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If you are not located in the United States, you'll have -to check the laws of the country where you are located before using this ebook. - -Title: Armand de Pontmartin, sa vie et ses oeuvres 1811-1890 - -Author: Edmond Biré - -Release Date: January 15, 2016 [EBook #50930] - -Language: French - -Character set encoding: UTF-8 - -*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK ARMAND DE PONTMARTIN *** - - - - -Produced by Giovanni Fini, Clarity and the Online -Distributed Proofreading Team at http://www.pgdp.net (This -file was produced from images generously made available -by The Internet Archive/Canadian Libraries) - - - - - - - - NOTES SUR LA TRANSCRIPTION: - -—Les erreurs clairement introduites par le typographe ont été corrigées. - -—On a conservé l’orthographie de l’original, incluant ses variantes. - -—Les lettres écrites au-dessus ont étées representées ainsi: a^b et - a^{bc}. - - - - - ARMAND DE PONTMARTIN - - SA VIE ET SES ŒUVRES - - 1811-1890 - -[Illustration] - - - - - EDMOND BIRÉ - - ARMAND DE PONTMARTIN - - SA VIE ET SES ŒUVRES - - 1811-1890 - - PARIS - - GARNIER FRÈRES, LIBRAIRES-ÉDITEURS - - 6, RUE DES SAINTS-PÈRES, 6 - - 1904 - - - - -_PRÉFACE_ - - -_Très nombreux sont les documents que j’ai eus à ma disposition -pour écrire ce volume. Dans ses_ Mémoires, _Pontmartin a fait à -l’imagination une part peut-être trop large; ils n’en sont pas -moins très sincères et demeurent, pour son biographe, une source -précieuse de renseignements. Les souvenirs abondent, et cette fois -presque toujours très exacts, dans ses Causeries littéraires, et en -particulier dans les vingt volumes des_ Nouveaux Samedis _et dans les -dix volumes des_ Souvenirs d’un vieux critique. _Mais c’est surtout -sa Correspondance qui m’a été d’un puissant secours. Outre quelles -sont charmantes,—on le verra bien,—ses lettres, écrites de premier -jet, toujours sous l’impression du moment, nous apprennent tout de sa -vie, de son caractère, de ses sentiments. Il a écrit là, au jour le -jour, ses vrais Mémoires. Aux lettres que, pendant plus de trente ans, -il n’avait cessé de m’adresser et où il ne taisait rien de ses joies -et de ses deuils, de ses succès et de ses mécomptes, sont venues se -joindre d’autres correspondances, celles qu’il entretenait avec Joseph -Autran, Victor de Laprade, Cuvillier-Fleury, Alfred Nettement, Jules -Claretie. La communication m’en a été libéralement accordée par M^{me} -et M. Jacques Normand, fille et gendre d’Autran, par MM. Victor et Paul -de Laprade, par M^{me} Victor Tiby, fille de Cuvillier-Fleury, par -M^{lle} Marie-Alfred Nettement, par M. Claretie. Que tous reçoivent -ici l’expression de ma profonde gratitude! Mon livre, cependant, eût -été incomplet si je n’avais eu l’aide, précieuse entre toutes, de -M. Henri de Pontmartin, qui m’a soutenu de ses conseils et qui m’a -si gracieusement ouvert le trésor de ses souvenirs. Qu’il en soit -particulièrement remercié!_ - -_J’ai été l’ami d’Armand de Pontmartin: l’affection et la -reconnaissance ont-elles influencé mes jugements? M’ont-elles conduit à -parler de lui et de ses œuvres avec trop de faveur? Je ne le crois pas. -Comme l’abbé de Féletz, qui venait de louer un de ses amis, je crois -être en droit de dire: «L’amitié que j’ai pour lui n’a point enflé les -éloges que je lui ai donnés; elle n’a pas dû m’empêcher de lui rendre -justice: elle a fait seulement que je lui ai donné ces éloges et rendu -cette justice avec plus de plaisir[1].»_ - - - - -ARMAND DE PONTMARTIN - - - - -CHAPITRE PREMIER - -LA FAMILLE ET L’ENFANCE - -(1811-1823) - - Les _Ferrar_. Le traducteur du Tasse. Le comte Joseph-Antoine et - _Monsieur des Angles_. L’Émigration. En Ukraine.—Retour aux Angles. - L’_Oncle Joseph_. M. Eugène de Pontmartin et M^{lle} Émilie de Cambis. - La marquise de Guerry et _les Trois Veuves_.—Naissance d’Armand de - Pontmartin. L’hôtel de Calvière et Mademoiselle de Sombreuil. La - Mission de 1819 et le voyage de la duchesse d’Angoulême. Virgile et M. - Ract-Madoux. - - -I - -Armand de Pontmartin n’a jamais voulu être autre chose qu’un -écrivain, un homme de lettres. Rien ne lui était plus déplaisant que -de s’entendre appeler _Monsieur le Comte!_ Démocrate, il ne l’était -guère; cela ne l’empêchait pas d’avoir en horreur les généalogies et -tout ce qui ressemblait à des préoccupations aristocratiques. Que de -fois il s’est égayé à propos d’écrivains-gentilshommes qui, dans leurs -_Mémoires_, commencent par déclarer avec fracas qu’ils n’admettent -d’autre distinction que celles de l’intelligence, et qui, ensuite, ne -nous font grâce, ni d’un quartier, ni d’un détail héraldique! Le jour -où, sur mes instances, il consentit enfin à écrire ses Mémoires, ses -souvenirs d’enfance et de jeunesse, il évita soigneusement de parler de -ses _ancêtres_; des origines et de l’ancienneté de sa famille, il ne -dit pas un mot. Je n’ai pas le droit d’être aussi discret que lui. Le -premier devoir d’un biographe est de replacer dans son _milieu_ celui -dont il écrit la vie, de faire connaître ses parents, de remonter au -moins à deux ou trois générations en arrière. - - * * * * * - -Le nom patronymique des Pontmartin est _Ferrar_ et se montre d’abord -à Avignon sous Henri IV. Les Ferrar étaient sans doute d’origine -italienne, comme tant d’autres familles avignonnaises; ce qui le -ferait croire, c’est cette orthographe d’un nom en _ar_ sans autre -consonne finale, qui semble une transcription littérale du nom -italien _Ferrari_. Sous Louis XIII, un Ferrar va d’Avignon s’établir -à Montpellier, où il acquiert le titre et remplit les fonctions de -Conseiller à la Cour des comptes, aides et finances de cette ville. Cet -office devint héréditaire dans la famille et se transmit d’aîné en aîné -jusqu’à la fin du XVIII^e siècle. La branche aînée possédait aussi le -domaine de Pontmartin[2], acquis en 1625. - -Suivant l’usage des familles parlementaires, les aînés, tout en -possédant ce domaine, érigé pour eux en seigneurie en 1644, n’en -portaient pas le nom et s’appelaient Messieurs de Ferrar; ils -laissaient prendre ce nom à leurs cadets, dépourvus de tout apanage. Un -de ces conseillers, Antoine, traduisit, non sans succès, la _Jérusalem -délivrée_, du Tasse, ce qui lui a valu de figurer dans la _Biographie -universelle_ de Michaud[3]. La branche aînée s’éteignit à l’époque de -la Révolution et les trois filles du dernier représentant de cette -branche vendirent au père de l’écrivain, en 1813, le domaine de -Pontmartin. - -Tandis que les aînés conservaient avec soin leur office de judicature, -les cadets se tournaient du côté des armes. Le traducteur du Tasse -avait un frère officier. Un autre de ses frères, son successeur -dans sa charge (car lui-même mourut sans être marié), eut deux -fils officiers, outre l’aîné qui, bien entendu, se réserva pour la -magistrature. L’un devint général au service de l’Espagne et mourut, -vers 1750, gouverneur de Lérida. L’autre, Antoine, qui porta toujours -le double nom de Ferrar de Pontmartin, fit la campagne d’Espagne sous -le Régent comme capitaine au régiment de Rouergue: forcé par une -blessure de quitter le service actif, il fut nommé directeur général -des fortifications du Roussillon. Il mourut à Perpignan, en 1748, -laissant un fils âgé de quatre ans, Joseph-Antoine. Sa veuve n’eut -pour toute ressource qu’une pension de deux cents livres et traversa -quelques années de cruelle misère; mais en 1753 elle eut le bonheur -de faire admettre son fils à l’École militaire, récemment fondée à -Paris. Joseph-Antoine (ce fut le grand-père d’Armand de Pontmartin) -eut une carrière militaire extrêmement brillante. C’était un homme -superbe, un cavalier incomparable, dont il est fait mention dans -plusieurs ouvrages du temps. Sorti de l’école à seize ans, en 1760, il -fit les dernières campagnes de la guerre de Sept Ans. Son avancement -fut rapide. Il était en 1780 mestre de camp commandant le régiment -Commissaire-général-cavalerie, chevalier de Saint-Louis, titré de comte -dans ses brevets. Lieutenant des gardes du corps en 1784, il n’avait -que quarante-cinq ans en 1789 et pouvait espérer arriver plus haut. La -Révolution brisa sa carrière. Il devait devenir plus tard maréchal de -camp, mais seulement en 1798, pendant l’émigration, et en vertu d’un -brevet daté de Blankenbourg et signé par le roi de France en exil. - -En 1781, son grade de mestre de camp, et peut-être aussi sa belle -prestance lui avaient valu de faire un mariage qui, de la situation -d’officier sans fortune, l’avait fait passer à celle de grand -propriétaire. Il avait épousé, le 20 mars 1781, dans l’église du -village des Angles[4], Jeanne-Thérèse Calvet des Angles, d’une famille -de bonne bourgeoisie avignonnaise; son père était capitaine au régiment -de Guienne et chevalier de Saint-Louis; sa mère était fille d’un -bâtonnier des avocats au Parlement de Paris. Elle était l’héritière du -domaine des Angles et même de la seigneurie de ce nom, acquise par son -oncle, l’homme important de la famille, _Monsieur des Angles_, comme on -l’appelle, celui qui bâtit la maison où a vécu et où est mort Armand de -Pontmartin. - -Elle eut deux fils, Joseph, né le 12 janvier 1782, et Eugène, né le 6 -février 1783. Devenus presque aussitôt orphelins, M^{me} de Pontmartin -étant morte à vingt-sept ans des suites de sa seconde couche; privés de -la présence de leur père que sa carrière retenait dans de lointaines -garnisons, Valenciennes d’abord, puis Versailles, les deux enfants -trouvèrent une seconde mère dans une cousine de celle qu’ils avaient -perdue, personne d’une exquise bonté, qui se dévoua à eux et ne les -quitta plus. - - -II - -A la fin de 1791, M. de Pontmartin émigra en Suisse et s’établit -provisoirement à Vevey, où ses fils allèrent le rejoindre. De là, -on alla à Soleure, où les enfants passèrent deux ans au collège des -Oratoriens de Bellelay. Ils y prirent le goût des lettres, en dépit de -dures privations, souffrant du froid et même un peu de la faim. Les -maîtres étaient comme eux des émigrés, dénués de toutes ressources. Au -printemps de 1793, la famille est à Vienne, d’où elle passe bientôt -en Pologne, puis en Ukraine, dans un domaine rural appele Boubenoska. -Un peu plus tard, on se fixe à Tulczin, toujours en Ukraine. Dans -cette petite ville de la Russie polonaise, nos émigrés retrouvent -comme un petit coin de France, où l’ancien lieutenant des gardes du -corps essaie par moments d’oublier ses peines en ravivant les douces -et mélancoliques images de Versailles et de Trianon. Il y avait là, -en effet, presque tous les Polignac, la comtesse Diane, non pas la -brillante amie de la reine Marie-Antoinette, mais sa belle-sœur, non -mariée, et avec elle ses trois neveux, Jules, Armand et Melchior -de Polignac, qui se lièrent étroitement avec Joseph et Eugène de -Pontmartin. - -Faisant contre fortune bon cœur, les pauvres émigrés avaient organisé -chez le comte Vincent Potocki, au château de Kovalovka, une troupe de -comédie et d’opéra-comique; on jouait _Nina ou la Folle par amour_, -_Zémire et Azor_, _le Déserteur_, _Richard Cœur de Lion_. On jouait -aussi les pièces d’un membre de la colonie, l’abbé Chalenton. Lorsque -Armand de Pontmartin arriva à Paris, en octobre 1823, pour faire ses -classes, l’abbé Chalenton vivait encore. Il venait voir souvent les -Pontmartin, et il déclara un jour que notre collégien aurait des prix -de mémoire, parce que celui-ci venait de lui réciter toute une tirade -de sa comédie de _Monsieur de Porcalaise_ ou _le Gourmand_, composée -tout exprès pour être représentée sur le théâtre de Kovalovka. Il y en -avait trois comme celle-là, et l’abbé les avait recueillies dans un -volume, sous ce pseudonyme: _Par un nouveau Sarmate_. - -Une voisine de Kovalovka, la comtesse Moczinska, très riche, mais -d’une noblesse inférieure à celle des Potocki, avait offert la plus -généreuse hospitalité à M. de Pontmartin et à ses deux fils. Un jour, -le voyant découragé par les lenteurs des années d’exil, elle lui dit: -«Vous retournerez en France; vous rentrerez dans votre maison; moi, -j’irai vous faire une visite, et vous demander l’hospitalité que je -suis si heureuse de vous offrir.» Son âge et l’état de l’Europe et -de la France, à la veille du 18 Brumaire, rendaient sa prédiction -bien invraisemblable. Pourtant, elle arriva, fidèle à sa promesse, en -avril 1803, avec une suite nombreuse où figurait un jeune médecin, -qui fut plus tard le célèbre docteur Double[5], membre de l’Académie -des sciences, père de Léopold Double, le fameux collectionneur, et -beau-père du non moins fameux Libri, qui collectionnait, lui aussi, à -sa façon. - -Chez la comtesse Moczinska, M. de Pontmartin fit connaissance avec -Souvarow, qui lui offrit un grade de général dans l’armée russe: -il opposa à toutes les instances qui lui furent faites un refus -inébranlable. - -En 1801, il rentra en France, mais il ne voulut pas quitter l’Ukraine -avant d’avoir épousé la compagne de son émigration, la seconde mère de -ses enfants. Ce mariage fut célébré à Tulczin, le 17 mars 1801, sur une -permission accordée en latin et en polonais par l’évêque de Kaminiec. - -On retrouva la propriété des Angles intacte; c’était un bien -de mineurs, et ces mineurs n’avaient pas été considérés comme -volontairement émigrés. Même la belle allée de marronniers, qui devait -presque jouer un rôle dans la vie littéraire de l’auteur des _Samedis_, -avait été sauvée par le dévouement d’un fermier. M. de Pontmartin -envoya alors ses fils à Paris pour y compléter des études que tant de -déplacements et de hasards avaient dû singulièrement contrarier. Il -mourut aux Angles le 3 août 1806. Sa veuve, qui lui survécut jusqu’en -1824, eut le temps de connaître et de combler de gâteries maternelles -cet Armand qu’elle considérait comme son petit-fils et qui, au terme de -sa vie, parlait encore avec une tendre reconnaissance de celle que ses -parents et lui n’avaient jamais appelée que _Tatan-Bonne_. - - -III - -Des deux fils de l’ancien émigré, l’aîné ne se maria point; il ne -devait être, toute sa vie, que l’_oncle Joseph_. Très bel enfant en -naissant, il éprouva pendant les jours de trouble qui suivirent la mort -de sa mère un accident qui le rendit contrefait. L’oncle Joseph était -donc bossu et d’une santé excessivement délicate. Mais ni cette épreuve -ni toutes celles qu’il subit pendant l’émigration n’avaient altéré son -humeur. Personne n’eut plus d’entrain, plus de bonne grâce dans les -relations mondaines, une plus souriante bonté. Il avait cédé tous les -droits du chef de famille à son frère, dont il ne se sépara d’ailleurs -jamais. Quand il eut un neveu, on peut deviner de quelle affection il -l’entoura et avec quel soin il s’occupa de son éducation: il fut son -premier maître, l’initia au latin et au grec, et aussi à la chasse et -au dessin, ses deux passions. L’oncle Joseph avait fait ses études à -bâtons rompus, mais il avait conservé le goût des humanités; il s’y -remit avec ardeur quand vinrent les années de collège d’Armand; bref, -quand l’oncle et le neveu se trouvaient, par hasard, éloignés l’un de -l’autre durant quelques semaines, ils s’écrivaient presque chaque jour, -mais leur correspondance ne s’échangeait qu’en vers latins! Humaniste -émérite, botaniste distingué, M. Joseph de Pontmartin était, en outre, -un paysagiste de talent, et la peinture était, avec l’éducation de -son neveu, la principale occupation de sa vie. Les vues prises par -lui d’après nature dans ses promenades et ses voyages forment un -album d’aquarelles et de sépias, qui sont, non d’un simple amateur, -mais d’un véritable artiste. A l’huile, il pratiqua malheureusement -un genre aujourd’hui démodé, le _paysage composé_: Corot n’était pas -encore venu! Néanmoins, le genre une fois admis, on trouve à ces petits -tableaux de sérieuses qualités. Leur auteur savait son métier. S’il lui -avait pris fantaisie, aux environs de 1825, d’envoyer ses paysages au -Salon de peinture, ils n’auraient pas fait trop mauvaise figure à côté -des toiles de Bidault et de Jean-Victor Bertin. L’oncle Joseph eut le -chagrin de survivre à son frère; il mourut à Paris, où il avait suivi -sa belle-sœur et son neveu, le 13 janvier 1832, le lendemain du jour où -il avait eu cinquante ans. - -Son frère, Castor-Louis-Eugène, qui le suivit d’un an dans la vie et -le précéda d’un an dans la mort, avait hérité de la haute taille et de -la belle figure de leur père. Il avait tout près de six pieds, et son -fils, si grand pourtant, paraissait petit à côté de lui. Eugène avait -la plupart des goûts et des aptitudes de l’oncle Joseph, sauf qu’il -négligeait l’aquarelle et le paysage composé pour se livrer à l’étude -de la philosophie. Comme lui, il s’occupa avec un intérêt passionné des -études classiques de son cher Armand; mais il n’avait pas le caractère -enjoué de son frère. Malgré une bonté et une douceur sans bornes, -il eut toujours quelque chose de mélancolique, comme s’il eût prévu -qu’il était destiné à mourir à quarante-huit ans, de celle de toutes -les maladies qui porte le plus à la tristesse, un cancer à l’estomac. -Sa piété était austère, avec peut-être une nuance de jansénisme -inconscient. Il n’allait au théâtre que pour voir de loin en loin jouer -une tragédie. Une seule fois, il y alla pour une comédie, l’_École -des Vieillards_[6], de Casimir Delavigne, et encore savait-il qu’il y -retrouverait Talma. Si plus tard il lui arriva de se relâcher de cette -rigueur, c’était afin d’accompagner, pour le récompenser de ses succès, -son fils qui a toujours été un peu réfractaire à la tragédie. De tous -ceux que j’ai nommés ou nommerai dans ces pages, celui-là était sans -doute le meilleur, et je n’oublierai jamais avec quelle affectueuse -vénération son fils parlait de lui. - -En décembre 1807, à vingt-quatre ans, il épousa à Montpellier -Émilie de Cambis, qui avait vingt ans. La famille de Cambis, venue -de Florence au XV^e siècle, tenait le premier rang à Avignon, soit -par les fonctions qu’elle y exerçait au nom du Pape, soit par sa -popularité presque égale à celle des Crillon, soit par tous les -serviteurs distingués qu’elle avait donnés à la France, en vertu du -privilège de _régnicoles_ accordé par François I^{er} aux habitants -d’Avignon et du Comtat. Ce mariage présentait, au point de vue des -idées aristocratiques, une certaine disproportion; mais la belle mine, -la vertu et la fortune relative du marié équivalaient à un supplément -de parchemins; d’ailleurs, au lendemain de la Révolution et de ses -ruines, on devait se montrer moins exigeant qu’on ne l’eût été vingt -ans plus tôt. M^{lle} de Cambis était petite, avec de gros traits, un -teint bilieux qui lui était commun avec son frère, le futur pair de -France; mais, par ses qualités morales, sa haute intelligence, son -instruction, c’était une femme supérieure. Quelles que fussent les -charmantes qualités d’esprit de son mari et de son beau-frère, comme -on le voit presque toujours quand on étudie les origines des hommes de -talent, c’est de sa mère qu’Armand de Pontmartin tenait ses brillantes -facultés comme les traits de son visage; de son père il n’avait gardé -que la haute taille. - -Émilie de Cambis avait, comme son mari, passé par bien des épreuves. -Née à Avignon, elle avait été emmenée à Chartres par son père, Henri de -Cambis d’Orsan, marquis de Lagnes, colonel de dragons, qui fuyait les -excès de la Révolution. A Chartres, il fut mis en prison et y mourut le -5 janvier 1793; le procès du Roi et la perspective du sort réservé à -l’auguste victime lui avaient porté un coup dont il ne put se relever. -Sa veuve, Augustine de Grave, se retira alors à Montpellier, son pays -natal, avec ses trois enfants, Henriette, Auguste et Émilie, qui, -admirablement doués tous les trois, firent ensemble et presque sans -maîtres des études exceptionnellement approfondies. M^{me} de Cambis -avait deux frères: l’aîné, le marquis de Grave, capitaine au régiment -d’Hervilly, fut tué à Quiberon le 21 juillet 1795; le second, le -chevalier de Grave, plus tard marquis, fut pendant quelques semaines, -du 10 mars au 8 mai 1792, ministre de la Guerre du roi Louis XVI. -Décrété d’accusation le 27 août 1792, il se réfugia en Angleterre, -d’où il ne revint qu’en 1804. Louis XVIII le nomma pair de France -le 17 août 1815. Il mourut sans enfants le 16 janvier 1823[7]. Son -frère avait laissé une fille, qui épousa sous l’Empire le marquis de -Guerry, Vendéen de race et de sentiments, et qui ne tarda pas à devenir -veuve, son mari ayant été tué lors de la prise d’armes de 1815. Ce -beau-père fusillé à Quiberon, ce gendre tué au combat des Mathes, il -me semble bien les avoir déjà rencontrés quelque part. Ajoutez-y par -l’imagination une troisième génération qui sera la dernière, un autre -Vendéen mourant, lui aussi, pour le Roi, à la Pénissière, en 1832, et -vous avez les _Trois Veuves_[8], une des premières et l’une des plus -remarquables nouvelles d’Armand de Pontmartin. J’ai toujours pensé que -ce petit récit était né du souvenir des morts héroïques qui avaient -voué M^{me} de Guerry à un deuil éternel. Cette tragique histoire d’une -cousine germaine de sa mère, contée souvent à la veillée, avait dû lui -causer une ineffaçable impression[9]. - -M^{me} de Cambis, revenue à Montpellier, comme je l’ai dit, après -avoir perdu son mari, vécut dans cette ville jusqu’à sa mort, en -1821. Armand, dans ses jeunes années, fut souvent conduit en visite -chez cette vénérable et très vénérée aïeule. L’aînée de ses filles, -Henriette, une sainte, avait épousé, en 1798, un Cambis d’une autre -branche, habitant les Cévennes; elle eut cinq enfants, cousins germains -et amis d’enfance de Pontmartin. Tous l’ont précédée dans la tombe; -le dernier disparu est l’abbé Adalbert de Cambis, longtemps premier -vicaire de Saint-Sulpice, mort en 1879. - - -IV - -Jamais ménage ne fut plus uni que celui de M. et de M^{me} Eugène de -Pontmartin; ils avaient les mêmes goûts, les mêmes sentiments, les -mêmes vertus austères. M^{me} de Pontmartin n’alla jamais au théâtre. -Elle lisait et relisait sans cesse les grands écrivains religieux du -XVII^e siècle, Bossuet, Bourdaloue, Massillon. Elle a aimé ardemment -son fils, l’a trop gâté peut-être. Entre eux, l’intimité fut toujours -grande; toujours il lui fut doux de parler d’elle et d’évoquer son -image. Je ne sais pourtant s’il n’y avait point, dans la voix de -Pontmartin, plus d’émotion encore, plus d’infinie tendresse, quand il -parlait de son père et de l’_oncle Joseph_; c’est qu’aussi on ne trouve -pas facilement d’autres _bontés_ comme celles-là. - -M. de Pontmartin et sa jeune femme vinrent s’établir aux Angles et -louèrent pour l’hiver un appartement à Avignon, rue Sainte-Praxède, -dans la maison d’une famille amie, la famille d’Oléon. C’est là que -vint au monde, après une attente de près de quatre ans, leur premier -et unique enfant, Armand, né le 16 juillet 1811[10]; il fut baptisé le -lendemain dans l’église de Saint-Agricol, alors cathédrale d’Avignon; -le parrain fut l’oncle Joseph, et la marraine, M^{me} de Cambis, la -grand’mère maternelle. - -Les douze premières années de sa vie se passèrent en grande partie -aux Angles, avec un séjour de quelques mois chaque hiver à Avignon, -dans un appartement qui n’était plus celui de la rue Sainte-Praxède, -mais qui se trouvait rue Saint-Marc, dans l’hôtel du marquis de -Calvière[11], devenu quelques années plus tard la résidence des Pères -Jésuites. Armand de Pontmartin avait un vague souvenir des événements -de 1815, des efforts énergiques et couronnés de succès que fit son -père pour empêcher une bande de pêcheurs du Rhône, d’un royalisme trop -exalté, d’aller à la Vernède, à l’extrémité du territoire de la commune -des Angles, piller le château d’un général bonapartiste, le général -Gilly. Il se rappelait avec plus de précision cette lugubre soirée de -février 1820, où son père et un autre locataire de la maison Calvière, -ayant entendu circuler de sinistres rumeurs, se rendirent à la -préfecture et revinrent un quart d’heure après en disant: «Hélas! c’est -trop vrai! le duc de Berry est assassiné!» Quelques jours plus tard, -M. de Pontmartin se trouvait seul aux Angles; on lui envoya d’Avignon -une pauvre femme, presque une mendiante, qui lui dit ces simples mots: -«Cazes[12] n’est plus rien!» Dans son enthousiasme, il lui donna cinq -francs pour la récompenser d’avoir apporté une si bonne nouvelle, et -pourtant, il était d’un caractère modéré, il ne partageait aucune des -passions des _ultras_; mais il lui arrivait parfois, comme à beaucoup -d’honnêtes gens de ce temps-là, d’être plus royaliste que le roi. -Comment ne se serait-il pas réjoui de la chute de M. Decazes, puisque -ce ministre était la bête noire de tous les _blancs_ de 1820? - -M. et M^{me} de Pontmartin allaient peu dans le monde, et presque -chaque soir, pendant une heure, on faisait une lecture à la table de -famille, le plus souvent dans _les Essais de morale_ de Nicole. A -certains jours, on s’humanisait un peu, et on lisait les _Oraisons -funèbres_ de Bossuet, Corneille, Racine, voire même _le Misanthrope_ -et _les Femmes savantes_. Dans ce vieil hôtel de Calvière, d’une si -fière mine avec son escalier monumental, son portique d’ordre toscan, -ses moulures en pierre et ses panneaux de boiseries sculptées, avec ses -niches veuves de leurs statues, son bassin et sa fontaine _rocaille_, -habitait aussi M^{me} de Villelume, née de Sombreuil, l’héroïne des -massacres de Septembre. Son mari avait été envoyé à Avignon comme -gouverneur de la succursale des Invalides. Elle venait quelquefois -dîner chez M. de Pontmartin, et ces jours-là on ne servait sur la table -que du vin blanc[13]! - -Les douze premières années d’Armand de Pontmartin, avant son départ -pour Paris, ne lui avaient laissé, à travers les visions confuses de -son enfance, que deux souvenirs bien distincts: la mission des _Pères -de la Foi_, ayant à leur tête le P. Guyon, dont la parole rappelait -celle du P. Bridaine, et le voyage de _MADAME_, duchesse d’Angoulême. - -La mission des _Pères de la Foi_ est restée légendaire à Avignon. -Commencée le 28 février 1819, elle se termina le dimanche 28 avril -par la plantation d’une croix sur le rocher des Doms, au-dessous -duquel s’étagent la métropole et le palais des Papes et qui domine -un merveilleux panorama. La cérémonie fut belle entre toutes. Plus -de quarante mille étrangers étaient accourus de toute la contrée -d’alentour, et, sans le débordement de la Durance, le nombre en eût -été plus considérable encore[14]. Naturellement, les enfants n’avaient -pas été oubliés. Pontmartin, qui n’avait pas encore huit ans, était du -cortège. Il le décrira plus tard, avec un enthousiasme que soixante ans -écoulés n’avaient pu affaiblir[15]. - -Le récit du passage de la duchesse d’Angoulême a également trouvé -place dans les _Mémoires_[16]. L’auteur seulement a légèrement romancé -ce petit épisode; il l’a même, pour m’en tenir à ce seul point, -antidaté d’un an. Ce n’est pas en 1822, mais en 1823 que _MADAME_ -visita nos provinces méridionales. C’était au moment de la guerre -d’Espagne. Pendant que le duc d’Angoulême était, de l’autre côté des -Pyrénées, à la tête de nos troupes, la princesse parcourait le midi de -la France, où le sentiment royaliste n’avait encore rien perdu de son -ardeur. Le 12 mai 1823,—et non, comme le dit Pontmartin, le 27 avril -1822,—elle se rendit de Nimes à Avignon. La route royale côtoyait les -Angles. Tous les habitants, villageois et châtelains, étaient à leur -poste, au bord de la route: au premier rang, M. de Pontmartin, qui -devait haranguer la fille de Louis XVI et qui jetait de temps en temps -les yeux sur son papier: à quelques pas en arrière, l’oncle Joseph, -tenant par la main son neveu, dont le cœur battait à se rompre. - -Tout à coup, on aperçoit, au haut de la montée de Saze, un énorme -nuage de poussière, qui accourait d’un train effrayant: «C’est elle! -s’écrie-t-on; c’est la duchesse! c’est Madame!» Bientôt le nuage -s’éclaircit; un rayon de soleil le perce de part en part; on voit -briller les casques et les sabres de l’escorte: puis les harnais de -l’attelage et les chapeaux enrubannés des postillons. Deux calèches, -menées à quatre chevaux, passèrent devant les bonnes gens des Angles -sans s’arrêter. Inclinée à la portière, la duchesse salua d’un signe -de tête. «Vive le roi!» crièrent les paysans avec un ensemble digne -d’un meilleur sort. Au moment où ils allaient crier: «Vive Madame!» ils -s’aperçurent que les voitures avaient disparu. «Ce fut, dit Pontmartin, -ma première leçon de philosophie politique; depuis lors, j’en ai subi -de plus rudes.» - -Son éducation, cependant, commencée de bonne heure, amoureusement -poussée et surveillée par les trois êtres dont il était l’affection -principale, s’annonçait comme devant être exceptionnellement brillante. -Dès qu’il eut huit ans, on lui donna un Virgile, et dans sa joie, -il ne voulut plus s’en séparer, ni jour ni nuit. Un professeur du -collège royal d’Avignon. M. Ract-Madoux, lui donnait des leçons. -Voyant qu’il en profitait si bien, on eut l’idée de lui faire faire -les mêmes compositions que les élèves de la classe de troisième. -Il fut premier dans toutes, il avait alors douze ans. Ses parents -jugèrent bientôt qu’il serait dommage de se contenter pour lui d’une -éducation provinciale. Encore bien qu’une telle combinaison fût un peu -au-dessus de ce que leur permettait leur fortune, ils se décidèrent à -quitter Avignon et les Angles pour aller s’établir à Paris. C’était au -mois d’octobre 1823, et Armand de Pontmartin venait d’entrer dans sa -treizième année. - - - - -CHAPITRE II - -LES ANNÉES DE COLLÈGE - -(1823-1829) - - Le voyage d’Avignon à Paris en 1823. Au 37 de la rue de Vaugirard. Le - collège Saint-Louis. Le catéchisme de Saint-Thomas-d’Aquin et l’abbé - de La Bourdonnaye.—MM. Roberge, Étienne Gros et Vendel-Heyl. _Vox - faucibus hæsit._—M. Valette et M. Michelle. Le Concours général. - Sainte-Beuve et les vers latins.—Le jardin du Luxembourg, le salon du - marquis de Cambis et le salon du docteur Double. _Le comte Ory._ Les - camarades de Saint-Louis. Emmanuel d’Alzon et Henri de Cambis. - - -I - -On loua une voiture de poste, on coucha cinq fois en route et on -arriva à Paris dans la matinée du sixième jour, le 13 octobre. M. -de Pontmartin avait arrêté un appartement, rue de Vaugirard, au -second étage de la maison portant alors le numéro 37, plus tard 31, -aujourd’hui 21. Cette maison faisait le coin du jardin du Luxembourg, -presque en face de la rue du Pot-de-Fer[17]; trois de ses fenêtres -avaient vue sur le jardin. - -En même temps que les Pontmartin, deux autres familles -méridionales,—les Cambis et les d’Alzon, que des liens de parenté et -d’amitié unissaient aux châtelains des Angles,—venaient également se -fixer à Paris et prendre gîte, comme eux, dans la rue de Vaugirard, -les d’Alzon au numéro 9, hôtel Crapelet; les Cambis, au numéro 18, -hôtel Boulay de la Meurthe. Le but des trois familles était le même: -l’éducation de leurs fils. Ces fils étaient au nombre de quatre: Henri -et Alfred de Cambis, Emmanuel d’Alzon, Armand de Pontmartin. On décida -qu’ils suivraient comme externes les classes de Saint-Louis. Ce collège -avait une petite porte à l’usage des externes, qui ouvrait sur la rue -Monsieur-le-Prince, presque en face de la rue de Vaugirard. Il n’y -aurait donc qu’un pas à faire pour conduire les enfants et les aller -chercher. Pas un seul instant les parents n’avaient songé à les mettre -internes. Ils se défiaient, non sans raison, de l’esprit qui régnait -alors dans les collèges de Paris. - -Ce sera l’honneur de la Restauration d’avoir, au sortir de la -Révolution et de l’Empire, donné le signal de la renaissance religieuse -en même temps que de la renaissance littéraire. Aucune époque n’a été -plus féconde en œuvres catholiques; si la plupart n’ont acquis tout -leur développement et n’ont donné tous leurs fruits que plus tard, la -justice n’en commande pas moins de lui en reporter le principal mérite. -Sur un point seulement ses efforts restèrent complètement infructueux, -ses intentions et ses actes demeurèrent frappés de stérilité. Dans -son désir de réformer l’enseignement universitaire, le gouvernement -royal confia la direction de l’Instruction publique à un évêque. -Un prêtre, dont le zèle égalait le talent, l’abbé de Scorbiac, fut -investi des fonctions d’aumônier général de l’Université, avec mission -de visiter tour à tour tous les collèges de France et d’y donner des -retraites. Le soin le plus attentif fut apporté au choix des recteurs -et des proviseurs. Les aumôniers furent pris parmi les jeunes hommes -les plus distingués du clergé, et c’est ainsi, par exemple, que, -de 1822 à 1830, le collège Henri IV eut pour aumôniers l’abbé de -Salinis, l’abbé Gerbet et l’abbé Lacordaire. Mais c’est vainement que -l’on sème, si «les graines tombent sur un terrain pierreux et parmi -les épines qui croissent et les étouffent». Les professeurs, hommes -d’ailleurs instruits et d’une conduite privée irréprochable, étaient -presque tous imbus des doctrines philosophiques du XVIII^e siècle: -leurs élèves étaient, pour la plupart, _libéraux_ et voltairiens. «Un -jour, dit M. Armand de Melun dans ses _Mémoires_, pendant que nous -faisions notre philosophie[18] il nous prit fantaisie de discuter -entre nous l’existence de Dieu. C’était pendant l’étude. Nous eûmes la -délicatesse d’engager le surveillant à se retirer, pour nous laisser -une plus entière liberté et n’avoir pas à se compromettre lui-même. -La discussion fut vive et approfondie; et lorsqu’on passa au vote, -l’existence de Dieu obtint la majorité _d’une voix_! Je votai pour le -bon Dieu. Telle était la religion des collèges de l’État[19]...» - -Deux collèges, cependant, Stanislas et Saint-Louis, avaient, dans une -certaine mesure, échappé à la contagion régnante. Le proviseur de -Saint-Louis était un ecclésiastique, l’abbé Thibault[20], qui avait -établi au collège une discipline tout à la fois ferme sans rigueur -et paternelle sans faiblesse. Il y avait deux aumôniers, l’abbé Léon -Sibour, qui allait être remplacé par l’abbé Dumarsais[21], et l’abbé -Salacroux. - -Armand de Pontmartin fut placé en quatrième sous la férule clémente -du bon M. Roberge. Cette même année, il fit sa première communion, non -à Saint-Sulpice, dont les locataires du n^o 37 de la rue de Vaugirard -étaient pourtant paroissiens,—mais à Saint-Thomas-d’Aquin. Les âmes -les plus droites et les meilleures, celles qui se désintéressent -le plus d’elles-mêmes, ont pourtant, elles aussi, leurs secrètes -faiblesses. Si M. et M^{me} de Pontmartin et leurs amis s’étaient -arrachés aux douceurs du vieux logis familial, au soleil de l’Hérault -et de la Provence, aux prairies de Lavagnac, aux riantes îles du Rhône; -s’ils s’étaient aventurés dans ce dangereux et terrible Paris, ce -n’était pas pour préparer leurs enfants à être journalistes, maires -de leur village, conseillers municipaux ou même grands vicaires. Ils -rêvaient pour eux les plus brillantes destinées, ils les voyaient -déjà montés aux plus hauts postes. En attendant, ne convenait-il pas -de les rapprocher le plus vite possible des futurs ducs et marquis -du pur faubourg, des futurs propriétaires des beaux hôtels de la rue -de l’Université et de la rue de Varenne? Ces marquis et ces ducs ne -manqueraient pas, un jour venant, d’ouvrir à leurs anciens compagnons -de catéchisme les portes des Tuileries et de les transformer en -ambassadeurs, en pairs de France ou en gentilshommes de la Chambre. -Et voilà pourquoi, au trop modeste Saint-Sulpice, on avait préféré -l’aristocratique Saint-Thomas-d’Aquin. C’est surtout de l’oncle Joseph -que l’idée était venue. L’excellent homme, six ans plus tard, dut -s’écrier, non plus avec son cher Virgile, mais avec Lucrèce qu’il -connaissait presque aussi bien: _O vanas hominum mentes!_ - -A Saint-Sulpice, Pontmartin aurait eu pour catéchistes son -cousin germain, le saint abbé Adalbert de Cambis, et un jeune -prêtre, déjà presque célèbre, qui s’appelait _l’abbé Dupanloup_. A -Saint-Thomas-d’Aquin, il fut presque aussi bien partagé. Le catéchiste -en titre était l’abbé de La Bourdonnaye, prêtre _fénelonien_, d’une -piété fervente, d’une éloquence pathétique, mais d’une santé délicate, -qui dépensait pour ses élèves les restes de ses forces et de sa vie. -Lorsqu’on lui apportait une tasse de bouillon, il leur disait avec -un sourire qui leur serrait le cœur: «Mes enfants! ne me regardez -pas! Ne m’imitez pas! Je vis comme un païen!» Il était secondé par -l’abbé Hamelin, qui devint plus tard curé de Sainte-Clotilde. Les -dimanches, Pontmartin et ses camarades de catéchisme avaient souvent -M^{gr} de Quélen et l’abbé Borderies, qui mourut évêque de Versailles; -quelquefois, l’abbé duc de Rohan, dont ils admiraient la suprême -élégance, les pieuses coquetteries de geste et de parole, la tenue -exquise, le rochet brodé de dentelles, le calice incrusté de saphirs et -d’opales. - -Au même printemps de 1824 se rattache un épisode raconté au tome -IV des _Souvenirs d’un vieux critique_. Armand de Pontmartin et ses -parents allaient à la messe à la chapelle du couvent des Carmes, -situé à deux pas de leur demeure et occupé par des religieuses -carmélites[22]. Le dimanche 23 mai, en se rendant à l’église, il longea -le mur du jardin de l’hôtel d’Hinnisdal, qui formait l’angle de la -rue de Vaugirard et de la rue Cassette. Sur le trottoir, il vit un -jeune homme qui paraissait en proie à une agitation extraordinaire; -non loin de lui stationnait un fiacre. Un peu ému, Pontmartin alla -prendre dans la chapelle sa place accoutumée. Dans le chœur, à côté -du grillage où se plaçaient les religieuses, il y avait une porte. Au -moment où la messe allait finir, cette porte s’ouvrit et les assistants -virent sortir une Carmélite qui, après avoir regardé à droite et à -gauche, traversa rapidement l’église, comme si elle eût craint d’être -poursuivie. On ne la poursuivit pas. Lorsque la fugitive avait passé -près de lui en le frôlant de sa guimpe et de son voile, Pontmartin -avait eu peine à retenir un cri de stupeur. Il aperçut ses compagnes -pressées, comme des ombres, contre le grillage qu’il leur était -interdit de franchir. Il entendit un chuchotement vague, un susurrement -insaisissable, pareil à un souffle de brise expirant sur les bords -d’un lac. Puis plus rien, que ce qui reste d’une apparition ou d’une -hallucination! De cette vision de son enfance, il restera seulement à -l’élève de Saint-Louis un souvenir qui, après de longues années, lui -inspirera une Nouvelle[23] dont le prologue seul est exact. - - -II - -Les vacances de 1824 se passèrent à Paris, les Angles étant trop loin -pour que l’on pût y revenir chaque année. En octobre 1824, Armand de -Pontmartin commença sa troisième sous un professeur, M. Étienne Gros, -qui était un helléniste remarquable. Sa santé toujours délicate fut -éprouvée à ce moment par une croissance excessive, et au printemps de -1825, ses parents le ramenèrent aux Angles. Quand vint l’été, on alla -passer six semaines aux bains de mer, à Marseille; mais l’oncle Joseph -n’y accompagna pas son frère et son neveu; aussi ce fut la grande année -de la correspondance en vers latins. - -A la rentrée de 1825, complètement rétabli, il recommença sa troisième, -qu’il fit avec le plus grand succès. Aux vacances du jour de l’an 1826, -son père, pour ses étrennes, lui offrit le choix entre une tragédie -jouée par Talma et un spectacle du Cirque Olympique, l’_Incendie de -Salins_[24], qui attirait alors tout Paris. Hélas! il choisit le -Cirque. Talma mourut peu de temps après[25], si bien que, par sa faute, -Pontmartin, qui devait être un fanatique de théâtre, n’a jamais vu le -grand tragédien. - -Il prit, du reste, sa revanche aux mois d’août et de septembre -1827, après son année de seconde, où, sous la direction d’un -excellent maître, M. Vendel-Heyl, il avait fait une ample moisson de -couronnes. Pour l’indemniser de ses vacances manquées (comme celles -de 1826, celles de 1827 se passèrent encore à Paris), ses parents -lui accordèrent cinq soirées théâtrales: à l’Opéra, _Moïse_; au -Théâtre-Français, M^{lle} Mars dans _les Femmes savantes_ et dans -_la Jeunesse de Henri V_; à l’Opéra-Comique, _la Dame Blanche_; au -théâtre de Madame, _le Mariage de raison_, joué par Léontine Fay, -Jenny Vertpré, Gontier, Ferville, Paul et Numa; et enfin, à la -Porte-Saint-Martin, le drame de _Trente ans ou la vie d’un joueur_, -où Frédérick Lemaître et M^{me} Dorval, par leur merveilleux talent, -faisaient illusion aux spectateurs sur la valeur réelle de la pièce de -Victor Ducange et Dinaux[26]. - -Dans la seconde série de ses _Mémoires_[27], Pontmartin a longuement -parlé d’un _accident_, dont il fut victime à cette date, et qui, -d’après lui, «a dominé toute sa vie, a décidé de sa carrière, a mêlé -une souffrance secrète, intime, à la fois chronique et aiguë, à tous -les épisodes, à tous les chagrins, à toutes les joies de son existence». - -C’était le 12 septembre 1827, il était allé herboriser, avec deux ou -trois camarades de Saint-Louis, sur les coteaux de Bellevue et de la -Celle-Saint-Cloud; soudain il tomba en arrêt—comme Jean-Jacques devant -la pervenche—devant une jolie petite fleur bleue, dont il ignorait le -nom. Ce nom, il voulut le demander au plus savant de ses camarades; -mais ces derniers, pendant ses extases et ses rêveries contemplatives, -avaient pris les devants et étaient déjà loin. Alors il voulut crier... -_Vox faucibus hæsit!_ En quelques minutes, le timbre de sa voix avait -subi une altération inexplicable; ou plutôt cette voix sans timbre -passait incessamment d’une sorte d’extinction à des notes aiguës et -fausses, d’autant plus pénibles pour lui qu’il avait et qu’il eut -toujours l’oreille juste. «Ce n’est rien, c’est la _mue_!» lui dirent -ses camarades après l’avoir entendu.—«C’est la _mue_!» dirent le soir -ses parents. Cette _mue_ devait durer toujours. - -Devons-nous croire que vraiment cette défectuosité vocale «a dominé -toute sa vie», que cette voix fluette, si peu en rapport avec sa haute -taille, a été pour lui un martyre continu, la cause de tristesses -et de déceptions sans nombre; qu’elle l’a empêché de se présenter à -l’Académie, où plus d’une fois, en effet, il n’a dépendu que de lui -d’être élu[28]? Il lui a plu de le dire, un jour qu’il avait ses -nerfs, mais nous ne sommes pas obligés de le croire. Et d’abord, cette -prétendue aphonie était bien relative. Que de gens ont causé avec lui -sans jamais s’en apercevoir! Mais, réelle ou non, peut-être avait-elle -pu impressionner son imagination assez vivement pour produire ce -demi-désespoir dont il nous parle? Sans doute, mais c’est ce désespoir -que je nie. On le comprendrait à peine, si Pontmartin avait jamais -eu le désir d’aborder le barreau ou la tribune. A aucun moment de sa -vie, il n’y a songé. Sa seule ambition fut d’être un écrivain, et pour -réussir dans les lettres, point n’est besoin d’avoir une grosse voix, -_os magna sonaturum_. Le discours de réception à l’Académie? Mais, -franchement, se préoccupe-t-on trente ans d’avance d’une mauvaise -heure à passer, quand cette heure doit être unique? Et d’ailleurs, là -même, n’a-t-on pas la ressource de prétexter au dernier moment une -indisposition et de prier un Legouvé ou un Camille Doucet de lire à -votre place? Autre considération: quand un jeune homme est ou se croit -atteint d’une infirmité qui l’humilie, la première chose qu’il fait -d’instinct, c’est de fuir le monde, où il redoute la raillerie des -autres jeunes gens et plus encore celle des femmes. Or, nous savons, -par le témoignage de ses amis et par le sien propre, que personne plus -que lui n’y brilla, que nul n’y déploya plus de verve et de gaieté, et -cela précisément dans les années où il voudrait nous faire croire qu’il -vivait à l’écart, en proie à ses sombres pensées. Autre chose encore: -Pontmartin a siégé huit ans au Conseil général du Gard, et à coup sûr -il ne s’y est pas senti humilié et inférieur à ses collègues, qui -avaient peut-être plus d’_accent_ que lui, mais qui, toutes les fois -qu’il prenait la parole, l’écoutaient avec un plaisir sans mélange. -Une seule fois, je l’ai entendu parler de sa voix grêle, et c’était en -manière de plaisanterie, pour faire passer un de ces calembours dont il -était coutumier. - - -III - -Au mois d’octobre 1827, il entra en rhétorique où il retrouva, comme -professeur de rhétorique latine, son professeur de seconde, M. -Vendel-Heyl. Le professeur de rhétorique française était M. Charles -Alexandre[29], plus tard membre de l’Institut, helléniste de premier -ordre et bon latiniste. Les deux professeurs d’histoire étaient -également deux hommes d’un réel talent, M. Dumont et M. Charles -Durozoir: le premier, auteur d’une bonne _Histoire romaine_, et le -second, collaborateur très actif de la _Biographie universelle_ de -Michaud. - -Les vacances de 1828 procurèrent à Pontmartin une grande joie, le -retour aux Angles après trois ans d’absence. - -En 1828-1829, il fit sa philosophie avec M. Valette pour professeur. -Afin de compléter et de rectifier au besoin les leçons du collège, -ses parents lui avaient donné pour répétiteur M. Michelle, lui-même -professeur de philosophie à Stanislas, fervent chrétien et membre de la -Congrégation. - -Jusqu’à la fin, il avait été sans conteste l’élève le plus brillant -de Saint-Louis. Dans les années 1826, 1827, 1828 et 1829, le collège -Saint-Louis a remporté vingt prix au concours général. Armand de -Pontmartin en a eu, à lui seul, plus du tiers: deux en 1826, deux en -1827, deux en 1828, un en 1829. Il obtint, en troisième (1826), le -premier prix de vers latins et le second prix de version grecque:—en -seconde (1827), le premier prix de narration latine et le second prix -de version latine;—en rhétorique (1828), le premier prix de discours -français et le second prix de version latine; en philosophie (1829), le -second prix de dissertation latine. A ces sept prix se venaient ajouter -une douzaine d’accessits. Dix-neuf nominations au concours général, -le cas assurément était rare. Dans la bibliothèque de sa maison des -Angles, Pontmartin avait conservé ses volumes de prix; il y en a -cent soixante-quatre; cent un obtenus au collège, soixante-trois au -concours général. Au nombre de ces derniers, et parmi ceux qu’il a le -plus souvent feuilletés, je remarque les volumes de critique de l’abbé -de Féletz[30], de l’Académie française. Les maîtres de Pontmartin -prévoyaient-ils qu’un jour, avec plus d’esprit encore et avec un bien -autre éclat que le très spirituel abbé, il ferait à son tour des -Causeries littéraires, qui resteront les chefs-d’œuvre du genre? - -Ses succès étaient d’autant plus remarquables que le _surmenage_ -n’y était pour rien. L’élève Pontmartin n’était pas ce que, dans le -langage des écoles, on appelle une _bête à concours_; il était _externe -libre_, et nous verrons tout à l’heure que déjà il allait dans le monde -et fréquentait quelques salons où les lettres étaient en honneur. Il -soignait sa toilette,—ce qu’il sera loin de faire plus tard, et le -mardi, jour de composition, il éblouissait les internes par l’élégance -et l’éclat de ses bottes. En rien il ne ressemblait à ces _piocheurs_ -que les chefs d’institution _chauffent_ en vue du concours général et -qui sont voués à une ou deux spécialités. Il n’était pas seulement un -_fort en thème_, il était fort en tout, en discours français et en -version latine, en thème latin et en version grecque, en vers latins, -en discours latin et en dissertation française; soit au collège, soit -au concours général, il a remporté des prix dans toutes les facultés -latines, grecques et françaises. Sainte-Beuve, si exact d’ordinaire, -s’est donc trompé lorsque, dans ses _Nouveaux Lundis_, il a écrit que -Pontmartin péchait par le manque d’études premières; que, chez lui, -le fonds classique était faible et insuffisant. «Il cite sobrement du -latin, dit-il, quelquefois de l’Horace; mais aux moindres citations, -pour peu qu’on en fasse, le bout de l’oreille s’aperçoit; quand il -cite le vers: _Urit enim fulgore suo_..., il oublie l’_enim_: par où -je soupçonne qu’il ne scande pas très couramment les vers latins. Un -jour, à une fin de chronique littéraire[31], parlant de la _Dame aux -Camélias_ et lui opposant la vertu des bourgeoises et des chastes -Lucrèce, il a dit: _DOMUM mansit, lanam fecit_; d’où je conclus qu’au -collège il était plus fort en discours qu’en thème[32].» La vérité, -au contraire, est que Pontmartin, écolier, avait réussi de façon peu -commune dans les facultés latines. Le hasard fait que j’ai ici, sous -la main, à la campagne, les _Annales des concours généraux_ pour la -classe de troisième. L’invasion de la Grèce par les armées de Xerxès, -Athènes menacée par les Perses et sauvée par Minerve, _Pallas Athenarum -servatrix_, telle était en 1826 la matière à mettre en vers latins. -Pontmartin eut le premier prix. Hélas! quarante-quatre ans plus tard, -lorsque les armées allemandes se sont, à flots pressés, précipitées sur -la moderne Athènes,—où Minerve était représentée par Jules Favre,—le -vieux critique aurait pu murmurer les vers de l’élève de Saint-Louis: - - _Adsit, et insultet patriis jam mœnibus hostis - Barbarus; ingenuâ se jactet servus in urbe. - Vos tamen, o cives, nunquam cognata relinquet - Libertas, inter bellique fugæque labores, - Vobis libertas vultu arridebit amico... - Tuque, novo splendore nitens rediviva resurge. - O dilecta Diis! ô patria[33]!..._ - - -IV - -Rien n’égalait pour Pontmartin la douceur de ces souvenirs d’enfance -et de jeunesse. Le collège n’avait point été pour lui un exil et -une prison. Les conseils affectueux et le sourire de son père, les -encouragements de l’oncle Joseph, les baisers de sa mère, ne lui -avaient pas manqué un seul jour. De sa fenêtre, quand il interrompait -un moment son travail, au lieu d’un noir et lugubre préau, il voyait -le jardin du Luxembourg; il apercevait les palombes perchées sur les -hautes branches des platanes, des hêtres et des tilleuls, le grand -carré où des étudiants et des rapins jouaient à la paume, se servant -de leurs mains en guise de raquettes. Pour se rendre au collège, il -lui fallait suivre dans toute sa longueur l’allée qui passe devant la -façade du palais et conduit à la grille, voisine de l’Odéon; il s’y -croisait parfois avec des hommes célèbres qui auraient bien troqué -leur renommée contre ses quinze ans s’il eût voulu les leur céder: -Cambacérès, le docteur Portal, François Arago, M. de Sémonville, -le grand référendaire, et le chancelier, M. Dambray. Dans la belle -saison, il avait presque tous les jours la bonne fortune de pouvoir -s’incliner discrètement devant un petit homme à la chevelure grise, -mais à la tournure encore jeune, invariablement vêtu du même costume: -chapeau gris, gilet blanc, redingote bleu de roi, pantalon de nankin, -guêtres blanches, et, à la main, une petite badine en ébène. Il ne -se lassait pas d’admirer sa figure longue, un peu osseuse et pâle, -son front d’une ampleur olympienne, ses yeux de génie. C’était -Chateaubriand, qui s’acheminait d’un pas leste de la rue d’Enfer -à l’Abbaye-au-Bois. Plus régulièrement encore, il rencontrait, le -matin, un autre jeune vieillard, d’une tenue fort correcte, d’une -physionomie spirituelle, appuyé sur une canne à pomme d’or et un -livre sous le bras, qui ne manquait jamais de lui faire un petit -signe d’amitié. C’était son voisin, le comte Joseph Boulay de la -Meurthe[34], propriétaire d’un très bel hôtel entre cour et jardin, -situé au coin de la rue du Pot-de-Fer et de la rue de Vaugirard, -en face du n^o 37. Notre collégien cependant continuait sa route; -mais avant d’entrer en classe, il s’arrêtait chez le pâtissier de la -rue des Francs-Bourgeois-Saint-Michel, qui se nommait Bussonier, et -qu’il appelait Buissonière, parce qu’on y faisait l’école de ce nom, -Pontmartin a fait depuis de meilleurs calembours, il en a fait de pires. - -Il lui arrivait souvent, les jours de congé, de passer la soirée chez -son oncle, le marquis de Cambis[35], qui occupait le premier étage -de l’hôtel Boulay de la Meurthe. M. de Cambis donnait d’excellents -dîners et avait un salon politique, dont les principaux habitués -étaient M. Lainé, l’éloquent orateur; le vicomte de Bonald; le comte -Armand de Saint-Priest, père du spirituel académicien qui remplaça -du même coup, en 1849, Ballanche et Jean Vatout; M. Renouvier[36], -député de l’Hérault; M. Delalot, député de la Marne, un fin lettré, -longtemps rédacteur du _Journal des Débats_. Les lettrés, du reste, -n’étaient pas rares, en ce temps-là, sur les bancs de la Chambre. M. -de Cambis, qui allait être bientôt député de Vaucluse, puis pair de -France, était lui-même un helléniste distingué. Dans sa jeunesse, en -collaboration avec son ami M. Renouvier, il avait publié une traduction -de l’_Iliade_, très neuve et en avance sur son temps de plus d’un -demi-siècle. Mise au jour en 1810, elle n’avait pas réussi, parce -qu’elle était trop littérale, trop homérique, et que les contemporains -de Luce de Lancival, de Bitaubé et d’Esménard ne pouvaient pas -décemment supporter que l’on appelât Minerve _la déesse aux yeux de -génisse_. Cet oncle de Pontmartin était du reste une encyclopédie -vivante. Il connaissait bien les littératures italienne et anglaise, -s’intéressait aux sciences, avait même étudié la théologie. Mais ce -qu’il possédait le mieux, c’était la littérature française du XVII^e -siècle. Il savait par cœur plusieurs tragédies entières de Corneille -et de Racine, les _Oraisons funèbres_ de Bossuet, les _Caractères_ de -La Bruyère. Malgré sa tendance au scepticisme, il mettait au-dessus de -tout l’_Histoire des variations des Églises protestantes_, de Bossuet, -et y trouvait encore plus d’esprit que dans Voltaire, qui ne laissait -pas pourtant de lui être cher. - -M. de Pontmartin conduisait aussi quelquefois son fils chez son ami le -docteur Double. Le salon de M. Double, 19, rue des Petits-Augustins, -ressemblait à une succursale ou à un vestibule de l’Institut. -André-Marie Ampère, Arago, Poisson, Gay-Lussac, Mathieu, Biot, Thénard, -Alibert, Récamier s’y rencontraient avec Paul Delaroche, Pradier, Ary -Scheffer, Guizot et Villemain. La conversation, la vue seule de ces -savants, de ces artistes, de ces écrivains, n’était-elle pas pour le -jeune collégien la plus éloquente des leçons, la mieux faite pour lui -inspirer le goût du travail, la passion de l’étude? - -Quand il avait été premier trois fois de suite, son père le menait -voir _Iphigénie en Aulide_, jouée par M^{lle} Duchesnois, ou entendre -la _Dame Blanche_ chantée par Ponchard et par M^{me} Rigaut-Palar. -A la fin de février 1829, il était en philosophie, et, déjà, malgré -les explications de son professeur, il commençait à trouver, comme M. -Jourdain, qu’il y avait là _beaucoup de tintamarre et de brouillamini_. -Cela ne l’empêchait pas d’être encore premier à l’occasion. Un jour, -à la suite d’un _coup double_ en dissertation latine et française, on -lui promit pour récompense une _demi-soirée_ à l’Opéra. Il sortirait -du théâtre avant le ballet, de peur que les pirouettes et les ronds -de jambes de M^{mes} Legallois, Noblet et Montessu ne fissent une -trop dangereuse concurrence à Descartes et à Condillac; mais il -entendrait d’un bout à l’autre le _Comte Ory_, qui était alors dans -toute la fraîcheur de son succès et qui ne durait que deux heures. -Ces deux heures furent pour lui un véritable enchantement. Le -chef-d’œuvre de Rossini était chanté par Adolphe Nourrit, Levasseur, -Dabadie, Alexis Dupont, M^{me} Damoreau, M^{lle} Iawureck. Nourrit -surtout y était la perfection même. Le jeune philosophe était sous -le charme. Le lendemain, quand le digne M. Valette lui demanda son -opinion sur l’Ontologie, il fut sur le point de répondre: _Une dame -de haut parage_. Quand M. Valette voulut savoir ce qu’il pensait de -l’association des idées, peu s’en fallut qu’il ne répliquât: _A la -faveur de cette nuit obscure_... - -Le _Comte Ory_ s’était décidément emparé de ses souvenirs, de ses -songes, de sa mémoire... Il le savait par cœur; il en fredonnait -les principaux airs en traversant la grande allée du Luxembourg, et -lorsqu’il franchissait la petite porte de la rue Monsieur-le-Prince, il -répétait _mezza voce_ le chœur du second acte: _En ce séjour chaste et -tranquille!_ Qu’il dût devenir un critique célèbre, il ne s’en doutait -guère, à coup sûr; mais ce qu’il savait bien déjà, c’est qu’il serait -certainement un _mélomane_! - -Malgré le charme qui ramenait si souvent le _vieux critique_ et le -vieux _mélomane_ à ces heureuses et lointaines années, le plus vivant -de ses souvenirs de jeunesse était celui qui lui était resté de ses -camarades de collège. - -Saint-Louis, en ce moment, passait pour un aristocrate, plus -distingué, mieux surveillé, mieux élevé, mieux vêtu, mieux chaussé -que Louis-le-Grand et Henri IV, Charlemagne et Bourbon. Dans la -cour et dans les classes retentissaient les noms d’Ugolin du Cayla, -de Louis d’Eckmühl, de Guy de la Tour du Pin, de Pierre de Brézé -(le futur évêque de Moulins), de Raymond de Monteynard, d’Henri de -Cambis, de Charles de la Bouillerie, d’Emmanuel d’Alzon, d’Adrien -Delahante, d’Hector de La Ferrière, de Léon de Bernis, de Féodor de -Torcy, etc., etc. Entre ces fils de grands seigneurs et les élèves -de condition plus modeste, Armand de Pontmartin était volontiers -le trait d’union. Il était aussi lié avec Casimir Gaillardin[37], -dont le père était portier chez le marquis de Dreux-Brézé, qu’avec -Pierre de Brézé lui-même. Un de ses meilleurs amis était le fils d’un -petit bourgeois de Limoges, Léonard Retouret, très brillant élève -et le porte-drapeau des _libéraux_. Parmi ceux qui, comme Retouret, -lui disputaient les premières places, il aimait à se rappeler deux -autres de ses condisciples, Emmanuel Richomme et Armand de Crochard. -Richomme était son rival le plus dangereux au point de vue des -_fins d’année scolaire_. Gai, amusant, spirituellement fantaisiste, -Armand de Crochard était le sourire de la classe. D’une intelligence -extraordinaire, doué d’un vrai talent poétique, il aurait certainement -fait parler de lui, s’il n’eût préféré se retirer en province, dès -qu’il eut fini son droit. Il mourut en 1833 à Nogent-le-Rotrou, dans -le pays Chartrain, où il avait accepté les modestes fonctions de -juge suppléant près le tribunal de première instance. Mais de tous -les camarades de Pontmartin, celui qui lui inspira la plus vive -affection,—une affection qui se mélangeait déjà de respect,—ce fut -Emmanuel d’Alzon. - -Emmanuel d’Alzon[38], qui devait être plus tard un si rude travailleur, -l’infatigable ouvrier de tant de belles œuvres, le fondateur du collège -de l’Assomption, à Nimes, était à Saint-Louis un élève, non pas -médiocre, mais inégal, un peu fantasque, traité souvent de paresseux -par ses professeurs. Un samedi, on venait de donner les places: -Pontmartin était premier; d’Alzon n’avait pas fini sa composition, il -fut classé parmi les derniers et ne parut pas d’ailleurs s’en émouvoir -autrement. Les deux amis sortirent du collège en se donnant le bras: -«Sais-tu, dit Pontmartin, à quoi je songeais pendant qu’on donnait les -places? A ces paroles de l’Évangile: Les premiers seront les derniers -et les derniers seront les premiers.» - -Quelques années plus tard, Armand de Pontmartin et Henri de Cambis[39] -se préparaient à passer leur soirée au Théâtre-Italien: on donnait -_Otello_ avec Rubini et M^{me} Malibran! Au moment où ils terminaient -leur toilette, ils virent entrer leur cousin, l’abbé Adalbert de -Cambis: «Je vous annonce, leur dit-il, une grande nouvelle, Emmanuel -d’Alzon est depuis trois jours au séminaire de Montpellier.» - -Et sans respect pour la cravate blanche d’Henri de Cambis et le bel -habit de Pontmartin (un habit de Blain!), l’abbé ajouta: «Il a choisi -la meilleure part.» - - - - -CHAPITRE III - -L’ÉCOLE DE DROIT - -(1829-1832) - - M. Poncelet ou le professeur _mélomane_. A la Sorbonne. Cours de MM. - Guizot, Villemain et Cousin.—Jules Janin et le _Siècle de Charles - X_. Les arts et les lettres en l’an de grâce 1829. Le romantisme de - Pontmartin.—L’atelier de Paul Huet et la première représentation - d’_Hernani_. Félix Lebertre et la _Silhouette_. Le _Petit Plutarque - français_. Le _Correspondant_. Première rencontre de Pontmartin - avec l’Académie. Mort de M. Eugène de Pontmartin.—Mort de l’oncle - Joseph. Le choléra. La prédiction de Léonard Retouret et _le 19 avril - 1832_. La première représentation de la _Tour de Nesle_. Alfred - Thureau-Dangin.—Retour à Avignon. - - -I - -Au mois d’août 1829, Armand de Pontmartin passa son baccalauréat, ce -qui fut, on le pense bien, une simple formalité. Si j’en parle, c’est -pour ce petit détail: un de ses examinateurs s’appelait Villemain. -Trois mois après, il prenait sa première inscription de droit. Des -cours de l’école, il ne semblait avoir gardé aucun souvenir; de ses -professeurs il ne parlait jamais, sauf quelquefois de M. Poncelet[40] -professeur d’histoire du droit. Un soir, aux Italiens, à une -représentation d’_Otello_, M. Poncelet n’avait pas de place; Pontmartin -lui donna la sienne, sous le fallacieux prétexte qu’il allait au bal -chez l’ambassadeur d’Angleterre. Depuis ce soir-là, ils furent amis, et -ils prirent bientôt l’habitude de se rencontrer dans la grande allée -du Luxembourg, où ils dissertaient à perte de vue sur Gluck et sur -Rossini, sur Nourrit et sur Ponchard, sur M^{lle} Sontag et sur M^{me} -Damoreau. Au bout de trois mois, l’accord était si parfait entre nos -deux _mélomanes_ qu’ils se tutoyaient. Cette liaison du reste n’eut -point pour effet d’éveiller chez Pontmartin le goût de la procédure ou -celui des Pandectes, et il continua de briller surtout par son absence -aux leçons de MM. Duranton, Demante et Du Caurroy. En revanche, il -était des plus assidus à la Sorbonne. Dès le collège, il avait été plus -d’une fois conduit par son père et par l’oncle Joseph aux cours de MM. -Guizot, Cousin et Villemain. Étudiant, il ne manqua aucune de leurs -leçons. L’impression qu’il en ressentit ne devait jamais s’effacer. - -M. Guizot avait choisi pour sujet de son cours de 1829-1830 l’histoire -de la civilisation en France pendant les XI^e, XII^e et XIII^e -siècles, de Hugues Capet à Philippe de Valois. M. Villemain exposait -l’histoire de la langue et des lettres au moyen âge en France et dans -l’Europe méridionale. M. Cousin avait pris pour thème l’histoire de la -philosophie du XVIII^e siècle. - -Il n’était pas un jour de la semaine où le public, de plus en plus -nombreux, ne fût assuré de voir monter en chaire un des trois -professeurs: - - Le lundi, M. Guizot; - Le mardi, M. Villemain; - Le mercredi, M. Villemain; - Le jeudi, M. Cousin; - Le vendredi, M. Cousin; - Le samedi, M. Guizot. - -Dans le grand amphithéâtre de la Sorbonne, devenu un rendez-vous -plus accrédité que le Bois de Boulogne, le Jardin des Tuileries et le -Boulevard des Italiens, se rencontraient, au milieu d’une jeunesse -enthousiaste, le député et le pair de France, le membre de l’Institut -et le journaliste, l’artiste et le poète, l’universitaire et le -séminariste, les femmes savantes et les beautés à la mode, Philaminte -et Célimène. Autour de la chaire se pressaient tous ceux qui, ayant un -nom, voulaient le soutenir, ou qui, n’en ayant pas, voulaient le faire; -tous ceux qui allaient être ou qui ont failli être célèbres. Le duc de -Broglie—l’ancien—y coudoyait le duc de Noailles; Théodore Jouffroy -s’asseyait côte à côte avec Sainte-Beuve; les rédacteurs du _Globe_, -du _Journal des Débats_, de la _Revue française_, préludaient à leurs -destinées plus ou moins brillantes; ils venaient apprendre à parler en -écoutant. Saint-Marc Girardin, Vitet, Nisard, Cuvillier-Fleury, Charles -Magnin, Duvergier de Hauranne, P.-J. Dubois, Louis de Carné, Silvestre -de Sacy, Charles de Rémusat, Montalembert, Larcy, Damiron, Alfred de -Falloux, et quelquefois Alfred de Musset, l’Académie de l’avenir, un -vaillant état-major de lieutenants prêts à passer capitaines, ou de -capitaines destinés à devenir généraux! - -Des trois illustres maîtres de la Sorbonne, M. Guizot, s’il était le -plus original et le plus éloquent, n’était pas le plus couru et le -plus applaudi. Ses leçons sur les éléments constitutifs de la société -moderne, l’aristocratie féodale, l’Église, la royauté, les communes, -étaient des modèles d’impartialité. D’une science profonde, d’une -forme élevée, sobre et ferme, elles étaient certainement supérieures à -celles de ses deux collègues. Mais ce grave professeur au teint pâle, -au profil correct, à la physionomie austère, imposait à ses auditeurs -plus qu’il ne les attirait. Son magnifique organe, si net, si vibrant, -avait conservé, de son éducation et de sa jeunesse, je ne sais quelle -rigidité calviniste qui refroidissait l’enthousiasme. On l’admirait, -mais l’admiration était tempérée par une sorte de respect. Il n’y avait -pas entre l’orateur et son public ces courants électriques qui triplent -le succès. On était conquis, on n’était pas charmé. Le charmeur, -c’était Villemain. - -Lorsque ce dernier traversait la foule pour arriver jusqu’à sa chaire, -le sourire était déjà sur toutes les lèvres. On s’était habitué si vite -à sa spirituelle laideur, qu’elle semblait une grâce et une malice de -plus. Cinquante ans plus tard, Pontmartin évoquera en ces termes le -souvenir de ces inoubliables leçons du Villemain de 1829: - - Il me semble que je le vois encore, une liasse de livres ou de - papiers sous le bras, le dos voûté, la tête penchée sur une épaule, - le scintillement du regard voilé sous le renflement des paupières, - le pli des lèvres s’essayant au sourire comme un arc qui va lancer - des flèches, le tout avec un petit air de _Sainte-Nitouche_ qui ne - présageait rien de bon pour les idées communes, les ignorants, les - pédants et les imbéciles. - - Il s’asseyait, il parlait, et aussitôt le charme opérait, l’orateur - et l’auditoire étaient unis par un fil magnétique. Sa voix, par une - incroyable flexibilité d’organe, une étonnante variété d’intonations, - donnait une valeur prodigieuse non seulement à toutes ses paroles, - mais à tous ses silences. Quelle ingéniosité! Quelle souplesse! - Quel art caché sous ce naturel! Quelle justesse de demi-teintes - et de nuances!... Les allusions, les épigrammes, les malices, les - prétéritions narquoises, étaient saisies au vol avec une promptitude - qui nous mettait de moitié dans les spirituelles intentions de notre - enchanteur. C’était plaisir de souligner ce qu’il disait, d’achever ce - qu’il commençait, de deviner ce qu’il taisait[41]... - -Et pourtant, plus étonnant encore était Victor Cousin. Villemain -était un merveilleux, un incomparable virtuose, Cousin était tout un -orchestre. Ce n’est pas de ses leçons de la Sorbonne que l’on aurait -pu dire: _Cela manque de musique_. Il parlait _histoire_ comme Guizot, -_littérature_ comme Villemain; il parlait même _philosophie_, et il -obtenait des effets plus extraordinaires en traitant des sujets plus -arides. Sa faculté d’exposition avait toute la valeur d’une invention -originale. Partout où il voulait mener son auditoire, son auditoire le -suivait, avec frémissement, avec transport. - -Nous sommes en 1887. Les maîtres sont morts. De leurs auditeurs, -combien peu survivent! Pontmartin, l’un des derniers, se plaît à -raviver, pour un moment, ces figures disparues, ces images éteintes, -ces grands jours de la Sorbonne depuis longtemps évanouis. - - Le cours de M. Cousin, écrit-il, eut l’heureuse fortune de coïncider - avec les premières ardeurs du romantisme. On lui a reproché d’avoir - fait le roman de la philosophie plutôt que son histoire. C’était là - justement ce qui nous transportait. Pour passer des _Méditations_, - des _Odes et Ballades_, des _Orientales_, d’_Eloa_, de _Cromwell_ et - de sa préface aux leçons de M. Cousin, nous n’avions pas besoin de - changer d’atmosphère. Poésie, art, philosophie, découlaient de la - même source, s’allumaient au même foyer, échangeaient tour à tour - leurs rayonnements et leurs reflets. L’éloquent professeur réagissait - énergiquement contre la philosophie sensualiste des demeurants du - dernier siècle, tandis que nos poètes et nos artistes appliquaient - le même effort de réaction aux pâles continuateurs de Voltaire et - à l’école de l’abbé Delille... S’il ne disait pas assez clairement - ce que devait être la philosophie, il nous apprenait au moins ce - qu’elle devait ne pas être. D’ailleurs, encore une fois, ce détail - nous semblait secondaire. Il était pour nous un oracle plutôt qu’un - professeur, et il sied aux oracles de s’entourer de nuages. Au bout - de soixante ans, je crois le voir et l’entendre encore: _Deus! ecce - Deus!_... Il restait debout, et sa chaire devenait un trépied. - Ses yeux lançaient des flammes. Ses gestes excessifs ajoutaient à - l’entraînement de sa parole. Il était sibyllin sans être pédant, et - ses obscurités paraissaient calculées pour rendre plus vifs et plus - éclatants ses jets de lumière. Il avait des hardiesses de pensée et - de langage qui saisissaient nos intelligences, élargissaient les - horizons et introduisaient violemment l’histoire contemporaine dans la - philosophie de tous les temps[42]. - - -II - -Pour un jeune homme épris de l’amour des lettres, pour le lauréat -du collège Saint-Louis et du concours général, quelles fêtes que ces -matinées de la Sorbonne et quelles fêtes aussi au dehors! Partout, -dans la poésie, dans le roman, dans les arts, à la tribune comme au -théâtre, c’est un _renouveau_ merveilleux, «le plus beau comme le -plus hardi mouvement intellectuel qu’aucun de nos siècles ait encore -vu[43].»—«Allons-nous donc, écrit Jules Janin, allons-nous donc -avoir le siècle de Charles X, comme nous avons eu le siècle de Louis -XIV[44]?» Hélas! Charles X va tomber; il va reprendre le chemin de -l’exil. Mais il semble que, à cette heure suprême, les chefs-d’œuvre -veuillent se presser sur ses pas pour lui former un cortège digne -de cette maison de Bourbon, qui a fait la France. Au dernier Salon -de peinture de la Restauration, les plus grands noms de l’art au -XIX^e siècle se donnent rendez-vous. Parmi les peintres, Ingres, -Eugène Delacroix, Paul Delaroche, Léopold Robert, le baron Gérard, -Eugène Devéria, Isabey, Schnetz, Horace Vernet, Gudin, Heim, Sigalon, -Brascassat, Paul Huet, Bonington, Granet, Ary Scheffer. Parmi les -statuaires, Dumont, Cortot, Pradier, David d’Angers, Foyatier, Rude, -Nanteuil et Bosio. Du mois de juillet 1829, au mois d’août 1830, -pendant cette dernière année de la Restauration, qui fut précisément -la première année de droit de Pontmartin, Rossini fait représenter -_Guillaume Tell_, et Auber _Fra Diavolo_; Victor Hugo et Alfred de -Vigny donnent au Théâtre-Français _Hernani_ et le _More de Venise_[45], -Alfred de Musset publie les _Contes d’Espagne et d’Italie_, -Sainte-Beuve les _Consolations_, Lamartine les _Harmonies_, Théophile -Gautier ses premières _Poésies_[46]. Après s’être essayé sous les -pseudonymes d’Horace de Saint-Aubin, de Viellerglé de Saint-Alme et de -lord R’hoone, Balzac, entré en pleine possession de son talent, écrit -les _Scènes de la vie privée_[47], tandis que Prosper Mérimée, après -avoir fait paraître, au mois de mars 1829, la _Chronique du règne de -Charles IX_, compose ces nouvelles qui sont restées ses œuvres les plus -achevées, la _Partie de trictrac_, le _Vase étrusque_ et l’_Enlèvement -de la Redoute_. En même temps que Guizot, Villemain et Victor Cousin -professent à la Sorbonne, Cuvier, après quinze ans de silence, reprend -son cours au Collège de France. Berryer prononce son premier discours -parlementaire, Montalembert écrit son premier article. - -Chaque matin, sans y manquer jamais, Pontmartin allait bouquiner, sous -les galeries de l’Odéon, chez son voisin le libraire Masgana, sûr d’y -trouver le chef-d’œuvre du jour, en attendant celui du lendemain. Comme -sa bourse d’étudiant était bien garnie, il achetait le volume et, sans -perdre une heure, il allait le lire, l’hiver dans sa chambre de la rue -de Vaugirard, en été sous les tilleuls du Luxembourg. - -En dépit de ses brillantes études classiques, ou peut-être à cause -d’elles, il était romantique,—romantique avec Victor Hugo et -Sainte-Beuve, mais plus encore avec Chateaubriand, Lamartine, lord -Byron et Walter Scott. Il applaudissait à la chute des trois unités, -à la brisure du rythme, à la césure plus libre, à la rime plus riche: -mais ces questions de _forme_ et de _style_ n’avaient à ses yeux qu’une -importance secondaire. Ce qui l’attirait, ce qui le passionnait dans -le romantisme, pur encore de tout excès, c’était le retour aux idées -spiritualistes et chrétiennes. Il saluait en lui l’allié de l’opinion -royaliste, l’adversaire des coryphées du _libéralisme_, des voltigeurs -de Voltaire et de l’Encyclopédie. Dans son juvénile enthousiasme, il se -plaisait à y voir la revanche de l’art chrétien, des siècles de foi, -de la cathédrale gothique, contre le temple grec, le néo-paganisme -du dernier siècle, sa littérature aussi glaciale que sa philosophie. -Plus tard, quand l’École nouvelle, au lendemain de la révolution de -1830, reniera ses glorieux débuts et se fera anti-chrétienne, quand 93 -aura remplacé 89, quand le _Cénacle_ sera devenu un club démagogique, -Pontmartin s’en séparera, mais il ne se ralliera point pour cela au -pseudo-classicisme de Ponsard et de _Lucrèce_. Il demeurera ce qu’il -avait été en 1829; jusqu’à la fin, il sera un _romantique impénitent_. - - -III - -Emmanuel Richomme, son ancien condisciple de Saint-Louis, était -le neveu du peintre Paul Huet, le précurseur de notre grande école -paysagiste. Pontmartin fréquenta l’atelier de l’artiste, son aîné -seulement de quelques années[48], et noua avec lui une amitié, qu’il -consacrera plus tard en lui dédiant les _Mémoires d’un notaire_, ce -roman qui côtoie souvent de trop près le mélodrame, mais où il y a -de si charmants paysages, d’un ton si juste et si vrai. Lors de la -première représentation d’_Hernani_, Paul Huet fut chargé de fournir -une bande; il la recruta parmi ses élèves et les amis de son neveu. Et -voilà comment Armand de Pontmartin se trouva, le soir du 25 février -1830, au parterre du Théâtre-Français, applaudissant à tout rompre les -vers de Hugo, en compagnie des rapins les plus frénétiques. - -Dans ses _Mémoires_[49], il a retracé les principaux épisodes de cette -soirée mémorable. Il sortit du théâtre plus hugolâtre que jamais, -pressé du besoin de dire à tous—_urbi et orbi_—son admiration et -son enthousiasme. Il y avait justement, en ce temps-là, sur le pavé -de Paris, un petit journal qui lui avait quelques obligations et ne -demandait pas mieux que d’insérer sa prose. De ses deux cousins, -Henri et Alfred de Cambis, le second, paresseux et étourdi, avait -été retiré du collège, où il perdait son temps; le marquis de Cambis -lui avait donné pour précepteur un jeune universitaire, quelque -peu journaliste, nommé Félix Lebertre. Lebertre était _libéral_ et -hostile au _parti prêtre_; mais comme cet ennemi de _la Congrégation_ -n’était pas, malgré tout, bien féroce, et qu’il avait la passion de -la littérature, Pontmartin s’était lié avec lui et avait été un des -premiers souscripteurs de son journal, _la Silhouette_: c’était une -feuille à images, à prétentions mondaines, et qui s’occupait volontiers -des théâtres. Elle ouvrit avec empressement ses colonnes à l’article de -Pontmartin sur _Hernani_, improvisé en quelques heures le lendemain de -la première représentation. - -En même temps que _la Silhouette_, Lebertre dirigeait une autre -publication, _le Petit Plutarque français_, Pontmartin y donna deux -notices sur _Corneille_ et sur _La Fontaine_, _ornées_ de gravures sur -bois. Mais il allait bientôt débuter dans un recueil plus important, -dans une des principales Revues de l’époque, _le Correspondant_. - -Fondé le 10 mars 1829 par MM. Bailly de Surcy, Edmond de Cazalès -et Louis de Carné, le _Correspondant_, après avoir été d’abord -hebdomadaire, paraissait, depuis le 2 mars 1830, deux fois par semaine, -le mardi et le vendredi, en un cahier de huit pages in-4^o, à deux -colonnes. - -A la fois religieuse, politique et littéraire, la nouvelle Revue, dont -presque tous les rédacteurs étaient des _jeunes_, professait hautement -les doctrines catholiques et monarchiques; en littérature, elle -inclinait vers le romantisme, mais avec de sages réserves. Elle venait -justement de publier sur _Hernani_ deux grands articles, où je relève, -à côté des éloges les plus mérités, ces lignes quasi prophétiques: -«L’invocation au tombeau de Charlemagne est noble et grande... -toutefois l’ensemble est entaché du vice d’une fausse profondeur; il -y a plus d’images que de pensées, et les pensées arrivent par les -images... Mon oreille est étonnée, mon âme n’est pas profondément -ébranlée[50]...» - -_Il y a plus d’images que de pensées, et les pensées arrivent par les -images_: Victor Hugo poète, avec ses qualités et ses défauts, n’est-il -pas tout entier dans cette phrase? - -Toutes les sympathies de Pontmartin allaient naturellement au -_Correspondant_, et il se disait que, lorsqu’il aurait quelques années -de plus, il serait heureux de se joindre à ce groupe d’élite. Plus tôt -qu’il ne le pensait, et avant la fin de sa première année de droit, la -porte de la Revue s’ouvrit à demi devant lui, en attendant de s’ouvrir -plus tard toute grande. - -Le 29 juin 1830, eut lieu à l’Académie française la double réception -du général Philippe de Ségur et de M. de Pongerville. Les deux -récipiendaires et MM. Arnault et de Jouy, chargés de leur répondre, -attaquèrent le romantisme avec une véritable furie: - - Ils étaient quatre - Qui voulaient se battre... - -Armand de Pontmartin assistait à la séance, avec un billet que lui -avait procuré son oncle, M. de Cambis. Rentré chez lui, il écrivit -trois ou quatre pages où il parlait des quatre _immortels_ et aussi -d’un demi-quarteron de leurs confrères, avec la plus parfaite -irrévérence. Une heure après, l’article était dans la boîte du -_Correspondant_, au numéro 5 de la rue Saint-Thomas-d’Enfer. - -Ce premier article, on s’en souvient toujours. «Moi-même, écrira -Pontmartin dans une de ses causeries de 1876, moi-même, à un -demi-siècle de distance, je ne puis oublier avec quel battement de -cœur je jetai dans la boîte du _Correspondant_ le premier en date de -mes innombrables articles, et quelle fut ma joie, trois jours après, -en me voyant imprimé tout vif sur la même page que mes aînés, Louis de -Carné et Edmond de Cazalès. Ce sont là de ces impressions de jeunesse -qui s’effacent et que l’on croit mortes, tant que la vie semble encore -avoir encore quelque chose à nous donner. Mais quand tout manque à la -fois, quand on n’a plus devant soi que deuil et que ténèbres, on se -retourne et l’on aperçoit bien loin, à l’extrémité de l’horizon, une -pâle et faible lueur. C’est le fugitif rayon de la vingtième année, -l’adieu furtif du premier rêve à la dernière réalité[51].» - -Toutes nos joies sont courtes. L’article du _Correspondant_ avait paru -le 2 juillet: moins de quatre semaines après, éclatait la Révolution -de 1830. Pontmartin était encore à Paris, où il était resté avec sa -mère et son oncle Joseph. Après les premiers jours de trouble, et -dès que les routes furent rouvertes, on revint aux Angles, où M. -de Pontmartin le père s’était rendu dès le printemps. On le trouva -très souffrant, accablé par les nouvelles de Paris. Bientôt même il -fallut le transporter à Avignon, dans la maison de son beau-frère de -Cambis, afin d’être plus à portée des médecins. La douleur causée au -fidèle royaliste par la chute de ses princes, ses inquiétudes pendant -plusieurs mois pour la vie de M. de Polignac, son compagnon des années -d’émigration, aggravèrent sa maladie et hâtèrent sa mort, qui eut lieu -en un jour de deuil monarchique, particulièrement poignant au lendemain -d’un nouvel exil des Bourbons, le 21 janvier 1831. - - -IV - -Ce fut seulement au mois d’octobre suivant que la famille, privée -de son chef, rentra à Paris, et que Pontmartin commença sa deuxième -année de droit. Cette seconde année ne devait guère ressembler à la -première. Plus de fêtes en Sorbonne, plus de soirées aux Italiens, plus -de lectures paisibles et charmantes sous les arbres du Luxembourg. -Les émeutes succédaient aux émeutes et des menaces de guerre venaient -du dehors. Pendant que M^{me} la duchesse de Berry tentait en Vendée -son héroïque aventure, les républicains se battaient au cloître -Saint-Merry. Paris était mis en état de siège. Aux tristesses publiques -venait se joindre pour Armand de Pontmartin un nouveau deuil de -famille. Le 13 janvier 1832, un an presque jour pour jour après la mort -de son père, il eut la grande douleur de perdre l’oncle Joseph, qui, -malgré son chagrin, malgré une fatigue qui équivalait pour son corps -débile à une grave maladie, avait tenu à suivre son neveu à Paris et à -se réinstaller avec lui dans l’appartement de la rue de Vaugirard. Son -corps fut rapporté aux Angles, accompagné par un prêtre ami. M^{me} de -Pontmartin n’avait pas voulu que son fils interrompît encore ses études -pour faire ce triste voyage. - -Dans les derniers jours de mars 1832, le choléra fit son apparition -à Paris. Commencée le 26 mars, l’épidémie ne devait finir que le 30 -septembre. Pendant ces cent quatre-vingt-neuf jours, le chiffre des -victimes s’éleva à 18,406[52]. - -De cette effroyable tragédie, de l’état d’âme des Parisiens pendant -que le terrible fléau multipliait ses coups, de jour en jour plus -meurtriers, Pontmartin a donné, dans ses _Mémoires_[53], une émouvante -et très fidèle peinture. Ce chapitre parut dans le _Correspondant_ du -25 novembre 1881. Après l’avoir lu, Cuvillier-Fleury lui écrivait: «Je -suis encore ému, mon cher ami, de l’émotion que votre récit, _daté -du choléra_, a causée à ma femme. Que cela est bien pensé, bien dit! -Si je ne suis pas avec vous, aussi avant que vous, dans un certain -mysticisme, qui convient aux solitaires quand ils ont de belles -âmes, je n’en suis pas moins touché de ces nobles réminiscences, qui -vont chercher en remontant quarante ou cinquante ans leurs souvenirs -d’autrefois, et les trouvent presque rajeunis par cette éternelle -fraîcheur des bons sentiments...» - -Dès le milieu d’avril, Paris n’était plus qu’une nécropole. Les -marchands, sans doute, ouvraient leurs boutiques, les théâtres ne -fermaient pas leurs portes; les fiacres roulaient, les bourgeois -montaient leur garde. Rien n’était suspendu dans le mouvement des -affaires, et l’on affichait même chaque matin les plaisirs de la -journée[54]. Mais ces vains simulacres et ces fausses apparences ne -trompaient personne. Les chiffres de la mortalité augmentaient d’heure -en heure. Les hôpitaux regorgeaient; les corbillards étaient débordés, -et, pour suppléer à leur insuffisance, il avait fallu recourir à des -omnibus funéraires, à de gigantesques tapissières, tendues de noir, qui -dissimulaient aux regards le chiffre des _déménagements_. Une indicible -terreur enveloppait la ville, et les plus braves eux-mêmes n’en étaient -pas exempts. Quand on se séparait le soir, on n’osait pas se dire: «A -demain!» - -Pour ne pas effrayer sa mère, Pontmartin s’efforçait de faire bonne -contenance; mais, nerveux et impressionnable à l’excès, il avait peine -à y réussir. Les images de mort qui se renouvelaient sans cesse sous -ses yeux, en lui rappelant les chers défunts qu’il avait récemment -perdus, le faisaient constamment songer à un proverbe provençal, -qui dit que, lorsque la mort est installée dans une maison, elle -n’en sort plus. A ces préoccupations funèbres s’ajoutait une pensée -superstitieuse et puérile. Il était encore sur les bancs du collège, -lorsque son ami Léonard Retouret, dont une des _toquades_ était de -prédire l’avenir, lui avait dit: «Tu sais, toi, tu mourras dans cinq -ans.» Pontmartin avait écrit, à la première page de son Virgile, la -date de cette prédiction: _19 avril 1827_. A mesure que l’on approchait -de l’échéance fatale—19 avril 1832,—il croyait de plus en plus à -la réalisation de la prophétie. Ce brave Retouret s’était trompé—et -trompé de près de soixante ans. Le 20 avril, Pontmartin se leva, -pleinement rassuré, si bien que, le 29 mai suivant, il assistait avec -quelques amis, au théâtre de la Porte-Saint-Martin, à la première -représentation de la _Tour de Nesle_. Comme on était loin déjà de la -première représentation d’_Hernani_! Ce n’était plus le même public. -Les rapins d’atelier étaient toujours là, sans doute; mais où étaient -les autres claqueurs du 25 février 1830, fils de famille, lauréats -de l’Université, rédacteurs du _Globe_, artistes _arrivés_, poètes -du _Cénacle_? Ils étaient remplacés par des habitués d’estaminet, -des acteurs et des actrices des petits théâtres, des journalistes -républicains, des _bousingots_ en bérets et en casquettes rouges. -La fameuse tirade des _Grandes dames_ provoqua des applaudissements -frénétiques. Ces bravos redoublèrent quand le pauvre roi Louis le -Hutin, après avoir dit aux seigneurs de sa cour: «Je vais donner -l’ordre qu’une taxe soit levée sur la ville de Paris à l’occasion -de ma rentrée», s’avança sur le balcon et dit au peuple: «Oui, mes -enfants, je m’occupe de diminuer les impôts; je veux que vous soyez -tous heureux, car je vous aime!» Pontmartin était consterné. Son -cher _romantisme_ n’était plus, après trois ans, qu’un épisode du -triomphe révolutionnaire, gonflé de phrases de mélodrame et pimenté de -tirades démocratiques. «Ah! disait-il tristement à ses amis pendant -les entr’actes,—ce n’est plus ça, mais plus du tout! Adieu nos beaux -rêves.» - -Parmi les étudiants qui l’accompagnaient à cette _première_ de la -_Tour de Nesle_, il en était un qui d’habitude n’allait point au -théâtre, Alfred Thureau-Dangin[55], qu’il avait connu dès le collège et -qui était devenu son meilleur ami. Très lettré, d’un esprit charmant, -d’une piété ardente, Alfred Thureau était dès lors ce qu’il devait être -toujours, et de plus en plus, un chrétien modèle, l’homme de tous les -devoirs et de toutes les vertus[56]. Pontmartin était d’un caractère -un peu faible, prompt aux entraînements. A cette heure critique, et -si souvent décisive, de la jeunesse, il avait besoin d’un guide et -d’un appui. Ce lui fut une inestimable fortune de trouver dans Alfred -Thureau l’ami-apôtre, celui qui est toujours prêt à donner les bons -conseils et surtout les bons exemples. - -Quand le choléra fut en décroissance, au mois d’août, Pontmartin -quitta Paris avec sa mère. Il y revint seul au mois de novembre, non -pour y terminer ses études juridiques, mais pour y faire un court -séjour, emballer les meubles à destination d’Avignon et dire un -adieu définitif à la place du Panthéon et à la rue de Vaugirard. La -littérature l’avait décidément conquis sur le droit, dont en somme -il n’avait fait que deux années et passé que deux examens: il se -contentait du titre de bachelier en droit, ce qui, après tout, était -suffisant pour être un jour maire de village. - - - - -CHAPITRE IV - -LES ANNÉES D’AVIGNON - -(1833-1838) - - La rue Violette et le baron de Montfaucon. Un maire d’autrefois. - Le Cercle de l’Escarène et le _Café Boudin_.—L’Affaire du _Carlo - Alberto_, le vicomte de Saint-Priest et la marquise de Calvière. Les - bureaux d’une feuille royaliste en 1833, Henri Abel et Eugène Roux. - Les _Revues littéraires_ de la _Gazette du Midi_. Esprit Requien - et ses dîners du dimanche. Prosper Mérimée.—Le bonhomme Joudou et - le _Messager de Vaucluse_. M^{me} Dorval. Pontmartin et le théâtre - romantique. Les élections de 1837. Brochure sur Berryer.—L’_Album - d’Avignon_. Pages sur Alfred de Musset. Joseph Michaud à Avignon. - «Lisez du Voltaire.» - - -I - - Tel qui part pour _douze ans_ croit partir pour un jour. - -Pontmartin, en s’éloignant de Paris, se promettait d’y revenir -bientôt. Il avait déjà quelques relations dans le monde des lettres et -des arts: la littérature, il le sentait bien, était sa véritable, sa -seule vocation. Il louerait un appartement modeste, mais convenable, -sur la rive gauche, dans un quartier classique, entre l’Institut et -l’Abbaye-aux-Bois, à deux pas de la _Revue des Deux Mondes_; il se -ferait présenter dans quelques-uns de ces salons où se réunissent les -célébrités littéraires et scientifiques et qui sont souvent le chemin -le plus court pour arriver à l’Académie. Ce rêve, rien ne lui était -plus facile que de le réaliser. Il y renonça, parce qu’il lui aurait -fallu quitter sa mère. - -M^{me} de Pontmartin était d’une santé délicate, elle ne pouvait plus -supporter le climat de Paris; il lui fallait désormais le soleil -du Midi. De plus, privée de son mari, de son beau-frère, elle se -trouvait hors d’état de diriger un jeune homme vif, ardent, passionné -de théâtre, épris de ce _romantisme_ qui ne lui disait rien de bon, -prêt à fréquenter, en même temps que les salons, ces ateliers et -ces _cénacles_, qu’elle connaissait mal sans doute, mais qui lui -apparaissaient comme des lieux de perdition. Pontmartin ne put se -décider à lui faire le chagrin de rester seul à Paris à vingt et un -ans. Peut-être, se disait-il _in petto_, qu’après deux ou trois ans de -séjour en province, ayant un peu mûri, il pourrait, sans effaroucher sa -mère, se partager entre Avignon et la capitale, et passer dans cette -dernière plusieurs mois chaque année. Il restera donc provisoirement -à Avignon; mais, on le sait, rien ne dure plus longtemps que le -provisoire. - -On s’installa, non à la campagne, mais à la ville. M^{me} de -Pontmartin s’y trouvait mieux pour sa santé et à cause du voisinage -de l’église, celle des des Angles étant d’un accès très difficile. -Elle habita, avec son fils, un appartement situé rue Violette, dans -l’hôtel du baron de Montfaucon[57], le dernier maire d’Avignon sous -la Restauration. C’était un maire, comme on n’en fait plus, un de -ces _originaux_ comme il en existait encore beaucoup à cette date et -qui donnaient à la province une physionomie particulière, qu’elle a -depuis longtemps perdue. Bon, affable, généreux, recherché dans les -salons et populaire dans les faubourgs, il chantait joliment la romance -sentimentale, jouait à merveille la comédie à ariettes, déclamait -sans broncher des scènes de tragédie. Jamais édile, du reste, ne sut -mieux mêler l’utile à l’agréable. Quand le budget de la ville était -menacé d’un déficit, ou lorsque son conseil municipal reculait devant -une grosse dépense, il avait une méthode qu’on peut recommander sans -crainte à nos maires républicains, car on est sûr qu’ils ne la suivront -pas. Il payait de ses propres deniers de quoi combler les lacunes. -C’est ainsi qu’à l’inauguration de la nouvelle salle de spectacle, il -avait recruté à ses frais une troupe que lui enviaient Lyon, Marseille -et Toulouse. - -Pris en grande amitié par le baron de Montfaucon, spirituel jusqu’au -bout des ongles, professant en toute rencontre le _carlisme_ le plus -intransigeant, Armand de Pontmartin devint bien vite le favori de la -haute société avignonnaise. Or, Avignon à cette époque, était une -vraie succursale du faubourg Saint-Germain. On y rencontrait, dans -le même salon, les Crillon, les Gramont-Caderousse, les Caumont, les -Galléan (ducs de Gadagne), les Monteynard, les Bernis, les Calvière, -les Tournon, les Piolenc, les La Fare, les Forbin, les Cambis, les des -Isnards, etc. - -Et comme elle avait son faubourg Saint-Germain, la ville des Papes -avait aussi son Jockey-Club, le cercle de l’_Escarène_, où la jeunesse -dorée passait sa vie, Pontmartin y fréquentait et y jouait le soir à -la bouillotte. Le matin, il allait de préférence au _Café Boudin_,—un -café ou plutôt un immense jardin, avec de beaux arbres, dont la -renommée s’étendait à cinquante lieues à la ronde, grâce surtout à son -magnifique jeu de paume. Le propriétaire, le père Boudin, dont l’un des -fils devint secrétaire d’Augustin Thierry, avait installé une tonnelle -dans la cour attenante à la salle. Au printemps, ces treillis peints -en vert se couvraient de plantes grimpantes, houblon et vigne vierge, -glycine et clématite. Les causeurs et les beaux esprits avignonnais -s’y donnaient rendez-vous pour prendre leur tasse de chocolat avec -le classique pain au beurre, lire les journaux et parler politique. -Pontmartin était un des habitués de la tonnelle. Il lui arrivait même -d’y aller le soir, quand elle s’illumiminait _à giorno_ à l’aide de six -quinquets et que les élégants et les belles dames y venaient, de neuf à -onze heures, prendre des glaces. - -Tout cela, paraît-il, ne laissait pas d’être grave. Aller dans le -monde, passer ses soirées au cercle, dîner avec de joyeux amis, -fréquenter le _Café Boudin_! Horreur! Sainte-Beuve en est tout -suffoqué; il se voile la face et il écrit ces lignes: «A ceux qui en -douteraient à voir la sévérité de sa doctrine, je dirai (ce qui n’est -jamais une injure pour un galant homme) que M. de Pontmartin eut de la -jeunesse. La ville d’Avignon s’en est longtemps souvenue, me dit-on et -les échos l’ont répété[58].» - -Si Pontmartin se pliait volontiers à la vie provinciale, il ne -renonçait pas pour cela à ses visées littéraires. Il dévorait tous les -livres nouveaux, il lisait tous les articles de la _Revue de Paris_ et -de la _Revue des Deux Mondes_, et après chacune de ces lectures, il -se disait: _Semper ego auditor tantum?_ Doué dès cette époque d’une -incroyable facilité de plume, il se sentait attiré surtout vers le -journalisme. Malheureusement il n’y avait à Avignon aucun journal où il -pût écrire. Il allait en trouver un ailleurs. - - -II - -Il y avait alors dans les prisons de Marseille un certain nombre de -royalistes, qui s’étaient associés à l’imprudente mais chevaleresque -entreprise de la duchesse de Berry et qui avaient été arrêtés à la -Ciotat au moment où ils débarquaient du _Carlo-Alberto_. Depuis le -1^{er} mai 1832, ils attendaient leur mise en jugement. Le plus -marquant de ces détenus était le général vicomte de Saint-Priest[59], -ancien ambassadeur de France à Madrid. Sa sœur, la marquise de -Calvière, était l’amie intime de M^{me} de Pontmartin, qui avait logé -dans sa maison jusqu’en 1823[60]; elle lui écrivit qu’elle était -venue à Marseille pour voir son frère, qu’elle était horriblement -inquiète[61] et que ce lui serait une grande consolation de l’avoir -auprès d’elle. Deux jours après, M^{me} de Pontmartin et son fils -descendaient à l’hôtel Beauvau. - -On était au mois de janvier 1833. La _Gazette du Midi_, qui paraissait -à Marseille depuis le mois d’octobre 1830, avait déjà pris dans toute -la région une sérieuse importance. Une des premières visites de -Pontmartin fut pour la feuille royaliste. - -La presse de province n’était pas riche en ce temps-là (les choses -ont-elles beaucoup changé depuis?). L’imprimerie de la _Gazette_ -occupait un sordide hangar dans la cour d’une maison de la rue Paradis, -au n^o 47. On accédait par un escalier en bois au cabinet de rédaction, -sorte de soupente qu’éclairait une seule fenêtre, et dont tout -l’ameublement se composait de quelques chaises de paille et de deux -pupitres en bois blanc peint de noir, avec encrier en tête de pipe, -fiché dans la tablette supérieure[62].—Oui, mais devant ces pupitres -d’écoliers, s’asseyaient chaque matin deux maîtres journalistes, Henri -Abel[63] et Eugène Roux[64]. - -Henri Abel, le rédacteur en chef, avait trente-sept ans. Il y avait -deux ans que, sur les instances de quelques amis, il avait quitté le -commerce des denrées de Provence pour devenir le directeur du journal. -Ses immenses lectures, sa prodigieuse mémoire, la rectitude de son -esprit et l’énergie de ses convictions lui avaient permis, dès les -premiers jours, d’écrire des articles, qui furent très remarqués. Comme -ils n’étaient pas signés, on les attribuait à de hautes personnalités, -quelquefois à Berryer lui-même. Si l’on objectait que l’article, tout -d’actualité, avait certainement été fait sur place, que les lettres de -Paris mettaient trois jours à venir, et que le ministre de l’Intérieur -n’avait sans doute pas mis le télégraphe à la disposition du chef -de l’opposition légitimiste: «Alors, reprenaient nos gens, qui ne -voulaient pas se tenir pour battus, il doit être de Laboulie[65], à -moins qu’il ne soit du marquis de Montgrand[66].» Et personne ne se -doutait que l’anonyme, déjà célèbre à ses débuts, était le modeste -commerçant, enlevé d’hier par la politique aux vulgarités de la «chère -vôtre». - -En 1833, le nom d’Henri Abel était victorieusement sorti de l’ombre, et -le temps était proche où deux ou trois journaux parisiens lui feraient -les propositions les plus séduisantes: il refusera sans hésiter. Il -était bien trop spirituel, et surtout trop Marseillais, pour sacrifier -la Cannebière aux Boulevards, pour échanger le soleil et la mer contre -les brouillards de la rue du Croissant ou le ruisseau de la rue -Montmartre. - -Armand de Pontmartin et Abel eurent vite fait de s’entendre. Il fut -convenu, dès leur premier entretien, que l’ancien élève de Saint-Louis -enverrait à la _Gazette du Midi_ des articles de critique littéraire. -Le premier parut le 5 septembre 1833; il était consacré aux _Prisons_ -de Silvio Pellico. Vinrent ensuite des feuilletons sur _Volupté_, de -Sainte-Beuve; _Stello_, d’Alfred de Vigny; _le Lys dans la vallée_, de -Balzac; la _Confession d’un Enfant du siècle_, d’Alfred de Musset; les -_Chants du Crépuscule_, de Victor Hugo; _Simon_ et _Mauprat_, de George -Sand, etc., etc. Ils eurent du succès, si bien qu’après les avoir -signés d’abord _A. P._, puis _A. de P._, l’auteur se décida à y mettre -son nom en toutes lettres. - -Cette collaboration, qui dura jusqu’en 1843, ne tarda pas d’avoir -pour lui d’heureux résultats. Jusque-là ses compatriotes n’avaient -guère vu en lui qu’un jeune homme instruit, riche, titré, spirituel, -héros de cercle et de salons, qui ne manquerait pas de faire un -jour un beau mariage; après quoi, tout serait dit. Depuis que -paraissaient, dans le journal le plus important de la région, ses -_Revues littéraires_, on le jugeait autrement; on commençait à se -demander s’il n’y avait pas en lui l’étoffe d’un écrivain de talent et -s’il n’était pas destiné à devenir célèbre. Parmi ceux qui suivaient -ses articles avec le plus d’intérêt et qui lui prodiguaient le plus -d’encouragements, était M. Esprit Requien[67], botaniste et géologue -de premier ordre qui, sur un plus grand théâtre, eût été le rival des -Jussieu, des Candolle et des Mirbel. Sa science encyclopédique n’avait -rien de pédantesque, d’officiel et de gourmé. Sa simplicité, son esprit -et sa belle humeur égalaient son savoir. Ses dîners du dimanche, où -la chère était d’ailleurs excellente, avaient un succès universel. -Les célébrités qui passaient à Avignon acceptaient volontiers son -hospitalité. Pontmartin vit successivement à sa table le duc de Luynes, -Horace Vernet, Paul Delaroche, Xavier Marmier, Méry, J.