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-The Project Gutenberg EBook of Armand de Pontmartin, sa vie et ses oeuvres
-1811-1890, by Edmond Biré
-
-This eBook is for the use of anyone anywhere in the United States and most
-other parts of the world at no cost and with almost no restrictions
-whatsoever. You may copy it, give it away or re-use it under the terms of
-the Project Gutenberg License included with this eBook or online at
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-
-Title: Armand de Pontmartin, sa vie et ses oeuvres 1811-1890
-
-Author: Edmond Biré
-
-Release Date: January 15, 2016 [EBook #50930]
-
-Language: French
-
-Character set encoding: UTF-8
-
-*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK ARMAND DE PONTMARTIN ***
-
-
-
-
-Produced by Giovanni Fini, Clarity and the Online
-Distributed Proofreading Team at http://www.pgdp.net (This
-file was produced from images generously made available
-by The Internet Archive/Canadian Libraries)
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-
- NOTES SUR LA TRANSCRIPTION:
-
-—Les erreurs clairement introduites par le typographe ont été corrigées.
-
-—On a conservé l’orthographie de l’original, incluant ses variantes.
-
-—Les lettres écrites au-dessus ont étées representées ainsi: a^b et
- a^{bc}.
-
-
-
-
- ARMAND DE PONTMARTIN
-
- SA VIE ET SES ŒUVRES
-
- 1811-1890
-
-[Illustration]
-
-
-
-
- EDMOND BIRÉ
-
- ARMAND DE PONTMARTIN
-
- SA VIE ET SES ŒUVRES
-
- 1811-1890
-
- PARIS
-
- GARNIER FRÈRES, LIBRAIRES-ÉDITEURS
-
- 6, RUE DES SAINTS-PÈRES, 6
-
- 1904
-
-
-
-
-_PRÉFACE_
-
-
-_Très nombreux sont les documents que j’ai eus à ma disposition
-pour écrire ce volume. Dans ses_ Mémoires, _Pontmartin a fait à
-l’imagination une part peut-être trop large; ils n’en sont pas
-moins très sincères et demeurent, pour son biographe, une source
-précieuse de renseignements. Les souvenirs abondent, et cette fois
-presque toujours très exacts, dans ses Causeries littéraires, et en
-particulier dans les vingt volumes des_ Nouveaux Samedis _et dans les
-dix volumes des_ Souvenirs d’un vieux critique. _Mais c’est surtout
-sa Correspondance qui m’a été d’un puissant secours. Outre quelles
-sont charmantes,—on le verra bien,—ses lettres, écrites de premier
-jet, toujours sous l’impression du moment, nous apprennent tout de sa
-vie, de son caractère, de ses sentiments. Il a écrit là, au jour le
-jour, ses vrais Mémoires. Aux lettres que, pendant plus de trente ans,
-il n’avait cessé de m’adresser et où il ne taisait rien de ses joies
-et de ses deuils, de ses succès et de ses mécomptes, sont venues se
-joindre d’autres correspondances, celles qu’il entretenait avec Joseph
-Autran, Victor de Laprade, Cuvillier-Fleury, Alfred Nettement, Jules
-Claretie. La communication m’en a été libéralement accordée par M^{me}
-et M. Jacques Normand, fille et gendre d’Autran, par MM. Victor et Paul
-de Laprade, par M^{me} Victor Tiby, fille de Cuvillier-Fleury, par
-M^{lle} Marie-Alfred Nettement, par M. Claretie. Que tous reçoivent
-ici l’expression de ma profonde gratitude! Mon livre, cependant, eût
-été incomplet si je n’avais eu l’aide, précieuse entre toutes, de
-M. Henri de Pontmartin, qui m’a soutenu de ses conseils et qui m’a
-si gracieusement ouvert le trésor de ses souvenirs. Qu’il en soit
-particulièrement remercié!_
-
-_J’ai été l’ami d’Armand de Pontmartin: l’affection et la
-reconnaissance ont-elles influencé mes jugements? M’ont-elles conduit à
-parler de lui et de ses œuvres avec trop de faveur? Je ne le crois pas.
-Comme l’abbé de Féletz, qui venait de louer un de ses amis, je crois
-être en droit de dire: «L’amitié que j’ai pour lui n’a point enflé les
-éloges que je lui ai donnés; elle n’a pas dû m’empêcher de lui rendre
-justice: elle a fait seulement que je lui ai donné ces éloges et rendu
-cette justice avec plus de plaisir[1].»_
-
-
-
-
-ARMAND DE PONTMARTIN
-
-
-
-
-CHAPITRE PREMIER
-
-LA FAMILLE ET L’ENFANCE
-
-(1811-1823)
-
- Les _Ferrar_. Le traducteur du Tasse. Le comte Joseph-Antoine et
- _Monsieur des Angles_. L’Émigration. En Ukraine.—Retour aux Angles.
- L’_Oncle Joseph_. M. Eugène de Pontmartin et M^{lle} Émilie de Cambis.
- La marquise de Guerry et _les Trois Veuves_.—Naissance d’Armand de
- Pontmartin. L’hôtel de Calvière et Mademoiselle de Sombreuil. La
- Mission de 1819 et le voyage de la duchesse d’Angoulême. Virgile et M.
- Ract-Madoux.
-
-
-I
-
-Armand de Pontmartin n’a jamais voulu être autre chose qu’un
-écrivain, un homme de lettres. Rien ne lui était plus déplaisant que
-de s’entendre appeler _Monsieur le Comte!_ Démocrate, il ne l’était
-guère; cela ne l’empêchait pas d’avoir en horreur les généalogies et
-tout ce qui ressemblait à des préoccupations aristocratiques. Que de
-fois il s’est égayé à propos d’écrivains-gentilshommes qui, dans leurs
-_Mémoires_, commencent par déclarer avec fracas qu’ils n’admettent
-d’autre distinction que celles de l’intelligence, et qui, ensuite, ne
-nous font grâce, ni d’un quartier, ni d’un détail héraldique! Le jour
-où, sur mes instances, il consentit enfin à écrire ses Mémoires, ses
-souvenirs d’enfance et de jeunesse, il évita soigneusement de parler de
-ses _ancêtres_; des origines et de l’ancienneté de sa famille, il ne
-dit pas un mot. Je n’ai pas le droit d’être aussi discret que lui. Le
-premier devoir d’un biographe est de replacer dans son _milieu_ celui
-dont il écrit la vie, de faire connaître ses parents, de remonter au
-moins à deux ou trois générations en arrière.
-
- * * * * *
-
-Le nom patronymique des Pontmartin est _Ferrar_ et se montre d’abord
-à Avignon sous Henri IV. Les Ferrar étaient sans doute d’origine
-italienne, comme tant d’autres familles avignonnaises; ce qui le
-ferait croire, c’est cette orthographe d’un nom en _ar_ sans autre
-consonne finale, qui semble une transcription littérale du nom
-italien _Ferrari_. Sous Louis XIII, un Ferrar va d’Avignon s’établir
-à Montpellier, où il acquiert le titre et remplit les fonctions de
-Conseiller à la Cour des comptes, aides et finances de cette ville. Cet
-office devint héréditaire dans la famille et se transmit d’aîné en aîné
-jusqu’à la fin du XVIII^e siècle. La branche aînée possédait aussi le
-domaine de Pontmartin[2], acquis en 1625.
-
-Suivant l’usage des familles parlementaires, les aînés, tout en
-possédant ce domaine, érigé pour eux en seigneurie en 1644, n’en
-portaient pas le nom et s’appelaient Messieurs de Ferrar; ils
-laissaient prendre ce nom à leurs cadets, dépourvus de tout apanage. Un
-de ces conseillers, Antoine, traduisit, non sans succès, la _Jérusalem
-délivrée_, du Tasse, ce qui lui a valu de figurer dans la _Biographie
-universelle_ de Michaud[3]. La branche aînée s’éteignit à l’époque de
-la Révolution et les trois filles du dernier représentant de cette
-branche vendirent au père de l’écrivain, en 1813, le domaine de
-Pontmartin.
-
-Tandis que les aînés conservaient avec soin leur office de judicature,
-les cadets se tournaient du côté des armes. Le traducteur du Tasse
-avait un frère officier. Un autre de ses frères, son successeur
-dans sa charge (car lui-même mourut sans être marié), eut deux
-fils officiers, outre l’aîné qui, bien entendu, se réserva pour la
-magistrature. L’un devint général au service de l’Espagne et mourut,
-vers 1750, gouverneur de Lérida. L’autre, Antoine, qui porta toujours
-le double nom de Ferrar de Pontmartin, fit la campagne d’Espagne sous
-le Régent comme capitaine au régiment de Rouergue: forcé par une
-blessure de quitter le service actif, il fut nommé directeur général
-des fortifications du Roussillon. Il mourut à Perpignan, en 1748,
-laissant un fils âgé de quatre ans, Joseph-Antoine. Sa veuve n’eut
-pour toute ressource qu’une pension de deux cents livres et traversa
-quelques années de cruelle misère; mais en 1753 elle eut le bonheur
-de faire admettre son fils à l’École militaire, récemment fondée à
-Paris. Joseph-Antoine (ce fut le grand-père d’Armand de Pontmartin)
-eut une carrière militaire extrêmement brillante. C’était un homme
-superbe, un cavalier incomparable, dont il est fait mention dans
-plusieurs ouvrages du temps. Sorti de l’école à seize ans, en 1760, il
-fit les dernières campagnes de la guerre de Sept Ans. Son avancement
-fut rapide. Il était en 1780 mestre de camp commandant le régiment
-Commissaire-général-cavalerie, chevalier de Saint-Louis, titré de comte
-dans ses brevets. Lieutenant des gardes du corps en 1784, il n’avait
-que quarante-cinq ans en 1789 et pouvait espérer arriver plus haut. La
-Révolution brisa sa carrière. Il devait devenir plus tard maréchal de
-camp, mais seulement en 1798, pendant l’émigration, et en vertu d’un
-brevet daté de Blankenbourg et signé par le roi de France en exil.
-
-En 1781, son grade de mestre de camp, et peut-être aussi sa belle
-prestance lui avaient valu de faire un mariage qui, de la situation
-d’officier sans fortune, l’avait fait passer à celle de grand
-propriétaire. Il avait épousé, le 20 mars 1781, dans l’église du
-village des Angles[4], Jeanne-Thérèse Calvet des Angles, d’une famille
-de bonne bourgeoisie avignonnaise; son père était capitaine au régiment
-de Guienne et chevalier de Saint-Louis; sa mère était fille d’un
-bâtonnier des avocats au Parlement de Paris. Elle était l’héritière du
-domaine des Angles et même de la seigneurie de ce nom, acquise par son
-oncle, l’homme important de la famille, _Monsieur des Angles_, comme on
-l’appelle, celui qui bâtit la maison où a vécu et où est mort Armand de
-Pontmartin.
-
-Elle eut deux fils, Joseph, né le 12 janvier 1782, et Eugène, né le 6
-février 1783. Devenus presque aussitôt orphelins, M^{me} de Pontmartin
-étant morte à vingt-sept ans des suites de sa seconde couche; privés de
-la présence de leur père que sa carrière retenait dans de lointaines
-garnisons, Valenciennes d’abord, puis Versailles, les deux enfants
-trouvèrent une seconde mère dans une cousine de celle qu’ils avaient
-perdue, personne d’une exquise bonté, qui se dévoua à eux et ne les
-quitta plus.
-
-
-II
-
-A la fin de 1791, M. de Pontmartin émigra en Suisse et s’établit
-provisoirement à Vevey, où ses fils allèrent le rejoindre. De là,
-on alla à Soleure, où les enfants passèrent deux ans au collège des
-Oratoriens de Bellelay. Ils y prirent le goût des lettres, en dépit de
-dures privations, souffrant du froid et même un peu de la faim. Les
-maîtres étaient comme eux des émigrés, dénués de toutes ressources. Au
-printemps de 1793, la famille est à Vienne, d’où elle passe bientôt
-en Pologne, puis en Ukraine, dans un domaine rural appele Boubenoska.
-Un peu plus tard, on se fixe à Tulczin, toujours en Ukraine. Dans
-cette petite ville de la Russie polonaise, nos émigrés retrouvent
-comme un petit coin de France, où l’ancien lieutenant des gardes du
-corps essaie par moments d’oublier ses peines en ravivant les douces
-et mélancoliques images de Versailles et de Trianon. Il y avait là,
-en effet, presque tous les Polignac, la comtesse Diane, non pas la
-brillante amie de la reine Marie-Antoinette, mais sa belle-sœur, non
-mariée, et avec elle ses trois neveux, Jules, Armand et Melchior
-de Polignac, qui se lièrent étroitement avec Joseph et Eugène de
-Pontmartin.
-
-Faisant contre fortune bon cœur, les pauvres émigrés avaient organisé
-chez le comte Vincent Potocki, au château de Kovalovka, une troupe de
-comédie et d’opéra-comique; on jouait _Nina ou la Folle par amour_,
-_Zémire et Azor_, _le Déserteur_, _Richard Cœur de Lion_. On jouait
-aussi les pièces d’un membre de la colonie, l’abbé Chalenton. Lorsque
-Armand de Pontmartin arriva à Paris, en octobre 1823, pour faire ses
-classes, l’abbé Chalenton vivait encore. Il venait voir souvent les
-Pontmartin, et il déclara un jour que notre collégien aurait des prix
-de mémoire, parce que celui-ci venait de lui réciter toute une tirade
-de sa comédie de _Monsieur de Porcalaise_ ou _le Gourmand_, composée
-tout exprès pour être représentée sur le théâtre de Kovalovka. Il y en
-avait trois comme celle-là, et l’abbé les avait recueillies dans un
-volume, sous ce pseudonyme: _Par un nouveau Sarmate_.
-
-Une voisine de Kovalovka, la comtesse Moczinska, très riche, mais
-d’une noblesse inférieure à celle des Potocki, avait offert la plus
-généreuse hospitalité à M. de Pontmartin et à ses deux fils. Un jour,
-le voyant découragé par les lenteurs des années d’exil, elle lui dit:
-«Vous retournerez en France; vous rentrerez dans votre maison; moi,
-j’irai vous faire une visite, et vous demander l’hospitalité que je
-suis si heureuse de vous offrir.» Son âge et l’état de l’Europe et
-de la France, à la veille du 18 Brumaire, rendaient sa prédiction
-bien invraisemblable. Pourtant, elle arriva, fidèle à sa promesse, en
-avril 1803, avec une suite nombreuse où figurait un jeune médecin,
-qui fut plus tard le célèbre docteur Double[5], membre de l’Académie
-des sciences, père de Léopold Double, le fameux collectionneur, et
-beau-père du non moins fameux Libri, qui collectionnait, lui aussi, à
-sa façon.
-
-Chez la comtesse Moczinska, M. de Pontmartin fit connaissance avec
-Souvarow, qui lui offrit un grade de général dans l’armée russe:
-il opposa à toutes les instances qui lui furent faites un refus
-inébranlable.
-
-En 1801, il rentra en France, mais il ne voulut pas quitter l’Ukraine
-avant d’avoir épousé la compagne de son émigration, la seconde mère de
-ses enfants. Ce mariage fut célébré à Tulczin, le 17 mars 1801, sur une
-permission accordée en latin et en polonais par l’évêque de Kaminiec.
-
-On retrouva la propriété des Angles intacte; c’était un bien
-de mineurs, et ces mineurs n’avaient pas été considérés comme
-volontairement émigrés. Même la belle allée de marronniers, qui devait
-presque jouer un rôle dans la vie littéraire de l’auteur des _Samedis_,
-avait été sauvée par le dévouement d’un fermier. M. de Pontmartin
-envoya alors ses fils à Paris pour y compléter des études que tant de
-déplacements et de hasards avaient dû singulièrement contrarier. Il
-mourut aux Angles le 3 août 1806. Sa veuve, qui lui survécut jusqu’en
-1824, eut le temps de connaître et de combler de gâteries maternelles
-cet Armand qu’elle considérait comme son petit-fils et qui, au terme de
-sa vie, parlait encore avec une tendre reconnaissance de celle que ses
-parents et lui n’avaient jamais appelée que _Tatan-Bonne_.
-
-
-III
-
-Des deux fils de l’ancien émigré, l’aîné ne se maria point; il ne
-devait être, toute sa vie, que l’_oncle Joseph_. Très bel enfant en
-naissant, il éprouva pendant les jours de trouble qui suivirent la mort
-de sa mère un accident qui le rendit contrefait. L’oncle Joseph était
-donc bossu et d’une santé excessivement délicate. Mais ni cette épreuve
-ni toutes celles qu’il subit pendant l’émigration n’avaient altéré son
-humeur. Personne n’eut plus d’entrain, plus de bonne grâce dans les
-relations mondaines, une plus souriante bonté. Il avait cédé tous les
-droits du chef de famille à son frère, dont il ne se sépara d’ailleurs
-jamais. Quand il eut un neveu, on peut deviner de quelle affection il
-l’entoura et avec quel soin il s’occupa de son éducation: il fut son
-premier maître, l’initia au latin et au grec, et aussi à la chasse et
-au dessin, ses deux passions. L’oncle Joseph avait fait ses études à
-bâtons rompus, mais il avait conservé le goût des humanités; il s’y
-remit avec ardeur quand vinrent les années de collège d’Armand; bref,
-quand l’oncle et le neveu se trouvaient, par hasard, éloignés l’un de
-l’autre durant quelques semaines, ils s’écrivaient presque chaque jour,
-mais leur correspondance ne s’échangeait qu’en vers latins! Humaniste
-émérite, botaniste distingué, M. Joseph de Pontmartin était, en outre,
-un paysagiste de talent, et la peinture était, avec l’éducation de
-son neveu, la principale occupation de sa vie. Les vues prises par
-lui d’après nature dans ses promenades et ses voyages forment un
-album d’aquarelles et de sépias, qui sont, non d’un simple amateur,
-mais d’un véritable artiste. A l’huile, il pratiqua malheureusement
-un genre aujourd’hui démodé, le _paysage composé_: Corot n’était pas
-encore venu! Néanmoins, le genre une fois admis, on trouve à ces petits
-tableaux de sérieuses qualités. Leur auteur savait son métier. S’il lui
-avait pris fantaisie, aux environs de 1825, d’envoyer ses paysages au
-Salon de peinture, ils n’auraient pas fait trop mauvaise figure à côté
-des toiles de Bidault et de Jean-Victor Bertin. L’oncle Joseph eut le
-chagrin de survivre à son frère; il mourut à Paris, où il avait suivi
-sa belle-sœur et son neveu, le 13 janvier 1832, le lendemain du jour où
-il avait eu cinquante ans.
-
-Son frère, Castor-Louis-Eugène, qui le suivit d’un an dans la vie et
-le précéda d’un an dans la mort, avait hérité de la haute taille et de
-la belle figure de leur père. Il avait tout près de six pieds, et son
-fils, si grand pourtant, paraissait petit à côté de lui. Eugène avait
-la plupart des goûts et des aptitudes de l’oncle Joseph, sauf qu’il
-négligeait l’aquarelle et le paysage composé pour se livrer à l’étude
-de la philosophie. Comme lui, il s’occupa avec un intérêt passionné des
-études classiques de son cher Armand; mais il n’avait pas le caractère
-enjoué de son frère. Malgré une bonté et une douceur sans bornes,
-il eut toujours quelque chose de mélancolique, comme s’il eût prévu
-qu’il était destiné à mourir à quarante-huit ans, de celle de toutes
-les maladies qui porte le plus à la tristesse, un cancer à l’estomac.
-Sa piété était austère, avec peut-être une nuance de jansénisme
-inconscient. Il n’allait au théâtre que pour voir de loin en loin jouer
-une tragédie. Une seule fois, il y alla pour une comédie, l’_École
-des Vieillards_[6], de Casimir Delavigne, et encore savait-il qu’il y
-retrouverait Talma. Si plus tard il lui arriva de se relâcher de cette
-rigueur, c’était afin d’accompagner, pour le récompenser de ses succès,
-son fils qui a toujours été un peu réfractaire à la tragédie. De tous
-ceux que j’ai nommés ou nommerai dans ces pages, celui-là était sans
-doute le meilleur, et je n’oublierai jamais avec quelle affectueuse
-vénération son fils parlait de lui.
-
-En décembre 1807, à vingt-quatre ans, il épousa à Montpellier
-Émilie de Cambis, qui avait vingt ans. La famille de Cambis, venue
-de Florence au XV^e siècle, tenait le premier rang à Avignon, soit
-par les fonctions qu’elle y exerçait au nom du Pape, soit par sa
-popularité presque égale à celle des Crillon, soit par tous les
-serviteurs distingués qu’elle avait donnés à la France, en vertu du
-privilège de _régnicoles_ accordé par François I^{er} aux habitants
-d’Avignon et du Comtat. Ce mariage présentait, au point de vue des
-idées aristocratiques, une certaine disproportion; mais la belle mine,
-la vertu et la fortune relative du marié équivalaient à un supplément
-de parchemins; d’ailleurs, au lendemain de la Révolution et de ses
-ruines, on devait se montrer moins exigeant qu’on ne l’eût été vingt
-ans plus tôt. M^{lle} de Cambis était petite, avec de gros traits, un
-teint bilieux qui lui était commun avec son frère, le futur pair de
-France; mais, par ses qualités morales, sa haute intelligence, son
-instruction, c’était une femme supérieure. Quelles que fussent les
-charmantes qualités d’esprit de son mari et de son beau-frère, comme
-on le voit presque toujours quand on étudie les origines des hommes de
-talent, c’est de sa mère qu’Armand de Pontmartin tenait ses brillantes
-facultés comme les traits de son visage; de son père il n’avait gardé
-que la haute taille.
-
-Émilie de Cambis avait, comme son mari, passé par bien des épreuves.
-Née à Avignon, elle avait été emmenée à Chartres par son père, Henri de
-Cambis d’Orsan, marquis de Lagnes, colonel de dragons, qui fuyait les
-excès de la Révolution. A Chartres, il fut mis en prison et y mourut le
-5 janvier 1793; le procès du Roi et la perspective du sort réservé à
-l’auguste victime lui avaient porté un coup dont il ne put se relever.
-Sa veuve, Augustine de Grave, se retira alors à Montpellier, son pays
-natal, avec ses trois enfants, Henriette, Auguste et Émilie, qui,
-admirablement doués tous les trois, firent ensemble et presque sans
-maîtres des études exceptionnellement approfondies. M^{me} de Cambis
-avait deux frères: l’aîné, le marquis de Grave, capitaine au régiment
-d’Hervilly, fut tué à Quiberon le 21 juillet 1795; le second, le
-chevalier de Grave, plus tard marquis, fut pendant quelques semaines,
-du 10 mars au 8 mai 1792, ministre de la Guerre du roi Louis XVI.
-Décrété d’accusation le 27 août 1792, il se réfugia en Angleterre,
-d’où il ne revint qu’en 1804. Louis XVIII le nomma pair de France
-le 17 août 1815. Il mourut sans enfants le 16 janvier 1823[7]. Son
-frère avait laissé une fille, qui épousa sous l’Empire le marquis de
-Guerry, Vendéen de race et de sentiments, et qui ne tarda pas à devenir
-veuve, son mari ayant été tué lors de la prise d’armes de 1815. Ce
-beau-père fusillé à Quiberon, ce gendre tué au combat des Mathes, il
-me semble bien les avoir déjà rencontrés quelque part. Ajoutez-y par
-l’imagination une troisième génération qui sera la dernière, un autre
-Vendéen mourant, lui aussi, pour le Roi, à la Pénissière, en 1832, et
-vous avez les _Trois Veuves_[8], une des premières et l’une des plus
-remarquables nouvelles d’Armand de Pontmartin. J’ai toujours pensé que
-ce petit récit était né du souvenir des morts héroïques qui avaient
-voué M^{me} de Guerry à un deuil éternel. Cette tragique histoire d’une
-cousine germaine de sa mère, contée souvent à la veillée, avait dû lui
-causer une ineffaçable impression[9].
-
-M^{me} de Cambis, revenue à Montpellier, comme je l’ai dit, après
-avoir perdu son mari, vécut dans cette ville jusqu’à sa mort, en
-1821. Armand, dans ses jeunes années, fut souvent conduit en visite
-chez cette vénérable et très vénérée aïeule. L’aînée de ses filles,
-Henriette, une sainte, avait épousé, en 1798, un Cambis d’une autre
-branche, habitant les Cévennes; elle eut cinq enfants, cousins germains
-et amis d’enfance de Pontmartin. Tous l’ont précédée dans la tombe;
-le dernier disparu est l’abbé Adalbert de Cambis, longtemps premier
-vicaire de Saint-Sulpice, mort en 1879.
-
-
-IV
-
-Jamais ménage ne fut plus uni que celui de M. et de M^{me} Eugène de
-Pontmartin; ils avaient les mêmes goûts, les mêmes sentiments, les
-mêmes vertus austères. M^{me} de Pontmartin n’alla jamais au théâtre.
-Elle lisait et relisait sans cesse les grands écrivains religieux du
-XVII^e siècle, Bossuet, Bourdaloue, Massillon. Elle a aimé ardemment
-son fils, l’a trop gâté peut-être. Entre eux, l’intimité fut toujours
-grande; toujours il lui fut doux de parler d’elle et d’évoquer son
-image. Je ne sais pourtant s’il n’y avait point, dans la voix de
-Pontmartin, plus d’émotion encore, plus d’infinie tendresse, quand il
-parlait de son père et de l’_oncle Joseph_; c’est qu’aussi on ne trouve
-pas facilement d’autres _bontés_ comme celles-là.
-
-M. de Pontmartin et sa jeune femme vinrent s’établir aux Angles et
-louèrent pour l’hiver un appartement à Avignon, rue Sainte-Praxède,
-dans la maison d’une famille amie, la famille d’Oléon. C’est là que
-vint au monde, après une attente de près de quatre ans, leur premier
-et unique enfant, Armand, né le 16 juillet 1811[10]; il fut baptisé le
-lendemain dans l’église de Saint-Agricol, alors cathédrale d’Avignon;
-le parrain fut l’oncle Joseph, et la marraine, M^{me} de Cambis, la
-grand’mère maternelle.
-
-Les douze premières années de sa vie se passèrent en grande partie
-aux Angles, avec un séjour de quelques mois chaque hiver à Avignon,
-dans un appartement qui n’était plus celui de la rue Sainte-Praxède,
-mais qui se trouvait rue Saint-Marc, dans l’hôtel du marquis de
-Calvière[11], devenu quelques années plus tard la résidence des Pères
-Jésuites. Armand de Pontmartin avait un vague souvenir des événements
-de 1815, des efforts énergiques et couronnés de succès que fit son
-père pour empêcher une bande de pêcheurs du Rhône, d’un royalisme trop
-exalté, d’aller à la Vernède, à l’extrémité du territoire de la commune
-des Angles, piller le château d’un général bonapartiste, le général
-Gilly. Il se rappelait avec plus de précision cette lugubre soirée de
-février 1820, où son père et un autre locataire de la maison Calvière,
-ayant entendu circuler de sinistres rumeurs, se rendirent à la
-préfecture et revinrent un quart d’heure après en disant: «Hélas! c’est
-trop vrai! le duc de Berry est assassiné!» Quelques jours plus tard,
-M. de Pontmartin se trouvait seul aux Angles; on lui envoya d’Avignon
-une pauvre femme, presque une mendiante, qui lui dit ces simples mots:
-«Cazes[12] n’est plus rien!» Dans son enthousiasme, il lui donna cinq
-francs pour la récompenser d’avoir apporté une si bonne nouvelle, et
-pourtant, il était d’un caractère modéré, il ne partageait aucune des
-passions des _ultras_; mais il lui arrivait parfois, comme à beaucoup
-d’honnêtes gens de ce temps-là, d’être plus royaliste que le roi.
-Comment ne se serait-il pas réjoui de la chute de M. Decazes, puisque
-ce ministre était la bête noire de tous les _blancs_ de 1820?
-
-M. et M^{me} de Pontmartin allaient peu dans le monde, et presque
-chaque soir, pendant une heure, on faisait une lecture à la table de
-famille, le plus souvent dans _les Essais de morale_ de Nicole. A
-certains jours, on s’humanisait un peu, et on lisait les _Oraisons
-funèbres_ de Bossuet, Corneille, Racine, voire même _le Misanthrope_
-et _les Femmes savantes_. Dans ce vieil hôtel de Calvière, d’une si
-fière mine avec son escalier monumental, son portique d’ordre toscan,
-ses moulures en pierre et ses panneaux de boiseries sculptées, avec ses
-niches veuves de leurs statues, son bassin et sa fontaine _rocaille_,
-habitait aussi M^{me} de Villelume, née de Sombreuil, l’héroïne des
-massacres de Septembre. Son mari avait été envoyé à Avignon comme
-gouverneur de la succursale des Invalides. Elle venait quelquefois
-dîner chez M. de Pontmartin, et ces jours-là on ne servait sur la table
-que du vin blanc[13]!
-
-Les douze premières années d’Armand de Pontmartin, avant son départ
-pour Paris, ne lui avaient laissé, à travers les visions confuses de
-son enfance, que deux souvenirs bien distincts: la mission des _Pères
-de la Foi_, ayant à leur tête le P. Guyon, dont la parole rappelait
-celle du P. Bridaine, et le voyage de _MADAME_, duchesse d’Angoulême.
-
-La mission des _Pères de la Foi_ est restée légendaire à Avignon.
-Commencée le 28 février 1819, elle se termina le dimanche 28 avril
-par la plantation d’une croix sur le rocher des Doms, au-dessous
-duquel s’étagent la métropole et le palais des Papes et qui domine
-un merveilleux panorama. La cérémonie fut belle entre toutes. Plus
-de quarante mille étrangers étaient accourus de toute la contrée
-d’alentour, et, sans le débordement de la Durance, le nombre en eût
-été plus considérable encore[14]. Naturellement, les enfants n’avaient
-pas été oubliés. Pontmartin, qui n’avait pas encore huit ans, était du
-cortège. Il le décrira plus tard, avec un enthousiasme que soixante ans
-écoulés n’avaient pu affaiblir[15].
-
-Le récit du passage de la duchesse d’Angoulême a également trouvé
-place dans les _Mémoires_[16]. L’auteur seulement a légèrement romancé
-ce petit épisode; il l’a même, pour m’en tenir à ce seul point,
-antidaté d’un an. Ce n’est pas en 1822, mais en 1823 que _MADAME_
-visita nos provinces méridionales. C’était au moment de la guerre
-d’Espagne. Pendant que le duc d’Angoulême était, de l’autre côté des
-Pyrénées, à la tête de nos troupes, la princesse parcourait le midi de
-la France, où le sentiment royaliste n’avait encore rien perdu de son
-ardeur. Le 12 mai 1823,—et non, comme le dit Pontmartin, le 27 avril
-1822,—elle se rendit de Nimes à Avignon. La route royale côtoyait les
-Angles. Tous les habitants, villageois et châtelains, étaient à leur
-poste, au bord de la route: au premier rang, M. de Pontmartin, qui
-devait haranguer la fille de Louis XVI et qui jetait de temps en temps
-les yeux sur son papier: à quelques pas en arrière, l’oncle Joseph,
-tenant par la main son neveu, dont le cœur battait à se rompre.
-
-Tout à coup, on aperçoit, au haut de la montée de Saze, un énorme
-nuage de poussière, qui accourait d’un train effrayant: «C’est elle!
-s’écrie-t-on; c’est la duchesse! c’est Madame!» Bientôt le nuage
-s’éclaircit; un rayon de soleil le perce de part en part; on voit
-briller les casques et les sabres de l’escorte: puis les harnais de
-l’attelage et les chapeaux enrubannés des postillons. Deux calèches,
-menées à quatre chevaux, passèrent devant les bonnes gens des Angles
-sans s’arrêter. Inclinée à la portière, la duchesse salua d’un signe
-de tête. «Vive le roi!» crièrent les paysans avec un ensemble digne
-d’un meilleur sort. Au moment où ils allaient crier: «Vive Madame!» ils
-s’aperçurent que les voitures avaient disparu. «Ce fut, dit Pontmartin,
-ma première leçon de philosophie politique; depuis lors, j’en ai subi
-de plus rudes.»
-
-Son éducation, cependant, commencée de bonne heure, amoureusement
-poussée et surveillée par les trois êtres dont il était l’affection
-principale, s’annonçait comme devant être exceptionnellement brillante.
-Dès qu’il eut huit ans, on lui donna un Virgile, et dans sa joie,
-il ne voulut plus s’en séparer, ni jour ni nuit. Un professeur du
-collège royal d’Avignon. M. Ract-Madoux, lui donnait des leçons.
-Voyant qu’il en profitait si bien, on eut l’idée de lui faire faire
-les mêmes compositions que les élèves de la classe de troisième.
-Il fut premier dans toutes, il avait alors douze ans. Ses parents
-jugèrent bientôt qu’il serait dommage de se contenter pour lui d’une
-éducation provinciale. Encore bien qu’une telle combinaison fût un peu
-au-dessus de ce que leur permettait leur fortune, ils se décidèrent à
-quitter Avignon et les Angles pour aller s’établir à Paris. C’était au
-mois d’octobre 1823, et Armand de Pontmartin venait d’entrer dans sa
-treizième année.
-
-
-
-
-CHAPITRE II
-
-LES ANNÉES DE COLLÈGE
-
-(1823-1829)
-
- Le voyage d’Avignon à Paris en 1823. Au 37 de la rue de Vaugirard. Le
- collège Saint-Louis. Le catéchisme de Saint-Thomas-d’Aquin et l’abbé
- de La Bourdonnaye.—MM. Roberge, Étienne Gros et Vendel-Heyl. _Vox
- faucibus hæsit._—M. Valette et M. Michelle. Le Concours général.
- Sainte-Beuve et les vers latins.—Le jardin du Luxembourg, le salon du
- marquis de Cambis et le salon du docteur Double. _Le comte Ory._ Les
- camarades de Saint-Louis. Emmanuel d’Alzon et Henri de Cambis.
-
-
-I
-
-On loua une voiture de poste, on coucha cinq fois en route et on
-arriva à Paris dans la matinée du sixième jour, le 13 octobre. M.
-de Pontmartin avait arrêté un appartement, rue de Vaugirard, au
-second étage de la maison portant alors le numéro 37, plus tard 31,
-aujourd’hui 21. Cette maison faisait le coin du jardin du Luxembourg,
-presque en face de la rue du Pot-de-Fer[17]; trois de ses fenêtres
-avaient vue sur le jardin.
-
-En même temps que les Pontmartin, deux autres familles
-méridionales,—les Cambis et les d’Alzon, que des liens de parenté et
-d’amitié unissaient aux châtelains des Angles,—venaient également se
-fixer à Paris et prendre gîte, comme eux, dans la rue de Vaugirard,
-les d’Alzon au numéro 9, hôtel Crapelet; les Cambis, au numéro 18,
-hôtel Boulay de la Meurthe. Le but des trois familles était le même:
-l’éducation de leurs fils. Ces fils étaient au nombre de quatre: Henri
-et Alfred de Cambis, Emmanuel d’Alzon, Armand de Pontmartin. On décida
-qu’ils suivraient comme externes les classes de Saint-Louis. Ce collège
-avait une petite porte à l’usage des externes, qui ouvrait sur la rue
-Monsieur-le-Prince, presque en face de la rue de Vaugirard. Il n’y
-aurait donc qu’un pas à faire pour conduire les enfants et les aller
-chercher. Pas un seul instant les parents n’avaient songé à les mettre
-internes. Ils se défiaient, non sans raison, de l’esprit qui régnait
-alors dans les collèges de Paris.
-
-Ce sera l’honneur de la Restauration d’avoir, au sortir de la
-Révolution et de l’Empire, donné le signal de la renaissance religieuse
-en même temps que de la renaissance littéraire. Aucune époque n’a été
-plus féconde en œuvres catholiques; si la plupart n’ont acquis tout
-leur développement et n’ont donné tous leurs fruits que plus tard, la
-justice n’en commande pas moins de lui en reporter le principal mérite.
-Sur un point seulement ses efforts restèrent complètement infructueux,
-ses intentions et ses actes demeurèrent frappés de stérilité. Dans
-son désir de réformer l’enseignement universitaire, le gouvernement
-royal confia la direction de l’Instruction publique à un évêque.
-Un prêtre, dont le zèle égalait le talent, l’abbé de Scorbiac, fut
-investi des fonctions d’aumônier général de l’Université, avec mission
-de visiter tour à tour tous les collèges de France et d’y donner des
-retraites. Le soin le plus attentif fut apporté au choix des recteurs
-et des proviseurs. Les aumôniers furent pris parmi les jeunes hommes
-les plus distingués du clergé, et c’est ainsi, par exemple, que,
-de 1822 à 1830, le collège Henri IV eut pour aumôniers l’abbé de
-Salinis, l’abbé Gerbet et l’abbé Lacordaire. Mais c’est vainement que
-l’on sème, si «les graines tombent sur un terrain pierreux et parmi
-les épines qui croissent et les étouffent». Les professeurs, hommes
-d’ailleurs instruits et d’une conduite privée irréprochable, étaient
-presque tous imbus des doctrines philosophiques du XVIII^e siècle:
-leurs élèves étaient, pour la plupart, _libéraux_ et voltairiens. «Un
-jour, dit M. Armand de Melun dans ses _Mémoires_, pendant que nous
-faisions notre philosophie[18] il nous prit fantaisie de discuter
-entre nous l’existence de Dieu. C’était pendant l’étude. Nous eûmes la
-délicatesse d’engager le surveillant à se retirer, pour nous laisser
-une plus entière liberté et n’avoir pas à se compromettre lui-même.
-La discussion fut vive et approfondie; et lorsqu’on passa au vote,
-l’existence de Dieu obtint la majorité _d’une voix_! Je votai pour le
-bon Dieu. Telle était la religion des collèges de l’État[19]...»
-
-Deux collèges, cependant, Stanislas et Saint-Louis, avaient, dans une
-certaine mesure, échappé à la contagion régnante. Le proviseur de
-Saint-Louis était un ecclésiastique, l’abbé Thibault[20], qui avait
-établi au collège une discipline tout à la fois ferme sans rigueur
-et paternelle sans faiblesse. Il y avait deux aumôniers, l’abbé Léon
-Sibour, qui allait être remplacé par l’abbé Dumarsais[21], et l’abbé
-Salacroux.
-
-Armand de Pontmartin fut placé en quatrième sous la férule clémente
-du bon M. Roberge. Cette même année, il fit sa première communion, non
-à Saint-Sulpice, dont les locataires du n^o 37 de la rue de Vaugirard
-étaient pourtant paroissiens,—mais à Saint-Thomas-d’Aquin. Les âmes
-les plus droites et les meilleures, celles qui se désintéressent
-le plus d’elles-mêmes, ont pourtant, elles aussi, leurs secrètes
-faiblesses. Si M. et M^{me} de Pontmartin et leurs amis s’étaient
-arrachés aux douceurs du vieux logis familial, au soleil de l’Hérault
-et de la Provence, aux prairies de Lavagnac, aux riantes îles du Rhône;
-s’ils s’étaient aventurés dans ce dangereux et terrible Paris, ce
-n’était pas pour préparer leurs enfants à être journalistes, maires
-de leur village, conseillers municipaux ou même grands vicaires. Ils
-rêvaient pour eux les plus brillantes destinées, ils les voyaient
-déjà montés aux plus hauts postes. En attendant, ne convenait-il pas
-de les rapprocher le plus vite possible des futurs ducs et marquis
-du pur faubourg, des futurs propriétaires des beaux hôtels de la rue
-de l’Université et de la rue de Varenne? Ces marquis et ces ducs ne
-manqueraient pas, un jour venant, d’ouvrir à leurs anciens compagnons
-de catéchisme les portes des Tuileries et de les transformer en
-ambassadeurs, en pairs de France ou en gentilshommes de la Chambre.
-Et voilà pourquoi, au trop modeste Saint-Sulpice, on avait préféré
-l’aristocratique Saint-Thomas-d’Aquin. C’est surtout de l’oncle Joseph
-que l’idée était venue. L’excellent homme, six ans plus tard, dut
-s’écrier, non plus avec son cher Virgile, mais avec Lucrèce qu’il
-connaissait presque aussi bien: _O vanas hominum mentes!_
-
-A Saint-Sulpice, Pontmartin aurait eu pour catéchistes son
-cousin germain, le saint abbé Adalbert de Cambis, et un jeune
-prêtre, déjà presque célèbre, qui s’appelait _l’abbé Dupanloup_. A
-Saint-Thomas-d’Aquin, il fut presque aussi bien partagé. Le catéchiste
-en titre était l’abbé de La Bourdonnaye, prêtre _fénelonien_, d’une
-piété fervente, d’une éloquence pathétique, mais d’une santé délicate,
-qui dépensait pour ses élèves les restes de ses forces et de sa vie.
-Lorsqu’on lui apportait une tasse de bouillon, il leur disait avec
-un sourire qui leur serrait le cœur: «Mes enfants! ne me regardez
-pas! Ne m’imitez pas! Je vis comme un païen!» Il était secondé par
-l’abbé Hamelin, qui devint plus tard curé de Sainte-Clotilde. Les
-dimanches, Pontmartin et ses camarades de catéchisme avaient souvent
-M^{gr} de Quélen et l’abbé Borderies, qui mourut évêque de Versailles;
-quelquefois, l’abbé duc de Rohan, dont ils admiraient la suprême
-élégance, les pieuses coquetteries de geste et de parole, la tenue
-exquise, le rochet brodé de dentelles, le calice incrusté de saphirs et
-d’opales.
-
-Au même printemps de 1824 se rattache un épisode raconté au tome
-IV des _Souvenirs d’un vieux critique_. Armand de Pontmartin et ses
-parents allaient à la messe à la chapelle du couvent des Carmes,
-situé à deux pas de leur demeure et occupé par des religieuses
-carmélites[22]. Le dimanche 23 mai, en se rendant à l’église, il longea
-le mur du jardin de l’hôtel d’Hinnisdal, qui formait l’angle de la
-rue de Vaugirard et de la rue Cassette. Sur le trottoir, il vit un
-jeune homme qui paraissait en proie à une agitation extraordinaire;
-non loin de lui stationnait un fiacre. Un peu ému, Pontmartin alla
-prendre dans la chapelle sa place accoutumée. Dans le chœur, à côté
-du grillage où se plaçaient les religieuses, il y avait une porte. Au
-moment où la messe allait finir, cette porte s’ouvrit et les assistants
-virent sortir une Carmélite qui, après avoir regardé à droite et à
-gauche, traversa rapidement l’église, comme si elle eût craint d’être
-poursuivie. On ne la poursuivit pas. Lorsque la fugitive avait passé
-près de lui en le frôlant de sa guimpe et de son voile, Pontmartin
-avait eu peine à retenir un cri de stupeur. Il aperçut ses compagnes
-pressées, comme des ombres, contre le grillage qu’il leur était
-interdit de franchir. Il entendit un chuchotement vague, un susurrement
-insaisissable, pareil à un souffle de brise expirant sur les bords
-d’un lac. Puis plus rien, que ce qui reste d’une apparition ou d’une
-hallucination! De cette vision de son enfance, il restera seulement à
-l’élève de Saint-Louis un souvenir qui, après de longues années, lui
-inspirera une Nouvelle[23] dont le prologue seul est exact.
-
-
-II
-
-Les vacances de 1824 se passèrent à Paris, les Angles étant trop loin
-pour que l’on pût y revenir chaque année. En octobre 1824, Armand de
-Pontmartin commença sa troisième sous un professeur, M. Étienne Gros,
-qui était un helléniste remarquable. Sa santé toujours délicate fut
-éprouvée à ce moment par une croissance excessive, et au printemps de
-1825, ses parents le ramenèrent aux Angles. Quand vint l’été, on alla
-passer six semaines aux bains de mer, à Marseille; mais l’oncle Joseph
-n’y accompagna pas son frère et son neveu; aussi ce fut la grande année
-de la correspondance en vers latins.
-
-A la rentrée de 1825, complètement rétabli, il recommença sa troisième,
-qu’il fit avec le plus grand succès. Aux vacances du jour de l’an 1826,
-son père, pour ses étrennes, lui offrit le choix entre une tragédie
-jouée par Talma et un spectacle du Cirque Olympique, l’_Incendie de
-Salins_[24], qui attirait alors tout Paris. Hélas! il choisit le
-Cirque. Talma mourut peu de temps après[25], si bien que, par sa faute,
-Pontmartin, qui devait être un fanatique de théâtre, n’a jamais vu le
-grand tragédien.
-
-Il prit, du reste, sa revanche aux mois d’août et de septembre
-1827, après son année de seconde, où, sous la direction d’un
-excellent maître, M. Vendel-Heyl, il avait fait une ample moisson de
-couronnes. Pour l’indemniser de ses vacances manquées (comme celles
-de 1826, celles de 1827 se passèrent encore à Paris), ses parents
-lui accordèrent cinq soirées théâtrales: à l’Opéra, _Moïse_; au
-Théâtre-Français, M^{lle} Mars dans _les Femmes savantes_ et dans
-_la Jeunesse de Henri V_; à l’Opéra-Comique, _la Dame Blanche_; au
-théâtre de Madame, _le Mariage de raison_, joué par Léontine Fay,
-Jenny Vertpré, Gontier, Ferville, Paul et Numa; et enfin, à la
-Porte-Saint-Martin, le drame de _Trente ans ou la vie d’un joueur_,
-où Frédérick Lemaître et M^{me} Dorval, par leur merveilleux talent,
-faisaient illusion aux spectateurs sur la valeur réelle de la pièce de
-Victor Ducange et Dinaux[26].
-
-Dans la seconde série de ses _Mémoires_[27], Pontmartin a longuement
-parlé d’un _accident_, dont il fut victime à cette date, et qui,
-d’après lui, «a dominé toute sa vie, a décidé de sa carrière, a mêlé
-une souffrance secrète, intime, à la fois chronique et aiguë, à tous
-les épisodes, à tous les chagrins, à toutes les joies de son existence».
-
-C’était le 12 septembre 1827, il était allé herboriser, avec deux ou
-trois camarades de Saint-Louis, sur les coteaux de Bellevue et de la
-Celle-Saint-Cloud; soudain il tomba en arrêt—comme Jean-Jacques devant
-la pervenche—devant une jolie petite fleur bleue, dont il ignorait le
-nom. Ce nom, il voulut le demander au plus savant de ses camarades;
-mais ces derniers, pendant ses extases et ses rêveries contemplatives,
-avaient pris les devants et étaient déjà loin. Alors il voulut crier...
-_Vox faucibus hæsit!_ En quelques minutes, le timbre de sa voix avait
-subi une altération inexplicable; ou plutôt cette voix sans timbre
-passait incessamment d’une sorte d’extinction à des notes aiguës et
-fausses, d’autant plus pénibles pour lui qu’il avait et qu’il eut
-toujours l’oreille juste. «Ce n’est rien, c’est la _mue_!» lui dirent
-ses camarades après l’avoir entendu.—«C’est la _mue_!» dirent le soir
-ses parents. Cette _mue_ devait durer toujours.
-
-Devons-nous croire que vraiment cette défectuosité vocale «a dominé
-toute sa vie», que cette voix fluette, si peu en rapport avec sa haute
-taille, a été pour lui un martyre continu, la cause de tristesses
-et de déceptions sans nombre; qu’elle l’a empêché de se présenter à
-l’Académie, où plus d’une fois, en effet, il n’a dépendu que de lui
-d’être élu[28]? Il lui a plu de le dire, un jour qu’il avait ses
-nerfs, mais nous ne sommes pas obligés de le croire. Et d’abord, cette
-prétendue aphonie était bien relative. Que de gens ont causé avec lui
-sans jamais s’en apercevoir! Mais, réelle ou non, peut-être avait-elle
-pu impressionner son imagination assez vivement pour produire ce
-demi-désespoir dont il nous parle? Sans doute, mais c’est ce désespoir
-que je nie. On le comprendrait à peine, si Pontmartin avait jamais
-eu le désir d’aborder le barreau ou la tribune. A aucun moment de sa
-vie, il n’y a songé. Sa seule ambition fut d’être un écrivain, et pour
-réussir dans les lettres, point n’est besoin d’avoir une grosse voix,
-_os magna sonaturum_. Le discours de réception à l’Académie? Mais,
-franchement, se préoccupe-t-on trente ans d’avance d’une mauvaise
-heure à passer, quand cette heure doit être unique? Et d’ailleurs, là
-même, n’a-t-on pas la ressource de prétexter au dernier moment une
-indisposition et de prier un Legouvé ou un Camille Doucet de lire à
-votre place? Autre considération: quand un jeune homme est ou se croit
-atteint d’une infirmité qui l’humilie, la première chose qu’il fait
-d’instinct, c’est de fuir le monde, où il redoute la raillerie des
-autres jeunes gens et plus encore celle des femmes. Or, nous savons,
-par le témoignage de ses amis et par le sien propre, que personne plus
-que lui n’y brilla, que nul n’y déploya plus de verve et de gaieté, et
-cela précisément dans les années où il voudrait nous faire croire qu’il
-vivait à l’écart, en proie à ses sombres pensées. Autre chose encore:
-Pontmartin a siégé huit ans au Conseil général du Gard, et à coup sûr
-il ne s’y est pas senti humilié et inférieur à ses collègues, qui
-avaient peut-être plus d’_accent_ que lui, mais qui, toutes les fois
-qu’il prenait la parole, l’écoutaient avec un plaisir sans mélange.
-Une seule fois, je l’ai entendu parler de sa voix grêle, et c’était en
-manière de plaisanterie, pour faire passer un de ces calembours dont il
-était coutumier.
-
-
-III
-
-Au mois d’octobre 1827, il entra en rhétorique où il retrouva, comme
-professeur de rhétorique latine, son professeur de seconde, M.
-Vendel-Heyl. Le professeur de rhétorique française était M. Charles
-Alexandre[29], plus tard membre de l’Institut, helléniste de premier
-ordre et bon latiniste. Les deux professeurs d’histoire étaient
-également deux hommes d’un réel talent, M. Dumont et M. Charles
-Durozoir: le premier, auteur d’une bonne _Histoire romaine_, et le
-second, collaborateur très actif de la _Biographie universelle_ de
-Michaud.
-
-Les vacances de 1828 procurèrent à Pontmartin une grande joie, le
-retour aux Angles après trois ans d’absence.
-
-En 1828-1829, il fit sa philosophie avec M. Valette pour professeur.
-Afin de compléter et de rectifier au besoin les leçons du collège,
-ses parents lui avaient donné pour répétiteur M. Michelle, lui-même
-professeur de philosophie à Stanislas, fervent chrétien et membre de la
-Congrégation.
-
-Jusqu’à la fin, il avait été sans conteste l’élève le plus brillant
-de Saint-Louis. Dans les années 1826, 1827, 1828 et 1829, le collège
-Saint-Louis a remporté vingt prix au concours général. Armand de
-Pontmartin en a eu, à lui seul, plus du tiers: deux en 1826, deux en
-1827, deux en 1828, un en 1829. Il obtint, en troisième (1826), le
-premier prix de vers latins et le second prix de version grecque:—en
-seconde (1827), le premier prix de narration latine et le second prix
-de version latine;—en rhétorique (1828), le premier prix de discours
-français et le second prix de version latine; en philosophie (1829), le
-second prix de dissertation latine. A ces sept prix se venaient ajouter
-une douzaine d’accessits. Dix-neuf nominations au concours général,
-le cas assurément était rare. Dans la bibliothèque de sa maison des
-Angles, Pontmartin avait conservé ses volumes de prix; il y en a
-cent soixante-quatre; cent un obtenus au collège, soixante-trois au
-concours général. Au nombre de ces derniers, et parmi ceux qu’il a le
-plus souvent feuilletés, je remarque les volumes de critique de l’abbé
-de Féletz[30], de l’Académie française. Les maîtres de Pontmartin
-prévoyaient-ils qu’un jour, avec plus d’esprit encore et avec un bien
-autre éclat que le très spirituel abbé, il ferait à son tour des
-Causeries littéraires, qui resteront les chefs-d’œuvre du genre?
-
-Ses succès étaient d’autant plus remarquables que le _surmenage_
-n’y était pour rien. L’élève Pontmartin n’était pas ce que, dans le
-langage des écoles, on appelle une _bête à concours_; il était _externe
-libre_, et nous verrons tout à l’heure que déjà il allait dans le monde
-et fréquentait quelques salons où les lettres étaient en honneur. Il
-soignait sa toilette,—ce qu’il sera loin de faire plus tard, et le
-mardi, jour de composition, il éblouissait les internes par l’élégance
-et l’éclat de ses bottes. En rien il ne ressemblait à ces _piocheurs_
-que les chefs d’institution _chauffent_ en vue du concours général et
-qui sont voués à une ou deux spécialités. Il n’était pas seulement un
-_fort en thème_, il était fort en tout, en discours français et en
-version latine, en thème latin et en version grecque, en vers latins,
-en discours latin et en dissertation française; soit au collège, soit
-au concours général, il a remporté des prix dans toutes les facultés
-latines, grecques et françaises. Sainte-Beuve, si exact d’ordinaire,
-s’est donc trompé lorsque, dans ses _Nouveaux Lundis_, il a écrit que
-Pontmartin péchait par le manque d’études premières; que, chez lui,
-le fonds classique était faible et insuffisant. «Il cite sobrement du
-latin, dit-il, quelquefois de l’Horace; mais aux moindres citations,
-pour peu qu’on en fasse, le bout de l’oreille s’aperçoit; quand il
-cite le vers: _Urit enim fulgore suo_..., il oublie l’_enim_: par où
-je soupçonne qu’il ne scande pas très couramment les vers latins. Un
-jour, à une fin de chronique littéraire[31], parlant de la _Dame aux
-Camélias_ et lui opposant la vertu des bourgeoises et des chastes
-Lucrèce, il a dit: _DOMUM mansit, lanam fecit_; d’où je conclus qu’au
-collège il était plus fort en discours qu’en thème[32].» La vérité,
-au contraire, est que Pontmartin, écolier, avait réussi de façon peu
-commune dans les facultés latines. Le hasard fait que j’ai ici, sous
-la main, à la campagne, les _Annales des concours généraux_ pour la
-classe de troisième. L’invasion de la Grèce par les armées de Xerxès,
-Athènes menacée par les Perses et sauvée par Minerve, _Pallas Athenarum
-servatrix_, telle était en 1826 la matière à mettre en vers latins.
-Pontmartin eut le premier prix. Hélas! quarante-quatre ans plus tard,
-lorsque les armées allemandes se sont, à flots pressés, précipitées sur
-la moderne Athènes,—où Minerve était représentée par Jules Favre,—le
-vieux critique aurait pu murmurer les vers de l’élève de Saint-Louis:
-
- _Adsit, et insultet patriis jam mœnibus hostis
- Barbarus; ingenuâ se jactet servus in urbe.
- Vos tamen, o cives, nunquam cognata relinquet
- Libertas, inter bellique fugæque labores,
- Vobis libertas vultu arridebit amico...
- Tuque, novo splendore nitens rediviva resurge.
- O dilecta Diis! ô patria[33]!..._
-
-
-IV
-
-Rien n’égalait pour Pontmartin la douceur de ces souvenirs d’enfance
-et de jeunesse. Le collège n’avait point été pour lui un exil et
-une prison. Les conseils affectueux et le sourire de son père, les
-encouragements de l’oncle Joseph, les baisers de sa mère, ne lui
-avaient pas manqué un seul jour. De sa fenêtre, quand il interrompait
-un moment son travail, au lieu d’un noir et lugubre préau, il voyait
-le jardin du Luxembourg; il apercevait les palombes perchées sur les
-hautes branches des platanes, des hêtres et des tilleuls, le grand
-carré où des étudiants et des rapins jouaient à la paume, se servant
-de leurs mains en guise de raquettes. Pour se rendre au collège, il
-lui fallait suivre dans toute sa longueur l’allée qui passe devant la
-façade du palais et conduit à la grille, voisine de l’Odéon; il s’y
-croisait parfois avec des hommes célèbres qui auraient bien troqué
-leur renommée contre ses quinze ans s’il eût voulu les leur céder:
-Cambacérès, le docteur Portal, François Arago, M. de Sémonville,
-le grand référendaire, et le chancelier, M. Dambray. Dans la belle
-saison, il avait presque tous les jours la bonne fortune de pouvoir
-s’incliner discrètement devant un petit homme à la chevelure grise,
-mais à la tournure encore jeune, invariablement vêtu du même costume:
-chapeau gris, gilet blanc, redingote bleu de roi, pantalon de nankin,
-guêtres blanches, et, à la main, une petite badine en ébène. Il ne
-se lassait pas d’admirer sa figure longue, un peu osseuse et pâle,
-son front d’une ampleur olympienne, ses yeux de génie. C’était
-Chateaubriand, qui s’acheminait d’un pas leste de la rue d’Enfer
-à l’Abbaye-au-Bois. Plus régulièrement encore, il rencontrait, le
-matin, un autre jeune vieillard, d’une tenue fort correcte, d’une
-physionomie spirituelle, appuyé sur une canne à pomme d’or et un
-livre sous le bras, qui ne manquait jamais de lui faire un petit
-signe d’amitié. C’était son voisin, le comte Joseph Boulay de la
-Meurthe[34], propriétaire d’un très bel hôtel entre cour et jardin,
-situé au coin de la rue du Pot-de-Fer et de la rue de Vaugirard,
-en face du n^o 37. Notre collégien cependant continuait sa route;
-mais avant d’entrer en classe, il s’arrêtait chez le pâtissier de la
-rue des Francs-Bourgeois-Saint-Michel, qui se nommait Bussonier, et
-qu’il appelait Buissonière, parce qu’on y faisait l’école de ce nom,
-Pontmartin a fait depuis de meilleurs calembours, il en a fait de pires.
-
-Il lui arrivait souvent, les jours de congé, de passer la soirée chez
-son oncle, le marquis de Cambis[35], qui occupait le premier étage
-de l’hôtel Boulay de la Meurthe. M. de Cambis donnait d’excellents
-dîners et avait un salon politique, dont les principaux habitués
-étaient M. Lainé, l’éloquent orateur; le vicomte de Bonald; le comte
-Armand de Saint-Priest, père du spirituel académicien qui remplaça
-du même coup, en 1849, Ballanche et Jean Vatout; M. Renouvier[36],
-député de l’Hérault; M. Delalot, député de la Marne, un fin lettré,
-longtemps rédacteur du _Journal des Débats_. Les lettrés, du reste,
-n’étaient pas rares, en ce temps-là, sur les bancs de la Chambre. M.
-de Cambis, qui allait être bientôt député de Vaucluse, puis pair de
-France, était lui-même un helléniste distingué. Dans sa jeunesse, en
-collaboration avec son ami M. Renouvier, il avait publié une traduction
-de l’_Iliade_, très neuve et en avance sur son temps de plus d’un
-demi-siècle. Mise au jour en 1810, elle n’avait pas réussi, parce
-qu’elle était trop littérale, trop homérique, et que les contemporains
-de Luce de Lancival, de Bitaubé et d’Esménard ne pouvaient pas
-décemment supporter que l’on appelât Minerve _la déesse aux yeux de
-génisse_. Cet oncle de Pontmartin était du reste une encyclopédie
-vivante. Il connaissait bien les littératures italienne et anglaise,
-s’intéressait aux sciences, avait même étudié la théologie. Mais ce
-qu’il possédait le mieux, c’était la littérature française du XVII^e
-siècle. Il savait par cœur plusieurs tragédies entières de Corneille
-et de Racine, les _Oraisons funèbres_ de Bossuet, les _Caractères_ de
-La Bruyère. Malgré sa tendance au scepticisme, il mettait au-dessus de
-tout l’_Histoire des variations des Églises protestantes_, de Bossuet,
-et y trouvait encore plus d’esprit que dans Voltaire, qui ne laissait
-pas pourtant de lui être cher.
-
-M. de Pontmartin conduisait aussi quelquefois son fils chez son ami le
-docteur Double. Le salon de M. Double, 19, rue des Petits-Augustins,
-ressemblait à une succursale ou à un vestibule de l’Institut.
-André-Marie Ampère, Arago, Poisson, Gay-Lussac, Mathieu, Biot, Thénard,
-Alibert, Récamier s’y rencontraient avec Paul Delaroche, Pradier, Ary
-Scheffer, Guizot et Villemain. La conversation, la vue seule de ces
-savants, de ces artistes, de ces écrivains, n’était-elle pas pour le
-jeune collégien la plus éloquente des leçons, la mieux faite pour lui
-inspirer le goût du travail, la passion de l’étude?
-
-Quand il avait été premier trois fois de suite, son père le menait
-voir _Iphigénie en Aulide_, jouée par M^{lle} Duchesnois, ou entendre
-la _Dame Blanche_ chantée par Ponchard et par M^{me} Rigaut-Palar.
-A la fin de février 1829, il était en philosophie, et, déjà, malgré
-les explications de son professeur, il commençait à trouver, comme M.
-Jourdain, qu’il y avait là _beaucoup de tintamarre et de brouillamini_.
-Cela ne l’empêchait pas d’être encore premier à l’occasion. Un jour,
-à la suite d’un _coup double_ en dissertation latine et française, on
-lui promit pour récompense une _demi-soirée_ à l’Opéra. Il sortirait
-du théâtre avant le ballet, de peur que les pirouettes et les ronds
-de jambes de M^{mes} Legallois, Noblet et Montessu ne fissent une
-trop dangereuse concurrence à Descartes et à Condillac; mais il
-entendrait d’un bout à l’autre le _Comte Ory_, qui était alors dans
-toute la fraîcheur de son succès et qui ne durait que deux heures.
-Ces deux heures furent pour lui un véritable enchantement. Le
-chef-d’œuvre de Rossini était chanté par Adolphe Nourrit, Levasseur,
-Dabadie, Alexis Dupont, M^{me} Damoreau, M^{lle} Iawureck. Nourrit
-surtout y était la perfection même. Le jeune philosophe était sous
-le charme. Le lendemain, quand le digne M. Valette lui demanda son
-opinion sur l’Ontologie, il fut sur le point de répondre: _Une dame
-de haut parage_. Quand M. Valette voulut savoir ce qu’il pensait de
-l’association des idées, peu s’en fallut qu’il ne répliquât: _A la
-faveur de cette nuit obscure_...
-
-Le _Comte Ory_ s’était décidément emparé de ses souvenirs, de ses
-songes, de sa mémoire... Il le savait par cœur; il en fredonnait
-les principaux airs en traversant la grande allée du Luxembourg, et
-lorsqu’il franchissait la petite porte de la rue Monsieur-le-Prince, il
-répétait _mezza voce_ le chœur du second acte: _En ce séjour chaste et
-tranquille!_ Qu’il dût devenir un critique célèbre, il ne s’en doutait
-guère, à coup sûr; mais ce qu’il savait bien déjà, c’est qu’il serait
-certainement un _mélomane_!
-
-Malgré le charme qui ramenait si souvent le _vieux critique_ et le
-vieux _mélomane_ à ces heureuses et lointaines années, le plus vivant
-de ses souvenirs de jeunesse était celui qui lui était resté de ses
-camarades de collège.
-
-Saint-Louis, en ce moment, passait pour un aristocrate, plus
-distingué, mieux surveillé, mieux élevé, mieux vêtu, mieux chaussé
-que Louis-le-Grand et Henri IV, Charlemagne et Bourbon. Dans la
-cour et dans les classes retentissaient les noms d’Ugolin du Cayla,
-de Louis d’Eckmühl, de Guy de la Tour du Pin, de Pierre de Brézé
-(le futur évêque de Moulins), de Raymond de Monteynard, d’Henri de
-Cambis, de Charles de la Bouillerie, d’Emmanuel d’Alzon, d’Adrien
-Delahante, d’Hector de La Ferrière, de Léon de Bernis, de Féodor de
-Torcy, etc., etc. Entre ces fils de grands seigneurs et les élèves
-de condition plus modeste, Armand de Pontmartin était volontiers
-le trait d’union. Il était aussi lié avec Casimir Gaillardin[37],
-dont le père était portier chez le marquis de Dreux-Brézé, qu’avec
-Pierre de Brézé lui-même. Un de ses meilleurs amis était le fils d’un
-petit bourgeois de Limoges, Léonard Retouret, très brillant élève
-et le porte-drapeau des _libéraux_. Parmi ceux qui, comme Retouret,
-lui disputaient les premières places, il aimait à se rappeler deux
-autres de ses condisciples, Emmanuel Richomme et Armand de Crochard.
-Richomme était son rival le plus dangereux au point de vue des
-_fins d’année scolaire_. Gai, amusant, spirituellement fantaisiste,
-Armand de Crochard était le sourire de la classe. D’une intelligence
-extraordinaire, doué d’un vrai talent poétique, il aurait certainement
-fait parler de lui, s’il n’eût préféré se retirer en province, dès
-qu’il eut fini son droit. Il mourut en 1833 à Nogent-le-Rotrou, dans
-le pays Chartrain, où il avait accepté les modestes fonctions de
-juge suppléant près le tribunal de première instance. Mais de tous
-les camarades de Pontmartin, celui qui lui inspira la plus vive
-affection,—une affection qui se mélangeait déjà de respect,—ce fut
-Emmanuel d’Alzon.
-
-Emmanuel d’Alzon[38], qui devait être plus tard un si rude travailleur,
-l’infatigable ouvrier de tant de belles œuvres, le fondateur du collège
-de l’Assomption, à Nimes, était à Saint-Louis un élève, non pas
-médiocre, mais inégal, un peu fantasque, traité souvent de paresseux
-par ses professeurs. Un samedi, on venait de donner les places:
-Pontmartin était premier; d’Alzon n’avait pas fini sa composition, il
-fut classé parmi les derniers et ne parut pas d’ailleurs s’en émouvoir
-autrement. Les deux amis sortirent du collège en se donnant le bras:
-«Sais-tu, dit Pontmartin, à quoi je songeais pendant qu’on donnait les
-places? A ces paroles de l’Évangile: Les premiers seront les derniers
-et les derniers seront les premiers.»
-
-Quelques années plus tard, Armand de Pontmartin et Henri de Cambis[39]
-se préparaient à passer leur soirée au Théâtre-Italien: on donnait
-_Otello_ avec Rubini et M^{me} Malibran! Au moment où ils terminaient
-leur toilette, ils virent entrer leur cousin, l’abbé Adalbert de
-Cambis: «Je vous annonce, leur dit-il, une grande nouvelle, Emmanuel
-d’Alzon est depuis trois jours au séminaire de Montpellier.»
-
-Et sans respect pour la cravate blanche d’Henri de Cambis et le bel
-habit de Pontmartin (un habit de Blain!), l’abbé ajouta: «Il a choisi
-la meilleure part.»
-
-
-
-
-CHAPITRE III
-
-L’ÉCOLE DE DROIT
-
-(1829-1832)
-
- M. Poncelet ou le professeur _mélomane_. A la Sorbonne. Cours de MM.
- Guizot, Villemain et Cousin.—Jules Janin et le _Siècle de Charles
- X_. Les arts et les lettres en l’an de grâce 1829. Le romantisme de
- Pontmartin.—L’atelier de Paul Huet et la première représentation
- d’_Hernani_. Félix Lebertre et la _Silhouette_. Le _Petit Plutarque
- français_. Le _Correspondant_. Première rencontre de Pontmartin
- avec l’Académie. Mort de M. Eugène de Pontmartin.—Mort de l’oncle
- Joseph. Le choléra. La prédiction de Léonard Retouret et _le 19 avril
- 1832_. La première représentation de la _Tour de Nesle_. Alfred
- Thureau-Dangin.—Retour à Avignon.
-
-
-I
-
-Au mois d’août 1829, Armand de Pontmartin passa son baccalauréat, ce
-qui fut, on le pense bien, une simple formalité. Si j’en parle, c’est
-pour ce petit détail: un de ses examinateurs s’appelait Villemain.
-Trois mois après, il prenait sa première inscription de droit. Des
-cours de l’école, il ne semblait avoir gardé aucun souvenir; de ses
-professeurs il ne parlait jamais, sauf quelquefois de M. Poncelet[40]
-professeur d’histoire du droit. Un soir, aux Italiens, à une
-représentation d’_Otello_, M. Poncelet n’avait pas de place; Pontmartin
-lui donna la sienne, sous le fallacieux prétexte qu’il allait au bal
-chez l’ambassadeur d’Angleterre. Depuis ce soir-là, ils furent amis, et
-ils prirent bientôt l’habitude de se rencontrer dans la grande allée
-du Luxembourg, où ils dissertaient à perte de vue sur Gluck et sur
-Rossini, sur Nourrit et sur Ponchard, sur M^{lle} Sontag et sur M^{me}
-Damoreau. Au bout de trois mois, l’accord était si parfait entre nos
-deux _mélomanes_ qu’ils se tutoyaient. Cette liaison du reste n’eut
-point pour effet d’éveiller chez Pontmartin le goût de la procédure ou
-celui des Pandectes, et il continua de briller surtout par son absence
-aux leçons de MM. Duranton, Demante et Du Caurroy. En revanche, il
-était des plus assidus à la Sorbonne. Dès le collège, il avait été plus
-d’une fois conduit par son père et par l’oncle Joseph aux cours de MM.
-Guizot, Cousin et Villemain. Étudiant, il ne manqua aucune de leurs
-leçons. L’impression qu’il en ressentit ne devait jamais s’effacer.
-
-M. Guizot avait choisi pour sujet de son cours de 1829-1830 l’histoire
-de la civilisation en France pendant les XI^e, XII^e et XIII^e
-siècles, de Hugues Capet à Philippe de Valois. M. Villemain exposait
-l’histoire de la langue et des lettres au moyen âge en France et dans
-l’Europe méridionale. M. Cousin avait pris pour thème l’histoire de la
-philosophie du XVIII^e siècle.
-
-Il n’était pas un jour de la semaine où le public, de plus en plus
-nombreux, ne fût assuré de voir monter en chaire un des trois
-professeurs:
-
- Le lundi, M. Guizot;
- Le mardi, M. Villemain;
- Le mercredi, M. Villemain;
- Le jeudi, M. Cousin;
- Le vendredi, M. Cousin;
- Le samedi, M. Guizot.
-
-Dans le grand amphithéâtre de la Sorbonne, devenu un rendez-vous
-plus accrédité que le Bois de Boulogne, le Jardin des Tuileries et le
-Boulevard des Italiens, se rencontraient, au milieu d’une jeunesse
-enthousiaste, le député et le pair de France, le membre de l’Institut
-et le journaliste, l’artiste et le poète, l’universitaire et le
-séminariste, les femmes savantes et les beautés à la mode, Philaminte
-et Célimène. Autour de la chaire se pressaient tous ceux qui, ayant un
-nom, voulaient le soutenir, ou qui, n’en ayant pas, voulaient le faire;
-tous ceux qui allaient être ou qui ont failli être célèbres. Le duc de
-Broglie—l’ancien—y coudoyait le duc de Noailles; Théodore Jouffroy
-s’asseyait côte à côte avec Sainte-Beuve; les rédacteurs du _Globe_,
-du _Journal des Débats_, de la _Revue française_, préludaient à leurs
-destinées plus ou moins brillantes; ils venaient apprendre à parler en
-écoutant. Saint-Marc Girardin, Vitet, Nisard, Cuvillier-Fleury, Charles
-Magnin, Duvergier de Hauranne, P.-J. Dubois, Louis de Carné, Silvestre
-de Sacy, Charles de Rémusat, Montalembert, Larcy, Damiron, Alfred de
-Falloux, et quelquefois Alfred de Musset, l’Académie de l’avenir, un
-vaillant état-major de lieutenants prêts à passer capitaines, ou de
-capitaines destinés à devenir généraux!
-
-Des trois illustres maîtres de la Sorbonne, M. Guizot, s’il était le
-plus original et le plus éloquent, n’était pas le plus couru et le
-plus applaudi. Ses leçons sur les éléments constitutifs de la société
-moderne, l’aristocratie féodale, l’Église, la royauté, les communes,
-étaient des modèles d’impartialité. D’une science profonde, d’une
-forme élevée, sobre et ferme, elles étaient certainement supérieures à
-celles de ses deux collègues. Mais ce grave professeur au teint pâle,
-au profil correct, à la physionomie austère, imposait à ses auditeurs
-plus qu’il ne les attirait. Son magnifique organe, si net, si vibrant,
-avait conservé, de son éducation et de sa jeunesse, je ne sais quelle
-rigidité calviniste qui refroidissait l’enthousiasme. On l’admirait,
-mais l’admiration était tempérée par une sorte de respect. Il n’y avait
-pas entre l’orateur et son public ces courants électriques qui triplent
-le succès. On était conquis, on n’était pas charmé. Le charmeur,
-c’était Villemain.
-
-Lorsque ce dernier traversait la foule pour arriver jusqu’à sa chaire,
-le sourire était déjà sur toutes les lèvres. On s’était habitué si vite
-à sa spirituelle laideur, qu’elle semblait une grâce et une malice de
-plus. Cinquante ans plus tard, Pontmartin évoquera en ces termes le
-souvenir de ces inoubliables leçons du Villemain de 1829:
-
- Il me semble que je le vois encore, une liasse de livres ou de
- papiers sous le bras, le dos voûté, la tête penchée sur une épaule,
- le scintillement du regard voilé sous le renflement des paupières,
- le pli des lèvres s’essayant au sourire comme un arc qui va lancer
- des flèches, le tout avec un petit air de _Sainte-Nitouche_ qui ne
- présageait rien de bon pour les idées communes, les ignorants, les
- pédants et les imbéciles.
-
- Il s’asseyait, il parlait, et aussitôt le charme opérait, l’orateur
- et l’auditoire étaient unis par un fil magnétique. Sa voix, par une
- incroyable flexibilité d’organe, une étonnante variété d’intonations,
- donnait une valeur prodigieuse non seulement à toutes ses paroles,
- mais à tous ses silences. Quelle ingéniosité! Quelle souplesse!
- Quel art caché sous ce naturel! Quelle justesse de demi-teintes
- et de nuances!... Les allusions, les épigrammes, les malices, les
- prétéritions narquoises, étaient saisies au vol avec une promptitude
- qui nous mettait de moitié dans les spirituelles intentions de notre
- enchanteur. C’était plaisir de souligner ce qu’il disait, d’achever ce
- qu’il commençait, de deviner ce qu’il taisait[41]...
-
-Et pourtant, plus étonnant encore était Victor Cousin. Villemain
-était un merveilleux, un incomparable virtuose, Cousin était tout un
-orchestre. Ce n’est pas de ses leçons de la Sorbonne que l’on aurait
-pu dire: _Cela manque de musique_. Il parlait _histoire_ comme Guizot,
-_littérature_ comme Villemain; il parlait même _philosophie_, et il
-obtenait des effets plus extraordinaires en traitant des sujets plus
-arides. Sa faculté d’exposition avait toute la valeur d’une invention
-originale. Partout où il voulait mener son auditoire, son auditoire le
-suivait, avec frémissement, avec transport.
-
-Nous sommes en 1887. Les maîtres sont morts. De leurs auditeurs,
-combien peu survivent! Pontmartin, l’un des derniers, se plaît à
-raviver, pour un moment, ces figures disparues, ces images éteintes,
-ces grands jours de la Sorbonne depuis longtemps évanouis.
-
- Le cours de M. Cousin, écrit-il, eut l’heureuse fortune de coïncider
- avec les premières ardeurs du romantisme. On lui a reproché d’avoir
- fait le roman de la philosophie plutôt que son histoire. C’était là
- justement ce qui nous transportait. Pour passer des _Méditations_,
- des _Odes et Ballades_, des _Orientales_, d’_Eloa_, de _Cromwell_ et
- de sa préface aux leçons de M. Cousin, nous n’avions pas besoin de
- changer d’atmosphère. Poésie, art, philosophie, découlaient de la
- même source, s’allumaient au même foyer, échangeaient tour à tour
- leurs rayonnements et leurs reflets. L’éloquent professeur réagissait
- énergiquement contre la philosophie sensualiste des demeurants du
- dernier siècle, tandis que nos poètes et nos artistes appliquaient
- le même effort de réaction aux pâles continuateurs de Voltaire et
- à l’école de l’abbé Delille... S’il ne disait pas assez clairement
- ce que devait être la philosophie, il nous apprenait au moins ce
- qu’elle devait ne pas être. D’ailleurs, encore une fois, ce détail
- nous semblait secondaire. Il était pour nous un oracle plutôt qu’un
- professeur, et il sied aux oracles de s’entourer de nuages. Au bout
- de soixante ans, je crois le voir et l’entendre encore: _Deus! ecce
- Deus!_... Il restait debout, et sa chaire devenait un trépied.
- Ses yeux lançaient des flammes. Ses gestes excessifs ajoutaient à
- l’entraînement de sa parole. Il était sibyllin sans être pédant, et
- ses obscurités paraissaient calculées pour rendre plus vifs et plus
- éclatants ses jets de lumière. Il avait des hardiesses de pensée et
- de langage qui saisissaient nos intelligences, élargissaient les
- horizons et introduisaient violemment l’histoire contemporaine dans la
- philosophie de tous les temps[42].
-
-
-II
-
-Pour un jeune homme épris de l’amour des lettres, pour le lauréat
-du collège Saint-Louis et du concours général, quelles fêtes que ces
-matinées de la Sorbonne et quelles fêtes aussi au dehors! Partout,
-dans la poésie, dans le roman, dans les arts, à la tribune comme au
-théâtre, c’est un _renouveau_ merveilleux, «le plus beau comme le
-plus hardi mouvement intellectuel qu’aucun de nos siècles ait encore
-vu[43].»—«Allons-nous donc, écrit Jules Janin, allons-nous donc
-avoir le siècle de Charles X, comme nous avons eu le siècle de Louis
-XIV[44]?» Hélas! Charles X va tomber; il va reprendre le chemin de
-l’exil. Mais il semble que, à cette heure suprême, les chefs-d’œuvre
-veuillent se presser sur ses pas pour lui former un cortège digne
-de cette maison de Bourbon, qui a fait la France. Au dernier Salon
-de peinture de la Restauration, les plus grands noms de l’art au
-XIX^e siècle se donnent rendez-vous. Parmi les peintres, Ingres,
-Eugène Delacroix, Paul Delaroche, Léopold Robert, le baron Gérard,
-Eugène Devéria, Isabey, Schnetz, Horace Vernet, Gudin, Heim, Sigalon,
-Brascassat, Paul Huet, Bonington, Granet, Ary Scheffer. Parmi les
-statuaires, Dumont, Cortot, Pradier, David d’Angers, Foyatier, Rude,
-Nanteuil et Bosio. Du mois de juillet 1829, au mois d’août 1830,
-pendant cette dernière année de la Restauration, qui fut précisément
-la première année de droit de Pontmartin, Rossini fait représenter
-_Guillaume Tell_, et Auber _Fra Diavolo_; Victor Hugo et Alfred de
-Vigny donnent au Théâtre-Français _Hernani_ et le _More de Venise_[45],
-Alfred de Musset publie les _Contes d’Espagne et d’Italie_,
-Sainte-Beuve les _Consolations_, Lamartine les _Harmonies_, Théophile
-Gautier ses premières _Poésies_[46]. Après s’être essayé sous les
-pseudonymes d’Horace de Saint-Aubin, de Viellerglé de Saint-Alme et de
-lord R’hoone, Balzac, entré en pleine possession de son talent, écrit
-les _Scènes de la vie privée_[47], tandis que Prosper Mérimée, après
-avoir fait paraître, au mois de mars 1829, la _Chronique du règne de
-Charles IX_, compose ces nouvelles qui sont restées ses œuvres les plus
-achevées, la _Partie de trictrac_, le _Vase étrusque_ et l’_Enlèvement
-de la Redoute_. En même temps que Guizot, Villemain et Victor Cousin
-professent à la Sorbonne, Cuvier, après quinze ans de silence, reprend
-son cours au Collège de France. Berryer prononce son premier discours
-parlementaire, Montalembert écrit son premier article.
-
-Chaque matin, sans y manquer jamais, Pontmartin allait bouquiner, sous
-les galeries de l’Odéon, chez son voisin le libraire Masgana, sûr d’y
-trouver le chef-d’œuvre du jour, en attendant celui du lendemain. Comme
-sa bourse d’étudiant était bien garnie, il achetait le volume et, sans
-perdre une heure, il allait le lire, l’hiver dans sa chambre de la rue
-de Vaugirard, en été sous les tilleuls du Luxembourg.
-
-En dépit de ses brillantes études classiques, ou peut-être à cause
-d’elles, il était romantique,—romantique avec Victor Hugo et
-Sainte-Beuve, mais plus encore avec Chateaubriand, Lamartine, lord
-Byron et Walter Scott. Il applaudissait à la chute des trois unités,
-à la brisure du rythme, à la césure plus libre, à la rime plus riche:
-mais ces questions de _forme_ et de _style_ n’avaient à ses yeux qu’une
-importance secondaire. Ce qui l’attirait, ce qui le passionnait dans
-le romantisme, pur encore de tout excès, c’était le retour aux idées
-spiritualistes et chrétiennes. Il saluait en lui l’allié de l’opinion
-royaliste, l’adversaire des coryphées du _libéralisme_, des voltigeurs
-de Voltaire et de l’Encyclopédie. Dans son juvénile enthousiasme, il se
-plaisait à y voir la revanche de l’art chrétien, des siècles de foi,
-de la cathédrale gothique, contre le temple grec, le néo-paganisme
-du dernier siècle, sa littérature aussi glaciale que sa philosophie.
-Plus tard, quand l’École nouvelle, au lendemain de la révolution de
-1830, reniera ses glorieux débuts et se fera anti-chrétienne, quand 93
-aura remplacé 89, quand le _Cénacle_ sera devenu un club démagogique,
-Pontmartin s’en séparera, mais il ne se ralliera point pour cela au
-pseudo-classicisme de Ponsard et de _Lucrèce_. Il demeurera ce qu’il
-avait été en 1829; jusqu’à la fin, il sera un _romantique impénitent_.
-
-
-III
-
-Emmanuel Richomme, son ancien condisciple de Saint-Louis, était
-le neveu du peintre Paul Huet, le précurseur de notre grande école
-paysagiste. Pontmartin fréquenta l’atelier de l’artiste, son aîné
-seulement de quelques années[48], et noua avec lui une amitié, qu’il
-consacrera plus tard en lui dédiant les _Mémoires d’un notaire_, ce
-roman qui côtoie souvent de trop près le mélodrame, mais où il y a
-de si charmants paysages, d’un ton si juste et si vrai. Lors de la
-première représentation d’_Hernani_, Paul Huet fut chargé de fournir
-une bande; il la recruta parmi ses élèves et les amis de son neveu. Et
-voilà comment Armand de Pontmartin se trouva, le soir du 25 février
-1830, au parterre du Théâtre-Français, applaudissant à tout rompre les
-vers de Hugo, en compagnie des rapins les plus frénétiques.
-
-Dans ses _Mémoires_[49], il a retracé les principaux épisodes de cette
-soirée mémorable. Il sortit du théâtre plus hugolâtre que jamais,
-pressé du besoin de dire à tous—_urbi et orbi_—son admiration et
-son enthousiasme. Il y avait justement, en ce temps-là, sur le pavé
-de Paris, un petit journal qui lui avait quelques obligations et ne
-demandait pas mieux que d’insérer sa prose. De ses deux cousins,
-Henri et Alfred de Cambis, le second, paresseux et étourdi, avait
-été retiré du collège, où il perdait son temps; le marquis de Cambis
-lui avait donné pour précepteur un jeune universitaire, quelque
-peu journaliste, nommé Félix Lebertre. Lebertre était _libéral_ et
-hostile au _parti prêtre_; mais comme cet ennemi de _la Congrégation_
-n’était pas, malgré tout, bien féroce, et qu’il avait la passion de
-la littérature, Pontmartin s’était lié avec lui et avait été un des
-premiers souscripteurs de son journal, _la Silhouette_: c’était une
-feuille à images, à prétentions mondaines, et qui s’occupait volontiers
-des théâtres. Elle ouvrit avec empressement ses colonnes à l’article de
-Pontmartin sur _Hernani_, improvisé en quelques heures le lendemain de
-la première représentation.
-
-En même temps que _la Silhouette_, Lebertre dirigeait une autre
-publication, _le Petit Plutarque français_, Pontmartin y donna deux
-notices sur _Corneille_ et sur _La Fontaine_, _ornées_ de gravures sur
-bois. Mais il allait bientôt débuter dans un recueil plus important,
-dans une des principales Revues de l’époque, _le Correspondant_.
-
-Fondé le 10 mars 1829 par MM. Bailly de Surcy, Edmond de Cazalès
-et Louis de Carné, le _Correspondant_, après avoir été d’abord
-hebdomadaire, paraissait, depuis le 2 mars 1830, deux fois par semaine,
-le mardi et le vendredi, en un cahier de huit pages in-4^o, à deux
-colonnes.
-
-A la fois religieuse, politique et littéraire, la nouvelle Revue, dont
-presque tous les rédacteurs étaient des _jeunes_, professait hautement
-les doctrines catholiques et monarchiques; en littérature, elle
-inclinait vers le romantisme, mais avec de sages réserves. Elle venait
-justement de publier sur _Hernani_ deux grands articles, où je relève,
-à côté des éloges les plus mérités, ces lignes quasi prophétiques:
-«L’invocation au tombeau de Charlemagne est noble et grande...
-toutefois l’ensemble est entaché du vice d’une fausse profondeur; il
-y a plus d’images que de pensées, et les pensées arrivent par les
-images... Mon oreille est étonnée, mon âme n’est pas profondément
-ébranlée[50]...»
-
-_Il y a plus d’images que de pensées, et les pensées arrivent par les
-images_: Victor Hugo poète, avec ses qualités et ses défauts, n’est-il
-pas tout entier dans cette phrase?
-
-Toutes les sympathies de Pontmartin allaient naturellement au
-_Correspondant_, et il se disait que, lorsqu’il aurait quelques années
-de plus, il serait heureux de se joindre à ce groupe d’élite. Plus tôt
-qu’il ne le pensait, et avant la fin de sa première année de droit, la
-porte de la Revue s’ouvrit à demi devant lui, en attendant de s’ouvrir
-plus tard toute grande.
-
-Le 29 juin 1830, eut lieu à l’Académie française la double réception
-du général Philippe de Ségur et de M. de Pongerville. Les deux
-récipiendaires et MM. Arnault et de Jouy, chargés de leur répondre,
-attaquèrent le romantisme avec une véritable furie:
-
- Ils étaient quatre
- Qui voulaient se battre...
-
-Armand de Pontmartin assistait à la séance, avec un billet que lui
-avait procuré son oncle, M. de Cambis. Rentré chez lui, il écrivit
-trois ou quatre pages où il parlait des quatre _immortels_ et aussi
-d’un demi-quarteron de leurs confrères, avec la plus parfaite
-irrévérence. Une heure après, l’article était dans la boîte du
-_Correspondant_, au numéro 5 de la rue Saint-Thomas-d’Enfer.
-
-Ce premier article, on s’en souvient toujours. «Moi-même, écrira
-Pontmartin dans une de ses causeries de 1876, moi-même, à un
-demi-siècle de distance, je ne puis oublier avec quel battement de
-cœur je jetai dans la boîte du _Correspondant_ le premier en date de
-mes innombrables articles, et quelle fut ma joie, trois jours après,
-en me voyant imprimé tout vif sur la même page que mes aînés, Louis de
-Carné et Edmond de Cazalès. Ce sont là de ces impressions de jeunesse
-qui s’effacent et que l’on croit mortes, tant que la vie semble encore
-avoir encore quelque chose à nous donner. Mais quand tout manque à la
-fois, quand on n’a plus devant soi que deuil et que ténèbres, on se
-retourne et l’on aperçoit bien loin, à l’extrémité de l’horizon, une
-pâle et faible lueur. C’est le fugitif rayon de la vingtième année,
-l’adieu furtif du premier rêve à la dernière réalité[51].»
-
-Toutes nos joies sont courtes. L’article du _Correspondant_ avait paru
-le 2 juillet: moins de quatre semaines après, éclatait la Révolution
-de 1830. Pontmartin était encore à Paris, où il était resté avec sa
-mère et son oncle Joseph. Après les premiers jours de trouble, et
-dès que les routes furent rouvertes, on revint aux Angles, où M.
-de Pontmartin le père s’était rendu dès le printemps. On le trouva
-très souffrant, accablé par les nouvelles de Paris. Bientôt même il
-fallut le transporter à Avignon, dans la maison de son beau-frère de
-Cambis, afin d’être plus à portée des médecins. La douleur causée au
-fidèle royaliste par la chute de ses princes, ses inquiétudes pendant
-plusieurs mois pour la vie de M. de Polignac, son compagnon des années
-d’émigration, aggravèrent sa maladie et hâtèrent sa mort, qui eut lieu
-en un jour de deuil monarchique, particulièrement poignant au lendemain
-d’un nouvel exil des Bourbons, le 21 janvier 1831.
-
-
-IV
-
-Ce fut seulement au mois d’octobre suivant que la famille, privée
-de son chef, rentra à Paris, et que Pontmartin commença sa deuxième
-année de droit. Cette seconde année ne devait guère ressembler à la
-première. Plus de fêtes en Sorbonne, plus de soirées aux Italiens, plus
-de lectures paisibles et charmantes sous les arbres du Luxembourg.
-Les émeutes succédaient aux émeutes et des menaces de guerre venaient
-du dehors. Pendant que M^{me} la duchesse de Berry tentait en Vendée
-son héroïque aventure, les républicains se battaient au cloître
-Saint-Merry. Paris était mis en état de siège. Aux tristesses publiques
-venait se joindre pour Armand de Pontmartin un nouveau deuil de
-famille. Le 13 janvier 1832, un an presque jour pour jour après la mort
-de son père, il eut la grande douleur de perdre l’oncle Joseph, qui,
-malgré son chagrin, malgré une fatigue qui équivalait pour son corps
-débile à une grave maladie, avait tenu à suivre son neveu à Paris et à
-se réinstaller avec lui dans l’appartement de la rue de Vaugirard. Son
-corps fut rapporté aux Angles, accompagné par un prêtre ami. M^{me} de
-Pontmartin n’avait pas voulu que son fils interrompît encore ses études
-pour faire ce triste voyage.
-
-Dans les derniers jours de mars 1832, le choléra fit son apparition
-à Paris. Commencée le 26 mars, l’épidémie ne devait finir que le 30
-septembre. Pendant ces cent quatre-vingt-neuf jours, le chiffre des
-victimes s’éleva à 18,406[52].
-
-De cette effroyable tragédie, de l’état d’âme des Parisiens pendant
-que le terrible fléau multipliait ses coups, de jour en jour plus
-meurtriers, Pontmartin a donné, dans ses _Mémoires_[53], une émouvante
-et très fidèle peinture. Ce chapitre parut dans le _Correspondant_ du
-25 novembre 1881. Après l’avoir lu, Cuvillier-Fleury lui écrivait: «Je
-suis encore ému, mon cher ami, de l’émotion que votre récit, _daté
-du choléra_, a causée à ma femme. Que cela est bien pensé, bien dit!
-Si je ne suis pas avec vous, aussi avant que vous, dans un certain
-mysticisme, qui convient aux solitaires quand ils ont de belles
-âmes, je n’en suis pas moins touché de ces nobles réminiscences, qui
-vont chercher en remontant quarante ou cinquante ans leurs souvenirs
-d’autrefois, et les trouvent presque rajeunis par cette éternelle
-fraîcheur des bons sentiments...»
-
-Dès le milieu d’avril, Paris n’était plus qu’une nécropole. Les
-marchands, sans doute, ouvraient leurs boutiques, les théâtres ne
-fermaient pas leurs portes; les fiacres roulaient, les bourgeois
-montaient leur garde. Rien n’était suspendu dans le mouvement des
-affaires, et l’on affichait même chaque matin les plaisirs de la
-journée[54]. Mais ces vains simulacres et ces fausses apparences ne
-trompaient personne. Les chiffres de la mortalité augmentaient d’heure
-en heure. Les hôpitaux regorgeaient; les corbillards étaient débordés,
-et, pour suppléer à leur insuffisance, il avait fallu recourir à des
-omnibus funéraires, à de gigantesques tapissières, tendues de noir, qui
-dissimulaient aux regards le chiffre des _déménagements_. Une indicible
-terreur enveloppait la ville, et les plus braves eux-mêmes n’en étaient
-pas exempts. Quand on se séparait le soir, on n’osait pas se dire: «A
-demain!»
-
-Pour ne pas effrayer sa mère, Pontmartin s’efforçait de faire bonne
-contenance; mais, nerveux et impressionnable à l’excès, il avait peine
-à y réussir. Les images de mort qui se renouvelaient sans cesse sous
-ses yeux, en lui rappelant les chers défunts qu’il avait récemment
-perdus, le faisaient constamment songer à un proverbe provençal,
-qui dit que, lorsque la mort est installée dans une maison, elle
-n’en sort plus. A ces préoccupations funèbres s’ajoutait une pensée
-superstitieuse et puérile. Il était encore sur les bancs du collège,
-lorsque son ami Léonard Retouret, dont une des _toquades_ était de
-prédire l’avenir, lui avait dit: «Tu sais, toi, tu mourras dans cinq
-ans.» Pontmartin avait écrit, à la première page de son Virgile, la
-date de cette prédiction: _19 avril 1827_. A mesure que l’on approchait
-de l’échéance fatale—19 avril 1832,—il croyait de plus en plus à
-la réalisation de la prophétie. Ce brave Retouret s’était trompé—et
-trompé de près de soixante ans. Le 20 avril, Pontmartin se leva,
-pleinement rassuré, si bien que, le 29 mai suivant, il assistait avec
-quelques amis, au théâtre de la Porte-Saint-Martin, à la première
-représentation de la _Tour de Nesle_. Comme on était loin déjà de la
-première représentation d’_Hernani_! Ce n’était plus le même public.
-Les rapins d’atelier étaient toujours là, sans doute; mais où étaient
-les autres claqueurs du 25 février 1830, fils de famille, lauréats
-de l’Université, rédacteurs du _Globe_, artistes _arrivés_, poètes
-du _Cénacle_? Ils étaient remplacés par des habitués d’estaminet,
-des acteurs et des actrices des petits théâtres, des journalistes
-républicains, des _bousingots_ en bérets et en casquettes rouges.
-La fameuse tirade des _Grandes dames_ provoqua des applaudissements
-frénétiques. Ces bravos redoublèrent quand le pauvre roi Louis le
-Hutin, après avoir dit aux seigneurs de sa cour: «Je vais donner
-l’ordre qu’une taxe soit levée sur la ville de Paris à l’occasion
-de ma rentrée», s’avança sur le balcon et dit au peuple: «Oui, mes
-enfants, je m’occupe de diminuer les impôts; je veux que vous soyez
-tous heureux, car je vous aime!» Pontmartin était consterné. Son
-cher _romantisme_ n’était plus, après trois ans, qu’un épisode du
-triomphe révolutionnaire, gonflé de phrases de mélodrame et pimenté de
-tirades démocratiques. «Ah! disait-il tristement à ses amis pendant
-les entr’actes,—ce n’est plus ça, mais plus du tout! Adieu nos beaux
-rêves.»
-
-Parmi les étudiants qui l’accompagnaient à cette _première_ de la
-_Tour de Nesle_, il en était un qui d’habitude n’allait point au
-théâtre, Alfred Thureau-Dangin[55], qu’il avait connu dès le collège et
-qui était devenu son meilleur ami. Très lettré, d’un esprit charmant,
-d’une piété ardente, Alfred Thureau était dès lors ce qu’il devait être
-toujours, et de plus en plus, un chrétien modèle, l’homme de tous les
-devoirs et de toutes les vertus[56]. Pontmartin était d’un caractère
-un peu faible, prompt aux entraînements. A cette heure critique, et
-si souvent décisive, de la jeunesse, il avait besoin d’un guide et
-d’un appui. Ce lui fut une inestimable fortune de trouver dans Alfred
-Thureau l’ami-apôtre, celui qui est toujours prêt à donner les bons
-conseils et surtout les bons exemples.
-
-Quand le choléra fut en décroissance, au mois d’août, Pontmartin
-quitta Paris avec sa mère. Il y revint seul au mois de novembre, non
-pour y terminer ses études juridiques, mais pour y faire un court
-séjour, emballer les meubles à destination d’Avignon et dire un
-adieu définitif à la place du Panthéon et à la rue de Vaugirard. La
-littérature l’avait décidément conquis sur le droit, dont en somme
-il n’avait fait que deux années et passé que deux examens: il se
-contentait du titre de bachelier en droit, ce qui, après tout, était
-suffisant pour être un jour maire de village.
-
-
-
-
-CHAPITRE IV
-
-LES ANNÉES D’AVIGNON
-
-(1833-1838)
-
- La rue Violette et le baron de Montfaucon. Un maire d’autrefois.
- Le Cercle de l’Escarène et le _Café Boudin_.—L’Affaire du _Carlo
- Alberto_, le vicomte de Saint-Priest et la marquise de Calvière. Les
- bureaux d’une feuille royaliste en 1833, Henri Abel et Eugène Roux.
- Les _Revues littéraires_ de la _Gazette du Midi_. Esprit Requien
- et ses dîners du dimanche. Prosper Mérimée.—Le bonhomme Joudou et
- le _Messager de Vaucluse_. M^{me} Dorval. Pontmartin et le théâtre
- romantique. Les élections de 1837. Brochure sur Berryer.—L’_Album
- d’Avignon_. Pages sur Alfred de Musset. Joseph Michaud à Avignon.
- «Lisez du Voltaire.»
-
-
-I
-
- Tel qui part pour _douze ans_ croit partir pour un jour.
-
-Pontmartin, en s’éloignant de Paris, se promettait d’y revenir
-bientôt. Il avait déjà quelques relations dans le monde des lettres et
-des arts: la littérature, il le sentait bien, était sa véritable, sa
-seule vocation. Il louerait un appartement modeste, mais convenable,
-sur la rive gauche, dans un quartier classique, entre l’Institut et
-l’Abbaye-aux-Bois, à deux pas de la _Revue des Deux Mondes_; il se
-ferait présenter dans quelques-uns de ces salons où se réunissent les
-célébrités littéraires et scientifiques et qui sont souvent le chemin
-le plus court pour arriver à l’Académie. Ce rêve, rien ne lui était
-plus facile que de le réaliser. Il y renonça, parce qu’il lui aurait
-fallu quitter sa mère.
-
-M^{me} de Pontmartin était d’une santé délicate, elle ne pouvait plus
-supporter le climat de Paris; il lui fallait désormais le soleil
-du Midi. De plus, privée de son mari, de son beau-frère, elle se
-trouvait hors d’état de diriger un jeune homme vif, ardent, passionné
-de théâtre, épris de ce _romantisme_ qui ne lui disait rien de bon,
-prêt à fréquenter, en même temps que les salons, ces ateliers et
-ces _cénacles_, qu’elle connaissait mal sans doute, mais qui lui
-apparaissaient comme des lieux de perdition. Pontmartin ne put se
-décider à lui faire le chagrin de rester seul à Paris à vingt et un
-ans. Peut-être, se disait-il _in petto_, qu’après deux ou trois ans de
-séjour en province, ayant un peu mûri, il pourrait, sans effaroucher sa
-mère, se partager entre Avignon et la capitale, et passer dans cette
-dernière plusieurs mois chaque année. Il restera donc provisoirement
-à Avignon; mais, on le sait, rien ne dure plus longtemps que le
-provisoire.
-
-On s’installa, non à la campagne, mais à la ville. M^{me} de
-Pontmartin s’y trouvait mieux pour sa santé et à cause du voisinage
-de l’église, celle des des Angles étant d’un accès très difficile.
-Elle habita, avec son fils, un appartement situé rue Violette, dans
-l’hôtel du baron de Montfaucon[57], le dernier maire d’Avignon sous
-la Restauration. C’était un maire, comme on n’en fait plus, un de
-ces _originaux_ comme il en existait encore beaucoup à cette date et
-qui donnaient à la province une physionomie particulière, qu’elle a
-depuis longtemps perdue. Bon, affable, généreux, recherché dans les
-salons et populaire dans les faubourgs, il chantait joliment la romance
-sentimentale, jouait à merveille la comédie à ariettes, déclamait
-sans broncher des scènes de tragédie. Jamais édile, du reste, ne sut
-mieux mêler l’utile à l’agréable. Quand le budget de la ville était
-menacé d’un déficit, ou lorsque son conseil municipal reculait devant
-une grosse dépense, il avait une méthode qu’on peut recommander sans
-crainte à nos maires républicains, car on est sûr qu’ils ne la suivront
-pas. Il payait de ses propres deniers de quoi combler les lacunes.
-C’est ainsi qu’à l’inauguration de la nouvelle salle de spectacle, il
-avait recruté à ses frais une troupe que lui enviaient Lyon, Marseille
-et Toulouse.
-
-Pris en grande amitié par le baron de Montfaucon, spirituel jusqu’au
-bout des ongles, professant en toute rencontre le _carlisme_ le plus
-intransigeant, Armand de Pontmartin devint bien vite le favori de la
-haute société avignonnaise. Or, Avignon à cette époque, était une
-vraie succursale du faubourg Saint-Germain. On y rencontrait, dans
-le même salon, les Crillon, les Gramont-Caderousse, les Caumont, les
-Galléan (ducs de Gadagne), les Monteynard, les Bernis, les Calvière,
-les Tournon, les Piolenc, les La Fare, les Forbin, les Cambis, les des
-Isnards, etc.
-
-Et comme elle avait son faubourg Saint-Germain, la ville des Papes
-avait aussi son Jockey-Club, le cercle de l’_Escarène_, où la jeunesse
-dorée passait sa vie, Pontmartin y fréquentait et y jouait le soir à
-la bouillotte. Le matin, il allait de préférence au _Café Boudin_,—un
-café ou plutôt un immense jardin, avec de beaux arbres, dont la
-renommée s’étendait à cinquante lieues à la ronde, grâce surtout à son
-magnifique jeu de paume. Le propriétaire, le père Boudin, dont l’un des
-fils devint secrétaire d’Augustin Thierry, avait installé une tonnelle
-dans la cour attenante à la salle. Au printemps, ces treillis peints
-en vert se couvraient de plantes grimpantes, houblon et vigne vierge,
-glycine et clématite. Les causeurs et les beaux esprits avignonnais
-s’y donnaient rendez-vous pour prendre leur tasse de chocolat avec
-le classique pain au beurre, lire les journaux et parler politique.
-Pontmartin était un des habitués de la tonnelle. Il lui arrivait même
-d’y aller le soir, quand elle s’illumiminait _à giorno_ à l’aide de six
-quinquets et que les élégants et les belles dames y venaient, de neuf à
-onze heures, prendre des glaces.
-
-Tout cela, paraît-il, ne laissait pas d’être grave. Aller dans le
-monde, passer ses soirées au cercle, dîner avec de joyeux amis,
-fréquenter le _Café Boudin_! Horreur! Sainte-Beuve en est tout
-suffoqué; il se voile la face et il écrit ces lignes: «A ceux qui en
-douteraient à voir la sévérité de sa doctrine, je dirai (ce qui n’est
-jamais une injure pour un galant homme) que M. de Pontmartin eut de la
-jeunesse. La ville d’Avignon s’en est longtemps souvenue, me dit-on et
-les échos l’ont répété[58].»
-
-Si Pontmartin se pliait volontiers à la vie provinciale, il ne
-renonçait pas pour cela à ses visées littéraires. Il dévorait tous les
-livres nouveaux, il lisait tous les articles de la _Revue de Paris_ et
-de la _Revue des Deux Mondes_, et après chacune de ces lectures, il
-se disait: _Semper ego auditor tantum?_ Doué dès cette époque d’une
-incroyable facilité de plume, il se sentait attiré surtout vers le
-journalisme. Malheureusement il n’y avait à Avignon aucun journal où il
-pût écrire. Il allait en trouver un ailleurs.
-
-
-II
-
-Il y avait alors dans les prisons de Marseille un certain nombre de
-royalistes, qui s’étaient associés à l’imprudente mais chevaleresque
-entreprise de la duchesse de Berry et qui avaient été arrêtés à la
-Ciotat au moment où ils débarquaient du _Carlo-Alberto_. Depuis le
-1^{er} mai 1832, ils attendaient leur mise en jugement. Le plus
-marquant de ces détenus était le général vicomte de Saint-Priest[59],
-ancien ambassadeur de France à Madrid. Sa sœur, la marquise de
-Calvière, était l’amie intime de M^{me} de Pontmartin, qui avait logé
-dans sa maison jusqu’en 1823[60]; elle lui écrivit qu’elle était
-venue à Marseille pour voir son frère, qu’elle était horriblement
-inquiète[61] et que ce lui serait une grande consolation de l’avoir
-auprès d’elle. Deux jours après, M^{me} de Pontmartin et son fils
-descendaient à l’hôtel Beauvau.
-
-On était au mois de janvier 1833. La _Gazette du Midi_, qui paraissait
-à Marseille depuis le mois d’octobre 1830, avait déjà pris dans toute
-la région une sérieuse importance. Une des premières visites de
-Pontmartin fut pour la feuille royaliste.
-
-La presse de province n’était pas riche en ce temps-là (les choses
-ont-elles beaucoup changé depuis?). L’imprimerie de la _Gazette_
-occupait un sordide hangar dans la cour d’une maison de la rue Paradis,
-au n^o 47. On accédait par un escalier en bois au cabinet de rédaction,
-sorte de soupente qu’éclairait une seule fenêtre, et dont tout
-l’ameublement se composait de quelques chaises de paille et de deux
-pupitres en bois blanc peint de noir, avec encrier en tête de pipe,
-fiché dans la tablette supérieure[62].—Oui, mais devant ces pupitres
-d’écoliers, s’asseyaient chaque matin deux maîtres journalistes, Henri
-Abel[63] et Eugène Roux[64].
-
-Henri Abel, le rédacteur en chef, avait trente-sept ans. Il y avait
-deux ans que, sur les instances de quelques amis, il avait quitté le
-commerce des denrées de Provence pour devenir le directeur du journal.
-Ses immenses lectures, sa prodigieuse mémoire, la rectitude de son
-esprit et l’énergie de ses convictions lui avaient permis, dès les
-premiers jours, d’écrire des articles, qui furent très remarqués. Comme
-ils n’étaient pas signés, on les attribuait à de hautes personnalités,
-quelquefois à Berryer lui-même. Si l’on objectait que l’article, tout
-d’actualité, avait certainement été fait sur place, que les lettres de
-Paris mettaient trois jours à venir, et que le ministre de l’Intérieur
-n’avait sans doute pas mis le télégraphe à la disposition du chef
-de l’opposition légitimiste: «Alors, reprenaient nos gens, qui ne
-voulaient pas se tenir pour battus, il doit être de Laboulie[65], à
-moins qu’il ne soit du marquis de Montgrand[66].» Et personne ne se
-doutait que l’anonyme, déjà célèbre à ses débuts, était le modeste
-commerçant, enlevé d’hier par la politique aux vulgarités de la «chère
-vôtre».
-
-En 1833, le nom d’Henri Abel était victorieusement sorti de l’ombre, et
-le temps était proche où deux ou trois journaux parisiens lui feraient
-les propositions les plus séduisantes: il refusera sans hésiter. Il
-était bien trop spirituel, et surtout trop Marseillais, pour sacrifier
-la Cannebière aux Boulevards, pour échanger le soleil et la mer contre
-les brouillards de la rue du Croissant ou le ruisseau de la rue
-Montmartre.
-
-Armand de Pontmartin et Abel eurent vite fait de s’entendre. Il fut
-convenu, dès leur premier entretien, que l’ancien élève de Saint-Louis
-enverrait à la _Gazette du Midi_ des articles de critique littéraire.
-Le premier parut le 5 septembre 1833; il était consacré aux _Prisons_
-de Silvio Pellico. Vinrent ensuite des feuilletons sur _Volupté_, de
-Sainte-Beuve; _Stello_, d’Alfred de Vigny; _le Lys dans la vallée_, de
-Balzac; la _Confession d’un Enfant du siècle_, d’Alfred de Musset; les
-_Chants du Crépuscule_, de Victor Hugo; _Simon_ et _Mauprat_, de George
-Sand, etc., etc. Ils eurent du succès, si bien qu’après les avoir
-signés d’abord _A. P._, puis _A. de P._, l’auteur se décida à y mettre
-son nom en toutes lettres.
-
-Cette collaboration, qui dura jusqu’en 1843, ne tarda pas d’avoir
-pour lui d’heureux résultats. Jusque-là ses compatriotes n’avaient
-guère vu en lui qu’un jeune homme instruit, riche, titré, spirituel,
-héros de cercle et de salons, qui ne manquerait pas de faire un
-jour un beau mariage; après quoi, tout serait dit. Depuis que
-paraissaient, dans le journal le plus important de la région, ses
-_Revues littéraires_, on le jugeait autrement; on commençait à se
-demander s’il n’y avait pas en lui l’étoffe d’un écrivain de talent et
-s’il n’était pas destiné à devenir célèbre. Parmi ceux qui suivaient
-ses articles avec le plus d’intérêt et qui lui prodiguaient le plus
-d’encouragements, était M. Esprit Requien[67], botaniste et géologue
-de premier ordre qui, sur un plus grand théâtre, eût été le rival des
-Jussieu, des Candolle et des Mirbel. Sa science encyclopédique n’avait
-rien de pédantesque, d’officiel et de gourmé. Sa simplicité, son esprit
-et sa belle humeur égalaient son savoir. Ses dîners du dimanche, où
-la chère était d’ailleurs excellente, avaient un succès universel.
-Les célébrités qui passaient à Avignon acceptaient volontiers son
-hospitalité. Pontmartin vit successivement à sa table le duc de Luynes,
-Horace Vernet, Paul Delaroche, Xavier Marmier, Méry, J.-J. Ampère,
-Fauriel, M. de Mirbel, le peintre Champmartin, Liszt, Castil-Blaze
-et son fils Henry Blaze de Bury, sans compter Prosper Mérimée, alors
-inspecteur des monuments historiques dans le Midi de la France.
-
-Le dimanche 17 août 1834, au dîner hebdomadaire de la rue des Tanneurs,
-Pontmartin fut placé à côté de Mérimée, qui venait justement de
-publier, dans la _Revue des Deux Mondes_, une de ses nouvelles, _les
-Ames du Purgatoire_[68], et à qui Requien, dont il était l’hôte depuis
-deux ou trois jours, avait fait lire quelques-uns des articles de son
-jeune ami. On causa littérature et beaux-arts. Malgré ses préventions
-contre la province, malgré son désir de ne jamais être ou paraître
-dupe, l’auteur de la _Double Méprise_ ne put conserver jusqu’au bout
-son attitude glaciale et un peu hautaine. Charmé par l’esprit et la
-bonne grâce de son voisin, il se montra bienveillant, aimable, _bon
-enfant_. Quand on sortit de table, il avait quitté tout à fait son air
-de _pince-sans-rire_, et il dit à Pontmartin:
-
-—Avez-vous la vocation?
-
-—Oui, je le crois... j’en suis sûr... D’ailleurs, pourrais-je en avoir
-une autre?
-
-—Eh bien, si vous avez la vocation, vous aurez tôt ou tard
-l’occasion. J’ai idée que nous nous reverrons un jour aux bureaux de la
-_Revue des Deux Mondes_, chez Buloz, dans cette singulière maison de la
-rue Saint-Benoît, qui a un jardin au premier étage.
-
-Cet oracle était plus sûr que celui de Léonard Retouret.
-
-
-III
-
-La collaboration de Pontmartin à la _Gazette du Midi_ lui laissait des
-loisirs. Il regrettait de ne pas avoir sous la main, à Avignon même,
-une feuille, si modeste fût-elle, où il pourrait écrire des chroniques
-mondaines et des feuilletons de théâtre. Par une belle matinée d’hiver,
-au mois de novembre 1836, il reçut la visite d’un vieil original, nommé
-Joudou, dont la manie était de fonder des journaux qui vivaient, en
-moyenne, trois mois ou six semaines. Le bonhomme Joudou lui annonça
-qu’il allait créer un nouveau journal, _le Messager de Vaucluse_, et
-il lui demanda de vouloir bien se charger du feuilleton. Pontmartin
-accepta, mais à la condition de ne pas signer.
-
-Le _Messager_ devait paraître deux fois par semaine, le jeudi et le
-dimanche; il ne parlerait pas politique et traiterait seulement les
-questions de littérature, d’histoire locale, d’archéologie, de travaux
-publics et d’hygiène. Le premier numéro parut le jeudi 1^{er} décembre
-1836; Pontmartin inaugura sa collaboration, dans celui du 11 décembre,
-par un feuilleton signé _Z.Z.Z._
-
-M^{me} Dorval venait d’arriver à Avignon, où elle devait donner une
-série de dix à douze représentations. C’était une bonne fortune
-pour le critique du _Messager_ d’avoir l’occasion de parler d’une
-grande artiste et de passer en revue les principales pièces du
-théâtre romantique. M^{me} Dorval joua successivement _Trente ans
-ou la Vie d’un joueur_, de Victor Ducange et Dinaux; _Clotilde_,
-de Frédéric Soulié; _Antony_, _la Tour de Nesle_, _Henri III et sa
-Cour_, d’Alexandre Dumas; _Jeanne Vaubernier_, de Pierre Lafitte[69];
-_Angelo_, de Victor Hugo; _Chatterton_, d’Alfred de Vigny.
-
-Pontmartin ne lui consacra pas moins de six feuilletons[70]. Il parla
-d’elle avec enthousiasme. L’enthousiasme, du reste, était justifié.
-M^{me} Dorval n’avait pas la distinction aristocratique de M^{lle}
-Mars, son élégance incomparable, son art savant et profond; mais,
-plus que sa glorieuse rivale, elle était une artiste d’inspiration,
-l’interprète par excellence du drame moderne. Elle était la passion
-même, comédienne par hasard et par instinct, comme M^{lle} Mars était
-une comédienne par la nature et par l’étude; comédienne avec son cœur
-comme M^{lle} Mars était comédienne avec son esprit[71].
-
-Pontmartin dit dans ses _Mémoires_: «J’avais habilement mélangé la
-prose doctorale de Gustave Planche, les gentilles paillettes de Jules
-Janin et mes souvenirs personnels du théâtre de la Porte-Saint-Martin.
-J’exprimai le plus fougueux enthousiasme et je citai un passage de la
-_Revue des Deux Mondes_, d’où il résultait que M^{lle} Mars n’allait
-pas à la cheville de M^{me} Dorval[72].» Cela n’est pas exact. Quoique
-romantique, Pontmartin aimait par-dessus tout ce qui était correct,
-délicat, charmant, distingué. Ses préférences devaient donc aller à
-M^{lle} Mars. Quand il eut à parler de _Henri III et sa Cour_, évoquant
-son souvenir dans le rôle de la duchesse de Guise, qu’elle avait créé
-au Théâtre-Français, il n’hésita pas à la déclarer supérieure à M^{me}
-Dorval[73].
-
-Dans ce même article sur le drame de Dumas, il juge ses amis les
-_romantiques_ comme un homme affranchi de toute servitude d’école:
-
- Notre ami Alexandre Dumas, dit-il, esprit aventureux, peu profond,
- prêt à toute circonstance, avait d’abord fait sa pièce en trois actes,
- sous le titre de _la Duchesse de Guise_. Mais, à cette époque, on
- était engoué de chroniques, de moyen âge et de barbes pointues; on ne
- voyait plus au théâtre et dans nos musées la moindre toge romaine,
- la moindre tunique grecque, mais des pourpoints, des justaucorps,
- des souliers à la poulaine et des vertugadins. Notre auteur, voyant
- cette mode, imagina de plaquer au drame primitif deux actes de couleur
- locale et il l’intitula gravement _Henri III et sa Cour_. Le drame fut
- joué[74] et eut un grand succès que les romantiques (il y en avait
- alors) attribuèrent obstinément à la sarbacane du duc de Joyeuse, au
- bilboquet de d’Epernon et à la fraise de Saint-Mégrin: innocentes
- bribes historiques auxquelles personne aujourd’hui ne fait attention.
- Mais par bonheur Dumas, qui était dès lors un écrivain passionné,
- un cœur chaud et énergique, avait jeté à travers ces réminiscences
- d’Anquetil quelques scènes de passion véritable...
-
-Dans son feuilleton sur _Angelo_, après avoir dit son admiration pour
-M^{me} Dorval, qui jouait le rôle de Catarina Bragadini, la femme du
-podestat, il ne se souvient d’avoir été l’un des claqueurs d’_Hernani_
-que pour condamner plus sévèrement le nouveau drame de Hugo: «Elle nous
-a tant émus, écrit-il, nous l’avons si bien applaudie, que nous avons
-oublié _de ne pas applaudir la pièce_. Elle a tendu sa main à M. Hugo,
-et elle l’a sauvé. Que d’aumônes semblables elle a faites, dans sa vie!
-Que de naufrages elle a épargné à ses poètes, et comme elle a mérité de
-rencontrer enfin celui qui ne lui laissera plus qu’à traduire et ne lui
-donnera rien à corriger[75]!»
-
-M^{me} Dorval une fois partie, Pontmartin remplaça les comptes rendus
-de théâtre par des _Causeries littéraires et mondaines_, en même
-temps qu’il écrivait de courtes nouvelles, songeant déjà à mener de
-front, s’il le pouvait, la critique et le roman. Du 16 février au 20
-avril 1837, il publia, dans le _Messager_, une suite d’_Esquisses_,
-qui avaient pour titre: I. _La Vie d’artiste_; II. _Une Heure dans la
-vie_; III. _Les Courtisans de l’exil_; IV. _Les Deux violons_. Le 25
-juin, il commençait une nouvelle série, à laquelle il donnait ce titre:
-_Souvenirs du monde_, et qu’il faisait précéder de cette note: «Les
-fragments qu’on va lire font partie d’un ouvrage intitulé _la Vérité
-vraie_, qui paraîtra cet hiver chez Eugène Renduel.» Eugène Renduel
-était alors l’éditeur des romantiques. De ces _Souvenirs du monde_,
-deux chapitres seulement ont paru: _Partie Carrée_[76] et _Suicides
-amoureux_[77].
-
-Mais la politique à ce même moment, allait le distraire de la
-littérature.
-
-Le 4 octobre 1837, la dissolution de la Chambre des députés fut
-prononcée, et les électeurs convoqués pour le 4 novembre. Les électeurs
-d’Avignon allaient avoir à remplacer le marquis de Cambis, qui venait
-d’être appelé à la pairie. Le candidat constitutionnel était M. Eugène
-Poncet[78]; les royalistes lui opposèrent M. Berryer, lequel, du
-reste, ne prit aucune part à la lutte, étant assuré de sa réélection à
-Marseille. Entre les deux candidats, la situation de Pontmartin était
-particulièrement délicate. M. Poncet était ouvertement patronné par
-le marquis de Cambis; il n’avait même consenti à lui succéder qu’à la
-condition de se retirer dès que Henri de Cambis aurait trente ans, ce
-qui devait avoir lieu en 1840. Pontmartin avait une sincère affection
-pour son oncle, une vive amitié pour son cousin. Entre eux et Berryer
-cependant il n’hésita pas. _Henriquinquiste_ intransigeant, il estima
-que c’était le cas, ou jamais, de mettre en pratique la vieille maxime:
-_Amicus Plato, sed magis amica veritas_.
-
-Le 22 octobre 1837, il faisait paraître dans le _Messager_ un grand
-article intitulé: _Puissances intellectuelles de notre époque. I.
-Berryer_. Premier article: _Berryer homme politique_. Ce premier
-article était suivi de cette note: «Au numéro prochain le deuxième
-article: _Berryer orateur_.»
-
-Le _Messager de Vaucluse_ n’avait pas le droit de parler politique,
-faute d’un cautionnement que le bon Joudou s’était trouvé hors d’état
-de verser. La préfecture lui fit comprendre qu’il serait sage à lui
-de s’arrêter dans la voie où il venait de s’engager. Il refusa donc
-d’insérer l’article promis. Le jour du vote approchait. Pontmartin
-réunit ses deux articles en une petite brochure, qui parut le 28
-octobre, accompagnée de ces lignes:
-
- La première partie de cette esquisse a paru dans le _Messager de
- Vaucluse_; la suite n’ayant pu y être insérée, des motifs d’à-propos
- ont fait désirer qu’elle fût publiée, ce qui a forcé de réimprimer le
- tout. Nous rappelons ceci, non pour blâmer l’administration, mais de
- peur qu’on nous accuse d’avoir prétendu donner à un simple article de
- journal la valeur d’une œuvre plus durable. _A. P._
-
-La brochure, on le pense bien, était un panégyrique enthousiaste du
-grand orateur, alors dans tout l’éclat de son magnifique talent. Sept
-jours après sa publication, avait lieu le vote. M. Poncet fut élu avec
-268 suffrages sur 434 votants. Berryer obtint 163 voix[79].
-
-
-IV
-
-Il ne lui était pas permis dans le _Messager_—Pontmartin venait d’en
-avoir la preuve—de faire, même en passant, de la politique. Pourquoi
-n’aurait-il pas un journal où il serait chez lui et où le timide Joudou
-n’aurait rien à voir? La main lui démangeait d’écrire, il avait du
-temps, de l’esprit et de l’argent à perdre; bravement, il fonda une
-Revue, à laquelle il donna pour titre: L’ALBUM D’AVIGNON, _Recueil
-d’intérêt social et littéraire, publié par un des rédacteurs du_
-MESSAGER DE VAUCLUSE.
-
-La Revue était mensuelle et son premier numéro parut le 1^{er} janvier
-1838; sa collection forme deux volumes.
-
-Quelques hommes de cœur et d’esprit, MM. Jules Courtet, H. d’Anselme,
-J. Bastet et Antonin de Sigoyer, prêtaient bien à Pontmartin leur
-collaboration, mais d’une façon tout à fait intermittente, et il
-arrivait, presque chaque mois, que la livraison était son œuvre pour
-plus des trois quarts. Souvent même il évitait de signer ses articles,
-pour empêcher les lecteurs de voir qu’il était à lui seul toute la
-rédaction. Sa plume facile suffisait à tout. Études littéraires,
-artistiques et musicales, chroniques politiques, contes et nouvelles,
-il s’essayait dans tous les genres. L’abbé Charles Deplace[80] prêchait
-l’Avent à Avignon: le rédacteur de l’_Album_ analyse ses sermons avec
-le plus grand soin sous ce titre: _Prédications de la métropole_[81].
-Lorsqu’il faut descendre de ces hauteurs pour traiter les questions
-locales, s’occuper des levées de la Barthelasse ou du pont suspendu
-entre Villeneuve et la Porte de la Ligne, il est également prêt; aussi
-bien, il s’agit du pont d’Avignon sur lequel, on le sait, tout le monde
-passe, même les littérateurs, même les poètes. Poète, il l’était aussi
-à ses heures: comprendrait-on d’ailleurs un _Album_ qui ne renfermerait
-pas de vers? Pontmartin inséra dans le sien un court poème, le _Lit de
-mort d’Arthur_[82] et des stances: _A deux voyageurs_[83].
-
-Le poète, du reste, cédait volontiers chez lui le pas au conteur.
-Celui-ci ne se proposait alors rien moins que de publier, dans l’_Album
-d’Avignon_, vingt-quatre Nouvelles, les unes d’imagination, les autres
-empruntées à l’histoire, et dont les héroïnes auraient successivement
-pour initiales les vingt-quatre lettres de l’alphabet. Je me hâte de
-dire que l’alphabet n’y passa point tout entier.
-
-Après avoir fait paraître _Alix_, _Béatrix_ et _Caroline_, Armand
-de Pontmartin abandonna la partie et laissa là les _dés_. L’une au
-moins de ces trois nouvelles cependant, _Caroline_[84], est déjà très
-remarquable; mais c’est surtout le critique qui se révèle dès ce
-moment, qui prélude avec succès, vif, spirituel, ennemi du factice et
-du convenu, ayant ses préférences et sachant les justifier. A cette
-date de 1838, la royauté poétique de Lamartine et de Victor Hugo était
-incontestée, et il ne semblait pas qu’Alfred de Musset pût prétendre
-à partager le trône avec eux. Sur ce point, il n’y avait qu’une voix
-parmi les critiques du temps. Sainte-Beuve ne voyait dans l’auteur de
-la _Nuit de mai_ et de l’_Espoir en Dieu_ qu’un poète «charmant», plein
-d’esprit et de naturel, et qui donnait de «bien gracieuses espérances».
