 20 mai
- 1667, t. I, p. 109 et 111, édit. de M.; t. I, p. 154 et 156,
- édit. de G.
-
-Après nous avoir appris, par des contre-vérités sur mademoiselle de
-Sévigné, qu'elle s'appliquait avec succès à l'étude de l'espagnol et de
-l'italien, Saint-Pavin continue ainsi:
-
- Il faut quitter ce badinage.
- Votre fille est le seul ouvrage
- Que la nature ait achevé:
- Dans les autres elle a rêvé.
- Aussi la terre est trop petite
- Pour y trouver qui la mérite;
- Et la belle, qui le sait bien,
- Méprise tout et ne veut rien.
- C'est assez pour cet ordinaire,
- Et trop peut-être pour vous plaire;
- S'il est vrai, gardez le secret,
- Et donnez ma lettre à Loret:
- Je crois qu'en Bretagne on ignore
- S'il est mort ou s'il vit encore[75].
- . . . . . . . . . . . . . . . . . .
- . . . . . . . . . . . Songez à partir.
- La réponse la plus touchante
- Ne pourrait payer mon attente;
- Tout le plaisir est à se voir.
- Les sens se peuvent émouvoir:
- Tel est vieux et n'ose paraître
- Qui, vous voyant, ne croit plus l'être[76].
-
- [75] Loret était mort depuis peu de temps. Dans sa dernière
- gazette, qui est du 28 mars 1665, il expose ses infirmités, et
- dit presque adieu à ses lecteurs. Voyez _la Muse historique_,
- liv. XVI, p. 51 et 52.
-
- [76] _Recueil des plus belles Poésies des poëtes françois_;
- Paris, chez Claude Barbin, 1692, in-12, p. 325-328.--_Poésies de_
- SAINT-PAVIN; chez Leprieur, 1759, in-12, p. 62-71.--SÉVIGNÉ,
- _Lettres_, t. I; _Choix de Poésies_, p. III, édition de
- Monmerqué.
-
-La cour, ainsi que le dit Saint-Pavin, avait résidé à Saint-Germain
-durant l'hiver que madame de Sévigné passa en Bretagne; mais quoique les
-divertissements n'y eussent pas été aussi brillants que ceux des années
-précédentes, cependant ils ne furent que peu de temps suspendus par la
-mort de la reine mère. Benserade composa pour l'hiver de 1666 le _Ballet
-des Muses_, dans lequel le roi dansa avec MADAME, mademoiselle de la
-Vallière, madame de Montespan et d'autres beautés. Ce fut à cette
-occasion que Molière rima son insipide pastorale de _Mélicerte_, qu'il
-se repentit d'avoir écrite et qu'il remplaça depuis par la jolie pièce
-du _Sicilien ou l'Amour peintre_[77].
-
- [77] _Ballet royal des Muses_, dansé par Sa Majesté en 1666, dans
- les _OEuvres de_ BENSERADE, t. II, p. 357.--_Mélicerte_, comédie
- pastorale héroïque, par J.-B. P. DE MOLIÈRE, représentée pour la
- première fois à Saint-Germain en Laye, pour le Roy, au ballet des
- Muses, en décembre 1666, par la troupe du Roy; dans les _OEuvres
- posthumes_ de monsieur DE MOLIÈRE; chez Denis Thierry, 1682,
- in-12, _imprimées pour la première fois_, t. VII des _OEuvres_,
- p. 229.
-
-Madame de Sévigné profita de son séjour aux Rochers pour agrandir et
-embellir sa demeure sans nuire à ses projets d'économie. «J'ai fait
-planter, écrivait-elle à Bussy, une infinité de petits arbres et un
-labyrinthe d'où l'on ne sortira pas sans le fil d'Ariane; j'ai encore
-acheté plusieurs terres, à qui j'ai dit, selon la manière accoutumée: Je
-vous fais parc. De sorte que j'ai étendu mes promenoirs sans qu'il m'en
-ait coûté beaucoup[78].»
-
- [78] SÉVIGNÉ, _Lettre_ en date du 20 mai 1667, t. I, p. 113,
- édit. de Monmerqué, et p. 156 de l'édit. de G. de S.-G.
-
-Madame de Sévigné ne revint à Paris qu'au printemps suivant, vers la fin
-du mois de mai[79]. Louis XIV était alors à Compiègne; mais il partit
-bientôt pour aller rejoindre son armée, et commencer enfin cette grande
-lutte contre l'Espagne à laquelle il se préparait depuis longtemps:
-vaste scène qui s'ouvrait pour l'Europe entière, et qui, après de
-sanglants combats, se termina par la conquête de la Flandre et celle de
-la Franche-Comté[80]. Ainsi fut constitué ce beau royaume de France en
-une masse compacte et formidable, restée intacte malgré les désastres de
-la fin de ce glorieux règne, malgré la corruption et la mollesse des
-deux règnes suivants, malgré les affreuses convulsions de l'anarchie et
-la délirante ambition du génie des batailles.
-
- [79] Louis XIV partit de Paris le 16 mai, et alla coucher à
- Champlâtreux. Conférez DALLICOURT, _Campagne royale_, p. 4.
-
- [80] BUSSY, _Lettres_, t. III, p. 29 et 30.--Sur les causes ou
- les prétextes de cette guerre, conférez _Dialogues sur les droits
- de La Reyne très-chrétienne_; Paris, de l'imprimerie d'Antoine
- Vitré, 1667, in-12 (23 pages). Ce fut Louis XIV qui fit composer
- et répandre ce petit écrit; il est avoué par lui dans
- l'avertissement. La permission d'imprimer est du 10 mai 1667.
- Grimoard, dans les _OEuvres de_ LOUIS XIV, t. III, p. 37, parle
- d'un _Traité des droits de la Reyne_, dont il y eut trois
- éditions. Est-ce le même écrit que le Dialogue?--Cf. MIGNET,
- _Négociations relatives à la succession d'Espagne_, 1835, in-4º,
- t. I, p. 177-297, 391-495.
-
-Tandis que Louis XIV, à Versailles, à Saint-Germain, aux Tuileries ou
-dans les camps, ne semblait s'occuper que de plaisirs, de politique et
-de guerre, toutes les réformes, toutes les institutions, tous les
-établissements qui devaient accroître les richesses et la prospérité de
-la France s'exécutaient comme il les avait déterminés dans son conseil.
-Quand, pour donner plus d'activité au commerce, il créa, en 1665, la
-compagnie des Indes occidentales, les commerçants qui devaient la
-composer furent assemblés au Louvre, sous la présidence de Colbert; et
-le roi parut en personne au milieu d'eux, pour les exhorter à se livrer
-avec toute sécurité à leurs opérations commerciales et pour leur donner
-l'assurance que ses vaisseaux les protégeraient jusqu'aux extrémités de
-l'univers[81]. C'est dans cette année 1667, si mémorable par tant de
-succès guerriers[82], de traités et de négociations importantes[83], que
-furent promulguées ces belles ordonnances pour l'administration de la
-justice, admirées des jurisconsultes, et qu'on avait surnommées le Code
-Louis[84]; que fut instituée l'Académie des sciences; que fut établie à
-Rome une Académie des beaux-arts; qu'on jeta les fondements de ce
-séjour de tant de savantes et impérissables découvertes, l'Observatoire
-de Paris; que furent commencés les travaux du canal qui devait joindre
-l'Océan à la Méditerranée; qu'enfin des prix furent distribués aux
-peintres, aux artistes; des récompenses données aux savants étrangers,
-afin de rattacher au drapeau de la France les talents les plus éminents,
-les plus hautes capacités[85].
-
- [81] LORET, _Muse historique_, lettre 13, du 28 mars 1665, livre
- XVI, p. 50.
-
- [82] RAMSAY, _Hist. du vicomte de Turenne_, édit. in-12, t. II,
- p. 141-144.
-
- [83] MONGLAT, _Mémoires_, t. LI, p. 139-142.
-
- [84] Le président HÉNAULT, _Abrégé chronologique_, année 1667, t.
- III, p. 864, édit. W.--BUSSY, _Hist. de Louis XIV_, 159-166.
-
- [85] LOUIS XIV, _OEuvres_, t. II, p. 267-272.--BUSSY, _Lettres_,
- t. V, p. 35.--LÉPICIÉ, _Vies des peintres du Roi_, p.
- 46.--ECKARD, _États au vrai de toutes les sommes employées par
- Louis XIV_, chap. XVI, p. 59.--_Recueil de la Société des
- bibliophiles_, 1826, 1 vol. in-8º. Gratifications faites par
- Louis XIV aux savants et aux hommes de lettres depuis 1664
- jusqu'en 1679 (102 pages).
-
-Le roi, en s'exposant plus qu'il n'était nécessaire, donna des preuves
-de bravoure personnelle[86]; mais cependant ses ennemis étaient si mal
-préparés à se défendre, ses succès furent si rapides que, si on excepte
-le siége de Lille, cette campagne ressembla plus à une marche triomphale
-qu'à une lutte guerrière[87].
-
- [86] MONGLAT, _Mémoires_, t. LI, p. 141 et 142.
-
- [87] LOUIS XIV, _Mémoires historiques et Instructions au
- Dauphin_, dans les _OEuvres_, t. II, p. 328.--P. DALICOURT, _la
- Campagne royale ès années 1667 et 1668_; Paris, chez la veuve
- Gervais, 1668, in-12, p. 77-131.
-
-Louis XIV conduisait avec lui la jeune reine; il la montrait aux peuples
-soumis comme leur légitime souveraine; car c'était pour soutenir les
-droits de sa femme à la souveraineté de ces contrées et à la succession
-d'Espagne, à laquelle cependant on avait renoncé par le traité des
-Pyrénées, qu'il entreprenait cette guerre[88]. Une riante et gracieuse
-escorte de jeunes et belles femmes accompagnait Louis dans ses
-conquêtes. Partout, après les combats, des fêtes étaient préparées,
-spontanément offertes, ou commandées sous la tente et sur les champs de
-bataille: au milieu des dangers de la mort, incessamment bravés pour la
-patrie, la volupté semblait acquérir quelque chose de grand et de
-martial, qui désarmait la censure des esprits sévères.
-
- [88] MONGLAT, _Mém._, p. 51-146.--LOUIS XIV, _Mém. historiques_,
- t. II, p. 304, 306, 307.
-
-Le jeune roi donnait, sous ce rapport, à ses peuples, un exemple fatal,
-dont sa cour était fortement préoccupée. La mort de la reine mère avait
-achevé d'ôter à Louis XIV le peu de contrainte qu'il s'était imposée par
-égard pour elle. La femme si douce et si tendre qui ne voyait dans le
-roi qu'un amant, qui aurait voulu ensevelir dans l'ombre le secret d'une
-liaison coupable, celle dont le cœur, avant d'être touché par l'amour
-de Dieu, ne palpita jamais que pour un seul homme, fut condamnée à
-porter le titre de duchesse, à laisser légitimer par lettres patentes sa
-honte et ses dignités, à subir l'ennui d'un nombreux cortége, à dévoiler
-le mystère de ses accouchements, à voir ses deux enfants ravis dès leur
-naissance à sa tendresse maternelle, et, sous les noms de comte de
-Vermandois et de mademoiselle de Blois, reconnus, par actes publics,
-comme les honorés rejetons d'un royal adultère[89].
-
- [89] DREUX DU RADIER, _Mémoires historiques et critiques des
- reines et régentes de France_, t. VI, p. 416 et 417. Les lettres
- patentes qui créent la terre de Vaujour et la baronnie de
- Saint-Christophe en duché-pairie sont du mois de mai 1671, datées
- de Saint-Germain en Laye.
-
-Ce ne furent pas là encore ses plus grandes afflictions. Lorsque Louis
-XIV augmentait, par des faveurs qu'elle eût voulu repousser, les remords
-de la Vallière, il froissait son cœur par de fréquentes infidélités,
-indices certains de l'affaiblissement de son amour. Une de ces liaisons
-passagères, qui eut lieu avec la princesse de Monaco, fille du duc de
-Gramont, acquit plus de publicité que toutes les autres, parce qu'elle
-occasionna la disgrâce du duc de Lauzun, amant favorisé de la princesse
-avant le roi. Lauzun fut mis à la Bastille, non-seulement pour n'avoir
-pas voulu un grade supérieur qui l'éloignait de la cour, mais pour avoir
-forcé sa perfide maîtresse à recevoir un soir les tendres protestations
-du roi à travers le trou d'une serrure dont Lauzun avait su dérober la
-clef. Louis XIV pardonna à Lauzun cette audacieuse espièglerie, parce
-que le goût qu'il avait pour celle qui en avait été l'objet se passa
-promptement[90].
-
- [90] BUSSY, _Supplément aux Mémoires_, t. I, p. 59.--IDEM,
- _Lettres_, t. V, p. 37 (_Lettre de_ BENSERADE à Bussy, en date du
- 15 septembre 1667).--IDEM, t. III, p. 148 et 149 (_Lettre de_
- BUSSY, en date du 10 août 1669, à madame D...) (de Montmorency),
- (L***, à la fin de la page 148, est Lauzun).--LA FARE,
- _Mémoires_, t. LXV, p. 105.--LA BEAUMELLE, dans les _Mémoires de
- Maintenon_, t. I, p. 69.
-
-Mais une autre femme, réputée belle entre les belles, d'un caractère
-haut et fier, mariée à un homme plein d'honneur, respectée par la
-médisance, même à la cour, toucha vivement le cœur de Louis XIV.
-C'était madame de Montespan, qui, par son esprit caustique, ses
-saillies, ses bons mots, son talent de narrer avec gaieté, s'était fait
-aimer de la reine et de madame de la Vallière. Celle-ci devina avant
-tout le monde (l'instinct de l'amour est le plus vif de tous) qu'elle
-était trahie, et que madame de Montespan allait être pour elle la cause
-du plus grand des malheurs, celui d'être obligée de se séparer d'un
-amant pour lequel l'ardeur de sa passion n'avait cessé de s'accroître.
-Ce secret fut divulgué à la cour durant cette campagne, et il ouvrait
-une nouvelle carrière aux intrigues qui s'agitaient sans cesse autour
-de ce monarque, dès son début couronné par la victoire, et déjà, si
-jeune, flatté par la renommée[91]. La cour se tenait à Compiègne, afin
-de se trouver plus rapprochée des opérations de la guerre; et
-lorsqu'elles étaient suspendues, Louis XIV se hâtait de retourner à
-Compiègne, où l'attiraient les enchantements de sa nouvelle passion.
-
- [91] LA FARE, _Mémoires_, t. LXV, p. 165.--MONTPENSIER,
- _Mémoires_, t. XLIII, p. 107, 109, 112, 115, 119, 120.--CHOISY,
- _Mémoires_, t. LXIII, p. 397-403.
-
-
-
-
-CHAPITRE III.
-
-1667.
-
- Madame de Sévigné revient à Paris, et écrit à Bussy.--Celui-ci
- dissimule avec elle.--Il demande au roi de rentrer au
- service.--Bussy avait conservé des amis, et entretenait une
- nombreuse correspondance.--Madame de Sévigné était la plus exacte
- à lui écrire.--La marquise de Gouville continuait de correspondre
- avec lui.--La marquise de Monglat s'efforce en vain de se remettre
- bien avec lui.--Les principaux correspondants de Bussy étaient le
- duc de Saint-Aignan, le duc de Noailles, le comte de Gramont,
- Benserade, Corbinelli, dom Cosme, général des feuillants, le P.
- Bouhours.--Jugement sur ce dernier.--Premier recueil des lettres
- de madame de Sévigné, données par Bussy, avec celles qu'il avait
- écrites.--Autres correspondants de Bussy en femmes: la marquise de
- Gouville, madame de Montmorency, la comtesse du Bouchet,
- mademoiselle d'Armentières, la maréchale d'Humières, la marquise
- d'Hauterive, mademoiselle Dupré.--Détails sur cette demoiselle,
- mise par Ménage au nombre des femmes illustres avec madame de
- Sévigné.--Madame de Scudéry.--Caractère de cette dame.--Comparée à
- madame de Sévigné.--Ce qu'elle écrit à Bussy sur les regrets
- d'avoir perdu son mari.--Des amis des deux sexes qu'avait madame
- de Scudéry.--De ses liaisons et de son cercle.--De son amitié pour
- le P. Rapin.--Elle le fait entrer en correspondance avec Bussy, et
- rend service à tous deux.--Pour se venger des vers de Boileau
- contre son mari, elle veut animer Bussy contre Boileau.--Vers de
- Boileau qui lui en ont fourni l'occasion.--Louis XIV demande
- l'explication de ces vers.--Ce qu'on lui répond.--Licence des
- mœurs de cette époque, autorisée par le monarque, la presse et le
- théâtre.--On joue l'_Amphitryon_ et _George Dandin_.--Bussy ne se
- trouve pas offensé par le vers de Boileau, et refuse de s'associer
- au ressentiment de madame de Scudéry contre ce poëte.--Bussy
- demande au roi de servir, et n'obtient rien.--Il occupe
- alternativement son château de Chaseu et celui de
- Bussy.--Description que Bussy fait de la galerie de portraits qui
- se trouvait dans ce dernier château.
-
-Lorsque madame de Sévigné revint à Paris, toute la haute société avait
-quitté cette capitale, tous ses amis étaient absents; et si elle
-recherchait parfois la solitude, ce n'était pas lorsqu'elle était en
-ville. Elle se résolut donc à passer l'été à Livry.
-
-«Toute la cour est à l'armée, écrivait-elle[92] à Bussy; et toute
-l'armée est à la cour. Paris est un désert; et, désert pour désert,
-j'aime beaucoup mieux celui de la forêt de Livry, où je passerai l'été.
-
- En attendant que nos guerriers
- Reviennent couverts de lauriers.»
-
- [92] SÉVIGNÉ, _Lettre_ en date du 20 mai 1667, t. I, p. 112 de
- l'édit. de Monmerqué.--_Ibid._, t. I, p. 156, édit. de G. de
- S.-G.
-
-Ainsi que je l'ai exposé dans la seconde partie de ces Mémoires, la
-correspondance de madame de Sévigné avec Bussy, qui s'était renouée vers
-cette époque, ne devait plus se rompre. Ce que nous en possédons nous
-prouve que madame de Sévigné prenait une part très-vive aux succès de
-Louis XIV et de son armée: à chaque nouvelle victoire, elle exprime des
-regrets sincères que Bussy n'ait pas obtenu un commandement qui le mît à
-portée d'obtenir sa part de tant de gloire. Bussy, toujours dominé par
-son excessive vanité, dissimule avec sa cousine; il fait le dédaigneux
-et le philosophe: cependant il lui envoie régulièrement les suppliques
-qu'il adressait au roi à l'ouverture de chaque campagne, pour offrir ses
-services; mais il ne lui disait pas qu'il écrivait sans cesse à ses
-amis, pour qu'ils intercédassent aussi en sa faveur[93].
-
- [93] SÉVIGNÉ, _Lettres_, t. I, p. 159-161 de l'édit. de G. de
- S.-G.; t. I, p. 114 de l'édit. de Monmerqué.--_Suite des Mémoires
- du comte_ DE BUSSY-RABUTIN, mss. no 221 de là bibliothèque de
- l'Institut.--BUSSY, _Lettres_, t. I, p. 7 (en date du 23 mai
- 1667).--_Ibid._, p. 12 (4 février et 6 avril 1668), p. 38 (27
- mars 1670), p. 56 (13 mars 1671), p. 62 (19 septembre 1671 ), p.
- 66 (8 décembre 1671), p. 128 (9 juin 1674), p. 134 (20 août
- 1674), p. 178 (20 novembre 1675).
-
-Bussy avait conservé, malgré les défauts de son caractère, un bon nombre
-d'amis puissants et dévoués; il entretenait avec eux une correspondance
-très-active[94]; il en avait une très-étendue avec des gens de lettres
-et avec des femmes spirituelles, qui l'instruisaient de toutes les
-nouvelles du jour et des intrigues de cour. Quelques-unes de ces femmes
-s'étaient rendues célèbres dans les cercles de précieuses et de beaux
-esprits, qui s'étaient multipliés dans Paris. Les unes étaient flattées
-d'être en commerce de lettres avec un homme de qualité et de l'Académie;
-les autres étaient des dames de la cour, dont quelques-unes avaient été
-ses maîtresses et avaient conservé avec lui des rapports d'amitié. La
-marquise de Monglat aurait bien voulu se remettre avec lui sur ce
-pied[95]. Elle lui écrivit plusieurs fois pour se justifier, et tâcha de
-ranimer en lui ce qu'elle voulait conserver de son ancienne affection.
-Elle aussi avait beaucoup d'amis qui lui étaient sincèrement attachés:
-son caractère aimable était fort goûté de madame de Sévigné, qui la
-voyait souvent. Elle fit écrire à Bussy par plusieurs de ses
-correspondantes[96], qui ne purent rien gagner sur cet homme
-orgueilleux et vindicatif. Comme la santé de madame de Monglat s'était
-affaiblie et qu'elle eut quelques velléités de religion, elle s'était
-mise en rapport avec dom Cosme, prédicateur renommé et général des
-feuillants, pour lequel Bussy avait beaucoup de considération et
-d'estime. Elle l'employa comme intercesseur, mais ce fut encore en
-vain[97]; et elle ne put empêcher que des tableaux emblématiques de son
-inconstance et de sa légèreté ne fussent placés dans le grand salon du
-château de Bussy[98], et que les devises mises sur ces peintures et au
-bas de son portrait ne donnassent matière aux entretiens d'un monde
-auquel la médisance plaît toujours.
-
- [94] BUSSY, _Lettres_; Paris, in-12, 4 vol., 4e édition; et
- _Nouvelles Lettres_, t. V, VI et VII, 1727, in-12.
-
- [95] BUSSY, _Lettres_, t. V, p. 66 (24 mars 1667, à madame de
- Montmorency); t. III, p. 49; _lettre de la marquise_ DE GOUVILLE,
- en date du 12 août 1667.
-
- [96] BUSSY, _Lettres_, t. V, p. 66, lettre en date du 24 mars
- 1669.
-
- [97] BUSSY, _Lettres_, t. III, p. 33 et 65 (en date du 16 juin et
- du 25 décembre 1667); cette dernière est adressée à dom Cosme.
-
- [98] BUSSY, _Lettres_, t. V, p. 41, en date du 18 octobre 1667, à
- mademoiselle d'Armentières.--MILLIN, _Voyage_, t. I, p. 208-219,
- pl. XII de l'atlas.
-
-Parmi les principaux correspondants de Bussy, il faut d'abord nommer
-celui qui lui était le plus dévoué, le duc de Saint-Aignan, si aimé du
-roi et si bien instruit des secrets les plus intimes de son intérieur.
-Madame de Sévigné a dit avec raison de lui «qu'il a rendu à Bussy des
-services que nul autre courtisan n'aurait osé ni voulu lui rendre[99].»
-Le duc de Saint-Aignan avait composé des mémoires où il justifiait
-Bussy; et il eut le généreux courage de les montrer au roi[100].
-
- [99] SÉVIGNÉ, _Lettres_, t. VIII, p. 249 (Lettre à Bussy, en date
- du 17 juin 1687), et t. III, p. 371; t. V, p. 468; t. VII, p. 55
- de l'édit. de G. de S.-G.
-
- [100] BUSSY, _Lettres_, t. III, p. 264; Lettre de madame de
- Scudéry, en date du 26 septembre 1670; Lettres de mesdames de
- Scudéry, de Solvan-Sallier, etc.; Paris, 1806, Léopold Collin, p.
- 33.
-
-Les autres correspondants de Bussy à la cour étaient le duc de Noailles,
-qui fut capitaine des gardes[101], et le comte de Gramont, rendu célèbre
-par les piquants mémoires que son beau-frère Hamilton a écrits sur les
-folies de sa jeunesse[102]; le comte de Guiche, ceinturé comme son
-esprit, disait madame de Sévigné, et qui se trouvait alors enveloppé
-dans la disgrâce de Vardes[103]. Parmi les ecclésiastiques et les gens
-de lettres, on doit nommer l'abbé de Choisy, plus célèbre par ses
-scandaleuses aventures que par le grand nombre de livres qu'il a
-composés; Benserade et Corbinelli (ce dernier alors était en Languedoc,
-entraîné aussi dans l'exil de Vardes[104]); puis dom Cosme, dont nous
-avons parlé; et enfin le P. Rapin[105] et le P. Bouhours. C'est à
-Bouhours que nous devons l'édition tronquée des _Mémoires de Bussy_, et,
-je crois, aussi l'édition si confusément ordonnée de sa correspondance.
-Bouhours était à la fois homme du monde, homme d'Église et homme de
-lettres; ayant les prétentions d'un puriste, et affectant l'autorité
-d'un critique; recherchant la réputation de bel esprit, et s'arrogeant
-l'importance d'un profond théologien; écrivant alternativement et avec
-facilité sur des sujets saints ou profanes, sérieux ou légers; auteur
-fécond, mais souvent futile; écrivain correct, mais non exempt
-d'affectation, et qui, fort admiré de madame de Sévigné, jouissait
-d'une réputation très-supérieure à ses talents[106].
-
- [101] SÉVIGNÉ, _Lettres_, t. VII, p. 35; t. XI, p. 176, édit. de
- G. de S.-G.
-
- [102] BUSSY, _Lettres_, t. IV, p. 73.--HAMILTON, _Mémoires
- d'Hamilton_. (La traduction anglaise imprimée chez Bentley, 3
- vol. in-8º, avec portraits coloriés, est préférable, à cause des
- notes.)
-
- [103] BUSSY, _Lettres_, t. III, p. 136, 137, 155, 207, 308, 522,
- 523; t. V, p. 170 et 172. (Toutes les lettres de C** sont de
- Corbinelli.)
-
- [104] SÉVIGNÉ, _Lettres_, t. II, p. 350 (en date du 5 janvier
- 1672), édit. de G. de S.-G.
-
- [105] BUSSY, _Lettres_, t. III, p. 378 à 547; t. IV, p. 10 à 345.
-
- [106] BUSSY, _Lettres_, t. VI, p. 45 à 356.
-
-La correspondance de Bussy avec les femmes était bien plus nombreuse et
-d'une plus grande valeur. Parmi elles, la première à nommer est madame
-de Sévigné. Les lettres de Bussy à sa cousine, avec les réponses,
-remplissent presque entièrement les deux volumes du recueil de la
-correspondance qui fut publié par la marquise de Coligny, fille de
-Bussy, en 1697[107]. Bayle fit l'éloge de ce recueil[108]. Bussy
-composait beaucoup de vers, et il les envoyait à sa cousine pour les
-soumettre à son jugement; ces vers ont été imprimés, avec les lettres où
-ils se trouvaient insérés, dans le recueil dont nous parlons; et si les
-éditeurs de madame de Sévigné ont eu raison de débarrasser sa
-correspondance de cet inutile bagage, en réimprimant les lettres que
-Bussy lui avait adressées, ils ont eu tort de supprimer de ces lettres
-les passages qui concernaient les envois de ces pièces de vers,
-puisqu'ils constataient que ce goût de Bussy pour la poésie était
-partagé par sa cousine[109].
-
- [107] MONMERQUÉ, _Notices biographiques sur les différentes
- éditions de madame de Sévigné_.
-
- [108] BAYLE, _OEuvres_, in-folio, t. IV, p. 776 (lettre du 4
- décembre 1698).--_Lettres choisies_; Rotterdam, 1714, t. II, p.
- 652.
-
- [109] BUSSY, _Lettres_, édit. 1720, t. I, p. 18, 29, 68, 93,
- 341-364 (29 septembre 1668, 1er mai 1672, 4 septembre 1680).
- Cette dernière lettre, qui renferme un grand nombre d'épigrammes
- de Martial et de Catulle, assez bien traduites par Bussy, a été
- entièrement omise par les éditeurs de madame de Sévigné, et forme
- une lacune dans sa correspondance avec son cousin, qui devra être
- réparée.
-
-Après madame de Sévigné, la marquise de Gouville mérite d'être
-mentionnée comme celle qui correspondait le plus assidûment avec Bussy.
-Ses lettres sont les plus spirituelles, les plus riches en détails
-amusants, narrés avec esprit et finesse[110]. Elle avait pendant quelque
-temps enchaîné Bussy; et l'intimité qui avait existé entre eux donnait à
-leur commerce plus d'agrément, de franchise et de vérité. Il faut
-joindre à la marquise de Gouville son intime amie la comtesse de
-Fiesque, que Bussy appelait sa cousine. Folâtre et insouciante, elle
-était initiée et elle initiait Bussy à tous les secrets de la petite
-cour de MADEMOISELLE, dont elle faisait partie.
-
- [110] BUSSY, _Lettres_, t. III, p. 39, 49, 50, 55, 64, 233; t. V,
- p. 11, 40, 300, 310, 342.
-
-Une dame qui par son mari portait le beau nom de Montmorency se montre
-le plus instructif des correspondants de Bussy. Ses lettres sont des
-espèces de bulletins de ce qui se passait à la cour, des promotions, des
-mariages, des décès, des intrigues, des nouvelles politiques qu'on y
-débitait, des anecdotes scandaleuses qu'on y racontait; le tout dit en
-deux mots, sans réflexions, sans phrases, et exprimé avec une concision
-remarquable. Des pièces de vers qui avaient circulé se trouvent aussi
-insérées dans ces lettres. Le nom de famille de cette madame de
-Montmorency était Isabelle d'Harville de Palaiseau, et elle appartenait
-à cette noble famille de guerriers qui, dès le commencement du quinzième
-siècle, s'étaient illustrés à la bataille d'Azincourt[111]. Ni Bussy ni
-les mémoires contemporains ne nous apprennent rien sur cette dame de
-Montmorency. Au bas de son portrait Bussy avait mis cette inscription:
-«Digne non pas d'un homme de plus grande qualité, mais d'un homme plus
-aimable[112].» Cette inscription prouve du moins que ce mari d'Isabelle
-de Palaiseau était de la noble famille dont il portait le nom. Madame de
-Montmorency était peu favorisée de la fortune, quoique amie de la
-duchesse de Nemours, qui possédait de si grands biens et aurait pu se
-montrer plus généreuse à son égard[113].
-
- [111] Cf. LE BOEF, _Histoire du diocèse de Paris_, 8e partie, p.
- 9-11.
-
- [112] CORRARD DE BRÉBAN, _Souvenirs d'une visite aux ruines
- d'Alis et au château de Bussy_, p. 22.--MILLIN, _Voyage dans les
- départements du midi de la France_, 1807, in-8º, t. I, p.
- 212.--Dans Millin, l'inscription paraît être rapportée moins
- exactement: il y a _Harville de Paloise_, au lieu d'_Harville de
- Palaiseau_.
-
- [113] _Lettres de madame_ DE SCUDÉRY, p. 54, collection de
- Léopold Collin, lettre en date du 17 mars 1670.--_Lettres de
- mesdames_ DE MONTPENSIER, MONTMORENCY, etc., 1806, in-12.
-
-La comtesse du Bouchet écrivait aussi souvent à Bussy avec une liberté
-d'expression qui devait lui plaire beaucoup: accoutumée à tout dire, sa
-franchise donnait un grand prix à ses lettres[114].
-
- [114] BUSSY, _Lettres_, t. V, p. 202, 203 (18 et 24 août 1671).
-
-Henriette de Conflans, demoiselle d'Armentières, belle quoiqu'elle ne se
-mariât point, pieuse quoique amie de Bussy, était encore pour lui un
-correspondant qui avait toute sa confiance: c'était celle qui plaidait
-auprès de lui la cause de madame de Monglat avec le plus de chaleur,
-parce que celle-ci paraissait vouloir alors se mettre sous la direction
-de dom Cosme et renoncer à la vie mondaine[115].
-
- [115] BUSSY, _Lettres_, t. III, p. 77, 80-90. 112; t. V, p. 7,
- 41, 52, 70.
-
-Parmi les autres femmes auxquelles Bussy écrivait plus souvent, on
-distingue la femme de son cousin, la maréchale d'Humières, dont le
-portrait, dans sa galerie, était accompagné de cette inscription: «D'une
-vertu qui, sans être austère ni rustique, eût contenté les plus
-délicats.» Elle était dame du palais de la reine: liée avec madame de
-Sévigné, belle et pieuse, elle termina[116] sa longue vie aux
-Carmélites de la rue Saint-Jacques[117]. Après cette dame respectable
-nous devons nommer la marquise d'Hauterive, fille du duc de Villeroy, à
-laquelle on reprochait de s'être mésalliée, quoiqu'elle eût épousé un
-bon et honorable gentilhomme, élégant dans ses goûts, amateur éclairé
-des beaux-arts et grand protecteur du Poussin[118]. La correspondance de
-Bussy avec la marquise d'Hauterive n'a point été imprimée; mais nous
-savons, d'après une lettre du marquis d'Hauterive, que le portrait de
-cette dame devait occuper une place parmi les autres portraits de femmes
-avec lesquelles Bussy entretenait un commerce épistolaire[119].
-
- [116] SÉVIGNÉ, _Lettres_, t. III, p. 251 et 259, édit. de
- Monmerqué (lettres en date des 24 janvier et 20 mars
- 1675).--CORRARD DE BRÉBAN, p. 23.--BUSSY, _Lettres_, t. IV, p.
- 211, 337, 409; t. V, p. 155.
-
- [117] SÉVIGNÉ, _Lettres_, t. X, p. 102, édit. de Monmerqué; t.
- XI, p. 182, édit. de G. de S.-G.; Lettre de madame DE COULANGES à
- madame de Sévigné, le 20 juin 1695.--SAINT-SIMON, _Mémoires_, t.
- XX, p. 477.
-
- [118] SÉVIGNÉ, _Lettres_, t. I, p. 284, édit. de G. de S.-G. et
- la note; t. I, p. 213, édit. de Monmerqué (lettre en date du 15
- décembre 1670).
-
- [119] BUSSY, _Lettres_, t. V, p. 114 (Lettre du marquis
- D'HAUTERIVE, en date du 8 novembre 1690).
-
-Mais, de tous les nombreux personnages qui correspondaient avec Bussy,
-il n'y en avait pas dont il eût, après madame de Sévigné, plus de
-plaisir à lire les lettres que celles de deux femmes sans rang, sans
-beauté, sans fortune, sans naissance: c'étaient mademoiselle Dupré et
-madame de Scudéry. Toutes les deux, il est vrai, étaient pleines de sens
-et d'esprit, et possédaient le talent d'écrire avec enjouement, pureté
-et élégance. La seconde était, sous ce rapport, très-supérieure à la
-première; mais celle-ci avait plus de célébrité, parce qu'elle
-appartenait à une famille d'érudits et de poëtes. Elle était la nièce et
-l'élève de Roland Desmarets[120] et de Desmarets de Saint-Sorlin,
-l'auteur de la comédie des _Visionnaires_. Marie Dupré était laide, mais
-savante; car, si l'on en croit Bussy, elle parlait quatre langues
-également bien[121]; elle avait, dit-on, approfondi la philosophie de
-Descartes, dont elle était enthousiaste, ce qui semble peu s'accorder
-avec son goût pour les bouts-rimés et les petits vers: on en trouve un
-grand nombre de sa composition dans les recueils du temps et dans les
-lettres de Bussy. Amie de Conrart, ce fondateur de l'Académie française,
-mademoiselle Dupré fut célébrée, en vers comme en prose, par un grand
-nombre d'hommes de lettres de son temps. Le savant Huet a rapporté dans
-ses Mémoires le madrigal en vers latins qu'il fit pour elle. Ménage ne
-lui adressa point de vers, mais il la nomme, dans son commentaire en
-langue italienne sur le septième sonnet de Pétrarque, au nombre des
-illustres contemporaines, avec mademoiselle de la Vigne, son amie,
-madame de la Fayette, madame de Scudéry, madame de Rohan-Montbazon,
-abbesse de Malnoue, et madame de Mortemart, abbesse de Fontevrault; puis
-enfin madame de Sévigné,
-
- Donna bella, gentil, cortese e saggia,
- Di castità, di fede e d'amor tempio[122];
-
-car rarement Ménage, soit qu'il écrivît en vers ou en prose, en grec,
-en latin, en italien ou en français, se permit de nommer madame de
-Sévigné dans ses ouvrages, sans ajouter quelques vers à sa louange.
-Mademoiselle Dupré allait souvent passer la belle saison aux eaux
-minérales de Sainte-Reine, chez des amis dont le séjour était voisin du
-château de Bussy; et Bussy profitait de cette occasion pour l'attirer
-chez lui le plus souvent qu'il pouvait, ce qui prévenait entre eux cette
-tiédeur et cet alanguissement de l'intimité qu'une trop longue
-séparation ne manque jamais de produire[123].
-
- [120] Sur Roland Desmarets, conférez le _Ménagiana_, t. IV, p.
- 198; et WEISS et BEUCHOT, _Biographie universelle_, t. XI, p.
- 202.--NICERON, _Mémoires_, t. XXXV.
-
- [121] BUSSY, _Lettres_ t. V, p. 93, 97, 102; et t. III, p.
- 172-193, 201-244, 303-671, 506-520.
-
- [122] _Lezione_ D'EGIDIO MENAGIO _sopra'l sonnetto_ VII _di
- misser Francesco Petrarca_, p. 62, à la suite du traité de
- MÉNAGE, intitulé _Historia mulierum philosopharum_.--Conférez
- HUETII Ep. A. _Commentarius de rebus ad eum pertinentibus_, p.
- 204, 205.--BOUHOURS, _Recueil de vers choisis_; Paris, 1697, p.
- 45, 48, 51, ou p. 58 à 60 de l'édit. 1701.--MORÉRI,
- _Dictionnaire_, t. IV, article MARIE DUPRÉ.--WEISS, _Biographie
- universelle_, t. XII, p. 313, article MARIE DUPRÉ.--TITON DU
- TILLET, _le Parnasse françois_, in-folio, 1732, p. 507.
-
- [123] BUSSY, _Lettres_, t. III, p. 172 à 507.--Mademoiselle
- DUPRÉ, _Lettres_, dans les _Lettres de mademoiselle_ DE
- MONTPENSIER, DE MOTTEVILLE, etc.; Paris, 1806, Léopold Collin, p.
- 148 à 204.
-
-Madame de Scudéry n'était point savante; elle ne faisait point de vers.
-Par son mari et sa belle-sœur, le nom qu'elle portait avait acquis une
-assez grande célébrité; elle n'en rechercha et n'en obtint aucune pour
-elle-même. Plusieurs ignorent qu'elle a existé. Quand il est parlé
-d'elle, on la confond avec la sœur de Scudéry[124]. Cependant, de
-toutes les femmes que la correspondance de Bussy nous fait connaître,
-madame de Scudéry est incontestablement, après madame de Sévigné, celle
-qui mérite la préférence. Elle est loin d'avoir l'imagination vive et
-brillante de la petite-fille de sainte Chantal; mais son style, moins
-figuré, moins animé, est plus correct; sa raison est plus calme et son
-jugement moins variable. Elle a sur madame de Sévigné le triste avantage
-d'avoir connu l'adversité, d'être née dans une condition qui l'exemptait
-des préjugés de naissance auxquels madame de Sévigné n'a pas échappé.
-Elle apprécie mieux le monde; ses réflexions, elle les tient de son
-expérience et de ses propres observations. L'expression de ses pensées
-est toujours simple, forte, naturelle et digne, en parfait rapport avec
-la noblesse de ses sentiments et l'élévation de son âme. L'académicien
-Charpentier déclare qu'elle n'écrit pas moins bien que mademoiselle de
-Scudéry, l'auteur de _Clélie_ et de _Cyrus_[125]. De toutes les amies de
-Bussy, quoique la plus humble par le rang, madame de Scudéry fut celle
-qui lui rendit le service le plus important[126], puisqu'elle le fit
-rappeler de son exil. Elle était fort jeune et sans fortune lorsque
-Scudéry, dans un âge déjà avancé, l'épousa[127]. Elle perdit son mari
-l'année même dont nous nous occupons, le 14 mai 1667. Restée veuve à
-l'âge de trente-six ans, elle ne contracta point de nouveaux liens, et
-s'adonna à l'éducation de son fils unique, qui entra dans les ordres.
-Les regrets qu'elle eut de perdre son mari sont vivement exprimés dans
-deux lettres à Bussy, à Bussy peu capable d'apprécier les sentiments
-d'une telle femme.
-
- [124] CARPENTARIANA, 1741, in-12, p. 383.
-
- [125] _Carpentariana_, 1741, p. 383.
-
- [126] BUSSY, _Lettres_, t. III, p. 92 à 549; t. V, p. 174 à 429.
-
- [127] Elle se nommait Marie-Françoise-Martin Vast; c'était une
- demoiselle de Normandie. (Le Vast est un petit village à trois
- lieues de Valogne, département de la Manche.)
-
-«Quand j'ai commencé ma lettre[128], j'avais oublié que j'étais en
-colère contre vous. Comment, monsieur, me dire que je suis bien aise
-d'être veuve, moi qui, trois ans durant, ai pensé mourir de douleur
-d'avoir perdu un fort bon homme qui était de mes amis, comme s'il n'eût
-pas été mon mari; qui m'a toujours louée, toujours estimée, toujours
-bien traitée, et qui me déchargeait tout au moins de la moitié du mal
-que j'ai, à cette heure, de souffrir ma mauvaise fortune toute seule?
-Sachez, s'il vous plaît, monsieur, que, quand je parle des sentiments
-ordinaires des femmes, je ne m'y comprends point. Si j'ose le dire, je
-me trouve toujours fort au-dessus d'elles, et je vis d'une manière où la
-liberté ne me sert de rien: la société d'un honnête homme m'était plus
-douce. Faites-moi donc toutes les réparations que vous me devez.»
-
- [128] BUSSY, _Lettres_, t. III, p. 356.--Madame DE SCUDÉRY,
- _Lettres_, 1806, in-12, p. 62 (lettre en date du 27 juin 1671),
- collect. Léop. Collin.
-
-Ces réparations, Bussy crut les avoir faites; mais elles ne pouvaient la
-satisfaire, et elle lui répondit[129]:
-
-«Vous me faites injustice de ne me passer que six mois de véritable
-douleur de la mort de feu M. de Scudéry. J'en ai encore, je vous le
-jure; et comme je ne fais rien de cette liberté que vous dites qui
-console d'avoir perdu un mari, et que je n'en veux rien faire, vous
-voyez que j'ai perdu une grande douceur en son amitié. Je ne sais plus
-que faire de mon cœur, je n'ai point trouvé de véritable ami depuis sa
-mort; cependant je vous avoue que c'est la seule rose sans épines qu'il
-y ait au monde, que l'amitié. Je crois que vous ne connaissez pas cela,
-vous autres; car j'ai ouï dire que ceux qui ont eu de l'attachement pour
-le frère n'en ont jamais eu pour la sœur........ Il y a longtemps que
-je me suis donné le même avis que vous me donnez, de vivre avec le
-moins de chagrin qu'il me sera possible. J'ai réglé mon _rien_ d'une
-manière qui fait que ma pauvreté ne paraît à personne, et je me passe
-assez doucement de tout ce que je n'ai pas. Il n'y a que la disette
-d'amis qui m'est insupportable; car j'avais toutes les qualités propres
-à être une amie du premier ordre; cependant tout cela ne me sert de
-rien, et je ne sais qui aimer.... Il faut s'accoutumer à ne vivre qu'en
-société; car pour en amitié, cela est presque impossible.»
-
- [129] BUSSY, _Lettres_, t. III, p. 391 et 392.--Madame DE
- SCUDÉRY, _Lettres_, p, 76 (lettre en date du 11 août 1671).
-
-Cette femme qui se plaignait si vivement de manquer d'amis en était
-cependant sans cesse entourée, selon l'acception du monde. Sans être de
-la cour, elle voyait un assez bon nombre de gens de cour, et des plus
-hauts en dignités; sans aucune prétention à la littérature, les hommes
-de lettres se plaisaient à la fréquenter. Par la solidité de son
-caractère, l'égalité de son humeur, la finesse de son esprit, son tact
-parfait des convenances, elle était parvenue à réunir dans son modeste
-appartement une société choisie, préférable aux cercles les plus fameux
-de beaux esprits, aux assemblées brillantes des palais les plus
-somptueux. Mais elle savait distinguer ces liaisons du monde, ces
-attachements d'habitude fondés sur le besoin de se soustraire à l'ennui
-d'avec ceux où le cœur avait quelque part; et ses plus tendres
-sentiments étaient réservés pour deux personnes de son sexe: l'une était
-mademoiselle de Portes, personne pieuse, retirée aux Carmélites de la
-rue Saint-Jacques, dans cette même maison où se réfugia de même,
-longtemps après elle, dans le même but de piété, la maréchale
-d'Humières[130]; l'autre était cette demoiselle de Vandy que nous
-trouvons en relation assez étroite avec MADEMOISELLE, qui parle d'elle
-très-longuement dans un endroit de ses Mémoires[131].
-
- [130] SÉVIGNÉ, _Lettres_, t. X, p. 102, édit. de Monmerqué; t.
- XI, p. 182, édit. de G. de S.-G. (lettre en date du 20 juin
- 1695).--SAINT-SIMON, _Mémoires_, t. XX, p. 477.
-
- [131] MONTPENSIER, _Mémoires_, t. XLII, p. 37 et 44.--TALLEMANT
- DES RÉAUX, _Historiettes_, article VANDY, t. V, p. 102, édit.
- in-8º.--SCUDÉRY, _Lettres_, p. 107 (lettre en date du 27 février
- 1673).
-
-Après ces deux amies, les femmes que madame de Scudéry voyait le plus
-souvent étaient toutes de la cour: c'étaient madame du Vigean, la mère
-de la maréchale de Richelieu; madame de Villette, qui lui attira par la
-suite la protection et les bienfaits de madame de Maintenon; la marquise
-de Rongère[132], et madame de Montmorency, cette amie de Bussy dont nous
-avons parlé: celle-ci était une des femmes qu'elle goûtait le plus.
-
- [132] Madame DE SCUDÉRY, _Lettres_, p. 151, édit. in-12.--BUSSY,
- _Lettres_, t. VI, p. 52.
-
-La société de madame de Scudéry, conforme à ce que comportait sa
-situation dans le monde, était plus nombreuse en hommes qu'en femmes, et
-se composait également de plusieurs des correspondants de Bussy. Les
-ducs de Saint-Aignan et de Noailles étaient d'abord les deux personnages
-qui la voyaient le plus souvent; ils étaient aussi, par leur crédit et
-la faveur du monarque, les plus importants de son cercle; puis après
-venaient le comte de Guiche, d'Elbène[133], Sobieski, depuis roi de
-Pologne, et plusieurs autres. Parmi les hommes de lettres, on y
-remarquait l'abbé de Choisy, qui était aussi homme de cour; le P. Rapin;
-et plus tard Fontenelle, qui usa de son intervention pour être reçu à
-l'Académie française[134]. Mais, de tous ceux qui se réunissaient chez
-madame de Scudéry, le P. Rapin fut celui qu'elle préférait, et avec
-lequel elle était le plus liée. Comme plusieurs de son ordre, sans
-négliger le monde, le P. Rapin se livrait à la fois à la prédication,
-aux belles-lettres, à la théologie; il composait alternativement des
-livres de piété et de littérature; ce qui faisait dire, par ses envieux,
-qu'il servait Dieu et le monde par semestre. A cette époque, il venait
-de compléter et de mettre au jour son poëme sur les Jardins, qui
-semblait comme un écho de la muse gracieuse de Virgile[135] et qui lui
-valut une si belle renommée. C'est à madame de Scudéry que le P. Rapin
-dut l'honneur qu'il ambitionnait d'entrer en relation avec Bussy; et
-Bussy, le plaisir, auquel il fut très-sensible, d'avoir pour
-correspondant un homme de lettres aussi célèbre, un religieux aussi
-considéré. Leur correspondance fut très-active et longtemps prolongée.
-Le P. Rapin y trouvait des occasions, qu'il ne laissait jamais échapper,
-d'exhorter Bussy à se soumettre au joug salutaire de la religion; et
-Bussy, un moyen de donner, par l'espoir de sa conversion, plus de
-créance à ses projets de réforme, et de se procurer à la cour, afin de
-faire terminer son exil, un solliciteur qui, pour n'être pas au nombre
-des courtisans, n'en avait que plus de crédit auprès du roi[136].
-
- [133] Madame DE SCUDÉRY, _Lettres_, p. 97.
-
- [134] _Ibid._, p. 175.
-
- [135] RAPIN, _Hortorum libri quatuor_, 1666, in-12.
-
- [136] BUSSY, _Lettres_, t. III, p. 378-380, 420-473, 530-547; t.
- IV, p. 8, 45-70, 101-159, 214-260, 315-375, 408-488; t. VI, p. 6,
- 55, 108, 188.
-
-La lettre de madame de Scudéry qui détermina cette liaison entre deux
-hommes si différents par leur caractère, leurs mœurs, leur profession
-est remarquable; elle nous fait connaître cette femme intéressante et le
-P. Rapin sous les rapports les plus propres à les faire estimer tous
-deux. «Il a, dit-elle à Bussy en parlant de celui qu'elle recommande,
-une physionomie qui découvre une partie de sa bonté et de sa douceur. Il
-a une qualité dans l'esprit qui, à mon gré, est la marque de l'avoir
-véritablement grand: c'est qu'il le hausse et qu'il le baisse tant qu'il
-lui plaît... On peut dire de lui que ce n'est pas un docteur tout cru;
-mais sa science est si bien digérée qu'il ne paraît dans sa conversation
-ordinaire que du bon sens et de la raison.... Personne ne sait plus
-précisément parler à chacun de ce qu'il sait le mieux et de ce qui lui
-plaît davantage. Cela est admirable à un jésuite de savoir si bien une
-chose qui, à mon gré, est la plus grande science du monde[137].»
-
- [137] Madame DE SCUDÉRY, _Lettres_, 1806, in-12, p. 63-65 (lettre
- en date du 27 juin 1671).--BUSSY, _Lettres_, t. III, p. 357, 360,
- 363, 365, 378, 380 (lettres des 27 juin, 17, 22, 24 juillet et 18
- août 1671).
-
-Madame de Scudéry ne put jamais pardonner à Boileau les vers qu'il avait
-faits contre son mari, dont il avait légèrement changé le nom en celui
-de _Scutari_. Comme ces vers parurent moins d'un an avant qu'elle le
-perdît[138], peut-être avait-elle des raisons fondées de croire qu'ils
-avaient hâté la fin de ce vieillard, qu'elle chérissait comme un père
-et comme un ami. Aussi elle crut pouvoir profiter de la publication
-d'une nouvelle satire que le poëte venait de composer pour animer contre
-lui Bussy, qui s'y trouvait nommé. C'était la huitième satire, adressée
-à Morel, docteur de Sorbonne[139], dans laquelle Boileau introduit un
-marquis qui s'effraye du mariage, à cause des accidents dont il est trop
-ordinairement accompagné, et qui dit:
-
- Moi j'irais épouser une femme coquette!
- J'irais, par ma constance, aux affronts endurci,
- Me mettre au rang des saints qu'a célébrés Bussy!
- Assez de sots sans moi feront parler la ville[140].
-
- [138] _Satires du sieur_ D***; Paris, chez Claude Barbin, 1666,
- in-12, p. 16.--_Ibid._, 2e édition, chez Frédéric Léonard; Paris,
- 1667, p. 25.
-
- Bienheureux Scutari, dont la fertile plume
- Peut tous les mois sans peine enfanter un volume,
- Tes écrits, il est vrai, sans force et languissants,
- Semblent être formés en dépit du bon sens:
- Mais ils trouvent pourtant, quoi qu'on en puisse dire,
- Un marchand pour les vendre, et des sots pour les lire.
-
- Je ponctue ces vers comme ils le sont dans les deux premières
- éditions. Il y en avait deux autres avant, où le nom de Scudéry se
- trouvait sans déguisement; mais elles étaient subreptices et non
- avouées par l'auteur. Voyez BERRIAT SAINT-PRIX, _Boileau_, t. I,
- p. CXXX, CXXXI.
-
- [139] On nommait ainsi par ellipse les docteurs qui appartenaient
- à la maison de Sorbonne, pour les distinguer de ceux qui
- appartenaient à la maison de Navarre.
-
- [140] _Satires du sieur_ D***, quatrième édition; Paris, chez
- Louis Billaine, Denys Thierry, Frédéric Léonard et Claude Barbin,
- 1668, in-12 (14 pages, sans l'extrait du privilége).--Malgré le
- titre, qui porte _Satires_ au pluriel, ce livre ne contient que
- la satire VIII, imprimée en plus petits caractères que ceux de la
- première et de la seconde édition. Les vers cités sont à la page
- 3, ligne 6-11.
-
-Le mot _sot_ avait alors en notre langue une double signification[141],
-qui rendait ce dernier vers plus piquant et l'allusion au livre de
-Bussy, contenue dans le vers qui le précède, beaucoup plus claire. Ce
-livre était, par les indiscrétions de Bussy et de ceux auxquels il
-l'avait montré, bien connu à la cour, quoiqu'il eût été vu de peu de
-personnes: c'était un petit volume in-16, élégamment relié en maroquin
-_jaune_, doublé de maroquin rouge enrichi de dorures, avec des clous et
-des fermoirs en or, au dos duquel était écrit: PRIÈRES. L'intérieur de
-ce volume contenait des portraits de femmes de la cour connues par
-leurs galanteries, représentées avec les emblèmes de sainte Cécile, de
-sainte Dorothée, de sainte Catherine, de sainte Agnès et autres saintes,
-selon les noms de baptême qu'elles portaient; et aussi des portraits
-d'hommes bien connus par leur rang, leurs dignités ou leur mérite, qui
-avaient reçu, dans l'état de mariage, de ces sortes d'échecs dont la
-Fontaine, d'après l'Arioste, dans son recueil de contes récemment
-imprimé, avait plaisamment démontré les avantages pour ceux qui les
-éprouvaient[142]. Ces personnages étaient représentés sous les formes de
-saints et de martyrs, et travestis, l'un en saint Sébastien, l'autre en
-saint Jean-Baptiste, l'autre en saint George; chacun d'eux selon les
-noms qu'on leur avait donnés dès leur naissance. Au bas de ces
-portraits, tous encadrés en or, on lisait des explications en forme
-d'oraisons, qui ont depuis été grattées ou couvertes de tabis, ainsi que
-les peintures qui ont pu s'y trouver, par des hommes plus scrupuleux que
-Bussy, possesseurs après lui de ce mystérieux volume. Le fini et la
-parfaite exécution des miniatures l'ont sauvé d'une entière
-destruction[143]. Lorsque Louis XIV eut entendu réciter les vers de
-Boileau, il en demanda l'explication: on lui dit que c'était une
-allusion à un badinage un peu impie du comte de Bussy; Louis XIV se
-contenta de cette réponse, et, dit-on, n'y pensa plus. Si on lui donna
-plus de détails, sans doute il considéra cette nouvelle espièglerie de
-Bussy comme une chose sans conséquence, qui d'ailleurs étant secrète, ou
-n'ayant de publicité que par l'indiscrétion d'un poëte, ne pouvait être
-passible d'aucune censure. Alors, presque chaque année, il paraissait
-une nouvelle édition[144] plus complète du recueil des contes de la
-Fontaine, avec privilége du roi; en même temps, par permission du roi,
-on jouait _Sganarelle_, puis l'_Amphitryon_ et _George Dandin_. Ces deux
-comédies de Molière disputaient la foule à l'_Andromaque_ de
-Racine[145]. Afin de satisfaire sa nouvelle passion, Louis XIV aussi
-alors usait de sa toute-puissance pour imposer silence aux plaintes d'un
-époux justement irrité. Il semblait donc que c'était se montrer bon
-courtisan que de s'égayer, comme faisaient la Fontaine, Molière et
-Bussy, aux dépens des maris trompés. Le jeune roi ne comprenait pas que
-les licences du théâtre et de la presse, qu'il encourageait, avaient sur
-les mœurs publiques une influence plus fatale que le scandale donné par
-lui aux grands de sa cour, alors trop séparés des autres classes du
-peuple pour que leurs exemples fussent aussi contagieux qu'ils le sont
-devenus depuis.
-
- [141] Voyez une de nos notes dans notre édition de la Fontaine,
- ou des Poésies de Maucroix.
-
- [142] _Contes et Nouvelles en vers_, _par_ M. DE LA FONTAINE;
- Paris, chez Louis Billaine, 1669, in-12 (avec privilége du Roy).
- _La Coupe enchantée_, p. 204 à 208.
-
- [143] _Catalogue des livres de la bibliothèque de la Vallière_,
- 1re partie, t. III, p. 265.--Malgré les mutilations qu'avait
- éprouvées le manuscrit de Bussy, le prix en fut porté à 2,400
- livres à la vente de la Vallière.
-
- [144] _Contes et Nouvelles en vers_, _par_ M. DE LA FONTAINE, 1re
- édit., 1665; 2e édit., 1665; 3e édit., 1666; 4e édit., 1667; 5e
- édit., 1669, etc.
-
- [145] Les frères PARFAICT, _Histoire du théâtre franç._, t. X, p.
- 185, 259, 294.
-
-Madame de Scudéry écrivit à Bussy ce qui s'était passé chez le roi: elle
-espérait que l'orgueilleux Bussy, irrité de l'audace de Boileau,
-romprait avec lui; mais Bussy, soit que sa vanité fût satisfaite de ce
-que l'auteur des Satires eût dans ses vers donné de la célébrité aux
-malices de son esprit, soit qu'il jugeât qu'il serait téméraire à lui
-d'ébruiter une affaire aussi délicate, soutint à madame de Scudéry que
-le vers de Boileau et la réponse faite au roi ne lui faisaient ni bien
-ni mal; qu'il ne devait nullement s'en offenser. «D'ailleurs,
-ajoute-t-il, Despréaux est un garçon d'esprit et de mérite, que j'aime
-fort[146].»
-
- [146] Madame DE SCUDÉRY, _Lettres_, 1806, in-12, p.
- XII.--BOILEAU, _OEuvres_, édit. de Saint-Marc, 1747, t. I, p.
- 118; édit. Saint-Surin, t. I, p. 183.
-
-Bussy, malgré ses vives sollicitations, ses flatteries et les louanges
-du roi répétées dans toutes ses lettres, même dans celles qui étaient
-adressées à ses amis les plus intimes, non-seulement ne put rentrer au
-service dans cette campagne ni dans la suivante, mais il n'obtint même
-pas alors d'être rappelé de son exil[147]. Il fut réduit à passer du
-château de Chazeu à celui de Bussy, et de résider alternativement dans
-l'un et dans l'autre[148]. Mais c'est au château de Bussy qu'il faisait
-de plus longs séjours; c'est là qu'était sa belle collection de
-portraits[149], dont il donne, en ces termes, la description dans une
-lettre adressée à la comtesse du Bouchet:
-
-«Je suis bien aise que notre ami Hauterive ait trouvé ma maison de Bussy
-à son gré. Il y a des choses fort amusantes qu'on ne trouve point
-ailleurs: par exemple, j'ai une galerie où sont tous les portraits de
-tous les rois de la dernière race, depuis Hugues Capet jusqu'au roi, et
-sous chacun d'eux un écriteau qui apprend tout ce qu'il faut savoir de
-leurs actions. D'un autre côté, les grands hommes d'État et de lettres.
-Pour égayer tout cela, on trouve en un autre endroit les maîtresses et
-les bonnes amies des rois, depuis la belle Agnès, maîtresse de Charles
-VII. Une grande antichambre précède cette galerie, où sont les hommes
-illustres à la guerre, depuis le comte de Dunois, avec des souscriptions
-qui, en parlant de leurs actions, apprennent ce qui s'est passé dans
-chaque siècle où ils ont vécu. Une grande chambre est ensuite, où est
-seulement ma famille; et cet appartement est terminé par un grand salon,
-où sont les plus belles femmes de la cour qui m'ont donné leurs
-portraits. Tout cela compose quatre pièces fort ornées et qui sont un
-abrégé d'histoire ancienne et moderne, qui est tout ce que je voudrais
-que mes enfants sussent sur cette matière[150].»
-
- [147] BUSSY, _Lettres_, t. III, p. 1, 8, 9, 13, 48, 96, etc.
-
- [148] Le château de Chazeu est dans la paroisse de Laizy, près
- d'Autun, et non de Loizy, comme il est écrit dans la dissertation
- de M. Xavier Girault sur les ancêtres de madame de Sévigné, p.
- LIV des _Lettres_ inédites de Sévigné, édit. 1819, in-12, ou p.
- XL de l'édition de 1816, in-8º. Loizy est dans la sous-préfecture
- de Louhans, loin d'Autun.--Bussy-le-Grand est près de
- Flavigny.--Conférez CORRARD DE BRÉBAN, _Souvenirs_, p. 18 et 19.
-
- [149] BUSSY, _Lettres_, t. I, p. 38; t. III, p. 39.
-
- [150] BUSSY, _Lettres_, t. V, p. 203, 204 (lettre en date du 24
- août 1671).
-
-
-
-
-CHAPITRE IV.
-
-1666-1667.
-
- Madame de Sévigné va passer l'automne au château de Fresnes.--Sa
- correspondance avec de Pomponne continue.--Elle lui fait la
- description du salon de Fresnes et de la société qui s'y trouvait
- rassemblée.--Réflexions sur les agréments de la vie de
- château.--Détails sur Arnauld d'Andilly.--Sur madame de la
- Fayette.--Sur le comte de la Rochefoucauld.--Sur madame de
- Motteville.--Sur madame Duplessis de Guénégaud et sur la galerie
- de tableaux qu'elle avait formée.--Détails sur le comte de Cessac
- et sur les causes de sa disgrâce.--Sur madame de Caderousse,
- mademoiselle de Sévigné et mademoiselle Duplessis-Guénégaud.--Sur
- la mort du comte de Boufflers, qui fut le mari de cette
- dernière.--Effets malheureux des guerres.--Madame de Sévigné ne
- veut choisir un gendre que dans la noblesse d'épée.--Incertitude
- où l'on est sur ce qu'elle fit pendant l'hiver.--Brillant état des
- théâtres de Paris à cette époque.--Représentation du _Sicilien_ et
- du _Misanthrope_.--Grand succès d'_Andromaque_.--Motifs qui font
- croire que madame de Sévigné a passé l'hiver à Paris.--Détails sur
- l'abbé le Tellier.--Lettre de mademoiselle de Sévigné à l'abbé le
- Tellier.--Devise du cachet de cette lettre.--Madame de Sévigné et
- sa fille partagent le goût du temps pour les emblèmes et les
- devises.
-
-Madame de Sévigné ne passa point tout l'été à Livry, comme elle en avait
-manifesté le projet dans sa lettre à Bussy. Une lettre adressée à de
-Pomponne, en date du 1er août 1667, nous la montre établie à demeure
-avec ses enfants dans le château de madame de Guénégaud, avec
-l'intention d'y rester jusqu'en novembre, époque à laquelle on devait
-jouer, à Fresnes, une pièce intitulée _les transformations de Louis
-Bayard_[151]. Nous savons que madame de Sévigné aimait à jouer la
-comédie, qu'elle était bonne actrice[152]; peut-être avait-elle promis
-de jouer un rôle dans cette pièce. Dans une seconde lettre à de
-Pomponne, elle peint, avec la vivacité qui lui est naturelle, la société
-alors rassemblée dans le salon du château de Fresnes. «N'en déplaise au
-service du roi, je crois, monsieur l'ambassadeur, que vous seriez tout
-aussi aise d'être ici avec nous que d'être à Stockholm, à ne regarder le
-soleil que du coin de l'œil. Il faut que je vous dise comme je suis
-présentement. J'ai M. d'Andilly à ma main gauche, c'est-à-dire du côté
-de mon cœur; j'ai madame de la Fayette à ma droite, madame du Plessis
-devant moi, qui s'amuse à barbouiller de petites images; madame de
-Motteville un peu plus loin, qui rêve profondément; notre oncle de
-Cessac, que je crains, parce que je ne le connais guère; madame de
-Caderousse, mademoiselle sa sœur, qui est un fruit nouveau que vous ne
-connaissez pas; et mademoiselle de Sévigné sur le tout, allant et venant
-par le petit cabinet, comme de petits frelons. Je suis assurée,
-monsieur, que cette compagnie vous plairait fort[153].»
-
- [151] MONMERQUÉ, dans l'édition de SÉVIGNÉ, 1820, in-8º, t. I, p.
- 119, notes.
-
- [152] SÉVIGNÉ, _Lettres_, t. II, p. 295, édit. de Monmerqué
- (lettre en date du 15 janvier 1672); t. II, p. 348, édit. de G.
- de S.-G.
-
- [153] SÉVIGNÉ, _Lettres_, t. I, p. 116, édit. de M.; t. I, p.
- 164, édit. de G. de S.-G. (lettre du 1er août 1667).
-
-Il était difficile de réunir une compagnie qui présentât une plus grande
-variété d'âge, de sexe, d'esprits, de talents et de caractères; qui fût
-plus propre à réaliser cette heureuse existence de la vie de château, où
-toutes les jouissances d'un luxe bien ordonné s'allient aux plaisirs
-champêtres; où l'on goûte à la fois les délices d'un commerce intime,
-les distractions de la société et les douceurs de la solitude; où une
-fréquentation habituelle permet à chacun de développer, sans fatigue et
-sans contrainte, ses moyens de plaire, de faire apprécier les qualités
-solides ou brillantes de son esprit. Là, du moins, l'estime et l'amitié,
-qui seules peuvent rendre les liaisons durables, ont le temps de naître
-et de se consolider. La société n'est plus une agrégation fortuite
-d'individus qui ne se voient qu'à de longs intervalles et pendant de
-courts instants: c'est une nombreuse famille, dont chaque membre ne se
-console de la nécessité de se séparer que par l'espoir de se retrouver
-encore, au retour de la belle saison, sous le même toit, le même ciel et
-les mêmes ombrages.
-
-Le patriarche de cette société, qui l'était aussi de Port-Royal,
-l'ancien des réunions de l'hôtel de Rambouillet, alors âgé de soixante
-et dix-huit ans, s'occupait à écrire les mémoires que nous avons de
-lui[154], d'après la prière que lui en avait faite Arnauld de Pomponne,
-son fils, auquel il en transmettait successivement tous les cahiers. On
-avait, l'année précédente, publié un recueil de ses lettres, qui
-faisaient connaître la part importante qu'il avait eue dans les
-affaires, les relations qu'il avait entretenues avec les personnages les
-plus élevés en dignités et les plus notables de son temps et les luttes
-qu'il avait eues à soutenir[155]. La nécessité où il se trouvait alors
-de repasser dans sa mémoire les faits les plus remarquables de sa vie,
-ou ceux qui avaient le plus intéressé la génération précédente, devait
-accroître le plaisir que l'on avait toujours à l'écouter.
-
- [154] ARNAULD D'ANDILLY, _Mémoires_, t. XXXIII et XXXIV,
- collection de Petitot.
-
- [155] _Lettres de_ M. ARNAULD D'ANDILLY; Paris, chez Michel
- Bobin, 1666, in-12. Dans l'article de la _Biographie universelle_
- sur cet auteur il n'est fait aucune mention de ses lettres; mais
- Bayle les avait lues, et en parle. Voyez BAYLE, _Dictionnaire
- hist. et crit._, édit. 1720, in-fol., t. I, p. 337, art. ARNAULD
- D'ANDILLY (Robert). J'apprends, par cet article, que Richelet a
- donné une nouvelle édition de ces lettres en 1694. Voyez
- PERRAULT, _les Hommes illustres qui ont paru_ _en France_; Paris,
- 1697, in-folio, p. 55. La notice sur Arnauld d'Andilly y est
- accompagnée d'un beau portrait gravé.
-
-Madame de la Fayette, qui étonnait Ménage et le P. Rapin par sa sagacité
-dans l'interprétation des passages difficiles d'Horace et de Virgile,
-ses deux poëtes favoris, avait déjà fait pressentir son talent comme
-romancier par la petite nouvelle intitulée _la Princesse de
-Montpensier_[156]; et il y a tout lieu de présumer qu'elle s'occupait
-alors de la composition de _Zayde_[157]. Le comte de la Rochefoucauld ne
-se trouvait point à Fresnes avec madame de la Fayette: quoiqu'il n'eût
-reçu, ainsi que le prince de Condé, aucun commandement pour cette
-campagne, il s'était rendu à l'armée comme simple volontaire; et, malgré
-la goutte qui le tourmentait, il était au camp devant Lille. Cette
-conduite lui valut une bonne réception de la part du roi et une riche
-abbaye pour son fils d'Anville[158].
-
- [156] _La Princesse de Montpensier_; Paris, chez Charles de
- Sercy, 1662, in-12 de 142 pages (le privilége est accordé à
- Augustin Courbé).
-
- [157] Petr. DANIEL HUETII _Commentarius de rebus ad eum
- pertinentibus_, 1718, in-8º, p. 204.--Id., _Origines de la ville
- de Caen_, 2e édit., 1706, p. 408, chap. XXIV, art. JEAN RENAUD,
- sieur DE SEGRAIS.--PETITOT, _Notice sur madame de la Fayette_, t.
- LIV de la collection des _Mém. sur l'hist. de France_.--SEGRAIS,
- _OEuvres_, t. II, p. 7 et 27.
-
- [158] SÉVIGNÉ, _Lettres_, t. I, p. 187, édit. de G. de S.-G.
- _Lettre de_ LA ROCHEFOUCAULD au comte de Guitaud, 20 août 1667.
-
-Madame de Motteville, cette sage amie de deux reines[159], qui perdit
-si jeune un époux âgé et déploya, dans un long veuvage, tant de vertu;
-dans l'infortune, tant de résignation; dans la faveur, tant de
-désintéressement; dans l'amitié, tant de constance; dans le commerce de
-la vie, un caractère si égal, un enjouement si naturel, un esprit si fin
-et si judicieux; madame de Motteville était alors retirée de la cour, où
-elle n'allait plus depuis que la mort lui avait enlevé la reine mère,
-son appui. En désapprouvant l'amour du roi pour la Vallière, madame de
-Motteville s'aperçut qu'elle avait déplu: parvenue alors à l'âge de
-quarante-cinq ans, elle ne vécut plus que pour ses amis, et consacra ses
-loisirs à la rédaction de ses mémoires, que son impartialité, sa
-candeur, l'élégance du style, l'importance des faits, la justesse des
-réflexions ont placés au nombre des monuments les plus utiles et les
-plus précieux de l'histoire de ces temps[160].
-
- [159] Anne d'Autriche et Henriette-Marie, femme de Charles Ier.
-
- [160] _Mémoires de_ MOTTEVILLE, et _Notice_, t. XXXVI à XL de la
- collection des _Mém. sur l'hist. de France_, par PETITOT.
-
-C'est en plaisantant que madame de Sévigné dit de la dame de Fresnes, de
-la reine de cette réunion, de madame Duplessis-Guénégaud, qu'elle
-s'amusait à barbouiller des images. Cette dame s'occupait de peinture
-avec succès; elle était dirigée par Nicolas Loir, excellent peintre
-français, et par son frère le graveur. Elle et son mari étaient des
-amateurs éclairés des beaux-arts. La chapelle qu'ils avaient fait
-construire à Fresnes, par François Mansart, passait pour un
-chef-d'œuvre; et la collection qu'ils avaient réunie dans la galerie de
-leur château était une des plus riches et une des plus complètes en
-maîtres de tous les genres qu'on eût encore rassemblée. C'est pour M. de
-Guénégaud que Poussin fit une Bacchanale, citée comme une de ses plus
-belles compositions[161]. Madame Duplessis-Guénégaud brodait aussi avec
-une rare habileté, ainsi que nous l'apprenons d'après des stances qui
-lui furent adressées au sujet d'un petit sac brodé de sa main, tout
-rempli de vers nouveaux[162], qu'elle avait donné à mademoiselle du
-Vigean.
-
- [161] GAULT DE SAINT-GERMAIN, dans son édition des _Lettres de
- madame de Sévigné_, t. I, p. 165, note 1.
-
- [162] _Nouveau recueil de pièces choisies_; Paris, chez Claude
- Barbin, 1664, in-12, p. 114 à 116.
-
-Ce que madame de Sévigné dit de M. de Cessac est bien remarquable quand
-on a scruté la vie de ce personnage. Elle l'appelle d'abord, par
-plaisanterie, notre oncle, parce que probablement il était parent de
-madame Duplessis-Guénégaud; puis elle ajoute «qu'elle le craint, parce
-qu'elle ne le connaît guère.» Était-ce talent de physionomiste? était-ce
-une sorte de pressentiment qui faisait éprouver à madame de Sévigné un
-peu d'effroi à la seule vue de M. de Cessac? ou plutôt serait-ce par une
-sorte de contre-vérité qu'elle exprime ce qu'elle pense de l'immoralité
-dont M. de Cessac donna, par la suite, des preuves qui le perdirent? De
-Cessac était le frère cadet de Louis Guilhem de Castelnau, comte de
-Clermont-Lodève, avec lequel, au grand détriment de celui-ci, il a été à
-tort confondu[163]. N'ayant rien à prétendre dans l'héritage paternel,
-qui revenait en entier de droit à son frère aîné, et réduit à sa
-légitime, de Cessac dut chercher à se créer une existence. Il se fit
-d'abord abbé; mais, ne se sentant nullement propre à l'état
-ecclésiastique, il obtint un régiment de cavalerie, et, sous le
-ministère du cardinal Mazarin, il gagna au jeu, en trichant, des sommes
-énormes[164] au financier d'Hervart. De Cessac osa, chez le roi, exercer
-sa coupable industrie; pris sur le fait, il fut simplement exilé et
-obligé de se défaire de sa charge; ensuite compromis dans l'affaire des
-poisons; puis rappelé; et, par tous ces motifs, nous verrons plusieurs
-fois reparaître son nom sous la plume de madame de Sévigné[165].
-
- [163] SÉVIGNÉ, _Lettres_, t. I, p. 164, note 5, édit. de G. de
- S.-G.; t. I, p. 117, note et édit. de M.
-
- [164] SANDRAZ DE COURTIS, _Histoire du maréchal duc de la
- Feuillade, nouvelle galante et historique_, 1713, p. 111-113.
- Sandraz écrit Sessac, et Saint-Évremont Saissac. En écartant le
- romanesque du mauvais ouvrage de Sandraz, on y trouve des faits
- vrais, conformes à ce qu'on lit ailleurs. Saint-Évremont fait
- allusion à son habitude de tricher au jeu, qui était incommode
- pour ses amis. MIGNET, _Négociations de Louis XIV_, p. 253 et
- 254.
-
- [165] _Lettres de madame_ DE RABUTIN-CHANTAL, _marquise_ DE
- SÉVIGNÉ, _à madame la comtesse de Grignan, sa fille_; la Haye,
- Pierre Gosse, 1726, in-12, t. II, p. 36 et 37. Le nom est écrit
- Sessac en toutes lettres; on ne laissa que les initiales dans les
- éditions suivantes. Tallemant des Réaux écrit Cessac, t. I, p.
- 304, in-8º, ou t. II, p. 102, in-12.--SÉVIGNÉ, _Lettres_, t. I,
- p. 217 et 293, édit. M.; t. I, p. 164 et 380, édit. de G. de
- S.-G. (lettres en date du 1er août 1667 et du 10 mars 1675); t.
- III, p. 208 (du 12 janvier 1674); t. VI, p. 136 (du 31 janvier
- 1680).--SÉVIGNÉ, _Lettres_, t. X, p. 310, édit. de M.--Conférez
- TALLEMANT DES RÉAUX, _Historiettes_, t. I, p. 304, édit. in-8º;
- t. II, p. 102, in-12.--_Historiettes_, XLIV, D'ALINCOURT. Cette
- historiette est relative au frère aîné, le comte de
- Clermont-Lodève, marquis de Cessac.
-
-Avec la jeune et nouvelle mariée, madame de Caderousse, madame de
-Sévigné mentionne sa sœur Angélique de Guénégaud, qui était encore trop
-jeune pour être produite dans le monde, lorsque de Pomponne partit pour
-aller à Stockholm; voilà pourquoi madame de Sévigné dit qu'elle était
-pour lui un fruit nouveau. Depuis, elle épousa le comte François de
-Boufflers, frère aîné du maréchal de ce nom. Elle devint veuve presque
-aussitôt après ses noces; une lettre de madame de Sévigné nous apprend
-la singulière et tragique aventure de son mari, qui a fourni à la
-Fontaine le sujet d'une fable[166].
-
- [166] SÉVIGNÉ, _Lettres_, t. II, p. 330 et 339, édit. de M.
- (lettres en date des 17 janvier et 26 février 1672).--LA
- FONTAINE, VII, 11, _le Curé et le Mort_, t. II, p. 33, édit.
- 1827, in-8º.
-
-Ces trois jeunes personnes, madame de Caderousse, mademoiselle de
-Guénégaud et mademoiselle de Sévigné, dans la fraîcheur et dans la joie
-du bel âge, égayèrent la société par leurs folâtres jeux; et comme des
-mouches brillantes, auxquelles madame de Sévigné les compare, elles
-voltigeaient partout, se mêlaient à tout sans jamais s'arrêter à rien.
-
-Cependant, même au milieu des plaisirs et de la tranquillité intérieure,
-la guerre produisait ses résultats ordinaires. «Presque tout le monde,
-dit madame de Sévigné en terminant sa lettre à de Pomponne, est en
-inquiétude de son frère ou de son mari; car, malgré toutes nos
-prospérités, il y a toujours quelque blessé ou quelque tué. Pour moi,
-qui espère y avoir quelque gendre, je souhaite, en général, la
-conservation de toute la chevalerie[167].»
-
- [167] SÉVIGNÉ, _Lettres_, t. I, p. 119, édit. de M.--Ibid., t. I,
- p. 167, édit. de G. de S.-G. (lettre en date du 1er août 1667).
-
-On voit, par ces mots, qu'elle ne trouvait digne de s'allier aux Rabutin
-et aux Sévigné que la noblesse d'épée, et qu'elle excluait celle de
-robe.
-
-Sa correspondance ne nous apprend pas si elle attendit à la campagne le
-commencement de ce qu'elle appelle les magies d'Amalthée[168],
-c'est-à-dire l'ouverture du théâtre de Fresnes, qui ne devait avoir
-lieu qu'à la Saint-Martin[169]; ou si, revenue dans la capitale, elle
-alla jouir, à l'hôtel de Bourgogne ou au Palais-Royal, des enchantements
-produits par des magiciens bien autrement puissants sur la scène que
-ceux de madame Duplessis-Guénégaud. Alors Molière faisait représenter,
-avec son _Misanthrope_, ce joli acte du _Sicilien_ ou _l'Amour peintre_,
-qui, par la délicatesse des sentiments, les grâces du dialogue, le
-comique de bon ton et la pureté du style, devait tant plaire à madame de
-Sévigné et à toutes les précieuses qui avaient fréquenté l'hôtel de
-Rambouillet; et le talent de Racine, à peine annoncé par le succès de la
-tragédie d'_Alexandre_, brillait de tout son éclat dans la tragédie
-d'_Andromaque_, chaque jour applaudie avec un enthousiasme dont on
-n'avait pas été témoin depuis _le Cid_[170].
-
- [168] Voyez ci-dessus, chap. I, p. 21 et 24.--_Recueil de
- quelques pièces nouvelles et galantes_, 1667, 2e partie, p. 80 et
- 83.
-
- [169] SÉVIGNÉ, _Lettres_, t. I, p. 117, édit. de M. (lettre en
- date du 1er août 1667).
-
- [170] Frères PARFAICT, _Histoire du Théâtre françois_, t. X, p.
- 151 à 189.--TASCHEREAU, _Hist. de Molière_, 3e édit., p. 113.
-
-Une lettre de mademoiselle de Sévigné nous fait croire que madame de
-Sévigné put assister aux premières représentations de ce chef-d'œuvre
-tragique et qu'elle passa l'automne à Paris. Cette lettre est adressée à
-l'abbé le Tellier, qui voyageait alors en Italie et se trouvait à Rome,
-où il s'était rendu probablement à l'époque du conclave ouvert après la
-mort d'Alexandre VII[171]. L'abbé le Tellier était fils et frère de
-ministres. Déjà pourvu de cinq ou six abbayes, il préludait ainsi à
-l'épiscopat, qu'il obtint l'année suivante, avec la coadjutorerie à
-l'archevêché de Reims, où il fut lui-même nommé quatre ans après[172].
-C'était un homme hardi, orgueilleux, pétulant, spirituel, plus propre à
-manier le sabre qu'à porter la crosse, fort répandu dans le monde,
-aimable avec les femmes[173]. Avant de partir, il avait dit à
-mademoiselle de Sévigné qu'il pousserait la hardiesse jusqu'à lui
-écrire, et il ne le fit pas. C'est pour lui reprocher ce manque de
-parole que mademoiselle de Sévigné lui écrivit la lettre suivante:
-
- LETTRE DE MADEMOISELLE DE SÉVIGNÉ A L'ABBÉ LE TELLIER.
-
- «21 octobre 1667.
-
-«Vous m'avez menacée d'une si grande hardiesse quand vous auriez passé
-les monts que je n'osais l'augmenter par une de mes lettres; mais je
-vois bien, monsieur, que je n'ai rien à craindre que votre oubli; et
-c'est la marque d'un si grand mépris, après qu'on a promis aux gens de
-se souvenir d'eux, que j'en suis fort offensée. J'étais déjà préparée à
-la liberté que vous deviez prendre de m'écrire, et je ne saurais
-m'accoutumer à celle que vous prenez de m'oublier. Vous voyez que je ne
-vous la donne pas longtemps. J'ai soin de mes intérêts. Je n'ai pas même
-voulu les mettre entre les mains de madame de Coulanges, pour vous faire
-ressouvenir de moi. Il m'a paru qu'elle n'était pas propre à vous en
-faire souvenir agréablement. Il ne faut point confondre tant de rares
-merveilles, et je ne prendrai point de chemins détournés pour me mettre
-du nombre de vos amies. Je serais honteuse de devoir cet honneur à
-d'autres qu'à moi. Je vous marque assez l'envie que j'en ai en faisant
-un pas comme celui de vous écrire: s'il ne suffit, et que vous ne m'en
-jugiez pas digne, j'en aurai l'affront; mais aussi ma vanité sera
-satisfaite si je viens à bout de cette entreprise. Je suis votre
-servante.
-
- «M. (Marguerite) DE SÉVIGNÉ.
-
-«Ma mère est votre très-humble servante.»
-
- * * * * *
-
- [171] Peut-être le Tellier avait-il été chargé d'épier les
- démarches du cardinal de Retz, qui rendit de grands services à
- Louis XIV en faisant nommer pape le cardinal Rospigliosi,
- favorable à la France. Son exaltation eut lieu le 20 juin 1667,
- sous le nom de Clément IX. Retz retourna aussitôt en France, et
- se trouvait à Commercy le 13 août; mais le Tellier resta à Rome,
- comme le prouve la lettre de madame de Sévigné. Conférez la
- lettre de Retz, datée de Rome le 20 juin, dans SÉVIGNÉ,
- _Lettres_, édit. de G. de Saint-Germain, t. I, p. 163.--Autre
- lettre de Retz, du 14 août 1667, dans la _Vie du cardinal de
- Rais_, 1836, in-8º, p. 609, édition Champollion.
-
- [172] En 1671. Conférez _Gallia christiana_, t. IX, p. 161,
- 164.--BUSSY, _Lettres_, t. III, p. 97 (lettre du chancelier le
- Tellier, en date du 3 juillet 1668). Le Tellier était abbé de
- Saint-Remy de Reims, et avait été d'abord coadjuteur de l'évêque
- de Langres.--FR. DE MAUCROIX, _Mémoires_, 1842, in-12, p. 17 et
- 34, chap. XIV et XXI.
-
- [173] CHOISY, _Mémoires_, t. LXIII, p. 449-459.--SÉVIGNÉ, t. III,
- p. 336 (5 février 1674); t. IV, p. 16 (6 août 1675); t. XI, p.
- 196 (8 juillet 1695), édit. de G. de S.-G.
-
-Peut-être n'est-il pas au-dessous du soin que le biographe doit prendre
-de n'omettre aucun des détails qui puissent jeter quelque jour sur les
-inclinations et les habitudes des temps et des personnages qu'il a
-entrepris de faire connaître de dire ici que cette lettre de
-mademoiselle de Sévigné, trouvée à la Bibliothèque royale parmi les
-papiers de l'archevêque de Reims, avait été close au moyen d'une faveur
-couleur de rose, retenue aux deux bouts par un double cachet carré,
-très-petit, en cire noire, portant l'empreinte d'une grenade fermée,
-avec ces mots italiens: _Il piv_ (piu). _grato_, _nasconde_: «Ce
-qu'elle a de meilleur, elle le cache.» On reconnaît ici le goût, si
-général alors, pour les emblèmes et les devises. Les carrousels et les
-ballets, si fréquents dans les fêtes de la cour depuis le règne du
-dernier roi, avaient introduit cette mode, qui fut adoptée et propagée
-par les beaux esprits galants et les _précieuses_ chevaleresques de
-l'hôtel de Rambouillet. Ce goût était partagé par madame de Sévigné, et
-elle l'avait communiqué à sa fille. Clément, conseiller à la cour des
-aides et intendant du duc de Nemours, avait, dans sa riche bibliothèque,
-réuni les ouvrages sur les emblèmes et les devises publiées en
-différentes langues, mais plus particulièrement en italien; lui-même
-composait des devises fort ingénieuses, et avait acquis par là une
-petite célébrité. Ce fut lui qui donna à mademoiselle de Sévigné la
-devise gravée sur son cachet, devise que, depuis, madame de Coulanges
-appliqua à la Dauphine[174].
-
- [174] MICHEL DE MAROLLES, _Mémoires_, 1755, in-12, t. II, p. 103;
- et t. III, p. 260.--SÉVIGNÉ (31 mai et 21 juin 1680), t. VII, p.
- 11, 59, édit. de G.; t. VI, p. 297 et p. 333, édit. M.
-
- L'_Histoire de madame de Maintenon_ (voir son histoire par M. le
- duc de Noailles, t. II, p. 2, 1848, in-8º) raconte la chose
- autrement: ce fut madame de Maintenon qui appliqua cette devise à
- la Dauphine, en faisant présent au Dauphin d'une canne dont la
- pomme renfermait le portrait de la Dauphine avec cette devise: _Il
- piu grato nasconde_.
-
-
-
-
-CHAPITRE V.
-
-1668-1669.
-
- Louis XIV s'empare de la Franche-Comté.--Formation de la triple
- alliance.--Louis XIV avait le génie du gouvernement, mais non le
- génie militaire.--Avis différents donnés par les généraux et les
- ministres.--Ces derniers l'emportent.--La paix d'Aix-la-Chapelle
- est conclue.--Louis XIV rend la Franche-Comté et garde les
- conquêtes de Flandre.--Fêtes données à Versailles le 18 juillet
- 1668.--Madame et mademoiselle de Sévigné y étaient.--Relation
- manuscrite de cette fête par l'abbé de Montigny, ami de madame de
- Sévigné.--Pourquoi cette relation est préférable à celle que
- Félibien a publiée.--Magnificence des divertissements.--Trois
- cents dames furent invitées à cette fête.--On y joue, pour la
- première fois, la comédie de _George Dandin_, de Molière.--Molière
- compose aussi les vers des intermèdes et des ballets mis en
- musique par Lulli.--Madame et mademoiselle de Sévigné soupent à la
- table du roi.--Bruits qui couraient sur l'inclination de Louis XIV
- pour mademoiselle de Sévigné.--Le duc de la Feuillade cherchait à
- faire naître cette inclination.--Lettre de madame de Montmorency à
- Bussy de Rabutin à ce sujet.--Réponse de Bussy.--MADAME favorise
- la princesse de Soubise auprès du roi.--La froideur de
- mademoiselle de Sévigné la garantit de la séduction.--L'infidélité
- de Louis XIV envers la Vallière était la cause de toutes ces
- intrigues.--Madame de Montespan n'était pas encore maîtresse en
- titre.--A la fête, madame de Montespan n'était point à la table du
- roi.--A la même table étaient madame de Montespan et madame
- Scarron.--Détails sur madame Scarron.--Elle veut s'exiler.--Madame
- de Montespan la protége, et fait rétablir sa pension.--Madame de
- Sévigné se rencontrait fréquemment avec elle.--Madame Scarron
- tourne à la grande dévotion.--Elle est satisfaite de son
- sort.--Publication des lettres et œuvres inédites de Scarron.
-
-De tous côtés on négociait[175]: toutes les puissances voulaient faire
-cesser la guerre que l'ambition de Louis XIV avait allumée; toutes
-voulaient mettre un terme aux agrandissements de la France. Les
-Espagnols espéraient obtenir des rigueurs de l'hiver une trêve que le
-vainqueur voulait leur faire acheter à trop haut prix. En effet, toutes
-les opérations militaires étaient suspendues; une partie des troupes qui
-avaient servi à l'envahissement des Pays-Bas rentraient forcément dans
-l'intérieur. En même temps, des régiments qui se trouvaient dans le Midi
-marchaient vers le Nord; mais on savait que leur destination était pour
-la Bourgogne, et que le prince de Condé, gouverneur de cette province, y
-devait tenir les états[176]. De fréquents courriers étaient dépêchés par
-ce prince à un grand nombre d'officiers généraux, avec injonction de se
-rendre sans délai près de lui à Dijon. Les approvisionnements et les
-apprêts de tout ce qui était nécessaire pour entrer en campagne étaient
-hâtés par le roi, au milieu de l'hiver, avec une activité inaccoutumée.
-On sut que, pour pouvoir suffire à tous les ordres qu'il donnait, il
-interrompait ses heures de sommeil; et on vit bien qu'il n'était pas,
-comme il voulait le faire croire, uniquement occupé des plaisirs de sa
-cour, des embellissements du château de Saint-Germain et des grandes et
-étonnantes constructions qui s'exécutaient à Versailles. L'imminence du
-danger fit sortir de son assoupissement l'indolence espagnole, et
-bientôt le secret que le roi de France avait dissimulé avec tant de soin
-fut divulgué, mais trop tard. Par des marches habilement déguisées, une
-armée, dont les divers corps étaient naguère disséminés dans toutes les
-parties du royaume, se trouva tout à coup réunie et prête à marcher.
-Condé, qui n'avait supporté qu'avec douleur le repos auquel il avait
-été condamné, en prit le commandement. En deux jours, il s'empare de
-Besançon[177]; Luxembourg, qui servait sous lui, prend en même temps
-Salins[178]. Dôle veut résister: Louis XIV y vient en personne, et,
-après quatre jours de siége, s'en rend maître[179]. Deux jours après,
-Gray se donne à lui, et toute la Franche-Comté lui fait sa soumission.
-La conquête de cette grande et belle province fut achevée durant le plus
-grand froid de l'année, entre le 7 et le 22 février (1668), c'est-à-dire
-en quinze jours[180].
-
- [175] LOUIS XIV, _OEuvres_, t. II, p. 344.
-
- [176] LOUIS XIV, _OEuvres_, t. II, p. 233; t. III, p. 89.
-
- [177] MONGLAT, _Mémoires_, t. LI, p. 149.
-
- [178] BUSSY, _Lettres_, t. V, p. 49 (16 février 1668).
-
- [179] LOUIS XIV, _OEuvres_, t. II, p. 349.--BUSSY, _Lettres_, t.
- III, p. 82 (16 février 1668).
-
- [180] MONTPENSIER, _Mémoires_, t. XLIII, p. 120.--MONGLAT,
- _Mémoires_, t. LI, p. 56.--LOUIS XIV, _OEuvres_, t. II, p. 354.
- (MONGLAT dit douze jours, LOUIS XIV quinze.)
-
-Cependant, aussitôt que les alliés de Louis XIV avaient commencé à
-pénétrer le secret de ses desseins, ils s'étaient tournés contre lui.
-Dès le mois de janvier de cette année, l'Angleterre, la Suède et la
-Hollande avaient projeté entre elles une triple alliance, qui fut
-confirmée presque aussitôt après la conquête de la Franche-Comté. De
-concert avec l'Espagne, ces puissances ouvrirent des négociations avec
-l'ambitieux conquérant, pour le forcer à la paix[181].
-
- [181] MONGLAT, _Mémoires_, t. LI, p. 159-160.
-
-Louis XIV ne manquait pas de bravoure; il était froid et calme au milieu
-du danger; il savait s'y exposer, pour l'exemple. Il en donna des
-preuves au siége de Lille, jusqu'à mécontenter sérieusement Turenne;
-mais ce n'était pas par entraînement et par goût que Louis XIV aimait
-les batailles, c'était pour l'agrandissement de la France, qui en devait
-être le résultat. Quoique pendant son jeune âge il eût avec toute la
-cour toujours suivi les armées, il s'était peu appliqué à la stratégie.
-Mazarin, qui avait voulu prendre un grand ascendant sur son esprit,
-avait plutôt cherché à le rendre attentif aux choses où lui-même
-excellait qu'à celles qu'il ignorait. Il l'avait rendu plus habile à
-conduire les affaires d'un royaume qu'à commander les armées. Cependant
-le bon sens du jeune monarque et son instinct de gloire lui avaient
-révélé que l'art du commandement et les talents guerriers étaient les
-qualités les plus essentielles à un roi de France, sans cesse obligé de
-comprimer l'envie ou l'ambition des grandes puissances qui
-l'environnent. Depuis qu'il gouvernait par lui-même, Louis XIV s'était
-appliqué à acquérir tout ce qui lui manquait à cet égard; et, dans la
-campagne de Lille, il avait noblement et hautement déclaré qu'il se
-mettait sous la direction de M. de Turenne, pour prendre de lui des
-leçons sur le grand art de la guerre[182]. En étudiant soigneusement la
-correspondance particulière de Louis XIV avec ses généraux et ses
-ministres, on voit qu'il était doué d'une bonne mémoire, qu'il avait un
-grand esprit de détail et beaucoup de persévérance dans tout ce qu'il
-entreprenait. Il était parfaitement instruit de ce qui concerne
-l'administration et le matériel d'une armée; il était même devenu savant
-dans les campements, les évolutions des troupes et dans la conduite des
-siéges. Mais cette perspicacité qui révèle les moyens de tirer tout le
-parti possible des hommes que l'on commande et du terrain sur lequel on
-doit les faire mouvoir; qui, par des plans savamment combinés, sait
-préparer les succès d'une campagne, prévoit tous les obstacles, et
-devine toutes les chances de succès ou de revers; cette vivacité de
-conception qui permet de changer et de modifier sans cesse les projets
-conçus, selon les entreprises habiles ou inhabiles de l'ennemi; enfin,
-ce coup d'œil qui sur un champ de bataille, d'après l'aspect du terrain
-et des forces qui s'y trouvent réunies, aperçoit aussitôt et comme par
-inspiration toutes les dispositions qu'il faut prendre, tous les ordres
-qui sont à donner pour disputer ou s'assurer la victoire; ce calme et
-cette présence d'esprit qui, au milieu de la destruction et du désordre
-des combats, suit avec méthode ses combinaisons, en reforme de nouvelles
-selon les alternatives de la fortune, et, toujours à propos, fait la
-part de l'audace et celle de la prudence, tout cela manquait à Louis
-XIV[183]. Tout cela constitue le génie guerrier, et le génie ne
-s'apprend pas; il résulte d'une organisation et d'un ensemble de
-facultés que les circonstances exaltent, que l'étude et l'application
-perfectionnent, mais qu'elles ne peuvent donner. La nature, qui fait le
-poëte sublime et l'orateur puissant, fait aussi le grand capitaine.
-Condé et Turenne s'étaient, dès leur plus jeune âge, montrés dans les
-batailles supérieurs à tous ceux de leur temps; il en fut ainsi
-d'Alexandre et de César dans l'antiquité, et, dans nos temps modernes,
-de Frédéric et de Napoléon. Louis XIV, s'il n'était pas né roi, aurait
-pu être un Colbert ou un Louvois; mais il n'eût jamais pu être un
-Turenne ni un Condé. Ses ministres ne l'ignoraient pas; et, intéressés à
-seconder ses penchants et à le flatter par des choses dans lesquelles il
-excellait, ils désiraient la paix, qui devait augmenter leur influence
-et annuler celle des généraux et des guerriers, dont la cour était
-presque entièrement composée. Turenne surtout portait ombrage aux
-ministres: non-seulement le roi avait en lui une entière confiance pour
-tout ce qui concernait la guerre, mais il le consultait et l'employait
-secrètement pour les affaires politiques. Familier et affectueux avec
-les simples officiers, ayant pour les soldats des soins paternels,
-Turenne était adoré des uns et des autres; mais l'ambition qu'il
-montrait pour l'élévation de sa maison, sa hauteur et sa dureté envers
-les autres généraux lui faisaient de nombreux ennemis, et les ministres
-trouvaient en eux un appui pour combattre l'ascendant qu'il prenait
-chaque jour sur l'esprit du roi[184]. Ils engagèrent donc celui-ci à
-écouter les propositions de paix qui lui étaient faites. Il ne devait
-pas, suivant eux, effrayer plus longtemps l'Europe en montrant une trop
-grande avidité pour les conquêtes. Il était urgent de diviser et de
-rompre la triple alliance avant qu'elle se fût transformée en une
-coalition nombreuse et formidable. La paix pouvait assurer pour toujours
-à l'État une partie des conquêtes du roi, et il dépendait du roi de la
-conclure. Plus tard, s'il éprouvait des revers ou même une plus grande
-résistance, la lutte pouvait se prolonger de manière à épuiser les
-ressources du royaume. Condé et Turenne ouvraient un avis contraire.
-L'armée, en quelque sorte, n'avait pas eu d'ennemis à combattre; elle
-n'avait éprouvé aucune perte notable; c'était une des plus belles, une
-des mieux pourvues d'artillerie et de toutes sortes de munitions qu'on
-eût encore rassemblée. Pleine d'ardeur et sous la conduite de son roi,
-ses succès seraient aussi certains que rapides: il fallait donc la faire
-marcher sur les Pays-Bas et en achever la conquête. Elle serait
-accomplie avant même que la triple alliance ait eu le temps de
-rassembler ses troupes. Alors la paix offerte par le roi deviendrait
-plus facile à conclure avantageusement. Si, à la première annonce d'une
-coalition, on prenait le parti de la modération, on donnerait à la
-triple alliance plus de confiance en ses forces. Le prompt résultat
-qu'elle aurait dès à présent obtenu lui démontrerait la nécessité de
-resserrer ses liens, afin de se prémunir contre les dangers à venir. Ce
-n'était donc pas là le moment de poser les armes, mais bien de continuer
-la guerre[185]. Ce conseil était sans nul doute le meilleur à suivre;
-mais Louis XIV voulait terminer Versailles, et il était dans le premier
-feu de son amour pour madame de Montespan[186]. L'opinion de
-ses ministres fut préférée à celle de ses généraux: la paix
-d'Aix-la-Chapelle fut conclue. La France rendit la Franche-Comté, et
-garda les conquêtes qu'elle avait faites en Flandre[187].
-
- [182] RAMSAY, _Histoire du vicomte de Turenne_; Paris, 1773,
- in-12, t. II, p. 144.
-
- [183] Le général GRIMOARD, _Lettres aux éditeurs des OEuvres de
- Louis XIV_, t. III, p. 7.
-
- [184] RACINE, _Fragments historiques_, t. V, p. 303, édit. de
- 1820, in-8º, article TURENNE.--BUSSY-RABUTIN, _Lettres_, t. V, p.
- 59.--Id., _Supplément aux Mémoires_, t. I, p. 75.
-
- [185] LOUIS XIV, _OEuvres_, t. II, p. 363; t. III, p. 109.
-
- [186] LA FARE, _Mémoires_, t. LXV, p. 166.--ECKARD, _Dépenses
- effectives de Louis XIV en bâtiments_, p. 23-39, 41-48.--Id.,
- _États au vrai_, p. 23 à 29.
-
- [187] MONGLAT, _Mémoires_, t. LI, p. 161.--LA FARE, _Mémoires_,
- t. LXV, p. 167.
-
-A la suite de ces glorieuses et profitables expéditions, les promotions
-de maréchaux et d'autres grâces conférées par le monarque répandirent
-la joie à la cour: une diminution dans les impôts, des encouragements
-donnés aux arts et à l'industrie par des dons gratuits, une nombreuse
-quantité d'ouvriers et d'artistes employés aux constructions ou
-embellissements de Versailles, du Louvre, des Tuileries, de
-Fontainebleau, de Chambord firent circuler l'argent dans toutes les
-classes[188]. C'est dans ces circonstances et au milieu du bonheur
-général que Louis XIV donna une de ces fêtes qui, par l'éclat et la
-magnificence qu'il savait y mettre, devenaient l'objet de l'attention et
-de l'admiration de l'Europe. Cette fête commença le 18 juillet (1668) le
-matin, et se termina le lendemain à l'aurore. Elle eut lieu dans le
-château et les jardins de Versailles, qui, quoique non encore achevés,
-surpassaient déjà en magnificence toutes les demeures royales qu'on
-avait construites auparavant, comme elle surpasse encore toutes celles
-qu'on a élevées depuis[189]. Cette fête n'avait rien de la pompe
-chevaleresque et guerrière du fameux carrousel de 1662; mais le grand
-nombre de belles femmes qui s'y trouvaient réunies et qui y figuraient;
-la magnificence de ces grandes galeries, ornées de dorure et des
-chefs-d'œuvre des grands peintres; les cascades des jardins, les jets
-d'eau, les statues de marbre et de bronze; la lumière d'un beau soleil,
-les frais ombrages, les fleurs; les emblèmes ingénieux, les décorations,
-les costumes, les chants, les danses, les festins; la comédie joyeuse
-de Molière et la musique de Lulli; les explosions bruyantes et
-volcaniques des feux d'artifice, les lustres, les illuminations, les
-globes de feu et toutes les pompes de la nuit; enfin, cette multiplicité
-de divertissements, de plaisirs et de surprises, qui variaient à toutes
-les heures et auxquelles les heures ne pouvaient suffire, tout contribua
-à donner à cette fête un caractère de féerie, qui laissa des souvenirs
-enchanteurs, ineffaçables à toutes les personnes qui y avaient assisté.
-
- [188] ECKARD, _États au vrai de toutes les sommes employées par
- Louis XIV_, etc., p. 25, 39, 55, 57 et 59.--LÉPICIÉ, _Vie des
- premiers peintres du roi_, t. I, p. 46; Paris, 1752,
- in-12.--GUÉRIN, _Description de l'Académie royale de peinture et
- de sculpture_.
-
- [189] LA FONTAINE, _Psyché_, et les notes insérées t. V, p. 30 à
- 36, de l'édition in-8º de 1826.--FÉLIBIEN, _Description sommaire
- du château de Versailles_, 1674, in-12.
-
-Madame de Sévigné et sa fille étaient de ce nombre: nous l'apprenons par
-une lettre du petit abbé de Montigny[190]. Cette lettre est une relation
-de la fête, écrite le lendemain par ordre de la reine, pour être envoyée
-au marquis de Fuentès[191], précédemment ambassadeur d'Espagne en France
-et alors en résidence à Madrid[192]. Cette relation est bien supérieure
-par le style et par les curieux détails qu'elle renferme à celle qui a
-été donnée par Félibien et dont on encombre les éditions de
-Molière[193], par la seule raison que notre grand comique composa, pour
-les intermèdes et les ballets de cette fête, des vers aussi doucereux
-que ceux de Benserade, et y fit jouer la comédie de _George Dandin_ ou
-_le Mari confondu_.
-
- [190] Sur l'abbé de Montigny, qui devint évêque de Léon, voyez
- SÉVIGNÉ, _Lettres_, t. II, p. 237 et 245, édit. de G. de S.-G.
- (en date des 23 et 30 sept. 1671).
-
- [191] _Relation de la fête de Versailles donnée le 18 juillet
- 1668 à M. le marquis de Fuentès, par l'abbé_ DE MONTIGNY
- (_Manuscrits de_ CORRART, t. IX, p. 1109, bibliothèque de
- l'Arsenal).
-
- [192] GOURVILLE, _Mémoires_, t. LII, p. 410.
-
- [193] MOLIÈRE, _OEuvres_, édition d'Auger, t. VII, p. 287 à 331;
- édition d'Aimé-Martin, t. VI, p. 267-318.--FÉLIBIEN, _Relation de
- la fête de Versailles du 18 juillet 1668_; Paris, in-folio, 1679,
- avec cinq planches.--Idem, _Descript. de divers ouvrages de
- peinture faits pour le roi_; 1671, in-12, p. 229 à 315.
-
-Nous savons, par la lettre de Montigny, que les dames invitées étaient
-au nombre de trois cents. Toutes se rendirent dès le matin, parées pour
-la journée, au château de Versailles. On avait orné et parfumé les
-appartements pour les recevoir. Afin qu'elles ne fussent pas gênées par
-les lois de l'étiquette, et qu'elles pussent parcourir à leur gré les
-appartements de ce somptueux séjour et se rendre plus librement aux
-offres qui leur étaient faites par les officiers du roi, chargés de se
-conformer à leurs désirs, Louis XIV s'était retiré, avec toute la
-famille royale, dans un pavillon voisin du château. Après avoir fait
-leur premier repas, elles descendirent toutes dans le jardin, montèrent
-dans des calèches qu'on leur avait préparées, et accompagnèrent la reine
-dans une promenade autour du parc. Quand cette promenade fut terminée,
-on vit commencer les enchantements de cette fête ravissante. Après
-chaque divertissement, les calèches se trouvaient prêtes pour
-transporter les dames aux lieux où les attendaient des jouissances
-nouvelles et inattendues. Tous les ambassadeurs assistaient à cette
-fête, et on y remarquait beaucoup d'étrangers, surtout beaucoup
-d'Anglais, venus à la suite du beau duc de Montmouth, dont les
-attentions pour Henriette d'Angleterre excitaient la jalousie du duc
-d'Orléans et affermissaient dans son esprit le crédit du chevalier de
-Lorraine, ennemi de cette princesse[194].
-
- [194] CHOISY, _Mémoires_, t. LXIII, p. 397.--MONTPENSIER,
- _Mémoires_, t. XLIII, p. 121.
-
-Vers la fin de la journée et lors du souper et du feu d'artifice, les
-jardins furent ouverts au public; des rafraîchissements furent
-distribués à tous ceux qui en voulurent; et le peuple put participer à
-ce que cette fête offrait pour lui de plus surprenant et déplus
-éclatant.
-
-L'abbé de Montigny avait joint à sa lettre des listes de toutes les
-dames invitées, indiquant de quelle manière elles se trouvaient placées
-au souper, qui fut le repas principal de la journée. Ces détails ne sont
-pas sans intérêt, parce qu'ils jettent du jour sur la position des
-personnages de la haute société de cette époque et sur les intrigues de
-cour, que la jeunesse du roi et ses galantes inclinations rendaient
-très-actives.
-
-Madame de Sévigné et sa fille étaient placées à la table du roi, et sont
-inscrites sur la liste après madame de la Fayette et avant madame de
-Thianges. Cette circonstance dut singulièrement accréditer les bruits
-qu'on avait répandus de l'inclination du roi pour mademoiselle de
-Sévigné. Madame de Montmorency, faisant part à Bussy de ce qui se disait
-à la cour, lui écrit, le 15 juillet 1668 (trois jours avant la fête):
-«Pour des nouvelles, vous saurez que M. de Rohan parle avec mépris de
-madame de Mazarin. Il dit qu'on veut avoir ses bonnes grâces, mais sans
-en faire cas quand on les a. On croit qu'il retourne à madame de
-Soubise, que MADAME fait valoir tant qu'elle peut auprès du roi, et
-souhaite fort cette galanterie. D'un autre côté, la Feuillade fiait ce
-qu'il peut pour mademoiselle de Sévigné; mais cela est encore bien
-faible.» Bussy, cet homme si fier et si hautain, loin de voir un
-déshonneur pour sa famille dans la supposition que le roi pourrait jeter
-les yeux sur mademoiselle de Sévigné, répond à madame de Montmorency, le
-17 juillet (c'est-à-dire la veille de la fête): «Je serais fort aise que
-le roi s'attachât à mademoiselle de Sévigné, car la demoiselle est fort
-de mes amies, et il ne pourrait être mieux en maîtresse[195].» Le même
-jour, Bussy écrit à sa cousine pour lui recommander une affaire, et, en
-terminant sa lettre, il ne manque pas de lui parler de sa fille: «Je
-suis bien à vous, ma chère cousine, et à la plus jolie fille de France;
-je n'ai que faire, après cela, de faire mon compliment à mademoiselle de
-Sévigné[196].» Cette préoccupation de Bussy pour mademoiselle de Sévigné
-fait présumer qu'il savait gré à la Feuillade de ses projets; parce
-qu'il voyait dans leur réussite une chance favorable à son ambition.
-
- [195] Lettres inédites, tirées du 3e volume des _Mémoires inédits
- de_ BUSSY, mss. de la bibl. de l'Institut, no 221; _Lettres de_
- SÉVIGNÉ, t. I, p. 43 de la Notice bibliographique, édit. de
- Monmerqué.
-
- [196] SÉVIGNÉ, _Lettres_, t. I, p. 182, édit. de G. de S.-G. (en
- date du 17 juillet 1668).
-
-Au reste, toutes ces rumeurs, toutes ces intrigues provenaient de ce que
-la liaison du roi avec madame de Montespan, encore enveloppée des voiles
-du mystère, n'était considérée que comme un goût passager: on s'aperçut
-dès lors que la maîtresse en titre avait cessé d'occuper la première
-place dans le cœur du monarque, et que des rivales, plus belles et plus
-jeunes, pouvaient tenter de ta supplanter. Madame de Sévigné nous
-fournira l'occasion de faire remarquer par la suite le succès des
-intrigues conduites, avec une si grande réserve et une si habile
-dissimulation, par madame de Soubise, et déjà signalées dans la lettre
-de madame de Montmorency. Quant à mademoiselle de Sévigné, sa froideur
-dédaigneuse, jointe à la vertu vigilante de sa mère, la garantit d'un
-péril qui ne fut peut-être jamais bien menaçant et que probablement elle
-ne connut qu'après son mariage.
-
-Madame de la Trousse, cette tante de madame de Sévigné dont il est si
-souvent fait mention dans ses lettres, se trouvait aussi à la même table
-qu'elle; mais elle est nommée après madame de Thianges. Au reste,
-Félibien remarque qu'à cette table du roi, après que lui et MONSIEUR se
-furent assis, les dames qui avaient été nommées pour y prendre place
-s'assirent sans garder aucun rang[197].
-
- [197] FÉLIBIEN, _Relation de la fête du 18 juillet 1668_, dans
- les _OEuvres de_ MOLIÈRE, t. VII, p. 287 à 315, édit. d'Auger; ou
- t. VI, p. 300, édit. d'Aimé-Martin, 1824, in-8º.--Idem, _Recueil
- de descriptions de peintures et autres ouvrages faits pour le
- roi_, 1671, p. 283.
-
-A la table présidée par madame d'Humières, dont le mari, neveu de Bussy,
-venait d'être promu à l'éminente dignité de maréchal de France, se
-trouvaient mademoiselle de Bussy-Lameth, également parente de Bussy, et
-la marquise de la Baume, qui s'était montrée si perfide envers madame de
-Sévigné et Bussy[198]. A cette même table était aussi madame la comtesse
-de Guitaut, amie intime de madame de Sévigné, dame d'Époisses[199]; puis
-encore madame de la Troche, autre amie de madame de Sévigné et dont le
-nom reparaît si souvent dans sa correspondance[200]. C'est elle dont
-l'abbé Arnauld, dans ses Mémoires, loue l'esprit et la beauté quand il
-nomme celles qui, particulièrement liées avec madame Renaud de Sévigné
-et sa fille, faisaient les délices de la société de la ville d'Angers en
-1652[201].
-
- [198] Voyez p. 345 de la seconde partie de ces _Mémoires_, ch.
- XXIV.
-
- [199] SÉVIGNÉ, _Lettres_, t. I, p. 120, édit. de
- Monmerqué.--Idem, t. I, p. 172, édit. de G. de S.-G. (lettre en
- date du 6 juin 1668).
-
- [200] SÉVIGNÉ, _Lettres_, t. II, p. 2, 3, 465; t. IV, p. 240; t.
- VII, p. 133; t. IX, p. 191; t. X, p. 413.
-
- [201] L'abbé ARNAULD, _Mémoires_, t. XXXIV, p. 302, 305, 306, et
- ci-dessus, 2e partie de ces _Mémoires_, p. 101 et 102, chap.
- VIII.
-
-Ce qui était digne de remarque, c'est que madame de Montespan, qui avait
-dans cette fête le rôle principal, ne se trouvait pas à la table du roi.
-Elle était placée à celle dont la duchesse de Montausier faisait les
-honneurs, entre la duchesse de Crussol et la duchesse de Gesvres. Il y
-avait aussi à cette même table madame de Tallemont, madame et
-mademoiselle de Raré, mademoiselle de Scudéry et enfin madame Scarron.
-Réduite à l'indigence par la suppression de la pension de deux milles
-livres que lui faisait la reine mère, pension dont elle avait en vain
-sollicité le rétablissement, madame Scarron avait refusé d'épouser un
-homme riche de naissance, mais de mœurs dissolues. Pour ne pas être à
-charge à ses puissants amis, qui offraient de la recueillir chez eux,
-elle avait mieux aimé se résoudre à s'expatrier, et consentir à se
-mettre à la suite de mademoiselle d'Aumale, princesse de Nemours, qui
-allait à Lisbonne pour être reine de Portugal. Mais madame de Thianges,
-qui connaissait avec quelle répugnance madame Scarron avait pris cette
-résolution, s'opposa à son départ, et la présenta à sa sœur madame de
-Montespan, qui la prit en amitié. Madame de Montespan, alors au
-commencement de sa liaison avec le roi, obtint facilement ce que les
-Richelieu, les Chalais, les d'Albret, les Villeroy et madame
-d'Heudicourt avaient en vain sollicité[202]. Malgré la vive opposition
-de Colbert, la pension de madame Scarron fut rétablie. Louis XIV, habile
-à donner un plus grand prix à toutes ses grâces par la manière dont il
-les conférait, tira parti de ses refus et de ses délais mêmes, lorsque
-madame Scarron, présentée par madame de Montespan, vint lui faire ses
-remercîments. «Madame, lui dit-il, je vous ai fait attendre longtemps.
-J'ai été jaloux de vos amis, et j'ai voulu avoir ce mérite auprès de
-vous[203].» Telle fut la première entrevue de deux êtres depuis si
-intimement unis, séparés alors par un si grand intervalle, qui croyaient
-n'avoir plus jamais aucune autre occasion de se voir ou au moins de se
-parler. Pourtant madame de Montespan continua de goûter de plus en plus
-la société de madame Scarron, qui, toujours prudente et réservée, ne se
-prodiguait pas, et tournait déjà à la grande dévotion. Madame de
-Sévigné, qui avait été liée avec Scarron, ne cessa point de voir sa
-veuve, et la rencontrait souvent chez la maréchale d'Albret, à l'hôtel
-de Richelieu et chez madame d'Heudicourt. Le public de cette époque
-n'était pas encore déshabitué du style burlesque mis en crédit par
-Scarron; et après lui Loret et ses continuateurs avaient, par leurs
-gazettes du monde élégant, continué à en maintenir la vogue dans la
-haute société. Aussi les œuvres de Scarron[204], qui furent alors
-réunies et publiées avec ses lettres inédites, livrées à l'éditeur par
-d'Elbène, eurent-elles un grand succès. Une de ces lettres, adressée à
-madame de Sévigné[205], dont nous avons déjà parlé à sa date,
-constatait l'admiration qu'avait eue pour elle ce bel esprit bouffon; et
-plusieurs autres lettres, de même pour la première fois publiées,
-démontraient la sollicitude de Scarron pour sa femme, la tendresse et le
-respect qu'elle avait su lui inspirer, et ajoutaient encore à l'intérêt
-qu'on prenait à elle. L'ambition de madame Scarron parut comblée
-lorsqu'on eut rétabli sa pension. Du moins elle écrivit à madame de
-Chanteloup, son amie: «Deux mille livres! c'est plus qu'il n'en faut
-pour ma solitude et pour mon salut[206].» Par la suite, cette somme ne
-suffisait pas au salaire d'une de ses femmes de service.
-
- [202] MAINTENON, _Lettres_, t. I, p. 38.--Idem, édit. de Collin,
- 1806, t. I, p. 36-44 (lettres à madame de Chanteloup, 28 avril,
- 11 juillet 1666).--CAYLUS, _Souvenirs_, collect. de Petitot, t.
- LXVI, p. 443.--Idem, édit. Renouard, 1806, in-12, p.
- 84.--AVRIGNY, _Mém. chronologiques_ (édit. 1725), t. III, p.
- 189.--LA BEAUMELLE, _Mémoires_.
-
- [203] LA BEAUMELLE, _Mémoires de Maintenon_, t. I, p.
- 285.--MAINTENON, _Lettres_, t. I, p. 43 (lettre à madame de
- Chanteloup, en date du 11 juillet 1666).--_Ibid._, t. I, p. 40,
- 41, 48.
-
- [204] _OEuvres de_ M. SCARRON, revues, corrigées et augmentées;
- Paris, Guillaume de Luyne, 1669, in-12.
-
- [205] _Les dernières OEuvres de_ M. SCARRON, divisées en deux
- parties; Paris, Guillaume de Luyne, 1669, in-12, t. I, p. 21, à
- madame de Sévigny la veuve. (La lettre suivante, à tort intitulée
- _à madame de Sévigny la marquise_, est adressée à madame Renaud
- de Sévigné, mère de madame de la Fayette. Conférez la 1re partie
- de ces _Mémoires_, chap. XVI, t. I, p. 226.)
-
- [206] MAINTENON, _Lettres_, édit. de 1806, in-12, t. I, p. 43 (à
- madame de Chanteloup, 11 juillet 1666).
-
-
-
-
-CHAPITRE VI.
-
-1668-1669.
-
- La fête donnée à Versailles ajoute à la célébrité de ce lieu.--La
- description de Versailles, dans le roman de _Psyché_, de la
- Fontaine, contribue au succès de cet ouvrage.--Madame de Sévigné
- lisait tous les écrits de cet auteur.--Elle aimait les
- divertissements du théâtre.--Elle approuvait Louis XIV d'avoir
- soutenu le _Tartuffe_.--Chefs-d'œuvre de Molière, de la Fontaine,
- de Racine et de Boileau qui parurent à cette époque.--Ce grand
- mouvement littéraire exerce de l'influence sur le talent de madame
- de Sévigné.--L'amour maternel suppléait chez elle à l'amour de la
- gloire.--Louis XIV fait cesser les persécutions contre les
- jansénistes, et les rappelle de leur exil.--Madame de Sévigné les
- revoit chez elle et chez la duchesse de Longueville.--Elle lit les
- _Essais de morale_ de Nicole.--Succès du P. Desmares à
- Saint-Roch.--Prédiction de madame de Sévigné sur le P. Bourdaloue.
- Elle se rétracte.--De Bossuet.--Madame de la Fayette fait paraître
- _Zayde_;--Huet, son _Traité sur l'origine des romans_.--Madame de
- Sévigné ignorait qu'elle participerait à la gloire du grand
- siècle.--Elle se mettait au-dessous de toutes les femmes auteurs
- de son temps.--Les lettres qu'elle écrit à Bussy sont au nombre de
- ses meilleures.--Bussy les recueille, et les insère dans ses
- Mémoires.--Inscription qu'il met au bas du portrait de madame de
- Sévigné.--Elle et Bussy se faisaient valoir mutuellement.--Mot de
- madame de Sévigné à ce sujet.--Jugement que Bayle porte des
- lettres de madame de Sévigné à Bussy.--Poëme d'Hervé de Montaigu
- sur le style épistolaire.--Éloge qu'il fait de madame de
- Sévigné.--Elle a entretenu une correspondance très-active avec le
- cardinal de Retz.--Retz s'était volontairement retiré à
- Commercy.--Il s'était réconcilié avec Louis XIV, auquel il rendit
- d'importants services.--Il va deux fois à Rome, et contribue à la
- nomination de deux papes.--Madame de Sévigné lui écrit pour lui
- recommander Corbinelli et une affaire qui intéresse le maréchal
- d'Albret.--Réponse qu'elle en reçoit.
-
-L'éclat et la pompe de la grande fête qui eut lieu à Versailles, après
-la paix d'Aix-la-Chapelle, avaient donné beaucoup de célébrité à cette
-ville nouvelle, à ce château, à ces jardins, à ce parc, magnifiques
-créations de Louis XIV, presque aussi rapides et aussi étonnantes que
-ses conquêtes. La Fontaine fit alors paraître son charmant poëme
-d'_Adonis_ et son gracieux roman de _Psyché_[207]. Les descriptions du
-lieu où l'auteur a placé les interlocuteurs de ce roman nous paraissent
-avec raison aujourd'hui un hors-d'œuvre; mais alors, au contraire, ces
-descriptions, où la poésie venait au secours de la prose, contribuèrent
-beaucoup au succès de l'ouvrage. Versailles était alors si peu connu, et
-tant de personnes cependant avaient pu récemment admirer ce prodige,
-tant d'autres n'en avaient rien appris que par des récits vulgaires, que
-la Fontaine intéressait tous les lecteurs en s'adressant aux souvenirs
-des uns et à l'imagination des autres. Le sujet de ce volume était
-encore l'amour, non cet amour sensuel dont l'auteur s'était trop complu
-à tracer la dangereuse peinture dans ses deux recueils de contes, mais
-cet amour que l'âme partage et dont il dit que les peines sont plus
-douces que les plaisirs[208]. Un an avant l'apparition de ce roman, la
-Fontaine s'était acquis une gloire plus durable par la publication de
-son premier recueil de _Fables_, dédié au jeune Dauphin. Le duc de
-Montausier avait été nommé gouverneur de ce prince, Bossuet son
-précepteur, et Huet son sous-précepteur[209]. La noble conduite de la
-Fontaine lors de la disgrâce de Fouquet avait accru l'amitié de madame
-de Sévigné pour ce poëte. Elle faisait ses délices de ses écrits, et
-nous apprenons par ses lettres qu'elle lui pardonnait les licencieuses
-productions de sa muse[210]. Madame de Sévigné ne partageait pas non
-plus le rigorisme des jansénistes ses amis, qui voulaient proscrire
-comme irréligieux les divertissements du théâtre. Elle les aimait: une
-plaisanterie qui lui est échappée[211], sur l'abbé Roquette, démontre
-qu'elle approuvait Louis XIV d'avoir résisté à ceux qui s'opposaient à
-la représentation du _Tartuffe_. Elle trouvait bon qu'il eût employé
-plus de temps pour élever sur la scène française ce chef-d'œuvre de
-Molière et pour l'y maintenir que pour conquérir la Flandre et la
-Franche-Comté[212].
-
- [207] Les _Amours de Psiché_ (sic) _et de Cupidon_, _par_ M. DE
- LA FONTAINE; Paris, chez Claude Barbin, 1669, in-8º.--A la page
- 441 commence le poëme d'_Adonis_; le privilége est du 2 mai
- 1668.--Conférez l'_Histoire de la vie et des ouvrages de la
- Fontaine_, 3e édition, p. 172 à 190.
-
- [208] «Et leurs plaisirs sont moins doux que ses peines.»
- _Psyché_, p. 56, édit. 1669.
-
- [209] _Vie de monsieur le duc de Montausier_, t. II, p. 8, 18 et
- 20.
-
- [210] _Hist. de la vie et des ouvr. de la Fontaine_, 3e édit., p.
- 210.
-
- [211] SÉVIGNÉ, _Lettres_, t. V, p. 216, édit. de M.--_Ibid._, t.
- V, p. 378, édit. de G. de S.-G.
-
- [212] ÉTIENNE, _Notice sur le Tartuffe_ (dans la 1re livraison du
- _Théâtre français_ de Panckouke; il n'a paru que cette
- livraison).--AUGER, _OEuvres de Molière_, t. VI, p.
- 192-199.--TASCHEREAU, _Vie de Molière_, 2e édit., 1818, in-8º, p.
- 189 à 213.--_Ibid._, 3e édit., in-12, p. 115-126.
-
-Malgré l'admiration un peu trop exclusive de madame de Sévigné pour
-Corneille et l'approbation qu'elle avait donnée, dans sa jeunesse, aux
-poëtes médiocres qui s'étaient acquis de la réputation, les
-chefs-d'œuvre dont le théâtre et la presse enrichissaient la
-littérature durent, à cette époque, être pour elle la source de vives
-jouissances. C'est pendant les deux années qui précédèrent celles où
-madame de Sévigné commença à laisser courir journellement sa plume pour
-correspondre avec sa fille que l'on vit éclore les productions
-littéraires les plus propres à développer le goût du beau et du naturel.
-Ce fut dans cet espace de temps qu'on joua pour la première fois _les
-Plaideurs_ de Racine et sa tragédie de _Britannicus_[213]; que Molière
-fit représenter et imprimer le _Tartuffe_[214], _le Misanthrope_,
-_l'Amphitryon_, _l'Avare_; que la Fontaine publia ses _Fables
-choisies_[215], Boileau ses deux premières _Épîtres_ et cette neuvième
-_Satire_[216] qui fit dire à Bussy que le poëte s'y était surpassé
-lui-même[217].
-
- [213] _Britannicus_; Paris, Claude Barbin, 1670, in-12 (80 pages
- sans l'épître et la préface).--RACINE, _OEuvres_; Paris, 1687,
- in-12, p. 225 à 229.
-
- [214] _Le Tartuffe_ ou _l'Imposteur_, comédie de J.-B. P. DE
- MOLIÈRE, imprimée aux dépens de l'auteur. Chez Ribou, 1669, petit
- in-12.
-
- [215] _Fables choisies, mises en vers par_ M. DE LA FONTAINE,
- 1668, in-4º.--_Ibid._, in-12, 1668 et 1669.
-
- [216] _Satires du sieur D***_; Paris, Louis Billaine, 1668,
- in-12.--Quoique ce mot _satires_ soit au pluriel sur le titre, il
- n'y a que la satire IX précédée du discours (16 pages).--_Satires
- du sieur D***_; Paris, Louis Billaine, 1669, in-12, 76 pages et
- le discours; cette édition contient les neuf premières satires.
-
- [217] BUSSY, _Lettres_, t. III, p. 108 et 109 (lettre en date du
- 16 septembre 1668). Cette lettre apprend que la neuvième satire
- de Boileau avait été envoyée à Bussy le mois précédent.
-
-Nul doute que le grand mouvement littéraire de cette époque n'ait
-beaucoup contribué à développer le talent naturel de madame de Sévigné
-comme écrivain. Sa sensibilité et sa vive imagination lui donnaient les
-moyens d'employer toutes les ressources de son esprit pour distraire sa
-fille et pour se distraire elle-même de la peine d'être séparée d'elle.
-Sans un motif puissant, il n'y a pas de puissants efforts, il n'y a pas
-de grands résultats. L'amour maternel suppléa, dans madame de Sévigné, à
-l'amour de la gloire; et les jouissances du cœur tinrent lieu de celles
-de l'orgueil et de la vanité.
-
-D'autres causes encore, qu'il ne faut pas omettre, contribuèrent à
-former le talent de madame de Sévigné à l'époque où elle fut appelée à
-le mettre en pratique pour sa seule satisfaction, pour celle de sa fille
-et celle de ses amis.
-
-Elle alliait le goût de la société et du monde avec celui de la
-retraite, la plus franche gaieté avec des pensées sérieuses, un grand
-penchant aux plaisirs et un sincère attachement aux sévères pratiques de
-la religion. Tous les sentiments, joyeux ou mélancoliques, tendres ou
-sublimes, énergiques ou délicats, trouvaient en elle des sympathies. Son
-esprit était nourri de ce qu'il y avait de plus élevé dans la
-littérature sacrée et de plus ingénieux et de plus parfait dans la
-littérature profane: Louis XIV faisait alors représenter le _Tartuffe_,
-il ordonnait de cesser toute persécution contre les jansénistes; de Sacy
-était sorti de la Bastille; Arnauld, le grand Arnauld, était rentré dans
-Paris; tous les solitaires de Port-Royal avaient repris leur poste dans
-la Vallée; madame de Sévigné profitait, chez elle et chez la duchesse de
-Longueville (dont l'hôtel était devenu comme le chef-lieu du
-parti[218]), de la conversation de ces hommes de savoir et de génie; et
-elle goûtait encore plus leurs préceptes de morale que leurs subtilités
-religieuses. Les _Essais de Nicole_ étaient au nombre de ses lectures
-favorites[219]. A cette époque aussi le fameux prédicateur janséniste,
-le P. Desmares, interdit depuis plusieurs années, remonta en chaire, et
-attira la foule à l'église Saint-Roch[220]. Il était sans rival lorsque
-Bossuet, évêque de Condom, eut cessé de prêcher à Paris. Alors aussi le
-jeune Bourdaloue débuta dans la prédication au collége des jésuites.
-Madame de Sévigné, accompagnée de sa fille, alla l'écouter: prévenue,
-par ses amis les jansénistes, contre l'ordre des jésuites, auquel
-appartenait le P. Bourdaloue, elle attribuait la supériorité de talent
-qu'elle reconnut dans le nouveau prédicateur à la petitesse de l'église
-où il prêchait: «Il ne jouera bien, dit-elle, que dans son tripot[221].»
-A quoi l'esprit de parti ne se prend-il pas? Heureusement pour madame de
-Sévigné que son bon goût était plus fort que ses préventions. Elle ne
-tarda pas à rétracter son indiscrète prédiction sur Bourdaloue, et elle
-devint une des plus vives admiratrices de son éloquence. Quant à
-Bossuet, il s'éleva, dès son début dans l'oraison funèbre, à une telle
-hauteur que, pour la puissance des mots, la profondeur des pensées, la
-grandeur des images, la majesté du discours, il ne fut plus possible de
-lui comparer personne chez les anciens ni chez les modernes. C'était un
-genre d'éloquence que la sublimité de la religion et le génie de Bossuet
-pouvaient seuls créer[222].
-
- [218] FR. BOURGOIN DE VILLEFORT, _la Véritable vie
- d'Anne-Geneviève de Bourbon, duchesse de Longueville_; Amsterdam,
- chez Jean-Fr. Joly, 1739, in-12, t. II, p. 105-118, 119-124, liv.
- VI.--(L'édition de Paris de ce même ouvrage, qui porte pour titre
- _Vie de madame la duchesse de Longueville_, t. V, 1738, est
- très-incomplète; les retranchements ont surtout porté sur ce
- livre VI.)
-
- [219] SÉVIGNÉ, _Lettres_, t. II, p. 246 et 252; t. IV, p. 260; t.
- V, p. 249; t. VII, p. 6, 215; t. X, p. 237; t. XI, p. 239, édit.
- de G. de S.-G.
-
- [220] PETITOT, _Notice sur Port-Royal_, collection des Mémoires,
- t. XXXIII, p. 199. Le souvenir du P. Desmares se conserva
- longtemps; car, plus de vingt ans après, Boileau disait:
-
- Desmares dans Saint-Roch n'aurait pas mieux prêché. (_Sat. X._)
-
- [221] SÉVIGNÉ, _Lettres_, t. I, p. 208-284.--Idem, p. 286-288,
- édit. de M.
-
- [222] L.-F. DE BAUSSET, _Hist. de J.-B. Bossuet_, 1814, in-8º,
- liv. III, t I, p. 231 à 234.
-
-Ce n'est pas sans de justes motifs que nous passons ici en revue tous
-les grands écrivains contemporains de madame de Sévigné. Sans doute les
-génies qui ont brillé dans la littérature et dans les arts sont mieux
-appréciés à mesure qu'une longue suite d'années a permis de les comparer
-avec un plus grand nombre de ceux qui ont cherché à les imiter ou ont
-aspiré à les surpasser; mais de leur vivant ces hommes supérieurs
-exercent par eux-mêmes et par leurs ouvrages une plus forte influence,
-parce que l'admiration qu'ils excitent est mêlée de surprise et a toute
-la puissance magique de la nouveauté; leurs succès forcent à réfléchir
-et font naître des résolutions courageuses; on veut profiter des
-richesses nouvelles avant qu'elles soient flétries par un usage banal ou
-une inhabile médiocrité. La parole d'ailleurs et le geste ont bien un
-autre effet que celui d'une froide lecture. La controverse animée et les
-éclairs qui jaillissent inattendus de la conversation des grands esprits
-exercent sur les âmes et les intelligences un empire auquel le livre le
-mieux fait ne saurait prétendre.
-
-Nous ignorons si madame de Sévigné fut dans le secret de son amie madame
-de la Fayette, qui alors publia sous le nom de Segrais le roman de
-_Zayde_, dont elle était l'auteur[223]. Madame la comtesse du Bouchet
-envoya ce roman à Bussy aussitôt qu'il parut, en lui écrivant que
-c'était le plus joli qu'on pût lire[224]. Huet, qui ainsi que Segrais
-avait assisté madame de la Fayette dans la composition de cet ouvrage,
-écrivit, pour lui donner plus de valeur, son savant _Traité sur
-l'origine des Romans_, sous la forme d'une lettre adressée à Segrais,
-qui fut imprimée en tête de _Zayde_. A ce sujet, madame de la Fayette
-disait à Huet: «Nous avons marié nos enfants ensemble[225].» Ce traité
-de Huet[226] dut plaire autant que le roman même à madame de Sévigné,
-car c'était une sorte d'apologie, faite par un homme sérieux et savant,
-d'un genre de lecture qu'elle aima à toutes les époques de sa vie. Dans
-sa jeunesse, l'_Astrée_ de d'Urfé et la _Clélie_ de mademoiselle de
-Scudéry avaient amusé ses loisirs; et dans son âge mûr elle admirait
-encore dans _Cléopâtre_ l'idéal des belles âmes et les grands coups
-d'épée retracés par la Calprenède.
-
- [223] _Zayde, histoire espagnole_, _par_ M. SEGRAIS, avec un
- _Traité sur l'origine des romans_, _par_ M. HUET; Paris, Claude
- Barbin, 1670, in-8º (le privilége est du 8 octobre 1669).
-
- [224] BUSSY, _Nouvelles lettres_, 2 vol., t. V, p. 126 (lettre en
- date du 18 décembre 1669). C'était bien une nouveauté, car à la
- fin du privilége de _Zayde_ il est dit: «Achevé d'imprimer pour
- la première fois le 20 novembre 1669.»
-
- [225] HUETII _Commentarius de rebus ad eum pertinentibus_, 1718,
- in-12, p. 20.--Les _Origines de la ville de Caen_, 2e édit.,
- in-8º, 1706, p. 409. Id.
-
- [226] Il s'en fit un grand nombre d'éditions séparées.--_Traité
- sur l'origine des romans_, _de_ M. HUET; 1685, in-12, 6e édit.
-
-Un auteur bien plus caché que madame de la Fayette, et du même sexe,
-c'était madame de Sévigné elle-même. Par les lettres qui s'échappaient
-rapidement de sa plume, elle était loin de se douter qu'elle aussi
-travaillait à la gloire du grand siècle. Elle ignora toujours que,
-devenue un modèle inimitable dans le genre épistolaire, elle mériterait
-d'être placée au nombre des grands écrivains. Il est certain, au
-contraire, que, malgré la bonne opinion qu'elle avait de son esprit,
-elle se mettait, sous le rapport du style, bien au-dessous de
-mademoiselle de Scudéry, de madame de la Fayette, de madame Deshoulières
-et des autres femmes de cette époque qui cultivaient les lettres et qui
-avaient osé affronter la publicité.
-
-Nous ne pouvons douter qu'au temps dont nous traitons madame de Sévigné,
-fort répandue dans le monde, n'ait eu une correspondance très-active
-avec diverses personnes; mais il ne nous reste d'elle, pendant ces deux
-années, que les lettres qu'elle écrivit à Bussy. Il est vrai qu'elles
-sont au nombre des mieux écrites et des plus spirituelles de celles
-qu'on a recueillies. On peut en dire autant des lettres de Bussy à sa
-cousine. En lisant leur correspondance, on reconnaît que, suivant la
-juste observation de Bussy, ils se faisaient valoir mutuellement[227].
-Madame de Sévigné trouvait qu'elle écrivait avec plus de vivacité et de
-feu quand il lui fallait répondre à son cousin. C'est ce qu'elle exprime
-avec une familière originalité quand elle lui dit: «Vous êtes le fagot
-de mon esprit.»
-
- [227] SÉVIGNÉ, _Lettres_, t. I, p. 152, édit. de M.--Idem, t. I,
- p. 211, édit. de G. de S.-G. (7 septembre 1668).
-
-Bussy, dont en littérature le jugement était droit et le tact fin, ne
-tarit pas sur les éloges qu'il donne aux lettres de sa cousine. Il
-conservait avec soin toutes celles qu'elle lui écrivait; et lorsque, par
-la suite, il se mit à écrire ses _Mémoires_, il y inséra les lettres
-qu'il avait reçues d'elle, parce qu'il les considérait avec juste
-raison comme un des principaux ornements et une des portions les plus
-agréables à lire de son ouvrage[228].
-
- [228] BUSSY-RABUTIN, _Mémoires_, 1694, 2 vol, in-4º.--_Lettres du
- comte_ DE BUSSY, 1697, in-12.--_Lettres de madame_ DE SÉVIGNÉ _au
- comte de Bussy-Rabutin_, tirées du _Recueil de lettres_ de ce
- dernier; Amsterdam et Paris, Delalain, 1775, in-12.
-
-Parmi les épigraphes, le plus souvent satiriques, dont Bussy affublait
-les portraits des femmes qu'il s'occupait alors à placer dans la galerie
-de son château, il en avait composé une d'un tout autre style pour le
-portrait de sa cousine, au bas duquel on lisait ce qui suit:
-
-«MARIE DE RABUTIN, FILLE DU BARON DE CHANTAL, MARQUISE DE SÉVIGNÉ, FEMME
-D'UN GÉNIE EXTRAORDINAIRE ET D'UNE VERTU COMPATIBLE AVEC LA JOIE ET LES
-AGRÉMENTS[229].»
-
- [229] BUSSY-RABUTIN, dans SÉVIGNÉ, _Lettres_, t. I, p. 157, édit.
- de M., et t. I, p. 217, édit. de G. de S.-G.--MILLIN, _Voyage
- dans les départements du midi de la France_, t. I, p.
- 213.--CONRARD DE BRÉBAN, _Souvenirs d'une visite au château de
- Bussy-Rabutin_, 1833, p. 27.
-
-Lorsque parut cette correspondance de Bussy, Bayle, qui alors
-travaillait à son Dictionnaire, fut tellement frappé par la lecture des
-lettres de madame de Sévigné qui s'y trouvaient mêlées qu'il demanda à
-un de ses amis de Paris des renseignements sur celle qui les avait
-écrites, disant: «Je ne vois personne qui doute que les lettres de
-madame de Sévigné ne soient meilleures que celles de Rabutin. Cette dame
-avait bien du sens et de l'esprit... Elle mérite une place parmi les
-femmes illustres de notre siècle.... M. Perrault ne fera-t-il pas un
-livre pour elles aussi bien que pour les hommes?... Je voudrais bien
-savoir quelque chose de l'histoire de celle-là. Je la mettrais
-volontiers dans mon Dictionnaire[230].»
-
- [230] BAYLE, _Lettres choisies_; Rotterdam, 1714, t. II, p. 652.
- (Des Maiseaux a redonné une meilleure édition de ces _Lettres_ en
- 1729.)--BAYLE, _OEuvres_, in-folio, t. IV, p. 986. (_Lettres_ en
- date du 18 décembre 1698. L'édition des _Lettres_ de Rotterdam
- dit le 4 décembre.)
-
-Bayle écrivait ces lignes deux ans après la mort de madame de Sévigné;
-et Hervey de Montaigu, lorsqu'il fit paraître son élégant poëme latin
-_sur le style épistolaire_, n'hésite pas d'avouer que les femmes ont sur
-les hommes la supériorité dans ce genre d'écrits. Pour le prouver, il
-cite en exemple madame de Sévigné, et par conséquent les lettres qu'elle
-avait écrites à Bussy, les seules qui eussent été publiées, les seules
-que Hervé de Montaigu aussi bien que Bayle ont pu connaître. Voici
-comment s'exprime le moderne poëte latin:
-
-«Les femmes se jouent avec plus de facilité que les hommes du style
-épistolaire; elles ont moins d'art, mais plus de naturel. Les mêmes
-doigts qui savent ourdir avec dextérité un fil délicat manient aussi la
-plume avec une égale habileté. Je t'en prends à témoin, aimable Sévigné;
-et je chanterais tes louanges si je pouvais t'emprunter ton style
-enchanteur, dont l'éclat est si pur, la grâce si parfaite, qui recèle
-tant d'esprit et de finesse sous une apparente simplicité. Tes lettres
-coulent sous ta plume avec tant de rapidité que tu sembles plutôt les
-transcrire que les composer[231].»
-
- [231]
- Aptius ipsa viris scribendo femina ludit;
- Natura mulier, vir magis arte valet.
- Quæque manus subtile trahit de stamine filum
- Æquali calamum dexteritate movet.
- Testis erat SEVINEA. Suas me scribere laudes
- Si patitur, calamum commodet ipsa suum.
- Tam purus nitor est, adeo sincera venustas,
- Si salibus condit scripta, lepore sales.
- Tam facilis procedit epistola, pene videtur
- Composuisse minor quam perarasse labor.
- _Ratio conscribendæ epistolæ_, _carmen auctore_ CLAUDIO
- HERVÆO DE MONTAIGU, _e societate Jesu_; Parisiis, 1713,
- in-12 (15 pages), p. 7.
-
-On ne peut douter que madame de Sévigné ne trouvât dans cette facilité
-même un attrait pour nouer des correspondances avec des personnes dont
-l'esprit lui plaisait. Diverses lettres d'elle qu'on a retrouvées le
-démontrent, entre autres les quatre lettres à son cousin de Coulanges,
-écrites vers le temps dont nous nous sommes occupé et qui furent
-publiées les premières après celles de Bussy[232].
-
- [232] _Lettres de_ MARIE RABUTIN DE CHANTAL, _marquise_ DE
- SÉVIGNÉ, à _madame la comtesse de Grignan, sa fille_; 1726,
- in-12, p. 15-49. Ce sont quatre lettres à Coulanges qui ouvrent
- ce recueil. La première (c'est la fameuse lettre sur le mariage
- de Lauzun) est datée du 15 décembre 1670; la dernière, du 15 mars
- 1671.
-
-Quoiqu'il ne nous reste aucune lettre de madame de Sévigné au cardinal
-de Retz, nous apprenons, par plusieurs de celles qu'elle écrivit à sa
-fille, que sa correspondance avec cet homme éminent était au moins aussi
-fréquente que celle qu'elle entretenait avec Bussy; et cela est confirmé
-par les lettres de Bussy à ce dernier. Si Retz se tenait dans sa
-retraite de Commercy, c'est qu'il avait formé l'honorable résolution de
-vivre économiquement, pour payer ses dettes; et s'il ne jugeait pas à
-propos de paraître à la cour, ce n'est pas qu'il en fût exclu. Retz
-avait plusieurs fois écrit au roi pour le féliciter sur le
-rétablissement de sa santé et sur les victoires qu'il avait remportées;
-et Retz avait reçu du roi des réponses aimables et gracieuses.
-L'intérêt de l'État et le soleil de la gloire avaient dissipé tous les
-nuages qu'auraient pu soulever de fâcheuses réminiscences sur cet ancien
-chef de la Fronde. Les services qu'il avait rendus dans le conclave et
-la part qu'il avait eue dans l'élection de Clément IX avaient achevé de
-faire connaître tout ce qu'on pouvait espérer de son habileté, de son
-zèle et de la confiance qu'on avait en lui[233]. Aussi, dès qu'on eut
-reçu la nouvelle que Clément IX, après avoir occupé pendant dix-huit
-mois seulement le trône de saint Pierre, avait terminé ses jours, Louis
-XIV se hâta d'envoyer un courrier à Commercy pour réclamer le secours du
-cardinal de Retz, qui partit de nouveau pour Rome et exerça pour
-l'élection de Clément X la même influence que pour la nomination de
-Clément IX[234].
-
- [233] LOUIS XIV, _OEuvres_, t. V, p. 81, 144, 395, 397, 412, 424,
- 555 (lettres en date des 17 mars 1662, 18 juin 1663, 19 novembre
- 1666, 1er juillet 1667, 9 mars 1668, 13 août 1676).
-
- [234] Ce pape fut nommé le 29 avril 1670.--Conférez _Mémoires du
- cardinal_ DE RETZ, publiés d'après les manuscrits autographes,
- collection MICHAUD, p. 609. (_Lettres de_ LOUIS XIV _au cardinal
- de Retz_, 10 décembre 1669. Ibid., p. 610 à 611.--Lettres en date
- des 10, 13 et 17 déc. 1669.)
-
-Dans l'année qui précéda ce prompt départ de Retz pour Rome, madame de
-Sévigné lui avait écrit pour lui recommander Corbinelli, qui, alors
-exilé avec Vardes dans le midi de la France, écrivait fréquemment à
-Bussy de longues lettres, entremêlées de nombreuses citations d'Horace
-et d'autres auteurs anciens[235]. Madame de Sévigné, qui savait que
-Retz jouissait de nouveau d'un assez grand crédit, l'avait aussi prié de
-ne point prendre parti contre le maréchal d'Albret dans un procès que
-celui-ci avait avec la trop fameuse duchesse de Châtillon, qui s'était
-remariée, en 1664, à Christian-Louis, duc de Mecklembourg. Il était
-naturel que madame de Sévigné prît plus d'intérêt au maréchal d'Albret
-qu'à la duchesse de Mecklembourg, à cause de l'amitié qu'elle avait pour
-lui et aussi parce qu'il avait épousé une sœur de M. de Guénégaud[236].
-Retz répondit à madame de Sévigné qu'il avait été trompé par un
-faussaire dans l'affaire de Corbinelli, et que c'était ce faussaire qui
-avait profité de la recommandation faite pour le protégé de madame de
-Sévigné. Retz, qui a montré tant de capacité et de finesse dans les
-négociations comme chef de parti ou dans les commissions qui lui furent
-données par le roi, a cependant prouvé que, dans les grandes comme dans
-les petites affaires, il était facile à tromper: il fut presque toujours
-dupe des femmes qu'il croyait séduire, et la victime des trames qu'il
-avait ourdies au profit de son ambition personnelle. Comme il était ami
-chaud et sincère, il se montra désolé de ce qui lui était arrivé dans
-cette circonstance. «Vous ne pouvez vous imaginer, écrit-il à madame de
-Sévigné, le chagrin que cela m'a donné. J'y remédierai par le premier
-ordinaire avec toute la force qui me sera possible.» Sa lettre
-commençait ainsi: «Si les intérêts de madame de Mecklembourg et de M. le
-maréchal d'Albret vous sont indifférents, madame, je solliciterai pour
-le cavalier, parce que je l'aime quatre fois plus que la dame; si vous
-voulez que je sollicite pour la dame, je le ferai de très-bon cœur,
-parce que je vous aime quatre millions de fois plus que le cavalier; si
-vous m'ordonnez la neutralité, je la garderai; enfin parlez, et vous
-serez ponctuellement obéie[237].»
-
- [235] BUSSY, _Lettres_, t. III, p. 19, 155, 207, 296, 384, 386,
- 408; t. V, p. 75, 97-170 (toutes les lettres avec l'initiale C.
- sont de CORBINELLI).--Idem, t. V, p. 126, Lettre de madame DU
- BOUCHET, en date du 18 décembre 1667.--LOUIS XIV, _OEuvres_, t.
- V, p. 424.
-
- [236] SAINT-SIMON, _OEuvres_, t. II, p. 21.--MORERI, t. V, p.
- 426.
-
- [237] SÉVIGNÉ, t. I, p. 159, édit. de M., ou t. II, p. 220 de
- l'édit. de G. de S.-G.--BUSSY, _Lettres_, t. V, p.
- 126.--SAINT-SIMON, _Mém. authentiques_, t. XI, p. 131.
-
-Le cardinal de Retz avait vendu, en 1665, sa seigneurie de Commercy à la
-princesse de Lislebonne cinq cents cinquante mille livres, mais en s'en
-réservant l'usufruit. La duchesse de Lorraine avait ajouté à cette
-réserve l'usufruit de la souveraineté du Château-Bas, ce qui rendait le
-cardinal maître de tout le Commercy quant aux droits honorifiques[238].
-Il ne faut pas croire qu'en s'éloignant du monde et de la cour pour
-payer ses dettes il s'imposât à Commercy de grandes privations; il y
-vivait, au contraire, en prince de l'Église, et aimait à y exercer le
-pouvoir de petit souverain. En sa qualité de damoiseau de Commercy, il
-publiait des décrets, ordonnait des prières publiques, fondait des
-corporations pieuses et charitables, leur donnait des constitutions et
-des règlements. Il avait sa justice, son président des grands jours, son
-lieutenant de cavalerie, ses deux gentilshommes, ses comédiens, sa
-musique, un chanteur et une chanteuse pour sa chapelle, un brillant
-équipage. Enfin, le personnel de sa maison, ou, comme on disait, le
-nombre de ses domestiques, se montait à soixante et deux individus, en y
-comprenant son intendant, messire Hippolyte Rousseau, seigneur de
-Chevincourt, conseiller du roi et correcteur de la chambre des
-comptes[239]. Retz occupait aussi ses loisirs à l'étude et à des
-discussions de métaphysique et de philosophie cartésienne avec dom
-Robert des Gabets, bénédictin et prieur de l'abbaye de Breuil[240], à
-Commercy. Retz écrivit aussi vers ce temps (en 1670) ses Mémoires, à la
-prière de madame de Caumartin, dont le mari était son parent[241]; mais
-il mourut avant de les avoir terminés. Il les composa en partie au
-château de la Ville-Issey, et les continua dans cette ville et à
-l'abbaye de Saint-Mihiel, où l'abbé dom Hennezon, qui avait toute sa
-confiance[242], et plusieurs de ses religieux en écrivirent une portion
-sous sa dictée. Il est faux qu'il ait, comme on l'a dit, employé des
-religieuses pour lui rendre ce service. Il aimait à se promener dans la
-forêt voisine, et plusieurs des animaux sauvages qu'elle nourrissait
-furent enfermés par lui dans une ménagerie qu'il avait fait construire à
-grands frais à la Ville-Issey. Si alors il eût voulu revenir à la cour,
-il y eût été très-bien accueilli. Le duc d'Enghien vint lui rendre
-visite à Commercy en 1670, et le duc d'Orléans deux ans après. Lorsqu'il
-venait à Paris pour ses affaires, il logeait chez sa nièce, madame de
-Lesdiguières, ou dans son abbaye de Saint-Denis: alors il y célébrait
-l'office divin dans les jours de grandes solennités. Il donna, en 1675,
-sa démission du cardinalat; mais le pape ne voulut pas l'accepter, ce
-qui le força, quoique souffrant de la goutte, à faire encore le voyage
-de Rome (en 1676) pour l'élection d'un nouveau pape. Ses meilleurs amis
-et même ses plus anciennes amies ne se doutaient point qu'il eût écrit
-ses Mémoires, car ils étaient presque terminés lorsqu'ils le pressaient
-de les commencer. Il savait que madame de Sévigné aurait fortement
-désapprouvé ce qu'il y disait de lui-même et des autres. Elle l'aimait
-avec tendresse[243] et sans aucune vue d'intérêt[244], quoi qu'en ait
-dit un illustre écrivain[245]. Elle n'ignorait pas que tout ce qu'il
-possédait était engagé pour le payement de ses dettes et qu'il ne
-faisait pas d'économie sur ses riches revenus. C'est une erreur
-d'avancer que l'admiration de madame de Sévigné pour le cardinal
-diminuât à mesure qu'il approchait de sa fin; c'est le contraire de
-cette assertion qui est la vérité. Les plus grands éloges qu'elle lui
-ait donnés datent de l'année qui a précédé sa mort[246], qui fut
-d'ailleurs subite et imprévue. Les lettres de madame de Sévigné au comte
-de Guitaud et à Bussy témoignent de la profonde douleur qu'elle
-ressentit par la perte de celui «dont elle était l'amie depuis trente
-ans et dont l'amitié lui était également honorable et délicieuse[247]»
-N'anticipons pas sur les années. Je n'ose entrer en discussion avec
-l'auteur du _Génie du Christianisme_, qui prononce que madame de Sévigné
-était «légère d'esprit;» mais je doute que beaucoup de mes lecteurs (si
-j'ai des lecteurs) veuillent souscrire à ce jugement; et quant au
-reproche jeté à cette mère de famille, d'être «positive dans sa conduite
-et calculée dans ses affaires,» je conviens que sa vie entière le
-justifie. Mais je le demande à toutes celles auxquelles leur tendresse
-maternelle a imposé pour toujours, dans l'âge des grands périls, les
-rigueurs du veuvage, si ces torts, qu'on attribue à madame de Sévigné,
-ne sont pas de ceux dont elles se féliciteraient d'être accusées.
-
- [238] DUMONT, _Histoire de la ville et des seigneurs de
- Commercy_, t. II, p. 159.
-
- [239] DUMONT, avocat à Saint-Mihiel, _Histoire de la ville et des
- seigneurs de Commercy_; Bar-le-Duc, 1843, in-8º, t. II, p. 149 et
- 152.
-
- [240] COUSIN, _Analyse des Mss. de Robert des Gabets, Journal des
- Savants_, 1842, in-4º, p. 129 à 144; p. 193 à 210, et p. 288 à
- 305.
-
- [241] Madame de Sévigné en fait l'éloge.--SÉVIGNÉ, _Lettres_ (7
- juin 1675), t. III, p. 288, édit. M.; t. III, p. 410, édit. de G.
- de S.-G.
-
- [242] MM. CHAMPOLLION, _Notice sur le cardinal de Retz_, dans la
- _Nouvelle collection des Mémoires pour servir à l'histoire de
- France_, t. I, p. 9 et 12.--DUMONT, _Hist. de Commercy_.--Madame
- CHARLOTTE-ÉLISABETH DE BAVIÈRE, _Fragments de lettres
- originales_, t. I, p. 24.--Madame la duchesse D'ORLÉANS,
- princesse palatine; 1832, in-8º, p. 361.
-
- [243] SÉVIGNÉ, _Lettres_, 5 et 24 juillet 1675, t. III, p. 321 et
- 336, édit. de M.; t. III, p. 445 et 462, édit. de G. de S.-G.
-
- [244] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (7 et 19 juin 1675), t. III, p. 269 et
- 299, édit. de M., et t. III, p. 410 et 419, édit. de G. de S.-G.
-
- [245] CHATEAUBRIAND, _Vie de Rancé_, 1844, in-8º, p. 125, 1re
- édit.
-
- [246] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (27 juin 1678), t. VI, p. 7 et 8, édit.
- de G. de S.-G.; t. V, p. 340, édit. de M.
-
- [247] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (25 août 1679), t. VI, p. 109 et 110:
- cette lettre n'est pas dans toutes les éditions; et p. 111
- (lettre à Bussy), édit. de G. de S.-G.--_Ibid._, t. V, p. 421,
- édit. de M.
-
-
-
-
-CHAPITRE VII.
-
-1668-1669.
-
- Bonheur dont jouissait madame de Sévigné.--Réflexion sur la
- brièveté des moments les plus heureux de la vie.--Ses deux enfants
- devaient bientôt la quitter.--Son fils, le baron de Sévigné,
- s'engage comme volontaire pour aller faire la guerre contre les
- Turcs.--Politique de la France à l'égard de l'Allemagne et de
- l'empire ottoman.--Guerre des Turcs et des Vénitiens.--Candie est
- assiégée.--Louis XIV désirait secourir les Vénitiens, et ne le
- pouvait à cause des traités.--Il accepte l'offre de la Feuillade
- de conduire à ses frais cinq cents gentilshommes comme volontaires
- au secours de Candie.--Avant de partir pour cette expédition, le
- baron de Sévigné consulte Turenne, le cardinal de Retz et le duc
- de la Rochefoucauld, qui tous l'engagent à exécuter son
- projet.--Motifs particuliers que chacun d'eux avait pour lui
- donner ce conseil.--Sévigné part dans l'escadron du comte de
- Saint-Paul.--Cette expédition eut une fin malheureuse.--Les
- Français se montrèrent aussi braves qu'indisciplinés.--La
- Feuillade revient après avoir perdu la moitié des siens.--Le baron
- de Sévigné revient avec lui, et rejoint sa mère.
-
-L'ascendant que madame de Sévigné obtenait dans le monde par le pouvoir
-de sa plume le cédait à celui qu'elle exerçait par sa présence. Ses
-attraits, qui, même sur le retour de l'âge, ne l'avaient point
-abandonnée, et les charmes de son commerce spirituel et enjoué lui
-conciliaient les cœurs, lui soumettaient les volontés. Son fils venait
-d'achever son éducation, et, par sa figure comme par ses qualités
-acquises, il était compté parmi les jeunes gens de son âge au nombre des
-plus agréables. Sa fille, renommée par sa beauté, brillait par
-l'instruction, les talents, qui donnaient encore plus de prix à sa
-beauté. Mère heureuse et femme charmante, madame de Sévigné jouissait de
-son automne sans avoir à regretter ni son brillant printemps ni son
-éclatant été, deux saisons de la vie qui, dans l'état de veuvage qu'elle
-avait voulu garder, étaient, pour une femme aussi vertueuse,
-accompagnées de trop d'orages et de douloureux combats, pour ne pas
-éveiller en elle quelques pénibles souvenirs.
-
-On aperçoit, non sans en être attendri, les traces de ces sentiments
-dans un court billet qu'elle écrivit à Ménage, qui lui avait envoyé la
-cinquième édition de ses poésies. Cette édition avait cela de
-particulier que la première idylle, intitulée _le Pêcheur_ ou _Alexis_,
-dédiée à la marquise de Sévigné[248], commençait par les deux vers
-suivants, qui ne se trouvent pas dans les quatre éditions précédentes:
-
- Digne objet de mes vœux, à qui tous les mortels
- Partout, à mon exemple, élèvent des autels[249].
-
- [248] Conférez première part., chap. XXII, p. 451.
-
- [249] ÆGIDII MENAGII _Poemata, octava editio, prioribus longe
- auctior et emendatior, et quam solam Menagius agnoscit_;
- Amstelodami, Henr. Westenium, 1668, in-12, p. 202.--_Quinta
- editio_, 1668, p. 146.--_Septima editio, prioribus longe
- emendatior_; Parisiis, Petrum le Petit, 1680, in-12, p. 170. (Je
- crois que cette édition est la dernière revue par Ménage, et que
- celle de Hollande, 1688, n'en est qu'une réimpression.) Dans la
- 4e édition, 1663, in-18 (_in officina Elzeviriana_), les deux
- premiers vers sont ainsi:
-
- Des ouvrages du ciel le plus parfait ouvrage,
- Miracle de ces lieux, merveille de notre âge.
-
-Sans doute que le signet de l'exemplaire que Ménage envoya à madame de
-Sévigné se trouvait à cet endroit du livre, car elle lui répondit:
-
-«Votre souvenir m'a donné une joie sensible, et m'a réveillé tout
-l'agrément de notre ancienne amitié. Vos vers m'ont fait souvenir de ma
-jeunesse; et je voudrais bien savoir pourquoi le souvenir d'un bien
-aussi irréparable ne donne point de tristesse. Au lieu du plaisir que
-j'ai senti, il me semble qu'on devrait pleurer; mais, sans examiner ce
-sentiment, je veux m'attacher à celui que me donne la reconnaissance de
-votre présent. Vous ne pouvez douter qu'il ne me soit agréable, puisque
-mon amour-propre y trouve si bien son compte et que j'y suis célébrée
-par le plus bel esprit de mon temps. Il faudrait, pour l'honneur de vos
-vers, que j'eusse mieux mérité tout celui que vous me faites. Telle que
-j'ai été et telle que je suis, je n'oublierai jamais votre véritable et
-solide amitié, et je serai toute ma vie la plus reconnaissante, comme la
-plus ancienne de vos très-humbles servantes[250].»
-
- [250] SÉVIGNÉ, t. I, p. 125, édit. de M.; _ibid._, t. I, p. 179,
- édit. de G. de S.-G. (lettre du 23 juin 1688).
-
-Qu'ils sont rares et courts les moments de la vie où se trouvent réunies
-les circonstances qui concourent à nous faire jouir de tout le bonheur
-auquel l'avare destinée nous permet d'atteindre! Certes, il est peu de
-femmes qui aient été aussi bien partagées par la nature et la fortune
-que madame de Sévigné; et on doit penser qu'elle eût été bien ingrate de
-se plaindre de l'une et de l'autre. Cependant elle l'avait acquise,
-cette félicité, par des privations continuelles imposées à ses plus
-belles années, par l'abnégation des plaisirs les plus entraînants, par
-la violence faite aux sentiments les plus puissants. A peine était-elle
-parvenue à savourer, sans mélange d'aucune amertume, les fruits de ses
-sacrifices et de sa vertu qu'elle se trouva isolée, sans consolation,
-privée de son bien le plus précieux, séparée de ce qui faisait son
-orgueil et ses délices. Ses deux enfants quittèrent presque en même
-temps la maison maternelle. Son fils, que son jeune âge et la paix qui
-venait de se conclure semblaient devoir fixer près d'elle pendant
-quelques années, fut le premier qui l'abandonna. Il s'éloigna pour
-aller, au delà des mers, affronter des périls qui étaient pour elle la
-cause des plus mortelles inquiétudes. Les meilleurs amis de madame de
-Sévigné, Retz, la Rochefoucauld, Turenne, furent ceux qui, par leur
-approbation, contribuèrent le plus à l'exécution du projet que ce jeune
-homme, avide de gloire militaire, comme toute la noblesse française de
-cette époque, avait formé à l'insu de sa tendre mère, qui versa,
-lorsqu'elle l'apprit, d'abondantes larmes[251].
-
- [251] SÉVIGNÉ, _Lettres_, t. I, p. 205, édit. de G. de S.-G., ou
- t. I, p. 147, édit. de M. (lettre en date du 8 août 1668).
-
-Depuis François Ier, la France, par la nécessité où elle était
-d'abaisser l'Autriche, sa rivale, se trouvait engagée dans une politique
-contraire à ses sentiments religieux, contraire à ses habitudes de
-déférence envers le chef de l'Église catholique. Dans aucun pays on
-n'avait montré plus de zèle pour la propagation de la foi, dans aucun
-pays la soumission au pape n'avait été plus absolue qu'en France, et
-nulle part les persécutions contre les protestants n'avaient été plus
-cruelles et plus acharnées: cependant, sous Henri IV comme sous François
-Ier, sous Louis XIV comme sous Louis XII, le gouvernement avait toujours
-soutenu, tantôt secrètement, tantôt ouvertement, le Grand Turc et les
-protestants d'Allemagne contre l'Autriche. Les gouvernements qui se
-succédaient en France, cédant à l'opinion générale de l'Europe, aux
-intérêts de l'Église et de la religion en France et à leurs propres
-inclinations, agissaient souvent d'une manière contraire à leur
-politique et aux traités qu'ils avaient conclus. Au dedans, ils
-mécontentaient les protestants d'Allemagne par la violation des
-engagements contractés avec eux, en se montrant intolérants envers les
-protestants français; au dehors, ils fournissaient contre les Turcs,
-alliés de la France, des hommes et des chevaux et secouraient leurs
-ennemis.
-
-Depuis vingt-quatre ans, la riche, mais petite république de Venise
-soutenait contre les Ottomans une lutte inégale. Candie était assiégée
-depuis huit ans. L'attaque comme la défense avait présenté des prodiges
-de valeur, qui avaient fait dire que c'était une guerre de géants.
-Venise sollicitait des secours de toute la chrétienté, et elle
-s'adressait surtout à son plus puissant monarque, à Louis XIV, vainqueur
-de l'Espagne; mais les traités qui liaient la France à la Turquie ne
-permettaient pas au roi de céder aux instances de l'ambassadeur de la
-république. Le pape, cependant, pressait vivement le monarque de prêter
-secours aux Vénitiens contre les infidèles. Dans ces circonstances
-embarrassantes, Louis XIV accepta la proposition qui lui fut faite par
-un de ses jeunes courtisans, qui, plein d'un enthousiasme chevaleresque,
-lui offrit de conduire à ses frais, au secours de Candie, un corps de
-cinq cents gentilshommes français, comme volontaires du saint-siége.
-L'auteur de cette proposition était d'Aubusson de la Feuillade, alors
-nommé duc de Roannès, parce qu'il venait d'épouser la sœur de
-l'héritier de ce nom, qui se démit de tous ses droits en faveur de son
-beau-frère, créé duc et pair à cette occasion[252]. Tout ce qu'il y
-avait dans la noblesse française de jeunes gens impatients à se signaler
-dans les combats s'enrôla sous les drapeaux de la Feuillade. Parmi ceux
-qui étaient sous ses ordres on comptait des d'Aubusson, des Beauvau, des
-Langeron, des Créquy, des Fénelon, des Chamilly, des Saint-Marcel, des
-Villemorts, des Oxienstern, des la Rochejacquelein, des Xaintrailles,
-des du Chastelet, des Chavigny. Il avait pour lieutenants le duc de
-Caderousse, le duc de Château-Thierry et le comte de Saint-Paul[253].
-
- [252] SAINT-SIMON, _Mémoires complets et authentiques_, édit.
- 1829, t. I, p. 439 (année 1696).--HÉNAULT, _Nouvel Abrégé
- chronologique de l'histoire de France_, 1768, in-4º, t. II, p.
- 634 (année 1667); et t. III, p. 866 de l'édit. in-8º; 1821, p.
- 866.--Hénault écrit à tort _Rouannois_, et Saint-Simon assez bien
- _Roannais_; le vrai nom est _Roannès_ ou _Roannez_.--Hénault et
- d'Expilly (_Dict. des Gaules et de la France_, t. VI, p. 334)
- ont, à ce sujet, d'autres inexactitudes.
-
- [253] DARU, _Histoire de Venise_, 1819, in-8º, t. IV, p. 602,
- 608-610.--LOUIS XIV, _Lettres_, t. V, p. 423, 443, 444, 459
- (lettres du 16 mars 1668, 20 septembre 1669).--BUSSY, _Lettres_,
- t. III, p. 132-147-152, 164; et t. V, p. 89, 90.--_Journal
- véritable de ce qui s'est passé à Candie sous M. le duc de la
- Feuillade_, _par_ M. DESROCHES, aide-major; Paris, 1670, in-18,
- chez Charles de Sercy, cité par AUBENAS, _Histoire de madame de
- Sévigné_; Paris, 1842, in-8º, p. 148 à 152.--DU LONDEL, _Fastes
- des rois de la maison d'Orléans et de celle de Bourbon_, 1697,
- in-8º, p. 204. Du Londel place au 29 octobre 1668 l'arrivée du
- duc de la Feuillade à Candie; Desroches, au 1er novembre.
-
-Le baron de Sévigné (tel fut le titre que prit le fils de la marquise de
-Sévigné en entrant dans le monde et qu'il conserva tant qu'elle vécut)
-était alors âgé de vingt ans. Avant de prendre part à cette expédition,
-il consulta d'abord Turenne, qui, avec toute la chaleur d'un nouveau
-converti, l'exhorta à partir pour cette espèce de croisade. En effet,
-tous les historiens nous montrent Turenne depuis la mort de sa femme,
-qui était comme lui de la religion prétendue réformée, vacillant dans la
-croyance de ses ancêtres par la lecture de quelques-uns des écrits
-substantiels qu'avaient publiés les solitaires de Port-Royal sur les
-vraies doctrines de la religion, et aussi par les entretiens de
-plusieurs de ses doctes amis, Choiseul, évêque de Tournay, Vialart,
-évêque de Châlons[254], et par les arguments de son jeune neveu le duc
-d'Albret. Enfin, il fut tout à fait convaincu par l'excellent traité que
-Bossuet composa exprès pour lui sur les points les plus controversés
-entre les deux communions. Les protestants attribuèrent cette conversion
-au désir qu'ils supposaient à Turenne de contrebalancer la confiance que
-Louis XIV semblait vouloir accorder à Condé pour les choses de la
-guerre. Ce qui pouvait donner lieu à cette croyance, c'est qu'on fit
-valoir auprès du pape le crédit dont jouissait Turenne à la cour de
-France et l'influence qu'il pouvait avoir sur les déterminations du roi
-pour envoyer des troupes au secours des Vénitiens. Ce motif engagea le
-souverain pontife à confirmer le choix que Louis XIV avait fait du duc
-d'Albret, neveu de Turenne, pour être promu à la dignité de cardinal. Ce
-jeune abbé n'avait encore reçu aucune dignité ecclésiastique; il sortait
-à peine d'être reçu docteur[255]. Trop de causes engageaient donc
-Turenne à déterminer ceux qui voulaient faire leur apprentissage de la
-guerre à secourir Candie pour qu'il en détournât le jeune Sévigné,
-malgré l'ancienne amitié qu'il avait pour sa mère. Le cardinal de Retz,
-qui désirait que ce jeune homme, son parent, se distinguât dans la
-carrière militaire, la seule qui convînt à son rang et à sa naissance,
-approuva la courageuse résolution qu'il avait prise. Quant à la
-Rochefoucauld, il lui suffisait que le comte de Saint-Paul se fût engagé
-à partir pour souhaiter vivement qu'il eût un grand nombre de compagnons
-d'armes. Aussi, bien loin de combattre les projets du baron de Sévigné,
-il l'exhorta à les mettre à exécution. Si la Rochefoucauld avait
-réfléchi à ce qui s'était passé à cette occasion entre Retz, Turenne et
-le baron de Sévigné, il aurait peut-être à son recueil de Maximes
-chagrines ajouté celle-ci: Dans les conseils que nous donnons à nos
-amis, nous commençons par considérer l'avantage qui peut en résulter
-pour nous-mêmes.--Le motif de la tendresse que le duc de la
-Rochefoucauld avait pour l'unique héritier du nom de Longueville n'était
-ignoré de personne. C'était cet enfant dont la duchesse de Longueville
-avait accouché à l'hôtel de ville de Paris durant les troubles de la
-Fronde et lors de son intime liaison avec le duc de la Rochefoucauld.
-Celui-ci engagea le jeune baron de Sévigné à s'enrôler dans l'escadron,
-composé d'environ cent cinquante gentilshommes, que devait commander le
-comte de Saint-Paul.
-
- [254] DE BAUSSET, t. I, p. 111 et 112, liv. I; et p. 442, no 2
- des Pièces justificatives.--RAMSAY, _Vie de Turenne_, 1773,
- in-12, t. II, p. 153, 154-160.--RAGUENET, _Histoire du vicomte de
- Turenne_, t. II, p. 47.--CHOISY, _Mémoires_, t. III, p.
- 460.--BOSSUET, _Exposition de la doctrine de l'Église catholique,
- augmentée d'une traduction latine par l'abbé de Fleury_, 1761,
- in-12 (conférez surtout la Préface historique). Une addition
- particulière à cet ouvrage de Bossuet fut faite pour M. de
- Turenne, et n'a été imprimée qu'en 1671.
-
- [255] CHOISY, _Mémoires_, t. LXIII de la collection de Petitot,
- p. 156, 458-460-464-465-468.--LOUIS XIV, _OEuvres_, 1806, in-8º,
- t. V, p. 442-444, 451 (lettre au pape, en date du 31 janvier
- 1669).--BUSSY, _Lettres_, t. V, p. 59; ibid., _Supplément aux
- Mémoires_, t. I, p. 75,--_Histoire de la vie et des œuvres de la
- Fontaine_, liv. II, p. 169-171 de la 3º édition, 1824, in-8º.
-
-L'expédition, partie de Toulon le 25 septembre 1668, sur trois navires
-fournis par le roi, arriva à Candie au commencement de novembre, et ne
-fut pas heureuse. La troupe de la Feuillade, composée de jeunes gens
-pleins d'ardeur, mais indisciplinés et sans aucune expérience du métier
-de la guerre, fit des prodiges de valeur contre les Turcs; mais par ses
-imprudences elle compromit la défense de la place plutôt qu'elle ne lui
-fut utile. Mal secondée par la garnison vénitienne et en désaccord avec
-ceux qui la commandaient, elle se rembarqua, et arriva à Toulon le 6
-mars 1669, après six mois d'absence. Elle avait perdu plus de la moitié
-de ceux qui la composaient. La peste, dont elle remporta le germe,
-moissonna la plus grande partie de ceux qui restaient. La Feuillade
-avait reçu trois blessures; l'escadron commandé par le comte de
-Saint-Paul fut celui qui donna le plus de preuves de bravoure éclatante,
-mais ce fut aussi celui qui se montra le plus indiscipliné et qui perdit
-le plus de monde. Le jeune baron de Sévigné, qui en faisait partie, eut
-le bonheur d'échapper à tous ces périls, et revint rejoindre sa
-mère[256].
-
- [256] DARU, _Histoire de Venise_, t. IV, p. 608-610.--SÉVIGNÉ, t.
- I, p. 148, édit de M.; et t. I, p. 207, édit. de G. de
- S.-G.--DESROCHES, _Journal véritable de ce qui s'est passé à
- Candie sous M. le duc de la Feuillade_, cité par AUBENAS, _Vie de
- madame de Sévigné_, p. 149, 152, 153.
-
-
-
-
-CHAPITRE VIII.
-
-1668-1669.
-
- Madame de Sévigné annonce à Bussy le départ de son fils.--Sévigné
- n'était parti qu'avec la permission de sa mère.--Sentiments de
- Sévigné pour sa mère et sa sœur.--Son désintéressement.--Il
- laisse en partant une procuration pour consentir au mariage de sa
- sœur et pour signer le contrat.--Dot que madame de Sévigné donne
- à sa fille en la mariant au comte de Grignan.--Signature du
- contrat.--Liste de tous les personnages dénommés au
- contrat.--Détails sur le comte de Grignan et sur sa famille.--Des
- motifs qui faisaient désirer à madame de Sévigné de l'avoir pour
- gendre.--De son impatience des délais apportés à la conclusion de
- ce mariage.--Elle écrit à Bussy pour le lui annoncer et demander
- son consentement.--Bussy le lui donne par lettre.--Elle lui envoie
- une procuration à signer pour consentir, par-devant les notaires,
- au contrat.--Il ne la signe pas.--Son nom ne paraît point au
- contrat.--Par quelle raison.--Obstacles au mariage causés par les
- hésitations de mademoiselle de Sévigné et par les conseils du
- cardinal de Retz.--Madame de Sévigné lui écrit qu'elle ne peut
- avoir aucun renseignement précis sur l'état de la fortune de M. de
- Grignan et qu'elle s'en rapporte à cet égard à la
- Providence.--Réflexions du cardinal à ce sujet.--Date de la
- célébration du mariage, donnée par madame de Sévigné.--Son
- imprévoyance.--Réflexions à ce sujet.
-
-En écrivant à Bussy la nouvelle du départ du baron de Sévigné, dans sa
-lettre en date du 28 août 1668, madame de Sévigné disait: «Je crois que
-vous ne savez pas que mon fils est allé en Candie avec M. de Roannès et
-le comte de Saint-Paul. Cette fantaisie lui est entrée fortement dans la
-tête; il l'a dit à M. de Turenne, au cardinal de Retz, à M. de la
-Rochefoucauld: voyez quels personnages! Tous ces messieurs l'ont
-tellement approuvé que la chose a été résolue et répandue avant que j'en
-susse rien. Enfin il est parti: j'en ai pleuré amèrement; j'en suis
-sensiblement affligée. Je n'aurai pas un moment de repos pendant tout ce
-voyage; j'en vois tous les périls, j'en suis morte; mais, enfin, je n'en
-ai pas été maîtresse, et, dans ces occasions-là, les mères n'ont pas
-beaucoup de voix au chapitre[257].»
-
- [257] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (18 août 1668), t. I, p. 148, édit. de
- M.; _ibid._, t. I, p. 207, édit. de G. de S.-G.
-
-Non sans doute, quand on a de pareilles inspirations et la ferme volonté
-de les suivre, on ne consulte point sa mère. Mais, pourtant, Sévigné ne
-partit pas sans avoir obtenu le consentement de la sienne. La
-correspondance de celle-ci nous prouve que, malgré ses défauts et les
-travers de sa jeunesse, Sévigné se montra toujours plein de tendresse et
-de déférence pour sa mère; il savait apprécier ses aimables qualités, et
-se trouvait heureux de lui prouver son affection par ses complaisances
-et ses attentions. Bien souvent il préféra à tous les plaisirs de la
-cour et du monde les longues journées de lectures et de promenades
-passées en tête à tête avec cette mère chérie, dans la solitude des
-Rochers. Frère aussi excellent qu'il était bon fils, la préférence
-marquée que madame de Sévigné manifestait en toute occasion pour sa
-fille ne lui inspira jamais ni jalousie ni envie. Il aimait tendrement
-sa sœur, et le lui prouva surtout par son désintéressement.
-
-Au commencement de l'année 1679, Sévigné n'était pas encore de retour de
-son expédition de Candie, lorsque madame de Sévigné recevait quittance
-de deux cent mille livres tournois par elle payées, à compte[258] des
-trois cent mille livres de dot qu'elle donnait à sa fille en la mariant
-au comte de Grignan. Sévigné, la veille du jour où il avait quitté sa
-mère pour se rendre à Toulon[259], avait passé une procuration à l'effet
-de signer en son nom et d'approuver tous les avantages pécuniaires qui
-seraient faits à sa sœur par son contrat de mariage. Ce contrat fut
-signé le 28 janvier 1669, et il est utile, pour l'intelligence de ces
-Mémoires et des lettres de madame de Sévigné, de faire connaître, selon
-l'ordre où ils sont mentionnés dans cet acte, tous les personnages qui y
-comparurent alors, soit en personne, soit par procuration[260].
-
- [258] «En louis d'argent, louis d'or et pistoles d'Espagne,» dit
- la quittance annexée au contrat, dont la grosse originale, signée
- des notaires GIGAULT et SIMONNET, est sous nos yeux. La dot de
- mademoiselle de Sévigné était de plus de six cent mille francs,
- monnaie actuelle.
-
- [259] Le 22 août 1668.
-
- [260] Nous avons laissé l'orthographe des noms telle qu'elle est
- dans l'acte, quoique ce ne soit pas toujours celle qui a été
- suivie dans cet ouvrage, d'après l'usage établi et les livres
- imprimés.
-
-C'est d'abord le futur époux:
-
-«François Adhémar de Grignan, chevalier, comte dudit Grignan et autres
-lieux, conseiller du roi, lieutenant général pour Sa Majesté en
-Languedoc, demeurant à Paris, rue Béthizy, paroisse Saint-Germain
-l'Auxerrois.»
-
-Puis ensuite: «Marie de Rabutin-Chantal, veuve de Henri, marquis de
-Sévigné, seigneur des Rochers, de la Haye-de-Torré, du Buron, Bodegat et
-autres lieux, conseiller du roi, maréchal de ses camps et gouverneur
-pour Sa Majesté des villes et châteaux de Fougères; stipulant pour
-mademoiselle Françoise-Marguerite de Sévigné, sa fille, et demeurant rue
-du Temple, paroisse Saint-Nicolas des Champs.»
-
-Du côté de l'époux comparaissent, pour donner leur consentement au
-mariage: «Jacques Adhémar de Grignan, évêque et comte d'Uzès, oncle
-paternel[261].
-
- [261] SÉVIGNÉ, _Lettres_, 6 mars, 11 et 28 octobre 1671.
-
-«Joseph Adhémar de Monteil de Grignan, chevalier, comte de Venosan,
-capitaine d'une compagnie de chevau-légers[262]; et Louis, abbé de
-Grignan, aussi frère (c'est-à-dire tous deux frères du comte de
-Grignan)[263].
-
- [262] SÉVIGNÉ, _Lettres_, 9 juillet, 1er novembre 1671, 7 août
- 1675, 28 octobre 1676 (le chevalier de la Gloire), 1er novembre
- 1688; 6 juillet, 31 août 1689; 11 janvier 1690.
-
- [263] SÉVIGNÉ, _Lettres_, 30 mars 1672, 9 septembre 1675 (le plus
- beau de tous les prélats); 21 août 1680, 9 janvier 1683, 22
- septembre 1688 (M. de Carcassonne); 7 février, 16 juin, 17
- juillet 1689 (_idem_); 17 août 1690.--Sur Louis-Joseph Adhémar de
- Monteil de Grignan, dit _le bel abbé_, qui fut successivement
- évêque d'Évreux et de Carcassonne; conférez encore les _Lettres
- inédites et restituées de madame_ DE GRIGNAN _et de l'abbé_ DE
- COULANGES, publiées par M. VALLET DE VIRIVILLE, t. IV, p. 320 de
- la _Bibliothèque de l'École des Chartes_, 1843, in-8º (lettre du
- 22 décembre 1677), p. 5 du tirage à part.--_Catalogue des
- archives de la maison de Grignan_, 1844, in-8º, p. 30-36.
-
-«Charles de Sainte-Maure, duc de Montausier, pair de France, etc.; et
-dame Julie d'Angennes, duchesse de Montausier, beau-frère et belle-sœur
-(du comte de Grignan par le premier mariage de ce dernier avec la
-deuxième fille de madame de Rambouillet)[264].
-
- [264] SÉVIGNÉ, _Lettres_, 4 septembre 1668, 16 mars 1672; 7 août,
- 24 novembre 1675; 21 février 1680, 1er décembre 1688, 15 février
- 1690.--LOUIS XIV, _OEuvres_, t. V, p. 373.--CONRART, _Mémoires_,
- t. XLVIII, p. 64, 76.--MONGLAT, _Mémoires_, t. L, p. 393, sur
- madame de Montausier.--SÉVIGNÉ, _Lettres_, 22 novembre 1671.
-
-«Madame du Puy du Fou de Champagne, marquise de Mirepoix, belle-sœur
-(par le second mariage de M. de Grignan avec Marie-Angélique, fille du
-marquis du Puy du Fou et de Champagne et de Madeleine de
-Bellièvre)[265].
-
- [265] La marquise du Puy du Fou la mère mourut en mars 1696, à
- l'âge de quatre-vingt-trois ans. Voyez le _Mercure galant_, mars
- 1696, p. 221. Cf. _Archives de la maison de Grignan_, p. 32, no
- 195.
-
-«Pomponne de Bellièvre, chevalier, marquis de Grignan, conseiller du roi
-en ses conseils et d'honneur en sa cour du parlement, oncle.
-
-«De Crussol, comte dudit lieu, et dame Julie-Françoise de Sainte-Maure
-son épouse, nièce[266].
-
- [266] Conférez SÉVIGNÉ, _Lettres_, en date du 15 mai 1671, du 18
- novembre 1671, du 22 janvier 1672, t. II, p. 71, 292 et 357,
- édit. de G. de S.-G.--_Vie du duc de Montausier_, t. II, p. 15 et
- 17.--MONTPENSIER, _Mémoires_, t. XLIII, p. 196.--TALLEMANT,
- _Hist._, t. II, p. 33, édit. in-8º.
-
-«Henri de Lorraine, prince d'Harcourt, cousin germain maternel, et
-Françoise de Brancas, princesse d'Harcourt, son épouse[267].
-
- [267] SÉVIGNÉ, _Lettres_, 23 mai 1667, 6 janvier et 26 décembre
- 1672, 1er janvier 1674, 20 juillet 1679.--CHOISY, _Mém._, t.
- LXIII, p. 432.
-
-«Antoine-Escalin Adhémar de la Garde, chevalier, comte de la Garde,
-gouverneur de la ville de Furnes, cousin germain maternel[268].
-
- [268] SÉVIGNÉ, _Lettres_, 7 et 11 août 1675, 28 octobre 1676, 16
- juillet 1677, 20 juillet 1689.
-
-«Simiane de Gordes, chevalier des ordres du roi, marquis de Gordes,
-comte de Carser, chevalier d'honneur de la reine, et dame Marie de
-Sourdis, son épouse, cousine[269].
-
- [269] SÉVIGNÉ, _Lettres_, 19 février 1672, 19 novembre 1673.
-
-«Toussaint de Forbin, évêque de Marseille[270].
-
- [270] Conférez SÉVIGNÉ, _Lettres_, 28 novembre 1670, 8 avril
- 1671, 19 et 27 novembre 1673 (il est nommé _la Grêle_ dans cette
- lettre), 24 novembre 1675 (nommé seulement _l'évêque_ dans cette
- lettre), 18 août 1680, 22 février 1690 (c'est le cardinal de
- Forbin).
-
-«Madame d'Uzès[271].
-
- [271] Madame DE GRIGNAN, _Lettres_ à son mari, 1843, in-8º, p. 18
- et 19 du tirage à part.
-
-«Charlotte d'Étampes de Vallencey, marquise de Puysieux[272].
-
- [272] SÉVIGNÉ, _Lettres_, 19 novembre 1670, 13 mars 1671, 23 août
- 1675, 15 septembre 1677 (lettre de Bussy).--TALLEMANT,
- _Historiettes_, t. I, p. 293 et 294.--MONTPENSIER, _Mémoires_, t.
- XLIII, p. 159, 205, 271, édit. in-8º.--_Biographie universelle_,
- t. XXXVI, p. 304.
-
-«Armand de Simiane, abbé de Gordes, premier aumônier de la reine, comte
-de Lyon et prieur de la Roé et de Saint-Lô de Rouen[273].
-
- [273] SÉVIGNÉ, _Lettres_, 3 novembre 1688 (évêque de Langres), 19
- novembre 1695.
-
-«Cousins et cousines.
-
-«Marie d'Alongny-Rochefort, épouse de Jacque le Coigneux, chevalier,
-conseiller du roi et grand président en la cour du parlement[274].
-
- [274] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (lettre de Bussy, du 14 novembre
- 1685.)--_Journal de_ DANGEAU, 24 avril 1686.
-
-«De Brancas[275].
-
- [275] SÉVIGNÉ, _Lettres_, 25 juin 1670; 24 et 27 avril, 13 mai,
- 10 juin, 28 décembre 1671; 2 juin 1672, 25 septembre 1676, 29
- nov. 1679.
-
-«Anne-Marie d'Aiguebonne, comtesse de Bury[276].
-
- [276] SÉVIGNÉ, _Lettres_, 17 et 24 janvier 1680, 26 juin 1689 (la
- sotte amie de madame de la Faluère).
-
-«Vicomte de Polignac, chevalier des ordres du roi et gouverneur de la
-ville du Puy; dame du Rouvre, son épouse[277].
-
- [277] SÉVIGNÉ, _Lettres_, 13 décembre 1684, 3 et 29 avril 1686,
- juillet 1690, t. III, p. 319, édit. de G. de S.-G.
-
-«Henri de Guénégaud, chevalier, marquis de Plancy, seigneur de Fresne et
-autres lieux, conseiller secrétaire d'État et de commandement de Sa
-Majesté, commandeur de ses ordres; et dame Claire-Bénédict de Guénégaud,
-duchesse de Cadrousse, cousine[278].
-
- [278] SÉVIGNÉ, _Lettres_, 9 août 1671.
-
-«Le marquis de Montanègre[279].
-
- [279] SÉVIGNÉ, _Lettres_, 31 mai 1680.
-
-«Le marquis de Valavoire, et dame Amat, son épouse[280].
-
- [280] SÉVIGNÉ, _Lettres_, 13 janvier 1672, 22 mars 1676, 29 août
- 1677.--MONTPENSIER, _Mémoires_, t. XLI, p. 218 et 219.--LORET,
- _Muse historique_, t. IX, p. 136, 164.
-
-«De Reffuges, chevalier, lieutenant général des armées du roi; dame de
-Buzeau, son épouse[281].
-
- [281] Madame de Sévigné ne fait aucune mention de Reffuges,
- personnage intéressant que Saint-Simon fait bien connaître.
- Conférez SAINT-SIMON, _Mémoires_, t. X, p. 332 et 334. Reffuges
- mourut en 1712.--Une Charlotte Reffuges épousa Guy d'Elbène. Voy.
- deuxième partie de ces _Mémoires_, p. 419.
-
-«Claude de Seur, chevalier, conseiller du roi et directeur de ses
-finances.
-
-«Dame Catherine de Tignard, marquise de Saint-Auban.
-
-«L'abbé de Valbelle[282].
-
- [282] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (19 janvier 1674, 17 juillet
- 1680).--LORET, _Muse historique_, t. XII, p. 36.
-
-«L'abbé de Rochebonne, comte de Lyon[283].
-
- [283] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (16 août 1671, 27 juillet 1672).
-
-«Dame Jacqueline de Laugère, comtesse douairière du Roure.
-
-«Le comte du Roure, lieutenant général pour Sa Majesté en Languedoc,
-gouverneur du Pont-Saint-Esprit; et dame Dugas, son épouse.
-
-«M. de Montbel.»
-
-Après cette énumération de personnages, «tous parents, amis et alliés
-dudit seigneur futur époux,» l'acte nomme ensuite tous les parents et
-amis qui ont comparu devant les notaires de la part de la future épouse;
-et d'abord est nommé le premier:
-
-«Pierre de la Mousse[284], prêtre et docteur en théologie, prieur de la
-Grossé, comme fondé de procuration de Charles de Sévigné, chevalier,
-marquis dudit lieu, seigneur des Rochers, la Haye-de-Torré, le Buron,
-Bodegat, la Baudière et autres lieux, frère de ladite demoiselle future
-épouse.»
-
- [284] SÉVIGNÉ, _Lettres_, 27 avril, 23 mai, 20 et 30 septembre
- 1671; 19 février 1690, t. II, p. 45, 233; t. X, p. 264, édit. G.
- de S.-G.
-
-Après Pierre de la Mousse et Sévigné, l'acte nomme ensuite:
-«D'Hacqueville[285], conseiller du roi, abbé, tant en son nom que comme
-fondé de procuration de Son Éminence Jean-François-Paul de Gondy,
-cardinal de Retz, souverain du Commercy, grand-oncle.» Le cardinal de
-Retz prend le titre de souverain du Commercy, parce que ce petit
-district de Lorraine, doyenné du diocèse de Toul, était devenu une
-souveraineté jugeant les procès en dernier ressort et dont les sessions
-se nommaient les _grands jours_. Le cardinal de Retz était devenu
-seigneur, ou, comme on disait spécialement, _damoiseau_ du Commercy, par
-héritage de sa tante Madeleine de Silly, dame du Fargis. Retz, pour
-payer ses dettes, vendit la nue-propriété de cette terre à Charles IV,
-duc de Lorraine; mais il s'en conserva l'usufruit[286]. Il y demeurait
-alors, et sa procuration donnée à d'Hacqueville fut dressée par Vanesson
-et Collignon, notaires à Commercy.
-
- [285] SÉVIGNÉ, _Lettres_, 24 avril, 5 juillet, 27 septembre 1671;
- 15 décembre 1673, 19 et 24 juillet 1675, 5 août 1676.--RETZ,
- _Mémoires_, t. XLVI, p. 49, 226, 360.--JOLY, _Mémoires_, p. 261
- et 473.
-
- [286] Conférez P. BENOÎT, _Histoire ecclésiastique et politique
- de la ville et du diocèse de Toul_, 1707, in 4º, p. 79.--L'abbé
- D'EXPILLY, _Dictionnaire géographique, historique et politique
- des Gaules et de la France_, 1764, in-folio, t. II, p.
- 401.--SÉVIGNÉ, _Lettres_, 10 octobre 1654, 15 avril 1672; 19 et
- 26 juin, 9 et 22 août, 20 décembre 1675; 11 et 12 août 1676
- (notre bon ermite), 12 et 15 octobre 1677 (le cardinal, le
- parrain de Pauline), 28 avril et 20 juin 1678 (de Bussy), 27 juin
- 1678, 25 et 28 août 1679 (de Bussy), 13 mai 1680.
-
-«André Marquevin Besnard, bourgeois de Paris, comme fondé de
-procuration du duc de Retz, grand-oncle.
-
-«Réné Renault de Sévigné, seigneur de Champiré, grand-oncle[287].
-
- [287] SÉVIGNÉ, _Lettres_, 9 mars 1672, 22 mars 1676.
-
-«Charles de Sévigné, chevalier, comte de Montmoron, conseiller du roi en
-sa cour du parlement de Bretagne, cousin paternel[288].
-
- [288] SÉVIGNÉ, _Lettres_, 2 décembre 1672.
-
-«François de Morais, chevalier, marquis de Brezolles, capitaine enseigne
-des gens d'armes de Monsieur, duc d'Orléans, frère unique du roi.
-
-«Et Charles-Nicolas de Créqui, chevalier, marquis de Ragny[289], cousin.
-
- [289] SÉVIGNÉ, _Lettres_, 1er mai 1672 (lettre de Bussy); 13 mai,
- 26 août 1675; 8 décembre 1677, février 1683 (t. VII, p. 362 de
- l'édit. de G. de S.-G.), 14 février 1687.
-
-«Henri-François, chevalier, marquis de Vassé, cousin germain
-paternel[290].
-
- [290] SÉVIGNÉ, _Lettres_, 7 juin 1676.--TALLEMANT,
- _Historiettes_, t. IV, p. 119, édit. in-8º.--MONTPENSIER,
- _Mémoires_, t. XLI, p. 232.
-
-«Christophle de Colanges, abbé de Livry, grand-oncle maternel[291].
-
- [291] SÉVIGNÉ, _Lettres_, 16 février 1671 (l'abbé), 18 mai 1672
- (notre abbé), 6 octobre 1676, 2 septembre 1687. (L'acte porte
- toujours _Colanges_; c'est, dit M. Monmerqué, l'ancienne
- orthographe de ce nom, en faisant observer que l'abbé de
- Coulanges signait toujours _Colanges_.)--_Mémoires de_ COULANGES,
- p. 346.
-
-«Louis de Colanges, chevalier, seigneur de Chezières, grand-oncle
-maternel[292].
-
- [292] SÉVIGNÉ, _Lettres_, 5 et 23 août 1671, 27 mai 1672, 30
- avril 1675.
-
-«Charles de Colanges, chevalier, seigneur de Saint-Aubin, aussi
-grand-oncle maternel[293].
-
- [293] SÉVIGNÉ, _Lettres_, 6 octobre 1679; 15, 17, 19 novembre
- 1688.--COULANGES, _Mémoires_, p. 49.
-
-«Dame Henriette de Colanges, veuve de François le Hardy, chevalier,
-marquis de la Trousse, maréchal des camps et armées du roi,
-grande-tante[294].
-
- [294] SÉVIGNÉ, _Lettres_, 23 août et 18 octobre 1671 (ma tante),
- 24 juin et 1er juillet 1672.
-
-«Philippe-Auguste le Hardy de la Trousse, chevalier, marquis dudit lieu,
-capitaine sous-lieutenant de gendarmes de monseigneur le Dauphin, cousin
-germain maternel[295].
-
- [295] SÉVIGNÉ, _Lettres_, 9 juillet 1656 (de Bussy), 20 juillet
- 1656, 19 août et 14 septembre 1675; 31 juillet 1680, 15 novembre
- 1684, 22 juillet 1685, 8 octobre 1688; 3 janvier, 20 mars et 12
- juin 1689; 4 janvier 1690.--DANGEAU, mss., 24 mars 1685.
-
-«Philippe-Emmanuel de Colanges, chevalier, conseiller du roi en sa cour
-de parlement, cousin germain maternel; et dame Angélique Dugué, son
-épouse[296].
-
- [296] Dans les lettres qui nous restent de madame de Sévigné, on
- en compte trente-cinq où madame de Coulanges et son mari sont
- mentionnés: plusieurs sont écrites par eux à madame de Sévigné ou
- leur sont adressées par elle.
-
-«Henri de Lancy Raray, chevalier, marquis dudit lieu, aussi cousin
-maternel.
-
-«Gaston-Jean-Baptiste de Lancy Raray chevalier aussi, marquis dudit
-lieu, cousin maternel[297].
-
- [297] SÉVIGNÉ, _Lettres_, 31 juillet 1680.--Conférez MONTPENSIER,
- _Mémoires_, t. XLI, p. 456, 457.
-
-«Charles de Lancy, seigneur de Ribecourt et Pimpré, conseiller du roi en
-son conseil d'État, cousin maternel.
-
-«Roger Duplessis, duc de la Rocheguyon, pair de France, seigneur de
-Liancourt, comte de Duretal; et dame Jeanne de Schomberg, son épouse.
-
-«Marie d'Hautefort, veuve de François de Schomberg, duc d'Alvin, pair et
-maréchal de France, gouverneur de Metz en pays Messin, colonel général
-des Suisses et Grisons[298].
-
- [298] Conférez la 2e partie des _Mémoires_, ch. VI, p.
- 61-67.--SÉVIGNÉ, _Lettres_, du 5 janvier 1674, 30 juillet 1677.
-
-«François, duc de la Rochefoucauld, pair de France, prince de Marsillac,
-chevalier des ordres du roi[299].
-
- [299] SÉVIGNÉ, _Lettres_, 19 novembre 1652, t. I, p. 19, 67, 90,
- 94, 158, 167, 170, édit. de G. de S.-G. (lettres de la
- Rochefoucauld à de Guitaud), 22 septembre et 15 novembre 1664; 11
- mai, 20 août 1667; 24 septembre 1667; 21 mars, 12 juillet 1671;
- 20 juin 1672 (il y a un homme dans le monde, etc.), 14 Juillet
- 1673, 30 juillet 1677, 21 décembre 1678 (de Bussy), 6 et 25
- octobre 1679, 15 et 29 mars 1680.
-
-«La princesse mademoiselle Anne-Élisabeth de Lorraine.
-
-«Félix Vialar, évêque de Châlons, comte et pair de France.
-
-«Jean-Antoine de Mesmes, chevalier, comte d'Avaux, conseiller du roi en
-tous ses conseils, grand président en sa cour de parlement de
-Paris[300].
-
- [300] SÉVIGNÉ, _Lettres_, 11 mars 1671.
-
-«Olivier Lefèvre d'Ormesson, chevalier, seigneur d'Amboille[301].
-
- [301] SÉVIGNÉ, _Lettres_, 24, 26 et 27 novembre 1664 (le
- rapporteur).
-
-«Philbert-Emmanuel de Beaumanoir de Lavardin, conseiller du roi en ses
-conseils, évêque du Mans, commandant des ordres de Sa Majesté[302].
-
- [302] SÉVIGNÉ, _Lettres_, 11 mars 1671 (je dîne tous les
- vendredis chez le Mans), 2 août 1671; t. I, p. 371; t. II, p.
- 167, édit. de G. de S.-G.--LORET, _la Muse historique_, t. III,
- p. 46; t. IX, p. 130; t. XI, p. 34.
-
-«Marguerite-Renée de Rostaing, veuve de Henri de Beaumanoir, chevalier,
-marquis de Lavardin, maréchal des camps et armées du roi[303].
-
- [303] SÉVIGNÉ, _Lettres_, 15 avril 1671 (Savardin), 9 et 12 juin
- 1680 10 avril 1691, avril 1694 (édit. de G. de S.-G., t. XI, p.
- 25).
-
-«Marie-Madeleine de la Vergne, épouse du marquis de la Fayette[304].
-
- [304] SÉVIGNÉ, _Lettres_, 17 avril, 16 mars 1671 (princesse de
- Clèves), 9 février 1673, 26 mai, 30 juin 1673 (lettre de madame
- de la Fayette), 15 décembre 1675, 12 janvier 1676, 18 et 22 mars,
- 19 juin 1678 (lettre de Bussy), 17 mars 1680, juin 1693 (édit. de
- G. de S.-G., t. X, p. 461).--BUSSY, _Lettres_, t. V, p. 154, du
- 1er mai 1670.--DELORT, _Voyage aux environs de Paris_, t. I, p.
- 217 et 224.--COSTAR, _Lettres_, p. 540.--BARRIÈRE, _la Cour et la
- Ville_, p. 70.--LORET, _Muse historique_, t. XII, p. 142.--LA
- FAYETTE, _Histoire d'Henriette_, t. LXIV, p. 395, collect. de
- Petitot.
-
-«Dame Françoise de Montalais, veuve du comte de Marans.
-
-«Alliés et amis de ladite demoiselle future épouse.»
-
-Cette longue liste ne nous donne pas une connaissance complète de tous
-les membres de la famille dans laquelle la fille de madame de Sévigné
-allait entrer; il y manque encore:
-
-François Adhémar de Monteil de Grignan, archevêque d'Arles, oncle
-paternel de M. de Grignan[305].
-
- [305] SÉVIGNÉ, _Lettres_, 19 novembre 1670, 22 septembre 1673, 21
- janvier 1689 (l'oncle); 12 avril, 23 octobre 1689.--_Archives de
- la maison de Grignan_, 1844, in-8º, no 192.
-
-Jean-Baptiste Adhémar de Monteil de Grignan, frère de M. de Grignan,
-coadjuteur de son oncle l'archevêque d'Arles[306].
-
- [306] SÉVIGNÉ, _Lettres_, 19 novembre 1670, 17 avril 1671
- (seigneur Corbeau), 14 novembre 1671 (M. de Claudiopolis), 31 mai
- 1675 (l'abbé d'Aiguebeve), 5 juin, 16 et 19 août 1675 (le
- coadjuteur).--Madame DE GRIGNAN, _Lettres à son mari_ (5 janvier
- 1688), p. 5 et 20 du tirage à part; lettre du 22 décembre 1677,
- t. IV, p. 320 et 333 de la _Bibliothèque de l'École des
- chartes_.--_Archives de Grignan_, p. 31, no 192.
-
-Charles-Philippe Adhémar de Monteil, chevalier de Grignan, chevalier de
-Malte, autre frère de M. de Grignan[307].
-
- [307] SÉVIGNÉ, _Lettres_, 22 janvier et 10 février 1672.
-
-Marie Adhémar de Monteil de Grignan, sœur de M. de Grignan, religieuse
-à Aubenas dans le Vivarais [308].
-
- [308] SÉVIGNÉ, _Lettres_, 9 juin 1680.
-
-M. de Grignan avait encore deux autres sœurs, dont l'une, Marguerite de
-Grignan, avait épousé le marquis de Saint-Andiol[309]; l'autre, Thérèse
-de Grignan, fut mariée au comte de Rochebonne[310].
-
- [309] _Lettres de madame_ RABUTIN-CHANTAL, _marquise_ DE SÉVIGNÉ,
- _à madame de Grignan_; la Haye, 1726, in-12, t. I, p. 39 (18 mars
- 1671).--SÉVIGNÉ, _Lettres_, 8 juillet 1675, 21 février 1735
- (lettre de madame de Simiane, dans l'édit. de G. de S.-G., t.
- XII, p. 118). Dans les éditions modernes, le passage sur
- Saint-Andiol, qui se trouve dans la première édition, a été
- retranché. Conférez ch. XVII.
-
- [310] SÉVIGNÉ, _Lettres_, 16 août 1671, 27 juillet 1672, 6
- novembre 1675, 18 septembre 1679, 15 mai 1689.
-
-M. de Grignan avait de sa première femme Claire d'Angennes, qu'il épousa
-le 27 avril 1658, deux filles, toutes deux fort jeunes encore lorsqu'il
-se maria pour la troisième fois à mademoiselle de Sévigné, l'une nommée
-Louise-Catherine de Grignan[311], l'autre Françoise-Julie de Grignan,
-plus connue sous le nom de mademoiselle d'Alérac[312].
-
- [311] SÉVIGNÉ, _Lettres_, 1er mai, 25 octobre 1686.
-
- [312] SÉVIGNÉ, _Lettres_, 11 septembre 1680 (la fille terrestre
- de M. de Grignan), 13 décembre 1684, 14 février 1685, 1er mai
- 1686, 27 septembre 1687, 9 mars et 30 avril 1689.--Madame DE
- GRIGNAN, _Lettres à son mari_ (22 décembre 1677 et 5 janvier
- 1688), t. IV, p. 321 et 333 de la _Bibliothèque de l'École des
- chartes_, 1843, in-8º, ou p. 6 et 18 du tirage à part, ou _Lettre
- de madame_ DE GRIGNAN _au comte de Grignan, son mari_, Paris,
- imprimerie de Firmin Didot, décembre 1832, in-8º, p. 7 et 8.
- (C'est la lettre du 5 janvier 1688, publiée, d'après
- l'autographe, à 50 exemplaires seulement.)
-
-Nous aurons, dans le cours de ces Mémoires, plus d'une occasion de
-parler des personnages dont les noms viennent d'être mentionnés. Ce
-qu'il importe pour le présent, c'est de bien faire connaître l'aîné et
-le chef de cette nombreuse famille des Grignan, puisqu'en l'adoptant
-pour gendre madame de Sévigné croyait voir réaliser toutes les
-espérances que sa tendresse lui avait suggérées pour le bonheur de celle
-qui était l'objet de ses pensées les plus chères et de ses jouissances
-les plus vives. Quoiqu'en épousant mademoiselle de Sévigné le comte de
-Grignan fût à ses troisièmes noces, cependant il n'avait alors que
-trente-sept ans[313]. Mademoiselle de Sévigné avait atteint vingt-trois
-ans; or, une supériorité d'âge de la part de l'époux qui n'excède pas le
-nombre de treize années a toujours paru propre à établir dans l'union
-conjugale cette similitude de goûts et d'inclinations que la différence
-des sexes tend à faire disparaître entre personnes de même âge, à mesure
-qu'elles s'avancent vers les dernières périodes de la vie. Le comte de
-Grignan était plutôt laid que beau de visage; mais il avait une
-physionomie expressive, une belle taille, un air noble et gracieux. Il
-possédait cette politesse exquise, ce suprême bon ton, cet art de
-converser agréablement qui, même à la cour élégante et polie de Louis
-XIV, faisaient distinguer avantageusement ceux qui, dans leur jeunesse,
-avaient fréquenté l'hôtel de Rambouillet. Sans être un homme remarquable
-par sa capacité et par son esprit, il s'était acquitté avec distinction
-de tous les emplois dont il avait été chargé: grand, généreux, aimant
-les arts, le luxe, il s'était fait de nombreux amis, et, bien vu du roi,
-il pouvait aspirer aux plus hautes dignités, aux plus belles fonctions
-de l'État[314]. Par ses deux premières femmes, qu'il avait rendues
-heureuses, il donnait à celle qu'il allait épouser des garanties de la
-douceur de son caractère dans les relations conjugales, garanties que
-bien peu d'hommes de son âge pouvaient offrir. Sa noblesse était
-non-seulement fort ancienne, mais illustre; il était Grignan par les
-femmes, Castellane par les hommes. Sa famille, par ses alliances et ses
-origines, se trouvait encore greffée à celles des Adhémar et des Ornano;
-elle réunissait tous ces beaux noms, et écartelait en quatre quartiers,
-sur son écusson, les insignes de ces quatre souches[315]. Encore
-florissante et nombreuse, cette famille se maintenait dans un grand
-éclat par les dignités ecclésiastiques et les grades militaires de
-plusieurs de ses membres, tous oncles ou frères de M. de Grignan; et
-lui, par ses prudents mariages, n'avait point terni la splendeur de sa
-maison. La famille des d'Angennes de Rambouillet est suffisamment connue
-par ce que nous avons déjà dit d'elle dans ces Mémoires. M. de Grignan
-avait perdu sa première femme, Angélique-Clarice d'Angennes, en janvier
-1665[316]. Elle lui avait laissé deux filles, dont mademoiselle de
-Sévigné, en se mariant, allait devenir la belle-mère. La seconde femme
-qu'il avait épousée était d'une noblesse encore plus ancienne, quoique
-moins illustre que les d'Angennes: c'était Marie-Angélique du Puy du
-Fou, fille de Gabriel, sire du Puy du Fou, marquis de Combronde,
-seigneur de Champagne, et de Madeleine Peschseul de Bellièvre[317]. Elle
-mourut au mois de juin de l'année 1667, en couche d'un fils qui ne vécut
-pas. Ces deux alliances n'avaient pas été moins avantageuses sous le
-rapport de la fortune que sous celui de la naissance, ce qui semblait
-dispenser madame de Sévigné d'un rigoureux examen et lui permettre de
-s'en tenir à cet égard aux apparences, que les belles possessions
-territoriales du comte de Grignan présentaient sous un jour favorable.
-Depuis son dernier veuvage, M. de Grignan paraissait décidé à vivre à la
-cour. Sa charge de lieutenant général du roi en Languedoc y mettait peu
-d'obstacle. A cette époque, le gouvernement militaire du Languedoc se
-composait d'un gouverneur général, d'un commandant et de trois
-lieutenants généraux. La présence de M. de Grignan, qui était un de ces
-trois, n'était nécessaire que dans des cas extraordinaires[318]; et
-madame de Sévigné était surtout charmée de l'espoir de conserver près
-d'elle sa fille, de diriger ses premiers pas dans le monde, de partager
-ses plaisirs et d'alléger ses peines. Ses lettres nous la montrent
-enchantée de ce mariage, négocié par son ami le comte de Brancas[319].
-Son ambition et sa tendresse maternelle y trouvaient un double sujet de
-satisfaction. Elle s'impatientait des délais que la nécessité des formes
-et les considérations de parenté forçaient d'y apporter. Le 4 décembre
-1668, elle écrivait à Bussy, dont, en sa qualité de curateur,
-l'approbation, au moins pour la forme, devait être demandée[320]:
-
-«Il faut que je vous apprenne ce qui, sans doute, vous donnera de la
-joie: c'est qu'enfin la plus jolie fille de France épouse non le plus
-joli garçon, mais un des plus honnêtes hommes du royaume, que vous
-connaissez il y a longtemps. Toutes ses femmes sont mortes pour faire
-place à votre cousine, et même son père et son fils, par une bonté
-extraordinaire; de sorte qu'étant plus riche qu'il n'a jamais été, et se
-trouvant d'ailleurs, et par sa naissance, et par ses établissements, et
-par ses bonnes qualités, tel que nous le pouvions souhaiter, nous ne le
-marchandons point, comme on a accoutumé de faire; nous nous en fions
-bien aux deux familles qui ont passé devant nous. Il paraît fort
-content de notre alliance; et aussitôt que nous aurons reçu des
-nouvelles de l'archevêque d'Arles, son oncle, son autre oncle l'évêque
-d'Uzès étant ici, ce sera une affaire qui s'achèvera avant la fin de
-l'année. Comme je suis une dame assez régulière, je n'ai pas voulu
-manquer à vous demander votre avis et votre approbation. Le public
-paraît content, c'est beaucoup; car on est si sot que c'est quasi sur
-cela qu'on se règle.»
-
- [313] SAINT-SIMON, _Mémoires complets et authentiques_, ch. V, t.
- XII, p. 59.
-
- [314] SAINT-SIMON, _Mémoires_, t. XII, p. 59.
-
- [315] Conférez le chevalier PERRIN, _Préface des Lettres de
- madame de Sévigné à madame de Grignan, sa fille_, p. xxviij,
- édit. de 1754.--MORERI, _Dictionnaire_, t. V, p. 375.--D'EXPILLY,
- _Dictionnaire géographique de France_, 1764, in-folio, t. II, p.
- 114.--_Lettre de_ M. DE GRIGNAN-GRIGNAN _à M. Grouvelle_,
- _Gazette de France_ du mercredi 4 juin 1806.--AUBENAS, _Notice
- historique sur la maison de Grignan_, dans l'_Histoire de madame
- de Sévigné_, 1842, in-8º, p. 521 à 528.--VALLET DE VIRIVILLE,
- _Catalogue des Archives de la maison de Grignan_, 1844, in-8º (no
- 1 est de l'an 1267).--Voyez, dans l'édition des _Lettres de
- madame_ DE SÉVIGNÉ, 1820, in-8º, t. I, les armes des familles de
- Sévigné, Bussy, Grignan et Simiane.
-
- [316] SÉVIGNÉ, _Lettres_, t. I, p. 106, édit. de Monmerqué, 1820,
- in-8º; et t. I, p. 150, édit. de G. de S.-G. (janvier 1665).
-
- [317] _Tableau généalogique de la maison du Puy du Fou_, 40 pages
- in-folio, sans la table.
-
- [318] D'EXPILLY, _Dictionnaire géographique et historique de la
- France_, t. IV, p. 132.
-
- [319] SÉVIGNÉ, _Lettres_, 22 juin 1670, t. I, p. 190, édit. de
- M.--_Ibid._, t. I, p. 253, édit. de G. de S.-G.--2 septembre
- 1676, t. IV, p. 451, édit. de M.; t. V, p. 106, édit. de G. de
- S.-G.
-
- [320] SÉVIGNÉ, _Lettres_, 4 décembre 1668, t. I, p. 153 et 154,
- édit. de M., ou t. I, p. 214, édit. de G. de S.-G.
-
-Bussy, qui alors était avec sa cousine dans le fort de la discussion sur
-les torts qu'ils avaient eus l'un envers l'autre et qui aimait peu le
-comte de Grignan, répond, quatre jours après[321]:
-
-«Vous avez raison de croire que la nouvelle du mariage de mademoiselle
-de Sévigné me donnera de la joie: l'aimant et l'estimant comme je fais,
-peu de choses m'en peuvent donner davantage; et d'autant plus que M. de
-Grignan est un homme de qualité et de mérite, et qu'il a une charge
-considérable. Il n'y a qu'une chose qui me fait peur pour la plus jolie
-fille de France, c'est que Grignan, qui n'est pas encore vieux, est déjà
-à sa troisième femme; il en use presque autant que d'habits ou du moins
-que de carrosses: à cela près, je trouve ma cousine bien heureuse; mais,
-pour lui, il ne manque rien à sa bonne fortune. Au reste, madame, je
-vous suis trop obligé des égards que vous avez pour moi en cette
-rencontre. Mademoiselle de Sévigné ne pouvait épouser personne à qui je
-donnasse de meilleur cœur mon approbation.»
-
- [321] SÉVIGNÉ (lettre de Bussy, en date du 8 décembre 1668), t.
- I, p. 156, édit. de M.; t. I, p. 217, édit. de G. de S.-G.
-
-Un mois après, le 7 janvier, madame de Sévigné écrit encore à Bussy: «Je
-suis fort aise que vous approuviez le mariage de M. de Grignan. Il est
-vrai que c'est un très-bon et très-honnête homme, qui a du bien, de la
-qualité, une charge, de l'estime et de la considération dans le monde.
-Que faut-il davantage? Je trouve que nous sommes fort bien sortis
-d'intrigues. Puisque vous êtes de cette opinion, signez la procuration
-que je vous envoie, mon cher cousin, et soyez persuadé que, par mon
-goût, vous seriez tout le beau premier de la fête. Bon Dieu, que vous y
-tiendriez bien votre place! Depuis que vous êtes parti de ce pays-ci, je
-ne trouve plus d'esprit qui me contente pleinement, et mille fois je me
-dis en moi-même: Bon Dieu, quelle différence[322]!»
-
- [322] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (7 janvier 1669), t. I, p. 224, édit. de
- G. de S.-G.
-
-Bussy, malgré cette pressante invitation et ces cajoleries de sa
-cousine, ne signa point de procuration, mécontent du comte de Grignan,
-qui ne lui avait point écrit et qui n'avait pas, selon lui, agi, comme
-proche parent[323], avec assez de déférence. Bussy se contenta de
-l'adhésion qu'il avait donnée au mariage, en termes froids, mais polis,
-dans sa lettre à madame de Sévigné. Mais cette lettre ne pouvait suffire
-pour insérer son nom dans le contrat, et il n'y parut pas.
-
- [323] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (lettre de Bussy, en date du 16 mai
- 1669), t. I, p. 226, édit. de G. de S.-G.
-
-Le cardinal de Retz n'avait cessé d'exhorter madame de Sévigné de
-prendre, avant de conclure, des renseignements sur l'état de fortune du
-comte de Grignan; mademoiselle de Sévigné, peu susceptible de se
-passionner pour aucun homme, ne voyait qu'avec crainte s'approcher le
-moment qui devait la livrer à celui qui, déjà deux fois marié, semblait,
-comme disait Bussy, «avoir pris l'habitude de changer de femmes comme de
-carrosses.»
-
-Dans sa réponse au cardinal de Retz, madame de Sévigné lui faisait part
-de l'hésitation de sa fille, et en même temps elle lui mandait qu'elle
-n'avait pu obtenir des renseignements précis sur l'état de fortune du
-comte de Grignan et qu'elle était à cet égard forcée de s'en rapporter à
-la Providence.
-
-Le cardinal de Retz lui répond[324]:
-
-«Je ne suis point surpris des frayeurs de ma nièce; il y a longtemps que
-je me suis aperçu qu'elle dégénère; mais, quelque grand que vous me
-dépeigniez son transissement sur le jour de la conclusion, je doute
-qu'il puisse être égal au mien sur les suites, depuis que j'ai vu,
-par une de vos lettres, que vous n'avez ni n'espérez guère
-d'éclaircissements et que vous vous abandonnez en quelque sorte au
-destin, qui est souvent très-ingrat et reconnaît assez mal la confiance
-que l'on a placée en lui. Je me trouve en vérité, sans comparaison, plus
-sensible à ce qui vous regarde, vous et la petite, qu'à ce qui m'a
-jamais touché moi-même sensiblement.»
-
- [324] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (20 décembre 1668), t. I, p. 221, édit.
- de G. de S.-G.
-
-Malgré ces avertissements et le peu de désir que montrait sa
-fille, madame de Sévigné n'en poursuivit pas moins avec ardeur
-l'accomplissement du projet qui lui paraissait la réalisation de ses
-plus flatteuses espérances. C'est elle-même qui, en datant trois ans
-après, jour pour jour, une de ses lettres, nous apprend[325] que sa
-fille fut fiancée au comte de Grignan le lendemain de la signature du
-contrat, le 29 janvier 1669, jour de la fête de saint François de Sales.
-Alors déjà cette tendre mère avait une occasion de se convaincre
-combien elle s'était montrée imprévoyante en n'adhérant pas assez
-strictement aux conseils qui lui étaient donnés par un homme aussi
-expérimenté que le cardinal de Retz. Quoiqu'elle ne se fût pas trompée
-sur le caractère et les excellentes qualités du comte de Grignan, déjà
-elle avait éprouvé qu'une union sur laquelle elle avait fondé les plus
-douces et les plus paisibles jouissances de son âge mûr et de sa
-vieillesse ferait couler de ses yeux plus de larmes qu'elle n'en avait
-jamais répandu dans sa vie!
-
- [325] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (29 janvier 1669), t. II, p. 309, édit.
- de M.; t. II, p. 365, édit. de G. de S.-G.
-
-
-
-
-CHAPITRE IX.
-
-1669.
-
- Réflexions sur les impressions produites par des événements
- heureux selon la différence des caractères.--Du caractère de
- madame de Sévigné.--Elle est encore une fois parfaitement
- heureuse.--Une nouvelle altercation a lieu entre elle et
- Bussy.--Tout contribuait à désespérer Bussy.--Il fait de nouvelles
- offres de service lors de la guerre de la Franche-Comté.--Il est
- refusé.--Son dépit.--Bussy et Saint-Évremond sollicitaient tous
- deux leur rappel.--Des causes qui les empêchaient de
- l'obtenir.--On leur attribuait des pièces satiriques contre Louis
- XIV.--Ils n'en étaient point les auteurs.--Comment ils se
- nuisaient à eux-mêmes en flattant le roi aux dépens de
- Mazarin.--Politique de Louis XIV, la même que celle de
- Mazarin.--Sa dissimulation envers ses ministres et sa conduite à
- l'égard de Condé, de Turenne, de ses ambassadeurs et de ses
- agents; envers Gourville, le pape et les jansénistes.--Bussy
- n'aimait point Grignan, et n'en était point aimé.--Madame de
- Sévigné entreprend de persuader à Bussy qu'il faut qu'il écrive le
- premier à M. de Grignan.--Bussy refuse de le faire.--Nouvelle
- lettre de madame de Sévigné à Bussy sur ce sujet.--Bussy s'en
- offense.--Étonnement de madame de Sévigné.--Ses plaintes d'avoir
- été mal jugée.--Bussy reconnaît qu'il a eu tort.--Madame de
- Sévigné insiste pour que Bussy écrive à M. de Grignan.--Bussy
- consent, à condition que madame de Sévigné lui saura gré de la
- violence qu'il se fait.
-
-Il est des personnes dont la pensée, toujours tendue sur l'instabilité
-des choses humaines, n'accueille qu'avec crainte les sentiments de joie
-qu'un événement heureux leur inspire et qui n'osent se fier aux gages de
-bonheur que le sort favorable semble leur assurer. Madame de Sévigné
-n'était pas de ce nombre. Sa sensibilité vive, prompte, entraînante
-engendrait facilement dans son âme la mélancolie lorsqu'elle était
-blessée ou simplement contrariée dans ses affections de cœur; mais, par
-son caractère porté à la gaieté, elle se livrait volontiers aux
-illusions de l'espérance, et elle ne troublait pas, par d'importunes
-prévisions, les jouissances dont elle était en possession. Sa pieuse
-confiance en la Providence affermissait encore ses penchants naturels.
-«Pour ma Providence, dit-elle dans une de ses lettres[326], je ne
-pourrais pas vivre en paix si je ne la regardais souvent; elle est la
-consolation des tristes états de la vie, elle abrége toutes les
-plaintes, elle calme toutes les douleurs, elle fixe toutes les pensées;
-c'est-à-dire elle devrait faire tout cela; mais il s'en faut bien que
-nous soyons assez sages pour nous servir si salutairement de cette vue;
-nous ne sommes encore que trop agités et trop sensibles.»
-
- [326] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (1664), t. VI, p. 182, édit. de Leyde,
- 1736.
-
-Jamais cette Providence que madame de Sévigné adorait ne réunit autour
-d'elle autant d'éléments de bonheur que dans le cours de cette année
-1669. Elle avait un gendre de son choix, depuis longtemps connu d'elle;
-et par lui elle était alliée à une nombreuse et puissante famille, dont
-sa fille, par sa jeunesse, son esprit et sa beauté, devenait l'ornement
-et la gloire. Elle produisait celle-ci dans le monde et à la cour avec
-tous ses avantages personnels et tous ceux que lui procuraient la
-naissance et le rang de son époux. Madame de Sévigné se glorifiait
-encore de son fils, récemment échappé aux dangers d'une campagne
-meurtrière et recueillant la considération et l'estime que confèrent à
-un jeune homme les inclinations guerrières et les premières preuves de
-valeur et d'audace. Enfin elle s'était réconciliée avec son cousin, son
-plus proche parent, l'ami de sa jeunesse, celui qui l'avait le plus
-cruellement offensée, le plus constamment aimée, admirée et flattée.
-Mais ce mariage, qui eut lieu à l'époque de cette réconciliation, fit
-surgir entre elle et Bussy un nouveau sujet de débat, dont il est
-nécessaire de développer les causes pour bien comprendre le caractère de
-ce dernier et sa correspondance avec madame de Sévigné.
-
-Tout semblait se réunir pour mettre obstacle aux désirs et aux projets
-de Bussy. La haute opinion qu'il avait de lui-même et de l'antiquité de
-sa race l'empêchait de mettre des bornes à son ambition et de dissimuler
-son orgueil. Il ne voulait reconnaître presque aucune noblesse plus
-ancienne que celle des Rabutin. Sa cousine, qui venait de produire les
-titres de son mari aux états de Bretagne et qui avait, à cause du
-mariage de sa fille, intérêt de ne pas laisser passer sans la combattre
-cette prétention de Bussy, lui donne dans une de ses lettres ce détail
-généalogique de la famille des Sévigné[327]: «Quatorze contrats de
-mariage de père en fils; trois cent cinquante ans de chevalerie; les
-pères quelquefois considérables dans les guerres de Bretagne et bien
-marqués dans l'histoire; quelquefois retirés chez eux comme des Bretons;
-quelquefois de grands biens, quelquefois de médiocres, mais toujours de
-bonnes et de grandes alliances; celles de trois cent cinquante ans, au
-bout desquels on ne voit que des noms de baptême, sont du Quelnec,
-Montmorency, Baraton et Châteaugiron: ces noms sont grands; ces femmes
-avaient pour maris des Rohan et des Clisson. Depuis ces quatre, ce sont
-des Guesclin, des Coaquin, des Rosmadec, des Clindon, des Sévigné de
-leur même maison, des du Bellay, des Rieux, des Bodegat, des
-Plessis-Ireul et d'autres qui ne me reviennent pas présentement, jusqu'à
-Vassé et jusqu'à Rabutin. Tout cela est vrai, il faut m'en croire...»
-
- [327] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (4 décembre 1668), t. I, p. 155, édit.
- de M.; t. I, p. 215, édit. de G. de S.-G.
-
-La vanité de Bussy souffrit tellement en lisant cette énumération de sa
-cousine qu'il en biffa les dernières lignes, et il nous en a ainsi
-dérobé les conclusions. Pour lui, il n'en voulut pas démordre, et dans
-sa réponse il dit: «Pour les maisons que vous me mandez, qui sont
-meilleures que la nôtre, je n'en demeure pas d'accord. Je le cède aux
-Montmorency pour les honneurs, et non pour l'ancienneté; mais pour les
-autres, je ne les connais pas; je n'y entends non plus qu'au
-bas-breton[328].»
-
- [328] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (4 décembre 1668), t. I, p. 257, édit.
- de M.--_Ibid._, t. I, p. 218, édit. de G. de S.-G.
-
-Madame de Sévigné répond avec raison que, s'il ne connaît pas ces
-familles bretonnes qui lui paraissent barbares, elle en appelle de ce
-qu'elle a dit et vu à Bouchet, le savant généalogiste. «Je ne vous dis
-pas cela, ajoute-t-elle, pour dénigrer nos Rabutin: hélas! je ne les
-aime que trop[329].»
-
- [329] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (7 janvier 1669), t. I, p. 162, édit. de
- M.; _ibid._, t. I, p. 223.
-
-Lors de la guerre de Flandre, Bussy avait cru qu'il lui suffisait
-d'offrir ses services au roi pour qu'ils fussent acceptés. Il pensait
-qu'avec ses talents militaires il lui serait facile de se distinguer
-dans cette campagne, et de regagner par ses exploits, par son esprit,
-par sa connaissance de la cour, par sa souplesse de courtisan, la faveur
-du jeune monarque; qu'ainsi, étant, par droit d'ancienneté et par ses
-services, le premier dans la catégorie de ceux qui devaient être faits
-maréchaux de France, cette haute dignité, objet de ses vœux les plus
-ardents, ne pouvait lui échapper[330]. Cependant il eut la douleur de
-voir ses offres refusées; et la promotion de maréchaux qui eut lieu peu
-de temps après la campagne de Flandre excita en lui un dépit que, malgré
-son esprit, il dissimulait mal sous une apparence de dédain et de
-philosophique indifférence[331]. Pourtant il se consolait en pensant que
-le plus illustre guerrier du siècle, le grand Condé lui-même, n'avait
-point été compris au nombre des généraux employés dans cette guerre et
-qu'il était, comme lui, resté oisif dans ses châteaux, à Chantilly et à
-Saint-Maur.
-
- [330] BUSSY, _Lettres_, t. III, p. 8, 9, 24, 27, 48, 54, 59, 81;
- Paris, Delaulme, 1737, in-12. Les volumes V, VI et VII de mon
- exemplaire portent le millésime 1727, avec le titre de _Nouvelles
- lettres_; les premiers volumes ont donc été réimprimés, ou on a
- changé les titres.
-
- [331] BUSSY, _Lettres_, t. V, p. 80 et 81 (12 et 6 juillet 1669).
-
-Mais Bussy revint à la charge, et fit les plus grands efforts pour
-rentrer au service lorsqu'il vit que des troupes venues de divers points
-du royaume s'approchaient des lieux de son exil. Quand les officiers
-généraux qui commandaient ces troupes acceptèrent l'hospitalité qui leur
-était offerte par lui; quand il apprit (ce qui était resté secret pour
-tout le monde) que le théâtre de la guerre allait être porté dans la
-province la plus voisine de celle où il résidait, de celle dont il était
-une des plus grandes notabilités militaires; quand il sut, enfin, que
-Condé allait commander en chef l'expédition contre la Franche-Comté,
-alors Bussy demanda, sollicita avec plus d'instance; mais le roi lui fit
-dire de se tenir tranquille dans sa terre et d'attendre. Cette réponse,
-quoique accompagnée de tous les adoucissements et les égards qu'on put y
-mettre, l'atterra[332]: il désespéra de sa fortune; son humeur jalouse
-s'aigrit. Il continuait toujours à tenir le même langage de soumission
-et de dévouement à l'égard du monarque dans les placets qu'il ne cessait
-de lui adresser[333] ou dans les lettres qu'il écrivait à ses amis et à
-ses connaissances de cour; mais dans l'intimité ses sentiments se
-trahissaient. On le savait, et l'on n'ignorait pas non plus qu'un grand
-nombre de hauts personnages, sans être exilés comme Bussy, étaient aussi
-dans la classe des mécontents: les uns parce qu'on ne les employait pas;
-les autres parce que, peu satisfaits des grâces qu'ils avaient reçues,
-ils étaient jaloux de ceux auxquels on en avait conféré de plus grandes.
-Un nombre bien plus considérable d'hommes indépendants par leur
-caractère, leur fortune ou les charges et emplois qu'on ne pouvait leur
-ôter désapprouvaient le despotisme du roi, son ambition, ses guerres,
-ses prodigalités. Ce parti, formé des débris de toutes les Frondes,
-était nombreux dans le parlement et la noblesse. Les plus probes et les
-plus sincères d'entre eux, croyant n'obéir qu'à des motifs généreux de
-bien public, se déguisaient à eux-mêmes l'impulsion qui leur était
-donnée par des intérêts particuliers. Les femmes des princes et des
-grands les plus comblés de faveurs étaient révoltées et humiliées des
-préférences et des préséances que le roi accordait à ses maîtresses.
-Tous ceux qui étaient sincèrement attachés à la religion blâmaient la
-dissolution des mœurs de la cour. A la vérité, elle n'était pas
-nouvelle; mais on pensait que le roi, au lieu de chercher à y remédier,
-l'accroissait encore par le scandale de ses amours. Les âmes
-indépendantes et fières (le nombre en était beaucoup plus grand au
-commencement de ce règne qu'à la fin) ne pouvaient pardonner à Louis XIV
-cet orgueil révoltant qu'il manifestait en toute occasion. Il s'était
-fait à lui-même une sorte d'apothéose, et semblait s'être isolé de tous
-les mortels en prenant pour emblème le soleil; en se déclarant, par la
-devise qu'il y ajoutait, lui seul supérieur à tous les autres monarques
-de la terre réunis; en faisant reproduire par la poésie, la peinture, la
-sculpture et la gravure les serviles flatteries dont il était l'objet,
-et en encourageant en même temps les plus beaux génies du siècle à
-ridiculiser sur la scène ou à bafouer dans des satires toutes les
-classes, tous les rangs, toutes les professions.
-
- [332] BUSSY, _Lettres_, t. III, p. 86 (lettre 57, 5 mars 1669;
- cette lettre est à tort datée 1668).
-
- [333] BUSSY, _Lettres_, t. V, p. 86 (lettre 63, 1er août 1669, à
- madame de Montespan).
-
-Louis XIV, par sa vigilance et sa fermeté, par l'action constante d'un
-gouvernement bienfaiteur, pouvait empêcher les mécontents de dégénérer
-en factieux, les forcer à la soumission et les rendre incapables
-d'entraver la marche de son autorité; mais, avec les passions qui le
-dominaient, il ne pouvait faire disparaître les causes de mécontentement
-ni les empêcher de s'exhaler en secret par des sarcasmes virulents, par
-des vaudevilles, des épigrammes, de scandaleux libelles dont on
-multipliait les copies manuscrites ou qu'on imprimait en Hollande: ils
-circulaient en grand nombre, sans qu'on pût parvenir à en connaître les
-auteurs.
-
-Les pièces les plus mordantes et les plus spirituelles étaient
-attribuées à Bussy ou à Saint-Évremond, parce que l'un et l'autre
-s'étaient acquis la réputation de beaux esprits malins et caustiques.
-Cependant ni l'un ni l'autre ne songeaient alors à composer des écrits
-satiriques contre Louis XIV. Tous deux, au contraire, sollicitaient en
-même temps d'être rappelés de leur exil, et désiraient de rentrer en
-grâce auprès du monarque. Mais, lors même qu'ils n'eussent point été en
-butte aux préventions dont il leur était impossible de se garantir, ils
-n'auraient pu, par les moyens qu'ils faisaient valoir à l'appui de leurs
-demandes, réussir à obtenir leur rappel. Tous deux se trompaient, et de
-la même manière; tous deux avaient mal saisi le caractère du roi, mal
-interprété ses secrets sentiments; et par la maladresse de leurs
-flatteries, au lieu de capter sa bienveillance et de se faire pardonner
-le passé, ils aggravaient, sans le savoir, les torts qui leur étaient
-imputés. L'esprit de discernement manque bien souvent aux gens d'esprit.
-Bussy et Saint-Évremond pensaient que, comme leur opposition à la
-politique et aux intrigues de Mazarin durant la régence avait été la
-cause première et principale de leur disgrâce, c'était se montrer habile
-que d'exalter le roi, la grandeur de ses vues, la sagesse de ses
-conseils, et de mettre en parallèle les glorieux commencements de son
-règne avec les calamités de la Fronde. Mais plus ils développaient bien
-ce thème (et Saint-Évremond le fit avec un remarquable talent dans sa
-longue lettre à de Lionne[334]), plus ils rappelaient à Louis XIV les
-éminents services de son ancien ministre et les utiles leçons qu'il en
-avait reçues, plus ils lui ôtaient l'envie de faire cesser l'exil des
-ennemis de sa mémoire et d'accepter leurs offres de service. Le roi,
-armé du sceptre et portant la couronne, n'était pas astreint à la même
-dissimulation et aux mêmes ruses que le cardinal, enveloppé de sa robe
-de pourpre et n'exerçant qu'un pouvoir délégué. Sans doute Louis XIV
-avait des formes plus nobles et en apparence plus franches que celles
-de Mazarin; mais Louis XIV, tant que l'âge lui conserva ses facultés, se
-conforma avec autant de finesse que de succès à la pratique de cette
-politique souple et déliée que lui avait inculquée son ministre. Ainsi
-il employait Condé et le comblait de joie en lui donnant le commandement
-en chef de l'armée qui devait conquérir la Franche-Comté et en se
-confiant à lui pour la conduite des intrigues corruptrices et des
-négociations secrètes qui devaient faciliter cette conquête[335]; mais
-lorsque Casimir, roi de Pologne, se démit de la couronne, et que des
-chances se présentèrent pour faire passer cette couronne sur la tête de
-Condé, Louis XIV travailla par ses négociations à les faire
-avorter[336]. Il jugeait, avec raison, qu'il était important pour la
-France et pour lui qu'un aussi grand capitaine fût toujours son sujet,
-et jamais son égal. De même il autorisait Louvois à employer Gourville
-dans des intrigues diplomatiques auprès de l'évêque d'Osnabruck et
-autres, pour obtenir des troupes et une alliance avantageuse; et il
-laissait Colbert poursuivre dans Gourville le complice des dilapidations
-de Fouquet, et empêcher sa rentrée en France jusqu'à ce qu'il eût payé à
-l'épargne la somme énorme dont le jugement d'une commission le rendait
-redevable[337]. Quand Louis XIV éprouvait des difficultés dans ses
-relations avec le pape, les jansénistes, que Rome avait en horreur,
-étaient favorisés en France; quand il était satisfait du pape, aussitôt
-des scrupules de conscience forçaient le roi à comprimer cette secte
-orgueilleuse, et portait l'alarme à l'hôtel de Longueville. Pour la
-guerre, sa confiance en Turenne était entière, et il avait avec lui de
-fréquents entretiens; mais, pour qu'aucune capacité, quelque grande
-qu'elle fût, ne pût se croire indispensable, il affectait de consulter
-aussi Condé, et il tenait en respect ces deux grands guerriers, tous
-deux ambitieux, tous deux devenus jaloux de se concilier sa faveur. Il
-entretenait avec soin la division et la rivalité entre ses ministres,
-afin que rien ne lui fût caché. Son conseil entier était tenu sur ses
-gardes, et on savait que les fils les plus déliés de sa vaste
-administration étaient surveillés par des correspondances secrètes et
-des agents inconnus, qui bien souvent étaient les seuls vrais
-interprètes et les seuls exécuteurs de ses pensées intimes. Pour mieux
-voiler ses desseins, il en dérobait la connaissance à ses représentants
-officiels[338]. Nul espoir ne restait de pouvoir tromper ou d'abuser
-celui qui avait su se réserver la faculté de tromper tout le monde et de
-dérouter toutes les intrigues. On peut juger, d'après cet exposé,
-combien était grande l'erreur de Bussy et de Saint-Évremond, qui
-croyaient faire leur cour en critiquant la politique de Mazarin. Bussy
-et Saint-Évremond subissaient le sort de ceux qui, après s'être
-longtemps agités dans le tourbillon du monde, s'en trouvent séparés
-pendant quelque temps, et croient facile de se prévaloir de l'expérience
-du passé pour mettre le présent au service de l'avenir. Mais le monde se
-modifie rapidement; ceux qui le quittent ne le retrouvent plus le
-lendemain tel qu'ils l'avaient laissé la veille; il change à tout
-instant de forme et d'aspect, comme un ciel orageux, où roulent sans
-cesse des nuages poussés par des vents violents et variables. Bussy et
-Saint-Évremond, en louant Louis XIV, en cherchant à justifier leur
-conduite passée, se souvenaient trop de l'époque où, ami de ses
-plaisirs, accessible aux flatteurs, le roi adolescent se montrait
-contrarié d'être forcé de quitter la répétition d'un ballet pour
-assister au conseil tenu par le cardinal.
-
- [334] SAINT-ÉVREMOND, _OEuvres_, édit. 1753, in-12, t. I, p.
- 88-93 (Vie de l'auteur, par DES MAIZEAUX); t. III, p. 189, 190,
- 197.
-
- [335] LOUIS XIV, _OEuvres_, t. III, p. 77-82.
-
- [336] TURPIN, _Vie de Condé_, t. II, p. 151.--_Mémoires de M._
- DE***, _pour servir à l'histoire du dix-huitième siècle_, dans la
- collection de Petitot, t. LVIII, p. 484.--_Histoire de la vie et
- des ouvrages de la Fontaine_, 3e édit., p. 162-165.
-
- [337] GOURVILLE, _Mémoires_, t. LII, p. 397-399.
-
- [338] LOUIS XIV, _OEuvres_, t. V, p. 399 et 405; Lettres au comte
- d'Estrades, en date du 24 décembre 1666 et du 18 avril 1667.
-
-Le refus qu'avait éprouvé Bussy ne lui faisait pas prendre en gré M. de
-Grignan, dont les services étaient loin d'égaler les siens et qui
-cependant jouissait de la faveur du monarque. Bussy avait donné par sa
-lettre son consentement au mariage, parce que, sans offenser sa cousine,
-il lui était impossible de faire autrement; mais il avait, ainsi que je
-l'ai dit, fait en sorte que son nom ne parût point au contrat. De son
-côté, le comte de Grignan avait ses raisons pour ne pas aimer Bussy et
-ne pas se lier avec lui; peut-être parce que Bussy n'était pas bien en
-cour; peut-être parce qu'il s'était fait des ennemis de Condé et de
-Turenne et de plusieurs autres personnages amis de Grignan ou dont
-Grignan avait besoin. Quoi qu'il en soit, il est certain que Grignan
-s'abstint d'écrire à Bussy, comme la simple politesse l'obligeait à le
-faire, en épousant la fille de Marie de Rabutin-Chantal. Il importait à
-madame de Sévigné que son gendre fût en bons termes avec son cousin, et
-que tous deux pussent se voir et se parler affectueusement, s'ils se
-rencontraient chez elle ou dans le monde. Pour opérer ce rapprochement,
-il fallait nécessairement que M. de Grignan écrivît une lettre
-convenable à Bussy. Madame de Sévigné pensa qu'elle contraindrait son
-gendre à faire cette démarche, si elle pouvait persuader à Bussy
-d'écrire le premier à Grignan une de ces lettres aimables et
-spirituelles pour lesquelles il excellait. La hautaine susceptibilité
-de Bussy, son mécontentement et ses mauvaises dispositions envers
-Grignan semblaient rendre la chose presque impossible. Cependant madame
-de Sévigné l'entreprit; et elle fondait l'espoir du succès sur la nature
-des sentiments qu'elle avait inspirés à son cousin et dont la femme la
-moins coquette trouve du plaisir à essayer le pouvoir.
-
-D'abord elle échoua; et il faut croire pourtant que sa lettre était bien
-séduisante, puisque Bussy lui répond qu'ayant passé une partie de sa vie
-à l'offenser, il ne doutait pas qu'il n'en consacrât le reste à l'aimer
-_éperdument_. Puis, après avoir avoué qu'il a eu tort de n'avoir point
-écrit à madame de Sévigné sur le mariage de sa fille, il ajoute[339]:
-
-«Madame de Grignan a raison aussi de se plaindre de moi; c'est à elle à
-qui je devais de nécessité écrire après son mariage, et je lui en vais
-crier merci; j'avoue franchement ma dette. Il faut aussi que vous soyez
-sincère sur le sujet de M. de Grignan: de quelque côté qu'on nous
-regarde tous deux, et particulièrement quand il épouse la fille de ma
-cousine germaine, il me doit écrire le premier; car je n'imagine pas que
-d'être persécuté ce me doive être une exclusion à cette grâce; il y a
-mille gens qui m'en écriraient plus volontiers, et cela n'est pas de la
-politesse de Rambouillet. Je sais bien que les amitiés sont libres; mais
-je ne pensais pas que les choses qui regardent la bienséance le fussent
-aussi. Voilà ce que c'est que d'être longtemps hors de la cour, on
-s'enrouille dans la province.»
-
- [339] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (16 mai 1669), t. I, p. 166, édit. de
- M.; t. I, p. 228, édit. de G. de S.-G.
-
-Il semble qu'il n'y avait rien à répondre à une objection aussi
-légitime, et qu'une ironie aussi bien méritée ne laissait plus à madame
-de Sévigné aucune espérance de réussite. Mais elle connaissait Bussy, et
-les expressions de son refus lui prouvaient le vif désir qu'il avait de
-lui faire oublier, par les preuves efficaces de son affection, les torts
-graves qu'il avait à se reprocher. Cependant la chaleur même de ces
-expressions a renouvelé les défiances de madame de Sévigné; elle craint
-d'avoir été trop loin dans les témoignages de son attachement, et que
-son cousin n'ait, avec sa présomption ordinaire, prêté à certaines
-phrases de sa première lettre un sens qu'elles n'avaient pas. Dans sa
-seconde lettre, tout en poursuivant son dessein, elle éprouve la
-nécessité de se mettre en défense, et elle commence par plaisanter Bussy
-sur ce mot _éperdument_[340].
-
- [340] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (4 juin 1669), t. I, p. 167, édit. de
- M.--_Ibid._, t. I, p. 229, édit. de G. de S.-G.
-
-«Pour vous dire le vrai, je ne me plaignais point de vous, car nous nous
-étions rendu tous les devoirs de proximité dans le mariage de ma fille;
-mais je vous faisais une espèce de querelle d'Allemand pour avoir de vos
-lettres, qui ont toujours le bonheur de me plaire. N'allez pas pour cela
-vous mettre à m'aimer _éperdument_, comme vous m'en menacez: que
-voudriez-vous que je fisse de votre _éperdument_ sur le point d'être
-grand'mère? Je pense qu'en cet état je m'accommoderais mieux de votre
-haine que de votre extrême tendresse. Vous êtes un homme bien excessif!
-N'est-ce pas une chose étrange que vous ne puissiez trouver de milieu
-entre m'offenser outrageusement ou m'aimer plus que votre vie? Des
-mouvements si impétueux sentent le fagot, je vous le dis franchement.
-Vous trouver à mille lieues de l'indifférence est un état qui ne vous
-devrait pas brouiller avec moi, si j'étais une femme comme une autre;
-mais je suis si unie, si tranquille et si reposée que vos
-bouillonnements ne vous profitent pas comme ils feraient ailleurs.
-Madame de Grignan vous écrit pour monsieur son époux; il jure qu'il ne
-vous écrira pas sottement, comme tous les maris ont accoutumé de faire à
-tous les parents de leur épousée; il veut que ce soit vous qui lui
-fassiez un compliment sur l'inconcevable bonheur qu'il a eu de posséder
-mademoiselle de Sévigné; il prétend que pour un tel sujet il n'y a pas
-de règle générale. Comme il dit tout cela fort plaisamment et d'un bon
-ton, et qu'il vous aime et vous estime avant ce jour, je vous prie,
-comte, de lui écrire une lettre badine, comme vous savez si bien faire;
-vous me ferez plaisir, à moi que vous aimez, et à lui qui, entre nous,
-est le plus souhaitable mari et le plus divin pour la société qui soit
-au monde. Je ne sais pas ce que j'aurais fait d'un _jobelin_ qui eût
-sorti de l'Académie, qui ne saurait ni la langue ni le pays, qu'il
-faudrait produire et expliquer partout, et qui ne ferait pas une sottise
-qui ne nous fît rougir.»
-
-Bussy prit au sérieux le badinage de madame de Sévigné, et son
-mécontentement s'accrut probablement par la lecture de la lettre froide
-et compassée de madame de Grignan. Il ne put supporter sans impatience
-les éloges de Grignan contenus dans la lettre de madame de Sévigné et la
-prétention de la mère et de la fille à vouloir soutenir que la femme
-pouvait payer pour le mari; que, madame de Grignan lui ayant écrit la
-première sur le fait du mariage, c'était à lui, Bussy, à écrire le
-premier à M. de Grignan. Il imagine que sa cousine a montré sa lettre à
-M. et à madame de Grignan, et que la réponse qu'elle lui avait faite
-avait été concertée entre eux. Bouleversé par cette idée, il lui écrit
-une lettre pleine de colère et de fiel; il se croit insulté par elle, et
-il le lui dit. Il termine enfin par une sanglante ironie sur Grignan,
-auquel, dit-il, sa bonne fortune a fait tourner la tête[341].
-
- [341] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (6 juin. 1669), t. I, p. 108 à
- 170.--_Ibid._, t. I, p. 231 à 236.
-
-Madame de Sévigné fut frappée d'étonnement en lisant cette lettre de son
-cousin, et dans sa réponse elle lui témoigne son chagrin «de ce que la
-plus sotte lettre du monde puisse être prise de cette manière par un
-homme qui entend si bien raillerie.» Elle s'exprime avec tant de
-vivacité, d'énergie, de bonté et de grâce; elle donne des explications
-si naturelles des expressions qui avaient pu blesser Bussy; elle montre
-une douleur si sincère d'avoir été ainsi jugée[342], que Bussy se
-repentit de s'être donné un nouveau tort envers une femme si aimable et
-si aimée de lui. On s'en aperçoit au calme de sa réponse et au soin
-qu'il prend, comme il le dit lui-même, «avec tout le respect et toute la
-douceur imaginable, à justifier son procédé[343].» Pour le fond de la
-contestation, sa justification n'était pas difficile; et, à juste titre,
-il rappelle à sa cousine la demande qu'elle lui avait faite d'écrire le
-premier à M. de Grignan; qu'elle l'avait prié «de le faire pour l'amour
-d'elle, qu'il aimait;» qu'un tel langage ne pouvait assurément se
-prendre pour une plaisanterie. Il termine par une déclaration faite sur
-un ton sérieux des sentiments d'affection qu'elle lui inspire. «Je n'ai
-jamais, dit-il, eu tant de disposition à vous aimer que j'en ai, je
-n'oserais plus dire ce terrible mot _éperdument_, mais à vous bien
-aimer. Au nom de Dieu, ma chère cousine, ne me donnez pas sujet de la
-vouloir changer.»
-
- [342] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (9 juin 1669), t. I, p. 170, édit. de
- M.--_Ibid._, t. I, p. 234, édit. de G. de S.-G.
-
- [343] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (12 juin 1669), t. I, p. 173, édit. de
- M.--_Ibid._, t. I, p. 237, édit. de G. de S.-G.
-
-Madame de Sévigné comprit tout l'avantage que lui donnait sur Bussy le
-repentir qu'il avait de lui avoir causé de la peine, et dans sa courte
-réponse elle n'argumente plus; il lui suffit d'insister sur ce qu'elle
-désire. Après avoir reporté la pensée de son cousin sur l'époque assez
-rapprochée où ils s'étaient vus, sans qu'il lui fût possible de réparer
-les graves torts qu'il avait eus envers elle; sur l'époque, plus
-prochaine encore, où ils se verront sans qu'il ait fait ce qu'elle lui
-demande, et lorsqu'il ne sera plus temps, elle termine en lui insinuant
-avec adresse que, si elle n'a pas toujours eu pour lui toute l'affection
-à laquelle elle était portée de cœur, c'est lui seul qui en est cause;
-mais que, dans aucun temps, elle n'a eu pour lui de l'indifférence.
-
-«Si je suis jamais assez heureuse pour vous voir, et que vous soyez
-d'assez bonne humeur pour vous laisser battre, je vous ferai rendre
-votre épée aussi franchement que vous l'avez fait rendre autrefois à
-d'autres... Je finis cette guerre jusqu'à ce que nous soyons en
-présence; cependant souvenez-vous que je vous ai toujours aimé
-naturellement, et que je ne vous ai jamais haï que par accident[344].»
-
- [344] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (8 août 1669), t. I, p. 174 et 175,
- édit. de M.--_Ibid._, t. I, p. 237 et 238, édit. de G. de S.-G.
-
-Bussy ne put résister à des allusions si flatteuses pour sa vanité, à
-la douce expression d'un sentiment si tendre et si constant; il céda, et
-répondit[345]:
-
-«Il n'est pas nécessaire que nous soyons en présence, ma chère cousine,
-pour que je vous rende les armes; je vous enverrai de cinquante lieues
-mon épée, et l'amitié me fera faire ce que la crainte fait faire aux
-autres; mais vous étendez un peu vos priviléges, et vous avez raison, à
-mon avis, de la même chose où tout le monde aurait tort. Comptez-moi
-cela, il en vaut bien la peine; et vous pouvez juger par vous-même si
-c'est un petit sacrifice que celui de son opinion. Nous en dirons sur
-cela quelque jour davantage; cependant croyez bien que je vous aime et
-que je vous estime plus que tout ce que je connais de femmes au monde.»
-
- [345] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (Bussy, 12 août 1669), t. I, p. 175 et
- 176.--_Ibid._, t. I, p. 239 et 240.
-
-Ainsi le fier Bussy écrivit le premier au comte de Grignan pour le
-complimenter sur son mariage, de manière à satisfaire celle qui exigeait
-de lui cette démarche, et par la seule espérance «qu'elle lui tiendrait
-compte de cela.» Avec le caractère de Bussy, c'était là une victoire que
-madame de Sévigné seule pouvait remporter.
-
-
-
-
-CHAPITRE X.
-
-1669-1671.
-
- Bussy, mécontent de M. de Grignan, suspend son commerce de lettres
- avec madame de Sévigné.--Il embellit ses deux châteaux.--Augmente
- sa collection de portraits.--Sa famille et ses amis auraient pu
- faire son bonheur.--Détails sur sa femme, ses deux fils et ses
- trois filles.--De la correspondance de Bussy avec la comtesse de
- la Roche-Milet.--Bussy est considéré dans sa province.--Société
- qui fréquentait son château pendant la saison des eaux de
- Sainte-Reine.--Détails sur la manière dont Bussy réglait sa
- journée.--Il ne peut se consoler de son exil, ni oublier madame de
- Monglat.--Il écrit ses _Mémoires_.--Le duc de Saint-Aignan avait
- aussi composé des Mémoires, qui sont perdus.--Ceux de Bussy ont
- été imprimés en partie.--Défauts de cet ouvrage.--Bussy les avait
- composés pour les montrer au roi.--On essaye en vain d'apaiser
- l'animosité de Bussy envers madame de Monglat.--Cette dame avait
- conservé tous ses amis.--Madame de Sévigné se trouve avec elle à
- une représentation de la pièce d'_Andromaque_ de Racine.--Ce que
- Bussy dit, à ce sujet, de sa cousine.--Madame de Scudéry exhorte
- Bussy à se réfugier dans le sein de la religion.--Elle forme le
- projet de quitter le monde.--Ce qu'elle dit de
- l'amitié.--Abjurations de Turenne et Pellisson.--Conversion du
- marquis de Tréville.--Bussy indévot, mais non incrédule.--Ce que
- lui écrivent, au sujet de la religion, madame Corbinelli,
- religieuse à Châtillon, et mademoiselle Dupré.--Réponses que leur
- fait Bussy.--Belle lettre de Pellisson.--Bussy rapporte sur
- Pellisson un bon mot de madame de Sévigné.
-
-Bussy ne reçut aucune réponse de M. de Grignan, ou celle qu'il reçut ne
-le satisfit point: mécontent et blessé d'avoir été entraîné par sa
-cousine dans une démarche qui avait tant coûté à son orgueil, il
-suspendit sa correspondance avec elle. Bussy avait plus d'un moyen de
-combler le vide que l'interruption de cette correspondance faisait dans
-son existence. S'il avait su régler son esprit et son cœur, aucun
-élément de bonheur ne lui aurait manqué. Il avait deux châteaux dans une
-des plus belles et des plus riantes provinces de France. Il les occupait
-alternativement, se plaisait à les embellir et surtout à accroître sa
-collection de portraits. Il nous apprend dans une de ses lettres que le
-nombre de ces portraits, en l'année 1670, se montait à trois cents[346].
-Les plus grandes notabilités de cette époque, surtout les femmes,
-étaient flattées d'avoir une place dans cette galerie des personnages
-célèbres de l'_Histoire de France_. Le 2 novembre 1670, il écrivait à
-une de ses correspondantes à Paris: «Je ne demandai pas deux fois leurs
-portraits à MADAME (Henriette d'Angleterre, duchesse d'Orléans) et à
-MADEMOISELLE. Elles me firent bien de l'honneur en me les accordant,
-mais elles témoignèrent que je leur faisais plaisir de les leur
-demander.» Bussy aurait pu trouver dans sa famille une source de
-consolations et de jouissances. Sa femme[347], bonne, douce, vertueuse,
-allait souvent à Paris, de son consentement, soit pour y faire ses
-couches, soit par la nécessité de leurs communs intérêts; elle y
-résidait le moins qu'elle pouvait, et retournait avec empressement
-auprès de lui toutes les fois qu'il la rappelait. Elle déférait à toutes
-ses volontés et ne le gênait en rien dans ses habitudes de
-galanteries[348], et elle lui était fort utile par sa capacité pour les
-affaires. De ses deux fils, l'aîné fut élevé sous ses yeux en Bourgogne,
-et mis ensuite dans un collége, où madame de Sévigné l'allait voir[349].
-Il devint un brave militaire, qui n'eut pas les brillantes qualités de
-son père, mais qui n'en eut pas les défauts et ne fit pas les mêmes
-fautes. Le second, qui naquit à l'époque dont nous traitons, fut par la
-suite évêque de Luçon, et s'attira, par les grâces de son esprit et les
-agréments de son commerce, les éloges de Voltaire et de Gresset: comme
-son père, il reçut aussi les honneurs du fauteuil académique[350]. Quant
-à ses trois filles, l'une, Diane-Charlotte, se fit religieuse, et
-demeura d'abord à Paris au couvent des Filles de Sainte-Marie et ensuite
-à Saumur, où elle fut nommée supérieure. Madame de Sévigné nous la fait
-connaître par ses lettres comme réunissant la politesse, l'élégance et
-les agréments du monde aux principes du christianisme le plus
-austère[351]. Les deux autres filles de Bussy ne quittèrent point leur
-père, et faisaient, par leur esprit, leurs talents et leur enjouement,
-le charme de la société qu'il réunissait dans ses châteaux. L'aînée des
-deux, Louise-Françoise, s'est rendue célèbre, comme marquise de Coligny,
-par ses amours et son scandaleux procès avec de la Rivière, son second
-mari, dont elle ne porta jamais le nom[352]. La seconde, Marie-Thérèse,
-épousa par la suite le marquis de Montataire, père du marquis de Lassay,
-qui a laissé de si singuliers Mémoires. Marie-Thérèse était la filleule
-de madame de Sévigné[353]; on la nommait, quoique demoiselle, madame de
-Remiremont, parce qu'elle était chanoinesse du chapitre de ce nom[354].
-Nous la voyons prendre cette qualification dans un madrigal de sa
-composition, réuni à d'autres composés par son père au nom de son fils
-encore enfant, de son autre fille, de la comtesse de Bussy, sa femme, et
-du comte de Toulongeon, son beau-frère, et de la femme de celui-ci.
-Toutes ces personnes se trouvaient réunies à Chazeu dans les premiers
-jours de janvier 1669; elles écrivirent en commun à la comtesse de la
-Roche-Milet, avec laquelle Bussy était lié. La lettre collective
-transmettait en étrennes des madrigaux et un nombre de bourses égal à
-celui des madrigaux; elle annonçait, en même temps, la résolution de
-toutes les personnes qui l'avaient écrite d'aller à la Roche-Milet
-célébrer chez la comtesse la fête des Rois, à moins qu'elle n'aimât
-mieux se rendre ce jour-là à Chazeu[355].
-
- [346] BUSSY, _Lettres_, t. V, p. 178 et 179 (2 novembre 1670).
- Voyez ci-dessus, chap. I, p. 2; chap. III, p. 56-68; chap. VI, p.
- 107.
-
- [347] Louise de Rouville, fille de Jacques de Rouville, chevalier
- d'honneur de madame la duchesse de Montpensier, et d'Isabelle de
- Longueval.--Conférez BUSSY, _Discours à ses enfants_, p.
- 240.--SÉVIGNÉ, _Lettres_, t. III, p. 27; t. VI, p. 355-475, 478,
- édit. de M.
-
- [348] BUSSY, _Lettres_, t. III, p. 192 (6 août 1670); p. 193 et
- 196 (19 août 1670).
-
- [349] SÉVIGNÉ, _Lettres_, t. II, p. 400; IV, 473; V, 288, 296;
- VI, 470, 475; VII, 56, 60, 365-367; VIII, 134, 137; IX, 339.
-
- [350] AUGER, _Biographie universelle_, t. V, p. 377.--SÉVIGNÉ,
- _Lettres_, t. VIII, p. 137; IX, 339; X, 461, édit. de M.
-
- [351] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (24 janvier 1672), t. II, p. 305, édit.
- de M.--_Ibid._, t. II, p. 73, édit. de G. de S.-G.--Conférez
- BUSSY, _Lettres_, t. V, p. 163 et 166.
-
- [352] _Lettres choisies de_ M. DE LA RIVIÈRE, t. I, p. 70, 79,
- 99, 101, 115, 145, 167, 185, 190, 206; t. II, p. 208 et
- 281.--BUSSY, _Lettres_, t. III, p. 217 (1er juillet 1670), p. 299
- (29 janvier 1671 ), p. 309 (Corbinelli au comte de Bussy, 15
- janvier 1671).
-
- [353] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (18 septembre 1676, Lettre de Bussy), t.
- IV, p. 476 de l'édit. de M.
-
- [354] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (en date du 1er juillet 1676), t. IV, p.
- 459; t. V, p. 5; t. VII, p. 84, 291 et 423.
-
- [355] BUSSY, _Lettres_, t. V, p. 60 à 65 (lettre en date du 1er
- janvier 1669),--_Supplément aux Mémoires et Lettres de M. le
- comte_ DE BUSSY, t. I, p. 77-82.
-
-Bussy faisait fréquemment des excursions qui mettaient de la variété
-dans son existence et attiraient dans ses deux résidences une société
-nombreuse et brillante. Il était l'homme le plus considérable et le plus
-considéré dans sa province. Ceux qui auraient pu avoir des prétentions à
-passer avant lui étaient auprès du roi, dans leurs gouvernements ou à
-l'armée, et ne résidaient que passagèrement dans leurs terres. L'exil et
-la disgrâce servaient encore à rehausser la considération qu'on avait
-pour Bussy. Tous les gentilshommes qui n'avaient ni charges ni emplois,
-qui vivaient de leurs revenus, entourés de leurs vassaux et de leur
-dépendance, n'allaient point à la cour, et n'en attendaient aucun
-bienfait. Ils étaient loin d'être bien disposés pour le gouvernement,
-qui usurpait tous les jours sur leurs priviléges ou en prévenait les
-abus. Ils se sentaient donc naturellement du penchant pour Bussy, qui
-frondait le gouvernement et les ministres avec beaucoup d'esprit et une
-connaissance de la cour et des affaires que personne n'était tenté de
-lui contester. Cette prééminence de Bussy sur presque tous ceux qui
-allaient le voir ou qu'il recevait chez lui augmentait encore son
-orgueil naturel. Les fréquentes visites de ses parents, de ses amis, de
-ses connaissances en faveur auprès du roi ou revêtus de hautes dignités
-ajoutaient encore à son importance, et faisaient voir en lui un homme
-puissant dans l'exil, auquel ses envieux et ses persécuteurs n'avaient
-pu enlever toute son influence. A cette époque il n'en était pas comme à
-la fin du règne de Louis XIV, lorsque le long et paisible exercice du
-despotisme eut assoupli tous les caractères au même degré de servilité.
-Dans ce temps si voisin de celui de la Fronde, on s'étudiait à
-conserver les dehors d'indépendance et de fierté. Les plus obséquieux
-des courtisans auraient été déshonorés s'ils avaient répudié leurs
-anciens amis parce qu'ils étaient tombés en disgrâce. Aussi, bien loin
-d'être privé de société, Bussy, au contraire, se plaignait que le
-voisinage de son château près de Sainte-Reine lui amenait, dans la
-saison des eaux minérales, un nombre trop considérable d'ennuyeux
-visiteurs. Mais ce voisinage lui procurait aussi des hôtes agréables,
-qui ne seraient pas venus le voir si le besoin de leur santé ne les
-avait pas forcés de faire ce voyage tous les ans. A toutes les visites
-il préférait celles des jolies femmes de la cour qui allaient prendre
-les eaux de Sainte-Reine uniquement pour se rafraîchir; et il avait
-coutume de dire qu'il ne les trouvait pas moins aimables pour avoir le
-sang échauffé[356].
-
- [356] BUSSY, _Lettres_ (7 septembre 1670), t. III, p. 240, édit.
- de Paris des _Lettres de_ ROGER DE RABUTIN, 1737, in-12.
-
-Cependant il savait s'occuper; et lui-même, dans une lettre à madame de
-Scudéry, qui l'avait interrogé à ce sujet, donne les détails suivants
-sur la manière dont il réglait son temps[357]; cette lettre est datée du
-10 décembre 1670:
-
-«Vous saurez, madame, que je me lève assez matin; que j'écris aussitôt
-que je suis habillé, soit pour mes affaires domestiques, soit pour mes
-affaires de la cour et de Paris, soit pour autre chose... Après cela je
-me promène, je vais d'atelier en atelier, car j'ai des peintres et des
-maçons, des menuisiers et des manœuvres; et puis je dîne à midi. Je
-mange fort brusquement; votre amie madame de M*** [Monglat] vous pourra
-dire qu'elle m'appelait quelquefois un brutal de table: je ne sais pas
-si elle n'eût point souhaité que je l'eusse été encore davantage
-ailleurs. Après dîner, je tiens cercle avec ma famille, avec qui je me
-divertis mieux qu'en mille visites de Paris. Quelque temps après, je
-retourne à mes ouvriers. La journée se passe ainsi à tracasser. Ensuite
-je soupe comme j'ai dîné, je joue, et je me retire à dix heures. Voilà
-ce que je fais quand je ne fais point de visite et que je n'en reçois
-point. Ces visites sont mêlées, comme à Paris, de sottes gens, de gens
-d'esprit, comme il faut que soit le monde. Enfin, madame, j'ai deux
-aussi agréables maisons qui soient en France, lesquelles j'ajuste encore
-tous les jours. Je tâche à raccommoder mes affaires domestiques, que le
-service du roi avait mises en fort mauvais état. Je suis considéré dans
-mon pays, où quelque mérite, joint à de grands malheurs, m'attire
-l'attention de tout le monde.... Cela console un peu les misérables:
-cependant je fais des pas pour mon retour, sans empressement, comme je
-vous l'ai déjà mandé; s'ils réussissent, j'en serai bien aise; sinon, je
-n'en serai pas fâché... Quand je retournerai, je n'aurai jamais tant de
-repos que j'en goûte.»
-
- [357] BUSSY, _Lettres_, t. III, p. 279.
-
-Précédemment, il avait écrit à madame de Montmorency[358]: «Quelque
-impatience que j'aie de vous voir, madame, je tâche de ne me point
-ennuyer. Je m'amuse à bâtir; à faire des garçons, comme vous voyez; à
-haïr mon infidèle; à vous aimer et à vous l'écrire; à me faire une santé
-que je n'ai jamais eue dans le tumulte de la cour et de la guerre.
-Enfin, j'ai mille petits plaisirs sans peine, et je n'ai eu là que de
-grandes peines sans plaisirs; car l'ambition, et surtout l'ambition
-malheureuse, ne laisse à l'âme aucun autre sentiment.»
-
- [358] BUSSY, _Lettres_ (12 juin 1669), t. V, p. 80.
-
-Qui ne croirait, d'après cette sage réflexion et les dispositions
-manifestées dans ses lettres, que Bussy ne fût uniquement occupé à tirer
-parti pour son bonheur de la position que le sort lui avait faite?
-Cependant il n'en était rien. Ses lettres mêmes, et les plans de
-campagne qu'il faisait parvenir au roi, et les instances à ses parents,
-à ses amis, pour qu'ils sollicitassent son retour, tout nous démontre
-que Bussy était sans cesse tourmenté du désir de rentrer dans cette
-carrière tumultueuse où, pour récompense de ses labeurs, il n'avait
-rencontré que la perte de son repos, de sa santé et d'une partie de sa
-fortune. L'âge et l'absence ne l'avaient pas encore consolé d'avoir été
-abandonné par une maîtresse chérie; de sorte que l'ambition et l'amour,
-refoulés dans son âme sans pouvoir se produire au dehors, ne lui
-inspiraient ni pensées élevées ni sentiments tendres, et ne le rendaient
-accessible qu'à la haine et à l'envie, passions tristes et malheureuses,
-qu'irritait encore son incorrigible orgueil.
-
-Pour caresser celui-ci et se procurer quelque soulagement, il s'occupait
-à écrire ses _Mémoires_. Mais, au lieu de porter dans ce travail cette
-liberté d'esprit que produit le désabusement de toutes les choses de la
-vie et du monde, qui donne à une telle œuvre l'intérêt et l'importance
-d'une confession générale faite en vue et au profit de la postérité, il
-voulait s'en servir comme d'un moyen propre à le faire rappeler de son
-exil[359]. Il savait que son ami le duc de Saint-Aignan avait aussi
-écrit des _Mémoires_ qu'il avait l'intention de montrer au roi. Bussy
-espérait que Louis XIV aurait le désir de lire les siens, et qu'ainsi
-il pourrait par là rentrer en grâce auprès de lui[360]. Les Mémoires du
-duc de Saint-Aignan, de ce courtisan si dévoué et si bien initié aux
-secrets les plus intimes de la vie intérieure de son maître, n'ont
-jamais été imprimés. Ceux de Bussy l'ont été en partie après la mort de
-l'auteur, par les soins de sa fille, la marquise de Coligny, et par ceux
-du P. Bouhours. Ils sont bien tels qu'on devait s'y attendre d'après la
-connaissance que l'on a des motifs qui les avaient fait entreprendre:
-œuvre incohérente et incomplète, pleine d'indiscrétions et de
-réticences, sans impartialité et sans abandon. La malignité de
-l'écrivain envers les autres, sa complaisance pour lui-même déprécient,
-sans qu'il s'en aperçoive, le mérite de ses actions et les bonnes
-qualités de son esprit. Sa vanité le portait à croire que tout ce qui le
-concernait pourrait intéresser les lecteurs; et il met autant
-d'importance à faire connaître ses prouesses galantes qu'à retracer ses
-plus beaux faits d'armes. C'est pourquoi l'occupation qu'il s'était
-donnée d'écrire ses Mémoires le ramenait vers le souvenir de madame de
-Monglat. Il en était sans cesse assiégé. Dans sa correspondance, le nom
-de cette dame se retrouve continuellement sous sa plume avec les plus
-amères expressions de haine et de mépris[361]. Pour mieux _infamer_
-l'infidèle en vers et en prose, il souhaitait pouvoir apprendre
-plusieurs langues, afin d'être compris par un plus grand nombre de
-personnes[362]. Il ne pouvait supporter l'idée qu'elle eût, par sa
-bonté, par son amabilité et une conduite plus régulière, conservé
-l'amitié de toutes les femmes avec lesquelles elle s'était liée.
-Lorsqu'on lui écrivit que madame de Sévigné avait été avec madame de
-Monglat à une représentation d'_Andromaque_, il répondit: qu'il fallait
-que la réputation de vertu de sa cousine fût bien établie pour oser se
-montrer dans des lieux publics en telle compagnie[363]. Plus on
-exhortait Bussy à s'exprimer avec égards et douceur sur une femme
-partout accueillie avec empressement[364], plus il mettait de virulence
-dans ses injures, plus il multipliait, sous toutes les formes, les
-satires, les épigrammes et les sarcasmes. Il trouvait, dans sa
-correspondance avec les femmes qui étaient liées avec madame de Monglat,
-des occasions de satisfaire sa vengeance en cherchant à diminuer
-l'estime et l'amitié qu'on avait pour elle. Mais il n'y a pas de plus
-mauvais conseils que ceux qu'inspire la haine. En cherchant à nuire à
-madame de Monglat il se faisait à lui-même un tort irrémédiable. On
-plaignait celle qui avait eu le malheur d'aimer un homme de ce
-caractère, et on ne la blâmait pas de s'être guérie d'un tel amour.
-D'ailleurs, on s'apercevait bien que le dépit de n'être plus aimé était
-la seule cause de la colère de Bussy et de son indifférence affectée. Si
-d'une part il manifestait le désir qu'il avait de la voir abandonnée par
-tout le monde, de l'autre, il était bien aise qu'on lui en parlât et
-qu'on l'instruisît de tout ce qui la concernait. Il ne voulait point se
-rendre aux exhortations qu'on lui faisait de l'oublier. Il reprochait à
-celles qui la fréquentaient de garder à son égard un silence
-affecté[365]. Pour faire cesser ce silence, il donnait lui-même, à ce
-sujet, matière à de nouvelles réprimandes, et même il consentait à ce
-qu'on dît du bien d'elle plutôt que de ne pas en parler du tout[366].
-Madame de Scudéry particulièrement le suppliait de ne plus l'entretenir
-de madame de Monglat, puisqu'il ne pouvait le faire sans la blesser
-elle-même: non qu'elle se méprît sur la nature des sentiments de Bussy
-et qu'elle prît au sérieux toutes ses injures; mais par toutes sortes de
-motifs elles lui déplaisaient, et elle voulait les faire cesser. «J'ai
-bien ouï dire, lui écrivait-elle, que vous autres messieurs habillez
-quelquefois l'amitié avec tous les atours de la haine; mais, à vous
-parler franchement, la mascarade est un peu fâcheuse[367].» Bussy aimait
-mieux encore avouer que madame de Monglat ne lui était pas indifférente
-que de s'abstenir de verser à son sujet le fiel de sa plume. «Vous
-croyez, disait-il à madame de Scudéry, que j'aime fort la dame dont je
-ne saurais me taire; j'y consens, pourvu que j'en parle: je ne me soucie
-guère de ce qu'on en pensera, mais j'en parlerai et en prose et en
-vers[368].»
-
- [359] BUSSY, _Lettres_ (20 février 1671), t. III, p. 313, édit.
- 1737, in-12.
-
- [360] BUSSY, _Lettres_ (26 septembre 1670), t. III, p. 247 (18
- octobre 1670); t. III, p. 262-264 (23 et 31 octobre 1670); t.
- III, p. 261, 262, 264 (8 septembre 1670); t. III, p. 267, 308 (20
- février 1671); t. III, p. 313.
-
- [361] BUSSY, _Lettres_, t. III, p. 33, 34, 125, 183, 178, 188,
- 197, 221, 223, 228, 241, 242, 246, 249, 250, 257, 265, 269, 270,
- 279, 288; t. V, p. 109, 134, 141, 154, 156, 159,
- 174.--_Supplément aux Mémoires et Lettres_, 1re partie, p. 93,
- 96, 177.
-
- [362] BUSSY, _Lettres_ (23 octobre 1670), t. III, p. 261.
-
- [363] BUSSY, t. III, p. 242 (15 septembre 1670). La lettre est,
- je crois, adressée à mademoiselle Dupré.
-
- [364] MONTPENSIER, _Mémoires_, t. XLII, p. 255, 441, 445.
-
- [365] BUSSY, _Lettres_ (1er octobre 1670), t. III, p. 249.
-
- [366] BUSSY, _Lettres_ (6 mai 1670), t. III, p.
- 197.--_Supplément_, t. I, p. 96.
-
- [367] BUSSY, _Lettres_, t. III, p. 228 (Lettre de madame de
- Scudéry, en date du 31 juillet 1670).
-
- [368] BUSSY, _Lettres_, t. III, p. 261 (23 octobre 1670).
-
-Cependant les personnes avec lesquelles Bussy correspondait alors le
-plus habituellement cherchaient à le purger de ses mauvaises passions.
-Le bon Corbinelli lui prêtait les secours d'une philosophie aimable,
-peu austère et parfaitement appropriée à sa situation. Il résumait tous
-les conseils qu'il lui donnait en vers admirables ou en prose éloquente,
-dont, à la vérité, il n'était pas redevable à son génie, mais à sa
-mémoire[369]. Jamais il n'y en eut de plus richement meublée, de plus
-prompte et de plus complaisante. Tous les auteurs qu'il avait lus,
-anciens et modernes, sérieux ou frivoles, semblaient n'avoir pensé et
-écrit que pour donner plus de force et d'autorité à ce qu'il pensait et
-écrivait lui-même, que pour mieux faire ressortir les sages maximes et
-les règles de conduite qu'il cherchait à inculquer et dont, par la
-pratique, il avait reconnu l'excellence[370]. Ami sûr, d'un dévouement
-sans bornes, d'une obligeance infatigable, il inspirait à tous autant
-d'affection que d'estime; sa conversation, toujours variée, instructive
-et amusante, plaisait aux hommes comme aux femmes, aux vieillards comme
-aux jeunes gens, aux personnes sérieuses ou mélancoliques comme à celles
-qui étaient vives et enjouées. A l'époque dont nous traitons, son exil
-avait cessé. Après un long voyage fait dans le midi de la France, il
-était revenu à Paris; et presque tous les jours il allait chez madame de
-Sévigné, la plus intime et la plus chérie de toutes ses amies[371]. Il
-se disposait alors à partir pour la Bourgogne, pour voir une de ses
-sœurs, religieuse à Châtillon.
