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diff --git a/44906-h/44906-h.htm b/44906-h/44906-h.htm
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<title>
- The Project Gutenberg's eBook of L'Histoire de France raconte par les Contemporains, Tome Troisime, by L. Dussieux</title>
+ The Project Gutenberg's eBook of L'Histoire de France racontée par les Contemporains, Tome Troisième, by L. Dussieux</title>
<link rel="coverpage" href="images/cover.jpg" />
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@@ -207,87 +207,45 @@
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</head>
<body>
-
-
-<pre>
-
-The Project Gutenberg EBook of L'Histoire de France raconte par les
-Contemporains (Tome 3/4)), by Louis Dussieux
-
-This eBook is for the use of anyone anywhere at no cost and with
-almost no restrictions whatsoever. You may copy it, give it away or
-re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included
-with this eBook or online at www.gutenberg.org
-
-
-Title: L'Histoire de France raconte par les Contemporains (Tome 3/4))
- Extraits des Chroniques, des Mmoires et des Documents
- originaux, avec des sommaires et des rsums chronologiques
-
-Author: Louis Dussieux
-
-Release Date: February 14, 2014 [EBook #44906]
-
-Language: French
-
-Character set encoding: ISO-8859-1
-
-*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK L'HISTOIRE DE FRANCE ***
-
-
-
-
-Produced by Mireille Harmelin, Hlne de Mink, and the
-Online Distributed Proofreading Team at http://www.pgdp.net
-(This file was produced from images generously made
-available by the Bibliothque nationale de France
-(BnF/Gallica) at http://gallica.bnf.fr)
-
-
-
-
-
-
-</pre>
-
+<div>*** START OF THE PROJECT GUTENBERG EBOOK 44906 ***</div>
<div class="header">
<div class="tnote">
-<p>Note sur la transcription: Les erreurs clairement introduites par le typographe ont t corriges.
-L'orthographe d'origine a t conserve et n'a pas t harmonise.
-Les numros des pages blanches n'ont pas t repris.</p></div>
+<p>Note sur la transcription: Les erreurs clairement introduites par le typographe ont été corrigées.
+L'orthographe d'origine a été conservée et n'a pas été harmonisée.
+Les numéros des pages blanches n'ont pas été repris.</p></div>
<p><span class="pagenumh"><a id="Page_I"> I</a></span>
<span class="pagenumh"><a id="Page_II"> II</a></span></p>
<h1><span class="large">L'HISTOIRE</span><br />
DE FRANCE<br />
-<span class="medium">RACONTE PAR LES CONTEMPORAINS.</span></h1>
+<span class="medium">RACONTÉE PAR LES CONTEMPORAINS.</span></h1>
</div>
<div class="titlepage">
<p><span class="xlarge">L'HISTOIRE</span><br />
<span class="xxlarge">DE FRANCE</span><br />
-<span class="medium">RACONTE PAR LES CONTEMPORAINS.</span></p><br />
+<span class="medium">RACONTÉE PAR LES CONTEMPORAINS.</span></p><br />
<p class="small">EXTRAITS<br />
-DES CHRONIQUES, DES MMOIRES ET DES DOCUMENTS<br />
+DES CHRONIQUES, DES MÉMOIRES ET DES DOCUMENTS<br />
ORIGINAUX,</p>
-<p class="xs">AVEC DES SOMMAIRES ET DES RSUMS CHRONOLOGIQUES,</p>
+<p class="xs">AVEC DES SOMMAIRES ET DES RÉSUMÉS CHRONOLOGIQUES,</p>
<p><span class="xs">PAR</span><br />
<span class="large">L. DUSSIEUX,</span><br />
-<span class="xs">PROFESSEUR D'HISTOIRE A L'COLE DE SAINT-CYR.</span></p>
+<span class="xs">PROFESSEUR D'HISTOIRE A L'ÉCOLE DE SAINT-CYR.</span></p>
<hr class="deco" />
-<p class="large">TOME TROISIME.</p>
+<p class="large">TOME TROISIÈME.</p>
<hr class="deco" />
<p><span class="large">PARIS</span>,<br />
-FIRMIN DIDOT FRRES, FILS ET C<sub>IE</sub>, LIBRAIRES,<br />
+FIRMIN DIDOT FRÈRES, FILS ET C<sub>IE</sub>, LIBRAIRES,<br />
<span class="xs">IMPRIMEURS DE L'INSTITUT, RUE JACOB, 56.</span><br />
<span class="small">1861.</span><br />
-<span class="xxs">Tous droits rservs.</span></p>
+<span class="xxs">Tous droits réservés.</span></p>
</div>
<p><span class="pagenumh"><a id="Page_III"> III</a></span>
@@ -301,9 +259,9 @@ FIRMIN DIDOT FRRES, FILS ET C<sub>IE</sub>, LIBRAIRES,<br />
<p><span class="pagenum"><a id="Page_V"> V</a></span></p>
<div class="header">
-<h2>RSUM CHRONOLOGIQUE<br />
-<span class="medium">DES PRINCIPAUX VNEMENTS DE LA PRIODE DE L'HISTOIRE
-DE FRANCE CONTENUE DANS CE TROISIME VOLUME.</span><br />
+<h2>RÉSUMÉ CHRONOLOGIQUE<br />
+<span class="medium">DES PRINCIPAUX ÉVÉNEMENTS DE LA PÉRIODE DE L'HISTOIRE
+DE FRANCE CONTENUE DANS CE TROISIÈME VOLUME.</span><br />
<span class="medium">1285-1364.</span></h2>
</div>
@@ -313,59 +271,59 @@ DE FRANCE CONTENUE DANS CE TROISIME VOLUME.</span><br />
</tr>
<tr>
<td class="tdl">1291.</td>
-<td class="tdl">Trait de Tarascon. Fin de la guerre avec l'Aragon. Charles
-de Valois renonce la couronne d'Aragon; la maison
-d'Anjou conserve le royaume de Naples, mais cde la Sicile
- l'Aragon.</td>
+<td class="tdl">Traité de Tarascon. Fin de la guerre avec l'Aragon. Charles
+de Valois renonce à la couronne d'Aragon; la maison
+d'Anjou conserve le royaume de Naples, mais cède la Sicile
+à l'Aragon.</td>
</tr>
<tr>
<td class="tdl">1292.</td>
<td class="tdl">Rupture avec l'Angleterre; elle commence par des rixes entre
-des matelots anglais et normands la Rochelle, la suite
+des matelots anglais et normands à la Rochelle, à la suite
desquelles des corsaires anglais pillent la Rochelle.</td>
</tr>
<tr>
<td class="tdl">1293.</td>
-<td class="tdl">douard I<sup>er</sup> est cit devant la cour des pairs; son refus de
-comparatre est suivi de la confiscation du duch de
+<td class="tdl">Édouard I<sup>er</sup> est cité devant la cour des pairs; son refus de
+comparaître est suivi de la confiscation du duché de
Guyenne et du commencement de la guerre.</td>
</tr>
<tr>
-<th colspan="2" class="tdc"><i>Cinquime guerre avec l'Angleterre, 1293-1303.</i></th>
+<th colspan="2" class="tdc"><i>Cinquième guerre avec l'Angleterre, 1293-1303.</i></th>
</tr>
<tr>
<td class="tdl">1295-1296.</td>
-<td class="tdl">Philippe le Bel a pour alli le roi d'cosse Jean Baillol,
-qui occupe douard I<sup>er</sup> en Angleterre. Pendant ce temps
-Philippe le Bel fait la conqute de la Guyenne.</td>
+<td class="tdl">Philippe le Bel a pour allié le roi d'Écosse Jean Baillol,
+qui occupe Édouard I<sup>er</sup> en Angleterre. Pendant ce temps
+Philippe le Bel fait la conquête de la Guyenne.</td>
</tr>
<tr>
<td class="tdl">1298.</td>
-<td class="tdl">Trve de Montreuil. Les deux rois resteront matres de ce
-qu'ils possdent en Guyenne jusqu' la paix.&mdash;douard
-(II), fils du roi d'Angleterre, pouse Isabelle,
-fille de Philippe le Bel.&mdash;De ce mariage viennent les prtentions
-des rois d'Angleterre la couronne de France.</td>
+<td class="tdl">Trêve de Montreuil. Les deux rois resteront maîtres de ce
+qu'ils possèdent en Guyenne jusqu'à la paix.&mdash;Édouard
+(II), fils du roi d'Angleterre, épouse Isabelle,
+fille de Philippe le Bel.&mdash;De ce mariage viennent les prétentions
+des rois d'Angleterre à la couronne de France.</td>
</tr>
<tr>
<td class="tdl">1303.</td>
-<td class="tdl">Trait de Paris. La Guyenne est rendue tout entire aux Anglais.</td>
+<td class="tdl">Traité de Paris. La Guyenne est rendue tout entière aux Anglais.</td>
</tr>
<tr>
<th colspan="2" class="tdc"><i>Lutte de Philippe le Bel contre Boniface VIII.</i></th>
</tr>
<tr>
<td class="tdl">1296.</td>
-<td class="tdl">Boniface VIII, qui a pris Grgoire VII pour modle et veut
-soumettre toutes les couronnes la tiare, somme les deux
+<td class="tdl">Boniface VIII, qui a pris Grégoire VII pour modèle et veut
+soumettre toutes les couronnes à la tiare, somme les deux
<span class="pagenum"><a id="Page_VI"> VI</a></span>
rois de France et d'Angleterre de faire la paix.&mdash;Philippe
-le Bel continue la guerre et tablit un impt sur le clerg.
+le Bel continue la guerre et établit un impôt sur le clergé.
Boniface VIII lance la bulle <i lang="la" xml:lang="la">Clericis laicos</i>, par laquelle
-il dfend aux ecclsiastiques de payer aucun impt aux
-laques.&mdash;Philippe le Bel riposte en dfendant qu'aucunes
-sommes d'argent ne sortent de ses tats; ce qui privait la
-papaut des revenus qu'elle tirait de la France.</td>
+il défend aux ecclésiastiques de payer aucun impôt aux
+laïques.&mdash;Philippe le Bel riposte en défendant qu'aucunes
+sommes d'argent ne sortent de ses États; ce qui privait la
+papauté des revenus qu'elle tirait de la France.</td>
</tr>
<tr>
<td class="tdl">1297.</td>
@@ -373,66 +331,66 @@ papaut des revenus qu'elle tirait de la France.</td>
</tr>
<tr>
<td class="tdl">1301.</td>
-<td class="tdl">Les dmls entre le pape et le roi de France recommencent
-propos de quelques empitements de Philippe le Bel sur les
-droits de l'glise.&mdash;Le pape envoie auprs du roi, comme
-lgat, Bernard de Saisset, vque de Pamiers, qui traite
+<td class="tdl">Les démêlés entre le pape et le roi de France recommencent à
+propos de quelques empiétements de Philippe le Bel sur les
+droits de l'Église.&mdash;Le pape envoie auprès du roi, comme
+légat, Bernard de Saisset, évêque de Pamiers, qui traite
Philippe le Bel avec hauteur et conspire contre le roi
en voulant faire soulever le Languedoc contre la domination
-franaise.&mdash;Philippe le Bel fait arrter le lgat et le
-fait juger par le parlement.&mdash;Le pape dfend au roi de
-faire juger le lgat et lance la bulle <i lang="la" xml:lang="la">Ausculta fili</i>, dans laquelle
-il dnonce et fltrit justement tous les abus et toutes
-les iniquits du gouvernement de Philippe le Bel.</td>
+française.&mdash;Philippe le Bel fait arrêter le légat et le
+fait juger par le parlement.&mdash;Le pape défend au roi de
+faire juger le légat et lance la bulle <i lang="la" xml:lang="la">Ausculta fili</i>, dans laquelle
+il dénonce et flétrit justement tous les abus et toutes
+les iniquités du gouvernement de Philippe le Bel.</td>
</tr>
<tr>
<td class="tdl">1302.</td>
-<td class="tdl">Le roi fait brler publiquement la bulle du pape. Il assemble
-les premiers tats gnraux, et maintient l'indpendance
+<td class="tdl">Le roi fait brûler publiquement la bulle du pape. Il assemble
+les premiers états généraux, et maintient l'indépendance
du temporel contre le pouvoir spirituel, pendant que le
-pape publie la fameuse dcrtale <i lang="la" xml:lang="la">Unam sanctam</i>, qui proclame
-la soumission de la puissance temporelle l'autorit
+pape publie la fameuse décrétale <i lang="la" xml:lang="la">Unam sanctam</i>, qui proclame
+la soumission de la puissance temporelle à l'autorité
spirituelle.</td>
</tr>
<tr>
<td class="tdl">1303.</td>
<td class="tdl">Philippe le Bel lance un acte d'accusation contre le pape, qu'il
appelle <i lang="la" xml:lang="la">Maleface</i>, dans lequel il l'accuse de plusieurs
-crimes.&mdash;Le pape est attaqu, pris et soufflet dans
-Anagni, par Guillaume de Nogaret, aid de Sciarra Colonna,
-chef des Gibelins.&mdash;Boniface VIII est dlivr par
-le peuple d'Anagni, et meurt.&mdash;Benot XI est lu et meurt
+crimes.&mdash;Le pape est attaqué, pris et souffleté dans
+Anagni, par Guillaume de Nogaret, aidé de Sciarra Colonna,
+chef des Gibelins.&mdash;Boniface VIII est délivré par
+le peuple d'Anagni, et meurt.&mdash;Benoît XI est élu et meurt
en 1304.</td>
</tr>
<tr>
<td class="tdl">1305.</td>
-<td class="tdl">Bertrand de Goth, archevque de Bordeaux, est lu pape
-par l'influence de Philippe le Bel; il prend le nom de Clment
-V, et rside Avignon.</td>
+<td class="tdl">Bertrand de Goth, archevêque de Bordeaux, est élu pape
+par l'influence de Philippe le Bel; il prend le nom de Clément
+V, et réside à Avignon.</td>
</tr>
<tr>
<th colspan="2" class="tdc"><i>Guerre de Flandre, 1297-1305.</i></th>
</tr>
<tr>
<td class="tdl">1297.</td>
-<td class="tdl">Le comte de Flandre, Guy, alli du roi d'Angleterre, est
-vaincu Furnes par les Franais, et la Flandre est runie
-la France en 1299.&mdash;Jacques de Chtillon en est nomm
+<td class="tdl">Le comte de Flandre, Guy, allié du roi d'Angleterre, est
+vaincu à Furnes par les Français, et la Flandre est réunie à
+la France en 1299.&mdash;Jacques de Châtillon en est nommé
<span class="pagenum"><a id="Page_VII"> VII</a></span>
-gouverneur.&mdash;Les exactions et la tyrannie des Franais
-soulvent les Flamands.</td>
+gouverneur.&mdash;Les exactions et la tyrannie des Français
+soulèvent les Flamands.</td>
</tr>
<tr>
<td class="tdl">1302.</td>
-<td class="tdl">Les Franais sont massacrs Bruges et battus Courtray.
-Robert comte d'Artois est tu dans cette bataille.&mdash;La
-bataille de Courtray est la premire grande victoire gagne
+<td class="tdl">Les Français sont massacrés à Bruges et battus à Courtray.
+Robert comte d'Artois est tué dans cette bataille.&mdash;La
+bataille de Courtray est la première grande victoire gagnée
sur la chevalerie par des milices et des troupes de pied.</td>
</tr>
<tr>
<td class="tdl">1303.</td>
-<td class="tdl">La flotte de Philippe le Bel, compose de vaisseaux gnois,
-gagne la bataille de Zirickze.</td>
+<td class="tdl">La flotte de Philippe le Bel, composée de vaisseaux génois,
+gagne la bataille de Zirickzée.</td>
</tr>
<tr>
<td class="tdl">1304.</td>
@@ -442,27 +400,27 @@ gagne la bataille de Zirickze.</td>
<td class="tdl">1305.</td>
<td class="tdl">Philippe le Bel signe la paix avec les Flamands; il rend la
Flandre au fils du comte Guy, et garde seulement la Flandre
-franaise (Lille).</td>
+française (Lille).</td>
</tr>
<tr>
<td class="tdl">1306.</td>
-<td class="tdl">Rvolte des Parisiens occasionne par l'altration continuelle
+<td class="tdl">Révolte des Parisiens occasionnée par l'altération continuelle
des monnaies et par les exactions de tous genres.</td>
</tr>
<tr>
<td class="tdl">1307.</td>
-<td class="tdl">Arrestation des Templiers. Ils sont jugs par l'inquisition;
-54 sont brls.</td>
+<td class="tdl">Arrestation des Templiers. Ils sont jugés par l'inquisition;
+54 sont brûlés.</td>
</tr>
<tr>
<td class="tdl">1311.</td>
-<td class="tdl">L'ordre est dtruit par le concile de Vienne.</td>
+<td class="tdl">L'ordre est détruit par le concile de Vienne.</td>
</tr>
<tr>
<td class="tdl">1314.</td>
-<td class="tdl">Le grand matre et les dignitaires de l'ordre sont brls
-Paris.&mdash;Soulvement gnral contre Philippe le Bel, occasionn
-par ses violences de toutes espces.</td>
+<td class="tdl">Le grand maître et les dignitaires de l'ordre sont brûlés à
+Paris.&mdash;Soulèvement général contre Philippe le Bel, occasionné
+par ses violences de toutes espèces.</td>
</tr>
<tr>
<th colspan="2" class="tdc">LOUIS X, 1314-1316.</th>
@@ -470,8 +428,8 @@ par ses violences de toutes espces.</td>
<tr>
<td class="tdl">1315.</td>
<td class="tdl">Le supplice d'Enguerrand de Marigny, premier ministre de
-Philippe le Bel, et les concessions faites la noblesse apaisent
-le soulvement occasionn par la tyrannie de Philippe
+Philippe le Bel, et les concessions faites à la noblesse apaisent
+le soulèvement occasionné par la tyrannie de Philippe
le Bel.</td>
</tr>
<tr>
@@ -483,9 +441,9 @@ le Bel.</td>
</tr>
<tr>
<td class="tdl">1316.</td>
-<td class="tdl">Les tats gnraux proclament Philippe V, frre de Louis X,
-et excluent du trne la fille de Louis X, parce que les lys
-ne filent pas.&mdash;Premire application de la loi salique.</td>
+<td class="tdl">Les états généraux proclament Philippe V, frère de Louis X,
+et excluent du trône la fille de Louis X, parce que «les lys
+ne filent pas».&mdash;Première application de la loi salique.</td>
</tr>
<tr>
<th colspan="2" class="tdc">CHARLES IV, 1322-1328.</th>
@@ -495,105 +453,105 @@ ne filent pas.&mdash;Premire application de la loi salique.</td>
</tr>
<tr>
<td class="tdl">1328.</td>
-<td class="tdl">Les tats gnraux donnent la couronne Philippe VI, fils
-de Charles de Valois, second fils de Philippe III, l'exclusion
+<td class="tdl">Les états généraux donnent la couronne à Philippe VI, fils
+de Charles de Valois, second fils de Philippe III, à l'exclusion
<span class="pagenum"><a id="Page_VIII"> VIII</a></span>
-de Charles le Mauvais, roi de Navarre, et d'douard
+de Charles le Mauvais, roi de Navarre, et d'Édouard
III, roi d'Angleterre, qui descendent de Philippe le
Bel, mais par les femmes.&mdash;Seconde application de la loi
salique.</td>
</tr>
<tr>
<td class="tdl">1328.</td>
-<td class="tdl">Les Flamands, rvolts contre leur comte Louis de Nevers, sont
-vaincus Cassel par Philippe VI, qui rtablit le comte Louis.</td>
+<td class="tdl">Les Flamands, révoltés contre leur comte Louis de Nevers, sont
+vaincus à Cassel par Philippe VI, qui rétablit le comte Louis.</td>
</tr>
<tr>
<td class="tdl">1329.</td>
-<td class="tdl">douard III, roi d'Angleterre, fait hommage Philippe VI,
- Amiens, pour ses fiefs du Ponthieu et de la Guyenne;
-il reconnat ainsi la loi salique.</td>
+<td class="tdl">Édouard III, roi d'Angleterre, fait hommage à Philippe VI,
+à Amiens, pour ses fiefs du Ponthieu et de la Guyenne;
+il reconnaît ainsi la loi salique.</td>
</tr>
<tr>
<td class="tdl">1330-1332.</td>
-<td class="tdl">Procs de Robert d'Artois.&mdash;Robert II, comte d'Artois,
-tu la bataille de Courtray, avait eu pour successeur
-sa fille cadette Mahaud, qui le parlement, en 1297,
-avait adjug l'Artois. Robert II avait eu aussi d'un premier
-mariage un fils appel Philippe, duquel tait n Robert
+<td class="tdl">Procès de Robert d'Artois.&mdash;Robert II, comte d'Artois,
+tué à la bataille de Courtray, avait eu pour successeur
+sa fille cadette Mahaud, à qui le parlement, en 1297,
+avait adjugé l'Artois. Robert II avait eu aussi d'un premier
+mariage un fils appelé Philippe, duquel était né Robert
d'Artois (petit-fils de Robert II), qui disputa en 1330
-le comt d'Artois sa tante Mahaud, et le revendiqua devant
+le comté d'Artois à sa tante Mahaud, et le revendiqua devant
le parlement. Robert produisit de faux actes et fit
-empoisonner la comtesse Mahaud. Assign par le parlement,
-Robert se sauva en Angleterre, fut condamn
-mort, et excita ds lors douard III faire la guerre
+empoisonner la comtesse Mahaud. Assigné par le parlement,
+Robert se sauva en Angleterre, fut condamné à
+mort, et excita dès lors Édouard III à faire la guerre
contre la France.</td>
</tr>
<tr>
-<th colspan="2" class="tdc"><i>Sixime guerre avec l'Angleterre</i>, appele <i>la guerre de cent ans,
+<th colspan="2" class="tdc"><i>Sixième guerre avec l'Angleterre</i>, appelée <i>la guerre de cent ans,
1337-1453</i>.</th>
</tr>
<tr>
-<th colspan="2" class="tdc"><i>Premire partie de la guerre de cent ans, 1337-1360.</i></th>
+<th colspan="2" class="tdc"><i>Première partie de la guerre de cent ans, 1337-1360.</i></th>
</tr>
<tr>
<td class="tdl">1337.</td>
-<td class="tdl">douard III dclare la guerre Philippe VI et s'allie avec les
+<td class="tdl">Édouard III déclare la guerre à Philippe VI et s'allie avec les
Flamands.</td>
</tr>
<tr>
<td class="tdl">1339.</td>
-<td class="tdl">douard III, sur le conseil de J. Artevelt, prend le titre et
+<td class="tdl">Édouard III, sur le conseil de J. Artevelt, prend le titre et
les armes de roi de France.&mdash;Les rois d'Angleterre renonceront
-au titre de roi de France en 1802, la paix
+au titre de roi de France en 1802, à la paix
d'Amiens; mais ils conserveront encore les armes de la
-maison royale de France dans leur cusson.</td>
+maison royale de France dans leur écusson.</td>
</tr>
<tr>
<td class="tdl">1340.</td>
-<td class="tdl">Bataille de l'cluse. La flotte de Philippe VI est dtruite.&mdash;La
+<td class="tdl">Bataille de l'Écluse. La flotte de Philippe VI est détruite.&mdash;La
mer est aux Anglais, et le passage d'Angleterre en
-France leur est assur.</td>
+France leur est assuré.</td>
</tr>
<tr>
<th colspan="2" class="tdc"><i>Guerre de Bretagne, 1341-1365.</i></th>
</tr>
<tr>
<td class="tdl">1341.</td>
-<td class="tdl">Mort de Jean III, duc de Bretagne. Sa succession est dispute
-entre Jean comte de Montfort, son frre consanguin,
+<td class="tdl">Mort de Jean III, duc de Bretagne. Sa succession est disputée
+entre Jean comte de Montfort, son frère consanguin,
<span class="pagenum"><a id="Page_IX"> IX</a></span>
-et Charles de Blois, mari de Jeanne sa nice.&mdash;douard
+et Charles de Blois, mari de Jeanne sa nièce.&mdash;Édouard
III soutient le comte de Montfort; Philippe VI
soutient Charles de Blois.</td>
</tr>
<tr>
<td class="tdl">1342.</td>
-<td class="tdl">Sige d'Hennebon, dfendu par Jeanne de Montfort.</td>
+<td class="tdl">Siége d'Hennebon, défendu par Jeanne de Montfort.</td>
</tr>
<tr>
<td class="tdl">1345.</td>
-<td class="tdl">Le dauphin de Vienne, Humbert V, cde le Dauphin la
+<td class="tdl">Le dauphin de Vienne, Humbert V, cède le Dauphiné à la
France.&mdash;Les Gantois massacrent Artevelt.&mdash;La Flandre
est perdue pour les Anglais, qui font les plus grands efforts
pour s'assurer de la Bretagne et avoir ainsi en France
-mme une base d'oprations.</td>
+même une base d'opérations.</td>
</tr>
<tr>
<td class="tdl">1346.</td>
-<td class="tdl">Bataille de Crcy.&mdash;douard III dbarque en Normandie;
+<td class="tdl">Bataille de Crécy.&mdash;Édouard III débarque en Normandie;
poursuivi par Philippe VI, il bat en retraite, passe la
-Somme et se retranche Crcy aprs une marche de quarante-cinq
+Somme et se retranche à Crécy après une marche de quarante-cinq
jours. Les fautes de Philippe VI lui font perdre
-la bataille.&mdash;Les Anglais ont quelques canons Crcy;
+la bataille.&mdash;Les Anglais ont quelques canons à Crécy;
c'est le premier emploi de l'artillerie dans une grande bataille.&mdash;On
-constate l'existence de canons ds 1326 Florence,
+constate l'existence de canons dès 1326 à Florence,
et en 1338 en France. En 1346, l'artillerie de Philippe
-VI tait employe au sige d'Aiguillon.</td>
+VI était employée au siége d'Aiguillon.</td>
</tr>
<tr>
<td class="tdl">1347.</td>
-<td class="tdl">Prise de Calais par douard III.</td>
+<td class="tdl">Prise de Calais par Édouard III.</td>
</tr>
<tr>
<th colspan="2" class="tdc">JEAN LE BON, 1350-1364.</th>
@@ -604,118 +562,118 @@ VI tait employe au sige d'Aiguillon.</td>
</tr>
<tr>
<td class="tdl">1354.</td>
-<td class="tdl">Le conntable de la Cerda, favori du roi, est assassin par
+<td class="tdl">Le connétable de la Cerda, favori du roi, est assassiné par
Charles le Mauvais.</td>
</tr>
<tr>
<td class="tdl">1355.</td>
<td class="tdl">Ravages des Anglais dans le Languedoc.&mdash;La noblesse exige
-une solde pour faire la guerre.&mdash;Ds lors ncessit de
-nouveaux impts et de convoquer les tats gnraux pour
-consentir ces impts.</td>
+une solde pour faire la guerre.&mdash;Dès lors nécessité de
+nouveaux impôts et de convoquer les états généraux pour
+consentir ces impôts.</td>
</tr>
<tr>
<td>&nbsp;</td>
-<td class="tdl">Convocation des tats gnraux. Ils rforment et s'attribuent
-l'administration des finances, en proie aux dsordres
-et aux dilapidations de toutes sortes. Sous l'influence d'tienne
-Marcel, prvt des marchands de Paris, les tats
-gnraux dcident que les impts seront levs sur toutes
-les classes de la socit; qu'eux seuls ont le droit de voter
-les impts; que le roi ne peut faire la guerre ni la paix, ni
+<td class="tdl">Convocation des états généraux. Ils réforment et s'attribuent
+l'administration des finances, en proie aux désordres
+et aux dilapidations de toutes sortes. Sous l'influence d'Étienne
+Marcel, prévôt des marchands de Paris, les états
+généraux décident que les impôts seront levés sur toutes
+les classes de la société; qu'eux seuls ont le droit de voter
+les impôts; que le roi ne peut faire la guerre ni la paix, ni
publier aucune loi sans leur consentement.&mdash;Le gouvernement
-reprsentatif tait fond en France, par cette dclaration,
-de mme qu'en Angleterre, o il s'tablissait
-cette poque. Mais ces premiers essais de gouvernement
-reprsentatif ne durent que jusqu'en 1358.</td>
+représentatif était fondé en France, par cette déclaration,
+de même qu'en Angleterre, où il s'établissait à
+cette époque. Mais ces premiers essais de gouvernement
+représentatif ne durent que jusqu'en 1358.</td>
</tr>
<tr>
<td><span class="pagenum"><a id="Page_X"> X</a></span>
1356.</td>
-<td class="tdl">Le roi Jean arrte et emprisonne Charles le Mauvais.</td>
+<td class="tdl">Le roi Jean arrête et emprisonne Charles le Mauvais.</td>
</tr>
<tr>
<td>&nbsp;</td>
<td class="tdl">Bataille de Poitiers. Le roi est prisonnier.&mdash;La France est
-puise par les ranons qu'elle paye pour la dlivrance des
-chevaliers pris Poitiers.&mdash;Le mcontentement est gnral
-contre la noblesse, qui s'est fait battre par une poigne
+épuisée par les rançons qu'elle paye pour la délivrance des
+chevaliers pris à Poitiers.&mdash;Le mécontentement est général
+contre la noblesse, qui s'est fait battre par une poignée
d'archers anglais et gascons, et qui en dix ans a
-perdu deux batailles dsastreuses.</td>
+perdu deux batailles désastreuses.</td>
</tr>
<tr>
<td>&nbsp;</td>
-<td class="tdl">Convocation des tats gnraux.&mdash;Luttes entre le Dauphin
-et tienne Marcel.</td>
+<td class="tdl">Convocation des états généraux.&mdash;Luttes entre le Dauphin
+et Étienne Marcel.</td>
</tr>
<tr>
<td class="tdl">1357.</td>
-<td class="tdl">Le Dauphin prend le titre de rgent.&mdash;tienne-Marcel et
-Charles le Mauvais, dlivr de prison, enlvent tout pouvoir
-au rgent.</td>
+<td class="tdl">Le Dauphin prend le titre de régent.&mdash;Étienne-Marcel et
+Charles le Mauvais, délivré de prison, enlèvent tout pouvoir
+au régent.</td>
</tr>
<tr>
<td class="tdl">1358.</td>
-<td class="tdl">Toute-puissance d'tienne Marcel; il se propose de donner la
-couronne Charles le Mauvais.</td>
+<td class="tdl">Toute-puissance d'Étienne Marcel; il se propose de donner la
+couronne à Charles le Mauvais.</td>
</tr>
<tr>
<td>&nbsp;</td>
-<td class="tdl">Pendant ce temps, les paysans, crass par la guerre, dpouills
-et fouls par leurs seigneurs, qui ont besoin d'argent
-pour les ranons de Poitiers, se soulvent en masse
-et se livrent d'atroces reprsailles. Cette rvolte ou <em>jacquerie</em>
-est termine par le massacre en masse des paysans
-rvolts.</td>
+<td class="tdl">Pendant ce temps, les paysans, écrasés par la guerre, dépouillés
+et foulés par leurs seigneurs, qui ont besoin d'argent
+pour les rançons de Poitiers, se soulèvent en masse
+et se livrent à d'atroces représailles. Cette révolte ou <em>jacquerie</em>
+est terminée par le massacre en masse des paysans
+révoltés.</td>
</tr>
<tr>
<td>&nbsp;</td>
-<td class="tdl">tienne-Marcel est tu Paris.&mdash;Le Dauphin redevient le
-matre.</td>
+<td class="tdl">Étienne-Marcel est tué à Paris.&mdash;Le Dauphin redevient le
+maître.</td>
</tr>
<tr>
<td class="tdl">1359.</td>
<td class="tdl">Paix de Pontoise entre le Dauphin et Charles le Mauvais.
-Trait de Londres sign entre Jean et douard III; il est
-rejet par le Dauphin et par les tats gnraux.</td>
+Traité de Londres signé entre Jean et Édouard III; il est
+rejeté par le Dauphin et par les états généraux.</td>
</tr>
<tr>
<td class="tdl">1360.</td>
-<td class="tdl">Invasion d'douard III; il arrive devant Paris; le Dauphin
-refuse de lui livrer bataille. La paix est signe Bretigny.
-Le roi d'Angleterre possdera en toute souverainet et
+<td class="tdl">Invasion d'Édouard III; il arrive devant Paris; le Dauphin
+refuse de lui livrer bataille. La paix est signée à Bretigny.
+Le roi d'Angleterre possédera en toute souveraineté et
sans aucune condition d'hommage: Calais, le Ponthieu
et l'Aquitaine, comprenant le Poitou, l'Aunis, la Saintonge,
-l'Angoumois, le Prigord, le Limousin, le Quercy,
-le Rouergue, la Guyenne ou Bordelais, et la suzerainet
+l'Angoumois, le Périgord, le Limousin, le Quercy,
+le Rouergue, la Guyenne ou Bordelais, et la suzeraineté
de toute la noblesse d'Aquitaine et de Gascogne.&mdash;Le
-roi payera une ranon d'au moins 250 millions de francs.</td>
+roi payera une rançon d'au moins 250 millions de francs.</td>
</tr>
<tr>
<td class="tdl">1362.</td>
-<td class="tdl">Les Malandrins, Tard-Venus, Routiers, soldats licencis aprs
+<td class="tdl">Les Malandrins, Tard-Venus, Routiers, soldats licenciés après
la paix de Bretigny, se forment en grandes compagnies ou
-armes, et ravagent la France outrance. En 1362 elles
+armées, et ravagent la France à outrance. En 1362 elles
gagnent la bataille de Brignais sur le duc de Bourbon.</td>
</tr>
<tr>
<td class="tdl">1363.</td>
-<td class="tdl">Jean donne en apanage son fils Philippe le Hardi le duch
+<td class="tdl">Jean donne en apanage à son fils Philippe le Hardi le duché
de Bourgogne.</td>
</tr>
<tr>
<td class="tdl">1364.</td>
-<td class="tdl">Le duc d'Anjou, laiss par le roi Jean en Angleterre comme
+<td class="tdl">Le duc d'Anjou, laissé par le roi Jean en Angleterre comme
<span class="pagenum"><a id="Page_XI"> XI</a></span>
-otage, s'enfuit; le roi retourne Londres prendre la place
+otage, s'enfuit; le roi retourne à Londres prendre la place
de son fils et y meurt.</td>
</tr>
</table>
<div class="header">
<h2>LISTE CHRONOLOGIQUE<br />
-<span class="medium">DES ROIS DE FRANCE ET D'ANGLETERRE QUI ONT RGN</span><br />
-<span class="medium">PENDANT CETTE PRIODE.</span></h2>
+<span class="medium">DES ROIS DE FRANCE ET D'ANGLETERRE QUI ONT RÉGNÉ</span><br />
+<span class="medium">PENDANT CETTE PÉRIODE.</span></h2>
</div>
<table id="liste" summary="rois">
@@ -723,7 +681,7 @@ de son fils et y meurt.</td>
<th colspan="2" class="tdc">ROIS DE FRANCE.</th>
</tr>
<tr>
-<th colspan="2" class="tdc"><i>Suite des Captiens directs.</i></th>
+<th colspan="2" class="tdc"><i>Suite des Capétiens directs.</i></th>
</tr>
<tr>
<td class="tdl">Philippe IV, dit le Bel</td>
@@ -755,15 +713,15 @@ de son fils et y meurt.</td>
<th colspan="2" class="tdc">ROIS D'ANGLETERRE.</th>
</tr>
<tr>
-<td class="tdl">douard I,</td>
+<td class="tdl">Édouard I,</td>
<td class="tdr">1272-1307.</td>
</tr>
<tr>
-<td class="tdl">douard II,</td>
+<td class="tdl">Édouard II,</td>
<td class="tdr">1307-1327.</td>
</tr>
<tr>
-<td class="tdl">douard III,</td>
+<td class="tdl">Édouard III,</td>
<td class="tdr">1327-1377.</td>
</tr>
</table>
@@ -774,92 +732,92 @@ de son fils et y meurt.</td>
<h2><span class="large">LES GRANDS FAITS</span><br />
<span class="medium">DE</span><br />
<span class="xxlarge">L'HISTOIRE DE FRANCE</span><br />
-<span class="medium">RACONTS PAR LES CONTEMPORAINS.</span></h2>
+<span class="medium">RACONTÉS PAR LES CONTEMPORAINS.</span></h2>
<p class="extra">COMMENCEMENT DE LA LUTTE DE PHILIPPE LE BEL<br />
ET DU PAPE BONIFACE.<br />
-<span class="medium">Coment l'vesque de Pamis fu mis en prison.</span><br />
+<span class="medium">Coment l'évesque de Pamiés fu mis en prison.</span><br />
<span class="medium">1301.</span></p>
</div>
-<p>Et aussi en icest an, le premier vesque de Pamis<a name="FNanchor_1" id="FNanchor_1" href="#Footnote_1" class="fnanchor">&nbsp;[1]</a>,
+<p>Et aussi en icest an, le premier évesque de Pamiés<a name="FNanchor_1" id="FNanchor_1" href="#Footnote_1" class="fnanchor">&nbsp;[1]</a>,
qui du roy de France paroles contumelieuses<a name="FNanchor_2" id="FNanchor_2" href="#Footnote_2" class="fnanchor">&nbsp;[2]</a> et
plaines de blasme et de diffame en moult de lieux avoit
-sem, et pluseurs, si comme l'en disoit, avoit fait esmouvoir
-contre sa majest, pour ce fu appell la court
-le roy, et jusques tant que il se fust espurgi, sous le
-nom de l'archevesque de Nerbonne, de sa volent, fu en
-sa garde dtenu. Et jasoit que<a name="FNanchor_3" id="FNanchor_3" href="#Footnote_3" class="fnanchor">&nbsp;[3]</a> contre cel vesque les
+semé, et pluseurs, si comme l'en disoit, avoit fait esmouvoir
+contre sa majesté, pour ce fu appellé à la court
+le roy, et jusques à tant que il se fust espurgié, sous le
+nom de l'archevesque de Nerbonne, de sa volenté, fu en
+sa garde détenu. Et jasoit que<a name="FNanchor_3" id="FNanchor_3" href="#Footnote_3" class="fnanchor">&nbsp;[3]</a> contre cel évesque les
amis du roy de France fussent griefment esmeus, toutesvoies
-le roy de sa bnignit ne souffri pas icelui vesque
-en aucune chose estre molest n<a name="FNanchor_4" id="FNanchor_4" href="#Footnote_4" class="fnanchor">&nbsp;[4]</a> malmis, sachant et
-entendant de grant courage estre injuri en la souveraine
+le roy de sa bénignité ne souffri pas icelui évesque
+en aucune chose estre molesté né<a name="FNanchor_4" id="FNanchor_4" href="#Footnote_4" class="fnanchor">&nbsp;[4]</a> malmis, sachant et
+entendant de grant courage estre injurié en la souveraine
<span class="pagenum"><a id="Page_2"> 2</a></span>
-poest et le souffrir, n en seurquetout le prince estre
-blesci, aucun estre blesci, glorieux<a name="FNanchor_5" id="FNanchor_5" href="#Footnote_5" class="fnanchor">&nbsp;[5]</a>. Et en icest an
-ensement<a name="FNanchor_6" id="FNanchor_6" href="#Footnote_6" class="fnanchor">&nbsp;[6]</a>, au moys de fvrier, l'archdiacre de Nerbonne
-envoi de par le pape Boniface, vint en France dnonant
+poesté et le souffrir, né en seurquetout le prince estre
+blescié, aucun estre blescié, glorieux<a name="FNanchor_5" id="FNanchor_5" href="#Footnote_5" class="fnanchor">&nbsp;[5]</a>. Et en icest an
+ensement<a name="FNanchor_6" id="FNanchor_6" href="#Footnote_6" class="fnanchor">&nbsp;[6]</a>, au moys de février, l'archédiacre de Nerbonne
+envoié de par le pape Boniface, vint en France dénonçant
de par ice pape au roy de France qu'il rendist
-icelui vesque sans delay; et luy monstra les lettres s
+icelui évesque sans delay; et luy monstra les lettres ès
quelles le pape de Rome mandoit au roy de France que
-il vouloit qu'il sceut, tant s temporelles choses comme
-s spirituelles, estre soumis en la jurisdiction du pape de
-Rome, et ensement au roy dist, si comme s lettres estoit
-contenu, que des glyses des ore mais en avant<a name="FNanchor_7" id="FNanchor_7" href="#Footnote_7" class="fnanchor">&nbsp;[7]</a> n
+il vouloit qu'il sceut, tant ès temporelles choses comme
+ès spirituelles, estre soumis en la jurisdiction du pape de
+Rome, et ensement au roy dist, si comme ès lettres estoit
+contenu, que des églyses des ore mais en avant<a name="FNanchor_7" id="FNanchor_7" href="#Footnote_7" class="fnanchor">&nbsp;[7]</a> né
des provendes vacans en son royaume, jasoit ce qu'il
eust la garde de eux, les usufruits, les profis ou les
-rentes luy, ne prist n prsumast dtenir, et que tout
+rentes à luy, ne préist né présumast détenir, et que tout
ce gardast le roy aux successeurs des mors; et, avec tout
ce, rappelloit celui souverain pape de Rome toutes les
faveurs, graces et indulgences lesquelles pour l'aide
-du royaume de France au roy avoit ottroi, pour la raison
-de la guerre, en dnant luy que aucune collacion
-de provendes ou de bnfices ne entreprist lui usurper,
-tenir et poursuir<a name="FNanchor_8" id="FNanchor_8" href="#Footnote_8" class="fnanchor">&nbsp;[8]</a>; laquelle chose des ore en avant s
+du royaume de France au roy avoit ottroié, pour la raison
+de la guerre, en dénéant luy que aucune collacion
+de provendes ou de bénéfices ne entreprist à lui usurper,
+tenir et poursuir<a name="FNanchor_8" id="FNanchor_8" href="#Footnote_8" class="fnanchor">&nbsp;[8]</a>; laquelle chose des ore en avant sé
faisoit, le pape tout ce vain et faux tenoit, et luy et ceux
-qui ce seroient consentans, hrites les rputoit. Et lors
-icelui archdiacre devant dit, message du pape Boniface,
-semont<a name="FNanchor_9" id="FNanchor_9" href="#Footnote_9" class="fnanchor">&nbsp;[9]</a> tous les prlas du royaume de France, avecques
-aucuns abbs et maistres en thologie et de droit
-canon et civil, venir Rome s kalendes de novembre
+qui à ce seroient consentans, hérites les réputoit. Et lors
+icelui archédiacre devant dit, message du pape Boniface,
+semont<a name="FNanchor_9" id="FNanchor_9" href="#Footnote_9" class="fnanchor">&nbsp;[9]</a> tous les prélas du royaume de France, avecques
+aucuns abbés et maistres en théologie et de droit
+canon et civil, à venir à Rome ès kalendes de novembre
<span class="pagenum"><a id="Page_3"> 3</a></span>
prochain venant, personelment pour eux devant le pape
comparoir. Et en icest an ensement, au moys de janvier,
-l'clipse de la lune du tout en tout horriblement fu
-faicte. Et aprs ce, Phelippe roy de France rendi au
-message le pape l'vesque de Pamis, et leur commenda
-que hastivement de son royaume dpartissent. Et aprs
+l'éclipse de la lune du tout en tout horriblement fu
+faicte. Et après ce, Phelippe roy de France rendi au
+message le pape l'évesque de Pamiés, et leur commenda
+que hastivement de son royaume départissent. Et après
ce, en la mi-caresme ensuivant, icelui roy de France
-Phelippe le Biau assembla Paris tous les barons et
-chevaliers nobles, tous les prlas, les frres Meneurs,
-les maistres et le clergi de tout le royaume de France,
-auxquels il commanda que il dissent et demandassent
-vraiement et privement<a name="FNanchor_10" id="FNanchor_10" href="#Footnote_10" class="fnanchor">&nbsp;[10]</a> aux personnes ecclsiastiques
-de qui il tenoient leur temporel ecclsiastique, et
-aux barons et chevaliers de qui leur fis appelloient n
-disoient tenir: car adecertes<a name="FNanchor_11" id="FNanchor_11" href="#Footnote_11" class="fnanchor">&nbsp;[11]</a> la magest royale
-doubtoit, pour ce que le pape luy avoit mand tant des
-temporels comme des espirituels luy estre sousmis,
+Phelippe le Biau assembla à Paris tous les barons et
+chevaliers nobles, tous les prélas, les frères Meneurs,
+les maistres et le clergié de tout le royaume de France,
+auxquels il commanda que il déissent et demandassent
+vraiement et privéement<a name="FNanchor_10" id="FNanchor_10" href="#Footnote_10" class="fnanchor">&nbsp;[10]</a> aux personnes ecclésiastiques
+de qui il tenoient leur temporel ecclésiastique, et
+aux barons et chevaliers de qui leur fiés appelloient né
+disoient à tenir: car adecertes<a name="FNanchor_11" id="FNanchor_11" href="#Footnote_11" class="fnanchor">&nbsp;[11]</a> la magesté royale
+doubtoit, pour ce que le pape luy avoit mandé tant des
+temporels comme des espirituels à luy estre sousmis,
que ne voulsist le pape de Rome dire que le royaume
-de France fust tenu de l'glyse de Rome. Et comme
-tous les prlas et ecclsiastiques dissent avoir tenu du
+de France fust tenu de l'églyse de Rome. Et comme
+tous les prélas et ecclésiastiques déissent avoir tenu du
royaume de France, lors le roy leur en rendi graces,
et promist que son corps et toutes les choses qu'il avoit
-exposeroit et mettroit, pour la libert et franchise du
-royaume en toute manire garder. Les barons et les
-chevaliers, par la bouche du noble conte d'Artois, aprs
+exposeroit et mettroit, pour la liberté et franchise du
+royaume en toute manière garder. Les barons et les
+chevaliers, par la bouche du noble conte d'Artois, après
ce respondirent, disans que de toutes leur forces estoient
-prs et appareillis pour la couronne de France, encontre
+près et appareilliés pour la couronne de France, encontre
tous adversaires, estriver<a name="FNanchor_12" id="FNanchor_12" href="#Footnote_12" class="fnanchor">&nbsp;[12]</a> et deffendre. Et
-ainsi quant celui concile fu desli et fin, fist lors
-crier la magest royale que or n argent n quelconque
+ainsi quant celui concile fu deslié et finé, fist lors
+crier la magesté royale que or né argent né quelconque
<span class="pagenum"><a id="Page_4"> 4</a></span>
marchandise du royaume de France ne fussent
-transports; et cil qui contre ce feroit tout perdroit, et
-toutes-voies tout le moins en grant amende ou en
-grant paine de corps seroit puni. Et ds lors en avant
-fist le roy les issues et les pas et les contres du royaume
-de France trs-sagement garder.</p>
+transportés; et cil qui contre ce feroit tout perdroit, et
+toutes-voies à tout le moins en grant amende ou en
+grant paine de corps seroit puni. Et dès lors en avant
+fist le roy les issues et les pas et les contrées du royaume
+de France très-sagement garder.</p>
<p class="source"><cite>Les Grandes Chroniques de Saint-Denis.</cite></p>
@@ -869,252 +827,252 @@ de France trs-sagement garder.</p>
<span class="medium">1302.</span></h2>
</div>
-<p>Et en icest an ensement, Bruges un chastel en
+<p>Et en icest an ensement, à Bruges un chastel en
Flandres, par les exactions non deues qu'il appellent
maletoute, les gens du pays, par le gardien de Flandres,
Jacques de Saint-Pol chevalier, contre le commandement
du roy et la coustume de ce pays, estoient contrains
-et grevs. Et comme ne peust la clameur du
-peuple souventes fois estre oe envers le roy de France,
-pour le trs haut linage du devant dit Jacques, si en
+et grevés. Et comme ne peust la clameur du
+peuple souventes fois estre oïe envers le roy de France,
+pour le très haut linage du devant dit Jacques, si en
advint que le menu peuple s'esmut pour celle cause
-envers les grans et esleva, dont il y ot grant plent<a name="FNanchor_13" id="FNanchor_13" href="#Footnote_13" class="fnanchor">&nbsp;[13]</a>
+envers les grans et esleva, dont il y ot grant plenté<a name="FNanchor_13" id="FNanchor_13" href="#Footnote_13" class="fnanchor">&nbsp;[13]</a>
de sanc espandu; et tant de povres gens comme de riches
-furent occis les uns des autres. Desquiels asprets
-et mouvemens fais, s il peust estre fait apaisier,
-comme Phelippe le Biau roy de France, eust destin et
-envoi nobles hommes mil et plus, appareillis de toutes
+furent occis les uns des autres. Desquiels aspretés
+et mouvemens fais, sé il peust estre fait apaisier,
+comme Phelippe le Biau roy de France, eust destiné et
+envoié nobles hommes mil et plus, appareilliés de toutes
armes, avec Jacques de Saint-Pol; et fussent de ceux de
-Bruges, grant rvrence, dedens la ville paisiblement
+Bruges, à grant révérence, dedens la ville paisiblement
introduis; et disoient les Flamens de Bruges eux
<span class="pagenum"><a id="Page_5"> 5</a></span>
vouloir de toutes choses au commandement du roy de
-France pour bonne volent et courage obir: hlas! en
-icelle nuit du jour ensuivant que nos Franois estoient
+France pour bonne volenté et courage obéir: hélas! en
+icelle nuit du jour ensuivant que nos François estoient
venus, comme il se reposassent et dormissent seurement,
-et ceux qui leur armes avoient ostes, furent tous tratreusement
+et ceux qui leur armes avoient ostées, furent tous traîtreusement
occis. Car adecertes, si comme l'en dit, ceux
de Bruges, en ce soir, avoient entendu Jacques de
-Saint-Pol de Flandres soi avoir vant que l'endemain il
+Saint-Pol de Flandres soi avoir vanté que l'endemain il
devoit pluseurs de eux faire pendre au gibet. Pour ceci
-ainsi comme tous desesprs de trs-grant paour,
-presumrent et entrepristrent faire telle desloyale felonnie:
+ainsi comme tous desespérés de très-grant paour,
+presumèrent et entrepristrent à faire telle desloyale felonnie:
et toutes fois s'en eschapa le dit Jacques, par
qui celle rage estoit esmeue, avec pou<a name="FNanchor_14" id="FNanchor_14" href="#Footnote_14" class="fnanchor">&nbsp;[14]</a> de compaignie,
-clement et occultement, fuiant hors de la ville.
+céléement et occultement, fuiant hors de la ville.
Et lors ainsi ceux de Bruges reprenant l'esprit du rebellement,
la gent d'un port de mer prochain (que
-l'en appelle Dam) eux tantost s'accordrent, et de
-maintenant degastrent et chacirent d'avec eux les
-gens du roy vilainement qui dputs estoient et establis
- la garde du port. Et lors aprs ce fait, les Flamens de
+l'en appelle Dam) à eux tantost s'accordèrent, et de
+maintenant degastèrent et chacièrent d'avec eux les
+gens du roy vilainement qui députés estoient et establis
+à la garde du port. Et lors après ce fait, les Flamens de
Bruges, et aucuns autres Flamens, Guy de Namur, fils
Guy conte de Flandres, qui en France tenoit prison,
-appellrent pour venir en leur aide, et icelui comme
-deffendeur et seigneur receurent; lequel enforci de
+appellèrent pour venir en leur aide, et icelui comme
+deffendeur et seigneur receurent; lequel enforcié de
grant multitude de soudoiers Alemens et Tyois<a name="FNanchor_15" id="FNanchor_15" href="#Footnote_15" class="fnanchor">&nbsp;[15]</a> venans
- eux, les encouragea eux plus fort rebeller; et
-en toutes les manires qu'il pot les esmut et atisa et
-donna conseil eux esmouvoir.</p>
+à eux, les encouragea à eux plus fort rebeller; et
+en toutes les manières qu'il pot les esmut et atisa et
+donna conseil à eux esmouvoir.</p>
<p class="subt">De la bataille de Courtray.</p>
<p>Adoncques endementiers<a name="FNanchor_16" id="FNanchor_16" href="#Footnote_16" class="fnanchor">&nbsp;[16]</a>, comme ceux de Bruges
<span class="pagenum"><a id="Page_6"> 6</a></span>
-s'appareilloient deffendre, querans de toutes pars
-aides et soudoiers, Robert noble conte d'Artois fu envoi
+s'appareilloient à deffendre, querans de toutes pars
+aides et soudoiers, Robert noble conte d'Artois fu envoié
du roy de France avec moult grant chevalerie des
-francs hommes et grant multitude de gent pi, et vint
+francs hommes et grant multitude de gent à pié, et vint
en Flandres, et entre Bruges et Courtray tendirent paveillons
-et trs<a name="FNanchor_17" id="FNanchor_17" href="#Footnote_17" class="fnanchor">&nbsp;[17]</a>; car adecertes il ne pooient passer,
-pour l'yaue du fleuve prs d'ilec courant, sur laquelle
+et trés<a name="FNanchor_17" id="FNanchor_17" href="#Footnote_17" class="fnanchor">&nbsp;[17]</a>; car adecertes il ne pooient passer,
+pour l'yaue du fleuve près d'ilec courant, sur laquelle
yaue les Flamens avoient rompu un pont. Et lors endementiers
-comme les Franois entendissent appareillier
-le pont, ceux de Bruges, souventes fois bataille
-ordene encontre courans l'euvre, si comme il
-pooient, destourbans<a name="FNanchor_18" id="FNanchor_18" href="#Footnote_18" class="fnanchor">&nbsp;[18]</a> tous les jours, les Franois appelloient
- bataille; et lors, voulsissent ou non, le pont
-aprs ce rappareilli, un mercredi septiesme jour
+comme les François entendissent à appareillier
+le pont, ceux de Bruges, souventes fois à bataille
+ordenée encontre courans à l'euvre, si comme il
+pooient, destourbans<a name="FNanchor_18" id="FNanchor_18" href="#Footnote_18" class="fnanchor">&nbsp;[18]</a> tous les jours, les François appelloient
+à bataille; et lors, voulsissent ou non, le pont
+après ce rappareillié, à un mercredi septiesme jour
du mois de juillet, de l'accort de l'une partie et de
-l'autre, venir bataille deussent. Ceux de Bruges, si
+l'autre, venir à bataille deussent. Ceux de Bruges, si
comme l'en dit, estudians et cuidans mourir pour la
-justice, libralit et franchise du pays, premirement
-confessrent leur pchis humblement et dvotement,
-le corps de Nostre-Seigneur Jhsucrist reurent, portant
+justice, libéralité et franchise du pays, premièrement
+confessèrent leur péchiés humblement et dévotement,
+le corps de Nostre-Seigneur Jhésucrist reçurent, portant
avec eux ensement aucunes reliques de sains, et
- glaives, lances, espes bonnes, haches et goudendars<a name="FNanchor_19" id="FNanchor_19" href="#Footnote_19" class="fnanchor">&nbsp;[19]</a>,
-serrement et espessement ordens vindrent
-au champ pi par un pou tous. Adoncques les chevaliers
-franois, qui trop en leur force se fioient, voiant
+à glaives, à lances, espées bonnes, haches et goudendars<a name="FNanchor_19" id="FNanchor_19" href="#Footnote_19" class="fnanchor">&nbsp;[19]</a>,
+serréement et espessement ordenés vindrent
+au champ à pié par un pou tous. Adoncques les chevaliers
+françois, qui trop en leur force se fioient, voiant
contre eux iceux Flamens du tout en tout venir, si les
orent en despit, si comme foulons, tisserans et hommes
ouvrans d'aucuns autres mestiers; et lors les devant
-dis Franois chevaliers contredaignans<a name="FNanchor_20" id="FNanchor_20" href="#Footnote_20" class="fnanchor">&nbsp;[20]</a>, leur
+dis François chevaliers contredaignans<a name="FNanchor_20" id="FNanchor_20" href="#Footnote_20" class="fnanchor">&nbsp;[20]</a>, leur
<span class="pagenum"><a id="Page_7"> 7</a></span>
-gent de pi<a name="FNanchor_21" id="FNanchor_21" href="#Footnote_21" class="fnanchor">&nbsp;[21]</a> qui devant eux estoient et aloient, et qui
+gent de pié<a name="FNanchor_21" id="FNanchor_21" href="#Footnote_21" class="fnanchor">&nbsp;[21]</a> qui devant eux estoient et aloient, et qui
viguereusement les assailloient et moult bien se contenoient,
-firent retraire, et s Flamens pompeusement et
+firent retraire, et ès Flamens pompeusement et
sans ordre s'embatirent. Lesquiels chevaliers gentils
-Franois, ceux de Bruges, lances agus, forment empaignans
-et deboutans, gettrent et abatirent terre
-du tout en tout ceux qui celle empointe furent l'encontre.
+François, ceux de Bruges, à lances aguës, forment empaignans
+et deboutans, gettèrent et abatirent à terre
+du tout en tout ceux qui à celle empointe furent à l'encontre.
Desquels la ruine tant soudaine voiant le noble
-conte d'Artois Robert, qui oncques n'avoit accoustum
- fuir, avec la compaignie des nobles fors et viguereux,
-ainsi comme lyon rungent<a name="FNanchor_22" id="FNanchor_22" href="#Footnote_22" class="fnanchor">&nbsp;[22]</a> et esragi, se
-plonga s Flamens. Mais pour la multitude des lances que
-les Flamens espessement et serrement tenoient, ne le
-pot le gentil conte Robert tresforer<a name="FNanchor_23" id="FNanchor_23" href="#Footnote_23" class="fnanchor">&nbsp;[23]</a> n trespercier. Et
+conte d'Artois Robert, qui oncques n'avoit accoustumé
+à fuir, avec la compaignie des nobles fors et viguereux,
+ainsi comme lyon rungent<a name="FNanchor_22" id="FNanchor_22" href="#Footnote_22" class="fnanchor">&nbsp;[22]</a> et esragié, se
+plonga ès Flamens. Mais pour la multitude des lances que
+les Flamens espessement et serréement tenoient, ne le
+pot le gentil conte Robert tresforer<a name="FNanchor_23" id="FNanchor_23" href="#Footnote_23" class="fnanchor">&nbsp;[23]</a> né trespercier. Et
lors adecertes ceux de Bruges, ainsi comme s'il fussent
-convertis et mus en tigres, nulle ame n'espargnirent,
-n haut n bas ne deportrent, mais aux lances agus
-bien ancores<a name="FNanchor_24" id="FNanchor_24" href="#Footnote_24" class="fnanchor">&nbsp;[24]</a> que l'en appelle bouteshaches et godendars,
-les chevaliers des chevaux faisoient trbuchier;
-et ainsi comme il choient comme brebis, les
+convertis et mués en tigres, nulle ame n'espargnièrent,
+né haut né bas ne deportèrent, mais aux lances aguës
+bien ancorées<a name="FNanchor_24" id="FNanchor_24" href="#Footnote_24" class="fnanchor">&nbsp;[24]</a> que l'en appelle bouteshaches et godendars,
+les chevaliers des chevaux faisoient trébuchier;
+et ainsi comme il chéoient comme brebis, les
acraventoient sus la terre. Adonc le bon conte Robert
-d'Artois, vaillant et enforci de toutes gens, jasoit ce
-qu'il fust navr de moult de plaies, toutes voies se
+d'Artois, vaillant et enforcié de toutes gens, jasoit ce
+qu'il fust navré de moult de plaies, toutes voies se
combati-il forment et viguereusement, mieux voullant
gesir mort avec les nobles hommes qu'il voioit devant
-luy mourir, que ce vil et villain peuple rendre soy vif
-enchaitiv. Et lors, quant les autres compaignies qui
-estoient en l'ost des Franois, tant cheval comme
-pi, virent ce, par un pou deux mille haubers avec
+luy mourir, que à ce vil et villain peuple rendre soy vif
+enchaitivé. Et lors, quant les autres compaignies qui
+estoient en l'ost des François, tant à cheval comme à
+pié, virent ce, à par un pou deux mille haubers avec
<span class="pagenum"><a id="Page_8"> 8</a></span>
le conte de Saint-Pol et le conte de Bouloigne, et Loys
-fils Robert de Clermont, pristrent la fuite trs-laide et
-trs-honteuse, laissans le conte d'Artois avec les autres
+fils Robert de Clermont, pristrent la fuite très-laide et
+très-honteuse, laissans le conte d'Artois avec les autres
honnorables et nobles batailleurs, Dieu quel dommage
-et quel doleur! s mains des villains estre dtrenchis
-mors et acravents. Des quiels la fuie non espere
+et quel doleur! ès mains des villains estre détrenchiés
+mors et acraventés. Des quiels la fuie non esperée
voians les Flamens adversaires, lors pour ce leur courages
-enforcis reculrent, et ceus qui par un pou vaincus
+enforciés reculèrent, et ceus qui par un pou vaincus
s'en vouloient fuir, requerans et venans aux tentes
des fuians, trestout ravirent et pristrent. Et adecertes
ilec avoit grant copie<a name="FNanchor_25" id="FNanchor_25" href="#Footnote_25" class="fnanchor">&nbsp;[25]</a> d'armes et grant appareil batailleur.
Par les quiels les Flamens enrichis et des corps
-occis, quant il les orent tous desnus de leur armes et
+occis, quant il les orent tous desnués de leur armes et
de leur vestemens, et la bataille du tout en tout vaincue,
- grant joie Bruges s'en revindrent. Et ainsi grant
-doleur tous les corps desnus, et tant de nobles hommes
+à grant joie à Bruges s'en revindrent. Et ainsi à grant
+doleur tous les corps desnués, et tant de nobles hommes
demourans en la place du champ, comme il ne fust qui
-les baillast spulture, les corps de eux les bestes des
-champs, les chiens et les oysiaux mengirent; laquelle
-chose en drision et escharnissement et moquerie tourna
-au roy de France et tout le lignage des mors en reproche
-perptuel en tous les jours. Et adecertes y gisoient
-mors et acravents<a name="FNanchor_26" id="FNanchor_26" href="#Footnote_26" class="fnanchor">&nbsp;[26]</a> moult de nobles hommes,
-dieux quel dommage! c'est savoir: le gentil conte d'Artois
+les baillast à sépulture, les corps de eux les bestes des
+champs, les chiens et les oysiaux mengièrent; laquelle
+chose en dérision et escharnissement et moquerie tourna
+au roy de France et à tout le lignage des mors en reproche
+perpétuel en tous les jours. Et adecertes y gisoient
+mors et acraventés<a name="FNanchor_26" id="FNanchor_26" href="#Footnote_26" class="fnanchor">&nbsp;[26]</a> moult de nobles hommes,
+dieux quel dommage! c'est à savoir: le gentil conte d'Artois
Robert, et Godefroy de Breban, son cousin, avec son
fils le seigneur de Virson, Adam le conte de Aubemarle,
Jehan fils au conte de Haynaut, Raoul le seigneur de
-Nelle, connestable de France, et Guy son frre, mareschal
-de l'ost, Regnaut de Trie, chevalier esmer<a name="FNanchor_27" id="FNanchor_27" href="#Footnote_27" class="fnanchor">&nbsp;[27]</a>, le chambellanc
+Nelle, connestable de France, et Guy son frère, mareschal
+de l'ost, Regnaut de Trie, chevalier esmeré<a name="FNanchor_27" id="FNanchor_27" href="#Footnote_27" class="fnanchor">&nbsp;[27]</a>, le chambellanc
de Tancarville, Pierre Flotte, chevalier, et Jacques
de Saint-Pol, chevalier, monseigneur Jean de
<span class="pagenum"><a id="Page_9"> 9</a></span>
Bruillas, maistre de arbalestriers, et jusques au nombre
de deux cents, et moult d'escuiers vaillans et preux.
-Toutes voies au tiers jour aprs ce fait, ice lieu
-vint le gardien des frres Meneurs d'Arras, et recueilli
-le corps du trs-noble conte d'Artois, desnu de vesteures
-et navr de trente plaies. Lequel gentil conte
+Toutes voies au tiers jour après ce fait, à ice lieu
+vint le gardien des frères Meneurs d'Arras, et recueilli
+le corps du très-noble conte d'Artois, desnué de vesteures
+et navré de trente plaies. Lequel gentil conte
icelui gardien en une chapelle prochaine d'ilecques
-de femmes de religion nonains, de petit difiement,
-si comme il pot, quant il ot le service clbr,
-mist le corps en spulture. Et vraiement iceste instance
-et dmollicion et male aventure Franois venir,
-icelle comete qui la fin du moys de septembre devant
-pass l'anuitier par pluseurs jours fu veue par le
-royaume de France, et l'clipse au mois de janvier faite,
-si comme dient aucuns, le segnifirent et demonstrrent.</p>
+de femmes de religion nonains, de petit édifiement,
+si comme il pot, quant il ot le service célébré,
+mist le corps en sépulture. Et vraiement iceste instance
+et démollicion et male aventure à François à venir,
+icelle comete qui à la fin du moys de septembre devant
+passé à l'anuitier par pluseurs jours fu veue par le
+royaume de France, et l'éclipse au mois de janvier faite,
+si comme dient aucuns, le segnifièrent et demonstrèrent.</p>
<p class="source"><cite>Les Grandes Chroniques de Saint-Denis.</cite></p>
<div class="header">
<h2>SUITE DE LA LUTTE DE PHILIPPE LE BEL CONTRE LE PAPE<br />
BONIFACE.<br />
-<span class="medium">Des prlas de France qui envoirent court de Rome.</span><br />
+<span class="medium">Des prélas de France qui envoièrent à court de Rome.</span><br />
<span class="medium">1302.</span></h2>
</div>
-<p>En ce meisme temps les prlas du royaume de France
-qui en l'an devant prochain estoient appells et semons
-de venir court de Rome, si orent conseil ensemble,
-et regardrent qu'il n'i pooient aler, tant pour la guerre
+<p>En ce meisme temps les prélas du royaume de France
+qui en l'an devant prochain estoient appellés et semons
+de venir à court de Rome, si orent conseil ensemble,
+et regardèrent qu'il n'i pooient aler, tant pour la guerre
de Flandres comme pour ce que par les maistres du
-royaume de France estoit dve porter or et argent;
-mais pour ce qu'il ne peussent estre repris de dsobissance
-envoirent pour eux trois vesques, qui denoncirent
+royaume de France estoit dévée porter or et argent;
+mais pour ce qu'il ne peussent estre repris de désobéissance
+envoièrent pour eux trois évesques, qui denoncièrent
<span class="pagenum"><a id="Page_10"> 10</a></span>
pour eux au pape Boniface la cause de leur demourance.
-Et ce pape ensement envoia le roy de
-France l'vesque d'Aucuerre Pierre, et luy pria que
+Et à ce pape ensement envoia le roy de
+France l'évesque d'Aucuerre Pierre, et luy pria que
pour s'amour il regardast de la besoigne pour laquelle
-les dis vesques vouloient assembler jusques
+les dis évesques vouloient assembler jusques à
un temps miex convenable.</p>
<p class="subt">Du cardinal Le Moine qui vint en France en message.</p>
-<p>Et adecertes en cest an ensement les prlas du royaume
-de France, dels le mandement en l'an devant pass,
-aux kalendes de novembre non comparans n venans,
-Boniface riens n'ordena de ce qu'il avoit empens
-faire: et pour ce que profit venir ne povoient, si
-comme devant avoient segnefi et mand, lors eux le
+<p>Et adecertes en cest an ensement les prélas du royaume
+de France, delès le mandement en l'an devant passé,
+aux kalendes de novembre non comparans né venans,
+Boniface riens n'ordena de ce qu'il avoit empensé à
+faire: et pour ce que à profit venir ne povoient, si
+comme devant avoient segnefié et mandé, lors à eux le
pape de Rome Jehan Le Moine, prestre et cardinal de
-l'glyse de Rome, en France envoia et destina, qui
+l'églyse de Rome, en France envoia et destina, qui à
Paris au commencement du mois de quaresme vint.
-Quant le concile fu assembl, il orent secret conseil
-avec eux, et au pape par lettres closes ce qu'il avoit o
+Quant le concile fu assemblé, il orent secret conseil
+avec eux, et au pape par lettres closes ce qu'il avoit oï
de eux manda; et tant longuement demoura en France
-jusques tant que sur ces choses le pape luy mandast
-sa volent et son plaisir.</p>
+jusques à tant que sur ces choses le pape luy mandast
+sa volenté et son plaisir.</p>
<p>Et en cest an ensement, en Gascoigne, ceux de Bourdiaux
-qui jusques maintenant sous le povoir du roy
-de France paisiblement et repos s'estoient tenus,
-quant il orent son repaire de Flandres sans riens faire,
-tous ses gens et les Franois dboutrent et chacirent
-hors de Bourdiaux, la seigneurie d'icelle cit eux,
-par folle prsompcion, usurpans et prenans. Car adecertes
+qui jusques à maintenant sous le povoir du roy
+de France paisiblement et à repos s'estoient tenus,
+quant il oïrent son repaire de Flandres sans riens faire,
+tous ses gens et les François déboutèrent et chacièrent
+hors de Bourdiaux, la seigneurie d'icelle cité à eux,
+par folle présompcion, usurpans et prenans. Car adecertes
il doubtoient, si comme pluseurs affermoient,
-que s la paix du roy de France et du roy d'Angleterre
+que sé la paix du roy de France et du roy d'Angleterre
estoit du tout en tout faite, que il de maintenant au
povoir du roy d'Angleterre ne fussent sousmis, et que
-tantost aprs il ne leur fist ainsi comme il avoit fait
+tantost après il ne leur fist ainsi comme il avoit fait
<span class="pagenum"><a id="Page_11"> 11</a></span>
-jadis la cit de Londres. Car l'en dit luy avoir fait
-pendre les bourgeois leur portes.</p>
+jadis à la cité de Londres. Car l'en dit luy avoir fait
+pendre les bourgeois à leur portes.</p>
<p class="subt">De l'accusement le pape de Rome.<br />
1303.</p>
-<p>En ce temps, les barons et les prlas du royaume de
-France, par le commandement du roy, Paris au concile
-se assemblrent<a name="FNanchor_28" id="FNanchor_28" href="#Footnote_28" class="fnanchor">&nbsp;[28]</a>, et ilec fu traiti devant tous:
+<p>En ce temps, les barons et les prélas du royaume de
+France, par le commandement du roy, à Paris au concile
+se assemblèrent<a name="FNanchor_28" id="FNanchor_28" href="#Footnote_28" class="fnanchor">&nbsp;[28]</a>, et ilec fu traitié devant tous:
c'est assavoir d'aucuns agravemens du royaume et du
-roy et des prlas que eux, si comme l'opinion de moult
+roy et des prélas que à eux, si comme l'opinion de moult
de gens estoit veu affirmer, le pape de Rome en prochain
entendoit faire<a name="FNanchor_29" id="FNanchor_29" href="#Footnote_29" class="fnanchor">&nbsp;[29]</a>. Et fu ensement icelui pape d'aucuns
-chevaliers devant les prlas et la royale majest de moult
-de crimes blasm, diffam et accus: c'est assavoir de
-hrsie, de symonie et d'omicide, et de moult d'autres
+chevaliers devant les prélas et la royale majesté de moult
+de crimes blasmé, diffamé et accusé: c'est assavoir de
+hérésie, de symonie et d'omicide, et de moult d'autres
vilains mesfais droitement sur luy mis et tous vrais, si
-comme aucuns disoient. Et pour ce que pape et
-prlas hrites<a name="FNanchor_30" id="FNanchor_30" href="#Footnote_30" class="fnanchor">&nbsp;[30]</a> selon ce que l'en treuve s sains canons,
-ne doit pas estre paie obdience, fu ilec du commun
-conseil de tous appell jusques tant que le pape
+comme aucuns disoient. Et pour ce que à pape et à
+prélas hérites<a name="FNanchor_30" id="FNanchor_30" href="#Footnote_30" class="fnanchor">&nbsp;[30]</a> selon ce que l'en treuve ès sains canons,
+ne doit pas estre paiée obédience, fu ilec du commun
+conseil de tous appellé jusques à tant que le pape
de ces crimes et de ces cas que l'en luy avoit mis sus
-s'espurgast, et qu'il en fust de tout en tout purgi. Et
-ainsi la parfin, ce parlement desli, l'abb de Cistiaux
-seul eux non assentant avec indignacion et desdaing
-de moult tant du roy comme des prlas, s'en revint
+s'espurgast, et qu'il en fust de tout en tout purgié. Et
+ainsi à la parfin, ce parlement deslié, l'abbé de Cistiaux
+seul à eux non assentant avec indignacion et desdaing
+de moult tant du roy comme des prélas, s'en revint à
son propre lieu. Et lors le cardinal de Rome Jehan Le
-Moine, qui un pou devant ce avoit est envoi en France,
+Moine, qui un pou devant ce avoit esté envoié en France,
<span class="pagenum"><a id="Page_12"> 12</a></span>
-et lors en plerinage estoit all Saint-Martin-de-Tours,
-quant il o nouvelles du pape, au plus tost qu'il pot
+et lors en pélerinage estoit allé à Saint-Martin-de-Tours,
+quant il oï nouvelles du pape, au plus tost qu'il pot
issir du royaume de France s'en issi. Et en cest an
ensement Robert fils le conte de Bouloigne et d'Auvergne,
Blanche la fille Robert de Clermont, fils du saint
@@ -1122,79 +1080,79 @@ roy de France Loys, espousa.</p>
<p class="subt">Coment le message de pape Boniface fu mis en la prison le roy.</p>
-<p>En icest an ensement un archdiacre de Constance,
-nomm Nicole de Bonnefaite, message du pape Boniface
-et de luy en France envoy pour ce que le royaume
-supposast entredit, si comme pluseurs l'estimoient,
-Troies, une cit de Champagne, au royaume de France,
+<p>En icest an ensement un archédiacre de Constance,
+nommé Nicole de Bonnefaite, message du pape Boniface
+et de luy en France envoyé pour ce que le royaume
+supposast à entredit, si comme pluseurs l'estimoient, à
+Troies, une cité de Champagne, au royaume de France,
fu pris et mis en la prison le roy de France. En cest an
ensement Phelippe fils le conte de Flandres Gui, qui
par pluseurs ans avec le roy de Secile Charles le secont
-avoit demour, et de maintenant usant, si comme l'en
+avoit demouré, et de maintenant usant, si comme l'en
disoit, de la pecune pape Boniface et de son aide, avec
grant compaignie de Tyois et d'Alemans soudoiers, environ
la Saint-Jean-Baptiste, appliqua en Flandres; duquel
-le peuple des Flamens accru moult et enorgueilli,
-la terre du roy de France prist plus aigrement envar
+le peuple des Flamens accréu moult et enorgueilli,
+la terre du roy de France prist plus aigrement à envaïr
que devant, et lors le chastel de Saint-Omer, en la
-cont d'Artois, ds maintenant voullurent asseoir. Et
+conté d'Artois, dès maintenant voullurent asseoir. Et
comme non pas sagement passoient et aloient entour
le chastel, des leur en occistrent ceux du chastel trois
-mille: de la quelle chose les Flamens trop iris et courroucis,
+mille: de la quelle chose les Flamens trop iriés et courrouciés,
comme il ne pussent ilec profiter pour la forteresse
-du lieu, vers Terouanne, une cit du royaume
-de France, menrent leur ost; laquelle au mois de juillet
-assistrent et consommrent par embrasement.</p>
+du lieu, vers Terouanne, une cité du royaume
+de France, menèrent leur ost; laquelle au mois de juillet
+assistrent et consommèrent par embrasement.</p>
<p class="subt">De la mort le pape Boniface.</p>
<p>Et en icest an ensement, quant le pape Boniface entendi
<span class="pagenum"><a id="Page_13"> 13</a></span>
-les flonnies et les crimes de luy dis au concile
-des Franois, et l'appel qui fu propos et fait des prlas,
-si proposa faire un concile pour remdier ces
+les félonnies et les crimes de luy dis au concile
+des François, et l'appel qui fu proposé et fait des prélas,
+si proposa à faire un concile pour remédier à ces
choses. Et pour ce qu'il ne luy fust fait injure de pluseurs
-qu'il avoit courroucis et meismement des cardinals
-de la Colompne qu'il avoit dposs, si se douta
-et lors s'en ala la cit d'Anaigne<a name="FNanchor_31" id="FNanchor_31" href="#Footnote_31" class="fnanchor">&nbsp;[31]</a>, dont traioit origine<a name="FNanchor_32" id="FNanchor_32" href="#Footnote_32" class="fnanchor">&nbsp;[32]</a>
-et naissance, et sous la garde de ceux de la cit
-se reut, en atraiant lui par jour les cardinals dehors
-les murs, et au vespre revenant, les portes de la cit
-closes. Chascun jour pourchaoit et dlibroit quelle
-chose seroit mieux faire en si grant tourbe de choses:
+qu'il avoit courrouciés et meismement des cardinals
+de la Colompne qu'il avoit déposés, si se douta
+et lors s'en ala à la cité d'Anaigne<a name="FNanchor_31" id="FNanchor_31" href="#Footnote_31" class="fnanchor">&nbsp;[31]</a>, dont traioit origine<a name="FNanchor_32" id="FNanchor_32" href="#Footnote_32" class="fnanchor">&nbsp;[32]</a>
+et naissance, et sous la garde de ceux de la cité
+se reçut, en atraiant à lui par jour les cardinals dehors
+les murs, et au vespre revenant, les portes de la cité
+closes. Chascun jour pourchaçoit et délibéroit quelle
+chose seroit mieux à faire en si grant tourbe de choses:
mais comme il cuidast ilec trouver seur refuge et reconfort,
si fu ilec de ses adversaires maintenant assis.
-Et quant ceux de la cit virent ce, si mandrent aux
+Et quant ceux de la cité virent ce, si mandèrent aux
Romains que il receussent leur pape, aux quiels quant
-il furent venus, il fu tantost rendu et pris: et eust t
+il furent venus, il fu tantost rendu et pris: et eust été
d'un des chevaliers de la Colompne deux fois parmi le
-corps fru d'un glaive s un autre chevalier de France
-ne l'eust contrest: mais toutes fois de ce chevalier
-de la Colompne en retraiant fu fru au visage, si que
-il en fu ensanglant. Et comme il fu men Rome d'un
-chevalier le roy de France nomm monseigneur Guillaume
-de Nogaret, il le suivi humblement et dvotement,
-auquiel pape l'en dit lui avoir reprouv et dit en
-telle manire: O toi chaitif pape, voy et considre et
-regarde de monseigneur le roy de France la bont,
-qui tant loing de son royaume te garde par moi et deffent.
-Duquiel les paroles ice pape aprs ce ramenant
- mmoire, comme il fu Rome establi en son consistoire,
+corps féru d'un glaive sé un autre chevalier de France
+ne l'eust contresté: mais toutes fois de ce chevalier
+de la Colompne en retraiant fu féru au visage, si que
+il en fu ensanglanté. Et comme il fu mené à Rome d'un
+chevalier le roy de France nommé monseigneur Guillaume
+de Nogaret, il le suivi humblement et dévotement,
+auquiel pape l'en dit lui avoir reprouvé et dit en
+telle manière: «O toi chaitif pape, voy et considère et
+regarde de monseigneur le roy de France la bonté,
+qui tant loing de son royaume te garde par moi et deffent.»
+Duquiel les paroles ice pape après ce ramenant
+à mémoire, comme il fu à Rome establi en son consistoire,
la besoigne du roy de France et de son royaume
<span class="pagenum"><a id="Page_14"> 14</a></span>
-commist Mahy-le-Rous, diacre-cardinal, qui, selon ce
-qu'il seroit expdient et avenant, de la devant dite besoigne
- sa pleine volent ordeneroit. Et quant il ot
+commist à Mahy-le-Rous, diacre-cardinal, qui, selon ce
+qu'il seroit expédient et avenant, de la devant dite besoigne
+à sa pleine volenté ordeneroit. Et quant il ot
ce dit, au chastel de Saint-Ange dedens Rome s'en ala
-et se reut; et par le flux de ventre, si comme l'en dit,
-chi en frenaisie, si qu'il mengeoit ses mains; et furent
-oes de toutes pars par le chastel les tonnerres et veues
-les foudres non acoustumes et non apparans s contres
+et se reçut; et par le flux de ventre, si comme l'en dit,
+chéi en frenaisie, si qu'il mengeoit ses mains; et furent
+oïes de toutes pars par le chastel les tonnerres et veues
+les foudres non acoustumées et non apparans ès contrées
voisines. Celui pape Boniface sans devocion et profession
-de foy mourut. Aprs laquelle chose, fu pape
-en l'glyse de Rome le cent quatre-vingt et dix-huitiesme,
+de foy mourut. Après laquelle chose, fu pape
+en l'églyse de Rome le cent quatre-vingt et dix-huitiesme,
Benedic l'onziesme, de la nacion de Lombardie,
-de l'ordre des frres Prescheurs que l'en appelle
+de l'ordre des frères Prescheurs que l'en appelle
Jacobins.</p>
<p class="source"><cite>Les Grandes Chroniques de Saint-Denis.</cite></p>
@@ -1206,157 +1164,157 @@ Jacobins.</p>
</div>
<p>En ce meisme an ensuivant Phelippe le Biau, roy
-de France, tierce fois aprs le rebellement de ceux de
-Flandres, Mons en Peure au moys d'aoust assembla
-contre eux grant ost. Adonc, comme un jour du moys
+de France, tierce fois après le rebellement de ceux de
+Flandres, à Mons en Peure au moys d'aoust assembla
+contre eux grant ost. Adonc, comme à un jour du moys
dessus dit, de convenance et d'acort fait de l'une partie
- l'autre<a name="FNanchor_33" id="FNanchor_33" href="#Footnote_33" class="fnanchor">&nbsp;[33]</a> dussent venir bataille, ceux de Bruges
-et les autres Flamens, ds maintenant leur armes prises,
-toutes leur charrtes, leur charios et leur autre appareil
-bataillereux tout entour eux espessement et ordenement
+à l'autre<a name="FNanchor_33" id="FNanchor_33" href="#Footnote_33" class="fnanchor">&nbsp;[33]</a> déussent venir à bataille, ceux de Bruges
+et les autres Flamens, dès maintenant leur armes prises,
+toutes leur charrètes, leur charios et leur autre appareil
+bataillereux tout entour eux espessement et ordenéement
<span class="pagenum"><a id="Page_15"> 15</a></span>
mistrent, pour ce que nul ne les peust trespercier
-n envar sans grant pril. Et lors de toute pars
-les Franois comme il deussent entrer en bataille, je ne
-sai par quel parlement, eux ainsi avironns, sans bataille
+né envaïr sans grant péril. Et lors de toute pars
+les François comme il deussent entrer en bataille, je ne
+sai par quel parlement, eux ainsi avironnés, sans bataille
et sans aucun assaut jusques vers vespres se tindrent. Et
adecertes pluseurs cuidoient, pour les messages d'une
part et d'autre entrevenans, que paix fust du tout faicte
-et ferme; et pour ce se dpartirent et espandirent
-et l en aucune manire, non cuidans en ce jour plus
+et fermée; et pour ce se départirent et espandirent çà
+et là en aucune manière, non cuidans en ce jour plus
avoir bataille. Lors les Flamens ce apercevans soudainement
s'esmurent, et vindrent jusques aux tentes du
-roy; et fu le roy si prs pris que paines pot-il estre arm
- point; et ainsois que il peust estre mont sur son
-cheval, pot-il voir occire devant luy messire Hue de
+roy; et fu le roy si près pris que à paines pot-il estre armé
+à point; et ainsois que il peust estre monté sur son
+cheval, pot-il véoir occire devant luy messire Hue de
Bouville, chevalier, et deux bourgeois de Paris, Pierre
et Jaques Gencien, les quiels pour le bien qui estoit
en eux estoient prochains du roy; mais quant il fu
-mont, trs-fier et trs-hardi semblant monstra ses
+monté, très-fier et très-hardi semblant monstra à ses
anemis.</p>
-<p>Adonc le roy ainsi noblement soy contenant, Franois
-ce aprenans qui j ainsi comme d'une paour se vouloient
-dessambler et dpartir, pour le roy secourre isnelement
-se hastrent, et du tout en tout la bataille
-s'abandonnrent, et crirent ensamble: <em>Le roy se combat!
+<p>Adonc le roy ainsi noblement soy contenant, François
+ce aprenans qui jà ainsi comme d'une paour se vouloient
+dessambler et départir, pour le roy secourre isnelement
+se hastèrent, et du tout en tout à la bataille
+s'abandonnèrent, et crièrent ensamble: <em>Le roy se combat!
le roy se combat!</em> et ainsi la bataille constraingnant
et de toutes pars croissant, Charles conte de Valois,
-Loys conte d'Evreux, frres Phelippe le roy de France,
+Loys conte d'Evreux, frères Phelippe le roy de France,
Gui conte de Sainct-Pol, Jehan conte de Dammartin,
nobles chevaliers et autres grans maistres, pluseurs
contes, ducs et barons et chevaliers, avec les autres
-nobles compaignies pi et cheval, s Flamens lors
-isnelement se plungirent et embatirent, et vers le roy
+nobles compaignies à pié et à cheval, ès Flamens lors
+isnelement se plungièrent et embatirent, et vers le roy
se traistrent. Lors adonc iceux nobles, estant avec leur
-noble et forte compaignie pi et cheval, la bataille
+noble et forte compaignie à pié et à cheval, la bataille
<span class="pagenum"><a id="Page_16"> 16</a></span>
entre eux merveilleuse, forte et aspre fu faicte; mais les
-Flamens du tout en tout furent rus jus et acravents, et de
-eux fu faicte grant occision et mortalit, et si grant abatis,
-qu'il ne porent plus arrester. Mais la fuite commencirent
-trs-laide et trs-honteuse, dlaissans charrtes et charios
+Flamens du tout en tout furent rués jus et acraventés, et de
+eux fu faicte grant occision et mortalité, et si grant abatéis,
+qu'il ne porent plus arrester. Mais la fuite commencièrent
+très-laide et très-honteuse, délaissans charrètes et charios
et tout leur appareil bataillereux. Et adecertes, pour
-voir, s la nuit oscure venant n'eust la bataille empeschie,
-pou de si grant nombre de Flamens en fust eschap
+voir, sé la nuit oscure venant n'eust la bataille empeschiée,
+pou de si grant nombre de Flamens en fust eschapé
que mors du tout en tout ne fussent. Et ainsi, la
bataille parfaicte et fenie, notre roy Phelippe, noble batailleur,
- torches de cire alumes, de la bataille s'en
+à torches de cire alumées, de la bataille s'en
revint aux tentes avec sa noble chevalerie. Et ainsi
-comme il fut dit pour voir, s cil roy de France Phelippe
+comme il fut dit pour voir, sé cil roy de France Phelippe
le Biau ne se fust contenu si noblement ou si vertueusement,
-ou s en aucune manire il eust montr la
+ou sé en aucune manière il eust montré la
queue de son cheval aux Flamens pour soy en retourner,
-tout l'ost des Franois eust ramen ainsi comme nant
+tout l'ost des François eust ramené ainsi comme à néant
ou, par aventure, desconfit. Adecertes en celle bataille
des Flamens fu occis un noble chevalier et le chief ot
-cop Guillaume de Juilliers, noble chevalier, et luy
+copé Guillaume de Juilliers, noble chevalier, et luy
copa Jehan de Dammartin, et pluseurs autres grans Flamens,
et de menu peuple grent multitude y furent occis,
- par un pou jusques trente six mille. Et aussi en
-celle bataille, le conte d'Aucuerre, noble chevalier franois,
-par la trs-grant chaleur qui ilec estoit, fu estaint
+à par un pou jusques à trente six mille. Et aussi en
+celle bataille, le conte d'Aucuerre, noble chevalier françois,
+par la très-grant chaleur qui ilec estoit, fu estaint
de soif. Et ainsi Phelippe le Biau, roy de France, en l'an
-de son rgne dix-huit, Mons en Peure en Flandres,
-usant de l'aide de Dieu, de ces Flamens, sans grant pril,
-de luy meisme loable victoire en rapporta; et Paris environ
-la Sainct-Denis, grant joie et inestimable revint.</p>
+de son règne dix-huit, à Mons en Peure en Flandres,
+usant de l'aide de Dieu, de ces Flamens, sans grant péril,
+de luy meisme loable victoire en rapporta; et à Paris environ
+la Sainct-Denis, à grant joie et inestimable revint.</p>
-<p>Et en cest an, au moys de dcembre, les os de Robert
-jadis conte d'Artois, lequel avoit est tu en Flandres,
-furent aports Pontoise, et en l'glyse de Maubuisson
-prs Pontoise furent enterrs.</p>
+<p>Et en cest an, au moys de décembre, les os de Robert
+jadis conte d'Artois, lequel avoit esté tué en Flandres,
+furent aportés à Pontoise, et en l'églyse de Maubuisson
+près Pontoise furent enterrés.</p>
<p><span class="pagenum"><a id="Page_17"> 17</a></span>
-Et en ce meisme an, aprs Nol, l'en commena
-traictier en parlement Paris de la paix des Flamens,
-mais il n'i ot rien consomm n parfait.</p>
+Et en ce meisme an, après Noël, l'en commença à
+traictier en parlement à Paris de la paix des Flamens,
+mais il n'i ot rien consommé né parfait.</p>
-<p class="source"><cite>Les Grandes Chroniques de Saint-Denis</cite>, dites
-et annotes par M. Paulin Pris.</p>
+<p class="source"><cite>Les Grandes Chroniques de Saint-Denis</cite>, éditées
+et annotées par M. Paulin Pâris.</p>
<div class="header">
-<h2>RVOLTE DES PARISIENS,<br />
+<h2>RÉVOLTE DES PARISIENS,<br />
<span class="medium">1306.</span><br />
<span class="medium">Coment le commun de Paris s'esmut.</span></h2>
</div>
-<p>Et adcertes en cest an meisme Paris, pour les
+<p>Et adcertes en cest an meisme à Paris, pour les
louages des maisons des bourgeois de Paris qui vouloient
-prendre du peuple bonne monnoie et forte, qui alo toit
-appele<a name="FNanchor_34" id="FNanchor_34" href="#Footnote_34" class="fnanchor">&nbsp;[34]</a>, grant dissencion et descort mut et esleva.
+prendre du peuple bonne monnoie et forte, qui alo étoit
+appelée<a name="FNanchor_34" id="FNanchor_34" href="#Footnote_34" class="fnanchor">&nbsp;[34]</a>, grant dissencion et descort mut et esleva.
Et lors s'esmurent pluseurs du menu peuple, si comme
espoir<a name="FNanchor_35" id="FNanchor_35" href="#Footnote_35" class="fnanchor">&nbsp;[35]</a> foulons et tisserans, taverniers et pluseurs
autres ouvriers d'autres mestiers; et firent aliance ensemble,
-et alrent et coururent sus un bourgeois de
-Paris appel Estienne Barbte<a name="FNanchor_36" id="FNanchor_36" href="#Footnote_36" class="fnanchor">&nbsp;[36]</a>, duquel conseil, si
+et alèrent et coururent sus un bourgeois de
+Paris appelé Estienne Barbète<a name="FNanchor_36" id="FNanchor_36" href="#Footnote_36" class="fnanchor">&nbsp;[36]</a>, duquel conseil, si
comme il estoit dit les louages des dites maisons etoient
<span class="pagenum"><a id="Page_18"> 18</a></span>
-pris la bonne et forte monnoie, pour laquelle chose
-le peuple estoit esmeu et grev. Et lors le premier jeudi
-devant la Tiphaine envarent et assaillirent un manoir
-du devant dit bourgeois Estienne, qui estoit nomm
-la Courtilles Barbte, et par feu mis le dgastrent et
+pris à la bonne et forte monnoie, pour laquelle chose
+le peuple estoit esmeu et grevé. Et lors le premier jeudi
+devant la Tiphaine envaïrent et assaillirent un manoir
+du devant dit bourgeois Estienne, qui estoit nommé
+la Courtilles Barbète, et par feu mis le dégastèrent et
destruirent; et les arbres du jardin du tout en tout
-corrompirent, froissirent et dbrissirent. Et aprs eux
-dpartans, tout grant multitude d'alans fust et
+corrompirent, froissièrent et débrissièrent. Et après eux
+départans, à tout grant multitude d'alans à fust et à
bastons, revindrent en la rue Saint-Martin et rompirent
-l'ostel du devant dit bourgeois, et entrrent ens efforciement,
+l'ostel du devant dit bourgeois, et entrèrent ens efforciement,
et tantost les toniaux de vin qui au celier estoient
-froissirent, et le vin espandirent par places; et
-aucuns d'eux d'icelui vin tant burent qu'il furent enyvrs.
-Et aprs ce, les biens meubles de la dite maison,
+froissièrent, et le vin espandirent par places; et
+aucuns d'eux d'icelui vin tant burent qu'il furent enyvrés.
+Et après ce, les biens meubles de la dite maison,
c'est asavoir coutes, coissins, coffres, huches, et autres
-biens froissirent et dbrisans par la rue en la
+biens froissièrent et débrisans par la rue en la
boue les espandirent, et aux coutiaux ouvrirent les coutes,
et les orilliers traiant contre le vent despitement
-getrent, et la maison en aucuns lieux descouvrirent,
+getèrent, et la maison en aucuns lieux descouvrirent,
et moult d'autres dommages y firent. Et ice fait, d'ilec se
-partirent et retournrent traiant vers le Temple au manoir
-des Templiers, o le roy de France estoit lors avec
+partirent et retournèrent traiant vers le Temple au manoir
+des Templiers, où le roy de France estoit lors avec
aucuns de ses barons, et ilec le roy assistrent si<a name="FNanchor_37" id="FNanchor_37" href="#Footnote_37" class="fnanchor">&nbsp;[37]</a> que
-nul n'osoit seurement entrer n issir hors du Temple; et
-les viandes que l'en aportoit pour le roy getrent en la
-boue, laquelle chose leur tourna au dernier honte et
- dommage et destruiment de corps. Aprs ce, par
-le prvost de Paris, si comme l'en dist, et par aucuns
-barons, par soueves paroles et blandissements apaisis,
- leur maisons paisiblement retournrent; des quiex
+nul n'osoit seurement entrer né issir hors du Temple; et
+les viandes que l'en aportoit pour le roy getèrent en la
+boue, laquelle chose leur tourna au dernier à honte et
+à dommage et à destruiment de corps. Après ce, par
+le prévost de Paris, si comme l'en dist, et par aucuns
+barons, par soueves paroles et blandissements apaisiés,
+à leur maisons paisiblement retournèrent; des quiex
par le commandement le roy pluseurs, le jour ensuivant,
furent pris et mis en diverses prisons. Et en la vigile
<span class="pagenum"><a id="Page_19"> 19</a></span>
-de la Tiphaine, par le commandement du roy, espciaument
+de la Tiphaine, par le commandement du roy, espéciaument
pour sa viande que il luy avoient espandue
-et gette en la boue, et pour le fait du dit Estienne,
-vingt-huit hommes, aux quatre entres de Paris, c'est
-assavoir: l'orme<a name="FNanchor_38" id="FNanchor_38" href="#Footnote_38" class="fnanchor">&nbsp;[38]</a> par devers Saint-Denis faisant entre,
+et gettée en la boue, et pour le fait du dit Estienne,
+vingt-huit hommes, aux quatre entrées de Paris, c'est
+assavoir: à l'orme<a name="FNanchor_38" id="FNanchor_38" href="#Footnote_38" class="fnanchor">&nbsp;[38]</a> par devers Saint-Denis faisant entrée,
furent sept pendus; et sept devers la porte Saint-Antoine
-faisant entre, et six l'entre devers le Roule
-vers les quinze vint aveugles faisant entre, et huit en
-la partie de Nostre-Dame-des-Champs faisant entre,
-furent pendus. Les quiex, un pou aprs ce, des ormes
-remus et osts, en gibs nouviaux fais, en chacune
-partie et entre, de rechief furent tous pendus et mors;
+faisant entrée, et six à l'entrée devers le Roule
+vers les quinze vint aveugles faisant entrée, et huit en
+la partie de Nostre-Dame-des-Champs faisant entrée,
+furent pendus. Les quiex, un pou après ce, des ormes
+remués et ostés, en gibés nouviaux fais, en chacune
+partie et entrée, de rechief furent tous pendus et mors;
laquelle chose envers le menu peuple de Paris chei en
grant doleur.</p>
@@ -1371,146 +1329,146 @@ grant doleur.</p>
<p>En cest an ensement, tous les Templiers du royaume
de France, du commandement de celui meisme roy de
France Phelippe le Bel, et de l'ottroi et assentement du
-souverain vesque pape Climent, le jour d'un vendredi
-aprs la feste Saint-Denis, ainsi comme sus le mouvement
-d'une heure, souponns de dtestables et horribles
+souverain évesque pape Climent, le jour d'un vendredi
+après la feste Saint-Denis, ainsi comme sus le mouvement
+d'une heure, soupçonnés de détestables et horribles
et diffamables crimes, furent pris par tout le
-royaume de France, et en diverses prisons mis et emprisonns.</p>
+royaume de France, et en diverses prisons mis et emprisonnés.</p>
<p><span class="pagenum"><a id="Page_20"> 20</a></span>
L'an de grace mil trois cent et sept dessus dit ensuivant,
le roy de France Phelippe se parti environ la Penthecouste
-pour aler Poitiers parler au pape et aux cardinals:
-et l furent moult de choses ordenes par le pape
+pour aler à Poitiers parler au pape et aux cardinals:
+et là furent moult de choses ordenées par le pape
et par le roy, et especiaument de la prise des Templiers.
Et manda le pape aux maistres de l'Ospital et du Temple,
qui souverains estoient en la terre d'Oultre-mer, expressement,
-qu'il se comparussent personnellement certain
-temps Poitiers devant luy. Lequiel mandement
+qu'il se comparussent personnellement à certain
+temps à Poitiers devant luy. Lequiel mandement
le maistre du Temple accompli; mais le maistre de
-l'Ospital fu empeschi en l'isle de Rodes des Sarrasins,
-si ne pot venir au terme qui luy estoit mand; mais il
+l'Ospital fu empeschié en l'isle de Rodes des Sarrasins,
+si ne pot venir au terme qui luy estoit mandé; mais il
envoia certains messages pour luy excuser. Si avint assez
-tost aprs que la dite isle de Rodes fu recouvre, et
-adonc le maistre de l'Ospital vint Poitiers parler au
+tost après que la dite isle de Rodes fu recouvrée, et
+adonc le maistre de l'Ospital vint à Poitiers parler au
pape.</p>
<p class="subt">De la condampnacion des Templiers.<br />
1310.</p>
<p>En l'an de Nostre-Seigneur mil trois cent et dix,
-pluseurs Templiers, Paris vers le moulin Saint-Antoine,
-comme Senlis, aprs les conciles provinciaux
-sur ces choses ilec clbres et faites, furent ars,
-et les chars et les os en poudre ramens: des quiels
-Templiers dessus dis cinquante-quatre, le mardi aprs
+pluseurs Templiers, à Paris vers le moulin Saint-Antoine,
+comme à Senlis, après les conciles provinciaux
+sur ces choses ilec célébrées et faites, furent ars,
+et les chars et les os en poudre ramenés: des quiels
+Templiers dessus dis cinquante-quatre, le mardi après
la feste de la Saint-Nicolas en may, vers le dit moulin
- vent, si comme il est dessusdit, furent ars. Mais iceux,
-tant eussent souffrir de douleur, oncques en leur
+à vent, si comme il est dessusdit, furent ars. Mais iceux,
+tant eussent à souffrir de douleur, oncques en leur
destruction ne vouldrent aucune chose recognoistre.
Pour la quielle chose leur ames, si comme on disoit,
-en porent avoir perptuel dampnement, car il mistrent
-le menu peuple en trs grant erreur. Et pour
-voir aprs ce ensuivant, la veille de l'Ascencion Nostre-Seigneur
-Jhsucrist, les autres Templiers en ce lieu
+en porent avoir perpétuel dampnement, car il mistrent
+le menu peuple en très grant erreur. Et pour
+voir après ce ensuivant, la veille de l'Ascencion Nostre-Seigneur
+Jhésucrist, les autres Templiers en ce lieu
<span class="pagenum"><a id="Page_21"> 21</a></span>
-meisme furent ars et les chars et les os ramens en poudre;
+meisme furent ars et les chars et les os ramenés en poudre;
des quiels l'un estoit l'aumosnier du roy de France,
qui tant de honneur avoit en ce monde; mais oncques
de ses forfais n'ot aucune recognoissance. Et le lundi ensuivant,
-fu arse, au lieu devant dit<a name="FNanchor_39" id="FNanchor_39" href="#Footnote_39" class="fnanchor">&nbsp;[39]</a>, une bguine clergesse
-qui estoit appelle Marguerite la Porete, qui avoit
-trespasse et transcende l'escripture divine et s articles
-de la foy avoit err, et du sacrement de l'autel avoit
-dit paroles contraires et prjudiciables; et, pour ce, des
-maistres expers de thologie avoit est condampne.</p>
+fu arse, au lieu devant dit<a name="FNanchor_39" id="FNanchor_39" href="#Footnote_39" class="fnanchor">&nbsp;[39]</a>, une béguine clergesse
+qui estoit appellée Marguerite la Porete, qui avoit
+trespassée et transcendée l'escripture divine et ès articles
+de la foy avoit erré, et du sacrement de l'autel avoit
+dit paroles contraires et préjudiciables; et, pour ce, des
+maistres expers de théologie avoit esté condampnée.</p>
<p>Les cas et forfais pour quoy les Templiers furent
-pris et condampns morir et encontre eux aprouvs,
+pris et condampnés à morir et encontre eux aprouvés,
si comme l'en dit, et d'aucuns en prison recogneus, ensuivent
-ci-aprs:</p>
+ci-après:</p>
<p>Le premier article du forfait est tel: Car en Dieu ne
-croient pas fermement, et quant il faisoient un
+créoient pas fermement, et quant il faisoient un
nouvel Templier, si n'estoit-il de nulluy sceu coment
il le sacroient, mais bien estoit veu que il luy donnoient
les draps<a name="FNanchor_40" id="FNanchor_40" href="#Footnote_40" class="fnanchor">&nbsp;[40]</a>.</p>
<p>Le secont article: Car quant icelui nouvel Templier
-avoit vestu les draps de l'ordre, tantost estoit men en
+avoit vestu les draps de l'ordre, tantost estoit mené en
une chambre oscure; adecertes le nouvel Templier
renioit Dieu par sa male aventure, et aloit et passoit
par-dessus la croix, et en sa douce figure crachoit.</p>
-<p>Le tiers article est tel: Aprs ce, il aloient tantost
+<p>Le tiers article est tel: Après ce, il aloient tantost
aourer une fausse ydole. Adecertes icelle ydole estoit un
-viel pel<a name="FNanchor_41" id="FNanchor_41" href="#Footnote_41" class="fnanchor">&nbsp;[41]</a> d'homme embasme et de toile polie<a name="FNanchor_42" id="FNanchor_42" href="#Footnote_42" class="fnanchor">&nbsp;[42]</a>, et
-certes ilec le Templier nouveau mettoit sa trs vile foy
-et crance, et en luy trs-fermement croioit: et en
+viel pel<a name="FNanchor_41" id="FNanchor_41" href="#Footnote_41" class="fnanchor">&nbsp;[41]</a> d'homme embasmée et de toile polie<a name="FNanchor_42" id="FNanchor_42" href="#Footnote_42" class="fnanchor">&nbsp;[42]</a>, et
+certes ilec le Templier nouveau mettoit sa très vile foy
+et créance, et en luy très-fermement croioit: et en
<span class="pagenum"><a id="Page_22"> 22</a></span>
-icelle avoit s fosses des ieux escharboucles reluisans
-ainsi comme la clart du ciel; et pour voir, toute leur foy
+icelle avoit ès fosses des ieux escharboucles reluisans
+ainsi comme la clarté du ciel; et pour voir, toute leur foy
estoit en icelle, et estoit leur dieu souverain, et chascun
en icelle s'affioit et meismement de bon cuer. Et
en celle pel avoit barbe au visage; et pour certain
ilec convenoit le nouvel Templier faire hommage ainsi
-comme Dieu, et tout ce estoit pour despit de Nostre-Seigneur
-Jhsucrist, Nostre Sauveur.</p>
+comme à Dieu, et tout ce estoit pour despit de Nostre-Seigneur
+Jhésucrist, Nostre Sauveur.</p>
-<p>Le quart: Car il cognurent ensement la trason que
-saint Loys ot s parties d'Oultre-mer, quant il fu pris
-et mis en prison. Acre, une cit d'Oultre-mer, trasrent-il
+<p>Le quart: Car il cognurent ensement la traïson que
+saint Loys ot ès parties d'Oultre-mer, quant il fu pris
+et mis en prison. Acre, une cité d'Oultre-mer, traïsrent-il
aussi par leur grant mesprison.</p>
<p>Le quint article est tel: Que si le peuple crestien
-en ce temps fust prochainement al s parties d'Oultre-mer,
+en ce temps fust prochainement alé ès parties d'Oultre-mer,
il avoient fait telles convenances et telle ordenance
au soudan de Babiloine, qu'il leur avoient par
-leur mauvaisti appertement les crestiens vendus.</p>
+leur mauvaistié appertement les crestiens vendus.</p>
-<p>Le sixime article est tel: Qu'il congnurent eux du
-trsor le roy aucun avoir donn qui au roy avoit fait
+<p>Le sixième article est tel: Qu'il congnurent eux du
+trésor le roy à aucun avoir donné qui au roy avoit fait
contraire, laquelle chose estoit domageuse au royaume
de France.</p>
-<p>Le septime est tel: Que, si comme l'en dit, il cognurent
-le pchi de hrsie; pour quoy c'estoit merveilles
-que Dieu souffroit tels crimes et flonnies dtestables
-estre fais! mais Dieu, par sa piti, souffre moult
-de flonnies estre faites!</p>
+<p>Le septième est tel: Que, si comme l'en dit, il cognurent
+le péchié de hérésie; pour quoy c'estoit merveilles
+que Dieu souffroit tels crimes et félonnies détestables
+estre fais! mais Dieu, par sa pitié, souffre moult
+de félonnies estre faites!</p>
-<p>Le huitime est tel: Si nul Templier, en leur ydolatrie
-bien afferm, mouroit en son malice, aucune fois
+<p>Le huitième est tel: Si nul Templier, en leur ydolatrie
+bien affermé, mouroit en son malice, aucune fois
il le faisoient ardoir, et de la poudre de luy en donnoient
- mengier aux nouviaux Templiers; et ainsi
-plus fermement leur crance et leur ydolatrie tenoient;
+à mengier aux nouviaux Templiers; et ainsi
+plus fermement leur créance et leur ydolatrie tenoient;
et du tout en tout despisoient le vray corps
-Nostre-Seigneur Jhsucrist.</p>
+Nostre-Seigneur Jhésucrist.</p>
<p>Le neuviesme est tel: Si nul Templier eust entour
<span class="pagenum"><a id="Page_23"> 23</a></span>
-luy ainte ou lie une corroie, laquelle estoit en leur
-mahommerie, aprs ce jamais leur loy par luy pour
-morir ne fust recognue; tant avoit ilec sa foy afferme
-et affichie.</p>
+luy çainte ou liée une corroie, laquelle estoit en leur
+mahommerie, après ce jamais leur loy par luy pour
+morir ne fust recognue; tant avoit ilec sa foy affermée
+et affichiée.</p>
<p>Le disiesme est tel: Car encore faisoient-il pis, car
-un enfant nouvel engendr d'un Templier en une pucelle,
-estoit cuit et rosti au feu, et toute la gresse oste,
-et de celle estoit sacre et ointe leur ydole.</p>
+un enfant nouvel engendré d'un Templier en une pucelle,
+estoit cuit et rosti au feu, et toute la gresse ostée,
+et de celle estoit sacrée et ointe leur ydole.</p>
<p>Le onziesme est tel: Que leur ordre ne doit aucun enfant
baptisier ni lever des saincts fons, tant comme il
s'en puisse abstenir; ni sur femme gisant d'enfant<a name="FNanchor_43" id="FNanchor_43" href="#Footnote_43" class="fnanchor">&nbsp;[43]</a>
seurvenir ne doivent, si du tout en tout ne se veullent
-issir reculons, laquelle chose est dtestable raconter.