-Un des écrivains de la _Revue de Paris_, J. Chaudes-Aigues, résumait
-ainsi une étude sur le chantre de _Rolla_: «De la verve, mais une verve
-insuffisante et qui a besoin d’être échauffée par une idée étrangère;
-une imagination très folle, très vagabonde, très capricieuse, incapable
-de réflexion, habile à broder, inhabile à produire; une versification
-claire, nette et franche: voilà, selon nous, ce qui appartient en
-propre à M. Alfred de Musset[85].» On voyait plus juste à Avignon;
-Armand de Pontmartin n’hésitait pas à saluer dans Alfred de Musset un
-très grand poète, aussi grand que Lamartine et Hugo. De l’un de ses
-articles, je détache cette page:
-
- ...C’est là le caractère de la vraie poésie, dans notre temps: d’abord
- l’essai infructueux, le mécompte, le reproche amer, la lutte stérile,
- la folie même et le blasphème; puis, si l’âme est vraiment grande
- et poétique, après la récrimination, l’aveu naïf de l’erreur; après
- la halte désespérée, une fuite nouvelle vers les idéales régions de
- la prière, de la rêverie et de l’amour, et l’échange des premiers
- vêtements, déchirés par l’orage, contre les voiles éblouissants et
- purs que rien ne déchire et ne flétrit. C’est ainsi que le poète
- devient le symbole à la fois le plus complet, le plus élevé et le
- plus consolant du siècle qu’il traverse, auquel il indique et le mal
- qui l’agite et ce qui peut le calmer, et avec lequel tout lui est
- commun, l’angoisse et l’espoir, la blessure et le baume, le blasphème
- réparé et l’hymne immortel, tout enfin, excepté la langue céleste que
- tout le monde entend, et qu’il est seul à parler. C’est pour cela
- que Victor Hugo et Lamartine, malgré leur incontestable génie, nous
- sont entièrement étrangers, et qu’ils n’ont conquis parmi nous qu’une
- position glorieuse, mais solitaire. L’un est un admirable et opiniâtre
- artiste, dessinant aux œuvres de sa fantaisie des broderies délicates,
- de merveilleuses ciselures; l’autre est une lyre infatigable, une
- sorte de harpe éolienne, toujours prête à rendre des sons d’une
- mélodieuse uniformité: mais le souffle de notre vie et de notre monde
- n’a point passé sur eux; ils n’en ont été que de factices interprètes
- et ils sont restés les brillants échos de leur pensée personnelle. Il
- est cependant un poète, un jeune homme de vingt-sept ans, _auquel on
- n’a pas fait encore toute la place qu’il mérite_, et qui nous semble
- réaliser en lui d’une façon saisissante ce type que nous indiquons
- et que nous voudrions faire comprendre. Alfred de Musset, qui eut le
- tort de donner à ses débuts l’éclat d’un scandale littéraire et de
- fournir, par sa fameuse ballade à la lune, un prétexte aux ricanements
- des plaisants et des badauds, est la personnification éclatante de cet
- esprit poétique qui aime à se poser sur les débris d’un noble cœur,
- pour leur rendre la jeunesse et la vie et s’élancer de là, d’un vol
- infatigable, vers l’idéal et l’infini. _Le public d’Alfred de Musset
- n’est pas encore formé_; aussi c’est à peine si nous osons dire que,
- parmi tous nos poètes, aucun n’a la ligne plus pure, le dessin plus
- correct et plus simple, l’allure plus libre et plus droite. Tous
- les jeunes gens qui savent par cœur Rolla, Frank et Namouna, qui
- ont lu avec délices toutes ces ravissantes fantaisies, _Marianne_,
- _Emmeline_, _On ne badine pas avec l’amour_, _Fantasio_, achèveront
- sans peine notre pensée et comprennent depuis longtemps avec nous
- quelle place nous devons donner dans nos affections littéraires à ce
- génie svelte et gracieux comme Ariel, qui a su rendre original même le
- pastiche, qui a donné une forme exquise et délicate à tant de songes
- de notre jeunesse, et dont le souffle enchanteur poétise et réveille
- tout ce qui semblait mort et muet en nous.
-
- ...Que lui manque-t-il encore? Il manque à Musset ce qui manquait à
- Byron, une pensée vivifiante et venue du ciel, une croyance qui change
- pour lui les lueurs trompeuses et passagères en un phare inaltérable
- et immortel. Ces regrets, qu’il n’est peut-être pas le dernier à
- ressentir, tout le monde peut les partager; mais un catholique seul
- a le droit de les dire, parce que seul il pourrait donner au génie
- quelque chose de plus grand et de plus beau que le génie même[86].
-
-De telles pages n’étaient pas pour passer inaperçues. L’_Album
-d’Avignon_ fut cité plus d’une fois par les feuilles royalistes de
-Paris et, en particulier, par la _Quotidienne_. Au mois de novembre
-1838, le directeur de cette dernière feuille, Joseph Michaud[87],
-passa deux jours à Avignon. Accompagné de l’un de ses plus fidèles
-collaborateurs, M. Poujoulat[88], il se rendait à Pise, où l’envoyaient
-ses médecins. Pontmartin lui fut présenté dans une maison amie.
-Longtemps après, dans un article sur Poujoulat, il parlera ainsi de
-cette visite: «Michaud n’avait plus que le souffle; mais ce souffle
-s’exhalait en paroles exquises murmurées à demi-voix, que l’on écoutait
-trop avidement pour ne pas les entendre. Il ne se faisait aucune
-illusion sur son état, et se comparait en souriant à cette tour penchée
-vers laquelle on l’envoyait. Sa haute taille, sa pâleur, sa bonhomie un
-peu narquoise, sa résignation mélancolique et sereine, l’ombre d’une
-mort prochaine s’étendant peu à peu sur son visage émacié, prête à
-éteindre le rayonnement de la bonne humeur et de l’esprit, tout cet
-ensemble produisit sur moi une impression profonde qui ne s’est jamais
-effacée[89].»
-
-Le directeur de la _Quotidienne_ accueillit Pontmartin avec une
-bienveillance toute paternelle. Il avait lu quelques-uns de ses
-articles de l’_Album_ et de la _Gazette du Midi_, et les avait
-remarqués; il joignit à ses encouragements de précieux conseils. Homme
-du XVIII^e siècle, plus que du XVII^e, attaquant ses adversaires avec
-leurs propres armes, comme ces généraux russes et allemands qui, à
-force d’être battus par Napoléon, avaient fini par apprendre de lui à
-le battre, il mettait au service de sa foi monarchique et religieuse
-une ironie délicate, un spirituel atticisme, et quelques-unes des
-malices du scepticisme philosophique et politique. Son dernier mot à
-Pontmartin, en le quittant, fut celui-ci: «Bravo, jeune homme! bon
-début! Seulement, lisez du Voltaire!»
-
-L’année finissait bien; les abonnés commençaient à venir; la petite
-Revue _faisait ses frais_, et son rédacteur promettait monts et
-merveilles pour l’année nouvelle. L’année nouvelle, il ne devait pas y
-en avoir pour l’_Album_. La livraison de décembre 1838 fut la dernière.
-Des considérations de famille et les inquiétudes de sa mère décidèrent
-Pontmartin à interrompre sa publication[90].
-
-
-
-
-CHAPITRE V
-
-LES ANNÉES D’AVIGNON
-
-(1839-1845)
-
- _LA MOUCHE, journal des Salons._ Le journaliste Deretz. Un duel dans
- l’île de la Barthelasse. «L’Affaire d’Avignon». MM. de Salvador,
- d’Averton et de Renoard. La garde nationale d’Henri V. Gustave de
- Laboulie et M. Dugabé. Le président Monnier des Taillades et le
- procureur du roi Rigaud. Le coût d’un article et les _Mie Prigioni_ du
- gérant de la _Gazette du Midi_.—Les _Causeries provinciales_ de la
- _Quotidienne_. Berryer et l’Académie. Première rencontre de Pontmartin
- avec Cuvillier-Fleury.—L’Inondation du Rhône à Avignon et aux Angles
- en novembre 1840. La maison de la rue Banasterie et les _Mémoires d’un
- notaire_. Pontmartin conseiller général. Le vicomte Édouard Walsh et
- la _Mode_. Mariage d’Armand de Pontmartin. Le départ pour Paris.
-
-
-I
-
-Trois événements d’une inégale importance allaient marquer pour
-Pontmartin l’année 1839: un duel, un procès, et son entrée dans la
-presse parisienne.
-
-Les passions politiques, très vives à cette époque dans toute la
-France, étaient particulièrement ardentes dans le Midi. Exaspérés,
-non sans raison, il faut bien le dire, par les airs goguenards, par
-les allures batailleuses et provocatrices de la jeune aristocratie
-légitimiste, quelques jeunes gens de la bourgeoisie _libérale_
-voulurent avoir eux aussi un journal, une petite feuille légère,
-incisive, hardie, qui harcèlerait à son tour l’adversaire, et ne
-lui ménagerait pas les coups. C’était de bonne guerre. Le tort
-des fondateurs de la nouvelle feuille,—LA MOUCHE, _Journal des
-Salons_,—fut de ne pas se mettre eux-mêmes en avant, de se tenir
-derrière le rideau, faisant venir de Paris un pauvre diable de
-journaliste ambulant nommé Deretz, qui se chargeait, moyennant quelques
-écus, d’endosser toutes les responsabilités. Ce Deretz avait, du reste,
-de l’esprit, plus d’esprit que de courage, comme on va le voir. Le
-journal paraissait depuis quelque temps, lorsqu’un matin, après avoir
-vidé son carquois contre les _noblions_ et les _hobereaux_ avignonnais,
-il décocha une dernière flèche à l’adresse de _Mossieu de Pontmartin_.
-Ce dernier prit aussitôt la mouche (c’était le cas), courut à son
-cercle, y trouva deux de ses meilleurs amis, Frédéric d’Averton
-et Jules de Salvador, et les chargea d’aller demander au Parisien
-une réparation par les armes. Après une longue hésitation, Deretz
-consentit à se battre; seulement, il demanda un délai de trente-six
-heures pour chercher et trouver des témoins. Rendez-vous fut pris
-pour le surlendemain dans l’île de la Barthelasse. A cette époque,
-elle appartenait encore au département du Gard, ce qui assurait nos
-duellistes contre l’intervention des gendarmes.
-
-Au jour dit,—le 27 mars 1839,—les adversaires arrivèrent sur le
-terrain, Deretz un peu en retard; il avait recruté à grand’peine ses
-témoins, et il avait dû les prendre parmi les buveurs de chopes du
-_Café Tailleux_, le Lemblin vauclusien; les patrons de _la Mouche_
-avaient énergiquement refusé de l’assister. L’arme choisie était
-l’épée. Au moment où Pontmartin allait se fendre, Deretz laissa tomber
-son fleuret, et déclara que, décidément, il ne se battrait pas. «Je
-suis trop pauvre, dit-il; la législation est sévère, et s’il arrivait
-malheur, je n’aurais pas, comme M. le comte, qui est riche, de quoi
-m’enfuir et me cacher.»—«Soit, répondit Jules de Salvador, mais alors
-vous allez vous engager par écrit à ne plus recommencer vos attaques,
-et à nommer vos inspirateurs, si vous ne pouvez les décider à se nommer
-eux-mêmes».
-
-Il y avait dans l’île une guinguette où les bons bourgeois d’Avignon
-venaient, le dimanche, jouer aux boules. On y entra, et le pauvre
-Deretz signa tout ce qu’on voulut. Le soir même, il partait pour
-Marseille, et on ne le revit plus. _La Mouche, journal des Salons_,
-avait vécu[91]!
-
- * * * * *
-
-Après le duel, le procès. Au mois de juin 1839, les deux témoins
-de Pontmartin, Frédéric d’Averton et Jules de Salvador, étaient, en
-compagnie d’un de leurs amis, M. Ulric de Renoard, traduits devant le
-tribunal correctionnel d’Avignon, sous la double prévention de réunion
-illicite et de détention d’armes et de munitions de guerre. Étaient
-poursuivis, en même temps qu’eux, vingt-neuf jeunes gens appartenant à
-la classe ouvrière. Ces derniers ne faisaient pas plus mystère que les
-trois gentilshommes de leurs sentiments royalistes, et l’un d’eux, dans
-l’instruction, pressé de questions par le magistrat, avait répondu:
-«Eh bien! si nous avions des armes chez nous, c’est que nous sommes la
-garde nationale d’Henri V[92]!»
-
-Les débats durèrent trois jours, du 27 au 29 juin. Devant le bureau
-du tribunal figuraient les pièces à conviction: fusils de munition,
-carabines, cartouches et cocardes blanches et vertes. Le siège du
-ministère public était occupé par M. Rigaud, procureur du roi.
-La défense fut présentée par M^e Adolphe Teste (rien de l’avocat
-Jean-Baptiste Teste, le futur condamné de la Cour des pairs), par
-M^{es} Redon père et fils et par Gustave de Laboulie, dont la
-plaidoirie fut une merveille d’éloquence, de verve et de spirituelle
-ironie[93]. Les prévenus n’en furent pas moins condamnés à un certain
-nombre de mois de prison[94]. MM. d’Averton, Salvador et Renoard
-furent, comme il était juste, gratifiés de la peine la plus forte. Ils
-n’avaient pas eu le temps de maudire leurs juges que déjà ils étaient
-consolés par la lecture, dans la _Gazette du Midi_, du compte rendu
-humoristique de leur procès, rédigé par leur ami Pontmartin. Ce dernier
-leur avait fait bonne mesure et n’avait pas consacré moins de cinq
-articles à «l’Affaire d’Avignon».
-
-Le président du tribunal était M. Monnier des Taillades, magistrat
-intègre et jurisconsulte de premier ordre. Le bruit s’étant répandu
-qu’il avait dit, en parlant du procureur du roi: «Ce monsieur n’est pas
-fort», Pontmartin crut pouvoir risquer ceci—ou à peu près—dans l’un
-de ses feuilletons: «M. le président a-t-il dit ou n’a-t-il pas dit que
-M. Rigaud n’était pas fort? Peu importe, après tout. Dire du beurre
-qu’il est fort, est-ce le complimenter? Un fort de la halle est-il plus
-aimable que le plus faible des académiciens? Lorsque vous êtes exaspéré
-d’une injustice, d’une bêtise, d’une catastrophe ou d’un scandale, vous
-ne dites pas: ‘C’est trop faible!’ mais: ‘C’est trop fort!’»
-
-Ce n’était peut-être pas très _fort_; mais, en tout cas, ce n’était
-pas bien méchant. Grande rumeur pourtant dans la ville. Le tribunal
-s’émeut, le parquet s’indigne. Poursuites contre la _Gazette du
-Midi_, et, le 8 août, à Avignon, condamnation du journal à mille
-francs d’amende et du gérant à un mois de prison. Quant à Pontmartin,
-quoiqu’il n’eût pas signé son article, il paya l’amende avec les
-frais. Si pauvre mathématicien qu’il fût, il se livra à un calcul
-d’arithmétique, et il reconnut que ses six lignes lui coûtaient 200
-francs la ligne, 17 francs la syllabe et 4 francs la lettre[95].
-C’était à dégoûter du métier!
-
-A quelque temps de là, comme il venait de s’acquitter envers le
-fisc, il vit entrer dans son cabinet un homme au teint fleuri, à
-l’œil émerillonné, à la lèvre souriante, le gérant de la _Gazette_,
-qui sortait de prison, rayonnant de joie et de santé. «Monsieur le
-comte, disait-il, avec le plus pur accent de la Cannebière, quels
-remerciements je vous dois! Quel bon mois, grâce à vous, je viens de
-passer! J’ai déjeuné et dîné tous les jours avec M. de Salvador, M.
-d’Averton et M. de Renoard. Quels braves jeunes gens! quels repas!
-Jamais, dans toute ma vie, je n’avais mangé autant de perdrix, de
-bécasses, de lièvres, de poulardes, de truites, d’écrevisses!... Ah!
-monsieur le comte, je suis tout à votre service et prêt à recommencer,
-quand cela vous plaira. C’est égal! vous aviez fait là un fameux
-feuilleton!...» Les 1 200 francs de Pontmartin n’avaient pas été placés
-à fonds perdus; il avait fait un heureux!
-
-
-II
-
-Il avait écrit, à la dernière page de l’_Album d’Avignon_: «La
-_Quotidienne_ nous a fait l’honneur de nous citer trois fois et nous
-a demandé pour l’avenir des articles qui s’appelleraient _Causeries
-provinciales_ et qui paraîtraient le même jour dans son feuilleton et
-dans notre mosaïque[96].»
-
-Par suite de la disparition de l’_Album_, cette combinaison ne put se
-réaliser. Il fut alors convenu que Pontmartin donnerait, deux ou trois
-fois par mois, à la feuille parisienne une _Causerie provinciale_. La
-première parut le 22 novembre 1839. J’ai sous les yeux le brouillon de
-ce premier article, et j’y remarque un assez grand nombre de ratures.
-Le moment n’est pas encore venu où l’auteur des _Samedis_ écrira toutes
-ses Causeries de premier jet, sans brouillon, sans remaniement, sans
-retouches, effaçant à peine ici et là deux ou trois mots parasites.
-
-A cette date de fin novembre 1839, ce qui passionnait la cour et
-la ville, Paris et la province, c’était de savoir qui serait élu à
-l’Académie, de Victor Hugo ou de Berryer. Le fauteuil de Michaud était
-vacant[97]. Quatre candidats s’étaient mis sur les rangs, Victor Hugo,
-Berryer, Casimir Bonjour et M. Vatout.
-
-Berryer était à ce moment le maître incontesté de la tribune. C’était
-le temps où Timon écrivait: «Depuis Mirabeau, personne n’a égalé
-Berryer[98]»;—où Royer-Collard disait avec l’autorité de sa parole:
-«J’ai entendu Mirabeau dans sa gloire; j’ai entendu M. de Serre et M.
-Lainé; aucun n’égalait Berryer dans les qualités principales qui font
-l’orateur»[99];—où l’un de ses adversaires politiques, Henri Fonfrède,
-écrivait à un ami, dans une lettre particulière: «Berryer est le plus
-grand orateur qu’on ait jamais entendu[100].» Il n’était pas seulement
-le prince des orateurs, il était aussi le chef d’un grand parti. Sa
-candidature devenait dès lors une grosse affaire. Le gouvernement
-s’en émut; ses journaux se jetèrent dans la lutte avec ardeur, et à
-leur tête le _Journal des Débats_, où Cuvillier-Fleury publia des
-articles violemment hostiles. Il était certes permis à ceux dont
-Berryer était l’adversaire de ne point l’aimer, de dire, par exemple,
-comme M. Doudan, au sortir d’une séance où l’orateur légitimiste avait
-été magnifique: «Je n’aime pas qu’on prêche bien ailleurs que dans
-ma paroisse[101].» Cuvillier-Fleury allait beaucoup plus loin. Il
-n’accordait pas que Berryer eût du talent; tout au plus avait-il «des
-poumons redoutables». Berryer, un orateur! Allons donc! un avocat, et
-pas davantage, l’avocat des intérêts du prince de Polignac et de la
-petite cour de Goritz! «De grâce, disait-il, que l’Académie ne devienne
-pas une succursale de la Basoche, une doublure de la Société des
-Bonnes-Études[102]!»
-
-C’est à ces vives attaques que répondit Pontmartin dans son article du
-22 novembre, et il fut à son tour, vis-à-vis du rédacteur des _Débats_,
-aussi agressif que possible. On les eût bien étonnés l’un et l’autre si
-on leur eût annoncé qu’un jour ils seraient unis d’une étroite amitié.
-Il y avait d’ailleurs, dans le feuilleton de la _Quotidienne_, à côté
-des épigrammes et des railleries, des réponses qui portaient et qui
-n’ont rien perdu de leur justesse. Voici l’une de ces répliques:
-
- M. Berryer, selon vous, n’est qu’un avocat, et rien de plus. La
- vérité est qu’une fois à la Chambre et à la tribune, _il est avocat
- moins que personne_. Dans son geste, son attitude, son accent, son
- langage, rien ne révèle les habitudes et les traditions du barreau;
- il n’est plus avocat, il est au plus haut degré orateur, ce titre que
- M. Cuvillier lui refuse, sous prétexte qu’il n’a rien écrit. De bonne
- foi, comment un homme d’une opinion hostile à la grande majorité de
- ses collègues, serait-il proclamé par eux tous le premier orateur de
- son temps; comment, sans autre puissance que sa haute intelligence,
- conserverait-il une telle action sur les affaires; comment serait-il
- chef d’un parti où il y a des hommes plus spirituels que M. Fleury,
- s’il n’était qu’un ergoteur de tribunal et de cour d’assises, un
- disputeur de mur mitoyen et d’hypothèques?
-
- Mais M. Berryer «qui a des poumons, un geste véhément, une voix
- sonore, c’est-à-dire tout ce qui s’appelle l’éloquence» (merci pour
- l’éloquence!), ne peut compter dans le monde, parce qu’il n’écrit
- pas ses discours. En d’autres termes, c’est parce qu’il possède au
- plus haut degré cet admirable talent d’improvisation, le premier de
- tous, celui que rien ne remplace, et dont l’absence rendra toujours
- incomplète la puissance d’un orateur; c’est parce qu’à l’aide de ce
- privilège merveilleux, il passionne, entraîne, remue à son gré une
- assemblée que laissent froide les phrases les plus régulières, et
- les périodes les plus harmonieuses, c’est pour cela qu’il n’est pas
- orateur! Lord Chatham et Mirabeau étaient des orateurs, mais Berryer
- point! La comparaison est malheureuse; car s’il y a un homme qui,
- après avoir joué un grand rôle par la puissance de sa parole, ait
- perdu aux yeux de la postérité qui lit ses discours, cette puissance
- et ce prestige, c’est à coup sûr Mirabeau. Mieux vaudrait pour lui
- n’avoir rien laissé et n’être jugé par nous que sur la foi de cet
- éclat immense que sa parole jeta sur l’Assemblée constituante! Ou
- plutôt qu’importe à Mirabeau, qu’importe à Berryer! Ils auront eu sur
- leur époque une influence sans rivale, ils seront arrivés aux plus
- grands effets de la parole! Ils auront été les rois de l’éloquence
- politique! Qu’importe après cela qu’ils aient peu écrit, ou que leurs
- écrits, lus après cinquante ans, ne réveillent plus les émotions
- contemporaines! Qu’importe surtout qu’on leur refuse le droit
- littéraire de s’asseoir aujourd’hui auprès de MM. Dupaty et Viennet,
- demain peut-être auprès de M. Cuvillier-Fleury[103].
-
-Les articles de Pontmartin à la _Quotidienne_ étaient tantôt des
-Causeries littéraires ou artistiques[104], tantôt des chroniques
-humouristiques[105], quelquefois même des Nouvelles, _Dulcinée_[106],
-_Fabiano le Novice_[107], etc. Ils obtinrent tout aussitôt un vif
-succès, même à côté des feuilletons de J.-T. Merle[108], le plus ancien
-des rédacteurs de la _Quotidienne_, esprit fin et sans prétention,
-écrivain élégant, causeur aimable, pour lequel assurément n’avait point
-été créé le proverbe: Faute de grives on prend des merles. Pontmartin
-cependant ne pouvait se décider encore à quitter Avignon, sa famille,
-ses amis, ses habitudes. N’allait-il pas bientôt avoir trente ans, et
-n’était-ce pas un peu tard pour un début à Paris? N’y arriverait-il
-pas d’ailleurs dans d’assez mauvaises conditions? Il était riche et
-gentilhomme, deux méchantes notes, il ne l’ignorait pas. Sans doute
-on lui ferait porter la peine de son titre de comte et de sa modeste
-fortune. On se refuserait à voir en lui autre chose qu’un «amateur», et
-l’on s’obstinerait à le traiter de «cher confrère» du bout des lèvres
-seulement, tandis qu’on l’appellerait «Monsieur le comte» gros comme le
-bras. Le plus sage ne serait-il pas de préférer à l’honneur de devenir
-un membre de la Société des gens de lettres, voire même un académicien,
-le plaisir d’écrire à son aise et à ses heures, sans ambition de
-renommée; de ne point fausser compagnie à la province, de n’aller à
-Paris chaque année que pour y prendre langue et pour revenir bien vite,
-auprès de sa mère, dans l’hôtel du toujours jeune M. de Montfaucon ou
-dans sa vieille maison des Angles?
-
-
-III
-
-Pontmartin disait souvent que les trois événements tragiques qui
-l’avaient le plus frappé et dont il avait gardé la vision toujours
-présente, étaient le choléra de 1832 à Paris, l’inondation du Rhône à
-Avignon et aux Angles en novembre 1840 et les Journées de Juin 1848.
-
-L’automne de 1840 avait été excessivement pluvieux; les plaines
-étaient, depuis trois semaines, entièrement submergées lorsque, le 4
-novembre, l’inondation atteignit son maximum, c’est-à-dire la cote
-de huit mètres qui dépassait de soixante-quinze centimètres les
-plus fortes crues mentionnées dans l’histoire du Comtat. Pontmartin
-et sa mère étaient à ce moment dans leur maison des Angles. Le
-rez-de-chaussée fut envahi par les eaux jusqu’à une hauteur d’un
-mètre vingt au-dessus du sol. Tandis que M^{me} de Pontmartin était
-immobilisée au premier étage, son fils, obligé de pourvoir aux besoins
-de la maison, sortait par une échelle placée à la fenêtre d’une
-chambre au nord-est du logis, à un endroit où le chemin public, qui
-passe derrière les Angles, surplombe de deux mètres le niveau du
-rez-de-chaussée. Une fois sur ce chemin, il lui était facile de monter
-au village, situé au sommet d’une haute colline, de prendre la route
-venant de Nimes qui redescend vers le Rhône, de traverser le pont qui,
-fortement menacé, ne fut cependant ni emporté, ni couvert par les eaux
-et d’arriver à Avignon. Les quatre cinquièmes de la ville étaient
-submergés et on ne circulait qu’en bateau. L’hôtel de Montfaucon, où
-M^{me} de Pontmartin et son fils avaient un appartement, était envahi
-par l’eau jusqu’au premier étage.
-
-Ce qui ajoutait à la désolation et à l’horreur de ces spectacles,
-c’étaient les scènes tragiques dont les plaines qui entourent les
-Angles étaient journellement le théâtre, les nombreux écroulements
-de maisons isolées, les incessants coups de fusil tirés en signe de
-détresse par les malheureux qui se trouvaient bloqués par le fleuve et
-en danger de mort, les efforts des courageux bateliers pour leur porter
-des vivres et des secours, efforts qui n’empêchaient pas toujours des
-catastrophes et qui en amenaient parfois de nouvelles.
-
-Quand il écrira, quelques années plus tard, les _Mémoires d’un
-notaire_, c’est avec ses souvenirs de l’inondation de novembre 1840
-que Pontmartin retracera les scènes de la terrible inondation de
-novembre 1755[109]. Le livre parut seulement en 1849, mais il commença
-d’y songer dès 1842. Cette année-là, en effet, il acheta dans une rue
-assez triste, la rue Banasterie, à l’angle de la rue du Vice-Légat, une
-maison assez belle, dont la porte était surmontée de panonceaux et dont
-la façade était agrémentée d’affiches de toutes couleurs, annonçant les
-ventes, licitations, faillites, jugements et enchères du département.
-C’était la demeure d’un officier ministériel, héritier d’une dynastie
-de notaires. A peine Pontmartin y fut-il installé, qu’il eut l’idée de
-reconstituer par l’imagination tout ce dont ce vieux logis avait été
-témoin depuis un siècle. De là les _Mémoires d’un notaire_, qui ont
-pour cadre la maison de la rue Banasterie.
-
-Pontmartin, à cette date, tournait décidément au propriétaire. Le
-siège de conseiller général, pour le canton de Villeneuve-lès-Avignon,
-étant devenu vacant, il posa sa candidature. Son concurrent, le marquis
-de Fournès, cousin germain du duc Victor de Broglie, fut nommé. Deux
-ans après, en 1844, Pontmartin fut élu à l’unanimité.
-
-Son entrée au Conseil général avait été précédée de son entrée à la
-_Mode_, et, de ce dernier succès, il s’était plus réjoui que de son
-triomphe électoral.
-
-Les trois condamnés de 1839, Jules de Salvador, Ulric de Renoard
-et Frédéric d’Averton, étaient allés passer en Italie l’hiver de
-1842-1843. Leur retour était annoncé pour le mois d’avril, et
-Pontmartin guettait l’arrivée de la malle-poste. Il en vit descendre
-avec eux un petit homme assez laid, mais dont la physionomie originale
-et fantaisiste méritait de ne pas passer inaperçue. Il était si
-expansif, si liant, que les trois Avignonnais et lui s’étant rencontrés
-à Naples quelques semaines auparavant, on en était déjà au tutoiement.
-C’était le vicomte Édouard Walsh, directeur de la _Mode_[110].
-
-La présentation à peine faite, Édouard Walsh dit à Pontmartin: «J’ai
-lu vos articles envoyés à la _Quotidienne_: voulez-vous écrire dans la
-_Mode_?» Dès le 15 mai suivant, l’élégante Revue royaliste publiait
-_le Bouquet de marguerites_. Une seconde nouvelle, _les Trois Veuves_,
-parut dans la livraison du 25 septembre. C’était le début d’une longue
-collaboration.
-
-Le mariage de Pontmartin suivit de près son entrée à la _Mode_. A la
-fin de 1843, il épousa M^{lle} Cécile de Montravel.
-
-Sortie du Forez, la famille de Montravel s’était fixée avant la
-Révolution dans la partie la plus méridionale du Vivarais. Peu après
-la naissance de sa fille[111], M. de Montravel était allé demeurer
-avec sa belle-mère, M^{me} de Larochette, au château du Plantier[112],
-quittant ainsi une Provence pour une Auvergne, tant sont grandes, entre
-le sud et le nord du département de l’Ardèche, les différences de
-langage, de races, de costumes et de cultures. Le château du Plantier
-était la Providence du pays. La vie de ses hôtes était toute de
-piété et de bonnes œuvres. Tous, à l’exemple de la vénérable aïeule,
-semblaient avoir pour devise: _Dieu, le Roi et les Pauvres_. M^{me} de
-Larochette, qui avait couru les plus grands dangers et montré le plus
-ferme courage pendant la Terreur, consacrait son existence à secourir
-les malheureux et à faire refleurir autour d’elle la religion. Elle
-avait restauré dans son voisinage la chapelle de Notre-Dame d’Ay[113],
-que fréquentaient maintenant, comme avant la Révolution, de nombreux
-pèlerins. C’est dans cette chapelle que fut célébré, le 16 décembre
-1843, le mariage d’Armand de Pontmartin et de M^{lle} de Montravel.
-
-Comme deux bons provinciaux, ils firent leur voyage de noces à Paris,
-où ils passèrent deux mois dans la mélancolique rue du Mont-Thabor.
-
-De retour à Avignon, à la fin de février 1844, il reprit sa
-collaboration à la _Mode_. _Marguerite Vidal_ parut dans les numéros
-des 25 juin, 5 et 15 juillet 1844. A cette nouvelle succéda, dans
-les premiers mois de 1845, _Napoléon Potard_, qui avait presque les
-dimensions d’un volume.
-
-M. Walsh écrivit à l’auteur qu’il réussissait, que les lecteurs de
-la Revue étaient ravis, et qu’il ne tenait qu’à lui de se croire un
-écrivain à la mode (sans italiques). La tentation était trop forte. Au
-mois d’octobre 1845, Pontmartin se résolut à aller passer l’hiver à
-Paris.
-
-
-
-
-CHAPITRE VI
-
-LES PREMIÈRES ANNÉES DE PARIS
-
-(1845-1848)
-
- Rue Neuve-Saint-Augustin. Les bureaux de _la Mode_. Jules Sandeau et
- le pavillon de la rue de Lille. _Contes et Rêveries d’un Planteur
- de choux._ M^{me} Cardinal et le cabinet de lecture de la rue des
- Canettes.—_La Mode_ en 1845. Les déjeuners chez Véry. Joseph Méry et
- ses 365 sujets de roman. Rue de Luxembourg. Mort de M^{me} Eugène de
- Pontmartin.—M. François Buloz, _Octave_ et la succession de Gustave
- Planche. Le jardin de la rue Saint-Benoît, Sainte-Beuve et son article
- des _Nouveaux Lundis_.
-
-
-I
-
-Au moment de son arrivée à Paris, à la fin d’octobre 1845, Pontmartin
-n’avait pas encore pris de résolution définitive au sujet de son
-installation dans la capitale. S’y fixerait-il à demeure? N’y
-ferait-il, au contraire, qu’un séjour plus ou moins prolongé? Dans le
-doute, il ne voulut pas louer un appartement et se mettre dans ses
-meubles. Il logea à l’hôtel, rue Neuve-Saint-Augustin. Était-ce à cet
-_hôtel de Richelieu_[114], où Lamartine, dans sa jeunesse, ne manquait
-jamais de descendre, toutes les fois qu’il venait à Paris[115]?
-
-Le 26 octobre, à peine débarqué, il se dirigeait vers la rue
-Neuve-des-Bons-Enfants, franchissait le seuil du numéro 3, montait d’un
-pied hésitant un escalier boiteux, qui lui rappela celui de la _Gazette
-du Midi_, et entrait dans un atelier humide et mal éclairé. C’était là
-que s’imprimait le recueil le plus élégant de cette époque, _la Mode_,
-étalant sur sa couverture jaune paille le double écusson de France et
-de Naples, afin d’affirmer le patronage de la duchesse de Berry. Il
-eut vite fait d’oublier toutes ces laideurs, et il se crut transporté
-dans un palais enchanté, lorsque, quelques instants après, dans son
-cabinet directorial, étroit et sombre, le vicomte Édouard Walsh lui
-dit: «Courage! Je crois que nous allons trouver Sandeau corrigeant les
-épreuves de _Catherine_. Je vous présenterai, et nous irons déjeuner
-ensemble.»
-
-La présentation alla toute seule; il leur sembla que, sans s’être
-jamais vus, ils se reconnaissaient. Jules Sandeau était depuis
-longtemps le romancier de prédilection de Pontmartin, et, de son
-côté, l’auteur du _Docteur Herbeau_ avait vivement goûté, dès leur
-apparition, les premières Nouvelles de son jeune collaborateur, et en
-particulier l’émouvant récit des _Trois Veuves_.
-
-Huit jours après, Pontmartin était accueilli chez Sandeau comme un
-ami. Le romancier habitait alors, rue de Lille, 19, un joli pavillon
-qu’il fallait aller chercher en traversant la cour d’honneur, en
-baissant la tête sous la cage du grand escalier et en pénétrant
-jusqu’au bout du jardin planté d’acacias et de sycomores. «C’est là,
-écrira Pontmartin au lendemain de la mort de Jules Sandeau, c’est
-là que je goûtai, pendant six ou sept ans, les douceurs de l’amitié
-la plus vraie, de l’hospitalité la plus franche. C’est là que les
-conseils, les bonnes paroles de l’auteur de _Marianna_ m’encouragèrent
-à persévérer, me soutinrent dans mes défaillances, me consolèrent dans
-mes tristesses.»
-
-Et un peu plus loin, dans le même article:
-
- Que d’heures charmantes j’ai passées dans ce nid charmant! Je puis
- vous assurer que, à cette époque, en 1845, Jules Sandeau, jeune
- encore[116], ne regrettait plus rien. C’est à peine s’il aiguisait
- d’un peu d’ironie le sourire dont il faisait l’aumône à ses amours
- d’_antan_. Il avait auprès de lui sa femme, sa compagne, si gracieuse,
- si intelligente, mille fois plus dévouée à ses succès que lui-même, et
- son fils, le petit Jules, un délicieux enfant qui était sa plus douce
- joie, et qui devait être un jour son plus mortel désespoir[117]. Le
- babil de ce cher enfant était un véritable enchantement. Il semblait
- parler à un être invisible, sylphe, ange ou fée, et il terminait ses
- phrases par un gazouillement de fauvette qui nous ravissait. Pendant
- les belles soirées d’été, penchés à la fenêtre ouverte, nous écoutions
- cette fraîche mélodie, tandis qu’un vrai rossignol, caché dans les
- massifs de verdure, lançait aux étoiles ses trilles et ses roulades.
- Ah! ce sont là de ces moments qu’il faudrait arrêter au passage, qui
- laissent du moins dans l’âme un peu de leur parfum, comme ces fleurs
- que nous touchons sans les cueillir, et dont l’odeur suave s’attache à
- nos habits et à nos mains[118]!
-
-Au mois de mai 1846, Pontmartin publia son premier ouvrage, _Contes et
-Rêveries d’un planteur de choux_; il était dédié à Jules Sandeau.
-
-La première partie du volume renfermait les récits qui avaient paru
-dans la _Mode_, _Napoléon Potard_, _les Trois Veuves_, _Marguerite
-Vidal_, _le Bouquet de marguerites_. Après les _contes_, venaient les
-_rêveries_, articles humouristiques et de pure fantaisie, que l’auteur,
-à partir de la seconde édition de son livre, a cru devoir sacrifier. Il
-m’écrivait, le 20 novembre 1886:
-
- J’ai supprimé, dans les éditions suivantes, des articles sans
- importance, _Melpomène en Provence_, _Tamburini en voyage_, deux
- épisodes qui ne pouvaient avoir qu’un succès d’à-propos et de
- localité; puis, dans le même genre, _Carpentras apocryphe_ (dont j’ai
- fait plus tard la préface de _la Petite ville_, de Constant Moisand),
- _Carter_, _Robert-Macaire_, feuilletons de province, rien de plus.
-
-Voici, du reste, la liste complète de ces articles, que l’auteur
-avait réunis sous le titre de _Silhouettes d’artistes en Province_:
-_L’Artiste en cage, Carter_; _L’Artiste en haillons, Robert-Macaire;
-’Artiste en crimes_ (Lacenaire); _l’Artiste inconnu, Freischütz en
-Bohême_; _Melpomène en province_; _Tamburini en voyage_; _Carpentras
-apocryphe_.
-
-Pontmartin a-t-il eu raison de supprimer ces _feuilletons_? J’incline
-fort à penser le contraire. Sans doute ils _dataient_ son livre;
-mais je suis, pour mon compte, de ceux qui croient qu’il ne faut pas
-mépriser les dates; et puis, ces chapitres étaient si spirituels,
-d’une si amusante fantaisie, que nous aurions encore aujourd’hui grand
-plaisir à les lire. Maintenant que nous n’avons plus que des auteurs de
-_Tristes_, cela nous changerait un peu.
-
-Mes lecteurs, j’en suis sûr, ne connaissent qu’une seule _dame
-Cardinal_, celle de Ludovic Halévy. J’en ai connu une autre, et
-qui valait mieux. A l’époque où je faisais mon droit—je parle de
-longtemps—il y avait, dans la vieille rue des Canettes, un vieux
-cabinet de lecture, où l’on ne trouvait que de bons livres. Il était
-tenu par _Madame Cardinal_, très connue dans le faubourg Saint-Germain,
-et que les marquises et les vicomtesses de la rue de Varenne et de la
-rue de Grenelle chargeaient volontiers de faire elle-même le choix
-des ouvrages qu’elles devaient, dans la belle saison, emporter à
-la campagne. C’était une très honnête femme et qui n’avait _pas de
-filles_; bonne chrétienne et fervente royaliste, vive, active, enjouée,
-et avec cela femme de goût, elle donnait, à l’occasion, de sages avis
-à ses abonnés. Elle me dit un jour, comme je revenais de vacances:
-«Vous arrivez bien; on vient de me retourner de la campagne un volume
-rarissime, les _Contes et Rêveries d’un planteur de choux_, la première
-édition, la bonne. Je vous recommande surtout les derniers chapitres,
-_Melpomène en voyage_ et le reste. C’est exquis.» Hélas! le cabinet
-de lecture de M^{me} Cardinal est fermé, et le volume de 1846 est
-maintenant introuvable.
-
-Les contes, du reste, deux surtout, étaient bien pour suffire au succès
-du volume. _Le Bouquet de marguerites_ est une anecdote finement
-contée; mais au demeurant, ce n’est qu’une anecdote. Dans _Napoléon
-Potard_, la nouvelle la plus développée du volume, si les scènes
-gracieuses ne font pas défaut, si les détails piquants abondent, l’idée
-première, la fable même du roman est décidément trop romanesque: un
-maréchal d’Empire fait par Napoléon duc d’Iéna, et qui veut que son
-fils, jusqu’au jour où il aura vingt-huit ans, ne connaisse rien de
-sa naissance, de son illustration et de sa fortune. Il faudra que ce
-fils vive jusque-là loin de lui et qu’il lutte, avec des ressources
-médiocres et un nom vulgaire—le nom de _Potard_!—contre les
-difficultés de la vie et les obstacles que la société oppose à ceux
-qui, sans autre titre que leur mérite, demandent leur place au soleil.
-
-_Marguerite Vidal_, au contraire, est un récit achevé. C’est un petit
-roman par lettres qui se passe sous le Consulat, à l’époque de la
-rentrée des émigrés, et qui rappelle les meilleurs ouvrages de M^{lle}
-de Souza, avec plus de finesse encore dans l’analyse et la peinture des
-sentiments.
-
-Dans _les Trois Veuves_, l’auteur a su faire revivre la Vendée de 1793,
-celle de 1815 et celle de 1832. Ce glorieux épisode de notre histoire,
-cette guerre, la plus légitime et en même temps la plus romanesque
-de toutes, n’avait encore fourni à aucun de nos romanciers d’aussi
-heureuses inspirations.
-
-
-II
-
-Édouard Walsh était un vrai journaliste. Il ne lui fallut pas
-longtemps pour deviner quels services lui pourrait rendre Pontmartin,
-avec la diversité de ses goûts, la variété de ses aptitudes et son
-extraordinaire facilité de plume. Au bout de peu de temps, l’auteur de
-_Marguerite Vidal_ devint, à la _Mode_, une sorte de Maître Jacques
-romancier, causeur littéraire, critique dramatique, chroniqueur mondain.
-
-La petite revue, à cette époque, était au plus fort de son succès.
-Elle rachetait les excès, assurément regrettables, de sa polémique
-politique, par l’éclat de sa rédaction littéraire. Son directeur avait
-su grouper autour de lui l’élite des écrivains du temps: Alexandre
-Dumas, Jules Sandeau, Roger de Beauvoir, Léon Gozlan, Alphonse Karr,
-J.-T. Merle, Henry Berthoud, Paul Féval, Philarète Chasles, Amédée
-Achard, Arthur de Gobineau, le marquis de Foudras, le colonel de
-Gondrecourt, Théodore Muret, Alexis de Valon, Alfred des Essarts,
-Eugène Pelletan qui signait _un Inconnu_; M^{me} Sophie Gay, M^{me}
-Ancelot, la comtesse d’Arbouville, la comtesse Merlin, etc. Méry
-ne faisait pas encore partie du groupe; ce fut Pontmartin qui l’y
-introduisit au printemps de 1847.
-
-Le vicomte Walsh donnait chaque semaine chez Véry d’excellents
-déjeuners. Les convives habituels étaient Alfred Nettement, Pontmartin,
-l’avocat royaliste du Theil, Jules Sandeau, Merle, quelquefois Roger
-de Beauvoir. Un jour, Pontmartin amena Méry. Il l’avait entrevu à
-Marseille, trois ans auparavant; l’ayant rencontré à Paris et l’ayant
-trouvé très disposé à écrire dans la _Mode_, bien qu’il eût, vingt ans
-en ça, composé la _Villéliade_ et la _Corbiéréide_, il lui avait donné
-rendez-vous chez Véry. Au premier mot que lui dit M. Walsh pour obtenir
-de lui un roman, l’auteur de _la Floride_ et de _la Guerre du Nizam_
-répondit avec un sang-froid magnifique: «J’ai 365 sujets, un pour
-chaque jour de l’année. Je vais vous les raconter.» Et il raconta le
-premier, intitulé _la Circé de Paris_. Naturellement, Walsh s’écria, en
-battant des mains: «C’est charmant! Nous nous en tiendrons à celui-là!»
-La _Circé de Paris_ parut, en effet, quelques semaines après.
-
-De la fin de 1845 au commencement de 1848, Pontmartin fit, à la
-_Mode_, une campagne de deux ans; il n’est guère de livraison qui ne
-renferme un article de lui. Sous des signatures variées,—_A._—_A.
-P._—_Calixte Ermel_,—_Armand de Pontmartin_,—il publia tour à
-tour des causeries littéraires[119], des causeries mondaines, des
-causeries artistiques[120], des causeries dramatiques. Comme il avait
-de l’invention et que le critique chez lui était doublé d’un conteur,
-lorsque la pièce dont il avait à parler lui paraissait manquée, il ne
-se privait pas du plaisir de la refaire. C’est ce qui lui arriva, par
-exemple, au mois de mars 1847, dans son article sur la comédie de Léon
-Gozlan, _Notre fille est princesse_.
-
-Comme à la _Quotidienne_, Pontmartin, à la _Mode_, entremêlait ses
-causeries de contes et de nouvelles: en 1846, _la Confession d’un
-hachichin_[121]; en 1847, _le Dernier Dahlia_[122] et les _Mémoires
-d’un notaire_[123]. Les _Mémoires d’un notaire_ n’étaient rien moins
-qu’un roman en trois volumes: le premier seul fut publié avant 1848;
-les deux autres furent écrits après la révolution de Février, et nous
-aurons à y revenir.
-
-Après un premier séjour à Paris, d’octobre 1845 à mai 1846, Pontmartin
-avait passé l’été dans le Midi. Il était revenu seulement au mois
-d’octobre 1846, et, cette fois encore, il n’avait pas cru devoir
-prendre un appartement. Il se contenta de louer quelques chambres
-meublées dans la rue de Luxembourg[124].
-
-Le lundi 21 décembre, il venait d’assister, au théâtre de l’Odéon,
-à la répétition générale d’_Agnès de Méranie_. Minuit sonnait aux
-horloges de l’Assomption et de Saint-Roch, quand il rentra chez lui. La
-concierge lui remit une large enveloppe, d’une physionomie officielle,
-portant le timbre du ministère de l’Intérieur. Il l’ouvrit avec un
-pressentiment sinistre, et voici ce qu’il lut:
-
- CABINET DU MINISTÈRE DE L’INTÉRIEUR
-
- 21 décembre 1846. Par télégraphe.
-
- Le préfet de Vaucluse prie M. le Ministre de l’Intérieur[125] de faire
- prévenir M. Armand de Pontmartin que l’état de madame sa mère s’est
- fort aggravé depuis quelques heures, et que son oncle[126] l’engage à
- partir immédiatement.
-
- _Le Maître des requêtes,_
- _Chef du Cabinet_,
-
- EDMOND LECLERC[127].
-
-En 1846, le télégraphe aérien ne fonctionnait pas la nuit; il fallait
-plusieurs heures pour la transmission et quand le temps était brumeux
-(cas fréquent en décembre), il fallait souvent toute une journée.
-Madame de Pontmartin était morte presque subitement dans la matinée du
-21 décembre; la dépêche n’était arrivée rue de Luxembourg que dans la
-soirée, après le départ de Pontmartin pour le théâtre.
-
-La santé toujours délicate de sa mère semblait en bonne veine, quand
-il l’avait quittée deux mois auparavant. Lorsqu’il l’avait embrassée
-avant de monter en diligence, elle était presque gaie. Il était parti
-plein de confiance. La dépêche fut pour lui un coup de foudre; elle
-ne disait pas sans doute toute la vérité; mais s’il lui était permis
-de conserver encore une lueur d’espoir, sa douleur et ses inquiétudes
-étaient d’autant plus cruelles, que les moyens de locomotion étaient
-à cette époque d’une effroyable lenteur: par la malle-poste,—qu’il
-fallait retenir longtemps d’avance,—trois nuits et trois jours; par
-la diligence, quatre jours et quatre nuits. En outre, dans la mauvaise
-saison, il suffisait d’une tombée de neige, d’une bourrasque, d’une
-couche de glace à la surface du Rhône ou de la Saône, pour allonger
-indéfiniment le trajet réglementaire.
-
-Le mardi 22 décembre, à dix heures du matin, son cousin le marquis
-de Besplas et son ami Joseph d’Ortigue le hissèrent dans le coupé
-de la diligence. Ce que fut ce voyage, il l’a dit, dans des pages
-émues, au tome II de ses _Mémoires_[128]. Arrivé à Chalon le vendredi
-matin seulement, il put monter sur le bateau à vapeur de la Saône. Le
-lendemain, il prenait à Lyon le bateau du Rhône; le soir, à la nuit
-tombante, il arrivait à Avignon. Ses amis l’attendaient sur le quai.
-Ils se jetèrent dans ses bras, et il n’eut pas à les interroger.
-
-
-III
-
-Au mois d’octobre 1846, lorsque Pontmartin avait quitté Avignon, sa
-mère savait qu’il emportait dans sa valise une nouvelle destinée à
-la _Revue des Deux Mondes_. Elle lui avait dit, avec un bon sourire:
-«Jusqu’ici la _Revue_ m’avait toujours fait peur. Je la crois bien
-encore un peu hérétique; mais elle est certainement en voie de
-s’amender, puisque tu vas y écrire. Je serai heureuse d’y lire ton
-article.»
-
-Quelques mois auparavant, en effet, Jules Sandeau, qui venait de
-terminer son roman de _Madeleine_[129], avait dit un soir à Pontmartin:
-«Il est temps d’agrandir votre cadre; Buloz vous a lu, il veut vous
-connaître; je vais vous conduire rue Saint-Benoît.» Et simplement,
-sans phrases, avec une cordialité toute fraternelle, l’auteur de
-_Mademoiselle de la Seiglière_ s’était fait l’introducteur et le patron
-du modeste auteur des _Trois Veuves_.
-
-Pontmartin avait passé dix ans à rêver _Revue des Deux Mondes_, comme
-les sous-lieutenants rêvent le bâton de maréchal, comme les jeunes
-filles romanesques rêvent le Prince Charmant. Le cœur lui battait donc
-bien fort lorsqu’il se présenta, le 2 avril 1846, devant M. Buloz, sa
-_copie_ à la main et ne demandant pas son salaire. Le tout-puissant
-directeur était dans son cabinet, avec sa culotte de velours noir et
-sa robe de chambre de flanelle bleue. Il fut extrêmement poli, serra
-le manuscrit dans un carton et promit de l’examiner. Quinze jours
-après, il indiquait à l’auteur des changements, des retouches, puis une
-refonte générale.
-
-Son goût était plus instinctif que réfléchi, mais, en somme, très sûr.
-On se trouvait presque toujours bien d’écouter ses avis. La nouvelle,
-légèrement remaniée, parut dans la livraison du 1^{er} février 1847,
-sous le titre d’_Octave_. Elle réussit, et M. Buloz résolut aussitôt de
-s’attacher Pontmartin comme chroniqueur littéraire et dramatique de la
-Revue.
-
-Il était, à cette date, en même temps que directeur de la _Revue
-des Deux Mondes_, commissaire du roi près le Théâtre-Français. A ce
-dernier titre, il ne pouvait pas, en conscience, froisser les auteurs
-en vogue. Il lui fallait ménager M. Scribe, dont deux pièces au moins,
-_Bertrand et Raton_ et _Une Chaîne_, tenaient souvent l’affiche, et
-qui parlait de lui donner une comédie nouvelle en cinq actes[130]. Il
-lui fallait, d’autre part, assurer le succès d’Alfred de Musset, qui
-allait débuter à la Comédie-Française avec _le Caprice_, rapporté de
-Saint-Pétersbourg, par M^{me} Allan. Malheureusement Scribe et Musset
-étaient aussi mal l’un que l’autre dans les papiers de Gustave Planche,
-qui était alors chargé, chez M. Buloz, de la critique théâtrale. Depuis
-douze ou quinze ans, il faisait hautement profession de mépriser
-le talent de M. Scribe. Il ne pouvait le prendre d’aussi haut avec
-Musset, qui était l’un des principaux collaborateurs de la _Revue_;
-mais brouillé avec le poète pour les beaux yeux de M^{me} Sand, il
-le traitait par la prétérition, il se déclarait décidé à ne pas dire
-un mot de son _Proverbe_, si on le représentait. Comment faire?
-Comment se tirer de cette situation complexe et concilier les intérêts
-du directeur de la _Revue_ et ceux du commissaire royal? M. Buloz
-n’hésita pas; il enleva à Gustave Planche sa férule, et il la remit aux
-mains plus légères et mieux gantées du très spirituel rédacteur des
-_Causeries dramatiques_ de _la Mode_.
-
-Pendant près de cinq ans, du 1^{er} mai 1847 au 15 mars 1852, il fut
-le chroniqueur attitré de la _Revue_, rendant compte à la fois des
-pièces de théâtre et des livres. Il y eut là pour lui, surtout dans
-les premiers mois et jusqu’en février 1848, des heures délicieuses, ce
-qu’il appellera plus tard sa lune de miel littéraire.
-
-La _Revue des Deux Mondes_ ne comptait guère alors que deux à trois
-mille abonnés; mais elle était la _Revue_, la première, la seule. Son
-influence dépassait nos frontières et s’étendait sur toute l’Europe.
-Ses rédacteurs n’étaient pas payés bien cher, mais dans cette glorieuse
-pléiade, il y en avait plus de sept qui étaient _illustres_: Alfred
-de Musset, Augustin Thierry, Prosper Mérimée, Alfred de Vigny,
-Sainte-Beuve, Ludovic Vitet, Victor Cousin, Henri Heine[131].
-
-Elle ne se permettait pas, d’ailleurs, d’autre luxe que celui d’une
-rédaction exceptionnellement brillante. Son logis était modeste, une
-humble et bourgeoise maison, au numéro 20 de la rue Saint-Benoît, qui
-offrait pourtant cette double singularité d’appartenir à un futur
-académicien, M. Saint-René Taillandier, et de posséder un jardin au
-premier étage. Le souvenir de ce jardin légendaire, suspendu comme
-ceux de Babylone et dont George Sand avait été longtemps la Sémiramis,
-devait être toujours cher à Pontmartin, qui écrira trente ans plus tard
-dans ses _Nouveaux Samedis_:
-
- Que n’a-t-on pas dit de ce jardin? Je crois que les solliciteurs,
- les martyrs et les refusés de la _Revue_ l’ont jugé à travers leurs
- frayeurs ou leurs rancunes. Pour moi, il ne m’a jamais paru que
- les fleurs y fissent des piqûres d’orties et que la verdure y fût
- jaune. J’aimais cette salle d’attente avec son ombre discrète, ses
- économies de soleil et ses allées étroites enroulées autour de son
- microscopique tapis de gazon. J’ai passé là d’agréables heures,
- ruminant un sujet d’article, méditant sur les corrections demandées,
- attendant une épreuve, jasant avec un merle à peu près apprivoisé qui
- semblait chargé de siffler les manuscrits suspects et qui s’acquittait
- vaillamment de la besogne. De temps à autre, par les fenêtres
- entr’ouvertes, m’arrivait un bruit de tempête et j’aurais été tenté
- de redire le _suave mari magno_... de Lucrèce, si je n’avais songé
- que j’étais moi-même à bord du navire, sur cette mer agitée par les
- vents. J’entendais le maître, en proie à la fièvre de la veille du
- numéro, se déchaîner tour à tour contre M. de Mars[132],—toujours
- en carême!—contre le prote, contre le rédacteur absent ou présent,
- contre une malheureuse _coquille_ oubliée sur une moyenne de deux
- cents pages. Il y avait de mauvais moments; mauvais moments dont on
- fait plus tard,—trop tard,—de bons souvenirs[133]!
-
-On se réunissait presque tous les jours, de quatre à six heures, dans
-les bureaux de la Revue, Sainte-Beuve ne manquait guère d’y venir et
-c’était une fête pour Pontmartin de causer avec le célèbre critique.
-L’auteur des _Portraits littéraires_, à cette date de 1844, était
-bien loin d’être ou du moins de se montrer ce qu’il sera plus tard,
-sous le second Empire, quêteur de popularité, associant Brutus à
-César, positiviste et matérialiste, archevêque du _diocèse_ où fleurit
-l’athéisme. Il fréquentait chez M. Guizot et surtout chez M. Molé,
-qu’il aimait à visiter en son château du Marais; il était conservateur
-en politique comme en littérature, aussi loin maintenant d’Armand
-Carrel que de Victor Hugo. Sa figure rabelaisienne et narquoise
-s’éclairait d’un pieux sourire lorsqu’il parlait de sait religion et
-du catholicisme, pour lequel il professait le plus profond respect.
-Quelquefois, il est vrai, il disait à Pontmartin: «Quand vous parlez
-des anciens, ne craignez jamais d’en trop dire. Quand vous parlez
-des contemporains n’ayez jamais l’air d’être leur dupe[134]!» Malgré
-tout son esprit, Pontmartin était au fond un naïf. Il fut la dupe de
-Saint-Beuve et il devint son ami. Voici du reste comment ce dernier,
-dans ses _Nouveaux Lundis_, parle de leurs premières rencontres dans
-les bureaux de la rue Saint-Benoît:
-
- Quand je le vis arriver à Paris et s’adresser pour ses premiers
- essais critiques à la _Revue des Deux Mondes_, où un compatriote de
- Castil-Blaze[135] avait naturellement accès, c’était un homme qui
- n’était plus de la première jeunesse, spirituel, aimable, liant, point
- du tout intolérant, quoique dans la nuance légitimiste. Il avait déjà
- écrit quelques contes ou nouvelles, il s’était essayé dans la presse
- de province et il aspirait à faire des articles critiques plus en vue.
- J’avoue que mon premier pronostic lui fut aussitôt favorable. Il avait
- la plume facile, distinguée, élégante, de cette élégance courante, qui
- ne se donne pas le temps d’approfondir, mais qui sied et suffit au
- compte rendu de la plupart des œuvres contemporaines[136].
-
-Tout cela est au demeurant assez juste, à la condition pourtant
-d’ajouter que les _comptes rendus_ de Pontmartin avaient une réelle
-originalité. La Revue, avant lui, avait eu des critiques très
-pédantesques et très lourds comme Gustave Planche, ou très érudits
-et très fins comme Sainte-Beuve lui-même. Elle n’avait pas encore eu
-un véritable causeur littéraire, c’est-à-dire un homme d’esprit qui,
-sans _approfondir_, je le veux bien, sans _appuyer_, glisse avec grâce
-sur les sujets les plus divers, passe du roman de la semaine dernière
-à l’opéra-comique de la veille et à la comédie du jour, parlant de
-tout avec goût, avec mesure, avec malice, et sachant à l’occasion
-cacher, sous un mot piquant, une vérité sérieuse et une utile leçon. Ce
-chroniqueur littéraire, ce causeur qui avait jusqu’alors manqué à M.
-Buloz, Pontmartin le fut pendant cinq ans. Et comme il n’avait pas eu
-de prédécesseur à la Revue, il n’y a pas eu non plus de successeur: on
-ne l’a pas remplacé.
-
-Ces chroniques de la _Revue des Deux Mondes_, de 1847 à 1852, sont
-au nombre de vingt-six: elles formeraient aisément deux ou trois
-volumes. Pontmartin n’en a jamais réimprimé une seule ligne. Combien
-de centaines d’articles n’a-t-il pas ainsi laissé perdre, sans vouloir
-prendre le temps et la peine de les recueillir! Rien ne le mortifiait
-plus, nous le savons, que de s’entendre appeler _Monsieur le comte_:
-son unique ambition était d’être un _homme de lettres_.—Oui, mais il
-restait malgré tout un _gentilhomme_, et il semait sans compter ses
-articles sur sa route, comme d’autres jettent leurs pièces d’or.
-
-
-
-
-CHAPITRE VII
-
-LA RÉPUBLIQUE DE FÉVRIER
-
-L’OPINION PUBLIQUE
-
-(1848-1852)
-
- Rue d’Isly. Sainte-Beuve et le 1^{er} janvier 1848. Le 24
- février.—Fondation de l’_Opinion publique_.—Comment se faisait
- un journal en l’an de grâce 1848.—Rédacteur en chef sans
- appointements.—Les _Jeunes_ à l’_Opinion publique_.—Ponson du
- Terrail et Henri de Pène.—Cham et Armand de Pontmartin.—Les
- _Lettres d’un sédentaire_ et les _Mémoires d’Outre-Tombe_.—La
- _Sixième du second de la première_.—Le 16 avril et le 15 mai. Les
- journées de Juin. La barricade de la rue Lafayette, le lieutenant
- Paul Rattier et le caporal Émile Charre.—Le ministère de M. de
- Falloux et la Bibliothèque de Jules Sandeau.—Les _Mémoires d’un
- notaire_.—L’Odyssée électorale de M. Buloz et les marronniers des
- Angles.—La revision de la Constitution et le conseil général du Gard.
- La Taverne de Richard-Lucas. Le coup d’État du 2 décembre. Suppression
- de l’_Opinion publique_.
-
-
-I
-
-Puisque le succès décidément était venu, Pontmartin ne pouvait pas
-continuer de vivre à Paris en camp volant; il lui fallait avoir
-maintenant un vrai domicile. A la fin de décembre 1847, il quitta
-le passage de la Madeleine, où il logeait depuis le mois d’octobre
-précédent et il s’installa dans un petit appartement de la rue d’Isly,
-près la gare Saint-Lazare.
-
-L’année 1848 commença bien, sinon pour les hôtes du château[137], du
-moins pour le nouveau locataire de la rue d’Isly. Le matin du 1^{er}
-janvier, il vit entrer chez lui Sainte-Beuve qui venait de monter
-ses trois étages pour lui souhaiter la bonne année et lui apprendre
-la prise d’Abd-el-Kader. Quelques jours après, le Théâtre-Français
-annonçait la prochaine représentation du _Puff_ de M. Scribe. Pour en
-mieux assurer le succès, qu’il tenait d’ailleurs pour certain, M. Buloz
-donna la veille même de la _première_, un petit dîner d’intimes et de
-critiques influents, auquel Pontmartin fut invité, et qui réunissait
-Jules Janin (_Journal des Débats_), Théophile Gautier (_la Presse_),
-Hippolyte Rolle (_Constitutionnel_), Alfred de Musset, Charles Magnin
-et Régnier, homme d’esprit, comédien charmant, fin lettré, chargé
-d’un des principaux rôles. Si, le lendemain, la pièce n’obtint qu’un
-demi-succès, Pontmartin n’en fut pas autrement affligé, et il se
-consola vite en écrivant sur _le Puff_ deux articles qui parurent,
-l’un dans la _Mode_, sous la signature _Calixte Ermel_, le 26 janvier;
-l’autre, le 1^{er} février, dans la _Revue des Deux Mondes_.
-
-L’horizon politique cependant s’assombrissait de jour en jour. Trois
-fois par mois, dans la _Mode_, Alfred Nettement annonçait que la
-révolution était proche, qu’elle allait éclater, que ce n’était plus
-qu’une question de semaines, de jours, d’heures peut-être. Pontmartin
-n’en croyait pas un traître mot. Au milieu de février, ses affaires
-le rappelant aux Angles, il crut pouvoir quitter Paris sans trop
-d’inquiétude ou de scrupule. Le 24 février le surprit à Avignon, d’où
-il adressa à la petite Revue de la rue Neuve-des-Bons-Enfants une
-longue causerie sur _la Révolution de février en province_. Dès les
-premiers jours de mars, il était de retour rue d’Isly. Les républicains
-pullulaient à ce moment. Hier encore une pincée, ils étaient légion
-maintenant. Parmi les royalistes eux-mêmes, plusieurs, et non des
-moindres, M. Berryer, M. de Larcy, M. de Falloux, estimaient que le
-devoir et la loyauté leur commandaient, non certes de se rallier au
-nouveau gouvernement, mais de lui laisser provisoirement le champ
-libre, de ne pas ajouter à ses embarras, de lui accorder assez de
-temps pour montrer ce dont il était capable ou incapable. Pontmartin
-ne blâma pas ceux de ses amis qui croyaient devoir adopter cette ligne
-de conduite. Elle le laissait d’ailleurs sans inquiétude: il était
-bien sûr, en effet, que la République les obligerait bientôt, par ses
-sottises et ses maléfices, à lui retirer leur adhésion transitoire.
-Mais s’il ne blâma point ses amis, il ne les suivit pas. S’il n’avait
-pas ménagé les épigrammes au gouvernement de Juillet, il s’était
-soigneusement tenu à l’écart de toute compromission, de toute alliance
-avec l’opposition républicaine. Royaliste de sentiment et de raison, il
-redisait volontiers avec Homère: «Le gouvernement de plusieurs n’est
-pas bon; qu’il n’y ait qu’un maître et qu’un roi!» et avec Corneille:
-
- Le pire des états, c’est l’état populaire.
-
-Le régime démocratique était à ses yeux le plus détestable des
-gouvernements, _omnium deterrimum_; il ne voulut pas l’accepter, le
-saluer, ne fût-ce qu’un jour, ne fût-ce qu’une heure.
-
-La Révolution de Février, si elle n’avait pas tué _la Mode_, lui
-avait porté un coup dont elle ne devait pas se relever. N’ayant plus
-Louis-Philippe à cribler de ses épigrammes, elle avait perdu sa raison
-d’être. M. Edouard Walsh, directeur plein d’entrain et de verve
-mondaine, aurait peut-être pu la soutenir; mais, à la suite d’un riche
-mariage, il avait passé la main à un M. de J..., qui avait tout ce
-qu’il fallait pour changer la retraite en débâcle et en déroute. Elle
-ne vivait plus que d’une vie précaire, logeant le diable en sa bourse,
-et voyant s’éloigner l’un après l’autre ses meilleurs rédacteurs.
-Seuls, Nettement et Pontmartin lui restèrent fidèles, bien qu’elle eût
-cessé de les payer. De 1848 à 1850, Pontmartin y donna de nombreuses
-chroniques, parlant de tout, de littérature, d’art, de politique,
-passant du Théâtre-Français au Salon de peinture[138], rendant compte
-un jour des _Mémoires d’Outre-Tombe_, de Chateaubriand[139], un autre
-jour des _Confessions d’un révolutionnaire_, de Proudhon[140], mêlant à
-ses chroniques parisiennes des chroniques de province, et, dans toutes,
-affirmant hautement sa foi monarchique. Malheureusement, publiés dans
-la _Mode_, ces articles ressemblaient à des feux d’artifice tirés dans
-une cave. Il fallait trouver autre chose: Alfred Nettement et Armand de
-Pontmartin se résolurent à fonder un journal quotidien.
-
-Dans ses _Épisodes littéraires_[141], Pontmartin a raconté la
-naissance et la mort de l’_Opinion publique_. Le ton épigrammatique
-de ce chapitre serait de nature à donner le change sur la valeur de
-la feuille dont il fut l’un des rédacteurs en chef, sur les services
-qu’elle rendit, sur le rôle à la fois si honorable et si brillant qu’y
-joua Pontmartin lui-même. Je voudrais, dans les pages qui vont suivre,
-faire mieux connaître un journal qui a eu son heure d’éclat; qui, dans
-un temps où la presse n’était pas sans gloire, où les journalistes
-s’appelaient Louis Veuillot, Laurentie, Emile de Girardin, Lamartine,
-Proudhon, Eugène de Genoude[142], Silvestre de Sacy, Saint-Marc
-Girardin, John Lemoinne, a marqué sa place au premier rang.
-
-
-II
-
-Le 27 mars 1848, eut lieu, chez Alfred Nettement[143], rue de
-Monceau-du-Roule, une petite réunion, à laquelle il avait convoqué
-Armand de Pontmartin, Théodore Muret[144], l’un des plus anciens
-rédacteurs de la _Mode_, et Adolphe Sala, ex-officier de la garde
-royale, démissionnaire en 1830, compromis en 1832 dans le procès du
-_Carlo-Alberto_, et qui, depuis, s’était occupé d’affaires, sans
-abandonner la politique. On tint conseil. Entre les deux principaux
-organes du parti légitimiste, il y avait évidemment une place à
-prendre, pour un journal plus jeune d’idées, plus vif d’allures que
-l’_Union_[145], moins absorbé que la _Gazette de France_ par l’étude
-abstraite des théories philosophiques et politiques. De cela nos
-quatre amis tombèrent aisément d’accord, et ils se dirent: «Faisons un
-journal.»
-
-Aussi bien, rien n’était plus facile. Il ne s’agissait que d’aller
-chez un imprimeur,—avec de l’argent toutefois. Mais il en fallait si
-peu! assez seulement pour payer les frais de composition et de tirage
-du premier numéro, et, en mettant les choses au pis, des cinq ou six
-suivants. Ce serait affaire aux abonnés—ils ne pouvaient manquer de
-venir—de faire le reste.
-
-Les premiers fonds furent fournis par des amis de Nettement, le duc
-des Cars, M. de Saint-Priest, M. d’Escuns. Un imprimeur royaliste,
-M. Brière, rue Sainte-Anne, très lié avec Théodore Muret, offrit ses
-presses. Il fallait un bureau. Pour n’avoir pas à payer de loyer,
-on accepta l’hospitalité de la _Mode_, qui avait quitté la rue
-Neuve-des-Bons-Enfants et qui occupait alors, au numéro 25 de la rue
-du Helder, un petit local dans le fond de la cour, au rez-de-chaussée,
-avec une pièce fort étroite à l’entresol. Entre temps, on s’était mis
-d’accord sur le titre: le journal s’appellerait l’_Opinion publique_.
-Restait à trouver un gérant, c’est-à-dire un brave homme prêt à faire
-de la prison toutes les fois qu’il le faudrait. On l’avait sous la main
-dans la personne d’un Vendéen, combattant de 1832, M. P. Voillet, qui
-avait déjà fait sous Louis-Philippe plusieurs séjours à Sainte-Pélagie,
-pour le compte de la _Mode_, et qui ne demandait qu’à recommencer.
-
-On avait un titre, un imprimeur, un bureau, un gérant. Le 2 mai 1848,
-deux jours avant la réunion de l’Assemblée nationale, le premier numéro
-parut avec cet en-tête:
-
- RÉDACTEURS EN CHEF
-
- _Politique_: M. ALFRED NETTEMENT.
-
- _Littérature_: M. A. DE PONTMARTIN.
-
-Le journal[146], au début, se faisait d’une assez drôle de façon. Dans
-la journée, la salle de rédaction était presque toujours vide. Le soir,
-elle se remplissait d’amis, de députés de la droite, qui venaient
-aux nouvelles ou qui en apportaient. On fumait beaucoup, on causait
-davantage encore. Cependant dix heures et demie, onze heures sonnaient
-à la pendule: «Voyons, messieurs, disait gravement Théodore Muret, il
-faut laisser Nettement faire son grand article.»
-
-De quart d’heure en quart d’heure, le sage Muret reproduisait sa
-motion. Enfin, sur le coup de minuit, on se retirait. Resté seul,
-Nettement se mettait à la besogne. Il couvrait de sa grande écriture de
-nombreux feuillets, dont le metteur en pages s’emparait vite au fur et
-à mesure de leur achèvement. Après son grand article, il en composait
-un second, puis quelquefois un troisième. On finissait toujours par
-paraître, mais on manquait souvent le chemin de fer. L’accident du
-reste ne causait pas grande émotion. «Ah çà! messieurs, se bornait-on à
-dire, le journal n’est pas encore parti ce matin; il faudrait pourtant
-s’arranger différemment.»
-
-Les lettres des abonnés de province se succédaient alors, toutes
-conçues à peu près dans les mêmes termes: «Monsieur le rédacteur, je me
-suis abonné à votre excellent journal, et je vous avoue que c’est dans
-l’intention de le recevoir. S’il ne me manquait qu’une fois de temps en
-temps, passe; mais il me manque deux ou trois fois par semaine. C’est
-un accident, je le veux bien; mais comment se fait-il qu’il soit si
-fréquent[147]?»
-
-Eh bien! le journal, malgré tout, prospérait. S’il était fait un
-peu à la diable, il ne laissait pas d’être très bien fait. Outre ses
-grands articles, Alfred Nettement donnait chaque jour sous ce titre:
-_Impressions à la Chambre_, la physionomie de la séance de l’Assemblée.
-Armand de Pontmartin publiait des _Chroniques de Paris_, qui étaient
-les plus spirituelles du monde. La politique, à ce moment, n’était
-pas renfermée tout entière dans l’enceinte du Palais-Bourbon; elle
-était partout, dans les cafés, sur la place publique, à la Bourse et
-sur les boulevards. Théodore Muret et Adolphe Sala avaient charge de
-recueillir tous les bruits, de multiplier les _échos_, et, à côté de
-la physionomie de la Chambre, de peindre la physionomie de la rue. Et
-ainsi l’_Opinion publique_ avait les allures d’un petit journal autant
-que d’une feuille sérieuse. C’était une _Gazette de France_ en pleine
-jeunesse, une _Quotidienne_ de vingt ans.
-
-Après les journées de Juin, trois écrivains de réelle valeur, MM. de
-Lourdoueix[148], Albert de Circourt[149] et Alphonse de Calonne[150]
-vinrent renforcer la rédaction du journal. A la fin de 1848, après
-huit mois seulement d’existence, l’_Opinion publique_ avait six mille
-abonnés.
-
-Le 28 mai 1849, elle transporta ses bureaux rue Taitbout, numéro 10.
-Alfred Nettement venait d’être nommé à l’Assemblée législative par
-les électeurs du Morbihan. La situation nouvelle qui lui était faite
-ne pouvait manquer d’accroître encore l’importance de son journal.
-Celui-ci pourtant, à cette heure-là même, traversait une crise grave.
-
-Il ne suffit pas, pour qu’un journal vive et prospère, qu’il ait des
-écrivains de talent, des abonnés, un public; besoin est qu’il ait
-aussi un financier, un calculateur, et l’_Opinion publique_ n’en avait
-pas. Si la rédaction était remarquable, l’administration n’était rien
-moins que sage. On avait agrandi le format et on avait abaissé le prix
-de l’abonnement. On avait multiplié, au delà de toute prudence, les
-_Abonnements de propagande_. On publiait chaque jeudi un _Supplément
-populaire_, qui était très onéreux. Un jour vint où il fallut bien
-s’avouer que les recettes et les dépenses ne s’équilibraient plus.
-Que faire? Suspendre le journal, au moment où son influence était en
-progrès, alors qu’il rendait de véritables services? Il n’y fallait pas
-songer. Relever le prix d’abonnement? C’était bien périlleux; c’était,
-dans tous les cas, aller contre le but auquel tendaient les fondateurs,
-qui avaient surtout voulu faire œuvre de propagande.
-
-Adolphe Sala proposa de recourir à un moyen héroïque. «Nous ne
-pouvons, dit-il, ni supprimer ni réduire les dépenses matérielles, les
-frais d’employés. Impossible également de ne pas payer les feuilletons
-et les articles en dehors. Reste la rédaction habituelle. Décidons
-qu’elle sera gratuite. Que l’honneur de servir notre cause soit
-notre seul salaire, et travaillons gratis tant qu’il plaira à Dieu.»
-La motion fut votée à l’unanimité. Alfred Nettement et Pontmartin
-restèrent rédacteurs en chef... sans appointements[151]. Et jamais ils
-n’apportèrent plus de zèle, jamais ils ne fournirent plus de copie.
-
- * * * * *
-
-A quelque chose malheur est bon. Ne pouvant, faute de fonds,
-s’adresser aux romanciers en vogue, aux feuilletonistes célèbres, les
-directeurs de l’_Opinion publique_ ouvriront leurs colonnes aux talents
-nouveaux, à ceux qui n’ont pas encore un nom, mais qui sont capables de
-s’en faire un. Les _Jeunes_ seront toujours sûrs de trouver près d’eux
-bon accueil. Un jour, c’est un jeune homme de dix-neuf ans qui apporte
-rue Taitbout une nouvelle intitulée _la Vraie Icarie_ et signée _Pierre
-du Terrail_. Elle est insérée sans retard[152] et il se trouve que,
-ce jour-là, Pontmartin a présenté au public l’auteur des _Exploits de
-Rocambole_ et de tant d’autres romans-feuilletons[153]. Un autre jour,
-c’est Moland[154], destiné à devenir un de nos principaux médiévistes,
-qui fait recevoir une suite d’articles sur la _Condition des savants
-et des artistes au XIII^e siècle_. Comme Ponson du Terrail, Henri de
-Pène[155] n’avait que dix-neuf ans, lorsque, au mois d’octobre 1849,
-il se présenta aux bureaux du journal, où il est admis aussitôt comme
-reporter. On lui confiera bientôt les petits théâtres, puis l’intérim
-des grands, quand Alphonse de Calonne se trouvera, d’aventure, empêché.
-Il publiera d’aimables proverbes, _Il n’y a pas de fumée sans feu et
-de feu sans fumée_, ou encore _Jeunesse ne sait plus_. Au besoin, il
-faisait l’article politique, et le premier-Paris ne l’effrayait pas. Le
-premier de chaque mois, il rédigeait les _Tablettes du mois_ qui venait
-de finir, et jamais on ne mit tant d’esprit dans un almanach:
-
- Dans le calendrier lisez-vous quelquefois?
-
-Barbey d’Aurevilly avait quarante ans sonnés en 1849, mais il pouvait
-passer pour un _jeune_, puisqu’il était encore à peu près inconnu. Il
-fit paraître dans l’_Opinion publique_ ses articles sur _les Prophètes
-du passé_, sur Joseph de Maistre et M. de Bonald[156], et un peu plus
-tard une étude sur _Marie Stuart_[157].
-
-
-III
-
-Pontmartin, au besoin, aurait pu se passer d’aides; il eût pu se
-dispenser de chercher des collaborateurs. Il a donné à l’_Opinion
-publique_, pendant cette campagne de quatre ans, plusieurs centaines
-d’articles. Je ne crois pas qu’il y ait un autre exemple, dans la
-presse littéraire, d’une pareille fécondité. Ces articles (sauf trois
-sur les _Chansons de Béranger_), il n’a pas voulu les conserver et les
-réunir, sans doute parce qu’_ils étaient trop_; peut-être aussi a-t-il
-trouvé que la politique y tenait trop de place. J’estime qu’il a eu
-tort.
-
-Il y a politique et politique, comme il y a fagots et fagots. Celle
-de Pontmartin était bonne et n’a rien perdu à vieillir. Avec lui,
-d’ailleurs, tant il avait d’esprit, de bon sens et de belle humeur, la
-politique même est encore de la littérature, et de la meilleure.
-
-Les articles qu’il a écrits de 1848 à 1852 se peuvent diviser en
-quatre séries bien distinctes, les Chroniques de Paris, les Causeries
-musicales, les Causeries dramatiques et artistiques, et les Causeries
-littéraires.
-
-«Pour raconter heureusement sur les petits sujets, il faut trop de
-fécondité, c’est créer que de railler ainsi et faire quelque chose
-de rien.» Cette parole de La Bruyère pourrait servir d’épigraphe aux
-_Courriers de Paris_ d’Armand de Pontmartin. C’est avec des riens
-qu’il trouve moyen de composer ses plus jolies chroniques. Il prend,
-par exemple, l’_Almanach national_ de MM. Guyot et Scribe, et avec
-cet almanach il fait un article qui renferme les traits les plus
-piquants et, à côté des anecdotes les plus drôles, les leçons les plus
-sages[158]. Un autre jour,—c’était le 1^{er} janvier 1850,—assisté
-de son collègue et ami maître Calixte Ermel, il publie, après l’avoir
-préalablement ré-rédigé lui-même, le _Testament d’une défunte_, feu
-l’année 1849. Jamais, depuis le _Légataire universel_ de Regnard,
-on n’avait eu tant d’esprit par-devant notaire. Et la _Lettre d’un
-représentant de province à un de ses amis_, et les _Bulletins de la
-République... des lettres!_ Comme tout cela est vif, léger, aimable,
-et comme, à la lecture de ces pages écrites de verve, le mot de M^{me}
-de Sévigné vous revient vite à la mémoire: «Mes pensées, mon encre, ma
-plume, tout vole!»
-
-Les temps étaient durs, les craintes étaient grandes, la tristesse
-était générale. Seul, un homme avait réussi à dérider les fronts,
-à ramener le sourire sur les lèvres. Chaque matin, chaque soir, le
-crayon de Cham[159] se chargeait de consoler les honnêtes gens, de
-les rassurer, de les réjouir, en saisissant au vol le côté comique
-de ces épisodes et de ces personnages, éphémères créations de la
-nouvelle République. Les légendes étaient encore plus spirituelles
-que les dessins. Un matin, c’était un bourgeois du Marais marchandant
-un poisson et s’écriant: «J’aimerais autant qu’il ne fût pas de
-la veille.» Le soir, c’était un pur, un humanitaire qui, pour
-sauver le genre humain, demandait trois cent mille têtes, et à qui
-l’imperturbable Cham répliquait: «Monsieur est coiffeur?»
-
-Ce que le crayon de Cham fut alors pour tous les Parisiens, la plume
-de Pontmartin le fut, au même moment, pour les lecteurs de l’_Opinion
-publique_. L’écrivain et le dessinateur étaient doués l’un et l’autre
-d’une incroyable facilité d’improvisation; ils rivalisaient aussi à
-qui serait le plus _réactionnaire_ des deux. Un joyeux compagnon,
-Auguste Lireux[160], avait tracé, au sortir des séances de l’Assemblée
-constituante, de très piquants croquis des premiers élus du suffrage
-universel. Cham joignit à son texte des _charges_ d’une étonnante
-bouffonnerie, et de leur collaboration sortit un grand et beau volume,
-qui était tout bonnement un chef-d’œuvre, l’_Assemblée nationale
-comique_. Pourquoi la fantaisie n’est-elle pas venue au comte de
-Noé d’illustrer les _Chroniques de Paris_ du comte de Pontmartin,
-avec lequel il était lié? Nous aurions eu un livre aussi amusant
-que l’_Assemblée nationale comique_ et qui aurait pu prendre pour
-épigraphe: _Les bons comtes font les bons amis_.
-
-Pontmartin, dans les _Souvenirs d’un vieux mélomane_, publiés en 1878,
-a fait revivre pour nous l’âge héroïque de la musique dramatique,
-ces temps qui semblent aujourd’hui perdus dans la brume des fictions
-mythologiques, où Nourrit, Duprez, Levasseur, M^{lle} Falcon et
-M^{me} Damoreau chantaient à l’Opéra, où M^{me} Malibran et M^{lle}
-Sontag, Rubini, Lablache et Tamburini chantaient aux Italiens: _Tempi
-passati!_... En 1849 et en 1850, la salle Ventadour et la vieille
-salle de la rue Lepeletier comptaient encore d’admirables chanteurs.
-Pontmartin se réserva, dans l’_Opinion publique_, le département de la
-musique, et il écrivit dans son journal, sous le titre de _Causeries
-musicales_, des pages où, après plus d’un demi-siècle, on croit
-entendre comme un écho lointain de ces merveilleux opéras bouffes
-qu’interprétaient alors Lablache, Mario et Ronconi, M^{me} Persiani
-et M^{lle} Sophie Véra. Le Théâtre-Italien était son théâtre préféré.
-Malheureusement, l’heure n’était plus à ces jouissances délicates, à
-ces réunions mélodieuses. Les spectateurs se faisaient de plus en plus
-rares, et souvent en sortant d’une représentation où _La Cenerentola_,
-_Don Pasquale_, _Il Matrimonio segreto_ avaient été joués dans le
-désert, il se demandait si son cher théâtre n’allait pas, d’ici à peu
-de temps, fermer ses portes pour ne plus les rouvrir, si les électeurs
-d’Eugène Sue et du citoyen de Flotte ne diraient pas bientôt aux
-dilettantes, comme la fourmi de La Fontaine:
-
- Vous chantiez, j’en suis fort aise;
- Eh bien, _dansez_ maintenant!
-
-Ses causeries sur le Théâtre-Italien, sur _La Gazza ladra_ ou
-l’_Elisire d’Amore_, ont la tristesse d’une chose qui va finir et le
-charme mélancolique d’un adieu.
-
-Le critique théâtral de l’_Opinion publique_ était Alphonse de Calonne.
-S’agissait-il cependant d’une _grande première_, de la comédie ou
-du drame d’un poète, c’était Pontmartin qui en rendait compte. De
-là, plusieurs _Causeries dramatiques_, sur la _Gabrielle_ d’Émile
-Augier[161], le _Toussaint Louverture_, de Lamartine[162], la _Fille
-d’Eschyle_, de Joseph Autran[163], le _Martyre de Vivia_, de Jean
-Reboul[164].
-
-Pontmartin avait fait deux _Salons_ à la _Mode_, celui de 1847 et
-celui de 1848. Dans l’_Opinion publique_, il donne, à l’occasion, des
-_Causeries artistiques_ où il apprécie tantôt les _Peintures du grand
-escalier du Conseil d’État (Palais d’Orsay) par M. Chasseriau_[165],
-tantôt les _Peintures monumentales de M. Hippolyte Flandrin à l’église
-Saint-Paul de Nimes_[166], ou encore _la Nouvelle fontaine de Nimes et
-les statues monumentales de Pradier_[167].
-
-C’est le 1^{er} octobre 1849 que Sainte-Beuve entreprit sa campagne
-des _Lundis_ au _Constitutionnel_. Le 11 février précédent, Pontmartin
-avait inauguré ses _Causeries littéraires_ à l’_Opinion publique_.
-Les principales sont consacrées à l’_Esclave Vindex_ et aux _Libres
-Penseurs_ de Louis Veuillot, aux _Confidences_ et au _Raphaël_ de
-Lamartine, à l’_Histoire du Consulat et de l’Empire_ de M. Thiers, au
-_Journal de la Campagne de Russie en 1812_, par le duc de Fezensac, aux
-romans de Jules Sandeau et à ceux de Charles de Bernard. Les Causeries
-de 1851, écrites pour la plupart à Avignon et aux Angles, parurent sous
-le titre de _Lettres d’un Sédentaire_. Elles sont au nombre de seize
-et marquent un réel progrès dans le talent de l’auteur. Il a plus de
-loisirs qu’à Paris, et il en profite; il ne craint pas d’entrer, quand
-il le faut, dans de longs développements. Il a deux grands articles sur
-les _Causeries du Lundi_[168], et ce n’est point à ceux-là sans doute
-que pensait Sainte-Beuve quand il a reproché à Pontmartin de «ne pas se
-donner le temps d’approfondir». Il en a trois sur Béranger[169], qui
-soulèveront des orages lorsqu’ils seront réimprimés en 1855. Il en a
-cinq sur les _Mémoires d’Outre-Tombe_[170], qui paraissaient alors pour
-la première fois en librairie. Les glorieux _Mémoires_ eurent contre
-eux, au moment de leur publication, la critique presque tout entière.
-Vivant, Chateaubriand avait pour lui tous les critiques, petits et
-grands. A deux ou trois exceptions près, ils se prononcèrent tous,
-grands et petits, contre l’_empereur tombé_.
-
-Sainte-Beuve _attacha le grelot_. Le 18 mai 1850, alors que les
-_Mémoires_ n’avaient pas encore fini de paraître dans le feuilleton
-de la _Presse_[171], il publia dans le _Constitutionnel_ un premier
-article suivi, le 27 mai et le 30 septembre, de deux autres, tout
-remplis, comme le premier, de dextérité, de finesse et, à côté de
-malices piquantes, de sous-entendus perfides[172].
-
-Pontmartin ne céda pas à ce subit reflux de gloire, à cette réaction
-injuste et violente contre le grand écrivain. Il lui parut que le
-Testament littéraire et politique de Chateaubriand ne devait pas être
-cassé. Dans ses cinq articles, il établit avec force le mal fondé
-des moyens de nullité invoqués par les adversaires, et il n’hésita
-pas à dire que «les _Mémoires d’Outre-Tombe_ étaient un des plus
-étonnants chefs-d’œuvre de notre littérature, ou plutôt de toutes les
-littératures».
-
-Ce sera l’honneur de Pontmartin d’avoir mis ainsi à leur vrai rang
-les immortels _Mémoires_, d’en avoir parlé dès le premier jour comme
-en parlera la postérité, d’avoir eu raison, ce jour-là, contre
-Sainte-Beuve et contre tous les critiques de son temps.
-
-J’avoue—cela tient peut-être à ce qu’elles sont enfouies au fond
-d’un journal depuis longtemps disparu et joignent ainsi à leur valeur
-propre l’attrait des choses rares—j’avoue que j’ai un faible pour
-ces premières _Causeries littéraires_. Ce qui me paraît certain, en
-tous cas, c’est qu’elles sont au moins égales à celles que l’auteur a
-réunies plus tard en volumes à partir de 1854.
-
-Outre ces articles de critique, il donnait encore à l’_Opinion
-publique_ des œuvres d’imagination, une Nouvelle: _l’Enseignement
-mutuel_[173], un Proverbe: _Les Premiers fusionistes, ou A quelque
-chose malheur est bon_[174]. Entre temps, il écrivait pour la _Mode_
-le deuxième et le troisième volume des _Mémoires d’un notaire_ et _le
-Capitaine Garbas_[175]. A la _Revue des Deux Mondes_, il continuait de
-faire, d’une façon régulière, la chronique littéraire et théâtrale.
-Comme il n’était pas chez lui dans la maison de la rue Saint-Benoît,
-il faisait un peu plus de toilette qu’à la rue Taitbout; il mettait sa
-cravate blanche et passait son habit noir. Faut-il pour cela préférer
-ses articles de la _Revue des Deux Mondes_ à ceux de l’_Opinion
-publique_? Tel ne serait pas mon avis. A la Revue, Pontmartin était
-spirituel, élégant, correct; à M. Buloz, qui le payait, il en donnait
-pour son argent. A l’_Opinion publique_, il se dépensait tout entier;
-tout ce qu’il y avait en lui d’ardeur, de flamme, de passion, il le
-donnait à ce journal qui ne le payait pas.
-
-
-IV
-
-J’ai dû, pour ne pas interrompre le récit de la campagne de Pontmartin
-à l’_Opinion publique_, laisser un moment de côté les quelques épisodes
-qui marquèrent pour lui, en dehors de cette campagne, les quatre années
-de la seconde République, du 24 février 1848 au 2 décembre 1851.
-
-En se mettant dans ses meubles, rue d’Isly, à la fin de décembre 1847,
-il était devenu tributaire de la garde nationale. Immatriculé dans la
-_sixième du second de la première_,—6^e compagnie du 2^e bataillon de
-la 1^{re} légion,—il ne fit d’abord qu’en rire, croyant bien que ce
-serait là une simple sinécure. Il était loin de compte. Le 16 avril
-1848, une manifestation populaire menaça l’Hôtel de Ville; le péril ne
-fut conjuré que par l’énergique intervention du général Changarnier,
-qui se trouvait alors à Paris sans commandement et sans troupes. Ce
-fut ce jour-là que Pontmartin débuta dans le noble métier des armes,
-avec une tunique, extraite du magasin de la mairie, dont la taille trop
-courte lui remontait au milieu du dos.
-
-Le 15 mai, un peu avant midi, on battit le rappel. La sixième du
-second se réunit à son rendez-vous habituel, au bout de la rue
-Tronchet, du côté de la rue Neuve-des-Mathurins. De la rue Tronchet
-au Palais-Bourbon, le trajet n’est pas long. De quinze pas en quinze
-pas, les gardes nationaux rencontraient des jeunes gens en blouse ou
-en bourgeron, très polis, très corrects, qui leur disaient: «Retournez
-chez vous, Messieurs, vous n’avez plus rien à faire. Le peuple a pris
-possession du Palais-Bourbon. Il est en train d’élire le nouveau
-gouvernement.» En l’absence de son capitaine, la _sixième_ était
-commandée par son lieutenant, M. Paul Rattier, un très galant homme et
-très brave, qui ne se laissait pas retourner aussi facilement que le
-caoutchouc auquel il devait sa belle fortune. Il poursuivit sa route.
-Quand on eut atteint la grille du palais, Pontmartin, qui se trouvait à
-côté du lieutenant, chercha dans la foule une figure de connaissance,
-et il vit M. de Falloux monté sur une borne au coin de la rue de
-Bourgogne, et haranguant courageusement cette aveugle multitude qui
-aurait pu l’écharper et qui l’écoutait avec une certaine déférence.
-Cinq minutes après, la garde nationale avait pris sa revanche et
-expulsé les émeutiers.
-
-Après l’émeute du 15 mai, l’insurrection de juin.
-
-Le jeudi 22 juin, le Théâtre-Français donna la première représentation
-d’_Il ne faut jurer de rien_, d’Alfred de Musset. Pontmartin y
-assistait. La pièce fut jouée en perfection par Provost, Brindeau, Got,
-Mirecourt, mesdames Mante et Amédine Luther. Les spectateurs étaient
-trop distraits pour écouter ce dialogue exquis, pour apprécier cette
-merveilleuse interprétation. La guerre civile était dans l’air, et le
-très spirituel Louis de Geofroy qui, en attendant d’être un diplomate
-d’une rare distinction, écrivait dans la _Revue des Deux Mondes_, dit à
-Pontmartin et à ses amis, en entrant dans leur loge: «Pardon! On peut
-jurer de quelque chose; c’est que, demain matin, on se battra dans la
-rue.»
-
-Le lendemain matin, en effet, Paris commençait à se couvrir de
-barricades. Le rappel, battu à neuf heures pour la garde nationale,
-fut à onze heures suivi de la générale. Pontmartin s’empressa de se
-rendre à son poste. Dans cette première journée, la première légion
-subit des pertes sensibles à l’attaque d’une barricade élevée faubourg
-Poissonnière, à la hauteur de la caserne de la Nouvelle-France. Le
-soir, la sixième compagnie dut prendre quelques heures de repos dans
-la cour de la mairie du premier arrondissement. Le long de cette cour
-vaste et mélancolique, de grandes bottes de paille, étendues sur le
-pavé, s’étaient transformées en lit de camp où reposaient des rangs
-pressés de dormeurs; quand la couche de paille était assez épaisse,
-le lit avait deux étages, et chacun de ces deux étages un habitant.
-Sans distinction de grade et d’épaulettes, le caporal ronflait sous le
-voltigeur, et le sergent sous le caporal. Pontmartin, et avec lui une
-vingtaine de gardes nationaux, écrivains, artistes, hommes du monde,
-veillaient, groupés autour d’un gigantesque bol de punch et devisant
-des événements. Il a décrit, dans _le Capitaine Garbas_, cette nuit
-du 23 juin 1848, qui précéda la plus sanglante des quatre sanglantes
-journées.
-
- Ce n’était pas, dit-il, une de ces belles nuits d’été, où Dieu fait
- ruisseler sur l’azur du ciel des myriades d’étoiles, comme les seuls
- diamants dignes de sa puissance infinie; une de ces nuits limpides,
- douces harmonies de la vie des champs, poétiques compagnes de voyage,
- faites de vagues murmures, de vagues silences, de vagues parfums, des
- mille frémissements de la nature endormie: c’était une nuit sombre et
- troublée, où nos passions se faisaient sentir jusque dans le calme
- universel. Le ciel, pluvieux et froid malgré la saison, n’avait
- aucune des splendeurs de l’été; quelques rares étoiles, frissonnantes
- et mouillées, paraissaient et disparaissaient sous les nuages,
- comme nos débiles espérances sous le voile funèbre des calamités
- publiques. De temps à autre, un coup de fusil retentissait, isolé,
- perdu dans l’espace; puis à intervalles réguliers, on entendait le
- cri des factionnaires: _Sentinelles, prenez garde à vous!_ s’élever,
- se répondre, se croiser, s’éloigner, s’affaiblir et se perdre dans
- les rues désertes. Ce qui rend les autres nuits si belles, c’est que
- l’homme s’y cache et s’y tait; ce qui rendait celle-là si sombre,
- c’est que l’homme y apparaissait partout, à l’imagination et à
- l’oreille, au regard et à la pensée.
-
-La trève fut de courte durée; dès quatre heures du matin, le samedi 24,
-la lutte recommença.
-
-A l’extrémité nord de la rue du Faubourg-Poissonnière, près du jardin
-Pauwels[176], les insurgés avaient construit une barricade, précédée
-d’un fossé palissadé, et dont les assises de pavés s’accumulaient en
-montagne contre la grille de la barrière. Ils occupaient les bâtiments
-de l’octroi et quelques maisons voisines: plus loin leurs tirailleurs
-s’abritaient derrière les pierres du clos Saint-Lazare, où commençait à
-s’élever l’hôpital de la République, ci-devant Louis-Philippe, depuis
-de La Riboisière. Cette position était défendue de tous côtés par des
-barricades, rue Bellefond, rue des Petits-Hôtels, rue d’Hauteville, et
-se reliait avec la barrière Rochechouart et les barricades du faubourg
-Saint-Denis. C’était une véritable forteresse, contre laquelle vinrent
-se briser, jusqu’à trois heures de l’après-midi, tous les efforts du
-2^e bataillon de la 1^{re} légion. A ce moment, il fut rallié par le
-général Lebreton, accompagné d’un parc d’artillerie. Au signal de trois
-coups de canon le bataillon s’élance. Une lutte furieuse s’engage.
-La 6^e compagnie, toujours commandée par l’intrépide lieutenant Paul
-Rattier[177], voit décimer ses rangs. Aux côtés de Pontmartin le brave
-caporal Émile Charre, un caporal plusieurs fois millionnaire, tombe
-pour ne plus se relever. La barricade enfin est emportée. Restait le
-clos Saint-Lazare. Il fallut en faire le siège, qui absorba presque
-toute la journée du dimanche 25, et auquel le 2^e bataillon de la
-1^{re} légion, placé ce jour-là sous les ordres de Lamoricière, prit
-encore une part importante.
-
- * * * * *
-
-A la fin de juillet, Pontmartin partit pour les Angles, afin d’y
-prendre quelques vacances; mais la politique, qu’il avait peut-être
-cru fuir en quittant Paris, l’attendait en province. Depuis 1844,
-il représentait le canton de Villeneuve au Conseil général du Gard.
-Ses amis lui firent un devoir d’accepter la candidature, lors du
-renouvellement qui eut lieu au mois d’août. Il fut nommé, après une
-lutte très vive; mais son élection fut annulée pour erreur commise
-dans le compte des voix. Deux mois après, il lui fallait batailler de
-nouveau; cette fois du moins le succès fut complet.
-
-
-V
-
-«La France est une nation qui s’ennuie[178]», avait dit un jour
-Lamartine sous la monarchie de Juillet. Elle n’avait plus maintenant
-le temps de s’ennuyer. C’était chaque matin une surprise nouvelle.
-Le 10 décembre, le prince Louis Bonaparte était élu à la Présidence:
-le 20 décembre, un légitimiste pur, l’_alter ego_ de Berryer, M. de
-Falloux était nommé ministre de l’Instruction publique, et bientôt sa
-table et ses salons réunissaient la fine fleur de la réaction. Le 17
-janvier 1849, il donna un grand dîner au prince-président. L’_Opinion
-publique_ nous a conservé la liste des convives. La voici: le prince
-Louis Bonaparte, l’archevêque de Paris[179], le curé des Quinze-Vingts,
-qui avait recueilli M^{gr} Affre au 25 juin, MM. Thiers, Molé, Berryer,
-Victor Hugo, duc de Noailles, maréchal Bugeaud, Villemain, Cousin,
-Viennet, Saint-Marc Girardin, marquis de La Rochejaquelein, marquis de
-Maillé, Changarnier, marquis de Pastoret, général Baraguey d’Hilliers,
-marquis de Barthélemy, duc de Rauzan, duc de Mouchy[180]:
-
- D’anti-républicains c’était un fort bon plat,
-
-Grande fut la colère sur les bancs de la gauche. Armand Marrast
-surtout, le _marquis de la République_, ne pouvait digérer ce dîner
-où il y avait eu tant de marquis.—«Il n’y avait pas un républicain!»
-s’écria-t-il,—«Quoi! répliquait le journal de Pontmartin, pas même le
-Président de la République[181]!»
-
-Si Pontmartin n’était pas des dîners de M. de Falloux, il lui arrivait
-fréquemment d’assister aux réceptions qui avaient lieu à l’hôtel de
-la rue de Grenelle. «J’y vis affluer, dit-il dans ses _Souvenirs d’un
-vieux critique_, tous ceux que le péril commun unissait dans une même
-pensée de salut—ou de sauvetage. Le général de Saint-Priest y amenait
-le comte d’Escuns; M. de Circourt y causait avec M. d’Andigné, les
-académiciens avec les douairières, Poujoulat, Nettement, Laurentie,
-Adolphe Sala, Lourdoueix, tous les députés royalistes, toute la
-rédaction de l’_Union_, de la _Gazette de France_ et de l’_Opinion
-publique_, s’y rencontraient avec MM. Cousin, Mignet, Saint-Marc
-Girardin, Vitet, Patin, Marmier, et les universitaires. Si les titres
-n’avaient pas été abolis par la plus naïve des républiques, on aurait
-pu tapisser de parchemins authentiques toute la rue de Grenelle et tous
-les salons du ministère. Je me souviens même d’un petit détail assez
-curieux. Comme cette abolition des titres n’était pas prise au sérieux,
-le citoyen ministre avait recommandé aux citoyens huissiers d’annoncer
-chaque visiteur avec la qualification qu’il se donnerait; si bien que,
-un soir, les huissiers annoncèrent madame la baronne Durand et M. de
-Montmorency[182].»
-
-Des liens d’amitié et de famille rattachaient à M. de Falloux le
-rédacteur de l’_Opinion publique_. Ce dernier eut l’idée d’utiliser
-ces bonnes relations au profit de Jules Sandeau. En 1849, Jules
-Sandeau était pauvre. Il avait publié déjà le meilleur de son
-œuvre, _Marianna_, _le Docteur Herbeau_, _Catherine_, _Madeleine_,
-_Mademoiselle de la Seiglière_; mais, en ce temps-là, un roman
-rapportait mille francs à son auteur, et il lui fallait deux ans pour
-atteindre une seconde édition. Pontmartin demanda pour l’auteur de
-_Marianna_ un emploi de bibliothécaire. Sa requête reçut un favorable
-accueil, et le ministre le pria de lui amener son ami. L’audience
-fut la plus satisfaisante du monde. M. de Falloux et Jules Sandeau
-étaient, dans un milieu bien différent, deux natures également fines et
-délicates; ils s’entendirent à merveille. En adressant au romancier de
-chaleureux compliments au sujet du _Docteur Herbeau_ et de _Catherine_,
-les félicitations du ministre tombèrent si juste, qu’elles prouvèrent
-qu’il l’avait lu et ne l’avait pas oublié. Pontmartin avait donc lieu
-d’espérer une heureuse solution; mais le guignon s’en mêla; M. de
-Falloux tomba malade quelques jours après; lui-même partit pour le
-Midi, et, quand il revint, le ministre avait donné sa démission[183].
-
-
-VI
-
-Si chacune des œuvres de Jules Sandeau lui rapportait en moyenne un
-millier de francs, Pontmartin, au mois d’avril 1849, publia un roman en
-trois volumes, qui, au lieu de lui être payé 3 000 francs, lui coûta
-précisément cette somme.
-
-Le premier volume des _Mémoires d’un notaire_ avait paru dans la
-_Mode_ d’octobre à décembre 1847. Dès le mois de novembre, un des
-collaborateurs de la revue royaliste, très brillant officier et
-romancier de talent, M. de Gondrecourt[184], avait offert à Pontmartin
-de le présenter à son éditeur Alexandre Cadot[185], qui était le
-libraire en vogue, au moins pour les romans, lesquels paraissaient
-alors en volumes in-octavo, dits de _cabinet de lecture_. «Il paye
-peu, mais exactement», avait ajouté Gondrecourt. Pontmartin avait été
-obligé de décliner son aimable proposition. La veille, chez Véry, le
-vicomte Édouard Walsh lui avait dit, après force félicitations: «Il
-ne tient qu’à vous, mon cher ami, de faire une bonne œuvre et deux
-heureux: l’imprimeur et le metteur en pages de la _Mode_, tous deux
-chargés de famille, seraient bien reconnaissants si vous leur accordiez
-la propriété de votre roman. Ils l’imprimeraient en volumes au fur et
-à mesure, ils n’auraient pas d’autres frais que leur travail, et ils
-toucheraient les bénéfices.» Pontmartin avait répondu _oui_, et c’est
-ce _oui_ qui devait lui coûter mille écus.
-
-Ravis de leur bonne fortune, le metteur en pages et l’imprimeur
-s’étaient hâtés de composer le premier volume; ils y avaient même
-ajouté, à l’insu de l’auteur, _Napoléon Potard_. Quand éclata la
-révolution de Février, qui fut meurtrière pour la _Mode_, pris de
-peur, ils vinrent dire à Pontmartin d’un air navré qu’ils n’avaient
-pas de quoi acheter le papier et payer les frais nécessaires et ils
-le supplièrent de se mettre en leurs lieu et place en se chargeant
-de tous les frais et en recueillant tous les bénéfices.—Soit, dit
-encore Pontmartin. Il s’était remis à son roman, et il en écrivit
-les deux derniers volumes à travers l’affolement des rappels, des
-émeutes, des rassemblements continuels, des nuits de corps de garde,
-et aussi au milieu des tracas et des soins de toute sorte que lui
-causaient la fondation et la rédaction en chef de l’_Opinion publique_.
-Ses deux persécuteurs imprimaient toujours, faisant les morceaux
-doubles et s’inquiétant très peu d’augmenter les frais, dès l’instant
-qu’ils n’étaient plus à leur charge. Le jour où ils lui présentèrent
-l’addition, le chiffre rond était de 3 000 francs[186].
-
-Après s’être exécuté sans trop se plaindre, il fit, à ses risques
-et périls, paraître ses trois volumes. qui arrivaient du reste
-en un mauvais moment, à la veille des élections de l’Assemblée
-législative[187], alors que la presse, les électeurs—et les lecteurs
-étaient tout entiers à ces élections. Dans les _Épisodes littéraires_,
-où il fait vraiment trop bon marché de lui-même, de son journal et de
-ses livres, il lui plaît de dire que son roman ne vaut pas le diable.
-Il est bien vrai que, conçu à une époque où Eugène Sue et Alexandre
-Dumas avaient mis à la mode les romans-feuilletons en huit et dix
-volumes, son livre repose sur une donnée étrange, invraisemblable,
-impossible. Les _Mémoires_ de l’honnête Calixte Ermel, le notaire de
-la rue Banasterie, ne sont rien moins que le récit d’une vengeance
-avignonnaise, auprès de laquelle pâlissent toutes les vendettes de la
-Corse et qui se transmet, pendant quatre-vingt-dix ans, de génération
-en génération; vengeance surhumaine, armant les bras de meurtriers qui
-ne sont pas nés encore, contre des victimes que l’avenir verra naître.
-Encore une fois, cette donnée ne se peut admettre; cette vengeance,
-datée du 10 octobre 1756, qui ne doit finir que le 10 octobre 1846,
-nous nous refusons à y croire. Mais sur cette trame grossière, l’auteur
-a dessiné d’élégantes broderies; sur ce sauvageon il a greffé de
-gracieux épisodes. Deux surtout sont particulièrement remarquables,
-celui qui sert d’exposition à l’ouvrage, et celui qui a pour titre la
-_Chasse aux Chimères_. Dans le premier, l’auteur a tracé les portraits
-de trois jeunes filles, Antoinette Margerin, Julie Thibaut et Clotilde
-de Perne,—la future vicomtesse de Varni, celle dont le testament
-donnera ouverture aux drames qui vont suivre. Sœurs d’amitié, types
-de trois classes: la bourgeoisie, le peuple, la noblesse, elles sont
-belles de beautés différentes, nobles également, mais différemment
-nobles d’esprit comme de cœur: trois délicieuses têtes baignées d’air
-et de lumière et encadrées dans un paysage plein de couleur et d’éclat.
-La _Chasse aux Chimères_ est un joli tableau de chevalet, l’histoire du
-mariage de Delphine de Malaucène avec Raymon de Varni, la raison, la
-sagesse et la prose épousées devant notaire par l’imagination, le rêve
-et la poésie. Ces intermèdes, si réussis soient-ils, ne laissent pas du
-reste de désorienter un peu le lecteur, le spectateur, si vous l’aimez
-mieux. On lui parle de le mener à l’Ambigu, on lui promet un bon gros
-mélodrame, et chaque acte lui offre des scènes d’un sentiment très fin
-et très délicat. Il croyait aller au boulevard, et il se trouve qu’il
-est à la Comédie-Française. La désillusion après tout n’avait rien de
-pénible. Le public ne devait pas tarder à goûter ce livre où tant de
-qualités demandent grâce pour les défauts. Les _Mémoires d’un notaire_
-ont eu de nombreuses éditions.
-
-
-VII
-
-Ils avaient paru, je l’ai dit, en pleine bataille électorale, à la
-veille des élections de mai 1849. A peine étaient-ils à la vitrine des
-libraires, que Pontmartin était obligé d’aller _en Avignon_, non pour y
-poser sa candidature, mais pour y soutenir celle... de M. Buloz.
-
-M. Buloz, en apparence un des _vaincus de Février_, avait été en
-réalité un des _vainqueurs_. C’est de 1848, en effet, que date vraiment
-la fortune de sa Revue. Il comprit tout de suite qu’une réaction allait
-se produire, qu’elle grandirait de jour en jour et qu’elle compterait
-bientôt dans ses rangs tous les honnêtes gens et les gens d’esprit.
-Il fit résolument campagne contre les idées et contre les hommes du
-gouvernement nouveau. Sa haine contre la République égalait celle de
-Pontmartin lui-même, qu’il prit alors en particulière affection. Il
-confia la rédaction de sa chronique politique à un monarchiste, M.
-Saint-Marc Girardin. En attendant d’ouvrir la _Revue des Deux Mondes_
-à Louis Veuillot[188] et à M. de Falloux[189], il recommandait à ses
-lecteurs les _Lettres de Beauséant_, du baron de Syon, que ses liens de
-parenté avec les Lafayette n’empêchaient pas de préférer aux idées du
-héros des deux mondes les doctrines du comte Joseph de Maistre.
-
-Devenu décidément homme politique, M. Buloz voulut être député.
-Comme sa femme était de Cavaillon, il lui parut que sa candidature
-irait toute seule dans le Comtat, surtout si elle était patronnée
-par Pontmartin. Celui-ci ne pouvait lui refuser son concours, et il
-fut convenu qu’ils partiraient ensemble pour Avignon dans la seconde
-quinzaine d’avril.
-
-Lorsqu’ils arrivèrent, deux listes étaient déjà en présence: la liste
-_blanche_, avec MM. d’Olivier, Bourbousson, Granier, de Bernardi et
-Léo de Laborde;—la liste _rouge_, avec les citoyens Alphonse Gent,
-Elzéar Pin, Eugène Raspail, Dupuy (d’Orange) et Dupuy (de Cavaillon).
-Une troisième liste fut formée, qui comprenait, avec deux des noms de
-la première, ceux de MM. Granier et Bourbousson, légèrement teintés de
-bleu, les noms de deux jeunes gens, Léopold de Gaillard[190] et Gaston
-de Raousset-Boulbon[191], qui venaient de faire une magnifique campagne
-dans la _Commune_ d’Avignon, journal royaliste et décentralisateur,
-M. Buloz fut admis à prendre place sur cette troisième liste, dite
-_libérale_.
-
-Quelques jours avant le vote, Léopold de Gaillard, qui avait obtenu 28
-000 voix aux élections d’avril 1848[192], et dont la popularité faisait
-toute la force de la liste _libérale_, retira sa candidature. Celle de
-M. Buloz n’avait plus dès lors aucune chance.
-
-Le 13 mai, les candidats de la liste _blanche_ eurent de trente-deux
-à vingt-sept mille voix, ceux de la liste _rouge_ en eurent de
-vingt-six à vingt-cinq mille. M. Buloz recueillit 2 736 voix,—les plus
-littéraires sans nul doute; mais cela n’était pas pour le consoler.
-
-Dans les _Jeudis de madame Charbonneau_, ou plutôt dans la _Semaine
-des Familles_, car ce chapitre n’a point été recueilli dans le volume,
-Pontmartin a raconté avec humour l’odyssée électorale du directeur de
-la _Revue des Deux Mondes_. Il termine ainsi son récit:
-
- Ce triste résultat étant facile à prévoir, dès la veille du scrutin,
- je voulus en épargner à Strabiros[193] le déboire immédiat,
- et je l’emmenai chez moi, à la campagne, dans un département
- limitrophe[194]. Mon hospitalité fut très simple, telle que la
- comportait la modicité de ma fortune, mais elle fut cordiale. On
- était en plein mois de mai, et le printemps eut, cette année-là, des
- magnificences charmantes. Partout des fleurs, des eaux vives, des
- oiseaux sous la feuillée, une verdure exubérante, de frais ombrages,
- de tièdes rayons, de splendides étoiles. En outre, pour adoucir les
- ennuis de Strabiros, j’avais invité les convives qui, par leurs
- goûts, leurs habitudes, leurs conversations, pouvaient lui être le
- plus agréables. Il se déclara content de mon accueil et émerveillé de
- ma maison de campagne; il admira surtout douze gros marronniers en
- fleurs, symétriquement rangés devant ma façade. Ces marronniers, comme
- ceux des Tuileries, ne produisent que des marrons d’Inde, que l’on
- n’avait pas encore songé à utiliser pour faire de l’amidon. N’importe!
- je vis que l’imagination de Strabiros en recevait une impression
- profonde, et plus tard, lorsque, au retour de son expédition
- aventureuse, il rentra dans sa spécialité et dans ses bureaux, cette
- impression se formula dans les paroles suivantes qui résumèrent toute
- sa reconnaissance et tous ses souvenirs:
-
- «Comment, lorsqu’on a de si beaux marronniers, peut-on faire payer ses
- articles[195]»
-
-Si M. Buloz n’avait pu devenir député, Pontmartin restait toujours
-conseiller général. Il eut, à ce titre, en 1851, à émettre un vote sur
-une question de laquelle dépendaient les destinées de la France.
-
-Dès le mois d’août 1850, cinquante-deux conseils généraux avaient
-émis un vœu en faveur de la révision de la Constitution. En 1851, le
-mouvement revisionniste s’accentua encore. L’échéance de mai 1852, à
-mesure qu’elle se rapprochait, rendait ce mouvement plus vif et plus
-général. C’était en effet à cette date que la Constitution de 1848
-avait fixé l’élection d’un nouveau Président et la nomination d’une
-nouvelle Assemblée. Au commencement de juillet, les pétitions en faveur
-de la revision comptaient plus de treize cent mille signatures. Leur
-discussion s’imposait. Les membres de la Législative l’abordèrent le
-lundi 14 juillet. Le débat occupa la semaine entière. Le samedi 19,
-on vota à la tribune au scrutin public, et par appel nominal. Sur
-724 votants, il y eut pour la revision 446 suffrages, 278 contre. La
-proposition avait donc obtenu une majorité de 168 voix; elle n’en était
-pas moins rejetée, la Constitution exigeant, pour l’adoption, les trois
-quarts des suffrages exprimés.
-
-Cette majorité des trois quarts, elle existait dans le pays. On le
-vit bien quelques semaines plus tard, lors de la réunion des conseils
-généraux, 81 de ces conseils sur 89 se prononcèrent pour la revision.
-
-Au conseil général du Gard, le 8 septembre, M. de Larcy proposa à
-ses collègues d’émettre un vœu en faveur du retour à la monarchie
-traditionnelle, héréditaire et représentative. Pontmartin et la
-majorité du conseil se prononcèrent dans ce sens. «Je me souviens,
-écrira-t-il trente ans plus tard, de cette séance et de ce vote. Nous
-fûmes 27 contre 9[196]. M. de Larcy[197] déploya, dans cette discussion
-très courtoise où ses antagonistes n’alléguaient que l’inconvénient
-d’introduire la politique dans nos paisibles délibérations d’intérêt
-local, une éloquence tour à tour entraînante et attendrie, une émotion
-communicative, que l’on peut aujourd’hui appeler prophétique. Ah! quel
-cœur vraiment français ne saignerait en songeant à cette effroyable
-série de catastrophes, d’humiliations, de malheurs et de crimes que
-la France eût évitée, si ce vœu, exprimé dans une de ses assemblées
-départementales, fût devenu l’expression de la volonté nationale,
-parlant assez haut pour rendre également impossibles les violences
-d’un coup d’Etat et les criminelles entreprises de la République
-démagogique[198].»
-
- * * * * *
-
-Au mois d’octobre, Pontmartin ne partit point pour Paris, comme il
-était dans l’habitude de le faire depuis quelques années. Il venait
-pourtant d’y arrêter, au numéro 10 de la rue Laffitte, un nouvel et
-plus grand appartement, avec l’espoir d’y faire enfin une installation
-complète en famille. Cette installation complète et définitive
-n’avait pu encore avoir lieu, madame de Pontmartin ayant été presque
-toujours retenue à la campagne par la santé de son fils[199]. Quand
-il était seul à Paris, Pontmartin pendant les années que nous venons
-de raconter, était obligé de prendre ses repas au restaurant, ce qui,
-après tout, pour un journaliste et un brillant causeur comme lui,
-n’était ni sans profit, ni sans agrément. Il déjeunait presque tous les
-jours, passage de la Madeleine, à la taverne de Richard-Lucas, où l’on
-mangeait à bon marché d’excellents rosbifs en excellente compagnie.
-Chaque matin, le rédacteur de l’_Opinion publique_ avait le plaisir de
-s’y rencontrer avec plusieurs députés de la droite, MM. de Tréveneuc,
-de Belvèze, de Voisins, de Kerdrel, le général Lebreton, et aussi
-avec un amiral, l’amiral Coupvent des Bois, et un acteur du Gymnase,
-Bressant, le délicieux Bressant, alors dans tout l’éclat de sa seconde
-jeunesse. Ces convives, tout au moins les députés de la droite, il
-n’allait plus les retrouver, en rentrant à Paris. Il y arriva le 2
-décembre 1851, le soir du coup d’État, ce qui lui valut, ainsi qu’à
-tous ses compagnons de voyage, d’être consigné à la gare jusqu’au
-lendemain matin. C’est du reste tout le dommage qu’il eut à subir.
-
-Moins heureux, Alfred Nettement avait été arrêté à la mairie du X^e
-arrondissement et enfermé à Mazas. Par suite de cette incarcération,
-la direction de l’_Opinion publique_ échut à Pontmartin; mais cette
-direction, sous le régime de l’état de siège, n’était et ne pouvait
-être qu’une sinécure. Le 2 décembre, à la première heure, les scellés
-avaient été mis sur les presses. Ils furent levés seulement le jeudi
-11 décembre. Le vendredi 12, le journal reparaissait, mais sans qu’il
-lui fût possible d’insérer autre chose que des notes et des documents
-officiels sur les événements qui venaient de s’accomplir; il lui était
-interdit de les commenter.
-
-Jusqu’au 31 décembre, l’_Opinion publique_ se borna à reproduire les
-actes du gouvernement et à donner des variétés littéraires. Le 19
-novembre, elle avait publié un article de Pontmartin sur les _Chansons
-de Béranger_. Le 19 et le 25 décembre, elle fit paraître la suite et la
-fin de cette étude[200], qui passa naturellement inaperçue au milieu
-des circonstances que l’on traversait.
-
-Le 1^{er} janvier 1852, le journal de Pontmartin et de Nettement[201]
-donna des étrennes à ses lecteurs—des étrennes royalistes. En tête
-même de son numéro, il inséra une lettre du Comte de Chambord, écrite
-à la date du 1^{er} décembre 1851—la veille du coup d’État—sur les
-_Intérêts catholiques et français en Orient_.
-
-Louis Bonaparte se disposait à édicter une nouvelle Constitution, à
-demander au peuple de reconnaître en lui le légitime héritier d’une
-dynastie nouvelle. Le 6 janvier, l’_Opinion publique_ publia—et
-c’était là son premier-Paris—une page de Joseph de Maistre sur les
-Constitutions faites de main d’homme[202] et, en même temps, une
-page—non moins belle—du Père Lacordaire sur la grandeur incomparable
-de la Maison de France[203].
-
-Le numéro du 7 janvier commençait par un article d’Albert de Circourt
-sur la situation politique... _en Autriche_. L’article se composait
-de quelques lignes suivies de deux colonnes de blanc. Un peu plus
-loin venaient les _Tablettes du mois_. Ici encore, sous la date du _2
-décembre_, plusieurs lignes de blanc.
-
-Le jour même, l’_Opinion publique_ était supprimée.
-
-
-
-
-CHAPITRE VIII
-
- LA REVUE CONTEMPORAINE ET L’ASSEMBLÉE NATIONALE.—CONTES ET
- NOUVELLES.—CAUSERIES LITTÉRAIRES.—LA FIN DU PROCÈS.
-
-(1852-1855)
-
- Le marquis de Belleval ou un émule de M. de Coislin. La
- _Revue contemporaine_. Un mot d’Henry Mürger. Alphonse de
- Calonne.—L’_Assemblée nationale_. M. Adrien de La Valette et M.
- Mallac. Le fils de Paul et de Virginie.—Les _Contes et Nouvelles_.
- _La Marquise d’Aurebonne_ et le _Secret du docteur_.—L’histoire
- d’_Aurélie_. _Georgette_ ou une sœur d’Aurélie. Les _Nouveaux Lundis_.
- Où l’on voit Sainte-Beuve _monter sur ses grands chevaux_. Où l’on
- voit encore comment les petits pâtissent toujours des querelles
- des grands. Feu EDMOND DUPRÉ. Ma première rencontre avec Armand de
- Pontmartin.—Le premier volume des _Causeries littéraires_. Louis
- Veuillot et Cuvillier-Fleury.—Le _Fond de la Coupe_, l’_Envers de la
- Comédie_ et la _Fin du Procès_.
-
-
-I
-
-L’_Opinion publique_ n’existait plus. Restait à Pontmartin la _Revue
-des Deux Mondes_; mais y publier un article tous les mois, ou même
-tous les quinze jours, n’était pas pour lui suffire. Qu’une occasion
-d’écrire ailleurs se présentât, il ne la laisserait sans doute pas
-échapper.
-
-Au mois de mars 1851, Alfred Nettement et Pontmartin avaient reçu la
-visite de M. L.-C. de Belleval[204]. C’était encore un de ces originaux
-dont l’espèce, j’en ai peur, est pour longtemps perdue. Très érudit,
-travailleur acharné, le marquis de Belleval s’engageait à fournir
-autant de copie qu’on le voudrait, à une condition cependant, c’est
-qu’on ne le paierait point. Et cela, sous le prétexte bizarre qu’il
-n’avait pas besoin pour vivre qu’on lui payât ses articles—ce qui
-d’ailleurs était vrai. Il était donc entré au journal et, jusqu’au jour
-de sa suppression, il y avait donné, trois fois par mois, sous le titre
-trop modeste de _Bulletin bibliographique_, de copieux feuilletons
-où il rendait compte de presque tous les ouvrages qui paraissaient,
-principalement de ceux qui avaient un caractère historique.
-
-Au lendemain du coup d’État, la première pensée de ce galant homme fut
-pour les écrivains dont il avait été le collaborateur bénévole. Il se
-dit que bien des plumes allaient rester oisives, qui, la veille encore,
-faisaient tant bien que mal vivre leur maître. En même temps, l’union
-entre les deux grandes fractions du parti monarchique lui apparaissait
-comme plus nécessaire que jamais. En attendant que la _fusion_ entre
-les princes devînt un fait accompli, ne convenait-il pas de travailler
-à un rapprochement entre les orléanistes _centre-droit_ et les
-légitimistes purs? Et le meilleur moyen d’y arriver ne serait-il pas
-de créer une publication périodique, hospitalière, indépendante, qui
-suppléerait aux journaux silencieux ou disparus et qui recueillerait
-les naufragés du 24 février et les épaves du 2 décembre[205]?
-
-Créer une Revue n’est pas une petite affaire. Réunir des actionnaires
-en nombre suffisant n’est pas chose commode. Il y faut beaucoup de
-temps, et M. de Belleval estimait qu’il n’avait pas de temps à perdre.
-Donc, point d’actionnaires; il s’en passera; il puisera dans sa bourse,
-sans inviter ses amis politiques à y déposer leur obole; il tentera
-l’entreprise sans engager d’autre responsabilité que la sienne.
-
-Les fonds ainsi faits, le titre trouvé: _Revue contemporaine_, restait
-la question des rédacteurs. Nature exquise et élevée, aussi distingué
-que modeste, type de gentilhomme et de lettré, le marquis de Belleval
-était l’homme le plus aimable qu’on pût voir, le plus sympathique, le
-plus généreux. Il groupa autour de lui, sans trop de peine, de nombreux
-écrivains, et non des moindres. Voici la liste de ceux qui, dès le
-premier moment, lui promirent leur concours: Guizot, Vitet, Salvandy,
-Berryer—qui devait écrire pour la nouvelle Revue ses _Souvenirs
-personnels_,—Prosper Mérimée, Viennet, le duc de Noailles, Villemain,
-soit huit membres de l’Académie française:—Adolphe Adam, de Saulcy,
-Raoul-Rochette, baron Taylor, de l’institut;—Paul Féval, Léon Gozlan,
-Paulin Paris, Xavier Marmier, Reboul, Desmousseaux de Givré, comte
-Beugnot, Émile Augier, Méry, comte de Marcellus, Philarète Chasles,
-Edmond Texier, le Père Ventura. L’ancienne rédaction de l’_Opinion
-publique_ n’avait pas, on le pense bien, été oubliée. Le premier soin
-de M. de Belleval avait été de s’assurer la collaboration d’Alfred
-Nettement et celle d’Armand de Pontmartin. L’excellent marquis préluda
-par quelques dîners; puis, il donna une soirée en habit noir, à titre
-de répétition générale, et comme moyen de se compter. L’état-major
-de la Revue était au complet; quelques hommes politiques, tels que
-M. Molé et M. de Falloux, ajoutaient encore à l’éclat de la réunion.
-M. Villemain s’approcha de Pontmartin, qu’il avait connu vingt ans
-auparavant, chez le docteur Double, et lui dit avec son sourire
-vengeur: «Je plains le futur empereur, s’il n’a, pour le servir, que
-ceux qui ne sont pas ici.»
-
-Le premier numéro de la _Revue contemporaine_ parut le 15 avril 1852.
-Il contenait deux articles de Pontmartin, un _Bulletin bibliographique_
-et, sous ce titre: _Symptômes littéraires du temps_, une étude critique
-sur les _Mémoires_ et en particulier sur ceux d’Alexandre Dumas, alors
-en cours de publication dans la _Presse_.
-
-Avec tout son esprit, Pontmartin, j’en ai déjà fait la remarque, avait
-un fond de naïveté. Il s’imaginait pouvoir collaborer à la _Revue
-contemporaine_ tout en restant un des rédacteurs de la _Revue des Deux
-Mondes_. C’était compter sans son hôte, c’est-à-dire sans M. Buloz. Il
-était pourtant facile de prévoir que l’irascible directeur, jaloux de
-la gloire de sa Revue, ne vivant que pour elle, ne se résignerait pas
-à voir un de ses principaux rédacteurs donner des articles à une revue
-rivale, à un recueil dont la maison n’était pas au numéro 20 de la rue
-Saint-Benoît. Ce qui devait arriver arriva. M. Buloz mit Pontmartin en
-demeure d’opter entre lui et M. de Belleval.