-
- [369] BUSSY, _Lettres_, t. III, p. 136, 155, 270, 300 (Lettres de
- Corbinelli, datées de Montpellier, le 16 juin 1669; de Toulouse,
- le 15 septembre 1669; de Paris, le 17 mai 1670; d'Aiguemortes, le
- 15 février 1671); t. III, p. 522.
-
- [370] CORBINELLI, _Recueil de tous les beaux endroits des
- ouvrages des plus célèbres auteurs de ce temps_, 1696, 5 vol.
- in-18.--_Les Anciens historiens réduits en maximes_, 1694,
- in-12.--_Sentiments d'amour tirés des meilleurs poëtes modernes_;
- Paris, 1665, in-12.
-
- [371] Corbinelli mourut en 1716, âgé de plus de cent ans; donc il
- était né en 1615: ainsi il avait cinquante-cinq ans en 1670.
-
-Si la sagesse mondaine avait auprès de Bussy un excellent avocat dans
-Corbinelli, la religion avait aussi dans le P. Cosme, général des
-feuillants[372], un interprète zélé que Bussy paraissait écouter avec
-déférence; mais la correspondance qu'il entretenait avec ce religieux se
-ralentit beaucoup lorsque ce dernier eut cessé d'être le confesseur de
-madame de Monglat[373].
-
- [372] BUSSY, _Lettres_, t. III, p. 2, 65, 69, 180, 184, 286, 288
- (29 octobre 1666, 25 décembre 1667, 2 janvier 1668, 19 et 27
- janvier 1670).
-
- [373] BUSSY, t. III, p. 183 (27 janvier 1670). Le P. Cosme fut
- depuis évêque de Lombez. Il avait exigé de madame de Monglat
- qu'elle n'allât plus au spectacle; elle refusa, et il ne voulut
- plus la diriger.
-
-Madame de Scudéry, que nous avons déjà fait connaître à nos
-lecteurs[374], était pour Bussy un prédicateur plus persuasif; elle
-aimait son esprit, sa brusque franchise, sa constance et sa loyauté en
-amitié; elle n'était point rebutée par les défauts de son caractère,
-qu'elle savait lui faire apercevoir et qu'elle aurait voulu réformer.
-Bussy avait en elle la plus entière confiance. Par sa discrétion dans
-les affaires les plus délicates, par son incomparable activité quand il
-fallait rendre un service, par son bon sens, sa piété, son esprit, sa
-modestie et son savoir, madame de Scudéry avait acquis une influence
-au-dessus de sa position. C'était, à cette époque, une sorte de mode de
-se faire admettre à ses cercles, peu nombreux, mais remarquables par le
-choix des personnages[375]. Elle ne s'enorgueillissait pas de ses succès
-en ce genre, elle en connaissait la cause, et elle se prêtait plutôt
-qu'elle ne se livrait à la société qui l'entourait. Elle savait qu'elle
-ne lui paraissait si aimable que parce qu'elle avait su s'y rendre
-utile.
-
- [374] Voyez ci-dessus, chap. III, p. 56-68.
-
- [375] BUSSY, _Lettres_, t. III, p. 228 et 229 (31 juillet
- 1670).--Madame DE SCUDÉRY, _Lettres_, 1806, in-12, p. 30.
-
-«J'ai beaucoup d'apparence d'amis et d'amies, écrivait-elle à Bussy;
-car, en vérité, monsieur, l'on n'en a guère. Mais n'importe, j'ai l'âme
-douce; j'aime tout de l'amitié, jusqu'à l'apparence; et je dirais
-volontiers, sur ce sujet, ce qui est dans _Astrée_ sur un autre:
-
- Privé de mon vrai bien, ce faux bien me soulage.
-
-Cependant je vous avoue que cela est incommode de faire toujours le
-change des Indiens avec ses amis; de leur donner de bon or, et de ne
-recevoir que du verre[376].»
-
- [376] BUSSY, _Lettres_, t. III, p. 316-17 (6 mars
- 1671).--_Supplément_, t. I, p. 97.--Lettres de mesdames DE
- SCUDÉRY, DE SALVAN-SALIÈRE et de mademoiselle DESCARTES,
- collection de Collin; Paris, 1806, in-12, p. 46 et 47.
-
-Fortement dominée alors par ses idées religieuses, elle avait le projet
-de se retirer du monde, afin, disait-elle, de n'avoir plus autre chose à
-penser qu'à bien mourir[377]. De tous les amis et de tous les parents
-que Bussy avait à la cour, le duc de Saint-Aignan était celui qui
-s'occupait le plus à le faire rentrer en grâce auprès du roi; mais le
-duc de Saint-Aignan était trop occupé pour correspondre avec Bussy aussi
-souvent que celui-ci l'eût désiré. Madame de Scudéry, amie de tous deux,
-y suppléait. Le zèle qu'elle montrait en toute occasion pour les
-intérêts de Bussy lui avait acquis une sorte d'empire sur son esprit.
-Elle voulait en profiter pour le ramener par la religion à une conduite
-plus régulière, à des sentiments plus purs. Les exhortations pieuses
-qu'elle lui adressait partaient du cœur et étaient imprégnées de la
-chaleur d'une profonde conviction[378]. L'abjuration récente de Turenne
-et celle de Pellisson et surtout la conversion du marquis de
-Tréville[379] étaient de nature à faire impression sur Bussy, et
-ajoutaient aux paroles de madame de Scudéry l'autorité des grands
-exemples. Mais lui, malgré ses cinquante-deux ans, ne se sentait
-nullement disposé à réformer sa vie; pourtant il repousse avec force le
-reproche qu'elle lui fait d'être plus philosophe que chrétien; et comme,
-en même temps, elle lui avait proposé, pour l'éclairer, de lui envoyer
-le livre des _Pensées_ de Pascal[380], que Port-Royal avait récemment
-publié et qui faisait alors une grande sensation[381], il lui répond:
-«Ne vous alarmez point de ma foi; elle est bonne, et je suis chrétien
-encore plus que philosophe. Il est vrai que, sur certaines actions, je
-ne suis pas aussi régulier qu'un missionnaire, au moins en apparence;
-car pour le fond je crois l'avoir meilleur que ces gens-là... J'ai
-Pascal céans, et je l'ai lu avec admiration; mais, comme vous savez, on
-n'imite pas toujours tout ce qu'on admire[382].»
-
- [377] BUSSY, _Lettres_ (31 juillet 1670), t. III, p. 229.
-
- [378] BUSSY, _Lettres_, t. III, p. 228 et 229 (31 juillet
- 1670).--Madame DE SCUDÉRY, _Lettres_, p. 28 et 30, édit. 1806 (du
- recueil de Léopold Collin).
-
- [379] Le vrai nom est Troisville; l'abréviation avait
- prévalu.--Conférez LA FARE, _Mémoires_, t. LXV, p. 181.--SÉVIGNÉ,
- t. II, p. 324; t. IV, p. 165; t. VIII, p. 440 et 447, t. XI, p.
- 159, 190, 191, édit. de G. de S.-G.--TALLEMANT DES RÉAUX,
- _Historiettes_, t. I, p. 420, édit. in-8º.
-
- [380] BUSSY, _Lettres_, t. III, p. 218 (4 juillet 1670). Cette
- lettre de madame de Scudéry est omise, ainsi que beaucoup
- d'autres, dans le recueil de Léopold Collin, qui a été fait avec
- beaucoup de négligence.
-
- [381] _Pensées de M. Pascal sur la religion_, 1670, in-12, chez
- G. Desprez (les approbations des évêques, pour l'impression, sont
- datées de septembre 1669).
-
- [382] BUSSY, _Lettres_, t. III, p. 220 (7 juillet 1670).
-
-Madame de Scudéry, peu satisfaite de cette réponse, revient encore sur
-le même sujet dans la lettre que nous avons déjà citée[383].
-
- [383] BUSSY, _Lettres_, t. III, p. 228 (31 juillet 1670).
-
-«Quoique vous me vouliez rassurer sur votre foi, monsieur, je vous dirai
-que vous n'y réussissez pas tout à fait. Cependant, si vous vouliez
-devenir bon chrétien, ce serait une chose admirable. Après tout,
-monsieur, l'éternité est longue et la vie est courte. Il y a si peu de
-plaisirs véritables dans le monde que cela ne vaut pas la peine de se
-damner. Mais Pascal dit tout cela bien mieux que moi; puis il faut que
-Dieu vous le dise, car nos discours n'opèrent rien sans lui; et dans la
-vérité je sais, par expérience, qu'il n'y a que les prières qui attirent
-la miséricorde de Dieu. Je vous exhorte, comme mon bon ami, à qui je
-souhaite toute sorte de bien, de le prier le plus que vous pourrez. On
-ne devinerait jamais que vous eussiez un commerce de lettres avec une
-amie qui vous écrivît ainsi. Pour moi, je hais le monde, et je veux m'en
-retirer.»
-
-Soit que les pieux conseils de madame de Scudéry eussent fait impression
-sur Bussy, soit qu'elle l'eût mal jugé, il est certain que, dans sa
-correspondance avec d'autres femmes, s'il paraît indévot, il ne se
-montre point incrédule, et qu'il accueille avec l'apparence de la foi
-toutes les ouvertures qui lui sont faites au sujet de la religion.
-
-Corbinelli en voyage écrivit, à cette époque, à sa sœur, religieuse à
-Châtillon, pour obtenir des nouvelles de la santé de Bussy, dont il
-était inquiet; celle-ci charge un M. Rémond d'aller s'en informer, et,
-pour qu'il puisse s'acquitter de sa commission, elle lui remet pour
-Bussy une lettre d'introduction, qu'elle termine par ces mots[384]: «Si
-l'assurance de mes prières était un régal pour vous, je vous dirais que
-je ne passe pas un jour sans demander à Dieu qu'il vous fasse aussi
-saint par sa grâce qu'il vous a fait honnête homme selon le monde.»
-
- [384] BUSSY, _Lettres_, t. V, p. 182 (5 décembre 1670, Lettre de
- madame de Corbinelli, religieuse à Châtillon, au comte de Bussy).
-
-A ceci Bussy répond[385]:
-
-«Je ne sais quelle idée vous vous êtes faite de moi, mais je vous assure
-que vos prières pour mon salut me sont très-agréables; et je les crois
-très-utiles, car je suis persuadé que vous êtes aussi aimable devant
-Dieu que devant les hommes.»
-
- [385] BUSSY, _Lettres_, t. V, p. 183 (8 décembre 1670).
-
-La réponse qu'il fit à mademoiselle Dupré, qui lui envoyait copie de la
-lettre que Pellisson écrivit au roi lors de son abjuration[386], est
-encore plus significative. Bussy rapporte un bon mot de sa cousine, dont
-il avait gardé la mémoire depuis bien des années[387]:
-
-«La lettre de Pellisson est belle; rien ne m'affermit davantage dans ma
-religion que de voir un bon esprit comme le sien l'étudier longtemps, et
-l'embrasser à la fin. Madame de Sévigné disait de lui, à quelqu'un qui
-exagérait ses bonnes qualités, sa droiture, sa grandeur d'âme, sa
-politesse: «Eh bien! dit-elle, pour moi, je ne connais que sa laideur;
-qu'on me le dédouble donc.» Il serait encore meilleur à dédoubler
-aujourd'hui, que la foi a éclairé son âme des lumières de la vérité.»
-
- [386] BUSSY, _Lettres_, t. V, p. 179 et 180 (2 novembre 1670).
-
- [387] BUSSY, _Lettres_, t. V, p. 181 (21 novembre 1670).--DELORT,
- _Hist. de la détention des philosophes et des gens de lettres à
- la Bastille et à Vincennes_.
-
-
-
-
-CHAPITRE XI
-
-1670-1671.
-
- Idée de la correspondance de Bussy avec madame de
- Sévigné.--Pourquoi les lettres de madame de Sévigné ne pouvaient
- avoir sur Bussy une influence morale aussi favorable au bonheur de
- ce dernier que celles de Corbinelli et de madame de Scudéry.--Mort
- du président de Frémyot.--Il donne tout son bien à madame de
- Sévigné.--Bussy saisit cette occasion de lui écrire, et recommence
- sa correspondance avec elle.--Madame de Sévigné lui répond, et lui
- annonce la grossesse de madame de Grignan.--Madame de Sévigné,
- mécontente de Bussy, lui écrit une lettre de reproche sur le
- passé.--Réponse modérée de Bussy à cette injuste attaque.--Madame
- de Sévigné lui demande excuse.--Elle est enchantée qu'il travaille
- à la généalogie des Rabutin et flattée que Bussy lui ait dédié cet
- ouvrage.--Cependant elle continue à lui rappeler sa conduite
- antérieure à son égard.--Bussy perd patience.--Il lui demande de
- cesser ce genre de guerre.--Madame de Sévigné y consent.--Madame
- de Sévigné écrit à Bussy qu'elle a des ennemis, puis ensuite le
- nie.--Bussy dit qu'il le sait.--Madame de Sévigné cherche à savoir
- de qui Bussy a reçu ses informations et ce que son cousin sait des
- propos qui ont été débités sur elle.--Bussy, dans sa réponse, se
- tient sur la réserve.--Ses réticences nous réduisent à des
- conjectures.--Motifs de croire que madame de Montmorency était
- celle qui instruisit Bussy des bruits qui couraient sur sa
- cousine.
-
-La correspondance de Bussy avec sa cousine ne pouvait avoir sur lui une
-influence aussi salutaire que celle qu'il entretenait avec madame de
-Scudéry et avec Corbinelli. Madame de Sévigné n'avait ni la ferveur
-religieuse de l'une ni le calme philosophique de l'autre. Plus que
-jamais livrée au monde par goût comme par devoir, elle n'était pas
-insensible aux succès qu'elle y obtenait. Elle se plaisait à la lecture
-des traités moraux de Nicole, à écouter un beau sermon; elle remplissait
-exactement ses devoirs de religion; mais l'amour de sa fille était
-devenu chez elle une passion dominante et tenait dans son cœur plus de
-place que l'amour de Dieu. C'est ce qu'elle déplore elle-même amèrement
-et avec cette naturelle éloquence qui ne la quittait jamais. Le désir de
-contribuer à l'élévation de ses enfants la rendait attentive à toutes
-les intrigues de cour. Ambitieuse non pour elle, mais pour sa famille et
-ses amis, elle irritait dans Bussy les blessures faites à son
-amour-propre et à son ambition trompée. Sans cesse elle se lamentait sur
-l'oisiveté inglorieuse à laquelle il était condamné; elle louait avec
-effusion son esprit, ses talents militaires, dont elle entretenait
-peut-être une trop haute idée; et ainsi elle augmentait encore l'orgueil
-qui le dominait. Autant que lui, elle avait cette vanité nobiliaire qui
-aime à se prévaloir de l'antiquité et de l'illustration de sa race. Elle
-lui savait un gré infini de ses laborieuses recherches sur la généalogie
-et l'histoire des Rabutin, et elle lui transmettait pour ce travail tous
-ses titres et papiers de famille. Elle se faisait aider par son tuteur,
-l'abbé de Coulanges, et par le savant Bouchet. Elle témoigne, avec une
-grande naïveté, le plaisir qu'elle ressent lorsque son cousin lui
-annonce qu'il est parvenu à faire remonter à des temps plus reculés la
-longue suite de leurs communs aïeux. Elle se montre très-flattée qu'il
-ait eu la pensée de lui dédier ce grand et important ouvrage: la
-_Généalogie des Rabutin_[388]! Vivant dans un temps et au milieu d'une
-cour où les affaires de galanterie étaient aussi des affaires d'État,
-madame de Sévigné les racontait à son cousin avec cette vivacité
-d'imagination et cette liberté d'expression trop bien assorties au goût
-et aux inclinations de son correspondant, et par là elle nuisait aux
-pensées sérieuses et aux sages résolutions qui auraient dû l'occuper
-uniquement dans sa solitude. Il existait sans doute entre madame de
-Sévigné et Bussy de grandes différences sous le rapport de la vertu et
-des qualités de l'âme et du cœur; mais la tournure de leur esprit et
-les faiblesses qui leur étaient communes établissaient entre l'une et
-l'autre beaucoup de ressemblance. Aussi tous deux regrettaient que
-l'incident relatif au mariage de mademoiselle de Sévigné eût suspendu
-leur correspondance, Bussy beaucoup plus encore que madame de Sévigné;
-malgré l'humeur que lui donnaient les Grignan, il résolut de saisir le
-premier prétexte pour renouer son commerce avec elle.
-
- [388] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (19 septembre 1670), t. I, p. 216, édit.
- de M.--_Ib._, t. I, p. 288, édit. de G. de S.-G. (23 janvier
- 1771); t. I, p. 227, édit. de M.--_Ibid._, t. I, p. 301, édit. de
- G. de S.-G. (16 février 1671); t. I, p. 249, édit. de
- M.--_Ibid._, t. I, p. 326, édit. de G. de S.-G.
-
-Une occasion toute naturelle se présenta. Claude Frémyot, neveu de
-Bénigne Frémyot, dont nous avons parlé dans le premier chapitre de cet
-ouvrage, mourut sans enfant le 20 avril 1670[389]. Il ne laissa à sa
-femme que l'usufruit de ses biens; il en donna la plus grande partie à
-madame de Sévigné, sa cousine du côté maternel[390], et il l'institua
-son légataire universel. Madame de Sévigné ne s'attendait nullement à ce
-don d'un parent pour lequel elle avait une véritable affection et
-qu'elle regretta vivement. Elle en écrivit à madame de Toulongeon, qui
-se trouvait au nombre des donataires du défunt. Bussy le sut, et
-s'empara de ce motif pour adresser à sa cousine quelques mots de
-félicitation sur l'héritage qu'elle venait de recevoir, qui se montait à
-plus de cent mille livres, monnaie de cette époque (deux cent mille
-francs de notre monnaie actuelle[391]).
-
- [389] Ire partie, p. 2.
-
- [390] XAVIER GIRAULT, _Notice hist. sur madame de Sévigné_, dans
- les _Lettres inédites de_ SÉVIGNÉ, p. XXV.--_Ibid._, t. I, p.
- LXXX de l'édit. des _Lettres de_ SÉVIGNÉ, par G. de S.-G.; _id._,
- t. V, p. 428 et 432; t. V, p. 255, 256, 261, 337, 380 de l'édit.
- de M. (lettres des 15 septembre et 13 octobre 1677, des 13 juin
- et 12 août 1678); t. VI, p. 4 et 19, édit. de G. de S.-G.; _id._,
- t. XI, p. 26 (avril 1694).
-
- [391] SÉVIGNÉ, _Lettres_, t. I, p. 242, édit. de G. de
- S.-G.--_Id._, t. I, p. 177, édit. de M. (3 et 16 avril
- 1670).--ROGER DE RABUTIN, _Lettres_, t. V, p. 248 et 249.
-
-Madame de Sévigné fit à Bussy la réponse la plus aimable; mais comme il
-ne lui avait point parlé de M. ni de madame de Grignan, madame de
-Sévigné, sans avoir l'air de s'apercevoir des mauvaises dispositions de
-son cousin envers eux, lui annonça que sa fille était enceinte, et que
-M. de Grignan se disposait à partir pour la Provence. Elle remercie
-ensuite Bussy d'avoir rouvert la porte à leur commerce, qui était,
-dit-elle, tout démanché; puis elle ajoute: «Il nous arrive toujours des
-incidents, mais le fond est bon; nous en rirons peut-être quelque jour.»
-Bussy lui répond «que, quoique M. de Frémyot ne lui ait rien laissé, il
-lui a aussi des obligations, puisqu'il lui a fourni l'occasion de
-renouer leur correspondance.» Vient ensuite une page employée à
-discourir sur lui-même, sur son exil, ses ennemis, ses malheurs et sa
-patience à les supporter; puis il termine encore de manière à montrer
-toute la rancune qu'il conserve contre M. de Grignan: «Vous avez deviné
-que je ne voulais pas vous parler de madame de Grignan, parce que je
-n'étais point content d'elle; et ma raison est que je n'ai jamais aimé
-les femmes qui aimaient si fort leurs maris; encore me mandez-vous une
-chose qui ne me raccommodera point avec elle, c'est sa grossesse. Il
-faut que ces choses-là me choquent étrangement pour altérer
-l'inclination naturelle que j'ai toujours eue pour mademoiselle de
-Sévigné[392].»
-
- [392] SÉVIGNÉ, _Lettres_, t. I, p. 245, édit. de G. de
- S.-G.--_Ibid._, t. I, p. 180, édit. de M. (21 avril 1670).--Cf.
- 2e partie, ch. XI, p. 137.
-
-Quelques lettres d'un style badin, mais amical, furent ensuite échangées
-entre le cousin et la cousine, et elles semblaient promettre pour leur
-liaison une atmosphère longtemps sereine; mais bientôt l'horizon
-s'obscurcit, et ce fut du côté de madame de Sévigné que souffla le vent
-qui ramena les brouillards. L'arrivée de Corbinelli à Paris avait donné
-occasion à madame de Sévigné de raconter à cet ami de Bussy, qui était
-aussi le sien, sa grande querelle avec ce dernier, la rupture qui en
-avait été la suite, leur raccommodement et la discussion épistolaire qui
-avait eu lieu entre eux pendant que Corbinelli était absent et voyageait
-dans le Midi. En cherchant à donner des preuves de tout ce qu'elle
-disait à Corbinelli, elle retrouva dans ses papiers des lettres de Bussy
-qui lui témoignaient sa reconnaissance du consentement qu'elle avait
-donné à ce qu'il fût avancé à son cousin l'argent qu'il avait demandé à
-l'époque de son départ pour l'armée en 1657[393]. Ces lettres, dont elle
-ne s'était pas ressouvenue lors de leur altercation, détruisaient le
-reproche qu'il lui avait fait de n'en avoir pas agi avec lui en bonne
-parente. Elle était alors peu satisfaite des lettres d'insouciant
-badinage qu'elle recevait de Bussy et de ce qu'il n'écrivait point à sa
-fille; mais elle n'osait pas l'attaquer sur ce sujet, parce qu'elle
-savait bien que tout le tort était du côté de M. de Grignan, et que
-Bussy avait dans cette occasion donné des preuves, qui lui avaient mal
-réussi, d'une grande déférence pour elle. Tourmentée cependant du besoin
-d'exhaler l'humeur qu'elle avait contre lui, elle profita de la
-découverte qu'elle venait de faire, et, sans provocation, sans motif
-apparent, elle lui écrivit une lettre où elle lui reprochait encore, sur
-un ton goguenard et le plus propre à le blesser, cette malheureuse
-satire de l'_Histoire amoureuse des Gaules_ qui depuis longtemps avait
-été de sa part l'objet d'un pardon entier et sans réserve[394].
-Corbinelli, qui se trouvait présent lorsque madame de Sévigné écrivit
-cette lettre, voulut s'opposer à ce qu'elle fût envoyée; mais ce fut en
-vain. Prévoyant l'effet qu'elle ferait sur Bussy, Corbinelli y ajouta un
-_post-scriptum_, dans lequel il faisait entrevoir la pensée qu'il les
-désapprouvait tous deux. «Vous êtes deux vrais Rabutin, dit-il, nés l'un
-pour l'autre: Dieu vous maintienne en parfaite intelligence!» Aussitôt
-que la lettre fut partie, madame de Sévigné se repentit de l'avoir
-écrite, et elle lui fit dire de ne point s'en fâcher[395]. La réponse de
-Bussy est parfaite, et prouve combien était puissant l'attachement qu'il
-avait pour sa cousine, puisqu'il fait taire, en sa faveur, cet esprit
-hautain et rancuneux qui formait le fond de son caractère. Il explique
-avec beaucoup de sagacité ce qui se passait dans l'âme de madame de
-Sévigné quand elle se résolut à lui écrire ainsi; il en appelle à sa
-conscience, il excuse son tort, il refuse de profiter des avantages que
-lui donne sur elle l'humeur dont elle le rend victime; mais il la prie
-de lui dire combien ces _recommencements_ doivent durer, afin qu'il s'y
-prépare; enfin, il proteste que, malgré le grief de sa cousine envers
-lui, il ne garde rien contre elle sur le cœur et qu'il ne l'aime pas
-moins qu'il ne faisait avant[396]. Pour lui prouver encore plus le désir
-qu'il avait de lui complaire, il lui fait des compliments sur sa fille;
-mais il profite de la réponse qu'il avait à faire à Corbinelli pour
-mettre dans le _post-scriptum_ une partie du venin qu'il n'avait pas osé
-insérer dans le corps de la lettre; et il engage son ami à ne pas trop
-compter sur les bienveillants sentiments que madame de Sévigné lui
-témoigne. «Quoique vous n'ayez pas comme moi, dit-il, le péché originel
-à son égard, défiez-vous de l'avenir: _Toute femme varie_, comme disait
-François Ier.» Encore un sarcasme contre le sexe: quand on est mécontent
-d'une femme, on dit volontiers du mal de toutes.
-
- [393] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (15 mai 1670), t. I, p. 247, édit. de G.
- de S.-G.; t. I, p. 181, édit. de M.
-
- [394] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (17 juin 1670), t. I, p. 250, édit. de
- G. de S.-G.; t. I, p. 183, édit. de M.--_Ibid._ (6 juillet 1671),
- t. I, p. 191, édit. de M.; t. I, p. 259, édit. de G. de S.-G.
-
- [395] Par un nommé Bréban, dont je ne trouve le nom nulle part
- ailleurs.--SÉVIGNÉ, _Lettres_ (25 juin 1670), t. I, p. 253, édit.
- de G. de S.-G.--_Ibid._ t. I, p. 186, édit. de M.
-
- [396] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (25 juin 1670), t. I, p. 185 à 188,
- édit. de M.; t. I, p. 255, édit. de G. de S.-G.
-
-Madame de Sévigné reconnut ses torts, et se hâta de répondre à son
-cousin, près duquel Corbinelli se trouvait alors[397]. «Il est vrai,
-dit-elle, que j'étais de méchante humeur d'avoir retrouvé dans mes
-paperasses ces lettres que je vous dis. Je n'eus pas la docilité de
-démonter mon esprit pour vous écrire; je trempai ma plume dans mon fiel,
-et cela composa une sotte lettre amère, dont je vous fais mille excuses.
-Adieu, comte; point de rancunes, ne nous tracassons plus... J'ai un peu
-tort, mais qui n'en a point dans ce monde? Je suis bien aise que vous
-reveniez pour ma fille. Demandez à M. de Corbinelli combien elle est
-jolie. Montrez-lui ma lettre, afin qu'il voie que, si je fais les maux,
-je fais les médecines.»
-
- [397] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (6 juillet 1670), t. I, p. 259, 262,
- édit. de G. de S.-G.--_Id._, t. I, p. 191-193, édit. de M.
-
-Bussy se montre non-seulement satisfait, mais enchanté de cette nouvelle
-lettre de madame de Sévigné[398], puisqu'il lui déclare qu'il lui permet
-de l'offenser encore, pourvu qu'elle lui promette une pareille
-satisfaction. Pourtant elle ne put s'empêcher de mêler aux paroles
-douces qu'elle lui adressait alors une allusion au grand méfait qu'elle
-avait à lui reprocher; et elle continua, dans presque toutes les lettres
-qu'elle lui écrivait, à ramener toujours ainsi le souvenir fâcheux du
-passé, même lorsqu'elle était le plus satisfaite du présent. Elle paraît
-éprouver un malin plaisir à lui prouver que si, en raison de ses bons
-procédés, de ses louanges et de sa tendresse, sa grâce est descendue sur
-lui, elle n'est pas encore assez efficace pour le laver de ce qu'il
-appelait lui-même le _péché originel_. Bussy envoya à sa cousine le
-commencement de son travail sur la généalogie des Rabutin[399], avec
-l'épître dédicatoire, à elle adressée, qui devait la précéder. Madame de
-Sévigné, flattée des éloges qui lui sont donnés dans cette épître,
-répond: «La lettre que vous me faites l'honneur de m'écrire, pour me
-dédier notre généalogie, est trop aimable et trop obligeante; il
-faudrait être parfaite, c'est-à-dire n'avoir point d'amour-propre, pour
-n'être pas sensible à des louanges si bien assaisonnées; elles sont
-même choisies et tournées d'une manière que, si l'on n'y prenait garde,
-on se laisserait aller à la douceur de croire en mériter une partie,
-quelque imagination qu'il y ait. Vous devriez, mon cher cousin, avoir
-toujours été dans cet aveuglement, puisque je vous ai toujours aimé et
-que je n'ai jamais mérité votre haine... N'en parlons plus.»
-
- [398] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (10 juillet 1670, lettre de Bussy), t.
- I, p. 262-264, édit. de G. de S.-G.--_Id._, t. I, p. 194 à 196,
- édit. de M.
-
- [399] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (19 décembre 1670), t. I, p. 216, édit.
- de M.; t. I, p. 288, édit. de G. de S.-G. (Cette généalogie des
- Rabutins, dit l'éditeur de madame de Sévigné, ne fut terminée
- qu'en 1685.)
-
-Malgré cette promesse tant de fois renouvelée de garder à l'avenir le
-silence sur le fatal libelle, elle recommença de nouveau à en parler, et
-toujours au sujet de cette généalogie des Rabutin. «Voilà, dit-elle, mon
-cousin, tout ce que l'abbé de Coulanges sait de notre maison, dont vous
-avez dessein de faire une petite histoire... Je voudrais que vous
-n'eussiez jamais fait que celle-là[400]...» Et, plus loin encore, elle
-lui reproche de «n'avoir pas fait de son nom (de Rabutin) tout ce qui
-était en son pouvoir...» Cette fois Bussy perdit patience; déjà, dans la
-réponse à la première lettre qui lui avait causé une si vive
-satisfaction, il avait mis en garde sa cousine contre le mauvais effet
-que produisaient sur lui les malignes insinuations qu'elle s'était
-permises, même dans cette lettre; et il terminait ainsi sa réponse[401]:
-«Adieu, ma belle cousine; ne nous tracassons plus. Quoique vous
-m'assuriez que nos liens s'allongent de notre race, et qu'ils ne se
-rompent point, ne vous y fiez pas trop: il arrive en une heure ce qui
-n'arrive pas en cent. Pour moi, j'aime la douceur; je suis, comme le
-frère d'Arnolphe, _tout sucre et tout miel_[402].» Aussi madame de
-Sévigné, craignant l'effet des provocations qu'elle s'était permises
-dans cette dernière lettre, a-t-elle grand soin de dire à Bussy en
-finissant: «Je vous souhaite la continuation de votre philosophie, et à
-moi celle de votre amitié; elle ne saurait périr, quoique nous puissions
-faire; elle est d'une bonne trempe, et le fond en tient à nos os.» Mais
-Bussy répondit sur le ton le plus sévère et de manière à convaincre sa
-cousine combien ces attaques répétées pouvaient nuire à cette amitié
-dont elle lui donnait l'assurance et dont pourtant elle méconnaissait
-les droits. Après lui avoir prouvé que sa dernière réflexion, lors même
-qu'elle serait juste, est peu généreuse quand elle s'applique à un homme
-que l'adversité poursuit, il ajoute: «Je remarque que vous avez, à point
-nommé, quand vous m'écrivez, des occasions de picoteries, dont je me
-passerais fort bien. Regardez s'il vous serait agréable que je vous
-redisse souvent que, si vous aviez voulu, on n'aurait pas dit de vous et
-du surintendant les sottises qui s'en dirent après qu'il fut arrêté. Je
-ne les ai jamais crues; mais aussi je ne vous ai pas donné le chagrin de
-les entendre. Je vous prie donc, ma cousine, d'avoir les mêmes égards
-pour moi que j'ai pour vous; car, quoique je ne puisse jamais m'empêcher
-de vous aimer, je n'aimerais pas que toute notre vie se passât en
-reproches et en éclaircissements: c'est tout ce que nous pourrions faire
-s'il y avait de l'amour sur jeu.»
-
- [400] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (23 janvier 1671), t. I, p. 227, édit.
- de M.; t. I, p. 301, édit. de G. de S.-G.
-
- [401] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (10 juillet 1670), t. I, p. 264, édit.
- de G. de S.-G.; t. I, p. 195, édit. de M.
-
- [402] Bussy aurait dû dire: Comme le frère de Sganarelle. Voyez
- _l'École des Maris_, acte I, scène 2.--Conférez _OEuvres de
- monsieur_ DE MOLIÈRE, t. II, p. 80, 1676, in 12; chez Claude
- Barbin.
-
-Madame de Sévigné comprit toute la portée de ce langage. Souvent Bussy
-s'était prévalu de la vive expression de son amitié pour lui, et il
-l'avait interprétée (non peut-être sans quelque raison) comme un indice
-d'un sentiment plus tendre. Elle avait toujours cherché à lui ôter cette
-croyance, et désormais elle était intéressée à ne plus s'attirer de
-nouveaux reproches de Bussy, en se donnant le tort de ranimer toujours
-leurs anciennes querelles, puisque, selon lui, c'était donner à penser
-qu'il y avait de sa part «de l'amour sur jeu.» Elle s'abstint donc de
-toute récrimination. Mais elle-même témoigne que c'était avec peine
-qu'elle renonçait à la satisfaction qu'elle éprouvait de lui infliger de
-temps en temps quelques petites corrections, pour punition de ses fautes
-passées. Elle trouvait que cela rendait leur correspondance plus
-piquante et plus animée. «Mon Dieu, dit-elle[403], mon cousin, que votre
-lettre est raisonnable, et que je suis impertinente de vous attaquer
-toujours! Vous me faites voir si clairement que j'ai tort que je n'ai
-pas le mot à dire; mais je suis tellement résolue de m'en corriger que,
-quand nos lettres devraient être aussi froides qu'elles sont vives, il
-est certain que je ne vous donnerai jamais sujet de m'écrire sur ce
-ton-là. Au milieu de mon repentir, à l'heure que je vous parle, il vient
-encore des aigreurs au bout de ma plume; ce sont des tentations du
-diable, que je renvoie d'où elles viennent.» Et en effet, dans cette
-lettre même où elle demande excuse pour être revenue sur le passé, elle
-en parle de nouveau, et fait ressouvenir Bussy que, si elle a eu tort
-envers lui, les torts qu'il a eus à son égard sont bien plus grands.
-«Nous voilà donc raccommodés. Vous seriez bien heureux si nous étions
-quittes; mais, bon Dieu! que je vous en dois encore de reste que je ne
-vous payerai jamais[404]!» Puis elle demande, en finissant, la
-permission de faire à son cousin quelques petites querelles d'Allemand,
-mais sur d'autres sujets. «Ce qui me plaît dans tout ceci,
-ajoute-t-elle, c'est que nous éprouvons la bonté de nos cœurs, qui est
-inépuisable.»
-
- [403] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (16 février 1671), t. I, p. 268, 269, ou
- t. I, p. 325, édit. de G. de S.-G.
-
- [404] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (6 juillet 1670), t. I, p. 260, édit. de
- G. de S.-G.; t. I, p. 192, édit. M.
-
-Dans les lettres auxquelles cette discussion a donné lieu, nous devons
-remarquer certains passages qui font allusion à des propos qu'on aurait
-tenus sur madame de Sévigné et dont il sera important, pour
-l'intelligence de sa correspondance, de deviner la nature et les motifs.
-Madame de Sévigné tâche, dans la première, de réparer un peu la dureté
-de ses reproches en terminant par une phrase plus amicale[405], et elle
-dit: «Adieu, comte; écrivons-nous, et prenons courage contre nos
-ennemis. Pensez-vous que je n'en aie pas, moi qui vous parle?»--A ceci
-Bussy répond[406]: «Je ne doute pas que vous n'ayez des ennemis; je le
-sais par d'autres que par vous; mais, quoi qu'on m'ait mandé, je ne
-crois pas votre conduite si dégingandée qu'on dit, et je ne condamne pas
-les gens sans les entendre.»
-
- [405] BUSSY, _Lettres_ (17 juin 1670), t. I, p. 184, édit. de
- M.--_Ibid._, t. I, p. 251, édit. de G. de S.-G.
-
- [406] SÉVIGNÉ, _Lettres_, t. I, p. 254, édit. de G. de
- S.-G.--_Id._, t. I, p. 187, édit. de M. (lettre de Bussy, du 25
- juin 1670).
-
-Ce passage de la lettre de Bussy intrigua beaucoup madame de Sévigné; il
-lui prouvait que ce qu'elle croyait être ignoré de son cousin lui était
-connu et que, par les altercations qui avaient eu lieu entre elle et lui
-et par son alliance et son intimité avec M. de Grignan, elle avait perdu
-une partie de la confiance que Bussy avait en elle et l'ascendant dû au
-tendre et fort attachement qu'elle lui avait inspiré. Au lieu de mettre
-le même empressement à l'instruire de tout ce qui la concernait, Bussy
-lui taisait donc ce que ses correspondances lui apprenaient de
-désavantageux sur son compte. Soit qu'elle ait oublié ce qu'elle avait
-écrit à Bussy, soit qu'elle ait voulu plaider le faux pour savoir le
-vrai, elle feignit d'ignorer ce qu'il voulait dire, et nia qu'elle pût
-avoir des ennemis ou avoir été l'objet d'aucun mauvais propos; puis, par
-le souvenir, agréable pour elle et pour son cousin, des temps de leur
-jeunesse, elle tâcha de ranimer la chaleur de ses anciens sentiments,
-dans l'espoir de lui arracher son secret[407].
-
- [407] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (6 juillet 1670), t. I, p. 260, édit. de
- G. de S.-G.; t. I, p. 192, édit. de M.
-
-«Vous me donnez un trait en me disant que j'ai des ennemis et qu'on vous
-a mandé que ma conduite était dégingandée. Vous feignez qu'on vous l'a
-écrit; je parie que cela n'est pas vrai. Hélas! mon cousin, je n'ai
-point d'ennemis; ma vie est tout unie, ma conduite n'est pas dégingandée
-(puisque _dégingandée_ il y a). Il n'est point question de moi: j'ai une
-bonne réputation; mes amis m'aiment, les autres ne songent pas que je
-suis au monde; je ne suis ni jeune ni jolie; on ne m'envie point. Je
-suis quasi grand'mère, c'est un état où l'on n'est guère l'objet de la
-médisance; quand on a été jusque-là sans se décrier, on se peut vanter
-d'avoir achevé sa carrière.--M. de Corbinelli vous dira comme je suis,
-et, malgré mes cheveux blancs[408], il vous redonnera peut-être du goût
-pour moi. Il m'aime de tout son cœur; et je vous jure aussi que je
-n'aime personne plus que lui. Son esprit, son cœur, ses sentiments me
-plaisent au dernier point. C'est un bien que je vous dois; sans vous je
-ne l'aurais jamais vu.»
-
- [408] Cette lettre étant datée du 6 juillet 1670, madame de
- Sévigné avait, quand elle l'écrivit, quarante-quatre ans et cinq
- mois.
-
-Bussy était trop rusé pour se laisser prendre au piége, quoique l'amorce
-eût été habilement préparée. Il répondit de manière à prouver à sa
-cousine qu'il était parfaitement bien informé, et se garda de faire
-connaître de quelle part venaient ses informations[409].
-
- [409] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (10 juillet 1670), t. I, p. 262, édit.
- de G. de S.-G.--_Id._, t. I, p. 194, édit. de M.
-
-«... Aussi bien me mandez-vous que vous m'en devez encore de reste.
-Hâtez-vous donc de me payer, afin que nous soyons bientôt quittes. Je
-meurs d'impatience d'être assuré que je n'essuierai jamais de mauvaise
-humeur de vous. Je ne vous ai point menti quand je vous ai dit que vous
-aviez des ennemis; premièrement, vous me l'avez écrit dans votre _Épître
-chagrine_[410]; mais on me l'a mandé d'ailleurs. Quoique votre modestie
-vous fasse dire que vous n'êtes ni jeune ni belle, et quoique vous ne
-puissiez vous sauver par là si vous donniez lieu de parler, ce n'est pas
-sur cela qu'on a parlé de vous. Mais que je suis ridicule de vouloir
-vous apprendre ce qu'assurément vous savez avant moi! On ne manque pas
-de gens, dans le pays où vous êtes, qui avertissent les amis des
-calomnies aussi bien que des vérités qu'on dit d'eux. Je ne vous en
-dirai donc pas davantage, sinon qu'à quelques petits reproches près dont
-vous m'avez fatigué, je vous trouve une dame sans reproche, et que j'ai
-la meilleure opinion du monde de vous.»
-
- [410] Expression qui fait allusion à l'épître en vers de Scarron
- intitulée _Épître chagrine_.--Conf. SCARRON, _OEuvres_, t. VIII,
- p. 228, édit. 1737, in-18.
-
-Bussy en avait dit assez pour être compris de madame de Sévigné; mais
-ses réticences nous réduisent à ne pouvoir former que des conjectures
-sur les médisances et les calomnies auxquelles il fait allusion. Nous
-aurons par la suite occasion de faire connaître ce qui sur ce point nous
-paraît être la supposition la plus probable. Nous nous contenterons de
-dire ici que nous croyons que madame de Montmorency était celle qui
-avait fait connaître à Bussy ce qu'on disait dans le monde sur sa
-cousine. De toutes les personnes qui correspondaient alors avec Bussy,
-madame de Montmorency est celle qui se montre la plus exacte et la plus
-empressée à lui transmettre les nouvelles de ce genre.
-
-
-
-
-CHAPITRE XII.
-
-1670-1671.
-
- Madame de Sévigné parle, dans ses lettres, des événements qui se
- sont passés durant sa nouvelle contestation avec Rabutin.--Louis
- XIV envoie de nouveaux secours à Candie.--Le duc de Beaufort y
- périt.--Navailles est disgracié, puis rappelé.--Louis XIV
- travaille avec succès à la prospérité et à la grandeur de la
- France.--Il conclut un traité secret avec Charles II--Réside à
- Saint-Germain en Laye ou à Chambord.--Créqui, par ses ordres,
- s'empare de la Lorraine.--Pirates d'Alger soumis.--Dunkerque
- acheté.--Ambassadeurs d'Ardrah, de la côte de Guinée.--Louis XIV
- fait la visite de places fortes.--Bon état des finances.--Il n'y
- eut point de fêtes données par Louis XIV à Versailles ni dans la
- capitale.--Les plaisirs ne sont pas négligés.--Molière compose les
- _Amants magnifiques_--Molière est inférieur à Benserade dans les
- vers qu'il compose pour ce ballet.--Ce fut le dernier où le roi
- figura.--Vers de Racine auxquels on attribue ce changement.--Il
- eut d'autres causes plus probables.--La comédie du _Bourgeois
- gentilhomme_ eut peu de succès à la cour.--Par quelle
- raison.--Tragédies de _Bérénice_, composées par Corneille et par
- Racine, à l'instigation d'Henriette d'Angleterre.--Ce fut un duel
- littéraire.--Critique des deux pièces par l'abbé Villars,
- approuvée par madame de Sévigné.--Racine répond avec humeur à
- cette critique.--Sa pièce de _Bérénice_ est représentée aux noces
- du duc de Nevers et de mademoiselle de Thianges.--Allusions à
- Louis XIV, auxquelles la nature du sujet invitait les deux
- poëtes.--Beaux vers qui s'appliquaient à ce monarque dans la
- _Bérénice_ de Corneille.--Louis XIV alors admiré et redouté dans
- toute l'Europe.--Les malheurs de la fin de son règne sont préparés
- dans les temps de prospérité.--Violence faite à la morale publique
- par sa liaison avec Montespan.--Le marquis de Montespan est
- exilé.--La séparation d'avec sa femme est prononcée en
- justice.--Les deux maîtresses du roi cohabitent ensemble.--Peines
- qu'en éprouve la Vallière.--Elle se retire aux Filles de
- Sainte-Marie de Chaillot.--Mathonnet emprisonné à Pignerol à cause
- des services rendus à la Vallière.--Montespan déguise ses
- grossesses et cache ses accouchements.--Ses enfants sont confiés à
- madame Scarron.--Conduite admirable que tient cette
- dernière.--Introduite à la cour, elle est peu goûtée du roi.--Le
- règne des femmes assure celui des favoris.--Louis XIV, pour les
- affaires d'État, ne se laissait gouverner ni par les uns ni par
- les autres.--Détails sur les favoris de Louis
- XIV,--Saint-Aignan,--Dangeau,--d'Armagnac,--Marsillac,--la
- Feuillade,--Lauzun.--L'exemple que donne Louis XIV l'empêche de
- réprimer les désordres de son frère et des favoris qui entourent
- ce dernier.--Madame (Henriette d'Angleterre) demande que le
- chevalier de Lorraine soit exilé.--Il est éloigné, et, de concert
- avec d'Effiat et Beuvron, il donne par le poison la mort à
- Henriette.--Fin cruelle de cette princesse.--Bague d'émeraude
- qu'en mourant elle donne à Bossuet.--Oraison funèbre qu'il
- prononce sur la mort de cette princesse.--Louis XIV découvre le
- complot.--Il acquiert la certitude que son frère l'a
- ignoré.--Irritation produite en Angleterre par la mort
- d'Henriette.--Louis XIV est forcé, par sa politique, à la
- dissimulation.--Il rappelle le chevalier de Lorraine de son exil
- et épargne ses complices.
-
-Tandis que madame de Sévigné mariait sa fille, qu'elle s'occupait de
-réconcilier Bussy avec son gendre, la France prospérait; des événements
-importants avaient lieu sur la grande scène politique. Par patriotisme,
-par amour pour ses enfants, par ambition pour sa famille, madame de
-Sévigné y prenait intérêt; mais ce qui se passait autour d'elle à la
-cour et dans la haute société, dans cette société si avide de gloire, de
-dignités, de plaisirs, la touchait encore plus vivement. Elle en parle
-souvent dans ses lettres, ou y fait fréquemment allusion. Pour faire
-sortir de ses écrits la peinture fidèle du monde au milieu duquel elle a
-vécu, il est donc nécessaire de faire de l'histoire de ces temps l'objet
-d'une étude approfondie. Quoique ce sujet ait déjà été traité par nombre
-d'écrivains, il ne l'a jamais été sous ce point de vue. La vie privée
-du jeune monarque, des princes de son sang, de ses courtisans, de ses
-ministres et l'influence exercée par eux sur les mœurs, la religion, la
-littérature doivent surtout appeler notre attention, non-seulement parce
-que toutes ces choses sont par elles-mêmes les plus importantes à
-connaître par leur résultat sur les destinées du pays, mais aussi parce
-que ce sont celles sur lesquelles madame de Sévigné nous fournit le plus
-de lumière et qui peuvent le mieux nous faire pénétrer dans le secret de
-ses pensées, et nous dévoiler les causes les plus cachées des
-résolutions et des opinions qui lui sont propres ou qui appartiennent
-aux hommes d'État et aux personnages du grand monde, dont les noms se
-rencontrent souvent, ou occasionnellement, sous sa plume. Enfin, madame
-de Sévigné parle souvent des écrivains illustres dont elle était
-contemporaine et dont la lecture lui était familière; les investigations
-auxquelles ces lettres et celles qui lui furent adressées donnent lieu
-nous procurent une intelligence plus complète des chefs-d'œuvre de
-notre littérature; elles nous instruisent des circonstances et des idées
-régnantes sous l'empire desquelles les auteurs se sont trouvés placés et
-des motifs qui les ont dirigés dans leurs compositions.
-
-La troupe de la Feuillade, dans laquelle le jeune de Sévigné avait fait
-ses premières armes, ne fut pas la seule qui partit du port de Toulon
-pour aller au secours de Candie. Cédant aux conseils de Turenne, qui
-secondait les instances de la cour de Rome, à laquelle ce grand
-capitaine devait la promotion de son neveu au cardinalat, Louis XIV
-envoya l'année suivante six mille hommes au secoure de Candie; il les
-plaça sous les ordres du duc de Navailles, et donna le commandement de
-la flotte au duc de Beaufort[411]. La plupart des braves qui
-composaient cette petite armée furent massacrés dans une sortie. Le duc
-de Beaufort, ce héros de la Fronde, périt dans cette action meurtrière;
-comme on ne put retrouver son corps après le combat, sa mort donna lieu
-à des fables, qu'on cherchait à rendre probables par le souvenir du rôle
-qu'il avait autrefois joué. Navailles, pour sauver la flotte et ce qui
-lui restait de troupes, revint en France; et Candie se rendit peu après
-son départ. On s'en prit à Navailles du mauvais succès de l'expédition;
-il fut exilé et forcé à se retirer dans sa terre. Mais il prouva au roi
-que, dans toute sa conduite, il avait su concilier l'honneur et les
-intérêts du royaume, et que, bien loin d'avoir mérité d'être blâmé, il
-aurait dû être récompensé. Louis fut convaincu, et Navailles rentra en
-grâce[412]: belle preuve d'équité. L'homme tout-puissant qui sait
-réparer une injustice dont il est l'auteur est encore plus rare que
-celui qui n'en commet aucune. Quel dommage que Louis XIV n'ait pas été
-assez maître de ses passions pour être juste envers la femme de
-Navailles, comme il l'avait été envers lui[413]!
-
- [411] SÉVIGNÉ, _Lettres_, t. I, p. 89; t. II, p. 53 (1er mai
- 1671).
-
- [412] Duc DE NAVAILLES ET DE LA VALETTE, _Mémoires_, 1701, in-12,
- p. 225-278, liv. IV.--LOUIS XIV, _OEuvres_, t. V, p. 451, 454,
- 456.--BUSSY, _Lettres_, t. V, p. 83.--DARU, _Hist. de Venise_,
- 1819, in-8º, t. IV, p. 616-621; t. VII, p. 246 et 247.--SÉVIGNÉ,
- _Lettres_, t. III, p. 477 (31 juillet 1675); _Plans et cartes de
- Candie_, Biblioth. royale, vol. XXX de l'_Histoire de France par
- estampes_.
-
- [413] SAINT-SIMON, _Mémoires authentiques_, t. II, p. 410,
- 411.--Voyez ci-dessus, 2e partie, p. 301, chap. XX.
-
-A l'époque où nous sommes arrivés, cette entreprise de Candie fut la
-seule où Louis XIV échoua. Jamais il ne travailla plus efficacement
-qu'alors à la prospérité du royaume, à sa grandeur et à sa puissance.
-Les secours qu'il avait envoyés à Candie ne nuisirent point à ses
-négociations avec la Porte Ottomane. Son ambassadeur fut reçu à
-Constantinople avec des honneurs inouïs jusqu'alors; une alliance fut
-faite avec le sultan. Les pirates d'Alger se virent contraints par la
-force de respecter le pavillon français; et le commerce de France, en
-Orient, étendit ses ramifications dans toutes les vastes et riches
-contrées soumises au croissant; en Occident, dans les deux Amériques; au
-Midi, jusqu'au fond du golfe de Guinée, d'où l'on vit venir des
-ambassadeurs d'Ardrah, présenter aux Tuileries le curieux spectacle
-d'une magnificence sauvage, et s'incliner devant le trône du grand
-roi[414]. Dunkerque fut acheté à l'Angleterre, et devint un port
-français[415]. Un traité secret fut conclu avec Charles II, qui mettait,
-en cas de guerre, toutes les forces britanniques à la disposition du roi
-de France[416]. Le duc de Lorraine n'exécutait pas ses traités avec la
-France, et négociait contre elle. Louis XIV envoya aussitôt une armée
-commandée par le maréchal de Créqui, qui s'empara de Pont-à-Mousson,
-d'Épinal, de Longwy; et le duc de Lorraine, voyant ses États séquestrés,
-fut obligé de se retirer à Cologne, et ensuite à Francfort[417]. Des
-traités avantageux lièrent à la France l'empereur, l'électeur de
-Cologne, l'évêque de Munster et la Suède[418]. Casimir, roi de Pologne,
-se démit de sa couronne, vint à Paris, où il fut reçu avec tous les
-honneurs dus à son rang, et accepta de Louis XIV la dignité
-ecclésiastique d'abbé de Saint-Germain des Prés.
-
- [414] Le portrait de l'ambassadeur d'Ardrah, D. Matheo Lopez, fut
- gravé par Larmessin.--BUSSY, _Lettres_, t. V, p. 185 (lettre du 9
- décembre 1670).
-
- [415] BUSSY, _Lettres_, t. V, p. 186.
-
- [416] LINGARD'S _History of England_.--LOUIS XIV, _OEuvres_, t.
- V, p. 466, 467, 469.
-
- [417] RAMSAY, _Histoire du vicomte de Turenne_, édit. in-12, t.
- II, p. 165 et 166.
-
- [418] _Préliminaires des traités entre les rois de France et tous
- les princes de l'Europe_; Paris, Frédéric Léonard, 1692, in-12,
- p. 287 à 300.
-
-Louis XIV visita toutes les places de Flandre qu'il avait conquises; et
-ce voyage, qu'il fit avec une grande pompe et accompagné de beaucoup de
-troupes, jeta l'inquiétude et la crainte dans toute l'Europe[419]. Il
-avait, au milieu de la paix, mis ses armées, ses arsenaux sur le pied de
-guerre, créé une marine formidable, établi un ordre inconnu avant lui
-dans l'administration de ces deux parties essentielles à la défense de
-l'État et au soutien de sa puissance. L'administration intérieure
-n'était pas moins admirable; et celle des finances fut portée à ce degré
-de perfection que les impôts furent diminués et les recettes
-augmentées[420]: résultat qui paraît contradictoire et que cependant
-peut toujours obtenir en temps de paix, dans un grand État, un
-gouvernement énergique, probe et éclairé.
-
- [419] CHOISY, _Mémoires_, t. LXIII, p. 404, 415.--BUSSY,
- _Lettres_, t. V, p. 177 et 184 (2 novembre et 9 décembre 1670).
-
- [420] FORBONNAIS, _Recherches et considérations sur les finances
- de France_, édit. in-12, t. III, p. 43, 47, 51, 54, 57.
-
-Occupé de ses vastes projets politiques et guerriers, Louis XIV, cette
-année, quand il n'était pas aux frontières, résida le plus
-habituellement à Saint-Germain en Laye et à Chambord. Il n'y eut point
-de fêtes royales données dans la capitale et à Versailles. De grands
-travaux furent exécutés dans ce dernier lieu, et de plus fortes sommes
-que dans aucune des années précédentes furent consacrées à cette
-prodigieuse création[421]. Mais pour achever le château et le parc il
-fallait encore vingt ans, et douze ans s'écoulèrent avant que les
-travaux fussent assez avancés pour que Louis XIV pût s'y établir à
-demeure[422]. Les plaisirs ne pouvaient se trouver longtemps absents
-partout où ce jeune monarque était présent. Durant l'hiver de 1670,
-lorsqu'il était avec toute sa cour à Saint-Germain en Laye, il donna à
-Molière le sujet d'une pièce fort bien choisi pour amener des ballets et
-des divertissements nombreux et brillants. Ce but fut atteint par la
-composition des _Amants magnifiques_, production que Molière avait jugée
-ne devoir pas survivre à la circonstance qui y avait donné lieu; il ne
-la fit point représenter à Paris, et elle ne fut publiée qu'après sa
-mort[423]. Nous devons remarquer que cette fois les vers des ballets et
-des intermèdes ne furent pas composés par Benserade, mais par Molière,
-qui chercha à imiter Benserade dans l'art de tourner avec élégance et
-facilité des riens spirituels et des à-propos flatteurs, mais qui se
-montra dans cette lutte inférieur à ce poëte médiocre. Bussy, avec ce
-tact fin qui caractérise son goût en littérature, en fait la remarque au
-sujet du ballet de _Psyché_, qui fut donné l'année suivante[424].
-
- [421] ECKARD, _États au vrai de toutes les sommes employées par
- Louis XIV aux créations de Versailles, Marly et dépendances_;
- 1836, in-8º, p. 23, 39, 42, 45, 47, 48, 53, 57.
-
- [422] FÉLIBIEN, _Description sommaire du chasteau de Versailles_;
- 1674, in-12.--COMBE, _Explication historique de ce qu'il y a de
- plus remarquable dans la maison royale de Versailles et dans
- celle de_ MONSIEUR _à Saint-Cloud_; 1681, in-12.--FÉLIBIEN,
- _Explicat. des tableaux de la galerie de Versailles et de ses
- deux salons_; 1687, in-12.--Id., _Recueil et description de
- peintures et autres ouvrages faits pour le roi_; 1689,
- in-12.--Id., _Description sommaire de Versailles ancienne et
- nouvelle_; 1703.--ECKARD, _Recherches sur Versailles_; 1836,
- in-8º, p. 41 et 49.
-
- [423] _Les OEuvres posthumes de monsieur_ DE MOLIÈRE, t. VIII,
- imprimées pour la première fois; Paris, Denys Thierry, etc.,
- 1682, in-12.--_Les Amants magnifiques_, p. 5-84.--_OEuvres de_
- MOLIÈRE, t. VII, p. 477-481, édition d'Auger.--TASCHEREAU, _Hist.
- de la vie et des ouvrages de Molière_; 2e édition, p. 250 et 432;
- 3e édit., p. 153 et 296.
-
- [424] BUSSY, _Lettres_, t. III, p. 306 (lettre à la comtesse du
- Bouchet, du 7 février 1671). Le livre du ballet mentionné est
- _Psyché_; 1671, in-12.--Frères PARFAICT, _Hist. du Théâtre
- françois_, t. XI, p. 121 à 132.
-
-Cette pièce des _Amants magnifiques_ forme époque dans la vie de Louis
-XIV, parce que ce fut la dernière où il figura en personne dans les
-ballets et les divertissements que l'on jouait à la cour: il fit le rôle
-de _Neptune_ et celui du _Soleil_[425]. D'Armagnac le grand écuyer, le
-marquis de Villeroi et le marquis de Rassent représentèrent tous trois
-des dieux marins. Ce changement dans les habitudes du jeune monarque a
-été généralement attribué à de beaux vers de Racine qui ont été souvent
-cités à ce sujet. Il semble qu'on ne peut guère douter du fait,
-puisqu'il est attesté, du vivant de Louis XIV, dans une lettre écrite
-par Boileau en défense de l'opinion soutenue par lui contre Massillon en
-faveur de l'utilité de la comédie et du théâtre[426]. Cependant il doit
-être permis de faire observer que, si tel a été l'effet des vers de
-Racine, cet effet n'a pas été instantané, puisque la tragédie de
-_Britannicus_, où se trouvent ces vers, fut jouée et même imprimée avant
-la représentation des _Amants magnifiques_[427]. Ce que nous pouvons
-affirmer, d'après la connaissance intime de l'histoire littéraire de
-cette époque et de l'esprit d'adulation qui dominait alors la plume de
-tous les auteurs à l'égard de Louis XIV, c'est que Racine n'eût jamais
-écrit des vers qui pussent donner lieu au roi de se faire l'application
-d'un reproche adressé à Néron, ou que, s'il les eût écrits, il les eût
-effacés. Si donc les vers de Racine ont empêché Louis XIV, après qu'il
-les eut entendus, «de danser à aucun ballet, même au temps du carnaval,»
-comme le prétend Boileau, ce fut contre l'intention de Racine, qui était
-trop bon courtisan pour avoir la prétention de réformer le roi, surtout
-en lui faisant l'application de vers tels que ceux-ci[428]:
-
- Quoi donc! ignorez-vous tout ce qu'ils osent dire?
- Néron, s'ils en sont crus, n'est point né pour l'empire;
- Il ne dit, il ne fait que ce qu'on lui prescrit.
- . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
- Pour toute ambition, pour vertu singulière,
- Il excelle à conduire un char dans la carrière,
- A disputer des prix indignes de ses mains,
- A se donner lui-même en spectacle aux Romains,
- A venir prodiguer sa voix sur un théâtre,
- A réciter des chants qu'il veut qu'on idolâtre.
-
- [425] MOLIÈRE, _OEuvres posthumes_, 1682, t. VIII, p. 10 et 83.
-
- [426] LOUIS RACINE, _Mémoires sur la vie de Jean Racine_;
- Lausanne, 1747, in-12, t. I, p. 80.--_Lettre de_ BOILEAU _à
- Monchesnay_, t. II, p. 260.--Dans les _OEuvres de_ BOILEAU, édit.
- de Berriat Saint-Prix, t. IV, p. 128 et 130, la lettre est datée
- du 7 septembre 1707.--AIMÉ-MARTIN, _OEuvres de Racine_, 1826,
- in-8º, t. I, p. XLIV.
-
- [427] _Britannicus_; Paris, Claude Barbin, 1670, in-12 (80 pages;
- le privilége est du 7 janvier 1670).--Frères PARFAICT, _Histoire
- du Théâtre françois_, t. X, p. 426 à 446 (13 décembre
- 1669).--_Ibid._, t. XI, p. 42-96 (février 1670).
-
- [428] _Britannicus_, acte IV, scène 4.
-
-Si on fait attention que la lettre de Boileau, quoique écrite du vivant
-de Louis XIV, l'a été trente-sept ans après la première représentation
-de _Britannicus_ et celle des _Amants magnifiques_; que c'est une lettre
-particulière publiée plusieurs années après la mort du monarque et de
-Boileau lui-même; que cette lettre, adressée à Monchesnay dans le but de
-faire l'apologie de la comédie, fortement attaquée alors par Bossuet,
-Massillon, et par tous les grands talents que possédait le clergé de
-France; que cette lettre, dis-je, n'a peut-être reproduit, en cette
-circonstance, qu'un bruit vulgaire, dont Boileau, sans en avoir une
-connaissance particulière et sans chercher à l'approfondir, était bien
-aise de s'emparer, on sera induit à chercher une autre cause à la
-résolution de Louis XIV; et il sera facile de trouver un motif plus
-naturel dans l'âge du monarque, qui modifiait sous ce rapport ses goûts
-et ses habitudes. L'étiquette pompeuse dont il crut devoir s'entourer à
-mesure que s'exaltait en lui le sentiment de la dignité royale formait
-aussi obstacle à ce qu'il s'adonnât à ce genre de divertissements, qui
-avait eu tant d'attraits pour lui dans son adolescence. D'ailleurs, avec
-les occupations dont il était surchargé, avait-il le temps d'étudier les
-rôles d'un ballet et de retenir les vers que Benserade composait?
-Ajoutons que la complication de ses intrigues amoureuses et de celles de
-toute sa cour, trop fidèle imitatrice des exemples qu'il lui donnait,
-jointe aux ménagements que réclamaient la reine et la majesté du trône,
-ne permettaient plus au poëte de hasarder ces plaisanteries ingénieuses,
-ces allusions folâtres ou graveleuses dans lesquelles Benserade
-excellait: elles eussent été des révélations indiscrètes et
-extravagantes. Ainsi non-seulement on ne vit plus Louis XIV déployer ses
-grâces, son agilité et son adresse dans les ballets et les carrousels,
-mais les ballets et les carrousels même cessèrent pendant longtemps. Ils
-ne recommencèrent que dix ans après la représentation des _Amants
-magnifiques_, lorsque le Dauphin fut en âge d'y figurer, et que leur
-ancienne célébrité fit naître le désir de procurer à l'héritier du
-trône ces divertissements. Ce fut alors que l'on demanda de nouveau des
-vers à Benserade pour le _Ballet royal du Triomphe de l'Amour_, qui fut
-son dernier ouvrage en ce genre[429].
-
- [429] BENSERADE, _OEuvres_; Paris, 1697, t. II, p. 404; _Ballet
- royal du Triomphe de l'Amour_, dansé devant Sa Majesté, à
- Saint-Germain en Laye, en 1681.--LAURENT, _la Galante et
- magnifique joute des chevaliers maures, au grand carrousel
- Dauphin, à Versailles, le 1er et 2 juin 1685_; Paris, in-12, chez
- Antoine Raflé (40 pages).--DE SOURCHES, _Mémoires_; Paris, 1836,
- in-8º, t. I, p. 129-176.
-
-_Le Bourgeois gentilhomme_, composé aussi pour amener des ballets et des
-danses et joué pour la première fois, à Chambord, le 14 octobre 1670, ne
-fut pas si bien accueilli que _les Amants magnifiques_; et cependant
-Molière, dans cette pièce, était rentré dans le domaine de son talent et
-de la bonne et franche comédie. Des scènes d'un naturel exquis, d'un
-comique délicieux, mais peu liées entre elles et terminées par une
-parade grotesque et invraisemblable, ne plurent pas au goût dédaigneux
-d'une cour que l'auteur du _Misanthrope_ et du _Tartufe_ avait rendue
-difficile à satisfaire[430].
-
- [430] Les frères PARFAICT, _Histoire du Théâtre françois_, t. XI,
- p. 56-66.--TASCHEREAU, _Vie de Molière_, 1844, in-12, p. 158-161.
-
-Mais le principal événement théâtral de l'année fut la lutte
-qu'Henriette d'Angleterre, duchesse d'Orléans, parvint à établir entre
-Corneille et Racine[431]. Ces deux grands poëtes, par les instigations
-de cette princesse, firent représenter chacun en même temps et sur deux
-théâtres différents une tragédie sur le même sujet. Ce fut un duel, a
-dit Fontenelle; mais dans ce duel les conditions n'étaient pas égales:
-l'un des combattants acquérait sans cesse des forces, l'autre avait
-perdu les siennes. Le Corneille de _Tite et Bérénice_ n'était plus celui
-du _Cid_ et de _Polyeucte_; et quoique la troupe de Molière fit tous ses
-efforts pour faire valoir la nouvelle pièce, elle ne réussit pas. La
-_Bérénice_ de Racine eut au contraire un succès prodigieux, à la cour
-comme à la ville. Une actrice admirable, dont on disait que l'auteur
-était amoureux, fit mieux dans cette pièce que de s'attirer des
-applaudissements, elle fit répandre d'abondantes larmes[432]. _Bérénice_
-devint la pièce en vogue; ce fut elle qu'on joua aux brillantes noces
-qui eurent lieu pour le mariage de mademoiselle de Thianges avec le duc
-de Nevers[433], de ce duc de Nevers qui fut depuis le chef de la cabale
-contre Racine, de ce duc de Nevers «si difficile à ferrer, dit madame de
-Sévigné, si extraordinaire qu'il glisse des mains alors qu'on y pense le
-moins.»
-
- [431] Conférez FONTENELLE, _OEuvres_ (Vie de Pierre
- Corneille).--LOUIS RACINE, _Mémoires sur la vie de Jean Racine_;
- 1747, in-12, p. 87.--GEOFFROY, _OEuvres de Racine_, t. III, p.
- 11.
-
- [432] Les frères PARFAICT, _Hist. du Théâtre françois_, t. XI, p.
- 66-108-120.
-
- [433] Diane-Gabrielle de Damas, fille de Claude-Léonor, marquis
- de Thianges, et de Gabrielle Rochechouart de Mortemart, sœur de
- madame de Montespan. Voyez SÉVIGNÉ, _Lettres_, t. I, p. 210,
- édit. de M.--_Ibid._, t. I, p. 280, édit. de G. de S.-G. (10
- décembre 1670).--_Ibid._, t. VII, p. 38, édit. de G. de S.-G.
-
-L'abbé de Villars, le spirituel auteur des _Lettres du comte de Gabalis
-sur les sylphes, les gnomes et les salamandres_, fit des deux tragédies
-une critique sévère, mais presque toujours juste. Madame de Sévigné eut
-raison de la trouver plaisante [c'est-à-dire agréable] et ingénieuse.
-C'est à tort qu'on a taxé d'esprit de parti madame de Sévigné pour avoir
-jugé favorablement un petit écrit qu'elle-même traite de bagatelle et
-dans lequel elle blâme cinq ou six mauvaises plaisanteries, qui sont,
-dit-elle, «d'un homme qui ne sait pas le monde[434].» Racine, qui plus
-tard fut désolé d'une arlequinade dont sa pièce fut l'objet, qui
-s'affligea d'un bon mot de Chapelle, fut singulièrement irrité de
-l'approbation donnée par beaucoup d'hommes de goût à la critique de
-Villars. Il en parle dans la préface de sa tragédie avec une colère mal
-déguisée; il la réfute faiblement, et il a l'air de la mépriser. Cette
-critique fit alors grand bruit, et divisa la cour et la ville, les gens
-de lettres et les gens du monde sur le jugement qu'on devait porter de
-la _Bérénice_ de Racine. On était pour l'avis du critique après l'avoir
-lu, et pour la pièce après avoir entendu la Champmeslé[435]. Il en est
-encore ainsi aujourd'hui: les vers de Racine produisent toujours leur
-effet accoutumé, et désarment ceux qui voudraient signaler les défauts
-de ses compositions. Il importe peu à la gracieuse Vénus de Médicis de
-n'avoir ni le port ni la dignité d'une déesse; l'admirable pureté de ses
-formes séduit aussitôt les regards; et plus ils s'attachent sur l'œuvre
-de l'artiste, plus ils confirment le jugement que l'on a porté de son
-sublime talent. Cependant la rareté des représentations de _Bérénice_ a
-depuis longtemps prouvé que l'abbé Villars avait raison de ne pas
-trouver dans cette pièce les véritables caractères d'une tragédie.
-Henriette, en donnant, à leur insu, ce sujet à traiter aux deux poëtes,
-avait une intention que Voltaire a très-bien fait ressortir: elle
-s'attendait à ce que tous les deux chercheraient à créer des allusions à
-Louis XIV dans le rôle de Titus. Ils n'y manquèrent pas; mais chacun
-d'eux les puisa dans la nature de son génie, Racine dans les sentiments
-d'un amour tendre et passionné, Corneille dans l'élévation de l'âme et
-l'énergie du caractère; et certes on peut dire que, quoique la pièce de
-Corneille fût bien inférieure à celle de son jeune rival, elle était
-plus conforme aux désirs de la princesse.
-
- [434] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (10 septembre 1671), t. II, p. 192,
- édit. de M.--_Ibid._, t. II, p. 230.--Conférez encore, sur
- Racine, SÉVIGNÉ, t. II, p. 426; t. V, p. 554-558; t. IX, p. 126,
- et t. X, p. 182, édit. de G. de S.-G.--GEOFFROY, _Jugement sur
- Bérénice_, dans son édit. des _OEuvres de_ RACINE; 1808, in-8º,
- t. III, p. 156.--LOUIS RACINE, _Mém. sur la vie de Jean Racine_;
- 1747, in-12, p. 88; et dans les _OEuvres de_ RACINE, t. I, p. LI
- de l'édit. d'Aimé-Martin.--SAINT-ÉVREMOND, _OEuvres_, t. III, p.
- 317 et 318.--CAYLUS, _Mém._, p. 452.
-
- [435] LOUIS RACINE, _Mém. sur la vie de Jean Racine_, 1747, t. I,
- p. 90 et 91.--_OEuvres de_ RACINE, édit. d'Aimé-Martin, 1820,
- in-8º, t. II, p. 304.--Les frères PARFAICT, _Hist. du Théâtre
- françois_, t. XI, p. 104.
-
-Dans _Tite et Bérénice_, l'intention de Corneille fut si bien saisie que
-Santeul traduisit en latin les vers suivants, pour les présenter à Louis
-XIV lorsqu'il partit pour faire la conquête de la Hollande:
-
- Mon nom, par la victoire est si bien affermi
- Qu'on me croit, dans la paix, un lion endormi;
- Mon réveil incertain du monde fait l'étude;
- Mon repos en tout lieu jette l'inquiétude;
- Et, tandis qu'à ma cour les aimables loisirs
- Ménagent l'heureux choix des jeux et des plaisirs,
- Pour envoyer l'effroi de l'un à l'autre pôle
- Je n'ai qu'à faire un pas et hausser la parole[436].
-
- [436] CORNEILLE, _Tite et Bérénice_, comédie héroïque, acte II,
- scène I, t. V, p. 262 et 263, édit. 1692, chez P. Trabouillet,
- revue et corrigée par l'auteur, t. IX, p. 16 de l'édit. 1824,
- in-8º, de Lefèvre.--FRANÇOIS DE NEUFCHATEAU, _Esprit du grand
- Corneille_, p. 366.
-
-A cette époque Louis XIV était redouté et admiré de toute l'Europe. On
-cherchait avec anxiété à pénétrer ses desseins, à deviner ses
-résolutions. Nul souverain, par ses brillantes qualités comme par ses
-défauts, n'exerça une plus grande et plus longue influence au dedans
-comme au dehors de ses États. Tout homme qui, devenu tout-puissant, a le
-noble désir d'exercer son pouvoir dans l'intérêt des peuples et de sa
-gloire se trouve exposé au plus grand de tous les dangers. Tous ceux,
-qui l'entourent, loin de combattre ses mauvais penchants, cherchent à
-les exploiter pour élever leur fortune; et s'il ne sait pas puiser en
-lui-même la force nécessaire pour résister à la séduction et dissiper
-les nuages sans cesse amassés pour offusquer sa raison, il marche de
-faute en faute et d'erreur en erreur. Tous les grands personnages dont
-l'histoire contient l'éloge ont déployé dans l'adversité une énergie
-digne d'être admirée; peu ont su résister à la prospérité. Louis XIV
-n'était pas du nombre de ces derniers; et dès lors, et même avant qu'il
-eût atteint le faîte de sa grandeur, se manifestèrent les faiblesses qui
-devaient enfanter vers la fin de son règne les malheurs publics et ses
-chagrins domestiques. Enivré par ses succès, il se regardait, par son
-génie, par les droits divins de sa couronne, comme un être à part, dont
-la volonté faisait loi. Mettre obstacle à cette volonté était à ses yeux
-non-seulement rébellion, mais sacrilége; et, soit qu'il fût question de
-s'opposer à ses passions ou aux mesures de son gouvernement, l'effet
-était le même et le crime était pareil.
-
-La liaison de Louis XIV avec madame de Montespan devait entraîner des
-conséquences plus graves que celles qu'avait produites son amour pour la
-Vallière. Celle-ci, en disposant d'elle-même selon son cœur, ne violait
-pas les saintes lois du mariage; mais Montespan avait un mari dont elle
-était aimée. Pour l'arracher à cet homme d'honneur, qui la rendait
-heureuse, Louis XIV se vit forcé de méconnaître les droits les plus
-sacrés de la justice. Le marquis de Montespan fut relégué à l'extrémité
-du royaume, et un tribunal complaisant prononça un jugement de
-séparation entre lui et sa femme. Elle fut attachée à la cour, et eut la
-charge de surintendante de la maison de la reine; de la reine! pour
-laquelle ainsi, à double titre, son nom devenait un outrage. On ne
-parvint pas de prime abord à ce degré d'impudeur; il fallut s'y
-accoutumer et y accoutumer le peuple. On s'entoura de quelque mystère.
-L'ancienne maîtresse dut servir de voile pour couvrir le secret de la
-nouvelle. L'infortunée la Vallière eut à supporter les inexprimables
-angoisses d'une amante abandonnée, qui, le cœur brûlant d'amour, se
-trouve forcée d'être continuellement spectatrice du bonheur de sa rivale
-et d'habiter avec elle. Lorsqu'on songe que le roi s'était par principe
-imposé l'obligation de revenir chaque nuit dans la couche nuptiale, on
-est surpris qu'il ne fût pas choqué lui-même d'une si étrange polygamie.
-L'orgueil de madame de Montespan souffrit de se trouver dans le même
-gynécée que celle qu'elle avait trompée et trahie; elle en fit des
-reproches à son amant. Louis s'excusa en disant que cela s'était établi
-insensiblement. «Insensiblement pour vous, lui répliqua vivement la
-fière beauté, mais très-sensiblement pour moi.» Des humiliations,
-d'insupportables affronts étaient pour la Vallière le résultat
-inévitable de sa position. L'infortunée, pour la seconde fois, fit sa
-retraite au couvent des Filles Sainte-Marie de Chaillot[437], où était
-toujours mademoiselle de la Mothe d'Argencourt, son ancienne amie[438].
-Louis XIV, qui s'était habitué à compter sur l'affection et l'entier
-dévouement de la Vallière, versa des larmes quand il se vit menacé de la
-perdre pour toujours; il envoya Colbert pour la prier de revenir, et il
-força sa nouvelle maîtresse de joindre ses instances aux siennes. Elle
-revint. Madame de Sévigné a raconté cet événement[439], qui fit douter
-pendant quelque temps à la cour si les tendresses cordiales d'un ancien
-attachement ne l'emporteraient pas sur l'entraînement d'une nouvelle
-passion.
-
- [437] Ce fut le mercredi des Cendres. Sur la Vallière, voyez
- SÉVIGNÉ (lettres en date des 12 et 13 janvier 1671), t. I, p. 245
- et 247, édit. de M.; et t. I, p. 322 et 324, édit. de G. de
- S.-G.; (13 décembre 1673), t. III, p. 263, édit. de G.--_Id._, t.
- III, p. 172 et 173 (16 octobre 1676); _ib._, t. V, p. 170, édit.
- de G.--_Ib._, t. V, p. 3, édit. M. (29 décembre 1679).--_Ib._, t.
- VI, p. 276, édit. de G.--_Ib._, t. VI, p. 83, édit. de M. (5
- janvier 1680).--_Ib._, t. VI, p. 285, édit. de G.--_Ib._, t. VI,
- p. 92, édit. de M. (1er septembre 1680).--_Ib._, t. VII, p. 190,
- édit. de G. de S.-G.--_Ib._, t. VI, p. 443, édit. M.--BUSSY,
- _Lettres_ (1er juin et 6 juillet 1669), t. V, p. 79, 82.--CAYLUS,
- _Mém._, t. LXVI, p. 379 et 380.--MONTPENSIER, _Mémoires_, t.
- XLIII, p. 196 et 634.--LA ROCHEFOUCAULD, _Mémoires_, t. LII, p.
- 94 et 123.--LA FAYETTE, _Mémoires_, t. LXIV, p. 395, 410, 414,
- 456.--RETZ, t. XLVI, p. 54.--BENSERADE, _OEuvres_, t. I, p. 313,
- 370. Conférez _Mémoires de Maucroix_, suite et fin, p. 33, ch.
- XX, et ci-dessus, 2e partie, p. 300, ch. XX.
-
- [438] Voyez ch. IX, 2e partie de cet ouvrage, p. 114.
-
- [439] SÉVIGNÉ, _loc. cit._ (lettres des 12 et 13 février).
-
-Mais l'on sut bientôt, que la Vallière, victime d'un amour qui ne se
-nourrissait plus que de larmes et de regrets, avait le projet de se
-retirer au couvent. Louis XIV crut pouvoir la retenir en prodiguant pour
-elle, pour sa famille et pour les enfants qu'il avait eus d'elle les
-richesses et les dignités. Vain espoir! Rien que le cœur d'un amant
-adoré ne pouvait consoler celle que poursuivait le remords de lui avoir
-sacrifié l'honneur. Ses longs entretiens avec mademoiselle de la Mothe
-d'Argencourt et ses fréquentes visites au monastère de Chaillot firent
-ombrage à Louis XIV. Il fit arrêter et conduire en prison, à Pignerol,
-un gentilhomme nommé Mathonnet[440], uniquement parce qu'il s'employait
-comme intermédiaire entre madame de la Vallière et les sœurs de
-Sainte-Marie; et il ne lui accorda sa liberté que lorsqu'il n'osa plus
-contraindre celle qui avait pris la ferme résolution de se consacrer
-tout entière à Dieu seul. De moins scrupuleuses et de plus dangereuses
-rivales tâchèrent de supplanter Montespan auprès de son royal amant; si
-elles ne réussirent pas, elles parvinrent néanmoins à mettre à profit
-l'inconstance de ses goûts pour satisfaire leur cupidité ou leur
-ambition. Parmi elles on distingua la princesse de Soubise, comme la
-plus habile à s'envelopper des ombres du mystère et à dérouter, par
-l'art de ses intrigues, l'active surveillance de la maîtresse en titre.
-Celle-ci, obligée à des ménagements envers la reine, la cour et le
-public, ne put entièrement déguiser, par la mode des amples vêtements
-qu'elle introduisit, les apparences de ses fréquentes grossesses; mais
-ses enfants furent mis au monde dans le plus profond secret. Il fallait
-les confier à des mains prudentes et dignes d'un si précieux dépôt.
-Madame de Montespan jeta les yeux sur la veuve de Scarron, dont elle
-avait été la bienfaitrice et dont la société était devenue pour elle un
-besoin, au milieu des grandeurs et des ennuis de la cour. Madame Scarron
-refusa de s'en charger, à moins que le roi ne lui en donnât l'ordre. Cet
-ordre lui fut donné: elle a elle-même fait connaître les embarras de sa
-position[441] et la conduite qu'elle tint dans ces circonstances
-difficiles, qui lui donnèrent les moyens de montrer sa discrétion, son
-activité, son courage, son dévouement. Elle nous apprend qu'elle prit
-avec elle la jeune fille de madame d'Heudicourt, et qu'elle parvint si
-bien à donner le change à ses amies et protectrices de l'hôtel d'Albret
-et de l'hôtel de Richelieu que personne ne soupçonna la véritable cause
-de sa nouvelle et mystérieuse existence. Elle aima mieux soulever des
-doutes sur sa vertu et supporter la calomnie que de laisser deviner que
-dans sa modeste condition elle était dépositaire d'importants
-secrets[442]. Elle a décrit ses soins assidus, ses inquiétudes
-incessantes pour ces enfants, qui lui avaient inspiré une tendresse de
-mère[443]. Les fonctions qu'elle remplissait avec tant de zèle la
-rapprochèrent nécessairement du roi, auquel elle rendait compte du dépôt
-qui lui était confié. C'est ainsi qu'elle fut introduite à la cour et
-dans les appartements privés du monarque, à la suite de madame de
-Montespan, comme le repentir, encore ignoré, compagnon du plaisir
-coupable. Cette jeune et belle veuve déplut d'abord à Louis XIV par son
-maintien froid et réservé, par la réputation qu'on lui avait faite
-d'être un bel esprit et une dévote rigide; et même les longs entretiens
-qu'elle avait avec madame de Montespan lui donnaient du dépit et
-excitaient sa jalousie.
-
- [440] Lettre de Louvois à Saint-Mars, écrite de Saint-Germain en
- Laye, datée du 14 octobre 1672, dans J. DELORT, _Histoire de la
- détention des philosophes et des gens de lettres détenus à la
- Bastille, à Vincennes_, etc.; 1829, in-8º, t. I, p. 193 à 194.
-
- [441] _Entretiens de madame de Maintenon_, t. VI, p. 240 de ses
- _Lettres_ de l'édition de Sautereau de Marsy, publiées par
- Léopold Collin, 1806, in-12; ou t. VI, p. 28 du _Recueil de
- lettres de madame_ DE MAINTENON, 1756, in-12, publié par la
- Beaumelle.
-
- [442] LA BEAUMELLE, _Mémoires_, t. II, p. 1-12, chap.
- I.--MAINTENON, _Lettres_ (24 mars 1669, à madame d'Heudicourt),
- t. I, p. 48 de l'édit. de la Beaumelle; 1756, in-12; t. I, p. 56
- de l'édit. de Sautereau de Marsy; Paris, Léopold Collin, 1806,
- in-12.
-
- [443] LA BEAUMELLE, _Mémoires pour servir à l'histoire de madame
- de Maintenon, entretien XI de madame de Maintenon_, t. VI, p. 20
- à 218.--Et dans les _Lettres de madame_ DE MAINTENON, t. VI, p.
- 233-246.
-
-L'empire des femmes sur ceux qui gouvernent ne peut avoir qu'une
-influence fâcheuse sur les affaires d'État. Le mal produit par cette
-cause n'est jamais seul: le règne des maîtresses rend nécessaire celui
-des favoris. Quand on veut conduire des intrigues obscures et honteuses,
-il faut des confidents propres à de tels emplois; il les faut souples,
-adroits, assidus, actifs, prudents, dévoués, incapables de scrupules.
-Lorsqu'on en a trouvé de tels et qu'ils plaisent, on cherche à les
-conserver; on les comble d'honneurs et de richesses dont la moindre
-partie eût suffi pour récompenser les plus éminents services rendus au
-pays. Unis d'intérêts avec les maîtresses, ils forment des brigues, des
-cabales qui pénètrent dans les conseils du gouvernement, se partagent
-ses agents, entravent sa marche, et le portent à sacrifier sans cesse
-l'intérêt général à des intérêts particuliers et à précipiter l'État
-vers sa décadence ou dans le gouffre des révolutions. La gloire de Louis
-XIV est d'avoir échappé à ces influences, de n'avoir jamais livré le
-secret des affaires, de n'avoir jamais laissé entraver l'autorité de ses
-ministres, d'avoir gouverné par la seule force de son caractère et le
-seul empire de sa volonté; et cependant Louis XIV eut des maîtresses, et
-par conséquent il eut aussi des favoris. Nous avons souvent parlé des
-unes, disons un mot des autres.
-
-Dans ce nombre nous ne compterons pas le duc de Saint-Aignan et le
-marquis de Dangeau: quoiqu'ils fussent toujours des courtisans
-très-favorisés, ils n'étaient pas proprement des favoris. Essentiels
-pour l'arrangement des parties de jeux, des loteries, des fêtes, des
-cérémonies, des ballets, pour les petits vers, la prose galante, les
-nouvelles du jour, les riens agréables, leur complaisance pour des
-services moins publics, pour des affaires plus compromettantes était
-tout naturellement acquise. On y comptait, et on en usait selon
-l'occasion; mais ils n'étaient point initiés aux intrigues les plus
-secrètes de ce genre ni admis dans les réunions les plus intimes. Leur
-âge, différent de celui du roi, n'admettait pas entre eux et lui cette
-affection, cette familiarité expansive, cet abandon qui font disparaître
-le roi pour ne plus laisser voir que l'homme, que l'ami, et qui sont les
-indices caractéristiques du favoritisme complet. Les seuls courtisans de
-Louis XIV qu'on peut placer dans cette catégorie et que ménageaient les
-ministres à l'égal des maîtresses furent d'Armagnac, Marsillac, la
-Feuillade et Lauzun.
-
-Quant au premier (Louis de Lorraine, comte d'Armagnac), qui fut nommé
-grand écuyer et conserva constamment cette belle charge, Saint-Simon
-nous apprend que nul n'a joui auprès de Louis XIV d'une si constante et
-si parfaite faveur, jointe à la considération la plus haute, la plus
-marquée, la plus invariable. Sa belle figure, le jargon de la
-galanterie, l'habitude de la flatterie; une assiduité infatigable; une
-grande habileté à la danse, à l'équitation, à tous les exercices du
-corps; des richesses, du goût, de l'élégance, une curieuse recherche
-dans ses habillements; une magnificence de grand seigneur et un air de
-noblesse et de grandeur qui lui était naturel, qu'il ne déposait jamais
-avec personne, le roi seul excepté, telles furent les causes de ses
-succès[444].
-
- [444] SAINT-SIMON, _Mémoires authentiques_, t. XV, p.
- 473.--SÉVIGNÉ, _Lettres_ (26 novembre 1670), t. I, p. 275, édit.
- de G. de S.-G.; ou t. I, p. 206, édit. de M.--_Ib._ (13 janvier
- 1672), t. II, p. 346, édit. de G. de S.-G.--_Ib._, t. II, p. 293,
- édit. de M.--_Ib._ (26 juillet 1675), t. III, p. 470, édit. de
- G.--_Ib._ (21 janvier 1695), t. XI, p. 124, édit. de
- G.--MONTPENSIER, _Mém._, t. XLIII, p. 60.
-
-Le prince de Marsillac était le fils du duc de la Rochefoucauld, et
-porta toujours sur sa figure les cicatrices des blessures qu'il avait
-reçues pendant la Fronde en combattant avec son père contre le roi, qui
-cependant eut toujours en lui la confiance la plus entière. Ce ne fut ni
-par l'esprit ni par les agréments de sa personne que Louis XIV lui
-demeura si fortement attaché; car Saint-Simon a dit de lui que «c'était
-un homme entre deux tailles, maigre avec des gros os, un air niais
-quoique rude, des manières embarrassées, une chevelure de filasse, et
-rien qui sortît de là.» Mais nul ne mit plus de suite à étudier le goût
-et les habitudes de son maître, plus d'empressement à s'y conformer,
-plus d'assiduité à faire sa cour, plus de constance à se trouver
-toujours près de lui et sous sa main; il fut le seul qui, comme le roi,
-le manteau sur le nez, le suivait à distance lorsqu'il allait à ses
-premiers rendez-vous. Il était le confident de toutes les maîtresses
-tant que durait leur règne, le consolateur et l'ami de toutes celles
-dont le règne avait cessé[445].
-
- [445] SAINT-SIMON, _Mémoires authentiques_, t. XI, p.
- 109,--_Ib._, t. VII, p. 174.--SÉVIGNÉ, _Lettres_ (23 août 1671),
- t. II, p. 201, édit. de G.; _ib._, t. II, p. 167, édit. de M.;
- _ib._ (16 août 1675), t. IV, p. 20, édit. de G.; t. III, p. 397,
- édit. de M.--LA FARE, _Mémoires_, t. LXV, p. 187; SÉVIGNÉ,
- _Lettres_ (21 juin 1680), t. VII, p. 61, édit. de G.; _ib._, t.
- VI, p. 335, édit. de M.--_Ib._ (19 novembre 1687), t. VII, p.
- 318, édit. de G.--_Ib._, t. VIII, p. 45, édit. de M. (Marsillac
- est là mentionné comme duc de la Rochefoucauld, nom qu'il porta
- après la mort de son père); _ib._ (22 et 30 novembre 1688), t.
- VIII, p. 451 et 464, édit. de G.; _ib._, t. VIII, p. 169-181,
- édit. de M.; _ib._, (13 décembre 1688), t. IX, p. 19; _ib._, t.
- IX, p. 217 (le grand veneur).
-
-C'est par des qualités plus éminentes et des services d'une plus noble
-nature que la Feuillade, dont nous avons déjà parlé dans la première
-partie de ces Mémoires[446], avait acquis la faveur de Louis XIV.
-Officieux pour ses amis et ceux qu'il protégeait, la Feuillade était
-haut et fier avec les indifférents; homme de parole et en qui on pouvait
-se fier; bien fait de corps et laid de visage, ayant un teint bilieux et
-bourgeonné, mais avec cela une physionomie et des traits agréables;
-distingué dans ses manières; beau parleur quand il voulait donner une
-idée de son mérite; charmant causeur quand il voulait plaire;
-connaissant l'art d'enchanter les femmes; libéral, poli, courageux,
-galant, gros et beau joueur; dominé par l'ambition et par l'amour du
-plaisir; sans suite dans ses idées, sans profondeur dans ses vues;
-recherchant avec emportement l'éclat et la célébrité; se lançant, pour y
-parvenir, dans les entreprises les plus étranges; prenant les
-résolutions les plus extravagantes: de là ses campagnes chevaleresques
-en Candie et en Hongrie, ce voyage en Espagne pour aller se battre avec
-Saint-Aunay, qui à Madrid, selon un bruit public, avait mal parlé du
-roi, et, enfin, ce somptueux monument de la place des Victoires, où des
-flambeaux toujours allumés brûlaient devant la statue de Louis XIV,
-comme devant celle d'une divinité[447].
-
- [446] _Mémoires sur Sévigné_, 1re partie, p. 507, chap. XXXVII.
-
- [447] SAINT-SIMON, _Mémoires authentiques_, t. III, p. 232 à
- 235.--_OEuvres complètes de_ LOUIS DE SAINT-SIMON, 1791, in-8º,
- t. X, p. 34-38.--SÉVIGNÉ, _Lettres_ (4 novembre 1671), t. II, p.
- 261, édit. de G.; t. II, p. 239, édit. de M. (16 août 1675), t.
- IV, p. 24; _ibid._, t. III, page 401 (20 juillet 1679); t. VI, p.
- 99, édit. de G.; ou t. V, p. 415, édit. de M.; _ib._ (11 mars
- 1689), t. IX, p. 207-209, édit. de G.; _ib._, t. VIII, p. 379,
- édit. de M.--(Lettre de madame de la Fayette, 19 septembre 1691),
- t. X, p. 408, édit de G. de S.-G.; t. IX, p 472, édit. de M.
-
-Un zèle si ardent, une admiration si soutenue pour la personne du roi
-valut à la Feuillade cette faveur qu'il désirait tant et les grâces qui
-en étaient la suite: il fut nommé maréchal, mais sa faveur ne se soutint
-pas; il mourut à temps. Louis XIV était dégoûté «de ce courtisan,
-passant tous les courtisans passés,» comme dit madame de Sévigné[448].
-Il en fut de même de Lauzun, mais par un motif tout contraire. De tous
-les favoris de Louis XIV, Lauzun fut le seul qui ait osé affronter sa
-colère et qui l'ait fait impunément. Ce fut ce qui contribua le plus à
-la perte de cet homme extraordinaire et bizarre. Cadet de Gascogne, de
-la maison de Caumont, dénué de fortune, il fut recueilli par un cousin
-germain de son père, le maréchal de Gramont[449], qui le produisit à la
-cour. Il s'insinua en très-peu de temps dans les bonnes grâces du roi,
-qui le fit capitaine de ses gardes, maréchal de camp, et créa pour lui
-la charge de colonel général des dragons. C'était un petit homme blond,
-musculeux, bien pris dans sa taille, laid, très-négligé dans sa mise,
-d'une physionomie spirituelle; bon pour ses parents et ses amis, mais
-pour tout autre méchant et caustique; habile à saisir les ridicules,
-n'épargnant personne; d'un tempérament de fer; vif, actif, infatigable
-dans le plaisir, dans la guerre, dans les agitations de l'intrigue;
-magnifique dans sa dépense, grand et noble dans ses manières;
-extrêmement brave et d'une dextérité dangereuse dans les combats
-singuliers; tour à tour et au besoin audacieux et souple, caressant et
-brutal, insolent et rampant; fertile en expédients, saisissant
-rapidement tous les moyens d'arriver à son but, et ne laissant échapper
-aucune occasion; pourtant plein de caprices, de fantaisies et de
-jalousies. Nul ne réussit auprès d'un si grand nombre de femmes, et ne
-fut aussi prompt à se concilier toutes les sympathies de Louis XIV, à
-capter et ensuite à s'aliéner son affection[450].
-
- [448] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (20 juillet 1679), t. V, p. 415, édit.
- de M.; _ib._, t. VI, p. 99, édit. de G. de S.-G.--CHOISY,
- _Mémoires_, t. LXIII, p. 304-305.--LA FARE, _Mémoires_, t. LXV,
- p. 185-187.
-
- [449] Son nom alors était Antoine de Nompar de Caumont, marquis
- de Puyguilhem. Sur ce qui le concerne, voyez SÉVIGNÉ, _Lettres_,
- en date des 15 et 19 décembre 1670, 27 février 1671, 29 novembre
- 1671, décembre 1671, dans l'édit. de G. de S.-G., t. II, p. 305;
- 9 et 23 décembre 1671, 6 janvier 1677, 23 mars 1672, 8 mars 1676,
- 27 février 1679, 23 octobre 1680, 24 décembre 1688, 25 février
- 1689, 28 mai 1695.
-
- [450] _Mémoires et fragments historiques de_ MADAME, _duchesse_
- D'ORLÉANS; 1833, in-8º, p. 346.--CHOISY, _Mémoires_, t. LXIII, p.
- 520.--SAINT-SIMON, _OEuvres_, t. X, p. 120.--MONTPENSIER,
- _Mémoires_, p. 515, et t. XLIII, p. 124 et 136.--LA FARE, t. LXV,
- p. 181 et 182.--DELORT, _Histoire de la détention des philosophes
- et des gens de lettres à la Bastille et à Vincennes_, précédée de
- celle de Fouquet, de Pellisson et de Lauzun; 1829, in-8º, p. 41 à
- 45-176-180-186, 190.--LA BRUYÈRE, chapitre _De la Cour_, 394,
- Straton.--CAYLUS, _Mémoires_, t. XLVI, p. 466.
-
-Avec la fermeté de caractère de Louis XIV, avec cette auréole de
-grandeur dont il savait s'entourer, cette élévation dans les idées, ces
-généreuses inclinations qui le portaient à récompenser par des honneurs,
-des dignités, des richesses les talents, les vertus, les services rendus
-à l'État, le besoin de maîtresses et de favoris, que l'exercice de la
-puissance suprême lui avait fait contracter, n'aurait eu que peu
-d'inconvénients. Mais il aurait fallu réserver pour soi seul le
-privilége de telles faiblesses; surtout les écarter de sa famille, et
-les faire considérer comme une sorte de dédommagement aux soucis de la
-royauté. Malheureusement ces faiblesses mirent le roi dans l'impuissance
-de réprimer, ainsi qu'il l'aurait voulu, les honteux désordres de son
-frère et de ceux qui entouraient ce prince. Ce fut là la grande
-souillure de ce siècle glorieux; ce fut là que se forma cette gangrène
-qui, dans ce règne et dans les deux règnes suivants, infiltra ses
-poisons dans toutes les veines du corps social, et porta au plus haut
-degré, dans toutes les classes, la corruption des mœurs. A la cour du
-duc d'Orléans, ce n'était plus, comme à celle du roi, la volupté se
-produisant au grand jour décente et gracieuse, tenue en respect par la
-vertu, la religion et la gloire; c'était la débauche sans frein,
-accompagnée de l'ivresse et de l'impiété, s'abandonnant sans scrupule à
-des plaisirs réprouvés[451]. Pour faire cesser de tels déréglements, le
-roi ne pouvait user de toute son autorité, puisque pour lui-même il
-faisait taire les lois protectrices de l'autorité conjugale. Il fut donc
-réduit à des admonitions, qui eurent peu d'effet. Cependant la duchesse
-d'Orléans, qui voyait dans le chevalier de Lorraine l'obstacle qui
-l'empêchait de reconquérir la tendresse de son mari, demanda qu'il fût
-écarté. Louis XIV, auquel sa belle-sœur était utile pour ses
-négociations avec Charles II, ne pouvait lui rien refuser: il exila
-l'indigne favori. Celui-ci vit que la mort de celle qui avait causé son
-exil pouvait seule le faire cesser; il ne recula pas devant l'idée d'en
-rapprocher le terme par un forfait. Comme ceux qui étaient restés près
-du prince étaient tous ses affidés, ses complices et qu'ils ne pouvaient
-qu'avec lui ressaisir l'ascendant qu'ils avaient obtenu sur leur maître,
-il fut facile au chevalier de Lorraine d'exécuter de loin le crime
-qu'il avait conçu. De Rome, où il résidait, il envoya le poison au comte
-de Beuvron et au marquis d'Effiat[452], ses complices; et cette belle et
-jeune Henriette, récemment revenue d'Angleterre, joyeuse et triomphante
-du succès de l'importante négociation dont Louis XIV l'avait chargée,
-expira à Saint-Cloud le 29 juin 1670, après neuf heures d'horribles
-tortures, entre les bras de madame de la Fayette et de Bossuet, en
-présence de l'ambassadeur anglais et de toute la cour, qui la virent
-presser sur ses lèvres le même crucifix dont Anne d'Autriche s'était
-servie dans le moment suprême.
-
- [451] SAINT-SIMON, _Mémoires authentiques_, t. I, p. 20.--CHOISY,
- _Mémoires_, t. LXIII de la collection de Petitot et Monmerqué, p.
- 386-391-392, 463.--Madame de LA FAYETTE, _Hist. de_ MADAME
- HENRIETTE D'ANGLETERRE, t. LXIV, p. 392 et 396-397.--LOMÉNIE DE
- BRIENNE, _Mémoires_, 1828, in-8º, p. 298.
-
- [452] SAINT-SIMON, _Mémoires authentiques_, édit. 1829, in-8º, t.
- III, p. 177-181, chap. XIII; _ibid._, t. XII, p. 141, chap.
- XII.--SAINT-SIMON, _OEuvres complètes_, 1790, in-8º, t. III, p.
- 36-43; _ibid._, p. 223 à 226.--(Lettre de MONSIEUR, frère de
- Louis XIV, à Colbert.)
-
-La voix éloquente qui avait récemment retenti sur le cercueil de la
-reine d'Angleterre se fit encore entendre sur celui de sa fille. Bossuet
-n'était arrivé près de la princesse que dans ses derniers instants, mais
-assez à temps encore pour dissiper, par des paroles de foi, d'amour et
-de confiance en Dieu, les agitations et les terreurs qu'avaient jetées
-dans l'âme de cette infortunée, en proie à de si horribles souffrances,
-les longues et sévères exhortations d'un austère confesseur[453]. Plus
-calme après avoir entendu Bossuet, elle ordonna à voix basse, en
-anglais, à une de ses femmes placée près de son lit, que lorsqu'elle ne
-serait plus, on détachât de son doigt l'émeraude qui s'y trouvait et
-qu'on la remît à l'apôtre consolateur, comme une bague qu'elle avait
-fait faire pour lui. Ce souvenir, cette dernière pensée du départ et
-plus encore le spectacle des souffrances et de la mort cruelle de cette
-jeune princesse donnèrent à l'éloquence de Bossuet une suavité, une
-grâce touchante et mélancolique qu'on ne retrouve dans aucun de ses
-autres discours. Dans ces tristes et solennelles circonstances, chacune
-des explosions de ce génie sublime était presque toujours suivie de la
-conversion de quelques-unes des personnes qui en avaient été témoins. Ce
-fut après que Bossuet eut prononcé, dans la majestueuse basilique de
-Saint-Denis, le 21 août 1670, l'oraison funèbre d'Henriette
-d'Angleterre, que le marquis de Tréville, toujours cité comme un des
-hommes les plus instruits et les plus spirituels de son temps, prit la
-subite résolution de se retirer du monde et de la cour, pour se livrer
-tout entier à ses religieuses pensées et aux nouveaux devoirs qu'elles
-lui imposaient.
-
- [453] Nicolas Feuillet. Conférez sa relation, et BOILEAU, _Satire
- IX_, vers 249, t. I, p. 157, et la note dans l'édition de
- Saint-Marc, 1747, in-8º; et t. I, p. 210, édit. de M. Berriat
- Saint-Prix, 1830, in-8º.--Sur les remords qui pouvaient
- tourmenter cette princesse, voyez GUY-PATIN, _Lettres_ (novembre
- 1654), t. I, p. 217, éd. 1846.
-
-La perte d'Henriette d'Angleterre fut ressentie d'autant plus vivement
-par Louis XIV qu'il se trouvait blessé dans ses plus chères affections
-et contrarié dans les combinaisons de sa politique. Dès sa jeunesse il
-s'était senti de l'inclination pour sa belle-sœur; elle était un des
-ornements de sa cour, le gage de l'alliance entre la France et la
-Grande-Bretagne; et lorsqu'elle lui fut ravie elle venait de resserrer
-l'union qui existait entre lui et Charles II, entre les souverains de
-deux grands royaumes, contristés par sa mort. Louis XIV ne se méprit pas
-sur la cause de cet événement, et reconnut de quel côté partait le coup.
-Mais l'intérêt de l'État le força de dissimuler et de paraître persuadé
-que cette mort avait été naturelle. Elle avait produit une telle
-sensation en Angleterre qu'on parlait de se saisir de tous les Français
-qui y résidaient; et Charles II, qui ne pouvait se consoler de la perte
-de sa sœur, paraissait disposé à seconder l'animosité publique contre
-les sujets du roi de France. Pour cette seule cause, une guerre pouvait
-s'ensuivre entre les deux pays, qui étaient loin d'être aussi bien
-disposés l'un pour l'autre que les rois qui les gouvernaient. Pour
-calmer cette irritation, Louis XIV déguisa sa pensée, fit taire ses
-ressentiments. Par des procès-verbaux de ses médecins et de ses
-chirurgiens, qui firent l'autopsie de la princesse, il fit constater que
-le poison n'avait pas eu de part à sa fin cruelle. La nécessité de
-dérouter tous les soupçons, surtout d'écarter ceux qui pesaient sur son
-frère, et l'impossibilité de convaincre par des preuves les plus
-coupables le forcèrent de rappeler de son exil le chevalier de Lorraine
-et d'agir avec la même dissimulation envers ses complices. Par ces actes
-le roi parvint bien à jeter de l'obscurité sur la véritable cause de cet
-événement; mais lui n'eut aucun doute. Il avait saisi, par l'aveu d'un
-des criminels, tous les fils de cette horrible trame; et ce fut pour lui
-un grand soulagement d'acquérir la certitude que son frère n'y avait
-aucune part, et qu'elle avait été ourdie et exécutée à son insu[454].
-
- [454] SAINT-SIMON, _Mém. authentiques_, t. III, p. 177, 181, ch.
- XIII; _ibid._, t. XII, p. 141, ch. XII.--SAINT-SIMON, _OEuvres
- complètes_, t. III, p. 36-43; _ibid._, p. 223 à 226 (Lettre de
- MONSIEUR à Colbert).--MIGNET, _Documents sur l'histoire de
- France, négociations relatives à la succession d'Espagne sous
- Louis XIV_, 1842, in-4º, t. III, p. 184, 186; _ibid._, p. 208
- (Lettre de Colbert à M. de Lionne, du 3 juillet 1670).--SÉVIGNÉ,
- _Lettres_ (12 février 1672, du 26 juin 1676), t. II, p. 385,
- édit. de G. de S.-G.; _ibid._., t. II, p. 326, édit. de
- M.--PONCET DE LA GRAVE, _Mémoires intéressants pour servir à
- l'histoire de France_, t. III, p. 406 (_Mort chrétienne de_
- MADAME, _duchesse d'Orléans, femme de_ MONSIEUR, _par_ FEUILLET).
- Il y a un extrait très-incomplet de cette curieuse relation dans
- BUSSY, _Supplément aux lettres et mémoires_, t. I, p.
- 82-89.--Conférez encore, dans PONCET DE LA GRAVE, _Mémoires_,
- etc., t. II, p. 128, 392 et 406, et 411-419.--LA FAYETTE,
- _Mémoires_, t. LXIV, p. 446-471. Bossuet a donné une autre
- relation de la mort de MADAME; voyez BOSSUET, _Oraison funèbre
- d'Henriette d'Angleterre_, édit. de 1686.--DE BAUSSET, _Vie de
- Bossuet_, t. I, p. 244 à 283.--CHOISY, _Mém._, t. LXIII, p. 417 à
- 463.--MONTPENSIER, _Mém._, t. XLIII, p. 191, 196.--LA FARE,
- _Mém._, t. LXV, p. 181.--SÉVIGNÉ, _Lettres_, t. I, p. 193, édit.
- de M.; _ibid._, t. I, p. 261, édit. de G. de S.-Germ. (lettre en
- date du 6 juillet 1670).--LOUIS XIV. _OEuvres_, t. V, p.
- 469.--BUSSY, _Lettres_, t. III, p. 219.--MONMERQUÉ, _Biographie
- universelle_, t. XX, p. 198-199 (art. HENRIETTE).--_Mémoires,
- fragments historiques et correspondances de_ MADAME, _duchesse
- d'Orléans_, 1833, in-8º, p. 209, 210, 211 et 398.--Sir WILLIAM
- TEMPLE, _Lettres_, t. II, p. 132.--_Le Sentiment de Vallot_
- (médecin du roi) _sur les causes de la mort de madame la duchesse
- d'Orléans_ (mémoire autographe à la bibliothèque de
- L'Arsenal).--_Lettres de madame_ DE SÉVIGNÉ, édit. de G. de
- S.-G., 1823, in-8º; et t. V, p. 4; et t. II, p. 261.--_Histoire
- secrète de la France_; Londres, 1713, t. I, p. 130; t. III, p.
- 4.--Le savant M. Floquet a publié, dans la _Bibliothèque de
- l'École des chartes_ (2e série, 1845, t. I, p. 174), une _Lettre
- inédite de_ BOSSUET _sur la mort d'Henriette-Anne d'Angleterre,
- duchesse d'Orléans_. Cette lettre n'a point été imprimée d'après
- l'autographe. Elle est rapportée dans les _Mémoires de_ PHILIBERT
- DE LA MARE, conseiller au parlement de Dijon, mort le 16 mai
- 1687, dont le manuscrit se trouve à la Bibliothèque royale. C'est
- de ce manuscrit que M. Floquet a tiré cette lettre. L'auteur des
- _Mémoires_ n'a pu même dire à qui elle est adressée; il est
- facile de voir qu'elle est supposée et qu'elle ne peut avoir été
- écrite par Bossuet: fût-elle vraie et authentique, elle ne ferait
- que confirmer l'exactitude du récit de madame de la Fayette, la
- relation de Feuillet, les révélations de Saint-Simon, et ajouter
- aux preuves nombreuses de l'empoisonnement.
-
-
-
-
-CHAPITRE XIII.
-
-1670-1671.
-
- Madame de Sévigné s'exprime brièvement en annonçant la mort de
- MADAME.--Elle ne s'étend que sur les faits peu connus.--Aventure
- de la princesse de Condé.--Duval, son valet de pied, et Louis de
- Rabutin, son page, tirent l'épée l'un contre l'autre en sa
- présence, et lui font une blessure au sein.--Duval est condamné
- aux galères.--Madame de Sévigné le voit à la chaîne, et cause avec
- lui.--Louis de Rabutin s'enfuit en Allemagne.--Il épouse la
- duchesse de Holstein.--Par ce mariage les Rabutin sont alliés à la
- maison royale de Danemark.--Louis de Rabutin parvient au grade de
- feld-maréchal de l'empereur.--Éloge que madame de Sévigné et Bussy
- font de Louis de Rabutin, leur cousin.--Madame de Sévigné regrette
- que Bussy-Rabutin n'ait pas été aussi heureux.--Sa réflexion sur
- la Providence.--Spirituelle réponse de Bussy au P. la Chaise sur
- ce sujet.--Madame de Sévigné, bien instruite des intrigues
- galantes du grande monde et de la cour, y fait souvent
- allusion.--Ces allusions sont obscures pour les lecteurs
- modernes.--Passage d'une de ses lettres sur le maréchal de la
- Ferté, le comte de Saint-Paul et le comte de Fiesque.--Détails sur
- ces personnages.--Mariage de mademoiselle de Thianges et du duc de
- Nevers.--Détails sur le duc de Nevers.--Pouvoir de
- Montespan.--Détails sur la Vallière.--Bal donné par le roi aux
- Tuileries.--Madame de Sévigné y assiste.--Elle remarque que ce bal
- était triste.--Madame de Montespan et madame de la Vallière n'y
- avaient point paru.--Cette dernière s'était retirée aux sœurs
- Sainte-Marie de Chaillot.--Le roi repart pour Versailles.--Il
- écrit à la Vallière, et lui envoie successivement le maréchal de
- Bellefonds et Lauzun, pour l'engager à revenir à Versailles: elle
- s'y refuse.--Il envoie, avec des ordres impératifs, Colbert, qui
- la ramène.--Causes de la tendresse du roi pour la Vallière.--Cette
- tendresse fait le malheur de celle-ci.
-
-Dans le petit nombre de lettres de madame de Sévigné qui nous ont été
-conservées pour la période de temps qu'embrasse le chapitre précédent,
-il est parlé des faits et des événements dont nous venons de faire
-mention; mais c'est toujours en peu de mots quand il s'agit de ceux dont
-les détails étaient publics: ainsi, en annonçant à Bussy que Corbinelli
-allait le rejoindre, elle se contente de dire au sujet de la mort
-d'Henriette, dont toute la France s'entretenait depuis sept jours: «Il
-vous dira la mort de Madame, l'étonnement où l'on a été en apprenant
-qu'elle a été malade et morte en huit heures, et qu'on perdait avec elle
-toute la joie, tout l'agrément et tous les plaisirs de la cour[455].»
-
- [455] SÉVIGNÉ, _Lettres_, t. I, p. 193, édit. de M.--_Ibid._, t.
- I, p. 261, édit. de G. de S.-G. (6 juillet 1670).
-
-Elle écrit plus longuement lorsqu'elle parle de faits moins connus,
-d'anecdotes secrètes dont s'emparait la malignité publique, mais que,
-par la crainte de se compromettre, on ne racontait qu'en tête à tête ou
-à voix basse. De cette espèce était l'aventure arrivée à la princesse de
-Condé, qui fit assez de bruit pour qu'on crût nécessaire d'en parler
-dans la gazette de manière à sauver l'honneur de cette princesse[456].
-Madame de Sévigné la raconte à Bussy dans une lettre du 23 janvier 1671.
-
- [456] Recueil de gazettes nouvelles, in-4º (17 janvier 1671);
- GUY-PATIN, _Lettres choisies_, 1685, in-18, p. 480 (lettre du 14
- janvier 1671; le fait eut lieu le 13; la date de la lettre est
- exacte).
-
-«On me vient de conter une aventure extraordinaire qui s'est passée à
-l'hôtel de Condé et qui mériterait de vous être mandée, quand vous
-n'auriez pas l'intérêt que nous y avons. La voici[457]. Madame la
-princesse (Claire-Clémence de Maillé-Brézé, princesse de Condé) ayant
-pris depuis quelque temps de l'affection pour un de ses valets de pied
-nommé Duval, celui-ci fut assez fou pour souffrir impatiemment la bonne
-volonté qu'elle témoignait aussi pour le jeune Rabutin, qui avait été
-son page. Un jour qu'ils se trouvaient tous deux dans sa chambre, Duval
-ayant dit quelque chose qui manquait de respect à la princesse, Rabutin
-mit l'épée à la main pour l'en châtier; Duval tira aussi la sienne; et
-la princesse, se mettant entre deux, fut blessée légèrement à la gorge.
-On a arrêté Duval, et Rabutin est en fuite: cela fait grand bruit en ce
-pays-ci. Quoique le sujet de la noise soit honorable, je n'aime pas
-qu'on nomme un valet de pied avec Rabutin.»
-
- [457] SÉVIGNÉ, _Lettres_, t. I, p. 227, édit. de
- Monmerqué.--_Ibid._, t. I, p. 302, édit. de G. de S.-G. (23
- janvier 1671).--MONTPENSIER, _Mémoires_, t. XLIII, p. 276 et
- 277.
-
-Madame de Montmorency manda aussi cette nouvelle à Bussy avec des
-circonstances peu différentes[458]; mais elle ajoute que monsieur le Duc
-(le duc d'Enghien, fils du prince de Condé) serait parvenu à apaiser la
-colère de son père; que MADEMOISELLE, qui en voulait à Condé, (nous
-dirons bientôt par quel motif), fit de cette aventure l'objet de ses
-railleries à la cour. Condé, irrité et excité encore par la princesse
-Palatine, exila sa femme à Châteauroux. «Il n'y (a) pas de désespoir
-pareil au sien, dit madame de Montmorency; personne que ses trois
-proches ne l'a vue en partant.» Si de tels écarts pouvaient être
-excusés, ils le seraient dans cette infortunée princesse. Depuis la mort
-du cardinal de Richelieu, son oncle, elle était traitée par son mari
-avec peu d'égards: «Les mauvais traitements, dit MADEMOISELLE,
-redoublèrent après le mariage de monsieur le Duc; elle était réduite à
-ne voir personne.» A Châteauroux elle fut tenue en captivité; il se
-passa un temps assez long avant qu'on lui donnât la liberté de se
-promener dans la cour du château, et ce fut seulement en présence des
-gens que le prince avait chargés de la garder.
-
- [458] BUSSY, _Supplément aux lettres et mémoires_, t. I, p. 89
- (lettre de madame de Montmorency, à Paris, ce 25 février 1671;
- peut-être faut-il corriger 25 janvier).
-
-Cependant il ne faut pas oublier de dire que la querelle de Louis de
-Rabutin et de Duval n'était pas la première que la princesse de Condé
-eût occasionnée par ses coupables imprudences. Au temps de la Fronde,
-elle fut la cause de la mort du jeune marquis de Cessac, qui, à l'âge de
-vingt-deux ans, fut tué en duel par Coligny, son ami, qu'il crut être
-son rival. Coligny, au contraire, s'était attaché à une des filles
-d'honneur de la princesse, nommée Gerbier, celle-là même qui, par son
-esprit et son habileté, avait le plus contribué à soustraire à la
-vigilance de Mazarin toute la famille du prince de Condé, retirée à
-Chantilly[459].
-
- [459] Voyez ci-dessus, 2e partie, p. 34, chapitre
- III.--COLIGNY-SALIGNY, _Mémoires_, 1841 et 1843, in-8º, p.
- 24-31.--LENET, _Mémoires_, t. LIII, p. 139 à 143.--SÉVIGNÉ,
- _Lettres_, 3 juillet 1655, t. I, p. 40, édit. de G. de S.-G.; t.
- I, p. 32, édit. de M.
-
-On fit le procès à Duval; il fut condamné aux galères. Madame de
-Sévigné, en allant promener à Vincennes, le vit à la chaîne des
-galériens qui partaient pour Marseille; elle s'entretint avec lui, et il
-lui parut un homme de bonne conversation[460].
-
- [460] SÉVIGNÉ, _Lettres_, t. II, p. 10, édit. de M., ou t. II, p.
- 12, édit. de G. de S.-G. (lettre du 10 avril 1671).--GUY-PATIN
- (lettre en date du 17 mars 1671).
-
-Quant à Louis de Rabutin, cette aventure lui valut une fortune et un
-degré d'élévation qu'il n'eût jamais osé espérer en France. Obligé de
-s'expatrier pour fuir la vengeance du prince, il se vit, comme dit
-très-bien madame de Sévigné, romanesquement transporté en
-Allemagne[461]. Là, aimable auprès des femmes et brave sur les champs de
-bataille, la guerre le porta successivement, dans les armées de
-l'empereur, jusqu'au grade supérieur de feld-maréchal[462]; et le
-mariage le plus brillant lui procura l'alliance, et par lui à tous les
-Rabutin, de la famille royale de Danemark. Aussi madame de Sévigné se
-montre-t-elle glorieuse de ce cousin germain d'Allemagne; et elle
-s'empressa d'entrer en correspondance avec la femme qu'il avait épousée.
-Cette cousine allemande, comme elle l'appelle, était la duchesse de
-Holstein, Dorothée-Élisabeth, fille de Philippe-Louis, héritier de
-Norwége, duc de Holstein-Wiesembourg, arrière-petit-fils de Christiern
-III, élu roi de Danemark en 1525, dont la postérité, réélue à chaque
-interrègne en la personne de l'aîné de la maison royale, est devenue
-héréditaire en 1660, et règne encore aujourd'hui. Louis de Rabutin, mari
-de Dorothée-Élisabeth, descendait de Christophe de Rabutin, seigneur de
-Ballore, quatrième fils d'Amé de Rabutin; tandis que madame de Sévigné
-et le comte de Bussy étaient descendus de Hugues de Rabutin, fils aîné
-d'Amé de Rabutin[463]. Louis de Rabutin était donc leur cousin germain,
-mais d'une branche cadette. Aussi plusieurs fois madame de Sévigné
-regrette que Bussy n'ait pas eu une aussi brillante destinée que ce
-cousin. «Il est vrai, dit-elle dans une lettre adressée à Bussy, que
-j'aime la réputation de notre cousin d'Allemagne. Le marquis de Villars
-nous en dit des merveilles à son retour de Vienne, et de sa valeur, et
-de son mérite de tous les jours, et de sa femme, et du bon air de sa
-maison. Je sentis la force du sang, et je la sens encore dans tout ce
-que dit la gazette de sa blessure. Vous êtes cause, mon cher cousin, que
-j'écris à cette duchesse-comtesse en lui envoyant votre paquet
-[probablement la généalogie des Rabutin, dressée par Bussy]. J'admire
-toujours les jeux et les arrangements de la Providence. Elle veut que ce
-Rabutin d'Allemagne, notre cadet de toutes façons, par des chemins
-bizarres et obliques s'élève et soit heureux; et qu'un comte de Bussy,
-l'aîné de sa maison, avec beaucoup de valeur, d'esprit et de services,
-même avec la plus brillante charge de la guerre, soit le plus malheureux
-homme de la cour de France. Oh! bien, Providence, faites comme vous
-l'entendrez: vous êtes la maîtresse; vous disposez de tout comme il vous
-plaît; et vous êtes tellement au-dessus de nous qu'il faut encore vous
-adorer, quoi que vous puissiez faire, et baiser la main qui nous frappe
-et qui nous punit; car devant elle nous méritons toujours d'être
-punis[464].»
-
- [461] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (23 janvier 1671), t. I, p. 230, édit.
- de M.; t. I, p. 302, édit. de G. de S.-G.--(1er février 1671,
- lettre de Bussy à madame de Sévigné), t. I, p. 231, édit. de
- M.--_Ibid._, t. I, p. 305, édit. de G. de S.-G.
-
- [462] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (2 septembre 1687, notre cousin
- d'Allemagne), t. VII, p. 471, édit. de M.; t. VII, p. 268, édit.
- de G. de S.-G.--(13 septembre 1687), t. VII, p. 474, édit. de M.;
- t. VIII, p. 271, édit. de G. de S.-G--(13 août 1688, à notre
- cousin d'Allemagne), t. VIII, p. 61, édit. de M.; t. VIII, p.
- 335, édit. de G. de S.-G.--(15 et 22 septembre 1688), t. VIII, p.
- 78 et 80, édit. de M.; t. VIII, p. 354 et 356, édit. de G. de
- S.-G.--(23 mars 1689), t. VIII, p. 390, édit. de M.--(22
- septembre 1688), t. VIII, p. 356, édit. de G. de S.-G.
-
- [463] MONMERQUÉ, _Lettres de madame_ DE SÉVIGNÉ, édit. 1820,
- in-8º, p. 106, note _a_, p. 80, note _a_, et t. V, p. 358.
-
- [464] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (22 et 28 septembre 1688), t. VIII, p.
- 81 et 88, édit. de M.; t. VIII, p. 357 et 360, édit. de G. de
- S.-G.
-
-Bussy confirme cet éloge donné à son cousin d'Allemagne, et répond ainsi
-à madame de Sévigné: «Tout ceux qui retournent de Vienne disent de notre
-cousin les mêmes choses que vous a dites M. de Villars, madame; lui et
-sa femme sont l'ornement de la cour de l'empereur. Ce que vous dites de
-la Providence sur cela est fort bien dit; quelque fertile que je sois en
-pensées et en expressions, je n'y saurais rien ajouter, sinon que je
-reçois toutes les disgrâces de la main de Dieu, comme des marques
-infaillibles de prédestination. La dernière fois que je vis le P. la
-Chaise, il me dit, sur les plaintes que je lui faisais des duretés du
-roi, que Dieu me témoignait par là son amour. Je lui répondis que je le
-croyais; que je voyais bien qu'il me voulait avoir, et qu'il m'aurait;
-mais que j'aurais bien voulu que c'eût été un autre que Sa Majesté qui
-eût fait mon salut[465].»
-
- [465] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (28 septembre 1688).--On fit une
- nouvelle des aventures de ce Jean-Louis de Rabutin, sous le titre
- de _l'Heureux page_, nouvelle galante, 1691 à 1694; Cologne, 1691
- à 1697. Voy. BARBIER _Anonymes_, t. II, p. 52, qui n'indique pas
- l'auteur. L'auteur fait mention de ce comte Jean-Louis de
- Rabutin qui aurait parlé un peu librement de son cousin Rozier.
-
-Les deux lettres que nous venons de citer, pour terminer ce que nous
-avions à dire sur les suites singulières de l'aventure arrivée à la
-princesse de Condé, sont bien postérieures au temps dont nous nous
-occupons; mais elles montrent la continuité de la mauvaise fortune de
-Bussy, et nous prouvent la constance des sentiments religieux de madame
-de Sévigné, que nous retrouverons tenant toujours le même langage à
-toutes les époques de sa vie. Cependant qu'on ne croie pas que c'est
-uniquement parce qu'un Rabutin se trouve impliqué dans l'affaire de la
-princesse de Condé que madame de Sévigné la raconte à Bussy: elle se
-montre en général fort instruite des intrigues galantes de son temps; et
-quand elle écrivait à sa fille ou à Bussy, ou au comte de Grignan,
-qu'intéressaient beaucoup les anecdotes scandaleuses de la cour ou du
-grand monde, elle y fait souvent allusion. Ces allusions, parfaitement
-intelligibles pour ceux à qui elle écrivait, ne peuvent être comprises
-par les lecteurs actuels, qui, pour la plupart, ignorent que l'histoire
-d'une époque, pour être bien connue, a besoin qu'on se donne la peine de
-scruter la vie privée des personnages qui ont eu quelque part aux
-événements publics.
-
-Ainsi, dans une lettre en date du 10 décembre 1670, écrite au comte de
-Grignan par madame de Sévigné, on lit: «Le maréchal de la Ferté dit ici
-des choses non pareilles; il a présenté à sa femme le comte de
-Saint-Paul et le _Petit Bon_, en qualité de jeunes gens qu'il faut
-présenter aux dames. Il fit des reproches au comte de Saint-Paul d'avoir
-été si longtemps sans l'être venu voir. Le comte a répondu qu'il était
-venu plusieurs fois chez lui; qu'il fallait donc qu'on ne le lui eût pas
-dit[466].»
-
- [466] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (10 décembre 1670), t. I, p. 211, édit.
- de M.; t. I, p. 282, édit. de G. de S.-G.
-
-Pour bien saisir toute la spirituelle malice de ce passage, en apparence
-si simple et si innocent, il faut se rappeler que le comte de
-Saint-Paul, dont nous avons déjà parlé dans ces Mémoires[467] pour avoir
-entraîné le jeune Sévigné à la guerre de Candie, était âgé de vingt ans
-et un des plus beaux hommes de la cour lorsque madame de Sévigné
-écrivait cette lettre à sa fille; de plus, neveu du grand Condé, le
-comte de Saint-Paul était l'unique héritier de la riche maison de
-Longueville, parce que son frère aîné, réduit à l'état d'imbécillité,
-devait se faire religieux et renoncer à tous ses droits en faveur de son
-cadet[468]. Le comte de Saint-Paul était donc un des plus brillants
-partis de France et en même temps un des cavaliers les plus polis et les
-plus braves. A tous ces titres il était vivement recherché par les
-femmes ambitieuses et coquettes. Parmi ces dernières, la maréchale de la
-Ferté[469], quoique âgée de près de quarante ans, mais encore belle et
-fraîche, entreprit de lui plaire. Elle employa pour l'attirer chez elle
-le comte de Fiesque[470], amant de madame de Lionne[471], dont la
-mère[472], prodigue et légère, avait été dame d'honneur de MADEMOISELLE
-et dont le père, mort en 1660, s'était ruiné au service du prince de
-Condé[473]. Le comte de Fiesque, sans héritage, homme d'esprit, peu
-guerrier, aimable avec les femmes[474], et cherchant à réparer les
-torts de la fortune aux dépens de celles dont il avait gagné les bonnes
-grâces, était envers toutes si plein de complaisance qu'elles l'avaient
-surnommé le _Petit Bon_[475]. C'est lui que madame de Sévigné désigne
-par ce surnom dans sa lettre; et l'on comprend ce qu'il y avait de
-piquant, pour tous ceux qui n'ignoraient pas les intrigues galantes de
-la maréchale de la Ferté, d'apprendre que le comte de Saint-Paul et le
-comte de Fiesque lui avaient été présentés par son mari, les reproches
-que celui-ci leur adressait et la réponse du comte de Saint-Paul, qui
-pour s'excuser affirme qu'il est venu fréquemment chez le maréchal, mais
-qu'on ne lui en a rien dit.
-
- [467] Voyez ci-dessus, chapitre XI, p. 193 de ce volume.
-
- [468] BUSSY, _Lettres_, t. V, p. 157 (lettre du comte de Choiseul
- à Bussy, en date du 3 mai 1671). Ce frère du comte de Saint-Paul
- prit par la suite le nom d'abbé d'Orléans.
-
- [469] _Histoire de la maréchale de la Ferté_, dans la _France
- galante_, 1695, p. 191 à 263.--_Histoire amoureuse des Gaules_,
- 1754, t. III, p. 1 à 102.
-
- [470] Jean-Louis-Marie, comte de Fiesque.
-
- [471] Conférez les _Vieilles amoureuses_, dans la _France
- galante_, 1695, p. 191 à 263.--SÉVIGNÉ, _Lettres_ (17 avril et 17
- juillet 1676), t. IV, p. 262 et 380, édit. de M.; t. V, p. 19,
- édit. de G. de S.-G.
-
- [472] Madeleine d'Angennes de la Loupe, femme du maréchal de la
- Ferté-Senectaire (Sennetaire).
-
- [473] MONTPENSIER, _Mémoires_, t. XLII, p. 456.--LORET, liv. III,
- p. 142; liv. IV, p. 85, 97, 123.
-
- [474] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (lettre du 24 juillet 1675), t. III, p.
- 335, édit. de M.--_Ibid._, t. III, p. 461, édit. de G. de S.-G.
- «Pour ce dernier (le comte de Fiesque), on est tenté de dire: Di
- cortesia più che guerra amico.»
-
- [475] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (10 décembre 1670), t. I, p. 211, édit.
- de M., et t. I, p. 282.--(17 juillet 1676), t. IV, p. 380. édit.
- de M.; t. V, p. 29, édit. de G. de S.-G.--_France galante ou
- Histoire amoureuse de la cour_, 1695, in-12, p. 1 à 102, et p.
- 265 à 405 (_France italienne_).--MONMERQUÉ, dans les _Lettres de
- Sévigné_, t. VI, p. 138, note _a_.
-
-Ce qui attirait particulièrement l'attention de madame de Sévigné et lui
-fournissait des sujets favoris de correspondance, c'est surtout ce qui a
-rapport au roi, directement ou indirectement. Aussitôt que le mariage du
-duc de Nevers eut été décidé, madame de Sévigné n'oublia pas de l'écrire
-à son gendre. Ce mariage était un événement, et acquérait de
-l'importance parce qu'il prouvait le crédit de la nouvelle maîtresse:
-«Ma fille me prie de vous mander le mariage de M. de Nevers... Il
-épouse, devinez qui? Ce n'est pas mademoiselle d'Houdancourt, ni
-mademoiselle de Grancé: c'est mademoiselle de Thianges, jeune, jolie,
-modeste, élevée à l'Abbaye-aux-Bois. Madame de Montespan en fait les
-noces dimanche; elle en fait comme la mère et en reçoit tous les
-honneurs. Le roi rend à M. de Nevers toutes ses charges; de sorte que
-cette belle, qui n'a pas un sou, lui vaut mieux que la plus riche
-héritière de France. Madame de Montespan fait des merveilles
-partout[476].»
-
- [476] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (10 décembre 1670), t. I, p. 210, édit.
- de Monmerqué; t. I, p. 2?1, édit. de G. de S.-G.--MONTPENSIER,
- _Mémoires_, t. XLII, p. 50, 77, 87, 95, 108, 113.--LA FAYETTE, t.
- LXIV, p. 378.--BUSSY, t. V, p. 83.
-
-Ce fut Lauzun qui négocia le mariage de cette belle nièce de madame de
-Montespan; il eut à vaincre les irrésolutions de cet étrange duc de
-Nevers, qui, dit MADEMOISELLE, «va et vient de Rome par fantaisie deux
-ou trois fois l'année, comme les autres qui vont se promener au Cours,
-et qui se trouva marié lorsqu'il ne croyait pas l'être[477].»
-
- [477] MONTPENSIER, _Mémoires_, t. XLIII, p. 247 et 248 (année
- 1670).--CAYLUS, _Mémoires_, t. LXVI, p. 403 et 404.
-
-Mademoiselle de Thianges était adorée de sa mère, qui la préférait de
-beaucoup à sa sœur cadette, la duchesse de Sforce[478], et à son fils,
-homme médiocre, comme avait été son père. La duchesse de Nevers
-justifiait par son esprit et sa beauté la prédilection maternelle; mais
-cette modestie de l'Abbaye-aux-Bois, que vante en elle madame de
-Sévigné, disparut bientôt à la cour; et par là peut-être, comme par son
-humeur caustique et joviale, la duchesse de Nevers ressemblait à sa
-mère, qui, selon la remarque de mademoiselle de Montpensier, «aimait à
-rire et n'était pas plus charitable pour les autres qu'on ne l'était
-pour elle.[479]»
-
- [478] CAYLUS, _Mémoires_, t. LXVI, p. 402 et 403.
-
- [479] MONTPENSIER, _Mémoires_, t. XLII, p. 95, 96 (année 1656).
-
-Rien n'intéresse plus, dans la vie privée de Louis XIV, que tout ce qui
-concerne la Vallière, cet objet de ses premières affections, cette
-touchante victime de son inconstance. Le rang, les honneurs, les
-richesses n'avaient pu vaincre sa modestie, ni les puissantes séductions
-de la volupté lui ravir sa pudeur. Elle n'avait ressenti de l'amour que
-les purs et délicieux sentiments qu'il inspire. Ses religieuses
-douleurs[480] et les remords qui l'agitaient la montraient encore plus
-digne du grand monarque qui avait triomphé de sa vertu et de son Dieu.
-Louis XIV tenait à la Vallière par le cœur, par le souvenir des jours
-de bonheur dont il lui était redevable, par la persuasion de son entier
-dévouement pour lui, surtout par l'estime profonde qu'il ne pouvait
-refuser à la sincérité de l'unique passion qui ait pu altérer la pureté
-de cette âme pieuse et virginale. Mais les sens, mais le besoin de
-distractions l'entraînaient vers une autre maîtresse plus belle, plus
-spirituelle, dont l'humeur fière, la gaieté caustique et l'agaçante
-coquetterie formaient un contraste avec l'humble et scrupuleuse
-tendresse de la Vallière. Les humiliations que celle-ci éprouva de la
-part de son orgueilleuse rivale la poussèrent à une résolution
-désespérée.
-
- [480] Conférez SÉVIGNÉ, t. I, p. 322, 323, 334; t. III, p. 263,
- 304, 305; t. V, p. 170; t. VI, p. 177; t. VII, p. 190.--BUSSY,
- _Lettres_, t. V, p. 79-82.--BENSERADE, _OEuvres_, t. I, p.
- 170.--MONTPENSIER, _Mémoires_, t. XLIII, p. 21, 196.--LA FAYETTE,
- _Mémoires_, t. LXIV, p. 395, 410, 414, 456.--CAYLUS, _Mémoires_,
- t. LXVI, p. 379 et 380.
-
-Le dernier jour de carnaval de cette année 1671, Louis XIV donna un bal
-aux Tuileries; contre l'ordinaire ce bal fut triste[481]. Madame de
-Sévigné, qui y fut invitée et y assista, en fait la remarque; elle en
-écrit ainsi à sa fille: «Le bal du mardi gras pensa être renvoyé; jamais
-il ne fut une telle tristesse: je crois que c'était votre absence qui en
-était la cause. Bon Dieu! que de compliments j'ai à vous faire! que
-d'amitiés! que de soins de savoir de vos nouvelles! que de louanges
-qu'on vous donne!»
-
- [481] MONTPENSIER, _Mémoires_, t. XLIII, p. 299 (1671).--SÉVIGNÉ,
- _Lettres_ (13 février 1671), t. I, p. 247, édit. de Monmerqué; t.
- I, p. 324, édit. de G. de S.-G.--BUSSY, _Lettres_, t. III, p. 306
- (7 janvier 1671).
-
-Comme elle aimait à flatter sa fille, cette faible mère! Certainement
-elle n'ignorait pas que toutes les personnes qui se trouvaient à ce bal
-étaient préoccupées de tout autre chose que de l'absence de madame de
-Grignan. On avait remarqué que madame de Montespan et madame de la
-Vallière, qu'on voyait dans toutes les fêtes, ne se trouvaient point à
-celle-ci; et la tristesse dont le visage du roi était empreint s'était
-répandue dans toute l'assemblée. Les soupçons que l'on avait sur les
-causes de cette tristesse furent confirmés. On sut que la Vallière
-s'était retirée de la cour et réfugiée au couvent des sœurs
-Sainte-Marie de Chaillot. Le lendemain le roi repartit pour Versailles.
-MADEMOISELLE, qui se trouvait présente et dans le même carrosse que lui
-et madame de Montespan, nous apprend que, durant le trajet, tous deux ne
-cessèrent point de pleurer[482]. La même cause produisait leur chagrin,
-mais les motifs en étaient différents. Avant d'employer l'autorité pour
-arracher madame de la Vallière de l'asile où elle s'était réfugiée,
-Louis XIV essaya les moyens de persuasion; il lui écrivit, et il lui
-envoya sa lettre par le maréchal de Bellefonds: celui-ci devait inspirer
-à la belle repentante une grande confiance, puisque lui-même se trouvait
-alors sous l'influence de la ferveur religieuse qui le porta, peu de
-temps après, à faire une retraite au couvent de la Trappe durant la
-semaine sainte[483]. Le maréchal de Bellefonds ne put obtenir de la
-Vallière qu'une lettre qu'elle écrivit à Louis XIV pour le prier
-instamment de lui permettre de consacrer à Dieu le reste de ses jours.
-Lauzun fut ensuite envoyé, et ne put parvenir même à la voir; enfin,
-Colbert se rendit à Chaillot avec des ordres impératifs du roi; elle s'y
-soumit. Madame de Sévigné eut connaissance des premières démarches de
-Louis XIV pour obtenir que la fugitive revînt d'elle-même à Versailles;
-madame de Sévigné en avait parlé dans une lettre que nous n'avons plus;
-car, dans celle du 12 février 1671[484], voici comme elle raconte à sa
-fille le retour de la Vallière:
-
-«La duchesse de la Vallière manda au roi, outre cette lettre que l'on
-n'a point vue, «qu'elle aurait plus tôt quitté la cour, après avoir
-perdu l'honneur de ses bonnes grâces, si elle avait pu obtenir d'elle de
-ne le plus voir; que cette faiblesse avait été si forte en elle qu'à
-peine était-elle capable présentement d'en faire un sacrifice à Dieu;
-qu'elle voulait pourtant que le reste de la passion qu'elle a eue pour
-lui servît à sa pénitence, et qu'après lui avoir donné toute sa jeunesse
-ce n'était pas trop encore du reste de sa vie pour le soin de son
-salut.» Le roi pleura fort, et envoya Colbert à Chaillot, la prier
-instamment de venir à Versailles, et qu'il pût lui parler encore. M.
-Colbert l'y a conduite; le roi a causé une heure avec elle, et a fort
-pleuré. Madame de Montespan fut au-devant d'elle les bras ouverts et les
-larmes aux yeux. Tout cela ne se comprend point: les uns disent qu'elle
-demeurera à Versailles et à la cour; les autres, qu'elle reviendra à
-Chaillot. Nous verrons.»
-
- [482] MONTPENSIER, _Mémoires_, t. XLIII, p. 299 (1671).--BUSSY,
- _Lettres_, t. III, p. 306 (7 février 1671).--SÉVIGNÉ, _Lettres_
- (13 février 1671), t. I, p. 247, édit. de M.; t. I, p. 324, édit.
- de G. de S.-G.
-
- [483] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (8 avril 1672), t. II, p. 453, édit. de
- G. de S.-G.; t. I, p. 383, édit. de M.
-
- [484] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (12 février 1671), t. I, p. 322, édit.
- de G. de S.-G.; t. I, p. 245, édit. de M.
-
-Six jours après cette lettre, madame de Sévigné, écrivant encore à sa
-fille, dit[485]: «Madame de la Vallière est toute rétablie à la cour. Le
-roi la reçut avec des larmes de joie, et madame de Montespan avec des
-larmes..... devinez de quoi? Elle a eu plusieurs conversations tendres;
-tout cela est difficile à comprendre: il faut se taire[486].»
-
- [485] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (18 février 1671), t. I, p. 334, édit.
- de G. de S.-G.; t. I, p. 255, édit. de M.
-
- [486] SÉVIGNÉ, _Lettres de Marie Rabutin-Chantal à madame la
- comtesse de Grignan, sa fille_, 1726, in-12, t. I, p. 32 (lettre
- du 18 février 1671).
-
-On avait approuvé le départ de madame de la Vallière, on désapprouva son
-retour; mais le public n'était rien pour elle, Louis XIV était tout, et
-quand Dieu cessait de la soutenir elle n'avait pas la force de résister
-à son amant. Le feu autrefois allumé par elle dans le cœur de Louis
-XIV, quoiqu'il ne fît plus briller de flamme, y laissait encore assez de
-chaleur pour que le monarque ne pût supporter l'idée de se séparer
-d'elle. La Vallière se trouva donc condamnée à garder encore longtemps
-cette pénible chaîne qu'elle arrosait de ses larmes[487].
-
- [487] Sur la Vallière, conférez SÉVIGNÉ, _Lettres_ (13 janvier
- 1672), t. II, p. 342, édit. de G. de S.-G.--(13 décembre 1675),
- t. III, p. 263, édit. de G. de S.-G.--_Ibid._, t. III, p. 172,
- édit. de M.--(12 janvier 1674), t. III, p. 304, édit. de G. de
- S.-G.--_Ibid._ t. III, p. 206 et 207, édit. de M. (la Rosée).--(5
- juin 1675, écrite le lendemain de la profession de madame de la
- Vallière), t. III, p. 403 et 404, édit. de G. de S.-G.--_Ibid._,
- t. III, p. 283.--(29 avril 1676), t. IV, p. 412, édit. de G. de
- S.-G.--_Ibid._, t. IV, p. 272, édit. de M.--(16 octobre 1676), t.
- V, p. 170, édit. de G. de S.-G.--_Ibid._, t. V, p. 30, édit. de
- M. (29 décembre 1679); t. VI, p. 276, édit. de G. de
- S.-G.--_Ibid._, t. VI, p. 83.--(5 janvier 1680), t. VI, p. 286,
- édit. de G. de S.-G.; t. VI, p. 92, édit. de M.--(1er septembre
- 1680, lettre de Corbinelli à Bussy), t. VII, p. 190, édit. de G.
- de S.-G.--_Ibid._, t. VI, p. 443, édit. de M., et la note _a_,
- qui contient le songe de la marquise de la Beaume.--BUSSY,
- _Lettres_, t. V, p. 83.
-
-
-
-
-CHAPITRE XIV.
-
-1671.
-
- Affliction de MADEMOISELLE.--Sa cause.--Surprise de madame de
- Sévigné à la nouvelle du mariage projeté de MADEMOISELLE avec
- Lauzun.--Tous les chefs de la Fronde sont soumis au roi.--Condé
- leur donne l'exemple.--MADEMOISELLE conserve son
- indépendance.--Énumération des nombreux partis qu'elle avait
- refusés.--Elle manifeste le désir de se marier.--On veut lui faire
- épouser le comte de Saint-Paul.--Madame de Puisieux négocie cette
- affaire.--Détails sur madame de Puisieux.--MADEMOISELLE refuse
- MONSIEUR.--On croit qu'elle épousera le comte de Saint-Paul, et
- l'on apprend qu'elle se marie à Lauzun, avec le consentement du
- roi.--Surprise générale.--Son amour pour Lauzun avait commencé en
- 1667.--Progrès de cet amour.--Conduite adroite de Lauzun.--Il
- feint de ne pas comprendre MADEMOISELLE.--Embarras qu'elle éprouve
- pour faire connaître son amour à Lauzun.--Ses scrupules.--Ses
- combats intérieurs.--Elle fait à Lauzun une déclaration par
- écrit.--Lauzun la révoque en doute.--Elle est forcée de déclarer à
- Lauzun son amour de vive voix.--Elle voit le roi, qui promet de ne
- pas s'opposer à ses désirs.--Une députation de nobles fait la
- demande officielle de la main de MADEMOISELLE pour Lauzun.--Cette
- affaire est discutée dans le conseil du roi, et le roi, malgré
- l'opposition de MONSIEUR et des princes du sang, donne son
- consentement.--Fureur de Condé.--Démarche de la reine, des princes
- du sang, de MONSIEUR pour empêcher ce mariage.--Lauzun veut
- différer, pour les préparatifs, la cérémonie.--On persuade à
- madame de Montespan de se mettre contre Lauzun.--Le roi rétracte
- son consentement.--Désespoir de MADEMOISELLE; elle voit le roi,
- lui fait verser des larmes, et n'en peut rien obtenir.--Lauzun
- supporte ses revers avec calme et dignité.--Cette bonne conduite
- ne se soutient pas.--Il veut commettre madame de Montespan avec le
- roi; il est disgracié et enfermé.--MADEMOISELLE refuse encore
- d'épouser le comte de Saint-Paul, et parvient à faire mettre
- Lauzun en liberté.--Elle contracte avec lui un mariage
- secret.--L'ingratitude de Lauzun force MADEMOISELLE de s'en
- séparer.--Détails subséquents sur MADEMOISELLE.--Madame de Sévigné
- a été témoin des joies et des douleurs de MADEMOISELLE.--L'affaire
- de son mariage avec Lauzun est une tragédie dans toutes les
- règles.
-
-Dans ce carrosse qui, le lendemain d'un bal, transportait à Versailles
-Louis XIV et Montespan versant des larmes, MADEMOISELLE pleurait aussi.
-Ce n'est pas qu'elle fût émue par la sensibilité du roi ou le dépit de
-sa maîtresse; mais elle pleurait de ses propres douleurs, de son mariage
-avec Lauzun différé ou rompu pour toujours.
-
-Il n'est pas un lecteur qui, à cette mention de mariage de Lauzun, ne se
-rappelle aussitôt la lettre si souvent citée que madame de Sévigné
-écrivit pour exprimer l'étonnement où la jeta l'annonce de ce
-mariage[488]. Cette multitude de souvenirs qui se pressaient alors sous
-sa plume et se disputaient la préférence; cette agitation qu'elle
-éprouvait à la révélation d'un événement dont elle ne pouvait douter et
-qui cependant était pour elle, comme pour tout le monde,
-invraisemblable, monstrueux, incroyable; tout cela ne se peut bien
-comprendre qu'autant que l'on sait apprécier ce que madame de Sévigné
-connaissait si bien: le caractère de MADEMOISELLE, la constance de ses
-sentiments, la ténacité de ses opinions, le rang élevé et la position
-tout exceptionnelle qu'elle tenait à la cour.
-
- [488] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (15 décembre 1670), t. I, p. 212, édit.
- de Monmerqué.--_Ibid._, t. I, p. 283, édit. de G. de S.-G.; t. I.
- p. 15 de l'édit. 1726 (sans nom de lieu). Cette lettre commence
- cette édition, qui est la première imprimée en France.
-
-La jeunesse de MADEMOISELLE, comme celle de madame de Sévigné, s'était
-écoulée durant les troubles de la régence et de la Fronde, temps de
-désordre et d'agitation, mais aussi temps de plaisirs et d'espérance. La
-bourgeoisie, la roture avaient cru alors s'affranchir des servitudes qui
-pesaient sur elles; la noblesse, reconquérir l'indépendance dont elle
-jouissait avant Richelieu. L'autorité royale, en faisant cesser les
-résistances, n'avait pu anéantir les convictions. Lorsqu'on a longtemps
-combattu pour une cause que l'on croit juste, on peut bien renoncer à
-l'espoir, mais non pas au désir de la voir triomphante. C'est la
-conscience que l'on avait de la légitimité d'un tel sentiment qui
-faisait des chefs les plus hardis de la Fronde et de la guerre civile
-les plus humbles et les plus obséquieux courtisans. Plus ils pouvaient
-être soupçonnés d'intentions hostiles envers l'autorité royale, plus,
-pour s'y rattacher et en obtenir des faveurs, ils se montraient prompts
-à se soumettre à ses ordres et à se faire les apologistes et les
-soutiens de ses actes les plus despotiques. Le plus illustre, le plus
-redoutable d'entre eux, Condé, leur chef, leur donnait l'exemple; il
-avait déposé son orgueil aux pieds du jeune monarque, et toutes ses
-démarches et tous ses discours ne tendaient qu'à rentrer en grâce auprès
-de lui, afin d'obtenir de hauts emplois et le commandement d'une armée.
-Condé, après avoir ruiné tous ses partisans, était rentré en France
-criblé de dettes; et sans Gourville, qui sut négocier habilement avec
-l'Espagne, intimider les créanciers de ce prince, établir l'ordre dans
-la perception des revenus et l'économie dans les dépenses, Condé aurait
-vu s'écrouler la fortune de sa maison[489]. L'entière prostration de
-tous ceux qui pouvaient avoir quelque velléité d'opposition à l'égard du
-roi et de son gouvernement, résultait nécessairement de la soumission
-du prince de Condé, le premier d'entre eux par le rang et la naissance,
-le plus illustre par ses talents et sa réputation d'homme de guerre.
-Cependant il existait encore une personne qui, après avoir traversé les
-temps orageux sans rien perdre des immenses richesses qu'elle tenait de
-sa mère, conservait à la cour son indépendance.
-
- [489] GOURVILLE, _Mémoires_, t. LI, p. 410, 420, 428, 434,
- 435.--TURPIN, _Vie de Louis de Bourbon, prince de Condé_, t. XXV
- des _Hommes illustres de la France_, ou t. II de l'_Histoire de
- Condé_, p. 161 et 162.
-
-MADEMOISELLE, princesse de Montpensier, avait été, durant les troubles,
-recherchée par tous les partis, successivement l'idole de tous et
-quelquefois leur arbitre. Fille d'un père timide et incertain, dès sa
-première jeunesse elle avait donné des preuves de fermeté, de
-résolution, de constance et de courage. Au milieu des plaisirs, des
-séductions et de la licence générale, sa générosité, sa grandeur, sa
-retenue, son imposante dignité semblaient réaliser l'idéal de ces
-héroïnes de Corneille qui, exemptes de toutes les faiblesses du cœur,
-ne connaissent d'autres sentiments que ceux qu'admettent l'ambition,
-l'amour de la gloire, l'orgueil d'un rang élevé et d'un nom sans tache.
-Aucune princesse ne fut sur le point de contracter d'aussi grandes
-alliances et ne vit déconcerter par les événements un plus grand nombre
-de projets de ce genre. Destinée par son père, dès son enfance, au comte
-de Soissons, la mort de celui-ci la livra à l'espoir qu'elle nourrit si
-longtemps d'épouser le roi[490]. Elle se crut un instant recherchée par
-Charles, duc de Lorraine[491]. Anne d'Autriche la flatta ensuite de lui
-procurer pour époux le cardinal infant, son frère; on la berça de
-l'espérance de la marier à Philippe IV, roi d'Espagne, devenu veuf. Elle
-repoussa les offres du prince de Galles, parce qu'alors elle croyait
-qu'elle allait être mariée à l'empereur d'Autriche. Il y eut en effet
-des négociations à ce sujet, qui ne réussirent pas plus que le projet de
-la donner en mariage à l'archiduc Léopold, qu'on aurait fait souverain
-des Pays-Bas. MADEMOISELLE avait eu encore le projet d'épouser le roi de
-Hongrie, fils de l'empereur. La faiblesse de santé de madame la
-princesse de Condé fit entrevoir à MADEMOISELLE la possibilité de s'unir
-au prince de Condé, que l'esprit de parti lui avait fait autrefois
-repousser, et qui, par la même cause, était depuis devenu son
-héros[492]. On désira de nouveau la donner au duc de Lorraine, ce qui ne
-réussit pas plus que le dessein qu'elle eut de renouer avec le prince de
-Galles, devenu roi d'Angleterre. Elle refusa les offres du duc de
-Savoie, et plus tard celles du duc de Neufbourg[493]. Enfin, Louis XIV
-voulut lui imposer le roi de Portugal, Alphonse-Henri VI, parce que cela
-importait à sa politique. Elle opposa un refus formel aux volontés du
-roi, et fut, par cette unique raison, exilée à sa terre de
-Saint-Fargeau. Le stupide Alphonse, forcé de céder à son frère sa femme
-et son trône, justifia suffisamment le dédain que MADEMOISELLE avait
-manifesté pour sa personne[494].
-
- [490] MOTTEVILLE, _Mémoires_, t. XXXVIII, p. 102; t. XXXIX, p.
- 109.
-
- [491] CHOISY, _Mémoires_, t. LXIII, p. 519.
-
- [492] GUY-PATIN, _Lettres_ (10 mai 1653), t. I, p. 195, édit. de
- 1846, in-8º.
-
- [493] MONTPENSIER, _Mémoires_, t. XL, p. 338.
-
- [494] MOTTEVILLE, _Mémoires_, t. XXXVII, p. 350; t. XXXVIII, p.
- 102; t. XXXIX, p. 109.--MONTPENSIER, _Mémoires_, t. XLI, p.
- 385.--CHOISY, _Mémoires_, t. LXIII, p. 519, 520.
-
-Rappelée de son exil par le roi, qui, malgré sa rigueur passagère, ne
-cessait d'avoir pour elle des égards et de la déférence, MADEMOISELLE
-parut tout à coup renoncer aux résolutions qui jusque-là avaient présidé
-à toute sa conduite et l'avaient dirigée dans ses projets. Née le 29 mai
-1627, elle avait alors quarante-trois ans. Toutes les chances de mariage
-qu'elle avait considérées comme sortables pour elle avaient été sans
-résultat. Comme on la croyait inaccessible aux faiblesses d'une
-inclination douce et tendre, on avait pensé qu'elle s'était enfin
-résolue à rester maîtresse d'elle-même, à vivre dans le célibat, sans
-quitter la cour, où son rang lui assignait la seconde place après la
-reine. Sa grande fortune lui permettait de satisfaire son goût pour le
-monde, d'avoir elle-même une petite cour et de donner des fêtes avec une
-généreuse magnificence. D'après cette croyance, qui était générale,
-chacune des branches de la famille royale, en faveur de laquelle seule
-il lui convenait de tester, espérait un jour avoir une portion de ses
-riches domaines[495]. Le roi d'abord en convoitait une grande part pour
-le Dauphin, MONSIEUR pour ses filles[496] et le prince de Condé pour ses
-fils. Cette position et les discours auxquels elle donnait lieu furent
-pour elle une cause de chagrin et de tristesse, dont elle résolut de se
-délivrer. On la vit donc tout à coup manifester hautement la ferme
-volonté de se choisir un mari qui pût la rendre heureuse et lui donner
-des héritiers directs. Aussitôt les ambitions et la cupidité
-s'éveillèrent, et agirent avec d'autant plus de promptitude que l'âge de
-la princesse la forçait elle-même à se hâter. Le comte de
-Saint-Paul[497], le plus élevé par le rang de tous les jeunes seigneurs
-de la cour, appartenait par son père aux Longueville, par sa mère aux
-Condé: ces deux puissantes maisons se liguèrent pour le faire agréer
-pour époux à MADEMOISELLE. La grande différence d'âge leur paraissait
-plutôt un moyen de succès qu'un motif d'objection[498].
-
- [495] MONTPENSIER, _Mémoires_, t. XLIII, p. 144.
-
- [496] Marie-Louise d'Orléans, née le 27 mai 1662, nommée
- MADEMOISELLE comme mademoiselle de Montpensier, et mademoiselle
- de Valois, née le 27 août 1669, toutes deux filles d'Henriette
- d'Angleterre.
-
- [497] Ci-dessus, chapitre VII, p. 116, et chapitre XIII, p. 226.
-
- [498] MONTPENSIER, _Mémoires_, t. XLIII, p. 184 et 185.
-
-Il y avait alors à la cour une femme qui, dans sa jeunesse un peu
-galante, y avait joué un assez grand rôle et qui, dans un âge
-très-avancé, y conservait beaucoup d'influence: c'était Charlotte
-d'Étampes de Valencey, marquise de Puisieux. Presque septuagénaire, elle
-avait une inconcevable activité, jointe au besoin et à l'habitude de
-l'intrigue. Comme elle était riche, d'un esprit très-original,
-très-aimable malgré ses goûts bizarres, on la recherchait beaucoup. Son
-âge, ses succès, son expérience, l'utilité et l'agrément de son commerce
-lui avaient acquis un ascendant qui la rendait difficile et exigeante;
-mais par cette raison elle avait, en quelque sorte, fait reconnaître le
-droit qu'elle s'arrogeait de se mêler de toutes les affaires qu'elle
-prenait en gré, et d'en parler librement, avec assurance, avec autorité,
-fût-ce même aux princesses[499]. Cette espèce de privilége qu'elle avait
-usurpé et qui lui était acquis contribuait au succès de tout ce qu'elle
-entreprenait. Ce fut elle que les maisons de Condé et de Longueville
-choisirent pour circonvenir MADEMOISELLE et la déterminer à épouser le
-comte de Saint-Paul. Quand on parla de ce projet à MADEMOISELLE, elle ne
-le repoussa pas, et l'on se crut certain du succès[500]. MADEMOISELLE
-avait raconté un jour à M. de Coulanges qu'ayant songé que madame de
-Sévigné était malade elle s'était réveillée en pleurant, et avait chargé
-madame de Coulanges de le lui dire; et madame de Sévigné, pour laquelle
-MADEMOISELLE avait tant d'amitié, favorisait le comte de
-Saint-Paul[501]. Madame de Puisieux, madame de la Fayette, madame de
-Thianges, madame d'Épernon, madame de Rambures[502] et quelques autres
-personnes, toutes liées avec madame de Sévigné, toutes également admises
-dans la société intime de la princesse, concouraient au même but et
-secondaient les instances de l'héritier des Longueville; enfin,
-Guilloire, qui avait le titre de gentilhomme ordinaire de MADEMOISELLE,
-et qui était à la fois son médecin, son secrétaire ou son intendant, se
-montrait aussi favorable à cette alliance[503].
-
- [499] Id., _Mémoires_, t. XLIII, p. 159.--SAINT-SIMON, _Mémoires
- authentiques_, t. II, p. 114. Voy. ci-dessus, chap. VIII, p. 130.
-
- [500] TALLEMANT, _Historiettes_, t. I, p. 293, 294, 296, édit.
- in-8º.--MONTPENSIER, _Mémoires_, t. XLIII, p. 159, 171, 205, 206,
- 209.--LORET, _Muse historique_, liv. IX, p. 10, 23.--_Ibid._,
- liv. VIII, p. 139.--CONRART, _Mémoires_, t. XLVIII, p.
- 64.--SÉVIGNÉ, _Lettres_, t. I, p. 201, édit. de M.--_Ibid._, t.
- I, p. 171, édit. de G. de S.-G. (19 novembre 1671); t. I, p. 286,
- édit. de M.; t. I, p. 376, édit. de G. de S.-G. (13 mars
- 1671).--_Ibid._, t. III, p. 422, édit. de M.; t. IV, p. 48, édit.
- de G. de S.-G. (23 août 1675).--_Ibid._, t. III, p. 448, édit. de
- M.; t. IV, p. 76 (4 septembre 1675).--_Ibid._, t. IV, p. 146,
- édit. de M.; t. IV, p. 273, édit. de G. de S.-G. (25 décembre
- 1675).--_Ibid._, t. V, p. 255, édit. de M.; t. V, p. 427, édit.
- de G. de S.-G. (15 septembre 1677).--_Ibid._, t. IV, p. 152,
- édit. de M.; t. IV, p. 278, édit. de G. de S.-G. (C'est là qu'il
- est dit que madame de Puisieux avait quatre-vingts ans, 29
- décembre 1675.)--_Ibid._, t. V, p. 259, édit. de M.; t. V, p.
- 430, édit. de G. de S.-G. (13 octobre 1677).--_Ibid._, t. V, p.
- 263, édit. de M.; t. VI, p. 434, édit. de G. de S.-G. (16 octobre
- 1677).
-
- [501] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (24 février 1673), t. III, p. 73, édit.
- de M.; t. III, p. 145, édit. de G. de S.-G.
-
- [502] MONTPENSIER, _Mémoires_, t. XLIII, p. 159, 183.
-
- [503] SÉVIGNÉ, t. I, p. 300, édit. de M.; t. I, p. 389, édit. de
- G. de S.-G. (20 mars 1671).--SEGRAIS, _Mémoires_, t. II des
- _OEuvres_, pag. 92 et 93.
-
-Deux circonstances parurent devoir y faire renoncer entièrement. Dès
-qu'on sut que MADEMOISELLE voulait se marier, la politique chercha
-aussitôt à mettre à profit cette volonté. Les ministres de Louis XIV,
-voyant que le roi d'Angleterre ne pouvait avoir de postérité de la reine
-sa femme, songèrent à le faire divorcer, à lui faire embrasser la
-religion catholique, vers laquelle il inclinait, et à lui donner en
-mariage _Mademoiselle_, dont les grands biens pourraient le soustraire,
-pour ses dépenses personnelles, à la dépendance de son parlement. Ce
-dessein, dont on parla pendant une semaine, n'eut pas de suite. Mais
-lorsque, par la mort de l'infortunée Henriette, MONSIEUR devint veuf,
-tout le monde pensa qu'il était le seul parti qui convînt à
-MADEMOISELLE. L'idée de ce mariage s'accrédita à la cour et dans le
-public, et fut enfin regardée comme certaine. Louis XIV le désirait peu,
-mais il comprit qu'il ne pouvait s'y opposer. Il ne voyait pas avec
-plaisir son frère devenir assez riche pour pouvoir se passer de ses
-bienfaits. Lorsqu'il parla de cette affaire à sa cousine, il lui dit
-qu'il croyait devoir lui déclarer que son intention était de ne jamais
-donner à MONSIEUR aucun gouvernement, lors même qu'il deviendrait son
-mari. Louis XIV fut fort surpris et en même temps très-satisfait
-d'entendre MADEMOISELLE lui répondre qu'elle se soumettrait en tout à
-ses ordres; qu'elle épouserait MONSIEUR, s'il le voulait; mais que tel
-n'était pas son désir. MONSIEUR, de son côté, avait témoigné si peu
-d'empressement pour obtenir la main de MADEMOISELLE, et dit si
-clairement qu'il ne se marierait avec elle que pour ses grands biens,
-que Louis XIV ne put être offensé que sa cousine refusât l'honneur de
-cette alliance, puisque c'était lui-même qui lui avait rapporté le
-propos, peu flatteur pour elle, que MONSIEUR lui avait tenu[504]. Dès
-qu'on sut que MADEMOISELLE avait refusé d'épouser MONSIEUR, on ne douta
-point qu'elle ne fût enfin décidée à prendre pour mari le beau comte de
-Saint-Paul. Madame de Sévigné, madame de Puisieux et toutes les
-personnes qui voyaient familièrement cette princesse regardèrent ce
-mariage comme devant se faire très-prochainement. Les familles de
-Longueville et de Condé se mirent en mesure de solliciter le
-consentement du roi.
-
- [504] MADEMOISELLE, _Mémoires_, t. XLIII, p. 206 et
- 213.--SEGRAIS, _Mémoires_, dans ses _OEuvres_, 1755, t. II, p.
- 92.
-
-On en était là, lorsque tout à coup on apprit que ce consentement du roi
-était donné à MADEMOISELLE pour épouser, le dimanche suivant, qui?--Le
-comte de Saint-Paul.--Non... MADEMOISELLE, petite-fille de Henri IV,
-mademoiselle d'Eu, mademoiselle de Dombes, mademoiselle de Montpensier,
-MADEMOISELLE, cousine germaine du roi; MADEMOISELLE, destinée au trône;
-MADEMOISELLE, le seul parti de France qui fût digne de MONSIEUR[505],
-épousait Lauzun, ce petit marquis de Puyguilhem, ce cadet de Gascogne si
-nouvellement introduit à la cour, si récemment comblé des faveurs de son
-maître, qui, rapidement élevé de grade en grade et d'honneurs en
-honneurs, était bien parvenu à faire naître la crainte et l'envie, mais
-non à conquérir la considération et l'estime. Ce fut alors que madame de
-Sévigné, dans le premier moment de l'émotion que lui causa une nouvelle
-si étrange, si inattendue, prit la plume pour écrire à son cousin de
-Coulanges, alors auprès de son beau-père Dugué-Bagnols, intendant à
-Lyon, afin de l'instruire de l'événement qui allait avoir lieu et dont
-toute la cour et tout le public étaient préoccupés[506].
-
- [505] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (15 décembre 1670).
-
- [506] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (15 décembre 1670), t. I, p. 212, édit.
- de Monmerqué; t. I, p. 283, édit. de G. de S.-G.; t. I, p. 15 de
- l'édit. 1726.
-
-Ce qui est plus étrange que la chose qui causa tant de surprise à madame
-de Sévigné, c'est sa surprise elle-même, c'est l'ignorance où elle
-était, où étaient toute la cour, toutes les personnes qui entouraient la
-princesse de son inclination pour Lauzun. Cette inclination, cependant,
-était déjà ancienne quand elle éclata par la déclaration de son mariage.
-MADEMOISELLE s'est plu à tracer naïvement et longuement les progrès de
-cette passion malheureuse. Les déplorables faiblesses dont elle fut la
-cause ont terni un caractère qui, sans être exempt d'inconséquences et
-de petitesses féminines, avait conservé jusque-là de la grandeur et de
-la noblesse.
-
-Les premiers commencements de cet amour datent de l'année 1666. Les
-attentions de Lauzun pour le roi, son zèle pour son service, l'espèce de
-familiarité qui régnait entre le monarque et lui l'avaient fait
-distinguer par MADEMOISELLE entre tous les courtisans. Elle avait
-remarqué la bonne tenue et le luxe des équipages du régiment de dragons
-qu'il commandait. Dans les marches, c'était Lauzun qui montait le cheval
-le plus beau et le plus vigoureux; il était toujours accompagné des plus
-belles troupes; dans les campements, sa tente était la plus
-magnifiquement meublée[507]. Il n'agissait, il ne parlait jamais qu'à
-propos; il se communiquait à peu de gens, et paraissait extraordinaire
-en tout, mais de telle sorte que tout en lui était naturel. Il déguisait
-ce qui était à son avantage, et c'était par autrui que MADEMOISELLE
-apprenait ses actes de bravoure ou ses actions généreuses. On le disait
-aimé de beaucoup de femmes; et cependant MADEMOISELLE ne trouvait pas,
-dans tous les seigneurs de la cour, un seul qui fût plus discret, qui
-aimât moins à parler d'affaires de galanterie. Lauzun ne recherchait pas
-MADEMOISELLE, jamais il ne l'abordait de lui-même; mais dans les
-réceptions, chez la reine, chez le roi, dans les voyages, quelle que fût
-la jeunesse ou la beauté de celles avec lesquelles il s'entretenait,
-quelque forte que fût la chaleur de la conversation où il se trouvait
-engagé, quelque élevé que fût le rang ou l'emploi de ceux qui lui
-parlaient, un signe de tête de MADEMOISELLE, un mouvement de son doigt,
-un regard dirigé sur lui l'amenait aussitôt près d'elle. Alors il
-s'avançait avec une contenance si respectueuse et un air d'une si
-parfaite soumission qu'elle pouvait réitérer ses appels en présence de
-tous sans donner lieu à aucune interprétation maligne, sans suggérer
-aucune autre pensée que, Lauzun ordonnant beaucoup de choses dans la
-maison du roi et fort au courant de tout ce qui se passait à la cour et
-dans le monde, il était naturel que MADEMOISELLE, pour satisfaire sa
-curiosité, s'adressât à celui qui avait plus de moyens de la satisfaire.
-Quand on la voyait honorer de sa bienveillance le plus intime des
-favoris, celui que l'on considérait comme pouvant mieux l'informer de ce
-qui concernait le roi, on la croyait uniquement occupée de plaire au
-roi, et on lui savait gré de ces dispositions[508]. Son âge, l'orgueil
-de sa naissance, sa vertu, la hauteur de ses résolutions éloignaient
-jusqu'à l'ombre d'un soupçon. C'est ainsi que MADEMOISELLE, ne se voyant
-gênée par aucune considération d'étiquette ou de bienséance, se fit une
-douce habitude d'interroger sans cesse Lauzun, de le consulter sur
-toutes choses. Elle lui trouvait des sentiments si honnêtes et si
-délicats, un sens si droit et si juste que sa confiance en lui devint
-entière, et que l'estime la plus profonde achevait encore de lui faire
-goûter, dans les longs entretiens qu'elle avait avec lui, un plaisir pur
-et toujours nouveau[509].
-
- [507] MONTPENSIER, _Mémoires_, t. XLIII, p. 103, 160 (année
- 1666).--CHOISY, _Mémoires_, t. LXIII, p. 520.
-
- [508] MONTPENSIER, _Mémoires_, t. I, p. 285.
-
- [509] Id., _Mémoires_, t. XLIII, p. 174.
-
-Cependant, à mesure que Lauzun s'aperçut des progrès qu'il faisait dans
-le cœur de MADEMOISELLE, il évita de plus en plus de se trouver près
-d'elle. Il faisait en sorte que les ordres du roi, les exigences de son
-service ou quelques autres causes importantes le forçassent de s'écarter
-des lieux où elle était; mais si sa personne était absente, des mesures
-étaient prises pour que son souvenir fût toujours présent. La comtesse
-de Nogent quittait peu MADEMOISELLE; sœur de Lauzun, elle l'entretenait
-sans cesse de lui[510]. D'accord avec lui, ses amis les comtes de
-Rochefort et de Guitry ne tarissaient pas sur ses louanges. Ils se
-chargeaient surtout de réfuter tous les bruits désavantageux sur Lauzun,
-qui parvenaient aux oreilles de la princesse. Pour motiver la rareté de
-ses apparitions, il paraissait toujours accablé d'affaires. Cependant
-MADEMOISELLE apprit que Lauzun n'était pas aussi occupé qu'il le disait,
-et qu'il allait souvent en ville chez une dame de la Sablière. C'était
-la femme de Rambouillet de la Sablière, déjà célèbre par les charmes de
-sa figure, son savoir, son esprit et qui réunissait chez elle la société
-la plus brillante de Paris, de savants, d'hommes de lettres et de gens
-du monde[511]. Lauzun en était alors fort amoureux, et s'efforçait
-d'obtenir la préférence sur un grand nombre de rivaux[512]. Telle était
-l'ignorance de MADEMOISELLE sur ce qui se passait hors de la cour, et
-l'audace de Lauzun et de ses amis, qu'un de ces derniers, interrogé par
-la princesse pour lui dire ce qu'il fallait penser de madame de la
-Sablière, osa répondre que c'était une petite bourgeoise de la ville,
-vieille et laide; mais qu'il fallait bien qu'elle fût utile à Lauzun
-pour quelque intrigue, puisque lui, qui vivait très-retiré des femmes et
-ne songeait plus qu'à faire sa cour au roi, voyait assez souvent cette
-madame de la Sablière, et que même il avait donné une place de
-secrétaire des dragons à son frère Hesselin[513].
-
- [510] Id., _Mémoires_, t. XLIII, p. 183.
-
- [511] Conférez notre _Hist. de la vie et des ouvrages de la
- Fontaine_, 3e édition, et la notice sur Rambouillet de la
- Sablière, dans notre édition des madrigaux de ce dernier, et
- l'article que nous lui avons consacré dans la _Biographie
- universelle_.
-
- [512] LA FARE, _Mémoires_, t. LXV, p. 184. Quoique madame de la
- Sablière ne soit pas nommée, c'est d'elle qu'il est question dans
- cet endroit des Mémoires de la Fare. Conférez avec ce passage
- celui des _Mémoires de_ MONTPENSIER, t. XLIII, p. 171.
-
- [513] MONTPENSIER, _Mémoires_, t. XLIII, p. 171.
-
-L'habitude que MADEMOISELLE avait contractée de s'entretenir avec Lauzun
-devint bientôt pour elle un impérieux besoin. L'ennui, ce triste
-compagnon de la grandeur, l'accablait partout où Lauzun n'était pas.
-Dès qu'elle entrait chez la reine ou chez le roi à Saint-Germain, aux
-Tuileries, à Versailles, elle le cherchait des yeux. Quelque nombreuse
-que fût la cour, quel que fût l'éclat des fêtes et des plaisirs qu'on y
-goûtait, elle lui paraissait triste et déserte quand Lauzun en était
-absent. Lorsqu'elle ne pouvait dans toute la journée échanger avec lui
-une parole, un regard, c'était pour elle une jouissance de le voir
-passer de loin à cheval. Pour se procurer cet allégement à sa peine,
-elle se mettait souvent aux fenêtres ou dans les endroits les plus
-propices. Le jour, la nuit, dans le monde, dans la solitude, en ville,
-en repos ou sur les routes, elle ne pensait qu'à Lauzun. A cette
-continuelle préoccupation, elle commença à croire qu'elle pouvait être
-accessible à l'amour, mais elle ne s'en effraya pas. Les _précieuses_ de
-l'hôtel de Rambouillet, dont les principes et les idées lui avaient été
-inculqués dès sa jeunesse, avaient fait de cette passion la vertu des
-belles âmes attirées par une commune sympathie à s'unir entre elles et
-dégagées de tout appétit grossier et de l'avilissante influence des
-sens. Quoique Lauzun n'eût jamais donné lieu à MADEMOISELLE de penser
-qu'il partageât la passion qu'il lui avait inspirée, elle le croyait. Le
-maintien froid et réservé de Lauzun lorsqu'il était près d'elle, même en
-tête-à-tête, eût dû lui persuader le contraire; mais elle pensait que le
-respect et la déférence qu'il lui devait le retenaient, et elle lui
-savait gré de cette retenue, comme d'un sacrifice qu'il s'imposait. Il
-lui paraissait impossible que cette âme si noble, si honnête, si pure
-n'eût pas été créée pour elle. Un jour, à Saint-Germain, chez la reine,
-en songeant à la mystérieuse union des cœurs, elle se rappela
-confusément des vers de Corneille qu'elle avait entendus au théâtre.
-Aussitôt elle fit chercher dans tout le château les œuvres de
-Corneille; elles ne s'y trouvèrent point. Elle dépêcha un courrier à
-Paris pour se les procurer; dès qu'elle les eut, elle feuilleta tous les
-volumes, trouva enfin les vers qu'elle cherchait, et en fut si enchantée
-qu'elle les apprit par cœur[514].
-
- [514] MONTPENSIER, Mémoires, t. XLIII, p. 144.
-
-Voici quel était le commencement de cette tirade:
-
- Quand les ordres du ciel nous ont faits l'un pour l'autre,
- Lise, c'est un accord bientôt fait que le nôtre;
- Sa main entre les cœurs, par un secret pouvoir,
- Sème l'intelligence avant que de se voir.
- Il prépare si bien l'amant et la maîtresse
- Que leur âme au seul nom s'émeut et s'intéresse.
- On s'estime, on se cherche, on s'aime en un moment.
- Tout ce qu'on s'entredit persuade aisément,
- Et, sans s'inquiéter de mille peurs frivoles,
- La foi semble courir au-devant des paroles[515].
-
- [515] CORNEILLE, _Suite du Menteur_, acte IV, scène 2.
-
-«Il me semble, dit-elle dans ses Mémoires[516], que rien ne convenait
-mieux à mon état que ces vers, qui ont un sens moral lorsqu'on les
-regarde du côté de Dieu, et qui en ont un galant pour les cœurs qui
-sont capables de s'en occuper.»
-
- [516] MONTPENSIER, _Mémoires_, t. XLIII, p. 145.
-
-Ce qui entretenait l'illusion de la malheureuse princesse, c'était
-Lauzun qui se montrait de plus en plus attentif à prévenir ses désirs,
-de plus en plus ingénieux à les satisfaire.
-
-Ainsi, lorsque le roi avec la reine et toute sa cour se rendirent en
-Flandre, le commandement de l'escorte fut donné à Lauzun. Il fut aussi
-chargé d'ordonner tout ce qui était nécessaire pendant le voyage. Il fit
-voir tant d'activité, de prévoyance et de présence d'esprit dans les
-fonctions embarrassantes dont il était chargé qu'il s'attira les éloges
-de toutes les personnes que le roi avait désignées pour l'accompagner.
-MADEMOISELLE était de ce nombre, et suivait la reine. Elle eut alors peu
-d'occasions de s'entretenir avec Lauzun; mais elle le voyait souvent,
-car il semblait se multiplier et être à la fois présent partout,
-saisissant avec une prestesse extraordinaire toutes les circonstances où
-il pouvait lui être utile et paraissant n'être occupé qu'à les faire
-naître. En se rendant de Saint-Quentin à Landrecies, toute la cour se
-trouva arrêtée par les débordements d'une rivière et forcée de retourner
-en arrière. Avant qu'on eût eu le temps de jeter un pont de bois, la
-famille royale fut obligée de coucher pêle-mêle dans une grange. Dans la
-confusion d'une marche si précipitée, les voitures ne purent se suivre
-selon l'ordre qu'elles avaient gardé dans une marche régulière, et
-princes et princesses se trouvèrent séparés de leurs gens de service. La
-reine était désolée de n'avoir point ses femmes de chambre, et
-MADEMOISELLE était d'autant plus inquiète des siennes qu'elle les avait
-laissées, dans un des carrosses, nanties de ses pierreries. Tout à coup
-elles arrivèrent, et MADEMOISELLE ne pouvait concevoir comment elles
-avaient précédé les femmes de la reine[517] et dépassé tant d'équipages
-qui marchaient avant elles. Mais le lendemain, à son réveil, elle eut
-l'explication de ce fait par l'arrivée de ses deux dames d'honneur, qui,
-fort courroucées contre Lauzun, vinrent se plaindre à elle de ce qu'il
-avait fait arrêter leur carrosse pour faire passer celui des femmes de
-chambre. Cette attention délicate de Lauzun fit un grand plaisir à
-MADEMOISELLE; mais elle en éprouva un plus vif encore lorsqu'elle le
-rencontra le soir même chez la reine, et qu'elle put, à voix basse, lui
-en témoigner sa reconnaissance[518]. Les tendres sentiments qu'elle
-entretenait pour Lauzun, sans aucune défiance d'elle-même, parce qu'elle
-les croyait uniquement fondés sur l'estime, échauffèrent d'autant plus
-son cœur qu'elle était forcée de les comprimer et de les déguiser sous
-l'apparence de la tranquille affection d'une simple amitié; puis la
-chaleur du cœur, par degrés, se communiquant aux sens, excita en elle
-des troubles inconnus, qui semblèrent lui créer une nouvelle existence,
-et la rendirent méconnaissable à elle-même. Qu'on juge ce que dut être
-cette manifestation de la passion fougueuse de l'amour chez une
-princesse qui était arrivée à l'âge de plus de quarante ans sans l'avoir
-jamais ressentie, et qui, naturellement vive, avait été habituée, dès
-son enfance, à se livrer à ses penchants! L'embrasement fut terrible, et
-la surprise pareille à celle de l'éruption d'un volcan longtemps
-silencieux. La princesse connut son état. Le péril était grand, mais la
-religion était puissante, et elle avait pour auxiliaire un caractère
-énergique et fier. La raison et la vertu eurent d'abord le dessus. Au
-lieu de saisir les occasions de voir Lauzun, MADEMOISELLE les évita;
-loin de rechercher avec lui les tête-à-tête, elle s'imposa la loi de ne
-lui jamais parler qu'en présence d'un tiers[519]. Elle cessa de
-s'entretenir avec lui de ce qui pouvait avoir quelque analogie avec les
-souffrances de son cœur, et elle ne lui parla plus que de choses
-indifférentes.--Vain espoir!--Tous les efforts qu'elle faisait pour
-bannir Lauzun de sa pensée l'y regravaient en traits plus ineffaçables
-et plus séducteurs. Les impressions que lui causait sa présence étaient
-toujours de plus en plus vives. Elle se faisait une telle violence pour
-se conformer à la résolution qu'elle avait prise de lui dissimuler ce
-qu'elle ressentait pour lui qu'elle ne pouvait plus, lorsqu'elle lui
-parlait, arranger trois mots qui eussent un sens[520]. Quand elle était
-seule, elle formait cent projets qu'elle rejetait l'instant d'après pour
-en concevoir cent autres, aussitôt repoussés comme impraticables. Plus
-de repos pour elle, ni le jour ni la nuit. Son esprit incertain, sa
-raison bouleversée flottaient sans cesse en tout sens, comme un vaisseau
-sans voile et sans gouvernail, assiégé par la tempête. MADAME (Henriette
-d'Angleterre), qui existait encore alors et avait, quoique plus jeune,
-et malheureusement pour elle, plus que MADEMOISELLE l'expérience des
-passions, lui parlait souvent du mérite de Lauzun. «MADAME avait de
-l'amitié pour moi, dit MADEMOISELLE dans ses Mémoires; je fus tentée de
-lui ouvrir mon cœur, afin qu'elle me dît bonnement ce que je devais
-faire et de quelle manière elle me conseillait de me conduire. Je
-n'étais pas en état de le pouvoir faire moi-même, puisque je faisais
-toujours le contraire de ce que je voulais chercher à faire; ce que
-j'avais projeté la nuit, je ne pouvais l'exécuter le jour[521].»
-
- [517] MONTPENSIER, _Mémoires_, t. XLIII, p. 163.
-
- [518] MONTPENSIER, _Mémoires_, t. XLIII, p. 164.
-
- [519] Id., _ibid._, p. 145.
-
- [520] MONTPENSIER, _Mémoires_, t. XLIII, p. 145.
-
- [521] Id., _ibid._, p. 146.
-
-MADEMOISELLE n'osa rien dire à MADAME. Mais elle suivit régulièrement la
-reine aux Récollets, où il se faisait une neuvaine pour saint Pierre
-d'Alcantara; et un jour que le saint sacrement était exposé, après avoir
-prié Dieu avec ferveur de lui inspirer ce qu'elle avait à faire, «Dieu
-lui fit la grâce, dit-elle, de la déterminer à ne pas travailler
-davantage à chasser de son esprit ce qui s'y était établi si fortement,
-et à épouser M. de Lauzun.»
-
-Toutefois la grâce de Dieu n'était point pour elle tellement efficace
-qu'elle n'eût encore des combats à livrer avec son orgueil avant
-d'exécuter la résolution qu'elle avait prise. Elle, si fière, si
-hautaine, se soumettre au joug de l'hymen, à son âge!... Que diront le
-monde, la cour, le public, l'Europe? Le bruit de son héroïque vertu
-n'était-il pas partout répandu?.... Se marier!.... et avec qui?.... avec
-Lauzun, un simple gentilhomme, un cadet de famille!.... Puis elle
-repassait dans son esprit toutes les mésalliances illustres que sa
-mémoire lui fournissait; ensuite elle songeait à tous les partis qu'elle
-avait refusés, aux princes et aux souverains qui pouvaient encore se
-présenter pour obtenir sa main.... Mais serait-ce là le bonheur?.... Ah!
-sans Lauzun pouvait-il en exister pour elle?--Alors, s'affermissant dans
-une détermination qui lui semblait inspirée par Dieu même, elle
-préparait dans son esprit les réponses à toutes les objections qu'on
-pourrait faire contre son mariage. Elle se livra, avec une étonnante et
-studieuse activité, à des recherches sur la généalogie des Lauzun, sur
-les documents qui pouvaient la justifier. Son érudition devint si riche
-et sa mémoire si fidèle sur tous ces points que par la suite, et lorsque
-cela fut nécessaire, elle étonna Lauzun en lui apprenant l'histoire de
-ses ancêtres, qu'il ignorait; et elle surprit le roi en l'instruisant
-sur les faits relatifs aux monarques qui l'avaient précédé sur le trône
-de France.
-
-Quand sa résolution fut définitive et que rien relativement à elle ne
-pouvait l'empêcher de l'exécuter, toutes ses inquiétudes se réveillaient
-en pensant à Louis XIV. Elle revenait sans cesse et comme malgré elle
-aux pensées que lui suggérait la difficulté d'obtenir son consentement
-pour une telle mésalliance. Mais, disait-elle, pourquoi s'y
-refuserait-il?.... Il aime Lauzun, il a de l'amitié pour moi; il ne
-voudra pas s'opposer à mon bonheur ni à l'élévation de son
-favori.--D'ailleurs, il ne le pourra pas.--N'a-t-il pas consenti au
-mariage de la duchesse d'Alençon avec le jeune duc de Guise?--Peut-il me
-dénier ce qu'il a concédé à ma sœur?--Oui; mais ma sœur de Guise est
-le fruit de la mésalliance de mon père.--Elle n'est pas Anne de Bourbon,
-la petite-fille d'Henri IV.--Elle est la fille d'une princesse de
-Lorraine.--Dira-t-on que le duc de Guise est d'une maison plus ancienne
-et plus puissante que celle de Lauzun?--Plus puissante, oui, parce que
-cette maison de Lorraine s'est accrue démesurément dans ces derniers
-temps par l'ambition de ses chefs et la faiblesse de nos rois; mais plus
-ancienne, non. Les aïeux de M. de Guise ont desservi la France, ceux de
-la maison de Caumont se sont souvent sacrifiés pour elle. Sous le règne
-de Charles VI, en l'année 1422, Charles, duc de Lorraine, était encore à
-la solde du roi de France moyennant trois cents livres tournois par
-mois, tandis qu'en 1404 Jean de Nompar-Caumont, seigneur de Lauzun,
-concluait un traité de souverain à souverain avec Jean de Bourbon,
-commandant les armées du roi en Guyenne[522]; et les anciens titres de
-cette illustre maison remontent à plus de sept siècles.--D'ailleurs, ne
-sais-je pas combien notre histoire fournit de nombreux exemples de
-femmes, de filles et de sœurs de rois qui ont épousé de simples
-gentilshommes?... Adèle, l'aînée des filles de Dagobert, n'a-t-elle pas
-épousé le comte Hermann, homme peu considérable? Rotilde, la seconde
-fille du même roi, n'a-t-elle pas été mariée à Ledéric, premier
-forestier de Flandre? Landrade, fille de Charles Martel, ne fut-elle pas
-unie à Sidromme de Hasbannin? Berthe, la fille du puissant Charlemagne,
-ne devint-elle pas la femme d'Angilbert, simple gouverneur d'Abbeville?
-Des filles de Louis le Jeune, la première épousa le comte de Champagne,
-et Alix, sa sœur, Thibaut, comte de Chartres et de Blois; Alix, fille
-de Charles VII, fut mariée à Guillaume, comte de Ponthieu; Isabelle de
-France, fille de Philippe le Long, à Gui, comte d'Albon; Catherine de
-France, fille de Charles VI, lorsqu'elle fut devenue veuve, donna sa
-main à Owin Tyder, qui n'était qu'un simple chevalier gallois, pauvre et
-d'une très-médiocre naissance[523].
-
- [522] MONTPENSIER, _Mémoires_, t. XLIII, p. 144.
-
- [523] MONTPENSIER, _Mémoires_, t. XLIII, p. 162.
-
-Ainsi la malheureuse princesse allait fouillant péniblement jusque dans
-les parties les plus obscures de nos annales, pour y trouver des faits
-favorables à sa passion, ne s'apercevant pas que ces exemples, puisés
-dans des siècles qui n'avaient rien de commun avec le temps où elle
-vivait, ne pouvaient lui être applicables. Cependant ils lui
-paraissaient décisifs; mais les noms qu'elle y trouvait lui semblaient
-obscurs auprès de celui de Lauzun. L'antiquité de sa noblesse, ses
-belles actions à la guerre, la réputation d'homme extraordinaire qu'il
-s'était faite dans toute la France, la faveur royale dont il jouissait
-lui persuadaient que son mérite[524] était encore au-dessus de tout ce
-qu'elle voulait faire pour lui. Elle s'affermissait dans le projet
-qu'elle avait de l'épouser; et, avec l'énergie et la ténacité de son
-caractère, cette résolution une fois prise était invariable. Mais son
-embarras était de savoir comment elle la mettrait à exécution.--Quand
-elle se faisait cette question, son cœur palpitait, sa tête
-s'embarrassait et son esprit flottait incertain. Lorsque l'âme est
-vivement émue par un objet d'où dépend le sort de notre vie, plus on
-désire atteindre le but, plus on hésite sur les moyens d'y parvenir.
-
- [524] MONTPENSIER, _Mémoires_, t. XLIII, p. 144.
-
-La première chose à faire, sans doute, était d'instruire Lauzun du
-projet qu'elle avait formé sur lui. Mais c'était précisément là pour
-elle le point difficile. Il fallait que Lauzun sût d'abord qu'elle
-l'aimait; et quoiqu'elle eût tâché de le lui faire apercevoir par tous
-les moyens qui ne répugnaient pas à sa pudeur, il ne paraissait pas le
-moins du monde soupçonner la nature de ses sentiments pour lui. Elle
-s'affligeait de ne pas reconnaître en lui les signes de l'amant, tels
-que Corneille les donne dans la tirade dont nous avons cité les premiers
-vers et dont voici les derniers, que MADEMOISELLE trouvait fort beaux,
-parce qu'ils lui semblaient en parfait rapport avec sa situation:
-
- La langue en peu de mots en explique beaucoup;
- Les yeux, plus éloquents, font tout voir tout d'un coup;
- Et, de quoi qu'à l'envi tous les deux nous instruisent,
- Le cœur en entend plus que tous les deux n'en disent.
-
-MADEMOISELLE chercha de nouveau, et plus fréquemment que par le passé, à
-se trouver en tête-à-tête avec Lauzun. Mais lui abrégeait le plus qu'il
-pouvait ces entretiens particuliers; il s'y prêtait avec un empressement
-si froid, un air si respectueux que MADEMOISELLE, toute troublée devant
-lui, ne pouvait se résoudre à rompre le silence; et ces entrevues si
-vivement désirées, ménagées par elle avec tant de peine et de mystère,
-étaient toujours sans résultat[525].
-
- [525] MONTPENSIER, _Mémoires_, t. XLIII, p. 148.
-
-Cette situation était trop pénible pour que la princesse ne cherchât
-point à la faire cesser. Elle ne voyait cependant d'autre moyen que de
-faire à Lauzun une déclaration. Alors sa pudeur, sa fierté se
-révoltaient à cette idée qui lui revenait sans cesse. Elle en était
-obsédée; elle frissonnait, se désespérait, versait des larmes, et ne
-pouvait rien déterminer.
-
-Au milieu de ses incertitudes et de ses douleurs, MADEMOISELLE apprit
-que l'on parlait de lui faire épouser le duc de Lorraine, afin
-d'arranger le différend qui existait entre ce prince et le roi de
-France. Cette circonstance lui parut favorable pour instruire Lauzun des
-projets qu'elle avait sur lui. Elle le trouva chez la reine au moment où
-le bruit de cette alliance se répandait, et lui dit, en se retirant dans
-l'embrasure d'une croisée, qu'elle avait à lui parler. Il la suivit. «Il
-avait, dit-elle dans ses Mémoires, une telle fierté que je le regardai
-comme le maître du monde.»--Elle lui dit, non sans trembler un peu,
-qu'elle avait une résolution à prendre, mais que, le considérant comme
-son plus fidèle ami, elle ne voulait rien faire sans lui avoir demandé
-avis.--Lauzun répondit à cette ouverture par d'humbles révérences et par
-des témoignages de reconnaissance sur l'honneur que la princesse lui
-faisait. Il lui protesta que, par sa sincérité, il répondrait à la bonne
-opinion qu'elle avait de lui.--Alors elle lui parla des bruits qui
-couraient sur son mariage avec M. de Lorraine et sur les intentions du
-roi à cet égard. Lauzun feignit de tout ignorer, et dit simplement que
-l'amitié et la déférence du roi pour MADEMOISELLE lui feraient vouloir
-sur cela ce qu'elle désirait.--Mais elle s'empressa de déclarer à Lauzun
-que, quelle que fût la volonté du roi, elle était bien décidée à ne pas
-s'immoler à des considérations de grandeur et de gloire; qu'elle ne
-voulait point se marier à un inconnu, fût-il un puissant souverain;
-qu'elle voulait un honnête homme, qu'elle pût aimer[526]. Lauzun, sans
-paraître deviner où tendait ce discours, dit à la princesse que ses
-sentiments étaient pleins de raison; qu'il les approuvait, mais qu'il
-s'étonnait qu'heureuse comme elle l'était elle songeât à se
-marier.--Alors elle lui avoua qu'elle y était déterminée par la quantité
-de personnes qui comptaient sur son bien et qui par conséquent
-souhaitaient sa mort.--Lauzun avoua que cette considération était vraie
-et sérieuse, mais que cette affaire était d'une telle importance qu'il
-fallait qu'elle y réfléchît mûrement; que, de son côté, il y songerait
-avec application, et qu'après il lui en dirait son avis.
-
- [526] MONTPENSIER, _Mémoires_, t. XLIII, P. 215 à 229.
-
-La reine sortit, et ce premier entretien se termina là.
-
-Les entretiens qui suivirent (toujours chez la reine) furent plus
-prolongés, et semblaient propres à amener une explication claire et
-définitive. La princesse fut charmée du vif intérêt que Lauzun
-paraissait prendre à sa situation, aux peines, aux ennuis qui en
-étaient la conséquence. Elle lui demanda de vouloir bien la
-conseiller, et promit de ne se gouverner que par ses avis. Déposant
-alors cet air froid et compassé qu'il avait toujours en sa
-présence, il lui dit, avec un sourire qui l'enchanta: «Je dois donc
-être bien glorieux d'être le chef de votre conseil, et vous allez
-me donner bonne opinion de moi.»--Avec chaleur elle répliqua que
-l'opinion qu'elle avait de lui ne pouvait être meilleure, et elle
-se disposait à continuer de manière à ne plus lui laisser aucun
-doute sur la nature de ses sentiments lorsque Lauzun, lui faisant
-une profonde révérence et reprenant son grand air de respect,
-arrêta l'impulsion de son cœur, et la contraignit à se contenter
-de l'invitation qu'elle lui fit de s'expliquer sur le conseil qu'il
-avait à lui donner.
-
-Lauzun approuva entièrement les motifs qui faisaient désirer
-à la princesse de se marier; mais la chose lui paraissait
-impossible, puisqu'il n'y avait personne sur qui elle pût jeter les
-yeux.--«Cependant je ne puis disconvenir que vous n'ayez raison, dit-il,
-de sortir de l'état pénible où vous vous trouvez, en pensant qu'on vous
-souhaite la mort: sans cela, qu'auriez-vous à désirer? Les grandeurs,
-les biens vous manquent-ils? Vous êtes estimée, honorée par votre vertu,
-votre mérite et votre qualité; c'est, à mon sens, un état bien agréable,
-de vous devoir à vous-même la considération que l'on a pour vous. Le roi
-vous traite bien, il vous aime; je vois qu'il se plaît avec vous:
-qu'avez-vous à souhaiter? Si vous aviez été reine ou impératrice dans un
-pays étranger, vous vous seriez ennuyée à la mort. Ces conditions ont
-peu d'élévation au-dessus de la vôtre. Il y a beaucoup de peine à
-étudier l'humeur de l'homme et du reste des gens avec qui l'on doit
-vivre, et je ne conçois pas de plaisir qui puisse l'adoucir[527].»
-
- [527] MONTPENSIER, _Mémoires_, t. XLIII, p. 152.
-
-MADEMOISELLE convint de la justesse de ces réflexions; mais si elle
-choisissait pour époux un parfait honnête homme, si elle suivait la
-pente de son cœur, qui la portait à ne jamais se séparer du roi, le roi
-ne serait-il pas satisfait qu'elle fût la cause de l'élévation d'un de
-ses sujets? n'approuverait-il pas qu'elle lui donnât du bien pour
-l'employer à son service?--«Oui, dit Lauzun; outre le plaisir d'avoir
-élevé un homme à un degré au-dessus de tout ce qu'il y a de souverains
-en Europe, vous auriez celui de la certitude qu'il vous en saurait gré
-et qu'il vous aimerait plus que sa vie; et par-dessus le tout vous ne
-quitteriez pas le roi. Mais ce sont là des châteaux en Espagne. La
-difficulté est de trouver cet homme, dont la naissance, les
-inclinations, le mérite et la vertu soient assez grands pour répondre à
-tout ce que vous auriez fait pour lui; et vous avez dû vous convaincre,
-par tout ce que je vous ai dit, que c'était la chose impossible.»--«Cela
-est très-possible, dit la princesse en souriant et en le regardant d'un
-air passionné, puisque vos objections ne sont pas contre le projet, mais
-regardent l'individu; je verrais à en trouver un qui eût toutes les
-qualités que vous voulez qu'il ait.»--La reine sortit en cet instant de
-son oratoire; l'entretien avait duré deux heures, et il se serait encore
-prolongé sans la circonstance qui y mit fin.
-
-MADEMOISELLE était satisfaite d'avoir cette fois réussi à expliquer ses
-intentions à Lauzun de manière à ce qu'il ne pût s'y méprendre; du moins
-elle le croyait. Pourtant lorsqu'elle s'aperçut que Lauzun, qu'elle
-voyait alors tous les jours, ne venait pas de lui-même la trouver, mais
-qu'elle était obligée d'aller vers lui pour lui parler, elle pensa
-qu'elle s'était trompée, qu'elle n'avait pas été assez explicite; et
-toutes ses anxiétés recommencèrent.--Elle rechercha un nouvel entretien,
-et éprouva une vive peine d'entendre dire à Lauzun qu'il lui conseillait
-de ne plus penser au mariage; que pour elle ce parti entraînait trop de
-dégoûts, de difficultés; qu'il se regarderait comme indigne de l'honneur
-qu'elle lui avait fait de se confier en lui s'il ne lui disait pas que
-ce qui était le mieux pour elle serait de rester dans l'état où elle
-était.
-
-Longtemps Lauzun désola la princesse par cette artificieuse conduite: il
-lui démontrait la nécessité de prendre un parti, et la difficulté d'en
-prendre un; l'impossibilité, pour son bonheur, de rester dans la
-situation où elle était, et les graves inconvénients d'un
-mariage.--«Lors même, lui disait-il, qu'elle aurait trouvé quelqu'un qui
-réunît toutes les qualités propres à lui plaire, qui pourrait lui
-répondre qu'il n'aurait pas des défauts qu'elle n'aurait pas connus et
-qui feraient son malheur[528]?» Ces réflexions si sages ne faisaient
-qu'accroître l'estime de la princesse pour Lauzun et la confiance
-qu'elle avait en lui; et, au lieu d'ébranler la résolution qu'elle avait
-prise, elles la rendaient plus impatiente de la mettre à exécution. Ces
-longs entretiens, pour elle si délicieux, attisaient le feu de sa
-passion, et rendaient de jour en jour plus violents et plus pénibles les
-combats intérieurs qu'elle était obligée de se livrer à elle-même.
-
- [528] MONTPENSIER, _Mémoires_, t. XLIII, p. 189.
-
-Cependant Lauzun, dans ces entretiens, quand la princesse lui parlait de
-celui qu'elle avait choisi pour époux et lui en faisait l'éloge,
-paraissait ne pas se douter qu'il pût être question de lui; et ses
-observations faisaient toujours allusion, sans le nommer, à celui auquel
-le bruit public donnait la main de MADEMOISELLE. Tantôt c'était le comte
-de Saint-Paul, ou MONSIEUR, ou le duc de Lorraine, ou quelque souverain.
-
-MADEMOISELLE, convaincue que la modestie de Lauzun ne lui permettait pas
-de croire que c'était bien lui qu'elle aimait, que c'était bien lui
-qu'elle voulait épouser, résolut de le lui déclarer, puisque ni ses
-discours ni ses regards n'avaient pu le lui faire deviner.--Elle lui dit
-donc un jour: «Je veux absolument vous nommer celui que j'ai choisi pour
-époux[529].»--«Vous me faites trembler, répondit-il. Si par caprice je
-n'approuvais pas votre goût, vous ne voudrez plus me voir; je suis trop
-intéressé à conserver l'honneur de vos bonnes grâces pour écouter une
-confidence qui me mettrait au hasard de les perdre. Je n'en ferai rien;
-je vous supplie de tout mon cœur de ne plus m'entretenir de cette
-affaire.»--Et Lauzun évita de se trouver seul avec la princesse, et
-affecta de ne lui point parler. Mais plus il semblait se refuser à
-apprendre d'elle son secret, plus elle brûlait de le lui révéler.
-Cependant le courage lui manquait; et ces deux simples monosyllabes,
-«C'est vous,» ne pouvaient sortir de sa bouche. Dans les moments où elle
-voulait les prononcer, toujours son trouble et son extrême agitation lui
-coupaient la parole et la respiration. Enfin, un certain jeudi soir,
-chez la reine, ayant rencontré Lauzun, elle lui dit qu'elle voulait
-absolument, malgré sa défense, lui nommer l'homme en question. «Je ne
-puis plus, d'après cela, répondit Lauzun, me défendre de vous écouter;
-mais vous me feriez plaisir d'attendre à demain.»--«Non, sur-le-champ,
-répondit la princesse; demain est vendredi, c'est un jour
-malheureux.»--Lauzun, avec un air inquiet et soumis, garda le silence,
-et semblait la regarder avec attendrissement. Elle leva sur lui ses
-yeux, brillant de la flamme qui la consumait; son sein palpita avec
-violence...; elle se sentit défaillir, et, craignant de s'évanouir si
-elle augmentait son émotion, elle déclara à Lauzun, en baissant ses
-paupières, que ce nom, ce nom si cher, elle n'avait pas la force de le
-lui dire.--«J'ai envie, dit-elle, d'épaissir la glace avec mon souffle,
-et de vous tracer ce nom dessus[530].»--L'entretien se prolongea ensuite
-sur un ton badin, mais qui devint de plus en plus tendre; de telle sorte
-que tout était clairement exprimé de la part de la princesse sans que
-cependant elle eût prononcé le nom de Lauzun. Mais lui, qui feignait de
-ne rien comprendre, la pressa de lui révéler le nom de celui qu'elle
-avait choisi.--Tous deux gardèrent alors un instant le silence, comme
-pour se recueillir dans ce moment solennel; puis elle ouvrit la bouche
-pour faire cet aveu tant désiré, et prononça le mot, C'est...; puis
-s'arrêta subitement, effrayée par le timbre sonore d'une pendule qui
-venait de se faire entendre...; elle écoute, compte douze coups
-consécutifs. «Il est minuit, dit-elle... c'est vendredi... je ne vous
-dirai plus rien.»--Le lendemain, ou plutôt après la nuit passée,
-MADEMOISELLE, toujours de plus en plus agitée, écrivit ces mots sur un
-papier à billet: «_C'est vous_;» elle cacheta ce papier, et le mit dans
-sa poche.--Dans la journée, elle alla chez la reine; et, comme elle s'y
-était attendue, elle y vit Lauzun, et lui dit: «J'ai écrit le nom sur
-un papier.»--Lauzun la pressa vivement de lui remettre ce papier,
-promettant de le placer sous son oreiller et de ne le regarder que
-lorsque minuit serait sonné.--Elle s'y refusa par la crainte qu'il ne se
-trompât d'heure.
-
- [529] MONTPENSIER, _Mémoires_, t. XLIII, p. 215.
-
- [530] MONTPENSIER, _Mémoires_, t. XLIII, p. 217.
-
-Le dimanche suivant, dans la matinée, la reine étant entrée dans son
-oratoire, MADEMOISELLE se trouva seule dans le salon avec Lauzun; elle
-lui montra le billet, qu'elle avait dans son manchon. Lauzun la supplia
-de le lui remettre. «Le cœur lui battait, disait-il; c'était un
-pressentiment que le choix qu'elle avait fait lui causerait une vive
-peine.» N'importe, il désirait faire cesser son incertitude. Mais elle,
-qui sentait combien, après un tel aveu, elle serait embarrassée de se
-trouver seule avec Lauzun, prolongea la conversation afin que la reine
-eût le temps de sortir de son oratoire. Comme ce court entretien fut
-extrêmement tendre de la part de Lauzun et de la sienne, elle se
-félicita du moyen qu'elle prenait pour l'instruire du choix qu'elle
-avait fait de lui. Aussi quand la reine reparut, MADEMOISELLE remit le
-papier à Lauzun, avec injonction de revenir le soir même lui remettre la
-réponse au bas du billet. Elle partit soulagée, et suivit la reine aux
-Récollets, où elle pria Dieu avec ferveur pour la réussite de ses
-projets.
-
-Lauzun était sans lettres, sans étude, peu remarquable par son esprit;
-mais il connaissait le monde et surtout les femmes; et ses succès auprès
-d'un grand nombre lui avaient donné une merveilleuse sagacité pour
-discerner les progrès et les phases des passions qu'elles veulent
-cacher. Il savait que, pour être certain de dominer entièrement celles
-dont la raison et la conscience combattent les impétueux mouvements du
-cœur, il faut les obliger à sacrifier à l'amour jusqu'aux derniers
-scrupules de la pudeur, cette vigilante gardienne de la vertu. Pour
-cette raison, cette déclaration de MADEMOISELLE, par billet, ne satisfit
-pas Lauzun: il ne doutait pas qu'il ne fût aimé, aimé avec passion; mais
-cette passion cependant n'était pas encore assez forte pour vaincre
-entièrement l'orgueil de la princesse. Ce sentiment pouvait se réveiller
-en elle, surtout lorsqu'il serait exalté par les instigations des
-personnes intéressées. C'est ce qui devait arriver infailliblement quand
-cette liaison, enveloppée jusqu'ici du plus profond mystère, serait
-connue. On pouvait alors triompher en partie de cette malheureuse
-passion, ou du moins en modérer les accès, et empêcher cette entière
-abnégation de soi-même, cet abandon de toute volonté contraire à celle
-de l'objet aimé: c'est ce que Lauzun voulait prévenir.
-
-Au lieu de répondre au billet qu'il avait reçu, et de se répandre en
-témoignages de reconnaissance auprès de la princesse, Lauzun continua
-son rôle d'incrédule. Selon lui, la princesse le trompait, et refusait
-de lui dire le nom de celui qu'elle avait choisi; il se montra jaloux,
-triste, rêveur; et il la désola tellement par ses brusqueries et son
-humeur que, pour lui rendre sa sérénité, elle se vit contrainte à
-déposer toute dignité et à répéter plusieurs fois de vive voix ce
-qu'elle avait à peine osé lui insinuer par écrit. Il fallut qu'elle lui
-déclarât qu'elle l'aimait avec passion; que lui seul pouvait faire son
-bonheur; qu'elle s'abandonnait à lui sans réserve, ne voulait vivre que
-pour lui, et enfin qu'elle voulait l'épouser et lui donner tous ses
-biens.
-
-Lauzun ne répondit à une déclaration si tendre et si explicite que par
-des objections; mais elles étaient de nature à affermir la princesse
-dans ses résolutions. En supposant, disait-il, qu'il serait assez
-extravagant pour croire cette affaire possible, il était obligé de
-déclarer à MADEMOISELLE qu'il aimait trop le roi pour qu'aucune
-considération humaine pût le déterminer à s'éloigner de lui; qu'il
-garderait les charges qu'il avait près de lui; par conséquent il ne
-pouvait pas penser qu'elle consentît jamais à épouser le _domestique_
-(ce mot s'employait alors pour celui de serviteur) de son cousin
-germain.--«Mais, répondit-elle, ce cousin germain est mon maître aussi
-bien que le vôtre; et je ne trouve rien de plus honorable pour mon époux
-que d'être son domestique. Si vous n'aviez pas de charge auprès du roi,
-j'en achèterais une pour vous[531].»
-
- [531] MONTPENSIER, _Mémoires_, t. XLIII, p. 222 à 229.
-
-Lauzun, facilement réfuté sur ce point, ainsi qu'il s'y attendait, avec
-une apparence de franchise, d'abandon et de désintéressement, eut l'air
-de ne plus envisager cette affaire que sous le point de vue du bonheur
-de la princesse; il passait en revue tous les inconvénients
-qu'entraînait pour elle l'exécution d'un pareil projet, et il lui
-conseillait d'y renoncer; il traça surtout de lui-même un portrait vrai
-en partie, mais dans lequel, en exagérant quelques-uns de ses défauts,
-il eut grand soin de les rattacher à des goûts opposés à ceux qu'il
-avait, à une manière de vivre toute différente de celle qu'il avait
-embrassée. «Tout ce que j'aurais de bon pour vous, lui disait-il, au cas
-que vous fussiez d'humeur jalouse, serait le peu de raison que je vous
-donnerais de vous chagriner, parce que je hais autant les femmes que je
-les ai aimées autrefois. Cela est si vrai que je ne comprends pas
-comment on est si fou que de s'y amuser[532].»
-
- [532] MONTPENSIER, _Mémoires_, t. XLIII, p. 223.
-
-Lorsque, après ces longues explications, MADEMOISELLE croyait avoir tout
-réfuté, lorsqu'elle croyait pouvoir enfin arriver à une conclusion,
-Lauzun la désespérait encore de nouveau en ayant l'air de retomber dans
-sa première incrédulité, et il lui disait: «Croyez-vous que je sois
-assez fou pour considérer tout ceci autrement que comme une
-fiction?»--Enfin, quand il la vit si bien possédée de son fol amour
-qu'elle ne pouvait penser ni agir que par lui, il parut devant elle
-persuadé que tout cela n'était pas une illusion, et il se livra à toute
-l'ivresse d'une joie qui était en partie sincère. Cependant il refusa de
-faire aucune démarche personnelle auprès du roi pour obtenir son
-consentement. Ce fut MADEMOISELLE qui les fit toutes, mais toujours sous
-sa direction et par ses conseils.
-
-Elle commença par écrire à Louis XIV une lettre qu'elle lui fit remettre
-par la voie secrète, c'est-à-dire par Bontems, son valet de
-chambre[533]. Elle en reçut une réponse qui n'était ni un consentement
-ni un refus. Le roi lui disait qu'il ne voulait la gêner en rien, mais
-qu'elle devait mûrement réfléchir au parti qu'elle allait prendre. Il y
-a tout lieu de croire que Lauzun avait déjà préparé Louis XIV à cette
-affaire par le canal de madame de Montespan, qui était alors dans ses
-intérêts; mais la princesse l'ignorait.
-
- [533] Id., _ibid._, p. 230 et 231.
-
-Durant cette négociation secrète, le comte de Saint-Paul, devenu prince
-de Longueville, allait régulièrement au Luxembourg faire sa cour à
-MADEMOISELLE. Guilloire s'aperçut de l'accord qui régnait entre elle et
-Lauzun, et il en informa Louvois[534]. Lauzun, qui avait partout des
-intelligences, le sut, et le dit à la princesse. Celle-ci, dans la
-crainte que les ministres ne traversassent ses projets, résolut de voir
-le roi le plus tôt qu'elle pourrait.
-
- [534] MONTPENSIER, _Mémoires_, t. XLIII, p. 235.
-
-Elle l'attendit dans la ruelle de la reine. Nous avons déjà dit que
-Louis XIV revenait toujours passer la nuit chez la reine, quelque tard
-qu'il fût. Ce jour, son jeu se prolongea, contre la coutume, jusqu'à
-deux heures du matin; et la reine, qui ne se doutait de rien, se coucha,
-et dit à MADEMOISELLE «qu'il fallait qu'elle eût quelque chose de bien
-pressé à dire au roi pour l'attendre si tard.»--Elle dit qu'en effet
-elle voulait l'entretenir d'une affaire très-importante, dont on devait
-parler le lendemain au conseil. Le roi fut fort étonné, en rentrant dans
-sa chambre à coucher, de trouver MADEMOISELLE dans la ruelle de la
-reine; et, quoiqu'il fût très-fatigué, il la conduisit entre deux
-portes, pour écouter ce qu'elle avait à lui dire. MADEMOISELLE, dont le
-cœur battait avec violence, ne put d'abord que répéter trois fois le
-mot, Sire; mais enfin, après une pause d'un moment, de sa poitrine
-profondément émue, ses paroles s'échappèrent avec feu, avec volubilité.
-Elle tint au roi un assez long discours, et n'omit rien de ce qui
-pouvait l'engager à lui accorder le consentement qu'elle demandait. Le
-roi lui répondit qu'il portait intérêt à Lauzun, et ne voulait pas lui
-nuire en s'opposant à sa fortune; mais qu'il ne voudrait pas lui être
-utile aux dépens du bonheur de sa cousine; qu'en conséquence il ne lui
-défendait pas ce mariage, mais qu'il ne le lui conseillait pas; et il la
-pria instamment d'y songer mûrement avant de rien conclure. «J'ai
-encore, ajouta-t-il, un autre avis à vous donner. Vous devez tenir votre
-dessein secret jusqu'à ce que vous soyez déterminée. Bien des gens s'en
-doutent, et les ministres m'en ont parlé. Prenez là-dessus vos
-mesures[535].»
-
- [535] MONTPENSIER, _Mémoires_, t. XLIII, p. 239.
-
-Ces paroles, qui furent redites à Lauzun, lui prouvèrent qu'il était
-temps de hâter la conclusion de cette affaire; et aussitôt ses amis de
-Guitry, les ducs de Créqui, de Montausier, d'Albret, d'après la prière
-de la princesse, allèrent ensemble vers le roi pour le supplier de
-permettre à sa cousine d'épouser M. de Lauzun; ils adressèrent en même
-temps au roi des actions de grâces pour l'honneur qui rejaillirait par
-ce mariage sur toute la noblesse de France. Cette demande, qu'appuyaient
-encore le prince de Marsillac, le duc de Richelieu, le comte de
-Rochefort et d'autres amis de Lauzun[536], fut faite en plein conseil.
-Louis XIV répondit qu'il ne pouvait s'opposer à ce que MADEMOISELLE
-épousât M. de Lauzun, puisqu'il avait permis à sa sœur de se marier à
-M. de Guise. MONSIEUR, qui avait été appelé à ce conseil par ordre
-exprès du roi, se récria sur une telle mésalliance; mais Louis XIV
-persista, et déclara qu'il accordait son consentement[537].
-
- [536] Id., _ibid._, p. 265.
-
- [537] Id., _ibid._, p. 242 à 250.--LA FARE, _Mémoires_, t. LXV,
- p. 181, 182.--CHOISY, _Mémoires_, t. LXIII, p. 521.
-
-Montausier alla aussitôt en instruire MADEMOISELLE, et lui dit: «Voilà
-une affaire faite. Je ne vous conseille pas de la laisser traîner en
-longueur; et, si vous m'en croyez, vous vous marierez cette nuit.» Ces
-paroles s'accordaient trop bien avec l'impatience de MADEMOISELLE pour
-n'être pas approuvées par elle: aussi pria-t-elle M. de Montausier de
-persuader à Lauzun de suivre ce conseil. Lauzun, enivré de son succès,
-aspirait à le rendre complet. Certain que la volonté de la princesse ne
-pouvait changer, assuré du consentement du roi, Lauzun répugnait à tout
-ce qui pouvait ressembler à un mariage clandestin[538]. Il voulait au
-contraire ne rien négliger de ce qui tendait à augmenter l'éclat de la
-célébration du sien. Il exigea donc que MADEMOISELLE fît part de ses
-intentions à la reine. MADEMOISELLE obéit avec docilité à Lauzun, et
-toute la cour en fut instruite.--On en était là, et l'on disait que ce
-mariage devait se célébrer au Louvre le dimanche suivant, lorsque madame
-de Sévigné écrivit à son cousin de Coulanges cette nouvelle
-abasourdissante, et lui dit: «Je m'en vais vous annoncer la chose la
-plus surprenante, la plus étonnante, etc., etc.... une chose qui se fera
-dimanche, et qui ne sera pas faite lundi.»
-
- [538] CAYLUS, _Mémoires_, t. LXVI, p. 411.
-
-Sa prédiction fut vraie; et elle nous prouve combien elle était
-parfaitement bien informée de toutes les clameurs qu'occasionnait ce
-mariage, de toutes les intrigues auxquelles il donnait lieu. Les
-familles de Condé et de Longueville, étonnées de se voir déçues dans
-leurs espérances, indignées d'avoir été jouées par Lauzun, soulevèrent
-toutes les résistances. Le grand Condé sortit de sa réserve ordinaire,
-et proféra des menaces contre le favori s'il osait épouser MADEMOISELLE;
-la reine, pour manifester ses sentiments en cette occasion, se dépouilla
-de sa timidité et de sa douceur naturelles. MONSIEUR lui-même, loin de
-céder à son indolence, s'agita avec fureur. Le roi résistait, et
-pendant ce temps MADEMOISELLE, ignorant la tempête qui grondait autour
-d'elle, était dans le ravissement et la sécurité la plus profonde. Elle
-s'occupait uniquement de Lauzun, des préparatifs de l'auguste et sainte
-cérémonie qui allait avoir lieu. La lenteur de M. de Boucherat et des
-gens d'affaires lui causait de l'impatience. Comment pouvaient-ils
-trouver tant de difficultés à dresser son contrat de mariage,
-puisqu'elle voulait tout donner à M. de Lauzun? Elle grondait Lauzun
-lui-même de vouloir mettre des bornes à sa générosité envers lui; et,
-dans sa folle confiance, elle recevait avec délices les compliments des
-dames de la cour dont Lauzun passait pour avoir eu les bonnes grâces. Il
-semblait qu'avoir été aimées de Lauzun comme elle croyait l'être
-elle-même était pour elle un motif de les préférer à d'autres[539], et
-qu'en leur témoignant son affection elle donnait ainsi la mesure de sa
-confiance en lui.
-
- [539] MONTPENSIER, _Mémoires_, t. XLIII, p. 266, 270, 271.
-
-Il est probable que, quoique assiégé pendant trois jours consécutifs par
-les remontrances de la reine, de son frère, de tous les princes de son
-sang et de quelques ambassadeurs de l'étranger, Louis XIV n'eût jamais
-rétracté le consentement qu'il avait donné, si l'on n'était parvenu à
-détacher du parti de Lauzun son plus ferme appui, madame de Montespan. A
-celle-ci on fit entendre qu'en contribuant à porter à une si grande
-élévation un favori tellement goûté du roi qu'il balançait le crédit des
-ministres et de tous les princes du sang elle travaillait contre
-elle-même. La hauteur et la fierté de Lauzun révoltaient déjà tout le
-monde: que serait-ce lorsque, devenu par alliance le cousin germain de
-son maître et possesseur d'une immense fortune, il n'aurait plus besoin
-de la protection de la maîtresse en titre ni de celle de personne? Si ce
-mariage s'accomplissait, toute la famille royale lui en voudrait
-mortellement, comme étant celle qui avait porté le roi à y consentir; et
-le roi lui-même le lui reprocherait un jour. La princesse de Carignan et
-madame Scarron, dans les conseils de laquelle madame de Montespan avait
-une grande confiance, furent chargées de lui développer ces motifs: ils
-produisirent leur effet, et la firent résoudre à se déclarer contre
-Lauzun[540]. Louis XIV, déjà ébranlé par les assauts nombreux qu'on lui
-avait livrés sur cette affaire, ne put résister aux séductions de sa
-maîtresse, et promit enfin d'empêcher ce mariage.
-
- [540] LA FARE, _Mémoires_, t. LXV, p. 182.--CHOISY, _Mémoires_,
- t. LXIII, p. 522.
-
-Il lui en coûtait beaucoup de se dédire; mais sa résolution était
-devenue invariable. Il voulut au moins adoucir, autant qu'il était en
-lui, ce qu'avait de pénible et de rigoureux cet acte de sa despotique
-volonté, et la déclarer lui-même à MADEMOISELLE. Il la fit donc prier de
-venir le trouver. Aux premiers mots que lui dit le roi, elle devina le
-reste. Comment peindre l'excès du désespoir de cette malheureuse
-princesse, ses touchantes prières, ses pleurs amers, ses cris
-douloureux, lorsque, se roulant aux pieds du monarque, elle le supplia
-de révoquer l'arrêt qu'il venait de prononcer, ou de lui donner la mort,
-mille fois préférable pour elle à sa séparation d'avec Lauzun? Louis
-XIV, dans l'émotion que lui causa l'abaissement d'une princesse
-autrefois si puissante et si fière, que la politique de son ministre
-avait pensé un instant à lui donner pour femme et pour soutien de son
-trône chancelant, se mit à genoux pour la relever[541]: dans cette
-posture, il la pressa contre sa poitrine, et mêla ses larmes aux
-siennes. Le chagrin qu'il éprouvait de se refuser à ses instances fut si
-grand qu'il s'abandonna jusqu'à lui reprocher de ne s'être pas hâtée, et
-de lui avoir laissé le temps de la réflexion. Hélas! ce reproche, si peu
-fondé, ne pouvait qu'augmenter les regrets douloureux de la princesse.
-Elle n'y répondit que par de nouvelles supplications. Mais Louis XIV lui
-déclara qu'il ne pouvait plus changer, et la laissa désespérée de
-n'avoir pu le fléchir.
-
- [541] MONTPENSIER, _Mémoires_, t. XLIII, p. 378.
-
-Lauzun se montra d'abord digne de l'honneur qui lui était refusé: froid,
-calme et en apparence insensible à ce revers de fortune[542], il
-continua comme à l'ordinaire son service auprès du roi. Pour le
-dédommager, Louis XIV lui offrit le titre de duc et le bâton de
-maréchal. Il refusa ces grâces, et dit au roi qu'avant de lui faire
-accepter une aussi honorable dignité que celle de maréchal de France il
-le priait de vouloir bien attendre qu'il l'eût méritée par ses
-services[543]. Lauzun ne se soutint pas à cette hauteur: c'est que ses
-refus étaient ceux d'un favori qui veut bouder son maître et le punir
-d'avoir manqué à sa parole, et non ceux d'un légitime orgueil et d'une
-noble fierté. Mais il poussa si loin l'audace que, dans sa colère contre
-madame de Montespan, dont il avait surpris les secrets, il voulut la
-compromettre avec le roi[544], et s'attira ainsi une disgrâce éclatante.
-Abandonné par le roi à l'inimitié de Louvois, il finit par subir une
-rigoureuse détention[545]. C'est alors que le jeune duc de Longueville
-fut de nouveau offert pour époux à MADEMOISELLE; elle le refusa. Son
-amour survécut à la disgrâce et à l'absence. Depuis que Lauzun était
-malheureux, la princesse l'aimait encore avec plus de tendresse[546].
-
- [542] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (24 décembre 1670), t. I, p. 264, édit.
- de G. de S.-G.
-
- [543] CHOISY, _Mémoires_, t. LXIII, p. 523.--SÉVIGNÉ (27 février
- 1671), t. I, p. 349, édit. de G. de S.-G.; (19 et 24 décembre
- 1670), t. I, p. 218 et 220, édit. de M.; t. I, p. 192 et 194,
- édit. de G. de S.-G.; t. I, p. 19 et 23 de l'édition de 1726,
- dite de Rouen.
-
- [544] SAINT-SIMON, _OEuvres_, t. X, p. 123 et 135.--SEGRAIS,
- _OEuvres_, 1799, in-12, t. II, p. 92.
-
- [545] DELORT, _Détention des philosophes à la Bastille_, t. I, p.
- 41 à 45, 129.--LA FARE, _Mémoires_, t. LXV, p. 183.--PETITOT,
- _Notice sur Montpensier_, t. XL du recueil des _Mémoires_, p.
- 355-356.--SÉVIGNÉ, _Lettres_ (2 et 23 décembre 1671, 6 janvier et
- 23 mars 1672), t. II, p. 300, 306, 308, 319, 338, 435, édit. de
- G. de S.-G.
-
- [546] CAYLUS, _Mémoires_, t. LXVI, p. 411.--MONTPENSIER,
- _Mémoires_, t. XLIII, p. 281 à 287.--BUSSY, _Lettres_, t. V, p.
- 297 à 307.
-
-Après plusieurs années de démarches sans nombre, de sollicitations
-humiliantes et le sacrifice d'une partie de sa fortune, elle obtint
-enfin du roi de faire cesser la captivité de Lauzun, et probablement
-aussi la permission de contracter avec lui un mariage secret[547]. La
-liberté qu'il lui devait, les dons qu'elle lui fit, les preuves
-multipliées de son long et touchant attachement ne purent la garantir de
-son ingratitude et de ses indignes procédés. Moins oppressée par sa
-passion, elle retrouva encore assez d'énergie et de fierté natives pour
-se séparer de lui et le bannir pour toujours de sa présence. Elle ne fit
-pas la moindre mention de lui dans son testament. Lauzun vécut jusqu'à
-l'âge de quatre-vingt-quatorze ans, et vers la fin de sa carrière il
-obtint par ses services de nouveaux grades et de nouveaux honneurs[548],
-mais jamais il ne put reconquérir la faveur du roi. MADEMOISELLE, depuis
-son fatal amour, n'eut plus à la cour cette haute influence qu'elle y
-avait exercée si longtemps. Sa personne avait cessé d'inspirer cette
-estime et ces éclatants respects qui l'avaient entourée jusque-là.
-
- [547] PETITOT, _Notice sur Montpensier_, t. XL, p. 385.--SÉVIGNÉ,
- _Lettres_ (8 mars 1676), t. IV, p. 362; (27 février 1679), t. VI,
- p. 66; (23 octobre 1680), t. VII, p. 261, édit. de G. de S.-G.
-
- [548] SAINT-SIMON, _OEuvres_, t. X, p. 148.--SÉVIGNÉ, _Lettres_
- (24 décembre 1688), t. IX, p. 49; (28 mai 1695), t. XI, p. 175,
- édit. de G. de S.-G.
-
-Madame de Sévigné la vit avant et après la catastrophe de son mariage
-projeté[549]. Elle s'entretint longtemps seule avec elle, et fut
-alternativement le témoin de l'ivresse de sa joie et de l'excès de sa
-douleur. Plusieurs fois le spectacle de ses tourments et des angoisses
-de son cœur lui arracha des larmes. Elle décrit très-bien l'état de
-l'âme de cette princesse dans ces deux instants si opposés[550]. «C'est,
-dit-elle en écrivant à son cousin de Coulanges, le sujet d'une tragédie
-dans toutes les règles; jamais il ne s'est vu de si grands changements
-en si peu de temps; jamais vous n'avez vu une émotion aussi générale.»
-
- [549] SÉVIGNÉ, _Lettres_, en date des 15, 19, 24 et 31 décembre
- 1670, t. I, p. 218, 219, 220, 221, édit. de M.; t. I, p. 283-286,
- 292-295, édit. de G.--MARIE RABUTIN-CHANTAL, marquise de SÉVIGNÉ,
- _Lettres à madame de Grignan_, t. I, p. 18, édit. 1726.
-
- [550] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (24 et 31 décembre 1670), t. I, p. 294,
- 296-298, édit. de G. de S.-G.--BUSSY, _Lettres_, t. III, p. 297
- (Lettre de madame de Scudéry à Bussy).--_Ibid._, p. 307.
-
-Cette affaire fit tellement de bruit dans toute l'Europe que Louis XIV
-crut devoir écrire aux ambassadeurs qu'il avait dans l'étranger une
-circulaire dans laquelle il expliquait les raisons qu'il avait eues de
-permettre et ensuite de défendre le mariage de MADEMOISELLE et de
-Lauzun; il engagea ses agents diplomatiques à communiquer secrètement
-cette dépêche aux différentes cours près desquelles ils se trouvaient
-placés[551].
-
- [551] LA FARE, _Mémoires_, t. LXV, p. 183.
-
-Nous avons suffisamment entretenu nos lecteurs des personnages que
-voyait madame de Sévigné et dont elle nous parle dans les lettres
-qu'elle a écrites, à dater de l'époque dont nous traitons. Il est temps
-de revenir aux particularités qui, dans ces mêmes lettres, la concernent
-personnellement.
-
-
-
-
-CHAPITRE XV.
-
-1669-1671.
-
- Madame de Sévigné passe à Livry l'automne de l'année 1669 avec sa
- fille, son gendre et sa famille.--Long souvenir qu'elle conserve
- de cette heureuse époque de sa vie.--Son bonheur est troublé par
- un événement.--Le chevalier de Grignan tombe de cheval.--Madame de
- Grignan s'évanouit, et fait une fausse couche.--Propos malins de
- la comtesse de Marans à ce sujet.--Bussy paraît en avoir eu
- connaissance.--Ces propos peuvent être relatifs à l'inclination
- présumée du roi pour madame de Grignan.--Saint-Pavin, goutteux,
- fait encore des vers pour madame de Sévigné.--Il meurt.--Son
- épitaphe est composée par Fieubet.--Le comte de Grignan est nommé
- lieutenant général de Provence.--Il part.--Une correspondance
- s'engage entre lui et madame de Sévigné, et entre elle et son
- cousin de Coulanges, avec toute la famille de l'intendant de Lyon
- et avec madame de Coulanges.--Madame de Sévigné, par ses lettres,
- cherche à capter la confiance et l'amitié de son gendre.--Elle lui
- recommande un gentilhomme condamné aux galères.--Détails sur ce
- gentilhomme.--Nouvelles diverses données par madame de Sévigné au
- comte de Grignan.--Mot de la duchesse de Saint-Simon.--Son
- caractère.--Le duc de Noirmoutier devient aveugle.--Détails sur
- lui et sur son père.--Hiver rigoureux.--Décès causés par la petite
- vérole.--Mariage de mademoiselle de Thianges et du duc de
- Nevers.--Guillaume VII, prince de Hesse, meurt sans avoir été
- saigné.--Discussion des médecins sur l'efficacité de la
- saignée.--Intrigue du comte de Saint-Paul et de la duchesse de la
- Ferté.--Pari et course au bois de Boulogne du grand écuyer et du
- maréchal de Bellefonds.--Le comte de Grignan musicien.--Madame de
- Sévigné lui promet des motets.--Nicole publie un traité;--La
- Fontaine, un recueil de ses Contes.--Bourdaloue prêche aux
- Tuileries.--Madame de Sévigné fait l'éloge de tous ces talents.
-
-La sensibilité, ce mobile de nos peines et de nos jouissances, grave
-dans notre mémoire nos moments de joie et nos jours de tristesse. C'est
-cette faculté de l'âme qui nous fait vivre dans le passé autant que dans
-le présent; plus elle prédomine, plus elle nous retrace vivement ces
-heures si promptement écoulées, où les objets de nos intimes affections
-se trouvaient réunis autour de nous; où, au milieu d'une société d'amis,
-nous étions avec eux en communauté de plaisirs, de sentiments et
-d'idées. Il est dans notre nature, dans cet instinct de bonheur dont la
-Providence nous a pourvus de chercher à nous rappeler de préférence les
-époques de nos plus grandes félicités. C'est par cette raison que les
-souvenirs de l'automne de l'année 1669 viennent si souvent se placer
-sous la plume de madame de Sévigné. Bosquets de Livry, qui aviez été si
-longtemps témoins des jeux enfantins, des ris folâtres et de la
-pétulante gaieté de Marie de Rabutin, vous la vîtes alors, parée d'un
-autre nom, belle de sa maternité, se promener avec plus de calme sous
-vos ombrages; heureuse par les soins pieux qu'elle prodiguait à son
-tuteur, par la tendresse d'un fils, par le bonheur d'une fille, objets
-de ses prédilections; par les attentions d'un gendre qui satisfaisait
-son orgueil et donnait plus de force à ses espérances! Ce gendre, le
-chevalier de Grignan, son frère, madame de Charmes, femme d'un président
-du parlement d'Aix, qui avait été ami intime de Fouquet[552], vinrent
-alors passer quelque temps avec madame de Sévigné, et contribuèrent,
-avec la société aimable et brillante qui lui venait de Paris et des
-environs, à varier son existence et à faire de Livry un séjour de fêtes
-et de jouissances continuelles.
-
- [552] SÉVIGNÉ, _Lettres_, t. II, p. 165, édit. de M.; t. II, p.
- 198, édit. de G. (23 août 1671).--_Ibid._, t. VI, p. 12, M.; t.
- VI, p. 192, G. (2 novembre 1679).
-
-Il faut d'autant moins s'étonner que madame de Sévigné se rappelle,
-après l'intervalle de plusieurs années, les jours passés à Livry au
-milieu de toute sa famille qu'elle était alors dans la force de l'âge et
-de la santé, dans la plus riante campagne, dans la plus agréable saison
-de l'année, et que ce temps d'un bonheur si complet fut aussitôt suivi
-de celui qui la sépara d'avec sa fille; séparation cruelle et cause
-incessante des douleurs de toute sa vie!
-
-Il était encore un autre motif qui ne permettait pas à madame de Sévigné
-d'oublier cette époque de son séjour à Livry, qu'elle prolongea jusqu'à
-la chute des feuilles, c'est qu'au souvenir des doux moments qu'elle y
-avait passés se mêlait celui d'un événement triste en lui-même, et qui
-la menaça du plus grand malheur qui pût lui arriver.
-
-Le 4 novembre 1669[553], le chevalier de Grignan, montant un cheval
-fougueux, fut violemment jeté à terre en présence de sa belle-sœur,
-alors enceinte. Madame de Grignan s'évanouit, et fit une fausse couche.
-Il est facile de comprendre quelles furent alors les inquiétudes de
-madame de Sévigné. Elle en parle dans un grand nombre de lettres; mais
-ses tourments, et les souffrances de madame de Grignan, et les regrets
-de son gendre ne furent pas les seuls résultats fâcheux de cet accident;
-il y en eut un plus durable dans ses effets, que ces mêmes lettres et
-les lettres de Bussy nous font connaître[554].
-
- [553] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (4 novembre 1671), t. II, p. 280, édit.
- de G. de S.-G.--_Ibid._, t. II, p. 237, édit. de M. «Ah! ma
- fille, il y a aujourd'hui deux ans qu'il se passa une étrange
- scène à Livry!» etc.
-
- [554] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (6 mars, 19 et 23 août, 6 et 13
- septembre, 4 novembre 1671), t. I, p. 277, 187, édit. de
- Monmerqué; t. I, p. 361, édit. de G. de S.-G.; t. II, p. 163,
- 165, 272 et 273, édit. de M.; t. II, p. 196, 198, 214, 280, 361,
- édit. de G. de S.-G.
-
-Le chevalier de Grignan avait une belle figure; il était plus jeune,
-plus sémillant, plus aimable que le comte de Grignan, son frère, laid de
-visage, ainsi que nous l'avons dit. La familiarité qui s'était établie
-entre le beau-frère et la belle-sœur n'avait rien qui ne fut
-irréprochable: toujours en présence d'une mère et d'un époux, ils
-pouvaient tous deux se livrer aux accès de leur gaieté avec la liberté
-que permet le séjour à la campagne et dont leur jeune âge leur faisait
-un besoin. Mais la vive émotion qu'éprouva madame de Grignan lors de
-l'accident arrivé au chevalier et surtout la fausse couche qui en fut la
-suite donnèrent lieu à la malignité de s'exercer sur le compte de tous
-deux. J'ai rapporté ailleurs la parodie de la fable de la Fontaine, que
-l'on fit peu après sur ce sujet[555]. Les recueils de vers manuscrits de
-ce temps renferment plusieurs autres pièces qui prouvent que madame de
-Grignan fut en butte à ces satires grossières des chansonniers et des
-vaudevillistes, auxquelles la célébrité, la puissance, les richesses et
-la beauté ne pouvaient alors échapper. Leurs auteurs s'étaient accordés
-à donner au comte de Grignan le surnom de _Matou_, à cause de sa mine
-ébouriffée; et, aussitôt après son mariage avec mademoiselle de Sévigné,
-on fit sur lui et sur sa femme le couplet suivant:
-
- Belle Grignan, vous avez de l'esprit
- D'avoir choisi votre beau-frère;
- Il vous fera l'amour sans bruit,
- Et saura cacher le mystère.
- --Matou! n'en soyez pas jaloux;
- Il est Grignan tout comme vous[556].
-
- [555] Voyez dans les notes et éclaircissements sur l'_Histoire de
- la vie et des ouvrages de la Fontaine_, 1re édition, 1820, in-8º,
- la parodie de la fable intitulée _la Cigale et la Fourmi_.
-
- [556] _Recueils de chansons et de vaudevilles, mss. de mon
- cabinet_, p. 288, verso.
-
-La comtesse de Marans, en accréditant par ses discours les bruits qui
-couraient sur madame de Grignan et sur son beau-frère, s'attira
-l'inimitié de madame de Sévigné ainsi que de rudes reproches de la part
-du duc de la Rochefoucauld et des nombreux amis de notre aimable
-veuve[557].
-
- [557] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (9 et 27 février 1671), t. I, p. 239 et
- 269, édit. de M.; ou t. I, p. 315, édit. de G. de S.-G. (6, 9 et
- 25 février, 18 mars, 22 avril 1671; 29 avril, 20 juin et 30
- décembre 1672); t. I, p. 251, 254, 260, 263, 306, 307, 308, 313,
- 315, 324, 344, 384; t. II, p. 33 et 34; t. III, p. 73-137.--La
- comtesse de Marans était la sœur de mademoiselle de Montalais,
- dont nous avons parlé dans la première partie de ces _Mémoires_.
-
-Il y a lieu de croire que les insinuations de madame de Marans
-parvinrent aux oreilles de Bussy; et c'est à elles qu'il fait allusion
-dans ses lettres du 25 juin et du 10 juillet 1670[558]; à moins qu'on ne
-pense que le bruit qui courait de l'inclination du roi pour mademoiselle
-de Sévigné ne se soit accrédité, et même n'ait pris plus de consistance
-depuis qu'elle était mariée. Alors ce serait là l'objet véritable des
-discours indiscrets et malveillants de madame de Marans et de quelques
-personnages de la cour sur la mère et sur la fille. Ce qui est certain,
-c'est que madame de Grignan craignit de fixer sur elle l'attention du
-monarque. Lorsqu'elle parut à la cour avec son mari, dont la laideur
-faisait un si grand contraste avec sa beauté, non-seulement elle
-s'abstint de toute recherche de toilette, mais elle osa choquer la
-despotique volonté de la mode en dérobant aux regards, par un vêtement
-peu gracieux, de séducteurs attraits, que les jeunes femmes de son âge
-étaient tenues de montrer. C'est à quoi madame de Sévigné fait allusion
-dans une de ses lettres, où elle témoigne à sa fille la satisfaction
-qu'elle éprouve des soins qu'elle se donne pour être plus élégamment
-vêtue: «Vous souvient-il, lui dit-elle, combien nous avons été fatiguées
-avec ce méchant manteau noir? Cette négligence était d'une honnête
-femme, M. de Grignan vous en peut remercier; mais elle était bien
-ennuyeuse pour les spectateurs[559].»
-
- [558] Voyez ci-dessus, chap. XI, p. 189 à 192; et SÉVIGNÉ,
- _Lettres_, t. I, p. 254, édit. de G. de S.-G. (lettre de Bussy à
- madame de Sévigné, du 25 juin 1670).
-
- [559] SÉVIGNÉ, _Lettre écrite à madame de Grignan_, le 21 janvier
- 1671, _rétablie pour la première fois d'après le manuscrit
- autographe_ (par M. Monmerqué); Paris, Blaise, 1826, in-8º, p. 8
- et 9.--_Lettres de madame_ DE RABUTIN-CHANTAL, _marquise_ DE
- SÉVIGNÉ, _à madame la comtesse de Grignan, sa fille_; la Haye,
- 1726, in-12, t. I, p. 119. Dans cette édition, le passage est
- conforme à l'autographe publié par M. Monmerqué; mais le texte
- des éditions du chevalier Perrin porte: «Cette négligence, que
- nous vous avons tant reprochée.» Ces derniers mots ont été
- ajoutés par l'éditeur, qui n'a pas été l'auteur des suppressions
- faites à cette lettre, comme le croyait M. Monmerqué, puisque ces
- suppressions se trouvent dans l'édition de Hollande, bien
- antérieure à celle de Perrin.
-
-Quoi qu'il en soit, les torts de madame de Marans ont dû être graves.
-Madame de Sévigné ne la désigne le plus souvent que par le surnom de la
-sorcière _Mellusine_; et elle manifeste à son égard un ressentiment et
-une aigreur qui n'étaient pas dans son caractère, naturellement doux et
-indulgent. Cette comtesse de Marans avait ses raisons pour discréditer
-les femmes dont la conduite était régulière. Elle était fort galante et
-publiquement connue pour être la maîtresse de monsieur le Duc, fils du
-grand Condé; elle en eut une fille qui porta le nom de Guenani,
-anagramme de celui d'Anguien. Cette fille fut légitimée, et épousa
-depuis le marquis de Lassay, dont on a des Mémoires[560].
-
- [560] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (3 avril et 6 mai 1696), t. I, p. 317,
- édit. de Monmerqué. Cette fille de M. le Duc, après avoir été
- légitimée, porta le nom de Julie de Bourbon, demoiselle de
- Châteaubriand; son mari se nommait Armand de Pardaillan, marquis
- de Lassay.
-
-Pendant le séjour que madame de Sévigné fit à Livry durant cet automne,
-elle revit Saint-Pavin. Il était affaissé par l'âge et les souffrances
-de la goutte[561], et cependant il faisait encore des vers tendres et
-galants. Le retour de madame de Sévigné à Paris, à la fin de la saison,
-lui épargna la douleur de voir mourir ce bon et aimable épicurien, dont
-la société avait égayé sa jeunesse[562] et dont les poésies avaient
-contribué à lui donner le goût du style naturel et gracieux[563].
-Saint-Pavin eut une attaque d'apoplexie le 1er mars de l'année
-1670[564]; il mourut le 8 avril suivant. Sa destinée fut singulière.
-Boileau, qui fit un poëme contre les gens d'Église, le taxa
-d'incrédulité, et dirigea contre lui ses traits satiriques.
-Fieubet[565], si connu par sa pieuse austérité, fit pour lui cette
-épitaphe:
-
- Sous ce tombeau gît Saint-Pavin:
- Donne des larmes à sa fin.
- Tu fus de ses amis peut-être?
- Pleure ton sort avec le sien.
- Tu n'en fus pas? pleure le tien,
- _Passant_, d'avoir manqué d'en être.
-
- [561] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (1er août 1685), t. VII, p. 319, édit.
- de Monmerqué; t. VIII, p. 104, édit. de G. de S.-G.
-
- [562] Conférez la première partie de ces _Mémoires_, chap. VI, p.
- 76-78.
-
- [563] _Poésies de_ SAINT-PAVIN _et de_ CHARLEVAL, 1769, in-12,
- édit. de Saint-Marc, p. 68 à 72.--_Recueil des plus belles
- pièces des poëtes français_; chez Claude Barbin, 1669, in-18,
- p. 325.--Toutes les poésies de Saint-Pavin ne sont pas
- publiées.--Conférez MONMERQUÉ, _Lettres de Sévigné_, t. IX, p.
- 243.
-
- [564] BUSSY, _Nouvelles lettres_, t. V, p. 136, ou Lettres de
- mesdemoiselles de Montpensier, de Montmorency, du Pré, etc.,
- édit. de Léopold Collin; Paris, in-12, p. 163.
-
- [565] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (31 mai 1675, 5 juillet 1685, 26 octobre
- 1689, 3 octobre 1694, 15 octobre 1695), t. III, p. 279; t. VII,
- p. 292; t. IX, p. 185; t. X, p. 16 et 143, édit. de Monmerqué.
-
-A peine madame de Sévigné eut-elle quitté le séjour de Livry qu'elle
-apprit qu'un grand et douloureux changement se préparait dans son
-existence. Le comte de Grignan, son gendre, fut nommé, par lettres
-patentes du 29 novembre 1669, lieutenant général en Provence[566].
-Louis-Joseph, duc de Vendôme et de Penthièvre, qui avait été adjoint à
-son père le 24 avril 1658 et lui avait succédé comme gouverneur de la
-province, n'y résidait jamais[567]. M. de Grignan y était donc envoyé
-pour y commander en chef. Cette haute faveur aurait dû être pour madame
-de Sévigné un sujet de satisfaction, puisqu'elle assurait à sa fille un
-rang et une position dignes d'être enviés; mais elle lui imposait un
-sacrifice trop grand et trop pénible pour n'être pas plus affligée que
-réjouie de cette nomination. Sa fille, qui ne l'avait jamais quittée,
-devait bientôt se séparer d'elle et s'éloigner pour aller résider à
-l'extrémité de la France. Elle ne pouvait prévoir la durée de cette
-absence, et il lui était même interdit de souhaiter de la voir cesser,
-puisque cela ne pouvait avoir lieu que par la disgrâce de M. de Grignan
-et la privation de sa charge. Mais il semble que la Providence voulait
-ménager la sensibilité de cette tendre mère et l'accoutumer par degrés
-au coup qu'elle lui portait. Sa fille se trouvait enceinte, et il ne
-parut pas prudent à son mari de lui faire entreprendre dans cet état un
-long voyage, à la suite de la fausse couche qu'elle avait faite. Il la
-confia donc aux soins de sa mère, et il partit seul pour la Provence
-vers la fin d'avril 1670[568].
-
- [566] PAPON, _Histoire de Provence_, t. IV, p. 819.
-
- [567] Idem, _ibid._, t. IV, p. 816.
-
- [568] SÉVIGNÉ, _Lettres_, t. I, p. 178, édit. de M.; t. I, p.
- 142, édit. de G. de S.-G. (16 avril 1670).
-
-Alors s'engagea entre madame de Sévigné et le comte de Grignan une
-correspondance dont il ne nous reste qu'une portion; mais, dans les
-fragments interrompus de ce commerce épistolaire, que d'esprit, que de
-raison, que de prévoyance et de tendresse maternelles! Comme madame de
-Sévigné s'insinue avec adresse dans la confiance de son gendre! Sa plus
-grande crainte est de paraître conserver un reste d'autorité et
-d'influence sur cette fille chérie, et qu'on puisse croire que ce n'est
-pas entièrement qu'elle l'a concédée à M. de Grignan. Aussi voyez comme
-elle doute naturellement de ce qu'elle sait le mieux[569]! comme elle
-s'efface et disparaît derrière sa fille! comme elle revient toujours et
-comme sans dessein aux éloges que l'on en fait! avec quelle apparence de
-vérité elle se dépite de ce que madame de Grignan néglige les devoirs du
-monde pour écrire à son mari; de ce qu'elle ne pense qu'à lui et se
-montre jalouse des lettres que sa mère en reçoit! «Mais elle a beau
-faire, dit madame de Sévigné, je la défie d'empêcher notre amitié[570].»
-Que de variété, de gaieté dans cet entretien épistolaire!
-
- [569] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (5 juin 1670), t. I, p. 256, édit. de G.
- de S.-G.
-
- [570] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (12 septembre 1670), t. I, p. 269.
-
-Remarquons que madame de Sévigné a bien soin de faire écrire dans ses
-lettres son cousin de Coulanges, moins suspect qu'elle de partialité,
-afin qu'il fasse l'éloge de madame de Grignan. Elle ne manque pas non
-plus d'informer le comte de Grignan de tout ce qui pouvait l'intéresser;
-et comme elle connaît sa paresse pour écrire, elle ne cesse de lui
-répéter qu'elle ne veut pas de réponse de lui. «Je vous défends de
-m'écrire, dit-elle; mais je vous conjure de m'aimer[571].» Tout ce qui
-reste de loisirs à M. de Grignan, après la grande affaire dont il est
-chargé, il faut qu'il l'emploie à répondre à sa femme. Dans les affaires
-sérieuses, que de sagesse, que de prudence! Ces lettres nous dévoilent
-quel admirable plan de conduite madame de Sévigné trace à son gendre.
-Comme elle a soin de lui rappeler les devoirs dont il doit s'acquitter
-envers les personnes qu'il a laissées à Paris, que ses nouvelles
-dignités et ses nouvelles fonctions pourraient lui faire oublier!
-Combien elle craint qu'il ne se fasse des ennemis, et comme elle cherche
-toutes les occasions de lui procurer de nouveaux protecteurs et de
-nouveaux amis!
-
- [571] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (12 septembre 1670), t. I, p. 270, édit
- G. de S.-G.
-
-Mais, toutefois, ce surcroît d'occupations ne lui fait pas oublier ses
-anciens amis à elle. Pour servir ceux que les rigueurs du roi avaient
-atteints, elle ne néglige pas de se servir du crédit de son gendre.
-
-Fouquet était, par les ordres de Louvois, détenu à Pignerol dans la plus
-dure captivité. Personne ne pouvait communiquer avec lui; on lui avait
-interdit tous les moyens de donner de ses nouvelles: il fut réduit, pour
-écrire, à se servir, au lieu de plume, d'os de chapon; au lieu d'encre,
-de suie mêlée avec du vin; et cette ressource lui fut encore enlevée.
-Mais auparavant une lettre de lui, péniblement tracée par ce moyen,
-avait été transmise à sa femme[572] par un gentilhomme nommé
-Valcroissant, autrefois attaché au service du surintendant et qui avait
-conservé pour lui un vif sentiment de reconnaissance. Pour ce seul fait,
-Valcroissant fut condamné à cinq ans de galères. Ce jugement eût été
-exécuté dans toute sa rigueur si madame de Sévigné n'avait pas écrit à
-son gendre en faveur de ce gentilhomme, «un des plus honnêtes garçons
-qu'on puisse voir, dit-elle, et propre aux galères comme de prendre la
-lune avec les dents.» Madame de Scudéry avait aussi adressé une lettre
-dans le même but à M. de Vivonne, général des galères[573]. Par
-l'intervention et les démarches de ces deux généreuses femmes, l'arrêt
-fut commué; et Valcroissant, trois mois après sa condamnation, put se
-promener en liberté dans la ville de Marseille[574].
-
- [572] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (25 juin 1670), t. I, p. 189 et 190,
- édit. M.--_Ibid._, t. I, p. 237, édit. G.--DELORT, _De la
- détention des philosophes à la Bastille_, t. I, p. 32, 161, 162,
- 166, 169 et 170. Les éditeurs de Sévigné ont laissé le nom en
- blanc, parce qu'ils ne l'ont pas connu.
-
- [573] MONTPENSIER, _Mémoires_, t. XLIII, p. 122.--_Lettre de
- madame_ DE SCUDÉRY, du 23 août 1670, dans SÉVIGNÉ, _Lettres_, t.
- I, p. 190, édit. de M.
-
- [574] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (en date du 28 novembre 1670), t. I, p.
- 207, édit. de M.; t. I, p. 278, édit. de G. de S.-G. (pour ***,
- il faut lire Valcroissant).
-
-Pendant sa détention, son frère, sur la demande de madame de Sévigné,
-avait obtenu un canonicat de M. de Grignan. Dix-huit ans après, ce même
-Valcroissant, estimé de tous comme un des meilleurs officiers de
-l'armée, remplissait les fonctions d'inspecteur dont Louvois l'avait
-chargé; il eut alors occasion d'être utile au jeune marquis de Grignan,
-petit-fils de madame de Sévigné. Dans son rapport, Valcroissant rendit
-au ministre un compte favorable de la conduite et des heureuses
-dispositions de ce jeune homme, et prépara ainsi son avancement. Ce fut
-là un vrai bonheur pour Valcroissant; car si l'on est satisfait de
-pouvoir conférer un bienfait, on éprouve des émotions plus douces encore
-en acquittant ainsi la dette de la reconnaissance[575].
-
- [575] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (26 novembre 1688), t. I, p. 175, édit.
- de M.--_Ibid._, t. I, p. 456, édit. de G. de S.-G.
-
-Pour ce qui concerne les commencements du séjour de M. de Grignan en
-Provence, nous devons regretter de n'avoir pas la correspondance qui
-alors s'engagea entre M. Dugué-Bagnols, intendant de Lyon, madame
-Dugué-Bagnols, sa femme, madame de Coulanges, leur fille aînée, d'une
-part; et madame de Sévigné et son cousin de Coulanges, de l'autre.
-Coulanges, séparé de sa femme, se trouvait alors à Paris avec madame de
-Sévigné. M. de Grignan se louait beaucoup de ses rapports avec
-l'intendant de Lyon et des politesses de sa femme. Toute la famille
-Dugué-Bagnols et surtout madame de Coulanges, si intimement liée avec
-madame de Sévigné, s'empressaient d'écrire, soit à elle, soit à son
-cousin, tous les détails qu'ils pouvaient recueillir sur le nouveau
-lieutenant général de Provence et sur les actes de son administration;
-et même mademoiselle Dugué-Bagnols[576] (trop éprise après son mariage
-du jeune baron de Sévigné), en écrivant à son beau-frère de Coulanges,
-s'entretenait aussi de ce qui concernait le comte de Grignan. De son
-côté, madame de Sévigné écrit à M. de Grignan qu'elle ne lui donne
-aucune nouvelle, parce que ce serait aller sur les droits de sa
-fille[577]. Par là elle entend les nouvelles publiques; car il paraît
-bien, d'après ses lettres, qu'elle se réservait toutes les nouvelles
-particulières qui pouvaient intéresser son gendre. C'est elle qui lui
-transmet les compliments de M. de la Rochefoucauld, du fils de celui-ci,
-le prince de Marsillac, de madame de la Fayette, et ceux aussi du comte
-de Brancas, qui est fort content de lui et qui espère qu'il saura mettre
-à profit le service qu'il lui a rendu en lui donnant une si jolie femme.
-Elle n'oublie ni la marquise de la Trousse, sa tante[578], ni le _bon
-abbé_[579], qui aime madame de Grignan de tout cœur. «Et ce n'est pas
-peu, ajoute madame de Sévigné; car si elle n'était pas bien raisonnable,
-il la haïrait de tout son cœur.»
-
- [576] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (12 septembre, 28 novembre et 10
- décembre 1670), t. I, p. 200, 207-209, édit. de M.--_Ibid._, t.
- I, p. 270, 278 et 280, édit. de G. de S.-G.--_Ibid._ (17 février
- 1672), t. II, édit. M.--_Ibid._, t. II, p. 391, édit. G. (3, 7 et
- 19 juillet 1677), t. V, p. 113, 114, 118, 139, édit. M.--_Ibid._,
- t. V, p. 269, 270, 294, édit. M.
-
- [577] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (6 août 1670), t. I, p. 197, édit. de
- M.--_Ibid._, t. I, p. 266, édit. de G. de S.-G.
-
- [578] Henriette de Coulanges, marquise de la Trousse, sœur de
- Marie de Coulanges, mère de madame de Sévigné.
-
- [579] Christophe de Coulanges, abbé de Livry.
-
-C'est madame de Sévigné qui donne au comte de Grignan tous les détails
-sur la maladie qui conduisit au tombeau l'aimable duchesse de
-Saint-Simon, leur amie commune. Elle fut atteinte de la petite vérole,
-et succomba le 2 décembre 1670. C'était la première femme de Claude de
-Saint-Simon, père de l'auteur des Mémoires, et la fille cadette de M. de
-Portes, du nom de Budos. Son beau-fils, le duc de Saint-Simon, nous
-apprend qu'elle était belle, d'une amabilité et d'une douceur qui la
-faisaient aimer de tout le monde[580]. Dans sa jeunesse, elle était,
-comme madame de Sévigné, une des célébrités de l'hôtel de Rambouillet;
-et le grand _Dictionnaire des_ _Précieuses_ a tracé d'elle, sous le nom
-de _Sinésis_, un portrait qui ressemble à celui qu'a donné
-Saint-Simon[581]; seulement l'auteur du _Dictionnaire_ ajoute qu'elle
-était plus sérieuse qu'enjouée. Enlevée à la fleur de l'âge, elle fut
-vivement regrettée: madame de Sévigné, qui se montre très-affligée de sa
-perte[582], recommande à ce sujet à son gendre d'écrire une lettre de
-condoléance à la duchesse de Brissac, femme d'un caractère tout
-différent de celui de sa mère et mieux connue par les Lettres de madame
-de Sévigné que par les Mémoires de son frère[583].
-
- [580] SAINT-SIMON, _Mémoires authentiques_, t. I, p. 79 à 80.
-
- [581] SOMAIZE, _le grand Dictionnaire des Précieuses_, t. II, p.
- 129.--Il dit que _Sinésis_ loge à la _petite Athènes_,
- c'est-à-dire au faubourg Saint-Germain.
-
- [582] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (10 décembre 1670), t. I, p. 209, édit.
- de M.--_Ibid._, t. I, p. 280, édit. de G.
-
- [583] Gabrielle-Louise de Saint-Simon, duchesse de Brissac, sœur
- du duc de Saint-Simon, l'auteur des _Mémoires_.--Conférez
- SÉVIGNÉ, _Lettres_ (29 juillet 1671, 10 février 1672), t. II, p.
- 164 et 386, édit. de G. de S.-G. (26 mai 1673), t. III, p. 155,
- édit. G. (5 janvier 1674), t. III, p. 293, édit. G. (19 mai
- 1676), t. IV, p. 449, édit. G.
-
-L'hiver de cette année 1670 fut remarquable par la rigueur du froid[584]
-et par la grande mortalité qu'éprouva la population. Ce même fléau de la
-petite vérole, qui avait été funeste à la duchesse de Saint-Simon,
-menaçait de cécité le jeune duc de Noirmoutier; et une imprudence le
-rendit complétement aveugle[585]. Madame de Sévigné le nomme
-familièrement le petit de Noirmoutier, parce qu'il n'avait pas encore
-vingt ans[586]; c'était le fils de Louis de la Trémouille, duc de
-Noirmoutier, si actif pendant la Fronde[587], si assidu auprès de madame
-de Sévigné pendant sa belle jeunesse. Elle sut conserver comme ami celui
-qui avait voulu être son amant. Elle l'avait perdu depuis quatre ans, et
-son fils[588] avait succédé à l'affection qu'elle portait au père: voilà
-pourquoi elle informe si exactement M. de Grignan des progrès du mal qui
-affligeait ce jeune homme. Elle lui parle aussi de M. de Foix
-(Charles-Henri de Foix, abbé de Saint-Rebais), que la petite vérole a de
-même mis à l'extrémité, et d'un jeune fils du landgrave de Hesse
-(Guillaume VII), qui mourut de la fièvre continue, parce que, suivant
-madame de Sévigné, sa mère lui avait recommandé, en partant, de ne point
-se faire saigner à Paris. «Il ne s'est point fait saigner, il est mort.»
-Alors s'agitait avec chaleur, entre les médecins, la grande question,
-qui dure encore, sur l'efficacité ou le danger de la saignée pour la
-cure de certaines maladies[589].
-
- [584] _Mémoire mss. sur la statistique de Paris au_ XVIIe
- _siècle_.--Conférez les notes à la fin du volume.
-
- [585] SAINT-SIMON, _Mém. authent._, t. II, p. 422.--SÉVIGNÉ,
- _Lettres_ (10 décembre 1670), t. I, p. 179, édit. G.
-
- [586] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (26 novembre 1670), t. I, p. 304, édit.
- de M.; t. I, p. 274, édit. G.--SAINT-SIMON, _Mém. authent._, t.
- II, p. 122.
-
- [587] RETZ, _Mém._, t. XLIV, p. 290, 306, 307.--SAINT-AULAIRE,
- _Histoire de la Fronde_, t. I, p. 298, 1re édition.
-
- [588] Antoine-François de la Trémouille, duc de
- Noirmoutier.--Conférez _Mémoires_ de Coulanges, p. 314 (Lettre de
- madame de Sévigné à Ménage, 1658).--SAINT-SIMON, _Mémoires
- authentiques_.
-
- [589] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (10 décembre 1670), t. I, p. 209, édit.
- M., et 282, édit. de G. de S.-G.--Guillaume mourut à Paris le 21
- novembre 1670.
-
-Madame de Sévigné se garde bien de s'appesantir sur ces tristes détails;
-les mêmes lettres qui les contiennent renferment aussi les nouvelles qui
-pouvaient distraire M. de Grignan de ce qu'ils avaient d'affligeant.
-Tantôt c'est le mariage de M. de Nevers avec mademoiselle de Thianges;
-puis l'intrigue du comte de Saint-Paul avec la maréchale de la
-Ferté[590]; ensuite le pari de trois mille pistoles entre M. le Grand
-(Louis de Lorraine, comte d'Armagnac, grand écuyer) et le maréchal de
-Bellefonds, pour une course qu'ils devaient faire au bois de Boulogne le
-lundi suivant (1er décembre), sur des chevaux «vites comme des
-éclairs[591].» Quelquefois elle l'entretient des _motets_ qu'elle avait
-promis[592], ce qui nous fait supposer que le comte de Grignan était
-musicien; supposition dont la vérité se trouve confirmée par la
-recommandation qu'elle lui fait de ne pas négliger sa voix. Les lectures
-enjouées, comme les lectures sérieuses, plaisaient au comte de Grignan;
-et son goût en cela était conforme à celui de madame de Sévigné, qui,
-dans la correspondance de cette année, fait plusieurs heureuses
-allusions aux _Contes_ de la Fontaine, dont un nouveau recueil complet
-venait de paraître avec privilége du roi[593]. En même temps elle
-annonce à son gendre qu'elle lui enverra un traité de Nicole. «C'est
-d'une extrême beauté, dit-elle; le livre est de l'ami intime de Pascal:
-il ne vient rien de là que de très-parfait; lisez-le avec attention.
-Voilà aussi de très-beaux airs, en attendant les motets[594].»--Et peu
-après elle lui exprime le plaisir que lui ont fait les sermons du P.
-Bourdaloue, prêchés devant la cour aux Tuileries; ils lui paraissent
-infiniment au-dessus de tout ce qu'elle a entendu en ce genre[595].
-Qu'on fût janséniste ou jésuite, dévot ou indévot, on était certain de
-plaire à madame de Sévigné avec de l'esprit et du talent.
-
- [590] Voyez ci-dessus, p. 233, et SÉVIGNÉ, _Lettres_ (10 décembre
- 1670), t. I, p. 211, édit. M.--_Ibid._, t. I, p. 280-282.
-
- [591] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (mercredi, 26 novembre 1670), t. I,
- p. 205, édit. de M.--_Ibid._, t. I, p. 275.--Sur le comte
- d'Armagnac, conférez MONTPENSIER, _Mém._, t. XLIII, p. 60 et
- 416.--LORET, liv. XI, p. 158, 181.--LA FAYETTE, _Mém._, LXIV, p.
- 381.--LOUIS XIV, _OEuvres_, t. V, p. 131 et 138.--BUSSY, t. V, p.
- 46.
-
- [592] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (25 juin 1670), t. I, p. 188, édit. de
- M.--_Ibid._, p. 256, édit. G. de S.-G.
-
- [593] En 1669. Conférez l'_Hist. de la vie et des ouvrages de la
- Fontaine_, 3e édition.--SÉVIGNÉ, _Lettres_ (9 mars 1672), t. II,
- p. 415.
-
- [594] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (15 août 1670), t. I, p. 199, édit. de
- M.; t. I, p. 268, édit. de G. de S.-G.
-
- [595] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (3 décembre 1670), t. I, p. 208, édit.
- de M.--_Ibid._, t. I, p. 279, édit. de G. de S.-G.
-
-
-
-
-CHAPITRE XVI
-
-1670-1671.
-
- Continuation de la correspondance de madame de Sévigné avec le
- comte de Grignan.--Quand elle lui parle d'affaires sérieuses, elle
- les traite à fond et lui donne d'excellents conseils.--Digression
- sur les affaires de Provence lorsque M. de Grignan fut nommé
- lieutenant général.--Droits des états remplacés par une commission
- du parlement.--Le roi enlève au parlement le droit de gouverner
- en l'absence du gouverneur et de son lieutenant.--Le baron
- d'Oppède, président du parlement, est nommé d'office pour
- remplir les fonctions de gouverneur.--Influence de l'évêque de
- Marseille.--Position difficile où se trouve placé le comte de
- Grignan.--Conseils qui lui sont donnés par madame de Sévigné.--M.
- de Grignan demande à l'assemblée des communautés de Provence des
- fonds pour payer ses gardes.--Cette demande est rejetée.--Par le
- moyen de madame de Sévigné, qui agit auprès du baron d'Oppède et
- de l'archevêque d'Aix, M. de Grignan obtient de l'assemblée une
- gratification annuelle.--Madame de Grignan accouche d'une
- fille.--Détails sur la destinée de cet enfant.--Madame de Sévigné
- s'efforce de retarder le départ de madame de Grignan pour la
- Provence.--Elle cite à M. de Grignan madame de Rochefort, qui ne
- peut venir à Paris à cause du mauvais temps.--Détails sur madame
- de Rochefort.--Mariage de mademoiselle d'Heudicourt, cousine des
- Grignan.--Le coadjuteur de l'archevêque d'Arles devait assister à
- ses noces; il y renonce, et madame de Grignan part avec lui pour
- la Provence.--Date de ce départ.
-
-Dans ses lettres à M. de Grignan et dans tout le cours de sa
-correspondance madame de Sévigné ne passe pas toujours, ainsi que nous
-venons de le voir, d'un sujet à un autre légèrement et rapidement. Quand
-il est question d'affaires sérieuses, et surtout d'affaires qui
-intéressent l'honneur, la gloire ou la fortune de son gendre et de sa
-fille, elle s'y arrête, et les envisage sous toutes les faces. Ce n'est
-plus alors la femme aimable, instruite, spirituelle et sensée, qui cause
-sur les événements du jour, sur la religion, la littérature, les
-spectacles, les modes; qui moralise sur les joies et les tristesses du
-monde. C'est l'homme des grandes choses, qui voit tout, qui apprécie
-tout à sa juste valeur, les obstacles et les moyens, les intérêts et les
-intrigues, les passions et les caractères.
-
-A l'époque dont nous traitons, la position de M. le comte de Grignan
-inquiétait madame de Sévigné; et, pour bien comprendre ce que cette
-position avait de difficile, il est nécessaire de faire connaître ce
-qu'était alors le gouvernement de la Provence.
-
-Cette province était ce que l'on appelait un pays d'états, réuni et
-soumis à la couronne, mais sous certaines conditions, ayant ses
-représentants, son parlement et ses franchises. Comme dans les autres
-pays de même origine, ces garanties de la liberté, par l'effet des
-empiétements du pouvoir royal, se réduisaient à de pures formes.
-Cependant il restait encore à la Provence un privilége reconnu et
-respecté par le pouvoir: c'est que, quand le gouverneur et le lieutenant
-général étaient tous les deux absents, le parlement prenait de droit le
-gouvernement de la province; et, pour l'exercice de ce droit, il nommait
-dans son sein une commission à laquelle ses pouvoirs étaient délégués.
-Ce cas se présenta lorsque le duc de Vendôme, gouverneur de Provence,
-fut nommé cardinal en 1667. Le gouverneur et son lieutenant se
-trouvèrent tous les deux absents. Louis XIV se ressouvenait de la
-Fronde, et refusait au parlement de Paris toute action sur la police du
-royaume; il était peu disposé à permettre que cette action fût exercée
-par un parlement de province dans l'étendue de son ressort. Cependant,
-pour ne pas attenter trop ouvertement à des droits consacrés par le
-temps et par un long usage, il nomma, pour commander en l'absence du duc
-de Vendôme, gouverneur, et de Mérinville, lieutenant général, le premier
-président du parlement, Henri Forbin de Meynier, baron d'Oppède. On
-n'osa point faire de réclamation; mais cette mesure indisposa le
-parlement et ceux de la noblesse et du clergé qui avaient droit de
-siéger dans l'assemblée des états et qui étaient regardés comme les
-gardiens naturels des libertés de la province[596]. Comme on soupçonnait
-le baron d'Oppède d'avoir sollicité son brevet de gouverneur par
-_intérim_, qu'on l'accusait de partialité dans son administration et de
-profiter de son autorité pour son intérêt particulier, il éprouva de
-fortes oppositions. Les ministres de Louis XIV comprirent qu'il était
-nécessaire de faire surveiller les mécontents par quelqu'un qui eût plus
-d'influence que le baron d'Oppède. L'évêque de Marseille, Forbin-Janson,
-s'offrit à eux, et il leur fournit ainsi l'occasion de connaître sa
-capacité[597]. Ils s'habituèrent peu à peu à traiter avec lui toutes les
-affaires de la Provence qui avaient quelque importance. Forbin, son
-parent, ami de Bontems, les servait à la cour auprès du roi, et ajoutait
-à son crédit tout le poids d'une si haute volonté.
-
- [596] PAPON, _Hist. de Provence_, t. IV, p. 691, 816 et 819.
-
- [597] SAINT-SIMON, _Mémoires authentiques_, t. X, p. 484.
-
-C'est dans ces circonstances que le comte de Grignan fut nommé
-lieutenant général, pour remplir la place du gouverneur absent. Sa
-présence dans la province et son investiture dans la charge dont il
-était revêtu faisaient cesser de droit l'autorité que le baron d'Oppède
-avait exercée à un titre assez peu légal, et tendait à anéantir
-l'influence que l'évêque de Marseille, sans aucun titre, avait usurpée
-dans les affaires. Ces deux hommes, puissants par l'indépendance de
-leurs fonctions et par les dignités dont ils étaient revêtus, par les
-créatures et les partisans qu'ils s'étaient faits dans le pays,
-formaient obstacle à l'autorité pleine et entière du lieutenant général
-gouverneur. L'intervention de l'évêque pour les affaires qui n'étaient
-pas du ressort ecclésiastique était surtout humiliante pour le comte de
-Grignan, puisque, par les pouvoirs dont le lieutenant général était
-revêtu, elle devait être inutile. Mais son inexpérience la rendait
-nécessaire, et, malgré tous ses efforts pour la faire cesser, elle
-continuait toujours. C'est ce qui produisit l'aversion que le comte de
-Grignan avait pour le prélat. Le caractère aigre et altier de
-celui-ci[598] n'était pas propre à la diminuer. Entre ces deux hommes
-les luttes devinrent plus fréquentes et l'inimitié s'accrut de jour en
-jour.
-
- [598] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (17 novembre 1673), t. III, p. 225,
- édit. de G. L'évêque de Marseille est nommé _la Grêle_.--(24
- novembre 1675), t. IV, p. 219.--(18 août 1680), t. VII, p.
- 165.--(28 février 1690), t. X, p 273.
-
-Madame de Sévigné, mieux instruite que le comte de Grignan des intrigues
-qui lui étaient contraires, jugea, avec son ordinaire sagacité, ce que
-la position de son gendre exigeait de prudence et de ménagement. Elle
-voulait qu'il dissimulât et qu'il n'en vînt pas à une rupture déclarée
-avec l'évêque et avec le baron d'Oppède. Tous deux étaient alors absents
-de leur province; présents et assidus à la cour, madame de Sévigné les
-voyait, et elle agissait auprès d'eux d'une manière conforme aux
-intérêts du lieutenant général gouverneur. Les conseils qu'elle donnait
-à M. de Grignan étaient accompagnés de réflexions qui font autant
-d'honneur à la noblesse de son âme, à la droiture de son cœur qu'à la
-sagesse et à la solidité de son esprit.
-
-«Je veux vous parler, dit-elle, de M. de Marseille, et vous conjurer,
-par toute la confiance que vous pouvez avoir en moi, de suivre mes
-conseils sur votre conduite avec lui. Je connais les manières des
-provinces, et je sais le plaisir qu'on y prend à nourrir les divisions;
-en sorte qu'à moins que d'être en garde contre les discours de ces
-messieurs on prend insensiblement leurs sentiments, et très-souvent
-c'est une injustice. Je vous assure que le temps et d'autres raisons ont
-changé l'esprit de M. de Marseille: depuis quelques jours il est fort
-adouci, et, pourvu que vous ne vouliez pas le traiter en ennemi, vous
-trouverez qu'il ne l'est pas. Prenons-le sur ses paroles jusqu'à ce
-qu'il ait fait quelque chose de contraire. Rien n'est plus capable
-d'ôter tous les bons sentiments que de marquer de la défiance; il suffit
-souvent d'être soupçonné comme ennemi pour le devenir: la dépense en est
-toute faite, on n'a plus rien à ménager. Au contraire, la confiance
-engage à bien faire; on est touché de la bonne opinion des autres, et on
-ne se résout pas facilement à la perdre. Au nom de Dieu, desserrez votre
-cœur, et vous serez peut-être surpris par un procédé que vous
-n'attendez pas. Je ne puis croire qu'il y ait du venin caché dans son
-cœur, avec toutes les démonstrations qu'il nous fait et dont il serait
-honnête d'être la dupe plutôt que d'être capable de le soupçonner
-injustement.
-
-«Suivez mes avis; ils ne sont pas de moi seule: plusieurs bonnes têtes
-vous demandent cette conduite, et vous assurent que vous n'y serez pas
-trompé. Votre famille en est persuadée; nous voyons les choses de plus
-près que vous; tant de personnes qui vous aiment et qui ont un peu de
-bon sens ne peuvent guère s'y méprendre.
-
-«Je vous mandai l'autre jour que M. le premier président de Provence [de
-Forbin, baron d'Oppède] était venu de Saint-Germain exprès, aussitôt que
-ma fille fut accouchée, pour lui faire son compliment; on ne peut
-témoigner plus d'honnêteté ni prendre plus d'intérêt à ce qui vous
-touche. Nous l'avons revu aujourd'hui; il nous a parlé le plus
-franchement et le mieux du monde sur l'affaire que vous ferez proposer à
-l'assemblée des communautés de Provence. Il nous a dit qu'on avait
-envoyé des ordres pour la convoquer, et qu'il vous écrivait pour vous
-faire part de ses conseils, que nous avons trouvés très-bons. Comme on
-ne connaît d'abord les hommes que par les paroles, il faut les croire
-jusqu'à ce que les actions les détruisent; on trouve quelquefois que les
-gens qu'on croit ennemis ne le sont point; on est alors fort honteux de
-s'être trompé; il suffit que l'on soit toujours reçu à se haïr quand on
-y est autorisé[599].»
-
- [599] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (28 novembre 1670), t. I, p. 205 à 207,
- édit. de M.; t. I, p. 275 à 277, édit. de G. de S.-G.
-
-Pour l'intelligence de ce dernier paragraphe, il est nécessaire
-d'expliquer quelle était l'affaire dont parle ici madame de Sévigné et
-que M. de Grignan devait proposer aux états. Cette explication achèvera
-de mettre en évidence les inconvénients et les difficultés de la charge,
-plus brillante que profitable, dont le comte de Grignan avait été
-pourvu.
-
-Le comte de Grignan avait dans ses manières et sa façon de vivre tout le
-désintéressement, toute la libéralité d'un grand seigneur. Dans sa
-nouvelle position il se trouvait obligé à donner fréquemment des repas
-et des fêtes, et un plus grand train de maison lui était nécessaire.
-Astreint à des dépenses auxquelles sa fortune, quoique considérable, ne
-pouvait suffire, il aurait dû trouver dans les appointements de sa
-charge une compensation au moins suffisante. Ces appointements, ainsi
-que ceux du gouverneur, n'étaient pas payés par l'épargne ou le trésor
-public, mais par la province; et le montant en était réglé par des
-ordonnances royales. Ils étaient fixés par ces ordonnances à la somme de
-18,000 livres, équivalant à 36,000 livres de notre monnaie actuelle.