-Et ainsi pour iceux forfais, crimes et flonnies
-dtestables furent du souverain vesque pape Climent
-et de pluseurs vesques, et arcevesques et cardinaux
-condampns.</p>
+issir à reculons, laquelle chose est détestable à raconter.
+Et ainsi pour iceux forfais, crimes et félonnies
+détestables furent du souverain évesque pape Climent
+et de pluseurs évesques, et arcevesques et cardinaux
+condampnés.</p>
-<p class="source"><cite>Les Grandes Chroniques de Saint-Denis</cite>, dit
-et annotes par M. Paulin Pris.</p>
+<p class="source"><cite>Les Grandes Chroniques de Saint-Denis</cite>, édité
+et annotées par M. Paulin Pâris.</p>
<p><span class="pagenum"><a id="Page_24"> 24</a></span></p>
@@ -1518,232 +1476,232 @@ et annotes par M. Paulin Pris.</p>
<span class="medium">Ballade Bretonne.</span></h2>
<p class="intro">Les Bretons appellent les Templiers les moines rouges. Cruels, impies et
-dbauchs, les Templiers taient partout dtests. On voit, dit M. de la
-Villemarqu, aux portes de Quimper, les ruines d'une antique commanderie
-de Templiers. C'est probablement l que se passa le fait consign
+débauchés, les Templiers étaient partout détestés. On voit, dit M. de la
+Villemarqué, aux portes de Quimper, les ruines d'une antique commanderie
+de Templiers. C'est probablement là que se passa le fait consigné
dans la ballade suivante. Il y a lieu de croire que ce crime fut commis sous
-l'piscopat d'Alain Morel, vque de Quimper, de 1290 1321.</p>
+l'épiscopat d'Alain Morel, évêque de Quimper, de 1290 à 1321.</p>
-<p>Je frmis de tous mes membres, je frmis de douleur,
+<p>Je frémis de tous mes membres, je frémis de douleur,
en voyant les malheurs qui frappent la terre.</p>
-<p>En songeant l'vnement horrible qui vient d'arriver
+<p>En songeant à l'événement horrible qui vient d'arriver
aux environs de la ville de Quimper, il y a un an.</p>
<p>Katelik Moal cheminait en disant son chapelet,
-quand trois moines, arms de toutes pices, la joignirent.</p>
+quand trois moines, armés de toutes pièces, la joignirent.</p>
-<p>Trois moines sur leurs grands chevaux bards de
-fer de la tte aux pieds, au milieu du chemin, trois
+<p>Trois moines sur leurs grands chevaux bardés de
+fer de la tête aux pieds, au milieu du chemin, trois
moines rouges.</p>
<p>Venez avec nous au couvent, venez avec nous,
-belle jeune fille; l, ni or ni argent, en vrit, ne
+belle jeune fille; là, ni or ni argent, en vérité, ne
vous manquera.</p>
-<p>Sauf votre grce, messeigneurs, ce n'est pas moi
-qui irai avec vous, j'ai peur de vos pes qui pendent
- votre ct.</p>
+<p>Sauf votre grâce, messeigneurs, ce n'est pas moi
+qui irai avec vous, j'ai peur de vos épées qui pendent
+à votre côté.</p>
<p>Venez avec nous, jeune fille, il ne vous arrivera
aucun mal.&mdash;Je n'irai pas, messeigneurs; on entend
dire de vilaines choses!</p>
-<p>On entend dire assez de vilaines choses aux mchants!
+<p>On entend dire assez de vilaines choses aux méchants!
que mille fois maudites soient toutes les mauvaises
langues!</p>
<p>Venez avec nous, jeune fille, n'ayez pas peur!&mdash;Non
vraiment! je n'irai point avec vous! j'aimerais mieux
-tre brle!</p>
+être brûlée!</p>
<p><span class="pagenum"><a id="Page_25"> 25</a></span>
-Venez avec nous au couvent, nous vous mettrons
+Venez avec nous au couvent, nous vous mettrons à
l'aise.&mdash;Je n'irai point au couvent, j'aime mieux
rester dehors.</p>
-<p>Sept jeunes filles de la campagne y sont alles, dit-on,
-sept belles jeunes filles fiancer, et elles n'en sont
+<p>Sept jeunes filles de la campagne y sont allées, dit-on,
+sept belles jeunes filles à fiancer, et elles n'en sont
point sorties.</p>
-<p>S'il y est entr sept jeunes filles, vous serez la huitime!
-Et eux de la jeter cheval, et de s'enfuir au
+<p>S'il y est entré sept jeunes filles, vous serez la huitième!
+Et eux de la jeter à cheval, et de s'enfuir au
galop;</p>
<p>De s'enfuir vers leur demeure, de s'enfuir rapidement
-avec la jeune fille en travers, cheval, un bandeau
+avec la jeune fille en travers, à cheval, un bandeau
sur la bouche.</p>
<p>Et au bout de sept ou huit mois, ou quelque chose
-de plus, ils furent bien dconcerts en cette commanderie<a name="FNanchor_44" id="FNanchor_44" href="#Footnote_44" class="fnanchor">&nbsp;[44]</a>;</p>
+de plus, ils furent bien déconcertés en cette commanderie<a name="FNanchor_44" id="FNanchor_44" href="#Footnote_44" class="fnanchor">&nbsp;[44]</a>;</p>
<p>Au bout de sept ou huit mois, ou quelque chose de
-plus: que ferons-nous, mes frres, de cette fille-ci
+plus: que ferons-nous, mes frères, de cette fille-ci
maintenant?</p>
<p>Mettons-la dans un trou de terre.&mdash;Mieux vaudrait
-sous la croix. Mieux vaudrait encore qu'elle ft enterre
-sous le matre autel.</p>
+sous la croix. Mieux vaudrait encore qu'elle fût enterrée
+sous le maître autel.</p>
-<p>Et bien! enterrons-l ce soir sous le matre autel, o
+<p>Et bien! enterrons-là ce soir sous le maître autel, où
personne de sa famille ne viendra la chercher.</p>
-<p>Vers la chute du jour, voil que tout le ciel se fend!
-De la pluie, du vent, de la grle, le tonnerre le plus
-pouvantable.</p>
+<p>Vers la chute du jour, voilà que tout le ciel se fend!
+De la pluie, du vent, de la grêle, le tonnerre le plus
+épouvantable.</p>
-<p>Or, un pauvre chevalier, les habits tremps par la
+<p>Or, un pauvre chevalier, les habits trempés par la
pluie, voyageait tard, battu de l'orage;</p>
-<p>Il voyageait par l, et cherchait quelque part un
-asile, quand il arriva devant l'glise de la commanderie.</p>
+<p>Il voyageait par là, et cherchait quelque part un
+asile, quand il arriva devant l'église de la commanderie.</p>
<p>Et lui de regarder par le trou de la serrure, et de
-voir briller dans l'glise une petite lumire;</p>
+voir briller dans l'église une petite lumière;</p>
<p><span class="pagenum"><a id="Page_26"> 26</a></span>
-Et les trois moines gauche qui creusaient sous le
-matre autel; et la jeune fille sur le ct, ses petits
-pieds nus attachs.</p>
+Et les trois moines à gauche qui creusaient sous le
+maître autel; et la jeune fille sur le côté, ses petits
+pieds nus attachés.</p>
<p>La pauvre jeune fille se lamentait et demandait
-grce: Laissez-moi ma vie, messeigneurs, au nom de
+grâce: Laissez-moi ma vie, messeigneurs, au nom de
Dieu!</p>
<p>Messeigneurs, au nom de Dieu, laissez-moi ma vie.
-Je me promnerai la nuit et me cacherai le jour.</p>
+Je me promènerai la nuit et me cacherai le jour.</p>
-<p>Et la lumire s'teignit, et il restait la porte sans
-bouger, stupfait,</p>
+<p>Et la lumière s'éteignit, et il restait à la porte sans
+bouger, stupéfait,</p>
<p>Quand il entendit la jeune fille se plaindre au fond
-de son tombeau:&mdash;Je voudrais pour ma crature l'huile
-et le baptme;</p>
+de son tombeau:&mdash;Je voudrais pour ma créature l'huile
+et le baptème;</p>
-<p>Puis l'extrme-onction pour moi-mme, et je mourrai
-contente et de grand c&oelig;ur aprs.</p>
+<p>Puis l'extrême-onction pour moi-même, et je mourrai
+contente et de grand c&oelig;ur après.</p>
-<p>Monseigneur l'vque de Cornouailles<a name="FNanchor_45" id="FNanchor_45" href="#Footnote_45" class="fnanchor">&nbsp;[45]</a>, veillez-vous,
-veillez-vous, vous tes l dans votre lit, couch
+<p>Monseigneur l'évêque de Cornouailles<a name="FNanchor_45" id="FNanchor_45" href="#Footnote_45" class="fnanchor">&nbsp;[45]</a>, éveillez-vous,
+éveillez-vous, vous êtes là dans votre lit, couché
sur la plume molle;</p>
-<p>Vous tes l dans votre lit, sur la plume bien molle,
-et il y a une jeune fille qui gmit au fond d'un trou de
+<p>Vous êtes là dans votre lit, sur la plume bien molle,
+et il y a une jeune fille qui gémit au fond d'un trou de
terre dure,</p>
-<p>Demandant pour sa crature l'huile et le baptme,
-et l'extrme-onction pour elle-mme.</p>
+<p>Demandant pour sa créature l'huile et le baptême,
+et l'extrême-onction pour elle-même.</p>
-<p>On creusa sous le matre autel par ordre du seigneur
+<p>On creusa sous le maître autel par ordre du seigneur
comte (de Quimper), et on retira la pauvre fille au moment
-o l'vque arrivait;</p>
+où l'évêque arrivait;</p>
<p>On retira la pauvre jeune fille de sa fosse profonde,
avec son petit enfant, endormi sur son sein;</p>
-<p>Elle avait rong ses deux bras, elle avait dchir sa
-poitrine; elle avait dchir sa blanche poitrine jusqu'
+<p>Elle avait rongé ses deux bras, elle avait déchiré sa
+poitrine; elle avait déchiré sa blanche poitrine jusqu'à
son c&oelig;ur.</p>
<p><span class="pagenum"><a id="Page_27"> 27</a></span>
-Et le seigneur vque, quand il vit cela, se jeta
+Et le seigneur évêque, quand il vit cela, se jeta à
deux genoux, en pleurant, sur la tombe;</p>
<p>Il passa trois jours et trois nuits les genoux dans la
-terre froide, vtu d'une robe de crin et nu-pieds.</p>
+terre froide, vêtu d'une robe de crin et nu-pieds.</p>
-<p>Et au bout de la troisime nuit, tous les moines tant
-l, l'enfant vint bouger entre les deux lumires
-(places ses cts);</p>
+<p>Et au bout de la troisième nuit, tous les moines étant
+là, l'enfant vint à bouger entre les deux lumières
+(placées à ses côtés);</p>
<p>Il ouvrit les yeux, il marcha droit, droit aux trois
moines rouges:&mdash;Ce sont ceux-ci!</p>
-<p>Ils ont t brls vifs, et leurs cendres jetes au vent;
-leur corps a t puni cause de leur crime.</p>
+<p>Ils ont été brûlés vifs, et leurs cendres jetées au vent;
+leur corps a été puni à cause de leur crime.</p>
-<p class="source"><span class="smcap">De la Villemarqu</span>, <cite>Chants populaires de la Bretagne</cite>,
+<p class="source"><span class="smcap">De la Villemarqué</span>, <cite>Chants populaires de la Bretagne</cite>,
2 vol. in-12, 1846, t. 1, p. 305.</p>
<div class="header">
<h2>LETTRES DE PHILIPPE IV<br />
<span class="medium"><i>par lesquelles il confirme celle de Charles comte de Valois,
-portant affranchissement des habitants du comt de
+portant affranchissement des habitants du comté de
Valois.</i></span><br />
<span class="medium">1311.</span></h2>
</div>
-<p>Philippe, par la grce de Dieu roi des Franais, faisons
-savoir tous tant prsents qu' venir, que nous
-avons confirm et revtu de notre sceau les lettres suivantes
-de notre trs-cher cousin germain et fidle
-Charles comte de Valois et d'Alenon, et rdiges de
-la manire suivante<a name="FNanchor_46" id="FNanchor_46" href="#Footnote_46" class="fnanchor">&nbsp;[46]</a>.</p>
+<p>Philippe, par la grâce de Dieu roi des Français, faisons
+savoir à tous tant présents qu'à venir, que nous
+avons confirmé et revêtu de notre sceau les lettres suivantes
+de notre très-cher cousin germain et fidèle
+Charles comte de Valois et d'Alençon, et rédigées de
+la manière suivante<a name="FNanchor_46" id="FNanchor_46" href="#Footnote_46" class="fnanchor">&nbsp;[46]</a>.</p>
-<p>Au nom du Pre, du fils et du Saint-Esprit.</p>
+<p>Au nom du Père, du fils et du Saint-Esprit.</p>
<p>Charles, fils de roi de France, comte de Valois et
-d'Alenon, de Chartres et d'Anjou, tous ceux qui ces
+d'Alençon, de Chartres et d'Anjou, à tous ceux qui ces
<span class="pagenum"><a id="Page_28"> 28</a></span>
lettres verront et entendront, salut en celui qui est le
-vrai salut de tous. Comme toute crature humaine,
-forme qui est l'image de Notre-Seigneur, doit gnralement
-tre franche<a name="FNanchor_47" id="FNanchor_47" href="#Footnote_47" class="fnanchor">&nbsp;[47]</a> par droit naturel, et qu'en
-aucuns pays cette naturelle libert ou franchise, par
-le jeu de servitude, qui tant est hassable, est si efface
+vrai salut de tous. Comme toute créature humaine,
+formée qui est à l'image de Notre-Seigneur, doit généralement
+être franche<a name="FNanchor_47" id="FNanchor_47" href="#Footnote_47" class="fnanchor">&nbsp;[47]</a> par droit naturel, et qu'en
+aucuns pays cette naturelle liberté ou franchise, par
+le jeu de servitude, qui tant est haïssable, est si effacée
et obscurcie, que les hommes et les femmes qui habitent
-s lieux et pays dessusdits en leur vivant sont
-rputs ainsi comme morts, et la fin de leur douloureuse
-et chtive vie si troitement lis que des biens
-que Dieu leur a prts en ce sicle<a name="FNanchor_48" id="FNanchor_48" href="#Footnote_48" class="fnanchor">&nbsp;[48]</a> et qu'ils ont
-acquis par leur propre labeur, et accrus et conservs
-par leur prvoyance, ils ne peuvent en leur dernire
-volont disposer ni ordonner, ni accrotre en
+ès lieux et pays dessusdits en leur vivant sont
+réputés ainsi comme morts, et à la fin de leur douloureuse
+et chétive vie si étroitement liés que des biens
+que Dieu leur a prêtés en ce siècle<a name="FNanchor_48" id="FNanchor_48" href="#Footnote_48" class="fnanchor">&nbsp;[48]</a> et qu'ils ont
+acquis par leur propre labeur, et accrus et conservés
+par leur prévoyance, ils ne peuvent en leur dernière
+volonté disposer ni ordonner, ni accroître en
leurs propres fils, filles et leurs autres proches. Nous,
-mus de piti, pour le remde et salut de notre me et
-pour considration d'humanit et de commun profit,</p>
-
-<p>1. Donnons et octroyons trs-plnire franchise et
-libert perptuelle toutes personnes, de quelque sexe
-elles soient, nes et natre, en mariage ou dehors,
-de notre comt de Valois et de son ressort, en quelque
-tat ils se voudront porter, et aux personnes et aux
-hritiers et successeurs des personnes dessusdites, rserv
-toutefois nous et nos hritiers la succession des
-btards qui mourront sans hritiers de leur corps.</p>
-
-<p>2. De rechef, il est savoir que les personnes devant
-dites et leurs hritiers, en quelques lieux que ils demeurent
-en ladite comt ou ressort ou hors, demeureront
+mus de pitié, pour le remède et salut de notre âme et
+pour considération d'humanité et de commun profit,</p>
+
+<p>1. Donnons et octroyons très-plénière franchise et
+liberté perpétuelle à toutes personnes, de quelque sexe
+elles soient, nées et à naître, en mariage ou dehors,
+de notre comté de Valois et de son ressort, en quelque
+état ils se voudront porter, et aux personnes et aux
+héritiers et successeurs des personnes dessusdites, réservé
+toutefois à nous et à nos héritiers la succession des
+bâtards qui mourront sans héritiers de leur corps.</p>
+
+<p>2. De rechef, il est à savoir que les personnes devant
+dites et leurs héritiers, en quelques lieux que ils demeurent
+en ladite comté ou ressort ou hors, demeureront
franchement et en paix, sans main morte<a name="FNanchor_49" id="FNanchor_49" href="#Footnote_49" class="fnanchor">&nbsp;[49]</a> ou
<span class="pagenum"><a id="Page_29"> 29</a></span>
-formariage<a name="FNanchor_50" id="FNanchor_50" href="#Footnote_50" class="fnanchor">&nbsp;[50]</a>, ou autre espce de servitude quelle
-qu'elle soit; au contraire, peuvent et pourront dornavant
-franchement et en paix demeurer en ladite comt
+formariage<a name="FNanchor_50" id="FNanchor_50" href="#Footnote_50" class="fnanchor">&nbsp;[50]</a>, ou autre espèce de servitude quelle
+qu'elle soit; au contraire, peuvent et pourront dorénavant
+franchement et en paix demeurer en ladite comté
et ressort, et dans le royaume de France et ses appartenances,
et hors du royaume; et en quelque partie que
les personnes dessusdites se transporteront, et en quelque
-tat qu'ils soient, vivront ou mourront, Nous, nos
-hritiers ou successeurs, ou chacune autre personne,
-de quelque dignit qu'elle soit, ne pourrons lever
+état qu'ils soient, vivront ou mourront, Nous, nos
+héritiers ou successeurs, ou chacune autre personne,
+de quelque dignité qu'elle soit, ne pourrons lever
ou prendre, ou lever ou faire prendre des personnes
dessusdites, ou de leurs hoirs ou successeurs, ou de
ceux qui ont ou auront cause d'eux morte main, formariage
ou autres redevances serves, pour l'occasion
-des choses susdites, ou occasion d'espce de servitude
+des choses susdites, ou occasion d'espèce de servitude
quelle qu'elle soit.</p>
<p>3. Les personnes dessusdites peuvent et pourront
-par le temps venir prendre tonsure de clerc quand
-ils voudront, faire mariage, entrer religieux et lire<a name="FNanchor_51" id="FNanchor_51" href="#Footnote_51" class="fnanchor">&nbsp;[51]</a>
-tats et se mettre l o ils voudront et pourront...; et si
-aucune des personnes dessusdites, mles ou femelles,
-prennent privilges de tonsure de clerc, ou entrent en
-religion, ou acquirent aucune autre franchise ou libert
-quelle qu'elle soit, nous voulons que dornavant ils
+par le temps à venir prendre tonsure de clerc quand
+ils voudront, faire mariage, entrer religieux et élire<a name="FNanchor_51" id="FNanchor_51" href="#Footnote_51" class="fnanchor">&nbsp;[51]</a>
+états et se mettre là où ils voudront et pourront...; et si
+aucune des personnes dessusdites, mâles ou femelles,
+prennent priviléges de tonsure de clerc, ou entrent en
+religion, ou acquièrent aucune autre franchise ou liberté
+quelle qu'elle soit, nous voulons que dorénavant ils
en usent et en jouissent pleinement et en paix...</p>
-<p>Fait en l'an de grce 1311, le 9 avril.</p>
+<p>Fait en l'an de grâce 1311, le 9 avril.</p>
<p class="source"><cite>Ordonnances des Rois de France</cite>, t. XII, p. 387.</p>
@@ -1756,63 +1714,63 @@ seront affranchis moyennant finance.</i></span><br />
<span class="medium">A Paris, le 3 Juillet 1315.</span></h2>
</div>
-<p>Louis, par la grce de Dieu roi de France et de Navarre,
- nos amz et faus matre Saince de Chaumont et
-matre Nicolle de Braye, salut et dilection.</p>
+<p>Louis, par la grâce de Dieu roi de France et de Navarre,
+à nos améz et féaus maître Saince de Chaumont et
+maître Nicolle de Braye, salut et dilection.</p>
<p>Comme selon le droit de nature chacun doit naistre
franc<a name="FNanchor_52" id="FNanchor_52" href="#Footnote_52" class="fnanchor">&nbsp;[52]</a>, et par aucuns usages ou coustumes, qui de
-grant anciennet ont est entroduites et gardes jusques
+grant ancienneté ont esté entroduites et gardées jusques
cy en nostre royaume, et par avanture pour le meffet de
-leurs prdecesseurs, moult de personnes de nostre commun
-pueple soient enchees en liens de servitude et
-de diverses conditions, qui moult nous desplat, Nous
-considrants que notre royaume est dit et nomm le
-royaume des Francs, et voullants que la chose en vrit
+leurs prédecesseurs, moult de personnes de nostre commun
+pueple soient encheües en liens de servitude et
+de diverses conditions, qui moult nous desplaît, Nous
+considérants que notre royaume est dit et nommé le
+royaume des Francs, et voullants que la chose en vérité
soit accordant au nom, et que la condition des gens
amende de nous en la venue de nostre nouvel gouvernement;
-par dlibration de nostre grant conseil avons
-orden et ordenons, que gnraument, par tout nostre
-royaume, de tant comme il peut appartenir nous et
- nos successeurs, telles servitudes soient ramenes
-franchises, et tous ceux qui de ourine<a name="FNanchor_53" id="FNanchor_53" href="#Footnote_53" class="fnanchor">&nbsp;[53]</a> ou anciennet,
-ou de nouvel par mariage, ou par rsidence
-de lieux de serve condition, sont enchees ou pourroient
-eschoir au lien de servitudes, franchise soit donne
+par délibération de nostre grant conseil avons
+ordené et ordenons, que généraument, par tout nostre
+royaume, de tant comme il peut appartenir à nous et
+à nos successeurs, telles servitudes soient ramenées à
+franchises, et à tous ceux qui de ourine<a name="FNanchor_53" id="FNanchor_53" href="#Footnote_53" class="fnanchor">&nbsp;[53]</a> ou ancienneté,
+ou de nouvel par mariage, ou par résidence
+de lieux de serve condition, sont encheües ou pourroient
+eschoir au lien de servitudes, franchise soit donnée
aux bonnes et convenables conditions. Et pour ce,
-et spcialement que nostre commun pueple qui par les
+et spécialement que nostre commun pueple qui par les
<span class="pagenum"><a id="Page_31"> 31</a></span>
collecteurs, sergents et autres officiaux, qui au temps
-pass ont t dputez sur le fait des mains mortes et
+passé ont été députez sur le fait des mains mortes et
formariages, ne soient plus grevez, ni domagiez pour
-ces choses, si comme ils ont est jusques icy, laquelle
-chose nous dplat, et pour ce que les autres
+ces choses, si comme ils ont esté jusques icy, laquelle
+chose nous déplaît, et pour ce que les autres
seigneurs qui ont des <em>hommes de corps</em><a name="FNanchor_54" id="FNanchor_54" href="#Footnote_54" class="fnanchor">&nbsp;[54]</a> prennent
-exemple nous de eux ramener franchise. Nous qui de
-vostre laut et aprouve discrtion nous fions tout
+exemple à nous de eux ramener à franchise. Nous qui de
+vostre léauté et aprouvée discrétion nous fions tout à
plain, vous commettons et mandons, par la teneur de
ces lettres, que vous alliez dans la baillie<a name="FNanchor_55" id="FNanchor_55" href="#Footnote_55" class="fnanchor">&nbsp;[55]</a> de Senlis
-et s ressorts d'icelle, et tous les lieux, villes et communautz,
-et personnes singulires<a name="FNanchor_56" id="FNanchor_56" href="#Footnote_56" class="fnanchor">&nbsp;[56]</a> qui ladite franchise
+et ès ressorts d'icelle, et à tous les lieux, villes et communautéz,
+et personnes singulières<a name="FNanchor_56" id="FNanchor_56" href="#Footnote_56" class="fnanchor">&nbsp;[56]</a> qui ladite franchise
vous requerront, traitez et accordez avec eux de
certaines compositions, par lesquelles suffisante recompensation
-nous soit faite des moluments qui desdites
-servitudes pouvoient venir nous et nos successeurs,
-et eux donnez de tant comme il peut toucher nous
-et nos successeurs gnrales et perptuelles franchises,
-en la manire que dessus est dite, et selon ce que plus
-plainement le vous avons dit, dclar et commis de
+nous soit faite des émoluments qui desdites
+servitudes pouvoient venir à nous et à nos successeurs,
+et à eux donnez de tant comme il peut toucher nous
+et nos successeurs générales et perpétuelles franchises,
+en la manière que dessus est dite, et selon ce que plus
+plainement le vous avons dit, déclaré et commis de
bouche. Et nous promettons en bonne foy que nous,
pour nous et nos successeurs, ratifierons et approuverons,
tiendrons et ferons tenir et garder tout ce que
vous ferez et accorderez sur les choses dessus dites, et
-les lettres que vous donnerez sur nos traits, compositions
-et accords de franchises villes, communauts,
-lieux ou personnes singulires, nous les agrons
-ds-ors endroit, et leur en donnerons les ntres sur ce,
+les lettres que vous donnerez sur nos traités, compositions
+et accords de franchises à villes, communautés,
+lieux ou personnes singulières, nous les agréons
+dès-ors endroit, et leur en donnerons les nôtres sur ce,
toutefois que nous en serons requis. Et donnons en mandement
- tous nos justiciers et sujets, que en toutes ces
-choses ils obissent vous et entendent diligemment.</p>
+à tous nos justiciers et sujets, que en toutes ces
+choses ils obéissent à vous et entendent diligemment.</p>
<p><span class="pagenum"><a id="Page_32"> 32</a></span></p>
@@ -1822,19 +1780,19 @@ choses ils obissent vous et entendent diligemment.</p>
1320.</span></h2>
</div>
-<p>En cest an, commena en France une muette sans
-nulle discrtion: car aucuns truffeurs publirent que
-il estoit rvl que les pastouriaux devoient conquerre
-la Saincte Terre, si s'assemblrent en trs grant
+<p>En cest an, commença en France une muette sans
+nulle discrétion: car aucuns truffeurs publièrent que
+il estoit révélé que les pastouriaux devoient conquerre
+la Saincte Terre, si s'assemblèrent en très grant
nombre; et acouroient les pastouriaux des champs, et
-laissoient leur bestes; et sans prendre congi pre
-ne mre, s'ajoustoient aux autres, sans denier et
+laissoient leur bestes; et sans prendre congié à père
+ne à mère, s'ajoustoient aux autres, sans denier et
sans maille. Et quant cestui qui les gouvernoit vit qu'il
-estoient si fors, si commencirent faire maintes injures,
+estoient si fors, si commencièrent à faire maintes injures,
et se aucun de eux pour ce estoit pris, il brisoient les
-prisons et les en traoient force, dont il firent grant
-vilenie au prvost de Chastelet de Paris, car il le trbuchirent
-par un degr, et n'en fu plus fait<a name="FNanchor_58" id="FNanchor_58" href="#Footnote_58" class="fnanchor">&nbsp;[58]</a>. Si se
+prisons et les en traoient à force, dont il firent grant
+vilenie au prévost de Chastelet de Paris, car il le trébuchièrent
+par un degré, et n'en fu plus fait<a name="FNanchor_58" id="FNanchor_58" href="#Footnote_58" class="fnanchor">&nbsp;[58]</a>. Si se
partirent de Paris robant les bonnes gens, et les villes
les laissoient aler, puisque Paris n'i avoit mis nul conseil;
et s'en vindrent jusques en la terre de Langue
@@ -1844,2751 +1802,2751 @@ peuple crestien ne se vouloit mesler contre les crestiens
pour les Juis. Dont il avint qu'il s'en fuirent en
une tour bien cinq cens, que hommes, que femmes,
que enfans; et les pastouriaux les assaillirent, et iceux
-se deffendirent pierre et fust; et quant ce leur failli,
-si leur gettrent leur enfans. Adonc mistrent les pastouriaux
+se deffendirent à pierre et à fust; et quant ce leur failli,
+si leur gettèrent leur enfans. Adonc mistrent les pastouriaux
le feu en la porte, et les juis virent que il ne
poroient eschaper, si s'occistrent eux-meismes. Les pastouriaux
-s'en alrent vers Carcassonne pour faire autel,
+s'en alèrent vers Carcassonne pour faire autel,
<span class="pagenum"><a id="Page_33"> 33</a></span>
-mais ceux qui gardoient le pays assemblrent grant ost
-et alrent contre eux, et il se dispersrent et fuirent
-et l, et les pluseurs furent pris et pendus par les
+mais ceux qui gardoient le pays assemblèrent grant ost
+et alèrent contre eux, et il se dispersèrent et fuirent çà
+et là, et les pluseurs furent pris et pendus par les
chemins, ci dix, ci vingt, ci trente; et ainsi failli celle
-folle assemble.</p>
+folle assemblée.</p>
<p class="source"><cite>Les Grandes Chroniques de Saint-Denis.</cite></p>
<div class="header">
-<h2>LES LPREUX.<br />
+<h2>LES LÉPREUX.<br />
<span class="medium">De la condampnacion des mesiaux<a name="FNanchor_59" id="FNanchor_59" href="#Footnote_59" class="fnanchor">&nbsp;[59]</a>.</span><br />
<span class="medium">1321.</span></h2>
</div>
<p>En l'an mil trois cent vingt et un, le roy estoit en
Poitou, et luy aporta l'en nouvelle que en la Langue
-d'Oc tous les mesiaux estoient ars, car il avoient confess
+d'Oc tous les mesiaux estoient ars, car il avoient confessé
que tous les puis et les fontaines il avoient ou vouloient
empoisonner, pour tous les crestiens occire et conchier
de messellerie; si que le seigneur de Partenai luy
envoia sous son seel la confession d'un mesel de grant
-renon qui luy avoit est accus sur ce qu'il recognut
-que un grant Juis et riche l'avoit ce inclin, et donn
-douze livres et baill les poisons pour ce faire; et luy
+renon qui luy avoit esté accusé sur ce qu'il recognut
+que un grant Juis et riche l'avoit à ce incliné, et donné
+douze livres et baillé les poisons pour ce faire; et luy
avoit promis que se il povoit les autres mesiaux amener
- ce faire, que il leur administreroit deniers et poisons.
+à ce faire, que il leur administreroit deniers et poisons.
Et comme l'en luy mandast la recepte de ces poisons,
il dist qu'il estoit de sanc d'homme et de pissast, et de
-trois manires de herbes, lesquielles il ne sot nommer
-ou ne voult, et si y metoit-on le corps Jhsucrist; et
-puis, tout ce on schoit, et en faisoit-on poudre que l'en
-metoit en sachets que l'en lyoit pierres ou autre
+trois manières de herbes, lesquielles il ne sot nommer
+ou ne voult, et si y metoit-on le corps Jhésucrist; et
+puis, tout ce on séchoit, et en faisoit-on poudre que l'en
+metoit en sachets que l'en lyoit à pierres ou à autre
<span class="pagenum"><a id="Page_34"> 34</a></span>
chose pesant, et la getoit-on en iaue; et quant le sachet
rompoit si espandoit le venin.</p>
<p>Et tantost le roy Phelippe manda par tout le royaume
-que les mesiaux fussent tous pris et examins; desquiels
+que les mesiaux fussent tous pris et examinés; desquiels
pluseurs recognurent que les Juis leur avoient
ce fait faire par deniers et par promesses, et avoient
fait quatre conciles en divers pays, si que il n'avoit
meselerie au monde, fors que deux en Angleterre, dont
aucuns n'i fust en l'un<a name="FNanchor_60" id="FNanchor_60" href="#Footnote_60" class="fnanchor">&nbsp;[60]</a>, et en emportoient les poisons.
-Et leur donnoit-on entendre que quant les grans
+Et leur donnoit-on à entendre que quant les grans
seigneurs seroient mors, qu'il auroient leur terres, dont
-il avoient j devis les royaumes, les conts et les veschis.
+il avoient jà devisé les royaumes, les contés et les éveschiés.
Et disoit-on que le roy de Garnate, que les crestiens
avoient pluseurs fois desconfit, parla aux Juis
-que il voulsissent emprendre celle malefaon, et il leur
+que il voulsissent emprendre celle malefaçon, et il leur
donroit assez deniers et leur administreroit les poisons;
et il distrent que il ne le pourroient faire par eux; car se
-les crestiens les voient approuchier de leur puis, si les
-auroient tantost souppeonneux; mais par les mesiaux
-qui estoient en vilt pourroit estre fait; et ainsi par
-dons et par promesses les Juis les enclinoient ce:
+les crestiens les véoient approuchier de leur puis, si les
+auroient tantost souppeçonneux; mais par les mesiaux
+qui estoient en vilté pourroit estre fait; et ainsi par
+dons et par promesses les Juis les enclinoient à ce:
et pluseurs renioient la foy et metoient le corps de
-Jhsucrist en poisons, par quoy moult de mesiaux et de
-Juis furent ars; et fu orden de par le roy que ceux qui
+Jhésucrist en poisons, par quoy moult de mesiaux et de
+Juis furent ars; et fu ordené de par le roy que ceux qui
seroient coupables fussent ars, et les autres mesiaux
fussent enclos en maladreries sans jamais issir; et les
Juis furent bannis du royaume; mais depuis y sont-il
-demours pour une grant somme d'argent.</p>
+demourés pour une grant somme d'argent.</p>
-<p>En cest an meisme avint-il un cas Vitri qui estoit
-tel, que comme quarante Juis fussent emprisonns
+<p>En cest an meisme avint-il un cas à Vitri qui estoit
+tel, que comme quarante Juis fussent emprisonnés
pour la cause devant dite des mesiaux, et il sentissent
-que briefment les convendroit mourir, si commencirent
+que briefment les convendroit mourir, si commencièrent
<span class="pagenum"><a id="Page_35"> 35</a></span>
- traitier entre eux en telle manire que l'un d'eux
-tueroit tous les autres, afin que il ne fussent mis
-mort par la main des incirconcis: et lors fu orden et
-acord de la volent de tous que un qui estoit ancien
-et de bonne vie en leur loy les metroit tous mort;
+à traitier entre eux en telle manière que l'un d'eux
+tueroit tous les autres, afin que il ne fussent mis à
+mort par la main des incirconcis: et lors fu ordené et
+acordé de la volenté de tous que un qui estoit ancien
+et de bonne vie en leur loy les metroit tous à mort;
le quiel ne s'i voult acorder s'il n'avoit avec luy un
-jeune homme; et adonc ces deux les turent tous, et ne
-demoura que ces deux: et lors commena une question
-entre eux deux, le quiel metroit l'autre mort? Toute
-fois l'ancien fist tant par devers le jeune que il le mist
+jeune homme; et adonc ces deux les tuèrent tous, et ne
+demoura que ces deux: et lors commença une question
+entre eux deux, le quiel metroit l'autre à mort? Toute
+fois l'ancien fist tant par devers le jeune que il le mist à
mort; et ainsi demoura le jeune tout seul, et prist l'or
-et l'argent de ceux qui estoient mors, et commena
-penser coment il pourroit eschaper de celle tour o il
+et l'argent de ceux qui estoient mors, et commença à
+penser coment il pourroit eschaper de celle tour où il
estoit. Si prist des draps et en fist des cordes, et se mis
- paine pour descendre: mais sa corde si fu trop
+à paine pour descendre: mais sa corde si fu trop
courte, et si pesoit moult pour l'avoir qu'il avoit entour
-luy, si chi s foss et se rompi la jambe; le quiel
-quant il fu l trouv, si fu men la justice, et confessa
-tout ce que devant est dit; et lors fu-il condampn
- mourir avec ceux que il avoit tu.</p>
+luy, si chéi ès fossé et se rompi la jambe; le quiel
+quant il fu là trouvé, si fu mené à la justice, et confessa
+tout ce que devant est dit; et lors fu-il condampné
+à mourir avec ceux que il avoit tué.</p>
<p class="source"><cite>Les Grandes Chroniques de Saint-Denis.</cite></p>
<div class="header">
-<h2>PHILIPPE LE LONG DCRTE L'UNIT DES POIDS ET MESURES.<br />
+<h2>PHILIPPE LE LONG DÉCRÈTE L'UNITÉ DES POIDS ET MESURES.<br />
<span class="medium">1321.</span></h2>
</div>
-<p>Et en ce meisme an, conut le roy et ot en pense de
+<p>Et en ce meisme an, conçut le roy et ot en pensée de
ordener que par tout son royaume n'auroit que une
mesure et une aune. Mais maladie le prist, si ne pot
accomplir ce que il avoit conceu; et si avoit eu en propos
que toutes les monnoies du royaume fussent venues
- une. Et cette chose le roy avoit intention de faire.</p>
+à une. Et cette chose le roy avoit intention de faire.</p>
<p class="source"><cite>Les Grandes Chroniques de Saint-Denis.</cite></p>
<p><span class="pagenum"><a id="Page_36"> 36</a></span></p>
<div class="header">
-<h2>FODALIT, CHEVALERIE, DUCATION, MOEURS GNRALES
-DES XII<sup>e</sup>, XIII<sup>e</sup> et XIV<sup>e</sup> <span class="smcap">SICLES</span>.</h2>
+<h2>FÉODALITÉ, CHEVALERIE, ÉDUCATION, MOEURS GÉNÉRALES
+DES XII<sup>e</sup>, XIII<sup>e</sup> et XIV<sup>e</sup> <span class="smcap">SIÈCLES</span>.</h2>
</div>
-<p>Lorsque les Franks s'tablirent en Gaule, ce pays
-pouvait contenir de dix-sept dix-huit millions d'hommes,
+<p>Lorsque les Franks s'établirent en Gaule, ce pays
+pouvait contenir de dix-sept à dix-huit millions d'hommes,
sur lesquels cinq cent mille chefs de famille tout
-au plus taient de condition payer la capitation: cela
-veut dire que plus des deux tiers des habitants taient
+au plus étaient de condition à payer la capitation: cela
+veut dire que plus des deux tiers des habitants étaient
de condition servile. L'esclavage portait sa peine en
-soi: les invasions taient faciles chez des peuples dont
-les deux tiers, dsarms et opprims, n'avaient aucun
-intrt dfendre la patrie. Le mme terrain qui fournirait
+soi: les invasions étaient faciles chez des peuples dont
+les deux tiers, désarmés et opprimés, n'avaient aucun
+intérêt à défendre la patrie. Le même terrain qui fournirait
maintenant plus de quinze mille hommes en
-tat de rsister n'avait pas deux mille citoyens opposer
- la conqute.</p>
+état de résister n'avait pas deux mille citoyens à opposer
+à la conquête.</p>
-<p>Les esclaves chez les Romains et chez les Grecs taient
-de deux sortes principales; les uns attachs la maison
-et la personne du matre, les autres plants sur le
+<p>Les esclaves chez les Romains et chez les Grecs étaient
+de deux sortes principales; les uns attachés à la maison
+et à la personne du maître, les autres plantés sur le
sol qu'ils cultivaient. Les Germains ne connaissaient que
ce dernier genre d'esclaves; ils les traitaient avec douceur,
-et en faisaient des colons plutt que des serfs.</p>
+et en faisaient des colons plutôt que des serfs.</p>
-<p>Les Franks multiplirent ces esclaves de la terre dans
-les Gaules; peu peu l'<em>esclavage</em> se changea en <em>servage</em>,
+<p>Les Franks multiplièrent ces esclaves de la terre dans
+les Gaules; peu à peu l'<em>esclavage</em> se changea en <em>servage</em>,
lequel servage se convertit en <em>salaire</em>, lequel salaire se
-modifiera son tour: nouveau perfectionnement qui
-signalera la troisime re et le troisime grand combat
+modifiera à son tour: nouveau perfectionnement qui
+signalera la troisième ère et le troisième grand combat
du christianisme.</p>
-<p>Si la moyenne proprit industrielle recommena
-par la bourgeoisie, la petite proprit agricole recommena
-par les serfs affranchis, devenus fermiers propritaires
+<p>Si la moyenne propriété industrielle recommença
+par la bourgeoisie, la petite propriété agricole recommença
+par les serfs affranchis, devenus fermiers propriétaires
moyennant une redevance, quand la servitude
-germanique eut prvalu sur la servitude romaine.
-Celle-ci parat mme avoir t compltement
+germanique eut prévalu sur la servitude romaine.
+Celle-ci paraît même avoir été complétement
<span class="pagenum"><a id="Page_37"> 37</a></span>
abolie sous les rois de la seconde race. On ne voit
plus, en effet, sous cette race, de <em>serfs de corps</em> ou <em>d'esclaves
-domestiques</em> dans les maisons<a name="FNanchor_61" id="FNanchor_61" href="#Footnote_61" class="fnanchor">&nbsp;[61]</a>. Il en rsulta ce
+domestiques</em> dans les maisons<a name="FNanchor_61" id="FNanchor_61" href="#Footnote_61" class="fnanchor">&nbsp;[61]</a>. Il en résulta ce
bel axiome de jurisprudence nationale: Tout esclave
qui met le pied sur terre de France est libre.</p>
-<p>C'est donc un fait trange, mais certain, que la fodalit
-a puissamment contribu l'abolition de l'esclavage
-par l'tablissement du servage. Elle y contribua
-encore d'une autre manire, en mettant les armes la
-main du vassal: elle fit du serf attach la glbe un soldat
-sous la bannire de sa paroisse; si on le vendait encore
+<p>C'est donc un fait étrange, mais certain, que la féodalité
+a puissamment contribué à l'abolition de l'esclavage
+par l'établissement du servage. Elle y contribua
+encore d'une autre manière, en mettant les armes à la
+main du vassal: elle fit du serf attaché à la glèbe un soldat
+sous la bannière de sa paroisse; si on le vendait encore
quand et quand la terre, on ne le vendait plus comme
individu avec les autres bestiaux. Le serf sur les murs de
-Jrusalem escalade, ou vainqueur des Anglais avec du
-Guesclin, ne portait plus le fer qui enchane, mais le
-fer qui dlivre. Le paysan serf, demi-soldat, demi-laboureur,
-demi-berger du moyen ge, tait peut-tre
-moins opprim, moins ignorant, moins grossier que le
+Jérusalem escaladée, ou vainqueur des Anglais avec du
+Guesclin, ne portait plus le fer qui enchaîne, mais le
+fer qui délivre. Le paysan serf, demi-soldat, demi-laboureur,
+demi-berger du moyen âge, était peut-être
+moins opprimé, moins ignorant, moins grossier que le
paysan libre des derniers temps de la monarchie absolue.</p>
-<p>On doit nanmoins faire une remarque qui expliquera
-la lenteur de l'affranchissement complet dans le rgime
-fodal. L'affranchissement chez les Romains ne causait
-presque aucun prjudice au matre de l'affranchi;
-il n'tait priv que d'un <em>individu</em>. Le serf constituait
-une partie du <em>fief</em>; en l'affranchissant on <em>abrgeait</em> le
+<p>On doit néanmoins faire une remarque qui expliquera
+la lenteur de l'affranchissement complet dans le régime
+féodal. L'affranchissement chez les Romains ne causait
+presque aucun préjudice au maître de l'affranchi;
+il n'était privé que d'un <em>individu</em>. Le serf constituait
+une partie du <em>fief</em>; en l'affranchissant on <em>abrégeait</em> le
<span class="pagenum"><a id="Page_38"> 38</a></span>
-fief, c'est--dire qu'on le diminuait, qu'on amoindrissait
- la fois la <em>qualit</em>, le <em>droit</em> et la <em>fortune</em> du possesseur.
-Or, il tait difficile un homme d'avoir le courage
-de se dpouiller, de s'abaisser, de se rduire soi-mme
- une espce de servitude, pour donner la
-libert un autre homme.</p>
-
-<p>Voyons maintenant quelle tait la classe d'hommes
+fief, c'est-à-dire qu'on le diminuait, qu'on amoindrissait
+à la fois la <em>qualité</em>, le <em>droit</em> et la <em>fortune</em> du possesseur.
+Or, il était difficile à un homme d'avoir le courage
+de se dépouiller, de s'abaisser, de se réduire soi-même
+à une espèce de servitude, pour donner la
+liberté à un autre homme.</p>
+
+<p>Voyons maintenant quelle était la classe d'hommes
qui dominait les serfs, les gens de <em>poueste</em>, les vilains,
-<em>taillables merci de la teste jusqu'aux pieds</em>.</p>
-
-<p>L'galit rgnait dans l'origine parmi les Franks. Leurs
-dignits militaires taient lectives. Le chef ou le roi se
-donnait des <em>fidles</em> ou compagnons, des <em>leudes</em>, des <em>antrustions</em>.
-Ce titre de leude tait personnel; l'hrdit
-en tout tait inconnue. Le leude se trouvait de droit
-membre du grand conseil national et de l'espce de
-cour d'appel de justice que le roi prsidait: je me sers
+<em>taillables à merci de la teste jusqu'aux pieds</em>.</p>
+
+<p>L'égalité régnait dans l'origine parmi les Franks. Leurs
+dignités militaires étaient électives. Le chef ou le roi se
+donnait des <em>fidèles</em> ou compagnons, des <em>leudes</em>, des <em>antrustions</em>.
+Ce titre de leude était personnel; l'hérédité
+en tout était inconnue. Le leude se trouvait de droit
+membre du grand conseil national et de l'espèce de
+cour d'appel de justice que le roi présidait: je me sers
des locutions modernes pour me faire comprendre.</p>
-<p>J'ai dit que cette premire noblesse des Franks, si
-c'tait une noblesse, prit en grande partie la bataille
+<p>J'ai dit que cette première noblesse des Franks, si
+c'était une noblesse, périt en grande partie à la bataille
de Fontenay. D'autres chefs franks prirent la place de
-ces premiers chefs, usurprent ou reurent en don les
-provinces et les chteaux confis leur garde: de cette
-seconde noblesse franke personnelle sortit la premire
-noblesse franaise hrditaire.</p>
+ces premiers chefs, usurpèrent ou reçurent en don les
+provinces et les châteaux confiés à leur garde: de cette
+seconde noblesse franke personnelle sortit la première
+noblesse française héréditaire.</p>
-<p>Celle-ci, selon la qualit et l'importance des fiefs, se
+<p>Celle-ci, selon la qualité et l'importance des fiefs, se
divisa en quatre branches: 1<sup>o</sup> les grands vassaux de la
-couronne et les autres seigneurs qui, sans tre au
-nombre des grands vassaux, possdaient des fiefs
-grande mouvance; 2<sup>o</sup> les possesseurs de fief de bannire;
+couronne et les autres seigneurs qui, sans être au
+nombre des grands vassaux, possédaient des fiefs à
+grande mouvance; 2<sup>o</sup> les possesseurs de fief de bannière;
3<sup>o</sup> les possesseurs de fief de haubert; 4<sup>o</sup> les possesseurs
-de fief de simple cuyer.</p>
+de fief de simple écuyer.</p>
-<p>De l quatre degrs de noblesse: noblesse du sang
+<p>De là quatre degrés de noblesse: noblesse du sang
royal, haute noblesse, noblesse ordinaire, noblesse par
anoblissement.</p>
<p><span class="pagenum"><a id="Page_39"> 39</a></span>
Le service militaire introduisit chez la noblesse la
-distinction du chevalier, <i lang="la" xml:lang="la">>miles</i>, et de l'cuyer, <i lang="la" xml:lang="la">servitium
-scuti</i>. Les nobles abandonnrent dans la suite une de
-leurs plus belles prrogatives, celle de juger. On comptait
+distinction du chevalier, <i lang="la" xml:lang="la">>miles</i>, et de l'écuyer, <i lang="la" xml:lang="la">servitium
+scuti</i>. Les nobles abandonnèrent dans la suite une de
+leurs plus belles prérogatives, celle de juger. On comptait
en France quatre mille familles d'ancienne noblesse,
et quatre-vingt-dix mille familles nobles pouvant
-fournir cent mille combattants. C'tait, proprement
+fournir cent mille combattants. C'était, à proprement
parler, la population militaire libre.</p>
-<p>Les noms des nobles dans les premiers temps n'taient
-point hrditaires, quoique le sang, le privilge
-et la proprit le fussent dj. On voit dans la loi salique
-que les parents s'assemblaient la neuvime nuit pour
-donner un nom l'enfant nouveau-n. Bernard le Danois
-fut pre de Torfe, pre de Turchtil, pre d'Anchtil,
-pre de Robert d'<em>Harcourt</em>. Le nom hrditaire ne parat
-ici qu' la cinquime gnration.</p>
-
-<p>Les armes confraient la noblesse; la noblesse se perdait
-par la lchet; elle dormait seulement quand le
-noble exerait une profession roturire non dgradante;
+<p>Les noms des nobles dans les premiers temps n'étaient
+point héréditaires, quoique le sang, le privilége
+et la propriété le fussent déjà. On voit dans la loi salique
+que les parents s'assemblaient la neuvième nuit pour
+donner un nom à l'enfant nouveau-né. Bernard le Danois
+fut père de Torfe, père de Turchtil, père d'Anchtil,
+père de Robert d'<em>Harcourt</em>. Le nom héréditaire ne paraît
+ici qu'à la cinquième génération.</p>
+
+<p>Les armes conféraient la noblesse; la noblesse se perdait
+par la lâcheté; elle dormait seulement quand le
+noble exerçait une profession roturière non dégradante;
quelques charges la communiquaient; mais
-la haute charge mme de chancelier resta long-temps
+la haute charge même de chancelier resta long-temps
en roture. Dans certaines provinces <em>le ventre anoblissait</em>,
-c'est--dire que la noblesse tait transmise par la
-mre.</p>
+c'est-à-dire que la noblesse était transmise par la
+mère.</p>
-<p>Les chevins de plusieurs villes recevaient la noblesse;
+<p>Les échevins de plusieurs villes recevaient la noblesse;
on l'appelait <em>noblesse de la cloche</em>, parce que les
-chevins s'assemblaient au son d'une cloche. L'tranger
-noble, naturalis en France, demeurait noble.</p>
+échevins s'assemblaient au son d'une cloche. L'étranger
+noble, naturalisé en France, demeurait noble.</p>
-<p>Les nobles prirent des titres selon la qualit de leurs
-fiefs (ces titres, l'exception de ceux de baron et de
-marquis, taient d'origine romaine); ils furent ducs,
+<p>Les nobles prirent des titres selon la qualité de leurs
+fiefs (ces titres, à l'exception de ceux de baron et de
+marquis, étaient d'origine romaine); ils furent ducs,
barons, marquis, comtes, vicomtes, vidames, chevaliers,
-quand ils possdrent des duchs, des marquisats,
-des comts, des vicomts, des baronnies. Quelques
+quand ils possédèrent des duchés, des marquisats,
+des comtés, des vicomtés, des baronnies. Quelques
<span class="pagenum"><a id="Page_40"> 40</a></span>
-titres appartenaient des noms, sans tre inhrents
-des fiefs; cas extrmement rare.</p>
+titres appartenaient à des noms, sans être inhérents à
+des fiefs; cas extrêmement rare.</p>
<p>Le gentilhomme ne payait point la taille personnelle,
tant qu'il ne faisait valoir de ses propres mains qu'une
-seule mtairie; il ne logeait point les gens de guerre:
-les coutumes particulires lui accordaient une foule
-d'autres privilges.</p>
+seule métairie; il ne logeait point les gens de guerre:
+les coutumes particulières lui accordaient une foule
+d'autres priviléges.</p>
<p>Les nobles se distinguaient par leurs armoiries, qui
-commencrent se multiplier au temps des croisades.
+commencèrent à se multiplier au temps des croisades.
Ils portaient ordinairement un oiseau sur le poing,
-mme en voyage et au combat: lorsque les Normands
-assaillirent Paris, sous le roi Eudes, les Franks qui dfendaient
-le Petit-Pont, ne l'esprant pas pouvoir garder,
-donnrent la libert leurs faucons. Les tournois dans
-les villes, les chasses dans les chteaux, taient les principaux
+même en voyage et au combat: lorsque les Normands
+assaillirent Paris, sous le roi Eudes, les Franks qui défendaient
+le Petit-Pont, ne l'espérant pas pouvoir garder,
+donnèrent la liberté à leurs faucons. Les tournois dans
+les villes, les chasses dans les châteaux, étaient les principaux
amusements de la noblesse.</p>
-<p>On ne se peut faire une ide de la fiert qu'imprima
-au caractre le rgime fodal; le plus mince aleutier
-s'estimait l'gal d'un roi. L'empereur Frdric I<sup>er</sup> traversait
+<p>On ne se peut faire une idée de la fierté qu'imprima
+au caractère le régime féodal; le plus mince aleutier
+s'estimait à l'égal d'un roi. L'empereur Frédéric I<sup>er</sup> traversait
la ville de Thongue; le baron de Krenkingen,
seigneur du lieu, ne se leva pas devant lui, et remua
seulement son chaperon, en signe de courtoisie. Le corps
-aristocratique tait la fois oppresseur de la libert
-commune et ennemi du pouvoir royal; fidle la personne
-du monarque alors mme que ce monarque tait
-criminel, et rebelle sa puissance alors mme que cette
-puissance tait juste. De cette fidlit naquit l'honneur
-des temps modernes: vertu qui consiste souvent sacrifier
-les autres vertus; vertu qui peut trahir la prosprit,
+aristocratique était à la fois oppresseur de la liberté
+commune et ennemi du pouvoir royal; fidèle à la personne
+du monarque alors même que ce monarque était
+criminel, et rebelle à sa puissance alors même que cette
+puissance était juste. De cette fidélité naquit l'honneur
+des temps modernes: vertu qui consiste souvent à sacrifier
+les autres vertus; vertu qui peut trahir la prospérité,
jamais le malheur; vertu implacable quand elle se croit
-offense; vertu goste et la plus noble des personnalits;
-vertu, enfin, qui se prte elle-mme serment, et
-qui est sa propre fatalit, son propre destin. Un chevalier
+offensée; vertu égoïste et la plus noble des personnalités;
+vertu, enfin, qui se prête à elle-même serment, et
+qui est sa propre fatalité, son propre destin. Un chevalier
du Nord tombe sous son ennemi; le vainqueur
<span class="pagenum"><a id="Page_41"> 41</a></span>
manquant d'arme pour achever sa victoire, convient
-avec le vaincu qu'il ira chercher son pe; le vaincu
-demeure religieusement dans la mme attitude jusqu'
-ce que le vainqueur revienne l'gorger: voil l'honneur,
-premier-n de la socit barbare. (<span class="smcap">Mallet</span>, <cite>Introduction
- l'Histoire du Danemarck</cite>.)</p>
-
-<p>De l'tat des hommes passons l'tat des proprits.</p>
-
-<p>Le fief, qui naquit l'poque o le servage germanique
-dbouta la servitude romaine, constitua la fodalit.
-Dans les temps de rvolutions et d'invasions successives,
-les petits possesseurs, n'tant plus protgs
-par la loi, donnrent leur champ ceux qui le pouvaient
-dfendre: c'est ce que nous avons appris de Salvien.
-De cet tat de choses la cration du fief, il n'y
+avec le vaincu qu'il ira chercher son épée; le vaincu
+demeure religieusement dans la même attitude jusqu'à
+ce que le vainqueur revienne l'égorger: voilà l'honneur,
+premier-né de la société barbare. (<span class="smcap">Mallet</span>, <cite>Introduction
+à l'Histoire du Danemarck</cite>.)</p>
+
+<p>De l'état des hommes passons à l'état des propriétés.</p>
+
+<p>Le fief, qui naquit à l'époque où le servage germanique
+débouta la servitude romaine, constitua la féodalité.
+Dans les temps de révolutions et d'invasions successives,
+les petits possesseurs, n'étant plus protégés
+par la loi, donnèrent leur champ à ceux qui le pouvaient
+défendre: c'est ce que nous avons appris de Salvien.
+De cet état de choses à la création du fief, il n'y
avait qu'un pas, et ce pas fut fait par les barbares: ils
-avaient dj l'exemple du bnfice militaire, c'est--dire
-de la concession d'un terrain charge d'un service,
-bien que les <i lang="la" xml:lang="la">fe-ods</i> ne soient pas exactement les <i lang="la" xml:lang="la">prdia
+avaient déjà l'exemple du bénéfice militaire, c'est-à-dire
+de la concession d'un terrain à charge d'un service,
+bien que les <i lang="la" xml:lang="la">fe-ods</i> ne soient pas exactement les <i lang="la" xml:lang="la">prædia
militaria</i>. Il arriva que le roi et les autres chefs ne
voulurent plus accepter des immeubles, en installant
-le propritaire donateur comme fermier de son ancienne
-proprit; mais ils la lui rendirent, condition
+le propriétaire donateur comme fermier de son ancienne
+propriété; mais ils la lui rendirent, à condition
de prendre les armes pour ses protecteurs: ils s'engageaient
-de leur ct secourir cette espce de sujet volontaire.
-Voil le vasselage et la seigneurie.</p>
+de leur côté à secourir cette espèce de sujet volontaire.
+Voilà le vasselage et la seigneurie.</p>
-<p>Toutes les proprits, dans la fodalit, se divisent
+<p>Toutes les propriétés, dans la féodalité, se divisent
en deux grandes classes: l'aleu ou le franc-aleu, le
-fief et l'arrire-fief. Tenir en aleu, dit la <em>Somme rurale</em>,
+fief et l'arrière-fief. «Tenir en aleu, dit la <em>Somme rurale</em>,
si est tenir terre de Dieu tant seulement, et ne
-doivent cens, rente, ne relief, ne autre redevance
-vie ne mort.</p>
+doivent cens, rente, ne relief, ne autre redevance à
+vie ne à mort.»</p>
<p>Cujas fait venir le mot <em>aleu</em> (<i lang="la" xml:lang="la">alodium</i>) d'un possesseur
des terres <i lang="la" xml:lang="la">sine lode</i>. Il est plus naturel de le tirer
-de la terre du <i lang="la" xml:lang="la">leude</i>, fidle, ou de <i lang="la" xml:lang="la">drude</i>, ami: <i lang="la" xml:lang="la">drudi et</i>
+de la terre du <i lang="la" xml:lang="la">leude</i>, fidèle, ou de <i lang="la" xml:lang="la">drude</i>, ami: <i lang="la" xml:lang="la">drudi et</i>
<span class="pagenum"><a id="Page_42"> 42</a></span>
-<i lang="la" xml:lang="la">vassalli</i> sont souvent runis dans les actes. Leude est le
+<i lang="la" xml:lang="la">vassalli</i> sont souvent réunis dans les actes. Leude est le
<em>compagnon</em> de Tacite, l'<em>homme de la foi</em> du roi dans la loi
salique, et l'<em>antrustion du roi</em> des formules de Marculfe.</p>
-<p>L'aleu fut dans l'origine inalinable sans le consentement
-de l'hritier. Il y eut deux sortes de franc-aleu:
-le noble et le roturier. Le noble tait celui qui entranait
+<p>L'aleu fut dans l'origine inaliénable sans le consentement
+de l'héritier. Il y eut deux sortes de franc-aleu:
+le noble et le roturier. Le noble était celui qui entraînait
justice, censive ou mouvance; le roturier, celui auquel
toutes ces conditions manquaient: ce dernier, le plus
-ancien des deux, reprsentait le faible reste de la proprit
+ancien des deux, représentait le faible reste de la propriété
romaine.</p>
-<p>Les parlements diffraient de principes sur le maintien
-du franc-aleu. Les pays coutumiers et de droit crit,
+<p>Les parlements différaient de principes sur le maintien
+du franc-aleu. Les pays coutumiers et de droit écrit,
dans le ressort des parlements de Paris et de Normandie,
ne reconnaissaient le franc-aleu que par <em>titres</em>, titres
-qu'il tait presque toujours impossible de produire. La
-coutume de Bretagne, sous le parlement de la mme
+qu'il était presque toujours impossible de produire. La
+coutume de Bretagne, sous le parlement de la même
province, rejetait absolument le franc-aleu. Les quatre
-parlements de droit crit, Bordeaux, Toulouse, Aix et
-Grenoble, variaient dans leurs <em>us</em>, et rendaient des arrts
+parlements de droit écrit, Bordeaux, Toulouse, Aix et
+Grenoble, variaient dans leurs <em>us</em>, et rendaient des arrêts
en sens divers: le parlement de Provence ne recevait
-que le franc-aleu, et le parlement de Dauphin
-l'admettait dans quelques dpendances sur titres. Le
-Languedoc prtendait jouir du franc-aleu avant les
-<em>tablissements</em> de Simon de Montfort, qui transporta
-dans le comt de Toulouse la coutume de Paris. Aprs
-ce grand progrs d'armes, Simon, comte de Montfort,
+que le franc-aleu, et le parlement de Dauphiné
+l'admettait dans quelques dépendances sur titres. Le
+Languedoc prétendait jouir du franc-aleu avant les
+<em>Établissements</em> de Simon de Montfort, qui transporta
+dans le comté de Toulouse la coutume de Paris. «Après
+ce grand progrès d'armes, Simon, comte de Montfort,
se voyant seigneur de tant de terres, de mesnagement
-ennuyeux et pnible, il les departit entre les gentilshommes
-tant franois qu'autres. . . . . . . . Pour
+ennuyeux et pénible, il les departit entre les gentilshommes
+tant françois qu'autres. . . . . . . . Pour
contenir l'esprit de ses vassaux et assurer ses droits, il
establit des loix generales en ses terres, par advis de
-huit archevesques ou evesques et autres grands personnages.
+huit archevesques ou evesques et autres grands personnages.»
<i lang="la" xml:lang="la">Tam inter barones ac milites, quam inter burgences
-et rurales, seu succedant hredes, in hreditatibus</i>
+et rurales, seu succedant hæredes, in hæreditatibus</i>
<span class="pagenum"><a id="Page_43"> 43</a></span>
-<i>suis, secundum morem et usum Franci, circa Parisiis.</i></p>
+<i>suis, secundum morem et usum Franciæ, circa Parisiis.</i></p>
<p>Les coutumes de Troyes, de Vitry et de Chaumont,
-rputaient toute terre franche ou alodiale. Le fief et
-l'aleu taient la lutte et la coexistence de la proprit
-selon l'ancienne socit, et de la proprit selon la socit
+réputaient toute terre franche ou alodiale. Le fief et
+l'aleu étaient la lutte et la coexistence de la propriété
+selon l'ancienne société, et de la propriété selon la société
nouvelle.</p>
<p>Quelquefois le fief se changea en aleu, mais l'aleu
-finit presque gnralement par se perdre dans le
-fief. <i>Nulle terre sans seigneur</i> devint l'adage des lgistes.
-L'esprit du fief s'empara un tel point de la
-communaut, qu'une pension accorde, une charge
-confre, un titre reu, la concession d'une chasse ou
-d'une pche, le don d'une ruche d'abeilles, l'air mme
-qu'on respirait, s'infoda; d'o cette locution: <em>Fief en
+finit presque généralement par se perdre dans le
+fief. <i>Nulle terre sans seigneur</i> devint l'adage des légistes.
+L'esprit du fief s'empara à un tel point de la
+communauté, qu'une pension accordée, une charge
+conférée, un titre reçu, la concession d'une chasse ou
+d'une pêche, le don d'une ruche d'abeilles, l'air même
+qu'on respirait, s'inféoda; d'où cette locution: <em>Fief en
l'air, fief volant sans terre, sans domaine.</em></p>
<p>Fief, <em>feudum</em>, <em>feodum</em>, <em>foedum</em>, <em>fochundum</em>, <em>fedum</em>,
-<em>fedium</em>, <em>fenum</em>, vient d'<i lang="la" xml:lang="la">a fide</i>, latin, ou plutt de <em>fehod</em>,
-(saxon) prix. La formule de la vassalit remonte au
-temps de Charlemagne: <i lang="la" xml:lang="la">Juro ad hc sancta Dei Evangelia,
+<em>fedium</em>, <em>fenum</em>, vient d'<i lang="la" xml:lang="la">a fide</i>, latin, ou plutôt de <em>fehod</em>,
+(saxon) prix. La formule de la vassalité remonte au
+temps de Charlemagne: <i lang="la" xml:lang="la">Juro ad hæc sancta Dei Evangelia,
<b>. . . . . . . .</b> ut vassalum domino.</i></p>
-<p>Le fief tait la confusion de la proprit et de la souverainet:
-on retournait de la sorte au berceau de la socit,
-au temps patriarcal, cette poque o le pre de
-famille tait roi dans l'espace que paissaient ses troupeaux,
-mais avec une notable diffrence: la proprit
-fodale avait conserv le caractre de son possesseur;
-elle tait conqurante; elle asservissait les proprits
+<p>Le fief était la confusion de la propriété et de la souveraineté:
+on retournait de la sorte au berceau de la société,
+au temps patriarcal, à cette époque où le père de
+famille était roi dans l'espace que paissaient ses troupeaux,
+mais avec une notable différence: la propriété
+féodale avait conservé le caractère de son possesseur;
+elle était conquérante; elle asservissait les propriétés
voisines. Les champs autour desquels le seigneur avait
-pu tracer un cercle avec son pe relevaient de son
-propre champ. C'est le premier ge de la fodalit.</p>
+pu tracer un cercle avec son épée relevaient de son
+propre champ. C'est le premier âge de la féodalité.</p>
-<p>Le mot <em>vassal</em>, qui a prvalu pour signifier homme
-de fief, ne parat cependant dans les actes que depuis
-le treizime sicle. <em>Vassus</em> ou <em>vassallus</em>, vient de l'ancien
+<p>Le mot <em>vassal</em>, qui a prévalu pour signifier homme
+de fief, ne paraît cependant dans les actes que depuis
+le treizième siècle. <em>Vassus</em> ou <em>vassallus</em>, vient de l'ancien
mot franc <em>gessell</em>, compagnon; conversion de
<span class="pagenum"><a id="Page_44"> 44</a></span>
-lettres frquente dans les auteurs latins: <em>wacta</em>, guet;
+lettres fréquente dans les auteurs latins: <em>wacta</em>, guet;
<em>wadium</em>, gage; <em>wanti</em>, gants, etc.</p>
-<p>Il y avait des fiefs de trois espces gnrales: fief de
-bannire, fief de haubert, fief de simple cuyer.</p>
+<p>Il y avait des fiefs de trois espèces générales: fief de
+bannière, fief de haubert, fief de simple écuyer.</p>
<p>Le fief banneret fournissait dix ou vingt-cinq vassaux
-sous bannire.</p>
+sous bannière.</p>
-<p>Le fief de haubert devait un cavalier arm de toutes
-pices, bien mont et accompagn de deux ou trois valets.</p>
+<p>Le fief de haubert devait un cavalier armé de toutes
+pièces, bien monté et accompagné de deux ou trois valets.</p>
-<p>Le fief de simple cuyer ne devait qu'un vassal arm
- la lgre.</p>
+<p>Le fief de simple écuyer ne devait qu'un vassal armé
+à la légère.</p>
-<p>Tous les fiefs et arrire-fiefs ressortissaient au manoir
-des seigneurs, comme la tente du capitaine: la
-grosse tour du Louvre tait le <em>fief dominant</em> ou le pavillon
-du gnral. Le terrain sur lequel Philippe-Auguste
-l'avait btie, il l'avait achet du prieur de Saint-Denis
+<p>Tous les fiefs et arrière-fiefs ressortissaient au manoir
+des seigneurs, comme à la tente du capitaine: la
+grosse tour du Louvre était le <em>fief dominant</em> ou le pavillon
+du général. Le terrain sur lequel Philippe-Auguste
+l'avait bâtie, il l'avait acheté du prieuré de Saint-Denis
de la Chartre, pour une rente de trente sous parisis:
-ainsi, ce donjon majeur, d'o relevaient tous les
-fiefs, grands et petits, de la couronne, relevait lui-mme
-du prieur de Saint-Denis.</p>
+ainsi, ce donjon majeur, d'où relevaient tous les
+fiefs, grands et petits, de la couronne, relevait lui-même
+du prieuré de Saint-Denis.</p>
-<p>Quand le roi possdait des terres dans la mouvance
+<p>Quand le roi possédait des terres dans la mouvance
d'une seigneurie, il devenait vassal du possesseur de
-cette seigneurie; mais alors il se faisait <em>reprsenter</em> pour
-prter, comme vassal, foi et hommage son propre
+cette seigneurie; mais alors il se faisait <em>représenter</em> pour
+prêter, comme vassal, foi et hommage à son propre
vassal; on voulait bien user de cette indulgence envers
-lui, sans qu'il se pt nanmoins soustraire la loi gnrale
-de la fodalit. Philippe III rend, en 1284, hommage
- l'abbaye de Moissac. En 1350, le grand-chambellan
-rend hommage, au nom du roi Jean, l'vque
-de Paris, pour les chtellenies de Tournant et de
+lui, sans qu'il se pût néanmoins soustraire à la loi générale
+de la féodalité. Philippe III rend, en 1284, hommage
+à l'abbaye de Moissac. En 1350, le grand-chambellan
+rend hommage, au nom du roi Jean, à l'évêque
+de Paris, pour les châtellenies de Tournant et de
Torcy: <i lang="la" xml:lang="la">Joannes, Dei gratia, Francorum rex. . . . . .,
-Robertus de Loriaco, de prcepto nostro, homagium fecit.</i>
+Robertus de Loriaco, de præcepto nostro, homagium fecit.</i>
On citera encore un exemple, parce qu'il est rare dans
-son espce, et qu'il affectera les lecteurs franais
+son espèce, et qu'il affectera les lecteurs français
comme l'historien qui le rappelle. Henri VI, <em>roi d'Angleterre</em>,
<span class="pagenum"><a id="Page_45"> 45</a></span>
-rend hommage des <em>bourgeois de Paris</em>.</p>
+rend hommage à des <em>bourgeois de Paris</em>.</p>
-<p>Henry, par la grce de Dieu, roi <em>de France et
-d'Angleterre</em>, tous ceux qui ces prsentes lettres verront,
+<p>«Henry, par la grâce de Dieu, roi <em>de France et
+d'Angleterre</em>, à tous ceux qui ces présentes lettres verront,
salut. Savoir faisons que comme autrefois a fait
-nostre trs-cher seigneur et ayeul feu le roi Charles
-(Charles VI), dernier trespass, qui Dieu <em>pardont</em>,
-par ses lettres sur ce faictes, donnes le 21<sup>e</sup> jour de
-mai, dernier pass, nous avons deput et deputons
+nostre très-cher seigneur et ayeul feu le roi Charles
+(Charles VI), dernier trespassé, à qui Dieu <em>pardoînt</em>,
+par ses lettres sur ce faictes, données le 21<sup>e</sup> jour de
+mai, dernier passé, nous avons deputé et deputons
M<sup>e</sup> Jean le Roy, nostre procureur au Chastelet de Paris,
-pour, et en lieu de nous, homme et vassal, de ceux
+pour, et en lieu de nous, à homme et vassal, de ceux
de qui sont mouvants et tenus en fiefs les terres,
-possessions et seigneuries, nous advenues en la
-ville et vicomt de Paris depuis quatre ans en a; et
+possessions et seigneuries, à nous advenues en la
+ville et vicomté de Paris depuis quatre ans en ça; et
en faire les debvoirs, tels qu'il appartient. . . . . . .
-Donn Paris, le 15<sup>e</sup> jour de mai 1423, et de notre
-rgne le premier. Ainsi sign par le roi, la relation
+Donné à Paris, le 15<sup>e</sup> jour de mai 1423, et de notre
+règne le premier. Ainsi signé par le roi, à la relation
du conseil tenu par l'ordonnance de monseigneur le
-rgent de France, duc de Betfort.</p>
+régent de France, duc de Betfort.»</p>
-<p>Paris tait un compos de fiefs; neuf d'entre eux relevaient
-de l'vch: le Roule, la Grange-Batelire, l'outre
+<p>Paris était un composé de fiefs; neuf d'entre eux relevaient
+de l'évêché: le Roule, la Grange-Batelière, l'outre
Petit-Pont, etc. Les autres fiefs de la ville de Paris appartenaient
-aux abbayes de Sainte-Genevive, de Saint-Germain
-des Prs, de Saint-Victor, du grand-prieur
-de France, et du prieur de Saint-Martin des Champs.
-On comptait en France soixante-dix mille fiefs ou arrire-fiefs,
-dont trois mille taient titrs. Le vassal prtait
-hommage tte nue, sans pe, sans perons, genoux,
-les mains dans celles du seigneur, qui tait assis
-et la tte couverte; on disait: <em>Je deviens vostre homme
+aux abbayes de Sainte-Geneviève, de Saint-Germain
+des Prés, de Saint-Victor, du grand-prieuré
+de France, et du prieuré de Saint-Martin des Champs.
+On comptait en France soixante-dix mille fiefs ou arrière-fiefs,
+dont trois mille étaient titrés. Le vassal prêtait
+hommage tête nue, sans épée, sans éperons, à genoux,
+les mains dans celles du seigneur, qui était assis
+et la tête couverte; on disait: «<em>Je deviens vostre homme
de ce jour en avant, de vie, de membre, de terrestre honneur;
-et vous serai feal et loyal, et foi vous porterai
+et à vous serai feal et loyal, et foi à vous porterai
des tenements que je recognois tenir de vous, sauf la
-foi que je dois nostre seigneur le roi.</em> Quand cette
-formule tait prononce par un tiers, le vassal rpondait.
+foi que je dois à nostre seigneur le roi.</em>» Quand cette
+formule était prononcée par un tiers, le vassal répondait.
<span class="pagenum"><a id="Page_46"> 46</a></span>
-<em>Voire: oui je le jure.</em> Alors le vassal tait reu
-par le seigneur <em>audit hommage la foi et la bouche</em>,
-c'est--dire au baiser, pourvu que ce vassal ne ft pas
-un <em>vilain</em>. Quelquefois un gentilhomme de bon lieu
-est contrainct de se mettre genoux devant un moindre
+<em>Voire: oui je le jure.</em> Alors le vassal était reçu
+par le seigneur <em>audit hommage à la foi et à la bouche</em>,
+c'est-à-dire au baiser, pourvu que ce vassal ne fût pas
+un <em>vilain</em>. «Quelquefois un gentilhomme de bon lieu
+est contrainct de se mettre à genoux devant un moindre
que lui; de mettre ses mains fortes et genereuses
-dans celles d'un lasche et effemin. (<cite>Trait des Fiefs.</cite>)</p>
+dans celles d'un lasche et effeminé.» (<cite>Traité des Fiefs.</cite>)</p>
-<p>Quand l'hommage tait rendu par une femme, elle
-ne pouvait pas dire: <em>Jeo deveigne vostre feme, pur ceo
+<p>Quand l'hommage était rendu par une femme, elle
+ne pouvait pas dire: «<em>Jeo deveigne vostre feme, pur ceo
que n'est convienent que feme dira que el deviendra
-feme aucun home, fors que sa baron, quand ele est
-espouse</em>; mais elle disait, etc.</p>
+feme à aucun home, fors que à sa baron, quand ele est
+espouse</em>;» mais elle disait, etc.</p>
<p>Main, fils de Gualon, du consentement de son fils Eudon,
-et de Viete sa bru, donne Dieu et Saint-Albin
-en Anjou la terre de Brilchiot; en foi de quoi le pre
-et le fils baisrent le moine Gaultier; mais comme
-c'tait chose inusite qu'une femme baist un moine,
-Lambert, avou de Saint-Albin, est dlgu pour recevoir
+et de Viete sa bru, donne à Dieu et à Saint-Albin
+en Anjou la terre de Brilchiot; en foi de quoi le père
+et le fils baisèrent le moine Gaultier; mais comme
+c'était chose inusitée qu'une femme baisât un moine,
+Lambert, avoué de Saint-Albin, est délégué pour recevoir
le baiser de la donatrice, avec la permission du
moine Gaultier: <i lang="la" xml:lang="la">jubente Walterio monacho</i>.</p>
-<p>Robert d'Artois, comte de Beaumont, ayant recevoir
-deux hommages de son <em>ame cousine madame Marie de
-Brebant, dame d'Arschot et de Vierzon</em>, ordonna: Que
-nous et la dame de Vierzon devons estre cheval,
+<p>Robert d'Artois, comte de Beaumont, ayant à recevoir
+deux hommages de son <em>amée cousine madame Marie de
+Brebant, dame d'Arschot et de Vierzon</em>, ordonna: «Que
+nous et la dame de Vierzon devons estre à cheval,
et nostre cheval les deux pieds devant en l'eau du
-gu de Noies, et les deux pieds derriere terre seche,
-par devant nostre terre de Meun; et le cheval ladite
+gué de Noies, et les deux pieds derriere à terre seche,
+par devant nostre terre de Meun; et le cheval à ladite
dame de Vierzon les deux pieds derriere en l'eau
-dudit gu, et les devant terre seche par devers
-nostre terre de Meun.</p>
+dudit gué, et les devant à terre seche par devers
+nostre terre de Meun.»</p>
-<p>L'hommage tait <em>lige</em> ou <em>simple</em>; l'hommage <em>ordinaire</em>
+<p>L'hommage était <em>lige</em> ou <em>simple</em>; l'hommage <em>ordinaire</em>
ne se doit pas compter. L'homme lige (il y avait
-six espces d'hommes dans l'antiquit franke) s'engageait
- servir en <em>personne</em> son seigneur <em>envers et contre</em>
+six espèces d'hommes dans l'antiquité franke) s'engageait
+à servir en <em>personne</em> son seigneur <em>envers et contre</em>
<span class="pagenum"><a id="Page_47"> 47</a></span>
-<em>toute crature qui peut vivre et mourir</em>. Le vassal simple
-pouvait fournir un remplaant. On fait venir <em>lige</em> ou du
+<em>toute créature qui peut vivre et mourir</em>. Le vassal simple
+pouvait fournir un remplaçant. On fait venir <em>lige</em> ou du
latin <em>ligare</em>, <em>liga</em>, <em>ligamen</em>, etc., ou du frank <em>leude</em>: Vous
-tes de <em>Tournay, laquelle est toute lige au roi de France</em>.</p>
+êtes de <em>Tournay, laquelle est toute lige au roi de France</em>.</p>
-<p>Tantt le vassal tait oblig <em>plge</em> ou <em>plejure</em>, tantt
- service <em>de son propre corps</em>, devenir caution ou
-champion pour son seigneur: c'tait la continuation de
-la clientle franke et de l'inscription au rle <em>Vassaticum</em>.</p>
+<p>Tantôt le vassal était obligé à <em>plège</em> ou <em>plejure</em>, tantôt
+à service <em>de son propre corps</em>, à devenir caution ou
+champion pour son seigneur: c'était la continuation de
+la clientèle franke et de l'inscription au rôle <em>Vassaticum</em>.</p>
<p>Quand les rois <em>semonaient</em> pour le service du fief militaire
leurs vassaux <em>direct</em>, les ducs, comtes, barons, chevaliers,
-chtelains, cela s'appelait le <em>ban</em>; quand ils
+châtelains, cela s'appelait le <em>ban</em>; quand ils
<em>semonaient</em> leurs vassaux directs et leurs vassaux <em>indirects</em>,
-c'est--dire les seigneurs et les vassaux des seigneurs,
-les possesseurs d'arrire-fief, cela s'appelait
-l'<em>arrire-ban</em>. Ce mot est compos de deux mots de la
-vieille langue: <em>har</em>, camp, et <em>ban</em>, appel, d'o le mot de
-basse latinit <i lang="la" xml:lang="la">heribannum</i>. Il n'est pas vrai que l'arrire-ban
-soit le ritratif du ban.</p>
-
-<p>Les vassaux, hommes et cavaliers, estoient comme
+c'est-à-dire les seigneurs et les vassaux des seigneurs,
+les possesseurs d'arrière-fief, cela s'appelait
+l'<em>arrière-ban</em>. Ce mot est composé de deux mots de la
+vieille langue: <em>har</em>, camp, et <em>ban</em>, appel, d'où le mot de
+basse latinité <i lang="la" xml:lang="la">heribannum</i>. Il n'est pas vrai que l'arrière-ban
+soit le réitératif du ban.</p>
+
+<p>«Les vassaux, hommes et cavaliers, estoient comme
des digues, des remparts, des murs d'airain, opposez
-aux ennemis; victimes devouez la fortune de
+aux ennemis; victimes devouez à la fortune de
l'Estat, possedants une vie flottante, incertaine, le
-plus souvent ensevelie dans les ruines communes.
+plus souvent ensevelie dans les ruines communes.»
(<cite>Du Franc-Aleu.</cite>)</p>
-<p>Les vassaux devaient aide en monnaie leur seigneur
+<p>Les vassaux devaient aide en monnaie à leur seigneur
en trois cas: lorsqu'il partait pour la Terre Sainte,
-lorsqu'il mariait sa s&oelig;ur ou son fils an, lorsque ce fils
-recevait les perons de la chevalerie.</p>
+lorsqu'il mariait sa s&oelig;ur ou son fils aîné, lorsque ce fils
+recevait les éperons de la chevalerie.</p>
-<p>Il y avait des fiefs <em>rendables</em> et <em>receptables</em>: le fief tait
+<p>Il y avait des fiefs <em>rendables</em> et <em>receptables</em>: le fief était
<em>rendable</em> quand le vassal, en certain cas, remettait les
-chteaux du fief au seigneur, en sortait avec toute sa
-famille, et n'y rentrait que quarante jours aprs la
-guerre finie; le fief tait <em>receptable</em> quand le feudataire,
-sans sortir des chteaux qu'il tenait, tait oblig
+châteaux du fief au seigneur, en sortait avec toute sa
+famille, et n'y rentrait que quarante jours après la
+guerre finie; le fief était <em>receptable</em> quand le feudataire,
+sans sortir des châteaux qu'il tenait, était obligé
<span class="pagenum"><a id="Page_48"> 48</a></span>
-d'y donner asile son seigneur. L'un et l'autre de ces
-fiefs taient <em>jurables</em>, cause du serment rciproque.</p>
+d'y donner asile à son seigneur. L'un et l'autre de ces
+fiefs étaient <em>jurables</em>, à cause du serment réciproque.</p>
-<p>L'investiture, qui remonte l'origine de la monarchie,
-se faisait pour le royaume, sous la premire race,
+<p>L'investiture, qui remonte à l'origine de la monarchie,
+se faisait pour le royaume, sous la première race,
par la franciske, le hang ou angon; sous la seconde
-race, par la couronne et le manteau; sous la troisime,
+race, par la couronne et le manteau; sous la troisième,
par le glaive, le sceptre et la main de justice.</p>
<p>L'investiture ou saisine du fief avait lieu au moyen
-de quelque marque extrieure et symbolique, suivant
-la nature du fief ecclsiastique ou militaire, titr ou
+de quelque marque extérieure et symbolique, suivant
+la nature du fief ecclésiastique ou militaire, titré ou
simple: on jurait sur une crosse, sur un calice, sur un
anneau, sur un missel, sur des clefs, sur quelques
grains d'encens, sur une lance, sur un heaume, sur
-un tendard, sur une pe, sur une cape, sur un marteau,
-sur un arc, sur une flche, sur un gant, sur une
-trille, sur une courroie, sur des perons, sur des cheveux,
-sur une branche de laurier, sur un bton, sur une
+un étendard, sur une épée, sur une cape, sur un marteau,
+sur un arc, sur une flèche, sur un gant, sur une
+étrille, sur une courroie, sur des éperons, sur des cheveux,
+sur une branche de laurier, sur un bâton, sur une
bourse, sur un denier, sur un couteau, sur une broche,
sur une coupe, sur une cruche remplie d'eau de mer, sur
-une paille, sur un ftu nou, sur un peu d'herbe, sur un
-morceau de bois, sur une poigne de terre. On trouve
+une paille, sur un fétu noué, sur un peu d'herbe, sur un
+morceau de bois, sur une poignée de terre. On trouve
encore de vieux actes dans les plis desquels ces fragiles
-symboles sont conservs; le gage n'tait rien, parce
-que la foi tait tout. <em>Le seigneur est tenu son homme
-comme l'homme son seigneur, fors que seulement en reverence.</em>
-Une socit la fois libre et opprime, innocente
-et corrompue, raisonnable et absurde, nave,
-capricieuse, attache au pass comme la vieillesse, forte,
-fconde, avide d'avenir comme la jeunesse; une socit
-entire reposa sur de simples engagements, et n'eut
+symboles sont conservés; le gage n'était rien, parce
+que la foi était tout. «<em>Le seigneur est tenu à son homme
+comme l'homme à son seigneur, fors que seulement en reverence.</em>»
+Une société à la fois libre et opprimée, innocente
+et corrompue, raisonnable et absurde, naïve,
+capricieuse, attachée au passé comme la vieillesse, forte,
+féconde, avide d'avenir comme la jeunesse; une société
+entière reposa sur de simples engagements, et n'eut
d'autre loi d'existence qu'une parole.</p>
-<p>La cration des terres nobles dans le rgime fodal
-tait une ide politique, la plus extraordinaire et en
-mme temps la plus profonde: la terre ne meurt point
+<p>La création des terres nobles dans le régime féodal
+était une idée politique, la plus extraordinaire et en
+même temps la plus profonde: la terre ne meurt point
<span class="pagenum"><a id="Page_49"> 49</a></span>
comme l'homme; elle n'a point de passions; elle n'est
-point sujette aux changements, aux rvolutions; en lui
-attribuant des droits, c'tait communiquer aux institutions
-la fixit du sol: aussi la fodalit a-t-elle dur
+point sujette aux changements, aux révolutions; en lui
+attribuant des droits, c'était communiquer aux institutions
+la fixité du sol: aussi la féodalité a-t-elle duré
huit cents ans, et dure encore dans une partie de l'Europe.
-Supposez que certaines terres eussent confr la
-libert au lieu de donner la noblesse, vous auriez eu
-une rpublique de huit sicles. Encore faut-il remarquer
-que la noblesse fodale tait, pour celui qui la
-possdait, une vritable libert.</p>
-
-<p>Le roturier ne put d'abord acqurir un fief, parce
-qu'il ne pouvait porter la <em>lance</em> et l'<em>peron</em>, marques
-du service militaire; ensuite on se relcha de cette coutume:
-le roi dont les trsors s'puisaient, le seigneur accabl
+Supposez que certaines terres eussent conféré la
+liberté au lieu de donner la noblesse, vous auriez eu
+une république de huit siècles. Encore faut-il remarquer
+que la noblesse féodale était, pour celui qui la
+possédait, une véritable liberté.</p>
+
+<p>Le roturier ne put d'abord acquérir un fief, parce
+qu'il ne pouvait porter la <em>lance</em> et l'<em>éperon</em>, marques
+du service militaire; ensuite on se relâcha de cette coutume:
+le roi dont les trésors s'épuisaient, le seigneur accablé
de dettes, furent aises de laisser vendre et de vendre
-des terres nobles de riches bourgeois; la terre
-transmit le privilge, et le roturier, investi du fief, fut
-la troisime gnration <em>demen</em> comme gentilhomme.</p>
+des terres nobles à de riches bourgeois; la terre
+transmit le privilége, et le roturier, investi du fief, fut à
+la troisième génération <em>demené</em> comme gentilhomme.</p>
<p>Tout feudataire pouvait prendre les armes contre
-son seigneur, pour dni de justice et pour vengeance
-de famille; traditions de l'indpendance et des m&oelig;urs
+son seigneur, pour déni de justice et pour vengeance
+de famille; traditions de l'indépendance et des m&oelig;urs
des Franks. La querelle se pouvait terminer par le duel,
-par l'<em>assurement</em> (caution), ou par une sentence enregistre
- la justice seigneuriale du suzerain. C'est la
-paix de Raolin d'Arges, de ses enfants et de leur
+par l'<em>assurement</em> (caution), ou par une sentence enregistrée
+à la justice seigneuriale du suzerain. «C'est la
+paix de Raolin d'Argées, de ses enfants et de leur
lignage, d'une part; et de l'ermite de Stenay, de
ses enfants, de leur lignage et de tous leurs consorts,
-d'autre part. L'ermite a jur sur les saints, lui huitime
+d'autre part. L'ermite a juré sur les saints, lui huitième
de ses amis, que bien ne lui fut de la mort de
-Raolin, mais beaucoup d'angoisse; a donn cent
-livres pour fonder une chapelle o l'on chantera
-pour le repos de l'me du defunct; s'est engag
-d'envoyer incessamment un de ses fils en Palestine.</p>
+Raolin, mais beaucoup d'angoisse; a donné cent
+livres pour fonder une chapelle où l'on chantera
+pour le repos de l'âme du defunct; s'est engagé
+d'envoyer incessamment un de ses fils en Palestine.»</p>
-<p>On peut remarquer, dans ce trait, de la fin du treizime sicle,
+<p>On peut remarquer, dans ce traité, de la fin du treizième siècle,
<span class="pagenum"><a id="Page_50"> 50</a></span>
les co-jurants des lois ripuaire et saxonne.</p>
<p>Si une veuve noble mariait sa fille orpheline sans le
-consentement du seigneur suzerain, ses meubles taient
-confisqus: on lui laissait deux robes, une pour les
+consentement du seigneur suzerain, ses meubles étaient
+confisqués: on lui laissait deux robes, une pour les
jours ouvrables, l'autre pour le dimanche, un lit, un
palefroi, une charrette et deux roussins.</p>
-<p>Une hritire de haut lignage tait oblige de se
+<p>Une héritière de haut lignage était obligée de se
marier pour desservir le fief, comme on voit aujourd'hui
-les marchandes qui perdent leur mari pouser leur
-premier commis pour faire aller l'tablissement. Si cette
-hritire avait plus de soixante ans, elle tait dispense
+les marchandes qui perdent leur mari épouser leur
+premier commis pour faire aller l'établissement. Si cette
+héritière avait plus de soixante ans, elle était dispensée
du mariage.</p>
-<p>Les droits seigneuriaux ont t puiss dans les entrailles
-mmes du fief. Dans l'origine ils taient appels
+<p>Les droits seigneuriaux ont été puisés dans les entrailles
+mêmes du fief. Dans l'origine ils étaient appelés
<em>honneurs</em>, <em>faveurs</em>, comme reconnaissances faites au
-seigneur, par le vassal, des alinations et transmissions
-des fiefs d'une personne l'autre. C'est ce que veut
-dire <em>lods</em> et ventes: <em>laudimia</em>, <em>laud</em>, <em>laudationes</em>, <em>lausus</em>,
-de louer, complaire, agrer. Ces droits taient ou militaires,
+seigneur, par le vassal, des aliénations et transmissions
+des fiefs d'une personne à l'autre. C'est ce que veut
+dire <em>lods</em> et ventes: <em>laudimia</em>, <em>laudæ</em>, <em>laudationes</em>, <em>lausus</em>,
+de louer, complaire, agréer. Ces droits étaient ou militaires,
ou fiscaux, ou honorifiques.</p>
-<p>Non-seulement le roi, grand chef fodal qui se sustentait
+<p>Non-seulement le roi, grand chef féodal qui se sustentait
du revenu de ses domaines, levait encore des
taxes; mais tous les seigneurs suzerains et non suzerains,
-ecclsiastiques ou laques, en levaient aussi de
-leur ct. Les droits de quint et requint, de lods et
+ecclésiastiques ou laïques, en levaient aussi de
+leur côté. Les droits de quint et requint, de lods et
ventes, my-lods, de ventrolles, de reventes, de reventons,
-de siximes, huitimes, treizimes, de resiximes,
+de sixièmes, huitièmes, treizièmes, de resixièmes,
de rachats et reliefs, de plait, de morte-main,
de rettiers, de pellage, de coutelage, d'affouage, de cambage,
-de cottage, de page, de vilainage, de chevage,
+de cottage, de péage, de vilainage, de chevage,
d'aubain, d'ostize, de champart, de mouture, de fours
-banaux, s'taient venus joindre aux droits de justice,
-au casuel ecclsiastique, aux cotisations des jurandes,
-matrises et confrries, et aux anciennes taxes romaines:
+banaux, s'étaient venus joindre aux droits de justice,
+au casuel ecclésiastique, aux cotisations des jurandes,
+maîtrises et confréries, et aux anciennes taxes romaines:
<span class="pagenum"><a id="Page_51"> 51</a></span>
-en inventions financires nous sommes fort infrieurs
- nos pres. Il est probable que la masse entire
-du numraire passait chaque anne dans les
+en inventions financières nous sommes fort inférieurs
+à nos pères. Il est probable que la masse entière
+du numéraire passait chaque année dans les
mains du fisc royal et particulier; car les marchands
-et les ouvriers, serfs encore, appartenaient des corporations
-de villes ou des matres; ils ne formaient
-pas une classe gnralement indpendante; ils touchaient
- peine un bas salaire; le prix de leurs denres
-et le travail de leurs journes souvent n'taient pas eux.</p>
+et les ouvriers, serfs encore, appartenaient à des corporations
+de villes ou à des maîtres; ils ne formaient
+pas une classe généralement indépendante; ils touchaient
+à peine un bas salaire; le prix de leurs denrées
+et le travail de leurs journées souvent n'étaient pas à eux.</p>
<p>Quant aux droits <em>honorifiques</em>, ils servaient de marques
- une souverainet locale: tels fiefs, par exemple,
-allouaient la facult de prendre le cheval du roi, lorsque
+à une souveraineté locale: tels fiefs, par exemple,
+allouaient la faculté de prendre le cheval du roi, lorsque
le roi passait sur les terres du possesseur de ces
-fiefs. D'autres droits n'taient que des divertissements
+fiefs. D'autres droits n'étaient que des divertissements
rustiques, que la philosophie a pris assez ridiculement
pour des abus de la force: lorsqu'on apportait un &oelig;uf
-garrott dans une charrette trane par quatre b&oelig;ufs;
+garrotté dans une charrette traînée par quatre b&oelig;ufs;
lorsque les poissonniers, en l'honneur de la dame du
-lieu, sautaient dans un vivier la Saint-Jean; lorsqu'on
+lieu, sautaient dans un vivier à la Saint-Jean; lorsqu'on
courait la <em>quintaine</em> avec une lance de bois; lorsque,
pour l'investiture d'un fief, il fallait venir baiser la
serrure, le cliquet ou le verrou d'un manoir, marcher
-comme un ivrogne, faire trois cabrioles accompagnes
-d'un bruit ignoble et impur, c'taient l des plaisirs
-grossiers, des ftes dignes du seigneur et du vassal,
-des jeux invents dans l'ennui des chteaux et des camps
+comme un ivrogne, faire trois cabrioles accompagnées
+d'un bruit ignoble et impur, c'étaient là des plaisirs
+grossiers, des fêtes dignes du seigneur et du vassal,
+des jeux inventés dans l'ennui des châteaux et des camps
de paroisse, mais qui n'avaient aucune origine oppressive.
-Nous voyons tous les jours sur nos petits thtres,
-dans ce sicle poli, des joies qui ne sont pas plus lgantes.</p>
+Nous voyons tous les jours sur nos petits théâtres,
+dans ce siècle poli, des joies qui ne sont pas plus élégantes.</p>
-<p>Si, ailleurs, les serfs taient obligs de battre l'eau
-des tangs quand la chtelaine tait en couches; si le
-chtelain se rservait le droit de markette (<i lang="la" xml:lang="la">cullagium,
-marcheta</i>); si des curs mme rclamaient ce droit,
+<p>Si, ailleurs, les serfs étaient obligés de battre l'eau
+des étangs quand la châtelaine était en couches; si le
+châtelain se réservait le droit de markette (<i lang="la" xml:lang="la">cullagium,
+marcheta</i>); si des curés même réclamaient ce droit,
<span class="pagenum"><a id="Page_52"> 52</a></span>
-et si des vques le convertissaient en argent, c'est la
+et si des évêques le convertissaient en argent, c'est à la
<em>servitude grecque et romaine</em> qu'il faut restituer ces
-abus: les rescrits des empereurs dfendent aux matres
-de forcer leurs esclaves des <em>choses infmes</em>. Soit ignorance,
-soit dfaut de rflexion, on n'a pas vu, ou on
-n'a pas voulu voir, ce que l'<em>esclavage</em> avait laiss dans
-le <em>servage</em>. Quant la multitude et la diversit des
-coutumes, elles s'expliquent naturellement par les rglements
-des diffrents chefs de cette nation arme,
-cantonne sur le sol de la France.</p>
-
-<p>Au milieu de la proprit mobile du fief s'levait une
-proprit immobile, comme un rocher au milieu des
-vagues, et qui grossissait par de quotidiennes adhrences:
-l'amortissement tait la facult d'acqurir
-accorde des gens de mainmorte. Une fois l'acqut
-consomm au moyen d'un ddommagement ou d'un
-rachat pour la seigneurie dont l'acqut relevait, la proprit
-<em>mourait</em>, c'est--dire qu'elle tait retire de la
+abus: les rescrits des empereurs défendent aux maîtres
+de forcer leurs esclaves à des <em>choses infâmes</em>. Soit ignorance,
+soit défaut de réflexion, on n'a pas vu, ou on
+n'a pas voulu voir, ce que l'<em>esclavage</em> avait laissé dans
+le <em>servage</em>. Quant à la multitude et à la diversité des
+coutumes, elles s'expliquent naturellement par les règlements
+des différents chefs de cette nation armée,
+cantonnée sur le sol de la France.</p>
+
+<p>Au milieu de la propriété mobile du fief s'élevait une
+propriété immobile, comme un rocher au milieu des
+vagues, et qui grossissait par de quotidiennes adhérences:
+l'amortissement était la faculté d'acquérir
+accordée à des gens de mainmorte. Une fois l'acquêt
+consommé au moyen d'un dédommagement ou d'un
+rachat pour la seigneurie dont l'acquêt relevait, la propriété
+<em>mourait</em>, c'est-à-dire qu'elle était retirée de la
circulation, et que tous les droits de mutation se perdaient.
-Une terre ainsi tombe des glises, des
-abbayes, des hpitaux, des ordres de chevalerie,
-reprsentait, pour le fisc et pour le matre du fief,
-un capital enfoui et sans intrts. De sorte qu'avec
-la mainmortable, le domaine inalinable de la couronne,
-les substitutions, le retrait lignager fodal
-(c'est--dire le droit de retirer un bien de famille
-ou une terre mouvante d'un fief), il serait rsult
- la longue un fait incroyable dans la nature, dj si
+Une terre ainsi tombée à des églises, à des
+abbayes, à des hôpitaux, à des ordres de chevalerie,
+représentait, pour le fisc et pour le maître du fief,
+un capital enfoui et sans intérêts. De sorte qu'avec
+la mainmortable, le domaine inaliénable de la couronne,
+les substitutions, le retrait lignager féodal
+(c'est-à-dire le droit de retirer un bien de famille
+ou une terre mouvante d'un fief), il serait résulté
+à la longue un fait incroyable dans la nature, déjà si
extraordinaire, de la possession territoriale du moyen
-ge: toutes les proprits se seraient fixes sous la
-main de propritaires hrditaires; et comme ces proprits
-taient privilgies, l'impt direct et foncier et
-pri; l'tat se serait trouv rduit aux dons gratuits, la
+âge: toutes les propriétés se seraient fixées sous la
+main de propriétaires héréditaires; et comme ces propriétés
+étaient privilégiées, l'impôt direct et foncier eût
+péri; l'État se serait trouvé réduit aux dons gratuits, la
plus casuelle des taxes.</p>
<p><span class="pagenum"><a id="Page_53"> 53</a></span>
Le droit de justice tenait une haute place dans la
-fodalit.</p>
-
-<p>Chez les Grecs et les Romains la justice manait du
-peuple: ce peuple tant tomb sous le joug, la justice
-resta faible dans les tribunaux, o, souveraine dtrne,
-elle put peine cacher la libert qui se rfugia auprs
-d'elle. Il ne s'leva point au sein de ces tribunaux un
-grand corps de magistrature indpendante, appel
+féodalité.</p>
+
+<p>Chez les Grecs et les Romains la justice émanait du
+peuple: ce peuple étant tombé sous le joug, la justice
+resta faible dans les tribunaux, où, souveraine détrônée,
+elle put à peine cacher la liberté qui se réfugia auprès
+d'elle. Il ne s'éleva point au sein de ces tribunaux un
+grand corps de magistrature indépendante, appelé à
prendre part aux affaires du gouvernement.</p>
<p>La justice, au contraire, parmi les nations de race
-germanique dcoula de trois sources: la royaut, la
-proprit et la religion. Les rois chez les Franks comme
-chez les Germains, leurs pres, taient les premiers magistrats:
+germanique découla de trois sources: la royauté, la
+propriété et la religion. Les rois chez les Franks comme
+chez les Germains, leurs pères, étaient les premiers magistrats:
<i lang="la" xml:lang="la">Principes qui jura per pagos reddunt.</i> Quand donc
saint Louis et Louis XII rendaient la justice au pied d'un
-chne, ils ne faisaient que siger au tribunal de leurs
-aeux. La justice prit dans son air quelque chose d'auguste,
-comme les gnrations royales qui la portaient
-dans leur sein et la faisaient rgner.</p>
+chêne, ils ne faisaient que siéger au tribunal de leurs
+aïeux. La justice prit dans son air quelque chose d'auguste,
+comme les générations royales qui la portaient
+dans leur sein et la faisaient régner.</p>
-<p>Par la raison que les Franks lirent la souverainet
-et la noblesse au sol, ils y attachrent la justice: fille
+<p>Par la raison que les Franks lièrent la souveraineté
+et la noblesse au sol, ils y attachèrent la justice: fille
de la terre, elle devint immuable comme elle. Tout
-seigneur qui possdait des <em>propres</em> avait droit de justice.
-L'axiome de l'ancien droit franais tait: La justice
-est patrimoniale. Pourquoi cela? Parce que le patrimoine
-tait la souverainet.</p>
-
-<p>La religion ajouta une nouvelle grandeur notre
-magistrature: la loi ecclsiastique mit la justice sur
-l'autel. Au dfaut du public, un crucifix assistait dans
-la salle d'audience la dfense de l'accus et l'arrt du
-juge: ce tmoin tait la fois le Dieu, le souverain arbitre
-et l'innocent condamn.</p>
-
-<p>Ne du sol, appuye sur le sceptre, l'pe et la
-croix, la justice rgla tout. Chez les nations antiques,
+seigneur qui possédait des <em>propres</em> avait droit de justice.
+L'axiome de l'ancien droit français était: «La justice
+est patrimoniale.» Pourquoi cela? Parce que le patrimoine
+était la souveraineté.</p>
+
+<p>La religion ajouta une nouvelle grandeur à notre
+magistrature: la loi ecclésiastique mit la justice sur
+l'autel. Au défaut du public, un crucifix assistait dans
+la salle d'audience à la défense de l'accusé et à l'arrêt du
+juge: ce témoin était à la fois le Dieu, le souverain arbitre
+et l'innocent condamné.</p>
+
+<p>Née du sol, appuyée sur le sceptre, l'épée et la
+croix, la justice régla tout. Chez les nations antiques,
<span class="pagenum"><a id="Page_54"> 54</a></span>
-le droit civil driva du droit politique; chez les Franais,
-le droit politique dcoula du droit civil: la justice
-tait pour nous la libert.</p>
-
-<p>La justice seigneuriale se divisait en deux degrs,
-haute et basse justice; toutes deux taient du ressort du
-seigneur de trois chtellenies et d'une ville close, ayant
-droit de march, de page, de lige-estage, c'est--dire
-du seigneur qui pouvait obliger ses vassaux faire la
+le droit civil dériva du droit politique; chez les Français,
+le droit politique découla du droit civil: la justice
+était pour nous la liberté.</p>
+
+<p>La justice seigneuriale se divisait en deux degrés,
+haute et basse justice; toutes deux étaient du ressort du
+seigneur de trois châtellenies et d'une ville close, ayant
+droit de marché, de péage, de lige-estage, c'est-à-dire
+du seigneur qui pouvait obliger ses vassaux à faire la
garde de son chastel.</p>
-<p><em>Snchal</em> et <em>bailli</em>, noms attribus aux juges: on appelait
-<em>snchal au duc</em> un grand officier des ducs de Normandie,
-charg de l'expdition des affaires litigieuses
-dans l'intervalle des sessions de l'chiquier.</p>
+<p><em>Sénéchal</em> et <em>bailli</em>, noms attribués aux juges: on appelait
+<em>sénéchal au duc</em> un grand officier des ducs de Normandie,
+chargé de l'expédition des affaires litigieuses
+dans l'intervalle des sessions de l'échiquier.</p>
-<p>Le baron ne pouvait tre jug que par ses pairs: il
+<p>Le baron ne pouvait être jugé que par ses pairs: il
y avait des pairs bourgeois pour les bourgeois. Saint
Louis voulut que les hommes du baron ne fussent responsables
-ni des dettes qu'il avait contractes ni des
-crimes qu'il avait commis. Mme alors il y avait des
+ni des dettes qu'il avait contractées ni des
+crimes qu'il avait commis. Même alors il y avait des
suicides, car les meubles revenaient par confiscation
-au seigneur sur les terres duquel l'homme s'tait donn
-la mort. Un trsor trouv appartient au seigneur de la
-terre, s'il est en argent; en or, il va au roi: <em>Nul n'a
-la fortune d'or, s'il n'est roi.</em></p>
+au seigneur sur les terres duquel l'homme s'était donné
+la mort. Un trésor trouvé appartient au seigneur de la
+terre, s'il est en argent; en or, il va au roi: «<em>Nul n'a
+la fortune d'or, s'il n'est roi.</em>»</p>
<p>La veuve noble avait le <em>bail</em> et la garde de ses enfants:
-le bail tait la jouissance des biens du mineur jusqu'
-sa majorit: <em>En vilenage il n'y a point de bail de droit.</em></p>
+le bail était la jouissance des biens du mineur jusqu'à
+sa majorité: «<em>En vilenage il n'y a point de bail de droit.</em>»</p>
-<p>Le douaire se rglait la porte du <em>moustier</em> o se
-contractait le mariage: c'tait le mariage <em>solennel</em>, un
-de ces actes que les Romains appelaient <em>lgitimes</em>.</p>
+<p>Le douaire se réglait à la porte du <em>moustier</em> où se
+contractait le mariage: c'était le mariage <em>solennel</em>, un
+de ces actes que les Romains appelaient <em>légitimes</em>.</p>
-<p>L'abominable lgislation sur les paves et les deux
-espces d'aubains, <em>les mescrus et les meconnus</em>, consistait
- s'emparer des choses gares, de la dpouille
-et de la succession des trangers.</p>
+<p>L'abominable législation sur les épaves et les deux
+espèces d'aubains, <em>les mescrus et les meconnus</em>, consistait
+à s'emparer des choses égarées, de la dépouille
+et de la succession des étrangers.</p>
-<p>Par le droit de <em>btardise</em>, quand les btards mouraient
+<p>Par le droit de <em>bâtardise</em>, quand les bâtards mouraient
<span class="pagenum"><a id="Page_55"> 55</a></span>
-sans hritiers, les biens chaient au seigneur,
+sans héritiers, les biens échéaient au seigneur,
sous la condition d'acquitter les legs et de payer le
-douaire la femme.</p>
-
-<p>Mais ceci doit tre entendu des btards roturiers,
-serfs ou mainmortables de corps, incapables de succder,
-ne pouvant ni se marier, ni acqurir, ni aliner, sans
-le cong du seigneur. Quant aux btards des nobles, il
-n'y avait aucune diffrence entre eux et les enfants lgitimes,
-lorsque le pre les avait reconnus: ils en taient
+douaire à la femme.</p>
+
+<p>Mais ceci doit être entendu des bâtards roturiers,
+serfs ou mainmortables de corps, incapables de succéder,
+ne pouvant ni se marier, ni acquérir, ni aliéner, sans
+le congé du seigneur. Quant aux bâtards des nobles, il
+n'y avait aucune différence entre eux et les enfants légitimes,
+lorsque le père les avait reconnus: ils en étaient
quittes pour croiser les armes paternelles d'une barre
-diagonale, qui perptuait le souvenir du malheur ou de
-la honte de leur mre. Les btards taient presque toujours
+diagonale, qui perpétuait le souvenir du malheur ou de
+la honte de leur mère. Les bâtards étaient presque toujours
des hommes remarquables, parce qu'ils avaient
-eu lutter contre l'obstacle de leur berceau.</p>
+eu à lutter contre l'obstacle de leur berceau.</p>
-<p>Dans quelques lieux, le nouveau mari ne pouvait
+<p>Dans quelques lieux, le nouveau marié ne pouvait
avoir de commerce avec sa femme pendant les trois
-premires nuits de ses noces, moins qu'il n'en et
-obtenu la permission de son vque. On tirait la raison
+premières nuits de ses noces, à moins qu'il n'en eût
+obtenu la permission de son évêque. On tirait la raison
de cette coutume de l'histoire du jeune Tobie: on
en aurait pu retrouver quelque chose dans les institutions
-de Lycurgue, si ce nom-l et t connu des barons.</p>
+de Lycurgue, si ce nom-là eût été connu des barons.</p>
-<p>Les <em>dconfs</em> ou <em>intestats</em>, ceux qui mouraient sans
+<p>Les <em>déconfès</em> ou <em>intestats</em>, ceux qui mouraient sans
confession ou sans faire de testament, avaient leurs
biens envahis par le seigneur. La mort subite amenait
-la mme confiscation: l'homme mort soudainement
-ne s'tait point confess, donc Dieu l'avait jug lui seul,
-l'avait atteint tout vivant de sa rprobation ternelle.