-
-La _Revue des Deux Mondes_ était à l’apogée de son succès; comme elle
-avait mis à profit la révolution de Février, elle avait également
-bénéficié du coup d’État de décembre. Elle était devenue une puissance;
-sa renommée était européenne. La _Revue contemporaine_ naissait à
-peine; elle n’avait pas encore d’abonnés, elle serait peut-être
-morte dans six mois. Combien de Revues, qui semblaient appelées à
-réussir, que les bonnes fées, pressées autour de leur berceau, avaient
-comblées de dons et de mérites, et que la fée Guignon, cachée dans un
-coin, avait arrêtées dès leurs premiers pas! L’intérêt de Pontmartin
-était évident: il ne devait pas quitter le certain pour l’incertain,
-sacrifier à des chances problématiques une position assurée, brillante
-et déjà ancienne, une collaboration qui, au bout de quelques années, ne
-pouvait manquer de le conduire tout droit à l’Académie. Son choix fut
-bientôt fait. M. de Belleval était son ami; la _Revue contemporaine_
-était nettement et hautement royaliste. Sans souci de son intérêt
-propre, il se sépara de M. Buloz[206] et alla chez M. de Belleval.
-
-Sa collaboration fut très active, surtout au début. Il publia, en 1852,
-outre plusieurs _revues littéraires_, deux de ses meilleures nouvelles,
-_Aurélie et la Marquise d’Aurebonne_, une étude sur _Joseph Autran_ et
-un très éloquent article sur le _Louis XVII_ de M. de Beauchesne. En
-1853, il donna un article sur _la Poésie et la Critique en France au
-commencement de 1853_, et, comme pendant à son chapitre sur _Joseph
-Autran_, un chapitre sur _François Ponsard_[207].
-
-Il n’allait pas tarder cependant à quitter la _Revue contemporaine_.
-Que s’était-il donc passé?
-
-La Revue du marquis de Belleval avait très vite conquis une place
-honorable. Elle avait eu des romans de Paul Féval, de Méry et de Léon
-Gozlan, des études historiques et littéraires de Philarète Chasles et
-de Prosper Mérimée. Des _vétérans_ comme Villemain, Salvandy et Vitet
-y donnaient la main à des nouveaux tels que Caro, Guillaume Guizot,
-Edmond About. De temps à autre, un article à sensation venait réveiller
-la curiosité publique, qui ne demandait qu’à s’endormir. C’était, un
-jour, un article de M. Guizot: _Nos mécomptes et nos espérances_. Une
-autre fois, c’était _le Louvre_, un chef-d’œuvre de M. Vitet.
-
-Malheureusement, à côté de ces rédacteurs, il y en avait d’autres. Un
-jour que Pontmartin sortait des bureaux de la _Revue contemporaine_,
-rue de Choiseul, n^o 21, il rencontra Henry Mürger, qui lui dit, au
-cours de leur conversation: «Pour bien diriger un théâtre, il faut être
-un peu canaille; pour bien diriger une _Revue_, il ne faut pas être
-trop poli.» M. de Belleval était un émule de M. de Coislin: c’était
-l’homme le plus poli de France. Faire de la peine à quelqu’un, refuser
-à un galant homme d’insérer sa _copie_, fût-elle la plus ennuyeuse du
-monde, était pour lui chose impossible. Il se laissa ainsi aller à
-insérer des articles de M. Viennet (si encore ce dernier ne lui eût
-apporté que des _Fables_!), puis, ce qui fut plus désastreux encore,
-une certaine _Histoire des Conseils du Roi_, dont la publication dura
-plus d’une année. Le résultat fut que M. de Belleval, en réglant
-ses comptes, s’aperçut qu’il avait, en moins de trois ans et demi,
-perdu plus de quatre-vingt mille francs et—ce qui pour lui était
-plus grave—qu’il avait gagné une névrose. Sa famille le supplia de
-s’arrêter sur cette pente; il dut s’y résigner; seulement, il quitta
-sa chère Revue, comme il l’avait créée,—en grand seigneur. Il la céda
-pour rien à un de ses collaborateurs, qui était en même temps un de ses
-compatriotes, M. Alphonse de Calonne.
-
-Au bout de peu de temps, il devint visible que la Revue, depuis le
-départ de M. de Belleval, si elle n’était pas passée au gouvernement,
-du jour au lendemain, préparait cependant une évolution dans ce sens.
-Armand de Pontmartin, pas plus du reste qu’Alfred Nettement, n’eut pas
-une minute d’hésitation. Malgré les instances du nouveau directeur,
-tous les deux se retirèrent.
-
-
-II
-
-Avant sa séparation de la _Revue contemporaine_, Pontmartin avait
-trouvé un journal quotidien, très haut placé dans l’estime publique,
-qui lui avait proposé de faire, chaque semaine, dans ses colonnes une
-causerie littéraire.
-
-Le 29 février 1848, M. Adrien de La Valette[208] avait fondé
-l’_Assemblée nationale_[209], journal de combat qui, sans mettre
-encore un nom en tête de son programme, se signala, dès le début,
-par la vivacité de ses attaques contre la République. Cette attitude
-répondait sans doute au sentiment du pays; car, au bout de trois
-semaines, l’_Assemblée nationale_ comptait plus de dix-huit mille
-abonnés, chiffre considérable pour l’époque. Elle ne tarda pas à
-prendre position sur le terrain monarchique et défendit la fusion avec
-une énergique sagesse. Au mois de février 1851, M. Berner, accompagné
-du duc de Noailles, du duc de Valmy, de MM. de Falloux, de Saint-Priest
-et Mandaroux-Vertamy, était entré dans le comité de direction, où
-figuraient déjà MM. Guizot, Molé, Duchâtel et de Salvandy[210].
-
-Plus heureuse que l’_Opinion publique_, l’_Assemblée nationale_
-n’avait pas été supprimée après le coup d’État. Au commencement de
-1853, à la suite du nouveau plébiscite qui rétablissait l’Empire,
-elle avait perdu du terrain, mais elle se soutenait encore. M. Adrien
-de La Valette avait cédé la direction à M. Éloi Mallac, ancien chef
-de cabinet de M. Duchâtel. C’était un petit homme sec, de tournure
-élégante, d’une politesse exquise et d’une figure encore charmante,
-avec de beaux yeux noirs, froids et pénétrants. On l’appelait le beau
-Mallac, et comme il était né à l’Ile de France, son ami Louis Veuillot
-le disait en riant «fils de Paul et de Virginie». Nature de créole,
-spirituel et nonchalant, il n’écrivait jamais dans son journal, mais il
-savait choisir ses rédacteurs. Amédée Achard était chargé du courrier
-de Paris, Édouard Thierry du feuilleton dramatique, Adolphe Adam de
-la chronique musicale. Les questions qui touchent plus spécialement
-à la politique et à la philosophie étaient confiées à M. Nourrisson,
-à M. Lerminier et aussi à Léopold de Gaillard, qui, fraîchement
-débarqué du Midi, venait de publier dans la feuille de la rue Bergère
-une série d’articles où il prenait la défense de la Restauration
-contre le bonapartisme. Ces articles avaient été très remarqués.
-Ils étaient signés du nom de leur auteur; mais comme ce nom n’était
-pas encore connu à Paris, on y chercha le pseudonyme de tel ou tel
-illustre personnage. L’engouement des salons s’en mêla, et des noms
-célèbres furent prononcés. Celui de M. Guizot fut même mis en avant.
-M. Mallac était ravi, si bien qu’il dit un jour à Léopold de Gaillard:
-«Décidément, il n’y a que vous autres Méridionaux pour réussir ainsi à
-Paris. Amenez-moi donc votre ami Pontmartin.»
-
-A quelques semaines de là, le 23 janvier 1853, l’_Assemblée nationale_
-insérait un article de Pontmartin, _Considérations humouristiques sur
-la critique_. Le 8 février suivant, paraissait sa première _Causerie
-littéraire_, consacrée à M^{me} Émile de Girardin et à son roman de
-_Marguerite ou Deux amours_. Pendant cinq ans, jusqu’à la suppression
-du journal fusionniste, il lui donnera chaque semaine son feuilleton,
-sans le suspendre jamais, même à l’époque des vacances.
-
-
-III
-
-Au mois de mai 1853, il réunit, sous le titre de _Contes et Nouvelles_,
-les récits qu’il avait publiés dans la _Mode_ et l’_Opinion publique_,
-dans la _Revue des Deux Mondes_ et la _Revue contemporaine_. Ces
-récits sont au nombre de cinq: _Albert_[211], _Aurélie_, _le Capitaine
-Garbas_, _la Marquise d’Aurebonne_, _l’Enseignement mutuel_. Balzac,
-le 3 décembre 1832, écrivait au directeur de la _Revue de Paris_, M.
-Amédée Pichot: «Quant à n’écrire que des contes, quoique ce soit, à
-mon avis,—autre hérésie peut-être,—_l’expression la plus rare de
-la littérature_, je ne veux pas être exclusivement un _contier_.»
-C’était une hérésie, à coup sûr; ce qui est vrai, c’est que des contes
-comme _l’Interdiction_, _le Colonel Chabert_, _la Grenadière_ et _le
-Message_[212], sont d’un prix inestimable, et que des nouvelles sans
-défauts, comme _Aurélie_ et _la Marquise d’Aurebonne_, valent plus que
-de longs romans.
-
-Dans une lettre qu’il m’adressait le 4 décembre 1879, Pontmartin
-raconte comment fut écrite _la Marquise d’Aurebonne_:
-
- J’avais rapporté aux Angles le manuscrit d’_Aurélie_ pour y faire
- quelques légères retouches. Après l’avoir envoyé à M. de Belleval, je
- tombai assez gravement malade, et il me fut impossible de corriger
- les épreuves. De là une grosse faute qui me consterna, et que vous
- retrouverez dans _ce numéro pâli_ du 15 juillet 1852, dont vous me
- parlez si bien; le point _enluminant_, pour le point _culminant_.
- Heureux temps! J’étais presque jeune; l’isolement et le vide ne
- s’étaient pas fait autour de moi. Ma femme semblait destinée à me
- survivre un quart de siècle. Après la publication de ce numéro du
- 15 juillet, le bon marquis de Belleval m’écrivit une lettre si
- aimable, où il m’engageait si vivement à une récidive, que, allant
- passer une quinzaine chez mon oncle[213], à la campagne, dans un
- site assez pittoresque, j’emportai un cahier de papier et un crayon.
- C’était dans la plus belle saison de l’année, et, cette année-là, ma
- convalescence me rendait plus doux les rayons du soleil, les beaux
- soirs de septembre, les senteurs variées des peupliers, des aulnes,
- des érables, des vignes sauvages, l’air balsamique de nos collines
- couvertes de thym, de romarin et de lavande, et le
-
- _Mitis in apricis coquitur vindemia saxis._
-
- Je vois encore le joli coin de paysage où j’allais chercher la
- solitude: un groupe d’ormeaux et de chênes; à leurs pieds, un gazon
- encore vert, entretenu dans sa fraîcheur par un ruisseau virgilien;
- sur ce ruisseau un grand tronc d’arbre. Je m’y asseyais tant bien que
- mal, et j’ébauchais au crayon la nouvelle qui devint, deux mois plus
- tard, _la Marquise d’Aurebonne_...
-
-La donnée de cette nouvelle était à la fois très neuve et très
-dramatique. La marquise s’est installée avec son fils Raoul à Hyères,
-dans la maison du docteur Assandri. Raoul a vingt et un ans, il est
-beau, bien portant, riche; il aime Suzanne, la fille du docteur, et il
-en est aimé. Le mariage, ardemment désiré par la marquise, se ferait
-tout de suite si Raoul ne reculait pas lui-même devant le bonheur, s’il
-n’était pas, à mesure qu’il approche de sa vingt-deuxième année, hanté
-de plus en plus par des idées noires, par une idée fixe, celle de sa
-mort prochaine. Depuis plusieurs générations, les chefs de la famille
-d’Aurebonne sont tous morts de la poitrine à vingt-deux ans. Raoul le
-sait, il se croit condamné, il attend l’échéance fatale. En réalité,
-pourtant, rien ne le menace; sa santé est parfaite; il a pris le sang
-riche et pur de sa mère. Mais si la phthisie ne fait pas son œuvre,
-l’idée fixe fera la sienne. Poitrinaire ou fou, Raoul mourra au terme
-précis. On le sent, on le voit; le docteur lui-même n’ose pas dire non.
-
-M^{me} d’Aurebonne, alors, a une idée terrible, une idée affreuse,
-qu’elle aura le courage de mettre à exécution. Pour sauver son fils,
-elle ne reculera pas devant le plus douloureux des sacrifices. Femme,
-épouse, mère irréprochable, elle s’accusera d’une faute qu’elle n’a
-pas commise. Elle dit à Raoul qu’il n’est pas le fils de celui qu’il
-a cru son père, mais le fruit d’un amour coupable, et qu’ainsi il n’a
-rien à craindre de la fatalité héréditaire, rompue par cette faute. A
-ce mensonge sublime, que Dieu a dû pardonner, Raoul relève la tête; il
-respire librement, il vivra. Il vivra heureux près de Suzanne; mais sa
-mère mourra, et sur la tombe de la marquise d’Aurebonne, au-dessous
-de l’inscription mortuaire, le docteur—qui a tout deviné—écrira ces
-mots: «Martyre et Sainte.»
-
-Le 31 janvier 1865, le théâtre Beaumarchais représenta _le Secret du
-Docteur_, drame en trois actes, en vers, par M. Jules Allevarrès[214].
-C’était la Nouvelle de Pontmartin transportée à la scène. La pièce
-était habilement faite et remarquablement écrite; elle fut bien jouée
-et tint longtemps l’affiche. Théophile Gautier termine ainsi son
-feuilleton du _Moniteur_: «Le Théâtre Beaumarchais, en sa joie naïve, a
-pu inscrire sur son affiche: _grand succès[215]!_»
-
-
-IV
-
-_Aurélie_ a toute une histoire.
-
-Le 1^{er} avril 1852, Pontmartin présenta à M. Buloz, sous le titre
-de _Françoise_, une Nouvelle qui fut reçue à corrections. Il croyait
-mériter mieux, et comme, à ce moment, la _Revue contemporaine_ était à
-la veille de paraître, il porta sa nouvelle à M. de Belleval. Il avait
-seulement démarqué le trousseau de Françoise, qui, d’ailleurs, n’en
-avait pas besoin, puisqu’il ne la mariait pas. Il la débaptisa, il
-l’appela Aurélie, et c’est sous ce nom plus romanesque qu’elle parut
-dans la nouvelle _Revue_.
-
-Vingt-sept ans se passent. Le 1^{er} octobre 1879, Pontmartin ouvre
-la _Revue des Deux Mondes_ et, à son grand étonnement, il y retrouve
-cette même Aurélie que M. Buloz avait presque refusée,—Aurélie,
-un peu changée sans doute, grandie, développée, mais encore très
-reconnaissable, surtout pour l’œil d’un père. Elle ne s’appelle plus
-Aurélie d’Ermancey; elle s’appelle Georgette Danemasse[216]; mais ce
-changement de nom n’empêche pas les deux jeunes filles d’avoir la même
-physionomie et les mêmes traits, de se ressembler comme deux sœurs.
-Les détails varient, les incidents offrent certaines différences, le
-dénouement n’est pas le même. N’importe! les similitudes n’en sont
-pas moins frappantes, les situations principales n’en sont pas moins
-identiques. Les deux sujets sont exactement semblables, ou plutôt c’est
-le même sujet: une jeune fille pure, innocente, chastement aimante,
-sincèrement aimée, faite pour les honnêtes joies du pays natal et de la
-famille, victime des désordres superbes de sa mère.
-
-Pontmartin va-t-il crier au plagiat? Il est bien trop galant
-homme pour cela. Pour rien au monde, il ne voudrait contrister une
-femme, et l’auteur de _Georgette_ est justement une femme, qui a
-déjà fait ses preuves de talent et qui sans doute n’a jamais lu
-_Aurélie_,—Pontmartin en est persuadé. Il se borne à sourire, et il
-écrit sur ce petit épisode une causerie charmante, qu’il termine ainsi:
-«Si _Georgette_ était une pièce de théâtre, j’aurais prié M^{me} B...,
-de me donner un fauteuil d’orchestre pour la première représentation.
-Puisque _Georgette_ est un roman, je me tiendrai pour très content, si
-M^{me} B..., en publiant le volume chez _notre_ éditeur Calmann-Lévy,
-veut bien le faire précéder d’une page où elle mentionnera ma pauvre
-_Aurélie_, et ajoutera, non pas que les beaux esprits se rencontrent,
-mais que les _vieux_ peuvent encore être bons à quelque chose[217].»
-
-La pauvre _Aurélie_, du reste, n’avait pas trop à se plaindre. Est-ce
-qu’elle n’avait pas eu l’honneur, en 1862, d’être mise par Sainte-Beuve
-à l’ordre du jour des _Nouveaux Lundis_? Sainte-Beuve, à ce moment,
-était complètement brouillé avec l’auteur des _Causeries littéraires_.
-Voici pourtant comment il parle de la nouvelle de Pontmartin:
-
- _Aurélie_ est une nouvelle qui débute d’une manière agréable et
- délicate. Il y a une première moitié qui est charmante. Cette jeune
- enfant de dix à onze ans, amenée un matin au pensionnat par une mère
- belle, superbe, au front de génie et à la démarche orageuse, le peu
- d’empressement de la maîtresse de pension à la recevoir, la froide
- réserve de celle-ci envers la mère, son changement de ton et de
- sentiment quand elle a jeté les yeux sur le front candide de la jeune
- enfant, les conditions qu’elle impose; puis les premières années de
- pension de la jeune fille, ses tendres amitiés avec ses compagnes,
- toujours commencées vivement, mais bientôt refroidies et abandonnées
- sans qu’il y ait de sa faute et sans qu’elle se rende compte du
- mystère; l’amitié plus durable avec une seule plus âgée qu’elle et
- qui a dans le caractère et dans l’esprit plus d’indépendance que les
- autres; tout cela est bien touché, pas trop appuyé, d’une grande
- finesse d’analyse. On devine bientôt le secret: la mère d’Aurélie,
- séparée de son mari par incompatibilité d’humeur et par ennui de se
- voir incomprise, est une personne célèbre qui a fait le contraire
- de ce que Périclès recommandait aux veuves athéniennes, qui a fait
- beaucoup parler d’elle, qui a demandé à ses talents la renommée et
- l’éclat, à ses passions les émotions et l’enivrement à défaut de
- bonheur. La pauvre enfant qui ne sait rien, qui ne voit que rarement
- cette mère capricieuse et inégale, pour laquelle, du plus loin
- qu’elle s’en souvienne, elle s’est pourtant autrefois prononcée dans
- le cabinet du magistrat, lorsqu’il lui fut demandé de choisir, entre
- elle et son père, la pauvre Aurélie arrive à l’âge de dix-sept ans
- sans s’être rendu compte des difficultés de sa destinée. Elle aime le
- frère de son intime amie Laurence, Jules Daruel, un gentil sujet, qui
- vient d’autant plus régulièrement visiter sa sœur qu’il ne la trouve
- jamais sans Aurélie. Ce jeune homme est avocat, il a des succès et
- voit déjà s’ouvrir devant lui une honorable et brillante carrière.
- Il a pour tuteur M. Marbeau, un grave conseiller à la Cour royale,
- celui même dans le cabinet duquel, bien des années auparavant, s’est
- consommée à l’amiable la séparation du père et de la mère d’Aurélie.
- Un jour, un soir d’été, que M. Marbeau est venu à la pension, il y
- rencontre Jules, son pupille, qui s’y trouvait déjà en compagnie de
- Laurence et d’Aurélie; ils sont tous, dans une allée du jardin, à
- jouir de la beauté et des douceurs de la saison en harmonie avec les
- sentiments de leurs cœurs. Aurélie n’a jamais été plus belle; Jules
- n’a jamais été plus amoureux; M. Marbeau semble lui-même sourire et
- prendre part à leurs espérances. Tout d’un coup, au tournant d’une
- allée, Aurélie pousse un cri de joie; elle vient d’apercevoir sa mère,
- qui, ne l’ayant pas trouvée au parloir, s’est dirigée vers le jardin;
- mais la présence de M^{me} d’Ermancey apporte à l’instant du trouble
- dans tout ce bonheur. Elle a d’abord reconnu M. Marbeau, l’arbitre
- de la séparation conjugale, celui-ci a repris son front de juge; la
- contrainte succède, un froid mortel a gagné tous ces jeunes cœurs. Ce
- jour sera le dernier beau jour de la vie d’Aurélie.
-
- Jusqu’ici, j’en conviens, la nouvelle est parfaite[218].
-
-Autant Sainte-Beuve est élogieux pour la première moitié du récit de
-Pontmartin, autant il est dur pour la seconde moitié, dont il donne,
-il est vrai, une analyse qui n’est rien moins qu’exacte. Dans la
-nouvelle, M. d’Auberive, voisin de campagne et ami de M. d’Ermancey,
-vient lui demander pour son fils Emmanuel la main d’Aurélie. M.
-d’Ermancey commence par refuser. Il craint pour sa fille, pour le mari
-qu’elle prendra, les propos méchants, les calomnies, suites fatales des
-désordres de la mère et de son orageuse réputation; il soumet à son
-ami les scrupules que lui dicte une exquise délicatesse. «Si l’envie
-et la malice, dit-il à M. d’Auberive, se sont si aisément emparées de
-la réputation d’Aurélie, c’est qu’Aurélie n’est pas placée dans les
-conditions ordinaires; c’est que cette réputation leur était livrée
-d’avance par un implacable souvenir, par une tache ineffaçable...» Il
-finit cependant par céder aux instances de M. d’Auberive; il consent
-au mariage de sa fille. «_J’y consens_, dit-il à son ami... Emmanuel
-et toi, vous reviendrez dans deux jours. Si vous persistez dans votre
-demande, j’appellerai Aurélie, et elle prononcera.» Mais Aurélie a
-tout entendu, et elle refuse d’épouser Emmanuel d’Auberive.—Dans
-l’analyse de Sainte-Beuve, les choses se passent autrement. L’auteur
-des _Nouveaux Lundis_,—après avoir solennellement déclaré qu’il _ne
-montera pas sur ses grands chevaux_,—néglige de mentionner le refus
-d’Aurélie, et il nous montre M. d’Ermancey _refusant sa fille, faisant
-bon marché de son bonheur, la réduisant de gaîté de cœur à l’état de
-paria pour toute sa vie, faisant le mal par préjugé et par orgueil_. Il
-s’exalte lui-même au tableau imaginaire de la conduite qu’il lui plaît
-d’attribuer à ce malheureux M. d’Ermancey, qui n’en peut mais, et tout
-à coup, dans un accès d’éloquence qui dut faire tressaillir d’aise les
-abonnés du vieux _Constitutionnel_[219], il s’écrie, non sans avoir
-préalablement comparé M. d’Ermancey à un «Appius Claudius»: «_Odieuse
-et horrible moralité aristocratique!_ Pauvre Aurélie, qui devrait
-s’appeler _l’Enfant maudit_! La fatalité plane, en vérité, sur elle
-comme _au temps d’Œdipe_, la malédiction comme _au temps de Moïse et
-d’Aaron. Dans quel siècle l’auteur croit-il donc vivre?_ Nous ne vivons
-plus sous la loi, mais sous la grâce. Le talion est depuis longtemps
-aboli. _Bénies soient les révolutions qui ont brisé ces duretés et ces
-férocités antiques, sacerdotales, féodales et patriciennes[220]!_»
-
-C’était bien du bruit pour un mariage manqué. Je ne pus m’empêcher
-d’en faire la remarque. En ce temps-là, entre un achat de graines
-d’arachides et une vente de caisses de savons, je m’amusais parfois
-à publier dans la _Revue de Bretagne et de Vendée_ des chroniques
-signées: _Louis de Kerjean_ ou des causeries littéraires signées:
-_Edmond Dupré_. Sous cette dernière signature, je pris la liberté[221]
-de relever les inexactitudes contenues dans l’article de Sainte-Beuve.
-Dans mon audace juvénile, je me risquai jusqu’à dire, comme Marfurius:
-Il me semble qu’il n’est pas impossible qu’il puisse se faire que,
-par aventure, le célèbre critique ait commis un pas de clerc en
-_montant sur ses grands chevaux_. Ce diable d’homme lisait tout,
-même la _Revue de Bretagne_; il me le fit bien voir. Peu de temps
-après, réimprimant son article, il me consacra une note où il me
-reprochait d’_épiloguer_[222]. Un peu plus tard, le 28 juillet 1862,
-dans un nouvel article sur _M. de Pontmartin_, il me prit de nouveau à
-partie, citant même, pour me confondre, un passage de ma chronique, et
-m’accusant d’_injurier l’Univers_[223]! Je n’avais pas le droit de me
-plaindre, ayant eu le tort de me mêler de ce qui ne me regardait point
-et de ne pas me souvenir, avec La Fontaine, que de tout temps
-
- Les petits ont pâti des _querelles_ des grands.
-
-Une riche compensation allait d’ailleurs m’indemniser des légères
-malices de Sainte-Beuve, lesquelles, après tout, étaient de bonne
-guerre.
-
-Pontmartin, à qui j’avais envoyé mon article, me répondit, à la date du
-5 mars 1862:
-
- ...Si vous m’aviez adressé un seul jour plus tard votre lettre et
- le numéro de la _Revue de Bretagne_, je n’aurais pas eu le vif
- plaisir de pouvoir terminer la dernière feuille des _Jeudis de Madame
- Charbonneau_ par un hommage de reconnaissance à M. Edmond Dupré. Je
- n’ai pas osé écrire votre vrai nom, craignant de vous déplaire et
- n’ayant pas le temps de vous consulter là-dessus; car je suis déjà un
- peu en retard et nous ne pouvons paraître que le 4 avril. Ce qui vous
- paraîtra singulier (étant donnée la vanité proverbiale des auteurs et
- notamment la faiblesse paternelle des romanciers), c’est que j’avais
- si bien oublié _Aurélie_ que j’acceptais non pas précisément l’arrêt,
- mais l’analyse de M. Sainte-Beuve. C’est vous qui m’avez remémoré le
- dénouement, et je me suis souvenu que Buloz, avec qui je me brouillai
- à cette époque pour l’amour de la _Revue contemporaine_ (qui depuis...
- mais alors!), me dit: Votre première partie est très ennuyeuse, mais
- la seconde est excellente: or Sainte-Beuve dit tout le contraire...
-
-Et voilà comment je figure, moi chétif, à la dernière page des _Jeudis
-de Madame Charbonneau_. Cette page est trop aimable à l’endroit
-d’_Edmond Dupré_ pour que je puisse songer à la reproduire. Jamais
-depuis aucun de mes articles ne m’a été payé aussi royalement.
-
- * * * * *
-
-Si je me suis étendu, un peu trop longuement peut-être, sur les
-_Contes et Nouvelles_, c’est qu’à leur publication se rattache un de
-mes plus chers souvenirs de jeunesse. Je faisais alors mon droit. Entre
-une leçon de M. Bugnet et un cours de M. Perreyve[224], j’écrivis
-quelques pages sur le volume acheté la veille sous les galeries
-de l’Odéon, et je jetai mon article dans la boîte de l’_Assemblée
-nationale_. Le lendemain, Pontmartin vint me demander à ma pension
-d’étudiant, rue du Petit-Lion-Saint-Sulpice, et, ne me trouvant pas,
-m’y laissa ce billet:
-
- Paris, le 12 mai 1853.
-
- Monsieur,
-
- Le rédacteur en chef de l’_Assemblée nationale_ me communique un
- article signé de vous, sur l’ensemble de mes ouvrages. Cet article
- me rendrait bien fier si je pouvais croire que je mérite les éloges
- dont vous me comblez; mais par cela même qu’il est trop bienveillant
- et trop flatteur, il y aurait peut-être quelque difficulté à
- l’insérer _tel quel_ dans un journal dont je suis notoirement un des
- collaborateurs. Nous désirerions donc, Monsieur, en causer avec vous,
- et vous demander quelques légères modifications. Je serai demain
- vendredi, au journal, de midi à deux heures, rue Bergère, n^o 20, et
- si vous n’aviez rien de mieux à faire, je serais heureux d’offrir
- mes remerciements à mon _bienfaiteur inconnu_. S’il vous est plus
- commode que j’aille chez vous, veuillez m’indiquer l’heure où il vous
- plaira de me recevoir, et, en attendant, Monsieur, veuillez agréer
- l’expression de ma vive reconnaissance, de ma haute considération.
-
- ARMAND DE PONTMARTIN,
-
- 10, rue Laffitte.
-
-Trente-cinq ans plus tard, Pontmartin a bien voulu rappeler ces
-petites circonstances dans une page qu’on me pardonnera de citer:
-
- Je n’ai jamais oublié, je n’oublierai jamais ma première rencontre
- avec Edmond Biré, dans les bureaux de l’_Assemblée nationale_, où
- il venait présenter un article sur mon premier volume, qui devait
- être, hélas! suivi de tant d’autres. Biré n’avait que vingt ans,
- et je n’étais déjà plus jeune; car une des singularités de ma vie
- littéraire aura été de débuter (à Paris, s’entend!) à un âge où la
- plupart de mes contemporains, de mes camarades de collège et de
- concours, Montalembert, Falloux, Nisard, Champagny, Nettement, Henri
- Blaze, Alphonse Karr, Paul et Jules Lacroix, Louis Veuillot, Théophile
- Gautier, Jules Sandeau, Victor de Laprade, avaient déjà marqué leur
- place, où Alfred de Musset tombait en ruine, et de n’être pas tout à
- fait mort, quand tous ou presque tous ont disparu. Certes, pour un
- débutant, presque un surnuméraire, il y avait, dans ce témoignage
- spontané d’un jeune homme inconnu, arrivant de l’autre extrémité
- de la France, plus Breton que je ne suis Provençal, tout ce qu’il
- fallait pour m’inspirer sympathie et gratitude. Cependant, un secret
- pressentiment m’avertit que nous n’en resterions pas là, que, malgré
- la différence de nos âges, ce serait la première étape d’une longue
- campagne où nous servirions, avec la même cocarde, dans le même
- régiment. Je ne me doutais pas que ce jeune homme, à qui je savais
- déjà tant de gré de s’être occupé de mon livre, avait lu tous les
- articles que, depuis 1845, j’avais publiés dans la _Mode_, la _Revue
- des Deux Mondes_ et l’_Opinion publique_, et qu’il s’en souvenait
- mieux que moi[225]...
-
-
-V
-
-Pontmartin n’avait jamais songé à faire des livres avec ses articles de
-l’_Opinion publique_, de la _Revue des Deux Mondes_ et de la _Mode_. Le
-succès de ses feuilletons de l’_Assemblée nationale_ le décida à les
-réunir en volumes. La première série des _Causeries littéraires_ parut
-au mois d’avril 1854.
-
-Les _Causeries_ ne réussirent pas moins que les _Contes et Nouvelles_.
-On y pouvait noter sans doute quelques négligences, relever ici et là
-des phrases écrites trop à la hâte, au vol de la plume, regretter trop
-de facilité et trop de complaisance de jugement; mais on oubliait vite
-ces défauts, tant il y avait dans cet aimable et ingénieux volume de
-vivacité et de bonne grâce, de raison et de bon sens, de malice et de
-belle humeur. Si les critiques sont les historiens de l’esprit, jamais
-écrivain, plus que Pontmartin, ne fut plein de son sujet. Ses chapitres
-sur M^{me} Émile de Girardin, sur Jules Janin et son _Histoire de la
-littérature dramatique_, sur le _Constantinople_ de Théophile Gautier,
-sur le docteur Véron et ses _Mémoires_, sont en leur genre de petits
-chefs-d’œuvre.
-
-Louis Veuillot consacra aux _Causeries littéraires_ un de ses premiers
-Paris de l’_Univers_:
-
- Les _Causeries_ de M. de Pontmartin, disait-il, ont déjà paru dans
- les journaux, et leur réputation est faite. Elles gagneront cependant
- à être relues. On pourra mieux en apprécier la finesse, le bon sens,
- l’allure vive, quoique prudente. M. de Pontmartin a sa manière de
- voir, de sentir, de parler; une mesure très heureuse le garde en tout
- du commun et de l’extraordinaire. C’est vraiment une causerie. Il
- ne bavarde pas, il ne professe pas. Bavarder, il ne saurait, c’est
- le lot de M. Janin; professer, il ne voudrait, c’est le ton de M.
- Planche. Les bavards et les professeurs abondent; les causeurs sont
- rares. Il faut des idées et de l’esprit pour causer. Voilà le charme
- de ce volume, seulement trop discret. Point d’appareil d’érudition ni
- d’éloquence, point d’esthétique; un peu de recherche, une certaine
- toilette de salon, jamais d’attitude, surtout jamais d’effort. Nous
- avons donc là mieux qu’un docteur qui donne des consultations, et
- bien mieux qu’un homme de lettres qui fait des grâces: nous avons un
- homme d’esprit fort au courant de tout. On parle du livre nouveau. Il
- connaît le livre et il donne son avis; l’avis d’un galant homme très
- indulgent[226]...
-
-Un peu plus loin, après avoir reproché à Pontmartin d’être trop
-bienveillant, de ménager trop certains écrivains dont la religion et la
-morale avaient à se plaindre, Louis Veuillot ajoutait:
-
- Par les noms des auteurs, il avait sous la main à peu près toute la
- littérature du temps. Elle venait à lui telle qu’elle est, sceptique,
- incohérente, mercantile, sensuelle, débauchée, affolée, pleine de
- mépris pour toute chose au monde, et pour elle-même; un négoce, rien
- de plus; et quel négoce, en certains quartiers! Certes, c’était un
- tableau à nous donner; et pour le tracer M. de Pontmartin a tout ce
- qu’il faut, un talent précieux d’analyse, un sens droit, une plume
- ferme et fine comme le burin, une pointe d’esprit très pénétrante, le
- don de n’enfoncer cette pointe qu’autant qu’il veut.
-
-Louis Veuillot, s’il eût été de ceux qui prennent un blason, n’aurait
-sans doute pas choisi celui que l’on rencontre dans les _Devises_ du P.
-Bouhours, une abeille avec ces mots: _Sponte favos, ægre spicula_, le
-miel de bon gré, le dard à regret. Il prodiguait d’habitude le blâme
-plus que la louange. Pontmartin avait donc lieu d’être fier des éloges
-qu’il ne lui avait pas ménagés; il estimait même que le rédacteur
-de l’_Univers_ l’avait loué au delà de ses mérites. A la même heure
-pourtant, M. Cuvillier-Fleury trouvait que Louis Veuillot, qui était,
-il est vrai, sa bête noire, n’en avait pas dit assez. Le 8 avril 1854,
-il écrivait à Pontmartin.
-
- Par le côté religieux et un peu trop contre-révolutionnaire
- (peut-être) sous lequel vous vous montrez à lui, Veuillot vous a
- flatté. Par ce côté d’homme du monde qui cache un écrivain supérieur
- et qui se trahit sans cesse dans l’originalité élégante et ferme, dans
- la causticité indulgente et dans le bon goût éloquent, on dirait qu’il
- ne vous a pas connu.
-
-Pontmartin a doublement réussi comme romancier et comme critique. Le
-voilà devenu tout à fait parisien; aussi le voyons-nous, à la fin de
-1854, faire un nouveau bail avec la capitale, et se transporter avec
-les siens au numéro 51 de la rue Saint-Lazare, dans un pavillon au fond
-d’une cour. Il y restera huit ans, jusqu’au mois d’août 1862.
-
-
-VI
-
-Le succès des _Contes et Nouvelles_ était fait pour encourager
-Pontmartin à une récidive. Du 22 décembre 1853 au 2 juin 1854, il
-publia dans l’_Assemblée nationale_ sous ce titre: _Pourquoi nous
-sommes à Vichy_, trois nouvelles, _le Cœur et l’Affiche_, _le Chercheur
-de Perles_, _l’Envers de la Comédie_. Elles formèrent le volume
-intitulé: _le Fond de la Coupe_.
-
-_L’Envers de la Comédie_ repose sur une donnée entièrement originale.
-
-Le 23 mars 1847, le Théâtre-Français avait joué une comédie de Léon
-Gozlan, _Notre fille est princesse_, dont voici le sujet. M. Roger—qui
-s’appellera plus tard M. Poirier—est un bourgeois enrichi, trois
-ou quatre fois millionnaire,—en ce temps-là on ne connaissait pas
-encore les milliardaires. Il n’envie plus que ce qui lui manque: la
-noblesse, et il donne la main de sa fille au prince de Charlemont,
-le plus affreux vaurien qui se puisse imaginer. Une fois marié,
-Charlemont se ruine sans esprit: il ruine sa femme qui est charmante;
-il ruine son beau-père dont les yeux ne se dessillent qu’au cinquième
-acte, au moment où le gouffre qu’il a creusé sous ses pas est prêt à
-l’engloutir, lui et les siens. Heureusement, l’auteur a inventé un
-autre abîme à l’usage des _gentlemen-riders_ du Théâtre-Français. C’est
-un étang glacé que le prince veut franchir dans l’entraînement d’un
-_steeple-chase_... et crac! glace, étang, cheval, gendre, principauté,
-tout disparaît à la fois; il ne reste qu’un beau million que M. Roger
-sauve du naufrage et qui lui suffira pour faire honneur à ses affaires;
-sans compter qu’il y a là, tout à point, un petit cousin qui est fort
-amoureux de sa cousine et qui sera heureux comme un prince, le jour où
-_notre fille ne sera plus princesse_.
-
-Appelé dans la _Mode_ à rendre compte de la pièce[227], Pontmartin ne
-s’attarda point à en faire ressortir les défauts; il improvisa, à côté
-de la comédie de Léon Gozlan, toute une comédie nouvelle:
-
- Un jeune homme, écrivait-il, entre dans le monde; il est beau; il a de
- l’esprit; il a du cœur; il a un grand nom; mais il est pauvre. Dernier
- rejeton d’une race illustre et ruinée, il ne sait que faire de ce nom
- qui lui pèse comme un fardeau... La richesse est devenue l’unique
- et suprême condition de bien-être, de considération et de plaisir:
- Le monde ne se divise plus en gentilshommes et en bourgeois, mais
- en riches et en pauvres: ceux-ci sont les parias; ceux-là sont les
- privilégiés.
-
- Que fera, dans une société ainsi déclassée, mon prince de Charlemont?
- Égal aux plus grands par sa naissance, inférieur aux plus petits par
- sa fortune, désorienté par cette perpétuelle antithèse de sa destinée,
- il ne saura que faire de sa noblesse, de son esprit et de son cœur;
- rien de ce que lui offrira le monde ne sera ni assez élevé ni assez
- humble pour lui.
-
- Sur ces entrefaites, il rencontrera M. Roger, dans mon histoire,
- est un bourgeois enrichi, intelligent, qui est de son siècle, qui ne
- s’amuse pas à copier M. Jourdain, parce qu’il a mieux à faire, et
- qu’il sait qu’aujourd’hui un homme riche commande à tous, même aux
- princes qui n’ont pas d’argent. Sa fortune lui a depuis longtemps
- donné toutes les jouissances; il en est une, d’une nature plus
- exquise et plus raffinée, qu’il ambitionne, comme ces gourmets qui
- voudraient reculer les bornes du possible. M. Roger se souvient
- d’un certain George Dandin, qui fut martyrisé, du temps de Molière,
- par les Sotenville et les Prudoterie, parce que, riche et roturier,
- il avait épousé, comme on disait alors, une fille de condition.
- Ce George Dandin fut bien malheureux! M. Roger se propose de le
- venger; il veut pouvoir dire: _Notre gendre est prince!_ non pas par
- gloriole de parvenu, mais pour se donner le plaisir d’écraser sous la
- toute-puissance de ses écus un George Dandin armorié: c’est pourquoi
- il marie sa fille à mon prince de Charlemont.
-
- Vous voyez d’ici ma comédie: l’argent tyrannisant le blason! M.
- de Charlemont voudrait se plaindre de ce que sa femme met trop de
- diamants, achète trop de chevaux, découvre trop ses épaules qui sont
- blanches comme des épaules de vraie duchesse.—«Tout beau, monsieur
- mon gendre! oubliez-vous que ces diamants et ces chevaux, c’est notre
- argent qui les achète; que ces robes décolletées, c’est avec nos
- billets de banque que votre femme les paie à Palmyre!—Mais je ne
- voudrais pas aller tous les soirs dans le monde, traîné à la remorque
- par ma belle-mère! j’aimerais mieux lire, travailler, rêver, enseigner
- à ma femme cette vie d’intérieur que nous pourrions rendre si sereine
- et si douce!—Vous plaisantez, je crois! Pensez-vous que nous vous
- ayons épousé, que nous vous ayons tiré de l’indigence, pour vous
- mettre sous cloche et ne pas nous faire honneur de vos seize quartiers
- de noblesse?—Mais voici qui est plus grave; je crois m’apercevoir
- qu’il y a là un petit cousin, habillé par Humann, ganté par Boivin et
- doré par Jeannisset, qui, décidément, abuse de sa roture pour faire la
- cour à ma femme!—Eh! mon Dieu, simples représailles! George Dandin
- en a vu bien d’autres. Quoi! vous vous emportez pour une bagatelle!
- Ça, venez, notre gendre, faire vos humbles excuses au cousin Octave,
- qui est trop riche pour exposer sa vie contre vous. D’ailleurs, ne
- savez-vous pas que le duel est défendu par les lois que nous avons
- faites? Souffrez donc patiemment de cette petite revanche des Dandin
- d’autrefois contre les Sotenville d’aujourd’hui.
-
- Mais ici mon prince de Charlemont se relève de toute sa hauteur.
- Tant qu’il ne s’agissait que de ridicules, d’ennuis, de tracasseries
- domestiques, tant qu’il n’avait à craindre que de voir mener trop
- grand train cette fortune qui n’est pas à lui, il a souffert en
- silence; mais dès l’instant que l’honneur parle, Charlemont n’hésite
- plus; il fait un petit paquet de ses modestes hardes de gentilhomme
- ruiné; il tend, sans rancune, sa loyale main à cette famille enivrée
- d’argent; et adieu la richesse, les salons dorés, la soie et le
- velours! adieu la voiture de Clochez et le cheval de Stephen-Drake!
- Charlemont va quitter toutes ces récentes grandeurs et retrouver
- son pauvre manoir délabré où il vivra, s’il le faut, de pain et de
- cidre. Vous comprenez que je ne le laisse pas partir, et que sa femme
- qui n’est, après tout, ni dépravée ni méchante, et qui a oublié la
- querelle des Dandin et des Sotenville, se jettera dans ses bras en
- lui disant: Viens, mon ami, allons restaurer ton vieux château avec
- les jeunes écus de M. Roger! Allons faire souche de Charlemont, et
- apprendre à nos enfants à être à la fois, secret très rare, de bons
- riches et de vrais nobles!
-
- Je ne sais si je me trompe, mais il me semble qu’une comédie, basée
- sur cette idée, serait plus neuve et plus vraie, plus paradoxale et
- plus réelle, plus gaie et plus attendrissante que celle qu’a inventée
- M. Gozlan[228]...»
-
-Quelques années après, Jules Sandeau et Emile Augier portaient, à leur
-tour, à la scène cette question, si souvent controversée, de l’alliance
-entre un gentilhomme ruiné par ses élégantes folies et une jeune fille
-d’opulente bourgeoisie. Le 8 avril 1854, le théâtre du Gymnase donnait,
-avec un éclatant succès, la première représentation du _Gendre de M.
-Poirier_.
-
-La pièce ne versait pas dans le mélodrame, comme celle de Léon
-Gozlan; elle restait d’un bout à l’autre dans le ton de la comédie:
-la sensibilité délicate de Sandeau s’y mêlait heureusement à la verve
-gauloise d’Augier. Mais, au fond, c’était toujours la vieille histoire
-du gentilhomme pauvre épousant, pour ses écus, la fille du bourgeois
-gentilhomme... et millionnaire. Gaston de Presles est un marquis
-ruiné, dissipateur, paresseux, libertin, qui profite de son mariage
-pour continuer sa vie de garçon et renouer une liaison peu édifiante
-avec une femme de son monde d’autrefois. S’il se relève un peu à la
-fin, c’est parce que sa femme, la fille du bonhomme Poirier, a toutes
-les noblesses du cœur et toutes les supériorités de l’esprit. Tout en
-déployant dans leur pièce beaucoup d’entrain, de mouvement, de gaieté
-communicative, les deux auteurs n’étaient pas sortis du chemin battu:
-ils avaient, selon le mot de Montaigne, «vagué le train commun».
-
-
-VII
-
-Piqué au jeu par le succès du _Gendre de M. Poirier_, Pontmartin
-revint à son idée de 1847 et, dès le 10 mai 1854, il faisait paraître
-le premier feuilleton de l’_Envers de la Comédie_. Au risque d’être
-accusé de paradoxe, il traita le sujet tout à rebours de ceux qui
-l’avaient traité avant lui.
-
-Georges de Prasly, marquis comme Gaston de Presles, est ruiné, comme
-lui; mais sa ruine n’a d’autres causes que le malheur des temps et
-les dissolvants révolutionnaires; peu à peu, la pauvreté rature ses
-parchemins, gratte les armoiries sculptées sur la porte de son château
-seigneurial: château si délabré, tellement hypothéqué, que, malgré le
-souvenir de vingt générations chevaleresques, leur dernier héritier,
-n’ayant pas de quoi le réparer, va être forcé de le vendre. Il sait
-que cette vente achèvera de tuer sa mère, veuve depuis plusieurs
-années et dont le cœur s’est attaché à ces vieilles pierres, comme
-ces lierres qui finissent par s’incruster dans les murs en ruine.
-Il se résigne à épouser M^{lle} Sylvie Durousseau, sa voisine de
-campagne, dont le père a fait dans l’industrie une colossale fortune.
-M. Durousseau est un habile homme et un homme d’esprit. Il ne rêve
-pas, comme son contemporain M. Poirier, d’être fait pair de France.
-Il n’a ni ambition ni vanité; il a mieux que cela: il a de l’orgueil.
-Il a la passion du commandement, et cette passion, il lui plaît de
-la satisfaire sur un homme ayant eu des ancêtres aux Croisades, et
-lui devant à lui, roturier, son bien-être, son luxe, son crédit, tout
-jusqu’au vieux château où ses pères ont vécu. Il lui semble original,
-grand, digne d’un homme profondément pénétré de l’esprit et des progrès
-de son siècle, de prendre pour gendre un gentilhomme auquel il pourra
-rappeler, à chaque velléité de révolte, qu’il n’est qu’un zéro dont
-lui, Durousseau est le chiffre; que c’est lui qui l’a tiré du néant
-où notre siècle laisse tomber ceux qui n’ont rien; que ses chevaux,
-ses voitures, son hôtel, son mobilier, son argenterie, sa table, la
-toilette de sa femme et la sienne, sont autant de liens qui le font
-son obligé, son vassal et son esclave.—A ce jeu, il est vrai, M.
-Durousseau joue tout simplement le bonheur de sa fille. Mais il n’a
-sur ce point nulle inquiétude. Georges de Prasly est un timide, un
-faible,—il le croit du moins; fils pieux, il sera un mari soumis, un
-gendre docile, et ses révoltes, si par hasard il s’avisait d’en avoir,
-seraient faciles à dompter. Le mariage a lieu, et Georges, laissant
-sa mère à Prasly, s’installe à Paris, chez son beau-père, dans un des
-beaux hôtels de la rue Laffitte. M. Durousseau n’a de bourgeois que
-ses antécédents et son nom. Le pauvre descendant des Croisés se sent
-humble et petit dans ce magnifique hôtel, meublé avec un luxe inouï,
-plein d’artistiques merveilles. Il se trouve dépaysé dans ces salons
-où affluent les célébrités, où l’on entend des virtuoses à deux mille
-francs par soirée, où les reines de la mode rivalisent de somptueuses
-toilettes, où il se trouve entouré de parents, d’amis de la famille,
-qui n’ont pas besoin de titres et de particule pour se faire admettre
-au _Jockey_, briller au premier rang des _sportsmen_ et rayonner, parmi
-les arbitres de l’élégance et du goût sur les cimes du _high life_.
-Sylvie est une honnête femme, toute prête à aimer son mari; elle n’est
-pas coquette, mais elle aime le monde, et le monde la réclame. Elle
-ne manque ni un bal, ni un concert; elle est la reine de ces salons
-où Georges s’efface, se laisse oublier et souffre en silence. Une
-lettre du pays lui apprend que sa mère, dont le cœur est brisé et qui
-ne se peut consoler de son absence, est gravement malade. Au sortir
-d’une fête, où sa femme s’est vue plus courtisée que jamais, il la
-fait monter dans une berline de voyage, et, sans même prévenir M.
-Durousseau, il prend avec elle la route de Prasly. Ce brusque départ,
-cet enlèvement qui arrache Sylvie de ses rêves mondains et qui, au
-fond, l’enchante, pourrait être pour eux le point de départ d’une vie
-nouvelle et d’un bonheur dont l’un et l’autre sont dignes. Mais ils
-n’arrivent à Prasly que pour recueillir le dernier soupir de la vieille
-marquise. Georges se dit que c’est son mariage qui a tué sa mère; et
-quand Sylvie lui répète tout bas, avec une expression de tendresse
-timide: Elle m’a pardonné!—Oui, mais moi, je ne me pardonne pas,
-répond-il.
-
-Après l’enterrement de la marquise dans le cimetière du village, il
-dit au plus vieil ami de sa famille, au confident de sa mère: «Il
-n’y avait qu’une marquise de Prasly... c’est celle que vous venez de
-conduire à sa dernière demeure; à la place de la dernière marquise de
-Prasly, il y a un tombeau; à la place du dernier marquis, il y a un
-soldat. Adieu, mon ami, dites bien à cet homme et à sa fille qu’ils ont
-tué la mère et déchiré le fils, mais qu’ils ne les ont pas humiliés!»
-
-Le lendemain, George de Prasly partait pour l’Afrique et s’engageait
-dans le 11^e léger.
-
-Là s’arrêtait le récit. Le roman était-il donc fini? De tous côtés, on
-demanda à l’auteur de donner une suite à l’_Envers de la Comédie_. Elle
-parut, dans l’_Assemblée nationale_, du 21 décembre 1854 au 2 février
-1855, sous ce titre: _Réconciliation_.
-
-Les suites, d’ordinaire, réussissent peu. Il n’en fut pas de même
-cette fois. La seconde partie du roman vaut la première. Si elle
-renferme quelques scènes un peu trop mélodramatiques, elle en contient
-d’autres, et en grand nombre, qui sont vraiment émouvantes. Lorsque
-Pontmartin, en 1856, réunit en un volume l’_Envers de la Comédie_ et
-_Réconciliation_, il donna pour titre à son livre: _La Fin du procès_.
-
-Des trois épisodes dont se composait d’abord le _Fond de la Coupe_, il
-n’en restait plus que deux. Pour remplacer le troisième, l’_Envers de
-la Comédie_, Pontmartin écrivit, en 1857, une autre nouvelle, l’_Écu de
-six francs_; ce qui le conduisit à changer le titre primitif du volume.
-Le _Fond de la Coupe_ s’appela, dans les éditions postérieures, _Or et
-Clinquant_.
-
-
-
-
-CHAPITRE IX
-
- LE CORRESPONDANT, L’UNION ET LE JOURNAL DE BRUXELLES.—LES DEUX
- ÉROSTRATES.—LA MAIRIE DES ANGLES
-
-(1855-1862)
-
- Le second volume des _Causeries littéraires_. L’article sur Béranger.
- Lettre de Louis Veuillot à Pontmartin. Le 40 et le 44 de la rue du
- Bac. Le salon de Montalembert et les soirées de Veuillot.—L’entrée au
- _Correspondant_. Pontmartin et le théâtre.—_Les deux Érostrates._ Le
- _Spectateur_ et la suppression de l’_Assemblée nationale_. L’entrée à
- l’_Union_.—La Mûre et le château de Gourdan. La mairie des Angles.
- Un préfet homme d’esprit. Lettre de Louis Veuillot.—Les _Variétés_
- du _Journal de Bruxelles_.—_Biographie du Père Félix._—Rentrée à la
- _Revue des Deux Mondes_. Pontmartin en 1862.
-
-
-I
-
-Au mois d’avril 1855, en ayant fini avec l’_Envers de la Comédie_
-et _Réconciliation_, Pontmartin fit paraître le second volume des
-_Causeries littéraires_. Le premier, l’année précédente, avait obtenu
-un complet succès; aucune critique n’était venue se mêler aux éloges.
-Pontmartin croyait naïvement que la deuxième série aurait même fortune.
-
-Il avait eu l’idée, pour corser le volume, d’y ajouter son étude sur
-Béranger, parue quatre ans auparavant, nous l’avons vu, dans l’_Opinion
-publique_, et qui n’avait pas soulevé le moindre orage. M. Mallac,
-sans le prévenir, inséra cette étude dans l’_Assemblée nationale_.
-C’était une démolition complète de l’Idole (car Béranger en était
-une à ce moment). Sans nier le mérite de ses «jolies chansons[229]»,
-Pontmartin se refusait à voir dans le chantre de _Lisette_ un poète
-lyrique, et à reconnaître dans le rival de Désaugiers un successeur et
-un rival d’Horace. Il ne cachait pas son mépris pour l’homme qui avait
-insulté l’Ange Gardien et la sœur de Charité, profané l’image sacrée
-de l’aïeule, bafoué le Jour des Morts, remplacé le Dieu des Chrétiens
-par le _Dieu des Bonnes Gens_, discrédité les Bourbons, glorifié le
-Bonapartisme, travaillé enfin—coup double dont la France mourra
-peut-être—à nous donner à la fois la République et l’Empire.
-
-Louis Veuillot s’empressa de signaler ces pages vengeresses:
-
- Les nouvelles _Causeries littéraires_ de M. de Pontmartin,
- écrivait-il, contiennent une étude sur M. Béranger que nous signalons
- comme une bonne action et comme un chef-d’œuvre. Critique pleine,
- solide, lumineuse, entraînante, qui ne néglige rien, qui ne dit rien
- de trop, faite de main d’ouvrier. Le fameux auteur de _Frétillon_ est
- jugé, pour le fond et pour la forme, comme la postérité le jugera.
- Ceux qui ont senti l’odieux poids de cette gloire injurieuse, et ils
- sont nombreux, n’ont plus rien à désirer. Voilà M. Béranger mis à sa
- place... Fausse poésie, fausse gaîté, fausse bonhomie, patriotisme
- faux, immoralité sordide, impiété bête, tel est le bilan des «chansons
- nationales». C’était justice qu’il vînt une main ferme pour peser tout
- cela dans les balances d’or du talent; qu’un souffle puissant dissipât
- cette longue apothéose de la gaudriole, et que tant de choses saintes
- vilipendées pendant quarante ans par ces impurs fredons fussent enfin
- vengées. Le morceau suivant, détaché du travail de M. Pontmartin,
- permettra d’apprécier la saine beauté de l’ensemble...
-
-Et après une longue citation, Louis Veuillot ajoutait:
-
- Le critique va jusqu’au bout avec cette franchise, avec cette vigueur,
- avec ce fouet qui n’a pas un claquement inutile, et qui laisse partout
- où il tombe sa marque et son sillon. Et le public applaudit, parce
- qu’enfin c’est une belle et agréable chose que l’esprit au service du
- bon sens et de la justice[230].
-
-Les journaux et les écrivains préposés à la garde de «nos gloires
-nationales» gardèrent d’abord le silence. Leur stupeur était plus
-grande encore que leur colère. «Parmi tant de fidèles dont les chansons
-de M. Béranger ont été le Coran, disait encore Louis Veuillot, personne
-ne se lève pour le prophète; le goum du _Siècle_ lui-même et toute la
-tribu des Ben-Havin restent immobiles.» Force leur fut bien cependant
-de se mettre en campagne. Taxile Delord (celui qui plus tard, dans les
-_Jeudis de Madame Charbonneau_, sera _Porus Duclinquant_), Émile de
-La Bédollière, Louis Jourdan, dirigèrent de furieuses attaques contre
-l’auteur des _Causeries littéraires_, transformé par eux, pour les
-besoins de la cause, en iconoclaste, en démolisseur et en Jésuite!
-Pontmartin ne répondit pas. Louis Veuillot d’ailleurs s’était chargé de
-ce soin. Le grand polémiste publia sur Béranger et ses défenseurs toute
-une série d’articles qui eurent vite fait de mettre en déroute les
-Ben-Havinites[231].
-
-Presque au lendemain de cette brillante campagne, Louis Veuillot fut
-cruellement frappé: il perdit coup sur coup deux de ses filles[232].
-Aux condoléances de Pontmartin, il répondit par une lettre admirable,
-l’une des plus belles qu’il ait écrites:
-
- Paris, le 19 juillet 1855.
-
- Cher monsieur,
-
- Je savais combien vous avez pris part à mon chagrin; je vous sais
- gré de me fournir l’occasion de vous en remercier. Je suis de bronze
- à toutes les haines et à toutes les formes de la haine; mais toute
- sympathie m’émeut délicieusement, et c’est un bonheur dont j’ai
- beaucoup joui dans ma vie militante, parce que la sympathie n’est
- toujours venue du bon côté. Là où il y a de l’honneur, de l’amour
- pour le bien, du zèle pour la justice, du mépris et du dégoût pour le
- reste, là sont mes amis. Je n’ai pas traversé une circonstance pénible
- sans qu’on m’ait tendu la main du sein de cette élite courageuse.
- C’est plus qu’il ne faut pour supporter les choses extérieures.
-
- Quant à ces grandes douleurs du cœur et de l’âme, où nulle puissance
- humaine ne peut rien, Dieu qui les envoie a soin d’y pourvoir. Saint
- Bernard a une grande parole à ce propos.
-
- Il dit: «Le monde voit la croix et ne voit pas l’onction.» Ce que
- Dieu met dans les cœurs qu’il déchire est inénarrable. J’en suis à
- m’étonner de mes pleurs. Je vois ces chers enfants dans le ciel,
- à côté de leur mère, comme elles étaient ici, mais à l’abri, mais
- immortelles. C’est un groupe d’étoiles qui luisent toujours et qui
- éclairent mon vrai chemin. De là tombe sur mon cœur une sérénité
- divine. Je me sens sous l’aile des Anges, et je remercie Dieu de
- m’avoir donné cette égide contre les traits et les attraits du monde.
-
- Que de miracles Dieu fait pour nous, et que nous sommes ingrats! Que
- de miséricorde de nous faire trouver la plus grande paix dans la plus
- grande douleur! Ce sillon terrible, creusé au milieu du cœur, se
- remplit d’une semence de foi, d’espérance et d’amour.
-
- Quand je venais à penser autrefois que je pourrais perdre un de mes
- enfants, c’était une angoisse inexprimable et il me semblait que
- j’entrerais du même coup dans des ténèbres aussi épaisses que celles
- du tombeau. Mais ces deux tombes, creusées presque au même instant,
- n’ont été que des jours ouverts sur l’Éternité. Je ne me lasse pas de
- le redire, comme je ne me lasserais pas de raconter un miracle dont
- j’aurais été le témoin et l’objet. Il n’y a pas de mort, il n’y a pas
- de séparation, il n’y a qu’une absence qui peut finir demain. Cette
- absence ne peut devenir éternelle que par notre faute, et Dieu prend
- un soin tendre d’allumer dans nos cœurs, par cette absence elle-même,
- toutes les lumières qui nous rendent quasi impossible de nous perdre
- et de nous égarer.
-
- Songez à ce que je vous dis là, cher monsieur, si parfois les
- louanges que votre esprit vous attire vous paraissent assez douces
- pour mériter quelque sacrifice, et vous engager à relâcher quelque
- chose dans le commerce du monde, sur les droits de Dieu. Il y a des
- moments où l’on voit avec la clarté de l’évidence qu’il faut tout
- faire pour Dieu et ne rien faire que pour Dieu. On sent que cela seul
- est _fait_, que tout le reste a été inutile ou criminel.
-
- Si j’avais en ce moment tout ce que le monde peut donner de fortune
- et de gloire, je l’abandonnerais avec joie, non pas pour ravoir mes
- enfants, mais seulement pour les revoir. Aucune satisfaction ici-bas,
- aucune espérance de mémoire et d’honneur parmi les hommes ne pourrait
- m’être plus précieuse. Or, je ne les reverrai et elles ne me seront
- rendues que si j’aime Dieu et que si je le sers uniquement, et nous ne
- l’aimons ni ne le servons ainsi quand nous avons dans nos œuvres un
- regard et un désir pour ces misères humaines.
-
- Voilà ce qu’il faut nous dire quand nous prenons la plume, quand nous
- ouvrons la bouche. Si nous songeons à nous-mêmes, si nous mettons Dieu
- de côté pour ne plus soulever le bruit des injures, pour exciter celui
- des louanges, alors c’est la séparation, c’est le commencement de la
- mort. Nous creusons entre Dieu et nous un abîme où notre âme languira
- longtemps et que peut-être elle ne franchira jamais.
-
- Je me suis laissé aller bien loin; cependant je ne recommencerai pas
- ma lettre et je ne la supprimerai pas. Je vous l’adresse dans votre
- solitude comme le meilleur et le plus sincère témoignage que je puisse
- donner de toute mon amitié et de toute mon estime[233].
-
-Pontmartin n’admirait pas seulement dans Louis Veuillot le puissant
-écrivain, l’incomparable polémiste, l’homme aussi l’attirait; sa
-conversation le charmait plus encore que ses merveilleux articles. Ce
-lui était une fête de gravir, le soir, les trois étages du rédacteur
-de l’_Univers_, au 44 de la rue du Bac. En ces mêmes temps, il lui
-arrivait parfois d’entrer, le mercredi, au numéro 40, de monter au
-premier étage et d’assister aux réceptions de Montalembert; mais ce
-n’était plus la même chose. Au 40, il lui fallait se souvenir qu’il
-était _Monsieur le comte_ et cela ne faisait pas du tout le sien.
-Sa verve se glaçait, ses meilleurs calembours se figeaient sur ses
-lèvres. Il a tracé quelque part une peinture, peut-être un peu trop
-poussée au gris, de ce salon où, malgré tant d’éléments de curiosité
-respectueuse, de sympathie, d’admiration, régnait un majestueux
-ennui. «Pris isolément, dit-il, chaque personnage était excessivement
-intéressant, l’ensemble était, comme disent les vulgaires _loustics,
-à porter le Diable en terre_; et, en effet, le Diable, dans cette
-société édifiante où il eût perdu son temps, n’avait rien de mieux à
-faire qu’à se faire enterrer. On eût dit des ombres chuchotant avec
-des fantômes, des revenants du parlementarisme, accourus pour donner
-des nouvelles du discours qui allait être prononcé, du projet de loi
-qui allait être voté, de l’amendement qui allait être discuté, de la
-sous-commission qui allait s’organiser au moment où quatre hommes et
-un caporal avaient dispersé nos législateurs. Quelquefois,—les grands
-soirs,—apparaissait une célébrité britannique ou irlandaise, anglicane
-ou méthodiste, qui, pour éviter de choisir entre sa langue naturelle et
-le français, prenait le sage parti de rester muette, et contribuait à
-l’effet imposant plutôt qu’à la gaîté de la soirée[234].»
-
-Au 44, quelle différence! Quelle simplicité! quelle bonhomie! Dans ces
-réunions charmantes, Pontmartin se sentait vraiment chez lui. Il s’y
-montrait tout simplement ce qu’il était en réalité, c’est-à-dire un
-_bon garçon_. Rien ne lui faisait plus de plaisir que de croire (comme
-cela lui arrivait en ces heureuses soirées) qu’il était, comme le
-maître de la maison, un parvenu de la plume, un _enfant de la balle_.
-Il s’abandonnait alors sans contrainte à toute sa verve; il prodiguait
-sans compter les traits les plus piquants et les aperçus les plus
-fins, les _à-peu-près_ les plus impossibles et les calembours les plus
-détestables.
-
-
-II
-
-Si lié qu’il fût avec le directeur de l’_Univers_, Pontmartin se
-séparait cependant de lui sur le terrain politique. Il n’allait pas
-tarder à devenir l’un des rédacteurs du nouveau _Correspondant_, dont
-Louis Veuillot était le plus ardent adversaire.
-
-En 1855, Montalembert, privé de la tribune et ne pouvant songer à
-créer un journal, prit la direction de la Revue fondée par Edmond
-de Cazalès et Louis de Carné, et dans laquelle, vingt-cinq ans plus
-tôt, il avait publié son premier article. Depuis longtemps déjà, elle
-n’avait plus qu’une existence languissante et précaire; à peine lui
-restait-il quelques centaines d’abonnés. Le grand orateur crut qu’il
-était possible, dans les circonstances où l’on se trouvait alors, de
-la relever, d’en faire un organe d’opposition politique, en même temps
-qu’une arme de défense religieuse[235]. Il sollicita la collaboration
-d’Armand de Pontmartin. Celui-ci débuta dans la Revue renaissante[236],
-par un article sur _le Correspondant et la littérature_, qui parut le
-25 février 1856. Jusqu’à sa mort, il ne cessa d’y écrire. Dans l’un de
-ses derniers articles[237], celui du 10 décembre 1889, revenant sur ces
-vieux et chers souvenirs, il dira:
-
- ...En février 1856, le comte de Montalembert me fit le très grand
- honneur de m’engager à collaborer au _Correspondant_ régénéré,
- renouvelé, rajeuni et agrandi. Il y a, de cela, trente-trois ans,—un
- tiers de siècle,—et voilà que, au bout de trente-trois ans, je me
- retrouve à cette même place, cherchant vainement du regard ceux
- dont la piété, l’éloquence, les écrits et les exemples devaient
- nécessairement m’inspirer l’émulation du bien. J’étais heureux et fier
- de redevenir soldat pour servir sous les ordres de pareils chefs.
- Aujourd’hui tous ont disparu. La France, profondément pervertie,
- révolutionnaire, athée, corrompue par la double complicité de
- l’impiété et du vice, d’une politique ignoble et d’une littérature
- infecte, s’efforce sans doute de les oublier. Les peuples déchus,
- par un juste châtiment, sont condamnés à avoir honte de ce qui fait
- leur gloire et à ne pouvoir songer qu’avec un remords à leurs sujets
- d’orgueil. Pour moi, ces hommes incomparables apparaissent d’autant
- plus haut que la société moderne est tombée plus bas, d’autant plus
- purs que nos politiciens sont plus vils. Montalembert! Augustin
- Cochin! Théophile Foisset! Armand de Melun! Falloux! Louis de Carné!
- Perreyve! Charles Lenormant! Lacordaire! Dupanloup! Ravignan! Gerbet!
- Vos noms bénis, vos noms illustres, doivent-ils éveiller les images
- funèbres que la mort offre à notre faiblesse? Je refuse de le croire.
- Pour des hommes tels que vous, la mort, c’est encore la vie; le deuil
- s’adoucit par la foi; le regret s’éclaire d’espérance. Aujourd’hui, en
- écrivant ces dernières lignes, je ne vous demande pas de me protéger
- en ce monde,—je ne suis plus de ce monde,—je vous demande de prier
- pour moi le Dieu de miséricorde et de bonté, afin qu’il m’accorde la
- faveur de bien mourir[238].
-
-L’article sur _le Correspondant et la littérature_ n’est pas, tant
-s’en faut, parmi les meilleurs de Pontmartin. Il vise à être un
-manifeste, une profession de foi, un programme. L’écrivain sans doute
-était toujours élégant et spirituel; mais il traduisait sa critique
-en maximes et la condensait en formules. Il mêlait à sa grâce aimable
-et légère quelque chose de solennel et d’un peu apprêté. Même il lui
-arrivait, à lui si simple d’ordinaire, si éloigné de toute prétention
-et de tout pédantisme, il lui arrivait de prendre un ton dogmatique,
-d’employer de grands mots, des termes ambitieux, _sesquipedalia verba_.
-C’était toujours du Pontmartin, mais du Pontmartin endimanché. Ses
-amis, qui l’aimaient mieux en son habit de tous les jours, eurent
-d’abord un peu d’inquiétude. Allait-il donc changer son salon en une
-salle de conférences, monter à la tribune pour faire, lui aussi, sa
-_Déclaration des droits de l’homme_... et du critique? Est-ce que,
-par hasard, les lauriers de Gustave Planche l’empêchaient de dormir?
-Ces inquiétudes durèrent peu. Dès le 25 mai 1856, il publiait un
-article sur les _Contemplations_ de Victor Hugo, bientôt suivi d’une
-étude sur _Balzac_[239] et d’une autre sur _le Roman bourgeois et le
-roman démocratique_[240]; et dans ces divers morceaux se retrouvaient
-ses anciennes qualités, auxquelles se venait ajouter parfois une
-sorte de divination. Telles, par exemple, dans son étude sur les
-_Contemplations_, les pages où il pressent, où il voit, où il décrit,
-dès 1856, les dernières œuvres, les dernières années du grand poète;
-où il nous montre Hugo devenu Dieu, se contemplant, se souriant dans
-sa création, comme dans le miroir de sa grandeur et de sa divinité; se
-grisant d’infini, s’endormant dans cet enivrement olympien, au murmure
-des océans et des mondes... et se réveillant à Charenton[241]!—Pardon!
-c’est au Panthéon que je voulais dire.
-
- * * * * *
-
-Pontmartin était passionné pour le théâtre, et ce goût chez lui
-devait persister jusqu’à la fin. De 1873 à 1878, j’allais tous les ans
-passer avec lui, à Paris, une ou deux semaines. Nous dînions tous les
-soirs ensemble, et presque tous les soirs il me fallait l’accompagner
-à l’Opéra ou à l’Opéra-Comique, aux Français ou au Gymnase, où nous
-arrivions toujours avant le lever du rideau et où il s’amusait comme un
-enfant. Lorsqu’il était rédacteur en chef de l’_Opinion publique_, ce
-lui était un vif plaisir, nous l’avons vu, de prendre quelquefois la
-place de son _lundiste_,—Théodore Muret ou Alphonse de Calonne,—pour
-rendre compte lui-même de la pièce nouvelle. A l’_Assemblée nationale_,
-il lui avait fallu se cantonner dans son domaine propre, les livres,
-et laisser les théâtres à Édouard Thierry[242] ou à M. Robillard
-d’Avrigny. Au _Correspondant_, il allait trouver la place libre.
-
-C’était l’époque où Dumas fils, Émile Augier, Octave Feuillet, Ponsard,
-Victorien Sardou triomphaient à la scène. Le _Correspondant_ jusque-là
-n’avait guère eu de fenêtre ouverte sur le théâtre; mais force lui
-était bien maintenant de regarder aussi de ce côté. Il ne lui était
-plus loisible de tenir pour quantités négligeables des pièces dont le
-succès était éclatant, dont l’influence, salutaire ou funeste, était,
-de toute façon, considérable. Pontmartin fut chargé d’en entretenir
-les lecteurs de la Revue, de les apprécier au point de vue littéraire
-et surtout au point de vue social, de rechercher, non si elles étaient
-bien ou mal jouées, si elles faisaient ou non de grosses recettes,
-mais si elles élevaient ou abaissaient les intelligences et les cœurs.
-Ainsi se trouvait réalisée une de ses ambitions. Je lis dans une de
-ses lettres de cette époque: «Mon rêve a toujours été de généraliser
-et d’élever autant que possible les questions théâtrales et celles
-qui s’y rattachent, en dehors des commérages de foyer et des détails
-de coulisses. Que de choses par exemple à dire cet hiver sur le _Fils
-naturel_[243]: sur la _Jeunesse_[244] et sur les tendances que suppose
-dans la société le succès de pareilles pièces[245]!»
-
-Les articles publiés par Pontmartin sur le théâtre feraient à eux
-seuls un volume, et il a eu bien tort de ne pas en faire l’objet
-d’une publication spéciale. A la différence des courriéristes
-dramatiques,—ils s’appelaient alors Théophile Gautier, Jules Janin,
-Paul de Saint-Victor, Édouard Thierry, Francisque Sarcey,—il ne se
-borne pas à juger les pièces, abstraction faite de la société qui
-les produit, les accepte ou les explique. Il montre, au contraire,
-les rapports intimes et toujours croissants de cette société avec le
-genre de littérature le plus bruyant, le plus lucratif et le plus
-populaire. Ses articles ne sont pas de simples feuilletons, improvisés
-le lendemain d’une _première_; ce sont des études faites à loisir, qui
-embrassent parfois, à propos de la pièce nouvelle, l’ensemble même des
-œuvres d’un auteur. Cette suite de chapitres, s’ils étaient réunis,
-formerait une histoire de l’art dramatique en France de 1857 à 1866,
-c’est-à-dire pendant la période la plus brillante que le théâtre ait
-traversée au XIX^e siècle. Voici la table des matières de ce volume,
-qui serait parfait... si on le pouvait trouver chez Calmann Lévy: _La
-Question d’argent, M. Dumas fils[246]._—_La Société et le Théâtre,
-M. Dumas fils._—_Un Père prodigue[247]._—_Octave Feuillet, auteur
-dramatique[248]._—_Eugène Scribe[249]._—_M. Victorien Sardou et le
-Théâtre en 1861[250]._—_Le Théâtre en 1863. Jean Baudry, Montjoye, les
-Diables noirs, la Maison de Penarvan[251]._—_Le Lion amoureux et le
-Théâtre de M. Ponsard[252]._—_La Contagion et le Théâtre de M. Émile
-Augier[253]._
-
-
-III
-
-Pontmartin collaborait toujours à l’_Assemblée nationale_. Ses
-_Causeries littéraires_ paraissaient régulièrement chaque semaine. Sans
-les interrompre, il donna au journal de la rue Bergère un roman dont la
-publication dura du 21 mai au 9 août 1856. Il portait dans le journal
-ce titre: _les Deux Érostrates_, en attendant de s’appeler, dans les
-éditions postérieures, _Pourquoi je reste à la campagne_, puis _les
-Brûleurs de Temples_[254].
-
-Le roman commence mal. Il s’ouvre par un long prologue qui ne se
-rattache en rien à l’action. Félix Daruel, ancien lauréat du Concours
-général et de l’École de droit, qui aurait pu être, s’il l’avait voulu,
-un éminent avocat ou un écrivain distingué, et dont la _Revue des Deux
-Mondes_ a déjà publié un ingénieux récit: _Eveline_,—j’allais dire
-_Octave_,—habite depuis huit ans la province, où il s’est marié, où il
-vit sur ses terres, et où rien ne manque à sa gloire et à son bonheur,
-puisqu’il est conseiller municipal de sa commune et marguillier de sa
-paroisse. Parfois pourtant il se demande s’il a eu raison de renoncer à
-la littérature. Un jour,—c’est au moment de l’Exposition universelle
-de 1855,—il se décide à louer un hôtel à Paris, à revoir ses anciens
-camarades, à reprendre pendant quelques mois, et qui sait? peut-être
-pour toujours cette vie brillante qui aurait pu être la sienne et à
-laquelle il n’a pas renoncé sans regret. Parmi les amis qu’il retrouve,
-il en est deux, Anselme Maynard et Julien Féraud, qu’il a perdus de
-vue depuis qu’ils sont entrés dans le journalisme. Partis de deux
-points extrêmes, et ayant employé des moyens contraires, ils se sont
-rencontrés, au bout, dans le même mécompte et dans le même malheur,
-Félix Daruel se fait raconter leur histoire,—et ce sera précisément
-là le roman. Il apprend d’eux comment la société peut repousser à la
-fois ceux qui l’attaquent et ceux qui la défendent. Leurs confidences
-l’éclairent sur l’imprudence qu’il commettrait, s’il cédait à l’envie
-d’entrer à son tour dans la lice et d’échanger contre une chance de
-succès et d’éclat le calme de son existence; elles lui apprennent à
-redouter l’épreuve, à retourner dans ses montagnes et à se contenter
-d’être heureux.
-
-Ce prologue n’est pas seulement inutile; par son caractère factice
-et conventionnel, il met le lecteur en défiance. Le roman, qui est
-excellent et qui peut, certes, se suffire à lui-même, gagnerait
-beaucoup à être débarrassé de ce cadre un peu vieillot.
-
-La Révolution de 1848, survenant à l’heure où Pontmartin, après des
-débuts remarqués à la _Mode_ et à la _Revue des Deux Mondes_, pouvait
-se croire assuré d’un succès brillant et d’une vie heureuse,—cette
-Révolution avait produit sur lui une impression qui ne devait plus
-s’effacer. Jeté soudain au fort de la mêlée, lui qui était fait pour le
-rêve plus que pour l’action, il avait vécu, pendant quatre ans, d’une
-vie ardente, fiévreuse, passionnée. Les spectacles et les émotions
-de ces quatre années, il les a retracés dans ce roman des _Deux
-Érostrates_, qui commence à la veille du 24 février 1848 et qui se
-termine au lendemain du 2 décembre 1851. Aussi bien son livre est-il
-moins un roman qu’une page de _Mémoires_. On éprouve en le lisant (pour
-peu qu’on oublie le fâcheux prologue) la sensation que donnent les
-_choses vues_ et les _choses vécues_.
-
-Sans renoncer à ces analyses du sentiment et de la passion dans
-lesquelles il excellait, l’auteur, cette fois, avait accordé à l’action
-et au mouvement du drame une part plus large; sans verser dans le
-réalisme, il avait donné à ses personnages une _individualité_ plus
-forte et plus accentuée. M. Servais, le député, Julien Féraud, le
-journaliste, Nathalie Duvivier, la directrice des postes, sont des
-types saisis sur le vif, si réels et si vrais qu’après plus d’un
-demi-siècle nous les retrouvons, sous la troisième République, tels que
-l’auteur les avait représentés sous la seconde. Dans cette peinture
-de quelques-unes de nos plaies sociales, Pontmartin avait déployé des
-qualités de vigueur et d’énergie qu’on ne lui soupçonnait pas et qui
-le plaçaient, au moins pour une fois, très au-dessus de son ami Jules
-Sandeau. Son ennemi Balzac, s’il eût vécu, aurait applaudi à ces scènes
-de la vie politique, à ce roman royaliste et catholique.
-
- * * * * *
-
-L’_Assemblée nationale_ cependant n’avait plus longtemps à vivre.
-
-_Un bien averti en vaut deux._ De ce proverbe, Pontmartin avait
-tiré une de ses nouvelles[255]; mais, sous l’Empire, au moins en
-matière de presse, le vieux proverbe avait cessé d’être une vérité. Un
-journal bien _averti_, loin d’en valoir deux, n’en valait plus même
-la moitié d’un. Il était comme un condamné mis en chapelle, et il
-n’avait plus qu’à attendre la venue de l’exécuteur. Ainsi en fut-il
-pour l’_Assemblée nationale_. Déjà frappée d’un double avertissement,
-elle fut, en juillet 1857, suspendue pour trois mois, avec défense,
-si elle reparaissait, de garder son titre qui avait trop l’air d’un
-défi lancé aux vainqueurs du 2 décembre. Lorsqu’elle reparut en
-octobre, elle s’intitula _le Spectateur_. Pontmartin y reprit ses
-Causeries littéraires, mais ce sera seulement pour quelques semaines.
-Le 14 janvier 1858, avait lieu l’attentat d’Orsini. Le lendemain, le
-_Spectateur_ publia un article où il laissait entendre, en termes
-très légèrement voilés, que l’Empire, n’ayant pas de racines dans le
-pays et ne tenant qu’à un homme, aurait cessé d’exister si les bombes
-d’Orsini avaient atteint Napoléon III. Vingt-quatre heures après, le
-_Spectateur_ avait vécu.
-
- * * * * *
-
-Il ne se pouvait pas que les Causeries littéraires de Pontmartin
-cessassent de paraître, précisément à l’heure où il était devenu, sans
-conteste, le maître du genre. Plusieurs journaux sollicitèrent aussitôt
-sa collaboration. Celui qui était le moins riche et qui lui faisait
-les offres les plus modestes fut précisément celui dont il accueillit
-les propositions. L’_Union_ ne peut lui donner que 75 francs par
-article; n’importe, il écrira dans l’_Union_. N’est-elle pas la feuille
-royaliste entre toutes, le journal de Laurentie et d’Henry de Riancey,
-l’ancienne _Quotidienne_, qui publia jadis ses _Causeries provinciales_?
-
-Son premier article parut le 23 mars 1858. De même qu’il avait
-autrefois consacré sa première causerie de l’_Assemblée nationale_ à
-M^{me} Émile de Girardin, de même il consacra sa première causerie de
-l’_Union_ à M. Émile de Girardin, qui venait de perpétrer une comédie
-ridicule, intitulée _la Fille du Millionnaire_. L’article avait pour
-titre: _le Fils du Millionnaire_ ou _les Délassements d’un homme fort_.
-C’est une des pages les plus spirituelles de Pontmartin[256].
-
-
-IV
-
-Si vifs qu’il fussent, ses succès parisiens ne faisaient point oublier
-à Pontmartin sa province natale, son petit village et la maison
-paternelle, sa maison des Angles. Il continuait d’y habiter la plus
-grande partie de l’année. Chaque année aussi, en août et septembre,
-il venait à la Mûre[257], avec son fils, passer les vacances chez
-l’aïeule maternelle. A vingt minutes de la Mûre se trouvait le beau
-château de Gourdan, appartenant au comte de Vogüé. L’intimité régnait
-entre la modeste villa et la demeure seigneuriale, où grandissait
-Eugène-Melchior de Vogüé, de trois ans plus jeune qu’Henri de
-Pontmartin. L’auteur des _Causeries littéraires_ assistait avec bonheur
-aux jeux de son fils et du futur académicien, dont il pressentit de
-bonne heure le brillant avenir et dont il eut la grande joie d’être le
-premier à saluer les éclatants débuts[258].
-
-Ainsi commencées dans l’Ardèche, les vacances se terminaient toujours
-dans le Vaucluse et dans le Gard, où de nouveaux devoirs allaient
-retenir de plus en plus Pontmartin. En cette année 1858, où nous a
-conduits notre récit, il devenait maire des Angles. Comment la chose
-arriva, lui-même le raconte en ces termes dans une lettre à son ami
-Autran:
-
- Les Angles, le 18 octobre 1858.
-
- Voilà, cher et excellent ami, une bien longue lacune dans notre
- correspondance. Si je vous dis comment je l’ai remplie, il faudra ou
- que vous cessiez d’être poète, ce qui vous est impossible, ou que
- vous cessiez de m’aimer, ce qui, je l’espère, vous est presque aussi
- difficile. Depuis un mois, j’ai été absorbé par une crise municipale
- et rustique d’où je crois que je vais sortir... maire des Angles! Oui,
- mon ami, voilà comment finissent les ambitions humaines. On part,
- le bâton à la main, pour le pays de l’idéal. On rêve littérature,
- critique et roman; on détourne superbement sa pensée des vils intérêts
- de la terre. Mais les années passent; la lassitude arrive; on revient
- chez soi, l’aile blessée; et alors on s’aperçoit que, pendant que l’on
- courait le monde des idées et des songes, deux ou trois intrigants de
- village se sont complètement emparés du pays où l’on avait eu jadis
- de l’influence, et que, si on les laissait faire, ils mèneraient tout
- doucettement à sa ruine une fortune territoriale et riveraine sans
- cesse exposée et menacée. C’est ce qui m’est arrivé cette année,
- et il s’y est joint la conviction que, si cet état de choses se
- prolongeait, toute religion, toute morale, toute honnêteté étaient
- perdues dans cette pauvre commune que j’aime, et où j’avais toujours
- tâché de faire un peu de bien. Alors je suis allé me plaindre, j’ai
- eu affaire à un préfet[259], homme d’esprit, qui m’a dit en souriant
- qu’il y avait moyen d’arranger les choses, mais que quand on avait
- boudé pendant six ans, et que l’on demandait au gouvernement une
- marque de confiance, il fallait payer une petite rançon... Bref,
- mon cher ami, on m’a fait entendre poliment, et même avec quelques
- compliments fort bien tournés, qu’en acceptant la mairie des Angles,
- je lèverais toutes les difficultés. Je me suis récrié d’abord, puis
- j’ai réfléchi, et j’ai fini par dire _oui_; si bien que j’attends ma
- nomination d’un moment à l’autre. Eh bien! cher ami, vous connaissez
- ma manie d’analyse. Je me suis convaincu, _de visu_, pendant toute
- la durée de cette tempête dans un verre d’eau du Rhône, que la chose
- à laquelle le cœur et l’esprit s’accoutumaient le plus aisément,
- c’était l’amoindrissement du cadre. Le fait est que j’ai fini par
- me passionner contre le sieur P..., mon féroce prédécesseur, comme
- je me passionnais autrefois contre feu Gustave Planche, ou contre
- Taxile Delord. Les marches et les contremarches de la troupe ennemie,
- leurs courses à Uzès et à Nimes, les péripéties de la lutte, les
- espérances des uns, les angoisses des autres, tout cela, mon cher
- ami, avait pris, à la longue, pour moi, les proportions d’un drame
- de la Porte-Saint-Martin ou du Gymnase, dont j’aurais été auteur
- et acteur. Enfin, pour passer du plaisant au grotesque, je vous
- dirai que tout mon sang, presque quinquagénaire, en a été tellement
- fouetté, agité, chauffé, que j’y ai gagné une série de _clous_
- horriblement mal placés, qui ont achevé d’accrocher ma littérature et
- ma correspondance. Je ne puis pas m’asseoir et, dans ce moment-ci,
- je vous écris sur une espèce de pupitre improvisé. Mais, grand Dieu!
- c’est assez vous parler de moi. Votre changement d’adresse me prouve
- que vous vous êtes établi à Paris, et que vous ne retournerez pas,
- cet automne, en Provence... Quant à moi, je suis retenu au rivage,
- non pas par ma grandeur, mais par mon écharpe. Je vais vous envoyer,
- comme précurseurs, ma femme et mon Bonapartiste[260], et j’irai vous
- retrouver dans le courant de décembre. Quand je songe que je perds une
- grande partie de votre séjour à Paris, que j’allais publier, le 1^{er}
- novembre, mon cinquième volume de _Causeries littéraires_, que Lévy
- s’apprête sans doute à laisser tomber silencieusement dans son gouffre
- hebdomadaire; que j’aurais pu profiter à la fois de votre charmante
- et précieuse amitié, et de cette espèce de trêve littéraire que votre
- salon m’a toujours offerte; quand je songe que je sacrifie tout cela
- au plaisir d’administrer un village de 400 âmes..., je me demande
- si on m’a tout à coup fait changer de nature, de goûts, d’idées,
- d’habitudes, en vertu de quelque avatar rustique oublié par Théophile
- Gautier[261]. Faut de la raison, mais pas trop n’en faut, et il me
- semble cette fois que les extrêmes se touchent, que jamais je n’ai été
- plus fou que depuis que je me crois plus sage... Adieu, je vous quitte
- pour mon adjoint, qui m’apporte à signer un devis des réparations de
- l’église; le malheureux! il a écrit réparation avec deux s, et comme
- je veux rester populaire, je respecte sa faute d’orthographe. Que les
- ambitieux sont lâches! _Omnia serviliter faciunt pro dominatione_.
-
- Tout à vous; gardez-moi le secret de mes faiblesses grammaticales
- auprès des illustres gardiens de la langue française, et croyez-moi
-
- Bien à vous de cœur,
-
- ARMAND DE PONTMARTIN.
-
- _P. S._—Ma nomination m’arrive à l’instant. Mon émotion m’empêche
- d’ajouter un seul mot[262].
-
-L’installation de _Môsieu_ le maire eut lieu le dimanche 24 octobre,
-avec accompagnement de salves, farandoles, bals rustiques, tonneaux en
-perce et feux d’artifice, telle à peu près qu’elle est décrite dans les
-_Jeudis de Madame Charbonneau_[263].
-
-Ses amis de Paris raillèrent bien le triomphe rural et les lauriers
-villageois du _Critique devenu berger_: quelques-uns cependant ne lui
-ménagèrent pas les félicitations, et Louis Veuillot joignit aux siennes
-de très nobles conseils. Il écrivait à Pontmartin, le 29 novembre 1858:
-
- Mon cher ami,
-
- J’ai reçu votre lettre par la poste d’Avignon, mais votre livre[264]
- n’est venu par aucune voie. Je le relirai, mais je ne veux pas
- l’attendre davantage pour vous remercier. Votre lettre est pleine de
- l’amitié que je désire de vous, j’en ai le cœur trop heureux.
-
- Je vous loue sincèrement d’avoir permis qu’on vous fît maire. Votre
- curé et votre village y gagneront beaucoup, et j’ai la conviction
- que nous n’y perdrons point. Ce petit maniement des hommes et ce
- plus long séjour aux champs accroîtront votre force sans rien ôter à
- votre charmante et merveilleuse agilité. J’ai toujours cru et j’ai
- toujours un peu dit que vous étiez trop dans le monde. Vous avez été
- diseur de grâces, il faut devenir diseur de vérités. Tournez par là
- vos pensées, comme votre cœur y était dès longtemps. Vous voyez que
- les vérités adoucies ne convertissent guère ceux qui haïssent la
- vérité; elles énervent ceux qui l’aiment. A ce métier on se diminue,
- et l’on ne fait pas le bien que l’on pourrait faire. Il faut être ce
- que l’on est. Nous sommes des épées. Taillons, coupons, abattons,
- non pour le plaisir du carnage, mais pour protéger tant de belles et
- saintes choses que Dieu a voulu qui fussent derrière la beauté et la
- sainteté de l’épée. Opposons la noble épée au stylet. Ne rendons pas
- au monde l’arme que Dieu nous a donnée, mais à Dieu lui-même. Pour
- n’être pas accrochée dans les musées académiques, elle n’en aura pas
- moins son lustre, si nous aimons la gloire; et il y a une gloire qu’il
- faut aimer. C’est la gloire d’avoir défendu la vérité, non suivant
- nos intérêts ni suivant nos goûts, mais telle qu’elle est et contre
- les amis tièdes autant que contre les ennemis. Si ce que je vous dis
- là, très cher ami, vous paraît encore un peu fanatique, attendez un
- peu, et songez-y la prochaine fois que vous irez à la messe. Voyez le
- temps, voyez les hommes, voyez s’il leur faut des vérités nouvelles,
- ou s’il y a quelque chose de trop dans la sève de la vieille vérité.
- Ensuite, pensez que Dieu vous a donné une voix, et qu’il ne donne
- rien qui ne doive servir à quelque chose. Or, il n’y a qu’une chose
- qui soit quelque chose, c’est la vérité. Dieu nous a confié à tous un
- travail à faire pour la vérité. Il nous interrogera et nous jugera
- là-dessus. On me reproche souvent de manifester cette pensée: vous
- ne me saurez pas mauvais gré de vous aimer assez pour vous la dire.
- Franchement, si nous ne pensons point à cela, nous ne nous distinguons
- guère des gens d’esprit qui font le _Figaro_.
-
- Adieu, très cher ami, je désire bien que vous ne veniez à Paris que
- très tard ou très tôt. Je serai absent du 5 janvier au 15 ou 20
- février, et je voudrais vous voir avant de partir, ou vous trouver au
- retour. Je ne vous dis pas où je vais. Où puis-je aller?
-
- Votre bien dévoué en Notre-Seigneur,
-
- LOUIS VEUILLOT.
-
- 29 novembre 1858.
-
- Pardonnez-moi le retard de cette lettre que je viens de retrouver
- sur mon bureau lorsque je la croyais dans votre poche. J’ai vu votre
- jeune ami qui m’a paru fort bien. Il y a dans votre livre plusieurs
- chapitres que je ne connaissais pas. Je l’emporte à Rome[265].
-
-L’auteur des _Causeries littéraires_ n’eut point à regretter d’avoir
-accepté l’écharpe municipale. Elle lui permit de faire un peu de bien,
-et puis, outre la belle lettre de Louis Veuillot, elle lui valut de
-recevoir, un peu plus tard, une épître en vers, de Joseph Autran, qui
-figure en bonne place sous ce titre: _Mairie de village_, dans les
-_Épîtres rustiques_ du poète[266].
-
-La mairie de Pontmartin devait durer six ans. Le 7 août 1864, après une
-longue maladie, suivie d’une interminable convalescence, il donna sa
-démission.
-
-
-V
-
-Pontmartin n’avait dans l’_Union_ que deux causeries par mois[267].
-Ce n’était là pour lui qu’une trop faible et trop courte besogne.
-Depuis longtemps il a pris l’habitude d’écrire au moins un article
-par semaine. Et c’est pourquoi, en même temps qu’à l’_Union_, il
-collabore au _Correspondant_, à l’_Univers illustré_, à la _Semaine des
-Familles_ et au _Journal de Bruxelles_, la plus importante des feuilles
-catholiques de Belgique.
-
-Les causeries du _Journal de Bruxelles_—la première parut le 24 mars
-1859—avaient pour titre général: _Symptômes du temps_. Elles étaient
-signées _Z. Z. Z._, comme l’avaient été, vingt-trois ans plus tôt, les
-premiers articles de Pontmartin dans le _Messager de Vaucluse_.
-
-Pendant les années 1843, 1844 et 1845, Sainte-Beuve s’était fait,
-lui aussi, chroniqueur _extra muros_, hors frontières. Il envoyait
-régulièrement à Lausanne, à son ami M. Juste Olivier, directeur de
-la _Revue Suisse_, des articles qu’il ne signait pas[268]. Cela lui
-permettait de prononcer sur les hommes et sur les choses des jugements
-tout à fait libres et indépendants, dégagés de ces ménagements, de ces
-atténuations, dont souffrent la vérité et la justice. Il ne faisait
-ainsi qu’user de son droit. Malheureusement, il excédait toutes bornes
-quand, à la même heure, il couvrait le même écrivain, le même livre, à
-Paris de louanges publiques, et à Lausanne d’injures anonymes[269].
-
-Avec Pontmartin, rien de pareil n’était à craindre. Il use largement,
-dans le _Journal de Bruxelles_, de son droit de dire sur les auteurs et
-leurs ouvrages la vérité tout entière, sans voiles et sans réticences;
-mais il ne se dédit pas d’un côté de la frontière à l’autre; ceux qu’il
-loue à Paris, il ne les dénigre pas à Bruxelles: ceux qu’il critique
-à Bruxelles, il les critique aussi à Paris. Seulement, là-bas, les
-critiques sont plus vives, plus accentuées; dans ces libres causeries,
-l’auteur met tout son aiguillon.
-
-Il s’attache moins, du reste, à l’examen et à l’analyse des livres,
-qu’à l’étude des mœurs littéraires. Les livres et le théâtre lui sont
-surtout une occasion de peindre la société de son temps. Ces pages où
-le critique cède le pas au moraliste formeraient, si elles étaient
-réunies, un bien curieux volume, d’une ingéniosité piquante, d’une
-information sûre et d’une observation malicieuse.
-
- * * * * *
-
-Dans cette chaire de Notre-Dame, illustrée par Lacordaire et le Père
-de Ravignan, le Père Félix[270], avec une éloquence simple et forte,
-avec une puissance de logique admirable, traitait, depuis plusieurs
-années déjà, la question du _Progrès_. Le progrès de l’industrie, de
-la science, de la machine, du bien-être, le progrès réaliseur des
-merveilles accomplies par l’homme seul, assez fort pour se passer de
-Dieu, est devenu le mot d’ordre, le symbole, le _Credo_ d’une époque
-qui ne veut plus subir l’humiliation de croire, ni le chagrin de
-douter! A cette idole, dont le culte ne prétendait à rien moins qu’à
-remplacer les religions tombées, le P. Félix opposait _le Progrès par
-le Christianisme_. Il parut à Pontmartin que ces belles conférences
-avaient plus d’importance et présentaient plus d’intérêt, même pour
-un simple critique littéraire, que les comédies de M. Dumas fils ou
-de M. Augier, que les romans de M. Feuillet ou de M. Mürger. Il leur
-consacra, non pas une ou deux causeries, mais tout un petit volume, qui
-parut en 1861 sous ce titre: _Le Père Félix, Étude et Biographie_[271].
-C’est un de ses meilleurs écrits, celui peut-être, dont, en ses
-derniers jours, le souvenir lui était le plus précieux[272].
-
- * * * * *
-
-Depuis le 1^{er} février 1855, Pontmartin avait cessé de collaborer à
-la _Revue_ de M. Buloz. Celui-ci ne pouvait s’en consoler, et, toutes
-les fois que l’occasion s’en présentait, il essayait de ramener au
-foyer de la rue Saint-Benoît le chroniqueur prodigue. Il eût tenu pour
-une particulière victoire de le détacher du _Correspondant_; mais à
-cela il ne fallait pas songer. Il obtint seulement, dans l’été de 1861,
-que Pontmartin, tout en restant le critique en titre de la Revue de
-la rue de Tournon[273], donnerait de temps à autre des articles à la
-_Revue des Deux Mondes_. Sa signature y reparut le 1^{er} août 1861. Il
-m’écrivait le 14 janvier 1862:
-
- Il est très vrai que j’ai été rappelé à la _Revue des Deux Mondes_
- avec quelque insistance par les maîtres du logis[274]; j’étais à
- la campagne à cent quatre-vingts lieues de la rue Saint-Benoît, et
- ils m’écrivirent à cette époque trois ou quatre lettres de rappel.
- Mais je ne m’y sens plus à mon aise; j’y perds, ce me semble, le peu
- d’originalité et de physionomie que je puis avoir. En outre, ma femme
- et mes amis, sans me blâmer absolument, s’inquiètent pour moi de ces
- voisinages, de ces influences peu orthodoxes; aussi, sous ce rapport
- comme sous tous les autres, l’approbation d’hommes tels que vous m’est
- infiniment précieuse.
-
-En 1861, Pontmartin publia successivement dans la _Revue_: _les
-Poètes et la Poésie française en 1861_[275];—_Henry Mürger et ses
-œuvres_[276];—_Le Roman et les romanciers en 1861_[277]; puis, le
-1^{er} mai 1862, _le Théâtre contemporain_.
-
-A cette date de 1862, Pontmartin a conquis une légitime et brillante
-renommée. Ses nouvelles et ses romans, d’une part, et ses _Causeries_,
-de l’autre, auraient suffi à faire la réputation de deux écrivains.
-Comme conteur et romancier, il n’est qu’au second rang; mais, comme
-critique, il est bien près d’être au premier. Sainte-Beuve sans
-doute est le maître incontesté de la critique; mais s’il n’occupe
-pas le trône, Pontmartin—selon le mot d’un spirituel écrivain de ce
-temps-là[278]—«Pontmartin est assis sur les marches, et c’est le
-premier de nos princes du sang». Il s’est d’ailleurs créé un apanage
-qui lui appartient. La Causerie littéraire est sa province, son domaine
-propre, que nul de ses confrères n’est en état de lui disputer. Il a
-l’honneur d’avoir des ennemis, mais il a l’amitié de Louis Veuillot,
-et aussi celle de Montalembert. Les grandes Revues lui sont ouvertes,
-la _Revue des Deux Mondes_ aussi bien que le _Correspondant_. Les
-Guizot, les Cousin, les Falloux, les Villemain, les Noailles et les de
-Broglie, sont ses justiciables... et ses obligés. Il est sur le seuil
-de l’Académie; encore deux ou trois ans, encore deux ou trois volumes,
-et il sera l’un des Quarante.
-
-Sainte-Beuve, qui ne l’aime pas et qui voudrait bien pouvoir faire le
-silence autour de lui, est obligé, précisément à cette date où nous
-sommes arrivés, de lui consacrer un de ses _Lundis_[279]. «J’ai eu,
-dit-il, il y a quelque temps, maille à partir avec M. de Pontmartin;
-je ne viens pas réveiller la querelle; mais _il m’est difficile
-d’éviter de parler d’un écrivain qui se fait lire du public et que nous
-rencontrons à chaque moment_.»
-
-Tout lui sourit donc; le succès lui vient de tous les côtés: mais la
-Fortune est traîtresse, et c’est à l’heure où il semble que Pontmartin
-va entrer au port, que la tempête s’élève, et va l’en éloigner. Au mois
-d’avril 1862, éclate la _crise Charbonneau_.
-
-
-
-
-CHAPITRE X
-
-LES JEUDIS DE MADAME CHARBONNEAU
-
-(1862)
-
- Jacques Lecoffre, Alfred Nettement et la _Semaine des
- Familles_.—Le maire de Gigondas.—_Journal d’un Parisien en
- retraite._—Modifications et retranchements.—L’Odyssée électorale
- de _Strabiros_.—La mort de _Raoul de Maguelonne_.—Jules Sandeau et
- H. de Balzac.—MM. Taxile Delord et Ernest Legouvé.—La lettre au
- _Figaro_.—Léopold de Gaillard et Léo de Laborde.—Le _Diogène_ et
- M. Jules Claretie.—Les _Jeudis de Madame Martineau_.—Philinte et
- Alceste.—_Caritidès_ et ses _Cahiers_.—Où Sainte-Beuve adresse une
- invocation à _Jupiter hospitalier_.—La visite chez _Marphise_.—M.
- Ferdinand Brunetière.—Lettre de Jules Janin.—Les _Vrais jeudis de
- Madame Charbonneau_.
-
-
-I
-
-A la suite de la publication, au mois d’avril 1855, du second volume
-des _Causeries littéraires_, renfermant l’article sur Béranger,
-Pontmartin, nous l’avons vu, avait eu à subir un furieux assaut.
-Républicains et bonapartistes, _libéraux_ et parlementaires plus ou
-moins victimes, cependant, du Deux-Décembre, tous avaient fait bloc
-contre le malappris qui, avec une telle irrévérence, parlait du chantre
-de _Frétillon_ et du _Dieu des bonnes gens_. Ce fut contre lui, dans
-toute la presse et sur toute la ligne, depuis le _Charivari_ jusqu’au
-_Siècle_, un feu roulant d’imprécations et d’injures. Quand l’orage
-s’apaisait un peu, dans les moments d’accalmie, on se contentait de
-le traiter de triple jésuite et d’ennemi invétéré de «nos gloires
-nationales»!
-
-L’année d’après, nouvelle bourrasque. En 1856, Balzac était passé à
-son tour à l’état de fétiche. Ceux mêmes qui l’avaient insulté vivant
-faisaient maintenant bonne garde autour de sa gloire. On ne l’adorait
-pas seulement pour lui-même, dans son génie et dans ses œuvres, on
-le saluait comme le précurseur, l’aïeul de l’école naturaliste, et
-les tenants de cette école, déjà toute-puissante, voulaient qu’on
-aimât Balzac, comme Montaigne aimait Paris, jusque dans ses verrues.
-Pontmartin refusa son encens à la nouvelle idole. Sous ce titre: _les
-Fétiches littéraires_, dans le _Correspondant_ d’abord[280], puis dans
-le premier volume des _Causeries du Samedi_, il publia sur la _Comédie
-humaine_ et son auteur une étude très éloquente, très vive, passionnée
-même, injuste par endroits, mais, par plus d’un côté, pleine de vérité
-autant que de courage. Et voilà que, après avoir protesté contre le
-fétichisme-Balzac, Pontmartin, dans le même temps, s’élevait contre le
-fétichisme-Hugo[281]. Cette fois, la mesure était comble. La tempête de
-nouveau fit rage contre le malheureux critique. Il y eut, à ses dépens,
-redoublement d’injures et de quolibets, d’insinuations venimeuses et
-de gros mots. Pontmartin, très nerveux et très impressionnable, était
-extrêmement sensible à la critique, trop sensible même. Il ne songea
-pas pourtant à user de représailles. Ni en 1857, ni en 1858, l’idée
-ne lui vint de tirer vengeance de ses ennemis. J’ai sous les yeux
-sa Correspondance de cette époque, ses Lettres à Joseph Autran, à
-Alfred Nettement, à Victor de Laprade, celles, très nombreuses, qu’il
-m’écrivait et où il ne me cachait rien de ses sentiments et de ses
-projets. Nulle part on ne trouve un seul mot qui permette de supposer
-chez lui l’intention, le dessein de faire expier à ses adversaires les
-libertés qu’ils ont prises à son endroit, de leur rendre, sinon injure
-pour injure, du moins malice pour malice, ce qui lui était facile,
-puisque aussi bien nul n’avait plus d’esprit que lui, et de plus
-mordant.
-
-Comment donc a-t-il été amené, deux ans plus tard, en 1859, à écrire
-les _Jeudis de Madame Charbonneau_? La solution de ce petit problème ne
-sera peut-être pas sans intérêt.
-
-
-II
-
-Au commencement de 1858, le chef d’une des plus importantes maisons de
-librairie de Paris, M. Jacques Lecoffre, s’ouvrit à Alfred Nettement,
-dont il était l’éditeur et l’intime ami, de son désir de créer une
-Revue pour la jeunesse. Alfred Nettement en serait le directeur,
-et comme à l’_Opinion publique_, en 1848, il aurait pour principal
-lieutenant Armand de Pontmartin. Nettement accepta, Pontmartin, au
-premier instant, fit de même; mais, à la réflexion, estimant que la
-combinaison projetée n’allait pas sans de sérieuses objections, il en
-fit part aussitôt à Nettement dans la lettre suivante:
-
- Mercredi matin (3 février 1858).
-
- Mon cher ami,
-
- Vous allez me traiter de girouette, mais la nuit porte conseil et je
- crois devoir vous soumettre quelques observations supplémentaires à
- notre causerie d’hier au soir: il me semble que nous nous lançons
- bien témérairement, en des circonstances bien défavorables, dans une
- entreprise bien hasardeuse...
-
- A l’âge où nous sommes parvenus, au point de notre carrière où nous
- avons touché, nous ne devons pas nous dissimuler qu’un fiasco serait
- pour nous deux un désastre irréparable, et il pourrait y avoir un
- fiasco de bien des manières indépendantes de notre mérite. A quoi
- tient l’existence et le succès d’un journal qui repose sur deux
- personnes? Depuis un an, ma santé est chancelante et ma gastralgie
- me remonte de l’estomac à la tête. Vienne une indisposition, une
- inquiétude, et voilà le journal entravé et l’excellent M. Lecoffre
- perdant le fruit de ses sacrifices. Il y a dans ma vie des obstacles
- positifs et vous en avez ressenti les inconvénients dans l’_Opinion
- publique_. Ainsi, pour m’en tenir au plus prochain, je suis obligé
- d’aller passer huit ou dix jours à Avignon. J’ai mon syndicat des
- bords du Rhône, dont je suis le président, et qui réclame ma présence
- tous les ans au mois de mai. Je vais à Vichy en juin, et à partir du
- 10 août, jour de la distribution des prix au lycée Bonaparte, nous
- nous enfuyons, ma femme, mon fils et moi, vers la montagne. Voilà
- quatre mois dont je ne puis disposer pour un travail régulier.
-
- Maintenant, mon ami, voici, selon moi, la plus grande des objections.
- Que ferons-nous dans ce journal? Ici je ne parlerai que pour moi. Mes
- causeries littéraires, paraissant dans un journal quotidien[282],
- où il y avait mille autres choses, politique, agriculture, musique,
- faits divers, pouvaient suffire et même plaire: pourvu que mon lecteur
- y trouvât un peu de distinction et de grâce, un peu de malice, il
- se tenait pour satisfait. Mais essayez de transporter une de ces
- causeries courtoises, tempérées, louangeuses avec réserve, dans un
- journal paraissant tous les quinze jours et ne vivant que de cela, et
- ce plat bi-mensuel paraîtra fade. En d’autres termes, nous arriverons
- à _éreinter_. Qui éreinterons-nous? Les impérialistes?... Oh! la
- matière serait belle et riche, mais ceux-là seront protégés et nous
- serions arrêtés avant notre troisième numéro. Les écrivains des
- _Débats_, de la _Revue des Deux Mondes_? Ils y prêtent, mais, en ce
- moment-ci, ils sont menacés. Les écrivains de l’école révolutionnaire,
- démocratique, socialiste? Il y a beaucoup à dire, mais le gouvernement
- prendra peut-être telle ou telle mesure, d’après laquelle ceux-là
- aussi seront bâillonnés et proscrits. Nous ne voulons, nous ne
- pouvons, nous ne devons être ni des..., ni des... Ceux-là s’appuient
- sur le pouvoir. C’est du haut d’une citadelle qu’ils fusillent leurs
- adversaires. Nous, nous serions en rase campagne, à découvert, avec
- notre caractère naturellement poli et bienveillant que nous serions
- obligés de violenter. Encore une fois, la lutte ne serait pas
- possible, et cependant nos noms sont trop significatifs...
-
-La fin de la lettre manque, mais la conclusion se devine aisément.
-Pontmartin ne croyait pas devoir accepter. Quelques mois plus
-tard, sans revenir sur son refus de donner à la Revue projetée une
-collaboration régulière et suivie, il indiquait à Nettement dans
-quelles conditions il lui serait cependant possible d’y écrire:
-
- Les Angles, 5 juin 1858.
-
- Mon cher ami,
-
- L’événement n’a que trop justifié les appréhensions qui m’empêchèrent
- en février dernier d’accepter les honorables offres de notre excellent
- ami M. Lecoffre. Il s’agissait, vous le savez, d’une publication dont
- l’avenir eût reposé presque tout entier sur la collaboration de deux
- personnes. Or, je me sentais dans une mauvaise veine; et, en effet,
- dès le mois de mars, j’ai été pris, sous le pseudonyme de grippe,
- d’une irritation du larynx qui m’a forcé de quitter Paris dans un
- assez triste état, le 20 avril. A présent, je vais mieux, mais mon
- médecin veut absolument m’envoyer aux Eaux-Bonnes, sous peine, me
- dit-il, de ne pouvoir, sans imprudence, affronter un nouvel hiver
- parisien. Je partirai donc pour les Pyrénées le 20 ou le 25 juin;
- j’y passerai un mois, puis je repasserai par Paris, afin d’assister
- à la distribution des prix du lycée Bonaparte et de rejoindre, pour
- les vacances, mon cher petit ménage, dont j’aurai été séparé bien
- longtemps. Il n’y a guère moyen de fournir, à travers toutes ces
- allées et venues entremêlées de verres d’eau chaude, un travail
- régulier et à jour fixe. Je viens d’écrire à M. de Riancey[283] pour
- le prier de me mettre la bride sur le cou à partir du 29 juin, et
- de m’autoriser à remplacer mes causeries littéraires par quelques
- articles de fantaisie, qui pourront paraître irrégulièrement. Je vous
- en dirai autant pour M. Lecoffre. Du 15 juillet au 15 octobre, il me
- serait difficile de lui promettre des articles de critique. Je n’ai
- pas ici ma provision de livres, je mènerai une vie un peu nomade...
- Mais je ferai, dans ce genre, ce que je pourrai, et je suppléerai au
- reste par des articles qui me paraissent, soit dit entre nous, mieux
- convenir à un journal ou _magazine_ illustré que des études purement
- littéraires. Ce seraient des récits de chasse, impressions de voyage,
- chroniques des eaux, scènes de la vie méridionale, en un mot de la
- littérature d’été. Si, à la rentrée des classes, M. Lecoffre persiste,
- je m’engagerai bien volontiers à lui donner, à son choix, une ou deux
- _Causeries_ par mois...
-
- Adieu, mon cher ami, que ne puis-je vous posséder ici quelques jours!
- Vous me consoleriez du mistral qui nous ruine et nous causerions _de
- omni re scibili_. Vous avez la bonté de me parler de mes articles sur
- M. Guizot[284]; ils m’ont donné plus de peine qu’ils ne valent, et
- l’illustre impénitent ne doit pas en être satisfait, car il n’a pas
- écrit, lui si exact en pareilles circonstances; et pendant ce temps
- beaucoup de royalistes me reprochaient trop de complaisance pour
- l’écrivain aux dépens de la politique et de l’histoire.
-
- Comment faire? Adieu encore; pardonnez-moi tout ce verbiage;
- mettez-moi aux pieds de M^{me} Nettement et croyez-moi tout à vous de
- cœur.
-
-La petite Revue cependant, le _Magazine_, comme l’appelait Pontmartin,
-achevait de s’organiser. Elle ne serait pas bimensuelle, comme il en
-avait été d’abord question, mais hebdomadaire; elle aurait pour titre:
-_La Semaine des Familles, Revue universelle sous la direction de_ M.
-Alfred Nettement. Le premier numéro parut le samedi 2 octobre 1858.
-Le 9 décembre, Nettement recevait la lettre suivante, qu’Armand de
-Pontmartin lui écrivait de sa maison des Angles:
-
- Mon cher ami,
-
- Je me bornerai cette fois à vous répondre quelques lignes, parce
- que je suis en train de faire mon article sur les _Souvenirs de la
- Restauration_[285] et qu’il faut que je sois prêt après-demain au
- plus tard. En lisant la _Semaine des Familles_, je me suis persuadé
- que le genre de travaux auxquels nous avions songé était tout à
- fait inapplicable à cette publication. Une _causerie littéraire_
- approfondie et détaillée, consacrée à un seul ouvrage, telle que
- je les écrivais dans la défunte _Assemblée_, telle que j’en écris
- encore dans l’_Union_, n’aurait pas convenu à votre public, ne se
- serait pas trouvée d’accord avec la physionomie du journal, et
- aurait fait, ce me semble, une singulière figure au milieu des
- articles signés _Curtius_[286], _Félix Henri_, _Nathaniel_[287], etc.
- J’avais cru primitivement que vous vouliez faire une œuvre analogue
- au RÉVEIL[288]... Au lieu de cela, vous nous donnez un _Musée des
- Familles_ avec une nuance plus monarchique et plus chrétienne, mais
- dont le but paraîtra surtout d’intéresser les jeunes personnes et
- les jeunes gens. Dès lors, cher ami, je n’ai plus trop su ce que je
- pourrais faire pour ce journal. Des articles de théâtre ou de causerie
- mondaine, il n’y fallait pas songer, puisque je suis à deux cents
- lieues du centre. J’ai pensé à _me rabattre sur la province_, et je
- vous propose une série d’articles qui s’appelleraient les _Jeudis de
- M^{me} Charbonneau_. Ce serait un cadre élastique où je ferais entrer
- bien des choses ayant rapport à la littérature et à la société, sans
- trop appuyer, puis quelques courts récits, quelques détails de mœurs
- provinciales, quelques physionomies qui gardent leur couleur locale.
- Nous pourrions nous étendre et faire un volume. Sinon, au bout de
- quelques numéros, nous tournerions court. Qu’en dites-vous? En cas
- d’affirmative, écrivez-moi _oui_, et je vous enverrai mon premier
- article pour le jeudi 15 décembre...
-
-Est-ce donc qu’enfin, à ce moment, en décembre 1858, l’idée lui
-est venue de mettre à mal ses ennemis littéraires et de venger ses
-vieilles querelles? En aucune façon. Seulement, il est arrivé ceci:
-le 15 octobre 1858, il a été nommé maire de son village, maire des
-Angles! Il peut bien avec ses amis plaisanter de sa nomination; au
-fond, il est véritablement et sincèrement ému, parce que ces modestes
-fonctions vont lui permettre de faire un peu de bien et d’empêcher
-beaucoup de mal dans ce village qu’il aime et où il est aimé. Et puis,
-à ce moment-là même, une illumination soudaine s’est faite en son
-esprit. Depuis un an, il se demande quel genre d’articles il pourrait
-bien donner à la _Semaine des Familles_, au _Magazine_ de M. Lecoffre.
-Plus d’incertitudes maintenant, plus de difficultés! Le _Cadre_, si
-vainement cherché, le voilà: Un écrivain de province, qui a eu des
-succès à Paris, mais que n’ont épargné ni les mécomptes ni les orages,
-quitte un beau jour la capitale et revient chez lui, l’aile blessée.
-A peine est-il de retour en sa maison, qu’on le bombarde maire du
-village; mais, au village, il retrouve ce qu’il vient de quitter,
-les passions, les ambitions, les intérêts, les ridicules, l’homme,
-enfin, à peu près le même partout. Pour se consoler de ses déceptions
-parisiennes, il lui suffira de se donner tour à tour le spectacle des
-scènes d’hier et de celles d’aujourd’hui, de mettre en regard les uns
-des autres les épisodes de sa vie littéraire et ceux de sa mairie de
-campagne. Sous des costumes et avec des acteurs différents, c’est au
-fond la même pièce, la même comédie,—la comédie humaine,—qui se joue
-sous ses yeux, à la ville et aux champs, à Paris et... à Gigondas!
-
-Tel est le sujet que va traiter Pontmartin, et son dessein, à ce
-moment, est de _ne pas appuyer_ sur «les choses ayant rapport à la
-littérature», et de développer surtout ce qui a trait aux «mœurs
-provinciales». Il a pour cela, d’ailleurs, deux bonnes raisons: d’une
-part, ses articles s’adresseront à de jeunes lecteurs, peu familiers
-avec les hommes et les choses littéraires, et, d’autre part, il se
-fait une fête de peindre avec toutes sortes de détails ces scènes
-villageoises si nouvelles pour lui; il est encore dans sa _lune de
-miel_ administrative, et il lui plaît d’en savourer les douceurs.
-
-Nous connaissons maintenant la genèse des _Jeudis de Madame
-Charbonneau_. A l’heure où Pontmartin en jette sur le papier les
-premières pages, il ne se propose nullement de composer un pamphlet
-et de faire du scandale. Son unique but est d’écrire, en se jouant,
-quelques articles qui amuseront les jeunes lecteurs de la petite Revue
-de M. Lecoffre, et un peu aussi leurs parents.
-
-
-III
-
-Le 1^{er} janvier 1859, la _Semaine des Familles_ commença les _Jeudis
-de Madame Charbonneau_, avec ce sous-titre: _Journal d’un Parisien en
-retraite_. La publication dura près de deux ans. Le samedi 4 août 1860,
-elle n’était pas encore terminée. Ce jour-là, la _Semaine_ contenait
-le chapitre sur l’installation de George de Vernay (_aliàs_ Armand
-de Pontmartin) comme maire de Gigondas. _La suite prochainement_,
-lisait-on au bas de l’article. La _suite_, les abonnés de la petite
-Revue ne devaient pas la lire. Elle a pour titre, dans le volume:
-_Comme quoi il n’est pas nécessaire, pour faire un FOUR, d’être auteur
-dramatique_. C’est le récit des amours de Madeleine Tournut et du jeune
-et bel Hippolyte, le _fournier_ de la commune. L’idylle villageoise se
-termine par un mariage... forcé. On était, à bon droit, très rigoriste
-à la _Semaine des Familles_. Alfred Nettement mit son _veto_, et le
-chapitre ne passa pas. La fin des _jeudis_ a paru dans l’_Univers
-illustré_.
-
-En écrivant ses articles, Pontmartin s’était laissé aller peu à
-peu à modifier son plan primitif. Il comptait s’attacher surtout à
-la peinture des mœurs provinciales et glisser rapidement sur les
-scènes empruntées à la vie littéraire; mais, à peine a-t-il commencé
-de les esquisser que sa verve l’entraîne, que son esprit le grise,
-qu’il s’amuse tout le premier de ces scènes si amusantes, et qu’il ne
-résiste pas au plaisir d’ajouter chaque semaine à sa galerie quelque
-nouveau portrait. Lui qui d’abord ne voulait pas _appuyer_, il se
-trouve maintenant qu’il appuie trop. Il a tort assurément, mais de ce
-tort personne ne l’avertit; personne, sauf peut-être son jeune ami de
-Bretagne, qui ne compte guère, à coup sûr, et qui n’est, après tout,
-dans son coin de province, qu’un petit fabricant d’huiles et de savons.
-La publication, je l’ai dit, dura près de deux ans, et dans ces deux
-ans aucune plainte, aucune réclamation ne se fait entendre. Pontmartin
-en tire naturellement cette conclusion, que l’œuvre est innocente et
-la satire anodine. Il pourra m’écrire, en toute bonne foi, quelques
-années plus tard: «... Nettement me demanda quelques articles pour
-cette vertueuse _Semaine_. Pour me servir d’un mot dont on abuse, je
-fus d’abord tout à fait _inconscient_ en écrivant ces chapitres qui me
-semblaient avoir assez peu de valeur. Ce qui contribua à me tromper,
-c’est que la _Semaine des Familles_, s’adressant à un public spécial,
-faisait très peu parler d’elle dans la République des lettres[289]...»
-
-Il avait si peu songé, en composant ses articles, à faire du bruit, à
-casser les vitres, que, les _Jeudis_ une fois terminés, il les laissa
-dormir dans le petit _Magazine_ de M. Lecoffre. Ils y restèrent en
-sommeil pendant près de deux ans. Bien des amis cependant l’engageaient
-à leur donner la publicité du livre, et lui disaient de temps en
-temps: «Vous avez là les matériaux d’un bien joli volume; quand le
-publierez-vous?» Le plus considérable de ces amis était Louis Veuillot;
-ses conseils finirent par l’emporter. Je lis dans la lettre que je
-citais tout à l’heure: «Ce fut Louis Veuillot qui me décida à publier
-les _Jeudis_...»
-
-Ils parurent le 4 avril 1862. Les modifications que leur avait fait
-subir l’auteur ne laissaient pas d’être considérables; mais ces
-changements, bien loin d’ajouter aux malices premières, les avaient, au
-contraire, très notablement atténuées.
-
-Il ne sera pas sans intérêt de relever ici les principales différences
-qui existent entre les articles et le livre.
-
-Le chapitre II, dans la _Semaine des Familles_[290], se termine
-par l’indication, très sommaire, mais la plus suggestive et la plus
-piquante du monde, de quelques-uns des dossiers renfermés dans le
-portefeuille du terrible M. Toupinel: Dossier Jules Janin;—dossier
-Alphonse Karr;—dossier Sainte-Beuve;—dossier des chroniqueurs: MM.
-Paul d’Ivoi, Henri d’Audigier, Eugène Guinot, Auguste Villemot, etc.
-Ces jolies pages ont été supprimées.
-
-Au chapitre III, dans la lettre de Clérisseau à l’ami Toupinel,
-suppressions très nombreuses encore, et dont bénéficient cette fois
-Jules Janin et Auguste Villemot (déjà nommés), Ernest Feydeau et son
-roman de _Fanny_, Octave Feuillet et son _Roman d’un jeune homme
-pauvre_[291].
-
-Lorsque George de Vernay retrace, au chapitre IX, ses souvenirs des
-premiers temps du second Empire, il parle assez longuement—dans la
-_Semaine des Familles_[292]—de la _Revue contemporaine_, de son
-directeur, le généreux _Ariste_ (le marquis de Belleval), et du
-successeur de ce dernier, le jeune _Cléon_ (Alphonse de Calonne). Tout
-cela est écrit de verve. Supprimé dans le volume.
-
-Jusqu’ici cependant, tout se borne à des suppressions partielles. En
-voici de plus importantes.
-
-Je trouve dans la _Semaine_ du 10 décembre 1859, tout un chapitre sur
-le _Figaro,_ sur _Gorgias_ (M. de Villemessant), sur _Mâchefer_ (B.
-Jouvin) et sur quelques autres. Figaro, ce jour-là, fut battu sur son
-propre terrain et avec ses propres armes; le spirituel barbier était
-rasé... gratis. De ces pages, pas une ligne n’a passé dans le livre.
-
-Mais, de tous ces retranchements, les plus fâcheux, à coup sûr,
-portent sur les chapitres parus les 2 et 16 juin 1860. Dans le premier,
-George de Vernay raconte avec humour l’odyssée avignonnaise de
-_Strabiros_, le directeur d’une Revue célèbre, candidat aux élections
-de 1849 pour l’Assemblée législative[293]. Tout ce chapitre, l’un des
-meilleurs du livre, a disparu.
-
-Le chapitre suivant,—également supprimé dans le volume,—raconte la
-mort de _Raoul de Maguelonne_ (Jules de la Madelène), l’auteur de cet
-admirable roman, _le Marquis des Saffras_[294]. A l’époque où Armand
-de Pontmartin était sorti du collège, le père de Jules de la Madelène,
-colonel du régiment en garnison à Avignon, logeait dans l’hôtel où
-habitaient ses parents, et les deux fils du colonel, Jules et Henry,
-tout enfants alors, étaient la joie de la maison. Après vingt-cinq ans,
-il se souvenait encore de leurs jolies têtes blondes, de leurs grands
-cheveux bouclés, de leurs frais sourires, et jamais leur nom n’était
-prononcé devant lui sans éveiller dans sa mémoire tout un cortège
-d’images riantes et printanières.
-
-Un jour, un ami vint lui dire: «Jules de la Madelène se meurt.» Une
-heure après, il était dans la chambre du malade, à un cinquième étage
-de la rue des Martyrs. Le récit des derniers instants du jeune et
-malheureux écrivain est d’une émotion d’autant plus poignante, qu’il
-contraste davantage avec les pages satiriques qui le précèdent. En
-voici la fin:
-
- «Raoul! Raoul! calme-toi! Aie pitié de nous!» s’écriait son frère avec
- angoisse.
-
- Cette voix fraternelle parut apaiser le moribond. Il nous regarda l’un
- après l’autre. La sœur de charité priait; elle avait allumé un cierge,
- et cette pâle lueur donnait à cette chambre un aspect plus désolé. Je
- pris la main de Raoul; il ne me repoussa pas, mais il me dit d’une
- voix qui s’éteignait de plus en plus: «Épargnez cette page... Je
- l’aime... d’ailleurs le papier manque... et puis... tout finit!»
-
- Ses lèvres s’agitaient encore; mais le murmure qui en sortait n’était
- plus intelligible: bientôt ce murmure ne fut plus qu’un souffle; une
- heure après, Raoul expira.