-Cette somme eût été plus que suffisante si le gouverneur eût résidé dans
-la province, et eût rendu inutile l'intervention du lieutenant général;
-mais lorsque celui-ci se trouvait seul chargé du gouvernement et de tous
-les frais de représentation, elle ne pouvait lui suffire. Ce n'est pas
-tout: les ordonnances avaient fixé une certaine somme pour le payement
-et l'entretien des gardes du gouverneur; mais elles n'avaient pas prévu
-le cas où le lieutenant général serait tenu de faire les fonctions de
-gouverneur et obligé, par conséquent, d'avoir des gardes. Pour suppléer
-à cette omission, le comte de Grignan crut devoir profiter de l'occasion
-d'une assemblée de toutes les communautés de la province, dont les
-représentants avaient été réunis à l'effet d'accorder un don de 600,000
-francs demandés par le gouvernement du roi et quelques autres sommes
-moins considérables, exigées par la nécessité de pourvoir à certaines
-dépenses locales. A toutes ces demandes, justifiées dans le discours que
-M. le comte de Grignan prononça lors de l'ouverture de cette assemblée,
-il joignit la proposition d'allouer ce dont il avait besoin pour suffire
-à la subsistance de ses gardes. Cette proposition était fondée
-non-seulement sur ce que, le lieutenant général remplissant les
-fonctions de gouverneur, on devait lui donner les moyens de soutenir la
-dignité de son rang, mais encore parce que ses gardes lui étaient d'une
-utilité indispensable pour le maintien de la police militaire. Appuyée
-sur d'aussi excellentes considérations, cette proposition aurait dû être
-adoptée sans difficulté; mais comme le baron d'Oppède s'était fait
-nommer commissaire du roi pour la tenue de cette assemblée, il s'y
-opposa, et la fit rejeter. On appuya ce refus sur l'arrêt du conseil du
-26 août 1639, qui fixait à 18,000 francs les appointements du lieutenant
-général, et lui défendait de rien exiger au delà, pour quelque cause que
-ce fût.
-
-Voilà quelle était l'affaire dont madame de Sévigné parle dans sa
-lettre. C'est ce premier échec de M. le comte de Grignan qu'il
-s'agissait de réparer en faisant accorder par l'assemblée, sous un autre
-motif que celui qu'on avait refusé d'admettre, une somme quelconque qui
-pût suppléer à l'insuffisance des fonds qui lui étaient alloués. Madame
-de Sévigné réussit, par ses démarches personnelles et celles de toute la
-famille de Grignan, à se concilier l'appui du baron d'Oppède et de
-l'évêque de Marseille, et parvint à persuader à son gendre qu'il ne
-fallait pas qu'il témoignât aucun ressentiment à ces deux personnages,
-dont le concours lui était nécessaire; et que même il aurait tort de ne
-pas croire à leurs promesses et à leurs protestations et de les
-considérer comme ennemis tant qu'ils ne feraient pas contre lui des
-actes d'hostilité. Les conseils de madame de Sévigné furent suivis, et
-ses démarches eurent un plein succès. L'assemblée, sans revenir sur sa
-première décision, déclara qu'en considération des bons services que le
-lieutenant général rendait continuellement au pays il lui serait accordé
-une somme de 5,000 livres (10,000 livres de notre monnaie actuelle).
-Cette somme fut continuée annuellement, et porta ainsi à 46,000 livres
-(monnaie actuelle) les appointements du comte de Grignan comme
-lieutenant général gouverneur[600].
-
- [600] _Abrégé des délibérations faites en l'assemblée générale
- des communautés du pays de Provence, tenue à Lambesc en décembre
- 1670, Janvier et mars 1671, par autorité de monseigneur comte_ DE
- GRIGNAN, _lieutenant général pour le roi dudit pays, et par
- mandement de MM. les procureurs généraux dudit pays_. A Aix, chez
- Charles David, imprimeur du roi, du clergé et de la ville; 1671,
- in-4º, p. 43.--CORIOLIS, _Traité sur l'administration du comté de
- Provence_, 1786, in 4º, t. I, p. 11.--SÉVIGNÉ, _Lettres_ (10
- avril 1671, madame de Fiesque à madame de Grignan), t. II, p.
- 17.--_Ibid._, t. II, p. 13, édit. de M.
-
-Plus d'un lecteur aura remarqué que la lettre de madame de Sévigné, qui
-nous instruit des affaires de son gendre, nous apprend aussi que sa
-fille était accouchée. On pense bien que cet accouchement n'avait pu
-avoir lieu sans que madame de Sévigné en eût écrit tous les détails au
-comte de Grignan, sans qu'antérieurement elle l'eût entretenu bien
-souvent des circonstances de la grossesse, du désir et de l'espérance de
-voir naître un fils destiné à continuer la noble postérité des Grignan;
-et de fait madame de Sévigné avait d'avance préparé tout le trousseau du
-futur enfant conformément à cette idée[601]. Mais, dès les premiers mots
-de la lettre où elle annonce à M. de Grignan l'heureuse issue de
-l'événement si attendu, on apprend ce qu'il accorde et ce qu'il refuse
-pour le présent, et ce qu'il promet pour l'avenir[602]. «Madame de
-Puisieux[603] dit que, si vous avez envie d'avoir un fils, vous preniez
-la peine de le faire. Je trouve ce discours le plus juste et le meilleur
-du monde.» En terminant le récit de la délivrance facile et même
-précipitée de madame de Grignan, madame de Sévigné la compare
-plaisamment à la jeune fille du conte de la Fontaine intitulé
-_l'Ermite_, laquelle croyait accoucher d'un pape. «Quand nous songeons,
-dit-elle, que nous avons fait des _béguins au saint-père_, et qu'après
-de si belles espérances la _signora met au mondé une fille_, je vous
-assure que cela rabaisse le caquet.»
-
- [601] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (25 juin, 15 août, 12 septembre 1670),
- t. I, p. 256, 268, 269, édit. de G. de S.-G.; ou t. I, p. 188,
- 199, 200, édit. de Monmerqué.
-
- [602] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (19 novembre 1670), t. I, p. 201, édit.
- de M.; ou t. I, p. 271, édit. de G. de S.-G.
-
- [603] Charlotte d'Étampes de Valencey, marquise de Puisieux.
- Voyez ci-dessus, p. 247.
-
-Cette fille, baptisée sous le nom de _Marie-Blanche_, fut tenue sur les
-fonts de baptême par madame de Sévigné et par le frère de M. de Grignan,
-au nom de son oncle l'archevêque d'Arles, dont il était le
-coadjuteur[604].
-
- [604] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (19 novembre 1671), t. I, p. 278, édit.
- de G. de S.-G.; t. I, p. 203, édit. de M.
-
-Nourrie à Paris sous les yeux de son aïeule[605], celle-ci fut la
-première, et longtemps la seule, à laquelle elle donna le nom de
-mère[606]. Par les grâces et les gentillesses de son enfance, elle se
-concilia son affection[607]. Quand Marie-Blanche eut été rendue à celle
-qui lui avait donné le jour, de la province d'où elle ne sortit plus
-elle écrivait à madame de Sévigné. Dans les lettres que celle-ci adresse
-à madame de Grignan[608], elle montre souvent une tendre sollicitude
-pour cette filleule chérie, qu'elle avait surnommée _ses petites
-entrailles_. Marie-Blanche d'Adhémar, quoiqu'elle eût les traits de son
-père[609], n'était pas dépourvue d'agréments. Elle avait une taille
-svelte et bien prise, ses yeux étaient d'un bleu foncé et ses cheveux
-d'un beau noir[610]. A l'âge de quinze ans et demi, elle fut mise par sa
-mère dans le couvent des dames Sainte-Marie d'Aix[611]; elle s'y fit
-religieuse, et y mourut à l'âge de soixante-cinq ans[612]. C'est au
-sujet de son entrée dans cette maison que madame de Sévigné nous
-apprend qu'elle aussi avait cru nécessaire autrefois de mettre pendant
-quelque temps sa fille au couvent. En écrivant à madame de Grignan, elle
-dit: «J'ai le cœur serré de ma petite-fille; elle sera au désespoir de
-vous avoir quittée et d'être, comme vous dites, en prison. J'admire
-comment j'eus le courage de vous y mettre; la pensée de vous voir
-souvent et de vous en retirer me fit résoudre à cette barbarie, qui
-était trouvée alors une bonne conduite et une chose nécessaire à votre
-éducation. Enfin, il faut suivre les règles de la Providence, qui nous
-destine comme il lui plaît.»
-
- [605] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (19 août 1676), t. II, p. 196, édit. de
- M.--_Ib._ (24 février 1673), madame de Coulanges à madame de
- Sévigné, t. III, p. 144, édit. de G. de S.-G.; t. III, p. 73,
- édition de Monmerqué.
-
- [606] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (23 décembre 1671), t. II, p. 320 et
- 321, édit. de G. de S.-G.; t. II, p. 271, édit. de M.
-
- [607] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (22 janvier 1672), t. II, p. 354, édit.
- de G. de S.-G.--_Ibid._, t. II, p. 299, édit. de M.--_Ibid._ (16
- mai 1672, à madame de Grignan), t. III, p. 33, édit. de G. de
- S.-G.; t. II, p. 440, édit. de M.--_Ibid._ (23 mai 1672), t. III,
- p. 34, édit. de G. de S.-G.; t. II, p. 445, édit. de M.--_Ibid._
- (3 juillet 1672), t. III, p. 92, édit. de G. de S.-G.; t. III, p.
- 26, édit. de M.--_Ibid._ (11 juillet 1672), t. III, p. 103, édit.
- de G. de S.-G.; t. III, p. 36, édit. de M.--_Ibid._ (24 février
- 1673), t. III, p. 73, édit. de M.--_Ibid._ (19 août 1675), t.
- III, p. 411, édit. de M.--_Ibid._ (29 mars 1680), t. VI, p. 419,
- édit. de G. de S.-G.; t. VI, p. 212, édit de M.
-
- [608] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (19 avril 1680), t. VI, p. 452, édit. de
- G. de S.-G.; t. VI, p. 236, édit. de M.--_Ibid._ (15 juin 1680),
- t. VII, p. 48, édit. de G. de S.-G.; t. VI, p. 323 (24 juillet
- 1680).
-
- [609] XAVIER GIRAULT, Notice biographique, etc., dans Sévigné,
- édit. de G. de S.-G., p. 114.
-
- [610] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (17 février 1672), t. II, p. 289, édit.
- de G. de S.-G.; t. II, p. 331, édit. de M.
-
- [611] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (15 avril et 6 mai 1676), t. IV, p. 396
- et 422, édit. de G. de S.-G.; t. IV, p. 281, édit. de M.
-
- [612] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (11 mars 1676), t. IV, p. 229, édit. de
- M.
-
-La Providence, nous devons le croire, fut douce et bonne envers
-Marie-Blanche d'Adhémar, puisqu'elle l'a soustraite aux peines et aux
-agitations du monde pour la consacrer à Dieu. Cependant tout ce que nous
-savons sur sa vie nous est donné par quelques lignes des lettres de
-madame de Sévigné et surtout par celles qui furent écrites lorsque la
-jeune vierge avait acquis l'âge de vingt ans, et probablement peu après
-qu'elle eut prononcé ses vœux, hélas! perpétuels: «Je fais réponse à ma
-chère petite Adhémar avec une vraie amitié. La pauvre enfant! qu'elle
-est heureuse, si elle est contente! Cela est sans doute; mais vous
-m'entendez bien[613].»
-
- [613] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (1er février 1690, lettre de madame de
- Sévigné à madame de Grignan), t. X, p. 228, édit. de G. de S.-G.;
- t. IX, p. 331, édit. de M.
-
-Ces lignes mystérieuses et mélancoliques et quelques autres[614]
-laissent subsister une douloureuse incertitude sur le sort de cette
-aînée des enfants du comte de Grignan.
-
- [614] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (24 juillet 1680), t. VII, p. 129, édit.
- de G. de S.-G.; t. VI, p. 190, édit. de M.
-
-Dix jours après son accouchement, madame de Grignan se trouvait
-parfaitement rétablie, et madame de Sévigné commençait ainsi la grande
-lettre qu'elle écrivait au comte de Grignan sur ses affaires de
-Provence: «Ne parlons plus de cette femme, nous l'aimons au delà de
-toute raison; elle se porte très-bien, et je vous écris en mon propre et
-privé nom[615].»
-
- [615] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (28 novembre 1670), t. I, p. 275, édit.
- de G. de S.-G; t. I, p. 205, édit. de M.
-
-Il était bien naturel que madame de Sévigné retardât, autant qu'elle le
-pouvait raisonnablement, le départ pour la Provence de _cette femme_,
-bien véritablement aimée d'elle _au delà de toute raison_. Aussi la
-voyons-nous redoubler de soins, de tendresses et de cajoleries pour le
-comte de Grignan; parler sans cesse du désir qu'a sa fille d'aller le
-rejoindre; exagérer les inconvénients, les dangers de ce voyage dans une
-si rigoureuse saison. Il paraît que la nouvelle de la nomination de M.
-de Grignan à la lieutenance générale de Provence, et l'idée de se voir
-séparée de sa fille, avait causé une telle affliction à madame de
-Sévigné que sa santé en avait été altérée; car, en parlant à M. de
-Grignan du prochain départ de sa fille, elle lui dit douloureusement:
-«Je serai bientôt dans l'état où vous me vîtes l'année passée[616].»
-
- [616] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (10 décembre 1670), t. I, p. 280, édit.
- de G. de S.-G.
-
-Cependant le 16 janvier arrive; c'est-à-dire que deux mois se sont
-écoulés depuis l'accouchement de madame de Grignan, et elle n'a point
-encore quitté sa mère. «Hélas! dit celle-ci, je l'ai encore cette pauvre
-enfant! et quoi qu'elle ait pu faire, il ne lui a pas été possible de
-partir le 10 de ce mois[617].» Et voyez quel monde d'obstacles madame
-de Sévigné accumule pour retarder ce départ! A l'entendre, elle le
-souhaite, et c'est forcément qu'elle le diffère. «Les pluies ont été et
-sont encore si excessives qu'il y aurait eu de la folie à se hasarder.
-Toutes les rivières sont débordées, tous les grands chemins sont noyés,
-toutes les ornières cachées; on peut fort bien verser dans tous les
-gués. Enfin, la chose est au point que madame de Rochefort, qui est chez
-elle à la campagne, qui brûle d'envie de revenir à Paris, où son mari la
-souhaite et où sa mère l'attend avec une impatience incroyable, ne peut
-pas se mettre en chemin, parce qu'il n'y a pas de sûreté, et qu'il est
-vrai que cet hiver est épouvantable; il n'a pas gelé un moment, et il a
-plu tous les jours comme des pluies d'orage; il ne passe plus aucun
-bateau sous les ponts; les arches du Pont-Neuf sont quasi comblées:
-enfin c'est une chose étrange.»
-
- [617] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (16 janvier 1671), t. I, p. 298, édit.
- de G. de S.-G.
-
-Madeleine de Laval-Bois-Dauphin, mariée depuis peu au marquis de
-Rochefort, était liée avec madame de Grignan, et du même âge[618].
-Nommée deux ans après dame du palais, son mari fut ensuite fait maréchal
-de France[619] et mourut à l'âge de quarante ans; sa femme se montra
-longtemps inconsolable de sa perte[620]. Jolie personne, elle inspira à
-la Fare une passion à laquelle elle se montra insensible. Celle qu'eut
-pour elle Louvois fut plus constante et plus sérieuse[621]; mais, à
-l'époque où madame de Sévigné écrivait la lettre que nous venons de
-citer, toutes les affections de madame de Rochefort étaient concentrées
-sur son mari, et l'exemple était donc bien choisi[622]. Madame de
-Sévigné ne veut pas que sa fille, pour aller joindre son mari, paraisse
-arrêtée par la crainte du danger; aussi elle prend tout sur elle, et
-dit:
-
-«Je vous avoue que l'excès d'un si mauvais temps fait que je me suis
-opposée à son départ pendant quelques jours. Je ne prétends pas qu'elle
-évite le froid, ni les boues, ni les fatigues du voyage; mais je ne veux
-pas qu'elle soit noyée. Cette raison, quoique très-forte, ne la
-retiendrait pas présentement, sans le coadjuteur, qui part avec elle et
-qui est engagé de marier sa cousine d'Harcourt. Cette cérémonie se fait
-au Louvre. M. de Lionne est le procureur; le roi lui a parlé... Ce
-serait une chose si étrange que d'aller seule, et c'est une chose si
-heureuse pour elle d'aller avec son beau-frère, que je ferai tous mes
-efforts pour qu'ils ne se quittent pas. Cependant les eaux s'écouleront
-un peu. Je veux vous dire de plus que je ne sens point le plaisir de
-l'avoir présentement: je sais qu'il faut qu'elle parte; ce qu'elle fait
-ici ne consiste qu'en devoirs et en affaires; on ne s'attache à nulle
-société; on ne prend aucun plaisir; on a toujours le cœur serré; on ne
-cesse de parler de chemins, de pluies, des histoires tragiques de ceux
-qui se sont hasardés. En un mot, quoique je l'aime comme vous savez,
-l'état où nous sommes à présent nous pèse et nous ennuie; ces derniers
-jours-ci n'ont aucun agrément. Je vous suis très-obligée, mon cher
-comte, de toutes vos amitiés pour moi et de toute la pitié que je vous
-fais. Vous pouvez mieux qu'un autre comprendre ce que je souffre et ce
-que je souffrirai[623].»
-
- [618] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (19 février 1672), t. II, p. 396, édit.
- de G. de S.-G.
-
- [619] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (29 septembre 1673), t. III, p. 288,
- édit. de G. de S.-G.
-
- [620] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (1er juin et 11 septembre 1676), t. IV,
- p. 467, et t. V, p. 117, édit. de G. de S.-G.
-
- [621] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (19 mai 1673), t. III, p. 153.
-
- [622] Conférez encore, sur le maréchal et la maréchale de
- Rochefort, LORET, _Muse historique_, liv. VIII, p. 135; IX, p.
- 130; XIII, p. 66.--MONTPENSIER, _Mémoires_, t. XLII, p.
- 136.--GOURVILLE, _Mémoires_, t. LII, p. 265.--SÉVIGNÉ, _Lettres_
- (25 décembre 1679), t. VI, p. 265, édit. de G. de S.-G.--SÉVIGNÉ,
- _Lettres_ (24 janvier 1680), t. VI, p. 320, édit. de G. de S.-G.
-
- [623] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (16 janvier 1671), t. I, p. 299 et 300,
- édit. de G. de S.-G.
-
-L'inquiétude de madame de Sévigné au sujet de ce départ était d'autant
-plus grande que si ce mariage de la cousine du coadjuteur tardait plus
-de huit jours, et que le coadjuteur persistât à vouloir y assister, elle
-voyait sa fille résolue à partir sans lui, ce qui lui paraissait à elle
-le comble de la folie, et la mettait au désespoir[624]. Le mariage n'eut
-lieu que trois semaines après la date de cette lettre à M. de Grignan.
-Mais le coadjuteur, d'après les vives instances de madame de Sévigné,
-aima mieux renoncer à assister à cette cérémonie que de ne pas
-accompagner sa belle-sœur; c'est ce qui résulte évidemment de la date
-de la célébration des noces de mademoiselle d'Harcourt[625] avec Pereïra
-de Mello, duc de Cardaval, qui eut lieu le 7 février[626], et de la
-lettre de madame de Sévigné, datée du 6 du même mois. C'est par cette
-lettre que commence cette longue suite de complaintes sur la douleur
-qu'éprouvait madame de Sévigné d'être séparée de sa fille; éloquentes et
-touchantes expressions de ses tourments maternels, qui tiennent une si
-grande place dans sa correspondance. Dès la première phrase de cette
-lettre, nous apprenons que madame de Grignan était partie la veille du
-jour où elle fut écrite.
-
- [624] SÉVIGNÉ, _ibid._, p. 300.
-
- [625] La mère de Marie-Angélique-Henriette de Lorraine était
- Ornano et sœur de la mère de MM. de Grignan.--Voyez ci-dessus,
- chap. VIII, p. 129, la liste des parents qui signèrent le contrat
- de mariage de M. de Grignan.
-
- [626] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (23 janvier, 1er et 6 février 1671), t.
- I, p. 303, 304, 305.
-
-
-
-
-CHAPITRE XVII.
-
-1671.
-
- D'Hacqueville vient chercher madame de Grignan dans son carrosse,
- pour la séparer d'avec sa mère.--Douleur de celle-ci.--Elle écrit
- à sa fille.--Madame de Grignan arrive à Nogent-sur-Vernisson.--A
- Moulins, elle y trouve madame de Guénégaud.--Triste réflexion de
- madame de Guénégaud en présence du monument funèbre du duc de
- Montmorency.--C'est là que madame de Grignan rencontre la marquise
- de Valencey et ses deux filles.--Madame de Grignan arrive à Lyon,
- court quelques dangers en gravissant la montagne Tarare, manque
- d'être noyée dans le Rhône à Avignon, où elle s'embarque avec son
- mari.--Couplet sur le départ de madame de Grignan et sur son
- absence de la cour.--Madame de Grignan fait son entrée dans
- Arles.--Elle y trouve le marquis de Vardes et le président de
- Bandol.--Madame de Sévigné entretient une correspondance avec
- diverses personnes pour avoir des nouvelles de sa fille.--De
- Julianis et le marquis de Saint-Andiol lui en apportent.--Elle eut
- trois relations du voyage de sa fille.--Elle reçoit des nouvelles
- de son arrivée à Aix.--Elle souhaite d'être à Aix, pour partager
- avec elle l'ennui des visites et du cérémonial.--Elle ne peut
- s'accoutumer à son absence.--Elle forme le projet de l'aller
- trouver en Provence.--Madame de Grignan est enceinte.--Inquiétudes
- de sa mère sur son projet d'aller à Marseille.--Honneurs rendus à
- madame de Grignan par de Vivonne; détails sur celui-ci.--Pour mot
- d'ordre il donne le nom de madame de Sévigné.--Celle-ci se montre
- charmée de cette galanterie et de la relation que sa fille lui
- adresse de son voyage d'Aix à Marseille.--Elle se rend dans cette
- ville la conciliatrice de tous les différends.--Madame de Sévigné
- se dispose à partir pour la Bretagne, et promet à sa fille d'aller
- la rejoindre en Provence.
-
-Fille adorée, heureuse mère, dans tout l'éclat de la jeunesse et de la
-beauté, madame de Grignan allait retrouver un époux sur lequel la
-puissance de ses charmes et l'énergie de son caractère devaient lui
-assurer un suprême ascendant; elle partait avec l'assurance d'être
-accueillie en reine sous ce beau ciel de Provence, où la renommée de ses
-attraits, de sa vertu, de ses talents, de la culture de son esprit,
-l'avait précédée.
-
-Le complaisant d'Hacqueville, au moment du départ, était venu lui-même
-la prendre dans son carrosse, autant par attention pour elle que pour
-soutenir le courage de madame de Sévigné contre la douleur d'une telle
-séparation. Plus d'un mois après ce cruel moment, cette mère
-inconsolable ne pouvait supporter la vue de la chambre où elle avait dit
-à sa fille un dernier adieu, où elle lui avait donné le dernier
-baiser[627].
-
- [627] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (3 mars 1671), t. I. p. 355, édit. de G.
- de S.-G.; t. I, p. 272, édit. de M.
-
-«Je vous assure, ma chère enfant, lui écrit-elle alors, que je songe à
-vous continuellement, et que je sens tous les jours ce que vous me dîtes
-une fois, qu'il ne fallait pas appuyer sur certaines pensées: si l'on ne
-glissait pas dessus, on serait toujours en larmes, c'est-à-dire moi. Il
-n'y a lieu dans cette maison qui ne me blesse le cœur; toute votre
-chambre me tue; j'y ai fait mettre un paravent tout au milieu, pour
-rompre un peu la vue; une fenêtre de ce degré par où je vous vis monter
-dans le carrosse d'Hacqueville, et par où je vous rappelai, me fait peur
-à moi-même quand je pense combien alors j'étais capable de me jeter par
-la fenêtre; car je suis folle quelquefois. Ce cabinet, où je vous
-embrassai sans savoir ce que je faisais; ces Capucins[628], où j'allai
-entendre la messe; ces larmes qui tombaient de mes yeux à terre, comme
-si c'eût été de l'eau qu'on eût répandue; Sainte-Marie[629], madame de
-la Fayette, mon retour dans cette maison, votre appartement, la nuit, le
-lendemain; et votre première lettre, et toutes les autres, et encore
-tous les jours, et tous les entretiens de ceux qui entrent dans mes
-sentiments: ce pauvre d'Hacqueville est le premier; je n'oublierai
-jamais la pitié qu'il eut de moi. Voilà donc où j'en reviens, il faut
-glisser sur tout cela, et se bien garder de s'abandonner à ses pensées
-et aux mouvements de son cœur; j'aime mieux m'occuper de la vie que
-vous faites maintenant, cela me fait une diversion sans m'éloigner
-pourtant de mon sujet et de mon objet, qui est ce qu'on appelle
-poétiquement l'objet aimé. Je songe donc à vous, et je souhaite toujours
-de vos lettres; quand je viens d'en recevoir, j'en voudrais bien encore.
-J'en attends présentement, et je reprendrai ma lettre quand j'aurai de
-vos nouvelles. J'abuse de vous, ma très-chère; j'ai voulu aujourd'hui me
-permettre cette lettre d'avanie, mon cœur en avait besoin; je n'en
-ferai pas une coutume[630].»
-
- [628] Le couvent des Capucins de la rue d'Orléans au Marais.
- Cette église est aujourd'hui la paroisse de Saint-François
- d'Assise.
-
- [629] Le couvent des filles de Sainte-Marie. Voyez PIGANIOL DE LA
- FORCE, _Description de Paris_, t. VIII, p. 318; et SÉVIGNÉ,
- _Lettres_ (6 février 1671), t. I, p. 305 et 306, édit. de G. de
- S.-G.
-
- [630] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (13 mars 1671), t. I, p. 355.
-
-Cette lettre rappelle celle qu'elle avait écrite dès le lendemain même
-du départ de madame de Grignan:
-
-«Ma douleur serait bien médiocre si je pouvais vous la dépeindre[631];
-je ne l'entreprendrai pas aussi. J'ai beau chercher ma fille, je ne la
-trouve plus, et tous les pas qu'elle fait l'éloignent de moi. Je m'en
-allai donc à Sainte-Marie, toujours pleurant et toujours mourant; il me
-semblait qu'on m'arrachait le cœur et l'âme; et en effet quelle rude
-séparation! Je demandai la liberté d'être seule; on me mena dans la
-chambre de madame de Housset, on me fit du feu. Agnès me regardait sans
-me parler; c'était notre marché. J'y passai jusqu'à cinq heures sans
-cesser de sangloter; toutes mes pensées me faisaient mourir. J'écrivis à
-M. de Grignan, vous pouvez juger sur quel ton; j'allai ensuite chez
-madame de la Fayette, qui redoubla mes douleurs par l'intérêt qu'elle y
-prit; elle était seule et malade, et triste de la mort d'une sœur
-religieuse. Elle était comme je la pouvais désirer. M. de la
-Rochefoucauld y vint; on ne parla plus que de vous, et de la raison que
-j'avais d'être touchée... Les réveils de la nuit ont été noirs, et le
-matin je n'étais pas avancée d'un pas pour le repos de mon esprit.
-L'après-dînée se passa chez madame de la Troche, à l'Arsenal. Le soir,
-je reçus votre lettre, qui me remit dans mes premiers transports.»
-
- [631] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (6 février 1671), t. I, p. 305-307,
- édit. de G. de S.-G.
-
-Ainsi que nous l'avons déjà dit, madame de Grignan, en quittant Paris,
-laissa sa fille à madame de Sévigné, et partit avec ses chevaux,
-s'avançant à petites journées sur la route de Lyon[632]. Elle avait pour
-conducteur ou pour cocher un certain Busche, homme dévoué, mais
-grotesque, qui, lorsqu'il l'eut rendue saine et sauve à sa destination,
-revint à Paris, et fut questionné, choyé et sur le point d'être embrassé
-par madame de Sévigné[633]. Un paysan de Sully fut chargé de lui
-apporter une lettre de sa fille tandis qu'elle était en route. «Je veux
-le voir, lui écrit-elle; je lui donnerai de quoi boire. Je le trouve
-bien heureux de vous avoir vue. Hélas! comme un moment me paraîtrait
-doux, et que j'ai de regret à tous ceux que j'ai perdus!» Lorsque madame
-de Grignan fut arrivée à Nogent-sur-Vernisson, elle écrivit à sa
-mère[634], et chercha à la distraire en lui racontant les singulières
-saillies d'éloquence de Busche. Nous n'avons aucune des lettres que
-madame de Grignan a écrites pendant ce voyage, et nous n'en pouvons
-juger que par la vive impression qu'elles faisaient sur madame de
-Sévigné, toujours dans les larmes, toujours inconsolable et croyant
-toujours voir ce fatal carrosse, «qui, dit-elle, avance sans cesse et
-n'approchera jamais de moi[635].»
-
- [632] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (9 février 1671), t. I, p. 237, 238,
- 239, édit. de M., ou t. I, p. 313 à 314, édit. de G. de S.-G.
-
- [633] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (4 mars 1671), t. I, p. 359-361.--(9
- février 1671), t. I, p. 315, édit. de G. de S.-G.; t. I, p. 239,
- édit. de M.
-
- [634] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (9 et 11 février 1671), t. I, p. 315 et
- 320.
-
- [635] SÉVIGNÉ, _Lettres_ en date des 9 et 18 février 1671, t. I,
- p. 311 et 333 de l'édit. de G. de S.-G.
-
-Arrivée à Moulins, madame de Grignan y trouva madame Duplessis de
-Guénégaud, non telle que dans son enfance elle l'avait vue à Fresnes au
-milieu de sa prospérité: cette femme si aimable, si spirituelle avait
-été dépouillée de la plus grande partie de sa fortune par les mesures
-rigoureuses de Colbert contre tous les amis de Fouquet, contre tous ceux
-qui s'étaient enrichis sous son administration[636]. Déchue du rang
-qu'elle occupait à la cour et dans le monde, elle s'était retirée à
-Moulins, où se trouvait aussi madame Fouquet et toute sa famille,
-plongée dans la douleur d'être privée de son chef. Madame de Guénégaud
-retournait en cette ville après un court séjour à Paris. En partant,
-elle s'était chargée d'une lettre que madame de Sévigné l'avait[637]
-priée de remettre à sa fille lorsqu'elle l'aurait rejointe. Le premier
-soin de madame de Grignan, en arrivant à Moulins, avait été de se rendre
-au couvent de la Visitation, fondé par sa bisaïeule la baronne de
-Chantal, où, depuis trente ans qu'elle avait cessé de vivre, on
-conservait son cœur avec vénération[638]. Madame de Grignan, après
-avoir payé le tribut des prières dues à une si chère et si pieuse
-mémoire, tourna ses regards vers le tombeau orné de pilastres, de
-statues, couronné de figures d'anges que la veuve de Henri de
-Montmorency, décapité à Toulouse le 30 octobre 1632[639], avait fait
-ériger dans cette église. Le maréchal-duc y est représenté couché sur le
-dos et appuyé sur le coude. La duchesse, sa femme, est assise à ses
-pieds, voilée et en mante. Deux jeunes enfants, beaux, frais, gracieux,
-priaient avec leur mère près de ce magnifique mausolée; c'étaient les
-deux petites-filles de François de Montmorency, comte de Boutteville, ce
-parent et cet ami du baron de Sévigné, l'aïeul de madame de Grignan, de
-ce comte de Boutteville que Richelieu aussi avait fait décapiter le 21
-juin 1637; et leur mère, Marie-Louise de Montmorency, marquise de
-Valencey[640]. L'aspect de ce lieu, si rempli des souvenirs de sa
-famille et des deux illustres victimes immolées à l'ambition et à la
-cruauté d'un ministre; cette réunion autour d'une même tombe de
-l'enfance et de l'âge mûr, du malheur et de la prospérité émurent madame
-de Grignan, déjà triste de se trouver séparée d'une mère qu'elle n'avait
-jamais quittée: elle se prit à pleurer, et soupira profondément. Dans le
-même moment madame de Guénégaud, arrivant de Paris, l'accosta, la
-regarda avec attendrissement, et lui dit: «Soupirez, madame, soupirez;
-j'ai accoutumé Moulins aux soupirs qu'on apporte de Paris[641].»
-
- [636] GOURVILLE, _Mémoires_ (année 1671), collection des
- _Mémoires sur l'histoire de France_, par Petitot et Monmerqué, t.
- LII, p. 449.
-
- [637] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (9 et 18 février 1671), t. I, p. 311 et
- 329.--_Ibid._ (17 mai 1676), t. IV, p. 440, édit. de G. de S.-G.
-
- [638] Tome I, p. 3 de la première partie de ces Mémoires.
-
- [639] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (18 février 1671), t. I, p. 332, et la
- note 1 de M. Gault de Saint-Germain.
-
- [640] Première partie de cet ouvrage, p. 5.--Conférez SÉVIGNÉ,
- _Lettres_ (28 juillet 1682), t. VII, p. 98, édit. de M.
-
- [641] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (17 mai 1671), t. IV, p. 441, édit. de
- G. de S.-G.; t. IV, p. 298, édit. de M.
-
-Madame de Grignan vit encore à Moulins, dans le couvent de la
-Visitation, une très-belle femme, madame de Valence, qui s'était faite
-religieuse[642]; cette madame de Valence passa depuis dans plusieurs
-couvents, puis se fixa dans l'abbaye de Clérets, où elle rétablit la
-règle, ce qui lui acquit la réputation d'une sainte[643].
-
- [642] _Lettres de madame_ DE RABUTIN-CHANTAL, _marquise_ DE
- SÉVIGNÉ, _à madame la comtesse de Grignan, sa fille_; la Haye,
- 1726, in-12, t. I, p. 20.
-
- [643] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (de madame de Sévigné au comte de
- Guitaud, 1693), t. X, p. 445 et 446, édit. de G. de S.-G.
-
-Madame de Grignan continua sa route sans s'arrêter jusqu'à Lyon; et le
-récit qu'elle fit de ce trajet à madame de Sévigné donna lieu à celle-ci
-de gronder dans une de ses lettres le coadjuteur pour avoir fait
-franchir de nuit à sa fille la montagne de Tarare, qu'on ne passe
-jamais, dit-elle, qu'entre deux soleils[644]. Mais M. de Grignan reçut
-une réprimande bien plus méritée et bien plus sérieuse pour avoir,
-selon madame de Sévigné, par son imprudence, fait courir à sa femme, à
-lui-même et à tous les siens un véritable danger. Cependant il ne la
-méritait pas, cette réprimande, et le coupable en cette occasion était
-encore le coadjuteur[645].
-
- [644] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (25 et 27 février 1671), t. I, p. 342,
- 350, édit. de G. de S.-G.
-
- [645] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (4 mars 1671), t. I, p. 359, édit. de G.
- de S.-G.
-
-M. de Grignan était venu au-devant de sa femme jusqu'à Avignon[646].
-L'empressement que mit madame de Grignan à rejoindre son mari ne lui
-permit pas de séjourner à Lyon. Poussé par son frère et par sa femme, M.
-de Grignan consentit, malgré ses craintes, à s'embarquer avec eux sur le
-Rhône par un temps d'orage; le bateau qui les portait, jeté violemment
-sur une des arches du pont d'Avignon, fut sur le point de se briser, et
-tous ceux qu'il contenait furent exposés à être engloutis dans le
-fleuve. La lettre de madame de Grignan, qui contenait le récit de cette
-aventure, mit pendant plusieurs jours madame de Sévigné dans un état
-permanent d'effroi. Elle écrivit à sa fille: «Quel miracle que vous
-n'ayez pas été brisés et noyés en même temps! Je ne soutiens pas cette
-pensée, j'en frissonne, et je m'en suis réveillée avec des sursauts dont
-je ne suis pas la maîtresse.» Et deux jours après, dans une autre
-lettre, voulant plaisanter sur le coadjuteur, qui n'écrit pas et qui
-sans doute a été noyé sous le pont d'Avignon: «Ah! mon Dieu! dit-elle,
-cet endroit est encore bien noir dans ma tête[647].» Elle croyait que sa
-fille n'avait pu être sauvée que par un miracle de Dieu. «Je crois du
-moins, lui dit-elle, que vous avez rendu grâces à Dieu de vous avoir
-sauvée. Pour moi, je suis persuadée que les messes que j'ai fait dire
-tous les jours pour vous ont fait ce miracle, et je suis plus obligée à
-Dieu de vous avoir conservée dans cette occasion que de m'avoir fait
-naître[648].» Bossuet, auquel madame de Grignan avait inspiré de
-l'attachement, fut fortement ému lorsque le jeune de Sévigné lui apprit
-cet événement. Sévigné termine ainsi une courte lettre à sa sœur:
-«Adieu; soyez la bien échappée des périls du Rhône et la bien reçue dans
-votre royaume d'Arles. A propos, j'ai fait transir M. de Condom sur le
-récit de votre aventure; il vous aime toujours de tout son cœur[649].»
-
- [646] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (27 mars 1671), t. I, p. 398, édit. de
- M.
-
- [647] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (4 et 6 mars 1671), t. I, p. 358 et 361,
- édit. de G. de S.-G.; p. 274 à 277, édit. de M.
-
- [648] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (4 mars 1671), t, I, p. 358.
-
- [649] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (6 mars 1671), t. I, p. 361.
-
-Le départ de madame de Grignan, le danger qu'elle avait couru, son
-absence, qui devait longtemps se prolonger, occupèrent pendant quelques
-jours la cour et la ville; et on fit sur cela des vaudevilles et des
-chansons[650], comme alors on avait coutume d'en faire sur les plus
-graves affaires et sur les plus légers événements: ces chansons, après
-avoir couru en manuscrit, passaient dans les recueils imprimés. Une de
-celles qui ont reçu cet honneur commence ainsi:
-
- Provinciaux, vous êtes heureux
- D'avoir ce chef-d'œuvre des cieux,
- Grignan, que tout le monde admire.
- Provinciaux, voulez vous nous plaire,
- Rendez cet objet si doux:
- Nous en avons affaire.
- Gardez monsieur son époux
- Et rendez-la-nous[651].
-
- [650] _Recueil de chansons choisies, par_ M. DE ***; 1698, in-12,
- t. I, p. 166-168. _Pour madame la comtesse de Grignan, qui pensa
- se noyer sur le Rhône en allant à Arles._
-
- [651] _Recueil de chansons choisies_; 1698, in-12, t. I, p. 175.
- Conférez encore t. II, p. 19, 20 et 22. Les chansons de ce
- recueil sont à tort attribuées à de Coulanges; il en contient un
- grand nombre de lui, mais il y en a beaucoup d'autres dont il
- n'est pas l'auteur.
-
-Madame de Grignan fit son entrée dans Arles; et la réception pompeuse
-qui lui fut faite ne lui causa point autant de satisfaction que d'y
-rencontrer Corbinelli et de s'entretenir avec lui de sa mère[652].
-
- [652] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (6 mars 1671), t. I, p. 361, édit. de G.
- de S.-G.; t. I, p. 177, édit. de M.
-
-M. de Grignan quitta sa femme à Arles[653], où elle séjourna.
-Indépendamment de Corbinelli, elle était encore entourée dans cette
-ville de deux autres amis de madame de Sévigné, le brillant marquis de
-Vardes, toujours exilé, et le président de Bandol, homme d'esprit et de
-goût, aimant la poésie et les belles-lettres et en correspondance avec
-Coulanges le chansonnier. C'est accompagnée par le président de Bandol
-et le marquis de Vardes que madame de Grignan fit son entrée dans la
-ville d'Aix, qui, comme la capitale de la Provence, devait être le lieu
-de sa résidence habituelle et était le terme de son voyage[654].
-
- [653] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (11 mars 1671), t. I, p. 365, édit. de
- G. de S.-G.
-
- [654] _Lettres de madame_ RABUTIN-CHANTAL, _marquise_ DE SÉVIGNÉ,
- _à madame la comtesse de Grignan, sa fille_; la Haye, 1726,
- in-12, t. I, p. 38 et 39.--SÉVIGNÉ, _Lettres_ (18 mars 1671), t.
- I, p. 379 et 380, édit. de G. de S.-G.; t. I, p. 292, édit. de M.
-
-Madame de Grignan avait, par ses lettres, instruit sa mère de tout ce
-qui lui avait paru intéressant depuis son arrivée en Provence; mais
-madame de Sévigné, avide des moindres détails, ne trouvait pas sa fille
-assez explicite, et s'était mise en rapport avec tous ceux qui pouvaient
-lui en donner des nouvelles. C'est ainsi qu'elle se procura une relation
-admirable, selon elle, du voyage de madame de Grignan depuis Arles
-jusqu'à Aix, adressée à M. de Coulanges par M. de Ripert, homme
-d'affaires de M. de Grignan[655] et frère du doyen du chapitre de
-Grignan. Corbinelli lui fit une seconde relation du même voyage, et le
-président de Bandol une troisième[656]. Toutes furent lues et relues par
-elle avec un égal empressement. Elle recherchait aussi tous ceux qui
-venaient de la Provence et lui parlaient de sa fille, et même tous les
-Provençaux, qui, eux aussi, pouvaient au moins l'entretenir du pays
-qu'habitait madame de Grignan. Madame de Sévigné lia une correspondance
-avec Vardes sur ce sujet et avec le coadjuteur d'Arles; elle rendit plus
-actives ses relations avec son cousin de Coulanges, alors à Paris. Le
-coadjuteur d'Arles lui écrivait en italien des lettres qui la
-divertissaient. «Je ferai, dit-elle, réponse au prélat dans la même
-langue, avec l'aide de mes amis[657].» Ces amis, c'était sans doute
-Ménage, qui écrivait parfaitement en italien. Dans cette même lettre
-(mutilée dans toutes les éditions modernes) elle dit encore: «La liaison
-de M. de Coulanges et de moi est extrême par le côté de la Provence; il
-me semble qu'il m'est bien plus proche qu'il n'était; nous en parlons
-sans cesse. Quand les lettres de Provence arrivent, c'est une joie parmi
-tous ceux qui m'aiment, comme c'est une tristesse quand je suis
-longtemps sans en avoir. Lire vos lettres et vous écrire sont la
-première affaire de ma vie; tout fait place à ce commerce; aimer comme
-je vous aime fait trouver frivoles toutes les autres amitiés[658].»
-
- [655] _Lettres de madame_ RABUTIN-CHANTAL, _marquise_ DE SÉVIGNÉ,
- _à madame la comtesse de Grignan, sa fille_; la Haye, 1726,
- in-12, t. I, p. 38 et 39 (18 mars 1671); et t. I, p. 220. Le nom
- de Ripert ne se trouve pas dans les éditions modernes, et les
- lettres citées ici y ont subi beaucoup de
- retranchements.--SÉVIGNÉ, _Lettres_ (le jour des noces, à onze
- heures, 1671), t. II, p. 325, édit. de G. de S.-G.; ou t. II, p.
- 275 de l'édit. de M.--_Ibid._ (26 juillet 1675), t. III, p. 469,
- édit. de G. de S.-G.--_Ibid._ (4 septembre 1676), t. V, p. 113.
- Sur Ripert, voyez l'_Histoire de madame de Sévigné_, par M.
- Aubenas, p. 180 et 588.
-
- [656] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (27 mars 1671), t. I, p. 398, édit. de
- G. de S.-G.; t. I, p. 309, édit. de M.
-
- [657] SÉVIGNÉ, _Lettres_, édit. de la Haye, 18 mars 1671, t. I,
- p. 639.
-
- [658] _Lettres de madame_ RABUTIN-CHANTAL, _marquise_ DE SÉVIGNÉ,
- _à madame la comtesse de Grignan, sa fille_; la Haye, 1726,
- in-12, t. I, p. 38.
-
-Le premier Provençal qui vint donner à madame de Sévigné des nouvelles
-de sa fille fut le beau-frère de M. de Grignan, le marquis de
-Saint-Andiol[659], qui, en se rendant à Paris, avait rencontré madame de
-Grignan. «Saint-Andiol m'est venu voir... il m'a dit qu'il vous avait
-vue en chemin; il m'a fait transir en me parlant des chemins que vous
-aviez à passer.»
-
- [659] Conférez ci-dessus, chapitre VIII, p. 137, et _Lettres de
- madame_ RABUTIN-CHANTAL, etc.; la Haye, 1726, in-12, t. I, p. 39.
- (Ce passage ne se trouve que dans cette première édition.)
-
-Mais ce fut un autre Provençal, nommé de Julianis, qui mit fin aux
-anxiétés de madame de Sévigné en lui apprenant que sa fille était enfin
-arrivée heureusement au terme de son voyage.
-
-Le 11 mars, un mercredi, madame de Sévigné écrit à sa fille: «Vous étiez
-à Arles; mais je ne sais rien de votre arrivée à Aix. Il me vint hier un
-gentilhomme de ce pays-là, qui était présent à votre arrivée et qui vous
-a vue jouer à petite prime avec Vardes, Bandol et autres; je voudrais
-pouvoir vous dire comme je l'ai reçu et ce qu'il m'a paru de vous avoir
-vue jeudi dernier... Il m'a trouvée avec le P. Mascaron, à qui je
-donnais un très-beau dîner. Comme il prêche à ma paroisse et qu'il vint
-me voir l'autre jour, j'ai pensé que cela était d'une vraie petite
-dévote de lui donner un repas; il est de Marseille, et a trouvé fort bon
-d'entendre parler de Provence[660].»
-
- [660] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (11 mars 1671), t. I, p. 365, édit. de
- G. de S.-G.--_Ibid._ (18 février 1671), t. I, p. 330.--_Ibid._ (6
- et 10 novembre 1675), t. IV, p. 194-196.--_Ibid._ (29 décembre
- 1675), t. I, p. 280.--_Ibid._ (1er janvier 1676), t. IV, p.
- 285--_Ibid._ (12 août 1695, lettre de madame de Coulanges), t.
- XI, p. 204, note 1.
-
-Il résulte de ce passage de la lettre de madame de Sévigné que de
-Julianis, le gentilhomme dont elle parle, ne mit que cinq jours à se
-rendre d'Aix à Paris, et que madame de Grignan employa un mois entier
-pour se rendre de Paris à Aix; ce qui ne doit pas surprendre. Madame de
-Grignan, ainsi que nous l'avons dit, avait voyagé avec ses chevaux à
-petites journées, et, de plus, on a vu qu'elle s'était arrêtée partout
-où elle avait trouvé des parents et des amis qui l'invitaient à
-séjourner.
-
-Enfin, madame de Sévigné ne fut parfaitement tranquille que lorsqu'elle
-reçut une lettre de madame de Grignan datée d'Aix. Mais elle regrettait
-de n'y pas trouver assez de détails, et elle en fit des reproches à sa
-fille. «Je ne comprends pas que vous ne me disiez pas un mot de votre
-entrée à Aix ni de quelle manière on vous y avait reçue. Tous deviez me
-dire de quelle manière Vardes honorait votre triomphe; du reste, vous me
-le représentez très-plaisamment, avec votre embarras et vos civilités
-déplacées. Bandol vous est d'un grand secours; et moi, ma petite, que
-je vous serais bonne! Ce n'est pas que je fisse mieux que vous, car je
-n'ai pas le don de placer si juste les noms sur les visages; au
-contraire, je fais tous les jours mille sottises là-dessus; mais je vous
-aiderais à faire des révérences[661].»
-
- [661] _Lettres de madame_ RABUTIN-CHANTAL, _marquise_ DE SÉVIGNÉ,
- _à madame la comtesse de Grignan, sa fille_ (18 mars 1671), t. I,
- p. 34. Ce texte a éprouvé, de la part du chevalier Perrin, des
- altérations et des suppressions. Conférez SÉVIGNÉ, _Lettres_, t.
- I, p. 379, édit. de G. de S.-G.
-
-La voilà donc réduite, cette tendre mère, à regretter de ne pouvoir
-partager les ennuis et les tribulations de celle qu'elle aime; la voilà
-séparée d'elle pour un temps qui lui paraît infini, puisque la durée
-n'en peut être déterminée. Que fera-t-elle, la pauvre délaissée? Avec sa
-fille, son cœur, son âme, son esprit ont été transportés en Provence;
-c'est là qu'elle vit, qu'elle s'alarme, qu'elle se réjouit, qu'elle se
-console, qu'elle s'afflige. Enfin elle ne peut plus résister aux
-anxiétés qu'elle éprouve d'en être privée, d'en être si éloignée. Elle
-forme le projet de l'aller joindre, de jouir encore du bonheur de la
-voir, de l'admirer, de la caresser, de lui donner ses soins; car elle
-sait qu'elle est enceinte; sa grossesse est connue de l'évêque de
-Marseille et n'est un mystère pour personne[662]. Cependant madame de
-Grignan, nonobstant l'état où elle se trouve, veut aller visiter
-Marseille; nouveau sujet d'alarme pour madame de Sévigné. D'Aix à
-Marseille la distance n'est pas grande, et la route est belle.--Peu
-importe: lorsque madame de Sévigné sait que ce voyage s'exécute, mille
-craintes la tourmentent. «Pourquoi avez-vous été à Marseille? M. de
-Marseille mande ici qu'il y a de la petite vérole; de plus, on vous aura
-tiré du canon qui vous aura émue: cela est très-dangereux. On dit que de
-Biez accoucha l'autre jour, d'un coup de pistolet qu'on tira dans la
-rue. Vous aurez été dans des galères, vous aurez passé sur de petits
-ponts; le pied peut vous avoir glissé, vous serez tombée. Voilà les
-horreurs de la séparation; on est à la merci de toutes ces pensées; on
-peut croire, sans folie, que ce qui est possible peut arriver. Toutes
-les tristesses de tempérament sont des pressentiments, tous les songes
-sont des présages, toutes les précautions sont des avertissements; enfin
-c'est une douleur sans fin[663].»
-
- [662] _Lettres de madame_ RABUTIN-CHANTAL, _marquise_ DE SÉVIGNÉ,
- t. I, p. 97, édit. de la Haye, 1726, 6 mai 1671.--SÉVIGNÉ,
- _Lettres_, t. II, p. 61, édit. de G.--_Ibid._, t. II, p. 51,
- édit. de M.
-
- [663] _Lettres de madame_ RABUTIN-CHANTAL, édit. de la Haye,
- 1726, t. I, p. 97 (6 mai 1671).--SÉVIGNÉ, _Lettres_, t. II, p.
- 58, édit. de G. de S.-G.--_Ibid._, t. II, p. 48, édit. de M.
-
-Mais aussitôt que madame de Sévigné apprend que ce voyage s'est terminé
-heureusement, elle paraît charmée qu'il ait été entrepris. Vivonne, que
-sa bravoure et sa qualité de frère de madame de Montespan portèrent aux
-postes les plus enviés et au grade de maréchal de France, était alors à
-Marseille général des galères. Gros réjoui, homme d'esprit, adonné aux
-femmes et aux plaisirs de la table jusqu'à la débauche[664], lié avec
-madame de Sévigné, il fit rendre à madame de Grignan des honneurs dignes
-d'une reine. Le canon retentit avec fracas à son arrivée; le mot d'ordre
-donné aux troupes fut le nom même de sa mère. La relation que madame de
-Grignan fit à madame de Sévigné de ce voyage la charma, et elle ne
-déguise pas le plaisir que lui fit la galanterie dont elle fut
-personnellement l'objet de la part de Vivonne, ce _gros crevé_, comme
-elle l'appelle ailleurs. «Je vois bien, ma fille, que vous pensez à moi
-très-souvent et que cette _maman mignonne_ de M. de Vivonne n'est pas de
-contrebande avec vous.» Madame de Sévigné se montre surtout enchantée,
-et avec raison, que madame de Grignan ait profité de son rang de femme
-du lieutenant général gouverneur pour opérer des réconciliations et
-faire cesser des dissensions. «Il m'est venu de deux endroits que vous
-aviez un esprit si bon, si juste, si droit et si solide qu'on vous a
-faite seule arbitre des plus grandes affaires. Vous avez accommodé les
-différends infinis de M. de Monaco avec un monsieur dont j'ai oublié le
-nom. Vous avez un sens si net et si fort au-dessus des autres qu'on
-laisse le soin de parler de votre personne, pour louer votre esprit;
-voilà ce qu'on dit de vous ici[665].»
-
- [664] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (22 septembre 1688, 24 juin 1671, 12
- juin 1672, 11 et 15 décembre 1673, 31 juillet et 6 novembre
- 1675); t. VIII, p. 357; t. II, p. 120; t. III, p. 64, 477; t. IV,
- p. 190; t. VIII, p. 357.--LOUIS XIV, _OEuvres_, t. V, Lettres, p.
- 320 et 330, 365, 366, 371.
-
- [665] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (13 mai 1671), t. II, p. 65, édit. de
- G.--_Ibid._, t. II, p. 55, édit. de M.
-
-Madame de Grignan ne s'arrêta pas à ce service rendu au prince de
-Monaco; elle alla dans le chef-lieu de sa principauté rendre visite à sa
-femme, fille du comte de Gramont. C'était là une marque de déférence à
-laquelle celle-ci n'avait pas droit de s'attendre après le discrédit où
-l'avait fait tomber le scandale de ses amours avec Lauzun, avec le
-chevalier de Lorraine, puis ses complaisances envers le roi. Aussi la
-princesse se hâta-t-elle d'aller rendre en Provence à madame de Grignan
-la visite qu'elle en avait reçue. Ces deux femmes, qui n'avaient rien
-entre elles de commun que la beauté, furent cependant charmées de se
-retrouver ensemble. Elles pouvaient parler de la cour, où toutes deux
-avaient brillé et dont elles se regardaient comme exilées, quoique
-toutes deux, dans les pays où elles résidaient, occupassent le premier
-rang. Mais ce voyage que fit madame de Grignan à Monaco fut pour madame
-de Sévigné un nouveau sujet d'alarmes: les grosses vagues de la mer et
-ces chemins plus étroits que les litières, où la vie dépend de la
-fermeté des pieds des mulets, la faisaient transir de frayeur[666].
-
- [666] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (27 et 30 mai, 6 juin 1672), t. III, p.
- 38, 42, 47 et 48, édit. de G.; t. II, p. 448-451, 461 et 463,
- édit. de M.--_Idem_ (23 décembre 1671), t. II, p. 319, édit.
- de G.; t. II, p. 270, édit. de M.--SAINT-SIMON, t. X, p.
- 96.--DELORT, t. I, p. 207.--SÉVIGNÉ, _Lettres_ (25 juin 1677), t.
- V, p. 257, édit. de G.--_Ibid._ (20 juin 1678, lettre de Bussy),
- t. V, p. 505.--_Ibid._ (20 juin 1678, lettre de madame de
- Sévigné), t. V, p. 509.--_Ibid._, 27 juin 1678, t. VI, p. 6 et
- 7.--_Ibid._, 27 décembre 1688, t. IX, p. 54, édit. de G. de S.-G.
-
-Madame de Sévigné avait dans sa maison de Paris fait déménager tous les
-meubles de madame de Grignan, pour les placer dans une chambre réservée.
-«J'ai été présente à tout, lui écrit-elle; pourvu que vous ayez intérêt
-à quelque chose, elle est digne de mes soins; je n'ai pas tant d'amitié
-pour moi, Dieu m'en garde[667]!» Elle se plaint à sa fille que l'envie
-continuelle qu'elle a de recevoir ses lettres et d'apprendre des
-nouvelles de sa santé est une chose dévorante qu'elle ne peut supporter.
-Aussi tient-elle toujours au projet qu'elle a formé d'aller en Provence;
-et cependant, avant d'entreprendre ce voyage, il faut qu'elle en fasse
-un autre; qu'elle s'éloigne de sa fille, dont elle est déjà séparée par
-une distance de deux cents lieues; et, dans le moment même où elle lui
-écrit: «J'irai vous voir très-assurément; ce voyage est nécessaire à ma
-vie,» elle se disposait à partir pour la Bretagne[668].
-
- [667] SÉVIGNÉ, _Lettres_, t. II, p. 67, édit de G. de S.-G.; t.
- II, p. 56, édit. de M.
-
- [668] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (13, 25 et 28 mai 1671), t. II, p. 64,
- 70 et 76, édit. de G. de S.-G.
-
-
-
-
-CHAPITRE XVIII.
-
-1671-1672.
-
- Motifs qui obligent madame de Sévigné à se rendre en Bretagne.--Époque
- de la tenue des états de cette province.--Indication où ils se
- sont réunis.--Convoqués à Vitré en 1671.--Madame de Sévigné est
- très-aimée en Bretagne.--Cet attachement n'est pas réciproque.--Le
- duc de Chaulnes est nommé pour présider les états de Bretagne.--La
- duchesse de Chaulnes est l'amie de madame de Sévigné.--Les états
- de Bretagne et la maladie de sa tante, la marquise de la Trousse,
- forcent madame de Sévigné de différer son voyage en Provence, et
- prolongent sa correspondance avec sa fille.--Cette correspondance
- doit être examinée dans son ensemble.--Son caractère général.--C'est
- à elle que madame de Sévigné doit d'avoir été le peintre le plus
- fidèle du grand monde de son temps.--Le recueil des lettres de
- madame de Sévigné, publié en 1726, la plaçait au premier rang des
- épistolographes.--Ce recueil a été bien apprécié par l'éditeur de
- Hollande.--Toutes les éditions qui ont suivi cette première sont
- tronquées et fautives pour les lettres qui s'y trouvent, parce que
- les éditeurs modernes ne l'ont pas collationnée.--Sincérité de
- madame de Sévigné justifiée.--Objections réfutées.--Pourquoi
- madame de Sévigné et madame de Grignan ne concordaient pas
- toujours lorsqu'elles vivaient ensemble.--L'amour de madame de
- Sévigné pour sa fille était une passion.--Comment cette passion
- s'exprime aussitôt après leur séparation.--Madame de Sévigné verse
- des larmes toutes les fois qu'elle reçoit des lettres de sa
- fille.--Madame de Grignan était froide.--Madame de Sévigné ne se
- croyait jamais assez aimée, et devenait importune.--Extraits de
- diverses lettres de madame de Sévigné où elle exprime sa passion
- pour sa fille.--Jamais plus touchante que lorsqu'elle comprime ses
- sentiments et affecte la gaieté.--Se compare à une figure de
- Benoît.--Ses fins de lettres.--Madame de Grignan ne pouvait
- supporter la compagnie ennuyeuse.--Soufflet donné par elle à
- mademoiselle du Plessis.--Madame de Sévigné fait l'éloge des
- lettres de madame de Grignan.--Comment madame de Sévigné termine
- ses lettres à sa fille.--Madame de Sévigné se rend à Livry
- pendant la semaine sainte du jubilé.--Impression que ces
- lieux font sur elle.--Elle entend prêcher la Passion par
- Mascaron.--Elle va dîner à Pomponne.--Son entretien avec Arnauld
- d'Andilly.--Le cardinal de Retz vient à Paris.--Accueil qui lui est
- fait.--Molière, Corneille et Boileau doivent lui lire de
- leurs ouvrages.--Retz demande des nouvelles de madame de
- Grignan.--Les louanges qu'il en fait excitent la sensibilité de sa
- mère.--Impressions produites sur elle par son retour aux Rochers
- et par sa visite au couvent des sœurs Sainte-Marie.--Madame de
- Grignan avait des opinions différentes de celles de sa
- mère.--Madame de Sévigné avait formé sa fille pour écrire et lui
- avait appris l'italien.--Madame de Sévigné ne veut pas que sa
- fille déprécie les lettres qu'elle lui écrit ni qu'elle se compare
- à la princesse d'Harcourt.--Madame de Grignan gardait les lettres
- de sa mère, et les montrait.--Madame de Sévigné écrivait vite, et
- ne se corrigeait pas.--Elle écrivait à toutes les heures du
- jour.--Un commis de la poste lui remettait les lettres de sa fille
- avant tout le monde.--Inquiétudes de madame de Sévigné lorsque
- les lettres de madame de Grignan ne lui arrivaient pas à
- temps.--Madame de Sévigné entretenait des correspondances avec
- plusieurs personnes.--Nature de la correspondance qu'elle avait
- avec sa fille.
-
-Par sa naissance, par ses richesses, par le nom qu'elle tenait de son
-mari, la marquise de Sévigné était une des plus notables personnes de la
-Bretagne. Elle était particulièrement liée avec ce que ce pays
-renfermait de plus élevé en dignités et en puissance. Madame de Sévigné
-comptait la duchesse de Chaulnes, la femme du gouverneur, au nombre de
-ses plus intimes amies. L'assemblée des états, pour le consentement des
-impôts et le règlement des dépenses, se réunissait tantôt à Nantes,
-tantôt à Dinan, tantôt à Vitré. Cette dernière ville était située à sept
-quarts de lieue des Rochers, où madame de Sévigné se retirait durant la
-belle saison. Si, contre sa coutume, elle se fût abstenue de s'y rendre
-pendant la tenue des états, elle aurait eu l'air, pour éviter une
-dépense nécessaire, de fuir ses amis, et de faire, par un motif
-sordide, une sorte d'affront à toute la province. Elle y était
-très-aimée, quoique à cet égard elle fût ingrate et que cet attachement
-ne fût pas réciproque; ce qu'avec raison elle dissimulait soigneusement.
-
-Depuis seize ans les états de Bretagne ne s'étaient point tenus à Vitré.
-Leur dernière réunion en cette ville avait eu lieu en 1655; on les avait
-rassemblés en 1661 à Nantes, et à Dinan en 1669. On les convoqua de
-nouveau à Vitré en 1671[669], c'est-à-dire l'année même où madame de
-Grignan s'en allait assister à ceux de la Provence. La commission
-adressée par le roi: «A mon bien amé cousin le duc de Chaulnes, pair de
-France, lieutenant général en nos armées dans nos pays et duché de
-Bretagne,» est datée[670] de Saint-Germain en Laye le 6 mai 1671; et ce
-jour-là même madame de Sévigné écrivait à sa fille, alors en route, pour
-lui recommander d'être bien exacte à lui répondre, puisque bientôt elle
-serait en Bretagne, et que là, pour calmer les inquiétudes causées par
-un si grand éloignement, elle aurait encore plus besoin de ses
-lettres[671].
-
- [669] LOUIS DUBOIS, sous-préfet de Vitré, _Madame de Sévigné et
- sa correspondance relative à Vitré et aux Rochers_, p. 58 et 59.
-
- [670] _Registres des états de Bretagne_, mss. bibl. du Roi;
- Bl.-Mant.; no 75, p. 324 et 329.
-
- [671] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (6 mai 1671), t. II, p. 61 et 62, édit.
- de G.; t. II, p. 51, édit. de M.
-
-Mais madame de Sévigné, ayant appris que l'ouverture des états n'aurait
-lieu qu'au mois d'août, différa son départ, ne pouvant songer à aller en
-Provence qu'après la séparation de l'assemblée des états de Bretagne.
-Puis, lorsqu'elle fut de retour à Paris, elle se vit forcée d'y
-séjourner pour donner des soins à sa tante, la marquise de la Trousse,
-attaquée d'une maladie mortelle[672]. Ainsi fut plusieurs fois retardé
-ce voyage, si ardemment désiré; ainsi se prolongea cette correspondance,
-qui était la seule consolation de cette mère affligée, le seul moyen
-qu'elle eût de calmer l'impatience douloureuse qu'elle éprouvait d'être
-obligée de reculer le moment de son départ.
-
- [672] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (24, 27 juin et 1er juillet 1672), t.
- III, p. 76, 81 et 84, édit. de G.; t. III, p. 12 et 19, édit. de
- M.
-
-Puisque ce commerce épistolaire est le sujet, la substance même de ces
-Mémoires, il faut une bonne fois le considérer en lui-même et
-indépendamment des récits et des faits curieux qu'il renferme et qui le
-recommandent à notre attention. Il faut rechercher ce qu'il nous apprend
-sur madame de Sévigné; tâcher de pénétrer, par les aveux qui lui
-échappent ou les opinions qu'elle manifeste, dans les secrets de ses
-penchants les plus constants, de ses répulsions les plus invincibles, de
-ses pensées les plus secrètes, de ses sentiments les plus intimes; et
-parvenir ainsi à connaître ses vertus et ses faiblesses, les traits
-distinctifs de son caractère et ses habitudes dominantes. Alors il sera
-plus facile de comprendre ce que ses lettres nous révèlent sur les
-événements du siècle où elle a vécu et de faire une juste appréciation
-de ses jugements sur les personnes et sur les choses.
-
-Si vivre n'est pas seulement exister et user ses jours dans les
-occupations obligées de fortune, de famille et de soins matériels; si la
-vie consiste principalement dans l'exercice des plus nobles facultés de
-l'âme; si pour en jouir dans toute sa plénitude il faut ressentir
-vivement les émotions du cœur, subir malgré soi les impressions de
-l'imagination, se complaire dans tout ce qui alimente le sentiment et
-la pensée, avoir été fréquemment en proie aux vicissitudes des grandes
-joies et des grandes douleurs, on peut affirmer que madame de Sévigné
-n'a jamais plus vécu que durant les dix-huit mois qui se sont écoulés
-pendant sa première séparation d'avec sa fille, c'est-à-dire depuis le
-mois de février 1671 jusqu'au mois de juillet 1672.
-
-C'est dans cet intervalle de temps que madame de Sévigné se trouve
-partagée entre l'orgueilleux plaisir d'avoir placé au premier rang, dans
-une des plus belles provinces de France, celle qu'elle avait faite son
-idole, et la douleur et les inquiétudes que lui causent son absence, sa
-grossesse, ses voyages et ses indispositions. C'est alors aussi que la
-satisfaction que le baron de Sévigné donne à sa mère par des preuves
-répétées de son filial amour et par la confiance qu'il lui témoigne se
-trouve contre-balancée par le chagrin des folles amours de ce jeune
-homme; et lorsque la guerre a arraché ce fils à une conduite aussi
-nuisible à son bonheur qu'à sa santé et à sa fortune, madame de Sévigné
-a la crainte de se le voir enlever par le sort des combats, et elle
-tressaille à l'arrivée de chaque courrier qui vient lui en apporter des
-nouvelles.
-
-A aucune époque madame de Sévigné ne fréquenta davantage le monde et la
-cour, parce qu'elle avait besoin de la cour et du monde, où se tramaient
-toutes les intrigues et se décidaient toutes les affaires, pour être
-utile à son gendre et à fille, pour distraire celle-ci par le récit de
-ce qui se passait dans une sphère qu'elle avait quittée à regret, pour
-l'intéresser à la lecture de ses lettres et empêcher qu'un commerce qui
-faisait toute sa consolation ne languît par la paresse qu'elle lui
-connaissait pour écrire. C'est pendant ce période de temps que se place
-la rentrée au ministère du marquis de Pomponne, cet intime ami de
-madame de Sévigné, et la déclaration de guerre à la Hollande; Paris et
-Versailles sont rendus déserts par le départ du roi pour l'armée; c'est
-aussi dans cet intervalle qu'ont lieu cette campagne sur le Rhin si
-glorieuse et si meurtrière, la tenue des états de Bretagne et ceux de
-Provence. Jamais madame de Sévigné n'a plus souvent éprouvé le besoin de
-se mêler aux cercles tumultueux de la capitale et de les quitter pour la
-silencieuse solitude de Livry. Jamais elle n'a eu autant d'entraînement
-pour la société et les distractions mondaines, ni éprouvé d'aussi fortes
-inspirations vers Dieu; jamais elle ne fréquenta plus les spectacles et
-les églises, ni elle ne lut un plus grand nombre d'ouvrages pieux et de
-livres profanes; jamais elle n'a joui d'une santé plus ferme et plus
-robuste; jamais enfin elle n'a plus agi, plus senti, plus pensé et
-surtout plus écrit.
-
-Si on excepte des lettres à diverses personnes, qui sont à des dates
-très-éloignées les unes des autres, de toutes les correspondances que
-madame de Sévigné avait entretenues durant cet espace de temps, il ne
-nous reste que celles qu'elle a eues avec Bussy et avec sa fille. Ce qui
-domine dans les lettres à cette dernière, c'est sa tendresse passionnée,
-qui ne se manifeste à aucune autre époque avec autant d'abandon, de
-chaleur et d'éloquence. C'est alors aussi qu'elle mit le plus
-d'empressement et d'exactitude dans ce commerce épistolaire, qu'il lui
-importait tant de faire agréer à madame de Grignan et à tous ceux qui
-l'entouraient. Aussi ce qui frappe le plus dans les premières lettres de
-madame de Sévigné, c'est l'idée fixe qui la domine et qui ne lui permet
-pas de se distraire un instant de sa fille et des lieux habités par
-elle. Les tracasseries d'Aix et de Marseille lui causent plus d'émotion
-que Paris, Versailles ou Saint-Germain, Nantes ou Vitré; le château de
-Grignan et son parc l'intéressent plus que les Rochers. Toutes les
-_pétoffes_ de la société provençale, elle veut les connaître[673], car
-elle sait que de toutes ces misères dépendent le bonheur et la
-tranquillité de celle qu'elle chérit. Pour lui plaire, elle transporte
-en Provence la Bretagne et ses états, la cour et ses intrigues, le roi
-et ses maîtresses, l'Église et le théâtre, la littérature et les grands
-événements de la guerre, les fêtes, les repas, les toilettes, les
-conversations, le sermon; elle parlera de ceux qui meurent et de ceux
-qui se marient, de ceux qui se ruinent et de ceux qui s'enrichissent.
-Les lazzis et les réflexions, les portraits et les saillies, les
-ridicules et les vices, tout lui sera bon, tout se pressera sous sa
-plume, tout prendra, par la magie de son imagination, des formes et des
-couleurs. Jusque dans la retraite de sa solitude champêtre, elle fera en
-sorte que sa fille habite plus encore avec elle. Elle saura la mettre
-dans la confidence de ses projets, de ses occupations, de ses
-distractions, de ses tristesses, de ses craintes et de ses espérances;
-mêler les conseils d'une profonde sagesse aux flatteries que sa
-tendresse lui inspire. C'est lorsqu'elle était seule avec elle-même que
-son cousin de Coulanges, avec plus de justesse qu'au milieu d'une
-nombreuse et brillante assemblée, pouvait dire d'elle: «Voyez cette
-femme, elle est toujours en présence de sa fille[674].»
-
- [673] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (26 octobre, 1er novembre, 6 décembre
- 1671), t. II, p. 274, 278, 279, 394, édit. de G. de S.-G.
-
- [674] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (6 janvier 1672), t. II, p. 337, édit.
- de G.; t. II, p. 285, édit. de M.--_Ibid._ (27 et 29 avril 1671),
- t. II, p. 47, édit. de G.--_Ibid._, t. II, p. 39, édit. de
- M.--_Ibid._ (18 mars 1671), t. I, p. 35, 37 et 40.
-
-Nous l'avons déjà remarqué, c'est à cette séparation de madame de
-Sévigné d'avec sa fille, c'est à son amour de mère qu'elle doit, sans
-qu'elle ait pu le soupçonner, d'avoir été le peintre le plus fidèle du
-grand monde de son temps; d'avoir procuré, par le recueil de ses
-lettres, les mémoires les plus piquants, les plus sincères et les plus
-instructifs sur l'époque où elle a vécu; car ils furent écrits non pas à
-froid, non pas avec l'intention de se poser vis-à-vis de la postérité en
-historien et en juge des contemporains, mais sans aucun dessein
-prémédité, mais sans aucune vue d'avenir, dans l'abandon d'un commerce
-intime, sous l'impression vive et actuelle des événements, avec la verve
-et la chaleur des émotions qu'ils produisaient, en compagnie et souvent
-sous les yeux des personnages qu'ils nous font connaître.
-
-Les lettres écrites par madame de Sévigné à Bussy et publiées avec les
-Mémoires de ce dernier avaient déjà été distinguées comme de parfaits
-modèles du style épistolaire; nous avons vu que Bayle, qui n'en connut
-point d'autres, leur donnait la préférence sur celles de Bussy
-même[675]. Alors aussi le jésuite Hervey, dans le poëme latin qu'il
-publia sur l'art d'écrire des lettres, accorde en ce genre la
-prééminence aux femmes, et à madame de Sévigné sur toutes les
-femmes[676]. Mais ce ne fut cependant que dix ans plus tard, et
-lorsqu'on eut publié les deux petits volumes des lettres de madame de
-Sévigné à madame de Grignan, que l'on connut toute l'étendue et la
-flexibilité de son talent, parce que c'est dans ces lettres seules que
-le désir de plaire et d'intéresser lui fit déployer toutes les
-ressources de son style, toutes les richesses de sa féconde imagination,
-et qu'elle put s'abandonner sans contrainte à toutes les saillies de son
-esprit, à toute l'impétuosité de ses idées et de ses sentiments. Elle
-fut parfaitement jugée par l'un des deux éditeurs qui, en 1726,
-publièrent presque simultanément chacun une édition du même recueil de
-ses lettres. L'éditeur de la Haye est celui des deux qui paraît l'avoir
-connue, et avoir publié sur les autographes son recueil de lettres sans
-aucun retranchement ni altération. Homme d'esprit, il a bien apprécié,
-quoique étranger[677], l'ouvrage dont il faisait part au public; et il
-nous semble que ceux qui ont parlé depuis des lettres de madame de
-Sévigné n'ont fait qu'amplifier et que commenter les paroles que nous
-allons citer. Elles sont précieuses à recueillir, parce qu'elles sont
-d'un contemporain.
-
- [675] Voyez la 1re partie de ces _Mémoires_.
-
- [676] Voyez ci-dessus, chap. IV, p. 108 et 109.
-
- [677] Une note de notre exemplaire de cette édition de la Haye,
- 1726, dit que cet éditeur se nommait J.-J. Gendebien.--L'autre
- édition, de 1726, a été imprimée à Rouen, selon M. Monmerqué; et
- Thiriot, l'ami de Voltaire, en fut, dit-on, l'éditeur. Voy.
- _Sévigné_, t. I, p. 15, édit. de M.
-
-«On trouve dans le recueil des lettres de madame de Sévigné une naïveté
-qui charme. C'est une imagination brillante et fertile, qui produit sans
-efforts. Elle n'écrit que comme parle une personne du grand monde et de
-beaucoup d'esprit; de sorte que, lorsque vous voyez ces lettres, vous
-croyez qu'elle parle. Vous ne la lisez point, vous l'entendez.
-
-«Cette affection extrême, cette tendresse extraordinaire pour sa fille,
-madame de Grignan, qui est répandue dans toutes ses lettres, ne
-surprendra que ceux qui n'ont jamais connu madame de Sévigné. Elle
-portait sa tendresse jusqu'à l'excès; elle adorait sa fille, elle
-l'aimait d'une amitié parfaite, dont la vivacité et la délicatesse, si
-on en juge par ses expressions, surpassaient tous les sentiments de
-l'amour. Elle était sur ce pied-là dans le monde; chacun la connaissait
-mère tendre et idolâtre; et ce caractère allait jusqu'à une singularité
-qui néanmoins ne lui donnait aucun ridicule: elle était la première à
-trouver de la faiblesse dans ses sentiments, elle se raillait
-quelquefois elle-même sur cet article; et tout cela ne servait qu'à la
-faire aimer, parce qu'elle donnait lieu par là à des railleries
-innocentes et même obligeantes, auxquelles elle répondait toujours avec
-esprit et avec un air aimable.
-
-«Plusieurs particularités de la cour de son temps se trouvent ici, et
-n'auront aucune obscurité pour les personnes du grand monde; on y voit
-des portraits avantageux de gens qui vivent encore et qui étaient alors
-dans la fleur de l'âge. Madame de Sévigné mande tout à sa fille, le bien
-et le mal. Elle médit quelquefois, mais elle ne médit point en
-médisante. Ce sont des choses plaisantes et ridicules dont elle fait
-part à madame de Grignan, pour égayer ses lettres. Elles contiennent
-outre cela des maximes et des réflexions admirables... Le style, naturel
-et délicat, surpasse tout ce qu'on a jamais vu depuis qu'on écrit et
-qu'on lit des lettres. Ce n'est point un style exact ni un langage
-mesuré et étudié; c'est un tour inimitable et un air négligé de noblesse
-et d'esprit[678].»
-
- [678] _Lettres de madame_ RABUTIN-CHANTAL, _marquise_ DE SÉVIGNÉ,
- _à madame la comtesse de Grignan, sa fille_; la Haye, chez P.
- Gosse, J. Neaulme et comp., 1726, in-12, t. I, p. 2, 3 et 4 de
- l'_Avertissement_ de l'éditeur. Cet avertissement a été réimprimé
- dans l'édition de Sévigné de G. de S.-G., t. I, p. 25.
-
-Malheureusement aucun des éditeurs des lettres de madame Sévigné n'a
-pensé à collationner cette édition de Hollande avec celles qui ont été
-publiées postérieurement; il en est résulté, pour cette partie de sa
-correspondance, que toutes les éditions qui ont paru sont défectueuses,
-incomplètes et tronquées; que des pages entières sont supprimées, et
-qu'un grand nombre de passages sont altérés, parce que le premier
-éditeur français, que tous les autres ont copié, a cru devoir en agir
-ainsi par égard pour les membres de la famille de Grignan, qui vivaient
-encore[679].
-
- [679] Conférez avec les éditions SÉVIGNÉ, _Lettres_, édit. de la
- Haye, 1726 (2 juillet, 20 et 27 septembre 1671), p. 135-180, 189,
- etc.
-
-Lorsque le nombre de lettres de madame de Sévigné à sa fille se fut
-considérablement accru dans les éditions successives, on leur fit un
-reproche que n'avaient pu encourir celles de sa correspondance avec
-Bussy: c'est la continuelle manifestation de cet amour maternel, qui
-parut tenir de l'affectation et dont la violence et la durée semblaient
-invraisemblables. On disait que cette expression réitérée, quoique
-toujours heureusement variée, d'un même sentiment pouvait être agréable
-à celle qui l'inspirait, mais devenait insupportable à la majorité des
-lecteurs[680].--Je le crois. Aussi madame de Sévigné n'a-t-elle pas
-songé à écrire pour eux; et si la réputation qu'elle s'était acquise de
-son vivant, dans ses sociétés et à la cour, a pu lui faire soupçonner
-que quelques-unes de ses lettres seraient par la suite produites au
-grand jour dans des recueils épistolaires, ce n'est certainement aucune
-de celles qu'elle écrivait à sa fille et qu'elle écrivait uniquement
-pour sa fille. J'ai précédemment expliqué pourquoi les effusions de sa
-tendresse ne pouvaient rencontrer de parfaite sympathie[681] dans la
-majorité des lecteurs. Mais est-ce pour cela un motif de douter un seul
-instant de leur sincérité? de méconnaître la passion dont elle a subi
-l'influence[682]? Elle-même fait à sa fille l'aveu de ce qu'elle a
-d'insensé; souvent sa piété s'en alarme[683].--Qu'y pouvait-elle? Les
-écarts de l'esprit, les défauts de caractère, les inclinations
-condamnables se peuvent combattre avec les secours d'une philosophie
-courageuse ou les armes plus puissantes encore de la religion; mais
-contre ces émotions qui nous subjuguent avec une force irrésistible,
-contre ces maladies de l'âme que peut la volonté? que peut la
-raison?--Chercherons-nous à réprimer ce que nos sentiments ont
-d'excessif? Mais ils n'existent que parce qu'ils sont excessifs, que
-parce qu'ils se sont emparés du cœur; qu'eux seuls l'échauffent, le
-remuent, le font vivre et palpiter. Tant qu'ils le possèdent, rien de ce
-qui peut les expulser ne peut y trouver accès. Force est de se soumettre
-à leur domination; entreprendre de leur résister, c'est les irriter
-encore, c'est accroître leur violence, c'est renoncer à tout espoir de
-bonheur, c'est annihiler l'existence. On peut se sacrifier à eux; mais
-on ne peut les sacrifier à soi: on peut mourir de douleur ou d'ennui.
-Voilà tout.--Que sera-ce donc s'il ne se mêle dans la passion dont nous
-sommes fascinés rien de personnel, rien de sensuel; si tout en est pur
-et désintéressé; si, loin d'avoir été inspirée par une rencontre
-fortuite ou les événements du monde, elle a pris possession de nous par
-une des lois les plus sacrées de la nature; si elle s'est accrue par des
-habitudes obligées de chaque jour et de chaque moment; si enfin, loin de
-contrarier nos devoirs, elle nous donne plus de courage pour les
-accomplir?--Comment nous résoudre alors à nous soustraire au charme qui
-nous entraîne? Comment nous condamner à une continuelle privation? Ne
-sentons-nous pas que, si ce talisman venait à disparaître, il ne
-laisserait plus autour de nous qu'un vide affreux et une absence de
-toute sympathie, de toute joie, de tout contentement, de toute
-consolation, une existence solitaire et douloureuse, dont le fardeau
-nous deviendrait insupportable?
-
- [680] SAINT-SIMON, _Mémoires authentiques_, t. I, p. 352; t. IV,
- p. 271.
-
- [681] Voyez le chapitre XII de la 2e partie, p. 307 à 312.
-
- [682] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (27 et 29 avril 1671), t. II, p. 47,
- édit. de G.; t. II, p. 39, édit. de M.--_Ibid._ (6 janvier 1672),
- t. II, p. 337, ou t. II, p. 285, édit. de M.
-
- [683] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (9 février 1671), t. I, p. 311, édit. de
- G. de S.-G.; t. I, p. 235, édit. de M.--_Ibid._ (6 mai 1671), t.
- II, p. 59, édit. de G; t. II, p. 49, édit. de M.
-
-Mais vous vous êtes demandé si madame de Grignan méritait en effet tous
-les éloges que sa mère lui adresse; s'il était vrai qu'elle fût telle
-qu'elle la dépeint, d'une beauté parfaite, d'une grâce incomparable,
-douée de tant de talents, si fort au-dessus de son sexe pour le savoir
-et la réflexion, et comme vous avez trouvé des témoignages contraires à
-un si brillant portrait, vous concluez que les louanges qui lui sont
-prodiguées dans les lettres de madame de Sévigné sont exagérées et peu
-sincères: mais c'est cette exagération même qui prouve leur sincérité.
-Ce délire d'admiration ne peut provenir que d'un cœur passionné et
-d'une imagination qui s'exalte[684].--Vous dites encore que cette femme
-qui se lamentait continuellement d'être séparée de sa fille ne semble
-plus être la même quand elle est avec elle sous le même toit; que leur
-union est fréquemment troublée par des explications, des froideurs et
-des raccommodements, des protestations et des dissimulations. La
-correspondance de madame de Sévigné le démontre malgré les précautions
-prises par les premiers éditeurs pour dissimuler cette triste
-vérité[685]. Il y a donc moins de réalité que d'imagination dans les
-expressions si vives et si réitérées de l'amour de madame de Sévigné
-pour sa fille.--Que vous connaissez mal les infirmités et les misères
-des cœurs maternels! Si la tendresse de madame de Sévigné avait pu être
-réglée par sa raison, elle eût, dans les plus grandes effusions de
-cœur, conservé cette mesure, ce discernement qui ne l'abandonne jamais
-dans toute autre occasion; vive, affectueuse, expansive, facile à
-émouvoir, elle eût reconnu, sans en être alarmée, que sa fille,
-indolente, froide et concentrée, devait avoir une manière de sentir et
-de s'exprimer différente de la sienne; elle eût assigné à sa véritable
-cause le contraste qui existait entre elles deux; elle eût compris qu'on
-peut rectifier ses opinions, réformer sa conduite, mais non pas changer
-sa nature; que la volonté exerce sa toute-puissance sur nos idées, sur
-nos actions, mais non pas sur nos sentiments; qu'à cet égard elle perd
-son libre arbitre; qu'elle ne peut rien sur cette faculté sympathique
-qui est en nous comme un sixième sens, qu'on désigne par le mot de
-sensibilité, parce qu'en effet ce sens comprend tous les autres; qu'il
-s'associe à eux tous et semble être comme le lieu commun qui les unit
-et qui leur donne la vie. La sensibilité préexiste en nous, et la
-volonté ne peut ni en augmenter ni en affaiblir l'intensité. Si madame
-de Sévigné avait reconnu la différence que la nature avait établie entre
-elle et sa fille à cet égard, satisfaite de posséder sa confiance plus
-que personne au monde, elle n'eût point fatigué l'objet de sa
-tendresse par ses ombrageuses susceptibilités et ses empressements
-tyranniques[686]. Rien n'eût troublé l'union qui exista toujours entre
-ces deux femmes si remarquables par leurs vertus, les agréments de leur
-personne et les qualités de leur esprit; rien n'eût altéré le plaisir
-qu'elles avaient de se trouver ensemble, et à entretenir un commerce de
-lettres lorsqu'elles étaient séparées. Mais je l'ai dit, l'amour
-maternel dans madame de Sévigné était une passion extravagante qui a
-duré toute sa vie et qui toute sa vie fut accompagnée des mêmes
-inquiétudes et des mêmes agitations que fait éprouver tout sentiment
-profond. Cette passion était, comme dit très-bien Saint-Simon[687], le
-seul défaut de cette charmante femme. Pardonnez-le-lui donc ce défaut;
-plaignez-la d'avoir été trop éprise de sa fille, d'avoir été si jalouse
-de son affection et sans cesse tourmentée par le désir de lui plaire et
-par la crainte de n'en être pas assez aimée. Plaignez-la, mais ne la
-blâmez pas de n'avoir pas eu une imagination plus calme, un cœur moins
-facile à émouvoir, puisque cela n'était pas en sa puissance[688].
-Autant vaudrait lui reprocher, comme un tort, d'être née avec des
-cheveux blonds, parce que vous préférez les bruns.
-
- [684] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (11 et 31 mars, 27 avril, 31 mai, 2
- septembre, 18 et 25 octobre, 29 novembre, 18 et 20 décembre 1671,
- 6 et 20 janvier 1672), t. II, p. 87, 213, 264, 270, 297, 315,
- 323-327, 335, 353, édit. de G. de S.-G.
-
- [685] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (21 juin 1671). Lettre inédite, publiée
- par M. Monmerqué, p. 13.
-
- [686] Conférez SÉVIGNÉ, _Lettres_ (1678), t. VI, p. 74.--_Ibid._
- (6 mai 1671), t. II, p 56, édit. de G. de S.-G.
-
- [687] SAINT-SIMON, _Mémoires authentiques_, t. I, p. 352; t. IV,
- p. 271.
-
- [688] Conférez SÉVIGNÉ, _Lettres_ (9 et 18 février, 11 mars, 15
- avril, 6 et 23 mai, 12 juillet 1671), t. I, p. 365; t. II, p. 18,
- 56, 80, 134, édit. de G. de S.-G.; t. I, p. 280, édit. de
- M.--_Ibid._ (30 octobre 1673).--_Ibid._ (14, 30 juin et 3 juillet
- 1677), t. III, p. 201.--_Ibid._, t. V, p. 238, 259, 266, édit. de
- G. de S.-G.--_Ibid._ (18 septembre, 29 décembre 1679, 3 et 5
- janvier 1680), t. VI, p. 74, 121, 271, 281, 285, édit. de G. de
- S.-G.--SÉVIGNÉ, _Lettre écrite à madame de Grignan le 21 juin
- 1671, rétablie_ (par M. Monmerqué) _pour la première fois d'après
- le manuscrit autographe_; Paris, 1826, in-8º, p. 13.
-
-Écoutez comme, dès le début de sa correspondance et des premières
-lettres qu'elle échange avec madame de Grignan après leur séparation,
-elle exprime ce qu'elle sent. Madame de Grignan avait écrit qu'elle
-était jalouse de sa petite Marie-Blanche; madame de Sévigné lui répond:
-
-«Il est vrai que j'aime votre fille, mais vous êtes une friponne de me
-parler de jalousie; il n'y a ni en vous ni en moi de quoi pouvoir la
-composer. C'est une imperfection dont vous n'êtes point capable, et je
-ne vous en donne non plus de sujet que M. de Grignan. Hélas! quand on
-trouve en son cœur toutes les préférences et que rien n'est en
-comparaison, de quoi pourrait-on donner de la jalousie à la jalousie
-même? Ne parlons pas de cette passion, je la déteste: quoiqu'elle vienne
-d'un fonds admirable, les effets en sont trop cruels et trop haïssables.
-Hélas! ma bonne, je suis persuadée que vous n'êtes que trop vive pour ma
-santé; elle est à présent au-dessus de toutes les craintes ordinaires.
-Je vivrai pour vous aimer, et j'abandonne ma vie à cette unique
-occupation, à toute la joie, à toute la douleur, à tous les agréments, à
-toutes les mortelles inquiétudes, enfin à tous les sentiments que cette
-passion pourra me donner[689].»
-
- [689] _Lettres de madame_ RABUTIN-CHANTAL, _marquise_ DE SÉVIGNÉ,
- _à madame la comtesse de Grignan, sa fille_; la Haye, 1726,
- in-12, t. I, p. 95 et 96.--SÉVIGNÉ, _Lettres_ (6 mai 1671), t.
- II, p. 59, édit. de G. de S.-G.; t. II, p. 46, édit. de M.
-
-Avant, elle lui avait dit qu'elle ne pouvait recevoir ses lettres sans
-pleurer: «Je ne le puis, ma fille, mais ne souhaitez point que je le
-puisse; aimez mes tendresses, aimez mes faiblesses; pour moi, je m'en
-accommode fort bien; je les aime bien mieux que des sentiments de
-Sénèque et d'Épictète. Je suis douce, tendre, ma chère enfant, jusqu'à
-la folie; vous m'êtes toute chose, je ne connais que vous. Hélas! c'est
-ma folie que de vous voir, de vous parler, de vous entendre; je me
-dévore de cette envie et du déplaisir de ne vous avoir pas assez
-écoutée, pas assez regardée; il me semble pourtant que je n'en perdais
-guère les moments: mais enfin je n'en suis pas moins contente; je suis
-folle, il n'y a rien de plus vrai; mais vous êtes obligée d'aimer ma
-folie. Je ne comprends pas comment on peut tant penser à une personne:
-n'aurai-je jamais tout pensé? Non, que quand je ne penserai plus[690].»
-
- [690] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (18 mars 1671, la troisième de cette
- date), t. I, p. 384, 385, édit. de G. de S.-G.; t. I, p. 297-298,
- édit. de M.
-
-Dans une autre lettre, écrite peu de temps après celle-ci, l'on trouve
-la preuve que les orages qui assombrissaient par intervalle ce touchant
-et pur amour et qui se renouvelèrent à différentes époques[691] avaient
-déjà commencé à paraître avant cette première séparation.
-
- [691] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (1678 et 1679), lettre 670 de l'édit. de
- M., t. V, p. 427.
-
-«Je vous prie, ma bonne, ne donnez point désormais à l'absence
-l'honneur d'avoir mis entre nous une parfaite intelligence, et de mon
-côté la persuasion de votre tendresse pour moi; quand elle aurait part à
-cette dernière chose, regrettons un temps où je vous voyais tous les
-jours, vous, ma bonne, qui êtes le charme de ma vie et de mes yeux; où
-je vous entendais, vous dont l'esprit touche mon goût plus que tout ce
-qui m'a jamais plu. N'allons point faire une séparation de votre aimable
-vue et de votre amitié, il y aurait trop de cruauté à séparer ces deux
-choses; et quoique M. de Grignan dise que les absents ont toujours tort
-auprès de vous, c'est une folie; je veux plutôt croire que le temps est
-venu que ces deux choses marcheront ensemble; que j'aurai le plaisir de
-vous voir sans mélange d'aucun nuage, et que je réparerai toutes mes
-injustices passées, puisque vous voulez bien les nommer ainsi. Après
-tout, que de bons moments que je ne puis assez regretter et que je
-regrette aussi avec des larmes et des tendresses qui ne peuvent jamais
-finir! Ce discours même n'est pas bon pour mes yeux, qui sont d'une
-faiblesse étrange. Je me sens dans une disposition qui m'oblige à finir
-en cet endroit; il faut pourtant que je vous dise encore que je regarde
-le temps où je vous verrai comme le seul que je désire et qui peut être
-agréable dans ma vie[692].»
-
- [692] _Lettres de madame_ RABUTIN-CHANTAL, _marquise_ DE SÉVIGNÉ,
- _à madame la comtesse de Grignan, sa fille_; la Haye, 1726,
- in-12, t. I, p. 94 (6 mai 1671). Ce passage a été mutilé et
- altéré, ainsi que beaucoup d'autres, dans toutes les éditions
- subséquentes.--Conférez SÉVIGNÉ, _Lettres_ (6 mai 1671), t. II,
- p. 56, édit. de G. de S.-G., ou t. II, p. 49, édit. de M.
-
-Dans une lettre écrite un mois après, et lorsque madame de Sévigné était
-aux Rochers, fort occupée de ce qui devait se passer aux états de
-Bretagne qui allaient se réunir, elle s'exprime de manière à ne nous
-laisser aucun doute que ses plus vives peines provenaient de la froideur
-de madame de Grignan, qui lui faisait craindre que la tendresse qu'elle
-avait pour elle ne fût pas réciproque, et par cette raison ne lui fût à
-charge.
-
-«Nous avons ici beaucoup d'affaires; ce qui est certain, ma bonne, et
-dont je crois que vous ne doutez pas, c'est que nous sommes bien loin
-d'oublier cette pauvre exilée. Hélas! qu'elle nous est chère et
-précieuse! Nous en parlons très-souvent; mais, quoique j'en parle
-beaucoup, j'y pense encore mille fois davantage, et jour et nuit, et en
-me promenant (car on a toujours quelques heures), et à toute heure, et à
-tout propos, et en parlant d'autre chose, et enfin comme on devrait
-penser à Dieu, si l'on était véritablement touché de son amour; il y a
-des excès qu'il faut corriger, et pour être polie, et pour être
-politique; il me souvient comme il faut vivre pour n'être pas pesante:
-je me sers encore de mes vieilles leçons[693].»
-
- [693] _Lettre écrite par madame_ DE SÉVIGNÉ _le 21 juin 1671,
- rétablie pour la première fois d'après le manuscrit autographe_;
- Paris, Blaise, 1826, in-8º, p. 13. Lettre mutilée dans toutes les
- éditions, rétablie par M. Monmerqué.--Conférez SÉVIGNÉ, _Lettres_
- (21 juin 1671), t. II, p. 105, édit. de G. de S.-G. Dans
- l'édition de la Haye, 1726, in-12, t. I, p. 120, le passage est
- comme dans le manuscrit autographe, sauf une faute d'impression
- grave.
-
-Trois semaines après, elle revient encore dans une autre lettre sur les
-mêmes souvenirs: «Hélas! ma fille, c'est bien moi qui dis cette chanson
-que vous me rappelez: _Hélas! quand reviendra-t-il ce temps, bergère?_
-Je le regrette tous les jours de ma vie, et j'en souhaiterais un pareil
-au prix de mon sang; ce n'est pas que j'aie sur le cœur de n'avoir pas
-senti le plaisir d'être avec vous; je vous jure et vous proteste que je
-ne vous ai jamais regardée avec indifférence ni avec la langueur que
-donne quelquefois l'habitude; mes yeux ni mon cœur ne se sont jamais
-accoutumés à cette vue, et jamais je ne vous ai regardée sans joie et
-sans tendresse; s'il y a eu quelques moments où elle n'ait pas paru,
-c'est alors que je la sentais plus vivement: ce n'est donc point cela
-que je puis me reprocher; mais je regrette de ne vous avoir pas assez
-vue et d'avoir eu dans certains moments de cruelles politiques qui m'ont
-ôté ce plaisir. Ce serait une belle chose si je remplissais mes lettres
-de ce qui me remplit le cœur. Ah! comme vous dites, il faut glisser sur
-bien des pensées[694].» Malheureusement, au lieu d'y glisser, elle pèse
-quelquefois dessus de tout son poids, et éclate en reproches amers;
-c'est ainsi que, longtemps après l'époque où nous sommes arrivés,
-mécontente du départ précipité de madame de Grignan, elle trace le plan
-d'un traité sur l'amitié, et dit: «Je ferai voir dans ce livre qu'il y a
-cent manières de témoigner son amitié sans le dire, ou de dire par ses
-actions qu'on n'a point d'amitié lorsque la bouche traîtreusement assure
-le contraire. Je ne parle pour personne, mais ce qui est écrit est
-écrit[695].»
-
- [694] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (12 juillet 1671), t. II, p. 135.
-
- [695] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (2 novembre 1679), t. VI, p. 191, édit.
- de G. de S.-G; t. VI, p. 11, édit. M.
-
-Le passage suivant fait encore allusion au genre de peines que madame de
-Sévigné éprouvait souvent de la part de sa fille alors même qu'elle
-jouissait du bonheur de la posséder, et il contient un reproche indirect
-et bien tendre, souvent répété dans le cours de cette correspondance.
-
-«Il y a demain un bal chez MADAME; j'ai vu chez MADEMOISELLE l'agitation
-des pierreries; cela m'a fait souvenir des tribulations passées, et plût
-à Dieu y être encore! Pouvais-je être malheureuse avec vous? toute ma
-vie est pleine de repentir. Monsieur Nicole, ayez pitié de moi, et me
-faites bien envisager les ordres de la Providence. Adieu, ma chère
-fille; je n'oserais dire que je vous adore, mais je ne puis concevoir
-qu'il y ait un degré d'amitié au delà de la mienne; vous m'adoucissez et
-m'augmentez mes ennuis par les aimables et douces assurances de la
-vôtre[696].»
-
- [696] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (20 janvier 1672), t. II, p. 353, édit.
- de G. de S.-G.; t. II, p. 298 et 299, édit. de M.
-
-Cette autre fin de lettre, qu'avaient retranchée les premiers éditeurs,
-nous révèle encore plus clairement ce qui troublait les jouissances que
-goûtait madame de Sévigné dans son affection pour sa fille. «Adieu, ma
-très-chère et très-aimable; je prendrai grand plaisir à lire le chapitre
-de la tendresse que vous avez pour moi; je vous promets de demeurer
-fixée dans l'opinion que j'en ai; mais, pour plus grande sûreté, soyez
-fixée aussi à m'en donner des marques, comme vous faites. Vous savez
-avec quelle passion je vous aime et quelle inclination j'ai eue toute ma
-vie pour vous; tout ce qui peut m'avoir rendue haïssable venait de ce
-fond; il est en vous de me rendre la vie heureuse ou malheureuse[697].»
-
- [697] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (25 octobre 1671), t. II, p. 271, édit.
- de G. de S.-G.; t. II, p. 229, édit. de M.
-
-On voit encore, dans une autre lettre, que madame de Sévigné trouvait
-dans l'exactitude que sa fille mettait à lui écrire des preuves plus
-fortes de son attachement que dans les protestations de tendresse que
-celle-ci se croyait obligée de lui adresser pour calmer les inquiétudes
-de son cœur maternel. «Vous me voulez aimer pour vous et pour votre
-enfant: hé! ma chère fille, n'entreprenez pas tant de choses! Quand vous
-pourriez atteindre à m'aimer autant que je vous aime, ce qui n'est pas
-une chose possible, ni même selon l'ordre de Dieu, il faudrait toujours
-que ma petite fût par-dessus le marché; c'est le trop plein de la
-tendresse que j'ai pour vous[698].»
-
- [698] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (9 août 1671), t. II, p. 176, édit. de
- G. de S.-G.; t. II, p. 146, édit. de M.
-
-Madame de Sévigné revient encore sur ces tristes souvenirs dans une
-lettre où elle répond à des observations, fort justes peut-être, sur sa
-trop grande susceptibilité, mais dont elle ne se montre pas
-très-satisfaite.--«Il est vrai qu'il ne faudrait s'attacher à rien et
-qu'à tout moment on se trouve le cœur arraché dans les grandes et
-petites choses; mais le moyen? Il faut donc toujours avoir cette
-_morale_ dans les mains comme du vinaigre au nez, de peur de
-s'évanouir.--Je vous avoue, ma fille, que mon cœur me fait bien
-souffrir. J'ai bien meilleur marché de mon esprit et de mon humeur. Je
-suis très-contente de votre amitié. Ne croyez pas, au moins, que je sois
-trop délicate et trop difficile; ma tendresse me pourrait rendre telle,
-mais je ne l'ai jamais écoutée, et quand elle n'est point raisonnable je
-la gourmande; mais croyez-moi de bonne foi, et, dans le temps que je
-vous aime le plus et que je crois que vous m'aimez, croyez que les
-choses qui m'ont touchée auraient touché qui que ce soit au monde. Je
-vous dis tout cela pour vous ôter de l'esprit qu'il y ait aucune peine à
-vivre avec moi ni qu'il faille des observations fatigantes. Non, ma
-bonne, il faut faire comme vous faites et comme vous avez su si bien
-faire quand vous avez voulu; cette capacité qui est en vous rendrait le
-contraire plus douloureux[699].»
-
- [699] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (20 septembre 1671), t. II, p. 235,
- édit. de G. de S.-G.; t. II, p. 197, édit. de M.--_Lettres de
- madame_ RABUTIN-CHANTAL, _marquise_ DE SÉVIGNÉ; la Haye, 1726 (20
- septembre), t. I, p. 183.
-
-Madame de Grignan avait fait des réflexions morales au sujet des vaines
-inquiétudes que l'on a pour un avenir qui bien souvent ne se réalise
-pas, ou qui, s'il se réalise, nous paraît alors tout autre qu'à l'époque
-où sa prévision fut la cause de notre tourment. Nous craignons des maux
-qui perdent ce nom par le changement de nos pensées et de nos
-inclinations[700]. Et à ce sujet, pour mieux faire goûter sa morale,
-madame de Grignan avait exalté les bonnes qualités de sa mère et
-déprécié les siennes. Madame de Sévigné, qui ne pouvait être dupe d'un
-tel stratagème oratoire, lui répond avec une grande gravité: «Vous
-n'êtes point sincère quand vous me louez tant aux dépens de vous-même,
-et vous méprisant comme vous faites. Il me siérait mal de faire votre
-panégyrique à vous-même, et vous ne voulez jamais que je dise du mal de
-moi..... Vous avez un fonds de raison et de courage que j'honore; pour
-moi, je n'en ai point tant, surtout quand mon cœur prend le soin de
-m'affliger. Mes paroles sont assez bonnes; je les range comme ceux qui
-disent bien; mais la tendresse de mes sentiments me tue. Par exemple, je
-n'ai point été trompée dans les douleurs d'être séparée de vous; je les
-ai imaginées comme je les sens; j'ai compris que rien ne me remplirait
-votre place, que votre souvenir me serait toujours sensible au cœur;
-que je m'ennuierais de votre absence, que je serais en peine de votre
-santé; que jour et nuit je serais occupée de vous. Je sens tout cela
-comme je l'avais prévu. Il y a plusieurs endroits sur lesquels je n'ai
-pas la force d'appuyer; toute ma pensée glisse là-dessus, comme vous
-disiez, et je n'ai pas trouvé que le proverbe fût vrai pour moi,
-_d'avoir la robe selon le froid_. Je n'ai point de robe pour ce
-froid-là[701].»
-
- [700] SÉVIGNÉ, _Lettres_, t. II, p. 146, édit. de M.
-
- [701] _Lettres de madame_ RABUTIN CHANTAL, _marquise_ DE SÉVIGNÉ
- (7 août 1671), t. I, p. 155 et 156.--SÉVIGNÉ, _Lettres_ (9 août
- 1671), t. II, p. 174, édit. de G.; t. II, p. 145, 146, édit. de
- M. Le texte de l'édition de la Haye est différent de celui des
- éditions modernes, et a pour date le 7 août.
-
-Cependant madame de Sévigné avait beaucoup de ressort dans le caractère,
-de la gaieté et de la vivacité; elle s'intéressait à tout, aimait le
-monde, et se plaisait dans la solitude; jouissait des personnes
-aimables, spirituelles ou instruites qu'elle rencontrait, et savait
-supporter celles dont la société était ennuyeuse, l'esprit borné ou
-futile, et assortir sa conversation à la leur. Madame de Grignan, au
-contraire, était sujette aux vapeurs; elle s'ennuyait facilement; il lui
-fallait de la compagnie, et une compagnie qui lui convînt[702]. Ce
-défaut venait en partie de son éducation et de l'habitude qu'elle avait
-contractée de la société de sa mère, de la trop grande indulgence et des
-extrêmes complaisances de celle-ci pour elle dans sa jeunesse. Le
-soufflet donné par elle à mademoiselle du Plessis le prouve[703]; et
-c'est ce qui ressort aussi évidemment de plusieurs passages des lettres
-de madame de Sévigné et notamment de celui-ci: «Vous aimer, penser à
-vous, m'attendrir à tout moment plus que je ne voudrais, m'occuper de
-vos affaires, m'inquiéter de ce que vous pensez, sentir vos ennuis et
-vos peines, les vouloir souffrir pour vous s'il était possible, écumer
-votre cœur comme j'écumais votre chambre des fâcheux dont je la voyais
-remplie; en un mot, comprendre vivement ce que c'est que d'aimer
-quelqu'un plus que soi-même, voilà comme je suis: c'est une chose qu'on
-dit souvent en l'air; on abuse de cette expression, moi je la répète;
-et, sans la profaner jamais, je la sens tout entière en moi, et cela est
-vrai[704].»
-
- [702] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (27 septembre 1671), t. II, p. 242,
- édit. de G. de S.-G.; t. II, p. 203 et 204, édit. de M.
-
- [703] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (29 juillet 1671), t. II, p. 157.
-
- [704] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (1er avril 1671), t. I, p. 407, édit. de
- G. de S.-G.; t. I, p. 316, édit. de M.--_Ibid._ (26 juillet
- 1671), t. II, p. 159, édit. de G. de S.-G.
-
-Rien ne touchait plus madame de Sévigné que les marques de tendresse que
-lui donnait sa fille. Elle en était avide, et il semble qu'elle craint
-toujours que ce cœur, dans lequel elle voudrait habiter, ne se
-refroidisse et ne devienne indifférent pour elle. Aux premières lettres
-qu'elle reçoit de madame de Grignan, elle répond:
-
-«Je reçois vos lettres, ma bonne, comme vous avez reçu ma bague. Je
-fonds en larmes en les lisant; il semble que vous m'écriviez des
-injures, ou que vous soyez malade, ou qu'il vous soit arrivé quelque
-accident; et c'est tout le contraire. Vous m'aimez, ma chère enfant, et
-vous me le dites d'une manière que je ne puis soutenir sans des pleurs
-en abondance. Vous continuez votre voyage sans aucune aventure fâcheuse,
-et lorsque j'apprends tout cela, qui est justement tout ce qui me peut
-être le plus agréable dans l'état où je suis, vous vous avisez donc de
-penser à moi, vous en parlez, et vous aimez mieux m'écrire vos
-sentiments que vous n'aimez à me les dire. De quelque façon qu'ils me
-viennent, ils sont reçus avec une tendresse et une sensibilité qui n'est
-comprise que de ceux qui savent aimer comme je fais. Vous me faites
-sentir pour vous tout ce qu'il est possible de sentir de tendresse. . .
-. . . . . . . . . . . . . . . . . . . Adieu, ma chère enfant, l'unique
-passion de mon cœur, le plaisir et la douleur de ma vie; aimez-moi
-toujours, c'est la seule chose qui peut me donner de la
-consolation[705].»
-
- [705] _Lettres de madame_ RABUTIN-CHANTAL, _marquise_ DE SÉVIGNÉ
- _à madame la comtesse de Grignan, sa fille_; la Haye, 1726,
- in-12, t. I, p. 8 et 12 (janvier 1671).--SÉVIGNÉ, _Lettres_ (9
- février 1671), t. I, p. 235 et 240, édit. de M.--_Ibid._, t. I,
- p. 310 et 316, édit. de G. de S.-G. La date est différente pour
- cette lettre dans l'édition de la Haye et dans les éditions plus
- modernes. Elle aura été mise par les éditeurs, et probablement
- même par les éditeurs modernes. Pour le texte nous avons préféré
- l'édition de la Haye, précisément parce que les éditeurs modernes
- se sont donné la peine de le corriger.
-
-Deux jours après, madame de Sévigné reçoit encore de nouvelles lettres
-de sa fille; et, quoique brèves, elles dissipent tous les doutes qui
-s'étaient élevés dans son esprit en trouvant sa fille si peu expansive à
-son égard lorsqu'elles étaient toutes deux ensemble.
-
-«Vos lettres, lui dit-elle, sont premièrement très-bien écrites, et de
-plus si tendres et si naturelles qu'il est impossible de ne les pas
-croire; la défiance même en serait convaincue: elles ont le caractère de
-vérité qui se maintient toujours et qui se fait voir avec autorité...
-Vos paroles ne servent tout au plus qu'à vous expliquer; et, dans cette
-noble simplicité, elles ont une force à quoi l'on ne peut résister.
-Voilà, ma bonne, comme vos lettres m'ont paru; jugez quel effet elles
-me font et quelles sortes de larmes je répands en me trouvant persuadée
-de la vérité de toutes les vérités que je souhaite le plus sans
-exception! Vous pouvez juger par là de ce que m'ont fait toutes les
-choses qui m'ont donné autrefois un sentiment contraire. Si mes paroles
-ont la même puissance que les vôtres, il ne faut pas vous en dire
-davantage. Je suis assurée que mes vérités ont fait sur vous leur effet
-ordinaire. Mais je ne veux point que vous disiez que j'étais un rideau
-qui vous cachait. Tant pis si je vous cachais, vous êtes encore plus
-aimable quand on a tiré le rideau; il faut que vous soyez à découvert
-pour être dans votre perfection: nous l'avons dit mille fois. Pour moi,
-il me semble que je suis toute nue, qu'on m'a dépouillée de tout ce qui
-me rendait aimable. Je n'ose plus voir le monde; et quoi qu'on ait fait
-pour m'y remettre, j'ai passé tous ces jours comme un loup garou, ne
-pouvant faire autrement. _Peu de gens sont dignes de comprendre ce que
-je sens._ J'ai cherché ceux qui sont de ce petit nombre, et j'ai évité
-les autres[706].»
-
- [706] _Lettres de madame_ RABUTIN-CHANTAL, etc.; la Haye, 1726,
- t. I, p. 13 et 14 (mercredi 14 février 1671).--SÉVIGNÉ, _Lettres_
- (mercredi 11 février), t. I, p. 317, édit. de G. de S.-G.; t. I,
- p. 241, édit. de M. Il y a une erreur dans le chiffre contenant
- la date du mois dans l'ancienne ou les nouvelles éditions. Dans
- celles-ci, le texte original a été à tort corrigé par les
- éditeurs modernes. Les mots mis en italique sont ainsi dans
- l'édition de la Haye, parce qu'ils étaient probablement soulignés
- dans l'original.
-
-Sept jours après avoir écrit cette lettre, madame de Sévigné s'exprime
-sur le même sujet d'une manière plus significative encore dans sa
-réponse à une nouvelle lettre de sa fille.
-
-«Je vous conjure, ma chère bonne, de conserver vos yeux.--Pour les
-miens, vous savez qu'ils doivent mourir à votre service. Vous comprenez
-bien, ma belle, que, de la manière dont vous m'écrivez, il faut que je
-pleure en lisant vos lettres. Pour comprendre quelque chose à l'état où
-je suis, joignez, ma bonne, à la tendresse et à l'inclination naturelle
-que j'ai pour votre personne la petite circonstance d'être persuadée que
-vous m'aimez, et jugez de l'excès de mes sentiments. Méchante, pourquoi
-me cachez-vous quelquefois de si précieux trésors? Vous avez peur que je
-ne meure de joie; mais ne craignez-vous pas aussi que je ne meure de
-déplaisir de croire et de voir le contraire? Je prends d'Hacqueville à
-témoin de l'état où il m'a vue autrefois. Mais quittons ces tristes
-souvenirs, et laissez-moi jouir d'un bien sans lequel la vie m'est dure
-et fâcheuse. Ce ne sont point des paroles, ce sont des vérités. Madame
-de Guénégaud m'a mandé de quelle manière elle vous a vue; pour moi, je
-vous conjure, ma bonne, d'en conserver le fond; mais plus de larmes, je
-vous en conjure: elles ne vous sont pas si saines qu'à moi. Je suis
-présentement assez raisonnable, je me soutiens au besoin, et quelquefois
-je suis quatre ou cinq heures tout comme un autre; mais peu de chose me
-remet à mon premier état: un souvenir, un lieu, une parole, une pensée
-un peu trop arrêtée; vos lettres surtout, les miennes même en les
-écrivant, quelqu'un qui me parle de vous, voilà des écueils à ma
-constance, et ces écueils se rencontrent souvent. . . . . . . . . . . .
-Ah! ma bonne, je voudrais bien vous voir un peu, vous entendre et vous
-embrasser, vous voir passer, si c'est trop que le reste. Eh bien! voilà
-de ces pensées à quoi je ne résiste pas; je sens qu'il m'ennuie de ne
-vous plus avoir; cette séparation me fait une douleur au cœur et à
-l'âme, que je sens comme un mal du corps[707].»
-
- [707] _Lettres de madame_ RABUTIN-CHANTAL, _marquise_ DE SÉVIGNÉ;
- la Haye, 1726, t. I, p. 18 et 21 (mercredi 18 février
- 1671).--_Ibid._, t. I, p. 329, édit. de G. de S.-G.; t. I, p.
- 251, édit. de M. C'est toujours le texte de l'édition primitive
- que nous transcrivons.
-
-Elle ne termine presque jamais sa lettre sans prier sa fille de l'aimer,
-sans renouveler le témoignage de sa tendresse par une expression vive et
-forte.--«Ma fille, aimez-moi donc toujours;--c'est ma vie, c'est mon âme
-que votre amitié;--je vous le disais l'autre jour, elle fait toute ma
-joie et toutes mes douleurs.» Dans une autre lettre: «Je souhaite, ma
-petite, que vous m'aimiez toujours; c'est ma vie, c'est l'air que je
-respire[708].» Dans une autre encore elle termine ainsi: «Je vous
-remercie de vos soins, de votre amitié, de vos lettres; ma vie tient à
-toutes ces choses-là[709].» Dans une autre enfin: «Vous êtes mon cœur
-et ma vie. _Seposto ho il cor nelle sue mani, a lei stara di farsi amar
-quanto le piace_[710].»
-
- [708] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (17 avril, 31 mai 1672), t. II, p. 28 et
- 87, édit. de G. de S.-G.; t. II, p. 23 et 73, édit de M.
-
- [709] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (18 octobre 1671), t. II, p. 264, édit.
- de G. de S.-G.; t. II, p. 23, édit. de M.
-
- [710] «J'ai remis mon cœur dans vos mains, et il ne tiendra qu'à
- vous de vous faire aimer autant qu'il vous plaira.» Voyez
- _Lettres de madame_ RABUTIN-CHANTAL, édit. de la Haye, t. I, p.
- 197. Ce passage italien a été omis dans les éditions modernes.
- Voyez Gault, t. II, p. 254; Monmerqué, t. II, p. 214.
-
-Madame de Sévigné comprenait tout ce qu'il y avait d'insensé dans
-l'excès de cette tendresse; aussi cherchait-elle à la combattre par la
-raison, par la religion, par tous les genres de distractions qui
-s'alliaient avec sa position, ses inclinations et ses devoirs; et c'est
-lorsqu'elle veut badiner de sa peine, c'est lorsque la violence de ses
-sentiments se trahit malgré ses efforts pour les comprimer qu'elle nous
-touche le plus; alors sa délirante gaieté nous serre le cœur et rend
-plus déchirant encore le cri de douleur qui la termine. Madame de
-Grignan était au château de Grignan. Elle écrit à madame de Sévigné,
-alors aux Rochers, qu'elle se fait peindre; que le comte de Grignan
-s'amuse à jouer au mail, qu'il y est très-adroit, et qu'enfin il
-embrasse sa belle-mère. Rien ne paraît plus ordinaire et plus simple que
-ces détails, rien de moins propre en apparence à émouvoir la
-sensibilité. Mais voyez l'émotion qu'ils excitent dans le sein de cette
-pauvre mère, et jugez-en par ce peu de paroles qu'elle jette sur le
-papier: «Vous dites donc que M. de Grignan m'embrasse. Vous perdez le
-respect, mon pauvre Grignan. Viens donc un peu jouer dans mon mail, je
-t'en conjure; il y fait si beau; j'ai tant d'envie de vous voir jouer;
-vous avez si bonne grâce, vous faites de si beaux coups! Vous êtes bien
-cruel de me refuser une promenade d'une heure seulement. Et vous, ma
-petite, venez, nous causerons... Ah! mon Dieu! j'ai bien envie de
-pleurer[711].»
-
- [711] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (7 juin 1671), t. II, p. 94, édit. de G.
- de S.-G.; t. II, p. 78, édit. de M. Conférez encore (25 octobre
- 1671), t. II, p. 270, édit. de G. de S.-G.
-
-Au milieu des plaisirs du monde, de la musique et des danses, madame de
-Sévigné se trouvait tout à coup assaillie par le souvenir de sa fille et
-plongée dans une invincible mélancolie. Les airs d'Ytier, que sa fille
-aimait, faisaient sur elle une impression douloureuse. Au sortir d'un
-bal où elle avait assisté à Vitré, elle écrit à madame de Grignan, du
-cabinet de la duchesse de Chaulnes: «Mais sera-t-il possible, ma fille,
-que M. de Grignan ne me donne jamais le plaisir de vous voir danser un
-moment? Quoi! je ne reverrai jamais cette danse et cette grâce parfaite
-qui m'allait droit au cœur? Je meurs d'envie de pleurer au bal, et
-quelquefois j'en passe mon envie sans que personne s'en aperçoive;
-certains airs, certaines danses font cet effet très-ordinairement[712].»
-
- [712] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (26 août 1671), t. II, p. 203, édit. de
- G. de S.-G.
-
-De cette éloquence du sentiment, qui s'élève quelquefois jusqu'au
-sublime, madame de Sévigné tombe dans le plaisant et le grotesque, et
-elle exprime alors non moins énergiquement ce qu'elle éprouve, comme
-dans cette fin d'une de ses lettres: «Adieu, ma très-aimable bonne, je
-ne pense qu'à vous; si, par un miracle que je n'espère ni ne veux, vous
-étiez hors de ma pensée, il me semble que je serais vide de tout, comme
-une figure de Benoît.» Ce Benoît était un artiste qui excellait à faire
-des portraits en cire; il montrait pour de l'argent, réunies dans un
-grand salon, les effigies des principaux seigneurs de la cour, revêtus
-de leurs plus brillants costumes[713]. Dans une autre lettre, où elle
-plaisante sur son défaut de mémoire, elle dit: «Nous sentons plus que
-jamais que la mémoire est dans le cœur; car quand elle ne nous vient
-pas de cet endroit, nous n'en avons pas plus que des lièvres[714].»
-
- [713] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (8 avril 1671), t. II, p. 9 et 10, édit.
- de G. de S.-G.--_Lettres de madame_ RABUTIN-CHANTAL, _marquise_
- DE SÉVIGNÉ; la Haye, 1726, t. I, p. 62; t. II, p. 8, édit. de M.
-
- [714] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (9 septembre 1671), t. II, p. 220; t.
- II, p. 184, édit. de M.
-
-Cependant un jubilé était ouvert; la semaine sainte approchait, et
-madame de Sévigné, pour échapper aux pensées qu'elle se reproche et qui
-la tourmentent, se rend à Livry, afin d'y passer quelques jours dans
-une retraite pieuse, bien résolue, tant qu'elle y serait, de ne point
-écrire à sa fille. Vaine résolution!--Elle se trouve forcée de retourner
-à Paris, où elle termine les tristes et humiliants aveux commencés à
-Livry.
-
-«Ma chère bonne, il y a trois heures que je suis partie de Paris avec
-l'abbé (de Coulanges, son tuteur), Hélène (sa femme de chambre), Hébert
-(son valet de chambre) et Marphise (sa chienne), dans le dessein de me
-retirer du monde et du bruit jusqu'à jeudi au soir. Je prétends être en
-solitude; je fais de ceci une petite Trappe; je veux y prier Dieu, y
-faire mille réflexions; j'ai résolu d'y jeûner beaucoup, pour toutes
-sortes de raisons; de marcher pour tout le temps que j'ai été dans ma
-chambre, et surtout de m'ennuyer pour l'amour de Dieu. Mais ce que je
-ferai beaucoup mieux que tout cela, c'est de penser à vous, ma fille; je
-n'ai pas encore cessé depuis que je suis arrivée, et, ne pouvant
-contenir tous mes sentiments, je me suis mise à vous écrire au bout de
-cette petite allée sombre que vous aimez, assise sur ce siége de mousse
-où je vous ai vue quelquefois couchée. Mais, mon Dieu! où ne vous ai-je
-point vue ici? et de quelle façon toutes ces pensées me traversent-elles
-le cœur? Il n'y a point d'endroit, point de lieu, ni dans la maison, ni
-dans l'église, ni dans le pays, ni dans le jardin, où je ne vous ai
-vue... Je vous vois, vous m'êtes présente; je pense et je repense à
-vous. Ma tête et mon esprit se creusent; mais j'ai beau tourner, j'ai
-beau chercher cette chère enfant que j'aime avec tant de passion, elle
-est à deux cents lieues de moi, je ne l'ai plus. Sur cela, je pleure
-sans pouvoir m'en empêcher. Ma chère bonne, voilà qui est bien faible;
-pour moi, je ne sais point être forte contre une tendresse si juste et
-si naturelle. L'état où ce lieu m'a mise est une chose incroyable: je
-vous prie de ne pas parler de mes faiblesses; mais vous devez aimer et
-respecter mes larmes, qui viennent d'un cœur tout à vous[715].»
-
- [715] _Lettres de madame_ RABUTIN-CHANTAL, _marquise_ DE SÉVIGNÉ;
- la Haye, 1726, t. I, p. 47 et 48.--SÉVIGNÉ, _Lettres_ (24 mars
- 1671), t. I, p. 394, édit. de G. de S.-G.; t. I, p. 305, édit. de
- M.
-
-Puis encore, le surlendemain, elle reprend la plume pour faire une
-nouvelle infraction à la résolution qu'elle avait prise; et le jeudi
-saint elle écrit: «Si j'avais autant pleuré mes péchés que j'ai pleuré
-pour vous depuis que je suis ici, je serais très-bien disposée pour
-faire mes pâques et mon jubilé. J'ai passé ici le temps que j'avais
-résolu, et de la manière dont je l'avais prévu. C'est une chose étrange
-qu'une imagination vive qui représente toutes choses comme si elles
-étaient encore; sur cela, on songe au présent; et quand on a le cœur
-comme je l'ai, on se meurt. Je ne sais où me sauver de vous; notre
-maison de Paris m'assomme encore tous les jours, et Livry m'achève. Pour
-vous, c'est par un effort de mémoire que vous pensez à moi; la Provence
-n'est point obligée de me rendre à vous, comme ces lieux-ci doivent vous
-rendre à moi. J'ai trouvé de la douceur dans la tristesse que j'ai eue
-ici. Une grande solitude, un grand silence, un office triste, des
-ténèbres chantées avec dévotion, un jeûne canonique, et une beauté dans
-ces jardins dont vous seriez charmée; tout cela m'a plu. Je n'avais
-jamais été à Livry la semaine sainte. Hélas! que je vous y ai souhaitée!
-Quelque ennemie que vous soyez de la solitude, vous auriez été contente
-de celle-ci. Mais je m'en retourne à Paris par nécessité. Je veux demain
-aller à la Passion du P. Bourdaloue et du P. Mascaron. J'ai toujours
-honoré les belles Passions. Adieu, ma chère petite; voilà ce que vous
-aurez de Livry; j'achèverai cette lettre à Paris. Si j'avais eu la force
-de ne vous y point écrire, et de faire un sacrifice à Dieu de tout ce
-que j'ai senti, cela vaudrait mieux que toutes les pénitences du monde;
-mais, au lieu d'en faire un bon usage, j'ai cherché de la consolation à
-vous en parler. Ah! ma bonne, que cela est faible et misérable[716]!»
-
- [716] _Lettres de madame_ RABUTIN-CHANTAL, _marquise_ DE SÉVIGNÉ;
- la Haye, 1726, t. I, p. 49 et 50.--SÉVIGNÉ, _Lettres_ (26 mars
- 1671), t. I, p. 396, édit. de G. de S.-G.
-
-Elle retourne à Paris, et revient ensuite à Livry; mais en s'y rendant
-elle avait été dîner à Pomponne avec son vieil ami, le père du marquis
-de Pomponne, et Arnauld d'Andilly, dont les sages admonitions firent sur
-elle une forte impression, sans qu'elle en devînt plus raisonnable.
-Voici ce qu'elle écrit à sa fille de cet homme vénérable, âgé alors de
-quatre-vingt-trois ans: «Je le trouvai dans une augmentation de sainteté
-qui m'étonna: plus il approche de la mort, plus il s'épure. Il me gronda
-très-sérieusement; et, transporté de zèle et d'amitié pour moi, il me
-dit que j'étais folle de ne point songer à me convertir; que j'étais une
-jolie païenne; que je faisais de vous une idole de mon cœur; que cette
-sorte d'idolâtrie était aussi dangereuse qu'une autre, quoiqu'elle me
-parût moins criminelle; qu'enfin je songeasse à moi: il me dit tout cela
-si fortement que je n'avais pas le mot à dire. Enfin, après six heures
-de conversation très-agréable, quoique très-sérieuse, je le quittai, et
-vins ici, où je trouvai tout le triomphe du mois de mai: le rossignol,
-le coucou, la fauvette ont ouvert le printemps dans nos forêts; je m'y
-suis promenée le soir toute seule, j'y ai trouvé toutes mes tristes
-pensées; mais je ne veux plus vous en parler[717].»
-
- [717] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (29 avril 1671), t. II, p. 46, édit. de
- G. de S.-G.; t. II, p. 39, édit. de M.--Conférez, sur Arnauld
- d'Andilly et de Pomponne, la deuxième partie de ces _Mémoires_,
- p. 265 et 269, et ci-dessus, chap. III, p. 72.
-
-Elle était bien loin de pouvoir garder cette résolution, qui ne fut
-jamais prise par elle sérieusement, puisque, encore près d'un an après
-la date de cette lettre, elle avoue qu'elle se trouve dans des
-dispositions toutes différentes, et que tout renouvelait ses douleurs.
-Le cardinal de Retz avait quitté sa retraite pour faire à Paris une
-courte apparition; il y avait été reçu par M. de la Rochefoucauld,
-madame de la Fayette et madame de Sévigné avec un empressement et une
-cordialité proportionnés à l'affection sincère qu'il avait dans tous les
-temps inspirée à ses anciens amis[718]. Madame de Sévigné parle ainsi de
-lui à sa fille: «Nous tâchons d'amuser notre bon cardinal; Corneille lui
-a lu une pièce qui sera jouée dans quelque temps et qui fait souvenir
-des anciennes. Molière lui lira samedi _Trissotin_[719], qui est une
-fort plaisante chose. Despréaux lui donnera son _Lutrin_ et son _Art
-poétique_: voilà tout ce qu'on peut faire pour son service. Il vous aime
-de tout son cœur, ce pauvre cardinal; il parle souvent de vous, et vos
-louanges ne finissent pas si aisément qu'elles commencent. Mais, hélas!
-quand nous songeons qu'on nous a enlevé notre chère enfant, rien n'est
-capable de nous consoler; pour moi, je serais très-fâchée d'être
-consolée; je ne me pique ni de fermeté ni de philosophie; mon cœur me
-mène et me conduit. On disait l'autre jour (je crois vous l'avoir
-mandé) que la vraie mesure du cœur c'est la capacité d'aimer; je me
-trouve d'une grande élévation par cette règle; elle me donnerait trop de
-vanité si je n'avais mille autres sujets de me remettre à ma
-place[720].»
-
- [718] Sur le cardinal de Retz, conférez ci-dessus, chap. VI, p.
- 109-115.
-
- [719] Conférez sur ce passage les notes et éclaircissements à la
- fin du présent volume.
-
- [720] _Lettres de madame_ RABUTIN-CHANTAL, _marquise_ DE SÉVIGNÉ,
- t. I, p. 247.--SÉVIGNÉ, _Lettres_ (9 mars 1672), t. II, p. 415,
- édit. de G. de S.-G.; t. II, p. 353, édit. de M.
-
-Les Rochers, où madame de Sévigné avait tant de fois goûté le plaisir de
-se trouver seule avec sa fille, font sur elle la même impression que
-Livry lorsqu'elle y rentre pour la première fois après le départ de
-madame de Grignan, et elle écrit: «Enfin, ma fille, me voici dans ces
-pauvres _Rochers_: peut-on revoir ces allées, ces devises, ce petit
-cabinet, ces livres, cette chambre sans mourir de tristesse? Il y a des
-souvenirs agréables; mais il y en a de si vifs et de si tendres qu'on a
-peine à les supporter. Ceux que j'ai de vous sont de ce nombre. Ne
-comprenez-vous pas bien l'effet que cela peut faire dans un cœur comme
-le mien?--J'ai quelquefois des rêveries, dans ces bois, d'une telle
-noirceur que j'en reviens plus changée que dans un accès de
-fièvre[721].»
-
- [721] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (31 mai 1671), t. II, p. 84 et 85; t.
- II, p. 70 et 71.
-
-Un an après que sa fille l'eut quittée, le jour anniversaire où elle la
-maria, dans ce même couvent des sœurs de Sainte-Marie du Faubourg, où
-elle la fit élever, madame de Sévigné se trouva saisie d'une si forte
-douleur qu'elle ne put s'empêcher de prendre la plume pour exprimer tout
-ce qu'elle ressentait. «Me voici dans un lieu, ma bonne, qui est le lieu
-du monde où j'ai pleuré, le jour de votre départ, le plus abondamment et
-le plus amèrement. La pensée m'en fait encore tressaillir. Ma bonne, je
-n'en puis plus; votre souvenir me tue en mille occasions. J'ai pensé
-mourir dans ce jardin, où je vous ai vue mille fois; je ne veux point
-vous dire en quel état je suis: vous avez une vertu sévère qui n'entre
-point dans la faiblesse humaine. Il y a des heures, des moments où je ne
-suis pas la maîtresse; je suis faible, et je ne me pique point de ne
-l'être pas[722].»
-
- [722] _Lettres de madame_ RABUTIN-CHANTAL, _marquise_ DE SÉVIGNÉ,
- édit. de la Haye, 1726, t. I, p. 231.--SÉVIGNÉ, _Lettres_, t. II,
- p. 365; édit. de G. de S.-G.; t. II, p. 309, édit. de M. (29
- janvier 1672).
-
-Madame de Sévigné fut vivement touchée de l'exactitude que madame de
-Grignan mettait à lui écrire. «Dès que j'ai reçu une de vos lettres, lui
-dit-elle, j'en voudrais tout à l'heure une autre; je ne respire que d'en
-recevoir.» Elle lui témoigne sans cesse le plaisir qu'elle ressent
-lorsque ses lettres lui parviennent; ses inquiétudes, ses impatiences
-quand elles n'arrivent pas aussitôt qu'elle les espère; la consolation
-et le soulagement que leur lecture lui procure. Elle cherche à
-l'encourager dans cette voie par des éloges souvent répétés[723]. Mais
-toutefois, au milieu de toutes ces louanges, on aperçoit quelquefois ce
-qui manquait aux lettres de madame de Grignan pour être entièrement du
-goût de sa mère. Puisqu'elle l'invite à ne jamais quitter le naturel,
-qui, selon elle, «surpasse un style parfait,» c'est que sa fille tombait
-souvent dans l'affectation. Les observations de madame de Sévigné
-produisaient leur effet: non que madame de Grignan adoptât les idées de
-sa mère sur les points importants de philosophie, de religion, de
-littérature; madame de Grignan avait au contraire sur toutes ces
-matières des opinions très-arrêtées, qui en bien des points différaient
-de celles de sa mère; mais elle devait à celle-ci une partie de son
-instruction. Pour l'italien, elle n'avait pas eu d'autre maître[724]; et
-le témoignage de tout le monde, comme son propre jugement, lui faisait
-sentir combien, dans le commerce épistolaire, sa mère lui était
-supérieure par l'esprit, les saillies et le prestige de l'imagination.
-Dès son enfance, et dans le court séjour qu'elle avait fait au couvent
-de Sainte-Marie de Nantes, elle avait eu soin de garder les lettres
-qu'elle recevait de madame de Sévigné[725]. Depuis elle ne cessa jamais
-de les conserver religieusement; et soit que ce soin fût dû à la piété
-filiale ou à l'excellence de son goût, on ne lui en est pas moins
-redevable du plus admirable recueil dont notre littérature puisse se
-glorifier. Mais peut-être est-ce à sa vanité qu'on doit attribuer la
-destruction de ses propres lettres, qui eussent jeté tant de jour sur
-celles de sa mère et que celle-ci, sans nul doute, avait conservées
-comme un précieux trésor. Il est certain que madame de Grignan ne
-paraissait pas contente des lettres qu'elle écrivait. Madame de Sévigné
-la gronde souvent sur son excès de modestie[726]. «Vous me déplaisez,
-lui dit-elle, mon enfant, en parlant comme vous faites de vos aimables
-lettres. Quel plaisir prenez-vous à dire du mal de votre esprit, de
-votre style, de vous comparer à la princesse d'Harcourt? Où prenez-vous
-cette fausse et offensante humilité?»
-
- [723] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (18 février, 20 mars, 8, 10, 15 et 17
- avril, 13 mai et 9 juillet 1671), t. II, p. 331, 333, 388, édit.
- de G. de S.-G.; t. II, p. 5, 13, 51, 29, 54, 124, édit. de M.
-
- [724] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (4 mars 1671), t. I, p. 359, édit. de G.
- de S.-G.; t. I, p. 276, édit. de M. «Ne m'aimez-vous pas de vous
- avoir appris l'italien?»
-
- [725] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (13 mars et 5 novembre 1671), t. I, p.
- 375, édit. de G. de S.-G.; t. I, p. 289, édit. de M. «Si vous
- êtes encore de l'humeur dont vous étiez à Sainte-Marie, et que
- vous gardiez mes lettres.»
-
- [726] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (6 janvier 1672), t. II, p. 337, édit.
- de G. de S.-G.; t. II, p. 285, édit. de M.
-
-Par là nous apprenons que la princesse d'Harcourt, la fille de Brancas
-le distrait[727], avait peu d'esprit; mais c'était une belle femme, et
-sous ce rapport la comparaison n'avait rien d'humiliant pour madame de
-Grignan. La princesse d'Harcourt se trouvait enceinte en même temps que
-cette dernière, ce qui était une conformité de plus[728].
-
- [727] Henri de Lorraine, prince d'Harcourt, était cousin germain
- maternel de M. de Grignan; et lui ainsi que sa femme et le comte
- de Brancas ont comparu au contrat de mariage de M. de Grignan.
- Voyez chapitre VIII, p. 129.
-
- [728] CHOISY, _Mémoires_, t. LXIII, p. 432, de la collection de
- Petitot et Monmerqué.--SÉVIGNÉ, _Lettres_ (1er mai 1671), t. II,
- p. 53, édit. de G. de S.-G.; t. II, p. 44, édit. de M.--(23 mai
- 1667), t. I, p. 116 et note, édit. de M.; t. I, p. 163, édit. de
- G.
-
-Madame de Sévigné savait que sa fille montrait ses lettres[729] ou les
-lisait aux personnes de sa connaissance en supprimant les louanges
-qu'elle lui donnait et ce qui lui était personnel; ce dont sa mère lui
-savait très-mauvais gré, car elle en agissait tout autrement. «Mais vous
-êtes bien plaisante, madame la comtesse, de montrer mes lettres! Où est
-donc ce principe de cachoterie pour ce que vous aimez? Vous souvient-il
-avec quelle peine nous attrapions les dates de celles de M. de Grignan?
-Vous pensez m'apaiser par vos louanges, et me traiter toujours comme la
-Gazette de Hollande; je m'en vengerai. Vous cachez les tendresses que je
-vous mande, friponne; et moi je montre quelquefois, et à certaines gens,
-celles que vous m'écrivez. Je ne veux pas qu'on croie que j'ai pensé
-mourir, et que je pleure tous les jours, _pour qui? pour une ingrate_.
-Je veux qu'on voie que vous m'aimez, et que, si vous avez mon cœur tout
-entier, j'ai une place dans le vôtre.»
-
- [729] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (11 mars 1671), t. I, p. 268, édit. de
- G. de S.-G.; t. I, p. 283, édit. de M.
-
-Cette certitude qu'avait madame de Sévigné que les lettres qu'elle
-écrivait à sa fille étaient souvent lues par M. de Grignan, auquel elles
-plaisaient beaucoup[730], et aussi par d'autres personnes, ne la gênait
-nullement. Jamais elle ne se corrigeait, et elle n'avait, comme elle le
-dit, qu'un trait de plume[731].
-
- [730] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (30 mars 1672), t. II, p. 437, édit. de
- G. de S.-G.
-
- [731] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (3 avril 1671), t. I, p. 408, édit. de
- G. de S.-G.; t. I, p. 316, édit. de M.
-
-Aussi savait-elle très-bien qu'il lui échappait beaucoup d'incorrections.
-«Est-il possible, dit-elle à madame de Grignan, que mes lettres
-vous soient agréables au point où vous me le dites? Je ne les
-sens point telles en sortant de mes mains; je crois qu'elles le
-deviennent quand elles ont passé par les vôtres. Enfin, ma chère enfant,
-c'est un grand bonheur que vous les aimiez; car, de la manière dont vous
-en êtes accablée, vous seriez fort à plaindre si cela était autrement.
-M. de Coulanges est bien en peine de savoir laquelle de vos _madames_ y
-prend goût; nous trouvons que c'est un bon signe pour elle, car mon
-style est si négligé qu'il faut avoir un esprit naturel et du monde pour
-pouvoir s'en accommoder[732].»
-
- [732] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (23 décembre 1671), t. II, p. 270, édit.
- de M.; t. II, p. 320, édit. de G. de S.-G.--_Ibid._ (15 janvier
- 1672), t. II, p. 346, édit. de G. de S.-G.; t. II, p. 293, édit.
- de M.
-
-Madame de Sévigné faisait cas du goût de sa fille en matière de style.
-«Je suis ravie, lui dit-elle, que vous ayez approuvé mes lettres; vos
-approbations et vos louanges sincères me font un plaisir qui surpasse
-tout ce qui me vient d'ailleurs[733].»
-
- [733] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (22 avril 1671), t. II, p. 35, édit. de
- G. de S.-G.; t. II, p. 29, édit. de M.--_Lettres de madame_
- RABUTIN-CHANTAL, etc., édition de la Haye, 1726, t. I, p. 77 et
- 78.--_Ibid._ (23 mars 1671), t. I, p. 391 et 392.
-
-Madame de Sévigné écrivait à sa fille à toutes les heures du jour,
-souvent le matin, après dîner, après souper, quelquefois fort tard dans
-la nuit[734], non-seulement chez elle, mais chez ses parents et chez ses
-amis, chez toutes les personnes où elle était assez libre pour pouvoir
-le faire; chez sa tante de la Trousse, chez son cousin de Coulanges,
-chez madame de la Fayette. Autrement, quand elle dînait en ville, si le
-départ de la poste l'exigeait, elle rentrait chez elle pour expédier son
-courrier. Le plus souvent aussi elle commençait ses lettres à sa fille
-bien avant le jour du départ; c'est ce qu'elle appelait écrire de
-provision[735], ou, comme elle le dit plaisamment, faire comme Arlequin,
-qui répond avant d'avoir reçu la lettre. Elle continuait quelquefois la
-même lettre pendant trois jours de suite, ce qui explique l'extrême
-longueur de quelques-unes; et comme souvent, en achevant, elle avait
-oublié ce qu'elle avait dit en commençant, elle revenait sur les mêmes
-nouvelles. «Quand je m'aperçois, dit-elle, de ces répétitions, je fais
-une grimace épouvantable; mais il n'en est autre chose, car il est tard;
-je ne sais point raccommoder, et je fais mon paquet. Je vous mande cela
-une fois pour toutes, afin que vous excusiez cette radoterie[736].»
-Elle écrivait avec rapidité, et ses lettres étaient, selon elle, tracées
-avec la plume des vents[737]. Elle aimait à faire ce qu'elle appelait
-des réponses à la chaude, c'est-à-dire sous l'impression de la lettre
-qu'elle venait de lire[738]. Quand elle écrivait en compagnie, soit chez
-elle, soit chez les autres, elle s'interrompait souvent pour laisser
-écrire dans ses lettres quelques-unes des personnes présentes[739]. Elle
-recevait des lettres de sa fille exactement tous les trois jours, et
-rarement pouvait-elle s'empêcher de verser quelques larmes en les
-lisant[740]. Afin qu'elles lui fussent remises plus promptement, elle
-avait gagné un commis de Louvois, qui remettait à son domestique les
-lettres qui lui étaient adressées aussitôt leur arrivée et avant
-qu'elles fussent distribuées aux facteurs. Ce commis, qui se nommait
-Dubois, elle l'appelait _son petit ami_. Lorsque Louvois emmena
-Dubois avec lui à l'armée, elle eut grand soin de se procurer à
-l'administration des postes un autre _petit ami_ qui lui rendît le même
-service[741]. Elle témoigne plaisamment son admiration pour la poste,
-et, comme il lui arrive souvent, sa raillerie se transforme en
-réflexions justes et philosophiques. «Je suis en fantaisie, écrit-elle à
-madame de Grignan, d'admirer l'honnêteté de messieurs les postillons,
-qui sont incessamment sur les chemins pour porter et rapporter vos
-lettres; enfin, il n'y a jour de la semaine où ils n'en portent
-quelqu'une à vous ou à moi. Il y en a toujours à toutes les heures par
-la campagne. Les honnêtes gens! qu'ils sont obligeants! et que c'est une
-belle invention que la poste, et un bel effet de la Providence que la
-cupidité[742]!»
-
- [734] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (25 décembre 1671), t. II, p. 325, édit.
- de G. de S.-G.; t. II, p. 275, édit. de M.
-
- [735] _Lettres de madame_ RABUTIN-CHANTAL, etc., édit. de la
- Haye, 1726, t. I, p. 213 (23 déc. 1671).--SÉVIGNÉ, _Lettres_ (15
- avril 1671), t. II, p. 18; t. II, p. 316, édit. de G. de S.-G; t.
- II, p. 15, édit. de M.
-
- [736] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (11 mars 1672 et 27 mai 1680), t. II, p.
- 422, édit. de G. de S.-G.; t. II, p. 359, édit. de M.--_Ibid._
- (30 mars 1672), t. II, p. 437, édit. de G. de S.-G.; t. II, p.
- 269, édit. de M.
-
- [737] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (30 mars 1672), t. II, p. 442; t. II, p.
- 373.--_Ibid._ (23 mars 1671), t. I, p. 391 et 392, édit. de G. de
- S.-G.
-
- [738] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (11 mars 1672), t. II, p. 422, édit. de
- G. de S.-G.; t. II, p. 359, édit. de M.
-
- [739] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (6 et 18 mars 1671, 2e lettre), t. I, p.
- 362 et 383, édit. de G. de S.-G.; t. I, p. 279 et 296, édit.
- de M.--_Ibid._ (4 avril 1671), t. II, p. 3 et 5, édit. de
- M.--_Ibid._ (24 avril 1671), t. II, p. 36, édit. de G. de S.-G.;
- t. II, p. 33, édit. de M. Un grand nombre d'autres exemples
- pourraient être cités.
-
- [740] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (18 mars 1671), t. I, p. 381-385, édit.
- de G. de S.-G.; t. I, p. 296, édit. de M.
-
- [741] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (20 avril 1672), t. II, p. 468, édit. de
- G. de S.-G.; t. II, p. 394, édit. de M.--_Ibid._ (23 mai 1672),
- t. III, p. 33, édit. de G. de S.-G.; t. II, p. 444, édit. de M.
-
- [742] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (12 juillet 1671), t. II, p. 136, édit.
- de G. de S.-G.; t. II, p. 114, édit. de M.
-
-Lorsque les lettres de madame de Grignan n'arrivaient pas aux jours et
-aux heures fixés, elle était aussitôt désespérée et en proie à de
-mortelles inquiétudes. Le 17 juin, elle écrit des Rochers à
-d'Hacqueville: «Enfin voilà le second ordinaire que je ne reçois point
-de nouvelles de ma fille; je tremble depuis la tête jusqu'aux pieds, je
-n'ai pas l'usage de raison; je ne dors point, et si je dors, je me
-réveille avec des sursauts qui sont pires que de ne pas dormir... Mais,
-mon cher monsieur, d'où cela vient-il? Ma fille ne m'écrit-elle plus?
-est-elle malade? Ah! mon Dieu! que je suis malheureuse de n'avoir
-personne avec qui pleurer[743]!»
-
- [743] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (1671), t. II, p. 101, édit. de G.
- de S.-G.--_Lettres inédites de madame_ DE SÉVIGNÉ; Paris,
- Klostermann, 1814, in-8º, p. 197 (mercredi 17 juin).
-
-Enfin les lettres de madame de Grignan, qui avaient été envoyées à
-Rennes à son fils, arrivent à madame de Sévigné trois jours après la
-lettre qu'elle a écrite à d'Hacqueville. «Bon Dieu! dit-elle à sa fille,
-que n'ai-je point souffert pendant deux ordinaires que je n'ai point eu
-de vos lettres? Elles sont nécessaires à ma vie; ce n'est point une
-façon de parler, c'est une grande vérité[744].»
-
- [744] _Lettre écrite par madame_ DE SÉVIGNÉ (le 21 juin 1671),
- _rétablie d'après le manuscrit original_; 1826, in-8º, p.
- 3.--SÉVIGNÉ, _Lettres_, t. II, p. 103, édit. de G. de S.-G.; t.
- II, p. 85, édit. de M.; t. I, p. 118, édit. de la Haye, 1626.
-
-Une autre cause d'inquiétude pour madame de Sévigné, dans sa
-correspondance avec madame de Grignan, était lorsque les lettres qu'elle
-adressait à celle-ci ne lui parvenaient pas; alors elle soupçonnait
-qu'elles avaient été ouvertes et interceptées par les agents du
-gouvernement. Ceci explique les déguisements de noms et les mots
-couverts dont madame de Sévigné se sert pour communiquer à sa fille des
-nouvelles du roi et de la cour. «Je veux revenir à mes lettres qu'on ne
-vous envoie point; j'en suis au désespoir. Croyez-vous qu'on les ouvre?
-croyez-vous qu'on les garde? Hélas! je conjure ceux qui prennent cette
-peine de considérer le peu de plaisir qu'ils ont à cette lecture et le
-chagrin qu'ils nous donnent. Messieurs, ayez soin de les recacheter,
-afin qu'elles arrivent tôt ou tard[745].»
-
- [745] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (18 mars 1671), t. I, p. 385, édit. de
- G.; t. I, p. 297, édit. de M.
-
-Les correspondances que madame de Sévigné entretenait avec madame de
-Grignan, avec Bussy et avec quelques amis intimes n'étaient pas les
-seules. Par les plaintes qu'elle forme, on voit qu'on aimait à recevoir
-de ses lettres et qu'on saisissait le moindre prétexte pour lui écrire
-et en obtenir une réponse. Elle écrit des Rochers à madame de Grignan:
-«Je suis accablée des lettres de Paris; surtout la répétition du
-mariage de MONSIEUR me fait sécher sur pied; je suis en butte à tout le
-monde, et tel qui ne m'a point écrit se réveille pour mon malheur, afin
-de me l'apprendre[746].»
-
- [746] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (21 octobre 1671), t. II, p. 265, 266,
- édit. de G. de S.-G.; t. II, p. 244, édit. de M.
-
-La correspondance de madame de Sévigné avec sa fille ne ressemblait, ne
-pouvait ressembler à aucune autre. C'était la continuation de ces
-épanchements de cœur, de ces causeries délicieuses, de ces confidences
-intimes qui avaient eu lieu entre la mère et la fille lorsqu'elles
-étaient réunies, surtout depuis que le mariage de M. de Grignan les
-avait entraînées plus fréquemment toutes deux à la cour et dans la haute
-société. Dès lors elles avaient été obligées de prendre leur part des
-agitations, des anxiétés que le choc des intérêts, des rivalités, des
-ambitions excite sans cesse dans le tourbillon du monde; et elles
-éprouvèrent plus que jamais le besoin de se communiquer mutuellement
-leurs idées, leurs sentiments, leurs réflexions; de se raconter l'une à
-l'autre ce qu'elles voyaient, ce qu'elles apprenaient, ce qu'elles
-entendaient, ce qu'elles observaient dans les cercles qui s'occupaient
-d'elles et dont elles étaient occupées.
-
-Depuis que madame de Grignan, par son séjour en Provence, se trouvait
-écartée de la cour et de la société de la capitale, elle était plus que
-jamais tourmentée du désir de connaître ce qui s'y passait, et ce que
-faisait, ce que disait, ce que pensait sa mère. Celle-ci était charmée
-d'avoir des occasions, qui se renouvelaient sans cesse, de se rendre
-nécessaire; son plaisir, sa consolation étaient dans son commerce de
-lettres avec sa fille. «Vous ne me parlez point assez de vous, lui
-dit-elle; j'en suis nécessiteuse, comme vous l'êtes de folies; je vous
-souhaite toutes celles que j'entends; pour celles que je dis, elles ne
-valent plus rien depuis que vous ne m'aidez plus: vous m'en inspirez, et
-quelquefois aussi je vous en inspire. C'est une longue tristesse, et qui
-se renouvelle souvent, d'être loin d'une personne comme vous[747].»
-
- [747] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (24 avril 1671), t. II, p. 36, édit. de
- G. de S.-G.; t. II, p. 30, édit. de M.
-
-Elle savait gré à sa fille de se plaire à la lecture de ses lettres. «Il
-y a plaisir, lui dit-elle, à vous envoyer des folies; vous y répondez
-délicieusement. Vous savez que rien n'attrape tant les gens que quand on
-croit avoir écrit pour divertir ses amis, et qu'il arrive qu'ils n'y
-prennent pas garde ou qu'ils n'en disent pas un mot. Vous n'avez pas
-cette cruauté; vous êtes aimable en tout et partout; hélas! combien vous
-êtes aimée aussi! combien de cœurs où vous êtes la première! Il y a peu
-de gens qui puissent se vanter d'une telle chose[748].»
-
- [748] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (23 mars 1671), t. I, p. 302, édit de M.
-
-Madame de Grignan, qui cependant n'aimait ni à écrire ni à lire de
-longues lettres[749], trouvait toujours trop courtes les lettres de sa
-mère[750]; et c'est au désir que celle-ci avait de l'intéresser, de la
-distraire, de l'amuser que nous devons cette variété de récits, de
-portraits, de bons mots, de saillies, d'anecdotes, de récits joyeux ou
-touchants, ce tableau mouvant du monde de cette époque, qu'on trouve
-dans les lettres adressées par madame de Sévigné à madame de Grignan.
-«Ne vous trompez-vous point, lui écrit-elle, dans l'opinion que vous
-avez de mes lettres? L'autre jour, un pendard d'homme, voyant ma lettre
-infinie, me demanda si je pensais qu'on pût lire cela. J'en tremblai,
-sans dessein toutefois de me corriger, et, me tenant à ce que vous m'en
-dites, je ne vous épargnerai aucune bagatelle, grande ou petite, qui
-vous puisse divertir. Pour moi, c'est ma vie et mon unique plaisir que
-le commerce que j'ai avec vous; toutes choses sont ensuite bien loin
-après[751].» On a dit que c'était par le désir qu'avait madame de
-Sévigné de plaire à sa fille qu'elle s'était laissé entraîner à des
-traits de médisance, à des sarcasmes virulents, à des jugements injustes
-envers les personnes qui déplaisaient à celle qu'elle aimait tant;
-tandis qu'elle se montre pleine d'équité, d'indulgence et de bonté pour
-toutes celles qu'elle fréquentait, quand elles n'étaient pas frappées
-par cette cause de réprobation. De là on a généralement conclu que
-madame de Grignan, déjà convaincue d'être froide et dédaigneuse, était
-en outre envieuse et malveillante. Raisonner ainsi, c'est peut-être
-commettre une grande injustice envers la fille, par le désir qu'on a
-d'écarter de la mère des reproches mérités et de trouver réunies en elle
-toutes les perfections. Les lettres que madame de Grignan avait écrites
-auraient pu nous éclairer sur ce point; et précisément le soin que l'on
-a eu de les faire disparaître et les conseils et les exhortations
-auxquels quelques-unes donnent lieu dans les réponses[752] qui lui sont
-faites par sa mère font présumer qu'on a deviné le motif qui les a fait
-anéantir.
-
- [749] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (20 mars 1671), t. I, p. 386, édit. de
- G. de S.-G.; t. I, p. 298, édit de M.
-
- [750] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (13 et 15 janvier 1672), t. II, p. 345,
- 347, 352, édit. de G. de S.-G.; t. II, p. 292, 294, 298, édit. de
- M.
-
- [751] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (20 janvier 1672), t. II, p. 352, édit.
- de G. de S.-G.; t. II, p. 298, édit. de M.
-
- [752] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (18 et 22 septembre 1679), t. VI, p.
- 121, 132, édit. de G. de S.-G.--_Ibid._ (22 août 1675), t. IV, p.
- 47, édit. de G. de S.-G.--(24 mai 1694, lettre de Coulanges à
- madame de Sévigné), t. XI, p. 34, édit. de G. de S.-G.
-
-Quoi qu'il en soit, ce qui permettait à madame de Sévigné de donner
-toute liberté à sa plume quand elle écrivait à sa fille, c'est qu'elle
-connaissait sa prudence et sa discrétion. Elle savait que madame de
-Grignan ne communiquait les lettres qu'elle recevait d'elle qu'avec une
-grande réserve. Jamais surtout madame de Sévigné n'eut un seul instant
-la pensée que ses lettres à sa fille pussent être imprimées. Celles qui
-avaient fait le plus de bruit dans la société et dont on avait tiré des
-copies étaient écrites à d'autres personnes sur des sujets futiles et
-sans importance[753]. On n'imprimait pas alors de correspondance ou de
-_mémoires_ qui pussent éclairer l'histoire ou révéler les secrets des
-familles. Les recueils de lettres recherchés du public et donnés après
-la mort de ceux qui les avaient écrites roulaient toujours sur
-d'élégantes bagatelles, ou n'étaient que des jeux d'esprit. De toutes
-les lettres de Voiture, tant renommé pour le genre épistolaire, son
-neveu Pinchesne n'a songé à publier que les lettres galantes ou
-complimenteuses. Des nombreuses et importantes dépêches que Voiture a dû
-écrire dans ses missions diplomatiques, pendant ses fréquents séjours en
-pays étranger, il ne nous en reste pas une seule, ou du moins aucune n'a
-encore vu le jour.
-
- [753] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (10 avril 1673), t. III, p. 78, édit. de
- M.; t. III, p. 150, édit. de G. de S.-G.
-
-
-
-
-CHAPITRE XIX.
-
-1671-1672.
-
- Le meilleur résultat des lettres de madame de Sévigné est de nous
- la bien faire connaître.--La plupart des lettres qu'elle avait
- écrites semblent perdues.--De la correspondance qu'elle avait
- entretenue avec M. de Pomponne.--Détails sur ce ministre.--De la
- correspondance de madame de Sévigné avec d'Hacqueville.--Comment
- elle trace le caractère de celui-ci lorsqu'il devient amoureux de
- la fille du maréchal de Gramont.--De la correspondance de madame
- de Sévigné avec Corbinelli.--Avec madame de la Fayette et M. de la
- Rochefoucauld.--Détails sur l'une et sur l'autre.--De la
- correspondance de madame de Sévigné avec M. et madame de
- Coulanges.--Détails sur l'un et sur l'autre.--De la correspondance
- de madame de Sévigné avec son fils.--Caractère de celui-ci.--Ses
- travers de jeunesse.--Sa tendresse pour sa mère.--Nouveaux détails
- sur la correspondance de madame de Sévigné avec sa fille.
-
-Poursuivons le sujet commencé dans le précédent chapitre; et avant de
-conduire madame de Sévigné aux états de Bretagne et de lui faire
-entreprendre son grand voyage en Provence, avant de rechercher ce que
-les lettres qui nous restent d'elle nous apprennent sur l'histoire et
-les mœurs de son temps, voyons ce qu'elles nous font connaître sur
-elle-même; étudions-la (elle en vaut la peine), étudions-la dans ses
-confidences les plus intimes, dans ses plus grandes indiscrétions, dans
-ses aveux les plus imprudents, et nous trouverons que, malgré ses
-faiblesses, peu de femmes peuvent lui être comparées pour l'élévation de
-l'âme, les qualités du cœur, les lumières de l'esprit et le talent
-d'écrire. Qu'on ne s'y méprenne pas; elle eut de bonne heure le
-sentiment de son talent épistolaire; et quoique jamais elle ne fût prise
-de la vanité de croire qu'elle pût, comme son amie madame de la Fayette,
-faire un livre et occuper les imprimeurs, elle savait que les moyens de
-plaire que lui donnait dans la société sa belle et vive imagination se
-retrouvaient en elle plus forts et plus séduisants encore au bout de sa
-plume et dans le silence du cabinet. Née pour le grand monde avant
-d'être absorbée par sa passion maternelle, avant que son amour-propre,
-son ambition, son orgueil fussent concentrés dans sa fille, elle était
-coquette, partout et toujours. Elle voulait se montrer aimable à tous
-ceux qui lui plaisaient et à qui elle plaisait. Seule, et en leur
-absence, elle se rendait présente à eux par ses lettres et le charme de
-son esprit; aussi devons-nous beaucoup regretter ce qu'elle écrivit dans
-son bel âge, lorsqu'elle-même en butte aux séducteurs elle s'intéressait
-aux intrigues galantes dont elle était entourée. Quelques courtes
-lettres écrites à Ménage, à Bussy, deux billets à Lenet[754], un billet
-en italien à la marquise d'Uxelles[755], voilà tout ce qui nous reste
-d'elle de ces premiers temps; mais cela suffit pour nous montrer que dès
-lors même elle croyait pouvoir se rendre digne de la louange que Ménage
-lui avait donnée dans les vers qu'il composa sur son portrait:
-
- .. Questa; questa è la man leggiadra e bella Ch' ogni cor prende, e,
- come vuol, l'aggira[756].
-
- [754] _Lettres inédites de madame_ DE SÉVIGNÉ, publiées par M.
- Vallet de Viriville dans la _Revue de Paris_, 28 décembre 1844.
- (Dans la première de ces lettres, datée de minuit, ces mots: «Si
- je n'étais prête d'aller aux Quinze-Vingts,» veulent dire, Si je
- n'étais prête à fermer les yeux et à me coucher.)
-
- [755] _Billet italien de madame_ DE SÉVIGNÉ _à la marquise
- d'Uxelles, suivi d'une lettre de madame de Grignan à la même_,
- publié par M. Monmerqué; Paris, 1844, p. 10-13.
-
- [756] ÆGIDII MENAGII _Poemata_, 8e édit., p. 325. Sopra il
- ritratto della marchesa di Sevigni, sonetto II.
-
-Malheureusement le plus grand nombre des lettres qu'elle avait écrites à
-toutes les époques semblent perdues pour toujours.
-
-De toutes les correspondances que madame de Sévigné avait engagées avec
-diverses personnes, les plus regrettables sont celles avec son fils,
-avec M. et madame de Coulanges, avec madame de la Fayette et le duc de
-la Rochefoucauld, avec le cardinal de Retz, avec Corbinelli, avec
-d'Hacqueville et avec M. de Pomponne.
-
-Ce fut une grande joie pour madame de Sévigné[757] lorsque de Pomponne,
-qui était ambassadeur en Suède, fut rappelé de son ambassade et fait
-secrétaire d'État des affaires étrangères en remplacement de M. de
-Lionne, décédé. L'opinion de son mérite et son intégrité avaient pu
-seules déterminer le roi à faire ce choix; car de Pomponne, ainsi que
-nous l'avons fait connaître, avait été, comme ami de Fouquet, pendant
-quelque temps en disgrâce[758]; et de plus il appartenait à une famille
-dont tous les membres s'étaient en quelque sorte illustrés par leur
-dévouement au jansénisme. Aussi tous ceux qui tenaient à ce parti
-célébrèrent-ils son avénement au pouvoir comme un triomphe; l'un d'eux
-fit à ce sujet les vers suivants:
-
- Élevé dans la vertu
- Et malheureux avec elle,
- Je disais: A quoi sers-tu,
- Pauvre et stérile vertu?
- Ta droiture et tout ton zèle,
- Tout compté, tout rabattu,
- Ne valent pas un fétu.
- Mais voyant que l'on couronne
- Aujourd'hui le grand Pomponne,
- Aussitôt je me suis tu.
- A quelque chose elle est bonne[759].
-
- [757] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (13 septembre 1671), t. II, p. 189,
- édit. de M.; t. II, p. 225, édit. de G. de S.-G.
-
- [758] Conférez ci-dessus, chap. I, p. 14, et la deuxième partie
- de ces _Mémoires_, p. 265 et 269.
-
- [759] SÉVIGNÉ, _Lettres_, t. II, p. 368, édit. de G. de S.-G.; t.
- II, p. 312, édit. de M., en note.
-
-De Pomponne, devenu ministre, mit plus d'empressement que jamais à
-resserrer les nœuds d'amitié qui l'unissaient à madame de Sévigné;
-voici comment elle en écrit à sa fille: «J'eus hier une heure de
-conversation avec M. de Pomponne; il faudrait plus de papier qu'il n'y
-en a dans mon cabinet pour vous dire la joie que nous eûmes de nous
-revoir; il sait écouter aussi bien que répondre, il me donne toujours de
-l'esprit; le sien est tellement aisé qu'on prend sans y penser une
-confiance qui fait qu'on parle heureusement de tout ce qu'on pense: je
-connais mille gens qui font le contraire. Enfin, ma fille, sans vouloir
-m'attirer de nouvelles douceurs, dont vous êtes prodigue pour moi, je
-sortis avec une joie incroyable, dans la pensée que cette liaison avec
-lui vous serait très-utile. Nous sommes demeurés d'accord de nous
-écrire; il aime mon style naturel et dérangé, quoique le sien soit comme
-celui de l'éloquence même[760].»
-
- [760] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (3 février 1673), t. II, p. 368; t. II,
- p. 312, édit. de M.
-
-Madame de Sévigné ne se trompa pas. Par M. de Pomponne elle obtint sur
-les affaires de la Provence une influence heureuse pour son gendre, et
-dont celui-ci fut reconnaissant. Il est certain que, si l'on retrouvait
-les lettres qu'elle écrivit à ce ministre pendant ces deux années, nous
-verrions qu'elles sont au nombre des plus correctes et des mieux faites
-de toutes celles qu'elle a écrites[761].
-
- [761] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (6 et 20 novembre 1672), t. III, p. 129,
- 144, 145, édit. de M.; t. III, p. 209, 228 à 230, édit. de G. de
- S.-G.
-
-La correspondance de madame de Sévigné avec le cardinal de Retz, pendant
-qu'il était dans sa retraite de Commercy, devait être très-active, et
-nous aurait appris beaucoup de particularités intéressantes sur
-elle-même. Cette correspondance était très-intime: Retz avait contribué
-au mariage de madame de Sévigné; il fut le parrain de Pauline de
-Grignan, et dans tous les temps il donna à toute la famille des preuves
-d'affection et d'amitié.
-
-Mais une des correspondances perdues de madame de Sévigné qui semblait
-nous promettre le plus de particularités sur elle-même et sur les
-personnages de son temps est celle qu'elle entretenait avec
-d'Hacqueville, ce confident des affaires les plus secrètes de ses amis,
-cet ami _inépuisable_, si actif à obliger qu'il semblait se multiplier,
-si bien qu'on ne parlait de ses actes qu'en mettant son nom au pluriel,
-et en disant _les d'Hacquevilles_. Mais son écriture était
-indéchiffrable, et madame de Sévigné n'avait aucun plaisir à recevoir de
-ses lettres; elle ne devait donc lui écrire que par nécessité, et fort
-brièvement: les lettres qu'elle lui adressait étaient peu remarquables;
-mais elle s'intéressait beaucoup à lui, et il lui a fourni dans sa
-correspondance avec sa fille une des pages les plus piquantes qu'elle
-ait écrites. Madame de Sévigné avait mandé à madame de Grignan que ce
-d'Hacqueville, dont ses amis redoutaient l'austère sagesse, était devenu
-amoureux de la fille du maréchal de Gramont, privée d'un œil et sans
-attraits, mais très-jeune[762]. D'Hacqueville s'en défendait, et madame
-de Grignan ne pouvait croire à cette ridicule faiblesse de la part de
-cet ancien et prudent ami. Elle trouvait que son caractère bien connu et
-son âge le défendaient suffisamment contre de tels soupçons. Sa mère lui
-répond: «Vous me demandez les symptômes de cet amour: c'est premièrement
-une négative vive et prévenante; c'est un air d'indifférence qui prouve
-le contraire; c'est le témoignage de gens qui voient de près, soutenu de
-la voix publique; c'est une suspension de tout ce mouvement de la
-machine ronde; c'est un relâchement de tous les soins ordinaires pour
-vaquer à un seul; c'est une satire perpétuelle contre les vieilles gens
-amoureux: Vraiment il faut être bien fou, bien insensé! Quoi, une jeune
-femme! Voilà une bonne pratique pour moi; cela me conviendrait fort!
-j'aimerais mieux m'être rompu les deux bras. Et à cela on répond
-intérieurement: Eh! oui, tout cela est vrai, mais vous ne laissez pas
-d'être amoureux: vous dites vos réflexions, elles sont justes, elles
-sont vraies, elles font votre tourment; mais vous ne laissez pas d'être
-amoureux: vous êtes tout plein de raison, mais l'amour est plus fort que
-toutes les raisons: vous êtes malade, vous pleurez, vous enragez, et
-vous êtes amoureux[763].»
-
- [762] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (19 février 1672), t. II, p. 234, édit.
- de M.
-
- [763] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (9 mars 1672), t. II, p. 350, édit. de
- M.; t. II, p. 392 et 413, édit. de G. de S.-G.
-
-On croit lire la Bruyère, quand la Bruyère est excellent.
-
-S'il est incontestable qu'une confiance entière et une estime
-réciproque, que l'accord des opinions et des sentiments, une complète
-sympathie du cœur donnent à l'esprit plus d'activité, à l'imagination
-plus d'élan, on doit bien vivement regretter que les lettres de madame
-de Sévigné à Corbinelli ne nous soient pas parvenues; car entre elle et
-lui tout ce qui fait le charme d'un commerce épistolaire se trouvait
-réuni, et la différence des sexes n'y nuisait pas. Nous avons un certain
-nombre de lettres de Corbinelli dans la correspondance de madame de
-Sévigné et un plus grand nombre encore dans celle de Bussy; pas une
-seule ne dément l'éloge que fait de cet ami madame de Sévigné,
-lorsqu'elle le défend avec tant de chaleur contre une plaisanterie de sa
-fille, qui, dit-elle, pourrait surprendre les simples. Toutes ces
-lettres, au contraire, confirment cet éloge, et nous montrent en
-Corbinelli un philosophe, mais un philosophe chrétien, maltraité par la
-fortune, refusant de se mettre à sa poursuite, et préférant employer ses
-jours à cultiver les lettres, à servir ses amis, à leur rester fidèle
-dans l'adversité. «En lui, dit madame de Sévigné, je défends celui qui
-ne cesse de célébrer les perfections et l'existence de Dieu; qui ne juge
-jamais son prochain, qui l'excuse toujours; qui est insensible aux
-plaisirs et aux délices de la vie et entièrement soumis à la volonté de
-Dieu; enfin, je soutiens le fidèle admirateur de sainte Thérèse et de ma
-grand'mère[764](sainte Chantal).» Savant et versé dans la lecture des
-meilleurs auteurs de l'antiquité, de ceux de l'Italie et de la France,
-dont son heureuse mémoire lui rappelait au besoin les plus beaux
-passages, Corbinelli plaisait par sa conversation et par sa
-correspondance, l'une et l'autre souvent agréables, toujours utiles et
-instructives. Il appréciait surtout dans madame de Sévigné cette vive
-imagination dont lui-même était dépourvu, et il comparait ses lettres à
-celles de Cicéron; mais il aurait voulu qu'elle aimât sa fille avec plus
-de modération. «Nous lisons ici, dit madame de Sévigné à madame de
-Grignan, des maximes que Corbinelli m'explique; il voudrait bien
-m'apprendre à gouverner mon cœur: j'aurais beaucoup gagné à mon voyage
-si j'en rapportais cette science[765].» Elle devait savoir que cette
-science-là Dieu peut nous l'enseigner, mais non les hommes.
-
- [764] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (15 janvier 1690), t. X, p.
- 197.--_Ibid._ (24 mars 1684), t. VIII, p. 147, édit. de G. de
- S.-G.; t. IX, p. 305, 309, 344, édit. de M.
-
- [765] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (17 et 29 mai 1675), t. III, p. 276,
- édit. de M.; t. III, p. 394-396, édit. de G. de S.-G.
-
-La perte de plusieurs lettres écrites à madame de Sévigné par madame de
-la Fayette et par M. de la Rochefoucauld (il n'est pas plus permis de
-séparer ces deux personnes quant à leur correspondance que quant à leurs
-relations avec le monde) est moins à regretter que ne donnerait lieu de
-le penser la célébrité littéraire de l'une et de l'autre. Lorsqu'elle
-était à Paris, madame de Sévigné ne se plaisait nulle part autant que
-chez son ancienne amie madame de la Fayette. Quand elle a des peines de
-cœur ou qu'elle désire se distraire, elle s'en va au _Faubourg_,
-c'est-à-dire chez madame de la Fayette[766]. Là elle y trouve M. de la
-Rochefoucauld, qui, malgré ses souffrances, aimable et spirituel,
-toujours courtisan, même hors de la cour, lui parlait souvent de la
-_reine de Provence_[767], de la _troisième côte de M. de Grignan_, et en
-faisait l'éloge; il ne pensait pas tout ce qu'il en disait; et lui et
-madame de la Fayette étaient moins bien vus des enfants de madame de
-Sévigné que de leur mère. C'est chez madame de la Fayette que madame de
-Sévigné retrouve sans cesse le cardinal de Retz et tous ses amis de la
-Fronde avec les beaux esprits de ce temps, Segrais, Huet, la Fontaine et
-Molière. C'est là qu'elle apprenait toutes les nouvelles relatives aux
-affaires publiques, aux intrigues de cour, aux bruits de ville, aux
-nouvelles promotions, et tout ce qui lui donnait les moyens de remplir
-les lettres qu'elle écrivait à sa fille. Madame de Sévigné, dans sa
-correspondance avec madame de Grignan, ne nous donne pas plus de détails
-sur cette dernière et sur elle-même que sur les deux illustres habitants
-du _Faubourg_. Par cette correspondance nous vivons en quelque sorte
-avec eux, et nous sommes initiés aux secrets les plus intimes de leur
-existence intérieure, de leurs habitudes les plus privées; nous
-connaissons leurs jugements, leurs répulsions, les objets de leurs
-préférences[768], et le jargon de convention de leur société, hors de
-celle-ci inintelligible. Mais à cette époque la liaison de madame de
-Sévigné avec madame de la Fayette, malgré leur continuelle
-fréquentation, n'était plus la même qu'elle avait dû être dans leur
-jeunesse[769]. L'habitude depuis longtemps contractée d'être souvent
-ensemble, les amis qui leur étaient communs et enfin les sympathies de
-l'esprit avaient au moins autant et plus de part à leur longue et
-étroite liaison que les sentiments du cœur et l'accord des caractères.
-Madame de la Fayette était devenue par ses romans une célébrité
-littéraire. Par l'influence du fils de M. de la Rochefoucauld, le
-prince de Marsillac, autant que par son mérite et par le souvenir de
-MADAME, dont elle avait été la favorite, madame de la Fayette avait été
-l'objet des attentions et des bienfaits du roi; et comme elle avait peu
-de fortune et deux fils à pourvoir, elle ménageait son crédit[770], et
-se montra peu empressée à en user pour ses amis, ce qui était un grand
-tort aux yeux de madame de Grignan. Ceci explique pourquoi celle-ci,
-ainsi que son frère, cherchaient à la desservir dans l'esprit de leur
-mère.
-
- [766] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (6 février 1671), t. I, p. 306, édit. de
- G. de S.-G.; t. I, p. 232, édit. de M.
-
- [767] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (9 février 1673), t. III, p. 141, édit.
- de G. de S.-G.; t. III, p. 70, édit. de M.
-
- [768] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (1er avril 1671), t. I, p. 314, édit. de
- M.; t. I, p. 405, édit. de G. de S.-G.
-
- [769] Voyez la deuxième partie de ces _Mémoires_, chap. XX, p.
- 303.
-
- [770] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (15 novembre 1684), t. VII, p. 197,
- édit. de M.--_Ibid._ (15 décembre 1675), t. IV, p. 255, 257,
- édit. de G. de S.-G.; t. IV, p. 30, édit. de M.
-
-Cependant l'amitié de ces deux femmes, cimentée par le temps et fondée
-sur une estime réciproque, était sincère. Lorsque madame de Sévigné
-était bien payée de ses fermiers, que rien n'altérait son bien-être, que
-tout semblait concourir à sa satisfaction, sa philosophie ne pouvait
-tenir contre le chagrin que lui occasionnait le redoublement de dépenses
-que madame de Grignan se croyait obligée de faire dans son gouvernement
-de Provence et contre le redoublement de fièvre de madame de la Fayette.
-«Il n'importe guère, dit-elle, d'avoir du repos pour soi-même quand on
-entre véritablement dans les intérêts des personnes qui vous sont chères
-et qu'on sent tout leur chagrin peut-être plus qu'elles-mêmes. C'est le
-moyen de n'avoir guère de plaisir dans la vie, et il faut être bien
-enragée pour l'aimer autant qu'on fait. Je dis la même chose de la
-santé; j'en ai beaucoup, mais à quoi me sert-elle? à garder ceux qui
-n'en ont point[771].»
-
- [771] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (20 mai 1672), t. III, p. 30, édit. de
- G. de S.-G., t. II, p. 440, édit. de M.
-
-De son côté, madame de la Fayette avait pour madame de Sévigné un
-attachement plus fort que pour toute autre femme. Il lui manquait
-quelque chose lorsqu'elle était absente; et quand cette amie partait
-pour les Rochers, il ne fallait pas, par ménagement pour sa sensibilité,
-que madame de Sévigné lui fît ses adieux, ni qu'elle eût l'air de venir
-la voir pour prendre congé. M. de la Rochefoucauld goûtait beaucoup
-l'esprit et les lettres de madame de Sévigné; il disait aussi d'elle
-qu'elle contentait son idée sur l'amitié, avec toutes ses circonstances
-et dépendances; mais il était en proie aux souffrances de la
-goutte[772], et madame de la Fayette était accablée par les maux de
-nerfs ou dévorée par les fièvres, et tous deux détestaient d'écrire.
-Madame de la Fayette le déclare sans ménagement à son amie, qui se
-montrait exigeante à cet égard: «Le goût d'écrire vous dure encore pour
-tout le monde, il m'est passé pour tout le monde; et si j'avais un amant
-qui voulût de mes lettres tous les matins, je romprais avec lui[773].»
-
- [772] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (23 mars 1671), t. I, p. 303, édit. de
- M.; t. I, p. 391, édit. de G. de S.-G.
-
- [773] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (30 juin 1673), t. III, p. 85, édit. de
- M.; t. III, p. 158, édit. de G. de S.-G.
-
-En rapprochant toutes ces circonstances, nous devons présumer que les
-lettres que madame de la Fayette et madame de Sévigné s'écrivirent
-depuis l'époque du mariage de madame de Grignan, et qui se sont égarées,
-étaient en petit nombre; et que celles qu'elles ont pu s'écrire dans
-leur jeunesse, si on les retrouvait, seraient beaucoup plus
-intéressantes pour nous que ces dernières.
-
-Il n'en est pas de même de la correspondance avec madame de Coulanges
-et avec son mari, le petit Coulanges; c'est surtout avec ce dernier,
-avec ce compagnon de son enfance, que madame de Sévigné, toujours à
-l'aise, retrouvait toute sa verve. Les lettres les plus remarquables
-qu'elle ait écrites et les plus souvent citées lui sont adressées[774],
-et nous doivent faire vivement regretter celles qui sont perdues. Elle
-lui écrivait régulièrement tous les quinze jours, sans compter les jours
-d'exception[775]. De son côté, elle gardait soigneusement les lettres du
-spirituel chansonnier; selon elle, «il avait un style si particulier
-pour faire valoir les choses les plus ordinaires que personne ne saurait
-lui disputer cet agrément[776].» Ainsi la plus complète et la mieux
-suivie de toutes les correspondances de madame de Sévigné, si nous les
-possédions toutes, après celles qu'elle eut avec sa fille et avec Bussy,
-serait le commerce de lettres qu'elle ne cessa d'entretenir, tant
-qu'elle vécut, avec son cousin de Coulanges. On sait que cet aimable
-épicurien poussa jusqu'à l'âge de quatre-vingt-cinq ans sa joyeuse
-vie[777]; qu'il jeta de bonne heure de côté la robe du magistrat, pour
-ne pas «se noyer trop souvent dans la mare à Grapin,» et que, né, comme
-il le dit lui-même, pour le superflu et jamais pour le nécessaire,
-dissipateur et dissipé, toujours chantant, toujours bien portant, il eut
-beaucoup d'amis et pas un seul ennemi[778]. Jeune encore, il se trouva
-un jour marié avec la jolie fille de l'intendant de Lyon, mademoiselle
-Dugué-Bagnols. Elle avait dix ans moins que lui. Tous deux s'unirent et
-se désunirent sans vivre moins bien ensemble, sans renoncer à se
-rejoindre et à se trouver aimables; créatures frivoles et légères,
-semblables à deux papillons dans un beau jour de printemps, qui se
-touchent un instant, voltigent, s'écartent et se rapprochent, sans
-s'inquiéter de ce que chacun d'eux est devenu dans les intervalles[779].
-Madame de Coulanges fut une des femmes les plus séduisantes de la cour
-de Louis XIV[780]. Elle n'y fut pas seulement admise comme cousine
-germaine du ministre Louvois, mais elle fut invitée à toutes les
-réunions, à toutes les fêtes; elle avait ses entrées dans les cabinets
-particuliers, et était reçue aux heures réservées[781]. Son esprit,
-comme le dit très-bien madame de Sévigné, lui tenait lieu de dignité, et
-lui valut ces distinctions si enviées: par sa grâce, sa vivacité et ses
-attraits elle s'était rendue nécessaire. Ses bons mots, que l'on citait,
-sa conversation brillante et épigrammatique, ses succès auprès des
-princesses, de la reine, du Dauphin et du roi lui-même n'attirèrent
-point sur elle la haine ni l'envie, parce qu'on la savait désintéressée,
-sans ambition et sans intrigue, cherchant uniquement à s'amuser et à
-plaire, et n'en retirant aucun avantage ni pour elle ni pour les siens;
-par ses manières aimables et prévenantes elle contentait tout le monde,
-hormis ses amants; ceux-ci, elle les désolait par sa coquetterie et son
-humeur volage. Les surnoms de _Feuille_[782], de _Mouche_[783], de
-_Sylphide_[784], de _Déesse_[785], par lesquels madame de Sévigné la
-désigne, peignent ses manières vives et gracieuses, ses aimables
-caprices, ses piquantes reparties et tout ce que sa personne avait
-d'enchanteur. Madame de Coulanges, pour faire l'éloge du jeune baron de
-Sévigné, par lequel elle s'était fait accompagner à la cour, dit
-naïvement à sa mère: «Il est aimé de tout le monde, presque autant que
-moi[786].»
-
- [774] Celle sur le mariage de MADEMOISELLE (15 décembre 1670), t.
- I, p. 212, édit. de M.; t. I, p. 283, édit. de G. de S.-G.; celle
- sur le renvoi de Picard (22 juillet 1671), t. II, p. 127, édit.
- de M.; t. II, p. 153, édit. de G. de S.-G.
-
- [775] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (22 juillet 1671), t. II, p. 127, édit.
- de M.; t. II, p. 153, édit. de G. de S.-G.
-
- [776] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (7 mars 1685), t. VII, p. 251, édit. de
- M.; t. VIII, p. 29, édit. de G. de S.-G.--_Ibid._ (29 janvier
- 1685), t. VII, p. 229, édit. de M.--_Ibid._ (30 août 1671, 17
- avril 1676), t. II, p. 172; t. IV, p. 261, édit. de M.; t. VIII,
- p. 3, édit. de G.
-
- [777] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (10 juin 1695), t. XI, p. 174, édit. de
- G. de S.-G.--_Ibid._ (7 juillet 1703, 1er août 1705), t. XI, p.
- 121, édit. de G. de S.-G.; t. XII, p. 349, édit. de G. de S.-G.;
- t. X, p. 91 à 97, édit. de M.--_Ibid._ (7 juillet 1703), t. X, p.
- 287 à 295, édit. de M.
-
- [778] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (29 janvier 1685), t. VII, p. 229, édit.
- de M.; t. VIII, p. 3, édit. de G. de S.-G.
-
- [779] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (13 avril 1672), t. II, p. 385, édit. de
- M.; t. II, p. 456, édit. de G. de S.-G.
-
- [780] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (5 janvier, 5 et 6 avril 1680), t. VI,
- p. 224 et 228, édit. de G. de S.-G.--_Ibid._ (1er septembre
- 1680), t. VI, p. 241, édit. de G. de S.-G.--_Ibid._ (23 juillet
- 1677), t. V, p. 148, édit. de G. de S.-G.--_Ibid._ (5 janvier
- 1680), t. VI, p. 189, édit. de G. de S.-G.; t. VI, p. 95, édit.
- de M.
-
- [781] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (5 janvier et 5 avril 1680), t. VI, p.
- 95 et 224, édit. de M.--_Ibid._ (3 et 5 janvier 1680), t. VI, p.
- 282, 284, 289, édit. de G. de S.-G.--_Ibid._ (12 avril 1680), t.
- VI, p. 233, édit. de M.; t. VI, p. 282, 284, 289, 448, édit. de
- G. de S.-G.
-
- [782] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (19 janvier 1674), t. III, p. 220, édit.
- de M.
-
- [783] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (23 juillet 1677), t. V, p. 148, édit.
- de M.; t. V, p. 303, édit. de G. de S.-G.
-
- [784] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (2 septembre 1676), t. IV, p. 448, édit.
- de M.; t. V, p. 102, édit. de G. de S.-G.
-
- [785] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (1er décembre 1690), t. IX, p. 422,
- édit. de M.; t. X, p. 358, édit. de G. de S.-G.
-
- [786] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (24 février 1673), t. III, p. 143, édit.
- de G. de S.-G.
-
-Ses lettres spirituelles lui avaient donné pour ce genre d'écrire une
-réputation supérieure à celle de madame de Sévigné et à celle de toutes
-les femmes de son temps. Nous ne pouvons juger si c'est à juste titre;
-ce qui nous reste de la correspondance de madame de Coulanges a été
-écrit dans un âge avancé, lorsque, revenue à la religion, elle avait,
-dans sa maison de Brevannes, pris goût au séjour de la campagne et à la
-retraite, et qu'elle cherchait à ramener son mari aux sentiments pieux
-dont elle était elle-même pénétrée[787]. Son amabilité ne fut pas moins
-grande, mais elle fut accompagnée de plus de bonté; et à cette époque
-elle se serait reproché l'emploi qu'elle faisait de son esprit dans sa
-jeunesse[788]. Dans le peu de lettres que nous avons d'elle au temps où
-elle brillait dans le monde, on entrevoit qu'il pouvait y avoir plus que
-dans les lettres de madame de Sévigné de ces traits malins, de ces fines
-allusions, de ces jeux de mots mordants, de ces contrastes inattendus
-auxquels s'applique plus particulièrement le nom d'esprit[789]; mais il
-y avait certainement moins d'imagination, de force et d'éloquence
-naturelle. Madame de Coulanges avait aussi beaucoup moins d'instruction
-que madame de Sévigné. De Coulanges, parlant de sa femme, nous apprend
-que son écriture et son orthographe ne répondaient pas à l'élégance de
-son style[790]. Aussi aimait-elle mieux dicter que de prendre la plume,
-et elle ne manquait jamais d'hommes empressés à lui servir de
-secrétaires. Madame de Sévigné a dit que c'était là une condition
-qu'elle enviait, tant elle avait une haute idée du talent épistolaire de
-madame de Coulanges. Le comte de Sanzei, neveu de son mari, lui ayant
-manqué pour cet office, elle prit son mari même; c'est sur quoi madame
-de Sévigné la plaisante malignement, plutôt en souvenir du passé que
-pour des motifs présents. «Je serais consolée, dit-elle, du petit
-secrétaire que vous avez perdu, si celui que vous avez pris en sa place
-était capable de s'attacher à votre service; mais, de la façon dont j'en
-ai ouï parler, il vous manquera à tout moment. Il est libertin. Après
-cela, mon amie, vous en userez comme vous voudrez. Je vous conseille de
-le prendre à l'essai; quand vous le trouverez sous votre patte,
-servez-vous-en; _tant tenu, tant payé_[791].» Madame de Coulanges avait
-l'habitude d'écrire ses lettres sur de petites feuilles volantes,
-coupées des quatre côtés, ce qui impatientait madame de Sévigné. «Ces
-feuilles me font enrager, dit-elle; je m'y brouille à tout moment; je ne
-sais plus où j'en suis; ce sont les feuilles de la Sibylle, elles
-s'envolent, et l'on ne peut leur pardonner de retarder et d'interrompre
-ce que dit mon amie[792].» Toutefois madame de Sévigné aimait
-singulièrement à recevoir ces feuilles de la Sibylle, toujours si bien
-remplies de nouvelles de la cour, d'un grand intérêt. Ces deux femmes,
-qui différaient tant par leurs principes et surtout par leur conduite et
-leur genre de vie, avaient entre elles de fortes analogies de talents,
-d'esprit, de caractère, et il leur était impossible d'être attachées
-l'une à l'autre par des liens de famille sans l'être aussi par ceux de
-l'amitié. Madame de Sévigné se plut toujours dans la société de la femme
-de son cousin, et celle-ci était charmée de la cousine de son mari[793].
-Madame de Thianges, qui avait entendu parler de deux lettres écrites par
-madame de Sévigné à madame de Coulanges, voulut les lire, et les envoya
-demander par un laquais. Madame de Coulanges rapporte cette circonstance
-à madame de Sévigné, puis elle ajoute: «Vos lettres font tout le bruit
-qu'elles méritent, comme vous voyez; il est certain qu'elles sont
-délicieuses, et vous êtes comme vos lettres[794].»
-
- [787] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (11 décembre 1689), t. IX, p. 247, édit
- de M.--_Ibid._ (23 juillet 1691), t. IX, p. 461, édit de M.; t.
- X, p. 129, 396, édit. de G.
-
- [788] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (11 et 15 novembre 1688), t. VIII, p.
- 151, 154 et 156, édit. de M.; t. VIII, p. 431, 435 et 436, édit.
- de G. de S.-G.
-
- [789] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (24 février 1673), t. III, p. 142-145,
- édit. de G. de S.-G.; t. III, p. 73, édit. de M.
-
- [790] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (7 juillet 1703, à madame de Coulanges),
- t. XI, p. 398, édit. de G. de S.-G.
-
- [791] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (26 février 1695), t. XI, p. 139, édit.
- de G. de S.-G.--_Ibid._ (9 septembre 1695), t. X, p. 127, édit.
- de M.--_Ibid._ (4 mars 1695), t. XI, p. 142 et 146, édit. de G.
- de S.-G.
-
- [792] _Ibid._ (26 février 1695), t. XI, p. 140.
-
- [793] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (1er décembre 1690), t. IX, p. 427,
- édit. de M.; t. X, p. 358, édit. de G. de S.-G.--_Ibid._ (22
- juillet 1672), t. III, p. 42, édit. de M.--_Ibid._ (27 juillet
- 1672), t. III, p. 100, édit. de G. de S.-G.
-
- [794] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (10 avril 1673), t. II, p. 150, édit. de
- G. de S.-G.
-
-Une autre correspondance dont nous devons vivement regretter la perte
-est celle de madame de Sévigné avec son fils; cette correspondance
-devait être surtout d'un grand intérêt à l'époque dont nous traitons,
-lorsque le baron de Sévigné était à l'armée, et que sa mère, déjà
-affligée par l'absence de madame de Grignan, était saisie d'effroi à
-l'arrivée de chaque courrier, tremblant sans cesse pour les jours d'un
-fils qui, à la tête des gendarmes, dont il était le guidon, s'exposait
-journellement au feu de l'ennemi. Sévigné aimait tendrement sa mère; il
-quittait tous les plaisirs de la capitale et de la cour pour se retirer
-avec elle dans la solitude des Rochers; il lui tenait compagnie à la
-promenade, auprès du foyer; il était son lecteur, son secrétaire, son
-complaisant, son factotum; et au besoin il la soignait, et même la
-pansait lorsqu'elle était malade[795]. Il avait en elle la confiance la
-plus entière: elle écoutait avec indulgence ses plus intimes confidences
-et le récit de toutes ses _diableries_ et _ravauderies_[796], afin de
-pouvoir, par ses sages conseils, exercer sur la conduite de ce jeune
-homme une salutaire influence; et quoiqu'elle n'y pût toujours réussir,
-elle ne se rebutait jamais. Sévigné[796], ainsi qu'elle naturellement
-porté à la gaieté, la divertissait; il est peu de chagrins dont il ne
-parvînt à la distraire. Par sa fréquentation avec la Champmeslé, il
-avait acquis un merveilleux talent pour la déclamation; il aimait à en
-faire jouir sa mère et à s'entretenir avec elle des auteurs qu'ils
-lisaient ensemble. Il avait fait d'excellentes études; son goût en
-littérature s'était développé et perfectionné dans la société de Boileau
-et de Racine. Enfin malgré la différence de sexe et la guerrière
-éducation qu'il avait reçue, Sévigné avait, comme sa mère, cette vive
-sensibilité qui, facilement excitée par l'imagination, incline
-promptement à l'attendrissement et à la faiblesse. Il eut besoin d'aller
-aux Rochers à une époque où madame de Sévigné en était absente; ce lieu
-lui parut désert et triste. Quand il se trouva seul dans l'appartement
-qu'elle occupait et qu'on lui eut remis les clefs de ses cabinets, une
-pensée funeste le saisit: il songea qu'il arriverait un jour fatal où il
-serait encore à cette même place sans sa mère, sans aucun espoir de la
-revoir jamais, et il pleura[797]. Madame de Sévigné était heureuse de la
-tendresse qu'avaient pour elle ses deux enfants, et elle dit à sa fille,
-en parlant de son fils: «Votre frère m'aime, et ne songe qu'à me plaire;
-je suis aussi une vraie marâtre pour lui, et ne suis occupée que de ses
-affaires. J'aurais grand tort si je me plaignais de vous deux; vous
-êtes, en vérité, trop jolis chacun en votre espèce[798].» Quand elle
-voulait s'entretenir de littérature et de poésie, madame de Sévigné
-préférait Sévigné à sa sœur, parce que madame de Grignan lisait presque
-exclusivement les livres sérieux et ceux qui traitaient de la nouvelle
-philosophie; elle dédaignait les autres. Dans le grand nombre d'ouvrages
-divers que madame de Sévigné avait lus aux Rochers avec son fils, les
-romans n'étaient point exclus, et elle avoue franchement qu'elle prenait
-goût à ceux de la Calprenède; mais elle trouvait le style de cet auteur
-détestable[799]. «Ce style, dit-elle, est maudit en mille endroits; de
-grandes périodes, de méchants mots, je sens tout cela. J'écrivis l'autre
-jour à mon fils une lettre de ce style, qui était fort plaisante.[800]»
-Sa vive et flexible imagination se prêtait facilement à cette variété
-de tons et de tournures, qui donne tant de charme à la lecture de ses
-lettres. «Je suis tellement libertine quand j'écris, dit-elle, que le
-premier tour que je prends règne tout le long de ma lettre[801].» Cette
-imitation du style de la Calprenède, de la part d'une telle plume, eût
-été curieuse à lire. Nous ne l'avons point, et nous ne pouvons espérer
-de la retrouver, ni aucune des lettres que madame de Sévigné avait
-écrites à son fils avant qu'il fût marié. Si lui-même, par scrupule de
-conscience, n'a pas anéanti toutes celles qu'il avait reçues de sa mère
-dans sa jeunesse, sa femme n'aura pas manqué de le faire. Par le même
-motif, madame de Simiane (Pauline de Grignan) a fait disparaître toutes
-les lettres qui avaient trait à son éducation, quand elle a permis
-l'impression de la correspondance de son aïeule.
-
- [795] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (4 et 5 février 1685), t. VII, p. 235 et
- 238, édit. de M.; t. VIII, p. 5 et 11, édit. de G. de
- S.-G.--_Ibid._ (27 janv. 1676), t. IV, p. 192, édit. de M.; t.
- IV, p. 123, édit. de G. de S.-G.--_Ibid._ (2 février 1676), t.
- IV, p. 197, édit. de M.; t. IV, p. 329, édit. de G. de S.-G.
- _Ibid._ (9 mars, 8, 22 et 27 avril 1672), t. II, p. 454, 471,
- 482, édit. de G. de S.-G.; t. II, p. 355, 397 et 407, édit.
- M.--_Ibid._ (20 juin 1672), t. III, p. 74, édit. de G. de S.-G.;
- t. III, p. 10, édit. de M.--_Ibid._ (8 juillet 1672), t. III, p.
- 96, édit. de G.; t. III, p. 30, édit. de M.
-
- [796] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (13 mars 1671, 1er avril 1671, 19 mai
- 1673, 26 juillet 1677), t. I, p. 374, 404, 405; t. III, p. 152;
- t. V, p. 304 à 306; t. VI, p. 191, édit. de G. de S.-G.--_Ibid._,
- t. I, p. 288, 313, 314; t. III, p. 81; t. V, p. 149 et
- 150.--_Ibid._ (1er novembre 1679), t. VI, p. 187, édit. de G. de
- S.-G.; t. VI, p. 7, édit. de M.
-
- [797] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (1er novembre 1679), t. VI, p. 187,
- édit. de G. de S.-G.; t. VI, p. 7, édit de M.
-
- [798] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (8 avril 1672), t. II, p. 454, édit. de
- G. de S.-G.; t. II, p. 384, édit. de M.--_Ibid._ (27 juin 1672),
- t. III, p. 81 et 82, édit. de G. de S.-G.; t. III, p. 17 et 18,
- édit. de M.
-
- [799] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (12 juillet 1671), t. II, p. 137 et 138,
- édit. de G. de S.-G.; t. II, p. 115, édit de M.
-
- [800] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (22 décembre 1675), t. IV, p. 265.
-
- [801] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (20 juillet 1679), t. V, p. 416, édit.
- de M.; t. VI, p. 100, édit. de G. de S.-G.
-
-La correspondance de madame de Sévigné avec son fils, si nous la
-possédions, charmerait probablement les lecteurs par l'expression
-élégante et variée d'une tendresse maternelle vive et forte, mais non
-folle et passionnée, comme celle que madame de Grignan avait inspirée.
-On y trouverait aussi, de la part du baron de Sévigné, les protestations
-souvent répétées d'un amour filial qui satisfaisaient mieux madame de
-Sévigné que les témoignages de tendresse qu'elle recevait de sa fille,
-soit parce qu'en effet son fils mettait dans l'expression de ses
-sentiments plus de chaleur et d'abandon, soit parce que ce cœur
-maternel, trop fortement embrasé et avide dans sa fille d'une affection
-égale à la sienne, ne pouvait jamais de ce côté être complétement
-satisfait. Les lettres du baron de Sévigné eussent surtout été
-curieuses sous le rapport historique par des nouvelles de l'armée et par
-des observations sur les généraux et les guerriers de cette époque; et
-celles de sa mère, comme les siennes, devaient, en traits de gaieté, en
-anecdotes amusantes, en jugements sur les ouvrages nouveaux et sur les
-littérateurs du temps, différer beaucoup de la correspondance entre
-madame de Sévigné et sa fille.
-
-Cette correspondance est la plus fréquente, la plus longue, la mieux
-suivie de toutes celles dont madame de Sévigné fut occupée. Nous sommes
-loin de l'avoir entière: un grand nombre de lettres ont été, ainsi que
-nous l'avons dit, supprimées; plusieurs, probablement, ont été égarées;
-enfin toutes les lettres de madame de Grignan, qui jetteraient tant de
-jour sur celles de sa mère, nous manquent. Cependant, telle qu'elle est,
-telle qu'elle s'est successivement accrue par les soins de plusieurs
-éditeurs zélés, cette correspondance suffit pour nous faire connaître
-celle dont elle émane bien plus sûrement que ne pourraient le faire des
-mémoires élaborés avec soin pour être transmis à la postérité. Tout ce
-que madame de Sévigné écrivait à sa fille s'échappait de son âme, de son
-cœur, rapidement, sans retour, sans détours, sans réflexion. Nous avons
-déjà recueilli, dans ce qui est ainsi sorti de sa plume, plusieurs des
-traits qui la caractérisent; tâchons de saisir encore ceux qui peuvent
-servir à compléter cette peinture; achevons la partie la plus importante
-et la plus essentielle de la tâche que nous nous sommes imposée dans cet
-ouvrage.
-
-
-
-
-CHAPITRE XX.
-
-1671-1672.
-
- Contraste entre madame de Sévigné et sa fille.--Elles ne se
- ressemblaient que par le plaisir qu'elles éprouvaient à
- correspondre ensemble.--Pourquoi les lettres de madame de Sévigné
- à madame de Grignan sont les plus intéressantes et les mieux
- écrites.--Madame de Grignan n'aimait pas à écrire, si ce n'est
- à sa mère.--Madame de Grignan néglige de répondre à le
- Tellier.--Madame de Sévigné avait formé sa fille pour le style
- épistolaire.--Madame de Grignan écrivait bien.--Elle fait une
- relation de son voyage à la grotte de Sainte-Baume, et une autre
- de son voyage à Monaco.--Madame de Sévigné montre à quelques
- personnes les passages remarquables des lettres qu'elle reçoit de
- madame de Grignan, et cite plusieurs de ses bons mots.--Madame de
- Sévigné lisait beaucoup.--Elle envoyait à sa fille les
- livres nouveaux les plus remarquables.--Madame de Sévigné
- différait de goût avec sa fille.--Des livres que chacune
- d'elles affectionnait.--Opinion de madame de Sévigné sur
- Racine;--sur Bourdaloue.--Variété des lectures de madame de
- Sévigné.--Différences qui existaient entre elle et madame de
- Grignan sous le rapport de la religion.--Les convictions
- religieuses de madame de Sévigné étaient sincères, et elle
- pratiquait sa religion.--Madame de Grignan, adonnée à la
- philosophie de Descartes, était plus chancelante dans sa
- foi.--Sentiments de madame de Sévigné sur la religion.--Elle
- désira toujours être dévote.--Elle n'avait point de faiblesses
- superstitieuses.--Elle était fort instruite sur les points les
- plus difficultueux de doctrine religieuse.--Elle avait adopté les
- opinions des jansénistes.--Passage de ses _Lettres_ où elles les
- défend.--Ses erreurs et son esprit ne nuisent en rien à ses bonnes
- résolutions.--Composition de sa bibliothèque à son château des
- Rochers.--Elle prend des leçons de Corbinelli sur la philosophie
- de Descartes.--Réfute Malebranche.--Appuie ses opinions sur
- l'autorité de saint Paul et de saint Augustin.--Contraste qui
- existait entre madame de Sévigné et madame de Grignan sous le
- rapport des sentiments maternels et la conduite de la vie.--Madame
- de Sévigné facile à émouvoir.--Madame de Grignan froide et
- impassible.--Madame de Sévigné eut une grande préférence pour sa
- fille.--Madame de Grignan voulait, pour l'avancement de son fils,
- mettre ses deux filles au couvent.--Madame de Sévigné cherchait à
- plaire à tous.--Madame de Grignan dédaignait le monde et l'opinion
- publique.--Madame de Sévigné économe et sage dans la gestion de sa
- fortune.--Elle exhorte sa fille à se rendre maîtresse des affaires
- de son mari, pour réduire son luxe et ses dépenses.--Les conseils
- de madame de Sévigné sont mal suivis.--Madame de Grignan fait de
- fréquentes pertes au jeu.--Inquiétudes de madame de Sévigné à ce
- sujet.--Elle fait des cadeaux et des remontrances à sa fille.--Le
- roi, mécontent des états de Provence, veut les dissoudre.--Madame
- de Sévigné conseille à M. de Grignan de ne pas exécuter les ordres
- rigoureux qu'il a reçus et d'écrire au roi.--Ce conseil est
- suivi.--Le roi approuve les observations des états, mais il envoie
- des lettres de cachet pour exiler les consuls.--Madame de Sévigné
- conseille de ne pas faire usage de ces lettres.
-
-Ce qui étonne le plus dans les lettres de madame de Sévigné à madame de
-Grignan, c'est qu'elles nous révèlent le contraste complet qui existait
-entre la mère et la fille[802] sans que leur parfaite union, leur
-confiance réciproque en fût altérée. Nul accord entre leurs caractères,
-leurs goûts, leurs opinions. Elles différaient en toutes choses hors en
-une seule, c'est à savoir dans le plaisir qu'elles éprouvaient de se
-communiquer leurs pensées, leurs sentiments, leurs projets; et comme
-l'imagination n'est jamais plus vive et plus puissante que lorsqu'elle
-reçoit les impulsions du cœur, il en résultait que les lettres de
-madame de Sévigné les mieux écrites, les plus riches par le style, par
-les faits, les réflexions et les images sont précisément celles qu'elle
-écrivait à sa fille, sans efforts, sans étude et avec un entraînement
-irrésistible. Elle-même le sentait, car elle lui dit[803]: «Je vous
-donne avec plaisir le dessus de tous les paniers, c'est-à-dire la fleur
-de mon esprit, de ma tête, de mes yeux, de ma plume, de mon écritoire;
-et puis le reste va comme il peut. Je me divertis autant à causer avec
-vous que je laboure avec les autres.»
-
- [802] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (8 juillet 1672), t. III, p. 95, édit.
- de G. de S.-G.; t. III, p. 29, édit. de M.
-
- [803] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (1er décembre 1675), t. IV, p. 225,
- édit. de G.; t. IV, p. 106, édit. de M.
-
-De son côté, madame de Grignan, si exacte à répondre à sa mère, se
-montrait d'une paresse extrême lorsqu'il lui fallait écrire à toute
-autre personne; et madame de Sévigné était sans cesse obligée de lui
-rappeler les lettres de devoir, de politesse et d'affection pour
-lesquelles elle était en retard[804]. Ainsi Charles-Maurice le Tellier,
-frère du ministre Louvois, coadjuteur et depuis archevêque de Reims,
-qu'elle avait, avant son mariage, invité à correspondre avec elle[805],
-lui avait écrit deux fois sans recevoir de réponse. Il s'en plaignit à
-madame de Sévigné, qui fut obligée d'exhorter sa fille à payer plus
-exactement ses dettes en ce genre.
-
- [804] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (20 mars 1671), t. I, p. 386, édit. de
- G.; t. I, p. 298, édit. de M.--_Ibid._ (16 août 1671), t. I, p.
- 162, édit. de la Haye. Cette édition à M. et à madame de Lavardin
- ajoute d'Hacqueville, t. II, p. 186, édit. de G.; t. II, p. 154,
- édit. de M.--_Ibid._ (18 septembre 1671), t. II, p. 225, édit.
- G.; t. II, p. 189, édit. M.
-
- [805] Voyez ci-dessus, chap. IV, p. 79.
-
-L'orgueil maternel, dans madame de Sévigné, se mêlait à l'admiration
-qu'elle avait pour le talent épistolaire de sa fille; elle reconnaissait
-que, sous ce rapport, madame de Grignan était son élève; aussi
-continuait-elle à lui inculquer encore ses leçons, et elle trouvait en
-elle, sur ce point, la même docilité que par le passé. Elle dit, en la
-complimentant sur une lettre qu'elle avait reçue d'elle[806]: «J'ai reçu
-deux lettres de vous qui m'ont transportée de joie; ce que je sens en
-les lisant ne se peut imaginer. Si j'ai contribué de quelque chose à
-l'agrément de votre style, je croyais ne travailler que pour le plaisir
-des autres, et non pas pour le mien; mais la Providence, qui a mis tant
-d'espaces et tant d'absences entre nous, m'en console un peu par les
-charmes de votre commerce.»
-
- [806] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (28 juin 1671), t. II, p. 111, édit. de
- G. de S.-G.; t. II, p. 93, édit. de M.
-
-Madame de Sévigné faisait cas du goût de sa fille, qui n'était pas
-toujours d'accord avec le sien. En lui envoyant une lettre qu'elle avait
-écrite à l'évêque de Marseille: «Lisez-la, dit-elle, et vous verrez
-mieux que moi si elle est à propos ou non... Vous savez que je n'ai
-qu'un trait de plume, ainsi mes lettres sont fort négligées; mais c'est
-mon style, et peut-être qu'il fera autant d'effet qu'un autre plus
-ajusté; si j'étais à portée d'en recevoir votre avis, vous savez combien
-je l'estime et combien de fois il m'a réformée[807].» Elle était de plus
-en plus charmée des lettres qu'elle recevait de madame de Grignan. «Mon
-Dieu, ma fille, dit-elle encore, que vos lettres sont aimables! Il y a
-des endroits dignes de l'impression[808]...»--«Vous me louez
-continuellement sur mes lettres, et je n'ose plus parler des vôtres, de
-peur que cela n'ait l'air de rendre louanges pour louanges; mais encore
-ne faut-il pas se contraindre jusqu'à ne pas dire la vérité: vous avez
-des pensées et des tirades incomparables; il ne manque rien à votre
-style[809].»
-
- [807] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (27 septembre 1671), t. II, p. 243, édit
- de G.; t. II, p. 205, édit. de M.
-
- [808] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (8 avril 1671), t. II, p. 5, édit. de G.
-
- [809] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (22 janvier 1672), t. II, p. 355, édit.
- de G.; t. II, p. 301, édit. de M.
-
-Madame de Grignan faisait profession de détester les narrations et
-d'être ennemie des détails, ce qui tendait à mettre de la sécheresse
-dans ses lettres et une trop grande brièveté. Madame de Sévigné l'en
-reprend, et parvint à la réformer sur ce point, du moins en ce qui la
-concernait. «Défaites-vous, lui dit-elle, de cette haine que vous avez
-pour les détails; je vous l'ai déjà dit et vous le pouvez sentir, ils
-sont aussi chers de ceux que nous aimons qu'ils nous sont ennuyeux des
-autres, et cet ennui ne vient jamais que de la profonde indifférence que
-nous avons pour ceux qui nous importunent; si cette observation est
-vraie, jugez de ce que me font vos relations[810].» Aussi madame de
-Grignan triompha de son indolence et de sa paresse, et surmonta cette
-humeur noire qui la rendait indifférente à tout et qui était si opposée
-à la franche sympathie, à la vivacité et à la gaieté du caractère de
-madame de Sévigné[811]. Pour plaire à sa mère, madame de Grignan composa
-des _relations_: celle du voyage qu'elle fit à la grotte de
-Sainte-Baume, avec toute la pompe et le train dispendieux de la femme
-d'un gouverneur de province, charma madame de Sévigné. Elle crut lire un
-joli roman, dont sa fille était l'héroïne[812]. Elle fut aussi
-très-satisfaite du récit détaillé de son voyage à Monaco, et elle le fit
-lire à d'Hacqueville, au duc de la Rochefoucauld et au comte de
-Guitaud[813]. Mais c'est dans les lettres d'affaires que madame de
-Grignan avait une véritable supériorité. Madame de Sévigné, qui, dans
-l'intérêt de son gendre, entretenait de Pomponne de ce qui concernait la
-Provence, aimait mieux distraire des lettres qu'elle avait reçues de sa
-fille les portions relatives à cet objet et les envoyer à ce ministre
-que de les transcrire ou d'essayer d'exposer autrement ce qui était si
-bien et si nettement exprimé[814]. Aussi, pour les affaires, madame de
-Grignan écrivait particulièrement à l'abbé de Coulanges, qui lui rendait
-compte de tout, et débarrassait ainsi madame de Sévigné de détails qui
-l'auraient ennuyée[815]. Madame de Grignan écrivait aussi à Bossuet[816]
-des lettres que sa mère se chargeait de remettre. Quant aux lettres de
-madame de Grignan qui se recommandaient par les agréments du style et
-des pensées ingénieuses, madame de Sévigné en était non-seulement
-contente, mais glorieuse; et elle avait grand soin d'en montrer les
-passages les plus remarquables aux personnes qui lui paraissaient les
-plus propres à les goûter. «Ainsi, ne me parlez plus de mes lettres, ma
-fille, dit madame de Sévigné; je viens d'en recevoir une de vous qui
-enlève; tout aimable, toute brillante, toute pleine de pensées, toute
-pleine de tendresse: c'est un style juste et court, qui chemine et qui
-plaît au souverain degré, même sans vous aimer comme je fais. Je vous le
-dirais plus souvent, sans que je crains d'être fade; mais je suis
-toujours ravie de vos lettres, sans vous le dire; madame de Coulanges
-l'est aussi de quelques endroits que je lui fais voir et qu'il est
-impossible de lire toute seule. Il y a un petit air de dimanche gras
-répandu sur cette lettre, qui la rend d'un goût non pareil[817].»
-
- [810] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (28 juin 1671), t. II, p. 112, édit. de
- G.; t. II, p. 93, édit. de M.
-
- [811] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (3 mars 1671), t. I, p. 355, édit. de
- G.; t. I, p. 272, édit. de M.--(4 mars 1672), t. II, p. 409,
- édit. de G.; t. II, p. 347, édit. de M.--_Ibid._ (8 juillet
- 1672), t. III, p. 95, édit. G.; t. III, p. 29, édit. M.--_Ibid._
- (27 septembre 1671), t. II, p. 242, édit. G.; t. II, p. 204,
- édit. M.--_Ibid._ (16 juillet 1672), t. II, p. 105, édit. G.; t.
- III, p. 38, édit. M.--_Ibid._ (4 mai 1672), t. III, p. 1, édit.
- de G.; t. II, p. 416 et 417, édit. de M.
-
- [812] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (22 avril 1672), t. II, p. 469, édit.
- G.; t. II, p. 390, édit. M.--_Ibid._ (16 mai 1672), t. III, p.
- 26, édit. G.; t. II, p. 438, édit. M.--_Ibid._ (20 mai 1672), t.
- III, p. 30, édit. G.; t. II, p. 441, édit. M.
-
- [813] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (27 mai 1672), t. III, p. 37 et 39,
- édit. G.; t. II, p. 447 et 448, édit. M.
-
- [814] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (29 avril 1672), t. II, p. 488, édit. G
- de S.-G.; t. II, p. 412, édit. M.
-
- [815] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (15 mars 1671), t. I, p. 378, édit. G.;
- t. I, p. 292, édit. M.
-
- [816] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (1er avril 1671), t. I, p. 403, édit. de
- G. de S.-G.
-
- [817] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (9 mars 1672), t. II, p. 411, édit. de
- G.; t. II, p. 349, édit. de M.
-
-Quinze jours après cette lettre, madame de Sévigné écrit encore à madame
-de Grignan[818]:
-
-«Madame de Villars, M. Chapelain et quelque autre encore sont ravis de
-votre lettre sur l'ingratitude. Il ne faut pas que vous croyiez que je
-sois ridicule; je sais à qui je montre ces petits morceaux de vos
-grandes lettres, je connais mes gens; je ne le fais point mal à propos,
-je sais le temps et le lieu; mais enfin c'est une chose charmante que la
-manière dont vous dites quelquefois de certaines choses: fiez-vous à
-moi, je m'y connais.»
-
- [818] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (23 mars 1672), t. II, p. 432, édit. de
- G.; t. II, p. 366, édit. de M.
-
-Et avant, dans le même mois[819], elle lui avait écrit: «Vos réflexions
-sur l'espérance sont divines; si Bourdelot[820] les avait faites, tout
-l'univers les saurait; vous ne faites pas tant de bruit pour faire des
-merveilles; le _malheur du bonheur_ est tellement bien dit qu'on ne peut
-trop aimer une plume qui exprime ces choses-là.»
-
- [819] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (1er mars 1672), t. II, p. 402, édit. de
- G.; t. II, p. 341 et 342, édit. de M.
-
- [820] Bourdelot avait fait une pièce contre l'_espérance_, et la
- princesse Palatine y fit une réponse: cette petite joute de bel
- esprit fit quelque bruit dans le temps.--Voyez BUSSY, _Lettres_,
- t. III, p. 333.--SÉVIGNÉ, _Lettres_ (1er mars 1672), t. II, p.
- 402, édit. de G.
-
-Madame de Sévigné et madame de Grignan lisaient beaucoup; mais à cet
-égard leur goût était différent[821]. Madame de Grignan lisait les
-livres de la nouvelle philosophie (la philosophie de Descartes), que
-madame de Sévigné goûtait peu[822]. Quoiqu'elle écoutât avec intérêt les
-discussions qui avaient lieu en sa présence entre ses amis sur ce grave
-sujet et qu'elle en parlât souvent avec eux, elle aimait mieux confier à
-sa foi religieuse la solution des hautes questions de la métaphysique
-que de se fatiguer à les comprendre; elle ne pouvait se résoudre à
-admettre une théorie qui prétendait lui démontrer que sa chienne
-_Marphise_ n'avait point d'âme et était une pure machine[823]; et elle
-disait malignement des cartésiens que s'ils ont envie d'aller en paradis
-c'est par curiosité[824]. Elle mettait un grand empressement à envoyer à
-sa fille les plus intéressantes nouveautés littéraires, qui, presque
-toutes, avaient alors pour éditeur le libraire Barbin. Lorsque celui-ci
-ne les lui faisait pas remettre assez tôt pour que madame de Grignan les
-reçût par elle avant qu'elles fussent parvenues en Provence, elle
-accusait plaisamment _ce chien de Barbin_, qui, disait-elle, la
-haïssait, parce qu'elle ne faisait pas de _Princesses de Clèves_ et de
-_Montpensier_, comme son amie madame de la Fayette[825]. On comprend
-très-bien pourquoi madame de Sévigné mettait au premier rang de tous les
-soins qu'elle se donnait pour plaire à sa fille celui de lui envoyer les
-ouvrages nouveaux; elle y était personnellement intéressée. Ces ouvrages
-étaient ceux qu'elle-même lisait, et qui fournissaient de nouveaux
-aliments à cette correspondance, son bonheur et ses délices[826]. C'est
-pourquoi madame de Sévigné ne manquait jamais de mettre madame de
-Grignan au courant des lectures qu'elle faisait ou qu'elle se proposait
-de faire[827]. Elle trouvait tant de douceur à être, en ceci comme en
-toutes choses, en rapport avec elle, que, lui ayant recommandé la
-lecture d'un des ouvrages de Tacite, que madame de Grignan n'acheva pas,
-elle lui en témoigna ses regrets, et l'engagea à lui écrire la page où
-elle en était restée, afin qu'elle pût terminer pour elle cette
-lecture[828]. Madame de Sévigné savait peu le latin. S'il en avait été
-autrement, Corbinelli, écrivant quelques lignes à Bussy dans une des
-lettres de madame de Sévigné, n'aurait pas dit que c'était en sa
-considération qu'il traduisait un passage d'Horace[829]. Elle-même
-n'aurait pas annoncé qu'elle se proposait de lire Térence et de se faire
-traduire par son fils la satire contre les folles amours que renferme la
-première scène de l'_Eunuque_[830]. Ce n'était pas une chose très-rare
-alors cependant, même parmi les femmes, que de pouvoir lire les auteurs
-latins dans leur langue originale. L'abbesse de Fontevrault, sœur de
-madame de Montespan, madame de Rohan de Montbazon, abbesse de Malnou,
-avaient cet avantage; il en était de même de madame de la Sablière, de
-mademoiselle de Scudéry et de plusieurs autres, sans nommer madame
-Dacier, qui, pour la haute érudition, est restée une exception[831].
-Mais c'est dans la traduction de Perrot d'Ablancourt que madame de
-Sévigné admirait l'éloquence et l'harmonie des phrases de Tacite; c'est
-aussi par le même traducteur qu'elle avait appris à goûter l'esprit de
-Lucien. C'est dans la traduction italienne d'Annibal Caro qu'elle lisait
-Virgile[832]. Cependant, comme elle mande à madame de Grignan qu'elle a
-fait mettre en lettres d'or sur le grand autel de sa chapelle cette
-inscription: SOLI DEO HONOR ET GLORIA, on peut croire qu'elle ainsi que
-sa fille entendaient[833] assez le latin pour lire en cette langue les
-Actes des Apôtres et les livres d'église. Dans les jugements qu'elles
-portaient sur les auteurs, elles différaient beaucoup entre elles.
-Madame de Sévigné avait plus que madame de Grignan le sentiment vif et
-prompt des beautés littéraires; son goût était moins sévère, moins
-dédaigneux, mais peut-être moins pur. Madame de Sévigné se passionnait
-facilement pour les auteurs qu'elle lisait, et proportionnait ses
-louanges aux émotions et aux inspirations qu'elle en recevait. Madame de
-Grignan, au contraire, aimait à critiquer, à se rendre raison de tout,
-et se défendait d'admirer. Madame de Sévigné avait plus que sa fille le
-goût de la solitude et de la campagne; les sombres et mélancoliques
-horreurs de la forêt avaient pour elle de l'attrait[834]. Elle lisait
-plutôt pour le plaisir de lire que par l'ambition de devenir savante;
-c'était tout le contraire dans madame de Grignan.
-
- [821] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (12 juillet 1671), t. II, p. 138, édit.
- de G.; t. II, p. 13, édit. de M.
-
- [822] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (30 août 1671), t. II, p. 209, édit. G.;
- t. II, p. 175, édit. M.--_Ibid._ (20 et 30 septembre 1671), t.
- II, p. 212, 213 et 233, édit. G.; t. II, p. 177 et 195, édit. M.
-
- [823] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (20 et 30 septembre 1671), t. II, p. 234
- et 245, édit. de G.; t. II, p. 197 et 209, édit. de M.
-
- [824] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (30 septembre 1671), t. II, p. 248,
- édit. G.; t. II, p. 209, édit. M.
-
- [825] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (16 mars 1672), t. II, p. 426, édit. de
- G.; t. II, p. 362, édit. de M.
-
- [826] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (28 juin 1671), t. II, p. 113, édit. de
- G.; t. II, p. 94 et 100, édit. de M.
-
- [827] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (12 juillet 1671), t. II, p. 136, édit.
- de G.; t. II, p. 113, édit. de M.
-
- [828] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (11 et 12 août 1676), t. IV, p. 420,
- édit. de M.; et t. V, p. 71, édit. de G.
-
- [829] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (30 juillet 1677), t. V, p. 316-318,
- édit. de G.
-
- [830] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (22 septembre 1680), t. VII, p. 223,
- édit. de G.; t. VI, p. 470, édit. de M.
-
- [831] Sur les femmes savantes de cette époque, consultez MÉNAGE,
- _Lezione sopra 'l sonetto di Francesco Petrarca_, p. 58-64, à la
- suite du traité intitulé _Historia mulierum philosopharum_.
-
- [832] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (26 juillet 1672), t. III, p. 105, édit.
- G.
-
- [833] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (4 août 1688), t. VII, p. 145, édit. G.
-
- [834] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (14 octobre 1671), t. II, p. 260, édit.
- G.--_Ibid._ (22 avril, 13, 17, 20 et 17 mai 1672), t. II, p.
- 471-483; t. III, p. 13, 14 et 40, édit. de G. de S.-G. (Elle fit
- graver ces mots sur un arbre de l'allée la plus obscure de son
- parc des Rochers: _E di mezzo l'orrore esce il diletto_.)
-
-Les prédilections de madame de Sévigné en littérature se trahissent
-lorsqu'elle quitte la capitale pour aller passer quelques jours dans sa
-retraite de Livry. Quels sont les auteurs qu'elle emporte alors de
-préférence? Corneille et la Fontaine. On lui a reproché d'avoir manqué
-de discernement, et, dans son admiration exclusive pour Corneille, de
-n'avoir pas rendu justice à Racine. Tout le monde sait cependant
-aujourd'hui qu'elle n'a jamais dit ni cité ces mots ridicules que lui
-prêtent Voltaire, la Harpe et tant d'autres: «Racine passera comme le
-café[835];» mais elle a dit «qu'il n'irait point plus loin
-qu'Andromaque[836].» Ce qui prouve seulement que cette pièce, qu'elle
-loue avec effusion et qui lui faisait verser des larmes même lorsqu'elle
-la voyait jouer par une troupe de campagne[837], était, selon elle, le
-_nec plus ultra_ du talent de Racine.--Avec sa tendresse maternelle,
-pouvait-elle penser autrement? Si elle avait vécu du temps de Voltaire,
-nul doute qu'elle n'eût préféré aussi _Mérope_ à toutes les pièces de
-cet auteur. Tout le monde juge ainsi: ce qui touche le plus le cœur est
-aussi ce qui émeut le plus fortement l'imagination. A la vérité, madame
-de Sévigné cherche à atténuer le succès de _Bajazet_, et elle en donne
-la plus forte part au talent de la Champmeslé. Cependant elle envoie
-cette pièce à sa fille aussitôt qu'elle a paru; il est vrai qu'elle
-préfère Corneille à Racine, et qu'elle trouve plus de génie dramatique à
-l'auteur du _Cid_, de _Polyeucte_, des _Horaces_, de _Cinna_. A-t-elle
-si grand tort? On n'a pas remarqué que lorsqu'elle parle ainsi Corneille
-avait produit tous ses chefs-d'œuvre, et qu'il n'en était pas ainsi de
-Racine, dont la réputation n'était encore qu'à son aurore, quoique cette
-aurore eût un grand éclat. On oublie que madame de Sévigné avait alors
-de bien légitimes motifs pour ne pas aimer Racine, et que les déplaisirs
-qu'il lui causait devaient très-naturellement disposer son esprit à
-juger peu favorablement des productions de ce poëte. On se représente
-toujours Racine dans un âge avancé, couronné par l'auréole de sa gloire
-poétique, vénéré par sa fervente piété, uniquement occupé de son salut
-et de l'éducation de ses enfants, refusant d'aller dîner chez un grand
-de la cour, afin d'avoir le plaisir de manger un beau poisson en
-famille, et pourtant écrivant encore _Esther_ et _Athalie_ pour les
-vierges d'un couvent. Le jeune auteur d'_Andromaque_ et de _Bajazet_
-était un personnage tout différent. Ingrat et malin, dans deux lettres
-très-spirituelles et pleines de mordants sarcasmes, il avait versé le
-ridicule sur les pieux solitaires de Port-Royal, qui l'avaient élevé,
-parce qu'ils avaient osé soutenir que le théâtre est un divertissement
-peu favorable aux bonnes mœurs et à la religion. Quand il faisait
-imprimer ses tragédies, il y mettait des préfaces qui étaient la
-critique acérée des ouvrages de ses rivaux, particulièrement de
-Corneille; et il composait contre eux de sanglantes épigrammes. Alors
-amoureux de la Champmeslé, Racine soupait souvent chez elle avec
-Boileau, son ami; et le baron de Sévigné, qui courtisait cette actrice
-et auquel la société des deux poëtes plaisait beaucoup, payait les
-soupers. Madame de Sévigné ne trouvait pas bon que son fils jouât le
-rôle ridicule d'Amphitryon et contribuât aux plaisirs des amants de sa
-maîtresse. On doit donc peu s'étonner que dans son dépit, en écrivant à
-sa fille, elle parle avec le même dédain de la courtisane et des deux
-poëtes. Plus tard, et lorsque son fils a rompu avec la Champmeslé, elle
-s'exprime sur eux avec l'admiration due à leur caractère et à leur
-talent; et quand, longtemps après, elle assistait à Saint-Cyr aux
-représentations d'_Athalie_ et d'_Esther_, elle ne disait plus que
-Racine composait des tragédies pour la Champmeslé, et non pour la
-postérité, et qu'il ne serait plus le même quand il ne serait plus
-jeune et amoureux; mais elle remarque, au contraire, le caractère de son
-talent, sa sensibilité, et dit «qu'il aime Dieu comme il aimait ses
-maîtresses[838].» La même chose lui arriva lorsqu'elle entendit débuter
-le P. Bourdaloue dans l'église de son collége. Selon elle, il a bien
-prêché; mais son éloquence, appropriée à son église, n'en franchira pas
-l'enceinte. Et cependant elle assista ensuite assidûment à ses
-sermons[839], et ne peut trouver de termes assez énergiques pour peindre
-sa vive admiration, pour exprimer le bien qu'elle ressentait des pieuses
-convictions produites par la parole du grand orateur. Elle loue aussi
-avec le même discernement, mais non avec le même enthousiasme, Mascaron
-et Fléchier. Elle variait beaucoup ses lectures[840]. Les sermons ne
-l'empêchaient pas d'aller au spectacle, d'assister aux pièces de
-Molière, de se plaire à l'Opéra et de trouver céleste la musique de
-Lulli, de lire des romans (l'_Astrée_, _Cléopâtre_, _Pharamond_,
-etc.)[841], les Contes de la Fontaine, Rabelais, l'Arioste, le Tasse,
-Pétrarque, Tassoni, Marini, Montaigne, Charron; elle mêlait ensemble
-Corneille, Despréaux, Sarrasin, Voiture, les livres de controverses
-religieuses, l'Alcoran et Don Quichotte. Quelquefois elle entreprenait
-de longues lectures historiques, et elle bravait la fatigue que lui
-faisaient éprouver les interminables périodes du P. Maimbourg, pour
-s'instruire sur l'histoire des croisades et sur celle de l'arianisme et
-des iconoclastes. Puis elle lit l'_Histoire de la découverte de
-l'Amérique par Christophe Colomb_, «qui la divertit au dernier point;»
-la _Vie du cardinal Commendon_, «qui lui tient très-bonne compagnie;» et
-une _Histoire des Grands Vizirs_, de Chassepol, qui eut dans le temps
-beaucoup de succès. Malgré son inclination pour Tacite, et quoiqu'elle
-lût et relût Josèphe, Plutarque et Lucien, elle préférait l'_Histoire de
-France_ à l'histoire romaine, où elle n'avait, disait-elle
-spirituellement, ni parents ni amis. On est étonné de lui voir lire en
-quatre jours l'in-folio de l'académicien Paul Hay du Chastelet,
-contenant la _Vie de Bertrand du Guesclin_; mais tout ce qui concernait
-l'_histoire de Bretagne_ avait pour elle un intérêt de famille[842].
-
- [835] Conférez SÉVIGNÉ, _Lettres_ (10 mai 1676), t. IV, p. 463,
- édit. G.; t. IV, p. 291, édit. M.--SAINT-SURIN, _Notice sur
- madame de Sévigné_, t. I, p. 100 de l'édition des _Lettres de_
- SÉVIGNÉ, par Monmerqué, 1820, in-8º.--HÉNAULT, _Abrégé
- chronologique_ (1669), t. III, p. 371.--LEMONTEY, _Hist. de la
- régence_, t. I, p. 442.
-
- [836] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (16 mars 1672), t. II, p. 426, édit. G.;
- t. II, p. 362, édit. M.
-
- [837] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (12 août 1671), t. II, p. 183, édit. G.;
- t. II, p. 152, édit. M.
-
- [838] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (16 mars 1672, 28 janvier et 7 février
- 1689), t. II, p. 360, et t. VIII, p. 310 et 325, édit. de M.; t.
- II, p. 426 et 427, et t. IX, p. 126 et 127, édit. de G.
-
- [839] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (18 février, 11, 13, 20 et 26 mars, 13
- avril, 25 décembre 1671), t. I, p. 330, 367, 370, 372, 374, 376,
- 388, 394, 396, 397, 404, 406; t. II, p. 324, édit. de G.
-
- [840] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (11 et 13 mars, 29 avril, 8 mai, 2, 22
- et 28 juin, 5 juillet, 19 août, 16 et 30 septembre, 1er, 4 et 11
- novembre 1671), t. I, p. 370, 374; t. II, p. 49, 61, 67, 87, 105,
- 125, 136, 141, 195, 229, 238 et 239, 352 et 377, édit. de G. de
- S.-G.
-
- [841] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (28 juin 1671), t. II, p. 113, édit. de
- G.; t. II, p. 94, édit. de M.--_Ibid._ (11 septembre 1675), t.
- III, p. 465, édit. M.
-
- [842] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (3 novembre 1675), t. IV, p. 186, édit.
- de G. t. IV, p. 69, édit. de M.--_Ibid._ (14 juillet 1680), t.
- VII, p. 104, édit. de G.; t. VI, p. 372, édit. de M.--_Ibid._ (25
- septembre 1680, 14 décembre 1689), t. VII, p. 221-228; t. X, p.
- 137, édit. de G.--_Ibid._ (1er août 1672), t. II, p. 377, édit.
- de M.; t. II, p. 447, édit. de G.--_Ibid._ (15 mai, 4 juin, 11 et
- 12 août 1676), t. IV, p. 297, 326 et 420, édit. de M.; t. IV, p.
- 439-472; t. V, p. 71, édit. de G.--_Ibid._ (9 janvier 1676), t.
- IV, p. 312, édit. de G.--_Ibid._ (15 janvier 1690), t. X, p. 196.
- Voyez _Lettre écrite par madame de Sévigné le_ 21 _juin 1671,
- rétablie d'après le mss. original_, 1826, in-8º, p. 15.--_Ibid._
- (7 juin 1671), t. II, p. 88, édit. de G. Conférez encore sur les
- lectures de madame de Sévigné (20 janvier et 24 février 1672), t.
- II, p. 352 et 397, édit. de G.--_Ibid._ (15 janvier 1690), t. X,
- p. 196, édit. de G.--_Ibid._ (6 novembre 1675), t. IV, p. 190,
- édit. de G.
-
-Elle aimait avant tout les livres de morale, et surtout de morale
-religieuse. Les _Essais_ de Nicole étaient ceux qu'elle préférait. Les
-meilleurs et les plus beaux éloges qu'on ait faits de cet écrivain ont
-été tracés par Voltaire dans son _Siècle de Louis XIV_ et par madame de
-Sévigné dans les lettres écrites à sa fille[843]. Nicole est l'auteur
-favori de madame de Sévigné; elle le lisait et le relisait; elle y
-trouvait des ressources contre tous les maux, toutes les misères de la
-vie, même, disait-elle, contre la pluie et le mauvais temps; elle veut
-s'en pénétrer, se l'assimiler; elle souhaiterait pouvoir en faire un
-bouillon et l'avaler[844]. Il était, suivant elle, de la même _étoffe_
-que Pascal, et elle ajoute: «Cette étoffe-là est si belle qu'elle me
-plaît toujours; jamais le cœur humain n'a été mieux anatomisé que par
-ces messieurs-là[845].» Elle lisait aussi les Traités de Bossuet, et
-surtout son _Histoire des Variations_[846]. En bonne janséniste, elle
-avait lu saint Augustin et les Lettres de Saint-Cyran; mais elle se
-tenait éloignée du rigorisme de la secte.
-
- [843] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (13 et 30 septembre, 1er et 4 novembre
- 1671), t. II, p. 226-277, 279 et 286, édit. de G.; t. II, p. 208
- et 238, édit. de M.; t. I, p. 180, édit. de la Haye.
-
- [844] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (1er et 4 novembre 1671), t. II, p. 276
- à 280, édit. de G.; t. II, p. 238, édit. de M.
-
- [845] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (19 août 1671), t. II, p. 195, édit de
- G.; t II, p. 162, édit. de M.--_Ibid._ (23 mai 1671), t. II, p.
- 81, édit. de G.
-
- [846] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (23 novembre 1689), t. X, p. 106. édit.
- de G.; t. IX, p. 226, édit. de M.
-
-Sa foi était forte et sincère, et en cela surtout elle différait de sa
-fille. Comme toutes les femmes de son temps, madame de Grignan
-pratiquait sa religion; mais sa raison, enorgueillie par les lueurs
-vacillantes d'une philosophie qu'elle croyait comprendre, faisait subir
-aux croyances qui lui avaient été inculquées dès son enfance des doutes
-peu conformes à la soumission due aux décisions de l'Église. Telle
-n'était point madame de Sévigné, qui ne partageait pas le superbe dédain
-de Port-Royal pour l'efficacité de l'intervention du saint sacerdoce.
-Elle avait soin de faire dire des messes pour détourner les malheurs
-qu'elle redoutait, et elle ne manquait pas d'en agir ainsi lorsque sa
-fille voyageait ou lorsque celle-ci était enceinte[847], et encore après
-qu'elle était accouchée[848]. Quoique nous n'ayons pas les lettres que
-madame de Grignan avait écrites à sa mère, ce qui nous reste de leur
-correspondance témoigne suffisamment de la lutte qui avait lieu entre
-elles deux, en raison de leur dissidence d'opinion sur ces graves
-matières. Jamais madame de Sévigné ne laisse échapper l'occasion de
-manifester à madame de Grignan combien sa religion lui est chère, et de
-s'efforcer de lui persuader qu'elle satisfait mieux le cœur et la
-raison que toutes les vaines subtilités des philosophes. Elle la mit
-dans la confidence de tous ses scrupules religieux et des tourments de
-sa conscience. Elle plaint sa fille de n'avoir pas en Provence de P.
-Bourdaloue ni de P. Mascaron: «Comment, dit-elle, peut-on aimer Dieu
-quand on n'entend jamais bien parler de lui[849]?» Et madame de Grignan
-est instruite toutes les fois que des devoirs religieux appellent sa
-mère à l'église de Saint-Paul de la rue Saint-Antoine ou des Minimes de
-la place Royale. «Ma fille, lui écrit-elle, je m'en vais prier Dieu, et
-me disposer à faire demain mes pâques: il faut au moins sauver cette
-action de l'imperfection des autres. Je voudrais bien que mon cœur fût
-pour Dieu comme il est pour vous[850].» Bien souvent madame de Sévigné
-se lamente de n'avoir pas le courage de rompre les liens du monde et de
-conformer sa vie aux préceptes de sa croyance; et sa fille, qui n'avait
-pas intérêt à ce qu'il en fût ainsi, combat toujours ce penchant à la
-dévotion, qui était commun alors aux personnes les plus mondaines.
-Ainsi, dès cette année 1671, madame de Sévigné écrivait, au sujet de la
-mort du chevalier de Buous[851]:
-
-«C'est un beau sujet de réflexions que l'état où vous le dépeignez. Il
-est certain qu'en ce temps-là nous aurons de la foi de reste; elle fera
-tous nos désespoirs et tous nos troubles; et ce temps que nous
-prodiguons et que nous voulons qui coule présentement nous manquera, et
-nous donnerions toutes choses pour avoir un de ces jours que nous
-perdons avec tant d'insensibilité... La morale chrétienne est excellente
-à tous les maux; mais je la veux chrétienne; elle est trop creuse et
-trop inutile autrement.»
-
- [847] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (4 novembre 1671), t. II, p. 281, édit.
- de G.; t. II, p. 238, édit. de M. «Je fais dire tous les jours
- des messes pour vous: voilà mon emploi.»
-
- [848] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (29 novembre 1671), t. II, p. 298, édit.
- de G.: «Comme vous êtes philosophe, vous savez la raison de tous
- ces effets; pour moi, je les sens, et je m'en vais faire dire
- autant de messes pour remercier Dieu de cette grâce que j'en
- faisais dire pour la lui demander.»
-
- [849] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (1er avril 1671), t. I, p. 315, édit. de
- M.; t. I, p. 406, édit. de G.
-
- [850] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (vendredi saint, 15 avril 1671), t. II,
- p. 462, édit. de G.; et t. II, p. 390, édit. de M.
-
- [851] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (20 sept. 1671), t. II, p. 232, édit. de
- G. (de Buous dans cette édit.); t. II, p. 194 et 195, édit. de
- M.--_Lettres de madame_ RABUTIN-CHANTAL, _marquise de Sévigné_,
- t. I, p. 180, édit. de la Haye, 1726.--Il y a au commencement de
- cette lettre seize lignes de plus dans cette édition, qui ont été
- supprimées dans toutes les autres.
-
-Trois mois avant cette lettre, elle avait déjà écrit à madame de
-Grignan: «Une de mes grandes envies, ma fille, ce serait d'être dévote;
-j'en tourmente la Mousse tous les jours. Je ne suis ni à Dieu ni à
-diable; cet état m'ennuie, quoique, entre nous, je le trouve le plus
-naturel du monde. On n'est point au diable parce qu'on craint Dieu, et
-qu'au fond on a un principe de religion; on n'est point à Dieu aussi,
-parce que sa loi paraît dure, et qu'on n'aime point à se détruire
-soi-même; cela compose les tièdes, dont le grand nombre ne m'étonne
-point du tout: j'entre dans leurs raisons. Cependant Dieu les hait; il
-faut donc sortir de cet état, et voilà la difficulté[852].»
-
- [852] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (10 juin 1671), t. II, p. 98, édit. de
- G. de S.-G.; t. II, p. 83, édit. de M.--_Lettres de madame_
- RABUTIN-CHANTAL; la Haye, 1726, in-12, t. I, p. 117.
-
-Vingt ans après, madame de Sévigné en était encore au même point; mais
-du moins sa foi n'avait point varié, et elle se trouvait encore plus
-fermement établie par les études qu'elle avait faites dans l'intervalle.
-«Vous me demandez, écrit-elle à madame de Grignan, si je suis toujours
-une petite dévote qui ne vaut guère: oui, justement voilà ce que je suis
-toujours, et pas davantage, et à mon grand regret. Tout ce que j'ai de
-bon, c'est que je sais bien ma religion et de quoi il est question; je
-ne prendrai point le faux pour le vrai; je sais ce qui est bon et ce qui
-n'en a que l'apparence; j'espère ne m'y point méprendre, et que, Dieu
-m'ayant déjà donné de bons sentiments, il m'en donnera encore: les
-grâces passées me garantissent en quelque sorte celles qui viendront;
-ainsi je vis dans la confiance, mêlée cependant de beaucoup de
-crainte[853].»
-
- [853] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (15 janvier 1690), t. X, p. 197, édit.
- de G.; t. IX, p. 305, édit. de M.
-
-Quoiqu'elle trouvât que dans cette voie ses progrès fussent lents,
-pourtant elle reconnaissait qu'elle faisait des progrès. «Si je pouvais
-seulement, dit-elle, vivre deux cents ans, il me semble que je serais
-une personne admirable.»
-
-Madame de Sévigné avait foi aux promesses de la religion et espérait en
-elles; mais elle répugnait à croire aux terreurs qu'on voulait lui
-inculquer en son nom. «Vous aurez peine, dit-elle à madame de Grignan, à
-nous faire entrer une éternité de supplices dans la tête, à moins que,
-d'un ordre du roi et de la sainte Écriture, la soumission n'arrive au
-secours[854].» Léger sarcasme aussi juste que mérité contre le
-despotisme de Louis XIV, qui mal à propos faisait intervenir son
-autorité dans les querelles théologiques, et les évoquait à son conseil,
-non sans dommage pour l'État et pour la religion. Madame de Sévigné
-n'aimait pas que l'on portât trop loin l'esprit de pénitence, et la
-rigueur des règles nouvellement imposées aux religieux du couvent de la
-Trappe par le Bouthillier de Rancé[855] lui paraissait extravagante. «Je
-crains, dit-elle, que cette Trappe, qui veut surpasser l'humanité, ne
-devienne les Petites-Maisons[856].»
-
- [854] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (20 septembre 1671), t. II, p. 233,
- édit. de G.; t. II, p. 194, édit. de M.
-
- [855] DE MARSOLLIER, _Vie de dom Armand-Jean le Bouthillier de
- Rancé_, 1703, in-12, 1re partie, liv. III, ch. XII, XIII et XIV,
- t. I, p. 413 à 460.
-
- [856] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (15 avril 1671), t. II, p. 21, édit. de
- G.--_Ibid._, t. II, p. 17, édit. de M.
-
-Madame de Sévigné n'avait aucune de ces faiblesses superstitieuses dont
-quelques esprits très-fermes ne sont pas toujours exempts. Elle se
-dépite de ce que le bel abbé de Grignan, qui devait l'accompagner en
-Provence, la supplie de différer son départ de quelques jours, parce
-qu'il ne peut consentir à se mettre en route un vendredi. «On ne peut,
-dit-elle malignement, tirer les prêtres de Paris; il n'y a que les dames
-qui en veuillent partir[857].» Elle était plus incrédule que sa fille
-sur certains faits surnaturels, que madame de Grignan semblait disposée
-à croire. «Je trouve plaisants, lui écrit-elle, les miracles de votre
-solitaire; mais sa vanité pourrait bien le conduire du milieu de son
-désert dans le milieu de l'enfer... Dieu est tout-puissant, qui est-ce
-qui en doute? Mais nous ne méritons guère qu'il nous montre sa
-puissance[858].»
-
- [857] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (13 mai 1671), t. II, p. 66 et 67, édit.
- de G; t. II, p. 55, édit. de M.
-
- [858] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (18 octobre 1671), t. II, p 263 et 264,
- édit. G.; t. II, p. 23, édit. M.
-
-Ses croyances étaient raisonnées; elle lisait beaucoup de livres de
-controverse, même ceux que composaient des protestants[859], et aussi,
-pour complaire à sa fille, ceux qui étaient écrits d'après les principes
-de la nouvelle philosophie; mais elle en était peu satisfaite. «J'ai
-pris, dit-elle à madame de Grignan, les _Conversations chrétiennes_;
-elles sont d'un bon cartésien, qui sait par cœur votre _Recherche de la
-vérité_ (du P. Malebranche)... Je vous manderai si ce livre est à la
-portée de mon intelligence; s'il n'y est pas, je le quitterai
-humblement, en renonçant à la sotte vanité de contrefaire l'éclairée,
-quand je ne le suis pas. Enfin Dieu est tout-puissant, et fait tout ce
-qu'il veut, j'entends cela; il veut notre cœur, nous ne voulons pas le
-lui donner, voilà tout le mystère[860].»
-
- [859] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (22 septembre 1680), t. VII, p. 224,
- édit. G.; t. VI, p. 470.--_Ibid._ (13 août 1688), t. VIII, p.
- 337, édit. de G.; t. VIII, p. 63, édit. de M.--_Ibid._ (24
- janvier 1689), t. IX, p. 117, édit. de G.
-
- [860] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (15 juin 1680), t. VII, p. 42, édit. de
- G.; t. VI, p. 319, édit. de M.
-
-Mais elle comprend fort bien ces questions qu'elle feint d'être trop
-ardues pour son intelligence, et elle exhorte sa fille, pour les
-résoudre, à lire le traité de la _Prédestination des Saints_, par saint
-Augustin, et surtout celui du _Don de la persévérance_. «Lisez,
-dit-elle, ce livre, il n'est pas long; c'est où j'ai puisé mes erreurs.
-Je ne suis pas la seule, cela me console; et en vérité je suis tentée de
-croire qu'on ne discute aujourd'hui sur cette matière avec tant de
-chaleur que faute de s'entendre[861].»
-
- [861] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (26 juin 1680), t. VII, p. 63, 70, édit.
- de G.; t. VI, p. 342, édit. de M.
-
-Cette lecture de saint Augustin et les commentaires de ses amis de
-Port-Royal l'avaient confirmée dans l'opinion des jansénistes sur la
-grâce. Madame de Grignan, pour combattre cette opinion, profita de
-l'exemple de madame de la Sablière, connue par son savoir et par son
-attachement à la philosophie cartésienne, qui cependant, touchée des
-vérités de la religion, s'était convertie. «Oui, dit madame de Sévigné,
-elle est dans ce bienheureux état, elle est dévote et vraiment dévote,
-elle fait un bon usage de son libre arbitre; mais n'est-ce pas Dieu qui
-le lui fait faire? N'est-ce pas Dieu qui la fait vouloir? N'est-ce pas
-Dieu qui l'a délivrée de l'empire du démon? N'est-ce pas Dieu qui a
-tourné son cœur? N'est-ce pas Dieu qui la fait marcher et qui la
-soutient? N'est-ce pas Dieu qui lui donne la vue et le désir d'être à
-lui? C'est cela qui est couronné; c'est Dieu qui couronne ses dons. Si
-c'est cela que vous appelez le libre arbitre, ah! je le veux
-bien[862].»
-
- [862] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (21 juin 1680), t. VII, p. 62 et 65,
- édit. de G.; t VI, p. 366 et 367, édit. de M.
-
-Dans la même lettre, elle professe l'opinion de Jansénius avec toutes
-ses conséquences. «Je n'ai rien à vous répondre, dit-elle à madame de
-Grignan, sur ce que dit saint Augustin, sinon que je l'écoute et que je
-l'entends quand il me dit et me répète cinq cents fois dans un même
-livre que tout dépend, comme le dit l'Apôtre, non de celui qui veut ni
-de celui qui court, mais de Dieu, qui fait miséricorde à qui il lui
-plaît; que ce n'est point en considération d'aucun mérite que Dieu donne
-sa grâce aux hommes, mais selon son bon plaisir... Il appelle notre
-libre arbitre une délivrance et une facilité d'aimer Dieu, parce que
-nous ne sommes pas sous l'empire du démon, et que nous sommes élus de
-toute éternité, selon les décrets du Père éternel, avant tous les
-siècles.»
-
-Cependant cette doctrine sur la grâce, qui conduit droit au fatalisme,
-ne pouvait être admise par un esprit aussi juste que celui de madame de
-Sévigné sans y faire naître beaucoup de doutes; et nous voyons dans la
-même lettre qu'ils surgissent surtout à la lecture du chapitre dont le
-sommaire est: _Comment Dieu jugerait-il les hommes si les hommes
-n'avaient point de libre arbitre?_ «En vérité, dit-elle, je n'entends
-point cet endroit, et je suis toute disposée à croire que c'est un
-mystère; mais comme ce libre arbitre ne peut pas mettre notre salut en
-notre pouvoir et qu'il faut toujours dépendre de Dieu, je n'ai pas
-besoin d'être éclaircie sur ce passage, et je me tiendrai, si je puis,
-dans l'humilité et dans la dépendance[863].»
-
- [863] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (21 juin 1680), t. VII, p. 63 et 64,
- édit. de G.; t. VI, p. 337-338, édit. de M.
-
-Ainsi l'on voit que les erreurs de son esprit ne la faisaient dévier en
-rien de la rectitude de ses résolutions. Elle trouvait dans saint
-Augustin des pensées si nobles et si grandes «que tout le mal qui peut
-arriver de sa doctrine aux esprits mal faits était moindre que le bien
-que les autres en retirent[864].»
-
- [864] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (4 nov. 1676), t. V, p. 192, édit. de
- G.; t. V, p. 50, éd. de M.--Conférez encore (16 août 1680), t.
- VII, p. 145, éd. de G.
-
-Elle revient cependant si souvent sur ce sujet, et quelquefois avec une
-telle éloquence et avec tant de chaleur, qu'il est manifeste qu'elle a
-le désir de ramener sa fille à son opinion[865]. Elle désigne par le
-titre de _frères_ ses amis les écrivains de Port-Royal. «Quand je veux
-nourrir, dit-elle, mon esprit et mon âme, j'entre dans mon cabinet,
-j'écoute _nos frères_ et leur belle morale, qui nous fait si bien
-connaître notre pauvre cœur[866].» Toute sa vie elle aima à lire; mais
-dans son âge avancé ce goût de sa jeunesse se dirigea exclusivement sur
-les lectures graves et sérieuses. Sa fille lui reproche d'avoir relu
-jusqu'à trois fois les mêmes romans. «Ce sont de vieux péchés, dit-elle,
-qui doivent être pardonnés en considération du profit qui me revient de
-pouvoir relire aussi plusieurs fois les plus beaux livres du monde, les
-Abbadie, Pascal, Nicole, Arnauld, les plus belles histoires[867].»
-
- [865] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (14 juillet 1689), t. VII, p. 104, édit.
- de G.; t. VI, p. 372, édit. de M.
-
- [866] SÉVIGNÉ, _ibid._, t. VII, p. 102 et 103.
-
- [867] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (8 février 1690), t. X, p. 248, édit. de
- G.; t. IX, p. 349, édit. de M.
-
-C'est vers l'âge de cinquante ans que se fit cette révolution dans ses
-goûts pour les lectures; et elle a donné en peu de mots à sa fille la
-composition de sa petite bibliothèque des Rochers et de quelle manière
-elle l'avait elle-même classée en une seule matinée[868]. «J'ai apporté
-ici quantité de livres, je les ai rangés ce matin; on ne met pas la main
-sur un, tel qu'il soit, qu'on n'ait envie de le lire tout entier; toute
-une tablette de dévotion, et quelle dévotion! bon Dieu, quel point de
-vue pour honorer notre religion! L'autre est toute d'histoires
-admirables; l'autre, de morale; l'autre, de poésies, et de nouvelles, et
-de mémoires. Les romans sont méprisés, et ont gagné les petites
-armoires. Quand j'entre dans ce cabinet, je ne comprends pas pourquoi
-j'en sors; il serait digne de vous, ma fille.»
-
- [868] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (5 juin 1680), t. VII, p. 19, édit. de
- G.; t. VI, p. 300, édit. de M.
-
-Il n'est fait dans ce passage aucune mention des livres sur la
-philosophie de Descartes, lecture favorite de madame de Grignan. Il
-semble que madame de Sévigné les considérait comme un exercice pour son
-intelligence, comme les romans pour son imagination; mais qu'étant
-inutiles pour son salut et pour éclairer sa raison ils ne devaient point
-trouver place dans sa bibliothèque choisie. Pour cette partie de son
-instruction, elle s'en reposait sur Corbinelli. «Il est souvent avec
-moi, dit-elle, ainsi que la Mousse, et tous deux parlent de votre _père_
-Descartes; ils ont entrepris de me rendre capable d'entendre ce qu'ils
-disent; j'en serai ravie, afin de n'être pas comme une sotte bête quand
-ils vous tiendront ici[869].»
-
- [869] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (8 juillet 1676), t. V, p. 19, édit. de
- G.; t. IV, p. 372, édit. de M.
-
-Évidemment madame de Sévigné, en cette occasion, n'est pas franche dans
-sa modestie, et sa correspondance nous prouve qu'elle était plus
-instruite sur ces hautes questions de métaphysique qu'elle ne veut le
-faire paraître. Sa feinte ignorance est un avantage qu'elle se donne
-pour combattre plus efficacement les raisonnements de sa fille; et un
-petit nombre de passages remarquables de ses lettres, ajoutés à ceux que
-nous avons déjà rapportés, suffiront, je l'espère, pour montrer quelles
-étaient les convictions religieuses de cette femme, en apparence si
-fortement livrée aux élans et aux agitations de sa vive sensibilité, et
-cependant si studieuse, si calme, si profondément réfléchie. Mais il y a
-des naturels puissants et si heureusement formés qu'ils peuvent allier
-les qualités les plus contraires.
-
-Contre l'opinion de Malebranche, que tout ce qui se fait dans la nature
-est par la nature de l'ordre, opinion sur laquelle avait écrit madame de
-Grignan, madame de Sévigné répond: «La Providence veut donc l'ordre: si
-l'ordre n'est autre chose que la volonté de Dieu, quasi tout se fait
-contre sa volonté; toutes les persécutions que je vois contre saint
-Athanase et les orthodoxes, la prospérité des tyrans, tout cela est
-contre l'ordre, et par conséquent contre la volonté de Dieu. Mais, n'en
-déplaise à votre père Malebranche, ne serait-il pas aussi bien de s'en
-tenir à saint Augustin, que Dieu permet toutes ces choses, parce qu'il
-en tire sa gloire par des voies qui nous sont inconnues? Saint Augustin
-ne connaît ni de règle ni d'ordre que la volonté de Dieu; et si nous ne
-suivons pas cette doctrine, nous aurons le déplaisir de voir que, rien
-dans le monde n'étant quasi dans l'ordre, tout s'y passera contre la
-volonté de celui qui l'a fait: cela me paraît bien cruel[870].» Et
-ensuite:
-
-«Je voudrais bien me plaindre au P. Malebranche des souris qui mangent
-tout ici; cela est-il dans l'ordre? Quoi! de bon sucre, du fruit, des
-compotes!... Et l'année passée était-il dans l'ordre que de vilaines
-chenilles dévorassent toutes les feuilles de notre forêt (de Livry) et
-de nos jardins, et tous les fruits de la terre? Et le père Païen, qui
-s'en revient paisiblement et à qui on casse la tête, cela est-il dans la
-règle? Oui, mon père, tout cela est bon, Dieu sait en tirer sa gloire;
-nous ne voyons pas comment, mais cela est vrai; et si vous ne mettez sa
-volonté pour toute règle et pour tout ordre, vous tomberez dans de
-grands inconvénients[871]... Si vous lisez l'arianisme, vous serez
-étonné de cette histoire; elle vous empêchera de rêver. Vraiment, vous y
-verrez bien des choses contre l'ordre: vous y verrez triompher
-l'arianisme et mettre en pièces les serviteurs de Dieu; vous y verrez
-l'_impulsion_ de Dieu, qui veut que tout le monde l'aime, très-rudement
-repoussée; vous y verrez le vice couronné, les défenseurs de
-Jésus-Christ outragés: voilà un beau désordre; et moi, petite femme, je
-regarde tout cela comme la volonté de Dieu, qui en tire sa gloire, et
-j'adore cette conduite, quelque extraordinaire qu'elle me paraisse; mais
-je me garde bien de croire que si Dieu eût voulu cela eût été autrement,
-cela n'eût pas été[872].»
-
- [870] _Lettres de_ MARIE RABUTIN-CHANTAL, _marquise_ DE SÉVIGNÉ
- (31 juillet 1680), édit. de la Haye, 1726, ou t. VI, p. 400,
- édit. de M.; t. VII, p. 141, édit. de G. de S.-G.
-
- [871] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (4 avril 1680), t. VII, p. 145 et 146,
- édit. de G. de S.-G.; t. VI, p. 405, édit. de M.--_Ibid._, sur
- l'aventure du P. Païen (7 juillet 1680), t. VI, p. 364, édit. M.;
- t. VII, p. 94, édit. G.
-
- [872] SÉVIGNÉ, _Lettres_, _ibid._, t. VII, p. 140, édit. de G.;
- t. VI, p. 407, édit. de M.
-
-«Il y a un endroit de la _Recherche de la vérité_, contre lequel
-Corbinelli a écrit; on y dit «que Dieu nous donne une _impulsion_ à
-l'aimer, que nous arrêtons et détournons à volonté.» Cela me paraît bien
-rude qu'un être très-parfait et par conséquent tout-puissant soit ainsi
-arrêté au milieu de sa course[873]...» Ce sujet occupe si fortement la
-pensée de madame de Sévigné qu'elle y revient encore dans la lettre
-suivante: «Je suis toujours choquée, dit-elle, de cette _impulsion_ que
-nous arrêtons tout court; mais si le P. Malebranche a besoin de cette
-liberté de choix qu'il nous donne, comme à Adam, pour justifier la
-justice de Dieu envers les adultes, que fera-t-il pour les petits
-enfants? il faudra en revenir à l'_altitudo_. J'aimerais autant m'en
-servir pour tout, comme saint Thomas, qui ne marchande pas[874].»
-
- [873] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (3 juillet 1680), t. VI, p. 359, édit.
- de M.; t. VII, p. 89, édit. de G.
-
- [874] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (31 mai 1680), t. VII, p. 5 et 6, édit.
- de G.
-
-Enfin, c'est lorsque avaient lieu les persécutions contre les plus
-fervents soutiens du jansénisme, lorsque Nicole était exilé dans les
-Ardennes, qu'Arnauld était obligé de se cacher, que madame de Sévigné
-éprouve plus que jamais le besoin de faire prévaloir ses opinions dans
-l'esprit de sa fille. «Je ne vous obligerais plus, lui dit-elle, de
-répondre sur cette divine Providence que j'adore et que je crois qui
-fait et ordonne tout; je suis assurée que vous n'oseriez traiter cette
-opinion de mystère inconcevable avec les disciples de votre père
-Descartes; ce qui serait vraiment inconcevable, ce serait que Dieu eût
-fait le monde sans régler tout ce qui s'y fait; les gens qui font de si
-belles restrictions et contradictions dans leurs livres en parlent bien
-mieux et plus dignement quand ils ne sont pas contraints ni étranglés
-par la politique[875].»
-
- [875] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (7 juillet 1680), t. VI, p. 363, édit.
- de M.; t. VII, p. 93, édit. de G.
-
-Les principes des jansénistes étaient mal vus à la cour; et madame de
-Sévigné recommandait à sa fille de ne pas montrer au comte de Grignan
-les passages de ses lettres qui avaient trait à ces matières; elle avait
-fini par éviter de lui en écrire; mais comme sa fille était revenue à la
-charge, et lui avait cité saint Augustin et saint Paul, le souvenir des
-écrits de ces deux grands confesseurs de la foi la ranime, et, avec
-l'impétuosité ordinaire de sa plume, elle répond: «Vous lisez donc saint
-Paul et saint Augustin? Voilà les bons ouvriers pour rétablir la
-souveraine volonté de Dieu; ils ne marchandent point à dire que Dieu
-dispose de ses créatures: comme le potier, il en choisit, il en rejette;
-ils ne sont point en peine de faire des compliments pour sauver la
-justice, car il n'y a point d'autre justice que sa volonté; c'est la
-justice même, c'est la règle; et, après tout, que doit-il aux hommes?
-que leur appartient-il? rien du tout. Il leur fait donc justice quand il
-les laisse à cause du péché originel, qui est le fondement de tout, et
-il fait miséricorde au petit nombre de ceux qu'il sauve par son fils.
-JÉSUS-CHRIST le dit lui-même; «Je connais mes brebis, je les mènerai
-paître moi-même: je n'en perdrai aucune, je les connais, elles me
-connaissent. Je vous ai choisis, dit-il à ses apôtres; ce n'est pas vous
-qui m'avez choisi.» Je trouve mille passages sur ce ton, je les entends
-tous; et quand je vois le contraire, je dis: C'est qu'ils ont voulu
-parler communément; c'est comme quand on dit que _Dieu s'est repenti,
-qu'il est en furie_; c'est qu'ils parlent aux hommes; et je me tiens à
-cette première et grande vérité, qui est toute divine, qui me
-représente Dieu comme Dieu, comme un maître, comme un souverain créateur
-et auteur de l'univers et comme un être enfin très-parfait, selon la
-réflexion de votre _père_ (Descartes). Voilà mes petites pensées
-respectueuses, dont je ne tire point de conséquences ridicules, et qui
-n'ôtent point l'espérance d'être, du nombre choisi, après tant de
-grâces, qui sont des préjugés et des fondements de cette confiance. Je
-hais mortellement à vous parler de tout cela; pourquoi m'en parlez-vous?
-Ma plume va comme une étourdie[876].»
-
- [876] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (14 juillet 1680), t. VII, p. 102 à 104,
- édit. de G. de S.-G.; t. VI, p. 371, édit. de M.
-
-Le contraste que l'on remarque entre madame de Sévigné et madame de
-Grignan, relativement à leurs goûts en littérature et à leurs opinions
-religieuses, est encore plus prononcé et plus étrange si on les
-considère toutes deux dans leurs sentiments maternels et dans leur
-conduite et leurs relations avec le monde.
-
-Les larmes mouillaient souvent les yeux de madame de Sévigné pour peu
-qu'elle fût fortement émue; madame de Grignan, calme et froide,
-trahissait rarement par des signes extérieurs les impressions faites sur
-son cœur; sa mère en fait la remarque: «Vous pleurâtes, lui dit-elle,
-ma très-chère fille, et c'est une affaire pour vous; ce n'est pas la
-même chose pour moi, c'est mon tempérament[877].»
-
- [877] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (15 avril 1671), t. II, p. 19, 20 et 22,
- édit. G.; t. II, p. 16, édit. M.--_Ibid._ (18 décembre 1671), t.
- II, p. 316, édit. G.; t. II, p. 267, édit. de M.--_Ibid._ (20 mai
- 1672), t. III, p. 30, édit. de G., t. II, p. 440, édit. de
- M.--_Ibid._ (21 octobre 1671), t. II, p. 297, édit. de G.; t. II,
- p. 225, édit. de M. (Voyez ci-dessus, p. 320, ch. XVI.)
-
-Madame de Sévigné, on le sait, poussait jusqu'à l'excès son amour pour
-sa fille; elle lui accordait sur son fils, sur l'unique héritier du nom
-de Sévigné, une injuste préférence, et elle se laissait dominer par
-cette inclination au point de négliger quelquefois ses devoirs envers
-Dieu et d'oublier sa charité envers le prochain. La tendresse maternelle
-de madame de Grignan pour ses deux filles ne fut jamais assez forte pour
-l'empêcher de vouloir sacrifier le bonheur de leur vie entière à la
-grandeur de sa maison, à la fortune et à l'élévation de celui qui
-pouvait seul continuer la noble race des Adhémar. Madame de Grignan
-exécuta ce projet à l'égard de Blanche, l'aînée de ses filles, qu'elle
-contraignit à se faire religieuse; et si la jolie figure, les grâces et
-l'esprit de Pauline, la plus jeune, n'avaient pas convaincu sa mère
-qu'elle la marierait facilement et sans une forte dot, madame de Sévigné
-aurait été impuissante à lui persuader[878] de ne pas commettre cette
-seconde immolation[879].
-
- [878] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (6 octobre 1679), t. V, p. 453, édit.
- M.; t. VI, p. 150, édit. G.
-
- [879] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (10 novembre 1688), t. VIII, p. 150,
- édit. de M.--_Ibid._ (6 janvier 1687), t. VII, p. 406.--_Ibid._
- (8 décembre 1679), t. VI, p. 61.
-
-Mais c'est dans ses relations avec le monde, dans la conduite de la vie,
-dans la gestion des affaires que madame de Sévigné montre une grande
-supériorité sur sa fille. Quel jugement exquis! quel prompt et juste
-discernement! quels admirables conseils! quels beaux et utiles préceptes
-de sagesse et de savoir-vivre, heureusement exprimés! Les lettres de
-madame de Sévigné nous font admirer une mère tendre, mais non aveugle;
-elle cherche à empêcher que madame de Grignan ne se fasse tort par son
-caractère hautain, ou ne devienne victime de sa vanité et de son
-orgueil.
-
-Madame de Grignan, retranchée sur les hauteurs de ses pensées
-philosophiques, faisait profession de mépriser les jugements du public.
-Capricieuse et indolente, elle était sujette à des accès de mélancolie
-et de misanthropie; elle fuyait alors la société, et se complaisait dans
-ce qu'elle appelait sa _tigrerie_[880]; élevée à la cour et dans le
-grand monde, les manières et les habitudes cérémonieuses des provinces
-lui déplaisaient[881], et elle ne prenait guère alors la peine de
-dissimuler son ennui. Madame de Sévigné, qui prévoyait combien ces
-défauts et ces travers étaient nuisibles à sa fille dans la position
-élevée où elle était placée, cherche à lui démontrer la nécessité de
-s'en corriger ou du moins de les dissimuler. Dans une lettre écrite en
-réponse à une de celles où madame de Grignan lui disait qu'elle était
-heureuse de se trouver retirée dans la solitude de son château, madame
-de Sévigné lui dit: «Je trouve votre esprit dans une philosophie et dans
-une tranquillité qui me paraît bien plus au-dessus des brouillards et
-des grossières vapeurs que le château de Grignan. C'est tout de bon que
-les nuages sont sous vos pieds; vous êtes élevée dans la moyenne région,
-et vous ne m'empêcherez pas de croire que ces beaux noms que vous dites,
-que vous donnez à des qualités naturelles, sont un effet de votre raison
-et de la force de votre esprit. Dieu vous le conserve si droit! il ne
-vous sera pas inutile; mais il faut un peu agir, afin que votre
-philosophie ne se tourne pas en paresse, et que vous puissiez être en
-état de revoir un pays où les nues seront au-dessous de vous. Il me
-semble que je vous vois dans l'indolence que vous donne l'impossibilité;
-ne vous y abandonnez qu'autant qu'il est nécessaire pour votre repos, et
-non pas assez pour vous ôter l'action et le courage[882].»
-
- [880] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (7 septembre 1671), t. II, p. 220, édit.
- G.; t. II, p. 184, édit. M.--_Ibid._ (4 mai 1672), t. III, p. 1,
- édit. G.; t. II, p. 416, édit. M.
-
- [881] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (30 août 1671), t. II, p. 206, édit. G.;
- t. II, p. 172, édit. M.
-
- [882] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (30 août 1671), t. II, p. 210, édit. G.;
- t. II, p. 175, édit. M.
-
-Ce que madame de Sévigné combat le plus souvent dans madame de Grignan,
-c'est le mépris que celle-ci affichait pour l'opinion publique; et ce
-désaccord était entre elles déjà ancien, car madame de Sévigné, écrivant
-à M. de Grignan au sujet des louanges que le monde donnait à sa fille,
-dit: «Voilà mon ancienne thèse, qui me fera lapider un jour. C'est que
-le public n'est ni fou ni injuste[883].»
-
- [883] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (6 août 1670), t. I, p. 265, édit. de
- G.; t. I, p. 196, édit de M.
-
-A peine madame de Grignan est-elle arrivée en Provence que sa mère
-l'encourage à ne pas se lasser de répondre aux politesses ennuyeuses
-dont elle est l'objet. «Il est vrai, dit madame de Sévigné, que c'est un
-métier tuant que cet excès de cérémonies et de civilités; cependant ne
-vous relâchez sur rien; tâchez, mon enfant, de vous ajuster aux mœurs
-et aux manières des gens avec qui vous avez à vivre; accommodez-vous un
-peu de ce qui n'est pas mauvais; ne vous dégoûtez point de ce qui n'est
-que médiocre; faites-vous un plaisir de ce qui n'est pas ridicule[884].»
-
- [884] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (18 mars 1671), t. I, p. 379, édit. de
- G.; t I, p. 293, édit. de M.
-
-Madame de Sévigné rappelle souvent à sa fille que, quand par sa haute
-position on se doit au public, il ne suffit pas d'_être_, mais qu'il
-faut aussi _paraître_.
-
-Comme la Rochefoucauld avait mis les _maximes_ à la mode, madame de
-Sévigné commence une de ses lettres par cette réflexion, qu'elle
-intitule, en badinant, MAXIME: _La grande amitié n'est jamais
-tranquille_[885]. Et en effet, ce qui était pour elle l'objet de
-continuelles inquiétudes, ce qui excitait le plus sa sollicitude et lui
-paraissait toucher le plus au bonheur de sa fille dans l'avenir, c'était
-la conservation et, s'il se pouvait, l'augmentation de sa fortune; car,
-étant beaucoup plus jeune que M. de Grignan, il était probable qu'elle
-lui survivrait. Aussi madame de Sévigné termine une de ses lettres par
-cet aveu bien sincère: «Votre santé, votre repos, vos affaires, ce sont
-les trois points de mon esprit, d'où je tire une conclusion que je vous
-laisse à méditer[886].»
-
- [885] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (16 septembre 1671), t. II, p. 228,
- édit. de G.
-
- [886] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (15 mars 1671), t. I, p. 378, édit. de
- G.; t. I, p. 292, édit. de M.
-
-Madame de Sévigné ne pouvait ignorer le caractère du comte de Grignan,
-facile jusqu'à la faiblesse, fastueux jusqu'à la prodigalité[887]. Une
-partie de la dot de sa femme avait servi à réparer le désordre de ses
-affaires. Madame de Sévigné craignit qu'avec le luxe coûteux de
-représentation qu'exigeait le rang de lieutenant général gouverneur M.
-de Grignan ne dérangeât de nouveau sa fortune; et elle ne voyait de
-salut pour lui et pour madame de Grignan que dans l'intervention de
-celle-ci, qu'elle avait habituée, par ses leçons et ses exemples, à
-l'ordre et à l'économie. Dès que madame de Grignan eut rejoint son mari
-en Provence, madame de Sévigné s'empressa d'exhorter sa fille à profiter
-de l'ascendant qu'elle avait sur lui pour le faire consentir à lui
-abandonner sans réserve la direction de ses affaires et la gestion de
-ses biens, et à régler ses dépenses de manière à ce qu'elles
-n'excédassent pas ses revenus. De son côté, elle se montrait généreuse,
-et adoucissait par des cadeaux la sévérité de ses remontrances[888].
-
- [887] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (21 août 1680, 16 février 1690), t. VII,
- p. 171; t. X, p. 274, édit. de G. de S.-G.; et ci-dessus, ch.
- VIII, p. 139 et 143, et _Catalogue des archives de la maison de
- Grignan_, par M. VALLET DE VIRIVILLE, p. 31 à 36, nos 191, 199,
- 202, 203, 206 et 207.
-
- [888] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (23 mars 1671), t. I, p. 393, édit. G.;
- t. I, p. 304, édit. M.--_Ibid._ (10 avril 1671), t. II, p. 13,
- édit. G.; t. II, p. 10, édit. M.--_Ibid._ (22 avril 1672), t. II,
- p. 469, édit. G.; t. II, p. 396, édit. M.--_Ibid._ (9 mars 1672),
- t. II, p. 419, édit. G.; t. II, p. 355, édit. M.
-
-Dans une lettre qui a été étrangement altérée dans toutes les éditions,
-hors la première, madame de Sévigné dit à madame de Grignan: «Vous me
-donnez une belle espérance de votre affaire; suivez-la constamment, et
-n'épargnez aucune civilité pour la faire réussir. Si vous la faites,
-soyez assurée que cela vaudra mieux qu'une terre de dix mille livres.»
-Ceci s'applique à la demande faite à l'assemblée des états de Provence,
-par le comte de Grignan, d'une augmentation d'appointements pour
-subvenir au payement de ses gardes et à la splendeur de ses hautes
-fonctions[889]. Madame de Sévigné continue ensuite ainsi: «Pour vos
-autres affaires, je n'ose y penser, et j'y pense pourtant toujours;
-rendez-vous la maîtresse de toutes choses, c'est ce qui vous peut
-sauver; et mettez au rang de vos desseins celui de ne vous point abîmer
-par une extrême dépense, et de vous mettre en état, autant que vous le
-pourrez, de ne pas renoncer à ce pays-ci. J'espère beaucoup de votre
-habileté et de votre sagesse; vous avez de l'application, c'est la
-meilleure qualité que l'on puisse avoir pour ce que vous avez à
-faire[890].» Et plus loin elle lui répète encore: «L'abbé est fort
-content du soin que vous voulez prendre de vos affaires; ne perdez pas
-cette envie, ma bonne, soyez seule maîtresse: c'est le salut de la
-maison de Grignan[891].»
-
- [889] Voyez ci-dessus, chap. XVI, p. 307, et conférez l'_Abrégé
- des délibérations faites en assemblée générale des communautés du
- pays de Provence, tenue à Lambesc dans les mois de décembre 1670,
- janvier, février et mars 1671, par autorité et permission de
- monseigneur le comte_ DE GRIGNAN, _lieutenant général pour le roi
- et autres pays, et par mandement de messieurs les procureurs
- généraux dudit pays_; à Aix, par Charles David, imprimeur du roi
- et du clergé de la ville, 1671, in-4º, p. 43-45 (séance du 21
- mars 1671).
-
- [890] _Lettres de madame_ RABUTIN-CHANTAL, _marquise_ DE SÉVIGNÉ,
- _à madame la comtesse de Grignan, sa fille_; la Haye, 1726,
- in-12, t. I, p. 34 et 35 (13 mars 1671).
-
- [891] _Lettres de madame_ RABUTIN-CHANTAL, _marquise_ DE SÉVIGNÉ;
- la Haye, 1726, in-12, t. I, p. 40.--Tout ce que nous citons ici a
- été retranché dans les autres éditions.--Conférez, avec cette
- édition de la Haye, dans celle de Monmerqué, deux lettres à
- madame de Grignan, en date du 18 mars 1671, t. I, p. 292 et 296;
- ou dans l'édit. de G. de S.-G., t. I, p. 379 à 383.
-
-Mais malheureusement les conseils de madame de Sévigné ne furent pas
-strictement suivis. Madame de Grignan, soit que sa vanité le trouvât
-nécessaire à sa position, soit qu'elle ne pût résister aux volontés de
-son mari, eut un état de maison beaucoup trop somptueux pour que les
-émoluments du lieutenant général pussent y suffire. Le jeu vint encore
-accroître son déficit; et quoique ce jeu fût assez modéré pour le temps,
-cependant, comme madame de Grignan et son mari perdaient très-souvent,
-les dépenses, par cet article seul, se trouvaient considérablement
-augmentées. Madame de Sévigné, justement alarmée de cet état de choses,
-n'épargne pas à sa fille les avertissements. «Prenez garde, lui
-dit-elle, que votre paresse ne vous fasse perdre votre argent au jeu;
-ces petites pertes fréquentes sont comme les petites pluies, qui gâtent
-bien les chemins. Je vous embrasse, ma chère fille. Si vous pouvez,
-aimez-moi toujours, puisque c'est la seule chose que je souhaite en ce
-monde. Pour la tranquillité de mon âme, je fais bien d'autres souhaits
-pour ce qui vous regarde; enfin tout tourne ou sur vous, ou de vous, ou
-par vous[892].» Elle revient encore à la charge peu de temps après:
-«Quelle folie de perdre tant d'argent à ce chien de brelan!... Vous
-jouez d'un malheur insurmontable, vous perdez toujours; croyez-moi, ne
-vous opiniâtrez point; songez que tout cet argent s'est perdu sans vous
-divertir; au contraire, vous avez payé cinq ou six mille francs pour
-vous ennuyer et être houspillée de la fortune[893].» Enfin, elle déclare
-que ces pertes continuelles que font madame de Grignan et son mari au
-jeu ne sont pas naturelles, et qu'elle croit qu'ils ont affaire à des
-fripons[894]. Ce genre d'improbité n'a jamais été rare parmi les plus
-hauts personnages adonnés au jeu, et il était loin de l'être à cette
-époque.
-
- [892] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (23 mars 1671), t. I, p. 393 et 394,
- édit. G.; t. I, p. 305, édit. M.--Madame de Sévigné revient
- encore sur ce sujet (18 mai 1671), t. II, p. 79, édit. de G.; t.
- II, p. 66, édit. de M.
-
- [893] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (9 mars 1672), t. II, p. 419, édit. de
- G.; t. II, p. 356, édit. de M.