-Les <em>tablissements de saint Louis</em> remdiaient cette
-absurde iniquit: ils ordonnaient que les biens d'un
-<em>dconfs</em>, frapp assez vite pour n'avoir pu appeler un
-prtre, passeraient ses enfants. On sait quel point
-le clerg poussa les abus et la captation l'gard des
+la même confiscation: l'homme mort soudainement
+ne s'était point confessé, donc Dieu l'avait jugé à lui seul,
+l'avait atteint tout vivant de sa réprobation éternelle.
+Les <em>Établissements de saint Louis</em> remédiaient à cette
+absurde iniquité: ils ordonnaient que les biens d'un
+<em>déconfès</em>, frappé assez vite pour n'avoir pu appeler un
+prêtre, passeraient à ses enfants. On sait à quel point
+le clergé poussa les abus et la captation à l'égard des
testaments: il fallait en mourant laisser quelque chose
<span class="pagenum"><a id="Page_56"> 56</a></span>
- l'glise, mme un dixime de sa fortune, sous
+à l'église, même un dixième de sa fortune, sous
peine de damnation et de non-inhumation: une pauvre
-femme offrit un petit chat pour racheter son me.</p>
+femme offrit un petit chat pour racheter son âme.</p>
-<p>La procdure civile et criminelle se rglait sur l'tat
+<p>La procédure civile et criminelle se réglait sur l'état
des personnes. L'assignation avait un terme de quinze
-jours. Les preuves taient au nombre de huit, parmi
+jours. Les preuves étaient au nombre de huit, parmi
lesquelles figurait le combat judiciaire.</p>
-<p>La dposition des tmoins devait tre secrte; mais
-saint Louis avait voulu que cette dposition ft l'instant
-communique aux parties.</p>
+<p>La déposition des témoins devait être secrète; mais
+saint Louis avait voulu que cette déposition fût à l'instant
+communiquée aux parties.</p>
-<p>L'appel aux justices royales tait permis, non de
-droit, mais de <em>dolance</em>. Cet appel allait directement
-au roi, qui tait suppli de <em>dpicer</em> le jugement. La
-pnalit tait place auprs du faux jugement ou de
-la non-excution de la loi.</p>
+<p>L'appel aux justices royales était permis, non de
+droit, mais de <em>doléance</em>. Cet appel allait directement
+au roi, qui était supplié de <em>dépiécer</em> le jugement. La
+pénalité était placée auprès du faux jugement ou de
+la non-exécution de la loi.</p>
-<p>La multiplication des cas de mort montre qu'on tait
-dj loin de l'esprit des temps barbares.</p>
+<p>La multiplication des cas de mort montre qu'on était
+déjà loin de l'esprit des temps barbares.</p>
<p>La cause de ce changement fut l'introduction de
-l'ordre moral dans l'ordre lgal: la morale va au-devant
+l'ordre moral dans l'ordre légal: la morale va au-devant
de l'action; la loi l'attend: dans l'ordre moral, la
-mort saisit le crime; dans l'ordre lgal, c'est le crime
+mort saisit le crime; dans l'ordre légal, c'est le crime
qui saisit la mort.</p>
-<p>La sentence se prononait par la bouche de certains
-jurs nomms <em>jugeurs</em>. Ces jugeurs ne pouvaient tre
-tirs de la classe des <em>vilains</em> et <em>coutumiers</em>. Toutefois on
-voit des bourgeois jugeurs dans quelques procs de
-gentilshommes; l'accus puisait dans cet incident un
-moyen d'appel, pour incapacit de juges.</p>
+<p>La sentence se prononçait par la bouche de certains
+jurés nommés <em>jugeurs</em>. Ces jugeurs ne pouvaient être
+tirés de la classe des <em>vilains</em> et <em>coutumiers</em>. Toutefois on
+voit des bourgeois jugeurs dans quelques procès de
+gentilshommes; l'accusé puisait dans cet incident un
+moyen d'appel, pour incapacité de juges.</p>
<p>L'accusation de meurtre, de trahison, ou de rapt,
-amenait un cas extraordinaire: il tait loisible l'accus
-de rcriminer contre l'accusateur; tous les deux
-allaient en prison, deux procs commenaient pour
-un mme fait, les deux parties tant la fois plaignantes
+amenait un cas extraordinaire: il était loisible à l'accusé
+de récriminer contre l'accusateur; tous les deux
+allaient en prison, deux procès commençaient pour
+un même fait, les deux parties étant à la fois plaignantes
et demanderesses.</p>
<p><span class="pagenum"><a id="Page_57"> 57</a></span>
-La caution tait admise, except pour crime mritant
+La caution était admise, excepté pour crime méritant
peine capitale.</p>
-<p>Le vol quipollait l'assassinat; la maison du coupable
-tait rase, ses bls taient ravags, ses foins incendis,
-ses vignes arraches: on ne coupait pas ses arbres; on
-les dpouillait de leur corce. Tuer un homme, ravir
+<p>Le vol équipollait l'assassinat; la maison du coupable
+était rasée, ses blés étaient ravagés, ses foins incendiés,
+ses vignes arrachées: on ne coupait pas ses arbres; on
+les dépouillait de leur écorce. Tuer un homme, ravir
une femme, trahir son seigneur et son pays, ne constituait
pas un plus grand crime aux yeux de la loi que
d'embler (voler) un cheval ou une jument. On arrachait
-les yeux aux voleurs d'glise et aux faux-monnayeurs.
+les yeux aux voleurs d'église et aux faux-monnayeurs.
En <em>menues choses</em> le vol postulait le retranchement d'une
-oreille ou d'un pied; le caractre des lois salique et
+oreille ou d'un pied; le caractère des lois salique et
ripuaire se retrouve dans ces dispositions. Le premier
-infanticide d'une mre imptrait au renvoi de cette
-malheureuse devant le tribunal de pnitence; si elle le
-commettait une seconde fois, on la brlait morte. La
-volont n'tait point punie, lorsqu'il n'y avait point
-eu commencement d'excution: c'est aujourd'hui le
+infanticide d'une mère impétrait au renvoi de cette
+malheureuse devant le tribunal de pénitence; si elle le
+commettait une seconde fois, on la brûlait morte. La
+volonté n'était point punie, lorsqu'il n'y avait point
+eu commencement d'exécution: c'est aujourd'hui le
principe universel.</p>
-<p>Le prisonnier, mme innocent, tait pendu quand il
-forait la porte de sa prison, parce que la socit entire
-reposait sur la parole baille ou reue. Le clerc,
-le crois et le moine comptaient des cours ecclsiastiques,
-qui ne condamnaient jamais mort; on sent
-combien ce titre de <em>crois</em> favorisait alors la classe du
-servage et de la bourgeoisie. L'hrtique, le sorcier,
-le <em>malficier</em>, taient jets aux fagots; la saisie des
-meubles punissait l'usurier. Si une bte rtive ou mchante
-tuait une femme ou un homme, et que le propritaire
-de cette bte avout l'avoir connue vicieuse, on
-le pendait: la bte tait quelquefois attache auprs
-de son matre. Un cochon, atteint et convaincu d'avoir
-mang un enfant, eut son procs fait; aprs quoi il fut
-excut par la main du bourreau: la loi s'efforait de
+<p>Le prisonnier, même innocent, était pendu quand il
+forçait la porte de sa prison, parce que la société entière
+reposait sur la parole baillée ou reçue. Le clerc,
+le croisé et le moine compétaient des cours ecclésiastiques,
+qui ne condamnaient jamais à mort; on sent
+combien ce titre de <em>croisé</em> favorisait alors la classe du
+servage et de la bourgeoisie. L'hérétique, le sorcier,
+le <em>maléficier</em>, étaient jetés aux fagots; la saisie des
+meubles punissait l'usurier. Si une bête rétive ou méchante
+tuait une femme ou un homme, et que le propriétaire
+de cette bête avouât l'avoir connue vicieuse, on
+le pendait: la bête était quelquefois attachée auprès
+de son maître. Un cochon, atteint et convaincu d'avoir
+mangé un enfant, eut son procès fait; après quoi il fut
+exécuté par la main du bourreau: la loi s'efforçait de
<span class="pagenum"><a id="Page_58"> 58</a></span>
montrer son horreur pour le meurtre, dans ces temps
de meurtre. L'enfant coupable subissait la peine capitale
-comme l'homme en ge de raison: on lui accordait
-dispense d'ge pour mourir.</p>
+comme l'homme en âge de raison: on lui accordait
+dispense d'âge pour mourir.</p>
-<p>A la porte de chaque chef-lieu des seigneuries s'levait
-un gibet compos de quatre piliers de pierre,
-d'o pendaient des squelettes cliquetants.</p>
+<p>A la porte de chaque chef-lieu des seigneuries s'élevait
+un gibet composé de quatre piliers de pierre,
+d'où pendaient des squelettes cliquetants.</p>
<p>Tout ce qui concerne la famille, dot, tutelle, partage,
-donation, douaire, s'enchevtrait, dans l'ancienne
-jurisprudence du moyen ge, de l'tat des hommes et
+donation, douaire, s'enchevêtrait, dans l'ancienne
+jurisprudence du moyen âge, de l'état des hommes et
des choses. A cette complication, que l'on retrouve en
-partie dans les lois romaines en raison de la clientle
+partie dans les lois romaines en raison de la clientèle
et de l'esclavage, se joignait la confusion introduite
-par la fodalit, savoir, le franc-aleu, le fief et l'arrire-fief,
+par la féodalité, à savoir, le franc-aleu, le fief et l'arrière-fief,
les terres nobles et non nobles, les biens de
mainmorte, les diverses mouvances, les droits seigneuriaux
-et ecclsiastiques, les coutumes non-seulement
+et ecclésiastiques, les coutumes non-seulement
des provinces, mais encore des cantons. Les mariages
-dans les familles royales et princires produisaient des
-compositions et des dcompositions de fiefs; le sol,
-changeant sans cesse de limites, avait la mobilit de
+dans les familles royales et princières produisaient des
+compositions et des décompositions de fiefs; le sol,
+changeant sans cesse de limites, avait la mobilité de
la vie et de la fortune des hommes.</p>
-<p>Indpendamment des raisons d'ambition, de jalousie,
-d'intrts commerciaux et politiques, il suffisait du
-service d'un fief pour mettre deux nations le fer la
+<p>Indépendamment des raisons d'ambition, de jalousie,
+d'intérêts commerciaux et politiques, il suffisait du
+service d'un fief pour mettre à deux nations le fer à la
main. Un homme lige du roi refusait de rendre hommage;
-cet homme lige tait ou Allemand, ou Flamand,
+cet homme lige était ou Allemand, ou Flamand,
ou Savoyard, ou Catalan, ou Navarrais, ou Anglais: on
-saisissait ses biens, et l'Europe tait en feu. Un procs
-civil ou criminel engendrait un procs politique, qui
-se plaidait et se jugeait entre deux armes sur un
+saisissait ses biens, et l'Europe était en feu. Un procès
+civil ou criminel engendrait un procès politique, qui
+se plaidait et se jugeait entre deux armées sur un
champ de bataille. Jean, roi d'Angleterre, voit ses
-tats confisqus par un arrt de la cour des pairs de
-France; le prince Noir est somm de comparatre devant
+États confisqués par un arrêt de la cour des pairs de
+France; le prince Noir est sommé de comparaître devant
<span class="pagenum"><a id="Page_59"> 59</a></span>
-Charles V, afin de rpondre aux accusations des
-barons de Gascogne: un huissier verge est charg
-d'apprhender au corps le vainqueur de Poitiers, et
-de signifier un exploit la gloire.</p>
+Charles V, afin de répondre aux accusations des
+barons de Gascogne: un huissier à verge est chargé
+d'appréhender au corps le vainqueur de Poitiers, et
+de signifier un exploit à la gloire.</p>
-<p>Il me resterait beaucoup dire sur la fodalit, mais
-peut-tre en ai-je dj parl trop longtemps: je viens
- la chevalerie.</p>
+<p>Il me resterait beaucoup à dire sur la féodalité, mais
+peut-être en ai-je déjà parlé trop longtemps: je viens
+à la chevalerie.</p>
<p class="subt"><b>CHEVALERIE.</b></p>
<p>La chevalerie, dont on place ordinairement l'institution
- l'poque de la premire croisade, remonte une
-date fort antrieure. Elle est ne du mlange des nations
+à l'époque de la première croisade, remonte à une
+date fort antérieure. Elle est née du mélange des nations
arabes et des peuples septentrionaux, lorsque les
-deux grandes invasions du nord et du midi se heurtrent
+deux grandes invasions du nord et du midi se heurtèrent
sur les rivages de la Sicile, de l'Italie, de l'Espagne,
de la Provence, et dans le centre de la Gaule: cela
-nous donne une poque peu prs certaine, comprise
-entre l'anne 700 et l'anne 753.</p>
+nous donne une époque à peu près certaine, comprise
+entre l'année 700 et l'année 753.</p>
-<p>Le caractre de la chevalerie se forma parmi nous
-de la nature sentimentale et fidle du Teuton et de la nature
+<p>Le caractère de la chevalerie se forma parmi nous
+de la nature sentimentale et fidèle du Teuton et de la nature
galante et merveilleuse du Maure, l'une et l'autre
-nature pntres de l'esprit et enveloppes de la forme
-du christianisme. L'opinion exalte qui a tant contribu
- l'mancipation du sexe fminin chez les nations modernes
+nature pénétrées de l'esprit et enveloppées de la forme
+du christianisme. L'opinion exaltée qui a tant contribué
+à l'émancipation du sexe féminin chez les nations modernes
nous vient des barbares du Nord: les Germains
reconnaissaient dans les femmes quelque chose de divin
(<em>inesse quin etiam sanctum aliquid et providum putant</em>).
-La mythologie de l'<em>Edda</em> et les posies des scaldes dclent
-le mme enthousiasme chez les Scandinaves;
-jusqu'au soleil, dans ces posies, est une femme, la brillente
-<em>Sunna</em>. Les lois gardent ces impressions dlicates:
-quiconque a coup la chevelure d'une jeune fille est
-condamn payer soixante-deux sous d'or et demi; l'ingnu
+La mythologie de l'<em>Edda</em> et les poésies des scaldes décèlent
+le même enthousiasme chez les Scandinaves;
+jusqu'au soleil, dans ces poésies, est une femme, la brillente
+<em>Sunna</em>. Les lois gardent ces impressions délicates:
+quiconque a coupé la chevelure d'une jeune fille est
+condamné à payer soixante-deux sous d'or et demi; l'ingénu
<span class="pagenum"><a id="Page_60"> 60</a></span>
-qui a press la main ou le doigt d'une femme de
-condition libre est frapp d'une amende de quinze sous
-d'or, de trente s'il lui a press l'avant-bras, de trente-cinq
-s'il lui a press le bras au-dessus du coude, de quarante-cinq
-s'il lui a press le sein (<i lang="la" xml:lang="la">si mamillam strinxerit</i>).</p>
-
-<p>De leur ct, les premiers Arabes professaient un
-grand respect pour les femmes, en juger par le roman
-ou le pome d'<cite>Antar</cite>, crit ou recueilli par Asma le
-grammairien, sous le rgne du kalife Aroun al Raschild.
-Antar, comme les chevaliers, est soumis des
-preuves; il aime constamment et timidement la belle
+qui a pressé la main ou le doigt d'une femme de
+condition libre est frappé d'une amende de quinze sous
+d'or, de trente s'il lui a pressé l'avant-bras, de trente-cinq
+s'il lui a pressé le bras au-dessus du coude, de quarante-cinq
+s'il lui a pressé le sein (<i lang="la" xml:lang="la">si mamillam strinxerit</i>).</p>
+
+<p>De leur côté, les premiers Arabes professaient un
+grand respect pour les femmes, à en juger par le roman
+ou le poëme d'<cite>Antar</cite>, écrit ou recueilli par Asmaï le
+grammairien, sous le règne du kalife Aroun al Raschild.
+Antar, comme les chevaliers, est soumis à des
+épreuves; il aime constamment et timidement la belle
Ibla; il court mainte aventure et fait des prouesses
-dignes de Roland; il a un cheval nomm Abjir, une
-pe appele Dhamy. Mais les m&oelig;urs arabes sont
-conserves: les femmes boivent du lait de chamelle;
-et Antar, qui souffre qu'on le <em>frappe</em>, pat souvent les
-troupeaux<a name="FNanchor_62" id="FNanchor_62" href="#Footnote_62" class="fnanchor">&nbsp;[62]</a>. Saladin tait un chevalier tout aussi
-brave et moins cruel que Richard. On connat les tournois,
+dignes de Roland; il a un cheval nommé Abjir, une
+épée appelée Dhamy. Mais les m&oelig;urs arabes sont
+conservées: les femmes boivent du lait de chamelle;
+et Antar, qui souffre qu'on le <em>frappe</em>, paît souvent les
+troupeaux<a name="FNanchor_62" id="FNanchor_62" href="#Footnote_62" class="fnanchor">&nbsp;[62]</a>. Saladin était un chevalier tout aussi
+brave et moins cruel que Richard. On connaît les tournois,
les combats et les amours des Maures de Cordoue
et de Grenade.</p>
-<p>Mais si Asma crivait l'histoire d'Antar pour le kalife
+<p>Mais si Asmaï écrivait l'histoire d'Antar pour le kalife
Aroun-al-Raschild, contemporain de Charlemagne,
Charlemagne n'a point attendu, comme on l'a cru, le
-faux Turpin pour tre transform en chevalier, lui et
+faux Turpin pour être transformé en chevalier, lui et
ses pairs.</p>
-<p>Le roman publi sous le nom de Turpin, archevque
-de Reims, fut compos par un certain moine Robert, sur
-la fin du onzime sicle, au moment de la premire
-croisade. Ce moine se proposait d'animer les chrtiens
- la guerre contre les infidles, par l'exemple de Charlemagne
+<p>Le roman publié sous le nom de Turpin, archevêque
+de Reims, fut composé par un certain moine Robert, sur
+la fin du onzième siècle, au moment de la première
+croisade. Ce moine se proposait d'animer les chrétiens
+à la guerre contre les infidèles, par l'exemple de Charlemagne
<span class="pagenum"><a id="Page_61"> 61</a></span>
et de ses douze pairs. C'est sur cette chronique
-que les Anglais ont calqu l'histoire de leur roi Artus
+que les Anglais ont calqué l'histoire de leur roi Artus
et des chevaliers de la Table ronde.</p>
-<p>Le prtendu Turpin n'tait lui-mme qu'un imitateur;
-fait qui me semble avoir chapp jusque ici tous
-les historiens. Soixante-dix ans aprs la mort de Charlemagne,
-le moine de Saint-Gall crivit la vie de Karle
-le Grand, vritable roman du genre de celui d'<cite>Antar</cite>.
+<p>Le prétendu Turpin n'était lui-même qu'un imitateur;
+fait qui me semble avoir échappé jusque ici à tous
+les historiens. Soixante-dix ans après la mort de Charlemagne,
+le moine de Saint-Gall écrivit la vie de Karle
+le Grand, véritable roman du genre de celui d'<cite>Antar</cite>.
N'est-ce pas une chose curieuse de trouver la chevalerie
-tout juste la mme poque chez les Franks et les
-Arabes? Le moine de Saint-Gall tenait ses autorits,
-pour la lgislation ecclsiastique, de Wernbert, clbre
-abb de Saint-Gall, et pour les actions militaires,
-du pre de ce mme Wernbert. Le pre de l'abb Wernbert
+tout juste à la même époque chez les Franks et les
+Arabes? Le moine de Saint-Gall tenait ses autorités,
+pour la législation ecclésiastique, de Wernbert, célèbre
+abbé de Saint-Gall, et pour les actions militaires,
+du père de ce même Wernbert. Le père de l'abbé Wernbert
se nommait Adalbert, et avait suivi son seigneur
-Gherold la guerre contre les Huns (Avares), les Saxons
-et les Esclavons. Le romancier dit navement: Adalbert
-tait dj vieux; il m'leva quand j'tais encore
-trs-petit; et souvent, malgr mes efforts pour lui
-chapper, il me ramenait et me contraignait d'couter
-ses rcits.</p>
+Gherold à la guerre contre les Huns (Avares), les Saxons
+et les Esclavons. Le romancier dit naïvement: «Adalbert
+était déjà vieux; il m'éleva quand j'étais encore
+très-petit; et souvent, malgré mes efforts pour lui
+échapper, il me ramenait et me contraignait d'écouter
+ses récits.»</p>
<p>Le vieux soldat raconte donc au futur jeune moine
-que les Huns habitaient un pays entour de neuf
+que les Huns habitaient un pays entouré de neuf
cercles. Le premier renfermait un espace aussi grand
-que la distance de Constance Tours: ce cercle tait
-construit en troncs de chnes, de htres, de sapins, et
-de pierres trs-dures; il avait vingt pieds de largeur
-et autant de hauteur: il en tait ainsi des autres cercles.
+que la distance de Constance à Tours: ce cercle était
+construit en troncs de chênes, de hêtres, de sapins, et
+de pierres très-dures; il avait vingt pieds de largeur
+et autant de hauteur: il en était ainsi des autres cercles.
Le terrible Charlemagne renverse tout cela; ensuite il
marche contre des barbares qui ravageaient la France
-orientale; il les extermine et fait couper la tte tous les
-enfants qui dpassaient la hauteur de son pe. Charlemagne
-est trahi par un de ses btards, petit nain bossu,
-confin au monastre de Saint-Gall. Karle avait dans ses
+orientale; il les extermine et fait couper la tête à tous les
+enfants qui dépassaient la hauteur de son épée. Charlemagne
+est trahi par un de ses bâtards, petit nain bossu,
+confiné au monastère de Saint-Gall. Karle avait dans ses
<span class="pagenum"><a id="Page_62"> 62</a></span>
-armes des hros la manire de Roland: Cisher valait
-lui seul une arme; on l'et pu croire de la race Enachim,
-tant il tait grand; il montait un norme cheval, et
-quand le cheval refusait de passer la Doire enfle par les
-torrents des Alpes, il le tranait aprs lui dans les flots,
-en lui disant: Par monseigneur Gall, de gr ou de
-force, tu me suivras. Cisher fauchait les Bohmiens
-comme l'herbe d'une prairie. Que m'importent, s'criait-il,
-les Wendes, ces grenouillettes? J'en porte
-sept, huit et mme neuf enfils au bout de ma lance,
-en murmurant je ne sais quoi.</p>
-
-<p>Karle attaque Didier en Italie. Didier demande
-Ogger si Karle est dans l'arme qu'il aperoit: Non,
+armées des héros à la manière de Roland: Cisher valait à
+lui seul une armée; on l'eût pu croire de la race Enachim,
+tant il était grand; il montait un énorme cheval, et
+quand le cheval refusait de passer la Doire enflée par les
+torrents des Alpes, il le traînait après lui dans les flots,
+en lui disant: «Par monseigneur Gall, de gré ou de
+force, tu me suivras.» Cisher fauchait les Bohémiens
+comme l'herbe d'une prairie. «Que m'importent, s'écriait-il,
+les Wenèdes, ces grenouillettes? J'en porte
+sept, huit et même neuf enfilés au bout de ma lance,
+en murmurant je ne sais quoi.»</p>
+
+<p>Karle attaque Didier en Italie. Didier demande à
+Ogger si Karle est dans l'armée qu'il aperçoit: «Non,
dit Ogger; quand vous verrez les moissons s'agiter
-d'horreur dans les champs, le sombre P et le
-Tsin inonder les murs de la ville de leurs flots
-noircis par le fer, vous pourrez croire l'arrive de
-Karle. Alors s'lve au couchant un nuage qui
-change le jour en tnbres: Karle, cet homme de fer,
-avait la tte couverte d'un casque de fer, et les mains
+d'horreur dans les champs, le sombre Pô et le
+Tésin inonder les murs de la ville de leurs flots
+noircis par le fer, vous pourrez croire à l'arrivée de
+Karle.» Alors s'élève au couchant un nuage qui
+change le jour en ténèbres: Karle, cet homme de fer,
+avait la tête couverte d'un casque de fer, et les mains
garnies de gantelets de fer; sa poitrine de fer et ses
-paules taient couvertes d'une armure de fer; sa main
-gauche levait en l'air une lance de fer, sa main droite
-tait pose sur son invincible pe; ses cuissards taient
+épaules étaient couvertes d'une armure de fer; sa main
+gauche élevait en l'air une lance de fer, sa main droite
+était posée sur son invincible épée; ses cuissards étaient
de fer, ses bottines de fer, son bouclier de fer: son
cheval avait la couleur et la force du fer; le fer couvrait
-les champs et les chemins; et ce fer, si dur, tait port
-par un peuple dont le c&oelig;ur tait plus dur que le fer.
-Et tout le peuple de la cit de Didier de s'crier:
-O fer! Ah! que de fer! <i lang="la" xml:lang="la">O ferrum! Heu ferrum!</i></p>
-
-<p>Une autre fois, Karle, accoutr d'une casaque de
-peau de brebis, va la chasse avec les grands de Pavie,
-vtus de robes faites de peaux d'oiseaux de Phnicie, de
-plumes de coucous, de queues de paons mles la
+les champs et les chemins; et ce fer, si dur, était porté
+par un peuple dont le c&oelig;ur était plus dur que le fer.
+Et tout le peuple de la cité de Didier de s'écrier:
+«O fer! Ah! que de fer!» <i lang="la" xml:lang="la">O ferrum! Heu ferrum!</i></p>
+
+<p>Une autre fois, Karle, accoutré d'une casaque de
+peau de brebis, va à la chasse avec les grands de Pavie,
+vêtus de robes faites de peaux d'oiseaux de Phénicie, de
+plumes de coucous, de queues de paons mêlées à la
<span class="pagenum"><a id="Page_63"> 63</a></span>
-pourpre de Tyr, et ornes de franges d'corce de cdre.
+pourpre de Tyr, et ornées de franges d'écorce de cèdre.
On voit Charlemagne, dans l'histoire, armer son second
-fils Louis chevalier, en lui ceignant l'pe.</p>
-
-<p>Le moine de Saint-Gall, qui se dit bgayant et dent,
-mentionne aussi le lion tu par Peppin le Bref. Le vtran
-Adalbert, redisant les exploits de Charlemagne
-un enfant qui devait les crire lorsqu' son tour il serait
-devenu vieux, ne ressemble pas mal quelque grenadier
-de Napolon, racontant la campagne d'gypte
- un conscrit: tant la fable et l'histoire sont mles
+fils Louis chevalier, en lui ceignant l'épée.</p>
+
+<p>Le moine de Saint-Gall, qui se dit bégayant et édenté,
+mentionne aussi le lion tué par Peppin le Bref. Le vétéran
+Adalbert, redisant les exploits de Charlemagne à
+un enfant qui devait les écrire lorsqu'à son tour il serait
+devenu vieux, ne ressemble pas mal à quelque grenadier
+de Napoléon, racontant la campagne d'Égypte
+à un conscrit: tant la fable et l'histoire sont mêlées
dans la vie des hommes extraordinaires!</p>
-<p>Ernold Nigel ou le Noir, dans son pome sur Hlovigh
-le Dbonnaire, dcrit le sige de Barcelone; et c'est encore
-un ouvrage de chevalerie. Hlovigh ceint l'pe que
-Karle le Grand portait son ct. Les Maures, rangs
-sur les remparts, dfendent la ville; Zadun, leur chef,
-se dvoue pour les sauver; il se glisse le long des murailles
-pour aller hter les secours des Sarrasins de Cordoue:
-il est pris. Men Louis, il crie aux siens: Ouvrez
-vos portes! et leur fait en mme temps un signe convenu
-pour les engager se dfendre. La ville est force:
-dans le butin envoy Karle se trouvent des cuirasses,
-de riches habits, des casques orns de crinires, un
+<p>Ernold Nigel ou le Noir, dans son poëme sur Hlovigh
+le Débonnaire, décrit le siége de Barcelone; et c'est encore
+un ouvrage de chevalerie. Hlovigh ceint l'épée que
+Karle le Grand portait à son côté. Les Maures, rangés
+sur les remparts, défendent la ville; Zadun, leur chef,
+se dévoue pour les sauver; il se glisse le long des murailles
+pour aller hâter les secours des Sarrasins de Cordoue:
+il est pris. Mené à Louis, il crie aux siens: «Ouvrez
+vos portes!» et leur fait en même temps un signe convenu
+pour les engager à se défendre. La ville est forcée:
+dans le butin envoyé à Karle se trouvent des cuirasses,
+de riches habits, des casques ornés de crinières, un
cheval parthe avec son harnois et son frein d'or. L'armure
de fer des chevaliers n'est point (comme on l'a cru
-encore mal propos) du onzime sicle; elle ne vient
+encore mal à propos) du onzième siècle; elle ne vient
ni des Franks ni des Arabes; elle vient des Perses, de
-qui les Romains l'empruntrent: on a vu la description
+qui les Romains l'empruntèrent: on a vu la description
qu'en fait Ammien Marcellin en parlant du triomphe
-de Constance Rome; on retrouve pareillement cette
+de Constance à Rome; on retrouve pareillement cette
armure dans l'escadron de grosse cavalerie que Constantin
culbuta lorsqu'il descendit des Alpes pour aller
attaquer Maxence.</p>
-<p>Les combats singuliers et les ftes chevaleresques, la
+<p>Les combats singuliers et les fêtes chevaleresques, la
<span class="pagenum"><a id="Page_64"> 64</a></span>
-construction de ces monuments appels <em>gothiques</em>, qui
-virent prier les chevaliers des croisades, concident aussi
-avec l'avnement des rois de la seconde race. Hlovigh
-le Dbonnaire envoie l'vque Ebbon prcher la foi
-chez les Danois. Ebbon amne Hlovigh Hrold, roi de
-ces peuples. Hlovigh se rend Ingelheim, aux bords
-du Rhin: L s'lve sur cent colonnes un palais superbe........
-Non loin du palais est une le
+construction de ces monuments appelés <em>gothiques</em>, qui
+virent prier les chevaliers des croisades, coïncident aussi
+avec l'avénement des rois de la seconde race. Hlovigh
+le Débonnaire envoie l'évêque Ebbon prêcher la foi
+chez les Danois. Ebbon amène à Hlovigh Hérold, roi de
+ces peuples. Hlovigh se rend à Ingelheim, aux bords
+du Rhin: «Là s'élève sur cent colonnes un palais superbe........
+Non loin du palais est une île
que le Rhin environne de ses eaux profondes, retraite
-tapisse d'une herbe toujours verte, et que couvre
-une sombre fort; chasse superbe, o Judith, femme
-de Hlovigh, magnifiquement pare, monte un noble
+tapissée d'une herbe toujours verte, et que couvre
+une sombre forêt;» chasse superbe, où Judith, femme
+de Hlovigh, magnifiquement parée, monte un noble
palefroi.</p>
-<p>Bro et Samilon, deux guerriers de nation gothique,
-combattent en champ clos devant Hlovigh, auprs du
-chteau d'Aix, dans un lieu entour de murailles de
-nacre, orn de terrasses gazonnes et plantes d'arbres.
-Les champions, d'une haute taille, sont monts sur
+<p>Béro et Samilon, deux guerriers de nation gothique,
+combattent en champ clos devant Hlovigh, auprès du
+château d'Aix, dans un lieu entouré de murailles de
+nacre, orné de terrasses gazonnées et plantées d'arbres.
+«Les champions, d'une haute taille, sont montés sur
des coursiers rapides; tous deux attendent le signal
-qui doit tre donn par le roi. Dans l'arne parat
+qui doit être donné par le roi. Dans l'arène paraît
Gundold, qui se fait accompagner d'un cercueil, selon
-son usage dans ces occasions. Bro est vaincu; les
-jeunes Franks l'arrachent la mort, et Gundold renvoie
-son cercueil sous l'appentis d'o il l'avait tir.</p>
+son usage dans ces occasions.» Béro est vaincu; les
+jeunes Franks l'arrachent à la mort, et Gundold renvoie
+son cercueil sous l'appentis d'où il l'avait tiré.</p>
<p class="quote">Miratur Gundoldus enim, feretrumque remittit<br />
Absque onere tectis, venerat unde, suum<a name="FNanchor_63" id="FNanchor_63" href="#Footnote_63" class="fnanchor">&nbsp;[63]</a>.</p>
-<p>L'architecture dite lombarde, de l'poque des Karlovingiens,
-en Italie, n'tait que l'invasion de l'architecture
-orientale ou nogrecque dans l'architecture romaine.
+<p>L'architecture dite lombarde, de l'époque des Karlovingiens,
+en Italie, n'était que l'invasion de l'architecture
+orientale ou néogrecque dans l'architecture romaine.
<span class="pagenum"><a id="Page_65"> 65</a></span>
-Hakem, au huitime sicle, btit la mosque de
+Hakem, au huitième siècle, bâtit la mosquée de
Cordoue, type primitif de l'architecture sarrasine occidentale.
-Au commencement du neuvime sicle, le palais
+Au commencement du neuvième siècle, le palais
d'Ingelheim avait des centaines de colonnes, des
-toitures de formes varies, des milliers de rduits, d'ouvertures
+toitures de formes variées, des milliers de réduits, d'ouvertures
et de portes: <i lang="la" xml:lang="la">centum perfixa columnis... tectaque
multimoda: mille aditus, reditus, millenaque claustra domorum</i>.
-L'glise prsentait de grandes portes d'airain,
+L'église présentait de grandes portes d'airain,
et de plus petites enrichies d'or: <i lang="la" xml:lang="la">Templa Dei.....
-rati postes, aurea ostiola</i>. Hrold, sa femme, ses enfants
-et ses compagnons, contemplaient avec tonnement le
-dme immense de l'glise: <i lang="la" xml:lang="la">miratur Herold, conjunx
-miratur, et omnes proles et socii culmina tanta Dei</i>. Voil
-donc clairement aux huitime et neuvime sicles les
-m&oelig;urs, les aventures, les chants, les rcits, les champions,
-les nains, les ftes, les armes, l'architecture de
-l'poque vulgaire de la chevalerie; les voil en mme
-temps et la fois d'une manire spontane chez les
-Maures et chez les chrtiens: voil Charlemagne et le
+ærati postes, aurea ostiola</i>. Hérold, sa femme, ses enfants
+et ses compagnons, contemplaient avec étonnement le
+dôme immense de l'église: <i lang="la" xml:lang="la">miratur Herold, conjunx
+miratur, et omnes proles et socii culmina tanta Dei</i>. Voilà
+donc clairement aux huitième et neuvième siècles les
+m&oelig;urs, les aventures, les chants, les récits, les champions,
+les nains, les fêtes, les armes, l'architecture de
+l'époque vulgaire de la chevalerie; les voilà en même
+temps et à la fois d'une manière spontanée chez les
+Maures et chez les chrétiens: voilà Charlemagne et le
kalife Aroun, Cisher et Antar, et leurs historiens contemporains,
-Asma et le moine de Saint-Gall.</p>
+Asmaï et le moine de Saint-Gall.</p>
-<p>Les romanciers du douzime sicle qui ont pris Charlemagne,
-Roland et Ogier pour leurs hros, ne se sont
-donc point tromps historiquement; mais on a eu tort
+<p>Les romanciers du douzième siècle qui ont pris Charlemagne,
+Roland et Ogier pour leurs héros, ne se sont
+donc point trompés historiquement; mais on a eu tort
de vouloir faire des chevaliers un <em>corps</em> de chevalerie.
-Les crmonies de la rception du chevalier, l'peron,
-l'pe, l'accolade, la veille des armes, les grades de
-page, de damoiseau, de poursuivant, d'cuyer, sont
-des usages et des institutions militaires qui remplaaient
-d'autres usages et d'autres institutions tombs en dsutude;
+Les cérémonies de la réception du chevalier, l'éperon,
+l'épée, l'accolade, la veille des armes, les grades de
+page, de damoiseau, de poursuivant, d'écuyer, sont
+des usages et des institutions militaires qui remplaçaient
+d'autres usages et d'autres institutions tombés en désuétude;
mais ils ne constituaient pas un corps de troupes
-homogne, disciplin, agissant sous un mme chef
-dans une mme subordination.</p>
+homogène, discipliné, agissant sous un même chef
+dans une même subordination.</p>
-<p>Les ordres religieux chevaleresques ont t la cause
+<p>Les ordres religieux chevaleresques ont été la cause
<span class="pagenum"><a id="Page_66"> 66</a></span>
-de cette confusion d'ides; ils ont fait supposer une chevalerie
+de cette confusion d'idées; ils ont fait supposer une chevalerie
historique <em>collective</em>, lorsqu'il n'existait qu'une
chevalerie historique <em>individuelle</em>. Au surplus, cette chevalerie
-individuelle fut dlicate, vaillante, gnreuse,
+individuelle fut délicate, vaillante, généreuse,
et garda l'empreinte des deux climats qui la virent
-clore; elle eut le vague et la rverie du ciel noy des
-Scandinaves, l'clat et l'ardeur du ciel pur de l'Arabie.
+éclore; elle eut le vague et la rêverie du ciel noyé des
+Scandinaves, l'éclat et l'ardeur du ciel pur de l'Arabie.
La chevalerie historique produisit en outre une chevalerie
-romanesque, qui se mla aux ralits, retentit par
-un extrme cho jusque dans le rgne de Franois I<sup>er</sup>,
-o elle donna naissance Bayard, comme elle avait
-enfant du Guesclin auprs du trne de Charles V. Le
-hros de Cervantes fut le dernier des chevaliers: tel est
-l'attrait de ces m&oelig;urs du moyen ge et le prestige du
+romanesque, qui se mêla aux réalités, retentit par
+un extrême écho jusque dans le règne de François I<sup>er</sup>,
+où elle donna naissance à Bayard, comme elle avait
+enfanté du Guesclin auprès du trône de Charles V. Le
+héros de Cervantes fut le dernier des chevaliers: tel est
+l'attrait de ces m&oelig;urs du moyen âge et le prestige du
talent, que la satire de la chevalerie en est devenue le
-pangyrique immortel.</p>
-
-<p>Pour tre reu chevalier dans l'origine, il fallait tre
-noble de pre et de mre, et g de vingt-et-un ans. Si
-un gentilhomme qui n'tait pas de <em>parage</em> se faisait armer
-chevalier, <em>on lui tranchait les perons dors sur le
-fumier</em>. Les fils des rois de France taient chevaliers sur
-les fonts de baptme: saint Louis arma ses frres chevaliers;
+panégyrique immortel.</p>
+
+<p>Pour être reçu chevalier dans l'origine, il fallait être
+noble de père et de mère, et âgé de vingt-et-un ans. Si
+un gentilhomme qui n'était pas de <em>parage</em> se faisait armer
+chevalier, <em>on lui tranchait les éperons dorés sur le
+fumier</em>. Les fils des rois de France étaient chevaliers sur
+les fonts de baptême: saint Louis arma ses frères chevaliers;
du Guesclin, second parrain du second fils de
-Charles V, le duc d'Orlans, tira son pe, et la mit nue
+Charles V, le duc d'Orléans, tira son épée, et la mit nue
dans la main de l'enfant nu: <i lang="la" xml:lang="la">Nudo tradidit ensem nudum</i>.
-Bayard, <em>sans paour et sans reprouche</em>, confra la
-chevalerie Franois I<sup>er</sup>. Le roi lui dit: Bayard, mon
+Bayard, <em>sans paour et sans reprouche</em>, conféra la
+chevalerie à François I<sup>er</sup>. Le roi lui dit: «Bayard, mon
ami, je veux qu'aujourd'hui sois fait chevalier par
vos mains..... Avez vertueusement, en plusieurs
royaumes et provinces, combattu contre plusieurs
nations..... Je delaisse la France, en laquelle
-on vous connoist assez........ Depeschez-vous.
-Alors prit son pe Bayard, et dit: Sire, autant vaille
+on vous connoist assez........ Depeschez-vous.»
+Alors prit son épée Bayard, et dit: «Sire, autant vaille
que si estois Roland, ou Olivier, Gaudefroy ou Baudouyn
<span class="pagenum"><a id="Page_67"> 67</a></span>
-son frre. Et puis aprs si cria haultement,
-l'espe en la main dextre: Tu es bien heureuse d'avoir
-aujourd'huy un si beau et puissant roy donn l'ordre
-de la chevalerie. Certes, ma bonne espe, vous
-serez moult bien comme relique garde, et sur toutes
-aultres honore; et ne vous porteray jamais, si ce
-n'est contre Turcs, Sarrasins ou Mores. Et puis feit
-deux saults, et aprs remit au fourreau son espe.</p>
+son frère.» «Et puis après si cria haultement,
+l'espée en la main dextre: Tu es bien heureuse d'avoir
+aujourd'huy à un si beau et puissant roy donné l'ordre
+de la chevalerie. Certes, ma bonne espée, vous
+serez moult bien comme relique gardée, et sur toutes
+aultres honorée; et ne vous porteray jamais, si ce
+n'est contre Turcs, Sarrasins ou Mores.» «Et puis feit
+deux saults, et après remit au fourreau son espée.»</p>
<p>Les chevaliers prenaient les titres de <em>don</em>, de <em>sire</em>, de
-<em>messire</em> et de <em>monseigneur</em>. Ils pouvaient manger la
+<em>messire</em> et de <em>monseigneur</em>. Ils pouvaient manger à la
table du roi; eux seuls avaient le droit de porter la
lance, le haubert, la double cotte de mailles, la cotte
d'armes, l'or, le vair, l'hermine, le petit-gris, le velours,
-l'carlate: ils mettaient une girouette sur leur donjon;
-cette girouette tait en pointe comme les pennons pour
-les simples chevaliers, carre comme les bannires pour
+l'écarlate: ils mettaient une girouette sur leur donjon;
+cette girouette était en pointe comme les pennons pour
+les simples chevaliers, carrée comme les bannières pour
les chevaliers bannerets. On reconnaissait de loin
-le chevalier son armure: les barrires des lices,
-les ponts des chteaux s'abaissaient devant lui; les
-htes qui le recevaient poussaient quelquefois le dvouement
-et le respect jusqu' lui abandonner leurs
+le chevalier à son armure: les barrières des lices,
+les ponts des châteaux s'abaissaient devant lui; les
+hôtes qui le recevaient poussaient quelquefois le dévouement
+et le respect jusqu'à lui abandonner leurs
femmes.</p>
-<p>La dgradation du chevalier flon tait affreuse: on
-le faisait monter sur un chafaud; on y brisait ses
-yeux les pices de son armure; son cu, le blason effac,
-tait attach et tran la queue d'une cavale, monture
-drogeante: le hraut d'armes accablait d'injures l'ignoble
-chevalier. Aprs avoir rcit les vigiles funbres, le
-clerg prononait les maldictions du psaume 108. Trois
-fois on demandait le nom du dgrad, trois fois le hraut
-d'armes rpondait qu'il ignorait ce nom, et n'avait
-devant lui qu'une foi mentie. On rpandait alors
-sur la tte du patient un bassin d'eau chaude; on le
-tirait en bas de l'chafaud par une corde; il tait mis
+<p>La dégradation du chevalier félon était affreuse: on
+le faisait monter sur un échafaud; on y brisait à ses
+yeux les pièces de son armure; son écu, le blason effacé,
+était attaché et traîné à la queue d'une cavale, monture
+dérogeante: le héraut d'armes accablait d'injures l'ignoble
+chevalier. Après avoir récité les vigiles funèbres, le
+clergé prononçait les malédictions du psaume 108. Trois
+fois on demandait le nom du dégradé, trois fois le héraut
+d'armes répondait qu'il ignorait ce nom, et n'avait
+devant lui qu'une foi mentie. On répandait alors
+sur la tête du patient un bassin d'eau chaude; on le
+tirait en bas de l'échafaud par une corde; il était mis
<span class="pagenum"><a id="Page_68"> 68</a></span>
-sur une civire, transport l'glise, couvert d'un drap
-mortuaire, et les prtres psalmodiaient sur lui les prires
+sur une civière, transporté à l'église, couvert d'un drap
+mortuaire, et les prêtres psalmodiaient sur lui les prières
des morts.</p>
-<p>La chevalerie se confrait sur la brche, dans la
-mine et la tranche d'une ville assige, sur un champ
+<p>La chevalerie se conférait sur la brèche, dans la
+mine et la tranchée d'une ville assiégée, sur un champ
de bataille au moment d'en venir aux mains. Le besoin
-de soldats s'accroissant mesure que les nobles prissaient,
-le serf fut admis la chevalerie; des lettres de
-Philippe de Valois dclarent gentilhomme le fils d'un
-serf qui avait t arm chevalier: les Franais ont toujours
-attribu la noblesse la charrue et l'pe, et
-plac au mme rang le laboureur et le soldat. Dans la
+de soldats s'accroissant à mesure que les nobles périssaient,
+le serf fut admis à la chevalerie; des lettres de
+Philippe de Valois déclarent gentilhomme le fils d'un
+serf qui avait été armé chevalier: les Français ont toujours
+attribué la noblesse à la charrue et à l'épée, et
+placé au même rang le laboureur et le soldat. Dans la
suite, au milieu des grandes guerres contre les Anglais,
-on cra tant de chevaliers que ce titre s'avilit. Franois
+on créa tant de chevaliers que ce titre s'avilit. François
I<sup>er</sup> ajouta aux deux classes de chevaliers <em>bannerets</em> et
-<em>bacheliers</em> une troisime classe, compose de magistrats
-et de gens de lettres; ils furent appels <em>chevaliers
-s lois</em>. Enfin, il ne resta de la chevalerie qu'un nom
-honorifique, crit dans les actes, ou port par les cadets
+<em>bacheliers</em> une troisième classe, composée de magistrats
+et de gens de lettres; ils furent appelés <em>chevaliers
+ès lois</em>. Enfin, il ne resta de la chevalerie qu'un nom
+honorifique, écrit dans les actes, ou porté par les cadets
de famille.</p>
-<p>L'ducation militaire m'amne maintenant parler
-de l'ducation civile dans les sicles dont nous nous occupons.</p>
+<p>L'éducation militaire m'amène maintenant à parler
+de l'éducation civile dans les siècles dont nous nous occupons.</p>
-<p class="subt"><b>DUCATION.</b></p>
+<p class="subt"><b>ÉDUCATION.</b></p>
-<p>L'ducation chez les Perses, les Grecs et les Romains,
-tait persane, grecque et romaine; je veux dire qu'on
+<p>L'éducation chez les Perses, les Grecs et les Romains,
+était persane, grecque et romaine; je veux dire qu'on
enseignait aux enfants ce qui regarde la patrie; on ne
les instruisait que des lois, des m&oelig;urs, de l'histoire et
-de la langue de leurs aeux. Lorsqu' l'poque d'une civilisation
-avance les Romains se prirent d'admiration
-pour la Grce et vinrent aux coles d'Athnes, ce n'tait
-que la louable curiosit de quelques patriciens oisifs.</p>
+de la langue de leurs aïeux. Lorsqu'à l'époque d'une civilisation
+avancée les Romains se prirent d'admiration
+pour la Grèce et vinrent aux écoles d'Athènes, ce n'était
+que la louable curiosité de quelques patriciens oisifs.</p>
<p><span class="pagenum"><a id="Page_69"> 69</a></span>
-Le monde moderne a prsent un phnomne dont
+Le monde moderne a présenté un phénomène dont
il n'y a aucun exemple dans le monde ancien: les enfants
-des barbares se sparrent de leur race par l'ducation:
-confins dans des collges, ils apprirent des
-langues que leurs pres ne parlaient point, et qui cessaient
-d'tre parles sur terre; ils tudirent des lois
-qui n'taient pas celles de leur nation; ils ne s'occuprent
-que d'une socit morte, sans rapport avec la
-socit vivante de leur temps. Les vaincus, sortis d'un
-autre sang et perptuant le souvenir de ce qu'ils avaient
-t, renfermrent avec eux les fils de leurs vainqueurs
+des barbares se séparèrent de leur race par l'éducation:
+confinés dans des colléges, ils apprirent des
+langues que leurs pères ne parlaient point, et qui cessaient
+d'être parlées sur terre; ils étudièrent des lois
+qui n'étaient pas celles de leur nation; ils ne s'occupèrent
+que d'une société morte, sans rapport avec la
+société vivante de leur temps. Les vaincus, sortis d'un
+autre sang et perpétuant le souvenir de ce qu'ils avaient
+été, renfermèrent avec eux les fils de leurs vainqueurs
comme des otages.</p>
-<p>Il se forma au milieu des gnrations brutes un
-peuple d'intelligence hors de la sphre o se mouvait
-la communaut matrielle, guerrire et politique. Plus
-l'esprit autour des coles tait simple, grossier, naturel,
-illettr, plus dans l'intrieur de ces coles il tait raffin,
-subtil, mtaphysique et savant. Les barbares avaient
-commenc par gorger les prtres et les moines; devenus
-chrtiens, ils tombrent leurs pieds. Ils s'empressrent
-de contribuer la fondation des collges et des
-universits: admirant ce qu'ils ne comprenaient pas,
-ils crurent ne pouvoir accorder aux tudiants trop de
-privilges. Une vritable rpublique, ayant ses tribunaux,
-ses coutumes et ses liberts, s'tablit pour les enfants
-au centre mme de la monarchie des pres.</p>
-
-<p>L'universit de Paris, fille ane de nos rois, bien
-qu'elle ne descendt pas de Charlemagne, n'tait pas la
-seule en France; vingt autres existaient sur son modle.
-Celle de Montpellier devint clbre; on y professa le
-droit romain aussitt que les exemplaires des <em>Pandectes</em>
-furent devenus moins rares par la dcouverte et les copies
-du manuscrit d'Amalfi. L'Angleterre, l'cosse, l'Irlande,
+<p>Il se forma au milieu des générations brutes un
+peuple d'intelligence hors de la sphère où se mouvait
+la communauté matérielle, guerrière et politique. Plus
+l'esprit autour des écoles était simple, grossier, naturel,
+illettré, plus dans l'intérieur de ces écoles il était raffiné,
+subtil, métaphysique et savant. Les barbares avaient
+commencé par égorger les prêtres et les moines; devenus
+chrétiens, ils tombèrent à leurs pieds. Ils s'empressèrent
+de contribuer à la fondation des colléges et des
+universités: admirant ce qu'ils ne comprenaient pas,
+ils crurent ne pouvoir accorder aux étudiants trop de
+priviléges. Une véritable république, ayant ses tribunaux,
+ses coutumes et ses libertés, s'établit pour les enfants
+au centre même de la monarchie des pères.</p>
+
+<p>L'université de Paris, fille aînée de nos rois, bien
+qu'elle ne descendît pas de Charlemagne, n'était pas la
+seule en France; vingt autres existaient sur son modèle.
+Celle de Montpellier devint célèbre; on y professa le
+droit romain aussitôt que les exemplaires des <em>Pandectes</em>
+furent devenus moins rares par la découverte et les copies
+du manuscrit d'Amalfi. L'Angleterre, l'Écosse, l'Irlande,
l'Allemagne, l'Italie, l'Espagne, le Portugal,
<span class="pagenum"><a id="Page_70"> 70</a></span>
-possdaient les mmes corps enseignants. On voit dans
-les hagiographes et les chroniqueurs que le mme colier,
+possédaient les mêmes corps enseignants. On voit dans
+les hagiographes et les chroniqueurs que le même écolier,
afin d'embrasser les diverses branches des sciences,
-tudiait successivement Paris, Oxford, Mayence,
-Padoue, Salamanque, Combre. L'universit de Paris
-avait une poste son usage, longtemps avant que
-Louis XI et fait un pareil tablissement.</p>
-
-<p>On sent quelle activit les institutions universitaires,
-dgages des lois nationales, devaient donner aux
-esprits; combien elles devaient accrotre le trsor
-commun des ides: or, tout arrive par les ides; elles
+étudiait successivement à Paris, à Oxford, à Mayence, à
+Padoue, à Salamanque, à Coïmbre. L'université de Paris
+avait une poste à son usage, longtemps avant que
+Louis XI eût fait un pareil établissement.</p>
+
+<p>On sent quelle activité les institutions universitaires,
+dégagées des lois nationales, devaient donner aux
+esprits; combien elles devaient accroître le trésor
+commun des idées: or, tout arrive par les idées; elles
produisent les faits, qui ne leur servent que d'enveloppe.</p>
-<p>Une multitude de collges s'levrent auprs des universits.
-Sous Philippe le Bel, qui fonda l'universit
-d'Orlans, on vit s'tablir le collge de la reine de Navarre,
+<p>Une multitude de colléges s'élevèrent auprès des universités.
+Sous Philippe le Bel, qui fonda l'université
+d'Orléans, on vit s'établir le collége de la reine de Navarre,
celui du cardinal Le Moyne, et celui de Montaigu,
-archevque de Narbonne. Depuis le rgne de Philippe
-de Valois jusqu' la fin du rgne de Charles V, on compte
-l'rection du collge des Lombards pour les coliers italiens,
-des collges de Tours, de Lisieux, d'Autun, de l'<em>Ave
+archevêque de Narbonne. Depuis le règne de Philippe
+de Valois jusqu'à la fin du règne de Charles V, on compte
+l'érection du collége des Lombards pour les écoliers italiens,
+des colléges de Tours, de Lisieux, d'Autun, de l'<em>Ave
Maria</em>, de Mignon ou Grandmont, de Saint-Michel, de
Cambrai, d'Aubusson, de Bonnecourt, de Tournai, de
-Bayeux, des Allemands, de Boissy, de Dainville, de Matre
+Bayeux, des Allemands, de Boissy, de Dainville, de Maître
Gervais, de Beauvais (<cite>Hist. de l'Univ.</cite>, tom. III, liv. III;
-<cite>Antiq. de Paris</cite>; <cite>Trs. des Ch.</cite>). A Franois I<sup>er</sup> est d
-l'tablissement du Collge Royal, avec les trois chaires de
-langues hbraque, grecque et latine: on avait commenc
- enseigner le grec dans l'universit de Paris sous Charles
+<cite>Antiq. de Paris</cite>; <cite>Trés. des Ch.</cite>). A François I<sup>er</sup> est dû
+l'établissement du Collége Royal, avec les trois chaires de
+langues hébraïque, grecque et latine: on avait commencé
+à enseigner le grec dans l'université de Paris sous Charles
VIII; on y expliquait alors les dialogues de Platon.
-Henri II, Charles IX, Henri III, augmentrent les chaires
+Henri II, Charles IX, Henri III, augmentèrent les chaires
savantes d'une chaire de philosophie grecque et latine,
d'une chaire de langue arabe et d'une chaire de chirurgie.
-Louis XIII, Louis XIV et Louis XV ajoutrent au
+Louis XIII, Louis XIV et Louis XV ajoutèrent au
<span class="pagenum"><a id="Page_71"> 71</a></span>
-Collge Royal des chaires pour l'tude du droit canon,
+Collége Royal des chaires pour l'étude du droit canon,
pour celle des langues syriaque, turque et persane,
-pour l'enseignement de la littrature franaise, de l'astronomie,
-de la mcanique, de la chimie, de l'anatomie,
+pour l'enseignement de la littérature française, de l'astronomie,
+de la mécanique, de la chimie, de l'anatomie,
de l'histoire naturelle, du droit de la nature et
-des gens. Le collge des Quatre-Nations rappelle le nom
+des gens. Le collége des Quatre-Nations rappelle le nom
de Mazarin. Tout se formait par grandes masses ou par
-grands corps dans l'ancienne monarchie: clerg, noblesse,
-tiers tat, magistrature, ducation.</p>
+grands corps dans l'ancienne monarchie: clergé, noblesse,
+tiers état, magistrature, éducation.</p>
-<p>Ces universits et ces collges furent autant de foyers
-o s'allumrent comme des flambeaux les gnies dont
-la lumire pntra les tnbres du moyen ge: nuit
-fconde, puissant chaos, dont les flancs portaient un
+<p>Ces universités et ces colléges furent autant de foyers
+où s'allumèrent comme des flambeaux les génies dont
+la lumière pénétra les ténèbres du moyen âge: nuit
+féconde, puissant chaos, dont les flancs portaient un
nouvel univers. Lorsque la barbarie envahit la civilisation,
elle la fertilise par sa vigueur et sa jeunesse; quand,
au contraire, la civilisation envahit la barbarie, elle la
-laisse strile; c'est un vieillard auprs d'une jeune
-pouse: les peuples civiliss de l'ancienne Europe se
-sont renouvels dans le lit des sauvages de la Germanie;
-les peuples sauvages de l'Amrique se sont teints dans
-les bras des peuples civiliss de l'Europe.</p>
+laisse stérile; c'est un vieillard auprès d'une jeune
+épouse: les peuples civilisés de l'ancienne Europe se
+sont renouvelés dans le lit des sauvages de la Germanie;
+les peuples sauvages de l'Amérique se sont éteints dans
+les bras des peuples civilisés de l'Europe.</p>
<p>Saint Bernard, Abeilard, Scott, Thomas d'Aquin,
Bonaventure, Albert, Roger Bacon, Henri de Gand, Hugues
de Saint-Cher, Alexandre de Hallays, Alain de l'Ille,
Yves de Triguer, Jacques de Voragines, Guillaume de
Nangis, Jean de Meun, Guillaume Duranty, Jean Adam,
-Guillaume Pelletier, Barthlemi Glaunwil et Pierre
+Guillaume Pelletier, Barthélemi Glaunwil et Pierre
Bercheur, Albert de Saxe, Froissart, Nicolas Oresme,
Jacques de Dondis, Nicolas Flamel, Accurse, Barthole,
-Gratien, Pierre d'Ailly, Nicolas Clmengis, Gerson,
-Thomas Connecte, Benot Gentian, Jean de Courtecuisse,
-Vincent Ferrier, Juvnal des Ursins, Pic de la
-Mirandole, Chartier, Martial d'Auvergne, Franois
-Villon et Robert Gaguin forment la chane de ces hommes
+Gratien, Pierre d'Ailly, Nicolas Clémengis, Gerson,
+Thomas Connecte, Benoît Gentian, Jean de Courtecuisse,
+Vincent Ferrier, Juvénal des Ursins, Pic de la
+Mirandole, Chartier, Martial d'Auvergne, François
+Villon et Robert Gaguin forment la chaîne de ces hommes
<span class="pagenum"><a id="Page_72"> 72</a></span>
-qui nous amnent des premiers jours du moyen
-ge au temps de la renaissance des lettres. Leur clbrit
+qui nous amènent des premiers jours du moyen
+âge au temps de la renaissance des lettres. Leur célébrité
fut grande, et les surnoms par lesquels on les distingua
-prouvent l'admiration nave de leurs sicles.
-Albert fut surnomm le Grand; Thomas d'Aquin, l'Ange
-de l'cole; Roger Bacon, le Docteur admirable; Henri
+prouvent l'admiration naïve de leurs siècles.
+Albert fut surnommé le Grand; Thomas d'Aquin, l'Ange
+de l'école; Roger Bacon, le Docteur admirable; Henri
de Gand, le Docteur solennel; Henri de Suze, la Splendeur
-du droit; Alexandre de Hallays, le Docteur irrfragable,
+du droit; Alexandre de Hallays, le Docteur irréfragable,
Alain de l'Ille, le Docteur universel; Bonaventure,
-le Docteur sraphique; Scott, le Docteur subtil;
-Gilles de Rome, le Docteur trs-fond.</p>
+le Docteur séraphique; Scott, le Docteur subtil;
+Gilles de Rome, le Docteur très-fondé.</p>
<p>Ces hommes, avec des talents divers, formaient des
-coles, avaient des disciples, comme les anciens philosophes
-de la Grce. Albert inventa une machine parlante;
-Roger Bacon dcouvrit peut-tre la poudre<a name="FNanchor_64" id="FNanchor_64" href="#Footnote_64" class="fnanchor">&nbsp;[64]</a>,
-le tlescope et le microscope; Jacques de Dondis composa
-une horloge cleste ou une sphre mouvante. Saint
-Thomas d'Aquin est un gnie tout fait comparable aux
-plus rares gnies philosophiques des temps anciens et
+écoles, avaient des disciples, comme les anciens philosophes
+de la Grèce. Albert inventa une machine parlante;
+Roger Bacon découvrit peut-être la poudre<a name="FNanchor_64" id="FNanchor_64" href="#Footnote_64" class="fnanchor">&nbsp;[64]</a>,
+le télescope et le microscope; Jacques de Dondis composa
+une horloge céleste ou une sphère mouvante. Saint
+Thomas d'Aquin est un génie tout à fait comparable aux
+plus rares génies philosophiques des temps anciens et
modernes; il tient de Platon et de Malebranche pour la
-spiritualit, d'Aristote et de Descartes pour la clart et
-la logique. Les scottistes et les thomistes, les ralistes et
-les nominaux, ressuscitrent les deux sectes de la forme
-et de l'ide. Vers l'an 1050, les crits d'Aristote avaient
-t apports par les Arabes en Espagne, et de l'Espagne
-ils passrent en France. Brenger, Abeilard, Gilbert
-de la Pore, firent revivre la doctrine du Stagirite; mais
-les Pres grecs et latins ayant depuis longtemps frapp
-d'anathme cette doctrine, un concile tenu Paris, en
-1209, condamna au feu les crits dans lesquels elle tait
+spiritualité, d'Aristote et de Descartes pour la clarté et
+la logique. Les scottistes et les thomistes, les réalistes et
+les nominaux, ressuscitèrent les deux sectes de la forme
+et de l'idée. Vers l'an 1050, les écrits d'Aristote avaient
+été apportés par les Arabes en Espagne, et de l'Espagne
+ils passèrent en France. Bérenger, Abeilard, Gilbert
+de la Porée, firent revivre la doctrine du Stagirite; mais
+les Pères grecs et latins ayant depuis longtemps frappé
+d'anathème cette doctrine, un concile tenu à Paris, en
+1209, condamna au feu les écrits dans lesquels elle était
<span class="pagenum"><a id="Page_73"> 73</a></span>
-renferme. L'interdiction dura plus de quatre-vingts ans:
-on se relcha ensuite, et en 1447 le triomphe d'Aristote fut
+renfermée. L'interdiction dura plus de quatre-vingts ans:
+on se relâcha ensuite, et en 1447 le triomphe d'Aristote fut
tel, qu'on n'enseigna plus d'autre philosophie que la
-sienne. Un sicle aprs, Ramus, qui osa s'lever contre
+sienne. Un siècle après, Ramus, qui osa s'élever contre
sa logique, fut la victime du fanatisme scolastique. Il
fallut attendre Gassendi et Descartes pour triompher du
-prcepteur d'Alexandre.</p>
+précepteur d'Alexandre.</p>
<p>Duranti, Barthole, Alciat, et plus tard Cujas furent
-les lumires du droit.</p>
-
-<p>On se fera une ide de l'influence que ces hommes
-exeraient sur leur temps, en rappelant les effets de
-leurs leons: la classe o Albert le Grand enseignait
-ne suffisant plus la multitude des auditeurs, il se vit
-oblig de professer en plein air, sur la place qui prit
-le nom de <em>Matre-Albert</em>. Foulques crit Abeilard:
-Rome t'envoyait ses enfants instruire; et celle
+les lumières du droit.</p>
+
+<p>On se fera une idée de l'influence que ces hommes
+exerçaient sur leur temps, en rappelant les effets de
+leurs leçons: la classe où Albert le Grand enseignait
+ne suffisant plus à la multitude des auditeurs, il se vit
+obligé de professer en plein air, sur la place qui prit
+le nom de <em>Maître-Albert</em>. Foulques écrit à Abeilard:
+«Rome t'envoyait ses enfants à instruire; et celle
qu'on avait entendue enseigner toutes les sciences
montrait, en te passant ses disciples, que ton savoir
-tait encore suprieur au sien. Ni la distance,
+était encore supérieur au sien. Ni la distance,
ni la hauteur des montagnes, ni la profondeur des
-valles, ni la difficult des chemins parsems de dangers
+vallées, ni la difficulté des chemins parsemés de dangers
et de brigands ne pouvaient retenir ceux qui
s'empressaient vers toi. La jeunesse anglaise ne se
-laissait effrayer ni par la mer place entre elle et
-toi, ni par la terreur des temptes; et ton nom
-seul, mprisant les prils, elle se prcipitait en foule.
-La Bretagne recule t'envoyait ses habitants pour les
+laissait effrayer ni par la mer placée entre elle et
+toi, ni par la terreur des tempêtes; et à ton nom
+seul, méprisant les périls, elle se précipitait en foule.
+La Bretagne reculée t'envoyait ses habitants pour les
instruire; ceux de l'Anjou venaient te soumettre leur
-frocit adoucie. Le Poitou, la Gascogne, l'Ibrie, la
-Normandie, la Flandre, les Teutons, les Sudois, ardents
- te clbrer, vantaient et proclamaient sans
-relche ton gnie. Et je ne dis rien des habitants de
+férocité adoucie. Le Poitou, la Gascogne, l'Ibérie, la
+Normandie, la Flandre, les Teutons, les Suédois, ardents
+à te célébrer, vantaient et proclamaient sans
+relâche ton génie. Et je ne dis rien des habitants de
la ville de Paris et des parties de la France les plus
-loignes comme les plus rapproches, tous avides
+éloignées comme les plus rapprochées, tous avides
<span class="pagenum"><a id="Page_74"> 74</a></span>
-de recevoir tes leons, comme si prs de toi seul ils
-eussent pu trouver l'enseignement<a name="FNanchor_65" id="FNanchor_65" href="#Footnote_65" class="fnanchor">&nbsp;[65]</a>.</p>
+de recevoir tes leçons, comme si près de toi seul ils
+eussent pu trouver l'enseignement<a name="FNanchor_65" id="FNanchor_65" href="#Footnote_65" class="fnanchor">&nbsp;[65]</a>.»</p>
-<p>La foule des matres et des coliers de l'universit
-tait telle quand ils allaient en procession Saint-Denis,
-que les premiers rangs du cortge entraient dans la
+<p>La foule des maîtres et des écoliers de l'université
+était telle quand ils allaient en procession à Saint-Denis,
+que les premiers rangs du cortége entraient dans la
basilique de l'abbaye, lorsque les derniers sortaient de
-l'glise des Mathurins de Paris. Appele donner son
-vote sur la question de l'extinction du schisme, l'universit
+l'église des Mathurins de Paris. Appelée à donner son
+vote sur la question de l'extinction du schisme, l'université
fournit dix mille suffrages; elle proposa d'envoyer
- un enterrement vingt-cinq mille coliers pour
+à un enterrement vingt-cinq mille écoliers pour
en augmenter la pompe. On voit ce grand corps figurer
dans toutes les crises politiques de la monarchie,
-et particulirement sous les rgnes de Charles V, de
-Charles VI et de Charles VII. Factieux ou fidle, il lchait
+et particulièrement sous les règnes de Charles V, de
+Charles VI et de Charles VII. Factieux ou fidèle, il lâchait
ou retenait les flots populaires, tandis que des esprits
-novateurs levs ses leons agitaient les questions
+novateurs élevés à ses leçons agitaient les questions
religieuses, poussaient, par la hardiesse de leurs
-doctrines, par leurs dclamations contre les vices du
-clerg et des grands, ces rformes dont Arnaud de Brescia
-avait donn l'exemple en Italie et Wickleff en Angleterre.</p>
+doctrines, par leurs déclamations contre les vices du
+clergé et des grands, à ces réformes dont Arnaud de Brescia
+avait donné l'exemple en Italie et Wickleff en Angleterre.</p>
-<p>Cette vie des universits et des collges occupe une
-place considrable dans le tableau des m&oelig;urs gnrales,
-qui me reste peindre.</p>
+<p>Cette vie des universités et des colléges occupe une
+place considérable dans le tableau des m&oelig;urs générales,
+qui me reste à peindre.</p>
-<p class="subt"><b>MOEURS GNRALES DES XII<sup>e</sup>, XIII<sup>e</sup> ET XIV<sup>e</sup> SICLES.</b></p>
+<p class="subt"><b>MOEURS GÉNÉRALES DES XII<sup>e</sup>, XIII<sup>e</sup> ET XIV<sup>e</sup> SIÈCLES.</b></p>
-<p>L'histoire moderne doit prendre soin de dtruire un
+<p>L'histoire moderne doit prendre soin de détruire un
mensonge, non des chroniqueurs, qui sont unanimes
-sur la corruption des bas sicles, mais de l'ignorance et
-de l'esprit de parti des temps o nous vivons: on s'est
-figur que si le moyen ge tait barbare, du moins la morale
+sur la corruption des bas siècles, mais de l'ignorance et
+de l'esprit de parti des temps où nous vivons: on s'est
+figuré que si le moyen âge était barbare, du moins la morale
<span class="pagenum"><a id="Page_75"> 75</a></span>
et la religion faisaient le contre-poids de sa barbarie;
-on se reprsente les anciennes familles, grossires
-sans doute, mais assises dans une sainte union
-l'tre domestique, avec toute la simplicit de l'ge d'or.
-Rien de plus contraire la vrit.</p>
-
-<p>Les barbares s'tablirent au milieu de la socit romaine
-dprave par le luxe, dgrade par l'esclavage,
-pervertie par l'idoltrie. Les Franks, trs-peu nombreux,
-relativement la population gallo-romaine, ne purent
-assainir les m&oelig;urs; ils taient eux-mmes fort corrompus
-quand ils entrrent en Gaule.</p>
+on se représente les anciennes familles, grossières
+sans doute, mais assises dans une sainte union à
+l'âtre domestique, avec toute la simplicité de l'âge d'or.
+Rien de plus contraire à la vérité.</p>
+
+<p>Les barbares s'établirent au milieu de la société romaine
+dépravée par le luxe, dégradée par l'esclavage,
+pervertie par l'idolâtrie. Les Franks, très-peu nombreux,
+relativement à la population gallo-romaine, ne purent
+assainir les m&oelig;urs; ils étaient eux-mêmes fort corrompus
+quand ils entrèrent en Gaule.</p>
<p>C'est une grande erreur que d'attribuer l'innocence
- l'tat sauvage; tous les apptits de la nature se dveloppent
-sans contrle dans cet tat: la civilisation seule
-enseigne les qualits morales. La profession des armes,
-qui inspire certaines vertus, ne produit point la temprance:
-Sainte-Palaye est oblig de convenir que les
-chevaliers ne se recommandaient gure par la rigidit
+à l'état sauvage; tous les appétits de la nature se développent
+sans contrôle dans cet état: la civilisation seule
+enseigne les qualités morales. La profession des armes,
+qui inspire certaines vertus, ne produit point la tempérance:
+Sainte-Palaye est obligé de convenir que les
+chevaliers ne se recommandaient guère par la rigidité
des m&oelig;urs.</p>
-<p>De la socit romaine et de la socit barbare rsulta
-une double corruption; on reconnat trs-bien les vices
-de l'une et de l'autre socit, comme on distingue
+<p>De la société romaine et de la société barbare résulta
+une double corruption; on reconnaît très-bien les vices
+de l'une et de l'autre société, comme on distingue à
leur confluent les eaux de deux fleuves qui s'unissent:
-la rapine, la cruaut, la brutalit, la luxure animale,
-taient frankes; la bassesse, la lchet, la ruse, la turpitude
-de l'esprit, la dbauche raffine, taient romaines.</p>
+la rapine, la cruauté, la brutalité, la luxure animale,
+étaient frankes; la bassesse, la lâcheté, la ruse, la turpitude
+de l'esprit, la débauche raffinée, étaient romaines.</p>
<p>Et ces remarques ne se doivent pas entendre de
-quelques annes, de quelques rgnes: elles s'appliquent
-aux sicles qui prcdent le moyen ge, depuis
-le rgne de Khlovigh jusqu' celui de Hugues Capet:
-et aux sicles du moyen ge, depuis le rgne de Hugues
-Capet jusqu' celui de Franois I<sup>er</sup>.</p>
-
-<p>Le christianisme chercha, autant qu'il le put, gurir
-la gangrne des temps barbares; mais l'esprit de la
+quelques années, de quelques règnes: elles s'appliquent
+aux siècles qui précèdent le moyen âge, depuis
+le règne de Khlovigh jusqu'à celui de Hugues Capet:
+et aux siècles du moyen âge, depuis le règne de Hugues
+Capet jusqu'à celui de François I<sup>er</sup>.</p>
+
+<p>Le christianisme chercha, autant qu'il le put, à guérir
+la gangrène des temps barbares; mais l'esprit de la
<span class="pagenum"><a id="Page_76"> 76</a></span>
-religion tait moins suivi que la lettre; on croyait plus
- la croix qu' la parole du Christ; on adorait au Calvaire,
+religion était moins suivi que la lettre; on croyait plus
+à la croix qu'à la parole du Christ; on adorait au Calvaire,
on n'assistait point au sermon de la Montagne.
-Le clerg se dprava comme la foule. Si l'on veut pntrer
- fond l'tat intrieur de cette poque, il faut lire
-les conciles et les chartes d'abolition (lettres de grce
-accordes par les rois); l se montrent nu les plaies
-de la socit. Les conciles reproduisent sans cesse les
+Le clergé se déprava comme la foule. Si l'on veut pénétrer
+à fond l'état intérieur de cette époque, il faut lire
+les conciles et les chartes d'abolition (lettres de grâce
+accordées par les rois); là se montrent à nu les plaies
+de la société. Les conciles reproduisent sans cesse les
plaintes contre la licence des m&oelig;urs et la recherche
-des remdes y apporter; les chartes d'abolition gardent
-les dtails des jugements et des crimes qui motivaient
+des remèdes à y apporter; les chartes d'abolition gardent
+les détails des jugements et des crimes qui motivaient
les lettres royaux. Les capitulaires de Charlemagne
et de ses successeurs sont remplis de dispositions
-pour la rformation du clerg.</p>
-
-<p>On connat l'pouvantable histoire du prtre Anastase
-enferm vivant avec un cadavre, par la vengeance
-de l'vque Caulin (<span class="smcap">Grgoire de Tours</span>). Dans les canons
-ajouts au premier concile de Tours, sous l'piscopat
-de saint Perpert, on lit: Il nous a t rapport
-que des prtres, ce qui est horrible (<i lang="la" xml:lang="la">quod nefas</i>),
-tablissaient des auberges dans les glises, et que le
-lieu o l'on ne doit entendre que des prires et des
+pour la réformation du clergé.</p>
+
+<p>On connaît l'épouvantable histoire du prêtre Anastase
+enfermé vivant avec un cadavre, par la vengeance
+de l'évêque Caulin (<span class="smcap">Grégoire de Tours</span>). Dans les canons
+ajoutés au premier concile de Tours, sous l'épiscopat
+de saint Perpert, on lit: «Il nous a été rapporté
+que des prêtres, ce qui est horrible (<i lang="la" xml:lang="la">quod nefas</i>),
+établissaient des auberges dans les églises, et que le
+lieu où l'on ne doit entendre que des prières et des
louanges de Dieu retentit du bruit des festins, de paroles
-obscnes, de dbats et de querelles.</p>
-
-<p>Baronius, si favorable la cour de Rome, nomme le
-dixime sicle le sicle de fer, tant il voit de dsordres
-dans l'glise. L'illustre et savant Gherbert, avant d'tre
-pape sous le nom de Sylvestre II, et n'tant encore qu'archevque
-de Reims, disait: Dplorable Rome, tu
-donnas nos anctres les lumires les plus clatantes,
-et maintenant tu n'as plus que d'horribles tnbres.......
+obscènes, de débats et de querelles.»</p>
+
+<p>Baronius, si favorable à la cour de Rome, nomme le
+dixième siècle le siècle de fer, tant il voit de désordres
+dans l'Église. L'illustre et savant Gherbert, avant d'être
+pape sous le nom de Sylvestre II, et n'étant encore qu'archevêque
+de Reims, disait: «Déplorable Rome, tu
+donnas à nos ancêtres les lumières les plus éclatantes,
+et maintenant tu n'as plus que d'horribles ténèbres.......
Nous avons vu Jean Octavien conspirer,
-au milieu de mille prostitues, contre le mme Othon
-qu'il avait proclam empereur. Il est renvers, et
+au milieu de mille prostituées, contre le même Othon
+qu'il avait proclamé empereur. Il est renversé, et
<span class="pagenum"><a id="Page_77"> 77</a></span>
-Lon le Nophyte lui succde. Othon s'loigne de Rome,
-et Octavien y rentre; il chasse Lon, coupe les doigts,
-les mains et le nez au diacre Jean; et, aprs avoir
-t la vie beaucoup de personnages distingus, il
-prit bientt lui-mme..... Sera-t-il possible de soutenir
-encore qu'une si grande quantit de prtres de
-Dieu, dignes par leur vie et leur mrite d'clairer
-l'univers, se doivent soumettre de tels monstres,
-dnus de toute connaissance des sciences divines et
-humaines?</p>
-
-<p>Il nous reste une satire d'Adalbron, vque de Laon;
-c'est un dialogue entre le pote et le roi Robert. Adalbron
-reprsente les juges obligs de porter le capuchon,
-les vques dpouills, rduits suivre la charrue;
-et les siges piscopaux, quand ils viennent
-vaquer, occups par des mariniers et des ptres. Un
-moine est transform en soldat; il porte un bonnet
-de peau d'ours; sa robe, nagure longue, est courte,
-fendue par devant et par derrire; sa ceinture troite
+Léon le Néophyte lui succède. Othon s'éloigne de Rome,
+et Octavien y rentre; il chasse Léon, coupe les doigts,
+les mains et le nez au diacre Jean; et, après avoir
+ôté la vie à beaucoup de personnages distingués, il
+périt bientôt lui-même..... Sera-t-il possible de soutenir
+encore qu'une si grande quantité de prêtres de
+Dieu, dignes par leur vie et leur mérite d'éclairer
+l'univers, se doivent soumettre à de tels monstres,
+dénués de toute connaissance des sciences divines et
+humaines?»</p>
+
+<p>Il nous reste une satire d'Adalbéron, évêque de Laon;
+c'est un dialogue entre le poëte et le roi Robert. «Adalbéron
+représente les juges obligés de porter le capuchon,
+les évêques dépouillés, réduits à suivre la charrue;
+et les siéges épiscopaux, quand ils viennent à
+vaquer, occupés par des mariniers et des pâtres. Un
+moine est transformé en soldat; il porte un bonnet
+de peau d'ours; sa robe, naguère longue, est écourtée,
+fendue par devant et par derrière; à sa ceinture étroite
est suspendu un arc, un carquois, des tenailles, une
-pe. Il n'y avait autrefois parmi les ministres du
+épée. Il n'y avait autrefois parmi les ministres du
Seigneur ni bourreaux, ni aubergistes, ni gardeurs
-de cochons et de boucs; ils n'allaient point au march
-public; ils ne faisaient point blanchir les toffes.</p>
+de cochons et de boucs; ils n'allaient point au marché
+public; ils ne faisaient point blanchir les étoffes.»</p>
-<p>Adalbron, tendant son sujet, remarque que le noble
-et le serf ne sont pas soumis la mme loi; que le
-noble est entirement libre. Le roi prend la dfense de
-la condition servile: Cette classe, dit-il, ne possde
+<p>Adalbéron, étendant son sujet, remarque que le noble
+et le serf ne sont pas soumis à la même loi; que le
+noble est entièrement libre. Le roi prend la défense de
+la condition servile: «Cette classe, dit-il, ne possède
rien sans l'acheter par un dur travail. Qui pourrait
compter les peines, les courses et les fatigues qu'ont
- supporter les serfs? Il n'y a aucune fin leurs larmes.
-Adalbron rpond que la famille du Seigneur
-est divise en trois classes: l'une prie, l'autre combat,
-la troisime travaille.</p>
+à supporter les serfs? Il n'y a aucune fin à leurs larmes.»
+Adalbéron répond que «la famille du Seigneur
+est divisée en trois classes: l'une prie, l'autre combat,
+la troisième travaille.»</p>
<p><span class="pagenum"><a id="Page_78"> 78</a></span>
-Adalbron avait vu finir la seconde race et commencer
-la troisime; il avait jou un rle dans les trahisons qui
-se pratiquent la chute et au renouvellement des empires.
-Peut-tre avait-il t li intimement avec Emma,
-femme de Lother, quoiqu'il ft vque; il tait d'une
-grande famille de Lorraine, il avait tudi sous Gherbert;
+Adalbéron avait vu finir la seconde race et commencer
+la troisième; il avait joué un rôle dans les trahisons qui
+se pratiquent à la chute et au renouvellement des empires.
+Peut-être avait-il été lié intimement avec Emma,
+femme de Lother, quoiqu'il fût évêque; il était d'une
+grande famille de Lorraine, il avait étudié sous Gherbert;
il n'aimait pas les moines, et il entrait dans la
-querelle des vques nobles contre les religieux plbiens.
-On retrouve en lui cette partie de la socit intelligente
+querelle des évêques nobles contre les religieux plébéiens.
+On retrouve en lui cette partie de la société intelligente
qui ne fut jamais barbare.</p>
<p>Saint Bernard ne montre pas plus d'indulgence aux
-vices de son sicle; saint Louis fut oblig de fermer
-les yeux sur les prostitutions et les dsordres qui rgnaient
-dans son arme. Pendant le rgne de Philippe
-le Bel, un concile est convoqu exprs pour remdier au
-dbordement des m&oelig;urs. L'an 1351, les prlats et les
-ordres mendiants exposent leurs mutuels griefs Avignon,
-devant Clment VII. Ce pape, favorable aux
-moines, apostrophe les prlats: Parlerez-vous d'humilit,
+vices de son siècle; saint Louis fut obligé de fermer
+les yeux sur les prostitutions et les désordres qui régnaient
+dans son armée. Pendant le règne de Philippe
+le Bel, un concile est convoqué exprès pour remédier au
+débordement des m&oelig;urs. L'an 1351, les prélats et les
+ordres mendiants exposent leurs mutuels griefs à Avignon,
+devant Clément VII. Ce pape, favorable aux
+moines, apostrophe les prélats: «Parlerez-vous d'humilité,
vous si vains et si pompeux dans vos montures
-et vos quipages? Parlerez-vous de pauvret, vous si
-avides que tous les bnfices du monde ne vous suffiraient
-pas? Que dirai-je de votre chastet?... Vous
-hassez les mendiants, vous leur fermez vos portes;
-et vos maisons sont ouvertes des sycophantes et
-des infmes (<i lang="la" xml:lang="la">lenonibus et truffatoribus</i>).</p>
-
-<p>La simonie tait gnrale: les prtres violaient presque
-partout la rgle du clibat; ils vivaient avec des
-femmes perdues, des concubines et des chambrires;
-un abb de Noris avait dix-huit enfants. En Biscaye on
-ne voulait que des prtres qui eussent des <em>commres</em>,
-c'est--dire des femmes supposes lgitimes.</p>
-
-<p>Ptrarque crit l'un de ses amis: Avignon est
+et vos équipages? Parlerez-vous de pauvreté, vous si
+avides que tous les bénéfices du monde ne vous suffiraient
+pas? Que dirai-je de votre chasteté?... Vous
+haïssez les mendiants, vous leur fermez vos portes;
+et vos maisons sont ouvertes à des sycophantes et à
+des infâmes (<i lang="la" xml:lang="la">lenonibus et truffatoribus</i>).»</p>
+
+<p>La simonie était générale: les prêtres violaient presque
+partout la règle du célibat; ils vivaient avec des
+femmes perdues, des concubines et des chambrières;
+un abbé de Noréis avait dix-huit enfants. En Biscaye on
+ne voulait que des prêtres qui eussent des <em>commères</em>,
+c'est-à-dire des femmes supposées légitimes.</p>
+
+<p>Pétrarque écrit à l'un de ses amis: «Avignon est
devenu un enfer, la sentine de toutes les abominations.
<span class="pagenum"><a id="Page_79"> 79</a></span>
-Les maisons, les palais, les glises, les chaires
+Les maisons, les palais, les églises, les chaires
du pontife et des cardinaux, l'air et la terre, tout est
-imprgn de mensonge; on traite le monde futur, le
+imprégné de mensonge; on traite le monde futur, le
jugement dernier, les peines de l'enfer, les joies du paradis,
-de fables absurdes et puriles. Ptrarque cite
- l'appui de ses assertions des anecdotes scandaleuses
-sur les dbauches des cardinaux. Et lui-mme, abb
-chaste et fidle amant de Laure, tait entour de btards.</p>
+de fables absurdes et puériles.» Pétrarque cite
+à l'appui de ses assertions des anecdotes scandaleuses
+sur les débauches des cardinaux. Et lui-même, abbé
+chaste et fidèle amant de Laure, était entouré de bâtards.</p>
-<p>Dans un sermon prononc devant le pape en 1364,
+<p>Dans un sermon prononcé devant le pape en 1364,
le docteur Nicolas Oresme prouva que l'Antechrist ne
-tarderait pas paratre, par six raisons tires de la
-perte de la doctrine, de l'orgueil des prlats, de la
-tyrannie des chefs de l'glise, et de leur aversion pour
-la vrit.</p>
-
-<p>Les sirventes, qui n'pargnaient ni les papes, ni les
-rois, ni les nobles, ne mnageaient pas plus le clerg
-que les sermons: Dis donc, seigneur vque, tu ne
+tarderait pas à paraître, par six raisons tirées de la
+perte de la doctrine, de l'orgueil des prélats, de la
+tyrannie des chefs de l'Église, et de leur aversion pour
+la vérité.</p>
+
+<p>Les sirventes, qui n'épargnaient ni les papes, ni les
+rois, ni les nobles, ne ménageaient pas plus le clergé
+que les sermons: «Dis donc, seigneur évêque, tu ne
seras jamais sage qu'on ne t'ait rendu eunuque.&mdash;Ah!
-faux clerg, tratre, menteur, parjure, dbauch!
-saint Pierre n'eut jamais rentes, ni chteaux,
-ni domaines; jamais il ne pronona excommunication.
-Il y a des gens d'glise qui ne brillent que par leur
-magnificence, et qui marient leurs neveux les filles
-qu'ils ont eues de leur mie. (<span class="smcap">Raynouard</span>, <cite>Troubadours</cite>.)</p>
-
-<p>Une vile multitude, qui ne combattit jamais, enlve
+faux clergé, traître, menteur, parjure, débauché!
+saint Pierre n'eut jamais rentes, ni châteaux,
+ni domaines; jamais il ne prononça excommunication.
+Il y a des gens d'Église qui ne brillent que par leur
+magnificence, et qui marient à leurs neveux les filles
+qu'ils ont eues de leur mie.» (<span class="smcap">Raynouard</span>, <cite>Troubadours</cite>.)</p>
+
+<p>«Une vile multitude, qui ne combattit jamais, enlève
aux nobles leur tour et leur chastel: le bouc attaque
-le loup.&mdash;Notre vque vend une bire
-mille sous ses amis dcds.&mdash;C'est le pape
-qui rgne; il rampe aux pieds du monarque puissant,
-il accable le roi malheureux.</p>
+le loup.»&mdash;«Notre évêque vend une bière
+mille sous à ses amis décédés.»&mdash;«C'est le pape
+qui règne; il rampe aux pieds du monarque puissant,
+il accable le roi malheureux.»</p>
-<p>Toute la terre fodale se ressemblait; mmes censures
+<p>Toute la terre féodale se ressemblait; mêmes censures
en Angleterre:</p>
<p><span class="pagenum"><a id="Page_80"> 80</a></span>
-Auprs d'une abbaye se trouve un couvent de
-nonnes, au bord d'une rivire douce comme du lait.
-Aux jours d't, les jeunes nonnes remontent cette
-rivire en bateau; et quand elles sont loin de l'abbaye,
+«Auprès d'une abbaye se trouve un couvent de
+nonnes, au bord d'une rivière douce comme du lait.
+Aux jours d'été, les jeunes nonnes remontent cette
+rivière en bateau; et quand elles sont loin de l'abbaye,
le diable se met tout nu, se couche sur le rivage, et
-se prpare nager. Agile, il enlve les jeunes moines,
-et revient chercher les nonnes. Il enseigne celles-ci
-une oraison: le moine, bien dispos, aura douze
-femmes l'anne, et il deviendra bientt le pre
-abb. Je supprime de grossires obscnits en vieux
+se prépare à nager. Agile, il enlève les jeunes moines,
+et revient chercher les nonnes. Il enseigne à celles-ci
+une oraison: le moine, bien disposé, aura douze
+femmes à l'année, et il deviendra bientôt le père
+abbé.» Je supprime de grossières obscénités en vieux
anglais.</p>
<p>Le <cite>Credo</cite> de Pierre Laboureur (Piter Plowman) est
-une satire amre contre les moines mendiants:</p>
+une satire amère contre les moines mendiants:</p>
-<p>J'ai rencontr, assis sur un banc, un frre affreux;
-il tait gros comme un tonneau; son visage tait si
+<p>«J'ai rencontré, assis sur un banc, un frère affreux;
+il était gros comme un tonneau; son visage était si
plein, qu'il avait l'air d'une vessie remplie de vent,
-ou d'un sac suspendu ses deux joues et son menton.
-C'tait une vritable oie grasse, qui faisait remuer
-sa chair comme une boue tremblante.</p>
+ou d'un sac suspendu à ses deux joues et à son menton.
+C'était une véritable oie grasse, qui faisait remuer
+sa chair comme une boue tremblante.»</p>
-<p>Les chtelains et les chtelaines chantaient, aimaient,
+<p>Les châtelains et les châtelaines chantaient, aimaient,
se gaudissaient, et par moments ne croyaient pas
trop en Dieu. Le vicomte de Beaucaire menace son fils
-Aucassin de l'enfer, s'il ne se spare de Nicolette, sa
-mie. Le damoiseau rpond qu'il se soucie fort peu du
-paradis, rempli de moines fainants demi-nus, de vieux
-prtres crasseux et d'ermites en haillons. Il veut aller
-en enfer, o les grands rois, les paladins, les barons,
-tiennent leur cour plnire; il y trouvera de belles
-femmes qui ont aim des mnestriers et des jongleurs,
+Aucassin de l'enfer, s'il ne se sépare de Nicolette, sa
+mie. Le damoiseau répond qu'il se soucie fort peu du
+paradis, rempli de moines fainéants demi-nus, de vieux
+prêtres crasseux et d'ermites en haillons. Il veut aller
+en enfer, où les grands rois, les paladins, les barons,
+tiennent leur cour plénière; il y trouvera de belles
+femmes qui ont aimé des ménestriers et des jongleurs,
amis du vin et de la joie. (<span class="smcap">Le Grand d'Aussy</span>, <span class="smcap">Raynouard</span>;
<cite>Hist. de Phil.-Auguste</cite>, <span class="smcap">Capefigue</span>, etc.)</p>
-<p>On voit un comte d'Armagnac, Jean V, pouser publiquement
-sa s&oelig;ur, et vivre avec elle dans son chteau,
+<p>On voit un comte d'Armagnac, Jean V, épouser publiquement
+sa s&oelig;ur, et vivre avec elle dans son château,
en tout honneur de baronnage.</p>
<p><span class="pagenum"><a id="Page_81"> 81</a></span>
-Ces nobles de la gaie science n'taient pas toujours si
+Ces nobles de la gaie science n'étaient pas toujours si
courtois et si damoiseaux qu'ils ne se transformassent
-en brigands sur les grands chemins et dans les forts.
-Les bourgeois de Laon appelrent leur secours Thomas
-de Coucy, seigneur du chteau de Marne. Thomas, tout
-jeune encore, pillait les pauvres et les plerins qui se
-rendaient Jrusalem, et qui revenaient de la Terre
+en brigands sur les grands chemins et dans les forêts.
+Les bourgeois de Laon appelèrent à leur secours Thomas
+de Coucy, seigneur du château de Marne. Thomas, tout
+jeune encore, pillait les pauvres et les pèlerins qui se
+rendaient à Jérusalem, et qui revenaient de la Terre
Sainte. Afin d'obtenir de l'argent de ces captifs, il les
pendait par les pouces, et leur mettait de grosses-pierres
-sur les paules pour ajouter leur pesanteur naturelle;
+sur les épaules pour ajouter à leur pesanteur naturelle;
il se promenait en dessous de ces gibets vivants, et
-achevait coups de bton les victimes qui ne possdaient
+achevait à coups de bâton les victimes qui ne possédaient
rien ou qui refusaient de payer. Ayant un jour
-jet un lpreux au fond d'un cachot, le nouveau Cacus
-fut assig dans son antre par tous les lpreux de la
-contre<a name="FNanchor_66" id="FNanchor_66" href="#Footnote_66" class="fnanchor">&nbsp;[66]</a>.</p>
-
-<p>Un seigneur de Tournemine, assign dans son manoir
-d'Auvergne par un huissier appel <em>Loup</em>, lui fit
-couper le poing, disant que jamais loup ne s'tait prsent
- son chteau sans qu'il n'et laiss sa patte cloue
- la porte.</p>
-
-<p>Regnault de Pressigny, seigneur de Marans prs de
-La Rochelle, ranonneur de bourgeois, voleur de grands
-chemins, dtrousseur de passants, se plaisait crever
-un &oelig;il et arracher la barbe tout moine traversant
+jeté un lépreux au fond d'un cachot, le nouveau Cacus
+fut assiégé dans son antre par tous les lépreux de la
+contrée<a name="FNanchor_66" id="FNanchor_66" href="#Footnote_66" class="fnanchor">&nbsp;[66]</a>.</p>
+
+<p>Un seigneur de Tournemine, assigné dans son manoir
+d'Auvergne par un huissier appelé <em>Loup</em>, lui fit
+couper le poing, disant que jamais loup ne s'était présenté
+à son château sans qu'il n'eût laissé sa patte clouée
+à la porte.</p>
+
+<p>Regnault de Pressigny, seigneur de Marans près de
+La Rochelle, rançonneur de bourgeois, voleur de grands
+chemins, détrousseur de passants, se plaisait à crever
+un &oelig;il et à arracher la barbe à tout moine traversant
les terres de sa seigneurie. Quand il envoyait au supplice
les malheureux qui refusaient de se racheter, et
-que ceux-ci en appelaient la justice du roi, Pressigny,
-qui apparemment savait le latin, leur rpondait, en
-quivoquant sur les mots, qu'ils se plaignaient tort
-de ne pas mourir dans les rgles; qu'ils mouraient <i lang="la" xml:lang="la">jure
+que ceux-ci en appelaient à la justice du roi, Pressigny,
+qui apparemment savait le latin, leur répondait, en
+équivoquant sur les mots, qu'ils se plaignaient à tort
+de ne pas mourir dans les règles; qu'ils mouraient <i lang="la" xml:lang="la">jure
aut injuria</i>.</p>
<p><span class="pagenum"><a id="Page_82"> 82</a></span>
-Le moyen ge offre un tableau bizarre, qui semble
-tre le produit d'une imagination puissante, mais drgle.
-Dans l'antiquit, chaque nation sort pour ainsi
-dire de sa propre source; un esprit primitif, qui pntre
-tout et se fait sentir partout, rend homognes les institutions
-et les m&oelig;urs. La socit du moyen ge tait compose
-des dbris de mille autres socits: la civilisation
-romaine, le paganisme mme, y avaient laiss des
-traces; la religion chrtienne y apportait ses croyances
-et ses solennits; les barbares franks, goths, bourguignons,
+Le moyen âge offre un tableau bizarre, qui semble
+être le produit d'une imagination puissante, mais déréglée.
+Dans l'antiquité, chaque nation sort pour ainsi
+dire de sa propre source; un esprit primitif, qui pénètre
+tout et se fait sentir partout, rend homogènes les institutions
+et les m&oelig;urs. La société du moyen âge était composée
+des débris de mille autres sociétés: la civilisation
+romaine, le paganisme même, y avaient laissé des
+traces; la religion chrétienne y apportait ses croyances
+et ses solennités; les barbares franks, goths, bourguignons,
anglo-saxons, danois, normands, retenaient les
-usages et le caractre propres leurs races. Tous les
-genres de proprit se mlaient, toutes les espces de
+usages et le caractère propres à leurs races. Tous les
+genres de propriété se mêlaient, toutes les espèces de
lois se confondaient: l'aleu, le fief, la mainmortable,
le Code, le Digeste, les lois salique, gombette, wisigothe,
-le droit coutumier. Toutes les formes de libert
-et de servitude se rencontraient: la libert monarchique
-du roi, la libert aristocratique du noble, la
-libert individuelle du prtre, la libert collective des
-communes, la libert privilgie des villes, de la magistrature,
-des corps de mtiers et des marchands; la
-libert reprsentative de la nation; l'esclavage romain,
-le servage barbare, la servitude de l'aubain. De l ces
-spectacles incohrents, ces usages qui se paraissent
+le droit coutumier. Toutes les formes de liberté
+et de servitude se rencontraient: la liberté monarchique
+du roi, la liberté aristocratique du noble, la
+liberté individuelle du prêtre, la liberté collective des
+communes, la liberté privilégiée des villes, de la magistrature,
+des corps de métiers et des marchands; la
+liberté représentative de la nation; l'esclavage romain,
+le servage barbare, la servitude de l'aubain. De là ces
+spectacles incohérents, ces usages qui se paraissent
contredire, qui ne se tiennent que par le lien de la religion.
On dirait des peuples divers n'ayant aucun rapport
-les uns avec les autres, tant seulement convenus de
-vivre sous un commun matre autour d'un mme autel.</p>
+les uns avec les autres, étant seulement convenus de
+vivre sous un commun maître autour d'un même autel.</p>
-<p>Jusque dans son apparence extrieure, la France offrait
+<p>Jusque dans son apparence extérieure, la France offrait
alors un tableau plus pittoresque et plus national
-qu'elle ne le prsente aujourd'hui. Aux monuments ns
-de notre religion et de nos m&oelig;urs, nous avons substitu,
-par une dplorable affectation de l'architecture btarde
+qu'elle ne le présente aujourd'hui. Aux monuments nés
+de notre religion et de nos m&oelig;urs, nous avons substitué,
+par une déplorable affectation de l'architecture bâtarde
romaine, des monuments qui ne sont ni en harmonie
<span class="pagenum"><a id="Page_83"> 83</a></span>
-avec notre ciel ni appropris nos besoins; froide
-et servile copie, laquelle a port le mensonge dans nos
-arts, comme le calque de la littrature latine a dtruit
-dans notre littrature l'originalit du gnie frank. Ce
-n'tait pas ainsi qu'imitait le moyen ge; les esprits de
-ce temps-l admiraient aussi les Grecs et les Romains,
-ils recherchaient et tudiaient leurs ouvrages; mais,
-au lieu de s'en laisser dominer, ils les matrisaient,
-les faonnaient leur guise, les rendaient franais, et
-ajoutaient leur beaut par cette mtamorphose pleine
-de cration et d'indpendance.</p>
-
-<p>Les premires glises chrtiennes dans l'Occident ne
-furent que des temples retourns: le culte paen tait
-extrieur, la dcoration du temple fut extrieure; le
-culte chrtien tait intrieur, la dcoration de l'glise
-fut intrieure. Les colonnes passrent du dehors au dedans
-de l'difice, comme dans les basiliques, o se tinrent
-les assembles des fidles quand ils sortirent des
-cryptes et des catacombes. Les proportions de l'glise
-surpassrent en tendue celles du temple, parce que la
-foule chrtienne s'entassait sous la vote de l'glise, et
-que la foule paenne tait rpandue sous le pristyle du
-temple. Mais lorsque les chrtiens devinrent les matres,
-ils changrent cette conomie, et ornrent aussi du ct
-du paysage et du ciel leurs difices.</p>
-
-<p>L'architecture nogrecque, par une mme mancipation
+avec notre ciel ni appropriés à nos besoins; froide
+et servile copie, laquelle a porté le mensonge dans nos
+arts, comme le calque de la littérature latine a détruit
+dans notre littérature l'originalité du génie frank. Ce
+n'était pas ainsi qu'imitait le moyen âge; les esprits de
+ce temps-là admiraient aussi les Grecs et les Romains,
+ils recherchaient et étudiaient leurs ouvrages; mais,
+au lieu de s'en laisser dominer, ils les maîtrisaient,
+les façonnaient à leur guise, les rendaient français, et
+ajoutaient à leur beauté par cette métamorphose pleine
+de création et d'indépendance.</p>
+
+<p>Les premières églises chrétiennes dans l'Occident ne
+furent que des temples retournés: le culte païen était
+extérieur, la décoration du temple fut extérieure; le
+culte chrétien était intérieur, la décoration de l'église
+fut intérieure. Les colonnes passèrent du dehors au dedans
+de l'édifice, comme dans les basiliques, où se tinrent
+les assemblées des fidèles quand ils sortirent des
+cryptes et des catacombes. Les proportions de l'église
+surpassèrent en étendue celles du temple, parce que la
+foule chrétienne s'entassait sous la voûte de l'église, et
+que la foule païenne était répandue sous le péristyle du
+temple. Mais lorsque les chrétiens devinrent les maîtres,
+ils changèrent cette économie, et ornèrent aussi du côté
+du paysage et du ciel leurs édifices.</p>
+
+<p>L'architecture néogrecque, par une même émancipation
de l'esprit humain, se montra en Orient avec le
-noplatonisme; il tait naturel que les arts suivissent
-les ides, et surtout les ides religieuses, auxquelles ils
-sont appliqus de prfrence chez les peuples. Les premiers
-essais, ou plutt les premiers jeux de cette architecture,
-se firent remarquer dans les temples de Daphn,
-de Balbek et de Palmyre: elle se dveloppa en
-Syrie dans les monuments de sainte Hlne; elle devenait
+néoplatonisme; il était naturel que les arts suivissent
+les idées, et surtout les idées religieuses, auxquelles ils
+sont appliqués de préférence chez les peuples. Les premiers
+essais, ou plutôt les premiers jeux de cette architecture,
+se firent remarquer dans les temples de Daphné,
+de Balbek et de Palmyre: elle se développa en
+Syrie dans les monuments de sainte Hélène; elle devenait
<span class="pagenum"><a id="Page_84"> 84</a></span>
-chrtienne Jrusalem, l'poque o le noplatonisme
-devenait chrtien au concile de Nice. Justinien
-la fit rgner en btissant sur les fondements de la
+chrétienne à Jérusalem, à l'époque où le néoplatonisme
+devenait chrétien au concile de Nicée. Justinien
+la fit régner en bâtissant sur les fondements de la
Sainte-Sophie romaine de Constance la Sainte-Sophie
-nogrecque d'Isidore de Milet. De l elle passa en Italie,
-et dploya son art dans l'glise octogone de Saint-Vital
- Ravenne: Charlemagne, au huitime sicle, reproduisit
-ce mouvement agrandi Aix-la-Chapelle. Il
+néogrecque d'Isidore de Milet. De là elle passa en Italie,
+et déploya son art dans l'église octogone de Saint-Vital
+à Ravenne: Charlemagne, au huitième siècle, reproduisit
+ce mouvement agrandi à Aix-la-Chapelle. «Il
edifia eglises et abbayes en divers lieux, en l'honneur
de Dieu et au proufit de son ame. Aucunes en
-commena et aucunes en parfit. Entre les autres fonda
+commença et aucunes en parfit. Entre les autres fonda
l'eglise de Aix-la-Chapelle, d'&oelig;uvre merveilleuse, en
l'honneur de Nostre-Dame Sainte-Marie... Divers palais
-commena en divers lieux, d'&oelig;uvre cousteuse:
-un en fit auprs de la cit de Mayence, de lez une
-ville qui a nom Ingelheim; un autre en la cit, sur
+commença en divers lieux, d'&oelig;uvre cousteuse:
+un en fit auprès de la cité de Mayence, de lez une
+ville qui a nom Ingelheim; un autre en la cité, sur
le fleuve de Vahalam. Si commanda dans tout son
-royaume, tous les evesques et tous ceux qui
+royaume, à tous les evesques et à tous ceux à qui
les cures appartenoient, que toutes les eglises et toutes
les abbayes qui estoient dechues par vieillesse fussent
-refaictes et restaures: et pour ce que cette chose ne
+refaictes et restaurées: et pour ce que cette chose ne
fust mise en nonchaloir, il leur mandoit expressement
-par ses messages qu'ils accomplissent ses commandements.</p>
+par ses messages qu'ils accomplissent ses commandements.»</p>
-<p>Trois sicles plus tard, l'architectonique nouvelle
-aborda une seconde fois aux rivages latins, et annona
-son retour par l'dification de la cathdrale de Pise. Il
+<p>Trois siècles plus tard, l'architectonique nouvelle
+aborda une seconde fois aux rivages latins, et annonça
+son retour par l'édification de la cathédrale de Pise. Il
y a des erreurs que la voix populaire consacre, et auxquelles
-la science est oblige de se soumettre: le nogrec,
-en Italie, fut appel l'<em>architecture lombarde</em>, et
+la science est obligée de se soumettre: le néogrec,
+en Italie, fut appelé l'<em>architecture lombarde</em>, et
en France, l'<em>architecture gothique</em>; et ni les Lombards
-ni les Goths n'y avaient mis la main; Thodoric mme
-se contenta d'imiter ou de rparer les masses du Forum
+ni les Goths n'y avaient mis la main; Théodoric même
+se contenta d'imiter ou de réparer les masses du Forum
et du Champ de Mars.</p>
<p><span class="pagenum"><a id="Page_85"> 85</a></span>
-Tandis que l'architecture nogrecque, infidle au
-Parthnon abandonn, s'emparait des difices chrtiens,
-elle envahissait aussi les difices mahomtans. Les
-Arabes l'<em>orientalisrent</em> pour le calife Aroun et les <cite>Mille
-et une Nuits</cite>; ils l'emmenrent avec eux dans leurs
-conqutes; elle arriva de la mosque du Kaire en
-gypte celle de Cordoue en Espagne, peu prs au
-moment o les exarques de Ravenne l'introduisaient en
-Italie. Ainsi la pune de l'Ionie parut dans l'Europe
-occidentale, portant d'une main l'tendard du prophte,
-et de l'autre celui du Christ: l'Alhambrah
-Grenade, et Saint-Marc Venise, tmoignent de son
+Tandis que l'architecture néogrecque, infidèle au
+Parthénon abandonné, s'emparait des édifices chrétiens,
+elle envahissait aussi les édifices mahométans. Les
+Arabes l'<em>orientalisèrent</em> pour le calife Aroun et les <cite>Mille
+et une Nuits</cite>; ils l'emmenèrent avec eux dans leurs
+conquêtes; elle arriva de la mosquée du Kaire en
+Égypte à celle de Cordoue en Espagne, à peu près au
+moment où les exarques de Ravenne l'introduisaient en
+Italie. Ainsi la puînée de l'Ionie parut dans l'Europe
+occidentale, portant d'une main l'étendard du prophète,
+et de l'autre celui du Christ: l'Alhambrah à
+Grenade, et Saint-Marc à Venise, témoignent de son
inconstance et des merveilles de ses caprices. Plus d'ordres
-distincts, plus d'architraves ou architraves brises:
+distincts, plus d'architraves ou architraves brisées:
au lieu de portique, un portail; au lieu de fronton,
-une faade; au lieu de frise, de corniche et
+une façade; au lieu de frise, de corniche et
d'entablement, une balustrade.</p>
-<p>Enfin, avec le treizime sicle rayonna cette architecture
- ogives, qui se plut surtout dans les pays de la
-domination franke, saxonne et germanique; au del
-des Pyrnes et des Alpes, elle rencontra les prjugs
+<p>Enfin, avec le treizième siècle rayonna cette architecture
+à ogives, qui se plut surtout dans les pays de la
+domination franke, saxonne et germanique; au delà
+des Pyrénées et des Alpes, elle rencontra les préjugés
et les chefs-d'&oelig;uvre de l'architecture mozarabique, du
-style btard romain, et du primitif dorique de la Grande
-Grce. L'architecture ogives fut une conqute des
+style bâtard romain, et du primitif dorique de la Grande
+Grèce. L'architecture à ogives fut une conquête des
croisades de Philippe-Auguste et de saint Louis.</p>
-<p>A la colonnette courte, aux grosses colonnes chapiteaux
-historis, succdrent les minces et longues colonnes
-en faisceaux, ramifies leurs sommets, s'panouissant
-en fuses, projetant dans les airs leurs
-dlicates nervures, qui devenaient comme la fragile
+<p>A la colonnette écourtée, aux grosses colonnes à chapiteaux
+historiés, succédèrent les minces et longues colonnes
+en faisceaux, ramifiées à leurs sommets, s'épanouissant
+en fusées, projetant dans les airs leurs
+délicates nervures, qui devenaient comme la fragile
charpente des combles. Au plein cintre des arches, aux
-voussures en anse de panier, se substiturent les ogives,
-arceaux en forme d'arte, dont l'origine est peut-tre
-persane, et le patron la feuille du mrier indien, si
+voussures en anse de panier, se substituèrent les ogives,
+arceaux en forme d'arête, dont l'origine est peut-être
+persane, et le patron la feuille du mûrier indien, si
<span class="pagenum"><a id="Page_86"> 86</a></span>
-toutefois l'ogive n'est pas le simple trac d'un crayon
-facile. L'ogive ne se spare pas tellement du nogrec
+toutefois l'ogive n'est pas le simple tracé d'un crayon
+facile. L'ogive ne se sépare pas tellement du néogrec
qu'on ne l'y retrouve comme cent autres traits.</p>
-<p>Le cercle, figure gomtrique rigoureuse, ne laisse
-rien l'arbitraire; l'ellipse, courbe flexible, se renfle
-ou se redresse au gr de celui qui l'emploie: l'ogive,
+<p>Le cercle, figure géométrique rigoureuse, ne laisse
+rien à l'arbitraire; l'ellipse, courbe flexible, se renfle
+ou se redresse au gré de celui qui l'emploie: l'ogive,
dont le foyer n'est que la rencontre des deux ellipses
-d'un triangle curviligne, se pouvait donc largir et rtrcir
-depuis le plus court diamtre jusqu'au diamtre
-le plus long; proprit qui laissait un jeu immense au
-got de l'artiste, et qui explique la varit du gothique.