-
- Je me joignis à son frère, à ses amis, pour lui rendre les devoirs
- suprêmes. Un prêtre qui l’avait connu enfant et qui, par un coup de la
- Providence, avait été amené chez lui au commencement de cette maladie
- qui tourna si court, prononça les dernières prières. Pendant que nous
- pleurions notre ami en plaignant ses expériences déçues et son talent
- flétri dans sa fleur, il priait pour ce pauvre et faible cœur qui
- n’avait pas su résister à une déception littéraire, et recommandait à
- Dieu l’âme immortelle qui venait de briser ses liens. Le lendemain, à
- huit heures du soir, un fiacre nous déposait, ma sœur Ursule et moi,
- à la gare du chemin de fer, et je disais un adieu, éternel peut-être,
- à cette ville perfide et abhorrée où la mort de Raoul de Maguelonne
- venait de donner une consécration sinistre à mes déceptions et à mes
- souffrances[295].
-
-Ce chapitre était le morceau capital des _Jeudis_; il était de plus
-le lien qui en reliait les deux parties. Il forme le nœud même de
-l’ouvrage, puisque c’est à la suite de la scène à laquelle il vient
-d’assister que George de Vernay se décide à quitter Paris et à regagner
-Gigondas. Pourquoi dès lors l’avoir sacrifié?
-
-Les suppressions que je viens de signaler n’étaient pas seulement
-regrettables en elles-mêmes; elles avaient, en outre, cet inconvénient
-de créer, dans le livre, assez de vides pour que l’auteur n’eût plus
-la matière de ce que les anciens appelaient un juste volume, _justum
-volumen_. Ces vides, il les fallait combler. Pontmartin se trouva ainsi
-conduit à intercaler dans son ouvrage de véritables hors-d’œuvre, comme
-l’_Homme bien informé_ et l’_Invalide de lettres_, et d’autres pages
-encore qui n’avaient vraiment rien à y faire.
-
-En voulant «rajuster» les _Jeudis_, Pontmartin les avait gâtés. N’y
-aurait-il pas lieu aujourd’hui, dans une édition définitive, de les
-donner tels qu’ils furent primitivement composés, tels que Pontmartin
-les avait écrits de verve et de premier jet, tels enfin que les avaient
-publiés, en 1859 et en 1860, la _Semaine des Familles_ et l’_Univers
-illustré_?
-
-
-IV
-
-Les _Jeudis_ firent un bruit terrible, selon le mot de Sainte-Beuve
-lui-même[296]. Les amours-propres avaient été blessés, et les amours
-propres ne pardonnent pas. Ce fut un déchaînement général, une tempête
-furieuse, auprès de laquelle les orages qui avaient précédemment
-accueilli l’auteur des _Causeries littéraires_ et des _Causeries du
-Samedi_ n’étaient que des brises légères et de simples bonaces.
-
-Seize ans auparavant, Pontmartin avait dédié à Jules Sandeau son
-premier ouvrage; il avait de même inscrit son nom à la première page
-des _Jeudis_. L’auteur de _Marianna_ n’était pas un méchant homme, mais
-il était faible, et il y avait déjà longtemps que Balzac avait dit de
-lui, dans une de ses lettres à M^{me} Hanska: «Jules Sandeau a été une
-de mes erreurs... Il est sans énergie, sans volonté. Les plus beaux
-sentiments en paroles, rien en action ni en réalité. Nul dévouement de
-pensée ni de corps[297]...» Quand il vit Pontmartin attaqué de toutes
-parts, il écrivit aux journaux qu’il ne le connaissait plus. Ce fut le
-coup le plus cruel, le seul cruel, à vrai dire, que reçut Pontmartin au
-cours de cette longue et tumultueuse crise,—la _crise Charbonneau_.
-Il affectionnait sincèrement Jules Sandeau; il se réconciliera bientôt
-avec lui et il lui donnera jusqu’à la fin de nouvelles et éclatantes
-preuves de sa fidèle amitié.
-
-Balzac, en son temps, avait traversé une crise analogue. «Dans la
-lutte actuelle, écrivait-il en 1836, je suis seul... Je dois même
-rendre justice à la presse, il y a chez elle une quasi-unanimité
-contre moi[298].» Cela aussi, Pontmartin l’eût pu dire. Les injures
-pleuvaient sur lui comme grêle. Ceux qui étaient nommés dans son livre
-poussaient des cris de paon. Ceux qu’il n’avait pas nommés et qui se
-voyaient ainsi privés de leur part de célébrité, ne se montraient pas
-moins animés, et peut-être étaient-ils les plus violents. Ils prenaient
-des airs de mépris, et allaient répétant partout: _Il n’a pas osé
-s’attaquer à moi! il eût trouvé à qui parler; il le savait bien et il
-s’est gardé des représailles!_ Mais si les attaques se multipliaient,
-les réclamations, en revanche, étaient rares. Il n’y en eut que deux.
-M. Taxile Delord et M. Ernest Legouvé demandèrent deux rectifications,
-portant sur deux erreurs de fait, d’ailleurs de médiocre importance.
-L’auteur leur donna aussitôt satisfaction, comme il convenait à un
-galant homme. Cela fait, et les attaques continuant, Pontmartin adressa
-au directeur du _Figaro_ la lettre suivante:
-
- Paris, le 8 mai 1862.
-
- Monsieur,
-
- Puisque vous ouvrez généreusement à un homme seul contre tous la
- porte du _Figaro_, j’entre sans façon, et je vous demande une courte
- audience.
-
- Que l’on attaque mon livre et son auteur, je serais très ridicule de
- m’en plaindre. Je n’ai fait qu’user du droit de représailles: qu’on
- en use à mes dépens sur une échelle plus grande que celle de Jacob!
- Liberté, liberté complète, pourvu que les blessures s’arrêtent là où
- l’amour-propre change de nom.
-
- La réclamation de M. Taxile Delord a été accueillie par moi parce
- qu’elle portait sur un fait que j’ai reconnu vrai et qu’attestaient
- nos amis communs.
-
- J’ai été mou, très mou, vis-à-vis de M. Jules Sandeau, parce qu’il me
- faut plus de cinq minutes pour m’accoutumer à voir dans un de mes amis
- les plus chers mon ennemi le plus cruel.
-
- J’ai autorisé trois hommes particulièrement honorables à régler mon
- débat avec M. Legouvé, débat qui ne reposait que sur une erreur
- de date, étrangère à la sincérité du récit; ils avaient constaté
- d’ailleurs, sur des preuves irrécusables, que spontanément, sans y
- être invité, et pour une raison que dira ma nouvelle préface, j’avais
- fait, dix jours d’avance, trois fois plus que M. Legouvé ne me
- demandait.
-
- Les amis de M. Taxile Delord et ceux de M. Legouvé savent et peuvent
- dire si je leur ai fait l’effet d’un homme qui recule devant la
- conséquence la plus extrême de ses actes ou de ses écrits.
-
- En somme, pour expier mes excès de _méchanceté_, trois excès de
- modération.
-
- Maintenant, à ceux qui seront tentés de m’en demander un quatrième, je
- répondrai ceci:
-
- Voulez-vous attendre la seconde édition du livre? C’est l’affaire de
- quelques jours.
-
- Êtes-vous pressé? Je le suis plus que vous; il serait inutile de
- réclamer d’autres explications que celles qu’on trouvera dans ma
- préface. Épargnez-vous donc la peine de prendre le plus long, et
- contentez-vous de me demander le nom et l’adresse des amis chargés de
- répondre pour moi: ils sont désignés d’avance et ils sont prêts.
-
- Encore une fois, Monsieur, veuillez agréer mes remerciements et croyez
- à mes cordiales sympathies.
-
- Armand DE PONTMARTIN.
-
-Les deux amis choisis par Pontmartin étaient Léopold de Gaillard et Léo
-de Laborde, ancien représentant de Vaucluse, l’un des plus énergiques
-députés de la droite à la Législative. L’honneur de l’auteur des
-_Jeudis_ était en bonnes mains. Aucune réclamation nouvelle ne lui fut
-adressée, aucune demande d’explications ne se produisit.
-
-Sa lettre du 8 mai lui avait valu parmi les _jeunes_ de chaudes
-sympathies. Jules Claretie s’en fit l’interprète dans un petit journal
-qui ne laissait pas de tenir alors assez brillamment sa place au
-soleil, le _Diogène_. Très touché de son article, Pontmartin l’en
-remercia aussitôt:
-
- Dimanche matin, 11 mai.
-
- En toute circonstance, Monsieur et jeune confrère, je vous aurais
- chaleureusement remercié de votre article si bienveillant et si
- sympathique. Mais j’en suis particulièrement touché dans un moment
- critique où mes amis les plus dévoués me blâment, où les tièdes
- s’éloignent de moi comme d’un homme compromettant et où ceux que j’ai
- offensés se livrent à une irritation trop naturelle. Vous êtes jeune
- et courageux, mon cher confrère; vous vous êtes généreusement placé
- en dehors de ces colères pour juger un livre excessif, imprudent,
- qui peut même, çà et là, me faire passer pour méchant, mais où il
- y a, je crois, un fond d’honnêteté et de vérité. Si je sors intact
- de cette crise, j’espère bien, mon cher Confrère, que nos relations
- n’en resteront pas là, et vous verrez peut-être, à l’user, que je ne
- suis pas aussi noir que j’en ai l’air. Agréez, en attendant, mon cher
- défenseur, avec mes remerciements bien sincères, l’expression de mes
- cordiales sympathies.
-
-La petite guerre cependant continuait. Il m’écrit le 25 mai:
-
- ...Je me reprochais déjà mon silence comme une ingratitude; et voici
- que je reçois votre lettre, nouveau témoignage de vos attentives et
- fidèles sympathies. Je vous assure que j’ai bien besoin d’être ainsi
- soutenu par quelques amis; car ici chaque jour amène quelque alerte,
- quelque incident désagréable; hier soir, par exemple, on m’a annoncé
- que le théâtre des Variétés allait jouer, sous le titre des _Jeudis
- de Madame Martineau_, une parodie aristophanesque de mon livre, où je
- serai très maltraité. Ceci n’est rien, et me semble de bonne guerre;
- mais ce sera tout naturellement l’occasion d’un éreintement collectif
- dans les feuilletons du lundi suivant, et la _crise Charbonneau_, que
- je regardais comme arrivée à son terme, en sera peut-être renouvelée...
-
- Je crains qu’il ne me soit maintenant comme impossible de faire de
- la critique sage et tempérée, de la littérature sérieuse, dans ces
- tons mixtes, fins, un peu gris, que je cherchais de préférence sur
- ma palette. Ce diable de petit livre rose (il est bleu à présent)
- sera toujours là, sur ma conscience, sinon comme un remords, du moins
- comme un regret, et aussi comme un de ces points lumineux et enflammés
- qui font paraître tout le reste froid et crépusculaire. Mais, pour
- le moment, je n’aspire qu’à une chose, à la campagne, au repos. Dès
- que je pourrai décemment quitter Paris, c’est-à-dire dans quatre ou
- cinq jours, j’irai, non pas chez moi,—j’y trouverais encore trop de
- mouvement et d’affaires,—mais chez ma belle-mère, où je tâcherai
- de vivre, pendant quelques semaines, d’une vie purement végétative
- et contemplative: car je suis exténué, accablé, brisé, à bout de
- forces... Quoi qu’il en soit, j’espère, mon cher ami, que cet orageux
- épisode resserrera encore nos liens de bonne confraternité: ceux qui,
- dans cette circonstance, me sont demeurés fidèles, peuvent d’autant
- plus compter sur ma reconnaissance, qu’ils ont été plus rares. Léopold
- de Gaillard est à mes côtés, et m’a rendu de grands services. Nous
- dînons ensemble ce soir, et je m’acquitterai de vos commissions, ou
- plutôt je lui lirai votre lettre...
-
-On le voit, Pontmartin, en face du prodigieux succès de son livre, au
-lieu d’en être enivré, en ressentait du regret, presque du remords. On
-le peignait comme vindicatif et méchant; il était, en réalité, l’homme
-le plus doux du monde, le plus bienveillant, le plus prompt à l’éloge.
-S’il avait mérité un reproche comme critique, c’était d’être trop
-indulgent, de se montrer trop coulant à dire: «Beau livre, charmant
-livre, excellent livre!» On l’appelait communément le _Philinte_ de la
-littérature. Un jour, il est vrai, il avait remplacé ses rubans roses
-par les _rubans verts_ d’Alceste; mais cela, en dépit des apparences,
-n’avait rien changé au fond, et le fond, chez lui, c’était la bonté.
-
-Comme Philinte, du reste, ou, si on le veut, comme Alceste, Pontmartin
-était un gentilhomme. A la fin de son livre, laissant là tous les
-pseudonymes, à la La Bruyère ou par _à-peu-près_, dont il s’était servi
-au cours du volume, il avait mis sous chacun de ces noms de fantaisie
-le nom véritable.—Qui entendez-vous par _Argyre_? M. Edmond About.—Et
-_Porus Duclinquant_? M. Taxile Delord.—Et _Polycrate_? M. Gustave
-Planche.—Et _Molossard_? M. Barbey d’Aurevilly.—Et _Caritidès_? M.
-Sainte-Beuve.—Et ainsi pour tous les autres. Après tout, c’était assez
-crâne, et on me permettra bien de mettre en regard de cette attitude
-les agissements de... _Caritidès_.
-
-Il n’est pas un homme de son temps, illustre dans les lettres ou la
-politique, que Sainte-Beuve n’ait encensé, ou au moins ménagé. Il
-n’en est pas un qu’il n’ait dénigré, ridiculisé, criblé d’épigrammes.
-Seulement, les dithyrambes étaient publics, les épigrammes, les
-méchancetés restaient secrètes. Il les confiait prudemment à des
-_cahiers_, soigneusement renfermés dans ses tiroirs. Ainsi a-t-il
-fait pour Chateaubriand, Hugo, Lamartine, Alfred de Vigny, Alfred
-de Musset, Charles Nodier, Montalembert, Guizot, Cousin, Villemain,
-Thiers, Saint-Marc Girardin, Tocqueville et vingt autres. Ces notes
-clandestines devaient sortir de l’ombre, un jour venant, mais seulement
-quand leur auteur serait à l’abri de toutes représailles. C’est d’autre
-sorte qu’agissait Pontmartin. S’il a satirisé,—non pas ceux qu’il
-célébrait en public,—mais ceux qui étaient ses adversaires et qui,
-pour la plupart, ne lui avaient pas ménagé les attaques; s’il les
-attaquait à son tour, c’était en plein soleil, en face et visière levée.
-
-Je viens de nommer Sainte-Beuve. Le 25 juillet 1862, alors que la
-querelle semblait enfin épuisée, il publia un grand article, dans
-lequel il s’efforçait de la raviver. L’article est très habile, très
-spirituel, très brillant, mais les accusations qu’il renferme ne
-sont rien moins que justifiées. Le célèbre critique insiste d’abord
-sur la _préméditation_, qui ne lui paraît pas douteuse. «Il y a eu,
-dit-il, préméditation, s’il en fut jamais, et ruse; vous n’êtes pas un
-enfant, ni nous non plus; nous savons vos finesses... Vous aviez en
-portefeuille des portraits méchants, et, selon vous, jolis: comment les
-produire? C’était une affaire de tactique. Vous les avez fait d’abord
-filer un à un, presque _incognito_, sans le masque et sans _clef_, dans
-un journal honnête qui colportait vos brûlots ou pétards sans s’en
-douter[299]...»
-
-Rien n’est moins exact. Pontmartin,—les faits que j’ai rappelés au
-début de ce chapitre, les lettres que j’ai citées, le démontrent sans
-réplique,—Pontmartin a entrepris son livre sans savoir quel livre il
-ferait, sans même savoir s’il ferait un livre. Quand il a commencé,
-il s’agissait tout simplement pour lui d’envoyer de la _copie_ à
-la _Semaine des Familles_, qui lui en demandait: il ne s’agissait
-en aucune façon de mettre au jour des portraits qu’il _avait en
-portefeuille_. Il n’avait jamais rien en portefeuille, il ne savait pas
-ce que c’était que d’avoir une _gardoire_. Improvisateur merveilleux,
-il n’attendait jamais au lendemain pour _produire_ l’œuvre de la
-veille. Envoyer sans retard à l’imprimeur la page dont l’encre était
-à peine séchée, c’était là toute sa _tactique_. Qu’il eût raison de
-toujours la suivre, je me garderai bien de le dire, mais enfin c’était
-la sienne. Il laissait à d’autres,—que Sainte-Beuve connaissait
-bien,—les manœuvres savantes, les temporisations habiles et les
-longues préparations.
-
-Le second reproche, ou plutôt la seconde accusation de l’auteur des
-_Nouveaux Lundis_ n’est pas plus fondée que la première: «Les Anciens,
-honnêtes gens, écrit-il, avaient un principe, une religion: tout ce
-qui était dit à table entre convives était sacré et devait rester
-secret; tout ce qui était dit sous la rose, _sub rosâ_ (par allusion
-à cette coutume antique de se couronner de roses dans les festins),
-ne devait point être divulgué et profané. Oh! que cela ne se passe
-pas ainsi avec M. de Pontmartin et sous ses marronniers[300]!» Et,
-continuant, il parle d’«abominable procédé», de «vraie traîtrise»,
-de «manquement à tous les devoirs et à toutes les obligations envers
-Jupiter hospitalier». Et savez-vous pourquoi toute cette belle
-indignation, toute cette éloquente invocation aux Anciens et à _Jupiter
-hospitalier_; pourquoi Sainte-Beuve _remonte_, cette fois encore,
-_sur ses grands chevaux_[301]? Eh! mon Dieu, tout bonnement parce que
-Pontmartin a répété le joli mot de M. Buloz sur les marronniers des
-Angles, un mot d’homme d’esprit et qui n’était pas pour nuire à la
-réputation du directeur de la _Revue_!
-
-Mais voilà qu’après avoir invoqué Jupiter, Sainte-Beuve invoque... le
-comte d’Orsay: «Un jour qu’il était ruiné, un libraire de Londres lui
-offrit je ne sais combien de guinées pour qu’il écrivît ses Mémoires et
-qu’il y dît une partie de ce qu’il savait sur la haute société anglaise
-avec laquelle il avait vécu.»—«Non, dit le comte après y avoir pensé
-un moment, je ne trahirai jamais les gens avec qui j’ai dîné[302].»
-Ce que le comte d’Orsay n’avait pas voulu faire, Pontmartin ne l’a
-pas fait davantage. Le seul des personnages de son livre avec lequel
-il eût dîné, c’était «le célèbre conteur _Eutidème_»,—Jules Sandeau.
-Il n’en parle qu’avec la plus vive sympathie. «Dieu merci! dit-il, je
-suis heureux de commencer par celui-là; car, de toutes mes illusions
-provinciales à l’endroit de la littérature et des écrivains en renom,
-il en est peu qui me soient restées plus intactes. C’est une âme
-honnête et délicate qu’Eutidème[303]...»
-
-Dans les _Jeudis_, Eutidème conduit un soir George de Vernay chez
-_Marphise_ (M^{me} Émile de Girardin), qui est à la veille de faire
-représenter au Théâtre-Français sa tragédie de _Cléopâtre_, avec Rachel
-pour interprète. Nous assistons à la lecture de la tragédie, et ce
-n’est pas la moins jolie scène du volume et la moins malicieuse. Les
-juges les plus indulgents s’étonnèrent que Pontmartin eût persiflé M.
-et M^{me} Émile de Girardin après leur avoir été présenté et avoir
-passé quelques heures sous leur toit. La vérité est que l’auteur des
-_Jeudis_ n’avait jamais mis les pieds dans le salon du petit hôtel de
-la rue de Chaillot. «Jamais, dit-il dans ses _Souvenirs d’un vieux
-critique_[304], jamais je ne me serais permis ces railleries si j’avais
-été vraiment reçu par l’illustre Delphine, si j’étais resté cinq
-minutes dans son salon, si j’avais pris un verre d’eau chez elle! Dans
-mon récit, où la fantaisie alternait avec la satire, il m’avait semblé
-que je pouvais déplacer cette scène, qui avait eu réellement lieu le 12
-novembre 1847, au foyer du Théâtre-Français, à la répétition générale
-de _Cléopâtre_. Là, j’étais strictement dans mon droit, puisque M.
-Buloz[305] m’avait amené pour me mettre en mesure de rendre compte de
-la tragédie nouvelle dans la _Revue_ du 15.»
-
-Au fond, dans tout cela, il y avait plus d’épigrammes que
-d’indiscrétions, plus de malices que de méchancetés, du sel à poignées,
-et souvent du plus fin, mais peu ou point de fiel. C’était une satire,
-très vive à coup sûr, ce n’était point un pamphlet. Un critique, qui ne
-pèche point par excès de faiblesse et d’indulgence, mais qui a un sens
-droit et une ferme raison, M. Ferdinand Brunetière, a pu dire, en toute
-justice et vérité, au lendemain de la mort d’Armand de Pontmartin:
-«Il fut de ceux à qui la vie littéraire n’a pas été clémente; et on
-ne peut s’empêcher de philosopher en songeant de quel prix ce galant
-homme, cet écrivain de race et ce critique de talent a payé jadis les
-indiscrétions, _qui paraîtraient bien innocentes aujourd’hui_, de ses
-fameux _Jeudis de Madame Charbonneau_[306].»
-
-En finissant, je ne veux retenir de cet orageux épisode des _Jeudis_
-qu’une très belle lettre de Jules Janin. Le _lundiste_ des _Débats_
-avait été quelque peu égratigné dans le volume sous le nom de _Julio_;
-il n’en écrit pas moins à un jeune littérateur de province, M. Émile
-Fages, qui venait de publier un article sur le livre de Pontmartin:
-
- Passy, 9 octobre 1862.
-
- J’ai déjà lu, Monsieur, ces aimables pages, très ingénieuses, d’une
- critique indulgente et de la meilleure compagnie. Elles me sont
- arrivées hier; votre lettre arrive aujourd’hui comme une confirmation
- de vos déférences pour un bel esprit qui se trompe, et qui bien vite
- est revenu au respect de la profession.
-
- Soyons des premiers, les uns et les autres, à honorer l’art de bien
- dire et de bien faire; et si, par malheur, quelqu’un des nôtres
- insulte à l’art même qu’il exerce, ayons soin de jeter sur sa faute un
- pan de notre manteau, gardant le reste du manteau pour nos jours de
- défaillance!
-
- Et vous avez eu raison, même en lui donnant tort pour cette fois, de
- bien parler de M. de Pontmartin: son mérite et son talent, tout ce
- qu’il a fait, tout ce qu’il doit faire encore, plaident en sa faveur.
- C’est un grand esprit, mieux encore, un homme d’honneur, grand ennemi
- des forces injustes, grand partisan des libertés que nous avons
- perdues, opposé à toutes les usurpations de toute espèce. Les lettres
- françaises feraient une grande perte en perdant M. de Pontmartin.
-
- Encore une fois, vous êtes dans les bons sentiers; vous y marchez d’un
- pas léger, et votre parole a l’accent vrai.
-
- Soyez le bien remercié pour votre sympathie, et comptez sur toutes les
- déférences de votre _ancien_[307].
-
-Toutes ces choses sont bien loin. Quand un combat s’émeut entre deux
-essaims d’abeilles, il suffit, pour le faire cesser, de leur jeter
-quelques grains de poussière. Cette bruyante mêlée, provoquée par
-les _Jeudis de Madame Charbonneau_, et à laquelle prirent part les
-abeilles—et les frelons—de la critique, a pris fin, elle aussi, il y
-a longtemps. Il a suffi, pour la faire tomber, d’un peu de ce sable que
-nous jettent en passant les années:
-
- _Hi motus animorum atque hæc certamina tanta
- Pulveris exigui jactu compressa quiescunt._
-
-De tout ce bruit, de cette querelle littéraire autrefois si fameuse,
-il ne reste plus aujourd’hui qu’un souvenir à demi effacé et un «diable
-de petit livre»,—non le volume rose ou bleu édité par Michel Lévy,
-mais celui qui parut dans la _Semaine des Familles_, où il faudra bien
-qu’on aille le chercher un jour,—un petit livre ingénieux, charmant,
-spirituel au possible,—et qui vivra.
-
-
-
-
-CHAPITRE XI
-
- LA GAZETTE DE FRANCE.—ENTRE CHIEN ET LOUP.—LES NOUVEAUX
- SAMEDIS.—LES CORBEAUX DU GÉVAUDAN.
-
-(1862-1867)
-
- L’Avenue Trudaine.—Frédéric Béchard et Amable Escande.—L’entrée
- à la _Gazette de France_.—M. Silvestre de Sacy.—_Entre chien
- et loup._—La _Revue des Deux Mondes_ et la signature _F. de
- Lagenevais_.—M. Challemel-Lacour et M^{gr} Dupanloup.—A Pradine,
- chez Joseph Autran.—Alexandre Dumas fils et les _Idées de M^{me}
- Aubray_.—Mort de Joseph d’Ortigue.—Aurélien Scholl, le _Nain jaune_
- et le _Camarade_.—Les menus de M. Bec.—Les _Courriers de Paris_,
- de l’_Univers illustré_.—Pontmartin est cité par le P. Félix en
- chaire de Notre-Dame.—Les _Nouveaux Samedis_, Arthur de Boissieu
- et les _Lettres d’un Passant_.—Les _Corbeaux du Gévaudan_.—Joseph
- Joubert.—Une lettre en vers.
-
-
-I
-
-Il faut bien croire que la _Crise Charbonneau_ n’avait pas été trop
-meurtrière pour Pontmartin, puisque, dès le mois de juillet 1862, alors
-que les derniers bruits de la bataille n’étaient pas encore éteints,
-il publiait dans le _Correspondant_, sur les _Misérables_ de Victor
-Hugo[308], une longue étude qui est un de ses morceaux les plus achevés.
-
-A la fin des _Jeudis_, George de Vernay, le maire de Gigondas, retourne
-dans la capitale, qu’il avait juré de ne plus revoir, et il reprend
-«cette vie littéraire contre laquelle tous les serments ressemblent à
-des serments d’ivrogne et de joueur». Ainsi fait également le maire
-des Angles. Il choisit même ce moment pour s’installer dans un coquet
-appartement, au n^o 8[309] de l’avenue Trudaine. Comme au 51 de la rue
-Saint-Lazare, il y habitera pendant huit ans, de 1863 à 1870.
-
-L’avenue Trudaine était alors une oasis d’honnêtes gens et de maisons
-correctes à l’extrémité de cette montée des Martyrs, bruyante,
-tapageuse, mal famée, où se rencontraient, sur un trottoir étroit et
-boueux, toutes les variétés de vareuses rouges, de chapeaux mous,
-de barbes hirsutes, de chevelures en broussailles, de camisoles
-fripées, de pantoufles éculées, de corsages équivoques, de maquillages
-déteints, de chignons suspects; tout un monde de rapins, de modèles
-et de bohèmes, de rôdeurs de barrières et de piliers de brasserie, de
-_déclassés_, de _fruits-secs_ et de _ratés_,—où la Commune recrutera
-plus tard ses colonels, ses _chimistes_ et ses pétroleurs. Au haut
-de cette rude et orageuse montée, vous vous trouviez dans une large
-avenue, plantée d’une double rangée de platanes, et aussitôt il vous
-semblait que vous respiriez un autre air:
-
- A droite et à gauche, dit Pontmartin, une trentaine de maisons
- bourgeoises, régulières et proprettes. Peu de voitures. Sur de larges
- trottoirs, çà et là, un groupe de promeneurs; sur les bancs espacés
- entre les platanes, des arrière-neveux de Philémon et de Baucis,
- lisant tranquillement leur journal. Aux fenêtres entr’ouvertes, à
- travers de légers nuages de mousseline, des sourires de _mamans_, de
- fins visages de _bébés_ agitant à la brise printanière les ballons
- roses des magasins du Louvre. Dans les jardins encore épargnés par la
- démolition universelle, dans l’épaisseur des marronniers de la cité
- Malesherbes, que n’habitait pas encore M. Henri Rochefort, un merle
- siffleur préludait aux sarcasmes du terrible _lanternier_. Derrière
- la grille des petits hôtels, on voyait des volées de moineaux se
- disputant les miettes de pain éparpillées par les élèves de l’École
- commerciale ou ceux du collège Rollin. A la sortie des classes,
- c’étaient des cris de joie, des gazouillements d’oiseaux délivrés de
- leur cage, d’amusantes poussées d’adolescents en belle humeur. Presque
- la campagne, au sortir du coin le plus tumultueux de la plus fiévreuse
- des villes; une miniature de l’Éden à vingt pas d’un diminutif de
- l’enfer; une vague sensation d’apaisement et de bien-être. J’ai passé
- là huit ans, et je dois croire que j’y étais à peu près heureux,
- puisque mes jours les plus néfastes étaient ceux où le _Siècle_ me
- qualifiait d’idiot et où le _Charivari_ me traitait d’imbécile[310].
-
-En même temps qu’il quittait la rue Saint-Lazare pour l’avenue
-Trudaine, il transportait ses pénates littéraires à la _Gazette de
-France_.
-
-Pontmartin se trouvait un peu gêné à l’_Union_, où il était entré,
-nous l’avons vu, en 1858. Grave, solennel d’allure, souvent dogmatique,
-le journal de M. Laurentie n’était pas le cadre qui convenait à
-sa verve exubérante, à ses vivacités de plume, à ses boutades
-humoristiques. Dès qu’il put le faire honorablement et sans rupture,
-il cessa sa collaboration. Je ne lui cachai pas mon regret de le voir
-abandonner une feuille plus politique sans doute que littéraire, mais
-qui, la première parmi les feuilles parisiennes, avait accueilli ses
-causeries de province. Il me répondit, le 10 janvier 1863:
-
- Ce qui m’a décidé, mon cher ami, c’est le désir de rendre service à
- mon compatriote Frédéric Béchard[311], qui m’avait donné des preuves
- de dévouement pendant la crise Charbonneau. Or, Béchard avait grande
- envie d’être mis en possession d’un feuilleton dramatique, ce qui
- est le _hoc erat in votis_ d’une certaine catégorie d’écrivains
- parisiens. Nous ne voulions pas déloger le pauvre Escande[312], qui
- en serait mort de chagrin, et Janicot[313] a mis pour condition que
- nous entrerions ensemble, l’un portant l’autre. Cela durera tant que
- je pourrai y suffire. Mais je sens que je vieillis. Je suis comme
- ces ténors fatigués, qui ne peuvent plus donner que certaines notes.
- Chose singulière! A mesure que je deviens vieux, les notes qui me
- resteraient, ce serait la charge, la caricature, la fantaisie en prose
- et même en vers, toutes choses qui ont besoin de jeunesse et qui, à
- mon âge, ressemblent à des anachronismes ou à des grimaces.
-
-Sa collaboration à la _Gazette de France_ devait durer vingt-huit ans.
-Il l’inaugura, le samedi 13 décembre 1862, par un article sur le roman
-de _Sibylle_, par Octave Feuillet.
-
-Ses feuilletons de la _Gazette_—ils paraissaient sous le titre de
-_Semaines littéraires_—ne se ressentent aucunement—est-il besoin
-de le dire?—de la fatigue dont il se plaignait dans sa lettre du
-10 janvier. Il est aussi en verve que jamais, qu’il parle de Louis
-Veuillot ou de Lamartine, de M. Ernest Feydeau ou de M^{me} Sand, de
-M. Guizot ou de M. Michelet. Il nous a dit tout à l’heure son goût,
-très vif en effet—et très ancien—«pour la charge, la caricature,
-la fantaisie en prose et en vers». Son article sur _la Sorcière_ de
-Michelet[314] est, en ce genre, un modèle qui sera difficilement égalé.
-Le jour où il écrivit ce feuilleton, il était en fortune, selon le mot
-de M^{me} de Sévigné.
-
-Un jour que Pontmartin faisait visite à M. Silvestre de Sacy, celui-ci
-le gronda doucement de son engagement hebdomadaire. «Quand on écrit un
-article par semaine, lui disait l’académicien, c’est beaucoup s’il y en
-a un de bon sur quatre!» Pontmartin n’en demandait pas tant,—ce qui ne
-l’empêchait pas de mettre souvent quatre fois de suite dans le mille.
-
-
-II
-
-Au commencement de 1863, il écrivait encore dans le _Journal de
-Bruxelles_. D’une de ses lettres de cette époque, je détache ces
-lignes: «Le directeur du _Journal de Bruxelles_ a soin de me relancer
-de temps en temps; les lettres que je lui adresse m’amusent, sauf à
-ne pas produire le même effet sur les lecteurs belges. J’y trouve une
-sorte de soupape pour les commérages parisiens qui ne peuvent trouver
-place dans ma Causerie littéraire, et j’y mêle des assaisonnements qui
-ne seraient pas toujours du goût de M. le comte Treilhard[315].»
-
-Du 1^{er} janvier 1863 au 9 juin, jour où prit fin sa collaboration
-au _Journal de Bruxelles_, Pontmartin n’envoya pas à la feuille belge
-moins de onze articles.
-
-Sa grande affaire, au demeurant, était la publication de ses Causeries
-littéraires. Chaque année, il en donnait un nouveau volume. En 1862,
-1863 et 1864, parurent les trois séries des _Semaines littéraires_.
-Pendant que s’imprimait la troisième série, il tomba très gravement
-malade et force lui fut d’interrompre ses Samedis. Le 27 février 1864,
-il fut atteint d’une fluxion de poitrine, qui mit ses jours en danger.
-Ce fut seulement le 10 mai qu’il put quitter Paris et se rendre chez
-sa belle-mère, à la Mûre, où il n’avait pas à redouter l’invasion des
-affaires et des visites qui, aux Angles, seraient venues contrarier sa
-convalescence. Celle-ci ne dura pas moins de quatre mois, passés dans
-l’Ardèche et coupés par une saison de trois semaines à Vichy.—«Vichy
-est le lieu le plus ennuyeux de la terre, m’écrivait-il le 12 juillet,
-et je déplore le sophisme médical qui m’a envoyé à des eaux digestives
-sous prétexte de réparer d’une pleuro-pneumonie l’irréparable outrage:
-je n’ai qu’une consolation, c’est de voir mon Empereur, dont l’état
-empire, plus affaissé et plus déjeté que moi...» Comme sa lettre
-renfermait deux ou trois calembours, j’en conclus que le mal était
-décidément conjuré. La rentrée aux Angles n’eut lieu qu’à la fin
-d’août, et il y resta six mois afin d’éviter l’hiver parisien.
-
-Le 1^{er} mars 1865, il réintégrait l’avenue Trudaine et préparait
-la publication de la première série des _Nouveaux Samedis_. Tandis
-qu’autrefois à ses volumes de critique se venaient joindre des volumes
-de contes et de nouvelles, depuis 1862 il semblait avoir renoncé à
-écrire des œuvres d’imagination. Il avait bien donné au _Correspondant_
-de 1863 un court récit, _Un Trait de lumière_[316]; mais c’était tout.
-En 1865, il revint au roman, et il y fut ramené, on va le voir, par des
-motifs qui n’avaient rien de romanesque.
-
-Il m’écrivait, de Paris, le 27 avril 1865:
-
- Laprade est parti vendredi; Gaillard annonce son départ pour mardi.
- Ces chaleurs si précoces et si extraordinaires mettent en fuite tous
- ceux qui n’ont pas à Paris une chaîne d’or, de fer ou de fleurs. Quant
- à moi, mes chaînes littéraires se sont multipliées et compliquées.
- Tous mes revenus méridionaux me manquant à la fois, je me suis
- effrayé, et j’ai accepté les offres de l’_Illustration_, qui désirait
- rompre avec le _Siècle_, son bateau remorqueur, et passer de gauche
- à droite. Mais je me suis embarqué dans une _série fantastique_ qui
- m’effraye et où, comme Petit-Jean, ce que je sais le mieux, c’est
- mon commencement. Il me manque, pour y réussir, du poignet, une
- connaissance suffisante de l’ancien et du nouveau Paris, et une foule
- d’autres choses...
-
-On était alors au plus fort des démolitions de Paris. L’œuvre était
-grande, utile, nécessaire même; mais les poètes, les rêveurs, les
-flâneurs n’y trouvaient pas leur compte. On leur donnait une belle
-lampe toute neuve, propre et bien polie, en échange de leur vieille
-lampe, pleine de rouille et passée de mode; mais ils se rappelaient le
-conte des _Mille et une Nuits_, et ils se demandaient, comme Aladin,
-s’ils n’allaient pas perdre au troc et si cette vieille lampe, dont
-les débarrassait le Magicien africain,—c’est M. Haussmann que je veux
-dire,—n’était pas précisément _la lampe merveilleuse_. A mesure que
-le vieux Paris s’effaçait et que s’élevaient les nouvelles bâtisses,
-leur imagination réagissait contre cette immense débâcle de toutes les
-poésies du passé. Plus les boulevards s’allongeaient, plus les rues
-s’élargissaient, plus les façades neuves rivalisaient de monotonie et
-de blancheur, plus ils s’enfonçaient dans leurs souvenirs et leurs
-songes. C’est cet état d’âme dont la description avait tenté Pontmartin.
-
-Il supposait un vieillard, poète ou artiste en son temps, contemporain
-des premiers récits d’Hoffmann et des promenades de Victor Hugo
-à travers la cité ou la cathédrale du moyen âge. Le chevalier
-Tancrède—ce sera le nom de son héros—revient à Paris après de longues
-années d’absence; il regarde autour de lui et se demande avec angoisse
-si l’âge a obscurci sa vue ou s’il est le jouet d’un cauchemar. Le
-berceau de son enfance, le théâtre de ses plaisirs, le nid de ses
-amours, le refuge de ses chagrins, tout a disparu; il ne sait pas même
-où loger ses regrets; il lui semble que son exil recommence sur les
-lieux mêmes où il vient de finir: c’était son corps qui n’avait plus de
-patrie; maintenant, c’est son âme. Là où il ne se croyait qu’absent, il
-se reconnaît étranger. Bien des images perdues au fond de sa pensée s’y
-réveillent pour mourir encore; bien des liens qui s’étaient détendus se
-resserrent un moment pour se briser à jamais. Ce quartier, cette rue,
-cette maison, cet escalier, cette chambre, autant de figures aimées,
-devenues des visages indifférents; s’ils ont encore des larmes dans les
-yeux ou des sourires aux lèvres, ces sourires et ces larmes sont pour
-d’autres que lui.
-
-Sombre, pessimiste, morose, refusant de subir le _trop près_ et se
-rejetant sans cesse dans le lointain, le chevalier Tancrède vit moins
-avec les réalités du présent qu’avec les fantômes du passé. Les villes
-ont des âmes comme les hommes. Le vieux Paris a une âme; le chevalier
-la connaît, il l’aime, et c’est elle qu’il regrette et qu’il pleure.
-C’est elle qu’il essaie de retrouver dans ses longues flâneries du
-soir à travers un Paris bizarre, _entre chien et loup_, fantasque,
-paradoxal, humoristique, railleur, sinistre, imaginaire.
-
-J’avais applaudi aux premiers chapitres qui avaient pour titre, dans
-l’_Illustration_, _Paris fantastique_, Pontmartin m’écrivit, le 9 juin
-1865:
-
- Je vous remercie de ce que vous me dites d’encourageant au sujet de
- _Paris fantastique_. Je ne savais pas trop bien, au début, où j’allais
- et ce que je pouvais faire; à présent, il me semble que mon idée se
- dessine un peu plus clairement, et j’y mets un peu de passion, ce qui
- est toujours une chance de réussir. Cela s’appellera, chez Michel
- Lévy, _Entre chien et loup_, et si je ne m’essouffle pas trop vite, il
- est possible que cette série suffise au volume tout entier...
-
-Ce fut seulement au printemps de 1866 que le livre parut. «Savez-vous,
-mon cher ami, me mandait Pontmartin le 8 avril, savez-vous de qui
-dépend la date précise de la mise en vente de mon petit volume? Des
-Apôtres; mais, hélas! des Apôtres revus, corrigés et naturalisés par
-Ernest Renan. En d’autres termes, Michel Lévy prétend que, dans mon
-intérêt même, je ne dois pas paraître dans la même semaine que ces
-nouveaux _Apôtres_ qui absorberont, pendant huit jours, toute son
-activité commerciale. Soit; mais j’aimerais mieux céder le pas à un bon
-livre...»
-
-D’une autre lettre, écrite quelques jours après la publication, qui eut
-lieu le 19 avril, j’extrais ce passage:
-
- ...Je n’ai pas du tout prétendu faire un roman. Vous avez d’assez
- bons yeux et vous êtes assez du métier pour avoir constaté, soit
- dans l’_Illustration_, soit dans le volume, que j’étais arrivé à la
- 79^e page sans savoir où j’allais. Mon idée avait été d’abord de
- faire une série de tableaux ou de croquis où le vieux et le nouveau
- Paris auraient été mis en présence dans des cadres fantastiques.
- Je ne tardai pas à reconnaître que l’entreprise était au-dessus de
- mes forces, et que je n’avais pas d’ailleurs le pied assez parisien
- pour m’en tirer. C’est alors que j’employai le coffret d’Adolphine
- comme planche de sauvetage, et que je pus tant bien que mal arriver
- jusqu’au port. J’avais paru dans de si mauvaise conditions, mon récit
- avait été tellement haché et si peu remarqué dans l’_Illustration_,
- que, sans vous et Michel Lévy, je ne l’aurais peut-être pas publié
- en volume. Vous voyez que les remerciements que je vous dois sont de
- plus d’un genre; certes, si j’avais reçu, l’an passé, le quart des
- encouragements que je reçois aujourd’hui, je puis dire que je n’aurais
- pas si souvent jeté le manche après la cognée et que le livre serait
- meilleur[317]...
-
-L’apparition d’_Entre chien et loup_ coïncidait avec les préliminaires
-de la guerre austro-prussienne. Le petit volume allait donc avoir
-contre lui, non seulement Renan et ses _Apôtres_, mais encore Bismarck
-et la bataille de Sadowa, Le chevalier Tancrède contre le comte de
-Bismarck, c’était le pot de terre contre le pot de fer. Le pauvre pot
-de terre ne fut pourtant pas mis en éclats. Il résista si bien que,
-peu de semaines après, il fallut procéder à une nouvelle édition. Ce
-fut, pour l’auteur, l’occasion d’écrire une très spirituelle préface. A
-ceux qui reprochaient à son livre de «n’être pas un roman dans l’exacte
-acception du mot», il répondait:
-
- ...Est-il bien nécessaire que toute œuvre d’imagination et de
- fantaisie soit un roman?... Faut-il croire, comme Sganarelle, que
- _tout soit perdu_ si, de la première page à la dernière, ensemble
- et détails ne sont pas combinés, calculés, ficelés, serrés comme la
- cravate d’un garçon de noces, en vue du grand événement qui doit
- combler les vœux d’Arthur, punir les fautes de Rodolphe, châtier les
- faiblesses de Madeleine, et conduire le dénouement à la mairie ou au
- cimetière? Qui dit imagination, dit la plus indépendante des facultés
- humaines, et n’est-ce pas la condamner à une véritable servitude, que
- de la forcer à s’ajuster toujours aux mêmes cadres, à entrer dans les
- mêmes moules, à passer par le même chemin, à trébucher dans la même
- ornière? Si vous aviez, comme moi, par goût de dix-huit à vingt-cinq
- ans, par habitude de vingt-cinq à trente, et par état de trente à
- cinquante-cinq, lu des myriades de romans, vous me pardonneriez
- d’avoir essayé de faire un roman qui n’en soit pas un.
-
-La vérité est que le livre manque d’unité. La fin ne correspond pas au
-début. Commencé comme un conte fantastique, l’ouvrage se continue et se
-termine comme un roman: _questa coda non è di questo gatto_.
-
-Ce petit volume d’_Entre chien et loup_ n’en méritait pas moins
-son succès. Le chapitre sur _Maria-Thérésa_, sur la Malibran du
-Théâtre-Italien et sur la Thérésa du café _Bataclan_, eût suffi à le
-justifier. Ce n’est qu’un pastel, mais dont les couleurs n’ont point
-pâli, et que ne doit pas faire oublier l’eauforte glissée quelques mois
-plus tard par Louis Veuillot dans les _Odeurs de Paris_[318].
-
-
-III
-
-L’auteur des _Causeries littéraires_ avait quitté la _Revue des Deux
-Mondes_ en mai 1862. Buloz et Pontmartin ne pouvaient pas s’entendre
-et ils ne pouvaient pas non plus se passer l’un de l’autre. Ils ne se
-lassaient pas de se rechercher, de se brouiller et de se raccommoder.
-Le 1^{er} juin 1866, la _Revue_ publiait un article intitulé:
-_Symptômes du temps. La Curiosité en littérature. IDÉES ET SENSATIONS,
-par MM. de Goncourt_. Il était signé: _F. de Lagenevais_. L’article
-était de Pontmartin; nul ne pouvait s’y tromper. Comme je lui en avais
-écrit aussitôt, il me répondit, le 7 juin:
-
- ...L’article sur les Goncourt est bien de moi, et vous le retrouverez
- probablement dans mon douzième volume. Comme j’avais été obligé de
- l’abréger pour des nécessités de pagination et comme je n’étais pas
- bien sûr que le ton général ne fût pas çà et là en contradiction avec
- quelques-uns de mes anciens articles sur les deux frères jumeaux de
- la sensation et de l’idée, j’ai accepté la proposition de Buloz, qui
- a été, pour la première fois, d’avis de recourir à cette élastique
- signature de Lagenevais. Le Lagenevais en chair et en os n’existe
- pas...
-
-Le 1^{er} juillet et le 1^{er} août 1866, deux autres articles—l’un
-sur les _Romans nationaux_(?) _de MM. Erckmann-Chatrian_, l’autre
-sur le roman de Dumas fils: _Affaire Clemenceau; mémoire de
-l’accusé_,—paraissaient également sous la signature _Lagenevais_. Dans
-le tome IV des _Nouveaux Samedis_, à la suite de ces trois articles,
-on en trouve un quatrième, sur _la Littérature pieuse_, qui a son
-histoire. La voici, telle que l’a contée, dans une de ses lettres,
-Pontmartin lui-même:
-
- Puisque vous aimez, m’écrivait-il, à connaître nos dessous de cartes
- littéraires, voici l’histoire de ce chapitre. Il devait paraître
- dans la _Revue des Deux Mondes_ et faire suite, sous le titre de
- _Symptômes du temps_, aux trois morceaux qui ouvrent ce nouveau
- volume. Quand je quittai Paris en juillet 1866, Buloz, qui désirait
- alors me rattacher tout à fait à la _Revue_, me demanda, presque en
- forme de gageure, si je me croyais capable de faire un article où,
- tout en restant chrétien bien sincère et bien net, je ne m’écarterais
- pas trop des traditions de la rue Saint-Benoît. Il paraissait y voir
- un moyen de conciliation; j’acceptai. D’autre part,—car je ne crains
- pas de me montrer à vous dans toutes mes faiblesses,—j’en voulais
- un peu à M^{gr} Dupanloup, qui, se donnant la peine de dresser un
- catalogue de bibliothèque à l’usage des gens du monde, y avait mis M.
- Roselly de Lorgues[319] (ma bête noire) et avait complètement passé
- sous silence mes _Causeries littéraires_. C’est sous cette double
- influence que j’écrivis mon article. Mais je perdis du temps; je fus
- surpris chez un de mes beaux-frères par les terribles inondations de
- septembre. Mon article ne partit des Angles que le 1^{er} octobre.
- Buloz et ses fils étaient à la campagne; l’article tomba entre les
- mains de M. Challemel-Lacour[320], démagogue et voltairien pur sang,
- qui intercepta, pendant plus d’un mois, l’article et mes lettres, se
- bornant à dire à ses patrons que _cela n’était nullement dans l’esprit
- de la Revue_; si bien que M. Buloz m’a avoué en décembre ne m’avoir
- pas lu: mais dans l’intervalle, et à la suite des inondations, étaient
- arrivés les mandements et la brochure[321] de l’Évêque d’Orléans, et
- la situation s’était tellement envenimée, que Buloz voulait attaquer
- M^{gr} Dupanloup devant les tribunaux!!! Je repris mon manuscrit;
- j’aurais dû peut-être le jeter au feu; mais vous connaissez les
- secrètes faiblesses des auteurs; je le fis lire à mon fils, qui vaut
- mieux que moi. Il n’y trouva rien ou presque rien qui dût m’empêcher
- de le publier. Voilà toute l’historiette, mon cher ami, et maintenant
- vous voyez combien je dois savoir gré à mes amis de laisser de côté
- ces questions délicates pour lesquelles je ne pouvais donner au public
- les explications que je vous donne. Ainsi donc, merci toujours! merci
- pour ce que vous dites, et pour ce que vous ne dites pas[322]!...
-
-
-IV
-
-Le 1^{er} août 1866, nous venons de le voir, Pontmartin avait publié un
-article sur Alexandre Dumas fils. A l’automne, il devait se rencontrer
-avec l’auteur du _Demi-Monde_, à la campagne, chez leur ami commun, M.
-Joseph Autran. Le 15 octobre, ce dernier lui écrivait de La Malle, l’un
-de ses châteaux[323]; il en avait presque autant que le roi de Bohême:
-
- ...Dumas partira de Paris le 5 novembre et restera chez moi jusqu’au
- 20. Cette époque vous convient-elle, et puis-je espérer que vous serez
- aussi généreux que lui? Vous pourriez l’être davantage en arrivant
- plus tôt et en restant plus tard... Quelles intimes et charmantes
- réunions cela va faire! Figurez-vous que nous aurons la primeur de
- cette comédie que Dumas vient d’achever à peine. Il l’apporte dans sa
- valise. «J’ai hâte, m’écrit-il, de vous lire cette curieuse étude qui
- ne ressemble à rien de ce qui a été fait.» C’est à Pradine[324] que
- nous vous recevrons. Cela vous est égal, n’est-ce pas?...
-
-Pontmartin n’avait garde de ne pas répondre à ce gracieux appel. La
-réunion eut lieu dans les premiers jours de novembre, non à Pradine,
-mais à La Malle. L’auteur des _Jeudis_ et des _Samedis_ passa, dans
-l’hospitalière maison du poète, une délicieuse semaine[325]. Dumas lut
-sa comédie, _les Idées de M^{me} Aubray_. Il n’était pas seulement un
-habile dramaturge, c’était aussi un merveilleux causeur. Pontmartin fut
-charmé, mais il ne fut pas conquis. De retour aux Angles, il écrivait à
-Joseph Autran:
-
- Les Angles, mercredi soir, 14 novembre.
-
- Mon cher ami, figurez-vous que je n’ai quitté Marseille que mardi
- à onze heures, et encore ce diable de Dumas voulait m’emmener à
- Toulon, à Cannes, à Nice, à Hyères, et en mille autres lieux! J’ai
- triomphé de ce fascinateur et de ma propre faiblesse; je suis revenu
- ici, et, comme la vertu est toujours récompensée, j’ai trouvé au
- logis deux des plus ennuyeux visiteurs qui aient jamais franchi mon
- seuil... Je n’avais pas besoin, cher ami, de ce contraste pour me
- remémorer avec cette mélancolie inséparable de nos meilleures joies
- des journées trop vite écoulées et pleines de votre image. Quelle
- semaine! quels sujets de réflexions de toutes sortes! Je ne puis,
- malgré mes sympathiques efforts, me rendre un compte bien net de
- l’impression qu’a produite sur moi le héros de la fête. C’est à peine
- s’il suffirait de me dédoubler pour faire le triage. L’esprit est
- ravi, le cœur est attristé, l’âme n’est pas satisfaite. Ce type si
- moderne, si profondément et si brillamment contemporain, intéresse et
- émeut par la peine même qu’il prend pour troubler ou tarir les sources
- les plus hautes et les plus pures d’intérêt et d’émotion. C’est un
- plongeur intrépide et robuste qui a touché du pied le fond de la mer,
- qu’un prodigieux élan a fait remonter à la surface, mais qui, au lieu
- de regarder en l’air pour jouir de la vue du ciel, des étoiles et de
- l’horizon, s’obstine à regarder, à travers cette onde perfide qui
- n’a plus de secrets pour lui, les plantes marines et le sable, le
- gravier et la vase où il a failli s’empêtrer et s’embourber. On lui
- sait gré de ce qu’il est en songeant à ce qu’auraient pu le faire sa
- naissance, son éducation, son premier entourage, les leçons qu’il a
- reçues, les exemples qu’on lui a donnés. On l’admire, on l’aime...
- et on le plaint... O mon ami! Nous à qui la vertu est apparue tout
- d’abord sous les traits d’un père et d’une mère, songeons à ce qu’il y
- a eu d’affreux dans cette situation où c’est une chose énorme, presque
- héroïque, d’être tout à fait un honnête homme, un galant homme selon
- le monde!
-
-Victor de Laprade, invité lui aussi par Autran, n’avait pu se rendre à
-La Malle. Pontmartin lui fit part de ses impressions dans une lettre du
-22 novembre:
-
- Savez-vous ce qui m’a guéri... pour quelques mois? La société de M.
- Dumas fils... Voilà donc la perfection du bel esprit français de 1866,
- le produit le plus complet, le plus brillant, et, pour être juste,
- le plus _propre_ de la société moderne, une intelligence d’élite, le
- Morny du coup de théâtre et de la scène filée, auquel il ne manque
- plus que la patente et le brevet avec garantie du gouvernement! Et
- remarquez qu’il est charmant, que je crois même qu’il se calomnie
- quand il fait étalage de table rase et de matérialisme pratique; mais,
- grand Dieu! que sont donc les autres? Et nous, remercions le ciel de
- nous avoir fait naître loin de ces zones torrides, hors de portée de
- ces pommes d’or croissant sur les bords d’un lac empesté. Il a, lui,
- cinquante excuses pour une; nous, nous n’en aurions point.
-
- Fils d’un père honnête homme et d’un fervent chrétien,
- A ce Dunois du drame, ami, n’enviez rien!...
-
-Le lendemain du jour où il écrivait cette lettre, un coup terrible
-venait atteindre Pontmartin et le frapper au cœur. Sans que rien l’y
-eût préparé, il apprenait la mort de Joseph d’Ortigue[326], l’éminent
-critique musical, son compatriote et son plus intime ami. Il m’écrivit
-le 28 novembre:
-
- ...Le 23, j’ai été foudroyé en ouvrant le _Journal des Débats_, par le
- plus grand des hasards, et en y lisant, sans préparation aucune, un
- article de M. de Sacy qui annonçait la mort subite de mon pauvre vieil
- ami d’Ortigue. Il y a de cela cinq jours, et je ne puis encore revenir
- de ma douloureuse stupeur, je ne puis m’accoutumer à l’idée que je ne
- reverrai plus ce compagnon si bon, si fidèle, si sympathique, de mes
- saisons laborieuses et de mes vacances, l’homme dont les sentiments,
- les goûts, les rêves s’accordaient si bien avec les miens qu’on nous
- appelait les inséparables. Vous lirez dans la _Gazette_ de samedi
- prochain l’hommage que j’ai essayé de lui rendre. Je n’ai pas dit la
- moitié de ce que j’aurais dû et voulu dire: il m’aurait fallu une
- feuille de _Revue_, et l’on m’aurait répliqué sans doute que d’Ortigue
- n’était pas assez célèbre pour justifier une si longue notice. Enfin,
- je suis allé au plus pressé.
-
- Pardonnez-moi, mon cher ami, de vous parler si longuement d’un
- homme que vous ne connaissiez pas, et d’une douleur que vous ne
- pouvez partager. Je suis tellement plein de mon sujet qu’il m’arrive
- plusieurs fois dans la journée de sentir des larmes me venir aux
- yeux, de ne pouvoir les retenir et d’être obligé d’interrompre ce que
- j’écris ou ce que je fais. En face de cet _avertissement_, je suis
- bien peu tourné du côté des vanités littéraires, bien peu disposé
- à vous écouter lorsque vous me parlez de l’Académie, comme vous le
- faites encore dans votre dernière lettre...
-
-Quelques jours après, je recevais l’article de la _Gazette_; je me
-reprocherais de n’en pas reproduire ici les dernières lignes, si
-vraiment belles et si touchantes:
-
- ...L’auteur de la _Messe sans paroles_, s’il a pu se reconnaître avant
- de mourir—ce que j’ignore encore en écrivant ces lignes!—aura eu
- le droit de se dire que, pendant trente-sept ans de journalisme, il
- n’avait pas publié un mot offensant. Rassurante pensée, appréciable
- surtout pour ceux à qui il sera impossible de se rendre le même
- témoignage! Pour moi, aussi faible qu’il était fort, aussi nerveux
- qu’il était doux, aussi mauvais qu’il était bon, sans renseignements
- sur sa mort, exilé à deux cents lieues de cette maison en deuil,
- je n’ose encore mesurer l’étendue de ma perte: je craindrais de le
- pleurer en égoïste, au lieu de le pleurer en ami. A Paris, nous nous
- quittions le moins possible, et ce que je connais le mieux dans la
- grande ville, c’est la rue qui mène de ma porte à la sienne. Ici,
- chaque année, aux vacances, il me _devait_ une longue visite; il était
- heureux de s’acquitter de sa dette, et, depuis ma vieille servante
- jusqu’à mon vieux chien, tout se mettait en fête pour le recevoir.
- Journées radieuses et charmantes qui ne reviendront jamais! Échange
- inépuisable d’idées, de sentiments, de récits, de confidences, de
- raison et de folie! Perdu tout cela, perdu pour toujours! Une mort
- comme celle-là, c’est un pas de plus que fait l’ombre de la nuit pour
- envahir l’ami qui reste. Bon et cher Joseph! «Je n’ai plus ni soir ni
- matin!» disait d’Alembert en perdant une de ses vieilles amies. C’est
- avec un autre battement de cœur, un autre déchirement d’amitié et un
- autre recours vers le ciel, que je te dis: «Sans toi, il me semble que
- la ville et la campagne, que Paris et la province vont me manquer en
- même temps[327]!»
-
-
-V
-
-Au milieu de décembre, Pontmartin regagnait Paris, où il ne devait
-plus, hélas! retrouver son cher d’Ortigue. Il reprenait ses chaînes et
-multipliait plus que jamais sa _copie_. On retrouvait un peu partout sa
-signature, même dans un petit journal dirigé par Aurélien Scholl[328],
-_le Camarade_. Autran ne laissa pas d’être surpris et quelque peu
-scandalisé. Une lettre de Pontmartin, du 20 février 1867, lui donna le
-mot de l’énigme:
-
- Mon cher ami,
-
- _Tu quoque_...et vous aussi, vous avez cru que j’écrivais dans le
- _Camarade_! Hélas! j’expie encore, en 67, mes sottises de 62. Après
- cette crise, cherchant quelques appuis dans la petite presse dont les
- piqûres avaient fini par être pour moi ce que sont les _tavans_ et
- les moustiques pour les rosses les plus paisibles, cédant d’ailleurs
- aux instances de Frédéric Béchard, je consentis à donner cinq ou six
- articles au _Nain Jaune_: quelques mois plus tard, la chose tomba
- d’elle-même. Mais M. Aurélien Scholl, que je n’ai pas vu depuis deux
- ans, et qui est devenu le fondateur ou le rédacteur du _Camarade_,
- trouve commode et économique d’y répéter, sans me consulter, les vieux
- articles du _Nain Jaune_; voilà toute l’histoire...
-
-Le beau-père d’Autran, M. Bec, était célèbre sur tout le littoral de
-la Méditerranée par l’exquise finesse de son goût et le génie de son
-cuisinier; il aurait rendu des points à Brillat-Savarin et à Grimod
-de la Reynière, et c’est lui qui fut l’inventeur des trois côtelettes
-grillées l’une sur l’autre, et dont un gourmand ne mange que celle du
-milieu. Le poète avait hérité du Chef de son beau-père, et c’est sans
-doute en souvenir des plantureux menus de La Malle, de Pradine et de
-l’hôtel de la rue de Montgrand, que Pontmartin ajoutait, dans sa lettre
-du 20 février:
-
- Là-dessus, cher ami, je vous quitte; voici, d’aujourd’hui au 20 mars,
- date mémorable! mon menu qui ne vaut pas ceux du baron Brisse:
-
- Samedis de la _Gazette_, purée à la Chambord.
-
- Mercredis de l’_Univers illustré_, sauce aux câpres, pointes
- d’asperges au gros sel.
-
- Une notice sur M. Thiers pour l’_Illustration_; salade composée (se
- mange avec des oublis).
-
- Un roman pour le _Figaro_, flanqué de _petits fours_!
-
- Et tout cela parce qu’un chimiste a inventé la fuchsine, parce que
- pour moi fuchsine rime avec ruine, en ce sens que cette poudre tue à
- tout jamais nos garances.
-
-Pontmartin parle ici de ses _mercredis_ de l’_Univers illustré_,
-où il faisait à ce moment le _Courrier de Paris_, pour suppléer le
-courriériste en titre, M. Paul Parfait[329], absent ou empêché.
-Outre qu’il obligeait ainsi son éditeur et ami M. Michel Lévy, le
-propriétaire du Magazine, ces chroniques, où il excellait, l’amusaient.
-Trois ans de suite—1866, 1867, 1868—il lui arriva de faire, pendant
-plusieurs mois ou plusieurs semaines, l’intérim de M. Parfait. Son
-nom, d’ailleurs, ne paraissait pas. Les _Courriers de Paris_ étaient
-uniformément signés _Gérôme_. Mais quand Pontmartin tenait la plume,
-les lecteurs s’apercevaient bien vite qu’on leur donnait, non plus
-seulement du Parfait, mais du plus que parfait.
-
-Les _Idées de M^{me} Aubray_, dont les hôtes de La Malle avaient eu la
-primeur, furent jouées au Gymnase le 16 mars 1867. Quelques semaines
-plus tard, Pontmartin rendait compte en ces termes, à Autran, de la
-première représentation et de ses suites:
-
- ...Vous parlez d’Alexandre Dumas fils et de sa pièce; ne croyez
- pas à un succès aussi complet que celui qu’on pourrait supposer
- d’après certains articles et d’après l’effet voulu de la première
- représentation. La salle avait été admirablement composée; les deux
- premiers actes avaient charmé, mais les deux derniers rencontraient
- une résistance qui n’a cédé que lorsque le rideau s’est relevé et
- qu’on a nommé l’auteur. A dater de la quatrième représentation, la
- réaction a commencé et dure encore; l’impression du public raisonnable
- est celle que nous avions vaguement éprouvée et dont je vous faisais
- l’aveu, le lendemain de la lecture: un sujet impossible, révoltant
- même, traité avec une habileté prodigieuse. Si le rôle de Barantin
- n’avait pas été joué par Arnal, qui est merveilleux, et si la pièce
- avait été terminée, comme elle l’était en novembre, par le mot
- enfantin de Lucienne: «Mon bouvreuil est guéri!» je ne sais pas trop
- ce qui serait arrivé. Le: «C’est égal, c’est raide!» adopté à la
- dernière répétition générale, a tout sauvé; le public, voyant qu’Arnal
- était de son avis, s’est tenu pour satisfait.
-
- Croiriez-vous, mon cher ami, que je n’ai plus revu le triomphateur?
- D’une part, j’ai eu honte de ne pas être chargé, comme il s’y était
- attendu, de rendre compte de _Madame Aubray_ dans la _Revue des Deux
- Mondes_[330]; de l’autre, j’étais écrasé de travail pendant qu’il
- passait, du moins je le suppose, des fatigues du Gymnase aux émotions
- de sa nouvelle paternité; et puis l’avenue Trudaine est bien loin
- de l’avenue de Wagram; et puis les courants de la vie parisienne et
- littéraire nous entraînent en sens divers; le Père Félix vient de
- me citer en chaire dans la même conférence où il éreinte l’_Affaire
- Clemenceau_; et puis les vitrines des papetiers, sous ce titre
- ébouriffant: _Menken, sa mère et Alexandre Dumas père_, nous montrent
- une série de photographies d’une telle indécence, que ce nom populaire
- en est encore compromis... Tout cela rend bien difficile ce qui nous
- semblait si simple sous le beau soleil de Provence, dans ce cadre
- offert par votre charmante hospitalité. Mais me voilà, mon cher ami,
- en plein bavardage, et j’oublie que vous aurez peut-être quelque peine
- à me lire[331]; j’ai tant de plaisir à vous écrire! Guérissez-vous
- vite, arrivez-nous! L’Exposition paraît mieux tourner depuis quelques
- jours et devenir intéressante; le temps s’adoucit; le soleil ne garde
- plus l’anonyme; Gaillard est ici jusqu’au 15 mai, et Laprade va
- revenir[332]...
-
-Le Père Félix, en effet, dans sa quatrième conférence de 1867, qui
-fut prononcée le 31 mars et qui traitait des _causes de la décadence
-artistique_, avait cité Pontmartin et l’avait fait en ces termes: «Pour
-assurer ces succès deux et trois fois honteux qui humilient ensemble
-la littérature, l’art et l’humanité, vous savez les puissances qu’on
-invoque: entre toutes, ces quatre choses qu’un critique justement
-illustre[333] a si bien nommées ‘les quatre grandes puissances de
-la littérature contemporaine: l’Annonce, l’Affiche, la Prime et la
-Réclame[334]’».
-
-Etre cité en chaire, devant un auditoire tel que celui de Notre-Dame,
-c’était pour l’auteur des _Causeries littéraires_, la plus enviable des
-récompenses. Presque au même moment lui arrivaient d’autres éloges qui,
-pour venir de moins haut, ne laissaient pas d’être de quelque prix.
-Au mois de juin 1867, il publia le tome IV des _Nouveaux Samedis_.
-Le très spirituel Arthur de Boissieu[335] lui consacra une de ces
-_Lettres d’un Passant_ qui obtinrent, à la fin du second Empire, un
-si légitime succès, si fines, si vivantes, si sérieuses sous leurs
-airs d’enjouement et de badinage. Il louait en Pontmartin «le goût
-qui choisit, l’esprit qui charme et l’art d’écrire aussi juste qu’il
-pense». Il vantait «son amour des lettres humaines, sa fidélité aux
-croyances embrassées, et cette noblesse native qui, dans le cours d’une
-vie honorable et longue, l’avait tenu à l’abri des défaillances et
-au-dessus du soupçon». Puis venait cette page:
-
- M. de Pontmartin est un incomparable charmeur. Il prend le lecteur par
- la confiance qu’il inspire et le retient par la grâce qu’il déploie.
- Il a la force de se contenir et l’art de se diriger. Il se développe
- avec calme comme une rivière au long parcours qui ne retarde sa marche
- qu’afin de donner à ses flots plus d’espace pour féconder la terre
- et réfléchir les cieux. Il sait son chemin, et s’il s’en détourne
- parfois, c’est pour décrire plus de terrains et embrasser plus
- d’horizons. Sa critique observe, découvre, conclut et crée. J’oserais
- lui reprocher quelques faiblesses amicales et certaines indulgences
- partielles qui partent de son cœur et non de son esprit; mais comme il
- revient vite à l’impartialité première qui est le fond de sa nature
- et le signe de son talent! En parlant de ses amis, il ne cesse pas
- d’être vrai, mais il devient prodigue; sans leur retrancher aucune des
- qualités qu’ils possèdent, il leur suppose celles qui leur manquent ou
- leur prête celles qu’il a. Même en supposant, il reste juste; même en
- prêtant, il reste riche[336].
-
-
-VI
-
-Dans sa lettre à Autran, du 20 février, Pontmartin lui parlait d’un
-roman qu’il écrivait pour le _Figaro_. Il s’agissait des _Corbeaux du
-Gévaudan_ qui furent publiés en feuilleton, dans le journal de la rue
-Rossini[337], du 26 avril au 3 juin 1867.
-
-Le 19 août 1858, dans son rapport à l’Académie française sur les prix
-de vertu, M. Saint-Marc Girardin avait raconté une touchante histoire:
-
- En 1821, disait-il, un affreux assassinat fut commis à Joucas
- (Vaucluse), sur la personne de la veuve Boyer. Un paysan de ce
- village, nommé Durand, fut accusé d’avoir commis le crime.
-
- Beaucoup de témoignages se réunirent contre lui; cependant, il fut
- acquitté à une voix de majorité. Durand, pendant les débats, avait
- toujours protesté de son innocence. Quand le verdict du jury fut
- prononcé, la femme de Durand, qui était convaincue que son mari
- n’était pas coupable, s’avança devant le siège des magistrats, et, la
- main levée, prenant le Christ à témoin, elle s’écria:
-
- «—Mon pauvre mari est acquitté, mais il n’est pas lavé; il est
- complètement étranger, je le jure, au crime affreux qu’on lui a imputé
- par suite de machinations infernales, et je prends ici l’engagement
- solennel, devant Dieu qui m’entend, et devant vous, messieurs, qui
- êtes les représentants de sa justice sur la terre, d’amener bientôt
- sur ce banc d’infamie les véritables auteurs de l’assassinat de madame
- veuve Boyer.»
-
- ...Pendant sept années entières, la femme Durand a partout épié et
- surveillé ceux qu’elle soupçonnait d’être les coupables, allant dans
- les foires, dans les marchés, causant, questionnant, interrogeant tout
- le monde, rassemblant patiemment tous les indices, et, chaque jour de
- marché, allant à Apt communiquer ses découvertes aux magistrats. Un
- jour enfin en 1828, ayant surpris par hasard un signe d’intelligence
- entre les nommés Chou et Bourgue, qui, plus tard, furent condamnés
- comme étant les vrais assassins de la veuve Boyer, elle les vit
- s’acheminer vers une maison isolée, près du village de Joucas; ils y
- entrèrent et s’y renfermèrent.
-
- Madame Durand pensa que, si elle pouvait les entendre causer ainsi
- tête à tête, elle parviendrait à surprendre dans leur entretien
- le secret qu’elle poursuivait depuis si longtemps, le secret de
- l’innocence de son mari. La nuit arrivait. Madame Durand se glisse
- près de la maison, gravit un mur, arrive près de la chambre où se
- tenaient les deux hommes, se suspend à un treillage en fer qui montait
- près d’une croisée, et comme les contrevents n’étaient qu’à demi
- fermés, elle voit et elle entend Chou et Bourgue, qui avaient une de
- ces conversations qu’ont presque toujours entre eux les complices d’un
- crime. Bourgue accusait Chou d’être bavard et d’avoir trop parlé; Chou
- demandait à Bourgue de l’argent pour se taire, et Bourgue, qui était
- le plus riche des deux assassins et le gendre même de la victime,
- Bourgue payait cette fois encore le silence de son complice.
-
- Enfin, madame Durand était maîtresse du secret des coupables; elle
- pouvait justifier de l’innocence de son mari. Dès le lendemain,
- elle allait à Apt tout révéler au procureur du roi. Une nouvelle
- instruction avait lieu, onze accusés étaient traduits devant la cour
- d’assises à Carpentras; deux de ces accusés, Chou et Bourgue, étaient
- condamnés à mort, et les autres à des peines plus ou moins fortes.
- Enfin, surtout, l’innocence de Durand, l’ancien acquitté, était
- hautement proclamée par le magistrat qui portait la parole au nom de
- la société.
-
- L’acquittement de Durand était de 1822; la condamnation de Chou et de
- Bourgue était de 1829. Madame Durand avait mis sept ans à rechercher
- et à découvrir la vérité qui devait réhabiliter son mari; sept ans
- de peines, de fatigues, de dangers, de soins, d’intelligence, de
- courage, de dévouement,—et, au bout de sept ans, un jour de joie et
- d’honneur!...
-
-Joucas n’est pas loin d’Avignon, et Pontmartin, dans sa jeunesse, avait
-entendu raconter bien souvent les péripéties de ce drame étrange, tous
-les détails de cette enquête de porte en porte, poursuivie pendant sept
-ans par une héroïque villageoise, ces nuits sans sommeil employées à
-épier les coupables, cette maison isolée, cette croisée entr’ouverte,
-ce treillage en fer. A ces détails romanesques, mais d’une stricte
-vérité, l’imagination ou la tradition populaire avait ajouté un détail
-plus extraordinaire encore que tout le reste, dont M. Saint-Marc
-Girardin n’avait pas parlé, et qui eût été cependant à sa place à
-l’Académie, puisqu’il était renouvelé des Grecs et rappelait l’épisode
-des grues d’Ibicus.
-
-Lorsque Chou et Bourgue avaient assassiné, au milieu d’un champ, la
-veuve Boyer, un vol de ces corbeaux de passage aux ailes grisâtres,
-qu’on appelle _graïo_ dans le pays, avait traversé l’espace, au-dessus
-du champ maudit. La victime les vit:
-
-—_Li graïo lou diran_[338], dit-elle d’une voix expirante, et ses
-yeux se fermèrent.—Plus tard, à la cour d’assises, ce souvenir avait
-arraché à l’un des assassins le suprême et décisif aveu. Tremblant la
-fièvre, les yeux égarés, la face déjà couverte des pâleurs de la mort,
-le misérable, fou de terreur, avait cru voir passer au fond de la salle
-le vol de corbeaux. «Je les vois, dit-il, ils passent, ils passent...
-_Li graïo lou diran._»
-
-Pontmartin avait un peu modifié le drame de 1821. Du paysan Durand,
-acquitté à une voix de majorité, il avait fait le garde-chasse Jacques
-Boucard, condamné aux travaux forcés à perpétuité; de la femme
-Durand, il avait fait Suzanne Servaz, la fiancée de Jacques. A cette
-transformation, certes, le roman n’avait rien perdu. Courageuse et
-touchante, sublimement sainte, pathétique et vraie, Suzanne rappelle,
-sans avoir trop à souffrir de ce voisinage, la _Jeannie Deans_ de
-Walter Scott et la _Colomba_ de Mérimée. Quand parut le volume, la
-critique lui fut indulgente: Dat veniam _corvis_ nec vexat censura
-_Columbas_.
-
-Les _Corbeaux du Gévaudan_ sont dédiés à Frédéric Béchard. Béchard,
-qui possédait à un assez haut degré le sentiment dramatique et qui
-avait eu des succès au théâtre, avait donné à Pontmartin d’utiles
-conseils; c’est un peu grâce à lui que l’auteur d’_Aurélie_ et du
-_Fond de la Coupe_ avait compris qu’il avait, cette fois, à sortir
-de ses habitudes d’analyse, qu’un pareil sujet ne comportait pas de
-subtilités psychologiques, qu’il fallait aller droit au but, montrer
-les événements et les personnages par le dehors; que c’était, en un
-mot, par l’action que devait se dessiner le caractère.
-
-Il y avait eu, au début, entre les deux écrivains, une ébauche de
-collaboration, mais une ébauche seulement. Pontmartin m’écrivait, le 11
-mai 1867: «Un mot, rien qu’un mot, car me voilà gagné de vitesse par le
-_Figaro_ et ne sachant plus où donner de la tête. Ma collaboration avec
-Béchard n’a été bonne qu’à me faire perdre plus de temps, de papier et
-d’écritures. _En réalité, c’est moi qui ai tout fait_».
-
-Un des principaux dramaturges de l’époque, M. Eugène Grangé[339],
-fournisseur attitré de la Porte-Saint-Martin et de l’Ambigu, qui avait
-déjà tiré d’une cause célèbre, celle de _Fualdès_, une pièce très
-réussie, avait été frappé des éléments de succès que les _Corbeaux du
-Gévaudan_ pourraient trouver à la scène. «Les _Corbeaux_ s’impriment,
-m’écrivait Pontmartin le 1^{er} septembre... Je ne sais si je vous ai
-dit qu’il est question d’en faire un drame, et que M. Eugène Grangé
-m’a demandé pour cela des autorisations que je me suis empressé de lui
-donner?»
-
-Les _Corbeaux_ avaient des ailes; ils franchirent la frontière, et il
-en parut des traductions en Espagne et en Allemagne.
-
- * * * * *
-
-L’année 1867 avait été bonne pour Pontmartin. Ses lettres de cette
-époque respirent un vrai contentement; celles à Joseph Autran sont
-particulièrement enjouées. Autran est à Vichy, où il voit tous les
-jours madame V^{ve} Heine, qui lui parle souvent de Pontmartin, dont
-elle achète religieusement et dont elle fait magnifiquement relier
-tous les volumes. Le poète ne manque pas d’en informer son ami, qui
-est resté à Paris malgré l’Exposition, malgré le Grand-Turc qui vient
-d’arriver. Et Pontmartin de répondre aussitôt. Il date ainsi sa lettre:
-_Paris-Byzance, je ne sais quelle date de l’Hégire, et, pour ces chiens
-de Chrétiens, le 1^{er} juillet 1867_. Après quelques détails sur la
-chronique parisienne, arrivant à madame Heine, il lance, sans crier
-gare, un des plus énormes calembours qu’il ait jamais risqués: «Que
-ne suis-je auprès de vous, dit-il, non loin de cette bonne veuve,
-qui me paraît avoir autant d’indulgence que de millions! Vous savez
-qu’elle a un intendant qui s’appelle Laroche. Si cet intendant lui
-fait attendre l’argent qu’il doit lui envoyer, on pourra dire: _La
-Roche-tard-paie-Heine_... Mais j’oublie que le Grand-Turc est dans
-nos murs, et qu’on a étranglé des visirs ou jeté des femmes dans le
-Bosphore pour moins que cela! C’est _in-sultant_, un pareil degré de
-bêtise! donc, je me sauve, en vous remerciant encore...»
-
-Joubert, l’ami de Chateaubriand, écrivait parfois ses lettres en vers,
-mais en vers libres[340]. Il arrive à Pontmartin, quand il est en belle
-humeur, de remplacer sa prose par des alexandrins auxquels la rime, et
-même la rime riche, ne manque pas plus que la mesure. Ainsi fit-il, par
-exemple, le 6 décembre 1867. Le 2 mai précédent, les _cléricaux_ de
-l’Académie avaient préféré M. Jules Favre au royaliste Autran, et voilà
-que le nouvel élu venait de prononcer, au Corps législatif, un violent
-discours contre Pie IX et le pouvoir temporel[341]. Pontmartin en
-informe aussitôt Joseph Autran; il conserve à sa lettre la physionomie
-de la prose; il se trouve pourtant qu’elle est écrite en vers. En voici
-la fin:
-
- ...Comment rester fidèle à ma cause, à ma foi? On me parle de Dieu, du
- Pape et de mon Roi... Bien; mais voici venir un détail qui me navre:
- On nomma, l’an passé, le fameux Jules Favre. Qui le nomma? Falloux,
- Montalembert, Berryer, Laprade, Dupanloup, tressèrent son laurier.
- Aujourd’hui, son discours qui me froisse et me choque, du pouvoir
- temporel publiquement se moque. Préférer ce bavard à mon poète Autran,
- n’est-ce pas trop haïr l’infortuné _Tyran_, pauvre Machiavel compliqué
- de Gribouille, dont l’étoile pâlit, dont le cerveau s’embrouille, et
- qu’Arthur de Boissieu, l’homme du vendredi[342], persifla récemment
- dans un conte hardi[343]? Pour notre âge de fer en contre-sens
- fertile, le mal seul est fécond, et le bien est stérile. Un mensonge
- s’accroche à chaque vérité. Vous êtes libéral... Vive la liberté!...
- soit; mais que faites-vous de certaine Encyclique qui de quatorze
- cent date sa politique? La Révolution vous blesse; ses abus vous
- semblent révoltants? Alors le _Syllabus_ dit vrai; soumettons-nous,
- dépouillons le vieil homme, et que 89 aille le dire à Rome!—ô cercle
- vicieux, même pour la vertu! Dieu, que dois-je penser, et de moi que
- veux-tu?... Un sphinx chaque matin veille devant ma porte. Faut-il
- interroger l’énigme qu’il m’apporte? Il me dévorera, si je devine
- mal, dût ma vieille carcasse être un maigre régal. Si je devine
- bien, hélas! qu’y gagnerai-je? Pourrai-je triompher du trouble qui
- m’assiège? Si le mot est _Peut-être_, il vaut mieux l’ignorer; mieux
- vaut croire et bénir que maudire et pleurer. Plutôt que de hanter le
- dangereux dédale, mieux vaut s’agenouiller humblement sur la dalle,
- crier: _Meâ culpâ!_ je suis un grand crétin, puis dire à mon ami: Tout
- à vous,
-
- PONTMARTIN.
-
-
-
-
-CHAPITRE XII
-
-LA REVANCHE DE SÉRAPHINE
-
-LES TRAQUEURS DE DOT
-
-(1868-1870)
-
- Élection d’Autran à l’Académie. Chasses dans la Crau et la
- Camargue.—M^{lle} Rachel et Ponsard, _Pernette_ et Victor de
- Laprade.—M. Victorien Sardou et la _Dévote_. La _Revanche de
- Séraphine_.—Mort de Lamartine et de Sainte-Beuve.—Les _Traqueurs de
- dot_ et le _Figaro_.—L’Empire libéral. Prévost-Paradol. La guerre
- et la _Marseillaise_, Paul Chevandier de Valdrôme. Histoire d’une
- décoration.
-
-
-I
-
-Au commencement de 1868, Pontmartin eut encore une vraie joie: elle
-lui vint de l’Académie. Il n’avait pas voulu s’y présenter; il avait
-repoussé toutes les avances que lui avaient faites les maîtres du
-logis. Mais cette _immortalité_ dont il ne voulait pas pour lui-même,
-il la désirait ardemment pour un autre, pour son cher Autran, que
-minait depuis longtemps la _fièvre verte_ et qui tenait pour rien et
-son hôtel de la rue de Montgrand[344], et La Malle et Pradine, et ses
-autres domaines, tant qu’il ne serait pas assis sous la coupole du
-Palais-Mazarin. Pontmartin qui, depuis plusieurs années, multipliait
-en sa faveur les visites et les lettres, eut enfin la satisfaction de
-pouvoir lui adresser, le 24 février 1868, ce bulletin de victoire:
-
- Je vous dirai que votre nomination est certaine, indubitable. M.
- Guizot lui-même l’a dit à Michel Lévy, en ajoutant que, cette fois,
- il était heureux de pouvoir se joindre à ses excellents collègues,
- Mignet, Thiers et Berryer. Ces deux derniers ont en ce moment une
- telle prépondérance, un tel regain de popularité et de gloire, que,
- s’ils le veulent bien, ce n’est pas la majorité que vous devez avoir,
- mais la quasi-unanimité. De cette façon, la réparation, quoique
- tardive, sera complète[345]...
-
-Joseph Autran fut élu le 7 mai 1868 en remplacement de Ponsard.
-
-A la fin de mai, après avoir publié la cinquième série de ses
-_Nouveaux Samedis_, Pontmartin quitta Paris pour le Vivarais, où
-l’appelait le mariage d’une de ses belles-sœurs. Les mariages de
-province ne se font pas aussi vite que ceux de vaudeville, et il
-resta près de deux mois, à la Mûre, aux environs d’Annonay. «Cette
-ville, écrivait-il à un ami, offre ce trait particulier que tous les
-habitants s’y occupent, jour et nuit, à manger du chevreau. Pourquoi?
-Parce que le chevreau, complet, se vend 2 fr. 75 centimes; quand on
-l’a mangé, la peau, si elle est réussie, se vend 3 francs: il y a donc
-un bénéfice net de 25 centimes—le prix d’un londrès—à dévorer cet
-animal innocent, qui n’est pas beaucoup plus mauvais que le chat, et
-qui, en outre, rappelle une foule de souvenirs virgiliens, bibliques et
-bucoliques[346]...»
-
-La vie lui était du reste très douce à la Mûre. «Ma femme et ses sœurs,
-écrivait-il encore, ont voulu me ménager ici un ou deux mois de repos,
-de laitage, de fruits rouges, de promenades ou de haltes dans les bois
-d’essences résineuses, et même d’installation dans une étable à vaches,
-assez helvétique, où on m’a posé, dans un coin, une petite table avec
-tout ce qu’il faut pour écrire. Je ne me plains pas; car la campagne
-est délicieuse, et je réalise ici l’idéal qui me manque complètement
-aux Angles: la vie rurale sans affaires.»
-
-Il passa le mois de juillet aux eaux de Vals. Cette année 1868 paraît
-d’ailleurs avoir été pour lui une année de repos... relatif. Quand
-vint l’automne, il se livra tout entier à son plaisir favori. Chaque
-matin, avec ses deux chiens, _Flore_ et _Diavolo_, il se lançait à la
-poursuite de lièvres invisibles et de perdrix absentes. «Les lapins
-se moquent de moi, écrivait-il, les tourdes se tiennent à distance,
-les pies me volent ma poudre et les merles me sifflent. N’importe, je
-poursuis, avec un courage digne d’un meilleur sort, ces promenades
-hygiéniques[347]...» Il rentrait, le soir, avec une mauviette dans son
-carnier, heureux du reste et répétant ce mot de l’un des auteurs de
-l’Anthologie: «Je suis sorti ce matin pour chasser des sangliers et je
-suis rentré ne rapportant que des cigales.»
-
-Il lui arriva, cette année-là, de pousser ses expéditions cynégétiques
-jusque dans la Crau et la Camargue. Au retour d’une de ces courses, le
-29 septembre 1868, il écrit à Autran:
-
- Mon cher ami, à qui le dites-vous? Il y a un mois que je suis
- ici[348], et il y a aujourd’hui 31 jours que je voulais vous écrire.
- Si vous n’avez pas de ma prose, c’est que je voulais faire quelque
- chose de mieux. J’étais invité par un de mes amis[349], en pleine
- Crau, non loin de la station de Raphèle; une fois là, je me disais,
- comme le Crevel[350] de Balzac, que je n’en ferais ni une ni _deusse_,
- et que j’irais vous faire une petite visite, soit rue de Montgrand,
- soit à La Malle. Vous ne devineriez jamais, mon cher ami, ce qui
- m’en a empêché; c’est le manque de linge, de chaussures, de bas et
- de pantoufles. Par suite d’épisodes aussi peu intéressants que peu
- prévus, ma malle était accrochée à la petite gare de Salaise, qui
- correspond avec Serrières. D’autre part, mon ami m’attendait à Arles,
- avec sa voiture, à jour et à heure fixes. Je suis donc parti avec le
- strict nécessaire pour trois jours de chasse; mais j’avais compté sans
- les instances d’un autre habitant de la Crau, un frère de M. Léo de
- Laborde. Or, sa Crau à lui est à celle des environs de Raphèle ce que
- les marais pontins sont à la rue de Rivoli. Vous figurez-vous votre
- longissime ami pataugeant dans des flaques d’eau, poursuivant des
- bécassines, ne rencontrant que des taureaux d’allure fort inquiétante,
- surpris par la pluie et n’ayant pas de quoi changer de chaussettes et
- de souliers? Je suis revenu dans un piteux état, et je dois remercier
- le ciel de n’avoir pas attrapé une maladie.
-
- Maintenant, je suis à votre disposition, où vous voudrez, quand vous
- voudrez, tant que vous voudrez...
-
-La lettre à laquelle répondait le châtelain des Angles était de la
-main de madame Autran, ce qui inspirait à Pontmartin ces jolies
-lignes: «Vous ne me dites rien de votre santé; mais _votre_ écriture
-a parlé pour vous, et, quoi qu’elle soit charmante, quoique la main
-qui a tenu la plume soit vôtre, j’ai le chagrin d’en conclure qu’il
-n’y a pas encore de mieux bien sensible. Puissions-nous au moins vous
-distraire!...»—Et plus loin, en terminant: «Ma femme et Henri sont à
-Évian depuis le 15 septembre; je suis seul ici, accablé d’affaires,
-me débattant avec des fermiers qui parcourent tous les degrés de
-l’insolvabilité, et n’ayant, pour me consoler, que le plaisir de vous
-écrire et le plaisir encore plus vif de songer que je vous verrai
-bientôt. Adieu, mon cher ami, je baise respectueusement la main qui
-écrit, et je réponds tendrement à la voix qui dicte, par l’expression
-d’une fidèle et inaltérable amitié.»
-
-
-II
-
-En novembre, eut lieu, à Pradine, la réunion annuelle. Pontmartin,
-cette fois, s’y rencontrait, non plus avec Dumas fils, mais avec M.
-Jules Claretie, lui aussi futur académicien. Autran leur donna la
-primeur de son discours de réception, consacré à François Ponsard. Il
-n’y disait pas un mot de M^{lle} Rachel et du rôle de cette dernière
-dans la renaissance classique qui rendit possible le triomphe de
-_Lucrèce_. Cette lacune parut fâcheuse à Pontmartin, qui, en sa qualité
-de vieux romantique, était très rebelle au _génie_ de Ponsard et se
-refusait à voir en lui un initiateur et un chef d’École. De retour aux
-Angles, il écrivit donc à Autran:
-
- Vous êtes en veine, et quoique je ne sois ni sorcier ni prophète—dans
- mon pays ni ailleurs—je crois pouvoir vous prédire un brillant hiver,
- un glorieux prélude ou cortège[351] à votre discours de réception,
- que je regarde d’avance comme un succès infaillible. A ce propos,
- mon cher ami, permettez-moi une remarque d’après coup, qui n’a aucun
- rapport avec le mérite de l’œuvre, et dont vous ferez ce qu’il vous
- plaira. Une allusion de trois lignes à l’apparition de M^{lle} Rachel,
- qui précéda de cinq ans la tragédie de _Lucrèce_ et lui prépara les
- voies, ne serait-elle pas tout ensemble un acte de justice et un
- moyen détourné, non pas de diminuer Ponsard, mais de rétablir ces
- proportions et ces nuances que le très spirituel public des _premières
- représentations_ de l’Académie comprend à demi-mot? Il est certain
- que ce fut sous les traits de cette méchante fille[352] que Melpomène
- fit vraiment sa rentrée. Rachel fut la Muse, Ponsard ne fut tout
- au plus que le prêtre, arrivant au moment où l’autel et le temple
- étaient déjà relevés. Il vous suffirait, je le répète, de trois lignes
- pour indiquer ce sous-entendu, une date, un nom, une phrase, pas
- davantage[353]...
-
-Ces trois lignes, Autran se décida à les écrire. Les voici, telles
-qu’on les trouve dans son discours de réception, prononcé le 8 avril
-1869: «Qui ne se souvient de ces heureux débuts de Ponsard?... Quand
-il apparut, c’était son heure: la foule, _ramenée aux anciens modèles
-par une tragédienne inspirée_, commençait à se détacher de la poésie
-aventureuse et sans frein, du drame turbulent et audacieux.»
-
-Pontmartin se défendait, nous venons de le voir, d’être «sorcier ou
-prophète». A ce moment-là même pourtant, il se laissait aller à faire
-une prophétie qui allait bientôt se réaliser. A l’occasion du poème de
-_Pernette_, par Victor de Laprade, il avait publié deux articles[354]
-où, tout en rendant justice aux beautés de l’œuvre, il ne taisait pas
-son regret de voir l’auteur mêler la politique à la poésie et faire
-de son héros l’interprète de ses haines contre le premier et, par
-ricochet, contre le second Empire. En envoyant ces articles à Laprade,
-il lui écrivait, le 1^{er} décembre 1868:
-
- Je n’aime ni n’estime le gouvernement actuel; mais je ne puis pas
- vous suivre, Léopold de Gaillard et vous, sur les roches escarpées de
- l’opposition _quand même_; je redoute plus que tout une Révolution;
- j’en ai trop vu! J’ai gardé un trop fidèle souvenir de l’incroyable
- sentiment d’humiliation et d’angoisse que je ressentis, le 25
- février 1848, lorsque, après dix-huit ans d’une opposition furieuse
- et insensée contre Louis-Philippe, je me vis tombé dans les bras de
- Caussidière et de Louis Blanc! _Si l’Empire tombe, sur vingt chances
- il y en a trois ou quatre pour les d’Orléans et le reste pour une
- troisième République, moins formidable que la première, mais moins
- débonnaire que la seconde..._
-
- Dans cette étrange et douloureuse position, que faut-il faire? Se
- rallier? Nullement; mais revenir, tout en gardant le _decorum_, à un
- idéal plus désintéressé des incidents de la vie politique; les poètes
- à la poésie; les prosateurs à ces créations qui vivent d’une vie
- imaginaire, à mille lieues de nos tristes réalités...
-
-Six jours auparavant, le 25 novembre, il avait écrit, sur le même
-sujet, à Joseph Autran:
-
- ...La haine contre le premier, c’est-à-dire contre le second Empire,
- finit par être, chez Laprade, une véritable obsession, et si elle lui
- vaut les applaudissements de quelques coteries, il y perdra toute
- l’élévation, toute la pureté, toute l’idéalité de son talent. Je ne
- suis ni fonctionnaire, ni courtisan ni journaliste officieux; mais
- je dis franchement aux poètes: Prenez garde! Un siècle ne défait
- pas dans sa seconde moitié la poésie qu’il s’est faite dans la
- première. _Il y a des pourvois contre les surprises ou les erreurs de
- l’histoire; il n’y en a pas contre les créations, même mensongères,
- de l’imagination des peuples._ Bonaparte, même condamné au nom de
- la vérité et de l’humanité, restera poétique. Si des génies ou des
- talents bien divers, Byron, Manzoni, Lamartine, Victor Hugo, Béranger,
- Casimir Delavigne, ont vibré presque en même temps, c’est que, depuis
- Brienne jusqu’à Sainte-Hélène, jamais destinée ne fut un plus riche
- texte de poésie. Si la légende de gloire napoléonienne a pu prévaloir
- à l’époque où les plaies de la France étaient encore saignantes, où
- retentissaient encore les sanglots et les imprécations des mères, ce
- n’est pas au bout de cinquante ans que vous effacerez ce prestige,
- sous prétexte que M. Rouher vous trompe, que M. de Morny vous vola ou
- que M. Haussmann vous démolit...
-
-
-III
-
-Le 29 décembre 1868, le théâtre du Gymnase représenta une comédie de
-M. Victorien Sardou, _Séraphine_, qui avait dû s’appeler d’abord _la
-Dévote_, titre que la censure avait refusé. Très habilement faite,
-renfermant deux ou trois scènes vraiment dramatiques, la pièce réussit.
-Quelques naïfs du parterre, qui ne connaissaient peut-être que de nom
-le _Tartufe_ du grand Poquelin, avaient même crié: _Bravo, Molière!_
-Hélas! ce n’était pas _Tartufe_ que rappelait la comédie de M. Sardou,
-c’était tout bonnement le _Fils de Giboyer_. Séraphine, la présidente
-de l’œuvre pour le rachat des petits Patagons, n’était qu’une copie,
-très poussée au noir, de la baronne Pfeffers, d’Emile Augier.
-
-Rendant compte de la pièce dans _Paris-Journal_, Henri de Pène exprima
-le regret que l’auteur n’eût pas consulté un homme du monde—tel M.
-de Pontmartin—mis en contact par nécessité ou par goût avec de vrais
-dévots et de vraies dévotes.
-
-L’auteur des _Causeries littéraires_ était aux Angles. Piqué au
-jeu par ce gracieux souvenir, il lut _Séraphine_ et improvisa en
-quelques jours une réplique, qui n’était rien moins elle-même qu’une
-petite comédie en deux actes et un prologue. Elle parut aussitôt dans
-_Paris-Journal_ sous le titre de _la Revanche de Séraphine_.
-
-Dans sa lettre d’envoi à Henri de Pène, Pontmartin disait:
-
- ..._Séraphine_ m’a paru, comme à la plupart de ses juges, plus
- dramatique que juste, plus intéressante qu’impartiale. La véritable
- question demeure intacte: Sardou ne l’a pas vue, ou il l’a redoutée.
-
- Il n’y a, selon moi, que deux manières de traiter ce sujet, si actuel,
- de la _Dévote_: ou le léger croquis à la plume qui nous montre une
- femme à la fois catholique et mondaine, allant le matin à l’église,
- le soir au bal ou au spectacle, se passionnant pour le prédicateur à
- la mode et inventant de bonnes œuvres pour le plaisir d’organiser une
- fête, où elle inaugure une nouvelle toilette: mais on ne fera rien
- de mieux, en ce genre, que la _Vie parisienne_; la veine me semble
- épuisée, et ce n’est d’ailleurs que la surface du sujet.
-
- Ou bien—et c’est ici que le drame pourrait prendre de plus larges
- proportions—la _Dévote_ vraie, sincère, émouvante et irritante tout
- ensemble: avec son bien et son mal, les embarras qu’elle entraîne
- dans la vie d’un homme d’imagination, mais aussi la sécurité qu’elle
- apporte au foyer d’un homme d’honneur. De là des conflits, des
- contrastes, des alternatives de comique et de pathétique, dont un
- maître tel que Victorien Sardou pourrait, je crois, tirer un grand
- parti.
-
- Je me couvrirais de ridicule, mon cher ami, si je vous disais que,
- dans la _Revanche de Séraphine_, j’ai eu la prétention de faire ce
- que je viens d’indiquer. Déclarer que cette esquisse est _injouable_,
- ce n’est pas assez. J’ai voulu seulement répondre à votre appel, en
- écrivant une page de critique dialoguée, vivante, résumée en quelques
- personnages, ou mieux encore, comme dirait un joueur de whist, une
- _invite_ à un véritable auteur dramatique—et pourquoi pas à Sardou
- lui-même?—pour s’emparer de mon germe d’idée et en faire une vraie
- pièce.
-
-Pontmartin faisait trop bon marché de son _esquisse_. La _Revanche de
-Séraphine_ n’était pas si _injouable_ que cela. C’est une vraie pièce,
-bien conduite, émouvante par endroits, toujours spirituelle. Peut-être,
-s’il l’avait voulu, s’il eût récidivé, s’il s’y était appliqué
-sérieusement et avec suite, peut-être l’auteur des _Samedis_ aurait-il
-réussi au théâtre, comme il avait réussi dans le roman.
-
-
-IV
-
-Le 1^{er} mars 1869, Lamartine mourait à Passy, pauvre, oublié, dans
-l’ombre et le silence,—heureux pourtant, car il avait à son chevet
-des amis véritables, une nièce, ou plutôt une fille, digne de porter
-son nom, M^{me} Valentine de Lamartine, un prêtre qui allait mériter
-bientôt la palme du martyre, celui-là même qui avait reçu le dernier
-soupir de Chateaubriand, l’abbé Deguerry, curé de la Madeleine. Il
-mourait fidèle au _Dieu de son berceau_, pressant sur ses lèvres
-ce _Crucifix_ qu’il avait célébré, dans ses _Méditations_, en vers
-impérissables.
-
-Quatre jours après, Pontmartin me mandait ce qui suit:
-
- Paris, vendredi 5 mars 1869.
-
- ...Je reçois à l’instant votre lettre, et je vous écris ces
- quelques lignes pour me reposer le cœur et l’esprit. Je viens de
- passer trois jours écrasants pour un homme d’âge. Lundi, à cinq
- heures, mon fils, en rentrant, m’annonce la mort de Lamartine.
- A sept, visite du directeur de l’_Illustration_, qui me demande
- d’urgence un Lamartine pour mardi soir; ce même mardi, à 8 heures
- du matin, lettre de Janicot, qui m’adjure de devancer de deux jours
- _ma_ semaine littéraire et de faire _mon_ Lamartine[355] pour jeudi
- soir. Engagement et promesse de ma part, que M. Janicot récompense
- immédiatement par l’envoi d’un fauteuil d’orchestre pour la première
- de _Faust_ à l’Opéra. Cette brillante représentation, embellie, à ma
- gauche, de la présence de notre Empereur, à ma droite de celle de S.
- M. la Reine d’Espagne; nous applaudissions encore et nous rappelions
- mademoiselle Nilsson[356] à une heure 1/2 du matin. Hier j’étais moulu
- comme si on m’avait jeté du haut de la Gemmi dans une écritoire. Mais
- enfin me voilà sorti de ce coup de feu et rentré dans les conditions
- de la vie ordinaire...
-
- ...Quant à mon petit volume[357] (qui paraît jeudi prochain), c’est
- lui faire beaucoup d’honneur que de publier la petite note que je
- vous envoie. Tout l’intérêt et peut-être tout le péril de ce volume
- résideront, je m’y attends, dans l’étude de 55 pages sur Berryer[358].
- Je ne suis pas tout à fait rassuré de ce côté-là. L’expression d’une
- tendre admiration obtiendra-t elle grâce pour les restrictions et
- les réserves? L’hommage chaleureux à la Restauration me fera-t-il
- pardonner certaines nuances de désabusement mélancolique? Les
- anecdotes artistiques et les notes familières paraîtront-elles dignes
- de ce grave sujet? Je doute, et, dans le doute, je demande à mes amis
- de ne pas me juger avec trop de rigueur. Peut-être y a-t-il de la
- vanité dans mon inquiétude, et la solution de ce petit problème sera
- tout simplement qu’on laissera passer le volume sans y prendre garde:
-
- Gresset se trompe, il n’est pas si coupable!
-
-Pontmartin était coupable pourtant, et il avait raison de n’être point
-rassuré. Son chapitre sur Berryer est une erreur et une faute,—une
-faute qu’il aggravera encore quinze ans plus tard, en attendant de la
-réparer par un suprême et définitif hommage.
-
-La lettre du 5 mars se terminait ainsi:
-
- Je n’ai pas besoin de vous dire, mon cher ami, avec quelle impatience
- j’attends les bonnes et très bonnes feuilles de votre _Victor
- Hugo_[359]. Votre point de vue de l’éreintement dans l’admiration me
- semble excellent, et soyez sûr que vous aurez bien des gens de votre
- côté. La mort de Lamartine, sans être tout à fait un événement (car on
- le savait envahi déjà par les ombres de la mort, _morte futurâ_), a
- cependant attendri les imaginations et les âmes, ramené les souvenirs
- vers des époques où nul ne lui aurait disputé le sceptre de la
- poésie moderne, et j’aperçois çà et là des indices, des velléités de
- comparaison qui laisseraient l’avantage au poète des _Harmonies_.
- Quant à moi, je ne dissimule pas mes préférences lamartiniennes[360]...
-
-S’il pleura Lamartine, je crois bien qu’il n’a pas pleuré
-Sainte-Beuve, mort à quelques mois de là le 13 octobre 1869. Depuis
-longtemps déjà rien ne subsistait plus de leur ancienne amitié. Nul
-plus que Pontmartin ne prisait le talent de l’auteur des _Lundis_;
-mais il admirait Sainte-Beuve en le mésestimant. «En dehors des crises
-passagères, dit-il quelque part, des bourrasques et des gourmades de
-la vie littéraire, le sentiment dont j’ai toujours eu à me défendre
-à l’égard de Sainte-Beuve, ce n’est pas l’aversion, l’animosité ou
-le dépit; c’est, au contraire, l’irrésistible attrait qu’un homme
-rempli de bonnes intentions, mais faible et peccable, éprouve pour une
-splendide et spirituelle courtisane[361].»
-
-Pontmartin était à deux cents lieues de Paris lorsque mourut
-Sainte-Beuve et que son corps, comme il l’avait demandé, fut transporté
-de son domicile au cimetière Mont-Parnasse, sans passer par l’église.
-Son article, publié dans la _Gazette de France_ dès le 17 octobre,
-n’était forcément qu’une première esquisse, un simple crayon; il se
-terminait par ces lignes:
-
- Remarquez que j’ai fini, et que je n’ai pas dit un mot de religion.
- Au comble de ses vœux, sénateur, bien en cour, parvenu aux dignités
- et à la gloire, admis dans la plus intime familiarité des princesses,
- Sainte-Beuve était cruellement froissé de se sentir impopulaire; il
- s’est délivré du pli de rose du sybarite en embrassant la religion de
- l’épicurien. Il a fini par obtenir ce qui lui manquait: il est parvenu
- à la popularité par l’athéisme; désormais, il pouvait traverser sans
- crainte le Luxembourg; il aurait même pu remonter en chaire. La libre
- pensée est accommodante: elle permet de donner beaucoup à César,
- pourvu qu’on refuse tout à Dieu. N’importe! Cette mort serre le cœur:
- elle est effrayante et sinistre; cela _vous fait froid dans le dos_.
- Mais nous sommes encore trop près de ce cercueil sans consolation,
- de ces funérailles sans prières, de cette tombe sans espérance. Le
- chrétien aurait trop à dire; l’homme du monde doit se taire. A la
- religion du néant on ne peut opposer que le silence[362].
-
-
-V
-
-Quelques mois auparavant, en décembre 1868, M. de Villemessant avait
-annoncé à ses lecteurs la prochaine publication d’un roman spécialement
-écrit pour le _Figaro_ par MM. A. de Pontmartin et Frédéric Béchard, et
-qui aurait pour titre: _les Traqueurs de dot_. J’avais aussitôt écrit
-aux Angles pour demander ce qu’il y avait de vrai dans cette nouvelle,
-et Pontmartin m’avait répondu le 19 décembre:
-
- Je regrette que vous ayez pris au sérieux ces _Traqueurs de dot_.
- Voici leur histoire. Au mois de septembre, Frédéric Béchard m’écrivit
- une lettre vraiment touchante, où il m’exprimait ses scrupules et
- ses remords sur ce qu’il y avait d’illusoire dans son semblant de
- collaboration aux _Corbeaux_, et il ajoutait que, pour s’acquitter
- envers moi, il me priait de consentir à une contre-partie exacte des
- _Corbeaux_, c’est-à-dire à un roman dont il serait l’auteur, et que
- je corrigerais en détail, avant qu’il le livrât aux imprimeurs. J’ai
- résisté, il a insisté, et nous avons fini par transiger. Il a été
- convenu qu’il m’enverrait le _scenario_, que je lui communiquerais
- mes idées, et que j’ébaucherais, à moi tout seul, la première partie
- (il y en aura trois). Mais surtout il avait été stipulé que mon nom
- ne paraîtrait pas. Malheureusement, M. de Villemessant, outre sa
- légèreté proverbiale, a des préventions contre le talent de Béchard,
- et celui-ci lui ayant demandé, comme une gracieuseté, d’insérer dans
- le _Figaro_ la note relative aux traductions allemande et espagnole
- des _Corbeaux_, il a profité de cette occasion pour commettre cette
- première indiscrétion, qui sera probablement suivie de quelques
- autres. J’ai immédiatement écrit, et on m’a promis qu’il n’y aurait
- plus que des indiscrétions verbales, boulevardières, et que, dans tous
- les cas, mon nom ne figurerait jamais au bas des feuilletons. Quant à
- moi, je n’ai pas moins de deux romans et de trois nouvelles dans la
- tête.
-
- Les romans: _l’Épée à deux tranchants_, _l’Auberge du Vivarais_.
-
- Je n’ai pas encore trouvé le titre des nouvelles; dès que je serai
- à Paris, j’en écrirai une; car ici je perds un temps énorme, et dans
- des conditions hébétantes. Puis je verrai si, avec cette nouvelle,
- et les quelques esquisses que j’ai en portefeuille, je pourrai faire
- mon volume, _les Miettes du pauvre_. Mais, dans tout cela, je mourrai
- sans avoir réalisé mon grand rêve: un livre gigantesque, une épopée
- intellectuelle qui se serait appelée _les Mémoires de Figaro_ et
- serait allée de 1784 à 1851 (coup d’État).
-
-Six mois après cependant, le 8 juin 1869, le _Figaro_ publiait le
-premier chapitre des _Traqueurs de dot_, avec la double signature
-d’Armand de Pontmartin et de Frédéric Béchard. La veille avait paru, en
-tête du journal, la lettre suivante, adressée au rédacteur en chef:
-
- Cher monsieur de Villemessant,
-
- Voici nos _Traqueurs de dot_, vous vous étonnerez peut-être d’y
- trouver nos deux noms.
-
- Lorsque nous avons publié, dans le _Figaro_, les _Corbeaux du
- Gévaudan_, signés d’un seul de nous, nous avons cédé, selon votre
- désir, au préjugé qui frappe de discrédit la collaboration. Cette
- fois, celui des deux auteurs qui avait gardé l’anonyme pour le
- premier roman était naturellement désigné pour assumer à lui seul la
- responsabilité du second. Mais nous avons fini par apprécier si bien
- les avantages du travail en commun que ces cachotteries nous ont paru
- puériles et que, bien loin de dissimuler notre collaboration, nous
- désirons l’affirmer.
-
- Pourquoi n’en serait-il pas du roman comme du théâtre? L’essentiel,
- c’est qu’au fond les deux collaborateurs soient liés par la communauté
- absolue des idées générales. Nous comprenons que des écrivains,
- partant de principes contraires, n’obtiennent que des effets
- disparates. S’ils se trouvent placés, pour observer la société, au
- même point de vue, leur observation ne peut que se compléter au lieu
- de se contredire, et leur œuvre, en son ensemble, est forcément
- homogène.
-
- Quant aux détails, la nature même du roman nous paraît la meilleure
- justification de ce procédé littéraire. Une fois le plan bien arrêté,
- le champ y reste encore assez vaste pour que l’imagination des deux
- conteurs puisse s’y déployer librement.
-
- Dans les _Traqueurs de dot_, par exemple, qui transportent tour à tour
- le lecteur des salons les plus parisiens sur les neigeuses Cévennes,
- et des étroits horizons de la vie de province dans les immenses et
- brûlantes savanes de l’Amérique du Sud, nous ne risquions ni l’un ni
- l’autre, avouez-le, d’être gêné par le voisin.
-
- Au surplus, cher monsieur, vous restez absolument libre de maintenir
- la combinaison primitive. Nous vous soumettons seulement notre idée,
- justifiée d’ailleurs par d’illustres et heureux précédents. C’est à
- vous de choisir et de décider.
-
- Tout à vous,
-
- A. DE PONTMARTIN,
-
- FRÉDÉRIC BÉCHARD.
-
-Pressé par Frédéric Béchard, _traqué_ par Villemessant, Pontmartin
-avait fini par céder. Lourde était la faute, car ce roman médiocre,
-ces feuilletons auxquels il avait pris une si petite part,—_quorum
-pars parva fuit_,—ne pouvaient que nuire à son bon renom d’écrivain et
-de conteur. Il le sentait mieux que personne; à peine la publication
-fut-elle commencée qu’il s’en désintéressa complètement. Le 27 juin, il
-m’écrivait de Paris:
-
- Un mot seulement, qui vous expliquera bien des choses. Ma femme est
- malade depuis la fin d’avril; il n’y a jamais eu de danger, mais elle
- est restée dans son lit près de six semaines, et nous n’en sommes pas
- encore, malgré un mieux décisif, à la promenade en voiture. Il en est
- résulté que j’ai complètement _lâché_ les _Traqueurs_: je n’ai pas
- même revu le manuscrit; c’est Béchard qui a corrigé les épreuves...
-
- Maintenant, au risque de vous trouver incrédule, je vous dirai que
- je désire ardemment un _fiasco_, et que jusqu’à présent circonstances
- extérieures, public, administration du journal et imprimeurs me
- servent à souhait... La collaboration, chose désastreuse en elle-même,
- anti-littéraire, ennemie de toute inspiration franche et personnelle,
- ne peut avoir de prétexte ou d’excuse que lorsqu’elle est agréable.
- Or, pour moi, c’est un cauchemar et un supplice.
-
-En dépit de ces tristes _Traqueurs de dot_, ainsi laissés pour
-compte par Pontmartin, sa campagne de 1869 n’en avait pas moins été
-très brillante, puisqu’elle avait eu à son actif la _Revanche de
-Séraphine_, une très remarquable nouvelle, _Françoise_, publiée dans
-le _Correspondant_[363], le _Salon de 1869_ à l’_Univers illustré_, le
-tome sixième des _Nouveaux Samedis_, et les Causeries hebdomadaires de
-la _Gazette de France_. Au mois de juillet, ignorant que l’auteur des
-_Samedis_ était encore à Paris, où le retenait la santé de sa femme,
-Joseph Autran lui écrivait:
-
- Est-ce aux Angles, ou à quelque port de l’Océan, est-ce à vos
- montagnes du Vivarais qu’il faut aller vous demander? ou plutôt
- n’est-ce point encore à cette avenue Trudaine où vous avez, ce
- me semble, poussé de plus fortes racines que vous ne pensiez? Je
- m’explique du reste à merveille cette recrudescence de tendresse pour
- Paris. Vous venez d’y faire une de ces campagnes qui sont tout un
- rajeunissement, et vous y avez cueilli de nouveau trop de charmants
- succès pour en quitter sans regret le cher théâtre. En vérité, cher
- ami, j’admire cette puissance de sève. Il n’y a que vous pour se
- renouveler ainsi de saison en saison et pour dresser une tige toujours
- plus haute et toujours plus verte au milieu de tant de jeunesses déjà
- flétries...
-
-Autran finira pourtant par retrouver son ami et par l’attirer, cette
-année encore, à Pradine, dans ce charmant pays que le Luberon abrite
-contre le mistral et qui réunit les pittoresques beautés de la montagne
-aux douceurs et aux agréments de la plaine. Pontmartin y passera tout
-le mois de novembre, et quand il sera rentré aux Angles, Joseph Autran
-lui écrira:
-
- Mon cher ami, ce n’est pas à vous de m’écrire les souvenirs que vous
- emportez de Pradine. C’est à moi plutôt de vous dire ceux que vous y
- laissez. Croyez bien qu’une grande partie du charme de notre foyer
- vient de ce que vous y apportez, et quand j’ai appelé ces douces
- journées d’automne «l’été de la Pontmartin», je pensais moins à la
- sérénité des jours qu’à ce rayonnement du cœur et de l’esprit qui
- marque votre passage. Dieu nous accorde de les renouveler souvent
- encore et de vieillir dans cette chère amitié qui, depuis trente ans,
- n’a pas eu un nuage.
-
-
-VI
-
-L’année 1870 s’inaugura par la formation du ministère Ollivier. Ce
-coup de théâtre était presque un coup d’État. Napoléon III biffait, _le
-2 janvier_, ce qu’il avait écrit _le 2 Décembre_; il brûlait ce qu’il
-avait adoré, il adorait ce qu’il avait brûlé. Le nouveau ministère,
-en effet, avait pour mission de transformer l’Empire autoritaire en
-Empire libéral. Il y eut, dans le camp de l’opposition conservatrice,
-un applaudissement presque universel. Les hostilités s’arrêtèrent; à
-la guerre ouverte succéda l’armistice, prélude d’une réconciliation
-prochaine. M. Guizot reparut dans les salons officiels; M. Odilon
-Barrot présida la commission de décentralisation; le duc Albert
-de Broglie accepta d’entrer dans la commission de l’enseignement
-supérieur, où figurait également l’_irréconciliable_ Léopold de
-Gaillard. Encore quelques semaines, et Prévost-Paradol deviendra
-ministre de France aux États-Unis, pendant que M. Émile Ollivier sera
-appelé par l’Académie française à l’honneur de remplacer Lamartine: MM.
-Thiers et de Falloux se chargeront d’aller annoncer à l’heureux élu le
-vote presque unanime de l’illustre Compagnie[364]. Pontmartin fut moins
-prompt à l’enthousiasme. Même au plus beau moment de cette _lune de
-miel_, il ne pouvait se défendre de répéter:
-
- Ce bloc enfariné ne me dit rien qui vaille.
-
-Le 25 février 1870, il m’écrivait des Angles:
-
- ...Je suis agacé de voir les choses tourner de façon à rassurer
- peut-être l’égoïsme bourgeois, mais à frapper de prescription
- indéfinie nos principes et nos espérances. L’Empire libéral, c’est
- un pommier produisant des pêches; c’est Guillot le sycophante ou
- le loup devenu berger. Ce n’est pas en greffant ainsi la liberté
- sur le despotisme, l’économie sur la dilapidation, la justice sur
- l’arbitraire, l’honnêteté sur la rouerie, que l’on refait l’esprit
- public, le sens moral d’un peuple, ou, pour tout dire en un mot, son
- âme...
-
-Il avait du reste, à ce moment, de nombreux sujets de tristesse. De
-cette même lettre du 25 février, je détache ces lignes:
-
- Je lutte, depuis un certain temps, contre une _jettatura_ que tout
- le corail napolitain ne réussirait pas à conjurer. Tombée malade au
- mois de mai, ma femme commençait à peine à se remettre lorsque j’ai
- été repris par cette gastralgie nerveuse qui m’a déjà fait de si
- fréquentes et de si désagréables visites. Plus d’appétit, plus de
- sommeil surtout. C’est comme un voile grisâtre, une brume de novembre
- répandue sur ma pauvre imagination et, tant que ma femme n’est pas
- tout à fait rétablie, nous ne pouvons pas songer à retourner à Paris,
- où il paraît que l’on n’échappe à la glace et à la neige que pour
- maudire le dégel, la boue et M. Chevreau[365]...
-
-Le 1^{er} mars, il conduisit sa femme à Cannes et l’y laissa avec son
-fils, pendant que lui-même revenait à Paris, comptant n’y rester que
-quelques jours, le temps seulement de donner congé à son propriétaire
-de l’avenue Trudaine et de publier le septième volume des _Nouveaux
-Samedis_. Les nouvelles de Cannes étant devenues meilleures, il
-prolongea son séjour de quelques semaines jusqu’au milieu de juin, et,
-comme l’année précédente, il fit le _Salon_ à l’_Univers illustré_.
-Il se disposait à retourner aux Angles, quand il rencontra, un soir,
-à l’Opéra, Prévost-Paradol, lui-même à la veille de partir pour
-Washington. Comme il regagnait sa place, Paradol l’arrêta amicalement
-au passage et lui dit: «Si votre modestie vous empêche de songer à
-la succession de M. Villemain[366], nous sommes menacés de perdre
-bientôt un autre de nos collègues, le pauvre Prosper Mérimée[367]...»
-L’ouverture qui commençait interrompit celle que l’auteur de la _France
-nouvelle_ allait lui faire.
-
-Un mois plus tard, la guerre éclatait. Pontmartin était aux Angles.
-Il n’eut pas un instant d’illusion; dès la première heure, il comprit
-l’immensité du péril. Tandis que les patriotes ou les dilettantes
-de la capitale, bien installés dans leur fauteuil d’orchestre,
-applaudissaient Faure ou M^{me} Marie Sass chantant la _Marseillaise_,
-il disait aux Parisiens, aux ministres, aux généraux, à l’Empereur
-lui-même: «Prenez garde, la _Marseillaise_ ne vous portera pas
-bonheur!» Et peu de jours après, au lendemain de nos premiers
-désastres, il ajoutait: «Des invités de Compiègne, des familiers du
-Palais-Royal ont ouvert bravement le feu en attaquant les dieux et les
-demi-dieux de l’Olympe officiel. Nous qui sommes constamment restés
-à l’écart, loin des grandeurs et des flatteries de ce monde, nous
-serons plus respectueux et plus humbles. Selon nous, si la fortune
-a paru d’abord infidèle à nos armes, la faute n’en est ni au _chef
-suprême_, ni au major-général, ni au Grouchy de 1870, ni au précepteur
-dans l’embarras. Le vrai coupable, ou, pour parler plus exactement, le
-véritable _jettatore_, c’est Rouget de Lisle; c’est l’hymne néfaste,
-trop connu sous le nom de _Marseillaise_.» L’article se terminait
-ainsi: «M. Émile Ollivier s’est écrié, du haut de la tribune: ‘Le
-plébiscite[368] est la revanche de Sadowa!’» Non: le plébiscite a été
-le prologue de Wissembourg, de Wœrth et de Forbach, ou, pour parler la
-langue des joueurs, cette campagne de Prusse en France est le _paroli_,
-le _banco_ du plébiscite.—«Sire, répondait Michaud à Charles X qui lui
-reprochait son mutisme à la tribune, j’ai dit trois mots; ils m’ont
-coûté trois mille francs: je ne suis pas assez riche pour continuer.»
-La France n’a dit qu’un monosyllabe, et il lui a coûté beaucoup plus
-cher.
-
-Ces lignes paraissaient dans la _Gazette de France_ du 12 août. Deux
-jours après, Pontmartin recevait un pli officiel lui annonçant qu’il
-était nommé chevalier de la Légion d’honneur.
-
-Voici ce qui s’était passé:
-
-Lors de la formation du ministère Ollivier, M. Eugène Chevandier
-de Valdrôme, député de la Meurthe et l’un des chefs du tiers-parti
-libéral, avait reçu le portefeuille de l’Intérieur. Pontmartin était
-lié de longue date avec le frère du ministre, Paul Chevandier de
-Valdrôme, peintre de talent, qui aurait peut-être été un grand artiste,
-un paysagiste de premier ordre, si les entraînements de la vie mondaine
-ne l’avaient trop souvent éloigné de son bel atelier de la rue de la
-Tour-d’Auvergne. Plus d’une fois, dans ses _Salons_ de la _Mode_ et
-de l’_Univers illustré_, il avait signalé à ses lecteurs, en termes
-particulièrement élogieux, les tableaux de son ami. Paul Chevandier
-avait une dette à payer. Sans en rien dire à Pontmartin, il demanda
-pour lui à son frère le ruban de chevalier. Le ministre n’éleva
-aucune objection. Pontmartin sans doute était un homme des _anciens
-partis_; c’était un adversaire, mais un adversaire courtois; souvent
-même il avait dénoncé le ridicule de la petite guerre d’allusions et
-d’épigrammes que ses amis de l’Académie faisaient à l’Empereur. Du
-côté de M. Émile Ollivier, qui prisait très haut le talent de l’auteur
-des _Samedis_, les choses allèrent toutes seules; il se montra plus
-favorable encore que son collègue de l’Intérieur. L’affaire une fois
-décidée, restait à obtenir l’adhésion du principal intéressé. Paul
-Chevandier, dans les derniers jours de juin, donna un dîner où son
-frère Eugène et Armand de Pontmartin se trouvaient tous les deux.
-Au dessert, le peintre dit au critique: «Pourquoi ne portez-vous
-jamais votre ruban rouge?—Mais je ne l’ai pas.—Impossible!—C’est
-pourtant vrai.» Alors le ministre, qui jusque-là n’avait rien dit,
-prit la parole et déclara que si M. de Pontmartin s’engageait à ne pas
-refuser, lui-même se chargeait de mener l’affaire à bonne fin, sans
-que l’écrivain eût à faire la moindre démarche. Était-il possible de
-répondre par un refus à une offre faite de si bonne grâce? Pontmartin
-promit de ne pas se montrer intransigeant. Quelques jours après, il
-quittait Paris, pour apprendre bientôt la déclaration de guerre, nos
-premières défaites et la chute du ministère Ollivier[369]. Absorbé par
-ses angoisses patriotiques, il avait complètement oublié sa rencontre
-avec le malheureux ministre de l’Intérieur et le double engagement qui
-s’en était suivi, quand, le dimanche 14 août, au moment de se rendre à
-la messe, il reçut une grande enveloppe cachetée de rouge: c’était un
-brevet de chevalier de la Légion d’honneur, daté du 9 août 1870, signé
-par l’Impératrice-Régente Eugénie, et contresigné par le ministre des
-Lettres, Sciences et Beaux-Arts, Maurice Richard. Cette nomination
-qui, dans un autre moment, l’eût sans doute réjoui, lui causa plus de
-tristesse que de joie: elle coïncidait avec le deuil de notre armée;
-elle lui arrivait entre Reichshoffen et Sedan!
-
-
-
-
-CHAPITRE XIII
-
- LES LETTRES D’UN INTERCEPTÉ.—LE RADEAU DE LA MÉDUSE.—LE FILLEUL DE
- BEAUMARCHAIS.—LA MANDARINE.
-
-(1870-1873)
-
- La _Gazette de Nîmes_ et les _Lettres d’un intercepté_. M.
- Gambetta. La _Journée d’un Proconsul_.—Cent jours à Cannes. La
- _Décentralisation_ et le _Radeau de la Méduse_.—Mort de M^{me} de
- Pontmartin. Le _Filleul de Beaumarchais_. Un mot de Louis David.—Le
- comte d’Haussonville et Saint-Genest. Un Bûcheron qui ne débite pas de
- fagots. La souscription nationale pour la libération du territoire.
- Projet de Pontmartin. Le comte de Falloux.—Hôtel Byron, rue Laffitte.
- La Taverne de Londres. M. Thiers. L’_Homme-Femme_ de Dumas fils.
- Au château de Barbentane. Le toast de Mistral. _Entre voisins._
- L’inondation du Rhône en 1872.—Au Pavillon de Rohan. Une campagne au
- _Gaulois_. La _Mandarine_. Le 24 mai 1873, Si le Roi n’avait rien dit!
-
-
-I
-
-Après son article du 12 août, Pontmartin cessa ses envois à la
-_Gazette de France_. Continuer à écrire, comme autrefois en pleine
-paix, une Causerie littéraire, il n’y fallait pas songer. Les
-Prussiens, d’ailleurs, allaient se charger de trancher eux-mêmes la
-question. Ils investissaient Paris, et entre la rue Coq-Héron et les
-Angles toute communication devenait impossible. Il écrira cependant; il
-publiera dans un journal du Midi, _la Gazette de Nîmes_, des articles
-où il essaiera une espèce de terme moyen entre le _premier-Nîmes_ et la
-Causerie littéraire.
-
-Ces articles parurent sous le titre de _Lettres d’un intercepté_. Il
-m’en parle en ces termes dans sa lettre du 5 novembre 1870:
-
- ...On a fondé à Nîmes un journal, pour lequel on m’a demandé ma
- collaboration. Il m’a paru que, dans un moment comme celui-ci,
- l’important n’était pas de rechercher un succès littéraire, qui
- d’ailleurs est impossible, mais d’exprimer rapidement quelques vérités
- utiles. La proximité m’assurait presque le bénéfice de l’_à-propos_,
- et, une fois en train, j’ai écrit seize articles presque sans
- interruption. Comme ils sont reproduits dans un journal d’Avignon, me
- voilà finissant par où j’ai commencé, et redevenant, après plus d’un
- quart de siècle, journaliste du Gard et de Vaucluse.
-
-Les _Lettres d’un intercepté_ sont au nombre de vingt-six; elles vont
-du 29 septembre au 23 décembre 1870.