-J. Ampère, -Fauriel, M. de Mirbel, le peintre Champmartin, Liszt, Castil-Blaze -et son fils Henry Blaze de Bury, sans compter Prosper Mérimée, alors -inspecteur des monuments historiques dans le Midi de la France. - -Le dimanche 17 août 1834, au dîner hebdomadaire de la rue des Tanneurs, -Pontmartin fut placé à côté de Mérimée, qui venait justement de -publier, dans la _Revue des Deux Mondes_, une de ses nouvelles, _les -Ames du Purgatoire_[68], et à qui Requien, dont il était l’hôte depuis -deux ou trois jours, avait fait lire quelques-uns des articles de son -jeune ami. On causa littérature et beaux-arts. Malgré ses préventions -contre la province, malgré son désir de ne jamais être ou paraître -dupe, l’auteur de la _Double Méprise_ ne put conserver jusqu’au bout -son attitude glaciale et un peu hautaine. Charmé par l’esprit et la -bonne grâce de son voisin, il se montra bienveillant, aimable, _bon -enfant_. Quand on sortit de table, il avait quitté tout à fait son air -de _pince-sans-rire_, et il dit à Pontmartin: - -—Avez-vous la vocation? - -—Oui, je le crois... j’en suis sûr... D’ailleurs, pourrais-je en avoir -une autre? - -—Eh bien, si vous avez la vocation, vous aurez tôt ou tard -l’occasion. J’ai idée que nous nous reverrons un jour aux bureaux de la -_Revue des Deux Mondes_, chez Buloz, dans cette singulière maison de la -rue Saint-Benoît, qui a un jardin au premier étage. - -Cet oracle était plus sûr que celui de Léonard Retouret. - - -III - -La collaboration de Pontmartin à la _Gazette du Midi_ lui laissait des -loisirs. Il regrettait de ne pas avoir sous la main, à Avignon même, -une feuille, si modeste fût-elle, où il pourrait écrire des chroniques -mondaines et des feuilletons de théâtre. Par une belle matinée d’hiver, -au mois de novembre 1836, il reçut la visite d’un vieil original, nommé -Joudou, dont la manie était de fonder des journaux qui vivaient, en -moyenne, trois mois ou six semaines. Le bonhomme Joudou lui annonça -qu’il allait créer un nouveau journal, _le Messager de Vaucluse_, et -il lui demanda de vouloir bien se charger du feuilleton. Pontmartin -accepta, mais à la condition de ne pas signer. - -Le _Messager_ devait paraître deux fois par semaine, le jeudi et le -dimanche; il ne parlerait pas politique et traiterait seulement les -questions de littérature, d’histoire locale, d’archéologie, de travaux -publics et d’hygiène. Le premier numéro parut le jeudi 1^{er} décembre -1836; Pontmartin inaugura sa collaboration, dans celui du 11 décembre, -par un feuilleton signé _Z.Z.Z._ - -M^{me} Dorval venait d’arriver à Avignon, où elle devait donner une -série de dix à douze représentations. C’était une bonne fortune -pour le critique du _Messager_ d’avoir l’occasion de parler d’une -grande artiste et de passer en revue les principales pièces du -théâtre romantique. M^{me} Dorval joua successivement _Trente ans -ou la Vie d’un joueur_, de Victor Ducange et Dinaux; _Clotilde_, -de Frédéric Soulié; _Antony_, _la Tour de Nesle_, _Henri III et sa -Cour_, d’Alexandre Dumas; _Jeanne Vaubernier_, de Pierre Lafitte[69]; -_Angelo_, de Victor Hugo; _Chatterton_, d’Alfred de Vigny. - -Pontmartin ne lui consacra pas moins de six feuilletons[70]. Il parla -d’elle avec enthousiasme. L’enthousiasme, du reste, était justifié. -M^{me} Dorval n’avait pas la distinction aristocratique de M^{lle} -Mars, son élégance incomparable, son art savant et profond; mais, -plus que sa glorieuse rivale, elle était une artiste d’inspiration, -l’interprète par excellence du drame moderne. Elle était la passion -même, comédienne par hasard et par instinct, comme M^{lle} Mars était -une comédienne par la nature et par l’étude; comédienne avec son cœur -comme M^{lle} Mars était comédienne avec son esprit[71]. - -Pontmartin dit dans ses _Mémoires_: «J’avais habilement mélangé la -prose doctorale de Gustave Planche, les gentilles paillettes de Jules -Janin et mes souvenirs personnels du théâtre de la Porte-Saint-Martin. -J’exprimai le plus fougueux enthousiasme et je citai un passage de la -_Revue des Deux Mondes_, d’où il résultait que M^{lle} Mars n’allait -pas à la cheville de M^{me} Dorval[72].» Cela n’est pas exact. Quoique -romantique, Pontmartin aimait par-dessus tout ce qui était correct, -délicat, charmant, distingué. Ses préférences devaient donc aller à -M^{lle} Mars. Quand il eut à parler de _Henri III et sa Cour_, évoquant -son souvenir dans le rôle de la duchesse de Guise, qu’elle avait créé -au Théâtre-Français, il n’hésita pas à la déclarer supérieure à M^{me} -Dorval[73]. - -Dans ce même article sur le drame de Dumas, il juge ses amis les -_romantiques_ comme un homme affranchi de toute servitude d’école: - - Notre ami Alexandre Dumas, dit-il, esprit aventureux, peu profond, - prêt à toute circonstance, avait d’abord fait sa pièce en trois actes, - sous le titre de _la Duchesse de Guise_. Mais, à cette époque, on - était engoué de chroniques, de moyen âge et de barbes pointues; on ne - voyait plus au théâtre et dans nos musées la moindre toge romaine, - la moindre tunique grecque, mais des pourpoints, des justaucorps, - des souliers à la poulaine et des vertugadins. Notre auteur, voyant - cette mode, imagina de plaquer au drame primitif deux actes de couleur - locale et il l’intitula gravement _Henri III et sa Cour_. Le drame fut - joué[74] et eut un grand succès que les romantiques (il y en avait - alors) attribuèrent obstinément à la sarbacane du duc de Joyeuse, au - bilboquet de d’Epernon et à la fraise de Saint-Mégrin: innocentes - bribes historiques auxquelles personne aujourd’hui ne fait attention. - Mais par bonheur Dumas, qui était dès lors un écrivain passionné, - un cœur chaud et énergique, avait jeté à travers ces réminiscences - d’Anquetil quelques scènes de passion véritable... - -Dans son feuilleton sur _Angelo_, après avoir dit son admiration pour -M^{me} Dorval, qui jouait le rôle de Catarina Bragadini, la femme du -podestat, il ne se souvient d’avoir été l’un des claqueurs d’_Hernani_ -que pour condamner plus sévèrement le nouveau drame de Hugo: «Elle nous -a tant émus, écrit-il, nous l’avons si bien applaudie, que nous avons -oublié _de ne pas applaudir la pièce_. Elle a tendu sa main à M. Hugo, -et elle l’a sauvé. Que d’aumônes semblables elle a faites, dans sa vie! -Que de naufrages elle a épargné à ses poètes, et comme elle a mérité de -rencontrer enfin celui qui ne lui laissera plus qu’à traduire et ne lui -donnera rien à corriger[75]!» - -M^{me} Dorval une fois partie, Pontmartin remplaça les comptes rendus -de théâtre par des _Causeries littéraires et mondaines_, en même -temps qu’il écrivait de courtes nouvelles, songeant déjà à mener de -front, s’il le pouvait, la critique et le roman. Du 16 février au 20 -avril 1837, il publia, dans le _Messager_, une suite d’_Esquisses_, -qui avaient pour titre: I. _La Vie d’artiste_; II. _Une Heure dans la -vie_; III. _Les Courtisans de l’exil_; IV. _Les Deux violons_. Le 25 -juin, il commençait une nouvelle série, à laquelle il donnait ce titre: -_Souvenirs du monde_, et qu’il faisait précéder de cette note: «Les -fragments qu’on va lire font partie d’un ouvrage intitulé _la Vérité -vraie_, qui paraîtra cet hiver chez Eugène Renduel.» Eugène Renduel -était alors l’éditeur des romantiques. De ces _Souvenirs du monde_, -deux chapitres seulement ont paru: _Partie Carrée_[76] et _Suicides -amoureux_[77]. - -Mais la politique à ce même moment, allait le distraire de la -littérature. - -Le 4 octobre 1837, la dissolution de la Chambre des députés fut -prononcée, et les électeurs convoqués pour le 4 novembre. Les électeurs -d’Avignon allaient avoir à remplacer le marquis de Cambis, qui venait -d’être appelé à la pairie. Le candidat constitutionnel était M. Eugène -Poncet[78]; les royalistes lui opposèrent M. Berryer, lequel, du -reste, ne prit aucune part à la lutte, étant assuré de sa réélection à -Marseille. Entre les deux candidats, la situation de Pontmartin était -particulièrement délicate. M. Poncet était ouvertement patronné par -le marquis de Cambis; il n’avait même consenti à lui succéder qu’à la -condition de se retirer dès que Henri de Cambis aurait trente ans, ce -qui devait avoir lieu en 1840. Pontmartin avait une sincère affection -pour son oncle, une vive amitié pour son cousin. Entre eux et Berryer -cependant il n’hésita pas. _Henriquinquiste_ intransigeant, il estima -que c’était le cas, ou jamais, de mettre en pratique la vieille maxime: -_Amicus Plato, sed magis amica veritas_. - -Le 22 octobre 1837, il faisait paraître dans le _Messager_ un grand -article intitulé: _Puissances intellectuelles de notre époque. I. -Berryer_. Premier article: _Berryer homme politique_. Ce premier -article était suivi de cette note: «Au numéro prochain le deuxième -article: _Berryer orateur_.» - -Le _Messager de Vaucluse_ n’avait pas le droit de parler politique, -faute d’un cautionnement que le bon Joudou s’était trouvé hors d’état -de verser. La préfecture lui fit comprendre qu’il serait sage à lui -de s’arrêter dans la voie où il venait de s’engager. Il refusa donc -d’insérer l’article promis. Le jour du vote approchait. Pontmartin -réunit ses deux articles en une petite brochure, qui parut le 28 -octobre, accompagnée de ces lignes: - - La première partie de cette esquisse a paru dans le _Messager de - Vaucluse_; la suite n’ayant pu y être insérée, des motifs d’à-propos - ont fait désirer qu’elle fût publiée, ce qui a forcé de réimprimer le - tout. Nous rappelons ceci, non pour blâmer l’administration, mais de - peur qu’on nous accuse d’avoir prétendu donner à un simple article de - journal la valeur d’une œuvre plus durable. _A. P._ - -La brochure, on le pense bien, était un panégyrique enthousiaste du -grand orateur, alors dans tout l’éclat de son magnifique talent. Sept -jours après sa publication, avait lieu le vote. M. Poncet fut élu avec -268 suffrages sur 434 votants. Berryer obtint 163 voix[79]. - - -IV - -Il ne lui était pas permis dans le _Messager_—Pontmartin venait d’en -avoir la preuve—de faire, même en passant, de la politique. Pourquoi -n’aurait-il pas un journal où il serait chez lui et où le timide Joudou -n’aurait rien à voir? La main lui démangeait d’écrire, il avait du -temps, de l’esprit et de l’argent à perdre; bravement, il fonda une -Revue, à laquelle il donna pour titre: L’ALBUM D’AVIGNON, _Recueil -d’intérêt social et littéraire, publié par un des rédacteurs du_ -MESSAGER DE VAUCLUSE. - -La Revue était mensuelle et son premier numéro parut le 1^{er} janvier -1838; sa collection forme deux volumes. - -Quelques hommes de cœur et d’esprit, MM. Jules Courtet, H. d’Anselme, -J. Bastet et Antonin de Sigoyer, prêtaient bien à Pontmartin leur -collaboration, mais d’une façon tout à fait intermittente, et il -arrivait, presque chaque mois, que la livraison était son œuvre pour -plus des trois quarts. Souvent même il évitait de signer ses articles, -pour empêcher les lecteurs de voir qu’il était à lui seul toute la -rédaction. Sa plume facile suffisait à tout. Études littéraires, -artistiques et musicales, chroniques politiques, contes et nouvelles, -il s’essayait dans tous les genres. L’abbé Charles Deplace[80] prêchait -l’Avent à Avignon: le rédacteur de l’_Album_ analyse ses sermons avec -le plus grand soin sous ce titre: _Prédications de la métropole_[81]. -Lorsqu’il faut descendre de ces hauteurs pour traiter les questions -locales, s’occuper des levées de la Barthelasse ou du pont suspendu -entre Villeneuve et la Porte de la Ligne, il est également prêt; aussi -bien, il s’agit du pont d’Avignon sur lequel, on le sait, tout le monde -passe, même les littérateurs, même les poètes. Poète, il l’était aussi -à ses heures: comprendrait-on d’ailleurs un _Album_ qui ne renfermerait -pas de vers? Pontmartin inséra dans le sien un court poème, le _Lit de -mort d’Arthur_[82] et des stances: _A deux voyageurs_[83]. - -Le poète, du reste, cédait volontiers chez lui le pas au conteur. -Celui-ci ne se proposait alors rien moins que de publier, dans l’_Album -d’Avignon_, vingt-quatre Nouvelles, les unes d’imagination, les autres -empruntées à l’histoire, et dont les héroïnes auraient successivement -pour initiales les vingt-quatre lettres de l’alphabet. Je me hâte de -dire que l’alphabet n’y passa point tout entier. - -Après avoir fait paraître _Alix_, _Béatrix_ et _Caroline_, Armand -de Pontmartin abandonna la partie et laissa là les _dés_. L’une au -moins de ces trois nouvelles cependant, _Caroline_[84], est déjà très -remarquable; mais c’est surtout le critique qui se révèle dès ce -moment, qui prélude avec succès, vif, spirituel, ennemi du factice et -du convenu, ayant ses préférences et sachant les justifier. A cette -date de 1838, la royauté poétique de Lamartine et de Victor Hugo était -incontestée, et il ne semblait pas qu’Alfred de Musset pût prétendre -à partager le trône avec eux. Sur ce point, il n’y avait qu’une voix -parmi les critiques du temps. Sainte-Beuve ne voyait dans l’auteur de -la _Nuit de mai_ et de l’_Espoir en Dieu_ qu’un poète «charmant», plein -d’esprit et de naturel, et qui donnait de «bien gracieuses espérances». -Un des écrivains de la _Revue de Paris_, J. Chaudes-Aigues, résumait -ainsi une étude sur le chantre de _Rolla_: «De la verve, mais une verve -insuffisante et qui a besoin d’être échauffée par une idée étrangère; -une imagination très folle, très vagabonde, très capricieuse, incapable -de réflexion, habile à broder, inhabile à produire; une versification -claire, nette et franche: voilà, selon nous, ce qui appartient en -propre à M. Alfred de Musset[85].» On voyait plus juste à Avignon; -Armand de Pontmartin n’hésitait pas à saluer dans Alfred de Musset un -très grand poète, aussi grand que Lamartine et Hugo. De l’un de ses -articles, je détache cette page: - - ...C’est là le caractère de la vraie poésie, dans notre temps: d’abord - l’essai infructueux, le mécompte, le reproche amer, la lutte stérile, - la folie même et le blasphème; puis, si l’âme est vraiment grande - et poétique, après la récrimination, l’aveu naïf de l’erreur; après - la halte désespérée, une fuite nouvelle vers les idéales régions de - la prière, de la rêverie et de l’amour, et l’échange des premiers - vêtements, déchirés par l’orage, contre les voiles éblouissants et - purs que rien ne déchire et ne flétrit. C’est ainsi que le poète - devient le symbole à la fois le plus complet, le plus élevé et le - plus consolant du siècle qu’il traverse, auquel il indique et le mal - qui l’agite et ce qui peut le calmer, et avec lequel tout lui est - commun, l’angoisse et l’espoir, la blessure et le baume, le blasphème - réparé et l’hymne immortel, tout enfin, excepté la langue céleste que - tout le monde entend, et qu’il est seul à parler. C’est pour cela - que Victor Hugo et Lamartine, malgré leur incontestable génie, nous - sont entièrement étrangers, et qu’ils n’ont conquis parmi nous qu’une - position glorieuse, mais solitaire. L’un est un admirable et opiniâtre - artiste, dessinant aux œuvres de sa fantaisie des broderies délicates, - de merveilleuses ciselures; l’autre est une lyre infatigable, une - sorte de harpe éolienne, toujours prête à rendre des sons d’une - mélodieuse uniformité: mais le souffle de notre vie et de notre monde - n’a point passé sur eux; ils n’en ont été que de factices interprètes - et ils sont restés les brillants échos de leur pensée personnelle. Il - est cependant un poète, un jeune homme de vingt-sept ans, _auquel on - n’a pas fait encore toute la place qu’il mérite_, et qui nous semble - réaliser en lui d’une façon saisissante ce type que nous indiquons - et que nous voudrions faire comprendre. Alfred de Musset, qui eut le - tort de donner à ses débuts l’éclat d’un scandale littéraire et de - fournir, par sa fameuse ballade à la lune, un prétexte aux ricanements - des plaisants et des badauds, est la personnification éclatante de cet - esprit poétique qui aime à se poser sur les débris d’un noble cœur, - pour leur rendre la jeunesse et la vie et s’élancer de là, d’un vol - infatigable, vers l’idéal et l’infini. _Le public d’Alfred de Musset - n’est pas encore formé_; aussi c’est à peine si nous osons dire que, - parmi tous nos poètes, aucun n’a la ligne plus pure, le dessin plus - correct et plus simple, l’allure plus libre et plus droite. Tous - les jeunes gens qui savent par cœur Rolla, Frank et Namouna, qui - ont lu avec délices toutes ces ravissantes fantaisies, _Marianne_, - _Emmeline_, _On ne badine pas avec l’amour_, _Fantasio_, achèveront - sans peine notre pensée et comprennent depuis longtemps avec nous - quelle place nous devons donner dans nos affections littéraires à ce - génie svelte et gracieux comme Ariel, qui a su rendre original même le - pastiche, qui a donné une forme exquise et délicate à tant de songes - de notre jeunesse, et dont le souffle enchanteur poétise et réveille - tout ce qui semblait mort et muet en nous. - - ...Que lui manque-t-il encore? Il manque à Musset ce qui manquait à - Byron, une pensée vivifiante et venue du ciel, une croyance qui change - pour lui les lueurs trompeuses et passagères en un phare inaltérable - et immortel. Ces regrets, qu’il n’est peut-être pas le dernier à - ressentir, tout le monde peut les partager; mais un catholique seul - a le droit de les dire, parce que seul il pourrait donner au génie - quelque chose de plus grand et de plus beau que le génie même[86]. - -De telles pages n’étaient pas pour passer inaperçues. L’_Album -d’Avignon_ fut cité plus d’une fois par les feuilles royalistes de -Paris et, en particulier, par la _Quotidienne_. Au mois de novembre -1838, le directeur de cette dernière feuille, Joseph Michaud[87], -passa deux jours à Avignon. Accompagné de l’un de ses plus fidèles -collaborateurs, M. Poujoulat[88], il se rendait à Pise, où l’envoyaient -ses médecins. Pontmartin lui fut présenté dans une maison amie. -Longtemps après, dans un article sur Poujoulat, il parlera ainsi de -cette visite: «Michaud n’avait plus que le souffle; mais ce souffle -s’exhalait en paroles exquises murmurées à demi-voix, que l’on écoutait -trop avidement pour ne pas les entendre. Il ne se faisait aucune -illusion sur son état, et se comparait en souriant à cette tour penchée -vers laquelle on l’envoyait. Sa haute taille, sa pâleur, sa bonhomie un -peu narquoise, sa résignation mélancolique et sereine, l’ombre d’une -mort prochaine s’étendant peu à peu sur son visage émacié, prête à -éteindre le rayonnement de la bonne humeur et de l’esprit, tout cet -ensemble produisit sur moi une impression profonde qui ne s’est jamais -effacée[89].» - -Le directeur de la _Quotidienne_ accueillit Pontmartin avec une -bienveillance toute paternelle. Il avait lu quelques-uns de ses -articles de l’_Album_ et de la _Gazette du Midi_, et les avait -remarqués; il joignit à ses encouragements de précieux conseils. Homme -du XVIII^e siècle, plus que du XVII^e, attaquant ses adversaires avec -leurs propres armes, comme ces généraux russes et allemands qui, à -force d’être battus par Napoléon, avaient fini par apprendre de lui à -le battre, il mettait au service de sa foi monarchique et religieuse -une ironie délicate, un spirituel atticisme, et quelques-unes des -malices du scepticisme philosophique et politique. Son dernier mot à -Pontmartin, en le quittant, fut celui-ci: «Bravo, jeune homme! bon -début! Seulement, lisez du Voltaire!» - -L’année finissait bien; les abonnés commençaient à venir; la petite -Revue _faisait ses frais_, et son rédacteur promettait monts et -merveilles pour l’année nouvelle. L’année nouvelle, il ne devait pas y -en avoir pour l’_Album_. La livraison de décembre 1838 fut la dernière. -Des considérations de famille et les inquiétudes de sa mère décidèrent -Pontmartin à interrompre sa publication[90]. - - - - -CHAPITRE V - -LES ANNÉES D’AVIGNON - -(1839-1845) - - _LA MOUCHE, journal des Salons._ Le journaliste Deretz. Un duel dans - l’île de la Barthelasse. «L’Affaire d’Avignon». MM. de Salvador, - d’Averton et de Renoard. La garde nationale d’Henri V. Gustave de - Laboulie et M. Dugabé. Le président Monnier des Taillades et le - procureur du roi Rigaud. Le coût d’un article et les _Mie Prigioni_ du - gérant de la _Gazette du Midi_.—Les _Causeries provinciales_ de la - _Quotidienne_. Berryer et l’Académie. Première rencontre de Pontmartin - avec Cuvillier-Fleury.—L’Inondation du Rhône à Avignon et aux Angles - en novembre 1840. La maison de la rue Banasterie et les _Mémoires d’un - notaire_. Pontmartin conseiller général. Le vicomte Édouard Walsh et - la _Mode_. Mariage d’Armand de Pontmartin. Le départ pour Paris. - - -I - -Trois événements d’une inégale importance allaient marquer pour -Pontmartin l’année 1839: un duel, un procès, et son entrée dans la -presse parisienne. - -Les passions politiques, très vives à cette époque dans toute la -France, étaient particulièrement ardentes dans le Midi. Exaspérés, -non sans raison, il faut bien le dire, par les airs goguenards, par -les allures batailleuses et provocatrices de la jeune aristocratie -légitimiste, quelques jeunes gens de la bourgeoisie _libérale_ -voulurent avoir eux aussi un journal, une petite feuille légère, -incisive, hardie, qui harcèlerait à son tour l’adversaire, et ne -lui ménagerait pas les coups. C’était de bonne guerre. Le tort -des fondateurs de la nouvelle feuille,—LA MOUCHE, _Journal des -Salons_,—fut de ne pas se mettre eux-mêmes en avant, de se tenir -derrière le rideau, faisant venir de Paris un pauvre diable de -journaliste ambulant nommé Deretz, qui se chargeait, moyennant quelques -écus, d’endosser toutes les responsabilités. Ce Deretz avait, du reste, -de l’esprit, plus d’esprit que de courage, comme on va le voir. Le -journal paraissait depuis quelque temps, lorsqu’un matin, après avoir -vidé son carquois contre les _noblions_ et les _hobereaux_ avignonnais, -il décocha une dernière flèche à l’adresse de _Mossieu de Pontmartin_. -Ce dernier prit aussitôt la mouche (c’était le cas), courut à son -cercle, y trouva deux de ses meilleurs amis, Frédéric d’Averton -et Jules de Salvador, et les chargea d’aller demander au Parisien -une réparation par les armes. Après une longue hésitation, Deretz -consentit à se battre; seulement, il demanda un délai de trente-six -heures pour chercher et trouver des témoins. Rendez-vous fut pris -pour le surlendemain dans l’île de la Barthelasse. A cette époque, -elle appartenait encore au département du Gard, ce qui assurait nos -duellistes contre l’intervention des gendarmes. - -Au jour dit,—le 27 mars 1839,—les adversaires arrivèrent sur le -terrain, Deretz un peu en retard; il avait recruté à grand’peine ses -témoins, et il avait dû les prendre parmi les buveurs de chopes du -_Café Tailleux_, le Lemblin vauclusien; les patrons de _la Mouche_ -avaient énergiquement refusé de l’assister. L’arme choisie était -l’épée. Au moment où Pontmartin allait se fendre, Deretz laissa tomber -son fleuret, et déclara que, décidément, il ne se battrait pas. «Je -suis trop pauvre, dit-il; la législation est sévère, et s’il arrivait -malheur, je n’aurais pas, comme M. le comte, qui est riche, de quoi -m’enfuir et me cacher.»—«Soit, répondit Jules de Salvador, mais alors -vous allez vous engager par écrit à ne plus recommencer vos attaques, -et à nommer vos inspirateurs, si vous ne pouvez les décider à se nommer -eux-mêmes». - -Il y avait dans l’île une guinguette où les bons bourgeois d’Avignon -venaient, le dimanche, jouer aux boules. On y entra, et le pauvre -Deretz signa tout ce qu’on voulut. Le soir même, il partait pour -Marseille, et on ne le revit plus. _La Mouche, journal des Salons_, -avait vécu[91]! - - * * * * * - -Après le duel, le procès. Au mois de juin 1839, les deux témoins -de Pontmartin, Frédéric d’Averton et Jules de Salvador, étaient, en -compagnie d’un de leurs amis, M. Ulric de Renoard, traduits devant le -tribunal correctionnel d’Avignon, sous la double prévention de réunion -illicite et de détention d’armes et de munitions de guerre. Étaient -poursuivis, en même temps qu’eux, vingt-neuf jeunes gens appartenant à -la classe ouvrière. Ces derniers ne faisaient pas plus mystère que les -trois gentilshommes de leurs sentiments royalistes, et l’un d’eux, dans -l’instruction, pressé de questions par le magistrat, avait répondu: -«Eh bien! si nous avions des armes chez nous, c’est que nous sommes la -garde nationale d’Henri V[92]!» - -Les débats durèrent trois jours, du 27 au 29 juin. Devant le bureau -du tribunal figuraient les pièces à conviction: fusils de munition, -carabines, cartouches et cocardes blanches et vertes. Le siège du -ministère public était occupé par M. Rigaud, procureur du roi. -La défense fut présentée par M^e Adolphe Teste (rien de l’avocat -Jean-Baptiste Teste, le futur condamné de la Cour des pairs), par -M^{es} Redon père et fils et par Gustave de Laboulie, dont la -plaidoirie fut une merveille d’éloquence, de verve et de spirituelle -ironie[93]. Les prévenus n’en furent pas moins condamnés à un certain -nombre de mois de prison[94]. MM. d’Averton, Salvador et Renoard -furent, comme il était juste, gratifiés de la peine la plus forte. Ils -n’avaient pas eu le temps de maudire leurs juges que déjà ils étaient -consolés par la lecture, dans la _Gazette du Midi_, du compte rendu -humoristique de leur procès, rédigé par leur ami Pontmartin. Ce dernier -leur avait fait bonne mesure et n’avait pas consacré moins de cinq -articles à «l’Affaire d’Avignon». - -Le président du tribunal était M. Monnier des Taillades, magistrat -intègre et jurisconsulte de premier ordre. Le bruit s’étant répandu -qu’il avait dit, en parlant du procureur du roi: «Ce monsieur n’est pas -fort», Pontmartin crut pouvoir risquer ceci—ou à peu près—dans l’un -de ses feuilletons: «M. le président a-t-il dit ou n’a-t-il pas dit que -M. Rigaud n’était pas fort? Peu importe, après tout. Dire du beurre -qu’il est fort, est-ce le complimenter? Un fort de la halle est-il plus -aimable que le plus faible des académiciens? Lorsque vous êtes exaspéré -d’une injustice, d’une bêtise, d’une catastrophe ou d’un scandale, vous -ne dites pas: ‘C’est trop faible!’ mais: ‘C’est trop fort!’» - -Ce n’était peut-être pas très _fort_; mais, en tout cas, ce n’était -pas bien méchant. Grande rumeur pourtant dans la ville. Le tribunal -s’émeut, le parquet s’indigne. Poursuites contre la _Gazette du -Midi_, et, le 8 août, à Avignon, condamnation du journal à mille -francs d’amende et du gérant à un mois de prison. Quant à Pontmartin, -quoiqu’il n’eût pas signé son article, il paya l’amende avec les -frais. Si pauvre mathématicien qu’il fût, il se livra à un calcul -d’arithmétique, et il reconnut que ses six lignes lui coûtaient 200 -francs la ligne, 17 francs la syllabe et 4 francs la lettre[95]. -C’était à dégoûter du métier! - -A quelque temps de là, comme il venait de s’acquitter envers le -fisc, il vit entrer dans son cabinet un homme au teint fleuri, à -l’œil émerillonné, à la lèvre souriante, le gérant de la _Gazette_, -qui sortait de prison, rayonnant de joie et de santé. «Monsieur le -comte, disait-il, avec le plus pur accent de la Cannebière, quels -remerciements je vous dois! Quel bon mois, grâce à vous, je viens de -passer! J’ai déjeuné et dîné tous les jours avec M. de Salvador, M. -d’Averton et M. de Renoard. Quels braves jeunes gens! quels repas! -Jamais, dans toute ma vie, je n’avais mangé autant de perdrix, de -bécasses, de lièvres, de poulardes, de truites, d’écrevisses!... Ah! -monsieur le comte, je suis tout à votre service et prêt à recommencer, -quand cela vous plaira. C’est égal! vous aviez fait là un fameux -feuilleton!...» Les 1 200 francs de Pontmartin n’avaient pas été placés -à fonds perdus; il avait fait un heureux! - - -II - -Il avait écrit, à la dernière page de l’_Album d’Avignon_: «La -_Quotidienne_ nous a fait l’honneur de nous citer trois fois et nous -a demandé pour l’avenir des articles qui s’appelleraient _Causeries -provinciales_ et qui paraîtraient le même jour dans son feuilleton et -dans notre mosaïque[96].» - -Par suite de la disparition de l’_Album_, cette combinaison ne put se -réaliser. Il fut alors convenu que Pontmartin donnerait, deux ou trois -fois par mois, à la feuille parisienne une _Causerie provinciale_. La -première parut le 22 novembre 1839. J’ai sous les yeux le brouillon de -ce premier article, et j’y remarque un assez grand nombre de ratures. -Le moment n’est pas encore venu où l’auteur des _Samedis_ écrira toutes -ses Causeries de premier jet, sans brouillon, sans remaniement, sans -retouches, effaçant à peine ici et là deux ou trois mots parasites. - -A cette date de fin novembre 1839, ce qui passionnait la cour et -la ville, Paris et la province, c’était de savoir qui serait élu à -l’Académie, de Victor Hugo ou de Berryer. Le fauteuil de Michaud était -vacant[97]. Quatre candidats s’étaient mis sur les rangs, Victor Hugo, -Berryer, Casimir Bonjour et M. Vatout. - -Berryer était à ce moment le maître incontesté de la tribune. C’était -le temps où Timon écrivait: «Depuis Mirabeau, personne n’a égalé -Berryer[98]»;—où Royer-Collard disait avec l’autorité de sa parole: -«J’ai entendu Mirabeau dans sa gloire; j’ai entendu M. de Serre et M. -Lainé; aucun n’égalait Berryer dans les qualités principales qui font -l’orateur»[99];—où l’un de ses adversaires politiques, Henri Fonfrède, -écrivait à un ami, dans une lettre particulière: «Berryer est le plus -grand orateur qu’on ait jamais entendu[100].» Il n’était pas seulement -le prince des orateurs, il était aussi le chef d’un grand parti. Sa -candidature devenait dès lors une grosse affaire. Le gouvernement -s’en émut; ses journaux se jetèrent dans la lutte avec ardeur, et à -leur tête le _Journal des Débats_, où Cuvillier-Fleury publia des -articles violemment hostiles. Il était certes permis à ceux dont -Berryer était l’adversaire de ne point l’aimer, de dire, par exemple, -comme M. Doudan, au sortir d’une séance où l’orateur légitimiste avait -été magnifique: «Je n’aime pas qu’on prêche bien ailleurs que dans -ma paroisse[101].» Cuvillier-Fleury allait beaucoup plus loin. Il -n’accordait pas que Berryer eût du talent; tout au plus avait-il «des -poumons redoutables». Berryer, un orateur! Allons donc! un avocat, et -pas davantage, l’avocat des intérêts du prince de Polignac et de la -petite cour de Goritz! «De grâce, disait-il, que l’Académie ne devienne -pas une succursale de la Basoche, une doublure de la Société des -Bonnes-Études[102]!» - -C’est à ces vives attaques que répondit Pontmartin dans son article du -22 novembre, et il fut à son tour, vis-à-vis du rédacteur des _Débats_, -aussi agressif que possible. On les eût bien étonnés l’un et l’autre si -on leur eût annoncé qu’un jour ils seraient unis d’une étroite amitié. -Il y avait d’ailleurs, dans le feuilleton de la _Quotidienne_, à côté -des épigrammes et des railleries, des réponses qui portaient et qui -n’ont rien perdu de leur justesse. Voici l’une de ces répliques: - - M. Berryer, selon vous, n’est qu’un avocat, et rien de plus. La - vérité est qu’une fois à la Chambre et à la tribune, _il est avocat - moins que personne_. Dans son geste, son attitude, son accent, son - langage, rien ne révèle les habitudes et les traditions du barreau; - il n’est plus avocat, il est au plus haut degré orateur, ce titre que - M. Cuvillier lui refuse, sous prétexte qu’il n’a rien écrit. De bonne - foi, comment un homme d’une opinion hostile à la grande majorité de - ses collègues, serait-il proclamé par eux tous le premier orateur de - son temps; comment, sans autre puissance que sa haute intelligence, - conserverait-il une telle action sur les affaires; comment serait-il - chef d’un parti où il y a des hommes plus spirituels que M. Fleury, - s’il n’était qu’un ergoteur de tribunal et de cour d’assises, un - disputeur de mur mitoyen et d’hypothèques? - - Mais M. Berryer «qui a des poumons, un geste véhément, une voix - sonore, c’est-à-dire tout ce qui s’appelle l’éloquence» (merci pour - l’éloquence!), ne peut compter dans le monde, parce qu’il n’écrit - pas ses discours. En d’autres termes, c’est parce qu’il possède au - plus haut degré cet admirable talent d’improvisation, le premier de - tous, celui que rien ne remplace, et dont l’absence rendra toujours - incomplète la puissance d’un orateur; c’est parce qu’à l’aide de ce - privilège merveilleux, il passionne, entraîne, remue à son gré une - assemblée que laissent froide les phrases les plus régulières, et - les périodes les plus harmonieuses, c’est pour cela qu’il n’est pas - orateur! Lord Chatham et Mirabeau étaient des orateurs, mais Berryer - point! La comparaison est malheureuse; car s’il y a un homme qui, - après avoir joué un grand rôle par la puissance de sa parole, ait - perdu aux yeux de la postérité qui lit ses discours, cette puissance - et ce prestige, c’est à coup sûr Mirabeau. Mieux vaudrait pour lui - n’avoir rien laissé et n’être jugé par nous que sur la foi de cet - éclat immense que sa parole jeta sur l’Assemblée constituante! Ou - plutôt qu’importe à Mirabeau, qu’importe à Berryer! Ils auront eu sur - leur époque une influence sans rivale, ils seront arrivés aux plus - grands effets de la parole! Ils auront été les rois de l’éloquence - politique! Qu’importe après cela qu’ils aient peu écrit, ou que leurs - écrits, lus après cinquante ans, ne réveillent plus les émotions - contemporaines! Qu’importe surtout qu’on leur refuse le droit - littéraire de s’asseoir aujourd’hui auprès de MM. Dupaty et Viennet, - demain peut-être auprès de M. Cuvillier-Fleury[103]. - -Les articles de Pontmartin à la _Quotidienne_ étaient tantôt des -Causeries littéraires ou artistiques[104], tantôt des chroniques -humouristiques[105], quelquefois même des Nouvelles, _Dulcinée_[106], -_Fabiano le Novice_[107], etc. Ils obtinrent tout aussitôt un vif -succès, même à côté des feuilletons de J.-T. Merle[108], le plus ancien -des rédacteurs de la _Quotidienne_, esprit fin et sans prétention, -écrivain élégant, causeur aimable, pour lequel assurément n’avait point -été créé le proverbe: Faute de grives on prend des merles. Pontmartin -cependant ne pouvait se décider encore à quitter Avignon, sa famille, -ses amis, ses habitudes. N’allait-il pas bientôt avoir trente ans, et -n’était-ce pas un peu tard pour un début à Paris? N’y arriverait-il -pas d’ailleurs dans d’assez mauvaises conditions? Il était riche et -gentilhomme, deux méchantes notes, il ne l’ignorait pas. Sans doute -on lui ferait porter la peine de son titre de comte et de sa modeste -fortune. On se refuserait à voir en lui autre chose qu’un «amateur», et -l’on s’obstinerait à le traiter de «cher confrère» du bout des lèvres -seulement, tandis qu’on l’appellerait «Monsieur le comte» gros comme le -bras. Le plus sage ne serait-il pas de préférer à l’honneur de devenir -un membre de la Société des gens de lettres, voire même un académicien, -le plaisir d’écrire à son aise et à ses heures, sans ambition de -renommée; de ne point fausser compagnie à la province, de n’aller à -Paris chaque année que pour y prendre langue et pour revenir bien vite, -auprès de sa mère, dans l’hôtel du toujours jeune M. de Montfaucon ou -dans sa vieille maison des Angles? - - -III - -Pontmartin disait souvent que les trois événements tragiques qui -l’avaient le plus frappé et dont il avait gardé la vision toujours -présente, étaient le choléra de 1832 à Paris, l’inondation du Rhône à -Avignon et aux Angles en novembre 1840 et les Journées de Juin 1848. - -L’automne de 1840 avait été excessivement pluvieux; les plaines -étaient, depuis trois semaines, entièrement submergées lorsque, le 4 -novembre, l’inondation atteignit son maximum, c’est-à-dire la cote -de huit mètres qui dépassait de soixante-quinze centimètres les -plus fortes crues mentionnées dans l’histoire du Comtat. Pontmartin -et sa mère étaient à ce moment dans leur maison des Angles. Le -rez-de-chaussée fut envahi par les eaux jusqu’à une hauteur d’un -mètre vingt au-dessus du sol. Tandis que M^{me} de Pontmartin était -immobilisée au premier étage, son fils, obligé de pourvoir aux besoins -de la maison, sortait par une échelle placée à la fenêtre d’une -chambre au nord-est du logis, à un endroit où le chemin public, qui -passe derrière les Angles, surplombe de deux mètres le niveau du -rez-de-chaussée. Une fois sur ce chemin, il lui était facile de monter -au village, situé au sommet d’une haute colline, de prendre la route -venant de Nimes qui redescend vers le Rhône, de traverser le pont qui, -fortement menacé, ne fut cependant ni emporté, ni couvert par les eaux -et d’arriver à Avignon. Les quatre cinquièmes de la ville étaient -submergés et on ne circulait qu’en bateau. L’hôtel de Montfaucon, où -M^{me} de Pontmartin et son fils avaient un appartement, était envahi -par l’eau jusqu’au premier étage. - -Ce qui ajoutait à la désolation et à l’horreur de ces spectacles, -c’étaient les scènes tragiques dont les plaines qui entourent les -Angles étaient journellement le théâtre, les nombreux écroulements -de maisons isolées, les incessants coups de fusil tirés en signe de -détresse par les malheureux qui se trouvaient bloqués par le fleuve et -en danger de mort, les efforts des courageux bateliers pour leur porter -des vivres et des secours, efforts qui n’empêchaient pas toujours des -catastrophes et qui en amenaient parfois de nouvelles. - -Quand il écrira, quelques années plus tard, les _Mémoires d’un -notaire_, c’est avec ses souvenirs de l’inondation de novembre 1840 -que Pontmartin retracera les scènes de la terrible inondation de -novembre 1755[109]. Le livre parut seulement en 1849, mais il commença -d’y songer dès 1842. Cette année-là, en effet, il acheta dans une rue -assez triste, la rue Banasterie, à l’angle de la rue du Vice-Légat, une -maison assez belle, dont la porte était surmontée de panonceaux et dont -la façade était agrémentée d’affiches de toutes couleurs, annonçant les -ventes, licitations, faillites, jugements et enchères du département. -C’était la demeure d’un officier ministériel, héritier d’une dynastie -de notaires. A peine Pontmartin y fut-il installé, qu’il eut l’idée de -reconstituer par l’imagination tout ce dont ce vieux logis avait été -témoin depuis un siècle. De là les _Mémoires d’un notaire_, qui ont -pour cadre la maison de la rue Banasterie. - -Pontmartin, à cette date, tournait décidément au propriétaire. Le -siège de conseiller général, pour le canton de Villeneuve-lès-Avignon, -étant devenu vacant, il posa sa candidature. Son concurrent, le marquis -de Fournès, cousin germain du duc Victor de Broglie, fut nommé. Deux -ans après, en 1844, Pontmartin fut élu à l’unanimité. - -Son entrée au Conseil général avait été précédée de son entrée à la -_Mode_, et, de ce dernier succès, il s’était plus réjoui que de son -triomphe électoral. - -Les trois condamnés de 1839, Jules de Salvador, Ulric de Renoard -et Frédéric d’Averton, étaient allés passer en Italie l’hiver de -1842-1843. Leur retour était annoncé pour le mois d’avril, et -Pontmartin guettait l’arrivée de la malle-poste. Il en vit descendre -avec eux un petit homme assez laid, mais dont la physionomie originale -et fantaisiste méritait de ne pas passer inaperçue. Il était si -expansif, si liant, que les trois Avignonnais et lui s’étant rencontrés -à Naples quelques semaines auparavant, on en était déjà au tutoiement. -C’était le vicomte Édouard Walsh, directeur de la _Mode_[110]. - -La présentation à peine faite, Édouard Walsh dit à Pontmartin: «J’ai -lu vos articles envoyés à la _Quotidienne_: voulez-vous écrire dans la -_Mode_?» Dès le 15 mai suivant, l’élégante Revue royaliste publiait -_le Bouquet de marguerites_. Une seconde nouvelle, _les Trois Veuves_, -parut dans la livraison du 25 septembre. C’était le début d’une longue -collaboration. - -Le mariage de Pontmartin suivit de près son entrée à la _Mode_. A la -fin de 1843, il épousa M^{lle} Cécile de Montravel. - -Sortie du Forez, la famille de Montravel s’était fixée avant la -Révolution dans la partie la plus méridionale du Vivarais. Peu après -la naissance de sa fille[111], M. de Montravel était allé demeurer -avec sa belle-mère, M^{me} de Larochette, au château du Plantier[112], -quittant ainsi une Provence pour une Auvergne, tant sont grandes, entre -le sud et le nord du département de l’Ardèche, les différences de -langage, de races, de costumes et de cultures. Le château du Plantier -était la Providence du pays. La vie de ses hôtes était toute de -piété et de bonnes œuvres. Tous, à l’exemple de la vénérable aïeule, -semblaient avoir pour devise: _Dieu, le Roi et les Pauvres_. M^{me} de -Larochette, qui avait couru les plus grands dangers et montré le plus -ferme courage pendant la Terreur, consacrait son existence à secourir -les malheureux et à faire refleurir autour d’elle la religion. Elle -avait restauré dans son voisinage la chapelle de Notre-Dame d’Ay[113], -que fréquentaient maintenant, comme avant la Révolution, de nombreux -pèlerins. C’est dans cette chapelle que fut célébré, le 16 décembre -1843, le mariage d’Armand de Pontmartin et de M^{lle} de Montravel. - -Comme deux bons provinciaux, ils firent leur voyage de noces à Paris, -où ils passèrent deux mois dans la mélancolique rue du Mont-Thabor. - -De retour à Avignon, à la fin de février 1844, il reprit sa -collaboration à la _Mode_. _Marguerite Vidal_ parut dans les numéros -des 25 juin, 5 et 15 juillet 1844. A cette nouvelle succéda, dans -les premiers mois de 1845, _Napoléon Potard_, qui avait presque les -dimensions d’un volume. - -M. Walsh écrivit à l’auteur qu’il réussissait, que les lecteurs de -la Revue étaient ravis, et qu’il ne tenait qu’à lui de se croire un -écrivain à la mode (sans italiques). La tentation était trop forte. Au -mois d’octobre 1845, Pontmartin se résolut à aller passer l’hiver à -Paris. - - - - -CHAPITRE VI - -LES PREMIÈRES ANNÉES DE PARIS - -(1845-1848) - - Rue Neuve-Saint-Augustin. Les bureaux de _la Mode_. Jules Sandeau et - le pavillon de la rue de Lille. _Contes et Rêveries d’un Planteur - de choux._ M^{me} Cardinal et le cabinet de lecture de la rue des - Canettes.—_La Mode_ en 1845. Les déjeuners chez Véry. Joseph Méry et - ses 365 sujets de roman. Rue de Luxembourg. Mort de M^{me} Eugène de - Pontmartin.—M. François Buloz, _Octave_ et la succession de Gustave - Planche. Le jardin de la rue Saint-Benoît, Sainte-Beuve et son article - des _Nouveaux Lundis_. - - -I - -Au moment de son arrivée à Paris, à la fin d’octobre 1845, Pontmartin -n’avait pas encore pris de résolution définitive au sujet de son -installation dans la capitale. S’y fixerait-il à demeure? N’y -ferait-il, au contraire, qu’un séjour plus ou moins prolongé? Dans le -doute, il ne voulut pas louer un appartement et se mettre dans ses -meubles. Il logea à l’hôtel, rue Neuve-Saint-Augustin. Était-ce à cet -_hôtel de Richelieu_[114], où Lamartine, dans sa jeunesse, ne manquait -jamais de descendre, toutes les fois qu’il venait à Paris[115]? - -Le 26 octobre, à peine débarqué, il se dirigeait vers la rue -Neuve-des-Bons-Enfants, franchissait le seuil du numéro 3, montait d’un -pied hésitant un escalier boiteux, qui lui rappela celui de la _Gazette -du Midi_, et entrait dans un atelier humide et mal éclairé. C’était là -que s’imprimait le recueil le plus élégant de cette époque, _la Mode_, -étalant sur sa couverture jaune paille le double écusson de France et -de Naples, afin d’affirmer le patronage de la duchesse de Berry. Il -eut vite fait d’oublier toutes ces laideurs, et il se crut transporté -dans un palais enchanté, lorsque, quelques instants après, dans son -cabinet directorial, étroit et sombre, le vicomte Édouard Walsh lui -dit: «Courage! Je crois que nous allons trouver Sandeau corrigeant les -épreuves de _Catherine_. Je vous présenterai, et nous irons déjeuner -ensemble.» - -La présentation alla toute seule; il leur sembla que, sans s’être -jamais vus, ils se reconnaissaient. Jules Sandeau était depuis -longtemps le romancier de prédilection de Pontmartin, et, de son -côté, l’auteur du _Docteur Herbeau_ avait vivement goûté, dès leur -apparition, les premières Nouvelles de son jeune collaborateur, et en -particulier l’émouvant récit des _Trois Veuves_. - -Huit jours après, Pontmartin était accueilli chez Sandeau comme un -ami. Le romancier habitait alors, rue de Lille, 19, un joli pavillon -qu’il fallait aller chercher en traversant la cour d’honneur, en -baissant la tête sous la cage du grand escalier et en pénétrant -jusqu’au bout du jardin planté d’acacias et de sycomores. «C’est là, -écrira Pontmartin au lendemain de la mort de Jules Sandeau, c’est -là que je goûtai, pendant six ou sept ans, les douceurs de l’amitié -la plus vraie, de l’hospitalité la plus franche. C’est là que les -conseils, les bonnes paroles de l’auteur de _Marianna_ m’encouragèrent -à persévérer, me soutinrent dans mes défaillances, me consolèrent dans -mes tristesses.» - -Et un peu plus loin, dans le même article: - - Que d’heures charmantes j’ai passées dans ce nid charmant! Je puis - vous assurer que, à cette époque, en 1845, Jules Sandeau, jeune - encore[116], ne regrettait plus rien. C’est à peine s’il aiguisait - d’un peu d’ironie le sourire dont il faisait l’aumône à ses amours - d’_antan_. Il avait auprès de lui sa femme, sa compagne, si gracieuse, - si intelligente, mille fois plus dévouée à ses succès que lui-même, et - son fils, le petit Jules, un délicieux enfant qui était sa plus douce - joie, et qui devait être un jour son plus mortel désespoir[117]. Le - babil de ce cher enfant était un véritable enchantement. Il semblait - parler à un être invisible, sylphe, ange ou fée, et il terminait ses - phrases par un gazouillement de fauvette qui nous ravissait. Pendant - les belles soirées d’été, penchés à la fenêtre ouverte, nous écoutions - cette fraîche mélodie, tandis qu’un vrai rossignol, caché dans les - massifs de verdure, lançait aux étoiles ses trilles et ses roulades. - Ah! ce sont là de ces moments qu’il faudrait arrêter au passage, qui - laissent du moins dans l’âme un peu de leur parfum, comme ces fleurs - que nous touchons sans les cueillir, et dont l’odeur suave s’attache à - nos habits et à nos mains[118]! - -Au mois de mai 1846, Pontmartin publia son premier ouvrage, _Contes et -Rêveries d’un planteur de choux_; il était dédié à Jules Sandeau. - -La première partie du volume renfermait les récits qui avaient paru -dans la _Mode_, _Napoléon Potard_, _les Trois Veuves_, _Marguerite -Vidal_, _le Bouquet de marguerites_. Après les _contes_, venaient les -_rêveries_, articles humouristiques et de pure fantaisie, que l’auteur, -à partir de la seconde édition de son livre, a cru devoir sacrifier. Il -m’écrivait, le 20 novembre 1886: - - J’ai supprimé, dans les éditions suivantes, des articles sans - importance, _Melpomène en Provence_, _Tamburini en voyage_, deux - épisodes qui ne pouvaient avoir qu’un succès d’à-propos et de - localité; puis, dans le même genre, _Carpentras apocryphe_ (dont j’ai - fait plus tard la préface de _la Petite ville_, de Constant Moisand), - _Carter_, _Robert-Macaire_, feuilletons de province, rien de plus. - -Voici, du reste, la liste complète de ces articles, que l’auteur -avait réunis sous le titre de _Silhouettes d’artistes en Province_: -_L’Artiste en cage, Carter_; _L’Artiste en haillons, Robert-Macaire; -’Artiste en crimes_ (Lacenaire); _l’Artiste inconnu, Freischütz en -Bohême_; _Melpomène en province_; _Tamburini en voyage_; _Carpentras -apocryphe_. - -Pontmartin a-t-il eu raison de supprimer ces _feuilletons_? J’incline -fort à penser le contraire. Sans doute ils _dataient_ son livre; -mais je suis, pour mon compte, de ceux qui croient qu’il ne faut pas -mépriser les dates; et puis, ces chapitres étaient si spirituels, -d’une si amusante fantaisie, que nous aurions encore aujourd’hui grand -plaisir à les lire. Maintenant que nous n’avons plus que des auteurs de -_Tristes_, cela nous changerait un peu. - -Mes lecteurs, j’en suis sûr, ne connaissent qu’une seule _dame -Cardinal_, celle de Ludovic Halévy. J’en ai connu une autre, et -qui valait mieux. A l’époque où je faisais mon droit—je parle de -longtemps—il y avait, dans la vieille rue des Canettes, un vieux -cabinet de lecture, où l’on ne trouvait que de bons livres. Il était -tenu par _Madame Cardinal_, très connue dans le faubourg Saint-Germain, -et que les marquises et les vicomtesses de la rue de Varenne et de la -rue de Grenelle chargeaient volontiers de faire elle-même le choix -des ouvrages qu’elles devaient, dans la belle saison, emporter à -la campagne. C’était une très honnête femme et qui n’avait _pas de -filles_; bonne chrétienne et fervente royaliste, vive, active, enjouée, -et avec cela femme de goût, elle donnait, à l’occasion, de sages avis -à ses abonnés. Elle me dit un jour, comme je revenais de vacances: -«Vous arrivez bien; on vient de me retourner de la campagne un volume -rarissime, les _Contes et Rêveries d’un planteur de choux_, la première -édition, la bonne. Je vous recommande surtout les derniers chapitres, -_Melpomène en voyage_ et le reste. C’est exquis.» Hélas! le cabinet -de lecture de M^{me} Cardinal est fermé, et le volume de 1846 est -maintenant introuvable. - -Les contes, du reste, deux surtout, étaient bien pour suffire au succès -du volume. _Le Bouquet de marguerites_ est une anecdote finement -contée; mais au demeurant, ce n’est qu’une anecdote. Dans _Napoléon -Potard_, la nouvelle la plus développée du volume, si les scènes -gracieuses ne font pas défaut, si les détails piquants abondent, l’idée -première, la fable même du roman est décidément trop romanesque: un -maréchal d’Empire fait par Napoléon duc d’Iéna, et qui veut que son -fils, jusqu’au jour où il aura vingt-huit ans, ne connaisse rien de -sa naissance, de son illustration et de sa fortune. Il faudra que ce -fils vive jusque-là loin de lui et qu’il lutte, avec des ressources -médiocres et un nom vulgaire—le nom de _Potard_!—contre les -difficultés de la vie et les obstacles que la société oppose à ceux -qui, sans autre titre que leur mérite, demandent leur place au soleil. - -_Marguerite Vidal_, au contraire, est un récit achevé. C’est un petit -roman par lettres qui se passe sous le Consulat, à l’époque de la -rentrée des émigrés, et qui rappelle les meilleurs ouvrages de M^{lle} -de Souza, avec plus de finesse encore dans l’analyse et la peinture des -sentiments. - -Dans _les Trois Veuves_, l’auteur a su faire revivre la Vendée de 1793, -celle de 1815 et celle de 1832. Ce glorieux épisode de notre histoire, -cette guerre, la plus légitime et en même temps la plus romanesque -de toutes, n’avait encore fourni à aucun de nos romanciers d’aussi -heureuses inspirations. - - -II - -Édouard Walsh était un vrai journaliste. Il ne lui fallut pas -longtemps pour deviner quels services lui pourrait rendre Pontmartin, -avec la diversité de ses goûts, la variété de ses aptitudes et son -extraordinaire facilité de plume. Au bout de peu de temps, l’auteur de -_Marguerite Vidal_ devint, à la _Mode_, une sorte de Maître Jacques -romancier, causeur littéraire, critique dramatique, chroniqueur mondain. - -La petite revue, à cette époque, était au plus fort de son succès. -Elle rachetait les excès, assurément regrettables, de sa polémique -politique, par l’éclat de sa rédaction littéraire. Son directeur avait -su grouper autour de lui l’élite des écrivains du temps: Alexandre -Dumas, Jules Sandeau, Roger de Beauvoir, Léon Gozlan, Alphonse Karr, -J.-T. Merle, Henry Berthoud, Paul Féval, Philarète Chasles, Amédée -Achard, Arthur de Gobineau, le marquis de Foudras, le colonel de -Gondrecourt, Théodore Muret, Alexis de Valon, Alfred des Essarts, -Eugène Pelletan qui signait _un Inconnu_; M^{me} Sophie Gay, M^{me} -Ancelot, la comtesse d’Arbouville, la comtesse Merlin, etc. Méry -ne faisait pas encore partie du groupe; ce fut Pontmartin qui l’y -introduisit au printemps de 1847. - -Le vicomte Walsh donnait chaque semaine chez Véry d’excellents -déjeuners. Les convives habituels étaient Alfred Nettement, Pontmartin, -l’avocat royaliste du Theil, Jules Sandeau, Merle, quelquefois Roger -de Beauvoir. Un jour, Pontmartin amena Méry. Il l’avait entrevu à -Marseille, trois ans auparavant; l’ayant rencontré à Paris et l’ayant -trouvé très disposé à écrire dans la _Mode_, bien qu’il eût, vingt ans -en ça, composé la _Villéliade_ et la _Corbiéréide_, il lui avait donné -rendez-vous chez Véry. Au premier mot que lui dit M. Walsh pour obtenir -de lui un roman, l’auteur de _la Floride_ et de _la Guerre du Nizam_ -répondit avec un sang-froid magnifique: «J’ai 365 sujets, un pour -chaque jour de l’année. Je vais vous les raconter.» Et il raconta le -premier, intitulé _la Circé de Paris_. Naturellement, Walsh s’écria, en -battant des mains: «C’est charmant! Nous nous en tiendrons à celui-là!» -La _Circé de Paris_ parut, en effet, quelques semaines après. - -De la fin de 1845 au commencement de 1848, Pontmartin fit, à la -_Mode_, une campagne de deux ans; il n’est guère de livraison qui ne -renferme un article de lui. Sous des signatures variées,—_A._—_A. -P._—_Calixte Ermel_,—_Armand de Pontmartin_,—il publia tour à -tour des causeries littéraires[119], des causeries mondaines, des -causeries artistiques[120], des causeries dramatiques. Comme il avait -de l’invention et que le critique chez lui était doublé d’un conteur, -lorsque la pièce dont il avait à parler lui paraissait manquée, il ne -se privait pas du plaisir de la refaire. C’est ce qui lui arriva, par -exemple, au mois de mars 1847, dans son article sur la comédie de Léon -Gozlan, _Notre fille est princesse_. - -Comme à la _Quotidienne_, Pontmartin, à la _Mode_, entremêlait ses -causeries de contes et de nouvelles: en 1846, _la Confession d’un -hachichin_[121]; en 1847, _le Dernier Dahlia_[122] et les _Mémoires -d’un notaire_[123]. Les _Mémoires d’un notaire_ n’étaient rien moins -qu’un roman en trois volumes: le premier seul fut publié avant 1848; -les deux autres furent écrits après la révolution de Février, et nous -aurons à y revenir. - -Après un premier séjour à Paris, d’octobre 1845 à mai 1846, Pontmartin -avait passé l’été dans le Midi. Il était revenu seulement au mois -d’octobre 1846, et, cette fois encore, il n’avait pas cru devoir -prendre un appartement. Il se contenta de louer quelques chambres -meublées dans la rue de Luxembourg[124]. - -Le lundi 21 décembre, il venait d’assister, au théâtre de l’Odéon, -à la répétition générale d’_Agnès de Méranie_. Minuit sonnait aux -horloges de l’Assomption et de Saint-Roch, quand il rentra chez lui. La -concierge lui remit une large enveloppe, d’une physionomie officielle, -portant le timbre du ministère de l’Intérieur. Il l’ouvrit avec un -pressentiment sinistre, et voici ce qu’il lut: - - CABINET DU MINISTÈRE DE L’INTÉRIEUR - - 21 décembre 1846. Par télégraphe. - - Le préfet de Vaucluse prie M. le Ministre de l’Intérieur[125] de faire - prévenir M. Armand de Pontmartin que l’état de madame sa mère s’est - fort aggravé depuis quelques heures, et que son oncle[126] l’engage à - partir immédiatement. - - _Le Maître des requêtes,_ - _Chef du Cabinet_, - - EDMOND LECLERC[127]. - -En 1846, le télégraphe aérien ne fonctionnait pas la nuit; il fallait -plusieurs heures pour la transmission et quand le temps était brumeux -(cas fréquent en décembre), il fallait souvent toute une journée. -Madame de Pontmartin était morte presque subitement dans la matinée du -21 décembre; la dépêche n’était arrivée rue de Luxembourg que dans la -soirée, après le départ de Pontmartin pour le théâtre. - -La santé toujours délicate de sa mère semblait en bonne veine, quand -il l’avait quittée deux mois auparavant. Lorsqu’il l’avait embrassée -avant de monter en diligence, elle était presque gaie. Il était parti -plein de confiance. La dépêche fut pour lui un coup de foudre; elle -ne disait pas sans doute toute la vérité; mais s’il lui était permis -de conserver encore une lueur d’espoir, sa douleur et ses inquiétudes -étaient d’autant plus cruelles, que les moyens de locomotion étaient -à cette époque d’une effroyable lenteur: par la malle-poste,—qu’il -fallait retenir longtemps d’avance,—trois nuits et trois jours; par -la diligence, quatre jours et quatre nuits. En outre, dans la mauvaise -saison, il suffisait d’une tombée de neige, d’une bourrasque, d’une -couche de glace à la surface du Rhône ou de la Saône, pour allonger -indéfiniment le trajet réglementaire. - -Le mardi 22 décembre, à dix heures du matin, son cousin le marquis -de Besplas et son ami Joseph d’Ortigue le hissèrent dans le coupé -de la diligence. Ce que fut ce voyage, il l’a dit, dans des pages -émues, au tome II de ses _Mémoires_[128]. Arrivé à Chalon le vendredi -matin seulement, il put monter sur le bateau à vapeur de la Saône. Le -lendemain, il prenait à Lyon le bateau du Rhône; le soir, à la nuit -tombante, il arrivait à Avignon. Ses amis l’attendaient sur le quai. -Ils se jetèrent dans ses bras, et il n’eut pas à les interroger. - - -III - -Au mois d’octobre 1846, lorsque Pontmartin avait quitté Avignon, sa -mère savait qu’il emportait dans sa valise une nouvelle destinée à -la _Revue des Deux Mondes_. Elle lui avait dit, avec un bon sourire: -«Jusqu’ici la _Revue_ m’avait toujours fait peur. Je la crois bien -encore un peu hérétique; mais elle est certainement en voie de -s’amender, puisque tu vas y écrire. Je serai heureuse d’y lire ton -article.» - -Quelques mois auparavant, en effet, Jules Sandeau, qui venait de -terminer son roman de _Madeleine_[129], avait dit un soir à Pontmartin: -«Il est temps d’agrandir votre cadre; Buloz vous a lu, il veut vous -connaître; je vais vous conduire rue Saint-Benoît.» Et simplement, -sans phrases, avec une cordialité toute fraternelle, l’auteur de -_Mademoiselle de la Seiglière_ s’était fait l’introducteur et le patron -du modeste auteur des _Trois Veuves_. - -Pontmartin avait passé dix ans à rêver _Revue des Deux Mondes_, comme -les sous-lieutenants rêvent le bâton de maréchal, comme les jeunes -filles romanesques rêvent le Prince Charmant. Le cœur lui battait donc -bien fort lorsqu’il se présenta, le 2 avril 1846, devant M. Buloz, sa -_copie_ à la main et ne demandant pas son salaire. Le tout-puissant -directeur était dans son cabinet, avec sa culotte de velours noir et -sa robe de chambre de flanelle bleue. Il fut extrêmement poli, serra -le manuscrit dans un carton et promit de l’examiner. Quinze jours -après, il indiquait à l’auteur des changements, des retouches, puis une -refonte générale. - -Son goût était plus instinctif que réfléchi, mais, en somme, très sûr. -On se trouvait presque toujours bien d’écouter ses avis. La nouvelle, -légèrement remaniée, parut dans la livraison du 1^{er} février 1847, -sous le titre d’_Octave_. Elle réussit, et M. Buloz résolut aussitôt de -s’attacher Pontmartin comme chroniqueur littéraire et dramatique de la -Revue. - -Il était, à cette date, en même temps que directeur de la _Revue -des Deux Mondes_, commissaire du roi près le Théâtre-Français. A ce -dernier titre, il ne pouvait pas, en conscience, froisser les auteurs -en vogue. Il lui fallait ménager M. Scribe, dont deux pièces au moins, -_Bertrand et Raton_ et _Une Chaîne_, tenaient souvent l’affiche, et -qui parlait de lui donner une comédie nouvelle en cinq actes[130]. Il -lui fallait, d’autre part, assurer le succès d’Alfred de Musset, qui -allait débuter à la Comédie-Française avec _le Caprice_, rapporté de -Saint-Pétersbourg, par M^{me} Allan. Malheureusement Scribe et Musset -étaient aussi mal l’un que l’autre dans les papiers de Gustave Planche, -qui était alors chargé, chez M. Buloz, de la critique théâtrale. Depuis -douze ou quinze ans, il faisait hautement profession de mépriser -le talent de M. Scribe. Il ne pouvait le prendre d’aussi haut avec -Musset, qui était l’un des principaux collaborateurs de la _Revue_; -mais brouillé avec le poète pour les beaux yeux de M^{me} Sand, il -le traitait par la prétérition, il se déclarait décidé à ne pas dire -un mot de son _Proverbe_, si on le représentait. Comment faire? -Comment se tirer de cette situation complexe et concilier les intérêts -du directeur de la _Revue_ et ceux du commissaire royal? M. Buloz -n’hésita pas; il enleva à Gustave Planche sa férule, et il la remit aux -mains plus légères et mieux gantées du très spirituel rédacteur des -_Causeries dramatiques_ de _la Mode_. - -Pendant près de cinq ans, du 1^{er} mai 1847 au 15 mars 1852, il fut -le chroniqueur attitré de la _Revue_, rendant compte à la fois des -pièces de théâtre et des livres. Il y eut là pour lui, surtout dans -les premiers mois et jusqu’en février 1848, des heures délicieuses, ce -qu’il appellera plus tard sa lune de miel littéraire. - -La _Revue des Deux Mondes_ ne comptait guère alors que deux à trois -mille abonnés; mais elle était la _Revue_, la première, la seule. Son -influence dépassait nos frontières et s’étendait sur toute l’Europe. -Ses rédacteurs n’étaient pas payés bien cher, mais dans cette glorieuse -pléiade, il y en avait plus de sept qui étaient _illustres_: Alfred -de Musset, Augustin Thierry, Prosper Mérimée, Alfred de Vigny, -Sainte-Beuve, Ludovic Vitet, Victor Cousin, Henri Heine[131]. - -Elle ne se permettait pas, d’ailleurs, d’autre luxe que celui d’une -rédaction exceptionnellement brillante. Son logis était modeste, une -humble et bourgeoise maison, au numéro 20 de la rue Saint-Benoît, qui -offrait pourtant cette double singularité d’appartenir à un futur -académicien, M. Saint-René Taillandier, et de posséder un jardin au -premier étage. Le souvenir de ce jardin légendaire, suspendu comme -ceux de Babylone et dont George Sand avait été longtemps la Sémiramis, -devait être toujours cher à Pontmartin, qui écrira trente ans plus tard -dans ses _Nouveaux Samedis_: - - Que n’a-t-on pas dit de ce jardin? Je crois que les solliciteurs, - les martyrs et les refusés de la _Revue_ l’ont jugé à travers leurs - frayeurs ou leurs rancunes. Pour moi, il ne m’a jamais paru que - les fleurs y fissent des piqûres d’orties et que la verdure y fût - jaune. J’aimais cette salle d’attente avec son ombre discrète, ses - économies de soleil et ses allées étroites enroulées autour de son - microscopique tapis de gazon. J’ai passé là d’agréables heures, - ruminant un sujet d’article, méditant sur les corrections demandées, - attendant une épreuve, jasant avec un merle à peu près apprivoisé qui - semblait chargé de siffler les manuscrits suspects et qui s’acquittait - vaillamment de la besogne. De temps à autre, par les fenêtres - entr’ouvertes, m’arrivait un bruit de tempête et j’aurais été tenté - de redire le _suave mari magno_... de Lucrèce, si je n’avais songé - que j’étais moi-même à bord du navire, sur cette mer agitée par les - vents. J’entendais le maître, en proie à la fièvre de la veille du - numéro, se déchaîner tour à tour contre M. de Mars[132],—toujours - en carême!—contre le prote, contre le rédacteur absent ou présent, - contre une malheureuse _coquille_ oubliée sur une moyenne de deux - cents pages. Il y avait de mauvais moments; mauvais moments dont on - fait plus tard,—trop tard,—de bons souvenirs[133]! - -On se réunissait presque tous les jours, de quatre à six heures, dans -les bureaux de la Revue, Sainte-Beuve ne manquait guère d’y venir et -c’était une fête pour Pontmartin de causer avec le célèbre critique. -L’auteur des _Portraits littéraires_, à cette date de 1844, était -bien loin d’être ou du moins de se montrer ce qu’il sera plus tard, -sous le second Empire, quêteur de popularité, associant Brutus à -César, positiviste et matérialiste, archevêque du _diocèse_ où fleurit -l’athéisme. Il fréquentait chez M. Guizot et surtout chez M. Molé, -qu’il aimait à visiter en son château du Marais; il était conservateur -en politique comme en littérature, aussi loin maintenant d’Armand -Carrel que de Victor Hugo. Sa figure rabelaisienne et narquoise -s’éclairait d’un pieux sourire lorsqu’il parlait de sait religion et -du catholicisme, pour lequel il professait le plus profond respect. -Quelquefois, il est vrai, il disait à Pontmartin: «Quand vous parlez -des anciens, ne craignez jamais d’en trop dire. Quand vous parlez -des contemporains n’ayez jamais l’air d’être leur dupe[134]!» Malgré -tout son esprit, Pontmartin était au fond un naïf. Il fut la dupe de -Saint-Beuve et il devint son ami. Voici du reste comment ce dernier, -dans ses _Nouveaux Lundis_, parle de leurs premières rencontres dans -les bureaux de la rue Saint-Benoît: - - Quand je le vis arriver à Paris et s’adresser pour ses premiers - essais critiques à la _Revue des Deux Mondes_, où un compatriote de - Castil-Blaze[135] avait naturellement accès, c’était un homme qui - n’était plus de la première jeunesse, spirituel, aimable, liant, point - du tout intolérant, quoique dans la nuance légitimiste. Il avait déjà - écrit quelques contes ou nouvelles, il s’était essayé dans la presse - de province et il aspirait à faire des articles critiques plus en vue. - J’avoue que mon premier pronostic lui fut aussitôt favorable. Il avait - la plume facile, distinguée, élégante, de cette élégance courante, qui - ne se donne pas le temps d’approfondir, mais qui sied et suffit au - compte rendu de la plupart des œuvres contemporaines[136]. - -Tout cela est au demeurant assez juste, à la condition pourtant -d’ajouter que les _comptes rendus_ de Pontmartin avaient une réelle -originalité. La Revue, avant lui, avait eu des critiques très -pédantesques et très lourds comme Gustave Planche, ou très érudits -et très fins comme Sainte-Beuve lui-même. Elle n’avait pas encore eu -un véritable causeur littéraire, c’est-à-dire un homme d’esprit qui, -sans _approfondir_, je le veux bien, sans _appuyer_, glisse avec grâce -sur les sujets les plus divers, passe du roman de la semaine dernière -à l’opéra-comique de la veille et à la comédie du jour, parlant de -tout avec goût, avec mesure, avec malice, et sachant à l’occasion -cacher, sous un mot piquant, une vérité sérieuse et une utile leçon. Ce -chroniqueur littéraire, ce causeur qui avait jusqu’alors manqué à M. -Buloz, Pontmartin le fut pendant cinq ans. Et comme il n’avait pas eu -de prédécesseur à la Revue, il n’y a pas eu non plus de successeur: on -ne l’a pas remplacé. - -Ces chroniques de la _Revue des Deux Mondes_, de 1847 à 1852, sont -au nombre de vingt-six: elles formeraient aisément deux ou trois -volumes. Pontmartin n’en a jamais réimprimé une seule ligne. Combien -de centaines d’articles n’a-t-il pas ainsi laissé perdre, sans vouloir -prendre le temps et la peine de les recueillir! Rien ne le mortifiait -plus, nous le savons, que de s’entendre appeler _Monsieur le comte_: -son unique ambition était d’être un _homme de lettres_.—Oui, mais il -restait malgré tout un _gentilhomme_, et il semait sans compter ses -articles sur sa route, comme d’autres jettent leurs pièces d’or. - - - - -CHAPITRE VII - -LA RÉPUBLIQUE DE FÉVRIER - -L’OPINION PUBLIQUE - -(1848-1852) - - Rue d’Isly. Sainte-Beuve et le 1^{er} janvier 1848. Le 24 - février.—Fondation de l’_Opinion publique_.—Comment se faisait - un journal en l’an de grâce 1848.—Rédacteur en chef sans - appointements.—Les _Jeunes_ à l’_Opinion publique_.—Ponson du - Terrail et Henri de Pène.—Cham et Armand de Pontmartin.—Les - _Lettres d’un sédentaire_ et les _Mémoires d’Outre-Tombe_.—La - _Sixième du second de la première_.—Le 16 avril et le 15 mai. Les - journées de Juin. La barricade de la rue Lafayette, le lieutenant - Paul Rattier et le caporal Émile Charre.—Le ministère de M. de - Falloux et la Bibliothèque de Jules Sandeau.—Les _Mémoires d’un - notaire_.—L’Odyssée électorale de M. Buloz et les marronniers des - Angles.—La revision de la Constitution et le conseil général du Gard. - La Taverne de Richard-Lucas. Le coup d’État du 2 décembre. Suppression - de l’_Opinion publique_. - - -I - -Puisque le succès décidément était venu, Pontmartin ne pouvait pas -continuer de vivre à Paris en camp volant; il lui fallait avoir -maintenant un vrai domicile. A la fin de décembre 1847, il quitta -le passage de la Madeleine, où il logeait depuis le mois d’octobre -précédent et il s’installa dans un petit appartement de la rue d’Isly, -près la gare Saint-Lazare. - -L’année 1848 commença bien, sinon pour les hôtes du château[137], du -moins pour le nouveau locataire de la rue d’Isly. Le matin du 1^{er} -janvier, il vit entrer chez lui Sainte-Beuve qui venait de monter -ses trois étages pour lui souhaiter la bonne année et lui apprendre -la prise d’Abd-el-Kader. Quelques jours après, le Théâtre-Français -annonçait la prochaine représentation du _Puff_ de M. Scribe. Pour en -mieux assurer le succès, qu’il tenait d’ailleurs pour certain, M. Buloz -donna la veille même de la _première_, un petit dîner d’intimes et de -critiques influents, auquel Pontmartin fut invité, et qui réunissait -Jules Janin (_Journal des Débats_), Théophile Gautier (_la Presse_), -Hippolyte Rolle (_Constitutionnel_), Alfred de Musset, Charles Magnin -et Régnier, homme d’esprit, comédien charmant, fin lettré, chargé -d’un des principaux rôles. Si, le lendemain, la pièce n’obtint qu’un -demi-succès, Pontmartin n’en fut pas autrement affligé, et il se -consola vite en écrivant sur _le Puff_ deux articles qui parurent, -l’un dans la _Mode_, sous la signature _Calixte Ermel_, le 26 janvier; -l’autre, le 1^{er} février, dans la _Revue des Deux Mondes_. - -L’horizon politique cependant s’assombrissait de jour en jour. Trois -fois par mois, dans la _Mode_, Alfred Nettement annonçait que la -révolution était proche, qu’elle allait éclater, que ce n’était plus -qu’une question de semaines, de jours, d’heures peut-être. Pontmartin -n’en croyait pas un traître mot. Au milieu de février, ses affaires -le rappelant aux Angles, il crut pouvoir quitter Paris sans trop -d’inquiétude ou de scrupule. Le 24 février le surprit à Avignon, d’où -il adressa à la petite Revue de la rue Neuve-des-Bons-Enfants une -longue causerie sur _la Révolution de février en province_. Dès les -premiers jours de mars, il était de retour rue d’Isly. Les républicains -pullulaient à ce moment. Hier encore une pincée, ils étaient légion -maintenant. Parmi les royalistes eux-mêmes, plusieurs, et non des -moindres, M. Berryer, M. de Larcy, M. de Falloux, estimaient que le -devoir et la loyauté leur commandaient, non certes de se rallier au -nouveau gouvernement, mais de lui laisser provisoirement le champ -libre, de ne pas ajouter à ses embarras, de lui accorder assez de -temps pour montrer ce dont il était capable ou incapable. Pontmartin -ne blâma pas ceux de ses amis qui croyaient devoir adopter cette ligne -de conduite. Elle le laissait d’ailleurs sans inquiétude: il était -bien sûr, en effet, que la République les obligerait bientôt, par ses -sottises et ses maléfices, à lui retirer leur adhésion transitoire. -Mais s’il ne blâma point ses amis, il ne les suivit pas. S’il n’avait -pas ménagé les épigrammes au gouvernement de Juillet, il s’était -soigneusement tenu à l’écart de toute compromission, de toute alliance -avec l’opposition républicaine. Royaliste de sentiment et de raison, il -redisait volontiers avec Homère: «Le gouvernement de plusieurs n’est -pas bon; qu’il n’y ait qu’un maître et qu’un roi!» et avec Corneille: - - Le pire des états, c’est l’état populaire. - -Le régime démocratique était à ses yeux le plus détestable des -gouvernements, _omnium deterrimum_; il ne voulut pas l’accepter, le -saluer, ne fût-ce qu’un jour, ne fût-ce qu’une heure. - -La Révolution de Février, si elle n’avait pas tué _la Mode_, lui -avait porté un coup dont elle ne devait pas se relever. N’ayant plus -Louis-Philippe à cribler de ses épigrammes, elle avait perdu sa raison -d’être. M. Edouard Walsh, directeur plein d’entrain et de verve -mondaine, aurait peut-être pu la soutenir; mais, à la suite d’un riche -mariage, il avait passé la main à un M. de J..., qui avait tout ce -qu’il fallait pour changer la retraite en débâcle et en déroute. Elle -ne vivait plus que d’une vie précaire, logeant le diable en sa bourse, -et voyant s’éloigner l’un après l’autre ses meilleurs rédacteurs. -Seuls, Nettement et Pontmartin lui restèrent fidèles, bien qu’elle eût -cessé de les payer. De 1848 à 1850, Pontmartin y donna de nombreuses -chroniques, parlant de tout, de littérature, d’art, de politique, -passant du Théâtre-Français au Salon de peinture[138], rendant compte -un jour des _Mémoires d’Outre-Tombe_, de Chateaubriand[139], un autre -jour des _Confessions d’un révolutionnaire_, de Proudhon[140], mêlant à -ses chroniques parisiennes des chroniques de province, et, dans toutes, -affirmant hautement sa foi monarchique. Malheureusement, publiés dans -la _Mode_, ces articles ressemblaient à des feux d’artifice tirés dans -une cave. Il fallait trouver autre chose: Alfred Nettement et Armand de -Pontmartin se résolurent à fonder un journal quotidien. - -Dans ses _Épisodes littéraires_[141], Pontmartin a raconté la -naissance et la mort de l’_Opinion publique_. Le ton épigrammatique -de ce chapitre serait de nature à donner le change sur la valeur de -la feuille dont il fut l’un des rédacteurs en chef, sur les services -qu’elle rendit, sur le rôle à la fois si honorable et si brillant qu’y -joua Pontmartin lui-même. Je voudrais, dans les pages qui vont suivre, -faire mieux connaître un journal qui a eu son heure d’éclat; qui, dans -un temps où la presse n’était pas sans gloire, où les journalistes -s’appelaient Louis Veuillot, Laurentie, Emile de Girardin, Lamartine, -Proudhon, Eugène de Genoude[142], Silvestre de Sacy, Saint-Marc -Girardin, John Lemoinne, a marqué sa place au premier rang. - - -II - -Le 27 mars 1848, eut lieu, chez Alfred Nettement[143], rue de -Monceau-du-Roule, une petite réunion, à laquelle il avait convoqué -Armand de Pontmartin, Théodore Muret[144], l’un des plus anciens -rédacteurs de la _Mode_, et Adolphe Sala, ex-officier de la garde -royale, démissionnaire en 1830, compromis en 1832 dans le procès du -_Carlo-Alberto_, et qui, depuis, s’était occupé d’affaires, sans -abandonner la politique. On tint conseil. Entre les deux principaux -organes du parti légitimiste, il y avait évidemment une place à -prendre, pour un journal plus jeune d’idées, plus vif d’allures que -l’_Union_[145], moins absorbé que la _Gazette de France_ par l’étude -abstraite des théories philosophiques et politiques. De cela nos -quatre amis tombèrent aisément d’accord, et ils se dirent: «Faisons un -journal.» - -Aussi bien, rien n’était plus facile. Il ne s’agissait que d’aller -chez un imprimeur,—avec de l’argent toutefois. Mais il en fallait si -peu! assez seulement pour payer les frais de composition et de tirage -du premier numéro, et, en mettant les choses au pis, des cinq ou six -suivants. Ce serait affaire aux abonnés—ils ne pouvaient manquer de -venir—de faire le reste. - -Les premiers fonds furent fournis par des amis de Nettement, le duc -des Cars, M. de Saint-Priest, M. d’Escuns. Un imprimeur royaliste, -M. Brière, rue Sainte-Anne, très lié avec Théodore Muret, offrit ses -presses. Il fallait un bureau. Pour n’avoir pas à payer de loyer, -on accepta l’hospitalité de la _Mode_, qui avait quitté la rue -Neuve-des-Bons-Enfants et qui occupait alors, au numéro 25 de la rue -du Helder, un petit local dans le fond de la cour, au rez-de-chaussée, -avec une pièce fort étroite à l’entresol. Entre temps, on s’était mis -d’accord sur le titre: le journal s’appellerait l’_Opinion publique_. -Restait à trouver un gérant, c’est-à-dire un brave homme prêt à faire -de la prison toutes les fois qu’il le faudrait. On l’avait sous la main -dans la personne d’un Vendéen, combattant de 1832, M. P. Voillet, qui -avait déjà fait sous Louis-Philippe plusieurs séjours à Sainte-Pélagie, -pour le compte de la _Mode_, et qui ne demandait qu’à recommencer. - -On avait un titre, un imprimeur, un bureau, un gérant. Le 2 mai 1848, -deux jours avant la réunion de l’Assemblée nationale, le premier numéro -parut avec cet en-tête: - - RÉDACTEURS EN CHEF - - _Politique_: M. ALFRED NETTEMENT. - - _Littérature_: M. A. DE PONTMARTIN. - -Le journal[146], au début, se faisait d’une assez drôle de façon. Dans -la journée, la salle de rédaction était presque toujours vide. Le soir, -elle se remplissait d’amis, de députés de la droite, qui venaient -aux nouvelles ou qui en apportaient. On fumait beaucoup, on causait -davantage encore. Cependant dix heures et demie, onze heures sonnaient -à la pendule: «Voyons, messieurs, disait gravement Théodore Muret, il -faut laisser Nettement faire son grand article.» - -De quart d’heure en quart d’heure, le sage Muret reproduisait sa -motion. Enfin, sur le coup de minuit, on se retirait. Resté seul, -Nettement se mettait à la besogne. Il couvrait de sa grande écriture de -nombreux feuillets, dont le metteur en pages s’emparait vite au fur et -à mesure de leur achèvement. Après son grand article, il en composait -un second, puis quelquefois un troisième. On finissait toujours par -paraître, mais on manquait souvent le chemin de fer. L’accident du -reste ne causait pas grande émotion. «Ah çà! messieurs, se bornait-on à -dire, le journal n’est pas encore parti ce matin; il faudrait pourtant -s’arranger différemment.» - -Les lettres des abonnés de province se succédaient alors, toutes -conçues à peu près dans les mêmes termes: «Monsieur le rédacteur, je me -suis abonné à votre excellent journal, et je vous avoue que c’est dans -l’intention de le recevoir. S’il ne me manquait qu’une fois de temps en -temps, passe; mais il me manque deux ou trois fois par semaine. C’est -un accident, je le veux bien; mais comment se fait-il qu’il soit si -fréquent[147]?» - -Eh bien! le journal, malgré tout, prospérait. S’il était fait un -peu à la diable, il ne laissait pas d’être très bien fait. Outre ses -grands articles, Alfred Nettement donnait chaque jour sous ce titre: -_Impressions à la Chambre_, la physionomie de la séance de l’Assemblée. -Armand de Pontmartin publiait des _Chroniques de Paris_, qui étaient -les plus spirituelles du monde. La politique, à ce moment, n’était -pas renfermée tout entière dans l’enceinte du Palais-Bourbon; elle -était partout, dans les cafés, sur la place publique, à la Bourse et -sur les boulevards. Théodore Muret et Adolphe Sala avaient charge de -recueillir tous les bruits, de multiplier les _échos_, et, à côté de -la physionomie de la Chambre, de peindre la physionomie de la rue. Et -ainsi l’_Opinion publique_ avait les allures d’un petit journal autant -que d’une feuille sérieuse. C’était une _Gazette de France_ en pleine -jeunesse, une _Quotidienne_ de vingt ans. - -Après les journées de Juin, trois écrivains de réelle valeur, MM. de -Lourdoueix[148], Albert de Circourt[149] et Alphonse de Calonne[150] -vinrent renforcer la rédaction du journal. A la fin de 1848, après -huit mois seulement d’existence, l’_Opinion publique_ avait six mille -abonnés. - -Le 28 mai 1849, elle transporta ses bureaux rue Taitbout, numéro 10. -Alfred Nettement venait d’être nommé à l’Assemblée législative par -les électeurs du Morbihan. La situation nouvelle qui lui était faite -ne pouvait manquer d’accroître encore l’importance de son journal. -Celui-ci pourtant, à cette heure-là même, traversait une crise grave. - -Il ne suffit pas, pour qu’un journal vive et prospère, qu’il ait des -écrivains de talent, des abonnés, un public; besoin est qu’il ait -aussi un financier, un calculateur, et l’_Opinion publique_ n’en avait -pas. Si la rédaction était remarquable, l’administration n’était rien -moins que sage. On avait agrandi le format et on avait abaissé le prix -de l’abonnement. On avait multiplié, au delà de toute prudence, les -_Abonnements de propagande_. On publiait chaque jeudi un _Supplément -populaire_, qui était très onéreux. Un jour vint où il fallut bien -s’avouer que les recettes et les dépenses ne s’équilibraient plus. -Que faire? Suspendre le journal, au moment où son influence était en -progrès, alors qu’il rendait de véritables services? Il n’y fallait pas -songer. Relever le prix d’abonnement? C’était bien périlleux; c’était, -dans tous les cas, aller contre le but auquel tendaient les fondateurs, -qui avaient surtout voulu faire œuvre de propagande. - -Adolphe Sala proposa de recourir à un moyen héroïque. «Nous ne -pouvons, dit-il, ni supprimer ni réduire les dépenses matérielles, les -frais d’employés. Impossible également de ne pas payer les feuilletons -et les articles en dehors. Reste la rédaction habituelle. Décidons -qu’elle sera gratuite. Que l’honneur de servir notre cause soit -notre seul salaire, et travaillons gratis tant qu’il plaira à Dieu.» -La motion fut votée à l’unanimité. Alfred Nettement et Pontmartin -restèrent rédacteurs en chef... sans appointements[151]. Et jamais ils -n’apportèrent plus de zèle, jamais ils ne fournirent plus de copie. - - * * * * * - -A quelque chose malheur est bon. Ne pouvant, faute de fonds, -s’adresser aux romanciers en vogue, aux feuilletonistes célèbres, les -directeurs de l’_Opinion publique_ ouvriront leurs colonnes aux talents -nouveaux, à ceux qui n’ont pas encore un nom, mais qui sont capables de -s’en faire un. Les _Jeunes_ seront toujours sûrs de trouver près d’eux -bon accueil. Un jour, c’est un jeune homme de dix-neuf ans qui apporte -rue Taitbout une nouvelle intitulée _la Vraie Icarie_ et signée _Pierre -du Terrail_. Elle est insérée sans retard[152] et il se trouve que, -ce jour-là, Pontmartin a présenté au public l’auteur des _Exploits de -Rocambole_ et de tant d’autres romans-feuilletons[153]. Un autre jour, -c’est Moland[154], destiné à devenir un de nos principaux médiévistes, -qui fait recevoir une suite d’articles sur la _Condition des savants -et des artistes au XIII^e siècle_. Comme Ponson du Terrail, Henri de -Pène[155] n’avait que dix-neuf ans, lorsque, au mois d’octobre 1849, -il se présenta aux bureaux du journal, où il est admis aussitôt comme -reporter. On lui confiera bientôt les petits théâtres, puis l’intérim -des grands, quand Alphonse de Calonne se trouvera, d’aventure, empêché. -Il publiera d’aimables proverbes, _Il n’y a pas de fumée sans feu et -de feu sans fumée_, ou encore _Jeunesse ne sait plus_. Au besoin, il -faisait l’article politique, et le premier-Paris ne l’effrayait pas. Le -premier de chaque mois, il rédigeait les _Tablettes du mois_ qui venait -de finir, et jamais on ne mit tant d’esprit dans un almanach: - - Dans le calendrier lisez-vous quelquefois? - -Barbey d’Aurevilly avait quarante ans sonnés en 1849, mais il pouvait -passer pour un _jeune_, puisqu’il était encore à peu près inconnu. Il -fit paraître dans l’_Opinion publique_ ses articles sur _les Prophètes -du passé_, sur Joseph de Maistre et M. de Bonald[156], et un peu plus -tard une étude sur _Marie Stuart_[157]. - - -III - -Pontmartin, au besoin, aurait pu se passer d’aides; il eût pu se -dispenser de chercher des collaborateurs. Il a donné à l’_Opinion -publique_, pendant cette campagne de quatre ans, plusieurs centaines -d’articles. Je ne crois pas qu’il y ait un autre exemple, dans la -presse littéraire, d’une pareille fécondité. Ces articles (sauf trois -sur les _Chansons de Béranger_), il n’a pas voulu les conserver et les -réunir, sans doute parce qu’_ils étaient trop_; peut-être aussi a-t-il -trouvé que la politique y tenait trop de place. J’estime qu’il a eu -tort. - -Il y a politique et politique, comme il y a fagots et fagots. Celle -de Pontmartin était bonne et n’a rien perdu à vieillir. Avec lui, -d’ailleurs, tant il avait d’esprit, de bon sens et de belle humeur, la -politique même est encore de la littérature, et de la meilleure. - -Les articles qu’il a écrits de 1848 à 1852 se peuvent diviser en -quatre séries bien distinctes, les Chroniques de Paris, les Causeries -musicales, les Causeries dramatiques et artistiques, et les Causeries -littéraires. - -«Pour raconter heureusement sur les petits sujets, il faut trop de -fécondité, c’est créer que de railler ainsi et faire quelque chose -de rien.» Cette parole de La Bruyère pourrait servir d’épigraphe aux -_Courriers de Paris_ d’Armand de Pontmartin. C’est avec des riens -qu’il trouve moyen de composer ses plus jolies chroniques. Il prend, -par exemple, l’_Almanach national_ de MM. Guyot et Scribe, et avec -cet almanach il fait un article qui renferme les traits les plus -piquants et, à côté des anecdotes les plus drôles, les leçons les plus -sages[158]. Un autre jour,—c’était le 1^{er} janvier 1850,—assisté -de son collègue et ami maître Calixte Ermel, il publie, après l’avoir -préalablement ré-rédigé lui-même, le _Testament d’une défunte_, feu -l’année 1849. Jamais, depuis le _Légataire universel_ de Regnard, -on n’avait eu tant d’esprit par-devant notaire. Et la _Lettre d’un -représentant de province à un de ses amis_, et les _Bulletins de la -République... des lettres!_ Comme tout cela est vif, léger, aimable, -et comme, à la lecture de ces pages écrites de verve, le mot de M^{me} -de Sévigné vous revient vite à la mémoire: «Mes pensées, mon encre, ma -plume, tout vole!» - -Les temps étaient durs, les craintes étaient grandes, la tristesse -était générale. Seul, un homme avait réussi à dérider les fronts, -à ramener le sourire sur les lèvres. Chaque matin, chaque soir, le -crayon de Cham[159] se chargeait de consoler les honnêtes gens, de -les rassurer, de les réjouir, en saisissant au vol le côté comique -de ces épisodes et de ces personnages, éphémères créations de la -nouvelle République. Les légendes étaient encore plus spirituelles -que les dessins. Un matin, c’était un bourgeois du Marais marchandant -un poisson et s’écriant: «J’aimerais autant qu’il ne fût pas de -la veille.» Le soir, c’était un pur, un humanitaire qui, pour -sauver le genre humain, demandait trois cent mille têtes, et à qui -l’imperturbable Cham répliquait: «Monsieur est coiffeur?» - -Ce que le crayon de Cham fut alors pour tous les Parisiens, la plume -de Pontmartin le fut, au même moment, pour les lecteurs de l’_Opinion -publique_. L’écrivain et le dessinateur étaient doués l’un et l’autre -d’une incroyable facilité d’improvisation; ils rivalisaient aussi à -qui serait le plus _réactionnaire_ des deux. Un joyeux compagnon, -Auguste Lireux[160], avait tracé, au sortir des séances de l’Assemblée -constituante, de très piquants croquis des premiers élus du suffrage -universel. Cham joignit à son texte des _charges_ d’une étonnante -bouffonnerie, et de leur collaboration sortit un grand et beau volume, -qui était tout bonnement un chef-d’œuvre, l’_Assemblée nationale -comique_. Pourquoi la fantaisie n’est-elle pas venue au comte de -Noé d’illustrer les _Chroniques de Paris_ du comte de Pontmartin, -avec lequel il était lié? Nous aurions eu un livre aussi amusant -que l’_Assemblée nationale comique_ et qui aurait pu prendre pour -épigraphe: _Les bons comtes font les bons amis_. - -Pontmartin, dans les _Souvenirs d’un vieux mélomane_, publiés en 1878, -a fait revivre pour nous l’âge héroïque de la musique dramatique, -ces temps qui semblent aujourd’hui perdus dans la brume des fictions -mythologiques, où Nourrit, Duprez, Levasseur, M^{lle} Falcon et -M^{me} Damoreau chantaient à l’Opéra, où M^{me} Malibran et M^{lle} -Sontag, Rubini, Lablache et Tamburini chantaient aux Italiens: _Tempi -passati!_... En 1849 et en 1850, la salle Ventadour et la vieille -salle de la rue Lepeletier comptaient encore d’admirables chanteurs. -Pontmartin se réserva, dans l’_Opinion publique_, le département de la -musique, et il écrivit dans son journal, sous le titre de _Causeries -musicales_, des pages où, après plus d’un demi-siècle, on croit -entendre comme un écho lointain de ces merveilleux opéras bouffes -qu’interprétaient alors Lablache, Mario et Ronconi, M^{me} Persiani -et M^{lle} Sophie Véra. Le Théâtre-Italien était son théâtre préféré. -Malheureusement, l’heure n’était plus à ces jouissances délicates, à -ces réunions mélodieuses. Les spectateurs se faisaient de plus en plus -rares, et souvent en sortant d’une représentation où _La Cenerentola_, -_Don Pasquale_, _Il Matrimonio segreto_ avaient été joués dans le -désert, il se demandait si son cher théâtre n’allait pas, d’ici à peu -de temps, fermer ses portes pour ne plus les rouvrir, si les électeurs -d’Eugène Sue et du citoyen de Flotte ne diraient pas bientôt aux -dilettantes, comme la fourmi de La Fontaine: - - Vous chantiez, j’en suis fort aise; - Eh bien, _dansez_ maintenant! - -Ses causeries sur le Théâtre-Italien, sur _La Gazza ladra_ ou -l’_Elisire d’Amore_, ont la tristesse d’une chose qui va finir et le -charme mélancolique d’un adieu. - -Le critique théâtral de l’_Opinion publique_ était Alphonse de Calonne. -S’agissait-il cependant d’une _grande première_, de la comédie ou -du drame d’un poète, c’était Pontmartin qui en rendait compte. De -là, plusieurs _Causeries dramatiques_, sur la _Gabrielle_ d’Émile -Augier[161], le _Toussaint Louverture_, de Lamartine[162], la _Fille -d’Eschyle_, de Joseph Autran[163], le _Martyre de Vivia_, de Jean -Reboul[164]. - -Pontmartin avait fait deux _Salons_ à la _Mode_, celui de 1847 et -celui de 1848. Dans l’_Opinion publique_, il donne, à l’occasion, des -_Causeries artistiques_ où il apprécie tantôt les _Peintures du grand -escalier du Conseil d’État (Palais d’Orsay) par M. Chasseriau_[165], -tantôt les _Peintures monumentales de M. Hippolyte Flandrin à l’église -Saint-Paul de Nimes_[166], ou encore _la Nouvelle fontaine de Nimes et -les statues monumentales de Pradier_[167]. - -C’est le 1^{er} octobre 1849 que Sainte-Beuve entreprit sa campagne -des _Lundis_ au _Constitutionnel_. Le 11 février précédent, Pontmartin -avait inauguré ses _Causeries littéraires_ à l’_Opinion publique_. -Les principales sont consacrées à l’_Esclave Vindex_ et aux _Libres -Penseurs_ de Louis Veuillot, aux _Confidences_ et au _Raphaël_ de -Lamartine, à l’_Histoire du Consulat et de l’Empire_ de M. Thiers, au -_Journal de la Campagne de Russie en 1812_, par le duc de Fezensac, aux -romans de Jules Sandeau et à ceux de Charles de Bernard. Les Causeries -de 1851, écrites pour la plupart à Avignon et aux Angles, parurent sous -le titre de _Lettres d’un Sédentaire_. Elles sont au nombre de seize -et marquent un réel progrès dans le talent de l’auteur. Il a plus de -loisirs qu’à Paris, et il en profite; il ne craint pas d’entrer, quand -il le faut, dans de longs développements. Il a deux grands articles sur -les _Causeries du Lundi_[168], et ce n’est point à ceux-là sans doute -que pensait Sainte-Beuve quand il a reproché à Pontmartin de «ne pas se -donner le temps d’approfondir». Il en a trois sur Béranger[169], qui -soulèveront des orages lorsqu’ils seront réimprimés en 1855. Il en a -cinq sur les _Mémoires d’Outre-Tombe_[170], qui paraissaient alors pour -la première fois en librairie. Les glorieux _Mémoires_ eurent contre -eux, au moment de leur publication, la critique presque tout entière. -Vivant, Chateaubriand avait pour lui tous les critiques, petits et -grands. A deux ou trois exceptions près, ils se prononcèrent tous, -grands et petits, contre l’_empereur tombé_. - -Sainte-Beuve _attacha le grelot_. Le 18 mai 1850, alors que les -_Mémoires_ n’avaient pas encore fini de paraître dans le feuilleton -de la _Presse_[171], il publia dans le _Constitutionnel_ un premier -article suivi, le 27 mai et le 30 septembre, de deux autres, tout -remplis, comme le premier, de dextérité, de finesse et, à côté de -malices piquantes, de sous-entendus perfides[172]. - -Pontmartin ne céda pas à ce subit reflux de gloire, à cette réaction -injuste et violente contre le grand écrivain. Il lui parut que le -Testament littéraire et politique de Chateaubriand ne devait pas être -cassé. Dans ses cinq articles, il établit avec force le mal fondé -des moyens de nullité invoqués par les adversaires, et il n’hésita -pas à dire que «les _Mémoires d’Outre-Tombe_ étaient un des plus -étonnants chefs-d’œuvre de notre littérature, ou plutôt de toutes les -littératures». - -Ce sera l’honneur de Pontmartin d’avoir mis ainsi à leur vrai rang -les immortels _Mémoires_, d’en avoir parlé dès le premier jour comme -en parlera la postérité, d’avoir eu raison, ce jour-là, contre -Sainte-Beuve et contre tous les critiques de son temps. - -J’avoue—cela tient peut-être à ce qu’elles sont enfouies au fond -d’un journal depuis longtemps disparu et joignent ainsi à leur valeur -propre l’attrait des choses rares—j’avoue que j’ai un faible pour -ces premières _Causeries littéraires_. Ce qui me paraît certain, en -tous cas, c’est qu’elles sont au moins égales à celles que l’auteur a -réunies plus tard en volumes à partir de 1854. - -Outre ces articles de critique, il donnait encore à l’_Opinion -publique_ des œuvres d’imagination, une Nouvelle: _l’Enseignement -mutuel_[173], un Proverbe: _Les Premiers fusionistes, ou A quelque -chose malheur est bon_[174]. Entre temps, il écrivait pour la _Mode_ -le deuxième et le troisième volume des _Mémoires d’un notaire_ et _le -Capitaine Garbas_[175]. A la _Revue des Deux Mondes_, il continuait de -faire, d’une façon régulière, la chronique littéraire et théâtrale. -Comme il n’était pas chez lui dans la maison de la rue Saint-Benoît, -il faisait un peu plus de toilette qu’à la rue Taitbout; il mettait sa -cravate blanche et passait son habit noir. Faut-il pour cela préférer -ses articles de la _Revue des Deux Mondes_ à ceux de l’_Opinion -publique_? Tel ne serait pas mon avis. A la Revue, Pontmartin était -spirituel, élégant, correct; à M. Buloz, qui le payait, il en donnait -pour son argent. A l’_Opinion publique_, il se dépensait tout entier; -tout ce qu’il y avait en lui d’ardeur, de flamme, de passion, il le -donnait à ce journal qui ne le payait pas. - - -IV - -J’ai dû, pour ne pas interrompre le récit de la campagne de Pontmartin -à l’_Opinion publique_, laisser un moment de côté les quelques épisodes -qui marquèrent pour lui, en dehors de cette campagne, les quatre années -de la seconde République, du 24 février 1848 au 2 décembre 1851. - -En se mettant dans ses meubles, rue d’Isly, à la fin de décembre 1847, -il était devenu tributaire de la garde nationale. Immatriculé dans la -_sixième du second de la première_,—6^e compagnie du 2^e bataillon de -la 1^{re} légion,—il ne fit d’abord qu’en rire, croyant bien que ce -serait là une simple sinécure. Il était loin de compte. Le 16 avril -1848, une manifestation populaire menaça l’Hôtel de Ville; le péril ne -fut conjuré que par l’énergique intervention du général Changarnier, -qui se trouvait alors à Paris sans commandement et sans troupes. Ce -fut ce jour-là que Pontmartin débuta dans le noble métier des armes, -avec une tunique, extraite du magasin de la mairie, dont la taille trop -courte lui remontait au milieu du dos. - -Le 15 mai, un peu avant midi, on battit le rappel. La sixième du -second se réunit à son rendez-vous habituel, au bout de la rue -Tronchet, du côté de la rue Neuve-des-Mathurins. De la rue Tronchet -au Palais-Bourbon, le trajet n’est pas long. De quinze pas en quinze -pas, les gardes nationaux rencontraient des jeunes gens en blouse ou -en bourgeron, très polis, très corrects, qui leur disaient: «Retournez -chez vous, Messieurs, vous n’avez plus rien à faire. Le peuple a pris -possession du Palais-Bourbon. Il est en train d’élire le nouveau -gouvernement.» En l’absence de son capitaine, la _sixième_ était -commandée par son lieutenant, M. Paul Rattier, un très galant homme et -très brave, qui ne se laissait pas retourner aussi facilement que le -caoutchouc auquel il devait sa belle fortune. Il poursuivit sa route. -Quand on eut atteint la grille du palais, Pontmartin, qui se trouvait à -côté du lieutenant, chercha dans la foule une figure de connaissance, -et il vit M. de Falloux monté sur une borne au coin de la rue de -Bourgogne, et haranguant courageusement cette aveugle multitude qui -aurait pu l’écharper et qui l’écoutait avec une certaine déférence. -Cinq minutes après, la garde nationale avait pris sa revanche et -expulsé les émeutiers. - -Après l’émeute du 15 mai, l’insurrection de juin. - -Le jeudi 22 juin, le Théâtre-Français donna la première représentation -d’_Il ne faut jurer de rien_, d’Alfred de Musset. Pontmartin y -assistait. La pièce fut jouée en perfection par Provost, Brindeau, Got, -Mirecourt, mesdames Mante et Amédine Luther. Les spectateurs étaient -trop distraits pour écouter ce dialogue exquis, pour apprécier cette -merveilleuse interprétation. La guerre civile était dans l’air, et le -très spirituel Louis de Geofroy qui, en attendant d’être un diplomate -d’une rare distinction, écrivait dans la _Revue des Deux Mondes_, dit à -Pontmartin et à ses amis, en entrant dans leur loge: «Pardon! On peut -jurer de quelque chose; c’est que, demain matin, on se battra dans la -rue.» - -Le lendemain matin, en effet, Paris commençait à se couvrir de -barricades. Le rappel, battu à neuf heures pour la garde nationale, -fut à onze heures suivi de la générale. Pontmartin s’empressa de se -rendre à son poste. Dans cette première journée, la première légion -subit des pertes sensibles à l’attaque d’une barricade élevée faubourg -Poissonnière, à la hauteur de la caserne de la Nouvelle-France. Le -soir, la sixième compagnie dut prendre quelques heures de repos dans -la cour de la mairie du premier arrondissement. Le long de cette cour -vaste et mélancolique, de grandes bottes de paille, étendues sur le -pavé, s’étaient transformées en lit de camp où reposaient des rangs -pressés de dormeurs; quand la couche de paille était assez épaisse, -le lit avait deux étages, et chacun de ces deux étages un habitant. -Sans distinction de grade et d’épaulettes, le caporal ronflait sous le -voltigeur, et le sergent sous le caporal. Pontmartin, et avec lui une -vingtaine de gardes nationaux, écrivains, artistes, hommes du monde, -veillaient, groupés autour d’un gigantesque bol de punch et devisant -des événements. Il a décrit, dans _le Capitaine Garbas_, cette nuit -du 23 juin 1848, qui précéda la plus sanglante des quatre sanglantes -journées. - - Ce n’était pas, dit-il, une de ces belles nuits d’été, où Dieu fait - ruisseler sur l’azur du ciel des myriades d’étoiles, comme les seuls - diamants dignes de sa puissance infinie; une de ces nuits limpides, - douces harmonies de la vie des champs, poétiques compagnes de voyage, - faites de vagues murmures, de vagues silences, de vagues parfums, des - mille frémissements de la nature endormie: c’était une nuit sombre et - troublée, où nos passions se faisaient sentir jusque dans le calme - universel. Le ciel, pluvieux et froid malgré la saison, n’avait - aucune des splendeurs de l’été; quelques rares étoiles, frissonnantes - et mouillées, paraissaient et disparaissaient sous les nuages, - comme nos débiles espérances sous le voile funèbre des calamités - publiques. De temps à autre, un coup de fusil retentissait, isolé, - perdu dans l’espace; puis à intervalles réguliers, on entendait le - cri des factionnaires: _Sentinelles, prenez garde à vous!_ s’élever, - se répondre, se croiser, s’éloigner, s’affaiblir et se perdre dans - les rues désertes. Ce qui rend les autres nuits si belles, c’est que - l’homme s’y cache et s’y tait; ce qui rendait celle-là si sombre, - c’est que l’homme y apparaissait partout, à l’imagination et à - l’oreille, au regard et à la pensée. - -La trève fut de courte durée; dès quatre heures du matin, le samedi 24, -la lutte recommença. - -A l’extrémité nord de la rue du Faubourg-Poissonnière, près du jardin -Pauwels[176], les insurgés avaient construit une barricade, précédée -d’un fossé palissadé, et dont les assises de pavés s’accumulaient en -montagne contre la grille de la barrière. Ils occupaient les bâtiments -de l’octroi et quelques maisons voisines: plus loin leurs tirailleurs -s’abritaient derrière les pierres du clos Saint-Lazare, où commençait à -s’élever l’hôpital de la République, ci-devant Louis-Philippe, depuis -de La Riboisière. Cette position était défendue de tous côtés par des -barricades, rue Bellefond, rue des Petits-Hôtels, rue d’Hauteville, et -se reliait avec la barrière Rochechouart et les barricades du faubourg -Saint-Denis. C’était une véritable forteresse, contre laquelle vinrent -se briser, jusqu’à trois heures de l’après-midi, tous les efforts du -2^e bataillon de la 1^{re} légion. A ce moment, il fut rallié par le -général Lebreton, accompagné d’un parc d’artillerie. Au signal de trois -coups de canon le bataillon s’élance. Une lutte furieuse s’engage. -La 6^e compagnie, toujours commandée par l’intrépide lieutenant Paul -Rattier[177], voit décimer ses rangs. Aux côtés de Pontmartin le brave -caporal Émile Charre, un caporal plusieurs fois millionnaire, tombe -pour ne plus se relever. La barricade enfin est emportée. Restait le -clos Saint-Lazare. Il fallut en faire le siège, qui absorba presque -toute la journée du dimanche 25, et auquel le 2^e bataillon de la -1^{re} légion, placé ce jour-là sous les ordres de Lamoricière, prit -encore une part importante. - - * * * * * - -A la fin de juillet, Pontmartin partit pour les Angles, afin d’y -prendre quelques vacances; mais la politique, qu’il avait peut-être -cru fuir en quittant Paris, l’attendait en province. Depuis 1844, -il représentait le canton de Villeneuve au Conseil général du Gard. -Ses amis lui firent un devoir d’accepter la candidature, lors du -renouvellement qui eut lieu au mois d’août. Il fut nommé, après une -lutte très vive; mais son élection fut annulée pour erreur commise -dans le compte des voix. Deux mois après, il lui fallait batailler de -nouveau; cette fois du moins le succès fut complet. - - -V - -«La France est une nation qui s’ennuie[178]», avait dit un jour -Lamartine sous la monarchie de Juillet. Elle n’avait plus maintenant -le temps de s’ennuyer. C’était chaque matin une surprise nouvelle. -Le 10 décembre, le prince Louis Bonaparte était élu à la Présidence: -le 20 décembre, un légitimiste pur, l’_alter ego_ de Berryer, M. de -Falloux était nommé ministre de l’Instruction publique, et bientôt sa -table et ses salons réunissaient la fine fleur de la réaction. Le 17 -janvier 1849, il donna un grand dîner au prince-président. L’_Opinion -publique_ nous a conservé la liste des convives. La voici: le prince -Louis Bonaparte, l’archevêque de Paris[179], le curé des Quinze-Vingts, -qui avait recueilli M^{gr} Affre au 25 juin, MM. Thiers, Molé, Berryer, -Victor Hugo, duc de Noailles, maréchal Bugeaud, Villemain, Cousin, -Viennet, Saint-Marc Girardin, marquis de La Rochejaquelein, marquis de -Maillé, Changarnier, marquis de Pastoret, général Baraguey d’Hilliers, -marquis de Barthélemy, duc de Rauzan, duc de Mouchy[180]: - - D’anti-républicains c’était un fort bon plat, - -Grande fut la colère sur les bancs de la gauche. Armand Marrast -surtout, le _marquis de la République_, ne pouvait digérer ce dîner -où il y avait eu tant de marquis.—«Il n’y avait pas un républicain!» -s’écria-t-il,—«Quoi! répliquait le journal de Pontmartin, pas même le -Président de la République[181]!» - -Si Pontmartin n’était pas des dîners de M. de Falloux, il lui arrivait -fréquemment d’assister aux réceptions qui avaient lieu à l’hôtel de -la rue de Grenelle. «J’y vis affluer, dit-il dans ses _Souvenirs d’un -vieux critique_, tous ceux que le péril commun unissait dans une même -pensée de salut—ou de sauvetage. Le général de Saint-Priest y amenait -le comte d’Escuns; M. de Circourt y causait avec M. d’Andigné, les -académiciens avec les douairières, Poujoulat, Nettement, Laurentie, -Adolphe Sala, Lourdoueix, tous les députés royalistes, toute la -rédaction de l’_Union_, de la _Gazette de France_ et de l’_Opinion -publique_, s’y rencontraient avec MM. Cousin, Mignet, Saint-Marc -Girardin, Vitet, Patin, Marmier, et les universitaires. Si les titres -n’avaient pas été abolis par la plus naïve des républiques, on aurait -pu tapisser de parchemins authentiques toute la rue de Grenelle et tous -les salons du ministère. Je me souviens même d’un petit détail assez -curieux. Comme cette abolition des titres n’était pas prise au sérieux, -le citoyen ministre avait recommandé aux citoyens huissiers d’annoncer -chaque visiteur avec la qualification qu’il se donnerait; si bien que, -un soir, les huissiers annoncèrent madame la baronne Durand et M. de -Montmorency[182].» - -Des liens d’amitié et de famille rattachaient à M. de Falloux le -rédacteur de l’_Opinion publique_. Ce dernier eut l’idée d’utiliser -ces bonnes relations au profit de Jules Sandeau. En 1849, Jules -Sandeau était pauvre. Il avait publié déjà le meilleur de son -œuvre, _Marianna_, _le Docteur Herbeau_, _Catherine_, _Madeleine_, -_Mademoiselle de la Seiglière_; mais, en ce temps-là, un roman -rapportait mille francs à son auteur, et il lui fallait deux ans pour -atteindre une seconde édition. Pontmartin demanda pour l’auteur de -_Marianna_ un emploi de bibliothécaire. Sa requête reçut un favorable -accueil, et le ministre le pria de lui amener son ami. L’audience -fut la plus satisfaisante du monde. M. de Falloux et Jules Sandeau -étaient, dans un milieu bien différent, deux natures également fines et -délicates; ils s’entendirent à merveille. En adressant au romancier de -chaleureux compliments au sujet du _Docteur Herbeau_ et de _Catherine_, -les félicitations du ministre tombèrent si juste, qu’elles prouvèrent -qu’il l’avait lu et ne l’avait pas oublié. Pontmartin avait donc lieu -d’espérer une heureuse solution; mais le guignon s’en mêla; M. de -Falloux tomba malade quelques jours après; lui-même partit pour le -Midi, et, quand il revint, le ministre avait donné sa démission[183]. - - -VI - -Si chacune des œuvres de Jules Sandeau lui rapportait en moyenne un -millier de francs, Pontmartin, au mois d’avril 1849, publia un roman en -trois volumes, qui, au lieu de lui être payé 3 000 francs, lui coûta -précisément cette somme. - -Le premier volume des _Mémoires d’un notaire_ avait paru dans la -_Mode_ d’octobre à décembre 1847. Dès le mois de novembre, un des -collaborateurs de la revue royaliste, très brillant officier et -romancier de talent, M. de Gondrecourt[184], avait offert à Pontmartin -de le présenter à son éditeur Alexandre Cadot[185], qui était le -libraire en vogue, au moins pour les romans, lesquels paraissaient -alors en volumes in-octavo, dits de _cabinet de lecture_. «Il paye -peu, mais exactement», avait ajouté Gondrecourt. Pontmartin avait été -obligé de décliner son aimable proposition. La veille, chez Véry, le -vicomte Édouard Walsh lui avait dit, après force félicitations: «Il -ne tient qu’à vous, mon cher ami, de faire une bonne œuvre et deux -heureux: l’imprimeur et le metteur en pages de la _Mode_, tous deux -chargés de famille, seraient bien reconnaissants si vous leur accordiez -la propriété de votre roman. Ils l’imprimeraient en volumes au fur et -à mesure, ils n’auraient pas d’autres frais que leur travail, et ils -toucheraient les bénéfices.» Pontmartin avait répondu _oui_, et c’est -ce _oui_ qui devait lui coûter mille écus. - -Ravis de leur bonne fortune, le metteur en pages et l’imprimeur -s’étaient hâtés de composer le premier volume; ils y avaient même -ajouté, à l’insu de l’auteur, _Napoléon Potard_. Quand éclata la -révolution de Février, qui fut meurtrière pour la _Mode_, pris de -peur, ils vinrent dire à Pontmartin d’un air navré qu’ils n’avaient -pas de quoi acheter le papier et payer les frais nécessaires et ils -le supplièrent de se mettre en leurs lieu et place en se chargeant -de tous les frais et en recueillant tous les bénéfices.—Soit, dit -encore Pontmartin. Il s’était remis à son roman, et il en écrivit -les deux derniers volumes à travers l’affolement des rappels, des -émeutes, des rassemblements continuels, des nuits de corps de garde, -et aussi au milieu des tracas et des soins de toute sorte que lui -causaient la fondation et la rédaction en chef de l’_Opinion publique_. -Ses deux persécuteurs imprimaient toujours, faisant les morceaux -doubles et s’inquiétant très peu d’augmenter les frais, dès l’instant -qu’ils n’étaient plus à leur charge. Le jour où ils lui présentèrent -l’addition, le chiffre rond était de 3 000 francs[186]. - -Après s’être exécuté sans trop se plaindre, il fit, à ses risques -et périls, paraître ses trois volumes. qui arrivaient du reste -en un mauvais moment, à la veille des élections de l’Assemblée -législative[187], alors que la presse, les électeurs—et les lecteurs -étaient tout entiers à ces élections. Dans les _Épisodes littéraires_, -où il fait vraiment trop bon marché de lui-même, de son journal et de -ses livres, il lui plaît de dire que son roman ne vaut pas le diable. -Il est bien vrai que, conçu à une époque où Eugène Sue et Alexandre -Dumas avaient mis à la mode les romans-feuilletons en huit et dix -volumes, son livre repose sur une donnée étrange, invraisemblable, -impossible. Les _Mémoires_ de l’honnête Calixte Ermel, le notaire de -la rue Banasterie, ne sont rien moins que le récit d’une vengeance -avignonnaise, auprès de laquelle pâlissent toutes les vendettes de la -Corse et qui se transmet, pendant quatre-vingt-dix ans, de génération -en génération; vengeance surhumaine, armant les bras de meurtriers qui -ne sont pas nés encore, contre des victimes que l’avenir verra naître. -Encore une fois, cette donnée ne se peut admettre; cette vengeance, -datée du 10 octobre 1756, qui ne doit finir que le 10 octobre 1846, -nous nous refusons à y croire. Mais sur cette trame grossière, l’auteur -a dessiné d’élégantes broderies; sur ce sauvageon il a greffé de -gracieux épisodes. Deux surtout sont particulièrement remarquables, -celui qui sert d’exposition à l’ouvrage, et celui qui a pour titre la -_Chasse aux Chimères_. Dans le premier, l’auteur a tracé les portraits -de trois jeunes filles, Antoinette Margerin, Julie Thibaut et Clotilde -de Perne,—la future vicomtesse de Varni, celle dont le testament -donnera ouverture aux drames qui vont suivre. Sœurs d’amitié, types -de trois classes: la bourgeoisie, le peuple, la noblesse, elles sont -belles de beautés différentes, nobles également, mais différemment -nobles d’esprit comme de cœur: trois délicieuses têtes baignées d’air -et de lumière et encadrées dans un paysage plein de couleur et d’éclat. -La _Chasse aux Chimères_ est un joli tableau de chevalet, l’histoire du -mariage de Delphine de Malaucène avec Raymon de Varni, la raison, la -sagesse et la prose épousées devant notaire par l’imagination, le rêve -et la poésie. Ces intermèdes, si réussis soient-ils, ne laissent pas du -reste de désorienter un peu le lecteur, le spectateur, si vous l’aimez -mieux. On lui parle de le mener à l’Ambigu, on lui promet un bon gros -mélodrame, et chaque acte lui offre des scènes d’un sentiment très fin -et très délicat. Il croyait aller au boulevard, et il se trouve qu’il -est à la Comédie-Française. La désillusion après tout n’avait rien de -pénible. Le public ne devait pas tarder à goûter ce livre où tant de -qualités demandent grâce pour les défauts. Les _Mémoires d’un notaire_ -ont eu de nombreuses éditions. - - -VII - -Ils avaient paru, je l’ai dit, en pleine bataille électorale, à la -veille des élections de mai 1849. A peine étaient-ils à la vitrine des -libraires, que Pontmartin était obligé d’aller _en Avignon_, non pour y -poser sa candidature, mais pour y soutenir celle... de M. Buloz. - -M. Buloz, en apparence un des _vaincus de Février_, avait été en -réalité un des _vainqueurs_. C’est de 1848, en effet, que date vraiment -la fortune de sa Revue. Il comprit tout de suite qu’une réaction allait -se produire, qu’elle grandirait de jour en jour et qu’elle compterait -bientôt dans ses rangs tous les honnêtes gens et les gens d’esprit. -Il fit résolument campagne contre les idées et contre les hommes du -gouvernement nouveau. Sa haine contre la République égalait celle de -Pontmartin lui-même, qu’il prit alors en particulière affection. Il -confia la rédaction de sa chronique politique à un monarchiste, M. -Saint-Marc Girardin. En attendant d’ouvrir la _Revue des Deux Mondes_ -à Louis Veuillot[188] et à M. de Falloux[189], il recommandait à ses -lecteurs les _Lettres de Beauséant_, du baron de Syon, que ses liens de -parenté avec les Lafayette n’empêchaient pas de préférer aux idées du -héros des deux mondes les doctrines du comte Joseph de Maistre. - -Devenu décidément homme politique, M. Buloz voulut être député. -Comme sa femme était de Cavaillon, il lui parut que sa candidature -irait toute seule dans le Comtat, surtout si elle était patronnée -par Pontmartin. Celui-ci ne pouvait lui refuser son concours, et il -fut convenu qu’ils partiraient ensemble pour Avignon dans la seconde -quinzaine d’avril. - -Lorsqu’ils arrivèrent, deux listes étaient déjà en présence: la liste -_blanche_, avec MM. d’Olivier, Bourbousson, Granier, de Bernardi et -Léo de Laborde;—la liste _rouge_, avec les citoyens Alphonse Gent, -Elzéar Pin, Eugène Raspail, Dupuy (d’Orange) et Dupuy (de Cavaillon). -Une troisième liste fut formée, qui comprenait, avec deux des noms de -la première, ceux de MM. Granier et Bourbousson, légèrement teintés de -bleu, les noms de deux jeunes gens, Léopold de Gaillard[190] et Gaston -de Raousset-Boulbon[191], qui venaient de faire une magnifique campagne -dans la _Commune_ d’Avignon, journal royaliste et décentralisateur, -M. Buloz fut admis à prendre place sur cette troisième liste, dite -_libérale_. - -Quelques jours avant le vote, Léopold de Gaillard, qui avait obtenu 28 -000 voix aux élections d’avril 1848[192], et dont la popularité faisait -toute la force de la liste _libérale_, retira sa candidature. Celle de -M. Buloz n’avait plus dès lors aucune chance. - -Le 13 mai, les candidats de la liste _blanche_ eurent de trente-deux -à vingt-sept mille voix, ceux de la liste _rouge_ en eurent de -vingt-six à vingt-cinq mille. M. Buloz recueillit 2 736 voix,—les plus -littéraires sans nul doute; mais cela n’était pas pour le consoler. - -Dans les _Jeudis de madame Charbonneau_, ou plutôt dans la _Semaine -des Familles_, car ce chapitre n’a point été recueilli dans le volume, -Pontmartin a raconté avec humour l’odyssée électorale du directeur de -la _Revue des Deux Mondes_. Il termine ainsi son récit: - - Ce triste résultat étant facile à prévoir, dès la veille du scrutin, - je voulus en épargner à Strabiros[193] le déboire immédiat, - et je l’emmenai chez moi, à la campagne, dans un département - limitrophe[194]. Mon hospitalité fut très simple, telle que la - comportait la modicité de ma fortune, mais elle fut cordiale. On - était en plein mois de mai, et le printemps eut, cette année-là, des - magnificences charmantes. Partout des fleurs, des eaux vives, des - oiseaux sous la feuillée, une verdure exubérante, de frais ombrages, - de tièdes rayons, de splendides étoiles. En outre, pour adoucir les - ennuis de Strabiros, j’avais invité les convives qui, par leurs - goûts, leurs habitudes, leurs conversations, pouvaient lui être le - plus agréables. Il se déclara content de mon accueil et émerveillé de - ma maison de campagne; il admira surtout douze gros marronniers en - fleurs, symétriquement rangés devant ma façade. Ces marronniers, comme - ceux des Tuileries, ne produisent que des marrons d’Inde, que l’on - n’avait pas encore songé à utiliser pour faire de l’amidon. N’importe! - je vis que l’imagination de Strabiros en recevait une impression - profonde, et plus tard, lorsque, au retour de son expédition - aventureuse, il rentra dans sa spécialité et dans ses bureaux, cette - impression se formula dans les paroles suivantes qui résumèrent toute - sa reconnaissance et tous ses souvenirs: - - «Comment, lorsqu’on a de si beaux marronniers, peut-on faire payer ses - articles[195]» - -Si M. Buloz n’avait pu devenir député, Pontmartin restait toujours -conseiller général. Il eut, à ce titre, en 1851, à émettre un vote sur -une question de laquelle dépendaient les destinées de la France. - -Dès le mois d’août 1850, cinquante-deux conseils généraux avaient -émis un vœu en faveur de la révision de la Constitution. En 1851, le -mouvement revisionniste s’accentua encore. L’échéance de mai 1852, à -mesure qu’elle se rapprochait, rendait ce mouvement plus vif et plus -général. C’était en effet à cette date que la Constitution de 1848 -avait fixé l’élection d’un nouveau Président et la nomination d’une -nouvelle Assemblée. Au commencement de juillet, les pétitions en faveur -de la revision comptaient plus de treize cent mille signatures. Leur -discussion s’imposait. Les membres de la Législative l’abordèrent le -lundi 14 juillet. Le débat occupa la semaine entière. Le samedi 19, -on vota à la tribune au scrutin public, et par appel nominal. Sur -724 votants, il y eut pour la revision 446 suffrages, 278 contre. La -proposition avait donc obtenu une majorité de 168 voix; elle n’en était -pas moins rejetée, la Constitution exigeant, pour l’adoption, les trois -quarts des suffrages exprimés. - -Cette majorité des trois quarts, elle existait dans le pays. On le -vit bien quelques semaines plus tard, lors de la réunion des conseils -généraux, 81 de ces conseils sur 89 se prononcèrent pour la revision. - -Au conseil général du Gard, le 8 septembre, M. de Larcy proposa à -ses collègues d’émettre un vœu en faveur du retour à la monarchie -traditionnelle, héréditaire et représentative. Pontmartin et la -majorité du conseil se prononcèrent dans ce sens. «Je me souviens, -écrira-t-il trente ans plus tard, de cette séance et de ce vote. Nous -fûmes 27 contre 9[196]. M. de Larcy[197] déploya, dans cette discussion -très courtoise où ses antagonistes n’alléguaient que l’inconvénient -d’introduire la politique dans nos paisibles délibérations d’intérêt -local, une éloquence tour à tour entraînante et attendrie, une émotion -communicative, que l’on peut aujourd’hui appeler prophétique. Ah! quel -cœur vraiment français ne saignerait en songeant à cette effroyable -série de catastrophes, d’humiliations, de malheurs et de crimes que -la France eût évitée, si ce vœu, exprimé dans une de ses assemblées -départementales, fût devenu l’expression de la volonté nationale, -parlant assez haut pour rendre également impossibles les violences -d’un coup d’Etat et les criminelles entreprises de la République -démagogique[198].» - - * * * * * - -Au mois d’octobre, Pontmartin ne partit point pour Paris, comme il -était dans l’habitude de le faire depuis quelques années. Il venait -pourtant d’y arrêter, au numéro 10 de la rue Laffitte, un nouvel et -plus grand appartement, avec l’espoir d’y faire enfin une installation -complète en famille. Cette installation complète et définitive -n’avait pu encore avoir lieu, madame de Pontmartin ayant été presque -toujours retenue à la campagne par la santé de son fils[199]. Quand -il était seul à Paris, Pontmartin pendant les années que nous venons -de raconter, était obligé de prendre ses repas au restaurant, ce qui, -après tout, pour un journaliste et un brillant causeur comme lui, -n’était ni sans profit, ni sans agrément. Il déjeunait presque tous les -jours, passage de la Madeleine, à la taverne de Richard-Lucas, où l’on -mangeait à bon marché d’excellents rosbifs en excellente compagnie. -Chaque matin, le rédacteur de l’_Opinion publique_ avait le plaisir de -s’y rencontrer avec plusieurs députés de la droite, MM. de Tréveneuc, -de Belvèze, de Voisins, de Kerdrel, le général Lebreton, et aussi -avec un amiral, l’amiral Coupvent des Bois, et un acteur du Gymnase, -Bressant, le délicieux Bressant, alors dans tout l’éclat de sa seconde -jeunesse. Ces convives, tout au moins les députés de la droite, il -n’allait plus les retrouver, en rentrant à Paris. Il y arriva le 2 -décembre 1851, le soir du coup d’État, ce qui lui valut, ainsi qu’à -tous ses compagnons de voyage, d’être consigné à la gare jusqu’au -lendemain matin. C’est du reste tout le dommage qu’il eut à subir. - -Moins heureux, Alfred Nettement avait été arrêté à la mairie du X^e -arrondissement et enfermé à Mazas. Par suite de cette incarcération, -la direction de l’_Opinion publique_ échut à Pontmartin; mais cette -direction, sous le régime de l’état de siège, n’était et ne pouvait -être qu’une sinécure. Le 2 décembre, à la première heure, les scellés -avaient été mis sur les presses. Ils furent levés seulement le jeudi -11 décembre. Le vendredi 12, le journal reparaissait, mais sans qu’il -lui fût possible d’insérer autre chose que des notes et des documents -officiels sur les événements qui venaient de s’accomplir; il lui était -interdit de les commenter. - -Jusqu’au 31 décembre, l’_Opinion publique_ se borna à reproduire les -actes du gouvernement et à donner des variétés littéraires. Le 19 -novembre, elle avait publié un article de Pontmartin sur les _Chansons -de Béranger_. Le 19 et le 25 décembre, elle fit paraître la suite et la -fin de cette étude[200], qui passa naturellement inaperçue au milieu -des circonstances que l’on traversait. - -Le 1^{er} janvier 1852, le journal de Pontmartin et de Nettement[201] -donna des étrennes à ses lecteurs—des étrennes royalistes. En tête -même de son numéro, il inséra une lettre du Comte de Chambord, écrite -à la date du 1^{er} décembre 1851—la veille du coup d’État—sur les -_Intérêts catholiques et français en Orient_. - -Louis Bonaparte se disposait à édicter une nouvelle Constitution, à -demander au peuple de reconnaître en lui le légitime héritier d’une -dynastie nouvelle. Le 6 janvier, l’_Opinion publique_ publia—et -c’était là son premier-Paris—une page de Joseph de Maistre sur les -Constitutions faites de main d’homme[202] et, en même temps, une -page—non moins belle—du Père Lacordaire sur la grandeur incomparable -de la Maison de France[203]. - -Le numéro du 7 janvier commençait par un article d’Albert de Circourt -sur la situation politique... _en Autriche_. L’article se composait -de quelques lignes suivies de deux colonnes de blanc. Un peu plus -loin venaient les _Tablettes du mois_. Ici encore, sous la date du _2 -décembre_, plusieurs lignes de blanc. - -Le jour même, l’_Opinion publique_ était supprimée. - - - - -CHAPITRE VIII - - LA REVUE CONTEMPORAINE ET L’ASSEMBLÉE NATIONALE.