-Pas un seul monument dans cet ordre ne ressemble
-l'autre, et dans chaque monument aucun dtail n'est
-invinciblement symtrique; l'ornement mme est quelquefois
-calcul pour ne pas produire son effet naturel:
-de petites figures loges dans des niches, ou dans les
-moulures concentriques des portes, y sont arranges de
-manire qu'on les prendrait pour des arabesques, des
+d'un triangle curviligne, se pouvait donc élargir et rétrécir
+depuis le plus court diamètre jusqu'au diamètre
+le plus long; propriété qui laissait un jeu immense au
+goût de l'artiste, et qui explique la variété du gothique.
+Pas un seul monument dans cet ordre ne ressemble à
+l'autre, et dans chaque monument aucun détail n'est
+invinciblement symétrique; l'ornement même est quelquefois
+calculé pour ne pas produire son effet naturel:
+de petites figures logées dans des niches, ou dans les
+moulures concentriques des portes, y sont arrangées de
+manière qu'on les prendrait pour des arabesques, des
volutes, des enroulements, des astragales, et non pour
des dispositions de la statuaire.</p>
<p>En imitant les constructions sarrasines, les architectes
-chrtiens les exhaussrent et les dilatrent; ils plantrent
-mosques sur mosques, colonnes sur colonnes,
-galeries sur galeries; ils attachrent des ailes aux deux
-cts du ch&oelig;ur, et des chapelles aux ailes. Partout la
-ligne spirale remplaa la ligne droite; au lieu du toit
-plat ou bomb, se creusa une vote troite ferme en
-cercueil ou en carne de vaisseau; les tours ouvrages
-dpassrent en hauteur les minarets.</p>
-
-<p>La chrtient levait frais communs, au moyen des
-qutes et des aumnes, ces cathdrales dont, chaque
-tat en particulier n'tait pas assez riche pour payer la
-main d'&oelig;uvre, et dont aucune n'est acheve. Dans ces
-vastes et mystrieux difices se gravaient en relief ou en
+chrétiens les exhaussèrent et les dilatèrent; ils plantèrent
+mosquées sur mosquées, colonnes sur colonnes,
+galeries sur galeries; ils attachèrent des ailes aux deux
+côtés du ch&oelig;ur, et des chapelles aux ailes. Partout la
+ligne spirale remplaça la ligne droite; au lieu du toit
+plat ou bombé, se creusa une voûte étroite fermée en
+cercueil ou en carène de vaisseau; les tours ouvragées
+dépassèrent en hauteur les minarets.</p>
+
+<p>La chrétienté élevait à frais communs, au moyen des
+quêtes et des aumônes, ces cathédrales dont, chaque
+État en particulier n'était pas assez riche pour payer la
+main d'&oelig;uvre, et dont aucune n'est achevée. Dans ces
+vastes et mystérieux édifices se gravaient en relief ou en
<span class="pagenum"><a id="Page_87"> 87</a></span>
-creux, comme avec un emporte-pice, les parures de
-l'autel, les monogrammes sacrs, les vtements et les
-choses l'usage des ministres: les bannires, les croix
+creux, comme avec un emporte-pièce, les parures de
+l'autel, les monogrammes sacrés, les vêtements et les
+choses à l'usage des ministres: les bannières, les croix
de divers agencements, les calices, les ostensoirs, les
dais, les chapes, les capuchons, les crosses, les mitres,
dont les formes se retrouvent dans le gothique, conservaient
les symboles du culte, en produisant des effets d'art
-inattendus; assez souvent les gouttires taient tailles
-en figures de dmons obscnes ou de moines vomissants.
-Cette architecture du moyen ge offrait un mlange
+inattendus; assez souvent les gouttières étaient taillées
+en figures de démons obscènes ou de moines vomissants.
+Cette architecture du moyen âge offrait un mélange
du tragique et du bouffon, du gigantesque et du
-gracieux, comme les pomes et les romans de la mme
-poque.</p>
+gracieux, comme les poëmes et les romans de la même
+époque.</p>
<p>Les plantes de notre sol, les arbres de nos bois, le
-trfle et le chne, dcoraient aussi les glises, de mme
+trèfle et le chêne, décoraient aussi les églises, de même
que l'acanthe et le palmier avaient embelli les temples
-du pays et du sicle de Pricls. Au dedans une cathdrale
-tait une fort, un labyrinthe dont les mille arcades,
- chaque mouvement du spectateur, s'intersectaient,
-se sparaient, s'enlaaient de nouveau en chiffres,
-en cerceaux, en mandres; cette fort tait claire
-par des rosaces jour incrustes de vitraux peints, qui
-ressemblaient des soleils brillants de mille couleurs
-sous la feuille: en dehors, cette mme cathdrale
-avait l'air d'un monument auquel on aurait laiss sa
-cage, ses arcs-boutants et ses chafauds; et, afin que
-les appuis de la nef arienne n'en dparassent pas la
-structure, le ciseau les avait taillads: on n'y voyait
+du pays et du siècle de Périclès. Au dedans une cathédrale
+était une forêt, un labyrinthe dont les mille arcades,
+à chaque mouvement du spectateur, s'intersectaient,
+se séparaient, s'enlaçaient de nouveau en chiffres,
+en cerceaux, en méandres; cette forêt était éclairée
+par des rosaces à jour incrustées de vitraux peints, qui
+ressemblaient à des soleils brillants de mille couleurs
+sous la feuillée: en dehors, cette même cathédrale
+avait l'air d'un monument auquel on aurait laissé sa
+cage, ses arcs-boutants et ses échafauds; et, afin que
+les appuis de la nef aérienne n'en déparassent pas la
+structure, le ciseau les avait tailladés: on n'y voyait
plus que des arches de pont, des pyramides, des aiguilles
et des statues.</p>
-<p>Les ornements qui n'adhraient pas l'difice se mariaient
- son style: les tombeaux taient de forme gothique;
-et la basilique, qui s'levait comme un grand
-catafalque au-dessus d'eux, semblait s'tre moule sur
+<p>Les ornements qui n'adhéraient pas à l'édifice se mariaient
+à son style: les tombeaux étaient de forme gothique;
+et la basilique, qui s'élevait comme un grand
+catafalque au-dessus d'eux, semblait s'être moulée sur
<span class="pagenum"><a id="Page_88"> 88</a></span>
-leur forme. On admire encore Auch un de ces ch&oelig;urs
-en bois de chne si communs dans les abbayes, et qui
-rptaient les ornements de l'architecture. Tous les arts
-du dessin participaient de ce got fleuri et composite:
-sur les murs et sur les vitraux taient peints des paysages,
-des scnes de la religion et de l'histoire nationale.</p>
-
-<p>Dans les chteaux, les armoiries colories, encadres
+leur forme. On admire encore à Auch un de ces ch&oelig;urs
+en bois de chêne si communs dans les abbayes, et qui
+répétaient les ornements de l'architecture. Tous les arts
+du dessin participaient de ce goût fleuri et composite:
+sur les murs et sur les vitraux étaient peints des paysages,
+des scènes de la religion et de l'histoire nationale.</p>
+
+<p>Dans les châteaux, les armoiries coloriées, encadrées
dans des losanges d'or, formaient des plafonds semblables
- ceux des beaux palais du <i lang="it" xml:lang="it">cinque cento</i> de l'Italie.
-L'criture mme tait dessine; l'hiroglyphe germanique,
-substitu au jambage rectiligne romain, s'harmoniait
-avec les cussons et les pierres spulcrales. Les
-tours isoles qui servaient de vedettes sur les hauteurs;
-les donjons enserrs dans les bois, ou suspendus sur la
+à ceux des beaux palais du <i lang="it" xml:lang="it">cinque cento</i> de l'Italie.
+L'écriture même était dessinée; l'hiéroglyphe germanique,
+substitué au jambage rectiligne romain, s'harmoniait
+avec les écussons et les pierres sépulcrales. Les
+tours isolées qui servaient de vedettes sur les hauteurs;
+les donjons enserrés dans les bois, ou suspendus sur la
cime des rochers comme l'aire des vautours; les ponts
-pointus et troits jets hardiment sur les torrents; les
-villes fortifies que l'on rencontrait chaque pas, et
-dont les crneaux taient la fois des remparts et des
+pointus et étroits jetés hardiment sur les torrents; les
+villes fortifiées que l'on rencontrait à chaque pas, et
+dont les créneaux étaient à la fois des remparts et des
ornements; les chapelles, les oratoires, les ermitages
-placs dans les lieux les plus pittoresques au bord des
-chemins et des eaux; les beffrois, les flches des paroisses
-de campagne, les abbayes, les monastres, les
-cathdrales; tous ces difices que nous ne voyons plus
-qu'en petit nombre, et dont le temps a noirci, obstru,
-bris les dentelles; tous ces difices avaient alors l'clat
+placés dans les lieux les plus pittoresques au bord des
+chemins et des eaux; les beffrois, les flèches des paroisses
+de campagne, les abbayes, les monastères, les
+cathédrales; tous ces édifices que nous ne voyons plus
+qu'en petit nombre, et dont le temps a noirci, obstrué,
+brisé les dentelles; tous ces édifices avaient alors l'éclat
de la jeunesse; ils sortaient des mains de l'ouvrier;
l'&oelig;il, dans la blancheur de leurs pierres, ne perdait
-rien de la lgret de leurs dtails, de l'lgance de leurs
-rseaux, la varit de leurs guillochis, de leurs gravures,
-de leurs ciselures, de leurs dcoupures, et de toutes les
-fantaisies d'une imagination libre et inpuisable.</p>
+rien de la légèreté de leurs détails, de l'élégance de leurs
+réseaux, la variété de leurs guillochis, de leurs gravures,
+de leurs ciselures, de leurs découpures, et de toutes les
+fantaisies d'une imagination libre et inépuisable.</p>
-<p>Veut-on savoir quel point la France tait couverte
+<p>Veut-on savoir à quel point la France était couverte
de ces monuments? Les treize volumes de la <cite>Gallia christiana</cite>,
-qui n'est pas acheve, donnent mille cinq cents
+qui n'est pas achevée, donnent mille cinq cents
<span class="pagenum"><a id="Page_89"> 89</a></span>
-abbayes ou fondations monastiques. Le pouill gnral
+abbayes ou fondations monastiques. Le pouillé général
fournit un total de trente mille quatre cent dix-neuf
cures, dix-huit mille cinq cent trente-sept chapelles,
-quatre cent vingt chapitres ayant glise, deux mille
-huit cent soixante-douze prieurs, neuf-cent trente-et-une
-maladreries; et le pouill est fort incomplet. Jacques
+quatre cent vingt chapitres ayant église, deux mille
+huit cent soixante-douze prieurés, neuf-cent trente-et-une
+maladreries; et le pouillé est fort incomplet. Jacques
C&oelig;ur comptait dix-sept cent mille clochers en
-France, et la <cite>Satire Mnippe</cite> reproduit le mme calcul.</p>
+France, et la <cite>Satire Ménippée</cite> reproduit le même calcul.</p>
-<p>Ce n'est pas trop de donner un chteau, chastel, ou
-chastillon, par douze clochers. Tout seigneur qui possdait
-trois chtellenies et une <em>ville close</em> avait droit de
+<p>Ce n'est pas trop de donner un château, chastel, ou
+chastillon, par douze clochers. Tout seigneur qui possédait
+trois châtellenies et une <em>ville close</em> avait droit de
justice: or on comptait en France soixante-dix mille
-fiefs ou arrire-fiefs, dont trois mille taient titrs.
+fiefs ou arrière-fiefs, dont trois mille étaient titrés.
Une moyenne proportionnelle fournit, sur ces soixante-dix
mille fiefs, sept mille justices hautes ou basses, et
-suppose par consquent sept mille <em>villes closes</em> ou fortifies;
+suppose par conséquent sept mille <em>villes closes</em> ou fortifiées;
somme totale approximative des monuments
-(tant glises que chapelles, villes, chteaux, etc.), un
+(tant églises que chapelles, villes, châteaux, etc.), un
million huit cent soixante-douze mille neuf cent vingt-six,
-sans parler des basiliques, des monastres renferms
-dans les cits, des palais royaux et piscopaux,
-des htels de ville, des halles publiques, des ponts,
-des fontaines, des amphithtres, aqueducs et temples
+sans parler des basiliques, des monastères renfermés
+dans les cités, des palais royaux et épiscopaux,
+des hôtels de ville, des halles publiques, des ponts,
+des fontaines, des amphithéâtres, aqueducs et temples
romains encore existants dans le midi de la France.
-Voil, certes, un sol bien autrement orn qu'il ne l'est
+Voilà, certes, un sol bien autrement orné qu'il ne l'est
aujourd'hui. L'architecture religieuse, civile et militaire
gothique, pyramidait, et attirait de loin les yeux; la
moderne architecture civile et la nouvelle architecture
-militaire, approprie aux nouvelles armes, ont tout
-ras: nos monuments se sont abaisss et nivels comme
+militaire, appropriée aux nouvelles armes, ont tout
+rasé: nos monuments se sont abaissés et nivelés comme
nos rangs.</p>
-<p>Notre temps laissera-t-il des tmoins aussi multiplis
-de son passage que le temps de nos pres? Qui btirait
-maintenant des glises et des palais dans tous les coins
+<p>Notre temps laissera-t-il des témoins aussi multipliés
+de son passage que le temps de nos pères? Qui bâtirait
+maintenant des églises et des palais dans tous les coins
<span class="pagenum"><a id="Page_90"> 90</a></span>
-de la France? Nous n'avons plus la royaut de race,
-l'aristocratie hrditaire, les grands corps civils et marchands,
-la grande proprit territoriale, et la foi qui
-a remu tant de pierres. Une libert d'industrie et de
-raison ne peut lever que des bourses, des magasins,
-des manufactures, des bazars, des cafs, des guinguettes;
-dans les villes, des maisons conomiques; dans
-les campagnes, des chaumires; et partout, de petits
-tombeaux. Dans cinq ou six sicles, lorsque la religion
+de la France? Nous n'avons plus la royauté de race,
+l'aristocratie héréditaire, les grands corps civils et marchands,
+la grande propriété territoriale, et la foi qui
+a remué tant de pierres. Une liberté d'industrie et de
+raison ne peut élever que des bourses, des magasins,
+des manufactures, des bazars, des cafés, des guinguettes;
+dans les villes, des maisons économiques; dans
+les campagnes, des chaumières; et partout, de petits
+tombeaux. Dans cinq ou six siècles, lorsque la religion
et la philosophie solderont leurs comptes, lorsqu'elles
supputeront les jours qui leur auront appartenu, que
-l'une et l'autre dresseront le pouill de leurs ruines,
-de quel ct sera la plus large part de vie coule, la
+l'une et l'autre dresseront le pouillé de leurs ruines,
+de quel côté sera la plus large part de vie écoulée, la
plus grosse somme de souvenirs?</p>
-<p>La population en mouvement autour des difices du
-moyen ge est dcrite dans les chroniques et peinte
-dans les vignettes; elle galait presque la population
-d'aujourd'hui. J'estime, d'aprs des calculs dont je ne
-puis insrer les preuves dans une analyse, que la surface
-du sol franais, tel qu'il existe maintenant, tait
+<p>La population en mouvement autour des édifices du
+moyen âge est décrite dans les chroniques et peinte
+dans les vignettes; elle égalait presque la population
+d'aujourd'hui. J'estime, d'après des calculs dont je ne
+puis insérer les preuves dans une analyse, que la surface
+du sol français, tel qu'il existe maintenant, était
couverte par vingt-cinq millions d'hommes: ce chiffre
-se dduit des rles de l'impt, de la leve des hommes
+se déduit des rôles de l'impôt, de la levée des hommes
d'armes, du recensement des habitants des villes, et du
-dnombrement des masses communales quand elles
-taient appeles sous leurs bannires.</p>
+dénombrement des masses communales quand elles
+étaient appelées sous leurs bannières.</p>
-<p>Le pays tait riche et bien cultiv; c'est ce que dmontrent
-l'immensit et la varit des taxes royales et
-seigneuriales que j'ai sommairement indiques.</p>
+<p>Le pays était riche et bien cultivé; c'est ce que démontrent
+l'immensité et la variété des taxes royales et
+seigneuriales que j'ai sommairement indiquées.</p>
-<p>Lorsque douard III, aprs avoir rendu hommage
-Philippe de Valois, retourna en Angleterre, la reine
-Philippe de Hainaut le reut, disent les chroniques,
+<p>Lorsque Édouard III, après avoir rendu hommage à
+Philippe de Valois, retourna en Angleterre, «la reine
+Philippe de Hainaut le reçut, disent les chroniques,
moult joyeusement, et lui demanda des nouvelles du
roi Philippe son oncle, et de son grand lignage de
France: le roi son mari lui en recorda assez, et du
<span class="pagenum"><a id="Page_91"> 91</a></span>
-grand estat qu'il avoit trouv, et des honneurs qui
+grand estat qu'il avoit trouvé, et des honneurs qui
estoient en France, auxquels de faire, ni de l'entreprendre
- faire, nul autre pays ne s'accomparaige.
+à faire, nul autre pays ne s'accomparaige.»
Il est certain que la guerre, quand elle n'extermine
pas totalement les peuples, les multiplie: elle
influe sur les institutions plus que sur les hommes: la
-fodalit, qui dut sa naissance et son pouvoir la guerre,
-fut renverse par elle sous le rgne de Philippe de Valois,
+féodalité, qui dut sa naissance et son pouvoir à la guerre,
+fut renversée par elle sous le règne de Philippe de Valois,
du roi Jean, de Charles V, de Charles VI et de
Charles VII.</p>
-<p>Les diverses classes de la socit et les diffrentes
-provinces, dans le moyen ge, se distinguaient les unes
+<p>Les diverses classes de la société et les différentes
+provinces, dans le moyen âge, se distinguaient les unes
par la forme des habits, les autres par des modes locales:
les populations n'avaient pas cet aspect uniforme
-qu'une mme manire de se vtir donne cette heure
+qu'une même manière de se vêtir donne à cette heure
aux habitants de nos villes et de nos campagnes. La noblesse,
-les chevaliers, les magistrats, les vques, le
-clerg sculier, les religieux de tous les ordres, les
-plerins, les pnitents gris, noirs et blancs, les ermites,
-les confrries, les corps de mtiers, les bourgeois, les
-paysans, offraient une varit infinie des costumes;
+les chevaliers, les magistrats, les évêques, le
+clergé séculier, les religieux de tous les ordres, les
+pèlerins, les pénitents gris, noirs et blancs, les ermites,
+les confréries, les corps de métiers, les bourgeois, les
+paysans, offraient une variété infinie des costumes;
nous voyons encore quelque chose de cela en Italie. Sur
ce point il s'en faut rapporter aux arts: que peut faire
-le peintre de notre vtement triqu, de notre petit
-chapeau trois cornes?</p>
-
-<p>Du douzime au quatorzime sicle, le paysan et
-l'homme du peuple portrent la jaquette ou la casaque
-grise, lie aux flancs par un ceinturon. Le sayon de
-peau ou le <em>plion</em>, dont est venu le surplis, tait commun
- tous les tats. La pelisse fourre et la robe longue
+le peintre de notre vêtement étriqué, de notre petit
+chapeau à trois cornes?</p>
+
+<p>Du douzième au quatorzième siècle, le paysan et
+l'homme du peuple portèrent la jaquette ou la casaque
+grise, liée aux flancs par un ceinturon. Le sayon de
+peau ou le <em>péliçon</em>, dont est venu le surplis, était commun
+à tous les états. La pelisse fourrée et la robe longue
orientale enveloppaient le chevalier quand il quittait
son armure; les manches de cette robe couvraient les
mains; elle ressemblait au cafetan turc d'aujourd'hui:
-la toque orne de plumes, le capuchon ou chaperon,
+la toque ornée de plumes, le capuchon ou chaperon,
<span class="pagenum"><a id="Page_92"> 92</a></span>
-tenaient lieu du turban. De la robe ample on passa
-l'habit troit, puis on revint la robe, qui fut blasonne
+tenaient lieu du turban. De la robe ample on passa à
+l'habit étroit, puis on revint à la robe, qui fut blasonnée
sous Charles V. Les hauts-de-chausses, si courts
-et si serrs qu'ils en taient indcents, s'arrtaient au
-milieu de la cuisse; les deux bas-de-chausses taient
+et si serrés qu'ils en étaient indécents, s'arrêtaient au
+milieu de la cuisse; les deux bas-de-chausses étaient
dissemblables; on avait une jambe d'une couleur, et une
-jambe de l'autre. Il en tait de mme du hoqueton, mi-parti
+jambe de l'autre. Il en était de même du hoqueton, mi-parti
noir et blanc, et du chaperon, mi-parti bleu et
-rouge. Et si estoient leurs robes si estroites vestir et
- despouiller, qu'il sembloit qu'on les ecorchast. Les
-autres avoient leurs robes releves sur les reins,
-comme femmes: si avoient leurs chaperons dcoups
+rouge. «Et si estoient leurs robes si estroites à vestir et
+à despouiller, qu'il sembloit qu'on les ecorchast. Les
+autres avoient leurs robes relevées sur les reins,
+comme femmes: si avoient leurs chaperons découpés
menuement tout entour. Et si avoient leurs chausses
d'un drap, et l'autre de l'autre. Et leur venoient leurs
-cornettes et leurs manches prs de terre, et sembloient
+cornettes et leurs manches près de terre, et sembloient
mieux estre jongleurs qu'autres gens. Et pour
ce, ne fut pas merveilles si Dieu voulut corriger les
-mefaits des Franois par son fleau. L'talage du
-luxe est odieux sans doute au milieu de la misre publique;
-mais le got de la parure distingua notre nation
-alors mme qu'elle tait encore sauvage dans les bois
-de la Germanie. Un Franais met ses plus beaux habits
-pour marcher l'chafaud ou l'ennemi, comme pour
+mefaits des François par son fleau.» L'étalage du
+luxe est odieux sans doute au milieu de la misère publique;
+mais le goût de la parure distingua notre nation
+alors même qu'elle était encore sauvage dans les bois
+de la Germanie. Un Français met ses plus beaux habits
+pour marcher à l'échafaud ou à l'ennemi, comme pour
aller au festin; ce qui l'excuse, c'est qu'il ne tient pas
-plus sa vie qu' son vtement.</p>
-
-<p>Par-dessus la robe, dans les jours de crmonie, on
-attachait un manteau tantt court, tantt long. Le
-manteau de Richard I<sub>er</sub> tait fait d'une toffe raies,
-sem de globes et de demi-lunes d'argent, l'imitation
-du systme cleste. (<span class="smcap">Winisauf.</span>) Des colliers pendants
-servaient galement de parure aux hommes et
+plus à sa vie qu'à son vêtement.</p>
+
+<p>Par-dessus la robe, dans les jours de cérémonie, on
+attachait un manteau tantôt court, tantôt long. Le
+manteau de Richard I<sub>er</sub> était fait d'une étoffe à raies,
+semé de globes et de demi-lunes d'argent, à l'imitation
+du système céleste. (<span class="smcap">Winisauf.</span>) Des colliers pendants
+servaient également de parure aux hommes et
aux femmes.</p>
-<p>Les souliers pointus et rembourrs la <em>poulaine</em> furent
-longtemps en vogue. L'ouvrier en dcoupait le
+<p>Les souliers pointus et rembourrés à la <em>poulaine</em> furent
+longtemps en vogue. L'ouvrier en découpait le
<span class="pagenum"><a id="Page_93"> 93</a></span>
-dessus comme des fentres d'glise; ils taient longs
-de deux pieds pour le noble, orns l'extrmit de
-cornes, de griffes ou de figures grotesques; ils s'allongrent
+dessus comme des fenêtres d'église; ils étaient longs
+de deux pieds pour le noble, ornés à l'extrémité de
+cornes, de griffes ou de figures grotesques; ils s'allongèrent
encore, de sorte qu'il devint impossible de marcher
sans en relever la pointe et l'attacher au genou avec
-une chane d'or ou d'argent. Les vques excommunirent
-les souliers la poulaine, et les traitrent de <em>pch
-contre nature</em>; Charles V dclara qu'ils taient <em>contre les
-bonnes m&oelig;urs</em>, et <em>invents en drision du Crateur</em>. En
-Angleterre, un acte du parlement dfendit aux cordonniers
+une chaîne d'or ou d'argent. Les évêques excommunièrent
+les souliers à la poulaine, et les traitèrent de <em>péché
+contre nature</em>; Charles V déclara qu'ils étaient <em>contre les
+bonnes m&oelig;urs</em>, et <em>inventés en dérision du Créateur</em>. En
+Angleterre, un acte du parlement défendit aux cordonniers
de fabriquer des souliers ou des bottines dont la
-pointe excdt deux pouces. Les larges babouches carres
-par le bout remplacrent la chaussure bec. Les
+pointe excédât deux pouces. Les larges babouches carrées
+par le bout remplacèrent la chaussure à bec. Les
modes variaient autant que de nos jours; on connaissait
-le chevalier ou la dame qui le premier ou la premire
-avait imagin une <em>haligote</em> (mode) nouvelle: l'inventeur
-des souliers la poulaine tait le chevalier Robert
+le chevalier ou la dame qui le premier ou la première
+avait imaginé une <em>haligote</em> (mode) nouvelle: l'inventeur
+des souliers à la poulaine était le chevalier Robert
le Cornu. (<span class="smcap">W. Malmesbury.</span>)</p>
-<p>Les gentilfemmes usaient sur la peau d'un linge trs-fin;
-elles taient vtues de tuniques montantes enveloppant
-la gorge, armories droite de l'cu de leur mari,
- gauche de celui de leur famille. Tantt elles portaient
-leurs cheveux ras, lisss sur le front, et recouverts d'un
-petit bonnet entrelac de rubans; tantt elles les btissaient
+<p>Les gentilfemmes usaient sur la peau d'un linge très-fin;
+elles étaient vêtues de tuniques montantes enveloppant
+la gorge, armoriées à droite de l'écu de leur mari,
+à gauche de celui de leur famille. Tantôt elles portaient
+leurs cheveux ras, lissés sur le front, et recouverts d'un
+petit bonnet entrelacé de rubans; tantôt elles les bâtissaient
en pyramide haute de trois pieds; elles y suspendaient
ou des barbettes, ou de longs voiles, ou des
-banderoles de soie tombant jusqu' terre, et voltigeant
-au gr du vent: au temps de la reine Isabeau, on fut
-oblig d'lever et d'largir les portes, pour donner passage
-aux coiffures des chtelaines. (<span class="smcap">Monstrelet.</span>) Ces
-coiffures taient soutenues par deux cornes recourbes,
-charpente de l'difice: du haut de la corne, du ct
-droit, descendait un tissu lger que la jeune femme
+banderoles de soie tombant jusqu'à terre, et voltigeant
+au gré du vent: au temps de la reine Isabeau, on fut
+obligé d'élever et d'élargir les portes, pour donner passage
+aux coiffures des châtelaines. (<span class="smcap">Monstrelet.</span>) Ces
+coiffures étaient soutenues par deux cornes recourbées,
+charpente de l'édifice: du haut de la corne, du côté
+droit, descendait un tissu léger que la jeune femme
laissait flotter, ou qu'elle ramenait sur son sein comme
<span class="pagenum"><a id="Page_94"> 94</a></span>
-une guimpe, en l'entortillant son bras gauche. Une
-femme en plein <em>esbatement</em> talait des colliers, des bracelets
-et des bagues; sa ceinture enrichie d'or, de
-perles et de pierres prcieuses, s'attachait une escarcelle
-brode: elle galopait sur un palefroi, portait un
-oiseau sur le poing, ou une canne la main. Quoi de
-plus ridicule, dit Ptrarque dans une lettre adresse
-au pape en 1366, que de voir les hommes le ventre
-sangl! en bas, de longs souliers pointus; en haut,
-des toques charges de plumes; cheveux tresss allant
-de ci de l, par derrire, comme la queue d'un
-animal, retaps sur le front avec des pingles tte
-d'ivoire! Pierre de Blois ajoute qu'il tait du bel
+une guimpe, en l'entortillant à son bras gauche. Une
+femme en plein <em>esbatement</em> étalait des colliers, des bracelets
+et des bagues; à sa ceinture enrichie d'or, de
+perles et de pierres précieuses, s'attachait une escarcelle
+brodée: elle galopait sur un palefroi, portait un
+oiseau sur le poing, ou une canne à la main. «Quoi de
+plus ridicule,» dit Pétrarque dans une lettre adressée
+au pape en 1366, «que de voir les hommes le ventre
+sanglé! en bas, de longs souliers pointus; en haut,
+des toques chargées de plumes; cheveux tressés allant
+de ci de là, par derrière, comme la queue d'un
+animal, retapés sur le front avec des épingles à tête
+d'ivoire!» Pierre de Blois ajoute qu'il était du bel
usage de parler avec affectation. Et quelle langue parlait-on
ainsi? La langue de Wallace et du roman de Rou,
de Ville-Hardouin, de Joinville et de Froissart.</p>
-<p>Le luxe des habits et des ftes passait toute croyance;
-nous sommes de mesquins personnages auprs de ces
-barbares des treizime et quatorzime sicles. On vit
-dans un tournoi mille chevaliers vtus d'une robe uniforme
-de soie nomme <em>cointise</em>, et le lendemain ils parurent
+<p>Le luxe des habits et des fêtes passait toute croyance;
+nous sommes de mesquins personnages auprès de ces
+barbares des treizième et quatorzième siècles. On vit
+dans un tournoi mille chevaliers vêtus d'une robe uniforme
+de soie nommée <em>cointise</em>, et le lendemain ils parurent
avec un accoutrement nouveau, aussi magnifique.
(<span class="smcap">Matth. Paris.</span>) Un des habits de Richard II, roi d'Angleterre,
-lui cota trente mille marcs d'argent. (<span class="smcap">Knyghton.</span>)
+lui coûta trente mille marcs d'argent. (<span class="smcap">Knyghton.</span>)
Jean Arundel avait cinquante-deux habits complets
-d'toffe d'or. (<span class="smcap">Hollingshed Chron.</span>)</p>
-
-<p>Une autre fois, dans un autre tournoi, dfilrent
-d'abord un un soixante superbes chevaux richement
-caparaonns, conduits chacun par un cuyer d'honneur,
-et prcds de trompettes et de mnestriers; vinrent
-ensuite soixante jeunes dames montes sur des
-palefrois, superbement vtues, chacune menant en
-laisse, avec une chane d'argent, un chevalier arm de
-toutes pices. La danse et la musique faisaient partie de
+d'étoffe d'or. (<span class="smcap">Hollingshed Chron.</span>)</p>
+
+<p>Une autre fois, dans un autre tournoi, défilèrent
+d'abord un à un soixante superbes chevaux richement
+caparaçonnés, conduits chacun par un écuyer d'honneur,
+et précédés de trompettes et de ménestriers; vinrent
+ensuite soixante jeunes dames montées sur des
+palefrois, superbement vêtues, chacune menant en
+laisse, avec une chaîne d'argent, un chevalier armé de
+toutes pièces. La danse et la musique faisaient partie de
<span class="pagenum"><a id="Page_95"> 95</a></span>
-ces <em>bandors</em> (rjouissances). Le roi, les prlats, les
+ces <em>bandors</em> (réjouissances). Le roi, les prélats, les
barons, les chevaliers, sautaient au son des vielles,
des musettes et des <em>chiffonies</em>.</p>
-<p>Aux ftes de Nol arrivaient de grandes mascarades:
-l'infortun Charles VI, dguis en sauvage et envelopp
-dans un linceul imprgn de poix, pensa devenir
-victime d'une de ces folies: quatre chevaliers masqus
-comme lui furent brls.</p>
-
-<p>Les reprsentations thtrales commenaient partout:
-en Angleterre, des marchands drapiers reprsentrent
-la Cration; Adam et ve taient tout nus. Des teinturiers
-jourent le Dluge: la femme de No, qui refusait
-d'entrer dans l'arche, donnait un soufflet son mari.
-(<cite>Histoire de la Posie anglaise</cite>, <span class="smcap">Wharton.</span>)</p>
-
-<p>La balle, le mail, le palet, les quilles, les ds, affolaient
-tous les esprits: il reste un compte d'douard II
-pour payer son barbier une somme de cinq schellings,
-laquelle somme il avait emprunte de lui pour jouer il
+<p>Aux fêtes de Noël arrivaient de grandes mascarades:
+l'infortuné Charles VI, déguisé en sauvage et enveloppé
+dans un linceul imprégné de poix, pensa devenir
+victime d'une de ces folies: quatre chevaliers masqués
+comme lui furent brûlés.</p>
+
+<p>Les représentations théâtrales commençaient partout:
+en Angleterre, des marchands drapiers représentèrent
+la Création; Adam et Ève étaient tout nus. Des teinturiers
+jouèrent le Déluge: la femme de Noé, qui refusait
+d'entrer dans l'arche, donnait un soufflet à son mari.
+(<cite>Histoire de la Poésie anglaise</cite>, <span class="smcap">Wharton.</span>)</p>
+
+<p>La balle, le mail, le palet, les quilles, les dés, affolaient
+tous les esprits: il reste un compte d'Édouard II
+pour payer à son barbier une somme de cinq schellings,
+laquelle somme il avait empruntée de lui pour jouer il
croix ou pile.</p>
-<p>La chasse tait le grand dduit de la noblesse: on citait
+<p>La chasse était le grand déduit de la noblesse: on citait
des meutes de seize cents chiens. On sait que les
-Gaulois dressaient les chiens la guerre, et qu'ils les
+Gaulois dressaient les chiens à la guerre, et qu'ils les
couronnaient de fleurs. On abandonnait aux roturiers
-l'usage des filets. Les chasses royales cotaient autant
-que les tournois: une de ces chasses se lie tristement
+l'usage des filets. Les chasses royales coûtaient autant
+que les tournois: une de ces chasses se lie tristement à
notre histoire.</p>
-<p>Le prince Noir tait descendu en Angleterre, menant
-avec lui le roi Jean son prisonnier. douard avait fait
-prparer Londres une rception magnifique, telle
-qu'il l'et ordonne pour un potentat puissant qui le
-ft venu visiter. Lui-mme, au milieu des princes de
+<p>Le prince Noir était descendu en Angleterre, menant
+avec lui le roi Jean son prisonnier. Édouard avait fait
+préparer à Londres une réception magnifique, telle
+qu'il l'eût ordonnée pour un potentat puissant qui le
+fût venu visiter. Lui-même, au milieu des princes de
son sang, de ses grands barons, de ses chevaliers, de
ses veneurs, de ses fauconniers, de ses pages, des officiers
-de sa couronne, des hrauts d'armes, des meneurs
+de sa couronne, des hérauts d'armes, des meneurs
<span class="pagenum"><a id="Page_96"> 96</a></span>
-de destriers, se mit la tte d'une chasse brillante dans
-une fort qui se trouvait sur le chemin du roi captif.</p>
-
-<p>Aussitt que les piqueurs envoys la dcouverte lui
-annoncrent l'approche de Jean, il s'avana vers lui
-cheval, baissa son chaperon, et saluant son hte malheureux:
-Cher cousin, lui dit-il, soyez le bien venu
-dans l'le d'Angleterre. Jean baissa son chaperon son
-tour, et rendit douard son salut. Le roi d'Angleterre,
+de destriers, se mit à la tête d'une chasse brillante dans
+une forêt qui se trouvait sur le chemin du roi captif.</p>
+
+<p>Aussitôt que les piqueurs envoyés à la découverte lui
+annoncèrent l'approche de Jean, il s'avança vers lui à
+cheval, baissa son chaperon, et saluant son hôte malheureux:
+«Cher cousin, lui dit-il, soyez le bien venu
+dans l'île d'Angleterre.» Jean baissa son chaperon à son
+tour, et rendit à Édouard son salut. «Le roi d'Angleterre,
disent les chroniques, fist au roi de France moult grand
-honneur et reverence, l'invita au vol d'epervier,
-chasser, dduire et prendre tous ses esbattements.
-Jean refusa ces plaisirs avec gravit, mais avec courtoisie;
-sur quoi douard, le saluant de nouveau, lui
-dit: Adieu, beau cousin! et, faisant sonner du cor,
-il s'enfona avec la chasse dans la fort. Cette gnrosit
+honneur et reverence, l'invita au vol d'epervier, à
+chasser, à déduire et à prendre tous ses esbattements.»
+Jean refusa ces plaisirs avec gravité, mais avec courtoisie;
+sur quoi Édouard, le saluant de nouveau, lui
+dit: «Adieu, beau cousin!» et, faisant sonner du cor,
+il s'enfonça avec la chasse dans la forêt. Cette générosité
un peu fastueuse ne consolait pas plus le roi Jean
que l'humble petit cheval du prince de Galles; en faisant
-trop voir la prosprit d'un monarque, elle montrait
-trop la misre de l'autre.</p>
+trop voir la prospérité d'un monarque, elle montrait
+trop la misère de l'autre.</p>
-<p>Quant au repas, on l'annonait au son du cor chez
+<p>Quant au repas, on l'annonçait au son du cor chez
les nobles; cela s'appelait <em>corner l'eau</em>, parce qu'on se
-lavait les mains avant de se mettre table. On dnait
- neuf heures du matin, et l'on soupait cinq heures du
-soir. On tait assis sur des <em>banques</em> ou bancs, tantt levs,
-tantt assez bas, et la table montait et descendait
+lavait les mains avant de se mettre à table. On dînait
+à neuf heures du matin, et l'on soupait à cinq heures du
+soir. On était assis sur des <em>banques</em> ou bancs, tantôt élevés,
+tantôt assez bas, et la table montait et descendait
en proportion. Du banc est venu le mot <em>banquet</em>. Il y
-avait des tables d'or et d'argent ciseles; les tables de bois
-taient couvertes de nappes doubles, appeles <em>doubliers</em>;
-on les plissait comme <em>rivire ondoyante qu'un petit vent
+avait des tables d'or et d'argent ciselées; les tables de bois
+étaient couvertes de nappes doubles, appelées <em>doubliers</em>;
+on les plissait comme <em>rivière ondoyante qu'un petit vent
frais fait doucement soulever</em>. Les serviettes sont plus
modernes. Les fourchettes, que ne connaissaient point
-les Romains, furent aussi inconnues des Franais jusque
-vers la fin du quatorzime sicle; on ne les trouve
+les Romains, furent aussi inconnues des Français jusque
+vers la fin du quatorzième siècle; on ne les trouve
que sous Charles V.</p>
<p><span class="pagenum"><a id="Page_97"> 97</a></span>
-On mangeait peu prs tout ce que nous mangeons,
-et mme avec des raffinements que nous ignorons aujourd'hui;
-la civilisation romaine n'avait point pri
-dans la cuisine. Parmi les mets recherchs je trouve le
-<em>dellegrout</em>, le <em>maupigyrnum</em>, le <em>karumpie</em>. Qu'tait-ce?</p>
+On mangeait à peu près tout ce que nous mangeons,
+et même avec des raffinements que nous ignorons aujourd'hui;
+la civilisation romaine n'avait point péri
+dans la cuisine. Parmi les mets recherchés je trouve le
+<em>dellegrout</em>, le <em>maupigyrnum</em>, le <em>karumpie</em>. Qu'était-ce?</p>
-<p>On usait en abondance de bire, de cidre et de vins
+<p>On usait en abondance de bière, de cidre et de vins
de toutes les sortes. Il est fait mention du cidre sous la
-seconde race. Le clairet tait du vin clarifi, ml des
-piceries; l'hypocras, du vin adouci avec du miel. Un
-festin donn par un abb, en 1310, runit six mille
+seconde race. Le clairet était du vin clarifié, mêlé à des
+épiceries; l'hypocras, du vin adouci avec du miel. Un
+festin donné par un abbé, en 1310, réunit six mille
convives devant trois mille plats.</p>
-<p>Les repas royaux taient mls d'intermdes. Au banquet
-que Charles V offrit l'empereur Charles IV, s'avana
-un vaisseau m par des ressorts cachs: Godefroi
-de Bouillon se tenait sur le pont, entour de ses chevaliers.
-Au vaisseau succda la cit de Jrusalem, avec
-ses tours charges de Sarrasins; les chrtiens dbarqurent,
-plantrent les chelles aux murailles, et la ville
-sainte fut emporte d'assaut.</p>
+<p>Les repas royaux étaient mêlés d'intermèdes. Au banquet
+que Charles V offrit à l'empereur Charles IV, s'avança
+un vaisseau mû par des ressorts cachés: Godefroi
+de Bouillon se tenait sur le pont, entouré de ses chevaliers.
+Au vaisseau succéda la cité de Jérusalem, avec
+ses tours chargées de Sarrasins; les chrétiens débarquèrent,
+plantèrent les échelles aux murailles, et la ville
+sainte fut emportée d'assaut.</p>
<p>Froissart va nous faire encore mieux assister au repas
-d'un haut baron de son sicle.</p>
+d'un haut baron de son siècle.</p>
-<p>En cet estat que je vous dis le comte de Foix vivoit.
-Et quand de sa chambre minuit venoit pour
-souper en la salle, devant lui avoit douze torches allumes
+<p>«En cet estat que je vous dis le comte de Foix vivoit.
+Et quand de sa chambre à minuit venoit pour
+souper en la salle, devant lui avoit douze torches allumées
que douze varlets portoient, et icelles douze
torches estoient tenues devant sa table, qui donnoient
-grand clart en la salle, laquelle salle estoit pleine de
-chevaliers et de escuyers; et tousjours estoient foison
-tables dresses pour souper qui souper vouloit. Nul ne
-parloit lui sa table, si il ne l'appeloit. Il mangeoit
+grand clarté en la salle, laquelle salle estoit pleine de
+chevaliers et de escuyers; et tousjours estoient à foison
+tables dressées pour souper qui souper vouloit. Nul ne
+parloit à lui à sa table, si il ne l'appeloit. Il mangeoit
par coustume foison de volaille, et en special les ailes
et les cuisses tant seulement, et guere aussi ne buvoit.
Il prenoit en toute menestrandie (musique) grand
esbattement, car bien s'y connoissoit. Il faisoit devant
<span class="pagenum"><a id="Page_98"> 98</a></span>
lui ses clercs volontiers chanter chansons, rondeaux
-et virelais. Il soit table environ deux heures, et
-aussi il voit volontiers estranges entremets; et iceux
-vus, tantt les faisoit envoyer par les tables des chevaliers
+et virelais. Il séoit à table environ deux heures, et
+aussi il véoit volontiers estranges entremets; et iceux
+vus, tantôt les faisoit envoyer par les tables des chevaliers
et des escuyers.</p>
-<p>Briefvement et ce tout consider et avis, avant
-que je vinsse en sa cour, je avois est en moult de
+<p>«Briefvement et ce tout consideré et avisé, avant
+que je vinsse en sa cour, je avois esté en moult de
cours de rois, de ducs, de princes, de comtes et de
hautes dames; mais je n'en fus oncques en nulle qui
mieux me plust, ni qui fust sur le fait d'armes plus
-resjoue comme celle du comte de Foix estoit. On
-voit en la salle et s chambres et en la cour chevaliers
+resjouïe comme celle du comte de Foix estoit. On
+véoit en la salle et ès chambres et en la cour chevaliers
et escuyers d'honneur aller et marcher, et
d'armes et d'amour les oyoit-on parler. Toute honneur
-estoit l-dedans trouve. Nouvelles dequel
-royaume ni dequel pays que ce fust l-dedans on y
+estoit là-dedans trouvée. Nouvelles dequel
+royaume ni dequel pays que ce fust là-dedans on y
apprenoit; car de tous pays, pour la vaillance du
-seigneur, elles y appleuvoient et venoient.</p>
+seigneur, elles y appleuvoient et venoient.»</p>
-<p>Ce comte, si clbre par sa courtoisie, n'en avait pas
-moins tu de sa propre main son fils unique: Le
+<p>Ce comte, si célèbre par sa courtoisie, n'en avait pas
+moins tué de sa propre main son fils unique: «Le
comte s'enfelonna (s'irrita), et, sans mot dire, il se
-partit de sa chambre et s'en vint vers la prison o son
-fils estoit; et tenoit la male heure un petit long
+partit de sa chambre et s'en vint vers la prison où son
+fils estoit; et tenoit à la male heure un petit long
coutel, et dont il appareilloit ses ongles et nettoyoit.
-Il fit ouvrir l'huis de la prison, et vint son fils, et
+Il fit ouvrir l'huis de la prison, et vint à son fils, et
ce tenoit l'alemelle (lame) de son coutel par la pointe,
que il n'y en avoit pas hors de ses doigts la longueur
de l'espaisseur d'un gros tournois. Par mautalent
(malheur), en boutant ce tant de pointe dans la
-gorge de son fils, il l'assena ne sais en quelle veine,
-et lui dit: Ha traitour (tratre)! pourquoi ne manges-tu
-point? Et tantost s'en partit le comte sans plus
-rien dire ni faire, et rentra en sa chambre. L'enfs
-(enfant) fut sang mu et effray de la venue de son
+gorge de son fils, il l'assena ne sçais en quelle veine,
+et lui dit: «Ha traitour (traître)! pourquoi ne manges-tu
+point?» Et tantost s'en partit le comte sans plus
+rien dire ni faire, et rentra en sa chambre. L'enfès
+(enfant) fut sang mué et effrayé de la venue de son
<span class="pagenum"><a id="Page_99"> 99</a></span>
-pre, avecques ce que il estoit foible de jeusner, et
-qu'il vit ou sentit la pointe du coutel qui le toucha
+père, avecques ce que il estoit foible de jeusner, et
+qu'il vit ou sentit la pointe du coutel qui le toucha à
la gorge, comme petit fut en une veine, il se tourna
-d'autre part, et l mourut.</p>
+d'autre part, et là mourut.»</p>
-<p>Froissart est la peine pour excuser le crime de son
-hte, et ne russit qu' faire un tableau pathtique.</p>
+<p>Froissart est à la peine pour excuser le crime de son
+hôte, et ne réussit qu'à faire un tableau pathétique.</p>
-<p>On avait t oblig de frapper la table de lois somptuaires:
+<p>On avait été obligé de frapper la table de lois somptuaires:
ces lois n'accordaient aux riches que deux services
-et deux sortes de viande, l'exception des prlats
-et des barons, qui mangeaient de tout en toute libert;
-elles ne permettaient la viande aux ngociants et aux
-artisans qu' un seul repas; pour les autres repas, ils
-se devaient sustenter de lait, de beurre et de lgumes.</p>
-
-<p>Le carme, d'une rigueur excessive, n'empchait pas
-les rfections clandestines. Une femme avait assist nu-pieds
- une procession, et <em>faisoit la marmiteuse plus que
-dix. Au sortir de l, l'hypocrite alla disner avec son
+et deux sortes de viande, à l'exception des prélats
+et des barons, qui mangeaient de tout en toute liberté;
+elles ne permettaient la viande aux négociants et aux
+artisans qu'à un seul repas; pour les autres repas, ils
+se devaient sustenter de lait, de beurre et de légumes.</p>
+
+<p>Le carême, d'une rigueur excessive, n'empêchait pas
+les réfections clandestines. Une femme avait assisté nu-pieds
+à une procession, et <em>faisoit la marmiteuse plus que
+dix. Au sortir de là, l'hypocrite alla disner avec son
amant, d'un quartier d'agneau et d'un jambon. La senteur
-en vint jusqu' la rue. On monta en haut. Elle fut prise,
-et condamne se promener par la ville avec son quartier
- la broche, sur l'paule, et le jambon pendu au col.</em>
-(<span class="smcap">Brantme.</span>)</p>
-
-<p>Les voyageurs trouvaient partout des htelleries.
-Chevauchant avec messire Espaing de Lyon, matre
-Jehan Froissart va d'auberge en auberge, s'enqurant
-de l'histoire des chteaux qu'il aperoit le long de la
+en vint jusqu'à la rue. On monta en haut. Elle fut prise,
+et condamnée à se promener par la ville avec son quartier
+à la broche, sur l'épaule, et le jambon pendu au col.</em>
+(<span class="smcap">Brantôme.</span>)</p>
+
+<p>Les voyageurs trouvaient partout des hôtelleries.
+Chevauchant avec messire Espaing de Lyon, maître
+Jehan Froissart va d'auberge en auberge, s'enquérant
+de l'histoire des châteaux qu'il aperçoit le long de la
route, et que lui raconte le bon chevalier son compagnon.
-Et nous vinsmes Tarbes, et nous fusmes tout
-aises l'hostel de l'Estoile, et y sjournasmes tout
-sejour; car c'est une ville trop bien aise pour sejourner
+«Et nous vinsmes à Tarbes, et nous fusmes tout
+aises à l'hostel de l'Estoile, et y séjournasmes tout
+sejour; car c'est une ville trop bien aisée pour sejourner
chevaux: de bons foins, de bonnes avoines
-et de belles rivieres... Puis vinsmes Orthez. Le chevalier
-descendit son hostel, et je descendis l'hostel
-de la Lune.</p>
+et de belles rivieres... Puis vinsmes à Orthez. Le chevalier
+descendit à son hostel, et je descendis à l'hostel
+de la Lune.»</p>
<p><span class="pagenum"><a id="Page_100"> 100</a></span>
-On rencontrait sur les chemins des basternes ou litires,
-des mules, des palefrois et des voitures b&oelig;ufs:
-les roues des charrettes taient l'antique. Les chemins
-se distinguaient en chemins <em>pageaux</em> et en <em>sentiers</em>;
-des lois en rglaient la largeur: le chemin pageau devait
+On rencontrait sur les chemins des basternes ou litières,
+des mules, des palefrois et des voitures à b&oelig;ufs:
+les roues des charrettes étaient à l'antique. Les chemins
+se distinguaient en chemins <em>péageaux</em> et en <em>sentiers</em>;
+des lois en réglaient la largeur: le chemin péageau devait
avoir quatorze pieds (<span class="smcap">Mss. Sainte-Palaye</span>); les
-sentiers pouvaient tre ombrags, mais il fallait laguer
-les arbres le long des voies royales, except les <em>arbres
+sentiers pouvaient être ombragés, mais il fallait élaguer
+les arbres le long des voies royales, excepté les <em>arbres
d'abris</em> (<em>Capitulaires</em>). Le service des fiefs creusa
cette multitude infinie de chemins de traverse dont nos
-campagnes sont sillonnes.</p>
+campagnes sont sillonnées.</p>
-<p>Les bains chauds taient d'un usage commun, et portaient
-le nom d'tuves: les Romains nous avaient laiss
-cet usage, qui ne se perdit gure que sous la monarchie
-absolue, poque o la France devint sale. On criait
+<p>Les bains chauds étaient d'un usage commun, et portaient
+le nom d'étuves: les Romains nous avaient laissé
+cet usage, qui ne se perdit guère que sous la monarchie
+absolue, époque où la France devint sale. On criait
dans les rues de Paris, sous Philippe-Auguste:</p>
<div class="poetry"><div class="stanza">
<p>Seigneur, voulez-vous vous baigner?</p>
-<p class="i1"> Entrez donc sans deslaer;</p>
+<p class="i1"> Entrez donc sans deslaïer;</p>
<p>Les bains sont chauds, c'est sans mentir.</p>
</div></div>
-<p>C'tait le temps du merveilleux en toute chose: l'aumnier,
-le moine, le plerin, le chevalier, le troubadour,
-avaient toujours dire ou chanter des aventures.
-Le soir, autour du foyer bancs, on coutait ou
+<p>C'était le temps du merveilleux en toute chose: l'aumônier,
+le moine, le pèlerin, le chevalier, le troubadour,
+avaient toujours à dire ou à chanter des aventures.
+Le soir, autour du foyer à bancs, on écoutait ou
le roman de Lancelot du Lac, ou l'histoire lamentable
-du chtelain de Coucy, ou l'histoire moins triste de la
-reine Pdauque, largement patte, comme sont les
-oies, et comme jadis Toulouse les portoit (les pattes)
-la reine Pdauque (<span class="smcap">Rabelais</span>); ou l'histoire du <em>gobelin</em>
+du châtelain de Coucy, ou l'histoire moins triste de la
+reine Pédauque, «largement pattée, comme sont les
+oies, et comme jadis à Toulouse les portoit (les pattes)
+la reine Pédauque» (<span class="smcap">Rabelais</span>); ou l'histoire du <em>gobelin</em>
Orton, grand nouvelliste qui venait dans le vent,
-et qui fut tu dans une grosse truie noire. (<span class="smcap">Froissart.</span>)</p>
+et qui fut tué dans une grosse truie noire. (<span class="smcap">Froissart.</span>)</p>
-<p>La belle Mlusine tait condamne tre moiti serpent
-tous les samedis, et fe les autres jours, moins
-qu'un chevalier ne consentt l'pouser en renonant
+<p>La belle Mélusine était condamnée à être moitié serpent
+tous les samedis, et fée les autres jours, à moins
+qu'un chevalier ne consentît à l'épouser en renonçant
<span class="pagenum"><a id="Page_101"> 101</a></span>
- la voir le samedi. Raimondin, comte de Forez, ayant
-trouv Mlusine dans un bois, en fit sa femme; elle
+à la voir le samedi. Raimondin, comte de Forez, ayant
+trouvé Mélusine dans un bois, en fit sa femme; elle
eut plusieurs enfants, entre autres un fils qui avait un
-&oelig;il rouge et un &oelig;il bleu: Mlusine btit le chteau de
-Lusignan. Mais enfin Raimondin s'tant mis en tte de
-voir sa femme un samedi, lorsqu'elle tait demi-serpent,
-elle s'envola par une fentre, et elle demeurera fe
+&oelig;il rouge et un &oelig;il bleu: Mélusine bâtit le château de
+Lusignan. Mais enfin Raimondin s'étant mis en tête de
+voir sa femme un samedi, lorsqu'elle était demi-serpent,
+elle s'envola par une fenêtre, et elle demeurera fée
jusqu'au jour du jugement dernier. Lorsque le manoir
-de Lusignan change de matre, ou qu'il doit mourir
-quelqu'un de la famille seigneuriale, Mlusine parat
-trois jours sur les tours du chteau, et pousse de grands
-cris. Tels taient la Psych du moyen ge et ce chteau
+de Lusignan change de maître, ou qu'il doit mourir
+quelqu'un de la famille seigneuriale, Mélusine paraît
+trois jours sur les tours du château, et pousse de grands
+cris. Tels étaient la Psyché du moyen âge et ce château
de Lusignan que Charles Quint admira et dont
-Brantme dplore la ruine.</p>
+Brantôme déplore la ruine.</p>
-<p>Avec ces contes on coutait encore ou le sirvente du
-trouvre contre un chevalier flon, ou la vie d'un pieux
+<p>Avec ces contes on écoutait encore ou le sirvente du
+trouvère contre un chevalier félon, ou la vie d'un pieux
personnage. Ces vies de saints recueillies par les Bollandistes
-n'taient pas d'une imagination moins brillante
+n'étaient pas d'une imagination moins brillante
que les relations profanes: incantations de
sorciers, tours de lutins et de farfadets, courses de loups-garous,
-esclaves rachets, attaque de brigands; voyageurs
-sauvs, et qui, cause de leur beaut, pousent
-les filles de leurs htes (<em>Saint Maxime</em>); lumires qui
-pendant la nuit rvlent au milieu des buissons le tombeau
-de quelque vierge; chteaux qui paraissent soudainement
-illumins. (<em>Saint Viventius, Maure et Brista.</em>)</p>
-
-<p>Saint Dicole s'tait gar; il rencontre un berger, et
-le prie de lui enseigner un gte: Je n'en connais pas,
-dit le berger, si ce n'est dans un lieu arros de fontaines,
-au domaine du puissant vassal Weissart.&mdash;Peux-tu
-m'y conduire? rpondit le saint. Je ne
-puis quitter mon troupeau, rpliqua le ptre. Dicole
-fiche son bton en terre; et quand le ptre revint
-aprs avoir conduit le saint, il trouva son troupeau
+esclaves rachetés, attaque de brigands; voyageurs
+sauvés, et qui, à cause de leur beauté, épousent
+les filles de leurs hôtes (<em>Saint Maxime</em>); lumières qui
+pendant la nuit révèlent au milieu des buissons le tombeau
+de quelque vierge; châteaux qui paraissent soudainement
+illuminés. (<em>Saint Viventius, Maure et Brista.</em>)</p>
+
+<p>Saint Déicole s'était égaré; il rencontre un berger, et
+le prie de lui enseigner un gîte: «Je n'en connais pas,
+dit le berger, si ce n'est dans un lieu arrosé de fontaines,
+au domaine du puissant vassal Weissart.&mdash;«Peux-tu
+m'y conduire?» répondit le saint. «Je ne
+puis quitter mon troupeau,» répliqua le pâtre. Déicole
+fiche son bâton en terre; et quand le pâtre revint
+après avoir conduit le saint, il trouva son troupeau
<span class="pagenum"><a id="Page_102"> 102</a></span>
-couch paisiblement autour du bton miraculeux. Weissart,
-terrible chtelain, menace de faire mutiler Dicole;
+couché paisiblement autour du bâton miraculeux. Weissart,
+terrible châtelain, menace de faire mutiler Déicole;
mais Berthilde, femme de Weissart, a une grande
-vnration pour le prtre de Dieu. Dicole entre dans
-la forteresse; les serfs empresss le veulent dbarrasser
+vénération pour le prêtre de Dieu. Déicole entre dans
+la forteresse; les serfs empressés le veulent débarrasser
de son manteau; il les remercie, et suspend ce manteau
- un rayon de soleil qui passait travers la lucarne
+à un rayon de soleil qui passait à travers la lucarne
d'une tour. (<span class="smcap">Boll.</span>, tome <span class="smcap">II</span>, page 202.)</p>
-<p>Chercher drouler avec mthode le tableau des
-m&oelig;urs de ce temps serait la fois tenter l'impossible
-et mentir la confusion de ces m&oelig;urs. Il faut jeter ple-mle
-toutes ces scnes telles qu'elles se succdaient sans
-ordre ou s'enchevtraient dans une commune action,
-dans un mme moment; il n'y avait d'unit que dans
-le mouvement gnral qui entranait la socit vers un
-perfectionnement loign, par la loi naturelle de l'existence
+<p>Chercher à dérouler avec méthode le tableau des
+m&oelig;urs de ce temps serait à la fois tenter l'impossible
+et mentir à la confusion de ces m&oelig;urs. Il faut jeter pêle-mêle
+toutes ces scènes telles qu'elles se succédaient sans
+ordre ou s'enchevêtraient dans une commune action,
+dans un même moment; il n'y avait d'unité que dans
+le mouvement général qui entraînait la société vers un
+perfectionnement éloigné, par la loi naturelle de l'existence
humaine.</p>
-<p>D'un ct la chevalerie, de l'autre le soulvement des
-masses rustiques; tous les drglements de la vie dans
-le clerg, et toute l'ardeur de la foi. Les <em>Galois</em> et <em>Galoises</em>,
-sorte de pnitents d'amour, se chauffaient l't
- de grands feux, et se couvraient de fourrures; l'hiver,
+<p>D'un côté la chevalerie, de l'autre le soulèvement des
+masses rustiques; tous les déréglements de la vie dans
+le clergé, et toute l'ardeur de la foi. Les <em>Galois</em> et <em>Galoises</em>,
+sorte de pénitents d'amour, se chauffaient l'été
+à de grands feux, et se couvraient de fourrures; l'hiver,
ils ne portaient qu'une <em>cotte simple</em>, et ne mettaient dans
-leurs chemines que des verdures. <em>Plusieurs transissoient
+leurs cheminées que des verdures. <em>Plusieurs transissoient
de pur froid, et mouroient tout roydes de lez leurs amyes,
et aussi leurs amyes de lez eulz, en parlant de leurs amourettes<a name="FNanchor_67" id="FNanchor_67" href="#Footnote_67" class="fnanchor">&nbsp;[67]</a>.</em>
Lors de la <em>Vaudoisie d'Arras</em>, les hommes et
-les femmes, retirs dans les bois, aprs avoir retrouv
-un certain dmon, se livraient une prostitution gnrale.
-Les turlupins pratiquaient les mmes dsordres.</p>
+les femmes, retirés dans les bois, après avoir retrouvé
+un certain démon, se livraient à une prostitution générale.
+Les turlupins pratiquaient les mêmes désordres.</p>
-<p>Des moines libertins se veulent venger d'un vque
+<p>Des moines libertins se veulent venger d'un évêque
<span class="pagenum"><a id="Page_103"> 103</a></span>
-rformateur qui venait de mourir: pendant la nuit ils
-tirent du cercueil le cadavre du prlat, le dpouillent
+réformateur qui venait de mourir: pendant la nuit ils
+tirent du cercueil le cadavre du prélat, le dépouillent
de son linceul, le fouettent, et en sont quittes pour
-payer chaque anne quarante sous d'amende. Les cordeliers
-avaient renonc <em>toute espce de proprit</em>: le
-pain quotidien qu'ils mangeaient tait-il une proprit?
+payer chaque année quarante sous d'amende. Les cordeliers
+avaient renoncé à <em>toute espèce de propriété</em>: le
+pain quotidien qu'ils mangeaient était-il une propriété?
Oui, disaient les religieux d'une autre robe; donc le cordelier
qui mange viole la constitution de son ordre;
-donc il est en tat de pch mortel, par la seule raison
+donc il est en état de péché mortel, par la seule raison
qu'il vit, et qu'il faut manger pour vivre. L'empereur
-et les Gibelins se dclarrent pour les cordeliers, le pape
-et les Guelfes contre les cordeliers. De l une guerre de
+et les Gibelins se déclarèrent pour les cordeliers, le pape
+et les Guelfes contre les cordeliers. De là une guerre de
cent ans; et le comte du Mans, qui fut depuis Philippe
-de Valois, passe les Alpes pour dfendre l'glise contre
+de Valois, passe les Alpes pour défendre l'Église contre
les Visconti et les cordeliers<a name="FNanchor_68" id="FNanchor_68" href="#Footnote_68" class="fnanchor">&nbsp;[68]</a>.</p>
-<p>On courait au bout du monde, et l'on osait peine,
+<p>On courait au bout du monde, et l'on osait à peine,
dans le nord de la France, hasarder un voyage d'un
-monastre un autre, tant la route de quelques lieues
-paraissait longue et prilleuse! Des gyrovagues ou
+monastère à un autre, tant la route de quelques lieues
+paraissait longue et périlleuse! Des gyrovagues ou
moines errants (pendants des chevaliers errants), cheminant
- pied ou chevauchant sur une petite mule,
-prchaient contre tous les scandales; ils se faisaient
-brler vifs par les papes, auxquels ils reprochaient leurs
-dsordres, et noyer par les princes, dont ils attaquaient
+à pied ou chevauchant sur une petite mule,
+prêchaient contre tous les scandales; ils se faisaient
+brûler vifs par les papes, auxquels ils reprochaient leurs
+désordres, et noyer par les princes, dont ils attaquaient
la tyrannie. Des gentilshommes s'embusquaient sur les
-chemins et dvalisaient les passants, tandis que d'autres
-gentilshommes devenaient en Espagne, en Grce, en
-Dalmatie, seigneurs des immortelles cits dont ils ignoraient
-l'histoire. Cours d'amour o l'on raisonnait d'aprs
-toutes les rgles du scottisme, et dont les chanoines
-taient membres; troubadours et mnestrels vaguant
+chemins et dévalisaient les passants, tandis que d'autres
+gentilshommes devenaient en Espagne, en Grèce, en
+Dalmatie, seigneurs des immortelles cités dont ils ignoraient
+l'histoire. Cours d'amour où l'on raisonnait d'après
+toutes les règles du scottisme, et dont les chanoines
+étaient membres; troubadours et ménestrels vaguant
<span class="pagenum"><a id="Page_104"> 104</a></span>
-de chteau en chteau, dchirant les hommes dans
+de château en château, déchirant les hommes dans
des satires, louant les dames dans des ballades; bourgeois
-diviss en corps de mtier, clbrant des solennits
-patronales o les saints du paradis taient mls
-aux divinits de la Fable; reprsentations thtrales;
-ftes des fous ou des cornards, messes sacrilges; soupes
-grasses manges sur l'autel; l'<i lang="la" xml:lang="la">Ite missa</i> rpondu par
-trois braiements d'ne; barons et chevaliers s'engageant
-dans des repas mystrieux porter la guerre dans un
-pays, faisant v&oelig;u sur un paon ou sur un hron d'accomplir
-des faits d'armes pour leurs mies; juifs massacrs
-et se massacrant entre eux, conspirant avec les lpreux
+divisés en corps de métier, célébrant des solennités
+patronales où les saints du paradis étaient mêlés
+aux divinités de la Fable; représentations théâtrales;
+fêtes des fous ou des cornards, messes sacriléges; soupes
+grasses mangées sur l'autel; l'<i lang="la" xml:lang="la">Ite missa</i> répondu par
+trois braiements d'âne; barons et chevaliers s'engageant
+dans des repas mystérieux à porter la guerre dans un
+pays, faisant v&oelig;u sur un paon ou sur un héron d'accomplir
+des faits d'armes pour leurs mies; juifs massacrés
+et se massacrant entre eux, conspirant avec les lépreux
pour empoisonner les puits et les fontaines; tribunaux
de toutes les sortes, condamnant, en vertu de toutes les
-espces de lois, toutes les sortes de supplices, des accuss
-de toutes les catgories, depuis l'hrsiarque,
-corch et brl vif, jusqu'aux adultres, attachs nus
-l'un l'autre, et promens au milieu du peuple; le
-juge prvaricateur substituant l'homicide riche condamn
-un prisonnier innocent; des hommes de loi commenant
+espèces de lois, à toutes les sortes de supplices, des accusés
+de toutes les catégories, depuis l'hérésiarque,
+écorché et brûlé vif, jusqu'aux adultères, attachés nus
+l'un à l'autre, et promenés au milieu du peuple; le
+juge prévaricateur substituant à l'homicide riche condamné
+un prisonnier innocent; des hommes de loi commençant
cette magistrature qui rappela, au milieu d'un
-peuple lger et frivole, la gravit du snat romain:
-pour dernire confusion, pour dernier contraste, la
-vieille socit civilise la manire des anciens, se perptuant
-dans les abbayes; les tudiants des universits
-faisant renatre les disputes philosophiques de la Grce;
-le tumulte des coles d'Athnes et d'Alexandrie se mlant
+peuple léger et frivole, la gravité du sénat romain:
+pour dernière confusion, pour dernier contraste, la
+vieille société civilisée à la manière des anciens, se perpétuant
+dans les abbayes; les étudiants des universités
+faisant renaître les disputes philosophiques de la Grèce;
+le tumulte des écoles d'Athènes et d'Alexandrie se mêlant
au bruit des tournois, des carrousels et des pas
d'armes. Placez enfin, au-dessus et en dehors de cette
-socit si agite, un autre principe de mouvement, un
+société si agitée, un autre principe de mouvement, un
tombeau, objet de toutes les tendresses, de tous les regrets,
-de toutes les esprances, qui attirait sans cesse
-au del des mers les rois et les sujets, les vaillants et les
+de toutes les espérances, qui attirait sans cesse
+au delà des mers les rois et les sujets, les vaillants et les
coupables: les premiers pour chercher des ennemis,
<span class="pagenum"><a id="Page_105"> 105</a></span>
des royaumes, des aventures; les seconds pour accomplir
des v&oelig;ux, expier des crimes, apaiser des remords.</p>
-<p>L'Orient, malgr le mauvais succs des croisades,
-resta longtemps pour les Franais le pays de la religion
+<p>L'Orient, malgré le mauvais succès des croisades,
+resta longtemps pour les Français le pays de la religion
et de la gloire; ils tournaient sans cesse les yeux vers
-ce beau soleil, vers ces palmes de l'Idume, vers ces
-plaines de Rama, o les infidles se reposaient l'ombre
-des oliviers plants par Baudouin; vers ces champs
+ce beau soleil, vers ces palmes de l'Idumée, vers ces
+plaines de Rama, où les infidèles se reposaient à l'ombre
+des oliviers plantés par Baudouin; vers ces champs
d'Ascalon qui gardaient encore les traces de Godefroi
-de Bouillon et de Tancrde, de Philippe-Auguste et de
-Couci, de saint Louis et de Sargines; vers cette Jrusalem
-un moment dlivre, puis retombe dans ses fers,
-et qui se montrait eux, comme Jrmie, insulte des
-passants, noye dans ses pleurs, prive de son peuple,
+de Bouillon et de Tancrède, de Philippe-Auguste et de
+Couci, de saint Louis et de Sargines; vers cette Jérusalem
+un moment délivrée, puis retombée dans ses fers,
+et qui se montrait à eux, comme à Jérémie, insultée des
+passants, noyée dans ses pleurs, privée de son peuple,
assise dans la solitude.</p>
-<p>Tels furent ces sicles d'imagination et de force qui
-marchaient avec tout cet attirail au milieu des vnements
-historiques les plus varis, au milieu des hrsies,
-des schismes, des guerres fodales, civiles et
-trangres; ces sicles doublement favorables au gnie,
-ou par la solitude des clotres quand on la recherchait,
-ou par le monde le plus trange et le plus divers quand
-on le prfrait la solitude. Pas un seul point de la
-France o il ne se passt quelque fait nouveau; car
-chaque seigneurie laque ou ecclsiastique tait un
-petit tat qui gravitait dans son orbite et avait ses
-phases: dix lieues de distance, les coutumes ne se
-ressemblaient plus. Cet ordre de choses, extrmement
-nuisible la civilisation gnrale, imprimait l'esprit
+<p>Tels furent ces siècles d'imagination et de force qui
+marchaient avec tout cet attirail au milieu des événements
+historiques les plus variés, au milieu des hérésies,
+des schismes, des guerres féodales, civiles et
+étrangères; ces siècles doublement favorables au génie,
+ou par la solitude des cloîtres quand on la recherchait,
+ou par le monde le plus étrange et le plus divers quand
+on le préférait à la solitude. Pas un seul point de la
+France où il ne se passât quelque fait nouveau; car
+chaque seigneurie laïque ou ecclésiastique était un
+petit État qui gravitait dans son orbite et avait ses
+phases: à dix lieues de distance, les coutumes ne se
+ressemblaient plus. Cet ordre de choses, extrêmement
+nuisible à la civilisation générale, imprimait à l'esprit
particulier un mouvement extraordinaire: aussi toutes
-les grandes dcouvertes appartiennent-elles ces sicles.
-Jamais l'individu n'a tant vcu: le roi rvait l'agrandissement
-de son empire; le seigneur, la conqute du
+les grandes découvertes appartiennent-elles à ces siècles.
+Jamais l'individu n'a tant vécu: le roi rêvait l'agrandissement
+de son empire; le seigneur, la conquête du
fief de son voisin; le bourgeois, l'augmentation de ses
<span class="pagenum"><a id="Page_106"> 106</a></span>
-privilges; le marchand, de nouvelles routes son
+priviléges; le marchand, de nouvelles routes à son
commerce. On ne connaissait le fond de rien; on n'avait
-rien puis; on avait foi tout; on tait l'entre et
-comme au bord de toutes les esprances, de mme qu'un
+rien épuisé; on avait foi à tout; on était à l'entrée et
+comme au bord de toutes les espérances, de même qu'un
voyageur sur une montagne attend le lever du jour
-dont il aperoit l'aurore. On fouillait le pass ainsi que
-l'avenir; on dcouvrait avec la mme joie un vieux
-manuscrit et un nouveau monde; on marchait grands
-pas vers des destines ignores, mais dont on avait l'instinct,
+dont il aperçoit l'aurore. On fouillait le passé ainsi que
+l'avenir; on découvrait avec la même joie un vieux
+manuscrit et un nouveau monde; on marchait à grands
+pas vers des destinées ignorées, mais dont on avait l'instinct,
comme on a toute sa vie devant soi dans la jeunesse.
-L'enfance de ces sicles fut barbare; leur virilit,
-pleine de passion et d'nergie; et ils ont laiss leur
-riche hritage aux ges civiliss qu'ils portrent dans
-leur sein fcond.</p>
+L'enfance de ces siècles fut barbare; leur virilité,
+pleine de passion et d'énergie; et ils ont laissé leur
+riche héritage aux âges civilisés qu'ils portèrent dans
+leur sein fécond.</p>
-<p class="source"><span class="smcap">Chateaubriant</span>, <cite>Analyse raisonne de l'Histoire de France</cite>.</p>
+<p class="source"><span class="smcap">Chateaubriant</span>, <cite>Analyse raisonnée de l'Histoire de France</cite>.</p>
<div class="header">
<h2>LA LOI SALIQUE.<br />
<span class="medium">Cause de la guerre de Cent Ans.</span><br />
@@ -4597,37 +4555,37 @@ leur sein fcond.</p>
<p>Or, dit le conte que le beau roi Philippe de France
eut trois fils avec cette belle fille Isabelle<a name="FNanchor_69" id="FNanchor_69" href="#Footnote_69" class="fnanchor">&nbsp;[69]</a> qui fut
-marie en Angleterre au roi douard dont j'ai parl
+mariée en Angleterre au roi Édouard dont j'ai parlé
ci-dessus; et furent ces trois fils moult beaux; desquels
-l'an eut nom Louis, qui fut au vivant de son pre,
+l'aîné eut nom Louis, qui fut au vivant de son père,
<span class="pagenum"><a id="Page_107"> 107</a></span>
roi de Navarre, et l'appeloit-on le roi Hutin. Le second
-n eut nom Philippe le Long; et le tiers eut nom
-Charles; et furent tous trois rois de France aprs la
-mort du roi Philippe leur pre, par droite succession,
-l'un aprs l'autre, sans avoir hoir mle de leur corps
-engendr par voie de mariage. Si que, aprs la mort
+né eut nom Philippe le Long; et le tiers eut nom
+Charles; et furent tous trois rois de France après la
+mort du roi Philippe leur père, par droite succession,
+l'un après l'autre, sans avoir hoir mâle de leur corps
+engendré par voie de mariage. Si que, après la mort
du dernier roi Charles, les douze pairs et les barons de
-France ne donnrent point le royaume la s&oelig;ur qui
-toit roine d'Angleterre, pourtant qu'ils vouloient dire
+France ne donnèrent point le royaume à la s&oelig;ur qui
+étoit roine d'Angleterre, pourtant qu'ils vouloient dire
et maintenir, et encore veulent, que le royaume de
-France est bien si noble qu'il ne doit mie aller femelle,
-ni par consquent au roi d'Angleterre son ains-n fils.
+France est bien si noble qu'il ne doit mie aller à femelle,
+ni par conséquent au roi d'Angleterre son ains-né fils.
Car, ainsi comme ils veulent dire, le fils de la femme ne
-peut avoir droit ni succession de par sa mre, l o sa
-mre n'y a point de droit: si que, par ces raisons, les
-douze pairs et les barons de France donnrent, de leur
-commun accord, le royaume de France monseigneur
-Philippe, fils jadis monseigneur Charles de Valois,
-frre jadis de ce beau roi Philippe dessus dit, et en
-trent la roine d'Angleterre et son fils, qui toit hoir
-mle et fils de la s&oelig;ur du dernier roi Charles.</p>
+peut avoir droit ni succession de par sa mère, là où sa
+mère n'y a point de droit: si que, par ces raisons, les
+douze pairs et les barons de France donnèrent, de leur
+commun accord, le royaume de France à monseigneur
+Philippe, fils jadis à monseigneur Charles de Valois,
+frère jadis de ce beau roi Philippe dessus dit, et en
+ôtèrent la roine d'Angleterre et son fils, qui étoit hoir
+mâle et fils de la s&oelig;ur du dernier roi Charles.</p>
<p>Ainsi alla le dit royaume hors de la droite ligne, ce
-semble moult de gens; parquoi grands guerres en
-sont nes et venues, et grand destruction de gens et de
+semble à moult de gens; parquoi grands guerres en
+sont nées et venues, et grand destruction de gens et de
pays au royaume de France et ailleurs, si comme vous
-pourrez our ci-aprs; car c'est la vraie fondation de
+pourrez ouïr ci-après; car c'est la vraie fondation de
cette histoire pour raconter les grands entreprises et
les grands faits d'armes qui avenus en sont: car, puis
le temps du bon roi Charlemagne, qui fut empereur
@@ -4635,175 +4593,175 @@ d'Allemagne et roi de France, n'avinrent si grands
aventures de guerre au royaume de France qu'elles sont
avenues pour ce fait-ci, ainsi que vous orrez au livre,
mais que j'aie temps et loisir du faire et vous du lire.
-Or me veux retraire la droite matire commence, et
+Or me veux retraire à la droite matière commencée, et
<span class="pagenum"><a id="Page_108"> 108</a></span>
taire de cette, tant que temps et lieu venront que j'en
devrai parler.</p>
<p class="subh">
-Comment le roi Charles de France mourut sans hoir mle, et comment les
-douze pairs et les barons lurent roi monseigneur Philippe de Valois;
-et comment il dconfit les Flamands qui s'toient rebells contre leur
+Comment le roi Charles de France mourut sans hoir mâle, et comment les
+douze pairs et les barons élurent à roi monseigneur Philippe de Valois;
+et comment il déconfit les Flamands qui s'étoient rebellés contre leur
seigneur.</p>
<p class="subt">1328.</p>
<p>Le roi Charles de France, fils au beau roi Philippe,
-fut trois fois mari, et si mourut sans hoir mle de son
+fut trois fois marié, et si mourut sans hoir mâle de son
corps, dont ce fut grand dommage pour le royaume,
-si comme vous orrez ci-aprs. La premire de ses femmes
+si comme vous orrez ci-après. La première de ses femmes
fut l'une des plus belles dames du monde; et fut fille de
la comtesse d'Artois<a name="FNanchor_70" id="FNanchor_70" href="#Footnote_70" class="fnanchor">&nbsp;[70]</a>. Celle garda mal son mariage
et se forfit, parquoi elle en demeura longtemps au
-Chtel Gaillard en prison et grand meschef, ainois
-que son mari ft roi. Quand le royaume lui fut chu et
-il fut couronn, les douze pairs et les barons de France
-ne voulurent mie, s'ils eussent pu, que le royaume demeurt
-sans hoir mle. Si quistrent sens et avis par
-quoi le roi ft remari; et le fut la fille de l'empereur
+Châtel Gaillard en prison et à grand meschef, ainçois
+que son mari fût roi. Quand le royaume lui fut échu et
+il fut couronné, les douze pairs et les barons de France
+ne voulurent mie, s'ils eussent pu, que le royaume demeurât
+sans hoir mâle. Si quistrent sens et avis par
+quoi le roi fût remarié; et le fut à la fille de l'empereur
Henry de Lucembourc<a name="FNanchor_71" id="FNanchor_71" href="#Footnote_71" class="fnanchor">&nbsp;[71]</a> et s&oelig;ur au gentil roi de
-Behaigne<a name="FNanchor_72" id="FNanchor_72" href="#Footnote_72" class="fnanchor">&nbsp;[72]</a>; et parquoi le premier mariage fut dfait et
-annul de cette dame qui en prison toit, et tout par la
-dclaration du Pape, notre saint-pre, qui adonc toit.
-De cette seconde dame de Lucembourc, qui toit moult
+Behaigne<a name="FNanchor_72" id="FNanchor_72" href="#Footnote_72" class="fnanchor">&nbsp;[72]</a>; et parquoi le premier mariage fut défait et
+annulé de cette dame qui en prison étoit, et tout par la
+déclaration du Pape, notre saint-père, qui adonc étoit.
+De cette seconde dame de Lucembourc, qui étoit moult
humble et prude femme, eut le roi un fils qui mourut
-moult jeune, assez tt la mre aprs, Yssoldun en
-Berry; et moururent tous deux moult souponneusement,
+moult jeune, assez tôt la mère après, à Yssoldun en
+Berry; et moururent tous deux moult soupçonneusement,
<span class="pagenum"><a id="Page_109"> 109</a></span>
-de quoi aucunes gens furent incoulps en derrire
-couvertement. Aprs, ce roi Charles fut remari
-tierce fois la fille de son oncle de remariage<a name="FNanchor_73" id="FNanchor_73" href="#Footnote_73" class="fnanchor">&nbsp;[73]</a>, la fille
-de monseigneur Louis comte d'vreux, la reine Jeanne
-et s&oelig;ur au roi de Navarre qui adonc toit. Puis avint
+de quoi aucunes gens furent incoulpés en derrière
+couvertement. Après, ce roi Charles fut remarié
+tierce fois à la fille de son oncle de remariage<a name="FNanchor_73" id="FNanchor_73" href="#Footnote_73" class="fnanchor">&nbsp;[73]</a>, la fille
+de monseigneur Louis comte d'Évreux, la reine Jeanne
+et s&oelig;ur au roi de Navarre qui adonc étoit. Puis avint
que cette dame fut enceinte, et le roi son mari s'accoucha
malade au lit de la mort.</p>
-<p>Quant il aperut que mourir le convenoit, il devisa
-que s'il avenoit que la roine s'accoucht d'un fils, il
+<p>Quant il aperçut que mourir le convenoit, il devisa
+que s'il avenoit que la roine s'accouchât d'un fils, il
vouloit que messire Philippe de Valois, son cousin germain,
-en ft mainbour, et rgent du royaume, jusques
-adonc que son fils seroit en ge d'tre roi; et s'il avenoit
-que ce ft une fille, que les douze pairs et les hauts
+en fût mainbour, et régent du royaume, jusques
+adonc que son fils seroit en âge d'être roi; et s'il avenoit
+que ce fût une fille, que les douze pairs et les hauts
barons de France eussent conseil et avis entre eux d'en
-ordonner, et donnassent le royaume celui qui avoir le
+ordonner, et donnassent le royaume à celui qui avoir le
devroit. Sur ce, le roi Charles alla mourir environ la
-Chandeleur, l'an de grce mil trois cent vingt sept<a name="FNanchor_74" id="FNanchor_74" href="#Footnote_74" class="fnanchor">&nbsp;[74]</a>.</p>
+Chandeleur, l'an de grâce mil trois cent vingt sept<a name="FNanchor_74" id="FNanchor_74" href="#Footnote_74" class="fnanchor">&nbsp;[74]</a>.</p>
-<p>Ne demeura mie grandement aprs ce que la reine
+<p>Ne demeura mie grandement après ce que la reine
Jeanne accoucha d'une fille<a name="FNanchor_75" id="FNanchor_75" href="#Footnote_75" class="fnanchor">&nbsp;[75]</a>, de quoi le plus du
-royaume en furent durement troubls et courroucs.</p>
+royaume en furent durement troublés et courroucés.</p>
<p>Quand les douze pairs et les hauts barons de France
-surent ce, ils s'assemblrent Paris le plustt qu'ils purent,
-et donnrent le royaume, de commun accord,
+surent ce, ils s'assemblèrent à Paris le plustôt qu'ils purent,
+et donnèrent le royaume, de commun accord, à
monseigneur Philippe de Valois, fils jadis au comte
-de Valois, et en trent la roine d'Angleterre et le roi
-son fils, qui toit demeure, s&oelig;ur germaine du roi
+de Valois, et en ôtèrent la roine d'Angleterre et le roi
+son fils, qui étoit demeurée, s&oelig;ur germaine du roi
<span class="pagenum"><a id="Page_110"> 110</a></span>
-Charles dernier trpass; pour raison de ce qu'ils dient
+Charles dernier trépassé; pour raison de ce qu'ils dient
que le royaume de France est de si grand'noblesse qu'il
-ne doit mie par succession aller femelle, ni par consquent
- fils de femelle, ainsi que vous avez ou a devant
+ne doit mie par succession aller à femelle, ni par conséquent
+à fils de femelle, ainsi que vous avez ouï ça devant
au commencement de ce livre. Et firent celui monseigneur
-Philippe couronner Rains, l'an de grce mil
-trois cent vingt huit, le jour de la Trinit<a name="FNanchor_76" id="FNanchor_76" href="#Footnote_76" class="fnanchor">&nbsp;[76]</a>, dont
-puis ce di grand guerre et grand dsolation avint au
+Philippe couronner à Rains, l'an de grâce mil
+trois cent vingt huit, le jour de la Trinité<a name="FNanchor_76" id="FNanchor_76" href="#Footnote_76" class="fnanchor">&nbsp;[76]</a>, dont
+puis ce di grand guerre et grand désolation avint au
royaume de France et en plusieurs pays, si comme vous
-pourrez our en cette histoire.</p>
+pourrez ouïr en cette histoire.</p>
-<p class="source"><span class="smcap">Chroniques de Froissart</span>, dites par M. Buchon.</p>
+<p class="source"><span class="smcap">Chroniques de Froissart</span>, éditées par M. Buchon.</p>
<div class="blockquote">
-<p>Jean Froissart naquit Valenciennes, en 1333. Ce fut l'ge de vingt-ans
-qu'il commena ses Chroniques. Il se borna d'abord reproduire, pour
-les vnements qui s'taient accomplis de 1325 1356, les rcits des autres
+<p>Jean Froissart naquit à Valenciennes, en 1333. Ce fut à l'âge de vingt-ans
+qu'il commença ses Chroniques. Il se borna d'abord à reproduire, pour
+les événements qui s'étaient accomplis de 1325 à 1356, les récits des autres
chroniqueurs, et surtout la relation de monseigneur Jean le Bel, chanoine
-de Saint-Lambert de Lige. En 1361, il prsenta la premire partie de son
-travail la reine d'Angleterre, Philippe de Hainaut. Jusqu' la fin de sa
-vie il eut souvenir de cette noble dame, Car elle me fit et cra dit-il;
-et il rappelle en plusieurs endroits, non sans une vive motion, qu'elle l'avait
-accueilli gracieusement ses dbuts; qu'elle l'avait encourag par ses conseils
-et aid de ses largesses.</p>
-
-<p>A partir de cette poque commencrent les voyages du chroniqueur. Nous
-nous bornerons ici donner une sche numration des lieux o il s'arrta
+de Saint-Lambert de Liége. En 1361, il présenta la première partie de son
+travail à la reine d'Angleterre, Philippe de Hainaut. Jusqu'à la fin de sa
+vie il eut souvenir de cette noble dame, «Car elle me fit et créa» dit-il;
+et il rappelle en plusieurs endroits, non sans une vive émotion, qu'elle l'avait
+accueilli gracieusement à ses débuts; qu'elle l'avait encouragé par ses conseils
+et aidé de ses largesses.</p>
+
+<p>A partir de cette époque commencèrent les voyages du chroniqueur. Nous
+nous bornerons ici à donner une sèche énumération des lieux où il s'arrêta
pour voir, interroger et raconter. Il fit plusieurs fois le voyage d'Angleterre.
-Ce fut pendant son premier sjour, qui dura cinq ans, qu'il visita
-l'cosse. Il parcourut toutes les parties de la France. En 1366 il tait
-Bordeaux. En 1367, il accompagna jusqu' Dax le prince de Galles, qui
+Ce fut pendant son premier séjour, qui dura cinq ans, qu'il visita
+l'Écosse. Il parcourut toutes les parties de la France. En 1366 il était à
+Bordeaux. En 1367, il accompagna jusqu'à Dax le prince de Galles, qui
partait pour l'Espagne. Il revint dans les provinces qui avoisinent les
-Pyrnes en 1388; ce fut alors qu'il se rendit la cour de Gaston de Foix,
-et vit Carcassonne, Orthez et Pamiers. En 1389 il tait Avignon; de l,
-en traversant le Lyonnais et le Bourbonnais, il courut en Auvergne, o il
-assista, Riom, au mariage du duc de Berri avec Jeanne de Boulogne. Nous
+Pyrénées en 1388; ce fut alors qu'il se rendit à la cour de Gaston de Foix,
+et vit Carcassonne, Orthez et Pamiers. En 1389 il était à Avignon; de là,
+en traversant le Lyonnais et le Bourbonnais, il courut en Auvergne, où il
+assista, à Riom, au mariage du duc de Berri avec Jeanne de Boulogne. Nous
n'avons pas besoin de dire que Froissart connut la Flandre et tout le nord
-de la France et qu'il vint souvent Paris. En 1394, il visita une dernire
-fois l'Angleterre, o il resta trois mois la cour du roi Richard. N'oublions
-pas le plus beau des voyages de Froissart: en 1368, il assista, Milan,
+de la France et qu'il vint souvent à Paris. En 1394, il visita une dernière
+fois l'Angleterre, où il resta trois mois à la cour du roi Richard. N'oublions
+pas le plus beau des voyages de Froissart: en 1368, il assista, à Milan,
au mariage de Lionel, duc de Clarence, avec la fille de Galeas Visconti.
<span class="pagenum"><a id="Page_111"> 111</a></span>
-C'est l qu'il devait rencontrer Chaucer et Ptrarque. Il parcourut alors la
+C'est là qu'il devait rencontrer Chaucer et Pétrarque. Il parcourut alors la
Savoie; il vit Bologne, Ferrare, une grande partie de l'Italie, et il revint
en Flandre par l'Allemagne.</p>
-<p>Ce fut pendant ce perptuel voyage que Froissart rassembla tous les
-matriaux de sa Chronique. Pendant la chevauche, table, le soir
-l'heure des gais propos, il interrogeait avec une avide curiosit ses compagnons
-de route ou ses nobles htes, et il recueillait prcieusement, pour les
-crire, quelquefois sous la forme mme de la conversation, les histoires
+<p>Ce fut pendant ce perpétuel voyage que Froissart rassembla tous les
+matériaux de sa Chronique. Pendant la chevauchée, à table, le soir à
+l'heure des gais propos, il interrogeait avec une avide curiosité ses compagnons
+de route ou ses nobles hôtes, et il recueillait précieusement, pour les
+écrire, quelquefois sous la forme même de la conversation, les histoires
qu'on lui racontait. Il ne se souciait point des livres, et, comme on dirait
aujourd'hui, des documents officiels; il lui suffisait, pour accepter un fait
-et pour l'affirmer, du tmoignage des <em>anciens chevaliers et cuyers qui
-avoient t en faits d'armes, et qui proprement en savoient parler</em>.
-Aussi, il pntrait dans toutes les cours et il entrait dans tous les chteaux:
-Au temps, dit-il, que j'ai travell par le monde, j'ai vu deux cents
-hauts princes.</p>
+et pour l'affirmer, du témoignage des <em>anciens chevaliers et écuyers qui
+avoient été en faits d'armes, et qui proprement en savoient parler</em>.
+Aussi, il pénétrait dans toutes les cours et il entrait dans tous les châteaux:
+«Au temps, dit-il, que j'ai travellé par le monde, j'ai vu deux cents
+hauts princes.»</p>
-<p>Certains critiques ont cherch se rendre compte du travail de Froissart;
+<p>Certains critiques ont cherché à se rendre compte du travail de Froissart;
ils ont voulu savoir comment le chroniqueur composait son &oelig;uvre.
-Nul ne l'a dit mieux que lui-mme: Or, considrez, entre vous qui me
+Nul ne l'a dit mieux que lui-même: «Or, considérez, entre vous qui me
lisez ou me lirez, ou m'avez lu, ou orrez lire, comment je puis avoir su ni
-rassembl tant de faits desquels je traite et propose en tant de parties. Et
-pour vous informer de la vrit, je commenai jeune, ds l'ge de vingt ans;
+rassemblé tant de faits desquels je traite et propose en tant de parties. Et
+pour vous informer de la vérité, je commençai jeune, dès l'âge de vingt ans;
et si suis venu au monde avec les faits et les aventures; et si y ai toujours
-pris grand plaisance plus que autre chose; et si m'a Dieu donn tant de
-grces que je ai t bien de toutes les parties, et des htels des rois, et par
-espcial de l'htel du roi douard d'Angleterre et de la noble roine sa
+pris grand plaisance plus que à autre chose; et si m'a Dieu donné tant de
+grâces que je ai été bien de toutes les parties, et des hôtels des rois, et par
+espécial de l'hôtel du roi Édouard d'Angleterre et de la noble roine sa
femme, madame Philippe de Hainaut, roine d'Angleterre, dame d'Irlande et
-d'Aquitaine, laquelle en ma jeunesse je fus clerc, et la servois de beaux
-dits et traits amoureux: et pour l'amour du service de la noble et vaillante
-dame qui j'tois, tous autres seigneurs, rois, ducs, comtes, barons
+d'Aquitaine, à laquelle en ma jeunesse je fus clerc, et la servois de beaux
+dits et traités amoureux: et pour l'amour du service de la noble et vaillante
+dame à qui j'étois, tous autres seigneurs, rois, ducs, comtes, barons
et chevaliers, de quelque nation qu'ils fussent, me aimoient, oyoient et
voyoient volontiers, et me faisoient grand profit. Ainsi, au titre de la bonne
-dame et ses coutages et aux coutages des hauts seigneurs en mon temps, je
-cherchai la plus grand partie de la chrtient; et partout o je venois, je
-faisois enqute aux anciens chevaliers et cuyers qui avoient t en faits d'armes
-et qui proprement en savoient parler, et aussi aucuns hrauts de crdence,
-pour vrifier et justifier toutes matires. Ainsi ai-je rassembl la
-haute et noble histoire et matire, et le gentil comte de Blois dessus nomm
-y a rendu grand peine<a name="FNanchor_77" id="FNanchor_77" href="#Footnote_77" class="fnanchor">&nbsp;[77]</a>; et tant comme je vivrai, par la grce de Dieu
-je la continuerai; car comme plus y suis et plus y laboure, et plus me plat;
-car ainsi comme le gentil chevalier et cuyer qui aime les armes, et en
+dame et à ses coutages et aux coutages des hauts seigneurs en mon temps, je
+cherchai la plus grand partie de la chrétienté; et partout où je venois, je
+faisois enquête aux anciens chevaliers et écuyers qui avoient été en faits d'armes
+et qui proprement en savoient parler, et aussi à aucuns hérauts de crédence,
+pour vérifier et justifier toutes matières. Ainsi ai-je rassemblé la
+haute et noble histoire et matière, et le gentil comte de Blois dessus nommé
+y a rendu grand peine<a name="FNanchor_77" id="FNanchor_77" href="#Footnote_77" class="fnanchor">&nbsp;[77]</a>; et tant comme je vivrai, par la grâce de Dieu
+je la continuerai; car comme plus y suis et plus y laboure, et plus me plaît;
+car ainsi comme le gentil chevalier et écuyer qui aime les armes, et en
<span class="pagenum"><a id="Page_112"> 112</a></span>
-persvrant et continuant il s'y nourrit parfait, ainsi, en labourant et ouvrant
-sur cette matire, je m'habilite et dlecte<a name="FNanchor_78" id="FNanchor_78" href="#Footnote_78" class="fnanchor">&nbsp;[78]</a>.</p>
+persévérant et continuant il s'y nourrit parfait, ainsi, en labourant et ouvrant
+sur cette matière, je m'habilite et délecte<a name="FNanchor_78" id="FNanchor_78" href="#Footnote_78" class="fnanchor">&nbsp;[78]</a>.»</p>
-<p>Si Froissart a fait ses Chroniques, s'il se plat raconter les <em>honorables
+<p>Si Froissart a fait ses Chroniques, s'il se plaît à raconter les <em>honorables
entreprises, nobles aventures et faits d'armes</em>, c'est pour que les <em>preux
-aient exemple d'eux encourager en bien faisant</em>. C'est l le seul but moral
-auquel il tende; tout, dans ses mille rcits, est subordonn cette
-maxime qu'il a place au dbut de l'pinette amoureuse:</p>
+aient exemple d'eux encourager en bien faisant</em>. C'est là le seul but moral
+auquel il tende; tout, dans ses mille récits, est subordonné à cette
+maxime qu'il a placée au début de l'Épinette amoureuse:</p>
<p class="quote">
Que toute joie et toute honours<br />
Viennent et d'armes et d'amours.</p>
-<p>A son retour d'Italie, Froissart avait t nomm cur de Lestines. Plus
-tard, comme il nous l'apprend, il devint <em>trsorier et chanoine de Chimay
-et de Lille en Flandre</em>. On croit qu'il passa les dernires annes de sa vie
-dans la ville o il tait n, Valenciennes. Il mourut vers 1410, suivant
-M. Buchon. Le savant diteur de Froissart a recueilli sur ce fait des tmoignages
-qui nous semblent incontestables, et nous n'hsitons pas adopter
+<p>A son retour d'Italie, Froissart avait été nommé curé de Lestines. Plus
+tard, comme il nous l'apprend, il devint <em>trésorier et chanoine de Chimay
+et de Lille en Flandre</em>. On croit qu'il passa les dernières années de sa vie
+dans la ville où il était né, à Valenciennes. Il mourut vers 1410, suivant
+M. Buchon. Le savant éditeur de Froissart a recueilli sur ce fait des témoignages
+qui nous semblent incontestables, et nous n'hésitons pas à adopter
son opinion<a name="FNanchor_79" id="FNanchor_79" href="#Footnote_79" class="fnanchor">&nbsp;[79]</a>.</p>
</div>
@@ -4812,168 +4770,168 @@ son opinion<a name="FNanchor_79" id="FNanchor_79" href="#Footnote_79" class="fna
<span class="medium">1328.</span></h2>
</div>
-<p>Assez tt aprs ce que ce roi Philippe fut couronn
+<p>Assez tôt après ce que ce roi Philippe fut couronné à
Rains, il manda ses princes, ses barons et toutes ses gens
d'armes, et alla atout son pouvoir loger en la ville<a name="FNanchor_80" id="FNanchor_80" href="#Footnote_80" class="fnanchor">&nbsp;[80]</a>
-de Cassel pour guerroyer les Flamands, qui toient rebelles
- leur seigneur<a name="FNanchor_81" id="FNanchor_81" href="#Footnote_81" class="fnanchor">&nbsp;[81]</a>, mmement ceux de Bruges,
-d'Ypre et ceux du Franc<a name="FNanchor_82" id="FNanchor_82" href="#Footnote_82" class="fnanchor">&nbsp;[82]</a>; et ne vouloient obir au
+de Cassel pour guerroyer les Flamands, qui étoient rebelles
+à leur seigneur<a name="FNanchor_81" id="FNanchor_81" href="#Footnote_81" class="fnanchor">&nbsp;[81]</a>, mêmement ceux de Bruges,
+d'Ypre et ceux du Franc<a name="FNanchor_82" id="FNanchor_82" href="#Footnote_82" class="fnanchor">&nbsp;[82]</a>; et ne vouloient obéir au
<span class="pagenum"><a id="Page_113"> 113</a></span>
-dit comte de Flandre, mais l'avoient enchass; et ne
+dit comte de Flandre, mais l'avoient enchassé; et ne
pouvoit adonc nulle part demeurer en son pays, fors
-tant seulement Gand, et encore assez escharsement.
-Si dconfit adonc le roi Philippe bien seize mille Flamands,
+tant seulement à Gand, et encore assez escharsement.
+Si déconfit adonc le roi Philippe bien seize mille Flamands,
qui avoient fait un capitaine qui s'appeloit Colin
Dennekins<a name="FNanchor_83" id="FNanchor_83" href="#Footnote_83" class="fnanchor">&nbsp;[83]</a>, hardi homme et outrageux durement; et
avoient les dessusdits Flamands fait leur garnison de
Cassel, au commandement et aux gages des villes de
-Flandre, pour garder ces frontires l en droit. Et vous
-dirai comment ces Flamands furent dconfits, et tout
+Flandre, pour garder ces frontières là en droit. Et vous
+dirai comment ces Flamands furent déconfits, et tout
par leur outrage.</p>
<p>Ils se partirent un jour, sur l'heure de souper, du
-mont de Cassel<a name="FNanchor_84" id="FNanchor_84" href="#Footnote_84" class="fnanchor">&nbsp;[84]</a>, en intention de dconfire le roi et
+mont de Cassel<a name="FNanchor_84" id="FNanchor_84" href="#Footnote_84" class="fnanchor">&nbsp;[84]</a>, en intention de déconfire le roi et
tout son ost, et s'envinrent tout paisiblement, sans
-point de noise, ordonns en trois batailles, desquelles
-l'une alla droit aux tentes du roi, et eurent prs soupris
-le roi qui soit souper et toutes ses gens. L'autre bataille
+point de noise, ordonnés en trois batailles, desquelles
+l'une alla droit aux tentes du roi, et eurent près soupris
+le roi qui séoit à souper et toutes ses gens. L'autre bataille
s'en alla droit aux tentes du roi de Behaigne, et
-le trouvrent prs en tel point; et la tierce bataille s'en
+le trouvèrent près en tel point; et la tierce bataille s'en
alla droit aux tentes du comte de Hainaut, et l'eurent
-aussi prs soupris, et le htrent si que grand peine
-purent ses gens tre arms, ni les gens monseigneur de
-Beaumont son frre. Et vinrent tantt ces trois batailles
-si paisiblement jusques aux tentes, que grand meschef
-furent les seigneurs arms et leurs gens assembls.
+aussi près soupris, et le hâtèrent si que à grand peine
+purent ses gens être armés, ni les gens monseigneur de
+Beaumont son frère. Et vinrent tantôt ces trois batailles
+si paisiblement jusques aux tentes, que à grand meschef
+furent les seigneurs armés et leurs gens assemblés.