-
- [894] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (30 mars 1672), t. II, p. 441, édit. de
- G.; t. II, p. 372, édit. de M.
-
-Madame de Grignan semblait cependant s'être décidée à suivre les
-conseils de sa mère, qui, en lui témoignant combien elle est satisfaite
-de la résolution qu'elle a prise, lui en inculque encore plus fortement
-la nécessité. En l'entretenant du voyage de Provence, qu'elle a le
-projet de faire avec l'abbé de Coulanges, et après lui avoir dit qu'elle
-sera charmée de voir toutes les antiquités de ce pays et les
-magnificences du château de Grignan, elle ajoute: «L'abbé aura bien des
-affaires; après les ordres doriques et les titres de votre maison, il
-n'y a rien à souhaiter que l'ordre que vous y allez mettre; car, sans un
-peu de subsistance, tout est dur, tout est amer. Ceux qui se ruinent me
-font pitié; c'est la seule affliction dans la vie qui se fasse sentir
-également et que le temps augmente, au lieu de la diminuer[895].»
-
- [895] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (28 juin 1671), t. II, p. 117 et 118,
- édit. de G.; t. II, p. 98, édit. de M.
-
-Nous avons vu que madame de Sévigné portait, dans l'intérêt de madame de
-Grignan, ses regards sur le gouvernement de la Provence[896], et qu'elle
-se tenait au courant de tout ce qui se faisait à cet égard. Les conseils
-qu'elle donne sur ces graves matières à son gendre et à sa fille ne sont
-pas moins sages et moins salutaires que ceux qu'elle leur adressait pour
-leurs affaires domestiques.
-
- [896] Voyez ci-dessus, chap. XVI, p. 302-309.
-
-Louis XIV avait mal accueilli les délais et les refus des états de
-Provence, qui ne voulaient point accorder la totalité des subsides
-demandés en son nom par le lieutenant général gouverneur, et la
-résolution qu'on avait prise de lui envoyer une députation. Il avait
-transmis au comte de Grignan l'ordre de dissoudre l'assemblée, et en
-même temps de faire part aux membres qui la composaient de
-l'indignation du roi, en leur annonçant qu'à l'avenir le mode de lever
-les impôts serait changé et que la province serait assujettie, pour
-punir sa désobéissance, à loger un plus grand nombre de troupes[897].
-Madame de Sévigné avait fait en vain, de concert avec l'évêque d'Uzès,
-des démarches auprès de le Tellier, pour que des ordres moins rigoureux
-fussent expédiés; et, n'ayant pu y réussir, elle avait écrit à sa fille
-le 1er janvier 1672, à dix heures du soir, pour la prévenir que ces
-ordres sévères allaient être envoyés. Elle conseille d'en suspendre
-l'exécution et de faire écrire au roi, par le lieutenant général
-gouverneur, «une lettre d'un homme qui est sur les lieux et qui voit
-que, pour le bien de son service, il faut tâcher d'obtenir un pardon de
-sa bonté pour cette fois.» Ce conseil fut suivi, et eut un plein succès;
-car nous lisons dans les procès-verbaux de l'assemblée des états que M.
-de Grignan se rendit, le 9 janvier au matin[898], dans la salle des
-_états_, pour leur faire part de ce qui s'était passé, leur défendre
-d'envoyer une députation au roi, leur recommander d'attendre la réponse
-à la supplique qu'il avait adressée à Sa Majesté et de suspendre toute
-délibération jusqu'au retour du courrier qu'il avait envoyé. Ce courrier
-ne revint à Aix que le 22 janvier, et le même jour[899] l'assemblée fut
-convoquée. Il lui fut donné lecture de la lettre du roi, qui acceptait
-l'offre des états; tout fut terminé à la satisfaction du lieutenant
-général gouverneur, qui cependant avait reçu des lettres de cachet pour
-exiler les consuls, en raison de ce que le roi n'avait pas été obéi
-ponctuellement. Madame de Sévigné fut aussi informée de cet envoi par
-l'évêque d'Uzès; et elle écrit à sa fille de manière à nous prouver
-combien elle désapprouvait ces mesures despotiques. Elle engage son
-gendre à ne point faire usage des lettres, et trace avec un admirable
-bon sens le principe qui doit diriger toute son administration. «Ce
-qu'il faut faire en général, c'est d'être toujours très-passionné pour
-le service de Sa Majesté; mais il faut tâcher aussi de ménager les
-cœurs des Provençaux, afin d'être plus en état de faire obéir au roi
-dans ce pays-là[900].» Le roi demandait cinq cents mille francs à
-l'assemblée des communautés. L'assemblée offrit quatre cent cinquante
-mille francs, et l'offre fut acceptée. La misère de la Provence était
-grande alors[901].
-
- [897] _Abrégé des délibérations faites en assemblée générale des
- communautés de Provence_, etc.; à Aix, par Charles David, 1671,
- in-4º, «séance du neuvième du même mois de janvier, du matin,» p.
- 41.
-
- [898] _Abrégé des délibérations_, etc., p. 41, 42, 43.
-
- [899] _Ibid._, «séance du vingt-deuxième du même mois, de
- relevée,» p. 52.
-
- [900] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (1er janvier 1672), t. II, p. 329 et
- 330, édit. de G.; t. II, p. 579, édit. de M.
-
- [901] _Lettre de M._ DE GRIGNAN _à Colbert_, insérée dans
- l'_Histoire de Colbert_, par M. P. Clément, 1846, in-8º, p. 352
- et 353.
-
-
-
-
-NOTES
-
-ET
-
-ÉCLAIRCISSEMENTS.
-
-
-
-
-NOTES ET ÉCLAIRCISSEMENTS.
-
-
-CHAPITRE PREMIER.
-
- Page 4, lignes 7 et 8: En écriture du temps.
-
-Dans le recueil manuscrit, en 6 vol. in-folio, que nous avons souvent
-cité dans nos deux premières parties, on trouve plusieurs des couplets
-du cantique attribués à Bussy, mais détachés et mêlés avec d'autres, et
-non sous la forme d'un seul noël. Il y a celui sur _Deodatus_, celui sur
-mademoiselle de Vandis, avec laquelle Bussy n'a pas cessé d'entretenir
-des relations amicales, ainsi qu'avec MADEMOISELLE, qui figure dans le
-même couplet et qui cependant écrivit à Bussy de sa propre main après la
-publication de l'édition de l'_Histoire amoureuse de France_, où ce
-cantique, attribué à Bussy, était inséré, le 12 septembre 1666. (Voyez
-_Nouvelles Lettres de messire_ ROGER DE RABUTIN, chez la veuve Delaulne,
-1727, in-12, t. V, p. 2.)--Mais je n'en finirais pas si j'entrais dans
-le détail des preuves qui établissent, d'après le seul texte de ce
-cantique, que Bussy n'a pu en être l'auteur.
-
- Page 4, ligne 12: L'éditeur de l'_Histoire amoureuse de France_.
-
-L'_Histoire amoureuse des Gaules_ n'était pas encore imprimée en mai
-1664, mais elle l'était en mars ou avril 1665 (voyez les _Mémoires de_
-BUSSY; Amsterdam, 1721, t. II, p. 212 et 213); d'où je présume que les
-deux éditions anonymes portant sur le titre _Liége_ avaient paru au
-commencement de l'année 1665. Il est difficile de dire quelle est la
-première des deux; peut-être est-ce la moins bien imprimée, qui n'a pas
-la croix de Saint-André.--La troisième édition est nécessairement celle
-avec la date de 1666 et le nom _Liége_, que je cite seulement d'après
-Barbier; quant aux éditions de cet ouvrage, dont l'intitulé est
-l'_Histoire amoureuse de France_, celles que je connais portent les
-dates de 1666, 1671, 1677, 1708, 1709 et 1710. Il y (a) aussi dans les
-bibliothèques plusieurs copies manuscrites de cet ouvrage; et, en
-comparant la copie qui est à la Bibliothèque de l'Institut, j'ai vu
-qu'elle différait en plusieurs endroits des éditions imprimées. Je
-possède les trois éditions primitives de cet ouvrage de Bussy, portant
-pour titre _Histoire amoureuse des Gaules_, avec la rubrique de _Liége_
-sur le frontispice, les deux premières sans date: la première la plus
-belle, et avec les types d'Elzevier, avec une croix de Saint-André; la
-seconde sans croix ni aucune figure sur le titre; la troisième avec la
-date 1666 et une sphère sur le titre, qui porte _Nouvelle édition_.
-Toutes les trois ont la même clef, mais aucune ne contient le fameux
-cantique qui est dans l'édition de 1666, avec nom d'auteur et un autre
-titre; celle-ci a été la tige de toutes les éditions qui portent pour
-titre _Histoire amoureuse de France_.
-
- Page 8, lignes 16 et 17: Quatre hommes à cheval, également armés.
-
-J'ai cité Ménage en note, parce qu'il se vengea à sa manière du ridicule
-rôle que Bussy lui fit jouer dans son _Histoire amoureuse des Gaules_,
-et que l'épigramme qu'il composa contre lui prouve que l'on connaissait
-la colère de Condé et de Turenne contre Bussy, et que les insultes que
-l'on suppose avoir été faites par ce dernier au roi et à la reine mère
-n'entraient pour rien dans les causes de sa détention. Voici l'épigramme
-de Ménage contre Bussy, qu'on ne trouve que dans la 8e édition de ses
-_Poésies_; Amstelodami, 1687, p. 147, no CXXXVIII.
-
- IN BUSSIADEN.
-
- Francorum proceres, media (quis credat?) in aula
- Bussiades scripto læserat horribili.
- Pœna levis: Lodoix, nebulonem carcere claudens,
- Detrahit indigno munus equestre duci.
- Sic nebulo gladiis quos formidabat Iberis,
- Quos meruit Francis fustibus eripitur.
-
-Ménage cite aussi un couplet de Bussy contre Turenne qui peut nous
-donner une idée de ceux qui furent chantés à Roissy:
-
- Son altesse de Turenne,
- Soi-disant prince très-haut,
- Ressent l'amoureuse peine
- Pour l'infante Guénégaud;
- Et cette grosse Clymène
- Partage avec lui sa peine.
-
- _Ménagiana_, t. IV, p. 216.
-
-Dans le paragraphe précédent (p. 215) Ménage dit: «C'est un bel et bon
-esprit que M. Bussy de Rabutin; je ne puis m'empêcher de lui rendre
-cette justice, quoiqu'il ait tâché de me donner un vilain tour dans son
-_Histoire des Gaules_.» Certes Ménage ne se fût point exprimé ainsi s'il
-avait cru Bussy capable d'écrire contre le roi les couplets publiés sous
-son nom.
-
- Page 9, ligne 22: Les blessures qu'elle lui fait sont incurables.
-
-C'est certainement faute d'avoir lu, comme nous avons été obligé de le
-faire, tous les écrits de Bussy imprimés et un grand nombre de ceux qui
-sont restés manuscrits que des auteurs d'ailleurs studieux ont pu, sans
-faire attention à ses dénégations, croire Bussy l'auteur de tous les
-couplets du cantique. Si l'on venait m'apporter une histoire sans style,
-sans esprit, sans goût, sans jugement, sans critique, imprimée à
-Bruxelles et portant le nom de l'auteur de l'_Histoire de France sous le
-ministère du cardinal Mazarin_, je prononcerais aussitôt que c'est une
-piraterie de nos voisins, et que cette histoire n'est pas de l'élégant
-et spirituel écrivain auquel on l'attribue. Comment donc, lors même
-qu'il n'y aurait pas bien d'autres raisons, ne pas croire Bussy
-lorsqu'il n'a pas, lui si indiscret, écrit une seule ligne qui puisse le
-démentir; quand il déclare devant un juge, devant un lieutenant
-criminel, après avoir levé la main et prêté serment, qu'il n'est point
-auteur des couplets qu'on lui attribue; lorsqu'il offre sa tête à
-l'échafaud si on peut administrer la moindre preuve contraire à cette
-assertion? (_Mémoires_, 1721, t. III, p. 304.) Sa vanité, son
-libertinage, son orgueil si déplaisant doivent-ils empêcher, à son
-égard, la critique d'être juste? Je m'étonne surtout que, pour la seule
-raison que Bussy, dans une de ses lettres à sa cousine, parlait de ce
-cantique impie autrefois chanté dans le repas de Roissy, on n'ait pas
-compris que ce noël, ou alléluia, ne pouvait être composé de tous les
-immondes couplets qui sont insérés dans l'_Histoire amoureuse de
-France_, très-connue et très-souvent réimprimée, lorsque Bussy écrivit
-cette lettre. Il est probable que le cantique chanté à Roissy était
-encore plus impie que libertin. Il y en a un de ce genre dans le recueil
-de vaudevilles mss., où la sainte Vierge est chansonnée avec les
-beautés galantes de l'époque, mais avec esprit et sans aucun terme
-obscène. Je reconnaîtrais plus volontiers dans cette pièce le cantique
-chanté à Roissy que dans celui qu'on a inséré dans l'_Histoire amoureuse
-de France_: ce qui appuie cette opinion, c'est la manière dont Bussy
-parle du premier dans le passage de la lettre dont j'ai fait mention, et
-que je vais citer:
-
-«J'ai mille choses à vous dire et à vous montrer; je vous dirai que je
-viens de faire une version du cantique de Pâques, _O filii et filiæ_;
-car je ne suis pas toujours profane. Vivonne, le comte de Guiche,
-Manicamp et moi fîmes autrefois des _alléluia_ à Roissy, qui ne furent
-pas aussi approuvés que le seraient ceux-ci et qui nous firent chasser
-tous quatre. Je dois cette réparation, pour mes amis et pour moi, à Dieu
-et au monde.» SÉVIGNÉ, _Lettres_ (17 avril 1692), t. X, p. 436, édit.
-G.; t. IX, p. 498, édit M.
-
-CHAPITRE II.
-
- Page 41, note 3: _Ballet royal des Muses_.
-
-Dans la troisième entrée du _Ballet des Muses_, avant de commencer la
-pièce de _Mélicerte_, composée par Molière pour ce ballet, un des
-personnages du ballet récita ces vers, que Benserade avait composés pour
-le grand comique:
-
- Le célèbre MOLIÈRE est dans un grand éclat;
- Son mérite est connu de Paris jusqu'à Rome.
- Il est avantageux partout d'être honnête homme;
- Mais il est dangereux, avec lui, d'être un fat.
-
- BENSERADE, _OEuvres_, t. II, p. 359.
-
-Ces vers seraient plats et insignifiants si on donnait aux mots _honnête
-homme_ le sens qu'on leur donne aujourd'hui. Mais alors cette expression
-était le plus souvent employée dans le sens d'homme élégant, d'homme
-aimable et aimant le plaisir, à manières distinguées et qui cherchait à
-plaire aux femmes et à les séduire. L'exagération de ce caractère
-produisait la fatuité; le fat était à l'honnête homme ce que les
-précieuses ridicules étaient aux véritables précieuses. La comédie
-s'attaquait aux défauts, mais elle épargnait les vices.
-
- Page 43, ligne 12: Il créa, en 1665, la compagnie des Indes.
-
-Colbert fut nommé président; le prévôt des marchands, le président de
-Thou et Berner, un des premiers commis de Colbert, directeurs. Les
-commerçants, véritables directeurs de cette compagnie, furent Pocquelin
-(était-il de la famille de Molière?), Langlois de Faye, de Varennes,
-Cadeau, Hérin, Bachelier, Jaback et Chanlate.--Forbonnais ne dit rien de
-cette création, qui est rappelée cependant par le président Hénault.
-
- Page 44, ligne 23, note 1: BUSSY, _Lettres_.
-
-Nous apprenons par la lettre du P. Rapin à Bussy, en date du 24 juillet
-1671 (t. III, p. 378), que le livre du P. Rapin qui fut envoyé par
-madame de Scudéry à Bussy, avec sa lettre du 5 juillet 1671, était les
-_Réflexions sur l'éloquence_. M. Daunou, dans son article RAPIN
-(_Biographie universelle_, t. XXXVII, p. 94), dit que ces Réflexions sur
-l'éloquence sont de 1672 (in-12). Peut-être le livre n'était-il pas
-encore rendu public.--Rapin dit dans cette même lettre à Bussy: «Je dois
-faire imprimer un recueil de trois comparaisons des six premiers savants
-de l'antiquité, de Platon et d'Aristote, de Démosthène et de Cicéron,
-d'Homère et de Virgile, pour faire, dans un même volume, une
-philosophie, une rhétorique et une poétique historique; et, dans l'idée
-du livre qui me paraît le plus faible des trois, un rayon de votre
-esprit que vous laisserez écouler sur ce livre le recommandera et le
-corrigera (p. 379).» Ce projet a-t-il reçu son exécution? Je le crois;
-et je présume que c'est le recueil qui parut en 1684, en 2 vol. in-4º;
-et Amsterdam, 2 vol. in-12.
-
-CHAPITRE III.
-
- Page 53, ligne 16: Ils ont eu tort de supprimer de ces lettres les
- passages qui concernaient les envois de pièces de vers.
-
-Ainsi la lettre de Bussy à sa cousine, du 1er mai 1672, se termine par
-ces mots, qui ne se trouvent dans aucune édition des lettres de Sévigné:
-
-«Je me suis amusé à traduire les épîtres d'Ovide; je vous envoie celle
-de Pâris à Hélène. Qu'en dites-vous?»
-
-Madame de Sévigné n'en dit rien dans sa réponse (lettre du 16 mai 1672,
-t. III, p. 18-23, édit. de G. de S.-G.--BUSSY, _Lettres_, p. 94 à 98. A
-la page 94 il faut lire, de madame S..., au lieu de madame B..., qui est
-une faute d'impression); elle dit seulement: «Je vous laisse à votre
-ami;» elle ne veut pas flatter ni courroucer ce poëte vaniteux, et elle
-charge Corbinelli, qui écrit dans sa lettre, de mentir pour elle. La
-louange que Corbinelli donne à Bussy paraîtrait aujourd'hui une
-dérision, et cependant je crois qu'elle était sincère.--Les deux pièces
-de vers de Bussy, quoique annoncées comme des traductions d'Ovide, ne
-sont ni des traductions ni même des imitations; ce sont des paraphrases
-de deux héroïdes d'Ovide, où les pensées de cet ancien sont travesties
-en ce style facile, cavalier et presque burlesque si fort à la mode
-alors, et qui semblait caractériser ce qu'on appelait la _poésie
-galante_. Considérées sous ce point de vue, ces deux pièces de vers de
-Bussy, qui sont fort longues, ne paraissent pas aussi mauvaises qu'elles
-le sont en effet. On n'y trouve aucune trace de l'antiquité: images,
-tournures, comparaisons, tout est à la française; et sans doute l'auteur
-se félicitait de cela comme d'un grand mérite.
-
-Pâris, dans sa lettre à Hélène, lui dit, dans Ovide:
-
- Interea, credo, versis ad prospera fatis,
- Regius agnoscor per rata signa puer.
- Læta domus, nato post tempora longa recepto;
- Addit et ad festos hunc quoque Troja diem.
- Utque ego te cupio, sic me cupiere puellæ.
-
-Voici comme Bussy traduit ces vers:
-
- Cependant le Destin, peut-être
- Las de me faire tant de mal,
- Me fait à la fin reconnaître
- Enfant royal.
- Pour dire la métamorphose
- De tristesse en plaisir que cause mon retour
- A la ville comme à la cour,
- Il faudrait plus d'un jour,
- A ne faire autre chose.
- J'avais tout le monde charmé;
- Et comme à présent je vous aime,
- En ce temps-là j'étais aimé
- Des princesses, des nymphes même.
-
-Voilà ce que Corbinelli appelle embellir Ovide!
-
- Page 55, ligne 3: Madame de Montmorency, etc.
-
-L'auteur de la notice sur madame de Montmorency insérée dans l'édition
-des _Lettres_ citée en note, p. XXVI, présume que cette dame était la
-mère du maréchal de Luxembourg. Cela n'est pas. La mère du maréchal de
-Luxembourg était Élisabeth, fille de Jean de Vienne, président de la
-chambre des comptes. Elle avait épousé Bouteville, cet ami du baron de
-Chantal, père de madame de Sévigné, qui, ainsi que nous l'avons dit (t.
-I, p. 5), eut la tête tranchée pour cause de duel. Sa veuve, après
-soixante-neuf ans de viduité, mourut en 1696, à l'âge de
-quatre-vingt-neuf ans. (Voyez SAINT-SIMON, _Mémoires_, t. I, p. 143 à
-149.) Je crois qu'Isabelle de Palaiseau, qui correspondait avec Bussy et
-qui est un peu compromise par cette correspondance et par l'inscription
-de son portrait, était la femme de Montmorency-Laval.
-
- Page 58, ligne 17: Madame de Scudéry..... on la confond avec la
- sœur de Scudéry.
-
-Il est dit, dans le _Carpenteriana_, p. 383, que le continuateur de
-Moréri, en anglais, depuis 1688 jusqu'en 1705, a commis cette faute. M.
-Roederer avait aussi fait cette confusion dans son _Essai sur la société
-polie_. Nous l'en avertîmes lorsqu'il nous lut, avant l'impression, cet
-écrit spirituel, mais peu exact. Il a effacé ce qu'il avait dit des
-prétendues lettres «de mademoiselle de Scudéry, la sœur de Scudéry, à
-Bussy-Rabutin.» Cependant il a encore laissé des traces de cette
-méprise, comme lorsqu'il dit, p. 169, chap. XIV, que le bon duc de
-Saint-Aignan se montrait très-assidu aux cercles de mademoiselle de
-Scudéry.--Charpentier dit: «Scudéry s'est marié avec une demoiselle de
-basse Normandie, nommée mademoiselle Martinvas, qui n'écrit pas moins
-bien que mademoiselle Scudéry.»
-
-CHAPITRE V.
-
- Page 89, lignes 13 et 17: «Elle eut lieu dans le château et les
- jardins de Versailles, qui, quoique non encore achevés,
- surpassaient déjà en magnificence toutes les demeures royales.»
-
-J'ai, dans les notes de la deuxième partie (p. 506), fait observer de
-quelle manière les auteurs les plus sérieux et les plus renommés, qui
-subissaient l'influence des idées et des mouvements révolutionnaires de
-1789, écrivaient l'histoire.
-
-Mirabeau évaluait à douze cents millions les dépenses de Louis XIV pour
-Versailles; Volney, à quatre milliards, (Leçons d'histoire prononcées en
-l'an III, 1799, in-8º, p. 141.)
-
-Les vérifications des états originaux de toutes les dépenses de
-constructions, d'embellissement, d'entretien, depuis 1661 jusqu'en 1689,
-pendant près de vingt ans qu'elles ont duré, ont constaté que la
-totalité de ces dépenses a été, au cours du temps, de 116,257,330{lt}
-2s 7d, correspondant à 280,643,326 fr. 32 c. (Voyez ECKARD, _Dépenses
-effectives de Louis XIV en bâtiments_; 1838, in-8º, p. 44.--Id., _États
-au vrai de toutes les sommes employées par Louis XIV_, p. 38.) Il faut
-ajouter à la somme ci-dessus 3,260,341{lt} 19s, pour les dépenses de
-la chapelle, depuis 1690 jusqu'en 1719. (Conférez encore ECKARD,
-_Recherches historiques et biographiques sur Versailles_, p. 142 à
-152.)--_Id._, A. JULES TASCHEREAU, _au sujet des dépenses de Louis XIV_,
-1836, in-8º.--GUILLAUMOT, _Observations sur le tort que font à
-l'architecture les déclamations hasardées et exagérées contre la dépense
-qu'occasionne la construction des monuments publics_; Paris, an IX
-(1801). Guillaumot n'estimait cette dépense, d'après les états, qu'à 83
-millions, cours d'alors; 165 millions, cours actuel.--Volney exagérait
-de même la dépense des monuments construits de son temps; ainsi il
-avançait que le Panthéon avait coûté 30 millions, et il avait coûté au
-plus 12 millions.--(Voyez PEIGNOT, _Dépenses de Louis XIV_; 1827, in-8º,
-p. 167 et 173.)
-
-Au reste, il paraît que, pour pouvoir apprécier au juste la dépense
-réelle de Versailles dans toute la durée du règne de Louis XIV en
-valeurs du jour, il faudrait consulter les archives de la Liste civile,
-où l'on peut puiser les matériaux nécessaires pour obtenir le chiffre
-total de toutes ces dépenses, et le combiner avec le prix moyen des
-journées de travail, celui des denrées, les salaires des artistes, etc.
-M. Eckard se plaint, dans un de ses écrits, qu'on lui ait refusé la
-faculté de compulser, dans les archives de l'administration de la Liste
-civile, les pièces relatives aux dépenses de Versailles sous Louis XIV.
-Je suis informé que des calculs ont été faits dans cette administration
-pour évaluer le montant de ces dépenses. Mon opinion est que, quels que
-soient les efforts que l'on fasse pour accroître le chiffre de ces
-dépenses, si l'on opère avec sincérité, il n'excédera pas, et
-probablement n'atteindra pas, 400 millions de notre monnaie actuelle,
-dans toute la durée du règne de Louis XIV.
-
-CHAPITRE VI
-
- Page 108, ligne 1 et 2: Je la mettrais volontiers dans mon
- Dictionnaire.
-
-Bayle ajoute à cet endroit de sa lettre: «Elle sera sans doute dans le
-Moréri de Paris, et madame Deshoulières aussi;» et Prosper Marchand,
-éditeur des œuvres de Bayle, a mis en note (p. 653, note 16): «Elles ne
-sont ni l'une ni l'autre dans le Moréri de Hollande ni dans la dernière
-édition du _Dictionnaire_ de Bayle, 1702.»
-
-Les premiers renseignements sur madame de Sévigné furent donnés par M.
-de Bussy (qui n'est pas le comte de Bussy de Rabutin), dans la préface
-du recueil des _Lettres_ de madame de Sévigné à sa fille, publié en
-1726, sans nom de lieu, 2 vol. in-12; et dans l'édition de la Haye, chez
-P. Gosse et Jean Néaulme, 2 vol. in-12, donnée en 1726, simultanément
-avec l'autre, et dont l'éditeur, d'après une note de mon exemplaire,
-était un nommé Gendebien. Le chevalier Perrin donna enfin une notice
-plus détaillée dans l'édition de 1734, notice qui fut considérablement
-augmentée dans l'édition de 1754. C'est avec ces matériaux que
-Chauffepié, dans son _Nouveau Dictionnaire historique et critique, pour
-servir de supplément ou de continuation_, in-folio, 1756, à celui de
-Bayle, réalisa le vœu que Bayle avait formé, et composa un article
-SÉVIGNÉ, qu'il inséra dans son _Dictionnaire_, t. IV, p. 245-258. Cet
-article est à la manière de Bayle, c'est-à-dire que le texte est
-accompagné de très-longues notes qui l'éclaircissent, le développent ou
-le complètent; de sorte que ce texte n'est autre chose que des sommaires
-de chapitres qui se composent des notes qui leur correspondent. Cette
-manière est fatigante pour les lecteurs, surtout pour les lecteurs
-paresseux; mais il faut convenir qu'elle est très-favorable à
-l'instruction; et, s'il faut dire toute notre pensée, malgré les
-notices, les volumes même que l'on a composés sur madame de Sévigné
-depuis Chauffepié, son article SÉVIGNÉ, si peu vanté, si peu lu
-peut-être, était encore ce qu'on avait écrit de plus propre à la faire
-bien connaître; et cela parce que cet honnête compilateur a compris que,
-pour faire un bon article sur madame de Sévigné selon le plan de Bayle,
-il fallait joindre de longs et judicieux extraits de ses lettres aux
-faits que l'on pourrait puiser ailleurs que dans sa correspondance.
-
-CHAPITRE VIII.
-
- Page 126, lignes 26 et 28: Lorsque madame de Sévigné recevait
- quittance de deux cent mille livres tournois, etc.
-
-Le propos de mauvais ton et de mauvais goût qu'on prête à madame de
-Sévigné au sujet de cette somme payée à compte sur la dot de sa fille
-est un conte absurde, qui n'est appuyé sur aucun témoignage valable et
-qui, inséré longtemps après sa mort dans un mauvais recueil d'_ana_, a
-été répété par tous ceux qui, en écrivant sur la vie de personnages
-célèbres, se croient obligés de n'omettre aucune des sottises qui ont
-été débitées sur leur compte. M. de Saint-Surin, qui a rapporté cette
-anecdote dans sa notice (t. I, p. 86 de l'édit. des _Lettres de_
-SÉVIGNÉ, par Monmerqué), ne cite pas d'autre autorité que l'_Histoire
-littéraire des dames françaises_.
-
- Page 133, ligne 1: Du duc de Retz, grand-oncle.
-
-La procuration dressée à Machecoul, transcrite dans l'acte, par le
-_duché de Rais et duc de Rais_. Dans l'acte dressé à Paris, il est
-toujours écrit _Retz_.
-
- Page 135, ligne 4: Marie d'Hautefort, veuve de François
- de Schomberg.
-
-Dans sa note sur la lettre de madame de Sévigné, du 5 janvier 1674, un
-commentateur a dit (édit. de G. de S.-G., t. III, p. 294) que madame de
-Schomberg était la mère du maréchal, alors vivant: il y a deux erreurs
-dans ce peu de mots. Madame de Schomberg, dont parle madame de Sévigné,
-était la femme et non la mère du maréchal; et le maréchal avait alors
-cessé de vivre depuis plusieurs années.
-
- Page 135, ligne 16: Olivier Lefèvre d'Ormesson, seigneur d'Amboille.
-
-Ce nom d'Amboille ou Amboile a occasionné de fortes méprises de la part
-de nos rédacteurs de dictionnaires géographiques de la France, et sur
-nos cartes. Amboille est un hameau près de Paris, entre Chenevière et
-Noiseau, par delà le parc ou bois de Saint-Maur. Amboille, vers le
-milieu du XVIIIe siècle, en 1745, ne contenait que trente-huit feux, et
-formait cependant une paroisse distincte de celle de Noiseau, qui, sur
-le coteau opposé, n'en est séparée que par un ruisseau. Il est souvent
-fait mention d'Amboile sous le nom d'_Amboella_, dans les titres du
-XIIe siècle; mais l'héritier d'Olivier Lefèvre d'Ormesson ayant réuni à
-la terre d'Amboile celle de Noiseau et de la Queue, on laissa le nom
-d'Amboile au lieu où se trouvait le château d'Ormesson, et l'on attribua
-le nom d'Ormesson à Noiseau. (Voyez la carte des environs de Paris, de
-dom Coutance, no 11.) C'était une erreur: la carte de France dressée
-récemment par l'administration de la guerre (no 48, Paris) a fait
-disparaître le nom d'Amboile et inscrit en place Ormesson, et n'a rien
-ajouté au nom de Noiseau. Amboile se trouve encore sur la carte de
-Cassini (no 1, Paris), ainsi que Noiseau, tous deux sans le nom
-d'Ormesson; mais, dans le _Dictionnaire universel de la France_, de
-Prudhomme, il n'en est pas même fait mention. Sous le nom d'_Ormesson_,
-le compilateur a confondu l'Ormesson de la paroisse d'Amboile avec le
-lieu du même nom qui se trouve près de Nemours.--Valois a aussi omis
-Amboile, _Amboella_, dans sa notice du diocèse de Paris. Hurtaut, dans
-son _Dictionnaire historique de la ville de Paris_, t. I, p. 244, dit
-que c'est un village situé près de Villeneuve-Saint-George, et il en est
-éloigné de près de douze kilomètres. Ainsi le nom de ce lieu, important
-pour l'intelligence des écrits du XIIe et du XIIIe siècle, deviendrait,
-si on n'y mettait ordre, un _desiderata_ en géographie. Cependant la
-famille d'Ormesson est encore, au moment où j'écris, propriétaire de la
-seigneurie d'Amboile, et y réside. Il y a une église à Amboile ou
-Ormesson, mais elle est moderne. Le château est curieux; il fut, dit-on,
-construit par Henri IV pour une demoiselle de Centeny ou Santeny, dont
-il était amoureux; son portrait y est encore comme en 1758, au temps de
-l'abbé le Boef, qui rapporte cette tradition, souvent reproduite depuis,
-sans qu'on ait encore découvert rien qui la justifie. (Conférez LE BOEF,
-_Histoire du diocèse de Paris_, t. XIV, p. 38 à 385.)
-
- Page 136, ligne 4: Épouse du marquis de la Fayette; et en note,
- ligne 26: Delort, _Voyage aux environs de Paris_, t. I, p. 217
- à 224.
-
-La huitième des _Lettres_ de madame de la Fayette, publiée par Delort,
-indiquée par cette citation, était depuis longtemps publiée lorsque M.
-Sainte-Beuve l'a redonnée, d'après le manuscrit, comme inédite, dans la
-_Revue des Deux Mondes_ (t. VII, p. 325, 4e série, 5e livraison, 1er
-septembre 1836).
-
- Page 136, ligne 15: Jean-Baptiste Adhémar de Monteil de Grignan,
- coadjuteur de son oncle l'archevêque d'Arles.
-
-Je présume que c'est à celui-ci qu'est dédié un petit ouvrage de
-Pontier, prêtre et docteur en théologie, intitulé _le Fare de la
-vérité_; à Paris chez Michel Vavyon, 1660, in-12.--La dédicace commence
-ainsi: _A monsieur de Grignan, abbé de Notre-Dame d'Aiguebelle_; et à
-côté sont gravées, sur une feuille à part, les armes de la maison de
-Grignan, presque en tout semblables à celles que M. Monmerqué a fait
-graver dans son édition de Sévigné.
-
-Pontès dit, dans cette dédicace:
-
- «Monsieur,
-
- «Vous tirez la naissance d'une maison dont l'ancienne grandeur est
- connue de toute la terre... Elle reluit encore aujourd'hui d'une
- manière extraordinaire en la personne de ses deux princes de
- l'Église, d'Arles et d'Uzez.»
-
-Jean-Baptiste de Grignan, en 1660, étudiait probablement en théologie et
-recevait peut-être des leçons de Pontès.
-
-Dans toutes les éditions des _Lettres_ de madame de Sévigné (même celle
-de 1754, t. III, p. 35) on a imprimé, dans la lettre du 31 mai 1675:
-«L'abbé de Grignan reprendra le nom qu'il avait quitté depuis
-vingt-quatre heures, pour se cacher sous celui d'_abbé d'Aiguebère_.» Il
-faut lire l'_abbé d'Aiguebelle_. L'édition de 1754 est la première où
-cette lettre ait été donnée et où se trouve la faute: les éditeurs
-suivants s'y sont conformés.
-
- Page 140, lignes 6 et 7: Avait perdu sa première femme,
- Angélique-Clarice d'Angennes, en janvier 1665.
-
-Voilà pourquoi, dans une édition du troisième acte de la traduction du
-_Berger fidèle_ de Guarini (_Gabriel Quinet_, 1665, in-12), l'auteur,
-dans la dédicace au comte de Grignan, le félicite de s'être allié «à une
-maison qui a toujours été l'asile des Muses, de l'honneur et de la
-vertu,» ce qui désigne les d'Angennes de Rambouillet, et non les
-Sévigné, comme l'a cru le savant auteur du catalogue de la bibliothèque
-dramatique de M. de Soleinne, p. 60. Voyez la seconde partie de ces
-_Mémoires_, p. 381, note du chapitre IV de la première partie.
-
- Page 140, lignes 10 et 11: La seconde femme qu'il avait épousée
- était d'une noblesse encore plus ancienne, quoique moins illustre
- que les d'Angennes.
-
-La famille du Puy du Fou prétendait descendre de Renaud, seigneur du Puy
-du Fou, qui épousa Adèle de Thouars, fille d'Émery, vicomte de Thouars,
-en 1197, sous Philippe-Auguste.--Voyez le _tableau_ cité.
-
- Page 140, ligne 26: A cette époque, le gouvernement militaire
- du Languedoc.
-
-Le gouvernement civil et financier de cette province était, comme celui
-de toutes les autres provinces, confié à un ou deux intendants. De 1665
-à 1669, il y en eut deux, M. de Besons et M. de Tubœuf; de 1669 à 1673,
-M. de Besons fut le seul intendant; de 1674 à 1687, ce fut M.
-d'Aguesseau; de 1687 à 1719, M. de Basville. Conférez l'_Essai
-historique sur les états généraux de la province de Languedoc_, par le
-baron Trouvé; 1818, in-4º, chap. XIX, XX et XXI, p. 161, 191, 200, 211.
-
- Page 141, ligne 17: Que vous connaissez il y a longtemps.
-
-Sur ces mots, M. Monmerqué, t. I, p. 154, de son édition des _Lettres_
-de Sévigné, a mis cette note: «Mademoiselle de Sévigné avait vingt et un
-ans, le comte de Grignan trente-neuf.» Je crois qu'il y a erreur dans ce
-dernier chiffre soit de la part de l'imprimeur, soit de celle de
-l'auteur.--Saint-Simon, dans ses _Mémoires_ (chap. V, t. XII, p. 59),
-dit, sous l'année 1715: «Le comte de Grignan, seul lieutenant général en
-Provence et chevalier de l'Ordre, gendre de madame de Sévigné, qui en
-parle tant dans ses _Lettres_, mourut à quatre-vingt-trois ans, dans une
-hôtellerie, allant de Lambesc à Marseille.» Donc le comte de Grignan
-était né en 1632, et au commencement de l'année 1669 il ne pouvait avoir
-que trente-sept ans accomplis ou trente-six ans et quelques mois; ce qui
-fait soupçonner que, dans la note de M. Monmerqué, le 9 est un 6
-retourné. Madame de Grignan avait, lors de son mariage, vingt-trois ans
-et non vingt-deux ans; il n'y avait donc que douze ans de différence
-entre elle et son mari.
-
-CHAPITRE IX.
-
- Page 149, ligne 18: A Bouchet, le savant généalogiste.
-
-Jean Bouchet, dont parle madame de Sévigné, a été un des plus savants
-généalogistes. Il fut chevalier de l'Ordre du roi, maître d'hôtel
-ordinaire, et mourut, en 1684, à l'âge de quatre-vingt cinq ans. On a de
-lui six à sept ouvrages in-folio, sur l'histoire et les généalogies,
-pleins de recherches et de pièces justificatives curieuses.
-
- Page 159, ligne 18: Je ne sais pas ce que j'aurais fait d'un
- _jobelin_.
-
-Cette épithète de _jobelin_, appliquée à un jeune homme novice auprès
-des femmes, était alors souvent employée à cause du fameux sonnet de
-Job; elle prouve que, dès l'époque où écrivait madame de Sévigné, cette
-patience auprès des femmes, ce respect qu'on leur portait, qui avait
-fait le succès du sonnet de Job, était tourné en ridicule, et que les
-_uraniens_ avaient triomphé des _jobelins_. Ce qui dut y contribuer,
-c'est la paraphrase un peu longue, mais spirituelle, du poëte Sarrazin,
-contre le sonnet de Benserade. On sait que ce célèbre sonnet se
-terminait ainsi:
-
- Il eut des peines incroyables;
- Il s'en plaignit, il en parla:
- J'en connais de plus misérables.
-
-La paraphrase de Sarrazin finit ainsi:
-
- Mais, à propos, hier, au Parnasse,
- De sonnets Phébus se mêla;
- Et l'on dit que, de bonne grâce
- Il s'en plaignit, il en parla:
- J'aime les vers _uraniens_,
- Dit-il; mais je me donne au diable
- Si, pour les vers des _jobelins_,
- J'en connais de plus misérables.
-
-(Conférez SALLENGRE, _Mémoires de littérature_, 1715, in-12, t. I, p.
-127 à 134.)
-
-Le mot _jobelin_ n'a jamais été admis dans le _Dictionnaire_ de
-l'Académie française; du moins il ne se trouve ni dans la première ni
-dans la dernière édition; il ne se trouve pas non plus dans le
-dictionnaire de Trévoux. Cependant Richelet l'avait inséré dans le sien,
-publié en 1680, et l'avait ainsi défini: «JOBELIN, s. m., manière de
-c***. C'est un _jobelin_.» Boiste, de nos jours, l'a aussi inséré dans
-son lexique, avec la signification que lui donne madame de Sévigné, un
-_niais_, un _sot_; il le donne comme synonyme d'homme patient comme Job,
-et il cite Rabelais. Alors l'emploi de ce mot serait, dans notre langue,
-plus ancien que le sonnet de Job; et cela est certain, car je trouve
-_jobelin_ dans le _Dictionnaire anglais_ de Randle Cotgrave (1632) avec
-la signification que lui donne madame de Sévigné: JOBELIN _a sot_,
-_gull_, _doult_, _asse_, _cokes_. Ainsi l'Académie a eu tort de ne pas
-admettre ce mot, qui n'a jamais cessé d'être en usage dans le langage
-familier.
-
-CHAPITRE X.
-
- Page 166, lignes 1 et 2: De la Rivière, son second mari, dont
- elle ne porta jamais le nom.
-
-Elle prit celui de comtesse d'Aletz, et c'est de ce nom qu'elle a signé
-la fastueuse épitaphe qu'elle composa pour son père et qu'elle fit
-graver sur sa tombe dans l'église de Notre-Dame d'Autun. Cette épitaphe
-fait tous les frais de la notice que d'Olivet a insérée, sur Bussy, dans
-l'_Histoire de l'Académie française_, t. II, p. 251, édition in-4º.
-
-Louise-Françoise de Bussy, marquise de Coligny, veuve de Gilbert de
-Langheac, avait trente-huit ans lorsqu'elle épousa de la Rivière; elle
-s'était mariée à M. de Coligny, à Chaseu, le 5 novembre 1675; le marquis
-de Coligny mourut en 1676, à Condé, dans l'armée de M. de Schomberg.
-Madame de Coligny en eut un enfant et tout son bien. (Voyez _Lettres
-choisies de M._ DE LA RIVIÈRE, t. I, p. 25 et 26, et sur la Rivière,
-avant le mariage, BUSSY, _Lettres_, t. III, p. 233 et 234; et t. V, p.
-165.)
-
-CHAPITRE XII.
-
- Page 199, ligne 27, note 1: DARU, _Histoire de Venise_.
-
-M. Daru ne paraît point avoir connu les Mémoires du duc de Navailles;
-s'il les avait consultés, il n'aurait pas fait de cette partie de la
-guerre de Candie, à laquelle les Français prirent part, un récit si peu
-exact; il ne se serait pas contenté des seules assertions des auteurs
-vénitiens. Sans doute on ne saurait excuser l'historien qui, même dans
-un but patriotique, permet à sa plume d'altérer la vérité: c'est pour
-lui un devoir de n'épargner aucun soin pour la connaître, et d'avoir le
-courage de la dire même lorsqu'elle lui répugne; mais ce devoir est
-encore plus impérieux quand l'honneur national se trouve, comme dans
-cette circonstance, inculpé par des témoins suspects et intéressés à
-rejeter sur nos compatriotes leurs fautes et leurs malheurs.
-
- Page 203, lignes 15 et 17: Il semble qu'on ne peut guère douter
- du fait, puisqu'il est attesté par une lettre de Boileau.
-
-Je ne parle pas du témoignage de Louis Racine, parce que dans les
-_Mémoires sur la vie de Jean Racine_ (Lausanne, 1747, p. 80) il s'appuie
-sur la lettre de Boileau, ce qui prouve qu'il ne savait pas la chose par
-son père ni même par tradition de famille; et Louis Racine n'a publié
-ses _Mémoires_ que soixante-dix-sept ans après la première
-représentation de _Britannicus_.
-
- Page 206, note 3, ligne dernière: GEOFFROY, _OEuvres de Racine_,
- t. III, p. 11.
-
-Les doutes de l'éditeur ne sont pas fondés; Henriette mourut avant
-l'impression de la pièce de Racine.
-
- Page 207, lignes 19 et 21: L'abbé de Villars, le spirituel auteur
- des _Lettres du comte de Gabalis sur les sylphes, les gnomes
- et les salamandres_.
-
-Pope a mis à profit ces lettres dans son poëme badin et médiocre, selon
-nous, de la _Boucle de cheveux enlevée_ (The _rape of the lock_).
-
- Page 209, ligne 23: _Pour envoyer l'effroi de l'un à l'autre pôle_.
-
-Dans l'édition de 1692, donnée par Thomas Corneille, il y a:
-
- Pour envoyer l'effroi sous l'un et l'autre pôle.
-
-Si l'autre variante est autorisée par quelque édition antérieure, il
-faut la préférer; sinon, il faut rétablir celle de l'édition de Thomas
-Corneille, qui est la bonne.
-
- Page 213, ligne 1: Un gentilhomme nommé Mathonnet.
-
-Voici le passage de la lettre de Louvois: «Il est à propos que vous
-continuiez à garder soigneusement le sieur Mathonnet pour le faire
-parler, Sa Majesté sachant très-bien que, pendant qu'il a été à Paris,
-il allait souvent à Chaillot voir mademoiselle d'Argencourt; et il faut
-qu'il soit de cette cabale-là.»
-
- Page 218, ligne 6: La Feuillade,..... laid de visage, ayant un
- teint bilieux et bourgeonné.
-
-La mère du duc de la Feuillade fut cette demoiselle de Roannès à
-laquelle Pascal inspira de tels sentiments de dévotion qu'elle ainsi que
-son frère le duc de Roannès ne voulaient pas se marier, et firent vœu
-de chasteté; ce qui mit dans une telle fureur le père de ces deux
-personnes que le concierge de l'hôtel de Roannès monta à l'appartement
-de Pascal, logé dans cet hôtel, pour le tuer. M. de la Feuillade, cadet
-de l'archevêque d'Embrun, épousa mademoiselle de Roannès, à laquelle son
-frère qui voulut rester célibataire, transmit tous ses biens et son
-titre. Elle eut de ce mariage trois enfants avant de mettre au monde le
-duc de la Feuillade, qui fut maréchal. Le premier de ces enfants mourut
-en naissant, le second fut un fils contrefait et le troisième une fille
-naine, qui mourut à dix-neuf ans. Conférez un morceau curieux sur la
-biographie de mademoiselle de Roannès, par M. Victor Cousin,
-_Bibliothèque de l'École des chartes_, t. V, p. 1 à 7.
-
- Page 221, ligne 12: S'abandonnant sans scrupule à des plaisirs
- réprouvés.
-
-Nous avons déjà signalé les dangers de ces travestissements d'hommes en
-femmes, que la trop indulgente Anne d'Autriche permettait dans les
-ballets durant l'enfance et l'adolescence même du roi. L'exemple de
-l'abbé de Choisy, dans sa jeunesse, en fut une preuve bien étrange. Il a
-lui-même pris plaisir à écrire toutes les aventures amoureuses que ces
-travestissements lui ont procurées, et elles passent en libertinage
-licencieux les fictions du détestable roman de Louvet, auquel il a servi
-de modèle (Voyez l'_Histoire de la comtesse Desbarres_; Anvers, 1735,
-in-12, in-18, p. 138.--_Vie de l'abbé de Choisy_, 1742. in-8º, p.
-22-26.--MONMERQUÉ, _Notice sur l'abbé_ _de Choisy et sur ses Mémoires_,
-t. LXIII de la collection des _Mém. sur l'hist. de Fr._, p. 123 à 146.)
-
- Page 224, ligne 19: Mais lui n'eut aucun doute.
-
-Sismondi est, de tous les historiens, celui qui a le mieux raconté cette
-mort; il hésite dans son opinion, et ne semble pas bien persuadé que le
-duc d'Orléans ne fut pas coupable; puis il incline ensuite pour le
-_cholera-morbus_. Les caractères de l'agonie de la princesse et de ses
-derniers moments, si bien décrits dans la relation de Feuillet, n'ont
-point le caractère de cette maladie; et le procès-verbal d'autopsie,
-quoique concluant qu'il n'y a pas eu d'empoisonnement, constate, suivant
-nous, le poison par la description de l'état des viscères. Ce
-procès-verbal a été publié par Bourdelot, et se trouve dans les _Pièces
-intéressantes_, de Poncet de la Grave, que j'ai citées. Les médecins
-anglais envoyèrent en Angleterre une relation toute contraire à celle
-des médecins français. Henriette elle-même, aussitôt qu'elle eut avalé
-le verre d'eau de chicorée et éprouvé des douleurs, déclara qu'elle
-était empoisonnée. Enfin, le rapport fait à Louis XIV par Vallot, son
-médecin, daté de Versailles le 1er juillet 1670, dont M. Gault de
-Saint-Germain a publié la conclusion, implique que l'opinion de ce
-médecin était pour l'empoisonnement. La lettre de Bossuet aura été
-fabriquée dans le temps, comme les avis des médecins, pour donner le
-change à l'opinion. Philibert de la Mare, qui demeurait en province, a
-pu croire à son authenticité, mais à la cour personne n'aurait pu s'y
-tromper; c'est probablement ce qui aura été cause qu'on n'a pas osé lui
-donner une grande publicité.
-
-CHAPITRE XIII.
-
- Page 227, ligne 31, note 3: SÉVIGNÉ, _Lettres_ (23 janvier 1671).
-
-Cette lettre a été publiée pour la première fois par M. Monmerqué. Dans
-le recueil des _Lettres de_ BUSSY, comme dans celui des _Lettres de
-madame de_ SÉVIGNÉ _au comte de Bussy_, 1775, p. 21, no 12, on en avait
-donné les premières lignes, où il n'est pas dit un mot de la princesse
-de Condé. Ce récit, fait par MADEMOISELLE (_Mémoires_, t. XIII, p. 297),
-s'accorde plus complétement avec celui de Guy-Patin qu'avec celui de
-madame de Sévigné; MADEMOISELLE dit: «Un joueur qui avait été son valet
-de pied, à qui elle avait accoutumé de faire quelques largesses, entra
-dans sa chambre pour lui demander de l'argent; sa demande fut
-accompagnée de manières qui firent croire qu'il avait envie d'en prendre
-ou de s'en faire donner. L'abbé Lainé, sur l'avis qu'on avait donné que
-le valet de pied s'était sauvé dans le Luxembourg, me vint demander la
-permission de le laisser prendre; il ne s'y trouva point, et il fut pris
-hors la ville.»
-
- Page 229, lignes 5 et 6: Des gens que le prince avait chargés de
- garder.
-
-MADEMOISELLE accuse le duc d'Enghien, qu'elle n'aimait pas, d'avoir
-conseillé à Condé ce traitement envers sa mère: «Il était bien aise,
-disait-on, d'avoir trouvé un prétexte de la mettre dans un lieu où elle
-ferait moins de dépense que dans le monde.» D'après ce que mande madame
-de Montmorency à Bussy, ceci paraît être calomnieux. Le duc d'Enghien
-était un caractère dur, il est vrai; mais les autres mémoires du temps
-ne permettent pas de croire qu'il fût à ce point méchant, ingrat, fils
-dénaturé. Lord Mahon, dans sa _Vie du grand Condé_, a pris fait et cause
-avec chaleur pour la princesse, et il transcrit à ce sujet l'extrait
-d'une correspondance secrète tirée de la secrétairerie d'État de la cour
-de Londres, qui prouve seulement que le correspondant avait été mal
-informé, ou plutôt qu'il donnait le récit de cette affaire comme on
-désirait que la cour de Londres en fût instruite et conformément au
-bruit que l'on fit courir dans Paris. Cependant l'extrait de cette
-correspondance est curieux, et nous apprend que la princesse fit tous
-ses efforts pour sauver Duval, dont Condé voulait la mort. Il est facile
-d'atténuer les torts de la princesse par ceux que son époux eut envers
-elle, mais il n'est pas possible d'en douter. Le silence des
-contemporains après son malheur, et leur insensible indifférence, en dit
-encore plus que leurs témoignages accusateurs. Conférez lord MAHON'S,
-_Life of great Condé_, 1845, in-12, part. II, p. 269 à 275.--Voici le
-passage de Coligny, p. 26, sur la conduite de la princesse en 1650: «Le
-marquis de Cessac, dont j'ai dit un mot, s'attacha à madame la
-princesse, ou plutôt la princesse à lui; car il faut que ces dames-là
-fassent plus de la moitié du chemin si elles veulent avoir des galants,
-qu'autrement le respect ferait taire. Comme elle n'était pas pourvue
-d'un grand esprit, ce défaut et la passion lui firent faire tant de
-minauderies indiscrètes que tout le monde connut aisément ses affaires.»
-
-Ce témoignage est celui du plus virulent ennemi de Condé et de son plus
-grand détracteur.
-
- Page 234, ligne 9, et page 235, ligne 7: La maréchale de la Ferté.
-
-Quand il est fait mention, dans les mémoires et les libelles du temps,
-de madame de la Ferté ou de la duchesse de la Ferté, il faut se garder
-de confondre la belle-mère et la belle-fille, toutes deux pouvant être
-désignées de la même manière. La maréchale était Madeleine d'Angennes de
-la Loupe; la belle-fille était Marie-Isabelle-Gabrielle-Angélique de la
-Mothe-Houdancourt, duchesse de la Ferté, fille de la maréchale de la
-Mothe-Houdancourt, ancienne gouvernante des enfants de France et sœur
-cadette des duchesses d'Aumont et de Ventadour. La maréchale de la Ferté
-était la sœur de Catherine-Henriette d'Angennes, comtesse d'Olonne,
-dont les mœurs furent encore plus déréglées que celles de la duchesse.
-
-CHAPITRE XIV.
-
- Page 246, ligne 9: La faiblesse de la santé de la princesse de
- Condé.
-
-Guy-Patin dit que dans cette prévision la reine mère écrivit à Gaston
-pour mettre obstacle à ce mariage.
-
- Page 282, ligne 3: Il finit par subir une rigoureuse détention.
-
-La chronologie des faits relatifs à la biographie de Lauzun n'est pas
-facile à déterminer. Saint-Simon place en 1669 l'affaire relative à
-l'espionnage de madame de Montespan par le moyen d'une femme de chambre
-séduite par Lauzun, et celle de la place de grand maître de l'artillerie
-sollicitée par lui, et le beau trait du roi jetant sa canne par la
-fenêtre dans la crainte de se laisser aller à en frapper un gentilhomme.
-Mais alors tout cela paraît antérieur au mariage, ce qui n'est pas
-probable. Saint-Simon a écrit plus de quarante ans après ces faits, et
-s'est évidemment trompé sur les dates. Je pense, avec M. Petitot (t. XL,
-p. 356), que ce fut la conduite insolente de Lauzun avec madame de
-Montespan qui détermina le roi à le faire arrêter.
-
- Page 283, lignes 1 et 2: Il obtint par ses services de nouveaux
- grades et de nouveaux honneurs.
-
-Des lettres de duc furent données à Lauzun en 1692. Lauzun mourut en
-1723 et survécut huit ans à Louis XIV.
-
-CHAPITRE XV.
-
- Page 296, ligne 22: Mademoiselle Dugué-Bagnols.
-
-Le chevalier Perrin nous apprend, dans son édition des _Lettres de
-madame de Sévigné_, que mademoiselle Dugué-Bagnols fut mariée depuis à
-M. Dugué-Bagnols, son cousin.
-
- Page 297, ligne 19: C'était la première femme de Claude de
- Saint-Simon; elle succomba le 2 décembre 1670.
-
-Diane-Henriette de Budos, duchesse de Saint-Simon, mourut, selon
-l'assertion de M. Monmerqué (_Lettres de Sévigné_, t. I, p. 208), à
-quarante ans; et comme Saint-Simon dit que son père l'épousa en 1644, il
-en résulterait qu'elle n'aurait eu que quatorze ans lorsqu'elle s'est
-mariée. Comme l'âge nubile était alors fixé par les lois à douze ans,
-cela n'est pas impossible, mais cela est peu probable.
-
-C'est en 1743 que Saint-Simon a écrit le volume de ses _Mémoires_ qui
-concerne les années 1722 et 1723. J'avais dit cela dans une note qui est
-à la page 453 de mon deuxième volume, 1re édition; mais je suis obligé
-de le répéter, parce qu'il y a deux fautes d'impression dans les
-chiffres de cette note. J'ajouterai ici que Saint-Simon, pour ce qui
-concerne les dates et les généalogies, s'est beaucoup servi des Mémoires
-manuscrits de Dangeau, c'est-à-dire de ses portefeuilles.
-
- Page 298, ligne 12: Et, par la grande mortalité qu'éprouva
- la population.
-
-D'après un recueil statistique de Paris, déposé à la Bibliothèque du
-Roi, le nombre des naissances dans cette capitale fut de 16,810, celui
-des décès de 21,460; le nombre des décès surpassa donc les naissances de
-4,651.
-
-CHAPITRE XVI.
-
- Page 303, ligne 29: Le gouverneur et son lieutenant se trouvèrent
- tous les deux absents.
-
-Dans une semblable circonstance, en 1673, Brulart, premier président du
-parlement de Bourgogne, écrivit à Louvois qu'en l'absence du gouverneur
-et de son lieutenant général le gouvernement de la province lui
-appartenait de droit. Voyez la lettre de BRULART à Louvois, dans
-l'ouvrage intitulé _Une province sous Louis XIV_, par M. Thomas, 1844,
-in-8º, p. 431.
-
- Page 312, lignes 3 et 4: Elle écrivait à madame de Sévigné.
-
-Il est probable que madame de Sévigné avait conçu cette aversion pour
-les filles de Sainte-Marie d'Aix par les lettres de sa filleule; elle la
-manifeste en toute occasion, et elle appelle ces religieuses des
-baragouines. Elle montre, au contraire, une prédilection particulière
-pour les filles de cet ordre, fondé par son aïeule, qui étaient dans
-d'autres couvents. Il est évident aussi, d'après le passage suivant de
-la lettre de madame de Sévigné, du 24 juillet 1680, que, pour avantager
-les autres enfants de madame de Grignan, on voulait que Marie-Blanche
-fît des vœux; sa vocation paraît au moins douteuse. «Votre petite d'Aix
-me fait pitié, d'être destinée à demeurer dans ce couvent _perdu_ pour
-vous; en attendant une vocation, vous n'oseriez la remuer, de peur
-qu'elle ne se dissipe. Cette enfant est d'un esprit chagrin et jaloux,
-tout propre à se dévorer. Pour moi, je tâterais si la Providence ne
-voudrait pas bien qu'elle fût à Aubenas; elle serait moins _égarée_.» La
-sœur de M. de Grignan était abbesse du couvent d'Aubenas, et madame de
-Sévigné espérait que sa petite-fille pourrait un jour lui succéder. Nous
-reviendrons, dans la suite de ces _Mémoires_, sur ce passage de la
-lettre de madame de Sévigné et sur les mots _perdu_ et _égarée_, que
-Grouvelle, M. Monmerqué et Gault de Saint-Germain ont expliqués
-diversement.
-
-CHAPITRE XVII.
-
- Page 325, ligne 12: Une très-belle femme, madame de Valence,
- qui s'était faite religieuse.
-
-J'ai cité ici l'édition de la Haye, t. I, p. 20, parce que c'est la
-seule qui dans cet endroit nous semble donner le vrai texte de madame de
-Sévigné. Ce texte est ainsi:
-
-«Vous me dites des merveilles du tombeau de Montmorency et de la beauté
-de madame de Valence.»
-
-Les premiers éditeurs des _Lettres de madame de Sévigné_, ne trouvant
-aucune mention de cette madame de Valence dans toute la correspondance
-de madame de Sévigné, ont substitué aux mots qui la concernent «et de
-la beauté de mesdemoiselles de Valançai» (lettre du 18 février 1671, t.
-I, p. 332, édit. G.), parce qu'en effet madame de Sévigné, en passant
-aussi à Moulins cinq ans après madame de Grignan, lui avait écrit de
-cette ville que les petites-filles de madame de Valançai, que madame de
-Grignan y avait vues, sont _belles et aimables_ (lettre du 17 mai 1676,
-t. IV, p. 440, édit. G.). Mais elles étaient, lorsque madame de Grignan
-les vit, trop jeunes et trop petites pour qu'il fût question de leur
-beauté; et la lettre de madame de Sévigné au comte de Guitaud, publiée
-pour la première fois dans l'édition de M. Gault de Saint-Germain
-(lettre 1693, t. X, p. 445, édit. G.), qui nous apprend que madame de
-Valence a été au couvent de la Visitation, explique celle qu'elle avait
-écrite précédemment, et ne laisse aucun doute sur l'exactitude de
-l'édition de la Haye. La preuve que les éditeurs ont altéré le texte de
-cette lettre en voulant la corriger se tire encore du passage qui suit
-immédiatement, où madame de Sévigné dit à sa fille (t. I, p. 20):
-«Personne n'écrit mieux que vous; ne quittez jamais le naturel, votre
-tour s'y est formé, et cela _surpasse_ un style parfait.» Tous les
-éditeurs subséquents ont substitué (t. I, p. 332): «Vous écrivez
-entièrement bien, personne n'écrit mieux; ne quittez jamais le naturel,
-votre tour s'y est formé, et cela _compose_ un style parfait.»
-Indépendamment du pléonasme dans les deux premiers membres de phrase,
-qui n'était pas dans madame de Sévigné, en mettant le mot _compose_ à la
-place du mot _surpasse_ on a fait disparaître une expression énergique
-et piquante pour y substituer une expression impropre et plate; et de
-plus, en croyant rendre la pensée plus logique, on l'a dénaturée, et on
-lui a ôté tout ce qu'elle a d'original et de profond. L'intention de
-madame de Sévigné est de faire distinguer ici l'écrivain du grammairien,
-le talent d'écrire d'avec l'art d'écrire. Le naturel dans le style,
-c'est la grâce:
-
- Et la grâce, plus belle encor que la beauté,
-
-dit la Fontaine quand il veut donner une idée des séduisants attraits de
-Vénus. C'est la même pensée que celle de madame de Sévigné, exprimée
-d'une manière analogue. Je dois dire que le savant et exact éditeur des
-_Lettres de madame de Sévigné_ n'a pu ni rectifier ce texte ni éviter
-cette méprise, puisqu'il n'avait pu se procurer l'édition de la Haye,
-1726, lorsqu'il fit la sienne; et que la publication de la lettre de
-madame de Sévigné au comte de Guitaud, qui fait mention de madame de
-Valence, est bien postérieure à celle de son édition. Voyez _Lettres_ DE
-SÉVIGNÉ, édit. de Monmerqué, in-8º, t. I, p. 48.
-
- Page 329, lignes 4-7: Une relation admirable, selon elle, adressée
- à M. de Coulanges par M. de Ripert, homme d'affaires de M. de
- Grignan.
-
-Voici le texte de l'édition de la Haye:
-
-«M. de Coulanges vient de m'apporter une relation admirable de tout
-votre voyage, que lui fait très-agréablement M. Ripert; voilà justement
-ce que nous souhaitons (p. 38).» ... «M. le marquis de Saint-Andiol
-m'est venu voir; je lui ai montré la relation de Ripert, dont il a été
-ravi pour l'honneur de la Provence... J'attends celle de Corbinelli (p.
-39).»
-
-On peut voir aux endroits cités de l'_Histoire de Sévigné_, par M.
-Aubenas, et surtout dans la note, p. 588, qui termine l'ouvrage de cet
-auteur, quelles sont les prétentions de la famille de Ripert. Du temps
-de madame de Sévigné, il y avait au moins quatre frères de ce nom; car,
-dans la lettre du 6 septembre 1676, t. V, p. 113, de l'édition de G. de
-S.-G., madame de Sévigné dit: «Mon fils me mande que les frères Ripert
-ont fait des prodiges de valeur à la défense de Maestricht; j'en fais
-mes compliments au doyen et à Ripert.» Ce doyen était le Ripert du
-chapitre de Grignan, et le dernier mentionné celui qui était attaché à
-M. de Grignan comme homme d'affaires.
-
-Des deux lettres du 18 mars 1671 des éditions modernes, il n'y en a
-qu'une dans l'édition de la Haye; et dans les éditions modernes il y a
-beaucoup de suppressions, qui portent principalement sur les noms
-propres. Ainsi ces mots, «Bandol vous est d'un grand secours,» p. 34,
-ont été supprimés. Suppression ensuite d'un long paragraphe important,
-qui remplit la page 35; puis, page 36, le nom de _Sessac_, donné
-intégralement, remplacé par S***. Tout le paragraphe 37 de madame de
-Janson supprimé; page 39, le passage sur d'Harouys supprimé.
-
-CHAPITRE XVIII.
-
- Page 359, lignes 29 et 30, note 1: 20 septembre, _Lettres de
- madame_ RABUTIN-CHANTAL; la Haye, 1726, 20 septembre 1671.
-
-Toute la première page de cette lettre ne se trouve que dans l'édition
-de la Haye, et a été supprimée dans toutes les autres.
-
- Page 371, lignes 16 et 17: Molière lui lira samedi _Trissotin_.
-
-On a écrit (voyez TASCHEREAU, _Histoire de Molière_, 3e édit., 1844,
-grand in-12, p. 256) que, lors des premières représentations des _Femmes
-savantes_, le personnage de _Trissotin_ portait le nom de _Tricotin_,
-pour que la satire contre l'abbé Cotin, dont ce rôle était l'objet, en
-pût ressortir sans aucun détour. Mais la lettre de madame de Sévigné
-semble être contraire à cette assertion peu vraisemblable, puisqu'elle
-désigne ce rôle, et par ce rôle toute la pièce, par le nom de
-_Trissotin_, qui est le seul qu'on trouve dans la pièce imprimée. _Les
-Femmes savantes_ furent jouées le 11 mars 1672 (TASCHEREAU, _Histoire de
-Molière_, 3e édition, p. 169). La lettre de madame de Sévigné est datée
-du mercredi 9 mars, c'est-à-dire de deux jours antérieure à la
-représentation, qui eut lieu le vendredi: ainsi dès lors le rôle portait
-le nom de _Trissotin_. La lecture de cette pièce par Molière, annoncée
-dans la lettre de madame de Sévigné pour le samedi 12 mars, n'eut
-probablement pas lieu, puisque le jour fixé au samedi était le lendemain
-même de la représentation. Cette pièce fut achevée d'imprimer le 10
-décembre 1672, comme nous l'apprend le catalogue de la _Bibliothèque
-dramatique de M. de Soleinne_, no 1296, p. 298. La mention de cette
-édition manque dans la bibliographie de Molière, de M. Taschereau.
-
- Page 378, ligne 7: Pour laisser écrire dans ses lettres.
-
-Surtout par Corbinelli. Des lettres de Corbinelli à Bussy, qui se
-trouvent dans la correspondance de ce dernier, il n'y en a qu'un petit
-nombre qui portent le nom de Corbinelli; il y en a beaucoup qui n'ont
-que l'initiale du nom C***; enfin il y en a sans initiale. Un lecteur
-familiarisé à la lecture des auteurs de ce siècle les reconnaît
-facilement. Toutes sont très-mal rangées, ainsi que toute cette
-intéressante correspondance, qui mériterait bien de trouver un éditeur
-savant et intelligent.
-
-CHAPITRE XIX.
-
- Page 387, ligne 12: Ce fut une grande joie pour madame de Sévigné
- lorsque de Pomponne...
-
-Nous apprenons par le Portefeuille de Dangeau, manuscrit de la
-Bibliothèque du Roi, A, 253, que de Pomponne fut nommé secrétaire
-d'État, en remplacement de M. de Lyonne, le 10 septembre, et qu'il
-prêta serment le 12 septembre; la lettre de madame de Sévigné, qui donne
-cette nouvelle à sa fille, est datée du 13 septembre. Il ne faut pas
-confondre les Portefeuilles de Dangeau que nous citons ici et que nous
-citerons peut-être encore avec le Journal de Dangeau; c'est tout autre
-chose.
-
- Page 396, ligne 4: Les lettres les plus remarquables qu'elle
- ait écrites.
-
-Deux de ces lettres étaient ainsi désignées, la lettre sur _le cheval_
-et celle sur _la prairie_. Cette dernière est, comme on l'a très-bien
-remarqué, celle qui est relative au renvoi de _Picard_ (du 22 juillet
-1671) et où madame de Sévigné explique si agréablement à son cousin de
-Coulanges, tout à fait étranger, comme un vrai citadin, aux travaux
-ruraux, en quoi consiste l'opération du fanage.
-
- Page 396, ligne 9: Elle gardait soigneusement les lettres du
- spirituel chansonnier.
-
-«Ce petit Coulanges vaut trop d'argent; je garde toutes ses lettres.»
-(SÉVIGNÉ, _Lettre_ du 29 janvier 1685, t. VII, p. 229, édit. de M.)
-
- Page 397, lignes 7 et 8: Elle avait dix ans moins que lui.
-
-Philippe-Manuel de Coulanges était né à Paris vers 1631, Marie-Angélique
-Dugué en 1641. Elle se maria le 16 décembre 1659, et n'avait alors que
-dix-sept ans et quelques mois.
-
- Page 399, lignes 16 et 17: Auxquels s'applique plus particulièrement
- le nom d'esprit.
-
-Comme, par exemple, lorsqu'elle dit du duc de Villeroi, qui était
-amoureux d'une femme nullement éprise de lui: «Il est plus charmé qu'il
-n'est _charmant_.» Ce dernier mot, ainsi placé, est à la fois verbe et
-adjectif et applicable au duc dans sa double et maligne signification.
-(Voyez la lettre du 24 février 1673.)
-
- Page 399, lignes 21 et 22: Son écriture et son orthographe ne
- répondaient pas à l'élégance de son style.
-
-Coulanges a inséré ces mots dans une lettre de sa femme à madame de
-Grignan:
-
-«Je viens de prendre la liberté de lire tout ce que madame de Coulanges
-vous écrit; c'est grand dommage que ce ne soit une meilleure écriture et
-une meilleure orthographe; son style assurément le mériterait bien,
-convenez-en, madame; mais il ne faut pas espérer qu'elle s'en corrige.
-Tout ce qui est à souhaiter, c'est que vous puissiez lire ce qu'elle
-vous mande.» (Lettre de madame de Coulanges à madame de Grignan, 7
-juillet 1703, t. XI, p. 398.)
-
- Page 401, lignes 3 et 4: Madame de Sévigné se plut toujours dans
- la société de la femme de son cousin.
-
-Madame de Sévigné ne voulait pas que son cousin quittât la rue du
-Parc-Royal pour aller demeurer au Temple, parce que cela éloignait
-d'elle madame de Coulanges. «Au lieu de trouver, comme je faisais, cette
-jolie madame de Coulanges sous ma main, prendre du café avec elle, y
-courir après la messe, y revenir le soir comme chez soi; enfin, mon
-pauvre cousin, ne m'en parlez pas: je suis trop heureuse d'avoir
-quelques mois pour m'accoutumer à ce bizarre dérangement.» (Lettre du
-1er décembre 1690, t. IX, p. 427.)
-
-CHAPITRE XX.
-
- Page 415, lignes 23 et 24: SOLI DEO HONOR ET GLORIA.
-
-Cette inscription, qui est tirée du texte de l'épître de saint Paul aux
-Romains, a donné lieu au continuateur de Bayle (Chauffepié, Supplément
-au Dictionnaire de Bayle) de prêter à madame de Sévigné, dans l'intérêt
-du protestantisme, des sentiments contraires à l'invocation des saints,
-que ses lettres démentent en un grand nombre d'endroits.
-
- Page 416, ligne 26: Racine passera comme le café.
-
-L'usage du café n'ayant été introduit en France que vers l'an 1669, il
-en résulte que les premiers chefs-d'œuvre de Racine lui sont
-antérieurs; _Andromaque_ date de 1669, les _Plaideurs_ de 1668,
-_Britannicus_ de 1669, _Bajazet_ de 1672. Le premier traité, je crois,
-publié sur le café, en français, est celui qui est intitulé _De l'usage
-du caphé, du thé, et chocolate_ (sic); Lyon, chez Girin, 1671, in-8º. Il
-est traduit du latin, et il est dit, page 30, «que la plupart de ceux
-qui usent du café y sont réduits par nécessité, et le prennent plutôt
-comme un médicament que comme un régal.» Il en était de même du thé et
-du chocolat. Mais dix ans plus tard il se faisait de toutes ces
-substances, et surtout du café, une très-grande consommation à Londres
-et à Paris, «non-seulement, dit de Blégny, chez les marchands de
-liqueurs, mais encore dans les maisons particulières et dans les
-communautés.» _Du bon usage du thé, du café et du chocolat, pour la
-préservation et la guérison des maladies_, par M. de Blégny; Paris,
-1687, in-12, p. 96 et 166. De Blégny, d'après Bernier, dit que dans
-l'Inde et la Perse on use très-peu de café, et seulement dans les ports
-de mer; mais que par toute la Turquie on en fait un fort grand usage.
-«Peu s'en faut, ajoute de Blégny, que les Anglais et les Hollandais ne
-suivent l'exemple des Turcs, et peu s'en faut aussi que nous ne soyons
-aussi avancés que ceux-là sur cette habitude; mais en revanche les
-Espagnols, les Italiens et les Flamands ne s'y portent pas volontiers.»
-(P. 166.) Bien loin de dénigrer le café, et surtout le café au lait,
-madame de Sévigné fut une des premières à en prendre, et elle en
-recommandait l'usage à sa fille. (SÉVIGNÉ, _Lettres_, 19 février 1690,
-t. X, p. 263, édit. de G.)
-
-
-
-
-SUPPLÉMENT AUX NOTES ET ÉCLAIRCISSEMENTS DE LA PREMIÈRE PARTIE.
-
-En développant dans la première et la seconde partie de cet ouvrage la
-politique de Mazarin, j'ai souvent eu occasion de citer des lettres
-autographes de Mazarin, de Colbert et de Louis XIV[902], qui
-appartiennent à la Bibliothèque royale. Des fragments de ces lettres
-avaient déjà été imprimés, mais très-incorrectement, par Soulavie, dans
-les _OEuvres de Saint-Simon_. Elles ont été très-bien publiées dans les
-_Documents historiques sur l'histoire de France_, par M.
-Champollion-Figeac, qui me les avait indiquées. Mais j'ai cité à la page
-215 de la première partie une _lettre autographe d'Anne d'Autriche au
-cardinal Mazarin_, que je ne trouve point dans le recueil de M.
-Champollion-Figeac. Cette lettre n'a point été publiée ailleurs, et il
-est intéressant de la faire connaître, parce qu'elle vient à l'appui de
-ce que j'ai dit du refroidissement d'Anne d'Autriche pour le cardinal
-Mazarin, lorsque celui-ci, afin de conserver le pouvoir, se fit un appui
-du jeune roi, dont il avait capté toute la confiance, contre la reine sa
-mère, ou plutôt contre les intrigues des personnes qui l'entouraient.
-
-LETTRE D'ANNE D'AUTRICHE AU CARDINAL MAZARIN.
-
- «A Saintes, ce 30 juin 1660.
-
-«Vostre letre ma donnee une grande joye je ne say si je seray asses
-heureuse pour que vous le croies et que si eusse creu qune de mes letres
-vous eust autant pleut j'en aurays escrit de bon cœur et il est vray
-que den voir tant et des transports avec lon les recent et je les voyes
-lire me fesoit fort souvenir d'un autre tant[903] don je me souviens
-presque a tout momants quoy que vous en puissiez croire et douter je
-vous asseure que tous ceux de ma vie seront enploies à vous tesmoigner
-que jamais il ni a euee damitie plus veritable que la mienne et si vous
-ne le croies pas jespere de la justice que jay que vous vous
-repâtires[904] quelque jour den avoir jamais douté et si je vous pouves
-aussi bien faire voir mon cœur que ce que je vous dis sur ce papier je
-suis asseurée que vous series contant, ou vous series le plus ingrat
-homme du monde et je ne croie pas que cela soiet. La Reyne[905] qui
-escrit eicy sur ma table me dit de vous dire que ce que vous me mandes
-du confidant[906] ne lui déplait pas et que je vous asseure de son
-affession, mon fils[907] vous remercie aussi et 22[908] me prie de vous
-dire que jusques au dernier soupir (symboles) quoique vous en croies
-(symboles)
-
-«Et au dos est escrit: _A Monsieur le Cardinal_.»
-
- * * * * *
-
- [902] Voyez IIe partie, p. 155, 161, 229.
-
- [903] Temps.
-
- [904] Repentirez.
-
- [905] La jeune reine, la femme de Louis XIV.
-
- [906] Le confident, c'est le roi. Voyez les _Lettres inédites de_
- MAZARIN; publiées par M. Ravenel.
-
- [907] Philippe de France, le frère de Louis XIV. La lettre était
- fermée par une petite faveur rouge, scellée des deux côtés du cachet
- d'Anne d'Autriche, et dont les bouts subsistent encore, ainsi que les
- cachets. Cette lettre, ployée, n'a que la grandeur d'un billet.
-
- [908] Le numéro 22 est, dit-on, la reine elle-même; et aux
- conjecture que ces (symboles) remplacent les mots par lesquels elle
- était convenue d'exprimer sa tendresse pour Mazarin. Voyez la clef
- dans les _Lettres inédites de_ MAZARIN, publiées par M. Ravenel, 1836,
- in-8º, p. 491.
-
- * * * * *
-
-Cette lettre a été écrite lorsque Louis XIV, après son mariage, revint
-avec toute la cour, de Saint-Jean-de-Luz à Paris. D'après les nombreuses
-relations de ce voyage, le 23 juin on était à Bordeaux, le 27 à Blaye.
-«Le 29, dit Colletet dans sa relation (pag. 5), les reines partirent
-pour Saintes,» où elles arrivèrent le 30; c'est de là et de ce jour
-qu'est datée la lettre. Le roi s'était écarté, et avait été au Brouage
-avec le cardinal, qui rejoignit les reines le lendemain à
-Saint-Jean-d'Angely.
-
-
-
-
-TABLE SOMMAIRE
-
-DES CHAPITRES DE CE VOLUME.
-
- CHAPITRE PREMIER.--1664-1666.
-
- Pages.
-
- Occupation de Bussy dans son exil.--Louis XIV et sa cour.--Madame
- de Sévigné et madame Duplessis-Guénégaud.--De Pomponne,
- ambassadeur en Suède.--Société réunie à Fresnes.--Correspondance
- de M. de Pomponne et de madame de Sévigné. 1
-
-
- CHAPITRE II.--1666-1667.
-
- Mademoiselle de Sévigné est produite dans le monde.--Partis qui se
- présentent pour elle.--Madame de Sévigné aux Rochers.--Guerre
- d'Espagne.--De Louis XIV et de son gouvernement.--De ses victoires
- et de ses maîtresses. 31
-
-
- CHAPITRE III.--1667.
-
- De Bussy et des personnes avec lesquelles il était en
- correspondance. 48
-
-
- CHAPITRE IV.--1666-1667.
-
- Madame de Sévigné passe l'automne au château de Fresnes.--Arnauld
- d'Andilly.--Le comte de la Rochefoucauld.--Madame de la
- Fayette.--Madame de Motteville.--Le comte de Cessac.--Madame de
- Caderousse.--Lettre de mademoiselle de Sévigné à l'abbé le
- Tellier. 70
-
-
- CHAPITRE V.--1668-1669.
-
- Conquête de la Franche-Comté.--Paix d'Aix-la-Chapelle.--Fête
- donnée à Versailles.--Place qu'y occupaient madame de Sévigné et
- sa fille.--Bruits qui couraient de l'inclination de Louis XIV pour
- mademoiselle de Sévigné.--Intrigues du roi.--La duchesse de
- Sully.--La Vallière, madame Scarron et madame de Montespan. 82
-
-
- CHAPITRE VI.--1668-1669.
-
- Versailles.--Goût de madame de Sévigné pour les divertissements du
- théâtre.--Influence du grand mouvement littéraire de l'époque sur
- le talent de madame de Sévigné.--Sa correspondance avec le
- cardinal de Retz.--Occupations de celui-ci. 98
-
-
- CHAPITRE VII.--1668-1669.
-
- Siége de Candie.--Sévigné s'embarque pour aller au secours de
- cette ville.--Tristes résultats de cette expédition.--Sévigné
- revient avec la Feuillade, et rejoint sa mère. 116
-
-
- CHAPITRE VIII.--1668-1669.
-
- Mariage de mademoiselle de Sévigné avec le comte de
- Grignan.--Détails et réflexions sur ce mariage. 125
-
-
- CHAPITRE IX.--1669.
-
- Altercations de madame de Sévigné avec Bussy.--Politique de Louis
- XIV.--Madame de Sévigné veut que Bussy écrive au comte de
- Grignan.--Bussy résiste, et ensuite consent. 146
-
-
- CHAPITRE X.--1669-1671.
-
- Bussy.--Sa famille.--Société qui fréquentait son château.--Son
- animosité envers madame de Monglat.--Son commerce de lettres avec
- madame de Scudéry.--Bussy écrit ses Mémoires. 163
-
-
- CHAPITRE XI.--1670-1671.
-
- Correspondance de Bussy avec madame de Sévigné.--Claude Frémyot
- institue madame de Sévigné son légataire universel.--Bussy saisit
- cette occasion de renouer avec elle son commerce de
- lettres.--Nouvelles altercations entre eux. 181
-
-
- CHAPITRE XII.--1670-1671.
-
- Louis XIV envoie de nouveaux secours à Candie.--Beaufort y
- périt.--Traité secret avec Charles II.--Prospérité de la
- France.--Molière, Racine et Corneille continuent à travailler pour
- le théâtre.--Madame de Montespan devient maîtresse en titre.--Ses
- enfants sont confiés à madame Scarron.--Retraite de la Vallière à
- Chaillot.--Détails sur les favoris de Louis XIV.--Henriette
- d'Angleterre périt par le poison.--Madame de Sévigné parle de
- tous ces événements. 196
-
-
- CHAPITRE XIII.--1670-1671.
-
- Duel entre Duval, valet de pied de la princesse de Condé, et
- Bussy-Rabutin, son page.--Celui-ci s'enfuit en Allemagne.--Madame
- de Sévigné entre en correspondance avec lui et avec sa femme, la
- duchesse de Holstein.--Madame de Sévigné est bien instruite des
- intrigues de cour.--Du comte de Saint-Paul et du comte de
- Fiesque.--Pouvoir de madame de Montespan.--La Vallière se retire
- encore à Chaillot.--Colbert la ramène à la cour. 226
-
-
- CHAPITRE XIV.--1671.
-
- Mademoiselle et Lauzun.--Lettre de madame de Sévigné sur leur
- mariage. 242
-
-
- CHAPITRE XV.--1669-1671.
-
- Madame de Sévigné à Livry.--Mort de Saint-Pavin.--Le comte de
- Grignan est nommé lieutenant général gouverneur de la
- Provence.--Correspondance de madame de Sévigné avec toute la
- famille de Coulanges à Lyon.--Nouvelles diverses.--M. de Grignan
- musicien.--Éloges donnés par madame de Sévigné aux ouvrages de
- Nicole et de la Fontaine et aux prédications de Bourdaloue. 285
-
-
- CHAPITRE XVI.--1670-1671.
-
- Affaires de la Provence.--Conseils donnés par madame de Sévigné
- au comte de Grignan.--Madame de Grignan se dispose pour aller en
- Provence rejoindre son mari. 302
-
-
- CHAPITRE XVII.--1671.
-
- Départ de madame de Grignan.--Son voyage de Paris à Aix.--Elle
- rencontre à Moulins madame de Guénégaud.--Madame de Grignan
- arrive à Aix.--Honneurs qui lui sont rendus par M. de Vivonne. 319
-
-
- CHAPITRE XVIII.--1671-1672.
-
- Etats de Bretagne.--Motifs qui forcent madame de Sévigné d'aller
- en Bretagne.--Examen de sa correspondance avec sa fille. 337
-
-
- CHAPITRE XIX.--1671-1672.
-
- Détails sur la correspondance de madame de Sévigné avec diverses
- personnes:--avec d'Hacqueville,--Corbinelli,--madame de la
- Fayette,--M. et madame de Coulanges,--avec Sévigné, son fils. 385
-
-
- CHAPITRE XX.--1671-1672.
-
- Parallèle entre madame de Sévigné et madame de
- Grignan.--Caractères, habitudes, inclinations de l'une et de
- l'autre.--Leur goût et leurs opinions en littérature,--en
- philosophie,--en religion.--Bons conseils donnés par madame de
- Sévigné à sa fille. 406
-
-
- NOTES ET ÉCLAIRCISSEMENTS. 449
-
-
- SUPPLÉMENT AUX ÉCLAIRCISSEMENTS DE LA PREMIÈRE PARTIE. 477
-
-
- Lettre inédite d'Anne d'Autriche au cardinal Mazarin. _ibid._
-
-
-FIN DE LA TABLE DES CHAPITRES.
-
-
-
-
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-
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-
- RONSARD, Choix de poésies, 8 fr. 2
-
-
- NISARD, Hist. de la littérature française, 16 fr. 4
-
-
- BEAUMARCHAIS, Théâtre 1
-
- BERNARDIN DE SAINT-PIERRE, Paul et Virginie 1
- -- Études de la nature 1
-
- BOILEAU 1
-
- BOSSUET, Sermons 1
- -- Oraisons 1
- -- Discours sur l'Histoire universelle 1
-
- BUFFON, Epoques de la nature 1
- -- Les Animaux 1
-
- CHATEAUBRIAND, Atala 1
- -- Génie du christianisme 2
- -- Martyrs 1
- -- Natchez 1
- -- Itinéraire de Paris à Jérusalem 2
- -- Mélanges politiques et littéraires 1
- -- Études historiques 1
- -- Analyse de l'histoire de France 1
-
- CHEFS-D'OEUVRE TRAGIQUES 2
-
- CHEFS-D'OEUVRE COMIQUES 8
-
- CHEFS-D'OEUVRE HISTORIQUES 2
-
- CLASSIQUES DE LA TABLE 2
-
- CORNEILLE, Théâtre 2
-
- COURIER (Paul-Louis) 1
-
- CUVIER, Révolutions du globe 1
-
- D'AGUESSEAU (le chancelier) 1
-
- DEFOE, Robinson Crusoé 1
-
- DELILLE (Choix) 1
-
- DESJARDINS, Vie de Jeanne d'Arc 1
-
- DIDEROT 2
-
- DUREAU DE LA MALLE, L'Algérie 1
-
- FÉNELON, Télémaque 1
- -- Éducation des filles 1
- -- Existence de Dieu 1
-
- FLORIAN, Fables 1
- -- Don Quichotte 1
-
- GENOUDE (DE), Vie de Jésus-Christ 1
-
- GONCOURT (DE), Marie Antoinette 1
-
- HAMILTON, Mémoires de Grammont 1
-
- LA BRUYÈRE, Caractères 1
-
- LA FONTAINE, Fables 1
-
- LA ROCHEFOUCAULD 1
-
- LE SAGE, Gil Blas 1
-
- MALHERBE, J.-B ROUSSEAU, LEBRUN 1
-
- MARMONTEL, Littérature 3
-
- MASSILLON, Petit Carême 1
-
- MAURY, Éloquence 1
-
- MIGNET, Révolution française, 7 fr 2
-
- MOLIÈRE, Théâtre 2
-
- MONTESQUIEU, Grandeur des Romains 1
-
- MONTESQUIEU, Esprit des lois 1
-
- NAPOLÉON, par M. Kermoysan 4
-
- PASCAL, Provinciales 1
- -- Pensées 1
-
- RACINE, Théâtre 1
-
- RACINE (LOUIS), Poëme de la Religion 1
-
- REGNARD, Theâtre 1
-
- ROLAND, Histoire d'Angleterre, d'Écosse et d'Irlande 1
-
- ROLLIN, Traité des études 3
- -- Histoire ancienne 10
- -- Histoire romaine 10
-
- ROUSSEAU, Nouvelle Héloïse 1
- -- Émile 1
- -- Confessions 1
- -- Petits chefs-d'œuvre 1
-
- RULHIÈRE (DE), Révolutions de Pologne 3
-
- SAINT-ÉVREMOND, 4 fr. 1
-
- SCRIBE, Théâtre 5
-
- SÉVIGNÉ, Lettres complètes 6
- -- Choix 1
-
- SOUZA (DE), Lettres portugaises 1
-
- SILVIO PELLICO, Mes Prisons 1
-
- STAËL (DE), Corinne 1
- -- De l'Allemagne 1
- -- Delphine 1
-
- VIENNET, Mélanges de poésies 1
- -- Le Cimetière du Père-Lachaise 1
-
- VIES DES SAINTS 2
-
- VOLTAIRE, Commentaires sur Corneille 1
- -- Henriade 1
- -- Théâtre 1
- -- Louis XIV 1
- -- Louis XV 1
- -- Charles XII 1
- -- Contes 1
- -- Romans 1
-
- WALCKENAER, Mémoires sur madame de Sévigné, 24 fr. 6
- -- Vie d'Horace, 8 fr. 2
- -- Vie de la Fontaine, 8 fr. 2
- -- Géographie des Gaules, 8 fr. 2
- -- Lettres sur les contes des fées, 4 fr. 1
-
-
- LITTÉRATURE ANCIENNE
- (TRADUCTION FRANÇAISE).
-
- ARISTOPHANE, trad. par Artaud, 7 fr. 2
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- EURIPIDE, trad. par le même, 7 fr. 2
-
- HÉRODOTE, traduction par Miot 2
-
- HOMÈRE, Iliade, trad. par Dugas-Montbel 1
- -- Odyssée, trad. par le même 1
-
-
- LITTÉRATURE ÉTRANGÈRE.
-
- ARIOSTE, L'Orlando furioso 2
-
- BOCCACE, Il Decamerone 2
-
- CAMOËNS, Os Lusiadas 1
-
- DANTE, La Divina Commedia 1
- -- Traduction par Artaud 1
-
- GOLDONI, Commedie scelte 1
-
- TASSE, La Gerusalemme liberata 1
- -- Traduction française 1
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- The Project Gutenberg's eBook of Mémoires touchant la vie et les écrits de Marie de Rabutin-Chantal. Vol. 3/6, by Walckenaer, Charles Athanase</title>
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-<pre>
-
-The Project Gutenberg EBook of Mémoires touchant la vie et les écrits de
-Marie de Rabutin-Chantal, vol. 3/6, by Charles Athanase Walckenaer
-
-This eBook is for the use of anyone anywhere at no cost and with
-almost no restrictions whatsoever. You may copy it, give it away or
-re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included
-with this eBook or online at www.gutenberg.org/license
-
-
-Title: Mémoires touchant la vie et les écrits de Marie de Rabutin-Chantal, vol. 3/6
-
-Author: Charles Athanase Walckenaer
-
-Release Date: April 19, 2016 [EBook #51802]
-
-Language: French
-
-Character set encoding: ISO-8859-1
-
-*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK MEMOIRES TOUCHANT LA VIE ***
-
-
-
-
-Produced by Clarity, Hélène de Mink, and the Online
-Distributed Proofreading Team at http://www.pgdp.net (This
-file was produced from images generously made available
-by the Bibliothèque nationale de France (BnF/Gallica) at
-http://gallica.bnf.fr)
-
-
-
-
-
-
-</pre>
-
-
-<div class="tnote">
-<p>Note sur la transcription: Les erreurs clairement introduites par le typographe ont été corrigées.
-L'orthographe d'origine a été conservée et n'a pas été harmonisée.
-Les numéros des pages blanches n'ont pas été repris.</p>
-
-<p>La notation {<sup>lt</sup>} sur la page <a href="#Page_456">456</a> est l'abrégé du livre tournois.</p>
-</div>
-
-
-<p><span class="pagenumh"><a id="Page_I"> I</a></span>
-<span class="pagenumh"><a id="Page_II"> II</a></span>
-<span class="pagenumh"><a id="Page_III"> III</a></span></p>
-
-<h1><span class="large">MÉMOIRES</span><br />
-<span class="xs">SUR MADAME</span><br />
-<span class="xlarge">DE SÉVIGNÉ</span><br />
-<span class="medium">TROISIÈME PARTIE</span></h1>
-
-<p><span class="pagenumh"><a id="Page_IV"> IV</a></span></p>
-<div class="topspace frontmatter">
-<hr class="tb" />
-<p class="small">TYPOGRAPHIE FIRMIN-DIDOT.&mdash;MESNIL (EURE).</p>
-</div>
-
-<p><span class="pagenumh"><a id="Page_V"> V</a></span></p>
-<div class="topspace titlepage">
-<p><span class="xxlarge">MÉMOIRES</span><br />
-<span class="medium">TOUCHANT</span><br />
-<span class="xlarge">LA VIE ET LES ÉCRITS</span><br />
-<span class="large">DE MARIE DE RABUTIN-CHANTAL</span><br />
-<span class="small">DAME DE BOURBILLY</span><br />
-<span class="large">MARQUISE DE SÉVIGNÉ</span>,</p>
-<p><span class="small">DURANT LE MINISTÈRE DU CARDINAL MAZARIN</span><br />
-<span class="small">ET LA JEUNESSE DE LOUIS XIV.</span></p>
-<p><span class="xs">SUIVIS</span><br />
-<span class="xs">De Notes et d'Éclaircissements.</span><br />
-<span class="xs">PAR</span><br />
-<span class="large">M. LE BARON WALCKENAER.</span></p>
-<hr class="deco" />
-<p><span class="medium">QUATRIÈME ÉDITION,</span><br />
-<span class="small">REVUE ET CORRIGÉE.</span></p>
-<div class="figcenter">
-<img src="images/deco.jpg" width="120" height="13" alt="" />
-</div>
-
-<p><span class="large">PARIS,</span><br />
-<span class="medium">LIBRAIRIE DE FIRMIN DIDOT FRÈRES, FILS ET C<sup>IE</sup></span>,<br />
-<span class="xs">IMPRIMEURS DE L'INSTITUT DE FRANCE,</span><br />
-<span class="xs">RUE JACOB, 56.</span></p>
-<hr class="deco" />
-<p><span class="medium">1880.</span></p>
-</div>
-
-<p><span class="pagenumh"><a id="Page_VI"> VI</a></span> </p>
-
-<div class="chapter">
-<p><span class="pagenum"><a id="Page_1"> 1</a></span></p>
-<h2><span class="xxlarge">MÉMOIRES</span><br />
-<span class="large">TOUCHANT LA VIE ET LES ÉCRITS</span><br />
-<span class="xs">DE</span><br />
-<span class="medium">MARIE DE RABUTIN-CHANTAL</span>,<br />
-<span class="small">DAME DE BOURBILLY,</span><br />
-<span class="xlarge">MARQUISE DE SÉVIGNÉ.</span></h2>
-
-<p class="extra">CHAPITRE PREMIER.<br />
-<span class="medium">1664-1666.</span></p>
-</div>
-
-<p class="hanging indent">
-Occupation de Bussy dans son exil.&mdash;Inconvénients qu'eurent pour
-lui les diverses éditions de l'<i>Histoire amoureuse des Gaules</i> et
-du cantique obscène et supposé qu'on y intercala.&mdash;Jouissances
-maternelles de madame de Sévigné&mdash;Louis XIV; sa cour.&mdash;Ses
-maximes de gouvernement.&mdash;Boileau, Racine, la Rochefoucauld
-font paraître leurs premiers ouvrages.&mdash;Tous ces écrivains sont
-les censeurs de leur époque.&mdash;La satire est personnelle.&mdash;Répulsion
-que madame de Sévigné devait éprouver pour le caractère des
-nouveaux littérateurs.&mdash;Si elle goûtait peu leur personne, il n'en
-était pas de même de leurs écrits.&mdash;Elle assiste chez madame de
-Guénégaud à une lecture faite par Racine et par Boileau.&mdash;Pomponne,
-revenu de son exil, assiste aussi à cette lecture.&mdash;Détails
-sur les personnages qui s'y trouvaient, sur madame de Feuquières,
-madame de la Fayette, la Rochefoucauld, Gondrin, Louis de Bassompierre,
-l'abbé de Montigny, d'Avaux, Châtillon, Barillon, Caumartin.&mdash;Détails
-sur madame de Guénégaud.&mdash;Portrait de cette
-dame par Arnauld d'Andilly.&mdash;Ses liaisons avec d'Andilly et avec
-<span class="pagenum"><a id="Page_2"> 2</a></span>
-son fils de Pomponne.&mdash;Elle marie sa fille au duc de Caderousse.&mdash;Mademoiselle
-de Sévigné liée avec mademoiselle de Montmort,
-qui épouse M. de Bertillac.&mdash;M. de Guénégaud sort de la Bastille.&mdash;Description
-du château de Fresnes.&mdash;Plaisirs qu'on y goûtait.&mdash;Mascarade
-à l'hôtel de Guénégaud.&mdash;Vers adressés à madame de
-Guénégaud.&mdash;Pomponne est nommé ambassadeur en Suède.&mdash;Mort
-d'Anne d'Autriche et du prince de Conti.&mdash;Le roi passe l'été
-à Fontainebleau, et madame de Sévigné à Fresnes.&mdash;Correspondance
-entre Pomponne et la société du château de Fresnes.&mdash;Lettres
-de madame de la Fayette et de madame de Sévigné à
-Pomponne.&mdash;Détails sur l'évêque de Munster.&mdash;Détails sur madame
-et M. de Coulanges.&mdash;Lettres de Pomponne à la société
-réunie à Fresnes.&mdash;Réflexions.</p>
-
-<p class="space">Nous avons terminé la seconde partie de ces <i>Mémoires</i>
-à l'exil du comte de Bussy: ce courtisan disgracié s'occupait
-à embellir sa demeure, cherchant vainement,
-dans ses goûts pour les arts et la poésie, une distraction
-aux tourments de l'ambition déçue et aux angoisses
-de l'amour trompé. La vanité qui le dominait
-ne lui permettait pas de croire qu'il fallût renoncer à
-aucune de ses espérances, et il ne pouvait calmer les
-agitations d'un c&oelig;ur en proie aux regrets, à la haine,
-à l'envie et à tous les sentiments les plus contraires
-au repos de l'âme. Il avait rangé dans la superbe galerie
-de son château les portraits des plus illustres personnages
-de l'histoire de France et, avec ses portraits de
-famille, ceux des hommes les plus célèbres et des femmes
-les plus belles et les plus spirituelles de son temps. Pour
-ces derniers portraits il avait composé des emblèmes et des
-inscriptions plus propres à faire briller la malice que la
-finesse de son esprit; et, par ses vaniteuses rancunes,
-il entretenait imprudemment l'animosité de ses ennemis<a id="FNanchor_1" href="#Footnote_1" class="fnanchor">&nbsp;[1]</a>.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a id="Page_3"> 3</a></span>
-Leur haine l'avait cependant aidé à obtenir plus promptement
-sa liberté. Le désir qu'ils avaient de se venger de
-lui leur fit outre-passer, dans leurs calomnies, la mesure
-de la vraisemblance. Nous avons dit, et avec juste raison,
-dans la seconde partie de ces <i>Mémoires</i><a id="FNanchor_2" href="#Footnote_2" class="fnanchor">&nbsp;[2]</a>, que le fameux
-libelle de Bussy, intitulé <i>Histoire amoureuse des Gaules</i>,
-ne contenait pas les couplets infâmes qu'on y a insérés
-depuis; et nous avions pensé, d'après les éditions de cet
-ouvrage que nous avions réunies, qu'on ne les avait
-intercalés que longtemps après: en cela nous nous trompions<a id="FNanchor_3" href="#Footnote_3" class="fnanchor">&nbsp;[3]</a>.
-Les ennemis de Bussy, aussitôt qu'il eut été mis à
-la Bastille, s'occupèrent de faire imprimer en Hollande
-l'ouvrage inculpé, et ils en firent faire une édition avec le
-nom de l'auteur<a id="FNanchor_4" href="#Footnote_4" class="fnanchor">&nbsp;[4]</a>. Celui qui prépara la copie de cette édition,
-au titre un peu déguisé d'<i>Histoire amoureuse des
-Gaules</i>, substitua celui d'<i>Histoire amoureuse de France</i>;
-et, au lieu de laisser subsister les noms supposés, il mit
-en toutes lettres les véritables noms des personnages,
-d'une manière beaucoup plus complète et plus exacte que
-dans la <i>clef</i> des deux éditions anonymes et subreptices
-qui avaient paru. Restait le cantique chanté durant la
-semaine sainte au château de Roissy, mais qui n'était
-pas dans les deux premières éditions, parce que la copie
-<span class="pagenum"><a id="Page_4"> 4</a></span>
-livrée à l'imprimeur par la marquise de la Baume ne le
-contenait pas. On avait fait d'assez nombreuses copies
-des couplets et vaudevilles composés à l'époque de la
-Fronde et du ministère du cardinal Mazarin, qui presque
-tous étaient dirigés contre ce ministre, le roi, la
-reine mère, ses filles d'honneur: plusieurs de nos bibliothèques
-conservent encore ces recueils, en écriture
-du temps, annotés et contenant des détails souvent
-vrais, souvent faux, sur les personnes chansonnées; ce qui
-faisait dire à Ménage qu'il était impossible d'écrire sincèrement
-l'histoire de son temps sans un recueil de vaudevilles<a id="FNanchor_5" href="#Footnote_5" class="fnanchor">&nbsp;[5]</a>.
-L'éditeur de l'<i>Histoire amoureuse de France</i>
-imagina d'aller chercher dans un de ces recueils tout ce
-qu'il y avait de plus immonde, de plus ordurier, de plus
-plat, dans les nombreux couplets dits <i>Alleluia</i>, parce
-qu'ils étaient sur l'air des noëls parodiés, composés contre
-le roi, <span class="small1">Monsieur</span>, Mazarin, la reine mère et ses filles
-d'honneur. Ce fut un libraire du Palais, nommé François
-Maugé, avec lequel Bussy avait été en relation, qui,
-de concert avec les puissants ennemis de ce dernier et
-entraîné par la cupidité, s'entendit avec un autre libraire
-de Bruxelles (Foppens)<a id="FNanchor_6" href="#Footnote_6" class="fnanchor">&nbsp;[6]</a>, pour faire paraître cette
-édition interpolée et scandaleuse de l'<i>Histoire amoureuse
-des Gaules</i>, la seule peut-être qui du vivant de l'auteur ait
-été publiée avec son nom; du moins plusieurs de ceux qui
-réimprimèrent ensuite l'<i>Histoire amoureuse de France</i>
-d'après cette édition eurent-ils la pudeur de supprimer
-le nom de Bussy sur le titre<a id="FNanchor_7" href="#Footnote_7" class="fnanchor">&nbsp;[7]</a>.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a id="Page_5"> 5</a></span>
-Deux syndics de la corporation des libraires de Paris,
-avertis par Foppens qu'il allait faire paraître cette édition,
-en instruisirent Bussy dans sa prison. Bussy se
-hâta d'écrire à Colbert à ce sujet, et il employa en
-même temps un habile commissaire de police pour découvrir
-ceux qui vendaient sous son nom l'<i>Histoire amoureuse
-de France</i>.</p>
-
-<p>Deux libraires surpris en flagrant délit furent saisis et
-mis à la Bastille. Bussy apprit, par l'interrogatoire qu'on
-fit subir à Maugé, que cet homme l'avait déjà dénoncé
-en 1663, comme lui ayant troqué deux exemplaires du
-<i>Testament du cardinal Mazarin</i>. Ce fait fut trouvé faux
-d'après les propres déclarations de Maugé, qui fut mis au
-cachot pour sa calomnie. Il en sortit deux jours après, ce
-qui parut suspect à Bussy; car il sut en même temps alors,
-d'après cette dénonciation, qu'on avait été sur le point de
-l'arrêter, lui Bussy, quand la cour allait à Vincennes
-en 1664, et qu'on en fut empêché par l'entretien qu'il
-avait eu à Fontainebleau avec le roi. Bussy, dans cet entretien,
-se justifia non pas de ce qui concernait la dénonciation
-faite contre lui, puisqu'il l'ignorait alors, mais
-<span class="pagenum"><a id="Page_6"> 6</a></span>
-d'être l'auteur des couplets ou des plaisanteries qu'on lui
-attribuait faussement. Le roi déclara au duc de Saint-Aignan
-qu'il était désabusé et satisfait des explications
-qui lui avaient été données par Bussy<a id="FNanchor_8" href="#Footnote_8" class="fnanchor">&nbsp;[8]</a>.</p>
-
-<p>Quand parut l'édition de l'<i>Histoire amoureuse de
-France</i> avec l'ignoble cantique et le nom de Bussy,
-Louis XIV n'eut pas besoin d'une nouvelle explication
-pour ajouter foi aux protestations de Bussy. Il ne douta
-pas un instant qu'il ne pouvait avoir part à cette édition
-ni au cantique. Par le manuscrit que lui avait remis Bussy,
-Louis XIV connaissait le cantique chanté à Roissy, et il
-savait que ni Bussy ni aucun de ceux qui, dans leur débauche,
-avaient pendant la semaine sainte fait parade
-d'impiété n'avaient pu proférer les paroles qu'on leur
-prêtait. Les disciples des Petit<a id="FNanchor_9" href="#Footnote_9" class="fnanchor">&nbsp;[9]</a>, des Théophile, des auteurs
-du <i>Parnasse satirique</i>, d'où partaient de telles
-attaques, se cachaient dans de honteux galetas, et ne
-hantaient pas les palais. L'homme de cour ne se croyait
-pas moins un honnête homme en affichant l'incrédulité en
-religion et le libertinage des m&oelig;urs; mais il aurait cru
-renoncer à jamais à ce titre s'il avait employé, en vers
-ou en prose, l'argot crapuleux de la débauche et le langage
-de la canaille. Bussy, qui passait pour un des plus
-beaux esprits de la cour et un des plus délicats, quoiqu'un
-des plus mordants, pouvait, moins qu'un autre,
-être soupçonné d'un si honteux travers. S'il inséra dans
-<span class="pagenum"><a id="Page_7"> 7</a></span>
-son roman historique le malin cantique chanté à Roissy,
-il ne le laissa certainement pas tel qu'il avait été improvisé,
-et il le supprima dans la copie qui fut communiquée
-à madame de la Baume. Les plaintes qu'il forma sur le
-tort que lui faisaient ses ennemis par l'édition de Bruxelles
-furent entendues et accueillies. Sa femme ayant alors demandé
-qu'il fût relâché pour se faire traiter d'une maladie
-dont il était atteint, Louis XIV envoya aussitôt Vallot,
-son premier médecin, et Félix, son premier chirurgien,
-pour visiter le prisonnier<a id="FNanchor_10" href="#Footnote_10" class="fnanchor">&nbsp;[10]</a>, et donna ordre de l'élargir.
-Bussy sortit enfin de la Bastille, pour n'y plus rentrer. Il
-avait écrit le 10 mars (1665) pour prier Colbert de faire
-arrêter les libraires qui débitaient l'édition de Bruxelles.
-Le 22 avril, la comtesse de Bussy avait adressé sa demande
-au roi, et le 17 mai Bussy était libre. Ces dates en
-disent plus que tous les arguments sur les couplets intercalés.
-Dans sa retraite, le duc de Saint-Aignan, le duc de
-Noailles et un grand nombre de personnages comblés
-des faveurs de Louis XIV continuèrent à correspondre
-avec Bussy, et s'honoraient d'être de ses amis. Mais ils
-ne purent jamais le faire rentrer au service, quoique la
-reine mère elle-même eût souvent intercédé pour lui lorsqu'il
-était en prison<a id="FNanchor_11" href="#Footnote_11" class="fnanchor">&nbsp;[11]</a>.</p>
-
-<p>Nous savons que, lors de l'accusation intentée à Bussy
-pour avoir composé des écrits offensants contre le roi et la
-reine mère, le vendredi 17 avril 1665 au matin, le chevalier
-du guet Testu se transporta chez Bussy, et, d'après
-les ordres qu'il avait reçus, s'empara de tous ses papiers,</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a id="Page_8"> 8</a></span>
-et même le fouilla. Au nombre des manuscrits que Testu
-saisit était celui de l'<i>Histoire amoureuse des Gaules</i>, le
-même que Bussy avait prêté au roi. Après que le lieutenant
-de justice criminel eut pris connaissance de ce manuscrit
-et de tous les papiers de Bussy, qu'il l'eut interrogé
-juridiquement et qu'on eut fait un rapport au roi
-sur le résultat de cette enquête, le roi déclara que Bussy
-n'avait rien écrit contre sa personne ni contre celle de la
-reine, et permit à ceux qui s'intéressaient à lui de parler
-en sa faveur. Mais cependant le roi dit en même temps
-qu'il retiendrait encore Bussy en prison, pour le dérober
-à la fureur des ennemis qu'il s'était faits par son libelle,
-parce que, sans cette précaution, ils le feraient assassiner;
-ce que Bussy confirme lui-même, puisqu'il avoue que,
-sur les avis qui lui furent donnés, il ne sortait plus
-qu'avec deux pistolets dans sa voiture, et qu'il se faisait
-suivre de quatre hommes à cheval, également armés<a id="FNanchor_12" href="#Footnote_12" class="fnanchor">&nbsp;[12]</a>.
-On sut bientôt que c'était sur la dénonciation du prince
-de Condé, et non par suite d'aucun ressentiment du roi,
-que Bussy avait été arrêté<a id="FNanchor_13" href="#Footnote_13" class="fnanchor">&nbsp;[13]</a>. Par les lettres du duc de
-Saint-Aignan, nous apprenons que ce fut le même motif
-qui força Louis XIV à exiler Bussy dans ses terres et
-qui l'empêchait de lui permettre de revenir à Paris et
-d'employer ses talents pour la guerre.</p>
-
-<p>Malgré la protection de la reine mère, de <span class="small1">Madame</span>, de
-<span class="small1">Mademoiselle</span>; malgré les vives sollicitations du duc de
-Saint-Aignan, du duc de Noailles, du comte de Gramont
-<span class="pagenum"><a id="Page_9"> 9</a></span>
-et de beaucoup d'autres<a id="FNanchor_14" href="#Footnote_14" class="fnanchor">&nbsp;[14]</a>, Bussy ne put être rappelé
-de son exil que dans l'âge où il n'était plus propre
-à faire le métier de courtisan et à recommencer celui de
-guerrier. Ces mêmes lettres du duc de Saint-Aignan
-nous disent que dans le cantique qui se trouvait dans le
-manuscrit remis au roi, d'après lequel Bussy avait fait
-ses lectures confidentielles, deux femmes d'un haut rang
-étaient diffamées, et que Turenne et Condé, qui prenaient
-à elles un vif intérêt, fortement courroucés contre
-l'auteur, s'opposaient toujours à ce qu'il reprît du service.
-Eux et leurs adhérents continuaient à attribuer à Bussy
-les nouveaux couplets et les épigrammes qui circulaient
-de temps à autre contre les généraux, le roi et sa cour.
-Le mécontentement de Bussy ne pouvait que donner
-crédit à cette accusation. L'édition de son libelle, réimprimé
-avec un titre plus clair, avec tous les noms et avec
-l'intercalation des <i>Alleluia</i>, en accrut encore le succès,
-et redonna à cette &oelig;uvre malheureuse le piquant de la
-nouveauté. Dans tous les temps, le public oiseux a aimé
-le scandale. Jamais la calomnie n'abandonne entièrement
-celui qui, par ses vices et ses travers, a prêté le flanc à
-ses coups: les blessures qu'elle lui fait sont incurables,
-et semblent être la juste punition de ses méfaits ignorés.
-Bussy remarque lui-même que les premières copies de
-l'<i>Histoire amoureuse des Gaules</i>, qui n'étaient pas falsifiées,
-furent mises de côté quand celles qui l'étaient parurent,
-parce que, dit-il, chacun court à la satire la plus
-forte, et trouve fade la véritable<a id="FNanchor_15" href="#Footnote_15" class="fnanchor">&nbsp;[15]</a>. Chaque fois qu'on
-<span class="pagenum"><a id="Page_10"> 10</a></span>
-réimprimait ce livre<a id="FNanchor_16" href="#Footnote_16" class="fnanchor">&nbsp;[16]</a>, comme on fit en 1671 et en 1677,
-il renouvelait les ressentiments qu'il avait excités lors de
-sa première apparition; et peut-être est-ce à cette cause
-que nous devons attribuer ces retours d'aigreur que madame
-de Sévigné manifeste quelquefois envers son cousin,
-après avoir déclaré qu'elle lui avait pardonné. Tandis
-que, dans son exil, Bussy était au milieu des ouvriers et
-des décorateurs de son château, madame de Sévigné,
-dans les fêtes et les cercles où elle conduisait sa fille,
-s'enivrait des jouissances de l'orgueil maternel, et augmentait
-le nombre de ses amis et de ses admirateurs.</p>
-
-<p>Cette cour, ce monde, où brillaient madame de Sévigné
-et sa fille, acquéraient chaque jour plus d'éclat par
-l'influence du jeune roi qui présidait aux destinées de la
-France. Ce n'est pas que nous soyons encore à l'époque
-la plus remarquable de son règne, mais nous sommes arrivés
-à celle qui est la plus utile à étudier pour l'historien
-et pour l'homme d'État. C'est pendant les années 1665 et
-1666 que Louis XIV a consolidé les bases de son gouvernement,
-préparé les combinaisons de sa politique, arrêté
-<span class="pagenum"><a id="Page_11"> 11</a></span>
-pour lui-même les règles de conduite qui ont fait sa grandeur<a id="FNanchor_17" href="#Footnote_17" class="fnanchor">&nbsp;[17]</a>.
-Tant qu'il les a suivies, ses succès furent constants;
-il n'éprouva de revers que lorsque ses fortes facultés
-eurent ployé sous le poids des années, et quand, fasciné
-par ses victoires et par le long exercice du pouvoir, il eut
-perdu cette volonté ferme qui l'astreignait aux maximes
-que lui-même s'était prescrites. Jusque-là il a pu dire
-avec vérité: «L'État, c'est moi;» car il était la pensée
-vivifiante de la monarchie, celui dont la main puissante
-comprimait toutes les ambitions coupables, dont les regards
-encourageaient tous les talents, dont les paroles
-dispensaient la fortune, les honneurs et la gloire.</p>
-
-<p>C'est en effet au temps dont nous traitons qu'on vit
-apparaître, comme par enchantement, plusieurs des
-grands écrivains qui devaient illustrer ce siècle. C'est
-dans les années 1665 à 1666 que la Fontaine, le conteur,
-fit paraître son premier volume<a id="FNanchor_18" href="#Footnote_18" class="fnanchor">&nbsp;[18]</a>, la Rochefoucauld ses
-<i>Maximes</i><a id="FNanchor_19" href="#Footnote_19" class="fnanchor">&nbsp;[19]</a>, Boileau son <i>Discours au roi</i> et sept de ses satires<a id="FNanchor_20" href="#Footnote_20" class="fnanchor">&nbsp;[20]</a>,
-Racine sa tragédie d'<i>Alexandre</i><a id="FNanchor_21" href="#Footnote_21" class="fnanchor">&nbsp;[21]</a>; que Molière
-mit le sceau à sa réputation par <i>le Tartuffe</i> et <i>le Misanthrope</i><a id="FNanchor_22" href="#Footnote_22" class="fnanchor">&nbsp;[22]</a>.</p>
-
-<p>Il est une chose digne de remarque relativement aux
-<span class="pagenum"><a id="Page_12"> 12</a></span>
-brillants athlètes qui s'élançaient simultanément dans l'arène
-littéraire: c'était leur audace; c'était leur dessein
-avoué de censurer en tout la société de cette époque;
-c'étaient leurs vives agressions contre les célébrités qui y
-primaient, contre les ridicules les plus en crédit, contre
-les ouvrages les plus prônés, les illusions les plus douces,
-les réputations les mieux établies, les doctrines les plus
-respectées. Le livre des <i>Maximes</i> tendait à faire disparaître
-ces idées chevaleresques, cette croyance à la sympathie
-des âmes et à l'amour platonique qui jusqu'alors
-avait souvent paré d'un semblant de vertu les vices d'une
-société dont ce livre était une amère satire. Molière et
-Boileau osaient, par de piquantes personnalités, donner
-plus de sel et de saveur à leurs redoutables sarcasmes.
-Racine, dédiant au roi sa tragédie d'<i>Alexandre</i>, dans
-une préface qu'il supprima depuis, s'attaque à Corneille,
-et lance des traits malins contre les admirateurs de ce
-grand homme. La comédie des <i>Plaideurs</i> parut la même
-année que la grande ordonnance sur la procédure civile
-(1667); et les maîtres, les protecteurs de la jeunesse du
-poëte irritable ayant osé blâmer ceux qui travaillaient
-pour le théâtre, il reversa<a id="FNanchor_23" href="#Footnote_23" class="fnanchor">&nbsp;[23]</a> sur eux les traits acérés du
-ridicule, dont Pascal s'était servi pour les défendre. Lorsque
-ces pieux solitaires, par leurs nombreux prosélytes,
-avaient mis en crédit la réforme qu'ils projetaient dans
-la religion et dans les m&oelig;urs, les licencieux récits de
-l'auteur de <i>Joconde</i> paraissent avec privilége, et sont lus
-sans scrupule.</p>
-
-<p>Madame de Sévigné avait, plus qu'aucune femme de
-<span class="pagenum"><a id="Page_13"> 13</a></span>
-son temps, l'instruction et le genre d'esprit nécessaires
-pour apprécier des génies de la trempe des Molière, des
-Boileau, des Racine et des la Fontaine; mais lorsque leurs
-premiers écrits parurent, elle était entièrement adonnée
-à l'éducation de ses enfants, et, sincèrement pieuse, elle
-faisait ses délices et son profit des traités de Nicole sur
-la morale. Quoiqu'elle ne se fût point interdit les fêtes,
-les spectacles et les plaisirs du monde, elle ne pouvait
-donner son approbation à des productions où Chapelain,
-Ménage, Saint-Pavin, Montreuil<a id="FNanchor_24" href="#Footnote_24" class="fnanchor">&nbsp;[24]</a> et tant d'autres de
-ses amis étaient personnellement offensés. L'odieux libelle
-de Bussy, où madame de Sévigné était outragée, avait
-fait explosion en même temps que les vers du satirique;
-et ce fut encore alors que, dans le Voyage de MM. Chapelle
-et de Bachaumont, qu'on venait de publier, la raillerie
-avait été poussée, à l'égard de «ce pauvre d'Assoucy<a id="FNanchor_25" href="#Footnote_25" class="fnanchor">&nbsp;[25]</a>,»
-à un degré de cynisme que Voltaire seul,
-à sa honte, a depuis surpassé<a id="FNanchor_26" href="#Footnote_26" class="fnanchor">&nbsp;[26]</a>.</p>
-
-<p>Nous en avons assez dit pour faire comprendre pourquoi
-<span class="pagenum"><a id="Page_14"> 14</a></span>
-madame de Sévigné éprouvait de la répulsion pour
-les jeunes poëtes dont la réputation commençait à s'établir.
-Mais elle avait un sentiment trop vif des beautés littéraires
-pour ne pas goûter leurs vers: comme elle ne voulait
-pas les admettre dans son intimité, elle aimait à se rendre
-dans les assemblées où ils les lisaient. Ainsi nous la
-trouvons avec sa fille chez son amie madame Duplessis
-de Guénégaud, écoutant Boileau réciter plusieurs de ses
-satires et Racine trois actes et demi de sa tragédie d'<i>Alexandre</i>,
-le 3 février 1665. Ce jour-là même arrive aussi
-chez madame de Guénégaud, après un long exil, M. de
-Pomponne, cet ami intime de madame de Sévigné, celui
-auquel elle avait assidûment écrit pour le mettre au courant
-de toutes les vicissitudes de crainte et d'espérance que
-lui avaient fait éprouver les interrogatoires du procès de
-Fouquet. On conçoit la joie de cette assemblée à l'aspect
-inattendu d'un tel hôte. Mais laissons de Pomponne s'expliquer
-lui-même. Il écrit le lendemain à son père, Arnauld
-d'Andilly, auprès duquel il s'était rendu et qu'il venait de
-quitter; il lui annonce son arrivée à Paris; il dit qu'il a
-d'abord été voir madame Ladvocat, sa belle-mère; ensuite
-M. de Bertillac, trésorier général de la reine, qui avait
-beaucoup contribué à son retour; qu'il avait reçu la visite
-de Hacqueville; et ensuite il continue ainsi<a id="FNanchor_27" href="#Footnote_27" class="fnanchor">&nbsp;[27]</a>:</p>
-
-<p>«Monsieur de Ladvocat me descendit à l'hôtel de Nevers
-(l'hôtel Guénégaud)<a id="FNanchor_28" href="#Footnote_28" class="fnanchor">&nbsp;[28]</a>, où le grand monde que j'appris
-qui était en haut ne m'empêcha point de paraître en
-<span class="pagenum"><a id="Page_15"> 15</a></span>
-habit gris. J'y trouvai seulement madame et mademoiselle
-de Sévigné, madame de Feuquières et madame de
-la Fayette, M. de la Rochefoucauld, MM. de Sens, de
-Saintes, de Léon, MM. d'Avaux, de Barillon, de Châtillon,
-de Caumartin et quelques autres; et sur le tout
-Boileau, que vous connaissez, qui y était venu réciter de
-ses satires, qui me parurent admirables; et Racine, qui
-y récita aussi trois actes et demi d'une comédie de Porus,
-si célèbre contre Alexandre, qui est assurément d'une fort
-grande beauté. De vous dire quelle fut ma réception par
-tout ce monde, il me serait difficile; car elle fut agréable
-et pleine d'amitié et de plaisir de mon retour. Il parut d'un
-si bon augure de me revoir après trois ans de malheur,
-dans un moment si agréable, que M. de la Rochefoucauld
-ne m'en augura pas moins que d'être chancelier.»</p>
-
-<p>Remarquons que, parmi toutes les notabilités qui se
-trouvaient dans cette assemblée, de Pomponne nomme
-d'abord madame de Sévigné et sa fille, et qu'il ne sépare
-pas madame de la Fayette du duc de la Rochefoucauld. La
-longue intimité de ces deux personnes, que la mort seule
-put dissoudre, avait commencé depuis longtemps, et
-le nom de l'une rappelait aussitôt celui de l'autre. Tous
-deux, ainsi que madame de Feuquières, sont nommés
-avant les évêques. La marquise de Feuquières, mariée
-seulement depuis deux ans, était s&oelig;ur d'Antoine, duc
-de Gramont, et son mari était cousin d'Andilly et parent
-de M. de Pomponne<a id="FNanchor_29" href="#Footnote_29" class="fnanchor">&nbsp;[29]</a>. M. de Sens<a id="FNanchor_30" href="#Footnote_30" class="fnanchor">&nbsp;[30]</a> était Henri de Gondrin,
-oncle du marquis de Montespan. Gondrin fut nommé
-évêque en 1646, et mourut en 1674<a id="FNanchor_31" href="#Footnote_31" class="fnanchor">&nbsp;[31]</a>. Il s'acquit une
-<span class="pagenum"><a id="Page_16"> 16</a></span>
-malheureuse célébrité par ses rigueurs contre les jésuites
-et les capucins. M. de Saintes était Louis de Bassompierre,
-fils naturel du maréchal de Bassompierre et de
-la marquise d'Entragues; il eut son évêché en 1648, et
-madame de Sévigné en parle comme d'un des plus aimables
-hommes de son temps. Le comte d'Avaux, qui
-avait travaillé avec Servien au traité de Munster, était
-déjà devenu un personnage important. De Châtillon,
-Barillon et Caumartin étaient tous les trois de la société
-intime de madame de Sévigné. C'est le chevalier de
-Châtillon qui lui demanda plaisamment huit jours pour
-faire un impromptu. Il devint par la suite capitaine des
-gardes de <span class="small1">Monsieur</span><a id="FNanchor_32" href="#Footnote_32" class="fnanchor">&nbsp;[32]</a>. Quant à Barillon et à Caumartin,
-tous deux dans la robe, nous aurons occasion d'en parler
-plus d'une fois. Le premier fut ambassadeur en Angleterre;
-le second, qui n'était encore que maître des requêtes,
-parvint à être conseiller d'État et intendant de
-Champagne.</p>
-
-<p>Les personnes les plus notables de cette assemblée
-avaient passé leur jeunesse à l'hôtel de Rambouillet<a id="FNanchor_33" href="#Footnote_33" class="fnanchor">&nbsp;[33]</a>.
-Madame de Rambouillet venait de mourir; mais la réputation
-de ceux qu'elle avait admis à ses réunions lui survivait.
-C'était encore à eux que les jeunes poëtes de la nouvelle
-école aimaient à soumettre leurs productions avant
-de les produire au grand jour. Madame Duplessis-Guénégaud,
-<span class="pagenum"><a id="Page_17"> 17</a></span>
-s&oelig;ur du maréchal de Praslin et de la maréchale
-d'Étampes<a id="FNanchor_34" href="#Footnote_34" class="fnanchor">&nbsp;[34]</a>, réunissait, avec les beaux esprits du temps,
-ceux qui avaient fait partie de cette société célèbre, pendant
-l'hiver, dans son hôtel à Paris; durant l'été, dans son
-beau château de Fresnes. On jouissait chez elle de cette
-franchise, de cette sûreté de commerce, de cet abandon
-auxquels étaient accoutumés les amis de madame de Rambouillet
-et qu'on ne retrouvait pas à la cour toute splendide,
-toute galante de Louis XIV, où les soucis de l'ambition
-et les exigences de l'étiquette mettaient obstacle
-aux jouissances sociales.</p>
-
-<p>Celles dont madame Duplessis-Guénégaud avait contracté
-l'habitude étaient, à cette époque, troublées par la
-captivité de son mari, qui se trouvait enveloppé dans la
-persécution dirigée contre les collaborateurs de Fouquet.
-Ce fut un motif pour les amis de madame de Guénégaud
-de se montrer plus assidus auprès d'elle; et il était juste
-que cette femme d'un si rare mérite trouvât de nombreux
-amis dans sa disgrâce, puisque elle-même, dans le temps
-de sa haute fortune, s'était montrée fidèle et courageuse
-en amitié. A cet égard il est d'autant plus opportun de
-citer ici un passage des Mémoires d'Arnauld d'Andilly que
-nous savons par lui-même qu'il fut écrit à l'époque dont
-nous traitons. Il raconte comment, sous Mazarin, il fut une
-première fois, pour l'affaire du jansénisme, exilé à Pomponne<a id="FNanchor_35" href="#Footnote_35" class="fnanchor">&nbsp;[35]</a>.</p>
-
-<p>«A peine étais-je arrivé à Pomponne que madame Duplessis
-<span class="pagenum"><a id="Page_18"> 18</a></span>
-vint m'y prendre, et me mena dans sa maison de
-Fresnes, qui en est proche, sans que monsieur son mari ni
-elle aient jamais voulu m'en laisser partir tant que cet
-exil dura... Notre amitié d'elle et de moi commença lors
-des guerres de Paris, où, nous trouvant ensemble à Port-Royal
-aux sermons de M. Singlin, nous parlions aussi
-hautement pour le service du roi qu'on pourrait le faire
-aujourd'hui... J'ai trouvé en madame du Plessis tout ce
-que l'on peut souhaiter pour rendre une amitié parfaite.
-Son esprit, son c&oelig;ur, sa vertu semblent disputer à qui
-doit avoir l'avantage. Son esprit est capable de tout, sans
-que son application aux plus grandes choses l'empêche
-d'en avoir en même temps pour les moindres. Son c&oelig;ur
-lui aurait, dans un autre sexe, fait faire des actions de
-courage tout héroïques; et sa vertu est si élevée au-dessus
-de la bonne et de la mauvaise fortune que ce ne serait
-pas la connaître que de la croire capable de se laisser
-éblouir par l'une et abattre par l'autre; enfin, pour le dire
-en un mot, c'est l'une de ces grandes âmes dont j'ai parlé
-dans un autre endroit de ces Mémoires<a id="FNanchor_36" href="#Footnote_36" class="fnanchor">&nbsp;[36]</a>.»</p>
-
-<p>L'amitié qui existait entre Arnauld d'Andilly et madame
-de Guénégaud était entretenue par la proximité de
-leurs habitations et rendue plus chère et plus précieuse à
-tous deux par les revers et les retours de fortune que tous
-deux éprouvèrent en même temps. La terre de Pomponne,
-terre noble de toute antiquité et depuis longtemps
-érigée en marquisat<a id="FNanchor_37" href="#Footnote_37" class="fnanchor">&nbsp;[37]</a>, située sur les bords de la
-Marne, près de Lagny, n'était qu'à une lieue et demie du
-château de Fresnes. Arnauld d'Andilly, au mois d'août
-<span class="pagenum"><a id="Page_19"> 19</a></span>
-1664, par suite des persécutions suscitées contre les religieuses
-de Port-Royal, avait été exilé à cette terre de
-Pomponne. Mais on eut honte des rigueurs exercées envers
-un vieillard qui avait rendu tant de services à l'État.
-Comme on l'avait privé de trois de ses filles, qui furent
-expulsées de Port-Royal et transportées dans un autre
-couvent, on permit à son fils, que son attachement à
-Fouquet avait fait reléguer à Verdun en mars 1662<a id="FNanchor_38" href="#Footnote_38" class="fnanchor">&nbsp;[38]</a>,
-de revenir et d'aller rejoindre son père à sa terre de Pomponne<a id="FNanchor_39" href="#Footnote_39" class="fnanchor">&nbsp;[39]</a>.
-La lettre de cachet qui lui accordait encore la faculté
-de rentrer dans Paris est datée du 2 février 1665<a id="FNanchor_40" href="#Footnote_40" class="fnanchor">&nbsp;[40]</a>:
-l'on peut, d'après cette date, juger de l'empressement qu'il
-mit à se rendre chez madame de Guénégaud, puisqu'il se
-trouvait chez elle le lendemain au soir, assez à temps pour
-entendre les lectures qu'y firent Boileau et Racine. M. de
-Guénégaud recouvra peu de temps après sa liberté, et la
-joie se répandit de nouveau à l'hôtel de Nevers et au château
-de Fresnes: joie de temps en temps un peu troublée
-par les exigences de la chambre de justice, auxquelles
-M. de Guénégaud espérait se soustraire. La somme considérable
-à laquelle il fut taxé ne l'empêcha pas de donner
-deux cent mille livres (400,000 livres, monnaie actuelle)
-en dot à sa fille, lorsqu'il la maria au duc de Caderousse.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a id="Page_20"> 20</a></span>
-Ce duc (car, quoique de Pomponne ne lui donne
-que le titre de marquis, en sa qualité d'Avignonais il
-était, depuis quelque temps, duc de la façon du pape
-Alexandre VII<a id="FNanchor_41" href="#Footnote_41" class="fnanchor">&nbsp;[41]</a>); ce duc, dis-je, avant d'épouser mademoiselle
-de Guénégaud, avait recherché en mariage mademoiselle
-de Sévigné. Nous ignorons les causes qui ont
-empêché la conclusion de cet hymen, mais nous verrons
-par la suite que madame de Sévigné dut se féliciter d'avoir
-échappé au malheur d'une telle union<a id="FNanchor_42" href="#Footnote_42" class="fnanchor">&nbsp;[42]</a>. Celle qui devait
-être la victime de cet homme immoral fut, par une bizarrerie
-du sort, mariée en même temps que lui. La jeune de
-Montmort, alors amie de mademoiselle de Sévigné, épousa
-le fils de ce M. de Bertillac qui s'était montré si dévoué
-aux intérêts de M. de Pomponne<a id="FNanchor_43" href="#Footnote_43" class="fnanchor">&nbsp;[43]</a>.</p>
-
-<p>Madame de Guénégaud avait plusieurs motifs pour
-rappeler autour d'elle les plaisirs trop longtemps bannis
-de son séjour par le malheur qui avait frappé son mari.
-Enfin ce mari lui était rendu; et son gendre, âgé de vingt
-ans, beau, aimable, dont rien n'indiquait les inclinations
-vicieuses, devait, d'après les conventions de son contrat,
-être pendant deux ans, avec sa femme, l'hôte et le commensal
-de son beau-père et de sa belle-mère. Aussi, cette
-année, les divertissements furent fréquents à Fresnes,
-<span class="pagenum"><a id="Page_21"> 21</a></span>
-et la société y fut très-animée. Ce château de Fresnes,
-situé un peu au delà de Claye, près du confluent que forme
-la Beuvronne en se jetant dans la Marne, avait été, d'après
-les ordres de M. de Guénégaud, presque entièrement
-reconstruit par François Mansard. Les environs de Paris,
-si riches en magnifiques demeures, n'en offraient aucune
-qui surpassât Fresnes par la beauté des points de vue, la
-facilité qu'il présentait aux promeneurs de jouir sans fatigue
-de tous les agréments d'une belle nature, enfin par
-la commodité et la splendeur des appartements. Fresnes,
-par la grandeur et la magnificence du parc et des jardins,
-rappelait Vaux, cette splendide création de Fouquet. Par
-l'amabilité, l'esprit cultivé de madame de Guénégaud, on
-pouvait à Fresnes se croire encore à l'hôtel de Rambouillet,
-mais avec cette gaieté, ce sans-gêne que permettent
-les résidences à la campagne et que n'admettent
-point les salons de la ville. Madame de Sévigné, quand
-elle n'allait point à Livry, cédait volontiers aux invitations
-de madame de Guénégaud, et passait avec sa
-fille une partie de l'été à Fresnes. Les hôtes habitués
-de ce charmant séjour avaient gardé la coutume
-de l'hôtel de Rambouillet, de se désigner mutuellement
-par des noms empruntés aux romans ou à la mythologie,
-ou par des sobriquets baroques. Madame de Guénégaud
-était connue sous le nom d'Amalthée<a id="FNanchor_44" href="#Footnote_44" class="fnanchor">&nbsp;[44]</a>, sans
-doute à cause de l'abondance qu'elle faisait régner autour
-d'elle; M. de Pomponne portait le nom de Clidamant
-et M. Duplessis-Guénégaud celui d'Alcandre<a id="FNanchor_45" href="#Footnote_45" class="fnanchor">&nbsp;[45]</a>; Timanes
-<span class="pagenum"><a id="Page_22"> 22</a></span>
-est certainement M. de la Rochefoucauld; et quant aux
-autres personnages, Aniandre, Méliande, Cléodon, il est
-difficile de déterminer avec certitude ceux que ces noms
-servaient à désigner. Cet usage est cause que plusieurs
-des allusions qu'on trouve dans les lettres qui nous restent
-de M. de Pomponne sont aujourd'hui inexplicables.
-Il fait mention, dans une de ces lettres, des espiègleries
-que mademoiselle de Sévigné<a id="FNanchor_46" href="#Footnote_46" class="fnanchor">&nbsp;[46]</a> s'était permises envers quelques-uns
-des <i>Quiquoix</i>: c'était le nom jovial par lequel
-on désignait ceux qui fréquentaient habituellement le
-château de Fresnes et l'hôtel de Nevers. Enfin, tous les
-<i>Quiquoix</i>, lorsqu'ils étaient à Fresnes, femmes et hommes,
-se considéraient comme les nymphes et les tritons
-de la Beuvronne<a id="FNanchor_47" href="#Footnote_47" class="fnanchor">&nbsp;[47]</a>.</p>
-
-<p>Ces <i>Quiquoix</i> étaient des hôtes fort gais, très-aimables
-et très-spirituels, si nous en jugeons par les
-pièces de vers qu'adressèrent quatre d'entre eux à madame
-de Guénégaud, chez laquelle, pendant le carnaval,
-ils avaient, déguisés en muets du Grand Seigneur et
-masqués, dansé un ballet, sans avoir été reconnus. Ils
-supposent qu'ils en étaient morts de douleur et qu'ils lui
-écrivent des enfers:</p>
-
-<div class="poetry"><div class="stanza">
-<p>Du noir cabinet de Pluton,</p>
-<p>Et d'un des fuseaux de Clothon,</p>
-<p>Nous vous écrivons cette lettre,</p>
-<p>Qu'un Songe vient de nous promettre</p>
-<div><span class="pagenum"><a id="Page_23"> 23</a></span></div>
-<p>De vous porter dès cette nuit</p>
-<p>Sans vous faire ni peur ni bruit.</p>
-<p><b>. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .</b></p>
-<p>Sous mille formes différentes,</p>
-<p>Nos ombres, vos humbles servantes,</p>
-<p>D'un vol prompt quittant les enfers,</p>
-<p>Vont droit à l'hôtel de Nevers;</p>
-<p>Les beautés des champs Élysées</p>
-<p>Pour ce beau lieu sont méprisées:</p>
-<p>Mânes, fantômes et lutins,</p>
-<p>Esprits plus follets que malins,</p>
-<p>Un caprice nous y transporte</p>
-<p>Par la fenêtre et par la porte.</p>
-<p>Là, comme de notre vivant,</p>
-<p>Tantôt, derrière un paravent,</p>
-<p>Nous prenons grand plaisir d'entendre</p>
-<p>Un entretien galant et tendre;</p>
-<p>Tantôt, du coin du cabinet,</p>
-<p>Nous observons ce qui se fait;</p>
-<p>Tantôt, sous le tapis de table,</p>
-<p>Nous jugeons d'un conte agréable;</p>
-<p>Tantôt, sous les rideaux du lit,</p>
-<p>Nous rions lorsque quelqu'un rit.</p>
-<p><b>. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .</b></p>
-<p>Quoique nos ombres amoureuses</p>
-<p>Aiment les heures ténébreuses,</p>
-<p>Et qu'elles vous fassent leur cour</p>
-<p>La nuit plus souvent que le jour,</p>
-<p>Pour n'être pas toutes contentes,</p>
-<p>Elles ne sont pas déplaisantes.</p>
-<p><b>. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .</b></p>
-<p>Le mal, à ne rien celer,</p>
-<p>Est que nous ne saurions parler.</p>
-<p><b>. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .</b></p>
-<p>Quiconque en l'empire nocturne</p>
-<p>Descend muet et taciturne</p>
-<p>N'y devient pas fort éloquent,</p>
-<p>Ou ce miracle est peu fréquent;</p>
-<p>La mort prend tout, et la friponne</p>
-<div><span class="pagenum"><a id="Page_24"> 24</a></span></div>
-<p>Ne rend la parole à personne:</p>
-<p>Ainsi notre unique recours</p>
-<p>Est de vous écrire toujours.</p>
-<p>Lisez donc, charmante Amalthée,</p>
-<p>Une lettre qui fut dictée</p>
-<p>Du pays d'où nul ne revint,</p>
-<p>L'an mil six cent soixante-cinq<a id="FNanchor_48" href="#Footnote_48" class="fnanchor">&nbsp;[48]</a>.</p>
-</div></div>
-
-<p>Peut-être ces vers étaient-ils de M. de Pomponne: il en
-avait fait beaucoup dans sa jeunesse. Deux des madrigaux
-de la fameuse <i>Guirlande de Julie d'Angennes</i> sont signés
-<span class="small1">de Briote</span>, qui était son premier nom, et on a imprimé
-de lui une ode qui prouve un vrai talent pour la poésie<a id="FNanchor_49" href="#Footnote_49" class="fnanchor">&nbsp;[49]</a>.</p>
-
-<p>Mais il était occupé, au temps dont nous traitons,
-d'affaires plus sérieuses. La cessation des rigueurs du
-pouvoir fut pour de Pomponne le commencement d'une
-haute faveur. Le maréchal de Gramont et de Lionne,
-tous deux ses amis, parvinrent à le faire rentrer dans
-les emplois publics. Louis XIV le nomma ambassadeur
-extraordinaire en Suède à la fin de cette même année
-1665<a id="FNanchor_50" href="#Footnote_50" class="fnanchor">&nbsp;[50]</a>. Le jeune roi était attentif à s'entourer de tous
-les hommes capables, et il ne se laissait dominer par
-aucune prévention quand il s'agissait de l'intérêt de
-l'État. Non-seulement il avait permis au cardinal de Retz
-de rentrer, mais il traitait avec égard cet ancien chef de
-la Fronde, parce qu'il prévoyait en avoir besoin<a id="FNanchor_51" href="#Footnote_51" class="fnanchor">&nbsp;[51]</a>. Le
-<span class="pagenum"><a id="Page_25"> 25</a></span>
-même motif l'avait déterminé à faire d'un exilé un ambassadeur.
-L'emploi de toutes ses heures était réglé d'une
-manière invariable<a id="FNanchor_52" href="#Footnote_52" class="fnanchor">&nbsp;[52]</a>. Il ne s'en fiait point à ses généraux
-et à ses ministres pour les détails qui concernaient la
-guerre; il les faisait surveiller par des hommes habiles et
-sûrs, et entretenait pour cet effet une vaste correspondance.
-Il passait lui-même en revue l'armée avec une
-scrupuleuse attention<a id="FNanchor_53" href="#Footnote_53" class="fnanchor">&nbsp;[53]</a>. Par sa vigilance toujours active,
-son autorité était partout présente; elle agissait sur tous
-comme une divinité à la fois bienfaisante et redoutable.
-Il ne se contentait pas d'augmenter ses forces de terre et
-de mer; par ses négociateurs, il travaillait à faire concourir
-toutes les puissances aux desseins de sa politique. Il
-opposait secrètement le Portugal à l'Espagne, et ouvertement
-la Hollande à l'Angleterre. La marine, qu'il avait
-créée et organisée, réprimait la piraterie; il imposait
-ainsi aux nations qui jusque-là avaient eu la prétention de
-dominer sur les mers<a id="FNanchor_54" href="#Footnote_54" class="fnanchor">&nbsp;[54]</a>.</p>
-
-<p>La mort d'Anne d'Autriche, arrivée au commencement
-de l'année 1666, et ensuite celle du prince de
-Conti attristèrent la cour, et firent suspendre les fêtes.
-<span class="small1">Louis</span> XIV avait passé l'hiver à Saint-Germain en Laye,
-et résida la plus grande partie de l'été à Fontainebleau,
-fortement occupé de ses préparatifs de guerre, de ses
-négociations et de l'administration de son royaume.
-Madame de Sévigné ne faisait donc aucun sacrifice à
-madame de Guénégaud en consentant à aller passer à
-Fresnes la belle saison. Elle n'y put jouir de la société de
-<span class="pagenum"><a id="Page_26"> 26</a></span>
-M. de Pomponne, qui s'était rendu à Stockholm. Au sein
-des grandeurs et des affaires, sous le climat glacé de la
-Baltique, l'ambassadeur regrettait vivement le ciel de la
-patrie, son vieux père, les délices de son domaine, tous ses
-amis, les femmes aimables qui composaient la société de
-Fresnes et surtout madame de Sévigné et madame de la
-Fayette. Pour tromper un peu son ennui, il entretenait avec
-M. et madame de Guénégaud une correspondance sur ce
-ton badin qui, passé en habitude dans cette société de vrais
-amis, était comme l'indice de l'intimité de leur liaison. Une
-de ses lettres, qui est une réponse à celle qu'il avait reçue
-de M. de Guénégaud, est datée de Stockholm le 17 avril
-1666, et se termine ainsi: «De toutes les langues, je ne
-parle qu'un latin de négociations et d'affaires, qui n'est
-pas tout à fait aussi poli que celui de la cour d'Auguste. Je
-ne vois, pour tous livres, que des traités de guerre, de
-commerce et de pacification; et les intérêts du Nord, de
-l'Angleterre et de la Hollande sont les plus galantes choses
-dont je m'entretienne. Peut-être serai-je assez heureux
-pour reprendre bientôt le langage d'Amalthée; et c'est en
-celui de l'amitié, que l'on y parle mieux qu'en lieu du
-monde, ou plutôt que l'on ne parle que là, que je vous
-assure que nul triton n'est si inviolablement acquis que
-moi à toutes les nymphes et tous les tritons de la Brévone.»
-Puis il signe <span class="small1">Clidamant</span><a id="FNanchor_55" href="#Footnote_55" class="fnanchor">&nbsp;[55]</a>.</p>
-
-<p>Toute la société de Fresnes se réunit pour répondre à cet
-aimable ambassadeur. Nous n'avons plus la portion de la
-lettre écrite par M. et madame de Guénégaud et par
-<span class="pagenum"><a id="Page_27"> 27</a></span>
-M. de la Rochefoucauld; mais il nous reste celle qui fut
-tracée par madame de la Fayette et madame de Sévigné;
-et si nous négligions de la citer, on ne pourrait bien apprécier
-ni l'amitié qui unissait toute la société de Fresnes
-ni les succès qu'obtenait déjà dans le monde mademoiselle
-de Sévigné<a id="FNanchor_56" href="#Footnote_56" class="fnanchor">&nbsp;[56]</a>.</p>
-
-<p class="letter">DE MADAME DE LA FAYETTE A M. DE POMPONNE.</p>
-
-<p class="dater">«A Fresnes, ce 1<sup>er</sup> mai 1666.</p>
-
-<p>«Je suis si honteuse de ne vous avoir point écrit depuis
-que vous êtes parti que je crois que je n'aurais jamais osé
-m'y hasarder sans une occasion comme celle-ci. A l'abri
-des noms qui sont de l'autre côté de cette lettre (le nom
-de M. de Guénégaud et celui de M. de la Rochefoucauld),
-j'espère que vous vous apercevrez du mien. Aussi bien il
-y en a un qui le suit assez souvent. Mais apparemment,
-puisqu'il est question de mademoiselle de Sévigné, vous
-jugez bien que l'on ne parlera plus de moi, au moins sur
-ce propos; car ne plus parler de moi, ce n'est pas chose
-possible à Fresnes et à l'hôtel de Nevers. J'y suis le souffre-douleur;
-on s'y moque de moi incessamment. Si la douceur
-de madame de Coulanges et de madame de Sévigné
-ne me consolait un peu, je crois que je m'enfuirais dans
-le Nord.»</p>
-
-<p class="letter">DE MADAME DE SÉVIGNÉ AU MÊME.</p>
-
-<p>«Pour moi, je suis comme madame de la Fayette: si
-j'avais encore été longtemps sans vous écrire, je crois que
-je vous aurais souhaité mort, pour être défaite de vous;
-<span class="pagenum"><a id="Page_28"> 28</a></span>
-<i>chi offende non perdona</i>, comme vous savez. Cependant
-c'eût été grand dommage, car j'apprends que Votre
-Excellence fait autant de merveilles qu'elle se fait aimer
-quand elle est à Fresnes. Je suis donc fort aise de vous
-écrire, afin de ne vous plus souhaiter tant de mal. Nous
-sommes tous ici dans une compagnie choisie; si vous y
-étiez, il n'y aurait rien à désirer. J'ai causé ce matin deux
-heures avec monsieur votre père: si vous saviez comme
-nous nous aimons, vous en seriez jaloux. Adieu, monsieur
-l'ambassadeur; si l'évêque de Munster voit cette
-lettre, je serai bien aise qu'il sache que je vous aime de
-tout mon c&oelig;ur.»</p>
-
-<p>Christophe-Bernard Van Galen, prince-évêque de
-Munster, soudoyé par l'Angleterre, avait attaqué les Hollandais.
-Louis XIV envoya à leur secours six mille hommes<a id="FNanchor_57" href="#Footnote_57" class="fnanchor">&nbsp;[57]</a>,
-qui firent les troupes de l'évêque prisonnières dans
-Oudenbosch. Van Galen cherchait alors à négocier avec
-la France; mais son caractère violent donnait lieu de
-craindre qu'il n'arrêtât les courriers qui passaient pour se
-rendre en France; et c'est à cette circonstance que madame
-de Sévigné fait allusion dans sa lettre.</p>
-
-<p>Madame de Coulanges, qui se trouvait alors à Fresnes,
-avait épousé en 1659 le joyeux cousin de madame de
-Sévigné<a id="FNanchor_58" href="#Footnote_58" class="fnanchor">&nbsp;[58]</a>. Le nom de madame de Coulanges était Marie-Angélique
-Dugué de Bagnols; elle s'était fait remarquer
-de bonne heure par son esprit vif, brillant, mais caustique;
-et ce fut peut-être ce défaut qui l'empêcha d'acquérir
-l'influence et le crédit que paraissaient lui promettre
-<span class="pagenum"><a id="Page_29"> 29</a></span>
-sa parenté et ses succès dans le monde. Nièce
-du chancelier le Tellier, cousine germaine du ministre
-Louvois, accueillie, recherchée avec empressement dans
-tous les cercles d'élite, invitée dans toutes les fêtes de
-la cour et de tous les voyages, elle ne put jamais obtenir
-une intendance pour son mari. L'incapacité de celui-ci
-pour les affaires en fut la cause. Il avait été nommé conseiller
-au parlement de Metz en 1657; et son inaptitude à
-remplir ses fonctions est restée célèbre, parce qu'elle a
-introduit dans la langue une phrase proverbiale souvent
-employée. Deux paysans, dont l'un se nommait Grappin,
-se disputaient une mare d'eau: Coulanges, ayant à faire
-le résumé de cette affaire, avant de lire les conclusions de
-l'arrêt, s'embrouilla tellement dans les détails qu'il ne put
-s'en tirer; il resta court et quitta subitement son tribunal
-en disant: «Pardon, messieurs, je me noie dans la mare à
-Grappin. Je suis votre serviteur.» Madame de Coulanges,
-à l'époque où elle se trouvait à Fresnes, en 1666, avait
-environ vingt-sept ans. Elle fut plus coquette que madame
-de Sévigné, et eut une vertu moins ferme et plus
-contestée. Ceux qui s'empressaient alors autour d'elle
-étaient le galant abbé Testu, Brancas le distrait, le séduisant
-la Fare, mais plus particulièrement et plus assidûment
-le marquis de la Trousse, son parent et parent aussi
-de madame de Sévigné.</p>
-
-<p>La réponse que fit M. de Pomponne à la lettre collective
-démontre que mademoiselle de Sévigné avait déjà
-passé l'âge de la timidité virginale et qu'elle commençait
-à prendre part à tout ce qui se passait dans la société.</p>
-
-<p>«J'ai bien envie, dit de Pomponne, de murmurer contre
-l'ambassade; j'ai manqué le <i>salement</i> de mademoiselle de
-Sévigné. De tout ce que j'ai vu et entendu au pays de Brévone<a id="FNanchor_59" href="#Footnote_59" class="fnanchor">&nbsp;[59]</a>,
-<span class="pagenum"><a id="Page_30"> 30</a></span>
-rien ne m'a paru si digne de curiosité. Mais n'êtes-vous
-pas cruels, tous tant que vous êtes, de ne point
-m'expliquer de tels mots? Quelle honte qu'il ne se trouve
-personne parmi vous qui ait cette charité pour un pauvre
-<i>Quiquoix</i> dépaysé! Et cette madame de la Fayette, à qui
-l'on me renvoie, n'aurait-elle pas mieux fait de me le dire
-que de m'apprendre que l'on se moque d'elle depuis le
-matin jusqu'au soir, comme si ce m'était une chose fort
-nouvelle? Elle a été moquée et le sera; je l'ai été avant
-elle et le serai; enfin, c'est un honneur que nous partagerons
-longtemps ensemble. Pour madame de Sévigné, je
-comprends qu'elle avait assez d'affaires à voir saler sa
-pauvre fille pour ne lui pas reprocher de m'en avoir caché
-le mystère et pour n'avoir qu'à la remercier très-humblement
-des marques de son amitié, qu'elle a bien voulu
-hasarder à la discrétion de M. de Munster<a id="FNanchor_60" href="#Footnote_60" class="fnanchor">&nbsp;[60]</a>.»</p>
-
-<p>Heureux temps, où le sérieux des plus grandes affaires
-n'excluait pas la gaieté et les plus grotesques fantaisies;
-où l'urbanité, la décence et la grâce dominaient jusque
-dans l'abandon des plus folâtres jeux et du commerce le
-plus familier!</p>
-
-<div class="chapter">
-<p><span class="pagenum"><a id="Page_31"> 31</a></span></p>
-<h2 class="normal">CHAPITRE II.<br />
-<span class="medium">1666-1667.</span></h2>
-</div>
-
-<p class="hanging indent">
-Mademoiselle de Sévigné est chantée par les poëtes.&mdash;Ménage compose
-des vers pour elle.&mdash;La Fontaine lui dédie une de ses plus
-jolies fables.&mdash;Saint-Pavin lui écrit une lettre.&mdash;Il lui adresse des
-stances au sujet de son goût pour le reversis.&mdash;La froideur de mademoiselle
-de Sévigné empêchait les passions de naître.&mdash;Sa mère
-cherche à la marier.&mdash;Correspondance de Bussy et de madame de
-Sévigné à ce sujet.&mdash;Le duc de Caderousse et Desmoutiers, comte
-de Mérinville, se présentent pour l'épouser.&mdash;Ils sont éloignés, et
-pourquoi.&mdash;Madame de Sévigné va passer l'hiver aux Rochers.&mdash;Lettre
-en vers que lui écrit Saint-Pavin pour l'engager à revenir à
-Paris.&mdash;La cour réside, cet hiver, à Saint-Germain en Laye.&mdash;On
-y danse le ballet des <i>Muses</i>.&mdash;Molière compose, pour ce ballet,
-<i>Mélicerte</i> et <i>l'Amour sicilien</i>.&mdash;Madame de Sévigné profite de
-son séjour aux Rochers pour augmenter et embellir sa terre.&mdash;Elle
-revient au printemps à Paris.&mdash;Le roi était parti pour l'armée.&mdash;Commencement
-de la guerre avec l'Espagne.&mdash;Prétextes allégués.&mdash;Administration
-intérieure bien réglée.&mdash;Réformes de la justice.&mdash;Lettres
-et beaux-arts encouragés.&mdash;Victoires de Louis XIV.&mdash;Changement
-dans sa conduite à l'égard de ses maîtresses après
-la mort de la reine mère.&mdash;La Vallière est faite duchesse.&mdash;Intrigues
-du roi avec la princesse de Monaco.&mdash;Espiègleries de Lauzun.&mdash;Madame
-de Montespan prend la première place dans le
-c&oelig;ur du roi.</p>
-
-<p class="space">Trois ans s'étaient écoulés depuis que mademoiselle de
-Sévigné avait paru pour la première fois dans les ballets
-du roi. Depuis cette époque, ses attraits plus développés
-avaient acquis plus d'éclat. Son esprit et ses grâces, perfectionnés
-par l'éducation, en avaient fait une femme
-<span class="pagenum"><a id="Page_32"> 32</a></span>
-accomplie. L'admiration que partout elle faisait naître
-entretenait dans le c&oelig;ur de madame de Sévigné un orgueilleux
-sentiment de tendresse et d'amour qui absorbait
-toutes ses pensées. Dans son entière abnégation de toute
-autre jouissance, elle semblait ne plus considérer toutes
-les choses de ce monde que dans leurs rapports avec sa
-fille. Les louanges qu'on avait coutume de lui adresser à
-elle-même lui paraissaient un larcin fait à cet objet chéri;
-et dès lors, pour lui plaire, ce fut pour sa fille, et non
-pour elle, que les poëtes ses amis composèrent des vers.
-Ménage adressa à mademoiselle de Sévigné un madrigal
-en italien, langue qu'elle comprenait déjà très-bien<a id="FNanchor_61" href="#Footnote_61" class="fnanchor">&nbsp;[61]</a>. Le
-bon la Fontaine lui dédia une de ses plus jolies fables,
-celle du Lion amoureux.</p>
-
-<div class="poetry"><div class="stanza">
-<p>Sévigné, de qui les attraits</p>
-<p>Servent aux Grâces de modèle,</p>
-<p>Et qui naquîtes toute belle,</p>
-<p>A votre indifférence près,</p>
-<p>Pourriez-vous être favorable</p>
-<p>Aux jeux innocents d'une fable,</p>
-<p>Et voir sans vous épouvanter</p>
-<p>Un lion qu'Amour sut dompter.</p>
-<p>Amour est un étrange maître:</p>
-<p>Heureux qui ne peut le connaître</p>
-<p>Que par récit, lui ni ses coups!</p>
-<p>Quand on en parle devant vous,</p>
-<p>Si la vérité vous offense,</p>
-<p>La fable au moins peut se souffrir</p>
-<p>Celle-ci prend bien l'assurance</p>
-<p>De venir à vos pieds s'offrir</p>
-<p>Par zèle et par reconnaissance<a id="FNanchor_62" href="#Footnote_62" class="fnanchor">&nbsp;[62]</a>.</p>
-</div></div>
-
-<p><span class="pagenum"><a id="Page_33"> 33</a></span>
-Saint-Pavin avait écrit une lettre en vers à mademoiselle
-de Sévigné avant qu'elle eût commencé à prendre son
-essor dans le monde; et cette petite pièce est empreinte
-d'une facilité qui nous engage à la transcrire tout entière.</p>
-
-
-<div class="poetry"><div class="stanza">
-<p>A MADEMOISELLE DE SÉVIGNÉ.</p>
-</div>
-<div class="stanza">
-<p>L'autre jour, chagrin de mon mal,</p>
-<p>Me promenant sur mon cheval</p>
-<p>Sur les bords des vertes prairies,</p>
-<p>J'entretenais mes rêveries,</p>
-<p>Quand j'aperçus votre moineau</p>
-<p>Sur le haut d'un jeune arbrisseau.</p>
-<p>Beaucoup moins gai que de coutume,</p>
-<p>Il avait le bec dans la plume,</p>
-<p>Comme un oiseau qui languissait</p>
-<p>Loin de celle qu'il chérissait.</p>
-<p>Je l'appelai comme on l'appelle:</p>
-<p>Il vint à moi battant de l'aile;</p>
-<p>Et, sur mon bras s'étant lancé,</p>
-<p>Je le pris et le caressai;</p>
-<p>Mais après, faisant le colère,</p>
-<p>Je lui dis d'un ton bien sévère:</p>
-<p>Apprenez-moi, petit fripon,</p>
-<p>Ce qui vous fait quitter Manon.</p>
-<p>«Ah! me dit-il en son langage,</p>
-<p>Ma belle maîtresse, à son âge,</p>
-<p>S'offense et ne peut trouver bon</p>
-<p>Qu'on l'appelle encor de ce nom.</p>
-<p>Je sais que vous l'avez connue;</p>
-<p>Mais tout autre elle est devenue:</p>
-<div><span class="pagenum"><a id="Page_34"> 34</a></span></div>
-<p>Son esprit, qui s'est élevé,</p>
-<p>Plus que son corps est achevé;</p>
-<p>Il est bien juste qu'on la traite</p>
-<p>En fille déjà toute faite.</p>
-<p>Elle entend tout à demi-mot,</p>
-<p>Discerne l'habile du sot;</p>
-<p>Et sa maman, seule attrapée,</p>
-<p>La croit encor fille à poupée.</p>
-<p>Tous les matins dans son miroir</p>
-<p>Elle prend plaisir à se voir,</p>
-<p>Et n'ignore pas la manière</p>
-<p>De rendre une âme prisonnière;</p>
-<p>Elle consulte ses attraits,</p>
-<p>Sait déjà lancer mille traits</p>
-<p>Dont on ne peut plus se défendre</p>
-<p>Pour peu qu'on s'en laisse surprendre.</p>
-<p>Depuis qu'elle est dans cette humeur,</p>
-<p>Elle m'a banni de son c&oelig;ur,</p>
-<p>Et ne m'a pas cru davantage</p>
-<p>Un oiseau digne de sa cage.</p>
-<p>Désespéré, j'ai pris l'essor,</p>
-<p>Résolu plutôt à la mort</p>
-<p>Que voir une ingrate maîtresse</p>
-<p>N'avoir pour moi soin ni tendresse.</p>
-<p>Je sais que vous l'aimez aussi;</p>
-<p>Gardez qu'elle vous traite ainsi;</p>
-<p>Elle est finette, elle est accorte,</p>
-<p>Et n'aime que de bonne sorte.»</p>
-<p>Ce fut ainsi qu'il me parla,</p>
-<p>Puis aussitôt il s'envola.<a id="FNanchor_63" href="#Footnote_63" class="fnanchor">&nbsp;[63]</a></p>
-</div></div>
-
-<p>Dans des stances que Saint-Pavin adressa à mademoiselle
-de Sévigné, qui doivent être postérieures à cette
-épître, il la raille sur son goût pour le reversis.</p>
-
-<div class="poetry"><div class="stanza">
-<p>La jeune Iris n'a de souci</p>
-<p>Que pour le jeu de reversi,</p>
-<div><span class="pagenum"><a id="Page_35"> 35</a></span></div>
-<p>De son c&oelig;ur il s'est rendu maître:</p>
-<p>A voir tout le plaisir qu'elle a</p>
-<p>Quand elle tient un <i>quinola</i>,</p>
-<p>Heureux celui qui pourrait l'être!</p>
-<p><b>. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .</b></p>
-<p>Son c&oelig;ur devrait-il t'échapper,</p>
-<p>Amour? Fais, pour la détromper,</p>
-<p>Qu'elle ait d'autres amants en foule;</p>
-<p>La belle au change gagnera<a id="FNanchor_64" href="#Footnote_64" class="fnanchor">&nbsp;[64]</a>.</p>
-</div></div>
-
-<p>Ainsi que je l'ai dit dans une des précédentes parties de
-ces Mémoires, l'air froid, indifférent, dédaigneux même
-de mademoiselle de Sévigné, que sa mère, sa grande admiratrice,
-lui reproche doucement dans une de ses lettres,
-détruisait en partie l'effet produit par sa beauté. Sa conversation
-intéressait d'abord, parce qu'elle avait de l'esprit
-et du savoir; mais, comme rien ne partait du c&oelig;ur,
-que rien n'y était suggéré, animé par ses impressions du
-moment, on s'en lassait bientôt. Il paraît que plus tard,
-et dans l'âge où l'on fait de sérieuses réflexions sur soi-même,
-elle reconnut elle-même ce qui lui avait toujours
-manqué pour faire, comme sa mère, les délices des sociétés
-où elle se trouvait; car elle écrit à celle-ci: «D'abord
-on me croit assez aimable, et quand on me connaît
-davantage on ne m'aime plus.» Sentence qui fait jeter
-les hauts cris à madame de Sévigné; mais la manière dont
-elle la combat<a id="FNanchor_65" href="#Footnote_65" class="fnanchor">&nbsp;[65]</a> prouve que madame de Grignan continuait
-à être ce qu'avait été mademoiselle de Sévigné. Par une
-ferme résolution, nous pouvons perfectionner notre nature,
-mais nous ne pouvons la changer; elle reste toujours
-la même malgré le blâme de notre raison; et il est plus
-<span class="pagenum"><a id="Page_36"> 36</a></span>
-facile de reconnaître en nous ce qui fait défaut que d'acquérir
-ce qui nous manque.</p>
-
-<p>Cependant il était arrivé pour madame de Sévigné ce
-moment à la fois cruel et doux où une mère doit enfin consentir
-à confier à un mari les destinées de sa fille chérie,
-où elle doit se résoudre à n'être plus le seul et principal
-objet de ses affections, la confidente unique de ses pensées.</p>
-
-<p>A l'époque dont nous parlons, madame de Sévigné
-était péniblement préoccupée de ce grand devoir de mère.
-Peu de partis se présentaient, du moins de ceux qui pouvaient
-être acceptés. Les preuves de cette assertion se
-trouvent dans les lettres mêmes de madame de Sévigné et
-dans celles de Bussy, qui, en bon parent, partageait à cet
-égard les sollicitudes de sa cousine: il l'entretenait souvent
-de mademoiselle de Sévigné, dont il admirait l'esprit
-et la beauté, et il la désignait presque toujours par ces
-mots: «La plus jolie fille de France.»</p>
-
-<p>Lorsque mademoiselle de Brancas, liée avec mademoiselle
-de Sévigné, venait d'épouser (le 2 février 1667)
-Charles de Lorraine, prince d'Harcourt, Bussy écrivait
-à sa cousine: «Mademoiselle de Sévigné a raison de me
-faire ses amitiés: après vous, je n'estime et n'aime rien
-autant qu'elle. Je suis assuré qu'elle n'est pas si mal satisfaite
-de sa mauvaise fortune que moi; et sa vertu lui fera
-attendre sans impatience un établissement avantageux,
-que l'estime extraordinaire que j'ai pour elle me persuade
-être trop lent à venir.&mdash;Voilà de grandes paroles, madame;
-en un mot, je l'aime fort, et je trouve qu'elle devrait
-être plutôt princesse que mademoiselle de Brancas<a id="FNanchor_66" href="#Footnote_66" class="fnanchor">&nbsp;[66]</a>.»</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a id="Page_37"> 37</a></span>
-Un an plus tard, l'impatience de madame de Sévigné
-se trahit vivement par ces paroles contenues dans plusieurs
-réponses faites à Bussy: «La plus jolie fille de
-France vous fait ses compliments: ce nom paraît assez
-agréable; je suis pourtant lasse d'en faire les honneurs<a id="FNanchor_67" href="#Footnote_67" class="fnanchor">&nbsp;[67]</a>.»</p>
-
-<p>Bussy répond: «La plus jolie fille de France sait bien
-ce que je lui suis. Il me tarde autant qu'à vous qu'un autre
-vous aide à en faire les honneurs; c'est sur son sujet que
-je reconnais la bizarrerie du destin aussi bien que sur mes
-affaires<a id="FNanchor_68" href="#Footnote_68" class="fnanchor">&nbsp;[68]</a>.»</p>
-
-<p>Un mois après, madame de Sévigné écrit encore à
-Bussy: «La plus jolie fille de France est plus digne que
-jamais de votre estime et de votre amitié. Sa destinée est
-si difficile à comprendre que, pour moi, je m'y perds<a id="FNanchor_69" href="#Footnote_69" class="fnanchor">&nbsp;[69]</a>.»</p>
-
-<p>Je pense que le mot de cette énigme était parfaitement
-connu de madame de Sévigné et de Bussy, mais qu'ils ne
-voulaient pas se le dire mutuellement, parce qu'ils osaient
-à peine se l'avouer à eux-mêmes.</p>
-
-<p>La froideur de mademoiselle de Sévigné pouvait bien,
-ainsi que je l'ai dit, l'empêcher d'inspirer de grandes passions;
-mais alors, plus qu'à toute autre époque, ce n'était
-pas l'amour qui faisait contracter les mariages, c'étaient
-l'ambition et l'intérêt; c'étaient surtout les espérances que
-l'on pouvait fonder sur la faveur du monarque. Or, mademoiselle
-de Sévigné appartenait à une famille frondeuse
-et janséniste, dans laquelle ne se trouvait aucun homme
-<span class="pagenum"><a id="Page_38"> 38</a></span>
-puissant qui fût intéressé à sa grandeur. Le choc des factions
-avait abattu la haute fortune de Retz; Bussy, que
-ses talents militaires auraient pu faire parvenir aux plus
-hautes dignités de l'État, était, par sa faute, depuis longtemps
-disgracié. Ainsi aucun des chefs de cette famille
-ne pouvait contribuer à l'élévation de celui qui aurait
-contracté alliance avec elle; et cependant madame
-de Sévigné pensait que la beauté et la riche dot de sa
-fille lui donnaient le droit de n'accueillir pour elle que des
-propositions où le rang et la naissance se trouvaient en
-parfaite convenance avec ce qu'elle croyait avoir droit
-d'exiger; et comme elle portait naturellement ses prétentions
-au niveau de l'admiration qu'elle avait pour sa fille,
-peu de partis lui convenaient: ceux qui auraient pu la
-flatter, par les raisons que je viens d'exposer, ne se présentaient
-pas.</p>
-
-<p>Il s'en offrit pourtant plusieurs qui semblaient réunir
-toutes les conditions propres à être agréés, et les lettres
-de madame de Sévigné nous en font connaître deux: l'un,
-le duc de Caderousse, dont nous avons parlé, qui épousa
-mademoiselle de Guénégaud<a id="FNanchor_70" href="#Footnote_70" class="fnanchor">&nbsp;[70]</a>; l'autre, Charles de Mérinville,
-fis de François Desmoutiers, comte de Mérinville,
-chevalier des ordres du roi et alors lieutenant général
-de Provence. Le comte de Mérinville se trouvait à Paris
-en 1667, absent de son gouvernement; et il profita de
-cette occasion pour présenter son fils chez madame de
-Sévigné et lui demander sa fille en mariage<a id="FNanchor_71" href="#Footnote_71" class="fnanchor">&nbsp;[71]</a>. Cette proposition
-parut satisfaire madame de Sévigné, et l'union
-<span class="pagenum"><a id="Page_39"> 39</a></span>
-fut sur le point de se conclure. Le jeune homme était de
-l'âge de mademoiselle de Sévigné, mais il lui plaisait peu;
-et madame de Sévigné fit naître tant d'incidents par la
-crainte qu'elle avait d'arriver à une conclusion que les
-négociations commencées se rompirent<a id="FNanchor_72" href="#Footnote_72" class="fnanchor">&nbsp;[72]</a>. Ce ne fut que
-plus tard, ainsi que nous le dirons, que M. le comte de
-Grignan, beaucoup plus âgé que Mérinville et deux fois
-veuf, fut agréé par la mère et par la fille<a id="FNanchor_73" href="#Footnote_73" class="fnanchor">&nbsp;[73]</a>.</p>
-
-<p>Mais avant et dès le temps où elle s'était résolue à établir
-sa fille, madame de Sévigné avait songé à faire des
-économies. C'est pour y parvenir que, dans l'automne de
-l'année 1666, elle se rendit à sa maison des Rochers, et
-qu'elle se résolut à y prolonger son séjour pendant tout
-l'hiver<a id="FNanchor_74" href="#Footnote_74" class="fnanchor">&nbsp;[74]</a>. Ce fut là un grand sujet de contrariété et d'ennui
-pour ses amis de Paris et pour toutes les sociétés
-qu'elle animait par sa gaieté et par son esprit. Saint-Pavin
-se rendit leur organe, et lui adressa en Bretagne une lettre
-en vers, pour lui exprimer le désir que l'on avait de la
-voir revenir dans la capitale.</p>
-
-<div class="poetry"><div class="stanza">
-<p>Paris vous demande justice;</p>
-<p>Vous l'avez quitté par caprice.</p>
-<p>A quoi bon de tant façonner,</p>
-<p>Marquise? il y faut retourner.</p>
-<span class="pagenum"><a id="Page_40"> 40</a></span>
-<p>L'hiver approche, et la campagne,</p>
-<p>Mais surtout celle de Bretagne,</p>
-<p>N'est pas un aimable séjour</p>
-<p>Pour une dame de la cour.</p>
-<p>Qui vous retient? Est-ce paresse?</p>
-<p>Est-ce chagrin? est-ce finesse?</p>
-<p>Ou plutôt quelque métayer</p>
-<p>Devenu trop lent à payer?</p>
-<p>De vous revoir on meurt d'envie;</p>
-<p>On languit ici, on s'ennuie;</p>
-<p>Et les Plaisirs, déconcertés,</p>
-<p>Vous y cherchent de tous côtés.</p>
-<p>Votre absence les désespère;</p>
-<p>Sans vous ils n'oseraient nous plaire.</p>
-<p>Si vous étiez ici demain,</p>
-<p>La cour quitterait Saint-Germain;</p>
-<p>Et les Jeux, les Ris et les Grâces,</p>
-<p>Qui marchent toujours sur vos traces,</p>
-<p>Y rendraient l'Amour désormais</p>
-<p>Plus galant qu'il ne fut jamais.</p>
-</div></div>
-
-<p>Après nous avoir appris, par des contre-vérités sur mademoiselle
-de Sévigné, qu'elle s'appliquait avec succès à
-l'étude de l'espagnol et de l'italien, Saint-Pavin continue
-ainsi:</p>
-
-<div class="poetry"><div class="stanza">
-<p>Il faut quitter ce badinage.</p>
-<p>Votre fille est le seul ouvrage</p>
-<p>Que la nature ait achevé:</p>
-<p>Dans les autres elle a rêvé.</p>
-<p>Aussi la terre est trop petite</p>
-<p>Pour y trouver qui la mérite;</p>
-<p>Et la belle, qui le sait bien,</p>
-<p>Méprise tout et ne veut rien.</p>
-<p>C'est assez pour cet ordinaire,</p>
-<p>Et trop peut-être pour vous plaire;</p>
-<p>S'il est vrai, gardez le secret,</p>
-<p>Et donnez ma lettre à Loret:</p>
-<span class="pagenum"><a id="Page_41"> 41</a></span>
-<p>Je crois qu'en Bretagne on ignore</p>
-<p>S'il est mort ou s'il vit encore<a id="FNanchor_75" href="#Footnote_75" class="fnanchor">&nbsp;[75]</a>.</p>
-<p><b>. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .</b></p>
-<p><b>. . . . . . . . . . . . . .</b> Songez à partir.</p>
-<p>La réponse la plus touchante</p>
-<p>Ne pourrait payer mon attente;</p>
-<p>Tout le plaisir est à se voir.</p>
-<p>Les sens se peuvent émouvoir:</p>
-<p>Tel est vieux et n'ose paraître</p>
-<p>Qui, vous voyant, ne croit plus l'être<a id="FNanchor_76" href="#Footnote_76" class="fnanchor">&nbsp;[76]</a>.</p>
-</div></div>
-
-<p>La cour, ainsi que le dit Saint-Pavin, avait résidé à
-Saint-Germain durant l'hiver que madame de Sévigné
-passa en Bretagne; mais quoique les divertissements n'y
-eussent pas été aussi brillants que ceux des années précédentes,
-cependant ils ne furent que peu de temps suspendus
-par la mort de la reine mère. Benserade composa pour
-l'hiver de 1666 le <i>Ballet des Muses</i>, dans lequel le roi
-dansa avec <span class="small1">Madame</span>, mademoiselle de la Vallière, madame
-de Montespan et d'autres beautés. Ce fut à cette occasion
-que Molière rima son insipide pastorale de <i>Mélicerte</i>,
-qu'il se repentit d'avoir écrite et qu'il remplaça
-depuis par la jolie pièce du <i>Sicilien ou l'Amour peintre</i><a id="FNanchor_77" href="#Footnote_77" class="fnanchor">&nbsp;[77]</a>.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a id="Page_42"> 42</a></span>
-Madame de Sévigné profita de son séjour aux Rochers
-pour agrandir et embellir sa demeure sans nuire à ses
-projets d'économie. «J'ai fait planter, écrivait-elle à
-Bussy, une infinité de petits arbres et un labyrinthe d'où
-l'on ne sortira pas sans le fil d'Ariane; j'ai encore acheté
-plusieurs terres, à qui j'ai dit, selon la manière accoutumée:
-Je vous fais parc. De sorte que j'ai étendu mes promenoirs
-sans qu'il m'en ait coûté beaucoup<a id="FNanchor_78" href="#Footnote_78" class="fnanchor">&nbsp;[78]</a>.»</p>
-
-<p>Madame de Sévigné ne revint à Paris qu'au printemps
-suivant, vers la fin du mois de mai<a id="FNanchor_79" href="#Footnote_79" class="fnanchor">&nbsp;[79]</a>. Louis XIV était alors à
-Compiègne; mais il partit bientôt pour aller rejoindre son
-armée, et commencer enfin cette grande lutte contre l'Espagne
-à laquelle il se préparait depuis longtemps: vaste
-scène qui s'ouvrait pour l'Europe entière, et qui, après de
-sanglants combats, se termina par la conquête de la Flandre
-et celle de la Franche-Comté<a id="FNanchor_80" href="#Footnote_80" class="fnanchor">&nbsp;[80]</a>. Ainsi fut constitué ce
-beau royaume de France en une masse compacte et formidable,
-restée intacte malgré les désastres de la fin de
-<span class="pagenum"><a id="Page_43"> 43</a></span>
-ce glorieux règne, malgré la corruption et la mollesse
-des deux règnes suivants, malgré les affreuses convulsions
-de l'anarchie et la délirante ambition du génie des
-batailles.</p>
-
-<p>Tandis que Louis XIV, à Versailles, à Saint-Germain,
-aux Tuileries ou dans les camps, ne semblait s'occuper
-que de plaisirs, de politique et de guerre, toutes les réformes,
-toutes les institutions, tous les établissements qui
-devaient accroître les richesses et la prospérité de la
-France s'exécutaient comme il les avait déterminés
-dans son conseil. Quand, pour donner plus d'activité au
-commerce, il créa, en 1665, la compagnie des Indes occidentales,
-les commerçants qui devaient la composer furent
-assemblés au Louvre, sous la présidence de Colbert;
-et le roi parut en personne au milieu d'eux, pour les
-exhorter à se livrer avec toute sécurité à leurs opérations
-commerciales et pour leur donner l'assurance que ses vaisseaux
-les protégeraient jusqu'aux extrémités de l'univers<a id="FNanchor_81" href="#Footnote_81" class="fnanchor">&nbsp;[81]</a>.
-C'est dans cette année 1667, si mémorable par tant de succès
-guerriers<a id="FNanchor_82" href="#Footnote_82" class="fnanchor">&nbsp;[82]</a>, de traités et de négociations importantes<a id="FNanchor_83" href="#Footnote_83" class="fnanchor">&nbsp;[83]</a>,
-que furent promulguées ces belles ordonnances pour l'administration
-de la justice, admirées des jurisconsultes, et
-qu'on avait surnommées le Code Louis<a id="FNanchor_84" href="#Footnote_84" class="fnanchor">&nbsp;[84]</a>; que fut instituée
-l'Académie des sciences; que fut établie à Rome une Académie
-des beaux-arts; qu'on jeta les fondements de ce
-<span class="pagenum"><a id="Page_44"> 44</a></span>
-séjour de tant de savantes et impérissables découvertes,
-l'Observatoire de Paris; que furent commencés les travaux
-du canal qui devait joindre l'Océan à la Méditerranée;
-qu'enfin des prix furent distribués aux peintres, aux artistes;
-des récompenses données aux savants étrangers,
-afin de rattacher au drapeau de la France les talents les
-plus éminents, les plus hautes capacités<a id="FNanchor_85" href="#Footnote_85" class="fnanchor">&nbsp;[85]</a>.</p>
-
-<p>Le roi, en s'exposant plus qu'il n'était nécessaire, donna
-des preuves de bravoure personnelle<a id="FNanchor_86" href="#Footnote_86" class="fnanchor">&nbsp;[86]</a>; mais cependant
-ses ennemis étaient si mal préparés à se défendre, ses succès
-furent si rapides que, si on excepte le siége de Lille,
-cette campagne ressembla plus à une marche triomphale
-qu'à une lutte guerrière<a id="FNanchor_87" href="#Footnote_87" class="fnanchor">&nbsp;[87]</a>.</p>
-
-<p>Louis XIV conduisait avec lui la jeune reine; il la montrait
-aux peuples soumis comme leur légitime souveraine;
-car c'était pour soutenir les droits de sa femme à la souveraineté
-de ces contrées et à la succession d'Espagne, à
-laquelle cependant on avait renoncé par le traité des Pyrénées,
-qu'il entreprenait cette guerre<a id="FNanchor_88" href="#Footnote_88" class="fnanchor">&nbsp;[88]</a>. Une riante et
-gracieuse escorte de jeunes et belles femmes accompagnait
-<span class="pagenum"><a id="Page_45"> 45</a></span>
-Louis dans ses conquêtes. Partout, après les combats,
-des fêtes étaient préparées, spontanément offertes,
-ou commandées sous la tente et sur les champs de bataille:
-au milieu des dangers de la mort, incessamment bravés
-pour la patrie, la volupté semblait acquérir quelque chose
-de grand et de martial, qui désarmait la censure des esprits
-sévères.</p>
-
-<p>Le jeune roi donnait, sous ce rapport, à ses peuples, un
-exemple fatal, dont sa cour était fortement préoccupée.
-La mort de la reine mère avait achevé d'ôter à Louis XIV
-le peu de contrainte qu'il s'était imposée par égard pour
-elle. La femme si douce et si tendre qui ne voyait dans
-le roi qu'un amant, qui aurait voulu ensevelir dans l'ombre
-le secret d'une liaison coupable, celle dont le c&oelig;ur,
-avant d'être touché par l'amour de Dieu, ne palpita jamais
-que pour un seul homme, fut condamnée à porter le
-titre de duchesse, à laisser légitimer par lettres patentes
-sa honte et ses dignités, à subir l'ennui d'un nombreux
-cortége, à dévoiler le mystère de ses accouchements,
-à voir ses deux enfants ravis dès leur naissance à sa
-tendresse maternelle, et, sous les noms de comte de
-Vermandois et de mademoiselle de Blois, reconnus, par
-actes publics, comme les honorés rejetons d'un royal
-adultère<a id="FNanchor_89" href="#Footnote_89" class="fnanchor">&nbsp;[89]</a>.</p>
-
-<p>Ce ne furent pas là encore ses plus grandes afflictions.
-Lorsque Louis XIV augmentait, par des faveurs qu'elle eût
-voulu repousser, les remords de la Vallière, il froissait
-son c&oelig;ur par de fréquentes infidélités, indices certains de
-<span class="pagenum"><a id="Page_46"> 46</a></span>
-l'affaiblissement de son amour. Une de ces liaisons passagères,
-qui eut lieu avec la princesse de Monaco, fille du
-duc de Gramont, acquit plus de publicité que toutes les
-autres, parce qu'elle occasionna la disgrâce du duc de
-Lauzun, amant favorisé de la princesse avant le roi. Lauzun
-fut mis à la Bastille, non-seulement pour n'avoir pas
-voulu un grade supérieur qui l'éloignait de la cour, mais
-pour avoir forcé sa perfide maîtresse à recevoir un soir
-les tendres protestations du roi à travers le trou d'une
-serrure dont Lauzun avait su dérober la clef. Louis XIV
-pardonna à Lauzun cette audacieuse espièglerie, parce
-que le goût qu'il avait pour celle qui en avait été l'objet
-se passa promptement<a id="FNanchor_90" href="#Footnote_90" class="fnanchor">&nbsp;[90]</a>.</p>
-
-<p>Mais une autre femme, réputée belle entre les belles, d'un
-caractère haut et fier, mariée à un homme plein d'honneur,
-respectée par la médisance, même à la cour, toucha
-vivement le c&oelig;ur de Louis XIV. C'était madame de Montespan,
-qui, par son esprit caustique, ses saillies, ses bons
-mots, son talent de narrer avec gaieté, s'était fait aimer
-de la reine et de madame de la Vallière. Celle-ci devina
-avant tout le monde (l'instinct de l'amour est le plus vif
-de tous) qu'elle était trahie, et que madame de Montespan
-allait être pour elle la cause du plus grand des malheurs,
-celui d'être obligée de se séparer d'un amant pour lequel
-l'ardeur de sa passion n'avait cessé de s'accroître. Ce secret
-fut divulgué à la cour durant cette campagne, et il ouvrait
-<span class="pagenum"><a id="Page_47"> 47</a></span>
-une nouvelle carrière aux intrigues qui s'agitaient sans
-cesse autour de ce monarque, dès son début couronné par
-la victoire, et déjà, si jeune, flatté par la renommée<a id="FNanchor_91" href="#Footnote_91" class="fnanchor">&nbsp;[91]</a>. La
-cour se tenait à Compiègne, afin de se trouver plus rapprochée
-des opérations de la guerre; et lorsqu'elles étaient
-suspendues, Louis XIV se hâtait de retourner à Compiègne,
-où l'attiraient les enchantements de sa nouvelle
-passion.</p>
-
-<div class="chapter">
-<p><span class="pagenum"><a id="Page_48"> 48</a></span></p>
-<h2 class="normal">CHAPITRE III.<br />
-<span class="medium">1667.</span></h2>
-</div>
-
-<p class="hanging indent">
-Madame de Sévigné revient à Paris, et écrit à Bussy.&mdash;Celui-ci dissimule
-avec elle.&mdash;Il demande au roi de rentrer au service.&mdash;Bussy
-avait conservé des amis, et entretenait une nombreuse correspondance.&mdash;Madame
-de Sévigné était la plus exacte à lui écrire.&mdash;La
-marquise de Gouville continuait de correspondre avec lui.&mdash;La
-marquise de Monglat s'efforce en vain de se remettre bien avec
-lui.&mdash;Les principaux correspondants de Bussy étaient le duc de
-Saint-Aignan, le duc de Noailles, le comte de Gramont, Benserade,
-Corbinelli, dom Cosme, général des feuillants, le P. Bouhours.&mdash;Jugement
-sur ce dernier.&mdash;Premier recueil des lettres
-de madame de Sévigné, données par Bussy, avec celles
-qu'il avait écrites.&mdash;Autres correspondants de Bussy en femmes:
-la marquise de Gouville, madame de Montmorency, la comtesse
-du Bouchet, mademoiselle d'Armentières, la maréchale d'Humières,
-la marquise d'Hauterive, mademoiselle Dupré.&mdash;Détails
-sur cette demoiselle, mise par Ménage au nombre des femmes
-illustres avec madame de Sévigné.&mdash;Madame de Scudéry.&mdash;Caractère
-de cette dame.&mdash;Comparée à madame de Sévigné.&mdash;Ce
-qu'elle écrit à Bussy sur les regrets d'avoir perdu son mari.&mdash;Des
-amis des deux sexes qu'avait madame de Scudéry.&mdash;De ses liaisons
-et de son cercle.&mdash;De son amitié pour le P. Rapin.&mdash;Elle
-le fait entrer en correspondance avec Bussy, et rend service à tous
-deux.&mdash;Pour se venger des vers de Boileau contre son mari, elle
-veut animer Bussy contre Boileau.&mdash;Vers de Boileau qui lui en
-ont fourni l'occasion.&mdash;Louis XIV demande l'explication de ces
-vers.&mdash;Ce qu'on lui répond.&mdash;Licence des m&oelig;urs de cette époque,
-autorisée par le monarque, la presse et le théâtre.&mdash;On joue
-l'<i>Amphitryon</i> et <i>George Dandin</i>.&mdash;Bussy ne se trouve pas offensé
-par le vers de Boileau, et refuse de s'associer au ressentiment
-de madame de Scudéry contre ce poëte.&mdash;Bussy demande au roi
-<span class="pagenum"><a id="Page_49"> 49</a></span>
-de servir, et n'obtient rien.&mdash;Il occupe alternativement son château
-de Chaseu et celui de Bussy.&mdash;Description que Bussy fait de
-la galerie de portraits qui se trouvait dans ce dernier château.</p>
-
-<p class="space">Lorsque madame de Sévigné revint à Paris, toute la
-haute société avait quitté cette capitale, tous ses amis
-étaient absents; et si elle recherchait parfois la solitude,
-ce n'était pas lorsqu'elle était en ville. Elle se résolut donc
-à passer l'été à Livry.</p>
-
-<p>«Toute la cour est à l'armée, écrivait-elle<a id="FNanchor_92" href="#Footnote_92" class="fnanchor">&nbsp;[92]</a> à Bussy; et
-toute l'armée est à la cour. Paris est un désert; et, désert
-pour désert, j'aime beaucoup mieux celui de la forêt de
-Livry, où je passerai l'été.</p>
-
-<p class="quote">En attendant que nos guerriers<br />
-Reviennent couverts de lauriers.»</p>
-
-<p>Ainsi que je l'ai exposé dans la seconde partie de ces
-Mémoires, la correspondance de madame de Sévigné
-avec Bussy, qui s'était renouée vers cette époque, ne devait
-plus se rompre. Ce que nous en possédons nous
-prouve que madame de Sévigné prenait une part très-vive
-aux succès de Louis XIV et de son armée: à chaque
-nouvelle victoire, elle exprime des regrets sincères que
-Bussy n'ait pas obtenu un commandement qui le mît à
-portée d'obtenir sa part de tant de gloire. Bussy, toujours
-dominé par son excessive vanité, dissimule avec sa
-cousine; il fait le dédaigneux et le philosophe: cependant
-il lui envoie régulièrement les suppliques qu'il adressait
-au roi à l'ouverture de chaque campagne, pour offrir ses
-services; mais il ne lui disait pas qu'il écrivait sans cesse
-<span class="pagenum"><a id="Page_50"> 50</a></span>
-à ses amis, pour qu'ils intercédassent aussi en sa faveur<a id="FNanchor_93" href="#Footnote_93" class="fnanchor">&nbsp;[93]</a>.</p>
-
-<p>Bussy avait conservé, malgré les défauts de son caractère,
-un bon nombre d'amis puissants et dévoués;
-il entretenait avec eux une correspondance très-active<a id="FNanchor_94" href="#Footnote_94" class="fnanchor">&nbsp;[94]</a>;
-il en avait une très-étendue avec des gens de lettres et
-avec des femmes spirituelles, qui l'instruisaient de toutes
-les nouvelles du jour et des intrigues de cour. Quelques-unes
-de ces femmes s'étaient rendues célèbres dans les
-cercles de précieuses et de beaux esprits, qui s'étaient
-multipliés dans Paris. Les unes étaient flattées d'être
-en commerce de lettres avec un homme de qualité et
-de l'Académie; les autres étaient des dames de la cour,
-dont quelques-unes avaient été ses maîtresses et avaient
-conservé avec lui des rapports d'amitié. La marquise de
-Monglat aurait bien voulu se remettre avec lui sur ce
-pied<a id="FNanchor_95" href="#Footnote_95" class="fnanchor">&nbsp;[95]</a>. Elle lui écrivit plusieurs fois pour se justifier, et
-tâcha de ranimer en lui ce qu'elle voulait conserver de son
-ancienne affection. Elle aussi avait beaucoup d'amis qui
-lui étaient sincèrement attachés: son caractère aimable
-était fort goûté de madame de Sévigné, qui la voyait
-souvent. Elle fit écrire à Bussy par plusieurs de ses correspondantes<a id="FNanchor_96" href="#Footnote_96" class="fnanchor">&nbsp;[96]</a>,
-<span class="pagenum"><a id="Page_51"> 51</a></span>
-qui ne purent rien gagner sur cet homme
-orgueilleux et vindicatif. Comme la santé de madame de
-Monglat s'était affaiblie et qu'elle eut quelques velléités
-de religion, elle s'était mise en rapport avec dom Cosme,
-prédicateur renommé et général des feuillants, pour lequel
-Bussy avait beaucoup de considération et d'estime.
-Elle l'employa comme intercesseur, mais ce fut encore en
-vain<a id="FNanchor_97" href="#Footnote_97" class="fnanchor">&nbsp;[97]</a>; et elle ne put empêcher que des tableaux emblématiques
-de son inconstance et de sa légèreté ne fussent
-placés dans le grand salon du château de Bussy<a id="FNanchor_98" href="#Footnote_98" class="fnanchor">&nbsp;[98]</a>, et que
-les devises mises sur ces peintures et au bas de son portrait
-ne donnassent matière aux entretiens d'un monde
-auquel la médisance plaît toujours.</p>
-
-<p>Parmi les principaux correspondants de Bussy, il faut
-d'abord nommer celui qui lui était le plus dévoué, le duc
-de Saint-Aignan, si aimé du roi et si bien instruit des secrets
-les plus intimes de son intérieur. Madame de Sévigné
-a dit avec raison de lui «qu'il a rendu à Bussy des
-services que nul autre courtisan n'aurait osé ni voulu lui
-rendre<a id="FNanchor_99" href="#Footnote_99" class="fnanchor">&nbsp;[99]</a>.» Le duc de Saint-Aignan avait composé des mémoires
-où il justifiait Bussy; et il eut le généreux courage
-de les montrer au roi<a id="FNanchor_100" href="#Footnote_100" class="fnanchor">&nbsp;[100]</a>.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a id="Page_52"> 52</a></span>
-Les autres correspondants de Bussy à la cour étaient
-le duc de Noailles, qui fut capitaine des gardes<a id="FNanchor_101" href="#Footnote_101" class="fnanchor">&nbsp;[101]</a>, et le
-comte de Gramont, rendu célèbre par les piquants mémoires
-que son beau-frère Hamilton a écrits sur les folies
-de sa jeunesse<a id="FNanchor_102" href="#Footnote_102" class="fnanchor">&nbsp;[102]</a>; le comte de Guiche, ceinturé comme
-son esprit, disait madame de Sévigné, et qui se trouvait
-alors enveloppé dans la disgrâce de Vardes<a id="FNanchor_103" href="#Footnote_103" class="fnanchor">&nbsp;[103]</a>. Parmi les
-ecclésiastiques et les gens de lettres, on doit nommer
-l'abbé de Choisy, plus célèbre par ses scandaleuses aventures
-que par le grand nombre de livres qu'il a composés;
-Benserade et Corbinelli (ce dernier alors était en
-Languedoc, entraîné aussi dans l'exil de Vardes<a id="FNanchor_104" href="#Footnote_104" class="fnanchor">&nbsp;[104]</a>); puis
-dom Cosme, dont nous avons parlé; et enfin le P. Rapin<a id="FNanchor_105" href="#Footnote_105" class="fnanchor">&nbsp;[105]</a>
-et le P. Bouhours. C'est à Bouhours que nous devons
-l'édition tronquée des <i>Mémoires de Bussy</i>, et, je
-crois, aussi l'édition si confusément ordonnée de sa correspondance.
-Bouhours était à la fois homme du monde,
-homme d'Église et homme de lettres; ayant les prétentions
-d'un puriste, et affectant l'autorité d'un critique;
-recherchant la réputation de bel esprit, et s'arrogeant l'importance
-d'un profond théologien; écrivant alternativement
-et avec facilité sur des sujets saints ou profanes,
-sérieux ou légers; auteur fécond, mais souvent futile;
-écrivain correct, mais non exempt d'affectation, et qui,
-<span class="pagenum"><a id="Page_53"> 53</a></span>
-fort admiré de madame de Sévigné, jouissait d'une réputation
-très-supérieure à ses talents<a id="FNanchor_106" href="#Footnote_106" class="fnanchor">&nbsp;[106]</a>.</p>
-
-<p>La correspondance de Bussy avec les femmes était bien
-plus nombreuse et d'une plus grande valeur. Parmi elles,
-la première à nommer est madame de Sévigné. Les lettres
-de Bussy à sa cousine, avec les réponses, remplissent
-presque entièrement les deux volumes du recueil de la
-correspondance qui fut publié par la marquise de Coligny,
-fille de Bussy, en 1697<a id="FNanchor_107" href="#Footnote_107" class="fnanchor">&nbsp;[107]</a>. Bayle fit l'éloge de ce recueil<a id="FNanchor_108" href="#Footnote_108" class="fnanchor">&nbsp;[108]</a>.
-Bussy composait beaucoup de vers, et il les envoyait à
-sa cousine pour les soumettre à son jugement; ces vers
-ont été imprimés, avec les lettres où ils se trouvaient
-insérés, dans le recueil dont nous parlons; et si les éditeurs
-de madame de Sévigné ont eu raison de débarrasser
-sa correspondance de cet inutile bagage, en réimprimant
-les lettres que Bussy lui avait adressées, ils ont eu tort
-de supprimer de ces lettres les passages qui concernaient
-les envois de ces pièces de vers, puisqu'ils constataient
-que ce goût de Bussy pour la poésie était partagé par sa
-cousine<a id="FNanchor_109" href="#Footnote_109" class="fnanchor">&nbsp;[109]</a>.</p>
-
-<p>Après madame de Sévigné, la marquise de Gouville
-mérite d'être mentionnée comme celle qui correspondait
-<span class="pagenum"><a id="Page_54"> 54</a></span>
-le plus assidûment avec Bussy. Ses lettres sont les plus
-spirituelles, les plus riches en détails amusants, narrés
-avec esprit et finesse<a id="FNanchor_110" href="#Footnote_110" class="fnanchor">&nbsp;[110]</a>. Elle avait pendant quelque temps
-enchaîné Bussy; et l'intimité qui avait existé entre
-eux donnait à leur commerce plus d'agrément, de franchise
-et de vérité. Il faut joindre à la marquise de
-Gouville son intime amie la comtesse de Fiesque, que
-Bussy appelait sa cousine. Folâtre et insouciante, elle
-était initiée et elle initiait Bussy à tous les secrets de la
-petite cour de <span class="small1">Mademoiselle</span>, dont elle faisait partie.</p>
-
-<p>Une dame qui par son mari portait le beau nom de
-Montmorency se montre le plus instructif des correspondants
-de Bussy. Ses lettres sont des espèces de bulletins
-de ce qui se passait à la cour, des promotions, des mariages,
-des décès, des intrigues, des nouvelles politiques
-qu'on y débitait, des anecdotes scandaleuses qu'on y racontait;
-le tout dit en deux mots, sans réflexions, sans
-phrases, et exprimé avec une concision remarquable. Des
-pièces de vers qui avaient circulé se trouvent aussi insérées
-dans ces lettres. Le nom de famille de cette
-madame de Montmorency était Isabelle d'Harville de
-Palaiseau, et elle appartenait à cette noble famille de
-guerriers qui, dès le commencement du quinzième siècle,
-s'étaient illustrés à la bataille d'Azincourt<a id="FNanchor_111" href="#Footnote_111" class="fnanchor">&nbsp;[111]</a>. Ni Bussy ni
-les mémoires contemporains ne nous apprennent rien
-sur cette dame de Montmorency. Au bas de son portrait
-Bussy avait mis cette inscription: «Digne non pas d'un
-homme de plus grande qualité, mais d'un homme plus
-<span class="pagenum"><a id="Page_55"> 55</a></span>
-aimable<a id="FNanchor_112" href="#Footnote_112" class="fnanchor">&nbsp;[112]</a>.» Cette inscription prouve du moins que ce mari
-d'Isabelle de Palaiseau était de la noble famille dont il
-portait le nom. Madame de Montmorency était peu favorisée
-de la fortune, quoique amie de la duchesse de Nemours,
-qui possédait de si grands biens et aurait pu se
-montrer plus généreuse à son égard<a id="FNanchor_113" href="#Footnote_113" class="fnanchor">&nbsp;[113]</a>.</p>
-
-<p>La comtesse du Bouchet écrivait aussi souvent à Bussy
-avec une liberté d'expression qui devait lui plaire beaucoup:
-accoutumée à tout dire, sa franchise donnait un
-grand prix à ses lettres<a id="FNanchor_114" href="#Footnote_114" class="fnanchor">&nbsp;[114]</a>.</p>
-
-<p>Henriette de Conflans, demoiselle d'Armentières, belle
-quoiqu'elle ne se mariât point, pieuse quoique amie de
-Bussy, était encore pour lui un correspondant qui avait
-toute sa confiance: c'était celle qui plaidait auprès de lui
-la cause de madame de Monglat avec le plus de chaleur,
-parce que celle-ci paraissait vouloir alors se mettre sous la
-direction de dom Cosme et renoncer à la vie mondaine<a id="FNanchor_115" href="#Footnote_115" class="fnanchor">&nbsp;[115]</a>.</p>
-
-<p>Parmi les autres femmes auxquelles Bussy écrivait plus
-souvent, on distingue la femme de son cousin, la maréchale
-d'Humières, dont le portrait, dans sa galerie, était
-accompagné de cette inscription: «D'une vertu qui, sans
-être austère ni rustique, eût contenté les plus délicats.» Elle
-était dame du palais de la reine: liée avec madame de Sévigné,
-<span class="pagenum"><a id="Page_56"> 56</a></span>
-belle et pieuse, elle termina<a id="FNanchor_116" href="#Footnote_116" class="fnanchor">&nbsp;[116]</a> sa longue vie aux
-Carmélites de la rue Saint-Jacques<a id="FNanchor_117" href="#Footnote_117" class="fnanchor">&nbsp;[117]</a>. Après cette dame respectable
-nous devons nommer la marquise d'Hauterive,
-fille du duc de Villeroy, à laquelle on reprochait de s'être
-mésalliée, quoiqu'elle eût épousé un bon et honorable
-gentilhomme, élégant dans ses goûts, amateur éclairé
-des beaux-arts et grand protecteur du Poussin<a id="FNanchor_118" href="#Footnote_118" class="fnanchor">&nbsp;[118]</a>. La correspondance
-de Bussy avec la marquise d'Hauterive n'a
-point été imprimée; mais nous savons, d'après une lettre
-du marquis d'Hauterive, que le portrait de cette dame
-devait occuper une place parmi les autres portraits de
-femmes avec lesquelles Bussy entretenait un commerce
-épistolaire<a id="FNanchor_119" href="#Footnote_119" class="fnanchor">&nbsp;[119]</a>.</p>
-
-<p>Mais, de tous les nombreux personnages qui correspondaient
-avec Bussy, il n'y en avait pas dont il eût,
-après madame de Sévigné, plus de plaisir à lire les
-lettres que celles de deux femmes sans rang, sans
-beauté, sans fortune, sans naissance: c'étaient mademoiselle
-Dupré et madame de Scudéry. Toutes les deux, il est
-vrai, étaient pleines de sens et d'esprit, et possédaient le
-talent d'écrire avec enjouement, pureté et élégance. La
-<span class="pagenum"><a id="Page_57"> 57</a></span>
-seconde était, sous ce rapport, très-supérieure à la première;
-mais celle-ci avait plus de célébrité, parce qu'elle
-appartenait à une famille d'érudits et de poëtes. Elle était
-la nièce et l'élève de Roland Desmarets<a id="FNanchor_120" href="#Footnote_120" class="fnanchor">&nbsp;[120]</a> et de Desmarets de
-Saint-Sorlin, l'auteur de la comédie des <i>Visionnaires</i>. Marie
-Dupré était laide, mais savante; car, si l'on en croit Bussy,
-elle parlait quatre langues également bien<a id="FNanchor_121" href="#Footnote_121" class="fnanchor">&nbsp;[121]</a>; elle avait, dit-on,
-approfondi la philosophie de Descartes, dont elle était
-enthousiaste, ce qui semble peu s'accorder avec son goût
-pour les bouts-rimés et les petits vers: on en trouve un grand
-nombre de sa composition dans les recueils du temps et dans
-les lettres de Bussy. Amie de Conrart, ce fondateur de l'Académie
-française, mademoiselle Dupré fut célébrée, en vers
-comme en prose, par un grand nombre d'hommes de lettres
-de son temps. Le savant Huet a rapporté dans ses Mémoires
-le madrigal en vers latins qu'il fit pour elle. Ménage
-ne lui adressa point de vers, mais il la nomme, dans son
-commentaire en langue italienne sur le septième sonnet
-de Pétrarque, au nombre des illustres contemporaines,
-avec mademoiselle de la Vigne, son amie, madame de la
-Fayette, madame de Scudéry, madame de Rohan-Montbazon,
-abbesse de Malnoue, et madame de Mortemart,
-abbesse de Fontevrault; puis enfin madame de Sévigné,</p>
-
-<p class="quote">Donna bella, gentil, cortese e saggia,<br />
-Di castità, di fede e d'amor tempio<a id="FNanchor_122" href="#Footnote_122" class="fnanchor">&nbsp;[122]</a>;</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a id="Page_58"> 58</a></span>
-car rarement Ménage, soit qu'il écrivît en vers ou en
-prose, en grec, en latin, en italien ou en français, se permit
-de nommer madame de Sévigné dans ses ouvrages,
-sans ajouter quelques vers à sa louange. Mademoiselle Dupré
-allait souvent passer la belle saison aux eaux minérales
-de Sainte-Reine, chez des amis dont le séjour était
-voisin du château de Bussy; et Bussy profitait de cette occasion
-pour l'attirer chez lui le plus souvent qu'il pouvait,
-ce qui prévenait entre eux cette tiédeur et cet alanguissement
-de l'intimité qu'une trop longue séparation ne manque
-jamais de produire<a id="FNanchor_123" href="#Footnote_123" class="fnanchor">&nbsp;[123]</a>.</p>
-
-<p>Madame de Scudéry n'était point savante; elle ne faisait
-point de vers. Par son mari et sa belle-s&oelig;ur, le nom
-qu'elle portait avait acquis une assez grande célébrité;
-elle n'en rechercha et n'en obtint aucune pour elle-même.
-Plusieurs ignorent qu'elle a existé. Quand il est
-parlé d'elle, on la confond avec la s&oelig;ur de Scudéry<a id="FNanchor_124" href="#Footnote_124" class="fnanchor">&nbsp;[124]</a>.
-Cependant, de toutes les femmes que la correspondance
-de Bussy nous fait connaître, madame de Scudéry est
-incontestablement, après madame de Sévigné, celle qui
-mérite la préférence. Elle est loin d'avoir l'imagination
-vive et brillante de la petite-fille de sainte Chantal; mais
-son style, moins figuré, moins animé, est plus correct; sa
-<span class="pagenum"><a id="Page_59"> 59</a></span>
-raison est plus calme et son jugement moins variable.
-Elle a sur madame de Sévigné le triste avantage d'avoir
-connu l'adversité, d'être née dans une condition qui
-l'exemptait des préjugés de naissance auxquels madame
-de Sévigné n'a pas échappé. Elle apprécie mieux le
-monde; ses réflexions, elle les tient de son expérience et
-de ses propres observations. L'expression de ses pensées
-est toujours simple, forte, naturelle et digne, en parfait
-rapport avec la noblesse de ses sentiments et l'élévation
-de son âme. L'académicien Charpentier déclare qu'elle
-n'écrit pas moins bien que mademoiselle de Scudéry,
-l'auteur de <i>Clélie</i> et de <i>Cyrus</i><a id="FNanchor_125" href="#Footnote_125" class="fnanchor">&nbsp;[125]</a>. De toutes les amies de
-Bussy, quoique la plus humble par le rang, madame de
-Scudéry fut celle qui lui rendit le service le plus important<a id="FNanchor_126" href="#Footnote_126" class="fnanchor">&nbsp;[126]</a>,
-puisqu'elle le fit rappeler de son exil. Elle était
-fort jeune et sans fortune lorsque Scudéry, dans un âge
-déjà avancé, l'épousa<a id="FNanchor_127" href="#Footnote_127" class="fnanchor">&nbsp;[127]</a>. Elle perdit son mari l'année même
-dont nous nous occupons, le 14 mai 1667. Restée veuve
-à l'âge de trente-six ans, elle ne contracta point de nouveaux
-liens, et s'adonna à l'éducation de son fils unique,
-qui entra dans les ordres. Les regrets qu'elle eut de perdre
-son mari sont vivement exprimés dans deux lettres à
-Bussy, à Bussy peu capable d'apprécier les sentiments
-d'une telle femme.</p>
-
-<p>«Quand j'ai commencé ma lettre<a id="FNanchor_128" href="#Footnote_128" class="fnanchor">&nbsp;[128]</a>, j'avais oublié que
-<span class="pagenum"><a id="Page_60"> 60</a></span>
-j'étais en colère contre vous. Comment, monsieur, me
-dire que je suis bien aise d'être veuve, moi qui, trois ans
-durant, ai pensé mourir de douleur d'avoir perdu un fort
-bon homme qui était de mes amis, comme s'il n'eût pas
-été mon mari; qui m'a toujours louée, toujours estimée,
-toujours bien traitée, et qui me déchargeait tout au moins
-de la moitié du mal que j'ai, à cette heure, de souffrir ma
-mauvaise fortune toute seule? Sachez, s'il vous plaît, monsieur,
-que, quand je parle des sentiments ordinaires des
-femmes, je ne m'y comprends point. Si j'ose le dire, je
-me trouve toujours fort au-dessus d'elles, et je vis d'une
-manière où la liberté ne me sert de rien: la société d'un
-honnête homme m'était plus douce. Faites-moi donc toutes
-les réparations que vous me devez.»</p>
-
-<p>Ces réparations, Bussy crut les avoir faites; mais elles
-ne pouvaient la satisfaire, et elle lui répondit<a id="FNanchor_129" href="#Footnote_129" class="fnanchor">&nbsp;[129]</a>:</p>
-
-<p>«Vous me faites injustice de ne me passer que six mois
-de véritable douleur de la mort de feu M. de Scudéry. J'en
-ai encore, je vous le jure; et comme je ne fais rien de
-cette liberté que vous dites qui console d'avoir perdu un
-mari, et que je n'en veux rien faire, vous voyez que j'ai
-perdu une grande douceur en son amitié. Je ne sais plus
-que faire de mon c&oelig;ur, je n'ai point trouvé de véritable
-ami depuis sa mort; cependant je vous avoue que c'est
-la seule rose sans épines qu'il y ait au monde, que l'amitié.
-Je crois que vous ne connaissez pas cela, vous autres; car
-j'ai ouï dire que ceux qui ont eu de l'attachement pour
-le frère n'en ont jamais eu pour la s&oelig;ur........ Il y a
-longtemps que je me suis donné le même avis que vous
-<span class="pagenum"><a id="Page_61"> 61</a></span>
-me donnez, de vivre avec le moins de chagrin qu'il me
-sera possible. J'ai réglé mon <i>rien</i> d'une manière qui fait
-que ma pauvreté ne paraît à personne, et je me passe assez
-doucement de tout ce que je n'ai pas. Il n'y a que la
-disette d'amis qui m'est insupportable; car j'avais toutes
-les qualités propres à être une amie du premier ordre;
-cependant tout cela ne me sert de rien, et je ne sais qui
-aimer.... Il faut s'accoutumer à ne vivre qu'en société;
-car pour en amitié, cela est presque impossible.»</p>
-
-<p>Cette femme qui se plaignait si vivement de manquer
-d'amis en était cependant sans cesse entourée, selon l'acception
-du monde. Sans être de la cour, elle voyait un assez
-bon nombre de gens de cour, et des plus hauts en dignités;
-sans aucune prétention à la littérature, les hommes
-de lettres se plaisaient à la fréquenter. Par la solidité de
-son caractère, l'égalité de son humeur, la finesse de son
-esprit, son tact parfait des convenances, elle était parvenue
-à réunir dans son modeste appartement une société
-choisie, préférable aux cercles les plus fameux de beaux
-esprits, aux assemblées brillantes des palais les plus somptueux.
-Mais elle savait distinguer ces liaisons du monde,
-ces attachements d'habitude fondés sur le besoin de se
-soustraire à l'ennui d'avec ceux où le c&oelig;ur avait quelque
-part; et ses plus tendres sentiments étaient réservés pour
-deux personnes de son sexe: l'une était mademoiselle de
-Portes, personne pieuse, retirée aux Carmélites de la rue
-Saint-Jacques, dans cette même maison où se réfugia de
-même, longtemps après elle, dans le même but de piété,
-la maréchale d'Humières<a id="FNanchor_130" href="#Footnote_130" class="fnanchor">&nbsp;[130]</a>; l'autre était cette demoiselle
-<span class="pagenum"><a id="Page_62"> 62</a></span>
-de Vandy que nous trouvons en relation assez étroite
-avec <span class="small1">Mademoiselle</span>, qui parle d'elle très-longuement
-dans un endroit de ses Mémoires<a id="FNanchor_131" href="#Footnote_131" class="fnanchor">&nbsp;[131]</a>.</p>
-
-<p>Après ces deux amies, les femmes que madame de Scudéry
-voyait le plus souvent étaient toutes de la cour:
-c'étaient madame du Vigean, la mère de la maréchale de
-Richelieu; madame de Villette, qui lui attira par la suite
-la protection et les bienfaits de madame de Maintenon;
-la marquise de Rongère<a id="FNanchor_132" href="#Footnote_132" class="fnanchor">&nbsp;[132]</a>, et madame de Montmorency,
-cette amie de Bussy dont nous avons parlé: celle-ci était
-une des femmes qu'elle goûtait le plus.</p>
-
-<p>La société de madame de Scudéry, conforme à ce que
-comportait sa situation dans le monde, était plus nombreuse
-en hommes qu'en femmes, et se composait également
-de plusieurs des correspondants de Bussy. Les ducs
-de Saint-Aignan et de Noailles étaient d'abord les deux
-personnages qui la voyaient le plus souvent; ils étaient
-aussi, par leur crédit et la faveur du monarque, les plus
-importants de son cercle; puis après venaient le comte de
-Guiche, d'Elbène<a id="FNanchor_133" href="#Footnote_133" class="fnanchor">&nbsp;[133]</a>, Sobieski, depuis roi de Pologne, et
-plusieurs autres. Parmi les hommes de lettres, on y remarquait
-l'abbé de Choisy, qui était aussi homme de cour; le
-P. Rapin; et plus tard Fontenelle, qui usa de son intervention
-pour être reçu à l'Académie française<a id="FNanchor_134" href="#Footnote_134" class="fnanchor">&nbsp;[134]</a>. Mais, de
-tous ceux qui se réunissaient chez madame de Scudéry, le
-<span class="pagenum"><a id="Page_63"> 63</a></span>
-P. Rapin fut celui qu'elle préférait, et avec lequel elle
-était le plus liée. Comme plusieurs de son ordre, sans négliger
-le monde, le P. Rapin se livrait à la fois à la prédication,
-aux belles-lettres, à la théologie; il composait alternativement
-des livres de piété et de littérature; ce qui
-faisait dire, par ses envieux, qu'il servait Dieu et le monde
-par semestre. A cette époque, il venait de compléter et de
-mettre au jour son poëme sur les Jardins, qui semblait
-comme un écho de la muse gracieuse de Virgile<a id="FNanchor_135" href="#Footnote_135" class="fnanchor">&nbsp;[135]</a> et qui
-lui valut une si belle renommée. C'est à madame de Scudéry
-que le P. Rapin dut l'honneur qu'il ambitionnait
-d'entrer en relation avec Bussy; et Bussy, le plaisir, auquel
-il fut très-sensible, d'avoir pour correspondant un
-homme de lettres aussi célèbre, un religieux aussi considéré.
-Leur correspondance fut très-active et longtemps
-prolongée. Le P. Rapin y trouvait des occasions, qu'il
-ne laissait jamais échapper, d'exhorter Bussy à se soumettre
-au joug salutaire de la religion; et Bussy, un moyen
-de donner, par l'espoir de sa conversion, plus de créance
-à ses projets de réforme, et de se procurer à la cour, afin
-de faire terminer son exil, un solliciteur qui, pour n'être
-pas au nombre des courtisans, n'en avait que plus de crédit
-auprès du roi<a id="FNanchor_136" href="#Footnote_136" class="fnanchor">&nbsp;[136]</a>.</p>
-
-<p>La lettre de madame de Scudéry qui détermina cette
-liaison entre deux hommes si différents par leur caractère,
-leurs m&oelig;urs, leur profession est remarquable; elle
-nous fait connaître cette femme intéressante et le P. Rapin
-sous les rapports les plus propres à les faire estimer
-<span class="pagenum"><a id="Page_64"> 64</a></span>
-tous deux. «Il a, dit-elle à Bussy en parlant de celui
-qu'elle recommande, une physionomie qui découvre une
-partie de sa bonté et de sa douceur. Il a une qualité dans
-l'esprit qui, à mon gré, est la marque de l'avoir véritablement
-grand: c'est qu'il le hausse et qu'il le baisse
-tant qu'il lui plaît... On peut dire de lui que ce n'est pas
-un docteur tout cru; mais sa science est si bien digérée
-qu'il ne paraît dans sa conversation ordinaire que du
-bon sens et de la raison.... Personne ne sait plus précisément
-parler à chacun de ce qu'il sait le mieux et de ce
-qui lui plaît davantage. Cela est admirable à un jésuite
-de savoir si bien une chose qui, à mon gré, est la plus
-grande science du monde<a id="FNanchor_137" href="#Footnote_137" class="fnanchor">&nbsp;[137]</a>.»</p>
-
-<p>Madame de Scudéry ne put jamais pardonner à Boileau
-les vers qu'il avait faits contre son mari, dont il avait légèrement
-changé le nom en celui de <i>Scutari</i>. Comme ces
-vers parurent moins d'un an avant qu'elle le perdît<a id="FNanchor_138" href="#Footnote_138" class="fnanchor">&nbsp;[138]</a>,
-peut-être avait-elle des raisons fondées de croire qu'ils
-avaient hâté la fin de ce vieillard, qu'elle chérissait comme
-<span class="pagenum"><a id="Page_65"> 65</a></span>
-un père et comme un ami. Aussi elle crut pouvoir profiter
-de la publication d'une nouvelle satire que le poëte
-venait de composer pour animer contre lui Bussy, qui s'y
-trouvait nommé. C'était la huitième satire, adressée à
-Morel, docteur de Sorbonne<a id="FNanchor_139" href="#Footnote_139" class="fnanchor">&nbsp;[139]</a>, dans laquelle Boileau introduit
-un marquis qui s'effraye du mariage, à cause des
-accidents dont il est trop ordinairement accompagné, et
-qui dit:</p>
-
-<div class="poetry"><div class="stanza">
-<p>Moi j'irais épouser une femme coquette!</p>
-<p>J'irais, par ma constance, aux affronts endurci,</p>
-<p>Me mettre au rang des saints qu'a célébrés Bussy!</p>
-<p>Assez de sots sans moi feront parler la ville<a id="FNanchor_140" href="#Footnote_140" class="fnanchor">&nbsp;[140]</a>.</p>
-</div></div>
-
-<p>Le mot <i>sot</i> avait alors en notre langue une double signification<a id="FNanchor_141" href="#Footnote_141" class="fnanchor">&nbsp;[141]</a>,
-qui rendait ce dernier vers plus piquant et
-l'allusion au livre de Bussy, contenue dans le vers qui le
-précède, beaucoup plus claire. Ce livre était, par les indiscrétions
-de Bussy et de ceux auxquels il l'avait montré,
-bien connu à la cour, quoiqu'il eût été vu de peu de personnes:
-c'était un petit volume in-16, élégamment relié
-en maroquin <i>jaune</i>, doublé de maroquin rouge enrichi
-de dorures, avec des clous et des fermoirs en or, au
-dos duquel était écrit: <span class="small1">Prières</span>. L'intérieur de ce volume
-<span class="pagenum"><a id="Page_66"> 66</a></span>
-contenait des portraits de femmes de la cour connues par
-leurs galanteries, représentées avec les emblèmes de
-sainte Cécile, de sainte Dorothée, de sainte Catherine,
-de sainte Agnès et autres saintes, selon les noms de baptême
-qu'elles portaient; et aussi des portraits d'hommes
-bien connus par leur rang, leurs dignités ou leur mérite,
-qui avaient reçu, dans l'état de mariage, de ces sortes
-d'échecs dont la Fontaine, d'après l'Arioste, dans son recueil
-de contes récemment imprimé, avait plaisamment
-démontré les avantages pour ceux qui les éprouvaient<a id="FNanchor_142" href="#Footnote_142" class="fnanchor">&nbsp;[142]</a>.
-Ces personnages étaient représentés sous les formes de
-saints et de martyrs, et travestis, l'un en saint Sébastien,
-l'autre en saint Jean-Baptiste, l'autre en saint George;
-chacun d'eux selon les noms qu'on leur avait donnés dès
-leur naissance. Au bas de ces portraits, tous encadrés en
-or, on lisait des explications en forme d'oraisons, qui
-ont depuis été grattées ou couvertes de tabis, ainsi que les
-peintures qui ont pu s'y trouver, par des hommes plus
-scrupuleux que Bussy, possesseurs après lui de ce mystérieux
-volume. Le fini et la parfaite exécution des miniatures
-l'ont sauvé d'une entière destruction<a id="FNanchor_143" href="#Footnote_143" class="fnanchor">&nbsp;[143]</a>. Lorsque
-Louis XIV eut entendu réciter les vers de Boileau,
-il en demanda l'explication: on lui dit que c'était une allusion
-à un badinage un peu impie du comte de Bussy;
-Louis XIV se contenta de cette réponse, et, dit-on, n'y
-<span class="pagenum"><a id="Page_67"> 67</a></span>
-pensa plus. Si on lui donna plus de détails, sans doute il
-considéra cette nouvelle espièglerie de Bussy comme une
-chose sans conséquence, qui d'ailleurs étant secrète, ou
-n'ayant de publicité que par l'indiscrétion d'un poëte, ne
-pouvait être passible d'aucune censure. Alors, presque
-chaque année, il paraissait une nouvelle édition<a id="FNanchor_144" href="#Footnote_144" class="fnanchor">&nbsp;[144]</a> plus complète
-du recueil des contes de la Fontaine, avec privilége
-du roi; en même temps, par permission du roi, on jouait
-<i>Sganarelle</i>, puis l'<i>Amphitryon</i> et <i>George Dandin</i>. Ces
-deux comédies de Molière disputaient la foule à l'<i>Andromaque</i>
-de Racine<a id="FNanchor_145" href="#Footnote_145" class="fnanchor">&nbsp;[145]</a>. Afin de satisfaire sa nouvelle passion,
-Louis XIV aussi alors usait de sa toute-puissance pour imposer
-silence aux plaintes d'un époux justement irrité. Il
-semblait donc que c'était se montrer bon courtisan que de
-s'égayer, comme faisaient la Fontaine, Molière et Bussy,
-aux dépens des maris trompés. Le jeune roi ne comprenait
-pas que les licences du théâtre et de la presse, qu'il encourageait,
-avaient sur les m&oelig;urs publiques une influence
-plus fatale que le scandale donné par lui aux grands de
-sa cour, alors trop séparés des autres classes du peuple
-pour que leurs exemples fussent aussi contagieux qu'ils le
-sont devenus depuis.</p>
-
-<p>Madame de Scudéry écrivit à Bussy ce qui s'était passé
-chez le roi: elle espérait que l'orgueilleux Bussy, irrité
-de l'audace de Boileau, romprait avec lui; mais Bussy,
-soit que sa vanité fût satisfaite de ce que l'auteur des Satires
-eût dans ses vers donné de la célébrité aux malices
-de son esprit, soit qu'il jugeât qu'il serait téméraire à lui
-<span class="pagenum"><a id="Page_68"> 68</a></span>
-d'ébruiter une affaire aussi délicate, soutint à madame de
-Scudéry que le vers de Boileau et la réponse faite au roi
-ne lui faisaient ni bien ni mal; qu'il ne devait nullement
-s'en offenser. «D'ailleurs, ajoute-t-il, Despréaux est un
-garçon d'esprit et de mérite, que j'aime fort<a id="FNanchor_146" href="#Footnote_146" class="fnanchor">&nbsp;[146]</a>.»</p>
-
-<p>Bussy, malgré ses vives sollicitations, ses flatteries et
-les louanges du roi répétées dans toutes ses lettres, même
-dans celles qui étaient adressées à ses amis les plus intimes,
-non-seulement ne put rentrer au service dans cette
-campagne ni dans la suivante, mais il n'obtint même pas
-alors d'être rappelé de son exil<a id="FNanchor_147" href="#Footnote_147" class="fnanchor">&nbsp;[147]</a>. Il fut réduit à passer du
-château de Chazeu à celui de Bussy, et de résider alternativement
-dans l'un et dans l'autre<a id="FNanchor_148" href="#Footnote_148" class="fnanchor">&nbsp;[148]</a>. Mais c'est au château
-de Bussy qu'il faisait de plus longs séjours; c'est là qu'était
-sa belle collection de portraits<a id="FNanchor_149" href="#Footnote_149" class="fnanchor">&nbsp;[149]</a>, dont il donne, en ces
-termes, la description dans une lettre adressée à la comtesse
-du Bouchet:</p>
-
-<p>«Je suis bien aise que notre ami Hauterive ait trouvé
-ma maison de Bussy à son gré. Il y a des choses fort
-amusantes qu'on ne trouve point ailleurs: par exemple,
-j'ai une galerie où sont tous les portraits de tous les rois
-<span class="pagenum"><a id="Page_69"> 69</a></span>
-de la dernière race, depuis Hugues Capet jusqu'au roi,
-et sous chacun d'eux un écriteau qui apprend tout ce
-qu'il faut savoir de leurs actions. D'un autre côté, les
-grands hommes d'État et de lettres. Pour égayer tout
-cela, on trouve en un autre endroit les maîtresses et les
-bonnes amies des rois, depuis la belle Agnès, maîtresse
-de Charles VII. Une grande antichambre précède cette
-galerie, où sont les hommes illustres à la guerre, depuis
-le comte de Dunois, avec des souscriptions qui, en parlant
-de leurs actions, apprennent ce qui s'est passé dans chaque
-siècle où ils ont vécu. Une grande chambre est ensuite,
-où est seulement ma famille; et cet appartement est terminé
-par un grand salon, où sont les plus belles femmes
-de la cour qui m'ont donné leurs portraits. Tout cela compose
-quatre pièces fort ornées et qui sont un abrégé d'histoire
-ancienne et moderne, qui est tout ce que je voudrais
-que mes enfants sussent sur cette matière<a id="FNanchor_150" href="#Footnote_150" class="fnanchor">&nbsp;[150]</a>.»</p>
-
-<div class="chapter">
-<p><span class="pagenum"><a id="Page_70"> 70</a></span></p>
-<h2 class="normal">CHAPITRE IV.<br />
-<span class="medium">1666-1667.</span></h2>
-</div>
-
-<p class="hanging indent">
-Madame de Sévigné va passer l'automne au château de Fresnes.&mdash;Sa
-correspondance avec de Pomponne continue.&mdash;Elle lui fait la description
-du salon de Fresnes et de la société qui s'y trouvait rassemblée.&mdash;Réflexions
-sur les agréments de la vie de château.&mdash;Détails
-sur Arnauld d'Andilly.&mdash;Sur madame de la Fayette.&mdash;Sur
-le comte de la Rochefoucauld.&mdash;Sur madame de Motteville.&mdash;Sur
-madame Duplessis de Guénégaud et sur la galerie de tableaux
-qu'elle avait formée.&mdash;Détails sur le comte de Cessac et sur les
-causes de sa disgrâce.&mdash;Sur madame de Caderousse, mademoiselle
-de Sévigné et mademoiselle Duplessis-Guénégaud.&mdash;Sur la mort du
-comte de Boufflers, qui fut le mari de cette dernière.&mdash;Effets malheureux
-des guerres.&mdash;Madame de Sévigné ne veut choisir un
-gendre que dans la noblesse d'épée.&mdash;Incertitude où l'on est sur
-ce qu'elle fit pendant l'hiver.&mdash;Brillant état des théâtres de Paris
-à cette époque.&mdash;Représentation du <i>Sicilien</i> et du <i>Misanthrope</i>.&mdash;Grand
-succès d'<i>Andromaque</i>.&mdash;Motifs qui font croire que madame
-de Sévigné a passé l'hiver à Paris.&mdash;Détails sur l'abbé le
-Tellier.&mdash;Lettre de mademoiselle de Sévigné à l'abbé le Tellier.&mdash;Devise
-du cachet de cette lettre.&mdash;Madame de Sévigné et sa fille
-partagent le goût du temps pour les emblèmes et les devises.</p>
-
-<p class="space">Madame de Sévigné ne passa point tout l'été à Livry,
-comme elle en avait manifesté le projet dans sa lettre à
-Bussy. Une lettre adressée à de Pomponne, en date du
-1<sup>er</sup> août 1667, nous la montre établie à demeure avec ses
-enfants dans le château de madame de Guénégaud, avec
-l'intention d'y rester jusqu'en novembre, époque à laquelle
-on devait jouer, à Fresnes, une pièce intitulée <i>les transformations
-de Louis Bayard</i><a id="FNanchor_151" href="#Footnote_151" class="fnanchor">&nbsp;[151]</a>. Nous savons que madame
-<span class="pagenum"><a id="Page_71"> 71</a></span>
-de Sévigné aimait à jouer la comédie, qu'elle était bonne
-actrice<a id="FNanchor_152" href="#Footnote_152" class="fnanchor">&nbsp;[152]</a>; peut-être avait-elle promis de jouer un rôle dans
-cette pièce. Dans une seconde lettre à de Pomponne, elle
-peint, avec la vivacité qui lui est naturelle, la société alors
-rassemblée dans le salon du château de Fresnes. «N'en
-déplaise au service du roi, je crois, monsieur l'ambassadeur,
-que vous seriez tout aussi aise d'être ici avec nous
-que d'être à Stockholm, à ne regarder le soleil que du
-coin de l'&oelig;il. Il faut que je vous dise comme je suis présentement.
-J'ai M. d'Andilly à ma main gauche, c'est-à-dire
-du côté de mon c&oelig;ur; j'ai madame de la Fayette à
-ma droite, madame du Plessis devant moi, qui s'amuse
-à barbouiller de petites images; madame de Motteville un
-peu plus loin, qui rêve profondément; notre oncle de
-Cessac, que je crains, parce que je ne le connais guère;
-madame de Caderousse, mademoiselle sa s&oelig;ur, qui est
-un fruit nouveau que vous ne connaissez pas; et mademoiselle
-de Sévigné sur le tout, allant et venant par le
-petit cabinet, comme de petits frelons. Je suis assurée,
-monsieur, que cette compagnie vous plairait fort<a id="FNanchor_153" href="#Footnote_153" class="fnanchor">&nbsp;[153]</a>.»</p>
-
-<p>Il était difficile de réunir une compagnie qui présentât
-une plus grande variété d'âge, de sexe, d'esprits, de talents
-et de caractères; qui fût plus propre à réaliser cette heureuse
-existence de la vie de château, où toutes les jouissances
-d'un luxe bien ordonné s'allient aux plaisirs champêtres;
-où l'on goûte à la fois les délices d'un commerce
-intime, les distractions de la société et les douceurs de la
-solitude; où une fréquentation habituelle permet à chacun
-<span class="pagenum"><a id="Page_72"> 72</a></span>
-de développer, sans fatigue et sans contrainte, ses moyens
-de plaire, de faire apprécier les qualités solides ou brillantes
-de son esprit. Là, du moins, l'estime et l'amitié, qui
-seules peuvent rendre les liaisons durables, ont le temps de
-naître et de se consolider. La société n'est plus une agrégation
-fortuite d'individus qui ne se voient qu'à de longs
-intervalles et pendant de courts instants: c'est une nombreuse
-famille, dont chaque membre ne se console de la
-nécessité de se séparer que par l'espoir de se retrouver encore,
-au retour de la belle saison, sous le même toit, le
-même ciel et les mêmes ombrages.</p>
-
-<p>Le patriarche de cette société, qui l'était aussi de Port-Royal,
-l'ancien des réunions de l'hôtel de Rambouillet,
-alors âgé de soixante et dix-huit ans, s'occupait à écrire
-les mémoires que nous avons de lui<a id="FNanchor_154" href="#Footnote_154" class="fnanchor">&nbsp;[154]</a>, d'après la prière
-que lui en avait faite Arnauld de Pomponne, son fils, auquel
-il en transmettait successivement tous les cahiers.
-On avait, l'année précédente, publié un recueil de ses
-lettres, qui faisaient connaître la part importante qu'il
-avait eue dans les affaires, les relations qu'il avait entretenues
-avec les personnages les plus élevés en dignités et
-les plus notables de son temps et les luttes qu'il avait eues
-à soutenir<a id="FNanchor_155" href="#Footnote_155" class="fnanchor">&nbsp;[155]</a>. La nécessité où il se trouvait alors de repasser
-<span class="pagenum"><a id="Page_73"> 73</a></span>
-dans sa mémoire les faits les plus remarquables de sa vie,
-ou ceux qui avaient le plus intéressé la génération précédente,
-devait accroître le plaisir que l'on avait toujours à
-l'écouter.</p>
-
-<p>Madame de la Fayette, qui étonnait Ménage et le P. Rapin
-par sa sagacité dans l'interprétation des passages
-difficiles d'Horace et de Virgile, ses deux poëtes favoris,
-avait déjà fait pressentir son talent comme romancier par
-la petite nouvelle intitulée <i>la Princesse de Montpensier</i><a id="FNanchor_156" href="#Footnote_156" class="fnanchor">&nbsp;[156]</a>;
-et il y a tout lieu de présumer qu'elle s'occupait alors de
-la composition de <i>Zayde</i><a id="FNanchor_157" href="#Footnote_157" class="fnanchor">&nbsp;[157]</a>. Le comte de la Rochefoucauld
-ne se trouvait point à Fresnes avec madame de la
-Fayette: quoiqu'il n'eût reçu, ainsi que le prince de Condé,
-aucun commandement pour cette campagne, il s'était
-rendu à l'armée comme simple volontaire; et, malgré la
-goutte qui le tourmentait, il était au camp devant Lille.
-Cette conduite lui valut une bonne réception de la part du
-roi et une riche abbaye pour son fils d'Anville<a id="FNanchor_158" href="#Footnote_158" class="fnanchor">&nbsp;[158]</a>.</p>
-
-<p>Madame de Motteville, cette sage amie de deux reines<a id="FNanchor_159" href="#Footnote_159" class="fnanchor">&nbsp;[159]</a>,
-<span class="pagenum"><a id="Page_74"> 74</a></span>
-qui perdit si jeune un époux âgé et déploya, dans un long
-veuvage, tant de vertu; dans l'infortune, tant de résignation;
-dans la faveur, tant de désintéressement; dans l'amitié,
-tant de constance; dans le commerce de la vie, un
-caractère si égal, un enjouement si naturel, un esprit si
-fin et si judicieux; madame de Motteville était alors retirée
-de la cour, où elle n'allait plus depuis que la mort lui
-avait enlevé la reine mère, son appui. En désapprouvant
-l'amour du roi pour la Vallière, madame de Motteville
-s'aperçut qu'elle avait déplu: parvenue alors à l'âge de
-quarante-cinq ans, elle ne vécut plus que pour ses amis, et
-consacra ses loisirs à la rédaction de ses mémoires, que
-son impartialité, sa candeur, l'élégance du style, l'importance
-des faits, la justesse des réflexions ont placés au
-nombre des monuments les plus utiles et les plus précieux
-de l'histoire de ces temps<a id="FNanchor_160" href="#Footnote_160" class="fnanchor">&nbsp;[160]</a>.</p>
-
-<p>C'est en plaisantant que madame de Sévigné dit de la
-dame de Fresnes, de la reine de cette réunion, de madame
-Duplessis-Guénégaud, qu'elle s'amusait à barbouiller des
-images. Cette dame s'occupait de peinture avec succès;
-elle était dirigée par Nicolas Loir, excellent peintre français,
-et par son frère le graveur. Elle et son mari étaient
-des amateurs éclairés des beaux-arts. La chapelle qu'ils
-avaient fait construire à Fresnes, par François Mansart,
-passait pour un chef-d'&oelig;uvre; et la collection qu'ils avaient
-réunie dans la galerie de leur château était une des plus
-riches et une des plus complètes en maîtres de tous les
-genres qu'on eût encore rassemblée. C'est pour M. de Guénégaud
-que Poussin fit une Bacchanale, citée comme une
-<span class="pagenum"><a id="Page_75"> 75</a></span>
-de ses plus belles compositions<a id="FNanchor_161" href="#Footnote_161" class="fnanchor">&nbsp;[161]</a>. Madame Duplessis-Guénégaud
-brodait aussi avec une rare habileté, ainsi que
-nous l'apprenons d'après des stances qui lui furent adressées
-au sujet d'un petit sac brodé de sa main, tout rempli
-de vers nouveaux<a id="FNanchor_162" href="#Footnote_162" class="fnanchor">&nbsp;[162]</a>, qu'elle avait donné à mademoiselle
-du Vigean.</p>
-
-<p>Ce que madame de Sévigné dit de M. de Cessac est
-bien remarquable quand on a scruté la vie de ce personnage.
-Elle l'appelle d'abord, par plaisanterie, notre oncle,
-parce que probablement il était parent de madame Duplessis-Guénégaud;
-puis elle ajoute «qu'elle le craint,
-parce qu'elle ne le connaît guère.» Était-ce talent de physionomiste?
-était-ce une sorte de pressentiment qui faisait
-éprouver à madame de Sévigné un peu d'effroi à la
-seule vue de M. de Cessac? ou plutôt serait-ce par une sorte
-de contre-vérité qu'elle exprime ce qu'elle pense de l'immoralité
-dont M. de Cessac donna, par la suite, des
-preuves qui le perdirent? De Cessac était le frère cadet de
-Louis Guilhem de Castelnau, comte de Clermont-Lodève,
-avec lequel, au grand détriment de celui-ci, il a été à tort
-confondu<a id="FNanchor_163" href="#Footnote_163" class="fnanchor">&nbsp;[163]</a>. N'ayant rien à prétendre dans l'héritage paternel,
-qui revenait en entier de droit à son frère aîné, et
-réduit à sa légitime, de Cessac dut chercher à se créer une
-existence. Il se fit d'abord abbé; mais, ne se sentant nullement
-propre à l'état ecclésiastique, il obtint un régiment
-de cavalerie, et, sous le ministère du cardinal Mazarin,
-<span class="pagenum"><a id="Page_76"> 76</a></span>
-il gagna au jeu, en trichant, des sommes énormes<a id="FNanchor_164" href="#Footnote_164" class="fnanchor">&nbsp;[164]</a> au
-financier d'Hervart. De Cessac osa, chez le roi, exercer
-sa coupable industrie; pris sur le fait, il fut simplement
-exilé et obligé de se défaire de sa charge; ensuite
-compromis dans l'affaire des poisons; puis rappelé;
-et, par tous ces motifs, nous verrons plusieurs fois
-reparaître son nom sous la plume de madame de Sévigné<a id="FNanchor_165" href="#Footnote_165" class="fnanchor">&nbsp;[165]</a>.</p>
-
-<p>Avec la jeune et nouvelle mariée, madame de Caderousse,
-madame de Sévigné mentionne sa s&oelig;ur Angélique
-de Guénégaud, qui était encore trop jeune pour être
-produite dans le monde, lorsque de Pomponne partit pour
-aller à Stockholm; voilà pourquoi madame de Sévigné dit
-qu'elle était pour lui un fruit nouveau. Depuis, elle épousa
-le comte François de Boufflers, frère aîné du maréchal
-<span class="pagenum"><a id="Page_77"> 77</a></span>
-de ce nom. Elle devint veuve presque aussitôt après ses
-noces; une lettre de madame de Sévigné nous apprend
-la singulière et tragique aventure de son mari, qui a
-fourni à la Fontaine le sujet d'une fable<a id="FNanchor_166" href="#Footnote_166" class="fnanchor">&nbsp;[166]</a>.</p>
-
-<p>Ces trois jeunes personnes, madame de Caderousse,
-mademoiselle de Guénégaud et mademoiselle de Sévigné,
-dans la fraîcheur et dans la joie du bel âge, égayèrent la
-société par leurs folâtres jeux; et comme des mouches
-brillantes, auxquelles madame de Sévigné les compare,
-elles voltigeaient partout, se mêlaient à tout sans jamais
-s'arrêter à rien.</p>
-
-<p>Cependant, même au milieu des plaisirs et de la tranquillité
-intérieure, la guerre produisait ses résultats ordinaires.
-«Presque tout le monde, dit madame de Sévigné
-en terminant sa lettre à de Pomponne, est en inquiétude de
-son frère ou de son mari; car, malgré toutes nos prospérités,
-il y a toujours quelque blessé ou quelque tué. Pour
-moi, qui espère y avoir quelque gendre, je souhaite, en
-général, la conservation de toute la chevalerie<a id="FNanchor_167" href="#Footnote_167" class="fnanchor">&nbsp;[167]</a>.»</p>
-
-<p>On voit, par ces mots, qu'elle ne trouvait digne de s'allier
-aux Rabutin et aux Sévigné que la noblesse d'épée,
-et qu'elle excluait celle de robe.</p>
-
-<p>Sa correspondance ne nous apprend pas si elle attendit
-à la campagne le commencement de ce qu'elle appelle les
-magies d'Amalthée<a id="FNanchor_168" href="#Footnote_168" class="fnanchor">&nbsp;[168]</a>, c'est-à-dire l'ouverture du théâtre de
-<span class="pagenum"><a id="Page_78"> 78</a></span>
-Fresnes, qui ne devait avoir lieu qu'à la Saint-Martin<a id="FNanchor_169" href="#Footnote_169" class="fnanchor">&nbsp;[169]</a>;
-ou si, revenue dans la capitale, elle alla jouir, à l'hôtel de
-Bourgogne ou au Palais-Royal, des enchantements produits
-par des magiciens bien autrement puissants sur la
-scène que ceux de madame Duplessis-Guénégaud. Alors
-Molière faisait représenter, avec son <i>Misanthrope</i>, ce joli
-acte du <i>Sicilien</i> ou <i>l'Amour peintre</i>, qui, par la délicatesse
-des sentiments, les grâces du dialogue, le comique
-de bon ton et la pureté du style, devait tant plaire à
-madame de Sévigné et à toutes les précieuses qui avaient
-fréquenté l'hôtel de Rambouillet; et le talent de Racine,
-à peine annoncé par le succès de la tragédie d'<i>Alexandre</i>,
-brillait de tout son éclat dans la tragédie d'<i>Andromaque</i>,
-chaque jour applaudie avec un enthousiasme dont on n'avait
-pas été témoin depuis <i>le Cid</i><a id="FNanchor_170" href="#Footnote_170" class="fnanchor">&nbsp;[170]</a>.</p>
-
-<p>Une lettre de mademoiselle de Sévigné nous fait croire
-que madame de Sévigné put assister aux premières représentations
-de ce chef-d'&oelig;uvre tragique et qu'elle passa
-l'automne à Paris. Cette lettre est adressée à l'abbé le Tellier,
-qui voyageait alors en Italie et se trouvait à Rome,
-où il s'était rendu probablement à l'époque du conclave
-ouvert après la mort d'Alexandre VII<a id="FNanchor_171" href="#Footnote_171" class="fnanchor">&nbsp;[171]</a>. L'abbé le Tellier
-<span class="pagenum"><a id="Page_79"> 79</a></span>
-était fils et frère de ministres. Déjà pourvu de cinq ou six
-abbayes, il préludait ainsi à l'épiscopat, qu'il obtint
-l'année suivante, avec la coadjutorerie à l'archevêché de
-Reims, où il fut lui-même nommé quatre ans après<a id="FNanchor_172" href="#Footnote_172" class="fnanchor">&nbsp;[172]</a>.
-C'était un homme hardi, orgueilleux, pétulant, spirituel,
-plus propre à manier le sabre qu'à porter la crosse, fort
-répandu dans le monde, aimable avec les femmes<a id="FNanchor_173" href="#Footnote_173" class="fnanchor">&nbsp;[173]</a>.
-Avant de partir, il avait dit à mademoiselle de Sévigné
-qu'il pousserait la hardiesse jusqu'à lui écrire, et il ne
-le fit pas. C'est pour lui reprocher ce manque de parole
-que mademoiselle de Sévigné lui écrivit la lettre suivante:</p>
-
-<p class="letter">LETTRE DE MADEMOISELLE DE SÉVIGNÉ<br />
-A L'ABBÉ LE TELLIER.</p>
-
-<p class="dater">«21 octobre 1667.</p>
-
-<p>«Vous m'avez menacée d'une si grande hardiesse quand
-vous auriez passé les monts que je n'osais l'augmenter
-par une de mes lettres; mais je vois bien, monsieur, que
-je n'ai rien à craindre que votre oubli; et c'est la marque
-d'un si grand mépris, après qu'on a promis aux gens de
-se souvenir d'eux, que j'en suis fort offensée. J'étais déjà
-<span class="pagenum"><a id="Page_80"> 80</a></span>
-préparée à la liberté que vous deviez prendre de m'écrire,
-et je ne saurais m'accoutumer à celle que vous prenez de
-m'oublier. Vous voyez que je ne vous la donne pas longtemps.
-J'ai soin de mes intérêts. Je n'ai pas même voulu
-les mettre entre les mains de madame de Coulanges, pour
-vous faire ressouvenir de moi. Il m'a paru qu'elle n'était
-pas propre à vous en faire souvenir agréablement. Il ne
-faut point confondre tant de rares merveilles, et je ne
-prendrai point de chemins détournés pour me mettre du
-nombre de vos amies. Je serais honteuse de devoir cet
-honneur à d'autres qu'à moi. Je vous marque assez l'envie
-que j'en ai en faisant un pas comme celui de vous écrire:
-s'il ne suffit, et que vous ne m'en jugiez pas digne, j'en
-aurai l'affront; mais aussi ma vanité sera satisfaite si je
-viens à bout de cette entreprise. Je suis votre servante.</p>
-
-<p class="signature">«M. (Marguerite) <span class="small1">de Sévigné</span>.</p>
-
-<p>«Ma mère est votre très-humble servante.»</p>
-
-<hr class="tb" />
-
-<p>Peut-être n'est-il pas au-dessous du soin que le biographe
-doit prendre de n'omettre aucun des détails qui puissent
-jeter quelque jour sur les inclinations et les habitudes des
-temps et des personnages qu'il a entrepris de faire connaître
-de dire ici que cette lettre de mademoiselle de Sévigné,
-trouvée à la Bibliothèque royale parmi les papiers
-de l'archevêque de Reims, avait été close au moyen d'une
-faveur couleur de rose, retenue aux deux bouts par un
-double cachet carré, très-petit, en cire noire, portant l'empreinte
-d'une grenade fermée, avec ces mots italiens: <i>Il
-piv</i> (piu). <i>grato</i>, <i>nasconde</i>: «Ce qu'elle a de meilleur,
-elle le cache.» On reconnaît ici le goût, si général alors,
-<span class="pagenum"><a id="Page_81"> 81</a></span>
-pour les emblèmes et les devises. Les carrousels et les
-ballets, si fréquents dans les fêtes de la cour depuis le règne
-du dernier roi, avaient introduit cette mode, qui fut adoptée
-et propagée par les beaux esprits galants et les
-<i>précieuses</i> chevaleresques de l'hôtel de Rambouillet. Ce
-goût était partagé par madame de Sévigné, et elle l'avait
-communiqué à sa fille. Clément, conseiller à la cour des
-aides et intendant du duc de Nemours, avait, dans sa riche
-bibliothèque, réuni les ouvrages sur les emblèmes et les
-devises publiées en différentes langues, mais plus particulièrement
-en italien; lui-même composait des devises fort
-ingénieuses, et avait acquis par là une petite célébrité.
-Ce fut lui qui donna à mademoiselle de Sévigné la devise
-gravée sur son cachet, devise que, depuis, madame de
-Coulanges appliqua à la Dauphine<a id="FNanchor_174" href="#Footnote_174" class="fnanchor">&nbsp;[174]</a>.</p>
-
-<div class="chapter">
-<p><span class="pagenum"><a id="Page_82"> 82</a></span></p>
-<h2 class="normal">CHAPITRE V.<br />
-<span class="medium">1668-1669.</span></h2>
-</div>
-
-<p class="hanging indent">Louis XIV s'empare de la Franche-Comté.&mdash;Formation de la triple
-alliance.&mdash;Louis XIV avait le génie du gouvernement, mais non le
-génie militaire.&mdash;Avis différents donnés par les généraux et les
-ministres.&mdash;Ces derniers l'emportent.&mdash;La paix d'Aix-la-Chapelle
-est conclue.&mdash;Louis XIV rend la Franche-Comté et garde les
-conquêtes de Flandre.&mdash;Fêtes données à Versailles le 18 juillet
-1668.&mdash;Madame et mademoiselle de Sévigné y étaient.&mdash;Relation
-manuscrite de cette fête par l'abbé de Montigny, ami de madame
-de Sévigné.&mdash;Pourquoi cette relation est préférable à celle que
-Félibien a publiée.&mdash;Magnificence des divertissements.&mdash;Trois
-cents dames furent invitées à cette fête.&mdash;On y joue, pour la première
-fois, la comédie de <i>George Dandin</i>, de Molière.&mdash;Molière
-compose aussi les vers des intermèdes et des ballets mis en musique
-par Lulli.&mdash;Madame et mademoiselle de Sévigné soupent à la table
-du roi.&mdash;Bruits qui couraient sur l'inclination de Louis XIV pour
-mademoiselle de Sévigné.&mdash;Le duc de la Feuillade cherchait à faire
-naître cette inclination.&mdash;Lettre de madame de Montmorency à
-Bussy de Rabutin à ce sujet.&mdash;Réponse de Bussy.&mdash;<span class="small1">Madame</span> favorise
-la princesse de Soubise auprès du roi.&mdash;La froideur de mademoiselle
-de Sévigné la garantit de la séduction.&mdash;L'infidélité de
-Louis XIV envers la Vallière était la cause de toutes ces intrigues.&mdash;Madame
-de Montespan n'était pas encore maîtresse en titre.&mdash;A
-la fête, madame de Montespan n'était point à la table du roi.&mdash;A
-la même table étaient madame de Montespan et madame Scarron.&mdash;Détails
-sur madame Scarron.&mdash;Elle veut s'exiler.&mdash;Madame
-de Montespan la protége, et fait rétablir sa pension.&mdash;Madame de
-Sévigné se rencontrait fréquemment avec elle.&mdash;Madame Scarron
-tourne à la grande dévotion.&mdash;Elle est satisfaite de son sort.&mdash;Publication
-des lettres et &oelig;uvres inédites de Scarron.</p>
-
-<p class="space">De tous côtés on négociait<a id="FNanchor_175" href="#Footnote_175" class="fnanchor">&nbsp;[175]</a>: toutes les puissances voulaient
-faire cesser la guerre que l'ambition de Louis XIV
-<span class="pagenum"><a id="Page_83"> 83</a></span>
-avait allumée; toutes voulaient mettre un terme aux
-agrandissements de la France. Les Espagnols espéraient
-obtenir des rigueurs de l'hiver une trêve que le vainqueur
-voulait leur faire acheter à trop haut prix. En effet, toutes
-les opérations militaires étaient suspendues; une partie des
-troupes qui avaient servi à l'envahissement des Pays-Bas
-rentraient forcément dans l'intérieur. En même temps,
-des régiments qui se trouvaient dans le Midi marchaient
-vers le Nord; mais on savait que leur destination était
-pour la Bourgogne, et que le prince de Condé, gouverneur
-de cette province, y devait tenir les états<a id="FNanchor_176" href="#Footnote_176" class="fnanchor">&nbsp;[176]</a>. De
-fréquents courriers étaient dépêchés par ce prince à un
-grand nombre d'officiers généraux, avec injonction de
-se rendre sans délai près de lui à Dijon. Les approvisionnements
-et les apprêts de tout ce qui était nécessaire
-pour entrer en campagne étaient hâtés par le roi, au milieu
-de l'hiver, avec une activité inaccoutumée. On sut
-que, pour pouvoir suffire à tous les ordres qu'il donnait,
-il interrompait ses heures de sommeil; et on vit bien qu'il
-n'était pas, comme il voulait le faire croire, uniquement
-occupé des plaisirs de sa cour, des embellissements du
-château de Saint-Germain et des grandes et étonnantes
-constructions qui s'exécutaient à Versailles. L'imminence
-du danger fit sortir de son assoupissement l'indolence
-espagnole, et bientôt le secret que le roi de France
-avait dissimulé avec tant de soin fut divulgué, mais
-trop tard. Par des marches habilement déguisées, une
-armée, dont les divers corps étaient naguère disséminés
-dans toutes les parties du royaume, se trouva tout
-à coup réunie et prête à marcher. Condé, qui n'avait supporté
-<span class="pagenum"><a id="Page_84"> 84</a></span>
-qu'avec douleur le repos auquel il avait été condamné,
-en prit le commandement. En deux jours, il
-s'empare de Besançon<a id="FNanchor_177" href="#Footnote_177" class="fnanchor">&nbsp;[177]</a>; Luxembourg, qui servait sous
-lui, prend en même temps Salins<a id="FNanchor_178" href="#Footnote_178" class="fnanchor">&nbsp;[178]</a>. Dôle veut résister:
-Louis XIV y vient en personne, et, après quatre jours
-de siége, s'en rend maître<a id="FNanchor_179" href="#Footnote_179" class="fnanchor">&nbsp;[179]</a>. Deux jours après, Gray se
-donne à lui, et toute la Franche-Comté lui fait sa soumission.
-La conquête de cette grande et belle province
-fut achevée durant le plus grand froid de l'année,
-entre le 7 et le 22 février (1668), c'est-à-dire en quinze
-jours<a id="FNanchor_180" href="#Footnote_180" class="fnanchor">&nbsp;[180]</a>.</p>
-
-<p>Cependant, aussitôt que les alliés de Louis XIV avaient
-commencé à pénétrer le secret de ses desseins, ils s'étaient
-tournés contre lui. Dès le mois de janvier de cette année,
-l'Angleterre, la Suède et la Hollande avaient projeté
-entre elles une triple alliance, qui fut confirmée presque
-aussitôt après la conquête de la Franche-Comté. De concert
-avec l'Espagne, ces puissances ouvrirent des négociations
-avec l'ambitieux conquérant, pour le forcer à la
-paix<a id="FNanchor_181" href="#Footnote_181" class="fnanchor">&nbsp;[181]</a>.</p>
-
-<p>Louis XIV ne manquait pas de bravoure; il était froid
-et calme au milieu du danger; il savait s'y exposer, pour
-l'exemple. Il en donna des preuves au siége de Lille, jusqu'à
-mécontenter sérieusement Turenne; mais ce n'était
-<span class="pagenum"><a id="Page_85"> 85</a></span>
-pas par entraînement et par goût que Louis XIV aimait les
-batailles, c'était pour l'agrandissement de la France, qui
-en devait être le résultat. Quoique pendant son jeune âge il
-eût avec toute la cour toujours suivi les armées, il s'était
-peu appliqué à la stratégie. Mazarin, qui avait voulu prendre
-un grand ascendant sur son esprit, avait plutôt cherché
-à le rendre attentif aux choses où lui-même excellait
-qu'à celles qu'il ignorait. Il l'avait rendu plus habile à
-conduire les affaires d'un royaume qu'à commander les armées.
-Cependant le bon sens du jeune monarque et son
-instinct de gloire lui avaient révélé que l'art du commandement
-et les talents guerriers étaient les qualités les plus
-essentielles à un roi de France, sans cesse obligé de comprimer
-l'envie ou l'ambition des grandes puissances
-qui l'environnent. Depuis qu'il gouvernait par lui-même,
-Louis XIV s'était appliqué à acquérir tout ce qui lui
-manquait à cet égard; et, dans la campagne de Lille, il
-avait noblement et hautement déclaré qu'il se mettait
-sous la direction de M. de Turenne, pour prendre de lui
-des leçons sur le grand art de la guerre<a id="FNanchor_182" href="#Footnote_182" class="fnanchor">&nbsp;[182]</a>. En étudiant
-soigneusement la correspondance particulière de Louis XIV
-avec ses généraux et ses ministres, on voit qu'il était
-doué d'une bonne mémoire, qu'il avait un grand esprit
-de détail et beaucoup de persévérance dans tout ce qu'il
-entreprenait. Il était parfaitement instruit de ce qui concerne
-l'administration et le matériel d'une armée; il
-était même devenu savant dans les campements, les
-évolutions des troupes et dans la conduite des siéges.
-Mais cette perspicacité qui révèle les moyens de tirer
-<span class="pagenum"><a id="Page_86"> 86</a></span>
-tout le parti possible des hommes que l'on commande
-et du terrain sur lequel on doit les faire mouvoir;
-qui, par des plans savamment combinés, sait
-préparer les succès d'une campagne, prévoit tous les obstacles,
-et devine toutes les chances de succès ou de revers;
-cette vivacité de conception qui permet de changer
-et de modifier sans cesse les projets conçus, selon les
-entreprises habiles ou inhabiles de l'ennemi; enfin, ce
-coup d'&oelig;il qui sur un champ de bataille, d'après l'aspect
-du terrain et des forces qui s'y trouvent réunies, aperçoit
-aussitôt et comme par inspiration toutes les dispositions
-qu'il faut prendre, tous les ordres qui sont à donner
-pour disputer ou s'assurer la victoire; ce calme et cette
-présence d'esprit qui, au milieu de la destruction et du désordre
-des combats, suit avec méthode ses combinaisons,
-en reforme de nouvelles selon les alternatives de la
-fortune, et, toujours à propos, fait la part de l'audace et
-celle de la prudence, tout cela manquait à Louis XIV<a id="FNanchor_183" href="#Footnote_183" class="fnanchor">&nbsp;[183]</a>.
-Tout cela constitue le génie guerrier, et le génie ne s'apprend
-pas; il résulte d'une organisation et d'un ensemble
-de facultés que les circonstances exaltent, que
-l'étude et l'application perfectionnent, mais qu'elles ne
-peuvent donner. La nature, qui fait le poëte sublime et
-l'orateur puissant, fait aussi le grand capitaine. Condé et
-Turenne s'étaient, dès leur plus jeune âge, montrés dans
-les batailles supérieurs à tous ceux de leur temps; il en fut
-ainsi d'Alexandre et de César dans l'antiquité, et, dans nos
-temps modernes, de Frédéric et de Napoléon. Louis XIV,
-s'il n'était pas né roi, aurait pu être un Colbert ou un
-<span class="pagenum"><a id="Page_87"> 87</a></span>
-Louvois; mais il n'eût jamais pu être un Turenne ni un
-Condé. Ses ministres ne l'ignoraient pas; et, intéressés
-à seconder ses penchants et à le flatter par des choses
-dans lesquelles il excellait, ils désiraient la paix, qui devait
-augmenter leur influence et annuler celle des généraux
-et des guerriers, dont la cour était presque entièrement
-composée. Turenne surtout portait ombrage aux
-ministres: non-seulement le roi avait en lui une entière
-confiance pour tout ce qui concernait la guerre, mais il le
-consultait et l'employait secrètement pour les affaires politiques.
-Familier et affectueux avec les simples officiers,
-ayant pour les soldats des soins paternels, Turenne était
-adoré des uns et des autres; mais l'ambition qu'il montrait
-pour l'élévation de sa maison, sa hauteur et sa dureté
-envers les autres généraux lui faisaient de nombreux
-ennemis, et les ministres trouvaient en eux un appui
-pour combattre l'ascendant qu'il prenait chaque jour sur
-l'esprit du roi<a id="FNanchor_184" href="#Footnote_184" class="fnanchor">&nbsp;[184]</a>. Ils engagèrent donc celui-ci à écouter les
-propositions de paix qui lui étaient faites. Il ne devait
-pas, suivant eux, effrayer plus longtemps l'Europe en
-montrant une trop grande avidité pour les conquêtes. Il
-était urgent de diviser et de rompre la triple alliance
-avant qu'elle se fût transformée en une coalition nombreuse
-et formidable. La paix pouvait assurer pour toujours
-à l'État une partie des conquêtes du roi, et il dépendait
-du roi de la conclure. Plus tard, s'il éprouvait
-des revers ou même une plus grande résistance, la lutte
-pouvait se prolonger de manière à épuiser les ressources
-du royaume. Condé et Turenne ouvraient un avis contraire.
-<span class="pagenum"><a id="Page_88"> 88</a></span>
-L'armée, en quelque sorte, n'avait pas eu d'ennemis
-à combattre; elle n'avait éprouvé aucune perte
-notable; c'était une des plus belles, une des mieux pourvues
-d'artillerie et de toutes sortes de munitions qu'on
-eût encore rassemblée. Pleine d'ardeur et sous la conduite
-de son roi, ses succès seraient aussi certains que rapides:
-il fallait donc la faire marcher sur les Pays-Bas et en
-achever la conquête. Elle serait accomplie avant même que
-la triple alliance ait eu le temps de rassembler ses troupes.
-Alors la paix offerte par le roi deviendrait plus facile
-à conclure avantageusement. Si, à la première annonce
-d'une coalition, on prenait le parti de la modération, on
-donnerait à la triple alliance plus de confiance en ses forces.
-Le prompt résultat qu'elle aurait dès à présent obtenu
-lui démontrerait la nécessité de resserrer ses liens, afin
-de se prémunir contre les dangers à venir. Ce n'était donc
-pas là le moment de poser les armes, mais bien de continuer
-la guerre<a id="FNanchor_185" href="#Footnote_185" class="fnanchor">&nbsp;[185]</a>. Ce conseil était sans nul doute le meilleur
-à suivre; mais Louis XIV voulait terminer Versailles,
-et il était dans le premier feu de son amour pour madame
-de Montespan<a id="FNanchor_186" href="#Footnote_186" class="fnanchor">&nbsp;[186]</a>. L'opinion de ses ministres fut préférée
-à celle de ses généraux: la paix d'Aix-la-Chapelle fut
-conclue. La France rendit la Franche-Comté, et garda
-les conquêtes qu'elle avait faites en Flandre<a id="FNanchor_187" href="#Footnote_187" class="fnanchor">&nbsp;[187]</a>.</p>
-
-<p>A la suite de ces glorieuses et profitables expéditions,
-les promotions de maréchaux et d'autres grâces conférées
-<span class="pagenum"><a id="Page_89"> 89</a></span>
-par le monarque répandirent la joie à la cour: une
-diminution dans les impôts, des encouragements donnés
-aux arts et à l'industrie par des dons gratuits, une nombreuse
-quantité d'ouvriers et d'artistes employés aux constructions
-ou embellissements de Versailles, du Louvre,
-des Tuileries, de Fontainebleau, de Chambord firent circuler
-l'argent dans toutes les classes<a id="FNanchor_188" href="#Footnote_188" class="fnanchor">&nbsp;[188]</a>. C'est dans ces circonstances
-et au milieu du bonheur général que Louis XIV
-donna une de ces fêtes qui, par l'éclat et la magnificence
-qu'il savait y mettre, devenaient l'objet de l'attention
-et de l'admiration de l'Europe. Cette fête commença le
-18 juillet (1668) le matin, et se termina le lendemain à
-l'aurore. Elle eut lieu dans le château et les jardins de
-Versailles, qui, quoique non encore achevés, surpassaient
-déjà en magnificence toutes les demeures royales qu'on
-avait construites auparavant, comme elle surpasse encore
-toutes celles qu'on a élevées depuis<a id="FNanchor_189" href="#Footnote_189" class="fnanchor">&nbsp;[189]</a>. Cette fête n'avait
-rien de la pompe chevaleresque et guerrière du fameux
-carrousel de 1662; mais le grand nombre de belles femmes
-qui s'y trouvaient réunies et qui y figuraient; la magnificence
-de ces grandes galeries, ornées de dorure et des
-chefs-d'&oelig;uvre des grands peintres; les cascades des jardins,
-les jets d'eau, les statues de marbre et de bronze;
-la lumière d'un beau soleil, les frais ombrages, les fleurs;
-les emblèmes ingénieux, les décorations, les costumes, les
-<span class="pagenum"><a id="Page_90"> 90</a></span>
-chants, les danses, les festins; la comédie joyeuse de
-Molière et la musique de Lulli; les explosions bruyantes
-et volcaniques des feux d'artifice, les lustres, les illuminations,
-les globes de feu et toutes les pompes de la
-nuit; enfin, cette multiplicité de divertissements, de plaisirs
-et de surprises, qui variaient à toutes les heures et
-auxquelles les heures ne pouvaient suffire, tout contribua
-à donner à cette fête un caractère de féerie, qui laissa
-des souvenirs enchanteurs, ineffaçables à toutes les personnes
-qui y avaient assisté.</p>
-
-<p>Madame de Sévigné et sa fille étaient de ce nombre:
-nous l'apprenons par une lettre du petit abbé de Montigny<a id="FNanchor_190" href="#Footnote_190" class="fnanchor">&nbsp;[190]</a>.
-Cette lettre est une relation de la fête, écrite le
-lendemain par ordre de la reine, pour être envoyée au
-marquis de Fuentès<a id="FNanchor_191" href="#Footnote_191" class="fnanchor">&nbsp;[191]</a>, précédemment ambassadeur d'Espagne
-en France et alors en résidence à Madrid<a id="FNanchor_192" href="#Footnote_192" class="fnanchor">&nbsp;[192]</a>. Cette
-relation est bien supérieure par le style et par les curieux
-détails qu'elle renferme à celle qui a été donnée par Félibien
-et dont on encombre les éditions de Molière<a id="FNanchor_193" href="#Footnote_193" class="fnanchor">&nbsp;[193]</a>, par
-la seule raison que notre grand comique composa, pour
-les intermèdes et les ballets de cette fête, des vers aussi
-<span class="pagenum"><a id="Page_91"> 91</a></span>
-doucereux que ceux de Benserade, et y fit jouer la comédie
-de <i>George Dandin</i> ou <i>le Mari confondu</i>.</p>
-
-<p>Nous savons, par la lettre de Montigny, que les dames
-invitées étaient au nombre de trois cents. Toutes se rendirent
-dès le matin, parées pour la journée, au château
-de Versailles. On avait orné et parfumé les appartements
-pour les recevoir. Afin qu'elles ne fussent pas gênées par
-les lois de l'étiquette, et qu'elles pussent parcourir à leur
-gré les appartements de ce somptueux séjour et se rendre
-plus librement aux offres qui leur étaient faites par les
-officiers du roi, chargés de se conformer à leurs désirs,
-Louis XIV s'était retiré, avec toute la famille royale, dans
-un pavillon voisin du château. Après avoir fait leur premier
-repas, elles descendirent toutes dans le jardin,
-montèrent dans des calèches qu'on leur avait préparées,
-et accompagnèrent la reine dans une promenade autour
-du parc. Quand cette promenade fut terminée, on vit
-commencer les enchantements de cette fête ravissante.
-Après chaque divertissement, les calèches se trouvaient
-prêtes pour transporter les dames aux lieux où les attendaient
-des jouissances nouvelles et inattendues. Tous les
-ambassadeurs assistaient à cette fête, et on y remarquait
-beaucoup d'étrangers, surtout beaucoup d'Anglais,
-venus à la suite du beau duc de Montmouth, dont les
-attentions pour Henriette d'Angleterre excitaient la jalousie
-du duc d'Orléans et affermissaient dans son esprit
-le crédit du chevalier de Lorraine, ennemi de cette princesse<a id="FNanchor_194" href="#Footnote_194" class="fnanchor">&nbsp;[194]</a>.</p>
-
-<p>Vers la fin de la journée et lors du souper et du feu
-<span class="pagenum"><a id="Page_92"> 92</a></span>
-d'artifice, les jardins furent ouverts au public; des rafraîchissements
-furent distribués à tous ceux qui en voulurent;
-et le peuple put participer à ce que cette fête offrait
-pour lui de plus surprenant et déplus éclatant.</p>
-
-<p>L'abbé de Montigny avait joint à sa lettre des listes de
-toutes les dames invitées, indiquant de quelle manière
-elles se trouvaient placées au souper, qui fut le repas principal
-de la journée. Ces détails ne sont pas sans intérêt,
-parce qu'ils jettent du jour sur la position des personnages
-de la haute société de cette époque et sur les intrigues
-de cour, que la jeunesse du roi et ses galantes inclinations
-rendaient très-actives.</p>
-
-<p>Madame de Sévigné et sa fille étaient placées à la table
-du roi, et sont inscrites sur la liste après madame de la
-Fayette et avant madame de Thianges. Cette circonstance
-dut singulièrement accréditer les bruits qu'on avait
-répandus de l'inclination du roi pour mademoiselle de
-Sévigné. Madame de Montmorency, faisant part à Bussy
-de ce qui se disait à la cour, lui écrit, le 15 juillet 1668
-(trois jours avant la fête): «Pour des nouvelles, vous saurez
-que M. de Rohan parle avec mépris de madame de
-Mazarin. Il dit qu'on veut avoir ses bonnes grâces, mais
-sans en faire cas quand on les a. On croit qu'il retourne à
-madame de Soubise, que <span class="small1">Madame</span> fait valoir tant qu'elle
-peut auprès du roi, et souhaite fort cette galanterie. D'un
-autre côté, la Feuillade fiait ce qu'il peut pour mademoiselle
-de Sévigné; mais cela est encore bien faible.» Bussy,
-cet homme si fier et si hautain, loin de voir un déshonneur
-pour sa famille dans la supposition que le roi pourrait
-jeter les yeux sur mademoiselle de Sévigné, répond
-à madame de Montmorency, le 17 juillet (c'est-à-dire la
-veille de la fête): «Je serais fort aise que le roi s'attachât
-<span class="pagenum"><a id="Page_93"> 93</a></span>
-à mademoiselle de Sévigné, car la demoiselle est fort de
-mes amies, et il ne pourrait être mieux en maîtresse<a id="FNanchor_195" href="#Footnote_195" class="fnanchor">&nbsp;[195]</a>.»
-Le même jour, Bussy écrit à sa cousine pour lui recommander
-une affaire, et, en terminant sa lettre, il ne
-manque pas de lui parler de sa fille: «Je suis bien à vous,
-ma chère cousine, et à la plus jolie fille de France; je n'ai
-que faire, après cela, de faire mon compliment à mademoiselle
-de Sévigné<a id="FNanchor_196" href="#Footnote_196" class="fnanchor">&nbsp;[196]</a>.» Cette préoccupation de Bussy
-pour mademoiselle de Sévigné fait présumer qu'il savait
-gré à la Feuillade de ses projets; parce qu'il voyait dans
-leur réussite une chance favorable à son ambition.</p>
-
-<p>Au reste, toutes ces rumeurs, toutes ces intrigues provenaient
-de ce que la liaison du roi avec madame de Montespan,
-encore enveloppée des voiles du mystère, n'était
-considérée que comme un goût passager: on s'aperçut
-dès lors que la maîtresse en titre avait cessé d'occuper
-la première place dans le c&oelig;ur du monarque, et que des
-rivales, plus belles et plus jeunes, pouvaient tenter de ta
-supplanter. Madame de Sévigné nous fournira l'occasion
-de faire remarquer par la suite le succès des intrigues
-conduites, avec une si grande réserve et une si habile
-dissimulation, par madame de Soubise, et déjà signalées
-dans la lettre de madame de Montmorency. Quant à
-mademoiselle de Sévigné, sa froideur dédaigneuse, jointe
-à la vertu vigilante de sa mère, la garantit d'un péril qui
-ne fut peut-être jamais bien menaçant et que probablement
-elle ne connut qu'après son mariage.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a id="Page_94"> 94</a></span>
-Madame de la Trousse, cette tante de madame de Sévigné
-dont il est si souvent fait mention dans ses lettres,
-se trouvait aussi à la même table qu'elle; mais elle est
-nommée après madame de Thianges. Au reste, Félibien
-remarque qu'à cette table du roi, après que lui et <span class="small1">Monsieur</span>
-se furent assis, les dames qui avaient été nommées
-pour y prendre place s'assirent sans garder aucun rang<a id="FNanchor_197" href="#Footnote_197" class="fnanchor">&nbsp;[197]</a>.</p>
-
-<p>A la table présidée par madame d'Humières, dont le
-mari, neveu de Bussy, venait d'être promu à l'éminente
-dignité de maréchal de France, se trouvaient mademoiselle
-de Bussy-Lameth, également parente de Bussy, et
-la marquise de la Baume, qui s'était montrée si perfide
-envers madame de Sévigné et Bussy<a id="FNanchor_198" href="#Footnote_198" class="fnanchor">&nbsp;[198]</a>. A cette même table
-était aussi madame la comtesse de Guitaut, amie intime
-de madame de Sévigné, dame d'Époisses<a id="FNanchor_199" href="#Footnote_199" class="fnanchor">&nbsp;[199]</a>; puis encore
-madame de la Troche, autre amie de madame de Sévigné
-et dont le nom reparaît si souvent dans sa correspondance<a id="FNanchor_200" href="#Footnote_200" class="fnanchor">&nbsp;[200]</a>.
-C'est elle dont l'abbé Arnauld, dans ses Mémoires,
-loue l'esprit et la beauté quand il nomme celles
-qui, particulièrement liées avec madame Renaud de Sévigné
-et sa fille, faisaient les délices de la société de la
-ville d'Angers en 1652<a id="FNanchor_201" href="#Footnote_201" class="fnanchor">&nbsp;[201]</a>.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a id="Page_95"> 95</a></span>
-Ce qui était digne de remarque, c'est que madame de
-Montespan, qui avait dans cette fête le rôle principal, ne
-se trouvait pas à la table du roi. Elle était placée à celle
-dont la duchesse de Montausier faisait les honneurs, entre
-la duchesse de Crussol et la duchesse de Gesvres. Il y avait
-aussi à cette même table madame de Tallemont, madame
-et mademoiselle de Raré, mademoiselle de Scudéry et
-enfin madame Scarron. Réduite à l'indigence par la suppression
-de la pension de deux milles livres que lui faisait
-la reine mère, pension dont elle avait en vain sollicité le
-rétablissement, madame Scarron avait refusé d'épouser
-un homme riche de naissance, mais de m&oelig;urs dissolues.
-Pour ne pas être à charge à ses puissants amis, qui offraient
-de la recueillir chez eux, elle avait mieux aimé se
-résoudre à s'expatrier, et consentir à se mettre à la suite
-de mademoiselle d'Aumale, princesse de Nemours, qui
-allait à Lisbonne pour être reine de Portugal. Mais madame
-de Thianges, qui connaissait avec quelle répugnance
-madame Scarron avait pris cette résolution, s'opposa à
-son départ, et la présenta à sa s&oelig;ur madame de Montespan,
-qui la prit en amitié. Madame de Montespan, alors
-au commencement de sa liaison avec le roi, obtint facilement
-ce que les Richelieu, les Chalais, les d'Albret, les
-Villeroy et madame d'Heudicourt avaient en vain sollicité<a id="FNanchor_202" href="#Footnote_202" class="fnanchor">&nbsp;[202]</a>.