—CONTES ET - NOUVELLES.—CAUSERIES LITTÉRAIRES.—LA FIN DU PROCÈS. - -(1852-1855) - - Le marquis de Belleval ou un émule de M. de Coislin. La - _Revue contemporaine_. Un mot d’Henry Mürger. Alphonse de - Calonne.—L’_Assemblée nationale_. M. Adrien de La Valette et M. - Mallac. Le fils de Paul et de Virginie.—Les _Contes et Nouvelles_. - _La Marquise d’Aurebonne_ et le _Secret du docteur_.—L’histoire - d’_Aurélie_. _Georgette_ ou une sœur d’Aurélie. Les _Nouveaux Lundis_. - Où l’on voit Sainte-Beuve _monter sur ses grands chevaux_. Où l’on - voit encore comment les petits pâtissent toujours des querelles - des grands. Feu EDMOND DUPRÉ. Ma première rencontre avec Armand de - Pontmartin.—Le premier volume des _Causeries littéraires_. Louis - Veuillot et Cuvillier-Fleury.—Le _Fond de la Coupe_, l’_Envers de la - Comédie_ et la _Fin du Procès_. - - -I - -L’_Opinion publique_ n’existait plus. Restait à Pontmartin la _Revue -des Deux Mondes_; mais y publier un article tous les mois, ou même -tous les quinze jours, n’était pas pour lui suffire. Qu’une occasion -d’écrire ailleurs se présentât, il ne la laisserait sans doute pas -échapper. - -Au mois de mars 1851, Alfred Nettement et Pontmartin avaient reçu la -visite de M. L.-C. de Belleval[204]. C’était encore un de ces originaux -dont l’espèce, j’en ai peur, est pour longtemps perdue. Très érudit, -travailleur acharné, le marquis de Belleval s’engageait à fournir -autant de copie qu’on le voudrait, à une condition cependant, c’est -qu’on ne le paierait point. Et cela, sous le prétexte bizarre qu’il -n’avait pas besoin pour vivre qu’on lui payât ses articles—ce qui -d’ailleurs était vrai. Il était donc entré au journal et, jusqu’au jour -de sa suppression, il y avait donné, trois fois par mois, sous le titre -trop modeste de _Bulletin bibliographique_, de copieux feuilletons -où il rendait compte de presque tous les ouvrages qui paraissaient, -principalement de ceux qui avaient un caractère historique. - -Au lendemain du coup d’État, la première pensée de ce galant homme fut -pour les écrivains dont il avait été le collaborateur bénévole. Il se -dit que bien des plumes allaient rester oisives, qui, la veille encore, -faisaient tant bien que mal vivre leur maître. En même temps, l’union -entre les deux grandes fractions du parti monarchique lui apparaissait -comme plus nécessaire que jamais. En attendant que la _fusion_ entre -les princes devînt un fait accompli, ne convenait-il pas de travailler -à un rapprochement entre les orléanistes _centre-droit_ et les -légitimistes purs? Et le meilleur moyen d’y arriver ne serait-il pas -de créer une publication périodique, hospitalière, indépendante, qui -suppléerait aux journaux silencieux ou disparus et qui recueillerait -les naufragés du 24 février et les épaves du 2 décembre[205]? - -Créer une Revue n’est pas une petite affaire. Réunir des actionnaires -en nombre suffisant n’est pas chose commode. Il y faut beaucoup de -temps, et M. de Belleval estimait qu’il n’avait pas de temps à perdre. -Donc, point d’actionnaires; il s’en passera; il puisera dans sa bourse, -sans inviter ses amis politiques à y déposer leur obole; il tentera -l’entreprise sans engager d’autre responsabilité que la sienne. - -Les fonds ainsi faits, le titre trouvé: _Revue contemporaine_, restait -la question des rédacteurs. Nature exquise et élevée, aussi distingué -que modeste, type de gentilhomme et de lettré, le marquis de Belleval -était l’homme le plus aimable qu’on pût voir, le plus sympathique, le -plus généreux. Il groupa autour de lui, sans trop de peine, de nombreux -écrivains, et non des moindres. Voici la liste de ceux qui, dès le -premier moment, lui promirent leur concours: Guizot, Vitet, Salvandy, -Berryer—qui devait écrire pour la nouvelle Revue ses _Souvenirs -personnels_,—Prosper Mérimée, Viennet, le duc de Noailles, Villemain, -soit huit membres de l’Académie française:—Adolphe Adam, de Saulcy, -Raoul-Rochette, baron Taylor, de l’institut;—Paul Féval, Léon Gozlan, -Paulin Paris, Xavier Marmier, Reboul, Desmousseaux de Givré, comte -Beugnot, Émile Augier, Méry, comte de Marcellus, Philarète Chasles, -Edmond Texier, le Père Ventura. L’ancienne rédaction de l’_Opinion -publique_ n’avait pas, on le pense bien, été oubliée. Le premier soin -de M. de Belleval avait été de s’assurer la collaboration d’Alfred -Nettement et celle d’Armand de Pontmartin. L’excellent marquis préluda -par quelques dîners; puis, il donna une soirée en habit noir, à titre -de répétition générale, et comme moyen de se compter. L’état-major -de la Revue était au complet; quelques hommes politiques, tels que -M. Molé et M. de Falloux, ajoutaient encore à l’éclat de la réunion. -M. Villemain s’approcha de Pontmartin, qu’il avait connu vingt ans -auparavant, chez le docteur Double, et lui dit avec son sourire -vengeur: «Je plains le futur empereur, s’il n’a, pour le servir, que -ceux qui ne sont pas ici.» - -Le premier numéro de la _Revue contemporaine_ parut le 15 avril 1852. -Il contenait deux articles de Pontmartin, un _Bulletin bibliographique_ -et, sous ce titre: _Symptômes littéraires du temps_, une étude critique -sur les _Mémoires_ et en particulier sur ceux d’Alexandre Dumas, alors -en cours de publication dans la _Presse_. - -Avec tout son esprit, Pontmartin, j’en ai déjà fait la remarque, avait -un fond de naïveté. Il s’imaginait pouvoir collaborer à la _Revue -contemporaine_ tout en restant un des rédacteurs de la _Revue des Deux -Mondes_. C’était compter sans son hôte, c’est-à-dire sans M. Buloz. Il -était pourtant facile de prévoir que l’irascible directeur, jaloux de -la gloire de sa Revue, ne vivant que pour elle, ne se résignerait pas -à voir un de ses principaux rédacteurs donner des articles à une revue -rivale, à un recueil dont la maison n’était pas au numéro 20 de la rue -Saint-Benoît. Ce qui devait arriver arriva. M. Buloz mit Pontmartin en -demeure d’opter entre lui et M. de Belleval. - -La _Revue des Deux Mondes_ était à l’apogée de son succès; comme elle -avait mis à profit la révolution de Février, elle avait également -bénéficié du coup d’État de décembre. Elle était devenue une puissance; -sa renommée était européenne. La _Revue contemporaine_ naissait à -peine; elle n’avait pas encore d’abonnés, elle serait peut-être -morte dans six mois. Combien de Revues, qui semblaient appelées à -réussir, que les bonnes fées, pressées autour de leur berceau, avaient -comblées de dons et de mérites, et que la fée Guignon, cachée dans un -coin, avait arrêtées dès leurs premiers pas! L’intérêt de Pontmartin -était évident: il ne devait pas quitter le certain pour l’incertain, -sacrifier à des chances problématiques une position assurée, brillante -et déjà ancienne, une collaboration qui, au bout de quelques années, ne -pouvait manquer de le conduire tout droit à l’Académie. Son choix fut -bientôt fait. M. de Belleval était son ami; la _Revue contemporaine_ -était nettement et hautement royaliste. Sans souci de son intérêt -propre, il se sépara de M. Buloz[206] et alla chez M. de Belleval. - -Sa collaboration fut très active, surtout au début. Il publia, en 1852, -outre plusieurs _revues littéraires_, deux de ses meilleures nouvelles, -_Aurélie et la Marquise d’Aurebonne_, une étude sur _Joseph Autran_ et -un très éloquent article sur le _Louis XVII_ de M. de Beauchesne. En -1853, il donna un article sur _la Poésie et la Critique en France au -commencement de 1853_, et, comme pendant à son chapitre sur _Joseph -Autran_, un chapitre sur _François Ponsard_[207]. - -Il n’allait pas tarder cependant à quitter la _Revue contemporaine_. -Que s’était-il donc passé? - -La Revue du marquis de Belleval avait très vite conquis une place -honorable. Elle avait eu des romans de Paul Féval, de Méry et de Léon -Gozlan, des études historiques et littéraires de Philarète Chasles et -de Prosper Mérimée. Des _vétérans_ comme Villemain, Salvandy et Vitet -y donnaient la main à des nouveaux tels que Caro, Guillaume Guizot, -Edmond About. De temps à autre, un article à sensation venait réveiller -la curiosité publique, qui ne demandait qu’à s’endormir. C’était, un -jour, un article de M. Guizot: _Nos mécomptes et nos espérances_. Une -autre fois, c’était _le Louvre_, un chef-d’œuvre de M. Vitet. - -Malheureusement, à côté de ces rédacteurs, il y en avait d’autres. Un -jour que Pontmartin sortait des bureaux de la _Revue contemporaine_, -rue de Choiseul, n^o 21, il rencontra Henry Mürger, qui lui dit, au -cours de leur conversation: «Pour bien diriger un théâtre, il faut être -un peu canaille; pour bien diriger une _Revue_, il ne faut pas être -trop poli.» M. de Belleval était un émule de M. de Coislin: c’était -l’homme le plus poli de France. Faire de la peine à quelqu’un, refuser -à un galant homme d’insérer sa _copie_, fût-elle la plus ennuyeuse du -monde, était pour lui chose impossible. Il se laissa ainsi aller à -insérer des articles de M. Viennet (si encore ce dernier ne lui eût -apporté que des _Fables_!), puis, ce qui fut plus désastreux encore, -une certaine _Histoire des Conseils du Roi_, dont la publication dura -plus d’une année. Le résultat fut que M. de Belleval, en réglant -ses comptes, s’aperçut qu’il avait, en moins de trois ans et demi, -perdu plus de quatre-vingt mille francs et—ce qui pour lui était -plus grave—qu’il avait gagné une névrose. Sa famille le supplia de -s’arrêter sur cette pente; il dut s’y résigner; seulement, il quitta -sa chère Revue, comme il l’avait créée,—en grand seigneur. Il la céda -pour rien à un de ses collaborateurs, qui était en même temps un de ses -compatriotes, M. Alphonse de Calonne. - -Au bout de peu de temps, il devint visible que la Revue, depuis le -départ de M. de Belleval, si elle n’était pas passée au gouvernement, -du jour au lendemain, préparait cependant une évolution dans ce sens. -Armand de Pontmartin, pas plus du reste qu’Alfred Nettement, n’eut pas -une minute d’hésitation. Malgré les instances du nouveau directeur, -tous les deux se retirèrent. - - -II - -Avant sa séparation de la _Revue contemporaine_, Pontmartin avait -trouvé un journal quotidien, très haut placé dans l’estime publique, -qui lui avait proposé de faire, chaque semaine, dans ses colonnes une -causerie littéraire. - -Le 29 février 1848, M. Adrien de La Valette[208] avait fondé -l’_Assemblée nationale_[209], journal de combat qui, sans mettre -encore un nom en tête de son programme, se signala, dès le début, -par la vivacité de ses attaques contre la République. Cette attitude -répondait sans doute au sentiment du pays; car, au bout de trois -semaines, l’_Assemblée nationale_ comptait plus de dix-huit mille -abonnés, chiffre considérable pour l’époque. Elle ne tarda pas à -prendre position sur le terrain monarchique et défendit la fusion avec -une énergique sagesse. Au mois de février 1851, M. Berner, accompagné -du duc de Noailles, du duc de Valmy, de MM. de Falloux, de Saint-Priest -et Mandaroux-Vertamy, était entré dans le comité de direction, où -figuraient déjà MM. Guizot, Molé, Duchâtel et de Salvandy[210]. - -Plus heureuse que l’_Opinion publique_, l’_Assemblée nationale_ -n’avait pas été supprimée après le coup d’État. Au commencement de -1853, à la suite du nouveau plébiscite qui rétablissait l’Empire, -elle avait perdu du terrain, mais elle se soutenait encore. M. Adrien -de La Valette avait cédé la direction à M. Éloi Mallac, ancien chef -de cabinet de M. Duchâtel. C’était un petit homme sec, de tournure -élégante, d’une politesse exquise et d’une figure encore charmante, -avec de beaux yeux noirs, froids et pénétrants. On l’appelait le beau -Mallac, et comme il était né à l’Ile de France, son ami Louis Veuillot -le disait en riant «fils de Paul et de Virginie». Nature de créole, -spirituel et nonchalant, il n’écrivait jamais dans son journal, mais il -savait choisir ses rédacteurs. Amédée Achard était chargé du courrier -de Paris, Édouard Thierry du feuilleton dramatique, Adolphe Adam de -la chronique musicale. Les questions qui touchent plus spécialement -à la politique et à la philosophie étaient confiées à M. Nourrisson, -à M. Lerminier et aussi à Léopold de Gaillard, qui, fraîchement -débarqué du Midi, venait de publier dans la feuille de la rue Bergère -une série d’articles où il prenait la défense de la Restauration -contre le bonapartisme. Ces articles avaient été très remarqués. -Ils étaient signés du nom de leur auteur; mais comme ce nom n’était -pas encore connu à Paris, on y chercha le pseudonyme de tel ou tel -illustre personnage. L’engouement des salons s’en mêla, et des noms -célèbres furent prononcés. Celui de M. Guizot fut même mis en avant. -M. Mallac était ravi, si bien qu’il dit un jour à Léopold de Gaillard: -«Décidément, il n’y a que vous autres Méridionaux pour réussir ainsi à -Paris. Amenez-moi donc votre ami Pontmartin.» - -A quelques semaines de là, le 23 janvier 1853, l’_Assemblée nationale_ -insérait un article de Pontmartin, _Considérations humouristiques sur -la critique_. Le 8 février suivant, paraissait sa première _Causerie -littéraire_, consacrée à M^{me} Émile de Girardin et à son roman de -_Marguerite ou Deux amours_. Pendant cinq ans, jusqu’à la suppression -du journal fusionniste, il lui donnera chaque semaine son feuilleton, -sans le suspendre jamais, même à l’époque des vacances. - - -III - -Au mois de mai 1853, il réunit, sous le titre de _Contes et Nouvelles_, -les récits qu’il avait publiés dans la _Mode_ et l’_Opinion publique_, -dans la _Revue des Deux Mondes_ et la _Revue contemporaine_. Ces -récits sont au nombre de cinq: _Albert_[211], _Aurélie_, _le Capitaine -Garbas_, _la Marquise d’Aurebonne_, _l’Enseignement mutuel_. Balzac, -le 3 décembre 1832, écrivait au directeur de la _Revue de Paris_, M. -Amédée Pichot: «Quant à n’écrire que des contes, quoique ce soit, à -mon avis,—autre hérésie peut-être,—_l’expression la plus rare de -la littérature_, je ne veux pas être exclusivement un _contier_.» -C’était une hérésie, à coup sûr; ce qui est vrai, c’est que des contes -comme _l’Interdiction_, _le Colonel Chabert_, _la Grenadière_ et _le -Message_[212], sont d’un prix inestimable, et que des nouvelles sans -défauts, comme _Aurélie_ et _la Marquise d’Aurebonne_, valent plus que -de longs romans. - -Dans une lettre qu’il m’adressait le 4 décembre 1879, Pontmartin -raconte comment fut écrite _la Marquise d’Aurebonne_: - - J’avais rapporté aux Angles le manuscrit d’_Aurélie_ pour y faire - quelques légères retouches. Après l’avoir envoyé à M. de Belleval, je - tombai assez gravement malade, et il me fut impossible de corriger - les épreuves. De là une grosse faute qui me consterna, et que vous - retrouverez dans _ce numéro pâli_ du 15 juillet 1852, dont vous me - parlez si bien; le point _enluminant_, pour le point _culminant_. - Heureux temps! J’étais presque jeune; l’isolement et le vide ne - s’étaient pas fait autour de moi. Ma femme semblait destinée à me - survivre un quart de siècle. Après la publication de ce numéro du - 15 juillet, le bon marquis de Belleval m’écrivit une lettre si - aimable, où il m’engageait si vivement à une récidive, que, allant - passer une quinzaine chez mon oncle[213], à la campagne, dans un - site assez pittoresque, j’emportai un cahier de papier et un crayon. - C’était dans la plus belle saison de l’année, et, cette année-là, ma - convalescence me rendait plus doux les rayons du soleil, les beaux - soirs de septembre, les senteurs variées des peupliers, des aulnes, - des érables, des vignes sauvages, l’air balsamique de nos collines - couvertes de thym, de romarin et de lavande, et le - - _Mitis in apricis coquitur vindemia saxis._ - - Je vois encore le joli coin de paysage où j’allais chercher la - solitude: un groupe d’ormeaux et de chênes; à leurs pieds, un gazon - encore vert, entretenu dans sa fraîcheur par un ruisseau virgilien; - sur ce ruisseau un grand tronc d’arbre. Je m’y asseyais tant bien que - mal, et j’ébauchais au crayon la nouvelle qui devint, deux mois plus - tard, _la Marquise d’Aurebonne_... - -La donnée de cette nouvelle était à la fois très neuve et très -dramatique. La marquise s’est installée avec son fils Raoul à Hyères, -dans la maison du docteur Assandri. Raoul a vingt et un ans, il est -beau, bien portant, riche; il aime Suzanne, la fille du docteur, et il -en est aimé. Le mariage, ardemment désiré par la marquise, se ferait -tout de suite si Raoul ne reculait pas lui-même devant le bonheur, s’il -n’était pas, à mesure qu’il approche de sa vingt-deuxième année, hanté -de plus en plus par des idées noires, par une idée fixe, celle de sa -mort prochaine. Depuis plusieurs générations, les chefs de la famille -d’Aurebonne sont tous morts de la poitrine à vingt-deux ans. Raoul le -sait, il se croit condamné, il attend l’échéance fatale. En réalité, -pourtant, rien ne le menace; sa santé est parfaite; il a pris le sang -riche et pur de sa mère. Mais si la phthisie ne fait pas son œuvre, -l’idée fixe fera la sienne. Poitrinaire ou fou, Raoul mourra au terme -précis. On le sent, on le voit; le docteur lui-même n’ose pas dire non. - -M^{me} d’Aurebonne, alors, a une idée terrible, une idée affreuse, -qu’elle aura le courage de mettre à exécution. Pour sauver son fils, -elle ne reculera pas devant le plus douloureux des sacrifices. Femme, -épouse, mère irréprochable, elle s’accusera d’une faute qu’elle n’a -pas commise. Elle dit à Raoul qu’il n’est pas le fils de celui qu’il -a cru son père, mais le fruit d’un amour coupable, et qu’ainsi il n’a -rien à craindre de la fatalité héréditaire, rompue par cette faute. A -ce mensonge sublime, que Dieu a dû pardonner, Raoul relève la tête; il -respire librement, il vivra. Il vivra heureux près de Suzanne; mais sa -mère mourra, et sur la tombe de la marquise d’Aurebonne, au-dessous -de l’inscription mortuaire, le docteur—qui a tout deviné—écrira ces -mots: «Martyre et Sainte.» - -Le 31 janvier 1865, le théâtre Beaumarchais représenta _le Secret du -Docteur_, drame en trois actes, en vers, par M. Jules Allevarrès[214]. -C’était la Nouvelle de Pontmartin transportée à la scène. La pièce -était habilement faite et remarquablement écrite; elle fut bien jouée -et tint longtemps l’affiche. Théophile Gautier termine ainsi son -feuilleton du _Moniteur_: «Le Théâtre Beaumarchais, en sa joie naïve, a -pu inscrire sur son affiche: _grand succès[215]!_» - - -IV - -_Aurélie_ a toute une histoire. - -Le 1^{er} avril 1852, Pontmartin présenta à M. Buloz, sous le titre -de _Françoise_, une Nouvelle qui fut reçue à corrections. Il croyait -mériter mieux, et comme, à ce moment, la _Revue contemporaine_ était à -la veille de paraître, il porta sa nouvelle à M. de Belleval. Il avait -seulement démarqué le trousseau de Françoise, qui, d’ailleurs, n’en -avait pas besoin, puisqu’il ne la mariait pas. Il la débaptisa, il -l’appela Aurélie, et c’est sous ce nom plus romanesque qu’elle parut -dans la nouvelle _Revue_. - -Vingt-sept ans se passent. Le 1^{er} octobre 1879, Pontmartin ouvre -la _Revue des Deux Mondes_ et, à son grand étonnement, il y retrouve -cette même Aurélie que M. Buloz avait presque refusée,—Aurélie, -un peu changée sans doute, grandie, développée, mais encore très -reconnaissable, surtout pour l’œil d’un père. Elle ne s’appelle plus -Aurélie d’Ermancey; elle s’appelle Georgette Danemasse[216]; mais ce -changement de nom n’empêche pas les deux jeunes filles d’avoir la même -physionomie et les mêmes traits, de se ressembler comme deux sœurs. -Les détails varient, les incidents offrent certaines différences, le -dénouement n’est pas le même. N’importe! les similitudes n’en sont -pas moins frappantes, les situations principales n’en sont pas moins -identiques. Les deux sujets sont exactement semblables, ou plutôt c’est -le même sujet: une jeune fille pure, innocente, chastement aimante, -sincèrement aimée, faite pour les honnêtes joies du pays natal et de la -famille, victime des désordres superbes de sa mère. - -Pontmartin va-t-il crier au plagiat? Il est bien trop galant -homme pour cela. Pour rien au monde, il ne voudrait contrister une -femme, et l’auteur de _Georgette_ est justement une femme, qui a -déjà fait ses preuves de talent et qui sans doute n’a jamais lu -_Aurélie_,—Pontmartin en est persuadé. Il se borne à sourire, et il -écrit sur ce petit épisode une causerie charmante, qu’il termine ainsi: -«Si _Georgette_ était une pièce de théâtre, j’aurais prié M^{me} B..., -de me donner un fauteuil d’orchestre pour la première représentation. -Puisque _Georgette_ est un roman, je me tiendrai pour très content, si -M^{me} B..., en publiant le volume chez _notre_ éditeur Calmann-Lévy, -veut bien le faire précéder d’une page où elle mentionnera ma pauvre -_Aurélie_, et ajoutera, non pas que les beaux esprits se rencontrent, -mais que les _vieux_ peuvent encore être bons à quelque chose[217].» - -La pauvre _Aurélie_, du reste, n’avait pas trop à se plaindre. Est-ce -qu’elle n’avait pas eu l’honneur, en 1862, d’être mise par Sainte-Beuve -à l’ordre du jour des _Nouveaux Lundis_? Sainte-Beuve, à ce moment, -était complètement brouillé avec l’auteur des _Causeries littéraires_. -Voici pourtant comment il parle de la nouvelle de Pontmartin: - - _Aurélie_ est une nouvelle qui débute d’une manière agréable et - délicate. Il y a une première moitié qui est charmante. Cette jeune - enfant de dix à onze ans, amenée un matin au pensionnat par une mère - belle, superbe, au front de génie et à la démarche orageuse, le peu - d’empressement de la maîtresse de pension à la recevoir, la froide - réserve de celle-ci envers la mère, son changement de ton et de - sentiment quand elle a jeté les yeux sur le front candide de la jeune - enfant, les conditions qu’elle impose; puis les premières années de - pension de la jeune fille, ses tendres amitiés avec ses compagnes, - toujours commencées vivement, mais bientôt refroidies et abandonnées - sans qu’il y ait de sa faute et sans qu’elle se rende compte du - mystère; l’amitié plus durable avec une seule plus âgée qu’elle et - qui a dans le caractère et dans l’esprit plus d’indépendance que les - autres; tout cela est bien touché, pas trop appuyé, d’une grande - finesse d’analyse. On devine bientôt le secret: la mère d’Aurélie, - séparée de son mari par incompatibilité d’humeur et par ennui de se - voir incomprise, est une personne célèbre qui a fait le contraire - de ce que Périclès recommandait aux veuves athéniennes, qui a fait - beaucoup parler d’elle, qui a demandé à ses talents la renommée et - l’éclat, à ses passions les émotions et l’enivrement à défaut de - bonheur. La pauvre enfant qui ne sait rien, qui ne voit que rarement - cette mère capricieuse et inégale, pour laquelle, du plus loin - qu’elle s’en souvienne, elle s’est pourtant autrefois prononcée dans - le cabinet du magistrat, lorsqu’il lui fut demandé de choisir, entre - elle et son père, la pauvre Aurélie arrive à l’âge de dix-sept ans - sans s’être rendu compte des difficultés de sa destinée. Elle aime le - frère de son intime amie Laurence, Jules Daruel, un gentil sujet, qui - vient d’autant plus régulièrement visiter sa sœur qu’il ne la trouve - jamais sans Aurélie. Ce jeune homme est avocat, il a des succès et - voit déjà s’ouvrir devant lui une honorable et brillante carrière. - Il a pour tuteur M. Marbeau, un grave conseiller à la Cour royale, - celui même dans le cabinet duquel, bien des années auparavant, s’est - consommée à l’amiable la séparation du père et de la mère d’Aurélie. - Un jour, un soir d’été, que M. Marbeau est venu à la pension, il y - rencontre Jules, son pupille, qui s’y trouvait déjà en compagnie de - Laurence et d’Aurélie; ils sont tous, dans une allée du jardin, à - jouir de la beauté et des douceurs de la saison en harmonie avec les - sentiments de leurs cœurs. Aurélie n’a jamais été plus belle; Jules - n’a jamais été plus amoureux; M. Marbeau semble lui-même sourire et - prendre part à leurs espérances. Tout d’un coup, au tournant d’une - allée, Aurélie pousse un cri de joie; elle vient d’apercevoir sa mère, - qui, ne l’ayant pas trouvée au parloir, s’est dirigée vers le jardin; - mais la présence de M^{me} d’Ermancey apporte à l’instant du trouble - dans tout ce bonheur. Elle a d’abord reconnu M. Marbeau, l’arbitre - de la séparation conjugale, celui-ci a repris son front de juge; la - contrainte succède, un froid mortel a gagné tous ces jeunes cœurs. Ce - jour sera le dernier beau jour de la vie d’Aurélie. - - Jusqu’ici, j’en conviens, la nouvelle est parfaite[218]. - -Autant Sainte-Beuve est élogieux pour la première moitié du récit de -Pontmartin, autant il est dur pour la seconde moitié, dont il donne, -il est vrai, une analyse qui n’est rien moins qu’exacte. Dans la -nouvelle, M. d’Auberive, voisin de campagne et ami de M. d’Ermancey, -vient lui demander pour son fils Emmanuel la main d’Aurélie. M. -d’Ermancey commence par refuser. Il craint pour sa fille, pour le mari -qu’elle prendra, les propos méchants, les calomnies, suites fatales des -désordres de la mère et de son orageuse réputation; il soumet à son -ami les scrupules que lui dicte une exquise délicatesse. «Si l’envie -et la malice, dit-il à M. d’Auberive, se sont si aisément emparées de -la réputation d’Aurélie, c’est qu’Aurélie n’est pas placée dans les -conditions ordinaires; c’est que cette réputation leur était livrée -d’avance par un implacable souvenir, par une tache ineffaçable...» Il -finit cependant par céder aux instances de M. d’Auberive; il consent -au mariage de sa fille. «_J’y consens_, dit-il à son ami... Emmanuel -et toi, vous reviendrez dans deux jours. Si vous persistez dans votre -demande, j’appellerai Aurélie, et elle prononcera.» Mais Aurélie a -tout entendu, et elle refuse d’épouser Emmanuel d’Auberive.—Dans -l’analyse de Sainte-Beuve, les choses se passent autrement. L’auteur -des _Nouveaux Lundis_,—après avoir solennellement déclaré qu’il _ne -montera pas sur ses grands chevaux_,—néglige de mentionner le refus -d’Aurélie, et il nous montre M. d’Ermancey _refusant sa fille, faisant -bon marché de son bonheur, la réduisant de gaîté de cœur à l’état de -paria pour toute sa vie, faisant le mal par préjugé et par orgueil_. Il -s’exalte lui-même au tableau imaginaire de la conduite qu’il lui plaît -d’attribuer à ce malheureux M. d’Ermancey, qui n’en peut mais, et tout -à coup, dans un accès d’éloquence qui dut faire tressaillir d’aise les -abonnés du vieux _Constitutionnel_[219], il s’écrie, non sans avoir -préalablement comparé M. d’Ermancey à un «Appius Claudius»: «_Odieuse -et horrible moralité aristocratique!_ Pauvre Aurélie, qui devrait -s’appeler _l’Enfant maudit_! La fatalité plane, en vérité, sur elle -comme _au temps d’Œdipe_, la malédiction comme _au temps de Moïse et -d’Aaron. Dans quel siècle l’auteur croit-il donc vivre?_ Nous ne vivons -plus sous la loi, mais sous la grâce. Le talion est depuis longtemps -aboli. _Bénies soient les révolutions qui ont brisé ces duretés et ces -férocités antiques, sacerdotales, féodales et patriciennes[220]!_» - -C’était bien du bruit pour un mariage manqué. Je ne pus m’empêcher -d’en faire la remarque. En ce temps-là, entre un achat de graines -d’arachides et une vente de caisses de savons, je m’amusais parfois -à publier dans la _Revue de Bretagne et de Vendée_ des chroniques -signées: _Louis de Kerjean_ ou des causeries littéraires signées: -_Edmond Dupré_. Sous cette dernière signature, je pris la liberté[221] -de relever les inexactitudes contenues dans l’article de Sainte-Beuve. -Dans mon audace juvénile, je me risquai jusqu’à dire, comme Marfurius: -Il me semble qu’il n’est pas impossible qu’il puisse se faire que, -par aventure, le célèbre critique ait commis un pas de clerc en -_montant sur ses grands chevaux_. Ce diable d’homme lisait tout, -même la _Revue de Bretagne_; il me le fit bien voir. Peu de temps -après, réimprimant son article, il me consacra une note où il me -reprochait d’_épiloguer_[222]. Un peu plus tard, le 28 juillet 1862, -dans un nouvel article sur _M. de Pontmartin_, il me prit de nouveau à -partie, citant même, pour me confondre, un passage de ma chronique, et -m’accusant d’_injurier l’Univers_[223]! Je n’avais pas le droit de me -plaindre, ayant eu le tort de me mêler de ce qui ne me regardait point -et de ne pas me souvenir, avec La Fontaine, que de tout temps - - Les petits ont pâti des _querelles_ des grands. - -Une riche compensation allait d’ailleurs m’indemniser des légères -malices de Sainte-Beuve, lesquelles, après tout, étaient de bonne -guerre. - -Pontmartin, à qui j’avais envoyé mon article, me répondit, à la date du -5 mars 1862: - - ...Si vous m’aviez adressé un seul jour plus tard votre lettre et - le numéro de la _Revue de Bretagne_, je n’aurais pas eu le vif - plaisir de pouvoir terminer la dernière feuille des _Jeudis de Madame - Charbonneau_ par un hommage de reconnaissance à M. Edmond Dupré. Je - n’ai pas osé écrire votre vrai nom, craignant de vous déplaire et - n’ayant pas le temps de vous consulter là-dessus; car je suis déjà un - peu en retard et nous ne pouvons paraître que le 4 avril. Ce qui vous - paraîtra singulier (étant donnée la vanité proverbiale des auteurs et - notamment la faiblesse paternelle des romanciers), c’est que j’avais - si bien oublié _Aurélie_ que j’acceptais non pas précisément l’arrêt, - mais l’analyse de M. Sainte-Beuve. C’est vous qui m’avez remémoré le - dénouement, et je me suis souvenu que Buloz, avec qui je me brouillai - à cette époque pour l’amour de la _Revue contemporaine_ (qui depuis... - mais alors!), me dit: Votre première partie est très ennuyeuse, mais - la seconde est excellente: or Sainte-Beuve dit tout le contraire... - -Et voilà comment je figure, moi chétif, à la dernière page des _Jeudis -de Madame Charbonneau_. Cette page est trop aimable à l’endroit -d’_Edmond Dupré_ pour que je puisse songer à la reproduire. Jamais -depuis aucun de mes articles ne m’a été payé aussi royalement. - - * * * * * - -Si je me suis étendu, un peu trop longuement peut-être, sur les -_Contes et Nouvelles_, c’est qu’à leur publication se rattache un de -mes plus chers souvenirs de jeunesse. Je faisais alors mon droit. Entre -une leçon de M. Bugnet et un cours de M. Perreyve[224], j’écrivis -quelques pages sur le volume acheté la veille sous les galeries -de l’Odéon, et je jetai mon article dans la boîte de l’_Assemblée -nationale_. Le lendemain, Pontmartin vint me demander à ma pension -d’étudiant, rue du Petit-Lion-Saint-Sulpice, et, ne me trouvant pas, -m’y laissa ce billet: - - Paris, le 12 mai 1853. - - Monsieur, - - Le rédacteur en chef de l’_Assemblée nationale_ me communique un - article signé de vous, sur l’ensemble de mes ouvrages. Cet article - me rendrait bien fier si je pouvais croire que je mérite les éloges - dont vous me comblez; mais par cela même qu’il est trop bienveillant - et trop flatteur, il y aurait peut-être quelque difficulté à - l’insérer _tel quel_ dans un journal dont je suis notoirement un des - collaborateurs. Nous désirerions donc, Monsieur, en causer avec vous, - et vous demander quelques légères modifications. Je serai demain - vendredi, au journal, de midi à deux heures, rue Bergère, n^o 20, et - si vous n’aviez rien de mieux à faire, je serais heureux d’offrir - mes remerciements à mon _bienfaiteur inconnu_. S’il vous est plus - commode que j’aille chez vous, veuillez m’indiquer l’heure où il vous - plaira de me recevoir, et, en attendant, Monsieur, veuillez agréer - l’expression de ma vive reconnaissance, de ma haute considération. - - ARMAND DE PONTMARTIN, - - 10, rue Laffitte. - -Trente-cinq ans plus tard, Pontmartin a bien voulu rappeler ces -petites circonstances dans une page qu’on me pardonnera de citer: - - Je n’ai jamais oublié, je n’oublierai jamais ma première rencontre - avec Edmond Biré, dans les bureaux de l’_Assemblée nationale_, où - il venait présenter un article sur mon premier volume, qui devait - être, hélas! suivi de tant d’autres. Biré n’avait que vingt ans, - et je n’étais déjà plus jeune; car une des singularités de ma vie - littéraire aura été de débuter (à Paris, s’entend!) à un âge où la - plupart de mes contemporains, de mes camarades de collège et de - concours, Montalembert, Falloux, Nisard, Champagny, Nettement, Henri - Blaze, Alphonse Karr, Paul et Jules Lacroix, Louis Veuillot, Théophile - Gautier, Jules Sandeau, Victor de Laprade, avaient déjà marqué leur - place, où Alfred de Musset tombait en ruine, et de n’être pas tout à - fait mort, quand tous ou presque tous ont disparu. Certes, pour un - débutant, presque un surnuméraire, il y avait, dans ce témoignage - spontané d’un jeune homme inconnu, arrivant de l’autre extrémité - de la France, plus Breton que je ne suis Provençal, tout ce qu’il - fallait pour m’inspirer sympathie et gratitude. Cependant, un secret - pressentiment m’avertit que nous n’en resterions pas là, que, malgré - la différence de nos âges, ce serait la première étape d’une longue - campagne où nous servirions, avec la même cocarde, dans le même - régiment. Je ne me doutais pas que ce jeune homme, à qui je savais - déjà tant de gré de s’être occupé de mon livre, avait lu tous les - articles que, depuis 1845, j’avais publiés dans la _Mode_, la _Revue - des Deux Mondes_ et l’_Opinion publique_, et qu’il s’en souvenait - mieux que moi[225]... - - -V - -Pontmartin n’avait jamais songé à faire des livres avec ses articles de -l’_Opinion publique_, de la _Revue des Deux Mondes_ et de la _Mode_. Le -succès de ses feuilletons de l’_Assemblée nationale_ le décida à les -réunir en volumes. La première série des _Causeries littéraires_ parut -au mois d’avril 1854. - -Les _Causeries_ ne réussirent pas moins que les _Contes et Nouvelles_. -On y pouvait noter sans doute quelques négligences, relever ici et là -des phrases écrites trop à la hâte, au vol de la plume, regretter trop -de facilité et trop de complaisance de jugement; mais on oubliait vite -ces défauts, tant il y avait dans cet aimable et ingénieux volume de -vivacité et de bonne grâce, de raison et de bon sens, de malice et de -belle humeur. Si les critiques sont les historiens de l’esprit, jamais -écrivain, plus que Pontmartin, ne fut plein de son sujet. Ses chapitres -sur M^{me} Émile de Girardin, sur Jules Janin et son _Histoire de la -littérature dramatique_, sur le _Constantinople_ de Théophile Gautier, -sur le docteur Véron et ses _Mémoires_, sont en leur genre de petits -chefs-d’œuvre. - -Louis Veuillot consacra aux _Causeries littéraires_ un de ses premiers -Paris de l’_Univers_: - - Les _Causeries_ de M. de Pontmartin, disait-il, ont déjà paru dans - les journaux, et leur réputation est faite. Elles gagneront cependant - à être relues. On pourra mieux en apprécier la finesse, le bon sens, - l’allure vive, quoique prudente. M. de Pontmartin a sa manière de - voir, de sentir, de parler; une mesure très heureuse le garde en tout - du commun et de l’extraordinaire. C’est vraiment une causerie. Il - ne bavarde pas, il ne professe pas. Bavarder, il ne saurait, c’est - le lot de M. Janin; professer, il ne voudrait, c’est le ton de M. - Planche. Les bavards et les professeurs abondent; les causeurs sont - rares. Il faut des idées et de l’esprit pour causer. Voilà le charme - de ce volume, seulement trop discret. Point d’appareil d’érudition ni - d’éloquence, point d’esthétique; un peu de recherche, une certaine - toilette de salon, jamais d’attitude, surtout jamais d’effort. Nous - avons donc là mieux qu’un docteur qui donne des consultations, et - bien mieux qu’un homme de lettres qui fait des grâces: nous avons un - homme d’esprit fort au courant de tout. On parle du livre nouveau. Il - connaît le livre et il donne son avis; l’avis d’un galant homme très - indulgent[226]... - -Un peu plus loin, après avoir reproché à Pontmartin d’être trop -bienveillant, de ménager trop certains écrivains dont la religion et la -morale avaient à se plaindre, Louis Veuillot ajoutait: - - Par les noms des auteurs, il avait sous la main à peu près toute la - littérature du temps. Elle venait à lui telle qu’elle est, sceptique, - incohérente, mercantile, sensuelle, débauchée, affolée, pleine de - mépris pour toute chose au monde, et pour elle-même; un négoce, rien - de plus; et quel négoce, en certains quartiers! Certes, c’était un - tableau à nous donner; et pour le tracer M. de Pontmartin a tout ce - qu’il faut, un talent précieux d’analyse, un sens droit, une plume - ferme et fine comme le burin, une pointe d’esprit très pénétrante, le - don de n’enfoncer cette pointe qu’autant qu’il veut. - -Louis Veuillot, s’il eût été de ceux qui prennent un blason, n’aurait -sans doute pas choisi celui que l’on rencontre dans les _Devises_ du P. -Bouhours, une abeille avec ces mots: _Sponte favos, ægre spicula_, le -miel de bon gré, le dard à regret. Il prodiguait d’habitude le blâme -plus que la louange. Pontmartin avait donc lieu d’être fier des éloges -qu’il ne lui avait pas ménagés; il estimait même que le rédacteur -de l’_Univers_ l’avait loué au delà de ses mérites. A la même heure -pourtant, M. Cuvillier-Fleury trouvait que Louis Veuillot, qui était, -il est vrai, sa bête noire, n’en avait pas dit assez. Le 8 avril 1854, -il écrivait à Pontmartin. - - Par le côté religieux et un peu trop contre-révolutionnaire - (peut-être) sous lequel vous vous montrez à lui, Veuillot vous a - flatté. Par ce côté d’homme du monde qui cache un écrivain supérieur - et qui se trahit sans cesse dans l’originalité élégante et ferme, dans - la causticité indulgente et dans le bon goût éloquent, on dirait qu’il - ne vous a pas connu. - -Pontmartin a doublement réussi comme romancier et comme critique. Le -voilà devenu tout à fait parisien; aussi le voyons-nous, à la fin de -1854, faire un nouveau bail avec la capitale, et se transporter avec -les siens au numéro 51 de la rue Saint-Lazare, dans un pavillon au fond -d’une cour. Il y restera huit ans, jusqu’au mois d’août 1862. - - -VI - -Le succès des _Contes et Nouvelles_ était fait pour encourager -Pontmartin à une récidive. Du 22 décembre 1853 au 2 juin 1854, il -publia dans l’_Assemblée nationale_ sous ce titre: _Pourquoi nous -sommes à Vichy_, trois nouvelles, _le Cœur et l’Affiche_, _le Chercheur -de Perles_, _l’Envers de la Comédie_. Elles formèrent le volume -intitulé: _le Fond de la Coupe_. - -_L’Envers de la Comédie_ repose sur une donnée entièrement originale. - -Le 23 mars 1847, le Théâtre-Français avait joué une comédie de Léon -Gozlan, _Notre fille est princesse_, dont voici le sujet. M. Roger—qui -s’appellera plus tard M. Poirier—est un bourgeois enrichi, trois -ou quatre fois millionnaire,—en ce temps-là on ne connaissait pas -encore les milliardaires. Il n’envie plus que ce qui lui manque: la -noblesse, et il donne la main de sa fille au prince de Charlemont, -le plus affreux vaurien qui se puisse imaginer. Une fois marié, -Charlemont se ruine sans esprit: il ruine sa femme qui est charmante; -il ruine son beau-père dont les yeux ne se dessillent qu’au cinquième -acte, au moment où le gouffre qu’il a creusé sous ses pas est prêt à -l’engloutir, lui et les siens. Heureusement, l’auteur a inventé un -autre abîme à l’usage des _gentlemen-riders_ du Théâtre-Français. C’est -un étang glacé que le prince veut franchir dans l’entraînement d’un -_steeple-chase_... et crac! glace, étang, cheval, gendre, principauté, -tout disparaît à la fois; il ne reste qu’un beau million que M. Roger -sauve du naufrage et qui lui suffira pour faire honneur à ses affaires; -sans compter qu’il y a là, tout à point, un petit cousin qui est fort -amoureux de sa cousine et qui sera heureux comme un prince, le jour où -_notre fille ne sera plus princesse_. - -Appelé dans la _Mode_ à rendre compte de la pièce[227], Pontmartin ne -s’attarda point à en faire ressortir les défauts; il improvisa, à côté -de la comédie de Léon Gozlan, toute une comédie nouvelle: - - Un jeune homme, écrivait-il, entre dans le monde; il est beau; il a de - l’esprit; il a du cœur; il a un grand nom; mais il est pauvre. Dernier - rejeton d’une race illustre et ruinée, il ne sait que faire de ce nom - qui lui pèse comme un fardeau... La richesse est devenue l’unique - et suprême condition de bien-être, de considération et de plaisir: - Le monde ne se divise plus en gentilshommes et en bourgeois, mais - en riches et en pauvres: ceux-ci sont les parias; ceux-là sont les - privilégiés. - - Que fera, dans une société ainsi déclassée, mon prince de Charlemont? - Égal aux plus grands par sa naissance, inférieur aux plus petits par - sa fortune, désorienté par cette perpétuelle antithèse de sa destinée, - il ne saura que faire de sa noblesse, de son esprit et de son cœur; - rien de ce que lui offrira le monde ne sera ni assez élevé ni assez - humble pour lui. - - Sur ces entrefaites, il rencontrera M. Roger, dans mon histoire, - est un bourgeois enrichi, intelligent, qui est de son siècle, qui ne - s’amuse pas à copier M. Jourdain, parce qu’il a mieux à faire, et - qu’il sait qu’aujourd’hui un homme riche commande à tous, même aux - princes qui n’ont pas d’argent. Sa fortune lui a depuis longtemps - donné toutes les jouissances; il en est une, d’une nature plus - exquise et plus raffinée, qu’il ambitionne, comme ces gourmets qui - voudraient reculer les bornes du possible. M. Roger se souvient - d’un certain George Dandin, qui fut martyrisé, du temps de Molière, - par les Sotenville et les Prudoterie, parce que, riche et roturier, - il avait épousé, comme on disait alors, une fille de condition. - Ce George Dandin fut bien malheureux! M. Roger se propose de le - venger; il veut pouvoir dire: _Notre gendre est prince!_ non pas par - gloriole de parvenu, mais pour se donner le plaisir d’écraser sous la - toute-puissance de ses écus un George Dandin armorié: c’est pourquoi - il marie sa fille à mon prince de Charlemont. - - Vous voyez d’ici ma comédie: l’argent tyrannisant le blason! M. - de Charlemont voudrait se plaindre de ce que sa femme met trop de - diamants, achète trop de chevaux, découvre trop ses épaules qui sont - blanches comme des épaules de vraie duchesse.—«Tout beau, monsieur - mon gendre! oubliez-vous que ces diamants et ces chevaux, c’est notre - argent qui les achète; que ces robes décolletées, c’est avec nos - billets de banque que votre femme les paie à Palmyre!—Mais je ne - voudrais pas aller tous les soirs dans le monde, traîné à la remorque - par ma belle-mère! j’aimerais mieux lire, travailler, rêver, enseigner - à ma femme cette vie d’intérieur que nous pourrions rendre si sereine - et si douce!—Vous plaisantez, je crois! Pensez-vous que nous vous - ayons épousé, que nous vous ayons tiré de l’indigence, pour vous - mettre sous cloche et ne pas nous faire honneur de vos seize quartiers - de noblesse?—Mais voici qui est plus grave; je crois m’apercevoir - qu’il y a là un petit cousin, habillé par Humann, ganté par Boivin et - doré par Jeannisset, qui, décidément, abuse de sa roture pour faire la - cour à ma femme!—Eh! mon Dieu, simples représailles! George Dandin - en a vu bien d’autres. Quoi! vous vous emportez pour une bagatelle! - Ça, venez, notre gendre, faire vos humbles excuses au cousin Octave, - qui est trop riche pour exposer sa vie contre vous. D’ailleurs, ne - savez-vous pas que le duel est défendu par les lois que nous avons - faites? Souffrez donc patiemment de cette petite revanche des Dandin - d’autrefois contre les Sotenville d’aujourd’hui. - - Mais ici mon prince de Charlemont se relève de toute sa hauteur. - Tant qu’il ne s’agissait que de ridicules, d’ennuis, de tracasseries - domestiques, tant qu’il n’avait à craindre que de voir mener trop - grand train cette fortune qui n’est pas à lui, il a souffert en - silence; mais dès l’instant que l’honneur parle, Charlemont n’hésite - plus; il fait un petit paquet de ses modestes hardes de gentilhomme - ruiné; il tend, sans rancune, sa loyale main à cette famille enivrée - d’argent; et adieu la richesse, les salons dorés, la soie et le - velours! adieu la voiture de Clochez et le cheval de Stephen-Drake! - Charlemont va quitter toutes ces récentes grandeurs et retrouver - son pauvre manoir délabré où il vivra, s’il le faut, de pain et de - cidre. Vous comprenez que je ne le laisse pas partir, et que sa femme - qui n’est, après tout, ni dépravée ni méchante, et qui a oublié la - querelle des Dandin et des Sotenville, se jettera dans ses bras en - lui disant: Viens, mon ami, allons restaurer ton vieux château avec - les jeunes écus de M. Roger! Allons faire souche de Charlemont, et - apprendre à nos enfants à être à la fois, secret très rare, de bons - riches et de vrais nobles! - - Je ne sais si je me trompe, mais il me semble qu’une comédie, basée - sur cette idée, serait plus neuve et plus vraie, plus paradoxale et - plus réelle, plus gaie et plus attendrissante que celle qu’a inventée - M. Gozlan[228]...» - -Quelques années après, Jules Sandeau et Emile Augier portaient, à leur -tour, à la scène cette question, si souvent controversée, de l’alliance -entre un gentilhomme ruiné par ses élégantes folies et une jeune fille -d’opulente bourgeoisie. Le 8 avril 1854, le théâtre du Gymnase donnait, -avec un éclatant succès, la première représentation du _Gendre de M. -Poirier_. - -La pièce ne versait pas dans le mélodrame, comme celle de Léon -Gozlan; elle restait d’un bout à l’autre dans le ton de la comédie: -la sensibilité délicate de Sandeau s’y mêlait heureusement à la verve -gauloise d’Augier. Mais, au fond, c’était toujours la vieille histoire -du gentilhomme pauvre épousant, pour ses écus, la fille du bourgeois -gentilhomme... et millionnaire. Gaston de Presles est un marquis -ruiné, dissipateur, paresseux, libertin, qui profite de son mariage -pour continuer sa vie de garçon et renouer une liaison peu édifiante -avec une femme de son monde d’autrefois. S’il se relève un peu à la -fin, c’est parce que sa femme, la fille du bonhomme Poirier, a toutes -les noblesses du cœur et toutes les supériorités de l’esprit. Tout en -déployant dans leur pièce beaucoup d’entrain, de mouvement, de gaieté -communicative, les deux auteurs n’étaient pas sortis du chemin battu: -ils avaient, selon le mot de Montaigne, «vagué le train commun». - - -VII - -Piqué au jeu par le succès du _Gendre de M. Poirier_, Pontmartin -revint à son idée de 1847 et, dès le 10 mai 1854, il faisait paraître -le premier feuilleton de l’_Envers de la Comédie_. Au risque d’être -accusé de paradoxe, il traita le sujet tout à rebours de ceux qui -l’avaient traité avant lui. - -Georges de Prasly, marquis comme Gaston de Presles, est ruiné, comme -lui; mais sa ruine n’a d’autres causes que le malheur des temps et -les dissolvants révolutionnaires; peu à peu, la pauvreté rature ses -parchemins, gratte les armoiries sculptées sur la porte de son château -seigneurial: château si délabré, tellement hypothéqué, que, malgré le -souvenir de vingt générations chevaleresques, leur dernier héritier, -n’ayant pas de quoi le réparer, va être forcé de le vendre. Il sait -que cette vente achèvera de tuer sa mère, veuve depuis plusieurs -années et dont le cœur s’est attaché à ces vieilles pierres, comme -ces lierres qui finissent par s’incruster dans les murs en ruine. -Il se résigne à épouser M^{lle} Sylvie Durousseau, sa voisine de -campagne, dont le père a fait dans l’industrie une colossale fortune. -M. Durousseau est un habile homme et un homme d’esprit. Il ne rêve -pas, comme son contemporain M. Poirier, d’être fait pair de France. -Il n’a ni ambition ni vanité; il a mieux que cela: il a de l’orgueil. -Il a la passion du commandement, et cette passion, il lui plaît de -la satisfaire sur un homme ayant eu des ancêtres aux Croisades, et -lui devant à lui, roturier, son bien-être, son luxe, son crédit, tout -jusqu’au vieux château où ses pères ont vécu. Il lui semble original, -grand, digne d’un homme profondément pénétré de l’esprit et des progrès -de son siècle, de prendre pour gendre un gentilhomme auquel il pourra -rappeler, à chaque velléité de révolte, qu’il n’est qu’un zéro dont -lui, Durousseau est le chiffre; que c’est lui qui l’a tiré du néant -où notre siècle laisse tomber ceux qui n’ont rien; que ses chevaux, -ses voitures, son hôtel, son mobilier, son argenterie, sa table, la -toilette de sa femme et la sienne, sont autant de liens qui le font -son obligé, son vassal et son esclave.—A ce jeu, il est vrai, M. -Durousseau joue tout simplement le bonheur de sa fille. Mais il n’a -sur ce point nulle inquiétude. Georges de Prasly est un timide, un -faible,—il le croit du moins; fils pieux, il sera un mari soumis, un -gendre docile, et ses révoltes, si par hasard il s’avisait d’en avoir, -seraient faciles à dompter. Le mariage a lieu, et Georges, laissant -sa mère à Prasly, s’installe à Paris, chez son beau-père, dans un des -beaux hôtels de la rue Laffitte. M. Durousseau n’a de bourgeois que -ses antécédents et son nom. Le pauvre descendant des Croisés se sent -humble et petit dans ce magnifique hôtel, meublé avec un luxe inouï, -plein d’artistiques merveilles. Il se trouve dépaysé dans ces salons -où affluent les célébrités, où l’on entend des virtuoses à deux mille -francs par soirée, où les reines de la mode rivalisent de somptueuses -toilettes, où il se trouve entouré de parents, d’amis de la famille, -qui n’ont pas besoin de titres et de particule pour se faire admettre -au _Jockey_, briller au premier rang des _sportsmen_ et rayonner, parmi -les arbitres de l’élégance et du goût sur les cimes du _high life_. -Sylvie est une honnête femme, toute prête à aimer son mari; elle n’est -pas coquette, mais elle aime le monde, et le monde la réclame. Elle -ne manque ni un bal, ni un concert; elle est la reine de ces salons -où Georges s’efface, se laisse oublier et souffre en silence. Une -lettre du pays lui apprend que sa mère, dont le cœur est brisé et qui -ne se peut consoler de son absence, est gravement malade. Au sortir -d’une fête, où sa femme s’est vue plus courtisée que jamais, il la -fait monter dans une berline de voyage, et, sans même prévenir M. -Durousseau, il prend avec elle la route de Prasly. Ce brusque départ, -cet enlèvement qui arrache Sylvie de ses rêves mondains et qui, au -fond, l’enchante, pourrait être pour eux le point de départ d’une vie -nouvelle et d’un bonheur dont l’un et l’autre sont dignes. Mais ils -n’arrivent à Prasly que pour recueillir le dernier soupir de la vieille -marquise. Georges se dit que c’est son mariage qui a tué sa mère; et -quand Sylvie lui répète tout bas, avec une expression de tendresse -timide: Elle m’a pardonné!—Oui, mais moi, je ne me pardonne pas, -répond-il. - -Après l’enterrement de la marquise dans le cimetière du village, il -dit au plus vieil ami de sa famille, au confident de sa mère: «Il -n’y avait qu’une marquise de Prasly... c’est celle que vous venez de -conduire à sa dernière demeure; à la place de la dernière marquise de -Prasly, il y a un tombeau; à la place du dernier marquis, il y a un -soldat. Adieu, mon ami, dites bien à cet homme et à sa fille qu’ils ont -tué la mère et déchiré le fils, mais qu’ils ne les ont pas humiliés!» - -Le lendemain, George de Prasly partait pour l’Afrique et s’engageait -dans le 11^e léger. - -Là s’arrêtait le récit. Le roman était-il donc fini? De tous côtés, on -demanda à l’auteur de donner une suite à l’_Envers de la Comédie_. Elle -parut, dans l’_Assemblée nationale_, du 21 décembre 1854 au 2 février -1855, sous ce titre: _Réconciliation_. - -Les suites, d’ordinaire, réussissent peu. Il n’en fut pas de même -cette fois. La seconde partie du roman vaut la première. Si elle -renferme quelques scènes un peu trop mélodramatiques, elle en contient -d’autres, et en grand nombre, qui sont vraiment émouvantes. Lorsque -Pontmartin, en 1856, réunit en un volume l’_Envers de la Comédie_ et -_Réconciliation_, il donna pour titre à son livre: _La Fin du procès_. - -Des trois épisodes dont se composait d’abord le _Fond de la Coupe_, il -n’en restait plus que deux. Pour remplacer le troisième, l’_Envers de -la Comédie_, Pontmartin écrivit, en 1857, une autre nouvelle, l’_Écu de -six francs_; ce qui le conduisit à changer le titre primitif du volume. -Le _Fond de la Coupe_ s’appela, dans les éditions postérieures, _Or et -Clinquant_. - - - - -CHAPITRE IX - - LE CORRESPONDANT, L’UNION ET LE JOURNAL DE BRUXELLES.—LES DEUX - ÉROSTRATES.—LA MAIRIE DES ANGLES - -(1855-1862) - - Le second volume des _Causeries littéraires_. L’article sur Béranger. - Lettre de Louis Veuillot à Pontmartin. Le 40 et le 44 de la rue du - Bac. Le salon de Montalembert et les soirées de Veuillot.—L’entrée au - _Correspondant_. Pontmartin et le théâtre.—_Les deux Érostrates._ Le - _Spectateur_ et la suppression de l’_Assemblée nationale_. L’entrée à - l’_Union_.—La Mûre et le château de Gourdan. La mairie des Angles. - Un préfet homme d’esprit. Lettre de Louis Veuillot.—Les _Variétés_ - du _Journal de Bruxelles_.—_Biographie du Père Félix._—Rentrée à la - _Revue des Deux Mondes_. Pontmartin en 1862. - - -I - -Au mois d’avril 1855, en ayant fini avec l’_Envers de la Comédie_ -et _Réconciliation_, Pontmartin fit paraître le second volume des -_Causeries littéraires_. Le premier, l’année précédente, avait obtenu -un complet succès; aucune critique n’était venue se mêler aux éloges. -Pontmartin croyait naïvement que la deuxième série aurait même fortune. - -Il avait eu l’idée, pour corser le volume, d’y ajouter son étude sur -Béranger, parue quatre ans auparavant, nous l’avons vu, dans l’_Opinion -publique_, et qui n’avait pas soulevé le moindre orage. M. Mallac, -sans le prévenir, inséra cette étude dans l’_Assemblée nationale_. -C’était une démolition complète de l’Idole (car Béranger en était -une à ce moment). Sans nier le mérite de ses «jolies chansons[229]», -Pontmartin se refusait à voir dans le chantre de _Lisette_ un poète -lyrique, et à reconnaître dans le rival de Désaugiers un successeur et -un rival d’Horace. Il ne cachait pas son mépris pour l’homme qui avait -insulté l’Ange Gardien et la sœur de Charité, profané l’image sacrée -de l’aïeule, bafoué le Jour des Morts, remplacé le Dieu des Chrétiens -par le _Dieu des Bonnes Gens_, discrédité les Bourbons, glorifié le -Bonapartisme, travaillé enfin—coup double dont la France mourra -peut-être—à nous donner à la fois la République et l’Empire. - -Louis Veuillot s’empressa de signaler ces pages vengeresses: - - Les nouvelles _Causeries littéraires_ de M. de Pontmartin, - écrivait-il, contiennent une étude sur M. Béranger que nous signalons - comme une bonne action et comme un chef-d’œuvre. Critique pleine, - solide, lumineuse, entraînante, qui ne néglige rien, qui ne dit rien - de trop, faite de main d’ouvrier. Le fameux auteur de _Frétillon_ est - jugé, pour le fond et pour la forme, comme la postérité le jugera. - Ceux qui ont senti l’odieux poids de cette gloire injurieuse, et ils - sont nombreux, n’ont plus rien à désirer. Voilà M. Béranger mis à sa - place... Fausse poésie, fausse gaîté, fausse bonhomie, patriotisme - faux, immoralité sordide, impiété bête, tel est le bilan des «chansons - nationales». C’était justice qu’il vînt une main ferme pour peser tout - cela dans les balances d’or du talent; qu’un souffle puissant dissipât - cette longue apothéose de la gaudriole, et que tant de choses saintes - vilipendées pendant quarante ans par ces impurs fredons fussent enfin - vengées. Le morceau suivant, détaché du travail de M. Pontmartin, - permettra d’apprécier la saine beauté de l’ensemble... - -Et après une longue citation, Louis Veuillot ajoutait: - - Le critique va jusqu’au bout avec cette franchise, avec cette vigueur, - avec ce fouet qui n’a pas un claquement inutile, et qui laisse partout - où il tombe sa marque et son sillon. Et le public applaudit, parce - qu’enfin c’est une belle et agréable chose que l’esprit au service du - bon sens et de la justice[230]. - -Les journaux et les écrivains préposés à la garde de «nos gloires -nationales» gardèrent d’abord le silence. Leur stupeur était plus -grande encore que leur colère. «Parmi tant de fidèles dont les chansons -de M. Béranger ont été le Coran, disait encore Louis Veuillot, personne -ne se lève pour le prophète; le goum du _Siècle_ lui-même et toute la -tribu des Ben-Havin restent immobiles.» Force leur fut bien cependant -de se mettre en campagne. Taxile Delord (celui qui plus tard, dans les -_Jeudis de Madame Charbonneau_, sera _Porus Duclinquant_), Émile de -La Bédollière, Louis Jourdan, dirigèrent de furieuses attaques contre -l’auteur des _Causeries littéraires_, transformé par eux, pour les -besoins de la cause, en iconoclaste, en démolisseur et en Jésuite! -Pontmartin ne répondit pas. Louis Veuillot d’ailleurs s’était chargé de -ce soin. Le grand polémiste publia sur Béranger et ses défenseurs toute -une série d’articles qui eurent vite fait de mettre en déroute les -Ben-Havinites[231]. - -Presque au lendemain de cette brillante campagne, Louis Veuillot fut -cruellement frappé: il perdit coup sur coup deux de ses filles[232]. -Aux condoléances de Pontmartin, il répondit par une lettre admirable, -l’une des plus belles qu’il ait écrites: - - Paris, le 19 juillet 1855. - - Cher monsieur, - - Je savais combien vous avez pris part à mon chagrin; je vous sais - gré de me fournir l’occasion de vous en remercier. Je suis de bronze - à toutes les haines et à toutes les formes de la haine; mais toute - sympathie m’émeut délicieusement, et c’est un bonheur dont j’ai - beaucoup joui dans ma vie militante, parce que la sympathie n’est - toujours venue du bon côté. Là où il y a de l’honneur, de l’amour - pour le bien, du zèle pour la justice, du mépris et du dégoût pour le - reste, là sont mes amis. Je n’ai pas traversé une circonstance pénible - sans qu’on m’ait tendu la main du sein de cette élite courageuse. - C’est plus qu’il ne faut pour supporter les choses extérieures. - - Quant à ces grandes douleurs du cœur et de l’âme, où nulle puissance - humaine ne peut rien, Dieu qui les envoie a soin d’y pourvoir. Saint - Bernard a une grande parole à ce propos. - - Il dit: «Le monde voit la croix et ne voit pas l’onction.» Ce que - Dieu met dans les cœurs qu’il déchire est inénarrable. J’en suis à - m’étonner de mes pleurs. Je vois ces chers enfants dans le ciel, - à côté de leur mère, comme elles étaient ici, mais à l’abri, mais - immortelles. C’est un groupe d’étoiles qui luisent toujours et qui - éclairent mon vrai chemin. De là tombe sur mon cœur une sérénité - divine. Je me sens sous l’aile des Anges, et je remercie Dieu de - m’avoir donné cette égide contre les traits et les attraits du monde. - - Que de miracles Dieu fait pour nous, et que nous sommes ingrats! Que - de miséricorde de nous faire trouver la plus grande paix dans la plus - grande douleur! Ce sillon terrible, creusé au milieu du cœur, se - remplit d’une semence de foi, d’espérance et d’amour. - - Quand je venais à penser autrefois que je pourrais perdre un de mes - enfants, c’était une angoisse inexprimable et il me semblait que - j’entrerais du même coup dans des ténèbres aussi épaisses que celles - du tombeau. Mais ces deux tombes, creusées presque au même instant, - n’ont été que des jours ouverts sur l’Éternité. Je ne me lasse pas de - le redire, comme je ne me lasserais pas de raconter un miracle dont - j’aurais été le témoin et l’objet. Il n’y a pas de mort, il n’y a pas - de séparation, il n’y a qu’une absence qui peut finir demain. Cette - absence ne peut devenir éternelle que par notre faute, et Dieu prend - un soin tendre d’allumer dans nos cœurs, par cette absence elle-même, - toutes les lumières qui nous rendent quasi impossible de nous perdre - et de nous égarer. - - Songez à ce que je vous dis là, cher monsieur, si parfois les - louanges que votre esprit vous attire vous paraissent assez douces - pour mériter quelque sacrifice, et vous engager à relâcher quelque - chose dans le commerce du monde, sur les droits de Dieu. Il y a des - moments où l’on voit avec la clarté de l’évidence qu’il faut tout - faire pour Dieu et ne rien faire que pour Dieu. On sent que cela seul - est _fait_, que tout le reste a été inutile ou criminel. - - Si j’avais en ce moment tout ce que le monde peut donner de fortune - et de gloire, je l’abandonnerais avec joie, non pas pour ravoir mes - enfants, mais seulement pour les revoir. Aucune satisfaction ici-bas, - aucune espérance de mémoire et d’honneur parmi les hommes ne pourrait - m’être plus précieuse. Or, je ne les reverrai et elles ne me seront - rendues que si j’aime Dieu et que si je le sers uniquement, et nous ne - l’aimons ni ne le servons ainsi quand nous avons dans nos œuvres un - regard et un désir pour ces misères humaines. - - Voilà ce qu’il faut nous dire quand nous prenons la plume, quand nous - ouvrons la bouche. Si nous songeons à nous-mêmes, si nous mettons Dieu - de côté pour ne plus soulever le bruit des injures, pour exciter celui - des louanges, alors c’est la séparation, c’est le commencement de la - mort. Nous creusons entre Dieu et nous un abîme où notre âme languira - longtemps et que peut-être elle ne franchira jamais. - - Je me suis laissé aller bien loin; cependant je ne recommencerai pas - ma lettre et je ne la supprimerai pas. Je vous l’adresse dans votre - solitude comme le meilleur et le plus sincère témoignage que je puisse - donner de toute mon amitié et de toute mon estime[233]. - -Pontmartin n’admirait pas seulement dans Louis Veuillot le puissant -écrivain, l’incomparable polémiste, l’homme aussi l’attirait; sa -conversation le charmait plus encore que ses merveilleux articles. Ce -lui était une fête de gravir, le soir, les trois étages du rédacteur -de l’_Univers_, au 44 de la rue du Bac. En ces mêmes temps, il lui -arrivait parfois d’entrer, le mercredi, au numéro 40, de monter au -premier étage et d’assister aux réceptions de Montalembert; mais ce -n’était plus la même chose. Au 40, il lui fallait se souvenir qu’il -était _Monsieur le comte_ et cela ne faisait pas du tout le sien. -Sa verve se glaçait, ses meilleurs calembours se figeaient sur ses -lèvres. Il a tracé quelque part une peinture, peut-être un peu trop -poussée au gris, de ce salon où, malgré tant d’éléments de curiosité -respectueuse, de sympathie, d’admiration, régnait un majestueux -ennui. «Pris isolément, dit-il, chaque personnage était excessivement -intéressant, l’ensemble était, comme disent les vulgaires _loustics, -à porter le Diable en terre_; et, en effet, le Diable, dans cette -société édifiante où il eût perdu son temps, n’avait rien de mieux à -faire qu’à se faire enterrer. On eût dit des ombres chuchotant avec -des fantômes, des revenants du parlementarisme, accourus pour donner -des nouvelles du discours qui allait être prononcé, du projet de loi -qui allait être voté, de l’amendement qui allait être discuté, de la -sous-commission qui allait s’organiser au moment où quatre hommes et -un caporal avaient dispersé nos législateurs. Quelquefois,—les grands -soirs,—apparaissait une célébrité britannique ou irlandaise, anglicane -ou méthodiste, qui, pour éviter de choisir entre sa langue naturelle et -le français, prenait le sage parti de rester muette, et contribuait à -l’effet imposant plutôt qu’à la gaîté de la soirée[234].» - -Au 44, quelle différence! Quelle simplicité! quelle bonhomie! Dans ces -réunions charmantes, Pontmartin se sentait vraiment chez lui. Il s’y -montrait tout simplement ce qu’il était en réalité, c’est-à-dire un -_bon garçon_. Rien ne lui faisait plus de plaisir que de croire (comme -cela lui arrivait en ces heureuses soirées) qu’il était, comme le -maître de la maison, un parvenu de la plume, un _enfant de la balle_. -Il s’abandonnait alors sans contrainte à toute sa verve; il prodiguait -sans compter les traits les plus piquants et les aperçus les plus -fins, les _à-peu-près_ les plus impossibles et les calembours les plus -détestables. - - -II - -Si lié qu’il fût avec le directeur de l’_Univers_, Pontmartin se -séparait cependant de lui sur le terrain politique. Il n’allait pas -tarder à devenir l’un des rédacteurs du nouveau _Correspondant_, dont -Louis Veuillot était le plus ardent adversaire. - -En 1855, Montalembert, privé de la tribune et ne pouvant songer à -créer un journal, prit la direction de la Revue fondée par Edmond -de Cazalès et Louis de Carné, et dans laquelle, vingt-cinq ans plus -tôt, il avait publié son premier article. Depuis longtemps déjà, elle -n’avait plus qu’une existence languissante et précaire; à peine lui -restait-il quelques centaines d’abonnés. Le grand orateur crut qu’il -était possible, dans les circonstances où l’on se trouvait alors, de -la relever, d’en faire un organe d’opposition politique, en même temps -qu’une arme de défense religieuse[235]. Il sollicita la collaboration -d’Armand de Pontmartin. Celui-ci débuta dans la Revue renaissante[236], -par un article sur _le Correspondant et la littérature_, qui parut le -25 février 1856. Jusqu’à sa mort, il ne cessa d’y écrire. Dans l’un de -ses derniers articles[237], celui du 10 décembre 1889, revenant sur ces -vieux et chers souvenirs, il dira: - - ...En février 1856, le comte de Montalembert me fit le très grand - honneur de m’engager à collaborer au _Correspondant_ régénéré, - renouvelé, rajeuni et agrandi. Il y a, de cela, trente-trois ans,—un - tiers de siècle,—et voilà que, au bout de trente-trois ans, je me - retrouve à cette même place, cherchant vainement du regard ceux - dont la piété, l’éloquence, les écrits et les exemples devaient - nécessairement m’inspirer l’émulation du bien. J’étais heureux et fier - de redevenir soldat pour servir sous les ordres de pareils chefs. - Aujourd’hui tous ont disparu. La France, profondément pervertie, - révolutionnaire, athée, corrompue par la double complicité de - l’impiété et du vice, d’une politique ignoble et d’une littérature - infecte, s’efforce sans doute de les oublier. Les peuples déchus, - par un juste châtiment, sont condamnés à avoir honte de ce qui fait - leur gloire et à ne pouvoir songer qu’avec un remords à leurs sujets - d’orgueil. Pour moi, ces hommes incomparables apparaissent d’autant - plus haut que la société moderne est tombée plus bas, d’autant plus - purs que nos politiciens sont plus vils. Montalembert! Augustin - Cochin! Théophile Foisset! Armand de Melun! Falloux! Louis de Carné! - Perreyve! Charles Lenormant! Lacordaire! Dupanloup! Ravignan! Gerbet! - Vos noms bénis, vos noms illustres, doivent-ils éveiller les images - funèbres que la mort offre à notre faiblesse? Je refuse de le croire. - Pour des hommes tels que vous, la mort, c’est encore la vie; le deuil - s’adoucit par la foi; le regret s’éclaire d’espérance. Aujourd’hui, en - écrivant ces dernières lignes, je ne vous demande pas de me protéger - en ce monde,—je ne suis plus de ce monde,—je vous demande de prier - pour moi le Dieu de miséricorde et de bonté, afin qu’il m’accorde la - faveur de bien mourir[238]. - -L’article sur _le Correspondant et la littérature_ n’est pas, tant -s’en faut, parmi les meilleurs de Pontmartin. Il vise à être un -manifeste, une profession de foi, un programme. L’écrivain sans doute -était toujours élégant et spirituel; mais il traduisait sa critique -en maximes et la condensait en formules. Il mêlait à sa grâce aimable -et légère quelque chose de solennel et d’un peu apprêté. Même il lui -arrivait, à lui si simple d’ordinaire, si éloigné de toute prétention -et de tout pédantisme, il lui arrivait de prendre un ton dogmatique, -d’employer de grands mots, des termes ambitieux, _sesquipedalia verba_. -C’était toujours du Pontmartin, mais du Pontmartin endimanché. Ses -amis, qui l’aimaient mieux en son habit de tous les jours, eurent -d’abord un peu d’inquiétude. Allait-il donc changer son salon en une -salle de conférences, monter à la tribune pour faire, lui aussi, sa -_Déclaration des droits de l’homme_... et du critique? Est-ce que, -par hasard, les lauriers de Gustave Planche l’empêchaient de dormir? -Ces inquiétudes durèrent peu. Dès le 25 mai 1856, il publiait un -article sur les _Contemplations_ de Victor Hugo, bientôt suivi d’une -étude sur _Balzac_[239] et d’une autre sur _le Roman bourgeois et le -roman démocratique_[240]; et dans ces divers morceaux se retrouvaient -ses anciennes qualités, auxquelles se venait ajouter parfois une -sorte de divination. Telles, par exemple, dans son étude sur les -_Contemplations_, les pages où il pressent, où il voit, où il décrit, -dès 1856, les dernières œuvres, les dernières années du grand poète; -où il nous montre Hugo devenu Dieu, se contemplant, se souriant dans -sa création, comme dans le miroir de sa grandeur et de sa divinité; se -grisant d’infini, s’endormant dans cet enivrement olympien, au murmure -des océans et des mondes... et se réveillant à Charenton[241]!—Pardon! -c’est au Panthéon que je voulais dire. - - * * * * * - -Pontmartin était passionné pour le théâtre, et ce goût chez lui -devait persister jusqu’à la fin. De 1873 à 1878, j’allais tous les ans -passer avec lui, à Paris, une ou deux semaines. Nous dînions tous les -soirs ensemble, et presque tous les soirs il me fallait l’accompagner -à l’Opéra ou à l’Opéra-Comique, aux Français ou au Gymnase, où nous -arrivions toujours avant le lever du rideau et où il s’amusait comme un -enfant. Lorsqu’il était rédacteur en chef de l’_Opinion publique_, ce -lui était un vif plaisir, nous l’avons vu, de prendre quelquefois la -place de son _lundiste_,—Théodore Muret ou Alphonse de Calonne,—pour -rendre compte lui-même de la pièce nouvelle. A l’_Assemblée nationale_, -il lui avait fallu se cantonner dans son domaine propre, les livres, -et laisser les théâtres à Édouard Thierry[242] ou à M. Robillard -d’Avrigny. Au _Correspondant_, il allait trouver la place libre. - -C’était l’époque où Dumas fils, Émile Augier, Octave Feuillet, Ponsard, -Victorien Sardou triomphaient à la scène. Le _Correspondant_ jusque-là -n’avait guère eu de fenêtre ouverte sur le théâtre; mais force lui -était bien maintenant de regarder aussi de ce côté. Il ne lui était -plus loisible de tenir pour quantités négligeables des pièces dont le -succès était éclatant, dont l’influence, salutaire ou funeste, était, -de toute façon, considérable. Pontmartin fut chargé d’en entretenir -les lecteurs de la Revue, de les apprécier au point de vue littéraire -et surtout au point de vue social, de rechercher, non si elles étaient -bien ou mal jouées, si elles faisaient ou non de grosses recettes, -mais si elles élevaient ou abaissaient les intelligences et les cœurs. -Ainsi se trouvait réalisée une de ses ambitions. Je lis dans une de -ses lettres de cette époque: «Mon rêve a toujours été de généraliser -et d’élever autant que possible les questions théâtrales et celles -qui s’y rattachent, en dehors des commérages de foyer et des détails -de coulisses. Que de choses par exemple à dire cet hiver sur le _Fils -naturel_[243]: sur la _Jeunesse_[244] et sur les tendances que suppose -dans la société le succès de pareilles pièces[245]!» - -Les articles publiés par Pontmartin sur le théâtre feraient à eux -seuls un volume, et il a eu bien tort de ne pas en faire l’objet -d’une publication spéciale. A la différence des courriéristes -dramatiques,—ils s’appelaient alors Théophile Gautier, Jules Janin, -Paul de Saint-Victor, Édouard Thierry, Francisque Sarcey,—il ne se -borne pas à juger les pièces, abstraction faite de la société qui -les produit, les accepte ou les explique. Il montre, au contraire, -les rapports intimes et toujours croissants de cette société avec le -genre de littérature le plus bruyant, le plus lucratif et le plus -populaire. Ses articles ne sont pas de simples feuilletons, improvisés -le lendemain d’une _première_; ce sont des études faites à loisir, qui -embrassent parfois, à propos de la pièce nouvelle, l’ensemble même des -œuvres d’un auteur. Cette suite de chapitres, s’ils étaient réunis, -formerait une histoire de l’art dramatique en France de 1857 à 1866, -c’est-à-dire pendant la période la plus brillante que le théâtre ait -traversée au XIX^e siècle. Voici la table des matières de ce volume, -qui serait parfait... si on le pouvait trouver chez Calmann Lévy: _La -Question d’argent, M. Dumas fils[246]._—_La Société et le Théâtre, -M. Dumas fils._—_Un Père prodigue[247]._—_Octave Feuillet, auteur -dramatique[248]._—_Eugène Scribe[249]._—_M. Victorien Sardou et le -Théâtre en 1861[250]._—_Le Théâtre en 1863. Jean Baudry, Montjoye, les -Diables noirs, la Maison de Penarvan[251]._—_Le Lion amoureux et le -Théâtre de M. Ponsard[252]._—_La Contagion et le Théâtre de M. Émile -Augier[253]._ - - -III - -Pontmartin collaborait toujours à l’_Assemblée nationale_. Ses -_Causeries littéraires_ paraissaient régulièrement chaque semaine. Sans -les interrompre, il donna au journal de la rue Bergère un roman dont la -publication dura du 21 mai au 9 août 1856. Il portait dans le journal -ce titre: _les Deux Érostrates_, en attendant de s’appeler, dans les -éditions postérieures, _Pourquoi je reste à la campagne_, puis _les -Brûleurs de Temples_[254]. - -Le roman commence mal. Il s’ouvre par un long prologue qui ne se -rattache en rien à l’action. Félix Daruel, ancien lauréat du Concours -général et de l’École de droit, qui aurait pu être, s’il l’avait voulu, -un éminent avocat ou un écrivain distingué, et dont la _Revue des Deux -Mondes_ a déjà publié un ingénieux récit: _Eveline_,—j’allais dire -_Octave_,—habite depuis huit ans la province, où il s’est marié, où il -vit sur ses terres, et où rien ne manque à sa gloire et à son bonheur, -puisqu’il est conseiller municipal de sa commune et marguillier de sa -paroisse. Parfois pourtant il se demande s’il a eu raison de renoncer à -la littérature. Un jour,—c’est au moment de l’Exposition universelle -de 1855,—il se décide à louer un hôtel à Paris, à revoir ses anciens -camarades, à reprendre pendant quelques mois, et qui sait? peut-être -pour toujours cette vie brillante qui aurait pu être la sienne et à -laquelle il n’a pas renoncé sans regret. Parmi les amis qu’il retrouve, -il en est deux, Anselme Maynard et Julien Féraud, qu’il a perdus de -vue depuis qu’ils sont entrés dans le journalisme. Partis de deux -points extrêmes, et ayant employé des moyens contraires, ils se sont -rencontrés, au bout, dans le même mécompte et dans le même malheur, -Félix Daruel se fait raconter leur histoire,—et ce sera précisément -là le roman. Il apprend d’eux comment la société peut repousser à la -fois ceux qui l’attaquent et ceux qui la défendent. Leurs confidences -l’éclairent sur l’imprudence qu’il commettrait, s’il cédait à l’envie -d’entrer à son tour dans la lice et d’échanger contre une chance de -succès et d’éclat le calme de son existence; elles lui apprennent à -redouter l’épreuve, à retourner dans ses montagnes et à se contenter -d’être heureux. - -Ce prologue n’est pas seulement inutile; par son caractère factice -et conventionnel, il met le lecteur en défiance. Le roman, qui est -excellent et qui peut, certes, se suffire à lui-même, gagnerait -beaucoup à être débarrassé de ce cadre un peu vieillot. - -La Révolution de 1848, survenant à l’heure où Pontmartin, après des -débuts remarqués à la _Mode_ et à la _Revue des Deux Mondes_, pouvait -se croire assuré d’un succès brillant et d’une vie heureuse,—cette -Révolution avait produit sur lui une impression qui ne devait plus -s’effacer. Jeté soudain au fort de la mêlée, lui qui était fait pour le -rêve plus que pour l’action, il avait vécu, pendant quatre ans, d’une -vie ardente, fiévreuse, passionnée. Les spectacles et les émotions -de ces quatre années, il les a retracés dans ce roman des _Deux -Érostrates_, qui commence à la veille du 24 février 1848 et qui se -termine au lendemain du 2 décembre 1851. Aussi bien son livre est-il -moins un roman qu’une page de _Mémoires_. On éprouve en le lisant (pour -peu qu’on oublie le fâcheux prologue) la sensation que donnent les -_choses vues_ et les _choses vécues_. - -Sans renoncer à ces analyses du sentiment et de la passion dans -lesquelles il excellait, l’auteur, cette fois, avait accordé à l’action -et au mouvement du drame une part plus large; sans verser dans le -réalisme, il avait donné à ses personnages une _individualité_ plus -forte et plus accentuée. M. Servais, le député, Julien Féraud, le -journaliste, Nathalie Duvivier, la directrice des postes, sont des -types saisis sur le vif, si réels et si vrais qu’après plus d’un -demi-siècle nous les retrouvons, sous la troisième République, tels que -l’auteur les avait représentés sous la seconde. Dans cette peinture -de quelques-unes de nos plaies sociales, Pontmartin avait déployé des -qualités de vigueur et d’énergie qu’on ne lui soupçonnait pas et qui -le plaçaient, au moins pour une fois, très au-dessus de son ami Jules -Sandeau. Son ennemi Balzac, s’il eût vécu, aurait applaudi à ces scènes -de la vie politique, à ce roman royaliste et catholique. - - * * * * * - -L’_Assemblée nationale_ cependant n’avait plus longtemps à vivre. - -_Un bien averti en vaut deux._ De ce proverbe, Pontmartin avait -tiré une de ses nouvelles[255]; mais, sous l’Empire, au moins en -matière de presse, le vieux proverbe avait cessé d’être une vérité. Un -journal bien _averti_, loin d’en valoir deux, n’en valait plus même -la moitié d’un. Il était comme un condamné mis en chapelle, et il -n’avait plus qu’à attendre la venue de l’exécuteur. Ainsi en fut-il -pour l’_Assemblée nationale_. Déjà frappée d’un double avertissement, -elle fut, en juillet 1857, suspendue pour trois mois, avec défense, -si elle reparaissait, de garder son titre qui avait trop l’air d’un -défi lancé aux vainqueurs du 2 décembre. Lorsqu’elle reparut en -octobre, elle s’intitula _le Spectateur_. Pontmartin y reprit ses -Causeries littéraires, mais ce sera seulement pour quelques semaines. -Le 14 janvier 1858, avait lieu l’attentat d’Orsini. Le lendemain, le -_Spectateur_ publia un article où il laissait entendre, en termes -très légèrement voilés, que l’Empire, n’ayant pas de racines dans le -pays et ne tenant qu’à un homme, aurait cessé d’exister si les bombes -d’Orsini avaient atteint Napoléon III. Vingt-quatre heures après, le -_Spectateur_ avait vécu. - - * * * * * - -Il ne se pouvait pas que les Causeries littéraires de Pontmartin -cessassent de paraître, précisément à l’heure où il était devenu, sans -conteste, le maître du genre. Plusieurs journaux sollicitèrent aussitôt -sa collaboration. Celui qui était le moins riche et qui lui faisait -les offres les plus modestes fut précisément celui dont il accueillit -les propositions. L’_Union_ ne peut lui donner que 75 francs par -article; n’importe, il écrira dans l’_Union_. N’est-elle pas la feuille -royaliste entre toutes, le journal de Laurentie et d’Henry de Riancey, -l’ancienne _Quotidienne_, qui publia jadis ses _Causeries provinciales_? - -Son premier article parut le 23 mars 1858. De même qu’il avait -autrefois consacré sa première causerie de l’_Assemblée nationale_ à -M^{me} Émile de Girardin, de même il consacra sa première causerie de -l’_Union_ à M. Émile de Girardin, qui venait de perpétrer une comédie -ridicule, intitulée _la Fille du Millionnaire_. L’article avait pour -titre: _le Fils du Millionnaire_ ou _les Délassements d’un homme fort_. -C’est une des pages les plus spirituelles de Pontmartin[256]. - - -IV - -Si vifs qu’il fussent, ses succès parisiens ne faisaient point oublier -à Pontmartin sa province natale, son petit village et la maison -paternelle, sa maison des Angles. Il continuait d’y habiter la plus -grande partie de l’année. Chaque année aussi, en août et septembre, -il venait à la Mûre[257], avec son fils, passer les vacances chez -l’aïeule maternelle. A vingt minutes de la Mûre se trouvait le beau -château de Gourdan, appartenant au comte de Vogüé. L’intimité régnait -entre la modeste villa et la demeure seigneuriale, où grandissait -Eugène-Melchior de Vogüé, de trois ans plus jeune qu’Henri de -Pontmartin. L’auteur des _Causeries littéraires_ assistait avec bonheur -aux jeux de son fils et du futur académicien, dont il pressentit de -bonne heure le brillant avenir et dont il eut la grande joie d’être le -premier à saluer les éclatants débuts[258]. - -Ainsi commencées dans l’Ardèche, les vacances se terminaient toujours -dans le Vaucluse et dans le Gard, où de nouveaux devoirs allaient -retenir de plus en plus Pontmartin. En cette année 1858, où nous a -conduits notre récit, il devenait maire des Angles. Comment la chose -arriva, lui-même le raconte en ces termes dans une lettre à son ami -Autran: - - Les Angles, le 18 octobre 1858. - - Voilà, cher et excellent ami, une bien longue lacune dans notre - correspondance. Si je vous dis comment je l’ai remplie, il faudra ou - que vous cessiez d’être poète, ce qui vous est impossible, ou que - vous cessiez de m’aimer, ce qui, je l’espère, vous est presque aussi - difficile. Depuis un mois, j’ai été absorbé par une crise municipale - et rustique d’où je crois que je vais sortir... maire des Angles! Oui, - mon ami, voilà comment finissent les ambitions humaines. On part, - le bâton à la main, pour le pays de l’idéal. On rêve littérature, - critique et roman; on détourne superbement sa pensée des vils intérêts - de la terre. Mais les années passent; la lassitude arrive; on revient - chez soi, l’aile blessée; et alors on s’aperçoit que, pendant que l’on - courait le monde des idées et des songes, deux ou trois intrigants de - village se sont complètement emparés du pays où l’on avait eu jadis - de l’influence, et que, si on les laissait faire, ils mèneraient tout - doucettement à sa ruine une fortune territoriale et riveraine sans - cesse exposée et menacée. C’est ce qui m’est arrivé cette année, - et il s’y est joint la conviction que, si cet état de choses se - prolongeait, toute religion, toute morale, toute honnêteté étaient - perdues dans cette pauvre commune que j’aime, et où j’avais toujours - tâché de faire un peu de bien. Alors je suis allé me plaindre, j’ai - eu affaire à un préfet[259], homme d’esprit, qui m’a dit en souriant - qu’il y avait moyen d’arranger les choses, mais que quand on avait - boudé pendant six ans, et que l’on demandait au gouvernement une - marque de confiance, il fallait payer une petite rançon... Bref, - mon cher ami, on m’a fait entendre poliment, et même avec quelques - compliments fort bien tournés, qu’en acceptant la mairie des Angles, - je lèverais toutes les difficultés. Je me suis récrié d’abord, puis - j’ai réfléchi, et j’ai fini par dire _oui_; si bien que j’attends ma - nomination d’un moment à l’autre. Eh bien! cher ami, vous connaissez - ma manie d’analyse. Je me suis convaincu, _de visu_, pendant toute - la durée de cette tempête dans un verre d’eau du Rhône, que la chose - à laquelle le cœur et l’esprit s’accoutumaient le plus aisément, - c’était l’amoindrissement du cadre. Le fait est que j’ai fini par - me passionner contre le sieur P..., mon féroce prédécesseur, comme - je me passionnais autrefois contre feu Gustave Planche, ou contre - Taxile Delord. Les marches et les contremarches de la troupe ennemie, - leurs courses à Uzès et à Nimes, les péripéties de la lutte, les - espérances des uns, les angoisses des autres, tout cela, mon cher - ami, avait pris, à la longue, pour moi, les proportions d’un drame - de la Porte-Saint-Martin ou du Gymnase, dont j’aurais été auteur - et acteur. Enfin, pour passer du plaisant au grotesque, je vous - dirai que tout mon sang, presque quinquagénaire, en a été tellement - fouetté, agité, chauffé, que j’y ai gagné une série de _clous_ - horriblement mal placés, qui ont achevé d’accrocher ma littérature et - ma correspondance. Je ne puis pas m’asseoir et, dans ce moment-ci, - je vous écris sur une espèce de pupitre improvisé. Mais, grand Dieu! - c’est assez vous parler de moi. Votre changement d’adresse me prouve - que vous vous êtes établi à Paris, et que vous ne retournerez pas, - cet automne, en Provence... Quant à moi, je suis retenu au rivage, - non pas par ma grandeur, mais par mon écharpe. Je vais vous envoyer, - comme précurseurs, ma femme et mon Bonapartiste[260], et j’irai vous - retrouver dans le courant de décembre. Quand je songe que je perds une - grande partie de votre séjour à Paris, que j’allais publier, le 1^{er} - novembre, mon cinquième volume de _Causeries littéraires_, que Lévy - s’apprête sans doute à laisser tomber silencieusement dans son gouffre - hebdomadaire; que j’aurais pu profiter à la fois de votre charmante - et précieuse amitié, et de cette espèce de trêve littéraire que votre - salon m’a toujours offerte; quand je songe que je sacrifie tout cela - au plaisir d’administrer un village de 400 âmes..., je me demande - si on m’a tout à coup fait changer de nature, de goûts, d’idées, - d’habitudes, en vertu de quelque avatar rustique oublié par Théophile - Gautier[261]. Faut de la raison, mais pas trop n’en faut, et il me - semble cette fois que les extrêmes se touchent, que jamais je n’ai été - plus fou que depuis que je me crois plus sage... Adieu, je vous quitte - pour mon adjoint, qui m’apporte à signer un devis des réparations de - l’église; le malheureux! il a écrit réparation avec deux s, et comme - je veux rester populaire, je respecte sa faute d’orthographe. Que les - ambitieux sont lâches! _Omnia serviliter faciunt pro dominatione_. - - Tout à vous; gardez-moi le secret de mes faiblesses grammaticales - auprès des illustres gardiens de la langue française, et croyez-moi - - Bien à vous de cœur, - - ARMAND DE PONTMARTIN. - - _P. S._—Ma nomination m’arrive à l’instant. Mon émotion m’empêche - d’ajouter un seul mot[262]. - -L’installation de _Môsieu_ le maire eut lieu le dimanche 24 octobre, -avec accompagnement de salves, farandoles, bals rustiques, tonneaux en -perce et feux d’artifice, telle à peu près qu’elle est décrite dans les -_Jeudis de Madame Charbonneau_[263]. - -Ses amis de Paris raillèrent bien le triomphe rural et les lauriers -villageois du _Critique devenu berger_: quelques-uns cependant ne lui -ménagèrent pas les félicitations, et Louis Veuillot joignit aux siennes -de très nobles conseils. Il écrivait à Pontmartin, le 29 novembre 1858: - - Mon cher ami, - - J’ai reçu votre lettre par la poste d’Avignon, mais votre livre[264] - n’est venu par aucune voie. Je le relirai, mais je ne veux pas - l’attendre davantage pour vous remercier. Votre lettre est pleine de - l’amitié que je désire de vous, j’en ai le cœur trop heureux. - - Je vous loue sincèrement d’avoir permis qu’on vous fît maire. Votre - curé et votre village y gagneront beaucoup, et j’ai la conviction - que nous n’y perdrons point. Ce petit maniement des hommes et ce - plus long séjour aux champs accroîtront votre force sans rien ôter à - votre charmante et merveilleuse agilité. J’ai toujours cru et j’ai - toujours un peu dit que vous étiez trop dans le monde. Vous avez été - diseur de grâces, il faut devenir diseur de vérités. Tournez par là - vos pensées, comme votre cœur y était dès longtemps. Vous voyez que - les vérités adoucies ne convertissent guère ceux qui haïssent la - vérité; elles énervent ceux qui l’aiment. A ce métier on se diminue, - et l’on ne fait pas le bien que l’on pourrait faire. Il faut être ce - que l’on est. Nous sommes des épées. Taillons, coupons, abattons, - non pour le plaisir du carnage, mais pour protéger tant de belles et - saintes choses que Dieu a voulu qui fussent derrière la beauté et la - sainteté de l’épée. Opposons la noble épée au stylet. Ne rendons pas - au monde l’arme que Dieu nous a donnée, mais à Dieu lui-même. Pour - n’être pas accrochée dans les musées académiques, elle n’en aura pas - moins son lustre, si nous aimons la gloire; et il y a une gloire qu’il - faut aimer. C’est la gloire d’avoir défendu la vérité, non suivant - nos intérêts ni suivant nos goûts, mais telle qu’elle est et contre - les amis tièdes autant que contre les ennemis. Si ce que je vous dis - là, très cher ami, vous paraît encore un peu fanatique, attendez un - peu, et songez-y la prochaine fois que vous irez à la messe. Voyez le - temps, voyez les hommes, voyez s’il leur faut des vérités nouvelles, - ou s’il y a quelque chose de trop dans la sève de la vieille vérité. - Ensuite, pensez que Dieu vous a donné une voix, et qu’il ne donne - rien qui ne doive servir à quelque chose. Or, il n’y a qu’une chose - qui soit quelque chose, c’est la vérité. Dieu nous a confié à tous un - travail à faire pour la vérité. Il nous interrogera et nous jugera - là-dessus. On me reproche souvent de manifester cette pensée: vous - ne me saurez pas mauvais gré de vous aimer assez pour vous la dire. - Franchement, si nous ne pensons point à cela, nous ne nous distinguons - guère des gens d’esprit qui font le _Figaro_. - - Adieu, très cher ami, je désire bien que vous ne veniez à Paris que - très tard ou très tôt. Je serai absent du 5 janvier au 15 ou 20 - février, et je voudrais vous voir avant de partir, ou vous trouver au - retour. Je ne vous dis pas où je vais. Où puis-je aller? - - Votre bien dévoué en Notre-Seigneur, - - LOUIS VEUILLOT. - - 29 novembre 1858. - - Pardonnez-moi le retard de cette lettre que je viens de retrouver - sur mon bureau lorsque je la croyais dans votre poche. J’ai vu votre - jeune ami qui m’a paru fort bien. Il y a dans votre livre plusieurs - chapitres que je ne connaissais pas. Je l’emporte à Rome[265]. - -L’auteur des _Causeries littéraires_ n’eut point à regretter d’avoir -accepté l’écharpe municipale. Elle lui permit de faire un peu de bien, -et puis, outre la belle lettre de Louis Veuillot, elle lui valut de -recevoir, un peu plus tard, une épître en vers, de Joseph Autran, qui -figure en bonne place sous ce titre: _Mairie de village_, dans les -_Épîtres rustiques_ du poète[266]. - -La mairie de Pontmartin devait durer six ans. Le 7 août 1864, après une -longue maladie, suivie d’une interminable convalescence, il donna sa -démission. - - -V - -Pontmartin n’avait dans l’_Union_ que deux causeries par mois[267]. -Ce n’était là pour lui qu’une trop faible et trop courte besogne. -Depuis longtemps il a pris l’habitude d’écrire au moins un article -par semaine. Et c’est pourquoi, en même temps qu’à l’_Union_, il -collabore au _Correspondant_, à l’_Univers illustré_, à la _Semaine des -Familles_ et au _Journal de Bruxelles_, la plus importante des feuilles -catholiques de Belgique. - -Les causeries du _Journal de Bruxelles_—la première parut le 24 mars -1859—avaient pour titre général: _Symptômes du temps_. Elles étaient -signées _Z. Z. Z._, comme l’avaient été, vingt-trois ans plus tôt, les -premiers articles de Pontmartin dans le _Messager de Vaucluse_. - -Pendant les années 1843, 1844 et 1845, Sainte-Beuve s’était fait, -lui aussi, chroniqueur _extra muros_, hors frontières. Il envoyait -régulièrement à Lausanne, à son ami M. Juste Olivier, directeur de -la _Revue Suisse_, des articles qu’il ne signait pas[268]. Cela lui -permettait de prononcer sur les hommes et sur les choses des jugements -tout à fait libres et indépendants, dégagés de ces ménagements, de ces -atténuations, dont souffrent la vérité et la justice. Il ne faisait -ainsi qu’user de son droit. Malheureusement, il excédait toutes bornes -quand, à la même heure, il couvrait le même écrivain, le même livre, à -Paris de louanges publiques, et à Lausanne d’injures anonymes[269]. - -Avec Pontmartin, rien de pareil n’était à craindre. Il use largement, -dans le _Journal de Bruxelles_, de son droit de dire sur les auteurs et -leurs ouvrages la vérité tout entière, sans voiles et sans réticences; -mais il ne se dédit pas d’un côté de la frontière à l’autre; ceux qu’il -loue à Paris, il ne les dénigre pas à Bruxelles: ceux qu’il critique -à Bruxelles, il les critique aussi à Paris. Seulement, là-bas, les -critiques sont plus vives, plus accentuées; dans ces libres causeries, -l’auteur met tout son aiguillon. - -Il s’attache moins, du reste, à l’examen et à l’analyse des livres, -qu’à l’étude des mœurs littéraires. Les livres et le théâtre lui sont -surtout une occasion de peindre la société de son temps. Ces pages où -le critique cède le pas au moraliste formeraient, si elles étaient -réunies, un bien curieux volume, d’une ingéniosité piquante, d’une -information sûre et d’une observation malicieuse. - - * * * * * - -Dans cette chaire de Notre-Dame, illustrée par Lacordaire et le Père -de Ravignan, le Père Félix[270], avec une éloquence simple et forte, -avec une puissance de logique admirable, traitait, depuis plusieurs -années déjà, la question du _Progrès_. Le progrès de l’industrie, de -la science, de la machine, du bien-être, le progrès réaliseur des -merveilles accomplies par l’homme seul, assez fort pour se passer de -Dieu, est devenu le mot d’ordre, le symbole, le _Credo_ d’une époque -qui ne veut plus subir l’humiliation de croire, ni le chagrin de -douter! A cette idole, dont le culte ne prétendait à rien moins qu’à -remplacer les religions tombées, le P. Félix opposait _le Progrès par -le Christianisme_. Il parut à Pontmartin que ces belles conférences -avaient plus d’importance et présentaient plus d’intérêt, même pour -un simple critique littéraire, que les comédies de M. Dumas fils ou -de M. Augier, que les romans de M. Feuillet ou de M. Mürger. Il leur -consacra, non pas une ou deux causeries, mais tout un petit volume, qui -parut en 1861 sous ce titre: _Le Père Félix, Étude et Biographie_[271]. -C’est un de ses meilleurs écrits, celui peut-être, dont, en ses -derniers jours, le souvenir lui était le plus précieux[272]. - - * * * * * - -Depuis le 1^{er} février 1855, Pontmartin avait cessé de collaborer à -la _Revue_ de M. Buloz. Celui-ci ne pouvait s’en consoler, et, toutes -les fois que l’occasion s’en présentait, il essayait de ramener au -foyer de la rue Saint-Benoît le chroniqueur prodigue. Il eût tenu pour -une particulière victoire de le détacher du _Correspondant_; mais à -cela il ne fallait pas songer. Il obtint seulement, dans l’été de 1861, -que Pontmartin, tout en restant le critique en titre de la Revue de -la rue de Tournon[273], donnerait de temps à autre des articles à la -_Revue des Deux Mondes_. Sa signature y reparut le 1^{er} août 1861. Il -m’écrivait le 14 janvier 1862: - - Il est très vrai que j’ai été rappelé à la _Revue des Deux Mondes_ - avec quelque insistance par les maîtres du logis[274]; j’étais à - la campagne à cent quatre-vingts lieues de la rue Saint-Benoît, et - ils m’écrivirent à cette époque trois ou quatre lettres de rappel. - Mais je ne m’y sens plus à mon aise; j’y perds, ce me semble, le peu - d’originalité et de physionomie que je puis avoir. En outre, ma femme - et mes amis, sans me blâmer absolument, s’inquiètent pour moi de ces - voisinages, de ces influences peu orthodoxes; aussi, sous ce rapport - comme sous tous les autres, l’approbation d’hommes tels que vous m’est - infiniment précieuse. - -En 1861, Pontmartin publia successivement dans la _Revue_: _les -Poètes et la Poésie française en 1861_[275];—_Henry Mürger et ses -œuvres_[276];—_Le Roman et les romanciers en 1861_[277]; puis, le -1^{er} mai 1862, _le Théâtre contemporain_. - -A cette date de 1862, Pontmartin a conquis une légitime et brillante -renommée. Ses nouvelles et ses romans, d’une part, et ses _Causeries_, -de l’autre, auraient suffi à faire la réputation de deux écrivains. -Comme conteur et romancier, il n’est qu’au second rang; mais, comme -critique, il est bien près d’être au premier. Sainte-Beuve sans -doute est le maître incontesté de la critique; mais s’il n’occupe -pas le trône, Pontmartin—selon le mot d’un spirituel écrivain de ce -temps-là[278]—«Pontmartin est assis sur les marches, et c’est le -premier de nos princes du sang». Il s’est d’ailleurs créé un apanage -qui lui appartient. La Causerie littéraire est sa province, son domaine -propre, que nul de ses confrères n’est en état de lui disputer. Il a -l’honneur d’avoir des ennemis, mais il a l’amitié de Louis Veuillot, -et aussi celle de Montalembert. Les grandes Revues lui sont ouvertes, -la _Revue des Deux Mondes_ aussi bien que le _Correspondant_. Les -Guizot, les Cousin, les Falloux, les Villemain, les Noailles et les de -Broglie, sont ses justiciables... et ses obligés. Il est sur le seuil -de l’Académie; encore deux ou trois ans, encore deux ou trois volumes, -et il sera l’un des Quarante. - -Sainte-Beuve, qui ne l’aime pas et qui voudrait bien pouvoir faire le -silence autour de lui, est obligé, précisément à cette date où nous -sommes arrivés, de lui consacrer un de ses _Lundis_[279]. «J’ai eu, -dit-il, il y a quelque temps, maille à partir avec M. de Pontmartin; -je ne viens pas réveiller la querelle; mais _il m’est difficile -d’éviter de parler d’un écrivain qui se fait lire du public et que nous -rencontrons à chaque moment_.» - -Tout lui sourit donc; le succès lui vient de tous les côtés: mais la -Fortune est traîtresse, et c’est à l’heure où il semble que Pontmartin -va entrer au port, que la tempête s’élève, et va l’en éloigner. Au mois -d’avril 1862, éclate la _crise Charbonneau_. - - - - -CHAPITRE X - -LES JEUDIS DE MADAME CHARBONNEAU - -(1862) - - Jacques Lecoffre, Alfred Nettement et la _Semaine des - Familles_.—Le maire de Gigondas.—_Journal d’un Parisien en - retraite._—Modifications et retranchements.—L’Odyssée électorale - de _Strabiros_.—La mort de _Raoul de Maguelonne_.—Jules Sandeau et - H. de Balzac.—MM. Taxile Delord et Ernest Legouvé.—La lettre au - _Figaro_.—Léopold de Gaillard et Léo de Laborde.—Le _Diogène_ et - M. Jules Claretie.—Les _Jeudis de Madame Martineau_.—Philinte et - Alceste.—_Caritidès_ et ses _Cahiers_.—Où Sainte-Beuve adresse une - invocation à _Jupiter hospitalier_.—La visite chez _Marphise_.—M. - Ferdinand Brunetière.—Lettre de Jules Janin.