-
-Pontmartin les écrivait en plein _pays rouge_, dans ces départements
-du Midi où l’on menaçait—de loin—les Prussiens, et où l’on
-faisait—sur place—la guerre aux moines et aux prêtres, au Pape et
-à l’Église. Sous l’impression que lui causaient les scènes hideuses
-d’Autun, de Lyon, de Saint-Étienne, de Toulouse, de Limoges, de
-Marseille, il lui est arrivé de se montrer très dur, un peu trop
-dur peut-être pour les hommes du 4 Septembre et en particulier pour
-Gambetta. Si le dictateur de Tours eut le tort, l’impardonnable tort,
-de mettre l’intérêt de la République au-dessus de l’intérêt de la
-France,—_République d’abord!_—il n’est que juste de reconnaître que
-son effort n’a pas été entièrement stérile, qu’il y a eu, à certaines
-heures, au milieu de ses _hâbleries_, un souffle de vrai patriotisme,
-et qu’il a su parfois, du haut de son balcon, esquisser de beaux gestes.
-
-Ces beaux gestes, assez rares au demeurant, Pontmartin ne les a pas
-voulu voir. Comme George Sand[370] et Pierre Lanfrey, et avant eux,
-il a dénoncé sans ménagements, il a raillé, il a maudit la _dictature
-de l’incapacité_[371]. C’est lui qui a _attaché le grelot_ à «cette
-faconde d’estaminet, à cette célébrité de carton, à cet héroïsme de
-clinquant, à cette dictature du balcon». Son livre se pourrait appeler
-_l’Anti-Gambetta_. Pontmartin n’en a pas écrit de plus éloquent. Avec
-quelle force il s’élève, au nom de la France de saint Louis, de Jeanne
-d’Arc, de Fénelon, contre l’appel fait par le gouvernement de Tours à
-ce fantoche italien, dont les mains étaient rouges de sang français,
-_il signor Garibaldi_[372]! A côté de ces pages vengeresses, il y a des
-pages prophétiques, telles que la suivante, écrite le 23 novembre 1870:
-
- Le caractère si profondément anti-chrétien de la révolution du 4
- septembre est ce qui m’épouvante le plus pour l’issue de la guerre et
- l’avenir de mon pays. Ce pays a les reins solides. Quelle que soit
- l’incroyable série de ses revers, il reviendra peut-être de l’état
- désespéré où l’ont plongé les fautes de l’Empire, aggravées par ceux
- qui devaient les réparer; mais ce dont il ne se lavera jamais, c’est
- d’avoir laissé outrager cette chose sainte qu’on appelle la religion,
- sous prétexte de défendre cette chose sacrée qu’on nomme la patrie;
- c’est d’avoir permis qu’un vieux forban, justement exécré de tous
- les catholiques, à la tête de quelques bandes de mécréants et de
- coupe-jarrets, nous infligeât l’immonde parodie des interventions
- étrangères; c’est de n’avoir pas compris que déclarer la guerre à Dieu
- sous l’étreinte d’un ennemi vainqueur, c’était à la fois une honte, un
- crime, une bêtise et un suicide.
-
- Le vent est aux prophéties, et je suis d’autant plus tenté de risquer
- la mienne que, depuis quatre mois, les événements ne m’ont que
- trop donné raison. J’écrivais, le 1^{er} août: «Prenez garde! la
- _Marseillaise_ ne vous portera pas bonheur.»—Et, six jours après,
- les sinistres échos de Wissembourg, de Forbach et de Reichshoffen
- répondaient au refrain de Rouget de Lisle.—Aujourd’hui, je dis:
- «Prenez garde! la _guerre au bon Dieu_ vous portera malheur. Ne bravez
- pas Celui qui peut seul vous sauver par un miracle, vous qui n’êtes
- pas et qui ne faites pas des prodiges!»
-
-Avec un écrivain tel que Pontmartin, l’esprit ne perd jamais ses
-droits. Vous venez de lire ces beaux chapitres: _Après Sedan_; _Si
-Pergama! Garibaldi_; _le Talion_; _l’Ile d’Elbe et Wilhelmshœhe_;
-_les Honnêtes gens_; _Que faut-il croire? la Guerre au bon
-Dieu_;—tournez le feuillet, et donnez-vous la fête de savourer les
-pages sur les _Préfets hommes de lettres_,—MM. Challemel-Lacour et
-Alphonse Esquiros,—et surtout la _Journée d’un Proconsul_, fragment
-de manuscrit trouvé par un élève de l’École des Chartes dans la
-bibliothèque de _Cahors_.
-
-
-II
-
-Ses angoisses patriotiques, les victoires de la Prusse, aggravées et
-envenimées par les victoires de la démagogie, le mauvais état de sa
-santé, tout se réunissait pour accabler Pontmartin.
-
-Il dut obéir à l’ordre de son docteur, qui voulut absolument le
-renvoyer à Cannes. Le 7 janvier 1871, il s’y installait, à la villa
-des Dames de la Présentation; peu de jours après, je recevais de lui
-une lettre où il me disait: «Nous sommes venus nous réfugier sur cette
-plage, presque déserte cet hiver, comme de véritables naufragés. Je
-sens que je ne résisterai pas à ces cruelles épreuves. A bout de
-forces, atteint d’_anémie_, le cœur déchiré par les malheurs de notre
-chère France, ayant vu sombrer tout ce qui fait le bonheur ou, du
-moins, le repos du père de famille et du citoyen, je me fais à moi-même
-l’effet de mon propre spectre, errant sur ce littoral où je retrouve
-les ombres de Cousin et de Mérimée[373]...»
-
-Il devait y rester jusqu’au 17 avril 1871, ce qui lui permettra de dire
-plus tard: «J’ai eu, moi aussi, mes _Cent Jours_[374].»
-
-Au commencement de mars, les _Lettres d’un intercepté_ parurent à
-Lyon, chez les libraires Josserand et Pitrat. La vente avait lieu _au
-bénéfice des blessés et prisonniers de l’armée française_. Pontmartin
-écrivit, à cette occasion, au directeur du _Figaro_:
-
- Cannes (Alpes-Maritimes), 12 mars 1871.
-
- Mon cher chef,
-
- La réapparition du _Figaro_, au cercle de Cannes, a été pour nous
- tous une joie, si toutefois ce mot est encore français. Je vois que
- votre journal se porte mieux que jamais: en quoi je ne lui ressemble
- guère. N’importe! mon indignation contre les hommes du 4 Septembre a
- suppléé à mes forces absentes, et il en est résulté, sous le titre de
- _Lettres d’un intercepté_, un volume que je vous recommande, parce
- que vous aimez à traduire en bonnes œuvres la popularité du _Figaro_,
- et que le volume se vend au bénéfice des victimes de la guerre. La
- succursale lyonnaise de la maison Hachette a dû, sur ma recommandation
- expresse, vous en adresser deux ou trois exemplaires. Je n’ajoute
- rien; les grandes douleurs ne doivent pas être bavardes. Je me borne
- à vous demander la charité pour des blessés, des prisonniers et un
- malade, et je suis tout à vous.
-
-Lorsqu’il revint aux Angles, le 18 avril, sa santé ne s’était guère
-améliorée, mais le courage et la force morale lui étaient revenus,
-comme en témoigne la lettre suivante, qu’il m’écrivait le 24 mai:
-
- Mon cher ami, je n’attendais qu’un mot de vous pour renouer au plus
- vite une correspondance qui aura été une des joies et une des forces
- de ma vie littéraire. Commençons par un bulletin sommaire de nos
- tristes santés. Ma femme, après avoir été, vers le 10 avril, presque
- à l’agonie et avoir reçu tous les sacrements, va décidément mieux,
- et comme ce mieux dure depuis six semaines, je crois que l’on peut
- se reprendre à l’espérance. Quant à moi, j’étais revenu de Cannes
- dès qu’il m’a été prouvé que ma femme ne pourrait pas venir m’y
- rejoindre et que son état inspirait des inquiétudes. Nous étions
- assistés, mon fils et moi, par une de mes belles-sœurs, et la malade
- était bien soignée et entourée. Mais cette effroyable série de
- désastres, d’angoies, de calamités publiques, de douleurs privées, de
- souffrances physiques et morales, coïncidant avec l’échéance prochaine
- de la _soixantième_ année, a produit en moi un effet singulier. Je
- suis atteint d’une _anémie_ qui n’a rien de douloureux, sauf que
- mes vieilles longues jambes ne peuvent plus me porter; et, en même
- temps, comme pour rétablir l’équilibre,—ou plutôt, hélas! achever
- de le rompre,—je me sens dans le cerveau, dans l’imagination, dans
- le cœur un redoublement d’ardeur et de vie, que j’attribue, pour une
- moitié, à l’excitation nerveuse, et, pour l’autre, à la grandeur
- même des événements. J’éprouve à la fois le besoin d’exprimer des
- idées que je crois vraies, et l’ardent désir de me dévouer à un idéal
- patriotique et monarchique. Aussi, M. Charles Garnier[375], à la suite
- d’un échange de lettres, m’ayant demandé ma collaboration, j’en ai
- immédiatement profité pour commencer, dans la _Décentralisation_,
- une seconde campagne, qui pourrait bien aboutir, en août, à un
- nouveau petit volume, si les Communards de Paris et de la province
- nous laissent un carré de papier et une bouffée d’air respirable.
- Ce qui m’attriste, c’est que, tout près de moi, un de mes meilleurs
- et de mes plus éloquents amis, Léopold de Gaillard, paraît avoir
- reçu de ces mêmes événements une impression contraire. Il m’écrivait
- avant-hier une lettre empreinte du plus morne découragement...
- Certes, à ne considérer que les apparences, la France ressemble à un
- malade incurable. Il faut qu’elle ait été mordue par un déma_dogue_
- enragé pour remplir ses conseils municipaux d’hommes tarés, forcenés,
- incorrigibles, qui applaudissent tout haut ou tout bas aux crimes
- de la Commune; et cela au moment où cette insurrection communiste
- retarde la reprise des affaires, et où les Prussiens nous écrasent
- de leurs ruineuses exigences. Mais c’est justement le caractère
- surhumain des épisodes qui se succèdent depuis un an, qui m’a rendu
- ma force morale, et qui soutient mon courage. D’une part, il y a
- dans ces épisodes quelque chose de si étrange, de si gigantesque,
- de si _biblique_, nous avons si brusquement passé d’Horace Vernet
- à Martin[376], qu’à moins de se déclarer athée, on ne peut pas ne
- pas s’incliner devant une intervention divine qui, seule, peut tout
- expliquer et tout réparer. De l’autre, je me dis qu’il faut que Dieu
- ait ses desseins, supérieurs à la méchanceté des hommes, pour que de
- pauvres âmes faibles et malades comme la mienne, en proie, pendant les
- dernières années de l’Empire, à une sorte d’atonie, tentées presque
- de traiter d’illusions leurs croyances et de se laisser envahir par
- le doute, aient été tout à coup ravivées, fortifiées, retrempées pour
- la lutte par des catastrophes qui semblaient devoir, au contraire,
- achever de les abattre. Ceci, mon cher ami, me ramène à mes _moutons_,
- interceptés une seconde fois par les Prussiens de Belleville et de la
- Villette. Mon éditeur lyonnais, en m’annonçant la 3^e édition de mon
- volume, m’écrit que, contre son attente, les journaux du Midi—Nimes,
- Avignon, Montpellier, Marseille, etc.—ont accueilli le livre par un
- silence de glace, tandis qu’il a été énergiquement soutenu par les
- journaux de l’Ouest. Il ne m’a pas été difficile de deviner, dans ce
- bienveillant concours, votre amicale influence, et je vous en remercie
- du fond du cœur pour moi, pour Pitrat, notre ancien metteur en pages
- du _Correspondant_, et pour les trop nombreuses victimes de la guerre,
- auxquelles j’ai déjà pu donner 600 francs (j’espère que nous irons à
- mille, et nous y serions sans les événements de Paris)... Écrivez-moi
- de temps en temps, si vos travaux et vos affaires vous en laissent le
- loisir, et soyez sûr que le plaisir de vous lire et le soin de vous
- répondre compteront toujours parmi les consolations les plus douces
- d’un affligé qui vous aime, d’un obligé qui vous remercie, d’un malade
- qui se ranime pour vous serrer vigoureusement la main. Tout à vous.
-
-Quelques jours après, le 7 juin, nouvelle lettre, mais toujours même
-ardeur, même résolution de combattre, avec ce qui lui restait de
-forces, la mauvaise littérature et l’esprit révolutionnaire:
-
- J’ai eu hier la visite de Léopold de Gaillard, que j’ai réchauffé et
- rasséréné de mon mieux. Il était consterné, entre autres horreurs
- communardes et pétroliennes, de la mort du R. P. Captier, qui, après
- avoir commencé, à Arcueil, l’éducation de son fils, était devenu
- son ami. Mais je n’ai pas eu de peine à lui prouver que la douleur
- la plus légitime et la plus intense n’avait rien de commun avec le
- découragement et l’abandon de ce qui peut encore se tenter dans
- l’intérêt du vrai et du bien. Il doit partir lundi pour Paris, où il
- va reprendre la direction du _Correspondant_, qui reparaîtra le 25
- juin. Je lui ai promis pour une des deux premières livraisons, un
- article où j’essaierai de profiter de mes tristes avantages et de
- déterminer la nouvelle situation faite à la critique par les calamités
- sans nom qui nous écrasent...
-
-Après avoir rapidement esquissé le plan de l’article[377] qu’il
-projetait d’écrire pour le _Correspondant_, il terminait ainsi sa
-lettre:
-
- ...Le cadre est immense; c’est tout au plus si j’aurais la force de
- remplir un des coins; mais, mon cher ami, quel horizon pour un homme
- de trente ans, ayant le talent, la foi, le feu sacré! _Exoriare
- aliquis!..._ Ce qui m’afflige et m’inquiète, c’est l’attitude de
- la jeunesse, du moins dans nos villes du Midi. Il y a eu de braves
- et intrépides jeunes gens qui se sont enrôlés sous les drapeaux de
- Charette et sont morts héroïquement en combattant les Prussiens.
- Y en aura-t-il pour se roidir contre les humiliations de la Paix,
- s’associer à une restauration morale et sociale, travailler à une
- œuvre de réparation, chercher une revanche ailleurs que dans ces
- hasards de la guerre, qui nous ont si cruellement trahis, qui
- pourraient nous trahir encore? L’abominable épisode de la Commune, les
- nouveaux milliards qu’il nous coûte, les ruines qu’il nous laisse,
- retardent indéfiniment cette revanche militaire à laquelle je ne
- crois guère, et que je désire peu. Il ouvre, au contraire, la voie à
- tout homme de cœur qui recherchera les causes de nos désastres et les
- moyens de les réparer...
-
-Pontmartin reprit donc sa tâche. D’avril à octobre 1871, il publia,
-dans la _Décentralisation_, une suite d’articles qui parurent en
-volume, au mois de janvier 1872, sous ce titre: _le Radeau de la
-Méduse_.
-
-L’insurrection du 18 mars, l’assassinat du général Lecomte et de
-Clément Thomas, le renversement de la colonne Vendôme sous les yeux
-des Prussiens, les incendies de Paris, le massacre des otages: que
-de leçons à tirer de ces terribles événements! Pontmartin les fit
-ressortir avec force. _La Prusse et la Commune_, _Paris_, _Cri
-de détresse_, _la colonne Vendôme_, _Sommations respectueuses à
-l’Assemblée nationale_, autant de chapitres qu’il est impossible de
-relire aujourd’hui sans rendre hommage au bon sens de l’écrivain qui
-nous donnait de si fermes conseils, sans déplorer l’aveuglement qui
-nous a empêchés de les suivre.
-
-En nous signalant toute l’étendue du mal et en nous indiquant le
-remède, Pontmartin n’avait eu garde de mettre en oubli le précepte du
-Tasse, qui recommande d’enduire de miel et de sucre les bords du vase
-que l’on présente au malade:
-
- Cosi all’egro fanciul porgiamo aspersi
- Di soave licor gli orli del vaso.
-
-Ici, le miel et le sucre, ce sont les traits charmants et les mots
-heureux. Rien de plus piquant que les _Épaves académiques_, et en
-particulier le récit de la réception de M. Émile Ollivier,—réception
-qui n’a jamais eu lieu[378].—Le discours du successeur de Lamartine
-est, comme il convient, écrit en vers, et, naturellement, les strophes
-du récipiendaire rappellent les strophes du _Lac_:
-
- Un jour, t’en souvient-il? nous gardions le silence:
- On n’entendait, au sein du Corps législatif,
- Que le bruit des couteaux qui frappaient en cadence
- Le pupitre plaintif...
-
-_Se non è vero..._ Les lecteurs du nouveau _Lac_ durent se dire que
-rien n’était désespéré, puisque l’on pouvait trouver d’aussi bons
-morceaux sur le _Radeau de la Méduse_.
-
-
-III
-
-Les douleurs et les deuils se succédaient sans relâche au cours de
-cette horrible année 1871. En avril, M^{me} de Pontmartin avait été
-presque à l’agonie; puis une apparence de mieux qui avait permis à son
-mari de reprendre sa vieille plume. Puis une rechute, six semaines
-de cruelles souffrances, et la fin. M^{me} de Pontmartin était morte
-le 19 août, à 51 ans, conservant jusqu’au dernier moment sa pleine
-connaissance et son courage: pas une plainte, pas un murmure, une foi
-ardente, une résignation incomparable. Son âme s’était élevée depuis
-longtemps vers cette vie surnaturelle qui, pour les chrétiens (et
-M^{me} de Pontmartin était une chrétienne des anciens temps), est la
-vie véritable.
-
- * * * * *
-
-Sous la deuxième République, Pontmartin avait représenté le canton de
-Villeneuve-lès-Avignon au conseil général du Gard. Au mois d’octobre
-1871, ses amis lui firent un devoir de poser de nouveau sa candidature.
-Les chances de succès étaient nulles, puisque, le 2 juillet précédent,
-à une élection partielle pour l’Assemblée nationale, le canton de
-Villeneuve avait donné 400 voix de majorité aux candidats démagogiques.
-Il accepta sans enthousiasme, fit bravement campagne et obtint un
-demi-succès: le dimanche 8 octobre, la majorité ultra-républicaine
-du 2 juillet se trouva diminuée des trois quarts. Il n’en était pas
-moins battu, et, quelques jours après, il m’écrivait: «J’ai été, je
-l’avoue, navré de cet échec, non pas pour moi—j’y gagne de pouvoir
-rendre à la littérature un temps que m’auraient pris les attributions
-singulièrement agrandies du conseil général—mais pour ce pays que
-j’aime malgré ses ingratitudes et ses folies[379].»
-
-Les électeurs lui faisaient des loisirs; il en profita pour réaliser
-enfin un projet longtemps caressé, pour écrire ce _Filleul de
-Beaumarchais_, auquel il songeait depuis le 2 décembre 1851 et
-qui avait dû s’appeler d’abord _les Mémoires de Figaro_[380]. Il
-m’écrivait, le 6 novembre 1871: «Je commence ce soir»;—et, un mois
-plus tard, le 5 décembre: «En attendant, je me console avec le _Filleul
-de Beaumarchais_, dont la première partie sera expédiée aujourd’hui
-même au _Correspondant_[381]. J’ai fini par me passionner pour mon
-sujet au point de ne plus pouvoir songer à autre chose, et j’ai écrit
-à la _Gazette de France_ que décidément je ne reprendrais mes articles
-qu’après le jour de l’an. Pourtant, mon cher ami, ne vous figurez pas
-que je vous prépare un récit de longue haleine, une page d’histoire; ce
-sera tout au plus un tableau de genre. Le colosse rêvé en 1852 s’est
-réduit peu à peu à des proportions de statuette...»
-
-Né le 27 avril 1784, le soir même de la première représentation du
-_Mariage de Figaro_, le héros du roman, dans la donnée primitive, était
-tué, le 4 ou le 5 décembre 1851, au cours de cette émeute plus ou moins
-factice qui suivit le coup d’État. Entre ces deux dates, qui ne lui
-donnaient en somme que soixante-sept ans, il allait d’étape en étape,
-personnifiant une sorte de Gil Blas sérieux, aux prises avec autant de
-déceptions qu’il y avait eu d’illusions à son baptême.
-
-De cette donnée première, il reste peu de chose dans le roman de 1871,
-lequel finit en 1809, ou plutôt dès 1804. J’étais, pour ma part,
-quelque peu déçu: je ne le cachai pas à Pontmartin, qui me répondit le
-19 janvier 1872:
-
- Ce que vous me dites du _Filleul de Beaumarchais_ m’a un peu étonné.
- Je vous avais averti que je ne prétendais faire qu’un tableau de
- genre, une esquisse, et non pas du tout une grande page historique
- et romanesque. Mes deux modèles ont été _Paul et Virginie_ et
- _Graziella_; or ces deux récits ne mènent pas bien loin leurs
- personnages. Virginie et Graziella meurent à dix-sept ans; les deux
- romans finissent au seuil de la jeunesse, à l’aube de la vie. Je vous
- avoue d’ailleurs que je me suis attaché surtout aux caractères de
- Geneviève et du docteur Berval, qui, pendant cette phase terrible de
- 1784 à 1804, personnifiaient à mes yeux quelque chose comme le chœur
- antique,—la pitié, l’humanité, la vérité, la justice, s’efforçant de
- se faire leur part dans ce chaos de passions violentes et criminelles,
- dans ces alternatives d’anarchie et de dictature. Si j’avais réussi,
- c’est là ce qui donnerait une valeur un peu plus sérieuse à cette
- chaste et quasi enfantine histoire...
-
-La chaste idylle de Pierre Goudard—le _Filleul_—et de Jeanne
-d’Erlange a pour cadre la Révolution, la Terreur, le Directoire et le
-Consulat de Bonaparte. Il y avait là un premier péril. Louis David
-disait un jour: «Si je veux peindre deux amants dans les Alpes, je suis
-forcé ou de faire mes amants tout petits pour que mes Alpes aient une
-certaine grandeur, ou de réduire mes Alpes à l’état de miniatures, pour
-que mes amants soient grands comme nature.» L’écrivain a ici plus de
-ressources que le peintre, et Pontmartin a su très habilement vaincre
-la difficulté. Son récit côtoie l’histoire, sans jamais y verser,
-sans se heurter non plus à un autre écueil, qui était également à
-redouter. Puisque aussi bien son idée première avait été de montrer
-que la Révolution a fait banqueroute, qu’elle n’a ni tenu sa promesse
-ni rempli ses engagements, n’était-il pas à craindre que le roman ne
-souffrît du voisinage de la thèse? Il n’en a rien été. L’auteur a
-même eu le bon goût, dans ce récit franchement royaliste, de peindre
-sous les couleurs les plus sympathiques le docteur Berval, qui est
-républicain: il est vrai qu’il l’est si peu! En revanche, le romancier
-ne ménage guère l’oncle de Jeanne, un _ci-devant_ pourtant, le marquis
-de Trévières. C’est que l’âme de son livre n’est pas l’esprit de
-parti, mais l’esprit de réconciliation, de justice, de concorde et de
-paix,—sans préjudice de l’esprit tout court, l’esprit qui ne pouvait
-pas ne point tenir une grande place dans un ouvrage en tête duquel
-figure le nom de Beaumarchais, et qui est signé: Pontmartin.
-
-
-IV
-
-Commencé aux Angles, le _Filleul de Beaumarchais_ avait été terminé
-à Cannes, où Pontmartin s’était rendu dès le commencement de
-janvier 1872, et où il avait pris gîte au _Pavillon des Jasmins_.
-Il eut la bonne fortune d’y rencontrer M. d’Haussonville[382] et
-Saint-Genest[383], du _Figaro_, qu’il ne connaissait pas encore et qui
-allait devenir un de ses plus chers amis. Il m’écrivait, le 28 mars:
-«Saint-Genest (dont le vrai nom est Bucheron, mais qui ne débite pas
-de fagots) est ici pour quinze jours; nous avons fraternisé dès la
-première séance.»
-
-C’était le moment où M. Paul Dalloz, directeur du _Moniteur
-universel_, proposait de payer les cinq milliards de notre rançon au
-moyen d’une souscription nationale. Si l’idée était peu pratique, elle
-était du moins généreuse et patriotique. Pontmartin l’adopta aussitôt
-avec enthousiasme. Seulement, sentant bien qu’elle ne pouvait réussir
-parce que le chiffre était effrayant; comprenant que, pour obtenir le
-difficile, il ne faut pas demander l’impossible, il voulait que l’on se
-bornât à demander aux souscripteurs cinq cents millions, c’est-à-dire
-l’intérêt de la dette prussienne pendant deux ans.
-
-Même avec cet amendement, le projet n’aboutit pas. Il en conçut un réel
-chagrin, dont je retrouve la trace dans une de ses lettres:
-
- Forcé d’ajourner indéfiniment nos espérances légitimistes,
- m’écrivait-il le 13 mars 1872, je m’étais un moment rabattu sur la
- souscription nationale pour la délivrance du territoire. Cette noble
- idée m’avait passionné, bien moins à cause du résultat matériel,
- qui ne pouvait, hélas! qu’être incomplet, que parce que j’y voyais
- une revanche morale, une réhabilitation, un moyen de diriger vers
- une œuvre commune et indiscutable des milliers de volontés et
- d’intelligences, divisées sur tous les autres points. Inscrits sur
- les mêmes listes, associés à la même entreprise, nous ne pouvions
- plus nous haïr. Le peuple, voyant les riches se saigner aux quatre
- veines et le protéger, par ces nouveaux sacrifices, contre les chances
- d’une nouvelle invasion, y aurait perdu ou adouci quelques-unes de
- ses préventions et de ses haines. Que fallait-il, après tout, pour
- arriver à ce chiffre de 500 millions, qui eût paru suffisant aux
- plus pessimistes? 14 francs par habitant. En distribuant cet impôt
- volontaire sur un espace de dix-huit mois, c’est-à-dire de 550
- jours environ, il eût suffi que les pauvres donnassent un sou par
- semaine, les familles aisées 25 centimes, et que les riches, les
- grands propriétaires, les grands industriels, les grandes compagnies
- eussent assez de patriotisme pour se charger du reste. Ce n’était
- ni impossible, ni même difficile. J’ai exposé tous ces calculs dans
- une réunion de la Colonie française au Cercle de Cannes, et ils ont
- paru limpides. Mais notre gouvernement de Gérontes parlementaires, de
- Mathusalem d’opposition dynastique, ne comprend et n’aime rien de ce
- qui touche à la grandeur morale, à l’esprit de sacrifice. Il ne nous a
- pas même fait l’aumône d’une neutralité silencieuse, et maintenant, il
- faut renoncer à cette illusion—comme à toutes les autres...
-
-Ses mécomptes et ses tristesses avivaient de plus en plus ses
-sentiments chrétiens, sa foi religieuse. A la veille des fêtes de
-Pâques, le 28 mars, il m’écrit:
-
- ...La Semaine sainte! que de devoirs elle m’impose, que de sentiments
- elle réveille, en cette lugubre et sinistre année 1872, où je suis
- seul, un pied dans la tombe, séparé par la mort de ma pauvre femme
- que j’avais cru destinée à me survivre un quart de siècle, séparé
- par l’absence de mon fils qui est à Rome! Comment, pendant ces jours
- de deuil, assombris par d’autres deuils, ne pas s’absorber dans des
- pensées de douleurs, de soumission et de piété, quand Dieu nous
- frappe, quand les hommes nous menacent, quand les événements les plus
- terribles semblent n’être que le prélude de calamités plus effroyables
- encore!...
-
-Dans cette lettre du 28 mars, répondant à ce que je lui avais écrit
-de M. de Falloux, de la sagesse de ses vues, de l’habileté de sa
-politique, Pontmartin ajoutait:
-
- Tout ce que vous me dites dans votre lettre est d’une grande justesse;
- oui, Dieu nous châtie, mais méritons-nous qu’il nous épargne? Les
- chefs nous manquent; mais sommes-nous dignes d’en avoir? L’esprit de
- parti, l’envie, la haine, notre manie d’opposition épigrammatique et
- frondeuse, n’ont-ils pas tour à tour appliqué leurs dissolvants aux
- gouvernements, aux hommes d’État, à toutes les garanties d’autorité
- matérielle et morale? Personne n’admire plus que moi M. de Falloux. Il
- est, depuis la mort de Berryer, le représentant le plus élevé, le plus
- éloquent, le plus pur, le plus parfait des idées qui auraient pu nous
- sauver, et il possède en surcroît une sagesse, un esprit de conduite,
- une régularité de mœurs et d’habitudes que Berryer n’avait jamais eus.
- L’a-t-on assez calomnié! assez déchiré! Et moi-même, en un jour de
- folie bohémienne, ne l’ai-je pas bêtement égratigné; pourquoi? pour le
- plus misérable de tous les motifs; parce que, lors de son ministère,
- je l’avais trouvé ou avais cru le trouver trop froid, quand je lui
- adressais quelque demande!
-
-Le 6 avril 1872, il quitta Cannes, où il avait fait un séjour de trois
-mois. La veille de son départ, il écrit à M. Jules Claretie:
-
- Je quitte demain Cannes la pluvieuse, où habitent beaucoup
- d’Anglaises, entre autres Miss-tification. Figurez-vous, en trois
- petits mois, 49 grandes journées de pluie et d’innombrables rafales de
- vent d’Est. Aussi ma santé qui n’était que mauvaise est-elle devenue
- détestable. J’espère pourtant avoir la force et le courage de partir
- le 17 ou le 18 pour Paris, où je dois rendre compte du Salon dans
- l’_Univers illustré_. Jugez de mon empressement à aller me jeter dans
- vos bras. Hélas! quel abîme entre nos dernières causeries de mai 1870,
- et ce serrement de mains et de cœur... Aimons la France, mon cher
- ami, aimons-la avec une passion qui nous soutienne, nous réconcilie
- et nous console. Aimons-la une fois pour elle-même, dix fois pour ses
- fautes, cent fois pour ses malheurs. Unissons-nous dans cet amour,
- comme des enfants qui se seraient disputés pour des vétilles et qui
- s’embrasseraient en regardant leur mère en pleurs.
-
-
-V
-
-Le _Filleul de Beaumarchais_ parut en volume le 9 avril, et Pontmartin
-en consacra le produit à l’_Œuvre du Sou des chaumières_. Il avait
-dû, d’ailleurs, laisser son livre aller seul à Paris, où il n’arriva
-lui-même que le 8 mai. Comme il n’avait plus son appartement de
-l’avenue Trudaine, il logea hôtel Byron, 20, rue Laffitte[384]. J’eus
-le plaisir d’y passer quelques semaines avec lui; nous prenions
-d’ordinaire nos repas, à l’angle de la rue Favart et de la place de
-l’Opéra-Comique, chez des restaurateurs qui s’appelaient, je crois,
-Édouard et Félix, et dont l’établissement était parfaitement français,
-quoiqu’il s’intitulât «Taverne de Londres». Là se rencontraient,
-presque tous les soirs, avec Pontmartin, des journalistes, des hommes
-de lettres et des artistes, Xavier Aubryet, Albéric Second, Alphonse
-Royer, Robert Mitchell, Mario Uchard, Nuitter, Mermet, Vaucorbeil.
-La vie d’hôtel et la vie de restaurant ne sont guère propices au
-travail, surtout lorsque l’on a soixante ans bien sonnés. Pontmartin
-pourtant trouvait moyen de travailler comme par le passé. «Je ne puis,
-disait-il, renoncer au travail qui me semble aussi nécessaire à ma vie
-que le pain que je mange et l’air que je respire.»
-
-Dès son arrivée, il avait repris à la _Gazette de France_ sa
-collaboration hebdomadaire, suspendue depuis le 12 août 1870. Son
-article de rentrée parut le 15 mai 1872, avec ce titre: _Notre
-conversion_[385]. En même temps, il faisait, à l’_Univers illustré_,
-le compte rendu du _Salon_, auquel il ne consacra pas moins de neuf
-articles. Il fera encore chez Michel Lévy les _Salons_ de 1873
-et de 1874. Son dernier _Salon_, celui de 1878, paraîtra dans le
-_Correspondant_.
-
-Littérature et beaux-arts sont bien loin, du reste, à ce moment, de
-l’absorber tout entier. L’avenir de la France, les périls qu’elle
-traverse, les calamités qui la menacent, voilà sa grande, presque son
-unique préoccupation; elle n’est absente d’aucun de ses feuilletons
-de la _Gazette_; elle le suit même au _Salon_, elle tient surtout une
-large place dans ses lettres. A de certaines heures, le découragement
-le gagne. Il m’écrit par exemple, le 15 juin 1872, après mon retour en
-Bretagne:
-
- ...A quoi bon combattre? Nous ressemblons à des naufragés, à des
- nageurs qui, d’une part, verraient s’éloigner de plus en plus le
- rivage ou le port, et, de l’autre, sentiraient la vague grossir,
- monter, d’abord sur leurs épaules, puis sur leurs têtes. Les quelques
- députés que j’ai vus depuis dimanche assurent que M. Thiers paraît
- enchanté des dernières élections[386]. Ah! si nous n’étions tous dans
- la poêle à frire, comme je rirais le jour où cette miniature, cette
- contrefaçon de grand homme, ce Cromwell de Lilliput, ce Washington
- de buvette parlementaire sera avalé, d’une bouchée, par l’ogre
- démagogique! Vous pouvez aisément vous figurer, mon cher ami, ce que
- devient dans tout cela cette malheureuse littérature...
-
-Le 12 juillet, il revenait aux Angles, juste à temps pour y recevoir,
-comme un dernier écho de Paris, l’étrange livre de Dumas fils,
-_l’Homme-Femme_, qui lui inspira aussitôt un très bel article[387],
-sans préjudice de cette vigoureuse page, que je détache de sa lettre du
-21 juillet:
-
- ...C’est un mélange effroyable et incroyable d’aspirations chrétiennes
- et de malpropretés réalistes; l’Évangile annoté par le D^r Ricord, la
- pathologie expliquant le catéchisme, une goutte d’eau bénite dans une
- cuvette d’eau de lavande, Vénus et Lucine fraternisant avec sainte
- Anne et sainte Élisabeth. Si l’auteur a spéculé sur ce contraste
- pour avoir un grand succès de vente, il doit être content; mais quoi
- de plus triste et quel douloureux indice! Au fait, dans un temps et
- dans un pays qui falsifient tout, pourquoi l’auteur du _Demi-Monde_
- ne serait-il pas un père de l’Église et un prophète? S’il faut faire
- de la politique tarée pour être accepté comme grand citoyen et grand
- patriote, pourquoi serait-il défendu de passer par la littérature
- tarée pour arriver au rôle d’apôtre? M. Gambetta, grand homme de
- guerre et Washington de l’avenir; M. Hugo, poète national; M. Dumas,
- prédicateur d’une régénération sociale; M. de X., défenseur du trône
- et de l’autel, tout cela se tient, se ressemble, et, quoique peu
- enclin à la politique du surnaturel, je commence à comprendre qu’une
- société favorable à de tels mensonges ne doit pas être modifiée par
- un expédient, améliorée par une transaction, mais transformée par un
- coup de foudre. On ne corrige pas un tonneau de vin sophistiqué en
- y versant une bouteille de médoc ou de chambertin, mais en vidant
- tout le tonneau. Adieu, mon cher ami; je tâcherai, sans préjudice de
- notre correspondance, de vous donner, chaque samedi, de mes nouvelles
- par la _Gazette de France_. Mes appréhensions, mes angoisses ne font
- que redoubler en moi la conviction que nous devons lutter jusqu’au
- bout, donner l’exemple du travail à bien des paresseux démocratiques
- et communards qui nous accusent d’être oisifs. Sous ce rapport,
- nos désastres m’ont rendu service—hélas! un service acheté bien
- cher.—Car, je dois vous l’avouer, trois mois avant la chute de
- l’Empire, je me voyais ou je me croyais au bout de mon rouleau de
- papier; énorme rouleau dont vous connaissez la première feuille sous
- forme de vers latins ou de version grecque (1826) et dont la plus
- récente (20 juillet 1872) s’achemine vers la rue Coq-Héron. Total, 46
- ans, qui ont consommé deux Royautés, deux Républiques, un Empire et
- plus d’argent qu’il n’en faudrait pour que tous les Français missent
- au pot, non pas la poule, mais le faisan doré.
-
-L’automne de 1872 fut marqué pour Pontmartin par une heureuse
-rencontre. Le 3 octobre, il était à la villa de Barbentane[388], chez
-le marquis Léon de Robin-Barbentane. Frédéric Mistral s’y trouvait en
-même temps que lui. A table, le chantre de _Mireille_ porta un toast
-en vers, recueilli depuis dans les _Iles d’Or_, et dont voici la
-traduction:
-
-ENTRE VOISINS
-
- Pour faire bien ce qui est dû—comme au temps de la reine Jeanne—et
- de René le roi féal—aux nobles dames du château—je bois ce vin de
- Barbentane.
-
- Je bois ensuite au marquis d’Andigné[389]—qui, dans la guerre âpre
- et farouche—lorsque s’éteignait toute gloire—sous le feu des
- canonniers,—lui, se ramassait une couronne.
-
- Puis à Monsieur de Pontmartin—je porte un toast à coupe rase,—car il
- est le roi de ce festin,—et dans ses livres diamantés—sa plume d’or
- vaut une épée[390].
-
-_Entre voisins!..._ A peine Pontmartin était-il revenu de Barbentane,
-que son _voisin_ le Rhône lui faisait la politesse de venir jusqu’au
-seuil de sa porte. Après quatre mois de sécheresse, on avait eu,
-depuis le 1^{er} octobre, pendant plus de quinze jours, des pluies
-continuelles et torrentielles. On put craindre un moment une
-inondation plus terrible que celles de 1840 et 1856. Pontmartin dut
-faire transporter au premier étage de sa maison tout son mobilier du
-rez-de-chaussée. Il en résulta, dans ses habitudes, durant quelques
-semaines, un bouleversement complet, et un vrai serrement de cœur, en
-face de cette plaine fertile, changée en un lac gigantesque.
-
-Chose singulière, c’est au milieu de ces bouleversements et de ces
-ennuis qu’il a écrit quelques-uns de ses plus jolis articles, ces
-_Fantaisies et Variations sur le temps présent_[391], qu’il a placées
-sous le couvert de _M. Bourgarel, ancien magistrat_, et au milieu
-desquelles s’épanouit ce petit chef-d’œuvre d’_humour_ et d’ironie, _M.
-Gambetta, membre de l’Académie française_[392].
-
-
-VI
-
-Ce fut seulement le 12 mars 1873, après un séjour de huit mois à la
-campagne, qu’il revint à Paris. Il prit, cette fois, un appartement rue
-de Rivoli, 172, au Pavillon de Rohan. Ce quartier lui convenait mieux
-que le boulevard des Italiens, trop brillant, trop bruyant et trop
-jeune pour son âge et pour ses goûts.
-
-Le 5 avril, le _Gaulois_ annonça qu’il publierait, chaque semaine,
-deux articles de l’auteur des _Samedis_. Pensant bien que cette
-collaboration à une feuille bonapartiste me causerait quelque surprise
-et quelque contrariété, Pontmartin m’écrivit le jour même:
-
- Vous verrez dans le _Gaulois_ de ce matin l’annonce d’une
- collaboration qui vous surprendra. Voici l’explication pour mes vrais
- amis. En quittant les Angles, j’ai pu me convaincre que, grâce à nos
- quatre inondations,—il y en a eu une cinquième le 16,—la récolte de
- cette année serait à peu près nulle; sans compter les dégâts et les
- réparations urgentes. User de mon droit strict, c’est-à-dire obliger à
- me payer des gens qui ne récoltent rien, ce n’est nullement dans mes
- habitudes, et j’ajoute qu’au milieu de notre _mal’aria_ républicaine
- et méridionale, ce serait très impolitique, si ce n’était très peu
- charitable. Or, M. Edmond Tarbé[393], gracieux et élégant _gentleman_,
- m’a offert un prix si nouveau pour moi, tellement hors de proportion
- avec mes honoraires habituels, que je n’ai pas cru devoir refuser.
- J’essaierai de faire, dans le _Gaulois_, quelque chose d’intermédiaire
- entre le _premier-Paris_ et la Causerie littéraire; une variante des
- _Lettres d’un intercepté_ sous une forme plus parisienne; je garde le
- droit d’y rester, si je veux, absolument légitimiste; mais, à tort ou
- à raison, je crois que nous touchons à une phase où il sera plus utile
- de démarquer le drapeau de la défense sociale contre les radicaux dont
- la victoire approche. Le comte de Chambord,—et c’est, j’en suis sur,
- l’opinion de M. de Falloux et la vôtre,—s’est arrangé de façon à
- simplifier notre tâche. Réfugié dans le surnaturel, dans le sentiment
- d’une mission providentielle qu’il croit être appelé à remplir tôt ou
- tard, il ne nous laisse plus d’autre champ de bataille que celui où
- peuvent s’unir tous les défenseurs de l’ordre, de la religion, des
- grandes vérités sociales et morales, pour conjurer le péril urgent et
- combattre l’ennemi commun. Sous ce rapport, le _Gaulois_, qui tire
- à 25000 exemplaires et qui espère avoir, vers la fin du mois, 10000
- abonnés de plus, m’est plus favorable que la _Gazette de France_...
-
-Il n’abandonnait point, du reste, la _Gazette_, où ses _Samedis_ ne
-subirent aucune interruption.
-
-Les chroniques de Pontmartin au _Gaulois_ parurent du 9 avril au 24
-juillet 1873. Elles sont au nombre de vingt-trois. En voici les titres:
-_La Première hirondelle_;—_Pilote habile_;—_Le Plat du jour_;—_Le
-Second Favre_;—_Héloïse et Abélard_;—_Le Rouge et le Jaune_, ballade
-parisienne;—_Le Secret des monarchistes_;—_Les Termites_;—_Leur
-Modération_;—_La Revanche_;—_La Vraie recette_;—_La Confession
-d’un... moine italien_;—_Les Hommes nécessaires_;—_Hé! donc?_—_Les
-Vieilles lunes_;—_Libérateur du territoire_;—_La Rosière de
-Draguignan_, saynète;—_Qui veut la fin veut les moyens_;—_Ce qu’ils
-auraient fait, ce que vous faites_;—_Le Pour et le Contre_;—_La
-Première du ROI S’AMUSE_;—_Lettre d’Usbek à son ami Rustan, à
-Téhéran_;—_Les Pèlerinages_.
-
-De ces vingt-trois chroniques, cinq seulement ont été reproduites par
-Pontmartin dans ses _Nouveaux Samedis_[394]. Ce sont celles qui ont
-pour titres: _Pilote habile_, _le Plat du jour_, _leur Modération_, _la
-Confession d’un... moine italien_, _Qui veut la fin veut les moyens_.
-S’il eût réuni en un volume spécial ces pages railleuses, fantaisistes,
-humoristiques, ce volume eût été l’un de ses meilleurs. Les maîtres
-du genre, Prévost-Paradol, Arthur de Boissieu, J.-J. Weiss, n’ont
-peut-être jamais fait une campagne aussi brillante.
-
-Au mois d’avril, précisément à l’heure où il commençait sa campagne
-du _Gaulois_, Pontmartin avait publié un volume de nouvelles, _la
-Mandarine_. La Mandarine, ce n’est pas ici cette espèce d’orange qui
-nous est primitivement venue de Malte; c’est la femme du mandarin.
-Rousseau demande quelque part à son lecteur ce qu’il ferait dans le
-cas où il pourrait s’enrichir en tuant en Chine, par sa seule volonté
-et sans bouger de Paris, un vieux mandarin. Sur ce thème, Pontmartin
-a brodé un petit roman d’une invention originale et d’une singulière
-vérité d’observation. Il nous a conté comment, dans un instant plus
-rapide que l’éclair—le temps qu’il faut pour avoir une mauvaise
-pensée—l’honnête et malheureux Albéric de Sernhac avait tué sa
-mandarine.
-
-Cet ingénieux et dramatique récit[395] forme la pièce principale du
-volume, que complètent d’autres nouvelles, _Françoise_, _Un Trait de
-lumière_, _Cent jours à Cannes_, _les Deux talismans_ et _Une Cure
-merveilleuse_.
-
- * * * * *
-
-L’Assemblée nationale s’était séparée le 8 avril 1873 pour ne
-reprendre ses séances que le 19 mai. Le 27 avril, l’ex-instituteur
-Barodet, le maire révoqué de Lyon, fut nommé député de Paris, battant
-de 40,000 voix M. de Rémusat, ministre des Affaires étrangères. Cette
-élection démagogique était le coup de cloche qui annonçait la chute
-prochaine de M. Thiers. J’avais quelque désir d’assister de près à
-l’événement. Mes amis de Versailles m’engageaient à venir à Paris.
-Pontmartin me mandait qu’il m’avait trouvé au Pavillon de Rohan une
-chambre pas chère. Le 18 mai, je me décidai à l’aller rejoindre, et
-nous passâmes ensemble une dizaine de jours, dont le souvenir m’est
-resté très présent.
-
-Je trouvai Pontmartin dans une véritable fièvre de travail. Il
-écrivait quatre grands articles par semaine, une Causerie du samedi
-à la _Gazette_, deux _premiers-Paris littéraires_ au _Gaulois_ et
-une _Revue du Salon_ à l’_Univers illustré_. Joignez à cela une
-correspondance active, force visites, déjeuners fréquents à Passy chez
-Saint-Genest ou chez Cuvillier-Fleury, soirées passées tour à tour
-chez Jules Sandeau ou chez Joseph Autran, et vous aurez une idée de
-l’activité de ce sexagénaire qui se disait toujours mourant, rendu,
-fini! Il composait en général ses articles le matin en se promenant
-dans le jardin ou les galeries du Palais-Royal, alors à peu près
-désertes. L’article une fois _fait_, et quand il ne restait plus qu’à
-l’écrire, il l’écrivait de sa petite écriture fine et nette, sans
-ratures et sans retouches. Si, à ce moment-là, j’entrais dans sa
-chambre, et si je voulais prendre un livre ou une Revue: «Pourquoi
-lisez-vous? disait-il; causons plutôt comme si de rien n’était. Ce
-n’est rien du tout que mon article.» Et ce rien du tout, qu’il jetait
-sur le papier tout en causant, c’était quelquefois une page exquise, un
-morceau achevé, un chapitre fait de main d’ouvrier.
-
-Le 21 mai, j’étais à Versailles, Pontmartin n’avait pu m’accompagner,
-ayant à faire ce jour-là, pour la _Gazette de France_, un article sur
-les _Sonnets capricieux_, de Joseph Autran. «J’entreprends, disait-il,
-aujourd’hui mercredi, 21 mai, j’entreprends d’écrire une page à propos
-de ce livre, sans être bien sûr que mes écritures ne se heurteront pas
-en chemin à une révolution ou à un coup d’Etat[396].»
-
-L’article parut le samedi 24 mai, à cinq heures du soir, au moment où
-l’Assemblée nationale, en retard de deux ans, renversait M. Thiers.
-
-Ce même soir, l’Opéra-Comique donnait la première représentation de
-_LE ROI L’A DIT_, paroles d’Edmond Gondinet, musique de Léo Delibes.
-J’y assistais avec Pontmartin et Léopold de Gaillard. On se disait
-dans les entr’actes: «Thiers est battu, Mac-Mahon refuse, Mac-Mahon
-accepte.» Malgré les préoccupations politiques, la pièce obtint un
-éclatant succès. Hélas! quel succès plus éclatant, quel triomphe pour
-les honnêtes gens, pour la France, si cinq mois plus tard, le 27
-octobre 1873, _LE ROI_ n’avait _RIEN DIT_!
-
-
-
-
-CHAPITRE XIV
-
- LES ÉLECTIONS DE 1876.—L’EXPOSITION UNIVERSELLE DE 1878.—SOUVENIRS
- D’UN VIEUX MÉLOMANE.
-
-(1874-1878)
-
- L’_Union de Vaucluse_. La Politique en sabots. Mort de Jules Janin.
- _Beati non possidentes!_—Les Élections de 1876. Rue et hôtel de
- Rivoli. Le marquis de Besplas et le château de la Garenne-Randon.
- Léontine Fay et le _THÉATRE DE MADAME_.—Mort de Joseph Autran. Le
- Seize-Mai. Les articles sur M. Thiers.—Séjour à Hyères. M^{gr}
- Dupanloup. La villa de Costebelle. La Messe à bord du vaisseau-école
- le _Souverain_. Lettre de l’Évêque d’Orléans. L’Exposition universelle
- et la rue de Passy.—_Promenade au Salon de 1878._ Le _Barabbas_ de
- Charles Muller et l’_Apothéose_ de M. Thiers. M^{lle} Sarah Bernhardt
- et le buste de M. Émile de Girardin. Les _Souvenirs d’un vieux
- mélomane_. Article d’Henri Lavedan. Pontmartin quitte Paris pour n’y
- plus revenir.
-
-
-I
-
-Pontmartin, après le 24 mai, avait cru au retour prochain de la
-monarchie. La lettre du 27 octobre, qui détruisait toutes ses
-espérances, lui causa une inexprimable douleur. Sa santé même en
-reçut une grave atteinte. Il m’écrivait, le 4 novembre: «Depuis qu’a
-paru la lettre néfaste, mes insomnies, qui n’étaient que fréquentes,
-sont devenues continuelles, et il en résulte, chaque lendemain, un
-assoupissement maladif, qui dérange même l’équilibre de mes facultés
-intellectuelles. J’ai dû m’interdire tout travail.»
-
-Mais, pour lui, ne plus écrire, c’était la chose impossible. Là,
-d’ailleurs, était le devoir. Il me mandait des Angles, le 31 janvier
-1874: «Je voudrais pourtant travailler encore; il me semble que, dans
-un temps comme celui-ci, un écrivain n’est tout à fait libéré que
-lorsqu’il est tout à fait mort.» Dès la fin de novembre 1873, sans
-reprendre encore ses _Samedis_ de la _Gazette_, suspendus depuis le
-mois d’août, il avait taillé de nouveau sa plume. «Voici plus de trois
-mois, me disait-il, le 27 février 1874, que je me suis fait, non pas,
-hélas! prophète, mais journaliste dans mon pays. j’ai eu parfois envie
-de vous envoyer mes articles, mais il m’a paru qu’ils ne pouvaient
-intéresser que les Vauclusiens. Pourtant un des derniers, intitulé
-_Honorum dehonestamentum_, a eu quelque retentissement.»
-
-C’est dans l’_Union de Vaucluse_ que paraissaient ces articles; deux
-des plus réussis, _les Fantômes_ et _Marphurius ou les Superstitions_,
-ont été recueillis dans le tome X des _Nouveaux Samedis_, où ils
-forment les chapitres VII et VIII de la série qui a pour titre:
-_la Politique en sabots_. Ils ont été écrits à l’occasion de
-l’élection partielle dont le département de Vaucluse fut le théâtre
-en février-mars 1874, et où se trouvaient en présence le citoyen
-Ledru-Rollin et un ami de Pontmartin, le marquis de Biliotti[397].
-
-Cette petite campagne de presse, dans sa ville natale, sur le terrain
-même où avaient eu lieu ses débuts, avait sans doute ranimé ses forces;
-il en profita pour envoyer au _Correspondant_ deux grands articles,
-l’un sur Prosper Mérimée, à propos des _Lettres à une Inconnue_[398],
-l’autre sur le _Quatre-vingt-treize_ de Victor Hugo[399], Autran lui
-écrivait, le 27 mars, après la lecture du second de ces articles: «Vous
-êtes vraiment un homme étonnant, vous qui trouvez ainsi ces flots d’une
-prose éloquente, toujours plus pure et toujours plus abondante. _Il est
-des écrivains qui sont des sources vives, vous êtes un de ceux-là._ Le
-_Figaro_ disait, l’autre jour, par la plume de ce mystérieux François
-Duclos[400], que vous n’aviez rien à envier à Sainte-Beuve. Je le crois
-certes bien. Jamais, au grand jamais, Sainte-Beuve n’a eu cette ampleur
-de vue et cette maëstria de style qui vous appartiennent. Il avait sans
-doute des qualités de finesse incroyables; mais, si exquises qu’elles
-fussent, elles étaient certainement d’un ordre inférieur aux vôtres...»
-
-Cette lettre d’Autran alla trouver Pontmartin à Cannes, d’où il
-m’écrivait à ce même moment:
-
- Cannes, Hôtel de la Plage, 29 mars 1874.
-
- Mon cher ami, si vous vous étonnez de mon long silence, ce seul mot,
- _Cannes_, vous répondra pour moi. J’allais partir pour Paris quand,
- tout à coup, un mistral furieux, imprégné de toutes les neiges du
- Ventoux, du Luberon et des Alpines, est venu fondre sur nos bords du
- Rhône, ménagés jusque-là par l’hiver 1873-1874. Je me suis enrhumé, et
- mon médecin m’a ordonné de faire mon pacifique 20 mars, non pas quai
- Malaquais ou sous le marronnier des Tuileries, mais sur le golfe de la
- Napoule, à 4 kilomètres du golfe Jouan. Il est permis d’être un peu
- girouette quand le vent est si violent, le terrain si peu solide et
- la politique si variable. Je suis donc venu à Cannes, et j’y resterai
- probablement jusqu’au 15 avril; un mois d’exil ou de vacances, suivant
- qu’on est plus épris des beautés de la nature ou du bel-esprit
- parisien. Au surplus, je dois vous avouer que, d’année en année, Paris
- m’attire moins et m’effraie davantage. Qu’irais-je y faire?... Le vrai
- nid, ou, hélas! pour parler plus exactement, la vraie retraite, quand
- on a passé la soixantaine et qu’on n’est guère valide, c’est le pays
- natal; c’est la maison des champs où l’on a grandi, où l’on a promené
- ses premiers rêves après avoir lu _René_ et les _Méditations_, où l’on
- a vécu, prié, pleuré, souri, espéré, aimé sous l’aile maternelle, où,
- cinquante ans plus tard, on retrouve à chaque pas la trace des années
- heureuses. Sans considérer les vanités de ce monde avec le pessimisme
- hautain de Chateaubriand ou le dédain hiératique de Bossuet, y a-t-il
- quelque chose de plus misérable que le spectacle auquel nous assistons?
-
- * * * * *
-
- Quel bon moment pour acheter des sabots et lire les _Géorgiques_!
- En attendant, mon cher ami, Cannes m’inonde de soleil et réalise à
- mes yeux ces deux lignes des _Lettres à l’Inconnue_: «Il y a tant
- de fleurs et de si belles partout, que la verdure est une exception
- dans le paysage.» Pendant que je vous écris, je n’ai qu’à lever les
- yeux pour apercevoir, de ma fenêtre entr’ouverte, ces montagnes que
- l’imagination des Grecs aurait peuplées de faunes et de dryades,
- cette mer dont les vagues somnolentes viennent expirer sur la plage
- dans leur frange d’écume, avec un murmure monotone et mélancolique;
- c’est très beau et un peu triste; mais quoi de plus _humain_, de plus
- en harmonie avec les cordes mystérieuses de l’âme, que ce mélange de
- beauté et de tristesse? Tout ce qu’il faut pour charmer nos regards,
- et pour nous avertir qu’il existe encore quelque chose au delà?...
-
-Dans les premiers jours de mai, Pontmartin revient à Paris et
-s’installe, comme en 1873, au pavillon de Rohan. Il publie le dixième
-volume des _Nouveaux Samedis_ et fait sa rentrée à la _Gazette de
-France_, le 5 juillet, par un article sur Jules Janin, qui venait de
-mourir[401]. L’article est des plus élogieux, et c’était justice. Jules
-Janin était, lui aussi, un écrivain de race, et Pontmartin eut raison
-de célébrer sa verve intarissable, son amour sincère et constant pour
-la belle littérature, ses _Lundis_, qui avaient été, pendant quarante
-ans, une fête hebdomadaire. Lui-même, d’ailleurs, lors de la _crise
-Charbonneau_, avait eu grandement à se louer du critique des _Débats_.
-Il n’oubliait pas non plus qu’un jour Jules Janin, lui envoyant sa
-traduction d’Horace, avait écrit sur la première page du volume ces
-deux vers, délicate allusion aux opinions royalistes du critique de la
-_Gazette_:
-
- Prenez-la, mon ami, vous qui valez mieux qu’elle.
- Pourquoi? me direz-vous.—Vous êtes plus fidèle.
-
-Au lendemain de son article, Pontmartin regagna les Angles. De loin,
-les Angles, c’était pour lui le repos, la tranquillité, le loisir, la
-rêverie sous les grands arbres, la promenade au bord du fleuve, le
-travail que rien ne trouble, sinon le chant des oiseaux dans le jardin
-et le murmure du vent dans les vieux marronniers: _Angulus ridet_. De
-près, ce n’est pas tout à fait cela. Il m’écrit, le 29 janvier 1875:
-
- ...C’est moi qui suis en retard, et je m’en accuse; mais je dois
- ajouter que je suis débordé, écrasé, englouti, submergé. Figurez-vous
- que _ma_ littérature n’est que le très petit accessoire de mes
- journées; c’est ce qui devait nécessairement arriver dans un pays où
- personne n’admet que mon temps n’appartienne pas aux solliciteurs,
- aux fermiers, aux visiteurs, aux amis, aux affaires d’autrui
- surtout, exactement comme si je n’avais jamais touché une plume de
- fer ou d’oie. Tantôt c’est un syndicat que je préside, après avoir
- préalablement donné à dîner à quelques-uns de mes collègues; ce qui
- m’ahurit pour 24 heures; tantôt c’est l’ingénieur de notre chemin de
- fer, chez qui je suis obligé de courir pour lui démontrer, un plan à
- la main, que le _tracé_ qu’il a choisi ruinerait notre malheureuse
- plaine...
-
-Pour un peu, le pauvre propriétaire s’écrierait—ne fût-ce que
-pour n’avoir rien de commun avec le comte de Bismarck—_Beati non
-possidentes[402]!_ Une ressource pourtant lui restait; c’était, après
-avoir fui Paris, de fuir les Angles, et de se réfugier sur le littoral
-de la Méditerranée. En mars et avril, après quelques semaines passées
-à Cannes, il fit un assez long séjour à Marseille. «Vous me demanderez
-peut-être, m’écrivait-il de cette dernière ville, pourquoi je suis
-resté si longtemps à Marseille. C’est d’abord parce que j’espérais
-apporter quelque distraction à M. Autran, dont l’état m’attriste
-profondément; c’est ensuite parce que j’ai été comblé de politesses et
-de témoignages de sympathie. Sans le mistral, j’aurais pu me croire à
-Nantes, au milieu d’un groupe auquel vous auriez appris à m’aimer, et
-même à me lire. Invitations, déjeuners à la campagne, promenades sur
-mer, parties de pêche, c’est une série d’honnêtes plaisirs qui
-
- Chatouillent de mon cœur la secrète faiblesse.
-
-Cette bonne vieille radoteuse, qu’on appelle la littérature, peut donc
-servir à quelque chose? J’en avais douté bien souvent, mais non pas
-quand je vous lisais[403].»
-
-Nombreux, en effet, étaient là-bas, à Marseille, les amis de
-Pontmartin. L’un des plus chers, après Autran, était un autre poète,
-le traducteur de Catulle, l’auteur des _Poésies simples_ et des
-_Sentiers unis_, M. Eugène Rostand, qu’il appelle quelque part «un
-charmant causeur, un vaillant publiciste, un homme excellent, un
-poète exquis[404]». Quelle délicieuse maison que celle de M. Rostand!
-Pontmartin y voyait le mélodieux frère d’Eugène, Alexis, et aussi le
-jeune Eddy[405], ses gentilles sœurs et leur aimable mère. Vingt-huit
-ans plus tard, Eddy, devenu membre de l’Académie française, se
-souviendra du vieux critique, de l’ami de son enfance, et il dira,
-dans son discours de réception: «C’est élégant comme du Pontmartin».
-Et Eugène-Melchior de Vogüé lui dira, dans sa réponse: «La demeure de
-vos parents était accueillante aux écrivains, aux artistes. Vous vous
-rappelez l’un de ces familiers, haute silhouette maigre, voix fluette
-et spirituelle: vous aussi, vous avez joué sur les genoux de mon cher
-maître, Armand de Pontmartin: donnons ensemble un souvenir respectueux
-au vieil ami qui eût dû nous précéder dans cette Compagnie[406].»
-
-Toute cette année 1875 se passa sans que Pontmartin revînt à Paris;
-mais il n’interrompit pas pour cela ses _Semaines littéraires_[407], et
-il publia deux nouveaux volumes de Causeries: en mars, le tome XI; en
-octobre, le tome XII des _Nouveaux Samedis_.
-
-
-II
-
-Lorsque s’ouvrit l’année 1876, l’Assemblée nationale de Versailles
-avait vécu.
-
-Le 31 décembre 1875, elle avait décidé que l’élection des deux
-cent vingt-cinq sénateurs, dont la nomination appartenait au corps
-électoral, aurait lieu le 30 janvier 1876, celle des députés le 20
-février; que les nouvelles Chambres se réuniraient le 8 mars, et que ce
-serait ce jour-là seulement qu’expireraient théoriquement les pouvoirs
-de l’Assemblée. Mais, en fait, la séance du 31 décembre fut sa dernière
-séance. Elle se sépara le dernier jour de l’année 1875, pour ne jamais
-plus se réunir.
-
-Les élections du 30 janvier et du 20 février allaient décider des
-destinées du pays; l’avenir, la prospérité, la vie même de la France
-était l’enjeu. Pontmartin n’avait jamais manqué au devoir patriotique;
-cette fois encore, il s’y dévouera tout entier. Vainement son médecin
-insiste près de lui pour qu’il aille passer l’hiver à Cannes. Il s’y
-refuse, et, le 6 janvier, il m’écrit; ou plutôt il dicte à son fils une
-lettre à laquelle j’emprunte ces lignes:
-
- ...Certes, mes yeux, mes nerfs et mes poumons préféreraient la plage
- de Cannes au pavé d’Avignon ou de Nimes; mais je ne crois pas devoir
- m’éloigner du théâtre de la lutte, quand même je n’y gagnerais que
- la douleur d’assister au triomphe de nos adversaires. Dussé-je ne
- recruter qu’une voix pour le Sénat et vingt pour la Chambre, je
- resterais jusqu’à la fin sur la brèche; j’ai la tête pleine de petites
- vérités sociales, économiques, politiques, à l’usage de nos ruraux,
- et il est possible que j’en fasse une brochure de 64 pages in-32 que
- nous tâcherions de propager, surtout dans notre zone méridionale. La
- littérature a du bon, mais je dois vous avouer que, pendant toute
- cette crise électorale, il me semble bien difficile et bien inutile
- de s’occuper des défauts et des mérites d’un roman et d’un volume de
- poésie...
-
-La brochure projetée parut en six fois dans l’_Union de Vaucluse_
-et, sous ce titre: _les Élections de 1876_, fut répandue dans les
-départements du Midi, de Toulouse à Marseille. Immédiatement après,
-vinrent six articles contre Gambetta; puis, un appel aux Conservateurs,
-en vue du scrutin de ballottage qui eut lieu le 5 mars. Et tout cela
-presque en pure perte! Des scrutins du 20 février et du 5 mars sortit
-cette majorité des 363, dont les exploits ne sont que trop connus.
-Pontmartin m’écrivit aussitôt pour me dire—ce sont les dernières
-lignes de sa lettre du 5 mars: «Serrons-nous l’un contre l’autre dans
-la mauvaise fortune. Courage, si c’est une crise! résignation, si c’est
-une fin! Notre Roi n’a pas voulu de nous; mais Dieu nous reste, et
-peut-être aura-t-il pitié de la France.»
-
-Dans les premiers jours de juin, il revenait à Paris, après une
-absence de deux ans, descendait rue et hôtel de Rivoli, 203, et
-publiait la treizième série des _Nouveaux Samedis_, où il y avait
-heureusement assez d’esprit et de talent pour conjurer les mauvaises
-chances du nombre 13.
-
-En juillet, la chaleur étant devenue insupportable, il alla passer
-quelques semaines chez son cousin le marquis de Besplas, au château de
-la Garenne-Randon,—près de la station d’Épone-la-Garenne,—la bien
-nommée, disait-il; car, dans une seule allée du parc, il avait compté
-un matin 57 lapins. Jamais chasseur méridional ne s’était trouvé à
-pareille fête! La bibliothèque du châtelain était un gîte très commode
-pour ses écritures; c’est à peine cependant s’il pouvait, le mercredi
-soir, aller jeter à la boîte de la poste son article hebdomadaire.
-Aussi bien, la demeure de l’aimable M. de Besplas ne désemplissait
-pas de comtes et de marquis, de baronnes et de duchesses. Élégants et
-belles dames n’étaient point du reste pour effaroucher Pontmartin,
-aussi à son aise, en ce château de Seine-et-Oise, qu’au restaurant
-Caron ou à la Taverne de Londres. Il en était quitte, mélomane
-incorrigible, pour se chanter à lui-même, sous les arbres du parc, la
-romance du _Pré-aux-Clercs_:
-
- Les rendez-vous de noble compagnie
- Se donnent tous dans ce charmant séjour.
-
-De retour aux Angles, il reprenait ses _écritures_ avec une activité
-nouvelle. Le décès de M^{me} Volnys—la Léontine Fay du _Mariage de
-raison_—morte pieusement à Nice le 29 août 1876, lui inspirait un
-de ses meilleures feuilletons[408]. «Je vous recommande ma _Léontine
-Fay_, qui vous intéressera, me mandait-il le 8 septembre. C’est encore
-un chapitre de mes souvenirs de jeunesse, et je reconnais, chaque
-fois que je touche à ces notes mélancoliques et vibrantes, que vous
-avez bien raison et que ce genre mixte entre la critique, l’histoire
-intime, l’impression personnelle et le roman, est peut-être ce qui me
-conviendrait le mieux. Mais n’est-ce pas trop tard? Et les triomphes
-de plus en plus décisifs de la démocratie radicale ne créeront-ils
-pas bientôt une société nouvelle où les souvenirs de l’ancienne ne
-trouveront plus d’écho?...»
-
-Ces souvenirs, il y reviendra de plus en plus. Le moindre mot, le plus
-petit détail, suffisent à les réveiller. Un jour,—c’était à quelques
-semaines de la lettre qu’on vient de lire,—je lui annonce que j’ai
-trouvé chez un bouquiniste de Nantes, dans leur édition originale[409],
-la collection à peu près complète des comédies-vaudevilles de Scribe,
-du Scribe de la Restauration, de 1824 à 1829. Pontmartin me répond, le
-15 décembre 1876:
-
- ...Si vous saviez quelles images évanouies, quel monde de souvenirs
- vous m’avez rendu en me parlant de cette jolie édition beurre frais,
- rose ou abricot du _Répertoire du Théâtre de Madame_[410]. C’était
- bien en 1829, et ce fut, après les austères années de catéchisme,
- de collège et de lauriers bien éphémères au concours général, une
- de mes premières jouissances profanes, avec une légère saveur de
- fruit défendu. On en trouvait l’assortiment chez Masgana, galerie de
- l’Odéon, et j’échangeais—_proh pudor!_—mon dictionnaire grec de
- Planche contre quatre de ces élégantes brochures, _la Demoiselle à
- marier_, _le Charlatanisme_, _l’Héritière_ et _les Dernières amours_.
- Est-ce assez loin? Étions-nous assez jeunes, et sommes-nous assez
- vieux? J’ai peine, cher ami, à retenir mes larmes en vous écrivant
- ces dernières lignes; c’est que je pense à la France de 1829 et à la
- France de 1876... Ah! l’abîme est encore plus large et encore plus
- sombre pour elle que pour moi...
-
-
-III
-
-Nous ne nous étions plus rencontrés depuis le mois de mai 1873. Dans
-ma dernière lettre de 1876, je le priai de me dire à quelle date nous
-pourrions, après une aussi longue séparation, nous retrouver enfin à
-Paris. Il me répondait, le 4 janvier 1877, au sujet de ce projet de
-réunion:
-
- ...ous rayons, n’est-ce pas, le mois de janvier? Me voici en plein
- dans ma 66^e année; je m’enrhume facilement, et si j’arrivais à Paris
- pour le parcourir en _tous sens_ (pardonnez-moi celui-là; il est d’une
- vieillesse qui a droit au respect), notre but ne serait pas atteint.
- Savez-vous quelle avait été mon idée? Louer à Versailles une petite
- maison meublée avec jardin, où j’aurais passé toute une saison, du 15
- mars au 15 juin. Mon fils serait venu m’y retrouver un peu plus tard,
- et, en attendant, vous auriez occupé sa chambre. J’ai un domestique
- fort peu élégant, mais brave homme, qui nous aurait servis. Il y a
- un train du soir pour les gens qui vont au spectacle. Nous aurions
- pu passer à Paris une partie de nos journées, et, quand nous aurions
- ressenti quelque fatigue, messieurs de l’extrême gauche ne nous
- auraient pas empêchés de jouir des magnifiques ombrages du parc, et de
- cette atmosphère de calme, de mélancolie, de majestueuse solitude, que
- les violences ou les niaiseries parlementaires[411] n’ont pas réussi à
- supprimer. Si cette idée vous déplaît, ne vous en effrayez pas trop.
- Elle n’a rien de précis, de positif; c’est plutôt la vague impression
- d’un _vieux_ qui commence à se trouver un peu dépaysé au milieu des
- encombrements parisiens et du tapage des voitures...
-
-Il était encore aux Angles, lorsque, le 7 mars, sans que rien l’eût
-préparé à cette nouvelle tristesse, il apprit la mort de son ami
-Autran, qu’il m’annonça, le jour même, en ces termes:
-
- Mercredi matin. 7 mars 1877.
-
- Je comptais ce matin vous écrire une longue lettre; mais je suis
- foudroyé par une nouvelle que, très probablement, vous connaîtrez
- déjà quand vous me lirez, la mort subite de M. Joseph Autran. Je
- l’apprends, à l’instant, par un télégramme, qui, grâce à un retard
- inexplicable, ne m’arrive qu’avec la _Gazette du Midi_, où ce
- malheur est annoncé. Rien ne m’y préparait. Atteint, depuis six ou
- sept ans, d’une cécité presque complète, le pauvre poète paraissait
- d’ailleurs jouir d’une bonne santé. Son père avait vécu jusqu’à 84
- ans. Une maladie de cœur, que personne ne soupçonnait, l’a emporté en
- quelques minutes. Je vais partir pour Marseille, où j’espère arriver
- à temps pour ses obsèques. En dehors de mes profonds regrets, quelles
- douloureuses réflexions ne suggère pas cette mort si soudaine! Il y
- a un mois, je perdais un ami intime, non moins intime ami de Léopold
- de Gaillard, M. Louis de Guilhermier[412]; dans l’intervalle, j’ai
- tremblé pour ce jeune homme[413] si bon, si pieux, si dévoué, dont
- je vous avais parlé dans ma dernière lettre, et que nous appelions
- ensemble le _Biré_ de la onzième heure; il n’est pas mort, il est hors
- de danger; mais, pendant huit jours, on a cru qu’il serait impossible
- de le sauver, et sa mère m’écrit ce matin qu’il est encore si faible
- qu’elle me demande de retarder ma visite. Vous le voyez, mon cher
- ami, cette année 1877, si menaçante pour la France et pour tous les
- honnêtes gens, a pour moi des cruautés particulières, et ses coups de
- foudre ressemblent à des coups de cloche. Il faut que ces tristesses
- tiennent une bien grande place dans mon cœur, pour m’excuser de ne pas
- vous avoir encore remercié de l’envoi de l’_Union de l’Ouest_ et de
- cet article[414] où je me suis retrouvé, comme toujours, embelli par
- votre amitié. Cette amitié est infatigable depuis près d’un quart de
- siècle, et mon regret est de n’avoir pas un peu moins d’années et un
- peu plus de talent pour la suivre et la justifier jusqu’au bout. Mes
- remercîments, quoique vêtus de deuil, n’en sont pas moins sincères,
- et, quoique tardifs, seront toujours prêts à rattraper le temps perdu.
-
- Mais, hélas! quel néant que la vie! quel néant surtout que nos
- glorioles! Hier, à propos de la _Biographie_ d’Alfred de Musset par
- son frère Paul, je recueillais mes souvenirs, ces souvenirs qui
- vous intéressent. Je _me voyais_, à la première représentation du
- _Caprice_, puis, dix-huit mois après, au lendemain de la _première_
- de _Louison_ (un petit four), quand nous nous demandions, Buloz, de
- Mars, Alexis de Valon et moi, comment on pourrait s’y prendre pour
- dire un peu de vérité sans offenser le poète favori de la _Revue des
- Deux Mondes_. En ce moment, la porte s’ouvre, et nous voyons entrer
- Musset nous apportant les _Trois marches de marbre rose_. Il y a de
- cela 28 à 30 ans; la chute de Louis-Philippe, la seconde République,
- le coup d’État, l’Empire, les désastres et les crimes de 1870 et
- 1871, les tentatives de Restauration monarchique, l’avortement de nos
- espérances, les victoires de la République radicale, nos humiliations
- du dedans et du dehors, ont passé sur ces souvenirs; Buloz, de Valon,
- de Mars, Alfred de Musset, sont morts; et pourtant il me semble que
- c’était hier! qu’est-ce que l’homme, ou plutôt qu’est-ce qu’un homme,
- un individu, un atome, un grain de sable, autour duquel tourbillonnent
- ces événements gigantesques, jusqu’à ce qu’il soit emporté lui-même
- et disparaisse! Et dire qu’il y a des gens qui bouleversent le monde,
- qui désolent leur pays, pour le plaisir de nous faire comparer leur
- petitesse à ces grandeurs! Voilà le triomphe de la Religion; elle
- agrandit et élève du côté du ciel cet horizon si étroit du côté de
- la terre. En nous prêchant l’humilité qui devrait nous être aussi
- naturelle que l’usage de nos cinq sens, elle nous rattache à la
- seule idée de durée que nous puissions conserver ici-bas. Si je ne
- craignais de commettre un paradoxe, presque une hérésie, je dirais que
- l’orgueil, si anti-chrétien, le plus capital des péchés capitaux, ne
- pourrait pourtant et ne devrait chercher sa pâture que dans la foi qui
- lui promet l’infini. Pardonnez-moi, cher ami, ce verbiage qui n’est
- peut-être que du pathos et du galimatias; car ma pauvre tête subit le
- contre-coup de mes tristesses de cœur. J’y aurai du moins gagné de
- prolonger avec vous une de ces causeries que je voudrais multiplier
- sans compter, tant j’y trouve de consolation et de douceur! Adieu et
- au revoir! ne renonçons pas à nos projets de réunion parisienne. Votre
- poignée de main me sera plus nécessaire que jamais. A vous, bien à
- vous de cœur.
-
-Le 3 mai, il arrivait à Paris et descendait, comme l’année précédente,
-à l’hôtel de Rivoli. Quelques jours après, éclatait le Seize-Mai,
-le renvoi par le maréchal de Mac-Mahon de M. Jules Simon et de ses
-collègues, et la constitution du cabinet de Broglie-Fourtou. J’allai,
-à ce moment, rejoindre Pontmartin. Il était attristé, peu confiant
-dans le succès de l’entreprise du maréchal: il n’avait jamais cru à la
-République conservatrice, et il ne voyait dans le nouvel essai qu’on
-en voulait faire qu’un acheminement plus prompt vers le triomphe de la
-République radicale. Il venait du reste de tomber assez sérieusement
-malade, et il dut, pendant deux mois, suspendre ses _Samedis_ de
-la _Gazette_. En juillet, sa santé rétablie, il s’installa, pour
-quelques semaines, comme il l’avait fait en 1876, au château de la
-Garenne-Randon, où il se rencontra, cette fois, sans préjudice des
-grandes dames et des _clubmen_ obligés, avec un héros, le général de
-Charette, et un grand compositeur, Charles Gounod.
-
-La dissolution de la Chambre des députés avait été votée par le
-Sénat[415]. De nouvelles élections étaient imminentes, et elles
-emprunteraient aux circonstances une gravité exceptionnelle. Pontmartin
-ne voulut pas s’en désintéresser. Avant de quitter La Garenne, il
-publia, dans la _Gazette de France_, en août, une réplique au manifeste
-des sénateurs et députés républicains de Seine-et-Oise, réplique qui
-fut répandue dans tout le département par les soins de M. de Besplas.
-«Si tous les conservateurs, m’écrivait-il, suivaient l’exemple de ce
-vaillant octogénaire, nous aurions beaucoup plus à espérer et beaucoup
-moins à craindre. Le matin, dès 6 heures et demie, je le trouve
-dans sa bibliothèque, assis à sa table, écrivant aux maires de son
-arrondissement, abrégeant mon article pour qu’il puisse être propagé
-dans tous les cafés du pays, puis recevant quelques braves paysans
-qu’il associe à son œuvre et se concertant avec eux.»
-
-Parti de La Garenne le 17 août, il prit le _rapide_ jusqu’à Marseille
-pour éviter la fête votive de son village et une séance de syndicat,
-suivie d’un énorme dîner. A Marseille, il écrivit pour la _Gazette
-du Midi_ un article électoral qui, dans sa pensée, devait être la
-contre-partie méridionale de sa Réplique au manifeste des sénateurs et
-députés de Seine-et-Oise.
-
-Rentré aux Angles, il continuera la campagne. En dehors de ses
-_Samedis_, il envoie à la _Gazette de France_ quatre articles sur
-M. Thiers[416], écrits en vue des élections. Il me mande, à cette
-occasion, le 30 septembre: «J’avais pensé à faire de mon travail sur M.
-Thiers une petite brochure, et je vois que vous avez eu la même idée;
-mais je suis si peu secondé! si peu encouragé! Il y a six mille lieues
-de mon allée de marronniers au boulevard des Italiens... Je viens
-pourtant d’écrire quelques lignes à Léon Lavedan[417], qui dispose,
-m’a-t-il dit, de plus de deux cents journaux, et qui nous les a
-offerts, à Léopold de Gaillard et à moi, pour la période électorale. Je
-lui livre mon œuvre, soit pour en faire reproduire des fragments, soit
-pour la colliger en un format économique et portatif.»
-
-Les élections, à ce moment, étaient proches; elles avaient été fixées
-au 14 octobre. Pontmartin ne s’illusionnait guère sur leur résultat. Sa
-lettre du 30 septembre se terminait par ces lignes: «Que le bon Dieu
-nous protège! Quel chaos, mon cher ami, et peut-être quelle débâcle
-si les élections sont encore radicales! N’importe! restons fidèles;
-restons sur la brèche! Faire son devoir, tout son devoir, c’est
-beaucoup, quand on réussit; l’avoir fait, c’est quelque chose quand on
-succombe.»
-
-
-IV
-
-Après les tristesses de 1877, l’année 1878 allait lui apporter une
-grande consolation, une des meilleures joies de sa vie. Au commencement
-de février, il s’était installé à Hyères, l’avait quittée pour
-Cannes, où l’appelaient Léopold de Gaillard et Victor de Laprade;
-puis, après quelques jours passés avec eux, était revenu à Hyères,
-où M^{gr} Dupanloup faisait un séjour, par ordre de ses médecins.
-Les relations de l’évêque d’Orléans et de l’auteur des _Samedis_
-n’avaient été jusque-là qu’intermittentes, mais l’entente ne fut pas
-longue à s’établir entre eux, grâce à leur attrait réciproque l’un
-pour l’autre et à une foule de souvenirs communs: «On écoutait, ravi,
-a dit un de leurs auditeurs, l’intarissable critique et le grave et
-souriant évêque, se laissant aller tous les deux au charme de ces
-souvenirs[418].»
-
-Ils se voyaient chaque jour, soit chez le comte et la comtesse de
-Rocheplatte, soit chez le baron et la baronne de Prailly, en cette
-villa de Costebelle, où vivait la mémoire du P. Lacordaire.
-
-Pontmartin accompagnait souvent l’évêque à quelques lointaines
-promenades. «C’est pendant ces promenades, écrira-t-il plus tard, au
-bruit de cette voiture alourdie sur un lit de poussière, avec vingt
-minutes d’arrêt et de silence pour le bréviaire, que s’ouvrait pour moi
-ce livre vivant, cette inappréciable collection de chapitres d’histoire
-contemporaine, où je reconnaissais tour à tour la douceur de l’évêque,
-la sagacité du politique, la résignation du chrétien, l’enjouement du
-causeur, l’éloquence de l’orateur, le suprême langage de l’expérience
-et de la sagesse, l’âme du grand citoyen, la cicatrice des jours de
-désastres, la conviction que tout aurait pu être sauvé et la crainte
-que tout ne soit perdu. Je prononçais presque au hasard un nom célèbre,
-je rappelais une date mémorable: il ne m’en fallait pas davantage pour
-voir passer devant moi tel ou tel de ces personnages qui ont figuré un
-moment sur la scène du monde politique...»
-
-Dans la rade d’Hyères stationnait, avec ses douze cents hommes
-d’équipage, le grand vaisseau-école le _Souverain_. Le commandant
-était un marin aussi chrétien que brave, M. Lefort, l’inventeur des
-torpilles, et le commandant en second, M. de Montesquiou, dont la
-belle-sœur, M^{me} Standish, née des Cars, appartenait à une famille
-depuis longtemps en relation avec M^{gr} Dupanloup. Tous les deux se
-rencontraient avec lui chez M. le comte de Rocheplatte. Ils eurent
-la pensée de lui faire les honneurs de leur bâtiment. Le dimanche 10
-mars, la messe fut dite à bord du _Souverain_ par l’évêque d’Orléans.
-Pontmartin y assistait. Il quitta Hyères quelques jours plus tard, non
-sans avoir envoyé à la _Gazette de France_ le compte rendu de cette
-cérémonie, si majestueuse à la fois et si émouvante. Sa Causerie, qu’il
-n’a pas reproduite dans ses _Samedis_ et qui est pourtant une des plus
-belles pages qu’il ait écrites, n’arriva à Costebelle qu’après son
-départ. Il reçut de l’évêque la lettre suivante:
-
- Hyères, 21 mars 1878.
-
- Monsieur et bien excellent ami, il faut donc se résigner à ne plus
- vous voir à Hyères! C’est ce que je viens d’apprendre avec grande
- tristesse. Oh! le méchant homme! qui, comme le Parthe, lance en fuyant
- une flèche empoisonnée de toutes les douceurs les plus mortelles
- à l’amour-propre des pauvres gens, et ne leur laisse même pas le
- temps de protester pour la forme! C’est affreux de s’en aller ainsi,
- quand on vous aime. Mais, du moins, on est heureux de vous avoir vu,
- entendu, connu de près, et apprécié, comme le méritent votre charmant
- esprit et votre excellent cœur; et on espère bien vous retrouver
- quelquefois, à Paris: ce qui n’est pas la même chose que sur les bords
- de cette mer enchantée, que vous savez si bien peindre, et aux doux
- feux de ce soleil, dont votre style est un rayon. Mes hôtes, et tous
- ceux à qui ils vous ont lu, ont été émerveillés, éblouis. Moi, je
- garde, par-dessus tout, le souvenir de cette exquise bienveillance;
- et j’espère bien qu’il n’en sera pas de ces relations qui m’ont été
- si douces comme de ces brumes colorées qui flottent en ce moment
- sur les îles d’Hyères, et qui s’évanouissent. Je les redemanderai
- toujours[419].
-
-A Hyères, où ses heures de travail lui étaient disputées par une foule
-d’aimables prétextes d’oisiveté, Pontmartin avait vite reconnu qu’il
-lui serait impossible de continuer sous leur forme habituelle ses
-articles de critique qui n’allaient pas sans beaucoup de lectures. Il
-eut l’idée de composer de courts récits qu’il pouvait rêver pendant la
-nuit et improviser le matin. C’est ainsi que furent écrits l’_Olivier
-qui parle_, conte fantastique, le _Pigeon qui parle_, le _Colonel
-Herbert_[420].
-
-Les _Samedis_ cependant succédaient aux _Samedis_. Dès son retour aux
-Angles, il s’était remis à ses Causeries littéraires. Le 20 mai, il est
-à Paris. Trois ou quatre ans plus tôt, en 1874, il lui était arrivé
-d’écrire: «Voici bientôt trente ans que je rêve, comme le _hoc erat in
-votis_, un petit chalet à Passy, au milieu de cette colonie charmante
-où je compte des amis, non loin de mon cher Saint-Genest et de son
-adorable famille, à deux pas de Jules Janin et de Cuvillier-Fleury,
-dans cette oasis où je retrouve la trace des deux enchanteurs de ma
-jeunesse, Rossini et Lamartine. Il est infiniment probable que ce doux
-rêve ne se réalisera jamais; mais je le reprends avec un mélancolique
-plaisir, chaque fois que je reviens à Paris. Le latin n’est-il pas
-admirablement connaisseur du cœur humain, quand il exprime par le même
-mot _désir_ et _regret_[421]?»
-
-Son rêve se réalisa au mois de mai 1878. Il prit un appartement à
-Passy, dans une maison meublée de la rue de ce nom, au n^o 82, tout
-près de la gare de la Muette. Nos plus beaux rêves nous déçoivent, même
-quand ils semblent s’accomplir. Celui de Pontmartin vint se briser
-contre la plus brutale des réalités. On était en pleine Exposition
-universelle. Logé à deux pas du Trocadéro et en face du Champ de Mars,
-il lui fallut vivre au milieu du tapage et de la cohue, assourdi
-par les _tramways_ et les voitures, contemplant chaque jour cet
-incroyable fourmillement, cette foule inouïe qui semblait avoir fait
-de la curiosité sa religion, sa politique et sa littérature, et qui
-paraissait croire que tout était sauvé, si elle voyait le matin un
-tambour-major, à midi un shah, le soir une opérette.
-
-Au milieu du tapage de l’Exposition de 1867, après l’audition de cette
-cantate du vieux Rossini, exécutée par mille musiciens, un orgue,
-deux pièces de canon et douze cloches, Augustin Cochin s’écriait: «_O
-Mozart! O flûte enchantée!_» Pontmartin, en 1878, songeait, lui aussi,
-au divin Mozart et au divin Racine. Une fois sur cette pente, obéissant
-à la loi des contrastes, il se revoyait en idée sur cette terrasse de
-Costebelle, où il était assis à côté de M^{gr} Dupanloup, et d’où ils
-contemplaient ensemble l’horizon merveilleux qui se déroulait sous
-leurs regards, le vaste ciel, la mer et les montagnes.
-
-
-V
-
-Heureusement pour lui, à côté de l’Exposition des machines, il y
-avait l’Exposition des Beaux-Arts. Il y trouva le sujet de deux grands
-articles, publiés dans le _Correspondant_ sous le titre de _Promenade
-au Salon de 1878_[422]. Dans la _Mode_, nous l’avons vu, et dans
-l’_Univers illustré_, il avait déjà fait plusieurs _Salons_. Celui de
-1878 fut le dernier qu’il écrivit.
-
-Les _Salons_ de Pontmartin sont encore des _Causeries_. Il n’essaie
-point, comme Théophile Gautier ou Paul de Saint-Victor, de faire de
-sa plume un pinceau et de son encrier une palette; il se promène tout
-simplement le matin à travers les tableaux et les statues, et, le soir,
-dans son propre salon, il en parle avec goût, avec agrément, en homme
-du monde qui ne se pique pas d’avoir du métier. Que de jolis morceaux
-il y aurait à extraire de cette _Promenade au Salon de 1878_, qu’il n’a
-pas recueillie dans ses œuvres!
-
-Le clou de l’Exposition était le _Barabbas_ de Charles Muller, l’auteur
-de l’_Appel des condamnés_[423] et d’une _Messe sous la Terreur_[424].
-Pontmartin lui consacre deux ou trois pages dont voici le début:
-
- La physionomie de Barabbas est une vraie trouvaille: tout y est, sur
- cette figure, le vice, le crime, le cynisme, l’abjection gouailleuse,
- la joie de la délivrance, l’éblouissement du grand jour succédant
- tout à coup à l’obscurité de la prison, la stupeur d’une ovation
- aussi peu prévue que peu motivée, et aussi une forte envie de rire
- aux dépens de son cortège; car en sa qualité de brigand, Barabbas a
- un peu plus d’esprit que ceux qui le portent en triomphe.—Il nous
- faut Barabbas! Entendez-vous bien?—Mais c’est un misérable, un
- gibier de potence: il a volé, il a assassiné peut-être et celui que
- vous lui sacrifiez ne s’est révélé à vous que par des bienfaits.—Il
- nous faut Barabbas!—Mais réfléchissez! voilà, d’un côté, la vertu,
- l’innocence, la bonté, la charité, le dévouement, la piété, l’honneur;
- de l’autre...—C’est tout réfléchi; il nous faut Barabbas!—Mais
- il a un dossier, un lourd dossier!—C’est justement pour cela que
- nous le voulons; s’il valait mieux que nous, où serait le plaisir
- de l’acclamer, d’en faire notre élu et notre idole?... Plus vous
- nous en direz de mal, plus nous nous obstinerons à le choisir... Un
- individu taré, flétri, dépravé, pourri jusqu’aux moelles, condamné
- pour inceste, exécuté à la Bourse de Jérusalem, qui nous donne la
- joie de le mépriser en le nommant, de chercher, pour le découvrir,
- au-dessous de notre niveau, de rester ses maîtres en le couronnant de
- lauriers et de fleurs, c’est ce qu’il nous faut! Mort à Jésus! vive
- Barabbas!—Pardon! je crois en vérité, que j’allais parler politique!
-
-Le peintre Vibert avait exposé l’_Apothéose de M. Thiers_, et
-Pontmartin d’écrire, au risque de faire encore de la politique:
-
- Rien ne s’accorde plus mal que ces allégories mythologiques et
- emphatiques avec la physionomie spéciale, typique, de cet homme
- illustre et discutable, dont le portrait, malgré Bonnat et M^{lle}
- Nélie Jacquemart, est encore à faire: figure essentiellement
- bourgeoise et moderne dans ses qualités comme dans ses défauts;
- intelligence merveilleusement douée, esprit alerte, souple, varié,
- _dextre_ plutôt que droit, avisé, agile, ouvert, plus riche
- d’expédients que de principes, prêt aux éventualités, fertile en
- ressources; imagination sans élan, sans couleur, sans chaleur et
- sans style; rebelle à toute tentative d’idéalisation poétique ou
- fantasmagorique; patriote avec économie et calcul, insensible aux
- joies sublimes du sacrifice; politique égoïste, parcimonieux et
- incomplet, dont l’art consista tout entier à tempérer la Révolution
- par la bourgeoisie, à réconcilier la bourgeoisie avec la Révolution,
- à neutraliser les partis les uns par les autres, à se créer une
- popularité tardive en persuadant tour à tour aux conservateurs qu’ils
- pensaient comme lui et aux républicains qu’il travaillait pour eux.
- En somme, le contraire d’un héros dans la moins héroïque des époques,
- avec un visage, une taille et une tournure de Joseph Prudhomme
- infiniment spirituel...
-
-Avec M^{lle} Sarah Bernhardt, nous passons de la peinture à la
-sculpture. En 1878, sa célébrité comptait déjà plusieurs lustres. Elle
-avait exposé un buste de M. Émile de Girardin. Déployant vis-à-vis
-d’elle la politesse de l’ancienne cour, Pontmartin lui dédiait ces
-lignes:
-
- M^{lle} Sarah Bernhardt est le contraire d’une académie de province
- (je ne cite que moitié du mot de Voltaire). Elle fait énormément
- parler d’elle. On vante les élégantes originalités, les raffinements
- merveilleux de son petit hôtel de l’avenue de Villiers, qui a eu,
- j’aime à le croire, Melpomène et Thalie pour seuls architectes. Nous
- savons en outre que, malgré ses talents et ses succès de toutes
- sortes, en dépit des rivalités de théâtre et d’atelier, la charmante
- artiste a été ciselée par la prodigue nature de façon à ne faire
- ombrage à personne. Ce qui désolerait ses nombreux admirateurs,
- c’est le bruit que l’on a fait courir, c’est la crainte de la voir
- renoncer à l’art dramatique, si elle réussissait assez sérieusement
- sa sculpture pour prendre définitivement un rang parmi nos statuaires
- illustres. C’est donc dans l’intérêt de sa gloire et de nos plaisirs,
- de la Comédie-Française et de ses habitués, que nous oserons lui dire:
- «Vous êtes adorable; vous jouez Zaïre mieux que la Gaussin, et Phèdre
- mieux que M^{lle} Rachel. Mais nous vous devons une sensation bien
- plus extraordinaire. Vous aviez à perpétrer le buste de M. E... de
- G..., c’est-à-dire du plus laid, du plus sinistre, du plus odieux de
- tous les modèles. Eh bien! vous êtes parvenue à surpasser la réalité.
- Vous avez vengé du même coup toutes les victimes de M. E... de G...
- D’un masque effrayant vous avez fait une grimace simiesque; votre
- œuvre est à deux fins. L’original était bronzé; le buste est coulé!»
-
-Les tableaux militaires avaient été exclus de l’Exposition: ils
-s’étaient disséminés sur plusieurs points, derrière les vitrines de
-nos marchands les plus accrédités: rue Taitbout, dans l’emplacement de
-l’ancien théâtre, et surtout chez Goupil. Pontmartin écrit à ce sujet
-cette dernière page, plus vraie encore après vingt-cinq ans qu’elle ne
-l’était en 1878:
-
- Nous les avons revues, ces toiles de MM. de Neuville, Detaille,
- Dupray, Berne-Bellecour, Protais, Bellanger, Maigret, et nous avons
- éprouvé, en les revoyant, un sentiment étrange. Nous n’en sommes plus
- à compter nos humiliations; nous ne voulons pas savoir si cette mesure
- émolliente et lénitive nous protège, nous honore ou nous humilie. Non!
- une émotion plus douloureuse encore, une idée plus _actuelle_ et plus
- poignante nous serrait le cœur devant ces tableaux où revivent les
- scènes sanglantes de l’invasion et de la guerre... Ces témoignages et
- ces souvenirs devaient nous rester présents, éternellement présents,
- non pas, à Dieu ne plaise! pour nous exciter à des haines stériles,
- à des représailles insensées, à des revanches impossibles, mais
- pour entretenir et renouveler sans cesse en nous le feu sacré du
- patriotisme, le dévouement à cette France mutilée, plus chère et
- plus aimée dans sa faiblesse que dans sa force, dans ses malheurs
- que dans ses prospérités. Ces souvenirs, qu’en avons-nous fait?
- Qui s’en occupe aujourd’hui? Dans cette foule affolée de curiosité
- banale et béate, dans l’étourdissant chaos de cette Exposition
- universelle, de ce _tournoi pacifique_, qui nous fait—à nous et à
- bien d’autres—l’effet du sursis de quarante jours accordé jadis
- aux condamnés dont on avait rejeté le pourvoi, sur quels fronts ces
- navrantes images amènent-elles un pli? Dans quels yeux une larme? Qui
- songe à Reichshoffen et à Gravelotte, à Sedan et à Metz, à la Lorraine
- démembrée, à l’Alsace perdue, aux provinces envahies, au siège et à
- la Commune, aux otages massacrés, à Paris incendié? C’est tout au
- plus un songe de tragédie dont on se réveille pour aller parier aux
- courses, s’extasier devant une porcelaine anglaise ou un paravent
- japonais. Peu s’en faut que les républicains radicaux, les hommes
- du 4 septembre, désormais en pleine possession de leur victoire, ne
- transforment ces anniversaires néfastes en fêtes nationales et ne
- confondent le deuil de leur patrie avec la date de leur avènement. Ils
- s’y prennent si bien qu’ils réussissent à décourager, à pervertir ou
- à éteindre jusqu’aux sentiments qui nous avaient soutenus dans cette
- crise épouvantable, qui avaient donné à l’élite de la nation la force
- de résister, de souffrir, de mourir, de nous indemniser en détail de
- tant de calamités et de désastres. Ils énervent, ils flétrissent, ils
- dénaturent, ils suppriment tout ce qui est nécessaire à un peuple
- pour se relever quand on l’abaisse, pour se réhabiliter quand on
- l’outrage, pour se redresser quand on le menace, pour se maintenir ou
- se retrouver à la hauteur des grandes luttes, des grandes infortunes,
- des grands sacrifices et des grands périls. Ces coups de foudre de
- 1870, ces journées d’angoisses, de détresse et de désespoir, ils
- nous réduisent presque à les regretter. C’était la défaite, c’était
- l’écrasement, c’était l’agonie; mais c’était aussi le patriotisme,
- c’était l’honneur; c’était un même battement de cœur, une passion
- commune devant un _SEUL_ ennemi. Aujourd’hui, si nous avions à subir
- une nouvelle épreuve, nous n’aurions plus même de quoi être vaincus.
-
-Pour protester à sa façon contre cette Exposition universelle, qu’il
-voyait peut-être trop en noir et qui lui apparaissait surtout comme le
-triomphe de la matière sur l’esprit et sur l’art, il publia, pendant
-qu’elle battait son plein, deux nouveaux volumes; au commencement de
-juillet, la seizième série des _Nouveaux Samedis_; à la fin d’octobre,
-les _Souvenirs d’un vieux Mélomane_. Ce fut un jeune, un très jeune
-dilettante, qui se chargea de présenter les _Souvenirs_ aux lecteurs du
-_Correspondant_: «Pourquoi _vieux_? écrivait-il; l’auteur aura beau le
-dire; personne ne le croira, car il se dément lui-même par l’entrain
-juvénile et la verve chaude de tableaux et de récits où palpite
-l’enthousiasme d’un cœur de vingt ans. _Vieux!_ qu’il accumule tant
-qu’il voudra les lustres sur sa tête; il ne le deviendra jamais! Ce
-n’est pas fait pour lui, heureusement pour nous... Mais s’il n’est pas
-vieux, comme il est mélomane! On devine, en le lisant, qu’il ne peut
-écrire le nom seul des divas qui l’ont enchanté naguère sans ressentir
-encore le frisson des représentations fameuses dont il réveille le
-souvenir. L’écho lointain du timbre d’or de la Malibran, de l’archet
-de Paganini, des accords passionnés de Duprez ou de Mario, le fait
-tressaillir et l’enflamme comme aux jours heureux où ils soulevaient
-les auditoires transportés!... En sa qualité de _jeune_, l’auteur a
-le premier don de cet âge heureux: la fantaisie, et c’est elle qui a
-surtout inspiré ce volume chatoyant où s’entremêlent le sourire et les
-larmes, la malice et le sentiment, où trouvent à se satisfaire tous les
-goûts et tous les caprices...» Le jeune critique, qui devait revêtir un
-jour—s’en doutait-il alors?—le frac à palmes vertes, terminait ainsi
-son article: «On raconte que Brillat-Savarin ne s’asseyait jamais à un
-repas fin et succulent qu’après avoir endossé son habit le plus coquet
-et mis ses bas de soie les plus moelleux. Eh bien! les raffinés et les
-gourmets littéraires devraient aussi se mettre en habit et en cravate
-blanche pour savourer les _Souvenirs d’un Mélomane_[425]...»
-
-A l’heure où parut son volume, Pontmartin avait regagné les Angles. Il
-était revenu si assourdi par le bruit, si fatigué par la cohue, qu’il
-se promit de ne plus retourner à Paris: il s’est tenu parole.
-
-
-
-
-CHAPITRE XV
-
-PONTMARTIN ET L’ACADÉMIE
-
-(1868-1878)
-
- La _fièvre verte_. Le fauteuil de M. Empis. Lettre au _Figaro_. Le
- fauteuil de Sainte-Beuve. Une page des _Jeudis_.—Lettres de M. de
- Falloux, de Cuvillier-Fleury et de Joseph Autran. Le _Non possumus_
- de Pontmartin.—Le fauteuil de Saint-Marc Girardin. _Fantaisies et
- Variations_ anti-académiques de M. Bourgarel.—Nouvelle lettre de M.
- de Falloux. Où l’on voit que Pontmartin était moins fort en calcul
- que feu Barrême.—Le fauteuil de Jules Janin. La peau de chagrin...
- académique. Le fauteuil d’Autran. M. Émile Zola se met en marche vers
- le Palais-Mazarin. M^{gr} Dupanloup s’efforce de décider Pontmartin à
- poser sa candidature. Pourquoi il ne s’est jamais présenté.
-
-
-I
-
-Alors que Pontmartin abandonne Paris pour n’y plus revenir, c’est
-peut-être le moment de se demander s’il y a quelque chose de vrai dans
-l’opinion qui assigne pour cause à sa retraite définitive aux Angles le
-refus qu’aurait fait l’Académie de lui donner un de ses fauteuils. On
-le représente essayant d’entrer au Palais-Mazarin, grattant à la porte,
-et, dépité de ne pas la voir s’ouvrir, quittant la capitale et jurant
-de n’y plus remettre les pieds.
-
-C’est là une pure _légende_, que je crois être en mesure de combattre,
-pièces en mains.
-
-Armand de Pontmartin ne fut point de ceux qui attaquent l’Académie et
-qui lancent contre elle des épigrammes, d’ailleurs faciles. Rien ne lui
-paraissait plus enviable que d’en faire partie. Toutes les fois que,
-pendant ses séjours à Paris, avait lieu une séance de réception, il ne
-manquait jamais d’en rendre compte, en toute liberté sans doute, avec
-une entière indépendance, mais aussi avec une réelle sympathie, comme
-quelqu’un qui n’est pas encore de la maison, mais qui, en attendant, se
-montre un bon voisin et un fidèle ami.
-
-A fréquenter ainsi chez les académiciens, il était difficile que
-l’auteur des _Samedis_ échappât complètement à la contagion, et qu’il
-n’eût pas, lui aussi, de temps à autre, un accès, plus ou moins fort,
-de cette fièvre qu’il nomme quelque part la _fièvre verte_, et qu’il a
-si bien décrite:
-
- Savez-vous, écrivait-il un jour, ce que c’est que la _fièvre verte_?
- C’est une maladie bizarre que l’on risque d’attraper en se promenant,
- le jeudi, sur le pont des Arts, entre deux et cinq heures. On y
- rencontre, ce jour-là, des hommes vénérables que l’on peut, au premier
- abord, prendre pour de simples mortels, et qui ne sont pourtant ni
- mortels ni simples, car ce sont des académiciens.
-
- Méfiez-vous! Si le manteau d’un de ces favoris des dieux effleure
- votre redingote, si son regard s’abaisse sur vous d’un air de bonhomie
- narquoise, s’il pousse encore plus loin la condescendance, si, pour
- imiter en tout les gracieux exemples de son secrétaire perpétuel[426],
- il vous dit en vous montrant certaine coupole: «Quand donc serez-vous
- des nôtres?» vous voilà pris; les plus savants docteurs y perdraient
- leur latin et leur quinine; vous êtes livrés, plume et papier liés,
- aux tyranniques caprices de la _fièvre verte_... Je vous plains si
- la maladie est aiguë, et je vous plains encore plus si elle passe à
- l’état chronique[427]...
-
-Il y a là, dans cette Causerie du 20 février 1864, cinq ou six pages
-d’une fantaisie charmante. Heureusement, quand on badine ainsi avec son
-mal, c’est que la fièvre est légère et l’accès passager. La «fièvre
-verte» n’a jamais été, chez Pontmartin, une fièvre continue, mais
-seulement une fièvre intermittente. Ses velléités académiques, nous
-allons le voir, n’ont jamais tenu bien longtemps. Plus d’une fois, ses
-amis ont obtenu de lui qu’il acceptât l’idée d’une candidature; jamais
-ils n’ont pu le décider à faire les démarches nécessaires, à se mettre
-officiellement sur les rangs: en réalité, _il ne s’est jamais présenté_.
-
-J’en éprouvais, pour ma part, un réel chagrin. Bien souvent, avec une
-insistance qui allait parfois, je le reconnais, jusqu’à l’indiscrétion,
-je l’ai pressé de poser sa candidature. Rien ne m’est donc aujourd’hui
-plus facile que de tracer, à l’aide de ses lettres, et aussi un peu
-à l’aide des miennes, qu’il avait bien voulu conserver, l’odyssée
-académique—ou plutôt, hélas! anti-académique—de l’auteur des
-_Samedis_.
-
-A la fin de 1868, il y avait trois fauteuils vacants: ceux de Viennet,
-de Berryer et d’Empis. Le 24 décembre, j’écrivais à Pontmartin: «Voilà
-trois places vacantes à l’Académie. Quand commencerez-vous vos visites?
-Je ne vous tiendrai quitte que le jour où vous me donnerez la joie de
-vous applaudir au palais Mazarin. Mais le sujet vaut qu’on y revienne
-et nous y reviendrons.»
-
-Moins de huit jours après, en effet, le 31 décembre, je lui adressais
-ce nouvel appel:
-
- Arrivons maintenant par le chemin le plus court à l’Académie. Depuis
- ma dernière lettre, j’ai lu dans le _Gaulois_,—qui n’est pas
- toujours _Français_,—et dans le _Français_,—qui est quelquefois
- _Gaulois_,—que vous étiez décidé à poser le pied sur le pont des
- Arts, qui vient d’inspirer à Sainte-Beuve un bien détestable sonnet.
- Il me tarde de recevoir de vous la confirmation de cette nouvelle. Je
- persiste à penser que le moment est venu pour vous de prendre rang. A
- la distance où je suis du champ de bataille, il m’est bien difficile
- d’apprécier quelles peuvent être vos chances actuelles; mais je tiens
- pour certain que, si votre succès n’est pas immédiat, il ne se fera
- cependant pas longtemps attendre.
-
-Pontmartin était alors aux Angles, et c’est de là qu’il me répondit, le
-2 janvier 1869:
-
- Un mot seulement, mon cher ami, pour répondre à vos deux dernières
- lettres. La mienne vous a appris que j’étais encore aux Angles, à 180
- lieues du pont des Arts, et beaucoup plus loin, je crois, de la salle
- des séances du palais Mazarin. Je ne pourrai partir pour Paris que le
- 1^{er} ou le 2 février, et là seulement je pourrai savoir de quoi il
- retourne. La note du _Français_, si elle est, comme je le suppose,
- de Léon Lavedan, ne signifie pas grand’chose; c’est son amitié qui
- a voulu risquer ce ballon d’essai. D’autre part, on m’écrit, au
- contraire, que les trois places vacantes sont déjà prises, que les
- politiques patronnent M. Duvergier de Hauranne, que M^{gr} l’évêque
- d’Orléans protège M. Franz de Champagny, et que, pour le fauteuil de
- l’insignifiant Empis, la majorité se décidera à faire une concession
- du côté des auteurs dramatiques ou autres candidats portés par la
- minorité. Vous voyez, cher confrère et ami, que, même sans tenir
- compte de _mon penchant invétéré à l’abstention_, la plus grande
- réserve est ici de rigueur, surtout si ceux que je dois regarder comme
- mes patrons naturels ont déjà jeté les yeux sur d’autres candidats...
-
-La triple élection fut fixée au 29 avril; le 2, le _Figaro_ annonçait,
-dans ses _Échos de Paris_, la candidature de Pontmartin au fauteuil
-d’Empis; il prit aussitôt la plume et rectifia en ces termes la
-nouvelle:
-
- Vendredi, 2 avril 1869.
-
- Monsieur et cher confrère,
-
- Je lis à l’instant dans vos spirituels _Échos de Paris_: «Les autres
- candidats sérieux à l’Académie sont, en première ligne, MM. Duvergier
- de Hauranne et Armand de Pontmartin.»
-
- J’ignore si je suis sérieux; mais je puis vous affirmer que je ne suis
- pas candidat. Pourtant je me serais contenté du plaisir de vous lire,
- sans vous donner l’ennui de recevoir ma réponse, si je n’avais deux
- motifs et deux excuses.
-
- D’abord, si _bien pensant_, si catholique et si voltigeur de 1815
- que je sois, mon abstention me donne le droit de ne pas servir de
- _repoussoir_ à Théophile Gautier, dont j’ai pu quelquefois combattre
- les doctrines, mais dont j’appelle l’élection de tous mes vœux, et
- dont j’admire le prodigieux talent.
-
- Ensuite, parce que mes parents et mes amis de province, ne voyant pas
- même figurer mon nom, escorté d’une _minorité consolante_, dans le
- scrutin du 29 avril, pourraient croire à la plus radicale et à la plus
- grotesque des défaites, là où il n’y aura pas eu même de lutte et de
- tentative.
-
- Je vous saurai beaucoup de gré si vous voulez bien accueillir et
- publier ma réponse dans vos _Échos de Paris_, et je vous prie de
- croire aux cordiales sympathies de votre dévoué
-
- A. DE PONTMARTIN.
-
-Comme il avait été décidé, il fut pourvu, le 29 avril, aux trois
-vacances. Le fauteuil de Berryer échut à M. de Champagny, celui de
-Viennet à M. d’Haussonville et celui d’Empis à M. Auguste Barbier. Ce
-dernier fut élu par 18 voix contre 14 données à Théophile Gautier.
-
-Deux académiciens, et non des moindres, moururent en cette même année
-1869, Lamartine le 1^{er} mars et Sainte-Beuve le 13 octobre.
-
-Le 16 octobre, j’écrivis à Pontmartin:
-
- ...Qui remplacera Sainte-Beuve à l’Académie? J’ai lu ce matin au
- cercle, dans le journal _la France_, une petite note où il est dit
- que l’hésitation n’est pas possible, et que l’Académie doit élire,
- à la place de Lamartine, M. Théophile Gautier, et à la place de
- Sainte-Beuve, M. Armand de Pontmartin. Si je puis, en sortant de chez
- moi, mettre la main sur ce numéro de la _France_, j’en détacherai
- l’entrefilet en question et le glisserai dans ma lettre. J’ignore si
- c’est Caro qui a rédigé cette note; qu’elle vienne de lui ou d’un
- autre, elle n’en a pas moins une valeur et une portée à laquelle
- vous ne sauriez vous soustraire. Il faut absolument que vous vous
- présentiez. Je ne sais si, ces années passées, il était _trop tôt_; ce
- qui est certain, c’est qu’aujourd’hui le moment est venu, l’heure a
- sonné, et il ne faut pas vous exposer à ce que l’on vous dise ce que
- l’on a dit à Charles X et à Louis-Philippe, ce que l’on dira un jour,
- bientôt peut-être, à Napoléon III: _Il est trop tard!..._
-
-Pontmartin était alors en Provence et songeait d’autant moins à
-rentrer à Paris que sa femme était gravement malade. Il ne se souciait
-d’ailleurs aucunement de succéder à Sainte-Beuve. Dans les _Jeudis de
-Madame Charbonneau_, n’avait-il pas tracé de lui ce portrait, sous le
-nom de _Caritidès_?
-
- Caritidès a reçu du Ciel, auquel il ne croit plus, un goût exquis,
- une finesse de tact extraordinaire, de merveilleuses aptitudes de
- critique relevées et comme fertilisées par de rares facultés de
- poésie. Il possède et pratique en maître l’art des nuances, des
- sous-entendus, des insinuations, des infiltrations, des évolutions,
- des circonlocutions, des précautions, des embuscades, des chatteries,
- de la haute école, de la stratégie ou de la diplomatie littéraire. Il
- excellerait à distiller une goutte de poison dans une fiole d’essence,
- de manière à rendre l’essence vénéneuse ou le poison délicieux. Sa
- prose est attrayante et magnétisante comme une femme un peu compromise
- qui ne dit pas tous ses secrets et s’enjolive à la fois de ce qu’elle
- montre et de ce qu’elle cache. Caritidès a voulu être un pèlerin
- d’idées, moins la première des qualités du pèlerin, c’est-à-dire la
- foi. Il a fait, en amateur, le tour de toutes les doctrines de son
- temps sans s’y fixer jamais, et, en les abandonnant, il a eu l’air de
- les trahir. Accusé injustement de traîtrise et d’apostasie, il a tenu
- à justifier sa réputation et il a fini par devenir l’ennemi de ceux
- dont il n’était que le déserteur. Son erreur a été de sophistiquer ce
- qu’il aurait pu faire tout simplement, avec tant de grâce, d’esprit et
- de supériorité naturelle, de traiter la littérature comme une mauvaise
- guerre où il faudrait constamment avoir un fleuret à la main et un
- stylet sous ses habits. On assure qu’il passe son temps à colliger une
- foule d’armes défensives et offensives, de quoi accabler ceux qu’il
- aime aujourd’hui et qu’il pourra haïr demain, ceux qu’il déteste à
- présent et dont il veut se venger plus tard. Caritidès aurait pu être
- la plus irrécusable des autorités, il n’est que la plus friande des
- curiosités littéraires[428].
-
-Il parut à Pontmartin qu’il ne pouvait, en conscience, même avec les
-sous-entendus académiques, faire l’éloge de l’homme sur lequel il avait
-écrit cette page. Il avait raison, et je n’insistai pas.
-
-
-II
-
-Jules Janin fut nommé à la place de Sainte-Beuve le 7 avril 1870; son
-discours de réception ne devait être prononcé que le 9 novembre 1871.
-Dans l’intervalle, la guerre, la chute de l’Empire, le siège de Paris,
-la Commune, avaient comme suspendu la vie de l’Académie. Lorsque, dans
-les derniers mois de 1871, elle put enfin reprendre régulièrement ses
-séances, il se trouva qu’elle avait à pourvoir à quatre vacances: il
-lui fallait remplacer Montalembert, Villemain, Prévost-Paradol et
-Prosper Mérimée[429].
-
-L’occasion, certes, était propice, et il convenait de ne la pas
-laisser échapper. Avant même d’agir auprès de Pontmartin, j’écrivis
-à M. de Falloux pour m’assurer de ses intentions, et j’en reçus la
-réponse suivante, datée du 8 août 1871:
-
- Je vous remercie, cher monsieur, de votre aimable souvenir et de
- l’appréciation, si juste à mon sens, de notre vraie situation. Du
- reste, si je suis affligé par la conduite de M. Thiers, je n’en suis
- plus surpris depuis un certain nombre de mois, et je puis dire loin
- de lui ce que je lui ai dit à lui-même: il se trompe aujourd’hui sur
- l’état de la France, comme il s’est trompé sur l’état de Paris avant
- le 18 mars. Ces illusions-là nous ont coûté déjà bien cher: elles
- peuvent entraîner encore de plus épouvantables catastrophes.
-
- En attendant, l’Académie reste une de nos dernières épaves et je
- ne demande pas mieux que de me joindre à ceux qui essaieront de
- la sauver. On parle de M. le duc d’Aumale pour le fauteuil de M.
- de Montalembert; celui de M. Villemain irait parfaitement à M. de
- Pontmartin, et il sait d’avance que mon suffrage ne peut lui faire
- défaut. Plusieurs d’entre nous le lui avaient déjà fait dire, au
- triple scrutin d’il y a dix-huit mois[430], et, à cette époque,
- il résistait à toutes les instances. Si vous pouvez le décider
- aujourd’hui, vous obtiendrez un succès que n’ont pu remporter de très
- anciens amis, et cette difficulté est faite pour vous tenter. Recevez
- donc d’avance mes remerciements avec mes vœux, et pardonnez-moi leur
- trop brève expression. Malheureusement, ma tête revient bien surmenée
- par le spectacle et les tristesses de Versailles[431], et je paie
- aujourd’hui mon voyage comme s’il eût été un plaisir. Veuillez n’en
- pas moins demeurer convaincu de mon très fidèle et très reconnaissant
- attachement.
-
- FALLOUX.
-
- Caradeuc, près Bécherel (Ille-et-Vilaine).
-
-Pontmartin parut assez bien disposé. Il m’écrivait des Angles, le 6
-novembre:
-
- ...Pour me consoler de mon échec[432], je suis allé passer, au pied du
- Luberon, chez M. Joseph Autran, huit ou dix jours qui se sont changés
- en trois semaines. Le pauvre-riche poète est presque aveugle, et d’une
- tristesse voisine du désespoir. Pour le tirer de cette prostration
- désolante, sa femme va l’emmener à Paris. Il est convenu entre nous
- qu’il arrivera vers le 15 novembre; que, sitôt installé, il s’assurera
- des dispositions de ses confrères, et m’écrira si je dois venir à
- Paris en décembre, ce qui serait académique, ou attendre la fin de
- février, ce qui serait hygiénique. En attendant, je vais me remettre
- au travail ou, comme vous le dites si bien, au _devoir_; le même mot
- pour les vieux journalistes qui finissent que pour les jeunes écoliers
- qui commencent!...
-
-Les candidatures cependant commençaient à se dessiner. M. de Falloux
-m’écrivait, du Bourg-d’Iré, le 28 novembre: «Je ne crois pas que MM.
-Littré, Gautier et Dumas aient chance de succès; je n’ai entendu
-parler jusqu’ici, en dehors du duc d’Aumale, qui paraît n’avoir pas
-de concurrent, que de MM. Camille Rousset, de Loménie, Wallon et
-Saint-René Taillandier. M. de Pontmartin va certainement prendre rang
-parmi les candidats les plus sérieux, et vous pouvez être bien sûr que
-mon concours ne lui fera pas défaut.»
-
-Le mois de décembre arrivait, et Joseph Autran ne partait pas;
-Pontmartin, de son côté, restait aux Angles, et c’est de là qu’il
-m’adressait, le 5 décembre, la lettre suivante:
-
- Hélas! fidèle ami, nous sommes loin de compte!
- A se déterminer la Provence est moins prompte...
-
- En d’autres termes, et en vile prose, je crois, sans en être
- positivement sûr, que M. Autran, intercepté par les rigueurs précoces
- de l’hiver, est encore à Marseille, en vraie marmotte provençale, et
- qu’il n’ose pas m’informer de ce retard indéfini. Autrement, comment
- expliquer son silence? Je l’ai quitté le 4 novembre; il comptait
- partir le 14 au plus tard, et il était convenu que, sitôt arrivé à
- Paris, il m’écrirait pour me donner son adresse, et commencer notre
- correspondance académique. Or, il m’écrit de Marseille, le 18, en
- me parlant d’irrésolution, de la peur que lui faisait un voyage de
- Paris dans cette saison, des bronches de M^{me} Autran, qui exigent
- les plus grandes précautions, etc. Depuis lors, rien, et nous sommes
- au 5 décembre! Et le froid, déjà fort vif il y a trois semaines, est
- devenu intolérable! J’en conclus que notre poète n’a pas bougé de son
- bel hôtel de la rue de Montgrand, qu’il y vit au jour le jour, plus
- indécis que jamais, et qu’il craint de me contrarier en m’apprenant
- que son départ est probablement retardé jusqu’au mois de février.
-
- * * * * *
-
- Voilà, mon cher confrère, à quel point nous en sommes!
-
- Quant à moi, il m’est impossible, en ce moment, de me diriger vers le
- Nord et je me sentirais plutôt attiré vers la plage de Cannes. Quoique
- ma santé semble se rétablir, j’ai encore un reste d’anémie qui me rend
- horriblement frileux. Je m’enrhume à tout propos. Songez d’ailleurs
- que je serais obligé, en arrivant à Paris, de loger à l’hôtel, n’ayant
- plus d’appartement. Tout cela m’effraie, et, en attendant, je me
- console avec _le Filleul de Beaumarchais_, dont la première partie
- sera expédiée, aujourd’hui même, à M. de Gaillard. J’ai fini par me
- passionner pour mon sujet, au point de ne plus pouvoir penser à autre
- chose...
-
-Après m’avoir entretenu de la situation politique, de ses inquiétudes
-et de ses craintes, de ses tristesses depuis la mort de sa femme, il
-ajoutait:
-
- Voilà, mon cher ami, ce qui m’empêche d’attacher un bien vif intérêt à
- ce qui, dans une situation différente, aurait été l’_objectif_ de ma
- vie littéraire. Je me dis: A quoi bon? Pourquoi introduire un nouvel
- élément de trouble dans une existence qui va finir et qui a eu à subir
- bien des épreuves? Acceptons la loi du travail que les progrès de la
- démagogie nous rendent plus obligatoire que jamais, et qui est pour
- les affligés une consolation, un devoir et un refuge; mais cessons
- d’y mêler une ambition qui pourrait amener de nouveaux froissements
- et de nouveaux mécomptes!... Il est bien entendu, mon cher ami, que
- tout ceci n’est pas définitif. Si, au lieu de sentir un commencement
- d’onglée et d’entendre le mistral mugir dans mon corridor, j’avais sur
- ma table une lettre de Joseph Autran et une lettre de Cuvillier-Fleury
- m’annonçant qu’ils ont préparé les voies et que l’enfant se présente
- bien, peut-être changerais-je d’avis et de langage. Quoi qu’il en
- soit, continuons ce doux échange d’idées, de sentiments, de projets,
- de conseils; chaque jour, j’y trouve plus de charme; quand le
- malheur ne rend pas égoïste, il ajoute à cette faculté que nos pères
- appelaient la sensibilité, et que nous avons bien mal remplacée...
-
-A peine en possession de cette lettre, j’écrivais à Cuvillier-Fleury,
-qui me répondait aussitôt:
-
- ...Il y a déjà bien longtemps, Monsieur, que notre cher, aimable,
- spirituel et loyal ami (en dirai-je jamais assez?) Armand de
- Pontmartin est mon candidat _in petto_ pour l’Académie. Mais voici
- très exactement comment jusqu’ici les choses se sont passées. Nous
- avons passé par la phase de bon accord; il ne demandait pas mieux;
- on attendait les bonnes occasions; elles arrivaient, il n’était plus
- là; cependant, on était près de s’entendre; puis, de plus actifs que
- lui, plus Parisiens, plus _près du Jeu_, se produisaient, faisaient
- récolte et réussissaient. Ensuite,—tout ceci entre nous,—nous avons
- eu la phase de l’abstention, du renoncement absolu. Le candidat, non
- seulement ne voulait pas remuer un doigt à l’intention de l’Académie,
- mais nous écrivait (j’ai les lettres) qu’il se fâcherait et se
- brouillerait avec nous si nous faisions mine de remuer seulement une
- _phalange_. Nous nous résignons, les habiles se présentent et passent.
- Vient une série fatale de morts académiques, notre ami ne donne pas
- signe de vie; à peine si on le voit à Paris (ceci avant la guerre).
- Ses meilleurs amis, et les _plus haut placés_, nous disent à nous,
- invariables dans notre préférence: «Mais où est-il? Il ne se montre
- pas. Veut-il, ne veut-il pas?» Les intermédiaires les plus habituels,
- sans me compter, Léopold de Gaillard, Victor de Laprade, d’autres
- encore, sont réduits à attendre, à interroger la brise qui souffle de
- Vaucluse... «Ne vois-tu rien venir?» Depuis, Monsieur, et dans cette
- concurrence du moment très vive, et qui s’accroît chaque jour, le
- nom de notre ami n’a été prononcé par personne, parce qu’il n’a pas
- été mis en avant par lui-même. Je n’ose dire qu’il soit _trop tard_
- pour moi. Ce mot des révolutions n’a rien à faire dans nos paisibles
- rapports de confrères entre eux, ou de candidats à pourvoir. Mais s’il
- n’a rien d’absolu, il peut se trouver sur le chemin des meilleurs
- et entraver la voie. C’est ma crainte en ce moment. Je me hâte de
- vous l’écrire, non sans vous prier de me garder le secret de cette
- confidence, sinon de mon entier dévouement à notre ami et de ma haute
- considération pour vous.
-
-Rien ne vint de Vaucluse. Au lieu de partir pour Paris, Pontmartin
-partit pour Cannes. C’était tourner délibérément le dos à l’Académie:
-et pourtant, à cette heure-là même, si tardive qu’elle fût, il lui eût
-suffi de poser nettement sa candidature pour qu’elle eût encore chance
-de triompher. Voici, en effet, ce que m’écrivait Joseph Autran, le 10
-décembre:
-
- La lettre que vous m’avez fait l’honneur de m’adresser à l’institut,
- ayant fait plusieurs ricochets, me parvient à Marseille aujourd’hui
- seulement... Je suis heureux que nous nous rencontrions, vous et
- moi, dans un sentiment de commune amitié pour M. de Pontmartin. J’ai
- eu, en effet, le plaisir de le voir cet automne. Quand nous nous
- quittâmes il paraissait fort incertain entre le projet d’aller passer
- l’hiver à Cannes et celui de se rendre immédiatement à Lyon ou à
- Paris. Il acceptait bien l’idée d’une candidature à l’Académie; mais
- il avait, depuis nombre d’années, opposé aux plus vives instances de
- ses amis des refus si persistants que je doutais encore un peu de
- sa résolution. C’est dans ce doute que je vins à Marseille pour y
- faire mes préparatifs de départ. De tristes obstacles, sans compter
- les rigueurs excessives d’un hiver prématuré, m’y ont retenu plus
- longtemps que je n’eusse voulu. J’ignore, d’ailleurs, où se trouve en
- ce moment M. de Pontmartin. Une lettre que je lui ai écrite, il y a
- plusieurs semaines, étant restée sans réponse, je me demande s’il est
- encore aux Angles ou s’il est déjà à Paris et peut-être même à Cannes.
-
- Vous me parlez, Monsieur, des titres de M. de Pontmartin. Est-ce
- à moi qu’il convient de les rappeler, à moi qui, depuis plus de
- vingt-cinq ans, n’ai pas cessé de suivre avec autant d’admiration que
- de sympathie les travaux de cette plume si facile, si élégante, si
- ingénieuse et souvent même si éloquente? M. de Pontmartin est un des
- brillants écrivains de ce temps. S’il n’est pas encore de l’Académie,
- c’est qu’il n’a pas encore voulu en être. Il n’avait qu’à se présenter
- depuis longtemps, les portes se seraient ouvertes devant lui.
- Aujourd’hui encore, quelle que soit la date des prochaines élections
- (et jusqu’ici j’avais cru qu’elles seraient ajournées au printemps),
- aujourd’hui encore, il n’aurait qu’à dire: Me voici, et je suis
- convaincu qu’il n’aurait pas à attendre.
-
- Je vous parle sciemment, car je n’avais pas attendu jusqu’à ce jour
- pour sonder les dispositions de quelques-uns de nos plus éminents
- confrères. Tous ceux que j’ai interrogés m’ont répondu d’une façon qui
- ne laissait aucun doute et qui réjouissait la très ancienne et très
- vive amitié que je porte au célèbre auteur des _Samedis_...