-Malgré la vive opposition de Colbert, la pension de madame
-Scarron fut rétablie. Louis XIV, habile à donner un
-plus grand prix à toutes ses grâces par la manière dont il
-<span class="pagenum"><a id="Page_96"> 96</a></span>
-les conférait, tira parti de ses refus et de ses délais
-mêmes, lorsque madame Scarron, présentée par madame
-de Montespan, vint lui faire ses remercîments. «Madame,
-lui dit-il, je vous ai fait attendre longtemps. J'ai été jaloux
-de vos amis, et j'ai voulu avoir ce mérite auprès de
-vous<a id="FNanchor_203" href="#Footnote_203" class="fnanchor">&nbsp;[203]</a>.» Telle fut la première entrevue de deux êtres depuis
-si intimement unis, séparés alors par un si grand
-intervalle, qui croyaient n'avoir plus jamais aucune autre
-occasion de se voir ou au moins de se parler. Pourtant
-madame de Montespan continua de goûter de plus en plus
-la société de madame Scarron, qui, toujours prudente et
-réservée, ne se prodiguait pas, et tournait déjà à la
-grande dévotion. Madame de Sévigné, qui avait été liée
-avec Scarron, ne cessa point de voir sa veuve, et la rencontrait
-souvent chez la maréchale d'Albret, à l'hôtel de
-Richelieu et chez madame d'Heudicourt. Le public de
-cette époque n'était pas encore déshabitué du style burlesque
-mis en crédit par Scarron; et après lui Loret et
-ses continuateurs avaient, par leurs gazettes du monde
-élégant, continué à en maintenir la vogue dans la haute
-société. Aussi les &oelig;uvres de Scarron<a id="FNanchor_204" href="#Footnote_204" class="fnanchor">&nbsp;[204]</a>, qui furent alors
-réunies et publiées avec ses lettres inédites, livrées à l'éditeur
-par d'Elbène, eurent-elles un grand succès. Une de
-ces lettres, adressée à madame de Sévigné<a id="FNanchor_205" href="#Footnote_205" class="fnanchor">&nbsp;[205]</a>, dont nous
-<span class="pagenum"><a id="Page_97"> 97</a></span>
-avons déjà parlé à sa date, constatait l'admiration qu'avait
-eue pour elle ce bel esprit bouffon; et plusieurs autres
-lettres, de même pour la première fois publiées, démontraient
-la sollicitude de Scarron pour sa femme, la tendresse
-et le respect qu'elle avait su lui inspirer, et ajoutaient
-encore à l'intérêt qu'on prenait à elle. L'ambition
-de madame Scarron parut comblée lorsqu'on eut rétabli
-sa pension. Du moins elle écrivit à madame de Chanteloup,
-son amie: «Deux mille livres! c'est plus qu'il n'en
-faut pour ma solitude et pour mon salut<a id="FNanchor_206" href="#Footnote_206" class="fnanchor">&nbsp;[206]</a>.» Par la suite,
-cette somme ne suffisait pas au salaire d'une de ses
-femmes de service.</p>
-
-<div class="chapter">
-<p><span class="pagenum"><a id="Page_98"> 98</a></span></p>
-<h2 class="normal">CHAPITRE VI.<br />
-<span class="medium">1668-1669.</span></h2>
-</div>
-
-<p class="hanging indent">La fête donnée à Versailles ajoute à la célébrité de ce lieu.&mdash;La description
-de Versailles, dans le roman de <i>Psyché</i>, de la Fontaine,
-contribue au succès de cet ouvrage.&mdash;Madame de Sévigné lisait
-tous les écrits de cet auteur.&mdash;Elle aimait les divertissements du
-théâtre.&mdash;Elle approuvait Louis XIV d'avoir soutenu le <i>Tartuffe</i>.&mdash;Chefs-d'&oelig;uvre
-de Molière, de la Fontaine, de Racine et de Boileau
-qui parurent à cette époque.&mdash;Ce grand mouvement littéraire
-exerce de l'influence sur le talent de madame de Sévigné.&mdash;L'amour
-maternel suppléait chez elle à l'amour de la gloire.&mdash;Louis
-XIV fait cesser les persécutions contre les jansénistes, et les
-rappelle de leur exil.&mdash;Madame de Sévigné les revoit chez elle et
-chez la duchesse de Longueville.&mdash;Elle lit les <i>Essais de morale</i> de
-Nicole.&mdash;Succès du P. Desmares à Saint-Roch.&mdash;Prédiction de
-madame de Sévigné sur le P. Bourdaloue. Elle se rétracte.&mdash;De
-Bossuet.&mdash;Madame de la Fayette fait paraître <i>Zayde</i>;&mdash;Huet, son
-<i>Traité sur l'origine des romans</i>.&mdash;Madame de Sévigné ignorait
-qu'elle participerait à la gloire du grand siècle.&mdash;Elle se mettait
-au-dessous de toutes les femmes auteurs de son temps.&mdash;Les lettres
-qu'elle écrit à Bussy sont au nombre de ses meilleures.&mdash;Bussy
-les recueille, et les insère dans ses Mémoires.&mdash;Inscription qu'il
-met au bas du portrait de madame de Sévigné.&mdash;Elle et Bussy se
-faisaient valoir mutuellement.&mdash;Mot de madame de Sévigné à ce
-sujet.&mdash;Jugement que Bayle porte des lettres de madame de Sévigné
-à Bussy.&mdash;Poëme d'Hervé de Montaigu sur le style épistolaire.&mdash;Éloge
-qu'il fait de madame de Sévigné.&mdash;Elle a entretenu une
-correspondance très-active avec le cardinal de Retz.&mdash;Retz s'était
-volontairement retiré à Commercy.&mdash;Il s'était réconcilié avec
-Louis XIV, auquel il rendit d'importants services.&mdash;Il va deux
-fois à Rome, et contribue à la nomination de deux papes.&mdash;Madame
-de Sévigné lui écrit pour lui recommander Corbinelli et
-<span class="pagenum"><a id="Page_99"> 99</a></span>
-une affaire qui intéresse le maréchal d'Albret.&mdash;Réponse qu'elle
-en reçoit.</p>
-
-<p class="space">L'éclat et la pompe de la grande fête qui eut lieu à Versailles,
-après la paix d'Aix-la-Chapelle, avaient donné
-beaucoup de célébrité à cette ville nouvelle, à ce château, à
-ces jardins, à ce parc, magnifiques créations de Louis XIV,
-presque aussi rapides et aussi étonnantes que ses conquêtes.
-La Fontaine fit alors paraître son charmant poëme d'<i>Adonis</i>
-et son gracieux roman de <i>Psyché</i><a id="FNanchor_207" href="#Footnote_207" class="fnanchor">&nbsp;[207]</a>. Les descriptions
-du lieu où l'auteur a placé les interlocuteurs de ce roman
-nous paraissent avec raison aujourd'hui un hors-d'&oelig;uvre;
-mais alors, au contraire, ces descriptions, où la
-poésie venait au secours de la prose, contribuèrent beaucoup
-au succès de l'ouvrage. Versailles était alors si peu
-connu, et tant de personnes cependant avaient pu récemment
-admirer ce prodige, tant d'autres n'en avaient rien
-appris que par des récits vulgaires, que la Fontaine intéressait
-tous les lecteurs en s'adressant aux souvenirs
-des uns et à l'imagination des autres. Le sujet de ce volume
-était encore l'amour, non cet amour sensuel dont
-l'auteur s'était trop complu à tracer la dangereuse peinture
-dans ses deux recueils de contes, mais cet amour
-que l'âme partage et dont il dit que les peines sont plus
-douces que les plaisirs<a id="FNanchor_208" href="#Footnote_208" class="fnanchor">&nbsp;[208]</a>. Un an avant l'apparition de
-ce roman, la Fontaine s'était acquis une gloire plus durable
-<span class="pagenum"><a id="Page_100"> 100</a></span>
-par la publication de son premier recueil de <i>Fables</i>,
-dédié au jeune Dauphin. Le duc de Montausier avait été
-nommé gouverneur de ce prince, Bossuet son précepteur,
-et Huet son sous-précepteur<a id="FNanchor_209" href="#Footnote_209" class="fnanchor">&nbsp;[209]</a>. La noble conduite de
-la Fontaine lors de la disgrâce de Fouquet avait accru
-l'amitié de madame de Sévigné pour ce poëte. Elle faisait
-ses délices de ses écrits, et nous apprenons par ses lettres
-qu'elle lui pardonnait les licencieuses productions de sa
-muse<a id="FNanchor_210" href="#Footnote_210" class="fnanchor">&nbsp;[210]</a>. Madame de Sévigné ne partageait pas non plus
-le rigorisme des jansénistes ses amis, qui voulaient proscrire
-comme irréligieux les divertissements du théâtre. Elle
-les aimait: une plaisanterie qui lui est échappée<a id="FNanchor_211" href="#Footnote_211" class="fnanchor">&nbsp;[211]</a>, sur
-l'abbé Roquette, démontre qu'elle approuvait Louis XIV
-d'avoir résisté à ceux qui s'opposaient à la représentation
-du <i>Tartuffe</i>. Elle trouvait bon qu'il eût employé plus de
-temps pour élever sur la scène française ce chef-d'&oelig;uvre
-de Molière et pour l'y maintenir que pour conquérir la
-Flandre et la Franche-Comté<a id="FNanchor_212" href="#Footnote_212" class="fnanchor">&nbsp;[212]</a>.</p>
-
-<p>Malgré l'admiration un peu trop exclusive de madame
-de Sévigné pour Corneille et l'approbation qu'elle avait
-donnée, dans sa jeunesse, aux poëtes médiocres qui s'étaient
-acquis de la réputation, les chefs-d'&oelig;uvre dont le
-théâtre et la presse enrichissaient la littérature durent,
-à cette époque, être pour elle la source de vives jouissances.
-<span class="pagenum"><a id="Page_101"> 101</a></span>
-C'est pendant les deux années qui précédèrent
-celles où madame de Sévigné commença à laisser courir
-journellement sa plume pour correspondre avec sa fille
-que l'on vit éclore les productions littéraires les plus propres
-à développer le goût du beau et du naturel. Ce fut
-dans cet espace de temps qu'on joua pour la première
-fois <i>les Plaideurs</i> de Racine et sa tragédie de <i>Britannicus</i><a id="FNanchor_213" href="#Footnote_213" class="fnanchor">&nbsp;[213]</a>;
-que Molière fit représenter et imprimer le <i>Tartuffe</i><a id="FNanchor_214" href="#Footnote_214" class="fnanchor">&nbsp;[214]</a>,
-<i>le Misanthrope</i>, <i>l'Amphitryon</i>, <i>l'Avare</i>; que la Fontaine
-publia ses <i>Fables choisies</i><a id="FNanchor_215" href="#Footnote_215" class="fnanchor">&nbsp;[215]</a>, Boileau ses deux premières
-<i>Épîtres</i> et cette neuvième <i>Satire</i><a id="FNanchor_216" href="#Footnote_216" class="fnanchor">&nbsp;[216]</a> qui fit dire à Bussy
-que le poëte s'y était surpassé lui-même<a id="FNanchor_217" href="#Footnote_217" class="fnanchor">&nbsp;[217]</a>.</p>
-
-<p>Nul doute que le grand mouvement littéraire de cette
-époque n'ait beaucoup contribué à développer le talent
-naturel de madame de Sévigné comme écrivain. Sa sensibilité
-et sa vive imagination lui donnaient les moyens
-d'employer toutes les ressources de son esprit pour distraire
-sa fille et pour se distraire elle-même de la peine
-<span class="pagenum"><a id="Page_102"> 102</a></span>
-d'être séparée d'elle. Sans un motif puissant, il n'y a pas
-de puissants efforts, il n'y a pas de grands résultats.
-L'amour maternel suppléa, dans madame de Sévigné, à
-l'amour de la gloire; et les jouissances du c&oelig;ur tinrent
-lieu de celles de l'orgueil et de la vanité.</p>
-
-<p>D'autres causes encore, qu'il ne faut pas omettre, contribuèrent
-à former le talent de madame de Sévigné à
-l'époque où elle fut appelée à le mettre en pratique pour
-sa seule satisfaction, pour celle de sa fille et celle de ses
-amis.</p>
-
-<p>Elle alliait le goût de la société et du monde avec celui
-de la retraite, la plus franche gaieté avec des pensées
-sérieuses, un grand penchant aux plaisirs et un sincère
-attachement aux sévères pratiques de la religion. Tous les
-sentiments, joyeux ou mélancoliques, tendres ou sublimes,
-énergiques ou délicats, trouvaient en elle des sympathies.
-Son esprit était nourri de ce qu'il y avait de plus élevé
-dans la littérature sacrée et de plus ingénieux et de plus
-parfait dans la littérature profane: Louis XIV faisait alors
-représenter le <i>Tartuffe</i>, il ordonnait de cesser toute persécution
-contre les jansénistes; de Sacy était sorti de la
-Bastille; Arnauld, le grand Arnauld, était rentré dans
-Paris; tous les solitaires de Port-Royal avaient repris
-leur poste dans la Vallée; madame de Sévigné profitait,
-chez elle et chez la duchesse de Longueville (dont l'hôtel
-était devenu comme le chef-lieu du parti<a id="FNanchor_218" href="#Footnote_218" class="fnanchor">&nbsp;[218]</a>), de la conversation
-<span class="pagenum"><a id="Page_103"> 103</a></span>
-de ces hommes de savoir et de génie; et elle
-goûtait encore plus leurs préceptes de morale que leurs
-subtilités religieuses. Les <i>Essais de Nicole</i> étaient au
-nombre de ses lectures favorites<a id="FNanchor_219" href="#Footnote_219" class="fnanchor">&nbsp;[219]</a>. A cette époque aussi le
-fameux prédicateur janséniste, le P. Desmares, interdit
-depuis plusieurs années, remonta en chaire, et attira la
-foule à l'église Saint-Roch<a id="FNanchor_220" href="#Footnote_220" class="fnanchor">&nbsp;[220]</a>. Il était sans rival lorsque
-Bossuet, évêque de Condom, eut cessé de prêcher à Paris.
-Alors aussi le jeune Bourdaloue débuta dans la prédication
-au collége des jésuites. Madame de Sévigné, accompagnée
-de sa fille, alla l'écouter: prévenue, par ses
-amis les jansénistes, contre l'ordre des jésuites, auquel
-appartenait le P. Bourdaloue, elle attribuait la supériorité
-de talent qu'elle reconnut dans le nouveau prédicateur
-à la petitesse de l'église où il prêchait: «Il
-ne jouera bien, dit-elle, que dans son tripot<a id="FNanchor_221" href="#Footnote_221" class="fnanchor">&nbsp;[221]</a>.» A quoi
-l'esprit de parti ne se prend-il pas? Heureusement pour
-madame de Sévigné que son bon goût était plus fort que
-ses préventions. Elle ne tarda pas à rétracter son indiscrète
-prédiction sur Bourdaloue, et elle devint une des
-plus vives admiratrices de son éloquence. Quant à Bossuet,
-il s'éleva, dès son début dans l'oraison funèbre, à
-<span class="pagenum"><a id="Page_104"> 104</a></span>
-une telle hauteur que, pour la puissance des mots, la
-profondeur des pensées, la grandeur des images, la majesté
-du discours, il ne fut plus possible de lui comparer
-personne chez les anciens ni chez les modernes. C'était
-un genre d'éloquence que la sublimité de la religion et le
-génie de Bossuet pouvaient seuls créer<a id="FNanchor_222" href="#Footnote_222" class="fnanchor">&nbsp;[222]</a>.</p>
-
-<p>Ce n'est pas sans de justes motifs que nous passons ici
-en revue tous les grands écrivains contemporains de madame
-de Sévigné. Sans doute les génies qui ont brillé dans
-la littérature et dans les arts sont mieux appréciés à mesure
-qu'une longue suite d'années a permis de les comparer
-avec un plus grand nombre de ceux qui ont cherché à les
-imiter ou ont aspiré à les surpasser; mais de leur vivant
-ces hommes supérieurs exercent par eux-mêmes et par
-leurs ouvrages une plus forte influence, parce que l'admiration
-qu'ils excitent est mêlée de surprise et a toute la
-puissance magique de la nouveauté; leurs succès forcent
-à réfléchir et font naître des résolutions courageuses;
-on veut profiter des richesses nouvelles avant qu'elles
-soient flétries par un usage banal ou une inhabile médiocrité.
-La parole d'ailleurs et le geste ont bien un autre
-effet que celui d'une froide lecture. La controverse animée
-et les éclairs qui jaillissent inattendus de la conversation
-des grands esprits exercent sur les âmes et les intelligences
-un empire auquel le livre le mieux fait ne saurait
-prétendre.</p>
-
-<p>Nous ignorons si madame de Sévigné fut dans le secret
-de son amie madame de la Fayette, qui alors publia sous
-le nom de Segrais le roman de <i>Zayde</i>, dont elle était l'auteur<a id="FNanchor_223" href="#Footnote_223" class="fnanchor">&nbsp;[223]</a>.
-<span class="pagenum"><a id="Page_105"> 105</a></span>
-Madame la comtesse du Bouchet envoya ce roman à
-Bussy aussitôt qu'il parut, en lui écrivant que c'était le plus
-joli qu'on pût lire<a id="FNanchor_224" href="#Footnote_224" class="fnanchor">&nbsp;[224]</a>. Huet, qui ainsi que Segrais avait
-assisté madame de la Fayette dans la composition de cet
-ouvrage, écrivit, pour lui donner plus de valeur, son savant
-<i>Traité sur l'origine des Romans</i>, sous la forme d'une
-lettre adressée à Segrais, qui fut imprimée en tête de
-<i>Zayde</i>. A ce sujet, madame de la Fayette disait à Huet:
-«Nous avons marié nos enfants ensemble<a id="FNanchor_225" href="#Footnote_225" class="fnanchor">&nbsp;[225]</a>.» Ce traité de
-Huet<a id="FNanchor_226" href="#Footnote_226" class="fnanchor">&nbsp;[226]</a> dut plaire autant que le roman même à madame
-de Sévigné, car c'était une sorte d'apologie, faite par un
-homme sérieux et savant, d'un genre de lecture qu'elle
-aima à toutes les époques de sa vie. Dans sa jeunesse,
-l'<i>Astrée</i> de d'Urfé et la <i>Clélie</i> de mademoiselle de Scudéry
-avaient amusé ses loisirs; et dans son âge mûr elle admirait
-encore dans <i>Cléopâtre</i> l'idéal des belles âmes et les
-grands coups d'épée retracés par la Calprenède.</p>
-
-<p>Un auteur bien plus caché que madame de la Fayette,
-et du même sexe, c'était madame de Sévigné elle-même.
-Par les lettres qui s'échappaient rapidement de sa plume,
-elle était loin de se douter qu'elle aussi travaillait à la
-<span class="pagenum"><a id="Page_106"> 106</a></span>
-gloire du grand siècle. Elle ignora toujours que, devenue
-un modèle inimitable dans le genre épistolaire,
-elle mériterait d'être placée au nombre des grands écrivains.
-Il est certain, au contraire, que, malgré la bonne
-opinion qu'elle avait de son esprit, elle se mettait, sous
-le rapport du style, bien au-dessous de mademoiselle de
-Scudéry, de madame de la Fayette, de madame Deshoulières
-et des autres femmes de cette époque qui cultivaient
-les lettres et qui avaient osé affronter la publicité.</p>
-
-<p>Nous ne pouvons douter qu'au temps dont nous traitons
-madame de Sévigné, fort répandue dans le monde,
-n'ait eu une correspondance très-active avec diverses
-personnes; mais il ne nous reste d'elle, pendant ces deux
-années, que les lettres qu'elle écrivit à Bussy. Il est vrai
-qu'elles sont au nombre des mieux écrites et des plus
-spirituelles de celles qu'on a recueillies. On peut en dire
-autant des lettres de Bussy à sa cousine. En lisant leur
-correspondance, on reconnaît que, suivant la juste observation
-de Bussy, ils se faisaient valoir mutuellement<a id="FNanchor_227" href="#Footnote_227" class="fnanchor">&nbsp;[227]</a>.
-Madame de Sévigné trouvait qu'elle écrivait avec plus de
-vivacité et de feu quand il lui fallait répondre à son cousin.
-C'est ce qu'elle exprime avec une familière originalité
-quand elle lui dit: «Vous êtes le fagot de mon esprit.»</p>
-
-<p>Bussy, dont en littérature le jugement était droit et le
-tact fin, ne tarit pas sur les éloges qu'il donne aux lettres
-de sa cousine. Il conservait avec soin toutes celles qu'elle
-lui écrivait; et lorsque, par la suite, il se mit à écrire ses
-<i>Mémoires</i>, il y inséra les lettres qu'il avait reçues d'elle,
-<span class="pagenum"><a id="Page_107"> 107</a></span>
-parce qu'il les considérait avec juste raison comme un
-des principaux ornements et une des portions les plus
-agréables à lire de son ouvrage<a id="FNanchor_228" href="#Footnote_228" class="fnanchor">&nbsp;[228]</a>.</p>
-
-<p>Parmi les épigraphes, le plus souvent satiriques, dont
-Bussy affublait les portraits des femmes qu'il s'occupait
-alors à placer dans la galerie de son château, il en avait
-composé une d'un tout autre style pour le portrait de sa
-cousine, au bas duquel on lisait ce qui suit:</p>
-
-<p><span class="small1">«Marie de Rabutin, fille du baron de Chantal,
-marquise de Sévigné, femme d'un génie extraordinaire
-et d'une vertu compatible avec la joie et
-les agréments</span><a id="FNanchor_229" href="#Footnote_229" class="fnanchor">&nbsp;[229]</a>.»</p>
-
-<p>Lorsque parut cette correspondance de Bussy, Bayle,
-qui alors travaillait à son Dictionnaire, fut tellement frappé
-par la lecture des lettres de madame de Sévigné qui s'y
-trouvaient mêlées qu'il demanda à un de ses amis de
-Paris des renseignements sur celle qui les avait écrites,
-disant: «Je ne vois personne qui doute que les lettres de
-madame de Sévigné ne soient meilleures que celles de
-Rabutin. Cette dame avait bien du sens et de l'esprit...
-Elle mérite une place parmi les femmes illustres de notre
-siècle.... M. Perrault ne fera-t-il pas un livre pour elles
-aussi bien que pour les hommes?... Je voudrais bien savoir
-<span class="pagenum"><a id="Page_108"> 108</a></span>
-quelque chose de l'histoire de celle-là. Je la mettrais volontiers
-dans mon Dictionnaire<a id="FNanchor_230" href="#Footnote_230" class="fnanchor">&nbsp;[230]</a>.»</p>
-
-<p>Bayle écrivait ces lignes deux ans après la mort de madame
-de Sévigné; et Hervey de Montaigu, lorsqu'il fit
-paraître son élégant poëme latin <i>sur le style épistolaire</i>,
-n'hésite pas d'avouer que les femmes ont sur les hommes
-la supériorité dans ce genre d'écrits. Pour le prouver, il
-cite en exemple madame de Sévigné, et par conséquent
-les lettres qu'elle avait écrites à Bussy, les seules qui eussent
-été publiées, les seules que Hervé de Montaigu aussi
-bien que Bayle ont pu connaître. Voici comment s'exprime
-le moderne poëte latin:</p>
-
-<p>«Les femmes se jouent avec plus de facilité que les
-hommes du style épistolaire; elles ont moins d'art, mais
-plus de naturel. Les mêmes doigts qui savent ourdir avec
-dextérité un fil délicat manient aussi la plume avec une
-égale habileté. Je t'en prends à témoin, aimable Sévigné;
-et je chanterais tes louanges si je pouvais t'emprunter ton
-style enchanteur, dont l'éclat est si pur, la grâce si parfaite,
-qui recèle tant d'esprit et de finesse sous une apparente
-simplicité. Tes lettres coulent sous ta plume avec
-tant de rapidité que tu sembles plutôt les transcrire que
-les composer<a id="FNanchor_231" href="#Footnote_231" class="fnanchor">&nbsp;[231]</a>.»</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a id="Page_109"> 109</a></span>
-On ne peut douter que madame de Sévigné ne trouvât
-dans cette facilité même un attrait pour nouer des correspondances
-avec des personnes dont l'esprit lui plaisait.
-Diverses lettres d'elle qu'on a retrouvées le démontrent,
-entre autres les quatre lettres à son cousin de Coulanges,
-écrites vers le temps dont nous nous sommes occupé et
-qui furent publiées les premières après celles de Bussy<a id="FNanchor_232" href="#Footnote_232" class="fnanchor">&nbsp;[232]</a>.</p>
-
-<p>Quoiqu'il ne nous reste aucune lettre de madame de Sévigné
-au cardinal de Retz, nous apprenons, par plusieurs
-de celles qu'elle écrivit à sa fille, que sa correspondance
-avec cet homme éminent était au moins aussi fréquente
-que celle qu'elle entretenait avec Bussy; et cela est confirmé
-par les lettres de Bussy à ce dernier. Si Retz se tenait
-dans sa retraite de Commercy, c'est qu'il avait formé
-l'honorable résolution de vivre économiquement, pour
-payer ses dettes; et s'il ne jugeait pas à propos de paraître
-à la cour, ce n'est pas qu'il en fût exclu. Retz avait plusieurs
-fois écrit au roi pour le féliciter sur le rétablissement
-de sa santé et sur les victoires qu'il avait remportées;
-et Retz avait reçu du roi des réponses aimables et
-<span class="pagenum"><a id="Page_110"> 110</a></span>
-gracieuses. L'intérêt de l'État et le soleil de la gloire
-avaient dissipé tous les nuages qu'auraient pu soulever de
-fâcheuses réminiscences sur cet ancien chef de la Fronde.
-Les services qu'il avait rendus dans le conclave et la part
-qu'il avait eue dans l'élection de Clément IX avaient
-achevé de faire connaître tout ce qu'on pouvait espérer
-de son habileté, de son zèle et de la confiance qu'on
-avait en lui<a id="FNanchor_233" href="#Footnote_233" class="fnanchor">&nbsp;[233]</a>. Aussi, dès qu'on eut reçu la nouvelle que
-Clément IX, après avoir occupé pendant dix-huit mois
-seulement le trône de saint Pierre, avait terminé ses
-jours, Louis XIV se hâta d'envoyer un courrier à Commercy
-pour réclamer le secours du cardinal de Retz, qui
-partit de nouveau pour Rome et exerça pour l'élection
-de Clément X la même influence que pour la nomination
-de Clément IX<a id="FNanchor_234" href="#Footnote_234" class="fnanchor">&nbsp;[234]</a>.</p>
-
-<p>Dans l'année qui précéda ce prompt départ de Retz pour
-Rome, madame de Sévigné lui avait écrit pour lui recommander
-Corbinelli, qui, alors exilé avec Vardes dans le
-midi de la France, écrivait fréquemment à Bussy de longues
-lettres, entremêlées de nombreuses citations d'Horace
-et d'autres auteurs anciens<a id="FNanchor_235" href="#Footnote_235" class="fnanchor">&nbsp;[235]</a>. Madame de Sévigné, qui savait
-<span class="pagenum"><a id="Page_111"> 111</a></span>
-que Retz jouissait de nouveau d'un assez grand crédit,
-l'avait aussi prié de ne point prendre parti contre le maréchal
-d'Albret dans un procès que celui-ci avait avec la
-trop fameuse duchesse de Châtillon, qui s'était remariée,
-en 1664, à Christian-Louis, duc de Mecklembourg. Il était
-naturel que madame de Sévigné prît plus d'intérêt au
-maréchal d'Albret qu'à la duchesse de Mecklembourg,
-à cause de l'amitié qu'elle avait pour lui et aussi parce
-qu'il avait épousé une s&oelig;ur de M. de Guénégaud<a id="FNanchor_236" href="#Footnote_236" class="fnanchor">&nbsp;[236]</a>. Retz répondit
-à madame de Sévigné qu'il avait été trompé par un
-faussaire dans l'affaire de Corbinelli, et que c'était ce faussaire
-qui avait profité de la recommandation faite pour le
-protégé de madame de Sévigné. Retz, qui a montré tant de
-capacité et de finesse dans les négociations comme chef
-de parti ou dans les commissions qui lui furent données
-par le roi, a cependant prouvé que, dans les grandes
-comme dans les petites affaires, il était facile à tromper:
-il fut presque toujours dupe des femmes qu'il croyait séduire,
-et la victime des trames qu'il avait ourdies au profit
-de son ambition personnelle. Comme il était ami chaud
-et sincère, il se montra désolé de ce qui lui était arrivé
-dans cette circonstance. «Vous ne pouvez vous imaginer,
-écrit-il à madame de Sévigné, le chagrin que cela m'a
-donné. J'y remédierai par le premier ordinaire avec
-toute la force qui me sera possible.» Sa lettre commençait
-ainsi: «Si les intérêts de madame de Mecklembourg
-et de M. le maréchal d'Albret vous sont indifférents,
-madame, je solliciterai pour le cavalier, parce que
-je l'aime quatre fois plus que la dame; si vous voulez
-que je sollicite pour la dame, je le ferai de très-bon
-<span class="pagenum"><a id="Page_112"> 112</a></span>
-c&oelig;ur, parce que je vous aime quatre millions de fois plus
-que le cavalier; si vous m'ordonnez la neutralité, je
-la garderai; enfin parlez, et vous serez ponctuellement
-obéie<a id="FNanchor_237" href="#Footnote_237" class="fnanchor">&nbsp;[237]</a>.»</p>
-
-<p>Le cardinal de Retz avait vendu, en 1665, sa seigneurie
-de Commercy à la princesse de Lislebonne cinq cents cinquante
-mille livres, mais en s'en réservant l'usufruit. La
-duchesse de Lorraine avait ajouté à cette réserve l'usufruit
-de la souveraineté du Château-Bas, ce qui rendait le cardinal
-maître de tout le Commercy quant aux droits honorifiques<a id="FNanchor_238" href="#Footnote_238" class="fnanchor">&nbsp;[238]</a>.
-Il ne faut pas croire qu'en s'éloignant du monde
-et de la cour pour payer ses dettes il s'imposât à Commercy
-de grandes privations; il y vivait, au contraire, en prince
-de l'Église, et aimait à y exercer le pouvoir de petit souverain.
-En sa qualité de damoiseau de Commercy, il
-publiait des décrets, ordonnait des prières publiques,
-fondait des corporations pieuses et charitables, leur donnait
-des constitutions et des règlements. Il avait sa justice,
-son président des grands jours, son lieutenant de
-cavalerie, ses deux gentilshommes, ses comédiens, sa
-musique, un chanteur et une chanteuse pour sa chapelle,
-un brillant équipage. Enfin, le personnel de sa maison,
-ou, comme on disait, le nombre de ses domestiques, se
-montait à soixante et deux individus, en y comprenant
-son intendant, messire Hippolyte Rousseau, seigneur de
-Chevincourt, conseiller du roi et correcteur de la chambre
-<span class="pagenum"><a id="Page_113"> 113</a></span>
-des comptes<a id="FNanchor_239" href="#Footnote_239" class="fnanchor">&nbsp;[239]</a>. Retz occupait aussi ses loisirs à l'étude et
-à des discussions de métaphysique et de philosophie cartésienne
-avec dom Robert des Gabets, bénédictin et prieur
-de l'abbaye de Breuil<a id="FNanchor_240" href="#Footnote_240" class="fnanchor">&nbsp;[240]</a>, à Commercy. Retz écrivit aussi
-vers ce temps (en 1670) ses Mémoires, à la prière de
-madame de Caumartin, dont le mari était son parent<a id="FNanchor_241" href="#Footnote_241" class="fnanchor">&nbsp;[241]</a>;
-mais il mourut avant de les avoir terminés. Il les composa
-en partie au château de la Ville-Issey, et les continua
-dans cette ville et à l'abbaye de Saint-Mihiel, où
-l'abbé dom Hennezon, qui avait toute sa confiance<a id="FNanchor_242" href="#Footnote_242" class="fnanchor">&nbsp;[242]</a>,
-et plusieurs de ses religieux en écrivirent une portion
-sous sa dictée. Il est faux qu'il ait, comme on l'a dit,
-employé des religieuses pour lui rendre ce service. Il
-aimait à se promener dans la forêt voisine, et plusieurs
-des animaux sauvages qu'elle nourrissait furent enfermés
-par lui dans une ménagerie qu'il avait fait construire à
-grands frais à la Ville-Issey. Si alors il eût voulu revenir à
-la cour, il y eût été très-bien accueilli. Le duc d'Enghien
-vint lui rendre visite à Commercy en 1670, et le duc
-d'Orléans deux ans après. Lorsqu'il venait à Paris pour
-ses affaires, il logeait chez sa nièce, madame de Lesdiguières,
-<span class="pagenum"><a id="Page_114"> 114</a></span>
-ou dans son abbaye de Saint-Denis: alors il y célébrait
-l'office divin dans les jours de grandes solennités. Il
-donna, en 1675, sa démission du cardinalat; mais le
-pape ne voulut pas l'accepter, ce qui le força, quoique
-souffrant de la goutte, à faire encore le voyage de Rome
-(en 1676) pour l'élection d'un nouveau pape. Ses meilleurs
-amis et même ses plus anciennes amies ne se doutaient
-point qu'il eût écrit ses Mémoires, car ils étaient
-presque terminés lorsqu'ils le pressaient de les commencer.
-Il savait que madame de Sévigné aurait fortement désapprouvé
-ce qu'il y disait de lui-même et des autres. Elle
-l'aimait avec tendresse<a id="FNanchor_243" href="#Footnote_243" class="fnanchor">&nbsp;[243]</a> et sans aucune vue d'intérêt<a id="FNanchor_244" href="#Footnote_244" class="fnanchor">&nbsp;[244]</a>,
-quoi qu'en ait dit un illustre écrivain<a id="FNanchor_245" href="#Footnote_245" class="fnanchor">&nbsp;[245]</a>. Elle n'ignorait pas
-que tout ce qu'il possédait était engagé pour le payement
-de ses dettes et qu'il ne faisait pas d'économie sur ses riches
-revenus. C'est une erreur d'avancer que l'admiration
-de madame de Sévigné pour le cardinal diminuât à
-mesure qu'il approchait de sa fin; c'est le contraire de
-cette assertion qui est la vérité. Les plus grands éloges
-qu'elle lui ait donnés datent de l'année qui a précédé sa
-mort<a id="FNanchor_246" href="#Footnote_246" class="fnanchor">&nbsp;[246]</a>, qui fut d'ailleurs subite et imprévue. Les lettres
-de madame de Sévigné au comte de Guitaud et à Bussy
-témoignent de la profonde douleur qu'elle ressentit par
-la perte de celui «dont elle était l'amie depuis trente
-ans et dont l'amitié lui était également honorable et
-<span class="pagenum"><a id="Page_115"> 115</a></span>
-délicieuse<a id="FNanchor_247" href="#Footnote_247" class="fnanchor">&nbsp;[247]</a>» N'anticipons pas sur les années. Je n'ose
-entrer en discussion avec l'auteur du <i>Génie du Christianisme</i>,
-qui prononce que madame de Sévigné était «légère
-d'esprit;» mais je doute que beaucoup de mes lecteurs (si j'ai
-des lecteurs) veuillent souscrire à ce jugement; et quant au
-reproche jeté à cette mère de famille, d'être «positive dans
-sa conduite et calculée dans ses affaires,» je conviens que
-sa vie entière le justifie. Mais je le demande à toutes
-celles auxquelles leur tendresse maternelle a imposé pour
-toujours, dans l'âge des grands périls, les rigueurs du veuvage,
-si ces torts, qu'on attribue à madame de Sévigné,
-ne sont pas de ceux dont elles se féliciteraient d'être
-accusées.</p>
-
-<div class="chapter">
-<p><span class="pagenum"><a id="Page_116"> 116</a></span></p>
-<h2 class="normal">CHAPITRE VII.<br />
-<span class="medium">1668-1669.</span></h2>
-</div>
-
-<p class="hanging indent">Bonheur dont jouissait madame de Sévigné.&mdash;Réflexion sur la brièveté
-des moments les plus heureux de la vie.&mdash;Ses deux enfants
-devaient bientôt la quitter.&mdash;Son fils, le baron de Sévigné, s'engage
-comme volontaire pour aller faire la guerre contre les Turcs.&mdash;Politique
-de la France à l'égard de l'Allemagne et de l'empire
-ottoman.&mdash;Guerre des Turcs et des Vénitiens.&mdash;Candie est assiégée.&mdash;Louis
-XIV désirait secourir les Vénitiens, et ne le pouvait
-à cause des traités.&mdash;Il accepte l'offre de la Feuillade de conduire
-à ses frais cinq cents gentilshommes comme volontaires au secours
-de Candie.&mdash;Avant de partir pour cette expédition, le baron de
-Sévigné consulte Turenne, le cardinal de Retz et le duc de la Rochefoucauld,
-qui tous l'engagent à exécuter son projet.&mdash;Motifs
-particuliers que chacun d'eux avait pour lui donner ce conseil.&mdash;Sévigné
-part dans l'escadron du comte de Saint-Paul.&mdash;Cette expédition
-eut une fin malheureuse.&mdash;Les Français se montrèrent
-aussi braves qu'indisciplinés.&mdash;La Feuillade revient après avoir
-perdu la moitié des siens.&mdash;Le baron de Sévigné revient avec
-lui, et rejoint sa mère.</p>
-
-<p class="space">L'ascendant que madame de Sévigné obtenait dans le
-monde par le pouvoir de sa plume le cédait à celui
-qu'elle exerçait par sa présence. Ses attraits, qui, même
-sur le retour de l'âge, ne l'avaient point abandonnée, et
-les charmes de son commerce spirituel et enjoué lui
-conciliaient les c&oelig;urs, lui soumettaient les volontés. Son
-fils venait d'achever son éducation, et, par sa figure
-comme par ses qualités acquises, il était compté parmi
-les jeunes gens de son âge au nombre des plus agréables.
-<span class="pagenum"><a id="Page_117"> 117</a></span>
-Sa fille, renommée par sa beauté, brillait par l'instruction,
-les talents, qui donnaient encore plus de prix
-à sa beauté. Mère heureuse et femme charmante, madame
-de Sévigné jouissait de son automne sans avoir à regretter
-ni son brillant printemps ni son éclatant été, deux saisons
-de la vie qui, dans l'état de veuvage qu'elle avait
-voulu garder, étaient, pour une femme aussi vertueuse,
-accompagnées de trop d'orages et de douloureux combats,
-pour ne pas éveiller en elle quelques pénibles souvenirs.</p>
-
-<p>On aperçoit, non sans en être attendri, les traces de ces
-sentiments dans un court billet qu'elle écrivit à Ménage,
-qui lui avait envoyé la cinquième édition de ses poésies.
-Cette édition avait cela de particulier que la première
-idylle, intitulée <i>le Pêcheur</i> ou <i>Alexis</i>, dédiée à la marquise
-de Sévigné<a id="FNanchor_248" href="#Footnote_248" class="fnanchor">&nbsp;[248]</a>, commençait par les deux vers suivants,
-qui ne se trouvent pas dans les quatre éditions
-précédentes:</p>
-
-<p class="quote">Digne objet de mes v&oelig;ux, à qui tous les mortels<br />
-Partout, à mon exemple, élèvent des autels<a id="FNanchor_249" href="#Footnote_249" class="fnanchor">&nbsp;[249]</a>.</p>
-
-<p>Sans doute que le signet de l'exemplaire que Ménage envoya
-<span class="pagenum"><a id="Page_118"> 118</a></span>
-à madame de Sévigné se trouvait à cet endroit du
-livre, car elle lui répondit:</p>
-
-<p>«Votre souvenir m'a donné une joie sensible, et m'a
-réveillé tout l'agrément de notre ancienne amitié. Vos
-vers m'ont fait souvenir de ma jeunesse; et je voudrais
-bien savoir pourquoi le souvenir d'un bien aussi irréparable
-ne donne point de tristesse. Au lieu du plaisir que
-j'ai senti, il me semble qu'on devrait pleurer; mais, sans
-examiner ce sentiment, je veux m'attacher à celui que me
-donne la reconnaissance de votre présent. Vous ne pouvez
-douter qu'il ne me soit agréable, puisque mon amour-propre
-y trouve si bien son compte et que j'y suis célébrée
-par le plus bel esprit de mon temps. Il faudrait, pour
-l'honneur de vos vers, que j'eusse mieux mérité tout celui
-que vous me faites. Telle que j'ai été et telle que je suis,
-je n'oublierai jamais votre véritable et solide amitié, et je
-serai toute ma vie la plus reconnaissante, comme la plus
-ancienne de vos très-humbles servantes<a id="FNanchor_250" href="#Footnote_250" class="fnanchor">&nbsp;[250]</a>.»</p>
-
-<p>Qu'ils sont rares et courts les moments de la vie où
-se trouvent réunies les circonstances qui concourent à
-nous faire jouir de tout le bonheur auquel l'avare destinée
-nous permet d'atteindre! Certes, il est peu de femmes
-qui aient été aussi bien partagées par la nature et la
-fortune que madame de Sévigné; et on doit penser qu'elle
-eût été bien ingrate de se plaindre de l'une et de l'autre.
-Cependant elle l'avait acquise, cette félicité, par des privations
-continuelles imposées à ses plus belles années, par
-l'abnégation des plaisirs les plus entraînants, par la violence
-faite aux sentiments les plus puissants. A peine était-elle
-<span class="pagenum"><a id="Page_119"> 119</a></span>
-parvenue à savourer, sans mélange d'aucune amertume,
-les fruits de ses sacrifices et de sa vertu qu'elle
-se trouva isolée, sans consolation, privée de son bien le
-plus précieux, séparée de ce qui faisait son orgueil et ses
-délices. Ses deux enfants quittèrent presque en même
-temps la maison maternelle. Son fils, que son jeune âge
-et la paix qui venait de se conclure semblaient devoir fixer
-près d'elle pendant quelques années, fut le premier qui
-l'abandonna. Il s'éloigna pour aller, au delà des mers, affronter
-des périls qui étaient pour elle la cause des plus
-mortelles inquiétudes. Les meilleurs amis de madame de
-Sévigné, Retz, la Rochefoucauld, Turenne, furent ceux
-qui, par leur approbation, contribuèrent le plus à l'exécution
-du projet que ce jeune homme, avide de gloire
-militaire, comme toute la noblesse française de cette époque,
-avait formé à l'insu de sa tendre mère, qui versa,
-lorsqu'elle l'apprit, d'abondantes larmes<a id="FNanchor_251" href="#Footnote_251" class="fnanchor">&nbsp;[251]</a>.</p>
-
-<p>Depuis François I<sup>er</sup>, la France, par la nécessité où elle
-était d'abaisser l'Autriche, sa rivale, se trouvait engagée
-dans une politique contraire à ses sentiments religieux,
-contraire à ses habitudes de déférence envers le
-chef de l'Église catholique. Dans aucun pays on n'avait
-montré plus de zèle pour la propagation de la foi,
-dans aucun pays la soumission au pape n'avait été
-plus absolue qu'en France, et nulle part les persécutions
-contre les protestants n'avaient été plus cruelles et plus
-acharnées: cependant, sous Henri IV comme sous François
-I<sup>er</sup>, sous Louis XIV comme sous Louis XII, le gouvernement
-avait toujours soutenu, tantôt secrètement,
-<span class="pagenum"><a id="Page_120"> 120</a></span>
-tantôt ouvertement, le Grand Turc et les protestants d'Allemagne
-contre l'Autriche. Les gouvernements qui se succédaient
-en France, cédant à l'opinion générale de l'Europe,
-aux intérêts de l'Église et de la religion en France
-et à leurs propres inclinations, agissaient souvent d'une
-manière contraire à leur politique et aux traités qu'ils
-avaient conclus. Au dedans, ils mécontentaient les protestants
-d'Allemagne par la violation des engagements
-contractés avec eux, en se montrant intolérants envers les
-protestants français; au dehors, ils fournissaient contre
-les Turcs, alliés de la France, des hommes et des chevaux
-et secouraient leurs ennemis.</p>
-
-<p>Depuis vingt-quatre ans, la riche, mais petite république
-de Venise soutenait contre les Ottomans une lutte inégale.
-Candie était assiégée depuis huit ans. L'attaque
-comme la défense avait présenté des prodiges de valeur,
-qui avaient fait dire que c'était une guerre de géants.
-Venise sollicitait des secours de toute la chrétienté, et
-elle s'adressait surtout à son plus puissant monarque, à
-Louis XIV, vainqueur de l'Espagne; mais les traités qui
-liaient la France à la Turquie ne permettaient pas au
-roi de céder aux instances de l'ambassadeur de la république.
-Le pape, cependant, pressait vivement le monarque
-de prêter secours aux Vénitiens contre les infidèles.
-Dans ces circonstances embarrassantes, Louis XIV
-accepta la proposition qui lui fut faite par un de ses jeunes
-courtisans, qui, plein d'un enthousiasme chevaleresque,
-lui offrit de conduire à ses frais, au secours de Candie,
-un corps de cinq cents gentilshommes français, comme
-volontaires du saint-siége. L'auteur de cette proposition
-était d'Aubusson de la Feuillade, alors nommé duc de
-Roannès, parce qu'il venait d'épouser la s&oelig;ur de l'héritier
-<span class="pagenum"><a id="Page_121"> 121</a></span>
-de ce nom, qui se démit de tous ses droits en faveur de
-son beau-frère, créé duc et pair à cette occasion<a id="FNanchor_252" href="#Footnote_252" class="fnanchor">&nbsp;[252]</a>. Tout
-ce qu'il y avait dans la noblesse française de jeunes gens
-impatients à se signaler dans les combats s'enrôla sous
-les drapeaux de la Feuillade. Parmi ceux qui étaient sous
-ses ordres on comptait des d'Aubusson, des Beauvau, des
-Langeron, des Créquy, des Fénelon, des Chamilly, des
-Saint-Marcel, des Villemorts, des Oxienstern, des la Rochejacquelein,
-des Xaintrailles, des du Chastelet, des Chavigny.
-Il avait pour lieutenants le duc de Caderousse, le
-duc de Château-Thierry et le comte de Saint-Paul<a id="FNanchor_253" href="#Footnote_253" class="fnanchor">&nbsp;[253]</a>.</p>
-
-<p>Le baron de Sévigné (tel fut le titre que prit le fils de la
-marquise de Sévigné en entrant dans le monde et qu'il
-conserva tant qu'elle vécut) était alors âgé de vingt ans.
-Avant de prendre part à cette expédition, il consulta d'abord
-Turenne, qui, avec toute la chaleur d'un nouveau
-converti, l'exhorta à partir pour cette espèce de croisade. En
-<span class="pagenum"><a id="Page_122"> 122</a></span>
-effet, tous les historiens nous montrent Turenne depuis
-la mort de sa femme, qui était comme lui de la religion
-prétendue réformée, vacillant dans la croyance de ses ancêtres
-par la lecture de quelques-uns des écrits substantiels
-qu'avaient publiés les solitaires de Port-Royal sur les vraies
-doctrines de la religion, et aussi par les entretiens de
-plusieurs de ses doctes amis, Choiseul, évêque de Tournay,
-Vialart, évêque de Châlons<a id="FNanchor_254" href="#Footnote_254" class="fnanchor">&nbsp;[254]</a>, et par les arguments
-de son jeune neveu le duc d'Albret. Enfin, il fut tout à fait
-convaincu par l'excellent traité que Bossuet composa exprès
-pour lui sur les points les plus controversés entre les
-deux communions. Les protestants attribuèrent cette conversion
-au désir qu'ils supposaient à Turenne de contrebalancer
-la confiance que Louis XIV semblait vouloir accorder
-à Condé pour les choses de la guerre. Ce qui pouvait
-donner lieu à cette croyance, c'est qu'on fit valoir auprès
-du pape le crédit dont jouissait Turenne à la cour de France
-et l'influence qu'il pouvait avoir sur les déterminations du
-roi pour envoyer des troupes au secours des Vénitiens.
-Ce motif engagea le souverain pontife à confirmer le choix
-que Louis XIV avait fait du duc d'Albret, neveu de Turenne,
-pour être promu à la dignité de cardinal. Ce jeune
-abbé n'avait encore reçu aucune dignité ecclésiastique; il
-sortait à peine d'être reçu docteur<a id="FNanchor_255" href="#Footnote_255" class="fnanchor">&nbsp;[255]</a>. Trop de causes engageaient
-<span class="pagenum"><a id="Page_123"> 123</a></span>
-donc Turenne à déterminer ceux qui voulaient
-faire leur apprentissage de la guerre à secourir Candie
-pour qu'il en détournât le jeune Sévigné, malgré l'ancienne
-amitié qu'il avait pour sa mère. Le cardinal de
-Retz, qui désirait que ce jeune homme, son parent,
-se distinguât dans la carrière militaire, la seule qui convînt
-à son rang et à sa naissance, approuva la courageuse
-résolution qu'il avait prise. Quant à la Rochefoucauld, il lui
-suffisait que le comte de Saint-Paul se fût engagé à partir
-pour souhaiter vivement qu'il eût un grand nombre de
-compagnons d'armes. Aussi, bien loin de combattre les
-projets du baron de Sévigné, il l'exhorta à les mettre à exécution.
-Si la Rochefoucauld avait réfléchi à ce qui s'était
-passé à cette occasion entre Retz, Turenne et le baron de
-Sévigné, il aurait peut-être à son recueil de Maximes
-chagrines ajouté celle-ci: Dans les conseils que nous
-donnons à nos amis, nous commençons par considérer
-l'avantage qui peut en résulter pour nous-mêmes.&mdash;Le
-motif de la tendresse que le duc de la Rochefoucauld avait
-pour l'unique héritier du nom de Longueville n'était
-ignoré de personne. C'était cet enfant dont la duchesse de
-Longueville avait accouché à l'hôtel de ville de Paris durant
-les troubles de la Fronde et lors de son intime liaison
-avec le duc de la Rochefoucauld. Celui-ci engagea le jeune
-baron de Sévigné à s'enrôler dans l'escadron, composé
-d'environ cent cinquante gentilshommes, que devait commander
-le comte de Saint-Paul.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a id="Page_124"> 124</a></span>
-L'expédition, partie de Toulon le 25 septembre 1668,
-sur trois navires fournis par le roi, arriva à Candie au
-commencement de novembre, et ne fut pas heureuse. La
-troupe de la Feuillade, composée de jeunes gens pleins
-d'ardeur, mais indisciplinés et sans aucune expérience du
-métier de la guerre, fit des prodiges de valeur contre les
-Turcs; mais par ses imprudences elle compromit la défense
-de la place plutôt qu'elle ne lui fut utile. Mal secondée par
-la garnison vénitienne et en désaccord avec ceux qui la
-commandaient, elle se rembarqua, et arriva à Toulon le
-6 mars 1669, après six mois d'absence. Elle avait perdu
-plus de la moitié de ceux qui la composaient. La peste,
-dont elle remporta le germe, moissonna la plus grande
-partie de ceux qui restaient. La Feuillade avait reçu trois
-blessures; l'escadron commandé par le comte de Saint-Paul
-fut celui qui donna le plus de preuves de bravoure
-éclatante, mais ce fut aussi celui qui se montra le plus indiscipliné
-et qui perdit le plus de monde. Le jeune baron
-de Sévigné, qui en faisait partie, eut le bonheur d'échapper
-à tous ces périls, et revint rejoindre sa mère<a id="FNanchor_256" href="#Footnote_256" class="fnanchor">&nbsp;[256]</a>.</p>
-
-<div class="chapter">
-<p><span class="pagenum"><a id="Page_125"> 125</a></span></p>
-<h2 class="normal">CHAPITRE VIII.<br />
-<span class="medium">1668-1669.</span></h2>
-</div>
-
-<p class="hanging indent">Madame de Sévigné annonce à Bussy le départ de son fils.&mdash;Sévigné
-n'était parti qu'avec la permission de sa mère.&mdash;Sentiments de Sévigné
-pour sa mère et sa s&oelig;ur.&mdash;Son désintéressement.&mdash;Il laisse
-en partant une procuration pour consentir au mariage de sa s&oelig;ur
-et pour signer le contrat.&mdash;Dot que madame de Sévigné donne à
-sa fille en la mariant au comte de Grignan.&mdash;Signature du contrat.&mdash;Liste
-de tous les personnages dénommés au contrat.&mdash;Détails
-sur le comte de Grignan et sur sa famille.&mdash;Des motifs qui
-faisaient désirer à madame de Sévigné de l'avoir pour gendre.&mdash;De
-son impatience des délais apportés à la conclusion de ce mariage.&mdash;Elle
-écrit à Bussy pour le lui annoncer et demander son consentement.&mdash;Bussy
-le lui donne par lettre.&mdash;Elle lui envoie une
-procuration à signer pour consentir, par-devant les notaires, au
-contrat.&mdash;Il ne la signe pas.&mdash;Son nom ne paraît point au contrat.&mdash;Par
-quelle raison.&mdash;Obstacles au mariage causés par les
-hésitations de mademoiselle de Sévigné et par les conseils du cardinal
-de Retz.&mdash;Madame de Sévigné lui écrit qu'elle ne peut avoir
-aucun renseignement précis sur l'état de la fortune de M. de Grignan
-et qu'elle s'en rapporte à cet égard à la Providence.&mdash;Réflexions
-du cardinal à ce sujet.&mdash;Date de la célébration du
-mariage, donnée par madame de Sévigné.&mdash;Son imprévoyance.&mdash;Réflexions
-à ce sujet.</p>
-
-<p class="space">En écrivant à Bussy la nouvelle du départ du baron de
-Sévigné, dans sa lettre en date du 28 août 1668, madame
-de Sévigné disait: «Je crois que vous ne savez pas que mon
-fils est allé en Candie avec M. de Roannès et le comte de
-Saint-Paul. Cette fantaisie lui est entrée fortement dans la
-tête; il l'a dit à M. de Turenne, au cardinal de Retz, à
-M. de la Rochefoucauld: voyez quels personnages! Tous
-<span class="pagenum"><a id="Page_126"> 126</a></span>
-ces messieurs l'ont tellement approuvé que la chose a été
-résolue et répandue avant que j'en susse rien. Enfin il est
-parti: j'en ai pleuré amèrement; j'en suis sensiblement affligée.
-Je n'aurai pas un moment de repos pendant tout ce
-voyage; j'en vois tous les périls, j'en suis morte; mais,
-enfin, je n'en ai pas été maîtresse, et, dans ces occasions-là,
-les mères n'ont pas beaucoup de voix au chapitre<a id="FNanchor_257" href="#Footnote_257" class="fnanchor">&nbsp;[257]</a>.»</p>
-
-<p>Non sans doute, quand on a de pareilles inspirations
-et la ferme volonté de les suivre, on ne consulte point sa
-mère. Mais, pourtant, Sévigné ne partit pas sans avoir
-obtenu le consentement de la sienne. La correspondance
-de celle-ci nous prouve que, malgré ses défauts et les travers
-de sa jeunesse, Sévigné se montra toujours plein de
-tendresse et de déférence pour sa mère; il savait apprécier
-ses aimables qualités, et se trouvait heureux de lui prouver
-son affection par ses complaisances et ses attentions. Bien
-souvent il préféra à tous les plaisirs de la cour et du monde
-les longues journées de lectures et de promenades passées
-en tête à tête avec cette mère chérie, dans la solitude des
-Rochers. Frère aussi excellent qu'il était bon fils, la préférence
-marquée que madame de Sévigné manifestait en toute
-occasion pour sa fille ne lui inspira jamais ni jalousie ni
-envie. Il aimait tendrement sa s&oelig;ur, et le lui prouva
-surtout par son désintéressement.</p>
-
-<p>Au commencement de l'année 1679, Sévigné n'était pas
-encore de retour de son expédition de Candie, lorsque madame
-de Sévigné recevait quittance de deux cent mille livres
-tournois par elle payées, à compte<a id="FNanchor_258" href="#Footnote_258" class="fnanchor">&nbsp;[258]</a> des trois cent
-<span class="pagenum"><a id="Page_127"> 127</a></span>
-mille livres de dot qu'elle donnait à sa fille en la mariant
-au comte de Grignan. Sévigné, la veille du jour où il avait
-quitté sa mère pour se rendre à Toulon<a id="FNanchor_259" href="#Footnote_259" class="fnanchor">&nbsp;[259]</a>, avait passé une
-procuration à l'effet de signer en son nom et d'approuver
-tous les avantages pécuniaires qui seraient faits à sa s&oelig;ur
-par son contrat de mariage. Ce contrat fut signé le 28
-janvier 1669, et il est utile, pour l'intelligence de ces Mémoires
-et des lettres de madame de Sévigné, de faire connaître,
-selon l'ordre où ils sont mentionnés dans cet acte,
-tous les personnages qui y comparurent alors, soit en
-personne, soit par procuration<a id="FNanchor_260" href="#Footnote_260" class="fnanchor">&nbsp;[260]</a>.</p>
-
-<p>C'est d'abord le futur époux:</p>
-
-<p>«François Adhémar de Grignan, chevalier, comte dudit
-Grignan et autres lieux, conseiller du roi, lieutenant général
-pour Sa Majesté en Languedoc, demeurant à Paris,
-rue Béthizy, paroisse Saint-Germain l'Auxerrois.»</p>
-
-<p>Puis ensuite: «Marie de Rabutin-Chantal, veuve de
-Henri, marquis de Sévigné, seigneur des Rochers, de la
-Haye-de-Torré, du Buron, Bodegat et autres lieux, conseiller
-du roi, maréchal de ses camps et gouverneur pour
-Sa Majesté des villes et châteaux de Fougères; stipulant
-pour mademoiselle Françoise-Marguerite de Sévigné,
-sa fille, et demeurant rue du Temple, paroisse Saint-Nicolas
-des Champs.»</p>
-
-<p>Du côté de l'époux comparaissent, pour donner leur
-<span class="pagenum"><a id="Page_128"> 128</a></span>
-consentement au mariage: «Jacques Adhémar de Grignan,
-évêque et comte d'Uzès, oncle paternel<a id="FNanchor_261" href="#Footnote_261" class="fnanchor">&nbsp;[261]</a>.</p>
-
-<p>«Joseph Adhémar de Monteil de Grignan, chevalier,
-comte de Venosan, capitaine d'une compagnie de chevau-légers<a id="FNanchor_262" href="#Footnote_262" class="fnanchor">&nbsp;[262]</a>;
-et Louis, abbé de Grignan, aussi frère (c'est-à-dire
-tous deux frères du comte de Grignan)<a id="FNanchor_263" href="#Footnote_263" class="fnanchor">&nbsp;[263]</a>].</p>
-
-<p>«Charles de Sainte-Maure, duc de Montausier, pair de
-France, etc.; et dame Julie d'Angennes, duchesse de Montausier,
-beau-frère et belle-s&oelig;ur (du comte de Grignan
-par le premier mariage de ce dernier avec la deuxième
-fille de madame de Rambouillet)<a id="FNanchor_264" href="#Footnote_264" class="fnanchor">&nbsp;[264]</a>.</p>
-
-<p>«Madame du Puy du Fou de Champagne, marquise de
-Mirepoix, belle-s&oelig;ur (par le second mariage de M. de Grignan
-avec Marie-Angélique, fille du marquis du Puy du
-Fou et de Champagne et de Madeleine de Bellièvre)<a id="FNanchor_265" href="#Footnote_265" class="fnanchor">&nbsp;[265]</a>.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a id="Page_129"> 129</a></span>
-«Pomponne de Bellièvre, chevalier, marquis de Grignan,
-conseiller du roi en ses conseils et d'honneur en sa
-cour du parlement, oncle.</p>
-
-<p>«De Crussol, comte dudit lieu, et dame Julie-Françoise
-de Sainte-Maure son épouse, nièce<a id="FNanchor_266" href="#Footnote_266" class="fnanchor">&nbsp;[266]</a>.</p>
-
-<p>«Henri de Lorraine, prince d'Harcourt, cousin germain
-maternel, et Françoise de Brancas, princesse d'Harcourt,
-son épouse<a id="FNanchor_267" href="#Footnote_267" class="fnanchor">&nbsp;[267]</a>.</p>
-
-<p>«Antoine-Escalin Adhémar de la Garde, chevalier, comte
-de la Garde, gouverneur de la ville de Furnes, cousin
-germain maternel<a id="FNanchor_268" href="#Footnote_268" class="fnanchor">&nbsp;[268]</a>.</p>
-
-<p>«Simiane de Gordes, chevalier des ordres du roi, marquis
-de Gordes, comte de Carser, chevalier d'honneur de
-la reine, et dame Marie de Sourdis, son épouse, cousine<a id="FNanchor_269" href="#Footnote_269" class="fnanchor">&nbsp;[269]</a>.</p>
-
-<p>«Toussaint de Forbin, évêque de Marseille<a id="FNanchor_270" href="#Footnote_270" class="fnanchor">&nbsp;[270]</a>.</p>
-
-<p>«Madame d'Uzès<a id="FNanchor_271" href="#Footnote_271" class="fnanchor">&nbsp;[271]</a>.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a id="Page_130"> 130</a></span>
-«Charlotte d'Étampes de Vallencey, marquise de Puysieux<a id="FNanchor_272" href="#Footnote_272" class="fnanchor">&nbsp;[272]</a>.</p>
-
-<p>«Armand de Simiane, abbé de Gordes, premier aumônier
-de la reine, comte de Lyon et prieur de la Roé et de
-Saint-Lô de Rouen<a id="FNanchor_273" href="#Footnote_273" class="fnanchor">&nbsp;[273]</a>.</p>
-
-<p>«Cousins et cousines.</p>
-
-<p>«Marie d'Alongny-Rochefort, épouse de Jacque le Coigneux,
-chevalier, conseiller du roi et grand président en la
-cour du parlement<a id="FNanchor_274" href="#Footnote_274" class="fnanchor">&nbsp;[274]</a>.</p>
-
-<p>«De Brancas<a id="FNanchor_275" href="#Footnote_275" class="fnanchor">&nbsp;[275]</a>.</p>
-
-<p>«Anne-Marie d'Aiguebonne, comtesse de Bury<a id="FNanchor_276" href="#Footnote_276" class="fnanchor">&nbsp;[276]</a>.</p>
-
-<p>«Vicomte de Polignac, chevalier des ordres du roi et
-gouverneur de la ville du Puy; dame du Rouvre, son
-épouse<a id="FNanchor_277" href="#Footnote_277" class="fnanchor">&nbsp;[277]</a>.</p>
-
-<p>«Henri de Guénégaud, chevalier, marquis de Plancy,
-seigneur de Fresne et autres lieux, conseiller secrétaire
-d'État et de commandement de Sa Majesté, commandeur
-de ses ordres; et dame Claire-Bénédict de Guénégaud,
-duchesse de Cadrousse, cousine<a id="FNanchor_278" href="#Footnote_278" class="fnanchor">&nbsp;[278]</a>.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a id="Page_131"> 131</a></span>
-«Le marquis de Montanègre<a id="FNanchor_279" href="#Footnote_279" class="fnanchor">&nbsp;[279]</a>.</p>
-
-<p>«Le marquis de Valavoire, et dame Amat, son épouse<a id="FNanchor_280" href="#Footnote_280" class="fnanchor">&nbsp;[280]</a>.</p>
-
-<p>«De Reffuges, chevalier, lieutenant général des armées
-du roi; dame de Buzeau, son épouse<a id="FNanchor_281" href="#Footnote_281" class="fnanchor">&nbsp;[281]</a>.</p>
-
-<p>«Claude de Seur, chevalier, conseiller du roi et directeur
-de ses finances.</p>
-
-<p>«Dame Catherine de Tignard, marquise de Saint-Auban.</p>
-
-<p>«L'abbé de Valbelle<a id="FNanchor_282" href="#Footnote_282" class="fnanchor">&nbsp;[282]</a>.</p>
-
-<p>«L'abbé de Rochebonne, comte de Lyon<a id="FNanchor_283" href="#Footnote_283" class="fnanchor">&nbsp;[283]</a>.</p>
-
-<p>«Dame Jacqueline de Laugère, comtesse douairière du
-Roure.</p>
-
-<p>«Le comte du Roure, lieutenant général pour Sa Majesté
-en Languedoc, gouverneur du Pont-Saint-Esprit; et dame
-Dugas, son épouse.</p>
-
-<p>«M. de Montbel.»</p>
-
-<p>Après cette énumération de personnages, «tous parents,
-amis et alliés dudit seigneur futur époux,» l'acte nomme
-ensuite tous les parents et amis qui ont comparu devant
-les notaires de la part de la future épouse; et d'abord est
-nommé le premier:</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a id="Page_132"> 132</a></span>
-«Pierre de la Mousse<a id="FNanchor_284" href="#Footnote_284" class="fnanchor">&nbsp;[284]</a>, prêtre et docteur en théologie,
-prieur de la Grossé, comme fondé de procuration de Charles
-de Sévigné, chevalier, marquis dudit lieu, seigneur des
-Rochers, la Haye-de-Torré, le Buron, Bodegat, la Baudière
-et autres lieux, frère de ladite demoiselle future
-épouse.»</p>
-
-<p>Après Pierre de la Mousse et Sévigné, l'acte nomme
-ensuite: «D'Hacqueville<a id="FNanchor_285" href="#Footnote_285" class="fnanchor">&nbsp;[285]</a>, conseiller du roi, abbé, tant
-en son nom que comme fondé de procuration de Son Éminence
-Jean-François-Paul de Gondy, cardinal de Retz,
-souverain du Commercy, grand-oncle.» Le cardinal de
-Retz prend le titre de souverain du Commercy, parce que
-ce petit district de Lorraine, doyenné du diocèse de Toul,
-était devenu une souveraineté jugeant les procès en dernier
-ressort et dont les sessions se nommaient les <i>grands
-jours</i>. Le cardinal de Retz était devenu seigneur, ou,
-comme on disait spécialement, <i>damoiseau</i> du Commercy,
-par héritage de sa tante Madeleine de Silly, dame du
-Fargis. Retz, pour payer ses dettes, vendit la nue-propriété
-de cette terre à Charles IV, duc de Lorraine; mais
-il s'en conserva l'usufruit<a id="FNanchor_286" href="#Footnote_286" class="fnanchor">&nbsp;[286]</a>. Il y demeurait alors, et sa procuration
-donnée à d'Hacqueville fut dressée par Vanesson
-et Collignon, notaires à Commercy.</p>
-
-<p>«André Marquevin Besnard, bourgeois de Paris,
-<span class="pagenum"><a id="Page_133"> 133</a></span>
-comme fondé de procuration du duc de Retz, grand-oncle.</p>
-
-<p>«Réné Renault de Sévigné, seigneur de Champiré,
-grand-oncle<a id="FNanchor_287" href="#Footnote_287" class="fnanchor">&nbsp;[287]</a>.</p>
-
-<p>«Charles de Sévigné, chevalier, comte de Montmoron,
-conseiller du roi en sa cour du parlement de Bretagne,
-cousin paternel<a id="FNanchor_288" href="#Footnote_288" class="fnanchor">&nbsp;[288]</a>.</p>
-
-<p>«François de Morais, chevalier, marquis de Brezolles,
-capitaine enseigne des gens d'armes de Monsieur, duc
-d'Orléans, frère unique du roi.</p>
-
-<p>«Et Charles-Nicolas de Créqui, chevalier, marquis de
-Ragny<a id="FNanchor_289" href="#Footnote_289" class="fnanchor">&nbsp;[289]</a>, cousin.</p>
-
-<p>«Henri-François, chevalier, marquis de Vassé, cousin
-germain paternel<a id="FNanchor_290" href="#Footnote_290" class="fnanchor">&nbsp;[290]</a>.</p>
-
-<p>«Christophle de Colanges, abbé de Livry, grand-oncle
-maternel<a id="FNanchor_291" href="#Footnote_291" class="fnanchor">&nbsp;[291]</a>.</p>
-
-<p>«Louis de Colanges, chevalier, seigneur de Chezières,
-grand-oncle maternel<a id="FNanchor_292" href="#Footnote_292" class="fnanchor">&nbsp;[292]</a>.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a id="Page_134"> 134</a></span>
-«Charles de Colanges, chevalier, seigneur de Saint-Aubin,
-aussi grand-oncle maternel<a id="FNanchor_293" href="#Footnote_293" class="fnanchor">&nbsp;[293]</a>.</p>
-
-<p>«Dame Henriette de Colanges, veuve de François le
-Hardy, chevalier, marquis de la Trousse, maréchal des
-camps et armées du roi, grande-tante<a id="FNanchor_294" href="#Footnote_294" class="fnanchor">&nbsp;[294]</a>.</p>
-
-<p>«Philippe-Auguste le Hardy de la Trousse, chevalier,
-marquis dudit lieu, capitaine sous-lieutenant de gendarmes
-de monseigneur le Dauphin, cousin germain maternel<a id="FNanchor_295" href="#Footnote_295" class="fnanchor">&nbsp;[295]</a>.</p>
-
-<p>«Philippe-Emmanuel de Colanges, chevalier, conseiller
-du roi en sa cour de parlement, cousin germain maternel;
-et dame Angélique Dugué, son épouse<a id="FNanchor_296" href="#Footnote_296" class="fnanchor">&nbsp;[296]</a>.</p>
-
-<p>«Henri de Lancy Raray, chevalier, marquis dudit lieu,
-aussi cousin maternel.</p>
-
-<p>«Gaston-Jean-Baptiste de Lancy Raray chevalier aussi,
-marquis dudit lieu, cousin maternel<a id="FNanchor_297" href="#Footnote_297" class="fnanchor">&nbsp;[297]</a>.</p>
-
-<p>«Charles de Lancy, seigneur de Ribecourt et Pimpré,
-conseiller du roi en son conseil d'État, cousin maternel.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a id="Page_135"> 135</a></span>
-«Roger Duplessis, duc de la Rocheguyon, pair de
-France, seigneur de Liancourt, comte de Duretal; et
-dame Jeanne de Schomberg, son épouse.</p>
-
-<p>«Marie d'Hautefort, veuve de François de Schomberg,
-duc d'Alvin, pair et maréchal de France, gouverneur de
-Metz en pays Messin, colonel général des Suisses et
-Grisons<a id="FNanchor_298" href="#Footnote_298" class="fnanchor">&nbsp;[298]</a>.</p>
-
-<p>«François, duc de la Rochefoucauld, pair de France,
-prince de Marsillac, chevalier des ordres du roi<a id="FNanchor_299" href="#Footnote_299" class="fnanchor">&nbsp;[299]</a>.</p>
-
-<p>«La princesse mademoiselle Anne-Élisabeth de Lorraine.</p>
-
-<p>«Félix Vialar, évêque de Châlons, comte et pair de
-France.</p>
-
-<p>«Jean-Antoine de Mesmes, chevalier, comte d'Avaux,
-conseiller du roi en tous ses conseils, grand président en
-sa cour de parlement de Paris<a id="FNanchor_300" href="#Footnote_300" class="fnanchor">&nbsp;[300]</a>.</p>
-
-<p>«Olivier Lefèvre d'Ormesson, chevalier, seigneur
-d'Amboille<a id="FNanchor_301" href="#Footnote_301" class="fnanchor">&nbsp;[301]</a>.</p>
-
-<p>«Philbert-Emmanuel de Beaumanoir de Lavardin, conseiller
-du roi en ses conseils, évêque du Mans, commandant
-des ordres de Sa Majesté<a id="FNanchor_302" href="#Footnote_302" class="fnanchor">&nbsp;[302]</a>.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a id="Page_136"> 136</a></span>
-«Marguerite-Renée de Rostaing, veuve de Henri de
-Beaumanoir, chevalier, marquis de Lavardin, maréchal
-des camps et armées du roi<a id="FNanchor_303" href="#Footnote_303" class="fnanchor">&nbsp;[303]</a>.</p>
-
-<p>«Marie-Madeleine de la Vergne, épouse du marquis de
-la Fayette<a id="FNanchor_304" href="#Footnote_304" class="fnanchor">&nbsp;[304]</a>.</p>
-
-<p>«Dame Françoise de Montalais, veuve du comte de
-Marans.</p>
-
-<p>«Alliés et amis de ladite demoiselle future épouse.»</p>
-
-<p>Cette longue liste ne nous donne pas une connaissance
-complète de tous les membres de la famille dans laquelle
-la fille de madame de Sévigné allait entrer; il y manque
-encore:</p>
-
-<p>François Adhémar de Monteil de Grignan, archevêque
-d'Arles, oncle paternel de M. de Grignan<a id="FNanchor_305" href="#Footnote_305" class="fnanchor">&nbsp;[305]</a>.</p>
-
-<p>Jean-Baptiste Adhémar de Monteil de Grignan, frère
-de M. de Grignan, coadjuteur de son oncle l'archevêque
-d'Arles<a id="FNanchor_306" href="#Footnote_306" class="fnanchor">&nbsp;[306]</a>.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a id="Page_137"> 137</a></span>
-Charles-Philippe Adhémar de Monteil, chevalier de
-Grignan, chevalier de Malte, autre frère de M. de Grignan<a id="FNanchor_307" href="#Footnote_307" class="fnanchor">&nbsp;[307]</a>.</p>
-
-<p>Marie Adhémar de Monteil de Grignan, s&oelig;ur de M. de
-Grignan, religieuse à Aubenas dans le Vivarais<a id="FNanchor_308" href="#Footnote_308" class="fnanchor">&nbsp;[308]</a>.</p>
-
-<p>M. de Grignan avait encore deux autres s&oelig;urs, dont
-l'une, Marguerite de Grignan, avait épousé le marquis de
-Saint-Andiol<a id="FNanchor_309" href="#Footnote_309" class="fnanchor">&nbsp;[309]</a>; l'autre, Thérèse de Grignan, fut mariée
-au comte de Rochebonne<a id="FNanchor_310" href="#Footnote_310" class="fnanchor">&nbsp;[310]</a>.</p>
-
-<p>M. de Grignan avait de sa première femme Claire
-d'Angennes, qu'il épousa le 27 avril 1658, deux filles,
-toutes deux fort jeunes encore lorsqu'il se maria pour la
-troisième fois à mademoiselle de Sévigné, l'une nommée
-Louise-Catherine de Grignan<a id="FNanchor_311" href="#Footnote_311" class="fnanchor">&nbsp;[311]</a>, l'autre Françoise-Julie
-de Grignan, plus connue sous le nom de mademoiselle
-d'Alérac<a id="FNanchor_312" href="#Footnote_312" class="fnanchor">&nbsp;[312]</a>.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a id="Page_138"> 138</a></span>
-Nous aurons, dans le cours de ces Mémoires, plus d'une
-occasion de parler des personnages dont les noms viennent
-d'être mentionnés. Ce qu'il importe pour le présent,
-c'est de bien faire connaître l'aîné et le chef de cette nombreuse
-famille des Grignan, puisqu'en l'adoptant pour
-gendre madame de Sévigné croyait voir réaliser toutes les
-espérances que sa tendresse lui avait suggérées pour le
-bonheur de celle qui était l'objet de ses pensées les plus
-chères et de ses jouissances les plus vives. Quoiqu'en épousant
-mademoiselle de Sévigné le comte de Grignan fût à
-ses troisièmes noces, cependant il n'avait alors que trente-sept
-ans<a id="FNanchor_313" href="#Footnote_313" class="fnanchor">&nbsp;[313]</a>. Mademoiselle de Sévigné avait atteint vingt-trois
-ans; or, une supériorité d'âge de la part de l'époux qui
-n'excède pas le nombre de treize années a toujours paru
-propre à établir dans l'union conjugale cette similitude
-de goûts et d'inclinations que la différence des sexes tend
-à faire disparaître entre personnes de même âge, à mesure
-qu'elles s'avancent vers les dernières périodes de la
-vie. Le comte de Grignan était plutôt laid que beau de
-visage; mais il avait une physionomie expressive, une
-belle taille, un air noble et gracieux. Il possédait cette
-politesse exquise, ce suprême bon ton, cet art de converser
-<span class="pagenum"><a id="Page_139"> 139</a></span>
-agréablement qui, même à la cour élégante et polie
-de Louis XIV, faisaient distinguer avantageusement ceux
-qui, dans leur jeunesse, avaient fréquenté l'hôtel de Rambouillet.
-Sans être un homme remarquable par sa capacité
-et par son esprit, il s'était acquitté avec distinction de tous
-les emplois dont il avait été chargé: grand, généreux,
-aimant les arts, le luxe, il s'était fait de nombreux amis,
-et, bien vu du roi, il pouvait aspirer aux plus hautes
-dignités, aux plus belles fonctions de l'État<a id="FNanchor_314" href="#Footnote_314" class="fnanchor">&nbsp;[314]</a>. Par ses
-deux premières femmes, qu'il avait rendues heureuses, il
-donnait à celle qu'il allait épouser des garanties de la douceur
-de son caractère dans les relations conjugales, garanties
-que bien peu d'hommes de son âge pouvaient offrir. Sa
-noblesse était non-seulement fort ancienne, mais illustre;
-il était Grignan par les femmes, Castellane par les hommes.
-Sa famille, par ses alliances et ses origines, se trouvait
-encore greffée à celles des Adhémar et des Ornano; elle
-réunissait tous ces beaux noms, et écartelait en quatre
-quartiers, sur son écusson, les insignes de ces quatre souches<a id="FNanchor_315" href="#Footnote_315" class="fnanchor">&nbsp;[315]</a>.
-Encore florissante et nombreuse, cette famille se
-maintenait dans un grand éclat par les dignités ecclésiastiques
-<span class="pagenum"><a id="Page_140"> 140</a></span>
-et les grades militaires de plusieurs de ses membres,
-tous oncles ou frères de M. de Grignan; et lui, par ses
-prudents mariages, n'avait point terni la splendeur de
-sa maison. La famille des d'Angennes de Rambouillet est
-suffisamment connue par ce que nous avons déjà dit d'elle
-dans ces Mémoires. M. de Grignan avait perdu sa première
-femme, Angélique-Clarice d'Angennes, en janvier
-1665<a id="FNanchor_316" href="#Footnote_316" class="fnanchor">&nbsp;[316]</a>. Elle lui avait laissé deux filles, dont mademoiselle
-de Sévigné, en se mariant, allait devenir la
-belle-mère. La seconde femme qu'il avait épousée était
-d'une noblesse encore plus ancienne, quoique moins illustre
-que les d'Angennes: c'était Marie-Angélique du Puy
-du Fou, fille de Gabriel, sire du Puy du Fou, marquis de
-Combronde, seigneur de Champagne, et de Madeleine
-Peschseul de Bellièvre<a id="FNanchor_317" href="#Footnote_317" class="fnanchor">&nbsp;[317]</a>. Elle mourut au mois de juin de
-l'année 1667, en couche d'un fils qui ne vécut pas. Ces
-deux alliances n'avaient pas été moins avantageuses sous le
-rapport de la fortune que sous celui de la naissance, ce qui
-semblait dispenser madame de Sévigné d'un rigoureux
-examen et lui permettre de s'en tenir à cet égard aux
-apparences, que les belles possessions territoriales du
-comte de Grignan présentaient sous un jour favorable.
-Depuis son dernier veuvage, M. de Grignan paraissait
-décidé à vivre à la cour. Sa charge de lieutenant général
-du roi en Languedoc y mettait peu d'obstacle. A cette
-époque, le gouvernement militaire du Languedoc se composait
-d'un gouverneur général, d'un commandant et de
-trois lieutenants généraux. La présence de M. de Grignan,
-<span class="pagenum"><a id="Page_141"> 141</a></span>
-qui était un de ces trois, n'était nécessaire que dans des
-cas extraordinaires<a id="FNanchor_318" href="#Footnote_318" class="fnanchor">&nbsp;[318]</a>; et madame de Sévigné était surtout
-charmée de l'espoir de conserver près d'elle sa fille, de
-diriger ses premiers pas dans le monde, de partager ses
-plaisirs et d'alléger ses peines. Ses lettres nous la montrent
-enchantée de ce mariage, négocié par son ami le comte de
-Brancas<a id="FNanchor_319" href="#Footnote_319" class="fnanchor">&nbsp;[319]</a>. Son ambition et sa tendresse maternelle y trouvaient
-un double sujet de satisfaction. Elle s'impatientait
-des délais que la nécessité des formes et les considérations
-de parenté forçaient d'y apporter. Le 4 décembre 1668,
-elle écrivait à Bussy, dont, en sa qualité de curateur,
-l'approbation, au moins pour la forme, devait être demandée<a id="FNanchor_320" href="#Footnote_320" class="fnanchor">&nbsp;[320]</a>:</p>
-
-<p>«Il faut que je vous apprenne ce qui, sans doute, vous
-donnera de la joie: c'est qu'enfin la plus jolie fille de
-France épouse non le plus joli garçon, mais un des plus
-honnêtes hommes du royaume, que vous connaissez il
-y a longtemps. Toutes ses femmes sont mortes pour faire
-place à votre cousine, et même son père et son fils, par
-une bonté extraordinaire; de sorte qu'étant plus riche
-qu'il n'a jamais été, et se trouvant d'ailleurs, et par sa
-naissance, et par ses établissements, et par ses bonnes
-qualités, tel que nous le pouvions souhaiter, nous ne le
-marchandons point, comme on a accoutumé de faire; nous
-nous en fions bien aux deux familles qui ont passé devant
-<span class="pagenum"><a id="Page_142"> 142</a></span>
-nous. Il paraît fort content de notre alliance; et aussitôt
-que nous aurons reçu des nouvelles de l'archevêque d'Arles,
-son oncle, son autre oncle l'évêque d'Uzès étant ici,
-ce sera une affaire qui s'achèvera avant la fin de l'année.
-Comme je suis une dame assez régulière, je n'ai pas
-voulu manquer à vous demander votre avis et votre approbation.
-Le public paraît content, c'est beaucoup; car on
-est si sot que c'est quasi sur cela qu'on se règle.»</p>
-
-<p>Bussy, qui alors était avec sa cousine dans le fort de la
-discussion sur les torts qu'ils avaient eus l'un envers l'autre
-et qui aimait peu le comte de Grignan, répond, quatre
-jours après<a id="FNanchor_321" href="#Footnote_321" class="fnanchor">&nbsp;[321]</a>:</p>
-
-<p>«Vous avez raison de croire que la nouvelle du mariage
-de mademoiselle de Sévigné me donnera de la joie: l'aimant
-et l'estimant comme je fais, peu de choses m'en peuvent
-donner davantage; et d'autant plus que M. de Grignan
-est un homme de qualité et de mérite, et qu'il a une
-charge considérable. Il n'y a qu'une chose qui me fait peur
-pour la plus jolie fille de France, c'est que Grignan, qui
-n'est pas encore vieux, est déjà à sa troisième femme; il
-en use presque autant que d'habits ou du moins que de
-carrosses: à cela près, je trouve ma cousine bien heureuse;
-mais, pour lui, il ne manque rien à sa bonne fortune.
-Au reste, madame, je vous suis trop obligé des
-égards que vous avez pour moi en cette rencontre. Mademoiselle
-de Sévigné ne pouvait épouser personne à qui je
-donnasse de meilleur c&oelig;ur mon approbation.»</p>
-
-<p>Un mois après, le 7 janvier, madame de Sévigné écrit
-encore à Bussy: «Je suis fort aise que vous approuviez le
-mariage de M. de Grignan. Il est vrai que c'est un très-bon
-<span class="pagenum"><a id="Page_143"> 143</a></span>
-et très-honnête homme, qui a du bien, de la qualité, une
-charge, de l'estime et de la considération dans le monde.
-Que faut-il davantage? Je trouve que nous sommes fort
-bien sortis d'intrigues. Puisque vous êtes de cette opinion,
-signez la procuration que je vous envoie, mon cher cousin,
-et soyez persuadé que, par mon goût, vous seriez
-tout le beau premier de la fête. Bon Dieu, que vous y tiendriez
-bien votre place! Depuis que vous êtes parti de ce
-pays-ci, je ne trouve plus d'esprit qui me contente pleinement,
-et mille fois je me dis en moi-même: Bon Dieu,
-quelle différence<a id="FNanchor_322" href="#Footnote_322" class="fnanchor">&nbsp;[322]</a>!»</p>
-
-<p>Bussy, malgré cette pressante invitation et ces cajoleries
-de sa cousine, ne signa point de procuration, mécontent
-du comte de Grignan, qui ne lui avait point écrit et
-qui n'avait pas, selon lui, agi, comme proche parent<a id="FNanchor_323" href="#Footnote_323" class="fnanchor">&nbsp;[323]</a>,
-avec assez de déférence. Bussy se contenta de l'adhésion
-qu'il avait donnée au mariage, en termes froids, mais
-polis, dans sa lettre à madame de Sévigné. Mais cette
-lettre ne pouvait suffire pour insérer son nom dans le
-contrat, et il n'y parut pas.</p>
-
-<p>Le cardinal de Retz n'avait cessé d'exhorter madame
-de Sévigné de prendre, avant de conclure, des renseignements
-sur l'état de fortune du comte de Grignan; mademoiselle
-de Sévigné, peu susceptible de se passionner
-pour aucun homme, ne voyait qu'avec crainte s'approcher
-le moment qui devait la livrer à celui qui, déjà deux fois
-marié, semblait, comme disait Bussy, «avoir pris l'habitude
-de changer de femmes comme de carrosses.»</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a id="Page_144"> 144</a></span>
-Dans sa réponse au cardinal de Retz, madame de Sévigné
-lui faisait part de l'hésitation de sa fille, et en même
-temps elle lui mandait qu'elle n'avait pu obtenir des renseignements
-précis sur l'état de fortune du comte de Grignan
-et qu'elle était à cet égard forcée de s'en rapporter
-à la Providence.</p>
-
-<p>Le cardinal de Retz lui répond<a id="FNanchor_324" href="#Footnote_324" class="fnanchor">&nbsp;[324]</a>:</p>
-
-<p>«Je ne suis point surpris des frayeurs de ma nièce; il y
-a longtemps que je me suis aperçu qu'elle dégénère; mais,
-quelque grand que vous me dépeigniez son transissement
-sur le jour de la conclusion, je doute qu'il puisse être égal
-au mien sur les suites, depuis que j'ai vu, par une de
-vos lettres, que vous n'avez ni n'espérez guère d'éclaircissements
-et que vous vous abandonnez en quelque sorte
-au destin, qui est souvent très-ingrat et reconnaît assez
-mal la confiance que l'on a placée en lui. Je me trouve en
-vérité, sans comparaison, plus sensible à ce qui vous
-regarde, vous et la petite, qu'à ce qui m'a jamais touché
-moi-même sensiblement.»</p>
-
-<p>Malgré ces avertissements et le peu de désir que montrait
-sa fille, madame de Sévigné n'en poursuivit pas
-moins avec ardeur l'accomplissement du projet qui lui
-paraissait la réalisation de ses plus flatteuses espérances.
-C'est elle-même qui, en datant trois ans après, jour pour
-jour, une de ses lettres, nous apprend<a id="FNanchor_325" href="#Footnote_325" class="fnanchor">&nbsp;[325]</a> que sa fille fut
-fiancée au comte de Grignan le lendemain de la signature
-du contrat, le 29 janvier 1669, jour de la fête de saint
-François de Sales. Alors déjà cette tendre mère avait une
-<span class="pagenum"><a id="Page_145"> 145</a></span>
-occasion de se convaincre combien elle s'était montrée
-imprévoyante en n'adhérant pas assez strictement aux
-conseils qui lui étaient donnés par un homme aussi expérimenté
-que le cardinal de Retz. Quoiqu'elle ne se fût pas
-trompée sur le caractère et les excellentes qualités du
-comte de Grignan, déjà elle avait éprouvé qu'une union
-sur laquelle elle avait fondé les plus douces et les plus
-paisibles jouissances de son âge mûr et de sa vieillesse
-ferait couler de ses yeux plus de larmes qu'elle n'en avait
-jamais répandu dans sa vie!</p>
-
-<div class="chapter">
-<p><span class="pagenum"><a id="Page_146"> 146</a></span></p>
-<h2 class="normal">CHAPITRE IX.<br />
-<span class="medium">1669.</span></h2>
-</div>
-
-<p class="hanging indent">Réflexions sur les impressions produites par des événements heureux
-selon la différence des caractères.&mdash;Du caractère de madame de
-Sévigné.&mdash;Elle est encore une fois parfaitement heureuse.&mdash;Une
-nouvelle altercation a lieu entre elle et Bussy.&mdash;Tout contribuait à
-désespérer Bussy.&mdash;Il fait de nouvelles offres de service lors de la
-guerre de la Franche-Comté.&mdash;Il est refusé.&mdash;Son dépit.&mdash;Bussy
-et Saint-Évremond sollicitaient tous deux leur rappel.&mdash;Des causes
-qui les empêchaient de l'obtenir.&mdash;On leur attribuait des pièces
-satiriques contre Louis XIV.&mdash;Ils n'en étaient point les auteurs.&mdash;Comment
-ils se nuisaient à eux-mêmes en flattant le roi aux
-dépens de Mazarin.&mdash;Politique de Louis XIV, la même que celle
-de Mazarin.&mdash;Sa dissimulation envers ses ministres et sa conduite
-à l'égard de Condé, de Turenne, de ses ambassadeurs et de ses
-agents; envers Gourville, le pape et les jansénistes.&mdash;Bussy n'aimait
-point Grignan, et n'en était point aimé.&mdash;Madame de Sévigné
-entreprend de persuader à Bussy qu'il faut qu'il écrive le premier
-à M. de Grignan.&mdash;Bussy refuse de le faire.&mdash;Nouvelle lettre de
-madame de Sévigné à Bussy sur ce sujet.&mdash;Bussy s'en offense.&mdash;Étonnement
-de madame de Sévigné.&mdash;Ses plaintes d'avoir
-été mal jugée.&mdash;Bussy reconnaît qu'il a eu tort.&mdash;Madame de
-Sévigné insiste pour que Bussy écrive à M. de Grignan.&mdash;Bussy
-consent, à condition que madame de Sévigné lui saura gré de la
-violence qu'il se fait.</p>
-
-<p class="space">Il est des personnes dont la pensée, toujours tendue sur
-l'instabilité des choses humaines, n'accueille qu'avec
-crainte les sentiments de joie qu'un événement heureux
-leur inspire et qui n'osent se fier aux gages de bonheur
-que le sort favorable semble leur assurer. Madame de Sévigné
-n'était pas de ce nombre. Sa sensibilité vive, prompte,
-<span class="pagenum"><a id="Page_147"> 147</a></span>
-entraînante engendrait facilement dans son âme la mélancolie
-lorsqu'elle était blessée ou simplement contrariée
-dans ses affections de c&oelig;ur; mais, par son caractère porté
-à la gaieté, elle se livrait volontiers aux illusions de l'espérance,
-et elle ne troublait pas, par d'importunes prévisions,
-les jouissances dont elle était en possession. Sa pieuse
-confiance en la Providence affermissait encore ses penchants
-naturels. «Pour ma Providence, dit-elle dans une
-de ses lettres<a id="FNanchor_326" href="#Footnote_326" class="fnanchor">&nbsp;[326]</a>, je ne pourrais pas vivre en paix si je ne la
-regardais souvent; elle est la consolation des tristes états
-de la vie, elle abrége toutes les plaintes, elle calme toutes
-les douleurs, elle fixe toutes les pensées; c'est-à-dire elle
-devrait faire tout cela; mais il s'en faut bien que nous
-soyons assez sages pour nous servir si salutairement de
-cette vue; nous ne sommes encore que trop agités et trop
-sensibles.»</p>
-
-<p>Jamais cette Providence que madame de Sévigné adorait
-ne réunit autour d'elle autant d'éléments de bonheur
-que dans le cours de cette année 1669. Elle avait un gendre
-de son choix, depuis longtemps connu d'elle; et par lui elle
-était alliée à une nombreuse et puissante famille, dont sa
-fille, par sa jeunesse, son esprit et sa beauté, devenait
-l'ornement et la gloire. Elle produisait celle-ci dans le
-monde et à la cour avec tous ses avantages personnels et
-tous ceux que lui procuraient la naissance et le rang de son
-époux. Madame de Sévigné se glorifiait encore de son fils,
-récemment échappé aux dangers d'une campagne meurtrière
-et recueillant la considération et l'estime que confèrent
-à un jeune homme les inclinations guerrières et les
-premières preuves de valeur et d'audace. Enfin elle s'était
-<span class="pagenum"><a id="Page_148"> 148</a></span>
-réconciliée avec son cousin, son plus proche parent, l'ami
-de sa jeunesse, celui qui l'avait le plus cruellement offensée,
-le plus constamment aimée, admirée et flattée. Mais
-ce mariage, qui eut lieu à l'époque de cette réconciliation,
-fit surgir entre elle et Bussy un nouveau sujet de débat,
-dont il est nécessaire de développer les causes pour bien
-comprendre le caractère de ce dernier et sa correspondance
-avec madame de Sévigné.</p>
-
-<p>Tout semblait se réunir pour mettre obstacle aux désirs
-et aux projets de Bussy. La haute opinion qu'il avait de
-lui-même et de l'antiquité de sa race l'empêchait de mettre
-des bornes à son ambition et de dissimuler son orgueil.
-Il ne voulait reconnaître presque aucune noblesse plus ancienne
-que celle des Rabutin. Sa cousine, qui venait de produire
-les titres de son mari aux états de Bretagne et qui
-avait, à cause du mariage de sa fille, intérêt de ne pas laisser
-passer sans la combattre cette prétention de Bussy, lui
-donne dans une de ses lettres ce détail généalogique de la
-famille des Sévigné<a id="FNanchor_327" href="#Footnote_327" class="fnanchor">&nbsp;[327]</a>: «Quatorze contrats de mariage de
-père en fils; trois cent cinquante ans de chevalerie; les
-pères quelquefois considérables dans les guerres de Bretagne
-et bien marqués dans l'histoire; quelquefois retirés
-chez eux comme des Bretons; quelquefois de grands biens,
-quelquefois de médiocres, mais toujours de bonnes et de
-grandes alliances; celles de trois cent cinquante ans, au
-bout desquels on ne voit que des noms de baptême, sont du
-Quelnec, Montmorency, Baraton et Châteaugiron: ces
-noms sont grands; ces femmes avaient pour maris des Rohan
-et des Clisson. Depuis ces quatre, ce sont des Guesclin,
-<span class="pagenum"><a id="Page_149"> 149</a></span>
-des Coaquin, des Rosmadec, des Clindon, des Sévigné de
-leur même maison, des du Bellay, des Rieux, des Bodegat,
-des Plessis-Ireul et d'autres qui ne me reviennent pas présentement,
-jusqu'à Vassé et jusqu'à Rabutin. Tout cela est
-vrai, il faut m'en croire...»</p>
-
-<p>La vanité de Bussy souffrit tellement en lisant cette énumération
-de sa cousine qu'il en biffa les dernières lignes,
-et il nous en a ainsi dérobé les conclusions. Pour lui, il
-n'en voulut pas démordre, et dans sa réponse il dit:
-«Pour les maisons que vous me mandez, qui sont meilleures
-que la nôtre, je n'en demeure pas d'accord. Je le
-cède aux Montmorency pour les honneurs, et non pour
-l'ancienneté; mais pour les autres, je ne les connais pas;
-je n'y entends non plus qu'au bas-breton<a id="FNanchor_328" href="#Footnote_328" class="fnanchor">&nbsp;[328]</a>.»</p>
-
-<p>Madame de Sévigné répond avec raison que, s'il ne connaît
-pas ces familles bretonnes qui lui paraissent barbares,
-elle en appelle de ce qu'elle a dit et vu à Bouchet, le savant
-généalogiste. «Je ne vous dis pas cela, ajoute-t-elle, pour
-dénigrer nos Rabutin: hélas! je ne les aime que trop<a id="FNanchor_329" href="#Footnote_329" class="fnanchor">&nbsp;[329]</a>.»</p>
-
-<p>Lors de la guerre de Flandre, Bussy avait cru qu'il lui
-suffisait d'offrir ses services au roi pour qu'ils fussent acceptés.
-Il pensait qu'avec ses talents militaires il lui serait
-facile de se distinguer dans cette campagne, et de regagner
-par ses exploits, par son esprit, par sa connaissance de la
-cour, par sa souplesse de courtisan, la faveur du jeune monarque;
-qu'ainsi, étant, par droit d'ancienneté et par ses
-services, le premier dans la catégorie de ceux qui devaient
-<span class="pagenum"><a id="Page_150"> 150</a></span>
-être faits maréchaux de France, cette haute dignité, objet
-de ses v&oelig;ux les plus ardents, ne pouvait lui échapper<a id="FNanchor_330" href="#Footnote_330" class="fnanchor">&nbsp;[330]</a>. Cependant
-il eut la douleur de voir ses offres refusées; et la
-promotion de maréchaux qui eut lieu peu de temps après la
-campagne de Flandre excita en lui un dépit que, malgré
-son esprit, il dissimulait mal sous une apparence de dédain
-et de philosophique indifférence<a id="FNanchor_331" href="#Footnote_331" class="fnanchor">&nbsp;[331]</a>. Pourtant il se consolait
-en pensant que le plus illustre guerrier du siècle, le grand
-Condé lui-même, n'avait point été compris au nombre des
-généraux employés dans cette guerre et qu'il était, comme
-lui, resté oisif dans ses châteaux, à Chantilly et à Saint-Maur.</p>
-
-<p>Mais Bussy revint à la charge, et fit les plus grands efforts
-pour rentrer au service lorsqu'il vit que des troupes
-venues de divers points du royaume s'approchaient des
-lieux de son exil. Quand les officiers généraux qui commandaient
-ces troupes acceptèrent l'hospitalité qui leur
-était offerte par lui; quand il apprit (ce qui était resté
-secret pour tout le monde) que le théâtre de la guerre
-allait être porté dans la province la plus voisine de celle
-où il résidait, de celle dont il était une des plus grandes
-notabilités militaires; quand il sut, enfin, que Condé
-allait commander en chef l'expédition contre la Franche-Comté,
-alors Bussy demanda, sollicita avec plus d'instance;
-mais le roi lui fit dire de se tenir tranquille dans sa
-terre et d'attendre. Cette réponse, quoique accompagnée
-de tous les adoucissements et les égards qu'on put y mettre,
-<span class="pagenum"><a id="Page_151"> 151</a></span>
-l'atterra<a id="FNanchor_332" href="#Footnote_332" class="fnanchor">&nbsp;[332]</a>: il désespéra de sa fortune; son humeur jalouse
-s'aigrit. Il continuait toujours à tenir le même langage de
-soumission et de dévouement à l'égard du monarque dans
-les placets qu'il ne cessait de lui adresser<a id="FNanchor_333" href="#Footnote_333" class="fnanchor">&nbsp;[333]</a> ou dans les lettres
-qu'il écrivait à ses amis et à ses connaissances de cour;
-mais dans l'intimité ses sentiments se trahissaient. On le
-savait, et l'on n'ignorait pas non plus qu'un grand nombre
-de hauts personnages, sans être exilés comme Bussy,
-étaient aussi dans la classe des mécontents: les uns
-parce qu'on ne les employait pas; les autres parce que,
-peu satisfaits des grâces qu'ils avaient reçues, ils étaient
-jaloux de ceux auxquels on en avait conféré de plus
-grandes. Un nombre bien plus considérable d'hommes indépendants
-par leur caractère, leur fortune ou les charges
-et emplois qu'on ne pouvait leur ôter désapprouvaient
-le despotisme du roi, son ambition, ses guerres, ses
-prodigalités. Ce parti, formé des débris de toutes les
-Frondes, était nombreux dans le parlement et la noblesse.
-Les plus probes et les plus sincères d'entre eux,
-croyant n'obéir qu'à des motifs généreux de bien public,
-se déguisaient à eux-mêmes l'impulsion qui leur était donnée
-par des intérêts particuliers. Les femmes des princes et des
-grands les plus comblés de faveurs étaient révoltées et
-humiliées des préférences et des préséances que le roi accordait
-à ses maîtresses. Tous ceux qui étaient sincèrement
-attachés à la religion blâmaient la dissolution des m&oelig;urs
-de la cour. A la vérité, elle n'était pas nouvelle; mais on
-pensait que le roi, au lieu de chercher à y remédier, l'accroissait
-<span class="pagenum"><a id="Page_152"> 152</a></span>
-encore par le scandale de ses amours. Les âmes
-indépendantes et fières (le nombre en était beaucoup plus
-grand au commencement de ce règne qu'à la fin) ne pouvaient
-pardonner à Louis XIV cet orgueil révoltant qu'il
-manifestait en toute occasion. Il s'était fait à lui-même une
-sorte d'apothéose, et semblait s'être isolé de tous les mortels
-en prenant pour emblème le soleil; en se déclarant, par
-la devise qu'il y ajoutait, lui seul supérieur à tous les autres
-monarques de la terre réunis; en faisant reproduire par
-la poésie, la peinture, la sculpture et la gravure les serviles
-flatteries dont il était l'objet, et en encourageant en
-même temps les plus beaux génies du siècle à ridiculiser sur
-la scène ou à bafouer dans des satires toutes les classes,
-tous les rangs, toutes les professions.</p>
-
-<p>Louis XIV, par sa vigilance et sa fermeté, par l'action
-constante d'un gouvernement bienfaiteur, pouvait empêcher
-les mécontents de dégénérer en factieux, les forcer à
-la soumission et les rendre incapables d'entraver la marche
-de son autorité; mais, avec les passions qui le dominaient,
-il ne pouvait faire disparaître les causes de mécontentement
-ni les empêcher de s'exhaler en secret par
-des sarcasmes virulents, par des vaudevilles, des épigrammes,
-de scandaleux libelles dont on multipliait les
-copies manuscrites ou qu'on imprimait en Hollande: ils
-circulaient en grand nombre, sans qu'on pût parvenir à
-en connaître les auteurs.</p>
-
-<p>Les pièces les plus mordantes et les plus spirituelles
-étaient attribuées à Bussy ou à Saint-Évremond, parce
-que l'un et l'autre s'étaient acquis la réputation de beaux
-esprits malins et caustiques. Cependant ni l'un ni l'autre
-ne songeaient alors à composer des écrits satiriques contre
-Louis XIV. Tous deux, au contraire, sollicitaient en même
-<span class="pagenum"><a id="Page_153"> 153</a></span>
-temps d'être rappelés de leur exil, et désiraient de rentrer
-en grâce auprès du monarque. Mais, lors même qu'ils n'eussent
-point été en butte aux préventions dont il leur était
-impossible de se garantir, ils n'auraient pu, par les moyens
-qu'ils faisaient valoir à l'appui de leurs demandes, réussir
-à obtenir leur rappel. Tous deux se trompaient, et de la
-même manière; tous deux avaient mal saisi le caractère du
-roi, mal interprété ses secrets sentiments; et par la maladresse
-de leurs flatteries, au lieu de capter sa bienveillance
-et de se faire pardonner le passé, ils aggravaient, sans
-le savoir, les torts qui leur étaient imputés. L'esprit de
-discernement manque bien souvent aux gens d'esprit.
-Bussy et Saint-Évremond pensaient que, comme leur opposition
-à la politique et aux intrigues de Mazarin durant
-la régence avait été la cause première et principale de leur
-disgrâce, c'était se montrer habile que d'exalter le roi,
-la grandeur de ses vues, la sagesse de ses conseils, et de
-mettre en parallèle les glorieux commencements de son
-règne avec les calamités de la Fronde. Mais plus ils développaient
-bien ce thème (et Saint-Évremond le fit avec un
-remarquable talent dans sa longue lettre à de Lionne<a id="FNanchor_334" href="#Footnote_334" class="fnanchor">&nbsp;[334]</a>), plus
-ils rappelaient à Louis XIV les éminents services de son ancien
-ministre et les utiles leçons qu'il en avait reçues, plus
-ils lui ôtaient l'envie de faire cesser l'exil des ennemis de sa
-mémoire et d'accepter leurs offres de service. Le roi, armé
-du sceptre et portant la couronne, n'était pas astreint à la
-même dissimulation et aux mêmes ruses que le cardinal,
-enveloppé de sa robe de pourpre et n'exerçant qu'un pouvoir
-délégué. Sans doute Louis XIV avait des formes plus
-<span class="pagenum"><a id="Page_154"> 154</a></span>
-nobles et en apparence plus franches que celles de Mazarin;
-mais Louis XIV, tant que l'âge lui conserva ses facultés, se
-conforma avec autant de finesse que de succès à la pratique
-de cette politique souple et déliée que lui avait inculquée son
-ministre. Ainsi il employait Condé et le comblait de joie en
-lui donnant le commandement en chef de l'armée qui devait
-conquérir la Franche-Comté et en se confiant à lui pour la
-conduite des intrigues corruptrices et des négociations secrètes
-qui devaient faciliter cette conquête<a id="FNanchor_335" href="#Footnote_335" class="fnanchor">&nbsp;[335]</a>; mais lorsque
-Casimir, roi de Pologne, se démit de la couronne, et que des
-chances se présentèrent pour faire passer cette couronne sur
-la tête de Condé, Louis XIV travailla par ses négociations à
-les faire avorter<a id="FNanchor_336" href="#Footnote_336" class="fnanchor">&nbsp;[336]</a>. Il jugeait, avec raison, qu'il était important
-pour la France et pour lui qu'un aussi grand capitaine
-fût toujours son sujet, et jamais son égal. De même il autorisait
-Louvois à employer Gourville dans des intrigues diplomatiques
-auprès de l'évêque d'Osnabruck et autres,
-pour obtenir des troupes et une alliance avantageuse; et il
-laissait Colbert poursuivre dans Gourville le complice des
-dilapidations de Fouquet, et empêcher sa rentrée en France
-jusqu'à ce qu'il eût payé à l'épargne la somme énorme dont
-le jugement d'une commission le rendait redevable<a id="FNanchor_337" href="#Footnote_337" class="fnanchor">&nbsp;[337]</a>. Quand
-Louis XIV éprouvait des difficultés dans ses relations avec
-le pape, les jansénistes, que Rome avait en horreur, étaient
-favorisés en France; quand il était satisfait du pape, aussitôt
-des scrupules de conscience forçaient le roi à comprimer
-<span class="pagenum"><a id="Page_155"> 155</a></span>
-cette secte orgueilleuse, et portait l'alarme à l'hôtel
-de Longueville. Pour la guerre, sa confiance en Turenne
-était entière, et il avait avec lui de fréquents entretiens;
-mais, pour qu'aucune capacité, quelque grande qu'elle
-fût, ne pût se croire indispensable, il affectait de consulter
-aussi Condé, et il tenait en respect ces deux grands guerriers,
-tous deux ambitieux, tous deux devenus jaloux de
-se concilier sa faveur. Il entretenait avec soin la division
-et la rivalité entre ses ministres, afin que rien ne lui fût
-caché. Son conseil entier était tenu sur ses gardes, et on
-savait que les fils les plus déliés de sa vaste administration
-étaient surveillés par des correspondances secrètes et des
-agents inconnus, qui bien souvent étaient les seuls vrais
-interprètes et les seuls exécuteurs de ses pensées intimes.
-Pour mieux voiler ses desseins, il en dérobait la
-connaissance à ses représentants officiels<a id="FNanchor_338" href="#Footnote_338" class="fnanchor">&nbsp;[338]</a>. Nul espoir ne
-restait de pouvoir tromper ou d'abuser celui qui avait su
-se réserver la faculté de tromper tout le monde et de dérouter
-toutes les intrigues. On peut juger, d'après cet exposé,
-combien était grande l'erreur de Bussy et de Saint-Évremond,
-qui croyaient faire leur cour en critiquant la
-politique de Mazarin. Bussy et Saint-Évremond subissaient
-le sort de ceux qui, après s'être longtemps agités dans le
-tourbillon du monde, s'en trouvent séparés pendant quelque
-temps, et croient facile de se prévaloir de l'expérience
-du passé pour mettre le présent au service de l'avenir. Mais
-le monde se modifie rapidement; ceux qui le quittent ne le
-retrouvent plus le lendemain tel qu'ils l'avaient laissé la
-veille; il change à tout instant de forme et d'aspect, comme
-<span class="pagenum"><a id="Page_156"> 156</a></span>
-un ciel orageux, où roulent sans cesse des nuages poussés
-par des vents violents et variables. Bussy et Saint-Évremond,
-en louant Louis XIV, en cherchant à justifier leur
-conduite passée, se souvenaient trop de l'époque où, ami
-de ses plaisirs, accessible aux flatteurs, le roi adolescent
-se montrait contrarié d'être forcé de quitter la répétition
-d'un ballet pour assister au conseil tenu par le cardinal.</p>
-
-<p>Le refus qu'avait éprouvé Bussy ne lui faisait pas prendre
-en gré M. de Grignan, dont les services étaient loin
-d'égaler les siens et qui cependant jouissait de la faveur
-du monarque. Bussy avait donné par sa lettre son
-consentement au mariage, parce que, sans offenser sa cousine,
-il lui était impossible de faire autrement; mais il
-avait, ainsi que je l'ai dit, fait en sorte que son nom ne
-parût point au contrat. De son côté, le comte de Grignan
-avait ses raisons pour ne pas aimer Bussy et ne pas se
-lier avec lui; peut-être parce que Bussy n'était pas bien
-en cour; peut-être parce qu'il s'était fait des ennemis de
-Condé et de Turenne et de plusieurs autres personnages
-amis de Grignan ou dont Grignan avait besoin. Quoi qu'il
-en soit, il est certain que Grignan s'abstint d'écrire à
-Bussy, comme la simple politesse l'obligeait à le faire, en
-épousant la fille de Marie de Rabutin-Chantal. Il importait
-à madame de Sévigné que son gendre fût en bons
-termes avec son cousin, et que tous deux pussent se voir
-et se parler affectueusement, s'ils se rencontraient chez elle
-ou dans le monde. Pour opérer ce rapprochement, il fallait
-nécessairement que M. de Grignan écrivît une lettre convenable
-à Bussy. Madame de Sévigné pensa qu'elle contraindrait
-son gendre à faire cette démarche, si elle pouvait
-persuader à Bussy d'écrire le premier à Grignan une
-de ces lettres aimables et spirituelles pour lesquelles il excellait.
-<span class="pagenum"><a id="Page_157"> 157</a></span>
-La hautaine susceptibilité de Bussy, son mécontentement
-et ses mauvaises dispositions envers Grignan
-semblaient rendre la chose presque impossible. Cependant
-madame de Sévigné l'entreprit; et elle fondait l'espoir du
-succès sur la nature des sentiments qu'elle avait inspirés
-à son cousin et dont la femme la moins coquette trouve
-du plaisir à essayer le pouvoir.</p>
-
-<p>D'abord elle échoua; et il faut croire pourtant que sa
-lettre était bien séduisante, puisque Bussy lui répond
-qu'ayant passé une partie de sa vie à l'offenser, il ne
-doutait pas qu'il n'en consacrât le reste à l'aimer <i>éperdument</i>.
-Puis, après avoir avoué qu'il a eu tort de n'avoir
-point écrit à madame de Sévigné sur le mariage de sa
-fille, il ajoute<a id="FNanchor_339" href="#Footnote_339" class="fnanchor">&nbsp;[339]</a>:</p>
-
-<p>«Madame de Grignan a raison aussi de se plaindre de
-moi; c'est à elle à qui je devais de nécessité écrire après
-son mariage, et je lui en vais crier merci; j'avoue franchement
-ma dette. Il faut aussi que vous soyez sincère
-sur le sujet de M. de Grignan: de quelque côté qu'on nous
-regarde tous deux, et particulièrement quand il épouse la
-fille de ma cousine germaine, il me doit écrire le premier;
-car je n'imagine pas que d'être persécuté ce me
-doive être une exclusion à cette grâce; il y a mille gens
-qui m'en écriraient plus volontiers, et cela n'est pas de la
-politesse de Rambouillet. Je sais bien que les amitiés sont
-libres; mais je ne pensais pas que les choses qui regardent
-la bienséance le fussent aussi. Voilà ce que c'est que d'être
-longtemps hors de la cour, on s'enrouille dans la province.»</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a id="Page_158"> 158</a></span>
-Il semble qu'il n'y avait rien à répondre à une objection
-aussi légitime, et qu'une ironie aussi bien méritée ne
-laissait plus à madame de Sévigné aucune espérance de
-réussite. Mais elle connaissait Bussy, et les expressions de
-son refus lui prouvaient le vif désir qu'il avait de lui faire
-oublier, par les preuves efficaces de son affection, les
-torts graves qu'il avait à se reprocher. Cependant la chaleur
-même de ces expressions a renouvelé les défiances de
-madame de Sévigné; elle craint d'avoir été trop loin dans
-les témoignages de son attachement, et que son cousin n'ait,
-avec sa présomption ordinaire, prêté à certaines phrases
-de sa première lettre un sens qu'elles n'avaient pas. Dans
-sa seconde lettre, tout en poursuivant son dessein, elle
-éprouve la nécessité de se mettre en défense, et elle commence
-par plaisanter Bussy sur ce mot <i>éperdument</i><a id="FNanchor_340" href="#Footnote_340" class="fnanchor">&nbsp;[340]</a>.</p>
-
-<p>«Pour vous dire le vrai, je ne me plaignais point de
-vous, car nous nous étions rendu tous les devoirs de proximité
-dans le mariage de ma fille; mais je vous faisais une
-espèce de querelle d'Allemand pour avoir de vos lettres,
-qui ont toujours le bonheur de me plaire. N'allez pas pour
-cela vous mettre à m'aimer <i>éperdument</i>, comme vous
-m'en menacez: que voudriez-vous que je fisse de votre
-<i>éperdument</i> sur le point d'être grand'mère? Je pense
-qu'en cet état je m'accommoderais mieux de votre haine
-que de votre extrême tendresse. Vous êtes un homme bien
-excessif! N'est-ce pas une chose étrange que vous ne
-puissiez trouver de milieu entre m'offenser outrageusement
-ou m'aimer plus que votre vie? Des mouvements
-si impétueux sentent le fagot, je vous le dis franchement.
-<span class="pagenum"><a id="Page_159"> 159</a></span>
-Vous trouver à mille lieues de l'indifférence est un état
-qui ne vous devrait pas brouiller avec moi, si j'étais une
-femme comme une autre; mais je suis si unie, si tranquille
-et si reposée que vos bouillonnements ne vous profitent
-pas comme ils feraient ailleurs. Madame de Grignan
-vous écrit pour monsieur son époux; il jure qu'il ne vous
-écrira pas sottement, comme tous les maris ont accoutumé
-de faire à tous les parents de leur épousée; il veut
-que ce soit vous qui lui fassiez un compliment sur l'inconcevable
-bonheur qu'il a eu de posséder mademoiselle
-de Sévigné; il prétend que pour un tel sujet il n'y a pas
-de règle générale. Comme il dit tout cela fort plaisamment
-et d'un bon ton, et qu'il vous aime et vous estime
-avant ce jour, je vous prie, comte, de lui écrire une
-lettre badine, comme vous savez si bien faire; vous me
-ferez plaisir, à moi que vous aimez, et à lui qui, entre
-nous, est le plus souhaitable mari et le plus divin pour
-la société qui soit au monde. Je ne sais pas ce que j'aurais
-fait d'un <i>jobelin</i> qui eût sorti de l'Académie, qui ne saurait
-ni la langue ni le pays, qu'il faudrait produire et expliquer
-partout, et qui ne ferait pas une sottise qui ne
-nous fît rougir.»</p>
-
-<p>Bussy prit au sérieux le badinage de madame de Sévigné,
-et son mécontentement s'accrut probablement par
-la lecture de la lettre froide et compassée de madame de
-Grignan. Il ne put supporter sans impatience les éloges
-de Grignan contenus dans la lettre de madame de Sévigné
-et la prétention de la mère et de la fille à vouloir soutenir
-que la femme pouvait payer pour le mari; que, madame
-de Grignan lui ayant écrit la première sur le fait du mariage,
-c'était à lui, Bussy, à écrire le premier à M. de Grignan.
-Il imagine que sa cousine a montré sa lettre à M. et
-<span class="pagenum"><a id="Page_160"> 160</a></span>
-à madame de Grignan, et que la réponse qu'elle lui avait
-faite avait été concertée entre eux. Bouleversé par cette
-idée, il lui écrit une lettre pleine de colère et de fiel; il se
-croit insulté par elle, et il le lui dit. Il termine enfin par
-une sanglante ironie sur Grignan, auquel, dit-il, sa bonne
-fortune a fait tourner la tête<a id="FNanchor_341" href="#Footnote_341" class="fnanchor">&nbsp;[341]</a>.</p>
-
-<p>Madame de Sévigné fut frappée d'étonnement en lisant
-cette lettre de son cousin, et dans sa réponse elle lui témoigne
-son chagrin «de ce que la plus sotte lettre du
-monde puisse être prise de cette manière par un homme
-qui entend si bien raillerie.» Elle s'exprime avec tant de
-vivacité, d'énergie, de bonté et de grâce; elle donne des
-explications si naturelles des expressions qui avaient pu
-blesser Bussy; elle montre une douleur si sincère d'avoir
-été ainsi jugée<a id="FNanchor_342" href="#Footnote_342" class="fnanchor">&nbsp;[342]</a>, que Bussy se repentit de s'être donné un
-nouveau tort envers une femme si aimable et si aimée de
-lui. On s'en aperçoit au calme de sa réponse et au soin
-qu'il prend, comme il le dit lui-même, «avec tout le respect
-et toute la douceur imaginable, à justifier son procédé<a id="FNanchor_343" href="#Footnote_343" class="fnanchor">&nbsp;[343]</a>.»
-Pour le fond de la contestation, sa justification n'était pas
-difficile; et, à juste titre, il rappelle à sa cousine la demande
-qu'elle lui avait faite d'écrire le premier à M. de
-Grignan; qu'elle l'avait prié «de le faire pour l'amour
-d'elle, qu'il aimait;» qu'un tel langage ne pouvait assurément
-se prendre pour une plaisanterie. Il termine par
-<span class="pagenum"><a id="Page_161"> 161</a></span>
-une déclaration faite sur un ton sérieux des sentiments
-d'affection qu'elle lui inspire. «Je n'ai jamais, dit-il, eu
-tant de disposition à vous aimer que j'en ai, je n'oserais
-plus dire ce terrible mot <i>éperdument</i>, mais à vous bien aimer.
-Au nom de Dieu, ma chère cousine, ne me donnez
-pas sujet de la vouloir changer.»</p>
-
-<p>Madame de Sévigné comprit tout l'avantage que lui
-donnait sur Bussy le repentir qu'il avait de lui avoir causé
-de la peine, et dans sa courte réponse elle n'argumente
-plus; il lui suffit d'insister sur ce qu'elle désire. Après
-avoir reporté la pensée de son cousin sur l'époque assez
-rapprochée où ils s'étaient vus, sans qu'il lui fût possible
-de réparer les graves torts qu'il avait eus envers elle;
-sur l'époque, plus prochaine encore, où ils se verront sans
-qu'il ait fait ce qu'elle lui demande, et lorsqu'il ne sera
-plus temps, elle termine en lui insinuant avec adresse que,
-si elle n'a pas toujours eu pour lui toute l'affection à laquelle
-elle était portée de c&oelig;ur, c'est lui seul qui en est
-cause; mais que, dans aucun temps, elle n'a eu pour lui
-de l'indifférence.</p>
-
-<p>«Si je suis jamais assez heureuse pour vous voir, et
-que vous soyez d'assez bonne humeur pour vous laisser
-battre, je vous ferai rendre votre épée aussi franchement
-que vous l'avez fait rendre autrefois à d'autres... Je finis
-cette guerre jusqu'à ce que nous soyons en présence; cependant
-souvenez-vous que je vous ai toujours aimé naturellement,
-et que je ne vous ai jamais haï que par
-accident<a id="FNanchor_344" href="#Footnote_344" class="fnanchor">&nbsp;[344]</a>.»</p>
-
-<p>Bussy ne put résister à des allusions si flatteuses pour
-<span class="pagenum"><a id="Page_162"> 162</a></span>
-sa vanité, à la douce expression d'un sentiment si tendre
-et si constant; il céda, et répondit<a id="FNanchor_345" href="#Footnote_345" class="fnanchor">&nbsp;[345]</a>:</p>
-
-<p>«Il n'est pas nécessaire que nous soyons en présence,
-ma chère cousine, pour que je vous rende les armes; je
-vous enverrai de cinquante lieues mon épée, et l'amitié
-me fera faire ce que la crainte fait faire aux autres; mais
-vous étendez un peu vos priviléges, et vous avez raison,
-à mon avis, de la même chose où tout le monde aurait
-tort. Comptez-moi cela, il en vaut bien la peine; et vous
-pouvez juger par vous-même si c'est un petit sacrifice que
-celui de son opinion. Nous en dirons sur cela quelque jour
-davantage; cependant croyez bien que je vous aime et
-que je vous estime plus que tout ce que je connais de
-femmes au monde.»</p>
-
-<p>Ainsi le fier Bussy écrivit le premier au comte de Grignan
-pour le complimenter sur son mariage, de manière à
-satisfaire celle qui exigeait de lui cette démarche, et par
-la seule espérance «qu'elle lui tiendrait compte de cela.»
-Avec le caractère de Bussy, c'était là une victoire que madame
-de Sévigné seule pouvait remporter.</p>
-
-<div class="chapter">
-<p><span class="pagenum"><a id="Page_163"> 163</a></span></p>
-<h2 class="normal">CHAPITRE X.<br />
-<span class="medium">1669-1671.</span></h2>
-</div>
-
-<p class="hanging indent">Bussy, mécontent de M. de Grignan, suspend son commerce de lettres
-avec madame de Sévigné.&mdash;Il embellit ses deux châteaux.&mdash;Augmente
-sa collection de portraits.&mdash;Sa famille et ses amis auraient
-pu faire son bonheur.&mdash;Détails sur sa femme, ses deux fils
-et ses trois filles.&mdash;De la correspondance de Bussy avec la comtesse
-de la Roche-Milet.&mdash;Bussy est considéré dans sa province.&mdash;Société
-qui fréquentait son château pendant la saison des eaux
-de Sainte-Reine.&mdash;Détails sur la manière dont Bussy réglait sa
-journée.&mdash;Il ne peut se consoler de son exil, ni oublier madame
-de Monglat.&mdash;Il écrit ses <i>Mémoires</i>.&mdash;Le duc de Saint-Aignan
-avait aussi composé des Mémoires, qui sont perdus.&mdash;Ceux de
-Bussy ont été imprimés en partie.&mdash;Défauts de cet ouvrage.&mdash;Bussy
-les avait composés pour les montrer au roi.&mdash;On essaye en
-vain d'apaiser l'animosité de Bussy envers madame de Monglat.&mdash;Cette
-dame avait conservé tous ses amis.&mdash;Madame de Sévigné se
-trouve avec elle à une représentation de la pièce d'<i>Andromaque</i>
-de Racine.&mdash;Ce que Bussy dit, à ce sujet, de sa cousine.&mdash;Madame
-de Scudéry exhorte Bussy à se réfugier dans le sein de la religion.&mdash;Elle
-forme le projet de quitter le monde.&mdash;Ce qu'elle dit
-de l'amitié.&mdash;Abjurations de Turenne et Pellisson.&mdash;Conversion
-du marquis de Tréville.&mdash;Bussy indévot, mais non incrédule.&mdash;Ce
-que lui écrivent, au sujet de la religion, madame Corbinelli, religieuse
-à Châtillon, et mademoiselle Dupré.&mdash;Réponses que leur
-fait Bussy.&mdash;Belle lettre de Pellisson.&mdash;Bussy rapporte sur Pellisson
-un bon mot de madame de Sévigné.</p>
-
-<p class="space">Bussy ne reçut aucune réponse de M. de Grignan, ou
-celle qu'il reçut ne le satisfit point: mécontent et blessé
-d'avoir été entraîné par sa cousine dans une démarche qui
-<span class="pagenum"><a id="Page_164"> 164</a></span>
-avait tant coûté à son orgueil, il suspendit sa correspondance
-avec elle. Bussy avait plus d'un moyen de combler
-le vide que l'interruption de cette correspondance faisait
-dans son existence. S'il avait su régler son esprit et son
-c&oelig;ur, aucun élément de bonheur ne lui aurait manqué. Il
-avait deux châteaux dans une des plus belles et des plus
-riantes provinces de France. Il les occupait alternativement,
-se plaisait à les embellir et surtout à accroître
-sa collection de portraits. Il nous apprend dans une de ses
-lettres que le nombre de ces portraits, en l'année 1670, se
-montait à trois cents<a id="FNanchor_346" href="#Footnote_346" class="fnanchor">&nbsp;[346]</a>. Les plus grandes notabilités de
-cette époque, surtout les femmes, étaient flattées d'avoir
-une place dans cette galerie des personnages célèbres de
-l'<i>Histoire de France</i>. Le 2 novembre 1670, il écrivait à
-une de ses correspondantes à Paris: «Je ne demandai
-pas deux fois leurs portraits à <span class="small1">Madame</span> (Henriette d'Angleterre,
-duchesse d'Orléans) et à <span class="small1">Mademoiselle</span>. Elles me
-firent bien de l'honneur en me les accordant, mais elles
-témoignèrent que je leur faisais plaisir de les leur demander.»
-Bussy aurait pu trouver dans sa famille une source
-de consolations et de jouissances. Sa femme<a id="FNanchor_347" href="#Footnote_347" class="fnanchor">&nbsp;[347]</a>, bonne,
-douce, vertueuse, allait souvent à Paris, de son consentement,
-soit pour y faire ses couches, soit par la nécessité
-de leurs communs intérêts; elle y résidait le moins
-qu'elle pouvait, et retournait avec empressement auprès
-de lui toutes les fois qu'il la rappelait. Elle déférait à toutes
-<span class="pagenum"><a id="Page_165"> 165</a></span>
-ses volontés et ne le gênait en rien dans ses habitudes de
-galanteries<a id="FNanchor_348" href="#Footnote_348" class="fnanchor">&nbsp;[348]</a>, et elle lui était fort utile par sa capacité pour
-les affaires. De ses deux fils, l'aîné fut élevé sous ses yeux
-en Bourgogne, et mis ensuite dans un collége, où madame
-de Sévigné l'allait voir<a id="FNanchor_349" href="#Footnote_349" class="fnanchor">&nbsp;[349]</a>. Il devint un brave militaire,
-qui n'eut pas les brillantes qualités de son père, mais qui
-n'en eut pas les défauts et ne fit pas les mêmes fautes. Le
-second, qui naquit à l'époque dont nous traitons, fut par
-la suite évêque de Luçon, et s'attira, par les grâces de
-son esprit et les agréments de son commerce, les éloges
-de Voltaire et de Gresset: comme son père, il reçut aussi
-les honneurs du fauteuil académique<a id="FNanchor_350" href="#Footnote_350" class="fnanchor">&nbsp;[350]</a>. Quant à ses trois
-filles, l'une, Diane-Charlotte, se fit religieuse, et demeura
-d'abord à Paris au couvent des Filles de Sainte-Marie
-et ensuite à Saumur, où elle fut nommée supérieure.
-Madame de Sévigné nous la fait connaître par ses
-lettres comme réunissant la politesse, l'élégance et les
-agréments du monde aux principes du christianisme le
-plus austère<a id="FNanchor_351" href="#Footnote_351" class="fnanchor">&nbsp;[351]</a>. Les deux autres filles de Bussy ne quittèrent
-point leur père, et faisaient, par leur esprit, leurs
-talents et leur enjouement, le charme de la société qu'il
-réunissait dans ses châteaux. L'aînée des deux, Louise-Françoise,
-s'est rendue célèbre, comme marquise de
-Coligny, par ses amours et son scandaleux procès avec de
-<span class="pagenum"><a id="Page_166"> 166</a></span>
-la Rivière, son second mari, dont elle ne porta jamais le
-nom<a id="FNanchor_352" href="#Footnote_352" class="fnanchor">&nbsp;[352]</a>. La seconde, Marie-Thérèse, épousa par la suite
-le marquis de Montataire, père du marquis de Lassay,
-qui a laissé de si singuliers Mémoires. Marie-Thérèse était
-la filleule de madame de Sévigné<a id="FNanchor_353" href="#Footnote_353" class="fnanchor">&nbsp;[353]</a>; on la nommait, quoique
-demoiselle, madame de Remiremont, parce qu'elle
-était chanoinesse du chapitre de ce nom<a id="FNanchor_354" href="#Footnote_354" class="fnanchor">&nbsp;[354]</a>. Nous la voyons
-prendre cette qualification dans un madrigal de sa composition,
-réuni à d'autres composés par son père au nom
-de son fils encore enfant, de son autre fille, de la comtesse
-de Bussy, sa femme, et du comte de Toulongeon, son
-beau-frère, et de la femme de celui-ci. Toutes ces personnes
-se trouvaient réunies à Chazeu dans les premiers
-jours de janvier 1669; elles écrivirent en commun à la
-comtesse de la Roche-Milet, avec laquelle Bussy était
-lié. La lettre collective transmettait en étrennes des madrigaux
-et un nombre de bourses égal à celui des madrigaux;
-elle annonçait, en même temps, la résolution de
-toutes les personnes qui l'avaient écrite d'aller à la
-Roche-Milet célébrer chez la comtesse la fête des Rois,
-à moins qu'elle n'aimât mieux se rendre ce jour-là à
-Chazeu<a id="FNanchor_355" href="#Footnote_355" class="fnanchor">&nbsp;[355]</a>.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a id="Page_167"> 167</a></span>
-Bussy faisait fréquemment des excursions qui mettaient
-de la variété dans son existence et attiraient dans ses
-deux résidences une société nombreuse et brillante. Il
-était l'homme le plus considérable et le plus considéré
-dans sa province. Ceux qui auraient pu avoir des prétentions
-à passer avant lui étaient auprès du roi, dans leurs
-gouvernements ou à l'armée, et ne résidaient que passagèrement
-dans leurs terres. L'exil et la disgrâce servaient
-encore à rehausser la considération qu'on avait pour
-Bussy. Tous les gentilshommes qui n'avaient ni charges
-ni emplois, qui vivaient de leurs revenus, entourés de
-leurs vassaux et de leur dépendance, n'allaient point à
-la cour, et n'en attendaient aucun bienfait. Ils étaient loin
-d'être bien disposés pour le gouvernement, qui usurpait
-tous les jours sur leurs priviléges ou en prévenait les
-abus. Ils se sentaient donc naturellement du penchant
-pour Bussy, qui frondait le gouvernement et les ministres
-avec beaucoup d'esprit et une connaissance de la cour et
-des affaires que personne n'était tenté de lui contester.
-Cette prééminence de Bussy sur presque tous ceux qui
-allaient le voir ou qu'il recevait chez lui augmentait
-encore son orgueil naturel. Les fréquentes visites de ses
-parents, de ses amis, de ses connaissances en faveur auprès
-du roi ou revêtus de hautes dignités ajoutaient encore
-à son importance, et faisaient voir en lui un homme
-puissant dans l'exil, auquel ses envieux et ses persécuteurs
-n'avaient pu enlever toute son influence. A cette époque
-il n'en était pas comme à la fin du règne de Louis XIV,
-lorsque le long et paisible exercice du despotisme eut assoupli
-tous les caractères au même degré de servilité.
-Dans ce temps si voisin de celui de la Fronde, on s'étudiait
-<span class="pagenum"><a id="Page_168"> 168</a></span>
-à conserver les dehors d'indépendance et de fierté.
-Les plus obséquieux des courtisans auraient été déshonorés
-s'ils avaient répudié leurs anciens amis parce qu'ils
-étaient tombés en disgrâce. Aussi, bien loin d'être privé
-de société, Bussy, au contraire, se plaignait que le voisinage
-de son château près de Sainte-Reine lui amenait, dans
-la saison des eaux minérales, un nombre trop considérable
-d'ennuyeux visiteurs. Mais ce voisinage lui procurait
-aussi des hôtes agréables, qui ne seraient pas venus le voir
-si le besoin de leur santé ne les avait pas forcés de faire
-ce voyage tous les ans. A toutes les visites il préférait celles
-des jolies femmes de la cour qui allaient prendre les eaux
-de Sainte-Reine uniquement pour se rafraîchir; et il avait
-coutume de dire qu'il ne les trouvait pas moins aimables
-pour avoir le sang échauffé<a id="FNanchor_356" href="#Footnote_356" class="fnanchor">&nbsp;[356]</a>.</p>
-
-<p>Cependant il savait s'occuper; et lui-même, dans une
-lettre à madame de Scudéry, qui l'avait interrogé à ce
-sujet, donne les détails suivants sur la manière dont il
-réglait son temps<a id="FNanchor_357" href="#Footnote_357" class="fnanchor">&nbsp;[357]</a>; cette lettre est datée du 10 décembre
-1670:</p>
-
-<p>«Vous saurez, madame, que je me lève assez matin;
-que j'écris aussitôt que je suis habillé, soit pour mes affaires
-domestiques, soit pour mes affaires de la cour et de
-Paris, soit pour autre chose... Après cela je me promène,
-je vais d'atelier en atelier, car j'ai des peintres et des maçons,
-des menuisiers et des man&oelig;uvres; et puis je dîne
-à midi. Je mange fort brusquement; votre amie madame
-<span class="pagenum"><a id="Page_169"> 169</a></span>
-de M*** [Monglat] vous pourra dire qu'elle m'appelait
-quelquefois un brutal de table: je ne sais pas si elle n'eût
-point souhaité que je l'eusse été encore davantage ailleurs.
-Après dîner, je tiens cercle avec ma famille, avec qui je
-me divertis mieux qu'en mille visites de Paris. Quelque
-temps après, je retourne à mes ouvriers. La journée se
-passe ainsi à tracasser. Ensuite je soupe comme j'ai dîné,
-je joue, et je me retire à dix heures. Voilà ce que je fais
-quand je ne fais point de visite et que je n'en reçois point.
-Ces visites sont mêlées, comme à Paris, de sottes gens, de
-gens d'esprit, comme il faut que soit le monde. Enfin,
-madame, j'ai deux aussi agréables maisons qui soient en
-France, lesquelles j'ajuste encore tous les jours. Je tâche
-à raccommoder mes affaires domestiques, que le service
-du roi avait mises en fort mauvais état. Je suis considéré
-dans mon pays, où quelque mérite, joint à de grands malheurs,
-m'attire l'attention de tout le monde.... Cela console
-un peu les misérables: cependant je fais des pas pour
-mon retour, sans empressement, comme je vous l'ai déjà
-mandé; s'ils réussissent, j'en serai bien aise; sinon, je n'en
-serai pas fâché... Quand je retournerai, je n'aurai jamais
-tant de repos que j'en goûte.»</p>
-
-<p>Précédemment, il avait écrit à madame de Montmorency<a id="FNanchor_358" href="#Footnote_358" class="fnanchor">&nbsp;[358]</a>:
-«Quelque impatience que j'aie de vous voir,
-madame, je tâche de ne me point ennuyer. Je m'amuse à
-bâtir; à faire des garçons, comme vous voyez; à haïr mon
-infidèle; à vous aimer et à vous l'écrire; à me faire une
-santé que je n'ai jamais eue dans le tumulte de la cour et
-de la guerre. Enfin, j'ai mille petits plaisirs sans peine, et
-je n'ai eu là que de grandes peines sans plaisirs; car l'ambition,
-<span class="pagenum"><a id="Page_170"> 170</a></span>
-et surtout l'ambition malheureuse, ne laisse à l'âme
-aucun autre sentiment.»</p>
-
-<p>Qui ne croirait, d'après cette sage réflexion et les dispositions
-manifestées dans ses lettres, que Bussy ne fût
-uniquement occupé à tirer parti pour son bonheur de la
-position que le sort lui avait faite? Cependant il n'en était
-rien. Ses lettres mêmes, et les plans de campagne qu'il
-faisait parvenir au roi, et les instances à ses parents, à
-ses amis, pour qu'ils sollicitassent son retour, tout nous
-démontre que Bussy était sans cesse tourmenté du désir
-de rentrer dans cette carrière tumultueuse où, pour récompense
-de ses labeurs, il n'avait rencontré que la perte
-de son repos, de sa santé et d'une partie de sa fortune.
-L'âge et l'absence ne l'avaient pas encore consolé d'avoir
-été abandonné par une maîtresse chérie; de sorte que
-l'ambition et l'amour, refoulés dans son âme sans pouvoir
-se produire au dehors, ne lui inspiraient ni pensées élevées
-ni sentiments tendres, et ne le rendaient accessible
-qu'à la haine et à l'envie, passions tristes et malheureuses,
-qu'irritait encore son incorrigible orgueil.</p>
-
-<p>Pour caresser celui-ci et se procurer quelque soulagement,
-il s'occupait à écrire ses <i>Mémoires</i>. Mais, au lieu de
-porter dans ce travail cette liberté d'esprit que produit
-le désabusement de toutes les choses de la vie et du
-monde, qui donne à une telle &oelig;uvre l'intérêt et l'importance
-d'une confession générale faite en vue et au profit
-de la postérité, il voulait s'en servir comme d'un moyen
-propre à le faire rappeler de son exil<a id="FNanchor_359" href="#Footnote_359" class="fnanchor">&nbsp;[359]</a>. Il savait que son
-ami le duc de Saint-Aignan avait aussi écrit des <i>Mémoires</i>
-qu'il avait l'intention de montrer au roi. Bussy espérait
-<span class="pagenum"><a id="Page_171"> 171</a></span>
-que Louis XIV aurait le désir de lire les siens, et
-qu'ainsi il pourrait par là rentrer en grâce auprès de lui<a id="FNanchor_360" href="#Footnote_360" class="fnanchor">&nbsp;[360]</a>.
-Les Mémoires du duc de Saint-Aignan, de ce courtisan si
-dévoué et si bien initié aux secrets les plus intimes de la
-vie intérieure de son maître, n'ont jamais été imprimés.
-Ceux de Bussy l'ont été en partie après la mort de l'auteur,
-par les soins de sa fille, la marquise de Coligny, et par
-ceux du P. Bouhours. Ils sont bien tels qu'on devait s'y
-attendre d'après la connaissance que l'on a des motifs
-qui les avaient fait entreprendre: &oelig;uvre incohérente et
-incomplète, pleine d'indiscrétions et de réticences, sans
-impartialité et sans abandon. La malignité de l'écrivain
-envers les autres, sa complaisance pour lui-même déprécient,
-sans qu'il s'en aperçoive, le mérite de ses actions et
-les bonnes qualités de son esprit. Sa vanité le portait à
-croire que tout ce qui le concernait pourrait intéresser les
-lecteurs; et il met autant d'importance à faire connaître
-ses prouesses galantes qu'à retracer ses plus beaux faits
-d'armes. C'est pourquoi l'occupation qu'il s'était donnée
-d'écrire ses Mémoires le ramenait vers le souvenir de
-madame de Monglat. Il en était sans cesse assiégé. Dans
-sa correspondance, le nom de cette dame se retrouve
-continuellement sous sa plume avec les plus amères expressions
-de haine et de mépris<a id="FNanchor_361" href="#Footnote_361" class="fnanchor">&nbsp;[361]</a>. Pour mieux <i>infamer</i>
-l'infidèle en vers et en prose, il souhaitait pouvoir apprendre
-<span class="pagenum"><a id="Page_172"> 172</a></span>
-plusieurs langues, afin d'être compris par un plus
-grand nombre de personnes<a id="FNanchor_362" href="#Footnote_362" class="fnanchor">&nbsp;[362]</a>. Il ne pouvait supporter
-l'idée qu'elle eût, par sa bonté, par son amabilité et une
-conduite plus régulière, conservé l'amitié de toutes les
-femmes avec lesquelles elle s'était liée. Lorsqu'on lui
-écrivit que madame de Sévigné avait été avec madame de
-Monglat à une représentation d'<i>Andromaque</i>, il répondit:
-qu'il fallait que la réputation de vertu de sa cousine
-fût bien établie pour oser se montrer dans des lieux
-publics en telle compagnie<a id="FNanchor_363" href="#Footnote_363" class="fnanchor">&nbsp;[363]</a>. Plus on exhortait Bussy
-à s'exprimer avec égards et douceur sur une femme
-partout accueillie avec empressement<a id="FNanchor_364" href="#Footnote_364" class="fnanchor">&nbsp;[364]</a>, plus il mettait de
-virulence dans ses injures, plus il multipliait, sous toutes
-les formes, les satires, les épigrammes et les sarcasmes.
-Il trouvait, dans sa correspondance avec les femmes qui
-étaient liées avec madame de Monglat, des occasions de
-satisfaire sa vengeance en cherchant à diminuer l'estime
-et l'amitié qu'on avait pour elle. Mais il n'y a pas de plus
-mauvais conseils que ceux qu'inspire la haine. En cherchant
-à nuire à madame de Monglat il se faisait à lui-même
-un tort irrémédiable. On plaignait celle qui avait
-eu le malheur d'aimer un homme de ce caractère, et on
-ne la blâmait pas de s'être guérie d'un tel amour. D'ailleurs,
-on s'apercevait bien que le dépit de n'être plus
-aimé était la seule cause de la colère de Bussy et de son
-indifférence affectée. Si d'une part il manifestait le désir
-qu'il avait de la voir abandonnée par tout le monde, de
-l'autre, il était bien aise qu'on lui en parlât et qu'on
-<span class="pagenum"><a id="Page_173"> 173</a></span>
-l'instruisît de tout ce qui la concernait. Il ne voulait point
-se rendre aux exhortations qu'on lui faisait de l'oublier.
-Il reprochait à celles qui la fréquentaient de garder à son
-égard un silence affecté<a id="FNanchor_365" href="#Footnote_365" class="fnanchor">&nbsp;[365]</a>. Pour faire cesser ce silence, il
-donnait lui-même, à ce sujet, matière à de nouvelles réprimandes,
-et même il consentait à ce qu'on dît du bien
-d'elle plutôt que de ne pas en parler du tout<a id="FNanchor_366" href="#Footnote_366" class="fnanchor">&nbsp;[366]</a>. Madame
-de Scudéry particulièrement le suppliait de ne plus l'entretenir
-de madame de Monglat, puisqu'il ne pouvait le
-faire sans la blesser elle-même: non qu'elle se méprît sur
-la nature des sentiments de Bussy et qu'elle prît au sérieux
-toutes ses injures; mais par toutes sortes de motifs
-elles lui déplaisaient, et elle voulait les faire cesser. «J'ai
-bien ouï dire, lui écrivait-elle, que vous autres messieurs
-habillez quelquefois l'amitié avec tous les atours de
-la haine; mais, à vous parler franchement, la mascarade
-est un peu fâcheuse<a id="FNanchor_367" href="#Footnote_367" class="fnanchor">&nbsp;[367]</a>.» Bussy aimait mieux encore avouer
-que madame de Monglat ne lui était pas indifférente que
-de s'abstenir de verser à son sujet le fiel de sa plume. «Vous
-croyez, disait-il à madame de Scudéry, que j'aime fort
-la dame dont je ne saurais me taire; j'y consens, pourvu
-que j'en parle: je ne me soucie guère de ce qu'on en pensera,
-mais j'en parlerai et en prose et en vers<a id="FNanchor_368" href="#Footnote_368" class="fnanchor">&nbsp;[368]</a>.»</p>
-
-<p>Cependant les personnes avec lesquelles Bussy correspondait
-alors le plus habituellement cherchaient à le purger
-de ses mauvaises passions. Le bon Corbinelli lui prêtait
-<span class="pagenum"><a id="Page_174"> 174</a></span>
-les secours d'une philosophie aimable, peu austère et
-parfaitement appropriée à sa situation. Il résumait tous
-les conseils qu'il lui donnait en vers admirables ou en
-prose éloquente, dont, à la vérité, il n'était pas redevable
-à son génie, mais à sa mémoire<a id="FNanchor_369" href="#Footnote_369" class="fnanchor">&nbsp;[369]</a>. Jamais il n'y en eut de
-plus richement meublée, de plus prompte et de plus complaisante.
-Tous les auteurs qu'il avait lus, anciens et modernes,
-sérieux ou frivoles, semblaient n'avoir pensé et
-écrit que pour donner plus de force et d'autorité à ce qu'il
-pensait et écrivait lui-même, que pour mieux faire ressortir
-les sages maximes et les règles de conduite qu'il cherchait
-à inculquer et dont, par la pratique, il avait reconnu
-l'excellence<a id="FNanchor_370" href="#Footnote_370" class="fnanchor">&nbsp;[370]</a>. Ami sûr, d'un dévouement sans
-bornes, d'une obligeance infatigable, il inspirait à tous
-autant d'affection que d'estime; sa conversation, toujours
-variée, instructive et amusante, plaisait aux hommes
-comme aux femmes, aux vieillards comme aux jeunes
-gens, aux personnes sérieuses ou mélancoliques comme à
-celles qui étaient vives et enjouées. A l'époque dont nous
-traitons, son exil avait cessé. Après un long voyage fait
-dans le midi de la France, il était revenu à Paris; et presque
-tous les jours il allait chez madame de Sévigné, la
-plus intime et la plus chérie de toutes ses amies<a id="FNanchor_371" href="#Footnote_371" class="fnanchor">&nbsp;[371]</a>. Il se
-<span class="pagenum"><a id="Page_175"> 175</a></span>
-disposait alors à partir pour la Bourgogne, pour voir une
-de ses s&oelig;urs, religieuse à Châtillon.</p>
-
-<p>Si la sagesse mondaine avait auprès de Bussy un excellent
-avocat dans Corbinelli, la religion avait aussi dans
-le P. Cosme, général des feuillants<a id="FNanchor_372" href="#Footnote_372" class="fnanchor">&nbsp;[372]</a>, un interprète zélé
-que Bussy paraissait écouter avec déférence; mais la correspondance
-qu'il entretenait avec ce religieux se ralentit
-beaucoup lorsque ce dernier eut cessé d'être le confesseur
-de madame de Monglat<a id="FNanchor_373" href="#Footnote_373" class="fnanchor">&nbsp;[373]</a>.</p>
-
-<p>Madame de Scudéry, que nous avons déjà fait connaître
-à nos lecteurs<a id="FNanchor_374" href="#Footnote_374" class="fnanchor">&nbsp;[374]</a>, était pour Bussy un prédicateur
-plus persuasif; elle aimait son esprit, sa brusque franchise,
-sa constance et sa loyauté en amitié; elle n'était
-point rebutée par les défauts de son caractère, qu'elle
-savait lui faire apercevoir et qu'elle aurait voulu réformer.
-Bussy avait en elle la plus entière confiance. Par
-sa discrétion dans les affaires les plus délicates, par son
-incomparable activité quand il fallait rendre un service,
-par son bon sens, sa piété, son esprit, sa modestie et son
-savoir, madame de Scudéry avait acquis une influence au-dessus
-de sa position. C'était, à cette époque, une sorte de
-mode de se faire admettre à ses cercles, peu nombreux,
-mais remarquables par le choix des personnages<a id="FNanchor_375" href="#Footnote_375" class="fnanchor">&nbsp;[375]</a>. Elle ne
-s'enorgueillissait pas de ses succès en ce genre, elle en
-<span class="pagenum"><a id="Page_176"> 176</a></span>
-connaissait la cause, et elle se prêtait plutôt qu'elle ne se
-livrait à la société qui l'entourait. Elle savait qu'elle ne lui
-paraissait si aimable que parce qu'elle avait su s'y rendre
-utile.</p>
-
-<p>«J'ai beaucoup d'apparence d'amis et d'amies, écrivait-elle
-à Bussy; car, en vérité, monsieur, l'on n'en a guère.
-Mais n'importe, j'ai l'âme douce; j'aime tout de l'amitié,
-jusqu'à l'apparence; et je dirais volontiers, sur ce sujet,
-ce qui est dans <i>Astrée</i> sur un autre:</p>
-
-<p class="quote">Privé de mon vrai bien, ce faux bien me soulage.</p>
-
-<p>Cependant je vous avoue que cela est incommode de
-faire toujours le change des Indiens avec ses amis; de leur
-donner de bon or, et de ne recevoir que du verre<a id="FNanchor_376" href="#Footnote_376" class="fnanchor">&nbsp;[376]</a>.»</p>
-
-<p>Fortement dominée alors par ses idées religieuses, elle
-avait le projet de se retirer du monde, afin, disait-elle, de
-n'avoir plus autre chose à penser qu'à bien mourir<a id="FNanchor_377" href="#Footnote_377" class="fnanchor">&nbsp;[377]</a>. De tous
-les amis et de tous les parents que Bussy avait à la cour,
-le duc de Saint-Aignan était celui qui s'occupait le plus à
-le faire rentrer en grâce auprès du roi; mais le duc de
-Saint-Aignan était trop occupé pour correspondre avec
-Bussy aussi souvent que celui-ci l'eût désiré. Madame de
-Scudéry, amie de tous deux, y suppléait. Le zèle qu'elle
-montrait en toute occasion pour les intérêts de Bussy lui
-avait acquis une sorte d'empire sur son esprit. Elle voulait
-en profiter pour le ramener par la religion à une conduite
-plus régulière, à des sentiments plus purs. Les exhortations
-<span class="pagenum"><a id="Page_177"> 177</a></span>
-pieuses qu'elle lui adressait partaient du c&oelig;ur et
-étaient imprégnées de la chaleur d'une profonde conviction<a id="FNanchor_378" href="#Footnote_378" class="fnanchor">&nbsp;[378]</a>.
-L'abjuration récente de Turenne et celle de Pellisson
-et surtout la conversion du marquis de Tréville<a id="FNanchor_379" href="#Footnote_379" class="fnanchor">&nbsp;[379]</a>
-étaient de nature à faire impression sur Bussy, et ajoutaient
-aux paroles de madame de Scudéry l'autorité des
-grands exemples. Mais lui, malgré ses cinquante-deux
-ans, ne se sentait nullement disposé à réformer sa vie;
-pourtant il repousse avec force le reproche qu'elle lui
-fait d'être plus philosophe que chrétien; et comme, en
-même temps, elle lui avait proposé, pour l'éclairer, de lui
-envoyer le livre des <i>Pensées</i> de Pascal<a id="FNanchor_380" href="#Footnote_380" class="fnanchor">&nbsp;[380]</a>, que Port-Royal
-avait récemment publié et qui faisait alors une grande
-sensation<a id="FNanchor_381" href="#Footnote_381" class="fnanchor">&nbsp;[381]</a>, il lui répond: «Ne vous alarmez point de ma
-foi; elle est bonne, et je suis chrétien encore plus que philosophe.
-Il est vrai que, sur certaines actions, je ne suis pas
-aussi régulier qu'un missionnaire, au moins en apparence;
-car pour le fond je crois l'avoir meilleur que ces gens-là...
-J'ai Pascal céans, et je l'ai lu avec admiration; mais,
-<span class="pagenum"><a id="Page_178"> 178</a></span>
-comme vous savez, on n'imite pas toujours tout ce qu'on
-admire<a id="FNanchor_382" href="#Footnote_382" class="fnanchor">&nbsp;[382]</a>.»</p>
-
-<p>Madame de Scudéry, peu satisfaite de cette réponse, revient
-encore sur le même sujet dans la lettre que nous
-avons déjà citée<a id="FNanchor_383" href="#Footnote_383" class="fnanchor">&nbsp;[383]</a>.</p>
-
-<p>«Quoique vous me vouliez rassurer sur votre foi,
-monsieur, je vous dirai que vous n'y réussissez pas tout
-à fait. Cependant, si vous vouliez devenir bon chrétien,
-ce serait une chose admirable. Après tout, monsieur,
-l'éternité est longue et la vie est courte. Il y a si peu de
-plaisirs véritables dans le monde que cela ne vaut pas la
-peine de se damner. Mais Pascal dit tout cela bien mieux
-que moi; puis il faut que Dieu vous le dise, car nos discours
-n'opèrent rien sans lui; et dans la vérité je sais,
-par expérience, qu'il n'y a que les prières qui attirent la
-miséricorde de Dieu. Je vous exhorte, comme mon bon
-ami, à qui je souhaite toute sorte de bien, de le prier le
-plus que vous pourrez. On ne devinerait jamais que vous
-eussiez un commerce de lettres avec une amie qui vous
-écrivît ainsi. Pour moi, je hais le monde, et je veux m'en
-retirer.»</p>
-
-<p>Soit que les pieux conseils de madame de Scudéry
-eussent fait impression sur Bussy, soit qu'elle l'eût mal
-jugé, il est certain que, dans sa correspondance avec
-d'autres femmes, s'il paraît indévot, il ne se montre point
-incrédule, et qu'il accueille avec l'apparence de la foi toutes
-les ouvertures qui lui sont faites au sujet de la religion.</p>
-
-<p>Corbinelli en voyage écrivit, à cette époque, à sa
-s&oelig;ur, religieuse à Châtillon, pour obtenir des nouvelles
-<span class="pagenum"><a id="Page_179"> 179</a></span>
-de la santé de Bussy, dont il était inquiet; celle-ci charge
-un M. Rémond d'aller s'en informer, et, pour qu'il puisse
-s'acquitter de sa commission, elle lui remet pour Bussy
-une lettre d'introduction, qu'elle termine par ces mots<a id="FNanchor_384" href="#Footnote_384" class="fnanchor">&nbsp;[384]</a>:
-«Si l'assurance de mes prières était un régal pour vous,
-je vous dirais que je ne passe pas un jour sans demander
-à Dieu qu'il vous fasse aussi saint par sa grâce qu'il vous
-a fait honnête homme selon le monde.»</p>
-
-<p>A ceci Bussy répond<a id="FNanchor_385" href="#Footnote_385" class="fnanchor">&nbsp;[385]</a>:</p>
-
-<p>«Je ne sais quelle idée vous vous êtes faite de moi,
-mais je vous assure que vos prières pour mon salut me
-sont très-agréables; et je les crois très-utiles, car je suis
-persuadé que vous êtes aussi aimable devant Dieu que
-devant les hommes.»</p>
-
-<p>La réponse qu'il fit à mademoiselle Dupré, qui lui envoyait
-copie de la lettre que Pellisson écrivit au roi lors
-de son abjuration<a id="FNanchor_386" href="#Footnote_386" class="fnanchor">&nbsp;[386]</a>, est encore plus significative. Bussy
-rapporte un bon mot de sa cousine, dont il avait gardé la
-mémoire depuis bien des années<a id="FNanchor_387" href="#Footnote_387" class="fnanchor">&nbsp;[387]</a>:</p>
-
-<p>«La lettre de Pellisson est belle; rien ne m'affermit
-davantage dans ma religion que de voir un bon esprit
-comme le sien l'étudier longtemps, et l'embrasser à la fin.
-Madame de Sévigné disait de lui, à quelqu'un qui exagérait
-ses bonnes qualités, sa droiture, sa grandeur d'âme,
-<span class="pagenum"><a id="Page_180"> 180</a></span>
-sa politesse: «Eh bien! dit-elle, pour moi, je ne connais
-que sa laideur; qu'on me le dédouble donc.» Il serait
-encore meilleur à dédoubler aujourd'hui, que la foi a
-éclairé son âme des lumières de la vérité.»</p>
-
-<div class="chapter">
-<p><span class="pagenum"><a id="Page_181"> 181</a></span></p>
-<h2 class="normal">CHAPITRE XI<br />
-<span class="medium">1670-1671.</span></h2>
-</div>
-
-<p class="hanging indent">Idée de la correspondance de Bussy avec madame de Sévigné.&mdash;Pourquoi
-les lettres de madame de Sévigné ne pouvaient avoir sur
-Bussy une influence morale aussi favorable au bonheur de ce dernier
-que celles de Corbinelli et de madame de Scudéry.&mdash;Mort du
-président de Frémyot.&mdash;Il donne tout son bien à madame de Sévigné.&mdash;Bussy
-saisit cette occasion de lui écrire, et recommence sa correspondance
-avec elle.&mdash;Madame de Sévigné lui répond, et lui annonce
-la grossesse de madame de Grignan.&mdash;Madame de Sévigné,
-mécontente de Bussy, lui écrit une lettre de reproche sur le passé.&mdash;Réponse
-modérée de Bussy à cette injuste attaque.&mdash;Madame de
-Sévigné lui demande excuse.&mdash;Elle est enchantée qu'il travaille à
-la généalogie des Rabutin et flattée que Bussy lui ait dédié cet
-ouvrage.&mdash;Cependant elle continue à lui rappeler sa conduite antérieure
-à son égard.&mdash;Bussy perd patience.&mdash;Il lui demande de
-cesser ce genre de guerre.&mdash;Madame de Sévigné y consent.&mdash;Madame
-de Sévigné écrit à Bussy qu'elle a des ennemis, puis ensuite
-le nie.&mdash;Bussy dit qu'il le sait.&mdash;Madame de Sévigné cherche à
-savoir de qui Bussy a reçu ses informations et ce que son cousin
-sait des propos qui ont été débités sur elle.&mdash;Bussy, dans sa réponse,
-se tient sur la réserve.&mdash;Ses réticences nous réduisent à des
-conjectures.&mdash;Motifs de croire que madame de Montmorency était
-celle qui instruisit Bussy des bruits qui couraient sur sa cousine.</p>
-
-<p class="space">La correspondance de Bussy avec sa cousine ne pouvait
-avoir sur lui une influence aussi salutaire que celle qu'il
-entretenait avec madame de Scudéry et avec Corbinelli.
-Madame de Sévigné n'avait ni la ferveur religieuse de
-l'une ni le calme philosophique de l'autre. Plus que jamais
-livrée au monde par goût comme par devoir, elle
-<span class="pagenum"><a id="Page_182"> 182</a></span>
-n'était pas insensible aux succès qu'elle y obtenait. Elle
-se plaisait à la lecture des traités moraux de Nicole, à
-écouter un beau sermon; elle remplissait exactement ses
-devoirs de religion; mais l'amour de sa fille était devenu
-chez elle une passion dominante et tenait dans son c&oelig;ur
-plus de place que l'amour de Dieu. C'est ce qu'elle déplore
-elle-même amèrement et avec cette naturelle éloquence
-qui ne la quittait jamais. Le désir de contribuer
-à l'élévation de ses enfants la rendait attentive à toutes
-les intrigues de cour. Ambitieuse non pour elle, mais
-pour sa famille et ses amis, elle irritait dans Bussy les
-blessures faites à son amour-propre et à son ambition
-trompée. Sans cesse elle se lamentait sur l'oisiveté inglorieuse
-à laquelle il était condamné; elle louait avec effusion
-son esprit, ses talents militaires, dont elle entretenait
-peut-être une trop haute idée; et ainsi elle augmentait
-encore l'orgueil qui le dominait. Autant que lui, elle avait
-cette vanité nobiliaire qui aime à se prévaloir de l'antiquité
-et de l'illustration de sa race. Elle lui savait un gré
-infini de ses laborieuses recherches sur la généalogie et
-l'histoire des Rabutin, et elle lui transmettait pour ce travail
-tous ses titres et papiers de famille. Elle se faisait
-aider par son tuteur, l'abbé de Coulanges, et par le savant
-Bouchet. Elle témoigne, avec une grande naïveté, le
-plaisir qu'elle ressent lorsque son cousin lui annonce qu'il
-est parvenu à faire remonter à des temps plus reculés la
-longue suite de leurs communs aïeux. Elle se montre très-flattée
-qu'il ait eu la pensée de lui dédier ce grand et
-important ouvrage: la <i>Généalogie des Rabutin</i><a id="FNanchor_388" href="#Footnote_388" class="fnanchor">&nbsp;[388]</a>! Vivant
-<span class="pagenum"><a id="Page_183"> 183</a></span>
-dans un temps et au milieu d'une cour où les affaires
-de galanterie étaient aussi des affaires d'État, madame de
-Sévigné les racontait à son cousin avec cette vivacité d'imagination
-et cette liberté d'expression trop bien assorties
-au goût et aux inclinations de son correspondant, et par
-là elle nuisait aux pensées sérieuses et aux sages résolutions
-qui auraient dû l'occuper uniquement dans sa solitude.
-Il existait sans doute entre madame de Sévigné et
-Bussy de grandes différences sous le rapport de la vertu et
-des qualités de l'âme et du c&oelig;ur; mais la tournure de leur
-esprit et les faiblesses qui leur étaient communes établissaient
-entre l'une et l'autre beaucoup de ressemblance.
-Aussi tous deux regrettaient que l'incident relatif au
-mariage de mademoiselle de Sévigné eût suspendu leur
-correspondance, Bussy beaucoup plus encore que madame
-de Sévigné; malgré l'humeur que lui donnaient les
-Grignan, il résolut de saisir le premier prétexte pour
-renouer son commerce avec elle.</p>
-
-<p>Une occasion toute naturelle se présenta. Claude Frémyot,
-neveu de Bénigne Frémyot, dont nous avons parlé
-dans le premier chapitre de cet ouvrage, mourut sans enfant
-le 20 avril 1670<a id="FNanchor_389" href="#Footnote_389" class="fnanchor">&nbsp;[389]</a>. Il ne laissa à sa femme que l'usufruit
-de ses biens; il en donna la plus grande partie à
-madame de Sévigné, sa cousine du côté maternel<a id="FNanchor_390" href="#Footnote_390" class="fnanchor">&nbsp;[390]</a>, et il
-<span class="pagenum"><a id="Page_184"> 184</a></span>
-l'institua son légataire universel. Madame de Sévigné ne
-s'attendait nullement à ce don d'un parent pour lequel
-elle avait une véritable affection et qu'elle regretta vivement.
-Elle en écrivit à madame de Toulongeon, qui se trouvait
-au nombre des donataires du défunt. Bussy le sut,
-et s'empara de ce motif pour adresser à sa cousine quelques
-mots de félicitation sur l'héritage qu'elle venait de
-recevoir, qui se montait à plus de cent mille livres, monnaie
-de cette époque (deux cent mille francs de notre
-monnaie actuelle<a id="FNanchor_391" href="#Footnote_391" class="fnanchor">&nbsp;[391]</a>).</p>
-
-<p>Madame de Sévigné fit à Bussy la réponse la plus aimable;
-mais comme il ne lui avait point parlé de M. ni de
-madame de Grignan, madame de Sévigné, sans avoir
-l'air de s'apercevoir des mauvaises dispositions de son
-cousin envers eux, lui annonça que sa fille était enceinte,
-et que M. de Grignan se disposait à partir pour la Provence.
-Elle remercie ensuite Bussy d'avoir rouvert la
-porte à leur commerce, qui était, dit-elle, tout démanché;
-puis elle ajoute: «Il nous arrive toujours des incidents,
-mais le fond est bon; nous en rirons peut-être quelque
-jour.» Bussy lui répond «que, quoique M. de Frémyot
-ne lui ait rien laissé, il lui a aussi des obligations, puisqu'il
-lui a fourni l'occasion de renouer leur correspondance.»
-Vient ensuite une page employée à discourir sur lui-même,
-sur son exil, ses ennemis, ses malheurs et sa patience
-à les supporter; puis il termine encore de manière
-à montrer toute la rancune qu'il conserve contre M. de
-Grignan: «Vous avez deviné que je ne voulais pas vous
-parler de madame de Grignan, parce que je n'étais point
-<span class="pagenum"><a id="Page_185"> 185</a></span>
-content d'elle; et ma raison est que je n'ai jamais aimé les
-femmes qui aimaient si fort leurs maris; encore me
-mandez-vous une chose qui ne me raccommodera point
-avec elle, c'est sa grossesse. Il faut que ces choses-là me
-choquent étrangement pour altérer l'inclination naturelle
-que j'ai toujours eue pour mademoiselle de Sévigné<a id="FNanchor_392" href="#Footnote_392" class="fnanchor">&nbsp;[392]</a>.»</p>
-
-<p>Quelques lettres d'un style badin, mais amical, furent
-ensuite échangées entre le cousin et la cousine, et elles
-semblaient promettre pour leur liaison une atmosphère
-longtemps sereine; mais bientôt l'horizon s'obscurcit, et ce
-fut du côté de madame de Sévigné que souffla le vent qui
-ramena les brouillards. L'arrivée de Corbinelli à Paris avait
-donné occasion à madame de Sévigné de raconter à cet
-ami de Bussy, qui était aussi le sien, sa grande querelle
-avec ce dernier, la rupture qui en avait été la suite, leur
-raccommodement et la discussion épistolaire qui avait
-eu lieu entre eux pendant que Corbinelli était absent et
-voyageait dans le Midi. En cherchant à donner des preuves
-de tout ce qu'elle disait à Corbinelli, elle retrouva dans ses
-papiers des lettres de Bussy qui lui témoignaient sa reconnaissance
-du consentement qu'elle avait donné à ce qu'il fût
-avancé à son cousin l'argent qu'il avait demandé à l'époque
-de son départ pour l'armée en 1657<a id="FNanchor_393" href="#Footnote_393" class="fnanchor">&nbsp;[393]</a>. Ces lettres, dont elle
-ne s'était pas ressouvenue lors de leur altercation, détruisaient
-le reproche qu'il lui avait fait de n'en avoir pas agi
-avec lui en bonne parente. Elle était alors peu satisfaite
-des lettres d'insouciant badinage qu'elle recevait de Bussy
-et de ce qu'il n'écrivait point à sa fille; mais elle n'osait
-<span class="pagenum"><a id="Page_186"> 186</a></span>
-pas l'attaquer sur ce sujet, parce qu'elle savait bien que
-tout le tort était du côté de M. de Grignan, et que Bussy
-avait dans cette occasion donné des preuves, qui lui avaient
-mal réussi, d'une grande déférence pour elle. Tourmentée
-cependant du besoin d'exhaler l'humeur qu'elle avait
-contre lui, elle profita de la découverte qu'elle venait de
-faire, et, sans provocation, sans motif apparent, elle lui
-écrivit une lettre où elle lui reprochait encore, sur un ton
-goguenard et le plus propre à le blesser, cette malheureuse
-satire de l'<i>Histoire amoureuse des Gaules</i> qui depuis
-longtemps avait été de sa part l'objet d'un pardon entier et
-sans réserve<a id="FNanchor_394" href="#Footnote_394" class="fnanchor">&nbsp;[394]</a>. Corbinelli, qui se trouvait présent lorsque
-madame de Sévigné écrivit cette lettre, voulut s'opposer à
-ce qu'elle fût envoyée; mais ce fut en vain. Prévoyant l'effet
-qu'elle ferait sur Bussy, Corbinelli y ajouta un <i>post-scriptum</i>,
-dans lequel il faisait entrevoir la pensée qu'il les désapprouvait
-tous deux. «Vous êtes deux vrais Rabutin,
-dit-il, nés l'un pour l'autre: Dieu vous maintienne en parfaite
-intelligence!» Aussitôt que la lettre fut partie, madame
-de Sévigné se repentit de l'avoir écrite, et elle lui fit
-dire de ne point s'en fâcher<a id="FNanchor_395" href="#Footnote_395" class="fnanchor">&nbsp;[395]</a>. La réponse de Bussy est
-parfaite, et prouve combien était puissant l'attachement
-qu'il avait pour sa cousine, puisqu'il fait taire, en sa faveur,
-cet esprit hautain et rancuneux qui formait le fond
-de son caractère. Il explique avec beaucoup de sagacité ce
-qui se passait dans l'âme de madame de Sévigné quand
-<span class="pagenum"><a id="Page_187"> 187</a></span>
-elle se résolut à lui écrire ainsi; il en appelle à sa conscience,
-il excuse son tort, il refuse de profiter des avantages
-que lui donne sur elle l'humeur dont elle le rend victime;
-mais il la prie de lui dire combien ces <i>recommencements</i>
-doivent durer, afin qu'il s'y prépare; enfin, il proteste que,
-malgré le grief de sa cousine envers lui, il ne garde rien
-contre elle sur le c&oelig;ur et qu'il ne l'aime pas moins qu'il
-ne faisait avant<a id="FNanchor_396" href="#Footnote_396" class="fnanchor">&nbsp;[396]</a>. Pour lui prouver encore plus le désir
-qu'il avait de lui complaire, il lui fait des compliments sur
-sa fille; mais il profite de la réponse qu'il avait à faire à
-Corbinelli pour mettre dans le <i>post-scriptum</i> une partie
-du venin qu'il n'avait pas osé insérer dans le corps de la
-lettre; et il engage son ami à ne pas trop compter sur les
-bienveillants sentiments que madame de Sévigné lui témoigne.
-«Quoique vous n'ayez pas comme moi, dit-il,
-le péché originel à son égard, défiez-vous de l'avenir:
-<i>Toute femme varie</i>, comme disait François I<sup>er</sup>.» Encore
-un sarcasme contre le sexe: quand on est mécontent d'une
-femme, on dit volontiers du mal de toutes.</p>
-
-<p>Madame de Sévigné reconnut ses torts, et se hâta de
-répondre à son cousin, près duquel Corbinelli se trouvait
-alors<a id="FNanchor_397" href="#Footnote_397" class="fnanchor">&nbsp;[397]</a>. «Il est vrai, dit-elle, que j'étais de méchante
-humeur d'avoir retrouvé dans mes paperasses ces lettres
-que je vous dis. Je n'eus pas la docilité de démonter mon
-esprit pour vous écrire; je trempai ma plume dans mon
-fiel, et cela composa une sotte lettre amère, dont je vous
-fais mille excuses. Adieu, comte; point de rancunes, ne
-<span class="pagenum"><a id="Page_188"> 188</a></span>
-nous tracassons plus... J'ai un peu tort, mais qui n'en a
-point dans ce monde? Je suis bien aise que vous reveniez
-pour ma fille. Demandez à M. de Corbinelli combien elle
-est jolie. Montrez-lui ma lettre, afin qu'il voie que, si je
-fais les maux, je fais les médecines.»</p>
-
-<p>Bussy se montre non-seulement satisfait, mais enchanté
-de cette nouvelle lettre de madame de Sévigné<a id="FNanchor_398" href="#Footnote_398" class="fnanchor">&nbsp;[398]</a>, puisqu'il
-lui déclare qu'il lui permet de l'offenser encore, pourvu
-qu'elle lui promette une pareille satisfaction. Pourtant elle
-ne put s'empêcher de mêler aux paroles douces qu'elle lui
-adressait alors une allusion au grand méfait qu'elle avait
-à lui reprocher; et elle continua, dans presque toutes les
-lettres qu'elle lui écrivait, à ramener toujours ainsi le
-souvenir fâcheux du passé, même lorsqu'elle était le plus
-satisfaite du présent. Elle paraît éprouver un malin plaisir
-à lui prouver que si, en raison de ses bons procédés, de
-ses louanges et de sa tendresse, sa grâce est descendue sur
-lui, elle n'est pas encore assez efficace pour le laver de
-ce qu'il appelait lui-même le <i>péché originel</i>. Bussy envoya
-à sa cousine le commencement de son travail sur la
-généalogie des Rabutin<a id="FNanchor_399" href="#Footnote_399" class="fnanchor">&nbsp;[399]</a>, avec l'épître dédicatoire, à elle
-adressée, qui devait la précéder. Madame de Sévigné,
-flattée des éloges qui lui sont donnés dans cette épître,
-répond: «La lettre que vous me faites l'honneur de m'écrire,
-pour me dédier notre généalogie, est trop aimable
-et trop obligeante; il faudrait être parfaite, c'est-à-dire
-n'avoir point d'amour-propre, pour n'être pas sensible à
-<span class="pagenum"><a id="Page_189"> 189</a></span>
-des louanges si bien assaisonnées; elles sont même choisies
-et tournées d'une manière que, si l'on n'y prenait
-garde, on se laisserait aller à la douceur de croire en mériter
-une partie, quelque imagination qu'il y ait. Vous
-devriez, mon cher cousin, avoir toujours été dans cet
-aveuglement, puisque je vous ai toujours aimé et que je
-n'ai jamais mérité votre haine... N'en parlons plus.»</p>
-
-<p>Malgré cette promesse tant de fois renouvelée de garder
-à l'avenir le silence sur le fatal libelle, elle recommença
-de nouveau à en parler, et toujours au sujet de cette généalogie
-des Rabutin. «Voilà, dit-elle, mon cousin, tout
-ce que l'abbé de Coulanges sait de notre maison, dont
-vous avez dessein de faire une petite histoire... Je voudrais
-que vous n'eussiez jamais fait que celle-là<a id="FNanchor_400" href="#Footnote_400" class="fnanchor">&nbsp;[400]</a>...» Et, plus
-loin encore, elle lui reproche de «n'avoir pas fait de son
-nom (de Rabutin) tout ce qui était en son pouvoir...»
-Cette fois Bussy perdit patience; déjà, dans la réponse à
-la première lettre qui lui avait causé une si vive satisfaction,
-il avait mis en garde sa cousine contre le mauvais
-effet que produisaient sur lui les malignes insinuations
-qu'elle s'était permises, même dans cette lettre; et il terminait
-ainsi sa réponse<a id="FNanchor_401" href="#Footnote_401" class="fnanchor">&nbsp;[401]</a>: «Adieu, ma belle cousine; ne
-nous tracassons plus. Quoique vous m'assuriez que nos
-liens s'allongent de notre race, et qu'ils ne se rompent
-point, ne vous y fiez pas trop: il arrive en une heure ce
-qui n'arrive pas en cent. Pour moi, j'aime la douceur; je
-suis, comme le frère d'Arnolphe, <i>tout sucre et tout miel</i><a id="FNanchor_402" href="#Footnote_402" class="fnanchor">&nbsp;[402]</a>.»</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a id="Page_190"> 190</a></span>
-Aussi madame de Sévigné, craignant l'effet des provocations
-qu'elle s'était permises dans cette dernière lettre,
-a-t-elle grand soin de dire à Bussy en finissant: «Je vous
-souhaite la continuation de votre philosophie, et à moi
-celle de votre amitié; elle ne saurait périr, quoique nous
-puissions faire; elle est d'une bonne trempe, et le fond en
-tient à nos os.» Mais Bussy répondit sur le ton le plus sévère
-et de manière à convaincre sa cousine combien ces
-attaques répétées pouvaient nuire à cette amitié dont elle
-lui donnait l'assurance et dont pourtant elle méconnaissait
-les droits. Après lui avoir prouvé que sa dernière réflexion,
-lors même qu'elle serait juste, est peu généreuse
-quand elle s'applique à un homme que l'adversité poursuit,
-il ajoute: «Je remarque que vous avez, à point
-nommé, quand vous m'écrivez, des occasions de picoteries,
-dont je me passerais fort bien. Regardez s'il vous serait
-agréable que je vous redisse souvent que, si vous aviez
-voulu, on n'aurait pas dit de vous et du surintendant les
-sottises qui s'en dirent après qu'il fut arrêté. Je ne les ai
-jamais crues; mais aussi je ne vous ai pas donné le chagrin
-de les entendre. Je vous prie donc, ma cousine,
-d'avoir les mêmes égards pour moi que j'ai pour vous;
-car, quoique je ne puisse jamais m'empêcher de vous
-aimer, je n'aimerais pas que toute notre vie se passât en
-reproches et en éclaircissements: c'est tout ce que nous
-pourrions faire s'il y avait de l'amour sur jeu.»</p>
-
-<p>Madame de Sévigné comprit toute la portée de ce langage.
-Souvent Bussy s'était prévalu de la vive expression
-de son amitié pour lui, et il l'avait interprétée (non peut-être
-<span class="pagenum"><a id="Page_191"> 191</a></span>
-sans quelque raison) comme un indice d'un sentiment
-plus tendre. Elle avait toujours cherché à lui ôter cette
-croyance, et désormais elle était intéressée à ne plus s'attirer
-de nouveaux reproches de Bussy, en se donnant
-le tort de ranimer toujours leurs anciennes querelles,
-puisque, selon lui, c'était donner à penser qu'il y avait
-de sa part «de l'amour sur jeu.» Elle s'abstint donc
-de toute récrimination. Mais elle-même témoigne que
-c'était avec peine qu'elle renonçait à la satisfaction qu'elle
-éprouvait de lui infliger de temps en temps quelques petites
-corrections, pour punition de ses fautes passées.
-Elle trouvait que cela rendait leur correspondance plus
-piquante et plus animée. «Mon Dieu, dit-elle<a id="FNanchor_403" href="#Footnote_403" class="fnanchor">&nbsp;[403]</a>, mon cousin,
-que votre lettre est raisonnable, et que je suis impertinente
-de vous attaquer toujours! Vous me faites voir si
-clairement que j'ai tort que je n'ai pas le mot à dire; mais
-je suis tellement résolue de m'en corriger que, quand nos
-lettres devraient être aussi froides qu'elles sont vives, il
-est certain que je ne vous donnerai jamais sujet de m'écrire
-sur ce ton-là. Au milieu de mon repentir, à l'heure que je
-vous parle, il vient encore des aigreurs au bout de ma
-plume; ce sont des tentations du diable, que je renvoie
-d'où elles viennent.» Et en effet, dans cette lettre même
-où elle demande excuse pour être revenue sur le passé,
-elle en parle de nouveau, et fait ressouvenir Bussy que, si
-elle a eu tort envers lui, les torts qu'il a eus à son égard
-sont bien plus grands. «Nous voilà donc raccommodés.
-Vous seriez bien heureux si nous étions quittes; mais, bon
-Dieu! que je vous en dois encore de reste que je ne vous
-<span class="pagenum"><a id="Page_192"> 192</a></span>
-payerai jamais<a id="FNanchor_404" href="#Footnote_404" class="fnanchor">&nbsp;[404]</a>!» Puis elle demande, en finissant, la permission
-de faire à son cousin quelques petites querelles
-d'Allemand, mais sur d'autres sujets. «Ce qui me plaît
-dans tout ceci, ajoute-t-elle, c'est que nous éprouvons la
-bonté de nos c&oelig;urs, qui est inépuisable.»</p>
-
-<p>Dans les lettres auxquelles cette discussion a donné
-lieu, nous devons remarquer certains passages qui font
-allusion à des propos qu'on aurait tenus sur madame
-de Sévigné et dont il sera important, pour l'intelligence
-de sa correspondance, de deviner la nature et les motifs.
-Madame de Sévigné tâche, dans la première, de réparer
-un peu la dureté de ses reproches en terminant par une
-phrase plus amicale<a id="FNanchor_405" href="#Footnote_405" class="fnanchor">&nbsp;[405]</a>, et elle dit: «Adieu, comte; écrivons-nous,
-et prenons courage contre nos ennemis. Pensez-vous
-que je n'en aie pas, moi qui vous parle?»&mdash;A
-ceci Bussy répond<a id="FNanchor_406" href="#Footnote_406" class="fnanchor">&nbsp;[406]</a>: «Je ne doute pas que vous n'ayez des
-ennemis; je le sais par d'autres que par vous; mais, quoi
-qu'on m'ait mandé, je ne crois pas votre conduite si dégingandée
-qu'on dit, et je ne condamne pas les gens sans
-les entendre.»</p>
-
-<p>Ce passage de la lettre de Bussy intrigua beaucoup
-madame de Sévigné; il lui prouvait que ce qu'elle croyait
-être ignoré de son cousin lui était connu et que, par les
-altercations qui avaient eu lieu entre elle et lui et par
-son alliance et son intimité avec M. de Grignan, elle
-avait perdu une partie de la confiance que Bussy avait
-<span class="pagenum"><a id="Page_193"> 193</a></span>
-en elle et l'ascendant dû au tendre et fort attachement
-qu'elle lui avait inspiré. Au lieu de mettre le même empressement
-à l'instruire de tout ce qui la concernait, Bussy
-lui taisait donc ce que ses correspondances lui apprenaient
-de désavantageux sur son compte. Soit qu'elle ait oublié
-ce qu'elle avait écrit à Bussy, soit qu'elle ait voulu plaider
-le faux pour savoir le vrai, elle feignit d'ignorer ce
-qu'il voulait dire, et nia qu'elle pût avoir des ennemis
-ou avoir été l'objet d'aucun mauvais propos; puis, par
-le souvenir, agréable pour elle et pour son cousin, des
-temps de leur jeunesse, elle tâcha de ranimer la chaleur
-de ses anciens sentiments, dans l'espoir de lui arracher son
-secret<a id="FNanchor_407" href="#Footnote_407" class="fnanchor">&nbsp;[407]</a>.</p>
-
-<p>«Vous me donnez un trait en me disant que j'ai des
-ennemis et qu'on vous a mandé que ma conduite était
-dégingandée. Vous feignez qu'on vous l'a écrit; je parie
-que cela n'est pas vrai. Hélas! mon cousin, je n'ai point
-d'ennemis; ma vie est tout unie, ma conduite n'est
-pas dégingandée (puisque <i>dégingandée</i> il y a). Il n'est
-point question de moi: j'ai une bonne réputation; mes
-amis m'aiment, les autres ne songent pas que je suis au
-monde; je ne suis ni jeune ni jolie; on ne m'envie point.
-Je suis quasi grand'mère, c'est un état où l'on n'est guère
-l'objet de la médisance; quand on a été jusque-là sans se
-décrier, on se peut vanter d'avoir achevé sa carrière.&mdash;M.
-de Corbinelli vous dira comme je suis, et, malgré
-mes cheveux blancs<a id="FNanchor_408" href="#Footnote_408" class="fnanchor">&nbsp;[408]</a>, il vous redonnera peut-être du goût
-<span class="pagenum"><a id="Page_194"> 194</a></span>
-pour moi. Il m'aime de tout son c&oelig;ur; et je vous jure
-aussi que je n'aime personne plus que lui. Son esprit,
-son c&oelig;ur, ses sentiments me plaisent au dernier point.
-C'est un bien que je vous dois; sans vous je ne l'aurais
-jamais vu.»</p>
-
-<p>Bussy était trop rusé pour se laisser prendre au piége,
-quoique l'amorce eût été habilement préparée. Il répondit
-de manière à prouver à sa cousine qu'il était
-parfaitement bien informé, et se garda de faire connaître
-de quelle part venaient ses informations<a id="FNanchor_409" href="#Footnote_409" class="fnanchor">&nbsp;[409]</a>.</p>
-
-<p>«... Aussi bien me mandez-vous que vous m'en devez encore
-de reste. Hâtez-vous donc de me payer, afin que nous
-soyons bientôt quittes. Je meurs d'impatience d'être assuré
-que je n'essuierai jamais de mauvaise humeur de
-vous. Je ne vous ai point menti quand je vous ai dit que
-vous aviez des ennemis; premièrement, vous me l'avez
-écrit dans votre <i>Épître chagrine</i><a id="FNanchor_410" href="#Footnote_410" class="fnanchor">&nbsp;[410]</a>; mais on me l'a mandé
-d'ailleurs. Quoique votre modestie vous fasse dire que
-vous n'êtes ni jeune ni belle, et quoique vous ne puissiez
-vous sauver par là si vous donniez lieu de parler, ce
-n'est pas sur cela qu'on a parlé de vous. Mais que je
-suis ridicule de vouloir vous apprendre ce qu'assurément
-vous savez avant moi! On ne manque pas de gens, dans le
-pays où vous êtes, qui avertissent les amis des calomnies
-aussi bien que des vérités qu'on dit d'eux. Je ne
-vous en dirai donc pas davantage, sinon qu'à quelques
-petits reproches près dont vous m'avez fatigué, je vous
-<span class="pagenum"><a id="Page_195"> 195</a></span>
-trouve une dame sans reproche, et que j'ai la meilleure
-opinion du monde de vous.»</p>
-
-<p>Bussy en avait dit assez pour être compris de madame
-de Sévigné; mais ses réticences nous réduisent à ne pouvoir
-former que des conjectures sur les médisances et les
-calomnies auxquelles il fait allusion. Nous aurons par la
-suite occasion de faire connaître ce qui sur ce point
-nous paraît être la supposition la plus probable. Nous
-nous contenterons de dire ici que nous croyons que madame
-de Montmorency était celle qui avait fait connaître
-à Bussy ce qu'on disait dans le monde sur sa cousine. De
-toutes les personnes qui correspondaient alors avec Bussy,
-madame de Montmorency est celle qui se montre la plus
-exacte et la plus empressée à lui transmettre les nouvelles
-de ce genre.</p>
-
-<div class="chapter">
-<p><span class="pagenum"><a id="Page_196"> 196</a></span></p>
-<h2 class="normal">CHAPITRE XII.<br />
-<span class="medium">1670-1671.</span></h2>
-</div>
-
-<p class="hanging indent">Madame de Sévigné parle, dans ses lettres, des événements qui se sont
-passés durant sa nouvelle contestation avec Rabutin.&mdash;Louis XIV
-envoie de nouveaux secours à Candie.&mdash;Le duc de Beaufort y périt.&mdash;Navailles
-est disgracié, puis rappelé.&mdash;Louis XIV travaille avec
-succès à la prospérité et à la grandeur de la France.&mdash;Il conclut un
-traité secret avec Charles II&mdash;Réside à Saint-Germain en Laye ou
-à Chambord.&mdash;Créqui, par ses ordres, s'empare de la Lorraine.&mdash;Pirates
-d'Alger soumis.&mdash;Dunkerque acheté.&mdash;Ambassadeurs
-d'Ardrah, de la côte de Guinée.&mdash;Louis XIV fait la visite de
-places fortes.&mdash;Bon état des finances.&mdash;Il n'y eut point de fêtes
-données par Louis XIV à Versailles ni dans la capitale.&mdash;Les
-plaisirs ne sont pas négligés.&mdash;Molière compose les <i>Amants magnifiques</i>&mdash;Molière
-est inférieur à Benserade dans les vers qu'il
-compose pour ce ballet.&mdash;Ce fut le dernier où le roi figura.&mdash;Vers
-de Racine auxquels on attribue ce changement.&mdash;Il eut
-d'autres causes plus probables.&mdash;La comédie du <i>Bourgeois gentilhomme</i>
-eut peu de succès à la cour.&mdash;Par quelle raison.&mdash;Tragédies
-de <i>Bérénice</i>, composées par Corneille et par Racine, à
-l'instigation d'Henriette d'Angleterre.&mdash;Ce fut un duel littéraire.&mdash;Critique
-des deux pièces par l'abbé Villars, approuvée par madame
-de Sévigné.&mdash;Racine répond avec humeur à cette critique.&mdash;Sa
-pièce de <i>Bérénice</i> est représentée aux noces du duc de Nevers et de
-mademoiselle de Thianges.&mdash;Allusions à Louis XIV, auxquelles la
-nature du sujet invitait les deux poëtes.&mdash;Beaux vers qui s'appliquaient
-à ce monarque dans la <i>Bérénice</i> de Corneille.&mdash;Louis XIV
-alors admiré et redouté dans toute l'Europe.&mdash;Les malheurs de
-la fin de son règne sont préparés dans les temps de prospérité.&mdash;Violence
-faite à la morale publique par sa liaison avec Montespan.&mdash;Le
-marquis de Montespan est exilé.&mdash;La séparation d'avec sa
-femme est prononcée en justice.&mdash;Les deux maîtresses du roi
-cohabitent ensemble.&mdash;Peines qu'en éprouve la Vallière.&mdash;Elle
-<span class="pagenum"><a id="Page_197"> 197</a></span>
-se retire aux Filles de Sainte-Marie de Chaillot.&mdash;Mathonnet emprisonné
-à Pignerol à cause des services rendus à la Vallière.&mdash;Montespan
-déguise ses grossesses et cache ses accouchements.&mdash;Ses
-enfants sont confiés à madame Scarron.&mdash;Conduite admirable
-que tient cette dernière.&mdash;Introduite à la cour, elle est peu goûtée du
-roi.&mdash;Le règne des femmes assure celui des favoris.&mdash;Louis XIV, pour
-les affaires d'État, ne se laissait gouverner ni par les uns ni par les
-autres.&mdash;Détails sur les favoris de Louis XIV,&mdash;Saint-Aignan,&mdash;Dangeau,&mdash;d'Armagnac,&mdash;Marsillac,&mdash;la Feuillade,&mdash;Lauzun.&mdash;L'exemple
-que donne Louis XIV l'empêche de réprimer les désordres
-de son frère et des favoris qui entourent ce dernier.&mdash;Madame
-(Henriette d'Angleterre) demande que le chevalier de Lorraine soit
-exilé.&mdash;Il est éloigné, et, de concert avec d'Effiat et Beuvron, il donne
-par le poison la mort à Henriette.&mdash;Fin cruelle de cette princesse.&mdash;Bague
-d'émeraude qu'en mourant elle donne à Bossuet.&mdash;Oraison
-funèbre qu'il prononce sur la mort de cette princesse.&mdash;Louis XIV
-découvre le complot.&mdash;Il acquiert la certitude que son frère l'a
-ignoré.&mdash;Irritation produite en Angleterre par la mort d'Henriette.&mdash;Louis
-XIV est forcé, par sa politique, à la dissimulation.&mdash;Il rappelle
-le chevalier de Lorraine de son exil et épargne ses complices.</p>
-
-<p class="space">Tandis que madame de Sévigné mariait sa fille, qu'elle
-s'occupait de réconcilier Bussy avec son gendre, la
-France prospérait; des événements importants avaient
-lieu sur la grande scène politique. Par patriotisme, par
-amour pour ses enfants, par ambition pour sa famille,
-madame de Sévigné y prenait intérêt; mais ce qui se passait
-autour d'elle à la cour et dans la haute société, dans
-cette société si avide de gloire, de dignités, de plaisirs,
-la touchait encore plus vivement. Elle en parle souvent
-dans ses lettres, ou y fait fréquemment allusion. Pour
-faire sortir de ses écrits la peinture fidèle du monde au
-milieu duquel elle a vécu, il est donc nécessaire de faire
-de l'histoire de ces temps l'objet d'une étude approfondie.
-Quoique ce sujet ait déjà été traité par nombre d'écrivains,
-<span class="pagenum"><a id="Page_198"> 198</a></span>
-il ne l'a jamais été sous ce point de vue. La vie
-privée du jeune monarque, des princes de son sang, de
-ses courtisans, de ses ministres et l'influence exercée
-par eux sur les m&oelig;urs, la religion, la littérature doivent
-surtout appeler notre attention, non-seulement parce que
-toutes ces choses sont par elles-mêmes les plus importantes
-à connaître par leur résultat sur les destinées du
-pays, mais aussi parce que ce sont celles sur lesquelles
-madame de Sévigné nous fournit le plus de lumière et
-qui peuvent le mieux nous faire pénétrer dans le secret de
-ses pensées, et nous dévoiler les causes les plus cachées
-des résolutions et des opinions qui lui sont propres ou qui
-appartiennent aux hommes d'État et aux personnages du
-grand monde, dont les noms se rencontrent souvent, ou
-occasionnellement, sous sa plume. Enfin, madame de Sévigné
-parle souvent des écrivains illustres dont elle était
-contemporaine et dont la lecture lui était familière; les
-investigations auxquelles ces lettres et celles qui lui furent
-adressées donnent lieu nous procurent une intelligence
-plus complète des chefs-d'&oelig;uvre de notre littérature; elles
-nous instruisent des circonstances et des idées régnantes
-sous l'empire desquelles les auteurs se sont trouvés placés
-et des motifs qui les ont dirigés dans leurs compositions.</p>
-
-<p>La troupe de la Feuillade, dans laquelle le jeune de Sévigné
-avait fait ses premières armes, ne fut pas la seule
-qui partit du port de Toulon pour aller au secours de
-Candie. Cédant aux conseils de Turenne, qui secondait
-les instances de la cour de Rome, à laquelle ce grand capitaine
-devait la promotion de son neveu au cardinalat,
-Louis XIV envoya l'année suivante six mille hommes au
-secoure de Candie; il les plaça sous les ordres du duc de
-Navailles, et donna le commandement de la flotte au duc
-<span class="pagenum"><a id="Page_199"> 199</a></span>
-de Beaufort<a id="FNanchor_411" href="#Footnote_411" class="fnanchor">&nbsp;[411]</a>. La plupart des braves qui composaient cette
-petite armée furent massacrés dans une sortie. Le duc de
-Beaufort, ce héros de la Fronde, périt dans cette action
-meurtrière; comme on ne put retrouver son corps après
-le combat, sa mort donna lieu à des fables, qu'on cherchait
-à rendre probables par le souvenir du rôle qu'il
-avait autrefois joué. Navailles, pour sauver la flotte et ce
-qui lui restait de troupes, revint en France; et Candie se
-rendit peu après son départ. On s'en prit à Navailles du
-mauvais succès de l'expédition; il fut exilé et forcé à se
-retirer dans sa terre. Mais il prouva au roi que, dans
-toute sa conduite, il avait su concilier l'honneur et les intérêts
-du royaume, et que, bien loin d'avoir mérité d'être
-blâmé, il aurait dû être récompensé. Louis fut convaincu,
-et Navailles rentra en grâce<a id="FNanchor_412" href="#Footnote_412" class="fnanchor">&nbsp;[412]</a>: belle preuve d'équité.
-L'homme tout-puissant qui sait réparer une injustice dont
-il est l'auteur est encore plus rare que celui qui n'en commet
-aucune. Quel dommage que Louis XIV n'ait pas été
-assez maître de ses passions pour être juste envers la
-femme de Navailles, comme il l'avait été envers lui<a id="FNanchor_413" href="#Footnote_413" class="fnanchor">&nbsp;[413]</a>!</p>
-
-<p>A l'époque où nous sommes arrivés, cette entreprise de
-Candie fut la seule où Louis XIV échoua. Jamais il ne
-travailla plus efficacement qu'alors à la prospérité du
-<span class="pagenum"><a id="Page_200"> 200</a></span>
-royaume, à sa grandeur et à sa puissance. Les secours
-qu'il avait envoyés à Candie ne nuisirent point à ses
-négociations avec la Porte Ottomane. Son ambassadeur
-fut reçu à Constantinople avec des honneurs inouïs jusqu'alors;
-une alliance fut faite avec le sultan. Les
-pirates d'Alger se virent contraints par la force de respecter
-le pavillon français; et le commerce de France,
-en Orient, étendit ses ramifications dans toutes les vastes
-et riches contrées soumises au croissant; en Occident,
-dans les deux Amériques; au Midi, jusqu'au fond du
-golfe de Guinée, d'où l'on vit venir des ambassadeurs
-d'Ardrah, présenter aux Tuileries le curieux spectacle
-d'une magnificence sauvage, et s'incliner devant le trône
-du grand roi<a id="FNanchor_414" href="#Footnote_414" class="fnanchor">&nbsp;[414]</a>. Dunkerque fut acheté à l'Angleterre, et
-devint un port français<a id="FNanchor_415" href="#Footnote_415" class="fnanchor">&nbsp;[415]</a>. Un traité secret fut conclu avec
-Charles II, qui mettait, en cas de guerre, toutes les forces
-britanniques à la disposition du roi de France<a id="FNanchor_416" href="#Footnote_416" class="fnanchor">&nbsp;[416]</a>. Le duc
-de Lorraine n'exécutait pas ses traités avec la France, et
-négociait contre elle. Louis XIV envoya aussitôt une armée
-commandée par le maréchal de Créqui, qui s'empara
-de Pont-à-Mousson, d'Épinal, de Longwy; et le duc de
-Lorraine, voyant ses États séquestrés, fut obligé de se
-retirer à Cologne, et ensuite à Francfort<a id="FNanchor_417" href="#Footnote_417" class="fnanchor">&nbsp;[417]</a>. Des traités
-avantageux lièrent à la France l'empereur, l'électeur de
-<span class="pagenum"><a id="Page_201"> 201</a></span>
-Cologne, l'évêque de Munster et la Suède<a id="FNanchor_418" href="#Footnote_418" class="fnanchor">&nbsp;[418]</a>. Casimir, roi
-de Pologne, se démit de sa couronne, vint à Paris, où il
-fut reçu avec tous les honneurs dus à son rang, et accepta
-de Louis XIV la dignité ecclésiastique d'abbé de Saint-Germain
-des Prés.</p>
-
-<p>Louis XIV visita toutes les places de Flandre qu'il
-avait conquises; et ce voyage, qu'il fit avec une grande
-pompe et accompagné de beaucoup de troupes, jeta l'inquiétude
-et la crainte dans toute l'Europe<a id="FNanchor_419" href="#Footnote_419" class="fnanchor">&nbsp;[419]</a>. Il avait, au
-milieu de la paix, mis ses armées, ses arsenaux sur le
-pied de guerre, créé une marine formidable, établi un
-ordre inconnu avant lui dans l'administration de ces deux
-parties essentielles à la défense de l'État et au soutien de
-sa puissance. L'administration intérieure n'était pas moins
-admirable; et celle des finances fut portée à ce degré de
-perfection que les impôts furent diminués et les recettes
-augmentées<a id="FNanchor_420" href="#Footnote_420" class="fnanchor">&nbsp;[420]</a>: résultat qui paraît contradictoire et que cependant
-peut toujours obtenir en temps de paix, dans un
-grand État, un gouvernement énergique, probe et éclairé.</p>
-
-<p>Occupé de ses vastes projets politiques et guerriers,
-Louis XIV, cette année, quand il n'était pas aux frontières,
-résida le plus habituellement à Saint-Germain en
-Laye et à Chambord. Il n'y eut point de fêtes royales
-données dans la capitale et à Versailles. De grands travaux
-furent exécutés dans ce dernier lieu, et de plus fortes
-sommes que dans aucune des années précédentes furent
-<span class="pagenum"><a id="Page_202"> 202</a></span>
-consacrées à cette prodigieuse création<a id="FNanchor_421" href="#Footnote_421" class="fnanchor">&nbsp;[421]</a>. Mais pour achever
-le château et le parc il fallait encore vingt ans, et douze
-ans s'écoulèrent avant que les travaux fussent assez avancés
-pour que Louis XIV pût s'y établir à demeure<a id="FNanchor_422" href="#Footnote_422" class="fnanchor">&nbsp;[422]</a>. Les plaisirs
-ne pouvaient se trouver longtemps absents partout où ce
-jeune monarque était présent. Durant l'hiver de 1670,
-lorsqu'il était avec toute sa cour à Saint-Germain en Laye,
-il donna à Molière le sujet d'une pièce fort bien choisi
-pour amener des ballets et des divertissements nombreux
-et brillants. Ce but fut atteint par la composition des
-<i>Amants magnifiques</i>, production que Molière avait jugée
-ne devoir pas survivre à la circonstance qui y avait donné
-lieu; il ne la fit point représenter à Paris, et elle ne fut
-publiée qu'après sa mort<a id="FNanchor_423" href="#Footnote_423" class="fnanchor">&nbsp;[423]</a>. Nous devons remarquer que
-cette fois les vers des ballets et des intermèdes ne furent
-pas composés par Benserade, mais par Molière, qui chercha
-à imiter Benserade dans l'art de tourner avec élégance
-<span class="pagenum"><a id="Page_203"> 203</a></span>
-et facilité des riens spirituels et des à-propos flatteurs,
-mais qui se montra dans cette lutte inférieur à ce
-poëte médiocre. Bussy, avec ce tact fin qui caractérise son
-goût en littérature, en fait la remarque au sujet du ballet
-de <i>Psyché</i>, qui fut donné l'année suivante<a id="FNanchor_424" href="#Footnote_424" class="fnanchor">&nbsp;[424]</a>.</p>
-
-<p>Cette pièce des <i>Amants magnifiques</i> forme époque
-dans la vie de Louis XIV, parce que ce fut la dernière où
-il figura en personne dans les ballets et les divertissements
-que l'on jouait à la cour: il fit le rôle de <i>Neptune</i> et
-celui du <i>Soleil</i><a id="FNanchor_425" href="#Footnote_425" class="fnanchor">&nbsp;[425]</a>. D'Armagnac le grand écuyer, le marquis
-de Villeroi et le marquis de Rassent représentèrent
-tous trois des dieux marins. Ce changement dans les habitudes
-du jeune monarque a été généralement attribué
-à de beaux vers de Racine qui ont été souvent cités à
-ce sujet. Il semble qu'on ne peut guère douter du fait,
-puisqu'il est attesté, du vivant de Louis XIV, dans une
-lettre écrite par Boileau en défense de l'opinion soutenue
-par lui contre Massillon en faveur de l'utilité de la
-comédie et du théâtre<a id="FNanchor_426" href="#Footnote_426" class="fnanchor">&nbsp;[426]</a>. Cependant il doit être permis de
-faire observer que, si tel a été l'effet des vers de Racine,
-cet effet n'a pas été instantané, puisque la tragédie de <i>Britannicus</i>,
-où se trouvent ces vers, fut jouée et même imprimée
-avant la représentation des <i>Amants magnifiques</i><a id="FNanchor_427" href="#Footnote_427" class="fnanchor">&nbsp;[427]</a>.
-<span class="pagenum"><a id="Page_204"> 204</a></span>
-Ce que nous pouvons affirmer, d'après la connaissance
-intime de l'histoire littéraire de cette époque et de l'esprit
-d'adulation qui dominait alors la plume de tous les auteurs
-à l'égard de Louis XIV, c'est que Racine n'eût jamais
-écrit des vers qui pussent donner lieu au roi de se faire
-l'application d'un reproche adressé à Néron, ou que, s'il
-les eût écrits, il les eût effacés. Si donc les vers de Racine
-ont empêché Louis XIV, après qu'il les eut entendus,
-«de danser à aucun ballet, même au temps du carnaval,»
-comme le prétend Boileau, ce fut contre l'intention de
-Racine, qui était trop bon courtisan pour avoir la prétention
-de réformer le roi, surtout en lui faisant l'application
-de vers tels que ceux-ci<a id="FNanchor_428" href="#Footnote_428" class="fnanchor">&nbsp;[428]</a>:</p>
-
-<div class="poetry"><div class="stanza">
-<p>Quoi donc! ignorez-vous tout ce qu'ils osent dire?</p>
-<p>Néron, s'ils en sont crus, n'est point né pour l'empire;</p>
-<p>Il ne dit, il ne fait que ce qu'on lui prescrit.</p>
-<p><b>. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .</b></p>
-<p>Pour toute ambition, pour vertu singulière,</p>
-<p>Il excelle à conduire un char dans la carrière,</p>
-<p>A disputer des prix indignes de ses mains,</p>
-<p>A se donner lui-même en spectacle aux Romains,</p>
-<p>A venir prodiguer sa voix sur un théâtre,</p>
-<p>A réciter des chants qu'il veut qu'on idolâtre.</p>
-</div></div>
-
-<p>Si on fait attention que la lettre de Boileau, quoique
-écrite du vivant de Louis XIV, l'a été trente-sept
-ans après la première représentation de <i>Britannicus</i> et
-celle des <i>Amants magnifiques</i>; que c'est une lettre particulière
-publiée plusieurs années après la mort du monarque
-<span class="pagenum"><a id="Page_205"> 205</a></span>
-et de Boileau lui-même; que cette lettre, adressée à
-Monchesnay dans le but de faire l'apologie de la comédie,
-fortement attaquée alors par Bossuet, Massillon, et par
-tous les grands talents que possédait le clergé de France;
-que cette lettre, dis-je, n'a peut-être reproduit, en cette
-circonstance, qu'un bruit vulgaire, dont Boileau, sans en
-avoir une connaissance particulière et sans chercher à l'approfondir,
-était bien aise de s'emparer, on sera induit à
-chercher une autre cause à la résolution de Louis XIV; et
-il sera facile de trouver un motif plus naturel dans l'âge
-du monarque, qui modifiait sous ce rapport ses goûts et
-ses habitudes. L'étiquette pompeuse dont il crut devoir
-s'entourer à mesure que s'exaltait en lui le sentiment de
-la dignité royale formait aussi obstacle à ce qu'il s'adonnât
-à ce genre de divertissements, qui avait eu tant d'attraits
-pour lui dans son adolescence. D'ailleurs, avec les
-occupations dont il était surchargé, avait-il le temps d'étudier
-les rôles d'un ballet et de retenir les vers que Benserade
-composait? Ajoutons que la complication de ses intrigues
-amoureuses et de celles de toute sa cour, trop
-fidèle imitatrice des exemples qu'il lui donnait, jointe aux
-ménagements que réclamaient la reine et la majesté du
-trône, ne permettaient plus au poëte de hasarder ces plaisanteries
-ingénieuses, ces allusions folâtres ou graveleuses
-dans lesquelles Benserade excellait: elles eussent été des
-révélations indiscrètes et extravagantes. Ainsi non-seulement
-on ne vit plus Louis XIV déployer ses grâces, son
-agilité et son adresse dans les ballets et les carrousels, mais
-les ballets et les carrousels même cessèrent pendant longtemps.
-Ils ne recommencèrent que dix ans après la représentation
-des <i>Amants magnifiques</i>, lorsque le Dauphin
-fut en âge d'y figurer, et que leur ancienne célébrité
-<span class="pagenum"><a id="Page_206"> 206</a></span>
-fit naître le désir de procurer à l'héritier du trône ces
-divertissements. Ce fut alors que l'on demanda de nouveau
-des vers à Benserade pour le <i>Ballet royal du
-Triomphe de l'Amour</i>, qui fut son dernier ouvrage en ce
-genre<a id="FNanchor_429" href="#Footnote_429" class="fnanchor">&nbsp;[429]</a>.</p>
-
-<p><i>Le Bourgeois gentilhomme</i>, composé aussi pour amener
-des ballets et des danses et joué pour la première fois, à
-Chambord, le 14 octobre 1670, ne fut pas si bien accueilli
-que <i>les Amants magnifiques</i>; et cependant Molière, dans
-cette pièce, était rentré dans le domaine de son talent et de
-la bonne et franche comédie. Des scènes d'un naturel exquis,
-d'un comique délicieux, mais peu liées entre elles et
-terminées par une parade grotesque et invraisemblable, ne
-plurent pas au goût dédaigneux d'une cour que l'auteur
-du <i>Misanthrope</i> et du <i>Tartufe</i> avait rendue difficile à satisfaire<a id="FNanchor_430" href="#Footnote_430" class="fnanchor">&nbsp;[430]</a>.</p>
-
-<p>Mais le principal événement théâtral de l'année fut
-la lutte qu'Henriette d'Angleterre, duchesse d'Orléans,
-parvint à établir entre Corneille et Racine<a id="FNanchor_431" href="#Footnote_431" class="fnanchor">&nbsp;[431]</a>. Ces deux
-grands poëtes, par les instigations de cette princesse, firent
-représenter chacun en même temps et sur deux théâtres
-différents une tragédie sur le même sujet. Ce fut un
-<span class="pagenum"><a id="Page_207"> 207</a></span>
-duel, a dit Fontenelle; mais dans ce duel les conditions
-n'étaient pas égales: l'un des combattants acquérait sans
-cesse des forces, l'autre avait perdu les siennes. Le Corneille
-de <i>Tite et Bérénice</i> n'était plus celui du <i>Cid</i> et de
-<i>Polyeucte</i>; et quoique la troupe de Molière fit tous ses efforts
-pour faire valoir la nouvelle pièce, elle ne réussit pas.
-La <i>Bérénice</i> de Racine eut au contraire un succès prodigieux,
-à la cour comme à la ville. Une actrice admirable,
-dont on disait que l'auteur était amoureux, fit mieux dans
-cette pièce que de s'attirer des applaudissements, elle fit
-répandre d'abondantes larmes<a id="FNanchor_432" href="#Footnote_432" class="fnanchor">&nbsp;[432]</a>. <i>Bérénice</i> devint la pièce
-en vogue; ce fut elle qu'on joua aux brillantes noces qui
-eurent lieu pour le mariage de mademoiselle de Thianges
-avec le duc de Nevers<a id="FNanchor_433" href="#Footnote_433" class="fnanchor">&nbsp;[433]</a>, de ce duc de Nevers qui fut
-depuis le chef de la cabale contre Racine, de ce duc de
-Nevers «si difficile à ferrer, dit madame de Sévigné, si
-extraordinaire qu'il glisse des mains alors qu'on y pense
-le moins.»</p>
-
-<p>L'abbé de Villars, le spirituel auteur des <i>Lettres du
-comte de Gabalis sur les sylphes, les gnomes et les salamandres</i>,
-fit des deux tragédies une critique sévère, mais
-presque toujours juste. Madame de Sévigné eut raison de
-la trouver plaisante [c'est-à-dire agréable] et ingénieuse.
-C'est à tort qu'on a taxé d'esprit de parti madame de Sévigné
-pour avoir jugé favorablement un petit écrit qu'elle-même
-<span class="pagenum"><a id="Page_208"> 208</a></span>
-traite de bagatelle et dans lequel elle blâme cinq
-ou six mauvaises plaisanteries, qui sont, dit-elle, «d'un
-homme qui ne sait pas le monde<a id="FNanchor_434" href="#Footnote_434" class="fnanchor">&nbsp;[434]</a>.» Racine, qui plus tard
-fut désolé d'une arlequinade dont sa pièce fut l'objet, qui
-s'affligea d'un bon mot de Chapelle, fut singulièrement
-irrité de l'approbation donnée par beaucoup d'hommes de
-goût à la critique de Villars. Il en parle dans la préface de
-sa tragédie avec une colère mal déguisée; il la réfute faiblement,
-et il a l'air de la mépriser. Cette critique fit alors
-grand bruit, et divisa la cour et la ville, les gens de lettres
-et les gens du monde sur le jugement qu'on devait porter
-de la <i>Bérénice</i> de Racine. On était pour l'avis du critique
-après l'avoir lu, et pour la pièce après avoir entendu la
-Champmeslé<a id="FNanchor_435" href="#Footnote_435" class="fnanchor">&nbsp;[435]</a>. Il en est encore ainsi aujourd'hui: les vers de
-Racine produisent toujours leur effet accoutumé, et désarment
-ceux qui voudraient signaler les défauts de ses compositions.
-Il importe peu à la gracieuse Vénus de Médicis de
-n'avoir ni le port ni la dignité d'une déesse; l'admirable
-pureté de ses formes séduit aussitôt les regards; et plus ils
-s'attachent sur l'&oelig;uvre de l'artiste, plus ils confirment le jugement
-que l'on a porté de son sublime talent. Cependant
-la rareté des représentations de <i>Bérénice</i> a depuis longtemps
-<span class="pagenum"><a id="Page_209"> 209</a></span>
-prouvé que l'abbé Villars avait raison de ne pas trouver
-dans cette pièce les véritables caractères d'une tragédie.
-Henriette, en donnant, à leur insu, ce sujet à traiter
-aux deux poëtes, avait une intention que Voltaire a très-bien
-fait ressortir: elle s'attendait à ce que tous les deux
-chercheraient à créer des allusions à Louis XIV dans
-le rôle de Titus. Ils n'y manquèrent pas; mais chacun
-d'eux les puisa dans la nature de son génie, Racine dans
-les sentiments d'un amour tendre et passionné, Corneille
-dans l'élévation de l'âme et l'énergie du caractère;
-et certes on peut dire que, quoique la pièce de Corneille
-fût bien inférieure à celle de son jeune rival, elle était plus
-conforme aux désirs de la princesse.</p>
-
-<p>Dans <i>Tite et Bérénice</i>, l'intention de Corneille fut si bien
-saisie que Santeul traduisit en latin les vers suivants, pour
-les présenter à Louis XIV lorsqu'il partit pour faire la
-conquête de la Hollande:</p>
-
-<div class="poetry"><div class="stanza">
-<p>Mon nom, par la victoire est si bien affermi</p>
-<p>Qu'on me croit, dans la paix, un lion endormi;</p>
-<p>Mon réveil incertain du monde fait l'étude;</p>
-<p>Mon repos en tout lieu jette l'inquiétude;</p>
-<p>Et, tandis qu'à ma cour les aimables loisirs</p>
-<p>Ménagent l'heureux choix des jeux et des plaisirs,</p>
-<p>Pour envoyer l'effroi de l'un à l'autre pôle</p>
-<p>Je n'ai qu'à faire un pas et hausser la parole<a id="FNanchor_436" href="#Footnote_436" class="fnanchor">&nbsp;[436]</a>.</p>
-</div></div>
-
-<p>A cette époque Louis XIV était redouté et admiré de
-toute l'Europe. On cherchait avec anxiété à pénétrer ses
-desseins, à deviner ses résolutions. Nul souverain, par
-ses brillantes qualités comme par ses défauts, n'exerça
-<span class="pagenum"><a id="Page_210"> 210</a></span>
-une plus grande et plus longue influence au dedans
-comme au dehors de ses États. Tout homme qui, devenu
-tout-puissant, a le noble désir d'exercer son pouvoir dans
-l'intérêt des peuples et de sa gloire se trouve exposé au
-plus grand de tous les dangers. Tous ceux, qui l'entourent,
-loin de combattre ses mauvais penchants, cherchent à les
-exploiter pour élever leur fortune; et s'il ne sait pas puiser
-en lui-même la force nécessaire pour résister à la séduction
-et dissiper les nuages sans cesse amassés pour offusquer
-sa raison, il marche de faute en faute et d'erreur
-en erreur. Tous les grands personnages dont l'histoire contient
-l'éloge ont déployé dans l'adversité une énergie digne
-d'être admirée; peu ont su résister à la prospérité.
-Louis XIV n'était pas du nombre de ces derniers; et dès
-lors, et même avant qu'il eût atteint le faîte de sa grandeur,
-se manifestèrent les faiblesses qui devaient enfanter
-vers la fin de son règne les malheurs publics et ses chagrins
-domestiques. Enivré par ses succès, il se regardait,
-par son génie, par les droits divins de sa couronne, comme
-un être à part, dont la volonté faisait loi. Mettre obstacle
-à cette volonté était à ses yeux non-seulement rébellion,
-mais sacrilége; et, soit qu'il fût question de s'opposer à
-ses passions ou aux mesures de son gouvernement,
-l'effet était le même et le crime était pareil.</p>
-
-<p>La liaison de Louis XIV avec madame de Montespan
-devait entraîner des conséquences plus graves que celles
-qu'avait produites son amour pour la Vallière. Celle-ci,
-en disposant d'elle-même selon son c&oelig;ur, ne violait pas
-les saintes lois du mariage; mais Montespan avait un
-mari dont elle était aimée. Pour l'arracher à cet homme
-d'honneur, qui la rendait heureuse, Louis XIV se vit
-forcé de méconnaître les droits les plus sacrés de la justice.
-<span class="pagenum"><a id="Page_211"> 211</a></span>
-Le marquis de Montespan fut relégué à l'extrémité
-du royaume, et un tribunal complaisant prononça un jugement
-de séparation entre lui et sa femme. Elle fut attachée
-à la cour, et eut la charge de surintendante de la
-maison de la reine; de la reine! pour laquelle ainsi, à
-double titre, son nom devenait un outrage. On ne parvint
-pas de prime abord à ce degré d'impudeur; il fallut s'y
-accoutumer et y accoutumer le peuple. On s'entoura de
-quelque mystère. L'ancienne maîtresse dut servir de voile
-pour couvrir le secret de la nouvelle. L'infortunée la Vallière
-eut à supporter les inexprimables angoisses d'une
-amante abandonnée, qui, le c&oelig;ur brûlant d'amour, se
-trouve forcée d'être continuellement spectatrice du bonheur
-de sa rivale et d'habiter avec elle. Lorsqu'on songe
-que le roi s'était par principe imposé l'obligation de revenir
-chaque nuit dans la couche nuptiale, on est surpris
-qu'il ne fût pas choqué lui-même d'une si étrange polygamie.
-L'orgueil de madame de Montespan souffrit de se
-trouver dans le même gynécée que celle qu'elle avait trompée
-et trahie; elle en fit des reproches à son amant. Louis
-s'excusa en disant que cela s'était établi insensiblement.
-«Insensiblement pour vous, lui répliqua vivement la
-fière beauté, mais très-sensiblement pour moi.» Des humiliations,
-d'insupportables affronts étaient pour la Vallière
-le résultat inévitable de sa position. L'infortunée,
-pour la seconde fois, fit sa retraite au couvent des Filles
-Sainte-Marie de Chaillot<a id="FNanchor_437" href="#Footnote_437" class="fnanchor">&nbsp;[437]</a>, où était toujours mademoiselle
-<span class="pagenum"><a id="Page_212"> 212</a></span>
-de la Mothe d'Argencourt, son ancienne amie<a id="FNanchor_438" href="#Footnote_438" class="fnanchor">&nbsp;[438]</a>. Louis XIV,
-qui s'était habitué à compter sur l'affection et l'entier dévouement
-de la Vallière, versa des larmes quand il se vit
-menacé de la perdre pour toujours; il envoya Colbert
-pour la prier de revenir, et il força sa nouvelle maîtresse
-de joindre ses instances aux siennes. Elle revint. Madame
-de Sévigné a raconté cet événement<a id="FNanchor_439" href="#Footnote_439" class="fnanchor">&nbsp;[439]</a>, qui fit douter pendant
-quelque temps à la cour si les tendresses cordiales
-d'un ancien attachement ne l'emporteraient pas sur l'entraînement
-d'une nouvelle passion.</p>
-
-<p>Mais l'on sut bientôt, que la Vallière, victime d'un
-amour qui ne se nourrissait plus que de larmes et de regrets,
-avait le projet de se retirer au couvent. Louis XIV
-crut pouvoir la retenir en prodiguant pour elle, pour sa
-famille et pour les enfants qu'il avait eus d'elle les richesses
-et les dignités. Vain espoir! Rien que le c&oelig;ur d'un
-amant adoré ne pouvait consoler celle que poursuivait le
-remords de lui avoir sacrifié l'honneur. Ses longs entretiens
-avec mademoiselle de la Mothe d'Argencourt et ses
-fréquentes visites au monastère de Chaillot firent ombrage
-à Louis XIV. Il fit arrêter et conduire en prison, à Pignerol,
-<span class="pagenum"><a id="Page_213"> 213</a></span>
-un gentilhomme nommé Mathonnet<a id="FNanchor_440" href="#Footnote_440" class="fnanchor">&nbsp;[440]</a>, uniquement
-parce qu'il s'employait comme intermédiaire entre madame
-de la Vallière et les s&oelig;urs de Sainte-Marie; et il ne
-lui accorda sa liberté que lorsqu'il n'osa plus contraindre
-celle qui avait pris la ferme résolution de se consacrer
-tout entière à Dieu seul. De moins scrupuleuses et de plus
-dangereuses rivales tâchèrent de supplanter Montespan
-auprès de son royal amant; si elles ne réussirent pas, elles
-parvinrent néanmoins à mettre à profit l'inconstance de
-ses goûts pour satisfaire leur cupidité ou leur ambition.
-Parmi elles on distingua la princesse de Soubise, comme la
-plus habile à s'envelopper des ombres du mystère et à dérouter,
-par l'art de ses intrigues, l'active surveillance de
-la maîtresse en titre. Celle-ci, obligée à des ménagements
-envers la reine, la cour et le public, ne put entièrement
-déguiser, par la mode des amples vêtements qu'elle introduisit,
-les apparences de ses fréquentes grossesses; mais
-ses enfants furent mis au monde dans le plus profond secret.
-Il fallait les confier à des mains prudentes et dignes
-d'un si précieux dépôt. Madame de Montespan jeta les
-yeux sur la veuve de Scarron, dont elle avait été la
-bienfaitrice et dont la société était devenue pour elle
-un besoin, au milieu des grandeurs et des ennuis de la
-cour. Madame Scarron refusa de s'en charger, à moins
-que le roi ne lui en donnât l'ordre. Cet ordre lui fut donné:
-elle a elle-même fait connaître les embarras de sa position<a id="FNanchor_441" href="#Footnote_441" class="fnanchor">&nbsp;[441]</a>
-et la conduite qu'elle tint dans ces circonstances
-<span class="pagenum"><a id="Page_214"> 214</a></span>
-difficiles, qui lui donnèrent les moyens de montrer sa discrétion,
-son activité, son courage, son dévouement. Elle
-nous apprend qu'elle prit avec elle la jeune fille de madame
-d'Heudicourt, et qu'elle parvint si bien à donner
-le change à ses amies et protectrices de l'hôtel d'Albret
-et de l'hôtel de Richelieu que personne ne soupçonna la
-véritable cause de sa nouvelle et mystérieuse existence. Elle
-aima mieux soulever des doutes sur sa vertu et supporter
-la calomnie que de laisser deviner que dans sa modeste
-condition elle était dépositaire d'importants secrets<a id="FNanchor_442" href="#Footnote_442" class="fnanchor">&nbsp;[442]</a>. Elle
-a décrit ses soins assidus, ses inquiétudes incessantes pour
-ces enfants, qui lui avaient inspiré une tendresse de mère<a id="FNanchor_443" href="#Footnote_443" class="fnanchor">&nbsp;[443]</a>.
-Les fonctions qu'elle remplissait avec tant de zèle la
-rapprochèrent nécessairement du roi, auquel elle rendait
-compte du dépôt qui lui était confié. C'est ainsi qu'elle fut
-introduite à la cour et dans les appartements privés du monarque,
-à la suite de madame de Montespan, comme le
-repentir, encore ignoré, compagnon du plaisir coupable.
-Cette jeune et belle veuve déplut d'abord à Louis XIV par
-son maintien froid et réservé, par la réputation qu'on lui
-avait faite d'être un bel esprit et une dévote rigide; et
-même les longs entretiens qu'elle avait avec madame de
-<span class="pagenum"><a id="Page_215"> 215</a></span>
-Montespan lui donnaient du dépit et excitaient sa jalousie.</p>
-
-<p>L'empire des femmes sur ceux qui gouvernent ne peut
-avoir qu'une influence fâcheuse sur les affaires d'État. Le
-mal produit par cette cause n'est jamais seul: le règne
-des maîtresses rend nécessaire celui des favoris. Quand
-on veut conduire des intrigues obscures et honteuses,
-il faut des confidents propres à de tels emplois; il les faut
-souples, adroits, assidus, actifs, prudents, dévoués, incapables
-de scrupules. Lorsqu'on en a trouvé de tels et qu'ils
-plaisent, on cherche à les conserver; on les comble d'honneurs
-et de richesses dont la moindre partie eût suffi pour
-récompenser les plus éminents services rendus au pays.
-Unis d'intérêts avec les maîtresses, ils forment des brigues,
-des cabales qui pénètrent dans les conseils du gouvernement,
-se partagent ses agents, entravent sa marche, et le
-portent à sacrifier sans cesse l'intérêt général à des intérêts
-particuliers et à précipiter l'État vers sa décadence ou dans
-le gouffre des révolutions. La gloire de Louis XIV est d'avoir
-échappé à ces influences, de n'avoir jamais livré le
-secret des affaires, de n'avoir jamais laissé entraver l'autorité
-de ses ministres, d'avoir gouverné par la seule force
-de son caractère et le seul empire de sa volonté; et cependant
-Louis XIV eut des maîtresses, et par conséquent
-il eut aussi des favoris. Nous avons souvent parlé des unes,
-disons un mot des autres.</p>
-
-<p>Dans ce nombre nous ne compterons pas le duc de
-Saint-Aignan et le marquis de Dangeau: quoiqu'ils fussent
-toujours des courtisans très-favorisés, ils n'étaient pas
-proprement des favoris. Essentiels pour l'arrangement des
-parties de jeux, des loteries, des fêtes, des cérémonies, des
-ballets, pour les petits vers, la prose galante, les nouvelles
-<span class="pagenum"><a id="Page_216"> 216</a></span>
-du jour, les riens agréables, leur complaisance pour des
-services moins publics, pour des affaires plus compromettantes
-était tout naturellement acquise. On y comptait,
-et on en usait selon l'occasion; mais ils n'étaient point
-initiés aux intrigues les plus secrètes de ce genre ni admis
-dans les réunions les plus intimes. Leur âge, différent de
-celui du roi, n'admettait pas entre eux et lui cette affection,
-cette familiarité expansive, cet abandon qui font
-disparaître le roi pour ne plus laisser voir que l'homme,
-que l'ami, et qui sont les indices caractéristiques du favoritisme
-complet. Les seuls courtisans de Louis XIV qu'on
-peut placer dans cette catégorie et que ménageaient les
-ministres à l'égal des maîtresses furent d'Armagnac,
-Marsillac, la Feuillade et Lauzun.</p>
-
-<p>Quant au premier (Louis de Lorraine, comte d'Armagnac),
-qui fut nommé grand écuyer et conserva constamment
-cette belle charge, Saint-Simon nous apprend
-que nul n'a joui auprès de Louis XIV d'une si constante
-et si parfaite faveur, jointe à la considération la plus haute,
-la plus marquée, la plus invariable. Sa belle figure, le
-jargon de la galanterie, l'habitude de la flatterie; une assiduité
-infatigable; une grande habileté à la danse, à l'équitation,
-à tous les exercices du corps; des richesses, du
-goût, de l'élégance, une curieuse recherche dans ses habillements;
-une magnificence de grand seigneur et un
-air de noblesse et de grandeur qui lui était naturel, qu'il
-ne déposait jamais avec personne, le roi seul excepté,
-telles furent les causes de ses succès<a id="FNanchor_444" href="#Footnote_444" class="fnanchor">&nbsp;[444]</a>.</p>
-
-<p>Le prince de Marsillac était le fils du duc de la Rochefoucauld,
-<span class="pagenum"><a id="Page_217"> 217</a></span>
-et porta toujours sur sa figure les cicatrices des
-blessures qu'il avait reçues pendant la Fronde en combattant
-avec son père contre le roi, qui cependant eut toujours
-en lui la confiance la plus entière. Ce ne fut ni par
-l'esprit ni par les agréments de sa personne que Louis XIV
-lui demeura si fortement attaché; car Saint-Simon a dit
-de lui que «c'était un homme entre deux tailles, maigre
-avec des gros os, un air niais quoique rude, des manières
-embarrassées, une chevelure de filasse, et rien qui sortît
-de là.» Mais nul ne mit plus de suite à étudier le goût et
-les habitudes de son maître, plus d'empressement à s'y
-conformer, plus d'assiduité à faire sa cour, plus de constance
-à se trouver toujours près de lui et sous sa main; il
-fut le seul qui, comme le roi, le manteau sur le nez, le
-suivait à distance lorsqu'il allait à ses premiers rendez-vous.
-Il était le confident de toutes les maîtresses tant que
-durait leur règne, le consolateur et l'ami de toutes celles
-dont le règne avait cessé<a id="FNanchor_445" href="#Footnote_445" class="fnanchor">&nbsp;[445]</a>.</p>
-
-<p>C'est par des qualités plus éminentes et des services
-<span class="pagenum"><a id="Page_218"> 218</a></span>
-d'une plus noble nature que la Feuillade, dont nous avons
-déjà parlé dans la première partie de ces Mémoires<a id="FNanchor_446" href="#Footnote_446" class="fnanchor">&nbsp;[446]</a>, avait
-acquis la faveur de Louis XIV. Officieux pour ses amis et
-ceux qu'il protégeait, la Feuillade était haut et fier avec
-les indifférents; homme de parole et en qui on pouvait se
-fier; bien fait de corps et laid de visage, ayant un teint
-bilieux et bourgeonné, mais avec cela une physionomie
-et des traits agréables; distingué dans ses manières; beau
-parleur quand il voulait donner une idée de son mérite;
-charmant causeur quand il voulait plaire; connaissant
-l'art d'enchanter les femmes; libéral, poli, courageux,
-galant, gros et beau joueur; dominé par l'ambition et par
-l'amour du plaisir; sans suite dans ses idées, sans profondeur
-dans ses vues; recherchant avec emportement
-l'éclat et la célébrité; se lançant, pour y parvenir, dans les
-entreprises les plus étranges; prenant les résolutions les
-plus extravagantes: de là ses campagnes chevaleresques
-en Candie et en Hongrie, ce voyage en Espagne pour
-aller se battre avec Saint-Aunay, qui à Madrid, selon
-un bruit public, avait mal parlé du roi, et, enfin, ce
-somptueux monument de la place des Victoires, où des
-flambeaux toujours allumés brûlaient devant la statue de
-Louis XIV, comme devant celle d'une divinité<a id="FNanchor_447" href="#Footnote_447" class="fnanchor">&nbsp;[447]</a>.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a id="Page_219"> 219</a></span>
-Un zèle si ardent, une admiration si soutenue pour la
-personne du roi valut à la Feuillade cette faveur qu'il
-désirait tant et les grâces qui en étaient la suite: il
-fut nommé maréchal, mais sa faveur ne se soutint pas;
-il mourut à temps. Louis XIV était dégoûté «de ce
-courtisan, passant tous les courtisans passés,» comme
-dit madame de Sévigné<a id="FNanchor_448" href="#Footnote_448" class="fnanchor">&nbsp;[448]</a>. Il en fut de même de Lauzun,
-mais par un motif tout contraire. De tous les favoris de
-Louis XIV, Lauzun fut le seul qui ait osé affronter sa colère
-et qui l'ait fait impunément. Ce fut ce qui contribua le plus
-à la perte de cet homme extraordinaire et bizarre. Cadet de
-Gascogne, de la maison de Caumont, dénué de fortune,
-il fut recueilli par un cousin germain de son père, le maréchal
-de Gramont<a id="FNanchor_449" href="#Footnote_449" class="fnanchor">&nbsp;[449]</a>, qui le produisit à la cour. Il s'insinua
-en très-peu de temps dans les bonnes grâces du roi,
-qui le fit capitaine de ses gardes, maréchal de camp, et créa
-pour lui la charge de colonel général des dragons. C'était
-un petit homme blond, musculeux, bien pris dans sa
-taille, laid, très-négligé dans sa mise, d'une physionomie
-spirituelle; bon pour ses parents et ses amis, mais pour
-tout autre méchant et caustique; habile à saisir les ridicules,
-n'épargnant personne; d'un tempérament de fer;
-vif, actif, infatigable dans le plaisir, dans la guerre, dans
-<span class="pagenum"><a id="Page_220"> 220</a></span>
-les agitations de l'intrigue; magnifique dans sa dépense,
-grand et noble dans ses manières; extrêmement brave
-et d'une dextérité dangereuse dans les combats singuliers;
-tour à tour et au besoin audacieux et souple, caressant et
-brutal, insolent et rampant; fertile en expédients, saisissant
-rapidement tous les moyens d'arriver à son but, et
-ne laissant échapper aucune occasion; pourtant plein de
-caprices, de fantaisies et de jalousies. Nul ne réussit auprès
-d'un si grand nombre de femmes, et ne fut aussi
-prompt à se concilier toutes les sympathies de Louis XIV,
-à capter et ensuite à s'aliéner son affection<a id="FNanchor_450" href="#Footnote_450" class="fnanchor">&nbsp;[450]</a>.</p>
-
-<p>Avec la fermeté de caractère de Louis XIV, avec cette auréole
-de grandeur dont il savait s'entourer, cette élévation
-dans les idées, ces généreuses inclinations qui le portaient
-à récompenser par des honneurs, des dignités, des richesses
-les talents, les vertus, les services rendus à
-l'État, le besoin de maîtresses et de favoris, que l'exercice
-de la puissance suprême lui avait fait contracter, n'aurait eu
-que peu d'inconvénients. Mais il aurait fallu réserver pour
-soi seul le privilége de telles faiblesses; surtout les écarter
-de sa famille, et les faire considérer comme une sorte de
-dédommagement aux soucis de la royauté. Malheureusement
-ces faiblesses mirent le roi dans l'impuissance de réprimer,
-<span class="pagenum"><a id="Page_221"> 221</a></span>
-ainsi qu'il l'aurait voulu, les honteux désordres de
-son frère et de ceux qui entouraient ce prince. Ce fut là la
-grande souillure de ce siècle glorieux; ce fut là que se forma
-cette gangrène qui, dans ce règne et dans les deux
-règnes suivants, infiltra ses poisons dans toutes les veines
-du corps social, et porta au plus haut degré, dans toutes
-les classes, la corruption des m&oelig;urs. A la cour du duc
-d'Orléans, ce n'était plus, comme à celle du roi, la volupté
-se produisant au grand jour décente et gracieuse, tenue
-en respect par la vertu, la religion et la gloire; c'était la
-débauche sans frein, accompagnée de l'ivresse et de l'impiété,
-s'abandonnant sans scrupule à des plaisirs réprouvés<a id="FNanchor_451" href="#Footnote_451" class="fnanchor">&nbsp;[451]</a>.
-Pour faire cesser de tels déréglements, le roi ne pouvait
-user de toute son autorité, puisque pour lui-même il
-faisait taire les lois protectrices de l'autorité conjugale. Il
-fut donc réduit à des admonitions, qui eurent peu d'effet.
-Cependant la duchesse d'Orléans, qui voyait dans le chevalier
-de Lorraine l'obstacle qui l'empêchait de reconquérir
-la tendresse de son mari, demanda qu'il fût écarté.
-Louis XIV, auquel sa belle-s&oelig;ur était utile pour ses négociations
-avec Charles II, ne pouvait lui rien refuser: il
-exila l'indigne favori. Celui-ci vit que la mort de celle qui
-avait causé son exil pouvait seule le faire cesser; il ne recula
-pas devant l'idée d'en rapprocher le terme par un forfait.
-Comme ceux qui étaient restés près du prince étaient tous
-ses affidés, ses complices et qu'ils ne pouvaient qu'avec lui
-ressaisir l'ascendant qu'ils avaient obtenu sur leur maître,
-<span class="pagenum"><a id="Page_222"> 222</a></span>
-il fut facile au chevalier de Lorraine d'exécuter de loin
-le crime qu'il avait conçu. De Rome, où il résidait, il
-envoya le poison au comte de Beuvron et au marquis
-d'Effiat<a id="FNanchor_452" href="#Footnote_452" class="fnanchor">&nbsp;[452]</a>, ses complices; et cette belle et jeune Henriette,
-récemment revenue d'Angleterre, joyeuse et triomphante
-du succès de l'importante négociation dont
-Louis XIV l'avait chargée, expira à Saint-Cloud le 29 juin
-1670, après neuf heures d'horribles tortures, entre les
-bras de madame de la Fayette et de Bossuet, en présence
-de l'ambassadeur anglais et de toute la cour, qui la
-virent presser sur ses lèvres le même crucifix dont Anne
-d'Autriche s'était servie dans le moment suprême.</p>
-
-<p>La voix éloquente qui avait récemment retenti sur
-le cercueil de la reine d'Angleterre se fit encore entendre
-sur celui de sa fille. Bossuet n'était arrivé près de
-la princesse que dans ses derniers instants, mais assez
-à temps encore pour dissiper, par des paroles de foi,
-d'amour et de confiance en Dieu, les agitations et les terreurs
-qu'avaient jetées dans l'âme de cette infortunée, en
-proie à de si horribles souffrances, les longues et sévères
-exhortations d'un austère confesseur<a id="FNanchor_453" href="#Footnote_453" class="fnanchor">&nbsp;[453]</a>. Plus calme après
-avoir entendu Bossuet, elle ordonna à voix basse, en anglais,
-à une de ses femmes placée près de son lit, que lorsqu'elle
-<span class="pagenum"><a id="Page_223"> 223</a></span>
-ne serait plus, on détachât de son doigt l'émeraude
-qui s'y trouvait et qu'on la remît à l'apôtre consolateur,
-comme une bague qu'elle avait fait faire pour lui. Ce souvenir,
-cette dernière pensée du départ et plus encore le
-spectacle des souffrances et de la mort cruelle de cette
-jeune princesse donnèrent à l'éloquence de Bossuet une
-suavité, une grâce touchante et mélancolique qu'on ne retrouve
-dans aucun de ses autres discours. Dans ces tristes
-et solennelles circonstances, chacune des explosions de ce
-génie sublime était presque toujours suivie de la conversion
-de quelques-unes des personnes qui en avaient été témoins.
-Ce fut après que Bossuet eut prononcé, dans la majestueuse
-basilique de Saint-Denis, le 21 août 1670, l'oraison funèbre
-d'Henriette d'Angleterre, que le marquis de Tréville, toujours
-cité comme un des hommes les plus instruits et les
-plus spirituels de son temps, prit la subite résolution de
-se retirer du monde et de la cour, pour se livrer tout entier
-à ses religieuses pensées et aux nouveaux devoirs
-qu'elles lui imposaient.</p>
-
-<p>La perte d'Henriette d'Angleterre fut ressentie d'autant
-plus vivement par Louis XIV qu'il se trouvait blessé dans
-ses plus chères affections et contrarié dans les combinaisons
-de sa politique. Dès sa jeunesse il s'était senti de l'inclination
-pour sa belle-s&oelig;ur; elle était un des ornements de sa cour,
-le gage de l'alliance entre la France et la Grande-Bretagne;
-et lorsqu'elle lui fut ravie elle venait de resserrer l'union
-qui existait entre lui et Charles II, entre les souverains de
-deux grands royaumes, contristés par sa mort. Louis XIV
-ne se méprit pas sur la cause de cet événement, et reconnut
-de quel côté partait le coup. Mais l'intérêt de l'État le força
-de dissimuler et de paraître persuadé que cette mort avait
-été naturelle. Elle avait produit une telle sensation en
-<span class="pagenum"><a id="Page_224"> 224</a></span>
-Angleterre qu'on parlait de se saisir de tous les Français
-qui y résidaient; et Charles II, qui ne pouvait se consoler
-de la perte de sa s&oelig;ur, paraissait disposé à seconder l'animosité
-publique contre les sujets du roi de France. Pour
-cette seule cause, une guerre pouvait s'ensuivre entre les
-deux pays, qui étaient loin d'être aussi bien disposés l'un
-pour l'autre que les rois qui les gouvernaient. Pour calmer
-cette irritation, Louis XIV déguisa sa pensée, fit
-taire ses ressentiments. Par des procès-verbaux de ses
-médecins et de ses chirurgiens, qui firent l'autopsie de la
-princesse, il fit constater que le poison n'avait pas eu de
-part à sa fin cruelle. La nécessité de dérouter tous les
-soupçons, surtout d'écarter ceux qui pesaient sur son
-frère, et l'impossibilité de convaincre par des preuves les
-plus coupables le forcèrent de rappeler de son exil le
-chevalier de Lorraine et d'agir avec la même dissimulation
-envers ses complices. Par ces actes le roi parvint
-bien à jeter de l'obscurité sur la véritable cause de cet
-événement; mais lui n'eut aucun doute. Il avait saisi,
-par l'aveu d'un des criminels, tous les fils de cette horrible
-trame; et ce fut pour lui un grand soulagement
-d'acquérir la certitude que son frère n'y avait aucune
-part, et qu'elle avait été ourdie et exécutée à son insu<a id="FNanchor_454" href="#Footnote_454" class="fnanchor">&nbsp;[454]</a>.</p>
-
-<p><span class="pagenumh"><a id="Page_225"> 225</a></span></p>
-<div class="chapter">
-<p><span class="pagenum"><a id="Page_226"> 226</a></span></p>
-<h2 class="normal">CHAPITRE XIII.<br />
-<span class="medium">1670-1671.</span></h2>
-</div>
-
-<p class="hanging indent">Madame de Sévigné s'exprime brièvement en annonçant la mort de
-<span class="small1">Madame</span>.&mdash;Elle ne s'étend que sur les faits peu connus.&mdash;Aventure
-de la princesse de Condé.&mdash;Duval, son valet de pied, et Louis
-de Rabutin, son page, tirent l'épée l'un contre l'autre en sa présence,
-et lui font une blessure au sein.&mdash;Duval est condamné aux galères.&mdash;Madame
-de Sévigné le voit à la chaîne, et cause avec lui.&mdash;Louis
-de Rabutin s'enfuit en Allemagne.&mdash;Il épouse la duchesse de
-Holstein.&mdash;Par ce mariage les Rabutin sont alliés à la maison
-royale de Danemark.&mdash;Louis de Rabutin parvient au grade de
-feld-maréchal de l'empereur.&mdash;Éloge que madame de Sévigné et
-Bussy font de Louis de Rabutin, leur cousin.&mdash;Madame de Sévigné
-regrette que Bussy-Rabutin n'ait pas été aussi heureux.&mdash;Sa
-réflexion sur la Providence.&mdash;Spirituelle réponse de Bussy au
-P. la Chaise sur ce sujet.&mdash;Madame de Sévigné, bien instruite
-des intrigues galantes du grande monde et de la cour, y fait souvent
-allusion.&mdash;Ces allusions sont obscures pour les lecteurs modernes.&mdash;Passage
-d'une de ses lettres sur le maréchal de la Ferté, le comte
-de Saint-Paul et le comte de Fiesque.&mdash;Détails sur ces personnages.&mdash;Mariage
-de mademoiselle de Thianges et du duc de Nevers.&mdash;Détails
-sur le duc de Nevers.&mdash;Pouvoir de Montespan.&mdash;Détails sur
-la Vallière.&mdash;Bal donné par le roi aux Tuileries.&mdash;Madame de Sévigné
-y assiste.&mdash;Elle remarque que ce bal était triste.&mdash;Madame
-de Montespan et madame de la Vallière n'y avaient point paru.&mdash;Cette
-dernière s'était retirée aux s&oelig;urs Sainte-Marie de Chaillot.&mdash;Le
-roi repart pour Versailles.&mdash;Il écrit à la Vallière, et lui envoie
-successivement le maréchal de Bellefonds et Lauzun, pour l'engager
-à revenir à Versailles: elle s'y refuse.&mdash;Il envoie, avec des
-ordres impératifs, Colbert, qui la ramène.&mdash;Causes de la tendresse
-du roi pour la Vallière.&mdash;Cette tendresse fait le malheur de celle-ci.</p>
-
-<p class="space">Dans le petit nombre de lettres de madame de Sévigné
-qui nous ont été conservées pour la période de temps
-<span class="pagenum"><a id="Page_227"> 227</a></span>
-qu'embrasse le chapitre précédent, il est parlé des faits et
-des événements dont nous venons de faire mention; mais
-c'est toujours en peu de mots quand il s'agit de ceux dont
-les détails étaient publics: ainsi, en annonçant à Bussy
-que Corbinelli allait le rejoindre, elle se contente de dire
-au sujet de la mort d'Henriette, dont toute la France s'entretenait
-depuis sept jours: «Il vous dira la mort de Madame,
-l'étonnement où l'on a été en apprenant qu'elle a
-été malade et morte en huit heures, et qu'on perdait avec
-elle toute la joie, tout l'agrément et tous les plaisirs de
-la cour<a id="FNanchor_455" href="#Footnote_455" class="fnanchor">&nbsp;[455]</a>.»</p>
-
-<p>Elle écrit plus longuement lorsqu'elle parle de faits
-moins connus, d'anecdotes secrètes dont s'emparait la
-malignité publique, mais que, par la crainte de se compromettre,
-on ne racontait qu'en tête à tête ou à voix
-basse. De cette espèce était l'aventure arrivée à la princesse
-de Condé, qui fit assez de bruit pour qu'on crût
-nécessaire d'en parler dans la gazette de manière à sauver
-l'honneur de cette princesse<a id="FNanchor_456" href="#Footnote_456" class="fnanchor">&nbsp;[456]</a>. Madame de Sévigné
-la raconte à Bussy dans une lettre du 23 janvier 1671.</p>
-
-<p>«On me vient de conter une aventure extraordinaire qui
-s'est passée à l'hôtel de Condé et qui mériterait de vous
-être mandée, quand vous n'auriez pas l'intérêt que nous
-y avons. La voici<a id="FNanchor_457" href="#Footnote_457" class="fnanchor">&nbsp;[457]</a>. Madame la princesse (Claire-Clémence
-de Maillé-Brézé, princesse de Condé) ayant pris
-<span class="pagenum"><a id="Page_228"> 228</a></span>
-depuis quelque temps de l'affection pour un de ses valets
-de pied nommé Duval, celui-ci fut assez fou pour souffrir
-impatiemment la bonne volonté qu'elle témoignait
-aussi pour le jeune Rabutin, qui avait été son page. Un
-jour qu'ils se trouvaient tous deux dans sa chambre,
-Duval ayant dit quelque chose qui manquait de respect à
-la princesse, Rabutin mit l'épée à la main pour l'en châtier;
-Duval tira aussi la sienne; et la princesse, se mettant
-entre deux, fut blessée légèrement à la gorge. On
-a arrêté Duval, et Rabutin est en fuite: cela fait grand
-bruit en ce pays-ci. Quoique le sujet de la noise soit honorable,
-je n'aime pas qu'on nomme un valet de pied avec
-Rabutin.»</p>
-
-<p>Madame de Montmorency manda aussi cette nouvelle
-à Bussy avec des circonstances peu différentes<a id="FNanchor_458" href="#Footnote_458" class="fnanchor">&nbsp;[458]</a>; mais elle
-ajoute que monsieur le Duc (le duc d'Enghien, fils du
-prince de Condé) serait parvenu à apaiser la colère de
-son père; que <span class="small1">Mademoiselle</span>, qui en voulait à Condé,
-(nous dirons bientôt par quel motif), fit de cette aventure
-l'objet de ses railleries à la cour. Condé, irrité et
-excité encore par la princesse Palatine, exila sa femme à
-Châteauroux. «Il n'y (a) pas de désespoir pareil au sien,
-dit madame de Montmorency; personne que ses trois proches
-ne l'a vue en partant.» Si de tels écarts pouvaient
-être excusés, ils le seraient dans cette infortunée princesse.
-Depuis la mort du cardinal de Richelieu, son oncle,
-elle était traitée par son mari avec peu d'égards: «Les
-mauvais traitements, dit <span class="small1">Mademoiselle</span>, redoublèrent
-<span class="pagenum"><a id="Page_229"> 229</a></span>
-après le mariage de monsieur le Duc; elle était réduite à
-ne voir personne.» A Châteauroux elle fut tenue en
-captivité; il se passa un temps assez long avant qu'on lui
-donnât la liberté de se promener dans la cour du château,
-et ce fut seulement en présence des gens que le prince avait
-chargés de la garder.</p>
-
-<p>Cependant il ne faut pas oublier de dire que la querelle
-de Louis de Rabutin et de Duval n'était pas la première que
-la princesse de Condé eût occasionnée par ses coupables
-imprudences. Au temps de la Fronde, elle fut la cause de
-la mort du jeune marquis de Cessac, qui, à l'âge de vingt-deux
-ans, fut tué en duel par Coligny, son ami, qu'il
-crut être son rival. Coligny, au contraire, s'était attaché
-à une des filles d'honneur de la princesse, nommée Gerbier,
-celle-là même qui, par son esprit et son habileté,
-avait le plus contribué à soustraire à la vigilance de Mazarin
-toute la famille du prince de Condé, retirée à Chantilly<a id="FNanchor_459" href="#Footnote_459" class="fnanchor">&nbsp;[459]</a>.</p>
-
-<p>On fit le procès à Duval; il fut condamné aux galères.
-Madame de Sévigné, en allant promener à Vincennes, le
-vit à la chaîne des galériens qui partaient pour Marseille;
-elle s'entretint avec lui, et il lui parut un homme de bonne
-conversation<a id="FNanchor_460" href="#Footnote_460" class="fnanchor">&nbsp;[460]</a>.</p>
-
-<p>Quant à Louis de Rabutin, cette aventure lui valut une
-fortune et un degré d'élévation qu'il n'eût jamais osé espérer
-<span class="pagenum"><a id="Page_230"> 230</a></span>
-en France. Obligé de s'expatrier pour fuir la vengeance
-du prince, il se vit, comme dit très-bien madame de Sévigné,
-romanesquement transporté en Allemagne<a id="FNanchor_461" href="#Footnote_461" class="fnanchor">&nbsp;[461]</a>. Là,
-aimable auprès des femmes et brave sur les champs de
-bataille, la guerre le porta successivement, dans les armées
-de l'empereur, jusqu'au grade supérieur de feld-maréchal<a id="FNanchor_462" href="#Footnote_462" class="fnanchor">&nbsp;[462]</a>;
-et le mariage le plus brillant lui procura l'alliance,
-et par lui à tous les Rabutin, de la famille royale
-de Danemark. Aussi madame de Sévigné se montre-t-elle
-glorieuse de ce cousin germain d'Allemagne; et elle s'empressa
-d'entrer en correspondance avec la femme qu'il
-avait épousée. Cette cousine allemande, comme elle l'appelle,
-était la duchesse de Holstein, Dorothée-Élisabeth,
-fille de Philippe-Louis, héritier de Norwége, duc de Holstein-Wiesembourg,
-arrière-petit-fils de Christiern III, élu
-roi de Danemark en 1525, dont la postérité, réélue à chaque
-interrègne en la personne de l'aîné de la maison
-royale, est devenue héréditaire en 1660, et règne encore
-aujourd'hui. Louis de Rabutin, mari de Dorothée-Élisabeth,
-descendait de Christophe de Rabutin, seigneur de
-Ballore, quatrième fils d'Amé de Rabutin; tandis que
-<span class="pagenum"><a id="Page_231"> 231</a></span>
-madame de Sévigné et le comte de Bussy étaient descendus
-de Hugues de Rabutin, fils aîné d'Amé de Rabutin<a id="FNanchor_463" href="#Footnote_463" class="fnanchor">&nbsp;[463]</a>.
-Louis de Rabutin était donc leur cousin germain, mais
-d'une branche cadette. Aussi plusieurs fois madame de
-Sévigné regrette que Bussy n'ait pas eu une aussi brillante
-destinée que ce cousin. «Il est vrai, dit-elle dans
-une lettre adressée à Bussy, que j'aime la réputation de
-notre cousin d'Allemagne. Le marquis de Villars nous en
-dit des merveilles à son retour de Vienne, et de sa valeur,
-et de son mérite de tous les jours, et de sa femme, et du
-bon air de sa maison. Je sentis la force du sang, et je la
-sens encore dans tout ce que dit la gazette de sa blessure.
-Vous êtes cause, mon cher cousin, que j'écris à cette
-duchesse-comtesse en lui envoyant votre paquet [probablement
-la généalogie des Rabutin, dressée par Bussy].
-J'admire toujours les jeux et les arrangements de la Providence.
-Elle veut que ce Rabutin d'Allemagne, notre
-cadet de toutes façons, par des chemins bizarres et obliques
-s'élève et soit heureux; et qu'un comte de Bussy,
-l'aîné de sa maison, avec beaucoup de valeur, d'esprit et de
-services, même avec la plus brillante charge de la guerre,
-soit le plus malheureux homme de la cour de France. Oh!
-bien, Providence, faites comme vous l'entendrez: vous
-êtes la maîtresse; vous disposez de tout comme il vous
-plaît; et vous êtes tellement au-dessus de nous qu'il faut
-encore vous adorer, quoi que vous puissiez faire, et baiser
-la main qui nous frappe et qui nous punit; car devant
-elle nous méritons toujours d'être punis<a id="FNanchor_464" href="#Footnote_464" class="fnanchor">&nbsp;[464]</a>.»</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a id="Page_232"> 232</a></span>
-Bussy confirme cet éloge donné à son cousin d'Allemagne,
-et répond ainsi à madame de Sévigné: «Tout
-ceux qui retournent de Vienne disent de notre cousin les
-mêmes choses que vous a dites M. de Villars, madame;
-lui et sa femme sont l'ornement de la cour de l'empereur.
-Ce que vous dites de la Providence sur cela est fort bien dit;
-quelque fertile que je sois en pensées et en expressions,
-je n'y saurais rien ajouter, sinon que je reçois toutes les
-disgrâces de la main de Dieu, comme des marques infaillibles
-de prédestination. La dernière fois que je vis le P. la
-Chaise, il me dit, sur les plaintes que je lui faisais des duretés
-du roi, que Dieu me témoignait par là son amour.
-Je lui répondis que je le croyais; que je voyais bien qu'il
-me voulait avoir, et qu'il m'aurait; mais que j'aurais bien
-voulu que c'eût été un autre que Sa Majesté qui eût fait
-mon salut<a id="FNanchor_465" href="#Footnote_465" class="fnanchor">&nbsp;[465]</a>.»</p>
-
-<p>Les deux lettres que nous venons de citer, pour terminer
-ce que nous avions à dire sur les suites singulières de
-l'aventure arrivée à la princesse de Condé, sont bien postérieures
-au temps dont nous nous occupons; mais elles
-montrent la continuité de la mauvaise fortune de Bussy,
-et nous prouvent la constance des sentiments religieux de
-madame de Sévigné, que nous retrouverons tenant toujours
-le même langage à toutes les époques de sa vie. Cependant
-qu'on ne croie pas que c'est uniquement parce qu'un
-Rabutin se trouve impliqué dans l'affaire de la princesse
-de Condé que madame de Sévigné la raconte à Bussy:
-elle se montre en général fort instruite des intrigues galantes
-de son temps; et quand elle écrivait à sa fille ou
-à Bussy, ou au comte de Grignan, qu'intéressaient beaucoup
-<span class="pagenum"><a id="Page_233"> 233</a></span>
-les anecdotes scandaleuses de la cour ou du grand
-monde, elle y fait souvent allusion. Ces allusions, parfaitement
-intelligibles pour ceux à qui elle écrivait, ne
-peuvent être comprises par les lecteurs actuels, qui,
-pour la plupart, ignorent que l'histoire d'une époque, pour
-être bien connue, a besoin qu'on se donne la peine de
-scruter la vie privée des personnages qui ont eu quelque
-part aux événements publics.</p>
-
-<p>Ainsi, dans une lettre en date du 10 décembre 1670,
-écrite au comte de Grignan par madame de Sévigné, on
-lit: «Le maréchal de la Ferté dit ici des choses non pareilles;
-il a présenté à sa femme le comte de Saint-Paul
-et le <i>Petit Bon</i>, en qualité de jeunes gens qu'il faut présenter
-aux dames. Il fit des reproches au comte de Saint-Paul
-d'avoir été si longtemps sans l'être venu voir. Le
-comte a répondu qu'il était venu plusieurs fois chez lui;
-qu'il fallait donc qu'on ne le lui eût pas dit<a id="FNanchor_466" href="#Footnote_466" class="fnanchor">&nbsp;[466]</a>.»</p>
-
-<p>Pour bien saisir toute la spirituelle malice de ce passage,
-en apparence si simple et si innocent, il faut se
-rappeler que le comte de Saint-Paul, dont nous avons
-déjà parlé dans ces Mémoires<a id="FNanchor_467" href="#Footnote_467" class="fnanchor">&nbsp;[467]</a> pour avoir entraîné le
-jeune Sévigné à la guerre de Candie, était âgé de vingt
-ans et un des plus beaux hommes de la cour lorsque
-madame de Sévigné écrivait cette lettre à sa fille; de
-plus, neveu du grand Condé, le comte de Saint-Paul
-<span class="pagenum"><a id="Page_234"> 234</a></span>
-était l'unique héritier de la riche maison de Longueville,
-parce que son frère aîné, réduit à l'état d'imbécillité,
-devait se faire religieux et renoncer à tous ses droits en
-faveur de son cadet<a id="FNanchor_468" href="#Footnote_468" class="fnanchor">&nbsp;[468]</a>. Le comte de Saint-Paul était donc
-un des plus brillants partis de France et en même temps
-un des cavaliers les plus polis et les plus braves. A tous
-ces titres il était vivement recherché par les femmes ambitieuses
-et coquettes. Parmi ces dernières, la maréchale
-de la Ferté<a id="FNanchor_469" href="#Footnote_469" class="fnanchor">&nbsp;[469]</a>, quoique âgée de près de quarante ans,
-mais encore belle et fraîche, entreprit de lui plaire. Elle
-employa pour l'attirer chez elle le comte de Fiesque<a id="FNanchor_470" href="#Footnote_470" class="fnanchor">&nbsp;[470]</a>,
-amant de madame de Lionne<a id="FNanchor_471" href="#Footnote_471" class="fnanchor">&nbsp;[471]</a>, dont la mère<a id="FNanchor_472" href="#Footnote_472" class="fnanchor">&nbsp;[472]</a>, prodigue
-et légère, avait été dame d'honneur de <span class="small1">Mademoiselle</span>
-et dont le père, mort en 1660, s'était ruiné au service
-du prince de Condé<a id="FNanchor_473" href="#Footnote_473" class="fnanchor">&nbsp;[473]</a>. Le comte de Fiesque, sans héritage,
-homme d'esprit, peu guerrier, aimable avec les femmes<a id="FNanchor_474" href="#Footnote_474" class="fnanchor">&nbsp;[474]</a>,
-<span class="pagenum"><a id="Page_235"> 235</a></span>
-et cherchant à réparer les torts de la fortune aux dépens
-de celles dont il avait gagné les bonnes grâces, était
-envers toutes si plein de complaisance qu'elles l'avaient
-surnommé le <i>Petit Bon</i><a id="FNanchor_475" href="#Footnote_475" class="fnanchor">&nbsp;[475]</a>. C'est lui que madame de
-Sévigné désigne par ce surnom dans sa lettre; et l'on
-comprend ce qu'il y avait de piquant, pour tous ceux qui
-n'ignoraient pas les intrigues galantes de la maréchale de la
-Ferté, d'apprendre que le comte de Saint-Paul et le comte
-de Fiesque lui avaient été présentés par son mari, les reproches
-que celui-ci leur adressait et la réponse du comte de
-Saint-Paul, qui pour s'excuser affirme qu'il est venu fréquemment
-chez le maréchal, mais qu'on ne lui en a rien dit.</p>
-
-<p>Ce qui attirait particulièrement l'attention de madame
-de Sévigné et lui fournissait des sujets favoris de correspondance,
-c'est surtout ce qui a rapport au roi, directement
-ou indirectement. Aussitôt que le mariage du duc
-de Nevers eut été décidé, madame de Sévigné n'oublia pas
-de l'écrire à son gendre. Ce mariage était un événement,
-et acquérait de l'importance parce qu'il prouvait le crédit
-de la nouvelle maîtresse: «Ma fille me prie de vous mander
-le mariage de M. de Nevers... Il épouse, devinez
-qui? Ce n'est pas mademoiselle d'Houdancourt, ni mademoiselle
-de Grancé: c'est mademoiselle de Thianges,
-jeune, jolie, modeste, élevée à l'Abbaye-aux-Bois. Madame
-de Montespan en fait les noces dimanche; elle en
-fait comme la mère et en reçoit tous les honneurs. Le
-roi rend à M. de Nevers toutes ses charges; de sorte que
-<span class="pagenum"><a id="Page_236"> 236</a></span>
-cette belle, qui n'a pas un sou, lui vaut mieux que la plus
-riche héritière de France. Madame de Montespan fait des
-merveilles partout<a id="FNanchor_476" href="#Footnote_476" class="fnanchor">&nbsp;[476]</a>.»</p>
-
-<p>Ce fut Lauzun qui négocia le mariage de cette belle
-nièce de madame de Montespan; il eut à vaincre les irrésolutions
-de cet étrange duc de Nevers, qui, dit <span class="small1">Mademoiselle</span>,
-«va et vient de Rome par fantaisie deux ou trois
-fois l'année, comme les autres qui vont se promener au
-Cours, et qui se trouva marié lorsqu'il ne croyait pas
-l'être<a id="FNanchor_477" href="#Footnote_477" class="fnanchor">&nbsp;[477]</a>.»</p>
-
-<p>Mademoiselle de Thianges était adorée de sa mère,
-qui la préférait de beaucoup à sa s&oelig;ur cadette, la duchesse
-de Sforce<a id="FNanchor_478" href="#Footnote_478" class="fnanchor">&nbsp;[478]</a>, et à son fils, homme médiocre, comme
-avait été son père. La duchesse de Nevers justifiait par
-son esprit et sa beauté la prédilection maternelle; mais
-cette modestie de l'Abbaye-aux-Bois, que vante en elle
-madame de Sévigné, disparut bientôt à la cour; et par là
-peut-être, comme par son humeur caustique et joviale, la
-duchesse de Nevers ressemblait à sa mère, qui, selon la remarque
-de mademoiselle de Montpensier, «aimait à rire
-et n'était pas plus charitable pour les autres qu'on ne
-l'était pour elle.<a id="FNanchor_479" href="#Footnote_479" class="fnanchor">&nbsp;[479]</a>»</p>
-
-<p>Rien n'intéresse plus, dans la vie privée de Louis XIV,
-que tout ce qui concerne la Vallière, cet objet de ses
-<span class="pagenum"><a id="Page_237"> 237</a></span>
-premières affections, cette touchante victime de son
-inconstance. Le rang, les honneurs, les richesses n'avaient
-pu vaincre sa modestie, ni les puissantes séductions
-de la volupté lui ravir sa pudeur. Elle n'avait ressenti
-de l'amour que les purs et délicieux sentiments qu'il
-inspire. Ses religieuses douleurs<a id="FNanchor_480" href="#Footnote_480" class="fnanchor">&nbsp;[480]</a> et les remords qui l'agitaient
-la montraient encore plus digne du grand monarque
-qui avait triomphé de sa vertu et de son Dieu. Louis XIV
-tenait à la Vallière par le c&oelig;ur, par le souvenir des jours de
-bonheur dont il lui était redevable, par la persuasion de son
-entier dévouement pour lui, surtout par l'estime profonde
-qu'il ne pouvait refuser à la sincérité de l'unique passion
-qui ait pu altérer la pureté de cette âme pieuse et virginale.
-Mais les sens, mais le besoin de distractions l'entraînaient
-vers une autre maîtresse plus belle, plus spirituelle, dont
-l'humeur fière, la gaieté caustique et l'agaçante coquetterie
-formaient un contraste avec l'humble et scrupuleuse
-tendresse de la Vallière. Les humiliations que celle-ci
-éprouva de la part de son orgueilleuse rivale la poussèrent
-à une résolution désespérée.</p>
-
-<p>Le dernier jour de carnaval de cette année 1671,
-Louis XIV donna un bal aux Tuileries; contre l'ordinaire
-ce bal fut triste<a id="FNanchor_481" href="#Footnote_481" class="fnanchor">&nbsp;[481]</a>. Madame de Sévigné, qui y fut invitée
-<span class="pagenum"><a id="Page_238"> 238</a></span>
-et y assista, en fait la remarque; elle en écrit ainsi à sa
-fille: «Le bal du mardi gras pensa être renvoyé; jamais
-il ne fut une telle tristesse: je crois que c'était votre absence
-qui en était la cause. Bon Dieu! que de compliments
-j'ai à vous faire! que d'amitiés! que de soins de savoir
-de vos nouvelles! que de louanges qu'on vous donne!»</p>
-
-<p>Comme elle aimait à flatter sa fille, cette faible mère!
-Certainement elle n'ignorait pas que toutes les personnes
-qui se trouvaient à ce bal étaient préoccupées de tout
-autre chose que de l'absence de madame de Grignan. On
-avait remarqué que madame de Montespan et madame de
-la Vallière, qu'on voyait dans toutes les fêtes, ne se trouvaient
-point à celle-ci; et la tristesse dont le visage du roi
-était empreint s'était répandue dans toute l'assemblée. Les
-soupçons que l'on avait sur les causes de cette tristesse furent
-confirmés. On sut que la Vallière s'était retirée de la
-cour et réfugiée au couvent des s&oelig;urs Sainte-Marie de
-Chaillot. Le lendemain le roi repartit pour Versailles.
-<span class="small1">Mademoiselle</span>, qui se trouvait présente et dans le même
-carrosse que lui et madame de Montespan, nous apprend
-que, durant le trajet, tous deux ne cessèrent point de pleurer<a id="FNanchor_482" href="#Footnote_482" class="fnanchor">&nbsp;[482]</a>.
-La même cause produisait leur chagrin, mais les motifs
-en étaient différents. Avant d'employer l'autorité pour
-arracher madame de la Vallière de l'asile où elle s'était
-réfugiée, Louis XIV essaya les moyens de persuasion; il
-lui écrivit, et il lui envoya sa lettre par le maréchal de
-Bellefonds: celui-ci devait inspirer à la belle repentante
-une grande confiance, puisque lui-même se trouvait
-<span class="pagenum"><a id="Page_239"> 239</a></span>
-alors sous l'influence de la ferveur religieuse qui le porta,
-peu de temps après, à faire une retraite au couvent de la
-Trappe durant la semaine sainte<a id="FNanchor_483" href="#Footnote_483" class="fnanchor">&nbsp;[483]</a>. Le maréchal de Bellefonds
-ne put obtenir de la Vallière qu'une lettre qu'elle
-écrivit à Louis XIV pour le prier instamment de lui permettre
-de consacrer à Dieu le reste de ses jours. Lauzun
-fut ensuite envoyé, et ne put parvenir même à la voir;
-enfin, Colbert se rendit à Chaillot avec des ordres impératifs
-du roi; elle s'y soumit. Madame de Sévigné
-eut connaissance des premières démarches de Louis XIV
-pour obtenir que la fugitive revînt d'elle-même à Versailles;
-madame de Sévigné en avait parlé dans une lettre
-que nous n'avons plus; car, dans celle du 12 février
-1671<a id="FNanchor_484" href="#Footnote_484" class="fnanchor">&nbsp;[484]</a>, voici comme elle raconte à sa fille le retour
-de la Vallière:</p>
-
-<p>«La duchesse de la Vallière manda au roi, outre cette
-lettre que l'on n'a point vue, «qu'elle aurait plus tôt quitté
-la cour, après avoir perdu l'honneur de ses bonnes grâces,
-si elle avait pu obtenir d'elle de ne le plus voir;
-que cette faiblesse avait été si forte en elle qu'à peine
-était-elle capable présentement d'en faire un sacrifice à
-Dieu; qu'elle voulait pourtant que le reste de la passion
-qu'elle a eue pour lui servît à sa pénitence, et qu'après
-lui avoir donné toute sa jeunesse ce n'était pas trop
-encore du reste de sa vie pour le soin de son salut.»
-Le roi pleura fort, et envoya Colbert à Chaillot, la prier
-instamment de venir à Versailles, et qu'il pût lui parler
-encore. M. Colbert l'y a conduite; le roi a causé une heure
-<span class="pagenum"><a id="Page_240"> 240</a></span>
-avec elle, et a fort pleuré. Madame de Montespan fut au-devant
-d'elle les bras ouverts et les larmes aux yeux.
-Tout cela ne se comprend point: les uns disent qu'elle demeurera
-à Versailles et à la cour; les autres, qu'elle reviendra
-à Chaillot. Nous verrons.»</p>
-
-<p>Six jours après cette lettre, madame de Sévigné, écrivant
-encore à sa fille, dit<a id="FNanchor_485" href="#Footnote_485" class="fnanchor">&nbsp;[485]</a>: «Madame de la Vallière est
-toute rétablie à la cour. Le roi la reçut avec des larmes de
-joie, et madame de Montespan avec des larmes..... devinez
-de quoi? Elle a eu plusieurs conversations tendres;
-tout cela est difficile à comprendre: il faut se taire<a id="FNanchor_486" href="#Footnote_486" class="fnanchor">&nbsp;[486]</a>.»</p>
-
-<p>On avait approuvé le départ de madame de la Vallière,
-on désapprouva son retour; mais le public n'était rien pour
-elle, Louis XIV était tout, et quand Dieu cessait de la soutenir
-elle n'avait pas la force de résister à son amant. Le
-feu autrefois allumé par elle dans le c&oelig;ur de Louis XIV,
-quoiqu'il ne fît plus briller de flamme, y laissait encore
-assez de chaleur pour que le monarque ne pût supporter
-l'idée de se séparer d'elle. La Vallière se trouva donc condamnée
-à garder encore longtemps cette pénible chaîne
-qu'elle arrosait de ses larmes<a id="FNanchor_487" href="#Footnote_487" class="fnanchor">&nbsp;[487]</a>.
-<span class="pagenum"><a id="Page_241"> 241</a></span></p>
-
-<div class="chapter">
-<p><span class="pagenum"><a id="Page_242"> 242</a></span></p>
-<h2 class="normal">CHAPITRE XIV.<br />
-<span class="medium">1671.</span></h2>
-</div>
-
-<p class="hanging indent">Affliction de <span class="small1">Mademoiselle</span>.&mdash;Sa cause.&mdash;Surprise de madame de
-Sévigné à la nouvelle du mariage projeté de <span class="small1">Mademoiselle</span> avec
-Lauzun.&mdash;Tous les chefs de la Fronde sont soumis au roi.&mdash;Condé
-leur donne l'exemple.&mdash;<span class="small1">Mademoiselle</span> conserve son indépendance.&mdash;Énumération
-des nombreux partis qu'elle avait refusés.&mdash;Elle
-manifeste le désir de se marier.&mdash;On veut lui faire
-épouser le comte de Saint-Paul.&mdash;Madame de Puisieux négocie
-cette affaire.&mdash;Détails sur madame de Puisieux.&mdash;<span class="small1">Mademoiselle</span>
-refuse <span class="small1">Monsieur</span>.&mdash;On croit qu'elle épousera le comte de Saint-Paul,
-et l'on apprend qu'elle se marie à Lauzun, avec le consentement
-du roi.&mdash;Surprise générale.&mdash;Son amour pour Lauzun
-avait commencé en 1667.&mdash;Progrès de cet amour.&mdash;Conduite
-adroite de Lauzun.&mdash;Il feint de ne pas comprendre <span class="small1">Mademoiselle</span>.&mdash;Embarras
-qu'elle éprouve pour faire connaître son amour à
-Lauzun.&mdash;Ses scrupules.&mdash;Ses combats intérieurs.&mdash;Elle fait à
-Lauzun une déclaration par écrit.&mdash;Lauzun la révoque en doute.&mdash;Elle
-est forcée de déclarer à Lauzun son amour de vive voix.&mdash;Elle
-voit le roi, qui promet de ne pas s'opposer à ses désirs.&mdash;Une
-députation de nobles fait la demande officielle de la main de
-<span class="small1">Mademoiselle</span> pour Lauzun.&mdash;Cette affaire est discutée dans le
-conseil du roi, et le roi, malgré l'opposition de <span class="small1">Monsieur</span> et des
-princes du sang, donne son consentement.&mdash;Fureur de Condé.&mdash;Démarche
-de la reine, des princes du sang, de <span class="small1">Monsieur</span> pour
-empêcher ce mariage.&mdash;Lauzun veut différer, pour les préparatifs,
-la cérémonie.&mdash;On persuade à madame de Montespan de se mettre
-contre Lauzun.&mdash;Le roi rétracte son consentement.&mdash;Désespoir de
-<span class="small1">Mademoiselle</span>; elle voit le roi, lui fait verser des larmes, et n'en
-peut rien obtenir.&mdash;Lauzun supporte ses revers avec calme et
-dignité.&mdash;Cette bonne conduite ne se soutient pas.&mdash;Il veut commettre
-madame de Montespan avec le roi; il est disgracié et enfermé.&mdash;<span class="small1">Mademoiselle</span>
-refuse encore d'épouser le comte de
-Saint-Paul, et parvient à faire mettre Lauzun en liberté.&mdash;Elle
-contracte avec lui un mariage secret.&mdash;L'ingratitude de Lauzun
-<span class="pagenum"><a id="Page_243"> 243</a></span>
-force <span class="small1">Mademoiselle</span> de s'en séparer.&mdash;Détails subséquents sur
-<span class="small1">Mademoiselle</span>.&mdash;Madame de Sévigné a été témoin des joies et des
-douleurs de <span class="small1">Mademoiselle</span>.&mdash;L'affaire de son mariage avec Lauzun
-est une tragédie dans toutes les règles.</p>
-
-<p class="space">Dans ce carrosse qui, le lendemain d'un bal, transportait
-à Versailles Louis XIV et Montespan versant des
-larmes, <span class="small1">Mademoiselle</span> pleurait aussi. Ce n'est pas qu'elle
-fût émue par la sensibilité du roi ou le dépit de sa maîtresse;
-mais elle pleurait de ses propres douleurs, de son
-mariage avec Lauzun différé ou rompu pour toujours.</p>
-
-<p>Il n'est pas un lecteur qui, à cette mention de mariage
-de Lauzun, ne se rappelle aussitôt la lettre si souvent
-citée que madame de Sévigné écrivit pour exprimer l'étonnement
-où la jeta l'annonce de ce mariage<a id="FNanchor_488" href="#Footnote_488" class="fnanchor">&nbsp;[488]</a>. Cette
-multitude de souvenirs qui se pressaient alors sous sa
-plume et se disputaient la préférence; cette agitation
-qu'elle éprouvait à la révélation d'un événement dont
-elle ne pouvait douter et qui cependant était pour elle,
-comme pour tout le monde, invraisemblable, monstrueux,
-incroyable; tout cela ne se peut bien comprendre
-qu'autant que l'on sait apprécier ce que madame de Sévigné
-connaissait si bien: le caractère de <span class="small1">Mademoiselle</span>,
-la constance de ses sentiments, la ténacité de ses opinions,
-le rang élevé et la position tout exceptionnelle
-qu'elle tenait à la cour.</p>
-
-<p>La jeunesse de <span class="small1">Mademoiselle</span>, comme celle de madame
-de Sévigné, s'était écoulée durant les troubles de
-<span class="pagenum"><a id="Page_244"> 244</a></span>
-la régence et de la Fronde, temps de désordre et d'agitation,
-mais aussi temps de plaisirs et d'espérance. La
-bourgeoisie, la roture avaient cru alors s'affranchir des
-servitudes qui pesaient sur elles; la noblesse, reconquérir
-l'indépendance dont elle jouissait avant Richelieu. L'autorité
-royale, en faisant cesser les résistances, n'avait pu
-anéantir les convictions. Lorsqu'on a longtemps combattu
-pour une cause que l'on croit juste, on peut bien renoncer
-à l'espoir, mais non pas au désir de la voir triomphante.
-C'est la conscience que l'on avait de la légitimité d'un tel
-sentiment qui faisait des chefs les plus hardis de la
-Fronde et de la guerre civile les plus humbles et les plus
-obséquieux courtisans. Plus ils pouvaient être soupçonnés
-d'intentions hostiles envers l'autorité royale, plus, pour
-s'y rattacher et en obtenir des faveurs, ils se montraient
-prompts à se soumettre à ses ordres et à se faire les apologistes
-et les soutiens de ses actes les plus despotiques.
-Le plus illustre, le plus redoutable d'entre eux, Condé,
-leur chef, leur donnait l'exemple; il avait déposé son
-orgueil aux pieds du jeune monarque, et toutes ses démarches
-et tous ses discours ne tendaient qu'à rentrer en
-grâce auprès de lui, afin d'obtenir de hauts emplois et le
-commandement d'une armée. Condé, après avoir ruiné
-tous ses partisans, était rentré en France criblé de dettes;
-et sans Gourville, qui sut négocier habilement avec l'Espagne,
-intimider les créanciers de ce prince, établir l'ordre
-dans la perception des revenus et l'économie dans les
-dépenses, Condé aurait vu s'écrouler la fortune de sa
-maison<a id="FNanchor_489" href="#Footnote_489" class="fnanchor">&nbsp;[489]</a>. L'entière prostration de tous ceux qui pouvaient
-avoir quelque velléité d'opposition à l'égard du roi et de
-<span class="pagenum"><a id="Page_245"> 245</a></span>
-son gouvernement, résultait nécessairement de la soumission
-du prince de Condé, le premier d'entre eux par le
-rang et la naissance, le plus illustre par ses talents et sa
-réputation d'homme de guerre. Cependant il existait encore
-une personne qui, après avoir traversé les temps
-orageux sans rien perdre des immenses richesses qu'elle
-tenait de sa mère, conservait à la cour son indépendance.</p>
-
-<p><span class="small1">Mademoiselle</span>, princesse de Montpensier, avait été,
-durant les troubles, recherchée par tous les partis, successivement
-l'idole de tous et quelquefois leur arbitre.
-Fille d'un père timide et incertain, dès sa première jeunesse
-elle avait donné des preuves de fermeté, de résolution,
-de constance et de courage. Au milieu des plaisirs,
-des séductions et de la licence générale, sa générosité,
-sa grandeur, sa retenue, son imposante dignité semblaient
-réaliser l'idéal de ces héroïnes de Corneille qui,
-exemptes de toutes les faiblesses du c&oelig;ur, ne connaissent
-d'autres sentiments que ceux qu'admettent l'ambition,
-l'amour de la gloire, l'orgueil d'un rang élevé et d'un
-nom sans tache. Aucune princesse ne fut sur le point de
-contracter d'aussi grandes alliances et ne vit déconcerter
-par les événements un plus grand nombre de projets de
-ce genre. Destinée par son père, dès son enfance, au comte
-de Soissons, la mort de celui-ci la livra à l'espoir qu'elle
-nourrit si longtemps d'épouser le roi<a id="FNanchor_490" href="#Footnote_490" class="fnanchor">&nbsp;[490]</a>. Elle se crut un
-instant recherchée par Charles, duc de Lorraine<a id="FNanchor_491" href="#Footnote_491" class="fnanchor">&nbsp;[491]</a>. Anne
-d'Autriche la flatta ensuite de lui procurer pour époux le
-<span class="pagenum"><a id="Page_246"> 246</a></span>
-cardinal infant, son frère; on la berça de l'espérance de
-la marier à Philippe IV, roi d'Espagne, devenu veuf. Elle
-repoussa les offres du prince de Galles, parce qu'alors elle
-croyait qu'elle allait être mariée à l'empereur d'Autriche.
-Il y eut en effet des négociations à ce sujet, qui ne réussirent
-pas plus que le projet de la donner en mariage à
-l'archiduc Léopold, qu'on aurait fait souverain des Pays-Bas.