<span class="pagenum"><a id="Page_114"> 114</a></span>
-Et eussent tous les seigneurs et leurs gens t morts si
-Dieu ne les et, ainsi comme par droit miracle, secourus
-et aids; mais, par la grce et volont de Dieu, chacun
-de ces seigneurs dconfit sa bataille si entirement, et
-tous une heure et un point, qu'oncques de ces seize
-mille Flamands nul n'en chappa; et fut leur capitaine
-tu<a name="FNanchor_85" id="FNanchor_85" href="#Footnote_85" class="fnanchor">&nbsp;[85]</a>. Et si ne sut oncques nul de ces seigneurs nouvelles
+Et eussent tous les seigneurs et leurs gens été morts si
+Dieu ne les eût, ainsi comme par droit miracle, secourus
+et aidés; mais, par la grâce et volonté de Dieu, chacun
+de ces seigneurs déconfit sa bataille si entièrement, et
+tous à une heure et à un point, qu'oncques de ces seize
+mille Flamands nul n'en échappa; et fut leur capitaine
+tué<a name="FNanchor_85" id="FNanchor_85" href="#Footnote_85" class="fnanchor">&nbsp;[85]</a>. Et si ne sut oncques nul de ces seigneurs nouvelles
l'un de l'autre, jusques adonc qu'ils eurent tout fait; et
-oncques des seize mille Flamands qui morts y demeurrent
+oncques des seize mille Flamands qui morts y demeurèrent
n'en recula un seul, que tous ne fussent morts et
-tus en trois monceaux l'un sur l'autre, sans issir de la
-place l o chacune bataille commena, qui fut l'an de
-grce mil trois cent vingt huit, le jour de la Saint Barthlemy.
-Adonc, aprs cette dconfiture, vinrent les
-Franais Cassel et y mirent les bannires de France,
-et se rendit la ville au roi; et puis Poperingue, et aprs
-Ypre, et tous ceux de la chtellenie de Bergues, et ceux
-de Bruges en suivant, et reurent le comte Louis, leur
+tués en trois monceaux l'un sur l'autre, sans issir de la
+place là où chacune bataille commença, qui fut l'an de
+grâce mil trois cent vingt huit, le jour de la Saint Barthélemy.
+Adonc, après cette déconfiture, vinrent les
+Français à Cassel et y mirent les bannières de France,
+et se rendit la ville au roi; et puis Poperingue, et après
+Ypre, et tous ceux de la châtellenie de Bergues, et ceux
+de Bruges en suivant, et reçurent le comte Louis, leur
seigneur, amiablement adonc et paisiblement, et lui
-jurrent foi et loyaut toujours mais.</p>
+jurèrent foi et loyauté à toujours mais.</p>
<p>Quand le roi Philippe de France eut remis le comte
-de Flandre en son pays, et que tous lui eurent jur
-faut et hommage, il dpartit ses gens, et retourna
-chacun en son lieu; et il mme s'en vint en France et
-sjourner Paris et l environ. Si fut durement pris et
-honor de cette emprise qu'il avoit faite sur les Flamands,
+de Flandre en son pays, et que tous lui eurent juré
+féauté et hommage, il départit ses gens, et retourna
+chacun en son lieu; et il même s'en vint en France et
+séjourner à Paris et là environ. Si fut durement prisé et
+honoré de cette emprise qu'il avoit faite sur les Flamands,
et aussi du beau service qu'il avoit fait au comte Louis,
son cousin. Si demeura en grand'honneur, et accrut
-grandement l'tat royal, et n'y avoit oncques mais eu
-en France roi, si comme on disoit, qui et tenu l'tat
+grandement l'état royal, et n'y avoit oncques mais eu
+en France roi, si comme on disoit, qui eût tenu l'état
pareil au roi Philippe; et faisoit faire tournois, joutes et
-batements moult et grand plent.</p>
+ébatements moult et à grand plenté.</p>
<p><span class="pagenum"><a id="Page_115"> 115</a></span>
Or nous tairons-nous un petit de lui et parlerons des
ordonnances d'Angleterre et du gouvernement du roi.</p>
-<p class="source"><span class="smcap">Chroniques de Froissart</span>, dites et annotes par Buchon.</p>
+<p class="source"><span class="smcap">Chroniques de Froissart</span>, éditées et annotées par Buchon.</p>
<div class="header">
-<h2>DOUARD III FAIT HOMMAGE AU ROI DE FRANCE.<br />
+<h2>ÉDOUARD III FAIT HOMMAGE AU ROI DE FRANCE.<br />
<span class="medium">1329.</span></h2>
</div>
<p>Le jeune roi d'Angleterre ne mit mie en oubli le voyage
qu'il devoit faire au royaume de France, et s'appareilla
-bien et suffisamment, ainsi que lui appartenoit et
-son tat. Si se partit d'Angleterre quand jour fut du
-partir<a name="FNanchor_86" id="FNanchor_86" href="#Footnote_86" class="fnanchor">&nbsp;[86]</a>. En sa compagnie avoit deux vques, celui
+bien et suffisamment, ainsi que à lui appartenoit et à
+son état. Si se partit d'Angleterre quand jour fut du
+partir<a name="FNanchor_86" id="FNanchor_86" href="#Footnote_86" class="fnanchor">&nbsp;[86]</a>. En sa compagnie avoit deux évêques, celui
de Londres et celui de Lincolle, et quatre comtes, monseigneur
Henry comte de Derby, son cousin germain,
fils messire Thomas de Lancastre au tort Col; son oncle,
le comte de Salebrin, le comte de Warvich et le comte
de Herfort; six barons, monseigneur Regnaut de Cobeham,
-monseigneur Thomas Wage, marchal d'Angleterre,
+monseigneur Thomas Wage, maréchal d'Angleterre,
monseigneur Richard de Stanford, le seigneur
de Percy, le seigneur de Manne<a name="FNanchor_87" id="FNanchor_87" href="#Footnote_87" class="fnanchor">&nbsp;[87]</a>, et le seigneur de
Moutbray, et plus de quarante autres chevaliers.</p>
-<p>Si toient en la route et la dlivrance du roi d'Angleterre
-plus de mille chevaux; et mirent deux jours
+<p>Si étoient en la route et à la délivrance du roi d'Angleterre
+plus de mille chevaux; et mirent deux jours à
passer entre Douvres et Wissant. Quand ils furent outre,
et leurs chevaux traits hors des nefs et des vaissiaulx,
-le roi monta cheval, accompagn ainsi que je vous ai
-dit, et chevaucha tant qu'il vint Boulogne; et l fut-il
-un jour. Tantt nouvelles vinrent au roi Philippe de
+le roi monta à cheval, accompagné ainsi que je vous ai
+dit, et chevaucha tant qu'il vint à Boulogne; et là fut-il
+un jour. Tantôt nouvelles vinrent au roi Philippe de
<span class="pagenum"><a id="Page_116"> 116</a></span>
-France et aux seigneurs de France, qui j toient
-Amiens, que le roi d'Angleterre toit arriv et venu
+France et aux seigneurs de France, qui jà étoient à
+Amiens, que le roi d'Angleterre étoit arrivé et venu à
Boulogne. De ces nouvelles eut le roi Philippe grand'joie,
-et envoya tantt son conntable<a name="FNanchor_88" id="FNanchor_88" href="#Footnote_88" class="fnanchor">&nbsp;[88]</a> et grand foison de
-chevaliers devers le roi d'Angleterre, qu'ils trouvrent
+et envoya tantôt son connétable<a name="FNanchor_88" id="FNanchor_88" href="#Footnote_88" class="fnanchor">&nbsp;[88]</a> et grand foison de
+chevaliers devers le roi d'Angleterre, qu'ils trouvèrent à
Monstreuil sur la mer; et eut grands reconnaissances et
approchemens d'amour. Depuis, chevaucha le jeune
-roi d'Angleterre en la compagnie du conntable de
-France; et fit tant avec sa route qu'il vint en la cit d'Amiens,
-o le roi Philippe toit tout appareill et pourvu
+roi d'Angleterre en la compagnie du connétable de
+France; et fit tant avec sa route qu'il vint en la cité d'Amiens,
+où le roi Philippe étoit tout appareillé et pourvu
de le recevoir, le roi de Behaigne, le roi de Navarre et
le roi de Maillogres<a name="FNanchor_89" id="FNanchor_89" href="#Footnote_89" class="fnanchor">&nbsp;[89]</a> de-lez lui, et si grand foison de
-ducs, de comtes et de barons que merveilles seroit
-penser: car l toient tous les douze pairs de France
-pour le roi d'Angleterre fter, et aussi pour tre personnellement
-et faire tmoin son hommage.</p>
+ducs, de comtes et de barons que merveilles seroit à
+penser: car là étoient tous les douze pairs de France
+pour le roi d'Angleterre fêter, et aussi pour être personnellement
+et faire témoin à son hommage.</p>
-<p>Si le roi Philippe de France reut honorablement et
-grandement le jeune roi d'Angleterre, ce ne fait mie
+<p>Si le roi Philippe de France reçut honorablement et
+grandement le jeune roi d'Angleterre, ce ne fait mie à
demander; et aussi firent tous les rois, les ducs et les
-comtes qui l toient; et furent tous iceux seigneurs
-adonc en la cit d'Amiens, jusqu' quinze jours. L eut
-maintes paroles et ordonnances faites et devises; et me
-semble que le roi douard fit adonc hommage de
+comtes qui là étoient; et furent tous iceux seigneurs
+adonc en la cité d'Amiens, jusqu'à quinze jours. Là eut
+maintes paroles et ordonnances faites et devisées; et me
+semble que le roi Édouard fit adonc hommage de
bouche et de parole tant seulement, sans les mains
mettre entre les mains du roi de France, ou aucun prince
-ou prlat de par lui dput; et n'en voulut adonc le
+ou prélat de par lui député; et n'en voulut adonc le
dit roi d'Angleterre, par le conseil qu'il eut, dudit
-hommage plus avant procder, si seroit retourn en Angleterre
+hommage plus avant procéder, si seroit retourné en Angleterre
<span class="pagenum"><a id="Page_117"> 117</a></span>
-et auroit vu, lu et examin les privilges de
-jadis, qui devoient claircir le dit hommage, et montrer
-comment et de quoi le roi d'Angleterre devoit tre
-homme du roi de France. Le roi de France qui voit le
+et auroit vu, lu et examiné les priviléges de
+jadis, qui devoient éclaircir le dit hommage, et montrer
+comment et de quoi le roi d'Angleterre devoit être
+homme du roi de France. Le roi de France qui véoit le
roi d'Angleterre, son cousin, jeune, entendit bien toutes
ces paroles, et ne le voult adonc de rien presser; car il
savoit assez que bien y recouvreroit quand il voudroit,
-et lui dit: Mon cousin, nous ne vous voulons pas decevoir,
-et nous plat bien ce que vous en avez fait prsent,
-jusques tant que vous soyez retourn en votre
-pays et vu, par les scells de vos prdcesseurs, quelle
-chose vous en devez faire. Le roi d'Angleterre et son
-conseil rpondirent: Cher sire, grands mercis.</p>
-
-<p>Depuis se joua, batit, et demeura le roi d'Angleterre
-avec le roi de France en la cit d'Amiens: et quand tant
-y eut t que bien dt suffire par raison, il prit cong et
+et lui dit: «Mon cousin, nous ne vous voulons pas decevoir,
+et nous plaît bien ce que vous en avez fait à présent,
+jusques à tant que vous soyez retourné en votre
+pays et vu, par les scellés de vos prédécesseurs, quelle
+chose vous en devez faire.» Le roi d'Angleterre et son
+conseil répondirent: «Cher sire, grands mercis.»</p>
+
+<p>Depuis se joua, ébatit, et demeura le roi d'Angleterre
+avec le roi de France en la cité d'Amiens: et quand tant
+y eut été que bien dût suffire par raison, il prit congé et
se partit du roi moult amiablement et de tous les autres
-princes qui l toient, et se mit au retour pour revenir
+princes qui là étoient, et se mit au retour pour revenir
en Angleterre, et repassa la mer; et fit tant par ses
-journes qu'il vint Windesore, o il trouva la roine
-Philippe sa femme, qui le reut liement, et lui demanda
+journées qu'il vint à Windesore, où il trouva la roine
+Philippe sa femme, qui le reçut liement, et lui demanda
nouvelles du roi Philippe son oncle et de son
grand lignage de France. Le roi son mari lui en recorda
-assez, et du grand tat qu'il avoit trouv, et comment
-on l'avoit recueilli et festoy grandement, et des honneurs
-qui toient en France, auxquelles faire ni de les
-entreprendre faire, nul autre pays ne s'accomparage.</p>
+assez, et du grand état qu'il avoit trouvé, et comment
+on l'avoit recueilli et festoyé grandement, et des honneurs
+qui étoient en France, auxquelles faire ni de les
+entreprendre à faire, nul autre pays ne s'accomparage.</p>
-<p class="source"><span class="smcap">Chroniques de Froissart</span>, dites et annotes par Buchon.</p>
+<p class="source"><span class="smcap">Chroniques de Froissart</span>, éditées et annotées par Buchon.</p>
<p><span class="pagenum"><a id="Page_118"> 118</a></span></p>
<div class="header">
@@ -4985,296 +4943,296 @@ lui convint s'enfuir hors du royaume; et comment il fit mettre sa femme et
ses enfants en prison, qui oncques puis n'en issirent.</p>
</div>
-<p>L'homme du monde qui plus aida le roi Philippe
-parvenir la couronne de France et l'hritage, ce fut
-messire Robert d'Artois, qui toit l'un des plus hauts
-barons de France et le mieux enlignag, et trait des
-royaux<a name="FNanchor_90" id="FNanchor_90" href="#Footnote_90" class="fnanchor">&nbsp;[90]</a>; et avoit femme la s&oelig;ur germaine du roi Philippe<a name="FNanchor_91" id="FNanchor_91" href="#Footnote_91" class="fnanchor">&nbsp;[91]</a>,
-et avoit t toudis son plus espcial compagnon
-et ami en tous tats; et fut bien l'espace de trois ans
-que en France tout toit fait par lui, et sans lui n'toit
-rien fait. Aprs advint que le roi Philippe emprit et
+<p>L'homme du monde qui plus aida le roi Philippe à
+parvenir à la couronne de France et à l'héritage, ce fut
+messire Robert d'Artois, qui étoit l'un des plus hauts
+barons de France et le mieux enlignagé, et trait des
+royaux<a name="FNanchor_90" id="FNanchor_90" href="#Footnote_90" class="fnanchor">&nbsp;[90]</a>; et avoit à femme la s&oelig;ur germaine du roi Philippe<a name="FNanchor_91" id="FNanchor_91" href="#Footnote_91" class="fnanchor">&nbsp;[91]</a>,
+et avoit été toudis son plus espécial compagnon
+et ami en tous états; et fut bien l'espace de trois ans
+que en France tout étoit fait par lui, et sans lui n'étoit
+rien fait. Après advint que le roi Philippe emprit et
acueillit ce messire Robert en si grand haine, pour occasion
-d'un plaid qui mu toit devant lui, dont le
-comte d'Artois toit cause, que le dit messire Robert vouloit
-avoir gagn, par vertu d'une lettre que messire Robert
-mit avant, qui n'toit mie bien vraie<a name="FNanchor_92" id="FNanchor_92" href="#Footnote_92" class="fnanchor">&nbsp;[92]</a>, si comme
-on disoit, que si le roi l'et tenu en son ire<a name="FNanchor_93" id="FNanchor_93" href="#Footnote_93" class="fnanchor">&nbsp;[93]</a> il l'et
-fait mourir sans nul remde. Et combien que le dit messire
-Robert ft le plus prochain du lignage tous les
+d'un plaid qui ému étoit devant lui, dont le
+comte d'Artois étoit cause, que le dit messire Robert vouloit
+avoir gagné, par vertu d'une lettre que messire Robert
+mit avant, qui n'étoit mie bien vraie<a name="FNanchor_92" id="FNanchor_92" href="#Footnote_92" class="fnanchor">&nbsp;[92]</a>, si comme
+on disoit, que si le roi l'eût tenu en son ire<a name="FNanchor_93" id="FNanchor_93" href="#Footnote_93" class="fnanchor">&nbsp;[93]</a> il l'eût
+fait mourir sans nul remède. Et combien que le dit messire
+Robert fût le plus prochain du lignage à tous les
hauts barons de France, et serourge<a name="FNanchor_94" id="FNanchor_94" href="#Footnote_94" class="fnanchor">&nbsp;[94]</a> au dit roi, si lui
-convint-il vider France<a name="FNanchor_95" id="FNanchor_95" href="#Footnote_95" class="fnanchor">&nbsp;[95]</a> et venir Namur devers le
+convint-il vider France<a name="FNanchor_95" id="FNanchor_95" href="#Footnote_95" class="fnanchor">&nbsp;[95]</a> et venir à Namur devers le
<span class="pagenum"><a id="Page_119"> 119</a></span>
-jeune comte Jean, son neveu et ses frres, qui toient
+jeune comte Jean, son neveu et ses frères, qui étoient
enfans de sa s&oelig;ur<a name="FNanchor_96" id="FNanchor_96" href="#Footnote_96" class="fnanchor">&nbsp;[96]</a>.</p>
<p>Quand il fut parti de France et le roi vit qu'il ne le
pourroit tenir, pour mieux montrer que la besogne lui
-touchoit, il fit prendre sa s&oelig;ur, qui toit femme au dit
+touchoit, il fit prendre sa s&oelig;ur, qui étoit femme au dit
messire Robert, et ses deux fils et neveux, Jean et Charles<a name="FNanchor_97" id="FNanchor_97" href="#Footnote_97" class="fnanchor">&nbsp;[97]</a>,
-et les fit mettre en prison bien troitement, et
+et les fit mettre en prison bien étroitement, et
jura que jamais n'en issiroient tant qu'il vivroit; et bien
tint son serment, car oncques depuis, pour personne
-qui en parlt, ils n'en vidrent; dont il en fut depuis
-moult blm en derrire.</p>
-
-<p>Quand le dit roi de France sut de certain et fut inform
-que le dit messire Robert toit arrt de-lez sa s&oelig;ur et
-ses neveux, il en fut moult courrouc; et envoya chaudement
-devers l'vque Aoul<a name="FNanchor_98" id="FNanchor_98" href="#Footnote_98" class="fnanchor">&nbsp;[98]</a> de Lige, en priant qu'il
-dfit et guerroyt le comte de Namur, s'il ne mettoit
-messire Robert d'Artois hors de sa compagnie. Cet vque,
+qui en parlât, ils n'en vidèrent; dont il en fut depuis
+moult blâmé en derrière.</p>
+
+<p>Quand le dit roi de France sçut de certain et fut informé
+que le dit messire Robert étoit arrêté de-lez sa s&oelig;ur et
+ses neveux, il en fut moult courroucé; et envoya chaudement
+devers l'évêque Aoul<a name="FNanchor_98" id="FNanchor_98" href="#Footnote_98" class="fnanchor">&nbsp;[98]</a> de Liége, en priant qu'il
+défiât et guerroyât le comte de Namur, s'il ne mettoit
+messire Robert d'Artois hors de sa compagnie. Cet évêque,
qui moult aimoit le roi de France et qui petit aimoit
ses voisins, manda au jeune comte de Namur qu'il
-mt son oncle messire Robert d'Artois hors de son pays
+mît son oncle messire Robert d'Artois hors de son pays
et de sa terre, autrement il lui feroit guerre. Le comte
-de Namur fut si conseill qu'il mit hors de sa terre son
+de Namur fut si conseillé qu'il mit hors de sa terre son
oncle; ce fut moult ennuis, mais faire lui convenoit ou
pis attendre.</p>
<p><span class="pagenum"><a id="Page_120"> 120</a></span>
Quand messire Robert se vit en ce parti, si fut moult
angoisseux de c&oelig;ur, et s'avisa qu'il iroit en Brabant,
-pourtant que le duc son cousin toit si puissant que bien
+pourtant que le duc son cousin étoit si puissant que bien
le soutiendroit. Si vint devers le duc, son cousin, qui
-le reut moult liement et le reconforta assez de ses dtourbiers.
-Le roi le sut; si envoya tantt messages au
+le reçut moult liement et le reconforta assez de ses détourbiers.
+Le roi le sçut; si envoya tantôt messages au
dit duc, et lui manda que s'il le soutenoit ou souffroit
demeurer ou repairer en sa terre, il n'auroit pire ennemi
-de lui et le grveroit en toutes les guises qu'il
+de lui et le grèveroit en toutes les guises qu'il
pourroit. Le duc ne le voulut ou n'osa plus tenir ouvertement
-en son pays, pour doute d'acqurir la haine du
+en son pays, pour doute d'acquérir la haine du
dit roi de France; ains l'envoya couvertement tenir en
-Argenteau<a name="FNanchor_99" id="FNanchor_99" href="#Footnote_99" class="fnanchor">&nbsp;[99]</a> jusques tant que on verroit comment le
-roi se maintiendroit. Le roi le sut, qui partout avoit
-ses espies; si en eut grand dpit; si pourchassa tant et
-en moult bref temps aprs, par son or et par son argent,
-que le roi de Behaigne, qui toit cousin germain au dit
-roi, l'vque de Lige, l'archevque de Coulogne, le
+Argenteau<a name="FNanchor_99" id="FNanchor_99" href="#Footnote_99" class="fnanchor">&nbsp;[99]</a> jusques à tant que on verroit comment le
+roi se maintiendroit. Le roi le sçut, qui partout avoit
+ses espies; si en eut grand dépit; si pourchassa tant et
+en moult bref temps après, par son or et par son argent,
+que le roi de Behaigne, qui étoit cousin germain au dit
+roi, l'évêque de Liége, l'archevêque de Coulogne, le
duc de Guerles, le marquis de Juliers, le comte de Bar,
le comte de Los, le sire de Fauquemont et plusieurs
-autres seigneurs furent allis encontre le dit duc, et le
-dfirent tous, au pourchas et requte du dessus dit roi.
-Et entrrent tantt en son pays parmi Hesbaing, et allrent
-droit Hanut<a name="FNanchor_100" id="FNanchor_100" href="#Footnote_100" class="fnanchor">&nbsp;[100]</a>, et ardirent tout leur volont
+autres seigneurs furent alliés encontre le dit duc, et le
+défièrent tous, au pourchas et requête du dessus dit roi.
+Et entrèrent tantôt en son pays parmi Hesbaing, et allèrent
+droit à Hanut<a name="FNanchor_100" id="FNanchor_100" href="#Footnote_100" class="fnanchor">&nbsp;[100]</a>, et ardirent tout à leur volonté
par deux fois, eux demeurans au pays, tant que bon
-leur sembla. Et envoya avec eux le comte d'Eu son conntable,
+leur sembla. Et envoya avec eux le comte d'Eu son connétable,
atout grand compagnie de gens d'armes, pour
-mieux montrer que la besogne toit sienne, et faite
+mieux montrer que la besogne étoit sienne, et faite à
son pourchas; et tout ardoient son pays. Si en convint
le comte Guillaume de Hainaut ensonnier; et envoya
<span class="pagenum"><a id="Page_121"> 121</a></span>
madame sa femme, s&oelig;ur du roi Philippe, et le seigneur
-de Beaumont, son frre, en France pardevers le dit roi,
-pour imptrer une souffrance et une trve de lui d'une
-part, et du duc de Brabant d'autre. Trop ennuis et
-duret y descendit le roi de France, tant avoit-il pris la
-chose en grand dpit. Toute fois, la prire du comte
+de Beaumont, son frère, en France pardevers le dit roi,
+pour impétrer une souffrance et une trêve de lui d'une
+part, et du duc de Brabant d'autre. Trop ennuis et à
+dureté y descendit le roi de France, tant avoit-il pris la
+chose en grand dépit. Toute fois, à la prière du comte
de Hainaut son serourge, le roi s'humilia, et donna et accorda
-trves au duc de Brabant, parmi ce que le duc
+trèves au duc de Brabant, parmi ce que le duc
se mit du tout au dit et en l'ordonnance du propre roi
-de France et de son conseil, de tout ce qu'il avoit faire
-au roi et chacun de ces seigneurs qui dfi l'avoient;
-et devoit mettre, dedans un certain jour qui nomm y
-toit, monseigneur Robert d'Artois hors de sa terre et
+de France et de son conseil, de tout ce qu'il avoit à faire
+au roi et à chacun de ces seigneurs qui défié l'avoient;
+et devoit mettre, dedans un certain jour qui nommé y
+étoit, monseigneur Robert d'Artois hors de sa terre et
de son pouvoir, si comme il fit moult ennuis; mais faire
-lui convint, ou autrement il et eu trop forte guerre de
-tous cts, si comme il toit apparant. Si que, entrementes
+lui convint, ou autrement il eût eu trop forte guerre de
+tous côtés, si comme il étoit apparant. Si que, entrementes
que ce toullement et ces besognes se portoient,
ainsi que vous oyez recorder, le roi anglois eut nouveau
conseil de guerroyer le roi d'Escosse son serourge: je
-vous dirai quel titre.</p>
+vous dirai à quel titre.</p>
-<p class="source"><span class="smcap">Chroniques de Froissart</span>, dites et annotes par Buchon.</p>
+<p class="source"><span class="smcap">Chroniques de Froissart</span>, éditées et annotées par Buchon.</p>
<div class="header">
-<h2>MME SUJET.<br />
-<span class="medium">Comment messire Robert d'Artois voult possder la cont d'Artois par
+<h2>MÊME SUJET.<br />
+<span class="medium">Comment messire Robert d'Artois voult posséder la conté d'Artois par
fausses lettres que la damoiselle de Divion avoit fait escrire et sceller.</span><br />
<span class="medium">1329</span>.</h2>
</div>
-<p>L'an mil trois cens vint-neuf, commena messire Robert
+<p>L'an mil trois cens vint-neuf, commença messire Robert
d'Artois le plait contre la devant dite Mahaut, contesse
d'Artois, si comme il avoit fait l'an dix-sept, de
-quoy procs avoit est fait autre fois. Mais ledit messire
+quoy procès avoit esté fait autre fois. Mais ledit messire
<span class="pagenum"><a id="Page_122"> 122</a></span>
Robert maintenoit que les lettres de mariage entre messire
-Phelippe d'Artois, son pre, et madame Blanche
-de Bretaigne, sa mre, par lesquelles ledit cont luy
-appartenoit, si comme il disoit, avoient est par fraude
-mucies et repostes; si les avoit trouves. Et assez tost
-aprs, assambla ledit messire Robert d'Artois, le conte
-d'Alenon, le duc de Bretaigne et tout plein d'autres
+Phelippe d'Artois, son père, et madame Blanche
+de Bretaigne, sa mère, par lesquelles ledit conté luy
+appartenoit, si comme il disoit, avoient esté par fraude
+muciées et repostées; si les avoit trouvées. Et assez tost
+après, assambla ledit messire Robert d'Artois, le conte
+d'Alençon, le duc de Bretaigne et tout plein d'autres
haus hommes de son lignage; et vint au roi Phelippe
-et luy requist que droit luy fust fait de la cont d'Artois.
-Tantost le roy fist ajourner la contesse jour nomm
-contre ledit messire Robert, laquelle journe elle
+et luy requist que droit luy fust fait de la conté d'Artois.
+Tantost le roy fist ajourner la contesse à jour nommé
+contre ledit messire Robert, à laquelle journée elle
vint, et amena avec luy Eudon, le duc de Bourgoigne,
-et Loys, le conte de Flandre. L monstra messire Robert
-unes lettres scelles du scel au conte Robert d'Artois,
+et Loys, le conte de Flandre. Là monstra messire Robert
+unes lettres scellées du scel au conte Robert d'Artois,
contenant que, quant le mariage fu fait de monseigneur
-Phelippe d'Artois, pre monseigneur Robert,
+Phelippe d'Artois, père monseigneur Robert,
et de madame Blanche fille le conte Pierre de Bretaigne,
-le conte les mist en la vesteure<a name="FNanchor_101" id="FNanchor_101" href="#Footnote_101" class="fnanchor">&nbsp;[101]</a> de la cont d'Artois, si
-comme il estoit contenu s dites lettres. Quant la contesse
+le conte les mist en la vesteure<a name="FNanchor_101" id="FNanchor_101" href="#Footnote_101" class="fnanchor">&nbsp;[101]</a> de la conté d'Artois, si
+comme il estoit contenu ès dites lettres. Quant la contesse
vit les lettres, si requist au roy que pour Dieu il
-en voulsist estre saisi, car elle entendoit proposer
+en voulsist estre saisi, car elle entendoit à proposer à
l'encontre. Tantost fu dit par arrest que les lettres demourroient
-devers le roy; et fu remise une autre journe
- laquelle la contesse devoit respondre.</p>
+devers le roy; et fu remise une autre journée
+à laquelle la contesse devoit respondre.</p>
-<p>Or vous dirai comment ces lettres vindrent messire
+<p>Or vous dirai comment ces lettres vindrent à messire
Robert d'Artois. Il avoit une damoiselle gentil-femme
qui fu fille le seigneur de Divion de la chastellerie de
-Bthune. Celle damoiselle s'entremettoit des choses
-venir et jugeoit regarder la phisionomie des gens, et
- la fois disoit voir et la fois mentoit. Elle avoit tant
+Béthune. Celle damoiselle s'entremettoit des choses à
+venir et jugeoit à regarder la phisionomie des gens, et
+à la fois disoit voir et à la fois mentoit. Elle avoit tant
fait, par aucuns des familliers messire Robert d'Artois,
<span class="pagenum"><a id="Page_123"> 123</a></span>
-que elle emprist une forte chose faire, si comme vous
-orrez. Il avoit un bourgeois Arras qui avoit rente vie
-sus le conte d'Artois, et en avoit lettres scelles du scelle
-conte d'Artois. Quant il fu trespass, la damoiselle
+que elle emprist une forte chose à faire, si comme vous
+orrez. Il avoit un bourgeois à Arras qui avoit rente à vie
+sus le conte d'Artois, et en avoit lettres scellées du scelle
+conte d'Artois. Quant il fu trespassé, la damoiselle
fist tant, par devers les hoirs dudit bourgeois, que elle
eust celles lettres; et puis fist escrire unes lettres de
l'envesture monseigneur Robert, si comme vous avez
-o; puis, prist le scel de la vieille lettre et le dessevra
-du parchemin un chaut fer qui tout propre avoit est
-fait, si que l'emprainte du scel demeura toute entire;
-puis la mist la lettre nouvelle, et avoit une manire
-de ciment qui attacha le scel la lettre, ainsi comme
-devant; et puis vint messire Robert d'Artois, et luy
-dit que une telle lettre avoit trouve en sa maison,
+oï; puis, prist le scel de la vieille lettre et le dessevra
+du parchemin à un chaut fer qui tout propre avoit esté
+fait, si que l'emprainte du scel demeura toute entière;
+puis la mist à la lettre nouvelle, et avoit une manière
+de ciment qui attacha le scel à la lettre, ainsi comme
+devant; et puis vint à messire Robert d'Artois, et luy
+dit que une telle lettre avoit trouvée en sa maison, à
Arras, en une vielle armoire. Quant messire Robert vit
les lettres, si en fu moult joians, et luy dist que jamais
-ne luy faudroit, et l'envoia demourer Paris.</p>
+ne luy faudroit, et l'envoia demourer à Paris.</p>
-<p class="subh">Comment sentence fu donne contre messire Robert d'Artois, de<a name="FNanchor_102" id="FNanchor_102" href="#Footnote_102" class="fnanchor">&nbsp;[102]</a> la
-cont d'Artois; et comment la damoiselle de Divion fu arse; et comment
-ledit Robert fu appel droit, pour soy purger des crimes devant dis.</p>
+<p class="subh">Comment sentence fu donnée contre messire Robert d'Artois, de<a name="FNanchor_102" id="FNanchor_102" href="#Footnote_102" class="fnanchor">&nbsp;[102]</a> la
+conté d'Artois; et comment la damoiselle de Divion fu arse; et comment
+ledit Robert fu appelé à droit, pour soy purger des crimes devant dis.</p>
<p class="subt">1331.</p>
-<p>L'an mil trois cens trente et un, fu sentence donne
-en parlement Paris pour le duc de Bourgoigne, pour
-la cont d'Artois, contre messire Robert d'Artois, conte
+<p>L'an mil trois cens trente et un, fu sentence donnée
+en parlement à Paris pour le duc de Bourgoigne, pour
+la conté d'Artois, contre messire Robert d'Artois, conte
de Biaumont en Normendie. Car la contesse d'Artois
devant dite, qui estoit moult sage, fist tant que elle ot
le clerc qui avoit escrit les lettres, et le mena par devers
le roy; et cognut que la damoiselle de Divion luy avoit
fait escrire unes lettres, environ avoit un an. Puis luy
-furent monstres et recognut qu'il les avoit escrites de
+furent monstrées et recognut qu'il les avoit escrites de
sa main. Puis manda le roy messire Robert d'Artois et
<span class="pagenum"><a id="Page_124"> 124</a></span>
-luy dist qu'il estoit enform que la lettre n'estoit pas
-vraie et qu'il se dportast de la demande qu'il faisoit de
-la cont d'Artois. Et il respondi que si aucun vouloit
+luy dist qu'il estoit enformé que la lettre n'estoit pas
+vraie et qu'il se déportast de la demande qu'il faisoit de
+la conté d'Artois. Et il respondi que si aucun vouloit
dire que elle ne fust bonne, il l'en vouldroit combatre
-et que j ne se dporteroit de la demande. Pourquoy le
-roy se courroua si luy, que la journe il fist porter
-les lettres en prsence du parlement et les fist descrier,
+et que jà ne se déporteroit de la demande. Pourquoy le
+roy se courrouça si à luy, que à la journée il fist porter
+les lettres en présence du parlement et les fist descrier,
et fist prendre la damoiselle de Divion et fist mettre en
-prison en Chastellet Paris; et fu messire Robert d'Artois
-dbout de la cont d'Artois, comme devant est dit.
+prison en Chastellet à Paris; et fu messire Robert d'Artois
+débouté de la conté d'Artois, comme devant est dit.
Dont il dist si grosses paroles du roy et de la royne que
-le roy le fist appeller ses dis; mais il ne daigna oncques
+le roy le fist appeller à ses dis; mais il ne daigna oncques
aler ni luy excuser. Lors fist le roy mettre la dite
damoiselle de Divion, laquelle estoit en Chastellet, en
gehenne, laquelle confessa tout le fait, tel comme devant
est escript, et si dist plusieurs choses. Assez tost
-aprs fu pris un autre qui estoit confesseur dudit messire
-Robert d'Artois; et en aprs envoia le roy certains
-messages pour querir l'abb de Vezelai, lequel estoit
-souppeonn de celle mauvaisti et de plusieurs autres
-mauvaistis; mais quant il sot que l'en le faisoit querir,
-il se dparti et s'en fui; et ainsi se sauva. Quant Robert
-d'Artois vit comment les choses aloient, si se dparti
-moult confusment.</p>
+après fu pris un autre qui estoit confesseur dudit messire
+Robert d'Artois; et en après envoia le roy certains
+messages pour querir l'abbé de Vezelai, lequel estoit
+souppeçonné de celle mauvaistié et de plusieurs autres
+mauvaistiés; mais quant il sot que l'en le faisoit querir,
+il se départi et s'en fui; et ainsi se sauva. Quant Robert
+d'Artois vit comment les choses aloient, si se départi
+moult confusément.</p>
<p>Item, environ le mi-moys de septembre de l'an mil
trois cens trente et un, la damoiselle dessus dite qui
-avoit plaqui le scel s lettres de messire Robert d'Artois,
-en faisant fausset, fu arse en la place aux Pourciaux,
- Paris; et recognut moult d'autres mauvaistis.
-Quant messire Robert d'Artois vit par quelle manire
-les choses aloient, si se doubta, et fu moult courrouci
-de ce que le roy procdoit par telle manire contre luy.
-Si dust dire ces paroles: Par moy a est roy et par moy
-en sera demis, si je puis. Et lors fist mener tous ses
+avoit plaquié le scel ès lettres de messire Robert d'Artois,
+en faisant fausseté, fu arse en la place aux Pourciaux,
+à Paris; et recognut moult d'autres mauvaistiés.
+Quant messire Robert d'Artois vit par quelle manière
+les choses aloient, si se doubta, et fu moult courroucié
+de ce que le roy procédoit par telle manière contre luy.
+Si dust dire ces paroles: «Par moy a esté roy et par moy
+en sera demis, si je puis.» Et lors fist mener tous ses
<span class="pagenum"><a id="Page_125"> 125</a></span>
-destriers qu'il avoit biaux et nobles, et son trsor qu'il
-avoit moult grant, Bourdiaux sus Gironde, et l fist
+destriers qu'il avoit biaux et nobles, et son trésor qu'il
+avoit moult grant, à Bourdiaux sus Gironde, et là fist
tout mettre en mer et mener en Angleterre. Et depuis
se retraist ledit messire Robert vers son cousin le duc
-de Breban<a name="FNanchor_103" id="FNanchor_103" href="#Footnote_103" class="fnanchor">&nbsp;[103]</a>, qui le reut en son pays, et le mit une
-pice de temps avec luy. Tantost que le roy ot o ces
+de Breban<a name="FNanchor_103" id="FNanchor_103" href="#Footnote_103" class="fnanchor">&nbsp;[103]</a>, qui le reçut en son pays, et le mit une
+pièce de temps avec luy. Tantost que le roy ot oï ces
nouvelles, il fist mettre en sa main la terre dudit messire
Robert, et luy manda par certains messages qu'il
comparust devant luy et devant les pers personnellement,
- certain jour, pour soy deffendre des crimes
+à certain jour, pour soy deffendre des crimes
qui luy estoient mis sus.</p>
<p>Item, en ce meisme temps, le confesseur de messire
-Robert d'Artois, qui estoit prisonnier, fu appel en la
-prsence d'aucuns du conseil du roy, et luy fu demand
+Robert d'Artois, qui estoit prisonnier, fu appelé en la
+présence d'aucuns du conseil du roy, et luy fu demandé
quelle chose et quoy il povoit savoir des fausses lettres
dessus dites. Lequel respondoit et disoit qu'il n'en savoit
riens fors en confession, ni il ne le povoit bonnement
-rvler sans pril de conscience. Mais l'nortement
+révéler sans péril de conscience. Mais à l'énortement
de maistre Pierre de la Palu, patriarche de
-Jhrusalem, avecques autres maistres en thologie et
-aucuns secrtaires du roy, lesquels se consentoient et
-disoient qu'il le povoit bien rvler selon ce que l'en
-dit,&mdash;mais c'est doubte grant,&mdash;si le rvla, et le
-confesseur fu arrire mis en prison. Mais ce qu'il devint
- la fin le commun ne le sceut.</p>
+Jhérusalem, avecques autres maistres en théologie et
+aucuns secrétaires du roy, lesquels se consentoient et
+disoient qu'il le povoit bien révéler selon ce que l'en
+dit,&mdash;mais c'est doubte grant,&mdash;si le révéla, et le
+confesseur fu arrière mis en prison. Mais ce qu'il devint
+à la fin le commun ne le sceut.</p>
<p>Item, en ce meisme an, l'an mil trois cens trente et
-un, le roy tenant le sige de juge au Louvre, et avec
-luy plusieurs barons et prlas, messire Robert d'Artois
-devant dit, lequel avoit est la tierce fois appel
-certain jour respondre aux articles que l'en avoit proposs
+un, le roy tenant le siège de juge au Louvre, et avec
+luy plusieurs barons et prélas, messire Robert d'Artois
+devant dit, lequel avoit esté la tierce fois appelé à
+certain jour à respondre aux articles que l'en avoit proposés
contre luy, ne s'i comparut point si comme il devoit:
<span class="pagenum"><a id="Page_126"> 126</a></span>
-mais envoia un abb de l'ordre de Saint-Benoist
+mais envoia un abbé de l'ordre de Saint-Benoist
et avec luy plusieurs chevaliers, lesquels n'avoient
point de procuracion, mais estoient venus pour prier
au roy et aux barons du royaume que l'en luy voulsist
-ottroier jusques la quarte dilacion, en promettant que
- icelle il viendroit personnellement, et de tout ce
+ottroier jusques à la quarte dilacion, en promettant que
+à icelle il viendroit personnellement, et de tout ce
que l'en luy avoit mis sus il se purgeroit bonnement.
-Et aprs ce qu'il orent ainsi fait le message, le roy de
-Behaigne et Jehan l'ainsn fils du roy de France et duc
-de Normendie, avec moult d'autres barons, s'agenouillrent
-devant le roy et luy demandrent qu'il luy pleust
- ottroier audit messire Robert jusques la quarte dilacion
-et que ses biens ne fussent pas confisqus durant
+Et après ce qu'il orent ainsi fait le message, le roy de
+Behaigne et Jehan l'ainsné fils du roy de France et duc
+de Normendie, avec moult d'autres barons, s'agenouillèrent
+devant le roy et luy demandèrent qu'il luy pleust
+à ottroier audit messire Robert jusques à la quarte dilacion
+et que ses biens ne fussent pas confisqués durant
ledit terme. Laquelle requeste le roy ottroia de grace
-espciale jusques au moys de mai. Et lors vint une
-damoiselle, laquelle dit, en la prsence du roy, que
+espéciale jusques au moys de mai. Et lors vint une
+damoiselle, laquelle dit, en la présence du roy, que
la femme messire Robert d'Artois<a name="FNanchor_104" id="FNanchor_104" href="#Footnote_104" class="fnanchor">&nbsp;[104]</a>, laquelle estoit
suer du roy de France, estoit plus coupable que son
mari.</p>
-<p class="subh">Comment messire Robert d'Artois fu bani, et du mariage Jehan, ainsn
+<p class="subh">Comment messire Robert d'Artois fu bani, et du mariage Jehan, ainsné
fils du roy de France et duc de Normandie.</p>
<p>L'an de grace mil trois cens trente-deux, Robert d'Artois
fu bani du royaume de France par les barons, et
-furent tous ses biens confisqus au roy. Mais encore, et
-aux prires d'aucuns grans seigneurs, voult le roy que
-les solempns bannissemens fussent diffrs jusques au
-moys d'aprs Pasques; et aussi, si il venoit dedens le
-terme et qu'il se mist la volent du roy, du tout le
-roy luy feroit telle grace qui luy sembleroit estre convenable;
-et s'il ne venoit, le bannissement seroit excut
-tout entirement. Quant le roy vit que le terme qu'il
+furent tous ses biens confisqués au roy. Mais encore, et
+aux prières d'aucuns grans seigneurs, voult le roy que
+les solempnés bannissemens fussent différés jusques au
+moys d'après Pasques; et aussi, si il venoit dedens le
+terme et qu'il se méist à la volenté du roy, du tout le
+roy luy feroit telle grace qui luy sembleroit à estre convenable;
+et s'il ne venoit, le bannissement seroit exécuté
+tout entièrement. Quant le roy vit que le terme qu'il
<span class="pagenum"><a id="Page_127"> 127</a></span>
-avoit donn gracieusement au devant du dit Robert d'Artois
-fu pass, et il n'ot envoi n contremand, si comme
-l'en l'avoit promis au roy en la prsence des barons, si
-commanda qu'il fu bani trompes par tous les principaux
+avoit donné gracieusement au devant du dit Robert d'Artois
+fu passé, et il n'ot envoié né contremandé, si comme
+l'en l'avoit promis au roy en la présence des barons, si
+commanda qu'il fu bani à trompes par tous les principaux
quarrefours de Paris. Et avec ce avoit certaines
personnes qui crioient en audience toutes les causes
pour lesquelles le dit messire Robert estoit bani. Et fu
@@ -5290,279 +5248,279 @@ dessus dit.</p>
<p>En ce temps avoit grand dissension entre le comte
Louis de Flandre et les Flamands<a name="FNanchor_105" id="FNanchor_105" href="#Footnote_105" class="fnanchor">&nbsp;[105]</a>; car ils ne vouloient
-point obir lui, ni peine s'osoit-il tenir en Flandre,
-fors grand pril. Et avoit adonc Gand un homme qui
-avoit t brasseur de miel; celui toit entr en si grand
-fortune et en si grand grce tous les Flamands, que
-c'toit tout fait et bien fait quant qu'il vouloit deviser et
-commander par tout Flandre, de l'un des cts jusques
- l'autre; et n'y avoit aucun, comme grand qu'il ft, qui
-de rien ost trpasser son commandement, ni contredire.
-Il avoit toujours aprs lui, allant aval la ville de
-Gand, soixante ou quatre vingts varlets arms, entre
+point obéir à lui, ni à peine s'osoit-il tenir en Flandre,
+fors à grand péril. Et avoit adonc à Gand un homme qui
+avoit été brasseur de miel; celui étoit entré en si grand
+fortune et en si grand grâce à tous les Flamands, que
+c'étoit tout fait et bien fait quant qu'il vouloit deviser et
+commander par tout Flandre, de l'un des côtés jusques
+à l'autre; et n'y avoit aucun, comme grand qu'il fût, qui
+de rien osât trépasser son commandement, ni contredire.
+Il avoit toujours après lui, allant aval la ville de
+Gand, soixante ou quatre vingts varlets armés, entre
<span class="pagenum"><a id="Page_128"> 128</a></span>
lesquels il en y avoit deux ou trois qui savoient aucuns de
-ses secrets; et quand il encontroit un homme qu'il hoit
-ou qu'il avoit en soupon, il toit tantt tu; car il avoit
-command ses secrets varlets et dit: Sitt que j'encontrerai
+ses secrets; et quand il encontroit un homme qu'il héoit
+ou qu'il avoit en soupçon, il étoit tantôt tué; car il avoit
+commandé à ses secrets varlets et dit: «Sitôt que j'encontrerai
un homme, et je vous fais un tel signe, si le
tuez sans deport, comme grand, ni comme haut qu'il soit,
-sans attendre autre parole. Ainsi avenoit souvent; et
-en fit en cette manire plusieurs grands matres tuer:
-par quoi il toit si dout que nul n'osoit parler contre
-chose qu'il voult faire, ni peine penser de le contredire.
-Et tantt que ces soixante varlets l'avoient reconduit
-en son htel, chacun alloit dner en sa maison; et sitt
-aprs dner ils revenoient devant son htel, et boient
+sans attendre autre parole.» Ainsi avenoit souvent; et
+en fit en cette manière plusieurs grands maîtres tuer:
+par quoi il étoit si douté que nul n'osoit parler contre
+chose qu'il voulût faire, ni à peine penser de le contredire.
+Et tantôt que ces soixante varlets l'avoient reconduit
+en son hôtel, chacun alloit dîner en sa maison; et sitôt
+après dîner ils revenoient devant son hôtel, et béoient
en la rue, jusques adonc qu'il vouloit aller aval la rue,
-jouer et battre parmi la ville; et ainsi le conduisoient
-jusques au souper. Et sachez que chacun de ces soudoys
+jouer et ébattre parmi la ville; et ainsi le conduisoient
+jusques au souper. Et sachez que chacun de ces soudoyés
avoit chacun jour quatre compagnons ou gros de Flandre
pour ses frais et pour ses gages; et les faisoit bien payer
de semaine en semaine. Et aussi avoit-il, par toutes les
-villes de Flandre et les chtellenies, sergens et soudoys
- ses gages, pour faire tous ses commandemens,
-et pier s'il avoit nulle part personne qui ft rebelle
-lui, ni qui dt ou informt aucun contre ses volonts.
-Et sitt qu'il en savoit aucun en une ville, il ne cessoit
-jamais tant qu'il l'et banni ou fait tuer sans deport; j
-cil ne s'en pt garder. Et mmement tous les plus puissans
-de Flandre, chevaliers, cuyers et les bourgeois
+villes de Flandre et les châtellenies, sergens et soudoyés
+à ses gages, pour faire tous ses commandemens,
+et épier s'il avoit nulle part personne qui fût rebelle à
+lui, ni qui dît ou informât aucun contre ses volontés.
+Et sitôt qu'il en savoit aucun en une ville, il ne cessoit
+jamais tant qu'il l'eût banni ou fait tuer sans deport; jà
+cil ne s'en pût garder. Et mêmement tous les plus puissans
+de Flandre, chevaliers, écuyers et les bourgeois
des bonnes villes, qu'il pensoit qui fussent favorables
-au comte de Flandre en aucune manire, il les bannissoit
-de Flandre, et levoit la moiti de leurs revenus,
-et laissoit l'autre moiti pour le douaire et le gouvernement
+au comte de Flandre en aucune manière, il les bannissoit
+de Flandre, et levoit la moitié de leurs revenus,
+et laissoit l'autre moitié pour le douaire et le gouvernement
de leurs femmes et de leurs enfans. Et ceux qui
-toient ainsi bannis, desquels il toit grand foison, se
-tenoient Saint-Omer le plus, et les appeloit-on les
+étoient ainsi bannis, desquels il étoit grand foison, se
+tenoient à Saint-Omer le plus, et les appeloit-on les
<span class="pagenum"><a id="Page_129"> 129</a></span>
-avols et les outre-avols. Brivement parler, il n'eut
+avolés et les outre-avolés. Brièvement à parler, il n'eut
oncques en Flandre ni en autre pays duc, comte, prince
-ni autre qui pt avoir un pays si sa volont comme
-cil l'eut longuement; et toit appel Jaquemart Artevelle.
+ni autre qui pût avoir un pays si à sa volonté comme
+cil l'eut longuement; et étoit appelé Jaquemart Artevelle.
Il faisoit lever les rentes, les tonnieux<a name="FNanchor_106" id="FNanchor_106" href="#Footnote_106" class="fnanchor">&nbsp;[106]</a>, les vinages,
les droitures et toutes les revenues que le comte
-devoit avoir et qui lui appartenoient, quelque part
-que ce ft parmi Flandre, et toutes les malettes: si les
-dpendoit sa volont et en donnoit sans rendre aucun
+devoit avoir et qui à lui appartenoient, quelque part
+que ce fût parmi Flandre, et toutes les maletôtes: si les
+dépendoit à sa volonté et en donnoit sans rendre aucun
compte; et quand il vouloit dire que argent lui falloit,
on l'en croyoit; et croire l'en convenoit, car nul n'osoit
dire encontre, pour doute de perdre la vie: et quand
il en vouloit emprunter de aucuns bourgeois sur son
-payement, il n'toit nul qui lui ost escondire prter.</p>
+payement, il n'étoit nul qui lui osât escondire à prêter.</p>
<p class="source"><cite>Chroniques de Froissart.</cite></p>
<div class="header">
-<h2>DOUARD III PREND LE TITRE ET LES ARMES<br />
+<h2>ÉDOUARD III PREND LE TITRE ET LES ARMES<br />
DE ROI DE FRANCE.<br />
<span class="medium">1340.</span><br />
-<span class="medium">Comment le roi d'Angleterre tint un grand parlement Bruxelles, et de
-la requte qu'il y fit aux Flamands.</span></h2>
+<span class="medium">Comment le roi d'Angleterre tint un grand parlement à Bruxelles, et de
+la requête qu'il y fit aux Flamands.</span></h2>
</div>
<p>Or, parlerons-nous un petit du roi anglois, et comment
-il persvra en avant. Depuis qu'il fut parti de la
-Flamengerie et revenu en Brabant, il s'en vint droit
+il persévéra en avant. Depuis qu'il fut parti de la
+Flamengerie et revenu en Brabant, il s'en vint droit à
<span class="pagenum"><a id="Page_130"> 130</a></span>
-Bruxelles: l le reconvoyrent le duc de Guerles, le
+Bruxelles: là le reconvoyèrent le duc de Guerles, le
marquis de Juliers, le marquis de Brankebourch, le
comte de Mons, messire Jean de Hainaut, le sire de Fauquemont
-et tous les barons de l'Empire, qui s'toient
-allis lui; car ils vouloient aviser l'un contre l'autre
-comment ils se maintiendroient de cette guerre o
-ils s'toient bouts. Et pour avoir certaine expdition,
-ils ordonnrent un grand parlement tre en la dite
-ville de Bruxelles; et y fut pri et mand Jacques d'Artevelle,
+et tous les barons de l'Empire, qui s'étoient
+alliés à lui; car ils vouloient aviser l'un contre l'autre
+comment ils se maintiendroient de cette guerre où
+ils s'étoient boutés. Et pour avoir certaine expédition,
+ils ordonnèrent un grand parlement à être en la dite
+ville de Bruxelles; et y fut prié et mandé Jacques d'Artevelle,
lequel y vint liement et en grand arroy, et
amena avec lui tous les conseils des villes de Flandre.
-A ce parlement, qui fut Bruxelles, eut plusieurs paroles
-dites et devises; et me semble, ce qui m'en fut record,
-que le roi anglois fut si conseill de ses amis de
-l'Empire, qu'il fit une requte ceux de Flandre qu'ils
-lui voulussent aider parmaintenir sa guerre, et dfier
-le roi de France, et aller avec lui partout o il les
-voudroit mener; et si ils vouloient, il leur aideroit
-recouvrer Lille, Douay et Bthune. Cette parole entendirent
-les Flamands volontiers; mais de la requte que
-le roi leur faisoit demandrent-ils avoir conseil entre
-eux tant seulement, et tantt rpondre. Le roi leur accorda.
-Si se conseillrent grand loisir; et quand ils se
-furent conseills, ils rpondirent et dirent: Cher sire,
-autrefois nous avez-vous fait telles requtes; et sachez
+A ce parlement, qui fut à Bruxelles, eut plusieurs paroles
+dites et devisées; et me semble, à ce qui m'en fut recordé,
+que le roi anglois fut si conseillé de ses amis de
+l'Empire, qu'il fit une requête à ceux de Flandre qu'ils
+lui voulussent aider à parmaintenir sa guerre, et défier
+le roi de France, et aller avec lui partout où il les
+voudroit mener; et si ils vouloient, il leur aideroit à
+recouvrer Lille, Douay et Béthune. Cette parole entendirent
+les Flamands volontiers; mais de la requête que
+le roi leur faisoit demandèrent-ils à avoir conseil entre
+eux tant seulement, et tantôt répondre. Le roi leur accorda.
+Si se conseillèrent à grand loisir; et quand ils se
+furent conseillés, ils répondirent et dirent: «Cher sire,
+autrefois nous avez-vous fait telles requêtes; et sachez
voirement que si nous le pouvions nullement faire, par
notre honneur et notre foi garder, nous le ferions; mais
-nous sommes obligs, par foi et serment, et sur deux
-millions de florins la chambre du pape, que nous ne
-pouvons mouvoir guerre au roi de France, quiconque
-le soit, sans tre encourus en cette somme, et cheoir
+nous sommes obligés, par foi et serment, et sur deux
+millions de florins à la chambre du pape, que nous ne
+pouvons émouvoir guerre au roi de France, quiconque
+le soit, sans être encourus en cette somme, et écheoir
en sentence d'excommuniement; mais si vous voulez
faire une chose que nous vous dirons, vous y pouverriez
-bien de remde et de conseil, c'est que vous veuilliez
+bien de remède et de conseil, c'est que vous veuilliez
<span class="pagenum"><a id="Page_131"> 131</a></span>
-encharger les armes de France et quarteler d'Angleterre,
+encharger les armes de France et équarteler d'Angleterre,
et vous appeler roi de France; et nous vous
-tiendrons pour droit roi de France, et obirons vous
+tiendrons pour droit roi de France, et obéirons à vous
comme au roi de France, et vous demanderons quittance
de notre foi; et vous la nous donnerez comme roi de
-France: par ainsi serons-nous absous et dispenss, et
-irons partout l o voudrez et ordonnerez.</p>
+France: par ainsi serons-nous absous et dispensés, et
+irons partout là où voudrez et ordonnerez.»</p>
<p class="subh">Comment le roi d'Angleterre enchargea les armes et le nom
de roi de France par l'ennortement des Flamands.</p>
-<p>Quand le roi anglois eut ou ce point et la requte des
-Flamands, il eut besoin d'avoir bon conseil et sr avis,
-car pesant lui toit de prendre le nom et les armes de
+<p>Quand le roi anglois eut ouï ce point et la requête des
+Flamands, il eut besoin d'avoir bon conseil et sûr avis,
+car pesant lui étoit de prendre le nom et les armes de
ce dont il n'avoit encore rien conquis; et ne savoit quelle
chose l'en aviendroit, ni si conquerre le pourroit. Et,
d'autre part, il refusoit envi le confort et aide des Flamands,
-qui plus le pouvoient aider sa besogne que
-tout le remenant du sicle. Si se conseilla ledit roi au
+qui plus le pouvoient aider à sa besogne que
+tout le remenant du siècle. Si se conseilla ledit roi au
duc de Brabant, au duc de Guerles, au marquis de Juliers,
- messire Jean de Hainaut, messire Robert d'Artois,
-et ses plus secrets et espciaux amis: si que finalement
-tout pes, le bien contre le mal, il rpondit aux
+à messire Jean de Hainaut, à messire Robert d'Artois,
+et à ses plus secrets et espéciaux amis: si que finalement
+tout pesé, le bien contre le mal, il répondit aux
Flamands, par l'information des seigneurs dessusdits:
que si ils lui vouloient jurer et sceller qu'ils lui aideroient
- parmaintenir sa guerre, il emprendroit tout ce
-de bonne volont, et aussi il leur aideroit ravoir Lille,
-Douay et Bthune. Et ils rpondirent: Oil. Donc
-fut pris et assign un certain jour tre Gand. Lequel
+à parmaintenir sa guerre, il emprendroit tout ce
+de bonne volonté, et aussi il leur aideroit à ravoir Lille,
+Douay et Béthune. Et ils répondirent: «Oil.» Donc
+fut pris et assigné un certain jour à être à Gand. Lequel
jour se tint; et y fut le roi d'Angleterre et la plus grand
-partie des seigneurs de l'Empire dessus nomms, allis
-avec lui; et l furent tous les conseils de Flandre gnralement
-et espcialement. L furent toutes les paroles
-au devant dites, relates et proposes, entendues, accordes,
-crites et scelles; et enchargea le roi d'Angleterre
+partie des seigneurs de l'Empire dessus nommés, alliés
+avec lui; et là furent tous les conseils de Flandre généralement
+et espécialement. Là furent toutes les paroles
+au devant dites, relatées et proposées, entendues, accordées,
+écrites et scellées; et enchargea le roi d'Angleterre
<span class="pagenum"><a id="Page_132"> 132</a></span>
-les armes de France, et les quartela d'Angleterre,
+les armes de France, et les équartela d'Angleterre,
et en prit en avant le nom de roi de France<a name="FNanchor_107" id="FNanchor_107" href="#Footnote_107" class="fnanchor">&nbsp;[107]</a>.</p>
<p class="source"><cite>Chroniques de Froissart.</cite></p>
<div class="header">
-<h2>BATAILLE DE L'CLUSE.<br />
+<h2>BATAILLE DE L'ÉCLUSE.<br />
<span class="medium">1340.</span></h2>
</div>
-<p>Nous parlerons du roi d'Angleterre, qui s'toit mis
+<p>Nous parlerons du roi d'Angleterre, qui s'étoit mis
sur mer pour venir et arriver, selon son intention, en
-Flandre, et puis venir en Hainaut aider guerroyer le
-comte de Hainaut son serourge contre les Franois. Ce
+Flandre, et puis venir en Hainaut aider à guerroyer le
+comte de Hainaut son serourge contre les François. Ce
fut le jour devant la veille Saint Jean-Baptiste<a name="FNanchor_108" id="FNanchor_108" href="#Footnote_108" class="fnanchor">&nbsp;[108]</a>, l'an
-mil trois cent quarante, qu'il nageoit par mer, grand
-et belle charge de nefs et de vaisseaux; et toit toute sa
+mil trois cent quarante, qu'il nageoit par mer, à grand
+et belle charge de nefs et de vaisseaux; et étoit toute sa
navie partie du havre de Tamise, et s'en venoit droitement
- l'Escluse. Et adonc se tenoient entre Blankeberghe
+à l'Escluse. Et adonc se tenoient entre Blankeberghe
et l'Escluse et sur la mer messire Hue Kieret et
-messire Pierre Bahuchet et Barbevoire, plus de sept
-vingt gros vaisseaux sans les hokebos; et toient bien,
+messire Pierre Bahuchet et Barbevoire, à plus de sept
+vingt gros vaisseaux sans les hokebos; et étoient bien,
Normands, bidaux, Gennevois<a name="FNanchor_109" id="FNanchor_109" href="#Footnote_109" class="fnanchor">&nbsp;[109]</a> et Picards, quarante
-mille; et toient l ancrs et arrts, au commandement
+mille; et étoient là ancrés et arrêtés, au commandement
du roi de France, pour attendre la revenue du
roi d'Angleterre, car bien savoient qu'il devoit par
-l passer. Si lui vouloient dner et dfendre le passage,
+là passer. Si lui vouloient dénéer et défendre le passage,
<span class="pagenum"><a id="Page_133"> 133</a></span>
ainsi qu'ils firent bien et hardiment, tant comme ils
purent, si comme vous orrez recorder.</p>
<p>Le roi d'Angleterre et les siens, qui s'en venoient
-singlant, regardrent et virent devers l'Escluse si grand
-quantit de vaisseaux que des mts ce sembloit droitement
-un bois: si en fut fortement merveill, et demanda
+singlant, regardèrent et virent devers l'Escluse si grand
+quantité de vaisseaux que des mâts ce sembloit droitement
+un bois: si en fut fortement émerveillé, et demanda
au patron de sa navie quelles gens ce pouvoient
-tre: il rpondit qu'il cuidoit bien que ce ft l'arme
+être: il répondit qu'il cuidoit bien que ce fût l'armée
des Normands que le roi de France tenoit sur mer, et
qui plusieurs fois lui avoient fait grand dommage, et
-tant que ars et rob la bonne ville de Hantonne et conquis
+tant que ars et robé la bonne ville de Hantonne et conquis
Cristofle, son grand vaisseau, et occis ceux qui le
-gardoient et conduisoient. Donc rpondit le roi anglois:
-J'ai de longtemps dsir que je les pusse combattre; si
-les combattrons, s'il plat Dieu et saint Georges;
+gardoient et conduisoient. Donc répondit le roi anglois:
+«J'ai de longtemps désiré que je les pusse combattre; si
+les combattrons, s'il plaît à Dieu et à saint Georges;
car voirement m'ont-ils fait tant de contraires, que j'en
-veuil prendre la vengeance, si je y puis avenir. Lors
+veuil prendre la vengeance, si je y puis avenir.» Lors
fit le roi ordonner tous ses vaisseaux et mettre les plus
-forts devant, et fit frontire tous cts de ses archers;
+forts devant, et fit frontière à tous côtés de ses archers;
et entre deux nefs d'archers en y avoit une de
-gens d'armes; et encore fit-il une bataille surctire,
-toute pure d'archers, pour rconforter, si mestier toit,
-les plus lasss. L il y avoit grand foison de dames d'Angleterre,
+gens d'armes; et encore fit-il une bataille surcôtière,
+toute pure d'archers, pour réconforter, si mestier étoit,
+les plus lassés. Là il y avoit grand foison de dames d'Angleterre,
de comtesses, baronnesses, chevaleresses et
bourgeoises de Londres, qui venoient voir la reine
-d'Angleterre Gand, que vue n'avoient un grand temps,
+d'Angleterre à Gand, que vue n'avoient un grand temps,
et ces dames fit le roi anglois bien garder et soigneusement,
- trois cents hommes d'armes; et puis pria le
-roi tous qu'ils voulsissent penser de bien faire et garder
-son honneur; et chacun lui enconvenana.</p>
+à trois cents hommes d'armes; et puis pria le
+roi à tous qu'ils voulsissent penser de bien faire et garder
+son honneur; et chacun lui enconvenança.</p>
<p class="subh">Comment le roi d'Angleterre et les Normands et autres se combattirent durement;
et comment Cristofle, le grand vaisseau, fut reconquis des Anglois.</p>
-<p>Quand le roi d'Angleterre et son marchal eurent ordonn
+<p>Quand le roi d'Angleterre et son maréchal eurent ordonné
les batailles et leurs navies bien et sagement,
<span class="pagenum"><a id="Page_134"> 134</a></span>
ils firent tendre et traire les voiles contre mont, et
vinrent au vent, de quartier, sur destre, pour avoir
-l'avantage du soleil, qui en venant leur toit au visage.
-Si s'avisrent et regardrent que ce leur pouvoit trop
-nuire, et dtrirent un petit, et tournoyrent tant qu'ils
-eurent vent volont. Les Normands qui les voient
-tournoyer s'merveilloient trop pourquoi ils le faisoient
-et disoient: Ils ressoignent et reculent, car ils ne
-sont pas gens pour combattre nous. Bien voient
-entre eux les Normands, par les bannires, que le roi
-d'Angleterre y toit personnellement: si en toient
-moult joyeux, car trop le dsiroient combattre. Si
-mirent leurs vaisseaux en bon tat, car ils toient sages
-de mer et bons combattans; et ordonnrent Cristofle, le
+l'avantage du soleil, qui en venant leur étoit au visage.
+Si s'avisèrent et regardèrent que ce leur pouvoit trop
+nuire, et détrièrent un petit, et tournoyèrent tant qu'ils
+eurent vent à volonté. Les Normands qui les véoient
+tournoyer s'émerveilloient trop pourquoi ils le faisoient
+et disoient: «Ils ressoignent et reculent, car ils ne
+sont pas gens pour combattre à nous.» Bien véoient
+entre eux les Normands, par les bannières, que le roi
+d'Angleterre y étoit personnellement: si en étoient
+moult joyeux, car trop le désiroient à combattre. Si
+mirent leurs vaisseaux en bon état, car ils étoient sages
+de mer et bons combattans; et ordonnèrent Cristofle, le
grand vaisseau que conquis avoient sur les Anglois en
-cette mme anne, tout devant, et grand foison d'arbaltriers
+cette même année, tout devant, et grand foison d'arbalétriers
gennevois dedans pour le garder et traire
-et escarmoucher aux Anglois, et puis s'arroutrent
+et escarmoucher aux Anglois, et puis s'arroutèrent
grand foison de trompes et de trompettes et de plusieurs
autres instrumens, et s'en vinrent requerre leurs ennemis.
-L se commena bataille dure et forte de tous
-cts, et archers et arbaltriers traire et lancer l'un
+Là se commença bataille dure et forte de tous
+côtés, et archers et arbalétriers à traire et à lancer l'un
contre l'autre diversement et roidement, et gens d'armes
- approcher et combattre main main asprement
+à approcher et à combattre main à main asprement
et hardiment; et parquoi ils pussent mieux avenir l'un
- l'autre, ils avoient grands crocs et havets de fer tenans
- chanes; si les jetoient dedans les nefs de l'un
+à l'autre, ils avoient grands crocs et havets de fer tenans
+à chaînes; si les jetoient dedans les nefs de l'un à
l'autre et les accrochoient ensemble, afin qu'ils pussent
-mieux aherdre et plus firement combattre. L eut une
-trs-dure et forte bataille et maintes appertises d'armes
-faites, mainte lutte, mainte prise, mainte rescousse. L
+mieux aherdre et plus fièrement combattre. Là eut une
+très-dure et forte bataille et maintes appertises d'armes
+faites, mainte lutte, mainte prise, mainte rescousse. Là
fut Cristofle, le grand vaisseau, auques de commencement
reconquis des Anglois, et tous ceux morts et pris qui le
-gardoient et dfendoient. Et adonc y eut grand hue et
+gardoient et défendoient. Et adonc y eut grand huée et
<span class="pagenum"><a id="Page_135"> 135</a></span>
-grand noise, et approchrent durement les Anglois,
+grand noise, et approchèrent durement les Anglois,
et repourvurent incontinent Cristofle, ce bel et grand
vaisseau, de purs archers qu'ils firent passer tout devant
et combattre aux Gennevois.</p>
-<p class="subh">Comment les Anglois dconfirent les Normands qu'oncques n'en chappa
-pied que tous ne fussent mis mort.</p>
+<p class="subh">Comment les Anglois déconfirent les Normands qu'oncques n'en échappa
+pied que tous ne fussent mis à mort.</p>
-<p>Cette bataille dont je vous parle fut flonneuse et trs-horrible;
+<p>Cette bataille dont je vous parle fut félonneuse et très-horrible;
car bataille et assaut sur mer sont plus durs
-et plus forts que sur terre: car l ne peut-on reculer ni
+et plus forts que sur terre: car là ne peut-on reculer ni
fuir; mais se faut vendre et combattre et attendre l'aventure,
et chacun en droit soi montrer sa hardiesse
-et sa prouesse. Bien est voir que messire Hue Kieret toit
+et sa prouesse. Bien est voir que messire Hue Kieret étoit
bon chevalier et hardi, et aussi messires Pierre Bahuchet
-et Barbevoire, qui au temps pass avoient fait maint
-meschef sur mer et mis fin maint Anglois. Si dura
-la bataille et la pestillence de l'heure de prime jusques
+et Barbevoire, qui au temps passé avoient fait maint
+meschef sur mer et mis à fin maint Anglois. Si dura
+la bataille et la pestillence de l'heure de prime jusques à
haute nonne<a name="FNanchor_110" id="FNanchor_110" href="#Footnote_110" class="fnanchor">&nbsp;[110]</a>. Si pouvez bien croire que ce terme durant
il y eut maintes appertises d'armes faites; et convint
-l les Anglois souffrir et endurer grand'peine, car
-leurs ennemis toient quatre contre un et toutes gens
+là les Anglois souffrir et endurer grand'peine, car
+leurs ennemis étoient quatre contre un et toutes gens
de fait et de mer; de quoi les Anglois, pour ce qu'il le
-convenoit, se pnoient moult de bien faire. L fut le
-roi d'Angleterre de sa main trs bon chevalier, car il
-toit adonc en la fleur de sa jeunesse, et aussi furent le
+convenoit, se pénoient moult de bien faire. Là fut le
+roi d'Angleterre de sa main très bon chevalier, car il
+étoit adonc en la fleur de sa jeunesse, et aussi furent le
comte Derby, le comte de Penbroche, le comte de
Herfort, le comte de Hostidonne, le comte de Northantonne
et de Glocestre, messire Regnault de Cobeham,
@@ -5571,27 +5529,27 @@ Gautier de Mauny, messire Henry de Flandre, messire
Jean de Beauchamp, le sire de Felleton, le sire de Brasseton,
messire Jean Chandos, le sire de la Ware, le sire
<span class="pagenum"><a id="Page_136"> 136</a></span>
-de Multon, et messire Robert d'Artois, et toit de lez
-le roi en grand arroy et en bonne toffe, et plusieurs
+de Multon, et messire Robert d'Artois, et étoit de lez
+le roi en grand arroy et en bonne étoffe, et plusieurs
autres barons et chevaliers pleins d'honneur et de
prouesse, desquels je ne puis mie de tous parler, ni leurs
-bienfaits ramentevoir. Mais ils s'prouvrent si bien et
+bienfaits ramentevoir. Mais ils s'éprouvèrent si bien et
si vassalement, parmi un secours de Bruges et du pays
voisin qui leur vint, qu'ils obtinrent la place et l'eau,
-et furent les Normands et tous ceux qui l toient encontre
-eux, morts et dconfits, pris et noys, ni oncques
-pied n'en chappa que tous ne fussent mis mort<a name="FNanchor_111" id="FNanchor_111" href="#Footnote_111" class="fnanchor">&nbsp;[111]</a>.
-Cette avenue fut moult tt sue parmi Flandre et puis
+et furent les Normands et tous ceux qui là étoient encontre
+eux, morts et déconfits, péris et noyés, ni oncques
+pied n'en échappa que tous ne fussent mis à mort<a name="FNanchor_111" id="FNanchor_111" href="#Footnote_111" class="fnanchor">&nbsp;[111]</a>.
+Cette avenue fut moult tôt sçue parmi Flandre et puis
en Hainaut; et en vinrent les certaines nouvelles dedans
-les deux osts devant Thun-l'vque. Si en furent
-Hainuyers, Flamands et Brabanois moult rjouis et
-les Franois tout courroucs.</p>
+les deux osts devant Thun-l'Évêque. Si en furent
+Hainuyers, Flamands et Brabançois moult réjouis et
+les François tout courroucés.</p>
<p class="source"><cite>Chroniques de Froissart.</cite></p>
<p><span class="pagenum"><a id="Page_137"> 137</a></span></p>
<div class="header">
-<h2>LA BATAILLE DE L'CLUSE.<br />
+<h2>LA BATAILLE DE L'ÉCLUSE.<br />
<span class="medium">1340.</span><br />
<span class="medium">De la grant desconfiture qui fu en mer entre la navie du roy de France et
du roy d'Angletterre; et coment Buchet<a name="FNanchor_112" id="FNanchor_112" href="#Footnote_112" class="fnanchor">&nbsp;[112]</a> fut pris et pendu au mat d'une
@@ -5599,756 +5557,756 @@ nef.</span></h2>
</div>
<p>En ce meisme an, l'en porta nouvelles au roy de
-France que le roy d'Angleterre, qui longuement s'toit
-absent, appareilloit trs grant navie et vouloit venir
-en l'aide des Flamens. Quant le roy ot o ces nouvelles,
-car autrefois en avoit o parler, si fist tantost assambler
+France que le roy d'Angleterre, qui longuement s'étoit
+absenté, appareilloit très grant navie et vouloit venir
+en l'aide des Flamens. Quant le roy ot oï ces nouvelles,
+car autrefois en avoit oï parler, si fist tantost assambler
toute la navie qu'il pot avoir tant en Normendie comme
en Piquardie, et institua deux souverains amiraux, lesquels
ordonneroient et commenderoient ladite navie,
afin que le roy anglois et messire Robert d'Artois qui
-estoit avecques luy fussent empeschis de prendre port.</p>
+estoit avecques luy fussent empeschiés de prendre port.</p>
-<p>Et lors furent institus souverains de toute la navie
+<p>Et lors furent institués souverains de toute la navie
messire Hues Quieret, messire Nichole Buchet et Barbevaire,
-lesquels assemblrent bien quatre cens nefs de
-par le roy de France, et entrrent dedans eux et leur
+lesquels assemblèrent bien quatre cens nefs de
+par le roy de France, et entrèrent dedans eux et leur
gens avecques leur garnisons. Si avint que Buchet,
qui estoit un des souverains, ne voult recevoir gentil
gent avecques soy pour ce qu'il vouloient avoir trop
grans gages; mais retint povres poissonniers et mariniers,
-pour ce qu'il en avoit grant marchi; et de
-tieux gens fist-il l'arme. Puis murent et passrent pardevant
+pour ce qu'il en avoit grant marchié; et de
+tieux gens fist-il l'armée. Puis murent et passèrent pardevant
Calais et se traistrent vers l'Escluse, tant qu'ils
furent devant; ilec se tindrent tous quois, et par telle
-manire que nul ne povoit entrer n issir. Si avint que
+manière que nul ne povoit entrer né issir. Si avint que
le roy d'Angleterre qui avoit ses espies sceut que la navie
-au roy de France estoit passe vers Flandres. Tantost
+au roy de France estoit passée vers Flandres. Tantost
<span class="pagenum"><a id="Page_138"> 138</a></span>
se mist en mer, et messire Robert d'Artois avecques luy
et moult grant foison de gentilhommes d'Angleterre, et
-grant plent d'archiers. Quant ledit roy anglois et toute
-sa gent furent prs, si tendirent leur voiles en haut, et
-siglrent grant aleure vers l'Escluse, et ne tardrent
-gures, par le bon vent que il orent, qu'il approchirent
+grant plenté d'archiers. Quant ledit roy anglois et toute
+sa gent furent près, si tendirent leur voiles en haut, et
+siglèrent grant aleure vers l'Escluse, et ne tardèrent
+guères, par le bon vent que il orent, qu'il approchièrent
de la navie au roy de France et se mistrent tantost
-en conroy. Quant Barbevaire les aperut, qui estoit
-en ses galies, si dist l'amiraut et Nichole Buchet:
-Seigneurs, vez-ci le roy d'Angleterre toute
-sa navie qui vient sus nous; s vous voulez croire
-mon conseil, vous vous trairez en haute mer: car s
+en conroy. Quant Barbevaire les aperçut, qui estoit
+en ses galies, si dist à l'amiraut et à Nichole Buchet:
+«Seigneurs, vez-ci le roy d'Angleterre à toute
+sa navie qui vient sus nous; sé vous voulez croire
+mon conseil, vous vous trairez en haute mer: car sé
vous demourez ici, parmi ce qu'il ont le vent, le
souleil et le flot de l'yaue, il vous tendront si court
-que vous ne vous pourrs aidier.&mdash;Adonc respondit
+que vous ne vous pourrés aidier.»&mdash;Adonc respondit
Nichole Buchet, qui miex se saroit<a name="FNanchor_113" id="FNanchor_113" href="#Footnote_113" class="fnanchor">&nbsp;[113]</a> meller
-d'un compte faire que de guerroier en mer: Honnis
+d'un compte faire que de guerroier en mer: «Honnis
soit qui se partira de ci, car ici les attendrons et prendrons
-notre aventure.&mdash;Tantost leur dit Barbevaire:
-Seigneurs, puisque vous ne voulez croire mon conseil,
+notre aventure.»&mdash;Tantost leur dit Barbevaire:
+«Seigneurs, puisque vous ne voulez croire mon conseil,
je ne me veulx mie perdre, je me mettrai avecques
-mes quatre galies hors de ce trou. Et tantost se
-mist hors du hale<a name="FNanchor_114" id="FNanchor_114" href="#Footnote_114" class="fnanchor">&nbsp;[114]</a> toutes ses galies, et virent venir
+mes quatre galies hors de ce trou.» Et tantost se
+mist hors du hale<a name="FNanchor_114" id="FNanchor_114" href="#Footnote_114" class="fnanchor">&nbsp;[114]</a> à toutes ses galies, et virent venir
la grant flote du roy d'Angleterre. Et vint une nef devant
qui estoit garnie d'escuiers qui devoient estre chevaliers,
-et ala assambler une nef que on appelloit la
-Riche de l'Eure: mais les Anglois n'orent dure celle
-grant nef, si furent tantost desconfis et la nef acravante
-et tous ceux qui dedens estoient mis mort, et orent
-nos gens belle victoire. Mais tantost aprs vint le roy
-d'Angleterre assambler aux gens de France toute sa
+et ala assambler à une nef que on appelloit la
+Riche de l'Eure: mais les Anglois n'orent durée à celle
+grant nef, si furent tantost desconfis et la nef acravantée
+et tous ceux qui dedens estoient mis à mort, et orent
+nos gens belle victoire. Mais tantost après vint le roy
+d'Angleterre assambler aux gens de France à toute sa
<span class="pagenum"><a id="Page_139"> 139</a></span>
-navie, et commena ilec la bataille moult cruelle; mais
-quant il se furent combatus depuis prime jusques
+navie, et commença ilec la bataille moult cruelle; mais
+quant il se furent combatus depuis prime jusques à
haute nonne, si ne pot plus la navie du roy de France
-endurer n porter le fs de la bataille; car il estoient
-si entasss l'un en l'autre qu'il ne se povoient aidier; et
+endurer né porter le fès de la bataille; car il estoient
+si entassés l'un en l'autre qu'il ne se povoient aidier; et
si n'osoient venir vers terre pour les Flamens qui sus
terre les espioient; et avecques ce, les gens que l'en
-avoit mis s nefs du roy de France n'estoient pas si duis
+avoit mis ès nefs du roy de France n'estoient pas si duis
d'armes comme les Anglois estoient, qui estoient presque
tous gentilshommes. Ilec ot tant de gens mors que
-ce fut grant piti voir; et estimoit-on bien le nombre
-des mors jusques prs de trente mille hommes, tant
-d'une part que d'autre. L fut mort messire Hues Quieret,
+ce fut grant pitié à voir; et estimoit-on bien le nombre
+des mors jusques près de trente mille hommes, tant
+d'une part que d'autre. Là fut mort messire Hues Quieret,
nonobstant qu'il fust pris tout vif, si comme aucuns
disoient, et messire Nichole Buchet, lequel fut pendu
au mat de la nef, en despit du roy de France. Et lorsque
-Barbevaire vit que la chose aloit desconfiture, si
-se retrait Gant; et furent les nefs au roy de France
+Barbevaire vit que la chose aloit à desconfiture, si
+se retrait à Gant; et furent les nefs au roy de France
perdues; et avecques ce, les deux grans nefs au roy
d'Angleterre, Christofle et Edouarde, que le roy anglois
-avoit par avant perdues, luy furent restitues. Et ainsi
+avoit par avant perdues, luy furent restituées. Et ainsi
furent nos gens desconfis par le roy d'Angleterre et par
-les Flamens, et nos nefs perdues, exceptes aucunes petites
-nefs qui s'en eschapprent. Et avint cette desconfiture
+les Flamens, et nos nefs perdues, exceptées aucunes petites
+nefs qui s'en eschappèrent. Et avint cette desconfiture
par l'orgueil des deux amiraux; car l'un ne povoit
souffrir de l'autre, et tout par envie, et si ne vouldrent
avoir le conseil de Barbevaire, comme devant est
-dit: si leur en vint mal, ainsi comme pluseurs le tmoignoient.</p>
+dit: si leur en vint mal, ainsi comme pluseurs le témoignoient.</p>
-<p>Quant la chose fut fine, et que le roy d'Angleterre ot
-eu celle grant victoire, lequel roy fu navr en la cuisse,
+<p>Quant la chose fut finée, et que le roy d'Angleterre ot
+eu celle grant victoire, lequel roy fu navré en la cuisse,
mais onques n'en voult issir de la nef pour celle navreure;
et toutes voies messire Robert d'Artois et les
-autres barons d'Angleterre pristrent terre l'Ecluse et
+autres barons d'Angleterre pristrent terre à l'Ecluse et
<span class="pagenum"><a id="Page_140"> 140</a></span>
-se reposrent ilecques. Ceste bataille fut faite la veille de
-la nativit monseigneur saint Jehan-Baptiste, l'an de
+se reposèrent ilecques. Ceste bataille fut faite la veille de
+la nativité monseigneur saint Jehan-Baptiste, l'an de
grace mil trois cent quarante<a name="FNanchor_115" id="FNanchor_115" href="#Footnote_115" class="fnanchor">&nbsp;[115]</a>.</p>
-<p>Quant la royne d'Angleterre, qui estoit Gant, sceut
-que le roy son mari estoit arriv, tantost se mist la
+<p>Quant la royne d'Angleterre, qui estoit à Gant, sceut
+que le roy son mari estoit arrivé, tantost se mist à la
voie vers l'Escluse, et le roy se gisoit en sa nef; car il
-avoit est blesci en la cuisse, et tenoit son parlement
+avoit esté blescié en la cuisse, et tenoit son parlement
avec ses barons sus le fait de sa guerre. Quant le conseil
-fut dparti, si se mist la royne en un batel et vint la
+fut départi, si se mist la royne en un batel et vint à la
nef du roy et Jacques de Arthevelt avec luy.</p>
-<p>Quant la royne ot veu le roy et qu'il orent parl ensemble,
+<p>Quant la royne ot veu le roy et qu'il orent parlé ensemble,
si se reparti la royne et s'en ala vers Gant. Assez
-tost aprs que le roy fust amend de la blesceure qu'il
-avoit eue, il se mist terre et s'en ala en plerinage
-pi Nostre-Dame d'Hardenbourc<a name="FNanchor_116" id="FNanchor_116" href="#Footnote_116" class="fnanchor">&nbsp;[116]</a>, et envoia ses gens
+tost après que le roy fust amendé de la blesceure qu'il
+avoit eue, il se mist à terre et s'en ala en pélerinage à
+pié à Nostre-Dame d'Hardenbourc<a name="FNanchor_116" id="FNanchor_116" href="#Footnote_116" class="fnanchor">&nbsp;[116]</a>, et envoia ses gens
d'armes et son harnois et ses chevaux et ses archiers vers
Gant.</p>
-<p>Quant il ot fait son plerinage, si s'en vint Bruges,
+<p>Quant il ot fait son pélerinage, si s'en vint à Bruges,
et puis prist avec luy les mestiers de la ville et s'en ala
- Gant o il fut reu moult grant joie. Puis fist mander
+à Gant où il fut reçu à moult grant joie. Puis fist mander
tous les Alemans qui estoient de s'aliance, qu'il vinssent
- luy pour avoir conseil avecques eux sur ce qu'il
-avoit faire.</p>
+à luy pour avoir conseil avecques eux sur ce qu'il
+avoit à faire.</p>
<p class="source"><cite>Les Grandes Chroniques de Saint-Denis.</cite></p>
<div class="header">
<h2>GUERRE DE BRETAGNE.</h2>
</div>
-<p>(Arthur II, duc de Bretagne, mort en 1312, avait laiss
-trois fils, <em>Jean</em> III, qui lui succda, <em>Guy</em> comte de Penthivre,
+<p>(Arthur II, duc de Bretagne, mort en 1312, avait laissé
+trois fils, <em>Jean</em> III, qui lui succéda, <em>Guy</em> comte de Penthièvre,
<span class="pagenum"><a id="Page_141"> 141</a></span>
mort en 1331, <em>Jean</em> comte de Montfort. Jean III
mourut en 1341, sans enfants, laissant la couronne de
-Bretagne Jeanne la boiteuse, sa nice, fille de Guy,
-qui avait pous Charles de Blois. Jeanne et Charles
-prirent possession du duch; mais Jean de Montfort prit
+Bretagne à Jeanne la boiteuse, sa nièce, fille de Guy,
+qui avait épousé Charles de Blois. Jeanne et Charles
+prirent possession du duché; mais Jean de Montfort prit
aussi le titre de duc de Bretagne, leur fit la guerre et
s'allia avec le roi d'Angleterre. La guerre de la succession
-de Bretagne ne se termina qu'en 1365, aprs
-la bataille d'Auray, par le trait de Gurande, qui laissa
-le duch de Bretagne Jean V, fils de Jean comte de
+de Bretagne ne se termina qu'en 1365, après
+la bataille d'Auray, par le traité de Guérande, qui laissa
+le duché de Bretagne à Jean V, fils de Jean comte de
Montfort.)</p>
<p class="subh">Comment le comte de Montfort s'en alla en Angleterre et fit hommage
-au roi d'Angleterre de la duch de Bretagne.</p>
+au roi d'Angleterre de la duché de Bretagne.</p>
-<p>Pourquoi vous ferois-je long conte? En telle manire
+<p>Pourquoi vous ferois-je long conte? En telle manière
conquit le dit comte de Montfort tout ce pays que vous
-avez ou, et se fit partout appeler duc de Bretagne;
-puis s'en alla un port de mer que on appelle Gredo<a name="FNanchor_117" id="FNanchor_117" href="#Footnote_117" class="fnanchor">&nbsp;[117]</a>,
-et dpartit toutes ses gens, et les envoya en ses cits et
-forteresses pour elles aider garder; puis se mit en mer
+avez ouï, et se fit partout appeler duc de Bretagne;
+puis s'en alla à un port de mer que on appelle Gredo<a name="FNanchor_117" id="FNanchor_117" href="#Footnote_117" class="fnanchor">&nbsp;[117]</a>,
+et départit toutes ses gens, et les envoya en ses cités et
+forteresses pour elles aider à garder; puis se mit en mer
atout vingt chevaliers, et nagea tant qu'il vint en Cornuaille
-et arriva un port que on dit Cepse<a name="FNanchor_118" id="FNanchor_118" href="#Footnote_118" class="fnanchor">&nbsp;[118]</a>. Si enquit
-l du roi anglois o il le trouveroit; et lui fut dit que
-le plus de temps il se tenoit Windesore. Adonc chevaucha-t-il
+et arriva à un port que on dit Cepsée<a name="FNanchor_118" id="FNanchor_118" href="#Footnote_118" class="fnanchor">&nbsp;[118]</a>. Si enquit
+là du roi anglois où il le trouveroit; et lui fut dit que
+le plus de temps il se tenoit à Windesore. Adonc chevaucha-t-il
cette part et toute sa route; et fit tant par
-ses journes qu'il vint Windesore, o il fut reu
+ses journées qu'il vint à Windesore, où il fut reçu à
grand'joie du roi, de madame la roine, et de tous les
-barons qui l toient; et fut grandement ft et honor,
-quand on sut pourquoi il toit l venu.</p>
+barons qui là étoient; et fut grandement fêté et honoré,
+quand on sçut pourquoi il étoit là venu.</p>
-<p>Premirement il montra au roi anglois, messire Robert
+<p>Premièrement il montra au roi anglois, à messire Robert
<span class="pagenum"><a id="Page_142"> 142</a></span>
-d'Artois et tout le conseil du roi ses besognes, et
-dit comment il s'toit mis en saisine et possession de la
-duch de Bretagne, qui chue lui toit par la possession
-du duc son frre, dernirement trpass. Or faisoit-il
-doute que messire Charles de Blois ne l'empcht, et
-le roi de France ne lui voulsist r'ter par puissance; par
-quoi il s'toit l traist pour relever la dite duch et tenir
-en foi et hommage du roi d'Angleterre toujours, mais
-qu'il l'en ft sr contre le roi de France et contre tous
-autres qui empcher le voudroient.</p>
-
-<p>Quand le roi anglois eut ou ces paroles, il y entendit
+d'Artois et à tout le conseil du roi ses besognes, et
+dit comment il s'étoit mis en saisine et possession de la
+duché de Bretagne, qui échue lui étoit par la possession
+du duc son frère, dernièrement trépassé. Or faisoit-il
+doute que messire Charles de Blois ne l'empêchât, et
+le roi de France ne lui voulsist r'ôter par puissance; par
+quoi il s'étoit là traist pour relever la dite duché et tenir
+en foi et hommage du roi d'Angleterre à toujours, mais
+qu'il l'en fît sûr contre le roi de France et contre tous
+autres qui empêcher le voudroient.</p>
+
+<p>Quand le roi anglois eut ouï ces paroles, il y entendit
volontiers, car il regarda et imagina que sa guerre du
roi de France en seroit embellie, et qu'il ne pouvoit
-avoir plus belle entre au royaume ni plus profitable
-que par Bretagne; et que tant qu'il avoit guerroy par
-les Allemands et les Flamands et les Brabanons, il
-n'avoit rien fait, fors que fray et dpendu grandement et
-grossement; et l'avoient men et demen les seigneurs
+avoir plus belle entrée au royaume ni plus profitable
+que par Bretagne; et que tant qu'il avoit guerroyé par
+les Allemands et les Flamands et les Brabançons, il
+n'avoit rien fait, fors que frayé et dépendu grandement et
+grossement; et l'avoient mené et demené les seigneurs
de l'Empire, qui avoient pris son or et son argent, ainsi
qu'ils avoient voulu, et rien n'avoit fait. Si descendit
- la requte du comte de Montfort liement et lgrement,
-et prit hommage de la dite duch, par la main du
-comte de Monfort, qui se tenoit et appeloit duc; et l
-lui convenana le roi anglois, prsens les barons et les
-chevaliers d'Angleterre et ceux qu'il avoit amens avec
-lui de Bretagne, qu'il l'aideroit et dfendroit et garderoit
-comme son homme, contre tout homme, ft le roi
+à la requête du comte de Montfort liement et légèrement,
+et prit hommage de la dite duché, par la main du
+comte de Monfort, qui se tenoit et appeloit duc; et là
+lui convenança le roi anglois, présens les barons et les
+chevaliers d'Angleterre et ceux qu'il avoit amenés avec
+lui de Bretagne, qu'il l'aideroit et défendroit et garderoit
+comme son homme, contre tout homme, fût le roi
de France ou autres, selon son loyal pouvoir.</p>
-<p>De ces paroles et de cet hommage furent crites et lues
-lettres et scelles, dont chacune des parties eut les copies.
-Avec tout ce le roi et la roine donnrent au comte
-de Montfort et ses gens grands dons et beaux joyaux,
+<p>De ces paroles et de cet hommage furent écrites et lues
+lettres et scellées, dont chacune des parties eut les copies.
+Avec tout ce le roi et la roine donnèrent au comte
+de Montfort et à ses gens grands dons et beaux joyaux,
car bien le savoient faire, et tant qu'ils en furent tous
-contens, et qu'ils dirent que c'toit un noble roi et vaillant,
+contens, et qu'ils dirent que c'étoit un noble roi et vaillant,
<span class="pagenum"><a id="Page_143"> 143</a></span>
-et une noble roine, et qu'ils toient bien taills
-de rgner encore en grand prosprit. Aprs toutes ces
+et une noble roine, et qu'ils étoient bien taillés
+de régner encore en grand prospérité. Après toutes ces
choses faites et accomplies, le comte de Montfort prit
-cong et se partit d'eux et passa Angleterre, et entra en
-mer en ce mme port o il toit arriv; et nagea tant
-qu'il vint Gredo, en la Basse-Bretagne; et puis s'en
-vint en la cit de Nantes, o il trouva la comtesse sa
-femme, qui il recorda comment il avoit exploit. De
-ce fut-elle toute joyeuse, et lui dit qu'il avoit trs-bien
-ouvr et par bon conseil. Si me tairai un petit d'eux et
-parlerai de messire Charles, qui devoit avoir la duch
-de Bretagne de par sa femme, ainsi que vous avez ou
-dterminer ci-devant.....</p>
+congé et se partit d'eux et passa Angleterre, et entra en
+mer en ce même port où il étoit arrivé; et nagea tant
+qu'il vint à Gredo, en la Basse-Bretagne; et puis s'en
+vint en la cité de Nantes, où il trouva la comtesse sa
+femme, à qui il recorda comment il avoit exploité. De
+ce fut-elle toute joyeuse, et lui dit qu'il avoit très-bien
+ouvré et par bon conseil. Si me tairai un petit d'eux et
+parlerai de messire Charles, qui devoit avoir la duché
+de Bretagne de par sa femme, ainsi que vous avez ouï
+déterminer ci-devant.....</p>
<p class="subh">Comment, par le conseil des douze pairs de France, le comte de Montfort
-fut ajourn Paris, et comment il y vint et puis s'en partit sans le cong
+fut ajourné à Paris, et comment il y vint et puis s'en partit sans le congé
du roi.</p>
-<p>Quand messire Charles de Blois, qui se tenoit, cause
-de sa femme, tre droit hoir de Bretagne, entendit que
-le comte de Montfort conquroit ainsi par force le pays
-et les forteresses qui tre devoient siennes par droit et
-par raison, il s'en vint Paris complaindre au roi Philippe,
-son oncle. Le roi Philippe eut conseil ses douze
-pairs quelle chose il en feroit. Ses douze pairs lui conseillrent
-qu'il appartenoit bien que le dit comte ft
-mand et ajourn par suffisans messages tre un certain
-jour Paris, pour our ce qu'il en voudroit rpondre.
-Ainsi fut fait: le dit comte fut mand et ajourn
-suffisamment; et fut trouv en la cit de Nantes grand
-fte dmenant. Il fit grand chre et grand fte aux messages;
-mais il eut plusieurs diverses penses ainois
-qu'il ottrit la voie d'aller au mandement du roi Paris.
-Toutes voies au dernier, il rpondit qu'il vouloit tre
-obissant au roi et qu'il iroit volontiers son mandement.
+<p>Quand messire Charles de Blois, qui se tenoit, à cause
+de sa femme, être droit hoir de Bretagne, entendit que
+le comte de Montfort conquéroit ainsi par force le pays
+et les forteresses qui être devoient siennes par droit et
+par raison, il s'en vint à Paris complaindre au roi Philippe,
+son oncle. Le roi Philippe eut conseil à ses douze
+pairs quelle chose il en feroit. Ses douze pairs lui conseillèrent
+qu'il appartenoit bien que le dit comte fût
+mandé et ajourné par suffisans messages à être un certain
+jour à Paris, pour ouïr ce qu'il en voudroit répondre.
+Ainsi fut fait: le dit comte fut mandé et ajourné
+suffisamment; et fut trouvé en la cité de Nantes grand
+fête démenant. Il fit grand chère et grand fête aux messages;
+mais il eut plusieurs diverses pensées ainçois
+qu'il ottriât la voie d'aller au mandement du roi à Paris.
+Toutes voies au dernier, il répondit qu'il vouloit être
+obéissant au roi et qu'il iroit volontiers à son mandement.
<span class="pagenum"><a id="Page_144"> 144</a></span>
Si s'ordonna et appareilla moult grandement et
-richement, et se partit en grand arroy et bien accompagn
-de chevaliers et d'cuyers, et fit tant par ses journes
-qu'il entra Paris avec plus de quatre cents chevaux,
-et se traist en son htel moult ordonnment, et fut
-l tout le jour et la nuit aussi. L'endemain, heure de
-tierce<a name="FNanchor_119" id="FNanchor_119" href="#Footnote_119" class="fnanchor">&nbsp;[119]</a>, il monta cheval, et grand foison de chevaliers
-et cuyers avec lui, et chevaucha vers le palais, et fit
-tant qu'il y vint. L l'attendoit le roi Philippe et tous
-les douze pairs et grand plent des barons de France
+richement, et se partit en grand arroy et bien accompagné
+de chevaliers et d'écuyers, et fit tant par ses journées
+qu'il entra à Paris avec plus de quatre cents chevaux,
+et se traist en son hôtel moult ordonnément, et fut
+là tout le jour et la nuit aussi. L'endemain, à heure de
+tierce<a name="FNanchor_119" id="FNanchor_119" href="#Footnote_119" class="fnanchor">&nbsp;[119]</a>, il monta à cheval, et grand foison de chevaliers
+et écuyers avec lui, et chevaucha vers le palais, et fit
+tant qu'il y vint. Là l'attendoit le roi Philippe et tous
+les douze pairs et grand plenté des barons de France
avec messire Charles de Blois.</p>
-<p>Quand le comte de Montfort sut quelle part il trouveroit
+<p>Quand le comte de Montfort sçut quelle part il trouveroit
le roi et les barons, il se traist vers eux en une
-chambre o ils toient tous assembls. Si fut moult durement
-regard et salu de tous les barons; puis s'en
+chambre où ils étoient tous assemblés. Si fut moult durement
+regardé et salué de tous les barons; puis s'en
vint incliner devant le roi moult humblement, et dit:
-Sire, je suis ci venu votre mandement et votre
-plaisir. Le roi lui rpondit, et dit: Comte de Montfort,
-de ce vous sais-je bon gr; mais je m'merveille
-durement pourquoi ni comment vous avez os entreprendre
-de votre volont la duch de Bretagne, o vous
+«Sire, je suis ci venu à votre mandement et à votre
+plaisir.» Le roi lui répondit, et dit: «Comte de Montfort,
+de ce vous sais-je bon gré; mais je m'émerveille
+durement pourquoi ni comment vous avez osé entreprendre
+de votre volonté la duché de Bretagne, où vous
n'avez aucun droit; car il y a plus prochain de vous
-que vous en voulez dshriter; et pour vous mieux efforcer,
-vous tes all mon adversaire d'Angleterre,
-et l'avez de lui releve, ainsi comme on le m'a cont.
-Le comte rpondit, et dit: Ha! cher sire, ne le croyez
-pas, car vraiment vous tes de ce mal inform: je le
-ferois moult ennuis; mais la prochainet dont vous me
-parlez, m'est avis, sire, sauve la grce de vous, que
-vous en mprenez; car je ne sais nul si prochain du
-duc mon frre, dernirement mort, comme moi; et si
-jug et dclar toit par droit que autre ft plus prochain
+que vous en voulez déshériter; et pour vous mieux efforcer,
+vous êtes allé à mon adversaire d'Angleterre,
+et l'avez de lui relevée, ainsi comme on le m'a conté.»
+Le comte répondit, et dit: «Ha! cher sire, ne le croyez
+pas, car vraiment vous êtes de ce mal informé: je le
+ferois moult ennuis; mais la prochaineté dont vous me
+parlez, m'est avis, sire, sauve la grâce de vous, que
+vous en méprenez; car je ne sçais nul si prochain du
+duc mon frère, dernièrement mort, comme moi; et si
+jugé et déclaré étoit par droit que autre fût plus prochain
<span class="pagenum"><a id="Page_145"> 145</a></span>
-de moi, je ne serois j rebelle ni honteux de m'en
-dporter.</p>
+de moi, je ne serois jà rebelle ni honteux de m'en
+déporter.»</p>
-<p>Quand le roi entendit ce, il rpondit, et dit: Sire
+<p>Quand le roi entendit ce, il répondit, et dit: «Sire
comte, vous en dites assez; mais je vous commande,
sur quant que vous tenez de moi et que tenir en devez,
-que vous ne vous partiez de la cit de Paris jusques
+que vous ne vous partiez de la cité de Paris jusques à
quinze jours, que les barons et les douze pairs jugeront
-de cette prochainet: si saurez adonc quel droit vous y
+de cette prochaineté: si saurez adonc quel droit vous y
avez; et si vous le faites autrement, sachez que vous
-me courroucerez. Le comte rpondit, et dit: Sire,
-votre volont. Si se partit adonc du roi, et vint son
-htel pour dner.</p>
+me courroucerez.» Le comte répondit, et dit: «Sire, à
+votre volonté.» Si se partit adonc du roi, et vint à son
+hôtel pour dîner.</p>
-<p>Quand il fut en son htel venu, il entra en sa chambre
-et se commena aviser et penser que s'il attendoit le
+<p>Quand il fut en son hôtel venu, il entra en sa chambre
+et se commença à aviser et penser que s'il attendoit le
jugement des barons et des pairs de France, le jugement
pourroit bien tourner contre lui; car bien lui sembloit
que le roi seroit plus volontiers partie pour messire
-Charles de Blois, son neveu, que pour lui; et voit
+Charles de Blois, son neveu, que pour lui; et véoit
bien que s'il avoit jugement contre lui, que le roi le
-feroit arrter jusques ce qu'il auroit tout rendu, cits,
-villes et chteaux, dont lors il tenoit la saisine et possession;
-et avec tout ce tout le grand trsor qu'il avoit
-trouv et dpendu. Si lui fut avis, pour le moins mauvais,
-qu'il lui valoit mieux qu'il courrout le roi et s'en
-rallt paisiblement devers Bretagne, que il demeurt
-Paris en danger et en si prilleuse aventure. Ainsi qu'il
-pensa ainsi fut fait: si monta cheval paisiblement et
-ouvertement, et se partit, si peu de compagnie, qu'il
-fut ainois en Bretagne revenu que le roi ni autres, fors
-ceux de son conseil, sussent rien de son dpartement;
-mais pensoit chacun qu'il ft dehait en son htel.</p>
+feroit arrêter jusques à ce qu'il auroit tout rendu, cités,
+villes et châteaux, dont lors il tenoit la saisine et possession;
+et avec tout ce tout le grand trésor qu'il avoit
+trouvé et dépendu. Si lui fut avis, pour le moins mauvais,
+qu'il lui valoit mieux qu'il courrouçât le roi et s'en
+rallât paisiblement devers Bretagne, que il demeurât à
+Paris en danger et en si périlleuse aventure. Ainsi qu'il
+pensa ainsi fut fait: si monta à cheval paisiblement et
+ouvertement, et se partit, à si peu de compagnie, qu'il
+fut ainçois en Bretagne revenu que le roi ni autres, fors
+ceux de son conseil, sçussent rien de son département;
+mais pensoit chacun qu'il fût dehaité en son hôtel.</p>
<p>Quand il fut revenu de lez la comtesse sa femme, qui
-toit Nantes, il lui conta son aventure; puis s'en alla,
+étoit à Nantes, il lui conta son aventure; puis s'en alla,
par le conseil de sa femme, qui avoit bien c&oelig;ur de lion
<span class="pagenum"><a id="Page_146"> 146</a></span>
-et d'homme, par toutes les cits, chteaux et bonnes
-villes qui toient lui rendues, et tablit partout bons
-capitaines, et si grand plent de soudoyers pied et
-cheval qu'il y convenoit, et grands pourvances de
-vivres l'avenant; et paya si bien tous soudoyers pied
-et cheval que chacun le servoit volontiers. Quand il
-eut tout ordonn, ainsi qu'il appartenoit, il s'en revint
- Nantes de lez sa femme et de lez les bourgeois de la
-cit, qui durement l'aimoient, par semblant, pour les
+et d'homme, par toutes les cités, châteaux et bonnes
+villes qui étoient à lui rendues, et établit partout bons
+capitaines, et si grand plenté de soudoyers à pied et à
+cheval qu'il y convenoit, et grands pourvéances de
+vivres à l'avenant; et paya si bien tous soudoyers à pied
+et à cheval que chacun le servoit volontiers. Quand il
+eut tout ordonné, ainsi qu'il appartenoit, il s'en revint
+à Nantes de lez sa femme et de lez les bourgeois de la
+cité, qui durement l'aimoient, par semblant, pour les
grands courtoisies qu'il leur faisoit. Or me tairai un petit
-de lui et retournerai au roi de France, et son neveu
+de lui et retournerai au roi de France, et à son neveu
messire Charles de Blois.</p>
-<p class="subh">Comment les douze pairs et les barons de France jugrent que messire
-Charles de Blois devoit tre duc de Bretagne; et comment ledit messire
+<p class="subh">Comment les douze pairs et les barons de France jugèrent que messire
+Charles de Blois devoit être duc de Bretagne; et comment ledit messire
Charles les prie qu'ils lui veuillent aider.</p>
<p>Chacun doit savoir que le roi de France fut durement
-courrouc, aussi fut messire Charles de Blois, quand ils
-surent que le comte de Montfort leur ft ainsi chapp,
-et s'en toit all, ainsi que vous avez ou. Toutes voies
-ils attendirent jusques la quinzaine que les pairs et
+courroucé, aussi fut messire Charles de Blois, quand ils
+sçurent que le comte de Montfort leur fût ainsi échappé,
+et s'en étoit allé, ainsi que vous avez ouï. Toutes voies
+ils attendirent jusques à la quinzaine que les pairs et
les barons de France devoient rendre leur jugement de
-la duch de Bretagne. Si l'adjugrent messire Charles
-de Blois, et en trent le comte de Montfort par deux
+la duché de Bretagne. Si l'adjugèrent à messire Charles
+de Blois, et en ôtèrent le comte de Montfort par deux
raisons; l'une pourtant que la femme de messire Charles
-de Blois, qui toit fille du frre germain du duc qui
-mort toit, de par le pre dont la duch venoit, toit
-plus prochaine que n'toit le comte de Montfort, qui
-toit d'un autre pre, qui oncques n'avoit t duc de
-Bretagne: l'autre raison si toit que, s'il ft ainsi que
-le comte de Montfort y et aucun droit, si l'avoit-il forfait
-par deux raisons; l'une pourtant qu'il l'avoit releve
+de Blois, qui étoit fille du frère germain du duc qui
+mort étoit, de par le père dont la duché venoit, étoit
+plus prochaine que n'étoit le comte de Montfort, qui
+étoit d'un autre père, qui oncques n'avoit été duc de
+Bretagne: l'autre raison si étoit que, s'il fût ainsi que
+le comte de Montfort y eût aucun droit, si l'avoit-il forfait
+par deux raisons; l'une pourtant qu'il l'avoit relevée
d'autre seigneur que du roi de France, de qui on
la devoit tenir en fief; l'autre raison, pour ce qu'il avoit
<span class="pagenum"><a id="Page_147"> 147</a></span>
-trpass le commandement de son seigneur le roi et
-bris son arrt et sa prison, et s'en toit parti sans
-cong.</p>
+trépassé le commandement de son seigneur le roi et
+brisé son arrêt et sa prison, et s'en étoit parti sans
+congé.</p>
<p>Quand ce jugement fut rendu par pleine sentence de
tous les barons, le roi appela messire Charles de Blois,
-et lui dit: Beau neveu, vous avez jugement pour vous
-de bel hritage et grand; or vous htez et pnez de le
-reconqurir sur celui qui le tient tort; et priez tous
-vos amis qu'ils vous veuillent aider ce besoin; et je ne
-vous y faudrai mie: ains vous prterai or et argent, et
-dirai mon fils le duc de Normandie qu'il se fasse chef
-avec vous; et vous prie et commande que vous vous htiez,
+et lui dit: «Beau neveu, vous avez jugement pour vous
+de bel héritage et grand; or vous hâtez et pénez de le
+reconquérir sur celui qui le tient à tort; et priez tous
+vos amis qu'ils vous veuillent aider à ce besoin; et je ne
+vous y faudrai mie: ains vous prêterai or et argent, et
+dirai à mon fils le duc de Normandie qu'il se fasse chef
+avec vous; et vous prie et commande que vous vous hâtiez,
car si le roi anglois, notre adversaire, de qui le comte
-de Montfort a relev la duch de Bretagne, y venoit, il
+de Montfort a relevé la duché de Bretagne, y venoit, il
nous pourroit porter grand dommage, et ne pourroit
-avoir plus belle entre pour venir par de, mmement
+avoir plus belle entrée pour venir par deçà, mêmement
quand il auroit le pays et les forteresses de Bretagne de
-son accord.</p>
+son accord.»</p>
<p>Adonc messire Charles de Blois s'inclina devant son
oncle, en le remerciant durement de ce qu'il disoit et
-promettoit. Si pria tantt le duc de Normandie son cousin,
-le comte d'Alenon son oncle, le duc de Bourgogne,
-le comte de Blois son frre, le duc de Bourbon,
+promettoit. Si pria tantôt le duc de Normandie son cousin,
+le comte d'Alençon son oncle, le duc de Bourgogne,
+le comte de Blois son frère, le duc de Bourbon,
messire Louis d'Espaigne, messire Jacques de Bourbon,
-le comte d'Eu conntable de France, et le comte de
-Ghines son fils, le vicomte de Rohan, et en aprs, tous
-les comtes et les princes et les barons qui l toient,
-qui tous lui convenancrent qu'ils iroient volontiers
-avec lui et avec leur seigneur de Normandie, chacun
+le comte d'Eu connétable de France, et le comte de
+Ghines son fils, le vicomte de Rohan, et en après, tous
+les comtes et les princes et les barons qui là étoient,
+qui tous lui convenancèrent qu'ils iroient volontiers
+avec lui et avec leur seigneur de Normandie, chacun à
tant de gens et de compagnie qu'il pourroit avoir. Puis
-se partirent tous les princes et les barons de de et de
-partout, pour eux appareiller et pour faire leurs pourvances,
+se partirent tous les princes et les barons de deçà et de
+partout, pour eux appareiller et pour faire leurs pourvéances,
ainsi qu'il leur besognoit, pour aller en si lointain
pays et en si diverses marches; et bien pensoient
<span class="pagenum"><a id="Page_148"> 148</a></span>
-qu'ils ne pourroient avenir leur entente sans grand
+qu'ils ne pourroient avenir à leur entente sans grand
contraire.</p>
<p class="subh">Comment les seigneurs de France se partirent de Paris pour aller en Bretagne,
-et comment ceux de Chastonceaux se rendirent eux.</p>
+et comment ceux de Chastonceaux se rendirent à eux.</p>
<p>Quand tous ces seigneurs, le duc de Normandie, le
-comte d'Alenon, le duc de Bourgogne, le duc de
+comte d'Alençon, le duc de Bourgogne, le duc de
Bourbon et les autres seigneurs, barons et chevaliers
qui devoient aller avec messire Charles de Blois pour
-lui aider reconqurir la duch de Bretagne, ainsi que
-vous avez ou, furent prts et leurs gens appareills,
+lui aider à reconquérir la duché de Bretagne, ainsi que
+vous avez ouï, furent prêts et leurs gens appareillés,
ils se partirent de Paris les aucuns et les autres de leurs
-lieux, et s'en allrent les uns aprs les autres, et s'assemblrent
-en la cit d'Angiers; puis s'en allrent jusques
- Ancenis, qui est la fin du royaume ce ct de
-l; et sjournrent l endroit trois jours pour mieux
+lieux, et s'en allèrent les uns après les autres, et s'assemblèrent
+en la cité d'Angiers; puis s'en allèrent jusques
+à Ancenis, qui est la fin du royaume à ce côté de
+là; et séjournèrent là endroit trois jours pour mieux
ordonner leur conroy et leur charroi. Quand ils eurent
ce fait, ils issirent hors pour entrer au pays de Bretagne.