—Les _Vrais jeudis de - Madame Charbonneau_. - - -I - -A la suite de la publication, au mois d’avril 1855, du second volume -des _Causeries littéraires_, renfermant l’article sur Béranger, -Pontmartin, nous l’avons vu, avait eu à subir un furieux assaut. -Républicains et bonapartistes, _libéraux_ et parlementaires plus ou -moins victimes, cependant, du Deux-Décembre, tous avaient fait bloc -contre le malappris qui, avec une telle irrévérence, parlait du chantre -de _Frétillon_ et du _Dieu des bonnes gens_. Ce fut contre lui, dans -toute la presse et sur toute la ligne, depuis le _Charivari_ jusqu’au -_Siècle_, un feu roulant d’imprécations et d’injures. Quand l’orage -s’apaisait un peu, dans les moments d’accalmie, on se contentait de -le traiter de triple jésuite et d’ennemi invétéré de «nos gloires -nationales»! - -L’année d’après, nouvelle bourrasque. En 1856, Balzac était passé à -son tour à l’état de fétiche. Ceux mêmes qui l’avaient insulté vivant -faisaient maintenant bonne garde autour de sa gloire. On ne l’adorait -pas seulement pour lui-même, dans son génie et dans ses œuvres, on -le saluait comme le précurseur, l’aïeul de l’école naturaliste, et -les tenants de cette école, déjà toute-puissante, voulaient qu’on -aimât Balzac, comme Montaigne aimait Paris, jusque dans ses verrues. -Pontmartin refusa son encens à la nouvelle idole. Sous ce titre: _les -Fétiches littéraires_, dans le _Correspondant_ d’abord[280], puis dans -le premier volume des _Causeries du Samedi_, il publia sur la _Comédie -humaine_ et son auteur une étude très éloquente, très vive, passionnée -même, injuste par endroits, mais, par plus d’un côté, pleine de vérité -autant que de courage. Et voilà que, après avoir protesté contre le -fétichisme-Balzac, Pontmartin, dans le même temps, s’élevait contre le -fétichisme-Hugo[281]. Cette fois, la mesure était comble. La tempête de -nouveau fit rage contre le malheureux critique. Il y eut, à ses dépens, -redoublement d’injures et de quolibets, d’insinuations venimeuses et -de gros mots. Pontmartin, très nerveux et très impressionnable, était -extrêmement sensible à la critique, trop sensible même. Il ne songea -pas pourtant à user de représailles. Ni en 1857, ni en 1858, l’idée -ne lui vint de tirer vengeance de ses ennemis. J’ai sous les yeux -sa Correspondance de cette époque, ses Lettres à Joseph Autran, à -Alfred Nettement, à Victor de Laprade, celles, très nombreuses, qu’il -m’écrivait et où il ne me cachait rien de ses sentiments et de ses -projets. Nulle part on ne trouve un seul mot qui permette de supposer -chez lui l’intention, le dessein de faire expier à ses adversaires les -libertés qu’ils ont prises à son endroit, de leur rendre, sinon injure -pour injure, du moins malice pour malice, ce qui lui était facile, -puisque aussi bien nul n’avait plus d’esprit que lui, et de plus -mordant. - -Comment donc a-t-il été amené, deux ans plus tard, en 1859, à écrire -les _Jeudis de Madame Charbonneau_? La solution de ce petit problème ne -sera peut-être pas sans intérêt. - - -II - -Au commencement de 1858, le chef d’une des plus importantes maisons de -librairie de Paris, M. Jacques Lecoffre, s’ouvrit à Alfred Nettement, -dont il était l’éditeur et l’intime ami, de son désir de créer une -Revue pour la jeunesse. Alfred Nettement en serait le directeur, -et comme à l’_Opinion publique_, en 1848, il aurait pour principal -lieutenant Armand de Pontmartin. Nettement accepta, Pontmartin, au -premier instant, fit de même; mais, à la réflexion, estimant que la -combinaison projetée n’allait pas sans de sérieuses objections, il en -fit part aussitôt à Nettement dans la lettre suivante: - - Mercredi matin (3 février 1858). - - Mon cher ami, - - Vous allez me traiter de girouette, mais la nuit porte conseil et je - crois devoir vous soumettre quelques observations supplémentaires à - notre causerie d’hier au soir: il me semble que nous nous lançons - bien témérairement, en des circonstances bien défavorables, dans une - entreprise bien hasardeuse... - - A l’âge où nous sommes parvenus, au point de notre carrière où nous - avons touché, nous ne devons pas nous dissimuler qu’un fiasco serait - pour nous deux un désastre irréparable, et il pourrait y avoir un - fiasco de bien des manières indépendantes de notre mérite. A quoi - tient l’existence et le succès d’un journal qui repose sur deux - personnes? Depuis un an, ma santé est chancelante et ma gastralgie - me remonte de l’estomac à la tête. Vienne une indisposition, une - inquiétude, et voilà le journal entravé et l’excellent M. Lecoffre - perdant le fruit de ses sacrifices. Il y a dans ma vie des obstacles - positifs et vous en avez ressenti les inconvénients dans l’_Opinion - publique_. Ainsi, pour m’en tenir au plus prochain, je suis obligé - d’aller passer huit ou dix jours à Avignon. J’ai mon syndicat des - bords du Rhône, dont je suis le président, et qui réclame ma présence - tous les ans au mois de mai. Je vais à Vichy en juin, et à partir du - 10 août, jour de la distribution des prix au lycée Bonaparte, nous - nous enfuyons, ma femme, mon fils et moi, vers la montagne. Voilà - quatre mois dont je ne puis disposer pour un travail régulier. - - Maintenant, mon ami, voici, selon moi, la plus grande des objections. - Que ferons-nous dans ce journal? Ici je ne parlerai que pour moi. Mes - causeries littéraires, paraissant dans un journal quotidien[282], - où il y avait mille autres choses, politique, agriculture, musique, - faits divers, pouvaient suffire et même plaire: pourvu que mon lecteur - y trouvât un peu de distinction et de grâce, un peu de malice, il - se tenait pour satisfait. Mais essayez de transporter une de ces - causeries courtoises, tempérées, louangeuses avec réserve, dans un - journal paraissant tous les quinze jours et ne vivant que de cela, et - ce plat bi-mensuel paraîtra fade. En d’autres termes, nous arriverons - à _éreinter_. Qui éreinterons-nous? Les impérialistes?... Oh! la - matière serait belle et riche, mais ceux-là seront protégés et nous - serions arrêtés avant notre troisième numéro. Les écrivains des - _Débats_, de la _Revue des Deux Mondes_? Ils y prêtent, mais, en ce - moment-ci, ils sont menacés. Les écrivains de l’école révolutionnaire, - démocratique, socialiste? Il y a beaucoup à dire, mais le gouvernement - prendra peut-être telle ou telle mesure, d’après laquelle ceux-là - aussi seront bâillonnés et proscrits. Nous ne voulons, nous ne - pouvons, nous ne devons être ni des..., ni des... Ceux-là s’appuient - sur le pouvoir. C’est du haut d’une citadelle qu’ils fusillent leurs - adversaires. Nous, nous serions en rase campagne, à découvert, avec - notre caractère naturellement poli et bienveillant que nous serions - obligés de violenter. Encore une fois, la lutte ne serait pas - possible, et cependant nos noms sont trop significatifs... - -La fin de la lettre manque, mais la conclusion se devine aisément. -Pontmartin ne croyait pas devoir accepter. Quelques mois plus -tard, sans revenir sur son refus de donner à la Revue projetée une -collaboration régulière et suivie, il indiquait à Nettement dans -quelles conditions il lui serait cependant possible d’y écrire: - - Les Angles, 5 juin 1858. - - Mon cher ami, - - L’événement n’a que trop justifié les appréhensions qui m’empêchèrent - en février dernier d’accepter les honorables offres de notre excellent - ami M. Lecoffre. Il s’agissait, vous le savez, d’une publication dont - l’avenir eût reposé presque tout entier sur la collaboration de deux - personnes. Or, je me sentais dans une mauvaise veine; et, en effet, - dès le mois de mars, j’ai été pris, sous le pseudonyme de grippe, - d’une irritation du larynx qui m’a forcé de quitter Paris dans un - assez triste état, le 20 avril. A présent, je vais mieux, mais mon - médecin veut absolument m’envoyer aux Eaux-Bonnes, sous peine, me - dit-il, de ne pouvoir, sans imprudence, affronter un nouvel hiver - parisien. Je partirai donc pour les Pyrénées le 20 ou le 25 juin; - j’y passerai un mois, puis je repasserai par Paris, afin d’assister - à la distribution des prix du lycée Bonaparte et de rejoindre, pour - les vacances, mon cher petit ménage, dont j’aurai été séparé bien - longtemps. Il n’y a guère moyen de fournir, à travers toutes ces - allées et venues entremêlées de verres d’eau chaude, un travail - régulier et à jour fixe. Je viens d’écrire à M. de Riancey[283] pour - le prier de me mettre la bride sur le cou à partir du 29 juin, et - de m’autoriser à remplacer mes causeries littéraires par quelques - articles de fantaisie, qui pourront paraître irrégulièrement. Je vous - en dirai autant pour M. Lecoffre. Du 15 juillet au 15 octobre, il me - serait difficile de lui promettre des articles de critique. Je n’ai - pas ici ma provision de livres, je mènerai une vie un peu nomade... - Mais je ferai, dans ce genre, ce que je pourrai, et je suppléerai au - reste par des articles qui me paraissent, soit dit entre nous, mieux - convenir à un journal ou _magazine_ illustré que des études purement - littéraires. Ce seraient des récits de chasse, impressions de voyage, - chroniques des eaux, scènes de la vie méridionale, en un mot de la - littérature d’été. Si, à la rentrée des classes, M. Lecoffre persiste, - je m’engagerai bien volontiers à lui donner, à son choix, une ou deux - _Causeries_ par mois... - - Adieu, mon cher ami, que ne puis-je vous posséder ici quelques jours! - Vous me consoleriez du mistral qui nous ruine et nous causerions _de - omni re scibili_. Vous avez la bonté de me parler de mes articles sur - M. Guizot[284]; ils m’ont donné plus de peine qu’ils ne valent, et - l’illustre impénitent ne doit pas en être satisfait, car il n’a pas - écrit, lui si exact en pareilles circonstances; et pendant ce temps - beaucoup de royalistes me reprochaient trop de complaisance pour - l’écrivain aux dépens de la politique et de l’histoire. - - Comment faire? Adieu encore; pardonnez-moi tout ce verbiage; - mettez-moi aux pieds de M^{me} Nettement et croyez-moi tout à vous de - cœur. - -La petite Revue cependant, le _Magazine_, comme l’appelait Pontmartin, -achevait de s’organiser. Elle ne serait pas bimensuelle, comme il en -avait été d’abord question, mais hebdomadaire; elle aurait pour titre: -_La Semaine des Familles, Revue universelle sous la direction de_ M. -Alfred Nettement. Le premier numéro parut le samedi 2 octobre 1858. -Le 9 décembre, Nettement recevait la lettre suivante, qu’Armand de -Pontmartin lui écrivait de sa maison des Angles: - - Mon cher ami, - - Je me bornerai cette fois à vous répondre quelques lignes, parce - que je suis en train de faire mon article sur les _Souvenirs de la - Restauration_[285] et qu’il faut que je sois prêt après-demain au - plus tard. En lisant la _Semaine des Familles_, je me suis persuadé - que le genre de travaux auxquels nous avions songé était tout à - fait inapplicable à cette publication. Une _causerie littéraire_ - approfondie et détaillée, consacrée à un seul ouvrage, telle que - je les écrivais dans la défunte _Assemblée_, telle que j’en écris - encore dans l’_Union_, n’aurait pas convenu à votre public, ne se - serait pas trouvée d’accord avec la physionomie du journal, et - aurait fait, ce me semble, une singulière figure au milieu des - articles signés _Curtius_[286], _Félix Henri_, _Nathaniel_[287], etc. - J’avais cru primitivement que vous vouliez faire une œuvre analogue - au RÉVEIL[288]... Au lieu de cela, vous nous donnez un _Musée des - Familles_ avec une nuance plus monarchique et plus chrétienne, mais - dont le but paraîtra surtout d’intéresser les jeunes personnes et - les jeunes gens. Dès lors, cher ami, je n’ai plus trop su ce que je - pourrais faire pour ce journal. Des articles de théâtre ou de causerie - mondaine, il n’y fallait pas songer, puisque je suis à deux cents - lieues du centre. J’ai pensé à _me rabattre sur la province_, et je - vous propose une série d’articles qui s’appelleraient les _Jeudis de - M^{me} Charbonneau_. Ce serait un cadre élastique où je ferais entrer - bien des choses ayant rapport à la littérature et à la société, sans - trop appuyer, puis quelques courts récits, quelques détails de mœurs - provinciales, quelques physionomies qui gardent leur couleur locale. - Nous pourrions nous étendre et faire un volume. Sinon, au bout de - quelques numéros, nous tournerions court. Qu’en dites-vous? En cas - d’affirmative, écrivez-moi _oui_, et je vous enverrai mon premier - article pour le jeudi 15 décembre... - -Est-ce donc qu’enfin, à ce moment, en décembre 1858, l’idée lui -est venue de mettre à mal ses ennemis littéraires et de venger ses -vieilles querelles? En aucune façon. Seulement, il est arrivé ceci: -le 15 octobre 1858, il a été nommé maire de son village, maire des -Angles! Il peut bien avec ses amis plaisanter de sa nomination; au -fond, il est véritablement et sincèrement ému, parce que ces modestes -fonctions vont lui permettre de faire un peu de bien et d’empêcher -beaucoup de mal dans ce village qu’il aime et où il est aimé. Et puis, -à ce moment-là même, une illumination soudaine s’est faite en son -esprit. Depuis un an, il se demande quel genre d’articles il pourrait -bien donner à la _Semaine des Familles_, au _Magazine_ de M. Lecoffre. -Plus d’incertitudes maintenant, plus de difficultés! Le _Cadre_, si -vainement cherché, le voilà: Un écrivain de province, qui a eu des -succès à Paris, mais que n’ont épargné ni les mécomptes ni les orages, -quitte un beau jour la capitale et revient chez lui, l’aile blessée. -A peine est-il de retour en sa maison, qu’on le bombarde maire du -village; mais, au village, il retrouve ce qu’il vient de quitter, -les passions, les ambitions, les intérêts, les ridicules, l’homme, -enfin, à peu près le même partout. Pour se consoler de ses déceptions -parisiennes, il lui suffira de se donner tour à tour le spectacle des -scènes d’hier et de celles d’aujourd’hui, de mettre en regard les uns -des autres les épisodes de sa vie littéraire et ceux de sa mairie de -campagne. Sous des costumes et avec des acteurs différents, c’est au -fond la même pièce, la même comédie,—la comédie humaine,—qui se joue -sous ses yeux, à la ville et aux champs, à Paris et... à Gigondas! - -Tel est le sujet que va traiter Pontmartin, et son dessein, à ce -moment, est de _ne pas appuyer_ sur «les choses ayant rapport à la -littérature», et de développer surtout ce qui a trait aux «mœurs -provinciales». Il a pour cela, d’ailleurs, deux bonnes raisons: d’une -part, ses articles s’adresseront à de jeunes lecteurs, peu familiers -avec les hommes et les choses littéraires, et, d’autre part, il se -fait une fête de peindre avec toutes sortes de détails ces scènes -villageoises si nouvelles pour lui; il est encore dans sa _lune de -miel_ administrative, et il lui plaît d’en savourer les douceurs. - -Nous connaissons maintenant la genèse des _Jeudis de Madame -Charbonneau_. A l’heure où Pontmartin en jette sur le papier les -premières pages, il ne se propose nullement de composer un pamphlet -et de faire du scandale. Son unique but est d’écrire, en se jouant, -quelques articles qui amuseront les jeunes lecteurs de la petite Revue -de M. Lecoffre, et un peu aussi leurs parents. - - -III - -Le 1^{er} janvier 1859, la _Semaine des Familles_ commença les _Jeudis -de Madame Charbonneau_, avec ce sous-titre: _Journal d’un Parisien en -retraite_. La publication dura près de deux ans. Le samedi 4 août 1860, -elle n’était pas encore terminée. Ce jour-là, la _Semaine_ contenait -le chapitre sur l’installation de George de Vernay (_aliàs_ Armand -de Pontmartin) comme maire de Gigondas. _La suite prochainement_, -lisait-on au bas de l’article. La _suite_, les abonnés de la petite -Revue ne devaient pas la lire. Elle a pour titre, dans le volume: -_Comme quoi il n’est pas nécessaire, pour faire un FOUR, d’être auteur -dramatique_. C’est le récit des amours de Madeleine Tournut et du jeune -et bel Hippolyte, le _fournier_ de la commune. L’idylle villageoise se -termine par un mariage... forcé. On était, à bon droit, très rigoriste -à la _Semaine des Familles_. Alfred Nettement mit son _veto_, et le -chapitre ne passa pas. La fin des _jeudis_ a paru dans l’_Univers -illustré_. - -En écrivant ses articles, Pontmartin s’était laissé aller peu à -peu à modifier son plan primitif. Il comptait s’attacher surtout à -la peinture des mœurs provinciales et glisser rapidement sur les -scènes empruntées à la vie littéraire; mais, à peine a-t-il commencé -de les esquisser que sa verve l’entraîne, que son esprit le grise, -qu’il s’amuse tout le premier de ces scènes si amusantes, et qu’il ne -résiste pas au plaisir d’ajouter chaque semaine à sa galerie quelque -nouveau portrait. Lui qui d’abord ne voulait pas _appuyer_, il se -trouve maintenant qu’il appuie trop. Il a tort assurément, mais de ce -tort personne ne l’avertit; personne, sauf peut-être son jeune ami de -Bretagne, qui ne compte guère, à coup sûr, et qui n’est, après tout, -dans son coin de province, qu’un petit fabricant d’huiles et de savons. -La publication, je l’ai dit, dura près de deux ans, et dans ces deux -ans aucune plainte, aucune réclamation ne se fait entendre. Pontmartin -en tire naturellement cette conclusion, que l’œuvre est innocente et -la satire anodine. Il pourra m’écrire, en toute bonne foi, quelques -années plus tard: «... Nettement me demanda quelques articles pour -cette vertueuse _Semaine_. Pour me servir d’un mot dont on abuse, je -fus d’abord tout à fait _inconscient_ en écrivant ces chapitres qui me -semblaient avoir assez peu de valeur. Ce qui contribua à me tromper, -c’est que la _Semaine des Familles_, s’adressant à un public spécial, -faisait très peu parler d’elle dans la République des lettres[289]...» - -Il avait si peu songé, en composant ses articles, à faire du bruit, à -casser les vitres, que, les _Jeudis_ une fois terminés, il les laissa -dormir dans le petit _Magazine_ de M. Lecoffre. Ils y restèrent en -sommeil pendant près de deux ans. Bien des amis cependant l’engageaient -à leur donner la publicité du livre, et lui disaient de temps en -temps: «Vous avez là les matériaux d’un bien joli volume; quand le -publierez-vous?» Le plus considérable de ces amis était Louis Veuillot; -ses conseils finirent par l’emporter. Je lis dans la lettre que je -citais tout à l’heure: «Ce fut Louis Veuillot qui me décida à publier -les _Jeudis_...» - -Ils parurent le 4 avril 1862. Les modifications que leur avait fait -subir l’auteur ne laissaient pas d’être considérables; mais ces -changements, bien loin d’ajouter aux malices premières, les avaient, au -contraire, très notablement atténuées. - -Il ne sera pas sans intérêt de relever ici les principales différences -qui existent entre les articles et le livre. - -Le chapitre II, dans la _Semaine des Familles_[290], se termine -par l’indication, très sommaire, mais la plus suggestive et la plus -piquante du monde, de quelques-uns des dossiers renfermés dans le -portefeuille du terrible M. Toupinel: Dossier Jules Janin;—dossier -Alphonse Karr;—dossier Sainte-Beuve;—dossier des chroniqueurs: MM. -Paul d’Ivoi, Henri d’Audigier, Eugène Guinot, Auguste Villemot, etc. -Ces jolies pages ont été supprimées. - -Au chapitre III, dans la lettre de Clérisseau à l’ami Toupinel, -suppressions très nombreuses encore, et dont bénéficient cette fois -Jules Janin et Auguste Villemot (déjà nommés), Ernest Feydeau et son -roman de _Fanny_, Octave Feuillet et son _Roman d’un jeune homme -pauvre_[291]. - -Lorsque George de Vernay retrace, au chapitre IX, ses souvenirs des -premiers temps du second Empire, il parle assez longuement—dans la -_Semaine des Familles_[292]—de la _Revue contemporaine_, de son -directeur, le généreux _Ariste_ (le marquis de Belleval), et du -successeur de ce dernier, le jeune _Cléon_ (Alphonse de Calonne). Tout -cela est écrit de verve. Supprimé dans le volume. - -Jusqu’ici cependant, tout se borne à des suppressions partielles. En -voici de plus importantes. - -Je trouve dans la _Semaine_ du 10 décembre 1859, tout un chapitre sur -le _Figaro,_ sur _Gorgias_ (M. de Villemessant), sur _Mâchefer_ (B. -Jouvin) et sur quelques autres. Figaro, ce jour-là, fut battu sur son -propre terrain et avec ses propres armes; le spirituel barbier était -rasé... gratis. De ces pages, pas une ligne n’a passé dans le livre. - -Mais, de tous ces retranchements, les plus fâcheux, à coup sûr, -portent sur les chapitres parus les 2 et 16 juin 1860. Dans le premier, -George de Vernay raconte avec humour l’odyssée avignonnaise de -_Strabiros_, le directeur d’une Revue célèbre, candidat aux élections -de 1849 pour l’Assemblée législative[293]. Tout ce chapitre, l’un des -meilleurs du livre, a disparu. - -Le chapitre suivant,—également supprimé dans le volume,—raconte la -mort de _Raoul de Maguelonne_ (Jules de la Madelène), l’auteur de cet -admirable roman, _le Marquis des Saffras_[294]. A l’époque où Armand -de Pontmartin était sorti du collège, le père de Jules de la Madelène, -colonel du régiment en garnison à Avignon, logeait dans l’hôtel où -habitaient ses parents, et les deux fils du colonel, Jules et Henry, -tout enfants alors, étaient la joie de la maison. Après vingt-cinq ans, -il se souvenait encore de leurs jolies têtes blondes, de leurs grands -cheveux bouclés, de leurs frais sourires, et jamais leur nom n’était -prononcé devant lui sans éveiller dans sa mémoire tout un cortège -d’images riantes et printanières. - -Un jour, un ami vint lui dire: «Jules de la Madelène se meurt.» Une -heure après, il était dans la chambre du malade, à un cinquième étage -de la rue des Martyrs. Le récit des derniers instants du jeune et -malheureux écrivain est d’une émotion d’autant plus poignante, qu’il -contraste davantage avec les pages satiriques qui le précèdent. En -voici la fin: - - «Raoul! Raoul! calme-toi! Aie pitié de nous!» s’écriait son frère avec - angoisse. - - Cette voix fraternelle parut apaiser le moribond. Il nous regarda l’un - après l’autre. La sœur de charité priait; elle avait allumé un cierge, - et cette pâle lueur donnait à cette chambre un aspect plus désolé. Je - pris la main de Raoul; il ne me repoussa pas, mais il me dit d’une - voix qui s’éteignait de plus en plus: «Épargnez cette page... Je - l’aime... d’ailleurs le papier manque... et puis... tout finit!» - - Ses lèvres s’agitaient encore; mais le murmure qui en sortait n’était - plus intelligible: bientôt ce murmure ne fut plus qu’un souffle; une - heure après, Raoul expira. - - Je me joignis à son frère, à ses amis, pour lui rendre les devoirs - suprêmes. Un prêtre qui l’avait connu enfant et qui, par un coup de la - Providence, avait été amené chez lui au commencement de cette maladie - qui tourna si court, prononça les dernières prières. Pendant que nous - pleurions notre ami en plaignant ses expériences déçues et son talent - flétri dans sa fleur, il priait pour ce pauvre et faible cœur qui - n’avait pas su résister à une déception littéraire, et recommandait à - Dieu l’âme immortelle qui venait de briser ses liens. Le lendemain, à - huit heures du soir, un fiacre nous déposait, ma sœur Ursule et moi, - à la gare du chemin de fer, et je disais un adieu, éternel peut-être, - à cette ville perfide et abhorrée où la mort de Raoul de Maguelonne - venait de donner une consécration sinistre à mes déceptions et à mes - souffrances[295]. - -Ce chapitre était le morceau capital des _Jeudis_; il était de plus -le lien qui en reliait les deux parties. Il forme le nœud même de -l’ouvrage, puisque c’est à la suite de la scène à laquelle il vient -d’assister que George de Vernay se décide à quitter Paris et à regagner -Gigondas. Pourquoi dès lors l’avoir sacrifié? - -Les suppressions que je viens de signaler n’étaient pas seulement -regrettables en elles-mêmes; elles avaient, en outre, cet inconvénient -de créer, dans le livre, assez de vides pour que l’auteur n’eût plus -la matière de ce que les anciens appelaient un juste volume, _justum -volumen_. Ces vides, il les fallait combler. Pontmartin se trouva ainsi -conduit à intercaler dans son ouvrage de véritables hors-d’œuvre, comme -l’_Homme bien informé_ et l’_Invalide de lettres_, et d’autres pages -encore qui n’avaient vraiment rien à y faire. - -En voulant «rajuster» les _Jeudis_, Pontmartin les avait gâtés. N’y -aurait-il pas lieu aujourd’hui, dans une édition définitive, de les -donner tels qu’ils furent primitivement composés, tels que Pontmartin -les avait écrits de verve et de premier jet, tels enfin que les avaient -publiés, en 1859 et en 1860, la _Semaine des Familles_ et l’_Univers -illustré_? - - -IV - -Les _Jeudis_ firent un bruit terrible, selon le mot de Sainte-Beuve -lui-même[296]. Les amours-propres avaient été blessés, et les amours -propres ne pardonnent pas. Ce fut un déchaînement général, une tempête -furieuse, auprès de laquelle les orages qui avaient précédemment -accueilli l’auteur des _Causeries littéraires_ et des _Causeries du -Samedi_ n’étaient que des brises légères et de simples bonaces. - -Seize ans auparavant, Pontmartin avait dédié à Jules Sandeau son -premier ouvrage; il avait de même inscrit son nom à la première page -des _Jeudis_. L’auteur de _Marianna_ n’était pas un méchant homme, mais -il était faible, et il y avait déjà longtemps que Balzac avait dit de -lui, dans une de ses lettres à M^{me} Hanska: «Jules Sandeau a été une -de mes erreurs... Il est sans énergie, sans volonté. Les plus beaux -sentiments en paroles, rien en action ni en réalité. Nul dévouement de -pensée ni de corps[297]...» Quand il vit Pontmartin attaqué de toutes -parts, il écrivit aux journaux qu’il ne le connaissait plus. Ce fut le -coup le plus cruel, le seul cruel, à vrai dire, que reçut Pontmartin au -cours de cette longue et tumultueuse crise,—la _crise Charbonneau_. -Il affectionnait sincèrement Jules Sandeau; il se réconciliera bientôt -avec lui et il lui donnera jusqu’à la fin de nouvelles et éclatantes -preuves de sa fidèle amitié. - -Balzac, en son temps, avait traversé une crise analogue. «Dans la -lutte actuelle, écrivait-il en 1836, je suis seul... Je dois même -rendre justice à la presse, il y a chez elle une quasi-unanimité -contre moi[298].» Cela aussi, Pontmartin l’eût pu dire. Les injures -pleuvaient sur lui comme grêle. Ceux qui étaient nommés dans son livre -poussaient des cris de paon. Ceux qu’il n’avait pas nommés et qui se -voyaient ainsi privés de leur part de célébrité, ne se montraient pas -moins animés, et peut-être étaient-ils les plus violents. Ils prenaient -des airs de mépris, et allaient répétant partout: _Il n’a pas osé -s’attaquer à moi! il eût trouvé à qui parler; il le savait bien et il -s’est gardé des représailles!_ Mais si les attaques se multipliaient, -les réclamations, en revanche, étaient rares. Il n’y en eut que deux. -M. Taxile Delord et M. Ernest Legouvé demandèrent deux rectifications, -portant sur deux erreurs de fait, d’ailleurs de médiocre importance. -L’auteur leur donna aussitôt satisfaction, comme il convenait à un -galant homme. Cela fait, et les attaques continuant, Pontmartin adressa -au directeur du _Figaro_ la lettre suivante: - - Paris, le 8 mai 1862. - - Monsieur, - - Puisque vous ouvrez généreusement à un homme seul contre tous la - porte du _Figaro_, j’entre sans façon, et je vous demande une courte - audience. - - Que l’on attaque mon livre et son auteur, je serais très ridicule de - m’en plaindre. Je n’ai fait qu’user du droit de représailles: qu’on - en use à mes dépens sur une échelle plus grande que celle de Jacob! - Liberté, liberté complète, pourvu que les blessures s’arrêtent là où - l’amour-propre change de nom. - - La réclamation de M. Taxile Delord a été accueillie par moi parce - qu’elle portait sur un fait que j’ai reconnu vrai et qu’attestaient - nos amis communs. - - J’ai été mou, très mou, vis-à-vis de M. Jules Sandeau, parce qu’il me - faut plus de cinq minutes pour m’accoutumer à voir dans un de mes amis - les plus chers mon ennemi le plus cruel. - - J’ai autorisé trois hommes particulièrement honorables à régler mon - débat avec M. Legouvé, débat qui ne reposait que sur une erreur - de date, étrangère à la sincérité du récit; ils avaient constaté - d’ailleurs, sur des preuves irrécusables, que spontanément, sans y - être invité, et pour une raison que dira ma nouvelle préface, j’avais - fait, dix jours d’avance, trois fois plus que M. Legouvé ne me - demandait. - - Les amis de M. Taxile Delord et ceux de M. Legouvé savent et peuvent - dire si je leur ai fait l’effet d’un homme qui recule devant la - conséquence la plus extrême de ses actes ou de ses écrits. - - En somme, pour expier mes excès de _méchanceté_, trois excès de - modération. - - Maintenant, à ceux qui seront tentés de m’en demander un quatrième, je - répondrai ceci: - - Voulez-vous attendre la seconde édition du livre? C’est l’affaire de - quelques jours. - - Êtes-vous pressé? Je le suis plus que vous; il serait inutile de - réclamer d’autres explications que celles qu’on trouvera dans ma - préface. Épargnez-vous donc la peine de prendre le plus long, et - contentez-vous de me demander le nom et l’adresse des amis chargés de - répondre pour moi: ils sont désignés d’avance et ils sont prêts. - - Encore une fois, Monsieur, veuillez agréer mes remerciements et croyez - à mes cordiales sympathies. - - Armand DE PONTMARTIN. - -Les deux amis choisis par Pontmartin étaient Léopold de Gaillard et Léo -de Laborde, ancien représentant de Vaucluse, l’un des plus énergiques -députés de la droite à la Législative. L’honneur de l’auteur des -_Jeudis_ était en bonnes mains. Aucune réclamation nouvelle ne lui fut -adressée, aucune demande d’explications ne se produisit. - -Sa lettre du 8 mai lui avait valu parmi les _jeunes_ de chaudes -sympathies. Jules Claretie s’en fit l’interprète dans un petit journal -qui ne laissait pas de tenir alors assez brillamment sa place au -soleil, le _Diogène_. Très touché de son article, Pontmartin l’en -remercia aussitôt: - - Dimanche matin, 11 mai. - - En toute circonstance, Monsieur et jeune confrère, je vous aurais - chaleureusement remercié de votre article si bienveillant et si - sympathique. Mais j’en suis particulièrement touché dans un moment - critique où mes amis les plus dévoués me blâment, où les tièdes - s’éloignent de moi comme d’un homme compromettant et où ceux que j’ai - offensés se livrent à une irritation trop naturelle. Vous êtes jeune - et courageux, mon cher confrère; vous vous êtes généreusement placé - en dehors de ces colères pour juger un livre excessif, imprudent, - qui peut même, çà et là, me faire passer pour méchant, mais où il - y a, je crois, un fond d’honnêteté et de vérité. Si je sors intact - de cette crise, j’espère bien, mon cher Confrère, que nos relations - n’en resteront pas là, et vous verrez peut-être, à l’user, que je ne - suis pas aussi noir que j’en ai l’air. Agréez, en attendant, mon cher - défenseur, avec mes remerciements bien sincères, l’expression de mes - cordiales sympathies. - -La petite guerre cependant continuait. Il m’écrit le 25 mai: - - ...Je me reprochais déjà mon silence comme une ingratitude; et voici - que je reçois votre lettre, nouveau témoignage de vos attentives et - fidèles sympathies. Je vous assure que j’ai bien besoin d’être ainsi - soutenu par quelques amis; car ici chaque jour amène quelque alerte, - quelque incident désagréable; hier soir, par exemple, on m’a annoncé - que le théâtre des Variétés allait jouer, sous le titre des _Jeudis - de Madame Martineau_, une parodie aristophanesque de mon livre, où je - serai très maltraité. Ceci n’est rien, et me semble de bonne guerre; - mais ce sera tout naturellement l’occasion d’un éreintement collectif - dans les feuilletons du lundi suivant, et la _crise Charbonneau_, que - je regardais comme arrivée à son terme, en sera peut-être renouvelée... - - Je crains qu’il ne me soit maintenant comme impossible de faire de - la critique sage et tempérée, de la littérature sérieuse, dans ces - tons mixtes, fins, un peu gris, que je cherchais de préférence sur - ma palette. Ce diable de petit livre rose (il est bleu à présent) - sera toujours là, sur ma conscience, sinon comme un remords, du moins - comme un regret, et aussi comme un de ces points lumineux et enflammés - qui font paraître tout le reste froid et crépusculaire. Mais, pour - le moment, je n’aspire qu’à une chose, à la campagne, au repos. Dès - que je pourrai décemment quitter Paris, c’est-à-dire dans quatre ou - cinq jours, j’irai, non pas chez moi,—j’y trouverais encore trop de - mouvement et d’affaires,—mais chez ma belle-mère, où je tâcherai - de vivre, pendant quelques semaines, d’une vie purement végétative - et contemplative: car je suis exténué, accablé, brisé, à bout de - forces... Quoi qu’il en soit, j’espère, mon cher ami, que cet orageux - épisode resserrera encore nos liens de bonne confraternité: ceux qui, - dans cette circonstance, me sont demeurés fidèles, peuvent d’autant - plus compter sur ma reconnaissance, qu’ils ont été plus rares. Léopold - de Gaillard est à mes côtés, et m’a rendu de grands services. Nous - dînons ensemble ce soir, et je m’acquitterai de vos commissions, ou - plutôt je lui lirai votre lettre... - -On le voit, Pontmartin, en face du prodigieux succès de son livre, au -lieu d’en être enivré, en ressentait du regret, presque du remords. On -le peignait comme vindicatif et méchant; il était, en réalité, l’homme -le plus doux du monde, le plus bienveillant, le plus prompt à l’éloge. -S’il avait mérité un reproche comme critique, c’était d’être trop -indulgent, de se montrer trop coulant à dire: «Beau livre, charmant -livre, excellent livre!» On l’appelait communément le _Philinte_ de la -littérature. Un jour, il est vrai, il avait remplacé ses rubans roses -par les _rubans verts_ d’Alceste; mais cela, en dépit des apparences, -n’avait rien changé au fond, et le fond, chez lui, c’était la bonté. - -Comme Philinte, du reste, ou, si on le veut, comme Alceste, Pontmartin -était un gentilhomme. A la fin de son livre, laissant là tous les -pseudonymes, à la La Bruyère ou par _à-peu-près_, dont il s’était servi -au cours du volume, il avait mis sous chacun de ces noms de fantaisie -le nom véritable.—Qui entendez-vous par _Argyre_? M. Edmond About.—Et -_Porus Duclinquant_? M. Taxile Delord.—Et _Polycrate_? M. Gustave -Planche.—Et _Molossard_? M. Barbey d’Aurevilly.—Et _Caritidès_? M. -Sainte-Beuve.—Et ainsi pour tous les autres. Après tout, c’était assez -crâne, et on me permettra bien de mettre en regard de cette attitude -les agissements de... _Caritidès_. - -Il n’est pas un homme de son temps, illustre dans les lettres ou la -politique, que Sainte-Beuve n’ait encensé, ou au moins ménagé. Il -n’en est pas un qu’il n’ait dénigré, ridiculisé, criblé d’épigrammes. -Seulement, les dithyrambes étaient publics, les épigrammes, les -méchancetés restaient secrètes. Il les confiait prudemment à des -_cahiers_, soigneusement renfermés dans ses tiroirs. Ainsi a-t-il -fait pour Chateaubriand, Hugo, Lamartine, Alfred de Vigny, Alfred -de Musset, Charles Nodier, Montalembert, Guizot, Cousin, Villemain, -Thiers, Saint-Marc Girardin, Tocqueville et vingt autres. Ces notes -clandestines devaient sortir de l’ombre, un jour venant, mais seulement -quand leur auteur serait à l’abri de toutes représailles. C’est d’autre -sorte qu’agissait Pontmartin. S’il a satirisé,—non pas ceux qu’il -célébrait en public,—mais ceux qui étaient ses adversaires et qui, -pour la plupart, ne lui avaient pas ménagé les attaques; s’il les -attaquait à son tour, c’était en plein soleil, en face et visière levée. - -Je viens de nommer Sainte-Beuve. Le 25 juillet 1862, alors que la -querelle semblait enfin épuisée, il publia un grand article, dans -lequel il s’efforçait de la raviver. L’article est très habile, très -spirituel, très brillant, mais les accusations qu’il renferme ne -sont rien moins que justifiées. Le célèbre critique insiste d’abord -sur la _préméditation_, qui ne lui paraît pas douteuse. «Il y a eu, -dit-il, préméditation, s’il en fut jamais, et ruse; vous n’êtes pas un -enfant, ni nous non plus; nous savons vos finesses... Vous aviez en -portefeuille des portraits méchants, et, selon vous, jolis: comment les -produire? C’était une affaire de tactique. Vous les avez fait d’abord -filer un à un, presque _incognito_, sans le masque et sans _clef_, dans -un journal honnête qui colportait vos brûlots ou pétards sans s’en -douter[299]...» - -Rien n’est moins exact. Pontmartin,—les faits que j’ai rappelés au -début de ce chapitre, les lettres que j’ai citées, le démontrent sans -réplique,—Pontmartin a entrepris son livre sans savoir quel livre il -ferait, sans même savoir s’il ferait un livre. Quand il a commencé, -il s’agissait tout simplement pour lui d’envoyer de la _copie_ à -la _Semaine des Familles_, qui lui en demandait: il ne s’agissait -en aucune façon de mettre au jour des portraits qu’il _avait en -portefeuille_. Il n’avait jamais rien en portefeuille, il ne savait pas -ce que c’était que d’avoir une _gardoire_. Improvisateur merveilleux, -il n’attendait jamais au lendemain pour _produire_ l’œuvre de la -veille. Envoyer sans retard à l’imprimeur la page dont l’encre était -à peine séchée, c’était là toute sa _tactique_. Qu’il eût raison de -toujours la suivre, je me garderai bien de le dire, mais enfin c’était -la sienne. Il laissait à d’autres,—que Sainte-Beuve connaissait -bien,—les manœuvres savantes, les temporisations habiles et les -longues préparations. - -Le second reproche, ou plutôt la seconde accusation de l’auteur des -_Nouveaux Lundis_ n’est pas plus fondée que la première: «Les Anciens, -honnêtes gens, écrit-il, avaient un principe, une religion: tout ce -qui était dit à table entre convives était sacré et devait rester -secret; tout ce qui était dit sous la rose, _sub rosâ_ (par allusion -à cette coutume antique de se couronner de roses dans les festins), -ne devait point être divulgué et profané. Oh! que cela ne se passe -pas ainsi avec M. de Pontmartin et sous ses marronniers[300]!» Et, -continuant, il parle d’«abominable procédé», de «vraie traîtrise», -de «manquement à tous les devoirs et à toutes les obligations envers -Jupiter hospitalier». Et savez-vous pourquoi toute cette belle -indignation, toute cette éloquente invocation aux Anciens et à _Jupiter -hospitalier_; pourquoi Sainte-Beuve _remonte_, cette fois encore, -_sur ses grands chevaux_[301]? Eh! mon Dieu, tout bonnement parce que -Pontmartin a répété le joli mot de M. Buloz sur les marronniers des -Angles, un mot d’homme d’esprit et qui n’était pas pour nuire à la -réputation du directeur de la _Revue_! - -Mais voilà qu’après avoir invoqué Jupiter, Sainte-Beuve invoque... le -comte d’Orsay: «Un jour qu’il était ruiné, un libraire de Londres lui -offrit je ne sais combien de guinées pour qu’il écrivît ses Mémoires et -qu’il y dît une partie de ce qu’il savait sur la haute société anglaise -avec laquelle il avait vécu.»—«Non, dit le comte après y avoir pensé -un moment, je ne trahirai jamais les gens avec qui j’ai dîné[302].» -Ce que le comte d’Orsay n’avait pas voulu faire, Pontmartin ne l’a -pas fait davantage. Le seul des personnages de son livre avec lequel -il eût dîné, c’était «le célèbre conteur _Eutidème_»,—Jules Sandeau. -Il n’en parle qu’avec la plus vive sympathie. «Dieu merci! dit-il, je -suis heureux de commencer par celui-là; car, de toutes mes illusions -provinciales à l’endroit de la littérature et des écrivains en renom, -il en est peu qui me soient restées plus intactes. C’est une âme -honnête et délicate qu’Eutidème[303]...» - -Dans les _Jeudis_, Eutidème conduit un soir George de Vernay chez -_Marphise_ (M^{me} Émile de Girardin), qui est à la veille de faire -représenter au Théâtre-Français sa tragédie de _Cléopâtre_, avec Rachel -pour interprète. Nous assistons à la lecture de la tragédie, et ce -n’est pas la moins jolie scène du volume et la moins malicieuse. Les -juges les plus indulgents s’étonnèrent que Pontmartin eût persiflé M. -et M^{me} Émile de Girardin après leur avoir été présenté et avoir -passé quelques heures sous leur toit. La vérité est que l’auteur des -_Jeudis_ n’avait jamais mis les pieds dans le salon du petit hôtel de -la rue de Chaillot. «Jamais, dit-il dans ses _Souvenirs d’un vieux -critique_[304], jamais je ne me serais permis ces railleries si j’avais -été vraiment reçu par l’illustre Delphine, si j’étais resté cinq -minutes dans son salon, si j’avais pris un verre d’eau chez elle! Dans -mon récit, où la fantaisie alternait avec la satire, il m’avait semblé -que je pouvais déplacer cette scène, qui avait eu réellement lieu le 12 -novembre 1847, au foyer du Théâtre-Français, à la répétition générale -de _Cléopâtre_. Là, j’étais strictement dans mon droit, puisque M. -Buloz[305] m’avait amené pour me mettre en mesure de rendre compte de -la tragédie nouvelle dans la _Revue_ du 15.» - -Au fond, dans tout cela, il y avait plus d’épigrammes que -d’indiscrétions, plus de malices que de méchancetés, du sel à poignées, -et souvent du plus fin, mais peu ou point de fiel. C’était une satire, -très vive à coup sûr, ce n’était point un pamphlet. Un critique, qui ne -pèche point par excès de faiblesse et d’indulgence, mais qui a un sens -droit et une ferme raison, M. Ferdinand Brunetière, a pu dire, en toute -justice et vérité, au lendemain de la mort d’Armand de Pontmartin: -«Il fut de ceux à qui la vie littéraire n’a pas été clémente; et on -ne peut s’empêcher de philosopher en songeant de quel prix ce galant -homme, cet écrivain de race et ce critique de talent a payé jadis les -indiscrétions, _qui paraîtraient bien innocentes aujourd’hui_, de ses -fameux _Jeudis de Madame Charbonneau_[306].» - -En finissant, je ne veux retenir de cet orageux épisode des _Jeudis_ -qu’une très belle lettre de Jules Janin. Le _lundiste_ des _Débats_ -avait été quelque peu égratigné dans le volume sous le nom de _Julio_; -il n’en écrit pas moins à un jeune littérateur de province, M. Émile -Fages, qui venait de publier un article sur le livre de Pontmartin: - - Passy, 9 octobre 1862. - - J’ai déjà lu, Monsieur, ces aimables pages, très ingénieuses, d’une - critique indulgente et de la meilleure compagnie. Elles me sont - arrivées hier; votre lettre arrive aujourd’hui comme une confirmation - de vos déférences pour un bel esprit qui se trompe, et qui bien vite - est revenu au respect de la profession. - - Soyons des premiers, les uns et les autres, à honorer l’art de bien - dire et de bien faire; et si, par malheur, quelqu’un des nôtres - insulte à l’art même qu’il exerce, ayons soin de jeter sur sa faute un - pan de notre manteau, gardant le reste du manteau pour nos jours de - défaillance! - - Et vous avez eu raison, même en lui donnant tort pour cette fois, de - bien parler de M. de Pontmartin: son mérite et son talent, tout ce - qu’il a fait, tout ce qu’il doit faire encore, plaident en sa faveur. - C’est un grand esprit, mieux encore, un homme d’honneur, grand ennemi - des forces injustes, grand partisan des libertés que nous avons - perdues, opposé à toutes les usurpations de toute espèce. Les lettres - françaises feraient une grande perte en perdant M. de Pontmartin. - - Encore une fois, vous êtes dans les bons sentiers; vous y marchez d’un - pas léger, et votre parole a l’accent vrai. - - Soyez le bien remercié pour votre sympathie, et comptez sur toutes les - déférences de votre _ancien_[307]. - -Toutes ces choses sont bien loin. Quand un combat s’émeut entre deux -essaims d’abeilles, il suffit, pour le faire cesser, de leur jeter -quelques grains de poussière. Cette bruyante mêlée, provoquée par -les _Jeudis de Madame Charbonneau_, et à laquelle prirent part les -abeilles—et les frelons—de la critique, a pris fin, elle aussi, il y -a longtemps. Il a suffi, pour la faire tomber, d’un peu de ce sable que -nous jettent en passant les années: - - _Hi motus animorum atque hæc certamina tanta - Pulveris exigui jactu compressa quiescunt._ - -De tout ce bruit, de cette querelle littéraire autrefois si fameuse, -il ne reste plus aujourd’hui qu’un souvenir à demi effacé et un «diable -de petit livre»,—non le volume rose ou bleu édité par Michel Lévy, -mais celui qui parut dans la _Semaine des Familles_, où il faudra bien -qu’on aille le chercher un jour,—un petit livre ingénieux, charmant, -spirituel au possible,—et qui vivra. - - - - -CHAPITRE XI - - LA GAZETTE DE FRANCE.—ENTRE CHIEN ET LOUP.—LES NOUVEAUX - SAMEDIS.—LES CORBEAUX DU GÉVAUDAN. - -(1862-1867) - - L’Avenue Trudaine.—Frédéric Béchard et Amable Escande.—L’entrée - à la _Gazette de France_.—M. Silvestre de Sacy.—_Entre chien - et loup._—La _Revue des Deux Mondes_ et la signature _F. de - Lagenevais_.—M. Challemel-Lacour et M^{gr} Dupanloup.—A Pradine, - chez Joseph Autran.—Alexandre Dumas fils et les _Idées de M^{me} - Aubray_.—Mort de Joseph d’Ortigue.—Aurélien Scholl, le _Nain jaune_ - et le _Camarade_.—Les menus de M. Bec.—Les _Courriers de Paris_, - de l’_Univers illustré_.—Pontmartin est cité par le P. Félix en - chaire de Notre-Dame.—Les _Nouveaux Samedis_, Arthur de Boissieu - et les _Lettres d’un Passant_.—Les _Corbeaux du Gévaudan_.—Joseph - Joubert.—Une lettre en vers. - - -I - -Il faut bien croire que la _Crise Charbonneau_ n’avait pas été trop -meurtrière pour Pontmartin, puisque, dès le mois de juillet 1862, alors -que les derniers bruits de la bataille n’étaient pas encore éteints, -il publiait dans le _Correspondant_, sur les _Misérables_ de Victor -Hugo[308], une longue étude qui est un de ses morceaux les plus achevés. - -A la fin des _Jeudis_, George de Vernay, le maire de Gigondas, retourne -dans la capitale, qu’il avait juré de ne plus revoir, et il reprend -«cette vie littéraire contre laquelle tous les serments ressemblent à -des serments d’ivrogne et de joueur». Ainsi fait également le maire -des Angles. Il choisit même ce moment pour s’installer dans un coquet -appartement, au n^o 8[309] de l’avenue Trudaine. Comme au 51 de la rue -Saint-Lazare, il y habitera pendant huit ans, de 1863 à 1870. - -L’avenue Trudaine était alors une oasis d’honnêtes gens et de maisons -correctes à l’extrémité de cette montée des Martyrs, bruyante, -tapageuse, mal famée, où se rencontraient, sur un trottoir étroit et -boueux, toutes les variétés de vareuses rouges, de chapeaux mous, -de barbes hirsutes, de chevelures en broussailles, de camisoles -fripées, de pantoufles éculées, de corsages équivoques, de maquillages -déteints, de chignons suspects; tout un monde de rapins, de modèles -et de bohèmes, de rôdeurs de barrières et de piliers de brasserie, de -_déclassés_, de _fruits-secs_ et de _ratés_,—où la Commune recrutera -plus tard ses colonels, ses _chimistes_ et ses pétroleurs. Au haut -de cette rude et orageuse montée, vous vous trouviez dans une large -avenue, plantée d’une double rangée de platanes, et aussitôt il vous -semblait que vous respiriez un autre air: - - A droite et à gauche, dit Pontmartin, une trentaine de maisons - bourgeoises, régulières et proprettes. Peu de voitures. Sur de larges - trottoirs, çà et là, un groupe de promeneurs; sur les bancs espacés - entre les platanes, des arrière-neveux de Philémon et de Baucis, - lisant tranquillement leur journal. Aux fenêtres entr’ouvertes, à - travers de légers nuages de mousseline, des sourires de _mamans_, de - fins visages de _bébés_ agitant à la brise printanière les ballons - roses des magasins du Louvre. Dans les jardins encore épargnés par la - démolition universelle, dans l’épaisseur des marronniers de la cité - Malesherbes, que n’habitait pas encore M. Henri Rochefort, un merle - siffleur préludait aux sarcasmes du terrible _lanternier_. Derrière - la grille des petits hôtels, on voyait des volées de moineaux se - disputant les miettes de pain éparpillées par les élèves de l’École - commerciale ou ceux du collège Rollin. A la sortie des classes, - c’étaient des cris de joie, des gazouillements d’oiseaux délivrés de - leur cage, d’amusantes poussées d’adolescents en belle humeur. Presque - la campagne, au sortir du coin le plus tumultueux de la plus fiévreuse - des villes; une miniature de l’Éden à vingt pas d’un diminutif de - l’enfer; une vague sensation d’apaisement et de bien-être. J’ai passé - là huit ans, et je dois croire que j’y étais à peu près heureux, - puisque mes jours les plus néfastes étaient ceux où le _Siècle_ me - qualifiait d’idiot et où le _Charivari_ me traitait d’imbécile[310]. - -En même temps qu’il quittait la rue Saint-Lazare pour l’avenue -Trudaine, il transportait ses pénates littéraires à la _Gazette de -France_. - -Pontmartin se trouvait un peu gêné à l’_Union_, où il était entré, -nous l’avons vu, en 1858. Grave, solennel d’allure, souvent dogmatique, -le journal de M. Laurentie n’était pas le cadre qui convenait à -sa verve exubérante, à ses vivacités de plume, à ses boutades -humoristiques. Dès qu’il put le faire honorablement et sans rupture, -il cessa sa collaboration. Je ne lui cachai pas mon regret de le voir -abandonner une feuille plus politique sans doute que littéraire, mais -qui, la première parmi les feuilles parisiennes, avait accueilli ses -causeries de province. Il me répondit, le 10 janvier 1863: - - Ce qui m’a décidé, mon cher ami, c’est le désir de rendre service à - mon compatriote Frédéric Béchard[311], qui m’avait donné des preuves - de dévouement pendant la crise Charbonneau. Or, Béchard avait grande - envie d’être mis en possession d’un feuilleton dramatique, ce qui - est le _hoc erat in votis_ d’une certaine catégorie d’écrivains - parisiens. Nous ne voulions pas déloger le pauvre Escande[312], qui - en serait mort de chagrin, et Janicot[313] a mis pour condition que - nous entrerions ensemble, l’un portant l’autre. Cela durera tant que - je pourrai y suffire. Mais je sens que je vieillis. Je suis comme - ces ténors fatigués, qui ne peuvent plus donner que certaines notes. - Chose singulière! A mesure que je deviens vieux, les notes qui me - resteraient, ce serait la charge, la caricature, la fantaisie en prose - et même en vers, toutes choses qui ont besoin de jeunesse et qui, à - mon âge, ressemblent à des anachronismes ou à des grimaces. - -Sa collaboration à la _Gazette de France_ devait durer vingt-huit ans. -Il l’inaugura, le samedi 13 décembre 1862, par un article sur le roman -de _Sibylle_, par Octave Feuillet. - -Ses feuilletons de la _Gazette_—ils paraissaient sous le titre de -_Semaines littéraires_—ne se ressentent aucunement—est-il besoin -de le dire?—de la fatigue dont il se plaignait dans sa lettre du -10 janvier. Il est aussi en verve que jamais, qu’il parle de Louis -Veuillot ou de Lamartine, de M. Ernest Feydeau ou de M^{me} Sand, de -M. Guizot ou de M. Michelet. Il nous a dit tout à l’heure son goût, -très vif en effet—et très ancien—«pour la charge, la caricature, -la fantaisie en prose et en vers». Son article sur _la Sorcière_ de -Michelet[314] est, en ce genre, un modèle qui sera difficilement égalé. -Le jour où il écrivit ce feuilleton, il était en fortune, selon le mot -de M^{me} de Sévigné. - -Un jour que Pontmartin faisait visite à M. Silvestre de Sacy, celui-ci -le gronda doucement de son engagement hebdomadaire. «Quand on écrit un -article par semaine, lui disait l’académicien, c’est beaucoup s’il y en -a un de bon sur quatre!» Pontmartin n’en demandait pas tant,—ce qui ne -l’empêchait pas de mettre souvent quatre fois de suite dans le mille. - - -II - -Au commencement de 1863, il écrivait encore dans le _Journal de -Bruxelles_. D’une de ses lettres de cette époque, je détache ces -lignes: «Le directeur du _Journal de Bruxelles_ a soin de me relancer -de temps en temps; les lettres que je lui adresse m’amusent, sauf à -ne pas produire le même effet sur les lecteurs belges. J’y trouve une -sorte de soupape pour les commérages parisiens qui ne peuvent trouver -place dans ma Causerie littéraire, et j’y mêle des assaisonnements qui -ne seraient pas toujours du goût de M. le comte Treilhard[315].» - -Du 1^{er} janvier 1863 au 9 juin, jour où prit fin sa collaboration -au _Journal de Bruxelles_, Pontmartin n’envoya pas à la feuille belge -moins de onze articles. - -Sa grande affaire, au demeurant, était la publication de ses Causeries -littéraires. Chaque année, il en donnait un nouveau volume. En 1862, -1863 et 1864, parurent les trois séries des _Semaines littéraires_. -Pendant que s’imprimait la troisième série, il tomba très gravement -malade et force lui fut d’interrompre ses Samedis. Le 27 février 1864, -il fut atteint d’une fluxion de poitrine, qui mit ses jours en danger. -Ce fut seulement le 10 mai qu’il put quitter Paris et se rendre chez -sa belle-mère, à la Mûre, où il n’avait pas à redouter l’invasion des -affaires et des visites qui, aux Angles, seraient venues contrarier sa -convalescence. Celle-ci ne dura pas moins de quatre mois, passés dans -l’Ardèche et coupés par une saison de trois semaines à Vichy.—«Vichy -est le lieu le plus ennuyeux de la terre, m’écrivait-il le 12 juillet, -et je déplore le sophisme médical qui m’a envoyé à des eaux digestives -sous prétexte de réparer d’une pleuro-pneumonie l’irréparable outrage: -je n’ai qu’une consolation, c’est de voir mon Empereur, dont l’état -empire, plus affaissé et plus déjeté que moi...» Comme sa lettre -renfermait deux ou trois calembours, j’en conclus que le mal était -décidément conjuré. La rentrée aux Angles n’eut lieu qu’à la fin -d’août, et il y resta six mois afin d’éviter l’hiver parisien. - -Le 1^{er} mars 1865, il réintégrait l’avenue Trudaine et préparait -la publication de la première série des _Nouveaux Samedis_. Tandis -qu’autrefois à ses volumes de critique se venaient joindre des volumes -de contes et de nouvelles, depuis 1862 il semblait avoir renoncé à -écrire des œuvres d’imagination. Il avait bien donné au _Correspondant_ -de 1863 un court récit, _Un Trait de lumière_[316]; mais c’était tout. -En 1865, il revint au roman, et il y fut ramené, on va le voir, par des -motifs qui n’avaient rien de romanesque. - -Il m’écrivait, de Paris, le 27 avril 1865: - - Laprade est parti vendredi; Gaillard annonce son départ pour mardi. - Ces chaleurs si précoces et si extraordinaires mettent en fuite tous - ceux qui n’ont pas à Paris une chaîne d’or, de fer ou de fleurs. Quant - à moi, mes chaînes littéraires se sont multipliées et compliquées. - Tous mes revenus méridionaux me manquant à la fois, je me suis - effrayé, et j’ai accepté les offres de l’_Illustration_, qui désirait - rompre avec le _Siècle_, son bateau remorqueur, et passer de gauche - à droite. Mais je me suis embarqué dans une _série fantastique_ qui - m’effraye et où, comme Petit-Jean, ce que je sais le mieux, c’est - mon commencement. Il me manque, pour y réussir, du poignet, une - connaissance suffisante de l’ancien et du nouveau Paris, et une foule - d’autres choses... - -On était alors au plus fort des démolitions de Paris. L’œuvre était -grande, utile, nécessaire même; mais les poètes, les rêveurs, les -flâneurs n’y trouvaient pas leur compte. On leur donnait une belle -lampe toute neuve, propre et bien polie, en échange de leur vieille -lampe, pleine de rouille et passée de mode; mais ils se rappelaient le -conte des _Mille et une Nuits_, et ils se demandaient, comme Aladin, -s’ils n’allaient pas perdre au troc et si cette vieille lampe, dont -les débarrassait le Magicien africain,—c’est M. Haussmann que je veux -dire,—n’était pas précisément _la lampe merveilleuse_. A mesure que -le vieux Paris s’effaçait et que s’élevaient les nouvelles bâtisses, -leur imagination réagissait contre cette immense débâcle de toutes les -poésies du passé. Plus les boulevards s’allongeaient, plus les rues -s’élargissaient, plus les façades neuves rivalisaient de monotonie et -de blancheur, plus ils s’enfonçaient dans leurs souvenirs et leurs -songes. C’est cet état d’âme dont la description avait tenté Pontmartin. - -Il supposait un vieillard, poète ou artiste en son temps, contemporain -des premiers récits d’Hoffmann et des promenades de Victor Hugo -à travers la cité ou la cathédrale du moyen âge. Le chevalier -Tancrède—ce sera le nom de son héros—revient à Paris après de longues -années d’absence; il regarde autour de lui et se demande avec angoisse -si l’âge a obscurci sa vue ou s’il est le jouet d’un cauchemar. Le -berceau de son enfance, le théâtre de ses plaisirs, le nid de ses -amours, le refuge de ses chagrins, tout a disparu; il ne sait pas même -où loger ses regrets; il lui semble que son exil recommence sur les -lieux mêmes où il vient de finir: c’était son corps qui n’avait plus de -patrie; maintenant, c’est son âme. Là où il ne se croyait qu’absent, il -se reconnaît étranger. Bien des images perdues au fond de sa pensée s’y -réveillent pour mourir encore; bien des liens qui s’étaient détendus se -resserrent un moment pour se briser à jamais. Ce quartier, cette rue, -cette maison, cet escalier, cette chambre, autant de figures aimées, -devenues des visages indifférents; s’ils ont encore des larmes dans les -yeux ou des sourires aux lèvres, ces sourires et ces larmes sont pour -d’autres que lui. - -Sombre, pessimiste, morose, refusant de subir le _trop près_ et se -rejetant sans cesse dans le lointain, le chevalier Tancrède vit moins -avec les réalités du présent qu’avec les fantômes du passé. Les villes -ont des âmes comme les hommes. Le vieux Paris a une âme; le chevalier -la connaît, il l’aime, et c’est elle qu’il regrette et qu’il pleure. -C’est elle qu’il essaie de retrouver dans ses longues flâneries du -soir à travers un Paris bizarre, _entre chien et loup_, fantasque, -paradoxal, humoristique, railleur, sinistre, imaginaire. - -J’avais applaudi aux premiers chapitres qui avaient pour titre, dans -l’_Illustration_, _Paris fantastique_, Pontmartin m’écrivit, le 9 juin -1865: - - Je vous remercie de ce que vous me dites d’encourageant au sujet de - _Paris fantastique_. Je ne savais pas trop bien, au début, où j’allais - et ce que je pouvais faire; à présent, il me semble que mon idée se - dessine un peu plus clairement, et j’y mets un peu de passion, ce qui - est toujours une chance de réussir. Cela s’appellera, chez Michel - Lévy, _Entre chien et loup_, et si je ne m’essouffle pas trop vite, il - est possible que cette série suffise au volume tout entier... - -Ce fut seulement au printemps de 1866 que le livre parut. «Savez-vous, -mon cher ami, me mandait Pontmartin le 8 avril, savez-vous de qui -dépend la date précise de la mise en vente de mon petit volume? Des -Apôtres; mais, hélas! des Apôtres revus, corrigés et naturalisés par -Ernest Renan. En d’autres termes, Michel Lévy prétend que, dans mon -intérêt même, je ne dois pas paraître dans la même semaine que ces -nouveaux _Apôtres_ qui absorberont, pendant huit jours, toute son -activité commerciale. Soit; mais j’aimerais mieux céder le pas à un bon -livre...» - -D’une autre lettre, écrite quelques jours après la publication, qui eut -lieu le 19 avril, j’extrais ce passage: - - ...Je n’ai pas du tout prétendu faire un roman. Vous avez d’assez - bons yeux et vous êtes assez du métier pour avoir constaté, soit - dans l’_Illustration_, soit dans le volume, que j’étais arrivé à la - 79^e page sans savoir où j’allais. Mon idée avait été d’abord de - faire une série de tableaux ou de croquis où le vieux et le nouveau - Paris auraient été mis en présence dans des cadres fantastiques. - Je ne tardai pas à reconnaître que l’entreprise était au-dessus de - mes forces, et que je n’avais pas d’ailleurs le pied assez parisien - pour m’en tirer. C’est alors que j’employai le coffret d’Adolphine - comme planche de sauvetage, et que je pus tant bien que mal arriver - jusqu’au port. J’avais paru dans de si mauvaise conditions, mon récit - avait été tellement haché et si peu remarqué dans l’_Illustration_, - que, sans vous et Michel Lévy, je ne l’aurais peut-être pas publié - en volume. Vous voyez que les remerciements que je vous dois sont de - plus d’un genre; certes, si j’avais reçu, l’an passé, le quart des - encouragements que je reçois aujourd’hui, je puis dire que je n’aurais - pas si souvent jeté le manche après la cognée et que le livre serait - meilleur[317]... - -L’apparition d’_Entre chien et loup_ coïncidait avec les préliminaires -de la guerre austro-prussienne. Le petit volume allait donc avoir -contre lui, non seulement Renan et ses _Apôtres_, mais encore Bismarck -et la bataille de Sadowa, Le chevalier Tancrède contre le comte de -Bismarck, c’était le pot de terre contre le pot de fer. Le pauvre pot -de terre ne fut pourtant pas mis en éclats. Il résista si bien que, -peu de semaines après, il fallut procéder à une nouvelle édition. Ce -fut, pour l’auteur, l’occasion d’écrire une très spirituelle préface. A -ceux qui reprochaient à son livre de «n’être pas un roman dans l’exacte -acception du mot», il répondait: - - ...Est-il bien nécessaire que toute œuvre d’imagination et de - fantaisie soit un roman?... Faut-il croire, comme Sganarelle, que - _tout soit perdu_ si, de la première page à la dernière, ensemble - et détails ne sont pas combinés, calculés, ficelés, serrés comme la - cravate d’un garçon de noces, en vue du grand événement qui doit - combler les vœux d’Arthur, punir les fautes de Rodolphe, châtier les - faiblesses de Madeleine, et conduire le dénouement à la mairie ou au - cimetière? Qui dit imagination, dit la plus indépendante des facultés - humaines, et n’est-ce pas la condamner à une véritable servitude, que - de la forcer à s’ajuster toujours aux mêmes cadres, à entrer dans les - mêmes moules, à passer par le même chemin, à trébucher dans la même - ornière? Si vous aviez, comme moi, par goût de dix-huit à vingt-cinq - ans, par habitude de vingt-cinq à trente, et par état de trente à - cinquante-cinq, lu des myriades de romans, vous me pardonneriez - d’avoir essayé de faire un roman qui n’en soit pas un. - -La vérité est que le livre manque d’unité. La fin ne correspond pas au -début. Commencé comme un conte fantastique, l’ouvrage se continue et se -termine comme un roman: _questa coda non è di questo gatto_. - -Ce petit volume d’_Entre chien et loup_ n’en méritait pas moins -son succès. Le chapitre sur _Maria-Thérésa_, sur la Malibran du -Théâtre-Italien et sur la Thérésa du café _Bataclan_, eût suffi à le -justifier. Ce n’est qu’un pastel, mais dont les couleurs n’ont point -pâli, et que ne doit pas faire oublier l’eauforte glissée quelques mois -plus tard par Louis Veuillot dans les _Odeurs de Paris_[318]. - - -III - -L’auteur des _Causeries littéraires_ avait quitté la _Revue des Deux -Mondes_ en mai 1862. Buloz et Pontmartin ne pouvaient pas s’entendre -et ils ne pouvaient pas non plus se passer l’un de l’autre. Ils ne se -lassaient pas de se rechercher, de se brouiller et de se raccommoder. -Le 1^{er} juin 1866, la _Revue_ publiait un article intitulé: -_Symptômes du temps. La Curiosité en littérature. IDÉES ET SENSATIONS, -par MM. de Goncourt_. Il était signé: _F. de Lagenevais_. L’article -était de Pontmartin; nul ne pouvait s’y tromper. Comme je lui en avais -écrit aussitôt, il me répondit, le 7 juin: - - ...L’article sur les Goncourt est bien de moi, et vous le retrouverez - probablement dans mon douzième volume. Comme j’avais été obligé de - l’abréger pour des nécessités de pagination et comme je n’étais pas - bien sûr que le ton général ne fût pas çà et là en contradiction avec - quelques-uns de mes anciens articles sur les deux frères jumeaux de - la sensation et de l’idée, j’ai accepté la proposition de Buloz, qui - a été, pour la première fois, d’avis de recourir à cette élastique - signature de Lagenevais. Le Lagenevais en chair et en os n’existe - pas... - -Le 1^{er} juillet et le 1^{er} août 1866, deux autres articles—l’un -sur les _Romans nationaux_(?) _de MM. Erckmann-Chatrian_, l’autre -sur le roman de Dumas fils: _Affaire Clemenceau; mémoire de -l’accusé_,—paraissaient également sous la signature _Lagenevais_. Dans -le tome IV des _Nouveaux Samedis_, à la suite de ces trois articles, -on en trouve un quatrième, sur _la Littérature pieuse_, qui a son -histoire. La voici, telle que l’a contée, dans une de ses lettres, -Pontmartin lui-même: - - Puisque vous aimez, m’écrivait-il, à connaître nos dessous de cartes - littéraires, voici l’histoire de ce chapitre. Il devait paraître - dans la _Revue des Deux Mondes_ et faire suite, sous le titre de - _Symptômes du temps_, aux trois morceaux qui ouvrent ce nouveau - volume. Quand je quittai Paris en juillet 1866, Buloz, qui désirait - alors me rattacher tout à fait à la _Revue_, me demanda, presque en - forme de gageure, si je me croyais capable de faire un article où, - tout en restant chrétien bien sincère et bien net, je ne m’écarterais - pas trop des traditions de la rue Saint-Benoît. Il paraissait y voir - un moyen de conciliation; j’acceptai. D’autre part,—car je ne crains - pas de me montrer à vous dans toutes mes faiblesses,—j’en voulais - un peu à M^{gr} Dupanloup, qui, se donnant la peine de dresser un - catalogue de bibliothèque à l’usage des gens du monde, y avait mis M. - Roselly de Lorgues[319] (ma bête noire) et avait complètement passé - sous silence mes _Causeries littéraires_. C’est sous cette double - influence que j’écrivis mon article. Mais je perdis du temps; je fus - surpris chez un de mes beaux-frères par les terribles inondations de - septembre. Mon article ne partit des Angles que le 1^{er} octobre. - Buloz et ses fils étaient à la campagne; l’article tomba entre les - mains de M. Challemel-Lacour[320], démagogue et voltairien pur sang, - qui intercepta, pendant plus d’un mois, l’article et mes lettres, se - bornant à dire à ses patrons que _cela n’était nullement dans l’esprit - de la Revue_; si bien que M. Buloz m’a avoué en décembre ne m’avoir - pas lu: mais dans l’intervalle, et à la suite des inondations, étaient - arrivés les mandements et la brochure[321] de l’Évêque d’Orléans, et - la situation s’était tellement envenimée, que Buloz voulait attaquer - M^{gr} Dupanloup devant les tribunaux!!! Je repris mon manuscrit; - j’aurais dû peut-être le jeter au feu; mais vous connaissez les - secrètes faiblesses des auteurs; je le fis lire à mon fils, qui vaut - mieux que moi. Il n’y trouva rien ou presque rien qui dût m’empêcher - de le publier. Voilà toute l’historiette, mon cher ami, et maintenant - vous voyez combien je dois savoir gré à mes amis de laisser de côté - ces questions délicates pour lesquelles je ne pouvais donner au public - les explications que je vous donne. Ainsi donc, merci toujours! merci - pour ce que vous dites, et pour ce que vous ne dites pas[322]!... - - -IV - -Le 1^{er} août 1866, nous venons de le voir, Pontmartin avait publié un -article sur Alexandre Dumas fils. A l’automne, il devait se rencontrer -avec l’auteur du _Demi-Monde_, à la campagne, chez leur ami commun, M. -Joseph Autran. Le 15 octobre, ce dernier lui écrivait de La Malle, l’un -de ses châteaux[323]; il en avait presque autant que le roi de Bohême: - - ...Dumas partira de Paris le 5 novembre et restera chez moi jusqu’au - 20. Cette époque vous convient-elle, et puis-je espérer que vous serez - aussi généreux que lui? Vous pourriez l’être davantage en arrivant - plus tôt et en restant plus tard... Quelles intimes et charmantes - réunions cela va faire! Figurez-vous que nous aurons la primeur de - cette comédie que Dumas vient d’achever à peine. Il l’apporte dans sa - valise. «J’ai hâte, m’écrit-il, de vous lire cette curieuse étude qui - ne ressemble à rien de ce qui a été fait.» C’est à Pradine[324] que - nous vous recevrons. Cela vous est égal, n’est-ce pas?... - -Pontmartin n’avait garde de ne pas répondre à ce gracieux appel. La -réunion eut lieu dans les premiers jours de novembre, non à Pradine, -mais à La Malle. L’auteur des _Jeudis_ et des _Samedis_ passa, dans -l’hospitalière maison du poète, une délicieuse semaine[325]. Dumas lut -sa comédie, _les Idées de M^{me} Aubray_. Il n’était pas seulement un -habile dramaturge, c’était aussi un merveilleux causeur. Pontmartin fut -charmé, mais il ne fut pas conquis. De retour aux Angles, il écrivait à -Joseph Autran: - - Les Angles, mercredi soir, 14 novembre. - - Mon cher ami, figurez-vous que je n’ai quitté Marseille que mardi - à onze heures, et encore ce diable de Dumas voulait m’emmener à - Toulon, à Cannes, à Nice, à Hyères, et en mille autres lieux! J’ai - triomphé de ce fascinateur et de ma propre faiblesse; je suis revenu - ici, et, comme la vertu est toujours récompensée, j’ai trouvé au - logis deux des plus ennuyeux visiteurs qui aient jamais franchi mon - seuil... Je n’avais pas besoin, cher ami, de ce contraste pour me - remémorer avec cette mélancolie inséparable de nos meilleures joies - des journées trop vite écoulées et pleines de votre image. Quelle - semaine! quels sujets de réflexions de toutes sortes! Je ne puis, - malgré mes sympathiques efforts, me rendre un compte bien net de - l’impression qu’a produite sur moi le héros de la fête. C’est à peine - s’il suffirait de me dédoubler pour faire le triage. L’esprit est - ravi, le cœur est attristé, l’âme n’est pas satisfaite. Ce type si - moderne, si profondément et si brillamment contemporain, intéresse et - émeut par la peine même qu’il prend pour troubler ou tarir les sources - les plus hautes et les plus pures d’intérêt et d’émotion. C’est un - plongeur intrépide et robuste qui a touché du pied le fond de la mer, - qu’un prodigieux élan a fait remonter à la surface, mais qui, au lieu - de regarder en l’air pour jouir de la vue du ciel, des étoiles et de - l’horizon, s’obstine à regarder, à travers cette onde perfide qui - n’a plus de secrets pour lui, les plantes marines et le sable, le - gravier et la vase où il a failli s’empêtrer et s’embourber. On lui - sait gré de ce qu’il est en songeant à ce qu’auraient pu le faire sa - naissance, son éducation, son premier entourage, les leçons qu’il a - reçues, les exemples qu’on lui a donnés. On l’admire, on l’aime... - et on le plaint... O mon ami! Nous à qui la vertu est apparue tout - d’abord sous les traits d’un père et d’une mère, songeons à ce qu’il y - a eu d’affreux dans cette situation où c’est une chose énorme, presque - héroïque, d’être tout à fait un honnête homme, un galant homme selon - le monde! - -Victor de Laprade, invité lui aussi par Autran, n’avait pu se rendre à -La Malle. Pontmartin lui fit part de ses impressions dans une lettre du -22 novembre: - - Savez-vous ce qui m’a guéri... pour quelques mois? La société de M. - Dumas fils... Voilà donc la perfection du bel esprit français de 1866, - le produit le plus complet, le plus brillant, et, pour être juste, - le plus _propre_ de la société moderne, une intelligence d’élite, le - Morny du coup de théâtre et de la scène filée, auquel il ne manque - plus que la patente et le brevet avec garantie du gouvernement! Et - remarquez qu’il est charmant, que je crois même qu’il se calomnie - quand il fait étalage de table rase et de matérialisme pratique; mais, - grand Dieu! que sont donc les autres? Et nous, remercions le ciel de - nous avoir fait naître loin de ces zones torrides, hors de portée de - ces pommes d’or croissant sur les bords d’un lac empesté. Il a, lui, - cinquante excuses pour une; nous, nous n’en aurions point. - - Fils d’un père honnête homme et d’un fervent chrétien, - A ce Dunois du drame, ami, n’enviez rien!... - -Le lendemain du jour où il écrivait cette lettre, un coup terrible -venait atteindre Pontmartin et le frapper au cœur. Sans que rien l’y -eût préparé, il apprenait la mort de Joseph d’Ortigue[326], l’éminent -critique musical, son compatriote et son plus intime ami. Il m’écrivit -le 28 novembre: - - ...Le 23, j’ai été foudroyé en ouvrant le _Journal des Débats_, par le - plus grand des hasards, et en y lisant, sans préparation aucune, un - article de M. de Sacy qui annonçait la mort subite de mon pauvre vieil - ami d’Ortigue. Il y a de cela cinq jours, et je ne puis encore revenir - de ma douloureuse stupeur, je ne puis m’accoutumer à l’idée que je ne - reverrai plus ce compagnon si bon, si fidèle, si sympathique, de mes - saisons laborieuses et de mes vacances, l’homme dont les sentiments, - les goûts, les rêves s’accordaient si bien avec les miens qu’on nous - appelait les inséparables. Vous lirez dans la _Gazette_ de samedi - prochain l’hommage que j’ai essayé de lui rendre. Je n’ai pas dit la - moitié de ce que j’aurais dû et voulu dire: il m’aurait fallu une - feuille de _Revue_, et l’on m’aurait répliqué sans doute que d’Ortigue - n’était pas assez célèbre pour justifier une si longue notice. Enfin, - je suis allé au plus pressé. - - Pardonnez-moi, mon cher ami, de vous parler si longuement d’un - homme que vous ne connaissiez pas, et d’une douleur que vous ne - pouvez partager. Je suis tellement plein de mon sujet qu’il m’arrive - plusieurs fois dans la journée de sentir des larmes me venir aux - yeux, de ne pouvoir les retenir et d’être obligé d’interrompre ce que - j’écris ou ce que je fais. En face de cet _avertissement_, je suis - bien peu tourné du côté des vanités littéraires, bien peu disposé - à vous écouter lorsque vous me parlez de l’Académie, comme vous le - faites encore dans votre dernière lettre... - -Quelques jours après, je recevais l’article de la _Gazette_; je me -reprocherais de n’en pas reproduire ici les dernières lignes, si -vraiment belles et si touchantes: - - ...L’auteur de la _Messe sans paroles_, s’il a pu se reconnaître avant - de mourir—ce que j’ignore encore en écrivant ces lignes!—aura eu - le droit de se dire que, pendant trente-sept ans de journalisme, il - n’avait pas publié un mot offensant. Rassurante pensée, appréciable - surtout pour ceux à qui il sera impossible de se rendre le même - témoignage! Pour moi, aussi faible qu’il était fort, aussi nerveux - qu’il était doux, aussi mauvais qu’il était bon, sans renseignements - sur sa mort, exilé à deux cents lieues de cette maison en deuil, - je n’ose encore mesurer l’étendue de ma perte: je craindrais de le - pleurer en égoïste, au lieu de le pleurer en ami. A Paris, nous nous - quittions le moins possible, et ce que je connais le mieux dans la - grande ville, c’est la rue qui mène de ma porte à la sienne. Ici, - chaque année, aux vacances, il me _devait_ une longue visite; il était - heureux de s’acquitter de sa dette, et, depuis ma vieille servante - jusqu’à mon vieux chien, tout se mettait en fête pour le recevoir. - Journées radieuses et charmantes qui ne reviendront jamais! Échange - inépuisable d’idées, de sentiments, de récits, de confidences, de - raison et de folie! Perdu tout cela, perdu pour toujours! Une mort - comme celle-là, c’est un pas de plus que fait l’ombre de la nuit pour - envahir l’ami qui reste. Bon et cher Joseph! «Je n’ai plus ni soir ni - matin!» disait d’Alembert en perdant une de ses vieilles amies. C’est - avec un autre battement de cœur, un autre déchirement d’amitié et un - autre recours vers le ciel, que je te dis: «Sans toi, il me semble que - la ville et la campagne, que Paris et la province vont me manquer en - même temps[327]!» - - -V - -Au milieu de décembre, Pontmartin regagnait Paris, où il ne devait -plus, hélas! retrouver son cher d’Ortigue. Il reprenait ses chaînes et -multipliait plus que jamais sa _copie_. On retrouvait un peu partout sa -signature, même dans un petit journal dirigé par Aurélien Scholl[328], -_le Camarade_. Autran ne laissa pas d’être surpris et quelque peu -scandalisé. Une lettre de Pontmartin, du 20 février 1867, lui donna le -mot de l’énigme: - - Mon cher ami, - - _Tu quoque_...et vous aussi, vous avez cru que j’écrivais dans le - _Camarade_! Hélas! j’expie encore, en 67, mes sottises de 62. Après - cette crise, cherchant quelques appuis dans la petite presse dont les - piqûres avaient fini par être pour moi ce que sont les _tavans_ et - les moustiques pour les rosses les plus paisibles, cédant d’ailleurs - aux instances de Frédéric Béchard, je consentis à donner cinq ou six - articles au _Nain Jaune_: quelques mois plus tard, la chose tomba - d’elle-même. Mais M. Aurélien Scholl, que je n’ai pas vu depuis deux - ans, et qui est devenu le fondateur ou le rédacteur du _Camarade_, - trouve commode et économique d’y répéter, sans me consulter, les vieux - articles du _Nain Jaune_; voilà toute l’histoire... - -Le beau-père d’Autran, M. Bec, était célèbre sur tout le littoral de -la Méditerranée par l’exquise finesse de son goût et le génie de son -cuisinier; il aurait rendu des points à Brillat-Savarin et à Grimod -de la Reynière, et c’est lui qui fut l’inventeur des trois côtelettes -grillées l’une sur l’autre, et dont un gourmand ne mange que celle du -milieu. Le poète avait hérité du Chef de son beau-père, et c’est sans -doute en souvenir des plantureux menus de La Malle, de Pradine et de -l’hôtel de la rue de Montgrand, que Pontmartin ajoutait, dans sa lettre -du 20 février: - - Là-dessus, cher ami, je vous quitte; voici, d’aujourd’hui au 20 mars, - date mémorable! mon menu qui ne vaut pas ceux du baron Brisse: - - Samedis de la _Gazette_, purée à la Chambord. - - Mercredis de l’_Univers illustré_, sauce aux câpres, pointes - d’asperges au gros sel. - - Une notice sur M. Thiers pour l’_Illustration_; salade composée (se - mange avec des oublis). - - Un roman pour le _Figaro_, flanqué de _petits fours_! - - Et tout cela parce qu’un chimiste a inventé la fuchsine, parce que - pour moi fuchsine rime avec ruine, en ce sens que cette poudre tue à - tout jamais nos garances. - -Pontmartin parle ici de ses _mercredis_ de l’_Univers illustré_, -où il faisait à ce moment le _Courrier de Paris_, pour suppléer le -courriériste en titre, M. Paul Parfait[329], absent ou empêché. -Outre qu’il obligeait ainsi son éditeur et ami M. Michel Lévy, le -propriétaire du Magazine, ces chroniques, où il excellait, l’amusaient. -Trois ans de suite—1866, 1867, 1868—il lui arriva de faire, pendant -plusieurs mois ou plusieurs semaines, l’intérim de M. Parfait. Son -nom, d’ailleurs, ne paraissait pas. Les _Courriers de Paris_ étaient -uniformément signés _Gérôme_. Mais quand Pontmartin tenait la plume, -les lecteurs s’apercevaient bien vite qu’on leur donnait, non plus -seulement du Parfait, mais du plus que parfait. - -Les _Idées de M^{me} Aubray_, dont les hôtes de La Malle avaient eu la -primeur, furent jouées au Gymnase le 16 mars 1867. Quelques semaines -plus tard, Pontmartin rendait compte en ces termes, à Autran, de la -première représentation et de ses suites: - - ...Vous parlez d’Alexandre Dumas fils et de sa pièce; ne croyez - pas à un succès aussi complet que celui qu’on pourrait supposer - d’après certains articles et d’après l’effet voulu de la première - représentation. La salle avait été admirablement composée; les deux - premiers actes avaient charmé, mais les deux derniers rencontraient - une résistance qui n’a cédé que lorsque le rideau s’est relevé et - qu’on a nommé l’auteur. A dater de la quatrième représentation, la - réaction a commencé et dure encore; l’impression du public raisonnable - est celle que nous avions vaguement éprouvée et dont je vous faisais - l’aveu, le lendemain de la lecture: un sujet impossible, révoltant - même, traité avec une habileté prodigieuse. Si le rôle de Barantin - n’avait pas été joué par Arnal, qui est merveilleux, et si la pièce - avait été terminée, comme elle l’était en novembre, par le mot - enfantin de Lucienne: «Mon bouvreuil est guéri!» je ne sais pas trop - ce qui serait arrivé. Le: «C’est égal, c’est raide!» adopté à la - dernière répétition générale, a tout sauvé; le public, voyant qu’Arnal - était de son avis, s’est tenu pour satisfait. - - Croiriez-vous, mon cher ami, que je n’ai plus revu le triomphateur? - D’une part, j’ai eu honte de ne pas être chargé, comme il s’y était - attendu, de rendre compte de _Madame Aubray_ dans la _Revue des Deux - Mondes_[330]; de l’autre, j’étais écrasé de travail pendant qu’il - passait, du moins je le suppose, des fatigues du Gymnase aux émotions - de sa nouvelle paternité; et puis l’avenue Trudaine est bien loin - de l’avenue de Wagram; et puis les courants de la vie parisienne et - littéraire nous entraînent en sens divers; le Père Félix vient de - me citer en chaire dans la même conférence où il éreinte l’_Affaire - Clemenceau_; et puis les vitrines des papetiers, sous ce titre - ébouriffant: _Menken, sa mère et Alexandre Dumas père_, nous montrent - une série de photographies d’une telle indécence, que ce nom populaire - en est encore compromis... Tout cela rend bien difficile ce qui nous - semblait si simple sous le beau soleil de Provence, dans ce cadre - offert par votre charmante hospitalité. Mais me voilà, mon cher ami, - en plein bavardage, et j’oublie que vous aurez peut-être quelque peine - à me lire[331]; j’ai tant de plaisir à vous écrire! Guérissez-vous - vite, arrivez-nous! L’Exposition paraît mieux tourner depuis quelques - jours et devenir intéressante; le temps s’adoucit; le soleil ne garde - plus l’anonyme; Gaillard est ici jusqu’au 15 mai, et Laprade va - revenir[332]... - -Le Père Félix, en effet, dans sa quatrième conférence de 1867, qui -fut prononcée le 31 mars et qui traitait des _causes de la décadence -artistique_, avait cité Pontmartin et l’avait fait en ces termes: «Pour -assurer ces succès deux et trois fois honteux qui humilient ensemble -la littérature, l’art et l’humanité, vous savez les puissances qu’on -invoque: entre toutes, ces quatre choses qu’un critique justement -illustre[333] a si bien nommées ‘les quatre grandes puissances de -la littérature contemporaine: l’Annonce, l’Affiche, la Prime et la -Réclame[334]’». - -Etre cité en chaire, devant un auditoire tel que celui de Notre-Dame, -c’était pour l’auteur des _Causeries littéraires_, la plus enviable des -récompenses. Presque au même moment lui arrivaient d’autres éloges qui, -pour venir de moins haut, ne laissaient pas d’être de quelque prix. -Au mois de juin 1867, il publia le tome IV des _Nouveaux Samedis_. -Le très spirituel Arthur de Boissieu[335] lui consacra une de ces -_Lettres d’un Passant_ qui obtinrent, à la fin du second Empire, un -si légitime succès, si fines, si vivantes, si sérieuses sous leurs -airs d’enjouement et de badinage. Il louait en Pontmartin «le goût -qui choisit, l’esprit qui charme et l’art d’écrire aussi juste qu’il -pense». Il vantait «son amour des lettres humaines, sa fidélité aux -croyances embrassées, et cette noblesse native qui, dans le cours d’une -vie honorable et longue, l’avait tenu à l’abri des défaillances et -au-dessus du soupçon». Puis venait cette page: - - M. de Pontmartin est un incomparable charmeur. Il prend le lecteur par - la confiance qu’il inspire et le retient par la grâce qu’il déploie. - Il a la force de se contenir et l’art de se diriger. Il se développe - avec calme comme une rivière au long parcours qui ne retarde sa marche - qu’afin de donner à ses flots plus d’espace pour féconder la terre - et réfléchir les cieux. Il sait son chemin, et s’il s’en détourne - parfois, c’est pour décrire plus de terrains et embrasser plus - d’horizons. Sa critique observe, découvre, conclut et crée. J’oserais - lui reprocher quelques faiblesses amicales et certaines indulgences - partielles qui partent de son cœur et non de son esprit; mais comme il - revient vite à l’impartialité première qui est le fond de sa nature - et le signe de son talent! En parlant de ses amis, il ne cesse pas - d’être vrai, mais il devient prodigue; sans leur retrancher aucune des - qualités qu’ils possèdent, il leur suppose celles qui leur manquent ou - leur prête celles qu’il a. Même en supposant, il reste juste; même en - prêtant, il reste riche[336]. - - -VI - -Dans sa lettre à Autran, du 20 février, Pontmartin lui parlait d’un -roman qu’il écrivait pour le _Figaro_. Il s’agissait des _Corbeaux du -Gévaudan_ qui furent publiés en feuilleton, dans le journal de la rue -Rossini[337], du 26 avril au 3 juin 1867. - -Le 19 août 1858, dans son rapport à l’Académie française sur les prix -de vertu, M. Saint-Marc Girardin avait raconté une touchante histoire: - - En 1821, disait-il, un affreux assassinat fut commis à Joucas - (Vaucluse), sur la personne de la veuve Boyer. Un paysan de ce - village, nommé Durand, fut accusé d’avoir commis le crime. - - Beaucoup de témoignages se réunirent contre lui; cependant, il fut - acquitté à une voix de majorité. Durand, pendant les débats, avait - toujours protesté de son innocence. Quand le verdict du jury fut - prononcé, la femme de Durand, qui était convaincue que son mari - n’était pas coupable, s’avança devant le siège des magistrats, et, la - main levée, prenant le Christ à témoin, elle s’écria: - - «—Mon pauvre mari est acquitté, mais il n’est pas lavé; il est - complètement étranger, je le jure, au crime affreux qu’on lui a imputé - par suite de machinations infernales, et je prends ici l’engagement - solennel, devant Dieu qui m’entend, et devant vous, messieurs, qui - êtes les représentants de sa justice sur la terre, d’amener bientôt - sur ce banc d’infamie les véritables auteurs de l’assassinat de madame - veuve Boyer.» - - ...Pendant sept années entières, la femme Durand a partout épié et - surveillé ceux qu’elle soupçonnait d’être les coupables, allant dans - les foires, dans les marchés, causant, questionnant, interrogeant tout - le monde, rassemblant patiemment tous les indices, et, chaque jour de - marché, allant à Apt communiquer ses découvertes aux magistrats. Un - jour enfin en 1828, ayant surpris par hasard un signe d’intelligence - entre les nommés Chou et Bourgue, qui, plus tard, furent condamnés - comme étant les vrais assassins de la veuve Boyer, elle les vit - s’acheminer vers une maison isolée, près du village de Joucas; ils y - entrèrent et s’y renfermèrent. - - Madame Durand pensa que, si elle pouvait les entendre causer ainsi - tête à tête, elle parviendrait à surprendre dans leur entretien - le secret qu’elle poursuivait depuis si longtemps, le secret de - l’innocence de son mari. La nuit arrivait. Madame Durand se glisse - près de la maison, gravit un mur, arrive près de la chambre où se - tenaient les deux hommes, se suspend à un treillage en fer qui montait - près d’une croisée, et comme les contrevents n’étaient qu’à demi - fermés, elle voit et elle entend Chou et Bourgue, qui avaient une de - ces conversations qu’ont presque toujours entre eux les complices d’un - crime. Bourgue accusait Chou d’être bavard et d’avoir trop parlé; Chou - demandait à Bourgue de l’argent pour se taire, et Bourgue, qui était - le plus riche des deux assassins et le gendre même de la victime, - Bourgue payait cette fois encore le silence de son complice. - - Enfin, madame Durand était maîtresse du secret des coupables; elle - pouvait justifier de l’innocence de son mari. Dès le lendemain, - elle allait à Apt tout révéler au procureur du roi. Une nouvelle - instruction avait lieu, onze accusés étaient traduits devant la cour - d’assises à Carpentras; deux de ces accusés, Chou et Bourgue, étaient - condamnés à mort, et les autres à des peines plus ou moins fortes. - Enfin, surtout, l’innocence de Durand, l’ancien acquitté, était - hautement proclamée par le magistrat qui portait la parole au nom de - la société. - - L’acquittement de Durand était de 1822; la condamnation de Chou et de - Bourgue était de 1829. Madame Durand avait mis sept ans à rechercher - et à découvrir la vérité qui devait réhabiliter son mari; sept ans - de peines, de fatigues, de dangers, de soins, d’intelligence, de - courage, de dévouement,—et, au bout de sept ans, un jour de joie et - d’honneur!... - -Joucas n’est pas loin d’Avignon, et Pontmartin, dans sa jeunesse, avait -entendu raconter bien souvent les péripéties de ce drame étrange, tous -les détails de cette enquête de porte en porte, poursuivie pendant sept -ans par une héroïque villageoise, ces nuits sans sommeil employées à -épier les coupables, cette maison isolée, cette croisée entr’ouverte, -ce treillage en fer. A ces détails romanesques, mais d’une stricte -vérité, l’imagination ou la tradition populaire avait ajouté un détail -plus extraordinaire encore que tout le reste, dont M. Saint-Marc -Girardin n’avait pas parlé, et qui eût été cependant à sa place à -l’Académie, puisqu’il était renouvelé des Grecs et rappelait l’épisode -des grues d’Ibicus. - -Lorsque Chou et Bourgue avaient assassiné, au milieu d’un champ, la -veuve Boyer, un vol de ces corbeaux de passage aux ailes grisâtres, -qu’on appelle _graïo_ dans le pays, avait traversé l’espace, au-dessus -du champ maudit. La victime les vit: - -—_Li graïo lou diran_[338], dit-elle d’une voix expirante, et ses -yeux se fermèrent.—Plus tard, à la cour d’assises, ce souvenir avait -arraché à l’un des assassins le suprême et décisif aveu. Tremblant la -fièvre, les yeux égarés, la face déjà couverte des pâleurs de la mort, -le misérable, fou de terreur, avait cru voir passer au fond de la salle -le vol de corbeaux. «Je les vois, dit-il, ils passent, ils passent... -_Li graïo lou diran._» - -Pontmartin avait un peu modifié le drame de 1821. Du paysan Durand, -acquitté à une voix de majorité, il avait fait le garde-chasse Jacques -Boucard, condamné aux travaux forcés à perpétuité; de la femme -Durand, il avait fait Suzanne Servaz, la fiancée de Jacques. A cette -transformation, certes, le roman n’avait rien perdu. Courageuse et -touchante, sublimement sainte, pathétique et vraie, Suzanne rappelle, -sans avoir trop à souffrir de ce voisinage, la _Jeannie Deans_ de -Walter Scott et la _Colomba_ de Mérimée. Quand parut le volume, la -critique lui fut indulgente: Dat veniam _corvis_ nec vexat censura -_Columbas_. - -Les _Corbeaux du Gévaudan_ sont dédiés à Frédéric Béchard. Béchard, -qui possédait à un assez haut degré le sentiment dramatique et qui -avait eu des succès au théâtre, avait donné à Pontmartin d’utiles -conseils; c’est un peu grâce à lui que l’auteur d’_Aurélie_ et du -_Fond de la Coupe_ avait compris qu’il avait, cette fois, à sortir -de ses habitudes d’analyse, qu’un pareil sujet ne comportait pas de -subtilités psychologiques, qu’il fallait aller droit au but, montrer -les événements et les personnages par le dehors; que c’était, en un -mot, par l’action que devait se dessiner le caractère. - -Il y avait eu, au début, entre les deux écrivains, une ébauche de -collaboration, mais une ébauche seulement. Pontmartin m’écrivait, le 11 -mai 1867: «Un mot, rien qu’un mot, car me voilà gagné de vitesse par le -_Figaro_ et ne sachant plus où donner de la tête. Ma collaboration avec -Béchard n’a été bonne qu’à me faire perdre plus de temps, de papier et -d’écritures. _En réalité, c’est moi qui ai tout fait_». - -Un des principaux dramaturges de l’époque, M. Eugène Grangé[339], -fournisseur attitré de la Porte-Saint-Martin et de l’Ambigu, qui avait -déjà tiré d’une cause célèbre, celle de _Fualdès_, une pièce très -réussie, avait été frappé des éléments de succès que les _Corbeaux du -Gévaudan_ pourraient trouver à la scène. «Les _Corbeaux_ s’impriment, -m’écrivait Pontmartin le 1^{er} septembre... Je ne sais si je vous ai -dit qu’il est question d’en faire un drame, et que M. Eugène Grangé -m’a demandé pour cela des autorisations que je me suis empressé de lui -donner?» - -Les _Corbeaux_ avaient des ailes; ils franchirent la frontière, et il -en parut des traductions en Espagne et en Allemagne. - - * * * * * - -L’année 1867 avait été bonne pour Pontmartin. Ses lettres de cette -époque respirent un vrai contentement; celles à Joseph Autran sont -particulièrement enjouées. Autran est à Vichy, où il voit tous les -jours madame V^{ve} Heine, qui lui parle souvent de Pontmartin, dont -elle achète religieusement et dont elle fait magnifiquement relier -tous les volumes. Le poète ne manque pas d’en informer son ami, qui -est resté à Paris malgré l’Exposition, malgré le Grand-Turc qui vient -d’arriver. Et Pontmartin de répondre aussitôt. Il date ainsi sa lettre: -_Paris-Byzance, je ne sais quelle date de l’Hégire, et, pour ces chiens -de Chrétiens, le 1^{er} juillet 1867_. Après quelques détails sur la -chronique parisienne, arrivant à madame Heine, il lance, sans crier -gare, un des plus énormes calembours qu’il ait jamais risqués: «Que -ne suis-je auprès de vous, dit-il, non loin de cette bonne veuve, -qui me paraît avoir autant d’indulgence que de millions! Vous savez -qu’elle a un intendant qui s’appelle Laroche. Si cet intendant lui -fait attendre l’argent qu’il doit lui envoyer, on pourra dire: _La -Roche-tard-paie-Heine_... Mais j’oublie que le Grand-Turc est dans -nos murs, et qu’on a étranglé des visirs ou jeté des femmes dans le -Bosphore pour moins que cela! C’est _in-sultant_, un pareil degré de -bêtise! donc, je me sauve, en vous remerciant encore...» - -Joubert, l’ami de Chateaubriand, écrivait parfois ses lettres en vers, -mais en vers libres[340]. Il arrive à Pontmartin, quand il est en belle -humeur, de remplacer sa prose par des alexandrins auxquels la rime, et -même la rime riche, ne manque pas plus que la mesure. Ainsi fit-il, par -exemple, le 6 décembre 1867. Le 2 mai précédent, les _cléricaux_ de -l’Académie avaient préféré M. Jules Favre au royaliste Autran, et voilà -que le nouvel élu venait de prononcer, au Corps législatif, un violent -discours contre Pie IX et le pouvoir temporel[341]. Pontmartin en -informe aussitôt Joseph Autran; il conserve à sa lettre la physionomie -de la prose; il se trouve pourtant qu’elle est écrite en vers. En voici -la fin: - - ...Comment rester fidèle à ma cause, à ma foi? On me parle de Dieu, du - Pape et de mon Roi... Bien; mais voici venir un détail qui me navre: - On nomma, l’an passé, le fameux Jules Favre. Qui le nomma? Falloux, - Montalembert, Berryer, Laprade, Dupanloup, tressèrent son laurier. - Aujourd’hui, son discours qui me froisse et me choque, du pouvoir - temporel publiquement se moque. Préférer ce bavard à mon poète Autran, - n’est-ce pas trop haïr l’infortuné _Tyran_, pauvre Machiavel compliqué - de Gribouille, dont l’étoile pâlit, dont le cerveau s’embrouille, et - qu’Arthur de Boissieu, l’homme du vendredi[342], persifla récemment - dans un conte hardi[343]? Pour notre âge de fer en contre-sens - fertile, le mal seul est fécond, et le bien est stérile. Un mensonge - s’accroche à chaque vérité. Vous êtes libéral... Vive la liberté!... - soit; mais que faites-vous de certaine Encyclique qui de quatorze - cent date sa politique? La Révolution vous blesse; ses abus vous - semblent révoltants? Alors le _Syllabus_ dit vrai; soumettons-nous, - dépouillons le vieil homme, et que 89 aille le dire à Rome!—ô cercle - vicieux, même pour la vertu! Dieu, que dois-je penser, et de moi que - veux-tu?... Un sphinx chaque matin veille devant ma porte. Faut-il - interroger l’énigme qu’il m’apporte? Il me dévorera, si je devine - mal, dût ma vieille carcasse être un maigre régal. Si je devine - bien, hélas! qu’y gagnerai-je? Pourrai-je triompher du trouble qui - m’assiège? Si le mot est _Peut-être_, il vaut mieux l’ignorer; mieux - vaut croire et bénir que maudire et pleurer. Plutôt que de hanter le - dangereux dédale, mieux vaut s’agenouiller humblement sur la dalle, - crier: _Meâ culpâ!_ je suis un grand crétin, puis dire à mon ami: Tout - à vous, - - PONTMARTIN. - - - - -CHAPITRE XII - -LA REVANCHE DE SÉRAPHINE - -LES TRAQUEURS DE DOT - -(1868-1870) - - Élection d’Autran à l’Académie. Chasses dans la Crau et la - Camargue.—M^{lle} Rachel et Ponsard, _Pernette_ et Victor de - Laprade.—M. Victorien Sardou et la _Dévote_. La _Revanche de - Séraphine_.—Mort de Lamartine et de Sainte-Beuve.—Les _Traqueurs de - dot_ et le _Figaro_.—L’Empire libéral. Prévost-Paradol. La guerre - et la _Marseillaise_, Paul Chevandier de Valdrôme. Histoire d’une - décoration. - - -I - -Au commencement de 1868, Pontmartin eut encore une vraie joie: elle -lui vint de l’Académie. Il n’avait pas voulu s’y présenter; il avait -repoussé toutes les avances que lui avaient faites les maîtres du -logis. Mais cette _immortalité_ dont il ne voulait pas pour lui-même, -il la désirait ardemment pour un autre, pour son cher Autran, que -minait depuis longtemps la _fièvre verte_ et qui tenait pour rien et -son hôtel de la rue de Montgrand[344], et La Malle et Pradine, et ses -autres domaines, tant qu’il ne serait pas assis sous la coupole du -Palais-Mazarin. Pontmartin qui, depuis plusieurs années, multipliait -en sa faveur les visites et les lettres, eut enfin la satisfaction de -pouvoir lui adresser, le 24 février 1868, ce bulletin de victoire: - - Je vous dirai que votre nomination est certaine, indubitable. M. - Guizot lui-même l’a dit à Michel Lévy, en ajoutant que, cette fois, - il était heureux de pouvoir se joindre à ses excellents collègues, - Mignet, Thiers et Berryer. Ces deux derniers ont en ce moment une - telle prépondérance, un tel regain de popularité et de gloire, que, - s’ils le veulent bien, ce n’est pas la majorité que vous devez avoir, - mais la quasi-unanimité. De cette façon, la réparation, quoique - tardive, sera complète[345]... - -Joseph Autran fut élu le 7 mai 1868 en remplacement de Ponsard. - -A la fin de mai, après avoir publié la cinquième série de ses -_Nouveaux Samedis_, Pontmartin quitta Paris pour le Vivarais, où -l’appelait le mariage d’une de ses belles-sœurs. Les mariages de -province ne se font pas aussi vite que ceux de vaudeville, et il -resta près de deux mois, à la Mûre, aux environs d’Annonay. «Cette -ville, écrivait-il à un ami, offre ce trait particulier que tous les -habitants s’y occupent, jour et nuit, à manger du chevreau. Pourquoi? -Parce que le chevreau, complet, se vend 2 fr. 75 centimes; quand on -l’a mangé, la peau, si elle est réussie, se vend 3 francs: il y a donc -un bénéfice net de 25 centimes—le prix d’un londrès—à dévorer cet -animal innocent, qui n’est pas beaucoup plus mauvais que le chat, et -qui, en outre, rappelle une foule de souvenirs virgiliens, bibliques et -bucoliques[346]...» - -La vie lui était du reste très douce à la Mûre. «Ma femme et ses sœurs, -écrivait-il encore, ont voulu me ménager ici un ou deux mois de repos, -de laitage, de fruits rouges, de promenades ou de haltes dans les bois -d’essences résineuses, et même d’installation dans une étable à vaches, -assez helvétique, où on m’a posé, dans un coin, une petite table avec -tout ce qu’il faut pour écrire. Je ne me plains pas; car la campagne -est délicieuse, et je réalise ici l’idéal qui me manque complètement -aux Angles: la vie rurale sans affaires.» - -Il passa le mois de juillet aux eaux de Vals. Cette année 1868 paraît -d’ailleurs avoir été pour lui une année de repos... relatif. Quand -vint l’automne, il se livra tout entier à son plaisir favori. Chaque -matin, avec ses deux chiens, _Flore_ et _Diavolo_, il se lançait à la -poursuite de lièvres invisibles et de perdrix absentes. «Les lapins -se moquent de moi, écrivait-il, les tourdes se tiennent à distance, -les pies me volent ma poudre et les merles me sifflent. N’importe, je -poursuis, avec un courage digne d’un meilleur sort, ces promenades -hygiéniques[347]...» Il rentrait, le soir, avec une mauviette dans son -carnier, heureux du reste et répétant ce mot de l’un des auteurs de -l’Anthologie: «Je suis sorti ce matin pour chasser des sangliers et je -suis rentré ne rapportant que des cigales.» - -Il lui arriva, cette année-là, de pousser ses expéditions cynégétiques -jusque dans la Crau et la Camargue. Au retour d’une de ces courses, le -29 septembre 1868, il écrit à Autran: - - Mon cher ami, à qui le dites-vous? Il y a un mois que je suis - ici[348], et il y a aujourd’hui 31 jours que je voulais vous écrire. - Si vous n’avez pas de ma prose, c’est que je voulais faire quelque - chose de mieux. J’étais invité par un de mes amis[349], en pleine - Crau, non loin de la station de Raphèle; une fois là, je me disais, - comme le Crevel[350] de Balzac, que je n’en ferais ni une ni _deusse_, - et que j’irais vous faire une petite visite, soit rue de Montgrand, - soit à La Malle. Vous ne devineriez jamais, mon cher ami, ce qui - m’en a empêché; c’est le manque de linge, de chaussures, de bas et - de pantoufles. Par suite d’épisodes aussi peu intéressants que peu - prévus, ma malle était accrochée à la petite gare de Salaise, qui - correspond avec Serrières. D’autre part, mon ami m’attendait à Arles, - avec sa voiture, à jour et à heure fixes. Je suis donc parti avec le - strict nécessaire pour trois jours de chasse; mais j’avais compté sans - les instances d’un autre habitant de la Crau, un frère de M. Léo de - Laborde. Or, sa Crau à lui est à celle des environs de Raphèle ce que - les marais pontins sont à la rue de Rivoli. Vous figurez-vous votre - longissime ami pataugeant dans des flaques d’eau, poursuivant des - bécassines, ne rencontrant que des taureaux d’allure fort inquiétante, - surpris par la pluie et n’ayant pas de quoi changer de chaussettes et - de souliers? Je suis revenu dans un piteux état, et je dois remercier - le ciel de n’avoir pas attrapé une maladie. - - Maintenant, je suis à votre disposition, où vous voudrez, quand vous - voudrez, tant que vous voudrez... - -La lettre à laquelle répondait le châtelain des Angles était de la -main de madame Autran, ce qui inspirait à Pontmartin ces jolies -lignes: «Vous ne me dites rien de votre santé; mais _votre_ écriture -a parlé pour vous, et, quoi qu’elle soit charmante, quoique la main -qui a tenu la plume soit vôtre, j’ai le chagrin d’en conclure qu’il -n’y a pas encore de mieux bien sensible. Puissions-nous au moins vous -distraire!...»—Et plus loin, en terminant: «Ma femme et Henri sont à -Évian depuis le 15 septembre; je suis seul ici, accablé d’affaires, -me débattant avec des fermiers qui parcourent tous les degrés de -l’insolvabilité, et n’ayant, pour me consoler, que le plaisir de vous -écrire et le plaisir encore plus vif de songer que je vous verrai -bientôt. Adieu, mon cher ami, je baise respectueusement la main qui -écrit, et je réponds tendrement à la voix qui dicte, par l’expression -d’une fidèle et inaltérable amitié.» - - -II - -En novembre, eut lieu, à Pradine, la réunion annuelle. Pontmartin, -cette fois, s’y rencontrait, non plus avec Dumas fils, mais avec M. -Jules Claretie, lui aussi futur académicien. Autran leur donna la -primeur de son discours de réception, consacré à François Ponsard. Il -n’y disait pas un mot de M^{lle} Rachel et du rôle de cette dernière -dans la renaissance classique qui rendit possible le triomphe de -_Lucrèce_. Cette lacune parut fâcheuse à Pontmartin, qui, en sa qualité -de vieux romantique, était très rebelle au _génie_ de Ponsard et se -refusait à voir en lui un initiateur et un chef d’École. De retour aux -Angles, il écrivit donc à Autran: - - Vous êtes en veine, et quoique je ne sois ni sorcier ni prophète—dans - mon pays ni ailleurs—je crois pouvoir vous prédire un brillant hiver, - un glorieux prélude ou cortège[351] à votre discours de réception, - que je regarde d’avance comme un succès infaillible. A ce propos, - mon cher ami, permettez-moi une remarque d’après coup, qui n’a aucun - rapport avec le mérite de l’œuvre, et dont vous ferez ce qu’il vous - plaira. Une allusion de trois lignes à l’apparition de M^{lle} Rachel, - qui précéda de cinq ans la tragédie de _Lucrèce_ et lui prépara les - voies, ne serait-elle pas tout ensemble un acte de justice et un - moyen détourné, non pas de diminuer Ponsard, mais de rétablir ces - proportions et ces nuances que le très spirituel public des _premières - représentations_ de l’Académie comprend à demi-mot? Il est certain - que ce fut sous les traits de cette méchante fille[352] que Melpomène - fit vraiment sa rentrée. Rachel fut la Muse, Ponsard ne fut tout - au plus que le prêtre, arrivant au moment où l’autel et le temple - étaient déjà relevés. Il vous suffirait, je le répète, de trois lignes - pour indiquer ce sous-entendu, une date, un nom, une phrase, pas - davantage[353]... - -Ces trois lignes, Autran se décida à les écrire. Les voici, telles -qu’on les trouve dans son discours de réception, prononcé le 8 avril -1869: «Qui ne se souvient de ces heureux débuts de Ponsard?... Quand -il apparut, c’était son heure: la foule, _ramenée aux anciens modèles -par une tragédienne inspirée_, commençait à se détacher de la poésie -aventureuse et sans frein, du drame turbulent et audacieux.» - -Pontmartin se défendait, nous venons de le voir, d’être «sorcier ou -prophète». A ce moment-là même pourtant, il se laissait aller à faire -une prophétie qui allait bientôt se réaliser. A l’occasion du poème de -_Pernette_, par Victor de Laprade, il avait publié deux articles[354] -où, tout en rendant justice aux beautés de l’œuvre, il ne taisait pas -son regret de voir l’auteur mêler la politique à la poésie et faire -de son héros l’interprète de ses haines contre le premier et, par -ricochet, contre le second Empire. En envoyant ces articles à Laprade, -il lui écrivait, le 1^{er} décembre 1868: - - Je n’aime ni n’estime le gouvernement actuel; mais je ne puis pas - vous suivre, Léopold de Gaillard et vous, sur les roches escarpées de - l’opposition _quand même_; je redoute plus que tout une Révolution; - j’en ai trop vu! J’ai gardé un trop fidèle souvenir de l’incroyable - sentiment d’humiliation et d’angoisse que je ressentis, le 25 - février 1848, lorsque, après dix-huit ans d’une opposition furieuse - et insensée contre Louis-Philippe, je me vis tombé dans les bras de - Caussidière et de Louis Blanc! _Si l’Empire tombe, sur vingt chances - il y en a trois ou quatre pour les d’Orléans et le reste pour une - troisième République, moins formidable que la première, mais moins - débonnaire que la seconde..._ - - Dans cette étrange et douloureuse position, que faut-il faire? Se - rallier? Nullement; mais revenir, tout en gardant le _decorum_, à un - idéal plus désintéressé des incidents de la vie politique; les poètes - à la poésie; les prosateurs à ces créations qui vivent d’une vie - imaginaire, à mille lieues de nos tristes réalités... - -Six jours auparavant, le 25 novembre, il avait écrit, sur le même -sujet, à Joseph Autran: - - ...La haine contre le premier, c’est-à-dire contre le second Empire, - finit par être, chez Laprade, une véritable obsession, et si elle lui - vaut les applaudissements de quelques coteries, il y perdra toute - l’élévation, toute la pureté, toute l’idéalité de son talent. Je ne - suis ni fonctionnaire, ni courtisan ni journaliste officieux; mais - je dis franchement aux poètes: Prenez garde! Un siècle ne défait - pas dans sa seconde moitié la poésie qu’il s’est faite dans la - première. _Il y a des pourvois contre les surprises ou les erreurs de - l’histoire; il n’y en a pas contre les créations, même mensongères, - de l’imagination des peuples._ Bonaparte, même condamné au nom de - la vérité et de l’humanité, restera poétique. Si des génies ou des - talents bien divers, Byron, Manzoni, Lamartine, Victor Hugo, Béranger, - Casimir Delavigne, ont vibré presque en même temps, c’est que, depuis - Brienne jusqu’à Sainte-Hélène, jamais destinée ne fut un plus riche - texte de poésie. Si la légende de gloire napoléonienne a pu prévaloir - à l’époque où les plaies de la France étaient encore saignantes, où - retentissaient encore les sanglots et les imprécations des mères, ce - n’est pas au bout de cinquante ans que vous effacerez ce prestige, - sous prétexte que M. Rouher vous trompe, que M. de Morny vous vola ou - que M. Haussmann vous démolit... - - -III - -Le 29 décembre 1868, le théâtre du Gymnase représenta une comédie de -M. Victorien Sardou, _Séraphine_, qui avait dû s’appeler d’abord _la -Dévote_, titre que la censure avait refusé. Très habilement faite, -renfermant deux ou trois scènes vraiment dramatiques, la pièce réussit. -Quelques naïfs du parterre, qui ne connaissaient peut-être que de nom -le _Tartufe_ du grand Poquelin, avaient même crié: _Bravo, Molière!_ -Hélas! ce n’était pas _Tartufe_ que rappelait la comédie de M. Sardou, -c’était tout bonnement le _Fils de Giboyer_. Séraphine, la présidente -de l’œuvre pour le rachat des petits Patagons, n’était qu’une copie, -très poussée au noir, de la baronne Pfeffers, d’Emile Augier. - -Rendant compte de la pièce dans _Paris-Journal_, Henri de Pène exprima -le regret que l’auteur n’eût pas consulté un homme du monde—tel M. -de Pontmartin—mis en contact par nécessité ou par goût avec de vrais -dévots et de vraies dévotes. - -L’auteur des _Causeries littéraires_ était aux Angles. Piqué au -jeu par ce gracieux souvenir, il lut _Séraphine_ et improvisa en -quelques jours une réplique, qui n’était rien moins elle-même qu’une -petite comédie en deux actes et un prologue. Elle parut aussitôt dans -_Paris-Journal_ sous le titre de _la Revanche de Séraphine_. - -Dans sa lettre d’envoi à Henri de Pène, Pontmartin disait: - - ..._Séraphine_ m’a paru, comme à la plupart de ses juges, plus - dramatique que juste, plus intéressante qu’impartiale. La véritable - question demeure intacte: Sardou ne l’a pas vue, ou il l’a redoutée. - - Il n’y a, selon moi, que deux manières de traiter ce sujet, si actuel, - de la _Dévote_: ou le léger croquis à la plume qui nous montre une - femme à la fois catholique et mondaine, allant le matin à l’église, - le soir au bal ou au spectacle, se passionnant pour le prédicateur à - la mode et inventant de bonnes œuvres pour le plaisir d’organiser une - fête, où elle inaugure une nouvelle toilette: mais on ne fera rien - de mieux, en ce genre, que la _Vie parisienne_; la veine me semble - épuisée, et ce n’est d’ailleurs que la surface du sujet. - - Ou bien—et c’est ici que le drame pourrait prendre de plus larges - proportions—la _Dévote_ vraie, sincère, émouvante et irritante tout - ensemble: avec son bien et son mal, les embarras qu’elle entraîne - dans la vie d’un homme d’imagination, mais aussi la sécurité qu’elle - apporte au foyer d’un homme d’honneur. De là des conflits, des - contrastes, des alternatives de comique et de pathétique, dont un - maître tel que Victorien Sardou pourrait, je crois, tirer un grand - parti. - - Je me couvrirais de ridicule, mon cher ami, si je vous disais que, - dans la _Revanche de Séraphine_, j’ai eu la prétention de faire ce - que je viens d’indiquer. Déclarer que cette esquisse est _injouable_, - ce n’est pas assez. J’ai voulu seulement répondre à votre appel, en - écrivant une page de critique dialoguée, vivante, résumée en quelques - personnages, ou mieux encore, comme dirait un joueur de whist, une - _invite_ à un véritable auteur dramatique—et pourquoi pas à Sardou - lui-même?