-<span class="small1">Mademoiselle</span> avait eu encore le projet d'épouser le
-roi de Hongrie, fils de l'empereur. La faiblesse de santé
-de madame la princesse de Condé fit entrevoir à <span class="small1">Mademoiselle</span>
-la possibilité de s'unir au prince de Condé, que
-l'esprit de parti lui avait fait autrefois repousser, et qui,
-par la même cause, était depuis devenu son héros<a id="FNanchor_492" href="#Footnote_492" class="fnanchor">&nbsp;[492]</a>. On
-désira de nouveau la donner au duc de Lorraine, ce qui
-ne réussit pas plus que le dessein qu'elle eut de renouer
-avec le prince de Galles, devenu roi d'Angleterre. Elle
-refusa les offres du duc de Savoie, et plus tard celles du
-duc de Neufbourg<a id="FNanchor_493" href="#Footnote_493" class="fnanchor">&nbsp;[493]</a>. Enfin, Louis XIV voulut lui imposer
-le roi de Portugal, Alphonse-Henri VI, parce que cela
-importait à sa politique. Elle opposa un refus formel aux
-volontés du roi, et fut, par cette unique raison, exilée à
-sa terre de Saint-Fargeau. Le stupide Alphonse, forcé de
-céder à son frère sa femme et son trône, justifia suffisamment
-le dédain que <span class="small1">Mademoiselle</span> avait manifesté
-pour sa personne<a id="FNanchor_494" href="#Footnote_494" class="fnanchor">&nbsp;[494]</a>.</p>
-
-<p>Rappelée de son exil par le roi, qui, malgré sa rigueur
-<span class="pagenum"><a id="Page_247"> 247</a></span>
-passagère, ne cessait d'avoir pour elle des égards et de
-la déférence, <span class="small1">Mademoiselle</span> parut tout à coup renoncer
-aux résolutions qui jusque-là avaient présidé à toute sa
-conduite et l'avaient dirigée dans ses projets. Née le
-29 mai 1627, elle avait alors quarante-trois ans. Toutes les
-chances de mariage qu'elle avait considérées comme sortables
-pour elle avaient été sans résultat. Comme on la
-croyait inaccessible aux faiblesses d'une inclination douce
-et tendre, on avait pensé qu'elle s'était enfin résolue à
-rester maîtresse d'elle-même, à vivre dans le célibat,
-sans quitter la cour, où son rang lui assignait la seconde
-place après la reine. Sa grande fortune lui permettait de
-satisfaire son goût pour le monde, d'avoir elle-même une
-petite cour et de donner des fêtes avec une généreuse
-magnificence. D'après cette croyance, qui était générale,
-chacune des branches de la famille royale, en faveur de
-laquelle seule il lui convenait de tester, espérait un jour
-avoir une portion de ses riches domaines<a id="FNanchor_495" href="#Footnote_495" class="fnanchor">&nbsp;[495]</a>. Le roi d'abord
-en convoitait une grande part pour le Dauphin, <span class="small1">Monsieur</span>
-pour ses filles<a id="FNanchor_496" href="#Footnote_496" class="fnanchor">&nbsp;[496]</a> et le prince de Condé pour ses fils. Cette
-position et les discours auxquels elle donnait lieu furent
-pour elle une cause de chagrin et de tristesse, dont elle
-résolut de se délivrer. On la vit donc tout à coup manifester
-hautement la ferme volonté de se choisir un mari
-qui pût la rendre heureuse et lui donner des héritiers
-directs. Aussitôt les ambitions et la cupidité s'éveillèrent,
-et agirent avec d'autant plus de promptitude que l'âge de
-<span class="pagenum"><a id="Page_248"> 248</a></span>
-la princesse la forçait elle-même à se hâter. Le comte de
-Saint-Paul<a id="FNanchor_497" href="#Footnote_497" class="fnanchor">&nbsp;[497]</a>, le plus élevé par le rang de tous les jeunes
-seigneurs de la cour, appartenait par son père aux Longueville,
-par sa mère aux Condé: ces deux puissantes
-maisons se liguèrent pour le faire agréer pour époux à
-<span class="small1">Mademoiselle</span>. La grande différence d'âge leur paraissait
-plutôt un moyen de succès qu'un motif d'objection<a id="FNanchor_498" href="#Footnote_498" class="fnanchor">&nbsp;[498]</a>.</p>
-
-<p>Il y avait alors à la cour une femme qui, dans sa
-jeunesse un peu galante, y avait joué un assez grand rôle
-et qui, dans un âge très-avancé, y conservait beaucoup
-d'influence: c'était Charlotte d'Étampes de Valencey,
-marquise de Puisieux. Presque septuagénaire, elle avait
-une inconcevable activité, jointe au besoin et à l'habitude
-de l'intrigue. Comme elle était riche, d'un esprit très-original,
-très-aimable malgré ses goûts bizarres, on la recherchait
-beaucoup. Son âge, ses succès, son expérience,
-l'utilité et l'agrément de son commerce lui avaient acquis
-un ascendant qui la rendait difficile et exigeante; mais
-par cette raison elle avait, en quelque sorte, fait reconnaître
-le droit qu'elle s'arrogeait de se mêler de toutes les
-affaires qu'elle prenait en gré, et d'en parler librement,
-avec assurance, avec autorité, fût-ce même aux princesses<a id="FNanchor_499" href="#Footnote_499" class="fnanchor">&nbsp;[499]</a>.
-Cette espèce de privilége qu'elle avait usurpé et
-qui lui était acquis contribuait au succès de tout ce
-qu'elle entreprenait. Ce fut elle que les maisons de Condé
-et de Longueville choisirent pour circonvenir <span class="small1">Mademoiselle</span>
-et la déterminer à épouser le comte de Saint-Paul.
-Quand on parla de ce projet à <span class="small1">Mademoiselle</span>, elle ne le
-<span class="pagenum"><a id="Page_249"> 249</a></span>
-repoussa pas, et l'on se crut certain du succès<a id="FNanchor_500" href="#Footnote_500" class="fnanchor">&nbsp;[500]</a>. <span class="small1">Mademoiselle</span>
-avait raconté un jour à M. de Coulanges
-songé que madame de Sévigné était malade elle s'était
-réveillée en pleurant, et avait chargé madame de Coulanges
-de le lui dire; et madame de Sévigné, pour
-laquelle <span class="small1">Mademoiselle</span> avait tant d'amitié, favorisait le
-comte de Saint-Paul<a id="FNanchor_501" href="#Footnote_501" class="fnanchor">&nbsp;[501]</a>. Madame de Puisieux, madame de
-la Fayette, madame de Thianges, madame d'Épernon,
-madame de Rambures<a id="FNanchor_502" href="#Footnote_502" class="fnanchor">&nbsp;[502]</a> et quelques autres personnes,
-toutes liées avec madame de Sévigné, toutes également
-admises dans la société intime de la princesse, concouraient
-au même but et secondaient les instances de l'héritier
-des Longueville; enfin, Guilloire, qui avait le titre
-de gentilhomme ordinaire de <span class="small1">Mademoiselle</span>, et qui était
-<span class="pagenum"><a id="Page_250"> 250</a></span>
-à la fois son médecin, son secrétaire ou son intendant,
-se montrait aussi favorable à cette alliance<a id="FNanchor_503" href="#Footnote_503" class="fnanchor">&nbsp;[503]</a>.</p>
-
-<p>Deux circonstances parurent devoir y faire renoncer entièrement.
-Dès qu'on sut que <span class="small1">Mademoiselle</span> voulait se
-marier, la politique chercha aussitôt à mettre à profit cette
-volonté. Les ministres de Louis XIV, voyant que le roi
-d'Angleterre ne pouvait avoir de postérité de la reine sa
-femme, songèrent à le faire divorcer, à lui faire embrasser
-la religion catholique, vers laquelle il inclinait, et à lui
-donner en mariage <i>Mademoiselle</i>, dont les grands biens
-pourraient le soustraire, pour ses dépenses personnelles,
-à la dépendance de son parlement. Ce dessein, dont on
-parla pendant une semaine, n'eut pas de suite. Mais
-lorsque, par la mort de l'infortunée Henriette, <span class="small1">Monsieur</span>
-devint veuf, tout le monde pensa qu'il était le seul parti
-qui convînt à <span class="small1">Mademoiselle</span>. L'idée de ce mariage s'accrédita
-à la cour et dans le public, et fut enfin regardée
-comme certaine. Louis XIV le désirait peu, mais il comprit
-qu'il ne pouvait s'y opposer. Il ne voyait pas avec
-plaisir son frère devenir assez riche pour pouvoir se passer
-de ses bienfaits. Lorsqu'il parla de cette affaire à sa cousine,
-il lui dit qu'il croyait devoir lui déclarer que son
-intention était de ne jamais donner à <span class="small1">Monsieur</span> aucun
-gouvernement, lors même qu'il deviendrait son mari.
-Louis XIV fut fort surpris et en même temps très-satisfait
-d'entendre <span class="small1">Mademoiselle</span> lui répondre qu'elle se soumettrait
-en tout à ses ordres; qu'elle épouserait <span class="small1">Monsieur</span>,
-s'il le voulait; mais que tel n'était pas son désir. <span class="small1">Monsieur</span>,
-<span class="pagenum"><a id="Page_251"> 251</a></span>
-de son côté, avait témoigné si peu d'empressement pour
-obtenir la main de <span class="small1">Mademoiselle</span>, et dit si clairement
-qu'il ne se marierait avec elle que pour ses grands biens,
-que Louis XIV ne put être offensé que sa cousine refusât
-l'honneur de cette alliance, puisque c'était lui-même qui
-lui avait rapporté le propos, peu flatteur pour elle, que
-<span class="small1">Monsieur</span> lui avait tenu<a id="FNanchor_504" href="#Footnote_504" class="fnanchor">&nbsp;[504]</a>. Dès qu'on sut que <span class="small1">Mademoiselle</span>
-avait refusé d'épouser <span class="small1">Monsieur</span>, on ne douta point
-qu'elle ne fût enfin décidée à prendre pour mari le beau
-comte de Saint-Paul. Madame de Sévigné, madame de Puisieux
-et toutes les personnes qui voyaient familièrement
-cette princesse regardèrent ce mariage comme devant se
-faire très-prochainement. Les familles de Longueville et
-de Condé se mirent en mesure de solliciter le consentement
-du roi.</p>
-
-<p>On en était là, lorsque tout à coup on apprit que ce
-consentement du roi était donné à <span class="small1">Mademoiselle</span> pour
-épouser, le dimanche suivant, qui?&mdash;Le comte de Saint-Paul.&mdash;Non...
-<span class="small1">Mademoiselle</span>, petite-fille de Henri IV,
-mademoiselle d'Eu, mademoiselle de Dombes, mademoiselle
-de Montpensier, <span class="small1">Mademoiselle</span>, cousine germaine
-du roi; <span class="small1">Mademoiselle</span>, destinée au trône; <span class="small1">Mademoiselle</span>,
-le seul parti de France qui fût digne de <span class="small1">Monsieur</span><a id="FNanchor_505" href="#Footnote_505" class="fnanchor">&nbsp;[505]</a>,
-épousait Lauzun, ce petit marquis de Puyguilhem, ce
-cadet de Gascogne si nouvellement introduit à la cour,
-si récemment comblé des faveurs de son maître, qui,
-rapidement élevé de grade en grade et d'honneurs en
-honneurs, était bien parvenu à faire naître la crainte et
-<span class="pagenum"><a id="Page_252"> 252</a></span>
-l'envie, mais non à conquérir la considération et l'estime.
-Ce fut alors que madame de Sévigné, dans le premier
-moment de l'émotion que lui causa une nouvelle si étrange,
-si inattendue, prit la plume pour écrire à son cousin de
-Coulanges, alors auprès de son beau-père Dugué-Bagnols,
-intendant à Lyon, afin de l'instruire de l'événement qui
-allait avoir lieu et dont toute la cour et tout le public
-étaient préoccupés<a id="FNanchor_506" href="#Footnote_506" class="fnanchor">&nbsp;[506]</a>.</p>
-
-<p>Ce qui est plus étrange que la chose qui causa tant de surprise
-à madame de Sévigné, c'est sa surprise elle-même,
-c'est l'ignorance où elle était, où étaient toute la cour,
-toutes les personnes qui entouraient la princesse de son
-inclination pour Lauzun. Cette inclination, cependant,
-était déjà ancienne quand elle éclata par la déclaration de
-son mariage. <span class="small1">Mademoiselle</span> s'est plu à tracer naïvement
-et longuement les progrès de cette passion malheureuse.
-Les déplorables faiblesses dont elle fut la cause ont terni
-un caractère qui, sans être exempt d'inconséquences et
-de petitesses féminines, avait conservé jusque-là de la
-grandeur et de la noblesse.</p>
-
-<p>Les premiers commencements de cet amour datent de
-l'année 1666. Les attentions de Lauzun pour le roi, son
-zèle pour son service, l'espèce de familiarité qui régnait
-entre le monarque et lui l'avaient fait distinguer par
-<span class="small1">Mademoiselle</span> entre tous les courtisans. Elle avait remarqué
-la bonne tenue et le luxe des équipages du régiment
-de dragons qu'il commandait. Dans les marches, c'était
-Lauzun qui montait le cheval le plus beau et le plus vigoureux;
-il était toujours accompagné des plus belles
-<span class="pagenum"><a id="Page_253"> 253</a></span>
-troupes; dans les campements, sa tente était la plus magnifiquement
-meublée<a id="FNanchor_507" href="#Footnote_507" class="fnanchor">&nbsp;[507]</a>. Il n'agissait, il ne parlait jamais
-qu'à propos; il se communiquait à peu de gens, et paraissait
-extraordinaire en tout, mais de telle sorte que tout en
-lui était naturel. Il déguisait ce qui était à son avantage,
-et c'était par autrui que <span class="small1">Mademoiselle</span> apprenait ses
-actes de bravoure ou ses actions généreuses. On le disait
-aimé de beaucoup de femmes; et cependant <span class="small1">Mademoiselle</span>
-ne trouvait pas, dans tous les seigneurs de la cour, un
-seul qui fût plus discret, qui aimât moins à parler d'affaires
-de galanterie. Lauzun ne recherchait pas <span class="small1">Mademoiselle</span>,
-jamais il ne l'abordait de lui-même; mais dans
-les réceptions, chez la reine, chez le roi, dans les voyages,
-quelle que fût la jeunesse ou la beauté de celles avec
-lesquelles il s'entretenait, quelque forte que fût la chaleur
-de la conversation où il se trouvait engagé, quelque
-élevé que fût le rang ou l'emploi de ceux qui lui parlaient,
-un signe de tête de <span class="small1">Mademoiselle</span>, un mouvement de
-son doigt, un regard dirigé sur lui l'amenait aussitôt
-près d'elle. Alors il s'avançait avec une contenance si
-respectueuse et un air d'une si parfaite soumission qu'elle
-pouvait réitérer ses appels en présence de tous sans donner
-lieu à aucune interprétation maligne, sans suggérer
-aucune autre pensée que, Lauzun ordonnant beaucoup de
-choses dans la maison du roi et fort au courant de tout
-ce qui se passait à la cour et dans le monde, il était naturel
-que <span class="small1">Mademoiselle</span>, pour satisfaire sa curiosité,
-s'adressât à celui qui avait plus de moyens de la satisfaire.
-Quand on la voyait honorer de sa bienveillance le plus
-<span class="pagenum"><a id="Page_254"> 254</a></span>
-intime des favoris, celui que l'on considérait comme pouvant
-mieux l'informer de ce qui concernait le roi, on
-la croyait uniquement occupée de plaire au roi, et on lui
-savait gré de ces dispositions<a id="FNanchor_508" href="#Footnote_508" class="fnanchor">&nbsp;[508]</a>. Son âge, l'orgueil de sa
-naissance, sa vertu, la hauteur de ses résolutions éloignaient
-jusqu'à l'ombre d'un soupçon. C'est ainsi que
-<span class="small1">Mademoiselle</span>, ne se voyant gênée par aucune considération
-d'étiquette ou de bienséance, se fit une douce habitude
-d'interroger sans cesse Lauzun, de le consulter sur
-toutes choses. Elle lui trouvait des sentiments si honnêtes
-et si délicats, un sens si droit et si juste que sa confiance
-en lui devint entière, et que l'estime la plus profonde
-achevait encore de lui faire goûter, dans les longs entretiens
-qu'elle avait avec lui, un plaisir pur et toujours
-nouveau<a id="FNanchor_509" href="#Footnote_509" class="fnanchor">&nbsp;[509]</a>.</p>
-
-<p>Cependant, à mesure que Lauzun s'aperçut des progrès
-qu'il faisait dans le c&oelig;ur de <span class="small1">Mademoiselle</span>, il évita de
-plus en plus de se trouver près d'elle. Il faisait en sorte
-que les ordres du roi, les exigences de son service ou
-quelques autres causes importantes le forçassent de s'écarter
-des lieux où elle était; mais si sa personne était
-absente, des mesures étaient prises pour que son souvenir
-fût toujours présent. La comtesse de Nogent quittait peu
-<span class="small1">Mademoiselle</span>; s&oelig;ur de Lauzun, elle l'entretenait sans
-cesse de lui<a id="FNanchor_510" href="#Footnote_510" class="fnanchor">&nbsp;[510]</a>. D'accord avec lui, ses amis les comtes de
-Rochefort et de Guitry ne tarissaient pas sur ses louanges.
-Ils se chargeaient surtout de réfuter tous les bruits désavantageux
-sur Lauzun, qui parvenaient aux oreilles de la
-<span class="pagenum"><a id="Page_255"> 255</a></span>
-princesse. Pour motiver la rareté de ses apparitions, il
-paraissait toujours accablé d'affaires. Cependant <span class="small1">Mademoiselle</span>
-apprit que Lauzun n'était pas aussi occupé qu'il
-le disait, et qu'il allait souvent en ville chez une dame de
-la Sablière. C'était la femme de Rambouillet de la Sablière,
-déjà célèbre par les charmes de sa figure, son savoir, son
-esprit et qui réunissait chez elle la société la plus brillante
-de Paris, de savants, d'hommes de lettres et de gens du
-monde<a id="FNanchor_511" href="#Footnote_511" class="fnanchor">&nbsp;[511]</a>. Lauzun en était alors fort amoureux, et s'efforçait
-d'obtenir la préférence sur un grand nombre de rivaux<a id="FNanchor_512" href="#Footnote_512" class="fnanchor">&nbsp;[512]</a>.
-Telle était l'ignorance de <span class="small1">Mademoiselle</span> sur ce
-qui se passait hors de la cour, et l'audace de Lauzun et de
-ses amis, qu'un de ces derniers, interrogé par la princesse
-pour lui dire ce qu'il fallait penser de madame de la Sablière,
-osa répondre que c'était une petite bourgeoise de
-la ville, vieille et laide; mais qu'il fallait bien qu'elle fût
-utile à Lauzun pour quelque intrigue, puisque lui, qui
-vivait très-retiré des femmes et ne songeait plus qu'à
-faire sa cour au roi, voyait assez souvent cette madame
-de la Sablière, et que même il avait donné une place de
-secrétaire des dragons à son frère Hesselin<a id="FNanchor_513" href="#Footnote_513" class="fnanchor">&nbsp;[513]</a>.</p>
-
-<p>L'habitude que <span class="small1">Mademoiselle</span> avait contractée de s'entretenir
-avec Lauzun devint bientôt pour elle un impérieux
-besoin. L'ennui, ce triste compagnon de la grandeur,
-<span class="pagenum"><a id="Page_256"> 256</a></span>
-l'accablait partout où Lauzun n'était pas. Dès qu'elle
-entrait chez la reine ou chez le roi à Saint-Germain, aux
-Tuileries, à Versailles, elle le cherchait des yeux. Quelque
-nombreuse que fût la cour, quel que fût l'éclat des fêtes
-et des plaisirs qu'on y goûtait, elle lui paraissait triste
-et déserte quand Lauzun en était absent. Lorsqu'elle ne
-pouvait dans toute la journée échanger avec lui une parole,
-un regard, c'était pour elle une jouissance de le voir passer
-de loin à cheval. Pour se procurer cet allégement à sa
-peine, elle se mettait souvent aux fenêtres ou dans les
-endroits les plus propices. Le jour, la nuit, dans le monde,
-dans la solitude, en ville, en repos ou sur les routes, elle
-ne pensait qu'à Lauzun. A cette continuelle préoccupation,
-elle commença à croire qu'elle pouvait être accessible
-à l'amour, mais elle ne s'en effraya pas. Les <i>précieuses</i>
-de l'hôtel de Rambouillet, dont les principes et
-les idées lui avaient été inculqués dès sa jeunesse, avaient
-fait de cette passion la vertu des belles âmes attirées par
-une commune sympathie à s'unir entre elles et dégagées
-de tout appétit grossier et de l'avilissante influence des
-sens. Quoique Lauzun n'eût jamais donné lieu à <span class="small1">Mademoiselle</span>
-de penser qu'il partageât la passion qu'il lui avait
-inspirée, elle le croyait. Le maintien froid et réservé de
-Lauzun lorsqu'il était près d'elle, même en tête-à-tête,
-eût dû lui persuader le contraire; mais elle pensait que le
-respect et la déférence qu'il lui devait le retenaient, et elle
-lui savait gré de cette retenue, comme d'un sacrifice qu'il
-s'imposait. Il lui paraissait impossible que cette âme si
-noble, si honnête, si pure n'eût pas été créée pour elle.
-Un jour, à Saint-Germain, chez la reine, en songeant à
-la mystérieuse union des c&oelig;urs, elle se rappela confusément
-des vers de Corneille qu'elle avait entendus au théâtre.
-<span class="pagenum"><a id="Page_257"> 257</a></span>
-Aussitôt elle fit chercher dans tout le château les &oelig;uvres
-de Corneille; elles ne s'y trouvèrent point. Elle dépêcha
-un courrier à Paris pour se les procurer; dès qu'elle
-les eut, elle feuilleta tous les volumes, trouva enfin les
-vers qu'elle cherchait, et en fut si enchantée qu'elle les
-apprit par c&oelig;ur<a id="FNanchor_514" href="#Footnote_514" class="fnanchor">&nbsp;[514]</a>.</p>
-
-<p>Voici quel était le commencement de cette tirade:</p>
-
-<div class="poetry"><div class="stanza">
-<p>Quand les ordres du ciel nous ont faits l'un pour l'autre,</p>
-<p>Lise, c'est un accord bientôt fait que le nôtre;</p>
-<p>Sa main entre les c&oelig;urs, par un secret pouvoir,</p>
-<p>Sème l'intelligence avant que de se voir.</p>
-<p>Il prépare si bien l'amant et la maîtresse</p>
-<p>Que leur âme au seul nom s'émeut et s'intéresse.</p>
-<p>On s'estime, on se cherche, on s'aime en un moment.</p>
-<p>Tout ce qu'on s'entredit persuade aisément,</p>
-<p>Et, sans s'inquiéter de mille peurs frivoles,</p>
-<p>La foi semble courir au-devant des paroles<a id="FNanchor_515" href="#Footnote_515" class="fnanchor">&nbsp;[515]</a>.</p>
-</div></div>
-
-<p>«Il me semble, dit-elle dans ses Mémoires<a id="FNanchor_516" href="#Footnote_516" class="fnanchor">&nbsp;[516]</a>, que rien
-ne convenait mieux à mon état que ces vers, qui ont un
-sens moral lorsqu'on les regarde du côté de Dieu, et
-qui en ont un galant pour les c&oelig;urs qui sont capables de
-s'en occuper.»</p>
-
-<p>Ce qui entretenait l'illusion de la malheureuse princesse,
-c'était Lauzun qui se montrait de plus en plus attentif à
-prévenir ses désirs, de plus en plus ingénieux à les satisfaire.</p>
-
-<p>Ainsi, lorsque le roi avec la reine et toute sa cour se rendirent
-en Flandre, le commandement de l'escorte fut donné
-<span class="pagenum"><a id="Page_258"> 258</a></span>
-à Lauzun. Il fut aussi chargé d'ordonner tout ce qui était
-nécessaire pendant le voyage. Il fit voir tant d'activité, de
-prévoyance et de présence d'esprit dans les fonctions embarrassantes
-dont il était chargé qu'il s'attira les éloges
-de toutes les personnes que le roi avait désignées pour l'accompagner.
-<span class="small1">Mademoiselle</span> était de ce nombre, et suivait
-la reine. Elle eut alors peu d'occasions de s'entretenir
-avec Lauzun; mais elle le voyait souvent, car il semblait
-se multiplier et être à la fois présent partout, saisissant
-avec une prestesse extraordinaire toutes les circonstances
-où il pouvait lui être utile et paraissant n'être occupé qu'à
-les faire naître. En se rendant de Saint-Quentin à Landrecies,
-toute la cour se trouva arrêtée par les débordements
-d'une rivière et forcée de retourner en arrière.
-Avant qu'on eût eu le temps de jeter un pont de bois, la
-famille royale fut obligée de coucher pêle-mêle dans une
-grange. Dans la confusion d'une marche si précipitée,
-les voitures ne purent se suivre selon l'ordre qu'elles
-avaient gardé dans une marche régulière, et princes et
-princesses se trouvèrent séparés de leurs gens de service.
-La reine était désolée de n'avoir point ses femmes de
-chambre, et <span class="small1">Mademoiselle</span> était d'autant plus inquiète des
-siennes qu'elle les avait laissées, dans un des carrosses,
-nanties de ses pierreries. Tout à coup elles arrivèrent, et
-<span class="small1">Mademoiselle</span> ne pouvait concevoir comment elles
-avaient précédé les femmes de la reine<a id="FNanchor_517" href="#Footnote_517" class="fnanchor">&nbsp;[517]</a> et dépassé tant
-d'équipages qui marchaient avant elles. Mais le lendemain,
-à son réveil, elle eut l'explication de ce fait par l'arrivée
-de ses deux dames d'honneur, qui, fort courroucées contre
-Lauzun, vinrent se plaindre à elle de ce qu'il avait fait arrêter
-<span class="pagenum"><a id="Page_259"> 259</a></span>
-leur carrosse pour faire passer celui des femmes
-de chambre. Cette attention délicate de Lauzun fit un
-grand plaisir à <span class="small1">Mademoiselle</span>; mais elle en éprouva un
-plus vif encore lorsqu'elle le rencontra le soir même chez
-la reine, et qu'elle put, à voix basse, lui en témoigner sa
-reconnaissance<a id="FNanchor_518" href="#Footnote_518" class="fnanchor">&nbsp;[518]</a>. Les tendres sentiments qu'elle entretenait
-pour Lauzun, sans aucune défiance d'elle-même,
-parce qu'elle les croyait uniquement fondés sur l'estime,
-échauffèrent d'autant plus son c&oelig;ur qu'elle était forcée de
-les comprimer et de les déguiser sous l'apparence de la
-tranquille affection d'une simple amitié; puis la chaleur
-du c&oelig;ur, par degrés, se communiquant aux sens, excita en
-elle des troubles inconnus, qui semblèrent lui créer une
-nouvelle existence, et la rendirent méconnaissable à elle-même.
-Qu'on juge ce que dut être cette manifestation
-de la passion fougueuse de l'amour chez une princesse qui
-était arrivée à l'âge de plus de quarante ans sans l'avoir jamais
-ressentie, et qui, naturellement vive, avait été habituée,
-dès son enfance, à se livrer à ses penchants! L'embrasement
-fut terrible, et la surprise pareille à celle de
-l'éruption d'un volcan longtemps silencieux. La princesse
-connut son état. Le péril était grand, mais la religion
-était puissante, et elle avait pour auxiliaire un caractère
-énergique et fier. La raison et la vertu eurent d'abord le
-dessus. Au lieu de saisir les occasions de voir Lauzun,
-<span class="small1">Mademoiselle</span> les évita; loin de rechercher avec lui les
-tête-à-tête, elle s'imposa la loi de ne lui jamais parler qu'en
-présence d'un tiers<a id="FNanchor_519" href="#Footnote_519" class="fnanchor">&nbsp;[519]</a>. Elle cessa de s'entretenir avec lui
-de ce qui pouvait avoir quelque analogie avec les souffrances
-<span class="pagenum"><a id="Page_260"> 260</a></span>
-de son c&oelig;ur, et elle ne lui parla plus que de
-choses indifférentes.&mdash;Vain espoir!&mdash;Tous les efforts
-qu'elle faisait pour bannir Lauzun de sa pensée l'y regravaient
-en traits plus ineffaçables et plus séducteurs.
-Les impressions que lui causait sa présence étaient toujours
-de plus en plus vives. Elle se faisait une telle violence
-pour se conformer à la résolution qu'elle avait
-prise de lui dissimuler ce qu'elle ressentait pour lui
-qu'elle ne pouvait plus, lorsqu'elle lui parlait, arranger
-trois mots qui eussent un sens<a id="FNanchor_520" href="#Footnote_520" class="fnanchor">&nbsp;[520]</a>. Quand elle était seule, elle
-formait cent projets qu'elle rejetait l'instant d'après pour
-en concevoir cent autres, aussitôt repoussés comme impraticables.
-Plus de repos pour elle, ni le jour ni la nuit. Son
-esprit incertain, sa raison bouleversée flottaient sans cesse
-en tout sens, comme un vaisseau sans voile et sans gouvernail,
-assiégé par la tempête. <span class="small1">Madame</span> (Henriette d'Angleterre),
-qui existait encore alors et avait, quoique plus
-jeune, et malheureusement pour elle, plus que <span class="small1">Mademoiselle</span>
-l'expérience des passions, lui parlait souvent du
-mérite de Lauzun. «<span class="small1">Madame</span> avait de l'amitié pour moi,
-dit <span class="small1">Mademoiselle</span> dans ses Mémoires; je fus tentée de lui
-ouvrir mon c&oelig;ur, afin qu'elle me dît bonnement ce que
-je devais faire et de quelle manière elle me conseillait de
-me conduire. Je n'étais pas en état de le pouvoir faire
-moi-même, puisque je faisais toujours le contraire de ce
-que je voulais chercher à faire; ce que j'avais projeté la
-nuit, je ne pouvais l'exécuter le jour<a id="FNanchor_521" href="#Footnote_521" class="fnanchor">&nbsp;[521]</a>.»</p>
-
-<p><span class="small1">Mademoiselle</span> n'osa rien dire à <span class="small1">Madame</span>. Mais elle
-suivit régulièrement la reine aux Récollets, où il se faisait
-<span class="pagenum"><a id="Page_261"> 261</a></span>
-une neuvaine pour saint Pierre d'Alcantara; et un
-jour que le saint sacrement était exposé, après avoir
-prié Dieu avec ferveur de lui inspirer ce qu'elle avait à
-faire, «Dieu lui fit la grâce, dit-elle, de la déterminer
-à ne pas travailler davantage à chasser de son esprit ce qui
-s'y était établi si fortement, et à épouser M. de Lauzun.»</p>
-
-<p>Toutefois la grâce de Dieu n'était point pour elle tellement
-efficace qu'elle n'eût encore des combats à livrer avec
-son orgueil avant d'exécuter la résolution qu'elle avait
-prise. Elle, si fière, si hautaine, se soumettre au joug de
-l'hymen, à son âge!... Que diront le monde, la cour, le
-public, l'Europe? Le bruit de son héroïque vertu n'était-il
-pas partout répandu?.... Se marier!.... et avec
-qui?.... avec Lauzun, un simple gentilhomme, un cadet
-de famille!.... Puis elle repassait dans son esprit toutes
-les mésalliances illustres que sa mémoire lui fournissait;
-ensuite elle songeait à tous les partis qu'elle avait refusés,
-aux princes et aux souverains qui pouvaient encore se
-présenter pour obtenir sa main.... Mais serait-ce là le
-bonheur?.... Ah! sans Lauzun pouvait-il en exister pour
-elle?&mdash;Alors, s'affermissant dans une détermination
-qui lui semblait inspirée par Dieu même, elle préparait
-dans son esprit les réponses à toutes les objections qu'on
-pourrait faire contre son mariage. Elle se livra, avec une
-étonnante et studieuse activité, à des recherches sur la
-généalogie des Lauzun, sur les documents qui pouvaient
-la justifier. Son érudition devint si riche et sa mémoire si
-fidèle sur tous ces points que par la suite, et lorsque cela
-fut nécessaire, elle étonna Lauzun en lui apprenant l'histoire
-de ses ancêtres, qu'il ignorait; et elle surprit le roi
-en l'instruisant sur les faits relatifs aux monarques qui
-l'avaient précédé sur le trône de France.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a id="Page_262"> 262</a></span>
-Quand sa résolution fut définitive et que rien relativement
-à elle ne pouvait l'empêcher de l'exécuter, toutes
-ses inquiétudes se réveillaient en pensant à Louis XIV.
-Elle revenait sans cesse et comme malgré elle aux pensées
-que lui suggérait la difficulté d'obtenir son consentement
-pour une telle mésalliance. Mais, disait-elle, pourquoi
-s'y refuserait-il?.... Il aime Lauzun, il a de l'amitié
-pour moi; il ne voudra pas s'opposer à mon bonheur ni
-à l'élévation de son favori.&mdash;D'ailleurs, il ne le pourra
-pas.&mdash;N'a-t-il pas consenti au mariage de la duchesse
-d'Alençon avec le jeune duc de Guise?&mdash;Peut-il me
-dénier ce qu'il a concédé à ma s&oelig;ur?&mdash;Oui; mais ma
-s&oelig;ur de Guise est le fruit de la mésalliance de mon père.&mdash;Elle
-n'est pas Anne de Bourbon, la petite-fille d'Henri
-IV.&mdash;Elle est la fille d'une princesse de Lorraine.&mdash;Dira-t-on
-que le duc de Guise est d'une maison plus ancienne
-et plus puissante que celle de Lauzun?&mdash;Plus puissante,
-oui, parce que cette maison de Lorraine s'est accrue
-démesurément dans ces derniers temps par l'ambition
-de ses chefs et la faiblesse de nos rois; mais plus ancienne,
-non. Les aïeux de M. de Guise ont desservi la France,
-ceux de la maison de Caumont se sont souvent sacrifiés
-pour elle. Sous le règne de Charles VI, en l'année 1422,
-Charles, duc de Lorraine, était encore à la solde du roi
-de France moyennant trois cents livres tournois par mois,
-tandis qu'en 1404 Jean de Nompar-Caumont, seigneur
-de Lauzun, concluait un traité de souverain à souverain
-avec Jean de Bourbon, commandant les armées du roi en
-Guyenne<a id="FNanchor_522" href="#Footnote_522" class="fnanchor">&nbsp;[522]</a>; et les anciens titres de cette illustre maison
-remontent à plus de sept siècles.&mdash;D'ailleurs, ne sais-je
-<span class="pagenum"><a id="Page_263"> 263</a></span>
-pas combien notre histoire fournit de nombreux exemples
-de femmes, de filles et de s&oelig;urs de rois qui ont épousé
-de simples gentilshommes?... Adèle, l'aînée des filles de
-Dagobert, n'a-t-elle pas épousé le comte Hermann, homme
-peu considérable? Rotilde, la seconde fille du même roi,
-n'a-t-elle pas été mariée à Ledéric, premier forestier de
-Flandre? Landrade, fille de Charles Martel, ne fut-elle
-pas unie à Sidromme de Hasbannin? Berthe, la fille du
-puissant Charlemagne, ne devint-elle pas la femme d'Angilbert,
-simple gouverneur d'Abbeville? Des filles de
-Louis le Jeune, la première épousa le comte de Champagne,
-et Alix, sa s&oelig;ur, Thibaut, comte de Chartres et
-de Blois; Alix, fille de Charles VII, fut mariée à Guillaume,
-comte de Ponthieu; Isabelle de France, fille de
-Philippe le Long, à Gui, comte d'Albon; Catherine de
-France, fille de Charles VI, lorsqu'elle fut devenue
-veuve, donna sa main à Owin Tyder, qui n'était qu'un
-simple chevalier gallois, pauvre et d'une très-médiocre
-naissance<a id="FNanchor_523" href="#Footnote_523" class="fnanchor">&nbsp;[523]</a>.</p>
-
-<p>Ainsi la malheureuse princesse allait fouillant péniblement
-jusque dans les parties les plus obscures de nos annales,
-pour y trouver des faits favorables à sa passion,
-ne s'apercevant pas que ces exemples, puisés dans des siècles
-qui n'avaient rien de commun avec le temps où elle
-vivait, ne pouvaient lui être applicables. Cependant ils lui
-paraissaient décisifs; mais les noms qu'elle y trouvait lui
-semblaient obscurs auprès de celui de Lauzun. L'antiquité
-de sa noblesse, ses belles actions à la guerre, la réputation
-d'homme extraordinaire qu'il s'était faite dans
-toute la France, la faveur royale dont il jouissait lui
-<span class="pagenum"><a id="Page_264"> 264</a></span>
-persuadaient que son mérite<a id="FNanchor_524" href="#Footnote_524" class="fnanchor">&nbsp;[524]</a> était encore au-dessus de
-tout ce qu'elle voulait faire pour lui. Elle s'affermissait
-dans le projet qu'elle avait de l'épouser; et, avec l'énergie
-et la ténacité de son caractère, cette résolution une fois
-prise était invariable. Mais son embarras était de savoir
-comment elle la mettrait à exécution.&mdash;Quand elle se
-faisait cette question, son c&oelig;ur palpitait, sa tête s'embarrassait
-et son esprit flottait incertain. Lorsque l'âme
-est vivement émue par un objet d'où dépend le sort de
-notre vie, plus on désire atteindre le but, plus on hésite
-sur les moyens d'y parvenir.</p>
-
-<p>La première chose à faire, sans doute, était d'instruire
-Lauzun du projet qu'elle avait formé sur lui. Mais c'était
-précisément là pour elle le point difficile. Il fallait que
-Lauzun sût d'abord qu'elle l'aimait; et quoiqu'elle eût
-tâché de le lui faire apercevoir par tous les moyens qui
-ne répugnaient pas à sa pudeur, il ne paraissait pas le
-moins du monde soupçonner la nature de ses sentiments
-pour lui. Elle s'affligeait de ne pas reconnaître en lui les
-signes de l'amant, tels que Corneille les donne dans la
-tirade dont nous avons cité les premiers vers et dont
-voici les derniers, que <span class="small1">Mademoiselle</span> trouvait fort beaux,
-parce qu'ils lui semblaient en parfait rapport avec sa situation:</p>
-
-<div class="poetry"><div class="stanza">
-<p>La langue en peu de mots en explique beaucoup;</p>
-<p>Les yeux, plus éloquents, font tout voir tout d'un coup;</p>
-<p>Et, de quoi qu'à l'envi tous les deux nous instruisent,</p>
-<p>Le c&oelig;ur en entend plus que tous les deux n'en disent.</p>
-</div></div>
-
-<p><span class="small1">Mademoiselle</span> chercha de nouveau, et plus fréquemment
-que par le passé, à se trouver en tête-à-tête avec Lauzun.
-<span class="pagenum"><a id="Page_265"> 265</a></span>
-Mais lui abrégeait le plus qu'il pouvait ces entretiens
-particuliers; il s'y prêtait avec un empressement si
-froid, un air si respectueux que <span class="small1">Mademoiselle</span>, toute
-troublée devant lui, ne pouvait se résoudre à rompre le
-silence; et ces entrevues si vivement désirées, ménagées
-par elle avec tant de peine et de mystère, étaient toujours
-sans résultat<a id="FNanchor_525" href="#Footnote_525" class="fnanchor">&nbsp;[525]</a>.</p>
-
-<p>Cette situation était trop pénible pour que la princesse
-ne cherchât point à la faire cesser. Elle ne voyait cependant
-d'autre moyen que de faire à Lauzun une déclaration.
-Alors sa pudeur, sa fierté se révoltaient à cette idée
-qui lui revenait sans cesse. Elle en était obsédée; elle frissonnait,
-se désespérait, versait des larmes, et ne pouvait
-rien déterminer.</p>
-
-<p>Au milieu de ses incertitudes et de ses douleurs, <span class="small1">Mademoiselle</span>
-apprit que l'on parlait de lui faire épouser le duc
-de Lorraine, afin d'arranger le différend qui existait entre
-ce prince et le roi de France. Cette circonstance lui parut
-favorable pour instruire Lauzun des projets qu'elle avait
-sur lui. Elle le trouva chez la reine au moment où le bruit
-de cette alliance se répandait, et lui dit, en se retirant dans
-l'embrasure d'une croisée, qu'elle avait à lui parler. Il la
-suivit. «Il avait, dit-elle dans ses Mémoires, une telle
-fierté que je le regardai comme le maître du monde.»&mdash;Elle
-lui dit, non sans trembler un peu, qu'elle avait
-une résolution à prendre, mais que, le considérant comme
-son plus fidèle ami, elle ne voulait rien faire sans lui
-avoir demandé avis.&mdash;Lauzun répondit à cette ouverture
-par d'humbles révérences et par des témoignages de reconnaissance
-<span class="pagenum"><a id="Page_266"> 266</a></span>
-sur l'honneur que la princesse lui faisait. Il
-lui protesta que, par sa sincérité, il répondrait à la bonne
-opinion qu'elle avait de lui.&mdash;Alors elle lui parla des
-bruits qui couraient sur son mariage avec M. de Lorraine
-et sur les intentions du roi à cet égard. Lauzun feignit de
-tout ignorer, et dit simplement que l'amitié et la déférence
-du roi pour <span class="small1">Mademoiselle</span> lui feraient vouloir sur cela
-ce qu'elle désirait.&mdash;Mais elle s'empressa de déclarer à
-Lauzun que, quelle que fût la volonté du roi, elle était
-bien décidée à ne pas s'immoler à des considérations de
-grandeur et de gloire; qu'elle ne voulait point se marier
-à un inconnu, fût-il un puissant souverain; qu'elle voulait
-un honnête homme, qu'elle pût aimer<a id="FNanchor_526" href="#Footnote_526" class="fnanchor">&nbsp;[526]</a>. Lauzun, sans
-paraître deviner où tendait ce discours, dit à la princesse
-que ses sentiments étaient pleins de raison; qu'il les approuvait,
-mais qu'il s'étonnait qu'heureuse comme elle
-l'était elle songeât à se marier.&mdash;Alors elle lui avoua
-qu'elle y était déterminée par la quantité de personnes
-qui comptaient sur son bien et qui par conséquent souhaitaient
-sa mort.&mdash;Lauzun avoua que cette considération
-était vraie et sérieuse, mais que cette affaire était d'une
-telle importance qu'il fallait qu'elle y réfléchît mûrement;
-que, de son côté, il y songerait avec application,
-et qu'après il lui en dirait son avis.</p>
-
-<p>La reine sortit, et ce premier entretien se termina là.</p>
-
-<p>Les entretiens qui suivirent (toujours chez la reine)
-furent plus prolongés, et semblaient propres à amener
-une explication claire et définitive. La princesse fut charmée
-du vif intérêt que Lauzun paraissait prendre à sa
-<span class="pagenum"><a id="Page_267"> 267</a></span>
-situation, aux peines, aux ennuis qui en étaient la conséquence.
-Elle lui demanda de vouloir bien la conseiller,
-et promit de ne se gouverner que par ses avis. Déposant
-alors cet air froid et compassé qu'il avait toujours en sa
-présence, il lui dit, avec un sourire qui l'enchanta: «Je
-dois donc être bien glorieux d'être le chef de votre conseil,
-et vous allez me donner bonne opinion de moi.»&mdash;Avec
-chaleur elle répliqua que l'opinion qu'elle avait de
-lui ne pouvait être meilleure, et elle se disposait à continuer
-de manière à ne plus lui laisser aucun doute sur la
-nature de ses sentiments lorsque Lauzun, lui faisant
-une profonde révérence et reprenant son grand air de
-respect, arrêta l'impulsion de son c&oelig;ur, et la contraignit
-à se contenter de l'invitation qu'elle lui fit de s'expliquer
-sur le conseil qu'il avait à lui donner.</p>
-
-<p>Lauzun approuva entièrement les motifs qui faisaient
-désirer à la princesse de se marier; mais la chose lui paraissait
-impossible, puisqu'il n'y avait personne sur qui
-elle pût jeter les yeux.&mdash;«Cependant je ne puis disconvenir
-que vous n'ayez raison, dit-il, de sortir de l'état
-pénible où vous vous trouvez, en pensant qu'on vous souhaite
-la mort: sans cela, qu'auriez-vous à désirer? Les
-grandeurs, les biens vous manquent-ils? Vous êtes estimée,
-honorée par votre vertu, votre mérite et votre qualité;
-c'est, à mon sens, un état bien agréable, de vous
-devoir à vous-même la considération que l'on a pour
-vous. Le roi vous traite bien, il vous aime; je vois qu'il
-se plaît avec vous: qu'avez-vous à souhaiter? Si vous
-aviez été reine ou impératrice dans un pays étranger,
-vous vous seriez ennuyée à la mort. Ces conditions ont
-peu d'élévation au-dessus de la vôtre. Il y a beaucoup de
-peine à étudier l'humeur de l'homme et du reste des gens
-<span class="pagenum"><a id="Page_268"> 268</a></span>
-avec qui l'on doit vivre, et je ne conçois pas de plaisir
-qui puisse l'adoucir<a id="FNanchor_527" href="#Footnote_527" class="fnanchor">&nbsp;[527]</a>.»</p>
-
-<p><span class="small1">Mademoiselle</span> convint de la justesse de ces réflexions;
-mais si elle choisissait pour époux un parfait honnête
-homme, si elle suivait la pente de son c&oelig;ur, qui la portait
-à ne jamais se séparer du roi, le roi ne serait-il pas satisfait
-qu'elle fût la cause de l'élévation d'un de ses sujets?
-n'approuverait-il pas qu'elle lui donnât du bien pour l'employer
-à son service?&mdash;«Oui, dit Lauzun; outre le plaisir
-d'avoir élevé un homme à un degré au-dessus de tout ce
-qu'il y a de souverains en Europe, vous auriez celui de
-la certitude qu'il vous en saurait gré et qu'il vous aimerait
-plus que sa vie; et par-dessus le tout vous ne quitteriez
-pas le roi. Mais ce sont là des châteaux en Espagne.
-La difficulté est de trouver cet homme, dont la naissance,
-les inclinations, le mérite et la vertu soient assez grands
-pour répondre à tout ce que vous auriez fait pour lui; et
-vous avez dû vous convaincre, par tout ce que je vous
-ai dit, que c'était la chose impossible.»&mdash;«Cela est très-possible,
-dit la princesse en souriant et en le regardant d'un
-air passionné, puisque vos objections ne sont pas contre
-le projet, mais regardent l'individu; je verrais à en trouver
-un qui eût toutes les qualités que vous voulez qu'il ait.»&mdash;La
-reine sortit en cet instant de son oratoire; l'entretien
-avait duré deux heures, et il se serait encore prolongé
-sans la circonstance qui y mit fin.</p>
-
-<p><span class="small1">Mademoiselle</span> était satisfaite d'avoir cette fois réussi à
-expliquer ses intentions à Lauzun de manière à ce qu'il
-ne pût s'y méprendre; du moins elle le croyait. Pourtant
-lorsqu'elle s'aperçut que Lauzun, qu'elle voyait alors tous
-<span class="pagenum"><a id="Page_269"> 269</a></span>
-les jours, ne venait pas de lui-même la trouver, mais
-qu'elle était obligée d'aller vers lui pour lui parler, elle
-pensa qu'elle s'était trompée, qu'elle n'avait pas été assez
-explicite; et toutes ses anxiétés recommencèrent.&mdash;Elle
-rechercha un nouvel entretien, et éprouva une vive peine
-d'entendre dire à Lauzun qu'il lui conseillait de ne plus
-penser au mariage; que pour elle ce parti entraînait trop
-de dégoûts, de difficultés; qu'il se regarderait comme
-indigne de l'honneur qu'elle lui avait fait de se confier en
-lui s'il ne lui disait pas que ce qui était le mieux pour
-elle serait de rester dans l'état où elle était.</p>
-
-<p>Longtemps Lauzun désola la princesse par cette artificieuse
-conduite: il lui démontrait la nécessité de prendre
-un parti, et la difficulté d'en prendre un; l'impossibilité,
-pour son bonheur, de rester dans la situation où elle
-était, et les graves inconvénients d'un mariage.&mdash;«Lors
-même, lui disait-il, qu'elle aurait trouvé quelqu'un qui
-réunît toutes les qualités propres à lui plaire, qui pourrait
-lui répondre qu'il n'aurait pas des défauts qu'elle n'aurait
-pas connus et qui feraient son malheur<a id="FNanchor_528" href="#Footnote_528" class="fnanchor">&nbsp;[528]</a>?» Ces réflexions
-si sages ne faisaient qu'accroître l'estime de la
-princesse pour Lauzun et la confiance qu'elle avait en lui;
-et, au lieu d'ébranler la résolution qu'elle avait prise, elles
-la rendaient plus impatiente de la mettre à exécution. Ces
-longs entretiens, pour elle si délicieux, attisaient le feu
-de sa passion, et rendaient de jour en jour plus violents et
-plus pénibles les combats intérieurs qu'elle était obligée
-de se livrer à elle-même.</p>
-
-<p>Cependant Lauzun, dans ces entretiens, quand la
-princesse lui parlait de celui qu'elle avait choisi pour
-<span class="pagenum"><a id="Page_270"> 270</a></span>
-époux et lui en faisait l'éloge, paraissait ne pas se douter
-qu'il pût être question de lui; et ses observations faisaient
-toujours allusion, sans le nommer, à celui auquel le bruit
-public donnait la main de <span class="small1">Mademoiselle</span>. Tantôt c'était
-le comte de Saint-Paul, ou <span class="small1">Monsieur</span>, ou le duc de Lorraine,
-ou quelque souverain.</p>
-
-<p><span class="small1">Mademoiselle</span>, convaincue que la modestie de Lauzun
-ne lui permettait pas de croire que c'était bien lui qu'elle
-aimait, que c'était bien lui qu'elle voulait épouser, résolut
-de le lui déclarer, puisque ni ses discours ni ses regards
-n'avaient pu le lui faire deviner.&mdash;Elle lui dit donc un
-jour: «Je veux absolument vous nommer celui que j'ai
-choisi pour époux<a id="FNanchor_529" href="#Footnote_529" class="fnanchor">&nbsp;[529]</a>.»&mdash;«Vous me faites trembler, répondit-il.
-Si par caprice je n'approuvais pas votre goût,
-vous ne voudrez plus me voir; je suis trop intéressé à
-conserver l'honneur de vos bonnes grâces pour écouter
-une confidence qui me mettrait au hasard de les perdre.
-Je n'en ferai rien; je vous supplie de tout mon c&oelig;ur de
-ne plus m'entretenir de cette affaire.»&mdash;Et Lauzun évita
-de se trouver seul avec la princesse, et affecta de ne lui
-point parler. Mais plus il semblait se refuser à apprendre
-d'elle son secret, plus elle brûlait de le lui révéler. Cependant
-le courage lui manquait; et ces deux simples monosyllabes,
-«C'est vous,» ne pouvaient sortir de sa bouche.
-Dans les moments où elle voulait les prononcer, toujours
-son trouble et son extrême agitation lui coupaient la parole
-et la respiration. Enfin, un certain jeudi soir, chez la
-reine, ayant rencontré Lauzun, elle lui dit qu'elle voulait
-absolument, malgré sa défense, lui nommer l'homme en
-question. «Je ne puis plus, d'après cela, répondit Lauzun,
-<span class="pagenum"><a id="Page_271"> 271</a></span>
-me défendre de vous écouter; mais vous me feriez plaisir
-d'attendre à demain.»&mdash;«Non, sur-le-champ, répondit la
-princesse; demain est vendredi, c'est un jour malheureux.»&mdash;Lauzun,
-avec un air inquiet et soumis, garda le
-silence, et semblait la regarder avec attendrissement. Elle
-leva sur lui ses yeux, brillant de la flamme qui la consumait;
-son sein palpita avec violence...; elle se sentit défaillir,
-et, craignant de s'évanouir si elle augmentait son
-émotion, elle déclara à Lauzun, en baissant ses paupières,
-que ce nom, ce nom si cher, elle n'avait pas la force de le
-lui dire.&mdash;«J'ai envie, dit-elle, d'épaissir la glace avec
-mon souffle, et de vous tracer ce nom dessus<a id="FNanchor_530" href="#Footnote_530" class="fnanchor">&nbsp;[530]</a>.»&mdash;L'entretien
-se prolongea ensuite sur un ton badin, mais qui devint
-de plus en plus tendre; de telle sorte que tout était clairement
-exprimé de la part de la princesse sans que cependant
-elle eût prononcé le nom de Lauzun. Mais lui,
-qui feignait de ne rien comprendre, la pressa de lui révéler
-le nom de celui qu'elle avait choisi.&mdash;Tous deux
-gardèrent alors un instant le silence, comme pour se recueillir
-dans ce moment solennel; puis elle ouvrit la bouche
-pour faire cet aveu tant désiré, et prononça le mot,
-C'est...; puis s'arrêta subitement, effrayée par le timbre
-sonore d'une pendule qui venait de se faire entendre...;
-elle écoute, compte douze coups consécutifs. «Il est minuit,
-dit-elle... c'est vendredi... je ne vous dirai plus rien.»&mdash;Le
-lendemain, ou plutôt après la nuit passée, <span class="small1">Mademoiselle</span>,
-toujours de plus en plus agitée, écrivit ces
-mots sur un papier à billet: «<i>C'est vous</i>;» elle cacheta ce
-papier, et le mit dans sa poche.&mdash;Dans la journée, elle alla
-chez la reine; et, comme elle s'y était attendue, elle y vit
-<span class="pagenum"><a id="Page_272"> 272</a></span>
-Lauzun, et lui dit: «J'ai écrit le nom sur un papier.»&mdash;Lauzun
-la pressa vivement de lui remettre ce papier, promettant
-de le placer sous son oreiller et de ne le regarder
-que lorsque minuit serait sonné.&mdash;Elle s'y refusa par la
-crainte qu'il ne se trompât d'heure.</p>
-
-<p>Le dimanche suivant, dans la matinée, la reine étant
-entrée dans son oratoire, <span class="small1">Mademoiselle</span> se trouva seule
-dans le salon avec Lauzun; elle lui montra le billet, qu'elle
-avait dans son manchon. Lauzun la supplia de le lui remettre.
-«Le c&oelig;ur lui battait, disait-il; c'était un pressentiment
-que le choix qu'elle avait fait lui causerait une
-vive peine.» N'importe, il désirait faire cesser son incertitude.
-Mais elle, qui sentait combien, après un tel aveu,
-elle serait embarrassée de se trouver seule avec Lauzun,
-prolongea la conversation afin que la reine eût le temps
-de sortir de son oratoire. Comme ce court entretien fut
-extrêmement tendre de la part de Lauzun et de la sienne,
-elle se félicita du moyen qu'elle prenait pour l'instruire du
-choix qu'elle avait fait de lui. Aussi quand la reine reparut,
-<span class="small1">Mademoiselle</span> remit le papier à Lauzun, avec injonction
-de revenir le soir même lui remettre la réponse au bas
-du billet. Elle partit soulagée, et suivit la reine aux Récollets,
-où elle pria Dieu avec ferveur pour la réussite de
-ses projets.</p>
-
-<p>Lauzun était sans lettres, sans étude, peu remarquable
-par son esprit; mais il connaissait le monde et surtout
-les femmes; et ses succès auprès d'un grand nombre lui
-avaient donné une merveilleuse sagacité pour discerner
-les progrès et les phases des passions qu'elles veulent
-cacher. Il savait que, pour être certain de dominer entièrement
-celles dont la raison et la conscience combattent
-les impétueux mouvements du c&oelig;ur, il faut les obliger à
-<span class="pagenum"><a id="Page_273"> 273</a></span>
-sacrifier à l'amour jusqu'aux derniers scrupules de la pudeur,
-cette vigilante gardienne de la vertu. Pour cette
-raison, cette déclaration de <span class="small1">Mademoiselle</span>, par billet,
-ne satisfit pas Lauzun: il ne doutait pas qu'il ne fût aimé,
-aimé avec passion; mais cette passion cependant n'était
-pas encore assez forte pour vaincre entièrement l'orgueil
-de la princesse. Ce sentiment pouvait se réveiller en
-elle, surtout lorsqu'il serait exalté par les instigations
-des personnes intéressées. C'est ce qui devait arriver infailliblement
-quand cette liaison, enveloppée jusqu'ici
-du plus profond mystère, serait connue. On pouvait alors
-triompher en partie de cette malheureuse passion, ou du
-moins en modérer les accès, et empêcher cette entière
-abnégation de soi-même, cet abandon de toute volonté
-contraire à celle de l'objet aimé: c'est ce que Lauzun voulait
-prévenir.</p>
-
-<p>Au lieu de répondre au billet qu'il avait reçu, et de
-se répandre en témoignages de reconnaissance auprès de
-la princesse, Lauzun continua son rôle d'incrédule. Selon
-lui, la princesse le trompait, et refusait de lui dire le nom
-de celui qu'elle avait choisi; il se montra jaloux, triste,
-rêveur; et il la désola tellement par ses brusqueries et son
-humeur que, pour lui rendre sa sérénité, elle se vit contrainte
-à déposer toute dignité et à répéter plusieurs fois
-de vive voix ce qu'elle avait à peine osé lui insinuer par
-écrit. Il fallut qu'elle lui déclarât qu'elle l'aimait avec passion;
-que lui seul pouvait faire son bonheur; qu'elle
-s'abandonnait à lui sans réserve, ne voulait vivre que
-pour lui, et enfin qu'elle voulait l'épouser et lui donner
-tous ses biens.</p>
-
-<p>Lauzun ne répondit à une déclaration si tendre et si
-explicite que par des objections; mais elles étaient de
-<span class="pagenum"><a id="Page_274"> 274</a></span>
-nature à affermir la princesse dans ses résolutions. En
-supposant, disait-il, qu'il serait assez extravagant pour
-croire cette affaire possible, il était obligé de déclarer à
-<span class="small1">Mademoiselle</span> qu'il aimait trop le roi pour qu'aucune
-considération humaine pût le déterminer à s'éloigner de
-lui; qu'il garderait les charges qu'il avait près de lui; par
-conséquent il ne pouvait pas penser qu'elle consentît jamais
-à épouser le <i>domestique</i> (ce mot s'employait alors
-pour celui de serviteur) de son cousin germain.&mdash;«Mais,
-répondit-elle, ce cousin germain est mon maître aussi
-bien que le vôtre; et je ne trouve rien de plus honorable
-pour mon époux que d'être son domestique. Si vous
-n'aviez pas de charge auprès du roi, j'en achèterais une
-pour vous<a id="FNanchor_531" href="#Footnote_531" class="fnanchor">&nbsp;[531]</a>.»</p>
-
-<p>Lauzun, facilement réfuté sur ce point, ainsi qu'il s'y
-attendait, avec une apparence de franchise, d'abandon et
-de désintéressement, eut l'air de ne plus envisager cette
-affaire que sous le point de vue du bonheur de la princesse;
-il passait en revue tous les inconvénients qu'entraînait
-pour elle l'exécution d'un pareil projet, et il lui
-conseillait d'y renoncer; il traça surtout de lui-même un
-portrait vrai en partie, mais dans lequel, en exagérant
-quelques-uns de ses défauts, il eut grand soin de les rattacher
-à des goûts opposés à ceux qu'il avait, à une
-manière de vivre toute différente de celle qu'il avait
-embrassée. «Tout ce que j'aurais de bon pour vous, lui
-disait-il, au cas que vous fussiez d'humeur jalouse, serait
-le peu de raison que je vous donnerais de vous chagriner,
-parce que je hais autant les femmes que je les ai aimées
-<span class="pagenum"><a id="Page_275"> 275</a></span>
-autrefois. Cela est si vrai que je ne comprends pas comment
-on est si fou que de s'y amuser<a id="FNanchor_532" href="#Footnote_532" class="fnanchor">&nbsp;[532]</a>.»</p>
-
-<p>Lorsque, après ces longues explications, <span class="small1">Mademoiselle</span>
-croyait avoir tout réfuté, lorsqu'elle croyait pouvoir
-enfin arriver à une conclusion, Lauzun la désespérait encore
-de nouveau en ayant l'air de retomber dans sa première
-incrédulité, et il lui disait: «Croyez-vous que je
-sois assez fou pour considérer tout ceci autrement que
-comme une fiction?»&mdash;Enfin, quand il la vit si bien possédée
-de son fol amour qu'elle ne pouvait penser ni agir
-que par lui, il parut devant elle persuadé que tout cela
-n'était pas une illusion, et il se livra à toute l'ivresse d'une
-joie qui était en partie sincère. Cependant il refusa de faire
-aucune démarche personnelle auprès du roi pour obtenir
-son consentement. Ce fut <span class="small1">Mademoiselle</span> qui les fit toutes,
-mais toujours sous sa direction et par ses conseils.</p>
-
-<p>Elle commença par écrire à Louis XIV une lettre qu'elle
-lui fit remettre par la voie secrète, c'est-à-dire par Bontems,
-son valet de chambre<a id="FNanchor_533" href="#Footnote_533" class="fnanchor">&nbsp;[533]</a>. Elle en reçut une réponse
-qui n'était ni un consentement ni un refus. Le roi lui disait
-qu'il ne voulait la gêner en rien, mais qu'elle devait mûrement
-réfléchir au parti qu'elle allait prendre. Il y a tout
-lieu de croire que Lauzun avait déjà préparé Louis XIV à
-cette affaire par le canal de madame de Montespan, qui
-était alors dans ses intérêts; mais la princesse l'ignorait.</p>
-
-<p>Durant cette négociation secrète, le comte de Saint-Paul,
-devenu prince de Longueville, allait régulièrement
-au Luxembourg faire sa cour à <span class="small1">Mademoiselle</span>. Guilloire
-<span class="pagenum"><a id="Page_276"> 276</a></span>
-s'aperçut de l'accord qui régnait entre elle et Lauzun, et il
-en informa Louvois<a id="FNanchor_534" href="#Footnote_534" class="fnanchor">&nbsp;[534]</a>. Lauzun, qui avait partout des intelligences,
-le sut, et le dit à la princesse. Celle-ci, dans la
-crainte que les ministres ne traversassent ses projets, résolut
-de voir le roi le plus tôt qu'elle pourrait.</p>
-
-<p>Elle l'attendit dans la ruelle de la reine. Nous avons
-déjà dit que Louis XIV revenait toujours passer la nuit
-chez la reine, quelque tard qu'il fût. Ce jour, son jeu se
-prolongea, contre la coutume, jusqu'à deux heures du
-matin; et la reine, qui ne se doutait de rien, se coucha, et
-dit à <span class="small1">Mademoiselle</span> «qu'il fallait qu'elle eût quelque chose
-de bien pressé à dire au roi pour l'attendre si tard.»&mdash;Elle
-dit qu'en effet elle voulait l'entretenir d'une affaire
-très-importante, dont on devait parler le lendemain au
-conseil. Le roi fut fort étonné, en rentrant dans sa chambre
-à coucher, de trouver <span class="small1">Mademoiselle</span> dans la ruelle de
-la reine; et, quoiqu'il fût très-fatigué, il la conduisit entre
-deux portes, pour écouter ce qu'elle avait à lui dire. <span class="small1">Mademoiselle</span>,
-dont le c&oelig;ur battait avec violence, ne put
-d'abord que répéter trois fois le mot, Sire; mais enfin,
-après une pause d'un moment, de sa poitrine profondément
-émue, ses paroles s'échappèrent avec feu, avec volubilité.
-Elle tint au roi un assez long discours, et n'omit
-rien de ce qui pouvait l'engager à lui accorder le consentement
-qu'elle demandait. Le roi lui répondit qu'il portait
-intérêt à Lauzun, et ne voulait pas lui nuire en s'opposant
-à sa fortune; mais qu'il ne voudrait pas lui être utile aux
-dépens du bonheur de sa cousine; qu'en conséquence il
-ne lui défendait pas ce mariage, mais qu'il ne le lui conseillait
-pas; et il la pria instamment d'y songer mûrement
-<span class="pagenum"><a id="Page_277"> 277</a></span>
-avant de rien conclure. «J'ai encore, ajouta-t-il, un autre
-avis à vous donner. Vous devez tenir votre dessein secret
-jusqu'à ce que vous soyez déterminée. Bien des gens s'en
-doutent, et les ministres m'en ont parlé. Prenez là-dessus
-vos mesures<a id="FNanchor_535" href="#Footnote_535" class="fnanchor">&nbsp;[535]</a>.»</p>
-
-<p>Ces paroles, qui furent redites à Lauzun, lui prouvèrent
-qu'il était temps de hâter la conclusion de cette affaire;
-et aussitôt ses amis de Guitry, les ducs de Créqui, de
-Montausier, d'Albret, d'après la prière de la princesse,
-allèrent ensemble vers le roi pour le supplier de permettre
-à sa cousine d'épouser M. de Lauzun; ils adressèrent
-en même temps au roi des actions de grâces pour
-l'honneur qui rejaillirait par ce mariage sur toute la
-noblesse de France. Cette demande, qu'appuyaient encore
-le prince de Marsillac, le duc de Richelieu, le comte
-de Rochefort et d'autres amis de Lauzun<a id="FNanchor_536" href="#Footnote_536" class="fnanchor">&nbsp;[536]</a>, fut faite en
-plein conseil. Louis XIV répondit qu'il ne pouvait s'opposer
-à ce que <span class="small1">Mademoiselle</span> épousât M. de Lauzun,
-puisqu'il avait permis à sa s&oelig;ur de se marier à M. de
-Guise. <span class="small1">Monsieur</span>, qui avait été appelé à ce conseil par
-ordre exprès du roi, se récria sur une telle mésalliance;
-mais Louis XIV persista, et déclara qu'il accordait son
-consentement<a id="FNanchor_537" href="#Footnote_537" class="fnanchor">&nbsp;[537]</a>.</p>
-
-<p>Montausier alla aussitôt en instruire <span class="small1">Mademoiselle</span>, et
-lui dit: «Voilà une affaire faite. Je ne vous conseille pas
-de la laisser traîner en longueur; et, si vous m'en croyez,
-vous vous marierez cette nuit.» Ces paroles s'accordaient
-trop bien avec l'impatience de <span class="small1">Mademoiselle</span> pour n'être
-<span class="pagenum"><a id="Page_278"> 278</a></span>
-pas approuvées par elle: aussi pria-t-elle M. de Montausier
-de persuader à Lauzun de suivre ce conseil. Lauzun, enivré
-de son succès, aspirait à le rendre complet. Certain
-que la volonté de la princesse ne pouvait changer, assuré
-du consentement du roi, Lauzun répugnait à tout ce qui
-pouvait ressembler à un mariage clandestin<a id="FNanchor_538" href="#Footnote_538" class="fnanchor">&nbsp;[538]</a>. Il voulait
-au contraire ne rien négliger de ce qui tendait à augmenter
-l'éclat de la célébration du sien. Il exigea donc que
-<span class="small1">Mademoiselle</span> fît part de ses intentions à la reine. <span class="small1">Mademoiselle</span>
-obéit avec docilité à Lauzun, et toute la cour en
-fut instruite.&mdash;On en était là, et l'on disait que ce mariage
-devait se célébrer au Louvre le dimanche suivant,
-lorsque madame de Sévigné écrivit à son cousin de Coulanges
-cette nouvelle abasourdissante, et lui dit: «Je m'en
-vais vous annoncer la chose la plus surprenante, la plus
-étonnante, etc., etc.... une chose qui se fera dimanche,
-et qui ne sera pas faite lundi.»</p>
-
-<p>Sa prédiction fut vraie; et elle nous prouve combien
-elle était parfaitement bien informée de toutes les clameurs
-qu'occasionnait ce mariage, de toutes les intrigues auxquelles
-il donnait lieu. Les familles de Condé et de Longueville,
-étonnées de se voir déçues dans leurs espérances,
-indignées d'avoir été jouées par Lauzun, soulevèrent toutes
-les résistances. Le grand Condé sortit de sa réserve ordinaire,
-et proféra des menaces contre le favori s'il osait
-épouser <span class="small1">Mademoiselle</span>; la reine, pour manifester ses sentiments
-en cette occasion, se dépouilla de sa timidité et de
-sa douceur naturelles. <span class="small1">Monsieur</span> lui-même, loin de céder
-à son indolence, s'agita avec fureur. Le roi résistait, et
-<span class="pagenum"><a id="Page_279"> 279</a></span>
-pendant ce temps <span class="small1">Mademoiselle</span>, ignorant la tempête
-qui grondait autour d'elle, était dans le ravissement et la
-sécurité la plus profonde. Elle s'occupait uniquement de
-Lauzun, des préparatifs de l'auguste et sainte cérémonie
-qui allait avoir lieu. La lenteur de M. de Boucherat et des
-gens d'affaires lui causait de l'impatience. Comment pouvaient-ils
-trouver tant de difficultés à dresser son contrat
-de mariage, puisqu'elle voulait tout donner à M. de
-Lauzun? Elle grondait Lauzun lui-même de vouloir mettre
-des bornes à sa générosité envers lui; et, dans sa folle
-confiance, elle recevait avec délices les compliments des
-dames de la cour dont Lauzun passait pour avoir eu les
-bonnes grâces. Il semblait qu'avoir été aimées de Lauzun
-comme elle croyait l'être elle-même était pour elle un
-motif de les préférer à d'autres<a id="FNanchor_539" href="#Footnote_539" class="fnanchor">&nbsp;[539]</a>, et qu'en leur témoignant
-son affection elle donnait ainsi la mesure de sa confiance
-en lui.</p>
-
-<p>Il est probable que, quoique assiégé pendant trois jours
-consécutifs par les remontrances de la reine, de son
-frère, de tous les princes de son sang et de quelques
-ambassadeurs de l'étranger, Louis XIV n'eût jamais rétracté
-le consentement qu'il avait donné, si l'on n'était
-parvenu à détacher du parti de Lauzun son plus ferme
-appui, madame de Montespan. A celle-ci on fit entendre
-qu'en contribuant à porter à une si grande élévation un
-favori tellement goûté du roi qu'il balançait le crédit des
-ministres et de tous les princes du sang elle travaillait
-contre elle-même. La hauteur et la fierté de Lauzun révoltaient
-déjà tout le monde: que serait-ce lorsque,
-devenu par alliance le cousin germain de son maître et
-<span class="pagenum"><a id="Page_280"> 280</a></span>
-possesseur d'une immense fortune, il n'aurait plus besoin
-de la protection de la maîtresse en titre ni de celle de personne?
-Si ce mariage s'accomplissait, toute la famille
-royale lui en voudrait mortellement, comme étant celle
-qui avait porté le roi à y consentir; et le roi lui-même
-le lui reprocherait un jour. La princesse de Carignan et
-madame Scarron, dans les conseils de laquelle madame
-de Montespan avait une grande confiance, furent chargées
-de lui développer ces motifs: ils produisirent leur effet, et
-la firent résoudre à se déclarer contre Lauzun<a id="FNanchor_540" href="#Footnote_540" class="fnanchor">&nbsp;[540]</a>. Louis XIV,
-déjà ébranlé par les assauts nombreux qu'on lui avait livrés
-sur cette affaire, ne put résister aux séductions de sa
-maîtresse, et promit enfin d'empêcher ce mariage.</p>
-
-<p>Il lui en coûtait beaucoup de se dédire; mais sa résolution
-était devenue invariable. Il voulut au moins adoucir,
-autant qu'il était en lui, ce qu'avait de pénible et de
-rigoureux cet acte de sa despotique volonté, et la déclarer
-lui-même à <span class="small1">Mademoiselle</span>. Il la fit donc prier de venir
-le trouver. Aux premiers mots que lui dit le roi, elle devina
-le reste. Comment peindre l'excès du désespoir de
-cette malheureuse princesse, ses touchantes prières, ses
-pleurs amers, ses cris douloureux, lorsque, se roulant
-aux pieds du monarque, elle le supplia de révoquer l'arrêt
-qu'il venait de prononcer, ou de lui donner la mort, mille
-fois préférable pour elle à sa séparation d'avec Lauzun?
-Louis XIV, dans l'émotion que lui causa l'abaissement
-d'une princesse autrefois si puissante et si fière, que la
-politique de son ministre avait pensé un instant à lui
-donner pour femme et pour soutien de son trône chancelant,
-<span class="pagenum"><a id="Page_281"> 281</a></span>
-se mit à genoux pour la relever<a id="FNanchor_541" href="#Footnote_541" class="fnanchor">&nbsp;[541]</a>: dans cette posture,
-il la pressa contre sa poitrine, et mêla ses larmes
-aux siennes. Le chagrin qu'il éprouvait de se refuser à
-ses instances fut si grand qu'il s'abandonna jusqu'à lui
-reprocher de ne s'être pas hâtée, et de lui avoir laissé
-le temps de la réflexion. Hélas! ce reproche, si peu
-fondé, ne pouvait qu'augmenter les regrets douloureux
-de la princesse. Elle n'y répondit que par de nouvelles
-supplications. Mais Louis XIV lui déclara qu'il ne pouvait
-plus changer, et la laissa désespérée de n'avoir pu le
-fléchir.</p>
-
-<p>Lauzun se montra d'abord digne de l'honneur qui lui
-était refusé: froid, calme et en apparence insensible à
-ce revers de fortune<a id="FNanchor_542" href="#Footnote_542" class="fnanchor">&nbsp;[542]</a>, il continua comme à l'ordinaire son
-service auprès du roi. Pour le dédommager, Louis XIV
-lui offrit le titre de duc et le bâton de maréchal. Il refusa
-ces grâces, et dit au roi qu'avant de lui faire accepter une
-aussi honorable dignité que celle de maréchal de France
-il le priait de vouloir bien attendre qu'il l'eût méritée par
-ses services<a id="FNanchor_543" href="#Footnote_543" class="fnanchor">&nbsp;[543]</a>. Lauzun ne se soutint pas à cette hauteur:
-c'est que ses refus étaient ceux d'un favori qui veut bouder
-son maître et le punir d'avoir manqué à sa parole, et
-non ceux d'un légitime orgueil et d'une noble fierté. Mais
-il poussa si loin l'audace que, dans sa colère contre
-madame de Montespan, dont il avait surpris les secrets,
-<span class="pagenum"><a id="Page_282"> 282</a></span>
-il voulut la compromettre avec le roi<a id="FNanchor_544" href="#Footnote_544" class="fnanchor">&nbsp;[544]</a>, et s'attira ainsi
-une disgrâce éclatante. Abandonné par le roi à l'inimitié
-de Louvois, il finit par subir une rigoureuse détention<a id="FNanchor_545" href="#Footnote_545" class="fnanchor">&nbsp;[545]</a>.
-C'est alors que le jeune duc de Longueville fut de nouveau
-offert pour époux à <span class="small1">Mademoiselle</span>; elle le refusa. Son
-amour survécut à la disgrâce et à l'absence. Depuis que
-Lauzun était malheureux, la princesse l'aimait encore avec
-plus de tendresse<a id="FNanchor_546" href="#Footnote_546" class="fnanchor">&nbsp;[546]</a>.</p>
-
-<p>Après plusieurs années de démarches sans nombre, de
-sollicitations humiliantes et le sacrifice d'une partie de
-sa fortune, elle obtint enfin du roi de faire cesser la captivité
-de Lauzun, et probablement aussi la permission de
-contracter avec lui un mariage secret<a id="FNanchor_547" href="#Footnote_547" class="fnanchor">&nbsp;[547]</a>. La liberté qu'il
-lui devait, les dons qu'elle lui fit, les preuves multipliées
-de son long et touchant attachement ne purent la garantir
-de son ingratitude et de ses indignes procédés. Moins
-oppressée par sa passion, elle retrouva encore assez d'énergie
-et de fierté natives pour se séparer de lui et le bannir
-pour toujours de sa présence. Elle ne fit pas la moindre
-mention de lui dans son testament. Lauzun vécut jusqu'à
-l'âge de quatre-vingt-quatorze ans, et vers la fin de sa
-<span class="pagenum"><a id="Page_283"> 283</a></span>
-carrière il obtint par ses services de nouveaux grades et
-de nouveaux honneurs<a id="FNanchor_548" href="#Footnote_548" class="fnanchor">&nbsp;[548]</a>, mais jamais il ne put reconquérir
-la faveur du roi. <span class="small1">Mademoiselle</span>, depuis son fatal
-amour, n'eut plus à la cour cette haute influence qu'elle y
-avait exercée si longtemps. Sa personne avait cessé d'inspirer
-cette estime et ces éclatants respects qui l'avaient
-entourée jusque-là.</p>
-
-<p>Madame de Sévigné la vit avant et après la catastrophe
-de son mariage projeté<a id="FNanchor_549" href="#Footnote_549" class="fnanchor">&nbsp;[549]</a>. Elle s'entretint longtemps seule
-avec elle, et fut alternativement le témoin de l'ivresse de sa
-joie et de l'excès de sa douleur. Plusieurs fois le spectacle
-de ses tourments et des angoisses de son c&oelig;ur lui arracha
-des larmes. Elle décrit très-bien l'état de l'âme de cette
-princesse dans ces deux instants si opposés<a id="FNanchor_550" href="#Footnote_550" class="fnanchor">&nbsp;[550]</a>. «C'est, dit-elle
-en écrivant à son cousin de Coulanges, le sujet d'une
-tragédie dans toutes les règles; jamais il ne s'est vu de si
-grands changements en si peu de temps; jamais vous
-n'avez vu une émotion aussi générale.»</p>
-
-<p>Cette affaire fit tellement de bruit dans toute l'Europe
-que Louis XIV crut devoir écrire aux ambassadeurs qu'il
-avait dans l'étranger une circulaire dans laquelle il expliquait
-les raisons qu'il avait eues de permettre et ensuite
-de défendre le mariage de <span class="small1">Mademoiselle</span> et de Lauzun;
-<span class="pagenum"><a id="Page_284"> 284</a></span>
-il engagea ses agents diplomatiques à communiquer secrètement
-cette dépêche aux différentes cours près desquelles
-ils se trouvaient placés<a id="FNanchor_551" href="#Footnote_551" class="fnanchor">&nbsp;[551]</a>.</p>
-
-<p>Nous avons suffisamment entretenu nos lecteurs des
-personnages que voyait madame de Sévigné et dont elle
-nous parle dans les lettres qu'elle a écrites, à dater de
-l'époque dont nous traitons. Il est temps de revenir aux
-particularités qui, dans ces mêmes lettres, la concernent
-personnellement.</p>
-
-<div class="chapter">
-<p><span class="pagenum"><a id="Page_285"> 285</a></span></p>
-<h2 class="normal">CHAPITRE XV.<br />
-<span class="medium">1669-1671</span>.</h2>
-</div>
-
-<p class="hanging indent">Madame de Sévigné passe à Livry l'automne de l'année 1669 avec sa
-fille, son gendre et sa famille.&mdash;Long souvenir qu'elle conserve de
-cette heureuse époque de sa vie.&mdash;Son bonheur est troublé par un
-événement.&mdash;Le chevalier de Grignan tombe de cheval.&mdash;Madame
-de Grignan s'évanouit, et fait une fausse couche.&mdash;Propos malins de
-la comtesse de Marans à ce sujet.&mdash;Bussy paraît en avoir eu connaissance.&mdash;Ces
-propos peuvent être relatifs à l'inclination présumée
-du roi pour madame de Grignan.&mdash;Saint-Pavin, goutteux, fait
-encore des vers pour madame de Sévigné.&mdash;Il meurt.&mdash;Son épitaphe
-est composée par Fieubet.&mdash;Le comte de Grignan est nommé
-lieutenant général de Provence.&mdash;Il part.&mdash;Une correspondance
-s'engage entre lui et madame de Sévigné, et entre elle et son cousin
-de Coulanges, avec toute la famille de l'intendant de Lyon et avec
-madame de Coulanges.&mdash;Madame de Sévigné, par ses lettres, cherche
-à capter la confiance et l'amitié de son gendre.&mdash;Elle lui recommande
-un gentilhomme condamné aux galères.&mdash;Détails sur
-ce gentilhomme.&mdash;Nouvelles diverses données par madame de Sévigné
-au comte de Grignan.&mdash;Mot de la duchesse de Saint-Simon.&mdash;Son
-caractère.&mdash;Le duc de Noirmoutier devient aveugle.&mdash;Détails
-sur lui et sur son père.&mdash;Hiver rigoureux.&mdash;Décès causés
-par la petite vérole.&mdash;Mariage de mademoiselle de Thianges et du
-duc de Nevers.&mdash;Guillaume VII, prince de Hesse, meurt sans avoir
-été saigné.&mdash;Discussion des médecins sur l'efficacité de la saignée.&mdash;Intrigue
-du comte de Saint-Paul et de la duchesse de la Ferté.&mdash;Pari
-et course au bois de Boulogne du grand écuyer et du maréchal
-de Bellefonds.&mdash;Le comte de Grignan musicien.&mdash;Madame
-de Sévigné lui promet des motets.&mdash;Nicole publie un traité;&mdash;La
-Fontaine, un recueil de ses Contes.&mdash;Bourdaloue prêche aux Tuileries.&mdash;Madame
-de Sévigné fait l'éloge de tous ces talents.</p>
-
-<p class="space">La sensibilité, ce mobile de nos peines et de nos jouissances,
-grave dans notre mémoire nos moments de joie et
-<span class="pagenum"><a id="Page_286"> 286</a></span>
-nos jours de tristesse. C'est cette faculté de l'âme qui
-nous fait vivre dans le passé autant que dans le présent;
-plus elle prédomine, plus elle nous retrace vivement ces
-heures si promptement écoulées, où les objets de nos
-intimes affections se trouvaient réunis autour de nous;
-où, au milieu d'une société d'amis, nous étions avec eux
-en communauté de plaisirs, de sentiments et d'idées. Il
-est dans notre nature, dans cet instinct de bonheur dont
-la Providence nous a pourvus de chercher à nous rappeler
-de préférence les époques de nos plus grandes félicités.
-C'est par cette raison que les souvenirs de l'automne
-de l'année 1669 viennent si souvent se placer sous la plume
-de madame de Sévigné. Bosquets de Livry, qui aviez été
-si longtemps témoins des jeux enfantins, des ris folâtres
-et de la pétulante gaieté de Marie de Rabutin, vous la
-vîtes alors, parée d'un autre nom, belle de sa maternité,
-se promener avec plus de calme sous vos ombrages; heureuse
-par les soins pieux qu'elle prodiguait à son tuteur,
-par la tendresse d'un fils, par le bonheur d'une fille, objets
-de ses prédilections; par les attentions d'un gendre
-qui satisfaisait son orgueil et donnait plus de force à ses
-espérances! Ce gendre, le chevalier de Grignan, son frère,
-madame de Charmes, femme d'un président du parlement
-d'Aix, qui avait été ami intime de Fouquet<a id="FNanchor_552" href="#Footnote_552" class="fnanchor">&nbsp;[552]</a>, vinrent
-alors passer quelque temps avec madame de Sévigné,
-et contribuèrent, avec la société aimable et brillante
-qui lui venait de Paris et des environs, à varier son existence
-et à faire de Livry un séjour de fêtes et de jouissances
-continuelles.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a id="Page_287"> 287</a></span>
-Il faut d'autant moins s'étonner que madame de Sévigné
-se rappelle, après l'intervalle de plusieurs années, les
-jours passés à Livry au milieu de toute sa famille qu'elle
-était alors dans la force de l'âge et de la santé, dans
-la plus riante campagne, dans la plus agréable saison de
-l'année, et que ce temps d'un bonheur si complet fut aussitôt
-suivi de celui qui la sépara d'avec sa fille; séparation
-cruelle et cause incessante des douleurs de toute sa vie!</p>
-
-<p>Il était encore un autre motif qui ne permettait pas à
-madame de Sévigné d'oublier cette époque de son séjour
-à Livry, qu'elle prolongea jusqu'à la chute des feuilles,
-c'est qu'au souvenir des doux moments qu'elle y avait passés
-se mêlait celui d'un événement triste en lui-même, et
-qui la menaça du plus grand malheur qui pût lui arriver.</p>
-
-<p>Le 4 novembre 1669<a id="FNanchor_553" href="#Footnote_553" class="fnanchor">&nbsp;[553]</a>, le chevalier de Grignan, montant
-un cheval fougueux, fut violemment jeté à terre en présence
-de sa belle-s&oelig;ur, alors enceinte. Madame de Grignan s'évanouit,
-et fit une fausse couche. Il est facile de comprendre
-quelles furent alors les inquiétudes de madame de Sévigné.
-Elle en parle dans un grand nombre de lettres;
-mais ses tourments, et les souffrances de madame de Grignan,
-et les regrets de son gendre ne furent pas les seuls
-résultats fâcheux de cet accident; il y en eut un plus durable
-dans ses effets, que ces mêmes lettres et les lettres
-de Bussy nous font connaître<a id="FNanchor_554" href="#Footnote_554" class="fnanchor">&nbsp;[554]</a>.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a id="Page_288"> 288</a></span>
-Le chevalier de Grignan avait une belle figure; il était
-plus jeune, plus sémillant, plus aimable que le comte de
-Grignan, son frère, laid de visage, ainsi que nous l'avons
-dit. La familiarité qui s'était établie entre le beau-frère et la
-belle-s&oelig;ur n'avait rien qui ne fut irréprochable: toujours
-en présence d'une mère et d'un époux, ils pouvaient tous
-deux se livrer aux accès de leur gaieté avec la liberté
-que permet le séjour à la campagne et dont leur jeune âge
-leur faisait un besoin. Mais la vive émotion qu'éprouva
-madame de Grignan lors de l'accident arrivé au chevalier
-et surtout la fausse couche qui en fut la suite donnèrent
-lieu à la malignité de s'exercer sur le compte de tous deux.
-J'ai rapporté ailleurs la parodie de la fable de la Fontaine,
-que l'on fit peu après sur ce sujet<a id="FNanchor_555" href="#Footnote_555" class="fnanchor">&nbsp;[555]</a>. Les recueils de vers
-manuscrits de ce temps renferment plusieurs autres pièces
-qui prouvent que madame de Grignan fut en butte à ces
-satires grossières des chansonniers et des vaudevillistes,
-auxquelles la célébrité, la puissance, les richesses et la
-beauté ne pouvaient alors échapper. Leurs auteurs s'étaient
-accordés à donner au comte de Grignan le surnom
-de <i>Matou</i>, à cause de sa mine ébouriffée; et, aussitôt
-après son mariage avec mademoiselle de Sévigné, on fit
-sur lui et sur sa femme le couplet suivant:</p>
-
-<div class="poetry"><div class="stanza">
-<p>Belle Grignan, vous avez de l'esprit</p>
-<p>D'avoir choisi votre beau-frère;</p>
-<p>Il vous fera l'amour sans bruit,</p>
-<p>Et saura cacher le mystère.</p>
-<div><span class="pagenum"><a id="Page_289"> 289</a></span></div>
-<p>&mdash;Matou! n'en soyez pas jaloux;</p>
-<p>Il est Grignan tout comme vous<a id="FNanchor_556" href="#Footnote_556" class="fnanchor">&nbsp;[556]</a>.</p>
-</div></div>
-
-<p>La comtesse de Marans, en accréditant par ses discours
-les bruits qui couraient sur madame de Grignan et sur son
-beau-frère, s'attira l'inimitié de madame de Sévigné ainsi
-que de rudes reproches de la part du duc de la Rochefoucauld
-et des nombreux amis de notre aimable veuve<a id="FNanchor_557" href="#Footnote_557" class="fnanchor">&nbsp;[557]</a>.</p>
-
-<p>Il y a lieu de croire que les insinuations de madame de
-Marans parvinrent aux oreilles de Bussy; et c'est à elles
-qu'il fait allusion dans ses lettres du 25 juin et du 10 juillet
-1670<a id="FNanchor_558" href="#Footnote_558" class="fnanchor">&nbsp;[558]</a>; à moins qu'on ne pense que le bruit qui courait
-de l'inclination du roi pour mademoiselle de Sévigné ne
-se soit accrédité, et même n'ait pris plus de consistance
-depuis qu'elle était mariée. Alors ce serait là l'objet véritable
-des discours indiscrets et malveillants de madame de
-Marans et de quelques personnages de la cour sur la mère
-et sur la fille. Ce qui est certain, c'est que madame de Grignan
-craignit de fixer sur elle l'attention du monarque.
-Lorsqu'elle parut à la cour avec son mari, dont la laideur
-faisait un si grand contraste avec sa beauté, non-seulement
-elle s'abstint de toute recherche de toilette, mais
-<span class="pagenum"><a id="Page_290"> 290</a></span>
-elle osa choquer la despotique volonté de la mode en
-dérobant aux regards, par un vêtement peu gracieux, de
-séducteurs attraits, que les jeunes femmes de son âge
-étaient tenues de montrer. C'est à quoi madame de Sévigné
-fait allusion dans une de ses lettres, où elle témoigne
-à sa fille la satisfaction qu'elle éprouve des soins qu'elle se
-donne pour être plus élégamment vêtue: «Vous souvient-il,
-lui dit-elle, combien nous avons été fatiguées avec ce
-méchant manteau noir? Cette négligence était d'une honnête
-femme, M. de Grignan vous en peut remercier; mais
-elle était bien ennuyeuse pour les spectateurs<a id="FNanchor_559" href="#Footnote_559" class="fnanchor">&nbsp;[559]</a>.»</p>
-
-<p>Quoi qu'il en soit, les torts de madame de Marans ont
-dû être graves. Madame de Sévigné ne la désigne le plus
-souvent que par le surnom de la sorcière <i>Mellusine</i>; et
-elle manifeste à son égard un ressentiment et une aigreur
-qui n'étaient pas dans son caractère, naturellement doux
-et indulgent. Cette comtesse de Marans avait ses raisons
-pour discréditer les femmes dont la conduite était régulière.
-Elle était fort galante et publiquement connue pour
-être la maîtresse de monsieur le Duc, fils du grand Condé;
-elle en eut une fille qui porta le nom de Guenani, anagramme
-<span class="pagenum"><a id="Page_291"> 291</a></span>
-de celui d'Anguien. Cette fille fut légitimée, et
-épousa depuis le marquis de Lassay, dont on a des Mémoires<a id="FNanchor_560" href="#Footnote_560" class="fnanchor">&nbsp;[560]</a>.</p>
-
-<p>Pendant le séjour que madame de Sévigné fit à Livry
-durant cet automne, elle revit Saint-Pavin. Il était affaissé
-par l'âge et les souffrances de la goutte<a id="FNanchor_561" href="#Footnote_561" class="fnanchor">&nbsp;[561]</a>, et cependant
-il faisait encore des vers tendres et galants. Le retour
-de madame de Sévigné à Paris, à la fin de la saison,
-lui épargna la douleur de voir mourir ce bon et aimable
-épicurien, dont la société avait égayé sa jeunesse<a id="FNanchor_562" href="#Footnote_562" class="fnanchor">&nbsp;[562]</a> et
-dont les poésies avaient contribué à lui donner le goût du
-style naturel et gracieux<a id="FNanchor_563" href="#Footnote_563" class="fnanchor">&nbsp;[563]</a>. Saint-Pavin eut une attaque
-d'apoplexie le 1<sup>er</sup> mars de l'année 1670<a id="FNanchor_564" href="#Footnote_564" class="fnanchor">&nbsp;[564]</a>; il mourut le
-8 avril suivant. Sa destinée fut singulière. Boileau, qui fit
-un poëme contre les gens d'Église, le taxa d'incrédulité, et
-dirigea contre lui ses traits satiriques. Fieubet<a id="FNanchor_565" href="#Footnote_565" class="fnanchor">&nbsp;[565]</a>, si connu
-par sa pieuse austérité, fit pour lui cette épitaphe:</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a id="Page_292"> 292</a></span></p>
-<div class="poetry"><div class="stanza">
-<p>Sous ce tombeau gît Saint-Pavin:</p>
-<p>Donne des larmes à sa fin.</p>
-<p>Tu fus de ses amis peut-être?</p>
-<p>Pleure ton sort avec le sien.</p>
-<p>Tu n'en fus pas? pleure le tien,</p>
-<p><i>Passant</i>, d'avoir manqué d'en être.</p>
-</div></div>
-
-<p>A peine madame de Sévigné eut-elle quitté le séjour de
-Livry qu'elle apprit qu'un grand et douloureux changement
-se préparait dans son existence. Le comte de Grignan,
-son gendre, fut nommé, par lettres patentes du
-29 novembre 1669, lieutenant général en Provence<a id="FNanchor_566" href="#Footnote_566" class="fnanchor">&nbsp;[566]</a>.
-Louis-Joseph, duc de Vendôme et de Penthièvre, qui
-avait été adjoint à son père le 24 avril 1658 et lui avait
-succédé comme gouverneur de la province, n'y résidait
-jamais<a id="FNanchor_567" href="#Footnote_567" class="fnanchor">&nbsp;[567]</a>. M. de Grignan y était donc envoyé pour y commander
-en chef. Cette haute faveur aurait dû être pour
-madame de Sévigné un sujet de satisfaction, puisqu'elle
-assurait à sa fille un rang et une position dignes d'être
-enviés; mais elle lui imposait un sacrifice trop grand et
-trop pénible pour n'être pas plus affligée que réjouie de
-cette nomination. Sa fille, qui ne l'avait jamais quittée,
-devait bientôt se séparer d'elle et s'éloigner pour aller résider
-à l'extrémité de la France. Elle ne pouvait prévoir
-la durée de cette absence, et il lui était même interdit de
-souhaiter de la voir cesser, puisque cela ne pouvait avoir
-lieu que par la disgrâce de M. de Grignan et la privation
-de sa charge. Mais il semble que la Providence voulait
-ménager la sensibilité de cette tendre mère et l'accoutumer
-par degrés au coup qu'elle lui portait. Sa fille se
-<span class="pagenum"><a id="Page_293"> 293</a></span>
-trouvait enceinte, et il ne parut pas prudent à son mari
-de lui faire entreprendre dans cet état un long voyage,
-à la suite de la fausse couche qu'elle avait faite. Il la
-confia donc aux soins de sa mère, et il partit seul pour la
-Provence vers la fin d'avril 1670<a id="FNanchor_568" href="#Footnote_568" class="fnanchor">&nbsp;[568]</a>.</p>
-
-<p>Alors s'engagea entre madame de Sévigné et le comte
-de Grignan une correspondance dont il ne nous reste
-qu'une portion; mais, dans les fragments interrompus
-de ce commerce épistolaire, que d'esprit, que de raison,
-que de prévoyance et de tendresse maternelles! Comme
-madame de Sévigné s'insinue avec adresse dans la confiance
-de son gendre! Sa plus grande crainte est de paraître
-conserver un reste d'autorité et d'influence sur cette fille
-chérie, et qu'on puisse croire que ce n'est pas entièrement
-qu'elle l'a concédée à M. de Grignan. Aussi voyez comme
-elle doute naturellement de ce qu'elle sait le mieux<a id="FNanchor_569" href="#Footnote_569" class="fnanchor">&nbsp;[569]</a>!
-comme elle s'efface et disparaît derrière sa fille! comme
-elle revient toujours et comme sans dessein aux éloges
-que l'on en fait! avec quelle apparence de vérité elle se
-dépite de ce que madame de Grignan néglige les devoirs
-du monde pour écrire à son mari; de ce qu'elle ne pense
-qu'à lui et se montre jalouse des lettres que sa mère en
-reçoit! «Mais elle a beau faire, dit madame de Sévigné,
-je la défie d'empêcher notre amitié<a id="FNanchor_570" href="#Footnote_570" class="fnanchor">&nbsp;[570]</a>.» Que de variété, de
-gaieté dans cet entretien épistolaire!</p>
-
-<p>Remarquons que madame de Sévigné a bien soin de
-faire écrire dans ses lettres son cousin de Coulanges,
-moins suspect qu'elle de partialité, afin qu'il fasse l'éloge
-<span class="pagenum"><a id="Page_294"> 294</a></span>
-de madame de Grignan. Elle ne manque pas non plus d'informer
-le comte de Grignan de tout ce qui pouvait l'intéresser;
-et comme elle connaît sa paresse pour écrire, elle
-ne cesse de lui répéter qu'elle ne veut pas de réponse
-de lui. «Je vous défends de m'écrire, dit-elle; mais je
-vous conjure de m'aimer<a id="FNanchor_571" href="#Footnote_571" class="fnanchor">&nbsp;[571]</a>.» Tout ce qui reste de loisirs à
-M. de Grignan, après la grande affaire dont il est chargé,
-il faut qu'il l'emploie à répondre à sa femme. Dans les
-affaires sérieuses, que de sagesse, que de prudence! Ces
-lettres nous dévoilent quel admirable plan de conduite
-madame de Sévigné trace à son gendre. Comme elle a
-soin de lui rappeler les devoirs dont il doit s'acquitter
-envers les personnes qu'il a laissées à Paris, que ses nouvelles
-dignités et ses nouvelles fonctions pourraient lui
-faire oublier! Combien elle craint qu'il ne se fasse des
-ennemis, et comme elle cherche toutes les occasions de
-lui procurer de nouveaux protecteurs et de nouveaux
-amis!</p>
-
-<p>Mais, toutefois, ce surcroît d'occupations ne lui fait pas
-oublier ses anciens amis à elle. Pour servir ceux que les
-rigueurs du roi avaient atteints, elle ne néglige pas de se
-servir du crédit de son gendre.</p>
-
-<p>Fouquet était, par les ordres de Louvois, détenu à Pignerol
-dans la plus dure captivité. Personne ne pouvait
-communiquer avec lui; on lui avait interdit tous les
-moyens de donner de ses nouvelles: il fut réduit, pour
-écrire, à se servir, au lieu de plume, d'os de chapon; au
-lieu d'encre, de suie mêlée avec du vin; et cette ressource
-lui fut encore enlevée. Mais auparavant une lettre de lui,
-péniblement tracée par ce moyen, avait été transmise à sa
-<span class="pagenum"><a id="Page_295"> 295</a></span>
-femme<a id="FNanchor_572" href="#Footnote_572" class="fnanchor">&nbsp;[572]</a> par un gentilhomme nommé Valcroissant, autrefois
-attaché au service du surintendant et qui avait
-conservé pour lui un vif sentiment de reconnaissance.
-Pour ce seul fait, Valcroissant fut condamné à cinq ans
-de galères. Ce jugement eût été exécuté dans toute sa
-rigueur si madame de Sévigné n'avait pas écrit à son
-gendre en faveur de ce gentilhomme, «un des plus honnêtes
-garçons qu'on puisse voir, dit-elle, et propre aux
-galères comme de prendre la lune avec les dents.» Madame
-de Scudéry avait aussi adressé une lettre dans le
-même but à M. de Vivonne, général des galères<a id="FNanchor_573" href="#Footnote_573" class="fnanchor">&nbsp;[573]</a>. Par
-l'intervention et les démarches de ces deux généreuses
-femmes, l'arrêt fut commué; et Valcroissant, trois mois
-après sa condamnation, put se promener en liberté dans
-la ville de Marseille<a id="FNanchor_574" href="#Footnote_574" class="fnanchor">&nbsp;[574]</a>.</p>
-
-<p>Pendant sa détention, son frère, sur la demande de
-madame de Sévigné, avait obtenu un canonicat de M. de
-Grignan. Dix-huit ans après, ce même Valcroissant, estimé
-de tous comme un des meilleurs officiers de l'armée,
-remplissait les fonctions d'inspecteur dont Louvois l'avait
-chargé; il eut alors occasion d'être utile au jeune marquis
-de Grignan, petit-fils de madame de Sévigné. Dans son rapport,
-Valcroissant rendit au ministre un compte favorable
-<span class="pagenum"><a id="Page_296"> 296</a></span>
-de la conduite et des heureuses dispositions de ce jeune
-homme, et prépara ainsi son avancement. Ce fut là un
-vrai bonheur pour Valcroissant; car si l'on est satisfait
-de pouvoir conférer un bienfait, on éprouve des émotions
-plus douces encore en acquittant ainsi la dette de la reconnaissance<a id="FNanchor_575" href="#Footnote_575" class="fnanchor">&nbsp;[575]</a>.</p>
-
-<p>Pour ce qui concerne les commencements du séjour de
-M. de Grignan en Provence, nous devons regretter de
-n'avoir pas la correspondance qui alors s'engagea entre
-M. Dugué-Bagnols, intendant de Lyon, madame Dugué-Bagnols,
-sa femme, madame de Coulanges, leur fille
-aînée, d'une part; et madame de Sévigné et son cousin
-de Coulanges, de l'autre. Coulanges, séparé de sa femme,
-se trouvait alors à Paris avec madame de Sévigné. M. de
-Grignan se louait beaucoup de ses rapports avec l'intendant
-de Lyon et des politesses de sa femme. Toute la
-famille Dugué-Bagnols et surtout madame de Coulanges,
-si intimement liée avec madame de Sévigné, s'empressaient
-d'écrire, soit à elle, soit à son cousin, tous les détails
-qu'ils pouvaient recueillir sur le nouveau lieutenant
-général de Provence et sur les actes de son administration;
-et même mademoiselle Dugué-Bagnols<a id="FNanchor_576" href="#Footnote_576" class="fnanchor">&nbsp;[576]</a> (trop éprise
-après son mariage du jeune baron de Sévigné), en écrivant
-à son beau-frère de Coulanges, s'entretenait aussi
-de ce qui concernait le comte de Grignan. De son côté,
-madame de Sévigné écrit à M. de Grignan qu'elle ne lui
-<span class="pagenum"><a id="Page_297"> 297</a></span>
-donne aucune nouvelle, parce que ce serait aller sur les
-droits de sa fille<a id="FNanchor_577" href="#Footnote_577" class="fnanchor">&nbsp;[577]</a>. Par là elle entend les nouvelles publiques;
-car il paraît bien, d'après ses lettres, qu'elle se réservait
-toutes les nouvelles particulières qui pouvaient
-intéresser son gendre. C'est elle qui lui transmet les compliments
-de M. de la Rochefoucauld, du fils de celui-ci,
-le prince de Marsillac, de madame de la Fayette, et ceux
-aussi du comte de Brancas, qui est fort content de lui et
-qui espère qu'il saura mettre à profit le service qu'il lui a
-rendu en lui donnant une si jolie femme. Elle n'oublie
-ni la marquise de la Trousse, sa tante<a id="FNanchor_578" href="#Footnote_578" class="fnanchor">&nbsp;[578]</a>, ni le <i>bon abbé</i><a id="FNanchor_579" href="#Footnote_579" class="fnanchor">&nbsp;[579]</a>,
-qui aime madame de Grignan de tout c&oelig;ur. «Et ce n'est
-pas peu, ajoute madame de Sévigné; car si elle n'était
-pas bien raisonnable, il la haïrait de tout son c&oelig;ur.»</p>
-
-<p>C'est madame de Sévigné qui donne au comte de
-Grignan tous les détails sur la maladie qui conduisit au
-tombeau l'aimable duchesse de Saint-Simon, leur amie
-commune. Elle fut atteinte de la petite vérole, et succomba
-le 2 décembre 1670. C'était la première femme
-de Claude de Saint-Simon, père de l'auteur des Mémoires,
-et la fille cadette de M. de Portes, du nom de Budos. Son
-beau-fils, le duc de Saint-Simon, nous apprend qu'elle
-était belle, d'une amabilité et d'une douceur qui la faisaient
-aimer de tout le monde<a id="FNanchor_580" href="#Footnote_580" class="fnanchor">&nbsp;[580]</a>. Dans sa jeunesse, elle
-était, comme madame de Sévigné, une des célébrités de
-l'hôtel de Rambouillet; et le grand <i>Dictionnaire des</i>
-<span class="pagenum"><a id="Page_298"> 298</a></span>
-<i>Précieuses</i> a tracé d'elle, sous le nom de <i>Sinésis</i>, un
-portrait qui ressemble à celui qu'a donné Saint-Simon<a id="FNanchor_581" href="#Footnote_581" class="fnanchor">&nbsp;[581]</a>;
-seulement l'auteur du <i>Dictionnaire</i> ajoute qu'elle était
-plus sérieuse qu'enjouée. Enlevée à la fleur de l'âge, elle
-fut vivement regrettée: madame de Sévigné, qui se montre
-très-affligée de sa perte<a id="FNanchor_582" href="#Footnote_582" class="fnanchor">&nbsp;[582]</a>, recommande à ce sujet à son
-gendre d'écrire une lettre de condoléance à la duchesse
-de Brissac, femme d'un caractère tout différent de celui
-de sa mère et mieux connue par les Lettres de madame
-de Sévigné que par les Mémoires de son frère<a id="FNanchor_583" href="#Footnote_583" class="fnanchor">&nbsp;[583]</a>.</p>
-
-<p>L'hiver de cette année 1670 fut remarquable par la
-rigueur du froid<a id="FNanchor_584" href="#Footnote_584" class="fnanchor">&nbsp;[584]</a> et par la grande mortalité qu'éprouva
-la population. Ce même fléau de la petite vérole, qui avait
-été funeste à la duchesse de Saint-Simon, menaçait de
-cécité le jeune duc de Noirmoutier; et une imprudence
-le rendit complétement aveugle<a id="FNanchor_585" href="#Footnote_585" class="fnanchor">&nbsp;[585]</a>. Madame de Sévigné le
-nomme familièrement le petit de Noirmoutier, parce qu'il
-n'avait pas encore vingt ans<a id="FNanchor_586" href="#Footnote_586" class="fnanchor">&nbsp;[586]</a>; c'était le fils de Louis de
-<span class="pagenum"><a id="Page_299"> 299</a></span>
-la Trémouille, duc de Noirmoutier, si actif pendant la
-Fronde<a id="FNanchor_587" href="#Footnote_587" class="fnanchor">&nbsp;[587]</a>, si assidu auprès de madame de Sévigné pendant
-sa belle jeunesse. Elle sut conserver comme ami
-celui qui avait voulu être son amant. Elle l'avait perdu
-depuis quatre ans, et son fils<a id="FNanchor_588" href="#Footnote_588" class="fnanchor">&nbsp;[588]</a> avait succédé à l'affection
-qu'elle portait au père: voilà pourquoi elle informe si
-exactement M. de Grignan des progrès du mal qui affligeait
-ce jeune homme. Elle lui parle aussi de M. de Foix
-(Charles-Henri de Foix, abbé de Saint-Rebais), que la
-petite vérole a de même mis à l'extrémité, et d'un jeune
-fils du landgrave de Hesse (Guillaume VII), qui mourut
-de la fièvre continue, parce que, suivant madame de Sévigné,
-sa mère lui avait recommandé, en partant, de ne
-point se faire saigner à Paris. «Il ne s'est point fait saigner,
-il est mort.» Alors s'agitait avec chaleur, entre les
-médecins, la grande question, qui dure encore, sur l'efficacité
-ou le danger de la saignée pour la cure de certaines
-maladies<a id="FNanchor_589" href="#Footnote_589" class="fnanchor">&nbsp;[589]</a>.</p>
-
-<p>Madame de Sévigné se garde bien de s'appesantir sur
-ces tristes détails; les mêmes lettres qui les contiennent
-renferment aussi les nouvelles qui pouvaient distraire
-M. de Grignan de ce qu'ils avaient d'affligeant. Tantôt
-c'est le mariage de M. de Nevers avec mademoiselle de
-Thianges; puis l'intrigue du comte de Saint-Paul avec la
-<span class="pagenum"><a id="Page_300"> 300</a></span>
-maréchale de la Ferté<a id="FNanchor_590" href="#Footnote_590" class="fnanchor">&nbsp;[590]</a>; ensuite le pari de trois mille pistoles
-entre M. le Grand (Louis de Lorraine, comte d'Armagnac,
-grand écuyer) et le maréchal de Bellefonds, pour
-une course qu'ils devaient faire au bois de Boulogne le
-lundi suivant (1<sup>er</sup> décembre), sur des chevaux «vites
-comme des éclairs<a id="FNanchor_591" href="#Footnote_591" class="fnanchor">&nbsp;[591]</a>.» Quelquefois elle l'entretient des
-<i>motets</i> qu'elle avait promis<a id="FNanchor_592" href="#Footnote_592" class="fnanchor">&nbsp;[592]</a>, ce qui nous fait supposer
-que le comte de Grignan était musicien; supposition dont
-la vérité se trouve confirmée par la recommandation
-qu'elle lui fait de ne pas négliger sa voix. Les lectures enjouées,
-comme les lectures sérieuses, plaisaient au comte
-de Grignan; et son goût en cela était conforme à celui de
-madame de Sévigné, qui, dans la correspondance de cette
-année, fait plusieurs heureuses allusions aux <i>Contes</i> de
-la Fontaine, dont un nouveau recueil complet venait de
-paraître avec privilége du roi<a id="FNanchor_593" href="#Footnote_593" class="fnanchor">&nbsp;[593]</a>. En même temps elle annonce
-à son gendre qu'elle lui enverra un traité de Nicole.
-«C'est d'une extrême beauté, dit-elle; le livre est
-de l'ami intime de Pascal: il ne vient rien de là que de
-très-parfait; lisez-le avec attention. Voilà aussi de très-beaux
-airs, en attendant les motets<a id="FNanchor_594" href="#Footnote_594" class="fnanchor">&nbsp;[594]</a>.»&mdash;Et peu après
-<span class="pagenum"><a id="Page_301"> 301</a></span>
-elle lui exprime le plaisir que lui ont fait les sermons du
-P. Bourdaloue, prêchés devant la cour aux Tuileries;
-ils lui paraissent infiniment au-dessus de tout ce qu'elle
-a entendu en ce genre<a id="FNanchor_595" href="#Footnote_595" class="fnanchor">&nbsp;[595]</a>. Qu'on fût janséniste ou jésuite,
-dévot ou indévot, on était certain de plaire à madame de
-Sévigné avec de l'esprit et du talent.</p>
-
-<div class="chapter">
-<p><span class="pagenum"><a id="Page_302"> 302</a></span></p>
-<h2 class="normal">CHAPITRE XVI<br />
-<span class="medium">1670-1671.</span></h2>
-</div>
-
-<p class="hanging indent">Continuation de la correspondance de madame de Sévigné avec le
-comte de Grignan.&mdash;Quand elle lui parle d'affaires sérieuses, elle
-les traite à fond et lui donne d'excellents conseils.&mdash;Digression sur
-les affaires de Provence lorsque M. de Grignan fut nommé lieutenant
-général.&mdash;Droits des états remplacés par une commission du
-parlement.&mdash;Le roi enlève au parlement le droit de gouverner en
-l'absence du gouverneur et de son lieutenant.&mdash;Le baron d'Oppède,
-président du parlement, est nommé d'office pour remplir les fonctions
-de gouverneur.&mdash;Influence de l'évêque de Marseille.&mdash;Position
-difficile où se trouve placé le comte de Grignan.&mdash;Conseils qui
-lui sont donnés par madame de Sévigné.&mdash;M. de Grignan demande
-à l'assemblée des communautés de Provence des fonds pour payer
-ses gardes.&mdash;Cette demande est rejetée.&mdash;Par le moyen de madame
-de Sévigné, qui agit auprès du baron d'Oppède et de l'archevêque
-d'Aix, M. de Grignan obtient de l'assemblée une gratification
-annuelle.&mdash;Madame de Grignan accouche d'une fille.&mdash;Détails
-sur la destinée de cet enfant.&mdash;Madame de Sévigné s'efforce
-de retarder le départ de madame de Grignan pour la Provence.&mdash;Elle
-cite à M. de Grignan madame de Rochefort, qui ne peut
-venir à Paris à cause du mauvais temps.&mdash;Détails sur madame de
-Rochefort.&mdash;Mariage de mademoiselle d'Heudicourt, cousine des
-Grignan.&mdash;Le coadjuteur de l'archevêque d'Arles devait assister
-à ses noces; il y renonce, et madame de Grignan part avec lui
-pour la Provence.&mdash;Date de ce départ.</p>
-
-<p class="space">Dans ses lettres à M. de Grignan et dans tout le cours
-de sa correspondance madame de Sévigné ne passe pas
-toujours, ainsi que nous venons de le voir, d'un sujet à
-un autre légèrement et rapidement. Quand il est question
-<span class="pagenum"><a id="Page_303"> 303</a></span>
-d'affaires sérieuses, et surtout d'affaires qui intéressent
-l'honneur, la gloire ou la fortune de son gendre et de sa
-fille, elle s'y arrête, et les envisage sous toutes les faces.
-Ce n'est plus alors la femme aimable, instruite, spirituelle
-et sensée, qui cause sur les événements du jour, sur la
-religion, la littérature, les spectacles, les modes; qui moralise
-sur les joies et les tristesses du monde. C'est l'homme
-des grandes choses, qui voit tout, qui apprécie tout à sa
-juste valeur, les obstacles et les moyens, les intérêts et
-les intrigues, les passions et les caractères.</p>
-
-<p>A l'époque dont nous traitons, la position de M. le comte
-de Grignan inquiétait madame de Sévigné; et, pour bien
-comprendre ce que cette position avait de difficile, il est
-nécessaire de faire connaître ce qu'était alors le gouvernement
-de la Provence.</p>
-
-<p>Cette province était ce que l'on appelait un pays d'états,
-réuni et soumis à la couronne, mais sous certaines
-conditions, ayant ses représentants, son parlement et ses
-franchises. Comme dans les autres pays de même origine,
-ces garanties de la liberté, par l'effet des empiétements
-du pouvoir royal, se réduisaient à de pures formes. Cependant
-il restait encore à la Provence un privilége reconnu
-et respecté par le pouvoir: c'est que, quand le gouverneur
-et le lieutenant général étaient tous les deux
-absents, le parlement prenait de droit le gouvernement
-de la province; et, pour l'exercice de ce droit, il nommait
-dans son sein une commission à laquelle ses pouvoirs
-étaient délégués. Ce cas se présenta lorsque le duc de Vendôme,
-gouverneur de Provence, fut nommé cardinal en
-1667. Le gouverneur et son lieutenant se trouvèrent tous
-les deux absents. Louis XIV se ressouvenait de la Fronde,
-et refusait au parlement de Paris toute action sur la police
-<span class="pagenum"><a id="Page_304"> 304</a></span>
-du royaume; il était peu disposé à permettre que cette
-action fût exercée par un parlement de province dans
-l'étendue de son ressort. Cependant, pour ne pas attenter
-trop ouvertement à des droits consacrés par le temps et
-par un long usage, il nomma, pour commander en l'absence
-du duc de Vendôme, gouverneur, et de Mérinville,
-lieutenant général, le premier président du parlement,
-Henri Forbin de Meynier, baron d'Oppède. On n'osa
-point faire de réclamation; mais cette mesure indisposa
-le parlement et ceux de la noblesse et du clergé qui
-avaient droit de siéger dans l'assemblée des états et qui
-étaient regardés comme les gardiens naturels des libertés
-de la province<a id="FNanchor_596" href="#Footnote_596" class="fnanchor">&nbsp;[596]</a>. Comme on soupçonnait le baron
-d'Oppède d'avoir sollicité son brevet de gouverneur par
-<i>intérim</i>, qu'on l'accusait de partialité dans son administration
-et de profiter de son autorité pour son intérêt particulier,
-il éprouva de fortes oppositions. Les ministres
-de Louis XIV comprirent qu'il était nécessaire de faire
-surveiller les mécontents par quelqu'un qui eût plus d'influence
-que le baron d'Oppède. L'évêque de Marseille,
-Forbin-Janson, s'offrit à eux, et il leur fournit ainsi
-l'occasion de connaître sa capacité<a id="FNanchor_597" href="#Footnote_597" class="fnanchor">&nbsp;[597]</a>. Ils s'habituèrent peu
-à peu à traiter avec lui toutes les affaires de la Provence
-qui avaient quelque importance. Forbin, son parent, ami
-de Bontems, les servait à la cour auprès du roi, et ajoutait
-à son crédit tout le poids d'une si haute volonté.</p>
-
-<p>C'est dans ces circonstances que le comte de Grignan
-fut nommé lieutenant général, pour remplir la place du
-gouverneur absent. Sa présence dans la province et son
-<span class="pagenum"><a id="Page_305"> 305</a></span>
-investiture dans la charge dont il était revêtu faisaient
-cesser de droit l'autorité que le baron d'Oppède avait exercée
-à un titre assez peu légal, et tendait à anéantir l'influence
-que l'évêque de Marseille, sans aucun titre, avait usurpée
-dans les affaires. Ces deux hommes, puissants par l'indépendance
-de leurs fonctions et par les dignités dont ils étaient
-revêtus, par les créatures et les partisans qu'ils s'étaient
-faits dans le pays, formaient obstacle à l'autorité pleine
-et entière du lieutenant général gouverneur. L'intervention
-de l'évêque pour les affaires qui n'étaient pas du ressort
-ecclésiastique était surtout humiliante pour le comte de
-Grignan, puisque, par les pouvoirs dont le lieutenant général
-était revêtu, elle devait être inutile. Mais son inexpérience
-la rendait nécessaire, et, malgré tous ses efforts
-pour la faire cesser, elle continuait toujours. C'est ce qui
-produisit l'aversion que le comte de Grignan avait pour le
-prélat. Le caractère aigre et altier de celui-ci<a id="FNanchor_598" href="#Footnote_598" class="fnanchor">&nbsp;[598]</a> n'était pas
-propre à la diminuer. Entre ces deux hommes les luttes devinrent
-plus fréquentes et l'inimitié s'accrut de jour en jour.</p>
-
-<p>Madame de Sévigné, mieux instruite que le comte de
-Grignan des intrigues qui lui étaient contraires, jugea,
-avec son ordinaire sagacité, ce que la position de son gendre
-exigeait de prudence et de ménagement. Elle voulait
-qu'il dissimulât et qu'il n'en vînt pas à une rupture déclarée
-avec l'évêque et avec le baron d'Oppède. Tous deux
-étaient alors absents de leur province; présents et assidus
-à la cour, madame de Sévigné les voyait, et elle agissait
-auprès d'eux d'une manière conforme aux intérêts du
-<span class="pagenum"><a id="Page_306"> 306</a></span>
-lieutenant général gouverneur. Les conseils qu'elle donnait
-à M. de Grignan étaient accompagnés de réflexions qui
-font autant d'honneur à la noblesse de son âme, à la droiture
-de son c&oelig;ur qu'à la sagesse et à la solidité de son esprit.</p>
-
-<p>«Je veux vous parler, dit-elle, de M. de Marseille,
-et vous conjurer, par toute la confiance que vous pouvez
-avoir en moi, de suivre mes conseils sur votre conduite
-avec lui. Je connais les manières des provinces, et je sais
-le plaisir qu'on y prend à nourrir les divisions; en sorte
-qu'à moins que d'être en garde contre les discours de
-ces messieurs on prend insensiblement leurs sentiments,
-et très-souvent c'est une injustice. Je vous assure que le
-temps et d'autres raisons ont changé l'esprit de M. de
-Marseille: depuis quelques jours il est fort adouci, et,
-pourvu que vous ne vouliez pas le traiter en ennemi, vous
-trouverez qu'il ne l'est pas. Prenons-le sur ses paroles
-jusqu'à ce qu'il ait fait quelque chose de contraire. Rien
-n'est plus capable d'ôter tous les bons sentiments que de
-marquer de la défiance; il suffit souvent d'être soupçonné
-comme ennemi pour le devenir: la dépense en est toute
-faite, on n'a plus rien à ménager. Au contraire, la confiance
-engage à bien faire; on est touché de la bonne opinion
-des autres, et on ne se résout pas facilement à la perdre.
-Au nom de Dieu, desserrez votre c&oelig;ur, et vous serez
-peut-être surpris par un procédé que vous n'attendez
-pas. Je ne puis croire qu'il y ait du venin caché dans son
-c&oelig;ur, avec toutes les démonstrations qu'il nous fait et
-dont il serait honnête d'être la dupe plutôt que d'être capable
-de le soupçonner injustement.</p>
-
-<p>«Suivez mes avis; ils ne sont pas de moi seule: plusieurs
-bonnes têtes vous demandent cette conduite, et vous assurent
-que vous n'y serez pas trompé. Votre famille en
-<span class="pagenum"><a id="Page_307"> 307</a></span>
-est persuadée; nous voyons les choses de plus près que
-vous; tant de personnes qui vous aiment et qui ont un
-peu de bon sens ne peuvent guère s'y méprendre.</p>
-
-<p>«Je vous mandai l'autre jour que M. le premier président
-de Provence [de Forbin, baron d'Oppède] était venu
-de Saint-Germain exprès, aussitôt que ma fille fut accouchée,
-pour lui faire son compliment; on ne peut témoigner
-plus d'honnêteté ni prendre plus d'intérêt à ce qui vous
-touche. Nous l'avons revu aujourd'hui; il nous a parlé
-le plus franchement et le mieux du monde sur l'affaire
-que vous ferez proposer à l'assemblée des communautés
-de Provence. Il nous a dit qu'on avait envoyé des ordres
-pour la convoquer, et qu'il vous écrivait pour vous faire
-part de ses conseils, que nous avons trouvés très-bons.
-Comme on ne connaît d'abord les hommes que par les paroles,
-il faut les croire jusqu'à ce que les actions les détruisent;
-on trouve quelquefois que les gens qu'on croit
-ennemis ne le sont point; on est alors fort honteux de
-s'être trompé; il suffit que l'on soit toujours reçu à se
-haïr quand on y est autorisé<a id="FNanchor_599" href="#Footnote_599" class="fnanchor">&nbsp;[599]</a>.»</p>
-
-<p>Pour l'intelligence de ce dernier paragraphe, il est nécessaire
-d'expliquer quelle était l'affaire dont parle ici
-madame de Sévigné et que M. de Grignan devait proposer
-aux états. Cette explication achèvera de mettre en
-évidence les inconvénients et les difficultés de la charge,
-plus brillante que profitable, dont le comte de Grignan
-avait été pourvu.</p>
-
-<p>Le comte de Grignan avait dans ses manières et sa façon
-de vivre tout le désintéressement, toute la libéralité
-<span class="pagenum"><a id="Page_308"> 308</a></span>
-d'un grand seigneur. Dans sa nouvelle position il se trouvait
-obligé à donner fréquemment des repas et des fêtes,
-et un plus grand train de maison lui était nécessaire.
-Astreint à des dépenses auxquelles sa fortune, quoique
-considérable, ne pouvait suffire, il aurait dû trouver
-dans les appointements de sa charge une compensation au
-moins suffisante. Ces appointements, ainsi que ceux du
-gouverneur, n'étaient pas payés par l'épargne ou le trésor
-public, mais par la province; et le montant en était réglé
-par des ordonnances royales. Ils étaient fixés par ces
-ordonnances à la somme de 18,000 livres, équivalant à
-36,000 livres de notre monnaie actuelle. Cette somme eût
-été plus que suffisante si le gouverneur eût résidé dans la
-province, et eût rendu inutile l'intervention du lieutenant
-général; mais lorsque celui-ci se trouvait seul chargé du
-gouvernement et de tous les frais de représentation, elle
-ne pouvait lui suffire. Ce n'est pas tout: les ordonnances
-avaient fixé une certaine somme pour le payement et
-l'entretien des gardes du gouverneur; mais elles n'avaient
-pas prévu le cas où le lieutenant général serait tenu de
-faire les fonctions de gouverneur et obligé, par conséquent,
-d'avoir des gardes. Pour suppléer à cette omission,
-le comte de Grignan crut devoir profiter de l'occasion d'une
-assemblée de toutes les communautés de la province, dont
-les représentants avaient été réunis à l'effet d'accorder
-un don de 600,000 francs demandés par le gouvernement
-du roi et quelques autres sommes moins considérables,
-exigées par la nécessité de pourvoir à certaines
-dépenses locales. A toutes ces demandes, justifiées dans le
-discours que M. le comte de Grignan prononça lors de
-l'ouverture de cette assemblée, il joignit la proposition
-d'allouer ce dont il avait besoin pour suffire à la subsistance
-<span class="pagenum"><a id="Page_309"> 309</a></span>
-de ses gardes. Cette proposition était fondée non-seulement
-sur ce que, le lieutenant général remplissant les
-fonctions de gouverneur, on devait lui donner les moyens
-de soutenir la dignité de son rang, mais encore parce que
-ses gardes lui étaient d'une utilité indispensable pour le
-maintien de la police militaire. Appuyée sur d'aussi excellentes
-considérations, cette proposition aurait dû être
-adoptée sans difficulté; mais comme le baron d'Oppède
-s'était fait nommer commissaire du roi pour la tenue de
-cette assemblée, il s'y opposa, et la fit rejeter. On appuya
-ce refus sur l'arrêt du conseil du 26 août 1639, qui
-fixait à 18,000 francs les appointements du lieutenant
-général, et lui défendait de rien exiger au delà, pour quelque
-cause que ce fût.</p>
-
-<p>Voilà quelle était l'affaire dont madame de Sévigné
-parle dans sa lettre. C'est ce premier échec de M. le
-comte de Grignan qu'il s'agissait de réparer en faisant
-accorder par l'assemblée, sous un autre motif que
-celui qu'on avait refusé d'admettre, une somme quelconque
-qui pût suppléer à l'insuffisance des fonds qui lui étaient
-alloués. Madame de Sévigné réussit, par ses démarches
-personnelles et celles de toute la famille de Grignan, à se
-concilier l'appui du baron d'Oppède et de l'évêque de
-Marseille, et parvint à persuader à son gendre qu'il ne
-fallait pas qu'il témoignât aucun ressentiment à ces deux
-personnages, dont le concours lui était nécessaire; et que
-même il aurait tort de ne pas croire à leurs promesses
-et à leurs protestations et de les considérer comme ennemis
-tant qu'ils ne feraient pas contre lui des actes
-d'hostilité. Les conseils de madame de Sévigné furent
-suivis, et ses démarches eurent un plein succès. L'assemblée,
-sans revenir sur sa première décision, déclara qu'en
-<span class="pagenum"><a id="Page_310"> 310</a></span>
-considération des bons services que le lieutenant général
-rendait continuellement au pays il lui serait accordé une
-somme de 5,000 livres (10,000 livres de notre monnaie
-actuelle). Cette somme fut continuée annuellement, et porta
-ainsi à 46,000 livres (monnaie actuelle) les appointements
-du comte de Grignan comme lieutenant général
-gouverneur<a id="FNanchor_600" href="#Footnote_600" class="fnanchor">&nbsp;[600]</a>.</p>
-
-<p>Plus d'un lecteur aura remarqué que la lettre de madame
-de Sévigné, qui nous instruit des affaires de son gendre,
-nous apprend aussi que sa fille était accouchée. On pense
-bien que cet accouchement n'avait pu avoir lieu sans
-que madame de Sévigné en eût écrit tous les détails au
-comte de Grignan, sans qu'antérieurement elle l'eût entretenu
-bien souvent des circonstances de la grossesse,
-du désir et de l'espérance de voir naître un fils destiné à
-continuer la noble postérité des Grignan; et de fait madame
-de Sévigné avait d'avance préparé tout le trousseau
-du futur enfant conformément à cette idée<a id="FNanchor_601" href="#Footnote_601" class="fnanchor">&nbsp;[601]</a>. Mais, dès les
-premiers mots de la lettre où elle annonce à M. de Grignan
-l'heureuse issue de l'événement si attendu, on apprend
-<span class="pagenum"><a id="Page_311"> 311</a></span>
-ce qu'il accorde et ce qu'il refuse pour le présent,
-et ce qu'il promet pour l'avenir<a id="FNanchor_602" href="#Footnote_602" class="fnanchor">&nbsp;[602]</a>. «Madame de Puisieux<a id="FNanchor_603" href="#Footnote_603" class="fnanchor">&nbsp;[603]</a>
-dit que, si vous avez envie d'avoir un fils, vous preniez la
-peine de le faire. Je trouve ce discours le plus juste et le
-meilleur du monde.» En terminant le récit de la délivrance
-facile et même précipitée de madame de Grignan,
-madame de Sévigné la compare plaisamment à la jeune
-fille du conte de la Fontaine intitulé <i>l'Ermite</i>, laquelle
-croyait accoucher d'un pape. «Quand nous songeons,
-dit-elle, que nous avons fait des <i>béguins au saint-père</i>,
-et qu'après de si belles espérances la <i>signora met au
-mondé une fille</i>, je vous assure que cela rabaisse le
-caquet.»</p>
-
-<p>Cette fille, baptisée sous le nom de <i>Marie-Blanche</i>,
-fut tenue sur les fonts de baptême par madame de Sévigné
-et par le frère de M. de Grignan, au nom de
-son oncle l'archevêque d'Arles, dont il était le coadjuteur<a id="FNanchor_604" href="#Footnote_604" class="fnanchor">&nbsp;[604]</a>.</p>
-
-<p>Nourrie à Paris sous les yeux de son aïeule<a id="FNanchor_605" href="#Footnote_605" class="fnanchor">&nbsp;[605]</a>, celle-ci
-fut la première, et longtemps la seule, à laquelle elle
-donna le nom de mère<a id="FNanchor_606" href="#Footnote_606" class="fnanchor">&nbsp;[606]</a>. Par les grâces et les gentillesses
-<span class="pagenum"><a id="Page_312"> 312</a></span>
-de son enfance, elle se concilia son affection<a id="FNanchor_607" href="#Footnote_607" class="fnanchor">&nbsp;[607]</a>. Quand
-Marie-Blanche eut été rendue à celle qui lui avait
-donné le jour, de la province d'où elle ne sortit plus elle
-écrivait à madame de Sévigné. Dans les lettres que
-celle-ci adresse à madame de Grignan<a id="FNanchor_608" href="#Footnote_608" class="fnanchor">&nbsp;[608]</a>, elle montre
-souvent une tendre sollicitude pour cette filleule chérie,
-qu'elle avait surnommée <i>ses petites entrailles</i>. Marie-Blanche
-d'Adhémar, quoiqu'elle eût les traits de son
-père<a id="FNanchor_609" href="#Footnote_609" class="fnanchor">&nbsp;[609]</a>, n'était pas dépourvue d'agréments. Elle avait une
-taille svelte et bien prise, ses yeux étaient d'un bleu
-foncé et ses cheveux d'un beau noir<a id="FNanchor_610" href="#Footnote_610" class="fnanchor">&nbsp;[610]</a>. A l'âge de quinze
-ans et demi, elle fut mise par sa mère dans le couvent
-des dames Sainte-Marie d'Aix<a id="FNanchor_611" href="#Footnote_611" class="fnanchor">&nbsp;[611]</a>; elle s'y fit religieuse, et y
-mourut à l'âge de soixante-cinq ans<a id="FNanchor_612" href="#Footnote_612" class="fnanchor">&nbsp;[612]</a>. C'est au sujet de
-<span class="pagenum"><a id="Page_313"> 313</a></span>
-son entrée dans cette maison que madame de Sévigné nous
-apprend qu'elle aussi avait cru nécessaire autrefois de mettre
-pendant quelque temps sa fille au couvent. En écrivant
-à madame de Grignan, elle dit: «J'ai le c&oelig;ur serré de ma
-petite-fille; elle sera au désespoir de vous avoir quittée et
-d'être, comme vous dites, en prison. J'admire comment
-j'eus le courage de vous y mettre; la pensée de vous
-voir souvent et de vous en retirer me fit résoudre à cette
-barbarie, qui était trouvée alors une bonne conduite et
-une chose nécessaire à votre éducation. Enfin, il faut
-suivre les règles de la Providence, qui nous destine comme
-il lui plaît.»</p>
-
-<p>La Providence, nous devons le croire, fut douce et
-bonne envers Marie-Blanche d'Adhémar, puisqu'elle l'a
-soustraite aux peines et aux agitations du monde pour
-la consacrer à Dieu. Cependant tout ce que nous savons
-sur sa vie nous est donné par quelques lignes des lettres
-de madame de Sévigné et surtout par celles qui furent écrites
-lorsque la jeune vierge avait acquis l'âge de vingt ans,
-et probablement peu après qu'elle eut prononcé ses v&oelig;ux,
-hélas! perpétuels: «Je fais réponse à ma chère petite
-Adhémar avec une vraie amitié. La pauvre enfant! qu'elle
-est heureuse, si elle est contente! Cela est sans doute; mais
-vous m'entendez bien<a id="FNanchor_613" href="#Footnote_613" class="fnanchor">&nbsp;[613]</a>.»</p>
-
-<p>Ces lignes mystérieuses et mélancoliques et quelques
-autres<a id="FNanchor_614" href="#Footnote_614" class="fnanchor">&nbsp;[614]</a> laissent subsister une douloureuse incertitude sur
-le sort de cette aînée des enfants du comte de Grignan.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a id="Page_314"> 314</a></span>
-Dix jours après son accouchement, madame de Grignan
-se trouvait parfaitement rétablie, et madame de Sévigné
-commençait ainsi la grande lettre qu'elle écrivait au
-comte de Grignan sur ses affaires de Provence: «Ne parlons
-plus de cette femme, nous l'aimons au delà de toute
-raison; elle se porte très-bien, et je vous écris en mon
-propre et privé nom<a id="FNanchor_615" href="#Footnote_615" class="fnanchor">&nbsp;[615]</a>.»</p>
-
-<p>Il était bien naturel que madame de Sévigné retardât,
-autant qu'elle le pouvait raisonnablement, le départ pour
-la Provence de <i>cette femme</i>, bien véritablement aimée
-d'elle <i>au delà de toute raison</i>. Aussi la voyons-nous
-redoubler de soins, de tendresses et de cajoleries pour
-le comte de Grignan; parler sans cesse du désir qu'a sa
-fille d'aller le rejoindre; exagérer les inconvénients, les
-dangers de ce voyage dans une si rigoureuse saison. Il
-paraît que la nouvelle de la nomination de M. de Grignan
-à la lieutenance générale de Provence, et l'idée de
-se voir séparée de sa fille, avait causé une telle affliction
-à madame de Sévigné que sa santé en avait été altérée;
-car, en parlant à M. de Grignan du prochain départ de
-sa fille, elle lui dit douloureusement: «Je serai bientôt
-dans l'état où vous me vîtes l'année passée<a id="FNanchor_616" href="#Footnote_616" class="fnanchor">&nbsp;[616]</a>.»</p>
-
-<p>Cependant le 16 janvier arrive; c'est-à-dire que deux
-mois se sont écoulés depuis l'accouchement de madame
-de Grignan, et elle n'a point encore quitté sa mère.
-«Hélas! dit celle-ci, je l'ai encore cette pauvre enfant! et
-quoi qu'elle ait pu faire, il ne lui a pas été possible de
-<span class="pagenum"><a id="Page_315"> 315</a></span>
-partir le 10 de ce mois<a id="FNanchor_617" href="#Footnote_617" class="fnanchor">&nbsp;[617]</a>.» Et voyez quel monde d'obstacles
-madame de Sévigné accumule pour retarder ce départ!
-A l'entendre, elle le souhaite, et c'est forcément qu'elle le
-diffère. «Les pluies ont été et sont encore si excessives
-qu'il y aurait eu de la folie à se hasarder. Toutes les
-rivières sont débordées, tous les grands chemins sont
-noyés, toutes les ornières cachées; on peut fort bien
-verser dans tous les gués. Enfin, la chose est au point
-que madame de Rochefort, qui est chez elle à la campagne,
-qui brûle d'envie de revenir à Paris, où son mari
-la souhaite et où sa mère l'attend avec une impatience
-incroyable, ne peut pas se mettre en chemin, parce qu'il
-n'y a pas de sûreté, et qu'il est vrai que cet hiver est
-épouvantable; il n'a pas gelé un moment, et il a plu tous
-les jours comme des pluies d'orage; il ne passe plus aucun
-bateau sous les ponts; les arches du Pont-Neuf sont quasi
-comblées: enfin c'est une chose étrange.»</p>
-
-<p>Madeleine de Laval-Bois-Dauphin, mariée depuis peu
-au marquis de Rochefort, était liée avec madame de
-Grignan, et du même âge<a id="FNanchor_618" href="#Footnote_618" class="fnanchor">&nbsp;[618]</a>. Nommée deux ans après
-dame du palais, son mari fut ensuite fait maréchal de
-France<a id="FNanchor_619" href="#Footnote_619" class="fnanchor">&nbsp;[619]</a> et mourut à l'âge de quarante ans; sa femme
-se montra longtemps inconsolable de sa perte<a id="FNanchor_620" href="#Footnote_620" class="fnanchor">&nbsp;[620]</a>. Jolie personne,
-elle inspira à la Fare une passion à laquelle elle se
-<span class="pagenum"><a id="Page_316"> 316</a></span>
-montra insensible. Celle qu'eut pour elle Louvois fut plus
-constante et plus sérieuse<a id="FNanchor_621" href="#Footnote_621" class="fnanchor">&nbsp;[621]</a>; mais, à l'époque où madame
-de Sévigné écrivait la lettre que nous venons de citer,
-toutes les affections de madame de Rochefort étaient concentrées
-sur son mari, et l'exemple était donc bien choisi<a id="FNanchor_622" href="#Footnote_622" class="fnanchor">&nbsp;[622]</a>.
-Madame de Sévigné ne veut pas que sa fille, pour aller
-joindre son mari, paraisse arrêtée par la crainte du danger;
-aussi elle prend tout sur elle, et dit:</p>
-
-<p>«Je vous avoue que l'excès d'un si mauvais temps fait
-que je me suis opposée à son départ pendant quelques
-jours. Je ne prétends pas qu'elle évite le froid, ni les boues,
-ni les fatigues du voyage; mais je ne veux pas qu'elle
-soit noyée. Cette raison, quoique très-forte, ne la retiendrait
-pas présentement, sans le coadjuteur, qui part avec
-elle et qui est engagé de marier sa cousine d'Harcourt.
-Cette cérémonie se fait au Louvre. M. de Lionne est le
-procureur; le roi lui a parlé... Ce serait une chose si
-étrange que d'aller seule, et c'est une chose si heureuse
-pour elle d'aller avec son beau-frère, que je ferai tous mes
-efforts pour qu'ils ne se quittent pas. Cependant les eaux
-s'écouleront un peu. Je veux vous dire de plus que je
-ne sens point le plaisir de l'avoir présentement: je sais
-qu'il faut qu'elle parte; ce qu'elle fait ici ne consiste
-qu'en devoirs et en affaires; on ne s'attache à nulle
-société; on ne prend aucun plaisir; on a toujours le c&oelig;ur
-<span class="pagenum"><a id="Page_317"> 317</a></span>
-serré; on ne cesse de parler de chemins, de pluies, des
-histoires tragiques de ceux qui se sont hasardés. En un
-mot, quoique je l'aime comme vous savez, l'état où nous
-sommes à présent nous pèse et nous ennuie; ces derniers
-jours-ci n'ont aucun agrément. Je vous suis très-obligée,
-mon cher comte, de toutes vos amitiés pour moi et de
-toute la pitié que je vous fais. Vous pouvez mieux qu'un
-autre comprendre ce que je souffre et ce que je souffrirai<a id="FNanchor_623" href="#Footnote_623" class="fnanchor">&nbsp;[623]</a>.»</p>
-
-<p>L'inquiétude de madame de Sévigné au sujet de ce
-départ était d'autant plus grande que si ce mariage de
-la cousine du coadjuteur tardait plus de huit jours, et
-que le coadjuteur persistât à vouloir y assister, elle
-voyait sa fille résolue à partir sans lui, ce qui lui paraissait
-à elle le comble de la folie, et la mettait au désespoir<a id="FNanchor_624" href="#Footnote_624" class="fnanchor">&nbsp;[624]</a>.
-Le mariage n'eut lieu que trois semaines après
-la date de cette lettre à M. de Grignan. Mais le coadjuteur,
-d'après les vives instances de madame de Sévigné,
-aima mieux renoncer à assister à cette cérémonie que de
-ne pas accompagner sa belle-s&oelig;ur; c'est ce qui résulte
-évidemment de la date de la célébration des noces de
-mademoiselle d'Harcourt<a id="FNanchor_625" href="#Footnote_625" class="fnanchor">&nbsp;[625]</a> avec Pereïra de Mello, duc de
-Cardaval, qui eut lieu le 7 février<a id="FNanchor_626" href="#Footnote_626" class="fnanchor">&nbsp;[626]</a>, et de la lettre de
-<span class="pagenum"><a id="Page_318"> 318</a></span>
-madame de Sévigné, datée du 6 du même mois. C'est par
-cette lettre que commence cette longue suite de complaintes
-sur la douleur qu'éprouvait madame de Sévigné d'être
-séparée de sa fille; éloquentes et touchantes expressions
-de ses tourments maternels, qui tiennent une si grande
-place dans sa correspondance. Dès la première phrase de
-cette lettre, nous apprenons que madame de Grignan
-était partie la veille du jour où elle fut écrite.</p>
-
-<div class="chapter">
-<p><span class="pagenum"><a id="Page_319"> 319</a></span></p>
-<h2 class="normal">CHAPITRE XVII.<br />
-<span class="medium">1671.</span></h2>
-</div>
-
-<p class="hanging indent">D'Hacqueville vient chercher madame de Grignan dans son carrosse,
-pour la séparer d'avec sa mère.&mdash;Douleur de celle-ci.&mdash;Elle écrit
-à sa fille.&mdash;Madame de Grignan arrive à Nogent-sur-Vernisson.&mdash;A
-Moulins, elle y trouve madame de Guénégaud.&mdash;Triste réflexion de
-madame de Guénégaud en présence du monument funèbre du duc
-de Montmorency.&mdash;C'est là que madame de Grignan rencontre la
-marquise de Valencey et ses deux filles.&mdash;Madame de Grignan arrive
-à Lyon, court quelques dangers en gravissant la montagne Tarare,
-manque d'être noyée dans le Rhône à Avignon, où elle s'embarque
-avec son mari.&mdash;Couplet sur le départ de madame de Grignan et sur
-son absence de la cour.&mdash;Madame de Grignan fait son entrée dans
-Arles.&mdash;Elle y trouve le marquis de Vardes et le président de
-Bandol.&mdash;Madame de Sévigné entretient une correspondance avec
-diverses personnes pour avoir des nouvelles de sa fille.&mdash;De Julianis
-et le marquis de Saint-Andiol lui en apportent.&mdash;Elle eut trois relations
-du voyage de sa fille.&mdash;Elle reçoit des nouvelles de son arrivée
-à Aix.&mdash;Elle souhaite d'être à Aix, pour partager avec elle l'ennui
-des visites et du cérémonial.&mdash;Elle ne peut s'accoutumer à son absence.&mdash;Elle
-forme le projet de l'aller trouver en Provence.&mdash;Madame
-de Grignan est enceinte.&mdash;Inquiétudes de sa mère sur son
-projet d'aller à Marseille.&mdash;Honneurs rendus à madame de Grignan
-par de Vivonne; détails sur celui-ci.&mdash;Pour mot d'ordre il
-donne le nom de madame de Sévigné.&mdash;Celle-ci se montre charmée
-de cette galanterie et de la relation que sa fille lui adresse de son
-voyage d'Aix à Marseille.&mdash;Elle se rend dans cette ville la conciliatrice
-de tous les différends.&mdash;Madame de Sévigné se dispose à
-partir pour la Bretagne, et promet à sa fille d'aller la rejoindre
-en Provence.</p>
-
-<p class="space">Fille adorée, heureuse mère, dans tout l'éclat de la
-jeunesse et de la beauté, madame de Grignan allait retrouver
-<span class="pagenum"><a id="Page_320"> 320</a></span>
-un époux sur lequel la puissance de ses charmes et
-l'énergie de son caractère devaient lui assurer un suprême
-ascendant; elle partait avec l'assurance d'être accueillie
-en reine sous ce beau ciel de Provence, où la renommée
-de ses attraits, de sa vertu, de ses talents, de la culture
-de son esprit, l'avait précédée.</p>
-
-<p>Le complaisant d'Hacqueville, au moment du départ,
-était venu lui-même la prendre dans son carrosse, autant
-par attention pour elle que pour soutenir le courage de
-madame de Sévigné contre la douleur d'une telle séparation.
-Plus d'un mois après ce cruel moment, cette
-mère inconsolable ne pouvait supporter la vue de la
-chambre où elle avait dit à sa fille un dernier adieu, où
-elle lui avait donné le dernier baiser<a id="FNanchor_627" href="#Footnote_627" class="fnanchor">&nbsp;[627]</a>.</p>
-
-<p>«Je vous assure, ma chère enfant, lui écrit-elle alors,
-que je songe à vous continuellement, et que je sens tous
-les jours ce que vous me dîtes une fois, qu'il ne fallait
-pas appuyer sur certaines pensées: si l'on ne glissait pas
-dessus, on serait toujours en larmes, c'est-à-dire moi. Il
-n'y a lieu dans cette maison qui ne me blesse le c&oelig;ur;
-toute votre chambre me tue; j'y ai fait mettre un paravent
-tout au milieu, pour rompre un peu la vue; une
-fenêtre de ce degré par où je vous vis monter dans le carrosse
-d'Hacqueville, et par où je vous rappelai, me fait
-peur à moi-même quand je pense combien alors j'étais
-capable de me jeter par la fenêtre; car je suis folle quelquefois.
-Ce cabinet, où je vous embrassai sans savoir ce
-que je faisais; ces Capucins<a id="FNanchor_628" href="#Footnote_628" class="fnanchor">&nbsp;[628]</a>, où j'allai entendre la messe;
-<span class="pagenum"><a id="Page_321"> 321</a></span>
-ces larmes qui tombaient de mes yeux à terre, comme si
-c'eût été de l'eau qu'on eût répandue; Sainte-Marie<a id="FNanchor_629" href="#Footnote_629" class="fnanchor">&nbsp;[629]</a>,
-madame de la Fayette, mon retour dans cette maison,
-votre appartement, la nuit, le lendemain; et votre première
-lettre, et toutes les autres, et encore tous les jours, et
-tous les entretiens de ceux qui entrent dans mes sentiments:
-ce pauvre d'Hacqueville est le premier; je n'oublierai
-jamais la pitié qu'il eut de moi. Voilà donc où j'en
-reviens, il faut glisser sur tout cela, et se bien garder
-de s'abandonner à ses pensées et aux mouvements de son
-c&oelig;ur; j'aime mieux m'occuper de la vie que vous faites
-maintenant, cela me fait une diversion sans m'éloigner
-pourtant de mon sujet et de mon objet, qui est ce qu'on
-appelle poétiquement l'objet aimé. Je songe donc à vous,
-et je souhaite toujours de vos lettres; quand je viens d'en
-recevoir, j'en voudrais bien encore. J'en attends présentement,
-et je reprendrai ma lettre quand j'aurai de vos
-nouvelles. J'abuse de vous, ma très-chère; j'ai voulu
-aujourd'hui me permettre cette lettre d'avanie, mon c&oelig;ur
-en avait besoin; je n'en ferai pas une coutume<a id="FNanchor_630" href="#Footnote_630" class="fnanchor">&nbsp;[630]</a>.»</p>
-
-<p>Cette lettre rappelle celle qu'elle avait écrite dès le lendemain
-même du départ de madame de Grignan:</p>
-
-<p>«Ma douleur serait bien médiocre si je pouvais vous la
-dépeindre<a id="FNanchor_631" href="#Footnote_631" class="fnanchor">&nbsp;[631]</a>; je ne l'entreprendrai pas aussi. J'ai beau
-chercher ma fille, je ne la trouve plus, et tous les pas
-qu'elle fait l'éloignent de moi. Je m'en allai donc à Sainte-Marie,
-<span class="pagenum"><a id="Page_322"> 322</a></span>
-toujours pleurant et toujours mourant; il me semblait
-qu'on m'arrachait le c&oelig;ur et l'âme; et en effet
-quelle rude séparation! Je demandai la liberté d'être
-seule; on me mena dans la chambre de madame de Housset,
-on me fit du feu. Agnès me regardait sans me
-parler; c'était notre marché. J'y passai jusqu'à cinq
-heures sans cesser de sangloter; toutes mes pensées me
-faisaient mourir. J'écrivis à M. de Grignan, vous pouvez
-juger sur quel ton; j'allai ensuite chez madame de la
-Fayette, qui redoubla mes douleurs par l'intérêt qu'elle
-y prit; elle était seule et malade, et triste de la mort d'une
-s&oelig;ur religieuse. Elle était comme je la pouvais désirer.
-M. de la Rochefoucauld y vint; on ne parla plus que
-de vous, et de la raison que j'avais d'être touchée... Les
-réveils de la nuit ont été noirs, et le matin je n'étais pas
-avancée d'un pas pour le repos de mon esprit. L'après-dînée
-se passa chez madame de la Troche, à l'Arsenal.
-Le soir, je reçus votre lettre, qui me remit dans mes premiers
-transports.»</p>
-
-<p>Ainsi que nous l'avons déjà dit, madame de Grignan,
-en quittant Paris, laissa sa fille à madame de Sévigné,
-et partit avec ses chevaux, s'avançant à petites journées
-sur la route de Lyon<a id="FNanchor_632" href="#Footnote_632" class="fnanchor">&nbsp;[632]</a>. Elle avait pour conducteur ou
-pour cocher un certain Busche, homme dévoué, mais grotesque,
-qui, lorsqu'il l'eut rendue saine et sauve à sa destination,
-revint à Paris, et fut questionné, choyé et sur le
-point d'être embrassé par madame de Sévigné<a id="FNanchor_633" href="#Footnote_633" class="fnanchor">&nbsp;[633]</a>. Un paysan
-<span class="pagenum"><a id="Page_323"> 323</a></span>
-de Sully fut chargé de lui apporter une lettre de sa fille
-tandis qu'elle était en route. «Je veux le voir, lui écrit-elle;
-je lui donnerai de quoi boire. Je le trouve bien
-heureux de vous avoir vue. Hélas! comme un moment
-me paraîtrait doux, et que j'ai de regret à tous ceux que
-j'ai perdus!» Lorsque madame de Grignan fut arrivée à
-Nogent-sur-Vernisson, elle écrivit à sa mère<a id="FNanchor_634" href="#Footnote_634" class="fnanchor">&nbsp;[634]</a>, et chercha
-à la distraire en lui racontant les singulières saillies d'éloquence
-de Busche. Nous n'avons aucune des lettres que
-madame de Grignan a écrites pendant ce voyage, et nous
-n'en pouvons juger que par la vive impression qu'elles
-faisaient sur madame de Sévigné, toujours dans les larmes,
-toujours inconsolable et croyant toujours voir ce
-fatal carrosse, «qui, dit-elle, avance sans cesse et n'approchera
-jamais de moi<a id="FNanchor_635" href="#Footnote_635" class="fnanchor">&nbsp;[635]</a>.»</p>
-
-<p>Arrivée à Moulins, madame de Grignan y trouva madame
-Duplessis de Guénégaud, non telle que dans son enfance
-elle l'avait vue à Fresnes au milieu de sa prospérité:
-cette femme si aimable, si spirituelle avait été dépouillée
-de la plus grande partie de sa fortune par les mesures rigoureuses
-de Colbert contre tous les amis de Fouquet,
-contre tous ceux qui s'étaient enrichis sous son administration<a id="FNanchor_636" href="#Footnote_636" class="fnanchor">&nbsp;[636]</a>.
-Déchue du rang qu'elle occupait à la cour et dans
-le monde, elle s'était retirée à Moulins, où se trouvait aussi
-madame Fouquet et toute sa famille, plongée dans la douleur
-d'être privée de son chef. Madame de Guénégaud retournait
-<span class="pagenum"><a id="Page_324"> 324</a></span>
-en cette ville après un court séjour à Paris. En
-partant, elle s'était chargée d'une lettre que madame de
-Sévigné l'avait<a id="FNanchor_637" href="#Footnote_637" class="fnanchor">&nbsp;[637]</a> priée de remettre à sa fille lorsqu'elle
-l'aurait rejointe. Le premier soin de madame de Grignan,
-en arrivant à Moulins, avait été de se rendre au couvent
-de la Visitation, fondé par sa bisaïeule la baronne de
-Chantal, où, depuis trente ans qu'elle avait cessé de vivre,
-on conservait son c&oelig;ur avec vénération<a id="FNanchor_638" href="#Footnote_638" class="fnanchor">&nbsp;[638]</a>. Madame de
-Grignan, après avoir payé le tribut des prières dues à une
-si chère et si pieuse mémoire, tourna ses regards vers le
-tombeau orné de pilastres, de statues, couronné de figures
-d'anges que la veuve de Henri de Montmorency,
-décapité à Toulouse le 30 octobre 1632<a id="FNanchor_639" href="#Footnote_639" class="fnanchor">&nbsp;[639]</a>, avait fait ériger
-dans cette église. Le maréchal-duc y est représenté couché
-sur le dos et appuyé sur le coude. La duchesse, sa femme,
-est assise à ses pieds, voilée et en mante. Deux jeunes
-enfants, beaux, frais, gracieux, priaient avec leur mère
-près de ce magnifique mausolée; c'étaient les deux petites-filles
-de François de Montmorency, comte de Boutteville,
-ce parent et cet ami du baron de Sévigné, l'aïeul de madame de
-Grignan, de ce comte de Boutteville que Richelieu
-aussi avait fait décapiter le 21 juin 1637; et leur mère,
-Marie-Louise de Montmorency, marquise de Valencey<a id="FNanchor_640" href="#Footnote_640" class="fnanchor">&nbsp;[640]</a>.
-L'aspect de ce lieu, si rempli des souvenirs de sa famille
-et des deux illustres victimes immolées à l'ambition et à la
-<span class="pagenum"><a id="Page_325"> 325</a></span>
-cruauté d'un ministre; cette réunion autour d'une même
-tombe de l'enfance et de l'âge mûr, du malheur et
-de la prospérité émurent madame de Grignan, déjà
-triste de se trouver séparée d'une mère qu'elle n'avait
-jamais quittée: elle se prit à pleurer, et soupira profondément.
-Dans le même moment madame de Guénégaud,
-arrivant de Paris, l'accosta, la regarda avec attendrissement,
-et lui dit: «Soupirez, madame, soupirez;
-j'ai accoutumé Moulins aux soupirs qu'on apporte de
-Paris<a id="FNanchor_641" href="#Footnote_641" class="fnanchor">&nbsp;[641]</a>.»</p>
-
-<p>Madame de Grignan vit encore à Moulins, dans le couvent
-de la Visitation, une très-belle femme, madame de
-Valence, qui s'était faite religieuse<a id="FNanchor_642" href="#Footnote_642" class="fnanchor">&nbsp;[642]</a>; cette madame de
-Valence passa depuis dans plusieurs couvents, puis se
-fixa dans l'abbaye de Clérets, où elle rétablit la règle, ce
-qui lui acquit la réputation d'une sainte<a id="FNanchor_643" href="#Footnote_643" class="fnanchor">&nbsp;[643]</a>.</p>
-
-<p>Madame de Grignan continua sa route sans s'arrêter
-jusqu'à Lyon; et le récit qu'elle fit de ce trajet à madame
-de Sévigné donna lieu à celle-ci de gronder dans une de
-ses lettres le coadjuteur pour avoir fait franchir de nuit
-à sa fille la montagne de Tarare, qu'on ne passe jamais,
-dit-elle, qu'entre deux soleils<a id="FNanchor_644" href="#Footnote_644" class="fnanchor">&nbsp;[644]</a>. Mais M. de Grignan reçut
-une réprimande bien plus méritée et bien plus sérieuse
-<span class="pagenum"><a id="Page_326"> 326</a></span>
-pour avoir, selon madame de Sévigné, par son imprudence,
-fait courir à sa femme, à lui-même et à tous les
-siens un véritable danger. Cependant il ne la méritait
-pas, cette réprimande, et le coupable en cette occasion
-était encore le coadjuteur<a id="FNanchor_645" href="#Footnote_645" class="fnanchor">&nbsp;[645]</a>.</p>
-
-<p>M. de Grignan était venu au-devant de sa femme jusqu'à
-Avignon<a id="FNanchor_646" href="#Footnote_646" class="fnanchor">&nbsp;[646]</a>. L'empressement que mit madame de Grignan
-à rejoindre son mari ne lui permit pas de séjourner
-à Lyon. Poussé par son frère et par sa femme, M. de Grignan
-consentit, malgré ses craintes, à s'embarquer avec
-eux sur le Rhône par un temps d'orage; le bateau qui les
-portait, jeté violemment sur une des arches du pont d'Avignon,
-fut sur le point de se briser, et tous ceux qu'il
-contenait furent exposés à être engloutis dans le fleuve.
-La lettre de madame de Grignan, qui contenait le récit de
-cette aventure, mit pendant plusieurs jours madame de
-Sévigné dans un état permanent d'effroi. Elle écrivit à sa
-fille: «Quel miracle que vous n'ayez pas été brisés et
-noyés en même temps! Je ne soutiens pas cette pensée,
-j'en frissonne, et je m'en suis réveillée avec des sursauts
-dont je ne suis pas la maîtresse.» Et deux jours après,
-dans une autre lettre, voulant plaisanter sur le coadjuteur,
-qui n'écrit pas et qui sans doute a été noyé sous le
-pont d'Avignon: «Ah! mon Dieu! dit-elle, cet endroit
-est encore bien noir dans ma tête<a id="FNanchor_647" href="#Footnote_647" class="fnanchor">&nbsp;[647]</a>.» Elle croyait que sa
-fille n'avait pu être sauvée que par un miracle de Dieu.
-«Je crois du moins, lui dit-elle, que vous avez rendu
-<span class="pagenum"><a id="Page_327"> 327</a></span>
-grâces à Dieu de vous avoir sauvée. Pour moi, je suis persuadée
-que les messes que j'ai fait dire tous les jours pour
-vous ont fait ce miracle, et je suis plus obligée à Dieu de
-vous avoir conservée dans cette occasion que de m'avoir
-fait naître<a id="FNanchor_648" href="#Footnote_648" class="fnanchor">&nbsp;[648]</a>.» Bossuet, auquel madame de Grignan avait
-inspiré de l'attachement, fut fortement ému lorsque le
-jeune de Sévigné lui apprit cet événement. Sévigné termine
-ainsi une courte lettre à sa s&oelig;ur: «Adieu; soyez
-la bien échappée des périls du Rhône et la bien reçue
-dans votre royaume d'Arles. A propos, j'ai fait transir
-M. de Condom sur le récit de votre aventure; il vous aime
-toujours de tout son c&oelig;ur<a id="FNanchor_649" href="#Footnote_649" class="fnanchor">&nbsp;[649]</a>.»</p>
-
-<p>Le départ de madame de Grignan, le danger qu'elle
-avait couru, son absence, qui devait longtemps se prolonger,
-occupèrent pendant quelques jours la cour et la
-ville; et on fit sur cela des vaudevilles et des chansons<a id="FNanchor_650" href="#Footnote_650" class="fnanchor">&nbsp;[650]</a>,
-comme alors on avait coutume d'en faire sur les plus graves
-affaires et sur les plus légers événements: ces chansons,
-après avoir couru en manuscrit, passaient dans les
-recueils imprimés. Une de celles qui ont reçu cet honneur
-commence ainsi:</p>
-
-<div class="poetry"><div class="stanza">
-<p>Provinciaux, vous êtes heureux</p>
-<p>D'avoir ce chef-d'&oelig;uvre des cieux,</p>
-<p>Grignan, que tout le monde admire.</p>
-<p>Provinciaux, voulez vous nous plaire,</p>
-<p class="i1"> Rendez cet objet si doux:</p>
-<p class="i2"> Nous en avons affaire.</p>
-<div><span class="pagenum"><a id="Page_328"> 328</a></span></div>
-<p>Gardez monsieur son époux</p>
-<p class="i1"> Et rendez-la-nous<a id="FNanchor_651" href="#Footnote_651" class="fnanchor">&nbsp;[651]</a>.</p>
-</div></div>
-
-<p>Madame de Grignan fit son entrée dans Arles; et la
-réception pompeuse qui lui fut faite ne lui causa point autant
-de satisfaction que d'y rencontrer Corbinelli et de
-s'entretenir avec lui de sa mère<a id="FNanchor_652" href="#Footnote_652" class="fnanchor">&nbsp;[652]</a>.</p>
-
-<p>M. de Grignan quitta sa femme à Arles<a id="FNanchor_653" href="#Footnote_653" class="fnanchor">&nbsp;[653]</a>, où elle séjourna.
-Indépendamment de Corbinelli, elle était encore
-entourée dans cette ville de deux autres amis de madame
-de Sévigné, le brillant marquis de Vardes, toujours exilé,
-et le président de Bandol, homme d'esprit et de goût, aimant
-la poésie et les belles-lettres et en correspondance
-avec Coulanges le chansonnier. C'est accompagnée par
-le président de Bandol et le marquis de Vardes que
-madame de Grignan fit son entrée dans la ville d'Aix,
-qui, comme la capitale de la Provence, devait être le
-lieu de sa résidence habituelle et était le terme de son
-voyage<a id="FNanchor_654" href="#Footnote_654" class="fnanchor">&nbsp;[654]</a>.</p>
-
-<p>Madame de Grignan avait, par ses lettres, instruit
-sa mère de tout ce qui lui avait paru intéressant depuis
-son arrivée en Provence; mais madame de Sévigné,
-<span class="pagenum"><a id="Page_329"> 329</a></span>
-avide des moindres détails, ne trouvait pas sa fille assez
-explicite, et s'était mise en rapport avec tous ceux qui
-pouvaient lui en donner des nouvelles. C'est ainsi qu'elle
-se procura une relation admirable, selon elle, du voyage
-de madame de Grignan depuis Arles jusqu'à Aix, adressée
-à M. de Coulanges par M. de Ripert, homme d'affaires
-de M. de Grignan<a id="FNanchor_655" href="#Footnote_655" class="fnanchor">&nbsp;[655]</a> et frère du doyen du chapitre de
-Grignan. Corbinelli lui fit une seconde relation du même
-voyage, et le président de Bandol une troisième<a id="FNanchor_656" href="#Footnote_656" class="fnanchor">&nbsp;[656]</a>. Toutes
-furent lues et relues par elle avec un égal empressement.
-Elle recherchait aussi tous ceux qui venaient de la Provence
-et lui parlaient de sa fille, et même tous les Provençaux,
-qui, eux aussi, pouvaient au moins l'entretenir du
-pays qu'habitait madame de Grignan. Madame de Sévigné
-lia une correspondance avec Vardes sur ce sujet et avec
-le coadjuteur d'Arles; elle rendit plus actives ses relations
-avec son cousin de Coulanges, alors à Paris. Le coadjuteur
-d'Arles lui écrivait en italien des lettres qui la divertissaient.
-«Je ferai, dit-elle, réponse au prélat dans la
-même langue, avec l'aide de mes amis<a id="FNanchor_657" href="#Footnote_657" class="fnanchor">&nbsp;[657]</a>.» Ces amis, c'était
-<span class="pagenum"><a id="Page_330"> 330</a></span>
-sans doute Ménage, qui écrivait parfaitement en italien.
-Dans cette même lettre (mutilée dans toutes les éditions
-modernes) elle dit encore: «La liaison de M. de Coulanges
-et de moi est extrême par le côté de la Provence; il
-me semble qu'il m'est bien plus proche qu'il n'était; nous
-en parlons sans cesse. Quand les lettres de Provence arrivent,
-c'est une joie parmi tous ceux qui m'aiment, comme
-c'est une tristesse quand je suis longtemps sans en avoir.
-Lire vos lettres et vous écrire sont la première affaire de
-ma vie; tout fait place à ce commerce; aimer comme je vous
-aime fait trouver frivoles toutes les autres amitiés<a id="FNanchor_658" href="#Footnote_658" class="fnanchor">&nbsp;[658]</a>.»</p>
-
-<p>Le premier Provençal qui vint donner à madame de
-Sévigné des nouvelles de sa fille fut le beau-frère de
-M. de Grignan, le marquis de Saint-Andiol<a id="FNanchor_659" href="#Footnote_659" class="fnanchor">&nbsp;[659]</a>, qui, en se
-rendant à Paris, avait rencontré madame de Grignan.
-«Saint-Andiol m'est venu voir... il m'a dit qu'il vous
-avait vue en chemin; il m'a fait transir en me parlant des
-chemins que vous aviez à passer.»</p>
-
-<p>Mais ce fut un autre Provençal, nommé de Julianis, qui
-mit fin aux anxiétés de madame de Sévigné en lui apprenant
-que sa fille était enfin arrivée heureusement au
-terme de son voyage.</p>
-
-<p>Le 11 mars, un mercredi, madame de Sévigné écrit
-à sa fille: «Vous étiez à Arles; mais je ne sais rien de
-votre arrivée à Aix. Il me vint hier un gentilhomme de
-ce pays-là, qui était présent à votre arrivée et qui vous
-<span class="pagenum"><a id="Page_331"> 331</a></span>
-a vue jouer à petite prime avec Vardes, Bandol et autres;
-je voudrais pouvoir vous dire comme je l'ai reçu et ce
-qu'il m'a paru de vous avoir vue jeudi dernier... Il m'a
-trouvée avec le P. Mascaron, à qui je donnais un très-beau
-dîner. Comme il prêche à ma paroisse et qu'il
-vint me voir l'autre jour, j'ai pensé que cela était d'une
-vraie petite dévote de lui donner un repas; il est de
-Marseille, et a trouvé fort bon d'entendre parler de Provence<a id="FNanchor_660" href="#Footnote_660" class="fnanchor">&nbsp;[660]</a>.»</p>
-
-<p>Il résulte de ce passage de la lettre de madame de
-Sévigné que de Julianis, le gentilhomme dont elle parle,
-ne mit que cinq jours à se rendre d'Aix à Paris, et que
-madame de Grignan employa un mois entier pour se rendre
-de Paris à Aix; ce qui ne doit pas surprendre. Madame
-de Grignan, ainsi que nous l'avons dit, avait voyagé
-avec ses chevaux à petites journées, et, de plus, on a vu
-qu'elle s'était arrêtée partout où elle avait trouvé des
-parents et des amis qui l'invitaient à séjourner.</p>
-
-<p>Enfin, madame de Sévigné ne fut parfaitement tranquille
-que lorsqu'elle reçut une lettre de madame de Grignan
-datée d'Aix. Mais elle regrettait de n'y pas trouver
-assez de détails, et elle en fit des reproches à sa fille.
-«Je ne comprends pas que vous ne me disiez pas un mot
-de votre entrée à Aix ni de quelle manière on vous y
-avait reçue. Tous deviez me dire de quelle manière Vardes
-honorait votre triomphe; du reste, vous me le représentez
-très-plaisamment, avec votre embarras et vos civilités
-<span class="pagenum"><a id="Page_332"> 332</a></span>
-déplacées. Bandol vous est d'un grand secours; et
-moi, ma petite, que je vous serais bonne! Ce n'est pas
-que je fisse mieux que vous, car je n'ai pas le don de
-placer si juste les noms sur les visages; au contraire, je
-fais tous les jours mille sottises là-dessus; mais je vous
-aiderais à faire des révérences<a id="FNanchor_661" href="#Footnote_661" class="fnanchor">&nbsp;[661]</a>.»</p>
-
-<p>La voilà donc réduite, cette tendre mère, à regretter de
-ne pouvoir partager les ennuis et les tribulations de celle
-qu'elle aime; la voilà séparée d'elle pour un temps qui lui
-paraît infini, puisque la durée n'en peut être déterminée.
-Que fera-t-elle, la pauvre délaissée? Avec sa fille, son
-c&oelig;ur, son âme, son esprit ont été transportés en Provence;
-c'est là qu'elle vit, qu'elle s'alarme, qu'elle se réjouit,
-qu'elle se console, qu'elle s'afflige. Enfin elle ne peut
-plus résister aux anxiétés qu'elle éprouve d'en être privée,
-d'en être si éloignée. Elle forme le projet de l'aller joindre,
-de jouir encore du bonheur de la voir, de l'admirer, de la
-caresser, de lui donner ses soins; car elle sait qu'elle est
-enceinte; sa grossesse est connue de l'évêque de Marseille
-et n'est un mystère pour personne<a id="FNanchor_662" href="#Footnote_662" class="fnanchor">&nbsp;[662]</a>. Cependant
-madame de Grignan, nonobstant l'état où elle se trouve,
-veut aller visiter Marseille; nouveau sujet d'alarme pour
-madame de Sévigné. D'Aix à Marseille la distance n'est
-pas grande, et la route est belle.&mdash;Peu importe: lorsque
-<span class="pagenum"><a id="Page_333"> 333</a></span>
-madame de Sévigné sait que ce voyage s'exécute, mille
-craintes la tourmentent. «Pourquoi avez-vous été à Marseille?
-M. de Marseille mande ici qu'il y a de la petite
-vérole; de plus, on vous aura tiré du canon qui vous aura
-émue: cela est très-dangereux. On dit que de Biez accoucha
-l'autre jour, d'un coup de pistolet qu'on tira dans la
-rue. Vous aurez été dans des galères, vous aurez passé
-sur de petits ponts; le pied peut vous avoir glissé, vous
-serez tombée. Voilà les horreurs de la séparation; on
-est à la merci de toutes ces pensées; on peut croire, sans
-folie, que ce qui est possible peut arriver. Toutes les tristesses
-de tempérament sont des pressentiments, tous les
-songes sont des présages, toutes les précautions sont des
-avertissements; enfin c'est une douleur sans fin<a id="FNanchor_663" href="#Footnote_663" class="fnanchor">&nbsp;[663]</a>.»</p>
-
-<p>Mais aussitôt que madame de Sévigné apprend que ce
-voyage s'est terminé heureusement, elle paraît charmée
-qu'il ait été entrepris. Vivonne, que sa bravoure et sa
-qualité de frère de madame de Montespan portèrent aux
-postes les plus enviés et au grade de maréchal de France,
-était alors à Marseille général des galères. Gros réjoui,
-homme d'esprit, adonné aux femmes et aux plaisirs de la
-table jusqu'à la débauche<a id="FNanchor_664" href="#Footnote_664" class="fnanchor">&nbsp;[664]</a>, lié avec madame de Sévigné,
-il fit rendre à madame de Grignan des honneurs dignes
-d'une reine. Le canon retentit avec fracas à son arrivée;
-le mot d'ordre donné aux troupes fut le nom même de sa
-<span class="pagenum"><a id="Page_334"> 334</a></span>
-mère. La relation que madame de Grignan fit à madame
-de Sévigné de ce voyage la charma, et elle ne déguise pas
-le plaisir que lui fit la galanterie dont elle fut personnellement
-l'objet de la part de Vivonne, ce <i>gros crevé</i>, comme
-elle l'appelle ailleurs. «Je vois bien, ma fille, que vous
-pensez à moi très-souvent et que cette <i>maman mignonne</i>
-de M. de Vivonne n'est pas de contrebande avec vous.»
-Madame de Sévigné se montre surtout enchantée, et avec
-raison, que madame de Grignan ait profité de son rang de
-femme du lieutenant général gouverneur pour opérer
-des réconciliations et faire cesser des dissensions. «Il m'est
-venu de deux endroits que vous aviez un esprit si bon,
-si juste, si droit et si solide qu'on vous a faite seule arbitre
-des plus grandes affaires. Vous avez accommodé les
-différends infinis de M. de Monaco avec un monsieur dont
-j'ai oublié le nom. Vous avez un sens si net et si fort au-dessus
-des autres qu'on laisse le soin de parler de votre
-personne, pour louer votre esprit; voilà ce qu'on dit de
-vous ici<a id="FNanchor_665" href="#Footnote_665" class="fnanchor">&nbsp;[665]</a>.»</p>
-
-<p>Madame de Grignan ne s'arrêta pas à ce service rendu
-au prince de Monaco; elle alla dans le chef-lieu de sa principauté
-rendre visite à sa femme, fille du comte de Gramont.
-C'était là une marque de déférence à laquelle celle-ci
-n'avait pas droit de s'attendre après le discrédit où
-l'avait fait tomber le scandale de ses amours avec Lauzun,
-avec le chevalier de Lorraine, puis ses complaisances
-envers le roi. Aussi la princesse se hâta-t-elle d'aller rendre
-en Provence à madame de Grignan la visite qu'elle en
-avait reçue. Ces deux femmes, qui n'avaient rien entre
-<span class="pagenum"><a id="Page_335"> 335</a></span>
-elles de commun que la beauté, furent cependant charmées
-de se retrouver ensemble. Elles pouvaient parler de
-la cour, où toutes deux avaient brillé et dont elles se regardaient
-comme exilées, quoique toutes deux, dans les
-pays où elles résidaient, occupassent le premier rang.
-Mais ce voyage que fit madame de Grignan à Monaco
-fut pour madame de Sévigné un nouveau sujet d'alarmes:
-les grosses vagues de la mer et ces chemins plus étroits
-que les litières, où la vie dépend de la fermeté des pieds
-des mulets, la faisaient transir de frayeur<a id="FNanchor_666" href="#Footnote_666" class="fnanchor">&nbsp;[666]</a>.</p>
-
-<p>Madame de Sévigné avait dans sa maison de Paris fait
-déménager tous les meubles de madame de Grignan, pour
-les placer dans une chambre réservée. «J'ai été présente
-à tout, lui écrit-elle; pourvu que vous ayez intérêt à
-quelque chose, elle est digne de mes soins; je n'ai pas tant
-d'amitié pour moi, Dieu m'en garde<a id="FNanchor_667" href="#Footnote_667" class="fnanchor">&nbsp;[667]</a>!» Elle se plaint à
-sa fille que l'envie continuelle qu'elle a de recevoir ses
-lettres et d'apprendre des nouvelles de sa santé est une
-chose dévorante qu'elle ne peut supporter. Aussi tient-elle
-toujours au projet qu'elle a formé d'aller en Provence;
-et cependant, avant d'entreprendre ce voyage, il faut
-qu'elle en fasse un autre; qu'elle s'éloigne de sa fille, dont
-elle est déjà séparée par une distance de deux cents lieues;
-<span class="pagenum"><a id="Page_336"> 336</a></span>
-et, dans le moment même où elle lui écrit: «J'irai vous
-voir très-assurément; ce voyage est nécessaire à ma vie,»
-elle se disposait à partir pour la Bretagne<a id="FNanchor_668" href="#Footnote_668" class="fnanchor">&nbsp;[668]</a>.</p>
-
-<div class="chapter">
-<p><span class="pagenum"><a id="Page_337"> 337</a></span></p>
-<h2 class="normal">CHAPITRE XVIII.<br />
-<span class="medium">1671-1672.</span></h2>
-</div>
-
-<p class="hanging indent">Motifs qui obligent madame de Sévigné à se rendre en Bretagne.&mdash;Époque
-de la tenue des états de cette province.&mdash;Indication où
-ils se sont réunis.&mdash;Convoqués à Vitré en 1671.&mdash;Madame de
-Sévigné est très-aimée en Bretagne.&mdash;Cet attachement n'est pas
-réciproque.&mdash;Le duc de Chaulnes est nommé pour présider les
-états de Bretagne.&mdash;La duchesse de Chaulnes est l'amie de madame
-de Sévigné.&mdash;Les états de Bretagne et la maladie de sa
-tante, la marquise de la Trousse, forcent madame de Sévigné de
-différer son voyage en Provence, et prolongent sa correspondance
-avec sa fille.&mdash;Cette correspondance doit être examinée dans son
-ensemble.&mdash;Son caractère général.&mdash;C'est à elle que madame de
-Sévigné doit d'avoir été le peintre le plus fidèle du grand monde de
-son temps.&mdash;Le recueil des lettres de madame de Sévigné, publié en
-1726, la plaçait au premier rang des épistolographes.&mdash;Ce recueil
-a été bien apprécié par l'éditeur de Hollande.&mdash;Toutes les éditions
-qui ont suivi cette première sont tronquées et fautives pour les
-lettres qui s'y trouvent, parce que les éditeurs modernes ne l'ont
-pas collationnée.&mdash;Sincérité de madame de Sévigné justifiée.&mdash;Objections
-réfutées.&mdash;Pourquoi madame de Sévigné et madame
-de Grignan ne concordaient pas toujours lorsqu'elles vivaient ensemble.&mdash;L'amour
-de madame de Sévigné pour sa fille était une
-passion.&mdash;Comment cette passion s'exprime aussitôt après leur
-séparation.&mdash;Madame de Sévigné verse des larmes toutes les fois
-qu'elle reçoit des lettres de sa fille.&mdash;Madame de Grignan était
-froide.&mdash;Madame de Sévigné ne se croyait jamais assez aimée, et
-devenait importune.&mdash;Extraits de diverses lettres de madame de
-Sévigné où elle exprime sa passion pour sa fille.&mdash;Jamais plus
-touchante que lorsqu'elle comprime ses sentiments et affecte la
-gaieté.&mdash;Se compare à une figure de Benoît.&mdash;Ses fins de lettres.&mdash;Madame
-de Grignan ne pouvait supporter la compagnie ennuyeuse.&mdash;Soufflet
-donné par elle à mademoiselle du Plessis.&mdash;Madame de
-Sévigné fait l'éloge des lettres de madame de Grignan.&mdash;Comment
-madame de Sévigné termine ses lettres à sa fille.&mdash;Madame de Sévigné
-<span class="pagenum"><a id="Page_338"> 338</a></span>
-se rend à Livry pendant la semaine sainte du jubilé.&mdash;Impression
-que ces lieux font sur elle.&mdash;Elle entend prêcher la Passion par
-Mascaron.&mdash;Elle va dîner à Pomponne.&mdash;Son entretien avec Arnauld
-d'Andilly.&mdash;Le cardinal de Retz vient à Paris.&mdash;Accueil qui
-lui est fait.&mdash;Molière, Corneille et Boileau doivent lui lire de leurs
-ouvrages.&mdash;Retz demande des nouvelles de madame de Grignan.&mdash;Les
-louanges qu'il en fait excitent la sensibilité de sa mère.&mdash;Impressions
-produites sur elle par son retour aux Rochers et par
-sa visite au couvent des s&oelig;urs Sainte-Marie.&mdash;Madame de Grignan
-avait des opinions différentes de celles de sa mère.&mdash;Madame de
-Sévigné avait formé sa fille pour écrire et lui avait appris l'italien.&mdash;Madame
-de Sévigné ne veut pas que sa fille déprécie les
-lettres qu'elle lui écrit ni qu'elle se compare à la princesse d'Harcourt.&mdash;Madame
-de Grignan gardait les lettres de sa mère, et les
-montrait.&mdash;Madame de Sévigné écrivait vite, et ne se corrigeait
-pas.&mdash;Elle écrivait à toutes les heures du jour.&mdash;Un commis de
-la poste lui remettait les lettres de sa fille avant tout le monde.&mdash;Inquiétudes
-de madame de Sévigné lorsque les lettres de madame
-de Grignan ne lui arrivaient pas à temps.&mdash;Madame de Sévigné entretenait
-des correspondances avec plusieurs personnes.&mdash;Nature
-de la correspondance qu'elle avait avec sa fille.</p>
-
-<p class="space">Par sa naissance, par ses richesses, par le nom qu'elle
-tenait de son mari, la marquise de Sévigné était une des
-plus notables personnes de la Bretagne. Elle était particulièrement
-liée avec ce que ce pays renfermait de plus élevé
-en dignités et en puissance. Madame de Sévigné comptait
-la duchesse de Chaulnes, la femme du gouverneur, au
-nombre de ses plus intimes amies. L'assemblée des états,
-pour le consentement des impôts et le règlement des dépenses,
-se réunissait tantôt à Nantes, tantôt à Dinan,
-tantôt à Vitré. Cette dernière ville était située à sept
-quarts de lieue des Rochers, où madame de Sévigné se
-retirait durant la belle saison. Si, contre sa coutume, elle
-se fût abstenue de s'y rendre pendant la tenue des états,
-elle aurait eu l'air, pour éviter une dépense nécessaire,
-<span class="pagenum"><a id="Page_339"> 339</a></span>
-de fuir ses amis, et de faire, par un motif sordide, une
-sorte d'affront à toute la province. Elle y était très-aimée,
-quoique à cet égard elle fût ingrate et que cet attachement
-ne fût pas réciproque; ce qu'avec raison elle dissimulait
-soigneusement.</p>
-
-<p>Depuis seize ans les états de Bretagne ne s'étaient point
-tenus à Vitré. Leur dernière réunion en cette ville avait
-eu lieu en 1655; on les avait rassemblés en 1661 à Nantes,
-et à Dinan en 1669. On les convoqua de nouveau à Vitré
-en 1671<a id="FNanchor_669" href="#Footnote_669" class="fnanchor">&nbsp;[669]</a>, c'est-à-dire l'année même où madame de Grignan
-s'en allait assister à ceux de la Provence. La commission
-adressée par le roi: «A mon bien amé cousin le
-duc de Chaulnes, pair de France, lieutenant général en
-nos armées dans nos pays et duché de Bretagne,» est
-datée<a id="FNanchor_670" href="#Footnote_670" class="fnanchor">&nbsp;[670]</a> de Saint-Germain en Laye le 6 mai 1671; et ce
-jour-là même madame de Sévigné écrivait à sa fille, alors
-en route, pour lui recommander d'être bien exacte à lui
-répondre, puisque bientôt elle serait en Bretagne, et que
-là, pour calmer les inquiétudes causées par un si grand
-éloignement, elle aurait encore plus besoin de ses lettres<a id="FNanchor_671" href="#Footnote_671" class="fnanchor">&nbsp;[671]</a>.</p>
-
-<p>Mais madame de Sévigné, ayant appris que l'ouverture
-des états n'aurait lieu qu'au mois d'août, différa son départ,
-ne pouvant songer à aller en Provence qu'après la
-séparation de l'assemblée des états de Bretagne. Puis,
-lorsqu'elle fut de retour à Paris, elle se vit forcée d'y séjourner
-pour donner des soins à sa tante, la marquise de
-<span class="pagenum"><a id="Page_340"> 340</a></span>
-la Trousse, attaquée d'une maladie mortelle<a id="FNanchor_672" href="#Footnote_672" class="fnanchor">&nbsp;[672]</a>. Ainsi fut
-plusieurs fois retardé ce voyage, si ardemment désiré;
-ainsi se prolongea cette correspondance, qui était la seule
-consolation de cette mère affligée, le seul moyen qu'elle
-eût de calmer l'impatience douloureuse qu'elle éprouvait
-d'être obligée de reculer le moment de son départ.</p>
-
-<p>Puisque ce commerce épistolaire est le sujet, la substance
-même de ces Mémoires, il faut une bonne fois le
-considérer en lui-même et indépendamment des récits et
-des faits curieux qu'il renferme et qui le recommandent à
-notre attention. Il faut rechercher ce qu'il nous apprend
-sur madame de Sévigné; tâcher de pénétrer, par les aveux
-qui lui échappent ou les opinions qu'elle manifeste, dans
-les secrets de ses penchants les plus constants, de ses répulsions
-les plus invincibles, de ses pensées les plus secrètes,
-de ses sentiments les plus intimes; et parvenir ainsi
-à connaître ses vertus et ses faiblesses, les traits distinctifs
-de son caractère et ses habitudes dominantes. Alors il
-sera plus facile de comprendre ce que ses lettres nous
-révèlent sur les événements du siècle où elle a vécu et
-de faire une juste appréciation de ses jugements sur les
-personnes et sur les choses.</p>
-
-<p>Si vivre n'est pas seulement exister et user ses jours
-dans les occupations obligées de fortune, de famille et
-de soins matériels; si la vie consiste principalement dans
-l'exercice des plus nobles facultés de l'âme; si pour en
-jouir dans toute sa plénitude il faut ressentir vivement
-les émotions du c&oelig;ur, subir malgré soi les impressions de
-l'imagination, se complaire dans tout ce qui alimente le
-<span class="pagenum"><a id="Page_341"> 341</a></span>
-sentiment et la pensée, avoir été fréquemment en proie
-aux vicissitudes des grandes joies et des grandes douleurs,
-on peut affirmer que madame de Sévigné n'a jamais plus
-vécu que durant les dix-huit mois qui se sont écoulés pendant
-sa première séparation d'avec sa fille, c'est-à-dire depuis
-le mois de février 1671 jusqu'au mois de juillet 1672.</p>
-
-<p>C'est dans cet intervalle de temps que madame de Sévigné
-se trouve partagée entre l'orgueilleux plaisir d'avoir
-placé au premier rang, dans une des plus belles provinces
-de France, celle qu'elle avait faite son idole, et la douleur
-et les inquiétudes que lui causent son absence, sa grossesse,
-ses voyages et ses indispositions. C'est alors aussi que la
-satisfaction que le baron de Sévigné donne à sa mère par
-des preuves répétées de son filial amour et par la confiance
-qu'il lui témoigne se trouve contre-balancée par le chagrin
-des folles amours de ce jeune homme; et lorsque la
-guerre a arraché ce fils à une conduite aussi nuisible à son
-bonheur qu'à sa santé et à sa fortune, madame de Sévigné
-a la crainte de se le voir enlever par le sort des combats,
-et elle tressaille à l'arrivée de chaque courrier qui vient lui
-en apporter des nouvelles.</p>
-
-<p>A aucune époque madame de Sévigné ne fréquenta
-davantage le monde et la cour, parce qu'elle avait besoin
-de la cour et du monde, où se tramaient toutes les intrigues
-et se décidaient toutes les affaires, pour être utile à son
-gendre et à fille, pour distraire celle-ci par le récit de
-ce qui se passait dans une sphère qu'elle avait quittée à
-regret, pour l'intéresser à la lecture de ses lettres et empêcher
-qu'un commerce qui faisait toute sa consolation ne
-languît par la paresse qu'elle lui connaissait pour écrire.
-C'est pendant ce période de temps que se place la rentrée
-au ministère du marquis de Pomponne, cet intime ami
-<span class="pagenum"><a id="Page_342"> 342</a></span>
-de madame de Sévigné, et la déclaration de guerre à la
-Hollande; Paris et Versailles sont rendus déserts par le
-départ du roi pour l'armée; c'est aussi dans cet intervalle
-qu'ont lieu cette campagne sur le Rhin si glorieuse et
-si meurtrière, la tenue des états de Bretagne et ceux de
-Provence. Jamais madame de Sévigné n'a plus souvent
-éprouvé le besoin de se mêler aux cercles tumultueux de la
-capitale et de les quitter pour la silencieuse solitude de
-Livry. Jamais elle n'a eu autant d'entraînement pour la
-société et les distractions mondaines, ni éprouvé d'aussi
-fortes inspirations vers Dieu; jamais elle ne fréquenta plus
-les spectacles et les églises, ni elle ne lut un plus grand
-nombre d'ouvrages pieux et de livres profanes; jamais
-elle n'a joui d'une santé plus ferme et plus robuste; jamais
-enfin elle n'a plus agi, plus senti, plus pensé et surtout
-plus écrit.</p>
-
-<p>Si on excepte des lettres à diverses personnes, qui
-sont à des dates très-éloignées les unes des autres, de
-toutes les correspondances que madame de Sévigné avait
-entretenues durant cet espace de temps, il ne nous reste
-que celles qu'elle a eues avec Bussy et avec sa fille. Ce
-qui domine dans les lettres à cette dernière, c'est sa tendresse
-passionnée, qui ne se manifeste à aucune autre époque
-avec autant d'abandon, de chaleur et d'éloquence.
-C'est alors aussi qu'elle mit le plus d'empressement et
-d'exactitude dans ce commerce épistolaire, qu'il lui importait
-tant de faire agréer à madame de Grignan et à tous
-ceux qui l'entouraient. Aussi ce qui frappe le plus dans
-les premières lettres de madame de Sévigné, c'est l'idée
-fixe qui la domine et qui ne lui permet pas de se distraire
-un instant de sa fille et des lieux habités par elle. Les tracasseries
-d'Aix et de Marseille lui causent plus d'émotion
-<span class="pagenum"><a id="Page_343"> 343</a></span>
-que Paris, Versailles ou Saint-Germain, Nantes ou Vitré;
-le château de Grignan et son parc l'intéressent plus que
-les Rochers. Toutes les <i>pétoffes</i> de la société provençale,
-elle veut les connaître<a id="FNanchor_673" href="#Footnote_673" class="fnanchor">&nbsp;[673]</a>, car elle sait que de toutes ces
-misères dépendent le bonheur et la tranquillité de celle
-qu'elle chérit. Pour lui plaire, elle transporte en Provence
-la Bretagne et ses états, la cour et ses intrigues, le roi et
-ses maîtresses, l'Église et le théâtre, la littérature et les
-grands événements de la guerre, les fêtes, les repas, les
-toilettes, les conversations, le sermon; elle parlera de
-ceux qui meurent et de ceux qui se marient, de ceux qui
-se ruinent et de ceux qui s'enrichissent. Les lazzis et les
-réflexions, les portraits et les saillies, les ridicules et les
-vices, tout lui sera bon, tout se pressera sous sa plume,
-tout prendra, par la magie de son imagination, des formes
-et des couleurs. Jusque dans la retraite de sa solitude
-champêtre, elle fera en sorte que sa fille habite plus encore
-avec elle. Elle saura la mettre dans la confidence de
-ses projets, de ses occupations, de ses distractions, de ses
-tristesses, de ses craintes et de ses espérances; mêler les
-conseils d'une profonde sagesse aux flatteries que sa tendresse
-lui inspire. C'est lorsqu'elle était seule avec elle-même
-que son cousin de Coulanges, avec plus de justesse
-qu'au milieu d'une nombreuse et brillante assemblée,
-pouvait dire d'elle: «Voyez cette femme, elle est toujours
-en présence de sa fille<a id="FNanchor_674" href="#Footnote_674" class="fnanchor">&nbsp;[674]</a>.»</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a id="Page_344"> 344</a></span>
-Nous l'avons déjà remarqué, c'est à cette séparation de
-madame de Sévigné d'avec sa fille, c'est à son amour de
-mère qu'elle doit, sans qu'elle ait pu le soupçonner, d'avoir
-été le peintre le plus fidèle du grand monde de son temps;
-d'avoir procuré, par le recueil de ses lettres, les mémoires
-les plus piquants, les plus sincères et les plus instructifs
-sur l'époque où elle a vécu; car ils furent écrits non pas
-à froid, non pas avec l'intention de se poser vis-à-vis de
-la postérité en historien et en juge des contemporains,
-mais sans aucun dessein prémédité, mais sans aucune vue
-d'avenir, dans l'abandon d'un commerce intime, sous l'impression
-vive et actuelle des événements, avec la verve et
-la chaleur des émotions qu'ils produisaient, en compagnie
-et souvent sous les yeux des personnages qu'ils nous font
-connaître.</p>
-
-<p>Les lettres écrites par madame de Sévigné à Bussy et
-publiées avec les Mémoires de ce dernier avaient déjà été
-distinguées comme de parfaits modèles du style épistolaire;
-nous avons vu que Bayle, qui n'en connut point
-d'autres, leur donnait la préférence sur celles de Bussy
-même<a id="FNanchor_675" href="#Footnote_675" class="fnanchor">&nbsp;[675]</a>. Alors aussi le jésuite Hervey, dans le poëme latin
-qu'il publia sur l'art d'écrire des lettres, accorde en ce
-genre la prééminence aux femmes, et à madame de Sévigné
-sur toutes les femmes<a id="FNanchor_676" href="#Footnote_676" class="fnanchor">&nbsp;[676]</a>. Mais ce ne fut cependant
-que dix ans plus tard, et lorsqu'on eut publié les deux
-petits volumes des lettres de madame de Sévigné à madame
-de Grignan, que l'on connut toute l'étendue et la
-flexibilité de son talent, parce que c'est dans ces lettres
-seules que le désir de plaire et d'intéresser lui fit déployer
-<span class="pagenum"><a id="Page_345"> 345</a></span>
-toutes les ressources de son style, toutes les richesses
-de sa féconde imagination, et qu'elle put s'abandonner
-sans contrainte à toutes les saillies de son esprit,
-à toute l'impétuosité de ses idées et de ses sentiments.
-Elle fut parfaitement jugée par l'un des deux éditeurs
-qui, en 1726, publièrent presque simultanément chacun
-une édition du même recueil de ses lettres. L'éditeur de
-la Haye est celui des deux qui paraît l'avoir connue, et
-avoir publié sur les autographes son recueil de lettres
-sans aucun retranchement ni altération. Homme d'esprit,
-il a bien apprécié, quoique étranger<a id="FNanchor_677" href="#Footnote_677" class="fnanchor">&nbsp;[677]</a>, l'ouvrage dont il
-faisait part au public; et il nous semble que ceux qui ont
-parlé depuis des lettres de madame de Sévigné n'ont fait
-qu'amplifier et que commenter les paroles que nous allons
-citer. Elles sont précieuses à recueillir, parce qu'elles sont
-d'un contemporain.</p>
-
-<p>«On trouve dans le recueil des lettres de madame de
-Sévigné une naïveté qui charme. C'est une imagination
-brillante et fertile, qui produit sans efforts. Elle n'écrit
-que comme parle une personne du grand monde et de
-beaucoup d'esprit; de sorte que, lorsque vous voyez ces
-lettres, vous croyez qu'elle parle. Vous ne la lisez point,
-vous l'entendez.</p>
-
-<p>«Cette affection extrême, cette tendresse extraordinaire
-pour sa fille, madame de Grignan, qui est répandue
-dans toutes ses lettres, ne surprendra que ceux qui n'ont
-jamais connu madame de Sévigné. Elle portait sa tendresse
-<span class="pagenum"><a id="Page_346"> 346</a></span>
-jusqu'à l'excès; elle adorait sa fille, elle l'aimait
-d'une amitié parfaite, dont la vivacité et la délicatesse,
-si on en juge par ses expressions, surpassaient tous les
-sentiments de l'amour. Elle était sur ce pied-là dans le
-monde; chacun la connaissait mère tendre et idolâtre; et
-ce caractère allait jusqu'à une singularité qui néanmoins
-ne lui donnait aucun ridicule: elle était la première à
-trouver de la faiblesse dans ses sentiments, elle se raillait
-quelquefois elle-même sur cet article; et tout cela ne servait
-qu'à la faire aimer, parce qu'elle donnait lieu par
-là à des railleries innocentes et même obligeantes, auxquelles
-elle répondait toujours avec esprit et avec un air
-aimable.</p>
-
-<p>«Plusieurs particularités de la cour de son temps se
-trouvent ici, et n'auront aucune obscurité pour les personnes
-du grand monde; on y voit des portraits avantageux
-de gens qui vivent encore et qui étaient alors
-dans la fleur de l'âge. Madame de Sévigné mande tout à
-sa fille, le bien et le mal. Elle médit quelquefois, mais
-elle ne médit point en médisante. Ce sont des choses plaisantes
-et ridicules dont elle fait part à madame de Grignan,
-pour égayer ses lettres. Elles contiennent outre cela
-des maximes et des réflexions admirables... Le style,
-naturel et délicat, surpasse tout ce qu'on a jamais vu depuis
-qu'on écrit et qu'on lit des lettres. Ce n'est point un
-style exact ni un langage mesuré et étudié; c'est un tour
-inimitable et un air négligé de noblesse et d'esprit<a id="FNanchor_678" href="#Footnote_678" class="fnanchor">&nbsp;[678]</a>.»</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a id="Page_347"> 347</a></span>
-Malheureusement aucun des éditeurs des lettres de
-madame Sévigné n'a pensé à collationner cette édition
-de Hollande avec celles qui ont été publiées postérieurement;
-il en est résulté, pour cette partie de sa correspondance,
-que toutes les éditions qui ont paru sont
-défectueuses, incomplètes et tronquées; que des pages
-entières sont supprimées, et qu'un grand nombre de passages
-sont altérés, parce que le premier éditeur français,
-que tous les autres ont copié, a cru devoir en agir ainsi
-par égard pour les membres de la famille de Grignan, qui
-vivaient encore<a id="FNanchor_679" href="#Footnote_679" class="fnanchor">&nbsp;[679]</a>.</p>
-
-<p>Lorsque le nombre de lettres de madame de Sévigné
-à sa fille se fut considérablement accru dans les éditions
-successives, on leur fit un reproche que n'avaient pu encourir
-celles de sa correspondance avec Bussy: c'est la
-continuelle manifestation de cet amour maternel, qui parut
-tenir de l'affectation et dont la violence et la durée semblaient
-invraisemblables. On disait que cette expression
-réitérée, quoique toujours heureusement variée, d'un même
-sentiment pouvait être agréable à celle qui l'inspirait,
-mais devenait insupportable à la majorité des lecteurs<a id="FNanchor_680" href="#Footnote_680" class="fnanchor">&nbsp;[680]</a>.&mdash;Je
-le crois. Aussi madame de Sévigné n'a-t-elle pas songé
-à écrire pour eux; et si la réputation qu'elle s'était acquise
-de son vivant, dans ses sociétés et à la cour,
-a pu lui faire soupçonner que quelques-unes de ses lettres
-seraient par la suite produites au grand jour dans
-des recueils épistolaires, ce n'est certainement aucune de
-celles qu'elle écrivait à sa fille et qu'elle écrivait uniquement
-<span class="pagenum"><a id="Page_348"> 348</a></span>
-pour sa fille. J'ai précédemment expliqué pourquoi
-les effusions de sa tendresse ne pouvaient rencontrer de
-parfaite sympathie<a id="FNanchor_681" href="#Footnote_681" class="fnanchor">&nbsp;[681]</a> dans la majorité des lecteurs. Mais
-est-ce pour cela un motif de douter un seul instant de
-leur sincérité? de méconnaître la passion dont elle a subi
-l'influence<a id="FNanchor_682" href="#Footnote_682" class="fnanchor">&nbsp;[682]</a>? Elle-même fait à sa fille l'aveu de ce qu'elle
-a d'insensé; souvent sa piété s'en alarme<a id="FNanchor_683" href="#Footnote_683" class="fnanchor">&nbsp;[683]</a>.&mdash;Qu'y
-pouvait-elle? Les écarts de l'esprit, les défauts de caractère,
-les inclinations condamnables se peuvent combattre
-avec les secours d'une philosophie courageuse ou les armes
-plus puissantes encore de la religion; mais contre ces
-émotions qui nous subjuguent avec une force irrésistible,
-contre ces maladies de l'âme que peut la volonté? que
-peut la raison?&mdash;Chercherons-nous à réprimer ce que
-nos sentiments ont d'excessif? Mais ils n'existent que
-parce qu'ils sont excessifs, que parce qu'ils se sont emparés
-du c&oelig;ur; qu'eux seuls l'échauffent, le remuent, le
-font vivre et palpiter. Tant qu'ils le possèdent, rien de
-ce qui peut les expulser ne peut y trouver accès. Force
-est de se soumettre à leur domination; entreprendre de
-leur résister, c'est les irriter encore, c'est accroître leur
-violence, c'est renoncer à tout espoir de bonheur, c'est annihiler
-l'existence. On peut se sacrifier à eux; mais on ne
-peut les sacrifier à soi: on peut mourir de douleur ou d'ennui.
-Voilà tout.&mdash;Que sera-ce donc s'il ne se mêle dans
-<span class="pagenum"><a id="Page_349"> 349</a></span>
-la passion dont nous sommes fascinés rien de personnel,
-rien de sensuel; si tout en est pur et désintéressé; si, loin
-d'avoir été inspirée par une rencontre fortuite ou les événements
-du monde, elle a pris possession de nous par une
-des lois les plus sacrées de la nature; si elle s'est accrue
-par des habitudes obligées de chaque jour et de chaque
-moment; si enfin, loin de contrarier nos devoirs, elle nous
-donne plus de courage pour les accomplir?&mdash;Comment
-nous résoudre alors à nous soustraire au charme qui nous
-entraîne? Comment nous condamner à une continuelle privation?
-Ne sentons-nous pas que, si ce talisman venait à
-disparaître, il ne laisserait plus autour de nous qu'un vide
-affreux et une absence de toute sympathie, de toute joie,
-de tout contentement, de toute consolation, une existence
-solitaire et douloureuse, dont le fardeau nous deviendrait
-insupportable?</p>
-
-<p>Mais vous vous êtes demandé si madame de Grignan
-méritait en effet tous les éloges que sa mère lui adresse;
-s'il était vrai qu'elle fût telle qu'elle la dépeint, d'une
-beauté parfaite, d'une grâce incomparable, douée de tant
-de talents, si fort au-dessus de son sexe pour le savoir
-et la réflexion, et comme vous avez trouvé des témoignages
-contraires à un si brillant portrait, vous concluez
-que les louanges qui lui sont prodiguées dans les lettres
-de madame de Sévigné sont exagérées et peu sincères:
-mais c'est cette exagération même qui prouve leur sincérité.
-Ce délire d'admiration ne peut provenir que d'un
-c&oelig;ur passionné et d'une imagination qui s'exalte<a id="FNanchor_684" href="#Footnote_684" class="fnanchor">&nbsp;[684]</a>.&mdash;Vous
-<span class="pagenum"><a id="Page_350"> 350</a></span>
-dites encore que cette femme qui se lamentait continuellement
-d'être séparée de sa fille ne semble plus être
-la même quand elle est avec elle sous le même toit; que
-leur union est fréquemment troublée par des explications,
-des froideurs et des raccommodements, des protestations
-et des dissimulations. La correspondance de madame de
-Sévigné le démontre malgré les précautions prises par
-les premiers éditeurs pour dissimuler cette triste vérité<a id="FNanchor_685" href="#Footnote_685" class="fnanchor">&nbsp;[685]</a>.
-Il y a donc moins de réalité que d'imagination dans les
-expressions si vives et si réitérées de l'amour de madame
-de Sévigné pour sa fille.&mdash;Que vous connaissez
-mal les infirmités et les misères des c&oelig;urs maternels! Si
-la tendresse de madame de Sévigné avait pu être réglée
-par sa raison, elle eût, dans les plus grandes effusions de
-c&oelig;ur, conservé cette mesure, ce discernement qui ne l'abandonne
-jamais dans toute autre occasion; vive, affectueuse,
-expansive, facile à émouvoir, elle eût reconnu, sans
-en être alarmée, que sa fille, indolente, froide et concentrée,
-devait avoir une manière de sentir et de s'exprimer
-différente de la sienne; elle eût assigné à sa véritable
-cause le contraste qui existait entre elles deux; elle
-eût compris qu'on peut rectifier ses opinions, réformer
-sa conduite, mais non pas changer sa nature; que la volonté
-exerce sa toute-puissance sur nos idées, sur nos
-actions, mais non pas sur nos sentiments; qu'à cet
-égard elle perd son libre arbitre; qu'elle ne peut rien sur
-cette faculté sympathique qui est en nous comme un
-sixième sens, qu'on désigne par le mot de sensibilité,
-parce qu'en effet ce sens comprend tous les autres; qu'il
-<span class="pagenum"><a id="Page_351"> 351</a></span>
-s'associe à eux tous et semble être comme le lieu commun
-qui les unit et qui leur donne la vie. La sensibilité
-préexiste en nous, et la volonté ne peut ni en
-augmenter ni en affaiblir l'intensité. Si madame de Sévigné
-avait reconnu la différence que la nature avait
-établie entre elle et sa fille à cet égard, satisfaite de posséder
-sa confiance plus que personne au monde, elle
-n'eût point fatigué l'objet de sa tendresse par ses ombrageuses
-susceptibilités et ses empressements tyranniques<a id="FNanchor_686" href="#Footnote_686" class="fnanchor">&nbsp;[686]</a>.
-Rien n'eût troublé l'union qui exista toujours entre
-ces deux femmes si remarquables par leurs vertus, les
-agréments de leur personne et les qualités de leur esprit;
-rien n'eût altéré le plaisir qu'elles avaient de se trouver
-ensemble, et à entretenir un commerce de lettres lorsqu'elles
-étaient séparées. Mais je l'ai dit, l'amour maternel
-dans madame de Sévigné était une passion extravagante
-qui a duré toute sa vie et qui toute sa vie fut
-accompagnée des mêmes inquiétudes et des mêmes agitations
-que fait éprouver tout sentiment profond. Cette
-passion était, comme dit très-bien Saint-Simon<a id="FNanchor_687" href="#Footnote_687" class="fnanchor">&nbsp;[687]</a>, le seul
-défaut de cette charmante femme. Pardonnez-le-lui donc
-ce défaut; plaignez-la d'avoir été trop éprise de sa fille,
-d'avoir été si jalouse de son affection et sans cesse
-tourmentée par le désir de lui plaire et par la crainte de
-n'en être pas assez aimée. Plaignez-la, mais ne la blâmez
-pas de n'avoir pas eu une imagination plus calme, un c&oelig;ur
-moins facile à émouvoir, puisque cela n'était pas en sa
-<span class="pagenum"><a id="Page_352"> 352</a></span>
-puissance<a id="FNanchor_688" href="#Footnote_688" class="fnanchor">&nbsp;[688]</a>. Autant vaudrait lui reprocher, comme un
-tort, d'être née avec des cheveux blonds, parce que vous
-préférez les bruns.</p>
-
-<p>Écoutez comme, dès le début de sa correspondance et
-des premières lettres qu'elle échange avec madame de Grignan
-après leur séparation, elle exprime ce qu'elle sent.
-Madame de Grignan avait écrit qu'elle était jalouse de sa
-petite Marie-Blanche; madame de Sévigné lui répond:</p>
-
-<p>«Il est vrai que j'aime votre fille, mais vous êtes une
-friponne de me parler de jalousie; il n'y a ni en vous ni
-en moi de quoi pouvoir la composer. C'est une imperfection
-dont vous n'êtes point capable, et je ne vous en donne
-non plus de sujet que M. de Grignan. Hélas! quand on
-trouve en son c&oelig;ur toutes les préférences et que rien n'est
-en comparaison, de quoi pourrait-on donner de la jalousie
-à la jalousie même? Ne parlons pas de cette passion,
-je la déteste: quoiqu'elle vienne d'un fonds admirable,
-les effets en sont trop cruels et trop haïssables. Hélas!
-ma bonne, je suis persuadée que vous n'êtes que trop vive
-pour ma santé; elle est à présent au-dessus de toutes les
-craintes ordinaires. Je vivrai pour vous aimer, et j'abandonne
-ma vie à cette unique occupation, à toute la joie,
-à toute la douleur, à tous les agréments, à toutes les
-<span class="pagenum"><a id="Page_353"> 353</a></span>
-mortelles inquiétudes, enfin à tous les sentiments que cette
-passion pourra me donner<a id="FNanchor_689" href="#Footnote_689" class="fnanchor">&nbsp;[689]</a>.»</p>
-
-<p>Avant, elle lui avait dit qu'elle ne pouvait recevoir ses
-lettres sans pleurer: «Je ne le puis, ma fille, mais ne
-souhaitez point que je le puisse; aimez mes tendresses,
-aimez mes faiblesses; pour moi, je m'en accommode fort
-bien; je les aime bien mieux que des sentiments de Sénèque
-et d'Épictète. Je suis douce, tendre, ma chère enfant,
-jusqu'à la folie; vous m'êtes toute chose, je ne connais
-que vous. Hélas! c'est ma folie que de vous voir, de vous
-parler, de vous entendre; je me dévore de cette envie et
-du déplaisir de ne vous avoir pas assez écoutée, pas assez
-regardée; il me semble pourtant que je n'en perdais guère
-les moments: mais enfin je n'en suis pas moins contente;
-je suis folle, il n'y a rien de plus vrai; mais vous êtes
-obligée d'aimer ma folie. Je ne comprends pas comment
-on peut tant penser à une personne: n'aurai-je jamais
-tout pensé? Non, que quand je ne penserai plus<a id="FNanchor_690" href="#Footnote_690" class="fnanchor">&nbsp;[690]</a>.»</p>
-
-<p>Dans une autre lettre, écrite peu de temps après celle-ci,
-l'on trouve la preuve que les orages qui assombrissaient
-par intervalle ce touchant et pur amour et qui se renouvelèrent
-à différentes époques<a id="FNanchor_691" href="#Footnote_691" class="fnanchor">&nbsp;[691]</a> avaient déjà commencé à
-paraître avant cette première séparation.</p>
-
-<p>«Je vous prie, ma bonne, ne donnez point désormais
-<span class="pagenum"><a id="Page_354"> 354</a></span>
-à l'absence l'honneur d'avoir mis entre nous une parfaite
-intelligence, et de mon côté la persuasion de votre tendresse
-pour moi; quand elle aurait part à cette dernière
-chose, regrettons un temps où je vous voyais tous les
-jours, vous, ma bonne, qui êtes le charme de ma vie et
-de mes yeux; où je vous entendais, vous dont l'esprit
-touche mon goût plus que tout ce qui m'a jamais plu.
-N'allons point faire une séparation de votre aimable vue
-et de votre amitié, il y aurait trop de cruauté à séparer
-ces deux choses; et quoique M. de Grignan dise que les
-absents ont toujours tort auprès de vous, c'est une folie;
-je veux plutôt croire que le temps est venu que ces deux
-choses marcheront ensemble; que j'aurai le plaisir de
-vous voir sans mélange d'aucun nuage, et que je réparerai
-toutes mes injustices passées, puisque vous voulez bien les
-nommer ainsi. Après tout, que de bons moments que je
-ne puis assez regretter et que je regrette aussi avec des
-larmes et des tendresses qui ne peuvent jamais finir! Ce
-discours même n'est pas bon pour mes yeux, qui sont
-d'une faiblesse étrange. Je me sens dans une disposition
-qui m'oblige à finir en cet endroit; il faut pourtant que
-je vous dise encore que je regarde le temps où je vous
-verrai comme le seul que je désire et qui peut être agréable
-dans ma vie<a id="FNanchor_692" href="#Footnote_692" class="fnanchor">&nbsp;[692]</a>.»</p>
-
-<p>Dans une lettre écrite un mois après, et lorsque madame
-de Sévigné était aux Rochers, fort occupée de ce
-<span class="pagenum"><a id="Page_355"> 355</a></span>
-qui devait se passer aux états de Bretagne qui allaient
-se réunir, elle s'exprime de manière à ne nous laisser
-aucun doute que ses plus vives peines provenaient de la
-froideur de madame de Grignan, qui lui faisait craindre
-que la tendresse qu'elle avait pour elle ne fût pas réciproque,
-et par cette raison ne lui fût à charge.</p>
-
-<p>«Nous avons ici beaucoup d'affaires; ce qui est certain,
-ma bonne, et dont je crois que vous ne doutez pas,
-c'est que nous sommes bien loin d'oublier cette pauvre
-exilée. Hélas! qu'elle nous est chère et précieuse! Nous
-en parlons très-souvent; mais, quoique j'en parle beaucoup,
-j'y pense encore mille fois davantage, et jour et
-nuit, et en me promenant (car on a toujours quelques
-heures), et à toute heure, et à tout propos, et en parlant
-d'autre chose, et enfin comme on devrait penser à Dieu, si
-l'on était véritablement touché de son amour; il y a des
-excès qu'il faut corriger, et pour être polie, et pour être
-politique; il me souvient comme il faut vivre pour n'être
-pas pesante: je me sers encore de mes vieilles leçons<a id="FNanchor_693" href="#Footnote_693" class="fnanchor">&nbsp;[693]</a>.»</p>
-
-<p>Trois semaines après, elle revient encore dans une autre
-lettre sur les mêmes souvenirs: «Hélas! ma fille, c'est
-bien moi qui dis cette chanson que vous me rappelez:
-<i>Hélas! quand reviendra-t-il ce temps, bergère?</i> Je le
-regrette tous les jours de ma vie, et j'en souhaiterais un
-pareil au prix de mon sang; ce n'est pas que j'aie sur le
-<span class="pagenum"><a id="Page_356"> 356</a></span>
-c&oelig;ur de n'avoir pas senti le plaisir d'être avec vous; je
-vous jure et vous proteste que je ne vous ai jamais regardée
-avec indifférence ni avec la langueur que donne
-quelquefois l'habitude; mes yeux ni mon c&oelig;ur ne se sont
-jamais accoutumés à cette vue, et jamais je ne vous ai
-regardée sans joie et sans tendresse; s'il y a eu quelques
-moments où elle n'ait pas paru, c'est alors que je la sentais
-plus vivement: ce n'est donc point cela que je puis me
-reprocher; mais je regrette de ne vous avoir pas assez
-vue et d'avoir eu dans certains moments de cruelles politiques
-qui m'ont ôté ce plaisir. Ce serait une belle chose
-si je remplissais mes lettres de ce qui me remplit le c&oelig;ur.
-Ah! comme vous dites, il faut glisser sur bien des pensées<a id="FNanchor_694" href="#Footnote_694" class="fnanchor">&nbsp;[694]</a>.»
-Malheureusement, au lieu d'y glisser, elle pèse
-quelquefois dessus de tout son poids, et éclate en reproches
-amers; c'est ainsi que, longtemps après l'époque où
-nous sommes arrivés, mécontente du départ précipité de
-madame de Grignan, elle trace le plan d'un traité sur
-l'amitié, et dit: «Je ferai voir dans ce livre qu'il y a cent
-manières de témoigner son amitié sans le dire, ou de dire
-par ses actions qu'on n'a point d'amitié lorsque la bouche
-traîtreusement assure le contraire. Je ne parle pour
-personne, mais ce qui est écrit est écrit<a id="FNanchor_695" href="#Footnote_695" class="fnanchor">&nbsp;[695]</a>.»</p>
-
-<p>Le passage suivant fait encore allusion au genre de
-peines que madame de Sévigné éprouvait souvent de la
-part de sa fille alors même qu'elle jouissait du bonheur
-de la posséder, et il contient un reproche indirect et bien
-tendre, souvent répété dans le cours de cette correspondance.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a id="Page_357"> 357</a></span>
-«Il y a demain un bal chez <span class="small1">Madame</span>; j'ai vu chez
-<span class="small1">Mademoiselle</span> l'agitation des pierreries; cela m'a fait
-souvenir des tribulations passées, et plût à Dieu y être encore!
-Pouvais-je être malheureuse avec vous? toute ma vie
-est pleine de repentir. Monsieur Nicole, ayez pitié de moi,
-et me faites bien envisager les ordres de la Providence.
-Adieu, ma chère fille; je n'oserais dire que je vous adore,
-mais je ne puis concevoir qu'il y ait un degré d'amitié au
-delà de la mienne; vous m'adoucissez et m'augmentez
-mes ennuis par les aimables et douces assurances de la
-vôtre<a id="FNanchor_696" href="#Footnote_696" class="fnanchor">&nbsp;[696]</a>.»</p>
-
-<p>Cette autre fin de lettre, qu'avaient retranchée les premiers
-éditeurs, nous révèle encore plus clairement ce
-qui troublait les jouissances que goûtait madame de Sévigné
-dans son affection pour sa fille. «Adieu, ma très-chère
-et très-aimable; je prendrai grand plaisir à lire le chapitre
-de la tendresse que vous avez pour moi; je vous
-promets de demeurer fixée dans l'opinion que j'en ai;
-mais, pour plus grande sûreté, soyez fixée aussi à m'en
-donner des marques, comme vous faites. Vous savez
-avec quelle passion je vous aime et quelle inclination
-j'ai eue toute ma vie pour vous; tout ce qui peut m'avoir
-rendue haïssable venait de ce fond; il est en vous de me
-rendre la vie heureuse ou malheureuse<a id="FNanchor_697" href="#Footnote_697" class="fnanchor">&nbsp;[697]</a>.»</p>
-
-<p>On voit encore, dans une autre lettre, que madame de
-Sévigné trouvait dans l'exactitude que sa fille mettait à
-lui écrire des preuves plus fortes de son attachement
-que dans les protestations de tendresse que celle-ci se
-<span class="pagenum"><a id="Page_358"> 358</a></span>
-croyait obligée de lui adresser pour calmer les inquiétudes
-de son c&oelig;ur maternel. «Vous me voulez aimer pour
-vous et pour votre enfant: hé! ma chère fille, n'entreprenez
-pas tant de choses! Quand vous pourriez atteindre
-à m'aimer autant que je vous aime, ce qui n'est pas une
-chose possible, ni même selon l'ordre de Dieu, il faudrait
-toujours que ma petite fût par-dessus le marché; c'est le
-trop plein de la tendresse que j'ai pour vous<a id="FNanchor_698" href="#Footnote_698" class="fnanchor">&nbsp;[698]</a>.»</p>
-
-<p>Madame de Sévigné revient encore sur ces tristes souvenirs
-dans une lettre où elle répond à des observations,
-fort justes peut-être, sur sa trop grande susceptibilité,
-mais dont elle ne se montre pas très-satisfaite.&mdash;«Il est
-vrai qu'il ne faudrait s'attacher à rien et qu'à tout moment
-on se trouve le c&oelig;ur arraché dans les grandes et
-petites choses; mais le moyen? Il faut donc toujours avoir
-cette <i>morale</i> dans les mains comme du vinaigre au nez,
-de peur de s'évanouir.&mdash;Je vous avoue, ma fille, que
-mon c&oelig;ur me fait bien souffrir. J'ai bien meilleur marché
-de mon esprit et de mon humeur. Je suis très-contente
-de votre amitié. Ne croyez pas, au moins, que je sois
-trop délicate et trop difficile; ma tendresse me pourrait
-rendre telle, mais je ne l'ai jamais écoutée, et quand
-elle n'est point raisonnable je la gourmande; mais
-croyez-moi de bonne foi, et, dans le temps que je vous
-aime le plus et que je crois que vous m'aimez, croyez
-que les choses qui m'ont touchée auraient touché qui que
-ce soit au monde. Je vous dis tout cela pour vous ôter
-de l'esprit qu'il y ait aucune peine à vivre avec moi ni
-qu'il faille des observations fatigantes. Non, ma bonne, il
-<span class="pagenum"><a id="Page_359"> 359</a></span>
-faut faire comme vous faites et comme vous avez su si
-bien faire quand vous avez voulu; cette capacité qui est
-en vous rendrait le contraire plus douloureux<a id="FNanchor_699" href="#Footnote_699" class="fnanchor">&nbsp;[699]</a>.»</p>
-
-<p>Madame de Grignan avait fait des réflexions morales
-au sujet des vaines inquiétudes que l'on a pour un avenir
-qui bien souvent ne se réalise pas, ou qui, s'il se réalise,
-nous paraît alors tout autre qu'à l'époque où sa prévision
-fut la cause de notre tourment. Nous craignons des
-maux qui perdent ce nom par le changement de nos pensées
-et de nos inclinations<a id="FNanchor_700" href="#Footnote_700" class="fnanchor">&nbsp;[700]</a>. Et à ce sujet, pour mieux faire
-goûter sa morale, madame de Grignan avait exalté les
-bonnes qualités de sa mère et déprécié les siennes. Madame
-de Sévigné, qui ne pouvait être dupe d'un tel stratagème
-oratoire, lui répond avec une grande gravité: «Vous
-n'êtes point sincère quand vous me louez tant aux dépens
-de vous-même, et vous méprisant comme vous faites. Il
-me siérait mal de faire votre panégyrique à vous-même,
-et vous ne voulez jamais que je dise du mal de moi.....
-Vous avez un fonds de raison et de courage que j'honore;
-pour moi, je n'en ai point tant, surtout quand mon c&oelig;ur
-prend le soin de m'affliger. Mes paroles sont assez bonnes;
-je les range comme ceux qui disent bien; mais la tendresse
-de mes sentiments me tue. Par exemple, je n'ai
-point été trompée dans les douleurs d'être séparée de
-vous; je les ai imaginées comme je les sens; j'ai compris
-que rien ne me remplirait votre place, que votre souvenir
-me serait toujours sensible au c&oelig;ur; que je m'ennuierais
-<span class="pagenum"><a id="Page_360"> 360</a></span>
-de votre absence, que je serais en peine de votre santé;
-que jour et nuit je serais occupée de vous. Je sens tout
-cela comme je l'avais prévu. Il y a plusieurs endroits
-sur lesquels je n'ai pas la force d'appuyer; toute ma
-pensée glisse là-dessus, comme vous disiez, et je n'ai
-pas trouvé que le proverbe fût vrai pour moi, <i>d'avoir
-la robe selon le froid</i>. Je n'ai point de robe pour ce
-froid-là<a id="FNanchor_701" href="#Footnote_701" class="fnanchor">&nbsp;[701]</a>.»</p>
-
-<p>Cependant madame de Sévigné avait beaucoup de ressort
-dans le caractère, de la gaieté et de la vivacité;
-elle s'intéressait à tout, aimait le monde, et se plaisait
-dans la solitude; jouissait des personnes aimables, spirituelles
-ou instruites qu'elle rencontrait, et savait supporter
-celles dont la société était ennuyeuse, l'esprit borné
-ou futile, et assortir sa conversation à la leur. Madame
-de Grignan, au contraire, était sujette aux vapeurs;
-elle s'ennuyait facilement; il lui fallait de la compagnie,
-et une compagnie qui lui convînt<a id="FNanchor_702" href="#Footnote_702" class="fnanchor">&nbsp;[702]</a>. Ce défaut venait en
-partie de son éducation et de l'habitude qu'elle avait
-contractée de la société de sa mère, de la trop grande
-indulgence et des extrêmes complaisances de celle-ci pour
-elle dans sa jeunesse. Le soufflet donné par elle à mademoiselle
-du Plessis le prouve<a id="FNanchor_703" href="#Footnote_703" class="fnanchor">&nbsp;[703]</a>; et c'est ce qui ressort
-aussi évidemment de plusieurs passages des lettres de
-<span class="pagenum"><a id="Page_361"> 361</a></span>
-madame de Sévigné et notamment de celui-ci: «Vous
-aimer, penser à vous, m'attendrir à tout moment plus
-que je ne voudrais, m'occuper de vos affaires, m'inquiéter
-de ce que vous pensez, sentir vos ennuis et vos peines,
-les vouloir souffrir pour vous s'il était possible, écumer
-votre c&oelig;ur comme j'écumais votre chambre des fâcheux
-dont je la voyais remplie; en un mot, comprendre vivement
-ce que c'est que d'aimer quelqu'un plus que soi-même,
-voilà comme je suis: c'est une chose qu'on dit
-souvent en l'air; on abuse de cette expression, moi je la
-répète; et, sans la profaner jamais, je la sens tout entière
-en moi, et cela est vrai<a id="FNanchor_704" href="#Footnote_704" class="fnanchor">&nbsp;[704]</a>.»</p>
-
-<p>Rien ne touchait plus madame de Sévigné que les marques
-de tendresse que lui donnait sa fille. Elle en était
-avide, et il semble qu'elle craint toujours que ce c&oelig;ur, dans
-lequel elle voudrait habiter, ne se refroidisse et ne devienne
-indifférent pour elle. Aux premières lettres qu'elle reçoit
-de madame de Grignan, elle répond:</p>
-
-<p>«Je reçois vos lettres, ma bonne, comme vous avez
-reçu ma bague. Je fonds en larmes en les lisant; il semble
-que vous m'écriviez des injures, ou que vous soyez malade,
-ou qu'il vous soit arrivé quelque accident; et c'est
-tout le contraire. Vous m'aimez, ma chère enfant, et
-vous me le dites d'une manière que je ne puis soutenir
-sans des pleurs en abondance. Vous continuez votre
-voyage sans aucune aventure fâcheuse, et lorsque j'apprends
-tout cela, qui est justement tout ce qui me peut
-être le plus agréable dans l'état où je suis, vous vous
-<span class="pagenum"><a id="Page_362"> 362</a></span>
-avisez donc de penser à moi, vous en parlez, et vous
-aimez mieux m'écrire vos sentiments que vous n'aimez à
-me les dire. De quelque façon qu'ils me viennent, ils sont
-reçus avec une tendresse et une sensibilité qui n'est comprise
-que de ceux qui savent aimer comme je fais. Vous
-me faites sentir pour vous tout ce qu'il est possible de
-sentir de tendresse<b>. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .</b>
-Adieu, ma chère enfant, l'unique passion de mon c&oelig;ur,
-le plaisir et la douleur de ma vie; aimez-moi toujours, c'est
-la seule chose qui peut me donner de la consolation<a id="FNanchor_705" href="#Footnote_705" class="fnanchor">&nbsp;[705]</a>.»</p>
-
-<p>Deux jours après, madame de Sévigné reçoit encore
-de nouvelles lettres de sa fille; et, quoique brèves, elles
-dissipent tous les doutes qui s'étaient élevés dans son esprit
-en trouvant sa fille si peu expansive à son égard
-lorsqu'elles étaient toutes deux ensemble.</p>
-
-<p>«Vos lettres, lui dit-elle, sont premièrement très-bien
-écrites, et de plus si tendres et si naturelles qu'il est impossible
-de ne les pas croire; la défiance même en serait
-convaincue: elles ont le caractère de vérité qui se maintient
-toujours et qui se fait voir avec autorité... Vos
-paroles ne servent tout au plus qu'à vous expliquer; et,
-dans cette noble simplicité, elles ont une force à quoi
-l'on ne peut résister. Voilà, ma bonne, comme vos lettres
-<span class="pagenum"><a id="Page_363"> 363</a></span>
-m'ont paru; jugez quel effet elles me font et quelles
-sortes de larmes je répands en me trouvant persuadée
-de la vérité de toutes les vérités que je souhaite le plus
-sans exception! Vous pouvez juger par là de ce que m'ont
-fait toutes les choses qui m'ont donné autrefois un sentiment
-contraire. Si mes paroles ont la même puissance
-que les vôtres, il ne faut pas vous en dire davantage. Je
-suis assurée que mes vérités ont fait sur vous leur effet
-ordinaire. Mais je ne veux point que vous disiez que
-j'étais un rideau qui vous cachait. Tant pis si je vous cachais,
-vous êtes encore plus aimable quand on a tiré le
-rideau; il faut que vous soyez à découvert pour être dans
-votre perfection: nous l'avons dit mille fois. Pour moi, il
-me semble que je suis toute nue, qu'on m'a dépouillée de
-tout ce qui me rendait aimable. Je n'ose plus voir le
-monde; et quoi qu'on ait fait pour m'y remettre, j'ai passé
-tous ces jours comme un loup garou, ne pouvant faire
-autrement. <i>Peu de gens sont dignes de comprendre ce
-que je sens.</i> J'ai cherché ceux qui sont de ce petit nombre,
-et j'ai évité les autres<a id="FNanchor_706" href="#Footnote_706" class="fnanchor">&nbsp;[706]</a>.»</p>
-
-<p>Sept jours après avoir écrit cette lettre, madame de
-Sévigné s'exprime sur le même sujet d'une manière plus
-significative encore dans sa réponse à une nouvelle lettre
-de sa fille.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a id="Page_364"> 364</a></span>
-«Je vous conjure, ma chère bonne, de conserver vos
-yeux.&mdash;Pour les miens, vous savez qu'ils doivent mourir
-à votre service. Vous comprenez bien, ma belle, que, de
-la manière dont vous m'écrivez, il faut que je pleure en
-lisant vos lettres. Pour comprendre quelque chose à l'état
-où je suis, joignez, ma bonne, à la tendresse et à l'inclination
-naturelle que j'ai pour votre personne la petite circonstance
-d'être persuadée que vous m'aimez, et jugez de
-l'excès de mes sentiments. Méchante, pourquoi me cachez-vous
-quelquefois de si précieux trésors? Vous avez peur
-que je ne meure de joie; mais ne craignez-vous pas aussi
-que je ne meure de déplaisir de croire et de voir le contraire?
-Je prends d'Hacqueville à témoin de l'état où il
-m'a vue autrefois. Mais quittons ces tristes souvenirs, et
-laissez-moi jouir d'un bien sans lequel la vie m'est dure et
-fâcheuse. Ce ne sont point des paroles, ce sont des vérités.
-Madame de Guénégaud m'a mandé de quelle manière
-elle vous a vue; pour moi, je vous conjure, ma bonne,
-d'en conserver le fond; mais plus de larmes, je vous en
-conjure: elles ne vous sont pas si saines qu'à moi. Je suis
-présentement assez raisonnable, je me soutiens au besoin,
-et quelquefois je suis quatre ou cinq heures tout comme
-un autre; mais peu de chose me remet à mon premier
-état: un souvenir, un lieu, une parole, une pensée un
-peu trop arrêtée; vos lettres surtout, les miennes même
-en les écrivant, quelqu'un qui me parle de vous, voilà
-des écueils à ma constance, et ces écueils se rencontrent
-souvent<b>. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .</b>
-Ah! ma bonne, je voudrais bien vous voir un peu, vous
-entendre et vous embrasser, vous voir passer, si c'est trop
-que le reste. Eh bien! voilà de ces pensées à quoi je ne
-résiste pas; je sens qu'il m'ennuie de ne vous plus avoir;
-<span class="pagenum"><a id="Page_365"> 365</a></span>
-cette séparation me fait une douleur au c&oelig;ur et à l'âme,
-que je sens comme un mal du corps<a id="FNanchor_707" href="#Footnote_707" class="fnanchor">&nbsp;[707]</a>.»</p>
-
-<p>Elle ne termine presque jamais sa lettre sans prier
-sa fille de l'aimer, sans renouveler le témoignage de sa
-tendresse par une expression vive et forte.&mdash;«Ma fille,
-aimez-moi donc toujours;&mdash;c'est ma vie, c'est mon âme
-que votre amitié;&mdash;je vous le disais l'autre jour, elle fait
-toute ma joie et toutes mes douleurs.» Dans une autre lettre:
-«Je souhaite, ma petite, que vous m'aimiez toujours;
-c'est ma vie, c'est l'air que je respire<a id="FNanchor_708" href="#Footnote_708" class="fnanchor">&nbsp;[708]</a>.» Dans une autre
-encore elle termine ainsi: «Je vous remercie de vos
-soins, de votre amitié, de vos lettres; ma vie tient à toutes
-ces choses-là<a id="FNanchor_709" href="#Footnote_709" class="fnanchor">&nbsp;[709]</a>.» Dans une autre enfin: «Vous êtes
-mon c&oelig;ur et ma vie. <i>Seposto ho il cor nelle sue mani, a
-lei stara di farsi amar quanto le piace</i><a id="FNanchor_710" href="#Footnote_710" class="fnanchor">&nbsp;[710]</a>.»</p>
-
-<p>Madame de Sévigné comprenait tout ce qu'il y avait
-d'insensé dans l'excès de cette tendresse; aussi cherchait-elle
-à la combattre par la raison, par la religion, par tous
-les genres de distractions qui s'alliaient avec sa position,
-ses inclinations et ses devoirs; et c'est lorsqu'elle veut
-<span class="pagenum"><a id="Page_366"> 366</a></span>
-badiner de sa peine, c'est lorsque la violence de ses sentiments
-se trahit malgré ses efforts pour les comprimer
-qu'elle nous touche le plus; alors sa délirante gaieté nous
-serre le c&oelig;ur et rend plus déchirant encore le cri de douleur
-qui la termine. Madame de Grignan était au château
-de Grignan. Elle écrit à madame de Sévigné, alors aux
-Rochers, qu'elle se fait peindre; que le comte de Grignan
-s'amuse à jouer au mail, qu'il y est très-adroit, et qu'enfin
-il embrasse sa belle-mère. Rien ne paraît plus ordinaire
-et plus simple que ces détails, rien de moins propre
-en apparence à émouvoir la sensibilité. Mais voyez l'émotion
-qu'ils excitent dans le sein de cette pauvre mère, et
-jugez-en par ce peu de paroles qu'elle jette sur le papier:
-«Vous dites donc que M. de Grignan m'embrasse. Vous
-perdez le respect, mon pauvre Grignan. Viens donc un
-peu jouer dans mon mail, je t'en conjure; il y fait si beau;
-j'ai tant d'envie de vous voir jouer; vous avez si bonne
-grâce, vous faites de si beaux coups! Vous êtes bien cruel
-de me refuser une promenade d'une heure seulement. Et
-vous, ma petite, venez, nous causerons... Ah! mon Dieu!
-j'ai bien envie de pleurer<a id="FNanchor_711" href="#Footnote_711" class="fnanchor">&nbsp;[711]</a>.»</p>
-
-<p>Au milieu des plaisirs du monde, de la musique et des
-danses, madame de Sévigné se trouvait tout à coup assaillie
-par le souvenir de sa fille et plongée dans une invincible
-mélancolie. Les airs d'Ytier, que sa fille aimait, faisaient
-sur elle une impression douloureuse. Au sortir d'un
-bal où elle avait assisté à Vitré, elle écrit à madame de
-Grignan, du cabinet de la duchesse de Chaulnes: «Mais
-sera-t-il possible, ma fille, que M. de Grignan ne me
-<span class="pagenum"><a id="Page_367"> 367</a></span>
-donne jamais le plaisir de vous voir danser un moment?
-Quoi! je ne reverrai jamais cette danse et cette grâce parfaite
-qui m'allait droit au c&oelig;ur? Je meurs d'envie de pleurer
-au bal, et quelquefois j'en passe mon envie sans que
-personne s'en aperçoive; certains airs, certaines danses
-font cet effet très-ordinairement<a id="FNanchor_712" href="#Footnote_712" class="fnanchor">&nbsp;[712]</a>.»</p>
-
-<p>De cette éloquence du sentiment, qui s'élève quelquefois
-jusqu'au sublime, madame de Sévigné tombe dans le plaisant
-et le grotesque, et elle exprime alors non moins énergiquement
-ce qu'elle éprouve, comme dans cette fin d'une
-de ses lettres: «Adieu, ma très-aimable bonne, je ne
-pense qu'à vous; si, par un miracle que je n'espère ni
-ne veux, vous étiez hors de ma pensée, il me semble que
-je serais vide de tout, comme une figure de Benoît.»
-Ce Benoît était un artiste qui excellait à faire des portraits
-en cire; il montrait pour de l'argent, réunies dans
-un grand salon, les effigies des principaux seigneurs de
-la cour, revêtus de leurs plus brillants costumes<a id="FNanchor_713" href="#Footnote_713" class="fnanchor">&nbsp;[713]</a>. Dans
-une autre lettre, où elle plaisante sur son défaut de mémoire,
-elle dit: «Nous sentons plus que jamais que la
-mémoire est dans le c&oelig;ur; car quand elle ne nous vient
-pas de cet endroit, nous n'en avons pas plus que des
-lièvres<a id="FNanchor_714" href="#Footnote_714" class="fnanchor">&nbsp;[714]</a>.»</p>
-
-<p>Cependant un jubilé était ouvert; la semaine sainte
-approchait, et madame de Sévigné, pour échapper aux
-pensées qu'elle se reproche et qui la tourmentent, se rend
-<span class="pagenum"><a id="Page_368"> 368</a></span>
-à Livry, afin d'y passer quelques jours dans une retraite
-pieuse, bien résolue, tant qu'elle y serait, de ne point écrire
-à sa fille. Vaine résolution!&mdash;Elle se trouve forcée de retourner
-à Paris, où elle termine les tristes et humiliants
-aveux commencés à Livry.</p>
-
-<p>«Ma chère bonne, il y a trois heures que je suis partie
-de Paris avec l'abbé (de Coulanges, son tuteur), Hélène
-(sa femme de chambre), Hébert (son valet de chambre)
-et Marphise (sa chienne), dans le dessein de me retirer
-du monde et du bruit jusqu'à jeudi au soir. Je prétends
-être en solitude; je fais de ceci une petite Trappe; je
-veux y prier Dieu, y faire mille réflexions; j'ai résolu
-d'y jeûner beaucoup, pour toutes sortes de raisons; de
-marcher pour tout le temps que j'ai été dans ma chambre,
-et surtout de m'ennuyer pour l'amour de Dieu. Mais ce
-que je ferai beaucoup mieux que tout cela, c'est de penser
-à vous, ma fille; je n'ai pas encore cessé depuis que je
-suis arrivée, et, ne pouvant contenir tous mes sentiments,
-je me suis mise à vous écrire au bout de cette petite allée
-sombre que vous aimez, assise sur ce siége de mousse où
-je vous ai vue quelquefois couchée. Mais, mon Dieu! où
-ne vous ai-je point vue ici? et de quelle façon toutes ces
-pensées me traversent-elles le c&oelig;ur? Il n'y a point d'endroit,
-point de lieu, ni dans la maison, ni dans l'église,
-ni dans le pays, ni dans le jardin, où je ne vous ai vue...
-Je vous vois, vous m'êtes présente; je pense et je repense
-à vous. Ma tête et mon esprit se creusent; mais j'ai beau
-tourner, j'ai beau chercher cette chère enfant que j'aime
-avec tant de passion, elle est à deux cents lieues de moi,
-je ne l'ai plus. Sur cela, je pleure sans pouvoir m'en empêcher.
-Ma chère bonne, voilà qui est bien faible; pour
-moi, je ne sais point être forte contre une tendresse si
-<span class="pagenum"><a id="Page_369"> 369</a></span>
-juste et si naturelle. L'état où ce lieu m'a mise est une
-chose incroyable: je vous prie de ne pas parler de mes
-faiblesses; mais vous devez aimer et respecter mes larmes,
-qui viennent d'un c&oelig;ur tout à vous<a id="FNanchor_715" href="#Footnote_715" class="fnanchor">&nbsp;[715]</a>.»</p>
-
-<p>Puis encore, le surlendemain, elle reprend la plume
-pour faire une nouvelle infraction à la résolution qu'elle
-avait prise; et le jeudi saint elle écrit: «Si j'avais autant
-pleuré mes péchés que j'ai pleuré pour vous depuis que
-je suis ici, je serais très-bien disposée pour faire mes pâques
-et mon jubilé. J'ai passé ici le temps que j'avais résolu,
-et de la manière dont je l'avais prévu. C'est une
-chose étrange qu'une imagination vive qui représente
-toutes choses comme si elles étaient encore; sur cela, on
-songe au présent; et quand on a le c&oelig;ur comme je l'ai,
-on se meurt. Je ne sais où me sauver de vous; notre maison
-de Paris m'assomme encore tous les jours, et Livry
-m'achève. Pour vous, c'est par un effort de mémoire que
-vous pensez à moi; la Provence n'est point obligée de me
-rendre à vous, comme ces lieux-ci doivent vous rendre à
-moi. J'ai trouvé de la douceur dans la tristesse que j'ai eue
-ici. Une grande solitude, un grand silence, un office triste,
-des ténèbres chantées avec dévotion, un jeûne canonique,
-et une beauté dans ces jardins dont vous seriez charmée;
-tout cela m'a plu. Je n'avais jamais été à Livry la semaine
-sainte. Hélas! que je vous y ai souhaitée! Quelque ennemie
-que vous soyez de la solitude, vous auriez été contente
-de celle-ci. Mais je m'en retourne à Paris par nécessité.
-Je veux demain aller à la Passion du P. Bourdaloue
-<span class="pagenum"><a id="Page_370"> 370</a></span>
-et du P. Mascaron. J'ai toujours honoré les belles Passions.
-Adieu, ma chère petite; voilà ce que vous aurez de
-Livry; j'achèverai cette lettre à Paris. Si j'avais eu la
-force de ne vous y point écrire, et de faire un sacrifice à
-Dieu de tout ce que j'ai senti, cela vaudrait mieux que
-toutes les pénitences du monde; mais, au lieu d'en faire
-un bon usage, j'ai cherché de la consolation à vous en
-parler. Ah! ma bonne, que cela est faible et misérable<a id="FNanchor_716" href="#Footnote_716" class="fnanchor">&nbsp;[716]</a>!»</p>
-
-<p>Elle retourne à Paris, et revient ensuite à Livry; mais
-en s'y rendant elle avait été dîner à Pomponne avec son
-vieil ami, le père du marquis de Pomponne, et Arnauld
-d'Andilly, dont les sages admonitions firent sur elle une
-forte impression, sans qu'elle en devînt plus raisonnable.
-Voici ce qu'elle écrit à sa fille de cet homme vénérable,
-âgé alors de quatre-vingt-trois ans: «Je le trouvai dans
-une augmentation de sainteté qui m'étonna: plus il approche
-de la mort, plus il s'épure. Il me gronda très-sérieusement;
-et, transporté de zèle et d'amitié pour moi,
-il me dit que j'étais folle de ne point songer à me convertir;
-que j'étais une jolie païenne; que je faisais de vous
-une idole de mon c&oelig;ur; que cette sorte d'idolâtrie était
-aussi dangereuse qu'une autre, quoiqu'elle me parût
-moins criminelle; qu'enfin je songeasse à moi: il me
-dit tout cela si fortement que je n'avais pas le mot à dire.
-Enfin, après six heures de conversation très-agréable,
-quoique très-sérieuse, je le quittai, et vins ici, où je trouvai
-tout le triomphe du mois de mai: le rossignol, le coucou,
-la fauvette ont ouvert le printemps dans nos forêts;
-<span class="pagenum"><a id="Page_371"> 371</a></span>
-je m'y suis promenée le soir toute seule, j'y ai trouvé toutes
-mes tristes pensées; mais je ne veux plus vous en parler<a id="FNanchor_717" href="#Footnote_717" class="fnanchor">&nbsp;[717]</a>.»</p>
-
-<p>Elle était bien loin de pouvoir garder cette résolution,
-qui ne fut jamais prise par elle sérieusement, puisque, encore
-près d'un an après la date de cette lettre, elle avoue
-qu'elle se trouve dans des dispositions toutes différentes,
-et que tout renouvelait ses douleurs. Le cardinal de Retz
-avait quitté sa retraite pour faire à Paris une courte apparition;
-il y avait été reçu par M. de la Rochefoucauld,
-madame de la Fayette et madame de Sévigné avec un
-empressement et une cordialité proportionnés à l'affection
-sincère qu'il avait dans tous les temps inspirée à ses anciens
-amis<a id="FNanchor_718" href="#Footnote_718" class="fnanchor">&nbsp;[718]</a>. Madame de Sévigné parle ainsi de lui à sa
-fille: «Nous tâchons d'amuser notre bon cardinal; Corneille
-lui a lu une pièce qui sera jouée dans quelque temps
-et qui fait souvenir des anciennes. Molière lui lira samedi
-<i>Trissotin</i><a id="FNanchor_719" href="#Footnote_719" class="fnanchor">&nbsp;[719]</a>, qui est une fort plaisante chose. Despréaux lui
-donnera son <i>Lutrin</i> et son <i>Art poétique</i>: voilà tout ce
-qu'on peut faire pour son service. Il vous aime de tout son
-c&oelig;ur, ce pauvre cardinal; il parle souvent de vous, et vos
-louanges ne finissent pas si aisément qu'elles commencent.
-Mais, hélas! quand nous songeons qu'on nous a enlevé
-notre chère enfant, rien n'est capable de nous consoler;
-pour moi, je serais très-fâchée d'être consolée; je ne me
-pique ni de fermeté ni de philosophie; mon c&oelig;ur me mène
-et me conduit. On disait l'autre jour (je crois vous l'avoir
-<span class="pagenum"><a id="Page_372"> 372</a></span>
-mandé) que la vraie mesure du c&oelig;ur c'est la capacité
-d'aimer; je me trouve d'une grande élévation par cette
-règle; elle me donnerait trop de vanité si je n'avais mille
-autres sujets de me remettre à ma place<a id="FNanchor_720" href="#Footnote_720" class="fnanchor">&nbsp;[720]</a>.»</p>
-
-<p>Les Rochers, où madame de Sévigné avait tant de fois
-goûté le plaisir de se trouver seule avec sa fille, font sur
-elle la même impression que Livry lorsqu'elle y rentre
-pour la première fois après le départ de madame de Grignan,
-et elle écrit: «Enfin, ma fille, me voici dans ces
-pauvres <i>Rochers</i>: peut-on revoir ces allées, ces devises,
-ce petit cabinet, ces livres, cette chambre sans mourir
-de tristesse? Il y a des souvenirs agréables; mais il y en
-a de si vifs et de si tendres qu'on a peine à les supporter.
-Ceux que j'ai de vous sont de ce nombre. Ne comprenez-vous
-pas bien l'effet que cela peut faire dans un c&oelig;ur
-comme le mien?&mdash;J'ai quelquefois des rêveries, dans ces
-bois, d'une telle noirceur que j'en reviens plus changée
-que dans un accès de fièvre<a id="FNanchor_721" href="#Footnote_721" class="fnanchor">&nbsp;[721]</a>.»</p>
-
-<p>Un an après que sa fille l'eut quittée, le jour anniversaire
-où elle la maria, dans ce même couvent des s&oelig;urs
-de Sainte-Marie du Faubourg, où elle la fit élever, madame
-de Sévigné se trouva saisie d'une si forte douleur
-qu'elle ne put s'empêcher de prendre la plume pour exprimer
-tout ce qu'elle ressentait. «Me voici dans un lieu,
-ma bonne, qui est le lieu du monde où j'ai pleuré, le jour
-de votre départ, le plus abondamment et le plus amèrement.
-La pensée m'en fait encore tressaillir. Ma bonne,
-je n'en puis plus; votre souvenir me tue en mille occasions.
-<span class="pagenum"><a id="Page_373"> 373</a></span>
-J'ai pensé mourir dans ce jardin, où je vous ai vue
-mille fois; je ne veux point vous dire en quel état je suis:
-vous avez une vertu sévère qui n'entre point dans la faiblesse
-humaine. Il y a des heures, des moments où je ne
-suis pas la maîtresse; je suis faible, et je ne me pique
-point de ne l'être pas<a id="FNanchor_722" href="#Footnote_722" class="fnanchor">&nbsp;[722]</a>.»</p>
-
-<p>Madame de Sévigné fut vivement touchée de l'exactitude
-que madame de Grignan mettait à lui écrire. «Dès
-que j'ai reçu une de vos lettres, lui dit-elle, j'en voudrais
-tout à l'heure une autre; je ne respire que d'en recevoir.»
-Elle lui témoigne sans cesse le plaisir qu'elle ressent
-lorsque ses lettres lui parviennent; ses inquiétudes, ses
-impatiences quand elles n'arrivent pas aussitôt qu'elle les
-espère; la consolation et le soulagement que leur lecture
-lui procure. Elle cherche à l'encourager dans cette
-voie par des éloges souvent répétés<a id="FNanchor_723" href="#Footnote_723" class="fnanchor">&nbsp;[723]</a>. Mais toutefois, au
-milieu de toutes ces louanges, on aperçoit quelquefois ce
-qui manquait aux lettres de madame de Grignan pour
-être entièrement du goût de sa mère. Puisqu'elle l'invite
-à ne jamais quitter le naturel, qui, selon elle, «surpasse
-un style parfait,» c'est que sa fille tombait souvent
-dans l'affectation. Les observations de madame de
-Sévigné produisaient leur effet: non que madame de
-Grignan adoptât les idées de sa mère sur les points importants
-de philosophie, de religion, de littérature; madame
-de Grignan avait au contraire sur toutes ces
-<span class="pagenum"><a id="Page_374"> 374</a></span>
-matières des opinions très-arrêtées, qui en bien des points
-différaient de celles de sa mère; mais elle devait à celle-ci
-une partie de son instruction. Pour l'italien, elle n'avait
-pas eu d'autre maître<a id="FNanchor_724" href="#Footnote_724" class="fnanchor">&nbsp;[724]</a>; et le témoignage de tout
-le monde, comme son propre jugement, lui faisait sentir
-combien, dans le commerce épistolaire, sa mère lui était
-supérieure par l'esprit, les saillies et le prestige de l'imagination.
-Dès son enfance, et dans le court séjour qu'elle
-avait fait au couvent de Sainte-Marie de Nantes, elle avait
-eu soin de garder les lettres qu'elle recevait de madame de
-Sévigné<a id="FNanchor_725" href="#Footnote_725" class="fnanchor">&nbsp;[725]</a>. Depuis elle ne cessa jamais de les conserver
-religieusement; et soit que ce soin fût dû à la piété filiale
-ou à l'excellence de son goût, on ne lui en est pas moins
-redevable du plus admirable recueil dont notre littérature
-puisse se glorifier. Mais peut-être est-ce à sa vanité qu'on
-doit attribuer la destruction de ses propres lettres, qui
-eussent jeté tant de jour sur celles de sa mère et que
-celle-ci, sans nul doute, avait conservées comme un précieux
-trésor. Il est certain que madame de Grignan ne
-paraissait pas contente des lettres qu'elle écrivait. Madame
-de Sévigné la gronde souvent sur son excès de modestie<a id="FNanchor_726" href="#Footnote_726" class="fnanchor">&nbsp;[726]</a>.
-«Vous me déplaisez, lui dit-elle, mon enfant, en
-parlant comme vous faites de vos aimables lettres. Quel
-<span class="pagenum"><a id="Page_375"> 375</a></span>
-plaisir prenez-vous à dire du mal de votre esprit, de votre
-style, de vous comparer à la princesse d'Harcourt? Où
-prenez-vous cette fausse et offensante humilité?»</p>
-
-<p>Par là nous apprenons que la princesse d'Harcourt, la
-fille de Brancas le distrait<a id="FNanchor_727" href="#Footnote_727" class="fnanchor">&nbsp;[727]</a>, avait peu d'esprit; mais c'était
-une belle femme, et sous ce rapport la comparaison
-n'avait rien d'humiliant pour madame de Grignan. La
-princesse d'Harcourt se trouvait enceinte en même temps
-que cette dernière, ce qui était une conformité de plus<a id="FNanchor_728" href="#Footnote_728" class="fnanchor">&nbsp;[728]</a>.</p>
-
-<p>Madame de Sévigné savait que sa fille montrait ses
-lettres<a id="FNanchor_729" href="#Footnote_729" class="fnanchor">&nbsp;[729]</a> ou les lisait aux personnes de sa connaissance en
-supprimant les louanges qu'elle lui donnait et ce qui lui
-était personnel; ce dont sa mère lui savait très-mauvais
-gré, car elle en agissait tout autrement. «Mais vous êtes
-bien plaisante, madame la comtesse, de montrer mes
-lettres! Où est donc ce principe de cachoterie pour ce que
-vous aimez? Vous souvient-il avec quelle peine nous attrapions
-les dates de celles de M. de Grignan? Vous pensez
-m'apaiser par vos louanges, et me traiter toujours
-comme la Gazette de Hollande; je m'en vengerai. Vous
-cachez les tendresses que je vous mande, friponne; et moi
-je montre quelquefois, et à certaines gens, celles que vous
-m'écrivez. Je ne veux pas qu'on croie que j'ai pensé
-<span class="pagenum"><a id="Page_376"> 376</a></span>
-mourir, et que je pleure tous les jours, <i>pour qui? pour
-une ingrate</i>. Je veux qu'on voie que vous m'aimez, et
-que, si vous avez mon c&oelig;ur tout entier, j'ai une place
-dans le vôtre.»</p>
-
-<p>Cette certitude qu'avait madame de Sévigné que les
-lettres qu'elle écrivait à sa fille étaient souvent lues par
-M. de Grignan, auquel elles plaisaient beaucoup<a id="FNanchor_730" href="#Footnote_730" class="fnanchor">&nbsp;[730]</a>, et aussi
-par d'autres personnes, ne la gênait nullement. Jamais
-elle ne se corrigeait, et elle n'avait, comme elle le dit,
-qu'un trait de plume<a id="FNanchor_731" href="#Footnote_731" class="fnanchor">&nbsp;[731]</a>.</p>
-
-<p>Aussi savait-elle très-bien qu'il lui échappait beaucoup
-d'incorrections. «Est-il possible, dit-elle à madame de
-Grignan, que mes lettres vous soient agréables au point
-où vous me le dites? Je ne les sens point telles en sortant
-de mes mains; je crois qu'elles le deviennent quand elles
-ont passé par les vôtres. Enfin, ma chère enfant, c'est un
-grand bonheur que vous les aimiez; car, de la manière
-dont vous en êtes accablée, vous seriez fort à plaindre si
-cela était autrement. M. de Coulanges est bien en peine
-de savoir laquelle de vos <i>madames</i> y prend goût; nous
-trouvons que c'est un bon signe pour elle, car mon style
-est si négligé qu'il faut avoir un esprit naturel et du
-monde pour pouvoir s'en accommoder<a id="FNanchor_732" href="#Footnote_732" class="fnanchor">&nbsp;[732]</a>.»</p>
-
-<p>Madame de Sévigné faisait cas du goût de sa fille en
-matière de style. «Je suis ravie, lui dit-elle, que vous ayez
-<span class="pagenum"><a id="Page_377"> 377</a></span>
-approuvé mes lettres; vos approbations et vos louanges
-sincères me font un plaisir qui surpasse tout ce qui me
-vient d'ailleurs<a id="FNanchor_733" href="#Footnote_733" class="fnanchor">&nbsp;[733]</a>.»</p>
-
-<p>Madame de Sévigné écrivait à sa fille à toutes les heures
-du jour, souvent le matin, après dîner, après souper,
-quelquefois fort tard dans la nuit<a id="FNanchor_734" href="#Footnote_734" class="fnanchor">&nbsp;[734]</a>, non-seulement chez
-elle, mais chez ses parents et chez ses amis, chez toutes
-les personnes où elle était assez libre pour pouvoir le faire;
-chez sa tante de la Trousse, chez son cousin de Coulanges,
-chez madame de la Fayette. Autrement, quand elle dînait
-en ville, si le départ de la poste l'exigeait, elle rentrait
-chez elle pour expédier son courrier. Le plus souvent
-aussi elle commençait ses lettres à sa fille bien avant le
-jour du départ; c'est ce qu'elle appelait écrire de provision<a id="FNanchor_735" href="#Footnote_735" class="fnanchor">&nbsp;[735]</a>,
-ou, comme elle le dit plaisamment, faire comme
-Arlequin, qui répond avant d'avoir reçu la lettre. Elle continuait
-quelquefois la même lettre pendant trois jours de
-suite, ce qui explique l'extrême longueur de quelques-unes;
-et comme souvent, en achevant, elle avait oublié
-ce qu'elle avait dit en commençant, elle revenait sur les
-mêmes nouvelles. «Quand je m'aperçois, dit-elle, de ces
-répétitions, je fais une grimace épouvantable; mais il
-n'en est autre chose, car il est tard; je ne sais point raccommoder,
-et je fais mon paquet. Je vous mande cela une
-<span class="pagenum"><a id="Page_378"> 378</a></span>
-fois pour toutes, afin que vous excusiez cette radoterie<a id="FNanchor_736" href="#Footnote_736" class="fnanchor">&nbsp;[736]</a>.»
-Elle écrivait avec rapidité, et ses lettres étaient, selon elle,
-tracées avec la plume des vents<a id="FNanchor_737" href="#Footnote_737" class="fnanchor">&nbsp;[737]</a>. Elle aimait à faire ce
-qu'elle appelait des réponses à la chaude, c'est-à-dire sous
-l'impression de la lettre qu'elle venait de lire<a id="FNanchor_738" href="#Footnote_738" class="fnanchor">&nbsp;[738]</a>. Quand
-elle écrivait en compagnie, soit chez elle, soit chez les
-autres, elle s'interrompait souvent pour laisser écrire dans
-ses lettres quelques-unes des personnes présentes<a id="FNanchor_739" href="#Footnote_739" class="fnanchor">&nbsp;[739]</a>. Elle
-recevait des lettres de sa fille exactement tous les trois
-jours, et rarement pouvait-elle s'empêcher de verser quelques
-larmes en les lisant<a id="FNanchor_740" href="#Footnote_740" class="fnanchor">&nbsp;[740]</a>. Afin qu'elles lui fussent remises
-plus promptement, elle avait gagné un commis de Louvois,
-qui remettait à son domestique les lettres qui lui
-étaient adressées aussitôt leur arrivée et avant qu'elles
-fussent distribuées aux facteurs. Ce commis, qui se
-nommait Dubois, elle l'appelait <i>son petit ami</i>. Lorsque
-Louvois emmena Dubois avec lui à l'armée, elle eut
-grand soin de se procurer à l'administration des postes
-un autre <i>petit ami</i> qui lui rendît le même service<a id="FNanchor_741" href="#Footnote_741" class="fnanchor">&nbsp;[741]</a>. Elle
-<span class="pagenum"><a id="Page_379"> 379</a></span>
-témoigne plaisamment son admiration pour la poste, et,
-comme il lui arrive souvent, sa raillerie se transforme en
-réflexions justes et philosophiques. «Je suis en fantaisie,
-écrit-elle à madame de Grignan, d'admirer l'honnêteté de
-messieurs les postillons, qui sont incessamment sur les
-chemins pour porter et rapporter vos lettres; enfin, il n'y
-a jour de la semaine où ils n'en portent quelqu'une à
-vous ou à moi. Il y en a toujours à toutes les heures par
-la campagne. Les honnêtes gens! qu'ils sont obligeants!
-et que c'est une belle invention que la poste, et un bel
-effet de la Providence que la cupidité<a id="FNanchor_742" href="#Footnote_742" class="fnanchor">&nbsp;[742]</a>!»</p>
-
-<p>Lorsque les lettres de madame de Grignan n'arrivaient
-pas aux jours et aux heures fixés, elle était aussitôt
-désespérée et en proie à de mortelles inquiétudes.
-Le 17 juin, elle écrit des Rochers à d'Hacqueville:
-«Enfin voilà le second ordinaire que je ne reçois point de
-nouvelles de ma fille; je tremble depuis la tête jusqu'aux
-pieds, je n'ai pas l'usage de raison; je ne dors point, et si
-je dors, je me réveille avec des sursauts qui sont pires que
-de ne pas dormir... Mais, mon cher monsieur, d'où cela
-vient-il? Ma fille ne m'écrit-elle plus? est-elle malade?
-Ah! mon Dieu! que je suis malheureuse de n'avoir personne
-avec qui pleurer<a id="FNanchor_743" href="#Footnote_743" class="fnanchor">&nbsp;[743]</a>!»</p>
-
-<p>Enfin les lettres de madame de Grignan, qui avaient
-été envoyées à Rennes à son fils, arrivent à madame de
-<span class="pagenum"><a id="Page_380"> 380</a></span>
-Sévigné trois jours après la lettre qu'elle a écrite à d'Hacqueville.
-«Bon Dieu! dit-elle à sa fille, que n'ai-je point
-souffert pendant deux ordinaires que je n'ai point eu de
-vos lettres? Elles sont nécessaires à ma vie; ce n'est point
-une façon de parler, c'est une grande vérité<a id="FNanchor_744" href="#Footnote_744" class="fnanchor">&nbsp;[744]</a>.»</p>
-
-<p>Une autre cause d'inquiétude pour madame de Sévigné,
-dans sa correspondance avec madame de Grignan, était
-lorsque les lettres qu'elle adressait à celle-ci ne lui parvenaient
-pas; alors elle soupçonnait qu'elles avaient été ouvertes
-et interceptées par les agents du gouvernement. Ceci
-explique les déguisements de noms et les mots couverts
-dont madame de Sévigné se sert pour communiquer à sa
-fille des nouvelles du roi et de la cour. «Je veux revenir à
-mes lettres qu'on ne vous envoie point; j'en suis au désespoir.
-Croyez-vous qu'on les ouvre? croyez-vous qu'on les
-garde? Hélas! je conjure ceux qui prennent cette peine de
-considérer le peu de plaisir qu'ils ont à cette lecture et le
-chagrin qu'ils nous donnent. Messieurs, ayez soin de les
-recacheter, afin qu'elles arrivent tôt ou tard<a id="FNanchor_745" href="#Footnote_745" class="fnanchor">&nbsp;[745]</a>.»</p>
-
-<p>Les correspondances que madame de Sévigné entretenait
-avec madame de Grignan, avec Bussy et avec quelques
-amis intimes n'étaient pas les seules. Par les plaintes
-qu'elle forme, on voit qu'on aimait à recevoir de ses lettres
-et qu'on saisissait le moindre prétexte pour lui écrire
-et en obtenir une réponse. Elle écrit des Rochers à madame
-de Grignan: «Je suis accablée des lettres de Paris;
-<span class="pagenum"><a id="Page_381"> 381</a></span>
-surtout la répétition du mariage de <span class="small1">Monsieur</span> me fait sécher
-sur pied; je suis en butte à tout le monde, et tel qui
-ne m'a point écrit se réveille pour mon malheur, afin de
-me l'apprendre<a id="FNanchor_746" href="#Footnote_746" class="fnanchor">&nbsp;[746]</a>.»</p>
-
-<p>La correspondance de madame de Sévigné avec sa fille
-ne ressemblait, ne pouvait ressembler à aucune autre.
-C'était la continuation de ces épanchements de c&oelig;ur, de
-ces causeries délicieuses, de ces confidences intimes qui
-avaient eu lieu entre la mère et la fille lorsqu'elles étaient
-réunies, surtout depuis que le mariage de M. de Grignan
-les avait entraînées plus fréquemment toutes deux
-à la cour et dans la haute société. Dès lors elles avaient
-été obligées de prendre leur part des agitations, des
-anxiétés que le choc des intérêts, des rivalités, des ambitions
-excite sans cesse dans le tourbillon du monde;
-et elles éprouvèrent plus que jamais le besoin de se communiquer
-mutuellement leurs idées, leurs sentiments,
-leurs réflexions; de se raconter l'une à l'autre ce qu'elles
-voyaient, ce qu'elles apprenaient, ce qu'elles entendaient,
-ce qu'elles observaient dans les cercles qui s'occupaient
-d'elles et dont elles étaient occupées.</p>
-
-<p>Depuis que madame de Grignan, par son séjour en
-Provence, se trouvait écartée de la cour et de la société de
-la capitale, elle était plus que jamais tourmentée du désir
-de connaître ce qui s'y passait, et ce que faisait, ce que disait,
-ce que pensait sa mère. Celle-ci était charmée d'avoir
-des occasions, qui se renouvelaient sans cesse, de se rendre
-nécessaire; son plaisir, sa consolation étaient dans son
-commerce de lettres avec sa fille. «Vous ne me parlez point
-assez de vous, lui dit-elle; j'en suis nécessiteuse, comme
-<span class="pagenum"><a id="Page_382"> 382</a></span>
-vous l'êtes de folies; je vous souhaite toutes celles que
-j'entends; pour celles que je dis, elles ne valent plus
-rien depuis que vous ne m'aidez plus: vous m'en inspirez,
-et quelquefois aussi je vous en inspire. C'est une longue
-tristesse, et qui se renouvelle souvent, d'être loin d'une
-personne comme vous<a id="FNanchor_747" href="#Footnote_747" class="fnanchor">&nbsp;[747]</a>.»</p>
-
-<p>Elle savait gré à sa fille de se plaire à la lecture de ses
-lettres. «Il y a plaisir, lui dit-elle, à vous envoyer des
-folies; vous y répondez délicieusement. Vous savez que
-rien n'attrape tant les gens que quand on croit avoir écrit
-pour divertir ses amis, et qu'il arrive qu'ils n'y prennent
-pas garde ou qu'ils n'en disent pas un mot. Vous n'avez
-pas cette cruauté; vous êtes aimable en tout et partout;
-hélas! combien vous êtes aimée aussi! combien de c&oelig;urs
-où vous êtes la première! Il y a peu de gens qui puissent
-se vanter d'une telle chose<a id="FNanchor_748" href="#Footnote_748" class="fnanchor">&nbsp;[748]</a>.»</p>
-
-<p>Madame de Grignan, qui cependant n'aimait ni à
-écrire ni à lire de longues lettres<a id="FNanchor_749" href="#Footnote_749" class="fnanchor">&nbsp;[749]</a>, trouvait toujours trop
-courtes les lettres de sa mère<a id="FNanchor_750" href="#Footnote_750" class="fnanchor">&nbsp;[750]</a>; et c'est au désir que celle-ci
-avait de l'intéresser, de la distraire, de l'amuser que nous
-devons cette variété de récits, de portraits, de bons mots,
-de saillies, d'anecdotes, de récits joyeux ou touchants, ce
-tableau mouvant du monde de cette époque, qu'on trouve
-dans les lettres adressées par madame de Sévigné à madame
-de Grignan. «Ne vous trompez-vous point, lui écrit-elle,
-<span class="pagenum"><a id="Page_383"> 383</a></span>
-dans l'opinion que vous avez de mes lettres? L'autre
-jour, un pendard d'homme, voyant ma lettre infinie, me
-demanda si je pensais qu'on pût lire cela. J'en tremblai,
-sans dessein toutefois de me corriger, et, me tenant à ce
-que vous m'en dites, je ne vous épargnerai aucune bagatelle,
-grande ou petite, qui vous puisse divertir. Pour moi,
-c'est ma vie et mon unique plaisir que le commerce que
-j'ai avec vous; toutes choses sont ensuite bien loin après<a id="FNanchor_751" href="#Footnote_751" class="fnanchor">&nbsp;[751]</a>.»
-On a dit que c'était par le désir qu'avait madame de Sévigné
-de plaire à sa fille qu'elle s'était laissé entraîner à
-des traits de médisance, à des sarcasmes virulents, à des
-jugements injustes envers les personnes qui déplaisaient à
-celle qu'elle aimait tant; tandis qu'elle se montre pleine
-d'équité, d'indulgence et de bonté pour toutes celles qu'elle
-fréquentait, quand elles n'étaient pas frappées par cette
-cause de réprobation. De là on a généralement conclu que
-madame de Grignan, déjà convaincue d'être froide et dédaigneuse,
-était en outre envieuse et malveillante. Raisonner
-ainsi, c'est peut-être commettre une grande injustice
-envers la fille, par le désir qu'on a d'écarter de la mère
-des reproches mérités et de trouver réunies en elle toutes
-les perfections. Les lettres que madame de Grignan avait
-écrites auraient pu nous éclairer sur ce point; et précisément
-le soin que l'on a eu de les faire disparaître et
-les conseils et les exhortations auxquels quelques-unes
-donnent lieu dans les réponses<a id="FNanchor_752" href="#Footnote_752" class="fnanchor">&nbsp;[752]</a> qui lui sont faites par
-<span class="pagenum"><a id="Page_384"> 384</a></span>
-sa mère font présumer qu'on a deviné le motif qui les a
-fait anéantir.</p>
-
-<p>Quoi qu'il en soit, ce qui permettait à madame de Sévigné
-de donner toute liberté à sa plume quand elle écrivait
-à sa fille, c'est qu'elle connaissait sa prudence et sa
-discrétion. Elle savait que madame de Grignan ne communiquait
-les lettres qu'elle recevait d'elle qu'avec une
-grande réserve. Jamais surtout madame de Sévigné n'eut
-un seul instant la pensée que ses lettres à sa fille pussent
-être imprimées. Celles qui avaient fait le plus de bruit
-dans la société et dont on avait tiré des copies étaient
-écrites à d'autres personnes sur des sujets futiles et sans
-importance<a id="FNanchor_753" href="#Footnote_753" class="fnanchor">&nbsp;[753]</a>. On n'imprimait pas alors de correspondance
-ou de <i>mémoires</i> qui pussent éclairer l'histoire ou révéler
-les secrets des familles. Les recueils de lettres recherchés
-du public et donnés après la mort de ceux qui les avaient
-écrites roulaient toujours sur d'élégantes bagatelles, ou
-n'étaient que des jeux d'esprit. De toutes les lettres de
-Voiture, tant renommé pour le genre épistolaire, son
-neveu Pinchesne n'a songé à publier que les lettres galantes
-ou complimenteuses. Des nombreuses et importantes
-dépêches que Voiture a dû écrire dans ses missions
-diplomatiques, pendant ses fréquents séjours en pays
-étranger, il ne nous en reste pas une seule, ou du moins
-aucune n'a encore vu le jour.</p>
-
-<div class="chapter">
-<p><span class="pagenum"><a id="Page_385"> 385</a></span></p>
-<h2 class="normal">CHAPITRE XIX.<br />
-1671-1672.</h2>
-</div>
-
-<p class="hanging indent">Le meilleur résultat des lettres de madame de Sévigné est de nous la
-bien faire connaître.&mdash;La plupart des lettres qu'elle avait écrites
-semblent perdues.&mdash;De la correspondance qu'elle avait entretenue
-avec M. de Pomponne.&mdash;Détails sur ce ministre.&mdash;De la
-correspondance de madame de Sévigné avec d'Hacqueville.&mdash;Comment
-elle trace le caractère de celui-ci lorsqu'il devient amoureux
-de la fille du maréchal de Gramont.&mdash;De la correspondance
-de madame de Sévigné avec Corbinelli.&mdash;Avec madame de la
-Fayette et M. de la Rochefoucauld.&mdash;Détails sur l'une et sur
-l'autre.&mdash;De la correspondance de madame de Sévigné avec M. et
-madame de Coulanges.&mdash;Détails sur l'un et sur l'autre.&mdash;De
-la correspondance de madame de Sévigné avec son fils.&mdash;Caractère
-de celui-ci.&mdash;Ses travers de jeunesse.&mdash;Sa tendresse pour
-sa mère.&mdash;Nouveaux détails sur la correspondance de madame
-de Sévigné avec sa fille.</p>
-
-<p class="space">Poursuivons le sujet commencé dans le précédent chapitre;
-et avant de conduire madame de Sévigné aux états
-de Bretagne et de lui faire entreprendre son grand voyage
-en Provence, avant de rechercher ce que les lettres qui
-nous restent d'elle nous apprennent sur l'histoire et les
-m&oelig;urs de son temps, voyons ce qu'elles nous font connaître
-sur elle-même; étudions-la (elle en vaut la peine),
-étudions-la dans ses confidences les plus intimes, dans
-ses plus grandes indiscrétions, dans ses aveux les plus
-imprudents, et nous trouverons que, malgré ses faiblesses,
-peu de femmes peuvent lui être comparées pour l'élévation
-de l'âme, les qualités du c&oelig;ur, les lumières de l'esprit
-et le talent d'écrire. Qu'on ne s'y méprenne pas; elle eut
-<span class="pagenum"><a id="Page_386"> 386</a></span>
-de bonne heure le sentiment de son talent épistolaire; et
-quoique jamais elle ne fût prise de la vanité de croire
-qu'elle pût, comme son amie madame de la Fayette, faire
-un livre et occuper les imprimeurs, elle savait que les
-moyens de plaire que lui donnait dans la société sa belle
-et vive imagination se retrouvaient en elle plus forts et
-plus séduisants encore au bout de sa plume et dans le
-silence du cabinet. Née pour le grand monde avant d'être
-absorbée par sa passion maternelle, avant que son amour-propre,
-son ambition, son orgueil fussent concentrés
-dans sa fille, elle était coquette, partout et toujours.
-Elle voulait se montrer aimable à tous ceux qui lui plaisaient
-et à qui elle plaisait. Seule, et en leur absence,
-elle se rendait présente à eux par ses lettres et le charme
-de son esprit; aussi devons-nous beaucoup regretter ce
-qu'elle écrivit dans son bel âge, lorsqu'elle-même en
-butte aux séducteurs elle s'intéressait aux intrigues galantes
-dont elle était entourée. Quelques courtes lettres
-écrites à Ménage, à Bussy, deux billets à Lenet<a id="FNanchor_754" href="#Footnote_754" class="fnanchor">&nbsp;[754]</a>, un billet
-en italien à la marquise d'Uxelles<a id="FNanchor_755" href="#Footnote_755" class="fnanchor">&nbsp;[755]</a>, voilà tout ce qui
-nous reste d'elle de ces premiers temps; mais cela suffit
-pour nous montrer que dès lors même elle croyait pouvoir
-se rendre digne de la louange que Ménage lui avait donnée
-dans les vers qu'il composa sur son portrait:
-<span class="pagenum"><a id="Page_387"> 387</a></span></p>
-
-<p class="quote">.. Questa; questa è la man leggiadra e bella<br />
-Ch' ogni cor prende, e, come vuol, l'aggira<a id="FNanchor_756" href="#Footnote_756" class="fnanchor">&nbsp;[756]</a>.</p>
-
-<p>Malheureusement le plus grand nombre des lettres qu'elle
-avait écrites à toutes les époques semblent perdues pour
-toujours.</p>
-
-<p>De toutes les correspondances que madame de Sévigné
-avait engagées avec diverses personnes, les plus regrettables
-sont celles avec son fils, avec M. et madame de Coulanges,
-avec madame de la Fayette et le duc de la Rochefoucauld,
-avec le cardinal de Retz, avec Corbinelli, avec
-d'Hacqueville et avec M. de Pomponne.</p>
-
-<p>Ce fut une grande joie pour madame de Sévigné<a id="FNanchor_757" href="#Footnote_757" class="fnanchor">&nbsp;[757]</a> lorsque
-de Pomponne, qui était ambassadeur en Suède, fut rappelé
-de son ambassade et fait secrétaire d'État des affaires
-étrangères en remplacement de M. de Lionne, décédé.
-L'opinion de son mérite et son intégrité avaient pu seules
-déterminer le roi à faire ce choix; car de Pomponne, ainsi
-que nous l'avons fait connaître, avait été, comme ami de
-Fouquet, pendant quelque temps en disgrâce<a id="FNanchor_758" href="#Footnote_758" class="fnanchor">&nbsp;[758]</a>; et de plus
-il appartenait à une famille dont tous les membres s'étaient
-en quelque sorte illustrés par leur dévouement au jansénisme.
-Aussi tous ceux qui tenaient à ce parti célébrèrent-ils
-son avénement au pouvoir comme un triomphe; l'un
-d'eux fit à ce sujet les vers suivants:</p>
-
-<div class="poetry"><div class="stanza">
-<p>Élevé dans la vertu</p>
-<p>Et malheureux avec elle,</p>
-<div><span class="pagenum"><a id="Page_388"> 388</a></span></div>
-<p>Je disais: A quoi sers-tu,</p>
-<p>Pauvre et stérile vertu?</p>
-<p>Ta droiture et tout ton zèle,</p>
-<p>Tout compté, tout rabattu,</p>
-<p>Ne valent pas un fétu.</p>
-<p>Mais voyant que l'on couronne</p>
-<p>Aujourd'hui le grand Pomponne,</p>
-<p>Aussitôt je me suis tu.</p>
-<p>A quelque chose elle est bonne<a id="FNanchor_759" href="#Footnote_759" class="fnanchor">&nbsp;[759]</a>.</p>
-</div></div>
-
-<p>De Pomponne, devenu ministre, mit plus d'empressement
-que jamais à resserrer les n&oelig;uds d'amitié qui
-l'unissaient à madame de Sévigné; voici comment elle en
-écrit à sa fille: «J'eus hier une heure de conversation avec
-M. de Pomponne; il faudrait plus de papier qu'il n'y en a
-dans mon cabinet pour vous dire la joie que nous eûmes
-de nous revoir; il sait écouter aussi bien que répondre, il
-me donne toujours de l'esprit; le sien est tellement aisé
-qu'on prend sans y penser une confiance qui fait qu'on
-parle heureusement de tout ce qu'on pense: je connais
-mille gens qui font le contraire. Enfin, ma fille, sans
-vouloir m'attirer de nouvelles douceurs, dont vous êtes
-prodigue pour moi, je sortis avec une joie incroyable,
-dans la pensée que cette liaison avec lui vous serait très-utile.