-Quand ils furent aux champs, ils considrrent
-leur pouvoir et estimrent leur ost cinq mille armures
-de fer, sans les Gennevois, qui toient l trois
-mille, si comme j'ai ou recorder; et les conduisoient
+Quand ils furent aux champs, ils considérèrent
+leur pouvoir et estimèrent leur ost à cinq mille armures
+de fer, sans les Gennevois, qui étoient là trois
+mille, si comme j'ai ouï recorder; et les conduisoient
deux chevaliers de Gennes; si avoit nom l'un messire
Othes Dorie<a name="FNanchor_120" id="FNanchor_120" href="#Footnote_120" class="fnanchor">&nbsp;[120]</a> et l'autre messire Charles Grimaut; et si y
-avoit grand plent de bidaux et d'arbaltriers que conduisoit
+avoit grand plenté de bidaux et d'arbalétriers que conduisoit
messire le Gallois de la Baume. Quand toutes
ses gens furent issues d'Ancenis, ils se trairent par devant
-un trs-fort chtel sant haut sur une montagne par-dessus
+un très-fort châtel séant haut sur une montagne par-dessus
<span class="pagenum"><a id="Page_149"> 149</a></span>
-une rivire<a name="FNanchor_121" id="FNanchor_121" href="#Footnote_121" class="fnanchor">&nbsp;[121]</a>, et l'appelle-t-on Chastonceaux,
-et est la clef et l'entre de Bretagne; et toit bien garni
+une rivière<a name="FNanchor_121" id="FNanchor_121" href="#Footnote_121" class="fnanchor">&nbsp;[121]</a>, et l'appelle-t-on Chastonceaux,
+et est la clef et l'entrée de Bretagne; et étoit bien garni
et bien fourni de gens d'armes, auquel avoit deux vaillants
-chevaliers qui en toient capitaines, dont l'un avoit
-nom messire Mille et l'autre messire Walran; et toient
+chevaliers qui en étoient capitaines, dont l'un avoit
+nom messire Mille et l'autre messire Walran; et étoient
de Lorraine.</p>
<p>Quand le duc de Normandie et les autres seigneurs
-que vous avez ou nommer, virent le chtel si fort, ils
-eurent conseil qu'ils l'assigeroient; car si ils passoient
-avant et ils laissoient une telle garnison derrire eux,
-ce leur pourroit tourner grand dommage et ennui.
-Si l'assigrent tout autour, et y firent plusieurs assauts,
-mmement les Gennevois, qui s'abandonnrent durement
-et follement pour eux mieux montrer ce commencement.
+que vous avez ouï nommer, virent le châtel si fort, ils
+eurent conseil qu'ils l'assiégeroient; car si ils passoient
+avant et ils laissoient une telle garnison derrière eux,
+ce leur pourroit tourner à grand dommage et à ennui.
+Si l'assiégèrent tout autour, et y firent plusieurs assauts,
+mêmement les Gennevois, qui s'abandonnèrent durement
+et follement pour eux mieux montrer à ce commencement.
Si y perdirent de leurs compagnons par
-plusieurs fois, car ceux du chtel se dfendirent durement
-et sagement; si que les seigneurs demeurrent
-grand pice devant, ainois qu'ils le pussent avoir. Mais
+plusieurs fois, car ceux du châtel se défendirent durement
+et sagement; si que les seigneurs demeurèrent
+grand pièce devant, ainçois qu'ils le pussent avoir. Mais
au dernier, ils firent grand attrait de merriens et de velourdes,
et les firent mener par force de gens jusques
-aux fosss du chtel, et puis firent assaillir trop fortement;
+aux fossés du châtel, et puis firent assaillir trop fortement;
si que, tout en assaillant, ils firent emplir ces
-fosss de ces merriens, tant que on pouvoit bien, qui
-vouloit et qui toit couvert, aller jusques aux murs du
-chtel, combien que ceux du chtel se dfendissent si
+fossés de ces merriens, tant que on pouvoit bien, qui
+vouloit et qui étoit couvert, aller jusques aux murs du
+châtel, combien que ceux du châtel se défendissent si
bien et si vassalement que on ne pourroit mieux deviser,
-comme de traire, de jeter pierres, chaux et feu ardent
+comme de traire, de jeter pierres, chaux et feu ardent à
grand foison; et ceux de dehors avoient fait chas<a name="FNanchor_122" id="FNanchor_122" href="#Footnote_122" class="fnanchor">&nbsp;[122]</a> et
-instruments par quoi on piquoit les murs, tout couvert.
-Que vous en ferois-je long conte? Ceux du chtel virent
+instruments par quoi on piquoit les murs, tout à couvert.
+Que vous en ferois-je long conte? Ceux du châtel virent
<span class="pagenum"><a id="Page_150"> 150</a></span>
bien qu'ils n'auroient point de secours et qu'ils ne se
pourroient longuement tenir, puisque on pertuisoit les
murs; et si savoient bien qu'ils n'auroient point de
-merci s'ils toient pris par force. Si eurent conseil ensemble
+merci s'ils étoient pris par force. Si eurent conseil ensemble
qu'ils se rendroient, sauves leurs vies et leurs
membres, ainsi qu'ils firent; et les prirent les seigneurs
- merci. Ainsi fut gagn par ces seigneurs franois ce
-premier chtel, que on appelle Chastonceaux, dont ils
-eurent moult grand'joie, car il leur sembla que ce ft
+à merci. Ainsi fut gagné par ces seigneurs françois ce
+premier châtel, que on appelle Chastonceaux, dont ils
+eurent moult grand'joie, car il leur sembla que ce fût
bon commencement de leur entreprise.</p>
-<p class="subh">Comment les seigneurs de France assigrent Nantes, o le comte Montfort
-toit; et l eut maintes escarmouches le sige durant.</p>
+<p class="subh">Comment les seigneurs de France assiégèrent Nantes, où le comte Montfort
+étoit; et là eut maintes escarmouches le siége durant.</p>
<p>Quand le duc de Normandie et les autres seigneurs
-eurent conquis Chastonceaux, si comme vous avez ou,
-le duc de Normandie, qui toit souverain de tous, le livra
-tantt messire Charles de Blois, comme sien; et y
-mit dedans bon chtelain et grand foison de gens d'armes
-pour garder l'entre du pays et pour conduire ceux
-qui viendroient aprs eux. Puis se dlogrent les seigneurs
-et vinrent par devers Nantes, l o ils tenoient
-que le comte de Montfort, leur ennemi, toit. Si leur avint
-que les marchaux de l'ost et les coureurs trouvrent
-entre voies une bonne ville, et grosse et bien ferme
-de fosss et de palis: si l'assaillirent fortement. Ceux de
-dedans toient peu de gens et petitement arms: si ne
-se purent dfendre contre les assaillants, mmement
-contre les arbaltriers gennevois. Si fut tantt la ville
-gagne, toute robe, et bien la moiti arse, et toutes
-les gens mis l'pe; et appelle-on la ville Quarquefoue;
-et sid quatre ou cinq lieues prs de Nantes. Les seigneurs
-se logrent cette nuit-l entour. L'endemain ils
-se dlogrent et se trairent vers la cit de Nantes. Si
-l'assigrent tout autour et firent tendre tentes et pavillons
+eurent conquis Chastonceaux, si comme vous avez ouï,
+le duc de Normandie, qui étoit souverain de tous, le livra
+tantôt à messire Charles de Blois, comme sien; et y
+mit dedans bon châtelain et grand foison de gens d'armes
+pour garder l'entrée du pays et pour conduire ceux
+qui viendroient après eux. Puis se délogèrent les seigneurs
+et vinrent par devers Nantes, là où ils tenoient
+que le comte de Montfort, leur ennemi, étoit. Si leur avint
+que les maréchaux de l'ost et les coureurs trouvèrent
+entre voies une bonne ville, et grosse et bien fermée
+de fossés et de palis: si l'assaillirent fortement. Ceux de
+dedans étoient peu de gens et petitement armés: si ne
+se purent défendre contre les assaillants, mêmement
+contre les arbalétriers gennevois. Si fut tantôt la ville
+gagnée, toute robée, et bien la moitié arse, et toutes
+les gens mis à l'épée; et appelle-on la ville Quarquefoue;
+et siéd à quatre ou à cinq lieues près de Nantes. Les seigneurs
+se logèrent cette nuit-là entour. L'endemain ils
+se délogèrent et se trairent vers la cité de Nantes. Si
+l'assiégèrent tout autour et firent tendre tentes et pavillons
<span class="pagenum"><a id="Page_151"> 151</a></span>
-si bellement et si ordonnment que vous savez que
-Franois savent faire. Et ceux qui toient dedans pour la
+si bellement et si ordonnément que vous savez que
+François savent faire. Et ceux qui étoient dedans pour la
garder, dont il y avoit grand foison de gens d'armes
-avec les bourgeois, si allrent tous armer, et se maintinrent
-ce jour moult bellement, chacun sa defense,
-ainsi qu'il toit ordonn. Celui jour entendirent ceux de
-l'ost eux loger et aller fourrager; et aucuns bidaux
-et Gennevois allrent prs des barrires pour escarmoucher
+avec les bourgeois, si allèrent tous armer, et se maintinrent
+ce jour moult bellement, chacun à sa defense,
+ainsi qu'il étoit ordonné. Celui jour entendirent ceux de
+l'ost à eux loger et aller fourrager; et aucuns bidaux
+et Gennevois allèrent près des barrières pour escarmoucher
et paleter: et aucuns des soudoyers et des jeunes
bourgeois issirent hors encontre eux: si que il y eut
-trait et lanc, et des morts et des navrs d'un ct et
+trait et lancé, et des morts et des navrés d'un côté et
d'autre, si comme il y a souvent en telles besognes.</p>
-<p>Ainsi eut l des escarmouches par deux ou par trois
-fois, tant comme l'ost demeura l. Au dernier, il y avint
-une aventure assez sauvage, ainsi que j'ai ou recorder
- ceux qui y furent; car aucuns des soudoyers de la cit
-et des bourgeois issirent hors une matine, l'aventure,
-et trouvrent jusques quinze chars chargs de vivres
-et de pourvances qui s'en alloient vers l'ost; et gens
-qui les conduisoient jusques soixante; et ceux de la
-cit toient bien deux cents: si leur coururent sus et les
-dconfirent, et en turent les aucuns et firent les chars
-charrier pardevers la cit. Le cri et le hu en vint jusques
-en l'ost: si s'alla chacun armer le plus tt qu'il put,
-et courut chacun aprs les chars pour rescourre la proie;
-et les aconsuirent assez prs des barrires de la cit.
-L multiplia le hutin trs-durement; car ceux de l'ost
-y vinrent si grand foison que les soudoyers en eurent
-trop grand faix. Toutes voies ils firent dteler les chevaux
-et les chassrent dedans la porte, afin que, s'il
+<p>Ainsi eut là des escarmouches par deux ou par trois
+fois, tant comme l'ost demeura là. Au dernier, il y avint
+une aventure assez sauvage, ainsi que j'ai ouï recorder
+à ceux qui y furent; car aucuns des soudoyers de la cité
+et des bourgeois issirent hors une matinée, à l'aventure,
+et trouvèrent jusques à quinze chars chargés de vivres
+et de pourvéances qui s'en alloient vers l'ost; et gens
+qui les conduisoient jusques à soixante; et ceux de la
+cité étoient bien deux cents: si leur coururent sus et les
+déconfirent, et en tuèrent les aucuns et firent les chars
+charrier pardevers la cité. Le cri et le hu en vint jusques
+en l'ost: si s'alla chacun armer le plus tôt qu'il put,
+et courut chacun après les chars pour rescourre la proie;
+et les aconsuirent assez près des barrières de la cité.
+Là multiplia le hutin très-durement; car ceux de l'ost
+y vinrent à si grand foison que les soudoyers en eurent
+trop grand faix. Toutes voies ils firent dételer les chevaux
+et les chassèrent dedans la porte, afin que, s'il
avenoit que ceux de l'ost obtinssent la place, qu'ils ne
-pussent r'emmener les chars et les provances si lgrement.
-Quand les autres soudoyers de la cit virent le
+pussent r'emmener les chars et les provéances si légèrement.
+Quand les autres soudoyers de la cité virent le
hutin et que leurs compagnons avoient trop grand faix,
<span class="pagenum"><a id="Page_152"> 152</a></span>
aucuns issirent dehors pour eux aider: aussi firent des
autres bourgeois pour aider leurs parents. Ainsi multiplia
-trs-durement le hutin; et en y eut tout plein de
-morts et de navrs d'un ct et d'autre, et grand foison
-de bien dfendants et assaillants. Et dura ce hutin moult
+très-durement le hutin; et en y eut tout plein de
+morts et de navrés d'un côté et d'autre, et grand foison
+de bien défendants et assaillants. Et dura ce hutin moult
longuement, car toudis croissoit la force de ceux de
l'ost et survenoient toudis nouvelles gens. Tant avint
-que au dernier messire Hervey de Lon, qui toit l'un
-des matres conseillers du comte de Montfort et aussi de
-toute la cit, et qui moult bien s'toit maintenu et moult
-avoit rconfort ses gens, quand il vit qu'il toit point
-de retraire et qu'ils pouvoient plus perdre demeurer
+que au dernier messire Hervey de Léon, qui étoit l'un
+des maîtres conseillers du comte de Montfort et aussi de
+toute la cité, et qui moult bien s'étoit maintenu et moult
+avoit réconforté ses gens, quand il vit qu'il étoit point
+de retraire et qu'ils pouvoient plus perdre à demeurer
que gagner, il fit ses gens retraire au mieux qu'il put;
-et les dfendoit en retraiant et garantissoit le mieux
-qu'il pouvoit. Si leur avint qu'ils furent si prs suivis
+et les défendoit en retraiant et garantissoit le mieux
+qu'il pouvoit. Si leur avint qu'ils furent si près suivis
au retraire, qu'il en y eut grand foison de morts, et
-pris bien deux cents et plus des bourgeois de la cit,
-dont leurs pres, leurs mres et leurs amis furent durement
-courroucs et dolents. Aussi fut le comte de
-Montfort, qui en blma durement messire Hervey, par
-courroux de ce qu'il les avoit fait sitt retraire; et lui
-sembloit que par le retraire ses gens toient perdus: de
+pris bien deux cents et plus des bourgeois de la cité,
+dont leurs pères, leurs mères et leurs amis furent durement
+courroucés et dolents. Aussi fut le comte de
+Montfort, qui en blâma durement messire Hervey, par
+courroux de ce qu'il les avoit fait sitôt retraire; et lui
+sembloit que par le retraire ses gens étoient perdus: de
quoi messire Hervey fut durement merencolieux, et
ne voulut oncques depuis venir au conseil du comte,
-si petit non. Si s'merveilloient durement les gens
+si petit non. Si s'émerveilloient durement les gens
pour quoi il le faisoit.</p>
-<p class="subh">Comment les bourgeois de Nantes livrrent la cit aux seigneurs de France;
-et comment le comte de Montfort y fut pris et amen Paris et comment
+<p class="subh">Comment les bourgeois de Nantes livrèrent la cité aux seigneurs de France;
+et comment le comte de Montfort y fut pris et amené à Paris et comment
il y mourut.</p>
-<p>Or avint, si comme j'ai ou recorder, que aucuns
-des bourgeois de la cit qui voient leurs biens dtruire
-dedans la cit et dehors, et avoient leurs enfants et amis
-en prison, et doutoient encore pis avenir, s'avisrent et
+<p>Or avint, si comme j'ai ouï recorder, que aucuns
+des bourgeois de la cité qui véoient leurs biens détruire
+dedans la cité et dehors, et avoient leurs enfants et amis
+en prison, et doutoient encore pis avenir, s'avisèrent et
<span class="pagenum"><a id="Page_153"> 153</a></span>
-parlrent ensemble tant qu'ils eurent entre eux accord
-de traiter ces seigneurs de France couvertement, par
-quoi ils pussent venir paix et ravoir leurs enfants et
-leurs amis quittes et dlivrs, qui toient en prison<a name="FNanchor_123" id="FNanchor_123" href="#Footnote_123" class="fnanchor">&nbsp;[123]</a>.
-Si traitrent si paisiblement et couvertement, que accord
+parlèrent ensemble tant qu'ils eurent entre eux accord
+de traiter à ces seigneurs de France couvertement, par
+quoi ils pussent venir à paix et ravoir leurs enfants et
+leurs amis quittes et délivrés, qui étoient en prison<a name="FNanchor_123" id="FNanchor_123" href="#Footnote_123" class="fnanchor">&nbsp;[123]</a>.
+Si traitèrent si paisiblement et couvertement, que accordé
fut: qu'ils rauroient les prisonniers tous quittes,
et ils devoient livrer une des portes ouverte, pour les
-seigneurs entrer en la cit et aller prendre le comte de
-Montfort dedans le chtel, sans rien forfaire ailleurs en
-la cit ni corps ni biens. Ainsi que accord et trait
-fut, fut fait; et entrrent les seigneurs et ceux qu'ils
-voulurent avec eux, en une matine, en la cit de Nantes,
-par l'accord des bourgeois; et allrent droit au
-chtel ou palais. Si brisrent les huis et prirent le comte
-de Montfort, et l'enmenrent hors de la cit leurs
+seigneurs entrer en la cité et aller prendre le comte de
+Montfort dedans le châtel, sans rien forfaire ailleurs en
+la cité ni à corps ni à biens. Ainsi que accordé et traité
+fut, fut fait; et entrèrent les seigneurs et ceux qu'ils
+voulurent avec eux, en une matinée, en la cité de Nantes,
+par l'accord des bourgeois; et allèrent droit au
+châtel ou palais. Si brisèrent les huis et prirent le comte
+de Montfort, et l'enmenèrent hors de la cité à leurs
tentes, si paisiblement qu'ils ne forfirent rien aux corps
-ni aux biens de la cit. Et voulurent bien dire aucunes
+ni aux biens de la cité. Et voulurent bien dire aucunes
gens que ce fut fait assez de l'accord et pourchas ou
-consentement de messire Hervey de Lon, pourtant que
-le comte l'avait rampson, si comme vous avez ou.
-Or ne sais-je pas, combien qu'il en ft souponn d'aucunes
+consentement de messire Hervey de Léon, pourtant que
+le comte l'avait rampsoné, si comme vous avez ouï.
+Or ne sais-je pas, combien qu'il en fût soupçonné d'aucunes
gens, si ce fut voir ou non; mais bien apparut en
-ce que aprs ce fait il fut toujours de l'accord et conseil
-de messire Charles. Ainsi que vous avez ou et que
-j'ai ou recorder, fut pris le comte de Montfort en la
-cit de Nantes, l'an de grce mil trois cent quarante-un,
+ce que après ce fait il fut toujours de l'accord et conseil
+de messire Charles. Ainsi que vous avez ouï et que
+j'ai ouï recorder, fut pris le comte de Montfort en la
+cité de Nantes, l'an de grâce mil trois cent quarante-un,
entour la Toussaint.</p>
<p><span class="pagenum"><a id="Page_154"> 154</a></span>
-Tantt aprs ce que le comte de Montfort fut pris et
-men s tentes, les seigneurs de France entrrent en la
-cit tous dsarms, moult grand'ftes; et firent les
-bourgeois et tous ceux du pays d'entour faut et hommage
- messire Charles de Blois, comme leur droit
-seigneur. Si demeurrent les dits seigneurs par l'espace
-de trois jours en la cit, grand fte, pour eux aiser et
-pour avoir conseil entre eux qu'ils pourroient faire de l
-en avant. Si s'accordrent ce pour le meilleur, qu'ils
+Tantôt après ce que le comte de Montfort fut pris et
+mené ès tentes, les seigneurs de France entrèrent en la
+cité tous désarmés, à moult grand'fêtes; et firent les
+bourgeois et tous ceux du pays d'entour féauté et hommage
+à messire Charles de Blois, comme à leur droit
+seigneur. Si demeurèrent les dits seigneurs par l'espace
+de trois jours en la cité, à grand fête, pour eux aiser et
+pour avoir conseil entre eux qu'ils pourroient faire de là
+en avant. Si s'accordèrent à ce pour le meilleur, qu'ils
s'en retourneroient pardevers France et pardevers le
roi, et lui livreroient le comte de Montfort prisonnier;
-car ils avoient moult grandement bien exploit, ce leur
+car ils avoient moult grandement bien exploité, ce leur
sembloit. Et pourtant aussi qu'ils ne pouvoient bonnement
plus avant hostoyer, ni guerroyer, pour l'hiver,
-temps qui entr toit, fors par garnisons et forteresses,
-ce leur sembloit, si conseillrent messire Charles de
-Blois qu'il se tnt en la cit de Nantes et l entour, jusques
-au nouvel temps d't, et ft ce qu'il pourroit par
+temps qui entré étoit, fors par garnisons et forteresses,
+ce leur sembloit, si conseillèrent à messire Charles de
+Blois qu'il se tînt en la cité de Nantes et là entour, jusques
+au nouvel temps d'été, et fît ce qu'il pourroit par
ses soudoyers et par ses forteresses qu'il avoit reconquises;
puis se partirent tous les seigneurs sur ce propos,
-et firent tant par leurs journes qu'ils vinrent Paris l
-o le roi toit, et lui livrrent le comte de Montfort pour
-prisonnier. Le roi le reut grand joie, et le fit emprisonner
-en la tour du Louvre Paris, o il demeura
+et firent tant par leurs journées qu'ils vinrent à Paris là
+où le roi étoit, et lui livrèrent le comte de Montfort pour
+prisonnier. Le roi le reçut à grand joie, et le fit emprisonner
+en la tour du Louvre à Paris, où il demeura
longuement; et au dernier y mourut<a name="FNanchor_124" id="FNanchor_124" href="#Footnote_124" class="fnanchor">&nbsp;[124]</a>, ainsi que j'ai
-oy recorder la vrit.</p>
+oy recorder la vérité.</p>
<p><span class="pagenum"><a id="Page_155"> 155</a></span></p>
<p class="subh">Comment la comtesse de Montfort conforte ses soudoyers, et comment
elle mit bonnes garnisons par toutes ses forteresses.</p>
-<p>Or veux-je retourner la comtesse de Montfort, qui
-bien avoit courage d'homme et c&oelig;ur de lion, et toit
-en la cit de Rennes quand elle entendit que son sire
-toit pris, en la manire que vous avez ou. Si elle en
-fut dolente et courrouce, ce peut chacun et doit savoir
-et penser; car elle pensa mieux que on dt mettre son
-seigneur mort que en prison. Et combien qu'elle et
+<p>Or veux-je retourner à la comtesse de Montfort, qui
+bien avoit courage d'homme et c&oelig;ur de lion, et étoit
+en la cité de Rennes quand elle entendit que son sire
+étoit pris, en la manière que vous avez ouï. Si elle en
+fut dolente et courroucée, ce peut chacun et doit savoir
+et penser; car elle pensa mieux que on dût mettre son
+seigneur à mort que en prison. Et combien qu'elle eût
grand deuil au c&oelig;ur, si ne fit-elle mie comme femme
-dconforte, mais comme homme fier et hardi, en reconfortant
+déconfortée, mais comme homme fier et hardi, en reconfortant
vaillamment ses amis et ses soudoyers; et
leur montroit un petit fils qu'elle avoit, qu'on appeloit
-Jean, ainsi que le pre, et leur disoit: Ha! seigneurs,
-ne vous dconfortez mie, ni bahissez pour monseigneur
-que nous avons perdu; ce n'toit qu'un seul
-homme: vez ci mon petit enfant qui sera, si Dieu
-plat, son restorier, et qui vous fera des biens assez. Et
-j'ai de l'avoir en plent: si vous en donnerai assez, et
+Jean, ainsi que le père, et leur disoit: «Ha! seigneurs,
+ne vous déconfortez mie, ni ébahissez pour monseigneur
+que nous avons perdu; ce n'étoit qu'un seul
+homme: véez ci mon petit enfant qui sera, si Dieu
+plaît, son restorier, et qui vous fera des biens assez. Et
+j'ai de l'avoir en plenté: si vous en donnerai assez, et
vous pourchasserai tel capitaine et tel mainbour par
-qui vous serez tous bien reconforts.</p>
+qui vous serez tous bien reconfortés.»</p>
-<p>Quand la dessus dite comtesse eut ainsi reconfort
-ses amis et ses soudoyers qui toient Rennes, elle alla
+<p>Quand la dessus dite comtesse eut ainsi reconforté
+ses amis et ses soudoyers qui étoient à Rennes, elle alla
par toutes ses bonnes villes et forteresses, et menoit
son jeune fils avec elle, et les sermonnoit et reconfortoit
-en telle manire que elle avoit fait de ceux de
-Rennes; et renforoit les garnisons de gens et de quant
+en telle manière que elle avoit fait de ceux de
+Rennes; et renforçoit les garnisons de gens et de quant
que il leur falloit; et paya largement partout, et donna
-assez abondamment partout o elle pensoit qu'il toit
-bien employ. Puis s'en vint en Hainebon sur la mer,
-qui toit forte ville et grosse et fort chtel; et l se
+assez abondamment partout où elle pensoit qu'il étoit
+bien employé. Puis s'en vint en Hainebon sur la mer,
+qui étoit forte ville et grosse et fort châtel; et là se
tint, et son fils avec li, tout cet hiver. Souvent envoyoit
visiter ses garnisons et reconforter ses gens, et
<span class="pagenum"><a id="Page_156"> 156</a></span>
payoit moult largement leurs gages. Si me tairai atant
-de cette matire, et retournerai au roi douard d'Angleterre;
-et conterai quels choses lui avinrent aprs le
-dpartement du sige de Tournay.......</p>
+de cette matière, et retournerai au roi Édouard d'Angleterre;
+et conterai quels choses lui avinrent après le
+département du siége de Tournay.......</p>
-<p class="subh">Comment les seigneurs de France retournrent en Bretagne par devers
-monseigneur Charles de Blois et comment ils assigrent la cit de Rennes,
+<p class="subh">Comment les seigneurs de France retournèrent en Bretagne par devers
+monseigneur Charles de Blois et comment ils assiégèrent la cité de Rennes,
que la comtesse de Montfort avoit bien garnie.</p>
<p>Vous devez savoir que quand le duc de Normandie,
-le duc de Bourgogne, le comte d'Alenon, le duc
-de Bourbon, le comte de Blois, le conntable de France,
+le duc de Bourgogne, le comte d'Alençon, le duc
+de Bourbon, le comte de Blois, le connétable de France,
le comte de Ghines son fils, messire Jacques de Bourbon,
messire Louis d'Espaigne, et les comtes et barons
de France, se furent partis de Bretagne, qu'ils eurent
-conquis le fort chtel de Chastonceaux, et puis aprs
-la cit de Nantes, et pris le comte de Montfort, et livr
+conquis le fort châtel de Chastonceaux, et puis après
+la cité de Nantes, et pris le comte de Montfort, et livré
au roi Philippe de France, et il l'eut fait mettre en
-prison au Louvre Paris, ainsi comme vous avez ou,
-et comment messire Charles de Blois toit demeur tout
-coi en la cit de Nantes et au pays d'entour, qui obissoit
- lui, pour attendre la saison d't, en laquelle
+prison au Louvre à Paris, ainsi comme vous avez ouï,
+et comment messire Charles de Blois étoit demeuré tout
+coi en la cité de Nantes et au pays d'entour, qui obéissoit
+à lui, pour attendre la saison d'été, en laquelle
il fait meilleur guerroyer qu'il ne fait en la saison d'hiver,
et cette douce saison fut revenue, tous ces seigneurs
-dessus nomms, et grand foison de gens avec eux, s'en
-rallrent devers Bretagne grand puissance, pour aider
- messire Charles de Blois conqurir le remenant de
-la duch de Bretagne, dont avinrent de grands et merveilleux
-faits d'armes, ainsi comme vous pourrez our.
-Quand ils furent venus Nantes, o ils trouvrent messire
-Charles de Blois, ils eurent conseil qu'ils assigeroient
-la cit de Rennes. Si issirent de Nantes et allrent
-assiger Rennes tout autour.</p>
+dessus nommés, et grand foison de gens avec eux, s'en
+rallèrent devers Bretagne à grand puissance, pour aider
+à messire Charles de Blois à conquérir le remenant de
+la duché de Bretagne, dont avinrent de grands et merveilleux
+faits d'armes, ainsi comme vous pourrez ouïr.
+Quand ils furent venus à Nantes, où ils trouvèrent messire
+Charles de Blois, ils eurent conseil qu'ils assiégeroient
+la cité de Rennes. Si issirent de Nantes et allèrent
+assiéger Rennes tout autour.</p>
<p>La comtesse de Montfort par avant l'avoit si fort garnie
-et rafrachie de gens d'armes et de tout ce qu'il affroit,
+et rafraîchie de gens d'armes et de tout ce qu'il afféroit,
<span class="pagenum"><a id="Page_157"> 157</a></span>
-que rien n'y failloit; et y avoit tabli un vaillant chevalier
+que rien n'y failloit; et y avoit établi un vaillant chevalier
et hardi pour capitaine, qu'on appeloit messire
Guillaume Quadudal, gentilhomme durement, du pays
de Bretagne. Aussi avoit la dite comtesse mis grands
-garnisons par toutes les autres cits, chteaux et bonnes
-villes qui li obissoient; et partout bons capitaines,
-des gentilshommes du pays, qui li se tenoient et obissoient,
+garnisons par toutes les autres cités, châteaux et bonnes
+villes qui à li obéissoient; et partout bons capitaines,
+des gentilshommes du pays, qui à li se tenoient et obéissoient,
lesquels avoit tous acquis par beau parler, par promettre
-et par donner, car elle n'y vouloit rien pargner.
-Desquels l'vque de Lon, messire Almaury de Clion,
+et par donner, car elle n'y vouloit rien épargner.
+Desquels l'évêque de Léon, messire Almaury de Cliçon,
messire Yvain de Treseguidi, le sire de Landernaux, le
-chtelain de Guingamp, messire Henry et messire Olivier
+châtelain de Guingamp, messire Henry et messire Olivier
de Pennefort, messire Geffroy de Malestroit, messire
-Guillaume de Quadudal, les deux frres de Quintin,
+Guillaume de Quadudal, les deux frères de Quintin,
messire Geoffroy de Maillechat, messire Robert de Guiche,
-messire Jean de Kerriec y toient, et plusieurs autres
-chevaliers et cuyers que je ne sais mie tous nommer.
+messire Jean de Kerriec y étoient, et plusieurs autres
+chevaliers et écuyers que je ne sais mie tous nommer.
Aussi en y avoit de l'accord messire Charles de
-Blois, grand foison, qui lui se tenoient, avec messire
-Hervey de Lon, qui fut de premier de l'accord du comte
-de Montfort et matre de son conseil, jusques tant que
-la cit de Nantes fut rendue, et le comte de Montfort
-pris, ainsi que vous avez ou. De quoi le dit messire
-Hervey fut durement blm; car on vouloit dire qu'il
-avait trait les bourgeois ce et pourchass la prise du
-comte de Montfort. Ce apparot ce que depuis ce fait
-ce fut celui qui plus se pnoit de grever la comtesse de
+Blois, grand foison, qui à lui se tenoient, avec messire
+Hervey de Léon, qui fut de premier de l'accord du comte
+de Montfort et maître de son conseil, jusques à tant que
+la cité de Nantes fut rendue, et le comte de Montfort
+pris, ainsi que vous avez ouï. De quoi le dit messire
+Hervey fut durement blâmé; car on vouloit dire qu'il
+avait trait les bourgeois à ce et pourchassé la prise du
+comte de Montfort. Ce apparoît à ce que depuis ce fait
+ce fut celui qui plus se pénoit de grever la comtesse de
Montfort et ses aidans.</p>
<p class="subh">Comment les seigneurs de France firent plusieurs assauts devant Rennes;
et comment la comtesse de Montfort envoya au roi d'Angleterre querre
secours; et sur quelle condition ce fut.</p>
-<p>Messire Charles de Blois et les seigneurs dessus nomms
-sirent assez longuement devant la cit de Rennes et
+<p>Messire Charles de Blois et les seigneurs dessus nommés
+sirent assez longuement devant la cité de Rennes et
<span class="pagenum"><a id="Page_158"> 158</a></span>
y firent grands dommages et plusieurs assauts par les
Espaignols et par les Gennevois; et ceux de dedans se
-dfendirent aussi fortement et vaillamment, par le
+défendirent aussi fortement et vaillamment, par le
conseil du seigneur de Quadudal, et si sagement que
-ceux du dehors y perdirent plus souvent qu'ils n'y gagnrent.
-En icelui temps, sitt que la dite comtesse sut
-que ces seigneurs de France toient venus en Bretagne
+ceux du dehors y perdirent plus souvent qu'ils n'y gagnèrent.
+En icelui temps, sitôt que la dite comtesse sçut
+que ces seigneurs de France étoient venus en Bretagne à
si grand puissance, elle envoya messire Almaury de
-Clion en Angleterre parler au roi douard et pour
-prier et requrir secours et aide, par telle condition
+Cliçon en Angleterre parler au roi Édouard et pour
+prier et requérir secours et aide, par telle condition
que le jeune enfant, fils du comte de Montfort et de la
-dite comtesse, prendroit femme l'une des jeunes filles
+dite comtesse, prendroit à femme l'une des jeunes filles
du roi d'Angleterre, et s'appelleroit duchesse de Bretagne.
-Le roi douard toit adonc Londres, et ftoit
-tant qu'il pouvoit le comte de Salebrin, qui tantt toit
-revenu de sa prison. Si fit moult grand fte et honneur
- messire Almaury de Clion, quand il fut lui venu;
-car il toit moult gentilhomme; et lui octroya toute sa
-requte assez brivement, car il y voit son avantage
-en deux manires. Car il lui fut avis que c'toit grand
-chose et noble de la duch de Bretagne, s'il la pouvoit
-conqurir; et si toit la plus belle entre qu'il pouvoit
-avoir pour conqurir le royaume de France, quoi il
-tendoit. Si commanda messire Gautier de Mauny
+Le roi Édouard étoit adonc à Londres, et fêtoit
+tant qu'il pouvoit le comte de Salebrin, qui tantôt étoit
+revenu de sa prison. Si fit moult grand fête et honneur
+à messire Almaury de Cliçon, quand il fut à lui venu;
+car il étoit moult gentilhomme; et lui octroya toute sa
+requête assez brièvement, car il y véoit son avantage
+en deux manières. Car il lui fut avis que c'étoit grand
+chose et noble de la duché de Bretagne, s'il la pouvoit
+conquérir; et si étoit la plus belle entrée qu'il pouvoit
+avoir pour conquérir le royaume de France, à quoi il
+tendoit. Si commanda à messire Gautier de Mauny
qu'il aimoit moult, car moult l'avoit bien servi et loyalement
-en plusieurs besognes prilleuses, qu'il prt
+en plusieurs besognes périlleuses, qu'il prît
tant de gens d'armes que le dit messire Almaury deviseroit
-et qu'il lui suffiroit, et s'appareillt le plus tt
-qu'il pourroit pour aller aider la comtesse de Montfort,
-et prt jusques trois ou quatre mille archers des
+et qu'il lui suffiroit, et s'appareillât le plus tôt
+qu'il pourroit pour aller aider à la comtesse de Montfort,
+et prît jusques à trois ou quatre mille archers des
meilleurs d'Angleterre. Le dit messire Gautier fit moult
volontiers le commandement son seigneur: si s'appareilla
-le plus tt qu'il put, et se mit en mer avec ledit
-messire Almaury. Avec lui allrent les deux frres de
+le plus tôt qu'il put, et se mit en mer avec ledit
+messire Almaury. Avec lui allèrent les deux frères de
<span class="pagenum"><a id="Page_159"> 159</a></span>
Leyndehale, messire Louis et messire Jean, le Haze de
Brabant, messire Hubert de Frenay, messire Alain de
@@ -6356,1308 +6314,1308 @@ Sirehonde et plusieurs autres que je ne sais mie nommer,
et avec eux six mille archers. Mais un grand tourment
et vent contraire les prit en mer, parquoi il les
convint demeurer sur la mer par le terme de soixante
-jours, ainois qu'ils pussent venir Hainebon, o la
-comtesse de Montfort les attendoit de jour en jour,
-grand'msaise de c&oelig;ur, pour le grand meschef qu'elle
-savoit que ses gens soutenoient, qui toient dedans la
-cit de Rennes, o vaillamment ils se tenoient.</p>
-
-<p class="subh">Comment les bourgeois de Rennes rendirent la cit
- monseigneur de Blois.</p>
-
-<p>Or est savoir que messire Charles de Blois et ces
-seigneurs de France sirent longuement devant la cit
-de Rennes, et tant qu'ils y firent trs-grand dommage,
-par quoi les bourgeois en furent durement ennuys; et
-volontiers se fussent accords rendre la cit, s'ils eussent
-os; mais messire Guillaume de Quadudal ne s'y
+jours, ainçois qu'ils pussent venir à Hainebon, où la
+comtesse de Montfort les attendoit de jour en jour, à
+grand'mésaise de c&oelig;ur, pour le grand meschef qu'elle
+savoit que ses gens soutenoient, qui étoient dedans la
+cité de Rennes, où vaillamment ils se tenoient.</p>
+
+<p class="subh">Comment les bourgeois de Rennes rendirent la cité
+à monseigneur de Blois.</p>
+
+<p>Or est à savoir que messire Charles de Blois et ces
+seigneurs de France sirent longuement devant la cité
+de Rennes, et tant qu'ils y firent très-grand dommage,
+par quoi les bourgeois en furent durement ennuyés; et
+volontiers se fussent accordés à rendre la cité, s'ils eussent
+osé; mais messire Guillaume de Quadudal ne s'y
vouloit accorder nullement. Quand les bourgeois et le
-commun de la cit eurent assez souffert, et qu'ils ne
-voient aucun secours de nulle part venir, ils se voulurent
+commun de la cité eurent assez souffert, et qu'ils ne
+véoient aucun secours de nulle part venir, ils se voulurent
rendre; mais le dit messire Guillaume ne s'y
voulut accorder. Au dernier, ils prirent le dit messire
Guillaume et le mirent en prison; et puis eurent en
-convenant messire Charles qu'ils se rendroient l'endemain,
+convenant à messire Charles qu'ils se rendroient l'endemain,
par telle condition que tous ceux de la partie de
la comtesse de Montfort s'en pouvoient aller sauvement
quel part qu'ils voudroient. Le dit messire Charles de
-Blois leur accorda. Ainsi fut la cit de Rennes rendue
- messire Charles de Blois, l'an de grce mil trois cent
-quarante-deux, l'entre de mai. Et messire Guillaume
+Blois leur accorda. Ainsi fut la cité de Rennes rendue
+à messire Charles de Blois, l'an de grâce mil trois cent
+quarante-deux, à l'entrée de mai. Et messire Guillaume
de Quadudal ne voulut point demeurer de l'accord messire
<span class="pagenum"><a id="Page_160"> 160</a></span>
-Charles de Blois; ains s'en alla tantt devers Hainebon,
-o la comtesse de Montfort toit, qui fut moult dolente
-quand elle sut que la cit de Rennes toit rendue.
+Charles de Blois; ains s'en alla tantôt devers Hainebon,
+où la comtesse de Montfort étoit, qui fut moult dolente
+quand elle sçut que la cité de Rennes étoit rendue.
Et si n'oyoit aucune nouvelle de messire Almaury de
-Clion ni de sa compagnie.</p>
+Cliçon ni de sa compagnie.</p>
-<p class="subh">Comment les seigneurs de France se partirent de Rennes et allrent
-assiger Hainebon, o la comtesse de Montfort toit.</p>
+<p class="subh">Comment les seigneurs de France se partirent de Rennes et allèrent
+assiéger Hainebon, où la comtesse de Montfort étoit.</p>
-<p>Quand la cit de Rennes fut rendue, ainsi que vous
-avez ou, et les bourgeois eurent fait faut messire
+<p>Quand la cité de Rennes fut rendue, ainsi que vous
+avez ouï, et les bourgeois eurent fait féauté à messire
Charles de Blois, messire Charles eut conseil quel part
il pourroit aller atout son ost, pour mieux avant exploiter
-de conqurir le remenant. Le conseil se tourna
- ce que il se traist pardevers Hainebon, o la comtesse
-toit; car puisque le sire toit en prison, s'il pouvoit
-prendre la ville, le chtel, la comtesse et son fils, il
-auroit tt sa guerre affine. Ainsi fut fait: si se trairent
-tous vers Hainebon et assigrent la ville et le chtel
+de conquérir le remenant. Le conseil se tourna
+à ce que il se traist pardevers Hainebon, où la comtesse
+étoit; car puisque le sire étoit en prison, s'il pouvoit
+prendre la ville, le châtel, la comtesse et son fils, il
+auroit tôt sa guerre affinée. Ainsi fut fait: si se trairent
+tous vers Hainebon et assiégèrent la ville et le châtel
tout autour tant qu'ils purent par terre. La comtesse
-toit si bien pourvue de bons chevaliers et d'autres suffisans
-gens d'armes qu'il convenoit pour dfendre la
-ville et le chtel; et toudis toit en grand soupon du
+étoit si bien pourvue de bons chevaliers et d'autres suffisans
+gens d'armes qu'il convenoit pour défendre la
+ville et le châtel; et toudis étoit en grand soupçon du
secours d'Angleterre qu'elle attendoit; et si n'en oyoit
aucunes nouvelles: mais avoit doute que grand meschef
-ne leur ft avenu, ou par fortune de mer, ou par
+ne leur fût avenu, ou par fortune de mer, ou par
rencontre d'ennemis.</p>
-<p>Avec elle toit en Hainebon l'vque de Lon en Bretagne,
-dont messire Hervey de Lon toit neveu, qui
-toit de la partie messire Charles, et si y toit messire
-Yves de Treseguidy, le sire de Landernaux, le chtelain
-de Guingamp, les deux frres de Kerriec, messire Henry
+<p>Avec elle étoit en Hainebon l'évêque de Léon en Bretagne,
+dont messire Hervey de Léon étoit neveu, qui
+étoit de la partie messire Charles, et si y étoit messire
+Yves de Treseguidy, le sire de Landernaux, le châtelain
+de Guingamp, les deux frères de Kerriec, messire Henry
et messire Olivier de Pennefort et plusieurs autres.
Quand la comtesse et ces chevaliers entendirent que ces
<span class="pagenum"><a id="Page_161"> 161</a></span>
-seigneurs de France venoient pour eux assiger, et qu'ils
-toient assez prs de l, ils firent commander que on
-sonnt la ban-cloche, et que chacun s'allt armer et
-allt sa dfense, ainsi que ordonn toit. Ainsi fut fait
+seigneurs de France venoient pour eux assiéger, et qu'ils
+étoient assez près de là, ils firent commander que on
+sonnât la ban-cloche, et que chacun s'allât armer et
+allât à sa défense, ainsi que ordonné étoit. Ainsi fut fait
sans contredit. Quand messire Charles de Blois et les seigneurs
-de France furent approchs de la ville de Hainebon,
+de France furent approchés de la ville de Hainebon,
et ils la virent forte, ils firent leurs gens loger ainsi
-que pour faire sige. Aucuns jeunes compagnons gennevois,
-espaignols et franois allrent jusques aux barrires
+que pour faire siége. Aucuns jeunes compagnons gennevois,
+espaignols et françois allèrent jusques aux barrières
pour paleter et escarmoucher; et aucuns de ceux de
dedans issirent encontre eux, ainsi que on fait souvent
-en tels besognes. L eut plusieurs hutins; et perdirent
-plus les Gennevois qu'ils n'y gagnrent, ainsi qu'il avient
+en tels besognes. Là eut plusieurs hutins; et perdirent
+plus les Gennevois qu'ils n'y gagnèrent, ainsi qu'il avient
souvent en soi trop follement abandonnant. Quand le
-vespre approcha, chacun se restraist sa loge. L'endemain,
+vespre approcha, chacun se restraist à sa loge. L'endemain,
les seigneurs eurent conseil qu'ils feroient assaillir
-les barrires fortement, pour voir la contenance de
+les barrières fortement, pour voir la contenance de
ceux de dedans, et pour voir s'ils y pourroient rien
-conquter, ainsi qu'ils firent; car au tiers jour y assaillirent
-au matin, entour heure de prime, aux barrires
-trs-fort; et ceux de dedans issirent hors, les aucuns les
-plus suffisans, et se dfendirent si vaillamment que ils
-firent l'assaut durer jusques heure de nonne, que les
-assaillants se retrairent un petit arrire, et ils laissrent
-foison de morts, et en ramenrent plent de blesss.
+conquêter, ainsi qu'ils firent; car au tiers jour y assaillirent
+au matin, entour heure de prime, aux barrières
+très-fort; et ceux de dedans issirent hors, les aucuns les
+plus suffisans, et se défendirent si vaillamment que ils
+firent l'assaut durer jusques à heure de nonne, que les
+assaillants se retrairent un petit arrière, et ils laissèrent
+foison de morts, et en ramenèrent plenté de blessés.
Quand les seigneurs virent leurs gens retraire, ils en
-furent durement courroucs; si firent recommencer
+furent durement courroucés; si firent recommencer
l'assaut plus fort que devant; et aussi ceux de Hainebon
-s'efforcrent d'eux trs-bien dfendre; et la comtesse,
-qui toit arme de corps, et toit monte sur un bon
-coursier, chevauchoit de rue en rue par la ville, et smonnoit
-ses gens de bien dfendre, et faisoit les femmes,
-dames, damoiselles et autres, dfaire les chausses
-et porter les pierres aux crneaux pour jeter aux ennemis,
+s'efforcèrent d'eux très-bien défendre; et la comtesse,
+qui étoit armée de corps, et étoit montée sur un bon
+coursier, chevauchoit de rue en rue par la ville, et sémonnoit
+ses gens de bien défendre, et faisoit les femmes,
+dames, damoiselles et autres, défaire les chaussées
+et porter les pierres aux créneaux pour jeter aux ennemis,
<span class="pagenum"><a id="Page_162"> 162</a></span>
et faisoit apporter bombardes et pots pleins de
chaux vive pour jeter sur les assaillants.</p>
<p class="subh">Comment la comtesse de Montfort ardit les tentes des seigneurs de France
-tandis qu'ils se combattoient aux barrires.</p>
+tandis qu'ils se combattoient aux barrières.</p>
-<p>Encore fit cette comtesse de Montfort une trs-hardie
-emprise, qui ne fait mie oublier, et que on doit bien
-recorder hardi et outrageux fait d'armes. La dite comtesse
+<p>Encore fit cette comtesse de Montfort une très-hardie
+emprise, qui ne fait mie à oublier, et que on doit bien
+recorder à hardi et outrageux fait d'armes. La dite comtesse
montoit aucune fois en une tour tout haut pour
voir mieux comment ses gens se maintenoient. Si regarda,
et vit que tous ceux de l'ost, seigneurs et autres,
-avoient laiss leurs logis et toient presque tous alls
+avoient laissé leurs logis et étoient presque tous allés
voir l'assaut. Elle s'avisa d'un grand fait, et remonta
-sur son coursier, ainsi arme comme elle toit, et fit
-monter environ trois cents hommes d'armes avec elle
+sur son coursier, ainsi armée comme elle étoit, et fit
+monter environ trois cents hommes d'armes avec elle à
cheval, qui gardoient une porte que on n'assailloit
-point. Si issit de cette porte toute sa compagnie, et se
-frit trs-vassalement en ces tentes et en ces logis des
-seigneurs de France, qui tantt furent toutes arses,
-tentes et loges, qui n'toient gardes fors de garons et
-de varlets, qui s'enfuirent sitt qu'ils virent bouter le
+point. Si issit de cette porte à toute sa compagnie, et se
+férit très-vassalement en ces tentes et en ces logis des
+seigneurs de France, qui tantôt furent toutes arses,
+tentes et loges, qui n'étoient gardées fors de garçons et
+de varlets, qui s'enfuirent sitôt qu'ils virent bouter le
feu, et la comtesse et ses gens entrer. Quand ces seigneurs
-virent leurs logis ardoir et ourent le hu et le cri
-qui en venoit, ils furent tous bahis, et coururent tous
-vers leurs logis, criant: Trahis! trahis! Et ne demeura
-adonc nul l'assaut. Quand la comtesse vit l'ost
-mouvoir, et gens courir de toutes parts, elle rassembla
+virent leurs logis ardoir et ouïrent le hu et le cri
+qui en venoit, ils furent tous ébahis, et coururent tous
+vers leurs logis, criant: «Trahis! trahis!» Et ne demeura
+adonc nul à l'assaut. Quand la comtesse vit l'ost
+émouvoir, et gens courir de toutes parts, elle rassembla
toutes ses gens et vit bien qu'elle ne pourroit rentrer
en la ville sans trop grand dommage: si s'en alla un
-autre chemin, droit pardevers le chtel de Brest, qui
-sied trois lieues prs de l<a name="FNanchor_125" id="FNanchor_125" href="#Footnote_125" class="fnanchor">&nbsp;[125]</a>.</p>
+autre chemin, droit pardevers le châtel de Brest, qui
+sied à trois lieues près de là<a name="FNanchor_125" id="FNanchor_125" href="#Footnote_125" class="fnanchor">&nbsp;[125]</a>.</p>
<p><span class="pagenum"><a id="Page_163"> 163</a></span>
-Quand messire Louis d'Espaigne, qui toit marchal
+Quand messire Louis d'Espaigne, qui étoit maréchal
de tout l'ost, fut venu aux logis qui ardoient, et vit la
comtesse et ses gens qui s'en alloient tant qu'ils pouvoient,
-il se mit aller aprs pour les raconsuir s'il et
+il se mit à aller après pour les raconsuir s'il eût
pu, et grand foison de gens d'armes avec lui; si les enchassa,
et fit tant qu'il en tua et meshaigna aucuns,
-qui toient mal monts et qui ne pouvoient suivre les
-bien monts. Toutes voies la dite comtesse chevaucha
+qui étoient mal montés et qui ne pouvoient suivre les
+bien montés. Toutes voies la dite comtesse chevaucha
tant et si bien, qu'elle et la plus grand'partie de ses
-gens vinrent assez point au bon chtel de Brest, o
-elle fut reue et fte grand joie, de ceux de la ville et
-du chtel trs-grandement. Quand messire Louis d'Espaigne
-sut par les prisonniers qu'il avoit pris que c'toit
-la comtesse qui tel fait avoit fait et qui chappe
-lui toit, il s'en retourna en l'ost, et conta son aventure
+gens vinrent assez à point au bon châtel de Brest, où
+elle fut reçue et fêtée à grand joie, de ceux de la ville et
+du châtel très-grandement. Quand messire Louis d'Espaigne
+sçut par les prisonniers qu'il avoit pris que c'étoit
+la comtesse qui tel fait avoit fait et qui échappée
+lui étoit, il s'en retourna en l'ost, et conta son aventure
aux seigneurs et aux autres, qui grand'merveille en
-eurent. Aussi eurent ceux qui toient dedans Hainebon;
+eurent. Aussi eurent ceux qui étoient dedans Hainebon;
et ne pouvoient penser ni imaginer comment leur dame
-avoit ce imagin, ni os entreprendre; mais ils furent
-toute la nuit en grand cuisanon de ce que la dame ni
+avoit ce imaginé, ni osé entreprendre; mais ils furent
+toute la nuit en grand cuisançon de ce que la dame ni
nul des compagnons ne revenoit. Si n'en savoient que
-penser ni que aviser; et ce n'toit pas grand merveille.</p>
+penser ni que aviser; et ce n'étoit pas grand merveille.</p>
-<p class="subh">Comment les Franois assaillirent Hainebon moult asprement, et comment
-messire Charles de Blois alla assiger Auroy.</p>
+<p class="subh">Comment les François assaillirent Hainebon moult asprement, et comment
+messire Charles de Blois alla assiéger Auroy.</p>
<p>Lendemain les seigneurs de France, qui avoient perdu
-leurs tentes et leurs pourvances, eurent conseil qu'ils
-se logeroient d'arbres et de feuilles plus prs de la ville,
-et qu'ils se maintiendroient plus sagement. Si s'allrent
-loger grand'peine plus prs de la ville, et disoient
-souvent ceux de la ville ainsi: Allez, seigneurs,
+leurs tentes et leurs pourvéances, eurent conseil qu'ils
+se logeroient d'arbres et de feuilles plus près de la ville,
+et qu'ils se maintiendroient plus sagement. Si s'allèrent
+loger à grand'peine plus près de la ville, et disoient
+souvent à ceux de la ville ainsi: «Allez, seigneurs,
allez querre votre comtesse; certes elle est perdue; vous
-ne la trouverez mie de pi-. Quand ceux de la ville,
-gens d'armes et autres, ourent telles paroles, ils furent
+ne la trouverez mie de pié-çà.» Quand ceux de la ville,
+gens d'armes et autres, ouïrent telles paroles, ils furent
<span class="pagenum"><a id="Page_164"> 164</a></span>
-bahis et eurent grand peur que ce grand meschef
-ne ft avenu leur dame; si n'en savoient que croire,
+ébahis et eurent grand peur que ce grand meschef
+ne fût avenu à leur dame; si n'en savoient que croire,
pourtant qu'elle ne revenoit point, et n'en oyoient nulles
-nouvelles. Si demeurrent en tel peur par l'espace de
+nouvelles. Si demeurèrent en tel peur par l'espace de
cinq jours. Et la comtesse qui bien pensoit que ses gens
-toient en grand meschef pour li, et en grand doutance,
+étoient en grand meschef pour li, et en grand doutance,
se pourchassa tant qu'elle eut bien cinq cents compagnons
-arms et bien monts; puis se partit de Brest entour
-mie-nuit, et s'en vint, soleil levant, et chevauchant,
-droit l'un des cts de l'ost, et fit ouvrir la porte du
-chtel de Hainebon, et entra dedans grand joie et
+armés et bien montés; puis se partit de Brest entour
+mie-nuit, et s'en vint, à soleil levant, et chevauchant,
+droit à l'un des côtés de l'ost, et fit ouvrir la porte du
+châtel de Hainebon, et entra dedans à grand joie et à
grand son de trompettes et de nacaires; de quoi l'ost des
-Franois fut durement estourmi. Si se firent tous armer
+François fut durement estourmi. Si se firent tous armer
et coururent devers la ville pour assaillir; et ceux dedans
-aux fentres pour dfendre. L commena grand assaut
-et fort, qui dura jusques haute nonne<a name="FNanchor_126" id="FNanchor_126" href="#Footnote_126" class="fnanchor">&nbsp;[126]</a>; et plus
-y perdirent les assaillants que les dfendants. Environ
+aux fenêtres pour défendre. Là commença grand assaut
+et fort, qui dura jusques à haute nonne<a name="FNanchor_126" id="FNanchor_126" href="#Footnote_126" class="fnanchor">&nbsp;[126]</a>; et plus
+y perdirent les assaillants que les défendants. Environ
heure de nonne les seigneurs firent cesser l'assaut, car
leurs gens se faisoient tuer et navrer sans raison; et
-retrairent leur logis. Si eurent conseil et accord que
-messire Charles de Blois iroit assiger le chtel d'Auroy,
+retrairent à leur logis. Si eurent conseil et accord que
+messire Charles de Blois iroit assiéger le châtel d'Auroy,
que le roi Artus fit faire et fermer, et iroient avec lui le
-duc de Bourbon, le comte de Blois son frre, le marchal
+duc de Bourbon, le comte de Blois son frère, le maréchal
de France messire Robert Bertrand, et messire
-Hervey de Lon, et partie des Gennevois; et messire
+Hervey de Léon, et partie des Gennevois; et messire
Louis d'Espaigne, le vicomte de Rohan, et tout le remenant
des Gennevois et Espaignols demeureroient devant
Hainebon, et manderoient douze grands engins qu'ils
-avoient laisss Rennes pour jeter la ville et au chtel
-de Hainebon; car ils voient bien qu'ils ne pouvoient gagner
-ni rien profiter l'assaillir. Si que ils firent deux
+avoient laissés à Rennes pour jeter à la ville et au châtel
+de Hainebon; car ils véoient bien qu'ils ne pouvoient gagner
+ni rien profiter à l'assaillir. Si que ils firent deux
osts; si en demeura l'un devant Hainebon, et l'autre
<span class="pagenum"><a id="Page_165"> 165</a></span>
-alla assiger le chtel d'Auroy, qui toit assez prs de l:
+alla assiéger le châtel d'Auroy, qui étoit assez près de là:
duquel nous parlerons, et nous souffrirons un petit des
autres.</p>
<p class="subh">Comment messire Charles de Blois se logea devant Auroy; et comment messire
-Amaury de Clion amena la comtesse grand secours d'Angleterre.</p>
+Amaury de Cliçon amena à la comtesse grand secours d'Angleterre.</p>
-<p>Messire Charles de Blois se mit devant le chtel d'Auroy
- toute sa compagnie, et se logea, et tout son ost
+<p>Messire Charles de Blois se mit devant le châtel d'Auroy
+à toute sa compagnie, et se logea, et tout son ost
environ; et y fit assaillir et escarmoucher, car ceux du
-chtel toient bien pourvus et bien garnis de bonnes
-gens d'armes pour tel sige soutenir. Si ne se voulurent
+châtel étoient bien pourvus et bien garnis de bonnes
+gens d'armes pour tel siége soutenir. Si ne se voulurent
rendre ni laisser le service de la comtesse, qui grands
-biens leur avoit faits, pour obir au dit messire Charles,
+biens leur avoit faits, pour obéir au dit messire Charles,
pour promesses. Dedans la forteresse avoit deux
cents compagnons aidables, uns et autres, desquels
-toient matres et capitaines deux chevaliers du pays,
+étoient maîtres et capitaines deux chevaliers du pays,
vaillants hommes et hardis durement, messire Henry
-de Pennefort et Olivier, son frre. A quatre lieues prs
-de ce chteau sied la bonne cit de Vennes, qui fermement
-se tenoit la comtesse; et en toit messire Geoffroy
+de Pennefort et Olivier, son frère. A quatre lieues près
+de ce château sied la bonne cité de Vennes, qui fermement
+se tenoit à la comtesse; et en étoit messire Geoffroy
de Malestroit capitaine, gentilhomme et vaillant durement.
D'autre part sied la bonne ville de Dignant<a name="FNanchor_127" id="FNanchor_127" href="#Footnote_127" class="fnanchor">&nbsp;[127]</a> en
-Bretagne, qui adonc n'toit ferme, fors de fosss et de
-palis: si en toit capitaine, de par la comtesse, un durement
-vaillant homme que on appeloit le chtelain de
+Bretagne, qui adonc n'étoit fermée, fors de fossés et de
+palis: si en étoit capitaine, de par la comtesse, un durement
+vaillant homme que on appeloit le châtelain de
<span class="pagenum"><a id="Page_166"> 166</a></span>
-Guingamp: mais il toit adonc dedans Hainebon avec
-la comtesse; mais il avoit laiss Dignant en son htel
-sa femme et ses filles, et avoit laiss capitaine, en lieu
+Guingamp: mais il étoit adonc dedans Hainebon avec
+la comtesse; mais il avoit laissé à Dignant en son hôtel
+sa femme et ses filles, et avoit laissé capitaine, en lieu
de lui, messire Regnault, son fils, vaillant chevalier et
hardi durement.</p>
-<p>Entre ces deux bonnes villes sied un fort chtel qui se
-tenoit adonc messire Charles de Blois, et l'avoit garni
-de gens d'armes et de soudoyers qui tous toient Bourguignons.
-Si en toit souverain et matre un bon cuyer,
+<p>Entre ces deux bonnes villes sied un fort châtel qui se
+tenoit adonc à messire Charles de Blois, et l'avoit garni
+de gens d'armes et de soudoyers qui tous étoient Bourguignons.
+Si en étoit souverain et maître un bon écuyer,
assez jeune, que on appelait Girard de Maulain; et avoit
avec lui un hardi chevalier, qu'on appeloit messire
Pierre Portebeuf. Ces deux avec leurs compagnons
-honnissoient et gtoient tout le pays de l entour, et
-contraignoient si ouniment la cit de Vennes et la bonne
-ville de Dignant que nulles pourvances ni marchandises
-ne pouvoient entrer ni venir, fors en grand pril
+honnissoient et gâtoient tout le pays de là entour, et
+contraignoient si ouniment la cité de Vennes et la bonne
+ville de Dignant que nulles pourvéances ni marchandises
+ne pouvoient entrer ni venir, fors en grand péril
et en grand aventure; car ils chevauchoient l'un jour
pardevers Vennes, l'autre jour par devers Dignant.</p>
-<p>Tant chevauchrent ainsi les dessus dits Bourguignons
+<p>Tant chevauchèrent ainsi les dessus dits Bourguignons
et leurs routes, que le jeune bachelier, messire
-Regnault de Guingamp, prit, un embuchement qu'il
-avoit tabli, le dit Girart de Maulain toute sa compagnie,
-qui toient eux vingt-cinq compagnons, et rescouit
-jusques quinze marchands tout leur avoir qu'ils
+Regnault de Guingamp, prit, à un embuchement qu'il
+avoit établi, le dit Girart de Maulain à toute sa compagnie,
+qui étoient eux vingt-cinq compagnons, et rescouit
+jusques à quinze marchands à tout leur avoir qu'ils
avoient pris, et les emmenoient pardevers leurs garnisons,
-qu'on appelle Roche-Priou. Mais le jeune bachelier,
+qu'on appelle Roche-Périou. Mais le jeune bachelier,
messire Regnault de Guingamp, les conquit tous
-par son sens et par sa prouesse, et les emmena Dignant
+par son sens et par sa prouesse, et les emmena à Dignant
tous en prison, dont tout le pays d'entour eut
grand joie; et en fut grandement ledit messire Regnault
-lou et pris.</p>
+loué et prisé.</p>
-<p>Si me tairai un petit parler des gens de Vennes,
-de Dignant et de Roche-Priou, et reviendrai la comtesse
-de Montfort, qui toit dedans Hainebon, et messire
+<p>Si me tairai un petit à parler des gens de Vennes,
+de Dignant et de Roche-Périou, et reviendrai à la comtesse
+de Montfort, qui étoit dedans Hainebon, et à messire
<span class="pagenum"><a id="Page_167"> 167</a></span>
-Louis d'Espaigne, qui tenoit le sige devant, et
-avoit si dbris et si froiss la ville par les engins, que
-ceux de dedans se commencrent bahir et avoir volont
-de faire accord; car ils ne voient nul secours
-venir, ni n'en oyoient nouvelles. Dont il avint que l'vque
-messire Guy de Lon, qui toit oncle de messire
-Hervey de Lon, par qui pourchas et conseil le comte
-de Montfort avoit t pris, si comme on disoit, dedans
-la cit de Nantes, parla un jour audit messire Hervey
-son neveu, sur assurment, par longtemps ensemble
-d'une chose et d'autres; et tant que le dit vque devoit
-pourchasser accord ses compagnons, pourquoi la
-ville de Hainebon seroit rendue messire Charles de
+Louis d'Espaigne, qui tenoit le siége devant, et
+avoit si débrisé et si froissé la ville par les engins, que
+ceux de dedans se commencèrent à ébahir et avoir volonté
+de faire accord; car ils ne véoient nul secours
+venir, ni n'en oyoient nouvelles. Dont il avint que l'évêque
+messire Guy de Léon, qui étoit oncle de messire
+Hervey de Léon, par qui pourchas et conseil le comte
+de Montfort avoit été pris, si comme on disoit, dedans
+la cité de Nantes, parla un jour audit messire Hervey
+son neveu, sur assurément, par longtemps ensemble
+d'une chose et d'autres; et tant que le dit évêque devoit
+pourchasser accord à ses compagnons, pourquoi la
+ville de Hainebon seroit rendue à messire Charles de
Blois; et ledit messire Hervey devoit pourchasser d'autre
-part que ceux de dedans seroient apaiss envers messire
-Charles, quittes et dlivrs, et ne perdroient rien
-de leur avoir. Ainsi se dpartit ce parlement. Le dit
-vque entra en la ville pour parler aux autres seigneurs.
-La comtesse se douta tantt de mauvais pourchas:
-si pria ces seigneurs de Bretagne, pour l'amour
-de Dieu, qu'ils ne fissent nulle dfaute et que elle auroit
-grand secours dedans trois jours. Mais le dit vque
-parla tant et montra tant de raisons ces seigneurs
+part que ceux de dedans seroient apaisés envers messire
+Charles, quittes et délivrés, et ne perdroient rien
+de leur avoir. Ainsi se départit ce parlement. Le dit
+évêque entra en la ville pour parler aux autres seigneurs.
+La comtesse se douta tantôt de mauvais pourchas:
+si pria à ces seigneurs de Bretagne, pour l'amour
+de Dieu, qu'ils ne fissent nulle défaute et que elle auroit
+grand secours dedans trois jours. Mais le dit évêque
+parla tant et montra tant de raisons à ces seigneurs
qu'il les mit en grand effroi cette nuit. L'endemain il
-recommena, et leur dit tant de raisons d'une et
-d'autres qu'ils toient tous de son accord ou assez prs.
-Et j toit le dit messire Hervey venu assez prs de la
+recommença, et leur dit tant de raisons d'une et
+d'autres qu'ils étoient tous de son accord ou assez près.
+Et jà étoit le dit messire Hervey venu assez près de la
ville pour la prendre de leur accord, quand la comtesse
-qui regardoit aval la mer, par une fentre du chtel,
-commena crier et faire grand joie; et disoit
-tant comme elle pouvoit: Je vois venir le secours que
-j'ai tant dsir. Deux fois le dit. Chacun de la ville
-courut tantt, qui mieux mieux, aux fentres et aux
-crneaux des murs pour voir que c'toit; et virent
+qui regardoit aval la mer, par une fenêtre du châtel,
+commença à crier et à faire grand joie; et disoit
+tant comme elle pouvoit: «Je vois venir le secours que
+j'ai tant désiré.» Deux fois le dit. Chacun de la ville
+courut tantôt, qui mieux mieux, aux fenêtres et aux
+créneaux des murs pour voir que c'étoit; et virent
<span class="pagenum"><a id="Page_168"> 168</a></span>
-grand foison de naves, petites et grandes, bien bastilles,
+grand foison de naves, petites et grandes, bien bastillées,
venir pardevers Hainebon: dont chacun fut durement
-reconfort, car bien tenoient que c'toit messire Almaury
-de Clion qui amenoit ce secours d'Angleterre,
-dont vous avez par de devant ou parler, qui par
+reconforté, car bien tenoient que c'étoit messire Almaury
+de Cliçon qui amenoit ce secours d'Angleterre,
+dont vous avez par deçà devant ouï parler, qui par
soixante jours avoient eu vent contraire sur mer.</p>
-<p class="subh">Comment l'vque de Lon se tourna de la partie messire Charles de
+<p class="subh">Comment l'évêque de Léon se tourna de la partie messire Charles de
Blois: et comment messire Gautier de Mauny et ceux de Hainebon abattirent
-les engins des Franois qui moult les grevoient.</p>
+les engins des François qui moult les grevoient.</p>
-<p>Quand le chtelain de Guingamp, messire Yves de
+<p>Quand le châtelain de Guingamp, messire Yves de
Treseguidy, messire Galeran de Landerneaux et les
-autres chevaliers virent ce secours venir, ils dirent
-l'vque qu'il pouvoit bien contremander son parlement;
-car point n'toient conseills de faire ce qu'il
-leur ennortoit. L'vque, messire Guy de Lon, en fut
-durement courrouc, et dit: Seigneurs, donc dpartira
-notre compagnie, car vous demeurerez de vers
-madame, et je m'en irai par del pardevers celui qui
-plus grand droit y a, ce me semble. Lors se partit
-l'vque de Hainebon, et dfia la dame et tous ses aidans,
-et s'en alla dnoncer audit messire Hervey et
+autres chevaliers virent ce secours venir, ils dirent à
+l'évêque qu'il pouvoit bien contremander son parlement;
+car point n'étoient conseillés de faire ce qu'il
+leur ennortoit. L'évêque, messire Guy de Léon, en fut
+durement courroucé, et dit: «Seigneurs, donc départira
+notre compagnie, car vous demeurerez deçà vers
+madame, et je m'en irai par delà pardevers celui qui
+plus grand droit y a, ce me semble.» Lors se partit
+l'évêque de Hainebon, et défia la dame et tous ses aidans,
+et s'en alla dénoncer audit messire Hervey et
dire la besogne, ainsi comme elle se portoit. Ledit messire
-Hervey fut durement courrouc: si fit tantt dresser
-les plus grands engins qu'ils avoient, au plus prs du
-chtel qu'on put, et commanda que on ne cesst de
-jeter par jour et par nuit; puis se partit de l. Si emmena
-son oncle, le dit vque, messire Louis d'Espaigne,
-qui le reut bon gr et liement; et aussi fit
-messire Charles de Blois quand il fut lui venu. La
-comtesse fit lie chre appareiller salles et chambres et
-htels pour herberger aisment ces seigneurs d'Angleterre
-qui l venoient, et envoya contre eux moult noblement.
-Quand ils furent venus et descendus, elle-mme
+Hervey fut durement courroucé: si fit tantôt dresser
+les plus grands engins qu'ils avoient, au plus près du
+châtel qu'on put, et commanda que on ne cessât de
+jeter par jour et par nuit; puis se partit de là. Si emmena
+son oncle, le dit évêque, à messire Louis d'Espaigne,
+qui le reçut à bon gré et liement; et aussi fit
+messire Charles de Blois quand il fut à lui venu. La
+comtesse fit à liée chère appareiller salles et chambres et
+hôtels pour herberger aisément ces seigneurs d'Angleterre
+qui là venoient, et envoya contre eux moult noblement.
+Quand ils furent venus et descendus, elle-même
<span class="pagenum"><a id="Page_169"> 169</a></span>
-vint contre eux grand rvrence; et si elle les
-fta et gracia grandement, ce n'est pas de merveilles,
+vint contre eux à grand révérence; et si elle les
+fêta et gracia grandement, ce n'est pas de merveilles,
car elle avoit bien mestier de leur venue, si comme vous
-avez ou.</p>
+avez ouï.</p>
<p>Si en fit adonc, et depuis aussi, tant comme elle en
put faire; et les emmena adonc tous, chevaliers et
-cuyers, au chtel herberger et en la ville leur aise;
-et leur donna l'endemain dner moult grandement.
-Toute la nuit ne cessrent les engins de jeter, ni l'endemain
-aussi. Quand ce vint aprs dner que la dame eut
-ft ces seigneurs, messire Gautier de Mauny, qui toit
-matre et souverain des Anglois, demanda de l'tat de
+écuyers, au châtel herberger et en la ville à leur aise;
+et leur donna l'endemain à dîner moult grandement.
+Toute la nuit ne cessèrent les engins de jeter, ni l'endemain
+aussi. Quand ce vint après dîner que la dame eut
+fêté ces seigneurs, messire Gautier de Mauny, qui étoit
+maître et souverain des Anglois, demanda de l'état de
ceux de la ville et de leur convenant, et de ceux de
-l'ost aussi; puis regarda et dit qu'il avoit grand volont
-d'aller abattre ce grand engin, qui si prs leur toit
+l'ost aussi; puis regarda et dit qu'il avoit grand volonté
+d'aller abattre ce grand engin, qui si près leur étoit
assis et qui si grand ennui leur faisoit; mais que on le
-voult suivre. Messire Yves de Treseguidy dit qu'il ne
-lui en faudroit mie cette premire envaye. Aussi dit
-le sire de Landerneaux. Adonc s'alla tantt armer le
+voulût suivre. Messire Yves de Treseguidy dit qu'il ne
+lui en faudroit mie à cette première envaye. Aussi dit
+le sire de Landerneaux. Adonc s'alla tantôt armer le
gentil chevalier messire Gautier de Mauny; aussi firent
-tous ses compagnons quand ils le surent; et aussi firent
-tous les chevaliers bretons et cuyers qui laiens toient:
+tous ses compagnons quand ils le sçurent; et aussi firent
+tous les chevaliers bretons et écuyers qui laiens étoient:
puis issirent hors paisiblement par la porte, et firent
-aller avec eux trois cents archers. Tant allrent traiant
+aller avec eux trois cents archers. Tant allèrent traiant
les archers qu'il firent fuir ceux qui gardoient le dit
-engin; et les gens d'armes qui venoient aprs les archers
+engin; et les gens d'armes qui venoient après les archers
en occirent aucuns, et abattirent ce grand engin,
-et le dtaillrent tout par pices. Puis coururent de randon
-jusques aux tentes et aux logis, et boutrent le feu
-dedans. Si turent et navrrent plusieurs de leurs ennemis,
-ainois que l'ost ft estourmi; et puis se retrairent
-bellement arrire. Quand l'ost fut estourmi et arm, ils
-vinrent accourant aprs eux comme gens tous forcens;
+et le détaillèrent tout par pièces. Puis coururent de randon
+jusques aux tentes et aux logis, et boutèrent le feu
+dedans. Si tuèrent et navrèrent plusieurs de leurs ennemis,
+ainçois que l'ost fût estourmi; et puis se retrairent
+bellement arrière. Quand l'ost fut estourmi et armé, ils
+vinrent accourant après eux comme gens tous forcenés;
et quand messire Gautier vit ses gens accourir et estourmir
<span class="pagenum"><a id="Page_170"> 170</a></span>
-en dmenant grands hus et grands cris, il dit
-tout haut: Jamais ne sois-je salu de ma chre amie,
-si je rentre en chtel ni en forteresse jusques ce que
-j'aurai l'un de ses venans vers terre, ou je y serai
-vers. Lors se retourna-t-il le glaive au poing, devers
-ses ennemis: aussi firent les deux frres de Laindehalle,
+en démenant grands hus et grands cris, il dit
+tout haut: «Jamais ne sois-je salué de ma chère amie,
+si je rentre en châtel ni en forteresse jusques à ce que
+j'aurai l'un de ses venans versé à terre, ou je y serai
+versé.» Lors se retourna-t-il le glaive au poing, devers
+ses ennemis: aussi firent les deux frères de Laindehalle,
le Haze de Brabant, messire Yves de Treseguidy, messire
Galeran de Landerneaux, et plusieurs autres compagnons,
-et brochrent aux premiers venans. Si en
+et brochèrent aux premiers venans. Si en
firent plusieurs verser, les jambes contre mont; aussi
-en y eut des leurs verss. L commena un trs-fort
+en y eut des leurs versés. Là commença un très-fort
hutin; car toujours venoient avant ceux de l'ost. Si
monteplioit leur effort; par quoi il convenoit les Anglois
et les Bretons retraire tout bellement devers leur
-forteresse. L put-on voir d'une part et d'autre belles
+forteresse. Là put-on voir d'une part et d'autre belles
envayes, belles rescousses, beaux faits d'armes et belles
prouesses, grand foison. Sur tous les autres le faisoit
-bien, et en avoit la hue, le gentil chevalier messire
+bien, et en avoit la huée, le gentil chevalier messire
Gautier de Mauny; et aussi moult vaillamment s'y
-maintinrent ses compagnons et s'y combattirent trs-bien.
+maintinrent ses compagnons et s'y combattirent très-bien.
Quand ils virent que temps fut de retraire, ils se
-retrairent bellement et sagement jusques leurs fosss;
-et l rendirent estal tous les chevaliers, combattant
-jusques tant que leurs gens furent entrs sauvet.
+retrairent bellement et sagement jusques à leurs fossés;
+et là rendirent estal tous les chevaliers, combattant
+jusques à tant que leurs gens furent entrés à sauveté.
Mais sachez que les autres archers, qui point n'avoient
-t abattre les engins, toient issus de la ville et rangs
-sur les fosss, et traioient si fortement qu'ils firent
+été à abattre les engins, étoient issus de la ville et rangés
+sur les fossés, et traioient si fortement qu'ils firent
tous ceux de l'ost reculer, qui eurent grand foison
-d'hommes et de chevaux morts et navrs. Quand ceux
-de l'ost virent que leurs gens toient en bersail, et
-qu'ils perdoient sans rien conquter, ils firent leurs
-gens retraire leurs logis; et quand ils furent tous retraits,
+d'hommes et de chevaux morts et navrés. Quand ceux
+de l'ost virent que leurs gens étoient en bersail, et
+qu'ils perdoient sans rien conquêter, ils firent leurs
+gens retraire à leurs logis; et quand ils furent tous retraits,
ceux de la ville se retrairent aussi chacun en son
-htel. Qui adonc vit la comtesse descendre du chtel
+hôtel. Qui adonc vit la comtesse descendre du châtel
<span class="pagenum"><a id="Page_171"> 171</a></span>
- grand chre, et baiser messire Gautier de Mauny et
-ses compagnons les uns aprs les autres deux ou trois
-fois, bien put dire que c'toit une vaillant dame.</p>
+à grand chère, et baiser messire Gautier de Mauny et
+ses compagnons les uns après les autres deux ou trois
+fois, bien put dire que c'étoit une vaillant dame.</p>
-<p class="subh">Comment messire Louis d'Espaigne se dlogea de devant Hainebon; et
-comment messire Charles de Blois l'envoya Dignant; et comment il prit
-le chtel de Conquest.</p>
+<p class="subh">Comment messire Louis d'Espaigne se délogea de devant Hainebon; et
+comment messire Charles de Blois l'envoya à Dignant; et comment il prit
+le châtel de Conquest.</p>
<p>A l'endemain, messire Louis d'Espaigne appela le vicomte
-de Rohan, l'vque de Lon, messire Hervey de
-Lon, et le matre des Gennevois, pour avoir avis et
+de Rohan, l'évêque de Léon, messire Hervey de
+Léon, et le maître des Gennevois, pour avoir avis et
conseil qu'ils feroient et comment ils se maintiendroient;
-car ils voient la ville de Hainebon forte, et le
-secours qui venu y toit; mmement les archers qui
-tous les dconfisoient; parquoi ils perdoient le temps
-pour nant, et alenoient demeurer l, et ne voient
-tour ni voie par quoi ils pussent rien conquter. Si se
-accordrent tous ce qu'ils se dlogeroient l'endemain
-et se trairoient vers le chtel d'Auroy, l o messire
-Charles de Blois toit sige fait, et les autres seigneurs
-de France. L'endemain bien matin ils dfirent leurs logis
-et se trairent celle part, si comme ordonn toit.
-Ceux de la ville firent grand huy aprs eux, quand ils les
-virent dloger; et aucuns issirent aprs eux pour aventure
-trouver: mais ils furent rechasss arrire, et perdirent
-de leurs compagnons, ainois qu'ils pussent tre
-retraits la ville.</p>
+car ils véoient la ville de Hainebon forte, et le
+secours qui venu y étoit; mêmement les archers qui
+tous les déconfisoient; parquoi ils perdoient le temps
+pour néant, et alenoient à demeurer là, et ne véoient
+tour ni voie par quoi ils pussent rien conquêter. Si se
+accordèrent tous à ce qu'ils se délogeroient l'endemain
+et se trairoient vers le châtel d'Auroy, là où messire
+Charles de Blois étoit à siége fait, et les autres seigneurs
+de France. L'endemain bien matin ils défirent leurs logis
+et se trairent celle part, si comme ordonné étoit.
+Ceux de la ville firent grand huy après eux, quand ils les
+virent déloger; et aucuns issirent après eux pour aventure
+trouver: mais ils furent rechassés arrière, et perdirent
+de leurs compagnons, ainçois qu'ils pussent être
+retraits à la ville.</p>
<p>Quand messire Louis d'Espaigne et toute sa charge
de gens d'armes furent venus en l'ost messire Charles
de Blois, il lui conta la raison pourquoi ils avoient
-laiss le sige de devant Hainebon. Adonc ordonnrent-ils
-entre eux par grand dlibration de conseil, que le
-dit messire Louis et ceux qui toient venus avec lui
-iroient assiger la bonne ville de Dignant, qui n'toit
-ferme fors d'eau et de palis. Ainsi demeura la ville de
+laissé le siége de devant Hainebon. Adonc ordonnèrent-ils
+entre eux par grand délibération de conseil, que le
+dit messire Louis et ceux qui étoient venus avec lui
+iroient assiéger la bonne ville de Dignant, qui n'étoit
+fermée fors d'eau et de palis. Ainsi demeura la ville de
<span class="pagenum"><a id="Page_172"> 172</a></span>
-Hainebon en paix une grand pice, et fut renforce et
-rafrachie moult grandement. Le dit messire Louis s'en
-alla atout son ost assiger Dignant. Ainsi qu'il s'en alloit,
-il passa assez prs d'un vieux chtel qu'on appeloit
-Conquest<a name="FNanchor_128" id="FNanchor_128" href="#Footnote_128" class="fnanchor">&nbsp;[128]</a>; et en toit chtelain, de par la comtesse,
+Hainebon en paix une grand pièce, et fut renforcée et
+rafraîchie moult grandement. Le dit messire Louis s'en
+alla atout son ost assiéger Dignant. Ainsi qu'il s'en alloit,
+il passa assez près d'un vieux châtel qu'on appeloit
+Conquest<a name="FNanchor_128" id="FNanchor_128" href="#Footnote_128" class="fnanchor">&nbsp;[128]</a>; et en étoit châtelain, de par la comtesse,
un chevalier de Lombardie, bon guerroyeur et hardi,
qui s'appeloit messire Mansion, et avoit plusieurs soudoyers
avec lui. Quand le dit messire Louis entendit
-que le chtel toit de l'accord de la comtesse, si fit traire
+que le châtel étoit de l'accord de la comtesse, si fit traire
son ost cette part et assaillir fortement. Ceux de dedans
-se dfendirent si bien que l'assaut dura jusques la
-nuit; et se logea l'ost l endroit. L'endemain il fit l'assaut
-recommencer; les assaillans approchrent si prs
-des murs qu'ils y firent un grand trou, car les fosss n'toient
-mie moult parfons. Si entrrent dedans par force,
-et mirent mort tous ceux du chtel, except le chevalier
-qu'ils prirent prisonnier; et y tablirent un autre
-chtelain bon et sr, et soixante compagnons avec lui
-pour garder le chtel. Puis se partit le dit messire Louis,
-et s'en alla assiger la bonne ville de Dignant.</p>
+se défendirent si bien que l'assaut dura jusques à la
+nuit; et se logea l'ost là endroit. L'endemain il fit l'assaut
+recommencer; les assaillans approchèrent si près
+des murs qu'ils y firent un grand trou, car les fossés n'étoient
+mie moult parfons. Si entrèrent dedans par force,
+et mirent à mort tous ceux du châtel, excepté le chevalier
+qu'ils prirent prisonnier; et y établirent un autre
+châtelain bon et sûr, et soixante compagnons avec lui
+pour garder le châtel. Puis se partit le dit messire Louis,
+et s'en alla assiéger la bonne ville de Dignant.</p>
<p>La comtesse de Montfort et messire Gautier de Mauny
entendirent ces nouvelles, que messire Louis d'Espaigne
-et son ost toient arrts devant le chtel de Conquest;
+et son ost étoient arrêtés devant le châtel de Conquest;
si appela le dit messire Gautier tous les compagnons
soudoyers, et leur dit que ce seroit trop noble aventure
<span class="pagenum"><a id="Page_173"> 173</a></span>
-pour eux tous, si ils pouvoient dessiger le dit chtel
-et dconfire le dit messire Louis et tout son ost; et que
-oncques si grand honneur n'avint gens d'armes qu'il
-leur aviendroit. Tous s'y accordrent, et partirent l'endemain
-au matin de Hainebon, et s'en allrent celle
-part de si grand volont que peu en demeura en la ville.
-Tant chevauchrent qu'ils vinrent environ nonne au
-chtel de Conquest; et trouvrent qu'il avoit t conquis
-le jour devant, et ceux de dedans tous occis, except
+pour eux tous, si ils pouvoient dessiéger le dit châtel
+et déconfire le dit messire Louis et tout son ost; et que
+oncques si grand honneur n'avint à gens d'armes qu'il
+leur aviendroit. Tous s'y accordèrent, et partirent l'endemain
+au matin de Hainebon, et s'en allèrent celle
+part de si grand volonté que peu en demeura en la ville.
+Tant chevauchèrent qu'ils vinrent environ nonne au
+châtel de Conquest; et trouvèrent qu'il avoit été conquis
+le jour devant, et ceux de dedans tous occis, excepté
le chevalier messire Mansion, qui le gardoit; et
-l'avoient les dits Franois pourvu et rafrachi de tous
+l'avoient les dits François pourvu et rafraîchi de tous
points et de nouvelles gens. Quand messire Gautier de
-Mauny entendit ce, et que messire Louis toit all assiger
+Mauny entendit ce, et que messire Louis étoit allé assiéger
la ville de Dignant, il en eut grand deuil, pourtant
-qu'il ne se pouvoit combattre lui. Si dit ses
-compagnons qu'il ne partiroit de l, si sauroit quels
-gens il avoit au dit chtel, et comment il avoit t
-perdu. Si s'appareillrent lui et ses compagnons pour
-assaillir le chtel, et montrent tous chargs contre
-mont. Quand les Espaignols qui dedans toient les virent
-en telle manire venir, ils se dfendirent tant qu'ils
+qu'il ne se pouvoit combattre à lui. Si dit à ses
+compagnons qu'il ne partiroit de là, si sauroit quels
+gens il avoit au dit châtel, et comment il avoit été
+perdu. Si s'appareillèrent lui et ses compagnons pour
+assaillir le châtel, et montèrent tous chargés contre
+mont. Quand les Espaignols qui dedans étoient les virent
+en telle manière venir, ils se défendirent tant qu'ils
purent; et ceux de dehors les assaillirent si fortement
-et tinrent si prs de traire qu'ils approchrent les murs,
-malgr ceux du chtel, et trouvrent le trou du mur
-parquoi ils avoient le jour devant gagn le chtel. Si
-entrrent dedans par ce trou mme, et turent tous les
-Espaignols, except dix que aucuns chevaliers prirent
- mercy. Puis se retrairent les Anglois et les Bretons
+et tinrent si près de traire qu'ils approchèrent les murs,
+malgré ceux du châtel, et trouvèrent le trou du mur
+parquoi ils avoient le jour devant gagné le châtel. Si
+entrèrent dedans par ce trou même, et tuèrent tous les
+Espaignols, excepté dix que aucuns chevaliers prirent
+à mercy. Puis se retrairent les Anglois et les Bretons
pardevers Hainebon; car ils ne l'osoient mie grandement
-loigner; et laissrent le chtel de Conquest tout
-seul et sans garde, car ils virent bien qu'il n'toit mie
- tenir.</p>
+éloigner; et laissèrent le châtel de Conquest tout
+seul et sans garde, car ils virent bien qu'il n'étoit mie
+à tenir.</p>
<p class="subh"><span class="pagenum"><a id="Page_174"> 174</a></span>
-Comment ceux de Dignant se rendirent messire Louis d'Espaigne, et
+Comment ceux de Dignant se rendirent à messire Louis d'Espaigne, et
comment il prit la ville de Guerrande; et comment il entra en mer avec
-partie de ses gens pour aller l'aventure.</p>
+partie de ses gens pour aller à l'aventure.</p>
-<p>Or, reviendrai-je messire Louis d'Espaigne, qui fit
-loger son ost htivement tout autour de la ville de Dignant
-en Bretagne, et fit tantt faire petits bateaux et
+<p>Or, reviendrai-je à messire Louis d'Espaigne, qui fit
+loger son ost hâtivement tout autour de la ville de Dignant
+en Bretagne, et fit tantôt faire petits bateaux et
nacelles pour assaillir la ville, de toutes parts, par
terre et par yaue. Quand les bourgeois de la ville virent
-ce, et bien savoient que leur ville n'toit ferme que de
+ce, et bien savoient que leur ville n'étoit fermée que de
palis, ils eurent peur, grands et petits, de perdre corps
-et avoir: si s'accordrent communment qu'ils se rendroient,
+et avoir: si s'accordèrent communément qu'ils se rendroient,
sauf leur corps et leur avoir; ce qu'ils firent le
-quart jour que l'ost fut venu l, malgr leur capitaine,
-messire Regnault de Guingant; et le turent en my le
-march, pourtant qu'il ne s'y vouloit accorder. Quand
-messire Louis d'Espaigne eut t en la ville de Dignant
-par deux jours, et eut pris la faut des bourgeois, il
+quart jour que l'ost fut venu là, malgré leur capitaine,
+messire Regnault de Guingant; et le tuèrent en my le
+marché, pourtant qu'il ne s'y vouloit accorder. Quand
+messire Louis d'Espaigne eut été en la ville de Dignant
+par deux jours, et eut pris la féauté des bourgeois, il
leur donna pour capitaine celui Girard de Maulain,
-cuyer, qu'il trouva laiens prisonnier, et messire Pierre
+écuyer, qu'il trouva laiens prisonnier, et messire Pierre
Porteb&oelig;uf avec lui: puis s'en alla atout son ost devers
-une moult grosse ville sant sur la mer que on appeloit
-Guerrande, et l'assigea par terre; et trouva assez prs
+une moult grosse ville séant sur la mer que on appeloit
+Guerrande, et l'assiégea par terre; et trouva assez près
grand foison de naves et vaisseaux pleins de vins que
-marchands y avoient l mens de Poitou et de la Rochelle
-pour vendre. Si eurent tantt vendu les marchands
-leurs vins, et furent mal pays. Et puis fit le dit
+marchands y avoient là menés de Poitou et de la Rochelle
+pour vendre. Si eurent tantôt vendu les marchands
+leurs vins, et furent mal payés. Et puis fit le dit
messire Louis prendre toutes les naves, et monter gens
d'armes dedans, et partie des Espaignols et des Gennevois,
et puis fit l'endemain assaillir la ville par terre et
-par mer, qui ne se put longuement dfendre: ains fut
-assez tt gagne par force, et tantt robe, et mis
- l'pe, sans merci, hommes et femmes et enfants;
-et cinq glises arses et violes, dont messire
+par mer, qui ne se put longuement défendre: ains fut
+assez tôt gagnée par force, et tantôt robée, et mis
+à l'épée, sans merci, hommes et femmes et enfants;
+et cinq églises arses et violées, dont messire
<span class="pagenum"><a id="Page_175"> 175</a></span>
-Louis fut durement courrouc. Si fit tantt pour ce
-pendre vingt-quatre de ceux qui ce avoient fait. L
-fut gagn grand trsor, si que chacun en eut tant qu'il
-put porter; car la ville toit grande, riche et marchande.</p>
-
-<p>Quand cette grosse ville, qui Guerrande toit appele,
-fut ainsi gagne, robe et exillie, ils ne surent
-plus avant o aller pour gagner. Si se mit le dit messire
-Louis en ces vaisseaux qu'il avoit trouvs sur mer en
+Louis fut durement courroucé. Si fit tantôt pour ce
+pendre vingt-quatre de ceux qui ce avoient fait. Là
+fut gagné grand trésor, si que chacun en eut tant qu'il
+put porter; car la ville étoit grande, riche et marchande.</p>
+
+<p>Quand cette grosse ville, qui Guerrande étoit appelée,
+fut ainsi gagnée, robée et exilliée, ils ne sçurent
+plus avant où aller pour gagner. Si se mit le dit messire
+Louis en ces vaisseaux qu'il avoit trouvés sur mer en
la compagnie de messire Othon Dorie et d'aucuns Gennevois
et Espaignols pour aller aucune part, pour
-aventurer sur la marine; et le vicomte de Rohan, l'vque
-de Lon, messire Hervey son neveu, et tous les
+aventurer sur la marine; et le vicomte de Rohan, l'évêque
+de Léon, messire Hervey son neveu, et tous les
autres s'en revinrent en l'ost messire Charles de Blois,
-qui encore soit devant le chtel d'Auroy. Si trouvrent
+qui encore séoit devant le châtel d'Auroy. Si trouvèrent
grand foison de seigneurs et de chevaliers de
-France, qui nouvellement toient l venus; tels que
+France, qui nouvellement étoient là venus; tels que
messire Louis de Poitiers comte de Valentine, le comte
d'Aucerre, le comte de Porcien, le comte de Joigny, le
comte de Boulogne, et plusieurs autres que le roi
-Philippe y avoit envoys pour reconforter son neveu;
-et aucuns y toient venus de leur volont, pour venir
-voir et servir messire Charles de Blois. Et encore n'toit
-le fort chtel d'Auroy gagn; mais ceux de dedans
-toient si prs mens et si oppresss de famine, qu'ils
-avoient mang par huit jours tous leurs chevaux; et ne
-les voulut-on prendre mercy s'ils ne se rendoient
+Philippe y avoit envoyés pour reconforter son neveu;
+et aucuns y étoient venus de leur volonté, pour venir
+voir et servir messire Charles de Blois. Et encore n'étoit
+le fort châtel d'Auroy gagné; mais ceux de dedans
+étoient si près menés et si oppressés de famine, qu'ils
+avoient mangé par huit jours tous leurs chevaux; et ne
+les voulut-on prendre à mercy s'ils ne se rendoient
simplement. Quand ils virent que mourir les convenoit,
ils issirent hors couvertement par nuit et se mirent
-en la volont de Dieu, et passrent tout parmi l'ost,
- l'un des cts, dont aucuns furent aperus et tus.
-Messire Henry de Penefort et messire Olivier son frre
-et plusieurs autres se sauvrent et chapprent par un
-boschet qui l toit, et s'en allrent droit Hainebon
+en la volonté de Dieu, et passèrent tout parmi l'ost,
+à l'un des côtés, dont aucuns furent aperçus et tués.
+Messire Henry de Penefort et messire Olivier son frère
+et plusieurs autres se sauvèrent et échappèrent par un
+boschet qui là étoit, et s'en allèrent droit à Hainebon
<span class="pagenum"><a id="Page_176"> 176</a></span>
devers la comtesse et les compagnons chevaliers anglois
-et bretons qui les reurent liement.</p>
+et bretons qui les reçurent liement.</p>
-<p class="subh">Comment, aprs la prise d'Auroy, messire Charles de Blois alla assiger
-Vennes, laquelle se rendit lui.</p>
+<p class="subh">Comment, après la prise d'Auroy, messire Charles de Blois alla assiéger
+Vennes, laquelle se rendit à lui.</p>
-<p>Ainsi reconquit messire Charles de Blois le fort chtel
-d'Auroy, par affamer ceux qui le gardoient, o il avoit
+<p>Ainsi reconquit messire Charles de Blois le fort châtel
+d'Auroy, par affamer ceux qui le gardoient, où il avoit
sis par l'espace de dix semaines et plus. Si le fit refaire
et rappareiller, et bien garnir de gens d'armes et de
-toutes pourvances, et puis s'en partit et alla tout son
-ost assiger la cit de Vennes, dont messire Geffroy de
-Malestroit toit capitaine, et se logea tout autour.
+toutes pourvéances, et puis s'en partit et alla à tout son
+ost assiéger la cité de Vennes, dont messire Geffroy de
+Malestroit étoit capitaine, et se logea tout autour.
L'endemain, aucuns compagnons bretons et soudoyers
qui gisoient en une ville qu'on appelle Ployermel,
issirent hors et se mirent en aventure pour gagner:
-si vinrent assaillir l'ost messire Charles, et se frirent
-en l'un des cts secrtement, mais ils furent enclos,
+si vinrent assaillir l'ost messire Charles, et se férirent
+en l'un des côtés secrètement, mais ils furent enclos,
quand l'ost fut estourmi, et perdirent de leurs gens grossement:
les autres s'enfuirent, et furent suivis jusques
-assez prs de Ployermel, qui toit assez prs de Vennes.
-Quand ceux de l'ost qui toient arms furent revenus
-de la chasse, ils allrent, de ce retour mme, assaillir
-la ville de Vennes fortement et roidement, et gagnrent
-par force les barrires jusques la porte de la cit.</p>
-
-<p>L eut trs-fort assaut, et plusieurs morts et navrs
-d'une part et d'autre, et dura jusques la nuit. Adonc
-fut accord un rpit qui devoit durer l'endemain tout le
+assez près de Ployermel, qui étoit assez près de Vennes.
+Quand ceux de l'ost qui étoient armés furent revenus
+de la chasse, ils allèrent, de ce retour même, assaillir
+la ville de Vennes fortement et roidement, et gagnèrent
+par force les barrières jusques à la porte de la cité.</p>
+
+<p>Là eut très-fort assaut, et plusieurs morts et navrés
+d'une part et d'autre, et dura jusques à la nuit. Adonc
+fut accordé un répit qui devoit durer l'endemain tout le
jour, pour les bourgeois conseiller, s'ils se voudroient
-rendre ou non. L'endemain ils furent si conseills qu'ils
-se rendirent, mau-gr messire Geoffroy de Malestroit,
+rendre ou non. L'endemain ils furent si conseillés qu'ils
+se rendirent, mau-gré messire Geoffroy de Malestroit,
leur capitaine; et quand il vit ce, il se mit hors de la
-cit descongnuement, entrementes qu'on parlementoit,
+cité descongnuement, entrementes qu'on parlementoit,
et s'en alla devers Hainebon. Et le parlement se fit
ainsi, que messire Charles de Blois et tous les seigneurs
<span class="pagenum"><a id="Page_177"> 177</a></span>
-de France entrrent en la cit et prirent la faut des
-bourgeois, et se reposrent en la cit par cinq jours;
-puis s'en partirent, et allrent assiger une autre forte
-cit, que on appelle Craais. Or lairai parler un petit
-d'eux, et retournerai messire Louis d'Espaigne.</p>
+de France entrèrent en la cité et prirent la féauté des
+bourgeois, et se reposèrent en la cité par cinq jours;
+puis s'en partirent, et allèrent assiéger une autre forte
+cité, que on appelle Craais. Or lairai à parler un petit
+d'eux, et retournerai à messire Louis d'Espaigne.</p>
-<p class="subh">Comment messire Gautier de Mauny et messire Almaury de Clion dconfirent
-messire Louis d'Espaigne et sa route, et gagnrent tout l'avoir
-qu'il avoit conquis; et comment il chappa.</p>
+<p class="subh">Comment messire Gautier de Mauny et messire Almaury de Cliçon déconfirent
+messire Louis d'Espaigne et sa route, et gagnèrent tout l'avoir
+qu'il avoit conquis; et comment il échappa.</p>
<p>Sachez que quand messire Louis d'Espaigne fut
-mont au port de Guerrande-sur-Mer, il et sa compagnie
-allrent tant nageant par mer qu'ils arrivrent en la
-Bretagne bretonnante<a name="FNanchor_129" id="FNanchor_129" href="#Footnote_129" class="fnanchor">&nbsp;[129]</a>, au port de Kemperl, et assez
-prs de Kemper-Corentin et de Saint-Mathieu-de-Fine-Poterne<a name="FNanchor_130" id="FNanchor_130" href="#Footnote_130" class="fnanchor">&nbsp;[130]</a>;
-et issirent des naves et allrent ardoir et
-rober tout le pays; et trouvrent si grand avoir que
-merveilles seroit raconter. Si l'apportoient tout en
+monté au port de Guerrande-sur-Mer, il et sa compagnie
+allèrent tant nageant par mer qu'ils arrivèrent en la
+Bretagne bretonnante<a name="FNanchor_129" id="FNanchor_129" href="#Footnote_129" class="fnanchor">&nbsp;[129]</a>, au port de Kemperlé, et assez
+près de Kemper-Corentin et de Saint-Mathieu-de-Fine-Poterne<a name="FNanchor_130" id="FNanchor_130" href="#Footnote_130" class="fnanchor">&nbsp;[130]</a>;
+et issirent des naves et allèrent ardoir et
+rober tout le pays; et trouvèrent si grand avoir que
+merveilles seroit à raconter. Si l'apportoient tout en
leurs naves et puis ralloient d'autre part rober; et ne
-trouvoient nullui qui leur dfendt. Quand messire
-Gautier de Mauny et messire Almaury de Clion surent
+trouvoient nullui qui leur défendît. Quand messire
+Gautier de Mauny et messire Almaury de Cliçon sçurent
les nouvelles de messire Louis d'Espaigne et de ses
compagnons, ils eurent conseil qu'ils iroient celle part:
-puis le dcouvrirent messire Yvon de Treseguidy, au
-chtelain de Guingamp, au seigneur de Landernaux,
-messire Guillaume de Quadoudal, aux deux frres de
-Penefort, et tous les chevaliers qui l toient dedans
-Hainebon, qui tous s'y accordrent de bonne volont.
+puis le découvrirent à messire Yvon de Treseguidy, au
+châtelain de Guingamp, au seigneur de Landernaux, à
+messire Guillaume de Quadoudal, aux deux frères de
+Penefort, et à tous les chevaliers qui là étoient dedans
+Hainebon, qui tous s'y accordèrent de bonne volonté.