-
-La quadruple élection eut lieu le samedi 30 décembre. Pontmartin
-n’était pas au nombre des candidats. Le duc d’Aumale fut élu, au
-premier tour, par 28 voix sur 29 votants. Les autres fauteuils furent
-plus disputés. M. Littré fut nommé, en remplacement de Villemain, par
-17 voix contre 9 données à Saint-René Taillandier et 3 données à M. de
-Viel-Castel. M. Camille Rousset et M. Louis de Loménie remplacèrent
-Prévost-Paradol et Prosper Mérimée. Au scrutin pour le fauteuil de
-Mérimée, Edmond About avait obtenu 14 suffrages.
-
-Jusqu’à la dernière heure, M^{gr} Dupanloup avait combattu M. Littré,
-dans lequel il voyait «l’apôtre des doctrines les plus subversives de
-tout ordre religieux, moral et social». Il disait à ses confrères:
-«Quoi! vous voulez sauver la France, et c’est ainsi que vous vous y
-prenez! Une glorification solennelle du matérialisme et du socialisme,
-voilà ce que vous imaginez pour elle, en ce moment où elle penche au
-bord de tous les abîmes! On a tout enlevé à ce malheureux pays, la
-paix, la sécurité, les croyances, Jésus-Christ, la Rédemption, la
-croix; et le peu qui lui reste: Dieu, l’âme, la loi, la liberté morale,
-la vie future, vous le livrez? Que voulez-vous donc, et quels coups
-faut-il que vous receviez[433]!...»
-
-Le soir même de l’élection, l’évêque d’Orléans écrivit au directeur de
-l’Académie ce simple mot: «J’ai le regret de ne pouvoir plus continuer
-de faire partie de l’Académie française.»
-
-L’élection de Littré, la quasi-élection d’Edmond About, semblaient
-donner raison à Pontmartin. N’avait-il pas bien fait de ne se point
-mettre sur les rangs? Profitant de ses avantages, il m’écrivit, le
-19 janvier 1872, de Cannes, du _Pavillon des jasmins_, où il était
-installé depuis quelques semaines:
-
- J’admets parfaitement, avec Léopold de Gaillard et avec vous, que les
- catholiques laïques, qui sont de l’Académie, aient pu et dû y rester,
- malgré la splendide démission de l’évêque d’Orléans et le conseil
- de M. Veuillot; mais que les catholiques, qui ne sont pas encore
- académiciens et qui n’ont même pas risqué une candidature, ne doivent
- pas être singulièrement _refroidis_ par les élections du 30 décembre;
- que M. Thiers[434], s’il reste au pouvoir, ne soit pas à peu près sûr
- d’amener MM. Marmier, Janin, Camille Rousset et Littré à voter pour M.
- About; enfin, que l’Académie, en nommant successivement Émile Ollivier
- en avril 1870, Littré en décembre 1871, et en accueillant Edmond About
- à la meilleure place de son antichambre, n’ait pas affaibli pour très
- longtemps ce prestige, cette autorité morale qui l’avaient jusqu’ici
- placée au-dessus de toutes les critiques et de toutes les épigrammes,
- ceci est une autre question, et il n’y a pas d’illusion à se faire;
- ce qui est tout à fait positif, c’est que voilà six académiciens qui
- vont attendre leur tour de réception (j’oubliais M. Duvergier de
- Hauranne[435], tout acquis d’avance au candidat de M. Thiers); que,
- suivant toute probabilité, il n’y aura pas d’élection nouvelle avant
- avril 1873; que, d’ici là _le Roi, l’âne ou moi_, nous mourrons, ou,
- en d’autres termes, qu’il y aura de tels événements que cette pauvre
- Académie pourrait bien sombrer dans le naufrage universel; que, par
- conséquent, il y a lieu de la laisser provisoirement reposer, et
- d’en délivrer notre correspondance, où elle occupe, soit dit sans
- reproche, au moins une page sur quatre: moins d’honneur à en faire
- partie, moins de chance d’y entrer, plus de lointain et de vague dans
- les perspectives, en faut-il davantage pour nous décider à chercher
- d’autres sujets de causerie?...
-
-
-III
-
-Pontmartin, comme on le voit, m’avait donné poliment mon congé
-d’_incitateur_ académique. Il l’avait déjà précédemment donné à Léopold
-de Gaillard, et aussi à Victor de Laprade, auquel il avait écrit:
-
- Je suis à la fois, mon cher ami, profondément touché et sincèrement
- désolé de la façon dont vous avez pris, Léopold et vous, une
- confidence qui ne devait rien vous apprendre. Mon devoir est de
- trancher dans le vif ces illusions de l’amitié et de ne pas vous
- préparer, dans l’avenir des déceptions et des regrets. C’est une chose
- dite, arrêtée, irrévocable, et la meilleure marque d’affection que
- puissent me donner ceux qui m’aiment, c’est de ne plus m’en parler.
- J’écrirai dans ce sens à Autran et à Cuvillier-Fleury. Je résume dans
- le _gnôthi séauton_ et dans le _non possumus_ ce petit débat et je ne
- vous demande plus, cher poète, que la _Voix du silence_[436]...
-
-Les Bretons sont têtus, et, dès la fin de cette même année 1872, je
-revenais à la charge.
-
-Le P. Gratry était mort, à Montreux, le 7 février 1872. L’élection de
-son successeur devait avoir lieu le 16 janvier 1873. J’adressai un
-nouvel appel à l’auteur des _Samedis_. Voici sa réponse:
-
- Les Angles, mercredi soir 25 décembre 72
- (le beau jour de Noël).
-
- Mon cher ami,
-
- Vous avez compris que nos deux lettres s’étaient croisées et que
- j’avais à peine eu le temps de vous remercier des deux journaux...
-
- Passons maintenant, non pas au déluge,—il nous a noyés pendant
- deux mois,—mais à l’Académie. Je dois vous avouer que je n’y
- songeais plus du tout. Je savais mes principaux patrons dispersés,
- malades, réfractaires ou morts; Autran retenu à Marseille par une
- bronchite de sa femme; Laprade à Montpellier, entre les mains de la
- Faculté de médecine et dans un état à faire pitié; M^{gr} d’Orléans,
- démissionnaire; M. de Falloux sédentaire; Cuvillier-Fleury passé
- du centre droit au centre gauche; M. Guizot engagé avec M. de
- Viel-Castel, ainsi que les de Broglie, d’Haussonville, Saint-Marc
- Girardin, Vitet, etc. De tout cela, il résultait que mes chances me
- semblaient bien faibles, et j’en profitais pour continuer ma campagne
- dans la _Gazette de France_. J’ai fini par m’attacher à ce travail,
- plus honorable que brillant, que je serais forcé d’abandonner si je
- m’endormais journaliste, pour me réveiller candidat et me réendormir
- académicien. Vos deux lettres m’ont donc trouvé dans une espèce de
- laborieuse torpeur, oubliant le palais Mazarin, préparant mon neuvième
- volume[437], et me disant, avec une résignation philosophique ou
- une répugnance pour les raisins trop verts, que, depuis la chute de
- l’Empire, les désastres de la France, la nomination successive de
- MM. Jules Favre, Émile Ollivier et Littré, la démission de M^{gr}
- Dupanloup, l’Académie n’avait plus sa raison d’être, qu’elle serait
- emportée, un de ces matins, par le flot démagogique, que la majorité
- sur laquelle j’aurais pu autrefois m’appuyer est complètement
- désorganisée, et que, à dater du fauteuil du P. Gratry, que, par
- pudeur, on n’osera pas donner à un libre penseur, il faut s’attendre
- à l’invasion des Edmond About, des Taine[438], des Renan et des
- Dumas fils, favorisés par le salon et l’entourage de M. Thiers.
- Sérieusement, mon cher ami, j’ai manqué le bon moment. Il fallait
- ne pas faire les _Jeudis de M^{me} Charbonneau_, me mettre en
- ligne immédiatement après Jules Sandeau et Albert de Broglie, et
- profiter de ces années où l’Académie servait de centre et de point
- de ralliement à l’opposition de bonne compagnie. J’avais alors mon
- intérieur et mon ménage à Paris, ma santé meilleure et un peu plus
- d’horizon. Un ou deux échecs, et même trois ou quatre avant le succès,
- n’auraient eu aucun inconvénient. J’étais Parisien, je ne changeais
- rien à mes habitudes, et il me restait assez de marge pour attendre.
- Aujourd’hui toutes ces conditions accessoires sont changées. Si je me
- décidais—bien tardivement—à être un des candidats du 16 janvier, je
- serais obligé de descendre ou de _monter_ dans un hôtel, au milieu
- du brouhaha du Jour de l’An, dans une saison où Paris n’a d’autre
- alternative que la pluie ou la gelée. J’aurais à improviser mes
- démarches et mes visites, sans conviction, sans espoir, sachant que
- mes concurrents ont sur moi un trimestre d’avance. Je me connais, je
- sais avec quelle facilité je me décourage et jette, comme on dit,
- le manche après la cognée; surtout depuis que mes chagrins et nos
- malheurs m’ont fait prendre en dégoût les intérêts et les vanités de
- ce monde. Si ma défaite était trop complète, si je n’étais pas soutenu
- par la presse, si mes amis me conseillaient, au dernier moment, un
- désistement préventif, ce serait fini, et j’aurais le temps de mourir
- de vieillesse—ce qui ne peut pas être bien long—avant de risquer une
- seconde candidature.
-
- Vous me dites, mon cher ami, qu’il y a là pour moi quelque chose
- comme un devoir. Je ne suis pas de votre avis. Si, contre toute
- vraisemblance, j’étais nommé, ce serait par quelques amitiés
- étrangères à l’ancienne majorité; Jules Sandeau, par exemple, et
- peut-être Camille Rousset. Mais je ne pourrais rien pour empêcher
- ou retarder la transformation de droite à gauche, qui s’opère à
- l’Académie depuis trois ans. L’élection de Littré, les 14 voix
- obtenues par Edmond About, ne prouvent que trop où elle en est.
- Montalembert, le P. Gratry et M^{gr} Dupanloup ne sont plus là.
- Laprade se meurt; Autran n’est jamais à Paris; M. de Falloux se
- tient en dehors. Le duc de Noailles, MM. de Carné et de Champagny
- sont incapables de résister au courant contraire, du moment que le
- débat se pose sur un autre terrain et que les candidats catholiques
- et monarchiques sont condamnés désormais à avoir contre eux tout le
- centre gauche et tout le groupe bonapartiste. C’est pourquoi il me
- semble qu’au point de vue du devoir, je fais mieux de rester sur la
- brèche et de continuer ma _littérature de combat_.
-
- Vous voyez, mon cher ami, que, faute de mieux, je trouve, comme
- vous, la question assez sérieuse pour lui consacrer mes quatre
- pages. J’étais si éloigné de penser à un départ pour Paris et à une
- candidature, que j’ai invité mes vieux amis d’Avignon à venir manger
- aux Angles la dinde de Noël. Seulement, comme chacun avait sa dinde,
- la mienne ne se mangera que le jeudi 2 janvier. Nous avons ici un
- temps chaud et pluvieux, qui ne sèche pas nos terres et retarde
- indéfiniment nos semailles. Que de soucis! que de tristesses à l’âge
- où l’on aurait le plus besoin d’avoir autour de soi un peu de gaieté
- et de soleil!...
-
-Le 16 janvier, ce fut un ami de Pontmartin, M. Saint-René Taillandier,
-qui fut nommé au fauteuil du P. Gratry.
-
-Presque aussitôt se produisaient deux autres vacances. Le général
-Philippe de Ségur mourait le 25 février 1873 et Saint-Marc Girardin,
-le 12 avril suivant. Pontmartin se trouvait alors à Paris, installé
-pour deux ou trois mois, rue de Rivoli, au pavillon de Rohan. Ses amis
-le pressèrent de se présenter, sinon pour remplacer M. de Ségur, dont
-la succession paraissait acquise à M. de Viel-Castel, du moins pour
-remplacer Saint-Marc Girardin. Il entra dans leurs vues sans trop de
-difficultés et, le 18 avril, il m’écrivait:
-
- Mon cher ami, pardonnez-moi ce retard; j’ai été souffrant: pas assez
- pour interrompre mon travail quotidien ou hebdomadaire; assez pour
- que mon fils, qui est arrivé mardi, me forçât de voir un médecin; ce
- n’est rien, un refroidissement que j’avais attrapé, jeudi soir, en
- sortant de chez M. Autran sans avoir pris, en fait de paletot et de
- cache-nez, toutes les précautions désirables; il n’en est pas moins
- vrai que ma pauvre santé exige les plus grands ménagements; qu’il
- m’est prouvé, pour la vingtième fois, que le climat de Paris ne me
- convient pas; que cette vie d’hôtel et de restaurateur finirait par
- me rendre tout à fait malade. Ce ne sont pas là, vous le voyez, des
- préliminaires bien favorables à une candidature académique; j’ai
- cependant causé avec plusieurs académiciens, Autran d’abord, puis
- Legouvé, de Carné, Sandeau, Cuvillier-Fleury, Marmier. Tous sont du
- même avis. Les démarches que je pourrais faire aujourd’hui seraient
- à peu près stériles. L’élection[439] devant avoir lieu dans douze
- jours, la plupart des académiciens étant engagés avec ou pour M. de
- Viel-Castel, c’est tout au plus si j’aurais trois ou quatre voix.
- Un pareil antécédent ne me créerait pas une chance de plus pour le
- fauteuil de Saint-Marc Girardin, et j’aurais en plus tout l’ennui
- matériel et moral à travers une existence déjà si encombrée que c’est
- à peine si je puis trouver un moment pour écrire à mes meilleurs amis.
- Mais voici une autre raison à laquelle je n’avais pas songé. J’étais
- arrivé ici avec ma naïveté provinciale et mon amour-propre d’auteur,
- contrarié que la _Gazette de France_ n’eût pas, à Paris surtout, plus
- de publicité. J’avais donc cru pouvoir accepter sans inconvénient les
- propositions ou plutôt les instances de M. Tarbé, décidé que j’étais
- à faire une campagne contre la démagogie. Or il se trouve, au dire de
- mes amis les mieux situés et les mieux informés, que ma collaboration
- au _Gaulois_[440] est prise en mauvaise part, qu’on me blâme, non
- seulement parce que le _Gaulois_ reste bonapartiste, mais parce qu’il
- appartient, comme le _Figaro_, au demi-monde littéraire. Les plus
- sévères vont jusqu’à dire que, par mes relations avec ce journal, je
- me suis momentanément _déclassé_. Je dois maintenant songer à me tirer
- de ce mauvais pas; mais il serait très impolitique de brusquer la
- situation. Voici la marche que l’on me conseille: ne pas interrompre
- mes articles tant que je suis à Paris; le 6 mai,—mon premier mois
- fini,—annoncer à M. Tarbé que ce travail est au-dessus de mes
- forces et que je vais partir pour la campagne; retourner aux Angles,
- ce qui amènera une interruption toute naturelle; attendre là les
- renseignements que me donneront les trois ou quatre académiciens que
- je compte parmi mes amis, et, à leur premier signal, revenir à Paris.
- Ce programme, qui me paraît fort sage, est d’accord, d’ailleurs,
- avec mon état de fatigue, ma nostalgie champêtre et les crispations
- nerveuses que me cause cet abominable pavillon de Rohan, où il me
- faut cinquante coups de sonnette pour obtenir de l’eau chaude ou une
- serviette. Mon second mois finit le 12 mai; il est donc infiniment
- probable que je repartirai ce jour-là; car ce ne serait pas la
- peine de faire, pour une quinzaine, une nouvelle installation et un
- déménagement. Tandis que vous jouissez au Pouliguen d’une température
- admirable, nous avons ici, à la suite de quelques journées chaudes
- et malsaines, des pluies torrentielles. Les sombres tristesses de la
- politique ajoutent encore à cet ensemble qui me serre le cœur et me
- donne envie de m’enfuir, d’aller me cacher dans quelque solitude....
-
-Il resta cependant à Paris, retenu par la gravité de la situation
-politique et par la publication de son neuvième volume des _Nouveaux
-Samedis_. J’allai le rejoindre, le 15 mai, au pavillon de Rohan, et je
-passai avec lui quelques semaines, au cours desquelles se produisirent
-deux événements d’inégale importance, la mort d’un académicien, M.
-Pierre Lebrun[441] et le renversement de M. Thiers. A peine de retour à
-Nantes, je recevais de Pontmartin la lettre suivante, datée de Paris,
-le 6 juin:
-
- ...Je profite de mon premier moment de liberté pour vous dire que
- votre lettre m’a causé un vif plaisir, mais ne m’empêche pas de
- regretter les moments trop courts que nous avons passés ensemble et
- dont le souvenir restera lié, dans les archives de notre amitié,
- aux grands événements du 24 mai 1873. A présent, le calme dont
- nous jouissons ne me suffit pas; la hausse de la Bourse et le nom
- de Mac-Mahon devraient servir de prélude à une série de mesures
- contre-révolutionnaires; sans quoi le parti radical, revenu de sa
- stupeur, usera et abusera des ressources légales qu’on lui laisse.
- J’ai reçu plusieurs lettres de mon Midi. Le premier effet avait été
- excellent; d’autant meilleur que l’on savait, à n’en pouvoir douter,
- les projets de manifestations écarlates dans le cas où M. Thiers
- aurait triomphé. Mais déjà, me dit-on, reparaissent quelques-uns des
- symptômes qui inquiétaient les honnêtes gens. C’est tout simple. Les
- démagogues jugent d’après eux-mêmes le parti conservateur. Ils savent
- à quel point, quand ils sont maîtres du terrain, ils méprisent la
- légalité et se font un jeu d’opprimer ceux qu’ils signalent au peuple
- comme ses oppresseurs. Dans le premier instant, ils s’attendaient
- à tout ce qu’ils feraient s’ils étaient les plus forts. Puis, à
- mesure qu’on les laisse respirer, se reconnaître, échanger leurs
- mots d’ordre, ils reprennent leurs trames en attendant une nouvelle
- crise qui peut assurer leur revanche. C’est ainsi que les choses
- se sont passées après les élections du 8 février 1871 et la chute
- de la Commune; c’est ainsi qu’elles se passeront, si l’Assemblée,
- satisfaite de sa victoire, se borne à prendre de nouvelles vacances,
- à prolonger son règne et à traiter des questions secondaires. Mais
- laissons là cette triste et maussade politique, qui multiplie les
- _points noirs_, alors même que le ciel semble éclairci et l’orage
- apaisé... Quant à l’Académie, voici ce qui s’est passé avant-hier
- soir, au Théâtre-Français (première représentation de _l’Absent_,
- d’Eugène Manuel). Cuvillier-Fleury y était avec le vénérable M.
- Patin. Je l’ai rencontré dans le couloir, et je lui ai trouvé un
- air pincé qui ne présageait rien de bon. Il a commencé par me dire:
- «Vous savez que M. Beulé se présentera, et qu’on le dit patronné par
- M. Guizot?» Puis, il a ajouté: «Il y a, dans votre nouveau volume,
- une page qui pourrait bien gâter vos affaires; c’est celle où, sous
- le pseudonyme de M. Bourgarel, vous vous moquez de l’Académie[442].
- Vous êtes donc incorrigible?» Tout cela était dit d’un ton très
- amical; mais je n’en ai pas moins compris qu’il y avait là de quoi
- offenser les susceptibilités académiques. Décidément, mon cher ami,
- je suis trop indépendant, trop fantaisiste, pour me plier à toutes
- ces diplomaties... Ici, mon cher ami, je m’interromps avec une très
- vive et très sincère douleur. J’apprends à l’instant la mort de M.
- Vitet. J’avais vu, samedi dernier, cet homme éminent et excellent à
- l’Exposition des portraits de Gustave Ricard. Je l’avais trouvé un peu
- sombre, un peu vieilli; mais rien ne faisait pressentir un dénouement
- si prompt et si funeste. O mon ami! qu’est-ce donc que la vie? Ils
- s’en vont tous; la France républicaine n’est pas digne de conserver
- l’élite de ses enfants. Vitet six semaines après Saint-Marc Girardin!
- Et pas un vide ne se fait dans les rangs de la gauche radicale!
- Soumettons-nous à la volonté divine, Dieu nous a protégés le 24 mai;
- il nous protégera encore...
-
- Je partirai, suivant toute vraisemblance, lundi 16 juin... Il me
- tarde, je dois vous l’avouer, de retrouver à la campagne un peu de
- recueillement et de calme. Cette vie fébrile n’est bonne ni pour
- l’esprit, ni pour l’âme, ni pour la conscience, ni pour le corps.
- _O ubi campi!_ N’est-ce pas dans les temps troublés que ces images
- virgiliennes nous reviennent avec le plus de mélancolie, de charme et
- de douceur?...
-
-Au lieu de quitter Paris le 16 juin, Pontmartin ne le quitta que dans
-les premiers jours de juillet. Il me mandait le 17 juin:
-
- ...Je ne partirai qu’après avoir fait pour l’Académie plus que le
- nécessaire. J’ai suivi toutes les indications de M. Cuvillier-Fleury.
- J’ai remis _le Filleul de Beaumarchais_[443], avec ma carte, à la
- porte d’une douzaine d’académiciens. J’ai revu ici Laprade, qui va
- mieux et qui se montre fort passionné pour ma candidature. Autran
- parle de moi à ses collègues, tous les mardis et tous les jeudis. J’ai
- vu Camille Rousset, Marmier, Sandeau, Camille Doucet, Legouvé, qui
- tous savent à quoi s’en tenir. Vous en conclurez, mon cher ami, que
- ces préliminaires suffisent pour le moment, que je puis m’accorder
- trois mois de vacances rustiques, et que, en revenant à Paris le 20
- septembre, c’est-à-dire six semaines avant l’élection, je serai en
- mesure de faire les démarches décisives. Au surplus, si j’en crois
- toutes les personnes qui m’en parlent, la mort de M. Vitet et les
- désastres parlementaires de M. Beulé multiplient mes chances, à ce
- point qu’il suffira d’éviter soigneusement les imprudences et d’y
- mettre, pendant les dernières semaines, un peu de résolution et
- d’entrain...
-
-Les choses paraissaient donc en bonne voie. Tout annonçait que
-Pontmartin, cette fois, y allait _pour de bon_. Et pourtant il n’avait
-pas encore fait la démarche décisive, la démarche nécessaire. Il
-n’avait pas envoyé au secrétaire perpétuel sa lettre de candidature: il
-n’avait pas brûlé ses vaisseaux, et besoin était qu’il le fît, prompt,
-comme il l’était, à se décourager, à abandonner la partie, à jeter
-les cartes au moment de tourner le roi, à dire à ses amis, quand ils
-insistaient: «Un fauteuil? Bah! à quoi bon? J’ai ma _causeuse_!»
-
-Septembre arrive et, au lieu de m’annoncer son départ pour Paris, il
-me mande que son intention est d’aller en Provence chez Joseph Autran.
-Il m’écrit, le 4 septembre:
-
- ...Je n’ai aucune nouvelle académique, malgré les promesses que
- j’avais emportées de Paris, et je me demande si l’inexplicable
- entêtement des Marmier, des Cuvillier-Fleury, des Legouvé, qui se
- rangent bénévolement parmi les vaincus du 24 mai, ne change rien à
- leurs bonnes dispositions pour l’auteur de certains articles contre
- M. Thiers et son groupe. Ce qui est positif, mon cher ami,—puisque
- vous avez la bonté de vous intéresser à ces petits détails,—c’est
- que, si ma santé me le permet, j’irai, vers la fin de ce mois, passer
- quelques jours chez M. Autran. Là, je me trouverai, pour ainsi dire,
- dans une succursale de l’Académie, en mesure d’abord de consulter
- le maître de la maison, puis de correspondre directement avec les
- gros bonnets de l’Académie. Je pense donc que, dans ma prochaine
- lettre, je pourrai vous renseigner d’une façon plus précise sur cet
- épisode de ma vie littéraire, auquel vous vous intéressez plus que
- moi; car, dussiez-vous m’accuser d’impénitence finale ou de rechute,
- je dois vous avouer que, quand je me retrouve dans ce pays-ci, en
- rase campagne, en pleine verdure, à mille lieues des échos du palais
- Mazarin, et en face de misères trop réelles, dont quelques-unes
- peuvent être atténuées par ma présence, je redeviens absolument
- indifférent à la question de savoir si je porterai ou ne porterai
- pas les palmes vertes. Mon moment est passé. Il fallait me présenter
- entre cinquante et soixante ans, lorsque l’Empire mettait d’accord
- la droite, le centre droit et le centre gauche. A cette époque,
- d’ailleurs, la gloriole personnelle n’était pas absorbée dans ce
- gigantesque ensemble de douleurs et d’inquiétudes publiques...
-
-
-IV
-
-Ce n’était pas encore une renonciation définitive, mais c’était déjà un
-mauvais son de cloche. Septembre, octobre se passent: Pontmartin est
-toujours aux Angles et ne donne pas signe de vie aux _gros bonnets_ de
-l’Académie. M. de Falloux m’écrit, le 31 octobre: «Que devient M. de
-Pontmartin? Connaissez-vous ses intentions pour l’Académie? Les plus
-graves événements politiques ne font point trêve pour les candidats;
-je vois que les parties se nouent, que les engagements se prennent, et
-M. de Gaillard ne m’a pas répondu sur mes questions académiques. Le
-scrutin approche pendant ce temps-là, et l’on parle de nous y appeler
-pour la fin de décembre, immédiatement après la réception de MM. de
-Loménie, Taillandier et Viel-Castel.»
-
-Je suppliai l’_Ermite des Angles_ (s’il eût été l’_Ermite de la
-Chaussée d’Antin_, il aurait été académicien depuis longtemps), je le
-suppliai de sortir enfin de sa retraite. Mes lettres devinrent de plus
-en plus pressantes. Pontmartin répondit en ces termes à celle que je
-lui avais écrite le 22 novembre:
-
- Les Angles, le 25 novembre 1873.
-
- Je reçois votre lettre, mon cher ami, et je m’afflige sincèrement
- de dissonances auxquelles notre amitié, presque majeure déjà, n’est
- pas habituée. Ce n’est pas sur le fond même de la question académique
- que nous pouvons être en désaccord; car j’y suis plus intéressé que
- vous, et je conviens de bonne ou de mauvaise grâce que ma longue et
- laborieuse vie n’a plus beaucoup de sens si elle n’aboutit pas à
- l’Académie. C’est donc tout à fait malgré moi que je vais vous opposer
- quelques raisonnements, d’autant plus sérieux et sincères que, croyant
- être dans le vrai, je désire pourtant me tromper.
-
- D’abord, êtes-vous bien sûr de mes chances? Sont-elles aussi bonnes
- qu’elles l’auraient été si l’Empire avait duré quelques années de
- plus? Au premier plan je vois M. Thiers groupant autour de lui MM. de
- Rémusat, Duvergier de Hauranne, Dufaure, Mignet, Littré, Jules Favre
- et—ne vous récriez pas—Legouvé, Marmier et Cuvillier-Fleury. Je ne
- veux pas dire pour cela que ce dernier, mon ancien patron académique,
- soit désormais contre moi; non, mais il est singulièrement refroidi,
- et je n’en veux pour preuve que son silence absolu depuis les premiers
- jours de juillet. M. de Viel-Castel, dont la réception est annoncée
- pour jeudi, a contre moi des préventions inexplicables. Il prétend
- que j’ai _éreinté_ son _Histoire de la Restauration_, tandis que je
- suis certain de ne pas en avoir parlé. Hostiles aussi MM. de Sacy,
- Émile Augier et Octave Feuillet. Absolument inconnus Claude Bernard,
- Patin, Auguste Barbier. Je ne dis rien de Victor Hugo, qui, si je
- me présente, est disposé, dit-on, à venir par extraordinaire à
- l’Académie, pour voter contre moi.
-
- Maintenant, supposez que Jules Janin, de plus en plus cloué sur son
- fauteuil par la goutte, ne puisse pas venir; que Laprade soit retenu
- à Lyon par le déplorable état de sa santé; que Joseph Autran n’ait
- pas le courage de quitter sa chère Provence, que me restera-t-il?
- Assurés: Camille Rousset, Camille Doucet, Jules Sandeau, Guizot, le
- duc de Broglie, d’Haussonville, comte de Falloux, comte de Carné, qui
- ne peuvent pourtant pas, pour diverses causes, y mettre beaucoup de
- chaleur: 8.
-
- Non moins probables, mais presque étrangers pour moi, le duc de
- Noailles, D. Nisard, de Champagny, duc d’Aumale: 4.
-
- Vous le voyez, les calculs les plus favorables ne peuvent me donner
- plus de 11 à 13 voix; car il faudrait admettre que, parmi les
- académiciens que je viens de nommer, aucun n’ait pris des engagements
- pendant ma longue absence et mon long silence.
-
- Je ne vous parle plus de ma santé, puisque vous n’y trouvez pas
- un obstacle suffisant. J’aime mieux vous dire que, cédant à
- d’affectueuses instances, je vais partir après-demain pour Grambois,
- près Pertuis, résidence de M. Autran[444]. Laprade a promis de
- s’y trouver le 27, s’il n’est pas trop souffrant. Tous deux, à ma
- demande, se sont arrangés pour avoir des renseignements exacts. Nous
- _travaillerons_ sur la liste des immortels, comme les courtiers
- électoraux sur la liste des électeurs. Nous examinerons le pour et le
- contre, les chances bonnes et mauvaises. Si la réponse des oracles
- est affirmative, je ne passerai à Grambois que cinq ou six jours et
- je tâcherai de me mettre en mesure de partir pour Paris le lundi 8 ou
- mardi 9 décembre. Quant à une candidature purement épistolaire, elle
- ne pourrait être sérieuse; mes titres ne sont pas assez éclatants pour
- me donner le droit de manquer aux traditions et aux usages et, d’autre
- part, mes juges auraient à me répliquer que, si je suis trop vieux,
- trop infirme ou trop malade pour faire ce trajet de dix-huit heures,
- c’est une bien triste recrue que j’offre à l’Académie.
-
- Adieu, mon cher ami; si les choses tournent autrement que le désire
- votre amitié, je compte mériter votre indulgence en m’efforçant de
- faire ici un peu de bien et en dépensant, au profit des pauvres, ce
- que me coûteraient, à Paris, les hôtels, les restaurateurs et les
- fiacres. Notre malheureux pays est si cruellement éprouvé! La misère
- est si terrible! L’hiver sera si dur! Mais je ne veux pas ajouter un
- mot de plus, vous croiriez que je cherche déjà des fauxfuyants et des
- prétextes, et mieux vaut vous répéter que je suis à vous de tout cœur.
-
-Pontmartin, on le voit, réduisait à 12 les voix sur lesquelles il
-pouvait compter. Son pointage n’était rien moins qu’exact. Il mettait
-tout d’abord hors de cause trois de ses plus chauds partisans, Victor
-de Laprade, Joseph Autran, Jules Janin, sous prétexte qu’ils pourraient
-être malades. Sans doute, mais la maladie ne pouvait-elle sévir aussi
-dans l’autre camp? Il passait sous silence Loménie et Saint-René
-Taillandier, qui devaient prendre séance avant le jour de l’élection et
-qui lui étaient tout dévoués. Il tenait pour hostiles Cuvillier-Fleury
-et Marmier, qui avaient été les premiers patrons de sa candidature
-et ne pouvaient honorablement se tourner contre elle. En réalité,
-il y avait là 7 voix à ajouter aux 12 qu’il reconnaissait lui être
-acquises. Cela faisait, d’entrée de jeu, 19 voix à peu près assurées,
-ce qui était superbe, puisque les Quarante étaient réduits à 36, depuis
-la retraite de M^{gr} Dupanloup et la mort de MM. Pierre Lebrun,
-Saint-Marc Girardin et Vitet. J’ajoutais dans ma réponse à la lettre
-du 25 novembre: «Octave Feuillet vous a de très grandes obligations;
-Auguste Barbier est l’ami de Laprade, qui a sur lui une grande
-influence. M. de Viel-Castel suivra M. Guizot. J’écris aujourd’hui à
-M. de Falloux et je lui demande s’il ne pourrait pas agir auprès de M.
-Patin et de M. Claude Bernard.»
-
-Pontmartin m’avait annoncé son départ pour Grambois, et c’est là que je
-lui adressais ma lettre. Il ne s’y était pas rendu. M. Autran, à qui
-j’avais aussi envoyé quelques lignes, me répondait le 4 décembre:
-
- Mon cher monsieur,
-
- M. de Pontmartin n’est pas auprès de moi, mais j’ai M. de Laprade
- et je ne vous étonnerai pas en vous disant que nous exprimons
- journellement le désir de voir notre ami se décider, enfin, à poser
- sa candidature. Malheureusement, M. de Pontmartin, vous le savez
- peut-être, est le plus fugitif et le plus détaché qui soit au monde.
- Quand on croit le tenir, il vous échappe; quand il vous a dit _oui_
- la veille, il vous écrit _non_ le lendemain. Ce n’est ni à moi, ni
- à M. de Laprade qu’il convient de parler des titres de cet éminent
- écrivain, et la plupart des membres de l’Académie partagent là-dessus
- l’opinion de ses meilleurs amis. _Il entrera quand il voudra_, mais
- encore faut-il qu’il ne se dérobe pas aux instances qui sont faites
- auprès de lui. C’est donc à lui, mon cher monsieur, bien plus qu’à
- nous, que vous devez vous adresser dans votre amicale entreprise...
-
-Hélas! mon «amicale entreprise» était vouée au plus lamentable échec;
-au moment où je croyais enfin toucher au port, ma pauvre barque allait
-couler à pic. Le 12 décembre, je reçus cette lettre:
-
- Mon cher ami,
-
- Je m’étonne que M. Autran, à qui vous avez cru devoir écrire, ne
- vous ait pas purement et simplement envoyé ma lettre à M. de Laprade.
- Voici, en abrégé, ce que je disais à l’auteur de _Pernette_: Le samedi
- 22 novembre, j’ai fait une chute qui aurait pu être très grave, et
- comme, à mon âge, un accident de ce genre ne saurait être absolument
- insignifiant, j’ai appelé mon médecin, qui est mon ami depuis trente
- ans. Il a constaté que ma chute n’était rien ou presque rien, mais que
- j’étais atteint d’une gastrite nerveuse passée à l’état chronique,
- à laquelle il fallait attribuer mes insomnies nocturnes et mes
- assoupissements diurnes. Mes violentes quintes de toux ont la même
- cause. Le vieil adage médical: _Sanguis moderator nervorum_, ne fut
- jamais plus applicable. Mon sang, appauvri en 1870 et 1871 par des
- misères et des chagrins de toutes sortes, ne _modère_ plus mes nerfs
- et ils en profitent pour bouleverser ma pauvre machine. J’ajoute,
- pour en finir sur ce sujet, et _afin qu’il n’en soit plus question_,
- que, lorsque j’ai demandé à mon docteur s’il serait sage, dans ce
- triste état, de partir pour Paris et d’affronter les soucis d’une
- candidature, il m’a regardé avec stupeur et m’a répondu que, en pareil
- cas, je ne ferais pas mal de m’arrêter à la station de Charenton, pour
- ne pas arriver jusqu’au Père-Lachaise. Je crois même, en ma qualité
- d’incorrigible, avoir ébauché un pitoyable calembour sur la chaise et
- sur le fauteuil.
-
- Voilà, mon cher ami, sinon le texte, au moins le sens de ce que
- j’ai écrit à M. de Laprade, en le priant de communiquer ma lettre
- à son hôte et collègue, M. Autran. Maintenant, toute insistance
- serait une véritable cruauté. Je ne puis même songer à des démarches
- qui engageraient l’avenir; car je veux rester libre de me soigner,
- d’acheter un petit chalet à Cannes, d’éviter tout ce qui pourrait
- me forcer de retourner à Paris, et de donner au recueillement, à
- la retraite et au repos le peu de temps qui me reste à vivre. J’ai
- à Avignon des amis d’enfance avec lesquels je pourrais célébrer la
- cinquantaine. Quelques-uns sont suffisamment lettrés, et désireraient,
- ne fût-ce qu’à titre de compatriote, me voir académicien. Pas un
- n’oserait, en ce moment, me donner un autre conseil que celui de mon
- docteur. Pas un n’oserait prendre une responsabilité qui se changerait
- en regrets et en remords si, en arrivant à Paris, je tombais tout
- à fait malade. Laissez-moi vous le dire avec la rude franchise
- d’une fidèle amitié. Votre acharnement académique, vos persécutions
- incessantes, votre système de sommations directes, tantôt à M. de
- Falloux, tantôt à M. Cuvillier-Fleury, tantôt à M. Autran, tout cela
- m’attriste et finirait par m’exaspérer. Il y a des moments où je
- suis tenté de regarder comme une légende fantastique ce que je sais
- de vous, de votre famille, de vos enfants, du soin avec lequel vous
- dirigez leur éducation, de vos infatigables travaux, de vos patientes
- recherches, et où j’ai envie de croire que vous êtes un vieux garçon
- bien oisif, dont les vingt-quatre heures appartiennent à une idée
- fixe. D’ici à peu d’années, vous verrez l’Académie dégringoler d’une
- telle façon, tomber dans un tel discrédit, être entourée d’une telle
- indifférence (cela commence déjà), que vous serez tout étonné d’avoir
- attaché tant d’importance à faire de moi le collègue de MM. Jules
- Favre et Littré, en attendant Renan et About. Donc, n’en parlons
- plus; vous compromettriez notre amitié, vous me rendriez ridicule
- et vous atteindriez le but diamétralement contraire à celui que
- vous vous proposez. La question me semble tellement épuisée que, si
- vous y reveniez dans vos prochaines lettres, je ne vous répondrais
- plus. J’aurais dû peut-être m’expliquer plus tôt aussi nettement
- qu’aujourd’hui; mais, d’abord, j’étais moins souffrant; ensuite,
- j’espérais toujours que vous lâcheriez prise et que vous adopteriez
- ma méthode, que je crois bonne: quand je devine que quelque chose est
- désagréable à un ami, et quand ce quelque chose n’intéresse ni son
- honneur, ni sa vie, ni sa conscience, je ne lui en dis plus un mot,
- et, généralement, je m’en trouve bien. Être plus royaliste que le roi
- n’est bon ni dans la vie publique, ni dans la vie privée. Pardonnez,
- mon cher ami, à la liberté de mon langage; il fallait en finir, et
- cette fois je me flatte que c’est bien fini. Notre affection, soyez-en
- certain, n’en sera que plus vive et plus douce quand nous serons
- débarrassés de ces éternels tiraillements. Votre tout dévoué de
- cœur[445].
-
-
-V
-
-Ce petit dissentiment n’était pas pour altérer en rien notre vieille
-amitié. Lorsque mourut Jules Janin, au mois de juin 1874, Pontmartin
-me permit de lui reparler de l’Académie. Il persistait, il est vrai, à
-ne pas vouloir se présenter; mais sa réponse ne respirait, cette fois,
-aucune irritation. Dans une lettre qu’il m’adressait de Marseille, le 4
-avril 1875, il me disait:
-
- ...Un mot encore sur l’Académie. Mes chances seraient aussi mauvaises
- qu’elles auraient été bonnes en 1873. Je n’ai plus M. Guizot[446]; M.
- Autran n’est pas en état de retourner à Paris; les apparitions de M.
- de Laprade parmi ses collègues sont trop rares et trop courtes pour
- qu’il puisse avoir la moindre influence. M. Thiers dispose de quatorze
- voix qui toutes me seraient hostiles. En fait de bonapartistes, je ne
- pourrais compter que sur Jules Sandeau. Vous le voyez, mon cher ami,
- la peau de chagrin s’est singulièrement amincie; ce chagrin-là est le
- moindre des miens...
-
-Joseph Autran mourut le 7 mars 1877. Pontmartin paraissait si bien
-indiqué pour le remplacer, que ses adversaires eux-mêmes parlèrent
-aussitôt de sa candidature et la combattirent préventivement. Ainsi
-fit le _Sémaphore_, journal républicain de Marseille, qui avait
-pour _correspondant parisien_ M. Émile Zola. Pontmartin était alors
-à Marseille; il répondit sur-le-champ au _rédacteur en chef du
-«Sémaphore»_:
-
- Monsieur,
-
- Avant d’attaquer une candidature, il faudrait, ce me semble, s’assurer
- qu’elle existe. Depuis la mort de M. Autran, je n’ai quitté la
- campagne que pour venir à Marseille; je puis me rendre cette justice
- que, en pleurant mon illustre ami, en m’associant au deuil de sa
- famille et de sa ville natale, je n’ai pas mêlé à mes regrets la
- moindre arrière-pensée académique. Je défie que l’on cite un mot de
- moi, une démarche, une ligne d’écriture qui trahisse des velléités de
- candidat. Votre correspondant prétend que «j’en meurs d’envie». Je
- crois avoir prouvé le contraire. Cette envie, d’ailleurs, me paraît
- peu compatible avec l’épithète de _provincial_ qu’il me décerne, dont
- je suis loin de me défendre, et qui, soit dit en passant, produit
- un singulier effet dans la correspondance d’un journal de province.
- Oui, depuis sept ans, depuis les désastres de la France, j’ai
- cessé d’habiter Paris; je suis redevenu, non seulement provincial,
- mais villageois. Est-ce là le fait d’un homme atteint de nostalgie
- académique? J’en appelle à votre justice.
-
- Cette attaque m’étonne d’autant plus que mes relations avec le
- _Sémaphore_ avaient toujours été fort amicales. Permettez-moi donc,
- monsieur le rédacteur, de l’attribuer ou aux inquiétudes d’un candidat
- pressé d’écarter même les concurrents imaginaires, ou peut-être aux
- rancunes d’un romancier désireux d’accaparer à lui tout seul les
- privilèges de l’_Assommoir_.
-
- Comptant sur votre bienveillante impartialité pour l’insertion de
- cette lettre, je vous en remercie d’avance et je vous prie, monsieur
- le rédacteur, d’agréer l’assurance de ma parfaite considération, de
- mes cordiales sympathies.
-
- A. DE PONTMARTIN.
-
- Marseille, 24 mars 1877
-
-Cette lettre ne préjugeait rien sur le fond de la question. Il lui
-eût été doux de louer son ami, et peut-être n’était-il pas sans
-désirer qu’on le chargeât de ce soin. La veuve du poète, de son côté,
-souhaitait vivement que son éloge fût confié à l’auteur des _Samedis_,
-à l’écrivain qui, en tant de rencontres, avait si bien parlé de son
-mari. Ni son propre désir, ni les instances de M^{me} Autran, ni
-celles de M. Léopold de Gaillard, ne purent le faire revenir sur son
-parti pris d’abstention et d’absentéisme. Cette fois encore, il laissa
-aller les choses. Le 17 avril, M. le duc d’Audiffret-Pasquier posa
-sa candidature; celle de Pontmartin dès lors devenait impossible,
-puisqu’ils avaient, l’un et l’autre, mêmes amis et mêmes électeurs.
-M. de Gaillard, qui voulait bien me tenir au courant de la situation,
-m’écrivit de Paris, le 25 avril:
-
- ...Je vous aurais répondu depuis longtemps si j’avais eu à vous dire
- quelque chose de bon pour la candidature à l’Académie de notre ami
- Pontmartin. Trois fois, déjà, à ma connaissance, il a été l’objet
- d’avances aussi flatteuses que peu écoutées. Deux fois je lui ai
- écrit de la part de M. Guizot pour lui dire: _Votre moment est venu;
- posez votre candidature, nous la soutiendrons._ Cette fois encore,
- M. d’Haussonville lui a fait porter les propositions les plus
- séduisantes. Jamais notre cher indécis n’a daigné répondre: _Je vous
- remercie, j’accepte et j’arrive._
-
- Depuis plus de dix ans, il serait en possession du fauteuil qu’il
- mérite si bien, s’il avait voulu écrire sa lettre de demande et
- laisser agir ses amis. Il y a un mois, après une visite au duc de
- Broglie, je lui faisais connaître la situation d’alors: Sardou seul
- en avant; le duc Pasquier sollicité, mais refusant et préférant se
- réserver pour le prochain fauteuil politique. Je ne mets pas en doute
- que si notre ami avait aussitôt pris son parti et posé sa candidature,
- jamais on n’eût parlé de celle du président du Sénat. Celui-ci, en
- effet, n’a écrit qu’à la date du 17 _avril_. Maintenant que l’occasion
- est manquée, je ne conseillerai pas à Pontmartin de se jeter en avant.
- Évidemment, la moitié des voix sur lesquelles il pourrait compter sont
- engagées au candidat politique. Si l’élection est renvoyée à l’hiver
- prochain, il faudra voir, et tout pourrait peut-être s’arranger
- comme nous le désirons, vous et moi, et même _lui_, en dépit de ses
- hésitations. Si l’élection a lieu tout de suite, on croit à deux ou
- trois voix de majorité pour le duc Pasquier. Je suis assez peu duc et
- assez peu homme de lettres pour avoir une opinion désintéressée sur
- la matière. Je suis hardiment pour l’Académie _Salon_ politique et
- littéraire, contre l’Académie _Société des Gens de lettres_. C’est
- pour cela que notre ami qui est, par excellence, un _gentleman_ et un
- écrivain devrait se décider...
-
-Au commencement de 1878, Pontmartin passa deux mois à Hyères, où se
-trouvait l’évêque d’Orléans. Nous avons vu quel caractère de cordialité
-prirent bien vite leurs relations[447]. Il y avait alors trois vacances
-à l’Académie, par suite de la mort de MM. Thiers, Claude Bernard et
-Louis de Loménie. Le fauteuil de ce dernier semblait revenir de droit
-à Pontmartin. M^{gr} Dupanloup insista auprès de lui pour qu’il se
-mît sur les rangs. Seul, l’illustre évêque pouvait triompher de cette
-résistance que n’avaient pu vaincre ni M. Guizot, ni M. d’Haussonville,
-ni M. Léopold de Gaillard. Il put croire un instant qu’il avait partie
-gagnée. Le 7 avril 1878, étant encore à Hyères, que Pontmartin venait
-de quitter, il me faisait l’honneur de m’adresser ces lignes:
-
- Monsieur,
-
- Tous mes vœux sont pour M. de Pontmartin, et je crois l’avoir déjà
- décidé à donner son consentement pour sa candidature. Je vais y
- travailler encore...
-
-Rentré à Orléans, il voulut bien, le 18 avril, m’envoyer ce nouveau
-billet:
-
- Monsieur,
-
- Je suis l’admirateur et l’ami de M. de Pontmartin; et si cela
- dépendait uniquement de moi, il serait demain de l’Académie française.
-
- J’ai quitté cette Académie, mais j’emploierai ce qui me reste de
- crédit auprès de mes confrères en faveur de M. de Pontmartin, et
- en le faisant, je croirai faire une œuvre également honorable pour
- l’Académie et pour M. de Pontmartin.
-
-M^{gr} Dupanloup ne devait pas s’en tenir là. «Je ferai, m’écrivait-il
-quelques jours plus tard, je ferai pour M. de Pontmartin ce que je ne
-ferais pour personne autre. Je serai heureux de revenir à l’Académie
-le jour où il s’agira de voter pour lui.» Et cela, il le lui écrivit
-à lui-même. Être nommé dans de telles conditions, n’était-ce pas être
-nommé deux fois? Pontmartin refusa[448].
-
-Cette fois, tout était bien fini. A peu de temps de là, le 11 octobre
-1878, l’évêque d’Orléans mourait, après une courte maladie, au château
-de la Combe[449], par Domène (Isère). Après lui, nul ne pouvait plus
-songer à parler encore de l’Académie à Pontmartin.
-
- * * * * *
-
-On a souvent répété que les _Jeudis de M^{me} Charbonneau_ avaient
-jusqu’au dernier jour fermé à Pontmartin les portes de l’Académie.
-Rien n’est moins exact, nous venons de le voir. Il n’a tenu qu’à lui,
-et à plus d’une reprise, d’en franchir le seuil. S’il n’a pas été
-académicien, c’est parce qu’il n’a pas voulu l’être. Est-ce à dire
-qu’il dédaignait de figurer parmi les Quarante? Il était trop homme
-d’esprit pour avoir ce sot orgueil. Il eût été, au contraire, très
-heureux et très fier de s’asseoir auprès des maîtres et des amis qu’il
-comptait dans l’illustre compagnie. S’il s’est obstiné jusqu’à la fin
-à ne point poser sa candidature, ce n’est ni par excès d’orgueil, ni
-par excès de modestie. Faut-il chercher la cause de ses refus dans
-un détail minuscule qu’il se plaisait, il est vrai, à grossir, dans
-le petit volume et la petite portée de sa voix qui lui faisait peur
-d’avance? Je sais bien que dans ses _Mémoires_[450], c’est à cette
-malheureuse voix aigrelette qu’il attribue tout le mal. C’est derrière
-elle qu’il se retranchait, lorsque ses amis le pressaient de trop
-près et lui reprochaient de se dérober, même quand l’occasion était
-propice et le succès certain: «Comment ne devines-tu pas, écrivait-il
-à Léopold de Gaillard, que le jour de la réception qui est, pour le
-nouvel académicien, le jour du triomphe serait pour moi le jour de la
-confusion? On viendrait à ma séance pour se moquer de moi!» Un autre
-jour, comme M. de Gaillard lui énumérait la majorité certaine qui
-l’attendait au palais Mazarin: «Oui, répondit-il, avec tristesse, il y
-aurait même une voix de trop, c’est la mienne!»
-
-L’obstacle pourtant,—et Pontmartin le savait bien—était de ceux qui
-se peuvent tourner. Un académicien a le droit, comme un simple mortel,
-d’avoir la grippe et de faire lire son discours par un confrère. Ainsi
-avait fait Jules Janin dans la séance du 9 novembre 1871. Le comte
-d’Haussonville était un des plus chauds partisans de Pontmartin. Il
-lui fit dire par un ami commun qu’il se tenait à sa disposition pour
-se mettre en rapport d’abord avec l’Académie pour sa candidature,
-puis avec le public pour le jour de la réception. L’obstacle était
-ainsi levé, et dans les meilleures conditions, puisque aussi bien
-M. d’Haussonville était un admirable lecteur. Son offre pourtant ne
-fut pas agréée. C’est que le véritable obstacle était ailleurs; il
-était dans l’irrésolution et la nervosité de son caractère, dans son
-éloignement pour tout ce qui ressemblait à une compétition et à une
-lutte, dans la facilité avec laquelle trop souvent il jetait le manche
-après la cognée. Il était surtout dans le sentiment qui, après les
-désastres et les deuils de 1870 et 1871, le portait de plus en plus à
-ne point avoir à Paris de résidence fixe, mais un simple campement,
-et qui le décida à finir ses jours à la campagne. Peut-être, après
-tout, choisissait-il la meilleure part, et je fus tout à fait désarmé,
-je l’avoue, le jour où je reçus de lui ces lignes, où le sourire se
-mouille d’une larme:
-
- Si j’étais de l’Académie, il me faudrait habiter Paris une partie de
- l’année; force au moins me serait d’y aller aux époques d’élection ou
- de réception... Depuis la mort de ma pauvre femme et depuis les dates
- sinistres de 1870-1871, Paris ne m’attire plus, au contraire, je n’y
- arrive que pour m’enrhumer; le théâtre, dont j’ai conservé le goût,
- me fatigue et m’endort. Dans les maisons où je suis invité, on dîne
- trop tard pour ma gastrite et on veille trop pour mes soixante-trois
- ans. La campagne, mes vieilles servantes, mon vieux chien, un peu de
- travail, un peu de charité, quelques amis à mes dîners maigres du
- vendredi, quelques coups de fusil très peu meurtriers en septembre et
- en octobre, et, en perspective, le cimetière de mon village, voilà
- désormais, non seulement mon partage, mais mes préférences. Ce n’est
- pas vous, mon cher ami, qui aurez le courage de me blâmer.
-
-
-
-
-CHAPITRE XVI
-
- LES ANGLES.—MES MÉMOIRES.—SOUVENIRS D’UN VIEUX CRITIQUE.—LE
- MILLIÈME ARTICLE.—LES NOCES D’OR.
-
-(1879-1887)
-
- Description des Angles. Le cabinet de travail, les promenades, les
- visiteurs. Soirées d’hiver. Évocation du passé.—_Delenda est res...
- punica._ Pontmartin et la République conservatrice.—_Mes Mémoires._
- Le chapitre sur Berryer. Les _Souvenirs d’un vieux critique_.—Le
- Millième article. L’Encrier de la _Gazette de France_. Les deux
- Bustes. Les souscripteurs. Lettres de M^{gr} de Dreux-Brézé, de
- Belcastel, Edmond Rousse, Désiré Nisard, Emile Ollivier. Lettre de
- Pontmartin au directeur de la _Gazette de France_.—Le critique et le
- romancier. La Correspondance de Pontmartin.
-
-
-I
-
-Pontmartin maintenant ne quittera plus les Angles. Loin, bien loin de
-Paris et de ses vaines rumeurs, il passera ses dernières années dans
-cette maison où s’est écoulée son enfance et où il lui sera doux de
-mourir.
-
-L’heure est venue de la décrire.
-
-Située sur la rive droite du Rhône, presque en face d’Avignon, mais
-dans le département du Gard, la plaine des Angles, bornée d’un côté
-par le fleuve, est entourée de tous les autres côtés d’une chaîne de
-collines formant hémicycle. La maison est au fond de la plaine, à
-l’endroit le plus éloigné du Rhône, au pied de la colline, qui s’élève
-presque à pic derrière elle. C’est une construction à deux étages, à
-contrevents verts, datant du milieu du XVIII^e siècle, ainsi que le
-rappellent quelques ornements Louis XV. Logis modeste, en somme, et
-dont l’aspect n’a rien de seigneurial, bien que dans toute la région on
-l’appelle couramment _le château_. Ce qui en fait le charme, ce sont
-de nombreuses sources d’eau vive, de riantes prairies, de magnifiques
-arbres, parmi lesquels les marronniers célèbres et un platane qui n’est
-pas moins légendaire dans le pays. L’été, c’est un nid de verdure
-et une fraîche retraite; l’hiver, le soleil ne manque pas, et ses
-rayons ont encore un éclat et une tiédeur que la ville ne connaît pas.
-Derrière la maison, se dresse sur la colline calcaire dénudée, à une
-cinquantaine de mètres de hauteur, le village des Angles, avec son
-prieuré du XIV^e siècle et son église du XV^e. Vu du bout de l’allée
-des marronniers, il ressemble d’étonnante façon à ces nids d’aigle des
-environs de Nice et de Monaco, tels qu’Éza, que leurs habitants avaient
-bâtis sur des cimes presque inaccessibles, par crainte des Sarrasins.
-Tous ceux des visiteurs de Pontmartin qui connaissaient la Corniche
-étaient frappés de cette ressemblance. L’ascension du _château_ à ce
-village perché sur son rocher est très fatigante; mais, parvenu au
-sommet, on découvre une vue merveilleuse sur le Rhône, la Durance, la
-chaîne des Alpines, le tout inondé de cette lumière intense et douce à
-la fois, qui donne tant de charme aux paysages méridionaux.
-
-Pontmartin avait fait du grand salon du rez-de-chaussée son cabinet
-de travail. C’était une très vaste pièce, percée de trois fenêtres
-donnant au midi. Aucune élégance dans l’ameublement, demeuré tel
-qu’il était au temps de M. Eugène de Pontmartin et de l’oncle Joseph:
-deux canapés[451] et six fauteuils Restauration garnis de toile perse
-assortie aux rideaux des fenêtres; deux fauteuils Louis XVI; deux
-chaises de cuir Louis XIII; deux fauteuils modernes plus confortables;
-quelques chaises de paille ou de canne; une vieille table de trictrac,
-supportant un plateau garni de porcelaines de Chine; entre les
-fenêtres, deux consoles surmontées de deux étagères-bibliothèques;
-sur la cheminée, une belle pendule Louis XIII de la forme dite
-_religieuse_, flanquée de quatre potiches et de deux bronzes de Chine.
-Aux murs, quatre grandes gravures d’Audran, d’après les tableaux de
-Jouvenet: _la Pêche miraculeuse_, _la Résurrection de Lazare_, _les
-Noces de Cana_, _la Guérison du paralytique_. Au milieu de la pièce,
-une grande table ovale, toujours submergée de papiers, de livres, de
-journaux. C’est là que, tous les matins, assis en face de la fenêtre
-du milieu, il écrivait lettres et articles avec une régularité, une
-facilité et une abondance qui ne connaissaient pas la fatigue.
-
-Après le déjeuner, il visitait son jardin, il franchissait son enclos
-et, quand ses forces le lui permettaient, il promenait ses rêveries
-dans ces champs familiers et ces sentiers connus, à travers ce petit
-coin de terre où s’étaient écoulées ses premières années. Il reprenait
-une à une les impressions de son enfance et de sa jeunesse. Ce chêne
-vert lui avait prêté son ombre quand il étudiait l’_Epitome_ ou
-le _De Viris_. Sous cet ormeau, il avait lu pour la première fois
-_Indiana_, _la Peau de chagrin_, _Barnave_, _Stello_, _le Rouge et le
-Noir_. Il avait relu Lamartine, Hugo, Vigny, Musset, _Childe Harold_,
-_Don Juan_, _Parisina_, _Faust_, _Hamlet_, _Roméo et Juliette_. Si
-la chaleur n’était pas trop grande, il poussait jusqu’au Rhône, ce
-terrible voisin, dont il redoutait les visites, mais qu’il ne pouvait
-se défendre d’aimer, malgré ses débordements et ses colères.
-
-Le printemps surtout lui était, chaque année, une fête nouvelle, et
-il se demandait alors comment il avait pu autrefois quitter sa maison
-quand Avril ramenait les beaux jours. Ce renouveau le rajeunissait.
-Comment eût-il regretté le boulevard ou même le jardin de la _Revue des
-Deux Mondes_, quand il passait la revue de ce petit monde—arbres, nids
-et fleurs—sur lequel il régnait et qui tenait à toutes les fibres de
-son cœur? «Pas un de ces amis ne manque à l’appel, dit-il quelque part.
-Voici le cytise des Alpes, dont les grappes élégantes étalent plus
-d’or que notre budget n’en réclame. La pervenche se tapit entre les
-dernières violettes et les premiers lilas. Les églantiers s’entrelacent
-aux aubépines à fleurs roses. Les panaches des acacias, plus pressés
-d’habitude, ont attendu que les tilleuls fussent prêts. Les marronniers
-ont leurs aigrettes. Les clématites, aux vagues parfums, me sont
-dénoncées par un essaim d’abeilles, qui vont leur demander leur miel.
-Les plantes grimpantes montent à l’assaut de mon toit. Et les nids! Je
-les reconnais. On dirait que ce sont les mêmes. Les pères et mères ne
-se défient pas de mon hospitalité... Je les vois tous à leur place: le
-nid de tourterelles sur le grand pin; le nid de loriots sur le peuplier
-de Virginie. A une branche de l’érable, le nid de merles; dans le
-massif de noisetiers, le nid de fauvettes; dans une touffe de fusains,
-le nid de chardonnerets[452].»
-
-L’hiver même n’interrompait pas tout à fait ses promenades, bien
-que l’anémie dont il avait été atteint en juillet 1870 et dont il ne
-s’était jamais très bien guéri, l’eût rendu extrêmement frileux. Il y
-avait, de sa maison au pont d’Avignon, un chemin abrité par une colline
-boisée de chênes verts, de micocouliers et surtout d’oliviers, en
-plein midi, en plein soleil. Il l’appelait _le Cagnard_, et, même en
-décembre, même en janvier, il allait y faire concurrence aux lézards et
-y rêvasser à ses articles.
-
-Hiver comme été cependant, la plupart de ses après-midi se passaient
-dans son salon, où il lisait le livre du jour et d’un crayon rapide
-l’annotait pour le mieux juger à l’occasion. Le vendredi seulement,
-laissant là livres et crayon, il recevait ses amis. Dans ces réunions,
-qui étaient une fête pour la société avignonnaise, il déployait toutes
-les grâces de son esprit. Aux Angles, comme autrefois à Paris, on lui
-pouvait appliquer le mot de Montaigne: «Il n’est rien à quoy il semble
-que la nature l’aye plus acheminé que pour la Société.»
-
-Les autres jours de la semaine, d’ailleurs, les visiteurs n’étaient pas
-rares, et pas n’était besoin qu’ils portassent un nom connu dans le
-monde ou dans les lettres, pour qu’ils fussent assurés de recevoir un
-gracieux accueil. Je laisse à l’un de ceux qui l’ont vu alors le plus
-souvent et de plus près le soin de nous dire ce qu’était Pontmartin
-dans ce salon des Angles, où il avait désormais renfermé sa vie:
-
- ...Dès qu’on entrait, quel cordial accueil, quelle poignée de main
- bien franche et bien sincère, et comme il était facile de lire
- sur cette physionomie intelligente et fine, dans cet œil souriant
- presque avec gratitude: Soyez le bienvenu. Il jetait le livre
- commencé, semblant dire: A demain les affaires sérieuses, et venait
- invariablement se placer dans son grand fauteuil adossé au mur et
- au coin de la cheminée. Il affectionnait cette place, d’où son œil
- pouvait embrasser le parc merveilleux qui se déroulait sous ses
- fenêtres, les vertes pelouses baignées par l’ombre des marronniers
- séculaires. Peu à peu la conversation s’engageait à bâtons rompus,
- comme une de ces parties de chasse où on jette une pierre dans les
- touffes que l’on rencontre. C’était l’événement du jour, l’actualité,
- une anecdote du temps jadis à propos d’un souvenir évoqué par une
- ligne de journal. Puis la conversation s’élevait peu à peu, elle
- gagnait les hauteurs par des méandres capricieux, par des chemins
- détournés, s’arrêtant dans une clairière pour y cueillir un mot, un
- trait d’esprit, comme une fleur aux chatoyantes couleurs, s’enfonçant
- sous bois et arrivant enfin sur un plateau découvert, d’où l’on
- pouvait voir de vastes horizons. L’éminent écrivain jugeait alors d’un
- mot ou d’un aperçu une œuvre, un auteur, une époque littéraire, mais
- brièvement, sans tirades, d’un trait, sans la moindre pédanterie.
- Car Armand de Pontmartin était un merveilleux causeur. Il déployait
- dans la causerie les grâces naturelles de son esprit si fin et si
- primesautier. Il avait beaucoup vu et beaucoup retenu. Sa mémoire
- était des plus fidèles, et il y puisait comme dans un inépuisable
- répertoire. Il avait connu presque toutes les illustrations
- littéraires du siècle, et un sténographe n’eût pas perdu son encre à
- recueillir les anecdotes et les menus faits qu’il égrenait au cours
- de la conversation. Il a comparé lui-même la causerie de certaines
- grandes dames des salons qu’il avait fréquentés, à de la dentelle
- fine. La sienne était bien de la dentelle, mais une dentelle tissée
- d’un fil aussi solide que délié et où il laissait percer la grâce
- aristocratique du gentilhomme unie à la finesse du lettré. C’était,
- en un mot, le plus séduisant des causeurs. Et ce qui ajoutait
- plus de charmes à la séduction qu’il exerçait sur l’esprit de son
- interlocuteur, c’est qu’on n’y apercevait pas la moindre trace de
- coquetterie. La grâce était toute naturelle et sans le moindre
- effort[453].
-
-Longue serait la liste des visiteurs, des amis, pour qui c’était une
-fête de faire le pèlerinage des Angles.
-
-L’évêque de Nîmes, M^{gr} Besson, lui-même écrivain très
-distingué[454], était particulièrement fier de son diocésain; toutes
-les fois que s’offrait à lui l’occasion de l’aller voir, il était
-heureux de la saisir. Quand Pontmartin avait l’honneur de recevoir
-son évêque, il ne manquait jamais de me l’écrire et de m’associer—de
-loin—à sa joie. Elle était complète lorsqu’il pouvait faire asseoir
-à sa table, le même jour, M^{gr} Besson et son vieil ami Léopold de
-Gaillard.
-
-Par une heureuse fortune pour Pontmartin, en même temps qu’il
-abandonnait définitivement Paris, M. de Gaillard renonçait également
-à la capitale; le 25 février 1879, il donnait sa démission de
-conseiller d’État et venait habiter son château de Bellevue, près
-Bollène (Vaucluse), à quelques lieues seulement des Angles. Si les deux
-amis, retenus chez eux par des occupations diverses, n’allaient guère
-qu’une fois ou deux par an l’un chez l’autre, dans l’intervalle de ces
-visites, que de bonnes rencontres à Avignon! Une ou deux fois au moins
-chaque mois, jusqu’à la fin de 1887, époque où la fatigue de Léopold de
-Gaillard devint trop grande, on se donnait rendez-vous à l’_Hôtel de
-l’Europe_. A ces déjeuners mensuels, à ces «rendez-vous de l’omelette»,
-ajoutez des lettres sans nombre, si bien qu’en réalité leur amitié ne
-connais-pas l’absence.
-
-Dirai-je maintenant tous ceux qui, habitant à Avignon ou dans le
-voisinage, étaient les hôtes habituels du salon des Angles? Je n’en
-veux citer que quelques-uns, parmi les plus fidèles: le docteur Cade,
-M. Augustin Canron, un journaliste et un érudit (ceci n’est point
-un pléonasme), le bon poète Roumanille, M. de Roubin, M. Alfred
-Coulondres, ancien magistrat, homme grave, spirituel et savant, M.
-François Seguin, imprimeur et directeur de l’_Union de Vaucluse_, pour
-lequel Pontmartin, qui avait tant fait gémir la presse, éprouvait
-une particulière sympathie, en raison surtout de sa fidélité à des
-principes héréditaires dans sa famille, on pourrait dire sa dynastie;
-car il y a deux siècles que les Seguin pratiquent l’art de Guttemberg,
-et toujours pour en faire un usage bon et sain.
-
-Le soir venu, quand ses hôtes étaient partis, Pontmartin éprouvait
-un charme mélancolique à évoquer les jours évanouis, ses souvenirs de
-jeunesse, et surtout ces deux dernières années de la Restauration, dont
-rien n’égala jamais la douceur et l’éclat. Il se reporte par la pensée
-à ses promenades sous les arbres du Luxembourg ou sous les galeries de
-l’Odéon, aux leçons de Villemain ou de Cousin, ou encore à cette soirée
-de novembre 1829, où il alla, avec un de ses camarades de collège,
-entendre _Guillaume Tell_ à l’Opéra. Il revoit le rideau qui se lève
-sur le chœur _Quel jour serein pour nous s’apprête!_ Il croit entendre
-encore l’exquise romance du pêcheur, _Accours dans ma nacelle!_ puis
-le foudroyant appel de Guillaume: _Il chante et l’Helvétie pleure sa
-liberté!_ Et le lendemain, il écrit:
-
- Doux et lointain souvenir! Il y a de cela cinquante-huit ans. Depuis
- longues années, je n’entends plus d’autre musique que celle de
- mes rossignols et de mes cigales. Mais souvent, le soir, dans ce
- demi-sommeil où l’âme se détache des choses présentes, où ne veillent
- plus que les songes, j’évoque ces images du passé. Plongé dans mon
- vieux fauteuil, je me chante à moi-même, sans ouvrir la bouche,
- ces airs, ces _duos_, ces cantilènes, dont se berça ma jeunesse.
- On me croit endormi, tandis que défilent devant moi les créations
- pathétiques ou riantes, tragiques ou bouffonnes, mais toujours
- mélodieuses, de Rossini, de ses émules et de ses meilleurs disciples:
- Sémiramide et Desdemona, Ninetta et Rosine, Assur et Otello, Figaro
- et don Magnifico, Edgardo et Lucia, Norina et don Pasquale, Elvino
- et Amina, Alice et Robert, Valentine et Raoul, Fidès et Sélika; et,
- avec eux, leurs interprètes, Rubini et Lablache, Ronconi et Mario,
- Tamburini et Julia Grisi, M^{me} Malibran et sa sœur Pauline Viardot,
- Garcia et Alboni. Si la musique était belle, les auditoires n’étaient
- pas moins beaux. Où sont-elles, les célébrités de l’élégance, de
- l’art, de la poésie, du théâtre, du blason, de la richesse? Dans
- quelle nécropole faut-il les chercher? Les robes de soie et de velours
- sont devenues des suaires; les figures sont des fantômes, les fantômes
- sont des spectres, les spectres sont des squelettes, les squelettes
- sont des ombres. C’est à peine si les petites-filles savent les noms
- de leurs aïeules, qui inspirèrent les poètes, les romanciers et les
- artistes, qui eurent elles-mêmes leurs romans, qui firent battre les
- cœurs des _dandys_ les plus éblouissants, des plus brillants officiers
- de la garde royale et de l’armée, et qui constellaient les loges de
- leur beauté, de leurs sourires. Où sont les fleurs de leur corsage,
- les diamants et les perles de leurs colliers? O vanité! ô néant! C’est
- triste; ce serait lugubre et navrant, si, au bout de ces mélodies
- profanes, on ne récitait un _Pater_ et un _Ave_, si, après ces
- litanies mondaines, on ne répétait les véritables: «_Rosa mystica!_
- Rose mystique, qui fleurit dans le ciel, et ne se fanera jamais!
- _Stella matutina!_ Étoile du matin, d’un matin qui n’aura pas de soir,
- d’un jour qui n’aura pas de nuit[455]!»
-
-
-II
-
-Pontmartin avait soixante-sept ans quand il se retira ainsi aux
-Angles. L’âge est venu, mais non la _paresse de la vieillesse_, celle
-dont Tacite a dit: _Invisa primum desidia postremo amatur_. Avec
-une régularité plus grande encore que par le passé, il enverra à la
-_Gazette de France_ sa causerie hebdomadaire. S’il lui arrive parfois
-d’avoir une heure de découragement, ce ne sont pas seulement ses amis
-les plus anciens, ses vieux coreligionnaires et à leur tête Léopold
-de Gaillard, qui lui demandent de ne pas interrompre ses Semaines
-littéraires; c’est Cuvillier-Fleury, qui lui écrit: «Non, vous ne
-renoncerez pas à cette tribune littéraire, bien souvent politique de
-la _Gazette_, où vous vous honorez si grandement par le talent, la
-vivacité et la sincérité de l’esprit, l’originalité souvent familière,
-toujours spirituelle[456].» Et Cuvillier-Fleury ajoutait, à propos
-d’un article de Pontmartin en réponse à une attaque de M. Émile
-Zola[457]: «Vous avez traité Zola avec une douceur féline qui a dû
-faire sortir toutes ses griffes, _suaviter in modo, fortiter in re_.
-Voilà le _Figaro_ qui vous complimente après vous avoir immolé. C’est
-le Capitole après la Roche Tarpéienne. N’importe, j’aime mieux cela. On
-vous a beaucoup lu, et on a beaucoup admiré cette grande possession que
-vous avez montrée de vous-même. On attendait de vous un éreintement de
-première grandeur; vous avez préféré un enterrement de première classe.»
-
-C’est précisément parce que la _Gazette de France_ était une tribune
-_politique_, ainsi que l’écrivait Cuvillier-Fleury, que Pontmartin ne
-pouvait pas, ne voulait pas la déserter. Il combat la République depuis
-le jour où elle est née; il la combattra jusqu’à la fin. Il continuera
-donc de parler encore littérature, roman, poésie, mais à la condition
-de terminer chacun de ses articles par un mot, par un cri, toujours le
-même: _Delenda est res... punica_. Même quand la République se présente
-sous des apparences modérées, il refuse d’être dupe; ni la houlette et
-la panetière, dont parfois elle s’affuble, ne le trompent, et sous le
-déguisement de ce faux berger il a vite reconnu Guillot le sycophante.
-Quand des Religieux, comme le Père Didon ou le Père Maumus, prêchent
-le ralliement et annoncent le prochain avènement d’une République
-chrétienne, il leur répond:
-
- C’est là un beau rêve, qui pourrait être, au besoin, contresigné par
- M. de La Palice, mais c’est un rêve. La République ressemble à ces
- vins frelatés qui s’aigrissent en vieillissant... L’expérience prouve
- que la République est forcée de marcher toujours, soit à reculons,
- pour refluer vers la dictature, soit en avant pour verser dans le
- radicalisme et le jacobinisme. Je me souviens d’une très amusante
- pièce de M. Labiche, où Hyacinthe jouait le rôle d’un fabricant
- de bougies de l’_Aurore boréale_. On lui faisait observer que ses
- bougies coulaient et n’éclairaient pas.—«Si elles éclairaient et
- ne coulaient pas, répliquait-il avec un sang-froid superbe, elles
- ne seraient pas de l’_Aurore boréale_.»—Si la République pouvait
- se fixer dans un programme d’amabilité, d’honnêteté, de modération,
- d’équité, de tolérance, de libéralisme sincère, elle ne serait pas la
- République[458].
-
-De telles pages, on en rencontre à chaque instant dans les Causeries de
-Pontmartin, et c’est pourquoi, bien loin d’avoir vieilli, elles sont
-plus _actuelles_ que jamais.
-
-De Semaine en Semaine, il semblait rajeunir, et ses amis, en présence
-de ce perpétuel jaillissement d’esprit et de talent, ne pouvaient
-croire qu’il eût définitivement renoncé à toute idée de retour à
-Paris. Pour ma part, toutes les fois qu’il m’arrivait d’y aller, je le
-suppliais de venir m’y rejoindre. Toujours charmantes, ses réponses
-étaient toujours négatives. Telle, par exemple, cette lettre du 21
-avril 1880:
-
- ...Je n’ai pas le courage de me décider. Tout à l’heure, je me
- promenais seul dans mon allée de marronniers où je voudrais tant me
- promener avec vous. Je pesais le _pour_ et le _contre_ de ce voyage:
- d’un côté, le plaisir de rentrer un moment dans la vie littéraire,
- de retrouver quelques figures amies, de m’asseoir dans un fauteuil
- d’orchestre du Théâtre-Français, de faire quelques visites au Salon,
- dont je ne rends plus compte; de l’autre, la nuit en chemin de fer,
- la chance de tomber malade dans un hôtel comme en 1877, la difficulté
- de se procurer tous ces petits détails de bien-être et de _chez soi_,
- dont on ne s’aperçoit que quand ils vous manquent. J’étais exactement
- comme l’âne de Buridan entre deux bottes de chardons d’égale grosseur.
- Tout à coup, j’ai entendu le premier rossignol de l’année, qui
- commençait sa mélodieuse chanson dans un massif d’érables; ce n’est
- rien, et pourtant le gazouillement de ce petit oiseau m’a presque
- décidé au parti le plus sage, c’est-à-dire le plus sédentaire. Ne vous
- semble-t-il pas qu’un poète pourrait rimer là-dessus quelques jolies
- stances ou un sonnet presque sans défauts? Mais la poésie, c’est la
- jeunesse; la jeunesse, c’est le vrai printemps; ce rossignol, dont
- j’ai probablement entendu chanter les ancêtres les plus lointains,
- n’avait pour moi que le charme mélancolique d’un fugitif retour au
- passé[459].
-
-L’année suivante, je revenais à la charge, mais sans plus de succès.
-Il me répondait, le 7 novembre 1881: «Vous me demandez si je n’ai pas
-idée d’aller à Paris au mois de décembre. Hélas! j’ai l’idée contraire.
-Il ne faut pas que la surabondance de mes écritures vous fasse illusion
-sur mon âge et sur ma santé. Et puis, décembre est bien froid ou bien
-humide, avec des jours bien courts, des rues bien boueuses et des
-boulevards bien bruyants. Bizarre contraste! Le sage Biré m’engage à
-venir à Paris, et Ludovic Halévy, l’auteur d’_Orphée aux Enfers_, le
-boulevardier par excellence, m’écrivant pour me remercier d’un article,
-ajoutait récemment: ‘Ne venez pas à Paris! Vous ne le reconnaîtriez
-pas. Il n’est plus digne de vous.’»
-
-S’il ne va plus à Paris, il y enverra du moins ses volumes, à raison
-de deux par an. En 1879, il publia la dix-septième et la dix-huitième
-série des _Nouveaux Samedis_; en 1880, la dix-neuvième et la vingtième.
-
-Ce tome XX des _Nouveaux Samedis_ n’était rien moins que le
-vingt-neuvième volume des _Causeries_. «Si nous adoptions un nouveau
-titre?» lui écrivit son éditeur, M. Calmann-Lévy. Pontmartin,
-légèrement piqué, proposa, un peu _ab irato_: _Souvenirs posthumes_,
-ou _Causeries posthumes_. Au fond, M. Calmann-Lévy avait raison, et,
-d’un commun accord, on adopta, pour les séries futures, le titre de
-_Souvenirs d’un vieux critique_.
-
-Le premier volume des _Souvenirs_ parut au mois de juillet 1881, avec
-cette dédicace:
-
- A
- MA CHÈRE FILLE
- JEANNE D’HONORATI
- VICOMTESSE HENRI DE PONTMARTIN
- HOMMAGE
- DE RECONNAISSANCE ET DE TENDRESSE
-
- A. DE PONTMARTIN.
-
-Le mariage de son fils avait eu lieu le 27 avril précédent. En me
-l’annonçant, le 16 avril, il terminait ainsi sa lettre: «Je vous
-embrasse de cœur dans toute l’effusion d’une honnête joie.»
-
-
-III
-
-Bien des fois, je l’avais engagé à écrire ses _Mémoires_. Il me
-répondait que ses vrais Mémoires, les seuls qu’il pût avoir la
-prétention de publier, il les écrivait au jour le jour dans ses
-Causeries. Tel était aussi, du reste, l’avis de Cuvillier-Fleury, qui,
-dans une lettre du 3 mai 1880, lui disait: «Vos feuilletons prennent
-figure de _mémoires_ «pour servir à l’histoire de notre temps», presque
-aussi politiques que ceux de M. Guizot, et plus mêlés de littérature,
-de souvenirs personnels et de commérages friands. On les savoure et on
-en garde le goût comme d’un mets délicatement épicé. Tout est là, être
-délicat dans un siècle qui ne l’est plus.»
-
-Un jour vint cependant où, se trouvant de loisir,—c’était au mois
-d’août 1881,—il prit une belle feuille de papier, inscrivit en tête
-ces deux mots: _MES MEMOIRES_, écrivit d’un trait le premier chapitre
-et l’envoya au _Correspondant_[460]. Au bout de quatre ou cinq mois, le
-volume était fait et conduisait le lecteur jusqu’à l’année 1832.
-
-Critique, Pontmartin avait eu à juger les Mémoires et les Confidences
-de nos _illustres_, Chateaubriand, Lamartine, Alexandre Dumas, George
-Sand, et il ne s’était pas fait faute de condamner chez eux l’abus de
-la personnalité, ces complaisances du _Moi_, qui les avaient conduits
-à entretenir le public de tout ce qu’ils avaient fait depuis le
-berceau, de leurs enfantillages, de leurs espiègleries, de leurs bonnes
-fortunes, de leur mérite, de leur vertu, de leur talent. Il ne les
-imitera donc pas; mais,
-
- Souvent la peur d’un mal entraîne dans un autre.
-
-Comme il est bien décidé à ne point se poser en héros de sa propre
-histoire; comme il s’efforce de se dégager de toute préoccupation
-d’amour-propre, il arrive qu’il s’en dégage trop. Il semble qu’il
-éprouve surtout le besoin de ne pas se grandir, de diminuer sa personne
-et ses succès. Au lieu de chercher seulement en lui-même les éléments
-d’intérêt, il les cherche volontiers ailleurs, et il est ainsi conduit
-à ne pas serrer la réalité d’assez près, à substituer son imagination à
-sa mémoire et à _romancer_ ses souvenirs. Obligé de faire le départ de
-ce qui est exact et de ce qui a cessé de l’être, le lecteur, dépaysé,
-perd confiance, résiste à son plaisir et ne goûte plus, comme il le
-faudrait, tant de pages charmantes, où la modestie la plus sincère se
-relève de l’esprit le plus piquant.
-
-Pontmartin avait terminé la préface de ce premier volume, en disant:
-«Je commence, au risque, hélas! de ne jamais finir.» Ce fut seulement
-quatre ans après, en 1885, qu’il se décida à donner la suite: _MES
-MÉMOIRES. SECONDE JEUNESSE_[461].
-
-Ce nouveau volume allait de 1832 à 1845, du retour à Avignon au départ
-pour Paris. Il renfermait, sur Berryer, un chapitre qui ne laissa
-pas de surprendre. Pontmartin autrefois, en 1837 et 1839, avait très
-bien parlé du grand orateur[462]. Plus tard, en 1869, sans renier sa
-première admiration, il avait atténué ses louanges et élevé quelques
-chicanes[463]. Cette fois, son jugement était d’une sévérité qui
-allait jusqu’à l’injustice. D’où était venu ce changement? Dans ce
-chapitre même, avec une entière franchise, avec cette bonne foi dont
-il ne se départait jamais, il en donnait la raison. Tandis que de
-grands artistes, des écrivains célèbres, des hommes d’État plus ou
-moins étrangers à la cause royaliste, Meyerbeer, Eugène Delacroix,
-Paul Delaroche, Berlioz, Molé, Cousin, Guizot, Villemain, Dupanloup,
-Montalembert, lui prodiguaient des marques de sympathie, Berryer
-le traitait en inconnu[464]. Le grief était mince et ne justifiait
-guère ces représailles contre le chef du parti que lui-même avait si
-persévéramment et si noblement servi, contre celui que Jules Janin
-avait si bien défini un jour: «Cet admirable et charmant Berryer[465].»
-
-Je ne cachai pas à Pontmartin ma tristesse et ma désapprobation. Je
-le suppliai de ne pas reproduire dans le volume les pages publiées
-dans le _Correspondant_[466], ou tout au moins de les modifier. Il me
-le promit. A quelques jours de là, parut une réplique de M. Charles de
-Lacombe[467]: elle eut pour résultat de décider Pontmartin à maintenir
-son premier texte. Il le fit suivre, dans son volume, d’une note ainsi
-conçue:
-
- Cédant aux instances de mon ami Edmond Biré, j’allais retoucher,
- atténuer, adoucir, abréger ce chapitre, lorsque le _Correspondant_
- a publié le beau travail de mon éminent confrère et ami, Charles de
- Lacombe. Sans nul doute, ce travail, où Charles de Lacombe réfute
- la plupart de mes récits, paraîtra bientôt en volume. Dès lors, je
- craindrais de lui jouer un mauvais tour en supprimant les détails
- contre lesquels il proteste. Il aurait trop l’air de s’agiter dans
- le vide... J’ajoute que, bien différent des plaideurs ordinaires, je
- désire avoir tort.
-
-Il avait tort très certainement. Encore un peu de temps, et il
-le reconnaîtra. Il confessera son erreur avec une générosité de
-cœur, avec une noblesse d’âme, qui ne laisseront rien subsister
-de la faute commise. En 1888, rendant compte, précisément dans le
-_Correspondant_[468], d’un livre où j’avais longuement parlé de
-Berryer, il écrira ces quelques lignes:
-
- Le cœur! l’âme! qui en eut plus que Berryer, soit qu’il traitât à la
- tribune de la Chambre une question d’honneur ou d’intérêt national,
- soit qu’il plaidât un procès politique, soit que, devant la cour
- d’assises, il se fît le défenseur d’accusés dont la tête était en jeu?
- Le cœur, l’âme, la conviction, la conscience, les plus nobles facultés
- qui puissent faire de la parole humaine, non pas un instrument
- merveilleux sous les doigts magiques d’un Thalberg ou d’un Paganini,
- mais l’expression d’un sentiment supérieur à toute pensée vulgaire, et
- en quelque sorte une délégation divine! N’a-t-il pas eu, en maintes
- circonstances, le droit de s’écrier: «Eh mon Dieu! on parle de
- fascination, de talent... Savez-vous ce que c’est que le talent pour
- un honnête homme? C’est d’étudier, c’est de sentir, c’est d’exprimer
- avec vérité ce qu’il a dans son cœur... Quand on sait rendre cela avec
- une émotion vraie, on est éloquent, on a du talent, et quelquefois on
- parvient à faire triompher la vérité dont on est convaincu.»
-
- Berryer a porté bonheur à Edmond Biré. Pour ma part, je lui dois
- un remerciement. Son livre me fournit l’occasion de faire amende
- honorable à une illustre mémoire; de réparer les malencontreuses
- chicanes que m’avaient suggérées de misérables griefs personnels,
- aujourd’hui perdus comme des grains de poussière dans un rayon de
- soleil. Eh! n’est-ce pas le soleil ou plutôt l’immortelle lumière qui
- se lève lorsque toutes les autres s’éteignent[469]?
-
-La rédaction de ses deux volumes de _Mémoires_ n’avait pas interrompu
-ses Semaines littéraires. De 1881 à 1887, il publia huit volumes des
-_Souvenirs d’un vieux critique_. Il allait être bientôt octogénaire, et
-sa verve, son entrain ne faiblissaient pas. Décidément, Henri Lavedan
-avait eu raison de dire en 1879: «_Vieux!_ il ne le deviendra jamais!
-Ce n’est pas fait pour lui...» Ses lecteurs étaient surpris autant que
-charmés de cette jeunesse sans cesse renouvelée. Cuvillier-Fleury lui
-écrivait, le 30 mai 1883: «_J’envie_ de plus en plus, quoique j’en
-profite tous les huit jours, cette _jeunesse persistante_ de votre
-plume dont vos adversaires vous savent sans doute moins de gré...»
-
-Un autre académicien, M. Camille Rousset, l’historien de Louvois, lui
-écrivait, de son côté, le 7 avril 1885: «Comment faites-vous, admirable
-magicien, pour rester toujours aussi jeune? En vérité, votre plume n’a
-jamais été plus vive, plus alerte, plus gracieuse et, dans l’occasion,
-plus acérée. Assurément, vous ne vous êtes pas donné au diable; mais
-à coup sûr, vous lui avez arraché le secret de Jouvence. Je vous en
-félicite et j’applaudis à votre bonne fortune qui devient celle de
-vos lecteurs.»—Il lui écrira encore, le 15 juillet 1889: «Vos deux
-articles sont magnifiques, pleins de choses, pleins d’idées, surtout
-pleins de cœur. Quelle variété! quelle verve! quel entrain! quelle
-jeunesse!»
-
-
-IV
-
-«J’ai commencé ce matin l’article numéro _mille_[470], auquel je
-désespérais d’atteindre; après quoi, nous verrons si je dois me
-reposer, ou continuer mon radotage sénile...» Ainsi m’écrivait
-Pontmartin, le 31 janvier 1887. Comme il était toujours en avance à la
-_Gazette_, l’article ne fut publié que le dimanche 24 avril[471]. Il
-s’était amusé à en disposer ainsi l’en-tête:
-
- _M_
-
- _1,000_ _Mille_
-
- J’ai mis dans le mille.
-
- (Pomadour—EUGÈNE LABICHE.—_29 degrés à l’ombre._)
-
-Le jour même où paraissait le _millième_ article, l’Ermite des Angles
-voyait entrer dans son salon deux rédacteurs de la _Gazette de France_,
-M. Louis de La Roque et M. Henri Poussel, qui venaient, au nom de M.
-Gustave Janicot et de son journal, lui offrir un encrier d’honneur. MM.
-de La Roque et Poussel s’étaient adjoint, pour remplir leur mission,
-deux vieux amis du vieux critique, le poète Roumanille[472] et M.
-Augustin Canron[473], l’un des plus anciens journalistes de province.
-
-En termes émus, M. de La Roque exprima les sentiments de M. Janicot et
-de ses collaborateurs envers le maître qui, depuis près de vingt-cinq
-ans, n’avait pas cessé de donner à tous l’exemple du travail; qui,
-depuis un quart de siècle, avait toujours été à la peine, et aussi,
-grâce au ciel, à l’honneur. «C’est l’amitié, dit-il en terminant, qui,
-en ce jour, rend hommage au talent, au caractère et à la fidélité.»
-
-Pontmartin remercia par de touchantes paroles; puis, tout émerveillé,
-lui, l’infatigable écrivain que l’encre avait si souvent grisé, il se
-prit à contempler, avec une joie d’enfant, le magnifique encrier qui
-allait être désormais le sien.
-
-Le sujet allégorique de cette belle pièce, en argent ciselé, représente
-une urne renversée sur laquelle s’appuient deux Amours et d’où
-s’échappe une nappe d’eau coulant dans une vasque, ornée de deux
-cartouches style Louis XV. Sur celui de droite, on lit l’inscription
-suivante: «La _Gazette de France_ à Pontmartin, 24 avril 1887», et sur
-celui de gauche se trouvent gravées les armoiries de sa famille, qui
-sont: _d’azur à une porte coulissée et renversée d’argent, mouvante du
-côté droit de l’écu et accompagnée d’un lion d’or armé, lampassé et
-couronné de gueules_.
-
-Cette fête du _Millième_ avait eu un caractère intime. Dans les
-départements de la région du Sud-Est, où l’écrivain comptait tant
-d’admirateurs et d’amis, on décida de faire en son honneur une
-manifestation d’un caractère plus général et qui serait, d’ailleurs,
-exclusivement littéraire. L’_Union de Vaucluse_ et les principales
-feuilles du Midi ouvrirent une souscription dont les fonds devaient
-être consacrés à l’exécution de deux bustes de M. de Pontmartin: l’un,
-en marbre, qui lui serait offert; l’autre, en bronze, qui serait placé
-dans le Musée d’Avignon.
-
-Plusieurs journaux de Paris, de ceux-là mêmes qui combattaient les
-opinions de l’auteur des _Samedis_, envoyèrent leur adhésion. Sous ce
-titre: _les Noces d’or de M. de Pontmartin_, Francisque Sarcey rendit
-un complet hommage à son caractère et à son talent. «Ce n’est pas peu
-de chose, écrivait-il, d’avoir durant tant d’années dirigé l’opinion
-d’une foule d’honnêtes gens, d’avoir toujours témoigné d’une justice,
-au moins relative, même envers des adversaires, d’avoir toujours
-respecté sa plume, aimé les lettres, et de se trouver encore, à l’âge
-où l’on a depuis longtemps pris sa retraite, à la tête du mouvement,
-entouré de la considération et de la sympathie universelles.»
-
-En publiant, le 31 juillet 1887, sa première liste de souscription,
-l’_Union de Vaucluse_ la faisait précéder de la lettre suivante, écrite
-au nom de M^{gr} Vigne, archevêque d’Avignon:
-
- Cher monsieur,
-
- M^{gr} l’archevêque me confie l’agréable mission de vous transmettre
- sa souscription au buste de notre cher et illustre compatriote, M.
- le comte Armand de Pontmartin, et de féliciter en même temps, en son
- nom, ceux qui ont eu l’inspiration et pris l’initiative d’élever un
- monument à la gloire de notre éminent critique.
-
- Cet hommage ne s’adresse pas seulement à l’écrivain distingué dont
- l’incomparable talent a jeté un si vif éclat sur la littérature
- française, mais encore à l’homme de caractère et de cœur qui,
- constamment fidèle à toutes les grandes et saintes causes, n’a jamais
- cherché le succès que dans le culte de la religion, unique source
- du vrai, du bien et du beau, sans jamais rien demander à ces moyens
- dont tant d’autres abusent, et que sa plume éloquente et vengeresse
- flétrissait hier encore avec une si énergique indignation. A ce titre,
- votre entreprise doit trouver de l’écho dans toutes les âmes qui
- veulent honorer le talent et la vertu, et je lui souhaite un plein
- succès.
-
- Veuillez agréer, cher monsieur, l’assurance de mes sentiments bien
- respectueux et dévoués.
-
- L. PLAUTIN,
-
- Vic.-gén., secr. de M^{gr} l’archevêque d’Avignon.
-
-Les souscripteurs atteignirent bientôt le chiffre de 580. Les fonds
-versés s’élevèrent à 6,768 fr. 25, somme qui dépassait de beaucoup
-celle demandée par le sculpteur.
-
-Sur les listes, à côté du Chef de la Maison de France, Monseigneur
-le comte de Paris, figuraient de hauts dignitaires de l’Église, des
-académiciens, des notabilités de tout genre, et, auprès des principaux
-représentants de l’aristocratie, des commerçants et des industriels,
-des ouvriers de la ville et de la campagne.
-
-On trouvera plus loin[474] les noms de tous les souscripteurs. Signaler
-ici les uns et laisser les autres dans l’ombre, serait mal répondre au
-sentiment éprouvé par Pontmartin: les témoignages de sympathie auxquels
-il se montra le plus sensible furent ceux qui lui venaient des petits
-et des humbles.
-
-Beaucoup de souscripteurs accompagnaient leur cotisation dune lettre
-d’envoi; plusieurs de ces lettres méritent d’être reproduites.
-
-M^{gr} de Dreux-Brézé, évêque de Moulins, faisait suivre son offrande
-de ces lignes:
-
- Bien faible tribut des constantes sympathies de l’évêque de Moulins
- pour son ancien condisciple Pontmartin, alors concurrent désespérant,
- et depuis passé maître en tous les styles, hormis les styles
- académique et ennuyeux.
-
-M. de Belcastel, l’ancien et vaillant député de la Haute-Garonne à
-l’Assemblée nationale de 1871, écrivait:
-
- N’étant pas à Toulouse lorsque le _Messager_ de cette ville a ouvert
- sa petite souscription pour le buste de votre grand écrivain,
- Armand de Pontmartin, je n’ai pas eu l’occasion d’y prendre part.
- Mais j’aurais un trop vif regret de ne pas m’inscrire au nombre des
- admirateurs de ce beau talent, qui a tout à la fois la grâce des
- fleurs de la Provence, la force, la santé et la longévité du vieux
- chêne gaulois...
-
-Voici quelques lettres d’académiciens.
-
-De M. Edmond Rousse:
-
- Le nom de M. de Pontmartin est assurément un de ceux qui honorent
- le plus la littérature de notre temps. Sa vie est un bel exemple
- de probité littéraire; et son œuvre atteste, avec le talent de
- l’écrivain, le courage de l’homme et du citoyen. Je suis très heureux
- de joindre mon modeste hommage à tous les témoignages d’estime et de
- respect dont les amis des lettres doivent entourer ce grand homme de
- bien.
-
-De M. Désiré Nisard:
-
- Je m’associe de grand cœur au sentiment qui a inspiré le projet
- d’offrir à M. de Pontmartin son buste en marbre comme un juste hommage
- rendu au talent, à la vieillesse si verte et si féconde, au caractère
- si honorable de l’illustre écrivain.
-
-De M. Émile Ollivier:
-
- Monsieur, j’éprouve pour la personne de Pontmartin une sympathie
- cordiale et bien ancienne, puisqu’elle date des réunions de 1849,
- chez Joseph d’Ortigue. J’admire son talent souple, varié, à la fois
- charmant et élevé, embaumé de poésie et, à l’occasion, vibrant
- d’éloquence, et dans lequel la pointe malicieuse n’est que la bonne
- humeur d’un esprit sain, ou la mise en relief du bon sens, et non
- l’échappée d’une âme maligne.
-
- J’aurais voulu contribuer à le faire un de nos confrères à l’Académie.
- C’est vous dire que j’approuve fort la souscription dont vous avez
- pris l’initiative, et que je m’y associe avec empressement.
-
-Frédéric Mistral, qui est à lui seul toute une Académie, écrivait de
-Maillane:
-
- _GLORI A PONTMARTIN!_
-
-Pontmartin,—et ce n’était pas l’un de ses moindres titres
-d’honneur,—avait toujours défendu la Compagnie de Jésus. Un jésuite,
-le Père Victor Delaporte[475], le poète des _Récits et Légendes_, à
-défaut d’autre obole, lui envoya ce sonnet:
-
-A L’ENCRIER DES 1000 ARTICLES
-
- Encrier idéal, source de maint volume,
- Fontaine de Vaucluse à la noire liqueur,
- Le Maître, avec tes flots qui coulent de sa plume,
- Laisse couler à flots son esprit et son cœur.
-
- Tu bouillonnes toujours et tu n’as point d’écume;
- Le Maître, juge, arbitre, artiste, chroniqueur,
- Puise en ta profondeur claire et sans amertume
- Son style ferme et franc—malin, mais non moqueur.
-
- Sous ses doigts l’encre tombe en gouttes de lumière,
- Faisant éclore au jour toute fleur printanière,
- Reflétant à la fois l’or et l’azur du ciel;
-
- Qu’on grave sur tes flancs, merveilleuse écritoire,
- Pour éloge, ou devise unique dans l’histoire:
- _Cinquante ans de critique! et... pas un jour de fiel_.
-
-Le vieux critique pouvait être fier de ces témoignages de sympathie. Il
-en fut surtout très heureux, et, pour remercier les souscripteurs, il
-adressa la lettre suivante au Directeur de la _Gazette de France_:
-
- Mon cher ami,
-
- Au moment où va se clore une souscription pour laquelle j’avais
- redouté un four, avec d’autant plus de vraisemblance que je posais
- devant mon artiste avec une chaleur de 38°, et qu’avant d’être fondu
- en bronze, je fondais en sueur, j’ai recours à la _Gazette de France_
- pour adresser mes remerciements à qui de droit.
-
- A vous d’abord, et à la _Gazette_. On prétend que le contenant doit
- être plus grand que le contenu. Cette fois, ç’a été le contraire. Le
- buste était contenu dans l’encrier. C’est l’encrier qui a donné à mes
- amis de Provence l’idée dont ils ont poursuivi l’exécution avec un
- merveilleux entrain.
-
- A Léopold de Gaillard, qui, dans une page charmante où _il lançait
- l’affaire_, a prouvé que l’amitié ressemblait à nos vins de France,
- d’autant plus généreux qu’ils sont moins jeunes.
-
- Au Prince auguste que sa haute intelligence, son patriotisme, son âme
- essentiellement française, élèvent au niveau de toutes les fortunes,
- depuis l’exil présent jusqu’au trône prochain.
-
- A nos saints et vénérables Évêques, qui, au lieu de m’accueillir à
- coups de crosse, m’ont donné leur bénédiction.
-
- Aux membres éminents de l’Académie française, qui ont voté pour moi
- sous forme de souscription, et que je ne pourrais remercier dignement
- que si j’avais de l’esprit comme quatre.
-
- A mon éditeur Calmann-Lévy, qui a tenu à prouver que je ne l’avais pas
- ruiné.
-
- Aux grandes dames, qui ont un moment abandonné en ma faveur les romans
- de M. Zola.
-
- A tous mes amis, connus ou inconnus, lointains ou voisins, à qui je
- suis obligé d’adresser l’expression collective de ma reconnaissance,
- en ajoutant que chacun en a sa part, et que tous l’ont tout entière.
-
- Mais surtout, et du fond du cœur, à ceux qui, moins riches de
- numéraire que de nobles sentiments et de dévouement invincible à
- toutes les bonnes causes, ont prélevé sur leur nécessaire pour donner
- un témoignage de sympathie au vieillard dont le seul mérite est de ne
- pas être tout à fait mort,—et de persévérer.
-
- Si j’avais douze ou quinze ans de moins, je dirais que ces témoignages
- doivent m’encourager à mieux faire. Mais, à mon âge, quel _mieux_
- peut-on demander et attendre? Un seul: le silence, et vous ne le
- voulez pas.
-
- Encore une fois merci, mon cher ami, tout à vous et à nos excellents
- collaborateurs.
-
- ARMAND DE PONTMARTIN.
-
- Les Angles, 11 septembre 1887.
-
-Le buste en marbre, œuvre de M. Bastet, fut remis à Pontmartin; le
-buste en bronze, fondu à Paris dans les ateliers de M. Thiébault,
-fut déposée au Musée Calvet, à Avignon. L’excédent des recettes sur
-les dépenses ayant été de 2109 francs, ce reliquat, suivant le désir
-exprimé par Pontmartin, fut versé à M^{gr} Vigne pour des œuvres de
-bienfaisance.
-
-
-V
-
-Rarement hommage fut plus mérité que celui qui venait d’être rendu à
-Pontmartin.
-
-Son œuvre critique était la plus considérable du siècle. Elle se
-composait, à ce moment, de trente-sept volumes[476], que cinq autres
-bientôt allaient suivre[477]; soit, en tout, quarante-deux volumes.
-En voyant ainsi, d’année en année, croître son œuvre, Pontmartin ne
-songeait nullement à répéter l’_Exegi monumentum_ d’Horace, mais il
-se croyait le droit de lui appliquer le _Vires acquirit eundo_ de son
-cher Virgile: «Je sens, m’écrivait-il le 28 juin 1868, que mes volumes
-de Causeries littéraires gagnent, à se multiplier, une sorte de valeur
-indépendante de leur mérite.»
-
-Pendant plus d’un demi-siècle, Pontmartin a parlé de tous les
-écrivains et de tous les livres de son temps, non comme un
-bibliographe, non pas même comme un critique de profession, mais
-comme un homme du monde, très mêlé au mouvement littéraire, et qui,
-sans avoir l’air d’y toucher, ajoute chaque semaine un chapitre à ses
-Mémoires—et à ceux du voisin. «S’il me fallait chercher dans le passé
-des comparaisons ou plutôt des analogies, dit très bien M. Léopold de
-Gaillard, je songerais à une sorte de Saint-Simon homme de lettres,
-vivant au milieu des auteurs comme l’autre vivait au milieu des
-courtisans, mêlé à tout, connaissant tout, racontant tout par le menu,
-non certes sans malice, ni sans parti pris, ni même sans une certaine
-pointe d’aristocratie, mais avec la bonne foi visible de la passion,
-avec une verve infatigable, et pour ses lecteurs avec l’heureuse
-surprise d’un esprit toujours en scène, et qui n’a pas l’air de s’en
-douter[478].»
-
-Quarante-deux volumes d’_extraits_ et de comptes rendus, c’est
-beaucoup, dira-t-on; j’ajoute, pour ma part, que ce serait trop,
-beaucoup trop. Mais les feuilletons de Pontmartin ne sont pas des
-extraits; il n’oublie jamais qu’il est un causeur, et un causeur, dans
-son salon, n’a pas un livre à la main et ne fait pas de citations. Ce
-ne sont pas non plus des comptes rendus, à proprement parler. Sans
-doute il a lu avec soin l’ouvrage dont il veut entretenir ceux qui
-l’écoutent; mais, sa lecture faite et le volume fermé, il ne l’analyse
-pas, ou très rarement; il en prend texte seulement pour développer à
-son tour les idées que le sujet lui suggère. L’auteur lui a fourni le
-libretto, il se charge d’écrire la musique.
-
-Combien de fois ne lui arrive-t-il pas, surtout lorsqu’il lui faut
-parler d’un roman, de le reprendre en sous-œuvre et d’ajouter au
-canevas des broderies nouvelles! A propos du roman par lettres de
-M^{me} Caro—_Nouvelles amours de Hermann et de Dorothée_,—il
-écrit: «J’en veux à l’auteur d’avoir manqué un délicieux sujet, où
-nos patriotiques rancunes auraient pu rencontrer un commencement
-de revanche. Ce sujet, voici, selon moi, comment elle aurait dû le
-traiter.» Et, en un tour de main, l’auteur et son roman se trouvent
-refaits[479].
-
-_La Veuve_ est un des meilleurs récits d’Octave Feuillet, Pontmartin
-ne lui ménage pas les éloges. Les dernières pages cependant n’ont
-pas laissé de le choquer. Un autre critique se fût borné à donner
-ses raisons, à motiver son jugement. Il fera mieux; il propose une
-variante, il imagine un autre dénouement[480].
-
-Dans un de ses premiers romans, _Mensonges_, Paul Bourget avait
-développé avec succès toutes les délicatesses, toutes les subtilités de
-l’analyse psychologique; mais il y avait mêlé des peintures sensuelles,
-des pages où la psychologie se faisait plastique. Et Pontmartin de se
-demander: «Était-il donc impossible d’écrire un roman complètement
-chaste avec le sujet choisi par M. Paul Bourget? Essayons.» Il essaie,
-et à la toile du jeune maître il apporte d’heureuses retouches[481].
-
-Un autre jour, ayant à parler des _Maximes de la vie_, par _M^{me} la
-comtesse Diane_[482], il prend deux ou trois de ces maximes et il les
-_illustre_ par des exemples, par deux ou trois saynètes du tour le plus
-piquant[483].
-
-C’est ainsi qu’avec lui la critique est souvent une véritable création.
-
-Ses confrères, même les plus justement célèbres, n’ont qu’un cadre,
-toujours le même, qui sert pour tous leurs articles. Rien de plus
-varié, au contraire, que les cadres de Pontmartin.
-
-Une femme d’infiniment d’esprit, la comtesse de Boigne, publie en 1866
-un roman—_une Passion dans le grand monde_—qu’elle avait composé...
-en 1816. L’article de Pontmartin revêt la forme d’une lettre _à M.
-l’abbé de Féletz, à Paris_, lettre datée du 12 janvier 1817, et qui
-dut faire les délices du très spirituel abbé, alors rédacteur au
-_Journal des Débats_, en attendant l’Académie française[484].—A-t-il
-à parler d’un poète, de François Coppée ou de Paul Déroulède, il écrit
-sa causerie en vers[485]. A propos de _la Sorcière_, de Michelet, il
-nous transporte sur une des cimes du Brocken, avec une décoration dans
-le genre de celle de la _fonte des balles_, de Freyschütz, et il nous
-fait assister à un _Ballet sur balai_, moitié vers, moitié prose[486].
-Ailleurs, à l’occasion du _Lycée Condorcet_ (tour à tour Bonaparte,
-Bourbon, Fontanes, re-bonaparte, etc.), nous avons, non plus un ballet
-fantastique, mais de vraies scènes de comédie[487]. Jamais Lycée de
-la République ne s’était trouvé à pareille fête, et ce n’est pas ce
-jour-là qu’on aurait pu dire:
-
- L’ennui naquit un jour... de l’Université.
-
-Les _Causeries_ ne renferment pas moins de neuf ou dix articles sur
-les romans de M. Zola. «Comment faites-vous, demandait-on à un vieux
-journaliste, pour faire votre article tous les jours? Quel est donc
-votre secret?—Mon secret est bien simple. Il tient en quatre mots:
-dire, redire, se contredire.» Pontmartin, dans ses dix articles sur
-Zola, ne se répète pas; encore moins, se contredit-il; seulement,
-sur ce fond invariable, il applique sans cesse une forme nouvelle.
-Tantôt, à propos d’_Une page d’amour_, pour ébrancher, ou plutôt
-pour couper par le pied l’arbre généalogique des Rougon-Macquart, le
-chevalier Tancrède déroule sur le tapis du salon l’arbre généalogique
-des Bougon-Jobard et en détaille toutes les beautés[488]. C’est de la
-parodie, mais c’est aussi de la critique, et de la meilleure. Tantôt,
-il commence un éloquent article sur _Nana_—_Nana partout_—par une
-désopilante fantaisie sur le naturalisme et la réclame, sur la ronde
-des affiches remplaçant celle du sabbat[489]. Une autre fois, quand
-M. Zola met en pièce le plus fameux de ses romans, Pontmartin nous
-raconte la _première_ de _l’Assommoir_ sur le Grand-Théâtre d’Athènes,
-et c’est merveille de voir quelle exquise poésie il a su extraire de
-l’argot de Coupeau et de Bibi-la-Grillade, et comme il a su changer le
-_tord-boyaux_ de Mes-Bottes en vin de Chypre ou de Samos[490].
-
-
-VI
-
-Bayle a dit quelque part: «Combien y a-t-il de gens d’esprit qui
-s’ennuient à la lecture d’un ouvrage qui resserre leur imagination en
-la tenant toujours appliquée à un même sujet! Qui n’aime la diversité?»
-Ceux-là ne s’ennuieront pas avec les Causeries de Pontmartin. Où
-trouver plus de diversité? Diversité dans les cadres, nous venons de
-le voir, diversité aussi dans les sujets. D’habitude, les critiques
-littéraires ne parlent que des livres. Pontmartin parle de tout; il a
-des feuilletons sur les théâtres et sur les grandes _premières_; il en
-a sur les réceptions académiques—et ce lui est un jeu de montrer que
-si les immortels ont, à eux tous, de l’esprit comme quarante, il a, à
-lui seul, de l’esprit comme quatre. A un article de critique succède
-un article de fantaisie: après une grande étude sur les _Misérables_,
-de Victor Hugo, vient une dramatique nouvelle intitulée _le Vrai Jean
-Valjean_[491]. A la suite de feuilletons sur les romans d’Alphonse
-Daudet ou de Georges Ohnet, viennent d’émouvantes pages sur les
-_Invalides du Sanctuaire_[492], l’_Orphelinat d’Auteuil_[493] et les
-_Sœurs hospitalières_[494].
-
-Les autres critiques ne s’occupaient que des vers publiés à Paris.
-Pontmartin s’occupe volontiers des poètes restés fidèles à leur
-province, et en particulier de ceux qui n’ont pas voulu quitter, pour
-les rives de la Seine, les bords du Rhône et de la Durance, Roumanille,
-Mistral, Aubanel, Félix Gras, Anselme Mathieu. C’est lui qui a, dès
-1854, bien avant l’apparition de _Mireille_, appelé l’attention sur ce
-réveil de la littérature provençale, qui contraste si singulièrement
-avec les tendances générales d’une société dont le génie centralisateur
-est encore secondé par la rapidité des communications, le mouvement
-des idées et l’inévitable abandon des mœurs, des traditions, des
-physionomies locales. C’est l’auteur des _Causeries littéraires_ qui
-nous a fait connaître et aimer cet admirable Roumanille, dont les
-œuvres en prose et en vers ont fait autour de lui tant de bien, ce
-vaillant et ce modeste qui, par ses efforts, sa persévérance, ses
-poésies charmantes, a créé le groupe dont, jusqu’à sa mort, il est
-resté le centre et d’où Mistral a pu sortir, son poème de _Miréio_ à la
-main, sûr d’avoir un public et un auditoire.
-
-Si la philosophie l’attire peu, et s’il s’obstine à trouver, ainsi
-qu’il le faisait au collège, qu’il y a là _beaucoup de tintamarre et
-de brouillamini_, il aborde volontiers, quand l’occasion lui en est
-offerte, les questions morales et religieuses. Ses articles sur les
-livres de Renan, et en particulier sur son volume des _Apôtres_[495],
-sont d’excellents chapitres d’apologétique chrétienne.
-
-Romancier et poète, il a du goût pour l’histoire,—je veux dire celle
-de son temps et de son siècle; car, de l’histoire ancienne, il n’avait
-guère souci. En politique, comme en littérature, il a des principes, il
-a un criterium, qui lui permet de bien juger. Jeune, il avait été un
-_carliste_ intransigeant, et il fût allé aisément aux extrêmes; mais
-les années, la leçon des événements, la connaissance des hommes, lui
-ont appris l’indulgence et lui ont rendu facile l’impartialité. Nul
-peut-être n’a mieux parlé de la monarchie de Juillet que ce légitimiste
-impénitent. Ses huit articles sur les _Mémoires_ de M. Guizot[496] sont
-vraiment dignes de l’illustre homme d’État. S’il est parfois obligé de
-le combattre, il n’engage avec lui qu’un duel à armes courtoises, et il
-met un crêpe à la poignée de son épée.
-
-Pontmartin excelle encore dans ces études d’ensemble, dans ces
-_portraits après décès_, qu’il consacre à ceux de ses contemporains
-qui ont brillé dans la politique ou dans les lettres et dont la tombe
-vient de s’ouvrir. Il aurait suffi de les réunir en un ou deux volumes,
-pour avoir comme une annexe de l’Exposition des _Portraits du siècle_:
-Lamartine, Berryer, Thiers, Guizot, de Barante, Alfred de Vigny,
-Charles Baudelaire, Edmond About, Louis de Carné, Brizeux, Reboul,
-Charles de Bernard, Jules Sandeau, M^{gr} Dupanloup, le Père d’Alzon,
-François Buloz, Victor Cousin, Joseph Autran, Sainte-Beuve, Théophile
-Gautier, Jules Janin, Salvandy, Vitet, Saint-Marc Girardin, le baron de
-Larcy, Gustave Flaubert, Victor de Laprade, Alfred de Falloux, Paul de
-Saint-Victor, Charles de Rémusat, Villemain, Silvestre de Sacy, etc.,
-etc.
-
-Mais où il excelle surtout et se montre vraiment original, c’est dans
-ce genre qui lui est propre, qui donne un charme si particulier à ses
-_Souvenirs d’un vieux critique_, et qu’il a défini lui-même—on se
-le rappelle peut-être,—un genre mixte entre la critique, l’histoire
-intime, l’impression personnelle et le roman[497].
-
-Rien n’égale donc la variété de ces quarante-deux volumes, de ces
-causeries ailées, fines, légères comme des abeilles, qui butinaient sur
-tous les livres, qui faisaient leur miel du suc de toutes les fleurs.
-Pontmartin aurait pu leur donner pour épigraphe ces vers de son poète
-préféré:
-
- _Illæ continuô saltus silvasque peragrant,
- Purpureosque metunt flores, et flumina libant
- Summa leves. Hinc nescio qua dulcedine lætæ
- Progeniem nidosque fovent; hinc arte recentes
- Excudunt ceras, et mella tenacia fingunt[498]._
-
-En même temps qu’une extrême variété dans les sujets et dans les
-cadres, les _Causeries littéraires_ offrent un autre caractère
-plus rare encore et plus essentiel, l’unité. Un même souffle de
-spiritualisme chrétien anime ces chapitres sans nombre, où l’auteur,
-toujours fidèle à lui-même, n’a cessé, pendant un demi-siècle, de
-défendre le beau, le vrai, la vertu et le goût, la religion et la
-patrie. En publiant son dernier volume, au bas de la dernière page, il
-aurait eu le droit d’écrire: _Qualis ab incepto_.
-
-Est-ce à dire que rien ne soit à critiquer dans ces Causeries?
-Assurément non. Soit dans le blâme, soit dans l’éloge, Pontmartin
-dépasse quelquefois la juste mesure. Il a ses _bêtes noires_: tel,
-par exemple, Barbey d’Aurevilly, pour lequel il se montre sans pitié.
-Barbey d’Aurevilly sans doute eut l’impardonnable tort de vouloir
-fréquenter à la fois chez Joseph de Maistre et chez le marquis de
-Sade, de prendre l’attitude d’un ultra-catholique à l’heure même où
-il écrivait des contes qui relevaient de la police correctionnelle,
-_les Diaboliques_[499] et _Une Histoire sans nom_. Ces inconséquences,
-certes, il les fallait signaler; il fallait déplorer ces aberrations.
-Mais pourquoi ne pas reconnaître en même temps que les vingt volumes
-des _Œuvres et des Hommes au XIX^e siècle_ sont une œuvre maîtresse,
-et que notre littérature compte peu de romans aussi remarquables que
-_l’Ensorcelée_, _le Chevalier Des Touches_ et _le Prêtre marié_[500]?
-
-Trop sévère, injuste même à l’endroit de certains écrivains,
-Pontmartin est ailleurs d’une indulgence parfois excessive. Avec ses
-amis (et, pour ma part, j’en sais quelque chose), il est volontiers
-prodigue de louanges. Les épithètes les plus flatteuses jaillissent
-alors de sa plume. Exquis! délicieux! charmant! balsamique! magnifique!
-adorable! admirable!—«Mais enfin, lui disais-je un jour, si vous
-donnez ainsi de l’_admirable_ à _X._ et à _Y._ que vous restera-t-il
-pour caractériser les œuvres de Bossuet ou celles de Joseph de
-Maistre?» Pontmartin souriait: «Bah! me répondit-il, vous seriez bien
-attrapés, vous et quelques autres, si je n’avais toujours dans ma
-maison une ou deux chambres à offrir à mes amis.»
-
-On n’écrit pas impunément quatre grands articles par mois, et souvent
-bien davantage. Quoiqu’il en ait laissé un grand nombre en dehors de
-ses volumes, il en a pourtant conservé quelques-uns où la lassitude
-se fait sentir. Il lui arrive, en quelques rencontres, de sacrifier
-à l’éclat du mot la précision de la pensée, de préférer au feu qui
-couve et qui dure l’étincelle qui jaillit et brille un instant pour
-s’éteindre bientôt. Il lui arrive aussi de multiplier les épithètes, de
-redoubler les synonymes, de s’abandonner aux excès de sa verve et de
-donner à sa phrase, toujours cependant harmonieuse et pure, une ampleur
-démesurée.
-
-Mais ces défauts—pouvait-il donc ne pas y en avoir dans une œuvre
-d’une si extraordinaire étendue?—ne sont-ils pas rachetés, et bien
-au delà, par tant de brillantes et durables qualités? Pontmartin
-a été l’un des meilleurs écrivains du XIX^e siècle, l’un des plus
-éloquents et, en même temps, l’un des plus naturels. Le naturel, ce
-signe distinctif, cette grâce suprême des bonnes littératures et des
-œuvres dignes de vivre. Pontmartin l’avait au plus haut degré. Lui
-qui si facilement atteignait à l’éclat, il prisait par-dessus tout
-la simplicité. «Tâchez, disait-il souvent, tâchez d’être simples,
-sans être vulgaires.» Un bon juge, J.-J. Weiss, disait un jour:
-«Pontmartin est du petit nombre de ceux de notre temps qui écrivent
-naturellement en français.» Écrire naturellement en français, c’est
-peu de chose, semble-t-il, et pourtant rien n’est plus rare. Un autre
-bon juge, Cuvillier-Fleury, voyait également juste, quand il écrivait
-à Pontmartin: «Ah! combien j’en ai vu mourir de jeunes et de vieilles
-réputations! La vôtre _qui a le style_ vivra ce que le style vit,
-toujours, plus ou moins célèbre, mais toujours!
-
- _Vivunt commissi calores
- Æoliæ fidibus puellæ[501]!_»
-
-
-VII
-
-Les Causeries littéraires de Pontmartin ne doivent pas nous faire
-oublier ses romans. Dans le _Correspondant_ du 25 octobre 1865, Victor
-Fournel[502] publia sur l’auteur des _Samedis_ un article où il donnait
-le pas au critique sur le conteur. Pontmartin m’écrivit aussitôt:
-
- Je veux maintenant, puisque votre amitié me tend ce piège, vous dire
- un mot de l’article de Victor Fournel. Assurément il y a, dans cet
- article, de quoi contenter dix vanités plus exigeantes que la mienne.
- Et cependant!... cependant de mon cœur de romancier l’orgueilleuse
- faiblesse eût mieux aimé peut-être voir sacrifier le critique,
- pourvu qu’une part un peu plus large fût faite au conteur. M. Victor
- Fournel, que je ne connais pas, qui ne peut pas savoir mes secrètes
- préférences, a suivi tout simplement l’opinion généralement adoptée
- par tous ceux qui veulent bien songer à moi: sous les formes les
- plus bienveillantes et avec de fort belles compensations, il a fait
- clairement entendre que, dans mon bagage, la critique représente les
- malles, et le roman tout au plus le sac de nuit. Il ne s’est pas
- aperçu que, dans son système, le roman d’analyse, qui n’est souvent
- que de la critique animée, ne serait plus que le très humble serviteur
- du roman d’aventure, contre lequel nous n’avons, au contraire, cessé
- de protester et de réagir depuis trente ans; Eugène Sue, Alexandre
- Dumas, Frédéric Soulié, redeviendraient alors les souverains maîtres
- de ce romanesque empire d’où nous aurions à expulser les délicats, les
- analyseurs, tels qu’Octave Feuillet, etc., etc. Mais en voilà bien
- assez sur ce sujet où je devrais me récuser[503]...
-
-Avait-il, comme il le croyait, une véritable vocation de romancier?
-Peut-être. _Les Brûleurs de Temples_, _la Fin du Procès_, _les
-Jeudis de madame Charbonneau_, _Entre chien et loup_, _le Filleul
-de Beaumarchais_ ont de rares et précieuses qualités. Mais ce sont
-des livres mi-partie critique et mi-partie roman. La vigueur de la
-conception, la puissance et la fertilité de l’invention n’égalaient
-pas, chez Pontmartin, la finesse de l’observateur et la délicatesse de
-l’analyste. Il n’avait pas assez de _poigne_ pour étreindre de fortes
-situations, pour soulever de lourds fardeaux. Le cadre de la nouvelle
-lui était plus favorable; nos meilleurs auteurs en ce genre, Nodier,
-Mérimée, Charles de Bernard, Jules Sandeau, ont dans leurs écrins peu
-de perles d’une plus belle eau que _la Marquise d’Aurebonne_, _Aurélie_
-et _Marguerite Vidal_.
-
- * * * * *
-
-Je ne finirai pas ce chapitre sans dire un mot de la _Correspondance_
-de Pontmartin.
-
-Il écrivait ses lettres de prime-saut et avec une rapidité matérielle
-inouïe. Il ne soupçonnait pas d’ailleurs qu’aucun fragment pût en être
-jamais publié, et il n’y attachait pas plus d’importance qu’à des
-paroles qui volent et dont rien ne reste. Elles resteront pourtant,
-parce qu’elles sont les plus simples, les plus naturelles—et les plus
-spirituelles du monde.
-
-Ses principaux correspondants furent Léopold de Gaillard, Joseph
-Autran, Cuvillier-Fleury, Victor de Laprade, Jules Claretie, la
-marquise de Blocqueville et la duchesse de la Roche-Guyon. Dans les
-dernières années de Pontmartin, la duchesse et lui s’écrivaient tous
-les trois jours en prose et en vers.
-
-Les lettres à Autran, que la famille du poète a bien voulu me confier,
-vont de 1845 à 1875. Le châtelain de Pradine écrivait à son ami des
-Angles, le 23 octobre 1873:
-
- Votre lettre, mon cher ami, est tout à la fois désolante et charmante.
-
- Désolante, elle me donne de fâcheuses nouvelles de votre santé, et
- m’annonce des résolutions qui, je l’espère, ne sont pas irrévocables.
-
- Charmante, elle est écrite dans ce style dont vous possédez seul le
- secret, et qui fait de vos lettres autant de perles fines. Laissez-moi
- vous dire quelque chose à ce propos, c’est que j’ai dernièrement
- recherché et retrouvé toutes celles que j’ai reçues de vous depuis
- l’origine de notre amitié. Je les ai réunies dans une vaste cassette,
- qui restera pour moi plus précieuse que la fameuse cassette
- d’Alexandre. Autrefois, je relisais de temps en temps les épîtres de
- Cicéron à Atticus. Je relirai maintenant celles d’Armand à Joseph, et
- l’amitié ne sera pour rien dans la préférence très réelle que je leur
- donnerai.
-
-La correspondance avec Cuvillier-Fleury s’étend de 1854 à 1886.
-«Savez-vous bien, mandait un jour à l’auteur des _Samedis_ l’auteur des
-_Portraits révolutionnaires_, savez-vous qu’on ferait deux ou trois
-beaux volumes après notre mort—_Dî talem avertite casum!_—avec les
-lettres que nous échangeons depuis dix ans, vous fournissant l’esprit,
-moi le _reportage_ parisien, vous la mélancolie de l’exilé, moi la
-fausse gaieté du citadin, celle qui court les rues, bien que je ne
-sorte guère de la maison; mais la rue nous arrive par tous les canaux
-de la publicité, par tous les bruits du boulevard qui semblent retentir
-dans nos solitudes suburbaines[504]...»
-
-Un des rédacteurs du _Journal des Débats_, M. Ernest Bertin, a
-eu la bonne fortune de pouvoir lire les lettres de Pontmartin à
-Cuvillier-Fleury, et il ne cache pas qu’il en a été émerveillé.
-Il résume ainsi les impressions que lui a laissées cette lecture:
-«Près des lettres de Guizot j’en aperçois d’autres, rassemblées sous
-un cordon rose, et signées: Armand de Pontmartin! Quelle liasse
-volumineuse! Quelle écriture fine et serrée! Mais quelle facile et
-agréable lecture! C’est une heureuse fluidité de langage, qui touche
-à tout, en se jouant, à la politique, aux lettres, au monde, monde
-de Paris, monde de la province; c’est aussi une ironie brillante et
-souple, qui tantôt s’échappe et se disperse en mille flèches légères,
-et pique à fleur de peau, tantôt se concentre, s’aiguise et s’enfonce
-en belle chair vive, avec une sorte d’allégresse cruelle; mais toujours
-et bientôt le sourire reparaît, la belle humeur, la gaieté, la joie
-du Midi surnagent. Il pense, il sent tout haut, librement, hardiment;
-mais il se fait pardonner ce qu’il ose, même les calembours les moins
-académiques, tant il y met d’abandon, de bonne grâce, d’imprévu.
-«Peu s’en est _fallou_, écrit-il à M. Cuvillier-Fleury, que je ne
-_Montalember_... cadère de la rue Saint-Lazare pour aller vous
-surprendre dans votre riante oasis», et son indulgent confrère reçoit
-cela en pleine poitrine sans crier, étant déjà aguerri par l’habitude.
-
-«Il se moque de tout le monde et de lui-même, de lui-même un peu
-plus que de tout le monde, sur un ton, il est vrai, un peu différent.