—pour s’emparer de mon germe d’idée et en faire une vraie - pièce. - -Pontmartin faisait trop bon marché de son _esquisse_. La _Revanche de -Séraphine_ n’était pas si _injouable_ que cela. C’est une vraie pièce, -bien conduite, émouvante par endroits, toujours spirituelle. Peut-être, -s’il l’avait voulu, s’il eût récidivé, s’il s’y était appliqué -sérieusement et avec suite, peut-être l’auteur des _Samedis_ aurait-il -réussi au théâtre, comme il avait réussi dans le roman. - - -IV - -Le 1^{er} mars 1869, Lamartine mourait à Passy, pauvre, oublié, dans -l’ombre et le silence,—heureux pourtant, car il avait à son chevet -des amis véritables, une nièce, ou plutôt une fille, digne de porter -son nom, M^{me} Valentine de Lamartine, un prêtre qui allait mériter -bientôt la palme du martyre, celui-là même qui avait reçu le dernier -soupir de Chateaubriand, l’abbé Deguerry, curé de la Madeleine. Il -mourait fidèle au _Dieu de son berceau_, pressant sur ses lèvres -ce _Crucifix_ qu’il avait célébré, dans ses _Méditations_, en vers -impérissables. - -Quatre jours après, Pontmartin me mandait ce qui suit: - - Paris, vendredi 5 mars 1869. - - ...Je reçois à l’instant votre lettre, et je vous écris ces - quelques lignes pour me reposer le cœur et l’esprit. Je viens de - passer trois jours écrasants pour un homme d’âge. Lundi, à cinq - heures, mon fils, en rentrant, m’annonce la mort de Lamartine. - A sept, visite du directeur de l’_Illustration_, qui me demande - d’urgence un Lamartine pour mardi soir; ce même mardi, à 8 heures - du matin, lettre de Janicot, qui m’adjure de devancer de deux jours - _ma_ semaine littéraire et de faire _mon_ Lamartine[355] pour jeudi - soir. Engagement et promesse de ma part, que M. Janicot récompense - immédiatement par l’envoi d’un fauteuil d’orchestre pour la première - de _Faust_ à l’Opéra. Cette brillante représentation, embellie, à ma - gauche, de la présence de notre Empereur, à ma droite de celle de S. - M. la Reine d’Espagne; nous applaudissions encore et nous rappelions - mademoiselle Nilsson[356] à une heure 1/2 du matin. Hier j’étais moulu - comme si on m’avait jeté du haut de la Gemmi dans une écritoire. Mais - enfin me voilà sorti de ce coup de feu et rentré dans les conditions - de la vie ordinaire... - - ...Quant à mon petit volume[357] (qui paraît jeudi prochain), c’est - lui faire beaucoup d’honneur que de publier la petite note que je - vous envoie. Tout l’intérêt et peut-être tout le péril de ce volume - résideront, je m’y attends, dans l’étude de 55 pages sur Berryer[358]. - Je ne suis pas tout à fait rassuré de ce côté-là. L’expression d’une - tendre admiration obtiendra-t elle grâce pour les restrictions et - les réserves? L’hommage chaleureux à la Restauration me fera-t-il - pardonner certaines nuances de désabusement mélancolique? Les - anecdotes artistiques et les notes familières paraîtront-elles dignes - de ce grave sujet? Je doute, et, dans le doute, je demande à mes amis - de ne pas me juger avec trop de rigueur. Peut-être y a-t-il de la - vanité dans mon inquiétude, et la solution de ce petit problème sera - tout simplement qu’on laissera passer le volume sans y prendre garde: - - Gresset se trompe, il n’est pas si coupable! - -Pontmartin était coupable pourtant, et il avait raison de n’être point -rassuré. Son chapitre sur Berryer est une erreur et une faute,—une -faute qu’il aggravera encore quinze ans plus tard, en attendant de la -réparer par un suprême et définitif hommage. - -La lettre du 5 mars se terminait ainsi: - - Je n’ai pas besoin de vous dire, mon cher ami, avec quelle impatience - j’attends les bonnes et très bonnes feuilles de votre _Victor - Hugo_[359]. Votre point de vue de l’éreintement dans l’admiration me - semble excellent, et soyez sûr que vous aurez bien des gens de votre - côté. La mort de Lamartine, sans être tout à fait un événement (car on - le savait envahi déjà par les ombres de la mort, _morte futurâ_), a - cependant attendri les imaginations et les âmes, ramené les souvenirs - vers des époques où nul ne lui aurait disputé le sceptre de la - poésie moderne, et j’aperçois çà et là des indices, des velléités de - comparaison qui laisseraient l’avantage au poète des _Harmonies_. - Quant à moi, je ne dissimule pas mes préférences lamartiniennes[360]... - -S’il pleura Lamartine, je crois bien qu’il n’a pas pleuré -Sainte-Beuve, mort à quelques mois de là le 13 octobre 1869. Depuis -longtemps déjà rien ne subsistait plus de leur ancienne amitié. Nul -plus que Pontmartin ne prisait le talent de l’auteur des _Lundis_; -mais il admirait Sainte-Beuve en le mésestimant. «En dehors des crises -passagères, dit-il quelque part, des bourrasques et des gourmades de -la vie littéraire, le sentiment dont j’ai toujours eu à me défendre -à l’égard de Sainte-Beuve, ce n’est pas l’aversion, l’animosité ou -le dépit; c’est, au contraire, l’irrésistible attrait qu’un homme -rempli de bonnes intentions, mais faible et peccable, éprouve pour une -splendide et spirituelle courtisane[361].» - -Pontmartin était à deux cents lieues de Paris lorsque mourut -Sainte-Beuve et que son corps, comme il l’avait demandé, fut transporté -de son domicile au cimetière Mont-Parnasse, sans passer par l’église. -Son article, publié dans la _Gazette de France_ dès le 17 octobre, -n’était forcément qu’une première esquisse, un simple crayon; il se -terminait par ces lignes: - - Remarquez que j’ai fini, et que je n’ai pas dit un mot de religion. - Au comble de ses vœux, sénateur, bien en cour, parvenu aux dignités - et à la gloire, admis dans la plus intime familiarité des princesses, - Sainte-Beuve était cruellement froissé de se sentir impopulaire; il - s’est délivré du pli de rose du sybarite en embrassant la religion de - l’épicurien. Il a fini par obtenir ce qui lui manquait: il est parvenu - à la popularité par l’athéisme; désormais, il pouvait traverser sans - crainte le Luxembourg; il aurait même pu remonter en chaire. La libre - pensée est accommodante: elle permet de donner beaucoup à César, - pourvu qu’on refuse tout à Dieu. N’importe! Cette mort serre le cœur: - elle est effrayante et sinistre; cela _vous fait froid dans le dos_. - Mais nous sommes encore trop près de ce cercueil sans consolation, - de ces funérailles sans prières, de cette tombe sans espérance. Le - chrétien aurait trop à dire; l’homme du monde doit se taire. A la - religion du néant on ne peut opposer que le silence[362]. - - -V - -Quelques mois auparavant, en décembre 1868, M. de Villemessant avait -annoncé à ses lecteurs la prochaine publication d’un roman spécialement -écrit pour le _Figaro_ par MM. A. de Pontmartin et Frédéric Béchard, et -qui aurait pour titre: _les Traqueurs de dot_. J’avais aussitôt écrit -aux Angles pour demander ce qu’il y avait de vrai dans cette nouvelle, -et Pontmartin m’avait répondu le 19 décembre: - - Je regrette que vous ayez pris au sérieux ces _Traqueurs de dot_. - Voici leur histoire. Au mois de septembre, Frédéric Béchard m’écrivit - une lettre vraiment touchante, où il m’exprimait ses scrupules et - ses remords sur ce qu’il y avait d’illusoire dans son semblant de - collaboration aux _Corbeaux_, et il ajoutait que, pour s’acquitter - envers moi, il me priait de consentir à une contre-partie exacte des - _Corbeaux_, c’est-à-dire à un roman dont il serait l’auteur, et que - je corrigerais en détail, avant qu’il le livrât aux imprimeurs. J’ai - résisté, il a insisté, et nous avons fini par transiger. Il a été - convenu qu’il m’enverrait le _scenario_, que je lui communiquerais - mes idées, et que j’ébaucherais, à moi tout seul, la première partie - (il y en aura trois). Mais surtout il avait été stipulé que mon nom - ne paraîtrait pas. Malheureusement, M. de Villemessant, outre sa - légèreté proverbiale, a des préventions contre le talent de Béchard, - et celui-ci lui ayant demandé, comme une gracieuseté, d’insérer dans - le _Figaro_ la note relative aux traductions allemande et espagnole - des _Corbeaux_, il a profité de cette occasion pour commettre cette - première indiscrétion, qui sera probablement suivie de quelques - autres. J’ai immédiatement écrit, et on m’a promis qu’il n’y aurait - plus que des indiscrétions verbales, boulevardières, et que, dans tous - les cas, mon nom ne figurerait jamais au bas des feuilletons. Quant à - moi, je n’ai pas moins de deux romans et de trois nouvelles dans la - tête. - - Les romans: _l’Épée à deux tranchants_, _l’Auberge du Vivarais_. - - Je n’ai pas encore trouvé le titre des nouvelles; dès que je serai - à Paris, j’en écrirai une; car ici je perds un temps énorme, et dans - des conditions hébétantes. Puis je verrai si, avec cette nouvelle, - et les quelques esquisses que j’ai en portefeuille, je pourrai faire - mon volume, _les Miettes du pauvre_. Mais, dans tout cela, je mourrai - sans avoir réalisé mon grand rêve: un livre gigantesque, une épopée - intellectuelle qui se serait appelée _les Mémoires de Figaro_ et - serait allée de 1784 à 1851 (coup d’État). - -Six mois après cependant, le 8 juin 1869, le _Figaro_ publiait le -premier chapitre des _Traqueurs de dot_, avec la double signature -d’Armand de Pontmartin et de Frédéric Béchard. La veille avait paru, en -tête du journal, la lettre suivante, adressée au rédacteur en chef: - - Cher monsieur de Villemessant, - - Voici nos _Traqueurs de dot_, vous vous étonnerez peut-être d’y - trouver nos deux noms. - - Lorsque nous avons publié, dans le _Figaro_, les _Corbeaux du - Gévaudan_, signés d’un seul de nous, nous avons cédé, selon votre - désir, au préjugé qui frappe de discrédit la collaboration. Cette - fois, celui des deux auteurs qui avait gardé l’anonyme pour le - premier roman était naturellement désigné pour assumer à lui seul la - responsabilité du second. Mais nous avons fini par apprécier si bien - les avantages du travail en commun que ces cachotteries nous ont paru - puériles et que, bien loin de dissimuler notre collaboration, nous - désirons l’affirmer. - - Pourquoi n’en serait-il pas du roman comme du théâtre? L’essentiel, - c’est qu’au fond les deux collaborateurs soient liés par la communauté - absolue des idées générales. Nous comprenons que des écrivains, - partant de principes contraires, n’obtiennent que des effets - disparates. S’ils se trouvent placés, pour observer la société, au - même point de vue, leur observation ne peut que se compléter au lieu - de se contredire, et leur œuvre, en son ensemble, est forcément - homogène. - - Quant aux détails, la nature même du roman nous paraît la meilleure - justification de ce procédé littéraire. Une fois le plan bien arrêté, - le champ y reste encore assez vaste pour que l’imagination des deux - conteurs puisse s’y déployer librement. - - Dans les _Traqueurs de dot_, par exemple, qui transportent tour à tour - le lecteur des salons les plus parisiens sur les neigeuses Cévennes, - et des étroits horizons de la vie de province dans les immenses et - brûlantes savanes de l’Amérique du Sud, nous ne risquions ni l’un ni - l’autre, avouez-le, d’être gêné par le voisin. - - Au surplus, cher monsieur, vous restez absolument libre de maintenir - la combinaison primitive. Nous vous soumettons seulement notre idée, - justifiée d’ailleurs par d’illustres et heureux précédents. C’est à - vous de choisir et de décider. - - Tout à vous, - - A. DE PONTMARTIN, - - FRÉDÉRIC BÉCHARD. - -Pressé par Frédéric Béchard, _traqué_ par Villemessant, Pontmartin -avait fini par céder. Lourde était la faute, car ce roman médiocre, -ces feuilletons auxquels il avait pris une si petite part,—_quorum -pars parva fuit_,—ne pouvaient que nuire à son bon renom d’écrivain et -de conteur. Il le sentait mieux que personne; à peine la publication -fut-elle commencée qu’il s’en désintéressa complètement. Le 27 juin, il -m’écrivait de Paris: - - Un mot seulement, qui vous expliquera bien des choses. Ma femme est - malade depuis la fin d’avril; il n’y a jamais eu de danger, mais elle - est restée dans son lit près de six semaines, et nous n’en sommes pas - encore, malgré un mieux décisif, à la promenade en voiture. Il en est - résulté que j’ai complètement _lâché_ les _Traqueurs_: je n’ai pas - même revu le manuscrit; c’est Béchard qui a corrigé les épreuves... - - Maintenant, au risque de vous trouver incrédule, je vous dirai que - je désire ardemment un _fiasco_, et que jusqu’à présent circonstances - extérieures, public, administration du journal et imprimeurs me - servent à souhait... La collaboration, chose désastreuse en elle-même, - anti-littéraire, ennemie de toute inspiration franche et personnelle, - ne peut avoir de prétexte ou d’excuse que lorsqu’elle est agréable. - Or, pour moi, c’est un cauchemar et un supplice. - -En dépit de ces tristes _Traqueurs de dot_, ainsi laissés pour -compte par Pontmartin, sa campagne de 1869 n’en avait pas moins été -très brillante, puisqu’elle avait eu à son actif la _Revanche de -Séraphine_, une très remarquable nouvelle, _Françoise_, publiée dans -le _Correspondant_[363], le _Salon de 1869_ à l’_Univers illustré_, le -tome sixième des _Nouveaux Samedis_, et les Causeries hebdomadaires de -la _Gazette de France_. Au mois de juillet, ignorant que l’auteur des -_Samedis_ était encore à Paris, où le retenait la santé de sa femme, -Joseph Autran lui écrivait: - - Est-ce aux Angles, ou à quelque port de l’Océan, est-ce à vos - montagnes du Vivarais qu’il faut aller vous demander? ou plutôt - n’est-ce point encore à cette avenue Trudaine où vous avez, ce - me semble, poussé de plus fortes racines que vous ne pensiez? Je - m’explique du reste à merveille cette recrudescence de tendresse pour - Paris. Vous venez d’y faire une de ces campagnes qui sont tout un - rajeunissement, et vous y avez cueilli de nouveau trop de charmants - succès pour en quitter sans regret le cher théâtre. En vérité, cher - ami, j’admire cette puissance de sève. Il n’y a que vous pour se - renouveler ainsi de saison en saison et pour dresser une tige toujours - plus haute et toujours plus verte au milieu de tant de jeunesses déjà - flétries... - -Autran finira pourtant par retrouver son ami et par l’attirer, cette -année encore, à Pradine, dans ce charmant pays que le Luberon abrite -contre le mistral et qui réunit les pittoresques beautés de la montagne -aux douceurs et aux agréments de la plaine. Pontmartin y passera tout -le mois de novembre, et quand il sera rentré aux Angles, Joseph Autran -lui écrira: - - Mon cher ami, ce n’est pas à vous de m’écrire les souvenirs que vous - emportez de Pradine. C’est à moi plutôt de vous dire ceux que vous y - laissez. Croyez bien qu’une grande partie du charme de notre foyer - vient de ce que vous y apportez, et quand j’ai appelé ces douces - journées d’automne «l’été de la Pontmartin», je pensais moins à la - sérénité des jours qu’à ce rayonnement du cœur et de l’esprit qui - marque votre passage. Dieu nous accorde de les renouveler souvent - encore et de vieillir dans cette chère amitié qui, depuis trente ans, - n’a pas eu un nuage. - - -VI - -L’année 1870 s’inaugura par la formation du ministère Ollivier. Ce -coup de théâtre était presque un coup d’État. Napoléon III biffait, _le -2 janvier_, ce qu’il avait écrit _le 2 Décembre_; il brûlait ce qu’il -avait adoré, il adorait ce qu’il avait brûlé. Le nouveau ministère, -en effet, avait pour mission de transformer l’Empire autoritaire en -Empire libéral. Il y eut, dans le camp de l’opposition conservatrice, -un applaudissement presque universel. Les hostilités s’arrêtèrent; à -la guerre ouverte succéda l’armistice, prélude d’une réconciliation -prochaine. M. Guizot reparut dans les salons officiels; M. Odilon -Barrot présida la commission de décentralisation; le duc Albert -de Broglie accepta d’entrer dans la commission de l’enseignement -supérieur, où figurait également l’_irréconciliable_ Léopold de -Gaillard. Encore quelques semaines, et Prévost-Paradol deviendra -ministre de France aux États-Unis, pendant que M. Émile Ollivier sera -appelé par l’Académie française à l’honneur de remplacer Lamartine: MM. -Thiers et de Falloux se chargeront d’aller annoncer à l’heureux élu le -vote presque unanime de l’illustre Compagnie[364]. Pontmartin fut moins -prompt à l’enthousiasme. Même au plus beau moment de cette _lune de -miel_, il ne pouvait se défendre de répéter: - - Ce bloc enfariné ne me dit rien qui vaille. - -Le 25 février 1870, il m’écrivait des Angles: - - ...Je suis agacé de voir les choses tourner de façon à rassurer - peut-être l’égoïsme bourgeois, mais à frapper de prescription - indéfinie nos principes et nos espérances. L’Empire libéral, c’est - un pommier produisant des pêches; c’est Guillot le sycophante ou - le loup devenu berger. Ce n’est pas en greffant ainsi la liberté - sur le despotisme, l’économie sur la dilapidation, la justice sur - l’arbitraire, l’honnêteté sur la rouerie, que l’on refait l’esprit - public, le sens moral d’un peuple, ou, pour tout dire en un mot, son - âme... - -Il avait du reste, à ce moment, de nombreux sujets de tristesse. De -cette même lettre du 25 février, je détache ces lignes: - - Je lutte, depuis un certain temps, contre une _jettatura_ que tout - le corail napolitain ne réussirait pas à conjurer. Tombée malade au - mois de mai, ma femme commençait à peine à se remettre lorsque j’ai - été repris par cette gastralgie nerveuse qui m’a déjà fait de si - fréquentes et de si désagréables visites. Plus d’appétit, plus de - sommeil surtout. C’est comme un voile grisâtre, une brume de novembre - répandue sur ma pauvre imagination et, tant que ma femme n’est pas - tout à fait rétablie, nous ne pouvons pas songer à retourner à Paris, - où il paraît que l’on n’échappe à la glace et à la neige que pour - maudire le dégel, la boue et M. Chevreau[365]... - -Le 1^{er} mars, il conduisit sa femme à Cannes et l’y laissa avec son -fils, pendant que lui-même revenait à Paris, comptant n’y rester que -quelques jours, le temps seulement de donner congé à son propriétaire -de l’avenue Trudaine et de publier le septième volume des _Nouveaux -Samedis_. Les nouvelles de Cannes étant devenues meilleures, il -prolongea son séjour de quelques semaines jusqu’au milieu de juin, et, -comme l’année précédente, il fit le _Salon_ à l’_Univers illustré_. -Il se disposait à retourner aux Angles, quand il rencontra, un soir, -à l’Opéra, Prévost-Paradol, lui-même à la veille de partir pour -Washington. Comme il regagnait sa place, Paradol l’arrêta amicalement -au passage et lui dit: «Si votre modestie vous empêche de songer à -la succession de M. Villemain[366], nous sommes menacés de perdre -bientôt un autre de nos collègues, le pauvre Prosper Mérimée[367]...» -L’ouverture qui commençait interrompit celle que l’auteur de la _France -nouvelle_ allait lui faire. - -Un mois plus tard, la guerre éclatait. Pontmartin était aux Angles. -Il n’eut pas un instant d’illusion; dès la première heure, il comprit -l’immensité du péril. Tandis que les patriotes ou les dilettantes -de la capitale, bien installés dans leur fauteuil d’orchestre, -applaudissaient Faure ou M^{me} Marie Sass chantant la _Marseillaise_, -il disait aux Parisiens, aux ministres, aux généraux, à l’Empereur -lui-même: «Prenez garde, la _Marseillaise_ ne vous portera pas -bonheur!» Et peu de jours après, au lendemain de nos premiers -désastres, il ajoutait: «Des invités de Compiègne, des familiers du -Palais-Royal ont ouvert bravement le feu en attaquant les dieux et les -demi-dieux de l’Olympe officiel. Nous qui sommes constamment restés -à l’écart, loin des grandeurs et des flatteries de ce monde, nous -serons plus respectueux et plus humbles. Selon nous, si la fortune -a paru d’abord infidèle à nos armes, la faute n’en est ni au _chef -suprême_, ni au major-général, ni au Grouchy de 1870, ni au précepteur -dans l’embarras. Le vrai coupable, ou, pour parler plus exactement, le -véritable _jettatore_, c’est Rouget de Lisle; c’est l’hymne néfaste, -trop connu sous le nom de _Marseillaise_.» L’article se terminait -ainsi: «M. Émile Ollivier s’est écrié, du haut de la tribune: ‘Le -plébiscite[368] est la revanche de Sadowa!’» Non: le plébiscite a été -le prologue de Wissembourg, de Wœrth et de Forbach, ou, pour parler la -langue des joueurs, cette campagne de Prusse en France est le _paroli_, -le _banco_ du plébiscite.—«Sire, répondait Michaud à Charles X qui lui -reprochait son mutisme à la tribune, j’ai dit trois mots; ils m’ont -coûté trois mille francs: je ne suis pas assez riche pour continuer.» -La France n’a dit qu’un monosyllabe, et il lui a coûté beaucoup plus -cher. - -Ces lignes paraissaient dans la _Gazette de France_ du 12 août. Deux -jours après, Pontmartin recevait un pli officiel lui annonçant qu’il -était nommé chevalier de la Légion d’honneur. - -Voici ce qui s’était passé: - -Lors de la formation du ministère Ollivier, M. Eugène Chevandier -de Valdrôme, député de la Meurthe et l’un des chefs du tiers-parti -libéral, avait reçu le portefeuille de l’Intérieur. Pontmartin était -lié de longue date avec le frère du ministre, Paul Chevandier de -Valdrôme, peintre de talent, qui aurait peut-être été un grand artiste, -un paysagiste de premier ordre, si les entraînements de la vie mondaine -ne l’avaient trop souvent éloigné de son bel atelier de la rue de la -Tour-d’Auvergne. Plus d’une fois, dans ses _Salons_ de la _Mode_ et -de l’_Univers illustré_, il avait signalé à ses lecteurs, en termes -particulièrement élogieux, les tableaux de son ami. Paul Chevandier -avait une dette à payer. Sans en rien dire à Pontmartin, il demanda -pour lui à son frère le ruban de chevalier. Le ministre n’éleva -aucune objection. Pontmartin sans doute était un homme des _anciens -partis_; c’était un adversaire, mais un adversaire courtois; souvent -même il avait dénoncé le ridicule de la petite guerre d’allusions et -d’épigrammes que ses amis de l’Académie faisaient à l’Empereur. Du -côté de M. Émile Ollivier, qui prisait très haut le talent de l’auteur -des _Samedis_, les choses allèrent toutes seules; il se montra plus -favorable encore que son collègue de l’Intérieur. L’affaire une fois -décidée, restait à obtenir l’adhésion du principal intéressé. Paul -Chevandier, dans les derniers jours de juin, donna un dîner où son -frère Eugène et Armand de Pontmartin se trouvaient tous les deux. -Au dessert, le peintre dit au critique: «Pourquoi ne portez-vous -jamais votre ruban rouge?—Mais je ne l’ai pas.—Impossible!—C’est -pourtant vrai.» Alors le ministre, qui jusque-là n’avait rien dit, -prit la parole et déclara que si M. de Pontmartin s’engageait à ne pas -refuser, lui-même se chargeait de mener l’affaire à bonne fin, sans -que l’écrivain eût à faire la moindre démarche. Était-il possible de -répondre par un refus à une offre faite de si bonne grâce? Pontmartin -promit de ne pas se montrer intransigeant. Quelques jours après, il -quittait Paris, pour apprendre bientôt la déclaration de guerre, nos -premières défaites et la chute du ministère Ollivier[369]. Absorbé par -ses angoisses patriotiques, il avait complètement oublié sa rencontre -avec le malheureux ministre de l’Intérieur et le double engagement qui -s’en était suivi, quand, le dimanche 14 août, au moment de se rendre à -la messe, il reçut une grande enveloppe cachetée de rouge: c’était un -brevet de chevalier de la Légion d’honneur, daté du 9 août 1870, signé -par l’Impératrice-Régente Eugénie, et contresigné par le ministre des -Lettres, Sciences et Beaux-Arts, Maurice Richard. Cette nomination -qui, dans un autre moment, l’eût sans doute réjoui, lui causa plus de -tristesse que de joie: elle coïncidait avec le deuil de notre armée; -elle lui arrivait entre Reichshoffen et Sedan! - - - - -CHAPITRE XIII - - LES LETTRES D’UN INTERCEPTÉ.—LE RADEAU DE LA MÉDUSE.—LE FILLEUL DE - BEAUMARCHAIS.—LA MANDARINE. - -(1870-1873) - - La _Gazette de Nîmes_ et les _Lettres d’un intercepté_. M. - Gambetta. La _Journée d’un Proconsul_.—Cent jours à Cannes. La - _Décentralisation_ et le _Radeau de la Méduse_.—Mort de M^{me} de - Pontmartin. Le _Filleul de Beaumarchais_. Un mot de Louis David.—Le - comte d’Haussonville et Saint-Genest. Un Bûcheron qui ne débite pas de - fagots. La souscription nationale pour la libération du territoire. - Projet de Pontmartin. Le comte de Falloux.—Hôtel Byron, rue Laffitte. - La Taverne de Londres. M. Thiers. L’_Homme-Femme_ de Dumas fils. - Au château de Barbentane. Le toast de Mistral. _Entre voisins._ - L’inondation du Rhône en 1872.—Au Pavillon de Rohan. Une campagne au - _Gaulois_. La _Mandarine_. Le 24 mai 1873, Si le Roi n’avait rien dit! - - -I - -Après son article du 12 août, Pontmartin cessa ses envois à la -_Gazette de France_. Continuer à écrire, comme autrefois en pleine -paix, une Causerie littéraire, il n’y fallait pas songer. Les -Prussiens, d’ailleurs, allaient se charger de trancher eux-mêmes la -question. Ils investissaient Paris, et entre la rue Coq-Héron et les -Angles toute communication devenait impossible. Il écrira cependant; il -publiera dans un journal du Midi, _la Gazette de Nîmes_, des articles -où il essaiera une espèce de terme moyen entre le _premier-Nîmes_ et la -Causerie littéraire. - -Ces articles parurent sous le titre de _Lettres d’un intercepté_. Il -m’en parle en ces termes dans sa lettre du 5 novembre 1870: - - ...On a fondé à Nîmes un journal, pour lequel on m’a demandé ma - collaboration. Il m’a paru que, dans un moment comme celui-ci, - l’important n’était pas de rechercher un succès littéraire, qui - d’ailleurs est impossible, mais d’exprimer rapidement quelques vérités - utiles. La proximité m’assurait presque le bénéfice de l’_à-propos_, - et, une fois en train, j’ai écrit seize articles presque sans - interruption. Comme ils sont reproduits dans un journal d’Avignon, me - voilà finissant par où j’ai commencé, et redevenant, après plus d’un - quart de siècle, journaliste du Gard et de Vaucluse. - -Les _Lettres d’un intercepté_ sont au nombre de vingt-six; elles vont -du 29 septembre au 23 décembre 1870. - -Pontmartin les écrivait en plein _pays rouge_, dans ces départements -du Midi où l’on menaçait—de loin—les Prussiens, et où l’on -faisait—sur place—la guerre aux moines et aux prêtres, au Pape et -à l’Église. Sous l’impression que lui causaient les scènes hideuses -d’Autun, de Lyon, de Saint-Étienne, de Toulouse, de Limoges, de -Marseille, il lui est arrivé de se montrer très dur, un peu trop -dur peut-être pour les hommes du 4 Septembre et en particulier pour -Gambetta. Si le dictateur de Tours eut le tort, l’impardonnable tort, -de mettre l’intérêt de la République au-dessus de l’intérêt de la -France,—_République d’abord!_—il n’est que juste de reconnaître que -son effort n’a pas été entièrement stérile, qu’il y a eu, à certaines -heures, au milieu de ses _hâbleries_, un souffle de vrai patriotisme, -et qu’il a su parfois, du haut de son balcon, esquisser de beaux gestes. - -Ces beaux gestes, assez rares au demeurant, Pontmartin ne les a pas -voulu voir. Comme George Sand[370] et Pierre Lanfrey, et avant eux, -il a dénoncé sans ménagements, il a raillé, il a maudit la _dictature -de l’incapacité_[371]. C’est lui qui a _attaché le grelot_ à «cette -faconde d’estaminet, à cette célébrité de carton, à cet héroïsme de -clinquant, à cette dictature du balcon». Son livre se pourrait appeler -_l’Anti-Gambetta_. Pontmartin n’en a pas écrit de plus éloquent. Avec -quelle force il s’élève, au nom de la France de saint Louis, de Jeanne -d’Arc, de Fénelon, contre l’appel fait par le gouvernement de Tours à -ce fantoche italien, dont les mains étaient rouges de sang français, -_il signor Garibaldi_[372]! A côté de ces pages vengeresses, il y a des -pages prophétiques, telles que la suivante, écrite le 23 novembre 1870: - - Le caractère si profondément anti-chrétien de la révolution du 4 - septembre est ce qui m’épouvante le plus pour l’issue de la guerre et - l’avenir de mon pays. Ce pays a les reins solides. Quelle que soit - l’incroyable série de ses revers, il reviendra peut-être de l’état - désespéré où l’ont plongé les fautes de l’Empire, aggravées par ceux - qui devaient les réparer; mais ce dont il ne se lavera jamais, c’est - d’avoir laissé outrager cette chose sainte qu’on appelle la religion, - sous prétexte de défendre cette chose sacrée qu’on nomme la patrie; - c’est d’avoir permis qu’un vieux forban, justement exécré de tous - les catholiques, à la tête de quelques bandes de mécréants et de - coupe-jarrets, nous infligeât l’immonde parodie des interventions - étrangères; c’est de n’avoir pas compris que déclarer la guerre à Dieu - sous l’étreinte d’un ennemi vainqueur, c’était à la fois une honte, un - crime, une bêtise et un suicide. - - Le vent est aux prophéties, et je suis d’autant plus tenté de risquer - la mienne que, depuis quatre mois, les événements ne m’ont que - trop donné raison. J’écrivais, le 1^{er} août: «Prenez garde! la - _Marseillaise_ ne vous portera pas bonheur.»—Et, six jours après, - les sinistres échos de Wissembourg, de Forbach et de Reichshoffen - répondaient au refrain de Rouget de Lisle.—Aujourd’hui, je dis: - «Prenez garde! la _guerre au bon Dieu_ vous portera malheur. Ne bravez - pas Celui qui peut seul vous sauver par un miracle, vous qui n’êtes - pas et qui ne faites pas des prodiges!» - -Avec un écrivain tel que Pontmartin, l’esprit ne perd jamais ses -droits. Vous venez de lire ces beaux chapitres: _Après Sedan_; _Si -Pergama! Garibaldi_; _le Talion_; _l’Ile d’Elbe et Wilhelmshœhe_; -_les Honnêtes gens_; _Que faut-il croire? la Guerre au bon -Dieu_;—tournez le feuillet, et donnez-vous la fête de savourer les -pages sur les _Préfets hommes de lettres_,—MM. Challemel-Lacour et -Alphonse Esquiros,—et surtout la _Journée d’un Proconsul_, fragment -de manuscrit trouvé par un élève de l’École des Chartes dans la -bibliothèque de _Cahors_. - - -II - -Ses angoisses patriotiques, les victoires de la Prusse, aggravées et -envenimées par les victoires de la démagogie, le mauvais état de sa -santé, tout se réunissait pour accabler Pontmartin. - -Il dut obéir à l’ordre de son docteur, qui voulut absolument le -renvoyer à Cannes. Le 7 janvier 1871, il s’y installait, à la villa -des Dames de la Présentation; peu de jours après, je recevais de lui -une lettre où il me disait: «Nous sommes venus nous réfugier sur cette -plage, presque déserte cet hiver, comme de véritables naufragés. Je -sens que je ne résisterai pas à ces cruelles épreuves. A bout de -forces, atteint d’_anémie_, le cœur déchiré par les malheurs de notre -chère France, ayant vu sombrer tout ce qui fait le bonheur ou, du -moins, le repos du père de famille et du citoyen, je me fais à moi-même -l’effet de mon propre spectre, errant sur ce littoral où je retrouve -les ombres de Cousin et de Mérimée[373]...» - -Il devait y rester jusqu’au 17 avril 1871, ce qui lui permettra de dire -plus tard: «J’ai eu, moi aussi, mes _Cent Jours_[374].» - -Au commencement de mars, les _Lettres d’un intercepté_ parurent à -Lyon, chez les libraires Josserand et Pitrat. La vente avait lieu _au -bénéfice des blessés et prisonniers de l’armée française_. Pontmartin -écrivit, à cette occasion, au directeur du _Figaro_: - - Cannes (Alpes-Maritimes), 12 mars 1871. - - Mon cher chef, - - La réapparition du _Figaro_, au cercle de Cannes, a été pour nous - tous une joie, si toutefois ce mot est encore français. Je vois que - votre journal se porte mieux que jamais: en quoi je ne lui ressemble - guère. N’importe! mon indignation contre les hommes du 4 Septembre a - suppléé à mes forces absentes, et il en est résulté, sous le titre de - _Lettres d’un intercepté_, un volume que je vous recommande, parce - que vous aimez à traduire en bonnes œuvres la popularité du _Figaro_, - et que le volume se vend au bénéfice des victimes de la guerre. La - succursale lyonnaise de la maison Hachette a dû, sur ma recommandation - expresse, vous en adresser deux ou trois exemplaires. Je n’ajoute - rien; les grandes douleurs ne doivent pas être bavardes. Je me borne - à vous demander la charité pour des blessés, des prisonniers et un - malade, et je suis tout à vous. - -Lorsqu’il revint aux Angles, le 18 avril, sa santé ne s’était guère -améliorée, mais le courage et la force morale lui étaient revenus, -comme en témoigne la lettre suivante, qu’il m’écrivait le 24 mai: - - Mon cher ami, je n’attendais qu’un mot de vous pour renouer au plus - vite une correspondance qui aura été une des joies et une des forces - de ma vie littéraire. Commençons par un bulletin sommaire de nos - tristes santés. Ma femme, après avoir été, vers le 10 avril, presque - à l’agonie et avoir reçu tous les sacrements, va décidément mieux, - et comme ce mieux dure depuis six semaines, je crois que l’on peut - se reprendre à l’espérance. Quant à moi, j’étais revenu de Cannes - dès qu’il m’a été prouvé que ma femme ne pourrait pas venir m’y - rejoindre et que son état inspirait des inquiétudes. Nous étions - assistés, mon fils et moi, par une de mes belles-sœurs, et la malade - était bien soignée et entourée. Mais cette effroyable série de - désastres, d’angoies, de calamités publiques, de douleurs privées, de - souffrances physiques et morales, coïncidant avec l’échéance prochaine - de la _soixantième_ année, a produit en moi un effet singulier. Je - suis atteint d’une _anémie_ qui n’a rien de douloureux, sauf que - mes vieilles longues jambes ne peuvent plus me porter; et, en même - temps, comme pour rétablir l’équilibre,—ou plutôt, hélas! achever - de le rompre,—je me sens dans le cerveau, dans l’imagination, dans - le cœur un redoublement d’ardeur et de vie, que j’attribue, pour une - moitié, à l’excitation nerveuse, et, pour l’autre, à la grandeur - même des événements. J’éprouve à la fois le besoin d’exprimer des - idées que je crois vraies, et l’ardent désir de me dévouer à un idéal - patriotique et monarchique. Aussi, M. Charles Garnier[375], à la suite - d’un échange de lettres, m’ayant demandé ma collaboration, j’en ai - immédiatement profité pour commencer, dans la _Décentralisation_, - une seconde campagne, qui pourrait bien aboutir, en août, à un - nouveau petit volume, si les Communards de Paris et de la province - nous laissent un carré de papier et une bouffée d’air respirable. - Ce qui m’attriste, c’est que, tout près de moi, un de mes meilleurs - et de mes plus éloquents amis, Léopold de Gaillard, paraît avoir - reçu de ces mêmes événements une impression contraire. Il m’écrivait - avant-hier une lettre empreinte du plus morne découragement... - Certes, à ne considérer que les apparences, la France ressemble à un - malade incurable. Il faut qu’elle ait été mordue par un déma_dogue_ - enragé pour remplir ses conseils municipaux d’hommes tarés, forcenés, - incorrigibles, qui applaudissent tout haut ou tout bas aux crimes - de la Commune; et cela au moment où cette insurrection communiste - retarde la reprise des affaires, et où les Prussiens nous écrasent - de leurs ruineuses exigences. Mais c’est justement le caractère - surhumain des épisodes qui se succèdent depuis un an, qui m’a rendu - ma force morale, et qui soutient mon courage. D’une part, il y a - dans ces épisodes quelque chose de si étrange, de si gigantesque, - de si _biblique_, nous avons si brusquement passé d’Horace Vernet - à Martin[376], qu’à moins de se déclarer athée, on ne peut pas ne - pas s’incliner devant une intervention divine qui, seule, peut tout - expliquer et tout réparer. De l’autre, je me dis qu’il faut que Dieu - ait ses desseins, supérieurs à la méchanceté des hommes, pour que de - pauvres âmes faibles et malades comme la mienne, en proie, pendant les - dernières années de l’Empire, à une sorte d’atonie, tentées presque - de traiter d’illusions leurs croyances et de se laisser envahir par - le doute, aient été tout à coup ravivées, fortifiées, retrempées pour - la lutte par des catastrophes qui semblaient devoir, au contraire, - achever de les abattre. Ceci, mon cher ami, me ramène à mes _moutons_, - interceptés une seconde fois par les Prussiens de Belleville et de la - Villette. Mon éditeur lyonnais, en m’annonçant la 3^e édition de mon - volume, m’écrit que, contre son attente, les journaux du Midi—Nimes, - Avignon, Montpellier, Marseille, etc.—ont accueilli le livre par un - silence de glace, tandis qu’il a été énergiquement soutenu par les - journaux de l’Ouest. Il ne m’a pas été difficile de deviner, dans ce - bienveillant concours, votre amicale influence, et je vous en remercie - du fond du cœur pour moi, pour Pitrat, notre ancien metteur en pages - du _Correspondant_, et pour les trop nombreuses victimes de la guerre, - auxquelles j’ai déjà pu donner 600 francs (j’espère que nous irons à - mille, et nous y serions sans les événements de Paris)... Écrivez-moi - de temps en temps, si vos travaux et vos affaires vous en laissent le - loisir, et soyez sûr que le plaisir de vous lire et le soin de vous - répondre compteront toujours parmi les consolations les plus douces - d’un affligé qui vous aime, d’un obligé qui vous remercie, d’un malade - qui se ranime pour vous serrer vigoureusement la main. Tout à vous. - -Quelques jours après, le 7 juin, nouvelle lettre, mais toujours même -ardeur, même résolution de combattre, avec ce qui lui restait de -forces, la mauvaise littérature et l’esprit révolutionnaire: - - J’ai eu hier la visite de Léopold de Gaillard, que j’ai réchauffé et - rasséréné de mon mieux. Il était consterné, entre autres horreurs - communardes et pétroliennes, de la mort du R. P. Captier, qui, après - avoir commencé, à Arcueil, l’éducation de son fils, était devenu - son ami. Mais je n’ai pas eu de peine à lui prouver que la douleur - la plus légitime et la plus intense n’avait rien de commun avec le - découragement et l’abandon de ce qui peut encore se tenter dans - l’intérêt du vrai et du bien. Il doit partir lundi pour Paris, où il - va reprendre la direction du _Correspondant_, qui reparaîtra le 25 - juin. Je lui ai promis pour une des deux premières livraisons, un - article où j’essaierai de profiter de mes tristes avantages et de - déterminer la nouvelle situation faite à la critique par les calamités - sans nom qui nous écrasent... - -Après avoir rapidement esquissé le plan de l’article[377] qu’il -projetait d’écrire pour le _Correspondant_, il terminait ainsi sa -lettre: - - ...Le cadre est immense; c’est tout au plus si j’aurais la force de - remplir un des coins; mais, mon cher ami, quel horizon pour un homme - de trente ans, ayant le talent, la foi, le feu sacré! _Exoriare - aliquis!..._ Ce qui m’afflige et m’inquiète, c’est l’attitude de - la jeunesse, du moins dans nos villes du Midi. Il y a eu de braves - et intrépides jeunes gens qui se sont enrôlés sous les drapeaux de - Charette et sont morts héroïquement en combattant les Prussiens. - Y en aura-t-il pour se roidir contre les humiliations de la Paix, - s’associer à une restauration morale et sociale, travailler à une - œuvre de réparation, chercher une revanche ailleurs que dans ces - hasards de la guerre, qui nous ont si cruellement trahis, qui - pourraient nous trahir encore? L’abominable épisode de la Commune, les - nouveaux milliards qu’il nous coûte, les ruines qu’il nous laisse, - retardent indéfiniment cette revanche militaire à laquelle je ne - crois guère, et que je désire peu. Il ouvre, au contraire, la voie à - tout homme de cœur qui recherchera les causes de nos désastres et les - moyens de les réparer... - -Pontmartin reprit donc sa tâche. D’avril à octobre 1871, il publia, -dans la _Décentralisation_, une suite d’articles qui parurent en -volume, au mois de janvier 1872, sous ce titre: _le Radeau de la -Méduse_. - -L’insurrection du 18 mars, l’assassinat du général Lecomte et de -Clément Thomas, le renversement de la colonne Vendôme sous les yeux -des Prussiens, les incendies de Paris, le massacre des otages: que -de leçons à tirer de ces terribles événements! Pontmartin les fit -ressortir avec force. _La Prusse et la Commune_, _Paris_, _Cri -de détresse_, _la colonne Vendôme_, _Sommations respectueuses à -l’Assemblée nationale_, autant de chapitres qu’il est impossible de -relire aujourd’hui sans rendre hommage au bon sens de l’écrivain qui -nous donnait de si fermes conseils, sans déplorer l’aveuglement qui -nous a empêchés de les suivre. - -En nous signalant toute l’étendue du mal et en nous indiquant le -remède, Pontmartin n’avait eu garde de mettre en oubli le précepte du -Tasse, qui recommande d’enduire de miel et de sucre les bords du vase -que l’on présente au malade: - - Cosi all’egro fanciul porgiamo aspersi - Di soave licor gli orli del vaso. - -Ici, le miel et le sucre, ce sont les traits charmants et les mots -heureux. Rien de plus piquant que les _Épaves académiques_, et en -particulier le récit de la réception de M. Émile Ollivier,—réception -qui n’a jamais eu lieu[378].—Le discours du successeur de Lamartine -est, comme il convient, écrit en vers, et, naturellement, les strophes -du récipiendaire rappellent les strophes du _Lac_: - - Un jour, t’en souvient-il? nous gardions le silence: - On n’entendait, au sein du Corps législatif, - Que le bruit des couteaux qui frappaient en cadence - Le pupitre plaintif... - -_Se non è vero..._ Les lecteurs du nouveau _Lac_ durent se dire que -rien n’était désespéré, puisque l’on pouvait trouver d’aussi bons -morceaux sur le _Radeau de la Méduse_. - - -III - -Les douleurs et les deuils se succédaient sans relâche au cours de -cette horrible année 1871. En avril, M^{me} de Pontmartin avait été -presque à l’agonie; puis une apparence de mieux qui avait permis à son -mari de reprendre sa vieille plume. Puis une rechute, six semaines -de cruelles souffrances, et la fin. M^{me} de Pontmartin était morte -le 19 août, à 51 ans, conservant jusqu’au dernier moment sa pleine -connaissance et son courage: pas une plainte, pas un murmure, une foi -ardente, une résignation incomparable. Son âme s’était élevée depuis -longtemps vers cette vie surnaturelle qui, pour les chrétiens (et -M^{me} de Pontmartin était une chrétienne des anciens temps), est la -vie véritable. - - * * * * * - -Sous la deuxième République, Pontmartin avait représenté le canton de -Villeneuve-lès-Avignon au conseil général du Gard. Au mois d’octobre -1871, ses amis lui firent un devoir de poser de nouveau sa candidature. -Les chances de succès étaient nulles, puisque, le 2 juillet précédent, -à une élection partielle pour l’Assemblée nationale, le canton de -Villeneuve avait donné 400 voix de majorité aux candidats démagogiques. -Il accepta sans enthousiasme, fit bravement campagne et obtint un -demi-succès: le dimanche 8 octobre, la majorité ultra-républicaine -du 2 juillet se trouva diminuée des trois quarts. Il n’en était pas -moins battu, et, quelques jours après, il m’écrivait: «J’ai été, je -l’avoue, navré de cet échec, non pas pour moi—j’y gagne de pouvoir -rendre à la littérature un temps que m’auraient pris les attributions -singulièrement agrandies du conseil général—mais pour ce pays que -j’aime malgré ses ingratitudes et ses folies[379].» - -Les électeurs lui faisaient des loisirs; il en profita pour réaliser -enfin un projet longtemps caressé, pour écrire ce _Filleul de -Beaumarchais_, auquel il songeait depuis le 2 décembre 1851 et -qui avait dû s’appeler d’abord _les Mémoires de Figaro_[380]. Il -m’écrivait, le 6 novembre 1871: «Je commence ce soir»;—et, un mois -plus tard, le 5 décembre: «En attendant, je me console avec le _Filleul -de Beaumarchais_, dont la première partie sera expédiée aujourd’hui -même au _Correspondant_[381]. J’ai fini par me passionner pour mon -sujet au point de ne plus pouvoir songer à autre chose, et j’ai écrit -à la _Gazette de France_ que décidément je ne reprendrais mes articles -qu’après le jour de l’an. Pourtant, mon cher ami, ne vous figurez pas -que je vous prépare un récit de longue haleine, une page d’histoire; ce -sera tout au plus un tableau de genre. Le colosse rêvé en 1852 s’est -réduit peu à peu à des proportions de statuette...» - -Né le 27 avril 1784, le soir même de la première représentation du -_Mariage de Figaro_, le héros du roman, dans la donnée primitive, était -tué, le 4 ou le 5 décembre 1851, au cours de cette émeute plus ou moins -factice qui suivit le coup d’État. Entre ces deux dates, qui ne lui -donnaient en somme que soixante-sept ans, il allait d’étape en étape, -personnifiant une sorte de Gil Blas sérieux, aux prises avec autant de -déceptions qu’il y avait eu d’illusions à son baptême. - -De cette donnée première, il reste peu de chose dans le roman de 1871, -lequel finit en 1809, ou plutôt dès 1804. J’étais, pour ma part, -quelque peu déçu: je ne le cachai pas à Pontmartin, qui me répondit le -19 janvier 1872: - - Ce que vous me dites du _Filleul de Beaumarchais_ m’a un peu étonné. - Je vous avais averti que je ne prétendais faire qu’un tableau de - genre, une esquisse, et non pas du tout une grande page historique - et romanesque. Mes deux modèles ont été _Paul et Virginie_ et - _Graziella_; or ces deux récits ne mènent pas bien loin leurs - personnages. Virginie et Graziella meurent à dix-sept ans; les deux - romans finissent au seuil de la jeunesse, à l’aube de la vie. Je vous - avoue d’ailleurs que je me suis attaché surtout aux caractères de - Geneviève et du docteur Berval, qui, pendant cette phase terrible de - 1784 à 1804, personnifiaient à mes yeux quelque chose comme le chœur - antique,—la pitié, l’humanité, la vérité, la justice, s’efforçant de - se faire leur part dans ce chaos de passions violentes et criminelles, - dans ces alternatives d’anarchie et de dictature. Si j’avais réussi, - c’est là ce qui donnerait une valeur un peu plus sérieuse à cette - chaste et quasi enfantine histoire... - -La chaste idylle de Pierre Goudard—le _Filleul_—et de Jeanne -d’Erlange a pour cadre la Révolution, la Terreur, le Directoire et le -Consulat de Bonaparte. Il y avait là un premier péril. Louis David -disait un jour: «Si je veux peindre deux amants dans les Alpes, je suis -forcé ou de faire mes amants tout petits pour que mes Alpes aient une -certaine grandeur, ou de réduire mes Alpes à l’état de miniatures, pour -que mes amants soient grands comme nature.» L’écrivain a ici plus de -ressources que le peintre, et Pontmartin a su très habilement vaincre -la difficulté. Son récit côtoie l’histoire, sans jamais y verser, -sans se heurter non plus à un autre écueil, qui était également à -redouter. Puisque aussi bien son idée première avait été de montrer -que la Révolution a fait banqueroute, qu’elle n’a ni tenu sa promesse -ni rempli ses engagements, n’était-il pas à craindre que le roman ne -souffrît du voisinage de la thèse? Il n’en a rien été. L’auteur a -même eu le bon goût, dans ce récit franchement royaliste, de peindre -sous les couleurs les plus sympathiques le docteur Berval, qui est -républicain: il est vrai qu’il l’est si peu! En revanche, le romancier -ne ménage guère l’oncle de Jeanne, un _ci-devant_ pourtant, le marquis -de Trévières. C’est que l’âme de son livre n’est pas l’esprit de -parti, mais l’esprit de réconciliation, de justice, de concorde et de -paix,—sans préjudice de l’esprit tout court, l’esprit qui ne pouvait -pas ne point tenir une grande place dans un ouvrage en tête duquel -figure le nom de Beaumarchais, et qui est signé: Pontmartin. - - -IV - -Commencé aux Angles, le _Filleul de Beaumarchais_ avait été terminé -à Cannes, où Pontmartin s’était rendu dès le commencement de -janvier 1872, et où il avait pris gîte au _Pavillon des Jasmins_. -Il eut la bonne fortune d’y rencontrer M. d’Haussonville[382] et -Saint-Genest[383], du _Figaro_, qu’il ne connaissait pas encore et qui -allait devenir un de ses plus chers amis. Il m’écrivait, le 28 mars: -«Saint-Genest (dont le vrai nom est Bucheron, mais qui ne débite pas -de fagots) est ici pour quinze jours; nous avons fraternisé dès la -première séance.» - -C’était le moment où M. Paul Dalloz, directeur du _Moniteur -universel_, proposait de payer les cinq milliards de notre rançon au -moyen d’une souscription nationale. Si l’idée était peu pratique, elle -était du moins généreuse et patriotique. Pontmartin l’adopta aussitôt -avec enthousiasme. Seulement, sentant bien qu’elle ne pouvait réussir -parce que le chiffre était effrayant; comprenant que, pour obtenir le -difficile, il ne faut pas demander l’impossible, il voulait que l’on se -bornât à demander aux souscripteurs cinq cents millions, c’est-à-dire -l’intérêt de la dette prussienne pendant deux ans. - -Même avec cet amendement, le projet n’aboutit pas. Il en conçut un réel -chagrin, dont je retrouve la trace dans une de ses lettres: - - Forcé d’ajourner indéfiniment nos espérances légitimistes, - m’écrivait-il le 13 mars 1872, je m’étais un moment rabattu sur la - souscription nationale pour la délivrance du territoire. Cette noble - idée m’avait passionné, bien moins à cause du résultat matériel, - qui ne pouvait, hélas! qu’être incomplet, que parce que j’y voyais - une revanche morale, une réhabilitation, un moyen de diriger vers - une œuvre commune et indiscutable des milliers de volontés et - d’intelligences, divisées sur tous les autres points. Inscrits sur - les mêmes listes, associés à la même entreprise, nous ne pouvions - plus nous haïr. Le peuple, voyant les riches se saigner aux quatre - veines et le protéger, par ces nouveaux sacrifices, contre les chances - d’une nouvelle invasion, y aurait perdu ou adouci quelques-unes de - ses préventions et de ses haines. Que fallait-il, après tout, pour - arriver à ce chiffre de 500 millions, qui eût paru suffisant aux - plus pessimistes? 14 francs par habitant. En distribuant cet impôt - volontaire sur un espace de dix-huit mois, c’est-à-dire de 550 - jours environ, il eût suffi que les pauvres donnassent un sou par - semaine, les familles aisées 25 centimes, et que les riches, les - grands propriétaires, les grands industriels, les grandes compagnies - eussent assez de patriotisme pour se charger du reste. Ce n’était - ni impossible, ni même difficile. J’ai exposé tous ces calculs dans - une réunion de la Colonie française au Cercle de Cannes, et ils ont - paru limpides. Mais notre gouvernement de Gérontes parlementaires, de - Mathusalem d’opposition dynastique, ne comprend et n’aime rien de ce - qui touche à la grandeur morale, à l’esprit de sacrifice. Il ne nous a - pas même fait l’aumône d’une neutralité silencieuse, et maintenant, il - faut renoncer à cette illusion—comme à toutes les autres... - -Ses mécomptes et ses tristesses avivaient de plus en plus ses -sentiments chrétiens, sa foi religieuse. A la veille des fêtes de -Pâques, le 28 mars, il m’écrit: - - ...La Semaine sainte! que de devoirs elle m’impose, que de sentiments - elle réveille, en cette lugubre et sinistre année 1872, où je suis - seul, un pied dans la tombe, séparé par la mort de ma pauvre femme - que j’avais cru destinée à me survivre un quart de siècle, séparé - par l’absence de mon fils qui est à Rome! Comment, pendant ces jours - de deuil, assombris par d’autres deuils, ne pas s’absorber dans des - pensées de douleurs, de soumission et de piété, quand Dieu nous - frappe, quand les hommes nous menacent, quand les événements les plus - terribles semblent n’être que le prélude de calamités plus effroyables - encore!... - -Dans cette lettre du 28 mars, répondant à ce que je lui avais écrit -de M. de Falloux, de la sagesse de ses vues, de l’habileté de sa -politique, Pontmartin ajoutait: - - Tout ce que vous me dites dans votre lettre est d’une grande justesse; - oui, Dieu nous châtie, mais méritons-nous qu’il nous épargne? Les - chefs nous manquent; mais sommes-nous dignes d’en avoir? L’esprit de - parti, l’envie, la haine, notre manie d’opposition épigrammatique et - frondeuse, n’ont-ils pas tour à tour appliqué leurs dissolvants aux - gouvernements, aux hommes d’État, à toutes les garanties d’autorité - matérielle et morale? Personne n’admire plus que moi M. de Falloux. Il - est, depuis la mort de Berryer, le représentant le plus élevé, le plus - éloquent, le plus pur, le plus parfait des idées qui auraient pu nous - sauver, et il possède en surcroît une sagesse, un esprit de conduite, - une régularité de mœurs et d’habitudes que Berryer n’avait jamais eus. - L’a-t-on assez calomnié! assez déchiré! Et moi-même, en un jour de - folie bohémienne, ne l’ai-je pas bêtement égratigné; pourquoi? pour le - plus misérable de tous les motifs; parce que, lors de son ministère, - je l’avais trouvé ou avais cru le trouver trop froid, quand je lui - adressais quelque demande! - -Le 6 avril 1872, il quitta Cannes, où il avait fait un séjour de trois -mois. La veille de son départ, il écrit à M. Jules Claretie: - - Je quitte demain Cannes la pluvieuse, où habitent beaucoup - d’Anglaises, entre autres Miss-tification. Figurez-vous, en trois - petits mois, 49 grandes journées de pluie et d’innombrables rafales de - vent d’Est. Aussi ma santé qui n’était que mauvaise est-elle devenue - détestable. J’espère pourtant avoir la force et le courage de partir - le 17 ou le 18 pour Paris, où je dois rendre compte du Salon dans - l’_Univers illustré_. Jugez de mon empressement à aller me jeter dans - vos bras. Hélas! quel abîme entre nos dernières causeries de mai 1870, - et ce serrement de mains et de cœur... Aimons la France, mon cher - ami, aimons-la avec une passion qui nous soutienne, nous réconcilie - et nous console. Aimons-la une fois pour elle-même, dix fois pour ses - fautes, cent fois pour ses malheurs. Unissons-nous dans cet amour, - comme des enfants qui se seraient disputés pour des vétilles et qui - s’embrasseraient en regardant leur mère en pleurs. - - -V - -Le _Filleul de Beaumarchais_ parut en volume le 9 avril, et Pontmartin -en consacra le produit à l’_Œuvre du Sou des chaumières_. Il avait -dû, d’ailleurs, laisser son livre aller seul à Paris, où il n’arriva -lui-même que le 8 mai. Comme il n’avait plus son appartement de -l’avenue Trudaine, il logea hôtel Byron, 20, rue Laffitte[384]. J’eus -le plaisir d’y passer quelques semaines avec lui; nous prenions -d’ordinaire nos repas, à l’angle de la rue Favart et de la place de -l’Opéra-Comique, chez des restaurateurs qui s’appelaient, je crois, -Édouard et Félix, et dont l’établissement était parfaitement français, -quoiqu’il s’intitulât «Taverne de Londres». Là se rencontraient, -presque tous les soirs, avec Pontmartin, des journalistes, des hommes -de lettres et des artistes, Xavier Aubryet, Albéric Second, Alphonse -Royer, Robert Mitchell, Mario Uchard, Nuitter, Mermet, Vaucorbeil. -La vie d’hôtel et la vie de restaurant ne sont guère propices au -travail, surtout lorsque l’on a soixante ans bien sonnés. Pontmartin -pourtant trouvait moyen de travailler comme par le passé. «Je ne puis, -disait-il, renoncer au travail qui me semble aussi nécessaire à ma vie -que le pain que je mange et l’air que je respire.» - -Dès son arrivée, il avait repris à la _Gazette de France_ sa -collaboration hebdomadaire, suspendue depuis le 12 août 1870. Son -article de rentrée parut le 15 mai 1872, avec ce titre: _Notre -conversion_[385]. En même temps, il faisait, à l’_Univers illustré_, -le compte rendu du _Salon_, auquel il ne consacra pas moins de neuf -articles. Il fera encore chez Michel Lévy les _Salons_ de 1873 -et de 1874. Son dernier _Salon_, celui de 1878, paraîtra dans le -_Correspondant_. - -Littérature et beaux-arts sont bien loin, du reste, à ce moment, de -l’absorber tout entier. L’avenir de la France, les périls qu’elle -traverse, les calamités qui la menacent, voilà sa grande, presque son -unique préoccupation; elle n’est absente d’aucun de ses feuilletons -de la _Gazette_; elle le suit même au _Salon_, elle tient surtout une -large place dans ses lettres. A de certaines heures, le découragement -le gagne. Il m’écrit par exemple, le 15 juin 1872, après mon retour en -Bretagne: - - ...A quoi bon combattre? Nous ressemblons à des naufragés, à des - nageurs qui, d’une part, verraient s’éloigner de plus en plus le - rivage ou le port, et, de l’autre, sentiraient la vague grossir, - monter, d’abord sur leurs épaules, puis sur leurs têtes. Les quelques - députés que j’ai vus depuis dimanche assurent que M. Thiers paraît - enchanté des dernières élections[386]. Ah! si nous n’étions tous dans - la poêle à frire, comme je rirais le jour où cette miniature, cette - contrefaçon de grand homme, ce Cromwell de Lilliput, ce Washington - de buvette parlementaire sera avalé, d’une bouchée, par l’ogre - démagogique! Vous pouvez aisément vous figurer, mon cher ami, ce que - devient dans tout cela cette malheureuse littérature... - -Le 12 juillet, il revenait aux Angles, juste à temps pour y recevoir, -comme un dernier écho de Paris, l’étrange livre de Dumas fils, -_l’Homme-Femme_, qui lui inspira aussitôt un très bel article[387], -sans préjudice de cette vigoureuse page, que je détache de sa lettre du -21 juillet: - - ...C’est un mélange effroyable et incroyable d’aspirations chrétiennes - et de malpropretés réalistes; l’Évangile annoté par le D^r Ricord, la - pathologie expliquant le catéchisme, une goutte d’eau bénite dans une - cuvette d’eau de lavande, Vénus et Lucine fraternisant avec sainte - Anne et sainte Élisabeth. Si l’auteur a spéculé sur ce contraste - pour avoir un grand succès de vente, il doit être content; mais quoi - de plus triste et quel douloureux indice! Au fait, dans un temps et - dans un pays qui falsifient tout, pourquoi l’auteur du _Demi-Monde_ - ne serait-il pas un père de l’Église et un prophète? S’il faut faire - de la politique tarée pour être accepté comme grand citoyen et grand - patriote, pourquoi serait-il défendu de passer par la littérature - tarée pour arriver au rôle d’apôtre? M. Gambetta, grand homme de - guerre et Washington de l’avenir; M. Hugo, poète national; M. Dumas, - prédicateur d’une régénération sociale; M. de X., défenseur du trône - et de l’autel, tout cela se tient, se ressemble, et, quoique peu - enclin à la politique du surnaturel, je commence à comprendre qu’une - société favorable à de tels mensonges ne doit pas être modifiée par - un expédient, améliorée par une transaction, mais transformée par un - coup de foudre. On ne corrige pas un tonneau de vin sophistiqué en - y versant une bouteille de médoc ou de chambertin, mais en vidant - tout le tonneau. Adieu, mon cher ami; je tâcherai, sans préjudice de - notre correspondance, de vous donner, chaque samedi, de mes nouvelles - par la _Gazette de France_. Mes appréhensions, mes angoisses ne font - que redoubler en moi la conviction que nous devons lutter jusqu’au - bout, donner l’exemple du travail à bien des paresseux démocratiques - et communards qui nous accusent d’être oisifs. Sous ce rapport, - nos désastres m’ont rendu service—hélas! un service acheté bien - cher.—Car, je dois vous l’avouer, trois mois avant la chute de - l’Empire, je me voyais ou je me croyais au bout de mon rouleau de - papier; énorme rouleau dont vous connaissez la première feuille sous - forme de vers latins ou de version grecque (1826) et dont la plus - récente (20 juillet 1872) s’achemine vers la rue Coq-Héron. Total, 46 - ans, qui ont consommé deux Royautés, deux Républiques, un Empire et - plus d’argent qu’il n’en faudrait pour que tous les Français missent - au pot, non pas la poule, mais le faisan doré. - -L’automne de 1872 fut marqué pour Pontmartin par une heureuse -rencontre. Le 3 octobre, il était à la villa de Barbentane[388], chez -le marquis Léon de Robin-Barbentane. Frédéric Mistral s’y trouvait en -même temps que lui. A table, le chantre de _Mireille_ porta un toast -en vers, recueilli depuis dans les _Iles d’Or_, et dont voici la -traduction: - -ENTRE VOISINS - - Pour faire bien ce qui est dû—comme au temps de la reine Jeanne—et - de René le roi féal—aux nobles dames du château—je bois ce vin de - Barbentane. - - Je bois ensuite au marquis d’Andigné[389]—qui, dans la guerre âpre - et farouche—lorsque s’éteignait toute gloire—sous le feu des - canonniers,—lui, se ramassait une couronne. - - Puis à Monsieur de Pontmartin—je porte un toast à coupe rase,—car il - est le roi de ce festin,—et dans ses livres diamantés—sa plume d’or - vaut une épée[390]. - -_Entre voisins!..._ A peine Pontmartin était-il revenu de Barbentane, -que son _voisin_ le Rhône lui faisait la politesse de venir jusqu’au -seuil de sa porte. Après quatre mois de sécheresse, on avait eu, -depuis le 1^{er} octobre, pendant plus de quinze jours, des pluies -continuelles et torrentielles. On put craindre un moment une -inondation plus terrible que celles de 1840 et 1856. Pontmartin dut -faire transporter au premier étage de sa maison tout son mobilier du -rez-de-chaussée. Il en résulta, dans ses habitudes, durant quelques -semaines, un bouleversement complet, et un vrai serrement de cœur, en -face de cette plaine fertile, changée en un lac gigantesque. - -Chose singulière, c’est au milieu de ces bouleversements et de ces -ennuis qu’il a écrit quelques-uns de ses plus jolis articles, ces -_Fantaisies et Variations sur le temps présent_[391], qu’il a placées -sous le couvert de _M. Bourgarel, ancien magistrat_, et au milieu -desquelles s’épanouit ce petit chef-d’œuvre d’_humour_ et d’ironie, _M. -Gambetta, membre de l’Académie française_[392]. - - -VI - -Ce fut seulement le 12 mars 1873, après un séjour de huit mois à la -campagne, qu’il revint à Paris. Il prit, cette fois, un appartement rue -de Rivoli, 172, au Pavillon de Rohan. Ce quartier lui convenait mieux -que le boulevard des Italiens, trop brillant, trop bruyant et trop -jeune pour son âge et pour ses goûts. - -Le 5 avril, le _Gaulois_ annonça qu’il publierait, chaque semaine, -deux articles de l’auteur des _Samedis_. Pensant bien que cette -collaboration à une feuille bonapartiste me causerait quelque surprise -et quelque contrariété, Pontmartin m’écrivit le jour même: - - Vous verrez dans le _Gaulois_ de ce matin l’annonce d’une - collaboration qui vous surprendra. Voici l’explication pour mes vrais - amis. En quittant les Angles, j’ai pu me convaincre que, grâce à nos - quatre inondations,—il y en a eu une cinquième le 16,—la récolte de - cette année serait à peu près nulle; sans compter les dégâts et les - réparations urgentes. User de mon droit strict, c’est-à-dire obliger à - me payer des gens qui ne récoltent rien, ce n’est nullement dans mes - habitudes, et j’ajoute qu’au milieu de notre _mal’aria_ républicaine - et méridionale, ce serait très impolitique, si ce n’était très peu - charitable. Or, M. Edmond Tarbé[393], gracieux et élégant _gentleman_, - m’a offert un prix si nouveau pour moi, tellement hors de proportion - avec mes honoraires habituels, que je n’ai pas cru devoir refuser. - J’essaierai de faire, dans le _Gaulois_, quelque chose d’intermédiaire - entre le _premier-Paris_ et la Causerie littéraire; une variante des - _Lettres d’un intercepté_ sous une forme plus parisienne; je garde le - droit d’y rester, si je veux, absolument légitimiste; mais, à tort ou - à raison, je crois que nous touchons à une phase où il sera plus utile - de démarquer le drapeau de la défense sociale contre les radicaux dont - la victoire approche. Le comte de Chambord,—et c’est, j’en suis sur, - l’opinion de M. de Falloux et la vôtre,—s’est arrangé de façon à - simplifier notre tâche. Réfugié dans le surnaturel, dans le sentiment - d’une mission providentielle qu’il croit être appelé à remplir tôt ou - tard, il ne nous laisse plus d’autre champ de bataille que celui où - peuvent s’unir tous les défenseurs de l’ordre, de la religion, des - grandes vérités sociales et morales, pour conjurer le péril urgent et - combattre l’ennemi commun. Sous ce rapport, le _Gaulois_, qui tire - à 25000 exemplaires et qui espère avoir, vers la fin du mois, 10000 - abonnés de plus, m’est plus favorable que la _Gazette de France_... - -Il n’abandonnait point, du reste, la _Gazette_, où ses _Samedis_ ne -subirent aucune interruption. - -Les chroniques de Pontmartin au _Gaulois_ parurent du 9 avril au 24 -juillet 1873. Elles sont au nombre de vingt-trois. En voici les titres: -_La Première hirondelle_;—_Pilote habile_;—_Le Plat du jour_;—_Le -Second Favre_;—_Héloïse et Abélard_;—_Le Rouge et le Jaune_, ballade -parisienne;—_Le Secret des monarchistes_;—_Les Termites_;—_Leur -Modération_;—_La Revanche_;—_La Vraie recette_;—_La Confession -d’un... moine italien_;—_Les Hommes nécessaires_;—_Hé! donc?_—_Les -Vieilles lunes_;—_Libérateur du territoire_;—_La Rosière de -Draguignan_, saynète;—_Qui veut la fin veut les moyens_;—_Ce qu’ils -auraient fait, ce que vous faites_;—_Le Pour et le Contre_;—_La -Première du ROI S’AMUSE_;—_Lettre d’Usbek à son ami Rustan, à -Téhéran_;—_Les Pèlerinages_. - -De ces vingt-trois chroniques, cinq seulement ont été reproduites par -Pontmartin dans ses _Nouveaux Samedis_[394]. Ce sont celles qui ont -pour titres: _Pilote habile_, _le Plat du jour_, _leur Modération_, _la -Confession d’un... moine italien_, _Qui veut la fin veut les moyens_. -S’il eût réuni en un volume spécial ces pages railleuses, fantaisistes, -humoristiques, ce volume eût été l’un de ses meilleurs. Les maîtres -du genre, Prévost-Paradol, Arthur de Boissieu, J.-J. Weiss, n’ont -peut-être jamais fait une campagne aussi brillante. - -Au mois d’avril, précisément à l’heure où il commençait sa campagne -du _Gaulois_, Pontmartin avait publié un volume de nouvelles, _la -Mandarine_. La Mandarine, ce n’est pas ici cette espèce d’orange qui -nous est primitivement venue de Malte; c’est la femme du mandarin. -Rousseau demande quelque part à son lecteur ce qu’il ferait dans le -cas où il pourrait s’enrichir en tuant en Chine, par sa seule volonté -et sans bouger de Paris, un vieux mandarin. Sur ce thème, Pontmartin -a brodé un petit roman d’une invention originale et d’une singulière -vérité d’observation. Il nous a conté comment, dans un instant plus -rapide que l’éclair—le temps qu’il faut pour avoir une mauvaise -pensée—l’honnête et malheureux Albéric de Sernhac avait tué sa -mandarine. - -Cet ingénieux et dramatique récit[395] forme la pièce principale du -volume, que complètent d’autres nouvelles, _Françoise_, _Un Trait de -lumière_, _Cent jours à Cannes_, _les Deux talismans_ et _Une Cure -merveilleuse_. - - * * * * * - -L’Assemblée nationale s’était séparée le 8 avril 1873 pour ne -reprendre ses séances que le 19 mai. Le 27 avril, l’ex-instituteur -Barodet, le maire révoqué de Lyon, fut nommé député de Paris, battant -de 40,000 voix M. de Rémusat, ministre des Affaires étrangères. Cette -élection démagogique était le coup de cloche qui annonçait la chute -prochaine de M. Thiers. J’avais quelque désir d’assister de près à -l’événement. Mes amis de Versailles m’engageaient à venir à Paris. -Pontmartin me mandait qu’il m’avait trouvé au Pavillon de Rohan une -chambre pas chère. Le 18 mai, je me décidai à l’aller rejoindre, et -nous passâmes ensemble une dizaine de jours, dont le souvenir m’est -resté très présent. - -Je trouvai Pontmartin dans une véritable fièvre de travail. Il -écrivait quatre grands articles par semaine, une Causerie du samedi -à la _Gazette_, deux _premiers-Paris littéraires_ au _Gaulois_ et -une _Revue du Salon_ à l’_Univers illustré_. Joignez à cela une -correspondance active, force visites, déjeuners fréquents à Passy chez -Saint-Genest ou chez Cuvillier-Fleury, soirées passées tour à tour -chez Jules Sandeau ou chez Joseph Autran, et vous aurez une idée de -l’activité de ce sexagénaire qui se disait toujours mourant, rendu, -fini! Il composait en général ses articles le matin en se promenant -dans le jardin ou les galeries du Palais-Royal, alors à peu près -désertes. L’article une fois _fait_, et quand il ne restait plus qu’à -l’écrire, il l’écrivait de sa petite écriture fine et nette, sans -ratures et sans retouches. Si, à ce moment-là, j’entrais dans sa -chambre, et si je voulais prendre un livre ou une Revue: «Pourquoi -lisez-vous? disait-il; causons plutôt comme si de rien n’était. Ce -n’est rien du tout que mon article.» Et ce rien du tout, qu’il jetait -sur le papier tout en causant, c’était quelquefois une page exquise, un -morceau achevé, un chapitre fait de main d’ouvrier. - -Le 21 mai, j’étais à Versailles, Pontmartin n’avait pu m’accompagner, -ayant à faire ce jour-là, pour la _Gazette de France_, un article sur -les _Sonnets capricieux_, de Joseph Autran. «J’entreprends, disait-il, -aujourd’hui mercredi, 21 mai, j’entreprends d’écrire une page à propos -de ce livre, sans être bien sûr que mes écritures ne se heurteront pas -en chemin à une révolution ou à un coup d’Etat[396].» - -L’article parut le samedi 24 mai, à cinq heures du soir, au moment où -l’Assemblée nationale, en retard de deux ans, renversait M. Thiers. - -Ce même soir, l’Opéra-Comique donnait la première représentation de -_LE ROI L’A DIT_, paroles d’Edmond Gondinet, musique de Léo Delibes. -J’y assistais avec Pontmartin et Léopold de Gaillard. On se disait -dans les entr’actes: «Thiers est battu, Mac-Mahon refuse, Mac-Mahon -accepte.» Malgré les préoccupations politiques, la pièce obtint un -éclatant succès. Hélas! quel succès plus éclatant, quel triomphe pour -les honnêtes gens, pour la France, si cinq mois plus tard, le 27 -octobre 1873, _LE ROI_ n’avait _RIEN DIT_! - - - - -CHAPITRE XIV - - LES ÉLECTIONS DE 1876.—L’EXPOSITION UNIVERSELLE DE 1878.—SOUVENIRS - D’UN VIEUX MÉLOMANE. - -(1874-1878) - - L’_Union de Vaucluse_. La Politique en sabots. Mort de Jules Janin. - _Beati non possidentes!_—Les Élections de 1876. Rue et hôtel de - Rivoli. Le marquis de Besplas et le château de la Garenne-Randon. - Léontine Fay et le _THÉATRE DE MADAME_.—Mort de Joseph Autran. Le - Seize-Mai. Les articles sur M. Thiers.—Séjour à Hyères. M^{gr} - Dupanloup. La villa de Costebelle. La Messe à bord du vaisseau-école - le _Souverain_. Lettre de l’Évêque d’Orléans. L’Exposition universelle - et la rue de Passy.—_Promenade au Salon de 1878._ Le _Barabbas_ de - Charles Muller et l’_Apothéose_ de M. Thiers. M^{lle} Sarah Bernhardt - et le buste de M. Émile de Girardin. Les _Souvenirs d’un vieux - mélomane_. Article d’Henri Lavedan. Pontmartin quitte Paris pour n’y - plus revenir. - - -I - -Pontmartin, après le 24 mai, avait cru au retour prochain de la -monarchie. La lettre du 27 octobre, qui détruisait toutes ses -espérances, lui causa une inexprimable douleur. Sa santé même en -reçut une grave atteinte. Il m’écrivait, le 4 novembre: «Depuis qu’a -paru la lettre néfaste, mes insomnies, qui n’étaient que fréquentes, -sont devenues continuelles, et il en résulte, chaque lendemain, un -assoupissement maladif, qui dérange même l’équilibre de mes facultés -intellectuelles. J’ai dû m’interdire tout travail.» - -Mais, pour lui, ne plus écrire, c’était la chose impossible. Là, -d’ailleurs, était le devoir. Il me mandait des Angles, le 31 janvier -1874: «Je voudrais pourtant travailler encore; il me semble que, dans -un temps comme celui-ci, un écrivain n’est tout à fait libéré que -lorsqu’il est tout à fait mort.» Dès la fin de novembre 1873, sans -reprendre encore ses _Samedis_ de la _Gazette_, suspendus depuis le -mois d’août, il avait taillé de nouveau sa plume. «Voici plus de trois -mois, me disait-il, le 27 février 1874, que je me suis fait, non pas, -hélas! prophète, mais journaliste dans mon pays. j’ai eu parfois envie -de vous envoyer mes articles, mais il m’a paru qu’ils ne pouvaient -intéresser que les Vauclusiens. Pourtant un des derniers, intitulé -_Honorum dehonestamentum_, a eu quelque retentissement.» - -C’est dans l’_Union de Vaucluse_ que paraissaient ces articles; deux -des plus réussis, _les Fantômes_ et _Marphurius ou les Superstitions_, -ont été recueillis dans le tome X des _Nouveaux Samedis_, où ils -forment les chapitres VII et VIII de la série qui a pour titre: -_la Politique en sabots_. Ils ont été écrits à l’occasion de -l’élection partielle dont le département de Vaucluse fut le théâtre -en février-mars 1874, et où se trouvaient en présence le citoyen -Ledru-Rollin et un ami de Pontmartin, le marquis de Biliotti[397]. - -Cette petite campagne de presse, dans sa ville natale, sur le terrain -même où avaient eu lieu ses débuts, avait sans doute ranimé ses forces; -il en profita pour envoyer au _Correspondant_ deux grands articles, -l’un sur Prosper Mérimée, à propos des _Lettres à une Inconnue_[398], -l’autre sur le _Quatre-vingt-treize_ de Victor Hugo[399], Autran lui -écrivait, le 27 mars, après la lecture du second de ces articles: «Vous -êtes vraiment un homme étonnant, vous qui trouvez ainsi ces flots d’une -prose éloquente, toujours plus pure et toujours plus abondante. _Il est -des écrivains qui sont des sources vives, vous êtes un de ceux-là._ Le -_Figaro_ disait, l’autre jour, par la plume de ce mystérieux François -Duclos[400], que vous n’aviez rien à envier à Sainte-Beuve. Je le crois -certes bien. Jamais, au grand jamais, Sainte-Beuve n’a eu cette ampleur -de vue et cette maëstria de style qui vous appartiennent. Il avait sans -doute des qualités de finesse incroyables; mais, si exquises qu’elles -fussent, elles étaient certainement d’un ordre inférieur aux vôtres...» - -Cette lettre d’Autran alla trouver Pontmartin à Cannes, d’où il -m’écrivait à ce même moment: - - Cannes, Hôtel de la Plage, 29 mars 1874. - - Mon cher ami, si vous vous étonnez de mon long silence, ce seul mot, - _Cannes_, vous répondra pour moi. J’allais partir pour Paris quand, - tout à coup, un mistral furieux, imprégné de toutes les neiges du - Ventoux, du Luberon et des Alpines, est venu fondre sur nos bords du - Rhône, ménagés jusque-là par l’hiver 1873-1874. Je me suis enrhumé, et - mon médecin m’a ordonné de faire mon pacifique 20 mars, non pas quai - Malaquais ou sous le marronnier des Tuileries, mais sur le golfe de la - Napoule, à 4 kilomètres du golfe Jouan. Il est permis d’être un peu - girouette quand le vent est si violent, le terrain si peu solide et - la politique si variable. Je suis donc venu à Cannes, et j’y resterai - probablement jusqu’au 15 avril; un mois d’exil ou de vacances, suivant - qu’on est plus épris des beautés de la nature ou du bel-esprit - parisien. Au surplus, je dois vous avouer que, d’année en année, Paris - m’attire moins et m’effraie davantage. Qu’irais-je y faire?... Le vrai - nid, ou, hélas! pour parler plus exactement, la vraie retraite, quand - on a passé la soixantaine et qu’on n’est guère valide, c’est le pays - natal; c’est la maison des champs où l’on a grandi, où l’on a promené - ses premiers rêves après avoir lu _René_ et les _Méditations_, où l’on - a vécu, prié, pleuré, souri, espéré, aimé sous l’aile maternelle, où, - cinquante ans plus tard, on retrouve à chaque pas la trace des années - heureuses. Sans considérer les vanités de ce monde avec le pessimisme - hautain de Chateaubriand ou le dédain hiératique de Bossuet, y a-t-il - quelque chose de plus misérable que le spectacle auquel nous assistons? - - * * * * * - - Quel bon moment pour acheter des sabots et lire les _Géorgiques_! - En attendant, mon cher ami, Cannes m’inonde de soleil et réalise à - mes yeux ces deux lignes des _Lettres à l’Inconnue_: «Il y a tant - de fleurs et de si belles partout, que la verdure est une exception - dans le paysage.» Pendant que je vous écris, je n’ai qu’à lever les - yeux pour apercevoir, de ma fenêtre entr’ouverte, ces montagnes que - l’imagination des Grecs aurait peuplées de faunes et de dryades, - cette mer dont les vagues somnolentes viennent expirer sur la plage - dans leur frange d’écume, avec un murmure monotone et mélancolique; - c’est très beau et un peu triste; mais quoi de plus _humain_, de plus - en harmonie avec les cordes mystérieuses de l’âme, que ce mélange de - beauté et de tristesse? Tout ce qu’il faut pour charmer nos regards, - et pour nous avertir qu’il existe encore quelque chose au delà?... - -Dans les premiers jours de mai, Pontmartin revient à Paris et -s’installe, comme en 1873, au pavillon de Rohan. Il publie le dixième -volume des _Nouveaux Samedis_ et fait sa rentrée à la _Gazette de -France_, le 5 juillet, par un article sur Jules Janin, qui venait de -mourir[401]. L’article est des plus élogieux, et c’était justice. Jules -Janin était, lui aussi, un écrivain de race, et Pontmartin eut raison -de célébrer sa verve intarissable, son amour sincère et constant pour -la belle littérature, ses _Lundis_, qui avaient été, pendant quarante -ans, une fête hebdomadaire. Lui-même, d’ailleurs, lors de la _crise -Charbonneau_, avait eu grandement à se louer du critique des _Débats_. -Il n’oubliait pas non plus qu’un jour Jules Janin, lui envoyant sa -traduction d’Horace, avait écrit sur la première page du volume ces -deux vers, délicate allusion aux opinions royalistes du critique de la -_Gazette_: - - Prenez-la, mon ami, vous qui valez mieux qu’elle. - Pourquoi? me direz-vous.—Vous êtes plus fidèle. - -Au lendemain de son article, Pontmartin regagna les Angles. De loin, -les Angles, c’était pour lui le repos, la tranquillité, le loisir, la -rêverie sous les grands arbres, la promenade au bord du fleuve, le -travail que rien ne trouble, sinon le chant des oiseaux dans le jardin -et le murmure du vent dans les vieux marronniers: _Angulus ridet_. De -près, ce n’est pas tout à fait cela. Il m’écrit, le 29 janvier 1875: - - ...C’est moi qui suis en retard, et je m’en accuse; mais je dois - ajouter que je suis débordé, écrasé, englouti, submergé. Figurez-vous - que _ma_ littérature n’est que le très petit accessoire de mes - journées; c’est ce qui devait nécessairement arriver dans un pays où - personne n’admet que mon temps n’appartienne pas aux solliciteurs, - aux fermiers, aux visiteurs, aux amis, aux affaires d’autrui - surtout, exactement comme si je n’avais jamais touché une plume de - fer ou d’oie. Tantôt c’est un syndicat que je préside, après avoir - préalablement donné à dîner à quelques-uns de mes collègues; ce qui - m’ahurit pour 24 heures; tantôt c’est l’ingénieur de notre chemin de - fer, chez qui je suis obligé de courir pour lui démontrer, un plan à - la main, que le _tracé_ qu’il a choisi ruinerait notre malheureuse - plaine... - -Pour un peu, le pauvre propriétaire s’écrierait—ne fût-ce que -pour n’avoir rien de commun avec le comte de Bismarck—_Beati non -possidentes[402]!_ Une ressource pourtant lui restait; c’était, après -avoir fui Paris, de fuir les Angles, et de se réfugier sur le littoral -de la Méditerranée. En mars et avril, après quelques semaines passées -à Cannes, il fit un assez long séjour à Marseille. «Vous me demanderez -peut-être, m’écrivait-il de cette dernière ville, pourquoi je suis -resté si longtemps à Marseille. C’est d’abord parce que j’espérais -apporter quelque distraction à M. Autran, dont l’état m’attriste -profondément; c’est ensuite parce que j’ai été comblé de politesses et -de témoignages de sympathie. Sans le mistral, j’aurais pu me croire à -Nantes, au milieu d’un groupe auquel vous auriez appris à m’aimer, et -même à me lire. Invitations, déjeuners à la campagne, promenades sur -mer, parties de pêche, c’est une série d’honnêtes plaisirs qui - - Chatouillent de mon cœur la secrète faiblesse. - -Cette bonne vieille radoteuse, qu’on appelle la littérature, peut donc -servir à quelque chose? J’en avais douté bien souvent, mais non pas -quand je vous lisais[403].» - -Nombreux, en effet, étaient là-bas, à Marseille, les amis de -Pontmartin. L’un des plus chers, après Autran, était un autre poète, -le traducteur de Catulle, l’auteur des _Poésies simples_ et des -_Sentiers unis_, M. Eugène Rostand, qu’il appelle quelque part «un -charmant causeur, un vaillant publiciste, un homme excellent, un -poète exquis[404]». Quelle délicieuse maison que celle de M. Rostand! -Pontmartin y voyait le mélodieux frère d’Eugène, Alexis, et aussi le -jeune Eddy[405], ses gentilles sœurs et leur aimable mère. Vingt-huit -ans plus tard, Eddy, devenu membre de l’Académie française, se -souviendra du vieux critique, de l’ami de son enfance, et il dira, -dans son discours de réception: «C’est élégant comme du Pontmartin». -Et Eugène-Melchior de Vogüé lui dira, dans sa réponse: «La demeure de -vos parents était accueillante aux écrivains, aux artistes. Vous vous -rappelez l’un de ces familiers, haute silhouette maigre, voix fluette -et spirituelle: vous aussi, vous avez joué sur les genoux de mon cher -maître, Armand de Pontmartin: donnons ensemble un souvenir respectueux -au vieil ami qui eût dû nous précéder dans cette Compagnie[406].» - -Toute cette année 1875 se passa sans que Pontmartin revînt à Paris; -mais il n’interrompit pas pour cela ses _Semaines littéraires_[407], et -il publia deux nouveaux volumes de Causeries: en mars, le tome XI; en -octobre, le tome XII des _Nouveaux Samedis_. - - -II - -Lorsque s’ouvrit l’année 1876, l’Assemblée nationale de Versailles -avait vécu. - -Le 31 décembre 1875, elle avait décidé que l’élection des deux -cent vingt-cinq sénateurs, dont la nomination appartenait au corps -électoral, aurait lieu le 30 janvier 1876, celle des députés le 20 -février; que les nouvelles Chambres se réuniraient le 8 mars, et que ce -serait ce jour-là seulement qu’expireraient théoriquement les pouvoirs -de l’Assemblée. Mais, en fait, la séance du 31 décembre fut sa dernière -séance. Elle se sépara le dernier jour de l’année 1875, pour ne jamais -plus se réunir. - -Les élections du 30 janvier et du 20 février allaient décider des -destinées du pays; l’avenir, la prospérité, la vie même de la France -était l’enjeu. Pontmartin n’avait jamais manqué au devoir patriotique; -cette fois encore, il s’y dévouera tout entier. Vainement son médecin -insiste près de lui pour qu’il aille passer l’hiver à Cannes. Il s’y -refuse, et, le 6 janvier, il m’écrit; ou plutôt il dicte à son fils une -lettre à laquelle j’emprunte ces lignes: - - ...Certes, mes yeux, mes nerfs et mes poumons préféreraient la plage - de Cannes au pavé d’Avignon ou de Nimes; mais je ne crois pas devoir - m’éloigner du théâtre de la lutte, quand même je n’y gagnerais que - la douleur d’assister au triomphe de nos adversaires. Dussé-je ne - recruter qu’une voix pour le Sénat et vingt pour la Chambre, je - resterais jusqu’à la fin sur la brèche; j’ai la tête pleine de petites - vérités sociales, économiques, politiques, à l’usage de nos ruraux, - et il est possible que j’en fasse une brochure de 64 pages in-32 que - nous tâcherions de propager, surtout dans notre zone méridionale. La - littérature a du bon, mais je dois vous avouer que, pendant toute - cette crise électorale, il me semble bien difficile et bien inutile - de s’occuper des défauts et des mérites d’un roman et d’un volume de - poésie... - -La brochure projetée parut en six fois dans l’_Union de Vaucluse_ -et, sous ce titre: _les Élections de 1876_, fut répandue dans les -départements du Midi, de Toulouse à Marseille. Immédiatement après, -vinrent six articles contre Gambetta; puis, un appel aux Conservateurs, -en vue du scrutin de ballottage qui eut lieu le 5 mars. Et tout cela -presque en pure perte! Des scrutins du 20 février et du 5 mars sortit -cette majorité des 363, dont les exploits ne sont que trop connus. -Pontmartin m’écrivit aussitôt pour me dire—ce sont les dernières -lignes de sa lettre du 5 mars: «Serrons-nous l’un contre l’autre dans -la mauvaise fortune. Courage, si c’est une crise! résignation, si c’est -une fin! Notre Roi n’a pas voulu de nous; mais Dieu nous reste, et -peut-être aura-t-il pitié de la France.» - -Dans les premiers jours de juin, il revenait à Paris, après une -absence de deux ans, descendait rue et hôtel de Rivoli, 203, et -publiait la treizième série des _Nouveaux Samedis_, où il y avait -heureusement assez d’esprit et de talent pour conjurer les mauvaises -chances du nombre 13. - -En juillet, la chaleur étant devenue insupportable, il alla passer -quelques semaines chez son cousin le marquis de Besplas, au château de -la Garenne-Randon,—près de la station d’Épone-la-Garenne,—la bien -nommée, disait-il; car, dans une seule allée du parc, il avait compté -un matin 57 lapins. Jamais chasseur méridional ne s’était trouvé à -pareille fête! La bibliothèque du châtelain était un gîte très commode -pour ses écritures; c’est à peine cependant s’il pouvait, le mercredi -soir, aller jeter à la boîte de la poste son article hebdomadaire. -Aussi bien, la demeure de l’aimable M. de Besplas ne désemplissait -pas de comtes et de marquis, de baronnes et de duchesses. Élégants et -belles dames n’étaient point du reste pour effaroucher Pontmartin, -aussi à son aise, en ce château de Seine-et-Oise, qu’au restaurant -Caron ou à la Taverne de Londres. Il en était quitte, mélomane -incorrigible, pour se chanter à lui-même, sous les arbres du parc, la -romance du _Pré-aux-Clercs_: - - Les rendez-vous de noble compagnie - Se donnent tous dans ce charmant séjour. - -De retour aux Angles, il reprenait ses _écritures_ avec une activité -nouvelle. Le décès de M^{me} Volnys—la Léontine Fay du _Mariage de -raison_—morte pieusement à Nice le 29 août 1876, lui inspirait un -de ses meilleures feuilletons[408]. «Je vous recommande ma _Léontine -Fay_, qui vous intéressera, me mandait-il le 8 septembre. C’est encore -un chapitre de mes souvenirs de jeunesse, et je reconnais, chaque -fois que je touche à ces notes mélancoliques et vibrantes, que vous -avez bien raison et que ce genre mixte entre la critique, l’histoire -intime, l’impression personnelle et le roman, est peut-être ce qui me -conviendrait le mieux. Mais n’est-ce pas trop tard? Et les triomphes -de plus en plus décisifs de la démocratie radicale ne créeront-ils -pas bientôt une société nouvelle où les souvenirs de l’ancienne ne -trouveront plus d’écho?...» - -Ces souvenirs, il y reviendra de plus en plus. Le moindre mot, le plus -petit détail, suffisent à les réveiller. Un jour,—c’était à quelques -semaines de la lettre qu’on vient de lire,—je lui annonce que j’ai -trouvé chez un bouquiniste de Nantes, dans leur édition originale[409], -la collection à peu près complète des comédies-vaudevilles de Scribe, -du Scribe de la Restauration, de 1824 à 1829. Pontmartin me répond, le -15 décembre 1876: - - ...Si vous saviez quelles images évanouies, quel monde de souvenirs - vous m’avez rendu en me parlant de cette jolie édition beurre frais, - rose ou abricot du _Répertoire du Théâtre de Madame_[410]. C’était - bien en 1829, et ce fut, après les austères années de catéchisme, - de collège et de lauriers bien éphémères au concours général, une - de mes premières jouissances profanes, avec une légère saveur de - fruit défendu. On en trouvait l’assortiment chez Masgana, galerie de - l’Odéon, et j’échangeais—_proh pudor!_—mon dictionnaire grec de - Planche contre quatre de ces élégantes brochures, _la Demoiselle à - marier_, _le Charlatanisme_, _l’Héritière_ et _les Dernières amours_. - Est-ce assez loin? Étions-nous assez jeunes, et sommes-nous assez - vieux? J’ai peine, cher ami, à retenir mes larmes en vous écrivant - ces dernières lignes; c’est que je pense à la France de 1829 et à la - France de 1876... Ah! l’abîme est encore plus large et encore plus - sombre pour elle que pour moi... - - -III - -Nous ne nous étions plus rencontrés depuis le mois de mai 1873. Dans -ma dernière lettre de 1876, je le priai de me dire à quelle date nous -pourrions, après une aussi longue séparation, nous retrouver enfin à -Paris. Il me répondait, le 4 janvier 1877, au sujet de ce projet de -réunion: - - ...ous rayons, n’est-ce pas, le mois de janvier? Me voici en plein - dans ma 66^e année; je m’enrhume facilement, et si j’arrivais à Paris - pour le parcourir en _tous sens_ (pardonnez-moi celui-là; il est d’une - vieillesse qui a droit au respect), notre but ne serait pas atteint. - Savez-vous quelle avait été mon idée? Louer à Versailles une petite - maison meublée avec jardin, où j’aurais passé toute une saison, du 15 - mars au 15 juin. Mon fils serait venu m’y retrouver un peu plus tard, - et, en attendant, vous auriez occupé sa chambre. J’ai un domestique - fort peu élégant, mais brave homme, qui nous aurait servis. Il y a - un train du soir pour les gens qui vont au spectacle. Nous aurions - pu passer à Paris une partie de nos journées, et, quand nous aurions - ressenti quelque fatigue, messieurs de l’extrême gauche ne nous - auraient pas empêchés de jouir des magnifiques ombrages du parc, et de - cette atmosphère de calme, de mélancolie, de majestueuse solitude, que - les violences ou les niaiseries parlementaires[411] n’ont pas réussi à - supprimer. Si cette idée vous déplaît, ne vous en effrayez pas trop. - Elle n’a rien de précis, de positif; c’est plutôt la vague impression - d’un _vieux_ qui commence à se trouver un peu dépaysé au milieu des - encombrements parisiens et du tapage des voitures... - -Il était encore aux Angles, lorsque, le 7 mars, sans que rien l’eût -préparé à cette nouvelle tristesse, il apprit la mort de son ami -Autran, qu’il m’annonça, le jour même, en ces termes: - - Mercredi matin. 7 mars 1877. - - Je comptais ce matin vous écrire une longue lettre; mais je suis - foudroyé par une nouvelle que, très probablement, vous connaîtrez - déjà quand vous me lirez, la mort subite de M. Joseph Autran. Je - l’apprends, à l’instant, par un télégramme, qui, grâce à un retard - inexplicable, ne m’arrive qu’avec la _Gazette du Midi_, où ce - malheur est annoncé. Rien ne m’y préparait. Atteint, depuis six ou - sept ans, d’une cécité presque complète, le pauvre poète paraissait - d’ailleurs jouir d’une bonne santé. Son père avait vécu jusqu’à 84 - ans. Une maladie de cœur, que personne ne soupçonnait, l’a emporté en - quelques minutes. Je vais partir pour Marseille, où j’espère arriver - à temps pour ses obsèques. En dehors de mes profonds regrets, quelles - douloureuses réflexions ne suggère pas cette mort si soudaine! Il y - a un mois, je perdais un ami intime, non moins intime ami de Léopold - de Gaillard, M. Louis de Guilhermier[412]; dans l’intervalle, j’ai - tremblé pour ce jeune homme[413] si bon, si pieux, si dévoué, dont - je vous avais parlé dans ma dernière lettre, et que nous appelions - ensemble le _Biré_ de la onzième heure; il n’est pas mort, il est hors - de danger; mais, pendant huit jours, on a cru qu’il serait impossible - de le sauver, et sa mère m’écrit ce matin qu’il est encore si faible - qu’elle me demande de retarder ma visite. Vous le voyez, mon cher - ami, cette année 1877, si menaçante pour la France et pour tous les - honnêtes gens, a pour moi des cruautés particulières, et ses coups de - foudre ressemblent à des coups de cloche. Il faut que ces tristesses - tiennent une bien grande place dans mon cœur, pour m’excuser de ne pas - vous avoir encore remercié de l’envoi de l’_Union de l’Ouest_ et de - cet article[414] où je me suis retrouvé, comme toujours, embelli par - votre amitié. Cette amitié est infatigable depuis près d’un quart de - siècle, et mon regret est de n’avoir pas un peu moins d’années et un - peu plus de talent pour la suivre et la justifier jusqu’au bout. Mes - remercîments, quoique vêtus de deuil, n’en sont pas moins sincères, - et, quoique tardifs, seront toujours prêts à rattraper le temps perdu. - - Mais, hélas! quel néant que la vie! quel néant surtout que nos - glorioles! Hier, à propos de la _Biographie_ d’Alfred de Musset par - son frère Paul, je recueillais mes souvenirs, ces souvenirs qui - vous intéressent. Je _me voyais_, à la première représentation du - _Caprice_, puis, dix-huit mois après, au lendemain de la _première_ - de _Louison_ (un petit four), quand nous nous demandions, Buloz, de - Mars, Alexis de Valon et moi, comment on pourrait s’y prendre pour - dire un peu de vérité sans offenser le poète favori de la _Revue des - Deux Mondes_. En ce moment, la porte s’ouvre, et nous voyons entrer - Musset nous apportant les _Trois marches de marbre rose_. Il y a de - cela 28 à 30 ans; la chute de Louis-Philippe, la seconde République, - le coup d’État, l’Empire, les désastres et les crimes de 1870 et - 1871, les tentatives de Restauration monarchique, l’avortement de nos - espérances, les victoires de la République radicale, nos humiliations - du dedans et du dehors, ont passé sur ces souvenirs; Buloz, de Valon, - de Mars, Alfred de Musset, sont morts; et pourtant il me semble que - c’était hier! qu’est-ce que l’homme, ou plutôt qu’est-ce qu’un homme, - un individu, un atome, un grain de sable, autour duquel tourbillonnent - ces événements gigantesques, jusqu’à ce qu’il soit emporté lui-même - et disparaisse! Et dire qu’il y a des gens qui bouleversent le monde, - qui désolent leur pays, pour le plaisir de nous faire comparer leur - petitesse à ces grandeurs! Voilà le triomphe de la Religion; elle - agrandit et élève du côté du ciel cet horizon si étroit du côté de - la terre. En nous prêchant l’humilité qui devrait nous être aussi - naturelle que l’usage de nos cinq sens, elle nous rattache à la - seule idée de durée que nous puissions conserver ici-bas. Si je ne - craignais de commettre un paradoxe, presque une hérésie, je dirais que - l’orgueil, si anti-chrétien, le plus capital des péchés capitaux, ne - pourrait pourtant et ne devrait chercher sa pâture que dans la foi qui - lui promet l’infini. Pardonnez-moi, cher ami, ce verbiage qui n’est - peut-être que du pathos et du galimatias; car ma pauvre tête subit le - contre-coup de mes tristesses de cœur. J’y aurai du moins gagné de - prolonger avec vous une de ces causeries que je voudrais multiplier - sans compter, tant j’y trouve de consolation et de douceur! Adieu et - au revoir! ne renonçons pas à nos projets de réunion parisienne. Votre - poignée de main me sera plus nécessaire que jamais. A vous, bien à - vous de cœur. - -Le 3 mai, il arrivait à Paris et descendait, comme l’année précédente, -à l’hôtel de Rivoli. Quelques jours après, éclatait le Seize-Mai, -le renvoi par le maréchal de Mac-Mahon de M. Jules Simon et de ses -collègues, et la constitution du cabinet de Broglie-Fourtou. J’allai, -à ce moment, rejoindre Pontmartin. Il était attristé, peu confiant -dans le succès de l’entreprise du maréchal: il n’avait jamais cru à la -République conservatrice, et il ne voyait dans le nouvel essai qu’on -en voulait faire qu’un acheminement plus prompt vers le triomphe de la -République radicale. Il venait du reste de tomber assez sérieusement -malade, et il dut, pendant deux mois, suspendre ses _Samedis_ de -la _Gazette_. En juillet, sa santé rétablie, il s’installa, pour -quelques semaines, comme il l’avait fait en 1876, au château de la -Garenne-Randon, où il se rencontra, cette fois, sans préjudice des -grandes dames et des _clubmen_ obligés, avec un héros, le général de -Charette, et un grand compositeur, Charles Gounod. - -La dissolution de la Chambre des députés avait été votée par le -Sénat[415]. De nouvelles élections étaient imminentes, et elles -emprunteraient aux circonstances une gravité exceptionnelle. Pontmartin -ne voulut pas s’en désintéresser. Avant de quitter La Garenne, il -publia, dans la _Gazette de France_, en août, une réplique au manifeste -des sénateurs et députés républicains de Seine-et-Oise, réplique qui -fut répandue dans tout le département par les soins de M. de Besplas. -«Si tous les conservateurs, m’écrivait-il, suivaient l’exemple de ce -vaillant octogénaire, nous aurions beaucoup plus à espérer et beaucoup -moins à craindre. Le matin, dès 6 heures et demie, je le trouve -dans sa bibliothèque, assis à sa table, écrivant aux maires de son -arrondissement, abrégeant mon article pour qu’il puisse être propagé -dans tous les cafés du pays, puis recevant quelques braves paysans -qu’il associe à son œuvre et se concertant avec eux.» - -Parti de La Garenne le 17 août, il prit le _rapide_ jusqu’à Marseille -pour éviter la fête votive de son village et une séance de syndicat, -suivie d’un énorme dîner. A Marseille, il écrivit pour la _Gazette -du Midi_ un article électoral qui, dans sa pensée, devait être la -contre-partie méridionale de sa Réplique au manifeste des sénateurs et -députés de Seine-et-Oise. - -Rentré aux Angles, il continuera la campagne. En dehors de ses -_Samedis_, il envoie à la _Gazette de France_ quatre articles sur -M. Thiers[416], écrits en vue des élections. Il me mande, à cette -occasion, le 30 septembre: «J’avais pensé à faire de mon travail sur M. -Thiers une petite brochure, et je vois que vous avez eu la même idée; -mais je suis si peu secondé! si peu encouragé! Il y a six mille lieues -de mon allée de marronniers au boulevard des Italiens... Je viens -pourtant d’écrire quelques lignes à Léon Lavedan[417], qui dispose, -m’a-t-il dit, de plus de deux cents journaux, et qui nous les a -offerts, à Léopold de Gaillard et à moi, pour la période électorale. Je -lui livre mon œuvre, soit pour en faire reproduire des fragments, soit -pour la colliger en un format économique et portatif.» - -Les élections, à ce moment, étaient proches; elles avaient été fixées -au 14 octobre. Pontmartin ne s’illusionnait guère sur leur résultat. Sa -lettre du 30 septembre se terminait par ces lignes: «Que le bon Dieu -nous protège! Quel chaos, mon cher ami, et peut-être quelle débâcle -si les élections sont encore radicales! N’importe! restons fidèles; -restons sur la brèche! Faire son devoir, tout son devoir, c’est -beaucoup, quand on réussit; l’avoir fait, c’est quelque chose quand on -succombe.» - - -IV - -Après les tristesses de 1877, l’année 1878 allait lui apporter une -grande consolation, une des meilleures joies de sa vie. Au commencement -de février, il s’était installé à Hyères, l’avait quittée pour -Cannes, où l’appelaient Léopold de Gaillard et Victor de Laprade; -puis, après quelques jours passés avec eux, était revenu à Hyères, -où M^{gr} Dupanloup faisait un séjour, par ordre de ses médecins. -Les relations de l’évêque d’Orléans et de l’auteur des _Samedis_ -n’avaient été jusque-là qu’intermittentes, mais l’entente ne fut pas -longue à s’établir entre eux, grâce à leur attrait réciproque l’un -pour l’autre et à une foule de souvenirs communs: «On écoutait, ravi, -a dit un de leurs auditeurs, l’intarissable critique et le grave et -souriant évêque, se laissant aller tous les deux au charme de ces -souvenirs[418].» - -Ils se voyaient chaque jour, soit chez le comte et la comtesse de -Rocheplatte, soit chez le baron et la baronne de Prailly, en cette -villa de Costebelle, où vivait la mémoire du P. Lacordaire. - -Pontmartin accompagnait souvent l’évêque à quelques lointaines -promenades. «C’est pendant ces promenades, écrira-t-il plus tard, au -bruit de cette voiture alourdie sur un lit de poussière, avec vingt -minutes d’arrêt et de silence pour le bréviaire, que s’ouvrait pour moi -ce livre vivant, cette inappréciable collection de chapitres d’histoire -contemporaine, où je reconnaissais tour à tour la douceur de l’évêque, -la sagacité du politique, la résignation du chrétien, l’enjouement du -causeur, l’éloquence de l’orateur, le suprême langage de l’expérience -et de la sagesse, l’âme du grand citoyen, la cicatrice des jours de -désastres, la conviction que tout aurait pu être sauvé et la crainte -que tout ne soit perdu. Je prononçais presque au hasard un nom célèbre, -je rappelais une date mémorable: il ne m’en fallait pas davantage pour -voir passer devant moi tel ou tel de ces personnages qui ont figuré un -moment sur la scène du monde politique...» - -Dans la rade d’Hyères stationnait, avec ses douze cents hommes -d’équipage, le grand vaisseau-école le _Souverain_. Le commandant -était un marin aussi chrétien que brave, M. Lefort, l’inventeur des -torpilles, et le commandant en second, M. de Montesquiou, dont la -belle-sœur, M^{me} Standish, née des Cars, appartenait à une famille -depuis longtemps en relation avec M^{gr} Dupanloup. Tous les deux se -rencontraient avec lui chez M. le comte de Rocheplatte. Ils eurent -la pensée de lui faire les honneurs de leur bâtiment. Le dimanche 10 -mars, la messe fut dite à bord du _Souverain_ par l’évêque d’Orléans. -Pontmartin y assistait. Il quitta Hyères quelques jours plus tard, non -sans avoir envoyé à la _Gazette de France_ le compte rendu de cette -cérémonie, si majestueuse à la fois et si émouvante. Sa Causerie, qu’il -n’a pas reproduite dans ses _Samedis_ et qui est pourtant une des plus -belles pages qu’il ait écrites, n’arriva à Costebelle qu’après son -départ. Il reçut de l’évêque la lettre suivante: - - Hyères, 21 mars 1878. - - Monsieur et bien excellent ami, il faut donc se résigner à ne plus - vous voir à Hyères! C’est ce que je viens d’apprendre avec grande - tristesse. Oh! le méchant homme! qui, comme le Parthe, lance en fuyant - une flèche empoisonnée de toutes les douceurs les plus mortelles - à l’amour-propre des pauvres gens, et ne leur laisse même pas le - temps de protester pour la forme! C’est affreux de s’en aller ainsi, - quand on vous aime. Mais, du moins, on est heureux de vous avoir vu, - entendu, connu de près, et apprécié, comme le méritent votre charmant - esprit et votre excellent cœur; et on espère bien vous retrouver - quelquefois, à Paris: ce qui n’est pas la même chose que sur les bords - de cette mer enchantée, que vous savez si bien peindre, et aux doux - feux de ce soleil, dont votre style est un rayon. Mes hôtes, et tous - ceux à qui ils vous ont lu, ont été émerveillés, éblouis. Moi, je - garde, par-dessus tout, le souvenir de cette exquise bienveillance; - et j’espère bien qu’il n’en sera pas de ces relations qui m’ont été - si douces comme de ces brumes colorées qui flottent en ce moment - sur les îles d’Hyères, et qui s’évanouissent. Je les redemanderai - toujours[419]. - -A Hyères, où ses heures de travail lui étaient disputées par une foule -d’aimables prétextes d’oisiveté, Pontmartin avait vite reconnu qu’il -lui serait impossible de continuer sous leur forme habituelle ses -articles de critique qui n’allaient pas sans beaucoup de lectures. Il -eut l’idée de composer de courts récits qu’il pouvait rêver pendant la -nuit et improviser le matin. C’est ainsi que furent écrits l’_Olivier -qui parle_, conte fantastique, le _Pigeon qui parle_, le _Colonel -Herbert_[420]. - -Les _Samedis_ cependant succédaient aux _Samedis_. Dès son retour aux -Angles, il s’était remis à ses Causeries littéraires. Le 20 mai, il est -à Paris. Trois ou quatre ans plus tôt, en 1874, il lui était arrivé -d’écrire: «Voici bientôt trente ans que je rêve, comme le _hoc erat in -votis_, un petit chalet à Passy, au milieu de cette colonie charmante -où je compte des amis, non loin de mon cher Saint-Genest et de son -adorable famille, à deux pas de Jules Janin et de Cuvillier-Fleury, -dans cette oasis où je retrouve la trace des deux enchanteurs de ma -jeunesse, Rossini et Lamartine. Il est infiniment probable que ce doux -rêve ne se réalisera jamais; mais je le reprends avec un mélancolique -plaisir, chaque fois que je reviens à Paris. Le latin n’est-il pas -admirablement connaisseur du cœur humain, quand il exprime par le même -mot _désir_ et _regret_[421]?» - -Son rêve se réalisa au mois de mai 1878. Il prit un appartement à -Passy, dans une maison meublée de la rue de ce nom, au n^o 82, tout -près de la gare de la Muette. Nos plus beaux rêves nous déçoivent, même -quand ils semblent s’accomplir. Celui de Pontmartin vint se briser -contre la plus brutale des réalités. On était en pleine Exposition -universelle. Logé à deux pas du Trocadéro et en face du Champ de Mars, -il lui fallut vivre au milieu du tapage et de la cohue, assourdi -par les _tramways_ et les voitures, contemplant chaque jour cet -incroyable fourmillement, cette foule inouïe qui semblait avoir fait -de la curiosité sa religion, sa politique et sa littérature, et qui -paraissait croire que tout était sauvé, si elle voyait le matin un -tambour-major, à midi un shah, le soir une opérette. - -Au milieu du tapage de l’Exposition de 1867, après l’audition de cette -cantate du vieux Rossini, exécutée par mille musiciens, un orgue, -deux pièces de canon et douze cloches, Augustin Cochin s’écriait: «_O -Mozart! O flûte enchantée!_» Pontmartin, en 1878, songeait, lui aussi, -au divin Mozart et au divin Racine. Une fois sur cette pente, obéissant -à la loi des contrastes, il se revoyait en idée sur cette terrasse de -Costebelle, où il était assis à côté de M^{gr} Dupanloup, et d’où ils -contemplaient ensemble l’horizon merveilleux qui se déroulait sous -leurs regards, le vaste ciel, la mer et les montagnes. - - -V - -Heureusement pour lui, à côté de l’Exposition des machines, il y -avait l’Exposition des Beaux-Arts. Il y trouva le sujet de deux grands -articles, publiés dans le _Correspondant_ sous le titre de _Promenade -au Salon de 1878_[422]. Dans la _Mode_, nous l’avons vu, et dans -l’_Univers illustré_, il avait déjà fait plusieurs _Salons_. Celui de -1878 fut le dernier qu’il écrivit. - -Les _Salons_ de Pontmartin sont encore des _Causeries_. Il n’essaie -point, comme Théophile Gautier ou Paul de Saint-Victor, de faire de -sa plume un pinceau et de son encrier une palette; il se promène tout -simplement le matin à travers les tableaux et les statues, et, le soir, -dans son propre salon, il en parle avec goût, avec agrément, en homme -du monde qui ne se pique pas d’avoir du métier. Que de jolis morceaux -il y aurait à extraire de cette _Promenade au Salon de 1878_, qu’il n’a -pas recueillie dans ses œuvres! - -Le clou de l’Exposition était le _Barabbas_ de Charles Muller, l’auteur -de l’_Appel des condamnés_[423] et d’une _Messe sous la Terreur_[424]. -Pontmartin lui consacre deux ou trois pages dont voici le début: - - La physionomie de Barabbas est une vraie trouvaille: tout y est, sur - cette figure, le vice, le crime, le cynisme, l’abjection gouailleuse, - la joie de la délivrance, l’éblouissement du grand jour succédant - tout à coup à l’obscurité de la prison, la stupeur d’une ovation - aussi peu prévue que peu motivée, et aussi une forte envie de rire - aux dépens de son cortège; car en sa qualité de brigand, Barabbas a - un peu plus d’esprit que ceux qui le portent en triomphe.—Il nous - faut Barabbas! Entendez-vous bien?—Mais c’est un misérable, un - gibier de potence: il a volé, il a assassiné peut-être et celui que - vous lui sacrifiez ne s’est révélé à vous que par des bienfaits.—Il - nous faut Barabbas!—Mais réfléchissez! voilà, d’un côté, la vertu, - l’innocence, la bonté, la charité, le dévouement, la piété, l’honneur; - de l’autre...—C’est tout réfléchi; il nous faut Barabbas!—Mais - il a un dossier, un lourd dossier!—C’est justement pour cela que - nous le voulons; s’il valait mieux que nous, où serait le plaisir - de l’acclamer, d’en faire notre élu et notre idole?... Plus vous - nous en direz de mal, plus nous nous obstinerons à le choisir... Un - individu taré, flétri, dépravé, pourri jusqu’aux moelles, condamné - pour inceste, exécuté à la Bourse de Jérusalem, qui nous donne la - joie de le mépriser en le nommant, de chercher, pour le découvrir, - au-dessous de notre niveau, de rester ses maîtres en le couronnant de - lauriers et de fleurs, c’est ce qu’il nous faut! Mort à Jésus! vive - Barabbas!—Pardon! je crois en vérité, que j’allais parler politique! - -Le peintre Vibert avait exposé l’_Apothéose de M. Thiers_, et -Pontmartin d’écrire, au risque de faire encore de la politique: - - Rien ne s’accorde plus mal que ces allégories mythologiques et - emphatiques avec la physionomie spéciale, typique, de cet homme - illustre et discutable, dont le portrait, malgré Bonnat et M^{lle} - Nélie Jacquemart, est encore à faire: figure essentiellement - bourgeoise et moderne dans ses qualités comme dans ses défauts; - intelligence merveilleusement douée, esprit alerte, souple, varié, - _dextre_ plutôt que droit, avisé, agile, ouvert, plus riche - d’expédients que de principes, prêt aux éventualités, fertile en - ressources; imagination sans élan, sans couleur, sans chaleur et - sans style; rebelle à toute tentative d’idéalisation poétique ou - fantasmagorique; patriote avec économie et calcul, insensible aux - joies sublimes du sacrifice; politique égoïste, parcimonieux et - incomplet, dont l’art consista tout entier à tempérer la Révolution - par la bourgeoisie, à réconcilier la bourgeoisie avec la Révolution, - à neutraliser les partis les uns par les autres, à se créer une - popularité tardive en persuadant tour à tour aux conservateurs qu’ils - pensaient comme lui et aux républicains qu’il travaillait pour eux. - En somme, le contraire d’un héros dans la moins héroïque des époques, - avec un visage, une taille et une tournure de Joseph Prudhomme - infiniment spirituel... - -Avec M^{lle} Sarah Bernhardt, nous passons de la peinture à la -sculpture. En 1878, sa célébrité comptait déjà plusieurs lustres. Elle -avait exposé un buste de M. Émile de Girardin. Déployant vis-à-vis -d’elle la politesse de l’ancienne cour, Pontmartin lui dédiait ces -lignes: - - M^{lle} Sarah Bernhardt est le contraire d’une académie de province - (je ne cite que moitié du mot de Voltaire). Elle fait énormément - parler d’elle. On vante les élégantes originalités, les raffinements - merveilleux de son petit hôtel de l’avenue de Villiers, qui a eu, - j’aime à le croire, Melpomène et Thalie pour seuls architectes. Nous - savons en outre que, malgré ses talents et ses succès de toutes - sortes, en dépit des rivalités de théâtre et d’atelier, la charmante - artiste a été ciselée par la prodigue nature de façon à ne faire - ombrage à personne. Ce qui désolerait ses nombreux admirateurs, - c’est le bruit que l’on a fait courir, c’est la crainte de la voir - renoncer à l’art dramatique, si elle réussissait assez sérieusement - sa sculpture pour prendre définitivement un rang parmi nos statuaires - illustres. C’est donc dans l’intérêt de sa gloire et de nos plaisirs, - de la Comédie-Française et de ses habitués, que nous oserons lui dire: - «Vous êtes adorable; vous jouez Zaïre mieux que la Gaussin, et Phèdre - mieux que M^{lle} Rachel. Mais nous vous devons une sensation bien - plus extraordinaire. Vous aviez à perpétrer le buste de M. E... de - G..., c’est-à-dire du plus laid, du plus sinistre, du plus odieux de - tous les modèles. Eh bien! vous êtes parvenue à surpasser la réalité. - Vous avez vengé du même coup toutes les victimes de M. E... de G... - D’un masque effrayant vous avez fait une grimace simiesque; votre - œuvre est à deux fins. L’original était bronzé; le buste est coulé!» - -Les tableaux militaires avaient été exclus de l’Exposition: ils -s’étaient disséminés sur plusieurs points, derrière les vitrines de -nos marchands les plus accrédités: rue Taitbout, dans l’emplacement de -l’ancien théâtre, et surtout chez Goupil. Pontmartin écrit à ce sujet -cette dernière page, plus vraie encore après vingt-cinq ans qu’elle ne -l’était en 1878: - - Nous les avons revues, ces toiles de MM. de Neuville, Detaille, - Dupray, Berne-Bellecour, Protais, Bellanger, Maigret, et nous avons - éprouvé, en les revoyant, un sentiment étrange. Nous n’en sommes plus - à compter nos humiliations; nous ne voulons pas savoir si cette mesure - émolliente et lénitive nous protège, nous honore ou nous humilie. Non! - une émotion plus douloureuse encore, une idée plus _actuelle_ et plus - poignante nous serrait le cœur devant ces tableaux où revivent les - scènes sanglantes de l’invasion et de la guerre... Ces témoignages et - ces souvenirs devaient nous rester présents, éternellement présents, - non pas, à Dieu ne plaise! pour nous exciter à des haines stériles, - à des représailles insensées, à des revanches impossibles, mais - pour entretenir et renouveler sans cesse en nous le feu sacré du - patriotisme, le dévouement à cette France mutilée, plus chère et - plus aimée dans sa faiblesse que dans sa force, dans ses malheurs - que dans ses prospérités. Ces souvenirs, qu’en avons-nous fait? - Qui s’en occupe aujourd’hui? Dans cette foule affolée de curiosité - banale et béate, dans l’étourdissant chaos de cette Exposition - universelle, de ce _tournoi pacifique_, qui nous fait—à nous et à - bien d’autres—l’effet du sursis de quarante jours accordé jadis - aux condamnés dont on avait rejeté le pourvoi, sur quels fronts ces - navrantes images amènent-elles un pli? Dans quels yeux une larme? Qui - songe à Reichshoffen et à Gravelotte, à Sedan et à Metz, à la Lorraine - démembrée, à l’Alsace perdue, aux provinces envahies, au siège et à - la Commune, aux otages massacrés, à Paris incendié? C’est tout au - plus un songe de tragédie dont on se réveille pour aller parier aux - courses, s’extasier devant une porcelaine anglaise ou un paravent - japonais. Peu s’en faut que les républicains radicaux, les hommes - du 4 septembre, désormais en pleine possession de leur victoire, ne - transforment ces anniversaires néfastes en fêtes nationales et ne - confondent le deuil de leur patrie avec la date de leur avènement. Ils - s’y prennent si bien qu’ils réussissent à décourager, à pervertir ou - à éteindre jusqu’aux sentiments qui nous avaient soutenus dans cette - crise épouvantable, qui avaient donné à l’élite de la nation la force - de résister, de souffrir, de mourir, de nous indemniser en détail de - tant de calamités et de désastres. Ils énervent, ils flétrissent, ils - dénaturent, ils suppriment tout ce qui est nécessaire à un peuple - pour se relever quand on l’abaisse, pour se réhabiliter quand on - l’outrage, pour se redresser quand on le menace, pour se maintenir ou - se retrouver à la hauteur des grandes luttes, des grandes infortunes, - des grands sacrifices et des grands périls. Ces coups de foudre de - 1870, ces journées d’angoisses, de détresse et de désespoir, ils - nous réduisent presque à les regretter. C’était la défaite, c’était - l’écrasement, c’était l’agonie; mais c’était aussi le patriotisme, - c’était l’honneur; c’était un même battement de cœur, une passion - commune devant un _SEUL_ ennemi. Aujourd’hui, si nous avions à subir - une nouvelle épreuve, nous n’aurions plus même de quoi être vaincus. - -Pour protester à sa façon contre cette Exposition universelle, qu’il -voyait peut-être trop en noir et qui lui apparaissait surtout comme le -triomphe de la matière sur l’esprit et sur l’art, il publia, pendant -qu’elle battait son plein, deux nouveaux volumes; au commencement de -juillet, la seizième série des _Nouveaux Samedis_; à la fin d’octobre, -les _Souvenirs d’un vieux Mélomane_. Ce fut un jeune, un très jeune -dilettante, qui se chargea de présenter les _Souvenirs_ aux lecteurs du -_Correspondant_: «Pourquoi _vieux_? écrivait-il; l’auteur aura beau le -dire; personne ne le croira, car il se dément lui-même par l’entrain -juvénile et la verve chaude de tableaux et de récits où palpite -l’enthousiasme d’un cœur de vingt ans. _Vieux!