Lors se mirent tous en leurs vaisseaux, et prirent trois
-mille archers avec eux, et ne cessrent de nager jusques
- tant qu'ils vinrent droit au port o les naves messire
+mille archers avec eux, et ne cessèrent de nager jusques
+à tant qu'ils vinrent droit au port où les naves messire
<span class="pagenum"><a id="Page_178"> 178</a></span>
-Louis toient ancres. Si entrrent dedans, et turent
-tous ceux qui les naves gardoient; et trouvrent dedans
-si grand avoir qu'ils s'en merveillrent durement,
-que les Espaignols avoient l dedans apport:
-puis se mirent terre et se mirent en plusieurs lieux
+Louis étoient ancrées. Si entrèrent dedans, et tuèrent
+tous ceux qui les naves gardoient; et trouvèrent dedans
+si grand avoir qu'ils s'en émerveillèrent durement,
+que les Espaignols avoient là dedans apporté:
+puis se mirent à terre et se mirent en plusieurs lieux à
maisons ardoir et villes. Si se partirent en trois batailles,
-par grand sens, pour plus tt trouver leurs ennemis,
-et laissrent trois cents archers pour garder
-leur navie et l'avoir qu'ils avoient gagn, puis se mirent
- la voye par plusieurs chemins.</p>
+par grand sens, pour plus tôt trouver leurs ennemis,
+et laissèrent trois cents archers pour garder
+leur navie et l'avoir qu'ils avoient gagné, puis se mirent
+à la voye par plusieurs chemins.</p>
-<p>Ces nouvelles vinrent messire Louis d'Espaigne que
-les Anglois toient arrivs efforcment et le quroient:
+<p>Ces nouvelles vinrent à messire Louis d'Espaigne que
+les Anglois étoient arrivés efforcément et le quéroient:
si rassembla toutes ses gens, et se mit au retour devers
ses naves, pour entrer dedans. Ainsi qu'il s'en revenoit,
tous ceux du pays le poursuivoient, hommes et
-femmes, qui avoient perdu leur avoir; et il se htoit
+femmes, qui avoient perdu leur avoir; et il se hâtoit
tant qu'il pouvoit. Si encontra l'une des trois batailles,
et vit bien que combattre le convenoit: si se mit en
-bon convenant, car il toit hardi chevalier et confort
-durement, et fit l aucuns chevaliers nouveaux, espcialement
+bon convenant, car il étoit hardi chevalier et conforté
+durement, et fit là aucuns chevaliers nouveaux, espécialement
un sien neveu, que on appeloit Alphonse. Si
-se frirent en cette premire bataille si roidement qu'ils
-en rurent maint par terre; et et t tantt toute dconfite
-et sans remde, si n'eussent t les deux autres
+se férirent en cette première bataille si roidement qu'ils
+en ruèrent maint par terre; et eût été tantôt toute déconfite
+et sans remède, si n'eussent été les deux autres
batailles qui y survinrent, par le cri et par le hu qu'ils
-avoient ou des gens du pays. Lors commena le hutin
- renforcer et les archers si fort traire que Gennevois
-et Espaignols furent dconfits et presque tous morts et
-tus grand meschef; car ceux du pays, qui les suivoient
- bourlets et piques, y survinrent, qui les parturent
+avoient ouï des gens du pays. Lors commença le hutin
+à renforcer et les archers si fort à traire que Gennevois
+et Espaignols furent déconfits et presque tous morts et
+tués à grand meschef; car ceux du pays, qui les suivoient
+à bourlets et à piques, y survinrent, qui les partuèrent
tous, et rescouoient ce qu'ils pouvoient de leur
-perte. Si que grand meschef le dit messire Louis se
-partit de la bataille, durement navr en plusieurs
-lieux, et s'en affuit pardevers ses naves tout dconfit,
+perte. Si que à grand meschef le dit messire Louis se
+partit de la bataille, durement navré en plusieurs
+lieux, et s'en affuit pardevers ses naves tout déconfit,
<span class="pagenum"><a id="Page_179"> 179</a></span>
et ne remmena, de bien sept mille hommes qu'il avoit
avec lui, plus haut de trois cents, et y laissa mort son
neveu, que moult aimoit, messire Alphonse d'Espaigne;
-dont il toit en c&oelig;ur, et fut depuis ce moult destroit et
-courrouc, mais amender ne le put.</p>
+dont il étoit en c&oelig;ur, et fut depuis ce moult destroit et
+courroucé, mais amender ne le put.</p>
<p class="subh">Comment messire Gautier de Mauny poursuivit messire Louis d'Espaigne
-jusques bien prs de Rennes, et comment il assaillit la Roche-Priou.</p>
+jusques bien près de Rennes, et comment il assaillit la Roche-Périou.</p>
-<p>Quand il fut revenu ses naves, il cuida entrer dedans;
-mais il les trouva si bien gardes qu'il ne put
+<p>Quand il fut revenu à ses naves, il cuida entrer dedans;
+mais il les trouva si bien gardées qu'il ne put
entrer dedans; si se mit dans un vaisseau qu'on appelle
-lique, grand meschef et en grand'hte, atout
-ce de gens qu'il avoit chapps, et se mit fortement
+lique, à grand meschef et en grand'hâte, atout
+ce de gens qu'il avoit échappés, et se mit fortement à
nager. Quand ces chevaliers d'Angleterre et de Bretagne
-dessus nomms eurent dconfit leurs ennemis, et
-ils aperurent que le dit messire Louis s'en toit parti
-et all devers les vaisseaux, ils se mirent tous aller
-aprs lui, tant qu'ils purent, et laissrent les gens du
+dessus nommés eurent déconfit leurs ennemis, et
+ils aperçurent que le dit messire Louis s'en étoit parti
+et allé devers les vaisseaux, ils se mirent tous à aller
+après lui, tant qu'ils purent, et laissèrent les gens du
pays convenir du remenant et eux venger, et reprendre
-partie de ce qu'on leur avoit rob. Quand ils furent venus
- leurs vaisseaux, ils trouvrent que le dit messire
-Louis toit entr en une lique qu'il avoit trouve, et s'en
+partie de ce qu'on leur avoit robé. Quand ils furent venus
+à leurs vaisseaux, ils trouvèrent que le dit messire
+Louis étoit entré en une lique qu'il avoit trouvée, et s'en
alloit fuyant tant qu'il pouvoit.</p>
-<p>Ils entrrent tantt s plus appareills vaisseaux
-qu'ils trouvrent l, et dressrent leurs voiles, et nagrent
-tant qu'ils purent aprs le dit messire Louis; car
-il leur toit avis qu'ils n'avoient rien fait, si le dit messire
-Louis leur chappoit. Ils eurent bon vent souhait,
-et le voient toudis nager si fortement qu'ils ne le
-pouvoient raconsuir. Tant nagrent force de bras les
-marroniers messire Louis, qu'ils vinrent un port
-qu'on appelle Redon. L descendit le dit messire Louis
-et ceux qui chapps toient avec lui, et entrrent en
-la ville de Redon. Ils ne furent mie grandement arrts
+<p>Ils entrèrent tantôt ès plus appareillés vaisseaux
+qu'ils trouvèrent là, et dressèrent leurs voiles, et nagèrent
+tant qu'ils purent après le dit messire Louis; car
+il leur étoit avis qu'ils n'avoient rien fait, si le dit messire
+Louis leur échappoit. Ils eurent bon vent à souhait,
+et le véoient toudis nager si fortement qu'ils ne le
+pouvoient raconsuir. Tant nagèrent à force de bras les
+marroniers messire Louis, qu'ils vinrent à un port
+qu'on appelle Redon. Là descendit le dit messire Louis
+et ceux qui échappés étoient avec lui, et entrèrent en
+la ville de Redon. Ils ne furent mie grandement arrêtés
<span class="pagenum"><a id="Page_180"> 180</a></span>
-en la dite ville quand ils ourent dire que les Anglois
-toient arrivs, et qu'ils descendoient pour eux
-combattre. Adonc se hta le dit messire Louis, qui
+en la dite ville quand ils ouïrent dire que les Anglois
+étoient arrivés, et qu'ils descendoient pour eux
+combattre. Adonc se hâta le dit messire Louis, qui
ne se vit mie pareil contre eux, et monta sur petits chevaux
qu'il emprunta en la ville; et s'en alla droit vers
-la cit de Rennes, qui est assez prs de l; et montrent
+la cité de Rennes, qui est assez près de là; et montèrent
aussi ses gens qui purent recouvrer de chevaux; et qui
-ne purent, se partirent tout pied, suivant leur matre.
-Si en y eut plusieurs de laisss et mal monts r'atteints,
-qui eurent mal fin quand ils chirent s mains de
+ne purent, se partirent tout à pied, suivant leur maître.
+Si en y eut plusieurs de laissés et mal montés r'atteints,
+qui eurent mal finé quand ils chéirent ès mains de
leurs ennemis. Toute fois le dit messire Louis se sauva,
-et ne le purent les Anglois aconsuir; et s'en vint petite
-mene en la cit de Rennes; et les Anglois et les
-Bretons s'en retournrent et vinrent Redon, et l se
-reposrent cette nuit.</p>
+et ne le purent les Anglois aconsuir; et s'en vint à petite
+menée en la cité de Rennes; et les Anglois et les
+Bretons s'en retournèrent et vinrent à Redon, et là se
+reposèrent cette nuit.</p>
-<p>L'endemain ils se remirent chemin par mer, pour
-venir Hainebon par devers la comtesse leur dame,
+<p>L'endemain ils se remirent à chemin par mer, pour
+venir à Hainebon par devers la comtesse leur dame,
mais ils eurent vent contraire; si leur convint prendre
-port trois lieues prs de Dignant; puis se mirent
-chemin par terre, ainsi qu'ils purent, et gtrent le
+port trois lieues près de Dignant; puis se mirent à
+chemin par terre, ainsi qu'ils purent, et gâtèrent le
pays d'entour Dignant; et prenoient chevaux tels que
-chacun purent trouver, l'un selle, l'autre sans selle,
-et allrent tant qu'ils vinrent une nuit assez prs de
-Roche-Priou. Quand ils furent l venus, messire Gautier
-de Mauny dit ses compagnons: Certainement,
-seigneurs, je irois volontiers assaillir ce fort chtel, si
-j'avois compagnie, comme travaill que je sois, pour
-essayer si nous y pourrions rien conquter. Les autres
-chevaliers rpondirent tous: Sire, allez-y hardiment,
-nous vous suivrons jusques la mort.</p>
-
-<p>Adonc se mirent tous monter contre mont la montagne,
-tous prts et appareills d'assaillir. A ce point
-toit cel cuyer qu'on appeloit Girard de Maulain,
-comme chtelain, qui avoit t prisonnier Dignant,
+chacun purent trouver, l'un à selle, l'autre sans selle,
+et allèrent tant qu'ils vinrent une nuit assez près de
+Roche-Périou. Quand ils furent là venus, messire Gautier
+de Mauny dit à ses compagnons: «Certainement,
+seigneurs, je irois volontiers assaillir ce fort châtel, si
+j'avois compagnie, comme travaillé que je sois, pour
+essayer si nous y pourrions rien conquêter.» Les autres
+chevaliers répondirent tous: «Sire, allez-y hardiment,
+nous vous suivrons jusques à la mort.»</p>
+
+<p>Adonc se mirent tous à monter contre mont la montagne,
+tous prêts et appareillés d'assaillir. A ce point
+étoit cel écuyer qu'on appeloit Girard de Maulain,
+comme châtelain, qui avoit été prisonnier à Dignant,
<span class="pagenum"><a id="Page_181"> 181</a></span>
-si comme vous avez ou; lequel fit armer appertement
-toutes ses gens et aller aux gurites et dfenses; et ne
-se mit point derrire, mais vint toutes ses gens pour
-dfendre le chtel. L eut un fort assaut, dur et prilleux,
-et y eut plusieurs chevaliers et cuyers navrs,
+si comme vous avez ouï; lequel fit armer appertement
+toutes ses gens et aller aux guérites et défenses; et ne
+se mit point derrière, mais vint à toutes ses gens pour
+défendre le châtel. Là eut un fort assaut, dur et périlleux,
+et y eut plusieurs chevaliers et écuyers navrés,
entre lesquels messire Jean le Bouteiller et messire Mathieu
-de Fresnay furent durement blesss, et tant qu'il
-les convint rapporter val, et mettre gsir s prs avec
-les autres navrs.</p>
-
-<p class="subh">Comment ceux de Hainebon se partirent de la Roche-Priou et allrent
-devant Faouet, un autre fort chtel, pour l'assaillir.</p>
-
-<p>Cil Girard de Maulain avoit un frre, hardi cuyer et
-confort durement, que on clamoit Rgnier de Maulain,
-et toit chtelain d'un autre petit fort que on appeloit
-Faouet, qui sied moins d'une lieue prs de Roche-Priou.
-Quand ce Rgnier entendit que Bretons et Anglois
-assailloient son frre, il fit armer de ses compagnons
-jusques quarante; si issit hors, et chevaucha
-par devers Roche-Priou pour aventures, et pour voir
-s'il pourroit en aucune manire son frre valoir ni
+de Fresnay furent durement blessés, et tant qu'il
+les convint rapporter à val, et mettre gésir ès prés avec
+les autres navrés.</p>
+
+<p class="subh">Comment ceux de Hainebon se partirent de la Roche-Périou et allèrent
+devant Faouet, un autre fort châtel, pour l'assaillir.</p>
+
+<p>Cil Girard de Maulain avoit un frère, hardi écuyer et
+conforté durement, que on clamoit Régnier de Maulain,
+et étoit châtelain d'un autre petit fort que on appeloit
+Faouet, qui sied à moins d'une lieue près de Roche-Périou.
+Quand ce Régnier entendit que Bretons et Anglois
+assailloient son frère, il fit armer de ses compagnons
+jusques à quarante; si issit hors, et chevaucha
+par devers Roche-Périou pour aventures, et pour voir
+s'il pourroit en aucune manière à son frère valoir ni
aider. Si lui avint si bien qu'il survint sur ces chevaliers
-et cuyers navrs et sur leur mene, qui gissoient
-dessous le chtel en un pr: si leur coururent sus, et
-prirent les deux chevaliers et les cuyers navrs; et les
+et écuyers navrés et sur leur menée, qui gissoient
+dessous le châtel en un pré: si leur coururent sus, et
+prirent les deux chevaliers et les écuyers navrés; et les
fit porter et emmener pardevers Faouet en prison, ainsi
-blesss qu'ils toient. Aucuns de leur mene s'en affuirent
- messire Gautier de Mauny et les autres chevaliers,
-qui toient grandement intentifs d'assaillir, et
+blessés qu'ils étoient. Aucuns de leur menée s'en affuirent
+à messire Gautier de Mauny et les autres chevaliers,
+qui étoient grandement intentifs d'assaillir, et
leur dirent l'aventure comment on emmenoit ces chevaliers
-et cuyers pardevers Faouet en prison, et comment
-ils avoient t pris. Quand les chevaliers entendirent
-ces nouvelles, ils furent trop durement courroucs,
-et firent cesser l'assaut, et se mirent aller tant
+et écuyers pardevers Faouet en prison, et comment
+ils avoient été pris. Quand les chevaliers entendirent
+ces nouvelles, ils furent trop durement courroucés,
+et firent cesser l'assaut, et se mirent à aller tant
<span class="pagenum"><a id="Page_182"> 182</a></span>
qu'ils purent, qui mieux mieux, devers Faouet, pour
raconsuir s'ils pussent ceux qui emmenoient ces prisonniers;
-mais ils ne se purent tant hter que le dit
-Rgnier de Maulain ne ft j rentr en son chtel atout
-ses prisonniers, avant qu'ils fussent venus l. Quand
-ils furent l venus, l'un devant, l'autre aprs, ils commencrent
- assaillir, ainsi travaills qu'ils toient;
-mais petit y firent adonc; car le dit Rgnier et ses compagnons
-se dfendirent vassalement. Et j toit tard, et
-tous toient travaills durement; si eurent conseil qu'ils
+mais ils ne se purent tant hâter que le dit
+Régnier de Maulain ne fût jà rentré en son châtel atout
+ses prisonniers, avant qu'ils fussent venus là. Quand
+ils furent là venus, l'un devant, l'autre après, ils commencèrent
+à assaillir, ainsi travaillés qu'ils étoient;
+mais petit y firent adonc; car le dit Régnier et ses compagnons
+se défendirent vassalement. Et jà étoit tard, et
+tous étoient travaillés durement; si eurent conseil qu'ils
se logeroient et reposeroient celle nuit pour assaillir
l'endemain.</p>
<p class="subh">Comment ceux de Hainebon se partirent de Faouet sans rien faire; et comment
-ils prirent Goy-la-Fort et turent tous ceux qui dedans toient.</p>
+ils prirent Goy-la-Forêt et tuèrent tous ceux qui dedans étoient.</p>
-<p>Girard de Maulain sut, tantt que ces seigneurs se
-furent partis de l, le beau fait que son frre Rgnier
+<p>Girard de Maulain sçut, tantôt que ces seigneurs se
+furent partis de là, le beau fait que son frère Régnier
avoit fait pour lui secourir; si en eut grand joie. Et
-sut que ces seigneurs toient, pour ce, traits devant
+sçut que ces seigneurs étoient, pour ce, traits devant
Faouet, et le conquerroient s'ils pouvoient. Si se appensa
-qu'il feroit aussi beau service son frre, s'il
-pouvoit, comme son frre lui avoit fait: si monta par
-nuit sur son cheval, et vint un petit devant le jour
-Dignant; et fit tant qu'il parla tantt messire Pierre
-Portebeuf, son bon compagnon, qui toit capitaine et
-souverain de Dignant avec lui, si comme vous avez ou,
-et lui conta l'aventure, et pourquoi il toit l venu. Si
-eurent conseil que sitt que jour seroit il assembleroit
-tous les bourgeois de la ville, et leur dmontreroit
+qu'il feroit aussi beau service à son frère, s'il
+pouvoit, comme son frère lui avoit fait: si monta par
+nuit sur son cheval, et vint un petit devant le jour à
+Dignant; et fit tant qu'il parla tantôt à messire Pierre
+Portebeuf, son bon compagnon, qui étoit capitaine et
+souverain de Dignant avec lui, si comme vous avez ouï,
+et lui conta l'aventure, et pourquoi il étoit là venu. Si
+eurent conseil que sitôt que jour seroit il assembleroit
+tous les bourgeois de la ville, et leur démontreroit
la besogne, et les feroit armer s'il pouvoit pour aller
-desassiger le chtel de Faouet.</p>
+desassiéger le châtel de Faouet.</p>
-<p>Quand grand jour fut et tous les bourgeois furent assembls
+<p>Quand grand jour fut et tous les bourgeois furent assemblés
en la halle de la ville, Girard de Maulain leur
-dmontra la besogne si bellement que les bourgeois et
+démontra la besogne si bellement que les bourgeois et
<span class="pagenum"><a id="Page_183"> 183</a></span>
les soudoyers furent d'accord d'eux armer, et de partir
-tantt, et d'aller o l'on les voudroit mener; et firent
-sonner le ban-cloche, et s'armrent toutes gens: puis
+tantôt, et d'aller où l'on les voudroit mener; et firent
+sonner le ban-cloche, et s'armèrent toutes gens: puis
issirent hors, et se mirent en voie tant qu'ils purent
-pardevers Faouet; et toient bien six mille hommes,
+pardevers Faouet; et étoient bien six mille hommes,
que uns que autres. Messire Gautier de Mauny et les
-autres seigneurs le surent tantt par une espie. Si
+autres seigneurs le sçurent tantôt par une espie. Si
eurent conseil ensemble pour regarder et aviser quelle
-chose leur seroit bonne faire; si que, tout considr,
-le bien et le mal, ils s'accordrent ce qu'ils se partiroient
+chose leur seroit bonne à faire; si que, tout considéré,
+le bien et le mal, ils s'accordèrent à ce qu'ils se partiroient
ainsi qu'ils pourroient pardevers Hainebon, car
grand meschef leur pourroit avenir s'ils demeuroient
-longuement l; car si ceux de Dignant leur venoient
+longuement là; car si ceux de Dignant leur venoient
d'une part, et l'ost messire Charles de Blois et des seigneurs
de France d'autre part, ils seroient enclos et
-tous pris et morts, la volont de leurs ennemis. Si
-s'accordrent ce que le meilleur point toit de laisser
+tous pris et morts, à la volonté de leurs ennemis. Si
+s'accordèrent à ce que le meilleur point étoit de laisser
leurs compagnons en prison que tout perdre, jusques
adonc qu'ils le pourroient amender. Lors se partirent
-de l et se mirent voie pour revenir Hainebon. Ainsi
+de là et se mirent à voie pour revenir à Hainebon. Ainsi
qu'ils revenoient vers Hainebon, ils vinrent passant
-pardevant un chtel que on appeloit Goy-la-Fort, qui
-quinze jours devant toit rendu messire Charles de
-Blois; et l'avoit le dit messire Charles livr garder
-messire Hervey de Lon et messire Guy de Goy, qui
-paravant le tenoit; lesquels deux chevaliers n'toient
+pardevant un châtel que on appeloit Goy-la-Forêt, qui
+quinze jours devant étoit rendu à messire Charles de
+Blois; et l'avoit le dit messire Charles livré à garder à
+messire Hervey de Léon et à messire Guy de Goy, qui
+paravant le tenoit; lesquels deux chevaliers n'étoient
point laiens quand ces seigneurs bretons et anglois
-vinrent l passant, mais toient en l'ost messire
+vinrent là passant, mais étoient en l'ost messire
Charles, avec les seigneurs de France devant la ville
-de Craais, qu'ils avoient assige. Quand messire Gautier
-de Mauny vit le chteau de Goy-la-Fort, qui toit merveilleusement
-fort, il dit ces seigneurs et chevaliers
-de Bretagne qui toient avec lui qu'il n'iroit plus avant
-et ne se partiroit de l, comme travaill qu'il ft, si auroit
+de Craais, qu'ils avoient assiégée. Quand messire Gautier
+de Mauny vit le château de Goy-la-Forêt, qui étoit merveilleusement
+fort, il dit à ces seigneurs et chevaliers
+de Bretagne qui étoient avec lui qu'il n'iroit plus avant
+et ne se partiroit de là, comme travaillé qu'il fût, si auroit
<span class="pagenum"><a id="Page_184"> 184</a></span>
-assailli ce fort chtel, et vu le convenant de ceux de
-dedans. Si commanda tantt aux archers que chacun le
-suist, et ses compagnons aussi; puis prit sa targe
-son col, et monta contre mont jusques aux barrires et
-aux fosss du chtel; et tous les autres Bretons et Anglois
-le suirent. Lors commencrent fort assaillir, et
-ceux de dedans fortement eux dfendre, combien qu'ils
-n'eussent pas leur capitaine. L eut trs-fort assaut et
+assailli ce fort châtel, et vu le convenant de ceux de
+dedans. Si commanda tantôt aux archers que chacun le
+suist, et à ses compagnons aussi; puis prit sa targe à
+son col, et monta contre mont jusques aux barrières et
+aux fossés du châtel; et tous les autres Bretons et Anglois
+le suirent. Lors commencèrent fort à assaillir, et
+ceux de dedans fortement à eux défendre, combien qu'ils
+n'eussent pas leur capitaine. Là eut très-fort assaut et
grand foison de bien faisans dedans et dehors; et dura
-jusques basses vespres; et ce bon chevalier, messire
+jusques à basses vespres; et ce bon chevalier, messire
Gautier de Mauny, semonnoit fortement les assaillans,
et se mettoit toujours au devant des autres au plus
-grand pril; et les archers traioient si ouniement que
-ceux du chtel ne s'osoient montrer, si petit non.</p>
+grand péril; et les archers traioient si ouniement que
+ceux du châtel ne s'osoient montrer, si petit non.</p>
<p>Si firent tant le dit messire Gautier et ses compagnons,
-que les fosss furent emplis de l'un des cts
+que les fossés furent emplis de l'un des côtés
d'estrain et de bois, parquoi ils vinrent jusques aux
-murs et piqurent tant de grands mails et pics de fer
-et de marteaux, que le mur fut trou une toise de large:
-si entrrent les dits Anglois et Bretons dedans ce chtel
-par force, et turent tous ceux qu'ils y trouvrent et se
-logrent l endroit. L'endemain ils se mirent chemin,
-et allrent par telle manire qu'ils vinrent Hainebon.
-Et d'autre part Girart de Maulain, qui toit Dignant
+murs et piquèrent tant de grands mails et pics de fer
+et de marteaux, que le mur fut troué une toise de large:
+si entrèrent les dits Anglois et Bretons dedans ce châtel
+par force, et tuèrent tous ceux qu'ils y trouvèrent et se
+logèrent là endroit. L'endemain ils se mirent à chemin,
+et allèrent par telle manière qu'ils vinrent à Hainebon.
+Et d'autre part Girart de Maulain, qui étoit à Dignant
venu querir le secours, et qui l'emmenoit devers Faouet
exploita tant, avec ceux qu'il emmenoit, qu'ils vinrent
- Faouet, et trouvrent que les Anglois et les Bretons s'en
-toient partis. Si issit Rgnier de Maulain contre eux, et
-les reut liement, puis aprs dner s'en retournrent
+à Faouet, et trouvèrent que les Anglois et les Bretons s'en
+étoient partis. Si issit Régnier de Maulain contre eux, et
+les reçut liement, puis après dîner s'en retournèrent à
Dignant.</p>
<p class="subh"><span class="pagenum"><a id="Page_185"> 185</a></span>
-Comment la comtesse de Montfort reut liement messire Gautier de Mauny
-et ses compagnons; et comment la ville de Craais se rendit messire
+Comment la comtesse de Montfort reçut liement messire Gautier de Mauny
+et ses compagnons; et comment la ville de Craais se rendit à messire
Charles de Blois.</p>
-<p>Quand la comtesse de Monfort sut les nouvelles de la
+<p>Quand la comtesse de Monfort sçut les nouvelles de la
revenue des dessus dits Anglois et Bretons, elle en fut
-grandement rjouie; si alla contre eux, et les fta liement
+grandement réjouie; si alla contre eux, et les fêta liement
et baisa et accola chacun de grand c&oelig;ur; et avoit
-fait appareiller au chtel pour mieux eux fter, et donna
- dner moult noblement tous les chevaliers et cuyers
+fait appareiller au châtel pour mieux eux fêter, et donna
+à dîner moult noblement à tous les chevaliers et écuyers
de renom, et leur demanda moult intentivement de
-leurs aventures, combien qu'elle en st j grand partie.
+leurs aventures, combien qu'elle en sçût jà grand partie.
Chacun lui conta ce qu'il en savoit, et des bien faisans
-ce que chacun en avoit vu. L endroit furent ramentues
+ce que chacun en avoit vu. Là endroit furent ramentues
maintes prouesses et plusieurs travaux, maint grand
-fait d'armes et prilleux, et maintes hardies entreprises
-faites par ceux qui l furent; ce peut et doit savoir
-chacun qui a t souvent en armes, et les doit-on tenir
-et rputer pour preux: mais sur tous emportoit la hue
+fait d'armes et périlleux, et maintes hardies entreprises
+faites par ceux qui là furent; ce peut et doit savoir
+chacun qui a été souvent en armes, et les doit-on tenir
+et réputer pour preux: mais sur tous emportoit la huée
et le chapelet<a name="FNanchor_131" id="FNanchor_131" href="#Footnote_131" class="fnanchor">&nbsp;[131]</a> messire Gautier de Mauny.</p>
<p>A ce point que ces seigneurs anglois et bretons furent
-revenus Hainebon, messire Charles de Blois avoit conquis
-la bonne cit de Vennes, et avoit assig la ville
+revenus à Hainebon, messire Charles de Blois avoit conquis
+la bonne cité de Vennes, et avoit assiégé la ville
que on appelle Craais. La comtesse de Montfort et messire
-Gautier de Mauny envoyrent tantt grands messages
-au roi douard pour lui signifier comment messire
+Gautier de Mauny envoyèrent tantôt grands messages
+au roi Édouard pour lui signifier comment messire
Charles de Blois et les autres seigneurs de France
-et leurs aidans avoient reconquis les cits de Rennes,
-Vennes et les autres bonnes villes et chteaux de Bretagne;
+et leurs aidans avoient reconquis les cités de Rennes,
+Vennes et les autres bonnes villes et châteaux de Bretagne;
et qu'ils conquerroient tout le remenant s'il ne
-les venoit secourir brivement. Ces messages se partirent
-de Hainebon, et s'en allrent en Angleterre tant qu'ils
+les venoit secourir brièvement. Ces messages se partirent
+de Hainebon, et s'en allèrent en Angleterre tant qu'ils
<span class="pagenum"><a id="Page_186"> 186</a></span>
-purent, et arrivrent en Cornuaille, et enquirent et demandrent
-l du roi o ils le trouveroient. Si leur fut
-dit qu'il toit Windesore. Si chevauchrent celle part
- grand exploit.</p>
-
-<p>Or nous souffrirons-nous un petit de ces messagers
-parler, et retournerons messire Charles de Blois et
-ceux de son ct, qui avoit assig la ville de Craais; et
+purent, et arrivèrent en Cornuaille, et enquirent et demandèrent
+là du roi où ils le trouveroient. Si leur fut
+dit qu'il étoit à Windesore. Si chevauchèrent celle part
+à grand exploit.</p>
+
+<p>Or nous souffrirons-nous un petit de ces messagers à
+parler, et retournerons à messire Charles de Blois et à
+ceux de son côté, qui avoit assiégé la ville de Craais; et
tant l'estraignirent et contraignirent par assauts et par
-engins, qu'ils ne se purent plus tenir et se rendirent
+engins, qu'ils ne se purent plus tenir et se rendirent à
messire Charles de Blois, sauf leurs corps et leur avoir:
-lequel messire Charles les prit mercy; et ceux de Craais
-lui jurrent faut et hommage et le reconnurent seigneur.
+lequel messire Charles les prit à mercy; et ceux de Craais
+lui jurèrent féauté et hommage et le reconnurent à seigneur.
Si y mit le dit messire Charles nouveaux officiers
-et un bon chevalier capitaine; et sjournrent l les
-dits seigneurs, pour eux et leurs gens rafrachir, bien
-quinze jours. L en dedans eurent conseil et avis qu'ils
+et un bon chevalier à capitaine; et séjournèrent là les
+dits seigneurs, pour eux et leurs gens rafraîchir, bien
+quinze jours. Là en dedans eurent conseil et avis qu'ils
se trairoient devant Hainebon.</p>
<p class="subh">Comment messire Charles de Blois se partit de Craais et vint mettre le
-sige devant Hainebon, et comment messire Louis d'Espaigne y vint.</p>
+siége devant Hainebon, et comment messire Louis d'Espaigne y vint.</p>
<p>Adonc se partirent les dessus dits seigneurs et chevaliers
-de France de Craais, et se trairent moult arrement
+de France de Craais, et se trairent moult arréement
devant la forte ville de Hainebon, qui grandement
-toit rafrachie et renforce, ravitaille et pourvue de
-toute artillerie. Si l'assigrent tout autour si avant
-comme assiger la purent. Le quatrime jour aprs que
-ces seigneurs se furent mis et traits sige, y vint messire
-Louis d'Espaigne, qui s'toit tenu en la cit de Rennes
-bien six semaines, et l fait curer et mdeciner ses
+étoit rafraîchie et renforcée, ravitaillée et pourvue de
+toute artillerie. Si l'assiégèrent tout autour si avant
+comme assiéger la purent. Le quatrième jour après que
+ces seigneurs se furent mis et traits à siége, y vint messire
+Louis d'Espaigne, qui s'étoit tenu en la cité de Rennes
+bien six semaines, et là fait curer et médeciner ses
plaies. Si le virent tous les seigneurs moult volontiers
-et le reurent grand joie; car il toit moult honor et
-aim entre eux, et tenu pour trs-bon homme d'armes
-et vaillant chevalier; et tel toit-il vraiment; et aussi il
-avoit bien cause qu'ils le ftassent, car ils ne l'avoient
+et le reçurent à grand joie; car il étoit moult honoré et
+aimé entre eux, et tenu pour très-bon homme d'armes
+et vaillant chevalier; et tel étoit-il vraiment; et aussi il
+avoit bien cause qu'ils le fêtassent, car ils ne l'avoient
<span class="pagenum"><a id="Page_187"> 187</a></span>
vu puis la bataille dessus dite. La compagnie des seigneurs
-de France toit grandement multiplie, et accroissoit
+de France étoit grandement multipliée, et accroissoit
tous les jours; car grand'foison de seigneurs de
France revenoient de jour en jour du roi d'Espaigne<a name="FNanchor_132" id="FNanchor_132" href="#Footnote_132" class="fnanchor">&nbsp;[132]</a>,
qui faisoit guerre adonc au roi de Grenade et aux
Sarrasins: si que quand ils passoient par Poitou, et ils
-oyoient nouvelles des guerres qui toient en Bretagne,
+oyoient nouvelles des guerres qui étoient en Bretagne,
ils s'en alloient celle part. Le dit messire Charles avoit
fait dresser quinze ou seize engins qui jetoient ouniement
-aux murs de Hainebon et la ville: mais ceux de
-dedans n'y accomptoient mie grandement, car ils toient
-fort pavaisss et gurits l'encontre; et venoient aucunes
-fois aux murs et aux crneaux et les frottoient et
-passoient de leurs chaperons par dpit, et puis crioient
-tant qu'ils pouvoient en disant: Allez, allez requerre
+aux murs de Hainebon et à la ville: mais ceux de
+dedans n'y accomptoient mie grandement, car ils étoient
+fort pavaissés et guérités à l'encontre; et venoient aucunes
+fois aux murs et aux créneaux et les frottoient et
+passoient de leurs chaperons par dépit, et puis crioient
+tant qu'ils pouvoient en disant: «Allez, allez requerre
et rapporter vos compagnons qui se reposent au champ
-de Kemperl. De quoi messire Louis d'Espaigne et
-les Gennevois eurent grand yreur et grand dpit.</p>
+de Kemperlé.» De quoi messire Louis d'Espaigne et
+les Gennevois eurent grand yreur et grand dépit.</p>
-<p class="subh">Comment messire Louis d'Espaigne requit messire Charles de Blois qu'il
-lui donnt messire Jean le Bouteiller et messire Hubert du Fresnay
-pour en faire sa volont: lequel les lui donna moult ennuis.</p>
+<p class="subh">Comment messire Louis d'Espaigne requit à messire Charles de Blois qu'il
+lui donnât messire Jean le Bouteiller et messire Hubert du Fresnay
+pour en faire sa volonté: lequel les lui donna moult ennuis.</p>
<p>Un jour vint le dit messire Louis d'Espaigne en la
tente messire Charles de Blois et lui demanda un don,
-prsens grand foison de grands seigneurs de France qui
-l toient, en guerdon de tous les services que faits lui
+présens grand foison de grands seigneurs de France qui
+là étoient, en guerdon de tous les services que faits lui
avoit. Le dit messire Charles ne savoit mie quel don
-il vouloit demander; car si il l'et su, jamais ne lui
-et accord; si lui octroya lgrement, pourtant qu'il
-se sentoit moult tenu lui. Quand le don lui fut octroy,
-messire Louis dit: Monseigneur, grands mercis. Je
+il vouloit demander; car si il l'eût sçu, jamais ne lui
+eût accordé; si lui octroya légèrement, pourtant qu'il
+se sentoit moult tenu à lui. Quand le don lui fut octroyé,
+messire Louis dit: «Monseigneur, grands mercis. Je
vous prie donc et requiers que vous fassiez cy venir
<span class="pagenum"><a id="Page_188"> 188</a></span>
-tantt les deux chevaliers qui sont en votre prison
-Faouet, dedans le chtel, messire Jean le Bouteiller et
+tantôt les deux chevaliers qui sont en votre prison à
+Faouet, dedans le châtel, messire Jean le Bouteiller et
messire Hubert de Fresnay, et les me donnez pour faire
-ma volont; c'est le don que je vous demande. Ils m'ont
-chass, dconfit et navr, et tu messire Alphonse mon
+ma volonté; c'est le don que je vous demande. Ils m'ont
+chassé, déconfit et navré, et tué messire Alphonse mon
neveu, que je tant aimois: si ne m'en sais autrement
-venger que je leur ferai couper les ttes, pardevant leurs
-compagnons qui laiens sont enferms.</p>
+venger que je leur ferai couper les têtes, pardevant leurs
+compagnons qui laiens sont enfermés.»</p>
-<p>Le dit messire Charles fut tout bahi quand il out
+<p>Le dit messire Charles fut tout ébahi quand il ouït
messire Louis ainsi parler; si lui dit moult courtoisement:
-Certes, sire, les prisonniers vous donnerai-je
-volontiers, puisque demands les avez; mais ce seroit
-grand cruaut et peu d'honneur vous, et grand blme
+«Certes, sire, les prisonniers vous donnerai-je
+volontiers, puisque demandés les avez; mais ce seroit
+grand cruauté et peu d'honneur à vous, et grand blâme
pour nous tous, si vous faisiez de deux si vaillans hommes
comme ce sont, ainsi comme vous avez dit; et nous
-seroit ce toujours reproch, et auroient nos ennemis bien
-cause des ntres faire ainsi, quand tenir les pourroient;
+seroit ce toujours reproché, et auroient nos ennemis bien
+cause des nôtres faire ainsi, quand tenir les pourroient;
et nous ne savons que avenir nous est de jour en jour:
pourquoi, cher sire et beau cousin, vous veuillez mieux
-aviser. Messire Louis d'Espaigne rpondit, et dit brivement
+aviser.» Messire Louis d'Espaigne répondit, et dit brièvement
qu'il n'en seroit autrement si tous les seigneurs
-du monde l'en prioient: Et si vous ne me tenez convent,
+du monde l'en prioient: «Et si vous ne me tenez convent,
sachez que je me partirai, et ne vous servirai ni
-aimerai jamais tant que je vive.</p>
+aimerai jamais tant que je vive.»</p>
-<p>Messire Charles vit bien et aperut que c'toit acertes;
+<p>Messire Charles vit bien et aperçut que c'étoit acertes;
si n'osa courroucer plus avant le dit messire Louis, ains
-envoya tantt certains messages au chtelain de Faouet,
+envoya tantôt certains messages au châtelain de Faouet,
pour les dessus dits chevaliers amener en son ost. Ainsi
-que command fut, ainsi fut fait: les deux chevaliers
-furent amens un jour assez matin en la tente messire
+que commandé fut, ainsi fut fait: les deux chevaliers
+furent amenés un jour assez matin en la tente messire
Charles de Blois. Quand messire Louis d'Espaigne les
-sut venus, il les alla tantt voir; aussi firent plusieurs
-des seigneurs et chevaliers de France qui les surent
-venus. Quand le dit messire Louis les vit, il dit: Ha!
+sçut venus, il les alla tantôt voir; aussi firent plusieurs
+des seigneurs et chevaliers de France qui les sçurent
+venus. Quand le dit messire Louis les vit, il dit: «Ha!
<span class="pagenum"><a id="Page_189"> 189</a></span>
-seigneurs chevaliers, vous m'avez bless du corps et t
+seigneurs chevaliers, vous m'avez blessé du corps et ôté
de vie mon cher neveu, que je tant aimois; si convient
-que votre vie vous soit te aussi; de ce ne vous peut
-nul garantir. Si, vous pouvez confesser s'il vous plat
-et prier mercy Notre Seigneur, car votre dernier jour
-est venu. Les deux chevaliers furent durement bahis,
+que votre vie vous soit ôtée aussi; de ce ne vous peut
+nul garantir. Si, vous pouvez confesser s'il vous plaît
+et prier mercy à Notre Seigneur, car votre dernier jour
+est venu.» Les deux chevaliers furent durement ébahis,
ce fut bien raison, et dirent qu'ils ne pouvoient croire
que vaillans hommes ni gens d'armes dussent faire ni
-consentir telle cruaut que de mettre mort chevaliers
+consentir telle cruauté que de mettre à mort chevaliers
pris en faits d'armes, pour guerres de seigneurs; et
-si fait toit par outrage, autres gens, plusieurs chevaliers
-et cuyers, le pourroient bien comparer en semblable
-cas. Les autres seigneurs qui l toient et oyoient
-ces paroles en eurent grand piti, mais pour prires ni
+si fait étoit par outrage, autres gens, plusieurs chevaliers
+et écuyers, le pourroient bien comparer en semblable
+cas. Les autres seigneurs qui là étoient et oyoient
+ces paroles en eurent grand pitié, mais pour prières ni
pour plusieurs bonnes raisons qu'ils pussent faire ni
-montrer au dit messire Louis, ils ne le purent ter de
-son propos qu'il ne convnt que les dits deux chevaliers
-ne fussent dcols aprs dner: tant toit le dit messire
-Louis courrouc et ayr sur eux.</p>
+montrer au dit messire Louis, ils ne le purent ôter de
+son propos qu'il ne convînt que les dits deux chevaliers
+ne fussent décolés après dîner: tant étoit le dit messire
+Louis courroucé et ayré sur eux.</p>
-<p class="subh">Comment messire Gautier de Mauny et messire Almaury de Clion rescouirent
-les deux dessus dits chevaliers et les emmenrent Hainebon.</p>
+<p class="subh">Comment messire Gautier de Mauny et messire Almaury de Cliçon rescouirent
+les deux dessus dits chevaliers et les emmenèrent à Hainebon.</p>
-<p>Toutes les paroles, demandes et rponses qui premiers
+<p>Toutes les paroles, demandes et réponses qui premiers
furent dites entre messire Charles et messire Louis,
-pour occasion de ces deux chevaliers, surent tantt
-messire Gautier de Mauny et messire Almaury de Clion
+pour occasion de ces deux chevaliers, sçurent tantôt
+messire Gautier de Mauny et messire Almaury de Cliçon
par espies, qui toujours alloient couvertement d'un ost
-en l'autre; et aussi surent toutes ces paroles dernirement
-dites, quand les deux chevaliers furent amens en
+en l'autre; et aussi sçurent toutes ces paroles dernièrement
+dites, quand les deux chevaliers furent amenés en
la tente messire Charles. Et quand messire Gautier et
-messire Almaury de Clion ourent ces nouvelles et entendirent
-que c'toit acertes, ils en eurent grand piti:
-si appellrent aucuns de leurs compagnons et leur montrrent
+messire Almaury de Cliçon ouïrent ces nouvelles et entendirent
+que c'étoit acertes, ils en eurent grand pitié:
+si appellèrent aucuns de leurs compagnons et leur montrèrent
le meschef des deux chevaliers leurs compagnons,
<span class="pagenum"><a id="Page_190"> 190</a></span>
pour avoir conseil comment ils se maintiendroient
-et quelle chose ils pourroient faire: puis commencrent
- penser, l'un , l'autre l, et n'en savoient
-qu'aviser. Au dernier commena parler le preux chevalier
-messire Gautier de Mauny, et dit: Seigneurs
+et quelle chose ils pourroient faire: puis commencèrent
+à penser, l'un çà, l'autre là, et n'en savoient
+qu'aviser. Au dernier commença à parler le preux chevalier
+messire Gautier de Mauny, et dit: «Seigneurs
compagnons, ce seroit grand honneur pour nous si
nous pouvions ces deux chevaliers sauver; et si nous en
mettons en peine et en aventure et nous faillissons, si
-nous en sauroit le roi douard notre sire gr: aussi feroient
-tous prud'hommes qui au temps venir en pourroient
-our parler, puisque nous en aurions fait notre
-pouvoir. Si vous en dirai mon avis, si vous avez volont
+nous en sauroit le roi Édouard notre sire gré: aussi feroient
+tous prud'hommes qui au temps à venir en pourroient
+ouïr parler, puisque nous en aurions fait notre
+pouvoir. Si vous en dirai mon avis, si vous avez volonté
de l'entreprendre; car il me semble que on doit bien le
corps aventurer, pour les vies de deux si vaillans chevaliers
-sauver. J'ai avis, s'il vous plat, que nous nous
+sauver. J'ai avisé, s'il vous plaît, que nous nous
armerons et partirons en deux parts, dont l'une des
-parts istra maintenant que on dnera, par cette porte, et
-s'en iront les compagnons ranger et montrer sur ces fosss,
-pour mouvoir l'ost et pour escarmoucher; bien
-crois que tous ceux de l'ost accourront cette part tantt:
+parts istra maintenant que on dînera, par cette porte, et
+s'en iront les compagnons ranger et montrer sur ces fossés,
+pour émouvoir l'ost et pour escarmoucher; bien
+crois que tous ceux de l'ost accourront cette part tantôt:
vous, messire Almaury, en serez capitaine, s'il vous
-plat, et aurez avec vous mille bons archers pour les
-survenans dtrier et faire reculer; et je prendrai cent de
+plaît, et aurez avec vous mille bons archers pour les
+survenans détrier et faire reculer; et je prendrai cent de
mes compagnons et cinq cents archers, et istrons par
-celle porterne couvertement, et viendrons par derrire
-frir en leurs logis que nous trouveront vuis. J'ai bien
+celle porterne couvertement, et viendrons par derrière
+férir en leurs logis que nous trouveront vuis. J'ai bien
avec moi tels gens qui savent bien la voie aux tentes messire
-Charles o les deux chevaliers sont; si me trairai
+Charles où les deux chevaliers sont; si me trairai
celle part; et je vous promets que je et mes compagnons
-ferons notre pouvoir d'eux dlivrer, et les amnerons
- sauvet, s'il plat Dieu.</p>
+ferons notre pouvoir d'eux délivrer, et les amènerons
+à sauveté, s'il plaît à Dieu.»</p>
-<p>Ce conseil et avis plut bien tous; et s'en allrent armer
+<p>Ce conseil et avis plut bien à tous; et s'en allèrent armer
et appareiller incontinent. Et se partit droit sur
-l'heure du dner messire Almaury de Clion trois cents
+l'heure du dîner messire Almaury de Cliçon à trois cents
<span class="pagenum"><a id="Page_191"> 191</a></span>
-armures de fer et mille archers, et fit ouvrir la matre
+armures de fer et mille archers, et fit ouvrir la maître
porte de la ville de Hainebon, dont le chemin alloit
droit en l'ost. Si coururent les Anglois et les Bretons,
-qui cheval toient, jusques en l'ost, en demenant
-grands cris et grands hus; et commencrent abattre
-et renverser tentes et trefs, et tuer et dcouper gens
-o ils les trouvoient. L'ost qui fut tout effray se commena
- mouvoir, et s'armrent toutes manires de
-gens le plus tt qu'ils purent, et se trairent devers les
-Anglois et Bretons qui les recueilloient vitement. L
-eut dure escarmouche et forte, et maint homme revers
-d'un ct et d'autre. Quand messire Almaury de Clion
-vit que l'ost s'mouvoit et que prs toient tous arms
+qui à cheval étoient, jusques en l'ost, en demenant
+grands cris et grands hus; et commencèrent à abattre
+et renverser tentes et trefs, et à tuer et découper gens
+où ils les trouvoient. L'ost qui fut tout effrayé se commença
+à émouvoir, et s'armèrent toutes manières de
+gens le plus tôt qu'ils purent, et se trairent devers les
+Anglois et Bretons qui les recueilloient vitement. Là
+eut dure escarmouche et forte, et maint homme reversé
+d'un côté et d'autre. Quand messire Almaury de Cliçon
+vit que l'ost s'émouvoit et que près étoient tous armés
et traits sur les champs, il retrait ses gens tout bellement
-en combattant, jusques devers les barrires de la
-ville. Adonc s'arrtrent-ils l tous cois; et les archers
-toient tous rangs sur le chemin d'un ct et d'autre,
-qui traioient sagettes pouvoir; et Gennevois retraioient
-aussi efforcment contre eux. L commena le hutin
+en combattant, jusques devers les barrières de la
+ville. Adonc s'arrêtèrent-ils là tous cois; et les archers
+étoient tous rangés sur le chemin d'un côté et d'autre,
+qui traioient sagettes à pouvoir; et Gennevois retraioient
+aussi efforcément contre eux. Là commença le hutin
grand et fort, et y accoururent tous ceux de l'ost que
oncques nul ne demeura, fors les varlets. Entrementes
messire Gautier de Mauny et sa route issirent par une
-poterne couvertement, et vinrent par derrire l'ost s
+poterne couvertement, et vinrent par derrière l'ost ès
tentes et logis des seigneurs de France. Oncques ne
-trouvrent homme qui leur vast, car tous toient l'escarmouche
-devant les fosss; et s'en vint le dit messire
+trouvèrent homme qui leur véast, car tous étoient à l'escarmouche
+devant les fossés; et s'en vint le dit messire
Gautier de Mauny tout droit, car bien avoit qui le menoit,
en la tente messire Charles de Blois, et trouva les
deux chevaliers, messire Hubert de Fresnay et messire
-Jean le Bouteiller, qui n'toient mie leur aise: mais
-ils le furent sitt qu'ils virent messire Gautier et sa
-route: ce fut bien raison. Si furent tantt monts sur
-bons coursiers qu'on leur avoit amens: si se partirent
-et furent ainsi rescous; et rentrrent dedans Hainebon
+Jean le Bouteiller, qui n'étoient mie à leur aise: mais
+ils le furent sitôt qu'ils virent messire Gautier et sa
+route: ce fut bien raison. Si furent tantôt montés sur
+bons coursiers qu'on leur avoit amenés: si se partirent
+et furent ainsi rescous; et rentrèrent dedans Hainebon
<span class="pagenum"><a id="Page_192"> 192</a></span>
-par la poterne mme par o ils toient issus; et vint la
-comtesse de Montfort contre eux, qui les reut grand
+par la poterne même par où ils étoient issus; et vint la
+comtesse de Montfort contre eux, qui les reçut à grand
joie.</p>
-<p class="subh">Comment le sire de Landernaux et le chtelain de Guingamp furent pris
-l'assaut de Hainebon, qui puis se tournrent de la partie messire Charles
+<p class="subh">Comment le sire de Landernaux et le châtelain de Guingamp furent pris à
+l'assaut de Hainebon, qui puis se tournèrent de la partie messire Charles
de Blois.</p>
<p>Encore se combattirent les Anglois et les Bretons qui
-toient devant les barrires et ensonnioient de fait avis
+étoient devant les barrières et ensonnioient de fait avisé
ceux de l'ost, tant que les deux chevaliers fussent rescous,
-qui j l'toient, quand les nouvelles en vinrent
-aux seigneurs de France qui se tenoient l'escarmouche,
-et leur fut dit: Seigneurs, seigneurs, vous gardez
-mal vos prisonniers; j les ont rescous ceux de Hainebon
-et remis en leur forteresse.</p>
-
-<p>Quand messire Louis d'Espaigne, qui l toit l'assaut,
-entendit ce, si fut durement courrouc et se tint
-ainsi que pour du, et demanda quel part les Anglois
-et les Bretons toient qui rescous les avoient. On lui rpondit
-qu'ils toient j presque retraits en leur forteresse
+qui jà l'étoient, quand les nouvelles en vinrent
+aux seigneurs de France qui se tenoient à l'escarmouche,
+et leur fut dit: «Seigneurs, seigneurs, vous gardez
+mal vos prisonniers; jà les ont rescous ceux de Hainebon
+et remis en leur forteresse.»</p>
+
+<p>Quand messire Louis d'Espaigne, qui là étoit à l'assaut,
+entendit ce, si fut durement courroucé et se tint
+ainsi que pour déçu, et demanda quel part les Anglois
+et les Bretons étoient qui rescous les avoient. On lui répondit
+qu'ils étoient jà presque retraits en leur forteresse
et en leur garnison. Dont se retrait messire Louis
d'Espaigne vers les logis tout mautalentif, et laissa la
-bataille, si comme par ennui. Aussi se commencrent
-retraire toutes manires de gens. En ce retrait furent
+bataille, si comme par ennui. Aussi se commencèrent à
+retraire toutes manières de gens. En ce retrait furent
pris deux chevaliers bretons de la partie de la comtesse,
-qui trop s'avancrent; ce fut le sire de Landernaux et
-le chtelain de Guingamp, dont messire Charles de
+qui trop s'avancèrent; ce fut le sire de Landernaux et
+le châtelain de Guingamp, dont messire Charles de
Blois eut grand joie. Depuis que ceux de Hainebon furent
-retraits, et ceux de l'ost aussi, menrent grand
+retraits, et ceux de l'ost aussi, menèrent grand
joie les Anglois et grand revel de leurs deux chevaliers
-qu'ils avoient, et en lourent grandement messire Gautier
+qu'ils avoient, et en louèrent grandement messire Gautier
de Mauny, et dirent bien que par son sens et sa
-hardie entreprise ils avoient t rescous. Ainsi se portrent
-eux d'une part et d'autre. Celle mme nuit furent
+hardie entreprise ils avoient été rescous. Ainsi se portèrent
+eux d'une part et d'autre. Celle même nuit furent
<span class="pagenum"><a id="Page_193"> 193</a></span>
-en la tente messire Charles de Blois tant prchs et si
+en la tente messire Charles de Blois tant prêchés et si
bien les deux chevaliers bretons prisonniers, qu'ils se
-tournrent de la partie messire Charles de Blois, et lui
-firent faut et hommage, et relenquirent la comtesse,
-qui maint bien leur avoit fait et plusieurs dons donns:
+tournèrent de la partie messire Charles de Blois, et lui
+firent féauté et hommage, et relenquirent la comtesse,
+qui maint bien leur avoit fait et plusieurs dons donnés:
de quoi on parla moult et murmura sur leur affaire dedans
la ville de Hainebon.</p>
-<p>Trois jours aprs cette avenue, tous ces seigneurs de
-France qui l toient devant Hainebon s'assemblrent
+<p>Trois jours après cette avenue, tous ces seigneurs de
+France qui là étoient devant Hainebon s'assemblèrent
devant la tente messire Charles de Blois, pour avoir
-conseil qu'ils feroient; car ils voient bien que la ville
-et le chtel de Hainebon toient si forts qu'ils n'toient
-mie gagner, tant avoit dedans bonnes gens d'armes
-qui moult petit les doutoient, ainsi qu'il toit apparu;
-et leur venoient tous les jours pourvances et vitailles
-par la mer. D'autre part, le pays d'entour toit si gt
-qu'ils ne savoient mais o aller fourrer; et si leur toit
-l'hiver prochain, pourquoi ils ne pouvoient l longuement
-demeurer: si que, tous ces points considrs, ils
-s'accordrent qu'ils se partiroient de l, et conseillrent
-en bonne foi messire Charles de Blois qu'il mt par
-toutes les cits, les bonnes villes et les forteresses qu'il
+conseil qu'ils feroient; car ils véoient bien que la ville
+et le châtel de Hainebon étoient si forts qu'ils n'étoient
+mie à gagner, tant avoit dedans bonnes gens d'armes
+qui moult petit les doutoient, ainsi qu'il étoit apparu;
+et leur venoient tous les jours pourvéances et vitailles
+par la mer. D'autre part, le pays d'entour étoit si gâté
+qu'ils ne savoient mais où aller fourrer; et si leur étoit
+l'hiver prochain, pourquoi ils ne pouvoient là longuement
+demeurer: si que, tous ces points considérés, ils
+s'accordèrent qu'ils se partiroient de là, et conseillèrent
+en bonne foi à messire Charles de Blois qu'il mît par
+toutes les cités, les bonnes villes et les forteresses qu'il
avoit conquises, bonnes garnisons et fortes, et si vaillans
-capitaines qu'il se pt fier en leur garde; par quoi
-ses ennemis ne les pussent reconqurir; et aussi, si aucun
+capitaines qu'il se pût fier en leur garde; par quoi
+ses ennemis ne les pussent reconquérir; et aussi, si aucun
vaillant homme se vouloit entremettre de prendre
-et donner trve jusques la Pentecte, qu'il s'y accordt
-lgrement.</p>
+et donner trève jusques à la Pentecôte, qu'il s'y accordât
+légèrement.</p>
-<p class="subh">Comment messire Charles se partit de Hainebon et s'en vint Craais; et
-comment il prit la ville de Jugon; et comment il eut trves entre lui et
+<p class="subh">Comment messire Charles se partit de Hainebon et s'en vint à Craais; et
+comment il prit la ville de Jugon; et comment il eut trêves entre lui et
la comtesse; et comment elle s'en alla en Angleterre.</p>
-<p>A ce conseil se tinrent tous ceux qui l toient; car
-c'toit entre la Saint-Remy et la Toussaint, l'an de
+<p>A ce conseil se tinrent tous ceux qui là étoient; car
+c'étoit entre la Saint-Remy et la Toussaint, l'an de
<span class="pagenum"><a id="Page_194"> 194</a></span>
-grce <span class="smcap">MCCCXLII</span>, que l'hiver approchoit<a name="FNanchor_133" id="FNanchor_133" href="#Footnote_133" class="fnanchor">&nbsp;[133]</a>. Si se partirent
+grâce <span class="smcap">MCCCXLII</span>, que l'hiver approchoit<a name="FNanchor_133" id="FNanchor_133" href="#Footnote_133" class="fnanchor">&nbsp;[133]</a>. Si se partirent
tous ces seigneurs de l'ost et autres, et s'en ralla
-chacun en sa contre; et le dit messire Charles s'en alla
+chacun en sa contrée; et le dit messire Charles s'en alla
droit vers Craais atout ses barons et nobles seigneurs
-de Bretagne qu'il avoit l de sa partie. Si retint avec lui
+de Bretagne qu'il avoit là de sa partie. Si retint avec lui
plusieurs seigneurs et chevaliers de France pour lui aider
- conseiller. Quand il fut revenu Craais, entrementes
-qu'il entendoit ordonner de ses besognes et de
+à conseiller. Quand il fut revenu à Craais, entrementes
+qu'il entendoit à ordonner de ses besognes et de
ses garnisons, il avint que un riche bourgeois et grand
-marchand, qui toit de la ville que on appelle Jugon,
-fut encontr de son marchal messire Robert de Beaumanoir,
-et fut pris et amen Craais devant messire
-Charles de Blois. Ce bourgeois faisoit toutes les pourvances
-de madame la comtesse de Montfort Jugon et
-autre part, et toit moult aim et cru en la ville de Jugon,
-qui est moult fortement ferme et sied trs noblement.
-Aussi fait le chtel qui est bel et fort; et toit de
-la partie de la comtesse dessus dite; et en toit chtelain
+marchand, qui étoit de la ville que on appelle Jugon,
+fut encontré de son maréchal messire Robert de Beaumanoir,
+et fut pris et amené à Craais devant messire
+Charles de Blois. Ce bourgeois faisoit toutes les pourvéances
+de madame la comtesse de Montfort à Jugon et
+autre part, et étoit moult aimé et cru en la ville de Jugon,
+qui est moult fortement fermée et sied très noblement.
+Aussi fait le châtel qui est bel et fort; et étoit de
+la partie de la comtesse dessus dite; et en étoit châtelain
adonc, de par la comtesse, un chevalier moult gentilhomme
que on appeloit messire Girard de Rochefort.
Ce bourgeois qui ainsi fut pris eut moult grand'paour de
-mourir; si pria que on le laisst aller par ranon. Messire
-Charles, brivement parler, le fit tant examiner
+mourir; si pria que on le laissât aller par rançon. Messire
+Charles, brièvement à parler, le fit tant examiner
<span class="pagenum"><a id="Page_195"> 195</a></span>
-et enqurir d'une chose et d'autre, qu'il enconvenana
-rendre et trahir la forte ville de Jugon; et se fit fort
-qu'il livreroit l'une des portes par nuit, certaine heure,
-car il toit tant cru en la ville qu'il en gardoit les clefs;
+et enquérir d'une chose et d'autre, qu'il enconvenança à
+rendre et à trahir la forte ville de Jugon; et se fit fort
+qu'il livreroit l'une des portes par nuit, à certaine heure,
+car il étoit tant cru en la ville qu'il en gardoit les clefs;
et pour ce mieux assurer, il en mit son fils en otage. Et
-ledit messire Charles lui en devoit et avoit promis donner
-cinq cents livres de terre hrditablement. Ce jour
-vint; les portes furent ouvertes minuit; messire Charles
-de Blois et ses gens entrrent en la ville de Jugon cette
-heure, grand puissance. La guette du chtel s'en
-aperut: si commena crier: Alarme, alarme!
-trahi, trahi! Les bourgeois, qui de ce ne se donnoient
-garde, se commencrent mouvoir; et quand ils virent
-leur ville perdue, ils se mirent fuir derrire le
-chtel par troupeaux; et le bourgeois qui trahis les
-avoit se mit fuir par couverture<a name="FNanchor_134" id="FNanchor_134" href="#Footnote_134" class="fnanchor">&nbsp;[134]</a> avec eux.</p>
+ledit messire Charles lui en devoit et avoit promis à donner
+cinq cents livres de terre héréditablement. Ce jour
+vint; les portes furent ouvertes à minuit; messire Charles
+de Blois et ses gens entrèrent en la ville de Jugon à cette
+heure, à grand puissance. La guette du châtel s'en
+aperçut: si commença à crier: «Alarme, alarme!
+trahi, trahi!» Les bourgeois, qui de ce ne se donnoient
+garde, se commencèrent à émouvoir; et quand ils virent
+leur ville perdue, ils se mirent à fuir derrière le
+châtel par troupeaux; et le bourgeois qui trahis les
+avoit se mit à fuir par couverture<a name="FNanchor_134" id="FNanchor_134" href="#Footnote_134" class="fnanchor">&nbsp;[134]</a> avec eux.</p>
<p>Quand le jour fut venu, messire Charles et ses gens
-entrrent s maisons des bourgeois pour eux herberger,
-et prirent tout ce qu'ils trouvrent; et quand messire
-Charles vit le chtel si fort et si empli de bourgeois, il
-dit qu'il ne se partiroit de l jusques adonc qu'il auroit
-le chtel sa volont. Le chtelain et les bourgeois
-aperurent tantt que ce bourgeois les avoit trahis: si
-le prirent et le pendirent tantt aux crneaux et aux
-murs du chteau. Et pour ce ne s'en partirent mie messire
-Charles et ses gens; mais s'ordonnrent et appareillrent
+entrèrent ès maisons des bourgeois pour eux herberger,
+et prirent tout ce qu'ils trouvèrent; et quand messire
+Charles vit le châtel si fort et si empli de bourgeois, il
+dit qu'il ne se partiroit de là jusques adonc qu'il auroit
+le châtel à sa volonté. Le châtelain et les bourgeois
+aperçurent tantôt que ce bourgeois les avoit trahis: si
+le prirent et le pendirent tantôt aux créneaux et aux
+murs du château. Et pour ce ne s'en partirent mie messire
+Charles et ses gens; mais s'ordonnèrent et appareillèrent
fortement et durement. Quand ceux qui dedans
-le chtel se tenoient virent que messire Charles ne s'en
-partiroit point ainsi, jusques adonc qu'il auroit le chtel,
+le châtel se tenoient virent que messire Charles ne s'en
+partiroit point ainsi, jusques adonc qu'il auroit le châtel,
ainsi qu'il avoit dit, et sentoient qu'ils n'avoient mie
-pourvances assez pour eux tenir plus haut de dix jours,
-ils s'accordrent ce qu'ils se rendroient. Si en commencrent
+pourvéances assez pour eux tenir plus haut de dix jours,
+ils s'accordèrent à ce qu'ils se rendroient. Si en commencèrent
<span class="pagenum"><a id="Page_196"> 196</a></span>
- traiter; et se porta le trait entre eux et
+à traiter; et se porta le traité entre eux et
messire Charles: qu'ils se rendroient quittement et purement,
-sauf leurs corps et leurs biens qui demeurs
-leur toient; et firent faut et hommage au dit messire
-Charles de Blois, et le reconnurent seigneur, et devinrent
+sauf leurs corps et leurs biens qui demeurés
+leur étoient; et firent féauté et hommage au dit messire
+Charles de Blois, et le reconnurent à seigneur, et devinrent
tous ses hommes. Ainsi eut messire Charles et
-le fort chtel et la bonne ville de Jugon, et en fit une
+le fort châtel et la bonne ville de Jugon, et en fit une
bonne garnison, et y laissa messire Girard de Rochefort
- capitaine, et la rafrachit d'autres gens d'armes et de
-pourvances.</p>
+à capitaine, et la rafraîchit d'autres gens d'armes et de
+pourvéances.</p>
<p>De ces nouvelles furent la comtesse de Montfort et
-ceux de sa partie tous courroucs; mais amender ne le
+ceux de sa partie tous courroucés; mais amender ne le
purent: si leur convint porter leur ennui. Entrementes
-que ces choses avinrent, s'ensonnirent aucuns prud'hommes
-de Bretagne de parlementer une trve entre
+que ces choses avinrent, s'ensonnièrent aucuns prud'hommes
+de Bretagne de parlementer une trève entre
le dit messire Charles et ladite comtesse, laquelle s'y
-accorda lgrement<a name="FNanchor_135" id="FNanchor_135" href="#Footnote_135" class="fnanchor">&nbsp;[135]</a>; et aussi firent tous ses aidans,
-car le roi d'Angleterre leur avoit ainsi mand par les
+accorda légèrement<a name="FNanchor_135" id="FNanchor_135" href="#Footnote_135" class="fnanchor">&nbsp;[135]</a>; et aussi firent tous ses aidans,
+car le roi d'Angleterre leur avoit ainsi mandé par les
messages que la dite comtesse et messire Gautier de
-Mauny y avoient envoys. Et tantt que les dites trves
-furent affermes, la comtesse se mit en mer, en intention
+Mauny y avoient envoyés. Et tantôt que les dites trèves
+furent affermées, la comtesse se mit en mer, en intention
d'arriver en Angleterre, ainsi qu'elle fit, pour parler
au roi anglois et lui montrer toutes ses besognes<a name="FNanchor_136" id="FNanchor_136" href="#Footnote_136" class="fnanchor">&nbsp;[136]</a>.</p>
@@ -7668,15 +7626,15 @@ au roi anglois et lui montrer toutes ses besognes<a name="FNanchor_136" id="FNan
<div class="header">
<h2>JEANNE LA FLAMME.<br />
<span class="medium"><i>Ballade Bretonne.</i></span><br />
-<span class="medium">pisode du sige d'Hennebon, pendant la guerre de Bretagne.</span><br />
+<span class="medium">Épisode du siége d'Hennebon, pendant la guerre de Bretagne.</span><br />
<span class="medium">1341.</span></h2>
<p class="hanging-indent">
-Charles de Blois, comptiteur de Jean de Montfort la couronne ducale de
-Bretagne, assigea le chteau d'Hennebon aprs que son rival eut t
-fait prisonnier. Jeanne de Flandre, femme de Jean, dfendit Hennebon
-avec courage, et fora les Franais lever le sige. Elle alla elle-mme
-incendier le camp de Charles de Blois, et fut cause de ce fait surnomme
+Charles de Blois, compétiteur de Jean de Montfort à la couronne ducale de
+Bretagne, assiégea le château d'Hennebon après que son rival eut été
+fait prisonnier. Jeanne de Flandre, femme de Jean, défendit Hennebon
+avec courage, et força les Français à lever le siége. Elle alla elle-même
+incendier le camp de Charles de Blois, et fut à cause de ce fait surnommée
Jeanne la Flamme.</p>
</div>
@@ -7685,100 +7643,100 @@ Jeanne la Flamme.</p>
<div class="ballade">
<p>Qu'est-ce qui gravit la montagne? C'est un troupeau de moutons noirs, je crois.</p>
-<p>Ce n'est point un troupeau de moutons noirs; une arme, je ne dis pas,</p>
+<p>Ce n'est point un troupeau de moutons noirs; une armée, je ne dis pas,</p>
-<p>Une arme franaise qui vient mettre le sige devant Hennebon.</p>
+<p>Une armée française qui vient mettre le siége devant Hennebon.</p>
</div>
<p class="subt">II.</p>
<div class="ballade">
-<p>Tandis que la duchesse faisait processionnellement le tour de la ville, toutes les cloches taient en branle;</p>
+<p>Tandis que la duchesse faisait processionnellement le tour de la ville, toutes les cloches étaient en branle;</p>
<p>Tandis qu'elle chevauchait sur son palefroi blanc, avec son enfant sur les genoux,</p>
<p>Partout sur son passage les habitants d'Hennebon poussaient des cris de joie:</p>
-<p>Dieu aide le fils et la mre; et qu'il confonde les Franais!</p>
+<p>Dieu aide le fils et la mère; et qu'il confonde les Français!</p>
-<p>Comme la procession finissait, on entendit les Franais crier:</p>
+<p>Comme la procession finissait, on entendit les Français crier:</p>
-<p>C'est maintenant que nous allons prendre tout vivants, dans leur gte, la biche et son faon!</p>
+<p>C'est maintenant que nous allons prendre tout vivants, dans leur gîte, la biche et son faon!</p>
<p><span class="pagenum"><a id="Page_198"> 198</a></span>
-Nous avons des chanes d'or pour les attacher l'un l'autre.</p>
+Nous avons des chaînes d'or pour les attacher l'un à l'autre.</p>
-<p>Jeanne la Flamme leur rpondit alors du haut des tours:</p>
+<p>Jeanne la Flamme leur répondit alors du haut des tours:</p>
-<p>Ce n'est pas la biche qui sera prise; le mchant loup<a name="FNanchor_137" id="FNanchor_137" href="#Footnote_137" class="fnanchor">&nbsp;[137]</a>, je ne dis pas.</p>
+<p>Ce n'est pas la biche qui sera prise; le méchant loup<a name="FNanchor_137" id="FNanchor_137" href="#Footnote_137" class="fnanchor">&nbsp;[137]</a>, je ne dis pas.</p>
<p>S'il a froid cette nuit, on lui chauffera son trou.</p>
<p>En achevant ces mots, elle descendit furieuse.</p>
-<p>Et elle se revtit d'un corset de fer, et elle se coiffa d'un casque noir,</p>
+<p>Et elle se revêtit d'un corset de fer, et elle se coiffa d'un casque noir,</p>
-<p>Et elle s'arma d'une pe d'acier tranchant, et elle choisit trois cents soldats,</p>
+<p>Et elle s'arma d'une épée d'acier tranchant, et elle choisit trois cents soldats,</p>
-<p>Et un tison rouge la main, elle sortit de la ville par un des angles.</p>
+<p>Et un tison rouge à la main, elle sortit de la ville par un des angles.</p>
</div>
<p class="subt">III.</p>
<div class="ballade">
-<p>Or, les Franais chantaient gaiement, assis en ce moment table;</p>
+<p>Or, les Français chantaient gaiement, assis en ce moment à table;</p>
-<p>Runis dans leurs tentes fermes, les Franais chantaient dans la nuit,</p>
+<p>Réunis dans leurs tentes fermées, les Français chantaient dans la nuit,</p>
-<p>Lorsque l'on entendit, au loin, dchanter une voix singulire:</p>
+<p>Lorsque l'on entendit, au loin, déchanter une voix singulière:</p>
-<p>Plus d'un qui rit ce soir pleurera avant qu'il soit jour;</p>
+<p>«Plus d'un qui rit ce soir pleurera avant qu'il soit jour;</p>
<p>Plus d'un qui mange du pain blanc mangera de la terre noire et froide.</p>
-<p>Plus d'un qui verse du vin rouge versera bientt du sang gras;</p>
+<p>Plus d'un qui verse du vin rouge versera bientôt du sang gras;</p>
-<p>Plus d'un qui fera de la cendre fait maintenant le fanfaron.</p>
+<p>Plus d'un qui fera de la cendre fait maintenant le fanfaron.»</p>
<p><span class="pagenum"><a id="Page_199"> 199</a></span>
-Plus d'un penchait la tte sur la table, ivre-mort,</p>
+Plus d'un penchait la tête sur la table, ivre-mort,</p>
-<p>Quand retentit ce cri de dtresse:&mdash;Le feu! Amis, le feu! le feu!</p>
+<p>Quand retentit ce cri de détresse:&mdash;Le feu! Amis, le feu! le feu!</p>
<p>Le feu! le feu! amis, fuyons! c'est Jeanne la Flamme qui l'a mis!</p>
-<p>Jeanne la Flamme est la plus intrpide qu'il y ait sur la terre, vraiment!</p>
+<p>Jeanne la Flamme est la plus intrépide qu'il y ait sur la terre, vraiment!</p>
<p>Jeanne la Flamme avait mis le feu aux quatre coins du camp;</p>
-<p>Et le vent avait propag l'incendie et illumin la nuit noire;</p>
+<p>Et le vent avait propagé l'incendie et illuminé la nuit noire;</p>
-<p>Et les tentes taient brles, et les Franais grills,</p>
+<p>Et les tentes étaient brûlées, et les Français grillés,</p>
-<p>Et trois mille d'entre eux en cendre, et il n'en chappa que cent.</p>
+<p>Et trois mille d'entre eux en cendre, et il n'en échappa que cent.</p>
</div>
<p class="subt">IV.</p>
<div class="ballade">
-<p>Or, Jeanne la Flamme souriait le lendemain, sa fentre,</p>
+<p>Or, Jeanne la Flamme souriait le lendemain, à sa fenêtre,</p>
-<p>En jetant ses regards sur la campagne, et en voyant le camp dtruit,</p>
+<p>En jetant ses regards sur la campagne, et en voyant le camp détruit,</p>
-<p>Et la fume qui s'levait des tentes toutes rduites en petits monceaux de cendre;</p>
+<p>Et la fumée qui s'élevait des tentes toutes réduites en petits monceaux de cendre;</p>
-<p>Jeanne la Flamme souriait: Quelle belle cobue, mon Dieu!</p>
+<p>Jeanne la Flamme souriait: «Quelle belle écobue, mon Dieu!</p>
-<p>Mon Dieu! quelle belle cobue! pour un grain nous en aurons dix!</p>
+<p>«Mon Dieu! quelle belle écobue! pour un grain nous en aurons dix!»</p>
-<p>Les anciens disaient vrai: Il n'est rien tel que des os de Gaulois<a name="FNanchor_138" id="FNanchor_138" href="#Footnote_138" class="fnanchor">&nbsp;[138]</a>;</p>
+<p>Les anciens disaient vrai: «Il n'est rien tel que des os de Gaulois<a name="FNanchor_138" id="FNanchor_138" href="#Footnote_138" class="fnanchor">&nbsp;[138]</a>;</p>
-<p>Que des os de Gaulois, broys, pour faire pousser le bl.</p>
+<p>Que des os de Gaulois, broyés, pour faire pousser le blé.»</p>
</div>
<p class="source"><cite>Chants populaires de la Bretagne</cite>, recueillis et traduits
-par M. de la Villemarqu.</p>
+par M. de la Villemarqué.</p>
<p><span class="pagenum"><a id="Page_200"> 200</a></span></p>
<div class="header">
@@ -7786,288 +7744,288 @@ par M. de la Villemarqu.</p>
<span class="medium">1345.</span></h2>
</div>
-<p>Quand le conseil de Gand fut retourn arrire, en
-l'absence d'Artevelle, ils firent assembler au march,
-grands et petits; et l dmontra le plus sage d'eux tous
-par avis, sur quel tat le parlement avoit t l'Escluse,
-et quelle chose le roi d'Angleterre requroit, par l'aide
-et information d'Artevelle. Dont commencrent toutes
-gens murmurer sur lui; et ne leur vint mie bien
-plaisir cette requte; et dirent que, s'il plaisoit Dieu,
-ils ne seroient j sus ni trouvs en telle dloyaut que
-de vouloir dshriter leur naturel seigneur, pour hriter
-un tranger; et se partirent tous du march, ainsi
+<p>Quand le conseil de Gand fut retourné arrière, en
+l'absence d'Artevelle, ils firent assembler au marché,
+grands et petits; et là démontra le plus sage d'eux tous
+par avis, sur quel état le parlement avoit été à l'Escluse,
+et quelle chose le roi d'Angleterre requéroit, par l'aide
+et information d'Artevelle. Dont commencèrent toutes
+gens à murmurer sur lui; et ne leur vint mie bien à
+plaisir cette requête; et dirent que, s'il plaisoit à Dieu,
+ils ne seroient jà sçus ni trouvés en telle déloyauté que
+de vouloir déshériter leur naturel seigneur, pour hériter
+un étranger; et se partirent tous du marché, ainsi
comme tous mal contens et en grand haine sur d'Artevelle.
Or regardez comment les choses aviennent: car
-si il ft l aussi bien premirement venu comme il alla
- Bruges et Ypres remontrer et prcher la querelle du
-roi d'Angleterre, il leur et tant dit d'une chose et d'autres,
-qu'ils se fussent tous accords son opinion, ainsi
-que ceux des dessus dites villes toient: mais il s'affioit
-tant en sa puissance et prosprit et grandeur, que il y
-pensoit bien retourner assez temps. Quand il eut fait
-son tour, il revint Gand et entra en la ville, ainsi
-comme heure de midi. Ceux de la ville, qui bien savoient
-sa revenue, toient assembls sur la rue par o
-il devoit chevaucher en son htel. Sitt qu'ils le virent,
-ils commencrent murmurer et bouter trois ttes en
-un chaperon, et dirent: Voici celui qui est trop grand
-matre et qui veut ordonner de la comt de Flandre
-sa volont; ce ne fait mie souffrir. Encore, avec tout
-ce, on avoit sem paroles parmi la ville que le grand
-trsor de Flandre, que Jaquemart d'Artevelle avoit assembl,
+si il fût là aussi bien premièrement venu comme il alla
+à Bruges et à Ypres remontrer et prêcher la querelle du
+roi d'Angleterre, il leur eût tant dit d'une chose et d'autres,
+qu'ils se fussent tous accordés à son opinion, ainsi
+que ceux des dessus dites villes étoient: mais il s'affioit
+tant en sa puissance et prospérité et grandeur, que il y
+pensoit bien à retourner assez à temps. Quand il eut fait
+son tour, il revint à Gand et entra en la ville, ainsi
+comme à heure de midi. Ceux de la ville, qui bien savoient
+sa revenue, étoient assemblés sur la rue par où
+il devoit chevaucher en son hôtel. Sitôt qu'ils le virent,
+ils commencèrent à murmurer et à bouter trois têtes en
+un chaperon, et dirent: «Voici celui qui est trop grand
+maître et qui veut ordonner de la comté de Flandre à
+sa volonté; ce ne fait mie à souffrir.» Encore, avec tout
+ce, on avoit semé paroles parmi la ville que le grand
+trésor de Flandre, que Jaquemart d'Artevelle avoit assemblé,
<span class="pagenum"><a id="Page_201"> 201</a></span>
par l'espace de neuf ans et plus qu'il avoit eu
-le gouvernement de Flandre, car des rentes du comt
+le gouvernement de Flandre, car des rentes du comté
il n'allouoit nulles, mais les mettoit et avoit mises toudis
-arrire en dpt, et tenoit son tat et avoit tenu le terme
+arrière en dépôt, et tenoit son état et avoit tenu le terme
dessus dit sus l'amende des forfaitures de Flandre tant
-seulement, que ce grand trsor, o il avoit deniers
-sans nombre, il avoit envoy secrtement en Angleterre.
+seulement, que ce grand trésor, où il avoit deniers
+sans nombre, il avoit envoyé secrètement en Angleterre.
Ce fut une chose qui moult engrigny et enflamma ceux
de Gand.</p>
<p>Ainsi que Jacques d'Artevelle chevauchoit par la rue,
-il se aperut tantt qu'il y avoit aucune chose de nouvel
-contre lui; car ceux qui se souloient incliner et ter
-leurs chaperons contre lui, lui tournoient l'paule, et
-rentroient en leurs maisons. Si se commena douter;
-et sitt qu'il fut descendu en son htel, il fit fermer et
-barrer portes et huis et fentres. A peine eurent ses varlets
-ce fait, quand la rue o il demeuroit fut toute couverte,
-devant et derrire, de gens, espcialement de
-menues gens de mtier.</p>
-
-<p>L fut son htel environn et assailli devant et derrire,
+il se aperçut tantôt qu'il y avoit aucune chose de nouvel
+contre lui; car ceux qui se souloient incliner et ôter
+leurs chaperons contre lui, lui tournoient l'épaule, et
+rentroient en leurs maisons. Si se commença à douter;
+et sitôt qu'il fut descendu en son hôtel, il fit fermer et
+barrer portes et huis et fenêtres. A peine eurent ses varlets
+ce fait, quand la rue où il demeuroit fut toute couverte,
+devant et derrière, de gens, espécialement de
+menues gens de métier.</p>
+
+<p>Là fut son hôtel environné et assailli devant et derrière,
et rompu par force. Bien est voir que ceux de
-dedans se dfendirent moult longuement et en atterrrent
-et blessrent plusieurs; mais finablement ils ne purent
-durer, car ils toient assaillis si roide que presque
-les trois parts de la ville toient cet assaut. Quand Jacques
-d'Artevelle vit l'effort, et comment il toit appress,
-il vint une fentre sur la rue, et se commena
- humilier et dire, par trop beau langage et nu chef:
-Bonnes gens, que vous faut? Qui vous meut? Pourquoi
-tes-vous si troubls sur moi? En quelle manire
-vous puis-je avoir courrouc? Dites-le-moi, et je l'amenderai
-pleinement votre volont. Donc rpondirent-ils,
- une voix, ceux qui ou l'avoient: Nous
-voulons avoir compte du grand trsor de Flandre que
+dedans se défendirent moult longuement et en atterrèrent
+et blessèrent plusieurs; mais finablement ils ne purent
+durer, car ils étoient assaillis si roide que presque
+les trois parts de la ville étoient à cet assaut. Quand Jacques
+d'Artevelle vit l'effort, et comment il étoit appressé,
+il vint à une fenêtre sur la rue, et se commença
+à humilier et dire, par trop beau langage et à nu chef:
+«Bonnes gens, que vous faut? Qui vous meut? Pourquoi
+êtes-vous si troublés sur moi? En quelle manière
+vous puis-je avoir courroucé? Dites-le-moi, et je l'amenderai
+pleinement à votre volonté.» Donc répondirent-ils,
+à une voix, ceux qui ouï l'avoient: «Nous
+voulons avoir compte du grand trésor de Flandre que
<span class="pagenum"><a id="Page_202"> 202</a></span>
-vous avez dvoy sans titre de raison. Donc rpondit
-Artevelle moult doucement: Certes, seigneurs, au
-trsor de Flandre ne pris-je oncques denier. Or vous
+vous avez dévoyé sans titre de raison.» Donc répondit
+Artevelle moult doucement: «Certes, seigneurs, au
+trésor de Flandre ne pris-je oncques denier. Or vous
retraiez bellement en vos maisons, je vous en prie, et
revenez demain au matin; et je serai si pourvu de vous
faire et rendre bon compte que par raison il vous devra
-suffire. Donc rpondirent-ils, d'une voix: Nennin,
-nennin, nous le voulons tantt avoir; vous ne nous
-chapperez mie ainsi: nous savons de vrit que vous
-l'avez vid de pia, et envoy en Angleterre, sans
-notre su, pour laquelle cause il vous faut mourir.
-Quand Artevelle out ce mot, il joignit ses mains et
-commena pleurer moult tendrement, et dit: Seigneurs,
-tel que je suis vous m'avez fait; et me jurtes
-jadis que contre tous hommes vous me dfendriez et
+suffire.» Donc répondirent-ils, d'une voix: «Nennin,
+nennin, nous le voulons tantôt avoir; vous ne nous
+échapperez mie ainsi: nous savons de vérité que vous
+l'avez vidé de pièça, et envoyé en Angleterre, sans
+notre sçu, pour laquelle cause il vous faut mourir.»
+Quand Artevelle ouït ce mot, il joignit ses mains et
+commença à pleurer moult tendrement, et dit: «Seigneurs,
+tel que je suis vous m'avez fait; et me jurâtes
+jadis que contre tous hommes vous me défendriez et
garderiez; et maintenant vous me voulez occire et sans
raison. Faire le pouvez, si vous voulez, car je ne suis
-que un seul homme contre vous tous, point de dfense.
-Avisez pour Dieu, et retournez au temps pass. Si considrez
-les grces et les grands courtoisies que jadis
+que un seul homme contre vous tous, à point de défense.
+Avisez pour Dieu, et retournez au temps passé. Si considérez
+les grâces et les grands courtoisies que jadis
vous ai faites. Vous me voulez rendre petit guerredon
-des grands biens que au temps pass je vous ai faits.
-Ne savez-vous comment toute marchandise toit prie
-en ce pays? Je la vous recouvrai. En aprs, je vous ai
-gouverns en si grand paix, que vous avez eu du temps
-de mon gouvernement toutes choses volont, bls,
-laines, avoir, et toutes marchandises, dont vous tes
-recouvrs et en bon point. Adonc commencrent eux
- crier tous une voix: Descendez, et ne nous sermonnez
+des grands biens que au temps passé je vous ai faits.
+Ne savez-vous comment toute marchandise étoit périe
+en ce pays? Je la vous recouvrai. En après, je vous ai
+gouvernés en si grand paix, que vous avez eu du temps
+de mon gouvernement toutes choses à volonté, blés,
+laines, avoir, et toutes marchandises, dont vous êtes
+recouvrés et en bon point.» Adonc commencèrent eux
+à crier tous à une voix: «Descendez, et ne nous sermonnez
plus de si haut; car nous voulons avoir compte
-et raison tantt du grand trsor de Flandre que vous
-avez gouvern trop longuement, sans rendre compte;
-ce qu'il n'appartient mie nul officier qu'il reoive les
-biens d'un seigneur et d'un pays, sans rendre compte.
+et raison tantôt du grand trésor de Flandre que vous
+avez gouverné trop longuement, sans rendre compte;
+ce qu'il n'appartient mie à nul officier qu'il reçoive les
+biens d'un seigneur et d'un pays, sans rendre compte.»
<span class="pagenum"><a id="Page_203"> 203</a></span>
-Quand Artevelle vit que point ne se refrederoient ni refrneroient,
-il recloui la fentre, et s'avisa qu'il videroit
-par derrire, et s'en iroit en une glise qui joignoit
-prs de son htel. Mais son htel toit j rompu et effondr
-par derrire, et y avoit plus de quatre cents personnes
-qui tous tiroient l'avoir. Finablement il fut
-pris entre eux, et l occis sans merci, et lui donna le
+Quand Artevelle vit que point ne se refrederoient ni refrèneroient,
+il recloui la fenêtre, et s'avisa qu'il videroit
+par derrière, et s'en iroit en une église qui joignoit
+près de son hôtel. Mais son hôtel étoit jà rompu et effondré
+par derrière, et y avoit plus de quatre cents personnes
+qui tous tiroient à l'avoir. Finablement il fut
+pris entre eux, et là occis sans merci, et lui donna le
coup de la mort un tellier qui s'appelloit Thomas Denis.
Ainsi fina Artevelle, qui en son temps fut si grand
-matre en Flandre: povres gens l'amontrent premirement,
-et mchans gens le turent en la parfin.</p>
+maître en Flandre: povres gens l'amontèrent premièrement,
+et méchans gens le tuèrent en la parfin.</p>
-<p>Ces nouvelles s'pandirent tantt en plusieurs lieux.
+<p>Ces nouvelles s'épandirent tantôt en plusieurs lieux.
Si fut plaint d'aucuns, et plusieurs en furent bien lies.
-Adonc se tenoit le comte Louis Tenremonde: si fut
-moult joyeux quand il out dire que Jacques d'Artevelle
-toit occis; car il lui avoit t trop contraire en toutes
+Adonc se tenoit le comte Louis à Tenremonde: si fut
+moult joyeux quand il ouït dire que Jacques d'Artevelle
+étoit occis; car il lui avoit été trop contraire en toutes
ses besognes. Nonobstant ce, ne s'osa-t-il encore affier
sur ceux de Flandre, pour revenir en la ville de Gand.</p>
<p class="subh">Comment le roi d'Angleterre se partit de l'Escluse moult dolent de la mort
-d'Artevelle; et comment ceux de Flandre s'en excusrent par devers lui.</p>
+d'Artevelle; et comment ceux de Flandre s'en excusèrent par devers lui.</p>
-<p>Quand le roi d'Angleterre, qui se tenoit l'Escluse
-et s'toit tenu tout le temps, attendant la relation des
+<p>Quand le roi d'Angleterre, qui se tenoit à l'Escluse
+et s'étoit tenu tout le temps, attendant la relation des
Flamands, entendit que ceux de Gand avoient occis
-Jacques d'Artevelle, son grand ami et son cher compre,
-si en fut si courrouc et mu, que merveille seroit
- dire. Et se partit tantt de l'Escluse, et rentra en
-mer<a name="FNanchor_139" id="FNanchor_139" href="#Footnote_139" class="fnanchor">&nbsp;[139]</a>, en menaant grandement les Flamands et le
-pays de Flandre; et dit que cette mort seroit trop chrement
-compare. Les consaulx des bonnes villes de
-Flandre qui sentirent et entendirent bien et imaginrent
-tantt que le roi d'Angleterre toit trop durement
+Jacques d'Artevelle, son grand ami et son cher compère,
+si en fut si courroucé et ému, que merveille seroit
+à dire. Et se partit tantôt de l'Escluse, et rentra en
+mer<a name="FNanchor_139" id="FNanchor_139" href="#Footnote_139" class="fnanchor">&nbsp;[139]</a>, en menaçant grandement les Flamands et le
+pays de Flandre; et dit que cette mort seroit trop chèrement
+comparée. Les consaulx des bonnes villes de
+Flandre qui sentirent et entendirent bien et imaginèrent
+tantôt que le roi d'Angleterre étoit trop durement
<span class="pagenum"><a id="Page_204"> 204</a></span>
-courrouc sur eux, s'avisrent que de la mort d'Artevelle
-ils se iroient excuser, espcialement ceux de Bruges,
+courroucé sur eux, s'avisèrent que de la mort d'Artevelle
+ils se iroient excuser, espécialement ceux de Bruges,
d'Ypre, de Courtray, d'Audenarde, et du Franc
-de Bruges. Si envoyrent devant en Angleterre devers
-le roi et son conseil, pour imptrer un sauf conduit,
-afin que srement ils se pussent venir excuser. Le roi,
-qui toit un peu refroidi de son ar, leur accorda. Et
-vinrent gens d'tat de toutes les bonnes villes de Flandre,
-except de Gand, en Angleterre devers le roi, environ
-la Saint-Michel; et se tenoit Wesmoustier dehors
-Londres. L s'excusrent-ils si bel de la mort d'Artevelle,
-et jurrent solennellement que nulle chose n'en savoient,
-et si ils l'eussent su, c'toient ceux qui dfendu
-et gard l'en eussent leur pouvoir; mais toient de la
-mort de lui durement courroucs et dsols; et le plaignoient
+de Bruges. Si envoyèrent devant en Angleterre devers
+le roi et son conseil, pour impétrer un sauf conduit,
+afin que sûrement ils se pussent venir excuser. Le roi,
+qui étoit un peu refroidi de son aïr, leur accorda. Et
+vinrent gens d'état de toutes les bonnes villes de Flandre,
+excepté de Gand, en Angleterre devers le roi, environ
+la Saint-Michel; et se tenoit à Wesmoustier dehors
+Londres. Là s'excusèrent-ils si bel de la mort d'Artevelle,
+et jurèrent solennellement que nulle chose n'en savoient,
+et si ils l'eussent sçu, c'étoient ceux qui défendu
+et gardé l'en eussent à leur pouvoir; mais étoient de la
+mort de lui durement courroucés et désolés; et le plaignoient
et regrettoient grandement, car ils reconnoissoient
-bien qu'il leur avoit t moult propice et ncessaire
- tous leurs besoins, et avoit rgn et gouvern
+bien qu'il leur avoit été moult propice et nécessaire
+à tous leurs besoins, et avoit régné et gouverné
le pays de Flandre bellement et sagement; et si ceux
-de Gand, par leur outrage, l'avoient tu, on leur feroit
-amender si grossement qu'il devroit bien suffire. Et remontrrent
-encore au roi et son conseil que si Artevelle
-toit mort, pour ce n'toit-il mie loign de la grce et
-de l'amour des Flamands; sauf et except qu'il n'avoit
-que faire de tendre l'hritage de Flandre, que ils le
+de Gand, par leur outrage, l'avoient tué, on leur feroit
+amender si grossement qu'il devroit bien suffire. Et remontrèrent
+encore au roi et à son conseil que si Artevelle
+étoit mort, pour ce n'étoit-il mie éloigné de la grâce et
+de l'amour des Flamands; sauf et excepté qu'il n'avoit
+que faire de tendre à l'héritage de Flandre, que ils le
dussent tollir au comte Louis de Flandre, leur naturel
-seigneur, combien qu'il ft Franois, ni son fils son
-droit hoir, pour lui en hriter, ni son fils le prince de
+seigneur, combien qu'il fût François, ni à son fils son
+droit hoir, pour lui en hériter, ni son fils le prince de
Galles; car ceux de Flandre ne s'y consentiroient jamais.
-Mais, cher sire, vous avez de beaux enfans, fils et
-filles: le prince votre ains-n fils ne peut faillir qu'il
-ne soit encore grand sire durement sans l'hritage de
-Flandre, et vous avez une fille puis-ne, et nous avons
+«Mais, cher sire, vous avez de beaux enfans, fils et
+filles: le prince votre ains-né fils ne peut faillir qu'il
+ne soit encore grand sire durement sans l'héritage de
+Flandre, et vous avez une fille puis-née, et nous avons
un jeune damoisel que nous nourrissons et gardons, qui
<span class="pagenum"><a id="Page_205"> 205</a></span>
-est hritier de Flandre: si se pourroit bien encore faire
+est héritier de Flandre: si se pourroit bien encore faire
un mariage d'eux deux. Ainsi demeureroit toujours la
-comt de Flandre l'un de vos enfans. Ces paroles et
+comté de Flandre à l'un de vos enfans.» Ces paroles et
autres ramollirent et adoucirent grandement le courage
et le mautalent du roi d'Angleterre; et se tint finablement
assez bien content des Flamands, et les Flamands
-de lui. Ainsi fut entr'oublie petit petit la mort Jacques
+de lui. Ainsi fut entr'oubliée petit à petit la mort Jacques
d'Artevelle.</p>
<p class="source"><span class="smcap">Froissart</span>, <cite>Chroniques</cite>.</p>
<div class="header">
-<h2>INVASION D'DOUARD III.<br />
+<h2>INVASION D'ÉDOUARD III.<br />
<span class="medium">1346.</span></h2>
<p class="subh">Coment le roy d'Angleterre vint par Normendie, et prist Caen, et vint par
-Lisieux, par Thorigny et Vernon et Poissi. Et coment le roy de France
-le poursuivoit tousjours de l'autre part de Saine, et vint Paris logier
- Saint-Germain-des-Prs. Et coment les Anglois passrent le pont de
+Lisieux, par Thorigny et Vernon et à Poissi. Et coment le roy de France
+le poursuivoit tousjours de l'autre part de Saine, et vint à Paris logier
+à Saint-Germain-des-Prés. Et coment les Anglois passèrent le pont de
Poissi.</p>
</div>
<p>En celuy an, proposa le roy de France faire grant
-arme en mer de nefs pour passer en Angleterre, lesquelles
-il envoia querre Gennes grant despens; mais
-ceux qui les alrent querre en firent petite diligence, et
-tardrent moult venir. Par espcial une grant nef que
-le roy faisoit faire Harefleur en Normendie, de laquelle
-on disoit que onques mais si belle n'avoit est arme
+armée en mer de nefs pour passer en Angleterre, lesquelles
+il envoia querre à Gennes à grant despens; mais
+ceux qui les alèrent querre en firent petite diligence, et
+tardèrent moult à venir. Par espécial une grant nef que
+le roy faisoit faire à Harefleur en Normendie, de laquelle
+on disoit que onques mais si belle n'avoit esté armée
ni mise en mer, demoura tant que le roy d'Angleterre,
- tout grant force de gent et grant multitude de nefs
-que l'on estimoit bien douze cens grosses nefs, sans
+à tout grant force de gent et grant multitude de nefs
+que l'on estimoit bien à douze cens grosses nefs, sans
les petites nefs et autres vaissiaux, descendit en Normendie
au lieu que l'on dit la Hogue-St-Waast<a name="FNanchor_140" id="FNanchor_140" href="#Footnote_140" class="fnanchor">&nbsp;[140]</a>; et
<span class="pagenum"><a id="Page_206"> 206</a></span>
-fut le mercredi douziesme jour de juillet; et ds lors
-s'appelloit roy de France et d'Angleterre. Et l'instance
+fut le mercredi douziesme jour de juillet; et dès lors
+s'appelloit roy de France et d'Angleterre. Et à l'instance
de Geffroy de Harecourt<a name="FNanchor_141" id="FNanchor_141" href="#Footnote_141" class="fnanchor">&nbsp;[141]</a>, qui le menoit et conduisoit,
-il commena gaster et ardoir le pays. Et
-premirement vint la ville de Neuilli-l'Evesque<a name="FNanchor_142" id="FNanchor_142" href="#Footnote_142" class="fnanchor">&nbsp;[142]</a>,
+il commença à gaster et à ardoir le pays. Et
+premièrement vint à la ville de Neuilli-l'Evesque<a name="FNanchor_142" id="FNanchor_142" href="#Footnote_142" class="fnanchor">&nbsp;[142]</a>, à
laquelle il ne pot mal faire, pour la force du chastel. Si
-s'en partit, et vint d'ilec Montebourg<a name="FNanchor_143" id="FNanchor_143" href="#Footnote_143" class="fnanchor">&nbsp;[143]</a>, o il s'arresta
+s'en partit, et vint d'ilec à Montebourg<a name="FNanchor_143" id="FNanchor_143" href="#Footnote_143" class="fnanchor">&nbsp;[143]</a>, où il s'arresta
par aucun temps; et endementres, Geffroy de Harecourt
faisoit tout le dommage qu'il povoit par tout le pays de
-Coustantin<a name="FNanchor_144" id="FNanchor_144" href="#Footnote_144" class="fnanchor">&nbsp;[144]</a>. Aprs, le roy d'Angleterre vint la ville
+Coustantin<a name="FNanchor_144" id="FNanchor_144" href="#Footnote_144" class="fnanchor">&nbsp;[144]</a>. Après, le roy d'Angleterre vint à la ville
de Carentan, et prist la ville et le chastel; et tous les
biens qu'il y prist fist mener en Angleterre, et bailla le
-chastel en garde monseigneur de Groussi et monseigneur
+chastel en garde à monseigneur de Groussi et à monseigneur
Rollant de Verdun, chevaliers.</p>
<p>Et quant le roy d'Angleterre se partit de Carentan,
aucuns Normans, avecques messire Phelippe le Despencier,
-chevalier, s'assemblrent et recouvrrent,
+chevalier, s'assemblèrent et recouvrèrent, à
force d'armes, la ville et le chastel, et les deux chevaliers
-dessus nomms pristrent et les envoirent
+dessus nommés pristrent et les envoièrent à
Paris.</p>
-<p>Entre ces choses, le roy d'Angleterre vint St-Lo en
+<p>Entre ces choses, le roy d'Angleterre vint à St-Lo en
Coustantin, et fist enterrer solempnellement les testes
-de trois chevaliers<a name="FNanchor_145" id="FNanchor_145" href="#Footnote_145" class="fnanchor">&nbsp;[145]</a> qui pour leur dmrite avoient
-est occis Paris, et prist et pilla la ville, qui estoit
+de trois chevaliers<a name="FNanchor_145" id="FNanchor_145" href="#Footnote_145" class="fnanchor">&nbsp;[145]</a> qui pour leur démérite avoient
+esté occis à Paris, et prist et pilla la ville, qui estoit
toute plaine de biens et garnie. D'ilec s'en passa par la
ville de Thorigny<a name="FNanchor_146" id="FNanchor_146" href="#Footnote_146" class="fnanchor">&nbsp;[146]</a>, ardant et gastant le pays; et
<span class="pagenum"><a id="Page_207"> 207</a></span>
manda par ses coursiers et par ses lettres, si comme l'en
-disoit communment, aux bourgeois de Caen, que s'il
+disoit communément, aux bourgeois de Caen, que s'il
vouloient laissier le roy de France et estre sous le roy
d'Angleterre, qu'il les garderoit loyaument et leur donroit
-plusieurs grans liberts, et, en la fin des lettres
-leues, menaoit, s'il ne faisoient ce qu'il leur mandoit,
+plusieurs grans libertés, et, en la fin des lettres
+leues, menaçoit, s'il ne faisoient ce qu'il leur mandoit,
que bien briefment il les assaudroit et qu'il en fussent
tous certains. Mais ceux de Caen luy contredirent tous
-d'une volent et d'un courage, en disant que au roy
-d'Angleterre il n'obiroient point. Et quant il ot la response
+d'une volenté et d'un courage, en disant que au roy
+d'Angleterre il n'obéiroient point. Et quant il oït la response
des bourgeois de Caen, si leur assigna jour de bataille
-au juesdi ensuivant; et ceci il fist tratreusement,
-car ds le jour par avant au matin, qui estoit le mercredi
-aprs la Magdaleine vingt-deuxiesme jour de juillet,
-il vint devant Caen, l o estoient capitaines establis
-de par le roy, monseigneur Guillaume Bertran, vesque
-de Baieux et jadis frre de monseigneur Robert Bertran
+au juesdi ensuivant; et ceci il fist traîtreusement,
+car dès le jour par avant au matin, qui estoit le mercredi
+après la Magdaleine vingt-deuxiesme jour de juillet,
+il vint devant Caen, là où estoient capitaines establis
+de par le roy, monseigneur Guillaume Bertran, évesque
+de Baieux et jadis frère de monseigneur Robert Bertran
chevalier, le seigneur de Tournebu, le conte d'Eu et
de Guines, lors connestable de France, et monseigneur
Jehan de Meleun, lors chambellan de Tanquarville. Et
quant les Anglois vindrent devant Caen, si assaillirent
la ville par quatre lieux, et traioient sajettes par leur
archiers aussi menu que si ce fust grelle. Et le peuple
-se deffendoit tant qu'il povoit, meismement s prs, sus
+se deffendoit tant qu'il povoit, meismement ès prés, sus
la boucherie et au pont aussi, pour ce que ilec estoit
-le plus grant pril. Et les femmes, si comme l'on dit,
-pour faire secours, portoient leurs maris les huis et les
+le plus grant péril. Et les femmes, si comme l'on dit,
+pour faire secours, portoient à leurs maris les huis et les
fenestres des maisons et le vin avecques, afin qu'il fussent
-plus fors eux combattre. Toutes voies, pour ce
-que les archiers avoient grant quantit de sajettes, il
+plus fors à eux combattre. Toutes voies, pour ce
+que les archiers avoient grant quantité de sajettes, il
firent le peuple de soy retraire en la ville et se combattirent
du matin jusques aux vespres. Lors, le connestable
de France et le chambellan de Tanquarville
-issirent hors du chastel et du fort en la ville, et ne sai
+issirent hors du chastel et du fort en la ville, et ne sçai
<span class="pagenum"><a id="Page_208"> 208</a></span>
pourquoy c'estoit, et tantost il furent pris des Anglois
-et envois en Angleterre.</p>
+et envoiés en Angleterre.</p>
-<p>Mais quant l'vesque de Baieux, le seigneur de Tournebu,
+<p>Mais quant l'évesque de Baieux, le seigneur de Tournebu,
le bailli de Roen et plusieurs autres avecques
eux virent qu'il istroient pour noient, et que leur issue
pourroit plus nuire que profiter, si se retraistrent au
chastel comme sages, et se tenoient aux quarniaux.
Entre deux, les Anglois cherchoient<a name="FNanchor_147" id="FNanchor_147" href="#Footnote_147" class="fnanchor">&nbsp;[147]</a> moult diligeamment
la ville de Caen et pilloient tout; et les biens qu'il
-avoient pills Caen et s autres villes le roy d'Angleterre
+avoient pillés à Caen et ès autres villes le roy d'Angleterre
envoia par sa navire tantost en Angleterre, et ardit
grant partie de la ville de Caen en soy issant; mais au
fort de la ville ne fist-il oncques mal ni n'y arresta
@@ -8075,123 +8033,123 @@ point, car il ne vouloit mie perdre ses gens. Si s'en partit
tantost, et s'en ala vers Lisieux. Et tousjours Geffroy de
Harecourt aloit devant, qui tout le pays ardoit et gastoit.</p>
-<p>Aprs, il vindrent vers Falaise, mais il trouvrent
-qui leur rsista viguereusement. Si se tournrent vers
-Roen. Et quant il orent que le roy de France assembloit
-ilec son ost, si s'en alrent au Pont-de-l'Arche; toutes
+<p>Après, il vindrent vers Falaise, mais il trouvèrent
+qui leur résista viguereusement. Si se tournèrent vers
+Roen. Et quant il oïrent que le roy de France assembloit
+ilec son ost, si s'en alèrent au Pont-de-l'Arche; toutes
voies le roy de France y ala avant eux. Et quant il fut
-entr en la ville, si manda au roy d'Angleterre, s'il vouloit
-avoir bataille luy, qu'il luy assignast jour son
+entré en la ville, si manda au roy d'Angleterre, s'il vouloit
+avoir bataille à luy, qu'il luy assignast jour à son
plaisir; lequel respondit que devant Paris il se combatroit
au roy de France.</p>
-<p>Quant le roy de France ot ce, si s'en retourna Paris,
-et s'en vint mettre et logier en l'abbaye Saint-Germain-des-Prs.
+<p>Quant le roy de France oït ce, si s'en retourna à Paris,
+et s'en vint mettre et logier en l'abbaye Saint-Germain-des-Prés.
Ainsi, comme le roy d'Angleterre s'approchoit
-de Paris, si vint Vernon et cuida prendre la ville,
-mais l'on luy rsista viguereusement. Si s'en partirent
+de Paris, si vint à Vernon et cuida prendre la ville,
+mais l'on luy résista viguereusement. Si s'en partirent
les Anglois et ardirent aucuns des forbours. D'ilec vindrent
<span class="pagenum"><a id="Page_209"> 209</a></span>
- Mantes, et quant il ot dire qu'il estoient bons
+à Mantes, et quant il oït dire qu'il estoient bons
guerroiers, si n'y voult faire point de demeure, mais
-s'en vint Meullenc, l o il perdit de ses gens; pour laquelle
-chose il fut tant iri que, en la plus prochaine
-ville d'ilec, qui est appelle Muriaux<a name="FNanchor_148" id="FNanchor_148" href="#Footnote_148" class="fnanchor">&nbsp;[148]</a>, il fist mettre
+s'en vint à Meullenc, là où il perdit de ses gens; pour laquelle
+chose il fut tant irié que, en la plus prochaine
+ville d'ilec, qui est appellée Muriaux<a name="FNanchor_148" id="FNanchor_148" href="#Footnote_148" class="fnanchor">&nbsp;[148]</a>, il fist mettre
le feu et la fist tout ardoir.</p>
-<p>Aprs ce, vint Poissi, le samedi douziesme jour
+<p>Après ce, vint à Poissi, le samedi douziesme jour
d'aoust; et toujours le roy de France le poursuivoit continuellement
de l'autre partie de Saine, tellement que
en plusieurs fois l'ost de l'un povoit voir l'autre; et par
-l'espace de six jours que le roy d'Angleterre fut Poissi
-et que son fils aussi estoit Saint-Germain-en-Laye, les
-coureurs qui aloient devant boutrent les feux en toutes
-les villes d'environ, meismement jusques St-Cloust,
-prs de Paris; tellement que ceux de Paris povoient voir
-clrement, de Paris meisme, les feux et les fumes, de
-quoy il estoient moult effrais et non mie sans cause.
+l'espace de six jours que le roy d'Angleterre fut à Poissi
+et que son fils aussi estoit à Saint-Germain-en-Laye, les
+coureurs qui aloient devant boutèrent les feux en toutes
+les villes d'environ, meismement jusques à St-Cloust,
+près de Paris; tellement que ceux de Paris povoient voir
+clèrement, de Paris meisme, les feux et les fumées, de
+quoy il estoient moult effraiés et non mie sans cause.
Et combien que en notre maison de Rueil, laquelle
-Charles-le-Chauve, roy empereur, donna nostre glyse,
+Charles-le-Chauve, roy empereur, donna à nostre églyse,
il boutassent le feu par plusieurs fois, toutes voies par
-les mrites de monseigneur saint Denis, si comme nous
-avions en bonne foy, elle demoura sans estre point dommagie.
-Et afin que je escrive vrit nos successeurs,
-les lieux o le roy d'Angleterre et son fils estoient, si estoient
-lors tenus et rputs les principaux domiciles et
+les mérites de monseigneur saint Denis, si comme nous
+avions en bonne foy, elle demoura sans estre point dommagiée.
+Et afin que je escrive vérité à nos successeurs,
+les lieux où le roy d'Angleterre et son fils estoient, si estoient
+lors tenus et réputés les principaux domiciles et
singuliers soulas du roy de France; parquoy c'estoit plus
grant deshonneur au royaume de France, et aussi comme
-trason vident, comme nul des nobles de France ne
-bouta hors le roy d'Angleterre estant et rsidant par
-l'espace de six jours s propres maisons du roy, et ainsi
+traïson évident, comme nul des nobles de France ne
+bouta hors le roy d'Angleterre estant et résidant par
+l'espace de six jours ès propres maisons du roy, et ainsi
comme au milieu de France, si comme est Poissi, Saint-Germain-en-Laye
<span class="pagenum"><a id="Page_210"> 210</a></span>
-et Montjoie<a name="FNanchor_149" id="FNanchor_149" href="#Footnote_149" class="fnanchor">&nbsp;[149]</a>, l o il dissipoit, gastoit
+et Montjoie<a name="FNanchor_149" id="FNanchor_149" href="#Footnote_149" class="fnanchor">&nbsp;[149]</a>, là où il dissipoit, gastoit
et despendoit les vins du roy et ses autres biens. Et
autre chose encore plus merveilleuse, car les nobles
faisoient afondrer les basteaux et rompre les pons par
-tous les lieux o le roy d'Angleterre passoit, comme il
-deussent tout au contraire faire passer luy par sur les
+tous les lieux où le roy d'Angleterre passoit, comme il
+deussent tout au contraire faire passer à luy par sur les
pons et parmi les basteaux, pour la deffense du pays.