-Il raille fort agréablement les Angles, près Avignon, où il a sa
-gentilhommière,—les Angles obtus, comme il date l’une de ses
-lettres,—les airs de grande ville affectés par ce maigre village, et
-lui, tout le premier, le dilettante de lettres, le critique attitré de
-la _Gazette de France_, mordu, sur le tard, de la passion des grandeurs
-municipales, et s’en offrant jusqu’à saturation les ineffables
-jouissances, organisant des courses locales, faisant épierrer et
-arroser la piste, signant des autorisations de buvettes, débattant le
-prix de location des écuries ou allant faire l’aimable chez les belles
-dames patronnesses _d’une Société hippique fondée dans un pays qui ne
-produit que des ânes_!... C’est l’histoire du maire de Gigondas, dans
-les _Jeudis de madame Charbonneau_, moins les enjolivements et les
-hyperboles de la fiction. Et, tandis qu’il vaque à ces soins variés, il
-sent ou croit sentir son esprit se rouiller, s’empâter, s’amortir, et
-il demande grâce aux Athéniens de Paris pour la pesante rusticité de
-ses lettres béotiennes. Voulez-vous un exemple de sa rouille, de son
-empâtement épistolaires? Écoutez la façon dont il excuse sa lenteur à
-partir pour Paris, où il est impatiemment attendu:
-
- Vous savez la vieille histoire de ces aimables affamés qui, dans une
- partie de campagne, au moment de se mettre à table, s’aperçoivent
- qu’ils ont oublié le pain. On envoie un domestique à franc étrier,
- à la ville voisine; on lui commande d’aller ventre à terre et l’on
- calcule le temps, la distance: il est ici, il est là; il achète le
- pain, il remonte à cheval, il est à tel endroit, il approche, il
- arrive, le voici!... En effet, le domestique, à ce moment, ouvre la
- porte et dit, d’un air bête: «Je ne puis pas trouver la bride!» La
- bride que je n’ai pas trouvée, ou plutôt celle qui me retient, c’est
- d’abord un rhume de ma femme au moment où nos malles étaient faites;
- puis la crise agricole qui nous ruine et m’a mis dans l’alternative
- ou de partir sans argent ou d’attendre indéfiniment celui de mes
- fermiers, encore plus pauvres que moi, etc.[505].
-
-Les lettres à Jules Claretie, qui vont de 1862 à 1890 et que j’ai
-en ce moment sous les yeux, ne sont ni moins intéressantes ni moins
-spirituelles que celles à Cuvillier-Fleury.
-
-Avec ces lettres de Pontmartin à ses amis, en ne prenant même que
-le dessus du panier, on fera aisément un ou deux volumes exquis, qui
-seront un vrai régal pour les délicats,—s’il en existe encore quand
-ces volumes paraîtront.
-
-Toutes les lettres qu’il recevait de ses amis, Pontmartin les
-conservait précieusement; c’était un trésor dont il ne voulait rien
-distraire. Il n’en allait pas de même de celles que, pendant près
-d’un demi-siècle de critique, il avait reçues de ses justiciables.
-Ces autographes, signés de noms illustres ou tout au moins célèbres:
-Guizot, Villemain, Montalembert, Mignet, Victor Cousin, Albert de
-Broglie et son beau-frère M. d’Haussonville, Vitet, Saint-Marc
-Girardin, Gaston Boissier[506], Octave Feuillet, Désiré Nisard,
-Caro, J.-J. Weiss, Ludovic Halévy, Paul de Saint-Victor, Paul Féval,
-etc., étaient faits pour flatter sa vanité, et d’autres les auraient
-collectionnés avec soin: il n’en gardait jamais un seul. Plusieurs fois
-il m’arriva de lui en demander. Il me répondait invariablement: «Hélas!
-mon cher ami, il ne m’en reste pas une bribe. Toutes les fois qu’il y
-a _en Avignon_ une tombola, un bazar de charité, je me fais un devoir
-et un plaisir d’y envoyer quelques-uns de ces autographes: lorsqu’ils
-atteignent un haut prix, j’en suis fier pour _mes_ auteurs; j’en suis
-surtout heureux pour nos pauvres.»
-
-
-
-
-CHAPITRE XVII
-
-LES DERNIÈRES ANNÉES—ÉPISODES LITTÉRAIRES
-
-LA MORT D’ARMAND DE PONTMARTIN
-
-(1888-1890)
-
- La dixième série des _Souvenirs d’un vieux critique_ et les _Péchés
- de vieillesse_. Une Revue qui paie royalement. M. Frédéric Masson et
- _les Lettres et les Arts_.—Vingt-quatre articles d’avance, _Episodes
- littéraires_.—Le dernier article, M. Emile Zola et _la Bête humaine_.
- Un souvenir de Virgile.—La dernière maladie. Visite de Léopold de
- Gaillard. Une mort chrétienne. Les obsèques d’Armand de Pontmartin.
-
-
-I
-
-Puisqu’il a maintenant un si bel encrier, il faut bien que Pontmartin
-écrive encore. En 1888, il publie la neuvième série des _Souvenirs d’un
-vieux critique_. La dixième paraît en 1889, suivie, la même année,
-d’un volume de Nouvelles, _Péchés de vieillesse_[507]. Jeune, il avait
-aimé ce genre si français; il y revenait encore une fois, souriant à
-son dernier rêve, suivant d’un mélancolique regard l’étoile qui va
-s’éteindre, la dernière, dans le ciel assombri.
-
-Deux de ces nouvelles avaient d’abord paru dans _les Lettres et
-les Arts_, que dirigeait M. Frédéric Masson, «une étrange Revue qui
-coûte 300 fr. par an, qui a beaucoup d’argent, qui paie royalement
-et qui n’a pas d’abonnés.[508]» La collaboration de Pontmartin à la
-Revue de M. Frédéric Masson ne fut du reste qu’une collaboration de
-pure fantaisie. Bien que le _Correspondant_ et la _Gazette de France_
-payassent moins royalement, il leur resta fidèle. Sa collaboration au
-_Correspondant_ ne fut même jamais plus active qu’en ces dernières
-années. De 1887 à 1889, outre sa nouvelle _les Feux de paille_, il y
-publia de nombreux articles de critique et d’histoire: _Le cardinal
-de Bonnechose_;—_Honnêtes gens et livres déshonnêtes_;—_les
-Commencements d’une conquête_: l’Algérie de 1830 à 1840;—_Napoléon et
-ses détracteurs_, d’après le livre du prince Napoléon;—les _Causeries
-littéraires_ d’Edmond Biré;—_une Légende mystique au dix-septième
-siècle_ (le duc et la duchesse de Ventadour);—_Deux livres jumeaux_
-(_Remarques sur l’Exposition du Centenaire_, par le vicomte Melchior
-de Vogüé; _1789 et 1889_, par Émile Ollivier). Bientôt, ce ne sont
-plus seulement des articles, c’est tout un volume qu’il écrit pour la
-Revue de la rue de Tournon. Sous le titre d’_Épisodes littéraires_, il
-y donne la suite de ses _Mémoires_ et les conduit cette fois jusqu’au
-mois de janvier 1858[509]. Comment il fut amené à entreprendre cette
-nouvelle série, il me l’apprenait dans une de ses lettres:
-
- ...Puisque vous aimez les détails, je dois vous renseigner sur
- l’origine de mes _Épisodes littéraires_. J’en étais arrivé à avoir
- _vingt-quatre articles d’avance_ dans les bureaux de la _Gazette_.
- J’ai compris tout ce qu’il y avait de déraisonnable à rendre compte
- par exemple d’un roman de M. Ferdinand Fabre ou de M. Georges Ohnet
- dans un article qui ne paraîtra que six mois après le livre. Je me
- suis souvenu de ce que vous m’aviez écrit au sujet de la première
- forme que j’avais donnée à mes Mémoires. Léopold de Gaillard m’avait
- exprimé la même opinion. J’avais trop versé dans la fantaisie et le
- roman. Cette fois, sauf quelques nuances très légères, je puis assurer
- que la plupart de ces pages sont d’une exactitude photographique et
- qu’elles serrent de beaucoup plus près les divers épisodes de ma vie
- littéraire...
-
-_Souvenirs de 1848. LE PUFF d’Eugène Scribe._—_Le lendemain du
-coup d’État dans un salon littéraire. Émile Augier._—_La Mort d’un
-journal. La Naissance d’une Revue. L’OPINION PUBLIQUE et la REVUE
-CONTEMPORAINE._—_Le Suicide d’un Journal, l’ASSEMBLÉE NATIONALE_:
-tels sont les titres des quatre chapitres qui forment le volume de
-Pontmartin. Ainsi qu’il me l’avait écrit, les _Épisodes littéraires_,
-sauf sur deux ou trois points, sont très exacts et cette exactitude
-ajoute singulièrement au piquant du récit. Les portraits, très
-nombreux, sont très vivants. L’esprit et le style sont toujours jeunes.
-Je ferai cependant un reproche à l’auteur. Il fait vraiment trop bon
-marché de sa belle campagne à l’_Opinion publique_. Il parle d’Alfred
-Nettement et de lui-même, j’en ai déjà fait la remarque[510], de façon
-à laisser croire que ce journal n’a été qu’un journal pour rire, alors
-qu’en réalité l’_Opinion publique_ a été l’un des journaux qui, de 1848
-à 1852, ont le plus honoré la presse française.
-
-Les _Épisodes littéraires_ devaient être le dernier volume de
-Pontmartin. En voici les dernières lignes; elles sont du 10 janvier
-1890: «Je dois désormais laisser reposer ma vieille plume qui n’a que
-trop couru et trop écrit. On a dit souvent que les vieillards doivent
-vivre dans le passé; oui, mais ils doivent aussi vivre dans l’avenir,
-et cet avenir-là n’a rien de commun avec les écritures et les vanités
-humaines.»
-
-
-II
-
-Jusqu’à la fin cependant il continuera d’écrire. Le 14 mars, il
-acheva un article sur M. Zola et son roman _la Bête humaine_, qui
-venait de paraître. C’était son dernier _Samedi_[511]. L’effort, un
-peu de fatigue s’y font sentir. Ce n’est plus la verve étincelante, la
-merveilleuse facilité des beaux jours. Cette plume, qui allait hier
-encore _la bride sur le cou_, qui dévorait la route, qui brûlait le
-papier, va plus lentement, la main est moins légère; déjà la maladie
-pèse sur elle; mais la pensée n’a rien perdu de sa vigueur, l’âme
-a conservé toute sa noblesse, le cœur ressent toujours les belles
-indignations d’autrefois. Armand de Pontmartin a eu cette heureuse
-fortune, le jour où la plume allait tomber de ses mains vaillantes,
-de pouvoir la mettre une dernière fois au service de ses convictions,
-au service de la vérité, de la morale et du goût. Il s’est élevé une
-dernière fois contre le matérialiste en littérature et en politique,
-contre les naturalismes et les jacobins. Son article se terminait par
-ces lignes:
-
- Voilà, en dehors de toute querelle d’école, le vice radical des
- romans de M. Zola. Il supprime le libre arbitre, la responsabilité
- humaine. Pour que son système fonctionne plus à l’aise, il l’a
- abrité sous l’arbre généalogique des Rougon-Macquart, qui l’aurait
- couvert de ridicule, si le ridicule pouvait atteindre le maître des
- maîtres. Par là, il détruit tout l’intérêt que pourraient inspirer ses
- personnages et toutes les leçons que renfermeraient leurs actes. Dans
- ces conditions d’anarchie ou de servitude morale (synonymes ici comme
- toujours), la vogue de ces romans devait s’accorder admirablement avec
- le règne de le république jacobine. Sans doute, MM. Tirard, Constans,
- Thévenet, Spuller, Fallières, ne seraient pas fâchés d’apprendre que,
- s’ils font mieux leurs affaires que celles de la France, ce n’est pas
- leur faute, et que, en accaparant les ministères, en décrochant les
- portefeuilles, en absorbant les traitements, en trichant les budgets,
- en persécutant nos prêtres, ils obéissent, non pas à de mauvais
- penchants, mais à une loi d’hérédité transmise par l’âge de pierre où
- leurs ancêtres et leurs précurseurs vivaient dans les cavernes[512].
-
-Un détail, purement littéraire, celui-là, me frappe dans cet article.
-Pontmartin était un _amoureux_ de Virgile. Écoutez comme il en parle
-dans une de ses premières Causeries de la _Gazette_, à propos de
-Barthélemy et de sa traduction de l’_Enéide_. «Pour moi, disait-il,
-cet auteur préféré, ce poète par excellence, c’est Virgile, Horace est
-aussi exquis, aussi élégant, et, à coup sûr, plus original. Mais il y
-a, chez Virgile, un fond de mélancolie et de tendresse, une douceur
-pénétrante qui va à l’âme, et qui, sans compter certaines vibrations
-quasi prophétiques, signalées dans le _Pollion_, en fait le plus
-chrétien de tous les poètes du paganisme. Cette sorte de sécheresse
-didactique qui nous gâte souvent nos admirations d’_humanistes_,
-n’existe pas avec lui: il a été, dès le premier jour, l’ami, le
-consolateur, le confident, l’interprète délicieux des premières
-rêveries, des premières visions de l’adolescence. Pour ceux d’entre
-nous qui ont été d’abord élevés à la campagne, le charme est plus
-puissant. Telle image du poète, tel passage des _Géorgiques_, tel
-vers se détachant sur l’ensemble comme un point lumineux sur la brume
-lointaine, s’unissent étroitement dans notre imagination ou dans
-notre mémoire aux vagues frissons, aux mystérieux tressaillements
-qu’éveillèrent en nos jeunes âmes les spectacles de la nature ou les
-scènes de la vie champêtre. Plus tard, lorsque arrivent les années de
-déclin et d’adieu, nous ne savons plus si c’est le poète qui nous a
-rendus sensibles aux douces harmonies de la campagne, ou si ce sont ces
-harmonies qui nous ont initiés aux ineffables beautés du poète. Pour
-tout dire, Virgile, c’est Racine et Lamartine en un seul génie avec un
-degré de perfection plus exquise[513].»
-
-Ces impressions remontaient, pour Pontmartin, non seulement à sa
-jeunesse, mais à son enfance même. Dès l’âge de huit ans, avant le
-collège, il courait les champs, son _Virgile_ à la main, le lisant
-déjà à livre ouvert. Il ne s’endormait pas le soir sans le mettre sous
-son chevet pour le retrouver au réveil. C’est pourquoi sans doute il
-n’a pas voulu écrire son dernier article sans y mettre le nom du poète
-qu’il avait le plus aimé, sans répéter une dernière fois quelques-uns
-de ces vers dont l’harmonieuse douceur avait été l’un des enchantements
-de ses jeunes années. Son article, je l’ai dit, est consacré à M.
-Zola et à la _Bête humaine_. N’importe! il y parlera de Virgile et de
-l’_Énéide_, il citera ces vers délicieux:
-
- _Purpureus veluti cum flos, succisus aratro,
- Languescit moriens; lassove papavera collo
- Demisere caput, pluviâ cum forte gravantur!_
-
-
-III
-
-Le 23 mars, je recevais de son fils la lettre suivante:
-
- Votre amitié m’en voudrait si je ne vous associais pas aux inquiétudes
- que nous donne depuis dix jours la santé de mon père. Il s’était à peu
- près relevé de sa pénible crise du mois de décembre, et en janvier
- et février il allait relativement bien, mais il s’alimentait peu et
- il ne reprenait pas de forces. Il y a aujourd’hui quinze jours, il
- s’enrhuma, et ce rhume qui, en lui-même, n’a pas été bien grave, a
- amené pour lui un effondrement de ses dernières forces. Depuis le
- vendredi 14 (jour où il a terminé son dernier article), il est dans
- son fauteuil, en proie à une grande faiblesse et à un assoupissement
- constant. Le pire, c’est qu’il est impossible de combattre cette
- faiblesse; car son dégoût pour toute nourriture est absolu, et à
- grand’peine on parvient à lui faire prendre un peu de bouillon. Il a
- du reste conservé toute sa lucidité, et hier il s’est un peu ranimé
- pour recevoir la visite de M. de Gaillard, qui est lui-même à peu près
- infirme et qui a fait le grand effort de venir jusqu’ici. Mon père
- est _résigné_ et _préparé_ à tout: ce sont les deux expressions qu’il
- emploie sans cesse. Il a reçu les sacrements, sauf l’extrême-onction.
- Je ne veux pourtant pas vous présenter son état comme désespéré; on
- a vu des vieillards subir de pareilles crises et se relever ensuite.
- Mais enfin la situation est grave, et je ne pouvais vous la laisser
- ignorer. Une lettre de vous serait une grande joie pour mon père; et
- je suis sûr qu’il sortirait un moment de sa torpeur pour y répondre.
- Bien entendu, vous ne lui parleriez pas de sa santé; mais vous lui
- écririez comme vous le faites d’habitude et, je suppose, comme pour
- répondre à sa dernière lettre. Votre amitié saura bien ce qu’il faut
- lui dire. Je vous sais si bien de cœur avec nous que j’ai à peine
- besoin de vous dire combien je vous suis affectionné et dévoué.
-
-Plus heureux que moi, Léopold de Gaillard avait pu aller aux Angles.
-C’était le 22 mars:
-
- La dernière fois que j’ai vu mon vieil ami, écrit-il[514], il n’avait
- plus que sept jours à vivre. Sans maladie bien caractérisée, mais
- d’une faiblesse extrême et ne prenant aucun aliment solide, il
- n’était pas alité et se tenait dans le grand salon où sa vie s’est
- écoulée, en face de trois fenêtres qui donnent sur la riche vallée
- du Rhône. Son seul exercice se bornait depuis quelques jours à se
- traîner d’un fauteuil à l’autre. Quand il me vit, il vint le plus
- vite qu’il put s’asseoir à mes côtés. Il m’annonça avec une parfaite
- sérénité sa mort pour un des jours de la semaine qui allait s’ouvrir.
- «Je n’ai pas attendu, ajouta-t-il, le dernier moment pour me mettre
- en règle avec le bon Dieu. Le P. B.[515] vient me voir souvent et
- je me confie à lui avec délices. Ah! mon ami! quels hommes vraiment
- de Dieu! Quels consolateurs!...» Je le louai avec toute l’effusion
- d’une amitié chrétienne, puis j’essayai de lui parler de ses travaux,
- des livres nouveaux et du buste donné par souscription que je voyais
- en face de moi. Pontmartin redevint aussitôt le charmant causeur
- qu’il a toujours été. Je me souviens que m’étant plaint à lui d’une
- photographie aux traits durcis et de couleur très sombre qu’on
- envoyait à ses souscripteurs, il me répondit en souriant. Peu de temps
- après son éclatante disgrâce, on osa exposer au Salon un portrait
- de Chateaubriand signé par Girodet. Chacun craignait la colère du
- maître. Mais, cette fois, il sut se contenir et s’en tirer par un bon
- mot. Comme le tableau était très poussé au noir: «Il ressemble à un
- conspirateur, dit un courtisan.—Oui, ajouta l’empereur, mais à un
- conspirateur qui serait descendu par la cheminée!»
-
- Cette saillie et plusieurs autres me donnèrent l’espoir que le
- désastre de sa santé était encore réparable, et que cet entrain de
- conversation n’allait pas avec un épuisement complet. Illusion, hélas!
- Chez notre ami comme chez tous ceux qui ont surtout vécu par l’esprit,
- c’est l’esprit qui meurt le dernier. C’est sa flamme qui brille encore
- quand toutes les autres sont éteintes. Juste récompense d’une vie
- toute d’intelligence et vouée tout entière aux plus nobles occupations!
-
-Le 28 mars, Henri de Pontmartin m’adressait ces lignes:
-
- Merci de votre lettre, qui a touché mon père jusqu’aux larmes; il
- veut que je vous le dise. Depuis hier, il garde le lit, et en un sens
- cela vaut mieux pour lui donner des soins et l’empêcher d’user ses
- dernières forces dans l’effort inouï qu’il lui fallait faire pour
- se lever, descendre et monter l’escalier. Sa faiblesse est toujours
- extrême, et les moyens de la combattre toujours à peu près nuls.
- Pourtant, aucun organe n’est atteint, et sa lucidité est intacte. Plus
- que jamais il est _préparé_, et il se remet entre les mains de Dieu.
-
-Le samedi 29 mars, à onze heures et demie du matin, Armand de
-Pontmartin s’endormit dans la paix du Seigneur. Puisque je n’ai pas eu
-la consolation d’assister à ses derniers moments, je tiens à laisser
-la parole à ceux qui en furent les témoins. Le docteur Cade, qui lui
-donnait ses soins, raconte en ces termes cette mort si doucement
-chrétienne:
-
- A ceux qui l’entouraient, il parlait de sa mort prochaine comme de
- l’événement le plus ordinaire, réglant lui-même le détail de ses
- obsèques. A plusieurs reprises, pendant le cours de sa dernière
- maladie, il avait tenu à recevoir la visite de son Dieu. Il voulut
- recevoir la communion le jour de la Saint-Joseph[516] et le jour même
- de sa mort. Et alors que sa famille était dans les pleurs, prévoyant
- sa fin prochaine, lui était dans une admirable tranquillité, goûtant
- déjà la joie des élus. Ma profession m’a condamné à voir souvent
- mourir, mais je n’oublierai jamais les derniers moments d’Armand de
- Pontmartin. Il avait reçu la communion dans les plus vifs sentiments
- de piété, et, peu de temps après, avait dit à M. le curé des Angles
- qui l’assistait: «Oh! comme je suis bien!» Puis il s’était endormi
- doucement pendant qu’on lui donnait l’extrême-onction. Par les
- fenêtres entr’ouvertes, le soleil du printemps inondait la chambre de
- lumière. Au pied du lit, un fils, une belle-fille en pleurs, torturés
- par une émotion poignante, quelques serviteurs fidèles répondant,
- malgré leurs larmes, aux prières de l’Église, et sur son lit d’agonie
- Armand de Pontmartin exhalait son dernier soupir[517].
-
-Un autre témoin adressait d’Avignon, le 31 mars, au rédacteur en chef
-de l’_Univers_, une lettre d’où j’extrais ces détails:
-
- J’ai revu M. de Pontmartin le 12 mars: il avait sur sa table la _Bête
- humaine_, de Zola. Quoique souffrant déjà, il préparait l’article
- qui a paru dans la _Gazette de France_, et, malgré la faiblesse
- qui commençait à le gagner, il s’exprimait avec une véhémence peu
- ordinaire sur l’œuvre mauvaise du romancier.
-
- Depuis cette époque, le mal a fait de rapides progrès, et le grand
- écrivain, avec ce secret pressentiment de sa mort prochaine qui
- se faisait jour depuis quelques mois à travers ses écrits, s’est
- résolument et avec une piété touchante tourné vers le bon Dieu. Il a
- reçu trois fois la sainte communion.
-
- Le matin même de sa mort, il avait reçu la suprême visite du divin
- Maître, et lui-même avait demandé le saint viatique; mais dans la
- délicatesse de sa conscience, il n’a voulu prendre ni potion ni
- aliment. Il avait toute sa connaissance, et à un de ses fidèles
- serviteurs qui l’aimaient comme un père, il disait après cette
- dernière communion: «Oh! mon ami, je suis si bien! Laisse-moi
- maintenant avec le bon Dieu!» La veille, il avait dit à sa
- belle-fille: «Sais-tu par cœur le _Salve Regina_? Récite-le avec moi.»
-
- La visite du prêtre le comblait de joie; c’est avec effusion qu’il
- remerciait le modeste curé des Angles de ses encouragements et de ses
- prières. Depuis quelques jours, il avait coutume de dire: «Oh! les
- robes noires, quel bien elles me font! Ce sont elles surtout que je
- veux voir!»
-
- Les derniers moments ont été calmes: rien n’a troublé la sérénité de
- cette âme unie à Dieu dans les luttes de la vie...
-
- Et quelle charité pour les pauvres dans cette âme exquise! Le château
- des Angles était le rendez-vous de toutes les misères, assurées de
- trouver là, de la part de l’illustre défunt et de son fils bien-aimé,
- secours et consolation. L’aumône se faisait en grand dans cette noble
- demeure, et la mort de M. de Pontmartin, qui est un deuil si grand
- pour les lettres et pour la France, est encore plus un deuil pour les
- pauvres et les petits...
-
-S’arrachant pour un instant à ses larmes, le fils de mon vieil ami
-m’envoyait ce douloureux et consolant bulletin:
-
- ...Je vous ai dit que, le vendredi matin[518], il avait lu sur son lit
- votre lettre si excellente, où il ne vit pas les allusions cachées
- à sa maladie, mais qui le toucha par l’effusion de votre amitié, et
- l’intéressa par le récit de tout ce que vous aviez fait à Paris.
- «Quel contraste, me dit-il, entre cette activité et l’état auquel je
- suis réduit!» La journée et la nuit se passèrent tranquilles, avec
- diminution des quintes de toux, sommeil; il semblait que le séjour
- au lit, en supprimant les terribles efforts qu’il devait faire les
- jours précédents pour rester debout, avait amené une détente, qu’il
- était moins fatigué, que les traits de son visage ne portaient plus
- la marque du même accablement. Le samedi matin notre curé lui apporta
- la communion, ainsi qu’il avait été convenu l’avant-veille avec son
- confesseur. Il la reçut avec sa connaissance, remerciant ensuite le
- curé, s’excusant de l’avoir dérangé et me recommandant de ne pas
- le laisser partir sans lui faire prendre un peu de café. Quand je
- remontai, dix minutes plus tard, après m’être acquitté de ce soin, je
- le trouvai endormi d’un sommeil paisible et qui paraissait réparateur.
- Une heure après, c’est-à-dire vers dix heures, nous nous aperçûmes
- que ce sommeil ne ressemblait pas aux autres. Au même moment, notre
- docteur arriva, et, après l’avoir examiné, fit un signe désespéré.
- Il envoya chercher de nouveau le curé pour l’extrême-onction, qui
- fut administrée pendant qu’il respirait encore, et, au moment où
- finissaient les dernières prières, il expira sans souffrance. On peut
- donc dire qu’il s’est endormi dans le Seigneur, surabondamment assisté
- et consolé par la religion, et conservant jusqu’à la fin sa lucidité
- intellectuelle, sauf pour les adieux, dont l’amertume lui a été
- épargnée[519].
-
-Par une singulière coïncidence, Armand de Pontmartin est mort un
-_Samedi_, ce jour qui était devenu le sien. Dans ses dernières
-années, il se plaisait quelquefois à me dire dans ses lettres: «Soyez
-tranquille, je prépare depuis longtemps, je soignerai par-dessus tout
-mon dernier _article_.» Et en effet celui-là, celui qu’il ne craignait
-pas d’appeler en souriant, au risque de faire un de ces jeux de mots
-qu’il affectionnait, «l’article de sa mort»—celui-là fut admirable.
-
-
-IV
-
-Les obsèques furent célébrées le mardi 1^{er} avril. Ainsi qu’il
-l’avait demandé, elles furent très simples: nul apparat, nulle pompe
-extérieure. Mais cette simplicité même les rendait encore plus
-émouvantes. Elles eurent lieu dans la petite église paroissiale
-des Angles. La levée du corps fut faite par M. le curé des Angles,
-assisté de plusieurs de ses confrères du voisinage, MM. les curés de
-Villeneuve, de Domazan et de Pujaut, et de M. l’abbé Agniel, aumônier
-des victimes à Saint-André-de-Villeneuve. En tête du cortège marchaient
-les femmes et les jeunes filles du village, auxquelles s’étaient
-jointes des députations des œuvres de charité dont le châtelain des
-Angles était le bienfaiteur; les Petites-Sœurs des Pauvres, les
-Religieuses de la Grande-Providence et les Trinitaires de Villeneuve.
-
-Le cercueil était porté sur un brancard par les hommes des Angles,
-fiers de donner à celui qui avait été leur ami ce témoignage de respect
-et d’affection.
-
-Le deuil était conduit par le fils du défunt, le comte Henri de
-Pontmartin, par son beau-frère le comte de Montravel, par son neveu
-M. de Froissard-Broissia, et M. Théodore de Montravel, son cousin
-germain. Derrière venait toute la population de la commune, et, avec
-elle, la plupart des notabilités avignonnaises ou des environs,
-les représentants de la presse conservatrice régionale, un des
-grands-vicaires de M^{gr} Vigne, archevêque d’Avignon, et plusieurs
-membres du clergé régulier et séculier.
-
-Le long et pieux cortège gravit lentement la pittoresque montagne, qui
-lui faisait un cadre merveilleux, avec ses chemins sinueux, avec sa
-verdure naissante, avec ses rochers aux plantes sauvages. Dans le ciel
-limpide brillait un soleil de printemps, qui donnait un air de fête à
-cette scène de deuil, mais d’un deuil chrétien tout rempli de saintes
-consolations et d’immortelles espérances.
-
-L’église était trop étroite pour recevoir la nombreuse assistance;
-par une touchante attention, les habitants des Angles s’abstinrent
-d’y pénétrer, la laissant tout entière à la disposition des amis
-et connaissances du maître, venus du dehors pour assister à ses
-funérailles.
-
-Le curé des Angles célébra le saint sacrifice; le curé de Villeneuve
-donna l’absoute. De ferventes prières s’étaient élevées de tous les
-cœurs quand le prêtre avait invoqué de Dieu les joies éternelles en
-faveur de celui qui l’avait fidèlement servi: _ut quia in te speravit
-et credidit... Gaudia æterna possideat_; quand il avait dit à la
-Communion de la Messe: _Beati mortui qui in Domino moriuntur!_
-
-Le cimetière du village est situé au sommet même de la montagne, avec
-une vue magnifique au nord et au sud sur tout le pays environnant,
-jusqu’au Ventoux, d’un côté, et, de l’autre, jusqu’aux Alpines.
-
-Trois discours furent prononcés: par M. le baron de Roubin, au nom de
-la famille, au nom des habitants des Angles et du canton de Villeneuve;
-par M. Charles Garnier, rédacteur de la _Gazette du Midi_, au nom de la
-presse, et plus spécialement de la presse méridionale; par M. Rochetin,
-au nom de l’Académie de Vaucluse. Le talent et les œuvres de l’écrivain
-furent dignement loués; mais, au moment de fermer ces pages, je veux
-oublier l’auteur; je ne veux me souvenir que de l’homme et de l’ami, du
-royaliste et du chrétien. Je ne veux retenir de ces hommages funèbres
-que ces paroles de M. de Roubin, l’un des témoins de sa vie:
-
- Armand de Pontmartin a voulu passer ses dernières années, il a voulu
- mourir dans la maison paternelle... Il ne pouvait mourir ailleurs
- celui qui était aux Angles et dans son canton la providence de toutes
- les infortunes.
-
- Heureux d’employer son superflu au secours des malheureux et de toutes
- les œuvres charitables,—ces sentiments qui lui avaient été légués
- par ses pères, il les a si parfaitement transmis à son fils, que les
- pauvres, à l’avenir, s’apercevront à peine que ce n’est plus la même
- main qui donne...
-
- La foi vive et ardente qu’Armand de Pontmartin avait puisée au
- berceau l’a accompagné jusqu’à la tombe.—Oui, il s’est vu mourir,
- il a suivi une à une la décroissance de ses forces physiques, et il
- a puisé dans ses croyances religieuses le soutien de ses derniers
- jours. Le Bon Dieu, qui est venu le visiter souvent dans sa dernière
- maladie, lui a accordé la faveur de s’éteindre sans souffrir, et de
- garder jusqu’à la fin les vifs rayons de ce charmant esprit qui a si
- longtemps brillé dans le monde.
-
-Les plus belles vies sont celles que couronne une sainte mort. C’est
-pourquoi, malgré les épreuves qui ont traversé son existence, malgré
-les deuils qui l’ont assombrie, nous devons envier Pontmartin. Il n’a
-servi qu’une seule cause. Il a défendu jusqu’à son dernier jour les
-idées et les principes pour lesquels s’était passionnée sa jeunesse. Il
-a passé ses dernières années sous le toit qui avait abrité son enfance.
-Il est mort dans la maison de son père, assisté par le curé de son
-village, ayant au pied de son lit son fils, sa belle-fille et ses vieux
-domestiques.
-
-
-
-
- APPENDICE[520]
-
- LISTE DES SOUSCRIPTEURS
-
- AU BUSTE
-
- DE M. ARMAND DE PONTMARTIN
-
- 1887
-
-
- Francs.
-
- L’ACADÉMIE DE MARSEILLE 100 »
-
- ADAM (ANTONIUS), A PARIS 5 »
-
- V^{te} O. D’ADHÉMAR, A AVIGNON 20 »
-
- L’ABBÉ AGNIEL, AUMÔNIER, A VILLENEUVE 5 »
-
- L. D’ALBIOUSSE, A UZÈS 5 »
-
- V. ALECSANDRI, MINISTRE DE ROUMANIE, A PARIS 50 »
-
- CH. ALEXANDRE, A MÂCON 10 »
-
- S. ALLEMAND, A AVIGNON 2 »
-
- HENRI ALLEMAND, A ROQUEMAURE (GARD) 1 »
-
- A. D’AMOREUX, ANCIEN OFFICIER, A UZÈS 10 »
-
- V^{ve} LOUIS ANDRÉ, A MARSEILLE 20 »
-
- ANDRÉ-PAPUZEAUD, A AVIGNON 0 50
-
- ANGEVIN, A SAUVETERRE (GARD) 0 25
-
- COMMANDANT D’ANTREYGAS, A AVIGNON 5 »
-
- M^{ise} D’ARCHIMBAUD, A AVIGNON 10 »
-
- ARMAND, RELIEUR, A AVIGNON 10 »
-
- FRANÇOIS ARMAND, A AVIGNON 0 50
-
- GABRIEL ARNAUD, A CAUMONT (VAUCLUSE) 1 »
-
- LOUIS D’ATHÉNOSY, A AVIGNON 10 »
-
- AUBANEL FRÈRES, IMPRIMEURS, A AVIGNON 5 »
-
- M^{is} D’AYMARD DE CHATEAURENARD, PARIS 20 »
-
- M^{lle} DE BACIOCCHI, A AVIGNON 5 »
-
- E. BACULARD, A ROQUEMAURE 1 »
-
- C^{tesse} DE BALLEROY, A BALLEROY (CALVADOS) 20 »
-
- BARBANTAN, PEINTRE, A PERNES 0 30
-
- BARBEIRASSY, ANCIEN DIRECTEUR DES DOMAINES 20 »
-
- LUCIEN BARBEIRASSY, AVIGNON 20 »
-
- M^{ce} DE BARBEREY, A PARIS 20 »
-
- C^{te} DE BARBEYRAC S^t MAURICE, AVIGNON 10 »
-
- V^{tesse} DE BARDONNET, NÉE HYDE DE NEUVILLE 8 »
-
- D^r BARRAL, AVIGNON 5 »
-
- C^{te} HÉLION DE BARREME, A NICE 40 »
-
- BARRÈS, BIBLIOTHÉCAIRE, CARPENTRAS 5 »
-
- M^{me} BARRETTA-WORMS (COMÉDIE-FRANÇAISE) 20 »
-
- A. DE BARTHÉLEMY, ROMANCIER 5 »
-
- BARTHÉLEMY, A ROQUEMAURE 5 »
-
- ED. DE LA BASTIDE, A AVIGNON 10 »
-
- EUG. BASTIDE, AVIGNON 5 »
-
- M^{is} DE BAUSSET, CAPIT^{NE} DE VAISSEAU 10 »
-
- C^{tesse} MARIE DE BAUSSET, AVIGNON 10 »
-
- O. BAZE, AVIGNON 20 »
-
- BEILLIER, AVIGNON 3 »
-
- G. DE BELCASTEL, ANCIEN DÉPUTÉ, TOULOUSE 10 »
-
- MICHEL BÉRARD, AVIGNON 5 »
-
- BÉRAUD, PROF^r DE MUSIQUE, AVIGNON 1 »
-
- BERBIGUIER, SERRURIER, A ROQUEMAURE 0 50
-
- HENRI BERGASSE, A MARSEILLE 25 »
-
- BERNARD, TAILLEUR, AVIGNON 1 »
-
- M^{us} BERNARD, A L’ISLE (VAUCLUSE) 5 »
-
- CH. BERNARDI, A AVIGNON 20 »
-
- L’ABBÉ BERSANGE, A BERGERAC 5 »
-
- HORACE BERTIN, JOURNALISTE, MARSEILLE 10 »
-
- BERTIN, CLERC D’HUISSIER, A ROQUEMAURE 0 50
-
- BERTON PÈRE ET FILS, AVIGNON 25 »
-
- X. BERUD, AU THOR (VAUCLUSE) 1 »
-
- MONSEIGNEUR BESSON, A NÎMES 100 »
-
- EUG. BEZET, A AVIGNON 0 50
-
- L’ABBÉ BIDON, A AVIGNON 2 »
-
- BIGOT, COIFFEUR, AVIGNON 1 »
-
- A. BIRÉ, SÉNATEUR, LUÇON 10 »
-
- ED. BIRÉ, A NANTES 20 »
-
- CH. BISTAGNE, MARSEILLE 20 »
-
- J^h BLANC, A AVIGNON 0 50
-
- BLANC FILS AÎNÉ, AVIGNON 0 50
-
- R^d PÈRE JACQUES BLANC, S. J., AVIGNON 2 »
-
- BOGE, PEINTRE, AVIGNON 1 »
-
- G. BOISSIER, DE L’ACADÉMIE FRANÇAISE 20 »
-
- FIRMIN BOISSIN, JOURNALISTE, TOULOUSE 3 »
-
- ESPRIT BONNEAU, A SAUVETERRE (GARD) 0 50
-
- BONNEFILLE, MARBRIER, A AVIGNON 5 »
-
- L’ABBÉ BONNEL, CURÉ, LACOSTE (VAUCLUSE) 10 »
-
- JULIEN BONNET, AVOCAT, AVIGNON 10 »
-
- LÉON BONNET, ID., AVIGNON 10 »
-
- JUSTIN BONNET, A SAUVETERRE 0 50
-
- GUSTAVE BORD, A NANTES 10 »
-
- V^{te} S^t-CLAIR DE LA BORDE, AVIGNON 10 »
-
- BORTY, A ROQUEMAURE 5 »
-
- V^{ve} BORTY, A ROQUEMAURE 1 »
-
- JOSEPH BOSSE, A AVIGNON 3 »
-
- FÉLIX BOUCHET, A THIERS (PUY-DE-DOME) 5 »
-
- DE BOUCHONY, AVIGNON 5 »
-
- MARIUS BOULLE, AVIGNON 1 »
-
- JUSTIN BOURGET, A BEAUCAIRE 1 »
-
- B. BOURRET, A SAUVETERRE 0 50
-
- BOUVACHON-COMMIN, AVIGNON 5 »
-
- HENRI BOUVET, AVIGNON 1 »
-
- MARC BOUVET, A PUJAUT (GARD) 0 50
-
- PAUL BOUVET (GARD) 0 50
-
- RÉMY BOUVET (GARD) 1 »
-
- L’ABBÉ BOUYAC, A AVIGNON 5 »
-
- B. BOUZON, A SAUVETERRE 0 25
-
- SÉBASTIEN BRESSY, AVIGNON 5 »
-
- EUG. DE BRICQUEVILLE, AVIGNON 25 »
-
- LÉON DE LA BRIÈRE, A PARIS 5 »
-
- BROCHÉRY, A AVIGNON 5 »
-
- BRUGUIER-ROURE, A PONT-S^t-ESPRIT 15 »
-
- BRULAT, PEINTRE 1 »
-
- L’ABBÉ BRUN, CURÉ, VEDÈNES (VAUCLUSE) 1 50
-
- LUCIEN BRUN, SÉNATEUR 20 »
-
- ÉDOUARD BRUNEL, A CAVAILLON 1 50
-
- D^r CADE, A AVIGNON 20 »
-
- GEORGES DE CADILLAN, A TARASCON 20 »
-
- CALMANN-LÉVY, A PARIS 200 »
-
- CALLA, ANCIEN DÉPUTÉ, PARIS 20 »
-
- L. DE CAMARET, A PERNES (VAUCLUSE) 10 »
-
- M. CAMBE, A PUJAUT 0 50
-
- S. CAMBE, A SAUVETERRE 0 50
-
- HENRI CAMPÉ, AVIGNON 20 »
-
- CANONGE, TOURNEUR, A VILLENEUVE 0 25
-
- CAPMARTIN, A ROQUEMAURE 1 »
-
- CH. CAPPEAU, A ROQUEMAURE 0 50
-
- E. CAPPEAU, A ROQUEMAURE 0 50
-
- PAUL CAPPEAU, A ROQUEMAURE 0 50
-
- CARABIN, PEINTRE, A AVIGNON 1 50
-
- M^{me} DE CARAYON-LATOUR, A VIRELADE (GIRONDE) 30 »
-
- B^{on} DE CARMEJANE-PIERREDON, A AVIGNON 10 »
-
- CARNAYON, A ROQUEMAURE 1 »
-
- C^{te} JULES DE CARNÉ (INDRE-ET-LOIRE) 20 »
-
- D^r CARRE, AVIGNON 20 »
-
- L’ABBÉ CARRIER (ARDENNES) 5 »
-
- LE DUC DES CARS 20 »
-
- M. ET M^{me} LOUIS CARTIER, AVIGNON 75 »
-
- CARTOUX, A SAUVETERRE 0 25
-
- J. DE CASSIÈRES, PRÉSIDENT A LA COUR, AMIENS 5 »
-
- CAVILLON, ÉPICIER, AVIGNON 1 »
-
- CAVORET, ÉPICIER, AVIGNON 0 50
-
- CERCLE DE L’AGRICULTURE, AVIGNON 50 »
-
- B^{ne} DE CHABERT, AVIGNON 20 »
-
- D^r CHABERT, ROQUEMAURE 1 »
-
- CALIXTE CHABREL, A VILLENEUVE 0 25
-
- LÉON CHABREL, A VILLENEUVE 0 25
-
- FÉLIX CHABRIER, AVIGNON 10 »
-
- CHAIGNE, A BOURG-S^{t}-ANDÉOL 5 »
-
- L’ABBÉ CHAIX, A CANNES 20 »
-
- CHAMBON, A PUJAUT 1 »
-
- G. DE CHAMPVANS, ANCIEN PRÉFET 10 »
-
- CHANSROUX, A ROQUEMAURE 1 »
-
- C^{te} DE CHANSIERGUES, AVIGNON 20 »
-
- CHANTELAUZE, PUBLICISTE, PARIS 10 »
-
- M^{ise} D^{re} DE CHARNACÉ (MAINE-ET-LOIRE) 10 »
-
- C^{te} GUY DE CHARNACÉ, (MAINE-ET-LOIRE) 10 »
-
- A. CHARPENTIER (CALVADOS) 5 »
-
- D^r CHARRUAU, NANTES 2 »
-
- L. CHAUVET, AU TUOR 1 »
-
- LÉON DE CHÊNEDOLLÉ (CALVADOS) 10 »
-
- JULES CLARETIE, DE L’ACAD. FRANÇAISE 20 »
-
- J^h CLAUSEAU, A AVIGNON 20 »
-
- E. CLERC, A ROQUEMAURE 0 50
-
- D^r CLÉMENT, AVIGNON 10 »
-
- CLÉRISSAC, A ROQUEMAURE 1 »
-
- COCHAT, A AVIGNON 0 50
-
- JOSEPH DE COHORN, A AVIGNON 1 »
-
- COLLÈGE S^{t}-JOSEPH, A AVIGNON 40 »
-
- L. COLLET, A AVIGNON 5 »
-
- CHANOINE CONDAMIN, LYON 10 »
-
- M^{ise} DE CORIOLIS, MARSEILLE 20 »
-
- C^{te} DE COSNAC (CORRÈZE) 10 »
-
- V. COTTARD, AVIGNON 5 »
-
- COULONDRES, ANCIEN MAGISTRAT, AVIGNON 10 »
-
- COURCELLE, ANCIEN DÉPUTÉ (H^{te}-SAÔNE) 5 »
-
- CRÉGUT, A ROQUEMAURE 1 »
-
- VICTOR CROTAT, TONNELIER, A ROQUEMAURE 0 50
-
- B^{on} DE CROZE (HAUTE-LOIRE) 10 »
-
- CUNIN, A AVIGNON 2 »
-
- L. CURNIER, ANCIEN DÉPUTÉ, LE HAVRE 50 »
-
- CUVILLIER-FLEURY (AC. FRANÇAISE) 20 »
-
- L’ABBÉ DANIEL, TOULON 5 »
-
- J.-S. DAVID, A SAUVETERRE 1 »
-
- ESPRIT DAVID, A SAUVETERRE 0 50
-
- J.-C. DAVID, A SAUVETERRE 0 50
-
- SIXTE DAVID, A SAUVETERRE 0 50
-
- J.-L. DAVID, A PUJAUT 2 »
-
- DAU, COMPOSITEUR DE MUSIQUE, AVIGNON 10 »
-
- CH. DAYMA, AVIGNON 5 »
-
- LÉONCE DAYMA, AVIGNON 10 »
-
- L’ABBÉ DELACROIX, CURÉ, BAGNOLS 10 »
-
- R. DELEUZE, AVIGNON 10 »
-
- DELORME FILS AÎNÉ, AVIGNON 1 »
-
- LÉON DELORME, AVIGNON 1 »
-
- DELOYE, CONSERVATEUR DU MUSÉE, AVIGNON 10 »
-
- C^{te} ROGER DU DEMAINE, AVIGNON 20 »
-
- GABRIEL DÉMIANS, AVIGNON 20 »
-
- DESAIDE, GRAVEUR, PARIS 5 »
-
- M^{ce} DESVERNAY (LOIRE) 20 »
-
- DEVILLE, PH^{ien}, SAINT-SATURNIN (VAUCLUSE) 2 »
-
- DEVILLE, MÉDECIN, SAINT-SATURNIN (VAUCLUSE) 3 »
-
- F. DIGONNET, AVIGNON 20 »
-
- V. DES DIGUÈRES (ORNE) 20 »
-
- DINARD, AVIGNON 3 »
-
- CH. DOMERGUE, BEAUCAIRE 20 »
-
- DONAT-DARUT, A ROQUEMAURE 1 »
-
- GEORGE DONCIEUX, PARIS 5 »
-
- C. DOUCET (ACADÉMIE FRANÇAISE), PARIS 20 »
-
- V^{ve} DOULADOURE, TOULOUSE 1 »
-
- DOUTAVÈS, MAÇON, AVIGNON 2 »
-
- M^{gr} DE DREUX-BRÉZÉ, ÉVÊQUE DE MOULINS 20 »
-
- COMMANDANT DUBOIS, PARIS 10 »
-
- D^r A. DUBOURD, ROQUEMAURE 1 »
-
- DUCOMMUN, HORLOGER, AVIGNON 10 »
-
- COMMANDANT DUCOS, AVIGNON 10 »
-
- GILLES DUFOUR, A PUJAUT 0 50
-
- LÉON DUFOUR, A AVIGNON 5 »
-
- J^h DUFRAISSE (HAUTE-GARONNE) 5 »
-
- L’ABBÉ DUMAS, CURÉ DE SAINT-PIERRE 5 »
-
- ALEXANDRE DUMAS (Acad^{ie} française) 20 »
-
- DURAND, LIBRAIRE, AVIGNON 1 »
-
- ÉDOUARD, A ROQUEMAURE 2 »
-
- COLONEL COMTE DE L’ÉGLISE, PARIS 20 »
-
- H. ESCOFFIER, _Petit Journal_, PARIS 20 »
-
- B^{on} D’ESPALUNGUE (BASSES-PYRÉNÉES) 10 »
-
- D^r D’ESPINEY, A NICE 10 »
-
- M^{is} DE L’ESPINE, AVIGNON 10 »
-
- DE L’ESTANG, AVOUÉ, BRIGNOLES 5 »
-
- M^{me} D’ESTIENNE DE S^T-JEAN, A AIX 20 »
-
- FR. ESTOURNEL, A PUJAUT 0 25
-
- V. ESTOURNEL, MAÇON, PUJAUT 0 25
-
- B^{on} D’ÉTIGNY, AVIGNON 20 »
-
- D’EVERLANGE, NIMES 5 »
-
- EYSSETTE, CONTRE-MAÎTRE, A ROQUEMAURE 1 »
-
- ADR. FABRE, AVIGNON 5 »
-
- CL. FANOT, CARILLONNEUR, AVIGNON 2 »
-
- C^{tesse} DE FARCY (MAYENNE) 20 »
-
- A. FARGET, A AVIGNON 0 50
-
- PAUL DE FAUCHER, A BOLLÈNE 3 »
-
- TH. FAVIER, A AVIGNON 1 »
-
- M^{ise} DE FAYET, CH. D’AVENY (EURE) 10 »
-
- C^{te} ACHILLE DE FÉLIX, AVIGNON 5 »
-
- JULES FÉNARD, A CHERBOURG 10 »
-
- TH. FÉNARD, A CHERBOURG 10 »
-
- OCTAVE FEUILLET (ACADÉMIE FRANÇAISE) 40 »
-
- M^{me} HAROLD FITCH, MARSEILLE 40 »
-
- M^{ius} FLÉCHAIRE, AVIGNON 1 »
-
- M^{lle} ZÉNAÏDE FLEURIOT (MORBIHAN) 10 »
-
- M^{is} DE FORBIN, A PARIS 20 »
-
- M^{is} DE FORESTA, A MARSEILLE 20 »
-
- ANT^{ne} FORTUNET, AVIGNON 5 »
-
- JULES FORTUNET, AVIGNON 20 »
-
- EUG. FORTUNET, AU THOR 20 »
-
- F. FOURCADE, ARBITRE DE COM^{ce}, NANTES 2 »
-
- M^{is} DE FOURNÈS, PARIS 20 »
-
- COLONEL FRANCHET D’ESPÉREY, AVIGNON 5 »
-
- FRANÇOIS-MASSART, A SAUVETERRE 0 25
-
- HENRI FRANQUEBALME, AVIGNON 5 »
-
- M^{gr} FUZET, ÉVÊQUE DE LA RÉUNION 10 »
-
- L’ABBÉ GABRIEL, CURÉ, LES SALLES (GARD) 0 50
-
- LÉOPOLD DE GAILLARD 50 »
-
- PIERRE DE GAILLARD 10 »
-
- HENRY DE GAILLARD 10 »
-
- DENIS GALET, A AMIENS 5 »
-
- GALLAY, ANCIEN MAIRE DU VIII^e, PARIS 20 »
-
- M^{is} DE GANAY, PARIS 20 »
-
- CH. DE GANTELMI D’ILLE, A AIX 5 »
-
- FR. GARD, A UZÈS 1 »
-
- CH. DE GARGAN, A LUXEMBOURG 25 »
-
- CH. GARNIER, PUBLICISTE, MARSEILLE 5 »
-
- PIERRE GASSIN, A AVIGNON 0 50
-
- GAUCHERAND, PEINTRE, AVIGNON 1 »
-
- _La Gazette de France_ 100 »
-
- _La Gazette du Midi_ 100 »
-
- JOSEPH GENET, A PUJAUT 0 50
-
- GEOFFROY, A TOURNAY (HAUTES-PYRÉNÉES) 10 »
-
- ED. GEOFFROY, AVIGNON 10 »
-
- LE PREMIER PRÉSIDENT GERMANES 50 »
-
- ALBERT GIGOT, ANCIEN PRÉFET 10 »
-
- GILLES, A EYRAGUES (BOUCHES-DU-RHÔNE) 5 »
-
- M^{me} DE GILLY, A TAIN (DROME) 20 »
-
- C^{te} DE GINESTOUS, A CAVAILLON 10 »
-
- GIRARD, SCULPTEUR, AVIGNON 0 50
-
- FRÉDÉRIC GIRAUD, PARIS 10 »
-
- L’ABBÉ GIRAUD, AUMONIER, AVIGNON 5 »
-
- L’ABBÉ GIRAUD, VICAIRE A SAINT-DIDIER, AVIGNON 3 »
-
- ALFRED GIRAUDEAU, PARIS 10 »
-
- FERNAND GIRAUDEAU, MARSEILLE 10 »
-
- J^{h} GONTARD, AVIGNON 0 50
-
- V^{te} DE GONTAUT-BIRON, ANC. AMBASSADEUR 10 »
-
- TH. GOUBET, AVOCAT, AVIGNON 5 »
-
- ALBIN GOUDAREAU, AVIGNON 20 »
-
- ÉMILE GOUDAREAU, AVIGNON 20 »
-
- JULES GOUDAREAU, AVIGNON 10 »
-
- GOULET, BANQUIER, REIMS 10 »
-
- B. GRANET, A ROQUEMAURE 1 »
-
- LÉONCE GRANET, A ROQUEMAURE 2 »
-
- FR. GRANIER, ANC. SÉNATEUR, AVIGNON 50 »
-
- AMABLE GRAS, AVIGNON 2 »
-
- FÉLIX GRAS, AVIGNON 5 »
-
- M^{is} DE GRAVE (HAUTE-VIENNE) 20 »
-
- ED. GRENIER, POÈTE, PARIS 20 »
-
- M^{gr} GRIMARDIAS, ÉV. DE CAHORS 25 »
-
- EMILE GRIMAUD, NANTES 5 »
-
- L’ABBÉ GRIMAUD, SORGUES (VAUCLUSE) 5 »
-
- GROUION, A ROQUEMAURE 0 50
-
- GUÉRIN, ANTIQUAIRE, AVIGNON 0 50
-
- V^v GUERCHET, ORFÈVRE, PARIS 10 »
-
- GUIBERNE, AVIGNON 1 »
-
- C^{tesse} L. DE GUILHERMIER, AVIGNON 10 »
-
- F. GUILLAUMONT, A SAUVETERRE 0 50
-
- PAUL GUILLAUMONT, A SAUVETERRE 0 25
-
- GUILLAUME GUIZOT, PARIS 20 »
-
- LUDOVIC HALÉVY (ACADÉMIE FRANÇAISE) 20 »
-
- HÉBRARD, A ROQUEMAURE 1 »
-
- M^{me} DE HENNAULT, AVIGNON 10 »
-
- HENRY-CHRÉTIEN, AVIGNON 0 50
-
- ED. HERVÉ (ACADÉMIE FRANÇAISE) 20 »
-
- HEUGEL, ÉDITEUR DE MUSIQUE, PARIS 20 »
-
- HOSTALÉRY PÈRE ET FILS, CAUMONT (VAUCLUSE) 1 »
-
- HUGUES, SERRURIER, ROQUEMAURE 0 50
-
- M^{is} D’IVRY (CÔTE-D’OR) 20 »
-
- PRÉSIDENT JACQUES, AVIGNON 5 »
-
- CLAUDIO JANNET, PARIS 10 »
-
- V^{tesse} DE JANZÉ, PARIS 40 »
-
- ANT. DE JESSÉ-CHARLEVAL, MARSEILLE 50 »
-
- EUG. JOHANYS, ROQUEMAURE 5 »
-
- JOSEPH JOUBERT (MAINE-ET-LOIRE) 10 »
-
- LACOUR, AVIGNON 2 »
-
- M^{gr} LABOURÉ, ÉV. DU MANS 20 »
-
- LAGIER-FORNÉRY, AVIGNON 5 »
-
- ALFRED LALLIÉ, NANTES 5 »
-
- LAMATY, A PUJAUT 0 25
-
- LANGLOIS, A PARIS 2 »
-
- M^{me} VICTOR DE LAPRADE 40 »
-
- G. DE LAURENS, AVIGNON 10 »
-
- B^{on} ALFRED DU LAURENS, AVIGNON 10 »
-
- B^{on} GUILLAUME DU LAURENS, AVIGNON 10 »
-
- ET. LAURENT, AUREILLE (B.-DU-RH.) 1 50
-
- C^{te} DE LAVAUR-S^{te} FORTUNADE (CORRÈZE) 10 »
-
- LE BOURGEOIS, BONSECOURS-ROUEN 10 »
-
- C^{tesse} DE LÉAUTAUD, PARIS 20 »
-
- LEVÊQUE, A ROQUEMAURE 1 »
-
- STÉPHEN LIÉGEARD, ANC. DÉPUTÉ (CÔTE-D’OR) 50 »
-
- LIFFRAN, NOTAIRE, ROQUEMAURE 0 50
-
- C^{te} DE LONGPÉRIER (OISE) 10 »
-
- G. DE LONGCHAMP, MARSEILLE 20 »
-
- A. MAGNAN, SAUVETERRE 0 25
-
- EUG. MAGNE, AVIGNON 5 »
-
- MAHUR, A ROQUEMAURE 1 »
-
- D^r B. DE MALHERBE, A CHANGHAÏ 20 »
-
- LÉON MAILLÉ, A CASTRES 1 »
-
- ALBERT MALLAC, BOUGIVAL 10 »
-
- PAUL MANIVET, AVIGNON 10 »
-
- MANON AINÉ, AVIGNON 0 50
-
- J^h MANON, AVIGNON 0 50
-
- ELIE MARIA, AVIGNON 5 »
-
- PAUL MARIÉTON, PARIS 20 »
-
- MAURICE MARIN, ROQUEMAURE 2 »
-
- CH. MARIN, ROQUEMAURE 0 50
-
- MARIN AÎNÉ, ROQUEMAURE 1 »
-
- X. MARMIER (ACADÉMIE FRANÇAISE) 20 »
-
- MARTIN FILS AÎNÉ, ROGNONAS (B.-DU-RH.) 0 50
-
- MARTIN, TYPOGRAPHE, AVIGNON 5 »
-
- MARTIN-FOUR, AVIGNON 20 »
-
- F. MAZET, A ROQUEMAURE 0 50
-
- MERCIER, ANCIEN SOUS-PRÉFET, AVIGNON 10 »
-
- V^{te} DU MESNIL DU BUISSON (ORNE) 20 »
-
- FR., ADR. ET AUGUSTE MEYNADIER, AVIGNON 1 50
-
- MEYNIER, AVOCAT, MARSEILLE 25 »
-
- L. MICHEL, MÉDECIN, AU THOR 1 »
-
- D^r MICHEL-BÉCHET, AVIGNON 10 »
-
- M^{lle} MARIE MICHEL, TARASCON 5 »
-
- MICHEL, SOCIÉTÉ GÉNÉRALE, AVIGNON 10 »
-
- P. MICHEL, A SAUVETERRE 0 50
-
- MICHEL-BENT, AVIGNON 5 »
-
- MICHELLAND, AU THOR 1 »
-
- ER. DE MILLAUDON, AVIGNON 20 »
-
- MILLE, A AVIGNON 0 50
-
- MIRANDOL, BOULANGER, AVIGNON 0 50
-
- FRÉDÉRIC MISTRAL 20 »
-
- MISTRAL-BERNARD, S^t RÉMY-DE-PROVENCE 40 »
-
- D^r MONNIER, AVIGNON 5 »
-
- AUG. MONITION, AU THOR 1 »
-
- M^{is} DE MONTALET-ALAIS, (GARD) 20 »
-
- B^{on} DE MONTFAUCON, PARIS 20 »
-
- C^{tesse} DE MORANGIÈS, (LOZÈRE) 20 »
-
- MOREAU DE BELLEY, AVIGNON 1 »
-
- MOTTEROZ, IMPRIMEUR, PARIS 50 »
-
- A. MOUNET, ROQUEMAURE 1 »
-
- JULES MOURET, AVIGNON 0 50
-
- CAMILLE MOUTIN, MARSEILLE 5 »
-
- ALEXIS MOUZIN, POÈTE, AVIGNON 5 »
-
- ÉMILE NIEL, INGÉNIEUR, AVIGNON 5 »
-
- D. NISARD (Acad^{ie} Fr^{se}) 20 »
-
- CH. NISARD, DE L’INSTITUT 5 »
-
- M. ET M^{me} JACQUES NORMAND 50 »
-
- G. ODOYER, A SAUVETERRE 2 »
-
- FR. D’OLÉON, AVIGNON 20 »
-
- C^{te} D’OLIVIER, AVIGNON 10 »
-
- ÉMILE OLLIVIER (ACADÉMIE FRANÇAISE) 20 »
-
- LOUIS D’ORTIGUE, CAVAILLON 5 »
-
- V. PAILLET, AU THOR 1 »
-
- AUGUSTE PALUN, AVIGNON 50 »
-
- PALUN DE BÉSIGNANE, AU THOR 1 »
-
- M^{is} DE PANISSE-PASSIS (B.-DU-RH.) 25 »
-
- CHANOINE PARANQUE, LA CIOTAT 4 »
-
- LE COMTE DE PARIS 100 »
-
- PASQUIER DE LA GRESSIÈRE (ARDENNES) 10 »
-
- P. DE PÉLERIN, NIMES 25 »
-
- P. PELLETIER, VERRIER, PARIS 20 »
-
- M. ET M^{me} PELLISSIER, A PUJAUT 2 »
-
- B^{on} DU PELOUX (AIN) 25 »
-
- HENRI DE PÈNE 20 »
-
- JULES PERNOD, AVIGNON 20 »
-
- J.-L. PERRIER, A ROQUEMAURE 0 50
-
- A. PERRIN, A ROQUEMAURE 2 »
-
- CONSEILLER PERROT, AVIGNON 20 »
-
- LOUIS PERROT, AVIGNON 5 »
-
- J. PEYRAQUE, PUJAUT 0 50
-
- ET. PHILIBERT, PUJAUT 0 50
-
- NICOLAS PHILIBERT, PUJAUT 1 »
-
- PHILIBERT, SAUVETERRE 1 »
-
- ADOLPHE PIEYRE, NIMES 10 »
-
- G. PIJOTAT, MARSEILLE 5 »
-
- M^{is} DE PIMODAN, PARIS 20 »
-
- AUG. PLANCHE, A UZÈS 1 »
-
- L’ABBÉ PLAUTIN, AVIGNON 10 »
-
- PLAUZOLES, A MONTFORT-L’AMAURY 5 »
-
- POIROTTE PÈRE ET FILS, MENUISIERS, PUJAUT 0 50
-
- V^{te} DE POLI, PARIS 5 »
-
- ANDRÉ PONS, AVIGNON 5 »
-
- VICTOR PONS, CONFISEUR, AVIGNON 5 »
-
- BENOÎT PONS, A MOULINS 20 »
-
- C^{te} DE PONTEVÈS-SABRAN, MARSEILLE 50 »
-
- CLÉMENT POULAIN, NANTES 2 »
-
- HENRI POUSSEL, PUBLICISTE, AVIGNON 20 »
-
- ALEXANDRE POUSSEL, PARIS 5 »
-
- M^{lle} POUZOL, A PUJAUT 2 »
-
- J.-B. POUZOL, A PUJAUT 1 »
-
- PRAT-NOILLY, MARSEILLE 50 »
-
- V. PRÉVOT, AVIGNON 2 »
-
- PROYART (PAS-DE-CALAIS) 20 »
-
- V^{te} DU PUGET (SOMME) 10 »
-
- RABILLON, CAFETIER, ROQUEMAURE 0 50
-
- C^{tesse} DE RAOUSSET-BOULBON, AVIGNON 20 »
-
- RASTOUL, _Univers_, PARIS 5 »
-
- RAVANIS, CURÉ DOYEN, ROQUEMAURE 3 »
-
- VICAIRE-GÉNÉRAL REDON, AVIGNON 5 »
-
- DE RÉMUSAT, MARSEILLE 20 »
-
- RENAUDIN, CHAPELIER, ROQUEMAURE 0 50
-
- RENOUARD, EMPLOYÉ AU P.-L.-M., AVIGNON 1 »
-
- FRÉDÉRIC RESSEGAIRE, AVIGNON 1 »
-
- ISIDORE DE REY, AU THOR 1 »
-
- REYNARD-LESPINASSE (ET.), AVIGNON 20 »
-
- REYNAUD DE TRETS, MARSEILLE 20 »
-
- CHARLES DE RIBBE, A AIX 10 »
-
- AUG. DE RIBBE, AVIGNON 5 »
-
- M^{me} DU RIBERT ET SES FILLES 20 »
-
- CH. RICARD, A PUJAUT 2 »
-
- RICARD, A PUJAUT 0 65
-
- M^{gr} RICARD, MARSEILLE 10 »
-
- ANSELME RIEU, A PUJAUT 0 50
-
- EUG. RIPERT, AVIGNON 0 50
-
- AD. ROCH, BANQUIER, AVIGNON 2 »
-
- ROCHAT, A NOGENT-SUR-MARNE 5 »
-
- LOUIS ROCHE, ROQUEMAURE 0 50
-
- DUCHESSE DE LA ROCHE-GUYON 200 »
-
- M^{is} DE LA ROCHEJAQUELEIN 20 »
-
- R. DE ROCHER, BOLLÈNE 25 »
-
- D^r ROCHETTE, PARIS 5 »
-
- M^{me} ROCHETIN, UZÈS 25 »
-
- M^{is} DE LA ROCHETHULON 20 »
-
- TH. RODDE, AVIGNON 1 »
-
- JULES ROLLAND, A ALBI 10 »
-
- SINCÈRE ROMEY (_Gazette de France_) 5 »
-
- LOUIS DE LA ROQUE, MONTPELLIER 20 »
-
- ROSTAN D’ANCEZUNE, MARSEILLE 20 »
-
- EUG. ROSTAND, MARSEILLE 40 »
-
- ALEXIS ROSTAND, MARSEILLE 20 »
-
- L. ROUBAUD, AU THOR 1 »
-
- B^{on} ALBERT DE ROUBIN, VILLENEUVE 10 »
-
- B^{on} ARMAND DE ROUBIN, AVIGNON 10 »
-
- FAMILLE ROUCHETTE, A PUJAUT 4 50
-
- JOSEPH ROUMANILLE 25 »
-
- GUSTAVE ROURE, CONFISEUR, AVIGNON 5 »
-
- ED. ROUSSE (ACADÉMIE FRANÇAISE) 10 »
-
- CH. ROUSSEAU, A THOUARS 10 »
-
- CAMILLE ROUSSET (ACADÉMIE FRANÇAISE) 10 »
-
- D^r ROUSSILLON, AU BOURG-D’OISANS 2 »
-
- JULES-CHARLES ROUX, MARSEILLE 20 »
-
- VICTOR ROUX, MARSEILLE 50 »
-
- JULES ROUX, AVOUÉ, AVIGNON 5 »
-
- B^{on} DE ROUX-LARCY 20 »
-
- F. ROYER, A VILLENEUVE 0 25
-
- L’ABBÉ ROUZEAUD, TOULOUSE 3 »
-
- C^{te} DE RUFFO-BONNEVAL, MARSEILLE 5 »
-
- DUC DE SABRAN-PONTEVÈS, MARSEILLE 100 »
-
- C^{te} EMM. DE SABRAN-PONTEVÈS, MARSEILLE 20 »
-
- C^{te} GUILLAUME DE SABRAN-PONTEVÈS, MARSEILLE 25 »
-
- ALPH. SAGNIER, AVIGNON 10 »
-
- S^t-PATRICE (_Triboulet_), PARIS 20 »
-
- L’ABBÉ SALLA, ROQUEMAURE 2 »
-
- P. SALOMON, A VILLENEUVE 5 »
-
- JOANNIN SAMUEL, AVIGNON 5 »
-
- C^{te} DE SAPORTA, A AIX 20 »
-
- M^{is} DE SAQUI-SANNES, AVIGNON 10 »
-
- V^{te} JULES DE SALVADOR, AVIGNON 50 »
-
- C^{te} HENRI DE SALVADOR, REMOULINS 5 »
-
- L’ABBÉ DE SALVADOR, AVIGNON 1 »
-
- JOSEPH DE SALVADOR, AVIGNON 1 »
-
- SAUBOT-DEMBORGEZ, PARIS 5 »
-
- SEGUIN FRÈRES, AVIGNON 25 »
-
- MARC SERGUIER, A ROQUEMAURE 0 50
-
- B^{on} DE SERRES DE MONTEIL, AVIGNON 10 »
-
- L’ABBÉ SEYTRE (ALPES-MARITIMES) 5 »
-
- V^{te} DE SINÉTY, AVIGNON 20 »
-
- B. SOULIER, ANCIEN MAIRE, PUJAUT 5 »
-
- EM. SOULIER, ANCIEN MAIRE, SAUVETERRE 2 »
-
- FRÉD. SOULIER, A PUJAUT 0 50
-
- MAX^{in} SOULIER, A PUJAUT 1 »
-
- MICHEL SOULIER, A PUJAUT 1 »
-
- MICHEL SOULIER, A PUJAUT 2 »
-
- EUG. SOUSTELLE, AVIGNON 5 »
-
- ED. STOFFLET, LE MANS 5 »
-
- COLONEL DE SURVILLE, A NÎMES 5 »
-
- J^h DE TALODE DU GRAIL, MOUILLERON (VENDÉE) 20 »
-
- TASTEVIN, PUBLICISTE, VALENCE 5 »
-
- L. TAULIER, A PUJAUT 1 »
-
- TEISSÈRE, A MARSEILLE 10 »
-
- ANT. TEISSIER, A PUJAUT 1 »
-
- CHARLES TESTE, A BAGNOLS (GARD) 10 »
-
- J. DE TERRIS, NOTAIRE, AVIGNON 5 »
-
- JOSEPH THOMAS, AVIGNON 40 »
-
- PAUL THUREAU-DANGIN, PARIS 20 »
-
- TOLLON PÈRE, MARSEILLE 10 »
-
- M^{gr} TOLRA DE BORDAS, NICE 10 »
-
- C^{te} DE TOULOUSE-LAUTREC, A LAVAUR 5 »
-
- TRACOL, NOTAIRE, AVIGNON 10 »
-
- L’_Univers_, A PARIS 50 »
-
- PAUL VACHIER, PEINTRE, AVIGNON 2 »
-
- JONATHAN VALABRÈGUE, AVIGNON 10 »
-
- AMÉDÉE VALABRÈGUE, AVIGNON 10 »
-
- ADR. VALLAT, ROQUEMAURE 0 50
-
- ARISTIDE VALETTE, ROQUEMAURE 5 »
-
- L’ABBÉ VALETTE, CURÉ, PUJAUT 5 »
-
- DE VATIMESNIL (EURE) 10 »
-
- BLAISE VELAY, PUJAUT 2 »
-
- GABRIEL VERDET, AVIGNON 50 »
-
- MARCEL VERDET, AVIGNON 20 »
-
- THÉODORE VERDET, AVIGNON 20 »
-
- L. VERNET, STATUAIRE, AVIGNON 1 50
-
- L’ABBÉ DE VÉROT, AVIGNON 10 »
-
- A. VEUX, ROQUEMAURE 1 »
-
- J^h VIDAL, PUJAUT 1 »
-
- M^{gr} VIGNE, ARCHEVÈQUE D’AVIGNON 50 »
-
- ALFR. VIGUIER, PARIS 1 50
-
- D^r VILLARS, AVIGNON 20 »
-
- M^{is} DE VILLEFRANCHE, PARIS 25 »
-
- C^{te} DE VILLENEUVE-BARGEMON, AVIGNON 10 »
-
- C^{te} DE VILLENEUVE-ESCLAPON, AVIGNON 10 »
-
- FRÉD. VILLET, AVIGNON 2 »
-
- CHARLES VINCENS, MARSEILLE 25 »
-
- C^{tesse} ELZÉAR DE VOGÜÉ 5 »
-
- HENRI YVAREN, AVIGNON 50 »
-
- TROIS ANONYMES, AVIGNON 1 50
-
- DEUX ANONYMES, MARSEILLE 4 »
-
- UN ANONYME, AVIGNON 5 »
-
- UN ANONYME (HAUTE-SAÔNE) 30 »
-
- UN ANONYME, OFFICIER, AVIGNON 2 »
-
- V. D. S. J. 20 »
-
- C. F., A AVIGNON 0 50
-
- DEUX FÉLIBRES, AVIGNON 1 50
-
- DEUX CHARPENTIERS, AVIGNON 1 »
-
- H. H. Y. (CÔTES-DU-NORD) 5 »
-
- UN LECTEUR DES _Semaines_, AVIGNON 0 50
-
- UN MOINE DE LÉRINS 10 »
-
- UN PETIT BELGE 1 »
-
- T., A AVIGNON 2 »
-
- ————————
- TOTAL 6,723 30
-
-
-
-
- INDEX ALPHABÉTIQUE
-
- DES
-
- NOMS PROPRES CITÉS DANS CE VOLUME
-
-
-A
-
- ABEL (Henri), 66, 73, 74.
-
- ABOUT (Edmond), 174, 214, 259, 403, 404, 405, 407, 409, 423, 471.
-
- ACHARD (Amédée), 114, 177.
-
- ADAM (Adolphe), 171, 177.
-
- AFFRE (M^{gr}), 153.
-
- AGNIEL (l’abbé), 496.
-
- ALBONI (Marietta), 441.
-
- ALEMBERT (d’), 287.
-
- ALEXANDRE (Charles), professeur, 34.
-
- ALIBERT (le D^r), 41.
-
- ALLAN (M^{me}), comédienne, 121.
-
- ALLEVARRÈS. Voyez SERRAVALLE.
-
- ALLOURY (Antoine), 233.
-
- ALZON (Emmanuel d’), 24, 43, 44, 45, 471.
-
- AMPÈRE (André-Marie), 41.
-
- AMPÈRE (Jean-Jacques), 75.
-
- ANCELOT (M^{me}), 115.
-
- ANDIGNÉ (Auguste, comte d’), 154, 351.
-
- ANDIGNÉ (Léon, marquis d’), 351.
-
- ANGLES (Monsieur des), 5.
-
- ANGOULÊME (duc d’), 20, 71.
-
- ANGOULÊME (duchesse d’), 19, 20, 21.
-
- ANSELME (H. d’), 84.
-
- APPIUS CLAUDIUS, 187.
-
- ARAGO (François), 38, 41.
-
- ARBOUVILLE (M^{me} d’), 115.
-
- ARCHIMBAUD (Alphonse d’), 372.
-
- ARNAL, comédien, 290.
-
- ARNAULT (Antoine-Vincent), 58
-
- ATHÉNOSY (Isidore d’), 372.
-
- ATTICUS, 478.
-
- AUBANEL (Théodore), 469.
-
- AUBER, 53.
-
- AUBRYET (Xavier), 347.
-
- AUDIFFRET-PASQUIER (duc d’), 426, 427.
-
- AUDIGIER (Henri d’), 250.
-
- AUDRAN (Girard), graveur, 434.
-
- AUGIER (Émile), 143, 172, 198, 199, 216, 218, 232, 309, 418, 485.
-
- AUMALE (duc d’), 397, 398, 403, 413, 419.
-
- AUTRAN (Joseph), 101, 143, 174, 224, 226, 229, 233, 234, 239, 267,
- 282, 283, 284, 287, 289, 293, 298, 299, 301, 302, 304, 306, 307,
- 308, 319, 320, 356, 358, 360, 361, 364, 371, 389, 398, 399, 400,
- 402, 406, 407, 409, 410, 415, 416, 418, 419, 420, 421, 422, 423,
- 424, 425, 471, 478.
-
- AUTRAN (M^{me} Joseph), 305, 399, 426.
-
- AVERTON (Frédéric d’), 91, 92, 93, 94, 95, 96, 105.
-
- AVERTON (Guy d’), 94.
-
-
-B
-
- BACIOCCHI (Eugène de), 372.
-
- BAILLY DE SURCY, 57.
-
- BALLANCHE, 40.
-
- BALZAC (H. de), 54, 74, 116, 156, 179, 214, 221, 237, 238, 254, 255,
- 304.
-
- BARAGNON (Louis-Numa), 340.
-
- BARAGUEY D’HILLIERS (Achille, comte), maréchal de France, 153.
-
- BARANTE (baron Prosper de), 471.
-
- BARBENTANE (marquis Léon de), 350.
-
- BARBEY D’AUREVILLY (Jules), 138, 233, 244, 260, 472, 473, 474.
-
- BARBIER (Auguste), 394, 418, 420.
-
- BARNI (Jules), 349.
-
- BARODET, 356.
-
- BARRÊME, calculateur, 389.
-
- BARROT (Odilon), 321.
-
- BARTHÉLEMY (Auguste), 488.
-
- BARTHÉLEMY (marquis de), 153.
-
- BASTET (Antoine), sculpteur, 434, 462.
-
- BASTET (J.), 84.
-
- BAUDELAIRE (Charles), 471.
-
- BAYLE (Pierre), 468.
-
- BEAUCHESNE (Alcide de), 174.
-
- BEAUSACQ (comtesse Diane de), 466.
-
- BEAUVOIR (Roger de), 114, 115, 156.
-
- BEC, 267, 288.
-
- BÉCHARD (Ferdinand), 270.
-
- BÉCHARD (Frédéric), 267, 270, 288, 296, 297, 315, 316, 317, 318.
-
- BELCASTEL (Gabriel de), 432, 458.
-
- BELLANGÉ, peintre, 385.
-
- BELLEVAL (marquis de), 169, 170, 171, 172, 173, 174, 175, 176, 180,
- 182, 250.
-
- BELVÈZE (de), 166.
-
- BENTZON (M^{me} Th.), 183.
-
- BÉRANGER (P.-J. de), 139, 144, 167, 204, 205, 206, 207, 237, 308.
-
- BERLIOZ (Hector), 450.
-
- BERMOND (de), 72.
-
- BERNARD (Saint), 208.
-
- BERNARD (Charles de), 144, 471, 477.
-
- BERNARD (Claude), 418, 420, 427.
-
- BERNARDI (de), 161.
-
- BERNE-BELLECOUR, peintre, 385.
-
- BERNHARDT (Rosine BERNARD, dite SARAH), 358, 384.
-
- BERNIS (comtesse René de), 16.
-
- BERNIS (Léon de), 43.
-
- BERRY (duc de), 17.
-
- BERRY (duchesse de), 60, 70, 71, 109, 369.
-
- BERRYER, 14, 54, 66, 73, 81, 82, 83, 91, 98, 99, 100, 101, 128, 153,
- 171, 177, 270, 299, 302, 312, 313, 346, 392, 394, 432, 450, 451,
- 452, 471.
-
- BERT (Paul), 349.
-
- BERTIN (Ernest), 479.
-
- BERTIN (Jean-Victor), 10.
-
- BERTHOUD (Henry), 114.
-
- BESPLAS (marquis de), 118, 358, 368, 375.
-
- BESSON (M^{gr}), 439.
-
- BEUDIN, auteur dramatique, 31.
-
- BEUGNOT (comte Arthur), 172.
-
- BEULÉ (Ernest), 413, 415.
-
- BIDAULT, peintre, 10.
-
- BILIOTTI (marquis de), 360.
-
- BIOT, 41.
-
- BIRÉ (Edmond), 13, 131, 168, 191, 313, 372, 446, 451, 452, 484.
-
- BISMARCK (prince de), 278, 363.
-
- BITAUBÉ, 40.
-
- BLAIN, tailleur, 45.
-
- BLANC (Louis), 307.
-
- BLANCHETTI (Paul), 15.
-
- BLAZE DE BURY (Henry), 76, 124, 191.
-
- BLOCQUEVILLE (marquise de), 478.
-
- BOIGNE (comtesse de), 466.
-
- BOISSIER (Gaston), 482.
-
- BOISSIEU (Arthur de), 267, 291, 300, 355.
-
- BONALD (vicomte de), 40, 139.
-
- BONINGTON, 53.
-
- BONJOUR (Casimir), 98.
-
- BONNAT, 383.
-
- BONNET (le P. Élie), 491.
-
- BORDERIES (M^{gr}), 28.
-
- BOSIO, sculpteur, 53.
-
- BOSSUET, 15, 18, 41, 361, 474.
-
- BOUDIN, cafetier, 69.
-
- BOUDIN fils, 69.
-
- BOUGLÉ (Charles), 244.
-
- BOUHOURS (le Père), 194.
-
- BOULAY DE LA MEURTHE (le comte Joseph), 39.
-
- BOURBOUSSON, député, 161.
-
- BOURDALOUE, 15.
-
- BOURGET (Paul), 465, 466.
-
- BOURMONT fils (de), 72.
-
- BRASCASSAT, peintre, 53.
-
- BRESSANT, acteur, 166.
-
- BRIDAINE (le P.), 19.
-
- BRIÈRE, imprimeur, 132.
-
- BRILLAT-SAVARIN, 288, 388.
-
- BRINDEAU (Paul), acteur, 149.
-
- BRIZEUX (Auguste), 471.
-
- BROGLIE (duc Victor de), 48, 105, 397, 405, 407.
-
- BROGLIE (duc Albert de), 165, 212, 235, 321, 374, 405, 408, 413, 418,
- 426, 482.
-
- BRUNETIÈRE (Ferdinand), 237, 264.
-
- BUCHERON (Arthur-Marie), connu sous le pseudonyme de SAINT-GENEST,
- 327, 343, 356, 379.
-
- BUGEAUD (le maréchal), 153.
-
- BULOZ (François), 77, 108, 119, 120, 121, 124, 125, 126, 127, 147,
- 160, 162, 163, 173, 174, 182, 183, 232, 233, 234, 262, 264, 279,
- 280, 281, 372, 373, 380, 471.
-
- BULOZ (Christine BLAZE, dame), 124.
-
- BUSSIÈRES (de), 207.
-
- BUSSONNIER, pâtissier, 39.
-
- BYRON (lord), 54, 88, 308.
-
-
-C
-
- CADE (Edme), 438, 440, 491.
-
- CADOT (Alexandre), éditeur, 156.
-
- CALONNE (Alphonse de), 135, 138, 143, 169, 175, 215, 250.
-
- CALVIÈRE (marquis de), 16, 17.
-
- CALVIÈRE (marquise de), 66, 71.
-
- CAMBACÉRÈS (le prince), 38.
-
- CAMBIS D’ORSAN (Henri de), marquis de Lagnes, grand-père maternel de
- Pontmartin, 12.
-
- CAMBIS D’ORSAN (Augustine de Grave, marquise de), grand’mère
- maternelle de Pontmartin, 12, 13, 16.
-
- CAMBIS (Henriette de), 12, 14.
-
- CAMBIS (Augustin, marquis de), pair de France, 12, 16, 23, 39, 40, 56,
- 59, 60, 81, 82, 117, 130.
-
- CAMBIS (Alfred de), 24, 56.
-
- CAMBIS (Henri de), 24, 43, 45, 56, 68, 82.
-
- CAMBIS (l’abbé Adalbert de), 14, 27, 45.
-
- CANDOLLE (de), 72.
-
- CANDOLLE (Pyrame de), botaniste, 75.
-
- CANRON (Augustin), 440, 454.
-
- CAPTIER (le Père), 336.
-
- CARDINAL (M^{me}), 108, 112, 113.
-
- CARNÉ (comte Louis de), 49, 57, 59, 212, 213, 409, 410, 418, 471.
-
- CARO (Edme), 174, 394, 423, 482.
-
- CARO (M^{me} Edme), 465.
-
- CARON, restaurateur, 368.
-
- CARREL (Armand), 123.
-
- CARS (duc DES), 132.
-
- CASTIL-BLAZE (Henri-Joseph BLAZE, dit), 76, 124, 234.
-
- CAUSSIDIÈRE, 307.
-
- CAUVIÈREZ, 72.
-
- CAVAIGNAC (général), 136.
-
- CAZALÈS (Edmond de), 57, 59, 212.
-
- CHAIX (l’abbé), 332.
-
- CHALENTON (l’abbé), 6.
-
- CHALLEMEL-LACOUR, 267, 281, 290, 331.
-
- CHAM (vicomte Amédée DE NOÉ, dit), 126, 140, 141, 142.
-
- CHAMBORD (comte de), 71, 91, 94, 168, 353.
-
- CHAMPAGNY (Franz de), 393, 394, 409, 419.
-
- CHAMPMARTIN, peintre, 76.
-
- CHANGARNIER (général), 147, 153.
-
- CHARETTE (général baron de), 374, 443.
-
- CHARLES X, 52, 324, 395.
-
- CHARRE (Émile), 126, 151.
-
- CHASLES (Philarète), 114, 172, 174.
-
- CHASSÉRIAU (Théodore), 144.
-
- CHATHAM (lord), 100.
-
- CHATEAUBRIAND, 39, 54, 130, 145, 230, 260, 299, 311, 361, 448, 491.
-
- CHAUDES-AIGUES (J.), 86.
-
- CHEVANDIER DE VALDRÔME (Eugène), 324, 325, 326.
-
- CHEVANDIER DE VALDRÔME (Paul), 301, 325.
-
- CHEVREAU (Henri), 322.
-
- CICÉRON, 478.
-
- CIRCOURT (Albert, comte de), 135, 154, 168.
-
- CLARETIE (Jules), 237, 257, 303, 305, 314, 346, 473, 478, 481.
-
- COCHIN (Augustin), 213, 381.
-
- CONDILLAC, 42.
-
- CONSTANS (Ernest), 487.
-
- COPPÉE (François), 466.
-
- CORMENIN (vicomte de), 98.
-
- CORNEILLE (Pierre), 18, 40, 129.
-
- CORNUDET (Léon), 65.
-
- COROT, peintre, 10.
-
- CORTOT, sculpteur, 53.
-
- COULONDRES (Alfred), 440.
-
- COUPVENT DES BOIS (amiral), 166.
-
- COURIER (Paul-Louis), 205.
-
- COURTET (Jules), 84.
-
- COUSIN (Victor), 46, 47, 48, 50, 51, 54, 122, 153, 154, 232, 235, 260,
- 331, 441, 450, 471, 482.
-
- CROCHARD (Armand de), 43, 44.
-
- CUVIER (Georges), 54.
-
- CUVILLIER-FLEURY, 49, 62, 91, 98, 99, 100, 101, 169, 194, 356, 380,
- 389, 400, 401, 406, 407, 410, 413, 414, 415, 416, 418, 420, 423,
- 443, 444, 448, 453, 475, 478, 479, 480, 481.
-
-
-D
-
- DABADIE, chanteur, 42.
-
- DALLOZ (Paul), 343.
-
- DAMBRAY (le chancelier), 38.
-
- DAMIRON, 49.
-
- DAMOREAU-CINTI (M^{me}), cantatrice, 42, 47, 142.
-
- DAUDET (Alphonse), 469.
-
- DAVID (Louis), 327, 342.
-
- DAVID D’ANGERS, 53.
-
- DECAZES (duc Elie), 17, 18.
-
- DEGUERRY (l’abbé), 311.
-
- DELABORDE (vicomte Henri), 117.
-
- DELACROIX (Eugène), 53, 450.
-
- DELAHANTE (Adrien), 43.
-
- DELALOT (vicomte), 40.
-
- DELAPORTE (le Père Victor), 460.
-
- DELAROCHE (Paul), 41, 53, 75, 450.
-
- DELAVIGNE (Casimir), 11, 308.
-
- DELIBES (Léo), 357.
-
- DELILLE (Jacques), 51.
-
- DELORD (Taxile), 206, 225, 237, 255, 256, 259.
-
- DEMANTE (A.-M.), 47.
-
- DEPLACE (l’abbé Charles), 84.
-
- DEREGNAUCOURT, député, 348.
-
- DERETZ, journaliste, 91, 92, 93, 94.
-
- DÉROULÈDE (Paul), 466.
-
- DÉSAUGIERS, 205.
-
- DESCARTES (René), 42.
-
- DES ESSARTS (Alfred), 115.
-
- DESMOUSSEAUX DE GIVRÉ, 172.
-
- DETAILLE, peintre, 385.
-
- DEVÈRIA (Eugène), 53, 101.
-
- DIDON (le Père), 444.
-
- DINAUX, auteur dramatique, 31, 78.
-
- DORVAL (M^{me}), 31, 66, 78, 79, 80, 101.
-
- DOUBLE (le D^r François-Joseph), 7, 23, 41, 172.
-
- DOUBLE (Léopold), 7.
-
- DOUCET (Camille), 33, 415, 418.
-
- DOUDAN (Ximénès), 99.
-
- DREUX-BRÉZÉ (marquis de), 43.
-
- DREUX-BRÉZÉ (Pierre de), évêque de Moulins, 43, 432, 458.
-
- DUBOIS (P.-J.), 49.
-
- DU BOYS (Albert), 429.
-
- DUBOYS D’ANGERS, 332.
-
- DUCANGE (Victor), 31, 78.
-
- DU CAURROY, 47.
-
- DU CAYLA (Ugolin), 43.
-
- DUCHATEL (comte), 117, 177.
-
- DUCHESNOIS (M^{lle}), 41.
-
- DUCLOS (François), 360.
-
- DUFAURE (Jules), 413, 418.
-
- DUGABÉ, avocat, 91, 95.
-
- DUMARSAIS (l’abbé), 26.
-
- DUMAS (Adolphe), 101.
-
- DUMAS père (Alexandre), 78, 79, 114, 156, 158, 172, 289, 290, 423,
- 448, 477.
-
- DUMAS fils (Alexandre), 156, 216, 217, 232, 267, 280, 282, 283, 284,
- 289, 305, 349, 398, 407.
-
- DUMONT, professeur, 34.
-
- DUMONT, statuaire, 53.
-
- DUPANLOUP (M^{gr}), 27, 213, 267, 281, 299, 358, 377, 378, 381, 389,
- 403, 404, 407, 409, 420, 427, 428, 450, 471.
-
- DUPATY (Emmanuel), 201.
-
- DUPONT (Alexis), 42.
-
- DUPRAY, peintre, 385.
-
- DUPRÉ (Edmond), 169, 188, 189.
-
- DUPREZ (Gilbert-Louis), chanteur, 142, 387.
-
- DUPUY, de Cavaillon, 161.
-
- DUPUY, d’Orange, 161.
-
- DURAND (baronne), 154.
-
- DURAND (Justin), député, 332.
-
- DURAND (M^{me} Justin), 332, 333.
-
- DURANTON, 47.
-
- DUROZOIR (Charles), 34.
-
- DU THEIL, avocat, 115.
-
- DUVERGIER DE HAURANNE (Prosper), 49, 393, 397, 405, 413, 418.
-
-
-E
-
- ECKMÜHL (Louis d’), 43.
-
- ÉDOUARD et FÉLIX, restaurateurs, 347.
-
- EMPIS, académicien, 389, 392, 393, 394.
-
- ERCKMANN-CHATRIAN, 280.
-
- ESCANDE (Amable), 267, 270, 271.
-
- ESCUNS (comte d’), 132, 154.
-
- ESIG (François), 72.
-
- ESMÉNARD, 40.
-
- ESQUIROS (Alphonse), 331.
-
- EUGÉNIE (l’Impératrice), 326.
-
-
-F
-
- FABRE (Ferdinand), 485.
-
- FAGES (Émile), 265.
-
- FALCON (M^{lle}), 142.
-
- FALLIÈRES (Armand), 487.
-
- FALLOUX (comte Alfred de), 49, 126, 128, 148, 153, 154, 155, 160, 172,
- 177, 191, 212, 213, 235, 299, 321, 327, 345, 353, 389, 396, 397,
- 398, 407, 409, 417, 418, 420, 423, 471.
-
- FAURE, chanteur, 323.
-
- FAURIEL (Claude), 75.
-
- FAVRE (Jules), 37, 299, 407, 413, 418, 423.
-
- FAY (Léontine), voir VOLNYS.
-
- FÉLETZ (l’abbé de), 35, 466.
-
- FÉLIX (le Père), 204, 231, 232, 267, 290, 291.
-
- FERDINAND VII, 71.
-
- FERRAR (Messieurs de), 2, 3.
-
- FERRAR (Antoine de), 3.
-
- FERRARI (Antoine), 72.
-
- FERVILLE, comédien, 31.
-
- FEUILLET (Octave), 216, 217, 232, 250, 271, 418, 420, 465, 482.
-
- FÉVAL (Paul), 114, 172, 174, 482.
-
- FEYDEAU (Ernest), 250, 271.
-
- FEZENSAC (duc de), 144.
-
- FLANDRIN (Hippolyte), 144.
-
- FLAUBERT (Gustave), 214, 471.
-
- FLOTTE (Paul de), 143.
-
- FONFRÈDE (Henri), 98.
-
- FOUDRAS (marquis de), 114, 156.
-
- FOURNEL (Victor), 235, 476.
-
- FOURNÈS (marquis de), 104.
-
- FOURTOU (de), 374.
-
- FOYATIER, 53.
-
- FRÉDÉRIC II, 363.
-
- FROISSARD-BROISSIA (de), 497.
-
-
-G
-
- GAILLARD (Léopold de), 161, 162, 178, 237, 257, 259, 274, 291, 307,
- 321, 336, 357, 372, 376, 377, 400, 401, 404, 406, 417, 426, 427,
- 430, 439, 440, 442, 461, 464, 478, 483, 485, 490, 491.
-
- GAILLARDIN (Casimir), 43.
-
- GAMBETTA (Léon), 327, 329, 349, 352, 367, 413, 473.
-
- GANAIL, 72.
-
- GANSER (l’abbé), 26.
-
- GARCIA (Manuel), 441.
-
- GARIBALDI (Giuseppe), 329.
-
- GARNIER (Charles), 334, 498.
-
- GAUSSIN (M^{lle}), 384.
-
- GAUTIER (Théophile), 53, 56, 127, 182, 191, 192, 217, 226, 382, 393,
- 394, 398, 471.
-
- GAY (M^{me} Sophie), 115.
-
- GAY-LUSSAC, 41.
-
- GENOUDE (Eugène de), 130, 135.
-
- GENT (Alphonse), 161.
-
- GENTY DE BUSSY, 98.
-
- GEOFROY (Louis de), 149.
-
- GÉRARD (le baron), 53.
-
- GERBET (M^{gr}), 25, 213.
-
- GILLY (le général), 17.
-
- GINESTOUS (comte de), 270, 271.
-
- GIRARDIN (Émile de), 130, 222, 263, 358, 383, 384, 385.
-
- GIRARDIN (M^{me} Émile de), 178, 192, 222, 263.
-
- GIRARDIN (Saint-Marc), 49, 130, 153, 154, 160, 260, 293, 295, 389,
- 407, 409, 410, 414, 420, 423, 471, 482.
-
- GIRODET, 491.
-
- GLUCK, 47.
-
- GOBINEAU (Arthur de), 114.
-
- GONCOURT (Edmond et Jules de), 280.
-
- GONDINET (Edmond), 357.
-
- GONDRECOURT (général de), 114, 156.
-
- GONTIER, acteur, 31.
-
- GOT (Edmond), 149.
-
- GOUBAUX, auteur dramatique, 31.
-
- GOUNOD, 312, 374.
-
- GOUPIL, 385.
-
- GOZLAN (Léon), 114, 116, 172, 174, 195, 196, 198, 199.
-
- GRANDMANCHE DE BEAULIEU, 332.
-
- GRANET, peintre, 53.
-
- GRANGÉ (Pierre-Eugène BASTÉ, dit), 297, 298.
-
- GRANIER, sénateur, 161.
-
- GRANIER DE CASSAGNAC (Adolphe), 19, 244.
-
- GRAS (Félix), 469.
-
- GRATRY (le Père), 407, 409.
-
- GRAVE (le chevalier de), 12, 13.
-
- GRAVE (marquis de), 12.
-
- GRIMOD DE LA REYNIÈRE, 288.
-
- GRISI (Julia), 441.
-
- GROS (Étienne), professeur, 23, 30.
-
- GUDIN (Théodore), 53.
-
- GUERRY (marquis de), 13.
-
- GUERRY (marquise de), 13, 14.
-
- GUILHERMIER (Louis de), 372.
-
- GUINOT (Eugène), 250.
-
- GUIZOT (François), 41, 47, 48, 49, 54, 123, 171, 174, 177, 178, 235,
- 243, 260, 271, 302, 321, 407, 413, 418, 420, 424, 426, 427, 448,
- 450, 470, 471, 479, 482.
-
- GUIZOT (Guillaume), 174.
-
- GUYON (le Père), 19.
-
- GUYOT, éditeur, 140.
-
-
-H
-
- HALÉVY (Ludovic), 112, 446, 482.
-
- HAMELIN (l’abbé), 28.
-
- HANSKA (comtesse), plus tard M^{me} H. de Balzac, 254.
-
- HAUSSMANN (le baron), 275, 308.
-
- HAUSSONVILLE (comte Bernard d’), 327, 343, 394, 407, 418, 426, 427,
- 430, 482.
-
- HEIM, peintre, 53.
-
- HEINE (Henri), 122.
-
- HEINE (M^{me}), 298.
-
- HELLO (Ernest), 244.
-
- HOFFMANN (Théodore), 275.
-
- HORACE, 36, 205, 362, 463, 488.
-
- HOMÈRE, 129.
-
- HOUSSAYE (Henry), 487.
-
- HUET (Paul), 46, 53, 55, 56.
-
- HUGO (Victor), 18, 53, 54, 74, 78, 80, 85, 86, 87, 98, 123, 153, 214,
- 215, 238, 260, 268, 275, 308, 313, 349, 360, 418, 435, 469.
-
- HYACINTHE (Louis-Hyacinthe DUFLOST, dit), 444.
-
-
-I
-
- IAWURECK (M^{lle}), cantatrice, 42.
-
- INGRES, 53.
-
- ISABEY (J.-B.), 53.
-
- IVOI (Paul d’), 250.
-
-
-J
-
- JACQUEMART (M^{lle} Nélie), 383.
-
- JANICOT (Gustave), 271, 312, 454, 455.
-
- JANIN (Jules), 46, 52, 79, 116, 127, 192, 193, 217, 237, 250, 265,
- 358, 362, 380, 389, 396, 397, 405, 418, 420, 424, 430, 471.
-
- JONQUIÈRES (le P. Amédée de), 372.
-
- JOSSERAND, libraire, 332.
-
- JOUBERT (Joseph), 267, 299.
-
- JOUDOU, journaliste, 66, 77, 82, 83.
-
- JOUFFROY (Théodore), 48.
-
- JOURDAN (Louis), 207.
-
- JOUVENET (Jean), 434.
-
- JOUVIN (B.), 233, 250.
-
- JOUY (Victor-Joseph ETIENNE, dit DE), 58.
-
- JUSSIEU (Adrien de), 75.
-
- JUTEAU (Emma), acrobate, 474.
-
-
-K
-
- KARR (Alphonse), 114, 191, 250.
-
- KERDREL (Audren de), 166.
-
- KERGORLAY (comte de), 72.
-
- KERGORLAY fils (de), 72.
-
-
-L
-
- LA BÉDOLLIÈRE (Émile GIGAULT de), 207.
-
- LABICHE (Eugène), 444, 454.
-
- LABLACHE, 142, 441.
-
- LABORDE (Léo de), 161, 237, 257, 304.
-
- LA BOUILLERIE (Charles de), 43.
-
- LABOULIE (Gustave de), 71, 91, 94, 95.
-
- LA BOURDONNAYE (abbé de), 23, 27.
-
- LA BRUYÈRE (Jean de), 41, 140.
-
- LACENAIRE, 112.
-
- LACHAUD (de), 72.
-
- LACOMBE (Charles de), 83, 451.
-
- LACORDAIRE (le Père), 25, 168, 213, 231, 377.
-
- LACROIX (Jules), 191.
-
- LACROIX (Paul), 191.
-
- LA FERRIÈRE (Hector de), 43.
-
- LAFITTE (Pierre), 78.
-
- LAFOND (Ernest), 332.
-
- LA FONTAINE (Jean de), 188.
-
- LAGENEVAIS (F. de), 267, 280.
-
- LAGRANGE (M^{gr}), 377.
-
- LAINÉ, 40, 98.
-
- LA MADELÈNE (Henry de), 251.
-
- LA MADELÈNE (Jules de), 251.
-
- LAMARTINE (Alphonse de), 52, 53, 54, 85, 86, 87, 108, 116, 130, 143,
- 144, 152, 260, 271, 301, 308, 311, 312, 313, 314, 321, 338, 380,
- 394, 397, 435, 448, 471, 489.
-
- LAMARTINE (M^{me} Valentine de), 311.
-
- LAMORICIÈRE (général de), 152, 443.
-
- LANFREY (Pierre), 329.
-
- LANJUINAIS (Victor), 156.
-
- LAPRADE (Victor de), 191, 239, 274, 284, 291, 299, 301, 307, 308, 377,
- 401, 406, 409, 413, 415, 418, 419, 420, 421, 422, 424, 471, 478.
-
- LARCY (baron de), 49, 73, 128, 164, 165, 471.
-
- LAROCHE, 298.
-
- LA ROCHE-GUYON (duchesse de), 478.
-
- LAROCHETTE (M^{me} de), 106.
-
- LA ROCHEJAQUELEIN (marquis Henri de), 153.
-
- LA ROQUE (Louis de), 454, 455.
-
- LA TOUR DU PIN (Guy de), 43.
-
- LAURENTIE (Pierre-Sébastien), 130, 154, 270.
-
- LA VALETTE (Adrien de), 169, 176, 177.
-
- LAVEDAN (comte Léon), 376, 392.
-
- LAVEDAN (Henri), 358, 388, 452.
-
- LAYET DE PODIO, 72.
-
- LEBERTRE (Félix), 46, 57.
-
- LEBESCHU (M^{lle} Mathilde), 72.
-
- LEBRETON (général), 151, 166.
-
- LEBRUN (Pierre), 412, 413, 420, 423.
-
- LECANUET (le Père), 212.
-
- LECLERC (Edmond), 117.
-
- LECOFFRE (Jacques), 237, 240, 242, 243, 246, 247, 249.
-
- LECOMTE (général), 337.
-
- LEDRU-ROLLIN, 359, 360.
-
- LEFÊVRE-DEUMIER (Jules), 234.
-
- LEFORT, 378.
-
- LEGALLOIS (M^{lle}), 42.
-
- LEGOUVÉ (Ernest), 33, 237, 255, 256, 410, 415, 416, 418.
-
- LEMAÎTRE (Frédérick), 31.
-
- LEMOINNE (John), 130.
-
- LENORMANT (Charles), 213.
-
- LENORMANT (M^{me} Charles), 454.
-
- LERMINIER, 178.
-
- LEVASSEUR, chanteur, 42, 142.
-
- LÉVY (Calmann), 184, 217, 447, 462.
-
- LÉVY (Michel), 218, 225, 226, 277, 302, 348.
-
- LIBRI (Guillaume-Brutus-Icilius), 7.
-
- LIEZ, proviseur, 26.
-
- LIREUX (Auguste), 131.
-
- LISZT (Franz), 76.
-
- LITTRÉ (Émile), 398, 403, 404, 405, 407, 408, 413, 418, 423.
-
- LOMÉNIE (Louis de), 399, 403, 417, 420, 427, 428.
-
- LOUIS-PHILIPPE I^{er}, 129, 132, 307, 373, 395.
-
- LOURDOUEIX (Honoré de), 135, 154, 271.
-
- LUCE DE LANCIVAL, 40.
-
- LUCRÈCE, 27.
-
- LUTHER (M^{lle} Amédine), 149.
-
- LUYNES (Honoré-Théodore, duc de), 75.
-
-
-M
-
- MACHIAVEL, 299.
-
- MAC-MAHON (maréchal de), 357, 374, 412.
-
- MAGNIN (Charles), 49, 127.
-
- MAIGRET, peintre, 385.
-
- MAILLÉ (marquis de), 153.
-
- MAISTRE (Joseph de), 139, 160, 168, 473, 474.
-
- MALIBRAN (M^{me}), 45, 142, 279, 387, 441.
-
- MALLAC (Éloi), 169, 177, 178, 205.
-
- MANDAROUX-VERTAMY, 177.
-
- MANTE (M^{lle}), 149.
-
- MANUEL (Eugène), 413.
-
- MANZONI (Alexandre), 308.
-
- MARCELLUS (comte de), 172.
-
- MARIO (Joseph, marquis DE CANDIA, dit), chanteur, 142, 387, 441.
-
- MARMIER (Xavier), 75, 154, 172, 397, 405, 410, 415, 416, 418, 420.
-
- MARRAST (Armand), 153.
-
- MARS (M^{lle}), 11, 31, 78, 79.
-
- MARS (Victor de), 123, 234, 281, 372, 373.
-
- MARTIN (John), peintre anglais, 335.
-
- MASGANA (Paul), libraire, 54, 370.
-
- MASSILLON, 15.
-
- MASSON (Frédéric), 483, 484.
-
- MATHIEU, astronome, 41.
-
- MATHIEU (Anselme), 469.
-
- MAUMUS (le Père), 444.
-
- MELUN (vicomte Armand de), 25, 26, 213.
-
- MERLE (J.-T.), 101, 114, 115.
-
- MERLIN (comtesse), 115.
-
- MÉRIMÉE (Prosper), 54, 66, 76, 101, 122, 171, 174, 296, 323, 331, 360,
- 396, 403, 477.
-
- MERMET (Auguste), 347.
-
- MÉRY (Joseph), 75, 108, 115, 172, 174.
-
- MESNARD (comte de), 72.
-
- MEYERBEER, 450.
-
- MÉZIÈRES (Alfred), 423.
-
- MICHAUD aîné, 3, 34.
-
- MICHAUD jeune, 66, 88, 98, 324.
-
- MICHELET (Jules), 271, 272, 466.
-
- MICHELLE, professeur, 23, 34.
-
- MIGNET (François), 154, 302, 418, 482.
-
- MIRABEAU, 98, 100.
-
- MIRBEL (Charles-François), botaniste, 75, 76.
-
- MIRECOURT, acteur, 149.
-
- MISTRAL (Frédéric), 327, 350, 351, 460, 469, 470.
-
- MITCHELL (Robert), 347.
-
- MOCZINSKA (comtesse), 7.
-
- MOHL (M^{me}), 413.
-
- MOISANT (Constant), 111.
-
- MOLAND (Louis), 138.
-
- MOLÉ (comte), 123, 153, 172, 177, 450.
-
- MOLIÈRE, 197, 309.
-
- MONNIER DES TAILLADES, 91, 95.
-
- MONTAIGNE (Michel de), 238.
-
- MONTALEMBERT (comte Charles de), 49, 54, 65, 191, 204, 210, 212, 213,
- 235, 260, 299, 396, 397, 409, 450, 482.
-
- MONTÉPIN (Xavier de), 136.
-
- MONTESSU (M^{lle}), 42.
-
- MONTESQUIOU (de), 378.
-
- MONTEYNARD (Raymond de), 43.
-
- MONTFAUCON (baron de), 66, 68.
-
- MONTGRAND (marquis de), 73.
-
- MONTMORENCY (duc de), 154.
-
- MONTRAVEL (M. de), beau-père de Pontmartin, 106.
-
- MONTRAVEL (M^{me} de), belle-mère de Pontmartin, 106.
-
- MONTRAVEL (comte de), beau-frère de Pontmartin, 497.
-
- MONTRAVEL (Théodore de), 497.
-
- MORNY (duc de), 284, 308.
-
- MOZART, 381.
-
- MOUCHY (duc de), 153.
-
- MULLER (Charles), 358, 382.
-
- MURET (Théodore), 114, 131, 132, 133, 134, 137, 215.
-
- MÜRGER (Henri), 169, 175, 232, 234.
-
- MUSSET (Alfred de), 49, 53, 66, 74, 85, 86, 87, 121, 122, 127, 149,
- 191, 260, 373, 435.
-
- MUSSET (Paul de), 373.
-
-
-N
-
- NANTEUIL (Charles-François LEBŒUF, dit), sculpteur, 53.
-
- NAPOLÉON I^{er}, 71, 113, 308.
-
- NAPOLÉON III, 153, 168, 222, 320, 395.
-
- NAPOLÉON (le prince), 484.
-
- NETTEMENT (Alfred), 115, 127, 129, 130, 131, 132, 133, 134, 135, 137,
- 154, 167, 172, 176, 191, 216, 237, 239, 240, 242, 243, 244, 248,
- 486.
-
- NETTEMENT (M^{me} Alfred), 167, 243.
-
- NEUVILLE (Alphonse de), peintre, 385.
-
- NICOLE (Pierre), 18.
-
- NICOLLE (l’abbé), 25.
-
- NICOLLE (Henri), 25.
-
- NILSSON (M^{lle}), 312.
-
- NISARD (Désiré), 49, 191, 419, 432, 459, 482.
-
- NOAILLES (duc Paul de), 48, 153, 171, 177, 235, 409, 414, 419.
-
- NOBLET (M^{lle}), 42.
-
- NODIER (Charles), 260, 477.
-
- NORMAND (Jacques), 226.
-
- NORMAND (M^{me} Jacques), 226.
-
- NOURRISSON (Félix), 178.
-
- NOURRIT (Adolphe), 42, 47, 142.
-
- NUITTER (Charles), 347.
-
- NUMA, comédien, 31.
-
-
-O
-
- OHNET (Georges), 469, 485.
-
- OLIVIER (Juste), 230.
-
- OLLIVIER (Aristide), 270.
-
- OLLIVIER (Émile), 14, 320, 321, 325, 326, 338, 397, 405, 407, 432,
- 459, 484.
-
- OLLIVIER (d’), 161.
-
- ORSAY (comte d’), 263.
-
- ORSINI (Félix), 221, 222.
-
- ORTIGUE (Joseph d’), 113, 267, 285, 286, 287, 459.
-
-
-P
-
- PAGANINI, 387, 452.
-
- PAILHÈS (l’abbé), 299.
-
- PALIKAO (comte de), 326.
-
- PARFAIT (Paul), 289.
-
- PARIS (M^{gr} le comte de), 458.
-
- PARIS (Paulin), 172.
-
- PATIN (Guillaume), 154, 413, 414, 418, 420.
-
- PAUL, comédien, 31.
-
- PELLETAN (Eugène), 115.
-
- PELLICO (Silvio), 74.
-
- PÊNE (Henri de), 126, 138, 309, 310, 353.
-
- PERREYVE, professeur de droit, 190.
-
- PERREYVE (l’abbé), 190, 213.
-
- PERSIANI (M^{me}), 142.
-
- PICHOT (Amédée), 179.
-
- PIE IX, 299.
-
- PIN (Elzéar), 161.
-
- PINGARD, 413.
-
- PITRAT, libraire, 332.
-
- PLANCHE (Gustave), 79, 108, 121, 125, 193, 214, 225, 260.
-
- PLANCHE (Louis-Augustin), 370.
-
- PLANTIER (M^{gr}), 439.
-
- PLAUTIN (l’abbé), 457.
-
- POISSON, géomètre, 45.
-
- POLIGNAC (Armand de), 6, 16.
-
- POLIGNAC (Jules de), 6, 16, 60, 99.
-
- POLIGNAC (Melchior de), 6.
-
- POLIGNAC (comtesse Diane de), 6.
-
- PONCELET, professeur de droit, 46, 47.
-
- PONCET (Eugène), 81, 82, 83.
-
- PONCHARD, 41, 47.
-
- PONGERVILLE (de), 58, 397.
-
- PONSARD (François), 55, 141, 174, 216, 218, 301, 302, 306, 307.
-
- PONSON DU TERRAIL, 126, 137, 138.
-
- PONTMARTIN (Joseph-Antoine de FERRAR, comte de), grand-père de
- Pontmartin, 3, 4, 5, 8.
-
- PONTMARTIN (Jeanne-Thérèse CALVET DES ANGLES, dame de), grand’mère de
- Pontmartin, 4, 5.
-
- PONTMARTIN (M^{me} de), seconde femme de Joseph-Antoine, 5, 8.
-
- PONTMARTIN (Eugène de), père d’Armand de Pontmartin, 5, 10, 14, 15,
- 16, 17, 18, 21, 23, 26, 46, 60, 434.
-
- PONTMARTIN (Émilie de CAMBIS, dame de), mère d’Armand de Pontmartin,
- 11, 14, 15, 18, 26, 67, 71, 72, 103, 108, 118.
-
- PONTMARTIN (Joseph de), oncle de Pontmartin, 5, 8, 9, 10, 15, 16, 21,
- 27, 30, 46, 47, 60, 61, 434.
-
- PONTMARTIN (Cécile de MONTRAVEL, comtesse Armand de), 106, 107, 327,
- 338, 339.
-
- PONTMARTIN (Henri de), 166, 223, 225, 305, 447, 497.
-
- PONTMARTIN (Jeanne d’HONORATI, comtesse Henri de), 447.
-
- PORTAL (le docteur), 38.
-
- POTOCKI (comte Vincent), 6.
-
- PRADIER (James), 41, 53, 144.
-
- PRAILLY (baron de), 377.
-
- PRAILLY (baronne de), 377.
-
- PRÉVOST-PARADOL, 301, 321, 323, 355, 396, 403.
-
- PROTAIS, peintre, 385.
-
- PROUDHON (P.-J.), 130.
-
- PROVOST, comédien, 149.
-
- POUGEARD-DULIMBERT, 224.
-
- POUJOULAT (François), 88, 154.
-
- POUSSEL (Henri), 454.
-
-
-Q
-
- QUÉLEN (M^{gr} de), 28.
-
-
-R
-
- RACHEL (M^{lle}), 263, 301, 306, 384.
-
- RACINE (Jean), 18, 40, 381, 489.
-
- RACT-MADOUX, professeur, 23, 26.
-
- RAOUL-ROCHETTE, 171.
-
- RAOUSSET-BOULBON (Gaston, comte de), 161.
-
- RAPHAËL, 474.
-
- RASPAIL (Eugène), 161.
-
- RATTIER (Paul), 126, 148, 151.
-
- RAUZAN (duc de), 153.
-
- RAVIGNAN (le Père de), 213, 231.
-
- REBOUL (Jean), 143, 172, 471.
-
- RÉCAMIER (le docteur), 41.
-
- REDON père, avocat, 94.
-
- REDON fils, avocat, 94.
-
- REGNARD, 140.
-
- RÉGNIER (François-Joseph), acteur, 127.
-
- REICHEMBERG (M^{lle} Suzanne), 474.
-
- RÉMUSAT (Charles de), 49, 116, 356, 418, 471.
-
- RENAN (Ernest), 277, 278, 407, 423.
-
- RENDUEL (Eugène), 81.
-
- RENOARD (Ulric de), 91, 94, 95, 96, 105.
-
- RENOUVIER (Charles), 40.
-
- RENOUVIER (Jean-Antoine), 40.
-
- RENOUVIER (Jules), 40.
-
- REQUIEN (Esprit), 66, 75.
-
- RETOURET (Léonard), 43, 46, 63, 77.
-
- RIANCEY (Henry de), 222, 229, 242.
-
- RICARD (Gustave), 414.
-
- RICHARD (Maurice), 326.
-
- RICHARD-LUCAS, restaurateur, 126, 166.
-
- RICHELIEU (duc de), 17, 25.
-
- RICHOMME (Emmanuel), 43, 55.
-
- RIGAUD, procureur du roi, 91, 95.
-
- RIGAUD (Hippolyte), 233.
-
- RIGAUT-PALAR (M^{me}), 41.
-
- ROBERGE, professeur, 23, 26.
-
- ROBERT (Léopold), 53.
-
- ROBILLARD D’AVRIGNY, 215.
-
- ROCHEFORT (Henri), 269.
-
- ROCHEPLATTE (comte de), 377.
-
- ROCHEPLATTE (comtesse de), 377, 378.
-
- ROCHETIN, 498.
-
- ROHAN (l’abbé duc de), 28.
-
- ROLLE (Hippolyte), 127.
-
- RONCONI, 142, 441.
-
- ROSELLY DE LORGUES, 281.
-
- ROSSINI, 42, 47, 53, 381, 441.
-
- ROSTAND (Alexis), 365.
-
- ROSTAND (Edmond), 365.
-
- ROSTAND (Eugène), 364, 365.
-
- ROUBIN (baron de), 440, 498.
-
- ROUGET DE L’ISLE, 324, 330.
-
- ROUHER (Eugène), 308.
-
- ROUMANILLE (Joseph), 440, 454, 469, 470.
-
- ROUSSE (Edmond), 432, 459.
-
- ROUSSEAU (Jean-Jacques), 355.
-
- ROUSSET (Camille), 399, 403, 405, 408, 415, 418, 453.
-
- ROUX (Eugène), 66, 73.
-
- ROUZEAUD (Auguste), 312.
-
- ROYER (Alphonse), 347.
-
- ROYER-COLLARD, 98.
-
- RUBINI, 45, 142, 441.
-
- RUDE (François), 53.
-
-
-S
-
- SACY (Silvestre de), 49, 130, 267, 272, 285, 413, 418, 471.
-
- SADE (marquis de), 473.
-
- SAINT-MART (de), 19.
-
- SAINT-PRIEST (comte Armand de), 40.
-
- SAINT-PRIEST (Emmanuel-Louis GUIGNARD, vicomte de), 66, 71, 72, 132,
- 154, 177.
-
- SAINT-SIMON (duc de), 464.
-
- SAINT-VICTOR (Paul de), 217, 382, 471, 482.
-
- SAINTE-BEUVE, 23, 36, 48, 53, 54, 70, 74, 85, 108, 122, 123, 124, 125,
- 126, 127, 144, 145, 169, 184, 186, 187, 188, 189, 230, 235, 237,
- 250, 254, 260, 262, 263, 301, 313, 314, 315, 360, 389, 392, 394,
- 395, 396, 397, 471.
-
- SALA (Adolphe), 72, 131, 134, 136, 154.
-
- SALACROUX (l’abbé), 26.
-
- SALINIS (M^{gr} de), 25.
-
- SALVADOR (vicomte Jules de), 91, 92, 93, 94, 95, 96, 108, 304.
-
- SALVANDY (comte de), 171, 174, 177, 471.
-
- SAND (George), 74, 85, 121, 122, 156, 271, 329, 448.
-
- SANDEAU (Jules), 108, 109, 110, 111, 114, 115, 116, 119, 126, 144,
- 155, 191, 198, 199, 221, 237, 254, 256, 263, 356, 357, 408, 410,
- 415, 418, 424, 471, 477.
-
- SANDEAU fils (Jules), 110.
-
- SARCEY (Francisque), 217, 456.
-
- SARDOU (Victorien), 216, 217, 301, 309, 310, 426.
-
- SASS (M^{me} Marie), 323.
-
- SAULCY (de), 171.
-
- SCHEFFER (Ary), 41, 53.
-
- SCHNETZ (Jean-Victor), 53.
-
- SCHOLL (Aurélien), 267, 287, 288.
-
- SCORBIAC (abbé de), 25.
-
- SCRIBE, éditeur, 140.
-
- SCRIBE (Eugène), 120, 121, 127, 217, 369, 485.
-
- SECOND (Albéric), 347.
-
- SEGUIN (François), 440.
-
- SÉGUR (général Philippe de), 58, 409, 410.
-
- SÉMONVILLE (marquis de), 38.
-
- SERRAVALLE (Jules de), 182.
-
- SERRE (comte de), 98.
-
- SÉVIGNÉ (M^{me} de), 140, 272.
-
- SIBOUR (M^{gr}), 26, 153.
-
- SIBOUR (abbé Léon), 26.
-
- SIGALON (Xavier), 53.
-
- SIGOYER (Antonin de), 84.
-
- SIMON (Jules), 374.
-
- SOMBREUIL (M^{lle} de), 18, 19.
-
- SONTAG (M^{lle}), 47, 142.
-
- SOULIÉ (Frédéric), 78, 156, 477.
-
- SOUVAROW, 7.
-
- SOUZA (M^{me} de), 113.
-
- SPULLER (Eugène), 487.
-
- STANDISH (M^{me}), 378.
-
- STERN (comtesse D’AGOULT, dite DANIEL), 116.
-
- SUE (Eugène), 101, 143, 158, 477.
-
- SYON (baron de), 160.
-
-
-T
-
- TACITE, 442.
-
- TAILLANDIER (Saint-René), 122, 399, 403, 409, 417, 420.
-
- TAINE, 407, 428.
-
- TALMA, 11, 30.
-
- TAMBURINI, 142, 441.
-
- TARBÉ DES SABLONS (Edmond), 138, 353, 410, 411.
-
- TAYLOR (baron), 171.
-
- TESTE (Adolphe), 94.
-
- TESTE (Jean-Baptiste), 94.
-
- TEXIER (Edmond), 172.
-
- THALBERG, 452.
-
- THÉNARD (baron), 41.
-
- THÉRÉSA (Emma VALADON, dite), 279.
-
- THÉVENET, 487.
-
- THIBAULT (abbé), 26.
-
- THIÉBAULT, fondeur, 462.
-
- THIERRY (Augustin), 69, 122, 217.
-
- THIERRY (Édouard), 177, 215.
-
- THIERS (Adolphe), 144, 153, 200, 288, 302, 321, 327, 348, 356, 357,
- 358, 376, 383, 397, 405, 408, 412, 416, 418, 424, 427, 471.
-
- THOMAS (Ambroise), 312.
-
- THOMAS (Clément), 337.
-
- THUREAU-DANGIN (Alfred), 64.
-
- THUREAU-DANGIN (Paul), 46, 64, 65.
-
- TIRARD, 487.
-
- TOCQUEVILLE (Alexis de), 260.
-
- TORCY (Féodor de), 43.
-
- TREILHARD (comte Achille), 272.
-
- TRÉVENEUC (de), député, 166.
-
- TROUBAT (Jules), 230.
-
-
-U
-
- UCHARD (Mario), 347.
-
-
-V
-
- VALETTE, professeur, 23, 34, 42.
-
- VALMY (duc de), 177.
-
- VALON (Alexis de), 114, 373.
-
- VATOUT (Jean), 40, 98.
-
- VAUCORBEIL, 347.
-
- VENDEL-HEYL, professeur, 23, 30, 34.
-
- VENTURA (le Père), 172.
-
- VÉRA (M^{lle} Sophie), 142.
-
- VERDI, 312.
-
- VERNET (Horace), 53, 75.
-
- VÉRON (docteur), 192.
-
- VERTPRÉ (Jenny), 31.
-
- VÉRY, 108, 115, 156.
-
- VEUILLOT (Louis), 130, 144, 160, 162, 169, 177, 191, 192, 193, 194,
- 204, 205, 206, 207, 209, 212, 227, 228, 229, 235, 244, 249, 271,
- 279, 404.
-
- VIARDOT (Pauline GARCIA, dame), 441.
-
- VIBERT, peintre, 383.
-
- VIEL-CASTEL (baron Louis de), 403, 407, 410, 417, 418, 420.
-
- VIENNET (Jean-Pons-Guillaume), 101, 153, 171, 175, 392, 394, 414.
-
- VIGNE (M^{gr}), 457, 463, 497.
-
- VIGNY (Alfred de), 53, 74, 78, 122, 260, 435, 471.
-
- VILLELUME-SOMBREUIL (comte de), 19.
-
- VILLEMAIN (Abel), 41, 46, 47, 48, 49, 50, 54, 153, 171, 172, 174, 235,
- 260, 323, 391, 396, 397, 403, 441, 450, 471, 482.
-
- VILLEMESSANT (Hippolyte CARTIER, dit DE), 136, 250, 315, 316, 317,
- 318.
-
- VILLEMOT (Auguste), 250.
-
- VIRGILE, 21, 27, 463, 483, 488, 489.
-
- VITET (Ludovic), 49, 122, 154, 171, 174, 175, 407, 414, 415, 420, 423,
- 471, 482.
-
- VOGÜÉ (comte de), 223.
-
- VOGÜÉ (vicomte Eugène-Melchior de), 223, 365, 484.
-
- VOILLET, dit VOILLET DE SAINT-PHILBERT, 132.
-
- VOISINS (de), 166.
-
- VOLNYS (Léontine FAY, dame), 31, 358, 368, 369.
-
- VOLTAIRE, 41, 51, 55, 66, 89.
-
-
-W
-
- WALLACE (sir Richard), 347.
-
- WALLON (Henri), 399.
-
- WALSH (vicomte Édouard), 91, 105, 107, 109, 114, 115, 129, 156.
-
- WALSH (vicomte Joseph), 105.
-
- WALTER SCOTT, 54, 296.
-
- WEISS (J.-J.), 355, 475, 482.
-
-
-Z
-
- ZOLA (Émile), 389, 424, 443, 462, 467, 468, 483, 486, 487, 489, 493.
-
-
-
-
- TABLE DES MATIÈRES
-
-
- CHAPITRE PREMIER
-
- La Famille et l’Enfance (1811-1823).
-
- Les _Ferrar_. Le traducteur du Tasse. Le comte Joseph-Antoine
- et _Monsieur des Angles_. L’Émigration. En Ukraine.—Retour
- aux Angles. L’_Oncle Joseph_. M. Eugène de Pontmartin et
- M^{lle} Émilie de Cambis. La marquise de Guerry et _les Trois
- Veuves_.—Naissance d’Armand de Pontmartin. L’hôtel de Calvière et
- Mademoiselle de Sombreuil. La Mission de 1819 et le voyage de la
- duchesse d’Angoulême. Virgile et M. Ract-Madoux. 1
-
-
- CHAPITRE II
-
- Les Années de collège (1823-1829).
-
- Le voyage d’Avignon à Paris en 1823. Au 37 de la rue
- de Vaugirard. Le collège Saint-Louis. Le catéchisme de
- Saint-Thomas-d’Aquin et l’abbé de La Bourdonnaye.—MM. Roberge,
- Étienne Gros et Vendel-Heyl. _Vox faucibus hæsit._—M. Valette
- et M. Michelle. Le Concours général. Sainte-Beuve et les vers
- latins.—Le jardin du Luxembourg, le salon du marquis de Cambis
- et le salon du docteur Double. _Le comte Ory._ Les camarades de
- Saint-Louis. Emmanuel d’Alzon et Henri de Cambis. 23
-
-
- CHAPITRE III
-
- L’École de Droit (1829-1832).
-
- M. Poncelet ou le professeur _mélomane_. A la Sorbonne. Cours
- de MM. Guizot. Villemain et Cousin.—Jules Janin et le _Siècle
- de Charles X_. Les arts et les lettres en l’an de grâce 1829.
- Le romantisme de Pontmartin.—L’atelier de Paul Huet et la
- première représentation d’_Hernani_. Félix Lebertre et la
- _Silhouette_. Le _Petit Plutarque français_. Le _Correspondant_.
- Première rencontre de Pontmartin avec l’Académie. Mort de M.
- Eugène de Pontmartin.—Mort de l’oncle Joseph. Le choléra.
- La prédiction de Léonard Retouret et _le 19 avril 1832_.
- La première représentation de la _Tour de Nesle_. Alfred
- Thureau-Dangin.—Retour à Avignon. 46
-
-
- CHAPITRE IV
-
- Les Années d’Avignon (1833-1838).
-
- La rue Violette et le baron de Montfaucon. Un maire d’autrefois.
- Le Cercle de l’Escarène et le _Café Boudin_.—L’Affaire du _Carlo
- Alberto_, le vicomte de Saint-Priest et la marquise de Calvière.