_ qu’il accumule tant -qu’il voudra les lustres sur sa tête; il ne le deviendra jamais! Ce -n’est pas fait pour lui, heureusement pour nous... Mais s’il n’est pas -vieux, comme il est mélomane! On devine, en le lisant, qu’il ne peut -écrire le nom seul des divas qui l’ont enchanté naguère sans ressentir -encore le frisson des représentations fameuses dont il réveille le -souvenir. L’écho lointain du timbre d’or de la Malibran, de l’archet -de Paganini, des accords passionnés de Duprez ou de Mario, le fait -tressaillir et l’enflamme comme aux jours heureux où ils soulevaient -les auditoires transportés!... En sa qualité de _jeune_, l’auteur a -le premier don de cet âge heureux: la fantaisie, et c’est elle qui a -surtout inspiré ce volume chatoyant où s’entremêlent le sourire et les -larmes, la malice et le sentiment, où trouvent à se satisfaire tous les -goûts et tous les caprices...» Le jeune critique, qui devait revêtir un -jour—s’en doutait-il alors?—le frac à palmes vertes, terminait ainsi -son article: «On raconte que Brillat-Savarin ne s’asseyait jamais à un -repas fin et succulent qu’après avoir endossé son habit le plus coquet -et mis ses bas de soie les plus moelleux. Eh bien! les raffinés et les -gourmets littéraires devraient aussi se mettre en habit et en cravate -blanche pour savourer les _Souvenirs d’un Mélomane_[425]...» - -A l’heure où parut son volume, Pontmartin avait regagné les Angles. Il -était revenu si assourdi par le bruit, si fatigué par la cohue, qu’il -se promit de ne plus retourner à Paris: il s’est tenu parole. - - - - -CHAPITRE XV - -PONTMARTIN ET L’ACADÉMIE - -(1868-1878) - - La _fièvre verte_. Le fauteuil de M. Empis. Lettre au _Figaro_. Le - fauteuil de Sainte-Beuve. Une page des _Jeudis_.—Lettres de M. de - Falloux, de Cuvillier-Fleury et de Joseph Autran. Le _Non possumus_ - de Pontmartin.—Le fauteuil de Saint-Marc Girardin. _Fantaisies et - Variations_ anti-académiques de M. Bourgarel.—Nouvelle lettre de M. - de Falloux. Où l’on voit que Pontmartin était moins fort en calcul - que feu Barrême.—Le fauteuil de Jules Janin. La peau de chagrin... - académique. Le fauteuil d’Autran. M. Émile Zola se met en marche vers - le Palais-Mazarin. M^{gr} Dupanloup s’efforce de décider Pontmartin à - poser sa candidature. Pourquoi il ne s’est jamais présenté. - - -I - -Alors que Pontmartin abandonne Paris pour n’y plus revenir, c’est -peut-être le moment de se demander s’il y a quelque chose de vrai dans -l’opinion qui assigne pour cause à sa retraite définitive aux Angles le -refus qu’aurait fait l’Académie de lui donner un de ses fauteuils. On -le représente essayant d’entrer au Palais-Mazarin, grattant à la porte, -et, dépité de ne pas la voir s’ouvrir, quittant la capitale et jurant -de n’y plus remettre les pieds. - -C’est là une pure _légende_, que je crois être en mesure de combattre, -pièces en mains. - -Armand de Pontmartin ne fut point de ceux qui attaquent l’Académie et -qui lancent contre elle des épigrammes, d’ailleurs faciles. Rien ne lui -paraissait plus enviable que d’en faire partie. Toutes les fois que, -pendant ses séjours à Paris, avait lieu une séance de réception, il ne -manquait jamais d’en rendre compte, en toute liberté sans doute, avec -une entière indépendance, mais aussi avec une réelle sympathie, comme -quelqu’un qui n’est pas encore de la maison, mais qui, en attendant, se -montre un bon voisin et un fidèle ami. - -A fréquenter ainsi chez les académiciens, il était difficile que -l’auteur des _Samedis_ échappât complètement à la contagion, et qu’il -n’eût pas, lui aussi, de temps à autre, un accès, plus ou moins fort, -de cette fièvre qu’il nomme quelque part la _fièvre verte_, et qu’il a -si bien décrite: - - Savez-vous, écrivait-il un jour, ce que c’est que la _fièvre verte_? - C’est une maladie bizarre que l’on risque d’attraper en se promenant, - le jeudi, sur le pont des Arts, entre deux et cinq heures. On y - rencontre, ce jour-là, des hommes vénérables que l’on peut, au premier - abord, prendre pour de simples mortels, et qui ne sont pourtant ni - mortels ni simples, car ce sont des académiciens. - - Méfiez-vous! Si le manteau d’un de ces favoris des dieux effleure - votre redingote, si son regard s’abaisse sur vous d’un air de bonhomie - narquoise, s’il pousse encore plus loin la condescendance, si, pour - imiter en tout les gracieux exemples de son secrétaire perpétuel[426], - il vous dit en vous montrant certaine coupole: «Quand donc serez-vous - des nôtres?» vous voilà pris; les plus savants docteurs y perdraient - leur latin et leur quinine; vous êtes livrés, plume et papier liés, - aux tyranniques caprices de la _fièvre verte_... Je vous plains si - la maladie est aiguë, et je vous plains encore plus si elle passe à - l’état chronique[427]... - -Il y a là, dans cette Causerie du 20 février 1864, cinq ou six pages -d’une fantaisie charmante. Heureusement, quand on badine ainsi avec son -mal, c’est que la fièvre est légère et l’accès passager. La «fièvre -verte» n’a jamais été, chez Pontmartin, une fièvre continue, mais -seulement une fièvre intermittente. Ses velléités académiques, nous -allons le voir, n’ont jamais tenu bien longtemps. Plus d’une fois, ses -amis ont obtenu de lui qu’il acceptât l’idée d’une candidature; jamais -ils n’ont pu le décider à faire les démarches nécessaires, à se mettre -officiellement sur les rangs: en réalité, _il ne s’est jamais présenté_. - -J’en éprouvais, pour ma part, un réel chagrin. Bien souvent, avec une -insistance qui allait parfois, je le reconnais, jusqu’à l’indiscrétion, -je l’ai pressé de poser sa candidature. Rien ne m’est donc aujourd’hui -plus facile que de tracer, à l’aide de ses lettres, et aussi un peu -à l’aide des miennes, qu’il avait bien voulu conserver, l’odyssée -académique—ou plutôt, hélas! anti-académique—de l’auteur des -_Samedis_. - -A la fin de 1868, il y avait trois fauteuils vacants: ceux de Viennet, -de Berryer et d’Empis. Le 24 décembre, j’écrivais à Pontmartin: «Voilà -trois places vacantes à l’Académie. Quand commencerez-vous vos visites? -Je ne vous tiendrai quitte que le jour où vous me donnerez la joie de -vous applaudir au palais Mazarin. Mais le sujet vaut qu’on y revienne -et nous y reviendrons.» - -Moins de huit jours après, en effet, le 31 décembre, je lui adressais -ce nouvel appel: - - Arrivons maintenant par le chemin le plus court à l’Académie. Depuis - ma dernière lettre, j’ai lu dans le _Gaulois_,—qui n’est pas - toujours _Français_,—et dans le _Français_,—qui est quelquefois - _Gaulois_,—que vous étiez décidé à poser le pied sur le pont des - Arts, qui vient d’inspirer à Sainte-Beuve un bien détestable sonnet. - Il me tarde de recevoir de vous la confirmation de cette nouvelle. Je - persiste à penser que le moment est venu pour vous de prendre rang. A - la distance où je suis du champ de bataille, il m’est bien difficile - d’apprécier quelles peuvent être vos chances actuelles; mais je tiens - pour certain que, si votre succès n’est pas immédiat, il ne se fera - cependant pas longtemps attendre. - -Pontmartin était alors aux Angles, et c’est de là qu’il me répondit, le -2 janvier 1869: - - Un mot seulement, mon cher ami, pour répondre à vos deux dernières - lettres. La mienne vous a appris que j’étais encore aux Angles, à 180 - lieues du pont des Arts, et beaucoup plus loin, je crois, de la salle - des séances du palais Mazarin. Je ne pourrai partir pour Paris que le - 1^{er} ou le 2 février, et là seulement je pourrai savoir de quoi il - retourne. La note du _Français_, si elle est, comme je le suppose, - de Léon Lavedan, ne signifie pas grand’chose; c’est son amitié qui - a voulu risquer ce ballon d’essai. D’autre part, on m’écrit, au - contraire, que les trois places vacantes sont déjà prises, que les - politiques patronnent M. Duvergier de Hauranne, que M^{gr} l’évêque - d’Orléans protège M. Franz de Champagny, et que, pour le fauteuil de - l’insignifiant Empis, la majorité se décidera à faire une concession - du côté des auteurs dramatiques ou autres candidats portés par la - minorité. Vous voyez, cher confrère et ami, que, même sans tenir - compte de _mon penchant invétéré à l’abstention_, la plus grande - réserve est ici de rigueur, surtout si ceux que je dois regarder comme - mes patrons naturels ont déjà jeté les yeux sur d’autres candidats... - -La triple élection fut fixée au 29 avril; le 2, le _Figaro_ annonçait, -dans ses _Échos de Paris_, la candidature de Pontmartin au fauteuil -d’Empis; il prit aussitôt la plume et rectifia en ces termes la -nouvelle: - - Vendredi, 2 avril 1869. - - Monsieur et cher confrère, - - Je lis à l’instant dans vos spirituels _Échos de Paris_: «Les autres - candidats sérieux à l’Académie sont, en première ligne, MM. Duvergier - de Hauranne et Armand de Pontmartin.» - - J’ignore si je suis sérieux; mais je puis vous affirmer que je ne suis - pas candidat. Pourtant je me serais contenté du plaisir de vous lire, - sans vous donner l’ennui de recevoir ma réponse, si je n’avais deux - motifs et deux excuses. - - D’abord, si _bien pensant_, si catholique et si voltigeur de 1815 - que je sois, mon abstention me donne le droit de ne pas servir de - _repoussoir_ à Théophile Gautier, dont j’ai pu quelquefois combattre - les doctrines, mais dont j’appelle l’élection de tous mes vœux, et - dont j’admire le prodigieux talent. - - Ensuite, parce que mes parents et mes amis de province, ne voyant pas - même figurer mon nom, escorté d’une _minorité consolante_, dans le - scrutin du 29 avril, pourraient croire à la plus radicale et à la plus - grotesque des défaites, là où il n’y aura pas eu même de lutte et de - tentative. - - Je vous saurai beaucoup de gré si vous voulez bien accueillir et - publier ma réponse dans vos _Échos de Paris_, et je vous prie de - croire aux cordiales sympathies de votre dévoué - - A. DE PONTMARTIN. - -Comme il avait été décidé, il fut pourvu, le 29 avril, aux trois -vacances. Le fauteuil de Berryer échut à M. de Champagny, celui de -Viennet à M. d’Haussonville et celui d’Empis à M. Auguste Barbier. Ce -dernier fut élu par 18 voix contre 14 données à Théophile Gautier. - -Deux académiciens, et non des moindres, moururent en cette même année -1869, Lamartine le 1^{er} mars et Sainte-Beuve le 13 octobre. - -Le 16 octobre, j’écrivis à Pontmartin: - - ...Qui remplacera Sainte-Beuve à l’Académie? J’ai lu ce matin au - cercle, dans le journal _la France_, une petite note où il est dit - que l’hésitation n’est pas possible, et que l’Académie doit élire, - à la place de Lamartine, M. Théophile Gautier, et à la place de - Sainte-Beuve, M. Armand de Pontmartin. Si je puis, en sortant de chez - moi, mettre la main sur ce numéro de la _France_, j’en détacherai - l’entrefilet en question et le glisserai dans ma lettre. J’ignore si - c’est Caro qui a rédigé cette note; qu’elle vienne de lui ou d’un - autre, elle n’en a pas moins une valeur et une portée à laquelle - vous ne sauriez vous soustraire. Il faut absolument que vous vous - présentiez. Je ne sais si, ces années passées, il était _trop tôt_; ce - qui est certain, c’est qu’aujourd’hui le moment est venu, l’heure a - sonné, et il ne faut pas vous exposer à ce que l’on vous dise ce que - l’on a dit à Charles X et à Louis-Philippe, ce que l’on dira un jour, - bientôt peut-être, à Napoléon III: _Il est trop tard!..._ - -Pontmartin était alors en Provence et songeait d’autant moins à -rentrer à Paris que sa femme était gravement malade. Il ne se souciait -d’ailleurs aucunement de succéder à Sainte-Beuve. Dans les _Jeudis de -Madame Charbonneau_, n’avait-il pas tracé de lui ce portrait, sous le -nom de _Caritidès_? - - Caritidès a reçu du Ciel, auquel il ne croit plus, un goût exquis, - une finesse de tact extraordinaire, de merveilleuses aptitudes de - critique relevées et comme fertilisées par de rares facultés de - poésie. Il possède et pratique en maître l’art des nuances, des - sous-entendus, des insinuations, des infiltrations, des évolutions, - des circonlocutions, des précautions, des embuscades, des chatteries, - de la haute école, de la stratégie ou de la diplomatie littéraire. Il - excellerait à distiller une goutte de poison dans une fiole d’essence, - de manière à rendre l’essence vénéneuse ou le poison délicieux. Sa - prose est attrayante et magnétisante comme une femme un peu compromise - qui ne dit pas tous ses secrets et s’enjolive à la fois de ce qu’elle - montre et de ce qu’elle cache. Caritidès a voulu être un pèlerin - d’idées, moins la première des qualités du pèlerin, c’est-à-dire la - foi. Il a fait, en amateur, le tour de toutes les doctrines de son - temps sans s’y fixer jamais, et, en les abandonnant, il a eu l’air de - les trahir. Accusé injustement de traîtrise et d’apostasie, il a tenu - à justifier sa réputation et il a fini par devenir l’ennemi de ceux - dont il n’était que le déserteur. Son erreur a été de sophistiquer ce - qu’il aurait pu faire tout simplement, avec tant de grâce, d’esprit et - de supériorité naturelle, de traiter la littérature comme une mauvaise - guerre où il faudrait constamment avoir un fleuret à la main et un - stylet sous ses habits. On assure qu’il passe son temps à colliger une - foule d’armes défensives et offensives, de quoi accabler ceux qu’il - aime aujourd’hui et qu’il pourra haïr demain, ceux qu’il déteste à - présent et dont il veut se venger plus tard. Caritidès aurait pu être - la plus irrécusable des autorités, il n’est que la plus friande des - curiosités littéraires[428]. - -Il parut à Pontmartin qu’il ne pouvait, en conscience, même avec les -sous-entendus académiques, faire l’éloge de l’homme sur lequel il avait -écrit cette page. Il avait raison, et je n’insistai pas. - - -II - -Jules Janin fut nommé à la place de Sainte-Beuve le 7 avril 1870; son -discours de réception ne devait être prononcé que le 9 novembre 1871. -Dans l’intervalle, la guerre, la chute de l’Empire, le siège de Paris, -la Commune, avaient comme suspendu la vie de l’Académie. Lorsque, dans -les derniers mois de 1871, elle put enfin reprendre régulièrement ses -séances, il se trouva qu’elle avait à pourvoir à quatre vacances: il -lui fallait remplacer Montalembert, Villemain, Prévost-Paradol et -Prosper Mérimée[429]. - -L’occasion, certes, était propice, et il convenait de ne la pas -laisser échapper. Avant même d’agir auprès de Pontmartin, j’écrivis -à M. de Falloux pour m’assurer de ses intentions, et j’en reçus la -réponse suivante, datée du 8 août 1871: - - Je vous remercie, cher monsieur, de votre aimable souvenir et de - l’appréciation, si juste à mon sens, de notre vraie situation. Du - reste, si je suis affligé par la conduite de M. Thiers, je n’en suis - plus surpris depuis un certain nombre de mois, et je puis dire loin - de lui ce que je lui ai dit à lui-même: il se trompe aujourd’hui sur - l’état de la France, comme il s’est trompé sur l’état de Paris avant - le 18 mars. Ces illusions-là nous ont coûté déjà bien cher: elles - peuvent entraîner encore de plus épouvantables catastrophes. - - En attendant, l’Académie reste une de nos dernières épaves et je - ne demande pas mieux que de me joindre à ceux qui essaieront de - la sauver. On parle de M. le duc d’Aumale pour le fauteuil de M. - de Montalembert; celui de M. Villemain irait parfaitement à M. de - Pontmartin, et il sait d’avance que mon suffrage ne peut lui faire - défaut. Plusieurs d’entre nous le lui avaient déjà fait dire, au - triple scrutin d’il y a dix-huit mois[430], et, à cette époque, - il résistait à toutes les instances. Si vous pouvez le décider - aujourd’hui, vous obtiendrez un succès que n’ont pu remporter de très - anciens amis, et cette difficulté est faite pour vous tenter. Recevez - donc d’avance mes remerciements avec mes vœux, et pardonnez-moi leur - trop brève expression. Malheureusement, ma tête revient bien surmenée - par le spectacle et les tristesses de Versailles[431], et je paie - aujourd’hui mon voyage comme s’il eût été un plaisir. Veuillez n’en - pas moins demeurer convaincu de mon très fidèle et très reconnaissant - attachement. - - FALLOUX. - - Caradeuc, près Bécherel (Ille-et-Vilaine). - -Pontmartin parut assez bien disposé. Il m’écrivait des Angles, le 6 -novembre: - - ...Pour me consoler de mon échec[432], je suis allé passer, au pied du - Luberon, chez M. Joseph Autran, huit ou dix jours qui se sont changés - en trois semaines. Le pauvre-riche poète est presque aveugle, et d’une - tristesse voisine du désespoir. Pour le tirer de cette prostration - désolante, sa femme va l’emmener à Paris. Il est convenu entre nous - qu’il arrivera vers le 15 novembre; que, sitôt installé, il s’assurera - des dispositions de ses confrères, et m’écrira si je dois venir à - Paris en décembre, ce qui serait académique, ou attendre la fin de - février, ce qui serait hygiénique. En attendant, je vais me remettre - au travail ou, comme vous le dites si bien, au _devoir_; le même mot - pour les vieux journalistes qui finissent que pour les jeunes écoliers - qui commencent!... - -Les candidatures cependant commençaient à se dessiner. M. de Falloux -m’écrivait, du Bourg-d’Iré, le 28 novembre: «Je ne crois pas que MM. -Littré, Gautier et Dumas aient chance de succès; je n’ai entendu -parler jusqu’ici, en dehors du duc d’Aumale, qui paraît n’avoir pas -de concurrent, que de MM. Camille Rousset, de Loménie, Wallon et -Saint-René Taillandier. M. de Pontmartin va certainement prendre rang -parmi les candidats les plus sérieux, et vous pouvez être bien sûr que -mon concours ne lui fera pas défaut.» - -Le mois de décembre arrivait, et Joseph Autran ne partait pas; -Pontmartin, de son côté, restait aux Angles, et c’est de là qu’il -m’adressait, le 5 décembre, la lettre suivante: - - Hélas! fidèle ami, nous sommes loin de compte! - A se déterminer la Provence est moins prompte... - - En d’autres termes, et en vile prose, je crois, sans en être - positivement sûr, que M. Autran, intercepté par les rigueurs précoces - de l’hiver, est encore à Marseille, en vraie marmotte provençale, et - qu’il n’ose pas m’informer de ce retard indéfini. Autrement, comment - expliquer son silence? Je l’ai quitté le 4 novembre; il comptait - partir le 14 au plus tard, et il était convenu que, sitôt arrivé à - Paris, il m’écrirait pour me donner son adresse, et commencer notre - correspondance académique. Or, il m’écrit de Marseille, le 18, en - me parlant d’irrésolution, de la peur que lui faisait un voyage de - Paris dans cette saison, des bronches de M^{me} Autran, qui exigent - les plus grandes précautions, etc. Depuis lors, rien, et nous sommes - au 5 décembre! Et le froid, déjà fort vif il y a trois semaines, est - devenu intolérable! J’en conclus que notre poète n’a pas bougé de son - bel hôtel de la rue de Montgrand, qu’il y vit au jour le jour, plus - indécis que jamais, et qu’il craint de me contrarier en m’apprenant - que son départ est probablement retardé jusqu’au mois de février. - - * * * * * - - Voilà, mon cher confrère, à quel point nous en sommes! - - Quant à moi, il m’est impossible, en ce moment, de me diriger vers le - Nord et je me sentirais plutôt attiré vers la plage de Cannes. Quoique - ma santé semble se rétablir, j’ai encore un reste d’anémie qui me rend - horriblement frileux. Je m’enrhume à tout propos. Songez d’ailleurs - que je serais obligé, en arrivant à Paris, de loger à l’hôtel, n’ayant - plus d’appartement. Tout cela m’effraie, et, en attendant, je me - console avec _le Filleul de Beaumarchais_, dont la première partie - sera expédiée, aujourd’hui même, à M. de Gaillard. J’ai fini par me - passionner pour mon sujet, au point de ne plus pouvoir penser à autre - chose... - -Après m’avoir entretenu de la situation politique, de ses inquiétudes -et de ses craintes, de ses tristesses depuis la mort de sa femme, il -ajoutait: - - Voilà, mon cher ami, ce qui m’empêche d’attacher un bien vif intérêt à - ce qui, dans une situation différente, aurait été l’_objectif_ de ma - vie littéraire. Je me dis: A quoi bon? Pourquoi introduire un nouvel - élément de trouble dans une existence qui va finir et qui a eu à subir - bien des épreuves? Acceptons la loi du travail que les progrès de la - démagogie nous rendent plus obligatoire que jamais, et qui est pour - les affligés une consolation, un devoir et un refuge; mais cessons - d’y mêler une ambition qui pourrait amener de nouveaux froissements - et de nouveaux mécomptes!... Il est bien entendu, mon cher ami, que - tout ceci n’est pas définitif. Si, au lieu de sentir un commencement - d’onglée et d’entendre le mistral mugir dans mon corridor, j’avais sur - ma table une lettre de Joseph Autran et une lettre de Cuvillier-Fleury - m’annonçant qu’ils ont préparé les voies et que l’enfant se présente - bien, peut-être changerais-je d’avis et de langage. Quoi qu’il en - soit, continuons ce doux échange d’idées, de sentiments, de projets, - de conseils; chaque jour, j’y trouve plus de charme; quand le - malheur ne rend pas égoïste, il ajoute à cette faculté que nos pères - appelaient la sensibilité, et que nous avons bien mal remplacée... - -A peine en possession de cette lettre, j’écrivais à Cuvillier-Fleury, -qui me répondait aussitôt: - - ...Il y a déjà bien longtemps, Monsieur, que notre cher, aimable, - spirituel et loyal ami (en dirai-je jamais assez?) Armand de - Pontmartin est mon candidat _in petto_ pour l’Académie. Mais voici - très exactement comment jusqu’ici les choses se sont passées. Nous - avons passé par la phase de bon accord; il ne demandait pas mieux; - on attendait les bonnes occasions; elles arrivaient, il n’était plus - là; cependant, on était près de s’entendre; puis, de plus actifs que - lui, plus Parisiens, plus _près du Jeu_, se produisaient, faisaient - récolte et réussissaient. Ensuite,—tout ceci entre nous,—nous avons - eu la phase de l’abstention, du renoncement absolu. Le candidat, non - seulement ne voulait pas remuer un doigt à l’intention de l’Académie, - mais nous écrivait (j’ai les lettres) qu’il se fâcherait et se - brouillerait avec nous si nous faisions mine de remuer seulement une - _phalange_. Nous nous résignons, les habiles se présentent et passent. - Vient une série fatale de morts académiques, notre ami ne donne pas - signe de vie; à peine si on le voit à Paris (ceci avant la guerre). - Ses meilleurs amis, et les _plus haut placés_, nous disent à nous, - invariables dans notre préférence: «Mais où est-il? Il ne se montre - pas. Veut-il, ne veut-il pas?» Les intermédiaires les plus habituels, - sans me compter, Léopold de Gaillard, Victor de Laprade, d’autres - encore, sont réduits à attendre, à interroger la brise qui souffle de - Vaucluse... «Ne vois-tu rien venir?» Depuis, Monsieur, et dans cette - concurrence du moment très vive, et qui s’accroît chaque jour, le - nom de notre ami n’a été prononcé par personne, parce qu’il n’a pas - été mis en avant par lui-même. Je n’ose dire qu’il soit _trop tard_ - pour moi. Ce mot des révolutions n’a rien à faire dans nos paisibles - rapports de confrères entre eux, ou de candidats à pourvoir. Mais s’il - n’a rien d’absolu, il peut se trouver sur le chemin des meilleurs - et entraver la voie. C’est ma crainte en ce moment. Je me hâte de - vous l’écrire, non sans vous prier de me garder le secret de cette - confidence, sinon de mon entier dévouement à notre ami et de ma haute - considération pour vous. - -Rien ne vint de Vaucluse. Au lieu de partir pour Paris, Pontmartin -partit pour Cannes. C’était tourner délibérément le dos à l’Académie: -et pourtant, à cette heure-là même, si tardive qu’elle fût, il lui eût -suffi de poser nettement sa candidature pour qu’elle eût encore chance -de triompher. Voici, en effet, ce que m’écrivait Joseph Autran, le 10 -décembre: - - La lettre que vous m’avez fait l’honneur de m’adresser à l’institut, - ayant fait plusieurs ricochets, me parvient à Marseille aujourd’hui - seulement... Je suis heureux que nous nous rencontrions, vous et - moi, dans un sentiment de commune amitié pour M. de Pontmartin. J’ai - eu, en effet, le plaisir de le voir cet automne. Quand nous nous - quittâmes il paraissait fort incertain entre le projet d’aller passer - l’hiver à Cannes et celui de se rendre immédiatement à Lyon ou à - Paris. Il acceptait bien l’idée d’une candidature à l’Académie; mais - il avait, depuis nombre d’années, opposé aux plus vives instances de - ses amis des refus si persistants que je doutais encore un peu de - sa résolution. C’est dans ce doute que je vins à Marseille pour y - faire mes préparatifs de départ. De tristes obstacles, sans compter - les rigueurs excessives d’un hiver prématuré, m’y ont retenu plus - longtemps que je n’eusse voulu. J’ignore, d’ailleurs, où se trouve en - ce moment M. de Pontmartin. Une lettre que je lui ai écrite, il y a - plusieurs semaines, étant restée sans réponse, je me demande s’il est - encore aux Angles ou s’il est déjà à Paris et peut-être même à Cannes. - - Vous me parlez, Monsieur, des titres de M. de Pontmartin. Est-ce - à moi qu’il convient de les rappeler, à moi qui, depuis plus de - vingt-cinq ans, n’ai pas cessé de suivre avec autant d’admiration que - de sympathie les travaux de cette plume si facile, si élégante, si - ingénieuse et souvent même si éloquente? M. de Pontmartin est un des - brillants écrivains de ce temps. S’il n’est pas encore de l’Académie, - c’est qu’il n’a pas encore voulu en être. Il n’avait qu’à se présenter - depuis longtemps, les portes se seraient ouvertes devant lui. - Aujourd’hui encore, quelle que soit la date des prochaines élections - (et jusqu’ici j’avais cru qu’elles seraient ajournées au printemps), - aujourd’hui encore, il n’aurait qu’à dire: Me voici, et je suis - convaincu qu’il n’aurait pas à attendre. - - Je vous parle sciemment, car je n’avais pas attendu jusqu’à ce jour - pour sonder les dispositions de quelques-uns de nos plus éminents - confrères. Tous ceux que j’ai interrogés m’ont répondu d’une façon qui - ne laissait aucun doute et qui réjouissait la très ancienne et très - vive amitié que je porte au célèbre auteur des _Samedis_... - -La quadruple élection eut lieu le samedi 30 décembre. Pontmartin -n’était pas au nombre des candidats. Le duc d’Aumale fut élu, au -premier tour, par 28 voix sur 29 votants. Les autres fauteuils furent -plus disputés. M. Littré fut nommé, en remplacement de Villemain, par -17 voix contre 9 données à Saint-René Taillandier et 3 données à M. de -Viel-Castel. M. Camille Rousset et M. Louis de Loménie remplacèrent -Prévost-Paradol et Prosper Mérimée. Au scrutin pour le fauteuil de -Mérimée, Edmond About avait obtenu 14 suffrages. - -Jusqu’à la dernière heure, M^{gr} Dupanloup avait combattu M. Littré, -dans lequel il voyait «l’apôtre des doctrines les plus subversives de -tout ordre religieux, moral et social». Il disait à ses confrères: -«Quoi! vous voulez sauver la France, et c’est ainsi que vous vous y -prenez! Une glorification solennelle du matérialisme et du socialisme, -voilà ce que vous imaginez pour elle, en ce moment où elle penche au -bord de tous les abîmes! On a tout enlevé à ce malheureux pays, la -paix, la sécurité, les croyances, Jésus-Christ, la Rédemption, la -croix; et le peu qui lui reste: Dieu, l’âme, la loi, la liberté morale, -la vie future, vous le livrez? Que voulez-vous donc, et quels coups -faut-il que vous receviez[433]!...» - -Le soir même de l’élection, l’évêque d’Orléans écrivit au directeur de -l’Académie ce simple mot: «J’ai le regret de ne pouvoir plus continuer -de faire partie de l’Académie française.» - -L’élection de Littré, la quasi-élection d’Edmond About, semblaient -donner raison à Pontmartin. N’avait-il pas bien fait de ne se point -mettre sur les rangs? Profitant de ses avantages, il m’écrivit, le -19 janvier 1872, de Cannes, du _Pavillon des jasmins_, où il était -installé depuis quelques semaines: - - J’admets parfaitement, avec Léopold de Gaillard et avec vous, que les - catholiques laïques, qui sont de l’Académie, aient pu et dû y rester, - malgré la splendide démission de l’évêque d’Orléans et le conseil - de M. Veuillot; mais que les catholiques, qui ne sont pas encore - académiciens et qui n’ont même pas risqué une candidature, ne doivent - pas être singulièrement _refroidis_ par les élections du 30 décembre; - que M. Thiers[434], s’il reste au pouvoir, ne soit pas à peu près sûr - d’amener MM. Marmier, Janin, Camille Rousset et Littré à voter pour M. - About; enfin, que l’Académie, en nommant successivement Émile Ollivier - en avril 1870, Littré en décembre 1871, et en accueillant Edmond About - à la meilleure place de son antichambre, n’ait pas affaibli pour très - longtemps ce prestige, cette autorité morale qui l’avaient jusqu’ici - placée au-dessus de toutes les critiques et de toutes les épigrammes, - ceci est une autre question, et il n’y a pas d’illusion à se faire; - ce qui est tout à fait positif, c’est que voilà six académiciens qui - vont attendre leur tour de réception (j’oubliais M. Duvergier de - Hauranne[435], tout acquis d’avance au candidat de M. Thiers); que, - suivant toute probabilité, il n’y aura pas d’élection nouvelle avant - avril 1873; que, d’ici là _le Roi, l’âne ou moi_, nous mourrons, ou, - en d’autres termes, qu’il y aura de tels événements que cette pauvre - Académie pourrait bien sombrer dans le naufrage universel; que, par - conséquent, il y a lieu de la laisser provisoirement reposer, et - d’en délivrer notre correspondance, où elle occupe, soit dit sans - reproche, au moins une page sur quatre: moins d’honneur à en faire - partie, moins de chance d’y entrer, plus de lointain et de vague dans - les perspectives, en faut-il davantage pour nous décider à chercher - d’autres sujets de causerie?... - - -III - -Pontmartin, comme on le voit, m’avait donné poliment mon congé -d’_incitateur_ académique. Il l’avait déjà précédemment donné à Léopold -de Gaillard, et aussi à Victor de Laprade, auquel il avait écrit: - - Je suis à la fois, mon cher ami, profondément touché et sincèrement - désolé de la façon dont vous avez pris, Léopold et vous, une - confidence qui ne devait rien vous apprendre. Mon devoir est de - trancher dans le vif ces illusions de l’amitié et de ne pas vous - préparer, dans l’avenir des déceptions et des regrets. C’est une chose - dite, arrêtée, irrévocable, et la meilleure marque d’affection que - puissent me donner ceux qui m’aiment, c’est de ne plus m’en parler. - J’écrirai dans ce sens à Autran et à Cuvillier-Fleury. Je résume dans - le _gnôthi séauton_ et dans le _non possumus_ ce petit débat et je ne - vous demande plus, cher poète, que la _Voix du silence_[436]... - -Les Bretons sont têtus, et, dès la fin de cette même année 1872, je -revenais à la charge. - -Le P. Gratry était mort, à Montreux, le 7 février 1872. L’élection de -son successeur devait avoir lieu le 16 janvier 1873. J’adressai un -nouvel appel à l’auteur des _Samedis_. Voici sa réponse: - - Les Angles, mercredi soir 25 décembre 72 - (le beau jour de Noël). - - Mon cher ami, - - Vous avez compris que nos deux lettres s’étaient croisées et que - j’avais à peine eu le temps de vous remercier des deux journaux... - - Passons maintenant, non pas au déluge,—il nous a noyés pendant - deux mois,—mais à l’Académie. Je dois vous avouer que je n’y - songeais plus du tout. Je savais mes principaux patrons dispersés, - malades, réfractaires ou morts; Autran retenu à Marseille par une - bronchite de sa femme; Laprade à Montpellier, entre les mains de la - Faculté de médecine et dans un état à faire pitié; M^{gr} d’Orléans, - démissionnaire; M. de Falloux sédentaire; Cuvillier-Fleury passé - du centre droit au centre gauche; M. Guizot engagé avec M. de - Viel-Castel, ainsi que les de Broglie, d’Haussonville, Saint-Marc - Girardin, Vitet, etc. De tout cela, il résultait que mes chances me - semblaient bien faibles, et j’en profitais pour continuer ma campagne - dans la _Gazette de France_. J’ai fini par m’attacher à ce travail, - plus honorable que brillant, que je serais forcé d’abandonner si je - m’endormais journaliste, pour me réveiller candidat et me réendormir - académicien. Vos deux lettres m’ont donc trouvé dans une espèce de - laborieuse torpeur, oubliant le palais Mazarin, préparant mon neuvième - volume[437], et me disant, avec une résignation philosophique ou - une répugnance pour les raisins trop verts, que, depuis la chute de - l’Empire, les désastres de la France, la nomination successive de - MM. Jules Favre, Émile Ollivier et Littré, la démission de M^{gr} - Dupanloup, l’Académie n’avait plus sa raison d’être, qu’elle serait - emportée, un de ces matins, par le flot démagogique, que la majorité - sur laquelle j’aurais pu autrefois m’appuyer est complètement - désorganisée, et que, à dater du fauteuil du P. Gratry, que, par - pudeur, on n’osera pas donner à un libre penseur, il faut s’attendre - à l’invasion des Edmond About, des Taine[438], des Renan et des - Dumas fils, favorisés par le salon et l’entourage de M. Thiers. - Sérieusement, mon cher ami, j’ai manqué le bon moment. Il fallait - ne pas faire les _Jeudis de M^{me} Charbonneau_, me mettre en - ligne immédiatement après Jules Sandeau et Albert de Broglie, et - profiter de ces années où l’Académie servait de centre et de point - de ralliement à l’opposition de bonne compagnie. J’avais alors mon - intérieur et mon ménage à Paris, ma santé meilleure et un peu plus - d’horizon. Un ou deux échecs, et même trois ou quatre avant le succès, - n’auraient eu aucun inconvénient. J’étais Parisien, je ne changeais - rien à mes habitudes, et il me restait assez de marge pour attendre. - Aujourd’hui toutes ces conditions accessoires sont changées. Si je me - décidais—bien tardivement—à être un des candidats du 16 janvier, je - serais obligé de descendre ou de _monter_ dans un hôtel, au milieu - du brouhaha du Jour de l’An, dans une saison où Paris n’a d’autre - alternative que la pluie ou la gelée. J’aurais à improviser mes - démarches et mes visites, sans conviction, sans espoir, sachant que - mes concurrents ont sur moi un trimestre d’avance. Je me connais, je - sais avec quelle facilité je me décourage et jette, comme on dit, - le manche après la cognée; surtout depuis que mes chagrins et nos - malheurs m’ont fait prendre en dégoût les intérêts et les vanités de - ce monde. Si ma défaite était trop complète, si je n’étais pas soutenu - par la presse, si mes amis me conseillaient, au dernier moment, un - désistement préventif, ce serait fini, et j’aurais le temps de mourir - de vieillesse—ce qui ne peut pas être bien long—avant de risquer une - seconde candidature. - - Vous me dites, mon cher ami, qu’il y a là pour moi quelque chose - comme un devoir. Je ne suis pas de votre avis. Si, contre toute - vraisemblance, j’étais nommé, ce serait par quelques amitiés - étrangères à l’ancienne majorité; Jules Sandeau, par exemple, et - peut-être Camille Rousset. Mais je ne pourrais rien pour empêcher - ou retarder la transformation de droite à gauche, qui s’opère à - l’Académie depuis trois ans. L’élection de Littré, les 14 voix - obtenues par Edmond About, ne prouvent que trop où elle en est. - Montalembert, le P. Gratry et M^{gr} Dupanloup ne sont plus là. - Laprade se meurt; Autran n’est jamais à Paris; M. de Falloux se - tient en dehors. Le duc de Noailles, MM. de Carné et de Champagny - sont incapables de résister au courant contraire, du moment que le - débat se pose sur un autre terrain et que les candidats catholiques - et monarchiques sont condamnés désormais à avoir contre eux tout le - centre gauche et tout le groupe bonapartiste. C’est pourquoi il me - semble qu’au point de vue du devoir, je fais mieux de rester sur la - brèche et de continuer ma _littérature de combat_. - - Vous voyez, mon cher ami, que, faute de mieux, je trouve, comme - vous, la question assez sérieuse pour lui consacrer mes quatre - pages. J’étais si éloigné de penser à un départ pour Paris et à une - candidature, que j’ai invité mes vieux amis d’Avignon à venir manger - aux Angles la dinde de Noël. Seulement, comme chacun avait sa dinde, - la mienne ne se mangera que le jeudi 2 janvier. Nous avons ici un - temps chaud et pluvieux, qui ne sèche pas nos terres et retarde - indéfiniment nos semailles. Que de soucis! que de tristesses à l’âge - où l’on aurait le plus besoin d’avoir autour de soi un peu de gaieté - et de soleil!... - -Le 16 janvier, ce fut un ami de Pontmartin, M. Saint-René Taillandier, -qui fut nommé au fauteuil du P. Gratry. - -Presque aussitôt se produisaient deux autres vacances. Le général -Philippe de Ségur mourait le 25 février 1873 et Saint-Marc Girardin, -le 12 avril suivant. Pontmartin se trouvait alors à Paris, installé -pour deux ou trois mois, rue de Rivoli, au pavillon de Rohan. Ses amis -le pressèrent de se présenter, sinon pour remplacer M. de Ségur, dont -la succession paraissait acquise à M. de Viel-Castel, du moins pour -remplacer Saint-Marc Girardin. Il entra dans leurs vues sans trop de -difficultés et, le 18 avril, il m’écrivait: - - Mon cher ami, pardonnez-moi ce retard; j’ai été souffrant: pas assez - pour interrompre mon travail quotidien ou hebdomadaire; assez pour - que mon fils, qui est arrivé mardi, me forçât de voir un médecin; ce - n’est rien, un refroidissement que j’avais attrapé, jeudi soir, en - sortant de chez M. Autran sans avoir pris, en fait de paletot et de - cache-nez, toutes les précautions désirables; il n’en est pas moins - vrai que ma pauvre santé exige les plus grands ménagements; qu’il - m’est prouvé, pour la vingtième fois, que le climat de Paris ne me - convient pas; que cette vie d’hôtel et de restaurateur finirait par - me rendre tout à fait malade. Ce ne sont pas là, vous le voyez, des - préliminaires bien favorables à une candidature académique; j’ai - cependant causé avec plusieurs académiciens, Autran d’abord, puis - Legouvé, de Carné, Sandeau, Cuvillier-Fleury, Marmier. Tous sont du - même avis. Les démarches que je pourrais faire aujourd’hui seraient - à peu près stériles. L’élection[439] devant avoir lieu dans douze - jours, la plupart des académiciens étant engagés avec ou pour M. de - Viel-Castel, c’est tout au plus si j’aurais trois ou quatre voix. - Un pareil antécédent ne me créerait pas une chance de plus pour le - fauteuil de Saint-Marc Girardin, et j’aurais en plus tout l’ennui - matériel et moral à travers une existence déjà si encombrée que c’est - à peine si je puis trouver un moment pour écrire à mes meilleurs amis. - Mais voici une autre raison à laquelle je n’avais pas songé. J’étais - arrivé ici avec ma naïveté provinciale et mon amour-propre d’auteur, - contrarié que la _Gazette de France_ n’eût pas, à Paris surtout, plus - de publicité. J’avais donc cru pouvoir accepter sans inconvénient les - propositions ou plutôt les instances de M. Tarbé, décidé que j’étais - à faire une campagne contre la démagogie. Or il se trouve, au dire de - mes amis les mieux situés et les mieux informés, que ma collaboration - au _Gaulois_[440] est prise en mauvaise part, qu’on me blâme, non - seulement parce que le _Gaulois_ reste bonapartiste, mais parce qu’il - appartient, comme le _Figaro_, au demi-monde littéraire. Les plus - sévères vont jusqu’à dire que, par mes relations avec ce journal, je - me suis momentanément _déclassé_. Je dois maintenant songer à me tirer - de ce mauvais pas; mais il serait très impolitique de brusquer la - situation. Voici la marche que l’on me conseille: ne pas interrompre - mes articles tant que je suis à Paris; le 6 mai,—mon premier mois - fini,—annoncer à M. Tarbé que ce travail est au-dessus de mes - forces et que je vais partir pour la campagne; retourner aux Angles, - ce qui amènera une interruption toute naturelle; attendre là les - renseignements que me donneront les trois ou quatre académiciens que - je compte parmi mes amis, et, à leur premier signal, revenir à Paris. - Ce programme, qui me paraît fort sage, est d’accord, d’ailleurs, - avec mon état de fatigue, ma nostalgie champêtre et les crispations - nerveuses que me cause cet abominable pavillon de Rohan, où il me - faut cinquante coups de sonnette pour obtenir de l’eau chaude ou une - serviette. Mon second mois finit le 12 mai; il est donc infiniment - probable que je repartirai ce jour-là; car ce ne serait pas la - peine de faire, pour une quinzaine, une nouvelle installation et un - déménagement. Tandis que vous jouissez au Pouliguen d’une température - admirable, nous avons ici, à la suite de quelques journées chaudes - et malsaines, des pluies torrentielles. Les sombres tristesses de la - politique ajoutent encore à cet ensemble qui me serre le cœur et me - donne envie de m’enfuir, d’aller me cacher dans quelque solitude.... - -Il resta cependant à Paris, retenu par la gravité de la situation -politique et par la publication de son neuvième volume des _Nouveaux -Samedis_. J’allai le rejoindre, le 15 mai, au pavillon de Rohan, et je -passai avec lui quelques semaines, au cours desquelles se produisirent -deux événements d’inégale importance, la mort d’un académicien, M. -Pierre Lebrun[441] et le renversement de M. Thiers. A peine de retour à -Nantes, je recevais de Pontmartin la lettre suivante, datée de Paris, -le 6 juin: - - ...Je profite de mon premier moment de liberté pour vous dire que - votre lettre m’a causé un vif plaisir, mais ne m’empêche pas de - regretter les moments trop courts que nous avons passés ensemble et - dont le souvenir restera lié, dans les archives de notre amitié, - aux grands événements du 24 mai 1873. A présent, le calme dont - nous jouissons ne me suffit pas; la hausse de la Bourse et le nom - de Mac-Mahon devraient servir de prélude à une série de mesures - contre-révolutionnaires; sans quoi le parti radical, revenu de sa - stupeur, usera et abusera des ressources légales qu’on lui laisse. - J’ai reçu plusieurs lettres de mon Midi. Le premier effet avait été - excellent; d’autant meilleur que l’on savait, à n’en pouvoir douter, - les projets de manifestations écarlates dans le cas où M. Thiers - aurait triomphé. Mais déjà, me dit-on, reparaissent quelques-uns des - symptômes qui inquiétaient les honnêtes gens. C’est tout simple. Les - démagogues jugent d’après eux-mêmes le parti conservateur. Ils savent - à quel point, quand ils sont maîtres du terrain, ils méprisent la - légalité et se font un jeu d’opprimer ceux qu’ils signalent au peuple - comme ses oppresseurs. Dans le premier instant, ils s’attendaient - à tout ce qu’ils feraient s’ils étaient les plus forts. Puis, à - mesure qu’on les laisse respirer, se reconnaître, échanger leurs - mots d’ordre, ils reprennent leurs trames en attendant une nouvelle - crise qui peut assurer leur revanche. C’est ainsi que les choses - se sont passées après les élections du 8 février 1871 et la chute - de la Commune; c’est ainsi qu’elles se passeront, si l’Assemblée, - satisfaite de sa victoire, se borne à prendre de nouvelles vacances, - à prolonger son règne et à traiter des questions secondaires. Mais - laissons là cette triste et maussade politique, qui multiplie les - _points noirs_, alors même que le ciel semble éclairci et l’orage - apaisé... Quant à l’Académie, voici ce qui s’est passé avant-hier - soir, au Théâtre-Français (première représentation de _l’Absent_, - d’Eugène Manuel). Cuvillier-Fleury y était avec le vénérable M. - Patin. Je l’ai rencontré dans le couloir, et je lui ai trouvé un - air pincé qui ne présageait rien de bon. Il a commencé par me dire: - «Vous savez que M. Beulé se présentera, et qu’on le dit patronné par - M. Guizot?» Puis, il a ajouté: «Il y a, dans votre nouveau volume, - une page qui pourrait bien gâter vos affaires; c’est celle où, sous - le pseudonyme de M. Bourgarel, vous vous moquez de l’Académie[442]. - Vous êtes donc incorrigible?» Tout cela était dit d’un ton très - amical; mais je n’en ai pas moins compris qu’il y avait là de quoi - offenser les susceptibilités académiques. Décidément, mon cher ami, - je suis trop indépendant, trop fantaisiste, pour me plier à toutes - ces diplomaties... Ici, mon cher ami, je m’interromps avec une très - vive et très sincère douleur. J’apprends à l’instant la mort de M. - Vitet. J’avais vu, samedi dernier, cet homme éminent et excellent à - l’Exposition des portraits de Gustave Ricard. Je l’avais trouvé un peu - sombre, un peu vieilli; mais rien ne faisait pressentir un dénouement - si prompt et si funeste. O mon ami! qu’est-ce donc que la vie? Ils - s’en vont tous; la France républicaine n’est pas digne de conserver - l’élite de ses enfants. Vitet six semaines après Saint-Marc Girardin! - Et pas un vide ne se fait dans les rangs de la gauche radicale! - Soumettons-nous à la volonté divine, Dieu nous a protégés le 24 mai; - il nous protégera encore... - - Je partirai, suivant toute vraisemblance, lundi 16 juin... Il me - tarde, je dois vous l’avouer, de retrouver à la campagne un peu de - recueillement et de calme. Cette vie fébrile n’est bonne ni pour - l’esprit, ni pour l’âme, ni pour la conscience, ni pour le corps. - _O ubi campi!_ N’est-ce pas dans les temps troublés que ces images - virgiliennes nous reviennent avec le plus de mélancolie, de charme et - de douceur?... - -Au lieu de quitter Paris le 16 juin, Pontmartin ne le quitta que dans -les premiers jours de juillet. Il me mandait le 17 juin: - - ...Je ne partirai qu’après avoir fait pour l’Académie plus que le - nécessaire. J’ai suivi toutes les indications de M. Cuvillier-Fleury. - J’ai remis _le Filleul de Beaumarchais_[443], avec ma carte, à la - porte d’une douzaine d’académiciens. J’ai revu ici Laprade, qui va - mieux et qui se montre fort passionné pour ma candidature. Autran - parle de moi à ses collègues, tous les mardis et tous les jeudis. J’ai - vu Camille Rousset, Marmier, Sandeau, Camille Doucet, Legouvé, qui - tous savent à quoi s’en tenir. Vous en conclurez, mon cher ami, que - ces préliminaires suffisent pour le moment, que je puis m’accorder - trois mois de vacances rustiques, et que, en revenant à Paris le 20 - septembre, c’est-à-dire six semaines avant l’élection, je serai en - mesure de faire les démarches décisives. Au surplus, si j’en crois - toutes les personnes qui m’en parlent, la mort de M. Vitet et les - désastres parlementaires de M. Beulé multiplient mes chances, à ce - point qu’il suffira d’éviter soigneusement les imprudences et d’y - mettre, pendant les dernières semaines, un peu de résolution et - d’entrain... - -Les choses paraissaient donc en bonne voie. Tout annonçait que -Pontmartin, cette fois, y allait _pour de bon_. Et pourtant il n’avait -pas encore fait la démarche décisive, la démarche nécessaire. Il -n’avait pas envoyé au secrétaire perpétuel sa lettre de candidature: il -n’avait pas brûlé ses vaisseaux, et besoin était qu’il le fît, prompt, -comme il l’était, à se décourager, à abandonner la partie, à jeter -les cartes au moment de tourner le roi, à dire à ses amis, quand ils -insistaient: «Un fauteuil? Bah! à quoi bon? J’ai ma _causeuse_!» - -Septembre arrive et, au lieu de m’annoncer son départ pour Paris, il -me mande que son intention est d’aller en Provence chez Joseph Autran. -Il m’écrit, le 4 septembre: - - ...Je n’ai aucune nouvelle académique, malgré les promesses que - j’avais emportées de Paris, et je me demande si l’inexplicable - entêtement des Marmier, des Cuvillier-Fleury, des Legouvé, qui se - rangent bénévolement parmi les vaincus du 24 mai, ne change rien à - leurs bonnes dispositions pour l’auteur de certains articles contre - M. Thiers et son groupe. Ce qui est positif, mon cher ami,—puisque - vous avez la bonté de vous intéresser à ces petits détails,—c’est - que, si ma santé me le permet, j’irai, vers la fin de ce mois, passer - quelques jours chez M. Autran. Là, je me trouverai, pour ainsi dire, - dans une succursale de l’Académie, en mesure d’abord de consulter - le maître de la maison, puis de correspondre directement avec les - gros bonnets de l’Académie. Je pense donc que, dans ma prochaine - lettre, je pourrai vous renseigner d’une façon plus précise sur cet - épisode de ma vie littéraire, auquel vous vous intéressez plus que - moi; car, dussiez-vous m’accuser d’impénitence finale ou de rechute, - je dois vous avouer que, quand je me retrouve dans ce pays-ci, en - rase campagne, en pleine verdure, à mille lieues des échos du palais - Mazarin, et en face de misères trop réelles, dont quelques-unes - peuvent être atténuées par ma présence, je redeviens absolument - indifférent à la question de savoir si je porterai ou ne porterai - pas les palmes vertes. Mon moment est passé. Il fallait me présenter - entre cinquante et soixante ans, lorsque l’Empire mettait d’accord - la droite, le centre droit et le centre gauche. A cette époque, - d’ailleurs, la gloriole personnelle n’était pas absorbée dans ce - gigantesque ensemble de douleurs et d’inquiétudes publiques... - - -IV - -Ce n’était pas encore une renonciation définitive, mais c’était déjà un -mauvais son de cloche. Septembre, octobre se passent: Pontmartin est -toujours aux Angles et ne donne pas signe de vie aux _gros bonnets_ de -l’Académie. M. de Falloux m’écrit, le 31 octobre: «Que devient M. de -Pontmartin? Connaissez-vous ses intentions pour l’Académie? Les plus -graves événements politiques ne font point trêve pour les candidats; -je vois que les parties se nouent, que les engagements se prennent, et -M. de Gaillard ne m’a pas répondu sur mes questions académiques. Le -scrutin approche pendant ce temps-là, et l’on parle de nous y appeler -pour la fin de décembre, immédiatement après la réception de MM. de -Loménie, Taillandier et Viel-Castel.» - -Je suppliai l’_Ermite des Angles_ (s’il eût été l’_Ermite de la -Chaussée d’Antin_, il aurait été académicien depuis longtemps), je le -suppliai de sortir enfin de sa retraite. Mes lettres devinrent de plus -en plus pressantes. Pontmartin répondit en ces termes à celle que je -lui avais écrite le 22 novembre: - - Les Angles, le 25 novembre 1873. - - Je reçois votre lettre, mon cher ami, et je m’afflige sincèrement - de dissonances auxquelles notre amitié, presque majeure déjà, n’est - pas habituée. Ce n’est pas sur le fond même de la question académique - que nous pouvons être en désaccord; car j’y suis plus intéressé que - vous, et je conviens de bonne ou de mauvaise grâce que ma longue et - laborieuse vie n’a plus beaucoup de sens si elle n’aboutit pas à - l’Académie. C’est donc tout à fait malgré moi que je vais vous opposer - quelques raisonnements, d’autant plus sérieux et sincères que, croyant - être dans le vrai, je désire pourtant me tromper. - - D’abord, êtes-vous bien sûr de mes chances? Sont-elles aussi bonnes - qu’elles l’auraient été si l’Empire avait duré quelques années de - plus? Au premier plan je vois M. Thiers groupant autour de lui MM. de - Rémusat, Duvergier de Hauranne, Dufaure, Mignet, Littré, Jules Favre - et—ne vous récriez pas—Legouvé, Marmier et Cuvillier-Fleury. Je ne - veux pas dire pour cela que ce dernier, mon ancien patron académique, - soit désormais contre moi; non, mais il est singulièrement refroidi, - et je n’en veux pour preuve que son silence absolu depuis les premiers - jours de juillet. M. de Viel-Castel, dont la réception est annoncée - pour jeudi, a contre moi des préventions inexplicables. Il prétend - que j’ai _éreinté_ son _Histoire de la Restauration_, tandis que je - suis certain de ne pas en avoir parlé. Hostiles aussi MM. de Sacy, - Émile Augier et Octave Feuillet. Absolument inconnus Claude Bernard, - Patin, Auguste Barbier. Je ne dis rien de Victor Hugo, qui, si je - me présente, est disposé, dit-on, à venir par extraordinaire à - l’Académie, pour voter contre moi. - - Maintenant, supposez que Jules Janin, de plus en plus cloué sur son - fauteuil par la goutte, ne puisse pas venir; que Laprade soit retenu - à Lyon par le déplorable état de sa santé; que Joseph Autran n’ait - pas le courage de quitter sa chère Provence, que me restera-t-il? - Assurés: Camille Rousset, Camille Doucet, Jules Sandeau, Guizot, le - duc de Broglie, d’Haussonville, comte de Falloux, comte de Carné, qui - ne peuvent pourtant pas, pour diverses causes, y mettre beaucoup de - chaleur: 8. - - Non moins probables, mais presque étrangers pour moi, le duc de - Noailles, D. Nisard, de Champagny, duc d’Aumale: 4. - - Vous le voyez, les calculs les plus favorables ne peuvent me donner - plus de 11 à 13 voix; car il faudrait admettre que, parmi les - académiciens que je viens de nommer, aucun n’ait pris des engagements - pendant ma longue absence et mon long silence. - - Je ne vous parle plus de ma santé, puisque vous n’y trouvez pas - un obstacle suffisant. J’aime mieux vous dire que, cédant à - d’affectueuses instances, je vais partir après-demain pour Grambois, - près Pertuis, résidence de M. Autran[444]. Laprade a promis de - s’y trouver le 27, s’il n’est pas trop souffrant. Tous deux, à ma - demande, se sont arrangés pour avoir des renseignements exacts. Nous - _travaillerons_ sur la liste des immortels, comme les courtiers - électoraux sur la liste des électeurs. Nous examinerons le pour et le - contre, les chances bonnes et mauvaises. Si la réponse des oracles - est affirmative, je ne passerai à Grambois que cinq ou six jours et - je tâcherai de me mettre en mesure de partir pour Paris le lundi 8 ou - mardi 9 décembre. Quant à une candidature purement épistolaire, elle - ne pourrait être sérieuse; mes titres ne sont pas assez éclatants pour - me donner le droit de manquer aux traditions et aux usages et, d’autre - part, mes juges auraient à me répliquer que, si je suis trop vieux, - trop infirme ou trop malade pour faire ce trajet de dix-huit heures, - c’est une bien triste recrue que j’offre à l’Académie. - - Adieu, mon cher ami; si les choses tournent autrement que le désire - votre amitié, je compte mériter votre indulgence en m’efforçant de - faire ici un peu de bien et en dépensant, au profit des pauvres, ce - que me coûteraient, à Paris, les hôtels, les restaurateurs et les - fiacres. Notre malheureux pays est si cruellement éprouvé! La misère - est si terrible! L’hiver sera si dur! Mais je ne veux pas ajouter un - mot de plus, vous croiriez que je cherche déjà des fauxfuyants et des - prétextes, et mieux vaut vous répéter que je suis à vous de tout cœur. - -Pontmartin, on le voit, réduisait à 12 les voix sur lesquelles il -pouvait compter. Son pointage n’était rien moins qu’exact. Il mettait -tout d’abord hors de cause trois de ses plus chauds partisans, Victor -de Laprade, Joseph Autran, Jules Janin, sous prétexte qu’ils pourraient -être malades. Sans doute, mais la maladie ne pouvait-elle sévir aussi -dans l’autre camp? Il passait sous silence Loménie et Saint-René -Taillandier, qui devaient prendre séance avant le jour de l’élection et -qui lui étaient tout dévoués. Il tenait pour hostiles Cuvillier-Fleury -et Marmier, qui avaient été les premiers patrons de sa candidature -et ne pouvaient honorablement se tourner contre elle. En réalité, -il y avait là 7 voix à ajouter aux 12 qu’il reconnaissait lui être -acquises. Cela faisait, d’entrée de jeu, 19 voix à peu près assurées, -ce qui était superbe, puisque les Quarante étaient réduits à 36, depuis -la retraite de M^{gr} Dupanloup et la mort de MM. Pierre Lebrun, -Saint-Marc Girardin et Vitet. J’ajoutais dans ma réponse à la lettre -du 25 novembre: «Octave Feuillet vous a de très grandes obligations; -Auguste Barbier est l’ami de Laprade, qui a sur lui une grande -influence. M. de Viel-Castel suivra M. Guizot. J’écris aujourd’hui à -M. de Falloux et je lui demande s’il ne pourrait pas agir auprès de M. -Patin et de M. Claude Bernard.» - -Pontmartin m’avait annoncé son départ pour Grambois, et c’est là que je -lui adressais ma lettre. Il ne s’y était pas rendu. M. Autran, à qui -j’avais aussi envoyé quelques lignes, me répondait le 4 décembre: - - Mon cher monsieur, - - M. de Pontmartin n’est pas auprès de moi, mais j’ai M. de Laprade - et je ne vous étonnerai pas en vous disant que nous exprimons - journellement le désir de voir notre ami se décider, enfin, à poser - sa candidature. Malheureusement, M. de Pontmartin, vous le savez - peut-être, est le plus fugitif et le plus détaché qui soit au monde. - Quand on croit le tenir, il vous échappe; quand il vous a dit _oui_ - la veille, il vous écrit _non_ le lendemain. Ce n’est ni à moi, ni - à M. de Laprade qu’il convient de parler des titres de cet éminent - écrivain, et la plupart des membres de l’Académie partagent là-dessus - l’opinion de ses meilleurs amis. _Il entrera quand il voudra_, mais - encore faut-il qu’il ne se dérobe pas aux instances qui sont faites - auprès de lui. C’est donc à lui, mon cher monsieur, bien plus qu’à - nous, que vous devez vous adresser dans votre amicale entreprise... - -Hélas! mon «amicale entreprise» était vouée au plus lamentable échec; -au moment où je croyais enfin toucher au port, ma pauvre barque allait -couler à pic. Le 12 décembre, je reçus cette lettre: - - Mon cher ami, - - Je m’étonne que M. Autran, à qui vous avez cru devoir écrire, ne - vous ait pas purement et simplement envoyé ma lettre à M. de Laprade. - Voici, en abrégé, ce que je disais à l’auteur de _Pernette_: Le samedi - 22 novembre, j’ai fait une chute qui aurait pu être très grave, et - comme, à mon âge, un accident de ce genre ne saurait être absolument - insignifiant, j’ai appelé mon médecin, qui est mon ami depuis trente - ans. Il a constaté que ma chute n’était rien ou presque rien, mais que - j’étais atteint d’une gastrite nerveuse passée à l’état chronique, - à laquelle il fallait attribuer mes insomnies nocturnes et mes - assoupissements diurnes. Mes violentes quintes de toux ont la même - cause. Le vieil adage médical: _Sanguis moderator nervorum_, ne fut - jamais plus applicable. Mon sang, appauvri en 1870 et 1871 par des - misères et des chagrins de toutes sortes, ne _modère_ plus mes nerfs - et ils en profitent pour bouleverser ma pauvre machine. J’ajoute, - pour en finir sur ce sujet, et _afin qu’il n’en soit plus question_, - que, lorsque j’ai demandé à mon docteur s’il serait sage, dans ce - triste état, de partir pour Paris et d’affronter les soucis d’une - candidature, il m’a regardé avec stupeur et m’a répondu que, en pareil - cas, je ne ferais pas mal de m’arrêter à la station de Charenton, pour - ne pas arriver jusqu’au Père-Lachaise. Je crois même, en ma qualité - d’incorrigible, avoir ébauché un pitoyable calembour sur la chaise et - sur le fauteuil. - - Voilà, mon cher ami, sinon le texte, au moins le sens de ce que - j’ai écrit à M. de Laprade, en le priant de communiquer ma lettre - à son hôte et collègue, M. Autran. Maintenant, toute insistance - serait une véritable cruauté. Je ne puis même songer à des démarches - qui engageraient l’avenir; car je veux rester libre de me soigner, - d’acheter un petit chalet à Cannes, d’éviter tout ce qui pourrait - me forcer de retourner à Paris, et de donner au recueillement, à - la retraite et au repos le peu de temps qui me reste à vivre. J’ai - à Avignon des amis d’enfance avec lesquels je pourrais célébrer la - cinquantaine. Quelques-uns sont suffisamment lettrés, et désireraient, - ne fût-ce qu’à titre de compatriote, me voir académicien. Pas un - n’oserait, en ce moment, me donner un autre conseil que celui de mon - docteur. Pas un n’oserait prendre une responsabilité qui se changerait - en regrets et en remords si, en arrivant à Paris, je tombais tout - à fait malade. Laissez-moi vous le dire avec la rude franchise - d’une fidèle amitié. Votre acharnement académique, vos persécutions - incessantes, votre système de sommations directes, tantôt à M. de - Falloux, tantôt à M. Cuvillier-Fleury, tantôt à M. Autran, tout cela - m’attriste et finirait par m’exaspérer. Il y a des moments où je - suis tenté de regarder comme une légende fantastique ce que je sais - de vous, de votre famille, de vos enfants, du soin avec lequel vous - dirigez leur éducation, de vos infatigables travaux, de vos patientes - recherches, et où j’ai envie de croire que vous êtes un vieux garçon - bien oisif, dont les vingt-quatre heures appartiennent à une idée - fixe. D’ici à peu d’années, vous verrez l’Académie dégringoler d’une - telle façon, tomber dans un tel discrédit, être entourée d’une telle - indifférence (cela commence déjà), que vous serez tout étonné d’avoir - attaché tant d’importance à faire de moi le collègue de MM. Jules - Favre et Littré, en attendant Renan et About. Donc, n’en parlons - plus; vous compromettriez notre amitié, vous me rendriez ridicule - et vous atteindriez le but diamétralement contraire à celui que - vous vous proposez. La question me semble tellement épuisée que, si - vous y reveniez dans vos prochaines lettres, je ne vous répondrais - plus. J’aurais dû peut-être m’expliquer plus tôt aussi nettement - qu’aujourd’hui; mais, d’abord, j’étais moins souffrant; ensuite, - j’espérais toujours que vous lâcheriez prise et que vous adopteriez - ma méthode, que je crois bonne: quand je devine que quelque chose est - désagréable à un ami, et quand ce quelque chose n’intéresse ni son - honneur, ni sa vie, ni sa conscience, je ne lui en dis plus un mot, - et, généralement, je m’en trouve bien. Être plus royaliste que le roi - n’est bon ni dans la vie publique, ni dans la vie privée. Pardonnez, - mon cher ami, à la liberté de mon langage; il fallait en finir, et - cette fois je me flatte que c’est bien fini. Notre affection, soyez-en - certain, n’en sera que plus vive et plus douce quand nous serons - débarrassés de ces éternels tiraillements. Votre tout dévoué de - cœur[445]. - - -V - -Ce petit dissentiment n’était pas pour altérer en rien notre vieille -amitié. Lorsque mourut Jules Janin, au mois de juin 1874, Pontmartin -me permit de lui reparler de l’Académie. Il persistait, il est vrai, à -ne pas vouloir se présenter; mais sa réponse ne respirait, cette fois, -aucune irritation. Dans une lettre qu’il m’adressait de Marseille, le 4 -avril 1875, il me disait: - - ...Un mot encore sur l’Académie. Mes chances seraient aussi mauvaises - qu’elles auraient été bonnes en 1873. Je n’ai plus M. Guizot[446]; M. - Autran n’est pas en état de retourner à Paris; les apparitions de M. - de Laprade parmi ses collègues sont trop rares et trop courtes pour - qu’il puisse avoir la moindre influence. M. Thiers dispose de quatorze - voix qui toutes me seraient hostiles. En fait de bonapartistes, je ne - pourrais compter que sur Jules Sandeau. Vous le voyez, mon cher ami, - la peau de chagrin s’est singulièrement amincie; ce chagrin-là est le - moindre des miens... - -Joseph Autran mourut le 7 mars 1877. Pontmartin paraissait si bien -indiqué pour le remplacer, que ses adversaires eux-mêmes parlèrent -aussitôt de sa candidature et la combattirent préventivement. Ainsi -fit le _Sémaphore_, journal républicain de Marseille, qui avait -pour _correspondant parisien_ M. Émile Zola. Pontmartin était alors -à Marseille; il répondit sur-le-champ au _rédacteur en chef du -«Sémaphore»_: - - Monsieur, - - Avant d’attaquer une candidature, il faudrait, ce me semble, s’assurer - qu’elle existe. Depuis la mort de M. Autran, je n’ai quitté la - campagne que pour venir à Marseille; je puis me rendre cette justice - que, en pleurant mon illustre ami, en m’associant au deuil de sa - famille et de sa ville natale, je n’ai pas mêlé à mes regrets la - moindre arrière-pensée académique. Je défie que l’on cite un mot de - moi, une démarche, une ligne d’écriture qui trahisse des velléités de - candidat. Votre correspondant prétend que «j’en meurs d’envie». Je - crois avoir prouvé le contraire. Cette envie, d’ailleurs, me paraît - peu compatible avec l’épithète de _provincial_ qu’il me décerne, dont - je suis loin de me défendre, et qui, soit dit en passant, produit - un singulier effet dans la correspondance d’un journal de province. - Oui, depuis sept ans, depuis les désastres de la France, j’ai - cessé d’habiter Paris; je suis redevenu, non seulement provincial, - mais villageois. Est-ce là le fait d’un homme atteint de nostalgie - académique? J’en appelle à votre justice. - - Cette attaque m’étonne d’autant plus que mes relations avec le - _Sémaphore_ avaient toujours été fort amicales. Permettez-moi donc, - monsieur le rédacteur, de l’attribuer ou aux inquiétudes d’un candidat - pressé d’écarter même les concurrents imaginaires, ou peut-être aux - rancunes d’un romancier désireux d’accaparer à lui tout seul les - privilèges de l’_Assommoir_. - - Comptant sur votre bienveillante impartialité pour l’insertion de - cette lettre, je vous en remercie d’avance et je vous prie, monsieur - le rédacteur, d’agréer l’assurance de ma parfaite considération, de - mes cordiales sympathies. - - A. DE PONTMARTIN. - - Marseille, 24 mars 1877 - -Cette lettre ne préjugeait rien sur le fond de la question. Il lui -eût été doux de louer son ami, et peut-être n’était-il pas sans -désirer qu’on le chargeât de ce soin. La veuve du poète, de son côté, -souhaitait vivement que son éloge fût confié à l’auteur des _Samedis_, -à l’écrivain qui, en tant de rencontres, avait si bien parlé de son -mari. Ni son propre désir, ni les instances de M^{me} Autran, ni -celles de M. Léopold de Gaillard, ne purent le faire revenir sur son -parti pris d’abstention et d’absentéisme. Cette fois encore, il laissa -aller les choses. Le 17 avril, M. le duc d’Audiffret-Pasquier posa -sa candidature; celle de Pontmartin dès lors devenait impossible, -puisqu’ils avaient, l’un et l’autre, mêmes amis et mêmes électeurs. -M. de Gaillard, qui voulait bien me tenir au courant de la situation, -m’écrivit de Paris, le 25 avril: - - ...Je vous aurais répondu depuis longtemps si j’avais eu à vous dire - quelque chose de bon pour la candidature à l’Académie de notre ami - Pontmartin. Trois fois, déjà, à ma connaissance, il a été l’objet - d’avances aussi flatteuses que peu écoutées. Deux fois je lui ai - écrit de la part de M. Guizot pour lui dire: _Votre moment est venu; - posez votre candidature, nous la soutiendrons._ Cette fois encore, - M. d’Haussonville lui a fait porter les propositions les plus - séduisantes. Jamais notre cher indécis n’a daigné répondre: _Je vous - remercie, j’accepte et j’arrive._ - - Depuis plus de dix ans, il serait en possession du fauteuil qu’il - mérite si bien, s’il avait voulu écrire sa lettre de demande et - laisser agir ses amis. Il y a un mois, après une visite au duc de - Broglie, je lui faisais connaître la situation d’alors: Sardou seul - en avant; le duc Pasquier sollicité, mais refusant et préférant se - réserver pour le prochain fauteuil politique. Je ne mets pas en doute - que si notre ami avait aussitôt pris son parti et posé sa candidature, - jamais on n’eût parlé de celle du président du Sénat. Celui-ci, en - effet, n’a écrit qu’à la date du 17 _avril_. Maintenant que l’occasion - est manquée, je ne conseillerai pas à Pontmartin de se jeter en avant. - Évidemment, la moitié des voix sur lesquelles il pourrait compter sont - engagées au candidat politique. Si l’élection est renvoyée à l’hiver - prochain, il faudra voir, et tout pourrait peut-être s’arranger - comme nous le désirons, vous et moi, et même _lui_, en dépit de ses - hésitations. Si l’élection a lieu tout de suite, on croit à deux ou - trois voix de majorité pour le duc Pasquier. Je suis assez peu duc et - assez peu homme de lettres pour avoir une opinion désintéressée sur - la matière. Je suis hardiment pour l’Académie _Salon_ politique et - littéraire, contre l’Académie _Société des Gens de lettres_. C’est - pour cela que notre ami qui est, par excellence, un _gentleman_ et un - écrivain devrait se décider... - -Au commencement de 1878, Pontmartin passa deux mois à Hyères, où se -trouvait l’évêque d’Orléans. Nous avons vu quel caractère de cordialité -prirent bien vite leurs relations[447]. Il y avait alors trois vacances -à l’Académie, par suite de la mort de MM. Thiers, Claude Bernard et -Louis de Loménie. Le fauteuil de ce dernier semblait revenir de droit -à Pontmartin. M^{gr} Dupanloup insista auprès de lui pour qu’il se -mît sur les rangs. Seul, l’illustre évêque pouvait triompher de cette -résistance que n’avaient pu vaincre ni M. Guizot, ni M. d’Haussonville, -ni M. Léopold de Gaillard. Il put croire un instant qu’il avait partie -gagnée. Le 7 avril 1878, étant encore à Hyères, que Pontmartin venait -de quitter, il me faisait l’honneur de m’adresser ces lignes: - - Monsieur, - - Tous mes vœux sont pour M. de Pontmartin, et je crois l’avoir déjà - décidé à donner son consentement pour sa candidature. Je vais y - travailler encore... - -Rentré à Orléans, il voulut bien, le 18 avril, m’envoyer ce nouveau -billet: - - Monsieur, - - Je suis l’admirateur et l’ami de M. de Pontmartin; et si cela - dépendait uniquement de moi, il serait demain de l’Académie française. - - J’ai quitté cette Académie, mais j’emploierai ce qui me reste de - crédit auprès de mes confrères en faveur de M. de Pontmartin, et - en le faisant, je croirai faire une œuvre également honorable pour - l’Académie et pour M. de Pontmartin. - -M^{gr} Dupanloup ne devait pas s’en tenir là. «Je ferai, m’écrivait-il -quelques jours plus tard, je ferai pour M. de Pontmartin ce que je ne -ferais pour personne autre. Je serai heureux de revenir à l’Académie -le jour où il s’agira de voter pour lui.» Et cela, il le lui écrivit -à lui-même. Être nommé dans de telles conditions, n’était-ce pas être -nommé deux fois? Pontmartin refusa[448]. - -Cette fois, tout était bien fini. A peu de temps de là, le 11 octobre -1878, l’évêque d’Orléans mourait, après une courte maladie, au château -de la Combe[449], par Domène (Isère). Après lui, nul ne pouvait plus -songer à parler encore de l’Académie à Pontmartin. - - * * * * * - -On a souvent répété que les _Jeudis de M^{me} Charbonneau_ avaient -jusqu’au dernier jour fermé à Pontmartin les portes de l’Académie. -Rien n’est moins exact, nous venons de le voir. Il n’a tenu qu’à lui, -et à plus d’une reprise, d’en franchir le seuil. S’il n’a pas été -académicien, c’est parce qu’il n’a pas voulu l’être. Est-ce à dire -qu’il dédaignait de figurer parmi les Quarante? Il était trop homme -d’esprit pour avoir ce sot orgueil. Il eût été, au contraire, très -heureux et très fier de s’asseoir auprès des maîtres et des amis qu’il -comptait dans l’illustre compagnie. S’il s’est obstiné jusqu’à la fin -à ne point poser sa candidature, ce n’est ni par excès d’orgueil, ni -par excès de modestie. Faut-il chercher la cause de ses refus dans -un détail minuscule qu’il se plaisait, il est vrai, à grossir, dans -le petit volume et la petite portée de sa voix qui lui faisait peur -d’avance? Je sais bien que dans ses _Mémoires_[450], c’est à cette -malheureuse voix aigrelette qu’il attribue tout le mal. C’est derrière -elle qu’il se retranchait, lorsque ses amis le pressaient de trop -près et lui reprochaient de se dérober, même quand l’occasion était -propice et le succès certain: «Comment ne devines-tu pas, écrivait-il -à Léopold de Gaillard, que le jour de la réception qui est, pour le -nouvel académicien, le jour du triomphe serait pour moi le jour de la -confusion? On viendrait à ma séance pour se moquer de moi!» Un autre -jour, comme M. de Gaillard lui énumérait la majorité certaine qui -l’attendait au palais Mazarin: «Oui, répondit-il, avec tristesse, il y -aurait même une voix de trop, c’est la mienne!» - -L’obstacle pourtant,—et Pontmartin le savait bien—était de ceux qui -se peuvent tourner. Un académicien a le droit, comme un simple mortel, -d’avoir la grippe et de faire lire son discours par un confrère. Ainsi -avait fait Jules Janin dans la séance du 9 novembre 1871. Le comte -d’Haussonville était un des plus chauds partisans de Pontmartin. Il -lui fit dire par un ami commun qu’il se tenait à sa disposition pour -se mettre en rapport d’abord avec l’Académie pour sa candidature, -puis avec le public pour le jour de la réception. L’obstacle était -ainsi levé, et dans les meilleures conditions, puisque aussi bien -M. d’Haussonville était un admirable lecteur. Son offre pourtant ne -fut pas agréée. C’est que le véritable obstacle était ailleurs; il -était dans l’irrésolution et la nervosité de son caractère, dans son -éloignement pour tout ce qui ressemblait à une compétition et à une -lutte, dans la facilité avec laquelle trop souvent il jetait le manche -après la cognée. Il était surtout dans le sentiment qui, après les -désastres et les deuils de 1870 et 1871, le portait de plus en plus à -ne point avoir à Paris de résidence fixe, mais un simple campement, -et qui le décida à finir ses jours à la campagne. Peut-être, après -tout, choisissait-il la meilleure part, et je fus tout à fait désarmé, -je l’avoue, le jour où je reçus de lui ces lignes, où le sourire se -mouille d’une larme: - - Si j’étais de l’Académie, il me faudrait habiter Paris une partie de - l’année; force au moins me serait d’y aller aux époques d’élection ou - de réception... Depuis la mort de ma pauvre femme et depuis les dates - sinistres de 1870-1871, Paris ne m’attire plus, au contraire, je n’y - arrive que pour m’enrhumer; le théâtre, dont j’ai conservé le goût, - me fatigue et m’endort. Dans les maisons où je suis invité, on dîne - trop tard pour ma gastrite et on veille trop pour mes soixante-trois - ans. La campagne, mes vieilles servantes, mon vieux chien, un peu de - travail, un peu de charité, quelques amis à mes dîners maigres du - vendredi, quelques coups de fusil très peu meurtriers en septembre et - en octobre, et, en perspective, le cimetière de mon village, voilà - désormais, non seulement mon partage, mais mes préférences. Ce n’est - pas vous, mon cher ami, qui aurez le courage de me blâmer. - - - - -CHAPITRE XVI - - LES ANGLES.—MES MÉMOIRES.—SOUVENIRS D’UN VIEUX CRITIQUE.—LE - MILLIÈME ARTICLE.—LES NOCES D’OR. - -(1879-1887) - - Description des Angles. Le cabinet de travail, les promenades, les - visiteurs. Soirées d’hiver. Évocation du passé.—_Delenda est res... - punica._ Pontmartin et la République conservatrice.—_Mes Mémoires._ - Le chapitre sur Berryer. Les _Souvenirs d’un vieux critique_.—Le - Millième article. L’Encrier de la _Gazette de France_. Les deux - Bustes. Les souscripteurs. Lettres de M^{gr} de Dreux-Brézé, de - Belcastel, Edmond Rousse, Désiré Nisard, Emile Ollivier. Lettre de - Pontmartin au directeur de la _Gazette de France_.—Le critique et le - romancier. La Correspondance de Pontmartin. - - -I - -Pontmartin maintenant ne quittera plus les Angles. Loin, bien loin de -Paris et de ses vaines rumeurs, il passera ses dernières années dans -cette maison où s’est écoulée son enfance et où il lui sera doux de -mourir. - -L’heure est venue de la décrire. - -Située sur la rive droite du Rhône, presque en face d’Avignon, mais -dans le département du Gard, la plaine des Angles, bornée d’un côté -par le fleuve, est entourée de tous les autres côtés d’une chaîne de -collines formant hémicycle. La maison est au fond de la plaine, à -l’endroit le plus éloigné du Rhône, au pied de la colline, qui s’élève -presque à pic derrière elle. C’est une construction à deux étages, à -contrevents verts, datant du milieu du XVIII^e siècle, ainsi que le -rappellent quelques ornements Louis XV. Logis modeste, en somme, et -dont l’aspect n’a rien de seigneurial, bien que dans toute la région on -l’appelle couramment _le château_. Ce qui en fait le charme, ce sont -de nombreuses sources d’eau vive, de riantes prairies, de magnifiques -arbres, parmi lesquels les marronniers célèbres et un platane qui n’est -pas moins légendaire dans le pays. L’été, c’est un nid de verdure -et une fraîche retraite; l’hiver, le soleil ne manque pas, et ses -rayons ont encore un éclat et une tiédeur que la ville ne connaît pas. -Derrière la maison, se dresse sur la colline calcaire dénudée, à une -cinquantaine de mètres de hauteur, le village des Angles, avec son -prieuré du XIV^e siècle et son église du XV^e. Vu du bout de l’allée -des marronniers, il ressemble d’étonnante façon à ces nids d’aigle des -environs de Nice et de Monaco, tels qu’Éza, que leurs habitants avaient -bâtis sur des cimes presque inaccessibles, par crainte des Sarrasins. -Tous ceux des visiteurs de Pontmartin qui connaissaient la Corniche -étaient frappés de cette ressemblance. L’ascension du _château_ à ce -village perché sur son rocher est très fatigante; mais, parvenu au -sommet, on découvre une vue merveilleuse sur le Rhône, la Durance, la -chaîne des Alpines, le tout inondé de cette lumière intense et douce à -la fois, qui donne tant de charme aux paysages méridionaux. - -Pontmartin avait fait du grand salon du rez-de-chaussée son cabinet -de travail. C’était une très vaste pièce, percée de trois fenêtres -donnant au midi. Aucune élégance dans l’ameublement, demeuré tel -qu’il était au temps de M. Eugène de Pontmartin et de l’oncle Joseph: -deux canapés[451] et six fauteuils Restauration garnis de toile perse -assortie aux rideaux des fenêtres; deux fauteuils Louis XVI; deux -chaises de cuir Louis XIII; deux fauteuils modernes plus confortables; -quelques chaises de paille ou de canne; une vieille table de trictrac, -supportant un plateau garni de porcelaines de Chine; entre les -fenêtres, deux consoles surmontées de deux étagères-bibliothèques; -sur la cheminée, une belle pendule Louis XIII de la forme dite -_religieuse_, flanquée de quatre potiches et de deux bronzes de Chine. -Aux murs, quatre grandes gravures d’Audran, d’après les tableaux de -Jouvenet: _la Pêche miraculeuse_, _la Résurrection de Lazare_, _les -Noces de Cana_, _la Guérison du paralytique_. Au milieu de la pièce, -une grande table ovale, toujours submergée de papiers, de livres, de -journaux. C’est là que, tous les matins, assis en face de la fenêtre -du milieu, il écrivait lettres et articles avec une régularité, une -facilité et une abondance qui ne connaissaient pas la fatigue. - -Après le déjeuner, il visitait son jardin, il franchissait son enclos -et, quand ses forces le lui permettaient, il promenait ses rêveries -dans ces champs familiers et ces sentiers connus, à travers ce petit -coin de terre où s’étaient écoulées ses premières années. Il reprenait -une à une les impressions de son enfance et de sa jeunesse. Ce chêne -vert lui avait prêté son ombre quand il étudiait l’_Epitome_ ou -le _De Viris_. Sous cet ormeau, il avait lu pour la première fois -_Indiana_, _la Peau de chagrin_, _Barnave_, _Stello_, _le Rouge et le -Noir_. Il avait relu Lamartine, Hugo, Vigny, Musset, _Childe Harold_, -_Don Juan_, _Parisina_, _Faust_, _Hamlet_, _Roméo et Juliette_. Si -la chaleur n’était pas trop grande, il poussait jusqu’au Rhône, ce -terrible voisin, dont il redoutait les visites, mais qu’il ne pouvait -se défendre d’aimer, malgré ses débordements et ses colères. - -Le printemps surtout lui était, chaque année, une fête nouvelle, et -il se demandait alors comment il avait pu autrefois quitter sa maison -quand Avril ramenait les beaux jours. Ce renouveau le rajeunissait. -Comment eût-il regretté le boulevard ou même le jardin de la _Revue des -Deux Mondes_, quand il passait la revue de ce petit monde—arbres, nids -et fleurs—sur lequel il régnait et qui tenait à toutes les fibres de -son cœur? «Pas un de ces amis ne manque à l’appel, dit-il quelque part. -Voici le cytise des Alpes, dont les grappes élégantes étalent plus -d’or que notre budget n’en réclame. La pervenche se tapit entre les -dernières violettes et les premiers lilas. Les églantiers s’entrelacent -aux aubépines à fleurs roses. Les panaches des acacias, plus pressés -d’habitude, ont attendu que les tilleuls fussent prêts. Les marronniers -ont leurs aigrettes. Les clématites, aux vagues parfums, me sont -dénoncées par un essaim d’abeilles, qui vont leur demander leur miel. -Les plantes grimpantes montent à l’assaut de mon toit. Et les nids! Je -les reconnais. On dirait que ce sont les mêmes. Les pères et mères ne -se défient pas de mon hospitalité... Je les vois tous à leur place: le -nid de tourterelles sur le grand pin; le nid de loriots sur le peuplier -de Virginie. A une branche de l’érable, le nid de merles; dans le -massif de noisetiers, le nid de fauvettes; dans une touffe de fusains, -le nid de chardonnerets[452].» - -L’hiver même n’interrompait pas tout à fait ses promenades, bien -que l’anémie dont il avait été atteint en juillet 1870 et dont il ne -s’était jamais très bien guéri, l’eût rendu extrêmement frileux. Il y -avait, de sa maison au pont d’Avignon, un chemin abrité par une colline -boisée de chênes verts, de micocouliers et surtout d’oliviers, en -plein midi, en plein soleil. Il l’appelait _le Cagnard_, et, même en -décembre, même en janvier, il allait y faire concurrence aux lézards et -y rêvasser à ses articles. - -Hiver comme été cependant, la plupart de ses après-midi se passaient -dans son salon, où il lisait le livre du jour et d’un crayon rapide -l’annotait pour le mieux juger à l’occasion. Le vendredi seulement, -laissant là livres et crayon, il recevait ses amis. Dans ces réunions, -qui étaient une fête pour la société avignonnaise, il déployait toutes -les grâces de son esprit. Aux Angles, comme autrefois à Paris, on lui -pouvait appliquer le mot de Montaigne: «Il n’est rien à quoy il semble -que la nature l’aye plus acheminé que pour la Société.» - -Les autres jours de la semaine, d’ailleurs, les visiteurs n’étaient pas -rares, et pas n’était besoin qu’ils portassent un nom connu dans le -monde ou dans les lettres, pour qu’ils fussent assurés de recevoir un -gracieux accueil. Je laisse à l’un de ceux qui l’ont vu alors le plus -souvent et de plus près le soin de nous dire ce qu’était Pontmartin -dans ce salon des Angles, où il avait désormais renfermé sa vie: - - ...Dès qu’on entrait, quel cordial accueil, quelle poignée de main - bien franche et bien sincère, et comme il était facile de lire - sur cette physionomie intelligente et fine, dans cet œil souriant - presque avec gratitude: Soyez le bienvenu. Il jetait le livre - commencé, semblant dire: A demain les affaires sérieuses, et venait - invariablement se placer dans son grand fauteuil adossé au mur et - au coin de la cheminée. Il affectionnait cette place, d’où son œil - pouvait embrasser le parc merveilleux qui se déroulait sous ses - fenêtres, les vertes pelouses baignées par l’ombre des marronniers - séculaires. Peu à peu la conversation s’engageait à bâtons rompus, - comme une de ces parties de chasse où on jette une pierre dans les - touffes que l’on rencontre. C’était l’événement du jour, l’actualité, - une anecdote du temps jadis à propos d’un souvenir évoqué par une - ligne de journal. Puis la conversation s’élevait peu à peu, elle - gagnait les hauteurs par des méandres capricieux, par des chemins - détournés, s’arrêtant dans une clairière pour y cueillir un mot, un - trait d’esprit, comme une fleur aux chatoyantes couleurs, s’enfonçant - sous bois et arrivant enfin sur un plateau découvert, d’où l’on - pouvait voir de vastes horizons. L’éminent écrivain jugeait alors d’un - mot ou d’un aperçu une œuvre, un auteur, une époque littéraire, mais - brièvement, sans tirades, d’un trait, sans la moindre pédanterie. - Car Armand de Pontmartin était un merveilleux causeur. Il déployait - dans la causerie les grâces naturelles de son esprit si fin et si - primesautier. Il avait beaucoup vu et beaucoup retenu. Sa mémoire - était des plus fidèles, et il y puisait comme dans un inépuisable - répertoire. Il avait connu presque toutes les illustrations - littéraires du siècle, et un sténographe n’eût pas perdu son encre à - recueillir les anecdotes et les menus faits qu’il égrenait au cours - de la conversation. Il a comparé lui-même la causerie de certaines - grandes dames des salons qu’il avait fréquentés, à de la dentelle - fine. La sienne était bien de la dentelle, mais une dentelle tissée - d’un fil aussi solide que délié et où il laissait percer la grâce - aristocratique du gentilhomme unie à la finesse du lettré. C’était, - en un mot, le plus séduisant des causeurs. Et ce qui ajoutait - plus de charmes à la séduction qu’il exerçait sur l’esprit de son - interlocuteur, c’est qu’on n’y apercevait pas la moindre trace de - coquetterie. La grâce était toute naturelle et sans le moindre - effort[453]. - -Longue serait la liste des visiteurs, des amis, pour qui c’était une -fête de faire le pèlerinage des Angles. - -L’évêque de Nîmes, M^{gr} Besson, lui-même écrivain très -distingué[454], était particulièrement fier de son diocésain; toutes -les fois que s’offrait à lui l’occasion de l’aller voir, il était -heureux de la saisir. Quand Pontmartin avait l’honneur de recevoir -son évêque, il ne manquait jamais de me l’écrire et de m’associer—de -loin—à sa joie. Elle était complète lorsqu’il pouvait faire asseoir -à sa table, le même jour, M^{gr} Besson et son vieil ami Léopold de -Gaillard. - -Par une heureuse fortune pour Pontmartin, en même temps qu’il -abandonnait définitivement Paris, M. de Gaillard renonçait également -à la capitale; le 25 février 1879, il donnait sa démission de -conseiller d’État et venait habiter son château de Bellevue, près -Bollène (Vaucluse), à quelques lieues seulement des Angles. Si les deux -amis, retenus chez eux par des occupations diverses, n’allaient guère -qu’une fois ou deux par an l’un chez l’autre, dans l’intervalle de ces -visites, que de bonnes rencontres à Avignon! Une ou deux fois au moins -chaque mois, jusqu’à la fin de 1887, époque où la fatigue de Léopold de -Gaillard devint trop grande, on se donnait rendez-vous à l’_Hôtel de -l’Europe_. A ces déjeuners mensuels, à ces «rendez-vous de l’omelette», -ajoutez des lettres sans nombre, si bien qu’en réalité leur amitié ne -connais-pas l’absence. - -Dirai-je maintenant tous ceux qui, habitant à Avignon ou dans le -voisinage, étaient les hôtes habituels du salon des Angles? Je n’en -veux citer que quelques-uns, parmi les plus fidèles: le docteur Cade, -M. Augustin Canron, un journaliste et un érudit (ceci n’est point -un pléonasme), le bon poète Roumanille, M. de Roubin, M. Alfred -Coulondres, ancien magistrat, homme grave, spirituel et savant, M. -François Seguin, imprimeur et directeur de l’_Union de Vaucluse_, pour -lequel Pontmartin, qui avait tant fait gémir la presse, éprouvait -une particulière sympathie, en raison surtout de sa fidélité à des -principes héréditaires dans sa famille, on pourrait dire sa dynastie; -car il y a deux siècles que les Seguin pratiquent l’art de Guttemberg, -et toujours pour en faire un usage bon et sain. - -Le soir venu, quand ses hôtes étaient partis, Pontmartin éprouvait -un charme mélancolique à évoquer les jours évanouis, ses souvenirs de -jeunesse, et surtout ces deux dernières années de la Restauration, dont -rien n’égala jamais la douceur et l’éclat. Il se reporte par la pensée -à ses promenades sous les arbres du Luxembourg ou sous les galeries de -l’Odéon, aux leçons de Villemain ou de Cousin, ou encore à cette soirée -de novembre 1829, où il alla, avec un de ses camarades de collège, -entendre _Guillaume Tell_ à l’Opéra. Il revoit le rideau qui se lève -sur le chœur _Quel jour serein pour nous s’apprête!_ Il croit entendre -encore l’exquise romance du pêcheur, _Accours dans ma nacelle!_ puis -le foudroyant appel de Guillaume: _Il chante et l’Helvétie pleure sa -liberté!_ Et le lendemain, il écrit: - - Doux et lointain souvenir! Il y a de cela cinquante-huit ans. Depuis - longues années, je n’entends plus d’autre musique que celle de - mes rossignols et de mes cigales. Mais souvent, le soir, dans ce - demi-sommeil où l’âme se détache des choses présentes, où ne veillent - plus que les songes, j’évoque ces images du passé. Plongé dans mon - vieux fauteuil, je me chante à moi-même, sans ouvrir la bouche, - ces airs, ces _duos_, ces cantilènes, dont se berça ma jeunesse. - On me croit endormi, tandis que défilent devant moi les créations - pathétiques ou riantes, tragiques ou bouffonnes, mais toujours - mélodieuses, de Rossini, de ses émules et de ses meilleurs disciples: - Sémiramide et Desdemona, Ninetta et Rosine, Assur et Otello, Figaro - et don Magnifico, Edgardo et Lucia, Norina et don Pasquale, Elvino - et Amina, Alice et Robert, Valentine et Raoul, Fidès et Sélika; et, - avec eux, leurs interprètes, Rubini et Lablache, Ronconi et Mario, - Tamburini et Julia Grisi, M^{me} Malibran et sa sœur Pauline Viardot, - Garcia et Alboni. Si la musique était belle, les auditoires n’étaient - pas moins beaux. Où sont-elles, les célébrités de l’élégance, de - l’art, de la poésie, du théâtre, du blason, de la richesse? Dans - quelle nécropole faut-il les chercher? Les robes de soie et de velours - sont devenues des suaires; les figures sont des fantômes, les fantômes - sont des spectres, les spectres sont des squelettes, les squelettes - sont des ombres. C’est à peine si les petites-filles savent les noms - de leurs aïeules, qui inspirèrent les poètes, les romanciers et les - artistes, qui eurent elles-mêmes leurs romans, qui firent battre les - cœurs des _dandys_ les plus éblouissants, des plus brillants officiers - de la garde royale et de l’armée, et qui constellaient les loges de - leur beauté, de leurs sourires. Où sont les fleurs de leur corsage, - les diamants et les perles de leurs colliers? O vanité! ô néant! C’est - triste; ce serait lugubre et navrant, si, au bout de ces mélodies - profanes, on ne récitait un _Pater_ et un _Ave_, si, après ces - litanies mondaines, on ne répétait les véritables: «_Rosa mystica!_ - Rose mystique, qui fleurit dans le ciel, et ne se fanera jamais! - _Stella matutina!_ Étoile du matin, d’un matin qui n’aura pas de soir, - d’un jour qui n’aura pas de nuit[455]!» - - -II - -Pontmartin avait soixante-sept ans quand il se retira ainsi aux -Angles. L’âge est venu, mais non la _paresse de la vieillesse_, celle -dont Tacite a dit: _Invisa primum desidia postremo amatur_. Avec -une régularité plus grande encore que par le passé, il enverra à la -_Gazette de France_ sa causerie hebdomadaire. S’il lui arrive parfois -d’avoir une heure de découragement, ce ne sont pas seulement ses amis -les plus anciens, ses vieux coreligionnaires et à leur tête Léopold -de Gaillard, qui lui demandent de ne pas interrompre ses Semaines -littéraires; c’est Cuvillier-Fleury, qui lui écrit: «Non, vous ne -renoncerez pas à cette tribune littéraire, bien souvent politique de -la _Gazette_, où vous vous honorez si grandement par le talent, la -vivacité et la sincérité de l’esprit, l’originalité souvent familière, -toujours spirituelle[456].» Et Cuvillier-Fleury ajoutait, à propos -d’un article de Pontmartin en réponse à une attaque de M. Émile -Zola[457]: «Vous avez traité Zola avec une douceur féline qui a dû -faire sortir toutes ses griffes, _suaviter in modo, fortiter in re_. -Voilà le _Figaro_ qui vous complimente après vous avoir immolé. C’est -le Capitole après la Roche Tarpéienne. N’importe, j’aime mieux cela. On -vous a beaucoup lu, et on a beaucoup admiré cette grande possession que -vous avez montrée de vous-même. On attendait de vous un éreintement de -première grandeur; vous avez préféré un enterrement de première classe.» - -C’est précisément parce que la _Gazette de France_ était une tribune -_politique_, ainsi que l’écrivait Cuvillier-Fleury, que Pontmartin ne -pouvait pas, ne voulait pas la déserter. Il combat la République depuis -le jour où elle est née; il la combattra jusqu’à la fin. Il continuera -donc de parler encore littérature, roman, poésie, mais à la condition -de terminer chacun de ses articles par un mot, par un cri, toujours le -même: _Delenda est res... punica_. Même quand la République se présente -sous des apparences modérées, il refuse d’être dupe; ni la houlette et -la panetière, dont parfois elle s’affuble, ne le trompent, et sous le -déguisement de ce faux berger il a vite reconnu Guillot le sycophante. -Quand des Religieux, comme le Père Didon ou le Père Maumus, prêchent -le ralliement et annoncent le prochain avènement d’une République -chrétienne, il leur répond: - - C’est là un beau rêve, qui pourrait être, au besoin, contresigné par - M. de La Palice, mais c’est un rêve. La République ressemble à ces - vins frelatés qui s’aigrissent en vieillissant... L’expérience prouve - que la République est forcée de marcher toujours, soit à reculons, - pour refluer vers la dictature, soit en avant pour verser dans le - radicalisme et le jacobinisme. Je me souviens d’une très amusante - pièce de M. Labiche, où Hyacinthe jouait le rôle d’un fabricant - de bougies de l’_Aurore boréale_. On lui faisait observer que ses - bougies coulaient et n’éclairaient pas.—«Si elles éclairaient et - ne coulaient pas, répliquait-il avec un sang-froid superbe, elles - ne seraient pas de l’_Aurore boréale_.»—Si la République pouvait - se fixer dans un programme d’amabilité, d’honnêteté, de modération, - d’équité, de tolérance, de libéralisme sincère, elle ne serait pas la - République[458]. - -De telles pages, on en rencontre à chaque instant dans les Causeries de -Pontmartin, et c’est pourquoi, bien loin d’avoir vieilli, elles sont -plus _actuelles_ que jamais. - -De Semaine en Semaine, il semblait rajeunir, et ses amis, en présence -de ce perpétuel jaillissement d’esprit et de talent, ne pouvaient -croire qu’il eût définitivement renoncé à toute idée de retour à -Paris. Pour ma part, toutes les fois qu’il m’arrivait d’y aller, je le -suppliais de venir m’y rejoindre. Toujours charmantes, ses réponses -étaient toujours négatives. Telle, par exemple, cette lettre du 21 -avril 1880: - - ...Je n’ai pas le courage de me décider. Tout à l’heure, je me - promenais seul dans mon allée de marronniers où je voudrais tant me - promener avec vous. Je pesais le _pour_ et le _contre_ de ce voyage: - d’un côté, le plaisir de rentrer un moment dans la vie littéraire, - de retrouver quelques figures amies, de m’asseoir dans un fauteuil - d’orchestre du Théâtre-Français, de faire quelques visites au Salon, - dont je ne rends plus compte; de l’autre, la nuit en chemin de fer, - la chance de tomber malade dans un hôtel comme en 1877, la difficulté - de se procurer tous ces petits détails de bien-être et de _chez soi_, - dont on ne s’aperçoit que quand ils vous manquent. J’étais exactement - comme l’âne de Buridan entre deux bottes de chardons d’égale grosseur. - Tout à coup, j’ai entendu le premier rossignol de l’année, qui - commençait sa mélodieuse chanson dans un massif d’érables; ce n’est - rien, et pourtant le gazouillement de ce petit oiseau m’a presque - décidé au parti le plus sage, c’est-à-dire le plus sédentaire. Ne vous - semble-t-il pas qu’un poète pourrait rimer là-dessus quelques jolies - stances ou un sonnet presque sans défauts? Mais la poésie, c’est la - jeunesse; la jeunesse, c’est le vrai printemps; ce rossignol, dont - j’ai probablement entendu chanter les ancêtres les plus lointains, - n’avait pour moi que le charme mélancolique d’un fugitif retour au - passé[459]. - -L’année suivante, je revenais à la charge, mais sans plus de succès. -Il me répondait, le 7 novembre 1881: «Vous me demandez si je n’ai pas -idée d’aller à Paris au mois de décembre. Hélas! j’ai l’idée contraire. -Il ne faut pas que la surabondance de mes écritures vous fasse illusion -sur mon âge et sur ma santé. Et puis, décembre est bien froid ou bien -humide, avec des jours bien courts, des rues bien boueuses et des -boulevards bien bruyants. Bizarre contraste! Le sage Biré m’engage à -venir à Paris, et Ludovic Halévy, l’auteur d’_Orphée aux Enfers_, le -boulevardier par excellence, m’écrivant pour me remercier d’un article, -ajoutait récemment: ‘Ne venez pas à Paris! Vous ne le reconnaîtriez -pas. Il n’est plus digne de vous.’» - -S’il ne va plus à Paris, il y enverra du moins ses volumes, à raison -de deux par an. En 1879, il publia la dix-septième et la dix-huitième -série des _Nouveaux Samedis_; en 1880, la dix-neuvième et la vingtième. - -Ce tome XX des _Nouveaux Samedis_ n’était rien moins que le -vingt-neuvième volume des _Causeries_. «Si nous adoptions un nouveau -titre?» lui écrivit son éditeur, M. Calmann-Lévy. Pontmartin, -légèrement piqué, proposa, un peu _ab irato_: _Souvenirs posthumes_, -ou _Causeries posthumes_. Au fond, M. Calmann-Lévy avait raison, et, -d’un commun accord, on adopta, pour les séries futures, le titre de -_Souvenirs d’un vieux critique_. - -Le premier volume des _Souvenirs_ parut au mois de juillet 1881, avec -cette dédicace: - - A - MA CHÈRE FILLE - JEANNE D’HONORATI - VICOMTESSE HENRI DE PONTMARTIN - HOMMAGE - DE RECONNAISSANCE ET DE TENDRESSE - - A. DE PONTMARTIN. - -Le mariage de son fils avait eu lieu le 27 avril précédent. En me -l’annonçant, le 16 avril, il terminait ainsi sa lettre: «Je vous -embrasse de cœur dans toute l’effusion d’une honnête joie.» - - -III - -Bien des fois, je l’avais engagé à écrire ses _Mémoires_. Il me -répondait que ses vrais Mémoires, les seuls qu’il pût avoir la -prétention de publier, il les écrivait au jour le jour dans ses -Causeries. Tel était aussi, du reste, l’avis de Cuvillier-Fleury, qui, -dans une lettre du 3 mai 1880, lui disait: «Vos feuilletons prennent -figure de _mémoires_ «pour servir à l’histoire de notre temps», presque -aussi politiques que ceux de M. Guizot, et plus mêlés de littérature, -de souvenirs personnels et de commérages friands. On les savoure et on -en garde le goût comme d’un mets délicatement épicé. Tout est là, être -délicat dans un siècle qui ne l’est plus.» - -Un jour vint cependant où, se trouvant de loisir,—c’était au mois -d’août 1881,—il prit une belle feuille de papier, inscrivit en tête -ces deux mots: _MES MEMOIRES_, écrivit d’un trait le premier chapitre -et l’envoya au _Correspondant_[460]. Au bout de quatre ou cinq mois, le -volume était fait et conduisait le lecteur jusqu’à l’année 1832. - -Critique, Pontmartin avait eu à juger les Mémoires et les Confidences -de nos _illustres_, Chateaubriand, Lamartine, Alexandre Dumas, George -Sand, et il ne s’était pas fait faute de condamner chez eux l’abus de -la personnalité, ces complaisances du _Moi_, qui les avaient conduits -à entretenir le public de tout ce qu’ils avaient fait depuis le -berceau, de leurs enfantillages, de leurs espiègleries, de leurs bonnes -fortunes, de leur mérite, de leur vertu, de leur talent. Il ne les -imitera donc pas; mais, - - Souvent la peur d’un mal entraîne dans un autre. - -Comme il est bien décidé à ne point se poser en héros de sa propre -histoire; comme il s’efforce de se dégager de toute préoccupation -d’amour-propre, il arrive qu’il s’en dégage trop. Il semble qu’il -éprouve surtout le besoin de ne pas se grandir, de diminuer sa personne -et ses succès. Au lieu de chercher seulement en lui-même les éléments -d’intérêt, il les cherche volontiers ailleurs, et il est ainsi conduit -à ne pas serrer la réalité d’assez près, à substituer son imagination à -sa mémoire et à _romancer_ ses souvenirs. Obligé de faire le départ de -ce qui est exact et de ce qui a cessé de l’être, le lecteur, dépaysé, -perd confiance, résiste à son plaisir et ne goûte plus, comme il le -faudrait, tant de pages charmantes, où la modestie la plus sincère se -relève de l’esprit le plus piquant. - -Pontmartin avait terminé la préface de ce premier volume, en disant: -«Je commence, au risque, hélas! de ne jamais finir.» Ce fut seulement -quatre ans après, en 1885, qu’il se décida à donner la suite: _MES -MÉMOIRES. SECONDE JEUNESSE_[461]. - -Ce nouveau volume allait de 1832 à 1845, du retour à Avignon au départ -pour Paris. Il renfermait, sur Berryer, un chapitre qui ne laissa -pas de surprendre. Pontmartin autrefois, en 1837 et 1839, avait très -bien parlé du grand orateur[462]. Plus tard, en 1869, sans renier sa -première admiration, il avait atténué ses louanges et élevé quelques -chicanes[463]. Cette fois, son jugement était d’une sévérité qui -allait jusqu’à l’injustice. D’où était venu ce changement? Dans ce -chapitre même, avec une entière franchise, avec cette bonne foi dont -il ne se départait jamais, il en donnait la raison. Tandis que de -grands artistes, des écrivains célèbres, des hommes d’État plus ou -moins étrangers à la cause royaliste, Meyerbeer, Eugène Delacroix, -Paul Delaroche, Berlioz, Molé, Cousin, Guizot, Villemain, Dupanloup, -Montalembert, lui prodiguaient des marques de sympathie, Berryer -le traitait en inconnu[464]. Le grief était mince et ne justifiait -guère ces représailles contre le chef du parti que lui-même avait si -persévéramment et si noblement servi, contre celui que Jules Janin -avait si bien défini un jour: «Cet admirable et charmant Berryer[465].» - -Je ne cachai pas à Pontmartin ma tristesse et ma désapprobation. Je -le suppliai de ne pas reproduire dans le volume les pages publiées -dans le _Correspondant_[466], ou tout au moins de les modifier. Il me -le promit. A quelques jours de là, parut une réplique de M. Charles de -Lacombe[467]: elle eut pour résultat de décider Pontmartin à maintenir -son premier texte. Il le fit suivre, dans son volume, d’une note ainsi -conçue: - - Cédant aux instances de mon ami Edmond Biré, j’allais retoucher, - atténuer, adoucir, abréger ce chapitre, lorsque le _Correspondant_ - a publié le beau travail de mon éminent confrère et ami, Charles de - Lacombe. Sans nul doute, ce travail, où Charles de Lacombe réfute - la plupart de mes récits, paraîtra bientôt en volume. Dès lors, je - craindrais de lui jouer un mauvais tour en supprimant les détails - contre lesquels il proteste. Il aurait trop l’air de s’agiter dans - le vide... J’ajoute que, bien différent des plaideurs ordinaires, je - désire avoir tort. - -Il avait tort très certainement. Encore un peu de temps, et il -le reconnaîtra. Il confessera son erreur avec une générosité de -cœur, avec une noblesse d’âme, qui ne laisseront rien subsister -de la faute commise. En 1888, rendant compte, précisément dans le -_Correspondant_[468], d’un livre où j’avais longuement parlé de -Berryer, il écrira ces quelques lignes: - - Le cœur! l’âme! qui en eut plus que Berryer, soit qu’il traitât à la - tribune de la Chambre une question d’honneur ou d’intérêt national, - soit qu’il plaidât un procès politique, soit que, devant la cour - d’assises, il se fît le défenseur d’accusés dont la tête était en jeu? - Le cœur, l’âme, la conviction, la conscience, les plus nobles facultés - qui puissent faire de la parole humaine, non pas un instrument - merveilleux sous les doigts magiques d’un Thalberg ou d’un Paganini, - mais l’expression d’un sentiment supérieur à toute pensée vulgaire, et - en quelque sorte une délégation divine! N’a-t-il pas eu, en maintes - circonstances, le droit de s’écrier: «Eh mon Dieu! on parle de - fascination, de talent... Savez-vous ce que c’est que le talent pour - un honnête homme? C’est d’étudier, c’est de sentir, c’est d’exprimer - avec vérité ce qu’il a dans son cœur... Quand on sait rendre cela avec - une émotion vraie, on est éloquent, on a du talent, et quelquefois on - parvient à faire triompher la vérité dont on est convaincu.» - - Berryer a porté bonheur à Edmond Biré. Pour ma part, je lui dois - un remerciement. Son livre me fournit l’occasion de faire amende - honorable à une illustre mémoire; de réparer les malencontreuses - chicanes que m’avaient suggérées de misérables griefs personnels, - aujourd’hui perdus comme des grains de poussière dans un rayon de - soleil. Eh! n’est-ce pas le soleil ou plutôt l’immortelle lumière qui - se lève lorsque toutes les autres s’éteignent[469]? - -La rédaction de ses deux volumes de _Mémoires_ n’avait pas interrompu -ses Semaines littéraires. De 1881 à 1887, il publia huit volumes des -_Souvenirs d’un vieux critique_. Il allait être bientôt octogénaire, et -sa verve, son entrain ne faiblissaient pas. Décidément, Henri Lavedan -avait eu raison de dire en 1879: «_Vieux!_ il ne le deviendra jamais! -Ce n’est pas fait pour lui...» Ses lecteurs étaient surpris autant que -charmés de cette jeunesse sans cesse renouvelée. Cuvillier-Fleury lui -écrivait, le 30 mai 1883: «_J’envie_ de plus en plus, quoique j’en -profite tous les huit jours, cette _jeunesse persistante_ de votre -plume dont vos adversaires vous savent sans doute moins de gré...» - -Un autre académicien, M. Camille Rousset, l’historien de Louvois, lui -écrivait, de son côté, le 7 avril 1885: «Comment faites-vous, admirable -magicien, pour rester toujours aussi jeune? En vérité, votre plume n’a -jamais été plus vive, plus alerte, plus gracieuse et, dans l’occasion, -plus acérée. Assurément, vous ne vous êtes pas donné au diable; mais -à coup sûr, vous lui avez arraché le secret de Jouvence. Je vous en -félicite et j’applaudis à votre bonne fortune qui devient celle de -vos lecteurs.»—Il lui écrira encore, le 15 juillet 1889: «Vos deux -articles sont magnifiques, pleins de choses, pleins d’idées, surtout -pleins de cœur. Quelle variété! quelle verve! quel entrain! quelle -jeunesse!» - - -IV - -«J’ai commencé ce matin l’article numéro _mille_[470], auquel je -désespérais d’atteindre; après quoi, nous verrons si je dois me -reposer, ou continuer mon radotage sénile...» Ainsi m’écrivait -Pontmartin, le 31 janvier 1887. Comme il était toujours en avance à la -_Gazette_, l’article ne fut publié que le dimanche 24 avril[471]. Il -s’était amusé à en disposer ainsi l’en-tête: - - _M_ - - _1,000_ _Mille_ - - J’ai mis dans le mille. - - (Pomadour—EUGÈNE LABICHE.—_29 degrés à l’ombre._) - -Le jour même où paraissait le _millième_ article, l’Ermite des Angles -voyait entrer dans son salon deux rédacteurs de la _Gazette de France_, -M. Louis de La Roque et M. Henri Poussel, qui venaient, au nom de M. -Gustave Janicot et de son journal, lui offrir un encrier d’honneur. MM. -de La Roque et Poussel s’étaient adjoint, pour remplir leur mission, -deux vieux amis du vieux critique, le poète Roumanille[472] et M. -Augustin Canron[473], l’un des plus anciens journalistes de province. - -En termes émus, M. de La Roque exprima les sentiments de M. Janicot et -de ses collaborateurs envers le maître qui, depuis près de vingt-cinq -ans, n’avait pas cessé de donner à tous l’exemple du travail; qui, -depuis un quart de siècle, avait toujours été à la peine, et aussi, -grâce au ciel, à l’honneur. «C’est l’amitié, dit-il en terminant, qui, -en ce jour, rend hommage au talent, au caractère et à la fidélité.» - -Pontmartin remercia par de touchantes paroles; puis, tout émerveillé, -lui, l’infatigable écrivain que l’encre avait si souvent grisé, il se -prit à contempler, avec une joie d’enfant, le magnifique encrier qui -allait être désormais le sien. - -Le sujet allégorique de cette belle pièce, en argent ciselé, représente -une urne renversée sur laquelle s’appuient deux Amours et d’où -s’échappe une nappe d’eau coulant dans une vasque, ornée de deux -cartouches style Louis XV. Sur celui de droite, on lit l’inscription -suivante: «La _Gazette de France_ à Pontmartin, 24 avril 1887», et sur -celui de gauche se trouvent gravées les armoiries de sa famille, qui -sont: _d’azur à une porte coulissée et renversée d’argent, mouvante du -côté droit de l’écu et accompagnée d’un lion d’or armé, lampassé et -couronné de gueules_. - -Cette fête du _Millième_ avait eu un caractère intime. Dans les -départements de la région du Sud-Est, où l’écrivain comptait tant -d’admirateurs et d’amis, on décida de faire en son honneur une -manifestation d’un caractère plus général et qui serait, d’ailleurs, -exclusivement littéraire. L’_Union de Vaucluse_ et les principales -feuilles du Midi ouvrirent une souscription dont les fonds devaient -être consacrés à l’exécution de deux bustes de M. de Pontmartin: l’un, -en marbre, qui lui serait offert; l’autre, en bronze, qui serait placé -dans le Musée d’Avignon. - -Plusieurs journaux de Paris, de ceux-là mêmes qui combattaient les -opinions de l’auteur des _Samedis_, envoyèrent leur adhésion. Sous ce -titre: _les Noces d’or de M. de Pontmartin_, Francisque Sarcey rendit -un complet hommage à son caractère et à son talent. «Ce n’est pas peu -de chose, écrivait-il, d’avoir durant tant d’années dirigé l’opinion -d’une foule d’honnêtes gens, d’avoir toujours témoigné d’une justice, -au moins relative, même envers des adversaires, d’avoir toujours -respecté sa plume, aimé les lettres, et de se trouver encore, à l’âge -où l’on a depuis longtemps pris sa retraite, à la tête du mouvement, -entouré de la considération et de la sympathie universelles.» - -En publiant, le 31 juillet 1887, sa première liste de souscription, -l’_Union de Vaucluse_ la faisait précéder de la lettre suivante, écrite -au nom de M^{gr} Vigne, archevêque d’Avignon: - - Cher monsieur, - - M^{gr} l’archevêque me confie l’agréable mission de vous transmettre - sa souscription au buste de notre cher et illustre compatriote, M. - le comte Armand de Pontmartin, et de féliciter en même temps, en son - nom, ceux qui ont eu l’inspiration et pris l’initiative d’élever un - monument à la gloire de notre éminent critique. - - Cet hommage ne s’adresse pas seulement à l’écrivain distingué dont - l’incomparable talent a jeté un si vif éclat sur la littérature - française, mais encore à l’homme de caractère et de cœur qui, - constamment fidèle à toutes les grandes et saintes causes, n’a jamais - cherché le succès que dans le culte de la religion, unique source - du vrai, du bien et du beau, sans jamais rien demander à ces moyens - dont tant d’autres abusent, et que sa plume éloquente et vengeresse - flétrissait hier encore avec une si énergique indignation. A ce titre, - votre entreprise doit trouver de l’écho dans toutes les âmes qui - veulent honorer le talent et la vertu, et je lui souhaite un plein - succès. - - Veuillez agréer, cher monsieur, l’assurance de mes sentiments bien - respectueux et dévoués. - - L. PLAUTIN, - - Vic.