-Nous sommes demeurés d'accord de nous écrire; il
-aime mon style naturel et dérangé, quoique le sien soit
-comme celui de l'éloquence même<a id="FNanchor_760" href="#Footnote_760" class="fnanchor">&nbsp;[760]</a>.»</p>
-
-<p>Madame de Sévigné ne se trompa pas. Par M. de
-Pomponne elle obtint sur les affaires de la Provence
-une influence heureuse pour son gendre, et dont celui-ci fut
-<span class="pagenum"><a id="Page_389"> 389</a></span>
-reconnaissant. Il est certain que, si l'on retrouvait les
-lettres qu'elle écrivit à ce ministre pendant ces deux
-années, nous verrions qu'elles sont au nombre des plus
-correctes et des mieux faites de toutes celles qu'elle a
-écrites<a id="FNanchor_761" href="#Footnote_761" class="fnanchor">&nbsp;[761]</a>.</p>
-
-<p>La correspondance de madame de Sévigné avec le cardinal
-de Retz, pendant qu'il était dans sa retraite de Commercy,
-devait être très-active, et nous aurait appris beaucoup
-de particularités intéressantes sur elle-même. Cette
-correspondance était très-intime: Retz avait contribué
-au mariage de madame de Sévigné; il fut le parrain
-de Pauline de Grignan, et dans tous les temps il donna à
-toute la famille des preuves d'affection et d'amitié.</p>
-
-<p>Mais une des correspondances perdues de madame de
-Sévigné qui semblait nous promettre le plus de particularités
-sur elle-même et sur les personnages de son temps
-est celle qu'elle entretenait avec d'Hacqueville, ce confident
-des affaires les plus secrètes de ses amis, cet ami
-<i>inépuisable</i>, si actif à obliger qu'il semblait se multiplier,
-si bien qu'on ne parlait de ses actes qu'en mettant son
-nom au pluriel, et en disant <i>les d'Hacquevilles</i>. Mais
-son écriture était indéchiffrable, et madame de Sévigné
-n'avait aucun plaisir à recevoir de ses lettres; elle ne devait
-donc lui écrire que par nécessité, et fort brièvement:
-les lettres qu'elle lui adressait étaient peu remarquables;
-mais elle s'intéressait beaucoup à lui, et il lui a fourni
-dans sa correspondance avec sa fille une des pages les
-plus piquantes qu'elle ait écrites. Madame de Sévigné
-avait mandé à madame de Grignan que ce d'Hacqueville,
-dont ses amis redoutaient l'austère sagesse, était devenu
-<span class="pagenum"><a id="Page_390"> 390</a></span>
-amoureux de la fille du maréchal de Gramont, privée d'un
-&oelig;il et sans attraits, mais très-jeune<a id="FNanchor_762" href="#Footnote_762" class="fnanchor">&nbsp;[762]</a>. D'Hacqueville s'en défendait,
-et madame de Grignan ne pouvait croire à cette ridicule
-faiblesse de la part de cet ancien et prudent ami. Elle
-trouvait que son caractère bien connu et son âge le défendaient
-suffisamment contre de tels soupçons. Sa mère lui
-répond: «Vous me demandez les symptômes de cet amour:
-c'est premièrement une négative vive et prévenante; c'est
-un air d'indifférence qui prouve le contraire; c'est le témoignage
-de gens qui voient de près, soutenu de la voix
-publique; c'est une suspension de tout ce mouvement de
-la machine ronde; c'est un relâchement de tous les soins
-ordinaires pour vaquer à un seul; c'est une satire perpétuelle
-contre les vieilles gens amoureux: Vraiment il faut
-être bien fou, bien insensé! Quoi, une jeune femme! Voilà
-une bonne pratique pour moi; cela me conviendrait fort!
-j'aimerais mieux m'être rompu les deux bras. Et à cela
-on répond intérieurement: Eh! oui, tout cela est vrai,
-mais vous ne laissez pas d'être amoureux: vous dites vos
-réflexions, elles sont justes, elles sont vraies, elles font
-votre tourment; mais vous ne laissez pas d'être amoureux:
-vous êtes tout plein de raison, mais l'amour est plus fort
-que toutes les raisons: vous êtes malade, vous pleurez,
-vous enragez, et vous êtes amoureux<a id="FNanchor_763" href="#Footnote_763" class="fnanchor">&nbsp;[763]</a>.»</p>
-
-<p>On croit lire la Bruyère, quand la Bruyère est excellent.</p>
-
-<p>S'il est incontestable qu'une confiance entière et une
-estime réciproque, que l'accord des opinions et des sentiments,
-une complète sympathie du c&oelig;ur donnent à l'esprit
-<span class="pagenum"><a id="Page_391"> 391</a></span>
-plus d'activité, à l'imagination plus d'élan, on doit
-bien vivement regretter que les lettres de madame de Sévigné
-à Corbinelli ne nous soient pas parvenues; car
-entre elle et lui tout ce qui fait le charme d'un commerce
-épistolaire se trouvait réuni, et la différence des sexes n'y
-nuisait pas. Nous avons un certain nombre de lettres de
-Corbinelli dans la correspondance de madame de Sévigné
-et un plus grand nombre encore dans celle de Bussy;
-pas une seule ne dément l'éloge que fait de cet ami madame
-de Sévigné, lorsqu'elle le défend avec tant de chaleur
-contre une plaisanterie de sa fille, qui, dit-elle,
-pourrait surprendre les simples. Toutes ces lettres, au
-contraire, confirment cet éloge, et nous montrent en Corbinelli
-un philosophe, mais un philosophe chrétien, maltraité
-par la fortune, refusant de se mettre à sa poursuite,
-et préférant employer ses jours à cultiver les lettres, à servir
-ses amis, à leur rester fidèle dans l'adversité. «En lui,
-dit madame de Sévigné, je défends celui qui ne cesse de
-célébrer les perfections et l'existence de Dieu; qui ne juge
-jamais son prochain, qui l'excuse toujours; qui est insensible
-aux plaisirs et aux délices de la vie et entièrement
-soumis à la volonté de Dieu; enfin, je soutiens le fidèle
-admirateur de sainte Thérèse et de ma grand'mère<a id="FNanchor_764" href="#Footnote_764" class="fnanchor">&nbsp;[764]</a>
-[sainte Chantal].» Savant et versé dans la lecture des
-meilleurs auteurs de l'antiquité, de ceux de l'Italie et de
-la France, dont son heureuse mémoire lui rappelait au
-besoin les plus beaux passages, Corbinelli plaisait par sa
-conversation et par sa correspondance, l'une et l'autre
-souvent agréables, toujours utiles et instructives. Il appréciait
-<span class="pagenum"><a id="Page_392"> 392</a></span>
-surtout dans madame de Sévigné cette vive imagination
-dont lui-même était dépourvu, et il comparait
-ses lettres à celles de Cicéron; mais il aurait voulu qu'elle
-aimât sa fille avec plus de modération. «Nous lisons
-ici, dit madame de Sévigné à madame de Grignan, des
-maximes que Corbinelli m'explique; il voudrait bien
-m'apprendre à gouverner mon c&oelig;ur: j'aurais beaucoup
-gagné à mon voyage si j'en rapportais cette science<a id="FNanchor_765" href="#Footnote_765" class="fnanchor">&nbsp;[765]</a>.»
-Elle devait savoir que cette science-là Dieu peut nous l'enseigner,
-mais non les hommes.</p>
-
-<p>La perte de plusieurs lettres écrites à madame de Sévigné
-par madame de la Fayette et par M. de la Rochefoucauld
-(il n'est pas plus permis de séparer ces deux
-personnes quant à leur correspondance que quant à
-leurs relations avec le monde) est moins à regretter que
-ne donnerait lieu de le penser la célébrité littéraire de
-l'une et de l'autre. Lorsqu'elle était à Paris, madame
-de Sévigné ne se plaisait nulle part autant que chez
-son ancienne amie madame de la Fayette. Quand elle
-a des peines de c&oelig;ur ou qu'elle désire se distraire, elle
-s'en va au <i>Faubourg</i>, c'est-à-dire chez madame de la
-Fayette<a id="FNanchor_766" href="#Footnote_766" class="fnanchor">&nbsp;[766]</a>. Là elle y trouve M. de la Rochefoucauld, qui,
-malgré ses souffrances, aimable et spirituel, toujours
-courtisan, même hors de la cour, lui parlait souvent de
-la <i>reine de Provence</i><a id="FNanchor_767" href="#Footnote_767" class="fnanchor">&nbsp;[767]</a>, de la <i>troisième côte de M. de
-Grignan</i>, et en faisait l'éloge; il ne pensait pas tout ce
-<span class="pagenum"><a id="Page_393"> 393</a></span>
-qu'il en disait; et lui et madame de la Fayette étaient
-moins bien vus des enfants de madame de Sévigné que
-de leur mère. C'est chez madame de la Fayette que madame
-de Sévigné retrouve sans cesse le cardinal de Retz
-et tous ses amis de la Fronde avec les beaux esprits de ce
-temps, Segrais, Huet, la Fontaine et Molière. C'est là
-qu'elle apprenait toutes les nouvelles relatives aux affaires
-publiques, aux intrigues de cour, aux bruits de ville, aux
-nouvelles promotions, et tout ce qui lui donnait les
-moyens de remplir les lettres qu'elle écrivait à sa fille.
-Madame de Sévigné, dans sa correspondance avec madame
-de Grignan, ne nous donne pas plus de détails sur
-cette dernière et sur elle-même que sur les deux illustres
-habitants du <i>Faubourg</i>. Par cette correspondance
-nous vivons en quelque sorte avec eux, et nous sommes
-initiés aux secrets les plus intimes de leur existence intérieure,
-de leurs habitudes les plus privées; nous connaissons
-leurs jugements, leurs répulsions, les objets de leurs
-préférences<a id="FNanchor_768" href="#Footnote_768" class="fnanchor">&nbsp;[768]</a>, et le jargon de convention de leur société,
-hors de celle-ci inintelligible. Mais à cette époque la liaison
-de madame de Sévigné avec madame de la Fayette,
-malgré leur continuelle fréquentation, n'était plus la
-même qu'elle avait dû être dans leur jeunesse<a id="FNanchor_769" href="#Footnote_769" class="fnanchor">&nbsp;[769]</a>. L'habitude
-depuis longtemps contractée d'être souvent ensemble,
-les amis qui leur étaient communs et enfin les sympathies
-de l'esprit avaient au moins autant et plus de part à
-leur longue et étroite liaison que les sentiments du c&oelig;ur
-et l'accord des caractères. Madame de la Fayette était
-devenue par ses romans une célébrité littéraire. Par l'influence
-<span class="pagenum"><a id="Page_394"> 394</a></span>
-du fils de M. de la Rochefoucauld, le prince de
-Marsillac, autant que par son mérite et par le souvenir
-de <span class="small1">Madame</span>, dont elle avait été la favorite, madame de la
-Fayette avait été l'objet des attentions et des bienfaits du
-roi; et comme elle avait peu de fortune et deux fils à pourvoir,
-elle ménageait son crédit<a id="FNanchor_770" href="#Footnote_770" class="fnanchor">&nbsp;[770]</a>, et se montra peu empressée
-à en user pour ses amis, ce qui était un grand
-tort aux yeux de madame de Grignan. Ceci explique
-pourquoi celle-ci, ainsi que son frère, cherchaient à la desservir
-dans l'esprit de leur mère.</p>
-
-<p>Cependant l'amitié de ces deux femmes, cimentée par
-le temps et fondée sur une estime réciproque, était
-sincère. Lorsque madame de Sévigné était bien payée de
-ses fermiers, que rien n'altérait son bien-être, que tout
-semblait concourir à sa satisfaction, sa philosophie ne
-pouvait tenir contre le chagrin que lui occasionnait le
-redoublement de dépenses que madame de Grignan se
-croyait obligée de faire dans son gouvernement de Provence
-et contre le redoublement de fièvre de madame
-de la Fayette. «Il n'importe guère, dit-elle, d'avoir du
-repos pour soi-même quand on entre véritablement dans
-les intérêts des personnes qui vous sont chères et qu'on
-sent tout leur chagrin peut-être plus qu'elles-mêmes. C'est
-le moyen de n'avoir guère de plaisir dans la vie, et il faut
-être bien enragée pour l'aimer autant qu'on fait. Je dis la
-même chose de la santé; j'en ai beaucoup, mais à quoi me
-sert-elle? à garder ceux qui n'en ont point<a id="FNanchor_771" href="#Footnote_771" class="fnanchor">&nbsp;[771]</a>.»</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a id="Page_395"> 395</a></span>
-De son côté, madame de la Fayette avait pour madame
-de Sévigné un attachement plus fort que pour toute autre
-femme. Il lui manquait quelque chose lorsqu'elle était
-absente; et quand cette amie partait pour les Rochers,
-il ne fallait pas, par ménagement pour sa sensibilité, que
-madame de Sévigné lui fît ses adieux, ni qu'elle eût l'air
-de venir la voir pour prendre congé. M. de la Rochefoucauld
-goûtait beaucoup l'esprit et les lettres de madame de Sévigné;
-il disait aussi d'elle qu'elle contentait son idée sur
-l'amitié, avec toutes ses circonstances et dépendances;
-mais il était en proie aux souffrances de la goutte<a id="FNanchor_772" href="#Footnote_772" class="fnanchor">&nbsp;[772]</a>, et madame
-de la Fayette était accablée par les maux de nerfs ou
-dévorée par les fièvres, et tous deux détestaient d'écrire.
-Madame de la Fayette le déclare sans ménagement à son
-amie, qui se montrait exigeante à cet égard: «Le goût
-d'écrire vous dure encore pour tout le monde, il m'est
-passé pour tout le monde; et si j'avais un amant qui voulût
-de mes lettres tous les matins, je romprais avec lui<a id="FNanchor_773" href="#Footnote_773" class="fnanchor">&nbsp;[773]</a>.»</p>
-
-<p>En rapprochant toutes ces circonstances, nous devons
-présumer que les lettres que madame de la Fayette et
-madame de Sévigné s'écrivirent depuis l'époque du mariage
-de madame de Grignan, et qui se sont égarées,
-étaient en petit nombre; et que celles qu'elles ont pu
-s'écrire dans leur jeunesse, si on les retrouvait, seraient
-beaucoup plus intéressantes pour nous que ces
-dernières.</p>
-
-<p>Il n'en est pas de même de la correspondance avec
-<span class="pagenum"><a id="Page_396"> 396</a></span>
-madame de Coulanges et avec son mari, le petit Coulanges;
-c'est surtout avec ce dernier, avec ce compagnon de
-son enfance, que madame de Sévigné, toujours à l'aise,
-retrouvait toute sa verve. Les lettres les plus remarquables
-qu'elle ait écrites et les plus souvent citées lui sont adressées<a id="FNanchor_774" href="#Footnote_774" class="fnanchor">&nbsp;[774]</a>,
-et nous doivent faire vivement regretter celles qui
-sont perdues. Elle lui écrivait régulièrement tous les quinze
-jours, sans compter les jours d'exception<a id="FNanchor_775" href="#Footnote_775" class="fnanchor">&nbsp;[775]</a>. De son côté,
-elle gardait soigneusement les lettres du spirituel chansonnier;
-selon elle, «il avait un style si particulier pour faire
-valoir les choses les plus ordinaires que personne ne
-saurait lui disputer cet agrément<a id="FNanchor_776" href="#Footnote_776" class="fnanchor">&nbsp;[776]</a>.» Ainsi la plus complète
-et la mieux suivie de toutes les correspondances de
-madame de Sévigné, si nous les possédions toutes, après
-celles qu'elle eut avec sa fille et avec Bussy, serait le commerce
-de lettres qu'elle ne cessa d'entretenir, tant qu'elle
-vécut, avec son cousin de Coulanges. On sait que cet aimable
-épicurien poussa jusqu'à l'âge de quatre-vingt-cinq
-ans sa joyeuse vie<a id="FNanchor_777" href="#Footnote_777" class="fnanchor">&nbsp;[777]</a>; qu'il jeta de bonne heure de côté la
-<span class="pagenum"><a id="Page_397"> 397</a></span>
-robe du magistrat, pour ne pas «se noyer trop souvent
-dans la mare à Grapin,» et que, né, comme il le dit lui-même,
-pour le superflu et jamais pour le nécessaire, dissipateur
-et dissipé, toujours chantant, toujours bien portant,
-il eut beaucoup d'amis et pas un seul ennemi<a id="FNanchor_778" href="#Footnote_778" class="fnanchor">&nbsp;[778]</a>. Jeune
-encore, il se trouva un jour marié avec la jolie fille de
-l'intendant de Lyon, mademoiselle Dugué-Bagnols. Elle
-avait dix ans moins que lui. Tous deux s'unirent et se
-désunirent sans vivre moins bien ensemble, sans renoncer
-à se rejoindre et à se trouver aimables; créatures
-frivoles et légères, semblables à deux papillons dans un
-beau jour de printemps, qui se touchent un instant, voltigent,
-s'écartent et se rapprochent, sans s'inquiéter de
-ce que chacun d'eux est devenu dans les intervalles<a id="FNanchor_779" href="#Footnote_779" class="fnanchor">&nbsp;[779]</a>.
-Madame de Coulanges fut une des femmes les plus séduisantes
-de la cour de Louis XIV<a id="FNanchor_780" href="#Footnote_780" class="fnanchor">&nbsp;[780]</a>. Elle n'y fut pas
-seulement admise comme cousine germaine du ministre
-Louvois, mais elle fut invitée à toutes les réunions,
-à toutes les fêtes; elle avait ses entrées dans les cabinets
-particuliers, et était reçue aux heures réservées<a id="FNanchor_781" href="#Footnote_781" class="fnanchor">&nbsp;[781]</a>. Son
-<span class="pagenum"><a id="Page_398"> 398</a></span>
-esprit, comme le dit très-bien madame de Sévigné, lui
-tenait lieu de dignité, et lui valut ces distinctions si
-enviées: par sa grâce, sa vivacité et ses attraits elle
-s'était rendue nécessaire. Ses bons mots, que l'on citait,
-sa conversation brillante et épigrammatique, ses succès
-auprès des princesses, de la reine, du Dauphin et du
-roi lui-même n'attirèrent point sur elle la haine ni
-l'envie, parce qu'on la savait désintéressée, sans ambition
-et sans intrigue, cherchant uniquement à s'amuser
-et à plaire, et n'en retirant aucun avantage ni pour elle ni
-pour les siens; par ses manières aimables et prévenantes
-elle contentait tout le monde, hormis ses amants; ceux-ci,
-elle les désolait par sa coquetterie et son humeur volage.
-Les surnoms de <i>Feuille</i><a id="FNanchor_782" href="#Footnote_782" class="fnanchor">&nbsp;[782]</a>, de <i>Mouche</i><a id="FNanchor_783" href="#Footnote_783" class="fnanchor">&nbsp;[783]</a>, de <i>Sylphide</i><a id="FNanchor_784" href="#Footnote_784" class="fnanchor">&nbsp;[784]</a>, de
-<i>Déesse</i><a id="FNanchor_785" href="#Footnote_785" class="fnanchor">&nbsp;[785]</a>, par lesquels madame de Sévigné la désigne,
-peignent ses manières vives et gracieuses, ses aimables
-caprices, ses piquantes reparties et tout ce que sa personne
-avait d'enchanteur. Madame de Coulanges, pour
-faire l'éloge du jeune baron de Sévigné, par lequel elle
-s'était fait accompagner à la cour, dit naïvement à sa
-mère: «Il est aimé de tout le monde, presque autant que
-moi<a id="FNanchor_786" href="#Footnote_786" class="fnanchor">&nbsp;[786]</a>.»</p>
-
-<p>Ses lettres spirituelles lui avaient donné pour ce genre
-d'écrire une réputation supérieure à celle de madame de
-<span class="pagenum"><a id="Page_399"> 399</a></span>
-Sévigné et à celle de toutes les femmes de son temps.
-Nous ne pouvons juger si c'est à juste titre; ce qui nous
-reste de la correspondance de madame de Coulanges a
-été écrit dans un âge avancé, lorsque, revenue à la
-religion, elle avait, dans sa maison de Brevannes, pris
-goût au séjour de la campagne et à la retraite, et
-qu'elle cherchait à ramener son mari aux sentiments
-pieux dont elle était elle-même pénétrée<a id="FNanchor_787" href="#Footnote_787" class="fnanchor">&nbsp;[787]</a>. Son amabilité
-ne fut pas moins grande, mais elle fut accompagnée de
-plus de bonté; et à cette époque elle se serait reproché
-l'emploi qu'elle faisait de son esprit dans sa jeunesse<a id="FNanchor_788" href="#Footnote_788" class="fnanchor">&nbsp;[788]</a>. Dans
-le peu de lettres que nous avons d'elle au temps où elle
-brillait dans le monde, on entrevoit qu'il pouvait y avoir
-plus que dans les lettres de madame de Sévigné de ces traits
-malins, de ces fines allusions, de ces jeux de mots mordants,
-de ces contrastes inattendus auxquels s'applique
-plus particulièrement le nom d'esprit<a id="FNanchor_789" href="#Footnote_789" class="fnanchor">&nbsp;[789]</a>; mais il y avait certainement
-moins d'imagination, de force et d'éloquence naturelle.
-Madame de Coulanges avait aussi beaucoup moins
-d'instruction que madame de Sévigné. De Coulanges, parlant
-de sa femme, nous apprend que son écriture et son orthographe
-ne répondaient pas à l'élégance de son style<a id="FNanchor_790" href="#Footnote_790" class="fnanchor">&nbsp;[790]</a>. Aussi
-aimait-elle mieux dicter que de prendre la plume, et elle
-ne manquait jamais d'hommes empressés à lui servir de
-<span class="pagenum"><a id="Page_400"> 400</a></span>
-secrétaires. Madame de Sévigné a dit que c'était là une
-condition qu'elle enviait, tant elle avait une haute idée du
-talent épistolaire de madame de Coulanges. Le comte de
-Sanzei, neveu de son mari, lui ayant manqué pour cet
-office, elle prit son mari même; c'est sur quoi madame
-de Sévigné la plaisante malignement, plutôt en souvenir
-du passé que pour des motifs présents. «Je serais consolée,
-dit-elle, du petit secrétaire que vous avez perdu, si
-celui que vous avez pris en sa place était capable de s'attacher
-à votre service; mais, de la façon dont j'en ai ouï
-parler, il vous manquera à tout moment. Il est libertin.
-Après cela, mon amie, vous en userez comme vous voudrez.
-Je vous conseille de le prendre à l'essai; quand
-vous le trouverez sous votre patte, servez-vous-en; <i>tant
-tenu, tant payé</i><a id="FNanchor_791" href="#Footnote_791" class="fnanchor">&nbsp;[791]</a>.» Madame de Coulanges avait l'habitude
-d'écrire ses lettres sur de petites feuilles volantes, coupées
-des quatre côtés, ce qui impatientait madame de
-Sévigné. «Ces feuilles me font enrager, dit-elle; je m'y
-brouille à tout moment; je ne sais plus où j'en suis; ce
-sont les feuilles de la Sibylle, elles s'envolent, et l'on
-ne peut leur pardonner de retarder et d'interrompre ce
-que dit mon amie<a id="FNanchor_792" href="#Footnote_792" class="fnanchor">&nbsp;[792]</a>.» Toutefois madame de Sévigné
-aimait singulièrement à recevoir ces feuilles de la
-Sibylle, toujours si bien remplies de nouvelles de la
-cour, d'un grand intérêt. Ces deux femmes, qui différaient
-tant par leurs principes et surtout par leur conduite
-et leur genre de vie, avaient entre elles de fortes
-analogies de talents, d'esprit, de caractère, et il leur
-<span class="pagenum"><a id="Page_401"> 401</a></span>
-était impossible d'être attachées l'une à l'autre par des
-liens de famille sans l'être aussi par ceux de l'amitié.
-Madame de Sévigné se plut toujours dans la société de
-la femme de son cousin, et celle-ci était charmée de la
-cousine de son mari<a id="FNanchor_793" href="#Footnote_793" class="fnanchor">&nbsp;[793]</a>. Madame de Thianges, qui avait entendu
-parler de deux lettres écrites par madame de Sévigné
-à madame de Coulanges, voulut les lire, et les envoya
-demander par un laquais. Madame de Coulanges rapporte
-cette circonstance à madame de Sévigné, puis elle
-ajoute: «Vos lettres font tout le bruit qu'elles méritent,
-comme vous voyez; il est certain qu'elles sont délicieuses,
-et vous êtes comme vos lettres<a id="FNanchor_794" href="#Footnote_794" class="fnanchor">&nbsp;[794]</a>.»</p>
-
-<p>Une autre correspondance dont nous devons vivement
-regretter la perte est celle de madame de Sévigné avec
-son fils; cette correspondance devait être surtout d'un
-grand intérêt à l'époque dont nous traitons, lorsque
-le baron de Sévigné était à l'armée, et que sa mère, déjà
-affligée par l'absence de madame de Grignan, était saisie
-d'effroi à l'arrivée de chaque courrier, tremblant sans
-cesse pour les jours d'un fils qui, à la tête des gendarmes,
-dont il était le guidon, s'exposait journellement
-au feu de l'ennemi. Sévigné aimait tendrement sa mère; il
-quittait tous les plaisirs de la capitale et de la cour pour
-se retirer avec elle dans la solitude des Rochers; il lui
-tenait compagnie à la promenade, auprès du foyer; il
-était son lecteur, son secrétaire, son complaisant, son
-factotum; et au besoin il la soignait, et même la pansait
-<span class="pagenum"><a id="Page_402"> 402</a></span>
-lorsqu'elle était malade<a id="FNanchor_795" href="#Footnote_795" class="fnanchor">&nbsp;[795]</a>. Il avait en elle la confiance la
-plus entière: elle écoutait avec indulgence ses plus intimes
-confidences et le récit de toutes ses <i>diableries</i> et <i>ravauderies</i><a id="FNanchor_796" href="#Footnote_796" class="fnanchor">&nbsp;[796]</a>,
-afin de pouvoir, par ses sages conseils, exercer
-sur la conduite de ce jeune homme une salutaire influence;
-et quoiqu'elle n'y pût toujours réussir, elle ne se rebutait
-jamais. Sévigné, ainsi qu'elle naturellement porté à la
-gaieté, la divertissait; il est peu de chagrins dont il ne
-parvînt à la distraire. Par sa fréquentation avec la Champmeslé,
-il avait acquis un merveilleux talent pour la déclamation;
-il aimait à en faire jouir sa mère et à s'entretenir
-avec elle des auteurs qu'ils lisaient ensemble. Il avait fait
-d'excellentes études; son goût en littérature s'était développé
-et perfectionné dans la société de Boileau et de Racine.
-Enfin malgré la différence de sexe et la guerrière éducation
-qu'il avait reçue, Sévigné avait, comme sa mère, cette
-vive sensibilité qui, facilement excitée par l'imagination,
-incline promptement à l'attendrissement et à la faiblesse.
-Il eut besoin d'aller aux Rochers à une époque où madame
-de Sévigné en était absente; ce lieu lui parut désert et triste.
-Quand il se trouva seul dans l'appartement qu'elle occupait
-<span class="pagenum"><a id="Page_403"> 403</a></span>
-et qu'on lui eut remis les clefs de ses cabinets, une pensée
-funeste le saisit: il songea qu'il arriverait un jour fatal où il
-serait encore à cette même place sans sa mère, sans aucun
-espoir de la revoir jamais, et il pleura<a id="FNanchor_797" href="#Footnote_797" class="fnanchor">&nbsp;[797]</a>. Madame
-de Sévigné était heureuse de la tendresse qu'avaient pour
-elle ses deux enfants, et elle dit à sa fille, en parlant de
-son fils: «Votre frère m'aime, et ne songe qu'à me
-plaire; je suis aussi une vraie marâtre pour lui, et ne
-suis occupée que de ses affaires. J'aurais grand tort si je
-me plaignais de vous deux; vous êtes, en vérité, trop
-jolis chacun en votre espèce<a id="FNanchor_798" href="#Footnote_798" class="fnanchor">&nbsp;[798]</a>.» Quand elle voulait s'entretenir
-de littérature et de poésie, madame de Sévigné
-préférait Sévigné à sa s&oelig;ur, parce que madame de Grignan
-lisait presque exclusivement les livres sérieux et ceux qui
-traitaient de la nouvelle philosophie; elle dédaignait les
-autres. Dans le grand nombre d'ouvrages divers que madame
-de Sévigné avait lus aux Rochers avec son fils, les
-romans n'étaient point exclus, et elle avoue franchement
-qu'elle prenait goût à ceux de la Calprenède; mais elle
-trouvait le style de cet auteur détestable<a id="FNanchor_799" href="#Footnote_799" class="fnanchor">&nbsp;[799]</a>. «Ce style,
-dit-elle, est maudit en mille endroits; de grandes périodes,
-de méchants mots, je sens tout cela. J'écrivis l'autre
-jour à mon fils une lettre de ce style, qui était fort plaisante.<a id="FNanchor_800" href="#Footnote_800" class="fnanchor">&nbsp;[800]</a>»
-Sa vive et flexible imagination se prêtait facilement
-<span class="pagenum"><a id="Page_404"> 404</a></span>
-à cette variété de tons et de tournures, qui donne
-tant de charme à la lecture de ses lettres. «Je suis tellement
-libertine quand j'écris, dit-elle, que le premier tour
-que je prends règne tout le long de ma lettre<a id="FNanchor_801" href="#Footnote_801" class="fnanchor">&nbsp;[801]</a>.» Cette
-imitation du style de la Calprenède, de la part d'une telle
-plume, eût été curieuse à lire. Nous ne l'avons point, et
-nous ne pouvons espérer de la retrouver, ni aucune des
-lettres que madame de Sévigné avait écrites à son fils
-avant qu'il fût marié. Si lui-même, par scrupule de
-conscience, n'a pas anéanti toutes celles qu'il avait reçues
-de sa mère dans sa jeunesse, sa femme n'aura pas manqué
-de le faire. Par le même motif, madame de Simiane
-(Pauline de Grignan) a fait disparaître toutes les lettres
-qui avaient trait à son éducation, quand elle a permis
-l'impression de la correspondance de son aïeule.</p>
-
-<p>La correspondance de madame de Sévigné avec son
-fils, si nous la possédions, charmerait probablement les
-lecteurs par l'expression élégante et variée d'une tendresse
-maternelle vive et forte, mais non folle et passionnée,
-comme celle que madame de Grignan avait inspirée. On
-y trouverait aussi, de la part du baron de Sévigné, les protestations
-souvent répétées d'un amour filial qui satisfaisaient
-mieux madame de Sévigné que les témoignages
-de tendresse qu'elle recevait de sa fille, soit parce qu'en
-effet son fils mettait dans l'expression de ses sentiments
-plus de chaleur et d'abandon, soit parce que ce c&oelig;ur maternel,
-trop fortement embrasé et avide dans sa fille d'une
-affection égale à la sienne, ne pouvait jamais de ce côté
-être complétement satisfait. Les lettres du baron de Sévigné
-<span class="pagenum"><a id="Page_405"> 405</a></span>
-eussent surtout été curieuses sous le rapport historique
-par des nouvelles de l'armée et par des observations
-sur les généraux et les guerriers de cette époque;
-et celles de sa mère, comme les siennes, devaient, en
-traits de gaieté, en anecdotes amusantes, en jugements
-sur les ouvrages nouveaux et sur les littérateurs du temps,
-différer beaucoup de la correspondance entre madame de
-Sévigné et sa fille.</p>
-
-<p>Cette correspondance est la plus fréquente, la plus longue,
-la mieux suivie de toutes celles dont madame de
-Sévigné fut occupée. Nous sommes loin de l'avoir entière:
-un grand nombre de lettres ont été, ainsi que nous l'avons
-dit, supprimées; plusieurs, probablement, ont été égarées;
-enfin toutes les lettres de madame de Grignan, qui
-jetteraient tant de jour sur celles de sa mère, nous manquent.
-Cependant, telle qu'elle est, telle qu'elle s'est successivement
-accrue par les soins de plusieurs éditeurs zélés,
-cette correspondance suffit pour nous faire connaître celle
-dont elle émane bien plus sûrement que ne pourraient le
-faire des mémoires élaborés avec soin pour être transmis
-à la postérité. Tout ce que madame de Sévigné écrivait
-à sa fille s'échappait de son âme, de son c&oelig;ur, rapidement,
-sans retour, sans détours, sans réflexion. Nous
-avons déjà recueilli, dans ce qui est ainsi sorti de sa
-plume, plusieurs des traits qui la caractérisent; tâchons
-de saisir encore ceux qui peuvent servir à compléter cette
-peinture; achevons la partie la plus importante et la plus
-essentielle de la tâche que nous nous sommes imposée
-dans cet ouvrage.</p>
-
-<div class="chapter">
-<p><span class="pagenum"><a id="Page_406"> 406</a></span></p>
-<h2 class="normal">CHAPITRE XX.<br />
-<span class="medium">1671-1672.</span></h2>
-</div>
-
-<p class="hanging indent">Contraste entre madame de Sévigné et sa fille.&mdash;Elles ne se ressemblaient
-que par le plaisir qu'elles éprouvaient à correspondre
-ensemble.&mdash;Pourquoi les lettres de madame de Sévigné à madame
-de Grignan sont les plus intéressantes et les mieux écrites.&mdash;Madame
-de Grignan n'aimait pas à écrire, si ce n'est à sa mère.&mdash;Madame
-de Grignan néglige de répondre à le Tellier.&mdash;Madame de
-Sévigné avait formé sa fille pour le style épistolaire.&mdash;Madame
-de Grignan écrivait bien.&mdash;Elle fait une relation de son voyage
-à la grotte de Sainte-Baume, et une autre de son voyage à Monaco.&mdash;Madame
-de Sévigné montre à quelques personnes les passages
-remarquables des lettres qu'elle reçoit de madame de Grignan,
-et cite plusieurs de ses bons mots.&mdash;Madame de Sévigné
-lisait beaucoup.&mdash;Elle envoyait à sa fille les livres nouveaux les
-plus remarquables.&mdash;Madame de Sévigné différait de goût avec sa
-fille.&mdash;Des livres que chacune d'elles affectionnait.&mdash;Opinion de
-madame de Sévigné sur Racine;&mdash;sur Bourdaloue.&mdash;Variété des
-lectures de madame de Sévigné.&mdash;Différences qui existaient entre
-elle et madame de Grignan sous le rapport de la religion.&mdash;Les
-convictions religieuses de madame de Sévigné étaient sincères, et
-elle pratiquait sa religion.&mdash;Madame de Grignan, adonnée à la
-philosophie de Descartes, était plus chancelante dans sa foi.&mdash;Sentiments
-de madame de Sévigné sur la religion.&mdash;Elle désira toujours
-être dévote.&mdash;Elle n'avait point de faiblesses superstitieuses.&mdash;Elle
-était fort instruite sur les points les plus difficultueux de doctrine
-religieuse.&mdash;Elle avait adopté les opinions des jansénistes.&mdash;Passage
-de ses <i>Lettres</i> où elles les défend.&mdash;Ses erreurs et son esprit
-ne nuisent en rien à ses bonnes résolutions.&mdash;Composition de sa
-bibliothèque à son château des Rochers.&mdash;Elle prend des leçons de
-Corbinelli sur la philosophie de Descartes.&mdash;Réfute Malebranche.&mdash;Appuie
-ses opinions sur l'autorité de saint Paul et de saint Augustin.&mdash;Contraste
-qui existait entre madame de Sévigné et madame
-<span class="pagenum"><a id="Page_407"> 407</a></span>
-de Grignan sous le rapport des sentiments maternels et la conduite
-de la vie.&mdash;Madame de Sévigné facile à émouvoir.&mdash;Madame de
-Grignan froide et impassible.&mdash;Madame de Sévigné eut une grande
-préférence pour sa fille.&mdash;Madame de Grignan voulait, pour l'avancement
-de son fils, mettre ses deux filles au couvent.&mdash;Madame
-de Sévigné cherchait à plaire à tous.&mdash;Madame de Grignan
-dédaignait le monde et l'opinion publique.&mdash;Madame de Sévigné
-économe et sage dans la gestion de sa fortune.&mdash;Elle exhorte sa
-fille à se rendre maîtresse des affaires de son mari, pour réduire son
-luxe et ses dépenses.&mdash;Les conseils de madame de Sévigné sont
-mal suivis.&mdash;Madame de Grignan fait de fréquentes pertes au jeu.&mdash;Inquiétudes
-de madame de Sévigné à ce sujet.&mdash;Elle fait des
-cadeaux et des remontrances à sa fille.&mdash;Le roi, mécontent des
-états de Provence, veut les dissoudre.&mdash;Madame de Sévigné conseille
-à M. de Grignan de ne pas exécuter les ordres rigoureux qu'il
-a reçus et d'écrire au roi.&mdash;Ce conseil est suivi.&mdash;Le roi approuve
-les observations des états, mais il envoie des lettres de cachet
-pour exiler les consuls.&mdash;Madame de Sévigné conseille de ne
-pas faire usage de ces lettres.</p>
-
-<p class="space">Ce qui étonne le plus dans les lettres de madame de
-Sévigné à madame de Grignan, c'est qu'elles nous révèlent
-le contraste complet qui existait entre la mère et la fille<a id="FNanchor_802" href="#Footnote_802" class="fnanchor">&nbsp;[802]</a>
-sans que leur parfaite union, leur confiance réciproque
-en fût altérée. Nul accord entre leurs caractères, leurs
-goûts, leurs opinions. Elles différaient en toutes choses
-hors en une seule, c'est à savoir dans le plaisir qu'elles
-éprouvaient de se communiquer leurs pensées, leurs
-sentiments, leurs projets; et comme l'imagination n'est
-jamais plus vive et plus puissante que lorsqu'elle reçoit
-les impulsions du c&oelig;ur, il en résultait que les lettres de
-madame de Sévigné les mieux écrites, les plus riches par
-le style, par les faits, les réflexions et les images sont précisément
-<span class="pagenum"><a id="Page_408"> 408</a></span>
-celles qu'elle écrivait à sa fille, sans efforts, sans
-étude et avec un entraînement irrésistible. Elle-même
-le sentait, car elle lui dit<a id="FNanchor_803" href="#Footnote_803" class="fnanchor">&nbsp;[803]</a>: «Je vous donne avec plaisir
-le dessus de tous les paniers, c'est-à-dire la fleur de
-mon esprit, de ma tête, de mes yeux, de ma plume, de
-mon écritoire; et puis le reste va comme il peut. Je me
-divertis autant à causer avec vous que je laboure avec
-les autres.»</p>
-
-<p>De son côté, madame de Grignan, si exacte à répondre
-à sa mère, se montrait d'une paresse extrême lorsqu'il
-lui fallait écrire à toute autre personne; et madame de Sévigné
-était sans cesse obligée de lui rappeler les lettres de
-devoir, de politesse et d'affection pour lesquelles elle
-était en retard<a id="FNanchor_804" href="#Footnote_804" class="fnanchor">&nbsp;[804]</a>. Ainsi Charles-Maurice le Tellier, frère
-du ministre Louvois, coadjuteur et depuis archevêque de
-Reims, qu'elle avait, avant son mariage, invité à correspondre
-avec elle<a id="FNanchor_805" href="#Footnote_805" class="fnanchor">&nbsp;[805]</a>, lui avait écrit deux fois sans recevoir
-de réponse. Il s'en plaignit à madame de Sévigné, qui fut
-obligée d'exhorter sa fille à payer plus exactement ses
-dettes en ce genre.</p>
-
-<p>L'orgueil maternel, dans madame de Sévigné, se mêlait
-à l'admiration qu'elle avait pour le talent épistolaire de
-sa fille; elle reconnaissait que, sous ce rapport, madame
-de Grignan était son élève; aussi continuait-elle à lui inculquer
-<span class="pagenum"><a id="Page_409"> 409</a></span>
-encore ses leçons, et elle trouvait en elle, sur
-ce point, la même docilité que par le passé. Elle dit,
-en la complimentant sur une lettre qu'elle avait reçue
-d'elle<a id="FNanchor_806" href="#Footnote_806" class="fnanchor">&nbsp;[806]</a>: «J'ai reçu deux lettres de vous qui m'ont transportée
-de joie; ce que je sens en les lisant ne se peut
-imaginer. Si j'ai contribué de quelque chose à l'agrément
-de votre style, je croyais ne travailler que pour le
-plaisir des autres, et non pas pour le mien; mais la Providence,
-qui a mis tant d'espaces et tant d'absences entre
-nous, m'en console un peu par les charmes de votre commerce.»</p>
-
-<p>Madame de Sévigné faisait cas du goût de sa fille, qui
-n'était pas toujours d'accord avec le sien. En lui envoyant
-une lettre qu'elle avait écrite à l'évêque de Marseille:
-«Lisez-la, dit-elle, et vous verrez mieux que moi si elle
-est à propos ou non... Vous savez que je n'ai qu'un trait
-de plume, ainsi mes lettres sont fort négligées; mais
-c'est mon style, et peut-être qu'il fera autant d'effet
-qu'un autre plus ajusté; si j'étais à portée d'en recevoir
-votre avis, vous savez combien je l'estime et combien de
-fois il m'a réformée<a id="FNanchor_807" href="#Footnote_807" class="fnanchor">&nbsp;[807]</a>.» Elle était de plus en plus charmée
-des lettres qu'elle recevait de madame de Grignan.
-«Mon Dieu, ma fille, dit-elle encore, que vos lettres
-sont aimables! Il y a des endroits dignes de l'impression<a id="FNanchor_808" href="#Footnote_808" class="fnanchor">&nbsp;[808]</a>...»&mdash;«Vous
-me louez continuellement sur mes lettres,
-et je n'ose plus parler des vôtres, de peur que cela
-n'ait l'air de rendre louanges pour louanges; mais encore
-<span class="pagenum"><a id="Page_410"> 410</a></span>
-ne faut-il pas se contraindre jusqu'à ne pas dire la vérité:
-vous avez des pensées et des tirades incomparables; il ne
-manque rien à votre style<a id="FNanchor_809" href="#Footnote_809" class="fnanchor">&nbsp;[809]</a>.»</p>
-
-<p>Madame de Grignan faisait profession de détester les
-narrations et d'être ennemie des détails, ce qui tendait à
-mettre de la sécheresse dans ses lettres et une trop grande
-brièveté. Madame de Sévigné l'en reprend, et parvint
-à la réformer sur ce point, du moins en ce qui la
-concernait. «Défaites-vous, lui dit-elle, de cette haine que
-vous avez pour les détails; je vous l'ai déjà dit et vous
-le pouvez sentir, ils sont aussi chers de ceux que nous aimons
-qu'ils nous sont ennuyeux des autres, et cet ennui
-ne vient jamais que de la profonde indifférence que nous
-avons pour ceux qui nous importunent; si cette observation
-est vraie, jugez de ce que me font vos relations<a id="FNanchor_810" href="#Footnote_810" class="fnanchor">&nbsp;[810]</a>.»
-Aussi madame de Grignan triompha de son indolence
-et de sa paresse, et surmonta cette humeur noire qui
-la rendait indifférente à tout et qui était si opposée
-à la franche sympathie, à la vivacité et à la gaieté du
-caractère de madame de Sévigné<a id="FNanchor_811" href="#Footnote_811" class="fnanchor">&nbsp;[811]</a>. Pour plaire à sa mère,
-madame de Grignan composa des <i>relations</i>: celle du
-voyage qu'elle fit à la grotte de Sainte-Baume, avec toute
-<span class="pagenum"><a id="Page_411"> 411</a></span>
-la pompe et le train dispendieux de la femme d'un gouverneur
-de province, charma madame de Sévigné. Elle
-crut lire un joli roman, dont sa fille était l'héroïne<a id="FNanchor_812" href="#Footnote_812" class="fnanchor">&nbsp;[812]</a>. Elle
-fut aussi très-satisfaite du récit détaillé de son voyage
-à Monaco, et elle le fit lire à d'Hacqueville, au duc de la
-Rochefoucauld et au comte de Guitaud<a id="FNanchor_813" href="#Footnote_813" class="fnanchor">&nbsp;[813]</a>. Mais c'est dans
-les lettres d'affaires que madame de Grignan avait une
-véritable supériorité. Madame de Sévigné, qui, dans l'intérêt
-de son gendre, entretenait de Pomponne de ce qui
-concernait la Provence, aimait mieux distraire des lettres
-qu'elle avait reçues de sa fille les portions relatives à cet
-objet et les envoyer à ce ministre que de les transcrire
-ou d'essayer d'exposer autrement ce qui était si bien
-et si nettement exprimé<a id="FNanchor_814" href="#Footnote_814" class="fnanchor">&nbsp;[814]</a>. Aussi, pour les affaires, madame
-de Grignan écrivait particulièrement à l'abbé de
-Coulanges, qui lui rendait compte de tout, et débarrassait
-ainsi madame de Sévigné de détails qui l'auraient ennuyée<a id="FNanchor_815" href="#Footnote_815" class="fnanchor">&nbsp;[815]</a>.
-Madame de Grignan écrivait aussi à Bossuet<a id="FNanchor_816" href="#Footnote_816" class="fnanchor">&nbsp;[816]</a> des
-lettres que sa mère se chargeait de remettre. Quant aux
-lettres de madame de Grignan qui se recommandaient
-par les agréments du style et des pensées ingénieuses,
-madame de Sévigné en était non-seulement contente,
-<span class="pagenum"><a id="Page_412"> 412</a></span>
-mais glorieuse; et elle avait grand soin d'en montrer
-les passages les plus remarquables aux personnes qui
-lui paraissaient les plus propres à les goûter. «Ainsi, ne
-me parlez plus de mes lettres, ma fille, dit madame de Sévigné;
-je viens d'en recevoir une de vous qui enlève; tout
-aimable, toute brillante, toute pleine de pensées, toute
-pleine de tendresse: c'est un style juste et court, qui chemine
-et qui plaît au souverain degré, même sans vous
-aimer comme je fais. Je vous le dirais plus souvent, sans
-que je crains d'être fade; mais je suis toujours ravie de
-vos lettres, sans vous le dire; madame de Coulanges l'est
-aussi de quelques endroits que je lui fais voir et qu'il
-est impossible de lire toute seule. Il y a un petit air de
-dimanche gras répandu sur cette lettre, qui la rend d'un
-goût non pareil<a id="FNanchor_817" href="#Footnote_817" class="fnanchor">&nbsp;[817]</a>.»</p>
-
-<p>Quinze jours après cette lettre, madame de Sévigné
-écrit encore à madame de Grignan<a id="FNanchor_818" href="#Footnote_818" class="fnanchor">&nbsp;[818]</a>:</p>
-
-<p>«Madame de Villars, M. Chapelain et quelque autre
-encore sont ravis de votre lettre sur l'ingratitude. Il ne
-faut pas que vous croyiez que je sois ridicule; je sais à
-qui je montre ces petits morceaux de vos grandes lettres,
-je connais mes gens; je ne le fais point mal à propos, je
-sais le temps et le lieu; mais enfin c'est une chose charmante
-que la manière dont vous dites quelquefois de certaines
-choses: fiez-vous à moi, je m'y connais.»</p>
-
-<p>Et avant, dans le même mois<a id="FNanchor_819" href="#Footnote_819" class="fnanchor">&nbsp;[819]</a>, elle lui avait écrit:
-<span class="pagenum"><a id="Page_413"> 413</a></span>
-«Vos réflexions sur l'espérance sont divines; si Bourdelot<a id="FNanchor_820" href="#Footnote_820" class="fnanchor">&nbsp;[820]</a>
-les avait faites, tout l'univers les saurait; vous ne
-faites pas tant de bruit pour faire des merveilles; le <i>malheur
-du bonheur</i> est tellement bien dit qu'on ne peut
-trop aimer une plume qui exprime ces choses-là.»</p>
-
-<p>Madame de Sévigné et madame de Grignan lisaient
-beaucoup; mais à cet égard leur goût était différent<a id="FNanchor_821" href="#Footnote_821" class="fnanchor">&nbsp;[821]</a>.
-Madame de Grignan lisait les livres de la nouvelle philosophie
-(la philosophie de Descartes), que madame de Sévigné
-goûtait peu<a id="FNanchor_822" href="#Footnote_822" class="fnanchor">&nbsp;[822]</a>. Quoiqu'elle écoutât avec intérêt les
-discussions qui avaient lieu en sa présence entre ses amis
-sur ce grave sujet et qu'elle en parlât souvent avec eux,
-elle aimait mieux confier à sa foi religieuse la solution des
-hautes questions de la métaphysique que de se fatiguer
-à les comprendre; elle ne pouvait se résoudre à admettre
-une théorie qui prétendait lui démontrer que sa chienne
-<i>Marphise</i> n'avait point d'âme et était une pure machine<a id="FNanchor_823" href="#Footnote_823" class="fnanchor">&nbsp;[823]</a>;
-et elle disait malignement des cartésiens que s'ils ont
-envie d'aller en paradis c'est par curiosité<a id="FNanchor_824" href="#Footnote_824" class="fnanchor">&nbsp;[824]</a>. Elle mettait
-un grand empressement à envoyer à sa fille les plus intéressantes
-<span class="pagenum"><a id="Page_414"> 414</a></span>
-nouveautés littéraires, qui, presque toutes,
-avaient alors pour éditeur le libraire Barbin. Lorsque celui-ci
-ne les lui faisait pas remettre assez tôt pour que
-madame de Grignan les reçût par elle avant qu'elles fussent
-parvenues en Provence, elle accusait plaisamment <i>ce
-chien de Barbin</i>, qui, disait-elle, la haïssait, parce
-qu'elle ne faisait pas de <i>Princesses de Clèves</i> et de
-<i>Montpensier</i>, comme son amie madame de la Fayette<a id="FNanchor_825" href="#Footnote_825" class="fnanchor">&nbsp;[825]</a>.
-On comprend très-bien pourquoi madame de Sévigné
-mettait au premier rang de tous les soins qu'elle se donnait
-pour plaire à sa fille celui de lui envoyer les ouvrages
-nouveaux; elle y était personnellement intéressée.
-Ces ouvrages étaient ceux qu'elle-même lisait, et qui
-fournissaient de nouveaux aliments à cette correspondance,
-son bonheur et ses délices<a id="FNanchor_826" href="#Footnote_826" class="fnanchor">&nbsp;[826]</a>. C'est pourquoi
-madame de Sévigné ne manquait jamais de mettre madame
-de Grignan au courant des lectures qu'elle faisait
-ou qu'elle se proposait de faire<a id="FNanchor_827" href="#Footnote_827" class="fnanchor">&nbsp;[827]</a>. Elle trouvait tant de
-douceur à être, en ceci comme en toutes choses, en rapport
-avec elle, que, lui ayant recommandé la lecture d'un des
-ouvrages de Tacite, que madame de Grignan n'acheva
-pas, elle lui en témoigna ses regrets, et l'engagea à lui
-écrire la page où elle en était restée, afin qu'elle pût terminer
-pour elle cette lecture<a id="FNanchor_828" href="#Footnote_828" class="fnanchor">&nbsp;[828]</a>. Madame de Sévigné savait
-<span class="pagenum"><a id="Page_415"> 415</a></span>
-peu le latin. S'il en avait été autrement, Corbinelli, écrivant
-quelques lignes à Bussy dans une des lettres de madame
-de Sévigné, n'aurait pas dit que c'était en sa considération
-qu'il traduisait un passage d'Horace<a id="FNanchor_829" href="#Footnote_829" class="fnanchor">&nbsp;[829]</a>. Elle-même
-n'aurait pas annoncé qu'elle se proposait de lire Térence
-et de se faire traduire par son fils la satire contre les folles
-amours que renferme la première scène de l'<i>Eunuque</i><a id="FNanchor_830" href="#Footnote_830" class="fnanchor">&nbsp;[830]</a>.
-Ce n'était pas une chose très-rare alors cependant, même
-parmi les femmes, que de pouvoir lire les auteurs latins
-dans leur langue originale. L'abbesse de Fontevrault,
-s&oelig;ur de madame de Montespan, madame de Rohan de
-Montbazon, abbesse de Malnou, avaient cet avantage; il
-en était de même de madame de la Sablière, de mademoiselle
-de Scudéry et de plusieurs autres, sans nommer madame
-Dacier, qui, pour la haute érudition, est restée une
-exception<a id="FNanchor_831" href="#Footnote_831" class="fnanchor">&nbsp;[831]</a>. Mais c'est dans la traduction de Perrot d'Ablancourt
-que madame de Sévigné admirait l'éloquence
-et l'harmonie des phrases de Tacite; c'est aussi par le
-même traducteur qu'elle avait appris à goûter l'esprit de
-Lucien. C'est dans la traduction italienne d'Annibal Caro
-qu'elle lisait Virgile<a id="FNanchor_832" href="#Footnote_832" class="fnanchor">&nbsp;[832]</a>. Cependant, comme elle mande à
-madame de Grignan qu'elle a fait mettre en lettres d'or
-sur le grand autel de sa chapelle cette inscription: <span class="small1">SOLI
-DEO HONOR ET GLORIA</span>, on peut croire qu'elle ainsi que
-sa fille entendaient<a id="FNanchor_833" href="#Footnote_833" class="fnanchor">&nbsp;[833]</a> assez le latin pour lire en cette langue
-<span class="pagenum"><a id="Page_416"> 416</a></span>
-les Actes des Apôtres et les livres d'église. Dans les
-jugements qu'elles portaient sur les auteurs, elles différaient
-beaucoup entre elles. Madame de Sévigné avait
-plus que madame de Grignan le sentiment vif et prompt
-des beautés littéraires; son goût était moins sévère, moins
-dédaigneux, mais peut-être moins pur. Madame de Sévigné
-se passionnait facilement pour les auteurs qu'elle lisait,
-et proportionnait ses louanges aux émotions et aux
-inspirations qu'elle en recevait. Madame de Grignan, au
-contraire, aimait à critiquer, à se rendre raison de tout,
-et se défendait d'admirer. Madame de Sévigné avait plus
-que sa fille le goût de la solitude et de la campagne; les
-sombres et mélancoliques horreurs de la forêt avaient
-pour elle de l'attrait<a id="FNanchor_834" href="#Footnote_834" class="fnanchor">&nbsp;[834]</a>. Elle lisait plutôt pour le plaisir de
-lire que par l'ambition de devenir savante; c'était tout
-le contraire dans madame de Grignan.</p>
-
-<p>Les prédilections de madame de Sévigné en littérature
-se trahissent lorsqu'elle quitte la capitale pour aller passer
-quelques jours dans sa retraite de Livry. Quels sont
-les auteurs qu'elle emporte alors de préférence? Corneille
-et la Fontaine. On lui a reproché d'avoir manqué de discernement,
-et, dans son admiration exclusive pour Corneille,
-de n'avoir pas rendu justice à Racine. Tout le
-monde sait cependant aujourd'hui qu'elle n'a jamais dit
-ni cité ces mots ridicules que lui prêtent Voltaire, la
-Harpe et tant d'autres: «Racine passera comme le café<a id="FNanchor_835" href="#Footnote_835" class="fnanchor">&nbsp;[835]</a>;»
-<span class="pagenum"><a id="Page_417"> 417</a></span>
-mais elle a dit «qu'il n'irait point plus loin qu'Andromaque<a id="FNanchor_836" href="#Footnote_836" class="fnanchor">&nbsp;[836]</a>.»
-Ce qui prouve seulement que cette pièce, qu'elle
-loue avec effusion et qui lui faisait verser des larmes
-même lorsqu'elle la voyait jouer par une troupe de campagne<a id="FNanchor_837" href="#Footnote_837" class="fnanchor">&nbsp;[837]</a>,
-était, selon elle, le <i>nec plus ultra</i> du talent de
-Racine.&mdash;Avec sa tendresse maternelle, pouvait-elle penser
-autrement? Si elle avait vécu du temps de Voltaire,
-nul doute qu'elle n'eût préféré aussi <i>Mérope</i> à toutes les
-pièces de cet auteur. Tout le monde juge ainsi: ce qui
-touche le plus le c&oelig;ur est aussi ce qui émeut le plus fortement
-l'imagination. A la vérité, madame de Sévigné
-cherche à atténuer le succès de <i>Bajazet</i>, et elle en donne
-la plus forte part au talent de la Champmeslé. Cependant
-elle envoie cette pièce à sa fille aussitôt qu'elle a
-paru; il est vrai qu'elle préfère Corneille à Racine, et
-qu'elle trouve plus de génie dramatique à l'auteur du
-<i>Cid</i>, de <i>Polyeucte</i>, des <i>Horaces</i>, de <i>Cinna</i>. A-t-elle si
-grand tort? On n'a pas remarqué que lorsqu'elle parle
-ainsi Corneille avait produit tous ses chefs-d'&oelig;uvre, et
-qu'il n'en était pas ainsi de Racine, dont la réputation n'était
-encore qu'à son aurore, quoique cette aurore eût un
-grand éclat. On oublie que madame de Sévigné avait
-alors de bien légitimes motifs pour ne pas aimer Racine, et
-que les déplaisirs qu'il lui causait devaient très-naturellement
-disposer son esprit à juger peu favorablement des
-<span class="pagenum"><a id="Page_418"> 418</a></span>
-productions de ce poëte. On se représente toujours Racine
-dans un âge avancé, couronné par l'auréole de sa gloire
-poétique, vénéré par sa fervente piété, uniquement occupé
-de son salut et de l'éducation de ses enfants, refusant
-d'aller dîner chez un grand de la cour, afin d'avoir
-le plaisir de manger un beau poisson en famille, et pourtant
-écrivant encore <i>Esther</i> et <i>Athalie</i> pour les vierges
-d'un couvent. Le jeune auteur d'<i>Andromaque</i> et de
-<i>Bajazet</i> était un personnage tout différent. Ingrat et
-malin, dans deux lettres très-spirituelles et pleines de
-mordants sarcasmes, il avait versé le ridicule sur les pieux
-solitaires de Port-Royal, qui l'avaient élevé, parce qu'ils
-avaient osé soutenir que le théâtre est un divertissement
-peu favorable aux bonnes m&oelig;urs et à la religion. Quand il
-faisait imprimer ses tragédies, il y mettait des préfaces
-qui étaient la critique acérée des ouvrages de ses rivaux,
-particulièrement de Corneille; et il composait contre eux
-de sanglantes épigrammes. Alors amoureux de la Champmeslé,
-Racine soupait souvent chez elle avec Boileau, son
-ami; et le baron de Sévigné, qui courtisait cette actrice et
-auquel la société des deux poëtes plaisait beaucoup, payait
-les soupers. Madame de Sévigné ne trouvait pas bon que
-son fils jouât le rôle ridicule d'Amphitryon et contribuât
-aux plaisirs des amants de sa maîtresse. On doit donc peu
-s'étonner que dans son dépit, en écrivant à sa fille, elle parle
-avec le même dédain de la courtisane et des deux poëtes.
-Plus tard, et lorsque son fils a rompu avec la Champmeslé,
-elle s'exprime sur eux avec l'admiration due à leur caractère
-et à leur talent; et quand, longtemps après, elle assistait à
-Saint-Cyr aux représentations d'<i>Athalie</i> et d'<i>Esther</i>, elle
-ne disait plus que Racine composait des tragédies pour la
-Champmeslé, et non pour la postérité, et qu'il ne serait
-<span class="pagenum"><a id="Page_419"> 419</a></span>
-plus le même quand il ne serait plus jeune et amoureux;
-mais elle remarque, au contraire, le caractère de son talent,
-sa sensibilité, et dit «qu'il aime Dieu comme il aimait
-ses maîtresses<a id="FNanchor_838" href="#Footnote_838" class="fnanchor">&nbsp;[838]</a>.» La même chose lui arriva lorsqu'elle
-entendit débuter le P. Bourdaloue dans l'église
-de son collége. Selon elle, il a bien prêché; mais son éloquence,
-appropriée à son église, n'en franchira pas l'enceinte.
-Et cependant elle assista ensuite assidûment à ses
-sermons<a id="FNanchor_839" href="#Footnote_839" class="fnanchor">&nbsp;[839]</a>, et ne peut trouver de termes assez énergiques
-pour peindre sa vive admiration, pour exprimer le bien
-qu'elle ressentait des pieuses convictions produites par la
-parole du grand orateur. Elle loue aussi avec le même discernement,
-mais non avec le même enthousiasme, Mascaron
-et Fléchier. Elle variait beaucoup ses lectures<a id="FNanchor_840" href="#Footnote_840" class="fnanchor">&nbsp;[840]</a>.
-Les sermons ne l'empêchaient pas d'aller au spectacle,
-d'assister aux pièces de Molière, de se plaire à l'Opéra et
-de trouver céleste la musique de Lulli, de lire des romans
-(l'<i>Astrée</i>, <i>Cléopâtre</i>, <i>Pharamond</i>, etc.)<a id="FNanchor_841" href="#Footnote_841" class="fnanchor">&nbsp;[841]</a>, les Contes de la
-Fontaine, Rabelais, l'Arioste, le Tasse, Pétrarque, Tassoni,
-Marini, Montaigne, Charron; elle mêlait ensemble Corneille,
-Despréaux, Sarrasin, Voiture, les livres de controverses
-<span class="pagenum"><a id="Page_420"> 420</a></span>
-religieuses, l'Alcoran et Don Quichotte. Quelquefois
-elle entreprenait de longues lectures historiques,
-et elle bravait la fatigue que lui faisaient éprouver les
-interminables périodes du P. Maimbourg, pour s'instruire
-sur l'histoire des croisades et sur celle de l'arianisme et
-des iconoclastes. Puis elle lit l'<i>Histoire de la découverte
-de l'Amérique par Christophe Colomb</i>, «qui la divertit
-au dernier point;» la <i>Vie du cardinal Commendon</i>, «qui
-lui tient très-bonne compagnie;» et une <i>Histoire des
-Grands Vizirs</i>, de Chassepol, qui eut dans le temps beaucoup
-de succès. Malgré son inclination pour Tacite, et
-quoiqu'elle lût et relût Josèphe, Plutarque et Lucien, elle
-préférait l'<i>Histoire de France</i> à l'histoire romaine, où
-elle n'avait, disait-elle spirituellement, ni parents ni amis.
-On est étonné de lui voir lire en quatre jours l'in-folio de
-l'académicien Paul Hay du Chastelet, contenant la <i>Vie
-de Bertrand du Guesclin</i>; mais tout ce qui concernait
-l'<i>histoire de Bretagne</i> avait pour elle un intérêt de
-famille<a id="FNanchor_842" href="#Footnote_842" class="fnanchor">&nbsp;[842]</a>.</p>
-
-<p>Elle aimait avant tout les livres de morale, et surtout
-<span class="pagenum"><a id="Page_421"> 421</a></span>
-de morale religieuse. Les <i>Essais</i> de Nicole étaient ceux
-qu'elle préférait. Les meilleurs et les plus beaux éloges
-qu'on ait faits de cet écrivain ont été tracés par Voltaire
-dans son <i>Siècle de Louis XIV</i> et par madame de Sévigné
-dans les lettres écrites à sa fille<a id="FNanchor_843" href="#Footnote_843" class="fnanchor">&nbsp;[843]</a>. Nicole est l'auteur
-favori de madame de Sévigné; elle le lisait et le relisait;
-elle y trouvait des ressources contre tous les maux,
-toutes les misères de la vie, même, disait-elle, contre la
-pluie et le mauvais temps; elle veut s'en pénétrer, se
-l'assimiler; elle souhaiterait pouvoir en faire un bouillon
-et l'avaler<a id="FNanchor_844" href="#Footnote_844" class="fnanchor">&nbsp;[844]</a>. Il était, suivant elle, de la même <i>étoffe</i> que
-Pascal, et elle ajoute: «Cette étoffe-là est si belle qu'elle
-me plaît toujours; jamais le c&oelig;ur humain n'a été mieux
-anatomisé que par ces messieurs-là<a id="FNanchor_845" href="#Footnote_845" class="fnanchor">&nbsp;[845]</a>.» Elle lisait aussi
-les Traités de Bossuet, et surtout son <i>Histoire des Variations</i><a id="FNanchor_846" href="#Footnote_846" class="fnanchor">&nbsp;[846]</a>.
-En bonne janséniste, elle avait lu saint Augustin
-et les Lettres de Saint-Cyran; mais elle se tenait éloignée
-du rigorisme de la secte.</p>
-
-<p>Sa foi était forte et sincère, et en cela surtout elle différait
-de sa fille. Comme toutes les femmes de son temps,
-madame de Grignan pratiquait sa religion; mais sa raison,
-enorgueillie par les lueurs vacillantes d'une philosophie
-qu'elle croyait comprendre, faisait subir aux croyances
-<span class="pagenum"><a id="Page_422"> 422</a></span>
-qui lui avaient été inculquées dès son enfance des
-doutes peu conformes à la soumission due aux décisions
-de l'Église. Telle n'était point madame de Sévigné, qui
-ne partageait pas le superbe dédain de Port-Royal pour
-l'efficacité de l'intervention du saint sacerdoce. Elle avait
-soin de faire dire des messes pour détourner les malheurs
-qu'elle redoutait, et elle ne manquait pas d'en agir ainsi
-lorsque sa fille voyageait ou lorsque celle-ci était enceinte<a id="FNanchor_847" href="#Footnote_847" class="fnanchor">&nbsp;[847]</a>,
-et encore après qu'elle était accouchée<a id="FNanchor_848" href="#Footnote_848" class="fnanchor">&nbsp;[848]</a>. Quoique
-nous n'ayons pas les lettres que madame de Grignan
-avait écrites à sa mère, ce qui nous reste de leur correspondance
-témoigne suffisamment de la lutte qui avait lieu
-entre elles deux, en raison de leur dissidence d'opinion
-sur ces graves matières. Jamais madame de Sévigné ne
-laisse échapper l'occasion de manifester à madame de
-Grignan combien sa religion lui est chère, et de s'efforcer
-de lui persuader qu'elle satisfait mieux le c&oelig;ur et la raison
-que toutes les vaines subtilités des philosophes.
-Elle la mit dans la confidence de tous ses scrupules religieux
-et des tourments de sa conscience. Elle plaint
-sa fille de n'avoir pas en Provence de P. Bourdaloue
-ni de P. Mascaron: «Comment, dit-elle, peut-on aimer
-Dieu quand on n'entend jamais bien parler de lui<a id="FNanchor_849" href="#Footnote_849" class="fnanchor">&nbsp;[849]</a>?»
-<span class="pagenum"><a id="Page_423"> 423</a></span>
-Et madame de Grignan est instruite toutes les fois que
-des devoirs religieux appellent sa mère à l'église de Saint-Paul
-de la rue Saint-Antoine ou des Minimes de la place
-Royale. «Ma fille, lui écrit-elle, je m'en vais prier Dieu,
-et me disposer à faire demain mes pâques: il faut au
-moins sauver cette action de l'imperfection des autres. Je
-voudrais bien que mon c&oelig;ur fût pour Dieu comme il
-est pour vous<a id="FNanchor_850" href="#Footnote_850" class="fnanchor">&nbsp;[850]</a>.» Bien souvent madame de Sévigné se
-lamente de n'avoir pas le courage de rompre les liens
-du monde et de conformer sa vie aux préceptes de sa
-croyance; et sa fille, qui n'avait pas intérêt à ce qu'il en
-fût ainsi, combat toujours ce penchant à la dévotion, qui
-était commun alors aux personnes les plus mondaines.
-Ainsi, dès cette année 1671, madame de Sévigné écrivait,
-au sujet de la mort du chevalier de Buous<a id="FNanchor_851" href="#Footnote_851" class="fnanchor">&nbsp;[851]</a>:</p>
-
-<p>«C'est un beau sujet de réflexions que l'état où vous
-le dépeignez. Il est certain qu'en ce temps-là nous aurons
-de la foi de reste; elle fera tous nos désespoirs et tous nos
-troubles; et ce temps que nous prodiguons et que nous
-voulons qui coule présentement nous manquera, et nous
-donnerions toutes choses pour avoir un de ces jours que
-nous perdons avec tant d'insensibilité... La morale chrétienne
-est excellente à tous les maux; mais je la veux
-chrétienne; elle est trop creuse et trop inutile autrement.»</p>
-
-<p>Trois mois avant cette lettre, elle avait déjà écrit à madame
-<span class="pagenum"><a id="Page_424"> 424</a></span>
-de Grignan: «Une de mes grandes envies, ma fille,
-ce serait d'être dévote; j'en tourmente la Mousse tous les
-jours. Je ne suis ni à Dieu ni à diable; cet état m'ennuie,
-quoique, entre nous, je le trouve le plus naturel du
-monde. On n'est point au diable parce qu'on craint Dieu,
-et qu'au fond on a un principe de religion; on n'est point
-à Dieu aussi, parce que sa loi paraît dure, et qu'on n'aime
-point à se détruire soi-même; cela compose les tièdes,
-dont le grand nombre ne m'étonne point du tout: j'entre
-dans leurs raisons. Cependant Dieu les hait; il faut donc
-sortir de cet état, et voilà la difficulté<a id="FNanchor_852" href="#Footnote_852" class="fnanchor">&nbsp;[852]</a>.»</p>
-
-<p>Vingt ans après, madame de Sévigné en était encore
-au même point; mais du moins sa foi n'avait point varié,
-et elle se trouvait encore plus fermement établie par les
-études qu'elle avait faites dans l'intervalle. «Vous me demandez,
-écrit-elle à madame de Grignan, si je suis toujours
-une petite dévote qui ne vaut guère: oui, justement
-voilà ce que je suis toujours, et pas davantage, et à mon
-grand regret. Tout ce que j'ai de bon, c'est que je sais
-bien ma religion et de quoi il est question; je ne prendrai
-point le faux pour le vrai; je sais ce qui est bon et
-ce qui n'en a que l'apparence; j'espère ne m'y point méprendre,
-et que, Dieu m'ayant déjà donné de bons sentiments,
-il m'en donnera encore: les grâces passées me
-garantissent en quelque sorte celles qui viendront; ainsi
-je vis dans la confiance, mêlée cependant de beaucoup de
-crainte<a id="FNanchor_853" href="#Footnote_853" class="fnanchor">&nbsp;[853]</a>.»</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a id="Page_425"> 425</a></span>
-Quoiqu'elle trouvât que dans cette voie ses progrès fussent
-lents, pourtant elle reconnaissait qu'elle faisait des
-progrès. «Si je pouvais seulement, dit-elle, vivre deux
-cents ans, il me semble que je serais une personne admirable.»</p>
-
-<p>Madame de Sévigné avait foi aux promesses de la religion
-et espérait en elles; mais elle répugnait à croire aux
-terreurs qu'on voulait lui inculquer en son nom. «Vous
-aurez peine, dit-elle à madame de Grignan, à nous faire
-entrer une éternité de supplices dans la tête, à moins que,
-d'un ordre du roi et de la sainte Écriture, la soumission
-n'arrive au secours<a id="FNanchor_854" href="#Footnote_854" class="fnanchor">&nbsp;[854]</a>.» Léger sarcasme aussi juste que
-mérité contre le despotisme de Louis XIV, qui mal à propos
-faisait intervenir son autorité dans les querelles théologiques,
-et les évoquait à son conseil, non sans dommage
-pour l'État et pour la religion. Madame de Sévigné n'aimait
-pas que l'on portât trop loin l'esprit de pénitence,
-et la rigueur des règles nouvellement imposées aux religieux
-du couvent de la Trappe par le Bouthillier de Rancé<a id="FNanchor_855" href="#Footnote_855" class="fnanchor">&nbsp;[855]</a>
-lui paraissait extravagante. «Je crains, dit-elle, que cette
-Trappe, qui veut surpasser l'humanité, ne devienne les
-Petites-Maisons<a id="FNanchor_856" href="#Footnote_856" class="fnanchor">&nbsp;[856]</a>.»</p>
-
-<p>Madame de Sévigné n'avait aucune de ces faiblesses
-superstitieuses dont quelques esprits très-fermes ne sont
-pas toujours exempts. Elle se dépite de ce que le bel abbé
-<span class="pagenum"><a id="Page_426"> 426</a></span>
-de Grignan, qui devait l'accompagner en Provence, la supplie
-de différer son départ de quelques jours, parce qu'il
-ne peut consentir à se mettre en route un vendredi. «On
-ne peut, dit-elle malignement, tirer les prêtres de Paris;
-il n'y a que les dames qui en veuillent partir<a id="FNanchor_857" href="#Footnote_857" class="fnanchor">&nbsp;[857]</a>.» Elle
-était plus incrédule que sa fille sur certains faits surnaturels,
-que madame de Grignan semblait disposée à croire.
-«Je trouve plaisants, lui écrit-elle, les miracles de votre
-solitaire; mais sa vanité pourrait bien le conduire du milieu
-de son désert dans le milieu de l'enfer... Dieu est
-tout-puissant, qui est-ce qui en doute? Mais nous ne méritons
-guère qu'il nous montre sa puissance<a id="FNanchor_858" href="#Footnote_858" class="fnanchor">&nbsp;[858]</a>.»</p>
-
-<p>Ses croyances étaient raisonnées; elle lisait beaucoup
-de livres de controverse, même ceux que composaient
-des protestants<a id="FNanchor_859" href="#Footnote_859" class="fnanchor">&nbsp;[859]</a>, et aussi, pour complaire à sa fille, ceux
-qui étaient écrits d'après les principes de la nouvelle philosophie;
-mais elle en était peu satisfaite. «J'ai pris, dit-elle
-à madame de Grignan, les <i>Conversations chrétiennes</i>;
-elles sont d'un bon cartésien, qui sait par c&oelig;ur votre <i>Recherche
-de la vérité</i> (du P. Malebranche)... Je vous
-manderai si ce livre est à la portée de mon intelligence;
-s'il n'y est pas, je le quitterai humblement, en renonçant
-à la sotte vanité de contrefaire l'éclairée, quand je ne le
-suis pas. Enfin Dieu est tout-puissant, et fait tout ce qu'il
-<span class="pagenum"><a id="Page_427"> 427</a></span>
-veut, j'entends cela; il veut notre c&oelig;ur, nous ne voulons
-pas le lui donner, voilà tout le mystère<a id="FNanchor_860" href="#Footnote_860" class="fnanchor">&nbsp;[860]</a>.»</p>
-
-<p>Mais elle comprend fort bien ces questions qu'elle feint
-d'être trop ardues pour son intelligence, et elle exhorte sa
-fille, pour les résoudre, à lire le traité de la <i>Prédestination
-des Saints</i>, par saint Augustin, et surtout celui du
-<i>Don de la persévérance</i>. «Lisez, dit-elle, ce livre, il n'est
-pas long; c'est où j'ai puisé mes erreurs. Je ne suis pas
-la seule, cela me console; et en vérité je suis tentée de
-croire qu'on ne discute aujourd'hui sur cette matière avec
-tant de chaleur que faute de s'entendre<a id="FNanchor_861" href="#Footnote_861" class="fnanchor">&nbsp;[861]</a>.»</p>
-
-<p>Cette lecture de saint Augustin et les commentaires
-de ses amis de Port-Royal l'avaient confirmée dans l'opinion
-des jansénistes sur la grâce. Madame de Grignan,
-pour combattre cette opinion, profita de l'exemple de
-madame de la Sablière, connue par son savoir et par son
-attachement à la philosophie cartésienne, qui cependant,
-touchée des vérités de la religion, s'était convertie. «Oui,
-dit madame de Sévigné, elle est dans ce bienheureux
-état, elle est dévote et vraiment dévote, elle fait un bon
-usage de son libre arbitre; mais n'est-ce pas Dieu qui le
-lui fait faire? N'est-ce pas Dieu qui la fait vouloir? N'est-ce
-pas Dieu qui l'a délivrée de l'empire du démon? N'est-ce
-pas Dieu qui a tourné son c&oelig;ur? N'est-ce pas Dieu qui la
-fait marcher et qui la soutient? N'est-ce pas Dieu qui lui
-donne la vue et le désir d'être à lui? C'est cela qui est
-couronné; c'est Dieu qui couronne ses dons. Si c'est cela
-<span class="pagenum"><a id="Page_428"> 428</a></span>
-que vous appelez le libre arbitre, ah! je le veux bien<a id="FNanchor_862" href="#Footnote_862" class="fnanchor">&nbsp;[862]</a>.»</p>
-
-<p>Dans la même lettre, elle professe l'opinion de Jansénius
-avec toutes ses conséquences. «Je n'ai rien à vous
-répondre, dit-elle à madame de Grignan, sur ce que dit
-saint Augustin, sinon que je l'écoute et que je l'entends
-quand il me dit et me répète cinq cents fois dans un même
-livre que tout dépend, comme le dit l'Apôtre, non de
-celui qui veut ni de celui qui court, mais de Dieu, qui
-fait miséricorde à qui il lui plaît; que ce n'est point en
-considération d'aucun mérite que Dieu donne sa grâce
-aux hommes, mais selon son bon plaisir... Il appelle
-notre libre arbitre une délivrance et une facilité d'aimer
-Dieu, parce que nous ne sommes pas sous l'empire du
-démon, et que nous sommes élus de toute éternité, selon
-les décrets du Père éternel, avant tous les siècles.»</p>
-
-<p>Cependant cette doctrine sur la grâce, qui conduit droit
-au fatalisme, ne pouvait être admise par un esprit aussi
-juste que celui de madame de Sévigné sans y faire naître
-beaucoup de doutes; et nous voyons dans la même lettre
-qu'ils surgissent surtout à la lecture du chapitre dont le
-sommaire est: <i>Comment Dieu jugerait-il les hommes
-si les hommes n'avaient point de libre arbitre?</i> «En
-vérité, dit-elle, je n'entends point cet endroit, et je suis
-toute disposée à croire que c'est un mystère; mais comme
-ce libre arbitre ne peut pas mettre notre salut en notre
-pouvoir et qu'il faut toujours dépendre de Dieu, je n'ai
-pas besoin d'être éclaircie sur ce passage, et je me tiendrai,
-si je puis, dans l'humilité et dans la dépendance<a id="FNanchor_863" href="#Footnote_863" class="fnanchor">&nbsp;[863]</a>.»</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a id="Page_429"> 429</a></span>
-Ainsi l'on voit que les erreurs de son esprit ne la faisaient
-dévier en rien de la rectitude de ses résolutions.
-Elle trouvait dans saint Augustin des pensées si nobles
-et si grandes «que tout le mal qui peut arriver de sa
-doctrine aux esprits mal faits était moindre que le bien
-que les autres en retirent<a id="FNanchor_864" href="#Footnote_864" class="fnanchor">&nbsp;[864]</a>.»</p>
-
-<p>Elle revient cependant si souvent sur ce sujet, et quelquefois
-avec une telle éloquence et avec tant de chaleur,
-qu'il est manifeste qu'elle a le désir de ramener sa fille
-à son opinion<a id="FNanchor_865" href="#Footnote_865" class="fnanchor">&nbsp;[865]</a>. Elle désigne par le titre de <i>frères</i> ses
-amis les écrivains de Port-Royal. «Quand je veux nourrir,
-dit-elle, mon esprit et mon âme, j'entre dans mon cabinet,
-j'écoute <i>nos frères</i> et leur belle morale, qui nous
-fait si bien connaître notre pauvre c&oelig;ur<a id="FNanchor_866" href="#Footnote_866" class="fnanchor">&nbsp;[866]</a>.» Toute sa vie
-elle aima à lire; mais dans son âge avancé ce goût de sa
-jeunesse se dirigea exclusivement sur les lectures graves
-et sérieuses. Sa fille lui reproche d'avoir relu jusqu'à trois
-fois les mêmes romans. «Ce sont de vieux péchés, dit-elle,
-qui doivent être pardonnés en considération du profit qui
-me revient de pouvoir relire aussi plusieurs fois les plus
-beaux livres du monde, les Abbadie, Pascal, Nicole, Arnauld,
-les plus belles histoires<a id="FNanchor_867" href="#Footnote_867" class="fnanchor">&nbsp;[867]</a>.»</p>
-
-<p>C'est vers l'âge de cinquante ans que se fit cette révolution
-dans ses goûts pour les lectures; et elle a donné en
-peu de mots à sa fille la composition de sa petite bibliothèque
-<span class="pagenum"><a id="Page_430"> 430</a></span>
-des Rochers et de quelle manière elle l'avait elle-même
-classée en une seule matinée<a id="FNanchor_868" href="#Footnote_868" class="fnanchor">&nbsp;[868]</a>. «J'ai apporté ici
-quantité de livres, je les ai rangés ce matin; on ne met
-pas la main sur un, tel qu'il soit, qu'on n'ait envie de le
-lire tout entier; toute une tablette de dévotion, et quelle
-dévotion! bon Dieu, quel point de vue pour honorer
-notre religion! L'autre est toute d'histoires admirables;
-l'autre, de morale; l'autre, de poésies, et de nouvelles, et
-de mémoires. Les romans sont méprisés, et ont gagné les
-petites armoires. Quand j'entre dans ce cabinet, je ne
-comprends pas pourquoi j'en sors; il serait digne de vous,
-ma fille.»</p>
-
-<p>Il n'est fait dans ce passage aucune mention des livres
-sur la philosophie de Descartes, lecture favorite de madame
-de Grignan. Il semble que madame de Sévigné les
-considérait comme un exercice pour son intelligence,
-comme les romans pour son imagination; mais qu'étant
-inutiles pour son salut et pour éclairer sa raison ils ne devaient
-point trouver place dans sa bibliothèque choisie.
-Pour cette partie de son instruction, elle s'en reposait sur
-Corbinelli. «Il est souvent avec moi, dit-elle, ainsi que la
-Mousse, et tous deux parlent de votre <i>père</i> Descartes;
-ils ont entrepris de me rendre capable d'entendre ce
-qu'ils disent; j'en serai ravie, afin de n'être pas comme
-une sotte bête quand ils vous tiendront ici<a id="FNanchor_869" href="#Footnote_869" class="fnanchor">&nbsp;[869]</a>.»</p>
-
-<p>Évidemment madame de Sévigné, en cette occasion,
-n'est pas franche dans sa modestie, et sa correspondance
-nous prouve qu'elle était plus instruite sur ces hautes
-<span class="pagenum"><a id="Page_431"> 431</a></span>
-questions de métaphysique qu'elle ne veut le faire paraître.
-Sa feinte ignorance est un avantage qu'elle se donne
-pour combattre plus efficacement les raisonnements de
-sa fille; et un petit nombre de passages remarquables de
-ses lettres, ajoutés à ceux que nous avons déjà rapportés,
-suffiront, je l'espère, pour montrer quelles étaient les
-convictions religieuses de cette femme, en apparence si
-fortement livrée aux élans et aux agitations de sa vive
-sensibilité, et cependant si studieuse, si calme, si profondément
-réfléchie. Mais il y a des naturels puissants et si
-heureusement formés qu'ils peuvent allier les qualités les
-plus contraires.</p>
-
-<p>Contre l'opinion de Malebranche, que tout ce qui se fait
-dans la nature est par la nature de l'ordre, opinion sur
-laquelle avait écrit madame de Grignan, madame de Sévigné
-répond: «La Providence veut donc l'ordre: si l'ordre
-n'est autre chose que la volonté de Dieu, quasi tout
-se fait contre sa volonté; toutes les persécutions que je
-vois contre saint Athanase et les orthodoxes, la prospérité
-des tyrans, tout cela est contre l'ordre, et par conséquent
-contre la volonté de Dieu. Mais, n'en déplaise à votre père
-Malebranche, ne serait-il pas aussi bien de s'en tenir à
-saint Augustin, que Dieu permet toutes ces choses, parce
-qu'il en tire sa gloire par des voies qui nous sont inconnues?
-Saint Augustin ne connaît ni de règle ni d'ordre
-que la volonté de Dieu; et si nous ne suivons pas cette
-doctrine, nous aurons le déplaisir de voir que, rien dans
-le monde n'étant quasi dans l'ordre, tout s'y passera
-contre la volonté de celui qui l'a fait: cela me paraît bien
-cruel<a id="FNanchor_870" href="#Footnote_870" class="fnanchor">&nbsp;[870]</a>.» Et ensuite:</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a id="Page_432"> 432</a></span>
-«Je voudrais bien me plaindre au P. Malebranche
-des souris qui mangent tout ici; cela est-il dans l'ordre?
-Quoi! de bon sucre, du fruit, des compotes!... Et l'année
-passée était-il dans l'ordre que de vilaines chenilles dévorassent
-toutes les feuilles de notre forêt (de Livry) et
-de nos jardins, et tous les fruits de la terre? Et le père
-Païen, qui s'en revient paisiblement et à qui on casse la
-tête, cela est-il dans la règle? Oui, mon père, tout cela
-est bon, Dieu sait en tirer sa gloire; nous ne voyons pas
-comment, mais cela est vrai; et si vous ne mettez sa
-volonté pour toute règle et pour tout ordre, vous tomberez
-dans de grands inconvénients<a id="FNanchor_871" href="#Footnote_871" class="fnanchor">&nbsp;[871]</a>... Si vous lisez
-l'arianisme, vous serez étonné de cette histoire; elle vous
-empêchera de rêver. Vraiment, vous y verrez bien des
-choses contre l'ordre: vous y verrez triompher l'arianisme
-et mettre en pièces les serviteurs de Dieu; vous y
-verrez l'<i>impulsion</i> de Dieu, qui veut que tout le monde
-l'aime, très-rudement repoussée; vous y verrez le vice
-couronné, les défenseurs de Jésus-Christ outragés: voilà
-un beau désordre; et moi, petite femme, je regarde tout
-cela comme la volonté de Dieu, qui en tire sa gloire, et
-j'adore cette conduite, quelque extraordinaire qu'elle me
-paraisse; mais je me garde bien de croire que si Dieu eût
-voulu cela eût été autrement, cela n'eût pas été<a id="FNanchor_872" href="#Footnote_872" class="fnanchor">&nbsp;[872]</a>.»</p>
-
-<p>«Il y a un endroit de la <i>Recherche de la vérité</i>, contre
-<span class="pagenum"><a id="Page_433"> 433</a></span>
-lequel Corbinelli a écrit; on y dit «que Dieu nous
-donne une <i>impulsion</i> à l'aimer, que nous arrêtons et
-détournons à volonté.» Cela me paraît bien rude qu'un
-être très-parfait et par conséquent tout-puissant soit
-ainsi arrêté au milieu de sa course<a id="FNanchor_873" href="#Footnote_873" class="fnanchor">&nbsp;[873]</a>...» Ce sujet occupe
-si fortement la pensée de madame de Sévigné qu'elle y
-revient encore dans la lettre suivante: «Je suis toujours
-choquée, dit-elle, de cette <i>impulsion</i> que nous arrêtons
-tout court; mais si le P. Malebranche a besoin de cette
-liberté de choix qu'il nous donne, comme à Adam, pour
-justifier la justice de Dieu envers les adultes, que fera-t-il
-pour les petits enfants? il faudra en revenir à l'<i>altitudo</i>.
-J'aimerais autant m'en servir pour tout, comme
-saint Thomas, qui ne marchande pas<a id="FNanchor_874" href="#Footnote_874" class="fnanchor">&nbsp;[874]</a>.»</p>
-
-<p>Enfin, c'est lorsque avaient lieu les persécutions contre
-les plus fervents soutiens du jansénisme, lorsque Nicole
-était exilé dans les Ardennes, qu'Arnauld était obligé de
-se cacher, que madame de Sévigné éprouve plus que jamais
-le besoin de faire prévaloir ses opinions dans l'esprit
-de sa fille. «Je ne vous obligerais plus, lui dit-elle, de
-répondre sur cette divine Providence que j'adore et que
-je crois qui fait et ordonne tout; je suis assurée que
-vous n'oseriez traiter cette opinion de mystère inconcevable
-avec les disciples de votre père Descartes; ce qui
-serait vraiment inconcevable, ce serait que Dieu eût fait
-le monde sans régler tout ce qui s'y fait; les gens qui
-font de si belles restrictions et contradictions dans leurs
-livres en parlent bien mieux et plus dignement quand ils
-<span class="pagenum"><a id="Page_434"> 434</a></span>
-ne sont pas contraints ni étranglés par la politique<a id="FNanchor_875" href="#Footnote_875" class="fnanchor">&nbsp;[875]</a>.»</p>
-
-<p>Les principes des jansénistes étaient mal vus à la cour;
-et madame de Sévigné recommandait à sa fille de ne
-pas montrer au comte de Grignan les passages de ses lettres
-qui avaient trait à ces matières; elle avait fini par
-éviter de lui en écrire; mais comme sa fille était revenue
-à la charge, et lui avait cité saint Augustin et saint Paul,
-le souvenir des écrits de ces deux grands confesseurs de
-la foi la ranime, et, avec l'impétuosité ordinaire de sa
-plume, elle répond: «Vous lisez donc saint Paul et saint
-Augustin? Voilà les bons ouvriers pour rétablir la souveraine
-volonté de Dieu; ils ne marchandent point à dire que
-Dieu dispose de ses créatures: comme le potier, il en
-choisit, il en rejette; ils ne sont point en peine de faire des
-compliments pour sauver la justice, car il n'y a point
-d'autre justice que sa volonté; c'est la justice même, c'est
-la règle; et, après tout, que doit-il aux hommes? que leur
-appartient-il? rien du tout. Il leur fait donc justice quand
-il les laisse à cause du péché originel, qui est le fondement
-de tout, et il fait miséricorde au petit nombre de
-ceux qu'il sauve par son fils. <span class="small1">Jésus-Christ</span> le dit lui-même;
-«Je connais mes brebis, je les mènerai paître moi-même:
-je n'en perdrai aucune, je les connais, elles me connaissent.
-Je vous ai choisis, dit-il à ses apôtres; ce n'est pas
-vous qui m'avez choisi.» Je trouve mille passages sur
-ce ton, je les entends tous; et quand je vois le contraire,
-je dis: C'est qu'ils ont voulu parler communément; c'est
-comme quand on dit que <i>Dieu s'est repenti, qu'il est en
-furie</i>; c'est qu'ils parlent aux hommes; et je me tiens à
-<span class="pagenum"><a id="Page_435"> 435</a></span>
-cette première et grande vérité, qui est toute divine, qui
-me représente Dieu comme Dieu, comme un maître,
-comme un souverain créateur et auteur de l'univers et
-comme un être enfin très-parfait, selon la réflexion de
-votre <i>père</i> (Descartes). Voilà mes petites pensées respectueuses,
-dont je ne tire point de conséquences ridicules,
-et qui n'ôtent point l'espérance d'être, du nombre choisi,
-après tant de grâces, qui sont des préjugés et des fondements
-de cette confiance. Je hais mortellement à vous
-parler de tout cela; pourquoi m'en parlez-vous? Ma plume
-va comme une étourdie<a id="FNanchor_876" href="#Footnote_876" class="fnanchor">&nbsp;[876]</a>.»</p>
-
-<p>Le contraste que l'on remarque entre madame de Sévigné
-et madame de Grignan, relativement à leurs goûts
-en littérature et à leurs opinions religieuses, est encore
-plus prononcé et plus étrange si on les considère toutes
-deux dans leurs sentiments maternels et dans leur conduite
-et leurs relations avec le monde.</p>
-
-<p>Les larmes mouillaient souvent les yeux de madame de
-Sévigné pour peu qu'elle fût fortement émue; madame
-de Grignan, calme et froide, trahissait rarement par des
-signes extérieurs les impressions faites sur son c&oelig;ur; sa
-mère en fait la remarque: «Vous pleurâtes, lui dit-elle,
-ma très-chère fille, et c'est une affaire pour vous; ce n'est
-pas la même chose pour moi, c'est mon tempérament<a id="FNanchor_877" href="#Footnote_877" class="fnanchor">&nbsp;[877]</a>.»</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a id="Page_436"> 436</a></span>
-Madame de Sévigné, on le sait, poussait jusqu'à l'excès
-son amour pour sa fille; elle lui accordait sur son fils, sur
-l'unique héritier du nom de Sévigné, une injuste préférence,
-et elle se laissait dominer par cette inclination au
-point de négliger quelquefois ses devoirs envers Dieu et
-d'oublier sa charité envers le prochain. La tendresse maternelle
-de madame de Grignan pour ses deux filles ne fut
-jamais assez forte pour l'empêcher de vouloir sacrifier le
-bonheur de leur vie entière à la grandeur de sa maison,
-à la fortune et à l'élévation de celui qui pouvait seul continuer
-la noble race des Adhémar. Madame de Grignan
-exécuta ce projet à l'égard de Blanche, l'aînée de ses filles,
-qu'elle contraignit à se faire religieuse; et si la jolie figure,
-les grâces et l'esprit de Pauline, la plus jeune, n'avaient
-pas convaincu sa mère qu'elle la marierait facilement et
-sans une forte dot, madame de Sévigné aurait été impuissante
-à lui persuader<a id="FNanchor_878" href="#Footnote_878" class="fnanchor">&nbsp;[878]</a> de ne pas commettre cette seconde
-immolation<a id="FNanchor_879" href="#Footnote_879" class="fnanchor">&nbsp;[879]</a>.</p>
-
-<p>Mais c'est dans ses relations avec le monde, dans la
-conduite de la vie, dans la gestion des affaires que
-madame de Sévigné montre une grande supériorité sur
-sa fille. Quel jugement exquis! quel prompt et juste discernement!
-quels admirables conseils! quels beaux et
-utiles préceptes de sagesse et de savoir-vivre, heureusement
-exprimés! Les lettres de madame de Sévigné nous
-font admirer une mère tendre, mais non aveugle; elle
-<span class="pagenum"><a id="Page_437"> 437</a></span>
-cherche à empêcher que madame de Grignan ne se fasse
-tort par son caractère hautain, ou ne devienne victime de
-sa vanité et de son orgueil.</p>
-
-<p>Madame de Grignan, retranchée sur les hauteurs de ses
-pensées philosophiques, faisait profession de mépriser les
-jugements du public. Capricieuse et indolente, elle était
-sujette à des accès de mélancolie et de misanthropie; elle
-fuyait alors la société, et se complaisait dans ce qu'elle
-appelait sa <i>tigrerie</i><a id="FNanchor_880" href="#Footnote_880" class="fnanchor">&nbsp;[880]</a>; élevée à la cour et dans le grand
-monde, les manières et les habitudes cérémonieuses des
-provinces lui déplaisaient<a id="FNanchor_881" href="#Footnote_881" class="fnanchor">&nbsp;[881]</a>, et elle ne prenait guère alors
-la peine de dissimuler son ennui. Madame de Sévigné,
-qui prévoyait combien ces défauts et ces travers étaient
-nuisibles à sa fille dans la position élevée où elle était
-placée, cherche à lui démontrer la nécessité de s'en corriger
-ou du moins de les dissimuler. Dans une lettre
-écrite en réponse à une de celles où madame de Grignan
-lui disait qu'elle était heureuse de se trouver retirée
-dans la solitude de son château, madame de Sévigné lui
-dit: «Je trouve votre esprit dans une philosophie et dans
-une tranquillité qui me paraît bien plus au-dessus des
-brouillards et des grossières vapeurs que le château de
-Grignan. C'est tout de bon que les nuages sont sous vos
-pieds; vous êtes élevée dans la moyenne région, et vous
-ne m'empêcherez pas de croire que ces beaux noms que
-vous dites, que vous donnez à des qualités naturelles,
-sont un effet de votre raison et de la force de votre esprit.
-<span class="pagenum"><a id="Page_438"> 438</a></span>
-Dieu vous le conserve si droit! il ne vous sera pas inutile;
-mais il faut un peu agir, afin que votre philosophie ne se
-tourne pas en paresse, et que vous puissiez être en état de
-revoir un pays où les nues seront au-dessous de vous. Il
-me semble que je vous vois dans l'indolence que vous
-donne l'impossibilité; ne vous y abandonnez qu'autant
-qu'il est nécessaire pour votre repos, et non pas assez pour
-vous ôter l'action et le courage<a id="FNanchor_882" href="#Footnote_882" class="fnanchor">&nbsp;[882]</a>.»</p>
-
-<p>Ce que madame de Sévigné combat le plus souvent dans
-madame de Grignan, c'est le mépris que celle-ci affichait
-pour l'opinion publique; et ce désaccord était entre elles
-déjà ancien, car madame de Sévigné, écrivant à M. de
-Grignan au sujet des louanges que le monde donnait à sa
-fille, dit: «Voilà mon ancienne thèse, qui me fera lapider
-un jour. C'est que le public n'est ni fou ni injuste<a id="FNanchor_883" href="#Footnote_883" class="fnanchor">&nbsp;[883]</a>.»</p>
-
-<p>A peine madame de Grignan est-elle arrivée en Provence
-que sa mère l'encourage à ne pas se lasser de répondre
-aux politesses ennuyeuses dont elle est l'objet.
-«Il est vrai, dit madame de Sévigné, que c'est un métier
-tuant que cet excès de cérémonies et de civilités; cependant
-ne vous relâchez sur rien; tâchez, mon enfant, de
-vous ajuster aux m&oelig;urs et aux manières des gens avec
-qui vous avez à vivre; accommodez-vous un peu de ce
-qui n'est pas mauvais; ne vous dégoûtez point de ce qui
-n'est que médiocre; faites-vous un plaisir de ce qui n'est
-pas ridicule<a id="FNanchor_884" href="#Footnote_884" class="fnanchor">&nbsp;[884]</a>.»</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a id="Page_439"> 439</a></span>
-Madame de Sévigné rappelle souvent à sa fille que,
-quand par sa haute position on se doit au public, il ne
-suffit pas d'<i>être</i>, mais qu'il faut aussi <i>paraître</i>.</p>
-
-<p>Comme la Rochefoucauld avait mis les <i>maximes</i> à la
-mode, madame de Sévigné commence une de ses lettres
-par cette réflexion, qu'elle intitule, en badinant, <span class="small1">Maxime</span>:
-<i>La grande amitié n'est jamais tranquille</i><a id="FNanchor_885" href="#Footnote_885" class="fnanchor">&nbsp;[885]</a>. Et en effet,
-ce qui était pour elle l'objet de continuelles inquiétudes,
-ce qui excitait le plus sa sollicitude et lui paraissait toucher
-le plus au bonheur de sa fille dans l'avenir, c'était
-la conservation et, s'il se pouvait, l'augmentation de sa
-fortune; car, étant beaucoup plus jeune que M. de Grignan,
-il était probable qu'elle lui survivrait. Aussi madame
-de Sévigné termine une de ses lettres par cet aveu
-bien sincère: «Votre santé, votre repos, vos affaires, ce
-sont les trois points de mon esprit, d'où je tire une conclusion
-que je vous laisse à méditer<a id="FNanchor_886" href="#Footnote_886" class="fnanchor">&nbsp;[886]</a>.»</p>
-
-<p>Madame de Sévigné ne pouvait ignorer le caractère du
-comte de Grignan, facile jusqu'à la faiblesse, fastueux
-jusqu'à la prodigalité<a id="FNanchor_887" href="#Footnote_887" class="fnanchor">&nbsp;[887]</a>. Une partie de la dot de sa femme
-avait servi à réparer le désordre de ses affaires. Madame
-de Sévigné craignit qu'avec le luxe coûteux de représentation
-qu'exigeait le rang de lieutenant général gouverneur
-M. de Grignan ne dérangeât de nouveau sa
-fortune; et elle ne voyait de salut pour lui et pour madame
-<span class="pagenum"><a id="Page_440"> 440</a></span>
-de Grignan que dans l'intervention de celle-ci,
-qu'elle avait habituée, par ses leçons et ses exemples, à
-l'ordre et à l'économie. Dès que madame de Grignan eut
-rejoint son mari en Provence, madame de Sévigné s'empressa
-d'exhorter sa fille à profiter de l'ascendant qu'elle
-avait sur lui pour le faire consentir à lui abandonner
-sans réserve la direction de ses affaires et la gestion de
-ses biens, et à régler ses dépenses de manière à ce qu'elles
-n'excédassent pas ses revenus. De son côté, elle se montrait
-généreuse, et adoucissait par des cadeaux la sévérité
-de ses remontrances<a id="FNanchor_888" href="#Footnote_888" class="fnanchor">&nbsp;[888]</a>.</p>
-
-<p>Dans une lettre qui a été étrangement altérée dans toutes
-les éditions, hors la première, madame de Sévigné
-dit à madame de Grignan: «Vous me donnez une belle
-espérance de votre affaire; suivez-la constamment, et n'épargnez
-aucune civilité pour la faire réussir. Si vous la
-faites, soyez assurée que cela vaudra mieux qu'une terre
-de dix mille livres.» Ceci s'applique à la demande faite à
-l'assemblée des états de Provence, par le comte de Grignan,
-d'une augmentation d'appointements pour subvenir
-au payement de ses gardes et à la splendeur de ses hautes
-fonctions<a id="FNanchor_889" href="#Footnote_889" class="fnanchor">&nbsp;[889]</a>. Madame de Sévigné continue ensuite ainsi:
-<span class="pagenum"><a id="Page_441"> 441</a></span>
-«Pour vos autres affaires, je n'ose y penser, et j'y pense
-pourtant toujours; rendez-vous la maîtresse de toutes
-choses, c'est ce qui vous peut sauver; et mettez au rang
-de vos desseins celui de ne vous point abîmer par une
-extrême dépense, et de vous mettre en état, autant que
-vous le pourrez, de ne pas renoncer à ce pays-ci. J'espère
-beaucoup de votre habileté et de votre sagesse; vous avez
-de l'application, c'est la meilleure qualité que l'on puisse
-avoir pour ce que vous avez à faire<a id="FNanchor_890" href="#Footnote_890" class="fnanchor">&nbsp;[890]</a>.» Et plus loin elle
-lui répète encore: «L'abbé est fort content du soin que
-vous voulez prendre de vos affaires; ne perdez pas cette
-envie, ma bonne, soyez seule maîtresse: c'est le salut de
-la maison de Grignan<a id="FNanchor_891" href="#Footnote_891" class="fnanchor">&nbsp;[891]</a>.»</p>
-
-<p>Mais malheureusement les conseils de madame de Sévigné
-ne furent pas strictement suivis. Madame de Grignan,
-soit que sa vanité le trouvât nécessaire à sa position,
-soit qu'elle ne pût résister aux volontés de son
-mari, eut un état de maison beaucoup trop somptueux
-pour que les émoluments du lieutenant général pussent y
-suffire. Le jeu vint encore accroître son déficit; et quoique
-ce jeu fût assez modéré pour le temps, cependant,
-<span class="pagenum"><a id="Page_442"> 442</a></span>
-comme madame de Grignan et son mari perdaient très-souvent,
-les dépenses, par cet article seul, se trouvaient
-considérablement augmentées. Madame de Sévigné, justement
-alarmée de cet état de choses, n'épargne pas à sa
-fille les avertissements. «Prenez garde, lui dit-elle, que
-votre paresse ne vous fasse perdre votre argent au jeu;
-ces petites pertes fréquentes sont comme les petites pluies,
-qui gâtent bien les chemins. Je vous embrasse, ma chère
-fille. Si vous pouvez, aimez-moi toujours, puisque c'est
-la seule chose que je souhaite en ce monde. Pour la tranquillité
-de mon âme, je fais bien d'autres souhaits pour ce
-qui vous regarde; enfin tout tourne ou sur vous, ou de
-vous, ou par vous<a id="FNanchor_892" href="#Footnote_892" class="fnanchor">&nbsp;[892]</a>.» Elle revient encore à la charge peu
-de temps après: «Quelle folie de perdre tant d'argent à
-ce chien de brelan!... Vous jouez d'un malheur insurmontable,
-vous perdez toujours; croyez-moi, ne vous
-opiniâtrez point; songez que tout cet argent s'est perdu
-sans vous divertir; au contraire, vous avez payé cinq
-ou six mille francs pour vous ennuyer et être houspillée
-de la fortune<a id="FNanchor_893" href="#Footnote_893" class="fnanchor">&nbsp;[893]</a>.» Enfin, elle déclare que ces pertes continuelles
-que font madame de Grignan et son mari au
-jeu ne sont pas naturelles, et qu'elle croit qu'ils ont
-affaire à des fripons<a id="FNanchor_894" href="#Footnote_894" class="fnanchor">&nbsp;[894]</a>. Ce genre d'improbité n'a jamais
-été rare parmi les plus hauts personnages adonnés au jeu,
-et il était loin de l'être à cette époque.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a id="Page_443"> 443</a></span>
-Madame de Grignan semblait cependant s'être décidée
-à suivre les conseils de sa mère, qui, en lui témoignant
-combien elle est satisfaite de la résolution qu'elle a prise,
-lui en inculque encore plus fortement la nécessité. En
-l'entretenant du voyage de Provence, qu'elle a le projet
-de faire avec l'abbé de Coulanges, et après lui avoir dit
-qu'elle sera charmée de voir toutes les antiquités de ce
-pays et les magnificences du château de Grignan, elle
-ajoute: «L'abbé aura bien des affaires; après les ordres
-doriques et les titres de votre maison, il n'y a rien à souhaiter
-que l'ordre que vous y allez mettre; car, sans un
-peu de subsistance, tout est dur, tout est amer. Ceux
-qui se ruinent me font pitié; c'est la seule affliction dans
-la vie qui se fasse sentir également et que le temps augmente,
-au lieu de la diminuer<a id="FNanchor_895" href="#Footnote_895" class="fnanchor">&nbsp;[895]</a>.»</p>
-
-<p>Nous avons vu que madame de Sévigné portait, dans
-l'intérêt de madame de Grignan, ses regards sur le gouvernement
-de la Provence<a id="FNanchor_896" href="#Footnote_896" class="fnanchor">&nbsp;[896]</a>, et qu'elle se tenait au courant
-de tout ce qui se faisait à cet égard. Les conseils qu'elle
-donne sur ces graves matières à son gendre et à sa fille
-ne sont pas moins sages et moins salutaires que ceux
-qu'elle leur adressait pour leurs affaires domestiques.</p>
-
-<p>Louis XIV avait mal accueilli les délais et les refus des
-états de Provence, qui ne voulaient point accorder la totalité
-des subsides demandés en son nom par le lieutenant général
-gouverneur, et la résolution qu'on avait prise de lui
-envoyer une députation. Il avait transmis au comte de
-Grignan l'ordre de dissoudre l'assemblée, et en même
-<span class="pagenum"><a id="Page_444"> 444</a></span>
-temps de faire part aux membres qui la composaient de
-l'indignation du roi, en leur annonçant qu'à l'avenir le
-mode de lever les impôts serait changé et que la province
-serait assujettie, pour punir sa désobéissance, à loger un
-plus grand nombre de troupes<a id="FNanchor_897" href="#Footnote_897" class="fnanchor">&nbsp;[897]</a>. Madame de Sévigné
-avait fait en vain, de concert avec l'évêque d'Uzès, des
-démarches auprès de le Tellier, pour que des ordres moins
-rigoureux fussent expédiés; et, n'ayant pu y réussir, elle
-avait écrit à sa fille le 1<sup>er</sup> janvier 1672, à dix heures du
-soir, pour la prévenir que ces ordres sévères allaient être
-envoyés. Elle conseille d'en suspendre l'exécution et de
-faire écrire au roi, par le lieutenant général gouverneur,
-«une lettre d'un homme qui est sur les lieux et qui voit
-que, pour le bien de son service, il faut tâcher d'obtenir
-un pardon de sa bonté pour cette fois.» Ce conseil fut
-suivi, et eut un plein succès; car nous lisons dans les
-procès-verbaux de l'assemblée des états que M. de Grignan
-se rendit, le 9 janvier au matin<a id="FNanchor_898" href="#Footnote_898" class="fnanchor">&nbsp;[898]</a>, dans la salle des
-<i>états</i>, pour leur faire part de ce qui s'était passé, leur
-défendre d'envoyer une députation au roi, leur recommander
-d'attendre la réponse à la supplique qu'il avait
-adressée à Sa Majesté et de suspendre toute délibération
-jusqu'au retour du courrier qu'il avait envoyé. Ce courrier
-ne revint à Aix que le 22 janvier, et le même jour<a id="FNanchor_899" href="#Footnote_899" class="fnanchor">&nbsp;[899]</a>
-l'assemblée fut convoquée. Il lui fut donné lecture de
-<span class="pagenum"><a id="Page_445"> 445</a></span>
-la lettre du roi, qui acceptait l'offre des états; tout
-fut terminé à la satisfaction du lieutenant général gouverneur,
-qui cependant avait reçu des lettres de cachet
-pour exiler les consuls, en raison de ce que le roi n'avait
-pas été obéi ponctuellement. Madame de Sévigné fut aussi
-informée de cet envoi par l'évêque d'Uzès; et elle écrit à
-sa fille de manière à nous prouver combien elle désapprouvait
-ces mesures despotiques. Elle engage son gendre
-à ne point faire usage des lettres, et trace avec un admirable
-bon sens le principe qui doit diriger toute son administration.
-«Ce qu'il faut faire en général, c'est d'être toujours
-très-passionné pour le service de Sa Majesté; mais
-il faut tâcher aussi de ménager les c&oelig;urs des Provençaux,
-afin d'être plus en état de faire obéir au roi dans ce
-pays-là<a id="FNanchor_900" href="#Footnote_900" class="fnanchor">&nbsp;[900]</a>.» Le roi demandait cinq cents mille francs à
-l'assemblée des communautés. L'assemblée offrit quatre
-cent cinquante mille francs, et l'offre fut acceptée. La
-misère de la Provence était grande alors<a id="FNanchor_901" href="#Footnote_901" class="fnanchor">&nbsp;[901]</a>.</p>
-
-<p><span class="pagenumh"><a id="Page_446"> 446</a></span></p>
-
-<p><span class="pagenum"><a id="Page_447"> 447</a></span></p>
-<div class="topspace eclair">
-<p><span class="xlarge">NOTES</span><br />
-<span class="xs">ET</span><br />
-<span class="large">ÉCLAIRCISSEMENTS.</span></p>
-</div>
-
-<p><span class="pagenumh"><a id="Page_448"> 448</a></span>
-<span class="pagenum"><a id="Page_449"> 449</a></span></p>
-
-<div class="chapter">
-<p class="extra"><span class="xxlarge">NOTES</span><br />
-<span class="xs">ET</span><br />
-<span class="xlarge">ÉCLAIRCISSEMENTS.</span><br />
-<span class="large">CHAPITRE PREMIER.</span></p>
-</div>
-
-<p class="pnote">Page <a href="#Page_4">4</a>, lignes 7 et 8: En écriture du temps.</p>
-
-<p>Dans le recueil manuscrit, en 6 vol. in-folio, que nous avons
-souvent cité dans nos deux premières parties, on trouve plusieurs
-des couplets du cantique attribués à Bussy, mais détachés et mêlés
-avec d'autres, et non sous la forme d'un seul noël. Il y a celui
-sur <i>Deodatus</i>, celui sur mademoiselle de Vandis, avec laquelle
-Bussy n'a pas cessé d'entretenir des relations amicales, ainsi qu'avec
-<span class="small1">Mademoiselle</span>, qui figure dans le même couplet et qui cependant
-écrivit à Bussy de sa propre main après la publication de l'édition
-de l'<i>Histoire amoureuse de France</i>, où ce cantique, attribué à Bussy,
-était inséré, le 12 septembre 1666. (Voyez <i>Nouvelles Lettres de messire</i>
-<span class="small1">Roger de Rabutin</span>, chez la veuve Delaulne, 1727, in-12, t. V, p. 2.)&mdash;Mais
-je n'en finirais pas si j'entrais dans le détail des preuves qui
-établissent, d'après le seul texte de ce cantique, que Bussy n'a pu en
-être l'auteur.</p>
-
-<p class="pnote">Page <a href="#Page_4">4</a>, ligne 12: L'éditeur de l'<i>Histoire amoureuse de France</i>.</p>
-
-<p>L'<i>Histoire amoureuse des Gaules</i> n'était pas encore imprimée en
-mai 1664, mais elle l'était en mars ou avril 1665 (voyez les <i>Mémoires
-de</i> <span class="small1">Bussy</span>; Amsterdam, 1721, t. II, p. 212 et 213); d'où je présume
-que les deux éditions anonymes portant sur le titre <i>Liége</i> avaient
-paru au commencement de l'année 1665. Il est difficile de dire quelle
-est la première des deux; peut-être est-ce la moins bien imprimée,
-qui n'a pas la croix de Saint-André.&mdash;La troisième édition est nécessairement
-celle avec la date de 1666 et le nom <i>Liége</i>, que je cite
-seulement d'après Barbier; quant aux éditions de cet ouvrage, dont
-l'intitulé est l'<i>Histoire amoureuse de France</i>, celles que je connais
-<span class="pagenum"><a id="Page_450"> 450</a></span>
-portent les dates de 1666, 1671, 1677, 1708, 1709 et 1710. Il y (a) aussi dans
-les bibliothèques plusieurs copies manuscrites de cet ouvrage; et, en
-comparant la copie qui est à la Bibliothèque de l'Institut, j'ai vu qu'elle
-différait en plusieurs endroits des éditions imprimées. Je possède les
-trois éditions primitives de cet ouvrage de Bussy, portant pour titre
-<i>Histoire amoureuse des Gaules</i>, avec la rubrique de <i>Liége</i> sur le
-frontispice, les deux premières sans date: la première la plus belle,
-et avec les types d'Elzevier, avec une croix de Saint-André; la seconde
-sans croix ni aucune figure sur le titre; la troisième avec
-la date 1666 et une sphère sur le titre, qui porte <i>Nouvelle édition</i>.
-Toutes les trois ont la même clef, mais aucune ne contient le fameux
-cantique qui est dans l'édition de 1666, avec nom d'auteur et un autre
-titre; celle-ci a été la tige de toutes les éditions qui portent pour titre
-<i>Histoire amoureuse de France</i>.</p>
-
-<p class="pnote">Page <a href="#Page_8">8</a>, lignes 16 et 17: Quatre hommes à cheval, également armés.</p>
-
-<p>J'ai cité Ménage en note, parce qu'il se vengea à sa manière du
-ridicule rôle que Bussy lui fit jouer dans son <i>Histoire amoureuse des
-Gaules</i>, et que l'épigramme qu'il composa contre lui prouve que
-l'on connaissait la colère de Condé et de Turenne contre Bussy, et
-que les insultes que l'on suppose avoir été faites par ce dernier au
-roi et à la reine mère n'entraient pour rien dans les causes de sa détention.
-Voici l'épigramme de Ménage contre Bussy, qu'on ne trouve
-que dans la 8<sup>e</sup> édition de ses <i>Poésies</i>; Amstelodami, 1687, p. 147,
-n<sup>o</sup> <span class="small1">CXXXVIII</span>.</p>
-
-<div class="poetry"><div class="stanza">
-<p class="i3">IN BUSSIADEN.</p>
-</div>
-<div class="stanza">
-<p>Francorum proceres, media (quis credat?) in aula</p>
-<p class="i1"> Bussiades scripto læserat horribili.</p>
-<p>P&oelig;na levis: Lodoix, nebulonem carcere claudens,</p>
-<p class="i1"> Detrahit indigno munus equestre duci.</p>
-<p>Sic nebulo gladiis quos formidabat Iberis,</p>
-<p class="i1"> Quos meruit Francis fustibus eripitur.</p>
-</div></div>
-
-<p>Ménage cite aussi un couplet de Bussy contre Turenne qui peut
-nous donner une idée de ceux qui furent chantés à Roissy:</p>
-
-<div class="poetry"><div class="stanza">
-<p>Son altesse de Turenne,</p>
-<p>Soi-disant prince très-haut,</p>
-<p>Ressent l'amoureuse peine</p>
-<p>Pour l'infante Guénégaud;</p>
-<p><span class="pagenum"><a id="Page_451"> 451</a></span></p>
-<p>Et cette grosse Clymène</p>
-<p>Partage avec lui sa peine.</p>
-</div>
-<div class="stanza">
-<p class="i9"><i>Ménagiana</i>, t. IV, p. 216.</p>
-</div></div>
-
-<p>Dans le paragraphe précédent (p. 215) Ménage dit: «C'est un bel
-et bon esprit que M. Bussy de Rabutin; je ne puis m'empêcher de lui
-rendre cette justice, quoiqu'il ait tâché de me donner un vilain tour
-dans son <i>Histoire des Gaules</i>.» Certes Ménage ne se fût point exprimé
-ainsi s'il avait cru Bussy capable d'écrire contre le roi les couplets
-publiés sous son nom.</p>
-
-<p class="pnote">Page <a href="#Page_9">9</a>, ligne 22: Les blessures qu'elle lui fait sont incurables.</p>
-
-<p>C'est certainement faute d'avoir lu, comme nous avons été obligé de
-le faire, tous les écrits de Bussy imprimés et un grand nombre de ceux
-qui sont restés manuscrits que des auteurs d'ailleurs studieux ont pu,
-sans faire attention à ses dénégations, croire Bussy l'auteur de tous les
-couplets du cantique. Si l'on venait m'apporter une histoire sans style,
-sans esprit, sans goût, sans jugement, sans critique, imprimée à
-Bruxelles et portant le nom de l'auteur de l'<i>Histoire de France sous
-le ministère du cardinal Mazarin</i>, je prononcerais aussitôt que c'est
-une piraterie de nos voisins, et que cette histoire n'est pas de l'élégant
-et spirituel écrivain auquel on l'attribue. Comment donc, lors même
-qu'il n'y aurait pas bien d'autres raisons, ne pas croire Bussy lorsqu'il
-n'a pas, lui si indiscret, écrit une seule ligne qui puisse le démentir;
-quand il déclare devant un juge, devant un lieutenant criminel,
-après avoir levé la main et prêté serment, qu'il n'est point auteur
-des couplets qu'on lui attribue; lorsqu'il offre sa tête à l'échafaud si
-on peut administrer la moindre preuve contraire à cette assertion?
-(<i>Mémoires</i>, 1721, t. III, p. 304.) Sa vanité, son libertinage, son orgueil
-si déplaisant doivent-ils empêcher, à son égard, la critique d'être juste?
-Je m'étonne surtout que, pour la seule raison que Bussy, dans une de
-ses lettres à sa cousine, parlait de ce cantique impie autrefois chanté
-dans le repas de Roissy, on n'ait pas compris que ce noël, ou alléluia,
-ne pouvait être composé de tous les immondes couplets qui
-sont insérés dans l'<i>Histoire amoureuse de France</i>, très-connue et
-très-souvent réimprimée, lorsque Bussy écrivit cette lettre. Il est
-probable que le cantique chanté à Roissy était encore plus impie que
-libertin. Il y en a un de ce genre dans le recueil de vaudevilles mss.,
-<span class="pagenum"><a id="Page_452"> 452</a></span>
-où la sainte Vierge est chansonnée avec les beautés galantes de l'époque,
-mais avec esprit et sans aucun terme obscène. Je reconnaîtrais
-plus volontiers dans cette pièce le cantique chanté à Roissy que dans
-celui qu'on a inséré dans l'<i>Histoire amoureuse de France</i>: ce qui
-appuie cette opinion, c'est la manière dont Bussy parle du premier
-dans le passage de la lettre dont j'ai fait mention, et que je vais citer:</p>
-
-<p>«J'ai mille choses à vous dire et à vous montrer; je vous dirai que
-je viens de faire une version du cantique de Pâques, <i>O filii et filiæ</i>;
-car je ne suis pas toujours profane. Vivonne, le comte de Guiche, Manicamp
-et moi fîmes autrefois des <i>alléluia</i> à Roissy, qui ne furent
-pas aussi approuvés que le seraient ceux-ci et qui nous firent chasser
-tous quatre. Je dois cette réparation, pour mes amis et pour moi,
-à Dieu et au monde.» <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (17 avril 1692), t. X, p. 436,
-édit. G.; t. IX, p. 498, édit M.</p>
-
-<p class="echap">CHAPITRE II.</p>
-
-<p class="pnote">Page <a href="#Page_41">41</a>, note 3: <i>Ballet royal des Muses</i>.</p>
-
-<p>Dans la troisième entrée du <i>Ballet des Muses</i>, avant de commencer
-la pièce de <i>Mélicerte</i>, composée par Molière pour ce ballet, un
-des personnages du ballet récita ces vers, que Benserade avait composés
-pour le grand comique:</p>
-
-<div class="poetry"><div class="stanza">
-<p>Le célèbre <span class="small1">Molière</span> est dans un grand éclat;</p>
-<p>Son mérite est connu de Paris jusqu'à Rome.</p>
-<p>Il est avantageux partout d'être honnête homme;</p>
-<p>Mais il est dangereux, avec lui, d'être un fat.</p>
-</div>
-<div class="stanza">
-<p class="i9"><span class="small1">Benserade</span>, <i>&OElig;uvres</i>, t. II, p. 359.</p>
-</div></div>
-
-<p>Ces vers seraient plats et insignifiants si on donnait aux mots
-<i>honnête homme</i> le sens qu'on leur donne aujourd'hui. Mais alors cette
-expression était le plus souvent employée dans le sens d'homme élégant,
-d'homme aimable et aimant le plaisir, à manières distinguées et
-qui cherchait à plaire aux femmes et à les séduire. L'exagération de
-ce caractère produisait la fatuité; le fat était à l'honnête homme ce
-que les précieuses ridicules étaient aux véritables précieuses. La comédie
-s'attaquait aux défauts, mais elle épargnait les vices.</p>
-
-<p class="pnote">Page <a href="#Page_43">43</a>, ligne 12: Il créa, en 1665, la compagnie des Indes.</p>
-
-<p>Colbert fut nommé président; le prévôt des marchands, le président
-<span class="pagenum"><a id="Page_453"> 453</a></span>
-de Thou et Berner, un des premiers commis de Colbert, directeurs.
-Les commerçants, véritables directeurs de cette compagnie,
-furent Pocquelin (était-il de la famille de Molière?), Langlois de Faye,
-de Varennes, Cadeau, Hérin, Bachelier, Jaback et Chanlate.&mdash;Forbonnais
-ne dit rien de cette création, qui est rappelée cependant par
-le président Hénault.</p>
-
-<p class="pnote">Page <a href="#Page_44">44</a>, ligne 23, note 1: <span class="small1">Bussy</span>, <i>Lettres</i>.</p>
-
-<p>Nous apprenons par la lettre du P. Rapin à Bussy, en date du
-24 juillet 1671 (t. III, p. 378), que le livre du P. Rapin qui fut envoyé
-par madame de Scudéry à Bussy, avec sa lettre du 5 juillet 1671,
-était les <i>Réflexions sur l'éloquence</i>. M. Daunou, dans son article
-<span class="small1">Rapin</span> (<i>Biographie universelle</i>, t. XXXVII, p. 94), dit que ces Réflexions
-sur l'éloquence sont de 1672 (in-12). Peut-être le livre n'était-il
-pas encore rendu public.&mdash;Rapin dit dans cette même lettre à Bussy:
-«Je dois faire imprimer un recueil de trois comparaisons des six
-premiers savants de l'antiquité, de Platon et d'Aristote, de Démosthène
-et de Cicéron, d'Homère et de Virgile, pour faire, dans un
-même volume, une philosophie, une rhétorique et une poétique historique;
-et, dans l'idée du livre qui me paraît le plus faible des trois,
-un rayon de votre esprit que vous laisserez écouler sur ce livre le
-recommandera et le corrigera (p. 379).» Ce projet a-t-il reçu son
-exécution? Je le crois; et je présume que c'est le recueil qui parut
-en 1684, en 2 vol. in-4<sup>o</sup>; et Amsterdam, 2 vol. in-12.</p>
-
-<p class="echap">CHAPITRE III.</p>
-
-<p class="pnote">Page <a href="#Page_53">53</a>, ligne 16: Ils ont eu tort de supprimer de ces lettres les passages
-qui concernaient les envois de pièces de vers.</p>
-
-<p>Ainsi la lettre de Bussy à sa cousine, du 1<sup>er</sup> mai 1672, se termine
-par ces mots, qui ne se trouvent dans aucune édition des lettres de
-Sévigné:</p>
-
-<p>«Je me suis amusé à traduire les épîtres d'Ovide; je vous envoie
-celle de Pâris à Hélène. Qu'en dites-vous?»</p>
-
-<p>Madame de Sévigné n'en dit rien dans sa réponse (lettre du 16 mai
-1672, t. III, p. 18-23, édit. de G. de S.-G.&mdash;<span class="small1">Bussy</span>, <i>Lettres</i>, p. 94 à
-98. A la page 94 il faut lire, de madame S..., au lieu de madame B...,
-qui est une faute d'impression); elle dit seulement: «Je vous laisse
-<span class="pagenum"><a id="Page_454"> 454</a></span>
-à votre ami;» elle ne veut pas flatter ni courroucer ce poëte vaniteux,
-et elle charge Corbinelli, qui écrit dans sa lettre, de mentir
-pour elle. La louange que Corbinelli donne à Bussy paraîtrait aujourd'hui
-une dérision, et cependant je crois qu'elle était sincère.&mdash;Les
-deux pièces de vers de Bussy, quoique annoncées comme des traductions
-d'Ovide, ne sont ni des traductions ni même des imitations; ce
-sont des paraphrases de deux héroïdes d'Ovide, où les pensées de
-cet ancien sont travesties en ce style facile, cavalier et presque burlesque
-si fort à la mode alors, et qui semblait caractériser ce qu'on appelait
-la <i>poésie galante</i>. Considérées sous ce point de vue, ces deux
-pièces de vers de Bussy, qui sont fort longues, ne paraissent pas aussi
-mauvaises qu'elles le sont en effet. On n'y trouve aucune trace de
-l'antiquité: images, tournures, comparaisons, tout est à la française;
-et sans doute l'auteur se félicitait de cela comme d'un grand mérite.</p>
-
-<p>Pâris, dans sa lettre à Hélène, lui dit, dans Ovide:</p>
-
-<div class="poetry"><div class="stanza">
-<p>Interea, credo, versis ad prospera fatis,</p>
-<p class="i1"> Regius agnoscor per rata signa puer.</p>
-<p>Læta domus, nato post tempora longa recepto;</p>
-<p> Addit et ad festos hunc quoque Troja diem.</p>
-<p>Utque ego te cupio, sic me cupiere puellæ.</p>
-</div></div>
-
-<p>Voici comme Bussy traduit ces vers:</p>
-
-<div class="poetry"><div class="stanza">
-<p class="i2"> Cependant le Destin, peut-être</p>
-<p class="i2"> Las de me faire tant de mal,</p>
-<p class="i2"> Me fait à la fin reconnaître</p>
-<p class="i4"> Enfant royal.</p>
-<p class="i2"> Pour dire la métamorphose</p>
-<p>De tristesse en plaisir que cause mon retour</p>
-<p class="i2"> A la ville comme à la cour,</p>
-<p class="i2"> Il faudrait plus d'un jour,</p>
-<p class="i2"> A ne faire autre chose.</p>
-<p class="i2"> J'avais tout le monde charmé;</p>
-<p class="i2"> Et comme à présent je vous aime,</p>
-<p class="i2"> En ce temps-là j'étais aimé</p>
-<p class="i2"> Des princesses, des nymphes même.</p>
-</div></div>
-
-<p>Voilà ce que Corbinelli appelle embellir Ovide!</p>
-
-<p class="pnote">Page <a href="#Page_55">55</a>, ligne 3: Madame de Montmorency, etc.</p>
-
-<p>L'auteur de la notice sur madame de Montmorency insérée dans
-<span class="pagenum"><a id="Page_455"> 455</a></span>
-l'édition des <i>Lettres</i> citée en note, p. <span class="small1">XXVI</span>, présume que cette dame
-était la mère du maréchal de Luxembourg. Cela n'est pas. La mère du
-maréchal de Luxembourg était Élisabeth, fille de Jean de Vienne,
-président de la chambre des comptes. Elle avait épousé Bouteville,
-cet ami du baron de Chantal, père de madame de Sévigné, qui, ainsi
-que nous l'avons dit (t. I, p. 5), eut la tête tranchée pour cause de
-duel. Sa veuve, après soixante-neuf ans de viduité, mourut en 1696,
-à l'âge de quatre-vingt-neuf ans. (Voyez <span class="small1">Saint-Simon</span>, <i>Mémoires</i>, t. I,
-p. 143 à 149.) Je crois qu'Isabelle de Palaiseau, qui correspondait avec
-Bussy et qui est un peu compromise par cette correspondance et par
-l'inscription de son portrait, était la femme de Montmorency-Laval.</p>
-
-<p class="pnote">Page <a href="#Page_58">58</a>, ligne 17: Madame de Scudéry..... on la confond avec la
-s&oelig;ur de Scudéry.</p>
-
-<p>Il est dit, dans le <i>Carpenteriana</i>, p. 383, que le continuateur de
-Moréri, en anglais, depuis 1688 jusqu'en 1705, a commis cette faute.
-M. R&oelig;derer avait aussi fait cette confusion dans son <i>Essai sur la société
-polie</i>. Nous l'en avertîmes lorsqu'il nous lut, avant l'impression,
-cet écrit spirituel, mais peu exact. Il a effacé ce qu'il avait dit des
-prétendues lettres «de mademoiselle de Scudéry, la s&oelig;ur de Scudéry,
-à Bussy-Rabutin.» Cependant il a encore laissé des traces de cette
-méprise, comme lorsqu'il dit, p. 169, chap. <span class="small1">XIV</span>, que le bon duc de
-Saint-Aignan se montrait très-assidu aux cercles de mademoiselle de
-Scudéry.&mdash;Charpentier dit: «Scudéry s'est marié avec une demoiselle
-de basse Normandie, nommée mademoiselle Martinvas, qui
-n'écrit pas moins bien que mademoiselle Scudéry.»</p>
-
-<p class="echap">CHAPITRE V.</p>
-
-<p class="pnote">Page <a href="#Page_89">89</a>, lignes 13 et 17: «Elle eut lieu dans le château et les jardins
-de Versailles, qui, quoique non encore achevés, surpassaient déjà
-en magnificence toutes les demeures royales.»</p>
-
-<p>J'ai, dans les notes de la deuxième partie (p. 506), fait observer
-de quelle manière les auteurs les plus sérieux et les plus renommés,
-qui subissaient l'influence des idées et des mouvements révolutionnaires
-de 1789, écrivaient l'histoire.</p>
-
-<p>Mirabeau évaluait à douze cents millions les dépenses de Louis XIV
-pour Versailles; Volney, à quatre milliards, (Leçons d'histoire prononcées
-en l'an <span class="small1">III</span>, 1799, in-8<sup>o</sup>, p. 141.)</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a id="Page_456"> 456</a></span>
-Les vérifications des états originaux de toutes les dépenses de constructions,
-d'embellissement, d'entretien, depuis 1661 jusqu'en 1689,
-pendant près de vingt ans qu'elles ont duré, ont constaté que la totalité
-de ces dépenses a été, au cours du temps, de 116,257,330{<sup>lt</sup>} 2<sup>s</sup> 7<sup>d</sup>,
-correspondant à 280,643,326 fr. 32 c. (Voyez <span class="small1">Eckard</span>, <i>Dépenses effectives
-de Louis XIV en bâtiments</i>; 1838, in-8<sup>o</sup>, p. 44.&mdash;Id.,
-<i>États au vrai de toutes les sommes employées par Louis XIV</i>,
-p. 38.) Il faut ajouter à la somme ci-dessus 3,260,341{<sup>lt</sup>} 19<sup>s</sup>, pour les
-dépenses de la chapelle, depuis 1690 jusqu'en 1719. (Conférez encore
-<span class="small1">Eckard</span>, <i>Recherches historiques et biographiques sur Versailles</i>,
-p. 142 à 152.)&mdash;<i>Id.</i>, <span class="small1">A. Jules Taschereau</span>, <i>au sujet des dépenses de
-Louis XIV</i>, 1836, in-8<sup>o</sup>.&mdash;<span class="small1">Guillaumot</span>, <i>Observations sur le tort
-que font à l'architecture les déclamations hasardées et exagérées
-contre la dépense qu'occasionne la construction des monuments
-publics</i>; Paris, an <span class="small1">IX</span> (1801). Guillaumot n'estimait cette dépense,
-d'après les états, qu'à 83 millions, cours d'alors; 165 millions, cours
-actuel.&mdash;Volney exagérait de même la dépense des monuments construits
-de son temps; ainsi il avançait que le Panthéon avait coûté
-30 millions, et il avait coûté au plus 12 millions.&mdash;(Voyez <span class="small1">Peignot</span>,
-<i>Dépenses de Louis XIV</i>; 1827, in-8<sup>o</sup>, p. 167 et 173.)</p>
-
-<p>Au reste, il paraît que, pour pouvoir apprécier au juste la dépense
-réelle de Versailles dans toute la durée du règne de Louis XIV en
-valeurs du jour, il faudrait consulter les archives de la Liste civile,
-où l'on peut puiser les matériaux nécessaires pour obtenir le
-chiffre total de toutes ces dépenses, et le combiner avec le prix
-moyen des journées de travail, celui des denrées, les salaires des artistes,
-etc. M. Eckard se plaint, dans un de ses écrits, qu'on lui ait
-refusé la faculté de compulser, dans les archives de l'administration
-de la Liste civile, les pièces relatives aux dépenses de Versailles sous
-Louis XIV. Je suis informé que des calculs ont été faits dans cette
-administration pour évaluer le montant de ces dépenses. Mon opinion
-est que, quels que soient les efforts que l'on fasse pour accroître
-le chiffre de ces dépenses, si l'on opère avec sincérité, il n'excédera
-pas, et probablement n'atteindra pas, 400 millions de notre monnaie
-actuelle, dans toute la durée du règne de Louis XIV.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a id="Page_457"> 457</a></span></p>
-<p class="echap">CHAPITRE VI</p>
-
-<p class="pnote">Page <a href="#Page_108">108</a>, ligne 1 et 2: Je la mettrais volontiers dans mon Dictionnaire.</p>
-
-<p>Bayle ajoute à cet endroit de sa lettre: «Elle sera sans doute
-dans le Moréri de Paris, et madame Deshoulières aussi;» et Prosper
-Marchand, éditeur des &oelig;uvres de Bayle, a mis en note (p. 653,
-note 16): «Elles ne sont ni l'une ni l'autre dans le Moréri de Hollande
-ni dans la dernière édition du <i>Dictionnaire</i> de Bayle, 1702.»</p>
-
-<p>Les premiers renseignements sur madame de Sévigné furent donnés
-par M. de Bussy (qui n'est pas le comte de Bussy de Rabutin), dans
-la préface du recueil des <i>Lettres</i> de madame de Sévigné à sa fille, publié
-en 1726, sans nom de lieu, 2 vol. in-12; et dans l'édition de la
-Haye, chez P. Gosse et Jean Néaulme, 2 vol. in-12, donnée en 1726,
-simultanément avec l'autre, et dont l'éditeur, d'après une note de mon
-exemplaire, était un nommé Gendebien. Le chevalier Perrin donna
-enfin une notice plus détaillée dans l'édition de 1734, notice qui fut considérablement
-augmentée dans l'édition de 1754. C'est avec ces matériaux
-que Chauffepié, dans son <i>Nouveau Dictionnaire historique et
-critique, pour servir de supplément ou de continuation</i>, in-folio,
-1756, à celui de Bayle, réalisa le v&oelig;u que Bayle avait formé, et composa
-un article <span class="small1">Sévigné</span>, qu'il inséra dans son <i>Dictionnaire</i>, t. IV,
-p. 245-258. Cet article est à la manière de Bayle, c'est-à-dire que le
-texte est accompagné de très-longues notes qui l'éclaircissent, le développent
-ou le complètent; de sorte que ce texte n'est autre chose
-que des sommaires de chapitres qui se composent des notes qui leur
-correspondent. Cette manière est fatigante pour les lecteurs,
-surtout pour les lecteurs paresseux; mais il faut convenir qu'elle
-est très-favorable à l'instruction; et, s'il faut dire toute notre pensée,
-malgré les notices, les volumes même que l'on a composés sur
-madame de Sévigné depuis Chauffepié, son article <span class="small1">Sévigné</span>, si peu
-vanté, si peu lu peut-être, était encore ce qu'on avait écrit de plus
-propre à la faire bien connaître; et cela parce que cet honnête compilateur
-a compris que, pour faire un bon article sur madame de Sévigné
-selon le plan de Bayle, il fallait joindre de longs et judicieux extraits
-de ses lettres aux faits que l'on pourrait puiser ailleurs que dans sa
-correspondance.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a id="Page_458"> 458</a></span></p>
-<p class="echap">CHAPITRE VIII.</p>
-
-<p class="pnote">Page <a href="#Page_126">126</a>, lignes 26 et 28: Lorsque madame de Sévigné recevait
-quittance de deux cent mille livres tournois, etc.</p>
-
-<p>Le propos de mauvais ton et de mauvais goût qu'on prête à madame
-de Sévigné au sujet de cette somme payée à compte sur la dot
-de sa fille est un conte absurde, qui n'est appuyé sur aucun témoignage
-valable et qui, inséré longtemps après sa mort dans un mauvais
-recueil d'<i>ana</i>, a été répété par tous ceux qui, en écrivant sur la
-vie de personnages célèbres, se croient obligés de n'omettre aucune
-des sottises qui ont été débitées sur leur compte. M. de Saint-Surin,
-qui a rapporté cette anecdote dans sa notice (t. I, p. 86 de l'édit. des
-<i>Lettres de</i> <span class="small1">Sévigné</span>, par Monmerqué), ne cite pas d'autre autorité
-que l'<i>Histoire littéraire des dames françaises</i>.</p>
-
-<p class="pnote">Page <a href="#Page_133">133</a>, ligne 1: Du duc de Retz, grand-oncle.</p>
-
-<p>La procuration dressée à Machecoul, transcrite dans l'acte, par le
-<i>duché de Rais et duc de Rais</i>. Dans l'acte dressé à Paris, il est toujours
-écrit <i>Retz</i>.</p>
-
-<p class="pnote">Page <a href="#Page_135">135</a>, ligne 4: Marie d'Hautefort, veuve de François
-de Schomberg.</p>
-
-<p>Dans sa note sur la lettre de madame de Sévigné, du 5 janvier 1674,
-un commentateur a dit (édit. de G. de S.-G., t. III, p. 294) que madame
-de Schomberg était la mère du maréchal, alors vivant: il y a
-deux erreurs dans ce peu de mots. Madame de Schomberg, dont
-parle madame de Sévigné, était la femme et non la mère du maréchal;
-et le maréchal avait alors cessé de vivre depuis plusieurs années.</p>
-
-<p class="pnote">Page <a href="#Page_135">135</a>, ligne 16: Olivier Lefèvre d'Ormesson, seigneur d'Amboille.</p>
-
-<p>Ce nom d'Amboille ou Amboile a occasionné de fortes méprises de la
-part de nos rédacteurs de dictionnaires géographiques de la France, et
-sur nos cartes. Amboille est un hameau près de Paris, entre Chenevière
-et Noiseau, par delà le parc ou bois de Saint-Maur. Amboille, vers le
-milieu du <span class="small1">XVIII</span><sup>e</sup> siècle, en 1745, ne contenait que trente-huit feux, et
-formait cependant une paroisse distincte de celle de Noiseau, qui, sur
-le coteau opposé, n'en est séparée que par un ruisseau. Il est souvent
-<span class="pagenum"><a id="Page_459"> 459</a></span>
-fait mention d'Amboile sous le nom d'<i>Amboella</i>, dans les titres du
-<span class="small1">XII</span><sup>e</sup> siècle; mais l'héritier d'Olivier Lefèvre d'Ormesson ayant réuni
-à la terre d'Amboile celle de Noiseau et de la Queue, on laissa le nom
-d'Amboile au lieu où se trouvait le château d'Ormesson, et l'on attribua
-le nom d'Ormesson à Noiseau. (Voyez la carte des environs de
-Paris, de dom Coutance, n<sup>o</sup> 11.) C'était une erreur: la carte de France
-dressée récemment par l'administration de la guerre (n<sup>o</sup> 48, Paris) a
-fait disparaître le nom d'Amboile et inscrit en place Ormesson, et n'a
-rien ajouté au nom de Noiseau. Amboile se trouve encore sur la carte
-de Cassini (n<sup>o</sup> 1, Paris), ainsi que Noiseau, tous deux sans le nom d'Ormesson;
-mais, dans le <i>Dictionnaire universel de la France</i>, de
-Prudhomme, il n'en est pas même fait mention. Sous le nom d'<i>Ormesson</i>,
-le compilateur a confondu l'Ormesson de la paroisse d'Amboile
-avec le lieu du même nom qui se trouve près de Nemours.&mdash;Valois
-a aussi omis Amboile, <i>Amboella</i>, dans sa notice du diocèse
-de Paris. Hurtaut, dans son <i>Dictionnaire historique de la ville de
-Paris</i>, t. I, p. 244, dit que c'est un village situé près de Villeneuve-Saint-George,
-et il en est éloigné de près de douze kilomètres.
-Ainsi le nom de ce lieu, important pour l'intelligence des écrits du
-<span class="small1">XII</span><sup>e</sup> et du <span class="small1">XIII</span><sup>e</sup> siècle, deviendrait, si on n'y mettait ordre, un <i>desiderata</i>
-en géographie. Cependant la famille d'Ormesson est encore,
-au moment où j'écris, propriétaire de la seigneurie d'Amboile, et y
-réside. Il y a une église à Amboile ou Ormesson, mais elle est moderne.
-Le château est curieux; il fut, dit-on, construit par Henri IV
-pour une demoiselle de Centeny ou Santeny, dont il était amoureux;
-son portrait y est encore comme en 1758, au temps de l'abbé le
-Boef, qui rapporte cette tradition, souvent reproduite depuis, sans
-qu'on ait encore découvert rien qui la justifie. (Conférez <span class="small1">le Boef</span>,
-<i>Histoire du diocèse de Paris</i>, t. XIV, p. 38 à 385.)</p>
-
-<p class="pnote">Page <a href="#Page_136">136</a>, ligne 4: Épouse du marquis de la Fayette; et en note, ligne
-26: Delort, <i>Voyage aux environs de Paris</i>, t. I, p. 217 à 224.</p>
-
-<p>La huitième des <i>Lettres</i> de madame de la Fayette, publiée par Delort,
-indiquée par cette citation, était depuis longtemps publiée lorsque
-M. Sainte-Beuve l'a redonnée, d'après le manuscrit, comme
-inédite, dans la <i>Revue des Deux Mondes</i> (t. VII, p. 325, 4<sup>e</sup> série,
-5<sup>e</sup> livraison, 1<sup>er</sup> septembre 1836).</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a id="Page_460"> 460</a></span></p>
-<p class="pnote">Page <a href="#Page_136">136</a>, ligne 15: Jean-Baptiste Adhémar de Monteil de Grignan,
-coadjuteur de son oncle l'archevêque d'Arles.</p>
-
-<p>Je présume que c'est à celui-ci qu'est dédié un petit ouvrage de
-Pontier, prêtre et docteur en théologie, intitulé <i>le Fare de la vérité</i>;
-à Paris chez Michel Vavyon, 1660, in-12.&mdash;La dédicace commence
-ainsi: <i>A monsieur de Grignan, abbé de Notre-Dame d'Aiguebelle</i>;
-et à côté sont gravées, sur une feuille à part, les armes de la maison
-de Grignan, presque en tout semblables à celles que M. Monmerqué
-a fait graver dans son édition de Sévigné.</p>
-
-<p>Pontès dit, dans cette dédicace:</p>
-
-<p class="titel">«Monsieur,</p>
-
-<p class="blockquote">«Vous tirez la naissance d'une maison dont l'ancienne grandeur
-est connue de toute la terre... Elle reluit encore aujourd'hui d'une
-manière extraordinaire en la personne de ses deux princes de l'Église,
-d'Arles et d'Uzez.»</p>
-
-<p>Jean-Baptiste de Grignan, en 1660, étudiait probablement en théologie
-et recevait peut-être des leçons de Pontès.</p>
-
-<p>Dans toutes les éditions des <i>Lettres</i> de madame de Sévigné (même
-celle de 1754, t. III, p. 35) on a imprimé, dans la lettre du 31 mai
-1675: «L'abbé de Grignan reprendra le nom qu'il avait quitté depuis
-vingt-quatre heures, pour se cacher sous celui d'<i>abbé d'Aiguebère</i>.»
-Il faut lire l'<i>abbé d'Aiguebelle</i>. L'édition de 1754 est la première où
-cette lettre ait été donnée et où se trouve la faute: les éditeurs suivants
-s'y sont conformés.</p>
-
-<p class="pnote">Page <a href="#Page_140">140</a>, lignes 6 et 7: Avait perdu sa première femme, Angélique-Clarice
-d'Angennes, en janvier 1665.</p>
-
-<p>Voilà pourquoi, dans une édition du troisième acte de la traduction
-du <i>Berger fidèle</i> de Guarini (<i>Gabriel Quinet</i>, 1665, in-12),
-l'auteur, dans la dédicace au comte de Grignan, le félicite de s'être
-allié «à une maison qui a toujours été l'asile des Muses, de l'honneur
-et de la vertu,» ce qui désigne les d'Angennes de Rambouillet,
-et non les Sévigné, comme l'a cru le savant auteur du catalogue de la
-bibliothèque dramatique de M. de Soleinne, p. 60. Voyez la seconde
-partie de ces <i>Mémoires</i>, p. 381, note du chapitre <span class="small1">IV</span> de la première
-partie.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a id="Page_461"> 461</a></span></p>
-<p class="pnote">Page <a href="#Page_140">140</a>, lignes 10 et 11: La seconde femme qu'il avait épousée
-était d'une noblesse encore plus ancienne, quoique moins illustre
-que les d'Angennes.</p>
-
-<p>La famille du Puy du Fou prétendait descendre de Renaud, seigneur
-du Puy du Fou, qui épousa Adèle de Thouars, fille d'Émery,
-vicomte de Thouars, en 1197, sous Philippe-Auguste.&mdash;Voyez le
-<i>tableau</i> cité.</p>
-
-<p class="pnote">Page <a href="#Page_140">140</a>, ligne 26: A cette époque, le gouvernement militaire
-du Languedoc.</p>
-
-<p>Le gouvernement civil et financier de cette province était, comme
-celui de toutes les autres provinces, confié à un ou deux intendants.
-De 1665 à 1669, il y en eut deux, M. de Besons et M. de Tub&oelig;uf;
-de 1669 à 1673, M. de Besons fut le seul intendant; de 1674 à 1687,
-ce fut M. d'Aguesseau; de 1687 à 1719, M. de Basville. Conférez
-l'<i>Essai historique sur les états généraux de la province de Languedoc</i>,
-par le baron Trouvé; 1818, in-4<sup>o</sup>, chap. <span class="small1">XIX</span>, <span class="small1">XX</span> et <span class="small1">XXI</span>,
-p. 161, 191, 200, 211.</p>
-
-<p class="pnote">Page <a href="#Page_141">141</a>, ligne 17: Que vous connaissez il y a longtemps.</p>
-
-<p>Sur ces mots, M. Monmerqué, t. I, p. 154, de son édition des <i>Lettres</i>
-de Sévigné, a mis cette note: «Mademoiselle de Sévigné avait
-vingt et un ans, le comte de Grignan trente-neuf.» Je crois qu'il y a
-erreur dans ce dernier chiffre soit de la part de l'imprimeur, soit de
-celle de l'auteur.&mdash;Saint-Simon, dans ses <i>Mémoires</i> (chap. <span class="small1">V</span>, t. XII,
-p. 59), dit, sous l'année 1715: «Le comte de Grignan, seul lieutenant
-général en Provence et chevalier de l'Ordre, gendre de madame de
-Sévigné, qui en parle tant dans ses <i>Lettres</i>, mourut à quatre-vingt-trois
-ans, dans une hôtellerie, allant de Lambesc à Marseille.» Donc
-le comte de Grignan était né en 1632, et au commencement de l'année
-1669 il ne pouvait avoir que trente-sept ans accomplis ou trente-six
-ans et quelques mois; ce qui fait soupçonner que, dans la note de
-M. Monmerqué, le 9 est un 6 retourné. Madame de Grignan avait,
-lors de son mariage, vingt-trois ans et non vingt-deux ans; il n'y
-avait donc que douze ans de différence entre elle et son mari.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a id="Page_462"> 462</a></span></p>
-<p class="echap">CHAPITRE IX.</p>
-
-<p class="pnote">Page <a href="#Page_149">149</a>, ligne 18: A Bouchet, le savant généalogiste.</p>
-
-<p>Jean Bouchet, dont parle madame de Sévigné, a été un des plus savants
-généalogistes. Il fut chevalier de l'Ordre du roi, maître d'hôtel
-ordinaire, et mourut, en 1684, à l'âge de quatre-vingt cinq ans. On a
-de lui six à sept ouvrages in-folio, sur l'histoire et les généalogies,
-pleins de recherches et de pièces justificatives curieuses.</p>
-
-<p class="pnote">Page <a href="#Page_159">159</a>, ligne 18: Je ne sais pas ce que j'aurais fait d'un <i>jobelin</i>.</p>
-
-<p>Cette épithète de <i>jobelin</i>, appliquée à un jeune homme novice auprès
-des femmes, était alors souvent employée à cause du fameux
-sonnet de Job; elle prouve que, dès l'époque où écrivait madame
-de Sévigné, cette patience auprès des femmes, ce respect qu'on leur
-portait, qui avait fait le succès du sonnet de Job, était tourné en
-ridicule, et que les <i>uraniens</i> avaient triomphé des <i>jobelins</i>. Ce qui
-dut y contribuer, c'est la paraphrase un peu longue, mais spirituelle,
-du poëte Sarrazin, contre le sonnet de Benserade. On sait
-que ce célèbre sonnet se terminait ainsi:</p>
-
-<div class="poetry"><div class="stanza">
-<p>Il eut des peines incroyables;</p>
-<p>Il s'en plaignit, il en parla:</p>
-<p>J'en connais de plus misérables.</p>
-</div></div>
-
-<p>La paraphrase de Sarrazin finit ainsi:</p>
-
-<div class="poetry"><div class="stanza">
-<p>Mais, à propos, hier, au Parnasse,</p>
-<p>De sonnets Phébus se mêla;</p>
-<p>Et l'on dit que, de bonne grâce</p>
-<p>Il s'en plaignit, il en parla:</p>
-<p>J'aime les vers <i>uraniens</i>,</p>
-<p>Dit-il; mais je me donne au diable</p>
-<p>Si, pour les vers des <i>jobelins</i>,</p>
-<p>J'en connais de plus misérables.</p>
-</div></div>
-
-<p>(Conférez <span class="small1">Sallengre</span>, <i>Mémoires de littérature</i>, 1715, in-12, t. I,
-p. 127 à 134.)</p>
-
-<p>Le mot <i>jobelin</i> n'a jamais été admis dans le <i>Dictionnaire</i> de l'Académie
-française; du moins il ne se trouve ni dans la première ni dans
-<span class="pagenum"><a id="Page_463"> 463</a></span>
-la dernière édition; il ne se trouve pas non plus dans le dictionnaire
-de Trévoux. Cependant Richelet l'avait inséré dans le sien, publié
-en 1680, et l'avait ainsi défini: «<span class="small1">Jobelin</span>, s. m., manière de c***. C'est
-un <i>jobelin</i>.» Boiste, de nos jours, l'a aussi inséré dans son lexique,
-avec la signification que lui donne madame de Sévigné, un <i>niais</i>,
-un <i>sot</i>; il le donne comme synonyme d'homme patient comme Job,
-et il cite Rabelais. Alors l'emploi de ce mot serait, dans notre langue,
-plus ancien que le sonnet de Job; et cela est certain, car je trouve <i>jobelin</i>
-dans le <i>Dictionnaire anglais</i> de Randle Cotgrave (1632) avec
-la signification que lui donne madame de Sévigné: <span class="small1">Jobelin</span> <i>a sot</i>, <i>gull</i>,
-<i>doult</i>, <i>asse</i>, <i>cokes</i>. Ainsi l'Académie a eu tort de ne pas admettre
-ce mot, qui n'a jamais cessé d'être en usage dans le langage familier.</p>
-
-<p class="echap">CHAPITRE X.</p>
-
-<p class="pnote">Page <a href="#Page_166">166</a>, lignes 1 et 2: De la Rivière, son second mari, dont
-elle ne porta jamais le nom.</p>
-
-<p>Elle prit celui de comtesse d'Aletz, et c'est de ce nom qu'elle a
-signé la fastueuse épitaphe qu'elle composa pour son père et qu'elle
-fit graver sur sa tombe dans l'église de Notre-Dame d'Autun. Cette
-épitaphe fait tous les frais de la notice que d'Olivet a insérée, sur
-Bussy, dans l'<i>Histoire de l'Académie française</i>, t. II, p. 251, édition
-in-4<sup>o</sup>.</p>
-
-<p>Louise-Françoise de Bussy, marquise de Coligny, veuve de Gilbert
-de Langheac, avait trente-huit ans lorsqu'elle épousa de la Rivière;
-elle s'était mariée à M. de Coligny, à Chaseu, le 5 novembre 1675;
-le marquis de Coligny mourut en 1676, à Condé, dans l'armée de
-M. de Schomberg. Madame de Coligny en eut un enfant et tout son
-bien. (Voyez <i>Lettres choisies de M.</i> <span class="small1">de la Rivière</span>, t. I, p. 25 et 26,
-et sur la Rivière, avant le mariage, <span class="small1">Bussy</span>, <i>Lettres</i>, t. III, p. 233
-et 234; et t. V, p. 165.)</p>
-
-<p class="echap">CHAPITRE XII.</p>
-
-<p class="pnote">Page <a href="#Page_199">199</a>, ligne 27, note 1: <span class="small1">Daru</span>, <i>Histoire de Venise</i>.</p>
-
-<p>M. Daru ne paraît point avoir connu les Mémoires du duc de
-Navailles; s'il les avait consultés, il n'aurait pas fait de cette partie
-de la guerre de Candie, à laquelle les Français prirent part, un récit
-<span class="pagenum"><a id="Page_464"> 464</a></span>
-si peu exact; il ne se serait pas contenté des seules assertions des
-auteurs vénitiens. Sans doute on ne saurait excuser l'historien qui,
-même dans un but patriotique, permet à sa plume d'altérer la vérité:
-c'est pour lui un devoir de n'épargner aucun soin pour la connaître,
-et d'avoir le courage de la dire même lorsqu'elle lui répugne; mais
-ce devoir est encore plus impérieux quand l'honneur national se
-trouve, comme dans cette circonstance, inculpé par des témoins
-suspects et intéressés à rejeter sur nos compatriotes leurs fautes et
-leurs malheurs.</p>
-
-<p class="pnote">Page <a href="#Page_203">203</a>, lignes 15 et 17: Il semble qu'on ne peut guère douter
-du fait, puisqu'il est attesté par une lettre de Boileau.</p>
-
-<p>Je ne parle pas du témoignage de Louis Racine, parce que dans
-les <i>Mémoires sur la vie de Jean Racine</i> (Lausanne, 1747, p. 80)
-il s'appuie sur la lettre de Boileau, ce qui prouve qu'il ne savait pas
-la chose par son père ni même par tradition de famille; et Louis
-Racine n'a publié ses <i>Mémoires</i> que soixante-dix-sept ans après la
-première représentation de <i>Britannicus</i>.</p>
-
-<p class="pnote">Page <a href="#Page_206">206</a>, note 3, ligne dernière: <span class="small1">Geoffroy</span>, <i>&OElig;uvres de Racine</i>,
-t. III, p. 11.</p>
-
-<p>Les doutes de l'éditeur ne sont pas fondés; Henriette mourut
-avant l'impression de la pièce de Racine.</p>
-
-<p class="pnote">Page <a href="#Page_207">207</a>, lignes 19 et 21: L'abbé de Villars, le spirituel auteur
-des <i>Lettres du comte de Gabalis sur les sylphes, les gnomes
-et les salamandres</i>.</p>
-
-<p>Pope a mis à profit ces lettres dans son poëme badin et médiocre,
-selon nous, de la <i>Boucle de cheveux enlevée</i> (The <i>rape of the
-lock</i>).</p>
-
-<p class="pnote">Page <a href="#Page_209">209</a>, ligne 23: <i>Pour envoyer l'effroi de l'un à l'autre pôle</i>.</p>
-
-<p>Dans l'édition de 1692, donnée par Thomas Corneille, il y a:</p>
-
-<p class="quote">Pour envoyer l'effroi sous l'un et l'autre pôle.</p>
-
-<p>Si l'autre variante est autorisée par quelque édition antérieure, il
-faut la préférer; sinon, il faut rétablir celle de l'édition de Thomas
-Corneille, qui est la bonne.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a id="Page_465"> 465</a></span></p>
-<p class="pnote">Page <a href="#Page_213">213</a>, ligne 1: Un gentilhomme nommé Mathonnet.</p>
-
-<p>Voici le passage de la lettre de Louvois: «Il est à propos que
-vous continuiez à garder soigneusement le sieur Mathonnet pour le
-faire parler, Sa Majesté sachant très-bien que, pendant qu'il a été à
-Paris, il allait souvent à Chaillot voir mademoiselle d'Argencourt;
-et il faut qu'il soit de cette cabale-là.»</p>
-
-<p class="pnote">Page <a href="#Page_218">218</a>, ligne 6: La Feuillade,..... laid de visage, ayant un teint
-bilieux et bourgeonné.</p>
-
-<p>La mère du duc de la Feuillade fut cette demoiselle de Roannès à
-laquelle Pascal inspira de tels sentiments de dévotion qu'elle ainsi
-que son frère le duc de Roannès ne voulaient pas se marier, et firent
-v&oelig;u de chasteté; ce qui mit dans une telle fureur le père de ces deux
-personnes que le concierge de l'hôtel de Roannès monta à l'appartement
-de Pascal, logé dans cet hôtel, pour le tuer. M. de la Feuillade,
-cadet de l'archevêque d'Embrun, épousa mademoiselle de
-Roannès, à laquelle son frère qui voulut rester célibataire, transmit
-tous ses biens et son titre. Elle eut de ce mariage trois enfants avant
-de mettre au monde le duc de la Feuillade, qui fut maréchal. Le
-premier de ces enfants mourut en naissant, le second fut un fils
-contrefait et le troisième une fille naine, qui mourut à dix-neuf ans.
-Conférez un morceau curieux sur la biographie de mademoiselle de
-Roannès, par M. Victor Cousin, <i>Bibliothèque de l'École des chartes</i>,
-t. V, p. 1 à 7.</p>
-
-<p class="pnote">Page <a href="#Page_221">221</a>, ligne 12: S'abandonnant sans scrupule à des plaisirs
-réprouvés.</p>
-
-<p>Nous avons déjà signalé les dangers de ces travestissements d'hommes
-en femmes, que la trop indulgente Anne d'Autriche permettait
-dans les ballets durant l'enfance et l'adolescence même du roi. L'exemple
-de l'abbé de Choisy, dans sa jeunesse, en fut une preuve bien
-étrange. Il a lui-même pris plaisir à écrire toutes les aventures
-amoureuses que ces travestissements lui ont procurées, et elles passent
-en libertinage licencieux les fictions du détestable roman de
-Louvet, auquel il a servi de modèle (Voyez l'<i>Histoire de la comtesse
-Desbarres</i>; Anvers, 1735, in-12, in-18, p. 138.&mdash;<i>Vie de l'abbé
-de Choisy</i>, 1742. in-8<sup>o</sup>, p. 22-26.&mdash;<span class="small1">Monmerqué</span>, <i>Notice sur l'abbé</i>
-<span class="pagenum"><a id="Page_466"> 466</a></span>
-<i>de Choisy et sur ses Mémoires</i>, t. LXIII de la collection des
-<i>Mém. sur l'hist. de Fr.</i>, p. 123 à 146.)</p>
-
-<p class="pnote">Page <a href="#Page_224">224</a>, ligne 19: Mais lui n'eut aucun doute.</p>
-
-<p>Sismondi est, de tous les historiens, celui qui a le mieux raconté
-cette mort; il hésite dans son opinion, et ne semble pas bien persuadé
-que le duc d'Orléans ne fut pas coupable; puis il incline ensuite pour
-le <i>cholera-morbus</i>. Les caractères de l'agonie de la princesse et de
-ses derniers moments, si bien décrits dans la relation de Feuillet,
-n'ont point le caractère de cette maladie; et le procès-verbal d'autopsie,
-quoique concluant qu'il n'y a pas eu d'empoisonnement,
-constate, suivant nous, le poison par la description de l'état des viscères.
-Ce procès-verbal a été publié par Bourdelot, et se trouve dans
-les <i>Pièces intéressantes</i>, de Poncet de la Grave, que j'ai citées. Les
-médecins anglais envoyèrent en Angleterre une relation toute contraire
-à celle des médecins français. Henriette elle-même, aussitôt
-qu'elle eut avalé le verre d'eau de chicorée et éprouvé des douleurs,
-déclara qu'elle était empoisonnée. Enfin, le rapport fait à Louis XIV
-par Vallot, son médecin, daté de Versailles le 1<sup>er</sup> juillet 1670,
-dont M. Gault de Saint-Germain a publié la conclusion, implique
-que l'opinion de ce médecin était pour l'empoisonnement. La lettre
-de Bossuet aura été fabriquée dans le temps, comme les avis des
-médecins, pour donner le change à l'opinion. Philibert de la Mare,
-qui demeurait en province, a pu croire à son authenticité, mais à la
-cour personne n'aurait pu s'y tromper; c'est probablement ce qui
-aura été cause qu'on n'a pas osé lui donner une grande publicité.</p>
-
-<p class="echap">CHAPITRE XIII.</p>
-
-<p class="pnote">Page <a href="#Page_227">227</a>, ligne 31, note 3: <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (23 janvier 1671).</p>
-
-<p>Cette lettre a été publiée pour la première fois par M. Monmerqué.
-Dans le recueil des <i>Lettres de</i> <span class="small1">Bussy</span>, comme dans celui des <i>Lettres
-de madame de</i> <span class="small1">Sévigné</span> <i>au comte de Bussy</i>, 1775, p. 21, n<sup>o</sup> 12, on en
-avait donné les premières lignes, où il n'est pas dit un mot de la
-princesse de Condé. Ce récit, fait par <span class="small1">Mademoiselle</span> (<i>Mémoires</i>,
-t. XIII, p. 297), s'accorde plus complétement avec celui de Guy-Patin
-qu'avec celui de madame de Sévigné; <span class="small1">Mademoiselle</span> dit: «Un
-joueur qui avait été son valet de pied, à qui elle avait accoutumé de
-<span class="pagenum"><a id="Page_467"> 467</a></span>
-faire quelques largesses, entra dans sa chambre pour lui demander de
-l'argent; sa demande fut accompagnée de manières qui firent croire
-qu'il avait envie d'en prendre ou de s'en faire donner. L'abbé Lainé,
-sur l'avis qu'on avait donné que le valet de pied s'était sauvé dans le
-Luxembourg, me vint demander la permission de le laisser prendre;
-il ne s'y trouva point, et il fut pris hors la ville.»</p>
-
-<p class="pnote">Page <a href="#Page_229">229</a>, lignes 5 et 6: Des gens que le prince avait chargés de
-garder.</p>
-
-<p><span class="small1">Mademoiselle</span> accuse le duc d'Enghien, qu'elle n'aimait pas,
-d'avoir conseillé à Condé ce traitement envers sa mère: «Il était
-bien aise, disait-on, d'avoir trouvé un prétexte de la mettre dans un
-lieu où elle ferait moins de dépense que dans le monde.» D'après ce
-que mande madame de Montmorency à Bussy, ceci paraît être calomnieux.
-Le duc d'Enghien était un caractère dur, il est vrai; mais les
-autres mémoires du temps ne permettent pas de croire qu'il fût à ce
-point méchant, ingrat, fils dénaturé. Lord Mahon, dans sa <i>Vie du
-grand Condé</i>, a pris fait et cause avec chaleur pour la princesse, et il
-transcrit à ce sujet l'extrait d'une correspondance secrète tirée de la
-secrétairerie d'État de la cour de Londres, qui prouve seulement que
-le correspondant avait été mal informé, ou plutôt qu'il donnait le
-récit de cette affaire comme on désirait que la cour de Londres en fût
-instruite et conformément au bruit que l'on fit courir dans Paris. Cependant
-l'extrait de cette correspondance est curieux, et nous apprend
-que la princesse fit tous ses efforts pour sauver Duval, dont
-Condé voulait la mort. Il est facile d'atténuer les torts de la princesse
-par ceux que son époux eut envers elle, mais il n'est pas possible
-d'en douter. Le silence des contemporains après son malheur, et leur
-insensible indifférence, en dit encore plus que leurs témoignages
-accusateurs. Conférez lord <span class="small1">Mahon's</span>, <i>Life of great Condé</i>, 1845,
-in-12, part. II, p. 269 à 275.&mdash;Voici le passage de Coligny, p. 26,
-sur la conduite de la princesse en 1650: «Le marquis de Cessac, dont
-j'ai dit un mot, s'attacha à madame la princesse, ou plutôt la princesse
-à lui; car il faut que ces dames-là fassent plus de la moitié du
-chemin si elles veulent avoir des galants, qu'autrement le respect
-ferait taire. Comme elle n'était pas pourvue d'un grand esprit, ce
-défaut et la passion lui firent faire tant de minauderies indiscrètes
-que tout le monde connut aisément ses affaires.»</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a id="Page_468"> 468</a></span>
-Ce témoignage est celui du plus virulent ennemi de Condé et de
-son plus grand détracteur.</p>
-
-<p class="pnote">Page <a href="#Page_234">234</a>, ligne 9, et page 235, ligne 7: La maréchale de la Ferté.</p>
-
-<p>Quand il est fait mention, dans les mémoires et les libelles du temps,
-de madame de la Ferté ou de la duchesse de la Ferté, il faut se garder
-de confondre la belle-mère et la belle-fille, toutes deux pouvant être
-désignées de la même manière. La maréchale était Madeleine d'Angennes
-de la Loupe; la belle-fille était Marie-Isabelle-Gabrielle-Angélique
-de la Mothe-Houdancourt, duchesse de la Ferté, fille de
-la maréchale de la Mothe-Houdancourt, ancienne gouvernante des
-enfants de France et s&oelig;ur cadette des duchesses d'Aumont et de
-Ventadour. La maréchale de la Ferté était la s&oelig;ur de Catherine-Henriette
-d'Angennes, comtesse d'Olonne, dont les m&oelig;urs furent encore
-plus déréglées que celles de la duchesse.</p>
-
-<p class="echap">CHAPITRE XIV.</p>
-
-<p class="pnote">Page <a href="#Page_246">246</a>, ligne 9: La faiblesse de la santé de la princesse de Condé.</p>
-
-<p>Guy-Patin dit que dans cette prévision la reine mère écrivit à
-Gaston pour mettre obstacle à ce mariage.</p>
-
-<p class="pnote">Page <a href="#Page_282">282</a>, ligne 3: Il finit par subir une rigoureuse détention.</p>
-
-<p>La chronologie des faits relatifs à la biographie de Lauzun n'est
-pas facile à déterminer. Saint-Simon place en 1669 l'affaire relative à
-l'espionnage de madame de Montespan par le moyen d'une femme de
-chambre séduite par Lauzun, et celle de la place de grand maître de
-l'artillerie sollicitée par lui, et le beau trait du roi jetant sa canne par
-la fenêtre dans la crainte de se laisser aller à en frapper un gentilhomme.
-Mais alors tout cela paraît antérieur au mariage, ce qui n'est
-pas probable. Saint-Simon a écrit plus de quarante ans après ces faits,
-et s'est évidemment trompé sur les dates. Je pense, avec M. Petitot
-(t. XL, p. 356), que ce fut la conduite insolente de Lauzun avec
-madame de Montespan qui détermina le roi à le faire arrêter.</p>
-
-<p class="pnote">Page <a href="#Page_283">283</a>, lignes 1 et 2: Il obtint par ses services de nouveaux grades
-et de nouveaux honneurs.</p>
-
-<p>Des lettres de duc furent données à Lauzun en 1692. Lauzun
-mourut en 1723 et survécut huit ans à Louis XIV.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a id="Page_469"> 469</a></span></p>
-
-<p class="echap">CHAPITRE XV.</p>
-
-<p class="pnote">Page <a href="#Page_296">296</a>, ligne 22: Mademoiselle Dugué-Bagnols.</p>
-
-<p>Le chevalier Perrin nous apprend, dans son édition des <i>Lettres
-de madame de Sévigné</i>, que mademoiselle Dugué-Bagnols fut mariée
-depuis à M. Dugué-Bagnols, son cousin.</p>
-
-<p class="pnote">Page <a href="#Page_297">297</a>, ligne 19: C'était la première femme de Claude de Saint-Simon;
-elle succomba le 2 décembre 1670.</p>
-
-<p>Diane-Henriette de Budos, duchesse de Saint-Simon, mourut, selon
-l'assertion de M. Monmerqué (<i>Lettres de Sévigné</i>, t. I, p. 208), à
-quarante ans; et comme Saint-Simon dit que son père l'épousa
-en 1644, il en résulterait qu'elle n'aurait eu que quatorze ans lorsqu'elle
-s'est mariée. Comme l'âge nubile était alors fixé par les lois
-à douze ans, cela n'est pas impossible, mais cela est peu probable.</p>
-
-<p>C'est en 1743 que Saint-Simon a écrit le volume de ses <i>Mémoires</i>
-qui concerne les années 1722 et 1723. J'avais dit cela dans une note
-qui est à la page 453 de mon deuxième volume, 1<sup>re</sup> édition; mais je
-suis obligé de le répéter, parce qu'il y a deux fautes d'impression
-dans les chiffres de cette note. J'ajouterai ici que Saint-Simon, pour
-ce qui concerne les dates et les généalogies, s'est beaucoup servi des
-Mémoires manuscrits de Dangeau, c'est-à-dire de ses portefeuilles.</p>
-
-<p class="pnote">Page <a href="#Page_298">298</a>, ligne 12: Et, par la grande mortalité qu'éprouva
-la population.</p>
-
-<p>D'après un recueil statistique de Paris, déposé à la Bibliothèque
-du Roi, le nombre des naissances dans cette capitale fut de 16,810,
-celui des décès de 21,460; le nombre des décès surpassa donc les
-naissances de 4,651.</p>
-
-<p class="echap">CHAPITRE XVI.</p>
-
-<p class="pnote">Page <a href="#Page_303">303</a>, ligne 29: Le gouverneur et son lieutenant se trouvèrent
-tous les deux absents.</p>
-
-<p>Dans une semblable circonstance, en 1673, Brulart, premier président
-du parlement de Bourgogne, écrivit à Louvois qu'en l'absence
-du gouverneur et de son lieutenant général le gouvernement de la
-<span class="pagenum"><a id="Page_470"> 470</a></span>
-province lui appartenait de droit. Voyez la lettre de <span class="small1">Brulart</span> à Louvois,
-dans l'ouvrage intitulé <i>Une province sous Louis XIV</i>, par
-M. Thomas, 1844, in-8<sup>o</sup>, p. 431.</p>
-
-<p class="pnote">Page <a href="#Page_312">312</a>, lignes 3 et 4: Elle écrivait à madame de Sévigné.</p>
-
-<p>Il est probable que madame de Sévigné avait conçu cette aversion
-pour les filles de Sainte-Marie d'Aix par les lettres de sa filleule;
-elle la manifeste en toute occasion, et elle appelle ces religieuses des
-baragouines. Elle montre, au contraire, une prédilection particulière
-pour les filles de cet ordre, fondé par son aïeule, qui étaient dans d'autres
-couvents. Il est évident aussi, d'après le passage suivant de la lettre
-de madame de Sévigné, du 24 juillet 1680, que, pour avantager les
-autres enfants de madame de Grignan, on voulait que Marie-Blanche
-fît des v&oelig;ux; sa vocation paraît au moins douteuse. «Votre petite
-d'Aix me fait pitié, d'être destinée à demeurer dans ce couvent
-<i>perdu</i> pour vous; en attendant une vocation, vous n'oseriez la remuer,
-de peur qu'elle ne se dissipe. Cette enfant est d'un esprit
-chagrin et jaloux, tout propre à se dévorer. Pour moi, je tâterais si
-la Providence ne voudrait pas bien qu'elle fût à Aubenas; elle serait
-moins <i>égarée</i>.» La s&oelig;ur de M. de Grignan était abbesse du couvent
-d'Aubenas, et madame de Sévigné espérait que sa petite-fille pourrait
-un jour lui succéder. Nous reviendrons, dans la suite de ces <i>Mémoires</i>,
-sur ce passage de la lettre de madame de Sévigné et sur
-les mots <i>perdu</i> et <i>égarée</i>, que Grouvelle, M. Monmerqué et Gault
-de Saint-Germain ont expliqués diversement.</p>
-
-<p class="echap">CHAPITRE XVII.</p>
-
-<p class="pnote">Page <a href="#Page_325">325</a>, ligne 12: Une très-belle femme, madame de Valence,
-qui s'était faite religieuse.</p>
-
-<p>J'ai cité ici l'édition de la Haye, t. I, p. 20, parce que c'est la seule
-qui dans cet endroit nous semble donner le vrai texte de madame de
-Sévigné. Ce texte est ainsi:</p>
-
-<p>«Vous me dites des merveilles du tombeau de Montmorency et
-de la beauté de madame de Valence.»</p>
-
-<p>Les premiers éditeurs des <i>Lettres de madame de Sévigné</i>, ne trouvant
-aucune mention de cette madame de Valence dans toute la correspondance
-de madame de Sévigné, ont substitué aux mots qui la
-<span class="pagenum"><a id="Page_471"> 471</a></span>
-concernent «et de la beauté de mesdemoiselles de Valançai» (lettre
-du 18 février 1671, t. I, p. 332, édit. G.), parce qu'en effet madame de
-Sévigné, en passant aussi à Moulins cinq ans après madame de
-Grignan, lui avait écrit de cette ville que les petites-filles de madame
-de Valançai, que madame de Grignan y avait vues, sont
-<i>belles et aimables</i> (lettre du 17 mai 1676, t. IV, p. 440, édit. G.).
-Mais elles étaient, lorsque madame de Grignan les vit, trop jeunes
-et trop petites pour qu'il fût question de leur beauté; et la lettre
-de madame de Sévigné au comte de Guitaud, publiée pour la première
-fois dans l'édition de M. Gault de Saint-Germain (lettre
-1693, t. X, p. 445, édit. G.), qui nous apprend que madame de
-Valence a été au couvent de la Visitation, explique celle qu'elle
-avait écrite précédemment, et ne laisse aucun doute sur l'exactitude
-de l'édition de la Haye. La preuve que les éditeurs ont altéré
-le texte de cette lettre en voulant la corriger se tire encore du
-passage qui suit immédiatement, où madame de Sévigné dit à sa
-fille (t. I, p. 20): «Personne n'écrit mieux que vous; ne quittez
-jamais le naturel, votre tour s'y est formé, et cela <i>surpasse</i> un style
-parfait.» Tous les éditeurs subséquents ont substitué (t. I, p. 332):
-«Vous écrivez entièrement bien, personne n'écrit mieux; ne
-quittez jamais le naturel, votre tour s'y est formé, et cela <i>compose</i> un
-style parfait.» Indépendamment du pléonasme dans les deux premiers
-membres de phrase, qui n'était pas dans madame de Sévigné,
-en mettant le mot <i>compose</i> à la place du mot <i>surpasse</i> on a fait
-disparaître une expression énergique et piquante pour y substituer
-une expression impropre et plate; et de plus, en croyant rendre la
-pensée plus logique, on l'a dénaturée, et on lui a ôté tout ce qu'elle
-a d'original et de profond. L'intention de madame de Sévigné est de
-faire distinguer ici l'écrivain du grammairien, le talent d'écrire d'avec
-l'art d'écrire. Le naturel dans le style, c'est la grâce:</p>
-
-<p class="quote">Et la grâce, plus belle encor que la beauté,</p>
-
-<p>dit la Fontaine quand il veut donner une idée des séduisants attraits
-de Vénus. C'est la même pensée que celle de madame de Sévigné, exprimée
-d'une manière analogue. Je dois dire que le savant et exact
-éditeur des <i>Lettres de madame de Sévigné</i> n'a pu ni rectifier ce
-texte ni éviter cette méprise, puisqu'il n'avait pu se procurer l'édition
-de la Haye, 1726, lorsqu'il fit la sienne; et que la publication de
-la lettre de madame de Sévigné au comte de Guitaud, qui fait mention
-<span class="pagenum"><a id="Page_472"> 472</a></span>
-de madame de Valence, est bien postérieure à celle de son édition.
-Voyez <i>Lettres</i> <span class="small1">DE SÉVIGNÉ</span>, édit. de Monmerqué, in-8<sup>o</sup>, t. I, p. 48.</p>
-
-<p class="pnote">Page <a href="#Page_329">329</a>, lignes 4-7: Une relation admirable, selon elle, adressée
-à M. de Coulanges par M. de Ripert, homme d'affaires de M. de
-Grignan.</p>
-
-<p>Voici le texte de l'édition de la Haye:</p>
-
-<p>«M. de Coulanges vient de m'apporter une relation admirable de
-tout votre voyage, que lui fait très-agréablement M. Ripert; voilà
-justement ce que nous souhaitons (p. 38).» ... «M. le marquis de
-Saint-Andiol m'est venu voir; je lui ai montré la relation de Ripert,
-dont il a été ravi pour l'honneur de la Provence... J'attends celle de
-Corbinelli (p. 39).»</p>
-
-<p>On peut voir aux endroits cités de l'<i>Histoire de Sévigné</i>, par
-M. Aubenas, et surtout dans la note, p. 588, qui termine l'ouvrage
-de cet auteur, quelles sont les prétentions de la famille de Ripert. Du
-temps de madame de Sévigné, il y avait au moins quatre frères de ce
-nom; car, dans la lettre du 6 septembre 1676, t. V, p. 113, de l'édition
-de G. de S.-G., madame de Sévigné dit: «Mon fils me mande que les
-frères Ripert ont fait des prodiges de valeur à la défense de Maestricht;
-j'en fais mes compliments au doyen et à Ripert.» Ce doyen était le
-Ripert du chapitre de Grignan, et le dernier mentionné celui qui
-était attaché à M. de Grignan comme homme d'affaires.</p>
-
-<p>Des deux lettres du 18 mars 1671 des éditions modernes, il n'y en
-a qu'une dans l'édition de la Haye; et dans les éditions modernes il
-y a beaucoup de suppressions, qui portent principalement sur les
-noms propres. Ainsi ces mots, «Bandol vous est d'un grand secours,»
-p. 34, ont été supprimés. Suppression ensuite d'un long paragraphe
-important, qui remplit la page 35; puis, page 36, le nom de <i>Sessac</i>,
-donné intégralement, remplacé par S***. Tout le paragraphe 37
-de madame de Janson supprimé; page 39, le passage sur d'Harouys
-supprimé.</p>
-
-<p class="echap">CHAPITRE XVIII.</p>
-
-<p class="pnote">Page <a href="#Page_359">359</a>, lignes 29 et 30, note 1: 20 septembre, <i>Lettres de madame</i>
-<span class="small1">Rabutin-Chantal</span>; la Haye, 1726, 20 septembre 1671.</p>
-
-<p>Toute la première page de cette lettre ne se trouve que dans l'édition
-de la Haye, et a été supprimée dans toutes les autres.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a id="Page_473"> 473</a></span></p>
-<p class="pnote">Page <a href="#Page_371">371</a>, lignes 16 et 17: Molière lui lira samedi <i>Trissotin</i>.</p>
-
-<p>On a écrit (voyez <span class="small1">Taschereau</span>, <i>Histoire de Molière</i>, 3<sup>e</sup> édit., 1844,
-grand in-12, p. 256) que, lors des premières représentations des
-<i>Femmes savantes</i>, le personnage de <i>Trissotin</i> portait le nom de
-<i>Tricotin</i>, pour que la satire contre l'abbé Cotin, dont ce rôle était
-l'objet, en pût ressortir sans aucun détour. Mais la lettre de madame de
-Sévigné semble être contraire à cette assertion peu vraisemblable,
-puisqu'elle désigne ce rôle, et par ce rôle toute la pièce, par le nom
-de <i>Trissotin</i>, qui est le seul qu'on trouve dans la pièce imprimée.
-<i>Les Femmes savantes</i> furent jouées le 11 mars 1672 (<span class="small1">Taschereau</span>,
-<i>Histoire de Molière</i>, 3<sup>e</sup> édition, p. 169). La lettre de madame de
-Sévigné est datée du mercredi 9 mars, c'est-à-dire de deux jours antérieure
-à la représentation, qui eut lieu le vendredi: ainsi dès lors
-le rôle portait le nom de <i>Trissotin</i>. La lecture de cette pièce par
-Molière, annoncée dans la lettre de madame de Sévigné pour le samedi
-12 mars, n'eut probablement pas lieu, puisque le jour fixé au
-samedi était le lendemain même de la représentation. Cette pièce fut
-achevée d'imprimer le 10 décembre 1672, comme nous l'apprend le
-catalogue de la <i>Bibliothèque dramatique de M. de Soleinne</i>,
-n<sup>o</sup> 1296, p. 298. La mention de cette édition manque dans la bibliographie
-de Molière, de M. Taschereau.</p>
-
-<p class="pnote">Page <a href="#Page_378">378</a>, ligne 7: Pour laisser écrire dans ses lettres.</p>
-
-<p>Surtout par Corbinelli. Des lettres de Corbinelli à Bussy, qui se
-trouvent dans la correspondance de ce dernier, il n'y en a qu'un
-petit nombre qui portent le nom de Corbinelli; il y en a beaucoup
-qui n'ont que l'initiale du nom C***; enfin il y en a sans initiale. Un
-lecteur familiarisé à la lecture des auteurs de ce siècle les reconnaît
-facilement. Toutes sont très-mal rangées, ainsi que toute cette intéressante
-correspondance, qui mériterait bien de trouver un éditeur
-savant et intelligent.</p>
-
-<p class="echap">CHAPITRE XIX.</p>
-
-<p class="pnote">Page <a href="#Page_387">387</a>, ligne 12: Ce fut une grande joie pour madame de Sévigné
-lorsque de Pomponne...</p>
-
-<p>Nous apprenons par le Portefeuille de Dangeau, manuscrit de la
-Bibliothèque du Roi, A, 253, que de Pomponne fut nommé secrétaire
-<span class="pagenum"><a id="Page_474"> 474</a></span>
-d'État, en remplacement de M. de Lyonne, le 10 septembre,
-et qu'il prêta serment le 12 septembre; la lettre de madame de Sévigné,
-qui donne cette nouvelle à sa fille, est datée du 13 septembre.
-Il ne faut pas confondre les Portefeuilles de Dangeau que nous citons
-ici et que nous citerons peut-être encore avec le Journal de Dangeau;
-c'est tout autre chose.</p>
-
-<p class="pnote">Page <a href="#Page_396">396</a>, ligne 4: Les lettres les plus remarquables qu'elle ait écrites.</p>
-
-<p>Deux de ces lettres étaient ainsi désignées, la lettre sur <i>le cheval</i>
-et celle sur <i>la prairie</i>. Cette dernière est, comme on l'a très-bien remarqué,
-celle qui est relative au renvoi de <i>Picard</i> (du 22 juillet 1671)
-et où madame de Sévigné explique si agréablement à son cousin de
-Coulanges, tout à fait étranger, comme un vrai citadin, aux travaux
-ruraux, en quoi consiste l'opération du fanage.</p>
-
-<p class="pnote">Page <a href="#Page_396">396</a>, ligne 9: Elle gardait soigneusement les lettres du spirituel
-chansonnier.</p>
-
-<p>«Ce petit Coulanges vaut trop d'argent; je garde toutes ses lettres.»
-(<span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettre</i> du 29 janvier 1685, t. VII, p. 229, édit. de M.)</p>
-
-<p class="pnote">Page <a href="#Page_397">397</a>, lignes 7 et 8: Elle avait dix ans moins que lui.</p>
-
-<p>Philippe-Manuel de Coulanges était né à Paris vers 1631, Marie-Angélique
-Dugué en 1641. Elle se maria le 16 décembre 1659, et
-n'avait alors que dix-sept ans et quelques mois.</p>
-
-<p class="pnote">Page <a href="#Page_399">399</a>, lignes 16 et 17: Auxquels s'applique plus particulièrement
-le nom d'esprit.</p>
-
-<p>Comme, par exemple, lorsqu'elle dit du duc de Villeroi, qui était
-amoureux d'une femme nullement éprise de lui: «Il est plus charmé
-qu'il n'est <i>charmant</i>.» Ce dernier mot, ainsi placé, est à la fois
-verbe et adjectif et applicable au duc dans sa double et maligne
-signification. (Voyez la lettre du 24 février 1673.)</p>
-
-<p class="pnote">Page <a href="#Page_399">399</a>, lignes 21 et 22: Son écriture et son orthographe ne répondaient
-pas à l'élégance de son style.</p>
-
-<p>Coulanges a inséré ces mots dans une lettre de sa femme à madame
-de Grignan:</p>
-
-<p>«Je viens de prendre la liberté de lire tout ce que madame de
-<span class="pagenum"><a id="Page_475"> 475</a></span>
-Coulanges vous écrit; c'est grand dommage que ce ne soit une meilleure
-écriture et une meilleure orthographe; son style assurément le mériterait
-bien, convenez-en, madame; mais il ne faut pas espérer
-qu'elle s'en corrige. Tout ce qui est à souhaiter, c'est que vous puissiez
-lire ce qu'elle vous mande.» (Lettre de madame de Coulanges à
-madame de Grignan, 7 juillet 1703, t. XI, p. 398.)</p>
-
-<p class="pnote">Page <a href="#Page_401">401</a>, lignes 3 et 4: Madame de Sévigné se plut toujours dans
-la société de la femme de son cousin.</p>
-
-<p>Madame de Sévigné ne voulait pas que son cousin quittât la rue du
-Parc-Royal pour aller demeurer au Temple, parce que cela éloignait
-d'elle madame de Coulanges. «Au lieu de trouver, comme je faisais,
-cette jolie madame de Coulanges sous ma main, prendre du café avec
-elle, y courir après la messe, y revenir le soir comme chez soi; enfin,
-mon pauvre cousin, ne m'en parlez pas: je suis trop heureuse d'avoir
-quelques mois pour m'accoutumer à ce bizarre dérangement.» (Lettre
-du 1<sup>er</sup> décembre 1690, t. IX, p. 427.)</p>
-
-<p class="echap">CHAPITRE XX.</p>
-
-<p class="pnote">Page <a href="#Page_415">415</a>, lignes 23 et 24: <span class="small1">SOLI DEO HONOR ET GLORIA</span>.</p>
-
-<p>Cette inscription, qui est tirée du texte de l'épître de saint Paul
-aux Romains, a donné lieu au continuateur de Bayle (Chauffepié,
-Supplément au Dictionnaire de Bayle) de prêter à madame de Sévigné,
-dans l'intérêt du protestantisme, des sentiments contraires à l'invocation
-des saints, que ses lettres démentent en un grand nombre
-d'endroits.</p>
-
-<p class="pnote">Page <a href="#Page_416">416</a>, ligne 26: Racine passera comme le café.</p>
-
-<p>L'usage du café n'ayant été introduit en France que vers l'an 1669,
-il en résulte que les premiers chefs-d'&oelig;uvre de Racine lui sont antérieurs;
-<i>Andromaque</i> date de 1669, les <i>Plaideurs</i> de 1668, <i>Britannicus</i>
-de 1669, <i>Bajazet</i> de 1672. Le premier traité, je crois, publié
-sur le café, en français, est celui qui est intitulé <i>De l'usage du caphé,
-du thé, et chocolate</i> (sic); Lyon, chez Girin, 1671, in-8<sup>o</sup>. Il est traduit
-du latin, et il est dit, page 30, «que la plupart de ceux qui usent
-du café y sont réduits par nécessité, et le prennent plutôt comme un
-<span class="pagenum"><a id="Page_476"> 476</a></span>
-médicament que comme un régal.» Il en était de même du thé et du
-chocolat. Mais dix ans plus tard il se faisait de toutes ces substances,
-et surtout du café, une très-grande consommation à Londres et à Paris,
-«non-seulement, dit de Blégny, chez les marchands de liqueurs,
-mais encore dans les maisons particulières et dans les communautés.»
-<i>Du bon usage du thé, du café et du chocolat, pour la préservation
-et la guérison des maladies</i>, par M. de Blégny; Paris, 1687,
-in-12, p. 96 et 166. De Blégny, d'après Bernier, dit que dans l'Inde et
-la Perse on use très-peu de café, et seulement dans les ports de mer;
-mais que par toute la Turquie on en fait un fort grand usage. «Peu
-s'en faut, ajoute de Blégny, que les Anglais et les Hollandais ne
-suivent l'exemple des Turcs, et peu s'en faut aussi que nous ne
-soyons aussi avancés que ceux-là sur cette habitude; mais en revanche
-les Espagnols, les Italiens et les Flamands ne s'y portent
-pas volontiers.» (P. 166.) Bien loin de dénigrer le café, et surtout
-le café au lait, madame de Sévigné fut une des premières à en prendre,
-et elle en recommandait l'usage à sa fille. (<span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i>,
-19 février 1690, t. X, p. 263, édit. de G.)</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a id="Page_477"> 477</a></span></p>
-
-<p class="extra"><span class="large">SUPPLÉMENT</span><br />
-<span class="medium">AUX NOTES ET ÉCLAIRCISSEMENTS DE LA PREMIÈRE PARTIE.</span></p>
-
-<p>En développant dans la première et la seconde partie de cet ouvrage
-la politique de Mazarin, j'ai souvent eu occasion de citer des lettres
-autographes de Mazarin, de Colbert et de Louis XIV<a id="FNanchor_902" href="#Footnote_902" class="fnanchor">&nbsp;[902]</a>, qui appartiennent
-à la Bibliothèque royale. Des fragments de ces lettres avaient déjà
-été imprimés, mais très-incorrectement, par Soulavie, dans les
-<i>&OElig;uvres de Saint-Simon</i>. Elles ont été très-bien publiées dans les
-<i>Documents historiques sur l'histoire de France</i>, par M. Champollion-Figeac,
-qui me les avait indiquées. Mais j'ai cité à la page 215
-de la première partie une <i>lettre autographe d'Anne d'Autriche au
-cardinal Mazarin</i>, que je ne trouve point dans le recueil de
-M. Champollion-Figeac. Cette lettre n'a point été publiée ailleurs, et
-il est intéressant de la faire connaître, parce qu'elle vient à l'appui
-de ce que j'ai dit du refroidissement d'Anne d'Autriche pour le cardinal
-Mazarin, lorsque celui-ci, afin de conserver le pouvoir, se fit un
-appui du jeune roi, dont il avait capté toute la confiance, contre la
-reine sa mère, ou plutôt contre les intrigues des personnes qui l'entouraient.</p>
-
-<p class="letter">LETTRE D'ANNE D'AUTRICHE AU CARDINAL MAZARIN.</p>
-
-<p class="dater">«A Saintes, ce 30 juin 1660.</p>
-
-<p>«Vostre letre ma donnee une grande joye je ne say si je seray asses
-heureuse pour que vous le croies et que si eusse creu qune de mes
-letres vous eust autant pleut j'en aurays escrit de bon c&oelig;ur et il est
-vray que den voir tant et des transports avec lon les recent et je les
-voyes lire me fesoit fort souvenir d'un autre tant<a id="FNanchor_903" href="#Footnote_903" class="fnanchor">&nbsp;[903]</a> don je me souviens
-presque a tout momants quoy que vous en puissiez croire et
-<span class="pagenum"><a id="Page_478"> 478</a></span>
-douter je vous asseure que tous ceux de ma vie seront enploies à
-vous tesmoigner que jamais il ni a euee damitie plus veritable que la
-mienne et si vous ne le croies pas jespere de la justice que jay que
-vous vous repâtires<a id="FNanchor_904" href="#Footnote_904" class="fnanchor">&nbsp;[904]</a> quelque jour den avoir jamais douté et si je vous
-pouves aussi bien faire voir mon c&oelig;ur que ce que je vous dis sur ce
-papier je suis asseurée que vous series contant, ou vous series le plus
-ingrat homme du monde et je ne croie pas que cela soiet. La Reyne<a id="FNanchor_905" href="#Footnote_905" class="fnanchor">&nbsp;[905]</a>
-qui escrit eicy sur ma table me dit de vous dire que ce que vous
-me mandes du confidant<a id="FNanchor_906" href="#Footnote_906" class="fnanchor">&nbsp;[906]</a> ne lui déplait pas et que je vous asseure
-de son affession, mon fils<a id="FNanchor_907" href="#Footnote_907" class="fnanchor">&nbsp;[907]</a> vous remercie aussi et 22<a id="FNanchor_908" href="#Footnote_908" class="fnanchor">&nbsp;[908]</a> me prie de
-vous dire que jusques au dernier soupir <img src="images/symbol1.jpg" width="55" height="16" alt="" />
-quoique vous en croies <img src="images/symbol2.jpg" width="15" height="16" alt="" />.</p>
-
-<p>«Et au dos est escrit: <i>A Monsieur le Cardinal</i>.»</p>
-
-<hr class="tb" />
-
-<p>La lettre était fermée par une petite faveur rouge, scellée des deux
-côtés du cachet d'Anne d'Autriche, et dont les bouts subsistent encore,
-ainsi que les cachets. Cette lettre, ployée, n'a que la grandeur
-d'un billet.</p>
-
-<hr class="tb" />
-
-<p>Cette lettre a été écrite lorsque Louis XIV, après son mariage, revint
-avec toute la cour, de Saint-Jean-de-Luz à Paris. D'après les
-nombreuses relations de ce voyage, le 23 juin on était à Bordeaux,
-le 27 à Blaye. «Le 29, dit Colletet dans sa relation (pag. 5), les reines
-partirent pour Saintes,» où elles arrivèrent le 30; c'est de là et de ce
-jour qu'est datée la lettre. Le roi s'était écarté, et avait été au Brouage
-avec le cardinal, qui rejoignit les reines le lendemain à Saint-Jean-d'Angely.</p>
-
-<div class="chapter">
-<p><span class="pagenum"><a id="Page_479"> 479</a></span></p>
-<div class="footnotes">
-<h2 class="normal">NOTES:</h2>
-<div class="footnote">
-
-<p><a id="Footnote_1" href="#FNanchor_1" class="label">[1]</a> <span class="small1">Bussy</span> <i>Lettres</i>, t. III, p. 65; t. V, p. 41.&mdash;<span class="small1">Millin</span>, <i>Voyage dans
-les départements du midi de la France</i>, t. I, p. 208-219, chap. XIV,
-pl. XII de l'atlas.&mdash;<span class="small1">Corrard de Breban</span>, <i>Souvenirs d'un voyage
-aux ruines d'Alise et au château de Bussy-Rabutin</i>; Troyes,
-1833, in-8<sup>o</sup>, p. 16-29.</p>
-
-<p><a id="Footnote_2" href="#FNanchor_2" class="label">[2]</a> <i>Mémoires sur madame de Sévigné</i>, 2<sup>e</sup> partie, p. 138-142, 150,
-350 et 351.</p>
-
-<p><a id="Footnote_3" href="#FNanchor_3" class="label">[3]</a> Conférez p. 351, ligne 16, et la note p. 510 de la 1<sup>re</sup> édition.</p>
-
-<p><a id="Footnote_4" href="#FNanchor_4" class="label">[4]</a> <i>Histoire amoureuse de France, par</i> <span class="small1">Bussy-Rabutin</span>, <i>avec ses
-Maximes d'amour</i>, 1666, petit in-12 de 237 pages, sans les Maximes,
-qui commencent le volume et ne sont pas paginées.</p>
-
-<p><a id="Footnote_5" href="#FNanchor_5" class="label">[5]</a> <i>Ménagiana</i>, t. III, p. 355.</p>
-
-<p><a id="Footnote_6" href="#FNanchor_6" class="label">[6]</a> <span class="small1">Bussy-Rabutin</span>, <i>Mémoires</i>; Amsterdam, 1721, in-12, t. II,
-p. 373 et 377.</p>
-</div>
-<div class="footnote">
-<p><a id="Footnote_7" href="#FNanchor_7" class="label">[7]</a> <i>Histoire amoureuse de France, par</i> <span class="small1">Bussy-Rabutin</span>, <i>avec ses Maximes
-d'amour</i>, MDCLXVI, petit in-12 (sans nom de lieu ni d'imprimeur).
-Le récit de la débauche pendant la semaine sainte est à la
-page 190; le <i>Cantique</i>, p. 195 et 197; l'Histoire de madame de Sévigné,
-à la page 200. Autre édition, sans nom d'auteur, intitulée <i>Histoire
-amoureuse des Gaules</i>, édition nouvelle; à Liége, 1666 (avec
-la sphère), 260 pages. L'Histoire de madame de Chanville (Sévigné)
-est à la page 216. Autre édition, et sans nom d'auteur, intitulée <i>Histoire
-amoureuse de France</i>; Amsterdam, chez Isaac Van-Dyck,
-1 vol. in-12, MDCLXXVII. <i>Le Cantique</i> est aux pages 198 à 200;
-l'Histoire de madame de Sévigné, à la page 202. Il y a de plus,
-dans cette édition, la Lettre au duc de Saint-Aignan, en date du
-12 novembre 1665, qui est dans le <i>Discours de Bussy à ses enfants</i>,
-page 382.</p>
-
-<p><a id="Footnote_8" href="#FNanchor_8" class="label">[8]</a> Sur cette entrevue du roi, conférez <span class="small1">Bussy</span>, <i>Mémoires</i>, Amsterdam,
-1721, t. II, p. 283, et <i>Discours du comte</i> <span class="small1">de Bussy-Rabutin</span> <i>à
-ses enfants</i>; Paris, chez Anisson, directeur de l'Imprimerie royale,
-1694, p. 365-367.</p>
-
-<p><a id="Footnote_9" href="#FNanchor_9" class="label">[9]</a> Conférez les <i>&OElig;uvres diverses du sieur</i> D***; Amsterdam, 1714,
-t. II, p. 229.</p>
-
-<p><a id="Footnote_10" href="#FNanchor_10" class="label">[10]</a> <span class="small1">Bussy</span>, <i>Mémoires</i>; Amsterdam, 1721, t. II, p. 301. <i>Discours du
-comte</i> <span class="small1">de Bussy-Rabutin</span> <i>à ses enfants</i>, 1694, in-12, p. 404.</p>
-
-<p><a id="Footnote_11" href="#FNanchor_11" class="label">[11]</a> <span class="small1">Bussy</span>, <i>Mémoires</i>, t. II, p. 337.</p>
-
-<p><a id="Footnote_12" href="#FNanchor_12" class="label">[12]</a> <span class="small1">Bussy</span>, <i>Discours à ses enfants</i>, p. 375.&mdash;<span class="small1">Barrière</span>, <i>la Cour et
-la Ville</i>, p. 46.&mdash;<i>Ménagiana</i>, t. IV. p. 216.&mdash;<span class="small1">Menagii</span> <i>Poemata</i>,
-octava editio; Amstelodami, <i>Ep.</i> p. 147, <i>epigram.</i> <span class="small1">CXXXVIII</span>.</p>
-
-<p><a id="Footnote_13" href="#FNanchor_13" class="label">[13]</a> <i>Lettres</i>, <span class="small1">Gui-Patin</span> (18 août 1665), t. III, p. 153; lettre 354.&mdash;<i>Ibid.</i>,
-<span class="small1">Bussy</span>, <i>Mémoires</i>; Amsterdam, 1721, t. II, p. 300.</p>
-
-<p><a id="Footnote_14" href="#FNanchor_14" class="label">[14]</a> <span class="small1">Bussy</span>, <i>Lettres</i>, t. III et V, <i>passim</i>.</p>
-
-<p><a id="Footnote_15" href="#FNanchor_15" class="label">[15]</a> <span class="small1">Bussy</span>, <i>De l'usage des adversités</i>, t. III, p. 269; des <i>Mémoires</i>.&mdash;<span class="small1">Bayle</span>,
-<i>Dictionnaire</i>, p. 2957.</p>
-
-<p><a id="Footnote_16" href="#FNanchor_16" class="label">[16]</a> <i>Histoire amoureuse de France</i>; Amsterdam, Van-Dyck, 1671,&mdash;<i>Ibid.</i>,
-1677.&mdash;Une 3<sup>e</sup> édition, Bruxelles, chez Pierre Dobeleer,
-1708, petit in-12; une 4<sup>e</sup> édition, par M***, chez Adrian Moetjens,
-1710, in-12. Cette dernière est celle que j'ai citée et que je croyais la
-première avec ce titre. La Lettre de Bussy au duc de Saint-Aignan est
-à la fin, après le Cantique.&mdash;J'ai tenu l'édition de 1666, avec le nom
-de Bussy; mais je ne connais que par la mention qu'en fait Barbier
-(t. II, p. 60, <i>Dictionnaire des Anonymes</i>) l'édition de Van-Dyck,
-1677, et l'édition de Bruxelles, 1708.&mdash;Je possède l'<i>Histoire amoureuse
-des Gaules</i>, édition nouvelle; Liége, 1666, avec la sphère,
-sans nom d'auteur; et les deux éditions de Liége, sans date ni nom
-d'auteur ni d'imprimeur; une, avec une croix de Saint-André (Elzevier):
-ces deux éditions ont précédé toutes les autres.</p>
-
-<p><a id="Footnote_17" href="#FNanchor_17" class="label">[17]</a> <span class="small1">Louis</span> XIV, <i>Instructions pour le Dauphin</i>, dans ses <i>&OElig;uvres</i>,
-t. III, p. 189.</p>
-
-<p><a id="Footnote_18" href="#FNanchor_18" class="label">[18]</a> <i>Contes et nouvelles en vers de M.</i> <span class="small1">de la Fontaine</span>; Paris, 1665,
-in-12, chez Claude Barbin.</p>
-
-<p><a id="Footnote_19" href="#FNanchor_19" class="label">[19]</a> <i>Réflexions ou Sentences et Maximes morales</i>; Paris, 1665,
-in-12, chez Claude Barbin.</p>
-
-<p><a id="Footnote_20" href="#FNanchor_20" class="label">[20]</a> <i>Satires du sieur D***</i>; Paris, 1666, in-12, chez Claude Barbin.</p>
-
-<p><a id="Footnote_21" href="#FNanchor_21" class="label">[21]</a> <i>Alexandre le Grand</i>, tragédie; Paris, 1666, in-12, chez Pierre
-Trabouillet.</p>
-
-<p><a id="Footnote_22" href="#FNanchor_22" class="label">[22]</a> <span class="small1">Mademoiselle</span>, <i>Mémoires</i>, t. XLIII, p. 127, de la collection de
-Petitot.&mdash;Les frères <span class="small1">Parfaict</span>, <i>Histoire du théâtre françois</i>.</p>
-
-<p><a id="Footnote_23" href="#FNanchor_23" class="label">[23]</a> Conférez les <i>&OElig;uvres de</i> <span class="small1">Racine</span> et les frères <span class="small1">Parfaict</span>, <i>Histoire
-du théâtre françois</i>, t. X, p. 226.</p>
-
-<p><a id="Footnote_24" href="#FNanchor_24" class="label">[24]</a> Las «de grossir impunément les feuillets d'un recueil,» Montreuil
-venait de publier ses <i>&OElig;uvres</i>; Paris, 1666, in-12, chez Billaine.
-Conférez p. 5, 107 et 472 de cette édition, pour les lettres et
-les vers relatifs à madame de Sévigné.</p>
-
-<p><a id="Footnote_25" href="#FNanchor_25" class="label">[25]</a> Voyez la <i>Lettre de</i> <span class="small1">d'Assoucy</span> <i>à Chapelle</i>, datée de Rome le
-25 juillet 1665.&mdash;Dans <i>les Aventures de M.</i> <span class="small1">d'Assoucy</span>; Paris, 1677,
-in-12, chez Claude Audinet, t. II, p. 254 et 260-264; et le chapitre X,
-p. 283, intitulé <i>Ample Réponse de</i> <span class="small1">d'Assoucy</span> <i>au Voyage de M. Chapelle</i>.</p>
-
-<p><a id="Footnote_26" href="#FNanchor_26" class="label">[26]</a> <i>Voyages de Messieurs</i> <span class="small1">Bachaumont</span> et <span class="small1">Chapelle</span>, <i>dans le Recueil
-de quelques pièces nouvelles et galantes</i>, 1663 ou 1667,
-p. 64-75; <i>Voyage de Messieurs</i> <span class="small1">le Coigneu de Bachaumont</span> et <span class="small1">Cl.
-Emman, Luillier Chapelle</span>; 1732, la Haye, in-12, p. 81 à 82. C'est la
-meilleure édition de toutes celles qu'on a publiées avant et après.</p>
-
-<p><a id="Footnote_27" href="#FNanchor_27" class="label">[27]</a> <i>Lettres de</i> M. <span class="small1">de Pomponne</span>, à la suite des <i>Mémoires de</i> <span class="small1">Coulanges</span>,
-1820, in-8<sup>o</sup>, p. 383.</p>
-
-<p><a id="Footnote_28" href="#FNanchor_28" class="label">[28]</a> Voyez notre <i>Seconde partie des Mém. de madame</i> <span class="small1">De Sévigné</span>,
-p. 497; les <i>Mémoires de</i> <span class="small1">Coulanges</span>, p. 383, note 2 de M. <span class="small1">Monmerqué</span>.</p>
-
-<p><a id="Footnote_29" href="#FNanchor_29" class="label">[29]</a> <i>Mémoires de</i> <span class="small1">Coulanges</span>, p. 383.</p>
-
-<p><a id="Footnote_30" href="#FNanchor_30" class="label">[30]</a> <i>Gallia christiana</i>, t. XII, p. 103 à 104.</p>
-
-<p><a id="Footnote_31" href="#FNanchor_31" class="label">[31]</a> <i>Gallia christiana</i>, t. II, p. 1085, 1086.&mdash;<span class="small1">Motteville</span>, <i>Mém.</i>,
-t. XXXIX, p. 302.&mdash;<span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> en date du 1<sup>er</sup> juillet 1679, t. V,
-p. 8, édit. de G. de S.-G.; ou t. IV, p. 361 de l'édit. de Monmerqué.</p>
-
-<p><a id="Footnote_32" href="#FNanchor_32" class="label">[32]</a> En 1674. Voyez <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> en date du 23 décembre 1671 et
-du 5 janvier 1674, t. II, p. 322, et t. III, p. 295 de l'édit. de G. de
-S.-G.; ou p. 199 de l'édit de M.&mdash;Conférez aussi <span class="small1">Louis</span> XIV, <i>&OElig;uvres</i>,
-t. V, p. 362.</p>
-
-<p><a id="Footnote_33" href="#FNanchor_33" class="label">[33]</a> <span class="small1">Arnauld d'Andilly</span>, <i>Mém.</i>, t. XXXIV.</p>
-
-<p><a id="Footnote_34" href="#FNanchor_34" class="label">[34]</a> <span class="small1">Motteville</span>, <i>Mémoires</i>, t. XXXIX, p. 298 et 393.&mdash;Voyez ci-dessus,
-2<sup>e</sup> partie, p. 271, chap. XIX.</p>
-
-<p><a id="Footnote_35" href="#FNanchor_35" class="label">[35]</a> Il faudrait écrire Pompone et non Pomponne (voyez <span class="small1">le Boef</span>,
-<i>Hist. du Diocèse de Paris</i>, t. VI, p. 66 et suiv.); mais l'usage de
-la double <i>n</i> a prévalu.</p>
-
-<p><a id="Footnote_36" href="#FNanchor_36" class="label">[36]</a> <span class="small1">Arnauld d'Andilly</span>, <i>Mémoires</i>, t. XXXIV, p. 92.</p>
-
-<p><a id="Footnote_37" href="#FNanchor_37" class="label">[37]</a> <span class="small1">Le Beuf</span>, <i>Hist. du Diocèse de Paris</i>, t. VI, p. 66 à 77.</p>
-
-<p><a id="Footnote_38" href="#FNanchor_38" class="label">[38]</a> <span class="small1">Monmerqué</span>, <i>Biographie universelle</i>, art. <span class="small1">Pomponne</span>, t. XXXV,
-p. 321.</p>
-
-<p><a id="Footnote_39" href="#FNanchor_39" class="label">[39]</a> <i>Lettre de</i> <span class="small1">Pomponne</span>, du 22 mai 1666.&mdash;<i>Mémoires de</i> <span class="small1">Coulanges</span>,
-p. 406. Cette lettre prouve que la terre de Pomponne alors appartenait
-au fils, probablement par cession du père; car le fils porta d'abord
-le nom de Briote, qui était celui d'une terre de sa mère.</p>
-
-<p><a id="Footnote_40" href="#FNanchor_40" class="label">[40]</a> <span class="small1">Monmerqué</span>, <i>Mém. de</i> <span class="small1">Coulanges</span>, p. 384, note 3; et la <i>Lettre de</i>
-<span class="small1">Pomponne</span>, en date du 4 février 1665, p. 382; et du 12 mars 1666,
-p. 397.</p>
-
-<p><a id="Footnote_41" href="#FNanchor_41" class="label">[41]</a> Une des trois parties de la seigneurie de Caderousse fut érigée en
-duché par bulle du pape du 18 septembre 1663. Voyez le <i>Dictionnaire
-de la France, par</i> <span class="small1">d'Expilly</span>, in-folio, t. II, p. 4, article <span class="small1">Caderousse</span>.</p>
-
-<p><a id="Footnote_42" href="#FNanchor_42" class="label">[42]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> en date du 1<sup>er</sup> août 1667, t. I, p. 117; du 9 août
-1671, t. II, p. 149; t. III, p. 73, et t. VI, p. 123 et 153, éd. de Monmerqué.</p>
-
-<p><a id="Footnote_43" href="#FNanchor_43" class="label">[43]</a> Voyez ci-dessus, p. 14; et <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> du 7 août 1675 et du
-24 janvier 1680, t. III, p. 367, édit. M.; t. VI, p. 321 de l'édit. de G. de
-S.-G,; ou t. VI, p. 124 et 153 de l'édit de Monmerqué.&mdash;<i>Mémoires de</i>
-<span class="small1">Coulanges</span>, p. 383 et 395. Ce mariage eut lieu le 17 décembre 1665.</p>
-
-<p><a id="Footnote_44" href="#FNanchor_44" class="label">[44]</a> <i>Recueil de quelques pièces nouvelles et galantes</i>; Cologne,
-Pierre Marteau, t. II, p. 79.</p>
-
-<p><a id="Footnote_45" href="#FNanchor_45" class="label">[45]</a> <i>Lettres de</i> M. <span class="small1">Duplessis-Guénégaud</span> et <i>Lettres de</i> <span class="small1">Pomponne</span>,
-dans les <i>Mémoires de</i> <span class="small1">Coulanges</span>, p. 396-398, 402-404.</p>
-
-<p><a id="Footnote_46" href="#FNanchor_46" class="label">[46]</a> <span class="small1">Pomponne</span>, <i>Lettre</i> en date du 5 juin 1667.&mdash;<i>Mém. de</i> <span class="small1">Coulanges</span>,
-p. 405.</p>
-
-<p><a id="Footnote_47" href="#FNanchor_47" class="label">[47]</a> <span class="small1">Pomponne</span>, <i>Lettre</i> en date du 17 avril 1666, p. 402. Pomponne
-écrit toujours Brévone, et peut-être est-ce le véritable nom de cette
-petite rivière, nommée <i>Beuvronne</i> sur nos cartes modernes.</p>
-
-<p><a id="Footnote_48" href="#FNanchor_48" class="label">[48]</a> <i>Recueil de quelques pièces nouvelles et galantes</i>; Cologne,
-chez Pierre Marteau, 1667, in-18, 2<sup>e</sup> partie, p. 80-83.</p>
-
-<p><a id="Footnote_49" href="#FNanchor_49" class="label">[49]</a> <i>Recueil de poésies diverses, par M.</i> <span class="small1">de la Fontaine</span>, 1671,
-in-12, t. II, p. 113 et 114.&mdash;<i>Guirlande de Julie</i>, à la suite des
-<i>Mémoires de M. le duc</i> <span class="small1">de Montausier</span>, p. 193 et 199.</p>
-
-<p><a id="Footnote_50" href="#FNanchor_50" class="label">[50]</a> L'abbé <span class="small1">Arnauld</span>, <i>Mém.</i>, t. XXXIV, p. 18.&mdash;<span class="small1">Monmerqué</span>, <i>Biographie
-universelle</i>, t. XXXIV, p. 318.</p>
-
-<p><a id="Footnote_51" href="#FNanchor_51" class="label">[51]</a> <span class="small1">Louis</span> XIV, <i>Lettres</i>, t. V, p. 395.</p>
-
-<p><a id="Footnote_52" href="#FNanchor_52" class="label">[52]</a> <span class="small1">Saint-Simon</span>, <i>Mémoires authentiques</i>, t. XII, p. 369.</p>
-
-<p><a id="Footnote_53" href="#FNanchor_53" class="label">[53]</a> <span class="small1">Louis</span> XIV, <i>Instructions au Dauphin</i>, t. II, p. 78-82, 141, 180,
-205, 230, 250 des <i>&OElig;uvres</i>.</p>
-
-<p><a id="Footnote_54" href="#FNanchor_54" class="label">[54]</a> <span class="small1">Louis</span> XIV, <i>Instructions au Dauphin</i>, &OElig;uvres, t. I, p. 141.</p>
-
-<p><a id="Footnote_55" href="#FNanchor_55" class="label">[55]</a> <i>Lettre de</i> M. <span class="small1">de Pomponne</span> <i>à M. Duplessis-Guénégaud</i>, datée de
-Stockholm le 17 avril 1666, dans les <i>Mémoires de</i> C<span class="small1">oulanges</span>, p. 398-402.</p>
-
-<p><a id="Footnote_56" href="#FNanchor_56" class="label">[56]</a> <i>Mémoires de</i> <span class="small1">Coulanges</span>, p. 402.</p>
-
-<p><a id="Footnote_57" href="#FNanchor_57" class="label">[57]</a> <span class="small1">Louis</span> XIV, <i>Instructions au Dauphin</i>, dans ses <i>&OElig;uvres</i>, t. II,
-p. 39.</p>
-
-<p><a id="Footnote_58" href="#FNanchor_58" class="label">[58]</a> Cf. 1<sup>re</sup> partie de ces <i>Mémoires</i>, p. 8; et les <i>Mémoires de</i> <span class="small1">Coulanges</span>,
-p. 53.</p>
-
-<p><a id="Footnote_59" href="#FNanchor_59" class="label">[59]</a> A Fresnes. Voyez ci-dessus, p. 22, la note 2.</p>
-
-<p><a id="Footnote_60" href="#FNanchor_60" class="label">[60]</a> <i>Lettre de</i> M. <span class="small1">de Pomponne</span>, en date du 5 juin 1666. Dans les
-<i>Mémoires de</i> <span class="small1">Coulanges</span>, p. 405, 406.</p>
-
-<p><a id="Footnote_61" href="#FNanchor_61" class="label">[61]</a> <span class="small1">Ægidii Menagii</span> <i>Poemata</i>, octava edit.; Amstel., 1667, in-12,
-p. 337, ou 5<sup>e</sup> édit., 1668, p. 279.</p>
-
-<p><a id="Footnote_62" href="#FNanchor_62" class="label">[62]</a> <span class="small1">La Fontaine</span>, <i>Fables</i>, liv. IV, fable <span class="small1">I</span>, édit. 1668, in-4<sup>o</sup>, p. 145;
-t. II, p. 3 de l'édit. 1668, in-12.&mdash;Cette fable commence le volume
-dans cette édition, et ce second volume (dans le seul exemplaire de ce
-format que j'aie encore rencontré) porte la date de 1668, tandis que
-le premier volume a celle de 1669: celle-ci est la vraie date, l'édition
-in-4<sup>o</sup> ayant précédé l'autre. La date des éditions où parut pour la
-première fois cette fable n'est pas indifférente à notre objet.</p>
-
-<p><a id="Footnote_63" href="#FNanchor_63" class="label">[63]</a> <span class="small1">Saint-Pavin</span>, dans l'édition des <i>Lettres de</i> <span class="small1">Sévigné</span>, par M. <span class="small1">Monmerqué</span>,
-1820, in-8<sup>o</sup>, t. I; <i>Choix de Poésies</i>, p. <span class="small1">VII</span> et <span class="small1">VIII</span>.</p>
-
-<p><a id="Footnote_64" href="#FNanchor_64" class="label">[64]</a> <i>Ibid.</i>, t. I, p. <span class="small1">VIII</span>.</p>
-
-<p><a id="Footnote_65" href="#FNanchor_65" class="label">[65]</a> Madame <span class="small1">de Sévigné</span>, <i>Lettre</i> en date du 22 septembre 1680,
-t. VI, p. 469, édit. de Monmerqué.</p>
-
-<p><a id="Footnote_66" href="#FNanchor_66" class="label">[66]</a> <span class="small1">Bussy</span>, <i>Lettre à madame de Sévigné</i>, en date du 23 mai 1667, dans
-les <i>Lettres de</i> <span class="small1">Sévigné</span>, édit. de M., t. I, p. 11; t. I, p. 162, édit. de G.</p>
-
-<p><a id="Footnote_67" href="#FNanchor_67" class="label">[67]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettre</i> en date du 26 juillet 1668, t. I, p. 189, dans l'édition
-de G. de S.-G.; t. I, p. 133, édit. de Monmerqué.</p>
-
-<p><a id="Footnote_68" href="#FNanchor_68" class="label">[68]</a> <i>Lettre de</i> <span class="small1">Bussy</span> à madame de Sévigné, en date du 29 juillet 1668,
-dans les <i>Lettres de</i> <span class="small1">Sévigné</span>, t. I, p. 141, éd. de M.; t. I, p. 198, éd. de G.</p>
-
-<p><a id="Footnote_69" href="#FNanchor_69" class="label">[69]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettre</i> en date du 28 août 1668, t. I, p. 148, édit. de
-Monmerqué; t. I, p. 207, édit. de G. de S.-G.</p>
-
-<p><a id="Footnote_70" href="#FNanchor_70" class="label">[70]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettre</i> en date des 1<sup>er</sup> août 1667 et 9 août 1671, t. I,
-p. 117; et t. II, p. 149, édit. de Monmerqué.&mdash;<i>Mémoires de</i> <span class="small1">Coulanges</span>,
-p. 391.</p>
-
-<p><a id="Footnote_71" href="#FNanchor_71" class="label">[71]</a> <span class="small1">Papon</span>, <i>Histoire générale de Provence</i>, in-4<sup>o</sup>, t. IV, p. 819. Sur
-les exploits de Mérinville le père à la guerre, conférez <span class="small1">Loret</span>, <i>Gazette</i>,
-année 1656, liv. VII, p. 36.</p>
-
-<p><a id="Footnote_72" href="#FNanchor_72" class="label">[72]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (9 août 1671), t. II, p. 149, édit. de Monmerqué.&mdash;<span class="small1">Papon</span>,
-<i>Histoire générale de Provence</i>, t. IV, p. 819.</p>
-
-<p><a id="Footnote_73" href="#FNanchor_73" class="label">[73]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i>, t. I, p. 86 et 106; t. III, p. 418, édit. de Monmerqué.&mdash;<span class="small1">Saint-Simon</span>,
-<i>Mémoires</i>, t. XII, p. 59.</p>
-
-<p><a id="Footnote_74" href="#FNanchor_74" class="label">[74]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> en date du 21 novembre 1666 et du 20 mai
-1667, t. I, p. 109 et 111, édit. de M.; t. I, p. 154 et 156, édit. de G.</p>
-
-<p><a id="Footnote_75" href="#FNanchor_75" class="label">[75]</a> Loret était mort depuis peu de temps. Dans sa dernière gazette,
-qui est du 28 mars 1665, il expose ses infirmités, et dit presque adieu
-à ses lecteurs. Voyez <i>la Muse historique</i>, liv. XVI, p. 51 et 52.</p>
-
-<p><a id="Footnote_76" href="#FNanchor_76" class="label">[76]</a> <i>Recueil des plus belles Poésies des poëtes françois</i>; Paris,
-chez Claude Barbin, 1692, in-12, p. 325-328.&mdash;<i>Poésies de</i> <span class="small1">Saint-Pavin</span>;
-chez Leprieur, 1759, in-12, p. 62-71.&mdash;<span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i>,
-t. I; <i>Choix de Poésies</i>, p. <span class="small1">III</span>, édition de Monmerqué.</p>
-
-<p><a id="Footnote_77" href="#FNanchor_77" class="label">[77]</a> <i>Ballet royal des Muses</i>, dansé par Sa Majesté en 1666, dans les
-<i>&OElig;uvres de</i> <span class="small1">Benserade</span>, t. II, p. 357.&mdash;<i>Mélicerte</i>, comédie pastorale
-héroïque, par <span class="small1">J.-B. P. de Molière</span>, représentée pour la première fois
-à Saint-Germain en Laye, pour le Roy, au ballet des Muses, en décembre
-1666, par la troupe du Roy; dans les <i>&OElig;uvres posthumes</i> de monsieur
-<span class="small1">de Molière</span>; chez Denis Thierry, 1682, in-12, <i>imprimées pour
-la première fois</i>, t. VII des <i>&OElig;uvres</i>, p. 229.</p>
-
-<p><a id="Footnote_78" href="#FNanchor_78" class="label">[78]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettre</i> en date du 20 mai 1667, t. I, p. 113, édit. de
-Monmerqué, et p. 156 de l'édit. de G. de S.-G.</p>
-
-<p><a id="Footnote_79" href="#FNanchor_79" class="label">[79]</a> Louis XIV partit de Paris le 16 mai, et alla coucher à Champlâtreux.
-Conférez <span class="small1">Dallicourt</span>, <i>Campagne royale</i>, p. 4.</p>
-
-<p><a id="Footnote_80" href="#FNanchor_80" class="label">[80]</a> <span class="small1">Bussy</span>, <i>Lettres</i>, t. III, p. 29 et 30.&mdash;Sur les causes ou les prétextes
-de cette guerre, conférez <i>Dialogues sur les droits de La Reyne très-chrétienne</i>;
-Paris, de l'imprimerie d'Antoine Vitré, 1667, in-12 (23
-pages). Ce fut Louis XIV qui fit composer et répandre ce petit écrit; il
-est avoué par lui dans l'avertissement. La permission d'imprimer est du
-10 mai 1667. Grimoard, dans les <i>&OElig;uvres de</i> <span class="small1">Louis</span> XIV, t. III, p. 37,
-parle d'un <i>Traité des droits de la Reyne</i>, dont il y eut trois éditions.
-Est-ce le même écrit que le Dialogue?&mdash;Cf. <span class="small1">Mignet</span>, <i>Négociations relatives
-à la succession d'Espagne</i>, 1835, in-4<sup>o</sup>, t. I, p. 177-297, 391-495.</p>
-
-<p><a id="Footnote_81" href="#FNanchor_81" class="label">[81]</a> <span class="small1">Loret</span>, <i>Muse historique</i>, lettre 13, du 28 mars 1665, livre XVI,
-p. 50.</p>
-
-<p><a id="Footnote_82" href="#FNanchor_82" class="label">[82]</a> <span class="small1">Ramsay</span>, <i>Hist. du vicomte de Turenne</i>, édit. in-12, t. II, p. 141-144.</p>
-
-<p><a id="Footnote_83" href="#FNanchor_83" class="label">[83]</a> <span class="small1">Monglat</span>, <i>Mémoires</i>, t. LI, p. 139-142.</p>
-
-<p><a id="Footnote_84" href="#FNanchor_84" class="label">[84]</a> Le président <span class="small1">Hénault</span>, <i>Abrégé chronologique</i>, année 1667, t. III,
-p. 864, édit. W.&mdash;<span class="small1">Bussy</span>, <i>Hist. de Louis XIV</i>, 159-166.</p>
-
-<p><a id="Footnote_85" href="#FNanchor_85" class="label">[85]</a> <span class="small1">Louis</span> XIV, <i>&OElig;uvres</i>, t. II, p. 267-272.&mdash;<span class="small1">Bussy</span>, <i>Lettres</i>, t. V,
-p. 35.&mdash;<span class="small1">Lépicié</span>, <i>Vies des peintres du Roi</i>, p. 46.&mdash;<span class="small1">Eckard</span>,
-<i>États au vrai de toutes les sommes employées par Louis XIV</i>,
-chap. XVI, p. 59.&mdash;<i>Recueil de la Société des bibliophiles</i>, 1826,
-1 vol. in-8<sup>o</sup>. Gratifications faites par Louis XIV aux savants et aux
-hommes de lettres depuis 1664 jusqu'en 1679 (102 pages).</p>
-
-<p><a id="Footnote_86" href="#FNanchor_86" class="label">[86]</a> <span class="small1">Monglat</span>, <i>Mémoires</i>, t. LI, p. 141 et 142.</p>
-
-<p><a id="Footnote_87" href="#FNanchor_87" class="label">[87]</a> <span class="small1">Louis</span> XIV, <i>Mémoires historiques et Instructions au Dauphin</i>,
-dans les <i>&OElig;uvres</i>, t. II, p. 328.&mdash;<span class="small1">P. Dalicourt</span>, <i>la Campagne
-royale ès années 1667 et 1668</i>; Paris, chez la veuve Gervais, 1668,
-in-12, p. 77-131.</p>
-
-<p><a id="Footnote_88" href="#FNanchor_88" class="label">[88]</a> <span class="small1">Monglat</span>, <i>Mém.</i>, p. 51-146.&mdash;<span class="small1">Louis</span> XIV, <i>Mém. historiques</i>,
-t. II, p. 304, 306, 307.</p>
-
-<p><a id="Footnote_89" href="#FNanchor_89" class="label">[89]</a> <span class="small1">Dreux du Radier</span>, <i>Mémoires historiques et critiques des reines
-et régentes de France</i>, t. VI, p. 416 et 417. Les lettres patentes qui
-créent la terre de Vaujour et la baronnie de Saint-Christophe en duché-pairie
-sont du mois de mai 1671, datées de Saint-Germain en Laye.</p>
-
-<p><a id="Footnote_90" href="#FNanchor_90" class="label">[90]</a> <span class="small1">Bussy</span>, <i>Supplément aux Mémoires</i>, t. I, p. 59.&mdash;<span class="small1">Idem</span>, <i>Lettres</i>,
-t. V, p. 37 (<i>Lettre de</i> <span class="small1">Benserade</span> à Bussy, en date du 15 septembre
-1667).&mdash;<span class="small1">Idem</span>, t. III, p. 148 et 149 (<i>Lettre de</i> <span class="small1">Bussy</span>, en date du 10
-août 1669, à madame D...) (de Montmorency), (L***, à la fin de la
-page 148, est Lauzun).&mdash;<span class="small1">La Fare</span>, <i>Mémoires</i>, t. LXV, p. 105.&mdash;<span class="small1">La
-Beaumelle</span>, dans les <i>Mémoires de Maintenon</i>, t. I, p. 69.</p>
-
-<p><a id="Footnote_91" href="#FNanchor_91" class="label">[91]</a> <span class="small1">La Fare</span>, <i>Mémoires</i>, t. LXV, p. 165.&mdash;<span class="small1">Montpensier</span>, <i>Mémoires</i>,
-t. XLIII, p. 107, 109, 112, 115, 119, 120.&mdash;<span class="small1">Choisy</span>, <i>Mémoires</i>,
-t. LXIII, p. 397-403.</p>
-
-<p><a id="Footnote_92" href="#FNanchor_92" class="label">[92]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettre</i> en date du 20 mai 1667, t. I, p. 112 de l'édit.
-de Monmerqué.&mdash;<i>Ibid.</i>, t. I, p. 156, édit. de G. de S.-G.</p>
-
-<p><a id="Footnote_93" href="#FNanchor_93" class="label">[93]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i>, t. I, p. 159-161 de l'édit. de G. de S.-G.; t. I,
-p. 114 de l'édit. de Monmerqué.&mdash;<i>Suite des Mémoires du comte</i> <span class="small1">de
-Bussy-Rabutin</span>, mss. n<sup>o</sup> 221 de là bibliothèque de l'Institut.&mdash;<span class="small1">Bussy</span>,
-<i>Lettres</i>, t. I, p. 7 (en date du 23 mai 1667).&mdash;<i>Ibid.</i>, p. 12 (4 février
-et 6 avril 1668), p. 38 (27 mars 1670), p. 56 (13 mars 1671), p. 62
-(19 septembre 1671 ), p. 66 (8 décembre 1671), p. 128 (9 juin 1674),
-p. 134 (20 août 1674), p. 178 (20 novembre 1675).</p>
-
-<p><a id="Footnote_94" href="#FNanchor_94" class="label">[94]</a> <span class="small1">Bussy</span>, <i>Lettres</i>; Paris, in-12, 4 vol., 4<sup>e</sup> édition; et <i>Nouvelles
-Lettres</i>, t. V, VI et VII, 1727, in-12.</p>
-
-<p><a id="Footnote_95" href="#FNanchor_95" class="label">[95]</a> <span class="small1">Bussy</span>, <i>Lettres</i>, t. V, p. 66 (24 mars 1667, à madame de Montmorency);
-t. III, p. 49; <i>lettre de la marquise</i> <span class="small1">de Gouville</span>, en
-date du 12 août 1667.</p>
-
-<p><a id="Footnote_96" href="#FNanchor_96" class="label">[96]</a> <span class="small1">Bussy</span>, <i>Lettres</i>, t. V, p. 66, lettre en date du 24 mars 1669.</p>
-
-<p><a id="Footnote_97" href="#FNanchor_97" class="label">[97]</a> <span class="small1">Bussy</span>, <i>Lettres</i>, t. III, p. 33 et 65 (en date du 16 juin et du 25 décembre
-1667); cette dernière est adressée à dom Cosme.</p>
-
-<p><a id="Footnote_98" href="#FNanchor_98" class="label">[98]</a> <span class="small1">Bussy</span>, <i>Lettres</i>, t. V, p. 41, en date du 18 octobre 1667, à mademoiselle
-d'Armentières.&mdash;<span class="small1">Millin</span>, <i>Voyage</i>, t. I, p. 208-219,
-pl. XII de l'atlas.</p>
-
-<p><a id="Footnote_99" href="#FNanchor_99" class="label">[99]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i>, t. VIII, p. 249 (Lettre à Bussy, en date du 17
-juin 1687), et t. III, p. 371; t. V, p. 468; t. VII, p. 55 de l'édit. de
-G. de S.-G.</p>
-
-<p><a id="Footnote_100" href="#FNanchor_100" class="label">[100]</a> <span class="small1">Bussy</span>, <i>Lettres</i>, t. III, p. 264; Lettre de madame de Scudéry,
-en date du 26 septembre 1670; Lettres de mesdames de Scudéry, de
-Solvan-Sallier, etc.; Paris, 1806, Léopold Collin, p. 33.</p>
-
-<p><a id="Footnote_101" href="#FNanchor_101" class="label">[101]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i>, t. VII, p. 35; t. XI, p. 176, édit. de G. de S.-G.</p>
-
-<p><a id="Footnote_102" href="#FNanchor_102" class="label">[102]</a> <span class="small1">Bussy</span>, <i>Lettres</i>, t. IV, p. 73.&mdash;<span class="small1">Hamilton</span>, <i>Mémoires d'Hamilton</i>.
-(La traduction anglaise imprimée chez Bentley, 3 vol. in-8<sup>o</sup>, avec
-portraits coloriés, est préférable, à cause des notes.)</p>
-
-<p><a id="Footnote_103" href="#FNanchor_103" class="label">[103]</a> <span class="small1">Bussy</span>, <i>Lettres</i>, t. III, p. 136, 137, 155, 207, 308, 522, 523; t. V,
-p. 170 et 172. (Toutes les lettres de C** sont de Corbinelli.)</p>
-
-<p><a id="Footnote_104" href="#FNanchor_104" class="label">[104]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i>, t. II, p. 350 (en date du 5 janvier 1672), édit.
-de G. de S.-G.</p>
-
-<p><a id="Footnote_105" href="#FNanchor_105" class="label">[105]</a> <span class="small1">Bussy</span>, <i>Lettres</i>, t. III, p. 378 à 547; t. IV, p. 10 à 345.</p>
-
-<p><a id="Footnote_106" href="#FNanchor_106" class="label">[106]</a> <span class="small1">Bussy</span>, <i>Lettres</i>, t. VI, p. 45 à 356.</p>
-
-<p><a id="Footnote_107" href="#FNanchor_107" class="label">[107]</a> <span class="small1">Monmerqué</span>, <i>Notices biographiques sur les différentes éditions
-de madame de Sévigné</i>.</p>
-
-<p><a id="Footnote_108" href="#FNanchor_108" class="label">[108]</a> <span class="small1">Bayle</span>, <i>&OElig;uvres</i>, in-folio, t. IV, p. 776 (lettre du 4 décembre
-1698).&mdash;<i>Lettres choisies</i>; Rotterdam, 1714, t. II, p. 652.</p>
-
-<p><a id="Footnote_109" href="#FNanchor_109" class="label">[109]</a> <span class="small1">Bussy</span>, <i>Lettres</i>, édit. 1720, t. I, p. 18, 29, 68, 93, 341-364 (29
-septembre 1668, 1<sup>er</sup> mai 1672, 4 septembre 1680). Cette dernière
-lettre, qui renferme un grand nombre d'épigrammes de Martial et
-de Catulle, assez bien traduites par Bussy, a été entièrement omise
-par les éditeurs de madame de Sévigné, et forme une lacune dans sa
-correspondance avec son cousin, qui devra être réparée.</p>
-
-<p><a id="Footnote_110" href="#FNanchor_110" class="label">[110]</a> <span class="small1">Bussy</span>, <i>Lettres</i>, t. III, p. 39, 49, 50, 55, 64, 233; t. V, p. 11,
-40, 300, 310, 342.</p>
-
-<p><a id="Footnote_111" href="#FNanchor_111" class="label">[111]</a> Cf. <span class="small1">le Boef</span>, <i>Histoire du diocèse de Paris</i>, 8<sup>e</sup> partie, p. 9-11.</p>
-
-<p><a id="Footnote_112" href="#FNanchor_112" class="label">[112]</a> <span class="small1">Corrard de Bréban</span>, <i>Souvenirs d'une visite aux ruines d'Alis
-et au château de Bussy</i>, p. 22.&mdash;<span class="small1">Millin</span>, <i>Voyage dans les départements
-du midi de la France</i>, 1807, in-8<sup>o</sup>, t. I, p. 212.&mdash;Dans
-Millin, l'inscription paraît être rapportée moins exactement: il y a
-<i>Harville de Paloise</i>, au lieu d'<i>Harville de Palaiseau</i>.</p>
-
-<p><a id="Footnote_113" href="#FNanchor_113" class="label">[113]</a> <i>Lettres de madame</i> <span class="small1">de Scudéry</span>, p. 54, collection de Léopold
-Collin, lettre en date du 17 mars 1670.&mdash;<i>Lettres de mesdames</i> <span class="small1">de
-Montpensier</span>, <span class="small1">Montmorency</span>, etc., 1806, in-12.</p>
-
-<p><a id="Footnote_114" href="#FNanchor_114" class="label">[114]</a> <span class="small1">Bussy</span>, <i>Lettres</i>, t. V, p. 202, 203 (18 et 24 août 1671).</p>
-
-<p><a id="Footnote_115" href="#FNanchor_115" class="label">[115]</a> <span class="small1">Bussy</span>, <i>Lettres</i>, t. III, p. 77, 80-90. 112; t. V, p. 7, 41, 52, 70.</p>
-
-<p><a id="Footnote_116" href="#FNanchor_116" class="label">[116]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i>, t. III, p. 251 et 259, édit. de Monmerqué (lettres
-en date des 24 janvier et 20 mars 1675).&mdash;<span class="small1">Corrard de Bréban</span>,
-p. 23.&mdash;<span class="small1">Bussy</span>, <i>Lettres</i>, t. IV, p. 211, 337, 409; t. V, p. 155.</p>
-
-<p><a id="Footnote_117" href="#FNanchor_117" class="label">[117]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i>, t. X, p. 102, édit. de Monmerqué; t. XI,
-p. 182, édit. de G. de S.-G.; Lettre de madame <span class="small1">de Coulanges</span> à madame
-de Sévigné, le 20 juin 1695.&mdash;<span class="small1">Saint-Simon</span>, <i>Mémoires</i>, t. XX,
-p. 477.</p>
-
-<p><a id="Footnote_118" href="#FNanchor_118" class="label">[118]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i>, t. I, p. 284, édit. de G. de S.-G. et la note;
-t. I, p. 213, édit. de Monmerqué (lettre en date du 15 décembre
-1670).</p>
-
-<p><a id="Footnote_119" href="#FNanchor_119" class="label">[119]</a> <span class="small1">Bussy</span>, <i>Lettres</i>, t. V, p. 114 (Lettre du marquis <span class="small1">d'Hauterive</span>, en
-date du 8 novembre 1690).</p>
-
-<p><a id="Footnote_120" href="#FNanchor_120" class="label">[120]</a> Sur Roland Desmarets, conférez le <i>Ménagiana</i>, t. IV, p. 198;
-et <span class="small1">Weiss</span> et <span class="small1">Beuchot</span>, <i>Biographie universelle</i>, t. XI, p. 202.&mdash;<span class="small1">Niceron</span>,
-<i>Mémoires</i>, t. XXXV.</p>
-
-<p><a id="Footnote_121" href="#FNanchor_121" class="label">[121]</a> <span class="small1">Bussy</span>, <i>Lettres</i> t. V, p. 93, 97, 102; et t. III, p. 172-193, 201-244,
-303-671, 506-520.</p>
-
-<p><a id="Footnote_122" href="#FNanchor_122" class="label">[122]</a> <i>Lezione</i> <span class="small1">d'Egidio Menagio</span> <i>sopra'l sonnetto</i> VII <i>di misser Francesco
-Petrarca</i>, p. 62, à la suite du traité de <span class="small1">Ménage</span>, intitulé <i>Historia mulierum philosopharum</i>.&mdash;Conférez
-<span class="small1">Huetii</span> Ep. A. <i>Commentarius
-de rebus ad eum pertinentibus</i>, p. 204, 205.&mdash;<span class="small1">Bouhours</span>,
-<i>Recueil de vers choisis</i>; Paris, 1697, p. 45, 48, 51, ou p. 58 à 60 de
-l'édit. 1701.&mdash;<span class="small1">Moréri</span>, <i>Dictionnaire</i>, t. IV, article <span class="small1">Marie Dupré</span>.&mdash;<span class="small1">Weiss</span>,
-<i>Biographie universelle</i>, t. XII, p. 313, article <span class="small1">Marie Dupré</span>.&mdash;<span class="small1">Titon
-du Tillet</span>, <i>le Parnasse françois</i>, in-folio, 1732, p. 507.</p>
-
-<p><a id="Footnote_123" href="#FNanchor_123" class="label">[123]</a> <span class="small1">Bussy</span>, <i>Lettres</i>, t. III, p. 172 à 507.&mdash;Mademoiselle <span class="small1">Dupré</span>,
-<i>Lettres</i>, dans les <i>Lettres de mademoiselle</i> <span class="small1">de Montpensier</span>, <span class="small1">de
-Motteville</span>, etc.; Paris, 1806, Léopold Collin, p. 148 à 204.</p>
-
-<p><a id="Footnote_124" href="#FNanchor_124" class="label">[124]</a> <span class="small1">Carpentariana</span>, 1741, in-12, p. 383.</p>
-
-<p><a id="Footnote_125" href="#FNanchor_125" class="label">[125]</a> <i>Carpentariana</i>, 1741, p. 383.</p>
-
-<p><a id="Footnote_126" href="#FNanchor_126" class="label">[126]</a> <span class="small1">Bussy</span>, <i>Lettres</i>, t. III, p. 92 à 549; t. V, p. 174 à 429.</p>
-
-<p><a id="Footnote_127" href="#FNanchor_127" class="label">[127]</a> Elle se nommait Marie-Françoise-Martin Vast; c'était une demoiselle
-de Normandie. (Le Vast est un petit village à trois lieues
-de Valogne, département de la Manche.)</p>
-
-<p><a id="Footnote_128" href="#FNanchor_128" class="label">[128]</a> <span class="small1">Bussy</span>, <i>Lettres</i>, t. III, p. 356.&mdash;Madame <span class="small1">de Scudéry</span>, <i>Lettres</i>, 1806,
-in-12, p. 62 (lettre en date du 27 juin 1671), collect. Léop. Collin.</p>
-
-<p><a id="Footnote_129" href="#FNanchor_129" class="label">[129]</a> <span class="small1">Bussy</span>, <i>Lettres</i>, t. III, p. 391 et 392.&mdash;Madame <span class="small1">de Scudéry</span>,
-<i>Lettres</i>, p, 76 (lettre en date du 11 août 1671).</p>
-
-<p><a id="Footnote_130" href="#FNanchor_130" class="label">[130]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i>, t. X, p. 102, édit. de Monmerqué; t. XI,
-p. 182, édit. de G. de S.-G. (lettre en date du 20 juin 1695).&mdash;<span class="small1">Saint-Simon</span>,
-<i>Mémoires</i>, t. XX, p. 477.</p>
-
-<p><a id="Footnote_131" href="#FNanchor_131" class="label">[131]</a> <span class="small1">Montpensier</span>, <i>Mémoires</i>, t. XLII, p. 37 et 44.&mdash;<span class="small1">Tallemant des
-Réaux</span>, <i>Historiettes</i>, article <span class="small1">Vandy</span>, t. V, p. 102, édit. in-8<sup>o</sup>.&mdash;<span class="small1">Scudéry</span>,
-<i>Lettres</i>, p. 107 (lettre en date du 27 février 1673).</p>
-
-<p><a id="Footnote_132" href="#FNanchor_132" class="label">[132]</a> Madame <span class="small1">de Scudéry</span>, <i>Lettres</i>, p. 151, édit. in-12.&mdash;<span class="small1">Bussy</span>,
-<i>Lettres</i>, t. VI, p. 52.</p>
-
-<p><a id="Footnote_133" href="#FNanchor_133" class="label">[133]</a> Madame <span class="small1">de Scudéry</span>, <i>Lettres</i>, p. 97.</p>
-
-<p><a id="Footnote_134" href="#FNanchor_134" class="label">[134]</a> <i>Ibid.</i>, p. 175.</p>
-
-<p><a id="Footnote_135" href="#FNanchor_135" class="label">[135]</a> <span class="small1">Rapin</span>, <i>Hortorum libri quatuor</i>, 1666, in-12.</p>
-
-<p><a id="Footnote_136" href="#FNanchor_136" class="label">[136]</a> <span class="small1">Bussy</span>, <i>Lettres</i>, t. III, p. 378-380, 420-473, 530-547; t. IV, p. 8,
-45-70, 101-159, 214-260, 315-375, 408-488; t. VI, p. 6, 55, 108, 188.</p>
-
-<p><a id="Footnote_137" href="#FNanchor_137" class="label">[137]</a> Madame <span class="small1">de Scudéry</span>, <i>Lettres</i>, 1806, in-12, p. 63-65 (lettre en
-date du 27 juin 1671).&mdash;<span class="small1">Bussy</span>, <i>Lettres</i>, t. III, p. 357, 360, 363, 365,
-378, 380 (lettres des 27 juin, 17, 22, 24 juillet et 18 août 1671).</p>
-
-<p><a id="Footnote_138" href="#FNanchor_138" class="label">[138]</a> <i>Satires du sieur</i> D***; Paris, chez Claude Barbin, 1666, in-12,
-p. 16.&mdash;<i>Ibid.</i>, 2<sup>e</sup> édition, chez Frédéric Léonard; Paris, 1667, p. 25.</p>
-
-<div class="poetry"><div class="stanza">
-<p>Bienheureux Scutari, dont la fertile plume</p>
-<p>Peut tous les mois sans peine enfanter un volume,</p>
-<p>Tes écrits, il est vrai, sans force et languissants,</p>
-<p>Semblent être formés en dépit du bon sens:</p>
-<p>Mais ils trouvent pourtant, quoi qu'on en puisse dire,</p>
-<p>Un marchand pour les vendre, et des sots pour les lire.</p>
-</div></div>
-
-<p>Je ponctue ces vers comme ils le sont dans les deux premières éditions.
-Il y en avait deux autres avant, où le nom de Scudéry se trouvait
-sans déguisement; mais elles étaient subreptices et non avouées
-par l'auteur. Voyez <span class="small1">Berriat Saint-Prix</span>, <i>Boileau</i>, t. I, p. <span class="small1">CXXX</span>, <span class="small1">CXXXI</span>.</p>
-
-<p><a id="Footnote_139" href="#FNanchor_139" class="label">[139]</a> On nommait ainsi par ellipse les docteurs qui appartenaient à
-la maison de Sorbonne, pour les distinguer de ceux qui appartenaient
-à la maison de Navarre.</p>
-
-<p><a id="Footnote_140" href="#FNanchor_140" class="label">[140]</a> <i>Satires du sieur</i> D***, quatrième édition; Paris, chez Louis Billaine,
-Denys Thierry, Frédéric Léonard et Claude Barbin, 1668, in-12
-(14 pages, sans l'extrait du privilége).&mdash;Malgré le titre, qui porte
-<i>Satires</i> au pluriel, ce livre ne contient que la satire <span class="small1">VIII</span>, imprimée en
-plus petits caractères que ceux de la première et de la seconde édition.
-Les vers cités sont à la page 3, ligne 6-11.</p>
-
-<p><a id="Footnote_141" href="#FNanchor_141" class="label">[141]</a> Voyez une de nos notes dans notre édition de la Fontaine, ou
-des Poésies de Maucroix.</p>
-
-<p><a id="Footnote_142" href="#FNanchor_142" class="label">[142]</a> <i>Contes et Nouvelles en vers</i>, <i>par</i> M. <span class="small1">de la Fontaine</span>; Paris, chez
-Louis Billaine, 1669, in-12 (avec privilége du Roy). <i>La Coupe enchantée</i>,
-p. 204 à 208.</p>
-
-<p><a id="Footnote_143" href="#FNanchor_143" class="label">[143]</a> <i>Catalogue des livres de la bibliothèque de la Vallière</i>,
-1<sup>re</sup> partie, t. III, p. 265.&mdash;Malgré les mutilations qu'avait éprouvées
-le manuscrit de Bussy, le prix en fut porté à 2,400 livres à la vente
-de la Vallière.</p>
-
-<p><a id="Footnote_144" href="#FNanchor_144" class="label">[144]</a> <i>Contes et Nouvelles en vers</i>, <i>par</i> M. <span class="small1">de la Fontaine</span>, 1<sup>re</sup> édit.,
-1665; 2<sup>e</sup> édit., 1665; 3<sup>e</sup> édit., 1666; 4<sup>e</sup> édit., 1667; 5<sup>e</sup> édit., 1669, etc.</p>
-
-<p><a id="Footnote_145" href="#FNanchor_145" class="label">[145]</a> Les frères <span class="small1">Parfaict</span>, <i>Histoire du théâtre franç.</i>, t. X, p. 185,
-259, 294.</p>
-
-<p><a id="Footnote_146" href="#FNanchor_146" class="label">[146]</a> Madame <span class="small1">de Scudéry</span>, <i>Lettres</i>, 1806, in-12, p. XII.&mdash;<span class="small1">Boileau</span>,
-<i>&OElig;uvres</i>, édit. de Saint-Marc, 1747, t. I, p. 118; édit. Saint-Surin,
-t. I, p. 183.</p>
-
-<p><a id="Footnote_147" href="#FNanchor_147" class="label">[147]</a> <span class="small1">Bussy</span>, <i>Lettres</i>, t. III, p. 1, 8, 9, 13, 48, 96, etc.</p>
-
-<p><a id="Footnote_148" href="#FNanchor_148" class="label">[148]</a> Le château de Chazeu est dans la paroisse de Laizy, près d'Autun,
-et non de Loizy, comme il est écrit dans la dissertation de M. Xavier
-Girault sur les ancêtres de madame de Sévigné, p. LIV des <i>Lettres</i>
-inédites de Sévigné, édit. 1819, in-12, ou p. XL de l'édition de 1816,
-in-8<sup>o</sup>. Loizy est dans la sous-préfecture de Louhans, loin d'Autun.&mdash;Bussy-le-Grand
-est près de Flavigny.&mdash;Conférez <span class="small1">Corrard de
-Bréban</span>, <i>Souvenirs</i>, p. 18 et 19.</p>
-
-<p><a id="Footnote_149" href="#FNanchor_149" class="label">[149]</a> <span class="small1">Bussy</span>, <i>Lettres</i>, t. I, p. 38; t. III, p. 39.</p>
-
-<p><a id="Footnote_150" href="#FNanchor_150" class="label">[150]</a> <span class="small1">Bussy</span>, <i>Lettres</i>, t. V, p. 203, 204 (lettre en date du 24 août
-1671).</p>
-
-<p><a id="Footnote_151" href="#FNanchor_151" class="label">[151]</a> <span class="small1">Monmerqué</span>, dans l'édition de <span class="small1">Sévigné</span>, 1820, in-8<sup>o</sup>, t. I, p. 119,
-notes.</p>
-
-<p><a id="Footnote_152" href="#FNanchor_152" class="label">[152]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i>, t. II, p. 295, édit. de Monmerqué (lettre en
-date du 15 janvier 1672); t. II, p. 348, édit. de G. de S.-G.</p>
-
-<p><a id="Footnote_153" href="#FNanchor_153" class="label">[153]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i>, t. I, p. 116, édit. de M.; t. I, p. 164, édit. de
-G. de S.-G. (lettre du 1<sup>er</sup> août 1667).</p>
-
-<p><a id="Footnote_154" href="#FNanchor_154" class="label">[154]</a> <span class="small1">Arnauld d'Andilly</span>, <i>Mémoires</i>, t. XXXIII et XXXIV, collection
-de Petitot.</p>
-
-<p><a id="Footnote_155" href="#FNanchor_155" class="label">[155]</a> <i>Lettres de</i> M. <span class="small1">Arnauld d'Andilly</span>; Paris, chez Michel Bobin,
-1666, in-12. Dans l'article de la <i>Biographie universelle</i> sur cet auteur
-il n'est fait aucune mention de ses lettres; mais Bayle les avait
-lues, et en parle. Voyez <span class="small1">Bayle</span>, <i>Dictionnaire hist. et crit.</i>, édit.
-1720, in-fol., t. I, p. 337, art. <span class="small1">Arnauld d'Andilly</span> (Robert). J'apprends,
-par cet article, que Richelet a donné une nouvelle édition de ces lettres
-en 1694. Voyez <span class="small1">Perrault</span>, <i>les Hommes illustres qui ont paru</i>
-<i>en France</i>; Paris, 1697, in-folio, p. 55. La notice sur Arnauld d'Andilly
-y est accompagnée d'un beau portrait gravé.</p>
-
-<p><a id="Footnote_156" href="#FNanchor_156" class="label">[156]</a> <i>La Princesse de Montpensier</i>; Paris, chez Charles de Sercy,
-1662, in-12 de 142 pages (le privilége est accordé à Augustin
-Courbé).</p>
-
-<p><a id="Footnote_157" href="#FNanchor_157" class="label">[157]</a> Petr. <span class="small1">Daniel Huetii</span> <i>Commentarius de rebus ad eum pertinentibus</i>,
-1718, in-8<sup>o</sup>, p. 204.&mdash;Id., <i>Origines de la ville de Caen</i>,
-2<sup>e</sup> édit., 1706, p. 408, chap. XXIV, art. <span class="small1">Jean Renaud</span>, sieur <span class="small1">de Segrais</span>.&mdash;<span class="small1">Petitot</span>,
-<i>Notice sur madame de la Fayette</i>, t. LIV de
-la collection des <i>Mém. sur l'hist. de France</i>.&mdash;<span class="small1">Segrais</span>, <i>&OElig;uvres</i>,
-t. II, p. 7 et 27.</p>
-
-<p><a id="Footnote_158" href="#FNanchor_158" class="label">[158]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i>, t. I, p. 187, édit. de G. de S.-G. <i>Lettre de</i> <span class="small1">la
-Rochefoucauld</span> au comte de Guitaud, 20 août 1667.</p>
-
-<p><a id="Footnote_159" href="#FNanchor_159" class="label">[159]</a> Anne d'Autriche et Henriette-Marie, femme de Charles I<sup>er</sup>.</p>
-
-<p><a id="Footnote_160" href="#FNanchor_160" class="label">[160]</a> <i>Mémoires de</i> <span class="small1">Motteville</span>, et <i>Notice</i>, t. XXXVI à XL de la collection
-des <i>Mém. sur l'hist. de France</i>, par <span class="small1">Petitot</span>.</p>
-
-<p><a id="Footnote_161" href="#FNanchor_161" class="label">[161]</a> <span class="small1">Gault de Saint-Germain</span>, dans son édition des <i>Lettres de madame
-de Sévigné</i>, t. I, p. 165, note 1.</p>
-
-<p><a id="Footnote_162" href="#FNanchor_162" class="label">[162]</a> <i>Nouveau recueil de pièces choisies</i>; Paris, chez Claude Barbin,
-1664, in-12, p. 114 à 116.</p>
-
-<p><a id="Footnote_163" href="#FNanchor_163" class="label">[163]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i>, t. I, p. 164, note 5, édit. de G. de S.-G.; t. I,
-p. 117, note et édit. de M.</p>
-
-<p><a id="Footnote_164" href="#FNanchor_164" class="label">[164]</a> <span class="small1">Sandraz de Courtis</span>, <i>Histoire du maréchal duc de la Feuillade,
-nouvelle galante et historique</i>, 1713, p. 111-113. Sandraz
-écrit Sessac, et Saint-Évremont Saissac. En écartant le romanesque
-du mauvais ouvrage de Sandraz, on y trouve des faits vrais, conformes
-à ce qu'on lit ailleurs. Saint-Évremont fait allusion à son
-habitude de tricher au jeu, qui était incommode pour ses amis. <span class="small1">Mignet</span>,
-<i>Négociations de Louis XIV</i>, p. 253 et 254.</p>
-
-<p><a id="Footnote_165" href="#FNanchor_165" class="label">[165]</a> <i>Lettres de madame</i> <span class="small1">de Rabutin-Chantal</span>, <i>marquise</i> <span class="small1">de Sévigné</span>,
-<i>à madame la comtesse de Grignan, sa fille</i>; la Haye, Pierre Gosse,
-1726, in-12, t. II, p. 36 et 37. Le nom est écrit Sessac en toutes lettres;
-on ne laissa que les initiales dans les éditions suivantes. Tallemant
-des Réaux écrit Cessac, t. I, p. 304, in-8<sup>o</sup>, ou t. II, p. 102,
-in-12.&mdash;<span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i>, t. I, p. 217 et 293, édit. M.; t. I, p. 164
-et 380, édit. de G. de S.-G. (lettres en date du 1<sup>er</sup> août 1667 et du
-10 mars 1675); t. III, p. 208 (du 12 janvier 1674); t. VI, p. 136 (du
-31 janvier 1680).&mdash;<span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i>, t. X, p. 310, édit. de M.&mdash;Conférez
-<span class="small1">Tallemant des Réaux</span>, <i>Historiettes</i>, t. I, p. 304, édit. in-8<sup>o</sup>;
-t. II, p. 102, in-12.&mdash;<i>Historiettes</i>, XLIV, <span class="small1">d'Alincourt</span>. Cette historiette
-est relative au frère aîné, le comte de Clermont-Lodève, marquis
-de Cessac.</p>
-
-<p><a id="Footnote_166" href="#FNanchor_166" class="label">[166]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i>, t. II, p. 330 et 339, édit. de M. (lettres en date
-des 17 janvier et 26 février 1672).&mdash;<span class="small1">La Fontaine</span>, VII, 11, <i>le
-Curé et le Mort</i>, t. II, p. 33, édit. 1827, in-8<sup>o</sup>.</p>
-
-<p><a id="Footnote_167" href="#FNanchor_167" class="label">[167]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i>, t. I, p. 119, édit. de M.&mdash;Ibid., t. I, p. 167,
-édit. de G. de S.-G. (lettre en date du 1<sup>er</sup> août 1667).</p>
-
-<p><a id="Footnote_168" href="#FNanchor_168" class="label">[168]</a> Voyez ci-dessus, chap. I, p. 21 et 24.&mdash;<i>Recueil de quelques
-pièces nouvelles et galantes</i>, 1667, 2<sup>e</sup> partie, p. 80 et 83.</p>
-
-<p><a id="Footnote_169" href="#FNanchor_169" class="label">[169]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i>, t. I, p. 117, édit. de M. (lettre en date du
-1<sup>er</sup> août 1667).</p>
-
-<p><a id="Footnote_170" href="#FNanchor_170" class="label">[170]</a> Frères <span class="small1">Parfaict</span>, <i>Histoire du Théâtre françois</i>, t. X, p. 151 à
-189.&mdash;<span class="small1">Taschereau</span>, <i>Hist. de Molière</i>, 3<sup>e</sup> édit., p. 113.</p>
-
-<p><a id="Footnote_171" href="#FNanchor_171" class="label">[171]</a> Peut-être le Tellier avait-il été chargé d'épier les démarches du
-cardinal de Retz, qui rendit de grands services à Louis XIV en faisant
-nommer pape le cardinal Rospigliosi, favorable à la France. Son
-exaltation eut lieu le 20 juin 1667, sous le nom de Clément IX. Retz
-retourna aussitôt en France, et se trouvait à Commercy le 13 août;
-mais le Tellier resta à Rome, comme le prouve la lettre de madame
-de Sévigné. Conférez la lettre de Retz, datée de Rome le 20 juin,
-dans <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i>, édit. de G. de Saint-Germain, t. I, p. 163.&mdash;Autre
-lettre de Retz, du 14 août 1667, dans la <i>Vie du cardinal de
-Rais</i>, 1836, in-8<sup>o</sup>, p. 609, édition Champollion.</p>
-
-<p><a id="Footnote_172" href="#FNanchor_172" class="label">[172]</a> En 1671. Conférez <i>Gallia christiana</i>, t. IX, p. 161, 164.&mdash;<span class="small1">Bussy</span>,
-<i>Lettres</i>, t. III, p. 97 (lettre du chancelier le Tellier, en date du
-3 juillet 1668). Le Tellier était abbé de Saint-Remy de Reims, et avait
-été d'abord coadjuteur de l'évêque de Langres.&mdash;<span class="small1">Fr. de Maucroix</span>,
-<i>Mémoires</i>, 1842, in-12, p. 17 et 34, chap. XIV et XXI.</p>
-
-<p><a id="Footnote_173" href="#FNanchor_173" class="label">[173]</a> <span class="small1">Choisy</span>, <i>Mémoires</i>, t. LXIII, p. 449-459.&mdash;<span class="small1">Sévigné</span>, t. III, p. 336
-(5 février 1674); t. IV, p. 16 (6 août 1675); t. XI, p. 196 (8 juillet
-1695), édit. de G. de S.-G.</p>
-
-<p><a id="Footnote_174" href="#FNanchor_174" class="label">[174]</a> <span class="small1">Michel de Marolles</span>, <i>Mémoires</i>, 1755, in-12, t. II, p. 103; et
-t. III, p. 260.&mdash;<span class="small1">Sévigné</span> (31 mai et 21 juin 1680), t. VII, p. 11, 59,
-édit. de G.; t. VI, p. 297 et p. 333, édit. M.</p>
-
-<p>L'<i>Histoire de madame de Maintenon</i> (voir son histoire par M. le
-duc de Noailles, t. II, p. 2, 1848, in-8<sup>o</sup>) raconte la chose autrement:
-ce fut madame de Maintenon qui appliqua cette devise à la Dauphine,
-en faisant présent au Dauphin d'une canne dont la pomme
-renfermait le portrait de la Dauphine avec cette devise: <i>Il piu
-grato nasconde</i>.</p>
-
-<p><a id="Footnote_175" href="#FNanchor_175" class="label">[175]</a> <span class="small1">Louis XIV</span>, <i>&OElig;uvres</i>, t. II, p. 344.</p>
-
-<p><a id="Footnote_176" href="#FNanchor_176" class="label">[176]</a> <span class="small1">Louis XIV</span>, <i>&OElig;uvres</i>, t. II, p. 233; t. III, p. 89.</p>
-
-<p><a id="Footnote_177" href="#FNanchor_177" class="label">[177]</a> <span class="small1">Monglat</span>, <i>Mémoires</i>, t. LI, p. 149.</p>
-
-<p><a id="Footnote_178" href="#FNanchor_178" class="label">[178]</a> <span class="small1">Bussy</span>, <i>Lettres</i>, t. V, p. 49 (16 février 1668).</p>
-
-<p><a id="Footnote_179" href="#FNanchor_179" class="label">[179]</a> <span class="small1">Louis XIV</span>, <i>&OElig;uvres</i>, t. II, p. 349.&mdash;<span class="small1">Bussy</span>, <i>Lettres</i>, t. III,
-p. 82 (16 février 1668).</p>
-
-<p><a id="Footnote_180" href="#FNanchor_180" class="label">[180]</a> <span class="small1">Montpensier</span>, <i>Mémoires</i>, t. XLIII, p. 120.&mdash;<span class="small1">Monglat</span>, <i>Mémoires</i>,
-t. LI, p. 56.&mdash;<span class="small1">Louis</span> XIV, <i>&OElig;uvres</i>, t. II, p. 354. (<span class="small1">Monglat</span> dit
-douze jours, <span class="small1">Louis</span> XIV quinze.)</p>
-
-<p><a id="Footnote_181" href="#FNanchor_181" class="label">[181]</a> <span class="small1">Monglat</span>, <i>Mémoires</i>, t. LI, p. 159-160.</p>
-
-<p><a id="Footnote_182" href="#FNanchor_182" class="label">[182]</a> <span class="small1">Ramsay</span>, <i>Histoire du vicomte de Turenne</i>; Paris, 1773, in-12,
-t. II, p. 144.</p>
-
-<p><a id="Footnote_183" href="#FNanchor_183" class="label">[183]</a> Le général <span class="small1">Grimoard</span>, <i>Lettres aux éditeurs des &OElig;uvres de
-Louis XIV</i>, t. III, p. 7.</p>
-
-<p><a id="Footnote_184" href="#FNanchor_184" class="label">[184]</a> <span class="small1">Racine</span>, <i>Fragments historiques</i>, t. V, p. 303, édit. de 1820,
-in-8<sup>o</sup>, article <span class="small1">Turenne</span>.&mdash;<span class="small1">Bussy-Rabutin</span>, <i>Lettres</i>, t. V, p. 59.&mdash;Id.,
-<i>Supplément aux Mémoires</i>, t. I, p. 75.</p>
-
-<p><a id="Footnote_185" href="#FNanchor_185" class="label">[185]</a> <span class="small1">Louis XIV</span>, <i>&OElig;uvres</i>, t. II, p. 363; t. III, p. 109.</p>
-
-<p><a id="Footnote_186" href="#FNanchor_186" class="label">[186]</a> <span class="small1">La Fare</span>, <i>Mémoires</i>, t. LXV, p. 166.&mdash;<span class="small1">Eckard</span>, <i>Dépenses effectives
-de Louis XIV en bâtiments</i>, p. 23-39, 41-48.&mdash;Id., <i>États
-au vrai</i>, p. 23 à 29.</p>
-
-<p><a id="Footnote_187" href="#FNanchor_187" class="label">[187]</a> <span class="small1">Monglat</span>, <i>Mémoires</i>, t. LI, p. 161.&mdash;<span class="small1">La Fare</span>, <i>Mémoires</i>,
-t. LXV, p. 167.</p>
-
-<p><a id="Footnote_188" href="#FNanchor_188" class="label">[188]</a> <span class="small1">Eckard</span>, <i>États au vrai de toutes les sommes employées par
-Louis XIV</i>, etc., p. 25, 39, 55, 57 et 59.&mdash;<span class="small1">Lépicié</span>, <i>Vie des premiers
-peintres du roi</i>, t. I, p. 46; Paris, 1752, in-12.&mdash;<span class="small1">Guérin</span>,
-<i>Description de l'Académie royale de peinture et de sculpture</i>.</p>
-
-<p><a id="Footnote_189" href="#FNanchor_189" class="label">[189]</a> <span class="small1">La Fontaine</span>, <i>Psyché</i>, et les notes insérées t. V, p. 30 à 36, de
-l'édition in-8<sup>o</sup> de 1826.&mdash;<span class="small1">Félibien</span>, <i>Description sommaire du château
-de Versailles</i>, 1674, in-12.</p>
-
-<p><a id="Footnote_190" href="#FNanchor_190" class="label">[190]</a> Sur l'abbé de Montigny, qui devint évêque de Léon, voyez <span class="small1">Sévigné</span>,
-<i>Lettres</i>, t. II, p. 237 et 245, édit. de G. de S.-G. (en date
-des 23 et 30 sept. 1671).</p>
-
-<p><a id="Footnote_191" href="#FNanchor_191" class="label">[191]</a> <i>Relation de la fête de Versailles donnée le 18 juillet 1668
-à M. le marquis de Fuentès, par l'abbé</i> <span class="small1">de Montigny</span> (<i>Manuscrits
-de</i> <span class="small1">Corrart</span>, t. IX, p. 1109, bibliothèque de l'Arsenal).</p>
-
-<p><a id="Footnote_192" href="#FNanchor_192" class="label">[192]</a> <span class="small1">Gourville</span>, <i>Mémoires</i>, t. LII, p. 410.</p>
-
-<p><a id="Footnote_193" href="#FNanchor_193" class="label">[193]</a> <span class="small1">Molière</span>, <i>&OElig;uvres</i>, édition d'Auger, t. VII, p. 287 à 331; édition
-d'Aimé-Martin, t. VI, p. 267-318.&mdash;<span class="small1">Félibien</span>, <i>Relation de la fête
-de Versailles du 18 juillet 1668</i>; Paris, in-folio, 1679, avec cinq
-planches.&mdash;Idem, <i>Descript. de divers ouvrages de peinture faits
-pour le roi</i>; 1671, in-12, p. 229 à 315.</p>
-
-<p><a id="Footnote_194" href="#FNanchor_194" class="label">[194]</a> <span class="small1">Choisy</span>, <i>Mémoires</i>, t. LXIII, p. 397.&mdash;<span class="small1">Montpensier</span>, <i>Mémoires</i>,
-t. XLIII, p. 121.</p>
-
-<p><a id="Footnote_195" href="#FNanchor_195" class="label">[195]</a> Lettres inédites, tirées du 3<sup>e</sup> volume des <i>Mémoires inédits de</i>
-<span class="small1">Bussy</span>, mss. de la bibl. de l'Institut, n<sup>o</sup> 221; <i>Lettres de</i> <span class="small1">Sévigné</span>, t. I,
-p. 43 de la Notice bibliographique, édit. de Monmerqué.</p>
-
-<p><a id="Footnote_196" href="#FNanchor_196" class="label">[196]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i>, t. I, p. 182, édit. de G. de S.-G. (en date du
-17 juillet 1668).</p>
-
-<p><a id="Footnote_197" href="#FNanchor_197" class="label">[197]</a> <span class="small1">Félibien</span>, <i>Relation de la fête du 18 juillet 1668</i>, dans les <i>&OElig;uvres
-de</i> <span class="small1">Molière</span>, t. VII, p. 287 à 315, édit. d'Auger; ou t. VI, p. 300,
-édit. d'Aimé-Martin, 1824, in-8<sup>o</sup>.&mdash;Idem, <i>Recueil de descriptions
-de peintures et autres ouvrages faits pour le roi</i>, 1671, p. 283.</p>
-
-<p><a id="Footnote_198" href="#FNanchor_198" class="label">[198]</a> Voyez p. 345 de la seconde partie de ces <i>Mémoires</i>, ch. <span class="small1">XXIV</span>.</p>
-
-<p><a id="Footnote_199" href="#FNanchor_199" class="label">[199]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i>, t. I, p. 120, édit. de Monmerqué.&mdash;Idem,
-t. I, p. 172, édit. de G. de S.-G. (lettre en date du 6 juin 1668).</p>
-
-<p><a id="Footnote_200" href="#FNanchor_200" class="label">[200]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i>, t. II, p. 2, 3, 465; t. IV, p. 240; t. VII, p. 133;
-t. IX, p. 191; t. X, p. 413.</p>
-
-<p><a id="Footnote_201" href="#FNanchor_201" class="label">[201]</a> L'abbé <span class="small1">Arnauld</span>, <i>Mémoires</i>, t. XXXIV, p. 302, 305, 306, et
-ci-dessus, 2<sup>e</sup> partie de ces <i>Mémoires</i>, p. 101 et 102, chap. <span class="small1">VIII</span>.</p>
-
-<p><a id="Footnote_202" href="#FNanchor_202" class="label">[202]</a> <span class="small1">Maintenon</span>, <i>Lettres</i>, t. I, p. 38.&mdash;Idem, édit. de Collin, 1806,
-t. I, p. 36-44 (lettres à madame de Chanteloup, 28 avril, 11 juillet
-1666).&mdash;<span class="small1">Caylus</span>, <i>Souvenirs</i>, collect. de Petitot, t. LXVI, p. 443.&mdash;Idem,
-édit. Renouard, 1806, in-12, p. 84.&mdash;<span class="small1">Avrigny</span>, <i>Mém. chronologiques</i>
-(édit. 1725), t. III, p. 189.&mdash;<span class="small1">La Beaumelle</span>, <i>Mémoires</i>.</p>
-
-<p><a id="Footnote_203" href="#FNanchor_203" class="label">[203]</a> <span class="small1">La Beaumelle</span>, <i>Mémoires de Maintenon</i>, t. I, p. 285.&mdash;<span class="small1">Maintenon</span>,
-<i>Lettres</i>, t. I, p. 43 (lettre à madame de Chanteloup, en date
-du 11 juillet 1666).&mdash;<i>Ibid.</i>, t. I, p. 40, 41, 48.</p>
-
-<p><a id="Footnote_204" href="#FNanchor_204" class="label">[204]</a> <i>&OElig;uvres de</i> <span class="small1">M. Scarron</span>, revues, corrigées et augmentées; Paris,
-Guillaume de Luyne, 1669, in-12.</p>
-
-<p><a id="Footnote_205" href="#FNanchor_205" class="label">[205]</a> <i>Les dernières &OElig;uvres de</i> <span class="small1">M. Scarron</span>, divisées en deux parties;
-Paris, Guillaume de Luyne, 1669, in-12, t. I, p. 21, à madame de
-Sévigny la veuve. (La lettre suivante, à tort intitulée <i>à madame
-de Sévigny la marquise</i>, est adressée à madame Renaud de Sévigné,
-mère de madame de la Fayette. Conférez la 1<sup>re</sup> partie de ces <i>Mémoires</i>,
-chap. <span class="small1">XVI</span>, t. I, p. 226.)</p>
-
-<p><a id="Footnote_206" href="#FNanchor_206" class="label">[206]</a> <span class="small1">Maintenon</span>, <i>Lettres</i>, édit. de 1806, in-12, t. I, p. 43 (à madame
-de Chanteloup, 11 juillet 1666).</p>
-
-<p><a id="Footnote_207" href="#FNanchor_207" class="label">[207]</a> Les <i>Amours de Psiché</i> (sic) <i>et de Cupidon</i>, <i>par</i> <span class="small1">M. de la Fontaine</span>;
-Paris, chez Claude Barbin, 1669, in-8<sup>o</sup>.&mdash;A la page 441
-commence le poëme d'<i>Adonis</i>; le privilége est du 2 mai 1668.&mdash;Conférez
-l'<i>Histoire de la vie et des ouvrages de la Fontaine</i>,
-3<sup>e</sup> édition, p. 172 à 190.</p>
-
-<p><a id="Footnote_208" href="#FNanchor_208" class="label">[208]</a> «Et leurs plaisirs sont moins doux que ses peines.» <i>Psyché</i>,
-p. 56, édit. 1669.</p>
-
-<p><a id="Footnote_209" href="#FNanchor_209" class="label">[209]</a> <i>Vie de monsieur le duc de Montausier</i>, t. II, p. 8, 18 et 20.</p>
-
-<p><a id="Footnote_210" href="#FNanchor_210" class="label">[210]</a> <i>Hist. de la vie et des ouvr. de la Fontaine</i>, 3<sup>e</sup> édit., p. 210.</p>
-
-<p><a id="Footnote_211" href="#FNanchor_211" class="label">[211]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i>, t. V, p. 216, édit. de M.&mdash;<i>Ibid.</i>, t. V, p. 378,
-édit. de G. de S.-G.</p>
-
-<p><a id="Footnote_212" href="#FNanchor_212" class="label">[212]</a> <span class="small1">Étienne</span>, <i>Notice sur le Tartuffe</i> (dans la 1<sup>re</sup> livraison du <i>Théâtre
-français</i> de Panckouke; il n'a paru que cette livraison).&mdash;<span class="small1">Auger</span>,
-<i>&OElig;uvres de Molière</i>, t. VI, p. 192-199.&mdash;<span class="small1">Taschereau</span>, <i>Vie de Molière</i>,
-2<sup>e</sup> édit., 1818, in-8<sup>o</sup>, p. 189 à 213.&mdash;<i>Ibid.</i>, 3<sup>e</sup> édit., in-12,
-p. 115-126.</p>
-
-<p><a id="Footnote_213" href="#FNanchor_213" class="label">[213]</a> <i>Britannicus</i>; Paris, Claude Barbin, 1670, in-12 (80 pages sans
-l'épître et la préface).&mdash;<span class="small1">Racine</span>, <i>&OElig;uvres</i>; Paris, 1687, in-12,
-p. 225 à 229.</p>
-
-<p><a id="Footnote_214" href="#FNanchor_214" class="label">[214]</a> <i>Le Tartuffe</i> ou <i>l'Imposteur</i>, comédie de J.-B. P. <span class="small1">de Molière</span>,
-imprimée aux dépens de l'auteur. Chez Ribou, 1669, petit
-in-12.</p>
-
-<p><a id="Footnote_215" href="#FNanchor_215" class="label">[215]</a> <i>Fables choisies, mises en vers par</i> <span class="small1">M. de la Fontaine</span>, 1668,
-in-4<sup>o</sup>.&mdash;<i>Ibid.</i>, in-12, 1668 et 1669.</p>
-
-<p><a id="Footnote_216" href="#FNanchor_216" class="label">[216]</a> <i>Satires du sieur D***</i>; Paris, Louis Billaine, 1668, in-12.&mdash;Quoique
-ce mot <i>satires</i> soit au pluriel sur le titre, il n'y a que la satire
-IX précédée du discours (16 pages).&mdash;<i>Satires du sieur D***</i>;
-Paris, Louis Billaine, 1669, in-12, 76 pages et le discours; cette
-édition contient les neuf premières satires.</p>
-
-<p><a id="Footnote_217" href="#FNanchor_217" class="label">[217]</a> <span class="small1">Bussy</span>, <i>Lettres</i>, t. III, p. 108 et 109 (lettre en date du 16 septembre
-1668). Cette lettre apprend que la neuvième satire de Boileau
-avait été envoyée à Bussy le mois précédent.</p>
-
-<p><a id="Footnote_218" href="#FNanchor_218" class="label">[218]</a> <span class="small1">Fr. Bourgoin de Villefort</span>, <i>la Véritable vie d'Anne-Geneviève
-de Bourbon, duchesse de Longueville</i>; Amsterdam, chez
-Jean-Fr. Joly, 1739, in-12, t. II, p. 105-118, 119-124, liv. <span class="small1">VI</span>.&mdash;(L'édition
-de Paris de ce même ouvrage, qui porte pour titre <i>Vie de madame
-la duchesse de Longueville</i>, t. V, 1738, est très-incomplète;
-les retranchements ont surtout porté sur ce livre <span class="small1">VI</span>.)</p>
-
-<p><a id="Footnote_219" href="#FNanchor_219" class="label">[219]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i>, t. II, p. 246 et 252; t. IV, p. 260; t. V,
-p. 249; t. VII, p. 6, 215; t. X, p. 237; t. XI, p. 239, édit. de
-G. de S.-G.</p>
-
-<p><a id="Footnote_220" href="#FNanchor_220" class="label">[220]</a> <span class="small1">Petitot</span>, <i>Notice sur Port-Royal</i>, collection des Mémoires,
-t. XXXIII, p. 199. Le souvenir du P. Desmares se conserva longtemps;
-car, plus de vingt ans après, Boileau disait:</p>
-
-<p class="quote">Desmares dans Saint-Roch n'aurait pas mieux prêché. (<i>Sat. X.</i>)</p>
-
-<p><a id="Footnote_221" href="#FNanchor_221" class="label">[221]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i>, t. I, p. 208-284.&mdash;Idem, p. 286-288, édit.