- Les bureaux d’une feuille royaliste en 1833, Henri Abel et Eugène
- Roux. Les _Revues littéraires_ de la _Gazette du Midi_. Esprit
- Requien et ses dîners du dimanche. Prosper Mérimée.—Le bonhomme
- Joudou et le _Messager de Vaucluse_. M^{me} Dorval. Pontmartin
- et le théâtre romantique. Les élections de 1837. Brochure sur
- Berryer.—L’_Album d’Avignon_. Pages sur Alfred de Musset. Joseph
- Michaud à Avignon. «Lisez du Voltaire.» 66
-
-
- CHAPITRE V
-
- Les Années d’Avignon (1839-1845).
-
- _LA MOUCHE, journal des Salons._ Le journaliste Deretz. Un
- duel dans l’île de la Barthelasse.—«L’Affaire d’Avignon».
- MM. de Salvador, d’Averton et de Renoard. La garde nationale
- d’Henri V. Gustave de Laboulie et M. Dugabé. Le président
- Monnier des Taillades et le procureur du roi Rigaud. Le coût
- d’un article et les _Mie Prigioni_ du gérant de la _Gazette
- du Midi_.—Les _Causeries provinciales_ de la _Quotidienne_.
- Berryer et l’Académie. Première rencontre de Pontmartin avec
- Cuvillier-Fleury.—L’Inondation du Rhône à Avignon et aux Angles
- en novembre 1840. La maison de la rue Banasterie et les _Mémoires
- d’un notaire_. Pontmartin conseiller général. Le vicomte Édouard
- Walsh et la _Mode_. Mariage d’Armand de Pontmartin. Le départ
- pour Paris. 91
-
-
- CHAPITRE VI
-
- Les premières Années de Paris (1845-1848).
-
- Rue Neuve-Saint-Augustin. Les bureaux de _la Mode_. Jules Sandeau
- et le pavillon de la rue de Lille. _Contes et Rêveries d’un
- Planteur de choux_. M^{me} Cardinal et le cabinet de lecture de
- la rue des Canettes.—_La Mode_ en 1845. Les déjeuners chez Véry.
- Joseph Méry et ses 365 sujets de roman. Rue de Luxembourg. Mort
- de M^{me} Eugène de Pontmartin.—M. François Buloz, _Octave_ et la
- succession de Gustave Planche. Le jardin de la rue Saint-Benoît,
- Sainte-Beuve et son article des _Nouveaux Lundis_. 108
-
-
- CHAPITRE VII
-
- La République de Février.—L’Opinion publique (1848-1852).
-
- Rue d’Isly. Sainte-Beuve et le 1^{er} janvier 1848. Le 24
- février.—Fondation de l’_Opinion publique_.—Comment se faisait
- un journal en l’an de grâce 1848.—Rédacteur en chef sans
- appointements.—Les _Jeunes_ à l’_Opinion publique_.—Ponson du
- Terrail et Henri de Pène.—Cham et Armand de Pontmartin.—Les
- _Lettres d’un sédentaire_ et les _Mémoires d’Outre-Tombe_.—La
- _Sixième du second de la première_.—Le 16 avril et le 15 mai.
- Les journées de Juin. La barricade de la rue Lafayette, le
- lieutenant Paul Rattier et le caporal Émile Charre.—Le ministère
- de M. de Falloux et la Bibliothèque de Jules Sandeau.—Les
- _Mémoires d’un notaire_.—L’Odyssée électorale de M. Buloz et les
- marronniers des Angles.—La revision de la Constitution et le
- conseil général du Gard. La Taverne de Richard-Lucas. Le coup
- d’État du 2 décembre. Suppression de l’_Opinion publique_. 126
-
-
- CHAPITRE VIII
-
- La Revue contemporaine et l’Assemblée nationale.—Contes et
- Nouvelles.—Causeries littéraires.—La Fin du procès (1852-1855).
-
- Le marquis de Belleval ou un émule de M. de Coislin. La
- _Revue contemporaine_. Un mot d’Henry Mürger. Alphonse de
- Calonne.—L’_Assemblée nationale_. M. Adrien de La Valette
- et M. Mallac. Le fils de Paul et de Virginie.—Les _Contes
- et Nouvelles_. _La Marquise d’Aurebonne_ et le _Secret du
- docteur_.—L’histoire d’_Aurélie_. _Georgette_ ou une sœur
- d’Aurélie. Les _Nouveaux Lundis_. Où l’on voit Sainte-Beuve
- _monter sur ses grands chevaux_. Où l’on voit encore comment les
- petits pâtissent toujours des querelles des grands. Feu Edmond
- Dupré. Ma première rencontre avec Armand de Pontmartin.—Le
- premier volume des _Causeries littéraires_. Louis Veuillot et
- Cuvillier-Fleury.—Le _Fond de la Coupe_, l’_Envers de la Comédie_
- et la _Fin du Procès_. 167
-
-
- CHAPITRE IX
-
- Le Correspondant, l’Union et le Journal de Bruxelles.—Les deux
- Érostrates.—La Mairie des Angles (1855-1862).
-
- Le second volume des _Causeries littéraires_. L’article
- sur Béranger. Lettre de Louis Veuillot à Pontmartin. Le 40
- et le 44 de la rue du Bac. Le salon de Montalembert et les
- soirées de Veuillot.—L’entrée au _Correspondant_. Pontmartin
- et le théâtre.—_Les deux Érostrates._ Le _Spectateur_ et la
- suppression de l’_Assemblée nationale_. L’entrée à l’_Union_.—La
- Mûre et le château de Gourdan. La mairie des Angles. Un préfet
- homme d’esprit. Lettre de Louis Veuillot.—Les _Variétés_ du
- _Journal de Bruxelles_.—_Biographie du Père Félix._—Rentrée à la
- _Revue des Deux Mondes_. Pontmartin en 1862. 204
-
-
- CHAPITRE X
-
- Les Jeudis de Madame Charbonneau (1862).
-
- Jacques Lecoffre, Alfred Nettement et la _Semaine des
- Familles_.—Le maire de Gigondas.—_Journal d’un Parisien en
- retraite._—Modifications et retranchements.—L’Odyssée électorale
- de _Strabiros_.—La mort de _Raoul de Maguelonne_.—Jules Sandeau
- et H. de Balzac.—MM. Taxile Delord et Ernest Legouvé.—La lettre
- au _Figaro_.—Léopold de Gaillard et Léo de Laborde.—Le _Diogène_
- et M. Jules Claretie.—Les _Jeudis de Madame Martineau_.—Philinte
- et Alceste.—_Caritidès_ et ses _Cahiers_.—Où Sainte-Beuve
- adresse une invocation à _Jupiter hospitalier_.—La visite chez
- _Marphise_.—M. Ferdinand Brunetière.—Lettre de Jules Janin.—Les
- _Vrais jeudis de Madame Charbonneau_. 237
-
-
- CHAPITRE XI
-
- La Gazette de France.—Entre chien et loup.—Les nouveaux
- Samedis.—Les Corbeaux du Gévaudan (1862-1867).
-
- L’Avenue Trudaine.—Frédéric Béchard et Amable Escande.—L’entrée
- à la _Gazette de France_.—M. Silvestre de Sacy.—_Entre chien
- et loup._—La _Revue des Deux Mondes_ et la signature _F. de
- Lagenevais_.—M. Challemel-Lacour et M^{gr} Dupanloup.—A Pradine,
- chez Joseph Autran.—Alexandre Dumas fils et les _Idées de M^{me}
- Aubray_.—Mort de Joseph d’Ortigue.—Aurélien Scholl, le _Nain
- jaune_ et le _Camarade_.—Les menus de M. Bec.—Les _Courriers de
- Paris_, de l’_Univers illustré_.—Pontmartin est cité par le P.
- Félix en chaire de Notre-Dame.—Les _Nouveaux Samedis_, Arthur
- de Boissieu et les _Lettres d’un Passant_.—Les _Corbeaux du
- Gévaudan_.—Joseph Joubert.—Une lettre en vers. 267
-
-
- CHAPITRE XII
-
- La Revanche de Séraphine.—Les Traqueurs de dot (1868-1870).
-
- Élection d’Autran à l’Académie. Chasses dans la Crau et la
- Camargue.—M^{lle} Rachel et Ponsard, _Pernette_ et Victor de
- Laprade.—M. Victorien Sardou et la _Dévote_. La _Revanche de
- Séraphine_.—Mort de Lamartine et de Sainte-Beuve.—Les _Traqueurs
- de dot_ et le _Figaro_.—L’Empire libéral. Prévost-Paradol.
- La guerre et la _Marseillaise_, Paul Chevandier de Valdrôme.
- Histoire d’une décoration. 301
-
-
- CHAPITRE XIII
-
- Les Lettres d’un intercepté.—Le Radeau de la Méduse.—Le Filleul
- de Beaumarchais. La Mandarine (1870-1873).
-
- La _Gazette de Nîmes_ et les _Lettres d’un intercepté_. M.
- Gambetta. La _Journée d’un Proconsul_.—Cent jours à Cannes. La
- _Décentralisation_ et le _Radeau de la Méduse_.—Mort de M^{me}
- de Pontmartin. Le _Filleul de Beaumarchais_. Un mot de Louis
- David.—Le comte d’Haussonville et Saint-Genest. Un Bûcheron
- qui ne débite pas de fagots. La souscription nationale pour la
- libération du territoire. Projet de Pontmartin. Le comte de
- Falloux.—Hôtel Byron, rue Laffitte. La Taverne de Londres. M.
- Thiers. L’_Homme Femme_ de Dumas fils. Au château de Barbentane.
- Le toast de Mistral. _Entre voisins._ L’inondation du Rhône
- en 1872.—Au Pavillon de Rohan. Une campagne au _Gaulois_. La
- _Mandarine_. Le 24 mai 1873, Si le Roi n’avait rien dit! 327
-
-
- CHAPITRE XIV
-
- Les Élections de 1876.—L’Exposition de 1878. Souvenirs d’un vieux
- mélomane (1874-1878).
-
- L’_Union de Vaucluse_. La Politique en sabots. Mort de Jules
- Janin. _Beati non possidentes!_—Les Élections de 1876. Rue et
- hôtel de Rivoli. Le marquis de Besplas et le château de la
- Garenne-Randon. Léontine Fay et le _THÉATRE DE MADAME_.—Mort de
- Joseph Autran. Le Seize-Mai. Les articles sur M. Thiers.—Séjour à
- Hyères. M^{gr} Dupanloup. La villa de Costebelle. La Messe à bord
- du vaisseau-école le _Souverain_. Lettre de l’Évêque d’Orléans.
- L’Exposition universelle et la rue de Passy.—_Promenade au Salon
- de 1878_. Le _Barabbas_ de Charles Muller et l’_Apothéose_ de
- M. Thiers. M^{lle} Sarah Bernhardt et le buste de M. Émile de
- Girardin. Les _Souvenirs d’un vieux mélomane_. Article d’Henri
- Lavedan. Pontmartin quitte Paris pour n’y plus revenir. 359
-
-
- CHAPITRE XV
-
- Pontmartin et l’Académie (1868-1878).
-
- La _fièvre verte_. Le fauteuil de M. Empis. Lettre au _Figaro_.
- Le fauteuil de Sainte-Beuve. Une page des _Jeudis_.—Lettres
- de M. de Falloux, de Cuvillier-Fleury et de Joseph Autran.
- Le _Non possumus_ de Pontmartin.—Le fauteuil de Saint-Marc
- Girardin. _Fantaisies et Variations_ anti-académiques de M.
- Bourgarel.—Nouvelle lettre de M. de Falloux. Où l’on voit que
- Pontmartin était moins fort en calcul que feu Barrême.—Le
- fauteuil de Jules Janin. La peau de chagrin... académique.
- Le fauteuil d’Autran. M. Émile Zola se met en marche vers le
- Palais-Mazarin. M^{gr} Dupanloup s’efforce de décider Pontmartin
- à poser sa candidature. Pourquoi il ne s’est jamais présenté. 389
-
-
- CHAPITRE XVI
-
- Les Angles.—Mes Mémoires.—Souvenirs d’un vieux critique.—Le
- millième article.—Les Noces d’or (1879-1887).
-
- Description des Angles. Le cabinet de travail, les promenades,
- les visiteurs. Soirées d’hiver. Évocation du passé.—_Delenda est
- res... punica_. Pontmartin et la République conservatrice.—_Mes
- Mémoires._ Le chapitre sur Berryer. Les _Souvenirs d’un vieux
- critique_.—Le Millième article. L’Encrier de la _Gazette de
- France_. Les deux Bustes. Les souscripteurs. Lettres de M^{gr}
- de Dreux-Brézé, de Belcastel, Edmond Rousse, Désiré Nisard,
- Emile Ollivier. Lettre de Pontmartin au directeur de la _Gazette
- de France_.—Le critique et le romancier. La Correspondance de
- Pontmartin. 432
-
-
- CHAPITRE XVII
-
- Les Dernières années.—Épisodes littéraires. La mort d’Armand de
- Pontmartin (1888-1890).
-
- La dixième série des _Souvenirs d’un vieux critique_ et les
- _Péchés de vieillesse_. Une Revue qui paie royalement. M.
- Frédéric Masson et _les Lettres et les Arts_.—Vingt-quatre
- articles d’avance, _Episodes littéraires_.—Le dernier article,
- M. Émile Zola et _la Bête humaine_. Un souvenir de Virgile.—La
- dernière maladie. Visite de Léopold de Gaillard. Une mort
- chrétienne. Les obsèques d’Armand de Pontmartin. 483
-
-
-
-
- IMPRIMÉ
-
- PAR
-
- PHILIPPE RENOUARD
-
- 19, rue des Saints-Pères
-
- PARIS
-
-
-
-
- FOOTNOTES:
-
-[1] _Mélanges de philosophie, d’histoire et de littérature_, par M.
-Ch.-M. de Féletz, de l’Académie française, t. II, p. 124.
-
-[2] Aujourd’hui commune de Pujaut, canton de Villeneuve-lès-Avignon
-(Gard).
-
-[3] Au mot _Ferrar_.
-
-[4] Commune des Angles, canton de Villeneuve-lès-Avignon.
-
-[5] François-Joseph DOUBLE (1776-1842). Membre de l’Académie de
-médecine et de l’Académie des sciences, il refusa la pairie, en 1839,
-parce que le Roi y mettait comme condition qu’il renoncerait à exercer
-la médecine.
-
-[6] Représentée sur le Théâtre-Français le 5 décembre 1823. Le rôle de
-Danville fut créé par Talma et celui d’Hortense par M^{lle} Mars.
-
-[7] Voy., sur le chevalier de Grave et sur son _Adresse aux citoyens_
-en faveur de Louis XVI, le _Journal d’un bourgeois de Paris pendant la
-Terreur_, par Edmond Biré, t. I, p. 337. M. de Grave publia en 1816 un
-_Essai sur l’art de lire_.
-
-[8] Voir les _Contes d’un planteur de choux_.
-
-[9] M^{me} de Guerry, après la mort de son mari, entra dans la
-congrégation dite de Picpus, consacrée à l’Adoration perpétuelle du
-Saint-Sacrement sous l’invocation des Saints Cœurs de Jésus et de
-Marie. Elle y était depuis plus de trente ans, lorsqu’en 1853, à la
-suite de changements qu’elle considérait comme l’introduction d’une
-règle nouvelle, elle abandonna la communauté avec soixante de ses
-compagnes et résolut de porter dans une nouvelle maison l’intégrité
-des statuts édictés par les fondateurs de la Congrégation. Le pape
-Pie IX autorisa les religieuses séparées à vivre suivant l’ancienne
-règle, mais leur défendit de recevoir des novices ou d’admettre à la
-profession les novices qui les avaient suivies. C’est alors que M^{me}
-de Guerry, reprenant son nom, son titre et l’habit du monde, redemanda
-la fortune qu’elle avait apportée à la communauté de Picpus. Cette
-fortune était estimée par elle à une somme d’environ 1.200,000 fr. M.
-Émile Ollivier soutint devant les tribunaux la réclamation de M^{me}
-de Guerry, qui fut combattue par M. Berryer au nom de la communauté.
-Le tribunal de première instance de la Seine donna gain de cause à la
-communauté; mais M^{me} de Guerry triompha devant la Cour impériale de
-Paris (15 février 1858). Avant de mourir, elle s’est réconciliée avec
-son ordre et lui a rendu la fortune qu’elle avait revendiquée contre
-lui.—Sur le procès, demeuré célèbre, de la marquise de Guerry contre
-la Congrégation de Picpus, voir les _Œuvres de Berryer_, _Plaidoyers_,
-t. III, p. 153-310, et _l’Empire libéral_, par Émile Ollivier, t. IV,
-p. 35-46.]
-
-[10] _Ville d’Avignon._ _Extrait du Registre des Actes de l’état
-civil._—«L’an mil huit cent onze et le dix-sept juillet, à neuf
-heures du matin, par-devant nous Charles-Pierre-Paul Blanchetti,
-adjoint du maire et d’icelui chargé par délégation des fonctions
-de l’état civil de cette ville, est comparu en notre bureau
-Monsieur Castor-Louis-Eugène Ferrar de Pontmartin, propriétaire
-foncier, domicilié aux Angles (Gard) et demeurant en cette ville
-d’Avignon, rue Sainte-Praxède, lequel nous a déclaré que Madame
-Marie-Émilie-Aimée-Augustine-Henriette-Charlotte de Cambis, son épouse,
-est accouchée le jour d’hier, à une heure et demie d’après-midi,
-dans sa maison d’habitation, d’un enfant mâle qu’il nous a présenté
-et auquel il a donné les prénoms d’Armand-Augustin-Joseph-Marie;
-en présence de M. Joseph-François-Marie Ferrar de Pontmartin,
-oncle paternel de l’enfant, âgé de vingt-neuf ans, et de M.
-Augustin-Marie-Jacques-François-Luc de Cambis, âgé de trente ans, oncle
-maternel de l’enfant, demeurant en cette ville, propriétaires fonciers;
-et ont signé avec nous après lecture faite, les jour et an susdits.—_E.
-de Pontmartin._—_J. Pontmartin._—_Aug. Cambis._—Blanchetti fils,
-adjoint.»
-
-A noter, dans cet acte, l’absence de tout titre, même pour le marquis
-de Cambis; cela tient à ce que, sous l’Empire, les titres remontant
-à l’ancien régime n’avaient pas de valeur légale. Si je fais cette
-remarque, c’est uniquement pour aller au-devant de tout reproche
-possible d’usurpation à l’adresse d’Armand de Pontmartin, si éloigné de
-tout travers de ce genre et qui d’ailleurs, tout en se laissant donner
-le titre de son grand-père, ne le prit lui-même que très rarement.—Un
-mot sur ses quatre prénoms: _Joseph_ est celui du parrain, le cher
-oncle paternel; _Augustin_, celui de la marraine, Augustine de Grave,
-dame de Cambis, aïeule maternelle; celui de _Marie_ vient d’un usage
-pieux, particulièrement en honneur à Avignon; celui d’_Armand_ vient du
-culte que M. Eugène de Pontmartin et son frère, depuis l’émigration,
-avaient voué à la famille de Polignac, et surtout au duc Armand, frère
-aîné du prince Jules, le futur ministre de Charles X.
-
-[11] Dans ses _Mémoires_ (t. I, p. 24), Pontmartin appelle _hôtel de
-Bernis_ la maison habitée par ses parents jusqu’à leur départ pour
-Paris, et que je viens de dénommer _hôtel de Calvière_. Les deux
-désignations sont exactes, car l’hôtel appartenait indivisément au
-marquis de Calvière et à sa sœur la comtesse René de Bernis. Chacune
-de ces deux familles s’était réservé un appartement dans cette immense
-demeure, et c’est ainsi que Pontmartin fut l’ami d’enfance du fils de
-M. de Calvière et des deux fils de sa sœur.
-
-[12] Par ordonnance royale parue au _Moniteur_ du 13 février 1820, M.
-Decazes, président du conseil des ministres, avait été remplacé par le
-duc de Richelieu.
-
-[13] M^{lle} de Sombreuil fut-elle forcée par les égorgeurs de l’Abbaye
-de boire un verre de sang pour racheter la vie de son père? La plupart
-des historiens n’ont voulu voir là qu’une légende, Pontmartin lui-même
-n’admettait qu’à demi cette tradition consacrée par Victor Hugo dans
-une de ses plus belles Odes: «Ce que je crois vrai, dit-il dans ses
-_Mémoires_, t. I, p. 24, c’est que le verre de sang lui fut présenté
-par les massacreurs de Septembre, qu’elle le prit, qu’elle allait
-le boire, et que, saisis d’un mouvement de pitié ou d’horreur, ces
-monstres le répandirent à ses pieds.» Ce mouvement de pitié, les
-massacreurs ne l’ont pas eu. C’est le poète des _Odes et Ballades_ qui
-est dans le vrai. Comment, en effet, conserver un doute sur la vérité
-de la tradition, en présence de l’attestation suivante, adressée à M.
-Adolphe Granier de Cassagnac par le fils de M^{lle} de Sombreuil:
-
-«Ma mère, Monsieur, n’aimait point à parler de ces tristes et affreux
-temps. Jamais je ne l’ai interrogée; mais parfois, dans des causeries
-intimes, il lui arrivait de parler de cette époque de douloureuse
-mémoire. Alors, je lui ai plusieurs fois entendu dire que, lors de ces
-massacres, M. de Saint-Mart sortit du tribunal devant son père et fut
-tué d’un coup qui lui fendit le crâne; qu’alors elle couvrit son père
-de son corps, lutta longtemps et reçut trois blessures.
-
-«Ses cheveux, qu’elle avait très longs, furent défaits dans la lutte;
-elle en entoura le bras de son père, et, tirée dans tous les sens,
-blessée, elle finit par attendrir ces hommes. L’un d’eux, prenant un
-verre, y versa du sang sorti de la tête de M. de Saint-Mart, y mêla du
-vin et de la poudre, et dit que si elle buvait _CELA_ à la santé de la
-nation, elle conserverait son père.
-
-«Elle le fit sans hésiter, et fut alors portée en triomphe par ces
-mêmes hommes.
-
-«Depuis ce temps, ma mère n’a jamais pu porter les cheveux longs sans
-éprouver de vives douleurs. Elle se faisait raser la tête. Elle n’a
-jamais non plus pu approcher du vin rouge de ses lèvres, et, pendant
-longtemps, la vue seule du vin lui faisait un mal affreux.
-
-«_Signé_: comte DE VILLELUME-SOMBREUIL.»
-
-(_Histoire des Girondins et des massacres de Septembre_, par A. GRANIER
-DE CASSAGNAC, t. II, p. 225.)
-
-[14] _Jean-François Périer, évêque d’Avignon_, par l’abbé ALBERT
-DURAND, directeur au petit séminaire de Beaucaire.
-
-[15] _Mes Mémoires_, par ARMAND DE PONTMARTIN, 1^{re} série, p. 31-33.
-
-[16] T. I, p. 6-14.
-
-[17] Aujourd’hui rue Bonaparte.
-
-[18] En 1825, Armand de Melun était élève du collège de Sainte-Barbe,
-dirigé par M. Henri Nicolle, frère de l’abbé Nicolle, recteur
-de l’Académie de Paris. Intime ami du duc de Richelieu et aussi
-désintéressé que lui, l’abbé Nicolle n’avait accepté le rectorat qu’à
-la condition de n’en pas toucher les émoluments.
-
-[19] _Le vicomte Armand de Melun_, d’après ses Mémoires et sa
-correspondance, par M. l’abbé BAUNARD, p. 14.
-
-[20] Après avoir administré cinq ans le collège Saint-Louis, l’abbé
-Thibault le quitta pour devenir inspecteur de l’Université, en 1825.
-Il eut pour successeur un prêtre alsacien, l’abbé Ganser. En 1830, un
-proviseur laïque, M. Liez, fut placé à la tête du collège.
-
-[21] L’abbé Léon Sibour, parent éloigné de M^{gr} Sibour, archevêque
-de Paris, avec lequel il était du reste étroitement lié, fut lui-même
-évêque _in partibus_ de Tripoli. M. Dumarsais devint curé de
-Saint-François-Xavier et chanoine de Paris.
-
-[22] Ces religieuses furent remplacées plus tard dans le couvent de la
-rue de Vaugirard par les Dominicains, qui eux-mêmes ont cédé la place à
-l’Institut catholique.
-
-[23] _Ma Carmélite_, dans les _Souvenirs d’un vieux critique_, t. IV,
-p. 62.
-
-[24] En 1825, un terrible incendie avait dévoré la plus grande partie
-de la ville de Salins (Jura); elle a été rebâtie sur un plan plus
-régulier.
-
-[25] Le 19 octobre 1826.
-
-[26] Ce dernier nom cachait un banquier, M. Beudin, et un chef
-d’institution, M. Goubaux, qui avaient formé des dernières syllabes de
-leurs deux noms le pseudonyme de _Dinaux_. La première représentation
-de _Trente ans ou la Vie d’un joueur_ avait eu lieu le 19 juin 1827.
-
-[27] Chap. 1, p. 1-54.
-
-[28] Voir plus bas le chapitre sur _Armand de Pontmartin et l’Académie
-française_.
-
-[29] Charles Alexandre (1797-1870), élève de l’École normale,
-professeur de rhétorique, proviseur, inspecteur général des études,
-membre de l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, auteur d’un
-_Dictionnaire grec-français_, qui est longtemps resté classique.
-
-[30] _Mélanges de philosophie, d’histoire et de littérature_, par
-CH.-M. DE FÉLETZ, de l’Académie française, 6 vol. in-8, 1826-1828.
-
-[31] _Revue des Deux Mondes_, chronique de la quinzaine, 1^{er} janvier
-1854.
-
-[32] _Nouveaux Lundis_, t. II, p. 13.
-
-[33] _Annales des concours généraux_, par MM. BELIN et ROCHE. Classe de
-troisième, p. 97, L. Hachette, rue Pierre-Sarrazin, 12, Paris, 1826.
-
-[34] Ancien président, sous l’Empire, de la section de législation au
-Conseil d’État. Son fils aîné fut vice-président de la République en
-1848.
-
-[35] Le marquis Auguste de Cambis-d’Orsan (1781-1860), député de
-Vaucluse le 15 novembre 1830, réélu le 5 juillet 1831, puis le 21 juin
-1834; pair de France le 3 octobre 1837.
-
-[36] Jean-Antoine Renouvier (1777-1863), député de Montpellier de 1827
-à 1834; père de M. Jules Renouvier, l’archéologue, et de M. Charles
-Renouvier, le philosophe.
-
-[37] Plus tard professeur d’histoire au collège Louis-le-Grand, et
-auteur d’une excellente _Histoire du règne de Louis XIV_, couronnée par
-l’Académie française. (Grand prix Gobert.)
-
-[38] Emmanuel Daudé d’Alzon, né en 1811, comme Pontmartin, mort le 21
-novembre 1880. Voir sur lui _Souvenirs d’un vieux critique_, t. I, p.
-325-340.
-
-[39] Henri-François-Marie-Auguste, comte de Cambis-d’Orsan, fils du
-marquis, né le 8 juin 1810; élu député d’Avignon le 13 août 1842, réélu
-le 1^{er} août 1846. Il mourut le 24 août 1847.
-
-[40] François-Frédéric Poncelet (1790-1843). Il avait publié en 1827 un
-ouvrage qui se rattachait à ses préoccupations musicales et qui a pour
-titre: _Privilèges de l’Opéra_. On lui doit aussi un _Cours d’histoire
-du droit romain_ et un _Précis de l’histoire du droit civil français_.
-
-[41] _Souvenirs d’un vieux critique_, t. III, p. 70, 1883.
-
-[42] Causerie du 22 août 1887, _Souvenirs d’un vieux critique_, t. X,
-p. 104 et 106.
-
-[43] Lamartine, _Des Destinées de la poésie_.
-
-[44] Jules Janin, _Histoire de la littérature française_, 1829.
-
-[45] _Guillaume Tell_ a été représenté pour la première fois le 3 août
-1829; le _More de Venise_, le 24 octobre 1829; _Fra Diavolo_, le 28
-janvier 1830; _Hernani_, le 25 février 1830. Les _Orientales_ et le
-_Dernier jour d’un condamné_, de Victor Hugo, sont des premiers mois de
-1829, ainsi que l’édition complète et définitive des _Poèmes_ d’Alfred
-de Vigny. Les _Orientales_ parurent au mois de janvier 1829, le
-_Dernier jour d’un condamné_ au mois de février, les _Poèmes_ de Vigny
-au mois de mai.
-
-[46] Les _Contes d’Espagne et d’Italie_ furent publiés en janvier 1830,
-les _Consolations_ en mars, les _Harmonies_ le 14 juin. Les _Poésies_
-de Théophile Gautier furent mises en vente dans les derniers jours de
-juillet; nous les trouvons en effet inscrites sous le n^o 4270 de la
-_Bibliographie de la France_ du 31 juillet 1830.
-
-[47] La première édition des _Scènes de la vie privée_ a été publiée au
-mois d’avril 1830. _Les Chouans_ avaient paru au mois de mars 1829.
-
-[48] Paul Huet était né le 3 octobre 1804. Il mourut le 9 janvier
-1869. «Paul Huet, dit Théophile Gautier (_Portraits contemporains_),
-représente dans le paysage le rôle romantique, et il a eu son influence
-au temps de la grande révolution pittoresque de 1830. Sa manière de
-concevoir le paysage est très poétique et se rapproche un peu des
-décorations d’opéra par la largeur des masses, la profondeur de la
-perspective et la magie de la lumière... Nul n’a saisi comme lui la
-physionomie générale d’un site, et n’en a fait ressortir avec autant
-d’intelligence l’expression heureuse ou mélancolique.»
-
-[49] T. I, p. 129-149.
-
-[50] _Le Correspondant_ du 12 mars 1830.
-
-[51] _Nouveaux Samedis_, t. XIII, p. 352.
-
-[52] La population de Paris n’était alors que de 645,698 âmes; le
-nombre des décès fut donc de plus de 23 par 1000 habitants. Le chiffre
-de 18,406 s’appliquant aux seuls décès administrativement constatés, le
-chiffre réel a dû être plus élevé.
-
-[53] Tome I, p. 212-224.
-
-[54] _L’Époque sans nom_, _Esquisses de Paris_ (1830-1833), par M. A.
-BAZIN, t. II, p. 270.
-
-[55] Père de M. Paul Thureau-Dangin, membre de l’Académie française.
-
-[56] Voir _Monsieur Thureau-Dangin, vice-président général de la
-Société de Saint-Vincent de Paul_. _Notes et Souvenirs, 1811-1893._—Je
-lis à la page 8 de cette Notice: «M. Thureau fit son droit et c’est
-vers cette époque qu’il eut des relations d’amitié avec quatre jeunes
-gens à peu près de son âge qui ont laissé un nom dans les lettres et
-dans la politique: Louis Veuillot, Pontmartin, Montalembert et Léon
-Cornudet.»
-
-[57] Louis-Gabriel-Eugène, baron Pertuis de Montfaucon (1790-1842).
-Nommé député du premier collège de Vaucluse (Avignon) le 13 juin 1840,
-il venait d’être réélu le 9 juillet 1842, lorsqu’il mourut (16 juillet)
-avant d’avoir pu reprendre séance. Il fut remplacé par Henri de Cambis.
-
-[58] _Nouveaux Lundis_, t. II, p. 2.
-
-[59] SAINT-PRIEST (Emmanuel-Louis GUIGNARD, vicomte de), né à Paris le
-6 décembre 1789, mort au château de Lamotte (Hérault), le 27 octobre
-1881. Il suivit sa famille à Saint-Pétersbourg lors de l’émigration
-et, en 1805, entra dans l’armée russe où il servit jusqu’à la chute
-de Napoléon. Colonel en 1814, il fut fait prisonnier; l’ordre de le
-fusiller, envoyé par l’Empereur, fut intercepté par les Cosaques. Il
-s’échappa, servit avec ardeur la cause du gouvernement royal, tenta
-pendant les Cent-Jours de soulever les populations du Midi, s’embarqua
-à Marseille à la nouvelle de la capitulation de la Palud, fut pris par
-un corsaire de Tunis, et, après quelques semaines de captivité, put
-gagner l’Espagne et rentrer à la seconde Restauration. Il fut alors
-nommé maréchal de camp, gentilhomme d’honneur du duc d’Angoulême et
-inspecteur d’infanterie. En 1823, il prit part à la campagne d’Espagne,
-où sa conduite lui valut le grade de lieutenant général. Ambassadeur à
-Berlin (1825), puis à Madrid (1827), il négocia le traité par lequel
-l’Espagne s’engageait à rembourser à la France, par annuités de 4
-millions, sa dette de 80 millions. Au mois d’août 1830, il donna sa
-démission et fut nommé par le roi Ferdinand VII grand d’Espagne et
-duc d’Almazan. Devenu l’un des conseillers de la duchesse de Berry,
-il fut l’un des principaux organisateurs de la tentative royaliste de
-1832. Après son acquittement, il alla rejoindre _MADAME_ en Italie.
-Élu en 1849 représentant de l’Hérault à Assemblée législative, il
-devint l’un des chefs de la majorité. Sous le second Empire, il fut
-l’un des serviteurs les plus zélés et les plus intelligents du comte
-de Chambord, qui lui écrivit en 1867, sur la situation politique, une
-lettre qui eut un grand retentissement.
-
-[60] Voir le chapitre I, p. 16.
-
-[61] M. de Saint-Priest allait, en effet, être traduit en
-cour d’assises, ainsi que les autres prévenus de l’affaire du
-_Carlo-Alberto_, M. de Kergorlay père et le comte de Mesnard, tous les
-deux anciens pairs de France, M. de Kergorlay fils, M. Adolphe Sala,
-M. de Bourmont fils, M^{lle} Mathilde Lebeschu, M. Antoine Ferrari,
-Génois, subrécargue du _Carlo-Alberto_. Ils comparurent, le 25 février
-1833, devant le jury de Montbrison (Loire). Étaient poursuivis, en
-même temps qu’eux, les prévenus de «la Conspiration de Marseille», MM.
-de Bermond, de Candolle, de Lachaud, Layet de Podio, François Esig et
-Ganail. Les débats se terminèrent, le 15 mars, par l’acquittement de
-tous les accusés.
-
-[62] LE CADUCÉE. _Souvenirs marseillais, provençaux et autres_ (par M.
-Cauvière), t. IV, p. 206,—1880.
-
-[63] Henri Abel, né à Aix le 15 juillet 1796, mort à Marseille le 19
-novembre 1861. Au milieu de ses travaux de polémiste, il a trouvé le
-temps de composer une _Histoire de France_ en cinq volumes.
-
-[64] Attaché à la _Gazette du Midi_ dès 1832, Eugène Roux remplaça
-Henri Abel comme rédacteur en chef et conserva la direction du journal
-jusqu’à sa mort, en mars 1877.
-
-[65] LABOULIE (Joseph-Balthazar-Gustave de) (1800-1867), avocat au
-barreau d’Aix, député de Marseille de 1834 à 1837, représentant
-des Bouches-du-Rhône à l’Assemblée constituante et à l’Assemblée
-législative. Doué d’un rare talent de parole, il obtint de grands
-succès de tribune, et fut, avec M. de Larcy, le meilleur lieutenant de
-Berryer.
-
-[66] Maire de Marseille avant 1830; homme bienfaisant et tout dévoué à
-sa ville; éloge qui, du reste, pour les maires de la Restauration, est
-presque une banalité.
-
-[67] Esprit REQUIEN, né à Avignon en 1788, mort à Bonifacio dans un
-voyage d’herborisation le 30 mai 1851. Il a fondé et donné à la ville
-d’Avignon un Musée d’histoire naturelle qui porte son nom. Sans se
-mêler aux luttes politiques et tout en ayant des amis dans tous les
-partis, il a constamment gardé l’attitude et le nom de ce que l’on
-appelait un vieux _blanc_.—Voir, sur M. Requien, les _Mémoires_ de
-Pontmartin, t. II, p. 55 et suivantes et les _Nouveaux Samedis_, t. X,
-p. 210 et 371.
-
-[68] _Revue des Deux Mondes_ du 15 août 1834.
-
-[69] Jean-Baptiste-Pierre LAFITTE (1796-1879), auteur dramatique et
-romancier. De ses nombreuses pièces de théâtre, deux surtout eurent du
-succès, _Jeanne Vaubernier_ (1832) et _le Pour et le Contre_ (1852).
-Il composa plusieurs romans historiques, dont deux, _le Docteur rouge_
-(1844) et _le Gantier d’Orléans_ (1845), furent justement remarqués.
-Mais ce qui le sauvera de l’oubli, ce sont les _Mémoires_ du comédien
-_Fleury_ (6 volumes in-8^o, 1835-1837), ouvrage spirituel et agréable,
-dont il fut le rédacteur.
-
-[70] 11, 15, 22, 29 décembre 1836; 9 et 19 mars 1837.
-
-[71] Voy. Jules Janin, _Histoire de la littérature dramatique_, t. VI,
-p. 191.
-
-[72] _Mes Mémoires_, t. II, p. 127.
-
-[73] _Messager de Vaucluse_, du 22 décembre 1836.
-
-[74] Le 10 février 1829.
-
-[75] _Messager de Vaucluse_, du 9 mars 1837.
-
-[76] _Messager de Vaucluse_, 29 juin et 9 juillet 1837.
-
-[77] _Messager de Vaucluse_, 30 juillet et 6 août 1837.
-
-[78] Joseph Eugène PONCET (1791-1866). Incorporé en 1813 dans le 4^e
-régiment des gardes d’honneur, il se distingua à Leipzig, reçut la
-croix de la Légion d’honneur et fit la campagne de France en 1814.
-Sous la Restauration, il se livra au commerce et conquit une situation
-importante. Après la révolution de Juillet, il devint colonel de la
-garde nationale, adjoint au maire, président du tribunal de commerce,
-conseiller général de Vaucluse. Il fut député de 1837 à 1840 et deux
-fois maire d’Avignon (1843 à 1847 et février à décembre 1852).
-
-[79] M. Charles de Lacombe, dans sa _Vie de Berryer_, pourtant si
-complète, n’a rien dit de cette candidature avignonnaise de l’illustre
-orateur.
-
-[80] Claude-Marie-Charles DEPLACE, entré dans la Compagnie de Jésus le
-7 septembre 1824. Il professa la rhétorique dans plusieurs collèges,
-notamment à Saint-Acheul en 1828, avant les Ordonnances; puis, en
-1833, au Passage, en Espagne. Il quitta l’Ordre vers 1838 et se voua
-entièrement à la prédication, où il obtint de très grands succès.
-L’abbé Deplace est mort à Vichy le 19 juillet 1871.
-
-[81] Janvier et novembre 1838.
-
-[82] Février 1838.
-
-[83] Mars 1838.—Les _deux voyageurs_ étaient George Sand et Alfred de
-Musset. Dans sa pièce, écrite au moment de leur départ pour Venise
-(décembre 1834), Pontmartin exprimait l’espoir, peut-être un peu naïf,
-de les voir revenir bientôt «aux croyances religieuses, aux régions
-certaines et à Celui qui ne trompe pas».
-
-[84] Première esquisse de l’une de ses meilleures nouvelles, _les Trois
-Veuves_.—Voir le volume des _Contes d’un planteur de choux_.
-
-[85] _Les Écrivains modernes de la France_, par J. Chaudes-Aigues.
-
-[86] Mars 1838.—L’_Album d’Avignon_, t. I, p. 169 et suivantes.
-
-[87] Joseph MICHAUD (1767-1839), fondateur de la _Quotidienne_, auteur
-du _Printemps d’un proscrit_ et de l’_Histoire des Croisades_, membre
-de l’Académie française.
-
-[88] François POUJOULAT (1800-1880), rédacteur de la _Quotidienne_
-et de l’_Union_, représentant du peuple de 1848 à 1851, auteur de la
-_Correspondance d’Orient_ (en collaboration avec Michaud) et d’un
-grand nombre d’ouvrages historiques justement estimés: _Histoire de
-Jérusalem_; _Histoire de saint Augustin_; _le Cardinal Maury_; _le
-Père de Ravignan_; _Vie de M^{gr} Sibour_; _Vie du Frère Philippe_;
-_Histoire de la Révolution française_; _Histoire de France depuis 1814
-jusqu’à 1865_, etc., etc.
-
-[89] _Nouveaux Samedis_, t. XX. p. 152.
-
-[90] Lettre du 20 octobre 1886.
-
-[91] Au tome II de ses _Mémoires_, p. 141-153, Pontmartin parle assez
-longuement de ce duel; seulement il le place, non en 1839, qui est
-la vraie date, mais en 1834. Il appelle Deretz FABRICE DERVIEUX et
-transforme _la Mouche_ en _Ruche vauclusienne_. Il indique, comme l’un
-de ses témoins, M. GUY D’AVERTON; c’est le frère de Guy, Frédéric,
-ancien officier de la garde royale, qui servit de second à Pontmartin
-dans ce duel, moins épique assurément que le duel de Roland et
-d’Olivier en cette même île de la Barthelasse:
-
-Ils sont là tous les deux dans une île du Rhône......
-
-
-[92] _Gazette des Tribunaux_ du 21 juin 1839.
-
-[93] Pontmartin, au tome II de ses _Mémoires_, p. 278, dit que les
-prévenus «eurent pour avocats MM. de Laboulie et Dugabé». M. Dugabé
-ne plaida point à Avignon; mais l’affaire étant venue en appel, selon
-la législation alors en vigueur, devant le tribunal correctionnel de
-Carpentras (8, 9 et 10 août 1839), M^e Dugabé prit place cette fois sur
-le banc des défenseurs, à côté de M^e de Laboulie. Il était le premier
-avocat du barreau de Toulouse, comme Laboulie était le premier avocat
-du barreau d’Aix. Les électeurs de l’Ariège (Foix) l’envoyèrent à la
-Chambre des députés, où il siégea du 21 juin 1834 au 24 février 1848.
-
-[94] _Gazette des Tribunaux_ du 4 juillet 1839.
-
-[95] _Mes Mémoires_, t. II, p. 280.
-
-[96] Chaque livraison de l’_Album_ se terminait par un article qui,
-sous le titre de _Mosaïque_, n’était autre chose qu’une causerie
-littéraire et politique.
-
-[97] Michaud était mort à Passy le 30 septembre 1839.
-
-[98] Le _Livre des Orateurs_, par TIMON (M. de Cormenin), t. II, p. 231.
-
-[99] _Notes sur M. Royer-Collard_, par son neveu M. Genty de Bussy,
-député du Morbihan.
-
-[100] _Œuvres complètes de Henri Fonfrède_, t. X, p. 213.
-
-[101] _Lettres de X. Doudan_, t. II, p. 346.
-
-[102] _Journal des Débats_, 16 novembre 1839.
-
-[103] Le cas devait en effet se réaliser. Berryer fut élu le 12 février
-1852; il siégeait encore sous la coupole quand M. Cuvillier-Fleury fut
-nommé le 12 avril 1866.
-
-[104] _Provence_, par Adolphe Dumas (12 juillet 1840); _Peintures
-d’Eugène Devéria à Avignon_ (24 juillet 1840); _Mathilde_, par Eugène
-Sue; _Colomba_, par Prosper Mérimée (15 août 1841); _Milianah_, par
-Joseph Autran (1^{er} juin 1842), etc., etc.
-
-[105] _Le Puff en province_ (29 octobre 1840); _l’Angleterre en France_
-(10 janvier 1841); _Euterpe en voyage_ (19 août 1843), etc., etc.
-
-[106] 4 octobre 1842.
-
-[107] 6 et 7 janvier, 10 et 11 février 1843.
-
-[108] Jean-Toussaint MERLE (1785-1852), auteur dramatique et
-journaliste. Directeur du théâtre de la Porte-Saint-Martin de 1822 à
-1826, il fut le mari de M^{me} Dorval.
-
-[109] Le 25 novembre 1755, le Rhône grossit de dix-huit pieds dans une
-nuit.
-
-[110] Le vicomte Édouard WALSH était directeur de la _Mode_ depuis
-le 25 septembre 1835. Il était le fils du vicomte Joseph Walsh,
-l’auteur des _Lettres vendéennes_ (1825), du _Fratricide ou Gilles de
-Bretagne_ (1827), du _Tableau poétique des Fêtes chrétiennes_ (1836),
-des _Journées mémorables de la Révolution française_ (1839-1840), des
-_Souvenirs de Cinquante ans_ (1844), etc.
-
-[111] M^{lle} Cécile de Montravel était née, le 16 novembre 1819,
-au château de la Bastide de Sampzon, près Vallon, arrondissement de
-Largentière (Ardèche).
-
-[112] M^{me} de Larochette mourut à 81 ans en 1849. Après sa mort, le
-Plantier échut à sa fille cadette; M. et M^{me} de Montravel durent se
-transporter dans une autre propriété qu’ils avaient achetée dans les
-environs, un peu au nord d’Annonay. Cette nouvelle résidence s’appelait
-la Mûre. De 1851 à 1862, Pontmartin y a fait chaque été un séjour de
-plusieurs semaines; puis deux séjours en 1864 et deux autres en 1868.
-
-[113] Voir sur cette chapelle les pages que lui a consacrées Pontmartin
-dans son écrit sur _le Père Félix_ (1861), p. 19-21.
-
-[114] Cet hôtel occupait, rue Neuve-Saint-Augustin, les anciens
-appartements du maréchal de Richelieu.
-
-[115] _Correspondance de Lamartine_, t. III.
-
-[116] Jules Sandeau était né le 19 février 1811. Il mourut le 24 avril
-1883.
-
-[117] Le fils de Jules Sandeau, devenu un brillant officier de marine,
-rentrait au pays après une campagne dans l’Extrême-Orient, lorsqu’il
-mourut d’une maladie contractée au service de la France. Son père, en
-arrivant à Toulon, n’y retrouva plus qu’un cadavre.
-
-[118] _Souvenirs d’un vieux critique_, t. IV, p. 39.
-
-[119] Voici les titres des principales: en 1846, _Clarisse Harlowe_, de
-Jules Janin; _Nélida_, de Daniel Stern; _Passé et Présent_, de Charles
-de Rémusat; _la Cousine Bette_, de Balzac; _Madeleine_, de Jules
-Sandeau. En 1847, _Petite Causerie à propos d’une grande Histoire_ (les
-_Girondins_, de Lamartine), etc., etc.
-
-[120] En 1847, Pontmartin fit le _Salon_ (26 mars et 26 avril).
-
-[121] 15 juin 1846.
-
-[122] 26 décembre 1847.
-
-[123] Octobre, novembre et décembre 1847.
-
-[124] Aujourd’hui rue Cambon.
-
-[125] M. Duchâtel.
-
-[126] Le marquis de Cambis.
-
-[127] J’ai eu l’honneur de connaître M. Edmond Leclerc dans ses
-dernières années. C’était l’esprit le plus fin et le cœur le plus
-noble, type accompli de l’honnête homme. Il était le beau-frère du
-vicomte Henri Delaborde, secrétaire perpétuel de l’Académie des
-Beaux-Arts.—Voir dans la _Correspondance_ de Louis Veuillot, t. I, ses
-lettres à _M. Edmond Leclerc_.
-
-[128] P. 351-354.
-
-[129] Il parut dans la _Revue des Deux Mondes_ (juin-août 1846).
-
-[130] _Le Puff._ Elle fut représentée le 22 janvier 1848.
-
-[131] On s’étonnera peut-être de ne pas trouver ici le nom de George
-Sand. Elle avait cessé en 1841 d’écrire à la _Revue_, et elle ne reprit
-sa collaboration que dix ans après, en 1851.
-
-[132] M. Victor de Mars, gérant de la _Revue_.
-
-[133] _Nouveaux Samedis_, t. XV. p. 279.
-
-[134] _Souvenirs d’un vieux critique_, t. V, p. 317.
-
-[135] François-Henri-Joseph BLAZE, dit CASTIL-BLAZE (1784-1857), était
-né à Cavaillon (Vaucluse). Sa fille Christine, sœur de Henri Blaze de
-Bury, avait épousé M. Buloz.
-
-[136] _Nouveaux Lundis_, t. II, p. 3.
-
-[137] On sait qu’on appelait ainsi, sous la Restauration et sous la
-monarchie de Juillet, le palais des Tuileries.
-
-[138] Articles des 2 et 7 avril 1848.
-
-[139] 25 septembre 1848.
-
-[140] 25 novembre 1849.
-
-[141] Pages 111-209.
-
-[142] M. de Genoude mourut à Hyères, le 19 avril 1849, âgé de
-cinquante-sept ans.
-
-[143] Alfred NETTEMENT (1805-1869), le plus fécond et l’un des plus
-remarquables journalistes du XIX^e siècle.—Voir _Alfred Nettement, sa
-vie et ses œuvres,_ par EDMOND BIRÉ. Un volume in-8^o, Librairie Victor
-Lecoffre, 1901.
-
-[144] Théodore MURET (1808-1866), auteur de l’_Histoire de l’armée de
-Condé_, de l’_Histoire des Guerres de l’Ouest_, de l’_Histoire par le
-Théâtre_, etc.
-
-[145] Née de la fusion de la _France_ et de l’_Écho français_ avec la
-_Quotidienne_, l’_Union_ avait commencé de paraître le 7 février 1847.
-
-[146] Voir l’histoire complète de l’_Opinion publique_, dans mon volume
-sur _Alfred Nettement, sa vie et ses œuvres_, chapitres XIV, XV et XVI.
-
-[147] THÉODORE MURET, _Souvenirs et Causeries d’un journaliste_, t. I,
-p. 198.
-
-[148] Jacques-Honoré LELARGE, baron DE LOURDOUEIX (1787-1860). Il avait
-été directeur des Beaux-Arts, Sciences et Lettres sous la Restauration,
-qui le fit baron. Après la mort de M. de Genoude (avril 1849), il
-quitta l’_Opinion publique_ pour devenir propriétaire et directeur de
-la _Gazette de France_.
-
-[149] Anne-Marie-Joseph-Albert, comte DE CIRCOURT, né en 1809, avait
-donné, à la suite de la révolution de 1830, sa démission d’officier de
-marine. Le 25 juillet 1872, il fut élu par l’Assemblée nationale membre
-du Conseil d’État. Outre sa grande _Histoire des Arabes d’Espagne sous
-la domination des Chrétiens_ (trois volumes in-8^o, 1845-1848), il a
-publié, en 1852, _Décentralisation et monarchie représentative_, et, en
-1858, la _Bataille d’Hastings_.
-
-[150] Alphonse BERNARD, vicomte DE CALONNE (1818-1902). En 1848,
-avant d’entrer à l’_Opinion publique_, il avait publié des brochures
-de circonstance, les _Trois journées de Février_, le _Gouvernement
-provisoire, histoire anecdotique et politique de ses membres_, et
-il avait été un des rédacteurs du _Lampion_, journal suspendu par
-le général Cavaignac (21 août 1848). Il essaya, avec le concours de
-Xavier de Montépin et de Villemessant, de le remplacer par la _Bouche
-de fer_, dont le premier numéro fut saisi le jour de son apparition.
-En 1850, il fonda une feuille hebdomadaire, _le Henri IV, Journal
-de la réconciliation_. Il devint, en 1855, directeur de la _Revue
-contemporaine_. Sous le semi-pseudonyme de A. DE BERNARD, il a publié
-un assez grand nombre de romans, dont les principaux sont: _Pauvre
-Mathieu_, _les Frais de la Guerre_, _le Portrait de la marquise_, etc.
-Devenu le doyen de la presse quotidienne, à quatre-vingt-trois ans il
-donnait encore au _Soleil_ des articles sur les questions artistiques.
-
-[151] THÉODORE MURET, _op. cit._, t. I, p. 201.
-
-[152] _L’Opinion publique_ des 2, 4, 8 et 15 mars 1849.
-
-[153] PONSON DU TERRAIL (Pierre-Alexis, vicomte DE), né près de
-Grenoble, le 8 juillet 1829, mort à Bordeaux en janvier 1871.
-
-[154] LOUIS MOLAND, né à Saint-Omer le 13 avril 1824, érudit et
-romancier. Ses principaux ouvrages sont: _Peuple et roi au XIII^e
-siècle_; _Origines littéraires de la France_; _Molière et la comédie
-italienne_, etc.
-
-[155] HENRI DE PÈNE, né à Paris le 25 avril 1830. Il fut en 1868, avec
-M. E. Tarbé des Sablons, le fondateur du _Gaulois_. La même année, il
-créa un autre grand journal politique, _Paris_, qui devint bientôt
-_Paris-Journal_. Ses chroniques forment plusieurs volumes, publiés sous
-les titres de _Paris intime_, _Paris aventureux_, _Paris mystérieux_,
-_Paris effronté_, etc.
-
-[156] _L’Opinion publique_ des 19 décembre 1849 et 17 janvier 1850.
-
-[157] 3 mars 1851.
-
-[158] L’_Opinion publique_ du 20 janvier 1850.
-
-[159] Amédée DE NOÉ, dit CHAM (1819-1882). Il était le second fils du
-comte de Noé, pair de France.
-
-[160] Auguste LIREUX, né à Rouen vers 1819, mort à Bougival le
-23 mars 1870. Journaliste infatigable, il créa à Rouen le petit
-journal l’_Indiscret_; après quelques procès et duels, il vint à
-Paris, dirigea la _Gazette des Théâtres_, fonda la _Patrie_ en 1841,
-écrivit au _Courrier français_, à la _Séance_, au _Charivari_, au
-_Messager des Théâtres_, fit de 1850 à 1855 le feuilleton dramatique
-du _Constitutionnel_; quitta la littérature pour les affaires, où il
-s’enrichit. Ses derniers journaux furent la _Bourse comique_ et la
-_Semaine financière_. Directeur de l’Odéon, de 1842 à 1845, ce fut lui
-qui reçut et fit jouer, le 22 avril 1843, la _Lucrèce_ de François
-Ponsard.
-
-[161] L’_Opinion publique_ du 17 décembre 1849.
-
-[162] 9 avril 1850.
-
-[163] 10 mai 1850.
-
-[164] 13 juin 1850.
-
-[165] 17 décembre 1848.
-
-[166] 1^{er} octobre 1849.
-
-[167] 8 juin 1851.
-
-[168] 23 et 30 mars 1851.
-
-[169] 19 novembre, 19 et 25 décembre 1851.
-
-[170] 16 et 22 février, 2, 9 et 16 mars 1851.
-
-[171] Leur publication y dura deux années, du 21 octobre 1848 au 3
-juillet 1850.
-
-[172] _Causeries du Lundi_, t. I. p. 406, et t. II. p. 138 et 505.
-
-[173] 19, 20, 21, 22, 23 février 1850.
-
-[174] 3 et 4 juin 1851.
-
-[175] _La Mode_ des 5, 15 et 25 décembre 1849, 5 et 15 janvier 1850.
-
-[176] Usine à gaz.
-
-[177] M. Paul Rattier fut décoré pour l’héroïque bravoure qu’il avait
-montrée en ces terribles journées.
-
-[178] Lamartine prononça cette parole à la Chambre des députés, dans
-son discours du 10 janvier 1839. «Mil huit cent trente, disait-il, n’a
-pas su créer son action et trouver son idée. Vous ne pouviez pas faire
-de légitimité: les ruines de la Restauration étaient sous vos pieds.
-Vous ne pouviez pas faire de la gloire militaire: l’Empire avait passé
-et ne vous avait laissé qu’une colonne de bronze sur une place de
-Paris. Le passé vous était fermé; il vous fallait une idée nouvelle. Il
-ne faut pas vous figurer, messieurs, parce que nous sommes fatigués des
-grands mouvements qui ont remué notre siècle et nous, que tout le monde
-est fatigué comme nous et craint le moindre mouvement. Les générations
-qui grandissent derrière nous ne sont pas lasses, elles veulent agir et
-se fatiguer comme nous. Quelle action leur avez-vous donnée? _La France
-est une nation qui s’ennuie!_»
-
-[179] M^{gr} Sibour.
-
-[180] _L’Opinion publique_ du 18 janvier 1849.
-
-[181] _L’Opinion publique_ du 20 janvier.
-
-[182] _Souvenirs d’un vieux critique_, t. III, p. 200.
-
-[183] La démission de M. de Falloux fut donnée le 20 octobre 1849. Il
-avait dû, depuis quelque temps déjà, en raison du très mauvais état de
-sa santé, remettre l’intérim de son ministère à son collègue M. Victor
-Lanjuinais, ministre de l’Agriculture.
-
-[184] Henri-Ange-Alfred DE GONDRECOURT, né à la Guadeloupe, le 22 mars
-1816, mort à Albi le 16 novembre 1876. Il devint colonel des chasseurs
-à cheval de la garde impériale, puis général de brigade. En 1866, il
-fut nommé commandant de l’École de Saint-Cyr. Son premier roman, _les
-Derniers Kerven_, avait paru en 1844. Il en a publié depuis un très
-grand nombre, parmi lesquels _Médine_, _le Bout de l’oreille_, _le
-Chevalier de Pampelonne_, _le Baron la Gazette_, _les Mémoires d’un
-vieux garçon_, etc.
-
-[185] Alexandre CADOT, 17, rue Serpente, fut l’éditeur de Balzac, de
-Dumas père, de M^{me} Sand, de Frédéric Soulié, des premiers romans de
-Dumas fils, du marquis de Foudras, de Roger de Beauvoir, et enfin du
-colonel de Gondrecourt.
-
-[186] _Épisodes littéraires_, par A. de Pontmartin, p. 262 et suiv.
-
-[187] Elles eurent lieu le 13 mai 1849.
-
-[188] Louis Veuillot a publié, dans la _Revue des Deux Mondes_, _le
-Lendemain de la Victoire_, scènes socialistes, 15 juillet et 1^{er}
-août 1849; _Une Samaritaine_, dialogue, 1^{er} novembre 1850.
-
-[189] M. de Falloux a publié, dans la _Revue des Deux Mondes_, _Les
-Républicains et les Monarchistes depuis la Révolution de février_,
-1^{er} février 1851.
-
-[190] Léopold DE GAILLARD-LAVALDÈNE, né à Bollène (Vaucluse) le 20
-avril 1820. Au lendemain du 24 février 1848, il avait fondé à Avignon,
-avec son ami Raousset-Boulbon, une feuille catholique et royaliste,
-_la Commune_. Après avoir été successivement rédacteur à l’_Assemblée
-nationale_ et directeur de la _Gazette de Lyon_, il devint le
-chroniqueur politique et le directeur du _Correspondant_. Le 26 juillet
-1872, il fut nommé par l’Assemblée nationale conseiller d’État. Outre
-diverses brochures et deux volumes: _Questions italiennes, voyage,
-histoire, politique_ (1860); _les Étapes de l’opinion_ (1873), il a
-laissé un important travail historique, _l’Expédition de Rome en 1849_,
-avec pièces justificatives et documents inédits (1861). M. Léopold de
-Gaillard est mort à Bollène le 8 juin 1893.
-
-[191] RAOUSSET-BOULBON (Gaston RAOULX, comte DE), né à Avignon le
-2 décembre 1817. Dans son héroïque aventure au Mexique, il fit la
-conquête de la Sonora; mais, écrasé bientôt par des forces supérieures,
-il fut, le 12 août 1854, fusillé à Guaymas. Il laissait un très
-remarquable roman, qui avait dû paraître d’abord dans l’_Opinion
-publique_, et qui parut dans la _Presse_, en 1835, sous ce titre: _Une
-Conversion_.
-
-[192] Pour l’Assemblée constituante.
-
-[193] C’est sous ce nom que Pontmartin, dans la _Semaine des Familles_,
-désignait M. Buloz. On connaît le vers de Veuillot:
-
-Buloz, qui d’un seul œil peut éclairer deux mondes...
-
-
-[194] Les Angles sont situés dans le département du Gard.
-
-[195] _La Semaine des Familles_, du 2 juin 1860.
-
-[196] Le chiffre exact fut de 23 voix pour l’adoption du vœu, et 13
-contre. (Procès-verbaux des séances du conseil général du Gard, Session
-de septembre 1851.)
-
-[197] Charles-Paulin-Roger DE SAUBERT, baron DE LARCY (1805-1882);
-député de Montpellier de 1839 à 1846; représentant du peuple de
-1848 à 1852; membre de l’Assemblée nationale de 1871. Ministre des
-Travaux-Publics dans le ministère de conciliation du 19 février, il
-reprit ce portefeuille dans le cabinet du duc de Broglie (26 novembre
-1873-16 mai 1874), et fut élu sénateur inamovible le 4 décembre
-1877. Par son talent, son courage et sa droiture, il marqua sa place
-au premier rang dans nos assemblées délibérantes. Il fut l’un des
-meilleurs amis d’Armand de Pontmartin. Voir sur lui les _Souvenirs d’un
-vieux critique_, t. III, p. 217-247.
-
-[198] _Souvenirs d’un vieux critique_, t. III, p. 228.
-
-[199] Henri DE PONTMARTIN, né à Avignon le 21 novembre 1844.
-
-[200] Ces trois articles sur Béranger terminaient les _Lettres d’un
-sédentaire_ (Lettres XIV, XV et XVI).
-
-[201] Il était sorti, depuis quelques jours, de la prison de Vincennes,
-où il avait été transféré le 8 décembre. «Dans la nuit du 13 au 14
-décembre, on vint réveiller Alfred Nettement, et on le fit s’habiller,
-sans vouloir lui apprendre ce qu’on allait faire; puis, on le conduisit
-dehors, en lui disant: Vous êtes libre. Il était à ce moment deux
-heures du matin. Trouver une voiture n’était pas chose facile. Il
-était cinq heures lorsqu’il sonna à sa porte. Ce fut M^{me} Nettement,
-toujours sur le qui-vive, qui entendit le premier coup de sonnette et
-qui vint lui ouvrir.» _Alfred Nettement, sa vie et ses œuvres_, par
-EDMOND BIRÉ, p. 416.
-
-[202] Cette page était extraite de l’_Essai sur les principes
-générateurs des Constitutions politiques et des autres institutions
-humaines_.
-
-[203] Voir la 73^e _Conférence de Notre-Dame de Paris_.
-
-[204] Louis-Charles de Belleval, marquis DE BELLEVAL, né à Abbeville
-(Somme) le 16 mars 1814; mort à Paris le 6 juin 1875.
-
-[205] Voir, dans les _Épisodes littéraires_, p. 209 et suiv., le
-chapitre sur la _Naissance d’une Revue_.
-
-[206] Sa collaboration à la _Revue des Deux Mondes_, suspendue le
-15 mars 1852, ne devait reprendre que le 1^{er} janvier 1854, pour
-s’interrompre le 1^{er} février 1855. Il y eut encore deux courtes
-réapparitions, en 1861 et en 1866.
-
-[207] L’article sur _Louis XVII_ et ceux sur _Autran_ et sur _Ponsard_
-ont été recueillis par Pontmartin dans le tome I de ses _Causeries
-littéraires_.
-
-[208] Adrien, comte de LA VALETTE, né à Paris en 1814. Sous le second
-Empire, il prit part, non sans succès, au mouvement industriel et
-principalement à la construction, en Suisse, d’une ligne de chemin de
-fer, dite _la ligne d’Italie_, parce qu’elle devait y aboutir par le
-percement du Simplon. Il a fait la partie valaisane de la ligne, celle
-qui remonte le Rhône depuis le lac de Genève jusqu’à Brigue; il échoua
-pour le percement: l’heure n’en avait pas encore sonné.—L’_Assemblée
-nationale_ reparut, sous sa direction, en septembre 1877.
-
-[209] Ses bureaux étaient situés rue Bergère, 20, près le boulevard
-Montmartre.
-
-[210] _Vie de Berryer_, par Charles de Lacombe, t. III, p. 96.
-
-[211] C’est la nouvelle qui avait paru dans la _Revue des Deux Mondes_,
-le 15 février 1847, sous le titre d’_Octave_.
-
-[212] Ces quatre nouvelles de Balzac font partie des _Scènes de la vie
-privée_.
-
-[213] Le marquis Auguste de Cambis, qui habitait à 11 kilomètres
-des Angles, le château de Sauveterre, commune de ce nom, canton de
-Roquemaure (Gard).
-
-[214] Allevarrès était l’anagramme et le pseudonyme de M. Jules de
-Serravalle.
-
-[215] _Moniteur_ du 6 février 1865.
-
-[216] _Georgette_, par M^{me} Th. Bentzon, _Revue des Deux Mondes_ des
-1^{er} et 15 octobre, 1^{er} et 15 novembre 1879.
-
-[217] _Nouveaux Samedis_, t. XX, p. 32.
-
-[218] _Nouveaux Lundis_, t. II, p. 18. Article du 3 février 1862.
-
-[219] Après avoir commencé la série de ses _Lundis_ au
-_Constitutionnel_ en octobre 1849 et après être passé au _Moniteur_
-à la fin de 1852, Sainte-Beuve était rentré au _Constitutionnel_ en
-septembre 1861.
-
-[220] _Nouveaux Lundis_, t. II. p. 26.
-
-[221] _Revue de Bretagne et de Vendée_, février 1862.
-
-[222] _Nouveaux Lundis_, t. II, p. 25.
-
-[223] _Nouveaux Lundis_, t. III, p. 44.
-
-[224] Père de l’admirable abbé Perreyve.
-
-[225] _Le Correspondant_ du 10 septembre 1888.—_Souvenirs d’un vieux
-critique_, t. X, p. 342.
-
-[226] _Mélanges_ de Louis Veuillot, 3^e série, t. II, p.
-209-233.—L’article est du 4 avril 1854.
-
-[227] Voir ci-dessus, page 116.
-
-[228] _La Mode_ du 28 mars 1847.
-
-[229] Paul-Louis Courier définissait Béranger: «L’homme qui a fait de
-_jolies chansons_.»
-
-[230] _Mélanges_ de Louis Veuillot, 1^{re} série, t. VI, p. 338,
-342.—Avril 1855.
-
-[231] Voir dans les _Mélanges_, 1^{re} série, t. VI, p. 538 à 574.
-
-[232] Louis Veuillot avait cinq filles. Deux venaient de mourir, l’une
-à Reichshoffen, le 18 juin 1855, au château de M. de Bussières, et
-l’autre, le 3 juillet, à Versailles, chez sa grand’mère maternelle. Une
-troisième, Madeleine, devait mourir à son tour, peu de temps après, à
-Paris, le 2 août.
-
-[233] _Correspondance de Louis Veuillot_, t. I, p. 355.—Cette lettre
-porte pour suscription: _A M. le comte A. de Pontmartin, à Serrières
-(Ardennes)_. Il faut lire: _A Serrières (Ardèche)_. Pontmartin était
-alors chez sa belle-mère, au château de la Mûre, à 8 kilometres du
-bourg de Serrières, qui était le chef-lieu de canton et le bureau
-de poste. Comme le nom de la Mûre avait souvent donné lieu à des
-confusions avec deux petites villes de l’Isère et du Rhône et entraîné
-de grands retards dans l’arrivée des lettres, la consigne de la famille
-était de mettre simplement sur l’adresse: _Serrières (Ardèche)_.
-
-[234] _Souvenirs d’un vieux critique_, t. X, p. 167.
-
-[235] Voir, dans la biographie de _Montalembert_, par le P. Lecanuet,
-le chapitre VI du tome III.
-
-[236] La première livraison du nouveau _Correspondant_—celui de
-Montalembert, de M. de Falloux et du prince Albert de Broglie—parut le
-25 octobre 1855.
-
-[237] Le dernier article de Pontmartin dans le _Correspondant_ parut le
-10 mai 1890. Il avait pour titre: _Le Suicide d’un journal, L’Assemblée
-nationale_. Voir _Épisodes littéraires_, p. 254-321.
-
-[238] _Épisodes littéraires_, p. 253.
-
-[239] 25 décembre 1856.
-
-[240] A propos des romans de M. Edmond About et de M. Gustave
-Flaubert.—25 juin 1857.
-
-[241] _Causeries du Samedi_, t. I, p. 134-135.
-
-[242] Édouard THIERRY, né à Paris le 14 septembre 1813. Après avoir
-été longtemps un de nos meilleurs critiques dramatiques, il devint, en
-octobre 1859, administrateur de la Comédie-Française, fonctions qu’il
-abandonna en 1871. Il fut alors nommé conservateur-administrateur de la
-Bibliothèque de l’Arsenal.
-
-[243] _Le Fils naturel_, comédie en cinq actes et en prose, d’Alexandre
-Dumas fils, jouée sur le Théâtre du Gymnase, le 16 janvier 1858.
-
-[244] _La Jeunesse_, comédie en cinq actes et en vers, d’Émile Augier,
-jouée sur le Théâtre de l’Odéon, le 6 février 1858.
-
-[245] Lettre à Alfred Nettement, du 12 juin 1858.
-
-[246] _Le Correspondant_ du 25 février 1857.
-
-[247] 25 décembre 1859.
-
-[248] 25 novembre 1860.
-
-[249] 25 avril 1861.
-
-[250] 25 décembre 1861.
-
-[251] 25 décembre 1863.
-
-[252] 25 février 1866.
-
-[253] 25 mars 1866.
-
-[254] Ce fut Michel Lévy qui, voulant faire entrer le volume dans une
-nouvelle collection à 2 francs, imagina de l’appeler _les Brûleurs de
-Temples_, ce qui contraria beaucoup Pontmartin, surtout au point de vue
-de la loyauté envers l’acheteur.
-
-[255] _L’Enseignement mutuel_ ou _Un bien averti en vaut deux_, dans le
-volume des _Contes et Nouvelles_.
-
-[256] Voir _Causeries du Samedi_, t. II, p. 378.
-
-[257] Voir ci-dessus page 209.
-
-[258] Sur le vicomte Eugène-Melchior de Vogüé, voir _Nouveaux Samedis_,
-tomes XV et XX; _Souvenirs d’un Vieux critique_, tomes V, VII, VIII et
-IX; _Derniers Samedis_, tomes I et II.
-
-[259] Le baron Pougeard-Dulimbert.
-
-[260] Son fils Henri qui suivait les cours du lycée Bonaparte.
-
-[261] Théophile Gautier avait publié en 1856 un conte intitulé:
-_Avatar_.
-
-[262] Je dois de pouvoir publier cette lettre et toutes les autres
-lettres à Autran qui vont suivre, à la gracieuse obligeance de la fille
-et du gendre du poète, M. et M^{me} Jacques Normand.
-
-[263] P. 206-209.
-
-[264] Le tome II des _Causeries du Samedi_, qui venait de paraître.
-
-[265] Cette lettre de Louis Veuillot ne figure pas dans sa
-_Correspondance_.
-
-[266] Voir Joseph Autran, _Œuvres complètes_, t. II, p. 342.
-
-[267] Elles paraissaient le mardi, tous les quinze jours, à la
-troisième page du journal, sous le titre: _Variétés_. Comme elles
-avaient un très vif succès, M. de Riancey insista auprès de Pontmartin
-pour qu’il lui donnât non plus deux mais quatre articles par mois. On
-lit dans l’_Union_ du 28 décembre 1858: «A dater du 1^{er} janvier
-1859, les Causeries littéraires de M. Armand de Pontmartin deviendront
-hebdomadaires; elles paraîtront régulièrement le samedi de chaque
-semaine dans le feuilleton du journal.»
-
-[268] Le dernier secrétaire de Sainte-Beuve, M. Jules Troubat,
-a recueilli ces articles en 1876 sous le titre de _Chroniques
-parisiennes_. Un vol. in-18, Calmann-Lévy, éditeur.
-
-[269] Cf. l’article de Sainte-Beuve sur la _Vie de Rancé_, par
-Chateaubriand, dans la _Revue des Deux Mondes_ du 15 mai 1844, et le
-chapitre LVIII des _Chroniques parisiennes_, du 4 juin 1844.
-
-[270] Célestin-Joseph FÉLIX, membre de la Compagnie de Jésus, né à
-Neuville-sur-l’Escaut, près Valenciennes, le 29 juin 1810, mort le 6
-juillet 1891 à Lille. Ses Conférences de Notre-Dame sur _le Progrès par
-le Christianisme_, prononcées de 1853 à 1872, forment dix-neuf volumes
-in-8.
-
-[271] Un vol. in-32. C. Dillet, éditeur, rue de Sèvres, 15.
-
-[272] Voir, au tome II des _Derniers Samedis_, p. 117, le chapitre
-sur le R. P. FÉLIX. «Je me souviens, écrit Pontmartin, de l’époque où
-j’avais le bonheur de l’entendre à Notre-Dame..... Que de fois j’ai
-entendu M. Cousin, auditeur attentif et assidu de ces conférences, me
-dire, au sortir de l’église, avec son exubérance habituelle de parole
-et de pantomime: «Je n’ai pas d’objection! je n’ai pas d’objection!»
-
-[273] Les bureaux du _Correspondant_ étaient alors rue de Tournon, 29,
-à la librairie Ch. Douniol.
-
-[274] Déjà, à la fin de 1857, Pontmartin s’était, encore une fois,
-rapatrié avec Buloz. Seulement, ce dernier voulait qu’il _redébutât_
-par un article de critique, et Pontmartin voyait à cela plus d’un
-inconvénient. Il écrivait à Autran, le 16 janvier 1858: «Tout le monde
-ici, à commencer par ma femme, me dit que j’ai pris, depuis trois ans,
-une situation trop accentuée dans la critique, pour que ma rentrée
-à la _Revue_ puisse s’effectuer sans inconvénient. Buloz, il faut
-l’avouer, est plus anti-chrétien que jamais. Il est homme à se lever
-la nuit, une veille de numéro, pour changer, supprimer ou ajouter,
-dans un de mes articles, de quoi me faire passer pour un déserteur ou
-un _capitulateur_ en religion ou en politique. Il n’en faudrait pas
-davantage pour me faire fusiller, sur toute la ligne, depuis les Barbey
-du _Réveil_ et les Jouvin du _Figaro_, jusqu’aux Alloury et aux Rigaud
-des _Débats_. Et cette fois, ce serait sur des points plus graves que
-ce qui touche à la vanité littéraire. Il en résulte, de mon côté, des
-hésitations, des alternatives, des lenteurs, qui, se combinant avec
-toutes les aspérités de Buloz, amènent le résultat négatif que vous
-voyez. Mon désir serait de débuter par l’_Écu de six francs_, Buloz
-voudrait, au contraire, me faire commencer par un article de critique
-et ce petit tiraillement intérieur a encore tout ajourné.»—Pontmartin
-tenait bon pour sa Nouvelle; Buloz, naturellement, exigeait une refonte
-générale de l’_Écu de six francs_. Pontmartin se résigne, et, le 5
-février, il écrit: «Je corrige à satiété, avec une docilité d’élève de
-quatrième, les dernières pages de ma Nouvelle, qui avait dû paraître
-_irrévocablement_ le 15 janvier, puis le 1^{er} février et qui me
-semble maintenant ajournée au 1^{er} mars.»
-
-Le 1^{er} mars, rien ne paraît, et, le 4, Pontmartin écrit de nouveau
-à Autran: «Le 25 février, lorsque les 42 pages de ma Nouvelle étaient
-_composées_, corrigées par de Mars et par moi, lorsque le bon à tirer
-était donné, M. Buloz a déclaré que de Mars m’avait égaré, que ma
-première donnée était la bonne, qu’il fallait y revenir, mais que nous
-n’avions plus le temps pour le 1^{er} mars. Ce n’était là qu’une façon
-de prévenir mon irritation du premier moment. Hier, nous avons eu une
-longue conversation, et il m’a demandé de tels changements qu’il serait
-beaucoup plus court et plus simple d’écrire une œuvre toute nouvelle.
-Pourtant, dans ce naufrage, j’ai eu au moins un bonheur: je ne me suis
-pas emporté une seule minute; nous nous sommes quittés sans orage, et
-s’il y a séparation, il n’y aura pas rupture.»
-
-Et puisque j’ai rouvert ces lettres de Pontmartin à Autran, je
-détacherai de celle du 15 décembre 1857 un mot typique de M. Buloz,
-qui avait perdu, le 13 décembre, son beau-père, M. Castil-Blaze,
-le très spirituel critique musical du _Journal des Débats_, où il
-signait: X. X. X. «Adieu, cher! écrivait Pontmartin; j’attends ma femme
-après-demain et j’aurai alors un peu plus de liberté. J’en profiterai
-pour aller recueillir çà et là quelques-unes de ces nouvelles que je ne
-vous donne pas aujourd’hui: ce que je sais de plus intéressant, ce sont
-deux enterrements: Castil-Blaze et Lefèvre-Deumier. Voici l’oraison
-funèbre de C. Blaze, adressée par Buloz à sa femme: «Votre père s’est
-toujours plu à me contrarier: le voilà qui meurt l’avant-veille d’un
-numéro!»—C’est tout ce qu’on a pu tirer du _Reviewer quand même_.»
-
-[275] _Revue des Deux Mondes_, 1^{er} août 1861.
-
-[276] 1^{er} octobre 1861.
-
-[277] 1^{er} décembre 1861.
-
-[278] M. Victor Fournel.
-
-[279] Lundi 3 février 1862, _Nouveaux Lundis_, t. II, p. 1.
-
-[280] _Le Correspondant_ du 25 décembre 1856.—_Causeries du Samedi_, t.
-I^{er}, ch. II.
-
-[281] _Le Correspondant_ du 25 mai 1856.—_Causeries du Samedi_, t.
-I^{er}, ch. III.
-
-[282] L’_Assemblée nationale_.
-
-[283] M. Henry de Riancey, directeur de l’_Union_, où Pontmartin,
-depuis la suppression de l’_Assemblée nationale_, publiait ses
-Causeries littéraires.
-
-[284] Pontmartin venait de publier dans l’_Union_ trois articles sur le
-tome I^{er} des _Mémoires pour servir à l’histoire de mon temps_, par
-M. Guizot. Voy. ces articles au tome II des _Causeries du Samedi_.
-
-[285] _Souvenirs de la Restauration_, par Alfred Nettement. Un vol.
-in-18, 1858.
-
-[286] Le pseudonyme de _Curtius_ cachait le nom d’un sous-directeur du
-Timbre, M. Charles Bouglé: il avait publié autrefois dans la _Mode_,
-d’abord sous le titre des _Leçons de Neuilly_, puis sous celui de
-_l’Enfant terrible_, des dialogues extrêmement piquants et qui avaient
-eu leur quart d’heure de célébrité.
-
-[287] Alfred Nettement, dans la _Semaine des Familles_, ne prenait
-pas moins de trois pseudonymes: _Félix-Henry_, _Nathaniel_ et _René_,
-si bien qu’il y avait souvent, dans la même livraison, sous trois ou
-quatre noms différents, trois ou quatre articles du directeur.
-
-[288] Le _Réveil_ était un recueil hebdomadaire, dirigé par A.
-Granier de Cassagnac, avec la collaboration de Louis Veuillot, Barbey
-d’Aurevilly, Ernest Hello, etc.
-
-[289] Lettre du 22 septembre 1887.
-
-[290] Livraison du 15 janvier 1859.
-
-[291] _Semaine des Familles_ du 12 février 1859.
-
-[292] Livraison du 26 novembre 1859.
-
-[293] Voir ci-dessus notre chapitre VII, pages 161 et suivantes.
-
-[294] _La Madelène_ (Jules-François-Ézéar de), né en 1820, à
-Versailles, d’une famille originaire de Carpentras, mort en 1859. Ses
-œuvres principales sont, avec _le Marquis des Saffras_, _Brigitte_ et
-_le Comte Alighiera_.—Son frère Henry, auteur également de plusieurs
-romans remarquables, parmi lesquels je citerai en première ligne
-_la Fin du marquisat d’Aurel_ (1879), a publié, en 1856, _le Comte
-Gaston de Raousset-Boulbon, sa vie et ses aventures, d’après sa
-correspondance_.
-
-[295] _Semaine des Familles_ du 16 juin 1860.
-
-[296] _Nouveaux Lundis_, t. III, p. 35.
-
-[297] _Lettres à l’Étrangère_, p. 303, 8 mars 1836.
-
-[298] _Historique du procès auquel a donné lieu «le Lys dans la
-vallée»._ Mai 1836. BALZAC, _Œuvres complètes_, t. XXII, p. 436.
-
-[299] _Nouveaux Lundis_, t. III, p. 36.
-
-[300] _Nouveaux Lundis_, t. III, p. 42.
-
-[301] Voir ci-dessus, chapitre VIII, p. 187.
-
-[302] _Nouveaux Lundis_, t. III, p. 41.
-
-[303] _Les Jeudis de Madame Charbonneau_, p. 65.
-
-[304] Tome IV, p. 45.
-
-[305] M. Buloz était alors commissaire du roi près le Théâtre-Français,
-en même temps que directeur de la _Revue des Deux Mondes_.
-
-[306] _Revue des Deux Mondes_, 15 novembre 1891.
-
-[307] _Correspondance de Jules Janin_, p. 224.
-
-[308] _Le Correspondant_ des 25 juillet et 25 août 1862.—_Semaines
-littéraires_, t. II, p. 1-92.
-
-[309] Aujourd’hui n^o 18.
-
-[310] _Souvenirs d’un vieux critique_, t. II. p. 252.
-
-[311] Frédéric BÉCHARD était né à Nimes en novembre 1824. Journaliste,
-il a collaboré à l’_Artiste_, à la _Mode nouvelle_, à la _Patrie_, à
-la _Revue de Paris_, à la _Gazette de France_, etc. Romancier, il a
-publié les _Existences déclassées_ (1859), et _Jambe d’argent_, scènes
-de la grande chouannerie (1865). Auteur dramatique, il a fait jouer à
-l’Odéon les _Tribulations d’un grand homme_ (1847) et le _Passé d’une
-femme_ (1859), et au Vaudeville les _Déclassés_ (1856). Il était fils
-de Ferdinand Béchard (1799-1870), l’un des meilleurs lieutenants de
-Berryer, député de la droite de 1842 à 1846, puis représentant du Gard
-aux Assemblées de 1848 et 1849.
-
-[312] Amable ESCANDE, né à Castres (Tarn) en 1810. De 1834 à 1848, il
-écrivit dans la _Gazette de France_, la _Mode_ et l’_Union_. Après
-le 24 février, il alla prendre la direction de l’_Écho du Midi_, à
-Montpellier. Un de ses articles fut l’occasion d’un duel fameux entre
-M. Aristide Ollivier, rédacteur en chef du _Suffrage universel_, et le
-comte de Ginestous. M. Ollivier, frère du futur ministre de l’Empire
-libéral, fut tué sur le coup, et M. de Ginestous grièvement blessé. A
-la suite de cette malheureuse affaire, Escande revint à Paris (1851)
-et rentra à l’_Union_, puis à la _Gazette de France_, dont il ne se
-sépara, après une longue et très active collaboration, que pour devenir
-directeur de la _Gazette du Languedoc_ à Toulouse.
-
-[313] M. Gustave Janicot était, depuis 1861, directeur de la _Gazette
-de France_, où il avait succédé à M. de Lourdoueix, et où il défend
-encore aujourd’hui avec un talent toujours jeune et une inlassable
-vaillance la cause de la monarchie et celle de l’Église.
-
-[314] Janvier 1863.—_Semaines littéraires_, t. II, p. 233.
-
-[315] Lettre du 7 avril 1863.—Le comte Achille Treilhard, petit-fils du
-conventionnel, était depuis le 28 août 1862 directeur de la presse.
-
-[316] _Le Correspondant_ du 25 septembre 1863.
-
-[317] Lettre du 11 mai 1866.
-
-[318] Pages 146-150. Les _Odeurs de Paris_ parurent en novembre 1866.
-
-[319] Auteur d’une _Histoire de Christophe Colomb_. Voir sur lui les
-_Causeries du Samedi_, t. II, p. 312-323.
-
-[320] M. Challemel-Lacour fut, pendant quelques mois, gérant de la
-_Revue des Deux Mondes_, après la mort de M. V. de Mars.
-
-[321] Lettre pastorale sur _les Malheurs et les Signes du temps_.
-
-[322] Lettre du 1^{er} juillet 1867.
-
-[323] Situé dans la commune de Cabriès, canton de Gardanne,
-arrondissement d’Aix (Bouches-du-Rhône).
-
-[324] Le château de Pradine, commune de Grambois, canton de Pertuis,
-arrondissement d’Apt (Vaucluse).
-
-[325] Voir, dans les _Souvenirs d’un vieux mélomane_, le chapitre XVII,
-_une Partie de boules, Souvenirs des vacances de 1866_. Pontmartin
-y a placé une très exacte description de La Malle: «Sur l’ancienne
-route royale d’Aix à Marseille, à une distance à peu près égale
-entre la vieille capitale du Parlement et la nouvelle capitale de la
-Méditerranée, à deux portées de fusil du Pin, autrefois relais de la
-poste aux chevaux, aujourd’hui bureau de la poste aux lettres, on voit
-une jolie maison de campagne, qui a l’esprit de n’être ni un château,
-ni une villa, ni une _bastide_. De grands arbres, presque aussi vieux,
-mais beaucoup plus beaux que des académiciens, d’élégants massifs de
-marguerites, de dahlias et de chrysanthèmes, des allées plantées de
-sycomores et de saphoras, une gracieuse façade se tournant à demi
-du côté des champs et des collines, comme pour éviter les regards
-indiscrets ou la poussière du grand chemin: entre la maison et la route
-un quinconce d’ormeaux séculaires sur une terrasse séparée des passants
-par une grille.»
-
-[326] Joseph-Louis D’ORTIGUE, né à Cavaillon (Vaucluse) le 22 mai 1802,
-mort à Paris le 20 novembre 1866. Il a fait la critique musicale dans
-la _Quotidienne_, l’_Ère nouvelle_, l’_Opinion publique_, le _Journal
-des Débats_, et publié plusieurs volumes de littérature et d’histoire
-musicales: _la Sainte-Baume_, _le Balcon de l’Opéra_, _la Musique à
-l’église_, _la Musique au théâtre_, etc.
-
-[327] _Nouveaux Samedis_, t. IV, p. 148.
-
-[328] Aurélien SCHOLL (1833-1902), auteur dramatique et journaliste.
-Il a, pendant un demi-siècle, alimenté de ses _chroniques_ une
-vingtaine de journaux, et il a créé une nuée de petites feuilles, la
-_Silhouette_, le _Nain Jaune_, le _Club_, le _Jockey_, le _Lorgnon_,
-etc., etc.
-
-[329] Paul PARFAIT, né à Paris le 23 octobre 1841, journaliste
-et romancier. Il fut le secrétaire d’Alexandre Dumas père, qu’il
-accompagna en Italie, écrivit au _Charivari_, au _Rappel_, au
-_National_, à la _République française_, et publia plusieurs romans,
-_l’Assassin du bel Antoine_, _la Seconde vie de Marius Robert_,
-_l’Agent secret_, _les Audaces de Ludovic_, etc.
-
-[330] Ce fut M. Challemel-Lacour qui rendit compte de la pièce dans la
-livraison du 1^{er} avril 1867.
-
-[331] Autran souffrait alors d’une affection de la vue qui devait le
-conduire, dans les dernières années de sa vie, à une cécité presque
-complète.
-
-[332] Lettre du 14 avril 1867.
-
-[333] De Pontmartin (Note du Père Félix).
-
-[334] _Le Progrès par le christianisme, Conférences de Notre-Dame de
-Paris._ Année 1867, page 237.
-
-[335] Arthur DE BOISSIEU, né en 1835, mort à trente-huit ans le 29 mars
-1873. Il avait débuté, sous le voile de l’anonyme, par les _Lettres
-de Colombine_, qui eurent une grande vogue dans le _Figaro_ et dont
-le mystère fut longtemps si bien gardé. Ses _Lettres d’un Passant_,
-publiées dans la _Gazette de France_ de 1865 à 1873, forment cinq
-volumes (1868-1875).
-
-[336] _Lettres d’un Passant_, t. II, p. 137.—Juin 1867.
-
-[337] Les bureaux du _Figaro_ étaient alors rue Rossini, 3. C’est
-seulement en 1874 que le journal de Villemessant se transporta rue
-Drouot, n^o 26.
-
-[338] Les corbeaux le diront.
-
-[339] Pierre-Eugène BASTÉ, dit GRANGÉ, né à Paris en 1812. Il a composé
-un grand nombre de vaudevilles, de comédies et de drames, dont les
-principaux sont: _Les Premiers beaux jours_ (1847), _Fualdès_ (1848),
-_les Domestiques_ (1861), _la Boîte au lait_ (1862), _le Supplice d’un
-homme_ (1865), _la Voleuse d’enfants_ (1865), _la Bergère d’Ivry_
-(1866), _un Voyage autour du demi-monde_ (1868).
-
-[340] _Du nouveau sur Joubert_, par l’abbé G. Pailhès, p. 46 et suiv.
-
-[341] Séance du 2 décembre 1867.
-
-[342] Les _Lettres d’un Passant_, d’Arthur de Boissieu, paraissaient le
-vendredi dans la _Gazette de France_.
-
-[343] Voir, dans les _Lettres d’un Passant_, t. II, p. 147-169, la
-_Lettre d’un Japonais à sa fiancée_.
-
-[344] Aujourd’hui rue Joseph-Autran.
-
-[345] M. Guizot avait jusque-là voté contre Autran.
-
-[346] Lettre à M. Jules Claretie, du 26 mai 1868.
-
-[347] Lettre à M. Jules Claretie.
-
-[348] Aux Angles.
-
-[349] M. le V^{te} de Salvador, au Mas d’Auphan, par Raphèle, près
-Arles.
-
-[350] Célestin Crevel, l’un des principaux personnages de la _Cousine
-Bette_. Il figure également dans _César Birotteau_ et dans le _Cousin
-Pons_.
-
-[351] Autran avait alors en préparation un nouveau volume de poésies.
-
-[352] M^{lle} Rachel s’était refusée à jouer le rôle de Méganire dans
-la _Fille d’Eschyle_, de Joseph Autran.
-
-[353] Lettre du 20 novembre 1868.
-
-[354] _Nouveaux Samedis_, t. IV, p. 240-270.
-
-[355] Ces deux articles sur Lamartine, celui de l’_Illustration_ et
-celui de la _Gazette_, se trouvent au tome VII des _Nouveaux Samedis_.
-
-[356] Christine NILSSON, cantatrice suédoise, née en 1843. Après avoir
-débuté à Paris, au Théâtre-Lyrique, le 27 octobre 1864, dans le rôle de
-Violette de la _Traviata_, de Verdi, elle fut engagée au Grand-Opéra,
-le 15 novembre 1867, pour créer le rôle d’Ophélie dans l’_Hamlet_ de M.
-Ambroise Thomas, et joua en 1869, dans le _Faust_ de Gounod, le rôle
-de Marguerite. Après son mariage à Londres, en 1872, avec un Français,
-M. Auguste Rouzeaud, fils d’un riche négociant de Jonzac, elle ne
-joua plus à Paris et ne fit que de courtes apparitions sur les scènes
-lyriques de la province et de l’étranger.
-
-[357] Le tome VI des _Nouveaux Samedis_.
-
-[358] Berryer était mort le 29 novembre 1868. L’étude de Pontmartin
-parut le 31 décembre 1868.
-
-[359] _Victor Hugo et la Restauration_, par Edmond Biré. Un volume
-in-18; 1869.
-
-[360] Pontmartin n’a pas consacré à Lamartine moins de neuf Causeries.
-
-[361] _Nouveaux Samedis_, t. XIV, p. 225.—Quelques jours après la mort
-de Sainte-Beuve, Pontmartin écrivait, des Angles, à M. Jules Claretie:
-«En fait de rappel, il me semble que la littérature n’est pas épargnée
-par le tambour voilé de crêpe. Lamartine et Sainte-Beuve dans la même
-année, c’est trop!... Étranges natures que les natures littéraires qui
-pourraient se dédoubler de manière à produire un méchant et un bonhomme
-sous une même calotte de velours! Depuis deux ans, si j’avais osé, je
-serais allé dix fois lui serrer la main, à ce pauvre Sainte-Beuve,
-et je faisais des vœux bien sincères pour que ce maître, ce modèle,
-nous fût conservé encore quelques années. J’ai appris sa mort, et les
-détails de sa mort avec une douloureuse émotion.» (Lettre du 30 octobre
-1869.)
-
-[362] _Nouveaux Samedis_, t. VII, p. 342.
-
-[363] Le 10 novembre 1869.
-
-[364] L’élection eut lieu le 7 avril 1870. M. Émile Ollivier réunit 26
-voix sur 28 votants.
-
-[365] Henri CHEVREAU (1823-1903). Préfet de l’Ardèche à 26 ans,
-conseiller d’État et préfet de Lyon depuis 1864, il avait été nommé
-préfet de la Seine, le 5 janvier 1870, en remplacement du baron
-Haussmann. Le 10 août suivant, il fut appelé à prendre, dans le
-ministère Palikao, le portefeuille de l’Intérieur.
-
-[366] M. Villemain était mort le 8 mai 1870.
-
-[367] Prosper Mérimée mourut, en effet, peu de temps après, au mois
-de septembre 1870. Prévost-Paradol, hélas! était mort avant lui, à
-Washington, le 11 juillet.
-
-[368] Le plébiscite du 8 mai 1870.
-
-[369] M. Émile Ollivier, M. Chevandier de Valdrôme et leurs collègues
-furent renversés le 10 août 1870, et remplacés par le cabinet Palikao.
-
-[370] _Journal d’un voyageur pendant la guerre_, avril 1871.
-
-[371] Le mot est du républicain Lanfrey, _Moniteur de Seine-et-Oise_,
-Décembre 1870.
-
-[372] _Lettre_ du 12 octobre 1870.
-
-[373] Victor Cousin et Prosper Mérimée étaient morts tous les deux à
-Cannes, le premier le 13 janvier 1867; le second le 23 septembre 1870.
-
-[374] Voir dans le _Correspondant_ des 10 août et 10 septembre 1871,
-_Cent jours à Cannes pendant les deux sièges_, et dans la _Mandarine_,
-p. 195-309.—Dans son récit, Pontmartin parle avec reconnaissance des
-personnes qu’il voyait pendant ce séjour à Cannes et dont l’amitié
-le soutint dans cette épreuve; mais il ne les désigne que par des
-initiales: «M. Ernest L...d, élégant et poétique traducteur des sonnets
-de Shakespeare, de Pétrarque, de Lope de Vega; l’abbé C...; M. Dubois
-d’A.; M. X., un des avocats les plus distingués de Paris; M^{me}
-Justin D...».—Voici les vrais noms: M. Ernest Lafond; l’abbé Chaix,
-du clergé de Cannes; M. Duboys d’Angers, premier président de la Cour
-d’appel d’Orléans à la fin de l’Empire; M. Grandmanche de Beaulieu;
-M^{me} Justin Durand, née de Zagarriga, femme de l’ancien député
-des Pyrénées-Orientales au Corps législatif, qui, à la veille de la
-guerre, exerçait une vraie royauté dans toute la région de Perpignan
-et de Montpellier. Pontmartin, qui sait encore sourire au milieu de
-ses larmes, parle d’elle en ces termes: «Madame Justin D..., type de
-charité, de grâce et de bienveillance, à qui j’ai vu faire quelque
-chose de bien plus extraordinaire qu’une aumône de cent mille écus ou
-une souscription de trois millions: chiffres qui n’eussent pas été en
-désaccord avec son immense fortune et les inspirations de son cœur
-généreux. En plein siège de Paris, elle trouva moyen de se procurer
-tous mes ouvrages, et je crois même, Dieu me pardonne, qu’elle les lut!»
-
-[375] Alors directeur de la _Décentralisation_, de Lyon, après avoir
-appartenu à la rédaction de la _Gazette de France_. De Lyon il passa à
-Marseille, où il dirigea la _Gazette du Midi_ et où il est mort en 1899.
-
-[376] John MARTIN, peintre anglais, 1789-1854. Ses meilleures toiles
-sont: _la Chute de Babylone_, _le Festin de Balthazar_, _la Destruction
-d’Herculanum_, _la Chute de Ninive_.
-
-[377] L’article parut le 10 juillet 1871, dans le _Correspondant_, sous
-ce titre: _la Critique en 1871_.—Voir _Nouveaux Samedis_, t. VIII, p.
-1-51.
-
-[378] Voir, au sujet de cet épisode, l’éloquent écrit de M. Émile
-Ollivier: _M. Thiers à l’Académie et dans l’histoire_ (1880).
-
-[379] Trois ans plus tard, le 4 octobre 1874, une brillante revanche
-fut prise pour ce même siège au Conseil général par Louis-Numa
-Baragnon, qui déploya dans la lutte, sur ce petit théâtre, un
-merveilleux talent. Pontmartin avait été le principal patron de sa
-candidature; il eut les joies de la victoire, sans en avoir les
-embarras.
-
-[380] Voir ci-dessus chapitre XII, p. 317.
-
-[381] Le _Filleul de Beaumarchais_ a paru dans le _Correspondant_ des
-25 décembre 1871, 10 et 25 janvier 1872.
-
-[382] Joseph-Othenin-Bernard DE CLÉRON, comte D’HAUSSONVILLE
-(1809-1884), membre de l’Académie française, auteur de l’_Histoire de
-la réunion de la Lorraine à la France_, de _l’Église romaine et le
-premier Empire_, etc.
-
-[383] Arthur-Marie BUCHERON (1834-1902), connu sous le pseudonyme
-de _Saint-Genest_. Ses articles du _Figaro_ ont eu un grand
-retentissement. La plupart ont été réunis en volume: _La Politique
-d’un soldat_ (1872); _Lettres d’un soldat_ (1873), etc.—Voir sur lui
-_Nouveaux Samedis_, t. VIII, p. 140; tome XI, p. 178; t. XIV, p. 289.
-
-[384] Pontmartin ne devait pas tarder à quitter le n^o 20 de la rue
-Laffitte pour prendre, au n^o 2 de la même rue, un petit appartement
-meublé dans l’immense immeuble qui était alors la propriété de sir
-Richard Wallace.
-
-[385] _Nouveaux Samedis_, t. VIII, p. 52.
-
-[386] Le 9 juin 1872, des élections partielles avaient eu lieu dans le
-Nord, dans la Somme et dans l’Yonne. MM. Deregnaucourt, Barni et Paul
-Bert, tous les trois républicains avancés, avaient été nommés.
-
-[387] _Nouveaux Samedis_, t. VIII, p. 203.
-
-[388] Canton de Châteaurenard, commune de Barbentane (Bouches-du-Rhône).
-
-[389] Le général marquis Léon D’ANDIGNÉ pair de France, sénateur
-de Maine-et-Loire, fils du comte Auguste d’Andigné, l’auteur des
-_Mémoires_; il était le gendre du marquis de Barbentane. Il s’était
-conduit en héros à Reichshoffen et à Sedan. Dans la journée du 1^{er}
-septembre 1870, il avait été laissé pour mort sur le champ de bataille.
-Deux chevaux tués sous lui, ses deux jambes traversées, son bras droit
-fracassé par des balles, attestaient l’acharnement de la lutte soutenue.
-
-[390] _Lis Isclo d’or_, par Frédéric Mistral, 1875.
-
-[391] _Nouveaux Samedis_, t. IX, p. 68 et suiv.
-
-[392] _Gazette de France_ du 13 octobre 1872.—_Nouveaux Samedis_, t.
-IX, p. 69.
-
-[393] Edmond TARBÉ DES SABLONS (1838-1902), critique musical, romancier
-et auteur dramatique. Le 5 juillet 1868, il avait fondé, avec Henri
-de Pène, le journal _le Gaulois_, dont il resta, l’année suivante,
-l’unique directeur et qu’il ne quitta qu’en juillet 1879.
-
-[394] _Nouveaux Samedis_, t. X, p. 296-343.
-
-[395] La _Mandarine_ avait paru dans le _Correspondant_ du 10 juin
-1870. Cette nouvelle, primitivement destinée à la _Revue des Deux
-Mondes_, avait dû s’appeler tout d’abord _le Feu de sarments_.
-
-[396] _Nouveaux Samedis_, t. X, p. 111.
-
-[397] Ce fut Ledru-Rollin qui l’emporta. Il fut élu le 1^{er} mars.
-
-[398] Le _Correspondant_ du 10 janvier 1874.
-
-[399] Le _Correspondant_ du 25 mars 1874.
-
-[400] Voici le passage auquel fait allusion Joseph Autran: «M. de
-Pontmartin n’a eu de rival, comme critique, que Sainte-Beuve, à qui
-son talent n’avait rien à envier, et qui lui a, plus d’une fois, envié
-devant moi sa foi chrétienne et monarchique.» Le _Figaro_ du 25 mars
-1874. Article signé _François Duclos_, pseudonyme qui cachait un des
-plus spirituels écrivains du temps.
-
-[401] Jules Janin mourut le 19 juin 1874.
-
-[402] Le Chancelier de fer, qui aimait à maximer ses pratiques, disait
-volontiers: _Beati possidentes!_ C’était aussi l’un des mots favoris de
-son maître Frédéric II.
-
-[403] Lettre du 4 avril 1875.
-
-[404] _Souvenirs d’un vieux critique_, t. VII, p. 251.
-
-[405] Edmond Rostand, l’auteur de _Cyrano de Bergerac_, des
-_Romanesques_ et de l’_Aiglon_.
-
-[406] Académie française, séance du 4 juin 1903.
-
-[407] C’était le titre sous lequel paraissaient, dans la _Gazette de
-France_, ses articles du samedi.
-
-[408] _Nouveaux Samedis_, t. XIV, p. 366.
-
-[409] Chez Baudouin frères, Pollet et Barba, rue de Vaugirard, n^o 17,
-rue du Temple, n^o 36, et au Palais-Royal.
-
-[410] Le Théâtre du Gymnase, dont Eugène Scribe était le principal
-fournisseur et que la duchesse de Berry avait pris sous sa protection,
-porta, depuis le 8 septembre 1834 et jusqu’à la révolution de Juillet,
-le nom de _Théâtre de Son Altesse Royale Madame_.
-
-[411] La Chambre des députés et le Sénat siégeaient encore à Versailles.
-
-[412] Pontmartin eut beaucoup d’amis. J’en ai nommé plusieurs. Je
-me reprocherais de ne pas citer ici les trois amis d’enfance, de
-jeunesse et de toujours, avec lesquels il eut peut-être la plus
-constante intimité: Alphonse d’Archimbaud (1811-1865), fils du
-marquis d’Archimbaud, député de la Chambre _introuvable_, dont les
-réceptions cordiales et paternelles dans son château de Vérone,
-près Nyons (Drôme), avaient laissé à Pontmartin de tels souvenirs
-qu’il aimait à les évoquer sans cesse, surtout dans ses dernières
-années;—Isidore d’Athénosy (1806-1872), fils d’un haut fonctionnaire
-de l’administration pontificale à Avignon, un homme d’étude et de
-science, un royaliste militant, un catholique des anciens temps;—Eugène
-de Baciocchi (1807-1884), fils d’un officier corse marié à Avignon,
-authentiquement cousin des parents de Napoléon III, peut-être même
-cousin de l’Empereur. Il n’aurait eu qu’un mot à dire pour obtenir une
-préfecture ou tout autre haut emploi, que sa grande intelligence et son
-vaste savoir l’eussent rendu apte à remplir; mais ce mot, par fidélité
-royaliste et quoiqu’il fût pauvre, il ne voulut jamais le prononcer.
-
-[413] M. Amédée de Jonquières, qui devait entrer, en novembre 1878, au
-noviciat de la Compagnie de Jésus, devenir profès de cette Compagnie le
-15 août 1897 et avoir, en 1901, les honneurs de la proscription.
-
-[414] Sur le tome XIV des _Nouveaux Samedis_.
-
-[415] Le 23 juin 1877.
-
-[416] M. Thiers était mort le 3 septembre 1877.
-
-[417] M. Léon Lavedan était alors directeur de la presse au ministère
-de l’Intérieur.
-
-[418] _Vie de M^{gr} Dupanloup_, par l’abbé F. LAGRANGE, t. III, p. 450.
-
-[419] _Vie de M^{gr} Dupanloup_, t. III, p. 452.
-
-[420] Voir ces trois récits dans les _Souvenirs d’un vieux Mélomane_.
-
-[421] _Nouveaux Samedis_, t. X, p. 334.
-
-[422] Le _Correspondant_ du 10 juin et du 25 juin 1878.
-
-[423] Salon de 1850.
-
-[424] Salon de 1863.
-
-[425] _Le Correspondant_ du 25 décembre 1878. Article de M. Henri
-Lavedan.
-
-[426] M. Villemain.
-
-[427] _Nouveaux Samedis_, t. I, p. 164.
-
-[428] _Les Jeudis de Madame Charbonneau_, p. 71.
-
-[429] Montalembert était mort le 13 mars 1870; Villemain, le 8 mai;
-Prévost-Paradol, le 11 juillet; Prosper Mérimée, le 23 septembre.
-
-[430] Au printemps de 1870 (les 7 avril et 19 mai), il y avait eu, non
-pas un _triple_, mais un quadruple scrutin; MM. Emile Ollivier, Jules
-Janin, Xavier Marmier et Duvergier de Hauranne avaient été élus en
-remplacement de Lamartine, de Sainte-Beuve, de M. de Pongerville et du
-duc Victor de Broglie. Pontmartin n’avait posé sa candidature à aucun
-des quatre fauteuils.
-
-[431] Sur ce voyage de M. de Falloux à Versailles, au mois d’août 1871,
-voy. les _Mémoires d’un royaliste_, t. II, p. 469-511.
-
-[432] Il venait d’être battu, comme candidat au Conseil général, dans
-le canton de Villeneuve-lès-Avignon, par un petit avocat d’Uzès,
-ex-sous-préfet gambettiste. J’extrais de sa lettre du 6 novembre
-ce menu détail: «Les mêmes électeurs qui m’ont repoussé comme trop
-aristocrate, trop féodal, c’est-à-dire, j’imagine, trop peu libéral,
-ont voté comme un seul homme, pendant la phase impériale, pour un
-chambellan qu’ils n’avaient jamais vu: voilà le suffrage universel!»
-Voir, sur ce petit épisode électoral, le chapitre XIII, p. 339.
-
-[433] _Vie de M^{gr} Dupanloup, évêque d’Orléans_, par M. l’abbé F.
-LAGRANGE, t. III, p. 245.
-
-[434] M. Thiers avait été le patron et le principal agent de l’élection
-de M. Littré.
-
-[435] M. Duvergier de Hauranne, élu le 19 mai 1870, en remplacement du
-duc Victor de Broglie, n’avait pas encore pris séance; il ne le devait
-faire que le 29 février 1872.
-
-[436] C’est, on le sait, le titre d’un des meilleurs recueils de
-Laprade.
-
-[437] Le tome IX de ses _Nouveaux Samedis_.
-
-[438] Taine n’avait pas encore publié le premier volume de son
-admirable ouvrage sur _les Origines de la France contemporaine_, qui
-parut seulement en 1876, et dans lequel il prenait si courageusement
-parti pour l’histoire contre la légende.
-
-[439] L’élection en remplacement de M. de Ségur. Elle eut lieu le
-1^{er} mai 1873.
-
-[440] Voir, ci-dessus, chapitre XIII, p. 352 et suivantes.
-
-[441] M. Pierre Lebrun était décédé subitement le 27 mai 1873.
-
-[442] Voir, ci-dessus, chapitre XIII, p. 352.—Sous le pseudonyme de
-M. Bourgarel et sous le titre de _Fantaisies et Variations sur le
-temps présent_, Pontmartin avait inséré, dans son neuvième volume des
-_Nouveaux Samedis_, trois ou quatre chapitres humoristiques publiés au
-mois d’octobre 1872 et dont le premier était intitulé: «M. Gambetta,
-membre de l’Académie française.» Le discours du récipiendaire est
-écrit dans une langue si... gambettiste, qu’après l’avoir entendu,
-cinq quarts d’heure durant, les académiciens prodiguent des marques
-de l’aliénation mentale la mieux caractérisée: «M. Pingard danse la
-pyrrhique; M. de Laprade crie: Vive l’Empereur! M. le duc de Broglie
-donne un croc-en-jambe à M^{gr} le duc d’Aumale; M. Duvergier de
-Hauranne se croit métamorphosé en pain de sucre, et en offre un morceau
-à M. Guizot; M. Dufaure s’habille en Apollon du Belvédère et marivaude
-avec les trois Grâces; M. Lebrun demande une valse à M^{me} Mohl; M.
-Jules Favre calcule tout haut combien il entre de pouces cubes dans un
-moellon, et s’écrie en éclatant de rire: «Pas un!»—M. de Sacy risque
-trois calembours indécents; M. Littré dit: _JE CROIS EN DIEU!_ en
-quatorze langues différentes; M. Patin fait une déclaration d’amour à
-M^{me} Mathusalem; M. Saint-Marc Girardin ôte sa cravate pour y tailler
-deux paires de draps; le duc de Noailles jure comme un charretier. A la
-fin, M. Cuvillier-Fleury, seul maître de ses sens, propose à l’Académie
-de lui lire _Alexandre_, tragédie inédite de feu M. Viennet. Cette
-proposition insidieuse met tout le monde en fuite et les immortels se
-réveillent sur le pont des Arts, comme s’ils sortaient d’un mauvais
-rêve.» (_Nouveaux Samedis_, t. IX, p. 73.)
-
-[443] Ce volume de Pontmartin avait paru au mois d’avril 1872.—Voir
-chapitre XIII, p. 347.
-
-[444] Le château de Pradine, commune de Grambois (Vaucluse).
-
-[445] L’élection eut lieu le 29 janvier 1874. Le fauteuil de M. Lebrun
-fut attribué à Dumas fils; celui de Saint-Marc Girardin, à M. Mézières;
-et celui de Vitet, à M. Caro.
-
-[446] M. Guizot était mort le 12 octobre 1874.
-
-[447] Voir ci-dessus chapitre XIV, p. 376.
-
-[448] L’élection au fauteuil de M. de Loménie eut lieu le 14 novembre
-1878. Taine, devenu le candidat de la droite de l’Académie, fut élu par
-20 voix sur 26.
-
-[449] Le château de la Combe de Lancey, appartenant à M. Albert du Boys.
-
-[450] _Mes Mémoires_, tome II, chapitre 1.
-
-[451] Depuis le printemps de 1888, un des deux canapés a cédé la place
-au très beau buste en marbre du Maître par Antoine Bastet.
-
-[452] _Souvenirs d’un vieux critique_, t. VII, p. 240. 1886.
-
-[453] M. Edme Cade, docteur en médecine à Avignon. _Bulletin de
-l’Association amicale des anciens élèves de l’Ecole libre Saint-Joseph
-d’Avignon._ Juin 1890.
-
-[454] François-Nicolas-Xavier-Louis BESSON (1821-1888), évêque de
-Nîmes de 1875 à 1888. Ses _Sermons_, _Conférences_, _Panégyriques_ et
-_Oraisons funèbres_ ne forment pas moins de quinze volumes. On lui
-doit en outre la _Vie de M^{gr} Cart_, évêque de Nîmes, la _Vie de M.
-l’abbé Besson_, ancien secrétaire général des Affaires ecclésiastiques,
-_Montalembert en Franche-Comté_, la _Vie du Cardinal Mathieu_, la
-_Vie de M^{gr} Paulinier_, archevêque de Besançon, etc., etc. Sur
-M^{gr} Besson, voir _Nouveaux Samedis_, tome XX, et _Souvenirs d’un
-vieux critique_, tomes III et VIII.—M^{gr} Besson avait succédé sur le
-siège de Nîmes à M^{gr} Plantier, évêque de 1855 à 1875, qui avait,
-lui aussi, comblé Pontmartin de prévenances et de marques de vraie
-amitié, et en qui l’auteur des _Samedis_ saluait un causeur encore plus
-remarquable que l’orateur et l’écrivain.
-
-[455] Article du 12 octobre 1887.—_Souvenirs d’un vieux critique_, t.
-X, p. 278.
-
-[456] Lettre du 12 janvier 1881.
-
-[457] L’article de M. Emile, Zola avait paru dans le _Figaro_ du 27
-décembre 1880, sous ce titre: _MONSIEUR LE COMTE_. Voyez la réponse
-de Pontmartin au tome I des _Souvenirs d’un vieux critique_, p. 355
-et suivantes. J’en détache seulement ces lignes, où il répond au
-triomphant auteur de _Nana_ qui le raillait d’être «un vaincu».
-
-«Oui, vous êtes un vainqueur; moi, je suis un vaincu, vaincu depuis
-cinquante ans, et je m’en fais gloire; vaincu, avec la justice, avec
-la vérité, avec le droit, avec l’honneur, avec la lumière, avec la
-liberté, avec l’Alsace, avec la Lorraine, avec la France;—je ne dis
-pas avec la Religion, plus victorieuse dans ses défaites que dans ses
-triomphes; vaincu en bien bonne compagnie, avec les nobles femmes
-condamnées à l’amende pour avoir protesté contre des effractions
-sacrilèges; vaincu avec les ordres religieux que l’on disperse, avec
-les sœurs de Saint-Vincent-de-Paul que l’on expulse, avec les images
-sacrées que l’on déchire ou que l’on décroche, avec les Frères de la
-doctrine chrétienne que les médecins les moins dévots saluaient comme
-des héros pendant le siège et la guerre; vaincu avec les zouaves de
-Lamoricière et les zouaves de Charette, avec tout ce qu’il y a, dans
-notre malheureux pays, d’honnête, de loyal, de généreux, d’éloquent,
-d’illustre, de libéral, de fidèle aux lois immortelles du beau, du vrai
-et du bien!»
-
-[458] _Souvenirs d’un vieux critique_, t. V, p. 220,. 1884.
-
-[459] Cette lettre n’est pas de la main d’Armand de Pontmartin; elle
-fut dictée par lui à son fils. Il en sera de même, à partir de ce
-moment, pour la plupart des lettres qu’il m’adressera.
-
-[460] Le premier volume des _Mémoires_, avec ce sous-titre: _Enfance
-et Jeunesse_, parut dans le _Correspondant_ des 10 et 25 septembre, 25
-octobre, 25 novembre et 25 décembre 1881.
-
-[461] Ce second volume parut dans le _Correspondant_ des 25 novembre,
-10 et 25 décembre 1885, 10 janvier, 10 et 25 février 1886.
-
-[462] Voir ci-dessus, chapitre IV, p. 82, et chapitre V, p. 98.
-
-[463] Voir ci-dessus chapitre XII, p. 312.
-
-[464] _Mes Mémoires_, t. II, p. 218.
-
-[465] _Correspondance de Jules Janin_, p. 265.
-
-[466] Livraison du 25 décembre 1885.
-
-[467] Dans le _Correspondant_ du 10 janvier 1886.
-
-[468] _Le Correspondant_ du 10 septembre 1888.
-
-[469] _Derniers Samedis_, t. III, p. 55.
-
-[470] Le numéro _mille_ des _Samedis_ de la _Gazette de France_, qui
-eux-mêmes faisaient suite aux Semaines littéraires de l’_Assemblée
-nationale_, du _Spectateur_ et de l’_Union_.
-
-[471] Il avait pour sujet la publication de M^{me} Charles Lenormant:
-LE TEMPS PASSÉ. _Mélanges de Critique littéraire et de Morale par M.
-et M^{me} Guizot._ Pontmartin ne l’a pas recueilli dans ses volumes de
-Causeries.
-
-[472] Joseph ROUMANILLE (1818-1891), né à Saint-Rémy de Provence
-d’une famille de jardiniers, mort libraire à Avignon. Catholique
-et royaliste, il a publié, sous la seconde République, en langue
-provençale, de merveilleux dialogues en prose pour la défense
-religieuse et sociale, _le Choléra_, _les Clubs_, _un Rouge et un
-Blanc_, _les Partageux_, _la Férigoulo_ (c’est-à-dire le thym, emblème
-du parti rouge), _les Prêtres_, etc. Plus tard, sous la troisième
-République, il a fait, dans le même genre, _les Enterre-Chiens_;
-l’apostolat est resté identique; mais la verve a baissé. A la même
-époque que les premiers dialogues appartiennent les poésies, les
-_Marguerites_, les _Songeuses_, _la Part du bon Dieu_, les _Fleurs de
-songe_, et aussi un recueil de _Noëls_, œuvres exquises de sentiment,
-simples de forme, et qui conservent absolument la note populaire,
-quoique l’auteur soit un vrai lettré et même un humaniste.
-
-[473] Augustin CANRON (1829-1888), né et mort à Avignon, n’a guère vécu
-ailleurs et se serait senti dépaysé partout, sauf dans les deux Romes,
-celle du Rhône et celle du Tibre. Il était le principal rédacteur de
-l’_Union de Vaucluse_. Son instruction était grande en toutes choses,
-mais, en histoire locale, elle était prodigieuse. Il avait déchiffré et
-classé tous les manuscrits de la région. Sa verve était à la hauteur
-de sa science, et quelquefois même elle lui nuisait: on l’accusait, à
-l’occasion, d’avoir inventé ce qu’il avait véritablement découvert.
-Catholique ardent, liturgiste consommé, sa piété très italienne
-n’excluait pas une grande liberté de langage quand il s’agissait de
-juger les évêques et les curés dans leurs rapports avec le pouvoir
-civil. En somme, personnage très intéressant, et peut-être encore plus
-amusant. Il avait le mérite de conserver une inaltérable gaieté au
-milieu d’une existence qui n’était qu’une lutte contre la pauvreté. Peu
-d’hommes ont plus honoré que lui, par son talent, son désintéressement
-et sa fidélité, la presse monarchique de province.
-
-[474] Voir l’_Appendice_, à la fin du volume.
-
-[475] Le P. Victor DELAPORTE, né le 6 novembre 1846 à Saint-Vandrille
-(Orne). Ses deux volumes de _Récits et légendes_ ont eu onze éditions.
-Une troisième série, _A travers les âges_, a obtenu un égal succès.
-On lui doit aussi des drames en vers, _Loc’h Maria_, _Saint Louis_,
-_Tolbiac_, _Pour l’Honneur_, _Patria_, etc., ainsi que plusieurs
-volumes de critique littéraire: _Du Merveilleux dans la littérature
-française sous le règne de Louis XIV_; _L’Art poétique de Boileau_,
-commenté par Boileau et ses contemporains; les _Études et Causeries
-littéraires_, etc.
-
-[476] _Causeries littéraires_, 3 volumes; _Causeries du Samedi_, 3
-vol.; _Semaines littéraires_, 3 vol.; _Nouveaux Samedis_, 20 vol.;
-_Souvenirs d’un vieux critique_, 8 volumes.
-
-[477] _Souvenirs d’un vieux critique_, tomes IX et X; _Derniers
-Samedis_, 3 volumes.
-
-[478] Notice sur Armand de Pontmartin, en tête des _Épisodes
-littéraires_.
-
-[479] _Nouveaux Samedis_, t. IX, p. 317.
-
-[480] _Souvenirs d’un vieux critique_, t. V, p. 178.
-
-[481] _Souvenirs d’un vieux critique_, t. X, p. 197.
-
-[482] La comtesse Diane de Beausacq.
-
-[483] _Souvenirs d’un vieux critique_, t. V, p. 132.
-
-[484] _Nouveaux Samedis_, t. IV, p. 211.
-
-[485] _Souvenirs d’un vieux critique_, t. II, p. 296.
-
-[486] _Semaines littéraires_, t. II, p. 333.
-
-[487] _Nouveaux Samedis_, t. VIII, p. 330.
-
-[488] _Nouveaux Samedis_, t. XVII, p. 155.
-
-[489] _Nouveaux Samedis_, t. XIX, p. 362.
-
-[490] _Nouveaux Samedis_, t. XX, p. 1.
-
-[491] _Nouveaux Samedis_, t. XIX. p. 227.
-
-[492] _Nouveaux Samedis_, t. XII, p. 1.
-
-[493] _Nouveaux Samedis_, t. XVII, p. 279.
-
-[494] _Souvenirs d’un vieux critique_, t. VIII, p. 1.
-
-[495] _Nouveaux Samedis_, t. III, p. 267.
-
-[496] _Causeries littéraires._—_Semaines littéraires._—_Nouveaux
-Samedis._
-
-[497] Voir ci-dessus, page 369.
-
-[498] _Géorgiques_, livre IV.
-
-[499] Le livre fut saisi, et, pour arrêter les poursuites, il ne fallut
-rien moins que l’intervention de Gambetta. Je lis, à ce sujet, dans
-une lettre de Pontmartin à M. Jules Claretie, du 3 janvier 1875: «Que
-dites-vous de l’ami Barbey? Cette fois, c’est trop fort. Quand je
-conseillais la tolérance à ce fougueux absolutiste, je ne m’attendais
-pas à le voir conduire Joseph de Maistre dans une de ces maisons qui
-empruntent leur sous-titre à la plus belle des vertus chrétiennes.
-C’est dommage, car à ne juger son livre qu’en artiste, avec le
-dilettantisme impassible qu’on apporterait, par exemple, au musée
-secret de Naples, ce diable d’homme—66 ans—n’avait jamais rien fait de
-si fort. _Le Rideau cramoisi_, _Une Vengeance de femme_, et surtout _Un
-Dîner d’Athées_, sont trois magnifiques cantharides. Figurez-vous qu’au
-moment où j’ai appris la saisie, j’allais en parler, et je comptais
-plaider la _Possession_, comme on l’entendait au Moyen Age.»
-
-[500] Pontmartin m’écrivait, des Angles, le 4 décembre 1879: «A peine
-avais-je fait partir ma dernière lettre, que je me suis reproché de
-vous avoir parlé de M. Barbey d’Aurevilly avec cette amertume et de ce
-ton tranchant qui me va si mal. Royalistes et catholiques, la charité
-chrétienne est pour nous, en pareil cas, non seulement une vertu, mais
-une habileté, en face de tant d’ennemis acharnés contre nos croyances.
-Mes bonnes résolutions ont persisté... 24 heures. Un de mes amis
-avignonnais, vieux, spirituel et lettré, est venu me voir, levant les
-yeux au ciel, agitant un journal au-dessus de sa tête, se livrant à une
-pantomime qui traduisait le: «Où allons-nous?» de J. Prudhomme. C’était
-un n^o de _Paris-Journal_ (21 novembre), renfermant un feuilleton de
-B. d’Aur... sur _le Mariage de Figaro_. Mon ami, après m’avoir demandé
-une tasse de tilleul pour calmer ses nerfs, m’a lu le passage suivant:
-«En regardant M^{lle} Reichenberg, en voyant, à _genoux_, aux _pieds_
-de la comtesse, ces _jambes_ de femme qui ont leur _sexe_, je pensais
-aux _jambes_ sans sexe qu’il faudrait (je ne note que des indigences)
-à cette charmante et incertaine créature d’entre les deux _sexes_,
-qui s’appelle Chérubin; je songeais à ces jambes _si voluptueusement
-hermaphrodites_(!!) que Raphaël donne à ses _archanges_, et que montre
-en ce moment à tout Paris cette merveille d’Emma Juteau, _l’acrobate_
-du Cirque.» Pas de commentaires, cher ami; mais encore un remerciement
-et une cordialissime poignée de main.»—Ce jour-là, on le pense bien, je
-n’essayai même pas de plaider les circonstances atténuantes en faveur
-de Barbey d’Aurevilly.
-
-[501] Lettre du 24 octobre 1879.
-
-[502] François-Victor FOURNEL (1829-1894), érudit, critique et
-romancier; ses principaux ouvrages sont: _les Contemporains de
-Molière_, _la Littérature indépendante_, _les Rues du vieux Paris_,
-_l’Ancêtre_, _le Roman d’un père_, _Esquisses et croquis parisiens_.
-
-[503] Lettre du 1^{er} novembre 1865.
-
-[504] Cuvillier-Fleury demeurait à Passy, avenue Raphaël, 4.
-
-[505] _Journal des Débats_ du 28 novembre 1897.
-
-[506] Parce qu’il était Nimois et aussi parce qu’il a beaucoup de
-talent et qu’il est un parfait galant homme, M. Gaston Boissier est
-un des écrivains dont Pontmartin a toujours parlé avec le plus de
-sympathie. Voy. _Nouveaux Samedis_, t. III.
-
-[507] Voici les titres des sept nouvelles qui composent ce volume: _les
-Feux de paille_; _le Point d’orgue tragique_; _l’Impasse_; _English
-Spoken_; _la Veillée_; _la Véritable auberge des Adrets_; _Rachel à
-trois époques_.
-
-[508] Lettre du 11 novembre 1886.
-
-[509] Les _Épisodes littéraires_ ont paru dans le _Correspondant_ des
-25 octobre, 10 et 25 novembre, 10 et 25 décembre 1889, 10 janvier et 10
-mai 1890.
-
-[510] Ci-dessus chapitre VII, p. 130.
-
-[511] Il fut publié dans la _Gazette de France_ du 23 mars.—Au moment
-de sa mort (29 mars), Pontmartin avait _dix-huit_ articles d’avance aux
-bureaux de la _Gazette_. Ils parurent sans interruption pendant quatre
-mois. Le dernier, publié le 2 août 1890, est consacré au volume de M.
-Henry Houssaye sur _Aspasie, Cléopâtre,
-Théodora_. On le trouvera au tome I des _Derniers Samedis_; il est daté
-du 8 mars 1890.]
-
-[512] _Derniers Samedis_, t. II, p. 372.
-
-[513] _Nouveaux Samedis_, t. I, p. 114.
-
-[514] _Notice sur Armand de Pontmartin._
-
-[515] Le R. P. Elie Bonnet, de la Compagnie de Jésus. Il avait été
-aumônier militaire en Algérie, puis à Avignon pendant les cinq ou six
-ans où nos garnisons eurent des aumôniers. Il est mort au collège de
-Mongré (Rhône) en mars 1895.
-
-[516] Le 19 mars.—_Joseph_ était l’un de ses prénoms, et aussi celui de
-l’oncle qui l’avait tant aimé.
-
-[517] _Bulletin de l’Association amicale des anciens élèves de l’École
-libre de Saint-Joseph d’Avignon._ Juin 1890.
-
-[518] 28 mars.
-
-[519] Lettre du 2 avril 1890.
-
-[520] Ci-dessus, page 458.
-
-
-
-
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