-gén., secr. de M^{gr} l’archevêque d’Avignon. - -Les souscripteurs atteignirent bientôt le chiffre de 580. Les fonds -versés s’élevèrent à 6,768 fr. 25, somme qui dépassait de beaucoup -celle demandée par le sculpteur. - -Sur les listes, à côté du Chef de la Maison de France, Monseigneur -le comte de Paris, figuraient de hauts dignitaires de l’Église, des -académiciens, des notabilités de tout genre, et, auprès des principaux -représentants de l’aristocratie, des commerçants et des industriels, -des ouvriers de la ville et de la campagne. - -On trouvera plus loin[474] les noms de tous les souscripteurs. Signaler -ici les uns et laisser les autres dans l’ombre, serait mal répondre au -sentiment éprouvé par Pontmartin: les témoignages de sympathie auxquels -il se montra le plus sensible furent ceux qui lui venaient des petits -et des humbles. - -Beaucoup de souscripteurs accompagnaient leur cotisation dune lettre -d’envoi; plusieurs de ces lettres méritent d’être reproduites. - -M^{gr} de Dreux-Brézé, évêque de Moulins, faisait suivre son offrande -de ces lignes: - - Bien faible tribut des constantes sympathies de l’évêque de Moulins - pour son ancien condisciple Pontmartin, alors concurrent désespérant, - et depuis passé maître en tous les styles, hormis les styles - académique et ennuyeux. - -M. de Belcastel, l’ancien et vaillant député de la Haute-Garonne à -l’Assemblée nationale de 1871, écrivait: - - N’étant pas à Toulouse lorsque le _Messager_ de cette ville a ouvert - sa petite souscription pour le buste de votre grand écrivain, - Armand de Pontmartin, je n’ai pas eu l’occasion d’y prendre part. - Mais j’aurais un trop vif regret de ne pas m’inscrire au nombre des - admirateurs de ce beau talent, qui a tout à la fois la grâce des - fleurs de la Provence, la force, la santé et la longévité du vieux - chêne gaulois... - -Voici quelques lettres d’académiciens. - -De M. Edmond Rousse: - - Le nom de M. de Pontmartin est assurément un de ceux qui honorent - le plus la littérature de notre temps. Sa vie est un bel exemple - de probité littéraire; et son œuvre atteste, avec le talent de - l’écrivain, le courage de l’homme et du citoyen. Je suis très heureux - de joindre mon modeste hommage à tous les témoignages d’estime et de - respect dont les amis des lettres doivent entourer ce grand homme de - bien. - -De M. Désiré Nisard: - - Je m’associe de grand cœur au sentiment qui a inspiré le projet - d’offrir à M. de Pontmartin son buste en marbre comme un juste hommage - rendu au talent, à la vieillesse si verte et si féconde, au caractère - si honorable de l’illustre écrivain. - -De M. Émile Ollivier: - - Monsieur, j’éprouve pour la personne de Pontmartin une sympathie - cordiale et bien ancienne, puisqu’elle date des réunions de 1849, - chez Joseph d’Ortigue. J’admire son talent souple, varié, à la fois - charmant et élevé, embaumé de poésie et, à l’occasion, vibrant - d’éloquence, et dans lequel la pointe malicieuse n’est que la bonne - humeur d’un esprit sain, ou la mise en relief du bon sens, et non - l’échappée d’une âme maligne. - - J’aurais voulu contribuer à le faire un de nos confrères à l’Académie. - C’est vous dire que j’approuve fort la souscription dont vous avez - pris l’initiative, et que je m’y associe avec empressement. - -Frédéric Mistral, qui est à lui seul toute une Académie, écrivait de -Maillane: - - _GLORI A PONTMARTIN!_ - -Pontmartin,—et ce n’était pas l’un de ses moindres titres -d’honneur,—avait toujours défendu la Compagnie de Jésus. Un jésuite, -le Père Victor Delaporte[475], le poète des _Récits et Légendes_, à -défaut d’autre obole, lui envoya ce sonnet: - -A L’ENCRIER DES 1000 ARTICLES - - Encrier idéal, source de maint volume, - Fontaine de Vaucluse à la noire liqueur, - Le Maître, avec tes flots qui coulent de sa plume, - Laisse couler à flots son esprit et son cœur. - - Tu bouillonnes toujours et tu n’as point d’écume; - Le Maître, juge, arbitre, artiste, chroniqueur, - Puise en ta profondeur claire et sans amertume - Son style ferme et franc—malin, mais non moqueur. - - Sous ses doigts l’encre tombe en gouttes de lumière, - Faisant éclore au jour toute fleur printanière, - Reflétant à la fois l’or et l’azur du ciel; - - Qu’on grave sur tes flancs, merveilleuse écritoire, - Pour éloge, ou devise unique dans l’histoire: - _Cinquante ans de critique! et... pas un jour de fiel_. - -Le vieux critique pouvait être fier de ces témoignages de sympathie. Il -en fut surtout très heureux, et, pour remercier les souscripteurs, il -adressa la lettre suivante au Directeur de la _Gazette de France_: - - Mon cher ami, - - Au moment où va se clore une souscription pour laquelle j’avais - redouté un four, avec d’autant plus de vraisemblance que je posais - devant mon artiste avec une chaleur de 38°, et qu’avant d’être fondu - en bronze, je fondais en sueur, j’ai recours à la _Gazette de France_ - pour adresser mes remerciements à qui de droit. - - A vous d’abord, et à la _Gazette_. On prétend que le contenant doit - être plus grand que le contenu. Cette fois, ç’a été le contraire. Le - buste était contenu dans l’encrier. C’est l’encrier qui a donné à mes - amis de Provence l’idée dont ils ont poursuivi l’exécution avec un - merveilleux entrain. - - A Léopold de Gaillard, qui, dans une page charmante où _il lançait - l’affaire_, a prouvé que l’amitié ressemblait à nos vins de France, - d’autant plus généreux qu’ils sont moins jeunes. - - Au Prince auguste que sa haute intelligence, son patriotisme, son âme - essentiellement française, élèvent au niveau de toutes les fortunes, - depuis l’exil présent jusqu’au trône prochain. - - A nos saints et vénérables Évêques, qui, au lieu de m’accueillir à - coups de crosse, m’ont donné leur bénédiction. - - Aux membres éminents de l’Académie française, qui ont voté pour moi - sous forme de souscription, et que je ne pourrais remercier dignement - que si j’avais de l’esprit comme quatre. - - A mon éditeur Calmann-Lévy, qui a tenu à prouver que je ne l’avais pas - ruiné. - - Aux grandes dames, qui ont un moment abandonné en ma faveur les romans - de M. Zola. - - A tous mes amis, connus ou inconnus, lointains ou voisins, à qui je - suis obligé d’adresser l’expression collective de ma reconnaissance, - en ajoutant que chacun en a sa part, et que tous l’ont tout entière. - - Mais surtout, et du fond du cœur, à ceux qui, moins riches de - numéraire que de nobles sentiments et de dévouement invincible à - toutes les bonnes causes, ont prélevé sur leur nécessaire pour donner - un témoignage de sympathie au vieillard dont le seul mérite est de ne - pas être tout à fait mort,—et de persévérer. - - Si j’avais douze ou quinze ans de moins, je dirais que ces témoignages - doivent m’encourager à mieux faire. Mais, à mon âge, quel _mieux_ - peut-on demander et attendre? Un seul: le silence, et vous ne le - voulez pas. - - Encore une fois merci, mon cher ami, tout à vous et à nos excellents - collaborateurs. - - ARMAND DE PONTMARTIN. - - Les Angles, 11 septembre 1887. - -Le buste en marbre, œuvre de M. Bastet, fut remis à Pontmartin; le -buste en bronze, fondu à Paris dans les ateliers de M. Thiébault, -fut déposée au Musée Calvet, à Avignon. L’excédent des recettes sur -les dépenses ayant été de 2109 francs, ce reliquat, suivant le désir -exprimé par Pontmartin, fut versé à M^{gr} Vigne pour des œuvres de -bienfaisance. - - -V - -Rarement hommage fut plus mérité que celui qui venait d’être rendu à -Pontmartin. - -Son œuvre critique était la plus considérable du siècle. Elle se -composait, à ce moment, de trente-sept volumes[476], que cinq autres -bientôt allaient suivre[477]; soit, en tout, quarante-deux volumes. -En voyant ainsi, d’année en année, croître son œuvre, Pontmartin ne -songeait nullement à répéter l’_Exegi monumentum_ d’Horace, mais il -se croyait le droit de lui appliquer le _Vires acquirit eundo_ de son -cher Virgile: «Je sens, m’écrivait-il le 28 juin 1868, que mes volumes -de Causeries littéraires gagnent, à se multiplier, une sorte de valeur -indépendante de leur mérite.» - -Pendant plus d’un demi-siècle, Pontmartin a parlé de tous les -écrivains et de tous les livres de son temps, non comme un -bibliographe, non pas même comme un critique de profession, mais -comme un homme du monde, très mêlé au mouvement littéraire, et qui, -sans avoir l’air d’y toucher, ajoute chaque semaine un chapitre à ses -Mémoires—et à ceux du voisin. «S’il me fallait chercher dans le passé -des comparaisons ou plutôt des analogies, dit très bien M. Léopold de -Gaillard, je songerais à une sorte de Saint-Simon homme de lettres, -vivant au milieu des auteurs comme l’autre vivait au milieu des -courtisans, mêlé à tout, connaissant tout, racontant tout par le menu, -non certes sans malice, ni sans parti pris, ni même sans une certaine -pointe d’aristocratie, mais avec la bonne foi visible de la passion, -avec une verve infatigable, et pour ses lecteurs avec l’heureuse -surprise d’un esprit toujours en scène, et qui n’a pas l’air de s’en -douter[478].» - -Quarante-deux volumes d’_extraits_ et de comptes rendus, c’est -beaucoup, dira-t-on; j’ajoute, pour ma part, que ce serait trop, -beaucoup trop. Mais les feuilletons de Pontmartin ne sont pas des -extraits; il n’oublie jamais qu’il est un causeur, et un causeur, dans -son salon, n’a pas un livre à la main et ne fait pas de citations. Ce -ne sont pas non plus des comptes rendus, à proprement parler. Sans -doute il a lu avec soin l’ouvrage dont il veut entretenir ceux qui -l’écoutent; mais, sa lecture faite et le volume fermé, il ne l’analyse -pas, ou très rarement; il en prend texte seulement pour développer à -son tour les idées que le sujet lui suggère. L’auteur lui a fourni le -libretto, il se charge d’écrire la musique. - -Combien de fois ne lui arrive-t-il pas, surtout lorsqu’il lui faut -parler d’un roman, de le reprendre en sous-œuvre et d’ajouter au -canevas des broderies nouvelles! A propos du roman par lettres de -M^{me} Caro—_Nouvelles amours de Hermann et de Dorothée_,—il -écrit: «J’en veux à l’auteur d’avoir manqué un délicieux sujet, où -nos patriotiques rancunes auraient pu rencontrer un commencement -de revanche. Ce sujet, voici, selon moi, comment elle aurait dû le -traiter.» Et, en un tour de main, l’auteur et son roman se trouvent -refaits[479]. - -_La Veuve_ est un des meilleurs récits d’Octave Feuillet, Pontmartin -ne lui ménage pas les éloges. Les dernières pages cependant n’ont -pas laissé de le choquer. Un autre critique se fût borné à donner -ses raisons, à motiver son jugement. Il fera mieux; il propose une -variante, il imagine un autre dénouement[480]. - -Dans un de ses premiers romans, _Mensonges_, Paul Bourget avait -développé avec succès toutes les délicatesses, toutes les subtilités de -l’analyse psychologique; mais il y avait mêlé des peintures sensuelles, -des pages où la psychologie se faisait plastique. Et Pontmartin de se -demander: «Était-il donc impossible d’écrire un roman complètement -chaste avec le sujet choisi par M. Paul Bourget? Essayons.» Il essaie, -et à la toile du jeune maître il apporte d’heureuses retouches[481]. - -Un autre jour, ayant à parler des _Maximes de la vie_, par _M^{me} la -comtesse Diane_[482], il prend deux ou trois de ces maximes et il les -_illustre_ par des exemples, par deux ou trois saynètes du tour le plus -piquant[483]. - -C’est ainsi qu’avec lui la critique est souvent une véritable création. - -Ses confrères, même les plus justement célèbres, n’ont qu’un cadre, -toujours le même, qui sert pour tous leurs articles. Rien de plus -varié, au contraire, que les cadres de Pontmartin. - -Une femme d’infiniment d’esprit, la comtesse de Boigne, publie en 1866 -un roman—_une Passion dans le grand monde_—qu’elle avait composé... -en 1816. L’article de Pontmartin revêt la forme d’une lettre _à M. -l’abbé de Féletz, à Paris_, lettre datée du 12 janvier 1817, et qui -dut faire les délices du très spirituel abbé, alors rédacteur au -_Journal des Débats_, en attendant l’Académie française[484].—A-t-il -à parler d’un poète, de François Coppée ou de Paul Déroulède, il écrit -sa causerie en vers[485]. A propos de _la Sorcière_, de Michelet, il -nous transporte sur une des cimes du Brocken, avec une décoration dans -le genre de celle de la _fonte des balles_, de Freyschütz, et il nous -fait assister à un _Ballet sur balai_, moitié vers, moitié prose[486]. -Ailleurs, à l’occasion du _Lycée Condorcet_ (tour à tour Bonaparte, -Bourbon, Fontanes, re-bonaparte, etc.), nous avons, non plus un ballet -fantastique, mais de vraies scènes de comédie[487]. Jamais Lycée de -la République ne s’était trouvé à pareille fête, et ce n’est pas ce -jour-là qu’on aurait pu dire: - - L’ennui naquit un jour... de l’Université. - -Les _Causeries_ ne renferment pas moins de neuf ou dix articles sur -les romans de M. Zola. «Comment faites-vous, demandait-on à un vieux -journaliste, pour faire votre article tous les jours? Quel est donc -votre secret?—Mon secret est bien simple. Il tient en quatre mots: -dire, redire, se contredire.» Pontmartin, dans ses dix articles sur -Zola, ne se répète pas; encore moins, se contredit-il; seulement, -sur ce fond invariable, il applique sans cesse une forme nouvelle. -Tantôt, à propos d’_Une page d’amour_, pour ébrancher, ou plutôt -pour couper par le pied l’arbre généalogique des Rougon-Macquart, le -chevalier Tancrède déroule sur le tapis du salon l’arbre généalogique -des Bougon-Jobard et en détaille toutes les beautés[488]. C’est de la -parodie, mais c’est aussi de la critique, et de la meilleure. Tantôt, -il commence un éloquent article sur _Nana_—_Nana partout_—par une -désopilante fantaisie sur le naturalisme et la réclame, sur la ronde -des affiches remplaçant celle du sabbat[489]. Une autre fois, quand -M. Zola met en pièce le plus fameux de ses romans, Pontmartin nous -raconte la _première_ de _l’Assommoir_ sur le Grand-Théâtre d’Athènes, -et c’est merveille de voir quelle exquise poésie il a su extraire de -l’argot de Coupeau et de Bibi-la-Grillade, et comme il a su changer le -_tord-boyaux_ de Mes-Bottes en vin de Chypre ou de Samos[490]. - - -VI - -Bayle a dit quelque part: «Combien y a-t-il de gens d’esprit qui -s’ennuient à la lecture d’un ouvrage qui resserre leur imagination en -la tenant toujours appliquée à un même sujet! Qui n’aime la diversité?» -Ceux-là ne s’ennuieront pas avec les Causeries de Pontmartin. Où -trouver plus de diversité? Diversité dans les cadres, nous venons de -le voir, diversité aussi dans les sujets. D’habitude, les critiques -littéraires ne parlent que des livres. Pontmartin parle de tout; il a -des feuilletons sur les théâtres et sur les grandes _premières_; il en -a sur les réceptions académiques—et ce lui est un jeu de montrer que -si les immortels ont, à eux tous, de l’esprit comme quarante, il a, à -lui seul, de l’esprit comme quatre. A un article de critique succède -un article de fantaisie: après une grande étude sur les _Misérables_, -de Victor Hugo, vient une dramatique nouvelle intitulée _le Vrai Jean -Valjean_[491]. A la suite de feuilletons sur les romans d’Alphonse -Daudet ou de Georges Ohnet, viennent d’émouvantes pages sur les -_Invalides du Sanctuaire_[492], l’_Orphelinat d’Auteuil_[493] et les -_Sœurs hospitalières_[494]. - -Les autres critiques ne s’occupaient que des vers publiés à Paris. -Pontmartin s’occupe volontiers des poètes restés fidèles à leur -province, et en particulier de ceux qui n’ont pas voulu quitter, pour -les rives de la Seine, les bords du Rhône et de la Durance, Roumanille, -Mistral, Aubanel, Félix Gras, Anselme Mathieu. C’est lui qui a, dès -1854, bien avant l’apparition de _Mireille_, appelé l’attention sur ce -réveil de la littérature provençale, qui contraste si singulièrement -avec les tendances générales d’une société dont le génie centralisateur -est encore secondé par la rapidité des communications, le mouvement -des idées et l’inévitable abandon des mœurs, des traditions, des -physionomies locales. C’est l’auteur des _Causeries littéraires_ qui -nous a fait connaître et aimer cet admirable Roumanille, dont les -œuvres en prose et en vers ont fait autour de lui tant de bien, ce -vaillant et ce modeste qui, par ses efforts, sa persévérance, ses -poésies charmantes, a créé le groupe dont, jusqu’à sa mort, il est -resté le centre et d’où Mistral a pu sortir, son poème de _Miréio_ à la -main, sûr d’avoir un public et un auditoire. - -Si la philosophie l’attire peu, et s’il s’obstine à trouver, ainsi -qu’il le faisait au collège, qu’il y a là _beaucoup de tintamarre et -de brouillamini_, il aborde volontiers, quand l’occasion lui en est -offerte, les questions morales et religieuses. Ses articles sur les -livres de Renan, et en particulier sur son volume des _Apôtres_[495], -sont d’excellents chapitres d’apologétique chrétienne. - -Romancier et poète, il a du goût pour l’histoire,—je veux dire celle -de son temps et de son siècle; car, de l’histoire ancienne, il n’avait -guère souci. En politique, comme en littérature, il a des principes, il -a un criterium, qui lui permet de bien juger. Jeune, il avait été un -_carliste_ intransigeant, et il fût allé aisément aux extrêmes; mais -les années, la leçon des événements, la connaissance des hommes, lui -ont appris l’indulgence et lui ont rendu facile l’impartialité. Nul -peut-être n’a mieux parlé de la monarchie de Juillet que ce légitimiste -impénitent. Ses huit articles sur les _Mémoires_ de M. Guizot[496] sont -vraiment dignes de l’illustre homme d’État. S’il est parfois obligé de -le combattre, il n’engage avec lui qu’un duel à armes courtoises, et il -met un crêpe à la poignée de son épée. - -Pontmartin excelle encore dans ces études d’ensemble, dans ces -_portraits après décès_, qu’il consacre à ceux de ses contemporains -qui ont brillé dans la politique ou dans les lettres et dont la tombe -vient de s’ouvrir. Il aurait suffi de les réunir en un ou deux volumes, -pour avoir comme une annexe de l’Exposition des _Portraits du siècle_: -Lamartine, Berryer, Thiers, Guizot, de Barante, Alfred de Vigny, -Charles Baudelaire, Edmond About, Louis de Carné, Brizeux, Reboul, -Charles de Bernard, Jules Sandeau, M^{gr} Dupanloup, le Père d’Alzon, -François Buloz, Victor Cousin, Joseph Autran, Sainte-Beuve, Théophile -Gautier, Jules Janin, Salvandy, Vitet, Saint-Marc Girardin, le baron de -Larcy, Gustave Flaubert, Victor de Laprade, Alfred de Falloux, Paul de -Saint-Victor, Charles de Rémusat, Villemain, Silvestre de Sacy, etc., -etc. - -Mais où il excelle surtout et se montre vraiment original, c’est dans -ce genre qui lui est propre, qui donne un charme si particulier à ses -_Souvenirs d’un vieux critique_, et qu’il a défini lui-même—on se -le rappelle peut-être,—un genre mixte entre la critique, l’histoire -intime, l’impression personnelle et le roman[497]. - -Rien n’égale donc la variété de ces quarante-deux volumes, de ces -causeries ailées, fines, légères comme des abeilles, qui butinaient sur -tous les livres, qui faisaient leur miel du suc de toutes les fleurs. -Pontmartin aurait pu leur donner pour épigraphe ces vers de son poète -préféré: - - _Illæ continuô saltus silvasque peragrant, - Purpureosque metunt flores, et flumina libant - Summa leves. Hinc nescio qua dulcedine lætæ - Progeniem nidosque fovent; hinc arte recentes - Excudunt ceras, et mella tenacia fingunt[498]._ - -En même temps qu’une extrême variété dans les sujets et dans les -cadres, les _Causeries littéraires_ offrent un autre caractère -plus rare encore et plus essentiel, l’unité. Un même souffle de -spiritualisme chrétien anime ces chapitres sans nombre, où l’auteur, -toujours fidèle à lui-même, n’a cessé, pendant un demi-siècle, de -défendre le beau, le vrai, la vertu et le goût, la religion et la -patrie. En publiant son dernier volume, au bas de la dernière page, il -aurait eu le droit d’écrire: _Qualis ab incepto_. - -Est-ce à dire que rien ne soit à critiquer dans ces Causeries? -Assurément non. Soit dans le blâme, soit dans l’éloge, Pontmartin -dépasse quelquefois la juste mesure. Il a ses _bêtes noires_: tel, -par exemple, Barbey d’Aurevilly, pour lequel il se montre sans pitié. -Barbey d’Aurevilly sans doute eut l’impardonnable tort de vouloir -fréquenter à la fois chez Joseph de Maistre et chez le marquis de -Sade, de prendre l’attitude d’un ultra-catholique à l’heure même où -il écrivait des contes qui relevaient de la police correctionnelle, -_les Diaboliques_[499] et _Une Histoire sans nom_. Ces inconséquences, -certes, il les fallait signaler; il fallait déplorer ces aberrations. -Mais pourquoi ne pas reconnaître en même temps que les vingt volumes -des _Œuvres et des Hommes au XIX^e siècle_ sont une œuvre maîtresse, -et que notre littérature compte peu de romans aussi remarquables que -_l’Ensorcelée_, _le Chevalier Des Touches_ et _le Prêtre marié_[500]? - -Trop sévère, injuste même à l’endroit de certains écrivains, -Pontmartin est ailleurs d’une indulgence parfois excessive. Avec ses -amis (et, pour ma part, j’en sais quelque chose), il est volontiers -prodigue de louanges. Les épithètes les plus flatteuses jaillissent -alors de sa plume. Exquis! délicieux! charmant! balsamique! magnifique! -adorable! admirable!—«Mais enfin, lui disais-je un jour, si vous -donnez ainsi de l’_admirable_ à _X._ et à _Y._ que vous restera-t-il -pour caractériser les œuvres de Bossuet ou celles de Joseph de -Maistre?» Pontmartin souriait: «Bah! me répondit-il, vous seriez bien -attrapés, vous et quelques autres, si je n’avais toujours dans ma -maison une ou deux chambres à offrir à mes amis.» - -On n’écrit pas impunément quatre grands articles par mois, et souvent -bien davantage. Quoiqu’il en ait laissé un grand nombre en dehors de -ses volumes, il en a pourtant conservé quelques-uns où la lassitude -se fait sentir. Il lui arrive, en quelques rencontres, de sacrifier -à l’éclat du mot la précision de la pensée, de préférer au feu qui -couve et qui dure l’étincelle qui jaillit et brille un instant pour -s’éteindre bientôt. Il lui arrive aussi de multiplier les épithètes, de -redoubler les synonymes, de s’abandonner aux excès de sa verve et de -donner à sa phrase, toujours cependant harmonieuse et pure, une ampleur -démesurée. - -Mais ces défauts—pouvait-il donc ne pas y en avoir dans une œuvre -d’une si extraordinaire étendue?—ne sont-ils pas rachetés, et bien -au delà, par tant de brillantes et durables qualités? Pontmartin -a été l’un des meilleurs écrivains du XIX^e siècle, l’un des plus -éloquents et, en même temps, l’un des plus naturels. Le naturel, ce -signe distinctif, cette grâce suprême des bonnes littératures et des -œuvres dignes de vivre. Pontmartin l’avait au plus haut degré. Lui -qui si facilement atteignait à l’éclat, il prisait par-dessus tout -la simplicité. «Tâchez, disait-il souvent, tâchez d’être simples, -sans être vulgaires.» Un bon juge, J.-J. Weiss, disait un jour: -«Pontmartin est du petit nombre de ceux de notre temps qui écrivent -naturellement en français.» Écrire naturellement en français, c’est -peu de chose, semble-t-il, et pourtant rien n’est plus rare. Un autre -bon juge, Cuvillier-Fleury, voyait également juste, quand il écrivait -à Pontmartin: «Ah! combien j’en ai vu mourir de jeunes et de vieilles -réputations! La vôtre _qui a le style_ vivra ce que le style vit, -toujours, plus ou moins célèbre, mais toujours! - - _Vivunt commissi calores - Æoliæ fidibus puellæ[501]!_» - - -VII - -Les Causeries littéraires de Pontmartin ne doivent pas nous faire -oublier ses romans. Dans le _Correspondant_ du 25 octobre 1865, Victor -Fournel[502] publia sur l’auteur des _Samedis_ un article où il donnait -le pas au critique sur le conteur. Pontmartin m’écrivit aussitôt: - - Je veux maintenant, puisque votre amitié me tend ce piège, vous dire - un mot de l’article de Victor Fournel. Assurément il y a, dans cet - article, de quoi contenter dix vanités plus exigeantes que la mienne. - Et cependant!... cependant de mon cœur de romancier l’orgueilleuse - faiblesse eût mieux aimé peut-être voir sacrifier le critique, - pourvu qu’une part un peu plus large fût faite au conteur. M. Victor - Fournel, que je ne connais pas, qui ne peut pas savoir mes secrètes - préférences, a suivi tout simplement l’opinion généralement adoptée - par tous ceux qui veulent bien songer à moi: sous les formes les - plus bienveillantes et avec de fort belles compensations, il a fait - clairement entendre que, dans mon bagage, la critique représente les - malles, et le roman tout au plus le sac de nuit. Il ne s’est pas - aperçu que, dans son système, le roman d’analyse, qui n’est souvent - que de la critique animée, ne serait plus que le très humble serviteur - du roman d’aventure, contre lequel nous n’avons, au contraire, cessé - de protester et de réagir depuis trente ans; Eugène Sue, Alexandre - Dumas, Frédéric Soulié, redeviendraient alors les souverains maîtres - de ce romanesque empire d’où nous aurions à expulser les délicats, les - analyseurs, tels qu’Octave Feuillet, etc., etc. Mais en voilà bien - assez sur ce sujet où je devrais me récuser[503]... - -Avait-il, comme il le croyait, une véritable vocation de romancier? -Peut-être. _Les Brûleurs de Temples_, _la Fin du Procès_, _les -Jeudis de madame Charbonneau_, _Entre chien et loup_, _le Filleul -de Beaumarchais_ ont de rares et précieuses qualités. Mais ce sont -des livres mi-partie critique et mi-partie roman. La vigueur de la -conception, la puissance et la fertilité de l’invention n’égalaient -pas, chez Pontmartin, la finesse de l’observateur et la délicatesse de -l’analyste. Il n’avait pas assez de _poigne_ pour étreindre de fortes -situations, pour soulever de lourds fardeaux. Le cadre de la nouvelle -lui était plus favorable; nos meilleurs auteurs en ce genre, Nodier, -Mérimée, Charles de Bernard, Jules Sandeau, ont dans leurs écrins peu -de perles d’une plus belle eau que _la Marquise d’Aurebonne_, _Aurélie_ -et _Marguerite Vidal_. - - * * * * * - -Je ne finirai pas ce chapitre sans dire un mot de la _Correspondance_ -de Pontmartin. - -Il écrivait ses lettres de prime-saut et avec une rapidité matérielle -inouïe. Il ne soupçonnait pas d’ailleurs qu’aucun fragment pût en être -jamais publié, et il n’y attachait pas plus d’importance qu’à des -paroles qui volent et dont rien ne reste. Elles resteront pourtant, -parce qu’elles sont les plus simples, les plus naturelles—et les plus -spirituelles du monde. - -Ses principaux correspondants furent Léopold de Gaillard, Joseph -Autran, Cuvillier-Fleury, Victor de Laprade, Jules Claretie, la -marquise de Blocqueville et la duchesse de la Roche-Guyon. Dans les -dernières années de Pontmartin, la duchesse et lui s’écrivaient tous -les trois jours en prose et en vers. - -Les lettres à Autran, que la famille du poète a bien voulu me confier, -vont de 1845 à 1875. Le châtelain de Pradine écrivait à son ami des -Angles, le 23 octobre 1873: - - Votre lettre, mon cher ami, est tout à la fois désolante et charmante. - - Désolante, elle me donne de fâcheuses nouvelles de votre santé, et - m’annonce des résolutions qui, je l’espère, ne sont pas irrévocables. - - Charmante, elle est écrite dans ce style dont vous possédez seul le - secret, et qui fait de vos lettres autant de perles fines. Laissez-moi - vous dire quelque chose à ce propos, c’est que j’ai dernièrement - recherché et retrouvé toutes celles que j’ai reçues de vous depuis - l’origine de notre amitié. Je les ai réunies dans une vaste cassette, - qui restera pour moi plus précieuse que la fameuse cassette - d’Alexandre. Autrefois, je relisais de temps en temps les épîtres de - Cicéron à Atticus. Je relirai maintenant celles d’Armand à Joseph, et - l’amitié ne sera pour rien dans la préférence très réelle que je leur - donnerai. - -La correspondance avec Cuvillier-Fleury s’étend de 1854 à 1886. -«Savez-vous bien, mandait un jour à l’auteur des _Samedis_ l’auteur des -_Portraits révolutionnaires_, savez-vous qu’on ferait deux ou trois -beaux volumes après notre mort—_Dî talem avertite casum!_—avec les -lettres que nous échangeons depuis dix ans, vous fournissant l’esprit, -moi le _reportage_ parisien, vous la mélancolie de l’exilé, moi la -fausse gaieté du citadin, celle qui court les rues, bien que je ne -sorte guère de la maison; mais la rue nous arrive par tous les canaux -de la publicité, par tous les bruits du boulevard qui semblent retentir -dans nos solitudes suburbaines[504]...» - -Un des rédacteurs du _Journal des Débats_, M. Ernest Bertin, a -eu la bonne fortune de pouvoir lire les lettres de Pontmartin à -Cuvillier-Fleury, et il ne cache pas qu’il en a été émerveillé. -Il résume ainsi les impressions que lui a laissées cette lecture: -«Près des lettres de Guizot j’en aperçois d’autres, rassemblées sous -un cordon rose, et signées: Armand de Pontmartin! Quelle liasse -volumineuse! Quelle écriture fine et serrée! Mais quelle facile et -agréable lecture! C’est une heureuse fluidité de langage, qui touche -à tout, en se jouant, à la politique, aux lettres, au monde, monde -de Paris, monde de la province; c’est aussi une ironie brillante et -souple, qui tantôt s’échappe et se disperse en mille flèches légères, -et pique à fleur de peau, tantôt se concentre, s’aiguise et s’enfonce -en belle chair vive, avec une sorte d’allégresse cruelle; mais toujours -et bientôt le sourire reparaît, la belle humeur, la gaieté, la joie -du Midi surnagent. Il pense, il sent tout haut, librement, hardiment; -mais il se fait pardonner ce qu’il ose, même les calembours les moins -académiques, tant il y met d’abandon, de bonne grâce, d’imprévu. -«Peu s’en est _fallou_, écrit-il à M. Cuvillier-Fleury, que je ne -_Montalember_... cadère de la rue Saint-Lazare pour aller vous -surprendre dans votre riante oasis», et son indulgent confrère reçoit -cela en pleine poitrine sans crier, étant déjà aguerri par l’habitude. - -«Il se moque de tout le monde et de lui-même, de lui-même un peu -plus que de tout le monde, sur un ton, il est vrai, un peu différent. -Il raille fort agréablement les Angles, près Avignon, où il a sa -gentilhommière,—les Angles obtus, comme il date l’une de ses -lettres,—les airs de grande ville affectés par ce maigre village, et -lui, tout le premier, le dilettante de lettres, le critique attitré de -la _Gazette de France_, mordu, sur le tard, de la passion des grandeurs -municipales, et s’en offrant jusqu’à saturation les ineffables -jouissances, organisant des courses locales, faisant épierrer et -arroser la piste, signant des autorisations de buvettes, débattant le -prix de location des écuries ou allant faire l’aimable chez les belles -dames patronnesses _d’une Société hippique fondée dans un pays qui ne -produit que des ânes_!... C’est l’histoire du maire de Gigondas, dans -les _Jeudis de madame Charbonneau_, moins les enjolivements et les -hyperboles de la fiction. Et, tandis qu’il vaque à ces soins variés, il -sent ou croit sentir son esprit se rouiller, s’empâter, s’amortir, et -il demande grâce aux Athéniens de Paris pour la pesante rusticité de -ses lettres béotiennes. Voulez-vous un exemple de sa rouille, de son -empâtement épistolaires? Écoutez la façon dont il excuse sa lenteur à -partir pour Paris, où il est impatiemment attendu: - - Vous savez la vieille histoire de ces aimables affamés qui, dans une - partie de campagne, au moment de se mettre à table, s’aperçoivent - qu’ils ont oublié le pain. On envoie un domestique à franc étrier, - à la ville voisine; on lui commande d’aller ventre à terre et l’on - calcule le temps, la distance: il est ici, il est là; il achète le - pain, il remonte à cheval, il est à tel endroit, il approche, il - arrive, le voici!... En effet, le domestique, à ce moment, ouvre la - porte et dit, d’un air bête: «Je ne puis pas trouver la bride!» La - bride que je n’ai pas trouvée, ou plutôt celle qui me retient, c’est - d’abord un rhume de ma femme au moment où nos malles étaient faites; - puis la crise agricole qui nous ruine et m’a mis dans l’alternative - ou de partir sans argent ou d’attendre indéfiniment celui de mes - fermiers, encore plus pauvres que moi, etc.[505]. - -Les lettres à Jules Claretie, qui vont de 1862 à 1890 et que j’ai -en ce moment sous les yeux, ne sont ni moins intéressantes ni moins -spirituelles que celles à Cuvillier-Fleury. - -Avec ces lettres de Pontmartin à ses amis, en ne prenant même que -le dessus du panier, on fera aisément un ou deux volumes exquis, qui -seront un vrai régal pour les délicats,—s’il en existe encore quand -ces volumes paraîtront. - -Toutes les lettres qu’il recevait de ses amis, Pontmartin les -conservait précieusement; c’était un trésor dont il ne voulait rien -distraire. Il n’en allait pas de même de celles que, pendant près -d’un demi-siècle de critique, il avait reçues de ses justiciables. -Ces autographes, signés de noms illustres ou tout au moins célèbres: -Guizot, Villemain, Montalembert, Mignet, Victor Cousin, Albert de -Broglie et son beau-frère M. d’Haussonville, Vitet, Saint-Marc -Girardin, Gaston Boissier[506], Octave Feuillet, Désiré Nisard, -Caro, J.-J. Weiss, Ludovic Halévy, Paul de Saint-Victor, Paul Féval, -etc., étaient faits pour flatter sa vanité, et d’autres les auraient -collectionnés avec soin: il n’en gardait jamais un seul. Plusieurs fois -il m’arriva de lui en demander. Il me répondait invariablement: «Hélas! -mon cher ami, il ne m’en reste pas une bribe. Toutes les fois qu’il y -a _en Avignon_ une tombola, un bazar de charité, je me fais un devoir -et un plaisir d’y envoyer quelques-uns de ces autographes: lorsqu’ils -atteignent un haut prix, j’en suis fier pour _mes_ auteurs; j’en suis -surtout heureux pour nos pauvres.» - - - - -CHAPITRE XVII - -LES DERNIÈRES ANNÉES—ÉPISODES LITTÉRAIRES - -LA MORT D’ARMAND DE PONTMARTIN - -(1888-1890) - - La dixième série des _Souvenirs d’un vieux critique_ et les _Péchés - de vieillesse_. Une Revue qui paie royalement. M. Frédéric Masson et - _les Lettres et les Arts_.—Vingt-quatre articles d’avance, _Episodes - littéraires_.—Le dernier article, M. Emile Zola et _la Bête humaine_. - Un souvenir de Virgile.—La dernière maladie. Visite de Léopold de - Gaillard. Une mort chrétienne. Les obsèques d’Armand de Pontmartin. - - -I - -Puisqu’il a maintenant un si bel encrier, il faut bien que Pontmartin -écrive encore. En 1888, il publie la neuvième série des _Souvenirs d’un -vieux critique_. La dixième paraît en 1889, suivie, la même année, -d’un volume de Nouvelles, _Péchés de vieillesse_[507]. Jeune, il avait -aimé ce genre si français; il y revenait encore une fois, souriant à -son dernier rêve, suivant d’un mélancolique regard l’étoile qui va -s’éteindre, la dernière, dans le ciel assombri. - -Deux de ces nouvelles avaient d’abord paru dans _les Lettres et -les Arts_, que dirigeait M. Frédéric Masson, «une étrange Revue qui -coûte 300 fr. par an, qui a beaucoup d’argent, qui paie royalement -et qui n’a pas d’abonnés.[508]» La collaboration de Pontmartin à la -Revue de M. Frédéric Masson ne fut du reste qu’une collaboration de -pure fantaisie. Bien que le _Correspondant_ et la _Gazette de France_ -payassent moins royalement, il leur resta fidèle. Sa collaboration au -_Correspondant_ ne fut même jamais plus active qu’en ces dernières -années. De 1887 à 1889, outre sa nouvelle _les Feux de paille_, il y -publia de nombreux articles de critique et d’histoire: _Le cardinal -de Bonnechose_;—_Honnêtes gens et livres déshonnêtes_;—_les -Commencements d’une conquête_: l’Algérie de 1830 à 1840;—_Napoléon et -ses détracteurs_, d’après le livre du prince Napoléon;—les _Causeries -littéraires_ d’Edmond Biré;—_une Légende mystique au dix-septième -siècle_ (le duc et la duchesse de Ventadour);—_Deux livres jumeaux_ -(_Remarques sur l’Exposition du Centenaire_, par le vicomte Melchior -de Vogüé; _1789 et 1889_, par Émile Ollivier). Bientôt, ce ne sont -plus seulement des articles, c’est tout un volume qu’il écrit pour la -Revue de la rue de Tournon. Sous le titre d’_Épisodes littéraires_, il -y donne la suite de ses _Mémoires_ et les conduit cette fois jusqu’au -mois de janvier 1858[509]. Comment il fut amené à entreprendre cette -nouvelle série, il me l’apprenait dans une de ses lettres: - - ...Puisque vous aimez les détails, je dois vous renseigner sur - l’origine de mes _Épisodes littéraires_. J’en étais arrivé à avoir - _vingt-quatre articles d’avance_ dans les bureaux de la _Gazette_. - J’ai compris tout ce qu’il y avait de déraisonnable à rendre compte - par exemple d’un roman de M. Ferdinand Fabre ou de M. Georges Ohnet - dans un article qui ne paraîtra que six mois après le livre. Je me - suis souvenu de ce que vous m’aviez écrit au sujet de la première - forme que j’avais donnée à mes Mémoires. Léopold de Gaillard m’avait - exprimé la même opinion. J’avais trop versé dans la fantaisie et le - roman. Cette fois, sauf quelques nuances très légères, je puis assurer - que la plupart de ces pages sont d’une exactitude photographique et - qu’elles serrent de beaucoup plus près les divers épisodes de ma vie - littéraire... - -_Souvenirs de 1848. LE PUFF d’Eugène Scribe._—_Le lendemain du -coup d’État dans un salon littéraire. Émile Augier._—_La Mort d’un -journal. La Naissance d’une Revue. L’OPINION PUBLIQUE et la REVUE -CONTEMPORAINE._—_Le Suicide d’un Journal, l’ASSEMBLÉE NATIONALE_: -tels sont les titres des quatre chapitres qui forment le volume de -Pontmartin. Ainsi qu’il me l’avait écrit, les _Épisodes littéraires_, -sauf sur deux ou trois points, sont très exacts et cette exactitude -ajoute singulièrement au piquant du récit. Les portraits, très -nombreux, sont très vivants. L’esprit et le style sont toujours jeunes. -Je ferai cependant un reproche à l’auteur. Il fait vraiment trop bon -marché de sa belle campagne à l’_Opinion publique_. Il parle d’Alfred -Nettement et de lui-même, j’en ai déjà fait la remarque[510], de façon -à laisser croire que ce journal n’a été qu’un journal pour rire, alors -qu’en réalité l’_Opinion publique_ a été l’un des journaux qui, de 1848 -à 1852, ont le plus honoré la presse française. - -Les _Épisodes littéraires_ devaient être le dernier volume de -Pontmartin. En voici les dernières lignes; elles sont du 10 janvier -1890: «Je dois désormais laisser reposer ma vieille plume qui n’a que -trop couru et trop écrit. On a dit souvent que les vieillards doivent -vivre dans le passé; oui, mais ils doivent aussi vivre dans l’avenir, -et cet avenir-là n’a rien de commun avec les écritures et les vanités -humaines.» - - -II - -Jusqu’à la fin cependant il continuera d’écrire. Le 14 mars, il -acheva un article sur M. Zola et son roman _la Bête humaine_, qui -venait de paraître. C’était son dernier _Samedi_[511]. L’effort, un -peu de fatigue s’y font sentir. Ce n’est plus la verve étincelante, la -merveilleuse facilité des beaux jours. Cette plume, qui allait hier -encore _la bride sur le cou_, qui dévorait la route, qui brûlait le -papier, va plus lentement, la main est moins légère; déjà la maladie -pèse sur elle; mais la pensée n’a rien perdu de sa vigueur, l’âme -a conservé toute sa noblesse, le cœur ressent toujours les belles -indignations d’autrefois. Armand de Pontmartin a eu cette heureuse -fortune, le jour où la plume allait tomber de ses mains vaillantes, -de pouvoir la mettre une dernière fois au service de ses convictions, -au service de la vérité, de la morale et du goût. Il s’est élevé une -dernière fois contre le matérialiste en littérature et en politique, -contre les naturalismes et les jacobins. Son article se terminait par -ces lignes: - - Voilà, en dehors de toute querelle d’école, le vice radical des - romans de M. Zola. Il supprime le libre arbitre, la responsabilité - humaine. Pour que son système fonctionne plus à l’aise, il l’a - abrité sous l’arbre généalogique des Rougon-Macquart, qui l’aurait - couvert de ridicule, si le ridicule pouvait atteindre le maître des - maîtres. Par là, il détruit tout l’intérêt que pourraient inspirer ses - personnages et toutes les leçons que renfermeraient leurs actes. Dans - ces conditions d’anarchie ou de servitude morale (synonymes ici comme - toujours), la vogue de ces romans devait s’accorder admirablement avec - le règne de le république jacobine. Sans doute, MM. Tirard, Constans, - Thévenet, Spuller, Fallières, ne seraient pas fâchés d’apprendre que, - s’ils font mieux leurs affaires que celles de la France, ce n’est pas - leur faute, et que, en accaparant les ministères, en décrochant les - portefeuilles, en absorbant les traitements, en trichant les budgets, - en persécutant nos prêtres, ils obéissent, non pas à de mauvais - penchants, mais à une loi d’hérédité transmise par l’âge de pierre où - leurs ancêtres et leurs précurseurs vivaient dans les cavernes[512]. - -Un détail, purement littéraire, celui-là, me frappe dans cet article. -Pontmartin était un _amoureux_ de Virgile. Écoutez comme il en parle -dans une de ses premières Causeries de la _Gazette_, à propos de -Barthélemy et de sa traduction de l’_Enéide_. «Pour moi, disait-il, -cet auteur préféré, ce poète par excellence, c’est Virgile, Horace est -aussi exquis, aussi élégant, et, à coup sûr, plus original. Mais il y -a, chez Virgile, un fond de mélancolie et de tendresse, une douceur -pénétrante qui va à l’âme, et qui, sans compter certaines vibrations -quasi prophétiques, signalées dans le _Pollion_, en fait le plus -chrétien de tous les poètes du paganisme. Cette sorte de sécheresse -didactique qui nous gâte souvent nos admirations d’_humanistes_, -n’existe pas avec lui: il a été, dès le premier jour, l’ami, le -consolateur, le confident, l’interprète délicieux des premières -rêveries, des premières visions de l’adolescence. Pour ceux d’entre -nous qui ont été d’abord élevés à la campagne, le charme est plus -puissant. Telle image du poète, tel passage des _Géorgiques_, tel -vers se détachant sur l’ensemble comme un point lumineux sur la brume -lointaine, s’unissent étroitement dans notre imagination ou dans -notre mémoire aux vagues frissons, aux mystérieux tressaillements -qu’éveillèrent en nos jeunes âmes les spectacles de la nature ou les -scènes de la vie champêtre. Plus tard, lorsque arrivent les années de -déclin et d’adieu, nous ne savons plus si c’est le poète qui nous a -rendus sensibles aux douces harmonies de la campagne, ou si ce sont ces -harmonies qui nous ont initiés aux ineffables beautés du poète. Pour -tout dire, Virgile, c’est Racine et Lamartine en un seul génie avec un -degré de perfection plus exquise[513].» - -Ces impressions remontaient, pour Pontmartin, non seulement à sa -jeunesse, mais à son enfance même. Dès l’âge de huit ans, avant le -collège, il courait les champs, son _Virgile_ à la main, le lisant -déjà à livre ouvert. Il ne s’endormait pas le soir sans le mettre sous -son chevet pour le retrouver au réveil. C’est pourquoi sans doute il -n’a pas voulu écrire son dernier article sans y mettre le nom du poète -qu’il avait le plus aimé, sans répéter une dernière fois quelques-uns -de ces vers dont l’harmonieuse douceur avait été l’un des enchantements -de ses jeunes années. Son article, je l’ai dit, est consacré à M. -Zola et à la _Bête humaine_. N’importe! il y parlera de Virgile et de -l’_Énéide_, il citera ces vers délicieux: - - _Purpureus veluti cum flos, succisus aratro, - Languescit moriens; lassove papavera collo - Demisere caput, pluviâ cum forte gravantur!_ - - -III - -Le 23 mars, je recevais de son fils la lettre suivante: - - Votre amitié m’en voudrait si je ne vous associais pas aux inquiétudes - que nous donne depuis dix jours la santé de mon père. Il s’était à peu - près relevé de sa pénible crise du mois de décembre, et en janvier - et février il allait relativement bien, mais il s’alimentait peu et - il ne reprenait pas de forces. Il y a aujourd’hui quinze jours, il - s’enrhuma, et ce rhume qui, en lui-même, n’a pas été bien grave, a - amené pour lui un effondrement de ses dernières forces. Depuis le - vendredi 14 (jour où il a terminé son dernier article), il est dans - son fauteuil, en proie à une grande faiblesse et à un assoupissement - constant. Le pire, c’est qu’il est impossible de combattre cette - faiblesse; car son dégoût pour toute nourriture est absolu, et à - grand’peine on parvient à lui faire prendre un peu de bouillon. Il a - du reste conservé toute sa lucidité, et hier il s’est un peu ranimé - pour recevoir la visite de M. de Gaillard, qui est lui-même à peu près - infirme et qui a fait le grand effort de venir jusqu’ici. Mon père - est _résigné_ et _préparé_ à tout: ce sont les deux expressions qu’il - emploie sans cesse. Il a reçu les sacrements, sauf l’extrême-onction. - Je ne veux pourtant pas vous présenter son état comme désespéré; on - a vu des vieillards subir de pareilles crises et se relever ensuite. - Mais enfin la situation est grave, et je ne pouvais vous la laisser - ignorer. Une lettre de vous serait une grande joie pour mon père; et - je suis sûr qu’il sortirait un moment de sa torpeur pour y répondre. - Bien entendu, vous ne lui parleriez pas de sa santé; mais vous lui - écririez comme vous le faites d’habitude et, je suppose, comme pour - répondre à sa dernière lettre. Votre amitié saura bien ce qu’il faut - lui dire. Je vous sais si bien de cœur avec nous que j’ai à peine - besoin de vous dire combien je vous suis affectionné et dévoué. - -Plus heureux que moi, Léopold de Gaillard avait pu aller aux Angles. -C’était le 22 mars: - - La dernière fois que j’ai vu mon vieil ami, écrit-il[514], il n’avait - plus que sept jours à vivre. Sans maladie bien caractérisée, mais - d’une faiblesse extrême et ne prenant aucun aliment solide, il - n’était pas alité et se tenait dans le grand salon où sa vie s’est - écoulée, en face de trois fenêtres qui donnent sur la riche vallée - du Rhône. Son seul exercice se bornait depuis quelques jours à se - traîner d’un fauteuil à l’autre. Quand il me vit, il vint le plus - vite qu’il put s’asseoir à mes côtés. Il m’annonça avec une parfaite - sérénité sa mort pour un des jours de la semaine qui allait s’ouvrir. - «Je n’ai pas attendu, ajouta-t-il, le dernier moment pour me mettre - en règle avec le bon Dieu. Le P. B.[515] vient me voir souvent et - je me confie à lui avec délices. Ah! mon ami! quels hommes vraiment - de Dieu! Quels consolateurs!...» Je le louai avec toute l’effusion - d’une amitié chrétienne, puis j’essayai de lui parler de ses travaux, - des livres nouveaux et du buste donné par souscription que je voyais - en face de moi. Pontmartin redevint aussitôt le charmant causeur - qu’il a toujours été. Je me souviens que m’étant plaint à lui d’une - photographie aux traits durcis et de couleur très sombre qu’on - envoyait à ses souscripteurs, il me répondit en souriant. Peu de temps - après son éclatante disgrâce, on osa exposer au Salon un portrait - de Chateaubriand signé par Girodet. Chacun craignait la colère du - maître. Mais, cette fois, il sut se contenir et s’en tirer par un bon - mot. Comme le tableau était très poussé au noir: «Il ressemble à un - conspirateur, dit un courtisan.—Oui, ajouta l’empereur, mais à un - conspirateur qui serait descendu par la cheminée!» - - Cette saillie et plusieurs autres me donnèrent l’espoir que le - désastre de sa santé était encore réparable, et que cet entrain de - conversation n’allait pas avec un épuisement complet. Illusion, hélas! - Chez notre ami comme chez tous ceux qui ont surtout vécu par l’esprit, - c’est l’esprit qui meurt le dernier. C’est sa flamme qui brille encore - quand toutes les autres sont éteintes. Juste récompense d’une vie - toute d’intelligence et vouée tout entière aux plus nobles occupations! - -Le 28 mars, Henri de Pontmartin m’adressait ces lignes: - - Merci de votre lettre, qui a touché mon père jusqu’aux larmes; il - veut que je vous le dise. Depuis hier, il garde le lit, et en un sens - cela vaut mieux pour lui donner des soins et l’empêcher d’user ses - dernières forces dans l’effort inouï qu’il lui fallait faire pour - se lever, descendre et monter l’escalier. Sa faiblesse est toujours - extrême, et les moyens de la combattre toujours à peu près nuls. - Pourtant, aucun organe n’est atteint, et sa lucidité est intacte. Plus - que jamais il est _préparé_, et il se remet entre les mains de Dieu. - -Le samedi 29 mars, à onze heures et demie du matin, Armand de -Pontmartin s’endormit dans la paix du Seigneur. Puisque je n’ai pas eu -la consolation d’assister à ses derniers moments, je tiens à laisser -la parole à ceux qui en furent les témoins. Le docteur Cade, qui lui -donnait ses soins, raconte en ces termes cette mort si doucement -chrétienne: - - A ceux qui l’entouraient, il parlait de sa mort prochaine comme de - l’événement le plus ordinaire, réglant lui-même le détail de ses - obsèques. A plusieurs reprises, pendant le cours de sa dernière - maladie, il avait tenu à recevoir la visite de son Dieu. Il voulut - recevoir la communion le jour de la Saint-Joseph[516] et le jour même - de sa mort. Et alors que sa famille était dans les pleurs, prévoyant - sa fin prochaine, lui était dans une admirable tranquillité, goûtant - déjà la joie des élus. Ma profession m’a condamné à voir souvent - mourir, mais je n’oublierai jamais les derniers moments d’Armand de - Pontmartin. Il avait reçu la communion dans les plus vifs sentiments - de piété, et, peu de temps après, avait dit à M. le curé des Angles - qui l’assistait: «Oh! comme je suis bien!» Puis il s’était endormi - doucement pendant qu’on lui donnait l’extrême-onction. Par les - fenêtres entr’ouvertes, le soleil du printemps inondait la chambre de - lumière. Au pied du lit, un fils, une belle-fille en pleurs, torturés - par une émotion poignante, quelques serviteurs fidèles répondant, - malgré leurs larmes, aux prières de l’Église, et sur son lit d’agonie - Armand de Pontmartin exhalait son dernier soupir[517]. - -Un autre témoin adressait d’Avignon, le 31 mars, au rédacteur en chef -de l’_Univers_, une lettre d’où j’extrais ces détails: - - J’ai revu M. de Pontmartin le 12 mars: il avait sur sa table la _Bête - humaine_, de Zola. Quoique souffrant déjà, il préparait l’article - qui a paru dans la _Gazette de France_, et, malgré la faiblesse - qui commençait à le gagner, il s’exprimait avec une véhémence peu - ordinaire sur l’œuvre mauvaise du romancier. - - Depuis cette époque, le mal a fait de rapides progrès, et le grand - écrivain, avec ce secret pressentiment de sa mort prochaine qui - se faisait jour depuis quelques mois à travers ses écrits, s’est - résolument et avec une piété touchante tourné vers le bon Dieu. Il a - reçu trois fois la sainte communion. - - Le matin même de sa mort, il avait reçu la suprême visite du divin - Maître, et lui-même avait demandé le saint viatique; mais dans la - délicatesse de sa conscience, il n’a voulu prendre ni potion ni - aliment. Il avait toute sa connaissance, et à un de ses fidèles - serviteurs qui l’aimaient comme un père, il disait après cette - dernière communion: «Oh! mon ami, je suis si bien! Laisse-moi - maintenant avec le bon Dieu!» La veille, il avait dit à sa - belle-fille: «Sais-tu par cœur le _Salve Regina_? Récite-le avec moi.» - - La visite du prêtre le comblait de joie; c’est avec effusion qu’il - remerciait le modeste curé des Angles de ses encouragements et de ses - prières. Depuis quelques jours, il avait coutume de dire: «Oh! les - robes noires, quel bien elles me font! Ce sont elles surtout que je - veux voir!» - - Les derniers moments ont été calmes: rien n’a troublé la sérénité de - cette âme unie à Dieu dans les luttes de la vie... - - Et quelle charité pour les pauvres dans cette âme exquise! Le château - des Angles était le rendez-vous de toutes les misères, assurées de - trouver là, de la part de l’illustre défunt et de son fils bien-aimé, - secours et consolation. L’aumône se faisait en grand dans cette noble - demeure, et la mort de M. de Pontmartin, qui est un deuil si grand - pour les lettres et pour la France, est encore plus un deuil pour les - pauvres et les petits... - -S’arrachant pour un instant à ses larmes, le fils de mon vieil ami -m’envoyait ce douloureux et consolant bulletin: - - ...Je vous ai dit que, le vendredi matin[518], il avait lu sur son lit - votre lettre si excellente, où il ne vit pas les allusions cachées - à sa maladie, mais qui le toucha par l’effusion de votre amitié, et - l’intéressa par le récit de tout ce que vous aviez fait à Paris. - «Quel contraste, me dit-il, entre cette activité et l’état auquel je - suis réduit!» La journée et la nuit se passèrent tranquilles, avec - diminution des quintes de toux, sommeil; il semblait que le séjour - au lit, en supprimant les terribles efforts qu’il devait faire les - jours précédents pour rester debout, avait amené une détente, qu’il - était moins fatigué, que les traits de son visage ne portaient plus - la marque du même accablement. Le samedi matin notre curé lui apporta - la communion, ainsi qu’il avait été convenu l’avant-veille avec son - confesseur. Il la reçut avec sa connaissance, remerciant ensuite le - curé, s’excusant de l’avoir dérangé et me recommandant de ne pas - le laisser partir sans lui faire prendre un peu de café. Quand je - remontai, dix minutes plus tard, après m’être acquitté de ce soin, je - le trouvai endormi d’un sommeil paisible et qui paraissait réparateur. - Une heure après, c’est-à-dire vers dix heures, nous nous aperçûmes - que ce sommeil ne ressemblait pas aux autres. Au même moment, notre - docteur arriva, et, après l’avoir examiné, fit un signe désespéré. - Il envoya chercher de nouveau le curé pour l’extrême-onction, qui - fut administrée pendant qu’il respirait encore, et, au moment où - finissaient les dernières prières, il expira sans souffrance. On peut - donc dire qu’il s’est endormi dans le Seigneur, surabondamment assisté - et consolé par la religion, et conservant jusqu’à la fin sa lucidité - intellectuelle, sauf pour les adieux, dont l’amertume lui a été - épargnée[519]. - -Par une singulière coïncidence, Armand de Pontmartin est mort un -_Samedi_, ce jour qui était devenu le sien. Dans ses dernières -années, il se plaisait quelquefois à me dire dans ses lettres: «Soyez -tranquille, je prépare depuis longtemps, je soignerai par-dessus tout -mon dernier _article_.» Et en effet celui-là, celui qu’il ne craignait -pas d’appeler en souriant, au risque de faire un de ces jeux de mots -qu’il affectionnait, «l’article de sa mort»—celui-là fut admirable. - - -IV - -Les obsèques furent célébrées le mardi 1^{er} avril. Ainsi qu’il -l’avait demandé, elles furent très simples: nul apparat, nulle pompe -extérieure. Mais cette simplicité même les rendait encore plus -émouvantes. Elles eurent lieu dans la petite église paroissiale -des Angles. La levée du corps fut faite par M. le curé des Angles, -assisté de plusieurs de ses confrères du voisinage, MM. les curés de -Villeneuve, de Domazan et de Pujaut, et de M. l’abbé Agniel, aumônier -des victimes à Saint-André-de-Villeneuve. En tête du cortège marchaient -les femmes et les jeunes filles du village, auxquelles s’étaient -jointes des députations des œuvres de charité dont le châtelain des -Angles était le bienfaiteur; les Petites-Sœurs des Pauvres, les -Religieuses de la Grande-Providence et les Trinitaires de Villeneuve. - -Le cercueil était porté sur un brancard par les hommes des Angles, -fiers de donner à celui qui avait été leur ami ce témoignage de respect -et d’affection. - -Le deuil était conduit par le fils du défunt, le comte Henri de -Pontmartin, par son beau-frère le comte de Montravel, par son neveu -M. de Froissard-Broissia, et M. Théodore de Montravel, son cousin -germain. Derrière venait toute la population de la commune, et, avec -elle, la plupart des notabilités avignonnaises ou des environs, -les représentants de la presse conservatrice régionale, un des -grands-vicaires de M^{gr} Vigne, archevêque d’Avignon, et plusieurs -membres du clergé régulier et séculier. - -Le long et pieux cortège gravit lentement la pittoresque montagne, qui -lui faisait un cadre merveilleux, avec ses chemins sinueux, avec sa -verdure naissante, avec ses rochers aux plantes sauvages. Dans le ciel -limpide brillait un soleil de printemps, qui donnait un air de fête à -cette scène de deuil, mais d’un deuil chrétien tout rempli de saintes -consolations et d’immortelles espérances. - -L’église était trop étroite pour recevoir la nombreuse assistance; -par une touchante attention, les habitants des Angles s’abstinrent -d’y pénétrer, la laissant tout entière à la disposition des amis -et connaissances du maître, venus du dehors pour assister à ses -funérailles. - -Le curé des Angles célébra le saint sacrifice; le curé de Villeneuve -donna l’absoute. De ferventes prières s’étaient élevées de tous les -cœurs quand le prêtre avait invoqué de Dieu les joies éternelles en -faveur de celui qui l’avait fidèlement servi: _ut quia in te speravit -et credidit... Gaudia æterna possideat_; quand il avait dit à la -Communion de la Messe: _Beati mortui qui in Domino moriuntur!_ - -Le cimetière du village est situé au sommet même de la montagne, avec -une vue magnifique au nord et au sud sur tout le pays environnant, -jusqu’au Ventoux, d’un côté, et, de l’autre, jusqu’aux Alpines. - -Trois discours furent prononcés: par M. le baron de Roubin, au nom de -la famille, au nom des habitants des Angles et du canton de Villeneuve; -par M. Charles Garnier, rédacteur de la _Gazette du Midi_, au nom de la -presse, et plus spécialement de la presse méridionale; par M. Rochetin, -au nom de l’Académie de Vaucluse. Le talent et les œuvres de l’écrivain -furent dignement loués; mais, au moment de fermer ces pages, je veux -oublier l’auteur; je ne veux me souvenir que de l’homme et de l’ami, du -royaliste et du chrétien. Je ne veux retenir de ces hommages funèbres -que ces paroles de M. de Roubin, l’un des témoins de sa vie: - - Armand de Pontmartin a voulu passer ses dernières années, il a voulu - mourir dans la maison paternelle... Il ne pouvait mourir ailleurs - celui qui était aux Angles et dans son canton la providence de toutes - les infortunes. - - Heureux d’employer son superflu au secours des malheureux et de toutes - les œuvres charitables,—ces sentiments qui lui avaient été légués - par ses pères, il les a si parfaitement transmis à son fils, que les - pauvres, à l’avenir, s’apercevront à peine que ce n’est plus la même - main qui donne... - - La foi vive et ardente qu’Armand de Pontmartin avait puisée au - berceau l’a accompagné jusqu’à la tombe.—Oui, il s’est vu mourir, - il a suivi une à une la décroissance de ses forces physiques, et il - a puisé dans ses croyances religieuses le soutien de ses derniers - jours. Le Bon Dieu, qui est venu le visiter souvent dans sa dernière - maladie, lui a accordé la faveur de s’éteindre sans souffrir, et de - garder jusqu’à la fin les vifs rayons de ce charmant esprit qui a si - longtemps brillé dans le monde. - -Les plus belles vies sont celles que couronne une sainte mort. C’est -pourquoi, malgré les épreuves qui ont traversé son existence, malgré -les deuils qui l’ont assombrie, nous devons envier Pontmartin. Il n’a -servi qu’une seule cause. Il a défendu jusqu’à son dernier jour les -idées et les principes pour lesquels s’était passionnée sa jeunesse. Il -a passé ses dernières années sous le toit qui avait abrité son enfance. -Il est mort dans la maison de son père, assisté par le curé de son -village, ayant au pied de son lit son fils, sa belle-fille et ses vieux -domestiques. - - - - - APPENDICE[520] - - LISTE DES SOUSCRIPTEURS - - AU BUSTE - - DE M. ARMAND DE PONTMARTIN - - 1887 - - - Francs. - - L’ACADÉMIE DE MARSEILLE 100 » - - ADAM (ANTONIUS), A PARIS 5 » - - V^{te} O. D’ADHÉMAR, A AVIGNON 20 » - - L’ABBÉ AGNIEL, AUMÔNIER, A VILLENEUVE 5 » - - L. D’ALBIOUSSE, A UZÈS 5 » - - V. ALECSANDRI, MINISTRE DE ROUMANIE, A PARIS 50 » - - CH. ALEXANDRE, A MÂCON 10 » - - S. ALLEMAND, A AVIGNON 2 » - - HENRI ALLEMAND, A ROQUEMAURE (GARD) 1 » - - A. D’AMOREUX, ANCIEN OFFICIER, A UZÈS 10 » - - V^{ve} LOUIS ANDRÉ, A MARSEILLE 20 » - - ANDRÉ-PAPUZEAUD, A AVIGNON 0 50 - - ANGEVIN, A SAUVETERRE (GARD) 0 25 - - COMMANDANT D’ANTREYGAS, A AVIGNON 5 » - - M^{ise} D’ARCHIMBAUD, A AVIGNON 10 » - - ARMAND, RELIEUR, A AVIGNON 10 » - - FRANÇOIS ARMAND, A AVIGNON 0 50 - - GABRIEL ARNAUD, A CAUMONT (VAUCLUSE) 1 » - - LOUIS D’ATHÉNOSY, A AVIGNON 10 » - - AUBANEL FRÈRES, IMPRIMEURS, A AVIGNON 5 » - - M^{is} D’AYMARD DE CHATEAURENARD, PARIS 20 » - - M^{lle} DE BACIOCCHI, A AVIGNON 5 » - - E. BACULARD, A ROQUEMAURE 1 » - - C^{tesse} DE BALLEROY, A BALLEROY (CALVADOS) 20 » - - BARBANTAN, PEINTRE, A PERNES 0 30 - - BARBEIRASSY, ANCIEN DIRECTEUR DES DOMAINES 20 » - - LUCIEN BARBEIRASSY, AVIGNON 20 » - - M^{ce} DE BARBEREY, A PARIS 20 » - - C^{te} DE BARBEYRAC S^t MAURICE, AVIGNON 10 » - - V^{tesse} DE BARDONNET, NÉE HYDE DE NEUVILLE 8 » - - D^r BARRAL, AVIGNON 5 » - - C^{te} HÉLION DE BARREME, A NICE 40 » - - BARRÈS, BIBLIOTHÉCAIRE, CARPENTRAS 5 » - - M^{me} BARRETTA-WORMS (COMÉDIE-FRANÇAISE) 20 » - - A. DE BARTHÉLEMY, ROMANCIER 5 » - - BARTHÉLEMY, A ROQUEMAURE 5 » - - ED. DE LA BASTIDE, A AVIGNON 10 » - - EUG. BASTIDE, AVIGNON 5 » - - M^{is} DE BAUSSET, CAPIT^{NE} DE VAISSEAU 10 » - - C^{tesse} MARIE DE BAUSSET, AVIGNON 10 » - - O. BAZE, AVIGNON 20 » - - BEILLIER, AVIGNON 3 » - - G. DE BELCASTEL, ANCIEN DÉPUTÉ, TOULOUSE 10 » - - MICHEL BÉRARD, AVIGNON 5 » - - BÉRAUD, PROF^r DE MUSIQUE, AVIGNON 1 » - - BERBIGUIER, SERRURIER, A ROQUEMAURE 0 50 - - HENRI BERGASSE, A MARSEILLE 25 » - - BERNARD, TAILLEUR, AVIGNON 1 » - - M^{us} BERNARD, A L’ISLE (VAUCLUSE) 5 » - - CH. BERNARDI, A AVIGNON 20 » - - L’ABBÉ BERSANGE, A BERGERAC 5 » - - HORACE BERTIN, JOURNALISTE, MARSEILLE 10 » - - BERTIN, CLERC D’HUISSIER, A ROQUEMAURE 0 50 - - BERTON PÈRE ET FILS, AVIGNON 25 » - - X. BERUD, AU THOR (VAUCLUSE) 1 » - - MONSEIGNEUR BESSON, A NÎMES 100 » - - EUG. BEZET, A AVIGNON 0 50 - - L’ABBÉ BIDON, A AVIGNON 2 » - - BIGOT, COIFFEUR, AVIGNON 1 » - - A. BIRÉ, SÉNATEUR, LUÇON 10 » - - ED. BIRÉ, A NANTES 20 » - - CH. BISTAGNE, MARSEILLE 20 » - - J^h BLANC, A AVIGNON 0 50 - - BLANC FILS AÎNÉ, AVIGNON 0 50 - - R^d PÈRE JACQUES BLANC, S. J., AVIGNON 2 » - - BOGE, PEINTRE, AVIGNON 1 » - - G. BOISSIER, DE L’ACADÉMIE FRANÇAISE 20 » - - FIRMIN BOISSIN, JOURNALISTE, TOULOUSE 3 » - - ESPRIT BONNEAU, A SAUVETERRE (GARD) 0 50 - - BONNEFILLE, MARBRIER, A AVIGNON 5 » - - L’ABBÉ BONNEL, CURÉ, LACOSTE (VAUCLUSE) 10 » - - JULIEN BONNET, AVOCAT, AVIGNON 10 » - - LÉON BONNET, ID., AVIGNON 10 » - - JUSTIN BONNET, A SAUVETERRE 0 50 - - GUSTAVE BORD, A NANTES 10 » - - V^{te} S^t-CLAIR DE LA BORDE, AVIGNON 10 » - - BORTY, A ROQUEMAURE 5 » - - V^{ve} BORTY, A ROQUEMAURE 1 » - - JOSEPH BOSSE, A AVIGNON 3 » - - FÉLIX BOUCHET, A THIERS (PUY-DE-DOME) 5 » - - DE BOUCHONY, AVIGNON 5 » - - MARIUS BOULLE, AVIGNON 1 » - - JUSTIN BOURGET, A BEAUCAIRE 1 » - - B. BOURRET, A SAUVETERRE 0 50 - - BOUVACHON-COMMIN, AVIGNON 5 » - - HENRI BOUVET, AVIGNON 1 » - - MARC BOUVET, A PUJAUT (GARD) 0 50 - - PAUL BOUVET (GARD) 0 50 - - RÉMY BOUVET (GARD) 1 » - - L’ABBÉ BOUYAC, A AVIGNON 5 » - - B. BOUZON, A SAUVETERRE 0 25 - - SÉBASTIEN BRESSY, AVIGNON 5 » - - EUG. DE BRICQUEVILLE, AVIGNON 25 » - - LÉON DE LA BRIÈRE, A PARIS 5 » - - BROCHÉRY, A AVIGNON 5 » - - BRUGUIER-ROURE, A PONT-S^t-ESPRIT 15 » - - BRULAT, PEINTRE 1 » - - L’ABBÉ BRUN, CURÉ, VEDÈNES (VAUCLUSE) 1 50 - - LUCIEN BRUN, SÉNATEUR 20 » - - ÉDOUARD BRUNEL, A CAVAILLON 1 50 - - D^r CADE, A AVIGNON 20 » - - GEORGES DE CADILLAN, A TARASCON 20 » - - CALMANN-LÉVY, A PARIS 200 » - - CALLA, ANCIEN DÉPUTÉ, PARIS 20 » - - L. DE CAMARET, A PERNES (VAUCLUSE) 10 » - - M. CAMBE, A PUJAUT 0 50 - - S. CAMBE, A SAUVETERRE 0 50 - - HENRI CAMPÉ, AVIGNON 20 » - - CANONGE, TOURNEUR, A VILLENEUVE 0 25 - - CAPMARTIN, A ROQUEMAURE 1 » - - CH. CAPPEAU, A ROQUEMAURE 0 50 - - E. CAPPEAU, A ROQUEMAURE 0 50 - - PAUL CAPPEAU, A ROQUEMAURE 0 50 - - CARABIN, PEINTRE, A AVIGNON 1 50 - - M^{me} DE CARAYON-LATOUR, A VIRELADE (GIRONDE) 30 » - - B^{on} DE CARMEJANE-PIERREDON, A AVIGNON 10 » - - CARNAYON, A ROQUEMAURE 1 » - - C^{te} JULES DE CARNÉ (INDRE-ET-LOIRE) 20 » - - D^r CARRE, AVIGNON 20 » - - L’ABBÉ CARRIER (ARDENNES) 5 » - - LE DUC DES CARS 20 » - - M. ET M^{me} LOUIS CARTIER, AVIGNON 75 » - - CARTOUX, A SAUVETERRE 0 25 - - J. DE CASSIÈRES, PRÉSIDENT A LA COUR, AMIENS 5 » - - CAVILLON, ÉPICIER, AVIGNON 1 » - - CAVORET, ÉPICIER, AVIGNON 0 50 - - CERCLE DE L’AGRICULTURE, AVIGNON 50 » - - B^{ne} DE CHABERT, AVIGNON 20 » - - D^r CHABERT, ROQUEMAURE 1 » - - CALIXTE CHABREL, A VILLENEUVE 0 25 - - LÉON CHABREL, A VILLENEUVE 0 25 - - FÉLIX CHABRIER, AVIGNON 10 » - - CHAIGNE, A BOURG-S^{t}-ANDÉOL 5 » - - L’ABBÉ CHAIX, A CANNES 20 » - - CHAMBON, A PUJAUT 1 » - - G. DE CHAMPVANS, ANCIEN PRÉFET 10 » - - CHANSROUX, A ROQUEMAURE 1 » - - C^{te} DE CHANSIERGUES, AVIGNON 20 » - - CHANTELAUZE, PUBLICISTE, PARIS 10 » - - M^{ise} D^{re} DE CHARNACÉ (MAINE-ET-LOIRE) 10 » - - C^{te} GUY DE CHARNACÉ, (MAINE-ET-LOIRE) 10 » - - A. CHARPENTIER (CALVADOS) 5 » - - D^r CHARRUAU, NANTES 2 » - - L. CHAUVET, AU TUOR 1 » - - LÉON DE CHÊNEDOLLÉ (CALVADOS) 10 » - - JULES CLARETIE, DE L’ACAD. FRANÇAISE 20 » - - J^h CLAUSEAU, A AVIGNON 20 » - - E. CLERC, A ROQUEMAURE 0 50 - - D^r CLÉMENT, AVIGNON 10 » - - CLÉRISSAC, A ROQUEMAURE 1 » - - COCHAT, A AVIGNON 0 50 - - JOSEPH DE COHORN, A AVIGNON 1 » - - COLLÈGE S^{t}-JOSEPH, A AVIGNON 40 » - - L. COLLET, A AVIGNON 5 » - - CHANOINE CONDAMIN, LYON 10 » - - M^{ise} DE CORIOLIS, MARSEILLE 20 » - - C^{te} DE COSNAC (CORRÈZE) 10 » - - V. COTTARD, AVIGNON 5 » - - COULONDRES, ANCIEN MAGISTRAT, AVIGNON 10 » - - COURCELLE, ANCIEN DÉPUTÉ (H^{te}-SAÔNE) 5 » - - CRÉGUT, A ROQUEMAURE 1 » - - VICTOR CROTAT, TONNELIER, A ROQUEMAURE 0 50 - - B^{on} DE CROZE (HAUTE-LOIRE) 10 » - - CUNIN, A AVIGNON 2 » - - L. CURNIER, ANCIEN DÉPUTÉ, LE HAVRE 50 » - - CUVILLIER-FLEURY (AC. FRANÇAISE) 20 » - - L’ABBÉ DANIEL, TOULON 5 » - - J.-S. DAVID, A SAUVETERRE 1 » - - ESPRIT DAVID, A SAUVETERRE 0 50 - - J.-C. DAVID, A SAUVETERRE 0 50 - - SIXTE DAVID, A SAUVETERRE 0 50 - - J.-L. DAVID, A PUJAUT 2 » - - DAU, COMPOSITEUR DE MUSIQUE, AVIGNON 10 » - - CH. DAYMA, AVIGNON 5 » - - LÉONCE DAYMA, AVIGNON 10 » - - L’ABBÉ DELACROIX, CURÉ, BAGNOLS 10 » - - R. DELEUZE, AVIGNON 10 » - - DELORME FILS AÎNÉ, AVIGNON 1 » - - LÉON DELORME, AVIGNON 1 » - - DELOYE, CONSERVATEUR DU MUSÉE, AVIGNON 10 » - - C^{te} ROGER DU DEMAINE, AVIGNON 20 » - - GABRIEL DÉMIANS, AVIGNON 20 » - - DESAIDE, GRAVEUR, PARIS 5 » - - M^{ce} DESVERNAY (LOIRE) 20 » - - DEVILLE, PH^{ien}, SAINT-SATURNIN (VAUCLUSE) 2 » - - DEVILLE, MÉDECIN, SAINT-SATURNIN (VAUCLUSE) 3 » - - F. DIGONNET, AVIGNON 20 » - - V. DES DIGUÈRES (ORNE) 20 » - - DINARD, AVIGNON 3 » - - CH. DOMERGUE, BEAUCAIRE 20 » - - DONAT-DARUT, A ROQUEMAURE 1 » - - GEORGE DONCIEUX, PARIS 5 » - - C. DOUCET (ACADÉMIE FRANÇAISE), PARIS 20 » - - V^{ve} DOULADOURE, TOULOUSE 1 » - - DOUTAVÈS, MAÇON, AVIGNON 2 » - - M^{gr} DE DREUX-BRÉZÉ, ÉVÊQUE DE MOULINS 20 » - - COMMANDANT DUBOIS, PARIS 10 » - - D^r A. DUBOURD, ROQUEMAURE 1 » - - DUCOMMUN, HORLOGER, AVIGNON 10 » - - COMMANDANT DUCOS, AVIGNON 10 » - - GILLES DUFOUR, A PUJAUT 0 50 - - LÉON DUFOUR, A AVIGNON 5 » - - J^h DUFRAISSE (HAUTE-GARONNE) 5 » - - L’ABBÉ DUMAS, CURÉ DE SAINT-PIERRE 5 » - - ALEXANDRE DUMAS (Acad^{ie} française) 20 » - - DURAND, LIBRAIRE, AVIGNON 1 » - - ÉDOUARD, A ROQUEMAURE 2 » - - COLONEL COMTE DE L’ÉGLISE, PARIS 20 » - - H. ESCOFFIER, _Petit Journal_, PARIS 20 » - - B^{on} D’ESPALUNGUE (BASSES-PYRÉNÉES) 10 » - - D^r D’ESPINEY, A NICE 10 » - - M^{is} DE L’ESPINE, AVIGNON 10 » - - DE L’ESTANG, AVOUÉ, BRIGNOLES 5 » - - M^{me} D’ESTIENNE DE S^T-JEAN, A AIX 20 » - - FR. ESTOURNEL, A PUJAUT 0 25 - - V. ESTOURNEL, MAÇON, PUJAUT 0 25 - - B^{on} D’ÉTIGNY, AVIGNON 20 » - - D’EVERLANGE, NIMES 5 » - - EYSSETTE, CONTRE-MAÎTRE, A ROQUEMAURE 1 » - - ADR. FABRE, AVIGNON 5 » - - CL. FANOT, CARILLONNEUR, AVIGNON 2 » - - C^{tesse} DE FARCY (MAYENNE) 20 » - - A. FARGET, A AVIGNON 0 50 - - PAUL DE FAUCHER, A BOLLÈNE 3 » - - TH. FAVIER, A AVIGNON 1 » - - M^{ise} DE FAYET, CH. D’AVENY (EURE) 10 » - - C^{te} ACHILLE DE FÉLIX, AVIGNON 5 » - - JULES FÉNARD, A CHERBOURG 10 » - - TH. FÉNARD, A CHERBOURG 10 » - - OCTAVE FEUILLET (ACADÉMIE FRANÇAISE) 40 » - - M^{me} HAROLD FITCH, MARSEILLE 40 » - - M^{ius} FLÉCHAIRE, AVIGNON 1 » - - M^{lle} ZÉNAÏDE FLEURIOT (MORBIHAN) 10 » - - M^{is} DE FORBIN, A PARIS 20 » - - M^{is} DE FORESTA, A MARSEILLE 20 » - - ANT^{ne} FORTUNET, AVIGNON 5 » - - JULES FORTUNET, AVIGNON 20 » - - EUG. FORTUNET, AU THOR 20 » - - F. FOURCADE, ARBITRE DE COM^{ce}, NANTES 2 » - - M^{is} DE FOURNÈS, PARIS 20 » - - COLONEL FRANCHET D’ESPÉREY, AVIGNON 5 » - - FRANÇOIS-MASSART, A SAUVETERRE 0 25 - - HENRI FRANQUEBALME, AVIGNON 5 » - - M^{gr} FUZET, ÉVÊQUE DE LA RÉUNION 10 » - - L’ABBÉ GABRIEL, CURÉ, LES SALLES (GARD) 0 50 - - LÉOPOLD DE GAILLARD 50 » - - PIERRE DE GAILLARD 10 » - - HENRY DE GAILLARD 10 » - - DENIS GALET, A AMIENS 5 » - - GALLAY, ANCIEN MAIRE DU VIII^e, PARIS 20 » - - M^{is} DE GANAY, PARIS 20 » - - CH. DE GANTELMI D’ILLE, A AIX 5 » - - FR. GARD, A UZÈS 1 » - - CH. DE GARGAN, A LUXEMBOURG 25 » - - CH. GARNIER, PUBLICISTE, MARSEILLE 5 » - - PIERRE GASSIN, A AVIGNON 0 50 - - GAUCHERAND, PEINTRE, AVIGNON 1 » - - _La Gazette de France_ 100 » - - _La Gazette du Midi_ 100 » - - JOSEPH GENET, A PUJAUT 0 50 - - GEOFFROY, A TOURNAY (HAUTES-PYRÉNÉES) 10 » - - ED. GEOFFROY, AVIGNON 10 » - - LE PREMIER PRÉSIDENT GERMANES 50 » - - ALBERT GIGOT, ANCIEN PRÉFET 10 » - - GILLES, A EYRAGUES (BOUCHES-DU-RHÔNE) 5 » - - M^{me} DE GILLY, A TAIN (DROME) 20 » - - C^{te} DE GINESTOUS, A CAVAILLON 10 » - - GIRARD, SCULPTEUR, AVIGNON 0 50 - - FRÉDÉRIC GIRAUD, PARIS 10 » - - L’ABBÉ GIRAUD, AUMONIER, AVIGNON 5 » - - L’ABBÉ GIRAUD, VICAIRE A SAINT-DIDIER, AVIGNON 3 » - - ALFRED GIRAUDEAU, PARIS 10 » - - FERNAND GIRAUDEAU, MARSEILLE 10 » - - J^{h} GONTARD, AVIGNON 0 50 - - V^{te} DE GONTAUT-BIRON, ANC. AMBASSADEUR 10 » - - TH. GOUBET, AVOCAT, AVIGNON 5 » - - ALBIN GOUDAREAU, AVIGNON 20 » - - ÉMILE GOUDAREAU, AVIGNON 20 » - - JULES GOUDAREAU, AVIGNON 10 » - - GOULET, BANQUIER, REIMS 10 » - - B. GRANET, A ROQUEMAURE 1 » - - LÉONCE GRANET, A ROQUEMAURE 2 » - - FR. GRANIER, ANC. SÉNATEUR, AVIGNON 50 » - - AMABLE GRAS, AVIGNON 2 » - - FÉLIX GRAS, AVIGNON 5 » - - M^{is} DE GRAVE (HAUTE-VIENNE) 20 » - - ED. GRENIER, POÈTE, PARIS 20 » - - M^{gr} GRIMARDIAS, ÉV. DE CAHORS 25 » - - EMILE GRIMAUD, NANTES 5 » - - L’ABBÉ GRIMAUD, SORGUES (VAUCLUSE) 5 » - - GROUION, A ROQUEMAURE 0 50 - - GUÉRIN, ANTIQUAIRE, AVIGNON 0 50 - - V^v GUERCHET, ORFÈVRE, PARIS 10 » - - GUIBERNE, AVIGNON 1 » - - C^{tesse} L. DE GUILHERMIER, AVIGNON 10 » - - F. GUILLAUMONT, A SAUVETERRE 0 50 - - PAUL GUILLAUMONT, A SAUVETERRE 0 25 - - GUILLAUME GUIZOT, PARIS 20 » - - LUDOVIC HALÉVY (ACADÉMIE FRANÇAISE) 20 » - - HÉBRARD, A ROQUEMAURE 1 » - - M^{me} DE HENNAULT, AVIGNON 10 » - - HENRY-CHRÉTIEN, AVIGNON 0 50 - - ED. HERVÉ (ACADÉMIE FRANÇAISE) 20 » - - HEUGEL, ÉDITEUR DE MUSIQUE, PARIS 20 » - - HOSTALÉRY PÈRE ET FILS, CAUMONT (VAUCLUSE) 1 » - - HUGUES, SERRURIER, ROQUEMAURE 0 50 - - M^{is} D’IVRY (CÔTE-D’OR) 20 » - - PRÉSIDENT JACQUES, AVIGNON 5 » - - CLAUDIO JANNET, PARIS 10 » - - V^{tesse} DE JANZÉ, PARIS 40 » - - ANT. DE JESSÉ-CHARLEVAL, MARSEILLE 50 » - - EUG. JOHANYS, ROQUEMAURE 5 » - - JOSEPH JOUBERT (MAINE-ET-LOIRE) 10 » - - LACOUR, AVIGNON 2 » - - M^{gr} LABOURÉ, ÉV. DU MANS 20 » - - LAGIER-FORNÉRY, AVIGNON 5 » - - ALFRED LALLIÉ, NANTES 5 » - - LAMATY, A PUJAUT 0 25 - - LANGLOIS, A PARIS 2 » - - M^{me} VICTOR DE LAPRADE 40 » - - G. DE LAURENS, AVIGNON 10 » - - B^{on} ALFRED DU LAURENS, AVIGNON 10 » - - B^{on} GUILLAUME DU LAURENS, AVIGNON 10 » - - ET. LAURENT, AUREILLE (B.-DU-RH.) 1 50 - - C^{te} DE LAVAUR-S^{te} FORTUNADE (CORRÈZE) 10 » - - LE BOURGEOIS, BONSECOURS-ROUEN 10 » - - C^{tesse} DE LÉAUTAUD, PARIS 20 » - - LEVÊQUE, A ROQUEMAURE 1 » - - STÉPHEN LIÉGEARD, ANC. DÉPUTÉ (CÔTE-D’OR) 50 » - - LIFFRAN, NOTAIRE, ROQUEMAURE 0 50 - - C^{te} DE LONGPÉRIER (OISE) 10 » - - G. DE LONGCHAMP, MARSEILLE 20 » - - A. MAGNAN, SAUVETERRE 0 25 - - EUG. MAGNE, AVIGNON 5 » - - MAHUR, A ROQUEMAURE 1 » - - D^r B. DE MALHERBE, A CHANGHAÏ 20 » - - LÉON MAILLÉ, A CASTRES 1 » - - ALBERT MALLAC, BOUGIVAL 10 » - - PAUL MANIVET, AVIGNON 10 » - - MANON AINÉ, AVIGNON 0 50 - - J^h MANON, AVIGNON 0 50 - - ELIE MARIA, AVIGNON 5 » - - PAUL MARIÉTON, PARIS 20 » - - MAURICE MARIN, ROQUEMAURE 2 » - - CH. MARIN, ROQUEMAURE 0 50 - - MARIN AÎNÉ, ROQUEMAURE 1 » - - X. MARMIER (ACADÉMIE FRANÇAISE) 20 » - - MARTIN FILS AÎNÉ, ROGNONAS (B.-DU-RH.) 0 50 - - MARTIN, TYPOGRAPHE, AVIGNON 5 » - - MARTIN-FOUR, AVIGNON 20 » - - F. MAZET, A ROQUEMAURE 0 50 - - MERCIER, ANCIEN SOUS-PRÉFET, AVIGNON 10 » - - V^{te} DU MESNIL DU BUISSON (ORNE) 20 » - - FR., ADR. ET AUGUSTE MEYNADIER, AVIGNON 1 50 - - MEYNIER, AVOCAT, MARSEILLE 25 » - - L. MICHEL, MÉDECIN, AU THOR 1 » - - D^r MICHEL-BÉCHET, AVIGNON 10 » - - M^{lle} MARIE MICHEL, TARASCON 5 » - - MICHEL, SOCIÉTÉ GÉNÉRALE, AVIGNON 10 » - - P. MICHEL, A SAUVETERRE 0 50 - - MICHEL-BENT, AVIGNON 5 » - - MICHELLAND, AU THOR 1 » - - ER. DE MILLAUDON, AVIGNON 20 » - - MILLE, A AVIGNON 0 50 - - MIRANDOL, BOULANGER, AVIGNON 0 50 - - FRÉDÉRIC MISTRAL 20 » - - MISTRAL-BERNARD, S^t RÉMY-DE-PROVENCE 40 » - - D^r MONNIER, AVIGNON 5 » - - AUG. MONITION, AU THOR 1 » - - M^{is} DE MONTALET-ALAIS, (GARD) 20 » - - B^{on} DE MONTFAUCON, PARIS 20 » - - C^{tesse} DE MORANGIÈS, (LOZÈRE) 20 » - - MOREAU DE BELLEY, AVIGNON 1 » - - MOTTEROZ, IMPRIMEUR, PARIS 50 » - - A. MOUNET, ROQUEMAURE 1 » - - JULES MOURET, AVIGNON 0 50 - - CAMILLE MOUTIN, MARSEILLE 5 » - - ALEXIS MOUZIN, POÈTE, AVIGNON 5 » - - ÉMILE NIEL, INGÉNIEUR, AVIGNON 5 » - - D. NISARD (Acad^{ie} Fr^{se}) 20 » - - CH. NISARD, DE L’INSTITUT 5 » - - M. ET M^{me} JACQUES NORMAND 50 » - - G. ODOYER, A SAUVETERRE 2 » - - FR. D’OLÉON, AVIGNON 20 » - - C^{te} D’OLIVIER, AVIGNON 10 » - - ÉMILE OLLIVIER (ACADÉMIE FRANÇAISE) 20 » - - LOUIS D’ORTIGUE, CAVAILLON 5 » - - V. PAILLET, AU THOR 1 » - - AUGUSTE PALUN, AVIGNON 50 » - - PALUN DE BÉSIGNANE, AU THOR 1 » - - M^{is} DE PANISSE-PASSIS (B.-DU-RH.) 25 » - - CHANOINE PARANQUE, LA CIOTAT 4 » - - LE COMTE DE PARIS 100 » - - PASQUIER DE LA GRESSIÈRE (ARDENNES) 10 » - - P. DE PÉLERIN, NIMES 25 » - - P. PELLETIER, VERRIER, PARIS 20 » - - M. ET M^{me} PELLISSIER, A PUJAUT 2 » - - B^{on} DU PELOUX (AIN) 25 » - - HENRI DE PÈNE 20 » - - JULES PERNOD, AVIGNON 20 » - - J.-L. PERRIER, A ROQUEMAURE 0 50 - - A. PERRIN, A ROQUEMAURE 2 » - - CONSEILLER PERROT, AVIGNON 20 » - - LOUIS PERROT, AVIGNON 5 » - - J. PEYRAQUE, PUJAUT 0 50 - - ET. PHILIBERT, PUJAUT 0 50 - - NICOLAS PHILIBERT, PUJAUT 1 » - - PHILIBERT, SAUVETERRE 1 » - - ADOLPHE PIEYRE, NIMES 10 » - - G. PIJOTAT, MARSEILLE 5 » - - M^{is} DE PIMODAN, PARIS 20 » - - AUG. PLANCHE, A UZÈS 1 » - - L’ABBÉ PLAUTIN, AVIGNON 10 » - - PLAUZOLES, A MONTFORT-L’AMAURY 5 » - - POIROTTE PÈRE ET FILS, MENUISIERS, PUJAUT 0 50 - - V^{te} DE POLI, PARIS 5 » - - ANDRÉ PONS, AVIGNON 5 » - - VICTOR PONS, CONFISEUR, AVIGNON 5 » - - BENOÎT PONS, A MOULINS 20 » - - C^{te} DE PONTEVÈS-SABRAN, MARSEILLE 50 » - - CLÉMENT POULAIN, NANTES 2 » - - HENRI POUSSEL, PUBLICISTE, AVIGNON 20 » - - ALEXANDRE POUSSEL, PARIS 5 » - - M^{lle} POUZOL, A PUJAUT 2 » - - J.-B. POUZOL, A PUJAUT 1 » - - PRAT-NOILLY, MARSEILLE 50 » - - V. PRÉVOT, AVIGNON 2 » - - PROYART (PAS-DE-CALAIS) 20 » - - V^{te} DU PUGET (SOMME) 10 » - - RABILLON, CAFETIER, ROQUEMAURE 0 50 - - C^{tesse} DE RAOUSSET-BOULBON, AVIGNON 20 » - - RASTOUL, _Univers_, PARIS 5 » - - RAVANIS, CURÉ DOYEN, ROQUEMAURE 3 » - - VICAIRE-GÉNÉRAL REDON, AVIGNON 5 » - - DE RÉMUSAT, MARSEILLE 20 » - - RENAUDIN, CHAPELIER, ROQUEMAURE 0 50 - - RENOUARD, EMPLOYÉ AU P.-L.-M., AVIGNON 1 » - - FRÉDÉRIC RESSEGAIRE, AVIGNON 1 » - - ISIDORE DE REY, AU THOR 1 » - - REYNARD-LESPINASSE (ET.), AVIGNON 20 » - - REYNAUD DE TRETS, MARSEILLE 20 » - - CHARLES DE RIBBE, A AIX 10 » - - AUG. DE RIBBE, AVIGNON 5 » - - M^{me} DU RIBERT ET SES FILLES 20 » - - CH. RICARD, A PUJAUT 2 » - - RICARD, A PUJAUT 0 65 - - M^{gr} RICARD, MARSEILLE 10 » - - ANSELME RIEU, A PUJAUT 0 50 - - EUG. RIPERT, AVIGNON 0 50 - - AD. ROCH, BANQUIER, AVIGNON 2 » - - ROCHAT, A NOGENT-SUR-MARNE 5 » - - LOUIS ROCHE, ROQUEMAURE 0 50 - - DUCHESSE DE LA ROCHE-GUYON 200 » - - M^{is} DE LA ROCHEJAQUELEIN 20 » - - R. DE ROCHER, BOLLÈNE 25 » - - D^r ROCHETTE, PARIS 5 » - - M^{me} ROCHETIN, UZÈS 25 » - - M^{is} DE LA ROCHETHULON 20 » - - TH. RODDE, AVIGNON 1 » - - JULES ROLLAND, A ALBI 10 » - - SINCÈRE ROMEY (_Gazette de France_) 5 » - - LOUIS DE LA ROQUE, MONTPELLIER 20 » - - ROSTAN D’ANCEZUNE, MARSEILLE 20 » - - EUG. ROSTAND, MARSEILLE 40 » - - ALEXIS ROSTAND, MARSEILLE 20 » - - L. ROUBAUD, AU THOR 1 » - - B^{on} ALBERT DE ROUBIN, VILLENEUVE 10 » - - B^{on} ARMAND DE ROUBIN, AVIGNON 10 » - - FAMILLE ROUCHETTE, A PUJAUT 4 50 - - JOSEPH ROUMANILLE 25 » - - GUSTAVE ROURE, CONFISEUR, AVIGNON 5 » - - ED. ROUSSE (ACADÉMIE FRANÇAISE) 10 » - - CH. ROUSSEAU, A THOUARS 10 » - - CAMILLE ROUSSET (ACADÉMIE FRANÇAISE) 10 » - - D^r ROUSSILLON, AU BOURG-D’OISANS 2 » - - JULES-CHARLES ROUX, MARSEILLE 20 » - - VICTOR ROUX, MARSEILLE 50 » - - JULES ROUX, AVOUÉ, AVIGNON 5 » - - B^{on} DE ROUX-LARCY 20 » - - F. ROYER, A VILLENEUVE 0 25 - - L’ABBÉ ROUZEAUD, TOULOUSE 3 » - - C^{te} DE RUFFO-BONNEVAL, MARSEILLE 5 » - - DUC DE SABRAN-PONTEVÈS, MARSEILLE 100 » - - C^{te} EMM. DE SABRAN-PONTEVÈS, MARSEILLE 20 » - - C^{te} GUILLAUME DE SABRAN-PONTEVÈS, MARSEILLE 25 » - - ALPH. SAGNIER, AVIGNON 10 » - - S^t-PATRICE (_Triboulet_), PARIS 20 » - - L’ABBÉ SALLA, ROQUEMAURE 2 » - - P. SALOMON, A VILLENEUVE 5 » - - JOANNIN SAMUEL, AVIGNON 5 » - - C^{te} DE SAPORTA, A AIX 20 » - - M^{is} DE SAQUI-SANNES, AVIGNON 10 » - - V^{te} JULES DE SALVADOR, AVIGNON 50 » - - C^{te} HENRI DE SALVADOR, REMOULINS 5 » - - L’ABBÉ DE SALVADOR, AVIGNON 1 » - - JOSEPH DE SALVADOR, AVIGNON 1 » - - SAUBOT-DEMBORGEZ, PARIS 5 » - - SEGUIN FRÈRES, AVIGNON 25 » - - MARC SERGUIER, A ROQUEMAURE 0 50 - - B^{on} DE SERRES DE MONTEIL, AVIGNON 10 » - - L’ABBÉ SEYTRE (ALPES-MARITIMES) 5 » - - V^{te} DE SINÉTY, AVIGNON 20 » - - B. SOULIER, ANCIEN MAIRE, PUJAUT 5 » - - EM. SOULIER, ANCIEN MAIRE, SAUVETERRE 2 » - - FRÉD. SOULIER, A PUJAUT 0 50 - - MAX^{in} SOULIER, A PUJAUT 1 » - - MICHEL SOULIER, A PUJAUT 1 » - - MICHEL SOULIER, A PUJAUT 2 » - - EUG. SOUSTELLE, AVIGNON 5 » - - ED. STOFFLET, LE MANS 5 » - - COLONEL DE SURVILLE, A NÎMES 5 » - - J^h DE TALODE DU GRAIL, MOUILLERON (VENDÉE) 20 » - - TASTEVIN, PUBLICISTE, VALENCE 5 » - - L. TAULIER, A PUJAUT 1 » - - TEISSÈRE, A MARSEILLE 10 » - - ANT. TEISSIER, A PUJAUT 1 » - - CHARLES TESTE, A BAGNOLS (GARD) 10 » - - J. DE TERRIS, NOTAIRE, AVIGNON 5 » - - JOSEPH THOMAS, AVIGNON 40 » - - PAUL THUREAU-DANGIN, PARIS 20 » - - TOLLON PÈRE, MARSEILLE 10 » - - M^{gr} TOLRA DE BORDAS, NICE 10 » - - C^{te} DE TOULOUSE-LAUTREC, A LAVAUR 5 » - - TRACOL, NOTAIRE, AVIGNON 10 » - - L’_Univers_, A PARIS 50 » - - PAUL VACHIER, PEINTRE, AVIGNON 2 » - - JONATHAN VALABRÈGUE, AVIGNON 10 » - - AMÉDÉE VALABRÈGUE, AVIGNON 10 » - - ADR. VALLAT, ROQUEMAURE 0 50 - - ARISTIDE VALETTE, ROQUEMAURE 5 » - - L’ABBÉ VALETTE, CURÉ, PUJAUT 5 » - - DE VATIMESNIL (EURE) 10 » - - BLAISE VELAY, PUJAUT 2 » - - GABRIEL VERDET, AVIGNON 50 » - - MARCEL VERDET, AVIGNON 20 » - - THÉODORE VERDET, AVIGNON 20 » - - L. VERNET, STATUAIRE, AVIGNON 1 50 - - L’ABBÉ DE VÉROT, AVIGNON 10 » - - A. VEUX, ROQUEMAURE 1 » - - J^h VIDAL, PUJAUT 1 » - - M^{gr} VIGNE, ARCHEVÈQUE D’AVIGNON 50 » - - ALFR. VIGUIER, PARIS 1 50 - - D^r VILLARS, AVIGNON 20 » - - M^{is} DE VILLEFRANCHE, PARIS 25 » - - C^{te} DE VILLENEUVE-BARGEMON, AVIGNON 10 » - - C^{te} DE VILLENEUVE-ESCLAPON, AVIGNON 10 » - - FRÉD. VILLET, AVIGNON 2 » - - CHARLES VINCENS, MARSEILLE 25 » - - C^{tesse} ELZÉAR DE VOGÜÉ 5 » - - HENRI YVAREN, AVIGNON 50 » - - TROIS ANONYMES, AVIGNON 1 50 - - DEUX ANONYMES, MARSEILLE 4 » - - UN ANONYME, AVIGNON 5 » - - UN ANONYME (HAUTE-SAÔNE) 30 » - - UN ANONYME, OFFICIER, AVIGNON 2 » - - V. D. S. J. 20 » - - C. F., A AVIGNON 0 50 - - DEUX FÉLIBRES, AVIGNON 1 50 - - DEUX CHARPENTIERS, AVIGNON 1 » - - H. H. Y. (CÔTES-DU-NORD) 5 » - - UN LECTEUR DES _Semaines_, AVIGNON 0 50 - - UN MOINE DE LÉRINS 10 » - - UN PETIT BELGE 1 » - - T., A AVIGNON 2 » - - ———————— - TOTAL 6,723 30 - - - - - INDEX ALPHABÉTIQUE - - DES - - NOMS PROPRES CITÉS DANS CE VOLUME - - -A - - ABEL (Henri), 66, 73, 74. - - ABOUT (Edmond), 174, 214, 259, 403, 404, 405, 407, 409, 423, 471. - - ACHARD (Amédée), 114, 177. - - ADAM (Adolphe), 171, 177. - - AFFRE (M^{gr}), 153. - - AGNIEL (l’abbé), 496. - - ALBONI (Marietta), 441. - - ALEMBERT (d’), 287. - - ALEXANDRE (Charles), professeur, 34. - - ALIBERT (le D^r), 41. - - ALLAN (M^{me}), comédienne, 121. - - ALLEVARRÈS. Voyez SERRAVALLE. - - ALLOURY (Antoine), 233. - - ALZON (Emmanuel d’), 24, 43, 44, 45, 471. - - AMPÈRE (André-Marie), 41. - - AMPÈRE (Jean-Jacques), 75. - - ANCELOT (M^{me}), 115. - - ANDIGNÉ (Auguste, comte d’), 154, 351. - - ANDIGNÉ (Léon, marquis d’), 351. - - ANGLES (Monsieur des), 5. - - ANGOULÊME (duc d’), 20, 71. - - ANGOULÊME (duchesse d’), 19, 20, 21. - - ANSELME (H. d’), 84. - - APPIUS CLAUDIUS, 187. - - ARAGO (François), 38, 41. - - ARBOUVILLE (M^{me} d’), 115. - - ARCHIMBAUD (Alphonse d’), 372. - - ARNAL, comédien, 290. - - ARNAULT (Antoine-Vincent), 58 - - ATHÉNOSY (Isidore d’), 372. - - ATTICUS, 478. - - AUBANEL (Théodore), 469. - - AUBER, 53. - - AUBRYET (Xavier), 347. - - AUDIFFRET-PASQUIER (duc d’), 426, 427. - - AUDIGIER (Henri d’), 250. - - AUDRAN (Girard), graveur, 434. - - AUGIER (Émile), 143, 172, 198, 199, 216, 218, 232, 309, 418, 485. - - AUMALE (duc d’), 397, 398, 403, 413, 419. - - AUTRAN (Joseph), 101, 143, 174, 224, 226, 229, 233, 234, 239, 267, - 282, 283, 284, 287, 289, 293, 298, 299, 301, 302, 304, 306, 307, - 308, 319, 320, 356, 358, 360, 361, 364, 371, 389, 398, 399, 400, - 402, 406, 407, 409, 410, 415, 416, 418, 419, 420, 421, 422, 423, - 424, 425, 471, 478. - - AUTRAN (M^{me} Joseph), 305, 399, 426. - - AVERTON (Frédéric d’), 91, 92, 93, 94, 95, 96, 105. - - AVERTON (Guy d’), 94. - - -B - - BACIOCCHI (Eugène de), 372. - - BAILLY DE SURCY, 57. - - BALLANCHE, 40. - - BALZAC (H. de), 54, 74, 116, 156, 179, 214, 221, 237, 238, 254, 255, - 304. - - BARAGNON (Louis-Numa), 340. - - BARAGUEY D’HILLIERS (Achille, comte), maréchal de France, 153. - - BARANTE (baron Prosper de), 471. - - BARBENTANE (marquis Léon de), 350. - - BARBEY D’AUREVILLY (Jules), 138, 233, 244, 260, 472, 473, 474. - - BARBIER (Auguste), 394, 418, 420. - - BARNI (Jules), 349. - - BARODET, 356. - - BARRÊME, calculateur, 389. - - BARROT (Odilon), 321. - - BARTHÉLEMY (Auguste), 488. - - BARTHÉLEMY (marquis de), 153. - - BASTET (Antoine), sculpteur, 434, 462. - - BASTET (J.), 84. - - BAUDELAIRE (Charles), 471. - - BAYLE (Pierre), 468. - - BEAUCHESNE (Alcide de), 174. - - BEAUSACQ (comtesse Diane de), 466. - - BEAUVOIR (Roger de), 114, 115, 156. - - BEC, 267, 288. - - BÉCHARD (Ferdinand), 270. - - BÉCHARD (Frédéric), 267, 270, 288, 296, 297, 315, 316, 317, 318. - - BELCASTEL (Gabriel de), 432, 458. - - BELLANGÉ, peintre, 385. - - BELLEVAL (marquis de), 169, 170, 171, 172, 173, 174, 175, 176, 180, - 182, 250. - - BELVÈZE (de), 166. - - BENTZON (M^{me} Th.), 183. - - BÉRANGER (P.-J. de), 139, 144, 167, 204, 205, 206, 207, 237, 308. - - BERLIOZ (Hector), 450. - - BERMOND (de), 72. - - BERNARD (Saint), 208. - - BERNARD (Charles de), 144, 471, 477. - - BERNARD (Claude), 418, 420, 427. - - BERNARDI (de), 161. - - BERNE-BELLECOUR, peintre, 385. - - BERNHARDT (Rosine BERNARD, dite SARAH), 358, 384. - - BERNIS (comtesse René de), 16. - - BERNIS (Léon de), 43. - - BERRY (duc de), 17. - - BERRY (duchesse de), 60, 70, 71, 109, 369. - - BERRYER, 14, 54, 66, 73, 81, 82, 83, 91, 98, 99, 100, 101, 128, 153, - 171, 177, 270, 299, 302, 312, 313, 346, 392, 394, 432, 450, 451, - 452, 471. - - BERT (Paul), 349. - - BERTIN (Ernest), 479. - - BERTIN (Jean-Victor), 10. - - BERTHOUD (Henry), 114. - - BESPLAS (marquis de), 118, 358, 368, 375. - - BESSON (M^{gr}), 439. - - BEUDIN, auteur dramatique, 31. - - BEUGNOT (comte Arthur), 172. - - BEULÉ (Ernest), 413, 415. - - BIDAULT, peintre, 10. - - BILIOTTI (marquis de), 360. - - BIOT, 41. - - BIRÉ (Edmond), 13, 131, 168, 191, 313, 372, 446, 451, 452, 484. - - BISMARCK (prince de), 278, 363. - - BITAUBÉ, 40. - - BLAIN, tailleur, 45. - - BLANC (Louis), 307. - - BLANCHETTI (Paul), 15. - - BLAZE DE BURY (Henry), 76, 124, 191. - - BLOCQUEVILLE (marquise de), 478. - - BOIGNE (comtesse de), 466. - - BOISSIER (Gaston), 482. - - BOISSIEU (Arthur de), 267, 291, 300, 355. - - BONALD (vicomte de), 40, 139. - - BONINGTON, 53. - - BONJOUR (Casimir), 98. - - BONNAT, 383. - - BONNET (le P. Élie), 491. - - BORDERIES (M^{gr}), 28. - - BOSIO, sculpteur, 53. - - BOSSUET, 15, 18, 41, 361, 474. - - BOUDIN, cafetier, 69. - - BOUDIN fils, 69. - - BOUGLÉ (Charles), 244. - - BOUHOURS (le Père), 194. - - BOULAY DE LA MEURTHE (le comte Joseph), 39. - - BOURBOUSSON, député, 161. - - BOURDALOUE, 15. - - BOURGET (Paul), 465, 466. - - BOURMONT fils (de), 72. - - BRASCASSAT, peintre, 53. - - BRESSANT, acteur, 166. - - BRIDAINE (le P.), 19. - - BRIÈRE, imprimeur, 132. - - BRILLAT-SAVARIN, 288, 388. - - BRINDEAU (Paul), acteur, 149. - - BRIZEUX (Auguste), 471. - - BROGLIE (duc Victor de), 48, 105, 397, 405, 407. - - BROGLIE (duc Albert de), 165, 212, 235, 321, 374, 405, 408, 413, 418, - 426, 482. - - BRUNETIÈRE (Ferdinand), 237, 264. - - BUCHERON (Arthur-Marie), connu sous le pseudonyme de SAINT-GENEST, - 327, 343, 356, 379. - - BUGEAUD (le maréchal), 153. - - BULOZ (François), 77, 108, 119, 120, 121, 124, 125, 126, 127, 147, - 160, 162, 163, 173, 174, 182, 183, 232, 233, 234, 262, 264, 279, - 280, 281, 372, 373, 380, 471. - - BULOZ (Christine BLAZE, dame), 124. - - BUSSIÈRES (de), 207. - - BUSSONNIER, pâtissier, 39. - - BYRON (lord), 54, 88, 308. - - -C - - CADE (Edme), 438, 440, 491. - - CADOT (Alexandre), éditeur, 156. - - CALONNE (Alphonse de), 135, 138, 143, 169, 175, 215, 250. - - CALVIÈRE (marquis de), 16, 17. - - CALVIÈRE (marquise de), 66, 71. - - CAMBACÉRÈS (le prince), 38. - - CAMBIS D’ORSAN (Henri de), marquis de Lagnes, grand-père maternel de - Pontmartin, 12. - - CAMBIS D’ORSAN (Augustine de Grave, marquise de), grand’mère - maternelle de Pontmartin, 12, 13, 16. - - CAMBIS (Henriette de), 12, 14. - - CAMBIS (Augustin, marquis de), pair de France, 12, 16, 23, 39, 40, 56, - 59, 60, 81, 82, 117, 130. - - CAMBIS (Alfred de), 24, 56. - - CAMBIS (Henri de), 24, 43, 45, 56, 68, 82. - - CAMBIS (l’abbé Adalbert de), 14, 27, 45. - - CANDOLLE (de), 72. - - CANDOLLE (Pyrame de), botaniste, 75. - - CANRON (Augustin), 440, 454. - - CAPTIER (le Père), 336. - - CARDINAL (M^{me}), 108, 112, 113. - - CARNÉ (comte Louis de), 49, 57, 59, 212, 213, 409, 410, 418, 471. - - CARO (Edme), 174, 394, 423, 482. - - CARO (M^{me} Edme), 465. - - CARON, restaurateur, 368. - - CARREL (Armand), 123. - - CARS (duc DES), 132. - - CASTIL-BLAZE (Henri-Joseph BLAZE, dit), 76, 124, 234. - - CAUSSIDIÈRE, 307. - - CAUVIÈREZ, 72. - - CAVAIGNAC (général), 136. - - CAZALÈS (Edmond de), 57, 59, 212. - - CHAIX (l’abbé), 332. - - CHALENTON (l’abbé), 6. - - CHALLEMEL-LACOUR, 267, 281, 290, 331. - - CHAM (vicomte Amédée DE NOÉ, dit), 126, 140, 141, 142. - - CHAMBORD (comte de), 71, 91, 94, 168, 353. - - CHAMPAGNY (Franz de), 393, 394, 409, 419. - - CHAMPMARTIN, peintre, 76. - - CHANGARNIER (général), 147, 153. - - CHARETTE (général baron de), 374, 443. - - CHARLES X, 52, 324, 395. - - CHARRE (Émile), 126, 151. - - CHASLES (Philarète), 114, 172, 174. - - CHASSÉRIAU (Théodore), 144. - - CHATHAM (lord), 100. - - CHATEAUBRIAND, 39, 54, 130, 145, 230, 260, 299, 311, 361, 448, 491. - - CHAUDES-AIGUES (J.), 86. - - CHEVANDIER DE VALDRÔME (Eugène), 324, 325, 326. - - CHEVANDIER DE VALDRÔME (Paul), 301, 325. - - CHEVREAU (Henri), 322. - - CICÉRON, 478. - - CIRCOURT (Albert, comte de), 135, 154, 168. - - CLARETIE (Jules), 237, 257, 303, 305, 314, 346, 473, 478, 481. - - COCHIN (Augustin), 213, 381. - - CONDILLAC, 42. - - CONSTANS (Ernest), 487. - - COPPÉE (François), 466. - - CORMENIN (vicomte de), 98. - - CORNEILLE (Pierre), 18, 40, 129. - - CORNUDET (Léon), 65. - - COROT, peintre, 10. - - CORTOT, sculpteur, 53. - - COULONDRES (Alfred), 440. - - COUPVENT DES BOIS (amiral), 166. - - COURIER (Paul-Louis), 205. - - COURTET (Jules), 84. - - COUSIN (Victor), 46, 47, 48, 50, 51, 54, 122, 153, 154, 232, 235, 260, - 331, 441, 450, 471, 482. - - CROCHARD (Armand de), 43, 44. - - CUVIER (Georges), 54. - - CUVILLIER-FLEURY, 49, 62, 91, 98, 99, 100, 101, 169, 194, 356, 380, - 389, 400, 401, 406, 407, 410, 413, 414, 415, 416, 418, 420, 423, - 443, 444, 448, 453, 475, 478, 479, 480, 481. - - -D - - DABADIE, chanteur, 42. - - DALLOZ (Paul), 343. - - DAMBRAY (le chancelier), 38. - - DAMIRON, 49. - - DAMOREAU-CINTI (M^{me}), cantatrice, 42, 47, 142. - - DAUDET (Alphonse), 469. - - DAVID (Louis), 327, 342. - - DAVID D’ANGERS, 53. - - DECAZES (duc Elie), 17, 18. - - DEGUERRY (l’abbé), 311. - - DELABORDE (vicomte Henri), 117. - - DELACROIX (Eugène), 53, 450. - - DELAHANTE (Adrien), 43. - - DELALOT (vicomte), 40. - - DELAPORTE (le Père Victor), 460. - - DELAROCHE (Paul), 41, 53, 75, 450. - - DELAVIGNE (Casimir), 11, 308. - - DELIBES (Léo), 357. - - DELILLE (Jacques), 51. - - DELORD (Taxile), 206, 225, 237, 255, 256, 259. - - DEMANTE (A.-M.), 47. - - DEPLACE (l’abbé Charles), 84. - - DEREGNAUCOURT, député, 348. - - DERETZ, journaliste, 91, 92, 93, 94. - - DÉROULÈDE (Paul), 466. - - DÉSAUGIERS, 205. - - DESCARTES (René), 42. - - DES ESSARTS (Alfred), 115. - - DESMOUSSEAUX DE GIVRÉ, 172. - - DETAILLE, peintre, 385. - - DEVÈRIA (Eugène), 53, 101. - - DIDON (le Père), 444. - - DINAUX, auteur dramatique, 31, 78. - - DORVAL (M^{me}), 31, 66, 78, 79, 80, 101. - - DOUBLE (le D^r François-Joseph), 7, 23, 41, 172. - - DOUBLE (Léopold), 7. - - DOUCET (Camille), 33, 415, 418. - - DOUDAN (Ximénès), 99. - - DREUX-BRÉZÉ (marquis de), 43. - - DREUX-BRÉZÉ (Pierre de), évêque de Moulins, 43, 432, 458. - - DUBOIS (P.-J.), 49. - - DU BOYS (Albert), 429. - - DUBOYS D’ANGERS, 332. - - DUCANGE (Victor), 31, 78. - - DU CAURROY, 47. - - DU CAYLA (Ugolin), 43. - - DUCHATEL (comte), 117, 177. - - DUCHESNOIS (M^{lle}), 41. - - DUCLOS (François), 360. - - DUFAURE (Jules), 413, 418. - - DUGABÉ, avocat, 91, 95. - - DUMARSAIS (l’abbé), 26. - - DUMAS (Adolphe), 101. - - DUMAS père (Alexandre), 78, 79, 114, 156, 158, 172, 289, 290, 423, - 448, 477. - - DUMAS fils (Alexandre), 156, 216, 217, 232, 267, 280, 282, 283, 284, - 289, 305, 349, 398, 407. - - DUMONT, professeur, 34. - - DUMONT, statuaire, 53. - - DUPANLOUP (M^{gr}), 27, 213, 267, 281, 299, 358, 377, 378, 381, 389, - 403, 404, 407, 409, 420, 427, 428, 450, 471. - - DUPATY (Emmanuel), 201. - - DUPONT (Alexis), 42. - - DUPRAY, peintre, 385. - - DUPRÉ (Edmond), 169, 188, 189. - - DUPREZ (Gilbert-Louis), chanteur, 142, 387. - - DUPUY, de Cavaillon, 161. - - DUPUY, d’Orange, 161. - - DURAND (baronne), 154. - - DURAND (Justin), député, 332. - - DURAND (M^{me} Justin), 332, 333. - - DURANTON, 47. - - DUROZOIR (Charles), 34. - - DU THEIL, avocat, 115. - - DUVERGIER DE HAURANNE (Prosper), 49, 393, 397, 405, 413, 418. - - -E - - ECKMÜHL (Louis d’), 43. - - ÉDOUARD et FÉLIX, restaurateurs, 347. - - EMPIS, académicien, 389, 392, 393, 394. - - ERCKMANN-CHATRIAN, 280. - - ESCANDE (Amable), 267, 270, 271. - - ESCUNS (comte d’), 132, 154. - - ESIG (François), 72. - - ESMÉNARD, 40. - - ESQUIROS (Alphonse), 331. - - EUGÉNIE (l’Impératrice), 326. - - -F - - FABRE (Ferdinand), 485. - - FAGES (Émile), 265. - - FALCON (M^{lle}), 142. - - FALLIÈRES (Armand), 487. - - FALLOUX (comte Alfred de), 49, 126, 128, 148, 153, 154, 155, 160, 172, - 177, 191, 212, 213, 235, 299, 321, 327, 345, 353, 389, 396, 397, - 398, 407, 409, 417, 418, 420, 423, 471. - - FAURE, chanteur, 323. - - FAURIEL (Claude), 75. - - FAVRE (Jules), 37, 299, 407, 413, 418, 423. - - FAY (Léontine), voir VOLNYS. - - FÉLETZ (l’abbé de), 35, 466. - - FÉLIX (le Père), 204, 231, 232, 267, 290, 291. - - FERDINAND VII, 71. - - FERRAR (Messieurs de), 2, 3. - - FERRAR (Antoine de), 3. - - FERRARI (Antoine), 72. - - FERVILLE, comédien, 31. - - FEUILLET (Octave), 216, 217, 232, 250, 271, 418, 420, 465, 482. - - FÉVAL (Paul), 114, 172, 174, 482. - - FEYDEAU (Ernest), 250, 271. - - FEZENSAC (duc de), 144. - - FLANDRIN (Hippolyte), 144. - - FLAUBERT (Gustave), 214, 471. - - FLOTTE (Paul de), 143. - - FONFRÈDE (Henri), 98. - - FOUDRAS (marquis de), 114, 156. - - FOURNEL (Victor), 235, 476. - - FOURNÈS (marquis de), 104. - - FOURTOU (de), 374. - - FOYATIER, 53. - - FRÉDÉRIC II, 363. - - FROISSARD-BROISSIA (de), 497. - - -G - - GAILLARD (Léopold de), 161, 162, 178, 237, 257, 259, 274, 291, 307, - 321, 336, 357, 372, 376, 377, 400, 401, 404, 406, 417, 426, 427, - 430, 439, 440, 442, 461, 464, 478, 483, 485, 490, 491. - - GAILLARDIN (Casimir), 43. - - GAMBETTA (Léon), 327, 329, 349, 352, 367, 413, 473. - - GANAIL, 72. - - GANSER (l’abbé), 26. - - GARCIA (Manuel), 441. - - GARIBALDI (Giuseppe), 329. - - GARNIER (Charles), 334, 498. - - GAUSSIN (M^{lle}), 384. - - GAUTIER (Théophile), 53, 56, 127, 182, 191, 192, 217, 226, 382, 393, - 394, 398, 471. - - GAY (M^{me} Sophie), 115. - - GAY-LUSSAC, 41. - - GENOUDE (Eugène de), 130, 135. - - GENT (Alphonse), 161. - - GENTY DE BUSSY, 98. - - GEOFROY (Louis de), 149. - - GÉRARD (le baron), 53. - - GERBET (M^{gr}), 25, 213. - - GILLY (le général), 17. - - GINESTOUS (comte de), 270, 271. - - GIRARDIN (Émile de), 130, 222, 263, 358, 383, 384, 385. - - GIRARDIN (M^{me} Émile de), 178, 192, 222, 263. - - GIRARDIN (Saint-Marc), 49, 130, 153, 154, 160, 260, 293, 295, 389, - 407, 409, 410, 414, 420, 423, 471, 482. - - GIRODET, 491. - - GLUCK, 47. - - GOBINEAU (Arthur de), 114. - - GONCOURT (Edmond et Jules de), 280. - - GONDINET (Edmond), 357. - - GONDRECOURT (général de), 114, 156. - - GONTIER, acteur, 31. - - GOT (Edmond), 149. - - GOUBAUX, auteur dramatique, 31. - - GOUNOD, 312, 374. - - GOUPIL, 385. - - GOZLAN (Léon), 114, 116, 172, 174, 195, 196, 198, 199. - - GRANDMANCHE DE BEAULIEU, 332. - - GRANET, peintre, 53. - - GRANGÉ (Pierre-Eugène BASTÉ, dit), 297, 298. - - GRANIER, sénateur, 161. - - GRANIER DE CASSAGNAC (Adolphe), 19, 244. - - GRAS (Félix), 469. - - GRATRY (le Père), 407, 409. - - GRAVE (le chevalier de), 12, 13. - - GRAVE (marquis de), 12. - - GRIMOD DE LA REYNIÈRE, 288. - - GRISI (Julia), 441. - - GROS (Étienne), professeur, 23, 30. - - GUDIN (Théodore), 53. - - GUERRY (marquis de), 13. - - GUERRY (marquise de), 13, 14. - - GUILHERMIER (Louis de), 372. - - GUINOT (Eugène), 250. - - GUIZOT (François), 41, 47, 48, 49, 54, 123, 171, 174, 177, 178, 235, - 243, 260, 271, 302, 321, 407, 413, 418, 420, 424, 426, 427, 448, - 450, 470, 471, 479, 482. - - GUIZOT (Guillaume), 174. - - GUYON (le Père), 19. - - GUYOT, éditeur, 140. - - -H - - HALÉVY (Ludovic), 112, 446, 482. - - HAMELIN (l’abbé), 28. - - HANSKA (comtesse), plus tard M^{me} H. de Balzac, 254. - - HAUSSMANN (le baron), 275, 308. - - HAUSSONVILLE (comte Bernard d’), 327, 343, 394, 407, 418, 426, 427, - 430, 482. - - HEIM, peintre, 53. - - HEINE (Henri), 122. - - HEINE (M^{me}), 298. - - HELLO (Ernest), 244. - - HOFFMANN (Théodore), 275. - - HORACE, 36, 205, 362, 463, 488. - - HOMÈRE, 129. - - HOUSSAYE (Henry), 487. - - HUET (Paul), 46, 53, 55, 56. - - HUGO (Victor), 18, 53, 54, 74, 78, 80, 85, 86, 87, 98, 123, 153, 214, - 215, 238, 260, 268, 275, 308, 313, 349, 360, 418, 435, 469. - - HYACINTHE (Louis-Hyacinthe DUFLOST, dit), 444. - - -I - - IAWURECK (M^{lle}), cantatrice, 42. - - INGRES, 53. - - ISABEY (J.-B.), 53. - - IVOI (Paul d’), 250. - - -J - - JACQUEMART (M^{lle} Nélie), 383. - - JANICOT (Gustave), 271, 312, 454, 455. - - JANIN (Jules), 46, 52, 79, 116, 127, 192, 193, 217, 237, 250, 265, - 358, 362, 380, 389, 396, 397, 405, 418, 420, 424, 430, 471. - - JONQUIÈRES (le P. Amédée de), 372. - - JOSSERAND, libraire, 332. - - JOUBERT (Joseph), 267, 299. - - JOUDOU, journaliste, 66, 77, 82, 83. - - JOUFFROY (Théodore), 48. - - JOURDAN (Louis), 207. - - JOUVENET (Jean), 434. - - JOUVIN (B.), 233, 250. - - JOUY (Victor-Joseph ETIENNE, dit DE), 58. - - JUSSIEU (Adrien de), 75. - - JUTEAU (Emma), acrobate, 474. - - -K - - KARR (Alphonse), 114, 191, 250. - - KERDREL (Audren de), 166. - - KERGORLAY (comte de), 72. - - KERGORLAY fils (de), 72. - - -L - - LA BÉDOLLIÈRE (Émile GIGAULT de), 207. - - LABICHE (Eugène), 444, 454. - - LABLACHE, 142, 441. - - LABORDE (Léo de), 161, 237, 257, 304. - - LA BOUILLERIE (Charles de), 43. - - LABOULIE (Gustave de), 71, 91, 94, 95. - - LA BOURDONNAYE (abbé de), 23, 27. - - LA BRUYÈRE (Jean de), 41, 140. - - LACENAIRE, 112. - - LACHAUD (de), 72. - - LACOMBE (Charles de), 83, 451. - - LACORDAIRE (le Père), 25, 168, 213, 231, 377. - - LACROIX (Jules), 191. - - LACROIX (Paul), 191. - - LA FERRIÈRE (Hector de), 43. - - LAFITTE (Pierre), 78. - - LAFOND (Ernest), 332. - - LA FONTAINE (Jean de), 188. - - LAGENEVAIS (F. de), 267, 280. - - LAGRANGE (M^{gr}), 377. - - LAINÉ, 40, 98. - - LA MADELÈNE (Henry de), 251. - - LA MADELÈNE (Jules de), 251. - - LAMARTINE (Alphonse de), 52, 53, 54, 85, 86, 87, 108, 116, 130, 143, - 144, 152, 260, 271, 301, 308, 311, 312, 313, 314, 321, 338, 380, - 394, 397, 435, 448, 471, 489. - - LAMARTINE (M^{me} Valentine de), 311. - - LAMORICIÈRE (général de), 152, 443. - - LANFREY (Pierre), 329. - - LANJUINAIS (Victor), 156. - - LAPRADE (Victor de), 191, 239, 274, 284, 291, 299, 301, 307, 308, 377, - 401, 406, 409, 413, 415, 418, 419, 420, 421, 422, 424, 471, 478. - - LARCY (baron de), 49, 73, 128, 164, 165, 471. - - LAROCHE, 298. - - LA ROCHE-GUYON (duchesse de), 478. - - LAROCHETTE (M^{me} de), 106. - - LA ROCHEJAQUELEIN (marquis Henri de), 153. - - LA ROQUE (Louis de), 454, 455. - - LA TOUR DU PIN (Guy de), 43. - - LAURENTIE (Pierre-Sébastien), 130, 154, 270. - - LA VALETTE (Adrien de), 169, 176, 177. - - LAVEDAN (comte Léon), 376, 392. - - LAVEDAN (Henri), 358, 388, 452. - - LAYET DE PODIO, 72. - - LEBERTRE (Félix), 46, 57. - - LEBESCHU (M^{lle} Mathilde), 72. - - LEBRETON (général), 151, 166. - - LEBRUN (Pierre), 412, 413, 420, 423. - - LECANUET (le Père), 212. - - LECLERC (Edmond), 117. - - LECOFFRE (Jacques), 237, 240, 242, 243, 246, 247, 249. - - LECOMTE (général), 337. - - LEDRU-ROLLIN, 359, 360. - - LEFÊVRE-DEUMIER (Jules), 234. - - LEFORT, 378. - - LEGALLOIS (M^{lle}), 42. - - LEGOUVÉ (Ernest), 33, 237, 255, 256, 410, 415, 416, 418. - - LEMAÎTRE (Frédérick), 31. - - LEMOINNE (John), 130. - - LENORMANT (Charles), 213. - - LENORMANT (M^{me} Charles), 454. - - LERMINIER, 178. - - LEVASSEUR, chanteur, 42, 142. - - LÉVY (Calmann), 184, 217, 447, 462. - - LÉVY (Michel), 218, 225, 226, 277, 302, 348. - - LIBRI (Guillaume-Brutus-Icilius), 7. - - LIEZ, proviseur, 26. - - LIREUX (Auguste), 131. - - LISZT (Franz), 76. - - LITTRÉ (Émile), 398, 403, 404, 405, 407, 408, 413, 418, 423. - - LOMÉNIE (Louis de), 399, 403, 417, 420, 427, 428. - - LOUIS-PHILIPPE I^{er}, 129, 132, 307, 373, 395. - - LOURDOUEIX (Honoré de), 135, 154, 271. - - LUCE DE LANCIVAL, 40. - - LUCRÈCE, 27. - - LUTHER (M^{lle} Amédine), 149. - - LUYNES (Honoré-Théodore, duc de), 75. - - -M - - MACHIAVEL, 299. - - MAC-MAHON (maréchal de), 357, 374, 412. - - MAGNIN (Charles), 49, 127. - - MAIGRET, peintre, 385. - - MAILLÉ (marquis de), 153. - - MAISTRE (Joseph de), 139, 160, 168, 473, 474. - - MALIBRAN (M^{me}), 45, 142, 279, 387, 441. - - MALLAC (Éloi), 169, 177, 178, 205. - - MANDAROUX-VERTAMY, 177. - - MANTE (M^{lle}), 149. - - MANUEL (Eugène), 413. - - MANZONI (Alexandre), 308. - - MARCELLUS (comte de), 172. - - MARIO (Joseph, marquis DE CANDIA, dit), chanteur, 142, 387, 441. - - MARMIER (Xavier), 75, 154, 172, 397, 405, 410, 415, 416, 418, 420. - - MARRAST (Armand), 153. - - MARS (M^{lle}), 11, 31, 78, 79. - - MARS (Victor de), 123, 234, 281, 372, 373. - - MARTIN (John), peintre anglais, 335. - - MASGANA (Paul), libraire, 54, 370. - - MASSILLON, 15. - - MASSON (Frédéric), 483, 484. - - MATHIEU, astronome, 41. - - MATHIEU (Anselme), 469. - - MAUMUS (le Père), 444. - - MELUN (vicomte Armand de), 25, 26, 213. - - MERLE (J.-T.), 101, 114, 115. - - MERLIN (comtesse), 115. - - MÉRIMÉE (Prosper), 54, 66, 76, 101, 122, 171, 174, 296, 323, 331, 360, - 396, 403, 477. - - MERMET (Auguste), 347. - - MÉRY (Joseph), 75, 108, 115, 172, 174. - - MESNARD (comte de), 72. - - MEYERBEER, 450. - - MÉZIÈRES (Alfred), 423. - - MICHAUD aîné, 3, 34. - - MICHAUD jeune, 66, 88, 98, 324. - - MICHELET (Jules), 271, 272, 466. - - MICHELLE, professeur, 23, 34. - - MIGNET (François), 154, 302, 418, 482. - - MIRABEAU, 98, 100. - - MIRBEL (Charles-François), botaniste, 75, 76. - - MIRECOURT, acteur, 149. - - MISTRAL (Frédéric), 327, 350, 351, 460, 469, 470. - - MITCHELL (Robert), 347. - - MOCZINSKA (comtesse), 7. - - MOHL (M^{me}), 413. - - MOISANT (Constant), 111. - - MOLAND (Louis), 138. - - MOLÉ (comte), 123, 153, 172, 177, 450. - - MOLIÈRE, 197, 309. - - MONNIER DES TAILLADES, 91, 95. - - MONTAIGNE (Michel de), 238. - - MONTALEMBERT (comte Charles de), 49, 54, 65, 191, 204, 210, 212, 213, - 235, 260, 299, 396, 397, 409, 450, 482. - - MONTÉPIN (Xavier de), 136. - - MONTESSU (M^{lle}), 42. - - MONTESQUIOU (de), 378. - - MONTEYNARD (Raymond de), 43. - - MONTFAUCON (baron de), 66, 68. - - MONTGRAND (marquis de), 73. - - MONTMORENCY (duc de), 154. - - MONTRAVEL (M. de), beau-père de Pontmartin, 106. - - MONTRAVEL (M^{me} de), belle-mère de Pontmartin, 106. - - MONTRAVEL (comte de), beau-frère de Pontmartin, 497. - - MONTRAVEL (Théodore de), 497. - - MORNY (duc de), 284, 308. - - MOZART, 381. - - MOUCHY (duc de), 153. - - MULLER (Charles), 358, 382. - - MURET (Théodore), 114, 131, 132, 133, 134, 137, 215. - - MÜRGER (Henri), 169, 175, 232, 234. - - MUSSET (Alfred de), 49, 53, 66, 74, 85, 86, 87, 121, 122, 127, 149, - 191, 260, 373, 435. - - MUSSET (Paul de), 373. - - -N - - NANTEUIL (Charles-François LEBŒUF, dit), sculpteur, 53. - - NAPOLÉON I^{er}, 71, 113, 308. - - NAPOLÉON III, 153, 168, 222, 320, 395. - - NAPOLÉON (le prince), 484. - - NETTEMENT (Alfred), 115, 127, 129, 130, 131, 132, 133, 134, 135, 137, - 154, 167, 172, 176, 191, 216, 237, 239, 240, 242, 243, 244, 248, - 486. - - NETTEMENT (M^{me} Alfred), 167, 243. - - NEUVILLE (Alphonse de), peintre, 385. - - NICOLE (Pierre), 18. - - NICOLLE (l’abbé), 25. - - NICOLLE (Henri), 25. - - NILSSON (M^{lle}), 312. - - NISARD (Désiré), 49, 191, 419, 432, 459, 482. - - NOAILLES (duc Paul de), 48, 153, 171, 177, 235, 409, 414, 419. - - NOBLET (M^{lle}), 42. - - NODIER (Charles), 260, 477. - - NORMAND (Jacques), 226. - - NORMAND (M^{me} Jacques), 226. - - NOURRISSON (Félix), 178. - - NOURRIT (Adolphe), 42, 47, 142. - - NUITTER (Charles), 347. - - NUMA, comédien, 31. - - -O - - OHNET (Georges), 469, 485. - - OLIVIER (Juste), 230. - - OLLIVIER (Aristide), 270. - - OLLIVIER (Émile), 14, 320, 321, 325, 326, 338, 397, 405, 407, 432, - 459, 484. - - OLLIVIER (d’), 161. - - ORSAY (comte d’), 263. - - ORSINI (Félix), 221, 222. - - ORTIGUE (Joseph d’), 113, 267, 285, 286, 287, 459. - - -P - - PAGANINI, 387, 452. - - PAILHÈS (l’abbé), 299. - - PALIKAO (comte de), 326. - - PARFAIT (Paul), 289. - - PARIS (M^{gr} le comte de), 458. - - PARIS (Paulin), 172. - - PATIN (Guillaume), 154, 413, 414, 418, 420. - - PAUL, comédien, 31. - - PELLETAN (Eugène), 115. - - PELLICO (Silvio), 74. - - PÊNE (Henri de), 126, 138, 309, 310, 353. - - PERREYVE, professeur de droit, 190. - - PERREYVE (l’abbé), 190, 213. - - PERSIANI (M^{me}), 142. - - PICHOT (Amédée), 179. - - PIE IX, 299. - - PIN (Elzéar), 161. - - PINGARD, 413. - - PITRAT, libraire, 332. - - PLANCHE (Gustave), 79, 108, 121, 125, 193, 214, 225, 260. - - PLANCHE (Louis-Augustin), 370. - - PLANTIER (M^{gr}), 439. - - PLAUTIN (l’abbé), 457. - - POISSON, géomètre, 45. - - POLIGNAC (Armand de), 6, 16. - - POLIGNAC (Jules de), 6, 16, 60, 99. - - POLIGNAC (Melchior de), 6. - - POLIGNAC (comtesse Diane de), 6. - - PONCELET, professeur de droit, 46, 47. - - PONCET (Eugène), 81, 82, 83. - - PONCHARD, 41, 47. - - PONGERVILLE (de), 58, 397. - - PONSARD (François), 55, 141, 174, 216, 218, 301, 302, 306, 307. - - PONSON DU TERRAIL, 126, 137, 138. - - PONTMARTIN (Joseph-Antoine de FERRAR, comte de), grand-père de - Pontmartin, 3, 4, 5, 8. - - PONTMARTIN (Jeanne-Thérèse CALVET DES ANGLES, dame de), grand’mère de - Pontmartin, 4, 5. - - PONTMARTIN (M^{me} de), seconde femme de Joseph-Antoine, 5, 8. - - PONTMARTIN (Eugène de), père d’Armand de Pontmartin, 5, 10, 14, 15, - 16, 17, 18, 21, 23, 26, 46, 60, 434. - - PONTMARTIN (Émilie de CAMBIS, dame de), mère d’Armand de Pontmartin, - 11, 14, 15, 18, 26, 67, 71, 72, 103, 108, 118. - - PONTMARTIN (Joseph de), oncle de Pontmartin, 5, 8, 9, 10, 15, 16, 21, - 27, 30, 46, 47, 60, 61, 434. - - PONTMARTIN (Cécile de MONTRAVEL, comtesse Armand de), 106, 107, 327, - 338, 339. - - PONTMARTIN (Henri de), 166, 223, 225, 305, 447, 497. - - PONTMARTIN (Jeanne d’HONORATI, comtesse Henri de), 447. - - PORTAL (le docteur), 38. - - POTOCKI (comte Vincent), 6. - - PRADIER (James), 41, 53, 144. - - PRAILLY (baron de), 377. - - PRAILLY (baronne de), 377. - - PRÉVOST-PARADOL, 301, 321, 323, 355, 396, 403. - - PROTAIS, peintre, 385. - - PROUDHON (P.-J.), 130. - - PROVOST, comédien, 149. - - POUGEARD-DULIMBERT, 224. - - POUJOULAT (François), 88, 154. - - POUSSEL (Henri), 454. - - -Q - - QUÉLEN (M^{gr} de), 28. - - -R - - RACHEL (M^{lle}), 263, 301, 306, 384. - - RACINE (Jean), 18, 40, 381, 489. - - RACT-MADOUX, professeur, 23, 26. - - RAOUL-ROCHETTE, 171. - - RAOUSSET-BOULBON (Gaston, comte de), 161. - - RAPHAËL, 474. - - RASPAIL (Eugène), 161. - - RATTIER (Paul), 126, 148, 151. - - RAUZAN (duc de), 153. - - RAVIGNAN (le Père de), 213, 231. - - REBOUL (Jean), 143, 172, 471. - - RÉCAMIER (le docteur), 41. - - REDON père, avocat, 94. - - REDON fils, avocat, 94. - - REGNARD, 140. - - RÉGNIER (François-Joseph), acteur, 127. - - REICHEMBERG (M^{lle} Suzanne), 474. - - RÉMUSAT (Charles de), 49, 116, 356, 418, 471. - - RENAN (Ernest), 277, 278, 407, 423. - - RENDUEL (Eugène), 81. - - RENOARD (Ulric de), 91, 94, 95, 96, 105. - - RENOUVIER (Charles), 40. - - RENOUVIER (Jean-Antoine), 40. - - RENOUVIER (Jules), 40. - - REQUIEN (Esprit), 66, 75. - - RETOURET (Léonard), 43, 46, 63, 77. - - RIANCEY (Henry de), 222, 229, 242. - - RICARD (Gustave), 414. - - RICHARD (Maurice), 326. - - RICHARD-LUCAS, restaurateur, 126, 166. - - RICHELIEU (duc de), 17, 25. - - RICHOMME (Emmanuel), 43, 55. - - RIGAUD, procureur du roi, 91, 95. - - RIGAUD (Hippolyte), 233. - - RIGAUT-PALAR (M^{me}), 41. - - ROBERGE, professeur, 23, 26. - - ROBERT (Léopold), 53. - - ROBILLARD D’AVRIGNY, 215. - - ROCHEFORT (Henri), 269. - - ROCHEPLATTE (comte de), 377. - - ROCHEPLATTE (comtesse de), 377, 378. - - ROCHETIN, 498. - - ROHAN (l’abbé duc de), 28. - - ROLLE (Hippolyte), 127. - - RONCONI, 142, 441. - - ROSELLY DE LORGUES, 281. - - ROSSINI, 42, 47, 53, 381, 441. - - ROSTAND (Alexis), 365. - - ROSTAND (Edmond), 365. - - ROSTAND (Eugène), 364, 365. - - ROUBIN (baron de), 440, 498. - - ROUGET DE L’ISLE, 324, 330. - - ROUHER (Eugène), 308. - - ROUMANILLE (Joseph), 440, 454, 469, 470. - - ROUSSE (Edmond), 432, 459. - - ROUSSEAU (Jean-Jacques), 355. - - ROUSSET (Camille), 399, 403, 405, 408, 415, 418, 453. - - ROUX (Eugène), 66, 73. - - ROUZEAUD (Auguste), 312. - - ROYER (Alphonse), 347. - - ROYER-COLLARD, 98. - - RUBINI, 45, 142, 441. - - RUDE (François), 53. - - -S - - SACY (Silvestre de), 49, 130, 267, 272, 285, 413, 418, 471. - - SADE (marquis de), 473. - - SAINT-MART (de), 19. - - SAINT-PRIEST (comte Armand de), 40. - - SAINT-PRIEST (Emmanuel-Louis GUIGNARD, vicomte de), 66, 71, 72, 132, - 154, 177. - - SAINT-SIMON (duc de), 464. - - SAINT-VICTOR (Paul de), 217, 382, 471, 482. - - SAINTE-BEUVE, 23, 36, 48, 53, 54, 70, 74, 85, 108, 122, 123, 124, 125, - 126, 127, 144, 145, 169, 184, 186, 187, 188, 189, 230, 235, 237, - 250, 254, 260, 262, 263, 301, 313, 314, 315, 360, 389, 392, 394, - 395, 396, 397, 471. - - SALA (Adolphe), 72, 131, 134, 136, 154. - - SALACROUX (l’abbé), 26. - - SALINIS (M^{gr} de), 25. - - SALVADOR (vicomte Jules de), 91, 92, 93, 94, 95, 96, 108, 304. - - SALVANDY (comte de), 171, 174, 177, 471. - - SAND (George), 74, 85, 121, 122, 156, 271, 329, 448. - - SANDEAU (Jules), 108, 109, 110, 111, 114, 115, 116, 119, 126, 144, - 155, 191, 198, 199, 221, 237, 254, 256, 263, 356, 357, 408, 410, - 415, 418, 424, 471, 477. - - SANDEAU fils (Jules), 110. - - SARCEY (Francisque), 217, 456. - - SARDOU (Victorien), 216, 217, 301, 309, 310, 426. - - SASS (M^{me} Marie), 323. - - SAULCY (de), 171. - - SCHEFFER (Ary), 41, 53. - - SCHNETZ (Jean-Victor), 53. - - SCHOLL (Aurélien), 267, 287, 288. - - SCORBIAC (abbé de), 25. - - SCRIBE, éditeur, 140. - - SCRIBE (Eugène), 120, 121, 127, 217, 369, 485. - - SECOND (Albéric), 347. - - SEGUIN (François), 440. - - SÉGUR (général Philippe de), 58, 409, 410. - - SÉMONVILLE (marquis de), 38. - - SERRAVALLE (Jules de), 182. - - SERRE (comte de), 98. - - SÉVIGNÉ (M^{me} de), 140, 272. - - SIBOUR (M^{gr}), 26, 153. - - SIBOUR (abbé Léon), 26. - - SIGALON (Xavier), 53. - - SIGOYER (Antonin de), 84. - - SIMON (Jules), 374. - - SOMBREUIL (M^{lle} de), 18, 19. - - SONTAG (M^{lle}), 47, 142. - - SOULIÉ (Frédéric), 78, 156, 477. - - SOUVAROW, 7. - - SOUZA (M^{me} de), 113. - - SPULLER (Eugène), 487. - - STANDISH (M^{me}), 378. - - STERN (comtesse D’AGOULT, dite DANIEL), 116. - - SUE (Eugène), 101, 143, 158, 477. - - SYON (baron de), 160. - - -T - - TACITE, 442. - - TAILLANDIER (Saint-René), 122, 399, 403, 409, 417, 420. - - TAINE, 407, 428. - - TALMA, 11, 30. - - TAMBURINI, 142, 441. - - TARBÉ DES SABLONS (Edmond), 138, 353, 410, 411. - - TAYLOR (baron), 171. - - TESTE (Adolphe), 94. - - TESTE (Jean-Baptiste), 94. - - TEXIER (Edmond), 172. - - THALBERG, 452. - - THÉNARD (baron), 41. - - THÉRÉSA (Emma VALADON, dite), 279. - - THÉVENET, 487. - - THIBAULT (abbé), 26. - - THIÉBAULT, fondeur, 462. - - THIERRY (Augustin), 69, 122, 217. - - THIERRY (Édouard), 177, 215. - - THIERS (Adolphe), 144, 153, 200, 288, 302, 321, 327, 348, 356, 357, - 358, 376, 383, 397, 405, 408, 412, 416, 418, 424, 427, 471. - - THOMAS (Ambroise), 312. - - THOMAS (Clément), 337. - - THUREAU-DANGIN (Alfred), 64. - - THUREAU-DANGIN (Paul), 46, 64, 65. - - TIRARD, 487. - - TOCQUEVILLE (Alexis de), 260. - - TORCY (Féodor de), 43. - - TREILHARD (comte Achille), 272. - - TRÉVENEUC (de), député, 166. - - TROUBAT (Jules), 230. - - -U - - UCHARD (Mario), 347. - - -V - - VALETTE, professeur, 23, 34, 42. - - VALMY (duc de), 177. - - VALON (Alexis de), 114, 373. - - VATOUT (Jean), 40, 98. - - VAUCORBEIL, 347. - - VENDEL-HEYL, professeur, 23, 30, 34. - - VENTURA (le Père), 172. - - VÉRA (M^{lle} Sophie), 142. - - VERDI, 312. - - VERNET (Horace), 53, 75. - - VÉRON (docteur), 192. - - VERTPRÉ (Jenny), 31. - - VÉRY, 108, 115, 156. - - VEUILLOT (Louis), 130, 144, 160, 162, 169, 177, 191, 192, 193, 194, - 204, 205, 206, 207, 209, 212, 227, 228, 229, 235, 244, 249, 271, - 279, 404. - - VIARDOT (Pauline GARCIA, dame), 441. - - VIBERT, peintre, 383. - - VIEL-CASTEL (baron Louis de), 403, 407, 410, 417, 418, 420. - - VIENNET (Jean-Pons-Guillaume), 101, 153, 171, 175, 392, 394, 414. - - VIGNE (M^{gr}), 457, 463, 497. - - VIGNY (Alfred de), 53, 74, 78, 122, 260, 435, 471. - - VILLELUME-SOMBREUIL (comte de), 19. - - VILLEMAIN (Abel), 41, 46, 47, 48, 49, 50, 54, 153, 171, 172, 174, 235, - 260, 323, 391, 396, 397, 403, 441, 450, 471, 482. - - VILLEMESSANT (Hippolyte CARTIER, dit DE), 136, 250, 315, 316, 317, - 318. - - VILLEMOT (Auguste), 250. - - VIRGILE, 21, 27, 463, 483, 488, 489. - - VITET (Ludovic), 49, 122, 154, 171, 174, 175, 407, 414, 415, 420, 423, - 471, 482. - - VOGÜÉ (comte de), 223. - - VOGÜÉ (vicomte Eugène-Melchior de), 223, 365, 484. - - VOILLET, dit VOILLET DE SAINT-PHILBERT, 132. - - VOISINS (de), 166. - - VOLNYS (Léontine FAY, dame), 31, 358, 368, 369. - - VOLTAIRE, 41, 51, 55, 66, 89. - - -W - - WALLACE (sir Richard), 347. - - WALLON (Henri), 399. - - WALSH (vicomte Édouard), 91, 105, 107, 109, 114, 115, 129, 156. - - WALSH (vicomte Joseph), 105. - - WALTER SCOTT, 54, 296. - - WEISS (J.