-de M.</p>
-
-<p><a id="Footnote_222" href="#FNanchor_222" class="label">[222]</a> <span class="small1">L.-F. de Bausset</span>, <i>Hist. de J.-B. Bossuet</i>, 1814, in-8<sup>o</sup>, liv. <span class="small1">III</span>,
-t I, p. 231 à 234.</p>
-
-<p><a id="Footnote_223" href="#FNanchor_223" class="label">[223]</a> <i>Zayde, histoire espagnole</i>, <i>par</i> <span class="small1">M. Segrais</span>, avec un <i>Traité sur
-l'origine des romans</i>, <i>par</i> <span class="small1">M. Huet</span>; Paris, Claude Barbin, 1670, in-8<sup>o</sup>
-(le privilége est du 8 octobre 1669).</p>
-
-<p><a id="Footnote_224" href="#FNanchor_224" class="label">[224]</a> <span class="small1">Bussy</span>, <i>Nouvelles lettres</i>, 2 vol., t. V, p. 126 (lettre en date du
-18 décembre 1669). C'était bien une nouveauté, car à la fin du privilége
-de <i>Zayde</i> il est dit: «Achevé d'imprimer pour la première
-fois le 20 novembre 1669.»</p>
-
-<p><a id="Footnote_225" href="#FNanchor_225" class="label">[225]</a> <span class="small1">Huetii</span> <i>Commentarius de rebus ad eum pertinentibus</i>, 1718,
-in-12, p. 20.&mdash;Les <i>Origines de la ville de Caen</i>, 2<sup>e</sup> édit., in-8<sup>o</sup>,
-1706, p. 409. Id.</p>
-
-<p><a id="Footnote_226" href="#FNanchor_226" class="label">[226]</a> Il s'en fit un grand nombre d'éditions séparées.&mdash;<i>Traité sur
-l'origine des romans</i>, <i>de</i> <span class="small1">M. Huet</span>; 1685, in-12, 6<sup>e</sup> édit.</p>
-
-<p><a id="Footnote_227" href="#FNanchor_227" class="label">[227]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i>, t. I, p. 152, édit. de M.&mdash;Idem, t. I, p. 211,
-édit. de G. de S.-G. (7 septembre 1668).</p>
-
-<p><a id="Footnote_228" href="#FNanchor_228" class="label">[228]</a> <span class="small1">Bussy-Rabutin</span>, <i>Mémoires</i>, 1694, 2 vol, in-4<sup>o</sup>.&mdash;<i>Lettres du comte</i>
-<span class="small1">de Bussy</span>, 1697, in-12.&mdash;<i>Lettres de madame</i> <span class="small1">de Sévigné</span> <i>au comte
-de Bussy-Rabutin</i>, tirées du <i>Recueil de lettres</i> de ce dernier; Amsterdam
-et Paris, Delalain, 1775, in-12.</p>
-
-<p><a id="Footnote_229" href="#FNanchor_229" class="label">[229]</a> <span class="small1">Bussy-Rabutin</span>, dans <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i>, t. I, p. 157, édit. de M.,
-et t. I, p. 217, édit. de G. de S.-G.&mdash;<span class="small1">Millin</span>, <i>Voyage dans les
-départements du midi de la France</i>, t. I, p. 213.&mdash;<span class="small1">Conrard
-de Bréban</span>, <i>Souvenirs d'une visite au château de Bussy-Rabutin</i>,
-1833, p. 27.</p>
-
-<p><a id="Footnote_230" href="#FNanchor_230" class="label">[230]</a> <span class="small1">Bayle</span>, <i>Lettres choisies</i>; Rotterdam, 1714, t. II, p. 652. (Des
-Maiseaux a redonné une meilleure édition de ces <i>Lettres</i> en 1729.)&mdash;<span class="small1">Bayle</span>,
-<i>&OElig;uvres</i>, in-folio, t. IV, p. 986. (<i>Lettres</i> en date du 18
-décembre 1698. L'édition des <i>Lettres</i> de Rotterdam dit le 4 décembre.)</p>
-
-<div class="poetry"><div class="stanza">
-<p><a id="Footnote_231" href="#FNanchor_231" class="label">[231]</a>Aptius ipsa viris scribendo femina ludit;</p>
-<p class="i1"> Natura mulier, vir magis arte valet.</p>
-<p>Quæque manus subtile trahit de stamine filum</p>
-<p class="i1"> Æquali calamum dexteritate movet.</p>
-<p>Testis erat <span class="small1">Sevinea</span>. Suas me scribere laudes</p>
-<p class="i1"> Si patitur, calamum commodet ipsa suum.</p>
-<p>Tam purus nitor est, adeo sincera venustas,</p>
-<p class="i1"> Si salibus condit scripta, lepore sales.</p>
-<p>Tam facilis procedit epistola, pene videtur</p>
-<p class="i1"> Composuisse minor quam perarasse labor.</p>
-</div></div>
-
-<p class="latinpoet"><i>Ratio conscribendæ epistolæ</i>, <i>carmen auctore</i> <span class="small1">Claudio</span><br />
-<span class="small1 i1">Hervæo de Montaigu</span>, <i>e societate Jesu</i>; Parisiis, 1713,<br />
-<span class="i2">in-12 (15 pages), p. 7.</span></p>
-
-<p><a id="Footnote_232" href="#FNanchor_232" class="label">[232]</a> <i>Lettres de</i> <span class="small1">Marie Rabutin de Chantal</span>, <i>marquise</i> <span class="small1">de Sévigné</span>, à
-<i>madame la comtesse de Grignan, sa fille</i>; 1726, in-12, p. 15-49. Ce
-sont quatre lettres à Coulanges qui ouvrent ce recueil. La première
-(c'est la fameuse lettre sur le mariage de Lauzun) est datée du 15
-décembre 1670; la dernière, du 15 mars 1671.</p>
-
-<p><a id="Footnote_233" href="#FNanchor_233" class="label">[233]</a> <span class="small1">Louis XIV</span>, <i>&OElig;uvres</i>, t. V, p. 81, 144, 395, 397, 412, 424, 555
-(lettres en date des 17 mars 1662, 18 juin 1663, 19 novembre 1666,
-1<sup>er</sup> juillet 1667, 9 mars 1668, 13 août 1676).</p>
-
-<p><a id="Footnote_234" href="#FNanchor_234" class="label">[234]</a> Ce pape fut nommé le 29 avril 1670.&mdash;Conférez <i>Mémoires du
-cardinal</i> <span class="small1">de Retz</span>, publiés d'après les manuscrits autographes, collection
-<span class="small1">Michaud</span>, p. 609. (<i>Lettres de</i> <span class="small1">Louis XIV</span> <i>au cardinal de Retz</i>,
-10 décembre 1669. Ibid., p. 610 à 611.&mdash;Lettres en date des 10, 13
-et 17 déc. 1669.)</p>
-
-<p><a id="Footnote_235" href="#FNanchor_235" class="label">[235]</a> <span class="small1">Bussy</span>, <i>Lettres</i>, t. III, p. 19, 155, 207, 296, 384, 386, 408; t. V,
-p. 75, 97-170 (toutes les lettres avec l'initiale C. sont de <span class="small1">Corbinelli</span>).&mdash;Idem,
-t. V, p. 126, Lettre de madame <span class="small1">du Bouchet</span>, en date du 18
-décembre 1667.&mdash;<span class="small1">Louis XIV</span>, <i>&OElig;uvres</i>, t. V, p. 424.</p>
-
-<p><a id="Footnote_236" href="#FNanchor_236" class="label">[236]</a> <span class="small1">Saint-Simon</span>, <i>&OElig;uvres</i>, t. II, p. 21.&mdash;<span class="small1">Moreri</span>, t. V, p. 426.</p>
-
-<p><a id="Footnote_237" href="#FNanchor_237" class="label">[237]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, t. I, p. 159, édit. de M., ou t. II, p. 220 de l'édit. de G.
-de S.-G.&mdash;<span class="small1">Bussy</span>, <i>Lettres</i>, t. V, p. 126.&mdash;<span class="small1">Saint-Simon</span>, <i>Mém. authentiques</i>,
-t. XI, p. 131.</p>
-
-<p><a id="Footnote_238" href="#FNanchor_238" class="label">[238]</a> <span class="small1">Dumont</span>, <i>Histoire de la ville et des seigneurs de Commercy</i>,
-t. II, p. 159]</p>
-
-<p><a id="Footnote_239" href="#FNanchor_239" class="label">[239]</a> <span class="small1">Dumont</span>, avocat à Saint-Mihiel, <i>Histoire de la ville et des seigneurs
-de Commercy</i>; Bar-le-Duc, 1843, in-8<sup>o</sup>, t. II, p. 149 et 152.</p>
-
-<p><a id="Footnote_240" href="#FNanchor_240" class="label">[240]</a> <span class="small1">Cousin</span>, <i>Analyse des Mss. de Robert des Gabets, Journal des
-Savants</i>, 1842, in-4<sup>o</sup>, p. 129 à 144; p. 193 à 210, et p. 288 à 305.</p>
-
-<p><a id="Footnote_241" href="#FNanchor_241" class="label">[241]</a> Madame de Sévigné en fait l'éloge.&mdash;<span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (7 juin
-1675), t. III, p. 288, édit. M.; t. III, p. 410, édit. de G. de S.-G.</p>
-
-<p><a id="Footnote_242" href="#FNanchor_242" class="label">[242]</a> MM. <span class="small1">Champollion</span>, <i>Notice sur le cardinal de Retz</i>, dans la
-<i>Nouvelle collection des Mémoires pour servir à l'histoire de
-France</i>, t. I, p. 9 et 12.&mdash;<span class="small1">Dumont</span>, <i>Hist. de Commercy</i>.&mdash;Madame
-<span class="small1">Charlotte-Élisabeth de Bavière</span>, <i>Fragments de lettres originales</i>,
-t. I, p. 24.&mdash;Madame la duchesse <span class="small1">d'Orléans</span>, princesse palatine;
-1832, in-8<sup>o</sup>, p. 361.</p>
-
-<p><a id="Footnote_243" href="#FNanchor_243" class="label">[243]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i>, 5 et 24 juillet 1675, t. III, p. 321 et 336, édit.
-de M.; t. III, p. 445 et 462, édit. de G. de S.-G.</p>
-
-<p><a id="Footnote_244" href="#FNanchor_244" class="label">[244]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (7 et 19 juin 1675), t. III, p. 269 et 299, édit.
-de M., et t. III, p. 410 et 419, édit. de G. de S.-G.</p>
-
-<p><a id="Footnote_245" href="#FNanchor_245" class="label">[245]</a> <span class="small1">Chateaubriand</span>, <i>Vie de Rancé</i>, 1844, in-8<sup>o</sup>, p. 125, 1<sup>re</sup> édit.</p>
-
-<p><a id="Footnote_246" href="#FNanchor_246" class="label">[246]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (27 juin 1678), t. VI, p. 7 et 8, édit. de G. de
-S.-G.; t. V, p. 340, édit. de M.</p>
-
-<p><a id="Footnote_247" href="#FNanchor_247" class="label">[247]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (25 août 1679), t. VI, p. 109 et 110: cette lettre
-n'est pas dans toutes les éditions; et p. 111 (lettre à Bussy), édit. de
-G. de S.-G.&mdash;<i>Ibid.</i>, t. V, p. 421, édit. de M.</p>
-
-<p><a id="Footnote_248" href="#FNanchor_248" class="label">[248]</a> Conférez première part., chap. XXII, p. 451.</p>
-
-<p><a id="Footnote_249" href="#FNanchor_249" class="label">[249]</a> <span class="small1">Ægidii Menagii</span> <i>Poemata, octava editio, prioribus longe auctior
-et emendatior, et quam solam Menagius agnoscit</i>; Amstelodami,
-Henr. Westenium, 1668, in-12, p. 202.&mdash;<i>Quinta editio</i>, 1668,
-p. 146.&mdash;<i>Septima editio, prioribus longe emendatior</i>; Parisiis,
-Petrum le Petit, 1680, in-12, p. 170. (Je crois que cette édition est la
-dernière revue par Ménage, et que celle de Hollande, 1688, n'en est
-qu'une réimpression.) Dans la 4<sup>e</sup> édition, 1663, in-18 (<i>in officina
-Elzeviriana</i>), les deux premiers vers sont ainsi:</p>
-
-<p class="quote">
-Des ouvrages du ciel le plus parfait ouvrage,<br />
-Miracle de ces lieux, merveille de notre âge.</p>
-
-<p><a id="Footnote_250" href="#FNanchor_250" class="label">[250]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, t. I, p. 125, édit. de M.; <i>ibid.</i>, t. I, p. 179, édit. de G.
-de S.-G. (lettre du 23 juin 1688).</p>
-
-<p><a id="Footnote_251" href="#FNanchor_251" class="label">[251]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i>, t. I, p. 205, édit. de G. de S.-G., ou t. I,
-p. 147, édit. de M. (lettre en date du 8 août 1668).</p>
-
-<p><a id="Footnote_252" href="#FNanchor_252" class="label">[252]</a> <span class="small1">Saint-Simon</span>, <i>Mémoires complets et authentiques</i>, édit. 1829,
-t. I, p. 439 (année 1696).&mdash;<span class="small1">Hénault</span>, <i>Nouvel Abrégé chronologique
-de l'histoire de France</i>, 1768, in-4<sup>o</sup>, t. II, p. 634 (année 1667); et
-t. III, p. 866 de l'édit. in-8<sup>o</sup>; 1821, p. 866.&mdash;Hénault écrit à tort
-<i>Rouannois</i>, et Saint-Simon assez bien <i>Roannais</i>; le vrai nom est
-<i>Roannès</i> ou <i>Roannez</i>.&mdash;Hénault et d'Expilly (<i>Dict. des Gaules et
-de la France</i>, t. VI, p. 334) ont, à ce sujet, d'autres inexactitudes.</p>
-
-<p><a id="Footnote_253" href="#FNanchor_253" class="label">[253]</a> <span class="small1">Daru</span>, <i>Histoire de Venise</i>, 1819, in-8<sup>o</sup>, t. IV, p. 602, 608-610.&mdash;<span class="small1">Louis</span>
-XIV, <i>Lettres</i>, t. V, p. 423, 443, 444, 459 (lettres du 16 mars
-1668, 20 septembre 1669).&mdash;<span class="small1">Bussy</span>, <i>Lettres</i>, t. III, p. 132-147-152,
-164; et t. V, p. 89, 90.&mdash;<i>Journal véritable de ce qui s'est passé à
-Candie sous M. le duc de la Feuillade</i>, <i>par</i> <span class="small1">M. Desroches</span>, aide-major;
-Paris, 1670, in-18, chez Charles de Sercy, cité par <span class="small1">Aubenas</span>,
-<i>Histoire de madame de Sévigné</i>; Paris, 1842, in-8<sup>o</sup>, p. 148 à 152.&mdash;<span class="small1">Du
-Londel</span>, <i>Fastes des rois de la maison d'Orléans et de celle de
-Bourbon</i>, 1697, in-8<sup>o</sup>, p. 204. Du Londel place au 29 octobre 1668
-l'arrivée du duc de la Feuillade à Candie; Desroches, au 1<sup>er</sup> novembre.</p>
-
-<p><a id="Footnote_254" href="#FNanchor_254" class="label">[254]</a> <span class="small1">De Bausset</span>, t. I, p. 111 et 112, liv. <span class="small1">I</span>; et p. 442, n<sup>o</sup> 2 des Pièces
-justificatives.&mdash;<span class="small1">Ramsay</span>, <i>Vie de Turenne</i>, 1773, in-12, t. II, p. 153,
-154-160.&mdash;<span class="small1">Raguenet</span>, <i>Histoire du vicomte de Turenne</i>, t. II, p. 47.&mdash;<span class="small1">Choisy</span>,
-<i>Mémoires</i>, t. III, p. 460.&mdash;<span class="small1">Bossuet</span>, <i>Exposition de la
-doctrine de l'Église catholique, augmentée d'une traduction latine
-par l'abbé de Fleury</i>, 1761, in-12 (conférez surtout la Préface
-historique). Une addition particulière à cet ouvrage de Bossuet fut
-faite pour M. de Turenne, et n'a été imprimée qu'en 1671.</p>
-
-<p><a id="Footnote_255" href="#FNanchor_255" class="label">[255]</a> <span class="small1">Choisy</span>, <i>Mémoires</i>, t. LXIII de la collection de Petitot, p. 156,
-458-460-464-465-468.&mdash;<span class="small1">Louis</span> XIV, <i>&OElig;uvres</i>, 1806, in-8<sup>o</sup>, t. V, p. 442-444,
-451 (lettre au pape, en date du 31 janvier 1669).&mdash;<span class="small1">Bussy</span>,
-<i>Lettres</i>, t. V, p. 59; ibid., <i>Supplément aux Mémoires</i>, t. I, p. 75,&mdash;<i>Histoire
-de la vie et des &oelig;uvres de la Fontaine</i>, liv. II,
-p. 169-171 de la 3<sup>e</sup> édition, 1824, in-8<sup>o</sup>.</p>
-
-<p><a id="Footnote_256" href="#FNanchor_256" class="label">[256]</a> <span class="small1">Daru</span>, <i>Histoire de Venise</i>, t. IV, p. 608-610.&mdash;<span class="small1">Sévigné</span>, t. I,
-p. 148, édit de M.; et t. I, p. 207, édit. de G. de S.-G.&mdash;<span class="small1">Desroches</span>,
-<i>Journal véritable de ce qui s'est passé à Candie sous M. le duc de
-la Feuillade</i>, cité par <span class="small1">Aubenas</span>, <i>Vie de madame de Sévigné</i>, p. 149,
-152, 153.</p>
-
-<p><a id="Footnote_257" href="#FNanchor_257" class="label">[257]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (18 août 1668), t. I, p. 148, édit. de M.; <i>ibid.</i>,
-t. I, p. 207, édit. de G. de S.-G.</p>
-
-<p><a id="Footnote_258" href="#FNanchor_258" class="label">[258]</a> «En louis d'argent, louis d'or et pistoles d'Espagne,» dit la quittance
-annexée au contrat, dont la grosse originale, signée des notaires
-<span class="small1">Gigault</span> et <span class="small1">Simonnet</span>, est sous nos yeux. La dot de mademoiselle
-de Sévigné était de plus de six cent mille francs, monnaie actuelle.</p>
-
-<p><a id="Footnote_259" href="#FNanchor_259" class="label">[259]</a> Le 22 août 1668.</p>
-
-<p><a id="Footnote_260" href="#FNanchor_260" class="label">[260]</a> Nous avons laissé l'orthographe des noms telle qu'elle est dans
-l'acte, quoique ce ne soit pas toujours celle qui a été suivie dans cet
-ouvrage, d'après l'usage établi et les livres imprimés.</p>
-
-<p><a id="Footnote_261" href="#FNanchor_261" class="label">[261]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i>, 6 mars, 11 et 28 octobre 1671.</p>
-
-<p><a id="Footnote_262" href="#FNanchor_262" class="label">[262]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i>, 9 juillet, 1<sup>er</sup> novembre 1671, 7 août 1675, 28 octobre
-1676 (le chevalier de la Gloire), 1<sup>er</sup> novembre 1688; 6 juillet,
-31 août 1689; 11 janvier 1690.</p>
-
-<p><a id="Footnote_263" href="#FNanchor_263" class="label">[263]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i>, 30 mars 1672, 9 septembre 1675 (le plus beau
-de tous les prélats); 21 août 1680, 9 janvier 1683, 22 septembre 1688
-(M. de Carcassonne); 7 février, 16 juin, 17 juillet 1689 (<i>idem</i>); 17 août
-1690.&mdash;Sur Louis-Joseph Adhémar de Monteil de Grignan, dit <i>le bel
-abbé</i>, qui fut successivement évêque d'Évreux et de Carcassonne;
-conférez encore les <i>Lettres inédites et restituées de madame</i>
-<span class="small1">de Grignan</span> <i>et de l'abbé</i> <span class="small1">de Coulanges</span>, publiées par M. <span class="small1">Vallet de Viriville</span>,
-t. IV, p. 320 de la <i>Bibliothèque de l'École des Chartes</i>,
-1843, in-8<sup>o</sup> (lettre du 22 décembre 1677), p. 5 du tirage à part.&mdash;<i>Catalogue
-des archives de la maison de Grignan</i>, 1844, in-8<sup>o</sup>, p. 30-36.</p>
-
-<p><a id="Footnote_264" href="#FNanchor_264" class="label">[264]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i>, 4 septembre 1668, 16 mars 1672; 7 août,
-24 novembre 1675; 21 février 1680, 1<sup>er</sup> décembre 1688, 15 février
-1690.&mdash;<span class="small1">Louis</span> XIV, <i>&OElig;uvres</i>, t. V, p. 373.&mdash;<span class="small1">Conrart</span>, <i>Mémoires</i>,
-t. XLVIII, p. 64, 76.&mdash;<span class="small1">Monglat</span>, <i>Mémoires</i>, t. L, p. 393, sur
-madame de Montausier.&mdash;<span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i>, 22 novembre 1671.</p>
-
-<p><a id="Footnote_265" href="#FNanchor_265" class="label">[265]</a> La marquise du Puy du Fou la mère mourut en mars 1696, à
-l'âge de quatre-vingt-trois ans. Voyez le <i>Mercure galant</i>, mars 1696,
-p. 221. Cf. <i>Archives de la maison de Grignan</i>, p. 32, n<sup>o</sup> 195.</p>
-
-<p><a id="Footnote_266" href="#FNanchor_266" class="label">[266]</a> Conférez <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i>, en date du 15 mai 1671, du 18 novembre
-1671, du 22 janvier 1672, t. II, p. 71, 292 et 357, édit. de G.
-de S.-G.&mdash;<i>Vie du duc de Montausier</i>, t. II, p. 15 et 17.&mdash;<span class="small1">Montpensier</span>,
-<i>Mémoires</i>, t. XLIII, p. 196.&mdash;<span class="small1">Tallemant</span>, <i>Hist.</i>, t. II,
-p. 33, édit. in-8<sup>o</sup>.</p>
-
-<p><a id="Footnote_267" href="#FNanchor_267" class="label">[267]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i>, 23 mai 1667, 6 janvier et 26 décembre 1672,
-1<sup>er</sup> janvier 1674, 20 juillet 1679.&mdash;<span class="small1">Choisy</span>, <i>Mém.</i>, t. LXIII, p. 432.</p>
-
-<p><a id="Footnote_268" href="#FNanchor_268" class="label">[268]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i>, 7 et 11 août 1675, 28 octobre 1676, 16 juillet
-1677, 20 juillet 1689.</p>
-
-<p><a id="Footnote_269" href="#FNanchor_269" class="label">[269]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i>, 19 février 1672, 19 novembre 1673.</p>
-
-<p><a id="Footnote_270" href="#FNanchor_270" class="label">[270]</a> Conférez <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i>, 28 novembre 1670, 8 avril 1671,
-19 et 27 novembre 1673 (il est nommé <i>la Grêle</i> dans cette lettre),
-24 novembre 1675 (nommé seulement <i>l'évêque</i> dans cette lettre),
-18 août 1680, 22 février 1690 (c'est le cardinal de Forbin).</p>
-
-<p><a id="Footnote_271" href="#FNanchor_271" class="label">[271]</a> Madame <span class="small1">de Grignan</span>, <i>Lettres</i> à son mari, 1843, in-8<sup>o</sup>, p. 18 et 19
-du tirage à part.</p>
-
-<p><a id="Footnote_272" href="#FNanchor_272" class="label">[272]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i>, 19 novembre 1670, 13 mars 1671, 23 août 1675,
-15 septembre 1677 (lettre de Bussy).&mdash;<span class="small1">Tallemant</span>, <i>Historiettes</i>,
-t. I, p. 293 et 294.&mdash;<span class="small1">Montpensier</span>, <i>Mémoires</i>, t. XLIII, p. 159, 205,
-271, édit. in-8<sup>o</sup>.&mdash;<i>Biographie universelle</i>, t. XXXVI, p. 304.</p>
-
-<p><a id="Footnote_273" href="#FNanchor_273" class="label">[273]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i>, 3 novembre 1688 (évêque de Langres), 19 novembre
-1695.</p>
-
-<p><a id="Footnote_274" href="#FNanchor_274" class="label">[274]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (lettre de Bussy, du 14 novembre 1685.)&mdash;<i>Journal
-de</i> <span class="small1">Dangeau</span>, 24 avril 1686.</p>
-
-<p><a id="Footnote_275" href="#FNanchor_275" class="label">[275]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i>, 25 juin 1670; 24 et 27 avril, 13 mai, 10 juin,
-28 décembre 1671; 2 juin 1672, 25 septembre 1676, 29 nov. 1679.</p>
-
-<p><a id="Footnote_276" href="#FNanchor_276" class="label">[276]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i>, 17 et 24 janvier 1680, 26 juin 1689 (la sotte
-amie de madame de la Faluère).</p>
-
-<p><a id="Footnote_277" href="#FNanchor_277" class="label">[277]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i>, 13 décembre 1684, 3 et 29 avril 1686, juillet
-1690, t. III, p. 319, édit. de G. de S.-G.</p>
-
-<p><a id="Footnote_278" href="#FNanchor_278" class="label">[278]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i>, 9 août 1671.</p>
-
-<p><a id="Footnote_279" href="#FNanchor_279" class="label">[279]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i>, 31 mai 1680.</p>
-
-<p><a id="Footnote_280" href="#FNanchor_280" class="label">[280]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i>, 13 janvier 1672, 22 mars 1676, 29 août 1677.&mdash;<span class="small1">Montpensier</span>,
-<i>Mémoires</i>, t. XLI, p. 218 et 219.&mdash;<span class="small1">Loret</span>, <i>Muse
-historique</i>, t. IX, p. 136, 164.</p>
-
-<p><a id="Footnote_281" href="#FNanchor_281" class="label">[281]</a> Madame de Sévigné ne fait aucune mention de Reffuges, personnage
-intéressant que Saint-Simon fait bien connaître. Conférez <span class="small1">Saint-Simon</span>,
-<i>Mémoires</i>, t. X, p. 332 et 334. Reffuges mourut en 1712.&mdash;Une
-Charlotte Reffuges épousa Guy d'Elbène. Voy. deuxième partie
-de ces <i>Mémoires</i>, p. 419.</p>
-
-<p><a id="Footnote_282" href="#FNanchor_282" class="label">[282]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (19 janvier 1674, 17 juillet 1680).&mdash;<span class="small1">Loret</span>,
-<i>Muse historique</i>, t. XII, p. 36.</p>
-
-<p><a id="Footnote_283" href="#FNanchor_283" class="label">[283]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (16 août 1671, 27 juillet 1672).</p>
-
-<p><a id="Footnote_284" href="#FNanchor_284" class="label">[284]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i>, 27 avril, 23 mai, 20 et 30 septembre 1671;
-19 février 1690, t. II, p. 45, 233; t. X, p. 264, édit. G. de S.-G.</p>
-
-<p><a id="Footnote_285" href="#FNanchor_285" class="label">[285]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i>, 24 avril, 5 juillet, 27 septembre 1671; 15 décembre
-1673, 19 et 24 juillet 1675, 5 août 1676.&mdash;<span class="small1">Retz</span>, <i>Mémoires</i>,
-t. XLVI, p. 49, 226, 360.&mdash;<span class="small1">Joly</span>, <i>Mémoires</i>, p. 261 et 473.</p>
-
-<p><a id="Footnote_286" href="#FNanchor_286" class="label">[286]</a> Conférez <span class="small1">P. Benoît</span>, <i>Histoire ecclésiastique et politique de la
-ville et du diocèse de Toul</i>, 1707, in 4<sup>o</sup>, p. 79.&mdash;L'abbé <span class="small1">d'Expilly</span>,
-<i>Dictionnaire géographique, historique et politique des Gaules et
-de la France</i>, 1764, in-folio, t. II, p. 401.&mdash;<span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i>,
-10 octobre 1654, 15 avril 1672; 19 et 26 juin, 9 et 22 août, 20 décembre
-1675; 11 et 12 août 1676 (notre bon ermite), 12 et 15 octobre 1677
-(le cardinal, le parrain de Pauline), 28 avril et 20 juin 1678 (de
-Bussy), 27 juin 1678, 25 et 28 août 1679 (de Bussy), 13 mai 1680.</p>
-
-<p><a id="Footnote_287" href="#FNanchor_287" class="label">[287]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i>, 9 mars 1672, 22 mars 1676.</p>
-
-<p><a id="Footnote_288" href="#FNanchor_288" class="label">[288]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i>, 2 décembre 1672.</p>
-
-<p><a id="Footnote_289" href="#FNanchor_289" class="label">[289]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i>, 1<sup>er</sup> mai 1672 (lettre de Bussy); 13 mai, 26 août
-1675; 8 décembre 1677, février 1683 (t. VII, p. 362 de l'édit. de G. de
-S.-G.), 14 février 1687.</p>
-
-<p><a id="Footnote_290" href="#FNanchor_290" class="label">[290]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i>, 7 juin 1676.&mdash;<span class="small1">Tallemant</span>, <i>Historiettes</i>, t. IV,
-p. 119, édit. in-8<sup>o</sup>.&mdash;<span class="small1">Montpensier</span>, <i>Mémoires</i>, t. XLI, p. 232.</p>
-
-<p><a id="Footnote_291" href="#FNanchor_291" class="label">[291]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i>, 16 février 1671 (l'abbé), 18 mai 1672 (notre
-abbé), 6 octobre 1676, 2 septembre 1687. (L'acte porte toujours <i>Colanges</i>;
-c'est, dit M. Monmerqué, l'ancienne orthographe de ce nom,
-en faisant observer que l'abbé de Coulanges signait toujours <i>Colanges</i>.)&mdash;<i>Mémoires
-de</i> <span class="small1">Coulanges</span>, p. 346.</p>
-
-<p><a id="Footnote_292" href="#FNanchor_292" class="label">[292]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i>, 5 et 23 août 1671, 27 mai 1672, 30 avril 1675.</p>
-
-<p><a id="Footnote_293" href="#FNanchor_293" class="label">[293]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i>, 6 octobre 1679; 15, 17, 19 novembre 1688.&mdash;<span class="small1">Coulanges</span>,
-<i>Mémoires</i>, p. 49.</p>
-
-<p><a id="Footnote_294" href="#FNanchor_294" class="label">[294]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i>, 23 août et 18 octobre 1671 (ma tante), 24 juin
-et 1<sup>er</sup> juillet 1672.</p>
-
-<p><a id="Footnote_295" href="#FNanchor_295" class="label">[295]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i>, 9 juillet 1656 (de Bussy), 20 juillet 1656,
-19 août et 14 septembre 1675; 31 juillet 1680, 15 novembre 1684,
-22 juillet 1685, 8 octobre 1688; 3 janvier, 20 mars et 12 juin 1689;
-4 janvier 1690.&mdash;<span class="small1">Dangeau</span>, mss., 24 mars 1685.</p>
-
-<p><a id="Footnote_296" href="#FNanchor_296" class="label">[296]</a> Dans les lettres qui nous restent de madame de Sévigné, on en
-compte trente-cinq où madame de Coulanges et son mari sont mentionnés:
-plusieurs sont écrites par eux à madame de Sévigné ou leur
-sont adressées par elle.</p>
-
-<p><a id="Footnote_297" href="#FNanchor_297" class="label">[297]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i>, 31 juillet 1680.&mdash;Conférez <span class="small1">Montpensier</span>, <i>Mémoires</i>,
-t. XLI, p. 456, 457.</p>
-
-<p><a id="Footnote_298" href="#FNanchor_298" class="label">[298]</a> Conférez la 2<sup>e</sup> partie des <i>Mémoires</i>, ch. VI, p. 61-67.&mdash;<span class="small1">Sévigné</span>,
-<i>Lettres</i>, du 5 janvier 1674, 30 juillet 1677.</p>
-
-<p><a id="Footnote_299" href="#FNanchor_299" class="label">[299]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i>, 19 novembre 1652, t. I, p. 19, 67, 90, 94, 158,
-167, 170, édit. de G. de S.-G. (lettres de la Rochefoucauld à de
-Guitaud), 22 septembre et 15 novembre 1664; 11 mai, 20 août
-1667; 24 septembre 1667; 21 mars, 12 juillet 1671; 20 juin 1672
-(il y a un homme dans le monde, etc.), 14 Juillet 1673, 30 juillet
-1677, 21 décembre 1678 (de Bussy), 6 et 25 octobre 1679, 15 et
-29 mars 1680.</p>
-
-<p><a id="Footnote_300" href="#FNanchor_300" class="label">[300]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i>, 11 mars 1671.</p>
-
-<p><a id="Footnote_301" href="#FNanchor_301" class="label">[301]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i>, 24, 26 et 27 novembre 1664 (le rapporteur).</p>
-
-<p><a id="Footnote_302" href="#FNanchor_302" class="label">[302]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i>, 11 mars 1671 (je dîne tous les vendredis chez
-le Mans), 2 août 1671; t. I, p. 371; t. II, p. 167, édit. de G. de S.-G.&mdash;<span class="small1">Loret</span>,
-<i>la Muse historique</i>, t. III, p. 46; t. IX, p. 130; t. XI,
-p. 34.</p>
-
-<p><a id="Footnote_303" href="#FNanchor_303" class="label">[303]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i>, 15 avril 1671 (Savardin), 9 et 12 juin 1680
-10 avril 1691, avril 1694 (édit. de G. de S.-G., t. XI, p. 25).</p>
-
-<p><a id="Footnote_304" href="#FNanchor_304" class="label">[304]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i>, 17 avril, 16 mars 1671 (princesse de Clèves),
-9 février 1673, 26 mai, 30 juin 1673 (lettre de madame de la Fayette),
-15 décembre 1675, 12 janvier 1676, 18 et 22 mars, 19 juin 1678 (lettre
-de Bussy), 17 mars 1680, juin 1693 (édit. de G. de S.-G., t. X, p. 461).&mdash;<span class="small1">Bussy</span>,
-<i>Lettres</i>, t. V, p. 154, du 1<sup>er</sup> mai 1670.&mdash;<span class="small1">Delort</span>, <i>Voyage
-aux environs de Paris</i>, t. I, p. 217 et 224.&mdash;<span class="small1">Costar</span>, <i>Lettres</i>,
-p. 540.&mdash;<span class="small1">Barrière</span>, <i>la Cour et la Ville</i>, p. 70.&mdash;<span class="small1">Loret</span>, <i>Muse
-historique</i>, t. XII, p. 142.&mdash;<span class="small1">La Fayette</span>, <i>Histoire d'Henriette</i>,
-t. LXIV, p. 395, collect. de Petitot.</p>
-
-<p><a id="Footnote_305" href="#FNanchor_305" class="label">[305]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i>, 19 novembre 1670, 22 septembre 1673, 21
-janvier 1689 (l'oncle); 12 avril, 23 octobre 1689.&mdash;<i>Archives de la
-maison de Grignan</i>, 1844, in-8<sup>o</sup>, n<sup>o</sup> 192.</p>
-
-<p><a id="Footnote_306" href="#FNanchor_306" class="label">[306]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i>, 19 novembre 1670, 17 avril 1671 (seigneur
-Corbeau), 14 novembre 1671 (M. de Claudiopolis), 31 mai 1675
-(l'abbé d'Aiguebeve), 5 juin, 16 et 19 août 1675 (le coadjuteur).&mdash;Madame
-<span class="small1">de Grignan</span>, <i>Lettres à son mari</i> (5 janvier 1688), p. 5
-et 20 du tirage à part; lettre du 22 décembre 1677, t. IV, p. 320 et
-333 de la <i>Bibliothèque de l'École des chartes</i>.&mdash;<i>Archives de
-Grignan</i>, p. 31, n<sup>o</sup> 192.</p>
-
-<p><a id="Footnote_307" href="#FNanchor_307" class="label">[307]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i>, 22 janvier et 10 février 1672.</p>
-
-<p><a id="Footnote_308" href="#FNanchor_308" class="label">[308]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i>, 9 juin 1680.</p>
-
-<p><a id="Footnote_309" href="#FNanchor_309" class="label">[309]</a> <i>Lettres de madame</i> <span class="small1">Rabutin-Chantal</span>, <i>marquise</i> <span class="small1">de Sévigné</span>, <i>à
-madame de Grignan</i>; la Haye, 1726, in-12, t. I, p. 39 (18 mars 1671).&mdash;<span class="small1">Sévigné</span>,
-<i>Lettres</i>, 8 juillet 1675, 21 février 1735 (lettre de madame
-de Simiane, dans l'édit. de G. de S.-G., t. XII, p. 118). Dans
-les éditions modernes, le passage sur Saint-Andiol, qui se trouve
-dans la première édition, a été retranché. Conférez ch. XVII.</p>
-
-<p><a id="Footnote_310" href="#FNanchor_310" class="label">[310]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i>, 16 août 1671, 27 juillet 1672, 6 novembre
-1675, 18 septembre 1679, 15 mai 1689.</p>
-
-<p><a id="Footnote_311" href="#FNanchor_311" class="label">[311]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i>, 1<sup>er</sup> mai, 25 octobre 1686.</p>
-
-<p><a id="Footnote_312" href="#FNanchor_312" class="label">[312]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i>, 11 septembre 1680 (la fille terrestre de M. de
-Grignan), 13 décembre 1684, 14 février 1685, 1<sup>er</sup> mai 1686, 27 septembre
-1687, 9 mars et 30 avril 1689.&mdash;Madame <span class="small1">de Grignan</span>,
-<i>Lettres à son mari</i> (22 décembre 1677 et 5 janvier 1688), t. IV,
-p. 321 et 333 de la <i>Bibliothèque de l'École des chartes</i>, 1843, in-8<sup>o</sup>,
-ou p. 6 et 18 du tirage à part, ou <i>Lettre de madame</i> <span class="small1">de Grignan</span> <i>au
-comte de Grignan, son mari</i>, Paris, imprimerie de Firmin Didot, décembre
-1832, in-8<sup>o</sup>, p. 7 et 8. (C'est la lettre du 5 janvier 1688,
-publiée, d'après l'autographe, à 50 exemplaires seulement.)</p>
-
-<p><a id="Footnote_313" href="#FNanchor_313" class="label">[313]</a> <span class="small1">Saint-Simon</span>, <i>Mémoires complets et authentiques</i>, ch. V, t. XII,
-p. 59.</p>
-
-<p><a id="Footnote_314" href="#FNanchor_314" class="label">[314]</a> <span class="small1">Saint-Simon</span>, <i>Mémoires</i>, t. XII, p. 59.</p>
-
-<p><a id="Footnote_315" href="#FNanchor_315" class="label">[315]</a> Conférez le chevalier <span class="small1">Perrin</span>, <i>Préface des Lettres de madame
-de Sévigné à madame de Grignan, sa fille</i>, p. xxviij, édit. de 1754.&mdash;<span class="small1">Moreri</span>,
-<i>Dictionnaire</i>, t. V, p. 375.&mdash;<span class="small1">d'Expilly</span>, <i>Dictionnaire
-géographique de France</i>, 1764, in-folio, t. II, p. 114.&mdash;<i>Lettre de</i>
-M. <span class="small1">de Grignan-Grignan</span> <i>à M. Grouvelle</i>, <i>Gazette de France</i> du mercredi
-4 juin 1806.&mdash;<span class="small1">Aubenas</span>, <i>Notice historique sur la maison de
-Grignan</i>, dans l'<i>Histoire de madame de Sévigné</i>, 1842, in-8<sup>o</sup>,
-p. 521 à 528.&mdash;<span class="small1">Vallet de Viriville</span>, <i>Catalogue des Archives de la
-maison de Grignan</i>, 1844, in-8<sup>o</sup> (n<sup>o</sup> 1 est de l'an 1267).&mdash;Voyez,
-dans l'édition des <i>Lettres de madame</i> <span class="small1">de Sévigné</span>, 1820, in-8<sup>o</sup>, t. I,
-les armes des familles de Sévigné, Bussy, Grignan et Simiane.</p>
-
-<p><a id="Footnote_316" href="#FNanchor_316" class="label">[316]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i>, t. I, p. 106, édit. de Monmerqué, 1820, in-8<sup>o</sup>;
-et t. I, p. 150, édit. de G. de S.-G. (janvier 1665).</p>
-
-<p><a id="Footnote_317" href="#FNanchor_317" class="label">[317]</a> <i>Tableau généalogique de la maison du Puy du Fou</i>, 40 pages
-in-folio, sans la table.</p>
-
-<p><a id="Footnote_318" href="#FNanchor_318" class="label">[318]</a> <span class="small1">D'Expilly</span>, <i>Dictionnaire géographique et historique de la
-France</i>, t. IV, p. 132.</p>
-
-<p><a id="Footnote_319" href="#FNanchor_319" class="label">[319]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i>, 22 juin 1670, t. I, p. 190, édit. de M.&mdash;<i>Ibid.</i>,
-t. I, p. 253, édit. de G. de S.-G.&mdash;2 septembre 1676, t. IV,
-p. 451, édit. de M.; t. V, p. 106, édit. de G. de S.-G.</p>
-
-<p><a id="Footnote_320" href="#FNanchor_320" class="label">[320]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i>, 4 décembre 1668, t. I, p. 153 et 154, édit. de M.,
-ou t. I, p. 214, édit. de G. de S.-G.</p>
-
-<p><a id="Footnote_321" href="#FNanchor_321" class="label">[321]</a> <span class="small1">Sévigné</span> (lettre de Bussy, en date du 8 décembre 1668), t. I,
-p. 156, édit. de M.; t. I, p. 217, édit. de G. de S.-G.</p>
-
-<p><a id="Footnote_322" href="#FNanchor_322" class="label">[322]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (7 janvier 1669), t. I, p. 224, édit. de G. de
-S.-G.</p>
-
-<p><a id="Footnote_323" href="#FNanchor_323" class="label">[323]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (lettre de Bussy, en date du 16 mai 1669), t. I,
-p. 226, édit. de G. de S.-G.</p>
-
-<p><a id="Footnote_324" href="#FNanchor_324" class="label">[324]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (20 décembre 1668), t. I, p. 221, édit. de G. de
-S.-G.</p>
-
-<p><a id="Footnote_325" href="#FNanchor_325" class="label">[325]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (29 janvier 1669), t. II, p. 309, édit. de M.;
-t. II, p. 365, édit. de G. de S.-G.</p>
-
-<p><a id="Footnote_326" href="#FNanchor_326" class="label">[326]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (1664), t. VI, p. 182, édit. de Leyde, 1736.</p>
-
-<p><a id="Footnote_327" href="#FNanchor_327" class="label">[327]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (4 décembre 1668), t. I, p. 155, édit. de M.;
-t. I, p. 215, édit. de G. de S.-G.</p>
-
-<p><a id="Footnote_328" href="#FNanchor_328" class="label">[328]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (4 décembre 1668), t. I, p. 257, édit. de M.&mdash;<i>Ibid.</i>,
-t. I, p. 218, édit. de G. de S.-G.</p>
-
-<p><a id="Footnote_329" href="#FNanchor_329" class="label">[329]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (7 janvier 1669), t. I, p. 162, édit. de M.;
-<i>ibid.</i>, t. I, p. 223.</p>
-
-<p><a id="Footnote_330" href="#FNanchor_330" class="label">[330]</a> <span class="small1">Bussy</span>, <i>Lettres</i>, t. III, p. 8, 9, 24, 27, 48, 54, 59, 81; Paris,
-Delaulme, 1737, in-12. Les volumes V, VI et VII de mon exemplaire
-portent le millésime 1727, avec le titre de <i>Nouvelles lettres</i>; les premiers
-volumes ont donc été réimprimés, ou on a changé les titres.</p>
-
-<p><a id="Footnote_331" href="#FNanchor_331" class="label">[331]</a> <span class="small1">Bussy</span>, <i>Lettres</i>, t. V, p. 80 et 81 (12 et 6 juillet 1669).</p>
-
-<p><a id="Footnote_332" href="#FNanchor_332" class="label">[332]</a> <span class="small1">Bussy</span>, <i>Lettres</i>, t. III, p. 86 (lettre 57, 5 mars 1669; cette lettre
-est à tort datée 1668).</p>
-
-<p><a id="Footnote_333" href="#FNanchor_333" class="label">[333]</a> <span class="small1">Bussy</span>, <i>Lettres</i>, t. V, p. 86 (lettre 63, 1<sup>er</sup> août 1669, à madame
-de Montespan).</p>
-
-<p><a id="Footnote_334" href="#FNanchor_334" class="label">[334]</a> <span class="small1">Saint-Évremond</span>, <i>&OElig;uvres</i>, édit. 1753, in-12, t. I, p. 88-93 (Vie
-de l'auteur, par <span class="small1">des Maizeaux</span>); t. III, p. 189, 190, 197.</p>
-
-<p><a id="Footnote_335" href="#FNanchor_335" class="label">[335]</a> <span class="small1">Louis</span> XIV, <i>&OElig;uvres</i>, t. III, p. 77-82.</p>
-
-<p><a id="Footnote_336" href="#FNanchor_336" class="label">[336]</a> <span class="small1">Turpin</span>, <i>Vie de Condé</i>, t. II, p. 151.&mdash;<i>Mémoires de M.</i> <span class="small1">DE</span>***,
-<i>pour servir à l'histoire du dix-huitième siècle</i>, dans la collection
-de Petitot, t. LVIII, p. 484.&mdash;<i>Histoire de la vie et des ouvrages
-de la Fontaine</i>, 3<sup>e</sup> édit., p. 162-165.</p>
-
-<p><a id="Footnote_337" href="#FNanchor_337" class="label">[337]</a> <span class="small1">Gourville</span>, <i>Mémoires</i>, t. LII, p. 397-399.</p>
-
-<p><a id="Footnote_338" href="#FNanchor_338" class="label">[338]</a> <span class="small1">Louis</span> XIV, <i>&OElig;uvres</i>, t. V, p. 399 et 405; Lettres au comte d'Estrades,
-en date du 24 décembre 1666 et du 18 avril 1667.</p>
-
-<p><a id="Footnote_339" href="#FNanchor_339" class="label">[339]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (16 mai 1669), t. I, p. 166, édit. de M.; t. I,
-p. 228, édit. de G. de S.-G.</p>
-
-<p><a id="Footnote_340" href="#FNanchor_340" class="label">[340]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (4 juin 1669), t. I, p. 167, édit. de M.&mdash;<i>Ibid.</i>,
-t. I, p. 229, édit. de G. de S.-G.</p>
-
-<p><a id="Footnote_341" href="#FNanchor_341" class="label">[341]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (6 juin. 1669), t. I, p. 108 à 170.&mdash;<i>Ibid.</i>,
-t. I, p. 231 à 236.</p>
-
-<p><a id="Footnote_342" href="#FNanchor_342" class="label">[342]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (9 juin 1669), t. I, p. 170, édit. de M.&mdash;<i>Ibid.</i>,
-t. I, p. 234, édit. de G. de S.-G.</p>
-
-<p><a id="Footnote_343" href="#FNanchor_343" class="label">[343]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (12 juin 1669), t. I, p. 173, édit. de M.&mdash;<i>Ibid.</i>,
-t. I, p. 237, édit. de G. de S.-G.</p>
-
-<p><a id="Footnote_344" href="#FNanchor_344" class="label">[344]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (8 août 1669), t. I, p. 174 et 175, édit. de M.&mdash;<i>Ibid.</i>,
-t. I, p. 237 et 238, édit. de G. de S.-G.</p>
-
-<p><a id="Footnote_345" href="#FNanchor_345" class="label">[345]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (Bussy, 12 août 1669), t. I, p. 175 et 176.&mdash;<i>Ibid.</i>,
-t. I, p. 239 et 240.</p>
-
-<p><a id="Footnote_346" href="#FNanchor_346" class="label">[346]</a> <span class="small1">Bussy</span>, <i>Lettres</i>, t. V, p. 178 et 179 (2 novembre 1670). Voyez
-ci-dessus, chap. <span class="small1">I</span>, p. 2; chap. <span class="small1">III</span>, p. 56-68; chap. <span class="small1">VI</span>, p. 107.</p>
-
-<p><a id="Footnote_347" href="#FNanchor_347" class="label">[347]</a> Louise de Rouville, fille de Jacques de Rouville, chevalier d'honneur
-de madame la duchesse de Montpensier, et d'Isabelle de Longueval.&mdash;Conférez
-<span class="small1">Bussy</span>, <i>Discours à ses enfants</i>, p. 240.&mdash;<span class="small1">Sévigné</span>,
-<i>Lettres</i>, t. III, p. 27; t. VI, p. 355-475, 478, édit. de M.</p>
-
-<p><a id="Footnote_348" href="#FNanchor_348" class="label">[348]</a> <span class="small1">Bussy</span>, <i>Lettres</i>, t. III, p. 192 (6 août 1670); p. 193 et 196 (19
-août 1670).</p>
-
-<p><a id="Footnote_349" href="#FNanchor_349" class="label">[349]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i>, t. II, p. 400; IV, 473; V, 288, 296; VI, 470,
-475; VII, 56, 60, 365-367; VIII, 134, 137; IX, 339.</p>
-
-<p><a id="Footnote_350" href="#FNanchor_350" class="label">[350]</a> <span class="small1">Auger</span>, <i>Biographie universelle</i>, t. V, p. 377.&mdash;<span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i>,
-t. VIII, p. 137; IX, 339; X, 461, édit. de M.</p>
-
-<p><a id="Footnote_351" href="#FNanchor_351" class="label">[351]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (24 janvier 1672), t. II, p. 305, édit. de M.&mdash;<i>Ibid.</i>,
-t. II, p. 73, édit. de G. de S.-G.&mdash;Conférez <span class="small1">Bussy</span>, <i>Lettres</i>,
-t. V, p. 163 et 166.</p>
-
-<p><a id="Footnote_352" href="#FNanchor_352" class="label">[352]</a> <i>Lettres choisies de</i> M. <span class="small1">de la Rivière</span>, t. I, p. 70, 79, 99, 101,
-115, 145, 167, 185, 190, 206; t. II, p. 208 et 281.&mdash;<span class="small1">Bussy</span>, <i>Lettres</i>,
-t. III, p. 217 (1<sup>er</sup> juillet 1670), p. 299 (29 janvier 1671 ), p. 309
-(Corbinelli au comte de Bussy, 15 janvier 1671).</p>
-
-<p><a id="Footnote_353" href="#FNanchor_353" class="label">[353]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (18 septembre 1676, Lettre de Bussy), t. IV,
-p. 476 de l'édit. de M.</p>
-
-<p><a id="Footnote_354" href="#FNanchor_354" class="label">[354]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (en date du 1<sup>er</sup> juillet 1676), t. IV, p. 459;
-t. V, p. 5; t. VII, p. 84, 291 et 423.</p>
-
-<p><a id="Footnote_355" href="#FNanchor_355" class="label">[355]</a> <span class="small1">Bussy</span>, <i>Lettres</i>, t. V, p. 60 à 65 (lettre en date du 1<sup>er</sup> janvier 1669),&mdash;<i>Supplément
-aux Mémoires et Lettres de M. le comte</i> <span class="small1">de Bussy</span>,
-t. I, p. 77-82.</p>
-
-<p><a id="Footnote_356" href="#FNanchor_356" class="label">[356]</a> <span class="small1">Bussy</span>, <i>Lettres</i> (7 septembre 1670), t. III, p. 240, édit. de Paris
-des <i>Lettres de</i> <span class="small1">Roger de Rabutin</span>, 1737, in-12.</p>
-
-<p><a id="Footnote_357" href="#FNanchor_357" class="label">[357]</a> <span class="small1">Bussy</span>, <i>Lettres</i>, t. III, p. 279.</p>
-
-<p><a id="Footnote_358" href="#FNanchor_358" class="label">[358]</a> <span class="small1">Bussy</span>, <i>Lettres</i> (12 juin 1669), t. V, p. 80.</p>
-
-<p><a id="Footnote_359" href="#FNanchor_359" class="label">[359]</a> <span class="small1">Bussy</span>, <i>Lettres</i> (20 février 1671), t. III, p. 313, édit. 1737, in-12.</p>
-
-<p><a id="Footnote_360" href="#FNanchor_360" class="label">[360]</a> <span class="small1">Bussy</span>, <i>Lettres</i> (26 septembre 1670), t. III, p. 247 (18 octobre
-1670); t. III, p. 262-264 (23 et 31 octobre 1670); t. III, p. 261,
-262, 264 (8 septembre 1670); t. III, p. 267, 308 (20 février 1671);
-t. III, p. 313.</p>
-
-<p><a id="Footnote_361" href="#FNanchor_361" class="label">[361]</a> <span class="small1">Bussy</span>, <i>Lettres</i>, t. III, p. 33, 34, 125, 183, 178, 188, 197, 221,
-223, 228, 241, 242, 246, 249, 250, 257, 265, 269, 270, 279, 288;
-t. V, p. 109, 134, 141, 154, 156, 159, 174.&mdash;<i>Supplément aux
-Mémoires et Lettres</i>, 1<sup>re</sup> partie, p. 93, 96, 177.</p>
-
-<p><a id="Footnote_362" href="#FNanchor_362" class="label">[362]</a> <span class="small1">Bussy</span>, <i>Lettres</i> (23 octobre 1670), t. III, p. 261.</p>
-
-<p><a id="Footnote_363" href="#FNanchor_363" class="label">[363]</a> <span class="small1">Bussy</span>, t. III, p. 242 (15 septembre 1670). La lettre est, je
-crois, adressée à mademoiselle Dupré.</p>
-
-<p><a id="Footnote_364" href="#FNanchor_364" class="label">[364]</a> <span class="small1">Montpensier</span>, <i>Mémoires</i>, t. XLII, p. 255, 441, 445.</p>
-
-<p><a id="Footnote_365" href="#FNanchor_365" class="label">[365]</a> <span class="small1">Bussy</span>, <i>Lettres</i> (1<sup>er</sup> octobre 1670), t. III, p. 249.</p>
-
-<p><a id="Footnote_366" href="#FNanchor_366" class="label">[366]</a> <span class="small1">Bussy</span>, <i>Lettres</i> (6 mai 1670), t. III, p. 197.&mdash;<i>Supplément</i>, t. I,
-p. 96.</p>
-
-<p><a id="Footnote_367" href="#FNanchor_367" class="label">[367]</a> <span class="small1">Bussy</span>, <i>Lettres</i>, t. III, p. 228 (Lettre de madame de Scudéry,
-en date du 31 juillet 1670).</p>
-
-<p><a id="Footnote_368" href="#FNanchor_368" class="label">[368]</a> <span class="small1">Bussy</span>, <i>Lettres</i>, t. III, p. 261 (23 octobre 1670).</p>
-
-<p><a id="Footnote_369" href="#FNanchor_369" class="label">[369]</a> <span class="small1">Bussy</span>, <i>Lettres</i>, t. III, p. 136, 155, 270, 300 (Lettres de Corbinelli,
-datées de Montpellier, le 16 juin 1669; de Toulouse, le 15 septembre
-1669; de Paris, le 17 mai 1670; d'Aiguemortes, le 15 février
-1671); t. III, p. 522.</p>
-
-<p><a id="Footnote_370" href="#FNanchor_370" class="label">[370]</a> <span class="small1">Corbinelli</span>, <i>Recueil de tous les beaux endroits des ouvrages
-des plus célèbres auteurs de ce temps</i>, 1696, 5 vol. in-18.&mdash;<i>Les Anciens
-historiens réduits en maximes</i>, 1694, in-12.&mdash;<i>Sentiments
-d'amour tirés des meilleurs poëtes modernes</i>; Paris, 1665, in-12.</p>
-
-<p><a id="Footnote_371" href="#FNanchor_371" class="label">[371]</a> Corbinelli mourut en 1716, âgé de plus de cent ans; donc il était
-né en 1615: ainsi il avait cinquante-cinq ans en 1670.</p>
-
-<p><a id="Footnote_372" href="#FNanchor_372" class="label">[372]</a> <span class="small1">Bussy</span>, <i>Lettres</i>, t. III, p. 2, 65, 69, 180, 184, 286, 288 (29 octobre
-1666, 25 décembre 1667, 2 janvier 1668, 19 et 27 janvier 1670).</p>
-
-<p><a id="Footnote_373" href="#FNanchor_373" class="label">[373]</a> <span class="small1">Bussy</span>, t. III, p. 183 (27 janvier 1670). Le P. Cosme fut depuis
-évêque de Lombez. Il avait exigé de madame de Monglat qu'elle
-n'allât plus au spectacle; elle refusa, et il ne voulut plus la diriger.</p>
-
-<p><a id="Footnote_374" href="#FNanchor_374" class="label">[374]</a> Voyez ci-dessus, chap. <span class="small1">III</span>, p. 56-68.</p>
-
-<p><a id="Footnote_375" href="#FNanchor_375" class="label">[375]</a> <span class="small1">Bussy</span>, <i>Lettres</i>, t. III, p. 228 et 229 (31 juillet 1670).&mdash;Madame
-<span class="small1">de Scudéry</span>, <i>Lettres</i>, 1806, in-12, p. 30.</p>
-
-<p><a id="Footnote_376" href="#FNanchor_376" class="label">[376]</a> <span class="small1">Bussy</span>, <i>Lettres</i>, t. III, p. 316-17 (6 mars 1671).&mdash;<i>Supplément</i>,
-t. I, p. 97.&mdash;Lettres de mesdames <span class="small1">de Scudéry</span>, <span class="small1">de Salvan-Salière</span>
-et de mademoiselle <span class="small1">Descartes</span>, collection de Collin; Paris, 1806,
-in-12, p. 46 et 47.</p>
-
-<p><a id="Footnote_377" href="#FNanchor_377" class="label">[377]</a> <span class="small1">Bussy</span>, <i>Lettres</i> (31 juillet 1670), t. III, p. 229.</p>
-
-<p><a id="Footnote_378" href="#FNanchor_378" class="label">[378]</a> <span class="small1">Bussy</span>, <i>Lettres</i>, t. III, p. 228 et 229 (31 juillet 1670).&mdash;Madame
-<span class="small1">de Scudéry</span>, <i>Lettres</i>, p. 28 et 30, édit. 1806 (du recueil de
-Léopold Collin).</p>
-
-<p><a id="Footnote_379" href="#FNanchor_379" class="label">[379]</a> Le vrai nom est Troisville; l'abréviation avait prévalu.&mdash;Conférez
-<span class="small1">la Fare</span>, <i>Mémoires</i>, t. LXV, p. 181.&mdash;<span class="small1">Sévigné</span>, t. II, p. 324;
-t. IV, p. 165; t. VIII, p. 440 et 447, t. XI, p. 159, 190, 191, édit.
-de G. de S.-G.&mdash;<span class="small1">Tallemant des Réaux</span>, <i>Historiettes</i>, t. I, p. 420,
-édit. in-8<sup>o</sup>.</p>
-
-<p><a id="Footnote_380" href="#FNanchor_380" class="label">[380]</a> <span class="small1">Bussy</span>, <i>Lettres</i>, t. III, p. 218 (4 juillet 1670). Cette lettre de
-madame de Scudéry est omise, ainsi que beaucoup d'autres, dans
-le recueil de Léopold Collin, qui a été fait avec beaucoup de négligence.</p>
-
-<p><a id="Footnote_381" href="#FNanchor_381" class="label">[381]</a> <i>Pensées de M. Pascal sur la religion</i>, 1670, in-12, chez
-G. Desprez (les approbations des évêques, pour l'impression, sont
-datées de septembre 1669).</p>
-
-<p><a id="Footnote_382" href="#FNanchor_382" class="label">[382]</a> <span class="small1">Bussy</span>, <i>Lettres</i>, t. III, p. 220 (7 juillet 1670).</p>
-
-<p><a id="Footnote_383" href="#FNanchor_383" class="label">[383]</a> <span class="small1">Bussy</span>, <i>Lettres</i>, t. III, p. 228 (31 juillet 1670).</p>
-
-<p><a id="Footnote_384" href="#FNanchor_384" class="label">[384]</a> <span class="small1">Bussy</span>, <i>Lettres</i>, t. V, p. 182 (5 décembre 1670, Lettre de madame
-de Corbinelli, religieuse à Châtillon, au comte de Bussy).</p>
-
-<p><a id="Footnote_385" href="#FNanchor_385" class="label">[385]</a> <span class="small1">Bussy</span>, <i>Lettres</i>, t. V, p. 183 (8 décembre 1670).</p>
-
-<p><a id="Footnote_386" href="#FNanchor_386" class="label">[386]</a> <span class="small1">Bussy</span>, <i>Lettres</i>, t. V, p. 179 et 180 (2 novembre 1670).</p>
-
-<p><a id="Footnote_387" href="#FNanchor_387" class="label">[387]</a> <span class="small1">Bussy</span>, <i>Lettres</i>, t. V, p. 181 (21 novembre 1670).&mdash;<span class="small1">Delort</span>,
-<i>Hist. de la détention des philosophes et des gens de lettres à
-la Bastille et à Vincennes</i>.</p>
-
-<p><a id="Footnote_388" href="#FNanchor_388" class="label">[388]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (19 septembre 1670), t. I, p. 216, édit. de M.&mdash;<i>Ib.</i>,
-t. I, p. 288, édit. de G. de S.-G. (23 janvier 1771); t. I, p. 227,
-édit. de M.&mdash;<i>Ibid.</i>, t. I, p. 301, édit. de G. de S.-G. (16 février 1671);
-t. I, p. 249, édit. de M.&mdash;<i>Ibid.</i>, t. I, p. 326, édit. de G. de S.-G.</p>
-
-<p><a id="Footnote_389" href="#FNanchor_389" class="label">[389]</a> I<sup>re</sup> partie, p. 2.</p>
-
-<p><a id="Footnote_390" href="#FNanchor_390" class="label">[390]</a> <span class="small1">Xavier Girault</span>, <i>Notice hist. sur madame de Sévigné</i>, dans les
-<i>Lettres inédites de</i> <span class="small1">Sévigné</span>, p. <span class="small1">XXV</span>.&mdash;<i>Ibid.</i>, t. I, p. <span class="small1">LXXX</span> de l'édit.
-des <i>Lettres de</i> <span class="small1">Sévigné</span>, par G. de S.-G.; <i>id.</i>, t. V, p. 428 et 432;
-t. V, p. 255, 256, 261, 337, 380 de l'édit. de M. (lettres des 15 septembre
-et 13 octobre 1677, des 13 juin et 12 août 1678); t. VI,
-p. 4 et 19, édit. de G. de S.-G.; <i>id.</i>, t. XI, p. 26 (avril 1694).</p>
-
-<p><a id="Footnote_391" href="#FNanchor_391" class="label">[391]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i>, t. I, p. 242, édit. de G. de S.-G.&mdash;<i>Id.</i>, t. I,
-p. 177, édit. de M. (3 et 16 avril 1670).&mdash;<span class="small1">Roger de Rabutin</span>,
-<i>Lettres</i>, t. V, p. 248 et 249.</p>
-
-<p><a id="Footnote_392" href="#FNanchor_392" class="label">[392]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i>, t. I, p. 245, édit. de G. de S.-G.&mdash;<i>Ibid.</i>, t. I,
-p. 180, édit. de M. (21 avril 1670).&mdash;Cf. 2<sup>e</sup> partie, ch. <span class="small1">XI</span>, p. 137.</p>
-
-<p><a id="Footnote_393" href="#FNanchor_393" class="label">[393]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (15 mai 1670), t. I, p. 247, édit. de G. de S.-G.;
-t. I, p. 181, édit. de M.</p>
-
-<p><a id="Footnote_394" href="#FNanchor_394" class="label">[394]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (17 juin 1670), t. I, p. 250, édit. de G. de
-S.-G.; t. I, p. 183, édit. de M.&mdash;<i>Ibid.</i> (6 juillet 1671), t. I,
-p. 191, édit. de M.; t. I, p. 259, édit. de G. de S.-G.</p>
-
-<p><a id="Footnote_395" href="#FNanchor_395" class="label">[395]</a> Par un nommé Bréban, dont je ne trouve le nom nulle part ailleurs.&mdash;<span class="small1">Sévigné</span>,
-<i>Lettres</i> (25 juin 1670), t. I, p. 253, édit. de G.
-de S.-G.&mdash;<i>Ibid.</i> t. I, p. 186, édit. de M.</p>
-
-<p><a id="Footnote_396" href="#FNanchor_396" class="label">[396]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (25 juin 1670), t. I, p. 185 à 188, édit. de M.;
-t. I, p. 255, édit. de G. de S.-G.</p>
-
-<p><a id="Footnote_397" href="#FNanchor_397" class="label">[397]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (6 juillet 1670), t. I, p. 259, 262, édit. de G.
-de S.-G.&mdash;<i>Id.</i>, t. I, p. 191-193, édit. de M.</p>
-
-<p><a id="Footnote_398" href="#FNanchor_398" class="label">[398]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (10 juillet 1670, lettre de Bussy), t. I, p. 262-264,
-édit. de G. de S.-G.&mdash;<i>Id.</i>, t. I, p. 194 à 196, édit. de M.</p>
-
-<p><a id="Footnote_399" href="#FNanchor_399" class="label">[399]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (19 décembre 1670), t. I, p. 216, édit. de M.;
-t. I, p. 288, édit. de G. de S.-G. (Cette généalogie des Rabutins, dit
-l'éditeur de madame de Sévigné, ne fut terminée qu'en 1685.)</p>
-
-<p><a id="Footnote_400" href="#FNanchor_400" class="label">[400]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (23 janvier 1671), t. I, p. 227, édit. de M.;
-t. I, p. 301, édit. de G. de S.-G.</p>
-
-<p><a id="Footnote_401" href="#FNanchor_401" class="label">[401]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (10 juillet 1670), t. I, p. 264, édit. de G. de
-S.-G.; t. I, p. 195, édit. de M.</p>
-
-<p><a id="Footnote_402" href="#FNanchor_402" class="label">[402]</a> Bussy aurait dû dire: Comme le frère de Sganarelle. Voyez <i>l'École des Maris</i>,
-acte <span class="small1">I</span>, scène 2.&mdash;Conférez <i>&OElig;uvres de monsieur</i>
-<span class="small1">de Molière</span>, t. II, p. 80, 1676, in 12; chez Claude Barbin.</p>
-
-<p><a id="Footnote_403" href="#FNanchor_403" class="label">[403]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (16 février 1671), t. I, p. 268, 269, ou t. I,
-p. 325, édit. de G. de S.-G.</p>
-
-<p><a id="Footnote_404" href="#FNanchor_404" class="label">[404]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (6 juillet 1670), t. I, p. 260, édit. de G. de
-S.-G.; t. I, p. 192, édit. M.</p>
-
-<p><a id="Footnote_405" href="#FNanchor_405" class="label">[405]</a> <span class="small1">Bussy</span>, <i>Lettres</i> (17 juin 1670), t. I, p. 184, édit. de M.&mdash;<i>Ibid.</i>,
-t. I, p. 251, édit. de G. de S.-G.</p>
-
-<p><a id="Footnote_406" href="#FNanchor_406" class="label">[406]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i>, t. I, p. 254, édit. de G. de S.-G.&mdash;<i>Id.</i>, t. I,
-p. 187, édit. de M. (lettre de Bussy, du 25 juin 1670).</p>
-
-<p><a id="Footnote_407" href="#FNanchor_407" class="label">[407]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (6 juillet 1670), t. I, p. 260, édit. de G. de
-S.-G.; t. I, p. 192, édit. de M.</p>
-
-<p><a id="Footnote_408" href="#FNanchor_408" class="label">[408]</a> Cette lettre étant datée du 6 juillet 1670, madame de Sévigné
-avait, quand elle l'écrivit, quarante-quatre ans et cinq mois.</p>
-
-<p><a id="Footnote_409" href="#FNanchor_409" class="label">[409]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (10 juillet 1670), t. I, p. 262, édit. de G. de
-S.-G.&mdash;<i>Id.</i>, t. I, p. 194, édit. de M.</p>
-
-<p><a id="Footnote_410" href="#FNanchor_410" class="label">[410]</a> Expression qui fait allusion à l'épître en vers de Scarron intitulée
-<i>Épître chagrine</i>.&mdash;Conf. <span class="small1">Scarron</span>, <i>&OElig;uvres</i>, t. VIII, p. 228,
-édit. 1737, in-18.</p>
-
-<p><a id="Footnote_411" href="#FNanchor_411" class="label">[411]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i>, t. I, p. 89; t. II, p. 53 (1<sup>er</sup> mai 1671).</p>
-
-<p><a id="Footnote_412" href="#FNanchor_412" class="label">[412]</a> Duc <span class="small1">de Navailles et de la Valette</span>, <i>Mémoires</i>, 1701, in-12,
-p. 225-278, liv. <span class="small1">IV</span>.&mdash;<span class="small1">Louis</span> XIV, <i>&OElig;uvres</i>, t. V, p. 451, 454, 456.&mdash;<span class="small1">Bussy</span>,
-<i>Lettres</i>, t. V, p. 83.&mdash;<span class="small1">Daru</span>, <i>Hist. de Venise</i>, 1819,
-in-8<sup>o</sup>, t. IV, p. 616-621; t. VII, p. 246 et 247.&mdash;<span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i>,
-t. III, p. 477 (31 juillet 1675); <i>Plans et cartes de Candie</i>, Biblioth.
-royale, vol. XXX de l'<i>Histoire de France par estampes</i>.</p>
-
-<p><a id="Footnote_413" href="#FNanchor_413" class="label">[413]</a> <span class="small1">Saint-Simon</span>, <i>Mémoires authentiques</i>, t. II, p. 410, 411.&mdash;Voyez ci-dessus,
-2<sup>e</sup> partie, p. 301, chap. <span class="small1">XX</span>.</p>
-
-<p><a id="Footnote_414" href="#FNanchor_414" class="label">[414]</a> Le portrait de l'ambassadeur d'Ardrah, D. Matheo Lopez, fut
-gravé par Larmessin.&mdash;<span class="small1">Bussy</span>, <i>Lettres</i>, t. V, p. 185 (lettre du
-9 décembre 1670).</p>
-
-<p><a id="Footnote_415" href="#FNanchor_415" class="label">[415]</a> <span class="small1">Bussy</span>, <i>Lettres</i>, t. V, p. 186.</p>
-
-<p><a id="Footnote_416" href="#FNanchor_416" class="label">[416]</a> <span class="small1">Lingard's</span> <i>History of England</i>.&mdash;<span class="small1">Louis</span> XIV, <i>&OElig;uvres</i>, t. V,
-p. 466, 467, 469.</p>
-
-<p><a id="Footnote_417" href="#FNanchor_417" class="label">[417]</a> <span class="small1">Ramsay</span>, <i>Histoire du vicomte de Turenne</i>, édit. in-12, t. II,
-p. 165 et 166.</p>
-
-<p><a id="Footnote_418" href="#FNanchor_418" class="label">[418]</a> <i>Préliminaires des traités entre les rois de France et tous les
-princes de l'Europe</i>; Paris, Frédéric Léonard, 1692, in-12, p. 287 à 300.</p>
-
-<p><a id="Footnote_419" href="#FNanchor_419" class="label">[419]</a> <span class="small1">Choisy</span>, <i>Mémoires</i>, t. LXIII, p. 404, 415.&mdash;<span class="small1">Bussy</span>, <i>Lettres</i>,
-t. V, p. 177 et 184 (2 novembre et 9 décembre 1670).</p>
-
-<p><a id="Footnote_420" href="#FNanchor_420" class="label">[420]</a> <span class="small1">Forbonnais</span>, <i>Recherches et considérations sur les finances de
-France</i>, édit. in-12, t. III, p. 43, 47, 51, 54, 57.</p>
-
-<p><a id="Footnote_421" href="#FNanchor_421" class="label">[421]</a> <span class="small1">Eckard</span>, <i>États au vrai de toutes les sommes employées par
-Louis XIV aux créations de Versailles, Marly et dépendances</i>;
-1836, in-8<sup>o</sup>, p. 23, 39, 42, 45, 47, 48, 53, 57.</p>
-
-<p><a id="Footnote_422" href="#FNanchor_422" class="label">[422]</a> <span class="small1">Félibien</span>, <i>Description sommaire du chasteau de Versailles</i>;
-1674, in-12.&mdash;<span class="small1">Combe</span>, <i>Explication historique de ce qu'il y a de plus
-remarquable dans la maison royale de Versailles et dans celle de</i>
-<span class="small1">Monsieur</span> <i>à Saint-Cloud</i>; 1681, in-12.&mdash;<span class="small1">Félibien</span>, <i>Explicat. des
-tableaux de la galerie de Versailles et de ses deux salons</i>; 1687,
-in-12.&mdash;Id., <i>Recueil et description de peintures et autres ouvrages
-faits pour le roi</i>; 1689, in-12.&mdash;Id., <i>Description sommaire de
-Versailles ancienne et nouvelle</i>; 1703.&mdash;<span class="small1">Eckard</span>, <i>Recherches sur
-Versailles</i>; 1836, in-8<sup>o</sup>, p. 41 et 49.</p>
-
-<p><a id="Footnote_423" href="#FNanchor_423" class="label">[423]</a> <i>Les &OElig;uvres posthumes de monsieur</i> <span class="small1">de Molière</span>, t. VIII, imprimées
-pour la première fois; Paris, Denys Thierry, etc., 1682, in-12.&mdash;<i>Les
-Amants magnifiques</i>, p. 5-84.&mdash;<i>&OElig;uvres de</i> <span class="small1">Molière</span>, t. VII,
-p. 477-481, édition d'Auger.&mdash;<span class="small1">Taschereau</span>, <i>Hist. de la vie et des ouvrages
-de Molière</i>; 2<sup>e</sup> édition, p. 250 et 432; 3<sup>e</sup> édit., p. 153 et 296.</p>
-
-<p><a id="Footnote_424" href="#FNanchor_424" class="label">[424]</a> <span class="small1">Bussy</span>, <i>Lettres</i>, t. III, p. 306 (lettre à la comtesse du Bouchet, du
-7 février 1671). Le livre du ballet mentionné est <i>Psyché</i>; 1671, in-12.&mdash;Frères
-<span class="small1">Parfaict</span>, <i>Hist. du Théâtre françois</i>, t. XI, p. 121 à 132.</p>
-
-<p><a id="Footnote_425" href="#FNanchor_425" class="label">[425]</a> <span class="small1">Molière</span>, <i>&OElig;uvres posthumes</i>, 1682, t. VIII, p. 10 et 83.</p>
-
-<p><a id="Footnote_426" href="#FNanchor_426" class="label">[426]</a> <span class="small1">Louis Racine</span>, <i>Mémoires sur la vie de Jean Racine</i>; Lausanne,
-1747, in-12, t. I, p. 80.&mdash;<i>Lettre de</i> <span class="small1">Boileau</span> <i>à Monchesnay</i>, t. II,
-p. 260.&mdash;Dans les <i>&OElig;uvres de</i> <span class="small1">Boileau</span>, édit. de Berriat Saint-Prix,
-t. IV, p. 128 et 130, la lettre est datée du 7 septembre 1707.&mdash;<span class="small1">Aimé-Martin</span>,
-<i>&OElig;uvres de Racine</i>, 1826, in-8<sup>o</sup>, t. I, p. <span class="small1">XLIV</span>.</p>
-
-<p><a id="Footnote_427" href="#FNanchor_427" class="label">[427]</a> <i>Britannicus</i>; Paris, Claude Barbin, 1670, in-12 (80 pages; le
-privilége est du 7 janvier 1670).&mdash;Frères <span class="small1">Parfaict</span>, <i>Histoire du
-Théâtre françois</i>, t. X, p. 426 à 446 (13 décembre 1669).&mdash;<i>Ibid.</i>,
-t. XI, p. 42-96 (février 1670).</p>
-
-<p><a id="Footnote_428" href="#FNanchor_428" class="label">[428]</a> <i>Britannicus</i>, acte <span class="small1">IV</span>, scène 4.</p>
-
-<p><a id="Footnote_429" href="#FNanchor_429" class="label">[429]</a> <span class="small1">Benserade</span>, <i>&OElig;uvres</i>; Paris, 1697, t. II, p. 404; <i>Ballet royal du
-Triomphe de l'Amour</i>, dansé devant Sa Majesté, à Saint-Germain
-en Laye, en 1681.&mdash;<span class="small1">Laurent</span>, <i>la Galante et magnifique joute des
-chevaliers maures, au grand carrousel Dauphin, à Versailles, le
-1<sup>er</sup> et 2 juin 1685</i>; Paris, in-12, chez Antoine Raflé (40 pages).&mdash;<span class="small1">De
-Sourches</span>, <i>Mémoires</i>; Paris, 1836, in-8<sup>o</sup>, t. I, p. 129-176.</p>
-
-<p><a id="Footnote_430" href="#FNanchor_430" class="label">[430]</a> Les frères <span class="small1">Parfaict</span>, <i>Histoire du Théâtre françois</i>, t. XI,
-p. 56-66.&mdash;<span class="small1">Taschereau</span>, <i>Vie de Molière</i>, 1844, in-12, p. 158-161.</p>
-
-<p><a id="Footnote_431" href="#FNanchor_431" class="label">[431]</a> Conférez <span class="small1">Fontenelle</span>, <i>&OElig;uvres</i> (Vie de Pierre Corneille).&mdash;<span class="small1">Louis
-Racine</span>, <i>Mémoires sur la vie de Jean Racine</i>; 1747, in-12,
-p. 87.&mdash;<span class="small1">Geoffroy</span>, <i>&OElig;uvres de Racine</i>, t. III, p. 11.</p>
-
-<p><a id="Footnote_432" href="#FNanchor_432" class="label">[432]</a> Les frères <span class="small1">Parfaict</span>, <i>Hist. du Théâtre françois</i>, t. XI, p. 66-108-120.</p>
-
-<p><a id="Footnote_433" href="#FNanchor_433" class="label">[433]</a> Diane-Gabrielle de Damas, fille de Claude-Léonor, marquis de
-Thianges, et de Gabrielle Rochechouart de Mortemart, s&oelig;ur de madame
-de Montespan. Voyez <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i>, t. I, p. 210, édit. de M.&mdash;<i>Ibid.</i>,
-t. I, p. 280, édit. de G. de S.-G. (10 décembre 1670).&mdash;<i>Ibid.</i>,
-t. VII, p. 38, édit. de G. de S.-G.</p>
-
-<p><a id="Footnote_434" href="#FNanchor_434" class="label">[434]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (10 septembre 1671), t. II, p. 192, édit. de M.&mdash;<i>Ibid.</i>,
-t. II, p. 230.&mdash;Conférez encore, sur Racine, <span class="small1">Sévigné</span>, t. II,
-p. 426; t. V, p. 554-558; t. IX, p. 126, et t. X, p. 182, édit. de G. de
-S.-G.&mdash;<span class="small1">Geoffroy</span>, <i>Jugement sur Bérénice</i>, dans son édit. des <i>&OElig;uvres
-de</i> <span class="small1">Racine</span>; 1808, in-8<sup>o</sup>, t. III, p. 156.&mdash;<span class="small1">Louis Racine</span>, <i>Mém.
-sur la vie de Jean Racine</i>; 1747, in-12, p. 88; et dans les <i>&OElig;uvres
-de</i> <span class="small1">Racine</span>, t. I, p. <span class="small1">LI</span> de l'édit. d'Aimé-Martin.&mdash;<span class="small1">Saint-Évremond</span>,
-<i>&OElig;uvres</i>, t. III, p. 317 et 318.&mdash;<span class="small1">Caylus</span>, <i>Mém.</i>, p. 452.</p>
-
-<p><a id="Footnote_435" href="#FNanchor_435" class="label">[435]</a> <span class="small1">Louis Racine</span>, <i>Mém. sur la vie de Jean Racine</i>, 1747, t. I, p. 90 et
-91.&mdash;<i>&OElig;uvres de</i> <span class="small1">Racine</span>, édit. d'Aimé-Martin, 1820, in-8<sup>o</sup>, t. II, p. 304.&mdash;Les
-frères <span class="small1">Parfaict</span>, <i>Hist. du Théâtre françois</i>, t. XI, p. 104.</p>
-
-<p><a id="Footnote_436" href="#FNanchor_436" class="label">[436]</a> <span class="small1">Corneille</span>, <i>Tite et Bérénice</i>, comédie héroïque, acte <span class="small1">II</span>, scène I,
-t. V, p. 262 et 263, édit. 1692, chez P. Trabouillet, revue et corrigée
-par l'auteur, t. IX, p. 16 de l'édit. 1824, in-8<sup>o</sup>, de Lefèvre.&mdash;<span class="small1">François
-de Neufchateau</span>, <i>Esprit du grand Corneille</i>, p. 366.</p>
-
-<p><a id="Footnote_437" href="#FNanchor_437" class="label">[437]</a> Ce fut le mercredi des Cendres. Sur la Vallière, voyez <span class="small1">Sévigné</span>
-(lettres en date des 12 et 13 janvier 1671), t. I, p. 245 et 247, édit. de
-M.; et t. I, p. 322 et 324, édit. de G. de S.-G.; (13 décembre 1673),
-t. III, p. 263, édit. de G.&mdash;<i>Id.</i>, t. III, p. 172 et 173 (16 octobre 1676);
-<i>ib.</i>, t. V, p. 170, édit. de G.&mdash;<i>Ib.</i>, t. V, p. 3, édit. M. (29 décembre 1679).&mdash;<i>Ib.</i>,
-t. VI, p. 276, édit. de G.&mdash;<i>Ib.</i>, t. VI, p. 83, édit. de
-M. (5 janvier 1680).&mdash;<i>Ib.</i>, t. VI, p. 285, édit. de G.&mdash;<i>Ib.</i>, t. VI,
-p. 92, édit. de M. (1<sup>er</sup> septembre 1680).&mdash;<i>Ib.</i>, t. VII, p. 190, édit. de
-G. de S.-G.&mdash;<i>Ib.</i>, t. VI, p. 443, édit. M.&mdash;<span class="small1">Bussy</span>, <i>Lettres</i> (1<sup>er</sup> juin
-et 6 juillet 1669), t. V, p. 79, 82.&mdash;<span class="small1">Caylus</span>, <i>Mém.</i>, t. LXVI, p. 379
-et 380.&mdash;<span class="small1">Montpensier</span>, <i>Mémoires</i>, t. XLIII, p. 196 et 634.&mdash;<span class="small1">La
-Rochefoucauld</span>, <i>Mémoires</i>, t. LII, p. 94 et 123.&mdash;<span class="small1">La Fayette</span>, <i>Mémoires</i>,
-t. LXIV, p. 395, 410, 414, 456.&mdash;<span class="small1">Retz</span>, t. XLVI, p. 54.&mdash;<span class="small1">Benserade</span>,
-<i>&OElig;uvres</i>, t. I, p. 313, 370. Conférez <i>Mémoires de Maucroix</i>,
-suite et fin, p. 33, ch. <span class="small1">XX</span>, et ci-dessus, 2<sup>e</sup> partie, p. 300, ch. <span class="small1">XX</span>.</p>
-
-<p><a id="Footnote_438" href="#FNanchor_438" class="label">[438]</a> Voyez ch. IX, 2<sup>e</sup> partie de cet ouvrage, p. 114.</p>
-
-<p><a id="Footnote_439" href="#FNanchor_439" class="label">[439]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>loc. cit.</i> (lettres des 12 et 13 février).</p>
-
-<p><a id="Footnote_440" href="#FNanchor_440" class="label">[440]</a> Lettre de Louvois à Saint-Mars, écrite de Saint-Germain en Laye,
-datée du 14 octobre 1672, dans J. <span class="small1">Delort</span>, <i>Histoire de la détention
-des philosophes et des gens de lettres détenus à la Bastille, à
-Vincennes</i>, etc.; 1829, in-8<sup>o</sup>, t. I, p. 193 à 194.</p>
-
-<p><a id="Footnote_441" href="#FNanchor_441" class="label">[441]</a> <i>Entretiens de madame de Maintenon</i>, t. VI, p. 240 de ses <i>Lettres</i>
-de l'édition de Sautereau de Marsy, publiées par Léopold Collin,
-1806, in-12; ou t. VI, p. 28 du <i>Recueil de lettres de madame</i> <span class="small1">de
-Maintenon</span>, 1756, in-12, publié par la Beaumelle.</p>
-
-<p><a id="Footnote_442" href="#FNanchor_442" class="label">[442]</a> <span class="small1">La Beaumelle</span>, <i>Mémoires</i>, t. II, p. 1-12, chap. <span class="small1">I</span>.&mdash;<span class="small1">Maintenon</span>,
-<i>Lettres</i> (24 mars 1669, à madame d'Heudicourt), t. I, p. 48 de l'édit.
-de la Beaumelle; 1756, in-12; t. I, p. 56 de l'édit. de Sautereau de
-Marsy; Paris, Léopold Collin, 1806, in-12.</p>
-
-<p><a id="Footnote_443" href="#FNanchor_443" class="label">[443]</a> <span class="small1">La Beaumelle</span>, <i>Mémoires pour servir à l'histoire de madame
-de Maintenon, entretien XI de madame de Maintenon</i>, t. VI,
-p. 20 à 218.&mdash;Et dans les <i>Lettres de madame</i> <span class="small1">de Maintenon</span>,
-t. VI, p. 233-246.</p>
-
-<p><a id="Footnote_444" href="#FNanchor_444" class="label">[444]</a> <span class="small1">Saint-Simon</span>, <i>Mémoires authentiques</i>, t. XV, p. 473.&mdash;<span class="small1">Sévigné</span>,
-<i>Lettres</i> (26 novembre 1670), t. I, p. 275, édit. de G. de S.-G.; ou
-t. I, p. 206, édit. de M.&mdash;<i>Ib.</i> (13 janvier 1672), t. II, p. 346, édit.
-de G. de S.-G.&mdash;<i>Ib.</i>, t. II, p. 293, édit. de M.&mdash;<i>Ib.</i> (26 juillet 1675),
-t. III, p. 470, édit. de G.&mdash;<i>Ib.</i> (21 janvier 1695), t. XI, p. 124,
-édit. de G.&mdash;<span class="small1">Montpensier</span>, <i>Mém.</i>, t. XLIII, p. 60.</p>
-
-<p><a id="Footnote_445" href="#FNanchor_445" class="label">[445]</a> <span class="small1">Saint-Simon</span>, <i>Mémoires authentiques</i>, t. XI, p. 109,&mdash;<i>Ib.</i>, t. VII,
-p. 174.&mdash;<span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (23 août 1671), t. II, p. 201, édit. de G.;
-<i>ib.</i>, t. II, p. 167, édit. de M.; <i>ib.</i> (16 août 1675), t. IV, p. 20, édit.
-de G.; t. III, p. 397, édit. de M.&mdash;<span class="small1">La Fare</span>, <i>Mémoires</i>, t. LXV,
-p. 187; <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (21 juin 1680), t. VII, p. 61, édit. de G.; <i>ib.</i>,
-t. VI, p. 335, édit. de M.&mdash;<i>Ib.</i> (19 novembre 1687), t. VII, p. 318,
-édit. de G.&mdash;<i>Ib.</i>, t. VIII, p. 45, édit. de M. (Marsillac est là mentionné
-comme duc de la Rochefoucauld, nom qu'il porta après la mort de son
-père); <i>ib.</i> (22 et 30 novembre 1688), t. VIII, p. 451 et 464, édit.
-de G.; <i>ib.</i>, t. VIII, p. 169-181, édit. de M.; <i>ib.</i>, (13 décembre 1688),
-t. IX, p. 19; <i>ib.</i>, t. IX, p. 217 (le grand veneur).</p>
-
-<p><a id="Footnote_446" href="#FNanchor_446" class="label">[446]</a> <i>Mémoires sur Sévigné</i>, 1<sup>re</sup> partie, p. 507, chap. <span class="small1">XXXVII</span>.</p>
-
-<p><a id="Footnote_447" href="#FNanchor_447" class="label">[447]</a> <span class="small1">Saint-Simon</span>, <i>Mémoires authentiques</i>, t. III, p. 232 à 235.&mdash;<i>&OElig;uvres
-complètes de</i> <span class="small1">Louis de Saint-Simon</span>, 1791, in-8<sup>o</sup>, t. X, p. 34-38.&mdash;<span class="small1">Sévigné</span>,
-<i>Lettres</i> (4 novembre 1671), t. II, p. 261, édit. de G.;
-t. II, p. 239, édit. de M. (16 août 1675), t. IV, p. 24; <i>ibid.</i>, t. III, page
-401 (20 juillet 1679); t. VI, p. 99, édit. de G.; ou t. V, p. 415,
-édit. de M.; <i>ib.</i> (11 mars 1689), t. IX, p. 207-209, édit. de G.; <i>ib.</i>,
-t. VIII, p. 379, édit. de M.&mdash;(Lettre de madame de la Fayette,
-19 septembre 1691), t. X, p. 408, édit de G. de S.-G.; t. IX, p 472,
-édit. de M.</p>
-
-<p><a id="Footnote_448" href="#FNanchor_448" class="label">[448]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (20 juillet 1679), t. V, p. 415, édit. de M.; <i>ib.</i>,
-t. VI, p. 99, édit. de G. de S.-G.&mdash;<span class="small1">Choisy</span>, <i>Mémoires</i>, t. LXIII,
-p. 304-305.&mdash;<span class="small1">La Fare</span>, <i>Mémoires</i>, t. LXV, p. 185-187.</p>
-
-<p><a id="Footnote_449" href="#FNanchor_449" class="label">[449]</a> Son nom alors était Antoine de Nompar de Caumont, marquis de
-Puyguilhem. Sur ce qui le concerne, voyez <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i>, en date
-des 15 et 19 décembre 1670, 27 février 1671, 29 novembre 1671, décembre
-1671, dans l'édit. de G. de S.-G., t. II, p. 305; 9 et 23 décembre
-1671, 6 janvier 1677, 23 mars 1672, 8 mars 1676, 27 février 1679,
-23 octobre 1680, 24 décembre 1688, 25 février 1689, 28 mai 1695.</p>
-
-<p><a id="Footnote_450" href="#FNanchor_450" class="label">[450]</a> <i>Mémoires et fragments historiques de</i> <span class="small1">Madame</span>, <i>duchesse</i>
-<span class="small1">d'Orléans</span>; 1833, in-8<sup>o</sup>, p. 346.&mdash;<span class="small1">Choisy</span>, <i>Mémoires</i>, t. LXIII,
-p. 520.&mdash;<span class="small1">Saint-Simon</span>, <i>&OElig;uvres</i>, t. X, p. 120.&mdash;<span class="small1">Montpensier</span>, <i>Mémoires</i>,
-p. 515, et t. XLIII, p. 124 et 136.&mdash;<span class="small1">La Fare</span>, t. LXV,
-p. 181 et 182.&mdash;<span class="small1">Delort</span>, <i>Histoire de la détention des philosophes et
-des gens de lettres à la Bastille et à Vincennes</i>, précédée de celle
-de Fouquet, de Pellisson et de Lauzun; 1829, in-8<sup>o</sup>, p. 41 à 45-176-180-186,
-190.&mdash;<span class="small1">La Bruyère</span>, chapitre <i>De la Cour</i>, 394, Straton.&mdash;<span class="small1">Caylus</span>,
-<i>Mémoires</i>, t. XLVI, p. 466.</p>
-
-<p><a id="Footnote_451" href="#FNanchor_451" class="label">[451]</a> <span class="small1">Saint-Simon</span>, <i>Mémoires authentiques</i>, t. I, p. 20.&mdash;<span class="small1">Choisy</span>,
-<i>Mémoires</i>, t. LXIII de la collection de Petitot et Monmerqué, p. 386-391-392,
-463.&mdash;Madame de <span class="small1">la Fayette</span>, <i>Hist. de</i> <span class="small1">madame Henriette
-d'Angleterre</span>, t. LXIV, p. 392 et 396-397.&mdash;<span class="small1">Loménie de Brienne</span>,
-<i>Mémoires</i>, 1828, in-8<sup>o</sup>, p. 298.</p>
-
-<p><a id="Footnote_452" href="#FNanchor_452" class="label">[452]</a> <span class="small1">Saint-Simon</span>, <i>Mémoires authentiques</i>, édit. 1829, in-8<sup>o</sup>, t. III,
-p. 177-181, chap. <span class="small1">XIII</span>; <i>ibid.</i>, t. XII, p. 141, chap. <span class="small1">XII</span>.&mdash;<span class="small1">Saint-Simon</span>,
-<i>&OElig;uvres complètes</i>, 1790, in-8<sup>o</sup>, t. III, p. 36-43; <i>ibid.</i>, p. 223 à 226.&mdash;(Lettre
-de <span class="small1">Monsieur</span>, frère de Louis XIV, à Colbert.)</p>
-
-<p><a id="Footnote_453" href="#FNanchor_453" class="label">[453]</a> Nicolas Feuillet. Conférez sa relation, et <span class="small1">Boileau</span>, <i>Satire IX</i>, vers
-249, t. I, p. 157, et la note dans l'édition de Saint-Marc, 1747, in-8<sup>o</sup>;
-et t. I, p. 210, édit. de M. Berriat Saint-Prix, 1830, in-8<sup>o</sup>.&mdash;Sur
-les remords qui pouvaient tourmenter cette princesse, voyez <span class="small1">Guy-Patin</span>,
-<i>Lettres</i> (novembre 1654), t. I, p. 217, éd. 1846.</p>
-
-<p><a id="Footnote_454" href="#FNanchor_454" class="label">[454]</a> <span class="small1">Saint-Simon</span>, <i>Mém. authentiques</i>, t. III, p. 177, 181, ch. <span class="small1">XIII</span>;
-<i>ibid.</i>, t. XII, p. 141, ch. <span class="small1">XII</span>.&mdash;<span class="small1">Saint-Simon</span>, <i>&OElig;uvres complètes</i>,
-t. III, p. 36-43; <i>ibid.</i>, p. 223 à 226 (Lettre de <span class="small1">Monsieur</span> à Colbert).&mdash;<span class="small1">Mignet</span>,
-<i>Documents sur l'histoire de France, négociations relatives
-à la succession d'Espagne sous Louis XIV</i>, 1842, in-4<sup>o</sup>,
-t. III, p. 184, 186; <i>ibid.</i>, p. 208 (Lettre de Colbert à M. de Lionne,
-du 3 juillet 1670).&mdash;<span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (12 février 1672, du 26 juin
-1676), t. II, p. 385, édit. de G. de S.-G.; <i>ibid.</i>., t. II, p. 326, édit. de
-M.&mdash;<span class="small1">Poncet de la Grave</span>, <i>Mémoires intéressants pour servir à l'histoire de France</i>,
-t. III, p. 406 (<i>Mort chrétienne de</i> <span class="small1">Madame</span>,
-<i>duchesse d'Orléans, femme de</i> <span class="small1">Monsieur</span>, <i>par</i> <span class="small1">Feuillet</span>). Il y a un
-extrait très-incomplet de cette curieuse relation dans <span class="small1">Bussy</span>, <i>Supplément
-aux lettres et mémoires</i>, t. I, p. 82-89.&mdash;Conférez encore,
-dans <span class="small1">Poncet de la Grave</span>, <i>Mémoires</i>, etc., t. II, p. 128, 392 et 406,
-et 411-419.&mdash;<span class="small1">La Fayette</span>, <i>Mémoires</i>, t. LXIV, p. 446-471. Bossuet a
-donné une autre relation de la mort de <span class="small1">Madame</span>; voyez <span class="small1">Bossuet</span>, <i>Oraison
-funèbre d'Henriette d'Angleterre</i>, édit. de 1686.&mdash;<span class="small1">De Bausset</span>,
-<i>Vie de Bossuet</i>, t. I, p. 244 à 283.&mdash;<span class="small1">Choisy</span>, <i>Mém.</i>, t. LXIII, p. 417
-à 463.&mdash;<span class="small1">Montpensier</span>, <i>Mém.</i>, t. XLIII, p. 191, 196.&mdash;<span class="small1">La Fare</span>, <i>Mém.</i>,
-t. LXV, p. 181.&mdash;<span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i>, t. I, p. 193, édit. de M.; <i>ibid.</i>,
-t. I, p. 261, édit. de G. de S.-Germ. (lettre en date du 6 juillet
-1670).&mdash;<span class="small1">Louis</span> XIV. <i>&OElig;uvres</i>, t. V, p. 469.&mdash;<span class="small1">Bussy</span>, <i>Lettres</i>, t. III,
-p. 219.&mdash;<span class="small1">Monmerqué</span>, <i>Biographie universelle</i>, t. XX, p. 198-199
-(art. <span class="small1">Henriette</span>).&mdash;<i>Mémoires, fragments historiques et correspondances
-de</i> <span class="small1">Madame</span>, <i>duchesse d'Orléans</i>, 1833, in-8<sup>o</sup>, p. 209, 210,
-211 et 398.&mdash;Sir <span class="small1">William Temple</span>, <i>Lettres</i>, t. II, p. 132.&mdash;<i>Le Sentiment
-de Vallot</i> (médecin du roi) <i>sur les causes de la mort de
-madame la duchesse d'Orléans</i> (mémoire autographe à la bibliothèque
-de L'Arsenal).&mdash;<i>Lettres de madame</i> <span class="small1">de Sévigné</span>, édit. de G.
-de S.-G., 1823, in-8<sup>o</sup>; et t. V, p. 4; et t. II, p. 261.&mdash;<i>Histoire secrète
-de la France</i>; Londres, 1713, t. I, p. 130; t. III, p. 4.&mdash;Le
-savant M. Floquet a publié, dans la <i>Bibliothèque de l'École des
-chartes</i> (2<sup>e</sup> série, 1845, t. I, p. 174), une <i>Lettre inédite de</i> <span class="small1">Bossuet</span>
-<i>sur la mort d'Henriette-Anne d'Angleterre, duchesse d'Orléans</i>.
-Cette lettre n'a point été imprimée d'après l'autographe. Elle
-est rapportée dans les <i>Mémoires de</i> <span class="small1">Philibert de la Mare</span>, conseiller
-au parlement de Dijon, mort le 16 mai 1687, dont le manuscrit se
-trouve à la Bibliothèque royale. C'est de ce manuscrit que M. Floquet
-a tiré cette lettre. L'auteur des <i>Mémoires</i> n'a pu même dire
-à qui elle est adressée; il est facile de voir qu'elle est supposée et
-qu'elle ne peut avoir été écrite par Bossuet: fût-elle vraie et authentique,
-elle ne ferait que confirmer l'exactitude du récit de madame
-de la Fayette, la relation de Feuillet, les révélations de Saint-Simon,
-et ajouter aux preuves nombreuses de l'empoisonnement.</p>
-
-<p><a id="Footnote_455" href="#FNanchor_455" class="label">[455]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i>, t. I, p. 193, édit. de M.&mdash;<i>Ibid.</i>, t. I, p. 261,
-édit. de G. de S.-G. (6 juillet 1670).</p>
-
-<p><a id="Footnote_456" href="#FNanchor_456" class="label">[456]</a> Recueil de gazettes nouvelles, in-4<sup>o</sup> (17 janvier 1671); <span class="small1">Guy-Patin</span>,
-<i>Lettres choisies</i>, 1685, in-18, p. 480 (lettre du 14 janvier
-1671; le fait eut lieu le 13; la date de la lettre est exacte).</p>
-
-<p><a id="Footnote_457" href="#FNanchor_457" class="label">[457]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i>, t. I, p. 227, édit. de Monmerqué.&mdash;<i>Ibid.</i>,
-t. I, p. 302, édit. de G. de S.-G. (23 janvier 1671).&mdash;<span class="small1">Montpensier</span>,
-<i>Mémoires</i>, t. XLIII, p. 276 et 277.</p>
-
-<p><a id="Footnote_458" href="#FNanchor_458" class="label">[458]</a> <span class="small1">Bussy</span>, <i>Supplément aux lettres et mémoires</i>, t. I, p. 89 (lettre
-de madame de Montmorency, à Paris, ce 25 février 1671; peut-être
-faut-il corriger 25 janvier).</p>
-
-<p><a id="Footnote_459" href="#FNanchor_459" class="label">[459]</a> Voyez ci-dessus, 2<sup>e</sup> partie, p. 34, chapitre <span class="small1">III</span>.&mdash;<span class="small1">Coligny-Saligny</span>,
-<i>Mémoires</i>, 1841 et 1843, in-8<sup>o</sup>, p. 24-31.&mdash;<span class="small1">Lenet</span>, <i>Mémoires</i>,
-t. LIII, p. 139 à 143.&mdash;<span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i>, 3 juillet 1655, t. I,
-p. 40, édit. de G. de S.-G.; t. I, p. 32, édit. de M.</p>
-
-<p><a id="Footnote_460" href="#FNanchor_460" class="label">[460]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i>, t. II, p. 10, édit. de M., ou t. II, p. 12, édit.
-de G. de S.-G. (lettre du 10 avril 1671).&mdash;<span class="small1">Guy-Patin</span> (lettre en
-date du 17 mars 1671).</p>
-
-<p><a id="Footnote_461" href="#FNanchor_461" class="label">[461]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (23 janvier 1671), t. I, p. 230, édit. de M.;
-t. I, p. 302, édit. de G. de S.-G.&mdash;(1<sup>er</sup> février 1671, lettre de Bussy
-à madame de Sévigné), t. I, p. 231, édit. de M.&mdash;<i>Ibid.</i>, t. I, p. 305,
-édit. de G. de S.-G.</p>
-
-<p><a id="Footnote_462" href="#FNanchor_462" class="label">[462]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (2 septembre 1687, notre cousin d'Allemagne),
-t. VII, p. 471, édit. de M.; t. VII, p. 268, édit. de G. de S.-G.&mdash;(13
-septembre 1687), t. VII, p. 474, édit. de M.; t. VIII, p. 271, édit.
-de G. de S.-G&mdash;(13 août 1688, à notre cousin d'Allemagne), t. VIII,
-p. 61, édit. de M.; t. VIII, p. 335, édit. de G. de S.-G.&mdash;(15 et 22
-septembre 1688), t. VIII, p. 78 et 80, édit. de M.; t. VIII, p. 354 et
-356, édit. de G. de S.-G.&mdash;(23 mars 1689), t. VIII, p. 390, édit. de
-M.&mdash;(22 septembre 1688), t. VIII, p. 356, édit. de G. de S.-G.</p>
-
-<p><a id="Footnote_463" href="#FNanchor_463" class="label">[463]</a> <span class="small1">Monmerqué</span>, <i>Lettres de madame</i> <span class="small1">de Sévigné</span>, édit. 1820, in-8<sup>o</sup>,
-p. 106, note <i>a</i>, p. 80, note <i>a</i>, et t. V, p. 358.</p>
-
-<p><a id="Footnote_464" href="#FNanchor_464" class="label">[464]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (22 et 28 septembre 1688), t. VIII, p. 81 et
-88, édit. de M.; t. VIII, p. 357 et 360, édit. de G. de S.-G.</p>
-
-<p><a id="Footnote_465" href="#FNanchor_465" class="label">[465]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (28 septembre 1688).&mdash;On fit une nouvelle
-des aventures de ce Jean-Louis de Rabutin, sous le titre de <i>l'Heureux page</i>,
-nouvelle galante, 1691 à 1694; Cologne, 1691 à 1697.
-Voy. <span class="small1">Barbier</span> <i>Anonymes</i>, t. II, p. 52, qui n'indique pas l'auteur.
-L'auteur fait mention de ce comte Jean-Louis de Rabutin qui aurait parlé
-un peu librement de son cousin Rozier.</p>
-
-<p><a id="Footnote_466" href="#FNanchor_466" class="label">[466]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (10 décembre 1670), t. I, p. 211, édit. de M.;
-t. I, p. 282, édit. de G. de S.-G.</p>
-
-<p><a id="Footnote_467" href="#FNanchor_467" class="label">[467]</a> Voyez ci-dessus, chapitre <span class="small1">XI</span>, p. 193 de ce volume.</p>
-
-<p><a id="Footnote_468" href="#FNanchor_468" class="label">[468]</a> <span class="small1">Bussy</span>, <i>Lettres</i>, t. V, p. 157 (lettre du comte de Choiseul à
-Bussy, en date du 3 mai 1671). Ce frère du comte de Saint-Paul
-prit par la suite le nom d'abbé d'Orléans.</p>
-
-<p><a id="Footnote_469" href="#FNanchor_469" class="label">[469]</a> <i>Histoire de la maréchale de la Ferté</i>, dans la <i>France galante</i>,
-1695, p. 191 à 263.&mdash;<i>Histoire amoureuse des Gaules</i>, 1754,
-t. III, p. 1 à 102.</p>
-
-<p><a id="Footnote_470" href="#FNanchor_470" class="label">[470]</a> Jean-Louis-Marie, comte de Fiesque.</p>
-
-<p><a id="Footnote_471" href="#FNanchor_471" class="label">[471]</a> Conférez les <i>Vieilles amoureuses</i>, dans la <i>France galante</i>, 1695,
-p. 191 à 263.&mdash;<span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (17 avril et 17 juillet 1676), t. IV,
-p. 262 et 380, édit. de M.; t. V, p. 19, édit. de G. de S.-G.</p>
-
-<p><a id="Footnote_472" href="#FNanchor_472" class="label">[472]</a> Madeleine d'Angennes de la Loupe, femme du maréchal de la
-Ferté-Senectaire (Sennetaire).</p>
-
-<p><a id="Footnote_473" href="#FNanchor_473" class="label">[473]</a> <span class="small1">Montpensier</span>, <i>Mémoires</i>, t. XLII, p. 456.&mdash;<span class="small1">Loret</span>, liv. III,
-p. 142; liv. IV, p. 85, 97, 123.</p>
-
-<p><a id="Footnote_474" href="#FNanchor_474" class="label">[474]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (lettre du 24 juillet 1675), t. III, p. 335,
-édit. de M.&mdash;<i>Ibid.</i>, t. III, p. 461, édit. de G. de S.-G. «Pour ce
-dernier (le comte de Fiesque), on est tenté de dire: Di cortesia più
-che guerra amico.»</p>
-
-<p><a id="Footnote_475" href="#FNanchor_475" class="label">[475]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (10 décembre 1670), t. I, p. 211, édit. de M., et
-t. I, p. 282.&mdash;(17 juillet 1676), t. IV, p. 380. édit. de M.; t. V, p. 29,
-édit. de G. de S.-G.&mdash;<i>France galante ou Histoire amoureuse de
-la cour</i>, 1695, in-12, p. 1 à 102, et p. 265 à 405 (<i>France italienne</i>).&mdash;<span class="small1">Monmerqué</span>,
-dans les <i>Lettres de Sévigné</i>, t. VI, p. 138, note <i>a</i>.</p>
-
-<p><a id="Footnote_476" href="#FNanchor_476" class="label">[476]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (10 décembre 1670), t. I, p. 210, édit. de Monmerqué;
-t. I, p. 2?1, édit. de G. de S.-G.&mdash;<span class="small1">Montpensier</span>, <i>Mémoires</i>,
-t. XLII, p. 50, 77, 87, 95, 108, 113.&mdash;<span class="small1">La Fayette</span>, t. LXIV, p. 378.&mdash;<span class="small1">Bussy</span>,
-t. V, p. 83.</p>
-
-<p><a id="Footnote_477" href="#FNanchor_477" class="label">[477]</a> <span class="small1">Montpensier</span>, <i>Mémoires</i>, t. XLIII, p. 247 et 248 (année 1670).&mdash;<span class="small1">Caylus</span>,
-<i>Mémoires</i>, t. LXVI, p. 403 et 404.</p>
-
-<p><a id="Footnote_478" href="#FNanchor_478" class="label">[478]</a> <span class="small1">Caylus</span>, <i>Mémoires</i>, t. LXVI, p. 402 et 403.</p>
-
-<p><a id="Footnote_479" href="#FNanchor_479" class="label">[479]</a> <span class="small1">Montpensier</span>, <i>Mémoires</i>, t. XLII, p. 95, 96 (année 1656).</p>
-
-<p><a id="Footnote_480" href="#FNanchor_480" class="label">[480]</a> Conférez <span class="small1">Sévigné</span>, t. I, p. 322, 323, 334; t. III, p. 263, 304, 305;
-t. V, p. 170; t. VI, p. 177; t. VII, p. 190.&mdash;<span class="small1">Bussy</span>, <i>Lettres</i>, t. V,
-p. 79-82.&mdash;<span class="small1">Benserade</span>, <i>&OElig;uvres</i>, t. I, p. 170.&mdash;<span class="small1">Montpensier</span>, <i>Mémoires</i>,
-t. XLIII, p. 21, 196.&mdash;<span class="small1">La Fayette</span>, <i>Mémoires</i>, t. LXIV,
-p. 395, 410, 414, 456.&mdash;<span class="small1">Caylus</span>, <i>Mémoires</i>, t. LXVI, p. 379 et 380.</p>
-
-<p><a id="Footnote_481" href="#FNanchor_481" class="label">[481]</a> <span class="small1">Montpensier</span>, <i>Mémoires</i>, t. XLIII, p. 299 (1671).&mdash;<span class="small1">Sévigné</span>,
-<i>Lettres</i> (13 février 1671), t. I, p. 247, édit. de Monmerqué; t. I,
-p. 324, édit. de G. de S.-G.&mdash;<span class="small1">Bussy</span>, <i>Lettres</i>, t. III, p. 306 (7 janvier
-1671).</p>
-
-<p><a id="Footnote_482" href="#FNanchor_482" class="label">[482]</a> <span class="small1">Montpensier</span>, <i>Mémoires</i>, t. XLIII, p. 299 (1671).&mdash;<span class="small1">Bussy</span>, <i>Lettres</i>,
-t. III, p. 306 (7 février 1671).&mdash;<span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (13 février
-1671), t. I, p. 247, édit. de M.; t. I, p. 324, édit. de G. de S.-G.</p>
-
-<p><a id="Footnote_483" href="#FNanchor_483" class="label">[483]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (8 avril 1672), t. II, p. 453, édit. de G. de
-S.-G.; t. I, p. 383, édit. de M.</p>
-
-<p><a id="Footnote_484" href="#FNanchor_484" class="label">[484]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (12 février 1671), t. I, p. 322, édit. de G. de
-S.-G.; t. I, p. 245, édit. de M.</p>
-
-<p><a id="Footnote_485" href="#FNanchor_485" class="label">[485]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (18 février 1671), t. I, p. 334, édit. de G. de
-S.-G.; t. I, p. 255, édit. de M.</p>
-
-<p><a id="Footnote_486" href="#FNanchor_486" class="label">[486]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres de Marie Rabutin-Chantal à madame la
-comtesse de Grignan, sa fille</i>, 1726, in-12, t. I, p. 32 (lettre du
-18 février 1671).</p>
-
-<p><a id="Footnote_487" href="#FNanchor_487" class="label">[487]</a> Sur la Vallière, conférez <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (13 janvier 1672),
- t. II, p. 342, édit. de G. de S.-G.&mdash;(13 décembre 1675), t. III,
-p. 263, édit. de G. de S.-G.&mdash;<i>Ibid.</i>, t. III, p. 172, édit. de M.&mdash;(12
-janvier 1674), t. III, p. 304, édit. de G. de S.-G.&mdash;<i>Ibid.</i> t. III,
-p. 206 et 207, édit. de M. (la Rosée).&mdash;(5 juin 1675, écrite le
-lendemain de la profession de madame de la Vallière), t. III, p. 403
-et 404, édit. de G. de S.-G.&mdash;<i>Ibid.</i>, t. III, p. 283.&mdash;(29 avril 1676),
-t. IV, p. 412, édit. de G. de S.-G.&mdash;<i>Ibid.</i>, t. IV, p. 272, édit. de M.&mdash;(16
-octobre 1676), t. V, p. 170, édit. de G. de S.-G.&mdash;<i>Ibid.</i>, t. V,
-p. 30, édit. de M. (29 décembre 1679); t. VI, p. 276, édit. de G. de
-S.-G.&mdash;<i>Ibid.</i>, t. VI, p. 83.&mdash;(5 janvier 1680), t. VI, p. 286, édit. de
-G. de S.-G.; t. VI, p. 92, édit. de M.&mdash;(1<sup>er</sup> septembre 1680, lettre
-de Corbinelli à Bussy), t. VII, p. 190, édit. de G. de S.-G.&mdash;<i>Ibid.</i>,
-t. VI, p. 443, édit. de M., et la note <i>a</i>, qui contient le songe de la
-marquise de la Beaume.&mdash;<span class="small1">Bussy</span>, <i>Lettres</i>, t. V, p. 83.</p>
-
-<p><a id="Footnote_488" href="#FNanchor_488" class="label">[488]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (15 décembre 1670), t. I, p. 212, édit. de Monmerqué.&mdash;<i>Ibid.</i>,
-t. I, p. 283, édit. de G. de S.-G.; t. I. p. 15 de
-l'édit. 1726 (sans nom de lieu). Cette lettre commence cette édition,
-qui est la première imprimée en France.</p>
-
-<p><a id="Footnote_489" href="#FNanchor_489" class="label">[489]</a> <span class="small1">Gourville</span>, <i>Mémoires</i>, t. LI, p. 410, 420, 428, 434, 435.&mdash;<span class="small1">Turpin</span>,
-<i>Vie de Louis de Bourbon, prince de Condé</i>, t. XXV des
-<i>Hommes illustres de la France</i>, ou t. II de l'<i>Histoire de Condé</i>,
-p. 161 et 162.</p>
-
-<p><a id="Footnote_490" href="#FNanchor_490" class="label">[490]</a> <span class="small1">Motteville</span>, <i>Mémoires</i>, t. XXXVIII, p. 102; t. XXXIX, p. 109.</p>
-
-<p><a id="Footnote_491" href="#FNanchor_491" class="label">[491]</a> <span class="small1">Choisy</span>, <i>Mémoires</i>, t. LXIII, p. 519.</p>
-
-<p><a id="Footnote_492" href="#FNanchor_492" class="label">[492]</a> <span class="small1">Guy-Patin</span>, <i>Lettres</i> (10 mai 1653), t. I, p. 195, édit. de 1846,
-in-8<sup>o</sup>.</p>
-
-<p><a id="Footnote_493" href="#FNanchor_493" class="label">[493]</a> <span class="small1">Montpensier</span>, <i>Mémoires</i>, t. XL, p. 338.</p>
-
-<p><a id="Footnote_494" href="#FNanchor_494" class="label">[494]</a> <span class="small1">Motteville</span>, <i>Mémoires</i>, t. XXXVII, p. 350; t. XXXVIII, p. 102;
-t. XXXIX, p. 109.&mdash;<span class="small1">Montpensier</span>, <i>Mémoires</i>, t. XLI, p. 385.&mdash;<span class="small1">Choisy</span>,
-<i>Mémoires</i>, t. LXIII, p. 519, 520.</p>
-
-<p><a id="Footnote_495" href="#FNanchor_495" class="label">[495]</a> <span class="small1">Montpensier</span>, <i>Mémoires</i>, t. XLIII, p. 144.</p>
-
-<p><a id="Footnote_496" href="#FNanchor_496" class="label">[496]</a> Marie-Louise d'Orléans, née le 27 mai 1662, nommée <span class="small1">Mademoiselle</span>
-comme mademoiselle de Montpensier, et mademoiselle de Valois,
-née le 27 août 1669, toutes deux filles d'Henriette d'Angleterre.</p>
-
-<p><a id="Footnote_497" href="#FNanchor_497" class="label">[497]</a> Ci-dessus, chapitre <span class="small1">VII</span>, p. 116, et chapitre <span class="small1">XIII</span>, p. 226.</p>
-
-<p><a id="Footnote_498" href="#FNanchor_498" class="label">[498]</a> <span class="small1">Montpensier</span>, <i>Mémoires</i>, t. XLIII, p. 184 et 185.</p>
-
-<p><a id="Footnote_499" href="#FNanchor_499" class="label">[499]</a> Id., <i>Mémoires</i>, t. XLIII, p. 159.&mdash;<span class="small1">Saint-Simon</span>, <i>Mémoires authentiques</i>,
-t. II, p. 114. Voy. ci-dessus, chap. <span class="small1">VIII</span>, p. 130.</p>
-
-<p><a id="Footnote_500" href="#FNanchor_500" class="label">[500]</a> <span class="small1">Tallemant</span>, <i>Historiettes</i>, t. I, p. 293, 294, 296, édit. in-8<sup>o</sup>.&mdash;<span class="small1">Montpensier</span>,
-<i>Mémoires</i>, t. XLIII, p. 159, 171, 205, 206, 209.&mdash;<span class="small1">Loret</span>,
-<i>Muse historique</i>, liv. IX, p. 10, 23.&mdash;<i>Ibid.</i>, liv. VIII, p. 139.&mdash;<span class="small1">Conrart</span>,
-<i>Mémoires</i>, t. XLVIII, p. 64.&mdash;<span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i>, t. I,
-p. 201, édit. de M.&mdash;<i>Ibid.</i>, t. I, p. 171, édit. de G. de S.-G. (19 novembre
-1671); t. I, p. 286, édit. de M.; t. I, p. 376, édit. de G. de
-S.-G. (13 mars 1671).&mdash;<i>Ibid.</i>, t. III, p. 422, édit. de M.; t. IV,
-p. 48, édit. de G. de S.-G. (23 août 1675).&mdash;<i>Ibid.</i>, t. III, p. 448,
-édit. de M.; t. IV, p. 76 (4 septembre 1675).&mdash;<i>Ibid.</i>, t. IV, p. 146,
-édit. de M.; t. IV, p. 273, édit. de G. de S.-G. (25 décembre 1675).&mdash;<i>Ibid.</i>,
-t. V, p. 255, édit. de M.; t. V, p. 427, édit. de G. de S.-G.
-(15 septembre 1677).&mdash;<i>Ibid.</i>, t. IV, p. 152, édit. de M.; t. IV,
-p. 278, édit. de G. de S.-G. (C'est là qu'il est dit que madame de Puisieux
-avait quatre-vingts ans, 29 décembre 1675.)&mdash;<i>Ibid.</i>, t. V,
-p. 259, édit. de M.; t. V, p. 430, édit. de G. de S.-G. (13 octobre
-1677).&mdash;<i>Ibid.</i>, t. V, p. 263, édit. de M.; t. VI, p. 434, édit. de G.
-de S.-G. (16 octobre 1677).</p>
-
-<p><a id="Footnote_501" href="#FNanchor_501" class="label">[501]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (24 février 1673), t. III, p. 73, édit. de M.;
-t. III, p. 145, édit. de G. de S.-G.</p>
-
-<p><a id="Footnote_502" href="#FNanchor_502" class="label">[502]</a> <span class="small1">Montpensier</span>, <i>Mémoires</i>, t. XLIII, p. 159, 183.</p>
-
-<p><a id="Footnote_503" href="#FNanchor_503" class="label">[503]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, t. I, p. 300, édit. de M.; t. I, p. 389, édit. de G. de S.-G.
-(20 mars 1671).&mdash;<span class="small1">Segrais</span>, <i>Mémoires</i>, t. II des <i>&OElig;uvres</i>, pag. 92
-et 93.</p>
-
-<p><a id="Footnote_504" href="#FNanchor_504" class="label">[504]</a> <span class="small1">Mademoiselle</span>, <i>Mémoires</i>, t. XLIII, p. 206 et 213.&mdash;<span class="small1">Segrais</span>,
-<i>Mémoires</i>, dans ses <i>&OElig;uvres</i>, 1755, t. II, p. 92.</p>
-
-<p><a id="Footnote_505" href="#FNanchor_505" class="label">[505]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (15 décembre 1670)</p>
-
-<p><a id="Footnote_506" href="#FNanchor_506" class="label">[506]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (15 décembre 1670), t. I, p. 212, édit. de Monmerqué;
-t. I, p. 283, édit. de G. de S.-G.; t. I, p. 15 de l'édit. 1726.</p>
-
-<p><a id="Footnote_507" href="#FNanchor_507" class="label">[507]</a> <span class="small1">Montpensier</span>, <i>Mémoires</i>, t. XLIII, p. 103, 160 (année 1666).&mdash;<span class="small1">Choisy</span>,
-<i>Mémoires</i>, t. LXIII, p. 520.</p>
-
-<p><a id="Footnote_508" href="#FNanchor_508" class="label">[508]</a> <span class="small1">Montpensier</span>, <i>Mémoires</i>, t. I, p. 285.</p>
-
-<p><a id="Footnote_509" href="#FNanchor_509" class="label">[509]</a> Id., <i>Mémoires</i>, t. XLIII, p. 174.</p>
-
-<p><a id="Footnote_510" href="#FNanchor_510" class="label">[510]</a> Id., <i>Mémoires</i>, t. XLIII, p. 183.</p>
-
-<p><a id="Footnote_511" href="#FNanchor_511" class="label">[511]</a> Conférez notre <i>Hist. de la vie et des ouvrages de la Fontaine</i>,
-3<sup>e</sup> édition, et la notice sur Rambouillet de la Sablière, dans notre
-édition des madrigaux de ce dernier, et l'article que nous lui avons
-consacré dans la <i>Biographie universelle</i>.</p>
-
-<p><a id="Footnote_512" href="#FNanchor_512" class="label">[512]</a> <span class="small1">La Fare</span>, <i>Mémoires</i>, t. LXV, p. 184. Quoique madame de la
-Sablière ne soit pas nommée, c'est d'elle qu'il est question dans cet
-endroit des Mémoires de la Fare. Conférez avec ce passage celui des
-<i>Mémoires de</i> <span class="small1">Montpensier</span>, t. XLIII, p. 171.</p>
-
-<p><a id="Footnote_513" href="#FNanchor_513" class="label">[513]</a> <span class="small1">Montpensier</span>, <i>Mémoires</i>, t. XLIII, p. 171.</p>
-
-<p><a id="Footnote_514" href="#FNanchor_514" class="label">[514]</a> <span class="small1">Montpensier</span>, Mémoires, t. XLIII, p. 144.</p>
-
-<p><a id="Footnote_515" href="#FNanchor_515" class="label">[515]</a> <span class="small1">Corneille</span>, <i>Suite du Menteur</i>, acte IV, scène 2.</p>
-
-<p><a id="Footnote_516" href="#FNanchor_516" class="label">[516]</a> <span class="small1">Montpensier</span>, <i>Mémoires</i>, t. XLIII, p. 145.</p>
-
-<p><a id="Footnote_517" href="#FNanchor_517" class="label">[517]</a> <span class="small1">Montpensier</span>, <i>Mémoires</i>, t. XLIII, p. 163.</p>
-
-<p><a id="Footnote_518" href="#FNanchor_518" class="label">[518]</a> <span class="small1">Montpensier</span>, <i>Mémoires</i>, t. XLIII, p. 164.</p>
-
-<p><a id="Footnote_519" href="#FNanchor_519" class="label">[519]</a> Id., <i>ibid.</i>, p. 145.</p>
-
-<p><a id="Footnote_520" href="#FNanchor_520" class="label">[520]</a> <span class="small1">Montpensier</span>, <i>Mémoires</i>, t. XLIII, p. 145.</p>
-
-<p><a id="Footnote_521" href="#FNanchor_521" class="label">[521]</a> Id., <i>ibid.</i>, p. 146.</p>
-
-<p><a id="Footnote_522" href="#FNanchor_522" class="label">[522]</a> <span class="small1">Montpensier</span>, <i>Mémoires</i>, t. XLIII, p. 144.</p>
-
-<p><a id="Footnote_523" href="#FNanchor_523" class="label">[523]</a> <span class="small1">Montpensier</span>, <i>Mémoires</i>, t. XLIII, p. 162.</p>
-
-<p><a id="Footnote_524" href="#FNanchor_524" class="label">[524]</a> <span class="small1">Montpensier</span>, <i>Mémoires</i>, t. XLIII, p. 144.</p>
-
-<p><a id="Footnote_525" href="#FNanchor_525" class="label">[525]</a> <span class="small1">Montpensier</span>, <i>Mémoires</i>, t. XLIII, p. 148.</p>
-
-<p><a id="Footnote_526" href="#FNanchor_526" class="label">[526]</a> <span class="small1">Montpensier</span>, <i>Mémoires</i>, t. XLIII, P. 215 à 229.</p>
-
-<p><a id="Footnote_527" href="#FNanchor_527" class="label">[527]</a> <span class="small1">Montpensier</span>, <i>Mémoires</i>, t. XLIII, p. 152.</p>
-
-<p><a id="Footnote_528" href="#FNanchor_528" class="label">[528]</a> <span class="small1">MONTPENSIER</span>, <i>Mémoires</i>, t. XLIII, p. 189.</p>
-
-<p><a id="Footnote_529" href="#FNanchor_529" class="label">[529]</a> <span class="small1">Montpensier</span>, <i>Mémoires</i>, t. XLIII, p. 215.</p>
-
-<p><a id="Footnote_530" href="#FNanchor_530" class="label">[530]</a> <span class="small1">Montpensier</span>, <i>Mémoires</i>, t. XLIII, p. 217.</p>
-
-<p><a id="Footnote_531" href="#FNanchor_531" class="label">[531]</a> <span class="small1">Montpensier</span>, <i>Mémoires</i>, t. XLIII, p. 222 à 229.</p>
-
-<p><a id="Footnote_532" href="#FNanchor_532" class="label">[532]</a> <span class="small1">Montpensier</span>, <i>Mémoires</i>, t. XLIII, p. 223.</p>
-
-<p><a id="Footnote_533" href="#FNanchor_533" class="label">[533]</a> Id., <i>ibid.</i>, p. 230 et 231.</p>
-
-<p><a id="Footnote_534" href="#FNanchor_534" class="label">[534]</a> <span class="small1">Montpensier</span>, <i>Mémoires</i>, t. XLIII, p. 235.</p>
-
-<p><a id="Footnote_535" href="#FNanchor_535" class="label">[535]</a> <span class="small1">Montpensier</span>, <i>Mémoires</i>, t. XLIII, p. 239.</p>
-
-<p><a id="Footnote_536" href="#FNanchor_536" class="label">[536]</a> Id., <i>ibid.</i>, p. 265.</p>
-
-<p><a id="Footnote_537" href="#FNanchor_537" class="label">[537]</a> Id., <i>ibid.</i>, p. 242 à 250.&mdash;<span class="small1">La Fare</span>, <i>Mémoires</i>, t. LXV, p. 181,
-182.&mdash;<span class="small1">Choisy</span>, <i>Mémoires</i>, t. LXIII, p. 521.</p>
-
-<p><a id="Footnote_538" href="#FNanchor_538" class="label">[538]</a> <span class="small1">Caylus</span>, <i>Mémoires</i>, t. LXVI, p. 411.</p>
-
-<p><a id="Footnote_539" href="#FNanchor_539" class="label">[539]</a> <span class="small1">Montpensier</span>, <i>Mémoires</i>, t. XLIII, p. 266, 270, 271.</p>
-
-<p><a id="Footnote_540" href="#FNanchor_540" class="label">[540]</a> <span class="small1">La Fare</span>, <i>Mémoires</i>, t. LXV, p. 182.&mdash;<span class="small1">Choisy</span>, <i>Mémoires</i>,
-t. LXIII, p. 522.</p>
-
-<p><a id="Footnote_541" href="#FNanchor_541" class="label">[541]</a> <span class="small1">Montpensier</span>, <i>Mémoires</i>, t. XLIII, p. 378.</p>
-
-<p><a id="Footnote_542" href="#FNanchor_542" class="label">[542]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (24 décembre 1670), t. I, p. 264, édit. de G.
-de S.-G.</p>
-
-<p><a id="Footnote_543" href="#FNanchor_543" class="label">[543]</a> <span class="small1">Choisy</span>, <i>Mémoires</i>, t. LXIII, p. 523.&mdash;<span class="small1">Sévigné</span> (27 février
-1671), t. I, p. 349, édit. de G. de S.-G.; (19 et 24 décembre 1670),
-t. I, p. 218 et 220, édit. de M.; t. I, p. 192 et 194, édit. de G. de
-S.-G.; t. I, p. 19 et 23 de l'édition de 1726, dite de Rouen.</p>
-
-<p><a id="Footnote_544" href="#FNanchor_544" class="label">[544]</a> <span class="small1">Saint-Simon</span>, <i>&OElig;uvres</i>, t. X, p. 123 et 135.&mdash;<span class="small1">Segrais</span>, <i>&OElig;uvres</i>,
-1799, in-12, t. II, p. 92.</p>
-
-<p><a id="Footnote_545" href="#FNanchor_545" class="label">[545]</a> <span class="small1">Delort</span>, <i>Détention des philosophes à la Bastille</i>, t. I, p. 41
-à 45, 129.&mdash;<span class="small1">La Fare</span>, <i>Mémoires</i>, t. LXV, p. 183.&mdash;<span class="small1">Petitot</span>, <i>Notice
-sur Montpensier</i>, t. XL du recueil des <i>Mémoires</i>, p. 355-356.&mdash;<span class="small1">Sévigné</span>,
-<i>Lettres</i> (2 et 23 décembre 1671, 6 janvier et 23 mars 1672),
-t. II, p. 300, 306, 308, 319, 338, 435, édit. de G. de S.-G.</p>
-
-<p><a id="Footnote_546" href="#FNanchor_546" class="label">[546]</a> <span class="small1">Caylus</span>, <i>Mémoires</i>, t. LXVI, p. 411.&mdash;<span class="small1">Montpensier</span>, <i>Mémoires</i>,
-t. XLIII, p. 281 à 287.&mdash;<span class="small1">Bussy</span>, <i>Lettres</i>, t. V, p. 297 à 307.</p>
-
-<p><a id="Footnote_547" href="#FNanchor_547" class="label">[547]</a> <span class="small1">Petitot</span>, <i>Notice sur Montpensier</i>, t. XL, p. 385.&mdash;<span class="small1">Sévigné</span>,
-<i>Lettres</i> (8 mars 1676), t. IV, p. 362; (27 février 1679), t. VI,
-p. 66; (23 octobre 1680), t. VII, p. 261, édit. de G. de S.-G.</p>
-
-<p><a id="Footnote_548" href="#FNanchor_548" class="label">[548]</a> <span class="small1">Saint-Simon</span>, <i>&OElig;uvres</i>, t. X, p. 148.&mdash;<span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (24 décembre
-1688), t. IX, p. 49; (28 mai 1695), t. XI, p. 175, édit. de
-G. de S.-G.</p>
-
-<p><a id="Footnote_549" href="#FNanchor_549" class="label">[549]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i>, en date des 15, 19, 24 et 31 décembre 1670,
-t. I, p. 218, 219, 220, 221, édit. de M.; t. I, p. 283-286, 292-295,
-édit. de G.&mdash;<span class="small1">Marie Rabutin-ChantaL</span>, marquise de <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres
-à madame de Grignan</i>, t. I, p. 18, édit. 1726.</p>
-
-<p><a id="Footnote_550" href="#FNanchor_550" class="label">[550]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (24 et 31 décembre 1670), t. I, p. 294, 296-298,
-édit. de G. de S.-G.&mdash;<span class="small1">Bussy</span>, <i>Lettres</i>, t. III, p. 297 (Lettre de
-madame de Scudéry à Bussy).&mdash;<i>Ibid.</i>, p. 307.</p>
-
-<p><a id="Footnote_551" href="#FNanchor_551" class="label">[551]</a> <span class="small1">La Fare</span>, <i>Mémoires</i>, t. LXV, p. 183.</p>
-
-<p><a id="Footnote_552" href="#FNanchor_552" class="label">[552]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i>, t. II, p. 165, édit. de M.; t. II, p. 198, édit.
-de G. (23 août 1671).&mdash;<i>Ibid.</i>, t. VI, p. 12, M.; t. VI, p. 192, G.
-(2 novembre 1679).</p>
-
-<p><a id="Footnote_553" href="#FNanchor_553" class="label">[553]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (4 novembre 1671), t. II, p. 280, édit. de G. de
-S.-G.&mdash;<i>Ibid.</i>, t. II, p. 237, édit. de M. «Ah! ma fille, il y a aujourd'hui
-deux ans qu'il se passa une étrange scène à Livry!» etc.</p>
-
-<p><a id="Footnote_554" href="#FNanchor_554" class="label">[554]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (6 mars, 19 et 23 août, 6 et 13 septembre,
-4 novembre 1671), t. I, p. 277, 187, édit. de Monmerqué; t. I,
-p. 361, édit. de G. de S.-G.; t. II, p. 163, 165, 272 et 273, édit. de
-M.; t. II, p. 196, 198, 214, 280, 361, édit. de G. de S.-G.</p>
-
-<p><a id="Footnote_555" href="#FNanchor_555" class="label">[555]</a> Voyez dans les notes et éclaircissements sur l'<i>Histoire de la
-vie et des ouvrages de la Fontaine</i>, 1<sup>re</sup> édition, 1820, in-8<sup>o</sup>, la
-parodie de la fable intitulée <i>la Cigale et la Fourmi</i>.</p>
-
-<p><a id="Footnote_556" href="#FNanchor_556" class="label">[556]</a> <i>Recueils de chansons et de vaudevilles, mss. de mon cabinet</i>,
-p. 288, verso.</p>
-
-<p><a id="Footnote_557" href="#FNanchor_557" class="label">[557]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (9 et 27 février 1671), t. I, p. 239 et 269, édit.
-de M.; ou t. I, p. 315, édit. de G. de S.-G. (6, 9 et 25 février,
-18 mars, 22 avril 1671; 29 avril, 20 juin et 30 décembre 1672); t. I,
-p. 251, 254, 260, 263, 306, 307, 308, 313, 315, 324, 344, 384; t. II,
-p. 33 et 34; t. III, p. 73-137.&mdash;La comtesse de Marans était la s&oelig;ur
-de mademoiselle de Montalais, dont nous avons parlé dans la première
-partie de ces <i>Mémoires</i>.</p>
-
-<p><a id="Footnote_558" href="#FNanchor_558" class="label">[558]</a> Voyez ci-dessus, chap. <span class="small1">XI</span>, p. 189 à 192; et <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i>, t. I,
-p. 254, édit. de G. de S.-G. (lettre de Bussy à madame de Sévigné,
-du 25 juin 1670).</p>
-
-<p><a id="Footnote_559" href="#FNanchor_559" class="label">[559]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettre écrite à madame de Grignan</i>, le 21 janvier 1671,
-<i>rétablie pour la première fois d'après le manuscrit autographe</i>
-(par M. Monmerqué); Paris, Blaise, 1826, in-8<sup>o</sup>, p. 8 et 9.&mdash;<i>Lettres
-de madame</i> <span class="small1">de Rabutin-Chantal</span>, <i>marquise</i> <span class="small1">de Sévigné</span>, <i>à madame
-la comtesse de Grignan, sa fille</i>; la Haye, 1726, in-12, t. I, p. 119.
-Dans cette édition, le passage est conforme à l'autographe publié
-par M. Monmerqué; mais le texte des éditions du chevalier Perrin
-porte: «Cette négligence, que nous vous avons tant reprochée.» Ces
-derniers mots ont été ajoutés par l'éditeur, qui n'a pas été l'auteur des
-suppressions faites à cette lettre, comme le croyait M. Monmerqué,
-puisque ces suppressions se trouvent dans l'édition de Hollande, bien
-antérieure à celle de Perrin.</p>
-
-<p><a id="Footnote_560" href="#FNanchor_560" class="label">[560]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (3 avril et 6 mai 1696), t. I, p. 317, édit. de
-Monmerqué. Cette fille de M. le Duc, après avoir été légitimée,
-porta le nom de Julie de Bourbon, demoiselle de Châteaubriand; son
-mari se nommait Armand de Pardaillan, marquis de Lassay.</p>
-
-<p><a id="Footnote_561" href="#FNanchor_561" class="label">[561]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (1<sup>er</sup> août 1685), t. VII, p. 319, édit. de Monmerqué;
-t. VIII, p. 104, édit. de G. de S.-G.</p>
-
-<p><a id="Footnote_562" href="#FNanchor_562" class="label">[562]</a> Conférez la première partie de ces <i>Mémoires</i>, chap. <span class="small1">VI</span>, p. 76-78.</p>
-
-<p><a id="Footnote_563" href="#FNanchor_563" class="label">[563]</a> <i>Poésies de</i> <span class="small1">Saint-Pavin</span> <i>et de</i> <span class="small1">Charleval</span>, 1769, in-12, édit.
-de Saint-Marc, p. 68 à 72.&mdash;<i>Recueil des plus belles pièces des
-poëtes français</i>; chez Claude Barbin, 1669, in-18, p. 325.&mdash;Toutes
-les poésies de Saint-Pavin ne sont pas publiées.&mdash;Conférez <span class="small1">Monmerqué</span>,
-<i>Lettres de Sévigné</i>, t. IX, p. 243.</p>
-
-<p><a id="Footnote_564" href="#FNanchor_564" class="label">[564]</a> <span class="small1">Bussy</span>, <i>Nouvelles lettres</i>, t. V, p. 136, ou Lettres de mesdemoiselles
-de Montpensier, de Montmorency, du Pré, etc., édit. de
-Léopold Collin; Paris, in-12, p. 163.</p>
-
-<p><a id="Footnote_565" href="#FNanchor_565" class="label">[565]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (31 mai 1675, 5 juillet 1685, 26 octobre 1689,
-3 octobre 1694, 15 octobre 1695), t. III, p. 279; t. VII, p. 292; t. IX,
-p. 185; t. X, p. 16 et 143, édit. de Monmerqué.</p>
-
-<p><a id="Footnote_566" href="#FNanchor_566" class="label">[566]</a> <span class="small1">Papon</span>, <i>Histoire de Provence</i>, t. IV, p. 819.</p>
-
-<p><a id="Footnote_567" href="#FNanchor_567" class="label">[567]</a> Idem, <i>ibid.</i>, t. IV, p. 816.</p>
-
-<p><a id="Footnote_568" href="#FNanchor_568" class="label">[568]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i>, t. I, p. 178, édit. de M.; t. I, p. 142, édit. de
-G. de S.-G. (16 avril 1670).</p>
-
-<p><a id="Footnote_569" href="#FNanchor_569" class="label">[569]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (5 juin 1670), t. I, p. 256, édit. de G. de S.-G.</p>
-
-<p><a id="Footnote_570" href="#FNanchor_570" class="label">[570]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (12 septembre 1670), t. I, p. 269.</p>
-
-<p><a id="Footnote_571" href="#FNanchor_571" class="label">[571]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (12 septembre 1670), t. I, p. 270, édit G. de S.-G.</p>
-
-<p><a id="Footnote_572" href="#FNanchor_572" class="label">[572]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (25 juin 1670), t. I, p. 189 et 190, édit. M.&mdash;<i>Ibid.</i>,
-t. I, p. 237, édit. G.&mdash;<span class="small1">Delort</span>, <i>De la détention des philosophes
-à la Bastille</i>, t. I, p. 32, 161, 162, 166, 169 et 170. Les éditeurs
-de Sévigné ont laissé le nom en blanc, parce qu'ils ne l'ont pas connu.</p>
-
-<p><a id="Footnote_573" href="#FNanchor_573" class="label">[573]</a> <span class="small1">Montpensier</span>, <i>Mémoires</i>, t. XLIII, p. 122.&mdash;<i>Lettre de madame</i>
-<span class="small1">de Scudéry</span>, du 23 août 1670, dans <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i>, t. I, p. 190,
-édit. de M.</p>
-
-<p><a id="Footnote_574" href="#FNanchor_574" class="label">[574]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (en date du 28 novembre 1670), t. I, p. 207,
-édit. de M.; t. I, p. 278, édit. de G. de S.-G. (pour ***, il faut lire
-Valcroissant.)</p>
-
-<p><a id="Footnote_575" href="#FNanchor_575" class="label">[575]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (26 novembre 1688), t. I, p. 175, édit. de M.&mdash;<i>Ibid.</i>,
-t. I, p. 456, édit. de G. de S.-G.</p>
-
-<p><a id="Footnote_576" href="#FNanchor_576" class="label">[576]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (12 septembre, 28 novembre et 10 décembre
-1670), t. I, p. 200, 207-209, édit. de M.&mdash;<i>Ibid.</i>, t. I, p. 270, 278 et
-280, édit. de G. de S.-G.&mdash;<i>Ibid.</i> (17 février 1672), t. II, édit. M.&mdash;<i>Ibid.</i>,
-t. II, p. 391, édit. G. (3, 7 et 19 juillet 1677), t. V, p. 113,
-114, 118, 139, édit. M.&mdash;<i>Ibid.</i>, t. V, p. 269, 270, 294, édit. M.</p>
-
-<p><a id="Footnote_577" href="#FNanchor_577" class="label">[577]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (6 août 1670), t. I, p. 197, édit. de M.&mdash;<i>Ibid.</i>,
-t. I, p. 266, édit. de G. de S.-G.</p>
-
-<p><a id="Footnote_578" href="#FNanchor_578" class="label">[578]</a> Henriette de Coulanges, marquise de la Trousse, s&oelig;ur de Marie
-de Coulanges, mère de madame de Sévigné.</p>
-
-<p><a id="Footnote_579" href="#FNanchor_579" class="label">[579]</a> Christophe de Coulanges, abbé de Livry.</p>
-
-<p><a id="Footnote_580" href="#FNanchor_580" class="label">[580]</a> <span class="small1">Saint-Simon</span>, <i>Mémoires authentiques</i>, t. I, p. 79 à 80.</p>
-
-<p><a id="Footnote_581" href="#FNanchor_581" class="label">[581]</a> <span class="small1">Somaize</span>, <i>le grand Dictionnaire des Précieuses</i>, t. II, p. 129.&mdash;Il
-dit que <i>Sinésis</i> loge à la <i>petite Athènes</i>, c'est-à-dire au faubourg
-Saint-Germain.</p>
-
-<p><a id="Footnote_582" href="#FNanchor_582" class="label">[582]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (10 décembre 1670), t. I, p. 209, édit. de M.&mdash;<i>Ibid.</i>,
-t. I, p. 280, édit. de G.</p>
-
-<p><a id="Footnote_583" href="#FNanchor_583" class="label">[583]</a> Gabrielle-Louise de Saint-Simon, duchesse de Brissac, s&oelig;ur du
-duc de Saint-Simon, l'auteur des <i>Mémoires</i>.&mdash;Conférez <span class="small1">Sévigné</span>,
-<i>Lettres</i> (29 juillet 1671, 10 février 1672), t. II, p. 164 et 386, édit.
-de G. de S.-G. (26 mai 1673), t. III, p. 155, édit. G. (5 janvier
-1674), t. III, p. 293, édit. G. (19 mai 1676), t. IV, p. 449, édit. G.</p>
-
-<p><a id="Footnote_584" href="#FNanchor_584" class="label">[584]</a> <i>Mémoire mss. sur la statistique de Paris au</i> <span class="small1">XVII</span><sup>e</sup> <i>siècle</i>.&mdash;Conférez
-les notes à la fin du volume.</p>
-
-<p><a id="Footnote_585" href="#FNanchor_585" class="label">[585]</a> <span class="small1">Saint-Simon</span>, <i>Mém. authent.</i>, t. II, p. 422.&mdash;<span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i>
-(10 décembre 1670), t. I, p. 179, édit. G.</p>
-
-<p><a id="Footnote_586" href="#FNanchor_586" class="label">[586]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (26 novembre 1670), t. I, p. 304, édit. de M.;
-t. I, p. 274, édit. G.&mdash;<span class="small1">Saint-Simon</span>, <i>Mém. authent.</i>, t. II, p. 122.</p>
-
-<p><a id="Footnote_587" href="#FNanchor_587" class="label">[587]</a> <span class="small1">Retz</span>, <i>Mém.</i>, t. XLIV, p. 290, 306, 307.&mdash;<span class="small1">Saint-Aulaire</span>, <i>Histoire
-de la Fronde</i>, t. I, p. 298, 1<sup>re</sup> édition.</p>
-
-<p><a id="Footnote_588" href="#FNanchor_588" class="label">[588]</a> Antoine-François de la Trémouille, duc de Noirmoutier.&mdash;Conférez
-<i>Mémoires</i> de Coulanges, p. 314 (Lettre de madame de Sévigné
-à Ménage, 1658).&mdash;<span class="small1">Saint-Simon</span>, <i>Mémoires authentiques</i>.</p>
-
-<p><a id="Footnote_589" href="#FNanchor_589" class="label">[589]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (10 décembre 1670), t. I, p. 209, édit. M., et
-282, édit. de G. de S.-G.&mdash;Guillaume mourut à Paris le 21 novembre
-1670.</p>
-
-<p><a id="Footnote_590" href="#FNanchor_590" class="label">[590]</a> Voyez ci-dessus, p. 233, et <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (10 décembre 1670),
-t. I, p. 211, édit. M.&mdash;<i>Ibid.</i>, t. I, p. 280-282.</p>
-
-<p><a id="Footnote_591" href="#FNanchor_591" class="label">[591]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (mercredi, 26 novembre 1670), t. I, p. 205,
-édit. de M.&mdash;<i>Ibid.</i>, t. I, p. 275.&mdash;Sur le comte d'Armagnac, conférez
-<span class="small1">Montpensier</span>, <i>Mém.</i>, t. XLIII, p. 60 et 416.&mdash;<span class="small1">Loret</span>, liv. XI, p. 158,
-181.&mdash;<span class="small1">La Fayette</span>, <i>Mém.</i>, LXIV, p. 381.&mdash;<span class="small1">Louis</span> XIV, <i>&OElig;uvres</i>,
-t. V, p. 131 et 138.&mdash;<span class="small1">Bussy</span>, t. V, p. 46.</p>
-
-<p><a id="Footnote_592" href="#FNanchor_592" class="label">[592]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (25 juin 1670), t. I, p. 188, édit. de M.&mdash;<i>Ibid.</i>,
-p. 256, édit. G. de S.-G.</p>
-
-<p><a id="Footnote_593" href="#FNanchor_593" class="label">[593]</a> En 1669. Conférez l'<i>Hist. de la vie et des ouvrages de la Fontaine</i>,
-3<sup>e</sup> édition.&mdash;<span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (9 mars 1672), t. II, p. 415.</p>
-
-<p><a id="Footnote_594" href="#FNanchor_594" class="label">[594]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (15 août 1670), t. I, p. 199, édit. de M.; t. I,
-p. 268, édit. de G. de S.-G.</p>
-
-<p><a id="Footnote_595" href="#FNanchor_595" class="label">[595]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (3 décembre 1670), t. I, p. 208, édit. de M.&mdash;<i>Ibid.</i>,
-t. I, p. 279, édit. de G. de S.-G.</p>
-
-<p><a id="Footnote_596" href="#FNanchor_596" class="label">[596]</a> <span class="small1">Papon</span>, <i>Hist. de Provence</i>, t. IV, p. 691, 816 et 819.</p>
-
-<p><a id="Footnote_597" href="#FNanchor_597" class="label">[597]</a> <span class="small1">Saint-Simon</span>, <i>Mémoires authentiques</i>, t. X, p. 484.</p>
-
-<p><a id="Footnote_598" href="#FNanchor_598" class="label">[598]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (17 novembre 1673), t. III, p. 225, édit. de G.
-L'évêque de Marseille est nommé <i>la Grêle</i>.&mdash;(24 novembre 1675),
-t. IV, p. 219.&mdash;(18 août 1680), t. VII, p. 165.&mdash;(28 février 1690),
-t. X, p 273.</p>
-
-<p><a id="Footnote_599" href="#FNanchor_599" class="label">[599]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (28 novembre 1670), t. I, p. 205 à 207, édit.
-de M.; t. I, p. 275 à 277, édit. de G. de S.-G.</p>
-
-<p><a id="Footnote_600" href="#FNanchor_600" class="label">[600]</a> <i>Abrégé des délibérations faites en l'assemblée générale des
-communautés du pays de Provence, tenue à Lambesc en décembre
-1670, Janvier et mars 1671, par autorité de monseigneur comte</i>
-<span class="small1">de Grignan</span>, <i>lieutenant général pour le roi dudit pays, et par
-mandement de MM. les procureurs généraux dudit pays</i>. A Aix,
-chez Charles David, imprimeur du roi, du clergé et de la ville; 1671,
-in-4<sup>o</sup>, p. 43.&mdash;<span class="small1">Coriolis</span>, <i>Traité sur l'administration du comté de
-Provence</i>, 1786, in 4<sup>o</sup>, t. I, p. 11.&mdash;<span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (10 avril
-1671, madame de Fiesque à madame de Grignan), t. II, p. 17.&mdash;<i>Ibid.</i>,
-t. II, p. 13, édit. de M.</p>
-
-<p><a id="Footnote_601" href="#FNanchor_601" class="label">[601]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (25 juin, 15 août, 12 septembre 1670), t. I,
-p. 256, 268, 269, édit. de G. de S.-G.; ou t. I, p. 188, 199, 200,
-édit. de Monmerqué.</p>
-
-<p><a id="Footnote_602" href="#FNanchor_602" class="label">[602]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (19 novembre 1670), t. I, p. 201, édit. de M.;
-ou t. I, p. 271, édit. de G. de S.-G.</p>
-
-<p><a id="Footnote_603" href="#FNanchor_603" class="label">[603]</a> Charlotte d'Étampes de Valencey, marquise de Puisieux. Voyez
-ci-dessus, p. 247.</p>
-
-<p><a id="Footnote_604" href="#FNanchor_604" class="label">[604]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (19 novembre 1671), t. I, p. 278, édit. de G.
-de S.-G.; t. I, p. 203, édit. de M.</p>
-
-<p><a id="Footnote_605" href="#FNanchor_605" class="label">[605]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (19 août 1676), t. II, p. 196, édit. de M.&mdash;<i>Ib.</i>
-(24 février 1673), madame de Coulanges à madame de Sévigné,
-t. III, p. 144, édit. de G. de S.-G.; t. III, p. 73, édition de Monmerqué.</p>
-
-<p><a id="Footnote_606" href="#FNanchor_606" class="label">[606]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (23 décembre 1671), t. II, p. 320 et 321,
-édit. de G. de S.-G.; t. II, p. 271, édit. de M.</p>
-
-<p><a id="Footnote_607" href="#FNanchor_607" class="label">[607]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (22 janvier 1672), t. II, p. 354, édit. de G. de
-S.-G.&mdash;<i>Ibid.</i>, t. II, p. 299, édit. de M.&mdash;<i>Ibid.</i> (16 mai 1672, à madame
-de Grignan), t. III, p. 33, édit. de G. de S.-G.; t. II, p. 440, édit.
-de M.&mdash;<i>Ibid.</i> (23 mai 1672), t. III, p. 34, édit. de G. de S.-G.; t. II,
-p. 445, édit. de M.&mdash;<i>Ibid.</i> (3 juillet 1672), t. III, p. 92, édit. de G.
-de S.-G.; t. III, p. 26, édit. de M.&mdash;<i>Ibid.</i> (11 juillet 1672), t. III,
-p. 103, édit. de G. de S.-G.; t. III, p. 36, édit. de M.&mdash;<i>Ibid.</i> (24 février
-1673), t. III, p. 73, édit. de M.&mdash;<i>Ibid.</i> (19 août 1675), t. III,
-p. 411, édit. de M.&mdash;<i>Ibid.</i> (29 mars 1680), t. VI, p. 419, édit. de G.
-de S.-G.; t. VI, p. 212, édit de M.</p>
-
-<p><a id="Footnote_608" href="#FNanchor_608" class="label">[608]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (19 avril 1680), t. VI, p. 452, édit. de G. de
-S.-G.; t. VI, p. 236, édit. de M.&mdash;<i>Ibid.</i> (15 juin 1680), t. VII,
-p. 48, édit. de G. de S.-G.; t. VI, p. 323 (24 juillet 1680).</p>
-
-<p><a id="Footnote_609" href="#FNanchor_609" class="label">[609]</a> <span class="small1">Xavier Girault</span>, Notice biographique, etc., dans Sévigné, édit.
-de G. de S.-G., p. 114.</p>
-
-<p><a id="Footnote_610" href="#FNanchor_610" class="label">[610]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (17 février 1672), t. II, p. 289, édit. de G. de
-S.-G.; t. II, p. 331, édit. de M.</p>
-
-<p><a id="Footnote_611" href="#FNanchor_611" class="label">[611]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (15 avril et 6 mai 1676), t. IV, p. 396 et 422,
-édit. de G. de S.-G.; t. IV, p. 281, édit. de M.</p>
-
-<p><a id="Footnote_612" href="#FNanchor_612" class="label">[612]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (11 mars 1676), t. IV, p. 229, édit. de M.</p>
-
-<p><a id="Footnote_613" href="#FNanchor_613" class="label">[613]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (1<sup>er</sup> février 1690, lettre de madame de Sévigné
-à madame de Grignan), t. X, p. 228, édit. de G. de S.-G.; t. IX,
-p. 331, édit. de M.</p>
-
-<p><a id="Footnote_614" href="#FNanchor_614" class="label">[614]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (24 juillet 1680), t. VII, p. 129, édit. de G.
-de S.-G.; t. VI, p. 190, édit. de M.</p>
-
-<p><a id="Footnote_615" href="#FNanchor_615" class="label">[615]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (28 novembre 1670), t. I, p. 275, édit. de G.
-de S.-G; t. I, p. 205, édit. de M.</p>
-
-<p><a id="Footnote_616" href="#FNanchor_616" class="label">[616]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (10 décembre 1670), t. I, p. 280, édit. de G.
-de S.-G.</p>
-
-<p><a id="Footnote_617" href="#FNanchor_617" class="label">[617]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (16 janvier 1671), t. I, p. 298, édit. de G. de
-S.-G.</p>
-
-<p><a id="Footnote_618" href="#FNanchor_618" class="label">[618]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (19 février 1672), t. II, p. 396, édit. de G. de
-S.-G.</p>
-
-<p><a id="Footnote_619" href="#FNanchor_619" class="label">[619]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (29 septembre 1673), t. III, p. 288, édit. de G.
-de S.-G.</p>
-
-<p><a id="Footnote_620" href="#FNanchor_620" class="label">[620]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (1<sup>er</sup> juin et 11 septembre 1676), t. IV, p. 467,
-et t. V, p. 117, édit. de G. de S.-G.</p>
-
-<p><a id="Footnote_621" href="#FNanchor_621" class="label">[621]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (19 mai 1673), t. III, p. 153.</p>
-
-<p><a id="Footnote_622" href="#FNanchor_622" class="label">[622]</a> Conférez encore, sur le maréchal et la maréchale de Rochefort,
-<span class="small1">Loret</span>, <i>Muse historique</i>, liv. VIII, p. 135; IX, p. 130; XIII, p. 66.&mdash;<span class="small1">Montpensier</span>,
-<i>Mémoires</i>, t. XLII, p. 136.&mdash;<span class="small1">Gourville</span>, <i>Mémoires</i>,
-t. LII, p. 265.&mdash;<span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (25 décembre 1679), t. VI, p. 265,
-édit. de G. de S.-G.&mdash;<span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (24 janvier 1680), t. VI,
-p. 320, édit. de G. de S.-G.</p>
-
-<p><a id="Footnote_623" href="#FNanchor_623" class="label">[623]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (16 janvier 1671), t. I, p. 299 et 300, édit. de
-G. de S.-G.</p>
-
-<p><a id="Footnote_624" href="#FNanchor_624" class="label">[624]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>ibid.</i>, p. 300.</p>
-
-<p><a id="Footnote_625" href="#FNanchor_625" class="label">[625]</a> La mère de Marie-Angélique-Henriette de Lorraine était Ornano
-et s&oelig;ur de la mère de MM. de Grignan.&mdash;Voyez ci-dessus, chap. <span class="small1">VIII</span>,
-p. 129, la liste des parents qui signèrent le contrat de mariage de
-M. de Grignan.</p>
-
-<p><a id="Footnote_626" href="#FNanchor_626" class="label">[626]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (23 janvier, 1<sup>er</sup> et 6 février 1671), t. I, p. 303,
-304, 305.</p>
-
-<p><a id="Footnote_627" href="#FNanchor_627" class="label">[627]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (3 mars 1671), t. I. p. 355, édit. de G. de S.-G.;
-t. I, p. 272, édit. de M.</p>
-
-<p><a id="Footnote_628" href="#FNanchor_628" class="label">[628]</a> Le couvent des Capucins de la rue d'Orléans au Marais. Cette
-église est aujourd'hui la paroisse de Saint-François d'Assise.</p>
-
-<p><a id="Footnote_629" href="#FNanchor_629" class="label">[629]</a> Le couvent des filles de Sainte-Marie. Voyez <span class="small1">Piganiol de la
-Force</span>, <i>Description de Paris</i>, t. VIII, p. 318; et <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i>
-(6 février 1671), t. I, p. 305 et 306, édit. de G. de S.-G.</p>
-
-<p><a id="Footnote_630" href="#FNanchor_630" class="label">[630]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (13 mars 1671), t. I, p. 355.</p>
-
-<p><a id="Footnote_631" href="#FNanchor_631" class="label">[631]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (6 février 1671), t. I, p. 305-307, édit. de G.
-de S.-G.</p>
-
-<p><a id="Footnote_632" href="#FNanchor_632" class="label">[632]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (9 février 1671), t. I, p. 237, 238, 239, édit.
-de M., ou t. I, p. 313 à 314, édit. de G. de S.-G.</p>
-
-<p><a id="Footnote_633" href="#FNanchor_633" class="label">[633]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (4 mars 1671), t. I, p. 359-361.&mdash;(9 février
-1671), t. I, p. 315, édit. de G. de S.-G.; t. I, p. 239, édit. de M.</p>
-
-<p><a id="Footnote_634" href="#FNanchor_634" class="label">[634]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (9 et 11 février 1671), t. I, p. 315 et 320.</p>
-
-<p><a id="Footnote_635" href="#FNanchor_635" class="label">[635]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> en date des 9 et 18 février 1671, t. I, p. 311 et
-333 de l'édit. de G. de S.-G.</p>
-
-<p><a id="Footnote_636" href="#FNanchor_636" class="label">[636]</a> <span class="small1">Gourville</span>, <i>Mémoires</i> (année 1671), collection des <i>Mémoires sur
-l'histoire de France</i>, par Petitot et Monmerqué, t. LII, p. 449.</p>
-
-<p><a id="Footnote_637" href="#FNanchor_637" class="label">[637]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (9 et 18 février 1671), t. I, p. 311 et 329.&mdash;<i>Ibid.</i>
-(17 mai 1676), t. IV, p. 440, édit. de G. de S.-G.</p>
-
-<p><a id="Footnote_638" href="#FNanchor_638" class="label">[638]</a> Tome I, p. 3 de la première partie de ces Mémoires.</p>
-
-<p><a id="Footnote_639" href="#FNanchor_639" class="label">[639]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (18 février 1671), t. I, p. 332, et la note 1 de
-M. Gault de Saint-Germain.</p>
-
-<p><a id="Footnote_640" href="#FNanchor_640" class="label">[640]</a> Première partie de cet ouvrage, p. 5.&mdash;Conférez <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i>
-(28 juillet 1682), t. VII, p. 98, édit. de M.</p>
-
-<p><a id="Footnote_641" href="#FNanchor_641" class="label">[641]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (17 mai 1671), t. IV, p. 441, édit. de G. de
-S.-G.; t. IV, p. 298, édit. de M.</p>
-
-<p><a id="Footnote_642" href="#FNanchor_642" class="label">[642]</a> <i>Lettres de madame</i> <span class="small1">de Rabutin-Chantal</span>, <i>marquise</i> <span class="small1">de Sévigné</span>,
-<i>à madame la comtesse de Grignan, sa fille</i>; la Haye, 1726, in-12,
-t. I, p. 20.</p>
-
-<p><a id="Footnote_643" href="#FNanchor_643" class="label">[643]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (de madame de Sévigné au comte de Guitaud,
-1693), t. X, p. 445 et 446, édit. de G. de S.-G.</p>
-
-<p><a id="Footnote_644" href="#FNanchor_644" class="label">[644]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (25 et 27 février 1671), t. I, p. 342, 350, édit.
-de G. de S.-G.</p>
-
-<p><a id="Footnote_645" href="#FNanchor_645" class="label">[645]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (4 mars 1671), t. I, p. 359, édit. de G. de S.-G.</p>
-
-<p><a id="Footnote_646" href="#FNanchor_646" class="label">[646]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (27 mars 1671), t. I, p. 398, édit. de M.</p>
-
-<p><a id="Footnote_647" href="#FNanchor_647" class="label">[647]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (4 et 6 mars 1671), t. I, p. 358 et 361, édit.
-de G. de S.-G.; p. 274 à 277, édit. de M.</p>
-
-<p><a id="Footnote_648" href="#FNanchor_648" class="label">[648]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (4 mars 1671), t, I, p. 358.</p>
-
-<p><a id="Footnote_649" href="#FNanchor_649" class="label">[649]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (6 mars 1671), t. I, p. 361.</p>
-
-<p><a id="Footnote_650" href="#FNanchor_650" class="label">[650]</a> <i>Recueil de chansons choisies, par</i> M. <span class="small1">DE</span> ***; 1698, in-12, t. I,
-p. 166-168. <i>Pour madame la comtesse de Grignan, qui pensa se
-noyer sur le Rhône en allant à Arles.</i></p>
-
-<p><a id="Footnote_651" href="#FNanchor_651" class="label">[651]</a> <i>Recueil de chansons choisies</i>; 1698, in-12, t. I, p. 175. Conférez
-encore t. II, p. 19, 20 et 22. Les chansons de ce recueil sont à
-tort attribuées à de Coulanges; il en contient un grand nombre de lui,
-mais il y en a beaucoup d'autres dont il n'est pas l'auteur.</p>
-
-<p><a id="Footnote_652" href="#FNanchor_652" class="label">[652]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (6 mars 1671), t. I, p. 361, édit. de G. de
-S.-G.; t. I, p. 177, édit. de M.</p>
-
-<p><a id="Footnote_653" href="#FNanchor_653" class="label">[653]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (11 mars 1671), t. I, p. 365, édit. de G. de
-S.-G.</p>
-
-<p><a id="Footnote_654" href="#FNanchor_654" class="label">[654]</a> <i>Lettres de madame</i> <span class="small1">Rabutin-Chantal</span>, <i>marquise</i> <span class="small1">de Sévigné</span>, <i>à
-madame la comtesse de Grignan, sa fille</i>; la Haye, 1726, in-12,
-t. I, p. 38 et 39.&mdash;<span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (18 mars 1671), t. I, p. 379 et
-380, édit. de G. de S.-G.; t. I, p. 292, édit. de M.</p>
-
-<p><a id="Footnote_655" href="#FNanchor_655" class="label">[655]</a> <i>Lettres de madame</i> <span class="small1">Rabutin-Chantal</span>, <i>marquise</i> <span class="small1">de Sévigné</span>, <i>à
-madame la comtesse de Grignan, sa fille</i>; la Haye, 1726, in-12,
-t. I, p. 38 et 39 (18 mars 1671); et t. I, p. 220. Le nom de Ripert ne
-se trouve pas dans les éditions modernes, et les lettres citées ici y ont
-subi beaucoup de retranchements.&mdash;<span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (le jour des
-noces, à onze heures, 1671), t. II, p. 325, édit. de G. de S.-G.; ou t. II,
-p. 275 de l'édit. de M.&mdash;<i>Ibid.</i> (26 juillet 1675), t. III, p. 469, édit.
-de G. de S.-G.&mdash;<i>Ibid.</i> (4 septembre 1676), t. V, p. 113. Sur Ripert,
-voyez l'<i>Histoire de madame de Sévigné</i>, par M. Aubenas, p. 180
-et 588.</p>
-
-<p><a id="Footnote_656" href="#FNanchor_656" class="label">[656]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (27 mars 1671), t. I, p. 398, édit. de G. de
-S.-G.; t. I, p. 309, édit. de M.</p>
-
-<p><a id="Footnote_657" href="#FNanchor_657" class="label">[657]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i>, édit. de la Haye, 18 mars 1671, t. I, p. 639.</p>
-
-<p><a id="Footnote_658" href="#FNanchor_658" class="label">[658]</a> <i>Lettres de madame</i> <span class="small1">Rabutin-Chantal</span>, <i>marquise</i> <span class="small1">de Sévigné</span>, <i>à
-madame la comtesse de Grignan, sa fille</i>; la Haye, 1726, in-12,
-t. I, p. 38.</p>
-
-<p><a id="Footnote_659" href="#FNanchor_659" class="label">[659]</a> Conférez ci-dessus, chapitre <span class="small1">VIII</span>, p. 137, et <i>Lettres de madame</i>
-<span class="small1">Rabutin-Chantal</span>, etc.; la Haye, 1726, in-12, t. I, p. 39. (Ce passage
-ne se trouve que dans cette première édition.)</p>
-
-<p><a id="Footnote_660" href="#FNanchor_660" class="label">[660]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (11 mars 1671), t. I, p. 365, édit. de G. de S.-G.&mdash;<i>Ibid.</i>
-(18 février 1671), t. I, p. 330.&mdash;<i>Ibid.</i> (6 et 10 novembre
-1675), t. IV, p. 194-196.&mdash;<i>Ibid.</i> (29 décembre 1675), t. I, p. 280.&mdash;<i>Ibid.</i>
-(1<sup>er</sup> janvier 1676), t. IV, p. 285&mdash;<i>Ibid.</i> (12 août 1695, lettre
-de madame de Coulanges), t. XI, p. 204, note 1.</p>
-
-<p><a id="Footnote_661" href="#FNanchor_661" class="label">[661]</a> <i>Lettres de madame</i> <span class="small1">Rabutin-Chantal</span>, <i>marquise</i> <span class="small1">de Sévigné</span>,
-<i>à madame la comtesse de Grignan, sa fille</i> (18 mars 1671), t. I,
-p. 34. Ce texte a éprouvé, de la part du chevalier Perrin, des altérations
-et des suppressions. Conférez <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i>, t. I, p. 379, édit.
-de G. de S.-G.</p>
-
-<p><a id="Footnote_662" href="#FNanchor_662" class="label">[662]</a> <i>Lettres de madame</i> <span class="small1">Rabutin-Chantal</span>, <i>marquise</i> <span class="small1">de Sévigné</span>,
-t. I, p. 97, édit. de la Haye, 1726, 6 mai 1671.&mdash;<span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i>,
-t. II, p. 61, édit. de G.&mdash;<i>Ibid.</i>, t. II, p. 51, édit. de M.</p>
-
-<p><a id="Footnote_663" href="#FNanchor_663" class="label">[663]</a> <i>Lettres de madame</i> <span class="small1">Rabutin-Chantal</span>, édit. de la Haye, 1726,
-t. I, p. 97 (6 mai 1671).&mdash;<span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i>, t. II, p. 58, édit. de G.
-de S.-G.&mdash;<i>Ibid.</i>, t. II, p. 48, édit. de M.</p>
-
-<p><a id="Footnote_664" href="#FNanchor_664" class="label">[664]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (22 septembre 1688, 24 juin 1671, 12 juin 1672,
-11 et 15 décembre 1673, 31 juillet et 6 novembre 1675); t. VIII,
-p. 357; t. II, p. 120; t. III, p. 64, 477; t. IV, p. 190; t. VIII, p. 357.&mdash;<span class="small1">Louis</span>
-XIV, <i>&OElig;uvres</i>, t. V, Lettres, p. 320 et 330, 365, 366, 371.</p>
-
-<p><a id="Footnote_665" href="#FNanchor_665" class="label">[665]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (13 mai 1671), t. II, p. 65, édit. de G.&mdash;<i>Ibid.</i>,
-t. II, p. 55, édit. de M.</p>
-
-<p><a id="Footnote_666" href="#FNanchor_666" class="label">[666]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (27 et 30 mai, 6 juin 1672), t. III, p. 38, 42, 47
-et 48, édit. de G.; t. II, p. 448-451, 461 et 463, édit. de M.&mdash;<i>Idem</i>
-(23 décembre 1671), t. II, p. 319, édit. de G.; t. II, p. 270, édit. de M.&mdash;<span class="small1">Saint-Simon</span>,
-t. X, p. 96.&mdash;<span class="small1">Delort</span>, t. I, p. 207.&mdash;<span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i>
-(25 juin 1677), t. V, p. 257, édit. de G.&mdash;<i>Ibid.</i> (20 juin 1678, lettre
-de Bussy), t. V, p. 505.&mdash;<i>Ibid.</i> (20 juin 1678, lettre de madame
-de Sévigné), t. V, p. 509.&mdash;<i>Ibid.</i>, 27 juin 1678, t. VI, p. 6 et 7.&mdash;<i>Ibid.</i>,
-27 décembre 1688, t. IX, p. 54, édit. de G. de S.-G.</p>
-
-<p><a id="Footnote_667" href="#FNanchor_667" class="label">[667]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i>, t. II, p. 67, édit de G. de S.-G.; t. II, p. 56,
-édit. de M.</p>
-
-<p><a id="Footnote_668" href="#FNanchor_668" class="label">[668]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (13, 25 et 28 mai 1671), t. II, p. 64, 70 et 76,
-édit. de G. de S.-G.</p>
-
-<p><a id="Footnote_669" href="#FNanchor_669" class="label">[669]</a> <span class="small1">Louis Dubois</span>, sous-préfet de Vitré, <i>Madame de Sévigné et sa
-correspondance relative à Vitré et aux Rochers</i>, p. 58 et 59.</p>
-
-<p><a id="Footnote_670" href="#FNanchor_670" class="label">[670]</a> <i>Registres des états de Bretagne</i>, mss. bibl. du Roi; Bl.-Mant.;
-n<sup>o</sup> 75, p. 324 et 329.</p>
-
-<p><a id="Footnote_671" href="#FNanchor_671" class="label">[671]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (6 mai 1671), t. II, p. 61 et 62, édit. de G.;
-t. II, p. 51, édit. de M.</p>
-
-<p><a id="Footnote_672" href="#FNanchor_672" class="label">[672]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (24, 27 juin et 1<sup>er</sup> juillet 1672), t. III, p. 76,
-81 et 84, édit. de G.; t. III, p. 12 et 19, édit. de M.</p>
-
-<p><a id="Footnote_673" href="#FNanchor_673" class="label">[673]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (26 octobre, 1<sup>er</sup> novembre, 6 décembre 1671),
-t. II, p. 274, 278, 279, 394, édit. de G. de S.-G.</p>
-
-<p><a id="Footnote_674" href="#FNanchor_674" class="label">[674]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (6 janvier 1672), t. II, p. 337, édit. de G.;
-t. II, p. 285, édit. de M.&mdash;<i>Ibid.</i> (27 et 29 avril 1671), t. II, p. 47,
-édit. de G.&mdash;<i>Ibid.</i>, t. II, p. 39, édit. de M.&mdash;<i>Ibid.</i> (18 mars 1671),
-t. I, p. 35, 37 et 40.</p>
-
-<p><a id="Footnote_675" href="#FNanchor_675" class="label">[675]</a> Voyez la 1<sup>re</sup> partie de ces <i>Mémoires</i>.</p>
-
-<p><a id="Footnote_676" href="#FNanchor_676" class="label">[676]</a> Voyez ci-dessus, chap. <span class="small1">IV</span>, p. 108 et 109.</p>
-
-<p><a id="Footnote_677" href="#FNanchor_677" class="label">[677]</a> Une note de notre exemplaire de cette édition de la Haye, 1726,
-dit que cet éditeur se nommait J.-J. Gendebien.&mdash;L'autre édition, de
-1726, a été imprimée à Rouen, selon M. Monmerqué; et Thiriot, l'ami
-de Voltaire, en fut, dit-on, l'éditeur. Voy. <i>Sévigné</i>, t. I, p. 15, édit. de M.</p>
-
-<p><a id="Footnote_678" href="#FNanchor_678" class="label">[678]</a> <i>Lettres de madame</i> <span class="small1">Rabutin-Chantal</span>, <i>marquise</i> <span class="small1">de Sévigné</span>, <i>à
-madame la comtesse de Grignan, sa fille</i>; la Haye, chez P. Gosse,
-J. Neaulme et comp., 1726, in-12, t. I, p. 2, 3 et 4 de l'<i>Avertissement</i>
-de l'éditeur. Cet avertissement a été réimprimé dans l'édition
-de Sévigné de G. de S.-G., t. I, p. 25.</p>
-
-<p><a id="Footnote_679" href="#FNanchor_679" class="label">[679]</a> Conférez avec les éditions <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i>, édit. de la Haye,
-1726 (2 juillet, 20 et 27 septembre 1671), p. 135-180, 189, etc.</p>
-
-<p><a id="Footnote_680" href="#FNanchor_680" class="label">[680]</a> <span class="small1">Saint-Simon</span>, <i>Mémoires authentiques</i>, t. I, p. 352; t. IV,
-p. 271.</p>
-
-<p><a id="Footnote_681" href="#FNanchor_681" class="label">[681]</a> Voyez le chapitre <span class="small1">XII</span> de la 2<sup>e</sup> partie, p. 307 à 312.</p>
-
-<p><a id="Footnote_682" href="#FNanchor_682" class="label">[682]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (27 et 29 avril 1671), t. II, p. 47, édit. de G.;
-t. II, p. 39, édit. de M.&mdash;<i>Ibid.</i> (6 janvier 1672), t. II, p. 337, ou
-t. II, p. 285, édit. de M.</p>
-
-<p><a id="Footnote_683" href="#FNanchor_683" class="label">[683]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (9 février 1671), t. I, p. 311, édit. de G. de
-S.-G.; t. I, p. 235, édit. de M.&mdash;<i>Ibid.</i> (6 mai 1671), t. II, p. 59,
-édit. de G; t. II, p. 49, édit. de M.</p>
-
-<p><a id="Footnote_684" href="#FNanchor_684" class="label">[684]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (11 et 31 mars, 27 avril, 31 mai, 2 septembre,
-18 et 25 octobre, 29 novembre, 18 et 20 décembre 1671, 6 et 20 janvier
-1672), t. II, p. 87, 213, 264, 270, 297, 315, 323-327, 335, 353,
-édit. de G. de S.-G.</p>
-
-<p><a id="Footnote_685" href="#FNanchor_685" class="label">[685]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (21 juin 1671). Lettre inédite, publiée par
-M. Monmerqué, p. 13.</p>
-
-<p><a id="Footnote_686" href="#FNanchor_686" class="label">[686]</a> Conférez <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (1678), t. VI, p. 74.&mdash;<i>Ibid.</i> (6 mai
-1671), t. II, p 56, édit. de G. de S.-G.</p>
-
-<p><a id="Footnote_687" href="#FNanchor_687" class="label">[687]</a> <span class="small1">Saint-Simon</span>, <i>Mémoires authentiques</i>, t. I, p. 352; t. IV,
-p. 271.</p>
-
-<p><a id="Footnote_688" href="#FNanchor_688" class="label">[688]</a> Conférez <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (9 et 18 février, 11 mars, 15 avril,
-6 et 23 mai, 12 juillet 1671), t. I, p. 365; t. II, p. 18, 56, 80, 134,
-édit. de G. de S.-G.; t. I, p. 280, édit. de M.&mdash;<i>Ibid.</i> (30 octobre
-1673).&mdash;<i>Ibid.</i> (14, 30 juin et 3 juillet 1677), t. III, p. 201.&mdash;<i>Ibid.</i>,
-t. V, p. 238, 259, 266, édit. de G. de S.-G.&mdash;<i>Ibid.</i> (18 septembre,
-29 décembre 1679, 3 et 5 janvier 1680), t. VI, p. 74, 121, 271, 281,
-285, édit. de G. de S.-G.&mdash;<span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettre écrite à madame de
-Grignan le 21 juin 1671, rétablie</i> (par M. Monmerqué) <i>pour la première
-fois d'après le manuscrit autographe</i>; Paris, 1826, in-8<sup>o</sup>,
-p. 13.</p>
-
-<p><a id="Footnote_689" href="#FNanchor_689" class="label">[689]</a> <i>Lettres de madame</i> <span class="small1">Rabutin-Chantal</span>, <i>marquise</i> <span class="small1">de Sévigné</span>,
-<i>à madame la comtesse de Grignan, sa fille</i>; la Haye, 1726, in-12,
-t. I, p. 95 et 96.&mdash;<span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (6 mai 1671), t. II, p. 59, édit.
-de G. de S.-G.; t. II, p. 46, édit. de M.</p>
-
-<p><a id="Footnote_690" href="#FNanchor_690" class="label">[690]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (18 mars 1671, la troisième de cette date),
-t. I, p. 384, 385, édit. de G. de S.-G.; t. I, p. 297-298, édit. de M.</p>
-
-<p><a id="Footnote_691" href="#FNanchor_691" class="label">[691]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (1678 et 1679), lettre 670 de l'édit. de M.,
-t. V, p. 427.</p>
-
-<p><a id="Footnote_692" href="#FNanchor_692" class="label">[692]</a> <i>Lettres de madame</i> <span class="small1">Rabutin-Chantal</span>, <i>marquise</i> <span class="small1">de Sévigné</span>, <i>à
-madame la comtesse de Grignan, sa fille</i>; la Haye, 1726, in-12,
-t. I, p. 94 (6 mai 1671). Ce passage a été mutilé et altéré, ainsi que
-beaucoup d'autres, dans toutes les éditions subséquentes.&mdash;Conférez
-<span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (6 mai 1671), t. II, p. 56, édit. de G. de S.-G.,
-ou t. II, p. 49, édit. de M.</p>
-
-<p><a id="Footnote_693" href="#FNanchor_693" class="label">[693]</a> <i>Lettre écrite par madame</i> <span class="small1">de Sévigné</span> <i>le 21 juin 1671, rétablie
-pour la première fois d'après le manuscrit autographe</i>; Paris,
-Blaise, 1826, in-8<sup>o</sup>, p. 13. Lettre mutilée dans toutes les éditions, rétablie
-par M. Monmerqué.&mdash;Conférez <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (21 juin 1671),
-t. II, p. 105, édit. de G. de S.-G. Dans l'édition de la Haye, 1726,
-in-12, t. I, p. 120, le passage est comme dans le manuscrit autographe,
-sauf une faute d'impression grave.</p>
-
-<p><a id="Footnote_694" href="#FNanchor_694" class="label">[694]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (12 juillet 1671), t. II, p. 135.</p>
-
-<p><a id="Footnote_695" href="#FNanchor_695" class="label">[695]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (2 novembre 1679), t. VI, p. 191, édit. de G.
-de S.-G; t. VI, p. 11, édit. M.</p>
-
-<p><a id="Footnote_696" href="#FNanchor_696" class="label">[696]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (20 janvier 1672), t. II, p. 353, édit. de G. de
-S.-G.; t. II, p. 298 et 299, édit. de M.</p>
-
-<p><a id="Footnote_697" href="#FNanchor_697" class="label">[697]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (25 octobre 1671), t. II, p. 271, édit. de G. de
-S.-G.; t. II, p. 229, édit. de M.</p>
-
-<p><a id="Footnote_698" href="#FNanchor_698" class="label">[698]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (9 août 1671), t. II, p. 176, édit. de G. de S.-G.;
-t. II, p. 146, édit. de M.</p>
-
-<p><a id="Footnote_699" href="#FNanchor_699" class="label">[699]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (20 septembre 1671), t. II, p. 235, édit. de G.
-de S.-G.; t. II, p. 197, édit. de M.&mdash;<i>Lettres de madame</i> <span class="small1">Rabutin-Chantal</span>,
-<i>marquise</i> <span class="small1">de Sévigné</span>; la Haye, 1726 (20 septembre),
-t. I, p. 183.</p>
-
-<p><a id="Footnote_700" href="#FNanchor_700" class="label">[700]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i>, t. II, p. 146, édit. de M.</p>
-
-<p><a id="Footnote_701" href="#FNanchor_701" class="label">[701]</a> <i>Lettres de madame</i> <span class="small1">Rabutin Chantal</span>, <i>marquise</i> <span class="small1">de Sévigné</span>
-(7 août 1671), t. I, p. 155 et 156.&mdash;<span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (9 août 1671),
-t. II, p. 174, édit. de G.; t. II, p. 145, 146, édit. de M. Le texte de
-l'édition de la Haye est différent de celui des éditions modernes, et
-a pour date le 7 août.</p>
-
-<p><a id="Footnote_702" href="#FNanchor_702" class="label">[702]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (27 septembre 1671), t. II, p. 242, édit. de G. de
-S.-G.; t. II, p. 203 et 204, édit. de M.</p>
-
-<p><a id="Footnote_703" href="#FNanchor_703" class="label">[703]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (29 juillet 1671), t. II, p. 157.</p>
-
-<p><a id="Footnote_704" href="#FNanchor_704" class="label">[704]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (1<sup>er</sup> avril 1671), t. I, p. 407, édit. de G. de
-S.-G.; t. I, p. 316, édit. de M.&mdash;<i>Ibid.</i> (26 juillet 1671), t. II, p. 159,
-édit. de G. de S.-G.</p>
-
-<p><a id="Footnote_705" href="#FNanchor_705" class="label">[705]</a> <i>Lettres de madame</i> <span class="small1">Rabutin-Chantal</span>, <i>marquise</i> <span class="small1">de Sévigné</span>
-<i>à madame la comtesse de Grignan, sa fille</i>; la Haye, 1726, in-12,
-t. I, p. 8 et 12 (janvier 1671).&mdash;<span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (9 février 1671),
-t. I, p. 235 et 240, édit. de M.&mdash;<i>Ibid.</i>, t. I, p. 310 et 316, édit.
-de G. de S.-G. La date est différente pour cette lettre dans l'édition
-de la Haye et dans les éditions plus modernes. Elle aura été mise
-par les éditeurs, et probablement même par les éditeurs modernes.
-Pour le texte nous avons préféré l'édition de la Haye, précisément
-parce que les éditeurs modernes se sont donné la peine de le corriger.</p>
-
-<p><a id="Footnote_706" href="#FNanchor_706" class="label">[706]</a> <i>Lettres de madame</i> <span class="small1">Rabutin-Chantal</span>, etc.; la Haye, 1726, t. I,
-p. 13 et 14 (mercredi 14 février 1671).&mdash;<span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (mercredi
-11 février), t. I, p. 317, édit. de G. de S.-G.; t. I, p. 241, édit.
-de M. Il y a une erreur dans le chiffre contenant la date du mois dans
-l'ancienne ou les nouvelles éditions. Dans celles-ci, le texte original a
-été à tort corrigé par les éditeurs modernes. Les mots mis en italique
-sont ainsi dans l'édition de la Haye, parce qu'ils étaient probablement
-soulignés dans l'original.</p>
-
-<p><a id="Footnote_707" href="#FNanchor_707" class="label">[707]</a> <i>Lettres de madame</i> <span class="small1">Rabutin-Chantal</span>, <i>marquise</i> <span class="small1">de Sévigné</span>;
-la Haye, 1726, t. I, p. 18 et 21 (mercredi 18 février 1671).&mdash;<i>Ibid.</i>,
-t. I, p. 329, édit. de G. de S.-G.; t. I, p. 251, édit. de M. C'est toujours
-le texte de l'édition primitive que nous transcrivons.</p>
-
-<p><a id="Footnote_708" href="#FNanchor_708" class="label">[708]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (17 avril, 31 mai 1672), t. II, p. 28 et 87, édit.
-de G. de S.-G.; t. II, p. 23 et 73, édit de M.</p>
-
-<p><a id="Footnote_709" href="#FNanchor_709" class="label">[709]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (18 octobre 1671), t. II, p. 264, édit. de G.
-de S.-G.; t. II, p. 23, édit. de M.</p>
-
-<p><a id="Footnote_710" href="#FNanchor_710" class="label">[710]</a> «J'ai remis mon c&oelig;ur dans vos mains, et il ne tiendra qu'à vous
-de vous faire aimer autant qu'il vous plaira.» Voyez <i>Lettres de
-madame</i> <span class="small1">Rabutin-Chantal</span>, édit. de la Haye, t. I, p. 197. Ce passage
-italien a été omis dans les éditions modernes. Voyez Gault, t. II,
-p. 254; Monmerqué, t. II, p. 214.</p>
-
-<p><a id="Footnote_711" href="#FNanchor_711" class="label">[711]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (7 juin 1671), t. II, p. 94, édit. de G. de S.-G.;
-t. II, p. 78, édit. de M. Conférez encore (25 octobre 1671), t. II,
-p. 270, édit. de G. de S.-G.</p>
-
-<p><a id="Footnote_712" href="#FNanchor_712" class="label">[712]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (26 août 1671), t. II, p. 203, édit. de G. de S.-G.</p>
-
-<p><a id="Footnote_713" href="#FNanchor_713" class="label">[713]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (8 avril 1671), t. II, p. 9 et 10, édit. de G.
-de S.-G.&mdash;<i>Lettres de madame</i> <span class="small1">Rabutin-Chantal</span>, <i>marquise</i> <span class="small1">de Sévigné</span>;
-la Haye, 1726, t. I, p. 62; t. II, p. 8, édit. de M.</p>
-
-<p><a id="Footnote_714" href="#FNanchor_714" class="label">[714]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (9 septembre 1671), t. II, p. 220; t. II, p. 184,
-édit. de M.</p>
-
-<p><a id="Footnote_715" href="#FNanchor_715" class="label">[715]</a> <i>Lettres de madame</i> <span class="small1">Rabutin-Chantal</span>, <i>marquise</i> <span class="small1">de Sévigné</span>;
-la Haye, 1726, t. I, p. 47 et 48.&mdash;<span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (24 mars 1671),
-t. I, p. 394, édit. de G. de S.-G.; t. I, p. 305, édit. de M.</p>
-
-<p><a id="Footnote_716" href="#FNanchor_716" class="label">[716]</a> <i>Lettres de madame</i> <span class="small1">Rabutin-Chantal</span>, <i>marquise</i> <span class="small1">de Sévigné</span>;
-la Haye, 1726, t. I, p. 49 et 50.&mdash;<span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (26 mars 1671),
-t. I, p. 396, édit. de G. de S.-G.</p>
-
-<p><a id="Footnote_717" href="#FNanchor_717" class="label">[717]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (29 avril 1671), t. II, p. 46, édit. de G. de S.-G.;
-t. II, p. 39, édit. de M.&mdash;Conférez, sur Arnauld d'Andilly et de Pomponne,
-la deuxième partie de ces <i>Mémoires</i>, p. 265 et 269, et ci-dessus,
-chap. <span class="small1">III</span>, p. 72.</p>
-
-<p><a id="Footnote_718" href="#FNanchor_718" class="label">[718]</a> Sur le cardinal de Retz, conférez ci-dessus, chap. <span class="small1">VI</span>, p. 109-115.</p>
-
-<p><a id="Footnote_719" href="#FNanchor_719" class="label">[719]</a> Conférez sur ce passage les notes et éclaircissements à la fin du
-présent volume.</p>
-
-<p><a id="Footnote_720" href="#FNanchor_720" class="label">[720]</a> <i>Lettres de madame</i> <span class="small1">Rabutin-Chantal</span>, <i>marquise</i> <span class="small1">de Sévigné</span>,
-t. I, p. 247.&mdash;<span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (9 mars 1672), t. II, p. 415, édit.
-de G. de S.-G.; t. II, p. 353, édit. de M.</p>
-
-<p><a id="Footnote_721" href="#FNanchor_721" class="label">[721]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (31 mai 1671), t. II, p. 84 et 85; t. II, p. 70 et 71.</p>
-
-<p><a id="Footnote_722" href="#FNanchor_722" class="label">[722]</a> <i>Lettres de madame</i> <span class="small1">Rabutin-Chantal</span>, <i>marquise</i> <span class="small1">de Sévigné</span>,
-édit. de la Haye, 1726, t. I, p. 231.&mdash;<span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i>, t. II, p. 365;
-édit. de G. de S.-G.; t. II, p. 309, édit. de M. (29 janvier 1672).</p>
-
-<p><a id="Footnote_723" href="#FNanchor_723" class="label">[723]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (18 février, 20 mars, 8, 10, 15 et 17 avril,
-13 mai et 9 juillet 1671), t. II, p. 331, 333, 388, édit. de G. de S.-G.;
-t. II, p. 5, 13, 51, 29, 54, 124, édit. de M.</p>
-
-<p><a id="Footnote_724" href="#FNanchor_724" class="label">[724]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (4 mars 1671), t. I, p. 359, édit. de G. de S.-G.;
-t. I, p. 276, édit. de M. «Ne m'aimez-vous pas de vous avoir appris
-l'italien?»</p>
-
-<p><a id="Footnote_725" href="#FNanchor_725" class="label">[725]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (13 mars et 5 novembre 1671), t. I, p. 375,
-édit. de G. de S.-G.; t. I, p. 289, édit. de M. «Si vous êtes encore
-de l'humeur dont vous étiez à Sainte-Marie, et que vous gardiez
-mes lettres.»</p>
-
-<p><a id="Footnote_726" href="#FNanchor_726" class="label">[726]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (6 janvier 1672), t. II, p. 337, édit. de G.
-de S.-G.; t. II, p. 285, édit. de M.</p>
-
-<p><a id="Footnote_727" href="#FNanchor_727" class="label">[727]</a> Henri de Lorraine, prince d'Harcourt, était cousin germain maternel
-de M. de Grignan; et lui ainsi que sa femme et le comte de
-Brancas ont comparu au contrat de mariage de M. de Grignan.
-Voyez chapitre <span class="small1">VIII</span>, p. 129.</p>
-
-<p><a id="Footnote_728" href="#FNanchor_728" class="label">[728]</a> <span class="small1">Choisy</span>, <i>Mémoires</i>, t. LXIII, p. 432, de la collection de Petitot et
-Monmerqué.&mdash;<span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (1<sup>er</sup> mai 1671), t. II, p. 53, édit. de
-G. de S.-G.; t. II, p. 44, édit. de M.&mdash;(23 mai 1667), t. I, p. 116
-et note, édit. de M.; t. I, p. 163, édit. de G.</p>
-
-<p><a id="Footnote_729" href="#FNanchor_729" class="label">[729]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (11 mars 1671), t. I, p. 268, édit. de G. de
-S.-G.; t. I, p. 283, édit. de M.</p>
-
-<p><a id="Footnote_730" href="#FNanchor_730" class="label">[730]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (30 mars 1672), t. II, p. 437, édit. de G. de
-S.-G.</p>
-
-<p><a id="Footnote_731" href="#FNanchor_731" class="label">[731]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (3 avril 1671), t. I, p. 408, édit. de G. de S.-G.;
-t. I, p. 316, édit. de M.</p>
-
-<p><a id="Footnote_732" href="#FNanchor_732" class="label">[732]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (23 décembre 1671), t. II, p. 270, édit. de M.;
-t. II, p. 320, édit. de G. de S.-G.&mdash;<i>Ibid.</i> (15 janvier 1672), t. II,
-p. 346, édit. de G. de S.-G.; t. II, p. 293, édit. de M.</p>
-
-<p><a id="Footnote_733" href="#FNanchor_733" class="label">[733]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (22 avril 1671), t. II, p. 35, édit. de G. de
-S.-G.; t. II, p. 29, édit. de M.&mdash;<i>Lettres de madame</i> <span class="small1">Rabutin-Chantal</span>,
-etc., édition de la Haye, 1726, t. I, p. 77 et 78.&mdash;<i>Ibid.</i>
-(23 mars 1671), t. I, p. 391 et 392.</p>
-
-<p><a id="Footnote_734" href="#FNanchor_734" class="label">[734]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (25 décembre 1671), t. II, p. 325, édit. de G.
-de S.-G.; t. II, p. 275, édit. de M.</p>
-
-<p><a id="Footnote_735" href="#FNanchor_735" class="label">[735]</a> <i>Lettres de madame</i> <span class="small1">Rabutin-Chantal</span>, etc., édit. de la Haye,
-1726, t. I, p. 213 (23 déc. 1671).&mdash;<span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (15 avril 1671),
-t. II, p. 18; t. II, p. 316, édit. de G. de S.-G; t. II, p. 15, édit. de M.</p>
-
-<p><a id="Footnote_736" href="#FNanchor_736" class="label">[736]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (11 mars 1672 et 27 mai 1680), t. II, p. 422,
-édit. de G. de S.-G.; t. II, p. 359, édit. de M.&mdash;<i>Ibid.</i> (30 mars 1672),
-t. II, p. 437, édit. de G. de S.-G.; t. II, p. 269, édit. de M.</p>
-
-<p><a id="Footnote_737" href="#FNanchor_737" class="label">[737]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (30 mars 1672), t. II, p. 442; t. II, p. 373.&mdash;<i>Ibid.</i>
-(23 mars 1671), t. I, p. 391 et 392, édit. de G. de S.-G.</p>
-
-<p><a id="Footnote_738" href="#FNanchor_738" class="label">[738]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (11 mars 1672), t. II, p. 422, édit. de G. de
-S.-G.; t. II, p. 359, édit. de M.</p>
-
-<p><a id="Footnote_739" href="#FNanchor_739" class="label">[739]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (6 et 18 mars 1671, 2<sup>e</sup> lettre), t. I, p. 362 et
-383, édit. de G. de S.-G.; t. I, p. 279 et 296, édit. de M.&mdash;<i>Ibid.</i>
-(4 avril 1671), t. II, p. 3 et 5, édit. de M.&mdash;<i>Ibid.</i> (24 avril 1671),
-t. II, p. 36, édit. de G. de S.-G.; t. II, p. 33, édit. de M. Un grand
-nombre d'autres exemples pourraient être cités.</p>
-
-<p><a id="Footnote_740" href="#FNanchor_740" class="label">[740]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (18 mars 1671), t. I, p. 381-385, édit. de G.
-de S.-G.; t. I, p. 296, édit. de M.</p>
-
-<p><a id="Footnote_741" href="#FNanchor_741" class="label">[741]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (20 avril 1672), t. II, p. 468, édit. de G. de
-S.-G.; t. II, p. 394, édit. de M.&mdash;<i>Ibid.</i> (23 mai 1672), t. III, p. 33,
-édit. de G. de S.-G.; t. II, p. 444, édit. de M.</p>
-
-<p><a id="Footnote_742" href="#FNanchor_742" class="label">[742]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (12 juillet 1671), t. II, p. 136, édit. de G. de
-S.-G.; t. II, p. 114, édit. de M.</p>
-
-<p><a id="Footnote_743" href="#FNanchor_743" class="label">[743]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (1671), t. II, p. 101, édit. de G. de S.-G.&mdash;<i>Lettres
-inédites de madame</i> <span class="small1">de Sévigné</span>; Paris, Klostermann, 1814,
-in-8<sup>o</sup>, p. 197 (mercredi 17 juin).</p>
-
-<p><a id="Footnote_744" href="#FNanchor_744" class="label">[744]</a> <i>Lettre écrite par madame</i> <span class="small1">de Sévigné</span> (le 21 juin 1671), <i>rétablie
-d'après le manuscrit original</i>; 1826, in-8<sup>o</sup>, p. 3.&mdash;<span class="small1">Sévigné</span>,
-<i>Lettres</i>, t. II, p. 103, édit. de G. de S.-G.; t. II, p. 85, édit. de
-M.; t. I, p. 118, édit. de la Haye, 1626.</p>
-
-<p><a id="Footnote_745" href="#FNanchor_745" class="label">[745]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (18 mars 1671), t. I, p. 385, édit. de G.;
-t. I, p. 297, édit. de M.</p>
-
-<p><a id="Footnote_746" href="#FNanchor_746" class="label">[746]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (21 octobre 1671), t. II, p. 265, 266, édit. de
-G. de S.-G.; t. II, p. 244, édit. de M.</p>
-
-<p><a id="Footnote_747" href="#FNanchor_747" class="label">[747]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (24 avril 1671), t. II, p. 36, édit. de G. de
-S.-G.; t. II, p. 30, édit. de M.</p>
-
-<p><a id="Footnote_748" href="#FNanchor_748" class="label">[748]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (23 mars 1671), t. I, p. 302, édit de M.</p>
-
-<p><a id="Footnote_749" href="#FNanchor_749" class="label">[749]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (20 mars 1671), t. I, p. 386, édit. de G. de S.-G.;
-t. I, p. 298, édit de M.</p>
-
-<p><a id="Footnote_750" href="#FNanchor_750" class="label">[750]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (13 et 15 janvier 1672), t. II, p. 345, 347, 352,
-édit. de G. de S.-G.; t. II, p. 292, 294, 298, édit. de M.</p>
-
-<p><a id="Footnote_751" href="#FNanchor_751" class="label">[751]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (20 janvier 1672), t. II, p. 352, édit. de G.
-de S.-G.; t. II, p. 298, édit. de M.</p>
-
-<p><a id="Footnote_752" href="#FNanchor_752" class="label">[752]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (18 et 22 septembre 1679), t. VI, p. 121, 132,
-édit. de G. de S.-G.&mdash;<i>Ibid.</i> (22 août 1675), t. IV, p. 47, édit. de
-G. de S.-G.&mdash;(24 mai 1694, lettre de Coulanges à madame de Sévigné),
-t. XI, p. 34, édit. de G. de S.-G.</p>
-
-<p><a id="Footnote_753" href="#FNanchor_753" class="label">[753]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (10 avril 1673), t. III, p. 78, édit. de M.;
-t. III, p. 150, édit. de G. de S.-G.</p>
-
-<p><a id="Footnote_754" href="#FNanchor_754" class="label">[754]</a> <i>Lettres inédites de madame</i> <span class="small1">de Sévigné</span>, publiées par M. Vallet
-de Viriville dans la <i>Revue de Paris</i>, 28 décembre 1844. (Dans la
-première de ces lettres, datée de minuit, ces mots: «Si je n'étais prête
-d'aller aux Quinze-Vingts,» veulent dire, Si je n'étais prête à fermer
-les yeux et à me coucher.)</p>
-
-<p><a id="Footnote_755" href="#FNanchor_755" class="label">[755]</a> <i>Billet italien de madame</i> <span class="small1">de Sévigné</span> <i>à la marquise d'Uxelles,
-suivi d'une lettre de madame de Grignan à la même</i>, publié
-par M. Monmerqué; Paris, 1844, p. 10-13.</p>
-
-<p><a id="Footnote_756" href="#FNanchor_756" class="label">[756]</a> <span class="small1">Ægidii Menagii</span> <i>Poemata</i>, 8<sup>e</sup> édit., p. 325. Sopra il ritratto della
-marchesa di Sevigni, sonetto II.</p>
-
-<p><a id="Footnote_757" href="#FNanchor_757" class="label">[757]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (13 septembre 1671), t. II, p. 189, édit. de M.;
-t. II, p. 225, édit. de G. de S.-G.</p>
-
-<p><a id="Footnote_758" href="#FNanchor_758" class="label">[758]</a> Conférez ci-dessus, chap. <span class="small1">I</span>, p. 14, et la deuxième partie de ces
-<i>Mémoires</i>, p. 265 et 269.</p>
-
-<p><a id="Footnote_759" href="#FNanchor_759" class="label">[759]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i>, t. II, p. 368, édit. de G. de S.-G.; t. II, p. 312,
-édit. de M., en note.</p>
-
-<p><a id="Footnote_760" href="#FNanchor_760" class="label">[760]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (3 février 1673), t. II, p. 368; t. II, p. 312,
-édit. de M.</p>
-
-<p><a id="Footnote_761" href="#FNanchor_761" class="label">[761]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (6 et 20 novembre 1672), t. III, p. 129, 144,
-145, édit. de M.; t. III, p. 209, 228 à 230, édit. de G. de S.-G.</p>
-
-<p><a id="Footnote_762" href="#FNanchor_762" class="label">[762]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (19 février 1672), t. II, p. 234, édit. de M.</p>
-
-<p><a id="Footnote_763" href="#FNanchor_763" class="label">[763]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (9 mars 1672), t. II, p. 350, édit. de M.;
-t. II, p. 392 et 413, édit. de G. de S.-G.</p>
-
-<p><a id="Footnote_764" href="#FNanchor_764" class="label">[764]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (15 janvier 1690), t. X, p. 197.&mdash;<i>Ibid.</i> (24 mars
-1684), t. VIII, p. 147, édit. de G. de S.-G.; t. IX, p. 305, 309, 344,
-édit. de M.</p>
-
-<p><a id="Footnote_765" href="#FNanchor_765" class="label">[765]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (17 et 29 mai 1675), t. III, p. 276, édit. de
-M.; t. III, p. 394-396, édit. de G. de S.-G.</p>
-
-<p><a id="Footnote_766" href="#FNanchor_766" class="label">[766]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (6 février 1671), t. I, p. 306, édit. de G. de
-S.-G.; t. I, p. 232, édit. de M.</p>
-
-<p><a id="Footnote_767" href="#FNanchor_767" class="label">[767]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (9 février 1673), t. III, p. 141, édit. de G. de
-S.-G.; t. III, p. 70, édit. de M.</p>
-
-<p><a id="Footnote_768" href="#FNanchor_768" class="label">[768]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (1<sup>er</sup> avril 1671), t. I, p. 314, édit. de M.;
-t. I, p. 405, édit. de G. de S.-G.</p>
-
-<p><a id="Footnote_769" href="#FNanchor_769" class="label">[769]</a> Voyez la deuxième partie de ces <i>Mémoires</i>, chap. <span class="small1">XX</span>, p. 303.</p>
-
-<p><a id="Footnote_770" href="#FNanchor_770" class="label">[770]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (15 novembre 1684), t. VII, p. 197, édit. de M.&mdash;<i>Ibid.</i>
-(15 décembre 1675), t. IV, p. 255, 257, édit. de G. de
-S.-G.; t. IV, p. 30, édit. de M.</p>
-
-<p><a id="Footnote_771" href="#FNanchor_771" class="label">[771]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (20 mai 1672), t. III, p. 30, édit. de G. de S.-G.,
-t. II, p. 440, édit. de M.</p>
-
-<p><a id="Footnote_772" href="#FNanchor_772" class="label">[772]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (23 mars 1671), t. I, p. 303, édit. de M.;
-t. I, p. 391, édit. de G. de S.-G.</p>
-
-<p><a id="Footnote_773" href="#FNanchor_773" class="label">[773]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (30 juin 1673), t. III, p. 85, édit. de M.;
-t. III, p. 158, édit. de G. de S.-G.</p>
-
-<p><a id="Footnote_774" href="#FNanchor_774" class="label">[774]</a> Celle sur le mariage de <span class="small1">Mademoiselle</span> (15 décembre 1670), t. I,
-p. 212, édit. de M.; t. I, p. 283, édit. de G. de S.-G.; celle sur le renvoi
-de Picard (22 juillet 1671), t. II, p. 127, édit. de M.; t. II,
-p. 153, édit. de G. de S.-G.</p>
-
-<p><a id="Footnote_775" href="#FNanchor_775" class="label">[775]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (22 juillet 1671), t. II, p. 127, édit. de M.; t. II,
-p. 153, édit. de G. de S.-G.</p>
-
-<p><a id="Footnote_776" href="#FNanchor_776" class="label">[776]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (7 mars 1685), t. VII, p. 251, édit. de M.;
-t. VIII, p. 29, édit. de G. de S.-G.&mdash;<i>Ibid.</i> (29 janvier 1685), t. VII,
-p. 229, édit. de M.&mdash;<i>Ibid.</i> (30 août 1671, 17 avril 1676), t. II,
-p. 172; t. IV, p. 261, édit. de M.; t. VIII, p. 3, édit. de G.</p>
-
-<p><a id="Footnote_777" href="#FNanchor_777" class="label">[777]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (10 juin 1695), t. XI, p. 174, édit. de G. de
-S.-G.&mdash;<i>Ibid.</i> (7 juillet 1703, 1<sup>er</sup> août 1705), t. XI, p. 121, édit. de G.
-de S.-G.; t. XII, p. 349, édit. de G. de S.-G.; t. X, p. 91 à 97, édit.
-de M.&mdash;<i>Ibid.</i> (7 juillet 1703), t. X, p. 287 à 295, édit. de M.</p>
-
-<p><a id="Footnote_778" href="#FNanchor_778" class="label">[778]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (29 janvier 1685), t. VII, p. 229, édit. de M.;
-t. VIII, p. 3, édit. de G. de S.-G.</p>
-
-<p><a id="Footnote_779" href="#FNanchor_779" class="label">[779]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (13 avril 1672), t. II, p. 385, édit. de M.;
-t. II, p. 456, édit. de G. de S.-G.</p>
-
-<p><a id="Footnote_780" href="#FNanchor_780" class="label">[780]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (5 janvier, 5 et 6 avril 1680), t. VI, p. 224 et
-228, édit. de G. de S.-G.&mdash;<i>Ibid.</i> (1<sup>er</sup> septembre 1680), t. VI, p. 241,
-édit. de G. de S.-G.&mdash;<i>Ibid.</i> (23 juillet 1677), t. V, p. 148, édit.
-de G. de S.-G.&mdash;<i>Ibid.</i> (5 janvier 1680), t. VI, p. 189, édit. de G. de
-S.-G.; t. VI, p. 95, édit. de M.</p>
-
-<p><a id="Footnote_781" href="#FNanchor_781" class="label">[781]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (5 janvier et 5 avril 1680), t. VI, p. 95 et 224,
-édit. de M.&mdash;<i>Ibid.</i> (3 et 5 janvier 1680), t. VI, p. 282, 284, 289,
-édit. de G. de S.-G.&mdash;<i>Ibid.</i> (12 avril 1680), t. VI, p. 233, édit. de
-M.; t. VI, p. 282, 284, 289, 448, édit. de G. de S.-G.</p>
-
-<p><a id="Footnote_782" href="#FNanchor_782" class="label">[782]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (19 janvier 1674), t. III, p. 220, édit. de M.</p>
-
-<p><a id="Footnote_783" href="#FNanchor_783" class="label">[783]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (23 juillet 1677), t. V, p. 148, édit. de M.;
-t. V, p. 303, édit. de G. de S.-G.</p>
-
-<p><a id="Footnote_784" href="#FNanchor_784" class="label">[784]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (2 septembre 1676), t. IV, p. 448, édit. de M.;
-t. V, p. 102, édit. de G. de S.-G.</p>
-
-<p><a id="Footnote_785" href="#FNanchor_785" class="label">[785]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (1<sup>er</sup> décembre 1690), t. IX, p. 422, édit. de M.;
-t. X, p. 358, édit. de G. de S.-G.</p>
-
-<p><a id="Footnote_786" href="#FNanchor_786" class="label">[786]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (24 février 1673), t. III, p. 143, édit. de G.
-de S.-G.</p>
-
-<p><a id="Footnote_787" href="#FNanchor_787" class="label">[787]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (11 décembre 1689), t. IX, p. 247, édit de M.&mdash;<i>Ibid.</i>
-(23 juillet 1691), t. IX, p. 461, édit de M.; t. X, p. 129,
-396, édit. de G.</p>
-
-<p><a id="Footnote_788" href="#FNanchor_788" class="label">[788]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (11 et 15 novembre 1688), t. VIII, p. 151, 154
-et 156, édit. de M.; t. VIII, p. 431, 435 et 436, édit. de G. de S.-G.</p>
-
-<p><a id="Footnote_789" href="#FNanchor_789" class="label">[789]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (24 février 1673), t. III, p. 142-145, édit.
-de G. de S.-G.; t. III, p. 73, édit. de M.</p>
-
-<p><a id="Footnote_790" href="#FNanchor_790" class="label">[790]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (7 juillet 1703, à madame de Coulanges), t. XI,
-p. 398, édit. de G. de S.-G.</p>
-
-<p><a id="Footnote_791" href="#FNanchor_791" class="label">[791]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (26 février 1695), t. XI, p. 139, édit. de G.
-de S.-G.&mdash;<i>Ibid.</i> (9 septembre 1695), t. X, p. 127, édit. de M.&mdash;<i>Ibid.</i>
-(4 mars 1695), t. XI, p. 142 et 146, édit. de G. de S.-G.</p>
-
-<p><a id="Footnote_792" href="#FNanchor_792" class="label">[792]</a> <i>Ibid.</i> (26 février 1695), t. XI, p. 140.</p>
-
-<p><a id="Footnote_793" href="#FNanchor_793" class="label">[793]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (1<sup>er</sup> décembre 1690), t. IX, p. 427, édit. de M.;
-t. X, p. 358, édit. de G. de S.-G.&mdash;<i>Ibid.</i> (22 juillet 1672), t. III, p. 42,
-édit. de M.&mdash;<i>Ibid.</i> (27 juillet 1672), t. III, p. 100, édit. de G. de S.-G.</p>
-
-<p><a id="Footnote_794" href="#FNanchor_794" class="label">[794]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (10 avril 1673), t. II, p. 150, édit. de G. de
-S.-G.</p>
-
-<p><a id="Footnote_795" href="#FNanchor_795" class="label">[795]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (4 et 5 février 1685), t. VII, p. 235 et 238, édit.
-de M.; t. VIII, p. 5 et 11, édit. de G. de S.-G.&mdash;<i>Ibid.</i> (27 janv. 1676),
-t. IV, p. 192, édit. de M.; t. IV, p. 123, édit. de G. de S.-G.&mdash;<i>Ibid.</i>
-(2 février 1676), t. IV, p. 197, édit. de M.; t. IV, p. 329, édit. de G. de
-S.-G. <i>Ibid.</i> (9 mars, 8, 22 et 27 avril 1672), t. II, p. 454, 471, 482, édit.
-de G. de S.-G.; t. II, p. 355, 397 et 407, édit. M.&mdash;<i>Ibid.</i> (20 juin
-1672), t. III, p. 74, édit. de G. de S.-G.; t. III, p. 10, édit. de M.&mdash;<i>Ibid.</i>
-(8 juillet 1672), t. III, p. 96, édit. de G.; t. III, p. 30, édit. de M.</p>
-
-<p><a id="Footnote_796" href="#FNanchor_796" class="label">[796]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (13 mars 1671, 1<sup>er</sup> avril 1671, 19 mai 1673,
-26 juillet 1677), t. I, p. 374, 404, 405; t. III, p. 152; t. V, p. 304 à
-306; t. VI, p. 191, édit. de G. de S.-G.&mdash;<i>Ibid.</i>, t. I, p. 288, 313,
-314; t. III, p. 81; t. V, p. 149 et 150.&mdash;<i>Ibid.</i> (1<sup>er</sup> novembre 1679),
-t. VI, p. 187, édit. de G. de S.-G.; t. VI, p. 7, édit. de M.</p>
-
-<p><a id="Footnote_797" href="#FNanchor_797" class="label">[797]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (1<sup>er</sup> novembre 1679), t. VI, p. 187, édit. de
-G. de S.-G.; t. VI, p. 7, édit de M.</p>
-
-<p><a id="Footnote_798" href="#FNanchor_798" class="label">[798]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (8 avril 1672), t. II, p. 454, édit. de G. de S.-G.;
-t. II, p. 384, édit. de M.&mdash;<i>Ibid.</i> (27 juin 1672), t. III, p. 81 et 82,
-édit. de G. de S.-G.; t. III, p. 17 et 18, édit. de M.</p>
-
-<p><a id="Footnote_799" href="#FNanchor_799" class="label">[799]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (12 juillet 1671), t. II, p. 137 et 138, édit. de
-G. de S.-G.; t. II, p. 115, édit de M.</p>
-
-<p><a id="Footnote_800" href="#FNanchor_800" class="label">[800]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (22 décembre 1675), t. IV, p. 265.</p>
-
-<p><a id="Footnote_801" href="#FNanchor_801" class="label">[801]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (20 juillet 1679), t. V, p. 416, édit. de M.; t. VI,
-p. 100, édit. de G. de S.-G.</p>
-
-<p><a id="Footnote_802" href="#FNanchor_802" class="label">[802]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (8 juillet 1672), t. III, p. 95, édit. de G. de
-S.-G.; t. III, p. 29, édit. de M.</p>
-
-<p><a id="Footnote_803" href="#FNanchor_803" class="label">[803]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (1<sup>er</sup> décembre 1675), t. IV, p. 225, édit. de G.;
-t. IV, p. 106, édit. de M.</p>
-
-<p><a id="Footnote_804" href="#FNanchor_804" class="label">[804]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (20 mars 1671), t. I, p. 386, édit. de G.; t. I,
-p. 298, édit. de M.&mdash;<i>Ibid.</i> (16 août 1671), t. I, p. 162, édit. de la
-Haye. Cette édition à M. et à madame de Lavardin ajoute d'Hacqueville,
-t. II, p. 186, édit. de G.; t. II, p. 154, édit. de M.&mdash;<i>Ibid.</i>
-(18 septembre 1671), t. II, p. 225, édit. G.; t. II, p. 189, édit. M.</p>
-
-<p><a id="Footnote_805" href="#FNanchor_805" class="label">[805]</a> Voyez ci-dessus, chap. <span class="small1">IV</span>, p. 79.</p>
-
-<p><a id="Footnote_806" href="#FNanchor_806" class="label">[806]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (28 juin 1671), t. II, p. 111, édit. de G. de
-S.-G.; t. II, p. 93, édit. de M.</p>
-
-<p><a id="Footnote_807" href="#FNanchor_807" class="label">[807]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (27 septembre 1671), t. II, p. 243, édit de G.;
-t. II, p. 205, édit. de M.</p>
-
-<p><a id="Footnote_808" href="#FNanchor_808" class="label">[808]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (8 avril 1671), t. II, p. 5, édit. de G.</p>
-
-<p><a id="Footnote_809" href="#FNanchor_809" class="label">[809]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (22 janvier 1672), t. II, p. 355, édit. de G.;
-t. II, p. 301, édit. de M.</p>
-
-<p><a id="Footnote_810" href="#FNanchor_810" class="label">[810]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (28 juin 1671), t. II, p. 112, édit. de G.; t. II,
-p. 93, édit. de M.</p>
-
-<p><a id="Footnote_811" href="#FNanchor_811" class="label">[811]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (3 mars 1671), t. I, p. 355, édit. de G.; t. I,
-p. 272, édit. de M.&mdash;(4 mars 1672), t. II, p. 409, édit. de G.;
-t. II, p. 347, édit. de M.&mdash;<i>Ibid.</i> (8 juillet 1672), t. III, p. 95, édit. G.;
-t. III, p. 29, édit. M.&mdash;<i>Ibid.</i> (27 septembre 1671), t. II, p. 242,
-édit. G.; t. II, p. 204, édit. M.&mdash;<i>Ibid.</i> (16 juillet 1672), t. II, p. 105,
-édit. G.; t. III, p. 38, édit. M.&mdash;<i>Ibid.</i> (4 mai 1672), t. III, p. 1,
-édit. de G.; t. II, p. 416 et 417, édit. de M.</p>
-
-<p><a id="Footnote_812" href="#FNanchor_812" class="label">[812]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (22 avril 1672), t. II, p. 469, édit. G.; t. II,
-p. 390, édit. M.&mdash;<i>Ibid.</i> (16 mai 1672), t. III, p. 26, édit. G.; t. II,
-p. 438, édit. M.&mdash;<i>Ibid.</i> (20 mai 1672), t. III, p. 30, édit. G.; t. II,
-p. 441, édit. M.</p>
-
-<p><a id="Footnote_813" href="#FNanchor_813" class="label">[813]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (27 mai 1672), t. III, p. 37 et 39, édit. G.; t. II,
-p. 447 et 448, édit. M.</p>
-
-<p><a id="Footnote_814" href="#FNanchor_814" class="label">[814]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (29 avril 1672), t. II, p. 488, édit. G de S.-G.;
-t. II, p. 412, édit. M.</p>
-
-<p><a id="Footnote_815" href="#FNanchor_815" class="label">[815]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (15 mars 1671), t. I, p. 378, édit. G.; t. I,
-p. 292, édit. M.</p>
-
-<p><a id="Footnote_816" href="#FNanchor_816" class="label">[816]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (1<sup>er</sup> avril 1671), t. I, p. 403, édit. de G. de S.-G.</p>
-
-<p><a id="Footnote_817" href="#FNanchor_817" class="label">[817]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (9 mars 1672), t. II, p. 411, édit. de G.; t. II,
-p. 349, édit. de M.</p>
-
-<p><a id="Footnote_818" href="#FNanchor_818" class="label">[818]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (23 mars 1672), t. II, p. 432, édit. de G.;
-t. II, p. 366, édit. de M.</p>
-
-<p><a id="Footnote_819" href="#FNanchor_819" class="label">[819]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (1<sup>er</sup> mars 1672), t. II, p. 402, édit. de G.;
-t. II, p. 341 et 342, édit. de M.</p>
-
-<p><a id="Footnote_820" href="#FNanchor_820" class="label">[820]</a> Bourdelot avait fait une pièce contre l'<i>espérance</i>, et la princesse
-Palatine y fit une réponse: cette petite joute de bel esprit fit quelque
-bruit dans le temps.&mdash;Voyez <span class="small1">Bussy</span>, <i>Lettres</i>, t. III, p. 333.&mdash;<span class="small1">Sévigné</span>,
-<i>Lettres</i> (1<sup>er</sup> mars 1672), t. II, p. 402, édit. de G.</p>
-
-<p><a id="Footnote_821" href="#FNanchor_821" class="label">[821]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (12 juillet 1671), t. II, p. 138, édit. de G.;
-t. II, p. 13, édit. de M.</p>
-
-<p><a id="Footnote_822" href="#FNanchor_822" class="label">[822]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (30 août 1671), t. II, p. 209, édit. G.; t. II,
-p. 175, édit. M.&mdash;<i>Ibid.</i> (20 et 30 septembre 1671), t. II, p. 212,
-213 et 233, édit. G.; t. II, p. 177 et 195, édit. M.</p>
-
-<p><a id="Footnote_823" href="#FNanchor_823" class="label">[823]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (20 et 30 septembre 1671), t. II, p. 234 et 245,
-édit. de G.; t. II, p. 197 et 209, édit. de M.</p>
-
-<p><a id="Footnote_824" href="#FNanchor_824" class="label">[824]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (30 septembre 1671), t. II, p. 248, édit. G.;
-t. II, p. 209, édit. M.</p>
-
-<p><a id="Footnote_825" href="#FNanchor_825" class="label">[825]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (16 mars 1672), t. II, p. 426, édit. de G.; t. II,
-p. 362, édit. de M.</p>
-
-<p><a id="Footnote_826" href="#FNanchor_826" class="label">[826]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (28 juin 1671), t. II, p. 113, édit. de G.; t. II,
-p. 94 et 100, édit. de M.</p>
-
-<p><a id="Footnote_827" href="#FNanchor_827" class="label">[827]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (12 juillet 1671), t. II, p. 136, édit. de G.;
-t. II, p. 113, édit. de M.</p>
-
-<p><a id="Footnote_828" href="#FNanchor_828" class="label">[828]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (11 et 12 août 1676), t. IV, p. 420, édit. de
-M.; et t. V, p. 71, édit. de G.</p>
-
-<p><a id="Footnote_829" href="#FNanchor_829" class="label">[829]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (30 juillet 1677), t. V, p. 316-318, édit. de G.</p>
-
-<p><a id="Footnote_830" href="#FNanchor_830" class="label">[830]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (22 septembre 1680), t. VII, p. 223, édit. de G.;
-t. VI, p. 470, édit. de M.</p>
-
-<p><a id="Footnote_831" href="#FNanchor_831" class="label">[831]</a> Sur les femmes savantes de cette époque, consultez <span class="small1">Ménage</span>,
-<i>Lezione sopra 'l sonetto di Francesco Petrarca</i>, p. 58-64, à la
-suite du traité intitulé <i>Historia mulierum philosopharum</i>.</p>
-
-<p><a id="Footnote_832" href="#FNanchor_832" class="label">[832]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (26 juillet 1672), t. III, p. 105, édit. G.</p>
-
-<p><a id="Footnote_833" href="#FNanchor_833" class="label">[833]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (4 août 1688), t. VII, p. 145, édit. G.</p>
-
-<p><a id="Footnote_834" href="#FNanchor_834" class="label">[834]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (14 octobre 1671), t. II, p. 260, édit. G.&mdash;<i>Ibid.</i>
-(22 avril, 13, 17, 20 et 17 mai 1672), t. II, p. 471-483; t. III, p. 13, 14
-et 40, édit. de G. de S.-G. (Elle fit graver ces mots sur un arbre de
-l'allée la plus obscure de son parc des Rochers: <i>E di mezzo l'orrore
-esce il diletto</i>.)</p>
-
-<p><a id="Footnote_835" href="#FNanchor_835" class="label">[835]</a> Conférez <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (10 mai 1676), t. IV, p. 463, édit. G.;
-t. IV, p. 291, édit. M.&mdash;<span class="small1">Saint-Surin</span>, <i>Notice sur madame de Sévigné</i>,
-t. I, p. 100 de l'édition des <i>Lettres de</i> <span class="small1">Sévigné</span>, par Monmerqué,
-1820, in-8<sup>o</sup>.&mdash;<span class="small1">Hénault</span>, <i>Abrégé chronologique</i> (1669), t. III, p. 371.&mdash;<span class="small1">Lemontey</span>,
-<i>Hist. de la régence</i>, t. I, p. 442.</p>
-
-<p><a id="Footnote_836" href="#FNanchor_836" class="label">[836]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (16 mars 1672), t. II, p. 426, édit. G.; t. II,
-p. 362, édit. M.</p>
-
-<p><a id="Footnote_837" href="#FNanchor_837" class="label">[837]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (12 août 1671), t. II, p. 183, édit. G.; t. II,
-p. 152, édit. M.</p>
-
-<p><a id="Footnote_838" href="#FNanchor_838" class="label">[838]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (16 mars 1672, 28 janvier et 7 février 1689),
-t. II, p. 360, et t. VIII, p. 310 et 325, édit. de M.; t. II, p. 426 et 427,
-et t. IX, p. 126 et 127, édit. de G.</p>
-
-<p><a id="Footnote_839" href="#FNanchor_839" class="label">[839]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (18 février, 11, 13, 20 et 26 mars, 13 avril,
-25 décembre 1671), t. I, p. 330, 367, 370, 372, 374, 376, 388, 394,
-396, 397, 404, 406; t. II, p. 324, édit. de G.</p>
-
-<p><a id="Footnote_840" href="#FNanchor_840" class="label">[840]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (11 et 13 mars, 29 avril, 8 mai, 2, 22 et 28
-juin, 5 juillet, 19 août, 16 et 30 septembre, 1<sup>er</sup>, 4 et 11 novembre
-1671), t. I, p. 370, 374; t. II, p. 49, 61, 67, 87, 105, 125, 136, 141,
-195, 229, 238 et 239, 352 et 377, édit. de G. de S.-G.</p>
-
-<p><a id="Footnote_841" href="#FNanchor_841" class="label">[841]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (28 juin 1671), t. II, p. 113, édit. de G.; t. II,
-p. 94, édit. de M.&mdash;<i>Ibid.</i> (11 septembre 1675), t. III, p. 465, édit. M.</p>
-
-<p><a id="Footnote_842" href="#FNanchor_842" class="label">[842]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (3 novembre 1675), t. IV, p. 186, édit. de G.
-t. IV, p. 69, édit. de M.&mdash;<i>Ibid.</i> (14 juillet 1680), t. VII, p. 104, édit.
-de G.; t. VI, p. 372, édit. de M.&mdash;<i>Ibid.</i> (25 septembre 1680, 14 décembre
-1689), t. VII, p. 221-228; t. X, p. 137, édit. de G.&mdash;<i>Ibid.</i>
-(1<sup>er</sup> août 1672), t. II, p. 377, édit. de M.; t. II, p. 447, édit. de G.&mdash;<i>Ibid.</i>
-(15 mai, 4 juin, 11 et 12 août 1676), t. IV, p. 297, 326 et 420,
-édit. de M.; t. IV, p. 439-472; t. V, p. 71, édit. de G.&mdash;<i>Ibid.</i>
-(9 janvier 1676), t. IV, p. 312, édit. de G.&mdash;<i>Ibid.</i> (15 janvier 1690),
-t. X, p. 196. Voyez <i>Lettre écrite par madame de Sévigné le</i> 21 <i>juin
-1671, rétablie d'après le mss. original</i>, 1826, in-8<sup>o</sup>, p. 15.&mdash;<i>Ibid.</i>
-(7 juin 1671), t. II, p. 88, édit. de G. Conférez encore sur les lectures
-de madame de Sévigné (20 janvier et 24 février 1672), t. II, p. 352 et
-397, édit. de G.&mdash;<i>Ibid.</i> (15 janvier 1690), t. X, p. 196, édit. de G.&mdash;<i>Ibid.</i>
-(6 novembre 1675), t. IV, p. 190, édit. de G.</p>
-
-<p><a id="Footnote_843" href="#FNanchor_843" class="label">[843]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (13 et 30 septembre, 1<sup>er</sup> et 4 novembre 1671),
-t. II, p. 226-277, 279 et 286, édit. de G.; t. II, p. 208 et 238, édit.
-de M.; t. I, p. 180, édit. de la Haye.</p>
-
-<p><a id="Footnote_844" href="#FNanchor_844" class="label">[844]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (1<sup>er</sup> et 4 novembre 1671), t. II, p. 276 à 280,
-édit. de G.; t. II, p. 238, édit. de M.</p>
-
-<p><a id="Footnote_845" href="#FNanchor_845" class="label">[845]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (19 août 1671), t. II, p. 195, édit de G.; t II,
-p. 162, édit. de M.&mdash;<i>Ibid.</i> (23 mai 1671), t. II, p. 81, édit. de G.</p>
-
-<p><a id="Footnote_846" href="#FNanchor_846" class="label">[846]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (23 novembre 1689), t. X, p. 106. édit. de G.;
-t. IX, p. 226, édit. de M.</p>
-
-<p><a id="Footnote_847" href="#FNanchor_847" class="label">[847]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (4 novembre 1671), t. II, p. 281, édit. de G.;
-t. II, p. 238, édit. de M. «Je fais dire tous les jours des messes
-pour vous: voilà mon emploi.»</p>
-
-<p><a id="Footnote_848" href="#FNanchor_848" class="label">[848]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (29 novembre 1671), t. II, p. 298, édit. de G.:
-«Comme vous êtes philosophe, vous savez la raison de tous ces
-effets; pour moi, je les sens, et je m'en vais faire dire autant de
-messes pour remercier Dieu de cette grâce que j'en faisais dire pour
-la lui demander.»</p>
-
-<p><a id="Footnote_849" href="#FNanchor_849" class="label">[849]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (1<sup>er</sup> avril 1671), t. I, p. 315, édit. de M.; t. I,
-p. 406, édit. de G.</p>
-
-<p><a id="Footnote_850" href="#FNanchor_850" class="label">[850]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (vendredi saint, 15 avril 1671), t. II, p. 462,
-édit. de G.; et t. II, p. 390, édit. de M.</p>
-
-<p><a id="Footnote_851" href="#FNanchor_851" class="label">[851]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (20 sept. 1671), t. II, p. 232, édit. de G. (de Buous
-dans cette édit.); t. II, p. 194 et 195, édit. de M.&mdash;<i>Lettres de madame</i>
-<span class="small1">Rabutin-Chantal</span>, <i>marquise de Sévigné</i>, t. I, p. 180, édit. de la Haye,
-1726.&mdash;Il y a au commencement de cette lettre seize lignes de plus
-dans cette édition, qui ont été supprimées dans toutes les autres.</p>
-
-<p><a id="Footnote_852" href="#FNanchor_852" class="label">[852]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (10 juin 1671), t. II, p. 98, édit. de G. de S.-G.;
-t. II, p. 83, édit. de M.&mdash;<i>Lettres de madame</i> <span class="small1">Rabutin-Chantal</span>;
-la Haye, 1726, in-12, t. I, p. 117.</p>
-
-<p><a id="Footnote_853" href="#FNanchor_853" class="label">[853]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (15 janvier 1690), t. X, p. 197, édit. de G.;
-t. IX, p. 305, édit. de M.</p>
-
-<p><a id="Footnote_854" href="#FNanchor_854" class="label">[854]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (20 septembre 1671), t. II, p. 233, édit. de
-G.; t. II, p. 194, édit. de M.</p>
-
-<p><a id="Footnote_855" href="#FNanchor_855" class="label">[855]</a> <span class="small1">De Marsollier</span>, <i>Vie de dom Armand-Jean le Bouthillier de
-Rancé</i>, 1703, in-12, 1<sup>re</sup> partie, liv. III, ch. <span class="small1">XII</span>, <span class="small1">XIII</span> et <span class="small1">XIV</span>, t. I,
-p. 413 à 460.</p>
-
-<p><a id="Footnote_856" href="#FNanchor_856" class="label">[856]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (15 avril 1671), t. II, p. 21, édit. de G.&mdash;<i>Ibid.</i>,
-t. II, p. 17, édit. de M.</p>
-
-<p><a id="Footnote_857" href="#FNanchor_857" class="label">[857]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (13 mai 1671), t. II, p. 66 et 67, édit. de G;
-t. II, p. 55, édit. de M.</p>
-
-<p><a id="Footnote_858" href="#FNanchor_858" class="label">[858]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (18 octobre 1671), t. II, p 263 et 264, édit.
-G.; t. II, p. 23, édit. M.</p>
-
-<p><a id="Footnote_859" href="#FNanchor_859" class="label">[859]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (22 septembre 1680), t. VII, p. 224, édit. G.;
-t. VI, p. 470.&mdash;<i>Ibid.</i> (13 août 1688), t. VIII, p. 337, édit. de G.;
-t. VIII, p. 63, édit. de M.&mdash;<i>Ibid.</i> (24 janvier 1689), t. IX, p. 117,
-édit. de G.</p>
-
-<p><a id="Footnote_860" href="#FNanchor_860" class="label">[860]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (15 juin 1680), t. VII, p. 42, édit. de G.;
-t. VI, p. 319, édit. de M.</p>
-
-<p><a id="Footnote_861" href="#FNanchor_861" class="label">[861]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (26 juin 1680), t. VII, p. 63, 70, édit. de G.;
-t. VI, p. 342, édit. de M.</p>
-
-<p><a id="Footnote_862" href="#FNanchor_862" class="label">[862]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (21 juin 1680), t. VII, p. 62 et 65, édit. de G.;
-t VI, p. 366 et 367, édit. de M.</p>
-
-<p><a id="Footnote_863" href="#FNanchor_863" class="label">[863]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (21 juin 1680), t. VII, p. 63 et 64, édit. de G.;
-t. VI, p. 337-338, édit. de M.</p>
-
-<p><a id="Footnote_864" href="#FNanchor_864" class="label">[864]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (4 nov. 1676), t. V, p. 192, édit. de G.; t. V, p. 50,
-éd. de M.&mdash;Conférez encore (16 août 1680), t. VII, p. 145, éd. de G.</p>
-
-<p><a id="Footnote_865" href="#FNanchor_865" class="label">[865]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (14 juillet 1689), t. VII, p. 104, édit. de G.;
-t. VI, p. 372, édit. de M.</p>
-
-<p><a id="Footnote_866" href="#FNanchor_866" class="label">[866]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>ibid.</i>, t. VII, p. 102 et 103.</p>
-
-<p><a id="Footnote_867" href="#FNanchor_867" class="label">[867]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (8 février 1690), t. X, p. 248, édit. de G.;
-t. IX, p. 349, édit. de M.</p>
-
-<p><a id="Footnote_868" href="#FNanchor_868" class="label">[868]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (5 juin 1680), t. VII, p. 19, édit. de G.; t. VI,
-p. 300, édit. de M.</p>
-
-<p><a id="Footnote_869" href="#FNanchor_869" class="label">[869]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (8 juillet 1676), t. V, p. 19, édit. de G.; t. IV,
-p. 372, édit. de M.</p>
-
-<p><a id="Footnote_870" href="#FNanchor_870" class="label">[870]</a> <i>Lettres de</i> <span class="small1">Marie Rabutin-Chantal</span>, <i>marquise</i> <span class="small1">De Sévigné</span>
-(31 juillet 1680), édit. de la Haye, 1726, ou t. VI, p. 400, édit. de M.;
-t. VII, p. 141, édit. de G. de S.-G.</p>
-
-<p><a id="Footnote_871" href="#FNanchor_871" class="label">[871]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (4 avril 1680), t. VII, p. 145 et 146, édit. de G.
-de S.-G.; t. VI, p. 405, édit. de M.&mdash;<i>Ibid.</i>, sur l'aventure du P. Païen
-(7 juillet 1680), t. VI, p. 364, édit. M.; t. VII, p. 94, édit. G.</p>
-
-<p><a id="Footnote_872" href="#FNanchor_872" class="label">[872]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i>, <i>ibid.</i>, t. VII, p. 140, édit. de G.; t. VI, p. 407,
-édit. de M.</p>
-
-<p><a id="Footnote_873" href="#FNanchor_873" class="label">[873]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (3 juillet 1680), t. VI, p. 359, édit. de M.;
-t. VII, p. 89, édit. de G.</p>
-
-<p><a id="Footnote_874" href="#FNanchor_874" class="label">[874]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (31 mai 1680), t. VII, p. 5 et 6, édit. de G.</p>
-
-<p><a id="Footnote_875" href="#FNanchor_875" class="label">[875]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (7 juillet 1680), t. VI, p. 363, édit. de M.;
-t. VII, p. 93, édit. de G.</p>
-
-<p><a id="Footnote_876" href="#FNanchor_876" class="label">[876]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (14 juillet 1680), t. VII, p. 102 à 104, édit. de
-G. de S.-G.; t. VI, p. 371, édit. de M.</p>
-
-<p><a id="Footnote_877" href="#FNanchor_877" class="label">[877]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (15 avril 1671), t. II, p. 19, 20 et 22, édit. G.;
-t. II, p. 16, édit. M.&mdash;<i>Ibid.</i> (18 décembre 1671), t. II, p. 316, édit. G.;
-t. II, p. 267, édit. de M.&mdash;<i>Ibid.</i> (20 mai 1672), t. III, p. 30, édit. de
-G., t. II, p. 440, édit. de M.&mdash;<i>Ibid.</i> (21 octobre 1671), t. II, p. 297,
-édit. de G.; t. II, p. 225, édit. de M. (Voyez ci-dessus, p. 320,
-ch. <span class="small1">XVI</span>.)</p>
-
-<p><a id="Footnote_878" href="#FNanchor_878" class="label">[878]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (6 octobre 1679), t. V, p. 453, édit. M.;
-t. VI, p. 150, édit. G.</p>
-
-<p><a id="Footnote_879" href="#FNanchor_879" class="label">[879]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (10 novembre 1688), t. VIII, p. 150, édit. de
-M.&mdash;<i>Ibid.</i> (6 janvier 1687), t. VII, p. 406.&mdash;<i>Ibid.</i> (8 décembre
-1679), t. VI, p. 61.</p>
-
-<p><a id="Footnote_880" href="#FNanchor_880" class="label">[880]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (7 septembre 1671), t. II, p. 220, édit. G.;
-t. II, p. 184, édit. M.&mdash;<i>Ibid.</i> (4 mai 1672), t. III, p. 1, édit. G.;
-t. II, p. 416, édit. M.</p>
-
-<p><a id="Footnote_881" href="#FNanchor_881" class="label">[881]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (30 août 1671), t. II, p. 206, édit. G.; t. II,
-p. 172, édit. M.</p>
-
-<p><a id="Footnote_882" href="#FNanchor_882" class="label">[882]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (30 août 1671), t. II, p. 210, édit. G.; t. II,
-p. 175, édit. M.</p>
-
-<p><a id="Footnote_883" href="#FNanchor_883" class="label">[883]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (6 août 1670), t. I, p. 265, édit. de G.; t. I,
-p. 196, édit de M.</p>
-
-<p><a id="Footnote_884" href="#FNanchor_884" class="label">[884]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (18 mars 1671), t. I, p. 379, édit. de G.; t I,
-p. 293, édit. de M.</p>
-
-<p><a id="Footnote_885" href="#FNanchor_885" class="label">[885]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (16 septembre 1671), t. II, p. 228, édit. de G.</p>
-
-<p><a id="Footnote_886" href="#FNanchor_886" class="label">[886]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (15 mars 1671), t. I, p. 378, édit. de G.; t. I,
-p. 292, édit. de M.</p>
-
-<p><a id="Footnote_887" href="#FNanchor_887" class="label">[887]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (21 août 1680, 16 février 1690), t. VII, p. 171;
-t. X, p. 274, édit. de G. de S.-G.; et ci-dessus, ch. <span class="small1">VIII</span>, p. 139 et 143,
-et <i>Catalogue des archives de la maison de Grignan</i>, par M. <span class="small1">Vallet
-de Viriville</span>, p. 31 à 36, n<sup>os</sup> 191, 199, 202, 203, 206 et 207.</p>
-
-<p><a id="Footnote_888" href="#FNanchor_888" class="label">[888]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (23 mars 1671), t. I, p. 393, édit. G.; t. I,
-p. 304, édit. M.&mdash;<i>Ibid.</i> (10 avril 1671), t. II, p. 13, édit. G.; t. II,
-p. 10, édit. M.&mdash;<i>Ibid.</i> (22 avril 1672), t. II, p. 469, édit. G.; t. II,
-p. 396, édit. M.&mdash;<i>Ibid.</i> (9 mars 1672), t. II, p. 419, édit. G.; t. II,
-p. 355, édit. M.</p>
-
-<p><a id="Footnote_889" href="#FNanchor_889" class="label">[889]</a> Voyez ci-dessus, chap. <span class="small1">XVI</span>, p. 307, et conférez l'<i>Abrégé des délibérations
-faites en assemblée générale des communautés du
-pays de Provence, tenue à Lambesc dans les mois de décembre
-1670, janvier, février et mars 1671, par autorité et permission
-de monseigneur le comte</i> <span class="small1">de Grignan</span>, <i>lieutenant général pour
-le roi et autres pays, et par mandement de messieurs les procureurs
-généraux dudit pays</i>; à Aix, par Charles David, imprimeur
-du roi et du clergé de la ville, 1671, in-4<sup>o</sup>, p. 43-45 (séance du 21
-mars 1671).</p>
-
-<p><a id="Footnote_890" href="#FNanchor_890" class="label">[890]</a> <i>Lettres de madame</i> <span class="small1">Rabutin-Chantal</span>, <i>marquise</i> <span class="small1">de Sévigné</span>,
-<i>à madame la comtesse de Grignan, sa fille</i>; la Haye, 1726, in-12,
-t. I, p. 34 et 35 (13 mars 1671).</p>
-
-<p><a id="Footnote_891" href="#FNanchor_891" class="label">[891]</a> <i>Lettres de madame</i> <span class="small1">Rabutin-Chantal</span>, <i>marquise</i> <span class="small1">de Sévigné</span>;
-la Haye, 1726, in-12, t. I, p. 40.&mdash;Tout ce que nous citons ici a été
-retranché dans les autres éditions.&mdash;Conférez, avec cette édition de
-la Haye, dans celle de Monmerqué, deux lettres à madame de Grignan,
-en date du 18 mars 1671, t. I, p. 292 et 296; ou dans l'édit.
-de G. de S.-G., t. I, p. 379 à 383.</p>
-
-<p><a id="Footnote_892" href="#FNanchor_892" class="label">[892]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (23 mars 1671), t. I, p. 393 et 394, édit. G.;
-t. I, p. 305, édit. M.&mdash;Madame de Sévigné revient encore sur ce sujet
-(18 mai 1671), t. II, p. 79, édit. de G.; t. II, p. 66, édit. de M.</p>
-
-<p><a id="Footnote_893" href="#FNanchor_893" class="label">[893]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (9 mars 1672), t. II, p. 419, édit. de G.;
-t. II, p. 356, édit. de M.</p>
-
-<p><a id="Footnote_894" href="#FNanchor_894" class="label">[894]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (30 mars 1672), t. II, p. 441, édit. de G.;
-t. II, p. 372, édit. de M.</p>
-
-<p><a id="Footnote_895" href="#FNanchor_895" class="label">[895]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (28 juin 1671), t. II, p. 117 et 118, édit. de G.;
-t. II, p. 98, édit. de M.</p>
-
-<p><a id="Footnote_896" href="#FNanchor_896" class="label">[896]</a> Voyez ci-dessus, chap. <span class="small1">XVI</span>, p. 302-309.</p>
-
-<p><a id="Footnote_897" href="#FNanchor_897" class="label">[897]</a> <i>Abrégé des délibérations faites en assemblée générale des
-communautés de Provence</i>, etc.; à Aix, par Charles David, 1671,
-in-4<sup>o</sup>, «séance du neuvième du même mois de janvier, du matin,»
-p. 41.</p>
-
-<p><a id="Footnote_898" href="#FNanchor_898" class="label">[898]</a> <i>Abrégé des délibérations</i>, etc., p. 41, 42, 43.</p>
-
-<p><a id="Footnote_899" href="#FNanchor_899" class="label">[899]</a> <i>Ibid.</i>, «séance du vingt-deuxième du même mois, de relevée,»
-p. 52.</p>
-
-<p><a id="Footnote_900" href="#FNanchor_900" class="label">[900]</a> <span class="small1">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (1<sup>er</sup> janvier 1672), t. II, p. 329 et 330, édit.
-de G.; t. II, p. 579, édit. de M.</p>
-
-<p><a id="Footnote_901" href="#FNanchor_901" class="label">[901]</a> <i>Lettre de M.</i> <span class="small1">de Grignan</span> <i>à Colbert</i>, insérée dans l'<i>Histoire de
-Colbert</i>, par M. P. Clément, 1846, in-8<sup>o</sup>, p. 352 et 353.</p>
-
-<p><a id="Footnote_902" href="#FNanchor_902" class="label">[902]</a> Voyez II<sup>e</sup> partie, p. 155, 161, 229.</p>
-
-<p><a id="Footnote_903" href="#FNanchor_903" class="label">[903]</a> Temps.</p>
-
-<p><a id="Footnote_904" href="#FNanchor_904" class="label">[904]</a> Repentirez.</p>
-
-<p><a id="Footnote_905" href="#FNanchor_905" class="label">[905]</a> La jeune reine, la femme de Louis XIV.</p>
-
-<p><a id="Footnote_906" href="#FNanchor_906" class="label">[906]</a> Le confident, c'est le roi. Voyez les <i>Lettres inédites de</i> <span class="small1">Mazarin</span>; publiées
-par M. Ravenel.</p>
-
-<p><a id="Footnote_907" href="#FNanchor_907" class="label">[907]</a> Philippe de France, le frère de Louis XIV.</p>
-
-<p><a id="Footnote_908" href="#FNanchor_908" class="label">[908]</a> Le numéro 22 est, dit-on, la reine elle-même; et aux conjecture que ces
-<img src="images/symbol1.jpg" width="55" height="16" alt="" /> remplacent les mots par lesquels elle était convenue d'exprimer sa
-tendresse pour Mazarin. Voyez la clef dans les <i>Lettres inédites de</i> <span class="small1">Mazarin</span>,
-publiées par M. Ravenel, 1836, in-8<sup>o</sup>, p. 491.</p>
- </div>
- </div>
-</div>
-
-<div class="chapter">
-<h2 class="normal">TABLE DES MATIÈRES</h2>
-<p class="subh"><b>TABLE SOMMAIRE</b><br />
-<b>DES CHAPITRES DE CE VOLUME.</b></p>
-</div>
-
-<table id="ToC" summary="contents">
-<tr>
-<th colspan="2" class="tdc">CHAPITRE PREMIER.&mdash;1664-1666.</th>
-</tr>
-<tr>
-<td>&nbsp;</td>
-<td>Pages.</td>
-</tr>
-<tr>
-<td class="tdl">Occupation de Bussy dans son exil.&mdash;Louis XIV et sa cour.&mdash;Madame
-de Sévigné et madame Duplessis-Guénégaud.&mdash;De
-Pomponne, ambassadeur en Suède.&mdash;Société réunie à Fresnes.&mdash;Correspondance
-de M. de Pomponne et de madame de
-Sévigné.</td>
-<td class="tdr"><a href="#Page_1">1</a></td>
-</tr>
-<tr>
-<th colspan="2" class="tdc">CHAPITRE II.&mdash;1666-1667.</th>
-</tr>
-<tr>
-<td class="tdl">Mademoiselle de Sévigné est produite dans le monde.&mdash;Partis
-qui se présentent pour elle.&mdash;Madame de Sévigné aux Rochers.&mdash;Guerre
-d'Espagne.&mdash;De Louis XIV et de son gouvernement.&mdash;De
-ses victoires et de ses maîtresses.</td>
-<td class="tdr"><a href="#Page_31">31</a></td>
-</tr>
-<tr>
-<th colspan="2" class="tdc">CHAPITRE III.&mdash;1667.</th>
-</tr>
-<tr>
-<td class="tdl">De Bussy et des personnes avec lesquelles il était en correspondance.</td>
-<td class="tdr"><a href="#Page_48">48</a></td>
-</tr>
-<tr>
-<th colspan="2" class="tdc">CHAPITRE IV.&mdash;1666-1667.</th>
-</tr>
-<tr>
-<td class="tdl">Madame de Sévigné passe l'automne au château de Fresnes.&mdash;Arnauld
-d'Andilly.&mdash;Le comte de la Rochefoucauld.&mdash;Madame
-de la Fayette.&mdash;Madame de Motteville.&mdash;Le comte de
-Cessac.&mdash;Madame de Caderousse.&mdash;Lettre de mademoiselle
-de Sévigné à l'abbé le Tellier.</td>
-<td class="tdr"><a href="#Page_70">70</a>
-<span class="pagenum"><a id="Page_480"> 480</a></span></td>
-</tr>
-<tr>
-<th colspan="2" class="tdc">CHAPITRE V.&mdash;1668-1669.</th>
-</tr>
-<tr>
-<td class="tdl">Conquête de la Franche-Comté.&mdash;Paix d'Aix-la-Chapelle.&mdash;Fête
-donnée à Versailles.&mdash;Place qu'y occupaient madame
-de Sévigné et sa fille.&mdash;Bruits qui couraient de l'inclination
-de Louis XIV pour mademoiselle de Sévigné.&mdash;Intrigues du
-roi.&mdash;La duchesse de Sully.&mdash;La Vallière, madame Scarron
-et madame de Montespan.</td>
-<td class="tdr"><a href="#Page_82">82</a></td>
-</tr>
-<tr>
-<th colspan="2" class="tdc">CHAPITRE VI.&mdash;1668-1669.</th>
-</tr>
-<tr>
-<td class="tdl">Versailles.&mdash;Goût de madame de Sévigné pour les divertissements
-du théâtre.&mdash;Influence du grand mouvement littéraire
-de l'époque sur le talent de madame de Sévigné.&mdash;Sa correspondance
-avec le cardinal de Retz.&mdash;Occupations de celui-ci.</td>
-<td class="tdr"><a href="#Page_98">98</a></td>
-</tr>
-<tr>
-<th colspan="2" class="tdc">CHAPITRE VII.&mdash;1668-1669.</th>
-</tr>
-<tr>
-<td class="tdl">Siége de Candie.&mdash;Sévigné s'embarque pour aller au secours de
-cette ville.&mdash;Tristes résultats de cette expédition.&mdash;Sévigné
-revient avec la Feuillade, et rejoint sa mère.</td>
-<td class="tdr"><a href="#Page_116">116</a></td>
-</tr>
-<tr>
-<th colspan="2" class="tdc">CHAPITRE VIII.&mdash;1668-1669.</th>
-</tr>
-<tr>
-<td class="tdl">Mariage de mademoiselle de Sévigné avec le comte de Grignan.&mdash;Détails
-et réflexions sur ce mariage.</td>
-<td class="tdr"><a href="#Page_125">125</a></td>
-</tr>
-<tr>
-<th colspan="2" class="tdc">CHAPITRE IX.&mdash;1669.</th>
-</tr>
-<tr>
-<td class="tdl">Altercations de madame de Sévigné avec Bussy.&mdash;Politique de
-Louis XIV.&mdash;Madame de Sévigné veut que Bussy écrive au
-comte de Grignan.&mdash;Bussy résiste, et ensuite consent.</td>
-<td class="tdr"><a href="#Page_146">146</a></td>
-</tr>
-<tr>
-<th colspan="2" class="tdc">CHAPITRE X.&mdash;1669-1671.</th>
-</tr>
-<tr>
-<td class="tdl">Bussy.&mdash;Sa famille.&mdash;Société qui fréquentait son château.&mdash;Son
-animosité envers madame de Monglat.&mdash;Son commerce
-<span class="pagenum"><a id="Page_481"> 481</a></span>
-de lettres avec madame de Scudéry.&mdash;Bussy écrit ses Mémoires.</td>
-<td class="tdr"><a href="#Page_163">163</a></td>
-</tr>
-<tr>
-<th colspan="2" class="tdc">CHAPITRE XI.&mdash;1670-1671.</th>
-</tr>
-<tr>
-<td class="tdl">Correspondance de Bussy avec madame de Sévigné.&mdash;Claude
-Frémyot institue madame de Sévigné son légataire universel.&mdash;Bussy
-saisit cette occasion de renouer avec elle son commerce
-de lettres.&mdash;Nouvelles altercations entre eux.</td>
-<td class="tdr"><a href="#Page_181">181</a></td>
-</tr>
-<tr>
-<th colspan="2" class="tdc">CHAPITRE XII.&mdash;1670-1671.</th>
-</tr>
-<tr>
-<td class="tdl">Louis XIV envoie de nouveaux secours à Candie.&mdash;Beaufort y
-périt.&mdash;Traité secret avec Charles II.&mdash;Prospérité de la
-France.&mdash;Molière, Racine et Corneille continuent à travailler
-pour le théâtre.&mdash;Madame de Montespan devient maîtresse
-en titre.&mdash;Ses enfants sont confiés à madame Scarron.&mdash;Retraite
-de la Vallière à Chaillot.&mdash;Détails sur les favoris de
-Louis XIV.&mdash;Henriette d'Angleterre périt par le poison.&mdash;Madame
-de Sévigné parle de tous ces événements.</td>
-<td class="tdr"><a href="#Page_196">196</a></td>
-</tr>
-<tr>
-<th colspan="2" class="tdc">CHAPITRE XIII.&mdash;1670-1671.</th>
-</tr>
-<tr>
-<td class="tdl">Duel entre Duval, valet de pied de la princesse de Condé, et
-Bussy-Rabutin, son page.&mdash;Celui-ci s'enfuit en Allemagne.&mdash;Madame
-de Sévigné entre en correspondance avec lui et avec
-sa femme, la duchesse de Holstein.&mdash;Madame de Sévigné est
-bien instruite des intrigues de cour.&mdash;Du comte de Saint-Paul
-et du comte de Fiesque.&mdash;Pouvoir de madame de Montespan.&mdash;La
-Vallière se retire encore à Chaillot.&mdash;Colbert
-la ramène à la cour.</td>
-<td class="tdr"><a href="#Page_226">226</a></td>
-</tr>
-<tr>
-<th colspan="2" class="tdc">CHAPITRE XIV.&mdash;1671.</th>
-</tr>
-<tr>
-<td class="tdl">Mademoiselle et Lauzun.&mdash;Lettre de madame de Sévigné sur
-leur mariage.</td>
-<td class="tdr"><a href="#Page_242">242</a></td>
-</tr>
-<tr>
-<th colspan="2" class="tdc">CHAPITRE XV.&mdash;1669-1671.</th>
-</tr>
-<tr>
-<td class="tdl">Madame de Sévigné à Livry.&mdash;Mort de Saint-Pavin.&mdash;Le comte
-<span class="pagenum"><a id="Page_482"> 482</a></span>
-de Grignan est nommé lieutenant général gouverneur de la
-Provence.&mdash;Correspondance de madame de Sévigné avec
-toute la famille de Coulanges à Lyon.&mdash;Nouvelles diverses.&mdash;M.
-de Grignan musicien.&mdash;Éloges donnés par madame de
-Sévigné aux ouvrages de Nicole et de la Fontaine et aux prédications
-de Bourdaloue.</td>
-<td class="tdr"><a href="#Page_285">285</a></td>
-</tr>
-<tr>
-<th colspan="2" class="tdc">CHAPITRE XVI.&mdash;1670-1671.</th>
-</tr>
-<tr>
-<td class="tdl">Affaires de la Provence.&mdash;Conseils donnés par madame de Sévigné
-au comte de Grignan.&mdash;Madame de Grignan se dispose
-pour aller en Provence rejoindre son mari.</td>
-<td class="tdr"><a href="#Page_302">302</a></td>
-</tr>
-<tr>
-<th colspan="2" class="tdc">CHAPITRE XVII.&mdash;1671.</th>
-</tr>
-<tr>
-<td class="tdl">Départ de madame de Grignan.&mdash;Son voyage de Paris à Aix.&mdash;Elle
-rencontre à Moulins madame de Guénégaud.&mdash;Madame
-de Grignan arrive à Aix.&mdash;Honneurs qui lui sont rendus
-par M. de Vivonne.</td>
-<td class="tdr"><a href="#Page_319">319</a></td>
-</tr>
-<tr>
-<th colspan="2" class="tdc">CHAPITRE XVIII.&mdash;1671-1672.</th>
-</tr>
-<tr>
-<td class="tdl">Etats de Bretagne.&mdash;Motifs qui forcent madame de Sévigné
-d'aller en Bretagne.&mdash;Examen de sa correspondance avec sa
-fille.</td>
-<td class="tdr"><a href="#Page_337">337</a></td>
-</tr>
-<tr>
-<th colspan="2" class="tdc">CHAPITRE XIX.&mdash;1671-1672.</th>
-</tr>
-<tr>
-<td class="tdl">Détails sur la correspondance de madame de Sévigné avec diverses
-personnes:&mdash;avec d'Hacqueville,&mdash;Corbinelli,&mdash;madame
-de la Fayette,&mdash;M. et madame de Coulanges,&mdash;avec
-Sévigné, son fils.</td>
-<td class="tdr"><a href="#Page_385">385</a></td>
-</tr>
-<tr>
-<th colspan="2" class="tdc">CHAPITRE XX.&mdash;1671-1672.</th>
-</tr>
-<tr>
-<td class="tdl">Parallèle entre madame de Sévigné et madame de Grignan.&mdash;Caractères,
-habitudes, inclinations de l'une et de l'autre.&mdash;Leur
-<span class="pagenum"><a id="Page_483"> 483</a></span>
-goût et leurs opinions en littérature,&mdash;en philosophie,&mdash;en
-religion.&mdash;Bons conseils donnés par madame de Sévigné
-à sa fille.</td>
-<td class="tdr"><a href="#Page_406">406</a></td>
-</tr>
-<tr>
-<td class="tdl"><span class="small1">Notes et éclaircissements.</span></td>
-<td class="tdr"><a href="#Page_449">449</a></td>
-</tr>
-<tr>
-<td class="tdl"><span class="small1">Supplément aux éclaircissements de la première partie.</span></td>
-<td class="tdr"><a href="#Page_477">477</a></td>
-</tr>
-<tr>
-<td class="tdl">Lettre inédite d'Anne d'Autriche au cardinal Mazarin.</td>
-<td class="tdr"><a href="#Page_477">477</a></td>
-</tr>
-</table>
-
-
-<div class="chapter"><p class="end">FIN DE LA TABLE DES CHAPITRES.</p>
-<p><span class="pagenumh"><a id="Page_484"> 484</a></span>
-<span class="pagenumh"><a id="Page_485"> 485</a></span></p>
-</div>
-
-<p><span class="pagenum"><a id="Page_486"> 486</a></span></p>
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-<span class="medium">PRIX DE CHAQUE VOLUME: TROIS FRANCS.</span></p>
-
-<p class="ad"><i>Les volumes d'un prix différent sont indiqués.</i></p>
-
-<table id="ads" summary="authors">
-<tr>
-<td class="tdl">Anciens monuments de la langue française</td>
-<td class="tdr">Vol.</td>
-</tr>
-<tr>
-<td class="tdl">ÉGINHARD, Vie de Charlemagne, 4 fr.</td>
-<td class="tdr">1</td>
-</tr>
-<tr>
-<td class="tdl">FROISSART, Chroniques, 4 fr.</td>
-<td class="tdr">1</td>
-</tr>
-<tr>
-<td class="tdl">GRÉGOIRE DE TOURS, trad. par H. Bordier, 8 fr.</td>
-<td class="tdr">2</td>
-</tr>
-<tr>
-<td class="tdl">JOINVILLE, Vie de saint Louis. Vie de Joinville, par M. Ambr. Didot. Prix: 5 fr.</td>
-<td class="tdr">1</td>
-</tr>
-<tr>
-<td class="tdl">LORRIS (DE), Roman de la Rose, 8 fr.</td>
-<td class="tdr">2</td>
-</tr>
-<tr>
-<td class="tdl">PASQUIER, Recherches sur la France, 8 fr.</td>
-<td class="tdr">2</td>
-</tr>
-<tr>
-<td class="tdl">RABELAIS, &OElig;uvres complètes, 8 fr.</td>
-<td class="tdr">2</td>
-</tr>
-<tr>
-<td class="tdl">RONSARD, Choix de poésies, 8 fr.</td>
-<td class="tdr">2</td>
-</tr>
-<tr>
-<td class="tdl">NISARD, Hist. de la littérature française, 16 fr.</td>
-<td class="tdr">4</td>
-</tr>
-<tr>
-<td class="tdl">BEAUMARCHAIS, Théâtre</td>
-<td class="tdr">1</td>
-</tr>
-<tr>
-<td class="tdl">BERNARDIN DE SAINT-PIERRE, Paul et Virginie</td>
-<td class="tdr">1</td>
-</tr>
-<tr>
-<td class="tdl"><span class="i2">&mdash;</span> <span class="i2">Études de la nature</span></td>
-<td class="tdr">1</td>
-</tr>
-<tr>
-<td class="tdl">BOILEAU</td>
-<td class="tdr">1</td>
-</tr>
-<tr>
-<td class="tdl">BOSSUET, Sermons</td>
-<td class="tdr">1</td>
-</tr>
-<tr>
-<td class="tdl"><span class="i2">&mdash;</span><span class="i2"> Oraisons</span></td>
-<td class="tdr">1</td>
-</tr>
-<tr>
-<td class="tdl"><span class="i2">&mdash;</span> <span class="i2">Discours sur l'Histoire universelle</span></td>
-<td class="tdr">1</td>
-</tr>
-<tr>
-<td class="tdl">BUFFON, Epoques de la nature</td>
-<td class="tdr">1</td>
-</tr>
-<tr>
-<td class="tdl"><span class="i2">&mdash;</span><span class="i2"> Les Animaux</span></td>
-<td class="tdr">1</td>
-</tr>
-<tr>
-<td class="tdl">CHATEAUBRIAND, Atala</td>
-<td class="tdr">1</td>
-</tr>
-<tr>
-<td class="tdl"><span class="i2">&mdash;</span> <span class="i2">Génie du christianisme</span></td>
-<td class="tdr">2</td>
-</tr>
-<tr>
-<td class="tdl"><span class="i2">&mdash;</span> <span class="i2">Martyrs</span></td>
-<td class="tdr">1</td>
-</tr>
-<tr>
-<td class="tdl"><span class="i2">&mdash;</span> <span class="i2">Natchez</span></td>
-<td class="tdr">1</td>
-</tr>
-<tr>
-<td class="tdl"><span class="i2">&mdash;</span> <span class="i2">Itinéraire de Paris à Jérusalem</span></td>
-<td class="tdr">2</td>
-</tr>
-<tr>
-<td class="tdl"><span class="i2">&mdash;</span> <span class="i2">Mélanges politiques et littéraires</span></td>
-<td class="tdr">1</td>
-</tr>
-<tr>
-<td class="tdl"><span class="i2">&mdash;</span> <span class="i2">Études historiques</span></td>
-<td class="tdr">1</td>
-</tr>
-<tr>
-<td class="tdl"><span class="i2">&mdash;</span> <span class="i2">Analyse de l'histoire de France</span></td>
-<td class="tdr">1</td>
-</tr>
-<tr>
-<td class="tdl">CHEFS-D'&OElig;UVRE TRAGIQUES</td>
-<td class="tdr" >2</td>
-</tr>
-<tr>
-<td class="tdl">CHEFS-D'&OElig;UVRE COMIQUES</td>
-<td class="tdr">8</td>
-</tr>
-<tr>
-<td class="tdl">CHEFS-D'&OElig;UVRE HISTORIQUES</td>
-<td class="tdr">2</td>
-</tr>
-<tr>
-<td class="tdl">CLASSIQUES DE LA TABLE</td>
-<td class="tdr">2</td>
-</tr>
-<tr>
-<td class="tdl">CORNEILLE, Théâtre</td>
-<td class="tdr">2</td>
-</tr>
-<tr>
-<td class="tdl">COURIER (Paul-Louis)</td>
-<td class="tdr">1</td>
-</tr>
-<tr>
-<td class="tdl">CUVIER, Révolutions du globe</td>
-<td class="tdr">1</td>
-</tr>
-<tr>
-<td class="tdl">D'AGUESSEAU (le chancelier)</td>
-<td class="tdr">1</td>
-</tr>
-<tr>
-<td class="tdl">DEFOE, Robinson Crusoé</td>
-<td class="tdr">1</td>
-</tr>
-<tr>
-<td class="tdl">DELILLE (Choix)</td>
-<td class="tdr">1</td>
-</tr>
-<tr>
-<td class="tdl">DESJARDINS, Vie de Jeanne d'Arc</td>
-<td class="tdr">1</td>
-</tr>
-<tr>
-<td class="tdl">DIDEROT</td>
-<td class="tdr">2</td>
-</tr>
-<tr>
-<td class="tdl">DUREAU DE LA MALLE, L'Algérie</td>
-<td class="tdr">1</td>
-</tr>
-<tr>
-<td class="tdl">FÉNELON, Télémaque</td>
-<td class="tdr">1</td>
-</tr>
-<tr>
-<td class="tdl"><span class="i2">&mdash;</span> <span class="i2">Éducation des filles</span></td>
-<td class="tdr">1</td>
-</tr>
-<tr>
-<td class="tdl"><span class="i2">&mdash;</span> <span class="i2">Existence de Dieu</span></td>
-<td class="tdr">1</td>
-</tr>
-<tr>
-<td class="tdl">FLORIAN, Fables</td>
-<td class="tdr">1</td>
-</tr>
-<tr>
-<td class="tdl"><span class="i2">&mdash;</span> <span class="i2">Don Quichotte</span></td>
-<td class="tdr">1</td>
-</tr>
-<tr>
-<td class="tdl">GENOUDE (DE), Vie de Jésus-Christ</td>
-<td class="tdr">1</td>
-</tr>
-<tr>
-<td class="tdl">GONCOURT (DE), Marie Antoinette</td>
-<td class="tdr">1</td>
-</tr>
-<tr>
-<td class="tdl">HAMILTON, Mémoires de Grammont</td>
-<td class="tdr">1</td>
-</tr>
-<tr>
-<td class="tdl">LA BRUYÈRE, Caractères</td>
-<td class="tdr">1</td>
-</tr>
-<tr>
-<td class="tdl">LA FONTAINE, Fables</td>
-<td class="tdr">1</td>
-</tr>
-<tr>
-<td class="tdl">LA ROCHEFOUCAULD</td>
-<td class="tdr">1</td>
-</tr>
-<tr>
-<td class="tdl">LE SAGE, Gil Blas</td>
-<td class="tdr">1</td>
-</tr>
-<tr>
-<td class="tdl">MALHERBE, J.-B ROUSSEAU, LEBRUN</td>
-<td class="tdr">1</td>
-</tr>
-<tr>
-<td class="tdl">MARMONTEL, Littérature</td>
-<td class="tdr">3</td>
-</tr>
-<tr>
-<td class="tdl">MASSILLON, Petit Carême</td>
-<td class="tdr">1</td>
-</tr>
-<tr>
-<td class="tdl">MAURY, Éloquence</td>
-<td class="tdr">1</td>
-</tr>
-<tr>
-<td class="tdl">MIGNET, Révolution française, 7 fr.</td>
-<td class="tdr">2</td>
-</tr>
-<tr>
-<td class="tdl">MOLIÈRE, Théâtre</td>
-<td class="tdr">2</td>
-</tr>
-<tr>
-<td class="tdl">MONTESQUIEU, Grandeur des Romains</td>
-<td class="tdr">1</td>
-</tr>
-<tr>
-<td class="tdl">MONTESQUIEU, Esprit des lois</td>
-<td class="tdr">1</td>
-</tr>
-<tr>
-<td class="tdl">NAPOLÉON, par M. Kermoysan</td>
-<td class="tdr">4</td>
-</tr>
-<tr>
-<td class="tdl">PASCAL, Provinciales</td>
-<td class="tdr">1</td>
-</tr>
-<tr>
-<td class="tdl"><span class="i2">&mdash;</span> <span class="i2">Pensées</span></td>
-<td class="tdr">1</td>
-</tr>
-<tr>
-<td class="tdl">RACINE, Théâtre</td>
-<td class="tdr">1</td>
-</tr>
-<tr>
-<td class="tdl">RACINE (LOUIS), Poëme de la Religion</td>
-<td class="tdr">1</td>
-</tr>
-<tr>
-<td class="tdl">REGNARD, Theâtre</td>
-<td class="tdr">1</td>
-</tr>
-<tr>
-<td class="tdl">ROLAND, Histoire d'Angleterre, d'Écosse et d'Irlande</td>
-<td class="tdr">1</td>
-</tr>
-<tr>
-<td class="tdl">ROLLIN, Traité des études</td>
-<td class="tdr">3</td>
-</tr>
-<tr>
-<td class="tdl"><span class="i2">&mdash;</span> <span class="i2">Histoire ancienne</span></td>
-<td class="tdr">10</td>
-</tr>
-<tr>
-<td class="tdl"><span class="i2">&mdash;</span> <span class="i2">Histoire romaine</span></td>
-<td class="tdr">10</td>
-</tr>
-<tr>
-<td class="tdl">ROUSSEAU, Nouvelle Héloïse</td>
-<td class="tdr">1</td>
-</tr>
-<tr>
-<td class="tdl"><span class="i2">&mdash;</span> <span class="i2">Émile</span></td>
-<td class="tdr">1</td>
-</tr>
-<tr>
-<td class="tdl"><span class="i2">&mdash;</span> <span class="i2">Confessions</span></td>
-<td class="tdr">1</td>
-</tr>
-<tr>
-<td class="tdl"><span class="i2">&mdash;</span> <span class="i2">Petits chefs-d'&oelig;uvre</span></td>
-<td class="tdr">1</td>
-</tr>
-<tr>
-<td class="tdl">RULHIÈRE (DE), Révolutions de Pologne</td>
-<td class="tdr">3</td>
-</tr>
-<tr>
-<td class="tdl">SAINT-ÉVREMOND, 4 fr.</td>
-<td class="tdr">1</td>
-</tr>
-<tr>
-<td class="tdl">SCRIBE, Théâtre</td>
-<td class="tdr">5</td>
-</tr>
-<tr>
-<td class="tdl">SÉVIGNÉ, Lettres complètes</td>
-<td class="tdr">6</td>
-</tr>
-<tr>
-<td class="tdl"><span class="i2">&mdash;</span> <span class="i2">Choix</span></td>
-<td class="tdr">1</td>
-</tr>
-<tr>
-<td class="tdl">SOUZA (DE), Lettres portugaises</td>
-<td class="tdr">1</td>
-</tr>
-<tr>
-<td class="tdl">SILVIO PELLICO, Mes Prisons</td>
-<td class="tdr">1</td>
-</tr>
-<tr>
-<td class="tdl">STAËL (DE), Corinne</td>
-<td class="tdr">1</td>
-</tr>
-<tr>
-<td class="tdl"><span class="i2">&mdash;</span> <span class="i2">De l'Allemagne</span></td>
-<td class="tdr">1</td>
-</tr>
-<tr>
-<td class="tdl"><span class="i2">&mdash;</span> <span class="i2">Delphine</span></td>
-<td class="tdr">1</td>
-</tr>
-<tr>
-<td class="tdl">VIENNET, Mélanges de poésies</td>
-<td class="tdr">1</td>
-</tr>
-<tr>
-<td class="tdl"><span class="i2">&mdash;</span> <span class="i2">Le Cimetière du Père-Lachaise</span></td>
-<td class="tdr">1</td>
-</tr>
-<tr>
-<td class="tdl">VIES DES SAINTS</td>
-<td class="tdr">2</td>
-</tr>
-<tr>
-<td class="tdl">VOLTAIRE, Commentaires sur Corneille</td>
-<td class="tdr">1</td>
-</tr>
-<tr>
-<td class="tdl"><span class="i2">&mdash;</span> <span class="i2">Henriade</span></td>
-<td class="tdr">1</td>
-</tr>
-<tr>
-<td class="tdl"><span class="i2">&mdash;</span> <span class="i2">Théâtre</span></td>
-<td class="tdr">1</td>
-</tr>
-<tr>
-<td class="tdl"><span class="i2">&mdash;</span> <span class="i2">Louis XIV</span></td>
-<td class="tdr">1</td>
-</tr>
-<tr>
-<td class="tdl"><span class="i2">&mdash;</span> <span class="i2">Louis XV</span></td>
-<td class="tdr">1</td>
-</tr>
-<tr>
-<td class="tdl"><span class="i2">&mdash;</span> <span class="i2">Charles XII</span></td>
-<td class="tdr">1</td>
-</tr>
-<tr>
-<td class="tdl"><span class="i2">&mdash;</span> <span class="i2">Contes</span></td>
-<td class="tdr">1</td>
-</tr>
-<tr>
-<td class="tdl"><span class="i2">&mdash;</span> <span class="i2">Romans</span></td>
-<td class="tdr">1</td>
-</tr>
-<tr>
-<td class="tdl">WALCKENAER, Mémoires sur madame de Sévigné, 24 fr.</td>
-<td class="tdr">6</td>
-</tr>
-<tr>
-<td class="tdl"><span class="i2">&mdash;</span> <span class="i2">Vie d'Horace, 8 fr.</span></td>
-<td class="tdr">2</td>
-</tr>
-<tr>
-<td class="tdl"><span class="i2">&mdash;</span> <span class="i2">Vie de la Fontaine, 8 fr.</span></td>
-<td class="tdr">2</td>
-</tr>
-<tr>
-<td class="tdl"><span class="i2">&mdash;</span> <span class="i2">Géographie des Gaules, 8 fr.</span></td>
-<td class="tdr">2</td>
-</tr>
-<tr>
-<td class="tdl"><span class="i2">&mdash;</span> <span class="i2">Lettres sur les contes des fées, 4 fr.</span></td>
-<td class="tdr">1</td>
-</tr>
-<tr>
-<th>LITTÉRATURE ANCIENNE<br />
-(TRADUCTION FRANÇAISE).</th>
-</tr>
-<tr>
-<td class="tdl">ARISTOPHANE, trad. par Artaud, 7 fr.</td>
-<td class="tdr">2</td>
-</tr>
-<tr>
-<td class="tdl">EURIPIDE, trad. par le même, 7 fr.</td>
-<td class="tdr">2</td>
-</tr>
-<tr>
-<td class="tdl">HÉRODOTE, traduction par Miot</td>
-<td class="tdr">2</td>
-</tr>
-<tr>
-<td class="tdl">HOMÈRE, Iliade, trad. par Dugas-Montbel</td>
-<td class="tdr">1</td>
-</tr>
-<tr>
-<td class="tdl"><span class="i2">&mdash;</span> <span class="i2">Odyssée, trad. par le même</span></td>
-<td class="tdr">1</td>
-</tr>
-<tr>
-<th>LITTÉRATURE ÉTRANGÈRE.</th>
-</tr>
-<tr>
-<td class="tdl">ARIOSTE, L'Orlando furioso</td>
-<td class="tdr">2</td>
-</tr>
-<tr>
-<td class="tdl">BOCCACE, Il Decamerone</td>
-<td class="tdr">2</td>
-</tr>
-<tr>
-<td class="tdl">CAMOËNS, Os Lusiadas</td>
-<td class="tdr">1</td>
-</tr>
-<tr>
-<td class="tdl">DANTE, La Divina Commedia</td>
-<td class="tdr">1</td>
-</tr>
-<tr>
-<td class="tdl"><span class="i2">&mdash;</span> <span class="i2">Traduction par Artaud</span></td>
-<td class="tdr">1</td>
-</tr>
-<tr>
-<td class="tdl">GOLDONI, Commedie scelte</td>
-<td class="tdr">1</td>
-</tr>
-<tr>
-<td class="tdl">TASSE, La Gerusalemme liberata</td>
-<td class="tdr">1</td>
-</tr>
-<tr>
-<td class="tdl"><span class="i2">&mdash;</span> <span class="i2">Traduction française</span></td>
-<td class="tdr">1</td>
-</tr>
-</table>
-
-
-<p class="end">TYPOGRAPHIE FIRMIN-DIDOT.&mdash;MESNIL (EURE).</p>
-
-
-
-
-
-
-
-
-<pre>
-
-
-
-
-
-End of the Project Gutenberg EBook of Mémoires touchant la vie et les écrits
-de Marie de Rabutin-Chantal, vol. 3/6, by Charles Athanase Walckenaer
-
-*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK MEMOIRES TOUCHANT LA VIE ***
-
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-
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-
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-
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