-J.), 355, 475, 482. - - -Z - - ZOLA (Émile), 389, 424, 443, 462, 467, 468, 483, 486, 487, 489, 493. - - - - - TABLE DES MATIÈRES - - - CHAPITRE PREMIER - - La Famille et l’Enfance (1811-1823). - - Les _Ferrar_. Le traducteur du Tasse. Le comte Joseph-Antoine - et _Monsieur des Angles_. L’Émigration. En Ukraine.—Retour - aux Angles. L’_Oncle Joseph_. M. Eugène de Pontmartin et - M^{lle} Émilie de Cambis. La marquise de Guerry et _les Trois - Veuves_.—Naissance d’Armand de Pontmartin. L’hôtel de Calvière et - Mademoiselle de Sombreuil. La Mission de 1819 et le voyage de la - duchesse d’Angoulême. Virgile et M. Ract-Madoux. 1 - - - CHAPITRE II - - Les Années de collège (1823-1829). - - Le voyage d’Avignon à Paris en 1823. Au 37 de la rue - de Vaugirard. Le collège Saint-Louis. Le catéchisme de - Saint-Thomas-d’Aquin et l’abbé de La Bourdonnaye.—MM. Roberge, - Étienne Gros et Vendel-Heyl. _Vox faucibus hæsit._—M. Valette - et M. Michelle. Le Concours général. Sainte-Beuve et les vers - latins.—Le jardin du Luxembourg, le salon du marquis de Cambis - et le salon du docteur Double. _Le comte Ory._ Les camarades de - Saint-Louis. Emmanuel d’Alzon et Henri de Cambis. 23 - - - CHAPITRE III - - L’École de Droit (1829-1832). - - M. Poncelet ou le professeur _mélomane_. A la Sorbonne. Cours - de MM. Guizot. Villemain et Cousin.—Jules Janin et le _Siècle - de Charles X_. Les arts et les lettres en l’an de grâce 1829. - Le romantisme de Pontmartin.—L’atelier de Paul Huet et la - première représentation d’_Hernani_. Félix Lebertre et la - _Silhouette_. Le _Petit Plutarque français_. Le _Correspondant_. - Première rencontre de Pontmartin avec l’Académie. Mort de M. - Eugène de Pontmartin.—Mort de l’oncle Joseph. Le choléra. - La prédiction de Léonard Retouret et _le 19 avril 1832_. - La première représentation de la _Tour de Nesle_. Alfred - Thureau-Dangin.—Retour à Avignon. 46 - - - CHAPITRE IV - - Les Années d’Avignon (1833-1838). - - La rue Violette et le baron de Montfaucon. Un maire d’autrefois. - Le Cercle de l’Escarène et le _Café Boudin_.—L’Affaire du _Carlo - Alberto_, le vicomte de Saint-Priest et la marquise de Calvière. - Les bureaux d’une feuille royaliste en 1833, Henri Abel et Eugène - Roux. Les _Revues littéraires_ de la _Gazette du Midi_. Esprit - Requien et ses dîners du dimanche. Prosper Mérimée.—Le bonhomme - Joudou et le _Messager de Vaucluse_. M^{me} Dorval. Pontmartin - et le théâtre romantique. Les élections de 1837. Brochure sur - Berryer.—L’_Album d’Avignon_. Pages sur Alfred de Musset. Joseph - Michaud à Avignon. «Lisez du Voltaire.» 66 - - - CHAPITRE V - - Les Années d’Avignon (1839-1845). - - _LA MOUCHE, journal des Salons._ Le journaliste Deretz. Un - duel dans l’île de la Barthelasse.—«L’Affaire d’Avignon». - MM. de Salvador, d’Averton et de Renoard. La garde nationale - d’Henri V. Gustave de Laboulie et M. Dugabé. Le président - Monnier des Taillades et le procureur du roi Rigaud. Le coût - d’un article et les _Mie Prigioni_ du gérant de la _Gazette - du Midi_.—Les _Causeries provinciales_ de la _Quotidienne_. - Berryer et l’Académie. Première rencontre de Pontmartin avec - Cuvillier-Fleury.—L’Inondation du Rhône à Avignon et aux Angles - en novembre 1840. La maison de la rue Banasterie et les _Mémoires - d’un notaire_. Pontmartin conseiller général. Le vicomte Édouard - Walsh et la _Mode_. Mariage d’Armand de Pontmartin. Le départ - pour Paris. 91 - - - CHAPITRE VI - - Les premières Années de Paris (1845-1848). - - Rue Neuve-Saint-Augustin. Les bureaux de _la Mode_. Jules Sandeau - et le pavillon de la rue de Lille. _Contes et Rêveries d’un - Planteur de choux_. M^{me} Cardinal et le cabinet de lecture de - la rue des Canettes.—_La Mode_ en 1845. Les déjeuners chez Véry. - Joseph Méry et ses 365 sujets de roman. Rue de Luxembourg. Mort - de M^{me} Eugène de Pontmartin.—M. François Buloz, _Octave_ et la - succession de Gustave Planche. Le jardin de la rue Saint-Benoît, - Sainte-Beuve et son article des _Nouveaux Lundis_. 108 - - - CHAPITRE VII - - La République de Février.—L’Opinion publique (1848-1852). - - Rue d’Isly. Sainte-Beuve et le 1^{er} janvier 1848. Le 24 - février.—Fondation de l’_Opinion publique_.—Comment se faisait - un journal en l’an de grâce 1848.—Rédacteur en chef sans - appointements.—Les _Jeunes_ à l’_Opinion publique_.—Ponson du - Terrail et Henri de Pène.—Cham et Armand de Pontmartin.—Les - _Lettres d’un sédentaire_ et les _Mémoires d’Outre-Tombe_.—La - _Sixième du second de la première_.—Le 16 avril et le 15 mai. - Les journées de Juin. La barricade de la rue Lafayette, le - lieutenant Paul Rattier et le caporal Émile Charre.—Le ministère - de M. de Falloux et la Bibliothèque de Jules Sandeau.—Les - _Mémoires d’un notaire_.—L’Odyssée électorale de M. Buloz et les - marronniers des Angles.—La revision de la Constitution et le - conseil général du Gard. La Taverne de Richard-Lucas. Le coup - d’État du 2 décembre. Suppression de l’_Opinion publique_. 126 - - - CHAPITRE VIII - - La Revue contemporaine et l’Assemblée nationale.—Contes et - Nouvelles.—Causeries littéraires.—La Fin du procès (1852-1855). - - Le marquis de Belleval ou un émule de M. de Coislin. La - _Revue contemporaine_. Un mot d’Henry Mürger. Alphonse de - Calonne.—L’_Assemblée nationale_. M. Adrien de La Valette - et M. Mallac. Le fils de Paul et de Virginie.—Les _Contes - et Nouvelles_. _La Marquise d’Aurebonne_ et le _Secret du - docteur_.—L’histoire d’_Aurélie_. _Georgette_ ou une sœur - d’Aurélie. Les _Nouveaux Lundis_. Où l’on voit Sainte-Beuve - _monter sur ses grands chevaux_. Où l’on voit encore comment les - petits pâtissent toujours des querelles des grands. Feu Edmond - Dupré. Ma première rencontre avec Armand de Pontmartin.—Le - premier volume des _Causeries littéraires_. Louis Veuillot et - Cuvillier-Fleury.—Le _Fond de la Coupe_, l’_Envers de la Comédie_ - et la _Fin du Procès_. 167 - - - CHAPITRE IX - - Le Correspondant, l’Union et le Journal de Bruxelles.—Les deux - Érostrates.—La Mairie des Angles (1855-1862). - - Le second volume des _Causeries littéraires_. L’article - sur Béranger. Lettre de Louis Veuillot à Pontmartin. Le 40 - et le 44 de la rue du Bac. Le salon de Montalembert et les - soirées de Veuillot.—L’entrée au _Correspondant_. Pontmartin - et le théâtre.—_Les deux Érostrates._ Le _Spectateur_ et la - suppression de l’_Assemblée nationale_. L’entrée à l’_Union_.—La - Mûre et le château de Gourdan. La mairie des Angles. Un préfet - homme d’esprit. Lettre de Louis Veuillot.—Les _Variétés_ du - _Journal de Bruxelles_.—_Biographie du Père Félix._—Rentrée à la - _Revue des Deux Mondes_. Pontmartin en 1862. 204 - - - CHAPITRE X - - Les Jeudis de Madame Charbonneau (1862). - - Jacques Lecoffre, Alfred Nettement et la _Semaine des - Familles_.—Le maire de Gigondas.—_Journal d’un Parisien en - retraite._—Modifications et retranchements.—L’Odyssée électorale - de _Strabiros_.—La mort de _Raoul de Maguelonne_.—Jules Sandeau - et H. de Balzac.—MM. Taxile Delord et Ernest Legouvé.—La lettre - au _Figaro_.—Léopold de Gaillard et Léo de Laborde.—Le _Diogène_ - et M. Jules Claretie.—Les _Jeudis de Madame Martineau_.—Philinte - et Alceste.—_Caritidès_ et ses _Cahiers_.—Où Sainte-Beuve - adresse une invocation à _Jupiter hospitalier_.—La visite chez - _Marphise_.—M. Ferdinand Brunetière.—Lettre de Jules Janin.—Les - _Vrais jeudis de Madame Charbonneau_. 237 - - - CHAPITRE XI - - La Gazette de France.—Entre chien et loup.—Les nouveaux - Samedis.—Les Corbeaux du Gévaudan (1862-1867). - - L’Avenue Trudaine.—Frédéric Béchard et Amable Escande.—L’entrée - à la _Gazette de France_.—M. Silvestre de Sacy.—_Entre chien - et loup._—La _Revue des Deux Mondes_ et la signature _F. de - Lagenevais_.—M. Challemel-Lacour et M^{gr} Dupanloup.—A Pradine, - chez Joseph Autran.—Alexandre Dumas fils et les _Idées de M^{me} - Aubray_.—Mort de Joseph d’Ortigue.—Aurélien Scholl, le _Nain - jaune_ et le _Camarade_.—Les menus de M. Bec.—Les _Courriers de - Paris_, de l’_Univers illustré_.—Pontmartin est cité par le P. - Félix en chaire de Notre-Dame.—Les _Nouveaux Samedis_, Arthur - de Boissieu et les _Lettres d’un Passant_.—Les _Corbeaux du - Gévaudan_.—Joseph Joubert.—Une lettre en vers. 267 - - - CHAPITRE XII - - La Revanche de Séraphine.—Les Traqueurs de dot (1868-1870). - - Élection d’Autran à l’Académie. Chasses dans la Crau et la - Camargue.—M^{lle} Rachel et Ponsard, _Pernette_ et Victor de - Laprade.—M. Victorien Sardou et la _Dévote_. La _Revanche de - Séraphine_.—Mort de Lamartine et de Sainte-Beuve.—Les _Traqueurs - de dot_ et le _Figaro_.—L’Empire libéral. Prévost-Paradol. - La guerre et la _Marseillaise_, Paul Chevandier de Valdrôme. - Histoire d’une décoration. 301 - - - CHAPITRE XIII - - Les Lettres d’un intercepté.—Le Radeau de la Méduse.—Le Filleul - de Beaumarchais. La Mandarine (1870-1873). - - La _Gazette de Nîmes_ et les _Lettres d’un intercepté_. M. - Gambetta. La _Journée d’un Proconsul_.—Cent jours à Cannes. La - _Décentralisation_ et le _Radeau de la Méduse_.—Mort de M^{me} - de Pontmartin. Le _Filleul de Beaumarchais_. Un mot de Louis - David.—Le comte d’Haussonville et Saint-Genest. Un Bûcheron - qui ne débite pas de fagots. La souscription nationale pour la - libération du territoire. Projet de Pontmartin. Le comte de - Falloux.—Hôtel Byron, rue Laffitte. La Taverne de Londres. M. - Thiers. L’_Homme Femme_ de Dumas fils. Au château de Barbentane. - Le toast de Mistral. _Entre voisins._ L’inondation du Rhône - en 1872.—Au Pavillon de Rohan. Une campagne au _Gaulois_. La - _Mandarine_. Le 24 mai 1873, Si le Roi n’avait rien dit! 327 - - - CHAPITRE XIV - - Les Élections de 1876.—L’Exposition de 1878. Souvenirs d’un vieux - mélomane (1874-1878). - - L’_Union de Vaucluse_. La Politique en sabots. Mort de Jules - Janin. _Beati non possidentes!_—Les Élections de 1876. Rue et - hôtel de Rivoli. Le marquis de Besplas et le château de la - Garenne-Randon. Léontine Fay et le _THÉATRE DE MADAME_.—Mort de - Joseph Autran. Le Seize-Mai. Les articles sur M. Thiers.—Séjour à - Hyères. M^{gr} Dupanloup. La villa de Costebelle. La Messe à bord - du vaisseau-école le _Souverain_. Lettre de l’Évêque d’Orléans. - L’Exposition universelle et la rue de Passy.—_Promenade au Salon - de 1878_. Le _Barabbas_ de Charles Muller et l’_Apothéose_ de - M. Thiers. M^{lle} Sarah Bernhardt et le buste de M. Émile de - Girardin. Les _Souvenirs d’un vieux mélomane_. Article d’Henri - Lavedan. Pontmartin quitte Paris pour n’y plus revenir. 359 - - - CHAPITRE XV - - Pontmartin et l’Académie (1868-1878). - - La _fièvre verte_. Le fauteuil de M. Empis. Lettre au _Figaro_. - Le fauteuil de Sainte-Beuve. Une page des _Jeudis_.—Lettres - de M. de Falloux, de Cuvillier-Fleury et de Joseph Autran. - Le _Non possumus_ de Pontmartin.—Le fauteuil de Saint-Marc - Girardin. _Fantaisies et Variations_ anti-académiques de M. - Bourgarel.—Nouvelle lettre de M. de Falloux. Où l’on voit que - Pontmartin était moins fort en calcul que feu Barrême.—Le - fauteuil de Jules Janin. La peau de chagrin... académique. - Le fauteuil d’Autran. M. Émile Zola se met en marche vers le - Palais-Mazarin. M^{gr} Dupanloup s’efforce de décider Pontmartin - à poser sa candidature. Pourquoi il ne s’est jamais présenté. 389 - - - CHAPITRE XVI - - Les Angles.—Mes Mémoires.—Souvenirs d’un vieux critique.—Le - millième article.—Les Noces d’or (1879-1887). - - Description des Angles. Le cabinet de travail, les promenades, - les visiteurs. Soirées d’hiver. Évocation du passé.—_Delenda est - res... punica_. Pontmartin et la République conservatrice.—_Mes - Mémoires._ Le chapitre sur Berryer. Les _Souvenirs d’un vieux - critique_.—Le Millième article. L’Encrier de la _Gazette de - France_. Les deux Bustes. Les souscripteurs. Lettres de M^{gr} - de Dreux-Brézé, de Belcastel, Edmond Rousse, Désiré Nisard, - Emile Ollivier. Lettre de Pontmartin au directeur de la _Gazette - de France_.—Le critique et le romancier. La Correspondance de - Pontmartin. 432 - - - CHAPITRE XVII - - Les Dernières années.—Épisodes littéraires. La mort d’Armand de - Pontmartin (1888-1890). - - La dixième série des _Souvenirs d’un vieux critique_ et les - _Péchés de vieillesse_. Une Revue qui paie royalement. M. - Frédéric Masson et _les Lettres et les Arts_.—Vingt-quatre - articles d’avance, _Episodes littéraires_.—Le dernier article, - M. Émile Zola et _la Bête humaine_. Un souvenir de Virgile.—La - dernière maladie. Visite de Léopold de Gaillard. Une mort - chrétienne. Les obsèques d’Armand de Pontmartin. 483 - - - - - IMPRIMÉ - - PAR - - PHILIPPE RENOUARD - - 19, rue des Saints-Pères - - PARIS - - - - - FOOTNOTES: - -[1] _Mélanges de philosophie, d’histoire et de littérature_, par M. -Ch.-M. de Féletz, de l’Académie française, t. II, p. 124. - -[2] Aujourd’hui commune de Pujaut, canton de Villeneuve-lès-Avignon -(Gard). - -[3] Au mot _Ferrar_. - -[4] Commune des Angles, canton de Villeneuve-lès-Avignon. - -[5] François-Joseph DOUBLE (1776-1842). Membre de l’Académie de -médecine et de l’Académie des sciences, il refusa la pairie, en 1839, -parce que le Roi y mettait comme condition qu’il renoncerait à exercer -la médecine. - -[6] Représentée sur le Théâtre-Français le 5 décembre 1823. Le rôle de -Danville fut créé par Talma et celui d’Hortense par M^{lle} Mars. - -[7] Voy., sur le chevalier de Grave et sur son _Adresse aux citoyens_ -en faveur de Louis XVI, le _Journal d’un bourgeois de Paris pendant la -Terreur_, par Edmond Biré, t. I, p. 337. M. de Grave publia en 1816 un -_Essai sur l’art de lire_. - -[8] Voir les _Contes d’un planteur de choux_. - -[9] M^{me} de Guerry, après la mort de son mari, entra dans la -congrégation dite de Picpus, consacrée à l’Adoration perpétuelle du -Saint-Sacrement sous l’invocation des Saints Cœurs de Jésus et de -Marie. Elle y était depuis plus de trente ans, lorsqu’en 1853, à la -suite de changements qu’elle considérait comme l’introduction d’une -règle nouvelle, elle abandonna la communauté avec soixante de ses -compagnes et résolut de porter dans une nouvelle maison l’intégrité -des statuts édictés par les fondateurs de la Congrégation. Le pape -Pie IX autorisa les religieuses séparées à vivre suivant l’ancienne -règle, mais leur défendit de recevoir des novices ou d’admettre à la -profession les novices qui les avaient suivies. C’est alors que M^{me} -de Guerry, reprenant son nom, son titre et l’habit du monde, redemanda -la fortune qu’elle avait apportée à la communauté de Picpus. Cette -fortune était estimée par elle à une somme d’environ 1.200,000 fr. M. -Émile Ollivier soutint devant les tribunaux la réclamation de M^{me} -de Guerry, qui fut combattue par M. Berryer au nom de la communauté. -Le tribunal de première instance de la Seine donna gain de cause à la -communauté; mais M^{me} de Guerry triompha devant la Cour impériale de -Paris (15 février 1858). Avant de mourir, elle s’est réconciliée avec -son ordre et lui a rendu la fortune qu’elle avait revendiquée contre -lui.—Sur le procès, demeuré célèbre, de la marquise de Guerry contre -la Congrégation de Picpus, voir les _Œuvres de Berryer_, _Plaidoyers_, -t. III, p. 153-310, et _l’Empire libéral_, par Émile Ollivier, t. IV, -p. 35-46.] - -[10] _Ville d’Avignon._ _Extrait du Registre des Actes de l’état -civil._—«L’an mil huit cent onze et le dix-sept juillet, à neuf -heures du matin, par-devant nous Charles-Pierre-Paul Blanchetti, -adjoint du maire et d’icelui chargé par délégation des fonctions -de l’état civil de cette ville, est comparu en notre bureau -Monsieur Castor-Louis-Eugène Ferrar de Pontmartin, propriétaire -foncier, domicilié aux Angles (Gard) et demeurant en cette ville -d’Avignon, rue Sainte-Praxède, lequel nous a déclaré que Madame -Marie-Émilie-Aimée-Augustine-Henriette-Charlotte de Cambis, son épouse, -est accouchée le jour d’hier, à une heure et demie d’après-midi, -dans sa maison d’habitation, d’un enfant mâle qu’il nous a présenté -et auquel il a donné les prénoms d’Armand-Augustin-Joseph-Marie; -en présence de M. Joseph-François-Marie Ferrar de Pontmartin, -oncle paternel de l’enfant, âgé de vingt-neuf ans, et de M. -Augustin-Marie-Jacques-François-Luc de Cambis, âgé de trente ans, oncle -maternel de l’enfant, demeurant en cette ville, propriétaires fonciers; -et ont signé avec nous après lecture faite, les jour et an susdits.—_E. -de Pontmartin._—_J. Pontmartin._—_Aug. Cambis._—Blanchetti fils, -adjoint.» - -A noter, dans cet acte, l’absence de tout titre, même pour le marquis -de Cambis; cela tient à ce que, sous l’Empire, les titres remontant -à l’ancien régime n’avaient pas de valeur légale. Si je fais cette -remarque, c’est uniquement pour aller au-devant de tout reproche -possible d’usurpation à l’adresse d’Armand de Pontmartin, si éloigné de -tout travers de ce genre et qui d’ailleurs, tout en se laissant donner -le titre de son grand-père, ne le prit lui-même que très rarement.—Un -mot sur ses quatre prénoms: _Joseph_ est celui du parrain, le cher -oncle paternel; _Augustin_, celui de la marraine, Augustine de Grave, -dame de Cambis, aïeule maternelle; celui de _Marie_ vient d’un usage -pieux, particulièrement en honneur à Avignon; celui d’_Armand_ vient du -culte que M. Eugène de Pontmartin et son frère, depuis l’émigration, -avaient voué à la famille de Polignac, et surtout au duc Armand, frère -aîné du prince Jules, le futur ministre de Charles X. - -[11] Dans ses _Mémoires_ (t. I, p. 24), Pontmartin appelle _hôtel de -Bernis_ la maison habitée par ses parents jusqu’à leur départ pour -Paris, et que je viens de dénommer _hôtel de Calvière_. Les deux -désignations sont exactes, car l’hôtel appartenait indivisément au -marquis de Calvière et à sa sœur la comtesse René de Bernis. Chacune -de ces deux familles s’était réservé un appartement dans cette immense -demeure, et c’est ainsi que Pontmartin fut l’ami d’enfance du fils de -M. de Calvière et des deux fils de sa sœur. - -[12] Par ordonnance royale parue au _Moniteur_ du 13 février 1820, M. -Decazes, président du conseil des ministres, avait été remplacé par le -duc de Richelieu. - -[13] M^{lle} de Sombreuil fut-elle forcée par les égorgeurs de l’Abbaye -de boire un verre de sang pour racheter la vie de son père? La plupart -des historiens n’ont voulu voir là qu’une légende, Pontmartin lui-même -n’admettait qu’à demi cette tradition consacrée par Victor Hugo dans -une de ses plus belles Odes: «Ce que je crois vrai, dit-il dans ses -_Mémoires_, t. I, p. 24, c’est que le verre de sang lui fut présenté -par les massacreurs de Septembre, qu’elle le prit, qu’elle allait -le boire, et que, saisis d’un mouvement de pitié ou d’horreur, ces -monstres le répandirent à ses pieds.» Ce mouvement de pitié, les -massacreurs ne l’ont pas eu. C’est le poète des _Odes et Ballades_ qui -est dans le vrai. Comment, en effet, conserver un doute sur la vérité -de la tradition, en présence de l’attestation suivante, adressée à M. -Adolphe Granier de Cassagnac par le fils de M^{lle} de Sombreuil: - -«Ma mère, Monsieur, n’aimait point à parler de ces tristes et affreux -temps. Jamais je ne l’ai interrogée; mais parfois, dans des causeries -intimes, il lui arrivait de parler de cette époque de douloureuse -mémoire. Alors, je lui ai plusieurs fois entendu dire que, lors de ces -massacres, M. de Saint-Mart sortit du tribunal devant son père et fut -tué d’un coup qui lui fendit le crâne; qu’alors elle couvrit son père -de son corps, lutta longtemps et reçut trois blessures. - -«Ses cheveux, qu’elle avait très longs, furent défaits dans la lutte; -elle en entoura le bras de son père, et, tirée dans tous les sens, -blessée, elle finit par attendrir ces hommes. L’un d’eux, prenant un -verre, y versa du sang sorti de la tête de M. de Saint-Mart, y mêla du -vin et de la poudre, et dit que si elle buvait _CELA_ à la santé de la -nation, elle conserverait son père. - -«Elle le fit sans hésiter, et fut alors portée en triomphe par ces -mêmes hommes. - -«Depuis ce temps, ma mère n’a jamais pu porter les cheveux longs sans -éprouver de vives douleurs. Elle se faisait raser la tête. Elle n’a -jamais non plus pu approcher du vin rouge de ses lèvres, et, pendant -longtemps, la vue seule du vin lui faisait un mal affreux. - -«_Signé_: comte DE VILLELUME-SOMBREUIL.» - -(_Histoire des Girondins et des massacres de Septembre_, par A. GRANIER -DE CASSAGNAC, t. II, p. 225.) - -[14] _Jean-François Périer, évêque d’Avignon_, par l’abbé ALBERT -DURAND, directeur au petit séminaire de Beaucaire. - -[15] _Mes Mémoires_, par ARMAND DE PONTMARTIN, 1^{re} série, p. 31-33. - -[16] T. I, p. 6-14. - -[17] Aujourd’hui rue Bonaparte. - -[18] En 1825, Armand de Melun était élève du collège de Sainte-Barbe, -dirigé par M. Henri Nicolle, frère de l’abbé Nicolle, recteur -de l’Académie de Paris. Intime ami du duc de Richelieu et aussi -désintéressé que lui, l’abbé Nicolle n’avait accepté le rectorat qu’à -la condition de n’en pas toucher les émoluments. - -[19] _Le vicomte Armand de Melun_, d’après ses Mémoires et sa -correspondance, par M. l’abbé BAUNARD, p. 14. - -[20] Après avoir administré cinq ans le collège Saint-Louis, l’abbé -Thibault le quitta pour devenir inspecteur de l’Université, en 1825. -Il eut pour successeur un prêtre alsacien, l’abbé Ganser. En 1830, un -proviseur laïque, M. Liez, fut placé à la tête du collège. - -[21] L’abbé Léon Sibour, parent éloigné de M^{gr} Sibour, archevêque -de Paris, avec lequel il était du reste étroitement lié, fut lui-même -évêque _in partibus_ de Tripoli. M. Dumarsais devint curé de -Saint-François-Xavier et chanoine de Paris. - -[22] Ces religieuses furent remplacées plus tard dans le couvent de la -rue de Vaugirard par les Dominicains, qui eux-mêmes ont cédé la place à -l’Institut catholique. - -[23] _Ma Carmélite_, dans les _Souvenirs d’un vieux critique_, t. IV, -p. 62. - -[24] En 1825, un terrible incendie avait dévoré la plus grande partie -de la ville de Salins (Jura); elle a été rebâtie sur un plan plus -régulier. - -[25] Le 19 octobre 1826. - -[26] Ce dernier nom cachait un banquier, M. Beudin, et un chef -d’institution, M. Goubaux, qui avaient formé des dernières syllabes de -leurs deux noms le pseudonyme de _Dinaux_. La première représentation -de _Trente ans ou la Vie d’un joueur_ avait eu lieu le 19 juin 1827. - -[27] Chap. 1, p. 1-54. - -[28] Voir plus bas le chapitre sur _Armand de Pontmartin et l’Académie -française_. - -[29] Charles Alexandre (1797-1870), élève de l’École normale, -professeur de rhétorique, proviseur, inspecteur général des études, -membre de l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, auteur d’un -_Dictionnaire grec-français_, qui est longtemps resté classique. - -[30] _Mélanges de philosophie, d’histoire et de littérature_, par -CH.-M. DE FÉLETZ, de l’Académie française, 6 vol. in-8, 1826-1828. - -[31] _Revue des Deux Mondes_, chronique de la quinzaine, 1^{er} janvier -1854. - -[32] _Nouveaux Lundis_, t. II, p. 13. - -[33] _Annales des concours généraux_, par MM. BELIN et ROCHE. Classe de -troisième, p. 97, L. Hachette, rue Pierre-Sarrazin, 12, Paris, 1826. - -[34] Ancien président, sous l’Empire, de la section de législation au -Conseil d’État. Son fils aîné fut vice-président de la République en -1848. - -[35] Le marquis Auguste de Cambis-d’Orsan (1781-1860), député de -Vaucluse le 15 novembre 1830, réélu le 5 juillet 1831, puis le 21 juin -1834; pair de France le 3 octobre 1837. - -[36] Jean-Antoine Renouvier (1777-1863), député de Montpellier de 1827 -à 1834; père de M. Jules Renouvier, l’archéologue, et de M. Charles -Renouvier, le philosophe. - -[37] Plus tard professeur d’histoire au collège Louis-le-Grand, et -auteur d’une excellente _Histoire du règne de Louis XIV_, couronnée par -l’Académie française. (Grand prix Gobert.) - -[38] Emmanuel Daudé d’Alzon, né en 1811, comme Pontmartin, mort le 21 -novembre 1880. Voir sur lui _Souvenirs d’un vieux critique_, t. I, p. -325-340. - -[39] Henri-François-Marie-Auguste, comte de Cambis-d’Orsan, fils du -marquis, né le 8 juin 1810; élu député d’Avignon le 13 août 1842, réélu -le 1^{er} août 1846. Il mourut le 24 août 1847. - -[40] François-Frédéric Poncelet (1790-1843). Il avait publié en 1827 un -ouvrage qui se rattachait à ses préoccupations musicales et qui a pour -titre: _Privilèges de l’Opéra_. On lui doit aussi un _Cours d’histoire -du droit romain_ et un _Précis de l’histoire du droit civil français_. - -[41] _Souvenirs d’un vieux critique_, t. III, p. 70, 1883. - -[42] Causerie du 22 août 1887, _Souvenirs d’un vieux critique_, t. X, -p. 104 et 106. - -[43] Lamartine, _Des Destinées de la poésie_. - -[44] Jules Janin, _Histoire de la littérature française_, 1829. - -[45] _Guillaume Tell_ a été représenté pour la première fois le 3 août -1829; le _More de Venise_, le 24 octobre 1829; _Fra Diavolo_, le 28 -janvier 1830; _Hernani_, le 25 février 1830. Les _Orientales_ et le -_Dernier jour d’un condamné_, de Victor Hugo, sont des premiers mois de -1829, ainsi que l’édition complète et définitive des _Poèmes_ d’Alfred -de Vigny. Les _Orientales_ parurent au mois de janvier 1829, le -_Dernier jour d’un condamné_ au mois de février, les _Poèmes_ de Vigny -au mois de mai. - -[46] Les _Contes d’Espagne et d’Italie_ furent publiés en janvier 1830, -les _Consolations_ en mars, les _Harmonies_ le 14 juin. Les _Poésies_ -de Théophile Gautier furent mises en vente dans les derniers jours de -juillet; nous les trouvons en effet inscrites sous le n^o 4270 de la -_Bibliographie de la France_ du 31 juillet 1830. - -[47] La première édition des _Scènes de la vie privée_ a été publiée au -mois d’avril 1830. _Les Chouans_ avaient paru au mois de mars 1829. - -[48] Paul Huet était né le 3 octobre 1804. Il mourut le 9 janvier -1869. «Paul Huet, dit Théophile Gautier (_Portraits contemporains_), -représente dans le paysage le rôle romantique, et il a eu son influence -au temps de la grande révolution pittoresque de 1830. Sa manière de -concevoir le paysage est très poétique et se rapproche un peu des -décorations d’opéra par la largeur des masses, la profondeur de la -perspective et la magie de la lumière... Nul n’a saisi comme lui la -physionomie générale d’un site, et n’en a fait ressortir avec autant -d’intelligence l’expression heureuse ou mélancolique.» - -[49] T. I, p. 129-149. - -[50] _Le Correspondant_ du 12 mars 1830. - -[51] _Nouveaux Samedis_, t. XIII, p. 352. - -[52] La population de Paris n’était alors que de 645,698 âmes; le -nombre des décès fut donc de plus de 23 par 1000 habitants. Le chiffre -de 18,406 s’appliquant aux seuls décès administrativement constatés, le -chiffre réel a dû être plus élevé. - -[53] Tome I, p. 212-224. - -[54] _L’Époque sans nom_, _Esquisses de Paris_ (1830-1833), par M. A. -BAZIN, t. II, p. 270. - -[55] Père de M. Paul Thureau-Dangin, membre de l’Académie française. - -[56] Voir _Monsieur Thureau-Dangin, vice-président général de la -Société de Saint-Vincent de Paul_. _Notes et Souvenirs, 1811-1893._—Je -lis à la page 8 de cette Notice: «M. Thureau fit son droit et c’est -vers cette époque qu’il eut des relations d’amitié avec quatre jeunes -gens à peu près de son âge qui ont laissé un nom dans les lettres et -dans la politique: Louis Veuillot, Pontmartin, Montalembert et Léon -Cornudet.» - -[57] Louis-Gabriel-Eugène, baron Pertuis de Montfaucon (1790-1842). -Nommé député du premier collège de Vaucluse (Avignon) le 13 juin 1840, -il venait d’être réélu le 9 juillet 1842, lorsqu’il mourut (16 juillet) -avant d’avoir pu reprendre séance. Il fut remplacé par Henri de Cambis. - -[58] _Nouveaux Lundis_, t. II, p. 2. - -[59] SAINT-PRIEST (Emmanuel-Louis GUIGNARD, vicomte de), né à Paris le -6 décembre 1789, mort au château de Lamotte (Hérault), le 27 octobre -1881. Il suivit sa famille à Saint-Pétersbourg lors de l’émigration -et, en 1805, entra dans l’armée russe où il servit jusqu’à la chute -de Napoléon. Colonel en 1814, il fut fait prisonnier; l’ordre de le -fusiller, envoyé par l’Empereur, fut intercepté par les Cosaques. Il -s’échappa, servit avec ardeur la cause du gouvernement royal, tenta -pendant les Cent-Jours de soulever les populations du Midi, s’embarqua -à Marseille à la nouvelle de la capitulation de la Palud, fut pris par -un corsaire de Tunis, et, après quelques semaines de captivité, put -gagner l’Espagne et rentrer à la seconde Restauration. Il fut alors -nommé maréchal de camp, gentilhomme d’honneur du duc d’Angoulême et -inspecteur d’infanterie. En 1823, il prit part à la campagne d’Espagne, -où sa conduite lui valut le grade de lieutenant général. Ambassadeur à -Berlin (1825), puis à Madrid (1827), il négocia le traité par lequel -l’Espagne s’engageait à rembourser à la France, par annuités de 4 -millions, sa dette de 80 millions. Au mois d’août 1830, il donna sa -démission et fut nommé par le roi Ferdinand VII grand d’Espagne et -duc d’Almazan. Devenu l’un des conseillers de la duchesse de Berry, -il fut l’un des principaux organisateurs de la tentative royaliste de -1832. Après son acquittement, il alla rejoindre _MADAME_ en Italie. -Élu en 1849 représentant de l’Hérault à Assemblée législative, il -devint l’un des chefs de la majorité. Sous le second Empire, il fut -l’un des serviteurs les plus zélés et les plus intelligents du comte -de Chambord, qui lui écrivit en 1867, sur la situation politique, une -lettre qui eut un grand retentissement. - -[60] Voir le chapitre I, p. 16. - -[61] M. de Saint-Priest allait, en effet, être traduit en -cour d’assises, ainsi que les autres prévenus de l’affaire du -_Carlo-Alberto_, M. de Kergorlay père et le comte de Mesnard, tous les -deux anciens pairs de France, M. de Kergorlay fils, M. Adolphe Sala, -M. de Bourmont fils, M^{lle} Mathilde Lebeschu, M. Antoine Ferrari, -Génois, subrécargue du _Carlo-Alberto_. Ils comparurent, le 25 février -1833, devant le jury de Montbrison (Loire). Étaient poursuivis, en -même temps qu’eux, les prévenus de «la Conspiration de Marseille», MM. -de Bermond, de Candolle, de Lachaud, Layet de Podio, François Esig et -Ganail. Les débats se terminèrent, le 15 mars, par l’acquittement de -tous les accusés. - -[62] LE CADUCÉE. _Souvenirs marseillais, provençaux et autres_ (par M. -Cauvière), t. IV, p. 206,—1880. - -[63] Henri Abel, né à Aix le 15 juillet 1796, mort à Marseille le 19 -novembre 1861. Au milieu de ses travaux de polémiste, il a trouvé le -temps de composer une _Histoire de France_ en cinq volumes. - -[64] Attaché à la _Gazette du Midi_ dès 1832, Eugène Roux remplaça -Henri Abel comme rédacteur en chef et conserva la direction du journal -jusqu’à sa mort, en mars 1877. - -[65] LABOULIE (Joseph-Balthazar-Gustave de) (1800-1867), avocat au -barreau d’Aix, député de Marseille de 1834 à 1837, représentant -des Bouches-du-Rhône à l’Assemblée constituante et à l’Assemblée -législative. Doué d’un rare talent de parole, il obtint de grands -succès de tribune, et fut, avec M. de Larcy, le meilleur lieutenant de -Berryer. - -[66] Maire de Marseille avant 1830; homme bienfaisant et tout dévoué à -sa ville; éloge qui, du reste, pour les maires de la Restauration, est -presque une banalité. - -[67] Esprit REQUIEN, né à Avignon en 1788, mort à Bonifacio dans un -voyage d’herborisation le 30 mai 1851. Il a fondé et donné à la ville -d’Avignon un Musée d’histoire naturelle qui porte son nom. Sans se -mêler aux luttes politiques et tout en ayant des amis dans tous les -partis, il a constamment gardé l’attitude et le nom de ce que l’on -appelait un vieux _blanc_.—Voir, sur M. Requien, les _Mémoires_ de -Pontmartin, t. II, p. 55 et suivantes et les _Nouveaux Samedis_, t. X, -p. 210 et 371. - -[68] _Revue des Deux Mondes_ du 15 août 1834. - -[69] Jean-Baptiste-Pierre LAFITTE (1796-1879), auteur dramatique et -romancier. De ses nombreuses pièces de théâtre, deux surtout eurent du -succès, _Jeanne Vaubernier_ (1832) et _le Pour et le Contre_ (1852). -Il composa plusieurs romans historiques, dont deux, _le Docteur rouge_ -(1844) et _le Gantier d’Orléans_ (1845), furent justement remarqués. -Mais ce qui le sauvera de l’oubli, ce sont les _Mémoires_ du comédien -_Fleury_ (6 volumes in-8^o, 1835-1837), ouvrage spirituel et agréable, -dont il fut le rédacteur. - -[70] 11, 15, 22, 29 décembre 1836; 9 et 19 mars 1837. - -[71] Voy. Jules Janin, _Histoire de la littérature dramatique_, t. VI, -p. 191. - -[72] _Mes Mémoires_, t. II, p. 127. - -[73] _Messager de Vaucluse_, du 22 décembre 1836. - -[74] Le 10 février 1829. - -[75] _Messager de Vaucluse_, du 9 mars 1837. - -[76] _Messager de Vaucluse_, 29 juin et 9 juillet 1837. - -[77] _Messager de Vaucluse_, 30 juillet et 6 août 1837. - -[78] Joseph Eugène PONCET (1791-1866). Incorporé en 1813 dans le 4^e -régiment des gardes d’honneur, il se distingua à Leipzig, reçut la -croix de la Légion d’honneur et fit la campagne de France en 1814. -Sous la Restauration, il se livra au commerce et conquit une situation -importante. Après la révolution de Juillet, il devint colonel de la -garde nationale, adjoint au maire, président du tribunal de commerce, -conseiller général de Vaucluse. Il fut député de 1837 à 1840 et deux -fois maire d’Avignon (1843 à 1847 et février à décembre 1852). - -[79] M. Charles de Lacombe, dans sa _Vie de Berryer_, pourtant si -complète, n’a rien dit de cette candidature avignonnaise de l’illustre -orateur. - -[80] Claude-Marie-Charles DEPLACE, entré dans la Compagnie de Jésus le -7 septembre 1824. Il professa la rhétorique dans plusieurs collèges, -notamment à Saint-Acheul en 1828, avant les Ordonnances; puis, en -1833, au Passage, en Espagne. Il quitta l’Ordre vers 1838 et se voua -entièrement à la prédication, où il obtint de très grands succès. -L’abbé Deplace est mort à Vichy le 19 juillet 1871. - -[81] Janvier et novembre 1838. - -[82] Février 1838. - -[83] Mars 1838.—Les _deux voyageurs_ étaient George Sand et Alfred de -Musset. Dans sa pièce, écrite au moment de leur départ pour Venise -(décembre 1834), Pontmartin exprimait l’espoir, peut-être un peu naïf, -de les voir revenir bientôt «aux croyances religieuses, aux régions -certaines et à Celui qui ne trompe pas». - -[84] Première esquisse de l’une de ses meilleures nouvelles, _les Trois -Veuves_.—Voir le volume des _Contes d’un planteur de choux_. - -[85] _Les Écrivains modernes de la France_, par J. Chaudes-Aigues. - -[86] Mars 1838.—L’_Album d’Avignon_, t. I, p. 169 et suivantes. - -[87] Joseph MICHAUD (1767-1839), fondateur de la _Quotidienne_, auteur -du _Printemps d’un proscrit_ et de l’_Histoire des Croisades_, membre -de l’Académie française. - -[88] François POUJOULAT (1800-1880), rédacteur de la _Quotidienne_ -et de l’_Union_, représentant du peuple de 1848 à 1851, auteur de la -_Correspondance d’Orient_ (en collaboration avec Michaud) et d’un -grand nombre d’ouvrages historiques justement estimés: _Histoire de -Jérusalem_; _Histoire de saint Augustin_; _le Cardinal Maury_; _le -Père de Ravignan_; _Vie de M^{gr} Sibour_; _Vie du Frère Philippe_; -_Histoire de la Révolution française_; _Histoire de France depuis 1814 -jusqu’à 1865_, etc., etc. - -[89] _Nouveaux Samedis_, t. XX. p. 152. - -[90] Lettre du 20 octobre 1886. - -[91] Au tome II de ses _Mémoires_, p. 141-153, Pontmartin parle assez -longuement de ce duel; seulement il le place, non en 1839, qui est -la vraie date, mais en 1834. Il appelle Deretz FABRICE DERVIEUX et -transforme _la Mouche_ en _Ruche vauclusienne_. Il indique, comme l’un -de ses témoins, M. GUY D’AVERTON; c’est le frère de Guy, Frédéric, -ancien officier de la garde royale, qui servit de second à Pontmartin -dans ce duel, moins épique assurément que le duel de Roland et -d’Olivier en cette même île de la Barthelasse: - -Ils sont là tous les deux dans une île du Rhône...... - - -[92] _Gazette des Tribunaux_ du 21 juin 1839. - -[93] Pontmartin, au tome II de ses _Mémoires_, p. 278, dit que les -prévenus «eurent pour avocats MM. de Laboulie et Dugabé». M. Dugabé -ne plaida point à Avignon; mais l’affaire étant venue en appel, selon -la législation alors en vigueur, devant le tribunal correctionnel de -Carpentras (8, 9 et 10 août 1839), M^e Dugabé prit place cette fois sur -le banc des défenseurs, à côté de M^e de Laboulie. Il était le premier -avocat du barreau de Toulouse, comme Laboulie était le premier avocat -du barreau d’Aix. Les électeurs de l’Ariège (Foix) l’envoyèrent à la -Chambre des députés, où il siégea du 21 juin 1834 au 24 février 1848. - -[94] _Gazette des Tribunaux_ du 4 juillet 1839. - -[95] _Mes Mémoires_, t. II, p. 280. - -[96] Chaque livraison de l’_Album_ se terminait par un article qui, -sous le titre de _Mosaïque_, n’était autre chose qu’une causerie -littéraire et politique. - -[97] Michaud était mort à Passy le 30 septembre 1839. - -[98] Le _Livre des Orateurs_, par TIMON (M. de Cormenin), t. II, p. 231. - -[99] _Notes sur M. Royer-Collard_, par son neveu M. Genty de Bussy, -député du Morbihan. - -[100] _Œuvres complètes de Henri Fonfrède_, t. X, p. 213. - -[101] _Lettres de X. Doudan_, t. II, p. 346. - -[102] _Journal des Débats_, 16 novembre 1839. - -[103] Le cas devait en effet se réaliser. Berryer fut élu le 12 février -1852; il siégeait encore sous la coupole quand M. Cuvillier-Fleury fut -nommé le 12 avril 1866. - -[104] _Provence_, par Adolphe Dumas (12 juillet 1840); _Peintures -d’Eugène Devéria à Avignon_ (24 juillet 1840); _Mathilde_, par Eugène -Sue; _Colomba_, par Prosper Mérimée (15 août 1841); _Milianah_, par -Joseph Autran (1^{er} juin 1842), etc., etc. - -[105] _Le Puff en province_ (29 octobre 1840); _l’Angleterre en France_ -(10 janvier 1841); _Euterpe en voyage_ (19 août 1843), etc., etc. - -[106] 4 octobre 1842. - -[107] 6 et 7 janvier, 10 et 11 février 1843. - -[108] Jean-Toussaint MERLE (1785-1852), auteur dramatique et -journaliste. Directeur du théâtre de la Porte-Saint-Martin de 1822 à -1826, il fut le mari de M^{me} Dorval. - -[109] Le 25 novembre 1755, le Rhône grossit de dix-huit pieds dans une -nuit. - -[110] Le vicomte Édouard WALSH était directeur de la _Mode_ depuis -le 25 septembre 1835. Il était le fils du vicomte Joseph Walsh, -l’auteur des _Lettres vendéennes_ (1825), du _Fratricide ou Gilles de -Bretagne_ (1827), du _Tableau poétique des Fêtes chrétiennes_ (1836), -des _Journées mémorables de la Révolution française_ (1839-1840), des -_Souvenirs de Cinquante ans_ (1844), etc. - -[111] M^{lle} Cécile de Montravel était née, le 16 novembre 1819, -au château de la Bastide de Sampzon, près Vallon, arrondissement de -Largentière (Ardèche). - -[112] M^{me} de Larochette mourut à 81 ans en 1849. Après sa mort, le -Plantier échut à sa fille cadette; M. et M^{me} de Montravel durent se -transporter dans une autre propriété qu’ils avaient achetée dans les -environs, un peu au nord d’Annonay. Cette nouvelle résidence s’appelait -la Mûre. De 1851 à 1862, Pontmartin y a fait chaque été un séjour de -plusieurs semaines; puis deux séjours en 1864 et deux autres en 1868. - -[113] Voir sur cette chapelle les pages que lui a consacrées Pontmartin -dans son écrit sur _le Père Félix_ (1861), p. 19-21. - -[114] Cet hôtel occupait, rue Neuve-Saint-Augustin, les anciens -appartements du maréchal de Richelieu. - -[115] _Correspondance de Lamartine_, t. III. - -[116] Jules Sandeau était né le 19 février 1811. Il mourut le 24 avril -1883. - -[117] Le fils de Jules Sandeau, devenu un brillant officier de marine, -rentrait au pays après une campagne dans l’Extrême-Orient, lorsqu’il -mourut d’une maladie contractée au service de la France. Son père, en -arrivant à Toulon, n’y retrouva plus qu’un cadavre. - -[118] _Souvenirs d’un vieux critique_, t. IV, p. 39. - -[119] Voici les titres des principales: en 1846, _Clarisse Harlowe_, de -Jules Janin; _Nélida_, de Daniel Stern; _Passé et Présent_, de Charles -de Rémusat; _la Cousine Bette_, de Balzac; _Madeleine_, de Jules -Sandeau. En 1847, _Petite Causerie à propos d’une grande Histoire_ (les -_Girondins_, de Lamartine), etc., etc. - -[120] En 1847, Pontmartin fit le _Salon_ (26 mars et 26 avril). - -[121] 15 juin 1846. - -[122] 26 décembre 1847. - -[123] Octobre, novembre et décembre 1847. - -[124] Aujourd’hui rue Cambon. - -[125] M. Duchâtel. - -[126] Le marquis de Cambis. - -[127] J’ai eu l’honneur de connaître M. Edmond Leclerc dans ses -dernières années. C’était l’esprit le plus fin et le cœur le plus -noble, type accompli de l’honnête homme. Il était le beau-frère du -vicomte Henri Delaborde, secrétaire perpétuel de l’Académie des -Beaux-Arts.—Voir dans la _Correspondance_ de Louis Veuillot, t. I, ses -lettres à _M. Edmond Leclerc_. - -[128] P. 351-354. - -[129] Il parut dans la _Revue des Deux Mondes_ (juin-août 1846). - -[130] _Le Puff._ Elle fut représentée le 22 janvier 1848. - -[131] On s’étonnera peut-être de ne pas trouver ici le nom de George -Sand. Elle avait cessé en 1841 d’écrire à la _Revue_, et elle ne reprit -sa collaboration que dix ans après, en 1851. - -[132] M. Victor de Mars, gérant de la _Revue_. - -[133] _Nouveaux Samedis_, t. XV. p. 279. - -[134] _Souvenirs d’un vieux critique_, t. V, p. 317. - -[135] François-Henri-Joseph BLAZE, dit CASTIL-BLAZE (1784-1857), était -né à Cavaillon (Vaucluse). Sa fille Christine, sœur de Henri Blaze de -Bury, avait épousé M. Buloz. - -[136] _Nouveaux Lundis_, t. II, p. 3. - -[137] On sait qu’on appelait ainsi, sous la Restauration et sous la -monarchie de Juillet, le palais des Tuileries. - -[138] Articles des 2 et 7 avril 1848. - -[139] 25 septembre 1848. - -[140] 25 novembre 1849. - -[141] Pages 111-209. - -[142] M. de Genoude mourut à Hyères, le 19 avril 1849, âgé de -cinquante-sept ans. - -[143] Alfred NETTEMENT (1805-1869), le plus fécond et l’un des plus -remarquables journalistes du XIX^e siècle.—Voir _Alfred Nettement, sa -vie et ses œuvres,_ par EDMOND BIRÉ. Un volume in-8^o, Librairie Victor -Lecoffre, 1901. - -[144] Théodore MURET (1808-1866), auteur de l’_Histoire de l’armée de -Condé_, de l’_Histoire des Guerres de l’Ouest_, de l’_Histoire par le -Théâtre_, etc. - -[145] Née de la fusion de la _France_ et de l’_Écho français_ avec la -_Quotidienne_, l’_Union_ avait commencé de paraître le 7 février 1847. - -[146] Voir l’histoire complète de l’_Opinion publique_, dans mon volume -sur _Alfred Nettement, sa vie et ses œuvres_, chapitres XIV, XV et XVI. - -[147] THÉODORE MURET, _Souvenirs et Causeries d’un journaliste_, t. I, -p. 198. - -[148] Jacques-Honoré LELARGE, baron DE LOURDOUEIX (1787-1860). Il avait -été directeur des Beaux-Arts, Sciences et Lettres sous la Restauration, -qui le fit baron. Après la mort de M. de Genoude (avril 1849), il -quitta l’_Opinion publique_ pour devenir propriétaire et directeur de -la _Gazette de France_. - -[149] Anne-Marie-Joseph-Albert, comte DE CIRCOURT, né en 1809, avait -donné, à la suite de la révolution de 1830, sa démission d’officier de -marine. Le 25 juillet 1872, il fut élu par l’Assemblée nationale membre -du Conseil d’État. Outre sa grande _Histoire des Arabes d’Espagne sous -la domination des Chrétiens_ (trois volumes in-8^o, 1845-1848), il a -publié, en 1852, _Décentralisation et monarchie représentative_, et, en -1858, la _Bataille d’Hastings_. - -[150] Alphonse BERNARD, vicomte DE CALONNE (1818-1902). En 1848, -avant d’entrer à l’_Opinion publique_, il avait publié des brochures -de circonstance, les _Trois journées de Février_, le _Gouvernement -provisoire, histoire anecdotique et politique de ses membres_, et -il avait été un des rédacteurs du _Lampion_, journal suspendu par -le général Cavaignac (21 août 1848). Il essaya, avec le concours de -Xavier de Montépin et de Villemessant, de le remplacer par la _Bouche -de fer_, dont le premier numéro fut saisi le jour de son apparition. -En 1850, il fonda une feuille hebdomadaire, _le Henri IV, Journal -de la réconciliation_. Il devint, en 1855, directeur de la _Revue -contemporaine_. Sous le semi-pseudonyme de A. DE BERNARD, il a publié -un assez grand nombre de romans, dont les principaux sont: _Pauvre -Mathieu_, _les Frais de la Guerre_, _le Portrait de la marquise_, etc. -Devenu le doyen de la presse quotidienne, à quatre-vingt-trois ans il -donnait encore au _Soleil_ des articles sur les questions artistiques. - -[151] THÉODORE MURET, _op. cit._, t. I, p. 201. - -[152] _L’Opinion publique_ des 2, 4, 8 et 15 mars 1849. - -[153] PONSON DU TERRAIL (Pierre-Alexis, vicomte DE), né près de -Grenoble, le 8 juillet 1829, mort à Bordeaux en janvier 1871. - -[154] LOUIS MOLAND, né à Saint-Omer le 13 avril 1824, érudit et -romancier. Ses principaux ouvrages sont: _Peuple et roi au XIII^e -siècle_; _Origines littéraires de la France_; _Molière et la comédie -italienne_, etc. - -[155] HENRI DE PÈNE, né à Paris le 25 avril 1830. Il fut en 1868, avec -M. E. Tarbé des Sablons, le fondateur du _Gaulois_. La même année, il -créa un autre grand journal politique, _Paris_, qui devint bientôt -_Paris-Journal_. Ses chroniques forment plusieurs volumes, publiés sous -les titres de _Paris intime_, _Paris aventureux_, _Paris mystérieux_, -_Paris effronté_, etc. - -[156] _L’Opinion publique_ des 19 décembre 1849 et 17 janvier 1850. - -[157] 3 mars 1851. - -[158] L’_Opinion publique_ du 20 janvier 1850. - -[159] Amédée DE NOÉ, dit CHAM (1819-1882). Il était le second fils du -comte de Noé, pair de France. - -[160] Auguste LIREUX, né à Rouen vers 1819, mort à Bougival le -23 mars 1870. Journaliste infatigable, il créa à Rouen le petit -journal l’_Indiscret_; après quelques procès et duels, il vint à -Paris, dirigea la _Gazette des Théâtres_, fonda la _Patrie_ en 1841, -écrivit au _Courrier français_, à la _Séance_, au _Charivari_, au -_Messager des Théâtres_, fit de 1850 à 1855 le feuilleton dramatique -du _Constitutionnel_; quitta la littérature pour les affaires, où il -s’enrichit. Ses derniers journaux furent la _Bourse comique_ et la -_Semaine financière_. Directeur de l’Odéon, de 1842 à 1845, ce fut lui -qui reçut et fit jouer, le 22 avril 1843, la _Lucrèce_ de François -Ponsard. - -[161] L’_Opinion publique_ du 17 décembre 1849. - -[162] 9 avril 1850. - -[163] 10 mai 1850. - -[164] 13 juin 1850. - -[165] 17 décembre 1848. - -[166] 1^{er} octobre 1849. - -[167] 8 juin 1851. - -[168] 23 et 30 mars 1851. - -[169] 19 novembre, 19 et 25 décembre 1851. - -[170] 16 et 22 février, 2, 9 et 16 mars 1851. - -[171] Leur publication y dura deux années, du 21 octobre 1848 au 3 -juillet 1850. - -[172] _Causeries du Lundi_, t. I. p. 406, et t. II. p. 138 et 505. - -[173] 19, 20, 21, 22, 23 février 1850. - -[174] 3 et 4 juin 1851. - -[175] _La Mode_ des 5, 15 et 25 décembre 1849, 5 et 15 janvier 1850. - -[176] Usine à gaz. - -[177] M. Paul Rattier fut décoré pour l’héroïque bravoure qu’il avait -montrée en ces terribles journées. - -[178] Lamartine prononça cette parole à la Chambre des députés, dans -son discours du 10 janvier 1839. «Mil huit cent trente, disait-il, n’a -pas su créer son action et trouver son idée. Vous ne pouviez pas faire -de légitimité: les ruines de la Restauration étaient sous vos pieds. -Vous ne pouviez pas faire de la gloire militaire: l’Empire avait passé -et ne vous avait laissé qu’une colonne de bronze sur une place de -Paris. Le passé vous était fermé; il vous fallait une idée nouvelle. Il -ne faut pas vous figurer, messieurs, parce que nous sommes fatigués des -grands mouvements qui ont remué notre siècle et nous, que tout le monde -est fatigué comme nous et craint le moindre mouvement. Les générations -qui grandissent derrière nous ne sont pas lasses, elles veulent agir et -se fatiguer comme nous. Quelle action leur avez-vous donnée? _La France -est une nation qui s’ennuie!_» - -[179] M^{gr} Sibour. - -[180] _L’Opinion publique_ du 18 janvier 1849. - -[181] _L’Opinion publique_ du 20 janvier. - -[182] _Souvenirs d’un vieux critique_, t. III, p. 200. - -[183] La démission de M. de Falloux fut donnée le 20 octobre 1849. Il -avait dû, depuis quelque temps déjà, en raison du très mauvais état de -sa santé, remettre l’intérim de son ministère à son collègue M. Victor -Lanjuinais, ministre de l’Agriculture. - -[184] Henri-Ange-Alfred DE GONDRECOURT, né à la Guadeloupe, le 22 mars -1816, mort à Albi le 16 novembre 1876. Il devint colonel des chasseurs -à cheval de la garde impériale, puis général de brigade. En 1866, il -fut nommé commandant de l’École de Saint-Cyr. Son premier roman, _les -Derniers Kerven_, avait paru en 1844. Il en a publié depuis un très -grand nombre, parmi lesquels _Médine_, _le Bout de l’oreille_, _le -Chevalier de Pampelonne_, _le Baron la Gazette_, _les Mémoires d’un -vieux garçon_, etc. - -[185] Alexandre CADOT, 17, rue Serpente, fut l’éditeur de Balzac, de -Dumas père, de M^{me} Sand, de Frédéric Soulié, des premiers romans de -Dumas fils, du marquis de Foudras, de Roger de Beauvoir, et enfin du -colonel de Gondrecourt. - -[186] _Épisodes littéraires_, par A. de Pontmartin, p. 262 et suiv. - -[187] Elles eurent lieu le 13 mai 1849. - -[188] Louis Veuillot a publié, dans la _Revue des Deux Mondes_, _le -Lendemain de la Victoire_, scènes socialistes, 15 juillet et 1^{er} -août 1849; _Une Samaritaine_, dialogue, 1^{er} novembre 1850. - -[189] M. de Falloux a publié, dans la _Revue des Deux Mondes_, _Les -Républicains et les Monarchistes depuis la Révolution de février_, -1^{er} février 1851. - -[190] Léopold DE GAILLARD-LAVALDÈNE, né à Bollène (Vaucluse) le 20 -avril 1820. Au lendemain du 24 février 1848, il avait fondé à Avignon, -avec son ami Raousset-Boulbon, une feuille catholique et royaliste, -_la Commune_. Après avoir été successivement rédacteur à l’_Assemblée -nationale_ et directeur de la _Gazette de Lyon_, il devint le -chroniqueur politique et le directeur du _Correspondant_. Le 26 juillet -1872, il fut nommé par l’Assemblée nationale conseiller d’État. Outre -diverses brochures et deux volumes: _Questions italiennes, voyage, -histoire, politique_ (1860); _les Étapes de l’opinion_ (1873), il a -laissé un important travail historique, _l’Expédition de Rome en 1849_, -avec pièces justificatives et documents inédits (1861). M. Léopold de -Gaillard est mort à Bollène le 8 juin 1893. - -[191] RAOUSSET-BOULBON (Gaston RAOULX, comte DE), né à Avignon le -2 décembre 1817. Dans son héroïque aventure au Mexique, il fit la -conquête de la Sonora; mais, écrasé bientôt par des forces supérieures, -il fut, le 12 août 1854, fusillé à Guaymas. Il laissait un très -remarquable roman, qui avait dû paraître d’abord dans l’_Opinion -publique_, et qui parut dans la _Presse_, en 1835, sous ce titre: _Une -Conversion_. - -[192] Pour l’Assemblée constituante. - -[193] C’est sous ce nom que Pontmartin, dans la _Semaine des Familles_, -désignait M. Buloz. On connaît le vers de Veuillot: - -Buloz, qui d’un seul œil peut éclairer deux mondes... - - -[194] Les Angles sont situés dans le département du Gard. - -[195] _La Semaine des Familles_, du 2 juin 1860. - -[196] Le chiffre exact fut de 23 voix pour l’adoption du vœu, et 13 -contre. (Procès-verbaux des séances du conseil général du Gard, Session -de septembre 1851.) - -[197] Charles-Paulin-Roger DE SAUBERT, baron DE LARCY (1805-1882); -député de Montpellier de 1839 à 1846; représentant du peuple de -1848 à 1852; membre de l’Assemblée nationale de 1871. Ministre des -Travaux-Publics dans le ministère de conciliation du 19 février, il -reprit ce portefeuille dans le cabinet du duc de Broglie (26 novembre -1873-16 mai 1874), et fut élu sénateur inamovible le 4 décembre -1877. Par son talent, son courage et sa droiture, il marqua sa place -au premier rang dans nos assemblées délibérantes. Il fut l’un des -meilleurs amis d’Armand de Pontmartin. Voir sur lui les _Souvenirs d’un -vieux critique_, t. III, p. 217-247. - -[198] _Souvenirs d’un vieux critique_, t. III, p. 228. - -[199] Henri DE PONTMARTIN, né à Avignon le 21 novembre 1844. - -[200] Ces trois articles sur Béranger terminaient les _Lettres d’un -sédentaire_ (Lettres XIV, XV et XVI). - -[201] Il était sorti, depuis quelques jours, de la prison de Vincennes, -où il avait été transféré le 8 décembre. «Dans la nuit du 13 au 14 -décembre, on vint réveiller Alfred Nettement, et on le fit s’habiller, -sans vouloir lui apprendre ce qu’on allait faire; puis, on le conduisit -dehors, en lui disant: Vous êtes libre. Il était à ce moment deux -heures du matin. Trouver une voiture n’était pas chose facile. Il -était cinq heures lorsqu’il sonna à sa porte. Ce fut M^{me} Nettement, -toujours sur le qui-vive, qui entendit le premier coup de sonnette et -qui vint lui ouvrir.» _Alfred Nettement, sa vie et ses œuvres_, par -EDMOND BIRÉ, p. 416. - -[202] Cette page était extraite de l’_Essai sur les principes -générateurs des Constitutions politiques et des autres institutions -humaines_. - -[203] Voir la 73^e _Conférence de Notre-Dame de Paris_. - -[204] Louis-Charles de Belleval, marquis DE BELLEVAL, né à Abbeville -(Somme) le 16 mars 1814; mort à Paris le 6 juin 1875. - -[205] Voir, dans les _Épisodes littéraires_, p. 209 et suiv., le -chapitre sur la _Naissance d’une Revue_. - -[206] Sa collaboration à la _Revue des Deux Mondes_, suspendue le -15 mars 1852, ne devait reprendre que le 1^{er} janvier 1854, pour -s’interrompre le 1^{er} février 1855. Il y eut encore deux courtes -réapparitions, en 1861 et en 1866. - -[207] L’article sur _Louis XVII_ et ceux sur _Autran_ et sur _Ponsard_ -ont été recueillis par Pontmartin dans le tome I de ses _Causeries -littéraires_. - -[208] Adrien, comte de LA VALETTE, né à Paris en 1814. Sous le second -Empire, il prit part, non sans succès, au mouvement industriel et -principalement à la construction, en Suisse, d’une ligne de chemin de -fer, dite _la ligne d’Italie_, parce qu’elle devait y aboutir par le -percement du Simplon. Il a fait la partie valaisane de la ligne, celle -qui remonte le Rhône depuis le lac de Genève jusqu’à Brigue; il échoua -pour le percement: l’heure n’en avait pas encore sonné.—L’_Assemblée -nationale_ reparut, sous sa direction, en septembre 1877. - -[209] Ses bureaux étaient situés rue Bergère, 20, près le boulevard -Montmartre. - -[210] _Vie de Berryer_, par Charles de Lacombe, t. III, p. 96. - -[211] C’est la nouvelle qui avait paru dans la _Revue des Deux Mondes_, -le 15 février 1847, sous le titre d’_Octave_. - -[212] Ces quatre nouvelles de Balzac font partie des _Scènes de la vie -privée_. - -[213] Le marquis Auguste de Cambis, qui habitait à 11 kilomètres -des Angles, le château de Sauveterre, commune de ce nom, canton de -Roquemaure (Gard). - -[214] Allevarrès était l’anagramme et le pseudonyme de M. Jules de -Serravalle. - -[215] _Moniteur_ du 6 février 1865. - -[216] _Georgette_, par M^{me} Th. Bentzon, _Revue des Deux Mondes_ des -1^{er} et 15 octobre, 1^{er} et 15 novembre 1879. - -[217] _Nouveaux Samedis_, t. XX, p. 32. - -[218] _Nouveaux Lundis_, t. II, p. 18. Article du 3 février 1862. - -[219] Après avoir commencé la série de ses _Lundis_ au -_Constitutionnel_ en octobre 1849 et après être passé au _Moniteur_ -à la fin de 1852, Sainte-Beuve était rentré au _Constitutionnel_ en -septembre 1861. - -[220] _Nouveaux Lundis_, t. II. p. 26. - -[221] _Revue de Bretagne et de Vendée_, février 1862. - -[222] _Nouveaux Lundis_, t. II, p. 25. - -[223] _Nouveaux Lundis_, t. III, p. 44. - -[224] Père de l’admirable abbé Perreyve. - -[225] _Le Correspondant_ du 10 septembre 1888.—_Souvenirs d’un vieux -critique_, t. X, p. 342. - -[226] _Mélanges_ de Louis Veuillot, 3^e série, t. II, p. -209-233.—L’article est du 4 avril 1854. - -[227] Voir ci-dessus, page 116. - -[228] _La Mode_ du 28 mars 1847. - -[229] Paul-Louis Courier définissait Béranger: «L’homme qui a fait de -_jolies chansons_.» - -[230] _Mélanges_ de Louis Veuillot, 1^{re} série, t. VI, p. 338, -342.—Avril 1855. - -[231] Voir dans les _Mélanges_, 1^{re} série, t. VI, p. 538 à 574. - -[232] Louis Veuillot avait cinq filles. Deux venaient de mourir, l’une -à Reichshoffen, le 18 juin 1855, au château de M. de Bussières, et -l’autre, le 3 juillet, à Versailles, chez sa grand’mère maternelle. Une -troisième, Madeleine, devait mourir à son tour, peu de temps après, à -Paris, le 2 août. - -[233] _Correspondance de Louis Veuillot_, t. I, p. 355.—Cette lettre -porte pour suscription: _A M. le comte A. de Pontmartin, à Serrières -(Ardennes)_. Il faut lire: _A Serrières (Ardèche)_. Pontmartin était -alors chez sa belle-mère, au château de la Mûre, à 8 kilometres du -bourg de Serrières, qui était le chef-lieu de canton et le bureau -de poste. Comme le nom de la Mûre avait souvent donné lieu à des -confusions avec deux petites villes de l’Isère et du Rhône et entraîné -de grands retards dans l’arrivée des lettres, la consigne de la famille -était de mettre simplement sur l’adresse: _Serrières (Ardèche)_. - -[234] _Souvenirs d’un vieux critique_, t. X, p. 167. - -[235] Voir, dans la biographie de _Montalembert_, par le P. Lecanuet, -le chapitre VI du tome III. - -[236] La première livraison du nouveau _Correspondant_—celui de -Montalembert, de M. de Falloux et du prince Albert de Broglie—parut le -25 octobre 1855. - -[237] Le dernier article de Pontmartin dans le _Correspondant_ parut le -10 mai 1890. Il avait pour titre: _Le Suicide d’un journal, L’Assemblée -nationale_. Voir _Épisodes littéraires_, p. 254-321. - -[238] _Épisodes littéraires_, p. 253. - -[239] 25 décembre 1856. - -[240] A propos des romans de M. Edmond About et de M. Gustave -Flaubert.—25 juin 1857. - -[241] _Causeries du Samedi_, t. I, p. 134-135. - -[242] Édouard THIERRY, né à Paris le 14 septembre 1813. Après avoir -été longtemps un de nos meilleurs critiques dramatiques, il devint, en -octobre 1859, administrateur de la Comédie-Française, fonctions qu’il -abandonna en 1871. Il fut alors nommé conservateur-administrateur de la -Bibliothèque de l’Arsenal. - -[243] _Le Fils naturel_, comédie en cinq actes et en prose, d’Alexandre -Dumas fils, jouée sur le Théâtre du Gymnase, le 16 janvier 1858. - -[244] _La Jeunesse_, comédie en cinq actes et en vers, d’Émile Augier, -jouée sur le Théâtre de l’Odéon, le 6 février 1858. - -[245] Lettre à Alfred Nettement, du 12 juin 1858. - -[246] _Le Correspondant_ du 25 février 1857. - -[247] 25 décembre 1859. - -[248] 25 novembre 1860. - -[249] 25 avril 1861. - -[250] 25 décembre 1861. - -[251] 25 décembre 1863. - -[252] 25 février 1866. - -[253] 25 mars 1866. - -[254] Ce fut Michel Lévy qui, voulant faire entrer le volume dans une -nouvelle collection à 2 francs, imagina de l’appeler _les Brûleurs de -Temples_, ce qui contraria beaucoup Pontmartin, surtout au point de vue -de la loyauté envers l’acheteur. - -[255] _L’Enseignement mutuel_ ou _Un bien averti en vaut deux_, dans le -volume des _Contes et Nouvelles_. - -[256] Voir _Causeries du Samedi_, t. II, p. 378. - -[257] Voir ci-dessus page 209. - -[258] Sur le vicomte Eugène-Melchior de Vogüé, voir _Nouveaux Samedis_, -tomes XV et XX; _Souvenirs d’un Vieux critique_, tomes V, VII, VIII et -IX; _Derniers Samedis_, tomes I et II. - -[259] Le baron Pougeard-Dulimbert. - -[260] Son fils Henri qui suivait les cours du lycée Bonaparte. - -[261] Théophile Gautier avait publié en 1856 un conte intitulé: -_Avatar_. - -[262] Je dois de pouvoir publier cette lettre et toutes les autres -lettres à Autran qui vont suivre, à la gracieuse obligeance de la fille -et du gendre du poète, M. et M^{me} Jacques Normand. - -[263] P. 206-209. - -[264] Le tome II des _Causeries du Samedi_, qui venait de paraître. - -[265] Cette lettre de Louis Veuillot ne figure pas dans sa -_Correspondance_. - -[266] Voir Joseph Autran, _Œuvres complètes_, t. II, p. 342. - -[267] Elles paraissaient le mardi, tous les quinze jours, à la -troisième page du journal, sous le titre: _Variétés_. Comme elles -avaient un très vif succès, M. de Riancey insista auprès de Pontmartin -pour qu’il lui donnât non plus deux mais quatre articles par mois. On -lit dans l’_Union_ du 28 décembre 1858: «A dater du 1^{er} janvier -1859, les Causeries littéraires de M. Armand de Pontmartin deviendront -hebdomadaires; elles paraîtront régulièrement le samedi de chaque -semaine dans le feuilleton du journal.» - -[268] Le dernier secrétaire de Sainte-Beuve, M. Jules Troubat, -a recueilli ces articles en 1876 sous le titre de _Chroniques -parisiennes_. Un vol. in-18, Calmann-Lévy, éditeur. - -[269] Cf. l’article de Sainte-Beuve sur la _Vie de Rancé_, par -Chateaubriand, dans la _Revue des Deux Mondes_ du 15 mai 1844, et le -chapitre LVIII des _Chroniques parisiennes_, du 4 juin 1844. - -[270] Célestin-Joseph FÉLIX, membre de la Compagnie de Jésus, né à -Neuville-sur-l’Escaut, près Valenciennes, le 29 juin 1810, mort le 6 -juillet 1891 à Lille. Ses Conférences de Notre-Dame sur _le Progrès par -le Christianisme_, prononcées de 1853 à 1872, forment dix-neuf volumes -in-8. - -[271] Un vol. in-32. C. Dillet, éditeur, rue de Sèvres, 15. - -[272] Voir, au tome II des _Derniers Samedis_, p. 117, le chapitre -sur le R. P. FÉLIX. «Je me souviens, écrit Pontmartin, de l’époque où -j’avais le bonheur de l’entendre à Notre-Dame..... Que de fois j’ai -entendu M. Cousin, auditeur attentif et assidu de ces conférences, me -dire, au sortir de l’église, avec son exubérance habituelle de parole -et de pantomime: «Je n’ai pas d’objection! je n’ai pas d’objection!» - -[273] Les bureaux du _Correspondant_ étaient alors rue de Tournon, 29, -à la librairie Ch. Douniol. - -[274] Déjà, à la fin de 1857, Pontmartin s’était, encore une fois, -rapatrié avec Buloz. Seulement, ce dernier voulait qu’il _redébutât_ -par un article de critique, et Pontmartin voyait à cela plus d’un -inconvénient. Il écrivait à Autran, le 16 janvier 1858: «Tout le monde -ici, à commencer par ma femme, me dit que j’ai pris, depuis trois ans, -une situation trop accentuée dans la critique, pour que ma rentrée -à la _Revue_ puisse s’effectuer sans inconvénient. Buloz, il faut -l’avouer, est plus anti-chrétien que jamais. Il est homme à se lever -la nuit, une veille de numéro, pour changer, supprimer ou ajouter, -dans un de mes articles, de quoi me faire passer pour un déserteur ou -un _capitulateur_ en religion ou en politique. Il n’en faudrait pas -davantage pour me faire fusiller, sur toute la ligne, depuis les Barbey -du _Réveil_ et les Jouvin du _Figaro_, jusqu’aux Alloury et aux Rigaud -des _Débats_. Et cette fois, ce serait sur des points plus graves que -ce qui touche à la vanité littéraire. Il en résulte, de mon côté, des -hésitations, des alternatives, des lenteurs, qui, se combinant avec -toutes les aspérités de Buloz, amènent le résultat négatif que vous -voyez. Mon désir serait de débuter par l’_Écu de six francs_, Buloz -voudrait, au contraire, me faire commencer par un article de critique -et ce petit tiraillement intérieur a encore tout ajourné.»—Pontmartin -tenait bon pour sa Nouvelle; Buloz, naturellement, exigeait une refonte -générale de l’_Écu de six francs_. Pontmartin se résigne, et, le 5 -février, il écrit: «Je corrige à satiété, avec une docilité d’élève de -quatrième, les dernières pages de ma Nouvelle, qui avait dû paraître -_irrévocablement_ le 15 janvier, puis le 1^{er} février et qui me -semble maintenant ajournée au 1^{er} mars.» - -Le 1^{er} mars, rien ne paraît, et, le 4, Pontmartin écrit de nouveau -à Autran: «Le 25 février, lorsque les 42 pages de ma Nouvelle étaient -_composées_, corrigées par de Mars et par moi, lorsque le bon à tirer -était donné, M. Buloz a déclaré que de Mars m’avait égaré, que ma -première donnée était la bonne, qu’il fallait y revenir, mais que nous -n’avions plus le temps pour le 1^{er} mars. Ce n’était là qu’une façon -de prévenir mon irritation du premier moment. Hier, nous avons eu une -longue conversation, et il m’a demandé de tels changements qu’il serait -beaucoup plus court et plus simple d’écrire une œuvre toute nouvelle. -Pourtant, dans ce naufrage, j’ai eu au moins un bonheur: je ne me suis -pas emporté une seule minute; nous nous sommes quittés sans orage, et -s’il y a séparation, il n’y aura pas rupture.» - -Et puisque j’ai rouvert ces lettres de Pontmartin à Autran, je -détacherai de celle du 15 décembre 1857 un mot typique de M. Buloz, -qui avait perdu, le 13 décembre, son beau-père, M. Castil-Blaze, -le très spirituel critique musical du _Journal des Débats_, où il -signait: X. X. X. «Adieu, cher! écrivait Pontmartin; j’attends ma femme -après-demain et j’aurai alors un peu plus de liberté. J’en profiterai -pour aller recueillir çà et là quelques-unes de ces nouvelles que je ne -vous donne pas aujourd’hui: ce que je sais de plus intéressant, ce sont -deux enterrements: Castil-Blaze et Lefèvre-Deumier. Voici l’oraison -funèbre de C. Blaze, adressée par Buloz à sa femme: «Votre père s’est -toujours plu à me contrarier: le voilà qui meurt l’avant-veille d’un -numéro!»—C’est tout ce qu’on a pu tirer du _Reviewer quand même_.» - -[275] _Revue des Deux Mondes_, 1^{er} août 1861. - -[276] 1^{er} octobre 1861. - -[277] 1^{er} décembre 1861. - -[278] M. Victor Fournel. - -[279] Lundi 3 février 1862, _Nouveaux Lundis_, t. II, p. 1. - -[280] _Le Correspondant_ du 25 décembre 1856.—_Causeries du Samedi_, t. -I^{er}, ch. II. - -[281] _Le Correspondant_ du 25 mai 1856.—_Causeries du Samedi_, t. -I^{er}, ch. III. - -[282] L’_Assemblée nationale_. - -[283] M. Henry de Riancey, directeur de l’_Union_, où Pontmartin, -depuis la suppression de l’_Assemblée nationale_, publiait ses -Causeries littéraires. - -[284] Pontmartin venait de publier dans l’_Union_ trois articles sur le -tome I^{er} des _Mémoires pour servir à l’histoire de mon temps_, par -M. Guizot. Voy. ces articles au tome II des _Causeries du Samedi_. - -[285] _Souvenirs de la Restauration_, par Alfred Nettement. Un vol. -in-18, 1858. - -[286] Le pseudonyme de _Curtius_ cachait le nom d’un sous-directeur du -Timbre, M. Charles Bouglé: il avait publié autrefois dans la _Mode_, -d’abord sous le titre des _Leçons de Neuilly_, puis sous celui de -_l’Enfant terrible_, des dialogues extrêmement piquants et qui avaient -eu leur quart d’heure de célébrité. - -[287] Alfred Nettement, dans la _Semaine des Familles_, ne prenait -pas moins de trois pseudonymes: _Félix-Henry_, _Nathaniel_ et _René_, -si bien qu’il y avait souvent, dans la même livraison, sous trois ou -quatre noms différents, trois ou quatre articles du directeur. - -[288] Le _Réveil_ était un recueil hebdomadaire, dirigé par A. -Granier de Cassagnac, avec la collaboration de Louis Veuillot, Barbey -d’Aurevilly, Ernest Hello, etc. - -[289] Lettre du 22 septembre 1887. - -[290] Livraison du 15 janvier 1859. - -[291] _Semaine des Familles_ du 12 février 1859. - -[292] Livraison du 26 novembre 1859. - -[293] Voir ci-dessus notre chapitre VII, pages 161 et suivantes. - -[294] _La Madelène_ (Jules-François-Ézéar de), né en 1820, à -Versailles, d’une famille originaire de Carpentras, mort en 1859. Ses -œuvres principales sont, avec _le Marquis des Saffras_, _Brigitte_ et -_le Comte Alighiera_.—Son frère Henry, auteur également de plusieurs -romans remarquables, parmi lesquels je citerai en première ligne -_la Fin du marquisat d’Aurel_ (1879), a publié, en 1856, _le Comte -Gaston de Raousset-Boulbon, sa vie et ses aventures, d’après sa -correspondance_. - -[295] _Semaine des Familles_ du 16 juin 1860. - -[296] _Nouveaux Lundis_, t. III, p. 35. - -[297] _Lettres à l’Étrangère_, p. 303, 8 mars 1836. - -[298] _Historique du procès auquel a donné lieu «le Lys dans la -vallée»._ Mai 1836. BALZAC, _Œuvres complètes_, t. XXII, p. 436. - -[299] _Nouveaux Lundis_, t. III, p. 36. - -[300] _Nouveaux Lundis_, t. III, p. 42. - -[301] Voir ci-dessus, chapitre VIII, p. 187. - -[302] _Nouveaux Lundis_, t. III, p. 41. - -[303] _Les Jeudis de Madame Charbonneau_, p. 65. - -[304] Tome IV, p. 45. - -[305] M. Buloz était alors commissaire du roi près le Théâtre-Français, -en même temps que directeur de la _Revue des Deux Mondes_. - -[306] _Revue des Deux Mondes_, 15 novembre 1891. - -[307] _Correspondance de Jules Janin_, p. 224. - -[308] _Le Correspondant_ des 25 juillet et 25 août 1862.—_Semaines -littéraires_, t. II, p. 1-92. - -[309] Aujourd’hui n^o 18. - -[310] _Souvenirs d’un vieux critique_, t. II. p. 252. - -[311] Frédéric BÉCHARD était né à Nimes en novembre 1824. Journaliste, -il a collaboré à l’_Artiste_, à la _Mode nouvelle_, à la _Patrie_, à -la _Revue de Paris_, à la _Gazette de France_, etc. Romancier, il a -publié les _Existences déclassées_ (1859), et _Jambe d’argent_, scènes -de la grande chouannerie (1865). Auteur dramatique, il a fait jouer à -l’Odéon les _Tribulations d’un grand homme_ (1847) et le _Passé d’une -femme_ (1859), et au Vaudeville les _Déclassés_ (1856). Il était fils -de Ferdinand Béchard (1799-1870), l’un des meilleurs lieutenants de -Berryer, député de la droite de 1842 à 1846, puis représentant du Gard -aux Assemblées de 1848 et 1849. - -[312] Amable ESCANDE, né à Castres (Tarn) en 1810. De 1834 à 1848, il -écrivit dans la _Gazette de France_, la _Mode_ et l’_Union_. Après -le 24 février, il alla prendre la direction de l’_Écho du Midi_, à -Montpellier. Un de ses articles fut l’occasion d’un duel fameux entre -M. Aristide Ollivier, rédacteur en chef du _Suffrage universel_, et le -comte de Ginestous. M. Ollivier, frère du futur ministre de l’Empire -libéral, fut tué sur le coup, et M. de Ginestous grièvement blessé. A -la suite de cette malheureuse affaire, Escande revint à Paris (1851) -et rentra à l’_Union_, puis à la _Gazette de France_, dont il ne se -sépara, après une longue et très active collaboration, que pour devenir -directeur de la _Gazette du Languedoc_ à Toulouse. - -[313] M. Gustave Janicot était, depuis 1861, directeur de la _Gazette -de France_, où il avait succédé à M. de Lourdoueix, et où il défend -encore aujourd’hui avec un talent toujours jeune et une inlassable -vaillance la cause de la monarchie et celle de l’Église. - -[314] Janvier 1863.—_Semaines littéraires_, t. II, p. 233. - -[315] Lettre du 7 avril 1863.—Le comte Achille Treilhard, petit-fils du -conventionnel, était depuis le 28 août 1862 directeur de la presse. - -[316] _Le Correspondant_ du 25 septembre 1863. - -[317] Lettre du 11 mai 1866. - -[318] Pages 146-150. Les _Odeurs de Paris_ parurent en novembre 1866. - -[319] Auteur d’une _Histoire de Christophe Colomb_. Voir sur lui les -_Causeries du Samedi_, t. II, p. 312-323. - -[320] M. Challemel-Lacour fut, pendant quelques mois, gérant de la -_Revue des Deux Mondes_, après la mort de M. V. de Mars. - -[321] Lettre pastorale sur _les Malheurs et les Signes du temps_. - -[322] Lettre du 1^{er} juillet 1867. - -[323] Situé dans la commune de Cabriès, canton de Gardanne, -arrondissement d’Aix (Bouches-du-Rhône). - -[324] Le château de Pradine, commune de Grambois, canton de Pertuis, -arrondissement d’Apt (Vaucluse). - -[325] Voir, dans les _Souvenirs d’un vieux mélomane_, le chapitre XVII, -_une Partie de boules, Souvenirs des vacances de 1866_. Pontmartin -y a placé une très exacte description de La Malle: «Sur l’ancienne -route royale d’Aix à Marseille, à une distance à peu près égale -entre la vieille capitale du Parlement et la nouvelle capitale de la -Méditerranée, à deux portées de fusil du Pin, autrefois relais de la -poste aux chevaux, aujourd’hui bureau de la poste aux lettres, on voit -une jolie maison de campagne, qui a l’esprit de n’être ni un château, -ni une villa, ni une _bastide_. De grands arbres, presque aussi vieux, -mais beaucoup plus beaux que des académiciens, d’élégants massifs de -marguerites, de dahlias et de chrysanthèmes, des allées plantées de -sycomores et de saphoras, une gracieuse façade se tournant à demi -du côté des champs et des collines, comme pour éviter les regards -indiscrets ou la poussière du grand chemin: entre la maison et la route -un quinconce d’ormeaux séculaires sur une terrasse séparée des passants -par une grille.» - -[326] Joseph-Louis D’ORTIGUE, né à Cavaillon (Vaucluse) le 22 mai 1802, -mort à Paris le 20 novembre 1866. Il a fait la critique musicale dans -la _Quotidienne_, l’_Ère nouvelle_, l’_Opinion publique_, le _Journal -des Débats_, et publié plusieurs volumes de littérature et d’histoire -musicales: _la Sainte-Baume_, _le Balcon de l’Opéra_, _la Musique à -l’église_, _la Musique au théâtre_, etc. - -[327] _Nouveaux Samedis_, t. IV, p. 148. - -[328] Aurélien SCHOLL (1833-1902), auteur dramatique et journaliste. -Il a, pendant un demi-siècle, alimenté de ses _chroniques_ une -vingtaine de journaux, et il a créé une nuée de petites feuilles, la -_Silhouette_, le _Nain Jaune_, le _Club_, le _Jockey_, le _Lorgnon_, -etc., etc. - -[329] Paul PARFAIT, né à Paris le 23 octobre 1841, journaliste -et romancier. Il fut le secrétaire d’Alexandre Dumas père, qu’il -accompagna en Italie, écrivit au _Charivari_, au _Rappel_, au -_National_, à la _République française_, et publia plusieurs romans, -_l’Assassin du bel Antoine_, _la Seconde vie de Marius Robert_, -_l’Agent secret_, _les Audaces de Ludovic_, etc. - -[330] Ce fut M. Challemel-Lacour qui rendit compte de la pièce dans la -livraison du 1^{er} avril 1867. - -[331] Autran souffrait alors d’une affection de la vue qui devait le -conduire, dans les dernières années de sa vie, à une cécité presque -complète. - -[332] Lettre du 14 avril 1867. - -[333] De Pontmartin (Note du Père Félix). - -[334] _Le Progrès par le christianisme, Conférences de Notre-Dame de -Paris._ Année 1867, page 237. - -[335] Arthur DE BOISSIEU, né en 1835, mort à trente-huit ans le 29 mars -1873. Il avait débuté, sous le voile de l’anonyme, par les _Lettres -de Colombine_, qui eurent une grande vogue dans le _Figaro_ et dont -le mystère fut longtemps si bien gardé. Ses _Lettres d’un Passant_, -publiées dans la _Gazette de France_ de 1865 à 1873, forment cinq -volumes (1868-1875). - -[336] _Lettres d’un Passant_, t. II, p. 137.—Juin 1867. - -[337] Les bureaux du _Figaro_ étaient alors rue Rossini, 3. C’est -seulement en 1874 que le journal de Villemessant se transporta rue -Drouot, n^o 26. - -[338] Les corbeaux le diront. - -[339] Pierre-Eugène BASTÉ, dit GRANGÉ, né à Paris en 1812. Il a composé -un grand nombre de vaudevilles, de comédies et de drames, dont les -principaux sont: _Les Premiers beaux jours_ (1847), _Fualdès_ (1848), -_les Domestiques_ (1861), _la Boîte au lait_ (1862), _le Supplice d’un -homme_ (1865), _la Voleuse d’enfants_ (1865), _la Bergère d’Ivry_ -(1866), _un Voyage autour du demi-monde_ (1868). - -[340] _Du nouveau sur Joubert_, par l’abbé G. Pailhès, p. 46 et suiv. - -[341] Séance du 2 décembre 1867. - -[342] Les _Lettres d’un Passant_, d’Arthur de Boissieu, paraissaient le -vendredi dans la _Gazette de France_. - -[343] Voir, dans les _Lettres d’un Passant_, t. II, p. 147-169, la -_Lettre d’un Japonais à sa fiancée_. - -[344] Aujourd’hui rue Joseph-Autran. - -[345] M. Guizot avait jusque-là voté contre Autran. - -[346] Lettre à M. Jules Claretie, du 26 mai 1868. - -[347] Lettre à M. Jules Claretie. - -[348] Aux Angles. - -[349] M. le V^{te} de Salvador, au Mas d’Auphan, par Raphèle, près -Arles. - -[350] Célestin Crevel, l’un des principaux personnages de la _Cousine -Bette_. Il figure également dans _César Birotteau_ et dans le _Cousin -Pons_. - -[351] Autran avait alors en préparation un nouveau volume de poésies. - -[352] M^{lle} Rachel s’était refusée à jouer le rôle de Méganire dans -la _Fille d’Eschyle_, de Joseph Autran. - -[353] Lettre du 20 novembre 1868. - -[354] _Nouveaux Samedis_, t. IV, p. 240-270. - -[355] Ces deux articles sur Lamartine, celui de l’_Illustration_ et -celui de la _Gazette_, se trouvent au tome VII des _Nouveaux Samedis_. - -[356] Christine NILSSON, cantatrice suédoise, née en 1843. Après avoir -débuté à Paris, au Théâtre-Lyrique, le 27 octobre 1864, dans le rôle de -Violette de la _Traviata_, de Verdi, elle fut engagée au Grand-Opéra, -le 15 novembre 1867, pour créer le rôle d’Ophélie dans l’_Hamlet_ de M. -Ambroise Thomas, et joua en 1869, dans le _Faust_ de Gounod, le rôle -de Marguerite. Après son mariage à Londres, en 1872, avec un Français, -M. Auguste Rouzeaud, fils d’un riche négociant de Jonzac, elle ne -joua plus à Paris et ne fit que de courtes apparitions sur les scènes -lyriques de la province et de l’étranger. - -[357] Le tome VI des _Nouveaux Samedis_. - -[358] Berryer était mort le 29 novembre 1868. L’étude de Pontmartin -parut le 31 décembre 1868. - -[359] _Victor Hugo et la Restauration_, par Edmond Biré. Un volume -in-18; 1869. - -[360] Pontmartin n’a pas consacré à Lamartine moins de neuf Causeries. - -[361] _Nouveaux Samedis_, t. XIV, p. 225.—Quelques jours après la mort -de Sainte-Beuve, Pontmartin écrivait, des Angles, à M. Jules Claretie: -«En fait de rappel, il me semble que la littérature n’est pas épargnée -par le tambour voilé de crêpe. Lamartine et Sainte-Beuve dans la même -année, c’est trop!... Étranges natures que les natures littéraires qui -pourraient se dédoubler de manière à produire un méchant et un bonhomme -sous une même calotte de velours! Depuis deux ans, si j’avais osé, je -serais allé dix fois lui serrer la main, à ce pauvre Sainte-Beuve, -et je faisais des vœux bien sincères pour que ce maître, ce modèle, -nous fût conservé encore quelques années. J’ai appris sa mort, et les -détails de sa mort avec une douloureuse émotion.» (Lettre du 30 octobre -1869.) - -[362] _Nouveaux Samedis_, t. VII, p. 342. - -[363] Le 10 novembre 1869. - -[364] L’élection eut lieu le 7 avril 1870. M. Émile Ollivier réunit 26 -voix sur 28 votants. - -[365] Henri CHEVREAU (1823-1903). Préfet de l’Ardèche à 26 ans, -conseiller d’État et préfet de Lyon depuis 1864, il avait été nommé -préfet de la Seine, le 5 janvier 1870, en remplacement du baron -Haussmann. Le 10 août suivant, il fut appelé à prendre, dans le -ministère Palikao, le portefeuille de l’Intérieur. - -[366] M. Villemain était mort le 8 mai 1870. - -[367] Prosper Mérimée mourut, en effet, peu de temps après, au mois -de septembre 1870. Prévost-Paradol, hélas! était mort avant lui, à -Washington, le 11 juillet. - -[368] Le plébiscite du 8 mai 1870. - -[369] M. Émile Ollivier, M. Chevandier de Valdrôme et leurs collègues -furent renversés le 10 août 1870, et remplacés par le cabinet Palikao. - -[370] _Journal d’un voyageur pendant la guerre_, avril 1871. - -[371] Le mot est du républicain Lanfrey, _Moniteur de Seine-et-Oise_, -Décembre 1870. - -[372] _Lettre_ du 12 octobre 1870. - -[373] Victor Cousin et Prosper Mérimée étaient morts tous les deux à -Cannes, le premier le 13 janvier 1867; le second le 23 septembre 1870. - -[374] Voir dans le _Correspondant_ des 10 août et 10 septembre 1871, -_Cent jours à Cannes pendant les deux sièges_, et dans la _Mandarine_, -p. 195-309.—Dans son récit, Pontmartin parle avec reconnaissance des -personnes qu’il voyait pendant ce séjour à Cannes et dont l’amitié -le soutint dans cette épreuve; mais il ne les désigne que par des -initiales: «M. Ernest L...d, élégant et poétique traducteur des sonnets -de Shakespeare, de Pétrarque, de Lope de Vega; l’abbé C...; M. Dubois -d’A.; M. X., un des avocats les plus distingués de Paris; M^{me} -Justin D...».—Voici les vrais noms: M. Ernest Lafond; l’abbé Chaix, -du clergé de Cannes; M. Duboys d’Angers, premier président de la Cour -d’appel d’Orléans à la fin de l’Empire; M. Grandmanche de Beaulieu; -M^{me} Justin Durand, née de Zagarriga, femme de l’ancien député -des Pyrénées-Orientales au Corps législatif, qui, à la veille de la -guerre, exerçait une vraie royauté dans toute la région de Perpignan -et de Montpellier. Pontmartin, qui sait encore sourire au milieu de -ses larmes, parle d’elle en ces termes: «Madame Justin D..., type de -charité, de grâce et de bienveillance, à qui j’ai vu faire quelque -chose de bien plus extraordinaire qu’une aumône de cent mille écus ou -une souscription de trois millions: chiffres qui n’eussent pas été en -désaccord avec son immense fortune et les inspirations de son cœur -généreux. En plein siège de Paris, elle trouva moyen de se procurer -tous mes ouvrages, et je crois même, Dieu me pardonne, qu’elle les lut!» - -[375] Alors directeur de la _Décentralisation_, de Lyon, après avoir -appartenu à la rédaction de la _Gazette de France_. De Lyon il passa à -Marseille, où il dirigea la _Gazette du Midi_ et où il est mort en 1899. - -[376] John MARTIN, peintre anglais, 1789-1854. Ses meilleures toiles -sont: _la Chute de Babylone_, _le Festin de Balthazar_, _la Destruction -d’Herculanum_, _la Chute de Ninive_. - -[377] L’article parut le 10 juillet 1871, dans le _Correspondant_, sous -ce titre: _la Critique en 1871_.—Voir _Nouveaux Samedis_, t. VIII, p. -1-51. - -[378] Voir, au sujet de cet épisode, l’éloquent écrit de M. Émile -Ollivier: _M. Thiers à l’Académie et dans l’histoire_ (1880). - -[379] Trois ans plus tard, le 4 octobre 1874, une brillante revanche -fut prise pour ce même siège au Conseil général par Louis-Numa -Baragnon, qui déploya dans la lutte, sur ce petit théâtre, un -merveilleux talent. Pontmartin avait été le principal patron de sa -candidature; il eut les joies de la victoire, sans en avoir les -embarras. - -[380] Voir ci-dessus chapitre XII, p. 317. - -[381] Le _Filleul de Beaumarchais_ a paru dans le _Correspondant_ des -25 décembre 1871, 10 et 25 janvier 1872. - -[382] Joseph-Othenin-Bernard DE CLÉRON, comte D’HAUSSONVILLE -(1809-1884), membre de l’Académie française, auteur de l’_Histoire de -la réunion de la Lorraine à la France_, de _l’Église romaine et le -premier Empire_, etc. - -[383] Arthur-Marie BUCHERON (1834-1902), connu sous le pseudonyme -de _Saint-Genest_. Ses articles du _Figaro_ ont eu un grand -retentissement. La plupart ont été réunis en volume: _La Politique -d’un soldat_ (1872); _Lettres d’un soldat_ (1873), etc.—Voir sur lui -_Nouveaux Samedis_, t. VIII, p. 140; tome XI, p. 178; t. XIV, p. 289. - -[384] Pontmartin ne devait pas tarder à quitter le n^o 20 de la rue -Laffitte pour prendre, au n^o 2 de la même rue, un petit appartement -meublé dans l’immense immeuble qui était alors la propriété de sir -Richard Wallace. - -[385] _Nouveaux Samedis_, t. VIII, p. 52. - -[386] Le 9 juin 1872, des élections partielles avaient eu lieu dans le -Nord, dans la Somme et dans l’Yonne. MM. Deregnaucourt, Barni et Paul -Bert, tous les trois républicains avancés, avaient été nommés. - -[387] _Nouveaux Samedis_, t. VIII, p. 203. - -[388] Canton de Châteaurenard, commune de Barbentane (Bouches-du-Rhône). - -[389] Le général marquis Léon D’ANDIGNÉ pair de France, sénateur -de Maine-et-Loire, fils du comte Auguste d’Andigné, l’auteur des -_Mémoires_; il était le gendre du marquis de Barbentane. Il s’était -conduit en héros à Reichshoffen et à Sedan. Dans la journée du 1^{er} -septembre 1870, il avait été laissé pour mort sur le champ de bataille. -Deux chevaux tués sous lui, ses deux jambes traversées, son bras droit -fracassé par des balles, attestaient l’acharnement de la lutte soutenue. - -[390] _Lis Isclo d’or_, par Frédéric Mistral, 1875. - -[391] _Nouveaux Samedis_, t. IX, p. 68 et suiv. - -[392] _Gazette de France_ du 13 octobre 1872.—_Nouveaux Samedis_, t. -IX, p. 69. - -[393] Edmond TARBÉ DES SABLONS (1838-1902), critique musical, romancier -et auteur dramatique. Le 5 juillet 1868, il avait fondé, avec Henri -de Pène, le journal _le Gaulois_, dont il resta, l’année suivante, -l’unique directeur et qu’il ne quitta qu’en juillet 1879. - -[394] _Nouveaux Samedis_, t. X, p. 296-343. - -[395] La _Mandarine_ avait paru dans le _Correspondant_ du 10 juin -1870. Cette nouvelle, primitivement destinée à la _Revue des Deux -Mondes_, avait dû s’appeler tout d’abord _le Feu de sarments_. - -[396] _Nouveaux Samedis_, t. X, p. 111. - -[397] Ce fut Ledru-Rollin qui l’emporta. Il fut élu le 1^{er} mars. - -[398] Le _Correspondant_ du 10 janvier 1874. - -[399] Le _Correspondant_ du 25 mars 1874. - -[400] Voici le passage auquel fait allusion Joseph Autran: «M. de -Pontmartin n’a eu de rival, comme critique, que Sainte-Beuve, à qui -son talent n’avait rien à envier, et qui lui a, plus d’une fois, envié -devant moi sa foi chrétienne et monarchique.» Le _Figaro_ du 25 mars -1874. Article signé _François Duclos_, pseudonyme qui cachait un des -plus spirituels écrivains du temps. - -[401] Jules Janin mourut le 19 juin 1874. - -[402] Le Chancelier de fer, qui aimait à maximer ses pratiques, disait -volontiers: _Beati possidentes!_ C’était aussi l’un des mots favoris de -son maître Frédéric II. - -[403] Lettre du 4 avril 1875. - -[404] _Souvenirs d’un vieux critique_, t. VII, p. 251. - -[405] Edmond Rostand, l’auteur de _Cyrano de Bergerac_, des -_Romanesques_ et de l’_Aiglon_. - -[406] Académie française, séance du 4 juin 1903. - -[407] C’était le titre sous lequel paraissaient, dans la _Gazette de -France_, ses articles du samedi. - -[408] _Nouveaux Samedis_, t. XIV, p. 366. - -[409] Chez Baudouin frères, Pollet et Barba, rue de Vaugirard, n^o 17, -rue du Temple, n^o 36, et au Palais-Royal. - -[410] Le Théâtre du Gymnase, dont Eugène Scribe était le principal -fournisseur et que la duchesse de Berry avait pris sous sa protection, -porta, depuis le 8 septembre 1834 et jusqu’à la révolution de Juillet, -le nom de _Théâtre de Son Altesse Royale Madame_. - -[411] La Chambre des députés et le Sénat siégeaient encore à Versailles. - -[412] Pontmartin eut beaucoup d’amis. J’en ai nommé plusieurs. Je -me reprocherais de ne pas citer ici les trois amis d’enfance, de -jeunesse et de toujours, avec lesquels il eut peut-être la plus -constante intimité: Alphonse d’Archimbaud (1811-1865), fils du -marquis d’Archimbaud, député de la Chambre _introuvable_, dont les -réceptions cordiales et paternelles dans son château de Vérone, -près Nyons (Drôme), avaient laissé à Pontmartin de tels souvenirs -qu’il aimait à les évoquer sans cesse, surtout dans ses dernières -années;—Isidore d’Athénosy (1806-1872), fils d’un haut fonctionnaire -de l’administration pontificale à Avignon, un homme d’étude et de -science, un royaliste militant, un catholique des anciens temps;—Eugène -de Baciocchi (1807-1884), fils d’un officier corse marié à Avignon, -authentiquement cousin des parents de Napoléon III, peut-être même -cousin de l’Empereur. Il n’aurait eu qu’un mot à dire pour obtenir une -préfecture ou tout autre haut emploi, que sa grande intelligence et son -vaste savoir l’eussent rendu apte à remplir; mais ce mot, par fidélité -royaliste et quoiqu’il fût pauvre, il ne voulut jamais le prononcer. - -[413] M. Amédée de Jonquières, qui devait entrer, en novembre 1878, au -noviciat de la Compagnie de Jésus, devenir profès de cette Compagnie le -15 août 1897 et avoir, en 1901, les honneurs de la proscription. - -[414] Sur le tome XIV des _Nouveaux Samedis_. - -[415] Le 23 juin 1877. - -[416] M. Thiers était mort le 3 septembre 1877. - -[417] M. Léon Lavedan était alors directeur de la presse au ministère -de l’Intérieur. - -[418] _Vie de M^{gr} Dupanloup_, par l’abbé F. LAGRANGE, t. III, p. 450. - -[419] _Vie de M^{gr} Dupanloup_, t. III, p. 452. - -[420] Voir ces trois récits dans les _Souvenirs d’un vieux Mélomane_. - -[421] _Nouveaux Samedis_, t. X, p. 334. - -[422] Le _Correspondant_ du 10 juin et du 25 juin 1878. - -[423] Salon de 1850. - -[424] Salon de 1863. - -[425] _Le Correspondant_ du 25 décembre 1878. Article de M. Henri -Lavedan. - -[426] M. Villemain. - -[427] _Nouveaux Samedis_, t. I, p. 164. - -[428] _Les Jeudis de Madame Charbonneau_, p. 71. - -[429] Montalembert était mort le 13 mars 1870; Villemain, le 8 mai; -Prévost-Paradol, le 11 juillet; Prosper Mérimée, le 23 septembre. - -[430] Au printemps de 1870 (les 7 avril et 19 mai), il y avait eu, non -pas un _triple_, mais un quadruple scrutin; MM. Emile Ollivier, Jules -Janin, Xavier Marmier et Duvergier de Hauranne avaient été élus en -remplacement de Lamartine, de Sainte-Beuve, de M. de Pongerville et du -duc Victor de Broglie. Pontmartin n’avait posé sa candidature à aucun -des quatre fauteuils. - -[431] Sur ce voyage de M. de Falloux à Versailles, au mois d’août 1871, -voy. les _Mémoires d’un royaliste_, t. II, p. 469-511. - -[432] Il venait d’être battu, comme candidat au Conseil général, dans -le canton de Villeneuve-lès-Avignon, par un petit avocat d’Uzès, -ex-sous-préfet gambettiste. J’extrais de sa lettre du 6 novembre -ce menu détail: «Les mêmes électeurs qui m’ont repoussé comme trop -aristocrate, trop féodal, c’est-à-dire, j’imagine, trop peu libéral, -ont voté comme un seul homme, pendant la phase impériale, pour un -chambellan qu’ils n’avaient jamais vu: voilà le suffrage universel!» -Voir, sur ce petit épisode électoral, le chapitre XIII, p. 339. - -[433] _Vie de M^{gr} Dupanloup, évêque d’Orléans_, par M. l’abbé F. -LAGRANGE, t. III, p. 245. - -[434] M. Thiers avait été le patron et le principal agent de l’élection -de M. Littré. - -[435] M. Duvergier de Hauranne, élu le 19 mai 1870, en remplacement du -duc Victor de Broglie, n’avait pas encore pris séance; il ne le devait -faire que le 29 février 1872. - -[436] C’est, on le sait, le titre d’un des meilleurs recueils de -Laprade. - -[437] Le tome IX de ses _Nouveaux Samedis_. - -[438] Taine n’avait pas encore publié le premier volume de son -admirable ouvrage sur _les Origines de la France contemporaine_, qui -parut seulement en 1876, et dans lequel il prenait si courageusement -parti pour l’histoire contre la légende. - -[439] L’élection en remplacement de M. de Ségur. Elle eut lieu le -1^{er} mai 1873. - -[440] Voir, ci-dessus, chapitre XIII, p. 352 et suivantes. - -[441] M. Pierre Lebrun était décédé subitement le 27 mai 1873. - -[442] Voir, ci-dessus, chapitre XIII, p. 352.—Sous le pseudonyme de -M. Bourgarel et sous le titre de _Fantaisies et Variations sur le -temps présent_, Pontmartin avait inséré, dans son neuvième volume des -_Nouveaux Samedis_, trois ou quatre chapitres humoristiques publiés au -mois d’octobre 1872 et dont le premier était intitulé: «M. Gambetta, -membre de l’Académie française.» Le discours du récipiendaire est -écrit dans une langue si... gambettiste, qu’après l’avoir entendu, -cinq quarts d’heure durant, les académiciens prodiguent des marques -de l’aliénation mentale la mieux caractérisée: «M. Pingard danse la -pyrrhique; M. de Laprade crie: Vive l’Empereur! M. le duc de Broglie -donne un croc-en-jambe à M^{gr} le duc d’Aumale; M. Duvergier de -Hauranne se croit métamorphosé en pain de sucre, et en offre un morceau -à M. Guizot; M. Dufaure s’habille en Apollon du Belvédère et marivaude -avec les trois Grâces; M. Lebrun demande une valse à M^{me} Mohl; M. -Jules Favre calcule tout haut combien il entre de pouces cubes dans un -moellon, et s’écrie en éclatant de rire: «Pas un!»—M. de Sacy risque -trois calembours indécents; M. Littré dit: _JE CROIS EN DIEU!_ en -quatorze langues différentes; M. Patin fait une déclaration d’amour à -M^{me} Mathusalem; M. Saint-Marc Girardin ôte sa cravate pour y tailler -deux paires de draps; le duc de Noailles jure comme un charretier. A la -fin, M. Cuvillier-Fleury, seul maître de ses sens, propose à l’Académie -de lui lire _Alexandre_, tragédie inédite de feu M. Viennet. Cette -proposition insidieuse met tout le monde en fuite et les immortels se -réveillent sur le pont des Arts, comme s’ils sortaient d’un mauvais -rêve.» (_Nouveaux Samedis_, t. IX, p. 73.) - -[443] Ce volume de Pontmartin avait paru au mois d’avril 1872.—Voir -chapitre XIII, p. 347. - -[444] Le château de Pradine, commune de Grambois (Vaucluse). - -[445] L’élection eut lieu le 29 janvier 1874. Le fauteuil de M. Lebrun -fut attribué à Dumas fils; celui de Saint-Marc Girardin, à M. Mézières; -et celui de Vitet, à M. Caro. - -[446] M. Guizot était mort le 12 octobre 1874. - -[447] Voir ci-dessus chapitre XIV, p. 376. - -[448] L’élection au fauteuil de M. de Loménie eut lieu le 14 novembre -1878. Taine, devenu le candidat de la droite de l’Académie, fut élu par -20 voix sur 26. - -[449] Le château de la Combe de Lancey, appartenant à M. Albert du Boys. - -[450] _Mes Mémoires_, tome II, chapitre 1. - -[451] Depuis le printemps de 1888, un des deux canapés a cédé la place -au très beau buste en marbre du Maître par Antoine Bastet. - -[452] _Souvenirs d’un vieux critique_, t. VII, p. 240. 1886. - -[453] M. Edme Cade, docteur en médecine à Avignon. _Bulletin de -l’Association amicale des anciens élèves de l’Ecole libre Saint-Joseph -d’Avignon._ Juin 1890. - -[454] François-Nicolas-Xavier-Louis BESSON (1821-1888), évêque de -Nîmes de 1875 à 1888. Ses _Sermons_, _Conférences_, _Panégyriques_ et -_Oraisons funèbres_ ne forment pas moins de quinze volumes. On lui -doit en outre la _Vie de M^{gr} Cart_, évêque de Nîmes, la _Vie de M. -l’abbé Besson_, ancien secrétaire général des Affaires ecclésiastiques, -_Montalembert en Franche-Comté_, la _Vie du Cardinal Mathieu_, la -_Vie de M^{gr} Paulinier_, archevêque de Besançon, etc., etc. Sur -M^{gr} Besson, voir _Nouveaux Samedis_, tome XX, et _Souvenirs d’un -vieux critique_, tomes III et VIII.—M^{gr} Besson avait succédé sur le -siège de Nîmes à M^{gr} Plantier, évêque de 1855 à 1875, qui avait, -lui aussi, comblé Pontmartin de prévenances et de marques de vraie -amitié, et en qui l’auteur des _Samedis_ saluait un causeur encore plus -remarquable que l’orateur et l’écrivain. - -[455] Article du 12 octobre 1887.—_Souvenirs d’un vieux critique_, t. -X, p. 278. - -[456] Lettre du 12 janvier 1881. - -[457] L’article de M. Emile, Zola avait paru dans le _Figaro_ du 27 -décembre 1880, sous ce titre: _MONSIEUR LE COMTE_. Voyez la réponse -de Pontmartin au tome I des _Souvenirs d’un vieux critique_, p. 355 -et suivantes. J’en détache seulement ces lignes, où il répond au -triomphant auteur de _Nana_ qui le raillait d’être «un vaincu». - -«Oui, vous êtes un vainqueur; moi, je suis un vaincu, vaincu depuis -cinquante ans, et je m’en fais gloire; vaincu, avec la justice, avec -la vérité, avec le droit, avec l’honneur, avec la lumière, avec la -liberté, avec l’Alsace, avec la Lorraine, avec la France;—je ne dis -pas avec la Religion, plus victorieuse dans ses défaites que dans ses -triomphes; vaincu en bien bonne compagnie, avec les nobles femmes -condamnées à l’amende pour avoir protesté contre des effractions -sacrilèges; vaincu avec les ordres religieux que l’on disperse, avec -les sœurs de Saint-Vincent-de-Paul que l’on expulse, avec les images -sacrées que l’on déchire ou que l’on décroche, avec les Frères de la -doctrine chrétienne que les médecins les moins dévots saluaient comme -des héros pendant le siège et la guerre; vaincu avec les zouaves de -Lamoricière et les zouaves de Charette, avec tout ce qu’il y a, dans -notre malheureux pays, d’honnête, de loyal, de généreux, d’éloquent, -d’illustre, de libéral, de fidèle aux lois immortelles du beau, du vrai -et du bien!» - -[458] _Souvenirs d’un vieux critique_, t. V, p. 220,. 1884. - -[459] Cette lettre n’est pas de la main d’Armand de Pontmartin; elle -fut dictée par lui à son fils. Il en sera de même, à partir de ce -moment, pour la plupart des lettres qu’il m’adressera. - -[460] Le premier volume des _Mémoires_, avec ce sous-titre: _Enfance -et Jeunesse_, parut dans le _Correspondant_ des 10 et 25 septembre, 25 -octobre, 25 novembre et 25 décembre 1881. - -[461] Ce second volume parut dans le _Correspondant_ des 25 novembre, -10 et 25 décembre 1885, 10 janvier, 10 et 25 février 1886. - -[462] Voir ci-dessus, chapitre IV, p. 82, et chapitre V, p. 98. - -[463] Voir ci-dessus chapitre XII, p. 312. - -[464] _Mes Mémoires_, t. II, p. 218. - -[465] _Correspondance de Jules Janin_, p. 265. - -[466] Livraison du 25 décembre 1885. - -[467] Dans le _Correspondant_ du 10 janvier 1886. - -[468] _Le Correspondant_ du 10 septembre 1888. - -[469] _Derniers Samedis_, t. III, p. 55. - -[470] Le numéro _mille_ des _Samedis_ de la _Gazette de France_, qui -eux-mêmes faisaient suite aux Semaines littéraires de l’_Assemblée -nationale_, du _Spectateur_ et de l’_Union_. - -[471] Il avait pour sujet la publication de M^{me} Charles Lenormant: -LE TEMPS PASSÉ. _Mélanges de Critique littéraire et de Morale par M. -et M^{me} Guizot._ Pontmartin ne l’a pas recueilli dans ses volumes de -Causeries. - -[472] Joseph ROUMANILLE (1818-1891), né à Saint-Rémy de Provence -d’une famille de jardiniers, mort libraire à Avignon. Catholique -et royaliste, il a publié, sous la seconde République, en langue -provençale, de merveilleux dialogues en prose pour la défense -religieuse et sociale, _le Choléra_, _les Clubs_, _un Rouge et un -Blanc_, _les Partageux_, _la Férigoulo_ (c’est-à-dire le thym, emblème -du parti rouge), _les Prêtres_, etc. Plus tard, sous la troisième -République, il a fait, dans le même genre, _les Enterre-Chiens_; -l’apostolat est resté identique; mais la verve a baissé. A la même -époque que les premiers dialogues appartiennent les poésies, les -_Marguerites_, les _Songeuses_, _la Part du bon Dieu_, les _Fleurs de -songe_, et aussi un recueil de _Noëls_, œuvres exquises de sentiment, -simples de forme, et qui conservent absolument la note populaire, -quoique l’auteur soit un vrai lettré et même un humaniste. - -[473] Augustin CANRON (1829-1888), né et mort à Avignon, n’a guère vécu -ailleurs et se serait senti dépaysé partout, sauf dans les deux Romes, -celle du Rhône et celle du Tibre. Il était le principal rédacteur de -l’_Union de Vaucluse_. Son instruction était grande en toutes choses, -mais, en histoire locale, elle était prodigieuse. Il avait déchiffré et -classé tous les manuscrits de la région. Sa verve était à la hauteur -de sa science, et quelquefois même elle lui nuisait: on l’accusait, à -l’occasion, d’avoir inventé ce qu’il avait véritablement découvert. -Catholique ardent, liturgiste consommé, sa piété très italienne -n’excluait pas une grande liberté de langage quand il s’agissait de -juger les évêques et les curés dans leurs rapports avec le pouvoir -civil. En somme, personnage très intéressant, et peut-être encore plus -amusant. Il avait le mérite de conserver une inaltérable gaieté au -milieu d’une existence qui n’était qu’une lutte contre la pauvreté. Peu -d’hommes ont plus honoré que lui, par son talent, son désintéressement -et sa fidélité, la presse monarchique de province. - -[474] Voir l’_Appendice_, à la fin du volume. - -[475] Le P. Victor DELAPORTE, né le 6 novembre 1846 à Saint-Vandrille -(Orne). Ses deux volumes de _Récits et légendes_ ont eu onze éditions. -Une troisième série, _A travers les âges_, a obtenu un égal succès. -On lui doit aussi des drames en vers, _Loc’h Maria_, _Saint Louis_, -_Tolbiac_, _Pour l’Honneur_, _Patria_, etc., ainsi que plusieurs -volumes de critique littéraire: _Du Merveilleux dans la littérature -française sous le règne de Louis XIV_; _L’Art poétique de Boileau_, -commenté par Boileau et ses contemporains; les _Études et Causeries -littéraires_, etc. - -[476] _Causeries littéraires_, 3 volumes; _Causeries du Samedi_, 3 -vol.; _Semaines littéraires_, 3 vol.; _Nouveaux Samedis_, 20 vol.; -_Souvenirs d’un vieux critique_, 8 volumes. - -[477] _Souvenirs d’un vieux critique_, tomes IX et X; _Derniers -Samedis_, 3 volumes. - -[478] Notice sur Armand de Pontmartin, en tête des _Épisodes -littéraires_. - -[479] _Nouveaux Samedis_, t. IX, p. 317. - -[480] _Souvenirs d’un vieux critique_, t. V, p. 178. - -[481] _Souvenirs d’un vieux critique_, t. X, p. 197. - -[482] La comtesse Diane de Beausacq. - -[483] _Souvenirs d’un vieux critique_, t. V, p. 132. - -[484] _Nouveaux Samedis_, t. IV, p. 211. - -[485] _Souvenirs d’un vieux critique_, t. II, p. 296. - -[486] _Semaines littéraires_, t. II, p. 333. - -[487] _Nouveaux Samedis_, t. VIII, p. 330. - -[488] _Nouveaux Samedis_, t. XVII, p. 155. - -[489] _Nouveaux Samedis_, t. XIX, p. 362. - -[490] _Nouveaux Samedis_, t. XX, p. 1. - -[491] _Nouveaux Samedis_, t. XIX. p. 227. - -[492] _Nouveaux Samedis_, t. XII, p. 1. - -[493] _Nouveaux Samedis_, t. XVII, p. 279. - -[494] _Souvenirs d’un vieux critique_, t. VIII, p. 1. - -[495] _Nouveaux Samedis_, t. III, p. 267. - -[496] _Causeries littéraires._—_Semaines littéraires._—_Nouveaux -Samedis._ - -[497] Voir ci-dessus, page 369. - -[498] _Géorgiques_, livre IV. - -[499] Le livre fut saisi, et, pour arrêter les poursuites, il ne fallut -rien moins que l’intervention de Gambetta. Je lis, à ce sujet, dans -une lettre de Pontmartin à M. Jules Claretie, du 3 janvier 1875: «Que -dites-vous de l’ami Barbey? Cette fois, c’est trop fort. Quand je -conseillais la tolérance à ce fougueux absolutiste, je ne m’attendais -pas à le voir conduire Joseph de Maistre dans une de ces maisons qui -empruntent leur sous-titre à la plus belle des vertus chrétiennes. -C’est dommage, car à ne juger son livre qu’en artiste, avec le -dilettantisme impassible qu’on apporterait, par exemple, au musée -secret de Naples, ce diable d’homme—66 ans—n’avait jamais rien fait de -si fort. _Le Rideau cramoisi_, _Une Vengeance de femme_, et surtout _Un -Dîner d’Athées_, sont trois magnifiques cantharides. Figurez-vous qu’au -moment où j’ai appris la saisie, j’allais en parler, et je comptais -plaider la _Possession_, comme on l’entendait au Moyen Age.» - -[500] Pontmartin m’écrivait, des Angles, le 4 décembre 1879: «A peine -avais-je fait partir ma dernière lettre, que je me suis reproché de -vous avoir parlé de M. Barbey d’Aurevilly avec cette amertume et de ce -ton tranchant qui me va si mal. Royalistes et catholiques, la charité -chrétienne est pour nous, en pareil cas, non seulement une vertu, mais -une habileté, en face de tant d’ennemis acharnés contre nos croyances. -Mes bonnes résolutions ont persisté... 24 heures. Un de mes amis -avignonnais, vieux, spirituel et lettré, est venu me voir, levant les -yeux au ciel, agitant un journal au-dessus de sa tête, se livrant à une -pantomime qui traduisait le: «Où allons-nous?» de J. Prudhomme. C’était -un n^o de _Paris-Journal_ (21 novembre), renfermant un feuilleton de -B. d’Aur... sur _le Mariage de Figaro_. Mon ami, après m’avoir demandé -une tasse de tilleul pour calmer ses nerfs, m’a lu le passage suivant: -«En regardant M^{lle} Reichenberg, en voyant, à _genoux_, aux _pieds_ -de la comtesse, ces _jambes_ de femme qui ont leur _sexe_, je pensais -aux _jambes_ sans sexe qu’il faudrait (je ne note que des indigences) -à cette charmante et incertaine créature d’entre les deux _sexes_, -qui s’appelle Chérubin; je songeais à ces jambes _si voluptueusement -hermaphrodites_(!!) que Raphaël donne à ses _archanges_, et que montre -en ce moment à tout Paris cette merveille d’Emma Juteau, _l’acrobate_ -du Cirque.» Pas de commentaires, cher ami; mais encore un remerciement -et une cordialissime poignée de main.»—Ce jour-là, on le pense bien, je -n’essayai même pas de plaider les circonstances atténuantes en faveur -de Barbey d’Aurevilly. - -[501] Lettre du 24 octobre 1879. - -[502] François-Victor FOURNEL (1829-1894), érudit, critique et -romancier; ses principaux ouvrages sont: _les Contemporains de -Molière_, _la Littérature indépendante_, _les Rues du vieux Paris_, -_l’Ancêtre_, _le Roman d’un père_, _Esquisses et croquis parisiens_. - -[503] Lettre du 1^{er} novembre 1865. - -[504] Cuvillier-Fleury demeurait à Passy, avenue Raphaël, 4. - -[505] _Journal des Débats_ du 28 novembre 1897. - -[506] Parce qu’il était Nimois et aussi parce qu’il a beaucoup de -talent et qu’il est un parfait galant homme, M. Gaston Boissier est -un des écrivains dont Pontmartin a toujours parlé avec le plus de -sympathie. Voy. _Nouveaux Samedis_, t. III. - -[507] Voici les titres des sept nouvelles qui composent ce volume: _les -Feux de paille_; _le Point d’orgue tragique_; _l’Impasse_; _English -Spoken_; _la Veillée_; _la Véritable auberge des Adrets_; _Rachel à -trois époques_. - -[508] Lettre du 11 novembre 1886. - -[509] Les _Épisodes littéraires_ ont paru dans le _Correspondant_ des -25 octobre, 10 et 25 novembre, 10 et 25 décembre 1889, 10 janvier et 10 -mai 1890. - -[510] Ci-dessus chapitre VII, p. 130. - -[511] Il fut publié dans la _Gazette de France_ du 23 mars.—Au moment -de sa mort (29 mars), Pontmartin avait _dix-huit_ articles d’avance aux -bureaux de la _Gazette_. Ils parurent sans interruption pendant quatre -mois. Le dernier, publié le 2 août 1890, est consacré au volume de M. -Henry Houssaye sur _Aspasie, Cléopâtre, -Théodora_. On le trouvera au tome I des _Derniers Samedis_; il est daté -du 8 mars 1890.] - -[512] _Derniers Samedis_, t. II, p. 372. - -[513] _Nouveaux Samedis_, t. I, p. 114. - -[514] _Notice sur Armand de Pontmartin._ - -[515] Le R. P. Elie Bonnet, de la Compagnie de Jésus. Il avait été -aumônier militaire en Algérie, puis à Avignon pendant les cinq ou six -ans où nos garnisons eurent des aumôniers. Il est mort au collège de -Mongré (Rhône) en mars 1895. - -[516] Le 19 mars.—_Joseph_ était l’un de ses prénoms, et aussi celui de -l’oncle qui l’avait tant aimé. - -[517] _Bulletin de l’Association amicale des anciens élèves de l’École -libre de Saint-Joseph d’Avignon._ Juin 1890. - -[518] 28 mars. - -[519] Lettre du 2 avril 1890. - -[520] Ci-dessus, page 458. - - - - - - - - -End of the Project Gutenberg EBook of Armand de Pontmartin, sa vie et ses -oeuvres 1811-1890, by Edmond Biré - -*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK ARMAND DE PONTMARTIN *** - -***** This file should be named 50930-0.txt or 50930-0.zip ***** -This and all associated files of various formats will be found in: - http://www.gutenberg.org/5/0/9/3/50930/ - -Produced by Giovanni Fini, Clarity and the Online -Distributed Proofreading Team at http://www.pgdp.net (This -file was produced from images generously made available -by The Internet Archive/Canadian Libraries) - -Updated editions will replace the previous one--the old editions will -be renamed. - -Creating the works from print editions not protected by U.S. copyright -law means that no one owns a United States copyright in these works, -so the Foundation (and you!) can copy and distribute it in the United -States without permission and without paying copyright -royalties. 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