-Entretant, comme le roy d'Angleterre estoit Poissi, le
+Entretant, comme le roy d'Angleterre estoit à Poissi, le
roy de France chevaucha par Paris le dimanche et s'en
-vint logier tout son ost en l'abbaye de Saint-Germain-des-Prs
-pour estre l'encontre du roy d'Angleterre
+vint logier à tout son ost en l'abbaye de Saint-Germain-des-Prés
+pour estre à l'encontre du roy d'Angleterre
qui le devoit guerroier devant Paris, si comme dit
est.</p>
-<p>Et comme le roy eust grant dsir et eust orden d'aler
-l'endemain contre luy jusques Poissi, il luy fut donn
- entendre que le roy d'Angleterre s'estoit parti de Poissi,
-et qu'il avoit fait refaire le pont qui avoit est rompu,
-laquelle roupture avoit est faite, si comme Dieu scet,
+<p>Et comme le roy eust grant désir et eust ordené d'aler
+l'endemain contre luy jusques à Poissi, il luy fut donné
+à entendre que le roy d'Angleterre s'estoit parti de Poissi,
+et qu'il avoit fait refaire le pont qui avoit esté rompu,
+laquelle roupture avoit esté faite, si comme Dieu scet,
afin que le roy d'Angleterre ne peust eschaper sans soy
-combatre contre le roy de France. Et quant le roy ot
-les nouvelles du pont de Poissi qui estoit rpar et de
+combatre contre le roy de France. Et quant le roy oït
+les nouvelles du pont de Poissi qui estoit réparé et de
son anemi qui s'en estoit fui, si en fut moult dolent et
-s'en partit de Paris, et vint Saint-Denis tout son ost,
-la vigile de l'Assomption Nostre-Dame: et n'estoit mmoire
+s'en partit de Paris, et vint à Saint-Denis à tout son ost,
+la vigile de l'Assomption Nostre-Dame: et n'estoit mémoire
d'homme qui vit, que depuis le temps Charles-le-Chauve
qui fut roy et empereur, le roy de France venist
- Saint-Denis-en-France en armes et tant prest pour batailler.</p>
+à Saint-Denis-en-France en armes et tant prest pour batailler.</p>
-<p>Quant le roy fut Saint-Denis, si clbra ilec la feste
+<p>Quant le roy fut à Saint-Denis, si célébra ilec la feste
<span class="pagenum"><a id="Page_211"> 211</a></span>
-de l'Assomption moult humblement et trs-dvotement,
-et manda au roy d'Angleterre, par l'archevesque de Besanon,
+de l'Assomption moult humblement et très-dévotement,
+et manda au roy d'Angleterre, par l'archevesque de Besançon,
pourquoy il n'avoit acompli ce qu'il avoit promis.
Lequel respondit frauduleusement, si comme il
-apparut par aprs, car quant il se vouldroit partir il
-adresecroit son chemin par devers Montfort. Oe la response
+apparut par après, car quant il se vouldroit partir il
+adresecroit son chemin par devers Montfort. Oïe la response
frauduleuse du roy d'Angleterre, si ot le roy
-conseil qui n'estoit mie bien sain; car en vrit il n'est
-nulle pestilence plus puissant de grver et de nuire
+conseil qui n'estoit mie bien sain; car en vérité il n'est
+nulle pestilence plus puissant de gréver et de nuire
qu'est celuy qui est anemi et se fait ami familier.</p>
<p>Si s'en partit le roy de Saint-Denis, et passa de rechief
-par Paris dolent et angoisseux, et s'en vint Antongny,
+par Paris dolent et angoisseux, et s'en vint à Antongny,
oultre le Bourc-la-Royne, et ilec se logea le mercredi; et
endementres le roy d'Angleterre faisoit refaire le pont
-de Poissi qui estoit rompu, et cil qui l'avoit o et veu si
-le tesmoigna; car nous vismes l'glyse de Saint-Denis,
-et en la salle o le roy estoit, un homme qui se disoit
-avoir est pris des anemis et puis ranonn, lequel
+de Poissi qui estoit rompu, et cil qui l'avoit oï et veu si
+le tesmoigna; car nous véismes à l'églyse de Saint-Denis,
+et en la salle où le roy estoit, un homme qui se disoit
+avoir esté pris des anemis et puis rançonné, lequel
disoit apertement et publiquement, pour l'honneur du
roy et du royaume, que le roy d'Angleterre faisoit faire
moult diligeamment le pont de Poissi, et vouloit celuy
-homme recevoir mort s'il ne disoit vrit. Mais les nobles
+homme recevoir mort s'il ne disoit vérité. Mais les nobles
et les chevaliers les plus prochains du roy luy disoient
-qu'il mentoit apertement, et se moquirent de
-luy comme d'un povre homme. Hlas! adonques fut
-bien vrifie celle parole qui dist ainsi: Le povre a
-parl, et l'on luy dit: Qui est cestui? par moquerie.
-Le riche a parl et chascun se teust, par rvrence de
-luy.</p>
-
-<p>Finablement, quant il fut sceu vritablement que l'on
+qu'il mentoit apertement, et se moquièrent de
+luy comme d'un povre homme. Hélas! adonques fut
+bien vérifiée celle parole qui dist ainsi: «Le povre a
+parlé, et l'on luy dit: Qui est cestui? par moquerie.
+Le riche a parlé et chascun se teust, par révérence de
+luy.»</p>
+
+<p>Finablement, quant il fut sceu véritablement que l'on
refaisoit le pont, l'on y envoia la commune d'Amiens
-pour empeschier la besoigne, laquelle ne pot rsister
+pour empeschier la besoigne, laquelle ne pot résister à
la grant multitude des sajettes que les Anglois traioient,
-et fut toute mise mort. Et tandis que le roy estoit
+et fut toute mise à mort. Et tandis que le roy estoit à
<span class="pagenum"><a id="Page_212"> 212</a></span>
Antongny, en icelle nuit luy vindrent nouvelles que les
Anglois, pour certain, avoient refait le pont de Poissi,
@@ -8200,181 +8158,181 @@ ilec.</p>
<p class="subh">Coment le roy d'Angleterre se partit de Poissi et mist le feu par tous les manoirs
royaux et s'enfuit vers Picardie. Et coment le roy de France s'en
-retourna d'Antongny et passa par Paris, disant grans soupirs qu'il estoit
-tra. Et poursuivit toujours grant diligence son anemi le roy d'Angleterre.</p>
+retourna d'Antongny et passa par Paris, disant à grans soupirs qu'il estoit
+traï. Et poursuivit toujours à grant diligence son anemi le roy d'Angleterre.</p>
-<p>Adonques, le vendredi aprs l'Assomption Nostre-Dame,
-environ tierce, le roy d'Angleterre tout son
-ost, armes descouvertes et banires desploies, s'en
+<p>Adonques, le vendredi après l'Assomption Nostre-Dame,
+environ tierce, le roy d'Angleterre à tout son
+ost, à armes descouvertes et banières desploiées, s'en
alla sans ce que nul ne le poursuist; dont grant doleur
-fut France; et sa despartie mist le feu Poissi l'ostel
-du roy, sans faire mal l'glyse des nonnains, laquelle
-Phelippe-le-Bel, pre la mre audit roy d'Angleterre,
-avoit fait difier. Et si fut aussi mis le feu St-Germain-en-Laye,
- Rays, Montjoie, et briefment furent destruis
-et ars tous les lieux o le roy de France avoit acoustum
- soy soulacier. Et quant il vint la cognoissance
+fut à France; et à sa despartie mist le feu à Poissi à l'ostel
+du roy, sans faire mal à l'églyse des nonnains, laquelle
+Phelippe-le-Bel, père à la mère audit roy d'Angleterre,
+avoit fait édifier. Et si fut aussi mis le feu à St-Germain-en-Laye,
+à Rays, à Montjoie, et briefment furent destruis
+et ars tous les lieux où le roy de France avoit acoustumé
+à soy soulacier. Et quant il vint à la cognoissance
du roy de France que son anemi le roy d'Angleterre
-s'estoit de Poissi si soudainement parti, si fut touchi de
-grant doleur, jusques dedens le c&oelig;ur, et moult iri se
-parti d'Antongny et s'en retourna Paris; et en alant
-par la grant rue n'avoit pas honte de dire tous ceux
-qui le vouloient or qu'il estoit tra; et se doubtoit le
-roy que autrement que bien il n'eust est ainsi men
-et ramen. Aussi murmuroit le peuple, et disoit que
-ceste manire d'aler et de retourner n'estoit mie sans
-trason, pourquoy plusieurs plouroient et non mie sans
+s'estoit de Poissi si soudainement parti, si fut touchié de
+grant doleur, jusques dedens le c&oelig;ur, et moult irié se
+parti d'Antongny et s'en retourna à Paris; et en alant
+par la grant rue n'avoit pas honte de dire à tous ceux
+qui le vouloient oïr qu'il estoit traï; et se doubtoit le
+roy que autrement que bien il n'eust esté ainsi mené
+et ramené. Aussi murmuroit le peuple, et disoit que
+ceste manière d'aler et de retourner n'estoit mie sans
+traïson, pourquoy plusieurs plouroient et non mie sans
cause. Ainsi le roy se partit de Paris et vint de rechief
-logier Saint-Denis, avec tout son ost.</p>
+logier à Saint-Denis, avec tout son ost.</p>
-<p>En celui an, le duc de Normendie, qui estoit al en
-Gascoigne assgier le chastel d'Aguillon et rien n'y
+<p>En celui an, le duc de Normendie, qui estoit alé en
+Gascoigne asségier le chastel d'Aguillon et rien n'y
<span class="pagenum"><a id="Page_213"> 213</a></span>
-avoit fait, ot des nouvelles que le roy d'Angleterre
-guerroioit son pre, le roy de France, et avoit ars les
-maisons du roy; si en fut moult troubl et laissa toute la
+avoit fait, oït des nouvelles que le roy d'Angleterre
+guerroioit son père, le roy de France, et avoit ars les
+maisons du roy; si en fut moult troublé et laissa toute la
besoigne et s'en partit. Et quant le roy d'Angleterre se
-partit de Poissi si s'en vint Beauvais la cit. Et pour ce
+partit de Poissi si s'en vint à Beauvais la cité. Et pour ce
que ceux de Beauvais se deffendoient noblement, et qu'il
-ne pot entrer en la cit, les Anglois, plains de mauvais
-esperit, ardirent aucuns des forbours de la cit et toute
+ne pot entrer en la cité, les Anglois, plains de mauvais
+esperit, ardirent aucuns des forbours de la cité et toute
l'abbaye de Saint-Lucien, qui tant estoit belle et noble,
-sans y laisser riens du tout en tout; et d'ilec entrrent
+sans y laisser riens du tout en tout; et d'ilec entrèrent
en Picardie.</p>
-<p>Aprs ce, le roy de France se partit de Saint-Denis,
-ensuivant son anemi le roy d'Angleterre jusques Abbeville
+<p>Après ce, le roy de France se partit de Saint-Denis,
+ensuivant son anemi le roy d'Angleterre jusques à Abbeville
en Picardie moult courageusement. Et le juesdi,
-feste saint Barthlemi, le roy d'Angleterre, tout son
-ost, devoit disner Araines<a name="FNanchor_150" id="FNanchor_150" href="#Footnote_150" class="fnanchor">&nbsp;[150]</a>; mais le roy de France,
-qui moult dsiroit de toute sa force ensuivre son adversaire,
-chevaucha ceste journe dix lieues, afin qu'il
-pust trouver son adversaire en disnant. Adonques, le
-roy d'Angleterre, quant il ot o ces nouvelles, par
-lettres des tratres qui estoient en la court du roy,
-que le roy de France estoit prs et que hastivement il
+feste saint Barthélemi, le roy d'Angleterre, à tout son
+ost, devoit disner à Araines<a name="FNanchor_150" id="FNanchor_150" href="#Footnote_150" class="fnanchor">&nbsp;[150]</a>; mais le roy de France,
+qui moult désiroit de toute sa force ensuivre son adversaire,
+chevaucha ceste journée dix lieues, afin qu'il
+péust trouver son adversaire en disnant. Adonques, le
+roy d'Angleterre, quant il ot oï ces nouvelles, par
+lettres des traîtres qui estoient en la court du roy,
+que le roy de France estoit près et que hastivement il
venoit contre luy, il laissa son disner et s'en despartit et
-s'en ala Saigneville<a name="FNanchor_151" id="FNanchor_151" href="#Footnote_151" class="fnanchor">&nbsp;[151]</a>, au lieu qui est dit Blanche-Tache<a name="FNanchor_152" id="FNanchor_152" href="#Footnote_152" class="fnanchor">&nbsp;[152]</a>,
-et ilec passa la rivire de Somme avecques
-tout son ost; et emprs une forest qui est appelle
-Crcy se logea. Et les Franois mengirent et burent les
-viandes que les Anglois avoient appareillies pour le
-disner. Aprs ce, s'en retourna le roy comme dolent
+s'en ala à Saigneville<a name="FNanchor_151" id="FNanchor_151" href="#Footnote_151" class="fnanchor">&nbsp;[151]</a>, au lieu qui est dit Blanche-Tache<a name="FNanchor_152" id="FNanchor_152" href="#Footnote_152" class="fnanchor">&nbsp;[152]</a>,
+et ilec passa la rivière de Somme avecques
+tout son ost; et emprès une forest qui est appellée
+Crécy se logea. Et les François mengièrent et burent les
+viandes que les Anglois avoient appareilliées pour le
+disner. Après ce, s'en retourna le roy comme dolent à
Abbeville pour assembler son ost et pour fortifier les
<span class="pagenum"><a id="Page_214"> 214</a></span>
pons de la dite ville, afin que son ost peust seurement
passer par dessus, car il estoient moult foibles et moult
-anciens. Le roy demoura toute celle journe de vendredi
- Abbeville, pour la rvrence de monseigneur saint
-Loys, duquel le jour estoit. L'endemain matin, le roy
-vint la Braye<a name="FNanchor_153" id="FNanchor_153" href="#Footnote_153" class="fnanchor">&nbsp;[153]</a>, une ville assez prs de la forest de
-Crcy, et ilec luy fut dit que l'ost des Anglois estoit bien
- quatre ou cinq lieues de luy, dont ceux mentoient
+anciens. Le roy demoura toute celle journée de vendredi
+à Abbeville, pour la révérence de monseigneur saint
+Loys, duquel le jour estoit. L'endemain à matin, le roy
+vint à la Braye<a name="FNanchor_153" id="FNanchor_153" href="#Footnote_153" class="fnanchor">&nbsp;[153]</a>, une ville assez près de la forest de
+Crécy, et ilec luy fut dit que l'ost des Anglois estoit bien
+à quatre ou cinq lieues de luy, dont ceux mentoient
faussement qui telles paroles luy disoient, car il n'avoit
pas plus d'une lieue entre la ville et la forest, ou environ.
A la parfin, environ heure de vespres, le roy vit
l'ost des Anglois, lequel fut espris de grant hardiesse et
-de courroux, dsirant de tout son cuer combattre son
+de courroux, désirant de tout son cuer combattre à son
anemi. Si fist tantost crier: <em>A l'arme!</em> et ne voult croire
au conseil de quelconque qui loyaument le conseillast,
dont ce fut grant doleur; car l'on luy conseilloit que celle
nuit luy et son ost se reposassent: mais il n'en voult
-rien faire. Ains s'en ala toute sa gent assembler aux
-Anglois, lesquels Anglois giettrent trois canons<a name="FNanchor_154" id="FNanchor_154" href="#Footnote_154" class="fnanchor">&nbsp;[154]</a>:
-dont il avint que les Gnevois arbalestriers qui estoient
-au premier front tournrent les dos et laissirent
- traire; si ne scet l'on si ce fut par trason, mais Dieu
-le scet. Toutes voies l'on disoit communment que la
-pluie qui choit avoit si moillies les cordes de leur arbalestes
+rien faire. Ains s'en ala à toute sa gent assembler aux
+Anglois, lesquels Anglois giettèrent trois canons<a name="FNanchor_154" id="FNanchor_154" href="#Footnote_154" class="fnanchor">&nbsp;[154]</a>:
+dont il avint que les Génevois arbalestriers qui estoient
+au premier front tournèrent les dos et laissièrent
+à traire; si ne scet l'on si ce fut par traïson, mais Dieu
+le scet. Toutes voies l'on disoit communément que la
+pluie qui chéoit avoit si moilliées les cordes de leur arbalestes
que nullement il ne les povoient tendre; si
-s'en commencirent les Gnevois enfuir et moult d'autres,
+s'en commencièrent les Génevois à enfuir et moult d'autres,
nobles et non nobles. Et si tost qu'il virent le roy
-en pril, si le laissirent et s'enfuirent.</p>
+en péril, si le laissièrent et s'enfuirent.</p>
<p><span class="pagenum"><a id="Page_215"> 215</a></span></p>
-<p class="subt">De la dolente bataille de Crcy.</p>
+<p class="subt">De la dolente bataille de Crécy.</p>
<p>Quant le roy vit ainsi faussement sa gent ressortir et
aler, et meismement<a name="FNanchor_155" id="FNanchor_155" href="#Footnote_155" class="fnanchor">&nbsp;[155]</a> les Genevois, le roy commanda
que l'en descendist sur eux. Adonques, les nostres qui
les cuidoient estre traitres les assaillirent moult cruellement
-et en mistrent plusieurs mort. Et le roy dsiroit
-moult soy combatre main main au roy d'Angleterre;
+et en mistrent plusieurs à mort. Et le roy désiroit
+moult à soy combatre main à main au roy d'Angleterre;
mais bonnement il ne povoit, car les autres
batailles qui estoient devant se combatoient aux archiers,
-lesquels archiers navrrent moult de leur chevaux
+lesquels archiers navrèrent moult de leur chevaux
et leur firent moult d'autres dommages, en tant
-que c'est piti et doleur du recorder, et dura ladite bataille
-jusques soleil couchant. Finablement tout le
-fais de la bataille chit sus les nostres et fut contre eux.</p>
+que c'est pitié et doleur du recorder, et dura ladite bataille
+jusques à soleil couchant. Finablement tout le
+fais de la bataille chéit sus les nostres et fut contre eux.</p>
-<p>En icelle journe, toute France ot confusion telle
+<p>En icelle journée, toute France ot confusion telle
qu'elle n'avoit onques mais par le roy d'Angleterre soufferte,
-dont il soit mmoire prsent; car par peu
+dont il soit mémoire à présent; car par peu
de gens, et gens de nulle value, c'est assavoir archiers,
-furent tus le roy de Boesme, fils de Henri jadis empereur;
-le conte d'Alenon, frre du roi de France; le
+furent tués le roy de Boesme, fils de Henri jadis empereur;
+le conte d'Alençon, frère du roi de France; le
duc de Lorraine, le conte de Bloys, le conte de Flandres,
le conte de Harecourt<a name="FNanchor_156" id="FNanchor_156" href="#Footnote_156" class="fnanchor">&nbsp;[156]</a>, le conte de Sancerre, le conte
de Samines et moult d'autres nobles compaignies de
barons et de chevaliers, desquels Dieu veuille avoir
-merci! En celui lieu de Crcy, la fleur de la chevalerie
-chit.</p>
+merci! En celui lieu de Crécy, la fleur de la chevalerie
+chéit.</p>
<p>La nuit venant<a name="FNanchor_157" id="FNanchor_157" href="#Footnote_157" class="fnanchor">&nbsp;[157]</a>, le roy, par le conseil de monseigneur
<span class="pagenum"><a id="Page_216"> 216</a></span>
-Jehan de Haynau, chevalier, s'en ala gsir
+Jehan de Haynau, chevalier, s'en ala gésir à
la ville de la Braye<a name="FNanchor_158" id="FNanchor_158" href="#Footnote_158" class="fnanchor">&nbsp;[158]</a>. Le dimanche matin, les Anglois
-ne se dpartirent pas, mais le roy, avecques ceux qu'il
-pot avoir en sa compaignie, s'en ala hastivement la
-cit d'Amiens et ilec se tint. Iceluy meisme matin, plusieurs
-des nostres, tant de pi comme de cheval, pour ce
-qu'il voient les banires du roy, si cuidoient que le
-roy y fust et se boutrent dedens les Anglois; dont il
+ne se départirent pas, mais le roy, avecques ceux qu'il
+pot avoir en sa compaignie, s'en ala hastivement à la
+cité d'Amiens et ilec se tint. Iceluy meisme matin, plusieurs
+des nostres, tant de pié comme de cheval, pour ce
+qu'il véoient les banières du roy, si cuidoient que le
+roy y fust et se boutèrent dedens les Anglois; dont il
avint que, en iceluy meisme dimanche, les Anglois en
-turent greigneur nombre qu'il n'avoient fait le samedi
+tuèrent greigneur nombre qu'il n'avoient fait le samedi
devant, pourquoy nous devons croire que Dieu a souffert
-ceste chose par les desertes de nos pchis, jasoit
-ce que nous n'aparteigne pas de en jugier. Mais ce que
+ceste chose par les desertes de nos péchiés, jasoit
+ce que à nous n'aparteigne pas de en jugier. Mais ce que
nous voions, nous tesmoignons; car l'orgueil estoit
-moult grant en France, et meismement s nobles et en
+moult grant en France, et meismement ès nobles et en
aucuns autres; c'est assavoir: en orgueil de seigneurie
-et en convoitise de richesses et en deshonnestet de vesteure
-et de divers habis qui couroient communment
+et en convoitise de richesses et en deshonnesteté de vesteure
+et de divers habis qui couroient communément
par le royaume de France, car les uns avoient robes si
courtes qu'il ne leur venoient que aux nasches<a name="FNanchor_159" id="FNanchor_159" href="#Footnote_159" class="fnanchor">&nbsp;[159]</a>, et
quant il se baissoient pour servir un seigneur, il monstroient
-leur braies<a name="FNanchor_160" id="FNanchor_160" href="#Footnote_160" class="fnanchor">&nbsp;[160]</a> et ce qui estoit dedens ceux qui
-estoient derrire eux; et si estoient si troites qu'il leur
-falloit aide eux vestir et au despoillier, et sembloit que
+leur braies<a name="FNanchor_160" id="FNanchor_160" href="#Footnote_160" class="fnanchor">&nbsp;[160]</a> et ce qui estoit dedens à ceux qui
+estoient derrière eux; et si estoient si étroites qu'il leur
+falloit aide à eux vestir et au despoillier, et sembloit que
l'on les escorchoit quant l'on les despoilloit. Et les autres
-avoient robes froncies sus les rains comme femmes,
+avoient robes fronciées sus les rains comme femmes,
<span class="pagenum"><a id="Page_217"> 217</a></span>
-et si avoient leurs chaperons destrenchis menuement
+et si avoient leurs chaperons destrenchiés menuement
tout en tour; et si avoient une chauce<a name="FNanchor_161" id="FNanchor_161" href="#Footnote_161" class="fnanchor">&nbsp;[161]</a> d'un drap et
l'autre d'autre; et si leur venoient leur cornettes<a name="FNanchor_162" id="FNanchor_162" href="#Footnote_162" class="fnanchor">&nbsp;[162]</a> et
-leur manches prs de terre, et sembloient mieux jugleurs<a name="FNanchor_163" id="FNanchor_163" href="#Footnote_163" class="fnanchor">&nbsp;[163]</a>
+leur manches près de terre, et sembloient mieux jugleurs<a name="FNanchor_163" id="FNanchor_163" href="#Footnote_163" class="fnanchor">&nbsp;[163]</a>
que autres gens. Et pour ce, ce ne fut pas
-merveille si Dieu voult corriger les excs des Franois
+merveille si Dieu voult corriger les excès des François
par son flael<a name="FNanchor_164" id="FNanchor_164" href="#Footnote_164" class="fnanchor">&nbsp;[164]</a>, le roy d'Angleterre.</p>
-<p>Aprs ces choses, se dpartit le roy anglois moult
+<p>Après ces choses, se départit le roy anglois moult
joieux de la grant victoire qu'il avoit eue, et s'en ala
-passer Monstereul et Bouloigne, et vint jusques Calais
+passer à Monstereul et Bouloigne, et vint jusques à Calais
sus la mer. En celle ville de Calais estoit un vaillant
chevalier, de par le roy de France capitaine, lequel
-avoit nom Jehan de Vienne, n de Bourgoigne. Et
+avoit à nom Jehan de Vienne, né de Bourgoigne. Et
pour ce que le roy d'Angleterre ne pot pas sitost entrer
en la ville de Calais comme il voult, il la fist fermer de
-sige, et si fist eslever habitations assez prs de ladite
-ville pour hbergier luy et son ost. Quant ceux de Calais
-virent qu'il estoient ainsi avironns de leur anemis,
-tant par terre comme par mer, il ne s'en espoventrent
+siége, et si fist eslever habitations assez près de ladite
+ville pour hébergier luy et son ost. Quant ceux de Calais
+virent qu'il estoient ainsi avironnés de leur anemis,
+tant par terre comme par mer, il ne s'en espoventèrent
onques. Adonques jura le roy d'Angleterre qu'il ne se
-partiroit jusques tant qu'il eust pris ladite ville de
-Calais, et appella le lieu o luy et son ost estoient, l
-o il avoit fait difier, Villeneuve-la-Hardie; et l fut
+partiroit jusques à tant qu'il eust pris ladite ville de
+Calais, et appella le lieu où luy et son ost estoient, là
+où il avoit fait édifier, Villeneuve-la-Hardie; et là fut
tout yver; et luy admenistroient les Flamens vivres par
paiant l'argent.</p>
@@ -8382,134 +8340,134 @@ paiant l'argent.</p>
<p><span class="pagenum"><a id="Page_218"> 218</a></span></p>
<div class="header">
-<h2>BATAILLE DE CRCY.<br />
+<h2>BATAILLE DE CRÉCY.<br />
<span class="medium">1346.</span></h2>
-<p class="subh">Comment le roi d'Angleterre fit aviser par ses marchaux la place o il
+<p class="subh">Comment le roi d'Angleterre fit aviser par ses maréchaux la place où il
ordonneroit ses batailles.</p>
</div>
-<p>Bien toit inform le roi d'Angleterre que son adversaire
-le roi de France le suivoit tout son grand effort,
-et avoit grand dsir de combattre lui, si comme il
-apparot; car il l'avoit vitement poursuivi jusques bien
-prs du passage de Blanche-Tache, et toit retourn
-jusques Abbeville: si dit adonc le roi d'Angleterre
-ses gens: Prenons ci place de terre, car je n'irai plus
+<p>Bien étoit informé le roi d'Angleterre que son adversaire
+le roi de France le suivoit à tout son grand effort,
+et avoit grand désir de combattre à lui, si comme il
+apparoît; car il l'avoit vitement poursuivi jusques bien
+près du passage de Blanche-Tache, et étoit retourné
+jusques à Abbeville: si dit adonc le roi d'Angleterre à
+ses gens: «Prenons ci place de terre, car je n'irai plus
avant, si aurai vu nos ennemis; et bien y a cause que
-je les attende, car je suis sur le droit hritage de madame
-ma mre, qui lui fut donn en mariage: si le
-veux dfendre et calenger contre mon adversaire Philippe
-de Valois.</p>
+je les attende, car je suis sur le droit héritage de madame
+ma mère, qui lui fut donné en mariage: si le
+veux défendre et calenger contre mon adversaire Philippe
+de Valois.»</p>
-<p>Ses gens obirent tous son intention, et n'allrent
+<p>Ses gens obéirent tous à son intention, et n'allèrent
adonc plus avant. Si se logea le roi en pleins champs,
et toutes ses gens aussi; et pour ce qu'il savoit bien qu'il
-n'avoit pas tant de gens, de la huitime partie, que le
+n'avoit pas tant de gens, de la huitième partie, que le
roy de France avoit, et si vouloit attendre l'aventure et
-la fortune, et combattre, il avoit mestier que il entendt
- ses besognes. Si fit aviser et regarder par ses deux
-marchaux, le comte de Warvich et messire Godefroy
+la fortune, et combattre, il avoit mestier que il entendît
+à ses besognes. Si fit aviser et regarder par ses deux
+maréchaux, le comte de Warvich et messire Godefroy
de Harecourt, et messire Regnault de Cobehen avec
eux, vaillant chevalier durement, le lieu et la place
-o ils ordonneroient leurs batailles. Les dessus dits chevauchrent
-autour des champs, et imaginrent et considrrent
+où ils ordonneroient leurs batailles. Les dessus dits chevauchèrent
+autour des champs, et imaginèrent et considérèrent
bien le pays et leur avantage: si firent le
-roi traire celle part et toutes manires de gens; et
-avoient envoy leurs coureurs courir par devers Abbeville,
+roi traire celle part et toutes manières de gens; et
+avoient envoyé leurs coureurs courir par devers Abbeville,
<span class="pagenum"><a id="Page_219"> 219</a></span>
pour ce qu'ils savoient bien que le roi de France
-y toit et passeroit l la Somme, savoir si ce vendredi
+y étoit et passeroit là la Somme, à savoir si ce vendredi
ils se trairoient sur les champs et istroient d'Abbeville.
-Ils rapportrent qu'il n'en toit nul apparant.</p>
-
-<p>Adonc donna le roi cong toutes ses gens d'eux
-traire leurs logis pour ce jour, et l'endemain bien
-matin, au son des trompettes, tre tous appareills;
-ainsi que pour tantt combattre en ladite place. Si se
-trat chacun, cette ordonnance, en son logis, et entendirent
- mettre point et refourbir leurs armures.
-Or parlerons-nous un petit du roi Philippe, qui toit le
+Ils rapportèrent qu'il n'en étoit nul apparant.</p>
+
+<p>Adonc donna le roi congé à toutes ses gens d'eux
+traire à leurs logis pour ce jour, et l'endemain bien
+matin, au son des trompettes, être tous appareillés;
+ainsi que pour tantôt combattre en ladite place. Si se
+traït chacun, à cette ordonnance, en son logis, et entendirent
+à mettre à point et refourbir leurs armures.
+Or parlerons-nous un petit du roi Philippe, qui étoit le
jeudi au soir venu en Abbeville.</p>
-<p class="subh">Comment le roi de France envoya ses marchaux pour savoir le convenant
-des Anglois; et comment il donna souper tous les seigneurs qui
-avecques lui toient, et leur pria qu'ils fussent amis ensemble.</p>
+<p class="subh">Comment le roi de France envoya ses maréchaux pour savoir le convenant
+des Anglois; et comment il donna à souper à tous les seigneurs qui
+avecques lui étoient, et leur pria qu'ils fussent amis ensemble.</p>
<p>Le vendredi<a name="FNanchor_165" id="FNanchor_165" href="#Footnote_165" class="fnanchor">&nbsp;[165]</a>, tout le jour, se tint le roi de France
dedans la bonne ville d'Abbeville, attendant ses gens
-qui toudis lui venoient de tous cts; et faisoit aussi les
+qui toudis lui venoient de tous côtés; et faisoit aussi les
aucuns passer outre ladite ville et traire aux champs,
-pour tre plus appareills l'endemain; car c'toit son
+pour être plus appareillés l'endemain; car c'étoit son
intention d'issir hors et combattre ses ennemis, comment
-qu'il ft. Et envoya ledit roi ce vendredi ses marchaux,
+qu'il fût. Et envoya ledit roi ce vendredi ses maréchaux,
le sire de Saint-Venant et messire Charles de
-Montmorency, hors d'Abbeville, dcouvrir sur le pays,
-pour apprendre et savoir la vrit des Anglois. Si rapportrent
-les dessus dits au roy, heure de vespres, que
-les Anglois toient logs sur les champs, assez prs de
-Crcy en Ponthieu, et montroient, selon leur ordonnance
-et leur convenant, qu'ils attendoient l leurs ennemis.
+Montmorency, hors d'Abbeville, découvrir sur le pays,
+pour apprendre et savoir la vérité des Anglois. Si rapportèrent
+les dessus dits au roy, à heure de vespres, que
+les Anglois étoient logés sur les champs, assez près de
+Crécy en Ponthieu, et montroient, selon leur ordonnance
+et leur convenant, qu'ils attendoient là leurs ennemis.
De ce rapport fut le roy de France moult lie, et
-dit que, s'il plaisoit Dieu, l'endemain ils seroient combattus.
+dit que, s'il plaisoit à Dieu, l'endemain ils seroient combattus.
<span class="pagenum"><a id="Page_220"> 220</a></span>
-Si pria le dit roy au souper, ce vendredi, de ls lui,
-tous les hauts princes qui adonc toient dedans Abbeville;
-le roy de Behaigne premirement, le comte d'Alenon
-son frre, le comte de Blois son neveu, le comte
+Si pria le dit roy au souper, ce vendredi, de lès lui,
+tous les hauts princes qui adonc étoient dedans Abbeville;
+le roy de Behaigne premièrement, le comte d'Alençon
+son frère, le comte de Blois son neveu, le comte
de Flandre, le duc de Lorraine, le comte d'Aucerre, le
comte de Sancerre, le comte de Harecourt, messire Jean
de Hainaut et foison d'autres; et fut ce soir en grand
-rcration et en grand parlement d'armes, et pria aprs
-souper tous les seigneurs qu'ils fussent l'un l'autre
+récréation et en grand parlement d'armes, et pria après
+souper à tous les seigneurs qu'ils fussent l'un à l'autre
amis et courtois, sans envie, sans haine et sans orgueil:
-et chacun lui enconvenana. Encore attendoit ledit roy
-le comte de Savoie et messire Louis de Savoie son frre,
-qui devoient venir bien mille lances de Savoyens et
-du Dauphin; car ainsi toient eux mands et retenus
-et pays de leurs gages Troyes en Champagne, pour
+et chacun lui enconvenança. Encore attendoit ledit roy
+le comte de Savoie et messire Louis de Savoie son frère,
+qui devoient venir à bien mille lances de Savoyens et
+du Dauphiné; car ainsi étoient eux mandés et retenus
+et payés de leurs gages à Troyes en Champagne, pour
trois mois. Or retournerons-nous au roy d'Angleterre,
et vous conterons une partie de son convenant.</p>
-<p class="subh">Comment le roi d'Angleterre donna souper ses comtes et barons, puis au
-matin, la messe oue, lui et son fils et plusieurs autres reurent le corps
+<p class="subh">Comment le roi d'Angleterre donna à souper à ses comtes et barons, puis au
+matin, la messe ouïe, lui et son fils et plusieurs autres reçurent le corps
de Notre-Seigneur; et comment il fit ordonner ses batailles.</p>
<p>Ce vendredi, si comme je vous ai dit, se logea le roy
-d'Angleterre pleins champs tout son ost, et se aisrent
+d'Angleterre à pleins champs à tout son ost, et se aisèrent
de ce qu'ils avoient: ils avoient bien de quoi, car
-ils trouvrent le pays gras et plantureux de tous vivres,
-de vins et de viandes, et aussi, pour les dfautes qui
-pouvoient avenir, grands pourvances charroi les suivoient.
-Si donna ledit roi souper aux comtes et barons
-de son ost, leur fit moult grand chre, et puis leur
-donna cong d'aller reposer, si comme ils firent. Cette
-mme nuit, si comme je l'ai depuis ou recorder, quand
-toutes ses gens furent partis de lui, et qu'il fut demeur
-de ls ses chevaliers de son corps et de sa chambre, il
-entra en son oratoire, et fut l genoux et en oraison
+ils trouvèrent le pays gras et plantureux de tous vivres,
+de vins et de viandes, et aussi, pour les défautes qui
+pouvoient avenir, grands pourvéances à charroi les suivoient.
+Si donna ledit roi à souper aux comtes et barons
+de son ost, leur fit moult grand chère, et puis leur
+donna congé d'aller reposer, si comme ils firent. Cette
+même nuit, si comme je l'ai depuis ouï recorder, quand
+toutes ses gens furent partis de lui, et qu'il fut demeuré
+de lès ses chevaliers de son corps et de sa chambre, il
+entra en son oratoire, et fut là à genoux et en oraison
<span class="pagenum"><a id="Page_221"> 221</a></span>
-devant son autel, en priant dvotement Dieu qu'il le
-laisst l'endemain, s'il se combattoit, issir de la besogne
- son honneur. Aprs ses oraisons, environ mie nuit,
+devant son autel, en priant dévotement Dieu qu'il le
+laissât l'endemain, s'il se combattoit, issir de la besogne
+à son honneur. Après ses oraisons, environ mie nuit,
il alla coucher; et l'endemain se leva assez matin par
-raison, et out messe, et le prince de Galles, son fils;
-et s'accommunirent; et en telle manire la plus grand
-partie de ses gens se confessrent et mirent en bon tat.</p>
+raison, et ouït messe, et le prince de Galles, son fils;
+et s'accommunièrent; et en telle manière la plus grand
+partie de ses gens se confessèrent et mirent en bon état.</p>
-<p>Aprs les messes, le roy commanda toutes gens eux
+<p>Après les messes, le roy commanda à toutes gens eux
armer, et issir hors de leurs logis et traire sur les
champs en la propre place qu'ils avoient le jour devant
-avise; et fit faire ledit roi un grand parc prs d'un
-bois derrire son ost, et l mettre et retraire tous chars
+avisée; et fit faire ledit roi un grand parc près d'un
+bois derrière son ost, et là mettre et retraire tous chars
et charrettes; et fit entrer dedans ce parc tous les chevaux,
-et demeura chacun homme d'armes et archer
-pied, et n'y avait en ce parc qu'une seule entre.</p>
+et demeura chacun homme d'armes et archer à
+pied, et n'y avait en ce parc qu'une seule entrée.</p>
-<p>En aprs, il fit faire et ordonner par son conntable
-et ses marchaux trois batailles: si fut mis et ordonn
-en la premire son jeune fils le prince de Galles, et de
-ls ledit prince furent lus pour demeurer, le comte de
+<p>En après, il fit faire et ordonner par son connétable
+et ses maréchaux trois batailles: si fut mis et ordonné
+en la première son jeune fils le prince de Galles, et de
+lès ledit prince furent élus pour demeurer, le comte de
Warvich, le comte de Kenfort, messire Godefroy de Harecourt,
messire Regnault de Cobehen, messire Thomas
de Hollande, messire Richard de Stanfort, le sire de
@@ -8517,11 +8475,11 @@ Manne, le sire de la Ware, messire Jean Chandos, messire
Barthelemy de Brubbes, messire Robert de Neufville,
messire Thomas Cliford, le sire de Bourchier, le
sire Latimer et plusieurs autres bons chevaliers et
-cuyers, lesquels je ne sais mie tous nommer: si pouvoient
-tre en la bataille du prince environ huit cents
+écuyers, lesquels je ne sais mie tous nommer: si pouvoient
+être en la bataille du prince environ huit cents
hommes d'armes et deux mille archers et mille brigands
-parmi les Gallois. Si se trat moult ordonnment cette
-bataille sur les champs, chacun sire dessous sa bannire
+parmi les Gallois. Si se traït moult ordonnément cette
+bataille sur les champs, chacun sire dessous sa bannière
ou son pennon, ou entre ses gens.</p>
<p>En la seconde bataille furent le comte de Norhantonne,
@@ -8529,666 +8487,666 @@ le comte d'Arondel, le sire de Ros, le sire de Lucy, le
<span class="pagenum"><a id="Page_222"> 222</a></span>
sire de Villebi, le sire de Basset, le sire de Saint-Aubin,
messire Louis Tueton, le sire de Multon, le sire de la
-Selle et plusieurs autres; et toient en cette bataille environ
+Selle et plusieurs autres; et étoient en cette bataille environ
cinq cents hommes d'armes et douze cents archers.</p>
<p>La tierce bataille eut le roi, pour son corps, et grand
-foison, selon l'aisement o il toit, de bons chevaliers
-et cuyers; si pouvoient tre en sa route et arroi environ
+foison, selon l'aisement où il étoit, de bons chevaliers
+et écuyers; si pouvoient être en sa route et arroi environ
sept cents hommes d'armes et deux mille archers. Quand
-ces trois batailles furent ordonnes, et que chacun
-comte, baron et chevalier sut quelle chose il devoit
+ces trois batailles furent ordonnées, et que chacun
+comte, baron et chevalier sçut quelle chose il devoit
faire, le roy d'Angleterre monta sur un petit palefroi,
-un blanc bton en sa main, adextr de ses marchaux,
+un blanc bâton en sa main, adextré de ses maréchaux,
et puis alla tout le pas, de rang en rang, et admonestant
et priant les comtes, les barons et les chevaliers
qu'ils voulussent entendre et penser pour son honneur
-garder, et dfendre son droit; et leur disoit ces langages
-en riant si doucement et de si lie chre, que qui
-ft tout dconfort si se pt-il reconforter en lui oyant
-et regardant. Et quand il eut ainsi visit toutes ses batailles,
-et ses gens admonests et pris de bien faire la
-besogne, il fut heure de haute tierce (<em>midi</em>); si se retrat
+garder, et défendre son droit; et leur disoit ces langages
+en riant si doucement et de si liée chère, que qui
+fût tout déconforté si se pût-il reconforter en lui oyant
+et regardant. Et quand il eut ainsi visité toutes ses batailles,
+et ses gens admonestés et priés de bien faire la
+besogne, il fut heure de haute tierce (<em>midi</em>); si se retraït
en sa bataille, et ordonna que toutes gens mangeassent
- leur aise et bussent un coup. Ainsi fut fait
-comme il l'ordonna; et mangrent et burent tout
-loisir; et puis retroussrent pots, barrils et leurs pourvances
+à leur aise et bussent un coup. Ainsi fut fait
+comme il l'ordonna; et mangèrent et burent tout à
+loisir; et puis retroussèrent pots, barrils et leurs pourvéances
sur leurs charriots, et revinrent en leurs batailles,
-ainsi que ordonns toient par les marchaux;
-et s'assirent tous terre, leurs bassinets et leurs arcs
-devant eux, en eux reposant pour tre plus frais et plus
+ainsi que ordonnés étoient par les maréchaux;
+et s'assirent tous à terre, leurs bassinets et leurs arcs
+devant eux, en eux reposant pour être plus frais et plus
nouveaux quand leurs ennemis viendroient; car telle
-toit l'intention du roi d'Angleterre que l il attendroit
-son adversaire le roy de France, et se combattroit lui
-et sa puissance.</p>
+étoit l'intention du roi d'Angleterre que là il attendroit
+son adversaire le roy de France, et se combattroit à lui
+et à sa puissance.</p>
<p><span class="pagenum"><a id="Page_223"> 223</a></span></p>
-<p class="subh">Comment le roi de France, la messe oue, se partit d'Abbeville tout son
+<p class="subh">Comment le roi de France, la messe ouïe, se partit d'Abbeville à tout son
ost; et comment il envoya quatre de ses chevaliers pour aviser le conroi
des Anglais.</p>
<p>Le samedi<a name="FNanchor_166" id="FNanchor_166" href="#Footnote_166" class="fnanchor">&nbsp;[166]</a> au matin, se leva le roy de France assez
-matin, et out messe en son htel dedans Abbeville, en
-l'abbaye Saint-Pierre o il toit log; et aussi firent
-tous les seigneurs, le roi de Behaigne, le comte d'Alenon,
+matin, et ouït messe en son hôtel dedans Abbeville, en
+l'abbaye Saint-Pierre où il étoit logé; et aussi firent
+tous les seigneurs, le roi de Behaigne, le comte d'Alençon,
le comte de Blois, le comte de Flandre, et tous
les chefs des grands seigneurs qui dedans Abbeville
-toient arrts. Et sachez que le vendredi ils ne logrent
+étoient arrêtés. Et sachez que le vendredi ils ne logèrent
mie tous dedans Abbeville, car ils n'eussent pu,
-mais s villages d'environ; et grand foison en y eut
-Saint-Riquier, qui est une bonne ville ferme. Aprs
+mais ès villages d'environ; et grand foison en y eut à
+Saint-Riquier, qui est une bonne ville fermée. Après
soleil levant, ce samedi, se partit le roy de France d'Abbeville,
et issit des portes; et y avoit si grandfoison de
-gens d'armes que merveille seroit penser. Si chevaucha
+gens d'armes que merveille seroit à penser. Si chevaucha
ledit roy tout souef pour suratendre ses gens, le
roy de Behaigne et messire Jean de Hainaut, en sa compagnie.</p>
-<p>Quand le roy et sa grosse route furent loigns de la
+<p>Quand le roy et sa grosse route furent éloignés de la
ville d'Abbeville environ deux lieues, en approchant
-les ennemis, si lui fut dit: Sire, ce seroit bon que
-vous fissiez entendre ordonner vos batailles et fissiez
-toutes manires de gens de pied passer devant,
-parquoi ils ne soient point fouls de ceux de cheval;
+les ennemis, si lui fut dit: «Sire, ce seroit bon que
+vous fissiez entendre à ordonner vos batailles et fissiez
+toutes manières de gens de pied passer devant,
+parquoi ils ne soient point foulés de ceux de cheval;
et que vous envoyiez trois ou quatre de vos chevaliers
devant chevaucher, pour aviser vos ennemis, ni
-en quel tat ils sont. Ces paroles plurent bien audit
+en quel état ils sont.» Ces paroles plurent bien audit
roy; et y envoya quatre moult vaillans chevaliers, le
-Moine de Basele (<em>Ble</em>), le seigneur de Noyers, le seigneur
+Moine de Basele (<em>Bâle</em>), le seigneur de Noyers, le seigneur
de Beaujeu, et le seigneur d'Aubigny. Ces quatre
<span class="pagenum"><a id="Page_224"> 224</a></span>
-chevaliers chevauchrent si avant qu'ils approchrent
-de moult prs les Anglois, et que ils purent bien aviser
+chevaliers chevauchèrent si avant qu'ils approchèrent
+de moult près les Anglois, et que ils purent bien aviser
et imaginer une grand partie de leur affaire. Et bien
-virent les Anglois qu'ils toient l venus pour eux voir:
-mais ils n'en firent semblant, et les laissrent en paix
+virent les Anglois qu'ils étoient là venus pour eux voir:
+mais ils n'en firent semblant, et les laissèrent en paix
tout bellement revenir.</p>
-<p>Or retournrent arrire ces quatre chevaliers devers
+<p>Or retournèrent arrière ces quatre chevaliers devers
le roy de France et les seigneurs de son conseil, qui
-chevauchoient le petit pas, en eux surattendant; si s'arrtrent
-sur les champs sitt qu'ils les virent venir. Les
+chevauchoient le petit pas, en eux surattendant; si s'arrêtèrent
+sur les champs sitôt qu'ils les virent venir. Les
dessus dits rompirent la presse, et vinrent jusques au
-roy. Adonc leur demanda le roy tout haut: Seigneurs,
-quelles nouvelles? Ils regardrent tous l'un l'autre,
+roy. Adonc leur demanda le roy tout haut: «Seigneurs,
+quelles nouvelles?» Ils regardèrent tous l'un à l'autre,
sans mot sonner; car nul ne vouloit parler devant son
-compagnon, et disoient l'un l'autre: Sire, parlez au
-roy; je ne parlerai point devant vous. L furent-ils en
+compagnon, et disoient l'un à l'autre: «Sire, parlez au
+roy; je ne parlerai point devant vous.» Là furent-ils en
estrif une espace que nul ne vouloit, par honneur, soi
avancer de parler. Finablement issit de la bouche du
roy l'ordonnance qu'il commanda au Moine de Basele,
que on tenoit ce jour l'un des plus chevalereux et vaillants
-chevaliers du monde, qui plus avoit travaill de
-son corps, qu'il en dt son entente; et toit ce chevalier
-au roy de Behaigne, qui s'en tenoit pour bien par quand
-il l'avoit de ls lui.</p>
+chevaliers du monde, qui plus avoit travaillé de
+son corps, qu'il en dît son entente; et étoit ce chevalier
+au roy de Behaigne, qui s'en tenoit pour bien paré quand
+il l'avoit de lès lui.</p>
-<p class="subh">Comment le Moine de Basele conseilla au roi de France faire arrter
+<p class="subh">Comment le Moine de Basele conseilla au roi de France faire arrêter
ses gens emmi les champs et ordonner ses batailles.</p>
-<p>Sire, ce dit le Moine de Basele, je parlerai puisqu'il
-vous plat, sous la correction de mes compagnons.
-Nous avons chevauch; si avons vu et considr le convenant
-des Anglois. Sachez qu'ils sont mis et arrts en
+<p>«Sire, ce dit le Moine de Basele, je parlerai puisqu'il
+vous plaît, sous la correction de mes compagnons.
+Nous avons chevauché; si avons vu et considéré le convenant
+des Anglois. Sachez qu'ils sont mis et arrêtés en
trois batailles, bien et faiticement, et ne font nul semblant
-qu'ils doivent fuir, mais vous attendent, ce qu'ils
+qu'ils doivent fuir, mais vous attendent, à ce qu'ils
montrent. Si conseille, de ma partie, sauf toujours le
<span class="pagenum"><a id="Page_225"> 225</a></span>
meilleur conseil, que vous fassiez toutes vos gens-ci
-arrter sur les champs et loger pour cette journe; car
-ainois que les derniers puissent venir jusques eux, et
-que vos batailles soient ordonnes, il sera tard; si seront
-vos gens lasss et travaills et sans arroi, et vous
+arrêter sur les champs et loger pour cette journée; car
+ainçois que les derniers puissent venir jusques à eux, et
+que vos batailles soient ordonnées, il sera tard; si seront
+vos gens lassés et travaillés et sans arroi, et vous
trouverez vos ennemis frais et nouveaux, et tous pourvus
de savoir quelle chose ils doivent faire; si pourrez
-le matin vos batailles ordonner plus mrement et mieux,
+le matin vos batailles ordonner plus mûrement et mieux,
et par plus grand loisir aviser vos ennemis par lequel
-ls on les pourra combattre; car soyez tout sr qu'ils
-vous attendront.</p>
+lès on les pourra combattre; car soyez tout sûr qu'ils
+vous attendront.»</p>
<p>Ce conseil et avis plut grandement bien au roy de
-France; et commanda que ainsi ft fait que ledit moine
-avoit parl. Si chevauchrent les deux marchaux, l'un
-devant, l'autre derrire, en disant et commandant aux
-bannerets: Arrtez bannires, de par le roi, au nom
-de Dieu et de monseigneur saint Denis! Ceux qui
-toient premiers cette premire ordonnance s'arrtrent,
-et les derniers non, mais chevauchrent toujours
-avant; et disoient qu'ils ne s'arrteroient point, jusques
- ce qu'ils fussent aussi avant que les premiers toient.
-Et quand les premiers voient qu'ils les approchaient,
+France; et commanda que ainsi fût fait que ledit moine
+avoit parlé. Si chevauchèrent les deux maréchaux, l'un
+devant, l'autre derrière, en disant et commandant aux
+bannerets: «Arrêtez bannières, de par le roi, au nom
+de Dieu et de monseigneur saint Denis!» Ceux qui
+étoient premiers à cette première ordonnance s'arrêtèrent,
+et les derniers non, mais chevauchèrent toujours
+avant; et disoient qu'ils ne s'arrêteroient point, jusques
+à ce qu'ils fussent aussi avant que les premiers étoient.
+Et quand les premiers véoient qu'ils les approchaient,
ils chevauchoient avant. Ainsi par grand orgueil et par
-grand boubant fut demene cette chose, car chacun
-vouloit surpasser son compagnon; et ne put tre crue
-ni oue la parole du vaillant chevalier: dont il leur en
-meschy si grandement, comme vous orrez recorder
-assez brivement. Ni aussi le roi ni ses marchaux ne
-purent adonc tre matres de leurs gens, car il y avoit
+grand boubant fut demenée cette chose, car chacun
+vouloit surpasser son compagnon; et ne put être crue
+ni ouïe la parole du vaillant chevalier: dont il leur en
+meschéy si grandement, comme vous orrez recorder
+assez brièvement. Ni aussi le roi ni ses maréchaux ne
+purent adonc être maîtres de leurs gens, car il y avoit
si grands gens et si grand nombre de grands seigneurs,
-que chacun vouloit l montrer sa puissance.</p>
+que chacun vouloit là montrer sa puissance.</p>
-<p>Si chevauchrent en cel tat, sans arroi et sans ordonnance,
-si avant qu'ils approchrent leurs ennemis, et
-qu'ils les voient en leur prsence. Or fut moult grand
+<p>Si chevauchèrent en cel état, sans arroi et sans ordonnance,
+si avant qu'ils approchèrent leurs ennemis, et
+qu'ils les véoient en leur présence. Or fut moult grand
<span class="pagenum"><a id="Page_226"> 226</a></span>
-blme pour les premiers, et mieux leur valsist tre ordonns
- l'ordonnance du vaillant chevalier que ce
-qu'ils firent; car sitt qu'ils virent leurs ennemis, ils
-reculrent tout un faix, si dsordonnment que ceux
-qui derrire toient s'en bahirent, et cuidrent que les
-premiers se combatissent et qu'ils fussent j dconfits;
+blâme pour les premiers, et mieux leur valsist être ordonnés
+à l'ordonnance du vaillant chevalier que ce
+qu'ils firent; car sitôt qu'ils virent leurs ennemis, ils
+reculèrent tout à un faix, si désordonnément que ceux
+qui derrière étoient s'en ébahirent, et cuidèrent que les
+premiers se combatissent et qu'ils fussent jà déconfits;
et eurent adonc bien espace d'aller devant s'ils vouldrent;
-de quoi aucuns y allrent, et aucuns se tinrent
+de quoi aucuns y allèrent, et aucuns se tinrent
tous cois.</p>
-<p>L y avoit sur les champs si grand peuple de communaut
-que sans nombre, et en toient les chemins tous
-couverts entre Abbeville et Crcy; et quand ils durent
-approcher leurs ennemis, trois lieues prs ils sachrent
-leurs pes, et crirent: A la mort, la mort!
-Et si ne voient nullui.</p>
+<p>Là y avoit sur les champs si grand peuple de communauté
+que sans nombre, et en étoient les chemins tous
+couverts entre Abbeville et Crécy; et quand ils durent
+approcher leurs ennemis, à trois lieues près ils sachèrent
+leurs épées, et écrièrent: «A la mort, à la mort!»
+Et si ne véoient nullui.</p>
-<p class="subh">Comment le roi de France commanda ses marchaux faire commencer la
-bataille par les Gennevois; et comment lesdits Gennevois furent tous dconfits.</p>
+<p class="subh">Comment le roi de France commanda à ses maréchaux faire commencer la
+bataille par les Gennevois; et comment lesdits Gennevois furent tous déconfits.</p>
-<p>Il n'est nul homme, tant fut prsent celle journe,
+<p>Il n'est nul homme, tant fut présent à celle journée,
ni eut bon loisir d'aviser et imaginer toute la besogne
-ainsi qu'elle alla, qui en st ni pt imaginer, ni recorder
-la vrit, espcialement de la partie des Franois,
+ainsi qu'elle alla, qui en sçût ni pût imaginer, ni recorder
+la vérité, espécialement de la partie des François,
tant y eut povre arroi et ordonnance en leurs
-conrois; et ce que j'en sais, je l'ai su le plus par les
-Anglois, qui imaginrent bien leur convenant, et aussi
+conrois; et ce que j'en sais, je l'ai sçu le plus par les
+Anglois, qui imaginèrent bien leur convenant, et aussi
par les gens messire Jean de Hainaut, qui fut toujours
-de ls le roi de France.</p>
+de lès le roi de France.</p>
-<p>Les Anglois qui ordonns toient en trois batailles, et
-qui soient jus terre tout bellement, sitt qu'ils virent
-les Franois approcher, ils se levrent moult ordonnment
-sans nul effroi, et se rangrent en leurs batailles,
-celle du prince tout devant, leurs archers mis en manire
+<p>Les Anglois qui ordonnés étoient en trois batailles, et
+qui séoient jus à terre tout bellement, sitôt qu'ils virent
+les François approcher, ils se levèrent moult ordonnément
+sans nul effroi, et se rangèrent en leurs batailles,
+celle du prince tout devant, leurs archers mis en manière
d'une herse, et les gens d'armes au fond de la bataille.
<span class="pagenum"><a id="Page_227"> 227</a></span>
Le comte de Norhantonne et le comte d'Arondel
et leur bataille, qui faisoient la seconde, se tenoient sur
-aile bien ordonnment, et aviss et pourvus pour conforter
-le prince, si besoin toit. Vous devez savoir que
-ces seigneurs, rois, ducs, comtes, barons franois ne
-vinrent mie jusques l tous ensemble, mais l'un devant,
-l'autre derrire, sans arroi et sans ordonnance. Quand
-le roi Philippe vint jusques sur la place o les Anglois
-toient prs de l arrts et ordonns, et il les vit, le
-sang lui mua, car il les hoit; et ne se fut adonc nullement
-refren ni abstenu d'eux combattre; et dit ses
-marchaux: Faites passer nos Gennevois devant et
+aile bien ordonnément, et avisés et pourvus pour conforter
+le prince, si besoin étoit. Vous devez savoir que
+ces seigneurs, rois, ducs, comtes, barons françois ne
+vinrent mie jusques là tous ensemble, mais l'un devant,
+l'autre derrière, sans arroi et sans ordonnance. Quand
+le roi Philippe vint jusques sur la place où les Anglois
+étoient près de là arrêtés et ordonnés, et il les vit, le
+sang lui mua, car il les héoit; et ne se fut adonc nullement
+refrené ni abstenu d'eux combattre; et dit à ses
+maréchaux: «Faites passer nos Gennevois devant et
commencer la bataille, au nom de Dieu et de monseigneur
-saint Denis. L avoit de cesdits Gennevois arbaltriers
+saint Denis.» Là avoit de cesdits Gennevois arbalétriers
environ quinze mille, qui eussent eu aussi cher
-nant que commencer adonc la bataille; car ils toient
-durement las et travaills d'aller pied ce jour plus
-de six lieues, tous arms, et de leurs arbaltres porter;
-et dirent adonc leurs conntables qu'ils n'toient mie
-adonc ordonns de faire grand exploit de bataille. Ces
-paroles volrent jusques au comte d'Alenon, qui en fut
-durement courrouc, et dit: On se doit bien charger
-de telle ribaudaille, qui faillent au besoin!</p>
+néant que commencer adonc la bataille; car ils étoient
+durement las et travaillés d'aller à pied ce jour plus
+de six lieues, tous armés, et de leurs arbalètres porter;
+et dirent adonc à leurs connétables qu'ils n'étoient mie
+adonc ordonnés de faire grand exploit de bataille. Ces
+paroles volèrent jusques au comte d'Alençon, qui en fut
+durement courroucé, et dit: «On se doit bien charger
+de telle ribaudaille, qui faillent au besoin!»</p>
<p>Entrementes que ces paroles couroient et que ces
-Gennevois se reculoient et se dtrioient, descendit une
-pluie du ciel si grosse et si paisse que merveilles, et un
+Gennevois se reculoient et se détrioient, descendit une
+pluie du ciel si grosse et si épaisse que merveilles, et un
tonnerre et un esclistre moult grand et moult horrible.
Paravant cette pluie, pardessus les batailles, autant d'un
-ct que d'autre, avoit vol si grand foison de corbeaux
-que sans nombre, et demen le plus grand temptis
-du monde. L disoient aucuns sages chevaliers que c'toit
+côté que d'autre, avoit volé si grand foison de corbeaux
+que sans nombre, et demené le plus grand tempêtis
+du monde. Là disoient aucuns sages chevaliers que c'étoit
un signe de grand bataille et de grand effusion de
sang.</p>
-<p>Aprs toutes ces choses, se commena l'air claircir
+<p>Après toutes ces choses, se commença l'air à éclaircir
<span class="pagenum"><a id="Page_228"> 228</a></span>
-et le soleil luire bel et clair. Si l'avoient les Franois
-droit en l'&oelig;il, et les Anglois par derrire. Quand les
+et le soleil à luire bel et clair. Si l'avoient les François
+droit en l'&oelig;il, et les Anglois par derrière. Quand les
Gennevois furent tous recueillis et mis ensemble, et ils
-durent approcher leurs ennemis, ils commencrent
-crier si trs haut que ce fut merveilles, et le firent pour
-bahir les Anglois; mais les Anglois se tinrent tous
+durent approcher leurs ennemis, ils commencèrent à
+crier si très haut que ce fut merveilles, et le firent pour
+ébahir les Anglois; mais les Anglois se tinrent tous
cois, ni oncques n'en firent semblant. Secondement encore
-crirent eux ainsi, et puis allrent un petit pas
+crièrent eux ainsi, et puis allèrent un petit pas
avant; et les Anglois restoient tous cois, sans eux mouvoir
-de leur pas. Tiercement encore crirent moult haut
-et moult clair, et passrent avant, et tendirent leurs
-arbaltres et commencrent traire. Et ces archers
-d'Angleterre, quand ils virent cette ordonnance, passrent
+de leur pas. Tiercement encore crièrent moult haut
+et moult clair, et passèrent avant, et tendirent leurs
+arbalètres et commencèrent à traire. Et ces archers
+d'Angleterre, quand ils virent cette ordonnance, passèrent
un pas en avant, et puis firent voler ces sagettes
-de grand faon, qui entrrent et descendirent si ouniement
+de grand façon, qui entrèrent et descendirent si ouniement
sur ces Gennevois que ce sembloit neige. Les Gennevois,
-qui n'avoient pas appris trouver tels archers
+qui n'avoient pas appris à trouver tels archers
que sont ceux d'Angleterre, quand ils sentirent ces sagettes
-qui leur peraient bras, ttes et ban-lvre, furent
-tantt dconfits; et couprent les plusieurs les cordes
+qui leur perçaient bras, têtes et ban-lèvre, furent
+tantôt déconfits; et coupèrent les plusieurs les cordes
de leurs arcs, et les aucuns les jetoient jus: si se mirent
ainsi au retour.</p>
-<p>Entre eux et les Franois avoit une grand haie de
-gens d'armes, monts et pars moult richement, qui
+<p>Entre eux et les François avoit une grand haie de
+gens d'armes, montés et parés moult richement, qui
regardoient le convenant des Gennevois; si que quand
-ils cuidrent retourner, ils ne purent; car le roi de
+ils cuidèrent retourner, ils ne purent; car le roi de
France, par grand mautalent, quand il vit leur povre
-arroi, et qu'ils dconfisoient ainsi, commanda et dit:
-Or tt, tuez toute cette ribaudaille, car ils nous empchent
-la voie sans raison. L vissiez gens d'armes
-en tous les entre eux frir et frapper sur eux, et les plusieurs
-trbucher et choir parmi eux, qui oncques ne
-se relevrent. Et toujours trayoient les Anglois en la
+arroi, et qu'ils déconfisoient ainsi, commanda et dit:
+«Or tôt, tuez toute cette ribaudaille, car ils nous empêchent
+la voie sans raison.» Là vissiez gens d'armes
+en tous les entre eux férir et frapper sur eux, et les plusieurs
+trébucher et chéoir parmi eux, qui oncques ne
+se relevèrent. Et toujours trayoient les Anglois en la
plus grand presse, qui rien ne perdoient de leur trait;
<span class="pagenum"><a id="Page_229"> 229</a></span>
-car ils empalloient et froient parmi le corps ou parmi
-les membres gens et chevaux qui l choient et trbuchoient
- grand meschef; et ne pouvoient tre relevs,
-si ce n'toit par force et par grand aide de gens. Ainsi
-ce commena la bataille entre la Broye et Crcy en Ponthieu,
-ce samedi heure de vespres.</p>
-
-<p class="subh">Comment le roi de Behaigne, qui goute n'y voit, se fit mener en la bataille
+car ils empalloient et féroient parmi le corps ou parmi
+les membres gens et chevaux qui là chéoient et trébuchoient
+à grand meschef; et ne pouvoient être relevés,
+si ce n'étoit par force et par grand aide de gens. Ainsi
+ce commença la bataille entre la Broye et Crécy en Ponthieu,
+ce samedi à heure de vespres.</p>
+
+<p class="subh">Comment le roi de Behaigne, qui goute n'y véoit, se fit mener en la bataille
et y fut mort lui et les siens; et comment son fils le roi d'Allemaigne
s'enfuit.</p>
<p>Le vaillant et gentil roi de Behaigne<a name="FNanchor_167" id="FNanchor_167" href="#Footnote_167" class="fnanchor">&nbsp;[167]</a>, qui s'appeloit
messire Jean de Lucembourc, car il fut fils de l'empereur
Henry de Lucembourc, entendit par ses gens
-que la bataille toit commence; car quoiqu'il ft l
-arm et en grand arroi, si ne voit-il goute et toit
-aveugle. Si demanda aux chevaliers qui de ls lui toient
+que la bataille étoit commencée; car quoiqu'il fût là
+armé et en grand arroi, si ne véoit-il goute et étoit
+aveugle. Si demanda aux chevaliers qui de lès lui étoient
comment l'ordonnance de leurs gens se portoit. Cils lui
-en recordrent la vrit, et lui dirent: Monseigneur,
-ainsi est; tous les Gennevois sont dconfits, et a command
+en recordèrent la vérité, et lui dirent: «Monseigneur,
+ainsi est; tous les Gennevois sont déconfits, et a commandé
le roi eux tous tuer; et toutes fois entre nos gens
-et eux a si grand toullis que merveille, car ils chent et
-trbuchent l'un sur l'autre, et nous empchent trop
-grandement.&mdash;Ha! rpondit le roi de Behaigne,
-c'est un petit signe pour nous. Lors demanda-t-il aprs
-le roi d'Allemaigne, son fils, et dit: O est messire
-Charles, mon fils? Cils rpondirent: Monseigneur,
-nous ne savons; nous crons bien qu'il soit d'autre part,
-et qu'il se combatte. Adonc, dit le roi ses gens une
-grand vaillance: Seigneurs, vous tes mes hommes,
-mes amis et mes compagnons; la journe d'huy je
-vous prie et requiers trs-espcialement que vous me
-meniez si avant que je puisse frir un coup d'pe.
+et eux a si grand toullis que merveille, car ils chéent et
+trébuchent l'un sur l'autre, et nous empêchent trop
+grandement.»&mdash;«Ha! répondit le roi de Behaigne,
+c'est un petit signe pour nous.» Lors demanda-t-il après
+le roi d'Allemaigne, son fils, et dit: «Où est messire
+Charles, mon fils?» Cils répondirent: «Monseigneur,
+nous ne savons; nous créons bien qu'il soit d'autre part,
+et qu'il se combatte.» Adonc, dit le roi à ses gens une
+grand vaillance: «Seigneurs, vous êtes mes hommes,
+mes amis et mes compagnons; à la journée d'huy je
+vous prie et requiers très-espécialement que vous me
+meniez si avant que je puisse férir un coup d'épée.»
<span class="pagenum"><a id="Page_230"> 230</a></span>
-Et ceux qui de ls lui toient, et qui son honneur et leur
-avancement aimoient, lui accordrent. L toit le moine
-de Basele son frein, qui envis l'et laiss; et aussi
-eussent plusieurs bons chevaliers de la comt de Lucembourc
-qui toient tous de ls lui: si que, pour eux
+Et ceux qui de lès lui étoient, et qui son honneur et leur
+avancement aimoient, lui accordèrent. Là étoit le moine
+de Basele à son frein, qui envis l'eût laissé; et aussi
+eussent plusieurs bons chevaliers de la comté de Lucembourc
+qui étoient tous de lès lui: si que, pour eux
acquitter et qu'ils ne le perdissent en la presse, ils se
-lirent par les freins de leurs chevaux tous ensemble, et
+lièrent par les freins de leurs chevaux tous ensemble, et
mirent le roi leur seigneur tout devant, pour mieux
-accomplir son dsir; et ainsi s'en allrent sur leurs ennemis.</p>
+accomplir son désir; et ainsi s'en allèrent sur leurs ennemis.</p>
-<p>Bien est vrit que de si grands gens d'armes et de si
+<p>Bien est vérité que de si grands gens d'armes et de si
noble chevalerie et tel foison que le roi de France avoit
-l, il issit trop peu de grands faits d'armes, car la bataille
-commena tard; et si toient les Franois fort las
-et travaills, ainsi qu'ils venoient. Toutes fois les vaillants
+là, il issit trop peu de grands faits d'armes, car la bataille
+commença tard; et si étoient les François fort las
+et travaillés, ainsi qu'ils venoient. Toutes fois les vaillants
hommes et les bons chevaliers, pour leur honneur,
-chevauchoient toujours avant, et avoient plus cher
-mourir que fuite vilaine leur ft reproche. L toient
-le comte d'Alenon, le comte de Blois, le comte de
+chevauchoient toujours avant, et avoient plus cher à
+mourir que fuite vilaine leur fût reprochée. Là étoient
+le comte d'Alençon, le comte de Blois, le comte de
Flandre, le duc de Lorraine, le comte de Harecourt, le
comte de Saint-Pol, le comte de Namur, le comte d'Aucerre,
le comte d'Aumale, le comte de Sancerre, le
comte de Salebruche, et tant de comtes, de barons et
de chevaliers que sans nombre.</p>
-<p>L toit messire Charles de Behaigne, qui s'appeloit
-et escrisoit j roi d'Allemaigne et en portoit les armes,
-qui vint moult ordonnment jusques la bataille; mais
+<p>Là étoit messire Charles de Behaigne, qui s'appeloit
+et escrisoit jà roi d'Allemaigne et en portoit les armes,
+qui vint moult ordonnément jusques à la bataille; mais
quand il vit que la chose alloit mal pour eux, il s'en
partit: je ne sais pas quel chemin il prit. Ce ne fit mie
-le bon roi son pre, car il alla si avant sur ses ennemis
-que il frit un coup d'pe, voire trois, voire quatre,
+le bon roi son père, car il alla si avant sur ses ennemis
+que il férit un coup d'épée, voire trois, voire quatre,
et se combattit moult vaillamment; et aussi firent tous
-ceux qui avec lui toient pour l'accompagner; et si bien
-le servirent, et si avant se boutrent sur les Anglois,
+ceux qui avec lui étoient pour l'accompagner; et si bien
+le servirent, et si avant se boutèrent sur les Anglois,
<span class="pagenum"><a id="Page_231"> 231</a></span>
-que tous y demeurrent, ni oncques nul ne s'en partit;
-et furent trouvs l'endemain sur la place autour de leur
-seigneur, et leurs chevaux, tous alloys ensemble.</p>
+que tous y demeurèrent, ni oncques nul ne s'en partit;
+et furent trouvés l'endemain sur la place autour de leur
+seigneur, et leurs chevaux, tous alloyés ensemble.</p>
<p class="subh">Comment messire Jean de Hainaut conseille au roi Philippe qu'il se retraie;
-et comment le comte d'Alenon et le comte de Flandre se combattirent
+et comment le comte d'Alençon et le comte de Flandre se combattirent
longuement et vaillamment.</p>
<p>Vous devez savoir que le roi de France avoit grand
-angoisse au c&oelig;ur quand il voit ses gens ainsi dconfire
-et fondre l'un sur l'autre, par une poigne de
-gens que les Anglois toient: si en demanda conseil
-messire Jean de Hainaut, qui de ls lui toit. Ledit messire
-Jean de Hainaut lui rpondit, et dit: Certes, sire,
+angoisse au c&oelig;ur quand il véoit ses gens ainsi déconfire
+et fondre l'un sur l'autre, par une poignée de
+gens que les Anglois étoient: si en demanda conseil à
+messire Jean de Hainaut, qui de lès lui étoit. Ledit messire
+Jean de Hainaut lui répondit, et dit: «Certes, sire,
je ne vous saurois conseiller le meilleur pour vous, si ce
-n'toit que vous vous retraissiez et missiez sauvet,
-car je n'y vois point de recouvrer; il sera tantt tard:
+n'étoit que vous vous retraissiez et missiez à sauveté,
+car je n'y vois point de recouvrer; il sera tantôt tard:
si pourriez aussi bien chevaucher sur vos ennemis et
-tre perdu, que entre vos amis.</p>
+être perdu, que entre vos amis.»</p>
-<p>Le roi, qui tout frmissoit d'ire et de mautalent, ne
-rpondit point adonc, mais chevaucha encore un petit
+<p>Le roi, qui tout frémissoit d'ire et de mautalent, ne
+répondit point adonc, mais chevaucha encore un petit
plus avant; et lui sembla qu'il se vouloit adresser devers
-son frre le comte d'Alenon, dont il voit les bannires
-sur une petite montagne; lequel comte d'Alenon descendit
-moult ordonnment sur les Anglois et les vint
+son frère le comte d'Alençon, dont il véoit les bannières
+sur une petite montagne; lequel comte d'Alençon descendit
+moult ordonnément sur les Anglois et les vint
combattre, et le comte de Flandre d'autre part. Si vous
dis que ces deux seigneurs et leurs routes, en costiant
-les archers, s'en vinrent jusques la bataille du prince,
-et l se combattirent moult longuement et moult vaillamment;
-et volontiers y ft le roi venu, s'il et pu:
+les archers, s'en vinrent jusques à la bataille du prince,
+et là se combattirent moult longuement et moult vaillamment;
+et volontiers y fût le roi venu, s'il eût pu:
mais il y avoit une si grand haie d'archers et de gens
d'armes au-devant que jamais ne put passer, car tant
-plus venoit et plus claircissoit son conroi.</p>
+plus venoit et plus éclaircissoit son conroi.</p>
-<p>Ce jour, au matin, avoit donn le roi Philippe audit
+<p>Ce jour, au matin, avoit donné le roi Philippe audit
messire Jean de Hainaut un noir coursier, durement
<span class="pagenum"><a id="Page_232"> 232</a></span>
-grand et bel, lequel messire Jean l'avoit baill un sien
+grand et bel, lequel messire Jean l'avoit baillé à un sien
chevalier, messire Thierry de Senseilles, qui portoit sa
-bannire: dont il avint que le chevalier mont sur le
-coursier, la bannire messire Jean de Hainaut devant
-lui, transpera tous les conrois des Anglois; et quand
-il fut hors et outre, au prendre son retour il trbucha
-parmi un foss, car il toit durement bless, et y et
-t mort sans remde: mais son page, sur son coursier,
-autour des batailles l'avoit poursui; et le trouva si
-point qu'il gissoit l et ne se pouvoit ravoir. Il n'avoit
-autre empchement que du cheval; car les Anglois n'issoient
+bannière: dont il avint que le chevalier monté sur le
+coursier, la bannière messire Jean de Hainaut devant
+lui, transperça tous les conrois des Anglois; et quand
+il fut hors et outre, au prendre son retour il trébucha
+parmi un fossé, car il étoit durement blessé, et y eût
+été mort sans remède: mais son page, sur son coursier,
+autour des batailles l'avoit poursui; et le trouva si à
+point qu'il gissoit là et ne se pouvoit ravoir. Il n'avoit
+autre empêchement que du cheval; car les Anglois n'issoient
point de leurs batailles pour nullui prendre ni
-grever. Lors descendit le page, et fit tant que son matre
-fut relev et remont: ce beau service lui fit-il. Et sachez
-que le sire Jean de Senseilles ne revint mie arrire
+grever. Lors descendit le page, et fit tant que son maître
+fut relevé et remonté: ce beau service lui fit-il. Et sachez
+que le sire Jean de Senseilles ne revint mie arrière
par le chemin qu'il avoit fait; et aussi, au voir dire, il
-n'et pu.</p>
-
-<p class="subh">Comment ceux de la bataille au prince de Galles envoyrent au roi d'Angleterre
-pour avoir secours; et comment le roi leur rpondit.</p>
-
-<p>Cette bataille, faite ce samedi, entre la Broye et Crcy,
-fut moult flonneuse et trs horrible; et y advinrent plusieurs
-grands faits d'armes qui ne vinrent mie tous
-connoissance; car quand la bataille commena il toit
-j moult tard. Ce greva plus les Franois que autre
-chose, car plusieurs gens d'armes, chevaliers et cuyers,
-sur la nuit, perdoient leurs matres et leurs seigneurs:
+n'eût pu.</p>
+
+<p class="subh">Comment ceux de la bataille au prince de Galles envoyèrent au roi d'Angleterre
+pour avoir secours; et comment le roi leur répondit.</p>
+
+<p>Cette bataille, faite ce samedi, entre la Broye et Crécy,
+fut moult félonneuse et très horrible; et y advinrent plusieurs
+grands faits d'armes qui ne vinrent mie tous à
+connoissance; car quand la bataille commença il étoit
+jà moult tard. Ce greva plus les François que autre
+chose, car plusieurs gens d'armes, chevaliers et écuyers,
+sur la nuit, perdoient leurs maîtres et leurs seigneurs:
si vaucroient parmi les champs et s'embattoient souvent,
- petite ordonnance, entre les Anglois, o tantt ils
-toient envahis et occis, ni nul toit pris ranon ni
-merci, car entre eux ils l'avoient ainsi au matin ordonn,
-pour le grand nombre de peuple dont ils toient informs
+à petite ordonnance, entre les Anglois, où tantôt ils
+étoient envahis et occis, ni nul étoit pris à rançon ni à
+merci, car entre eux ils l'avoient ainsi au matin ordonné,
+pour le grand nombre de peuple dont ils étoient informés
qui les suivoit. Le comte Louis de Blois, neveu du roi Philippe
-et du comte d'Alenon, s'en vint avec ses gens,
+et du comte d'Alençon, s'en vint avec ses gens,
<span class="pagenum"><a id="Page_233"> 233</a></span>
-dessous sa bannire, combattre aux Anglois, et l se
+dessous sa bannière, combattre aux Anglois, et là se
porta-t-il moult vaillamment, et aussi fit le duc de
-Lorraine. Et dirent les plusieurs que si la bataille et
-aussi bien t commence au matin qu'elle fut sur le
-vespre, il y et eu entre les Franois plusieurs grands recouvrances
+Lorraine. Et dirent les plusieurs que si la bataille eût
+aussi bien été commencée au matin qu'elle fut sur le
+vespre, il y eût eu entre les François plusieurs grands recouvrances
et grands appertises d'armes, qui point n'y
-furent. Si y eut aucuns chevaliers et cuyers franois et
-de leur ct, tant Allemands comme Savoisiens, qui
+furent. Si y eut aucuns chevaliers et écuyers françois et
+de leur côté, tant Allemands comme Savoisiens, qui
par force d'armes rompirent la bataille des archers du
prince, et vinrent jusques aux gens d'armes combattre
-aux pes, main main, moult vaillamment, et l eut
+aux épées, main à main, moult vaillamment, et là eut
fait plusieurs grands appertises d'armes; et y furent,
-du ct des Anglois, trs bons chevaliers, messire Regnault
+du côté des Anglois, très bons chevaliers, messire Regnault
de Cobehen et messire Jean Chandos; et aussi
furent plusieurs autres, lesquels je ne puis mie tous
-nommer, car l de ls le prince toit toute la fleur de
+nommer, car là de lès le prince étoit toute la fleur de
chevalerie d'Angleterre.</p>
<p>Et adonc le comte de Norhantonne et le comte d'Arondel,
qui gouvernoient la seconde bataille et se tenoient
-sur aile, vinrent rafrachir la bataille dudit
-prince; et bien en toit besoin, car autrement elle et
-eu faire; et pour le pril o ceux qui gouvernoient et
-servoient le prince se voient, ils envoyrent un chevalier
+sur aile, vinrent rafraîchir la bataille dudit
+prince; et bien en étoit besoin, car autrement elle eût
+eu à faire; et pour le péril où ceux qui gouvernoient et
+servoient le prince se véoient, ils envoyèrent un chevalier
de leur conroi devers le roi d'Angleterre, qui se tenoit
-plus mont sur la motte d'un moulin vent, pour
+plus à mont sur la motte d'un moulin à vent, pour
avoir aide.</p>
<p>Si dit le chevalier, quand il fut venu jusques au roi:
-Monseigneur, le comte de Warvich, le comte de Kenfort
-et messire Regnault de Cobehen, qui sont de ls le
-prince votre fils, ont grandement faire, et les combattent
-les Franois moult aigrement; pourquoi ils vous
+«Monseigneur, le comte de Warvich, le comte de Kenfort
+et messire Regnault de Cobehen, qui sont de lès le
+prince votre fils, ont grandement à faire, et les combattent
+les François moult aigrement; pourquoi ils vous
prient que vous et votre bataille les veniez conforter et
-aider ter de ce pril; car si cet effort monteplie et
+aider à ôter de ce péril; car si cet effort monteplie et
s'efforce ainsi, ils se doutent que votre fils n'ait beaucoup
<span class="pagenum"><a id="Page_234"> 234</a></span>
- faire. Lors rpondit le roi, et demanda au chevalier,
-qui s'appeloit messire Thomas de Norvich: Messire
-Thomas, mon fils est-il mort, ou aterr, ou si bless
-qu'il ne se puisse aider? Cil rpondit: Nennin, monseigneur,
-si Dieu plat; mais il est en dur parti d'armes;
-si auroit bien mestier de votre aide.&mdash;Messire Thomas,
+à faire.» Lors répondit le roi, et demanda au chevalier,
+qui s'appeloit messire Thomas de Norvich: «Messire
+Thomas, mon fils est-il mort, ou aterré, ou si blessé
+qu'il ne se puisse aider?» Cil répondit: «Nennin, monseigneur,
+si Dieu plaît; mais il est en dur parti d'armes;
+si auroit bien mestier de votre aide.»&mdash;«Messire Thomas,
dit le roi, or retournez devers lui et devers ceux
-qui ci vous ont envoy, et leur dites, de par moi, qu'ils
+qui ci vous ont envoyé, et leur dites, de par moi, qu'ils
ne m'envoient mes huy requerre, pour aventure qui
leur avienne, tant que mon fils soit en vie; et leur dites
-que je leur mande qu'ils laissent l'enfant gagner ses
-perons, car je veux, si Dieu l'a ordonn, que la journe
-soit sienne, et que l'honneur lui en demeure et ceux
-en quelle charge je l'ai baill. Sur ces paroles retourna
-le chevalier ses matres, et leur recorda tout
-ce que vous avez ou; laquelle rponse les encouragea
-grandement, et se reprirent en eux-mmes de ce qu'ils
-l'avoient l envoy: si furent meilleurs chevaliers que
+que je leur mande qu'ils laissent à l'enfant gagner ses
+éperons, car je veux, si Dieu l'a ordonné, que la journée
+soit sienne, et que l'honneur lui en demeure et à ceux
+en quelle charge je l'ai baillé.» Sur ces paroles retourna
+le chevalier à ses maîtres, et leur recorda tout
+ce que vous avez ouï; laquelle réponse les encouragea
+grandement, et se reprirent en eux-mêmes de ce qu'ils
+l'avoient là envoyé: si furent meilleurs chevaliers que
devant; et y firent plusieurs grands appertises d'armes,
-ainsi qu'il apparut, car la place leur demeura leur
+ainsi qu'il apparut, car la place leur demeura à leur
honneur.</p>
-<p class="subh">Comment le comte de Harecourt, le comte d'Alenon, le comte de Flandre, le
+<p class="subh">Comment le comte de Harecourt, le comte d'Alençon, le comte de Flandre, le
comte de Blois, le duc de Lorraine et plusieurs autres grands seigneurs
-furent dconfits et morts.</p>
+furent déconfits et morts.</p>
-<p>On doit bien croire et supposer que l o il y avoit
+<p>On doit bien croire et supposer que là où il y avoit
tant de vaillans hommes et si grand multitude de
-peuple, et o tant et tel foison de la partie des Franois
-en demeurrent sur la place, qu'il y eut fait ce soir
+peuple, et où tant et tel foison de la partie des François
+en demeurèrent sur la place, qu'il y eut fait ce soir
plusieurs grands appertises d'armes, qui ne vinrent mie
-toutes connoissance. Il est bien vrai que messire Godefroy
-de Harecourt, qui toit de ls le prince et en sa
-bataille, eut volontiers mis peine et entendu ce que
-le comte de Harecourt son frre et t sauv; car il
+toutes à connoissance. Il est bien vrai que messire Godefroy
+de Harecourt, qui étoit de lès le prince et en sa
+bataille, eut volontiers mis peine et entendu à ce que
+le comte de Harecourt son frère eût été sauvé; car il
<span class="pagenum"><a id="Page_235"> 235</a></span>
-avoit ou recorder aucuns Anglois que on avoit vu
-sa bannire, et qu'il toit avec ses gens venu combattre
+avoit ouï recorder à aucuns Anglois que on avoit vu
+sa bannière, et qu'il étoit avec ses gens venu combattre
aux Anglois. Mais le dit messire Godefroy n'y
-put venir temps; et fut l mort sur la place le dit
+put venir à temps; et fut là mort sur la place le dit
comte, et aussi fut le comte d'Aumale, son neveu. D'autre
-part, le comte d'Alenon et le comte de Flandre se combattoient
+part, le comte d'Alençon et le comte de Flandre se combattoient
moult vaillamment aux Anglois, chacun dessous
-sa bannire et entre ses gens; mais ils ne purent
-durer ni rsister la puissance des Anglois, et furent l
+sa bannière et entre ses gens; mais ils ne purent
+durer ni résister à la puissance des Anglois, et furent là
occis sur la place, et grand foison de bons chevaliers et
-cuyers de ls eux, dont ils toient servis et accompagns.
+écuyers de lès eux, dont ils étoient servis et accompagnés.
Le comte Louis de Blois et le duc de Lorraine
-son serourge, avec leurs gens et leurs bannires, se combattoient
-d'autre part moult vaillamment, et toient enclos
+son serourge, avec leurs gens et leurs bannières, se combattoient
+d'autre part moult vaillamment, et étoient enclos
d'une route d'Anglois et de Gallois, qui nullui ne
-prenoient merci. L firent eux de leurs corps plusieurs
-grands appertises d'armes, car ils toient moult vaillans
+prenoient à merci. Là firent eux de leurs corps plusieurs
+grands appertises d'armes, car ils étoient moult vaillans
chevaliers et bien combattans; mais toutes fois leur
-prouesse ne leur valut rien, car ils demeurrent sur la
-place, et tous ceux qui de ls eux toient. Aussi fut le
-comte d'Aucerre, qui toit moult vaillant chevalier, et
+prouesse ne leur valut rien, car ils demeurèrent sur la
+place, et tous ceux qui de lès eux étoient. Aussi fut le
+comte d'Aucerre, qui étoit moult vaillant chevalier, et
le comte de Saint-Pol, et tant d'autres, que merveilles
-seroit recorder.</p>
+seroit à recorder.</p>
-<p class="subh">Comment le roi de France se partit, lui cinquime de barons tant seulement,
-de la bataille de Crcy, en lamentant et complaignant de ses gens.</p>
+<p class="subh">Comment le roi de France se partit, lui cinquième de barons tant seulement,
+de la bataille de Crécy, en lamentant et complaignant de ses gens.</p>
-<p>Sur le vespre tout tard, ainsi que jour faillant, se
-partit le roi Philippe tout dconfort, il y avoit bien
-raison, lui cinquime de barons tant-seulement. C'toient
+<p>Sur le vespre tout tard, ainsi que à jour faillant, se
+partit le roi Philippe tout déconforté, il y avoit bien
+raison, lui cinquième de barons tant-seulement. C'étoient
messire Jean de Hainaut, le premier et le plus
prochain de lui, le sire de Montmorency, le sire de Beaujeu,
le sire d'Aubigny et le sire de Montsault. Si chevaucha
le dit roi tout lamentant et complaignant ses
-gens, jusques au chtel de la Broye. Quand il vint la
+gens, jusques au châtel de la Broye. Quand il vint à la
<span class="pagenum"><a id="Page_236"> 236</a></span>
-porte, il la trouva ferme et le pont lev, car il toit
-toute nuit, et faisoit moult brun et moult pais. Adonc
-fit le roi appeller le chtelain, car il vouloit entrer dedans.
-Si fut appel, et vint avant sur les gurites, et
-demanda tout haut: Qui est l qui heurte cette
-heure? Le roi Philippe, qui entendit la voix, rpondit
-et dit: Ouvrez, ouvrez, chtelain, c'est l'infortun
-roi de France. Le chtelain saillit tantt avant, qui
+porte, il la trouva fermée et le pont levé, car il étoit
+toute nuit, et faisoit moult brun et moult épais. Adonc
+fit le roi appeller le châtelain, car il vouloit entrer dedans.
+Si fut appelé, et vint avant sur les guérites, et
+demanda tout haut: «Qui est là qui heurte à cette
+heure?» Le roi Philippe, qui entendit la voix, répondit
+et dit: «Ouvrez, ouvrez, châtelain, c'est l'infortuné
+roi de France.» Le châtelain saillit tantôt avant, qui
reconnut la parole du roi de France, et qui bien savoit
-que j les leurs toient dconfits, par aucuns fuyans
-qui toient passs dessous le chtel. Si abaissa le pont
+que jà les leurs étoient déconfits, par aucuns fuyans
+qui étoient passés dessous le châtel. Si abaissa le pont
et ouvrit la porte. Lors entra le roi dedans, et toute sa
-route. Si furent l jusques mi nuit; et n'eut mie le
-roi conseil qu'il y demeurt ni s'enserrt l-dedans. Si
-but un coup, et aussi firent ceux qui avec lui toient,
-et puis s'en partirent, et issirent du chtel, et montrent
- cheval, et prirent guides pour eux mener, qui connaissoient
-le pays: si entrrent chemin environ mie
-nuit, et chevauchrent tant que, au point du jour, ils
-entrrent en la bonne ville d'Amiens. L s'arrta le roi,
+route. Si furent là jusques à mi nuit; et n'eut mie le
+roi conseil qu'il y demeurât ni s'enserrât là-dedans. Si
+but un coup, et aussi firent ceux qui avec lui étoient,
+et puis s'en partirent, et issirent du châtel, et montèrent
+à cheval, et prirent guides pour eux mener, qui connaissoient
+le pays: si entrèrent à chemin environ mie
+nuit, et chevauchèrent tant que, au point du jour, ils
+entrèrent en la bonne ville d'Amiens. Là s'arrêta le roi,
et se logea en une abbaye, et dit qu'il n'iroit plus avant
-tant qu'il st la vrit de ses gens, lesquels y toient
-demeurs et lesquels toient chapps. Or, retournerons
- la dconfiture de Crcy et l'ordonnance des Anglois,
+tant qu'il sçût la vérité de ses gens, lesquels y étoient
+demeurés et lesquels étoient échappés. Or, retournerons
+à la déconfiture de Crécy et à l'ordonnance des Anglois,
et comment, ce samedi que la bataille fut, et le dimanche
-au matin, ils persvrrent.</p>
+au matin, ils persévérèrent.</p>
<p class="subh">Ci dit comment messire Jean de Hainaut fit partir le roi de France de la
bataille, ainsi comme par force.</p>
-<p>Vous devez savoir que la dconfiture et la perte pour
-les Franois fut moult grand et moult horrible, et que
-trop y demeurrent sur les champs de nobles et vaillans
+<p>Vous devez savoir que la déconfiture et la perte pour
+les François fut moult grand et moult horrible, et que
+trop y demeurèrent sur les champs de nobles et vaillans
hommes, ducs, comtes, barons et chevaliers, par
lesquels le royaume de France fut depuis moult affaibli
<span class="pagenum"><a id="Page_237"> 237</a></span>
d'honneur, de puissance et de conseil. Et sachez que si
-les Anglois eussent chass, ainsi qu'ils firent Poitiers,
-encore en ft trop plus demeur, et le roi de France
-mme: mais nennin; car le samedi oncques ne se partirent
-de leurs conrois pour chasser aprs hommes, et
-se tenoient sur leurs pas, gardans leur place, et se dfendoient
- ceux qui les assailloient. Et tout ce sauva le
-roi de France d'tre pris, car le dit roi demeura tant
-sur la place, assez prs de ses ennemis, si comme dessus
-est dit, qu'il fut moult tard; et n'avoit son dpartement
+les Anglois eussent chassé, ainsi qu'ils firent à Poitiers,
+encore en fût trop plus demeuré, et le roi de France
+même: mais nennin; car le samedi oncques ne se partirent
+de leurs conrois pour chasser après hommes, et
+se tenoient sur leurs pas, gardans leur place, et se défendoient
+à ceux qui les assailloient. Et tout ce sauva le
+roi de France d'être pris, car le dit roi demeura tant
+sur la place, assez près de ses ennemis, si comme dessus
+est dit, qu'il fut moult tard; et n'avoit à son département
pas plus de soixante hommes, uns et autres. Et
adonc le prit messire Jean de Hainaut par le frein, qui
-l'avoit garder et conseiller, et qui j l'avoit remont
+l'avoit à garder et à conseiller, et qui jà l'avoit remonté
une fois, car du trait on avoit occis le coursier du roi,
-et lui dit: Sire, venez-vous-en, il est temps; ne vous
+et lui dit: «Sire, venez-vous-en, il est temps; ne vous
perdez mie si simplement: si vous avez perdu cette
-fois, vous recouvrerez une autre. Et l'emmena le dit
+fois, vous recouvrerez une autre.» Et l'emmena le dit
messire Jean de Hainaut comme par force. Si vous dis
-que ce jour les archers d'Angleterre portrent grand
-confort leur partie; car par leur trait les plusieurs disent
-que la besogne se parfit, combien qu'il y et bien
-aucuns vaillans chevaliers de leur ct qui vaillamment
+que ce jour les archers d'Angleterre portèrent grand
+confort à leur partie; car par leur trait les plusieurs disent
+que la besogne se parfit, combien qu'il y eût bien
+aucuns vaillans chevaliers de leur côté qui vaillamment
se combattirent de la main, et qui moult y firent de
belles appertises d'armes et de grands recouvrances.
-Mais on doit bien sentir et connotre que les archers y
+Mais on doit bien sentir et connoître que les archers y
firent un grand fait; car par leur trait, de commencement,
-furent les Gennevois dconfits, qui toient bien
+furent les Gennevois déconfits, qui étoient bien
quinze mille, ce qui leur fut un grand avantage; car
-trop grand foison de gens d'armes richement arms et
-pars et bien monts, ainsi que on se montoit adonc,
-furent dconfits et perdus par les Gennevois, qui trbuchoient
+trop grand foison de gens d'armes richement armés et
+parés et bien montés, ainsi que on se montoit adonc,
+furent déconfits et perdus par les Gennevois, qui trébuchoient
parmi eux, et s'entoulloient tellement qu'ils
-ne se pouvoient lever ni ravoir. Et l, entre les Anglois,
+ne se pouvoient lever ni ravoir. Et là, entre les Anglois,
avoit pillards et ribaux, Gallois et Cornouaillois,
<span class="pagenum"><a id="Page_238"> 238</a></span>
qui poursuivoient gens d'armes et archers, qui portoient
grands coutilles, et venoient entre leurs gens
d'armes et leurs archers qui leur faisoient voie, et trouvoient
ces gens en ce danger, comtes, barons, chevaliers
-et cuyers; si les occioient sans merci, comme
-grand sire qu'il ft. Par cet tat en y eut ce soir plusieurs
-perdus et murdris, dont ce fut piti et dommage,
-et dont le roi d'Angleterre fut depuis courrouc que on
-ne les avoit pris ranon, car il y eut grand quantit
+et écuyers; si les occioient sans merci, comme
+grand sire qu'il fût. Par cet état en y eut ce soir plusieurs
+perdus et murdris, dont ce fut pitié et dommage,
+et dont le roi d'Angleterre fut depuis courroucé que on
+ne les avoit pris à rançon, car il y eut grand quantité
de seigneurs morts.</p>
-<p class="subh">Comment le dimanche au matin, aprs la dconfiture de Crcy, les Anglois
-dconfirent ceux de Rouen et de Beauvais.</p>
+<p class="subh">Comment le dimanche au matin, après la déconfiture de Crécy, les Anglois
+déconfirent ceux de Rouen et de Beauvais.</p>
<p>Quand la nuit, ce samedi, fut toute venue, et que on
n'oyoit mais ni crier, ni jupper, ni renommer aucune
-enseigne ni aucun seigneur, si tinrent les Anglois avoir
-la place pour eux, et leurs ennemis dconfits. Adonc
-allumrent-ils en leur ost grand foison de fallots et de
+enseigne ni aucun seigneur, si tinrent les Anglois à avoir
+la place pour eux, et leurs ennemis déconfits. Adonc
+allumèrent-ils en leur ost grand foison de fallots et de
tortis, pour ce qu'il faisoit moult brun; et lors s'avala
-le roi douard, qui encore tout ce jour n'avoit mis son
-bassinet, et s'en vint, toute sa bataille, moult ordonnment
+le roi Édouard, qui encore tout ce jour n'avoit mis son
+bassinet, et s'en vint, à toute sa bataille, moult ordonnément
devers le prince son fils; si l'accolla et baisa,
-et lui dit: Beau fils, Dieu vous doint bonne persvrance!
-vous tes mon fils, car loyalement vous vous
-tes hui acquitt; si tes digne de tenir terre. Le prince,
- cette parole, s'inclina tout bas et se humilia en honorant
-le roi son pre; ce fut raison.</p>
+et lui dit: «Beau fils, Dieu vous doint bonne persévérance!
+vous êtes mon fils, car loyalement vous vous
+êtes hui acquitté; si êtes digne de tenir terre.» Le prince,
+à cette parole, s'inclina tout bas et se humilia en honorant
+le roi son père; ce fut raison.</p>
<p>Vous devez savoir que grand liesse de c&oelig;ur et
-grand joie fut l entre les Anglois, quand ils virent et
-sentirent que la place leur toit demeure et que la
-journe avoit t pour eux: si tinrent cette aventure
-pour belle et grand gloire, et en lourent et regracirent
+grand joie fut là entre les Anglois, quand ils virent et
+sentirent que la place leur étoit demeurée et que la
+journée avoit été pour eux: si tinrent cette aventure
+pour belle et à grand gloire, et en louèrent et regracièrent
les seigneurs et les sages hommes moult grandement,
et par plusieurs fois cette nuit Notre Seigneur,
-qui telle grce leur avoit envoye.</p>
+qui telle grâce leur avoit envoyée.</p>
<p><span class="pagenum"><a id="Page_239"> 239</a></span>
-Ainsi passrent celle nuit sans nul bobant: car le roi
+Ainsi passèrent celle nuit sans nul bobant: car le roi
d'Angleterre ne vouloit mie que aucun s'en fesist. Quand
vint au dimanche au matin, il fit grand bruine, et tel
-que peine pouvoit-on voir loin un arpent de terre:
+que à peine pouvoit-on voir loin un arpent de terre:
donc se partirent de l'ost, par l'ordonnance du roi et de
-ses marchaux, environ cinq cents hommes d'armes et
-deux mille archers, pour chevaucher, savoir si ils
-trouveroient nullui ni aucun Franois qui se fussent recueillis.
-Ce dimanche au matin, s'toient partis d'Abbeville
-et de Saint-Riquier en Ponthieu les communauts
-de Rouen et de Beauvais, qui rien ne savoient de la dconfiture
-qui avoit t faite le samedi: si trouvrent
-male treine pour eux; en leur encontre, ces Anglois
-qui chevauchoient, et se boutrent entre eux, et cuidrent
-de premier que ce ft de leurs gens. Sitt que les
-Anglois les ravisrent, ils leur coururent sus de grand
-manire; et l de rechef eut grand bataille et dure; et
-furent tantt ces Franois dconfits et mis en chasse; et
+ses maréchaux, environ cinq cents hommes d'armes et
+deux mille archers, pour chevaucher, à savoir si ils
+trouveroient nullui ni aucun François qui se fussent recueillis.
+Ce dimanche au matin, s'étoient partis d'Abbeville
+et de Saint-Riquier en Ponthieu les communautés
+de Rouen et de Beauvais, qui rien ne savoient de la déconfiture
+qui avoit été faite le samedi: si trouvèrent à
+male étreine pour eux; en leur encontre, ces Anglois
+qui chevauchoient, et se boutèrent entre eux, et cuidèrent
+de premier que ce fût de leurs gens. Sitôt que les
+Anglois les ravisèrent, ils leur coururent sus de grand
+manière; et là de rechef eut grand bataille et dure; et
+furent tantôt ces François déconfits et mis en chasse; et
ne tinrent nul conroi. Si en y eut morts sur les champs,
que par haies, que par buissons, ainsi qu'ils fuyoient,
-plus de sept mille; et si et fait clair, il n'en et j pied
-chapp. Assez tt aprs, en une autre route, furent
-rencontrs de ces Anglois l'archevque de Rouen et le
+plus de sept mille; et si eût fait clair, il n'en eût jà pied
+échappé. Assez tôt après, en une autre route, furent
+rencontrés de ces Anglois l'archevêque de Rouen et le
grand prieur de France, qui rien ne savoient aussi de la
-dconfiture, et avoient entendu que le roi ne se combattroit
-jusques ce dimanche; et cuidrent des Anglois
-que ce fussent leurs gens: si s'adressrent devers eux,
-et tantt les Anglois les envahirent et assaillirent de
-grand volont. Et l eut de rechef grand bataille et dure,
-car ces deux seigneurs toient pourvus de bonnes gens
+déconfiture, et avoient entendu que le roi ne se combattroit
+jusques à ce dimanche; et cuidèrent des Anglois
+que ce fussent leurs gens: si s'adressèrent devers eux,
+et tantôt les Anglois les envahirent et assaillirent de
+grand volonté. Et là eut de rechef grand bataille et dure,
+car ces deux seigneurs étoient pourvus de bonnes gens
d'armes; mais ils ne purent durer longuement aux Anglois,
-ainois furent tantt dconfits et presque tous morts.
-Peu se sauvrent; et y furent morts les deux chefs qui
-les menoient, ni oncques il n'y eut pris homme ranon.</p>
+ainçois furent tantôt déconfits et presque tous morts.
+Peu se sauvèrent; et y furent morts les deux chefs qui
+les menoient, ni oncques il n'y eut pris homme à rançon.</p>
<p><span class="pagenum"><a id="Page_240"> 240</a></span>
-Ainsi chevauchrent cette matine ces Anglois, querans
-aventures: si trouvrent et rencontrrent plusieurs
-Franois qui s'toient fourvoys le samedi, et qui avoient
-cette nuit gu sur les champs, et qui ne savoient nulles
-nouvelles de leur roi ni de leurs conduiseurs: si entrrent
-en pauvre treine pour eux, quand ils se trouvrent
+Ainsi chevauchèrent cette matinée ces Anglois, querans
+aventures: si trouvèrent et rencontrèrent plusieurs
+François qui s'étoient fourvoyés le samedi, et qui avoient
+cette nuit géu sur les champs, et qui ne savoient nulles
+nouvelles de leur roi ni de leurs conduiseurs: si entrèrent
+en pauvre étreine pour eux, quand ils se trouvèrent
entre les Anglois; car ils n'en avoient nulle mercy,
-et mettoient tout l'pe. Et me fut dit que de communauts
-et de gens de pied des cits et des bonnes villes
+et mettoient tout à l'épée. Et me fut dit que de communautés
+et de gens de pied des cités et des bonnes villes
de France, il y en eut morts ce dimanche au matin plus
quatre fois que le samedi que la grosse bataille fut.</p>
@@ -9197,429 +9155,429 @@ nombre, et fit enterrer les corps des grands seigneurs.</p>
<p>Le dimanche, ainsi que le roi d'Angleterre issoit de
la messe, revinrent les chevaucheurs et les archers qui
-envoys avoient t pour dcouvrir le pays, et savoir si
-aucune assemble et recueillette se faisoit des Franois:
-si recordrent au roi tout ce qu'ils avoient vu et trouv,
-et lui dirent bien qu'il n'en toit nul apparent. Adonc
+envoyés avoient été pour découvrir le pays, et savoir si
+aucune assemblée et recueillette se faisoit des François:
+si recordèrent au roi tout ce qu'ils avoient vu et trouvé,
+et lui dirent bien qu'il n'en étoit nul apparent. Adonc
eut conseil le roi qu'il enverroit chercher les morts,
-pour savoir quels seigneurs toient l demeurs. Si furent
-ordonns deux moult vaillans chevaliers pour aller
-l, et en leur compagnie trois hrauts pour reconnotre
-leurs armes, et deux clercs pour crire et enregistrer
+pour savoir quels seigneurs étoient là demeurés. Si furent
+ordonnés deux moult vaillans chevaliers pour aller
+là, et en leur compagnie trois hérauts pour reconnoître
+leurs armes, et deux clercs pour écrire et enregistrer
les noms de ceux qu'ils trouveroient. Les deux chevaliers
furent messire Regnault de Cobehen et messire Richard
de Stanfort. Si se partirent du roi et de son logis,
et se mirent en peine de voir et visiter tous les occis. Si
-en trouvrent si grand foison, qu'ils en furent tous
-merveills; et cherchrent au plus justement qu'ils purent
-ce jour tous les champs, et y mirent jusques vespres
+en trouvèrent si grand foison, qu'ils en furent tous
+émerveillés; et cherchèrent au plus justement qu'ils purent
+ce jour tous les champs, et y mirent jusques à vespres
bien basses. Au soir, ainsi que le roi d'Angleterre
-devoit aller souper, retournrent les dessus nomms
+devoit aller souper, retournèrent les dessus nommés
<span class="pagenum"><a id="Page_241"> 241</a></span>
deux chevaliers devers le roi, et firent juste rapport de
-tout ce qu'ils avoient vu et trouv. Si dirent que onze
-chefs de princes toient demeurs sur la place, quatre-vingts
-bannerets, douze cents chevaliers d'un cu, et
-environ trente mille hommes d'autres gens. Si lourent
+tout ce qu'ils avoient vu et trouvé. Si dirent que onze
+chefs de princes étoient demeurés sur la place, quatre-vingts
+bannerets, douze cents chevaliers d'un écu, et
+environ trente mille hommes d'autres gens. Si louèrent
le dit roi d'Angleterre, le prince son fils et tous les
seigneurs, grandement Dieu, et de bon courage, de la
-belle journe qu'il leur avoit envoye, que une poigne
-de gens qu'ils toient au regard des Franois avoient
-ainsi dconfit leurs ennemis. Et par espcial, le roi
+belle journée qu'il leur avoit envoyée, que une poignée
+de gens qu'ils étoient au regard des François avoient
+ainsi déconfit leurs ennemis. Et par espécial, le roi
d'Angleterre et son fils complaignirent longuement la
-mort du vaillant roi de Behaigne, et le recommandrent
-grandement, et ceux qui de ls lui toient demeurs.</p>
-
-<p>Si arrtrent encore l celle nuit, et le lundi au matin
-ils ordonnrent de partir; et fit le dit roi d'Angleterre,
-en cause de piti et de grce, tous les corps des grands
-seigneurs, qui l toient demeurs, prendre et ter de
-dessus la terre et porter en un moutier prs de l, qui
+mort du vaillant roi de Behaigne, et le recommandèrent
+grandement, et ceux qui de lès lui étoient demeurés.</p>
+
+<p>Si arrêtèrent encore là celle nuit, et le lundi au matin
+ils ordonnèrent de partir; et fit le dit roi d'Angleterre,
+en cause de pitié et de grâce, tous les corps des grands
+seigneurs, qui là étoient demeurés, prendre et ôter de
+dessus la terre et porter en un moutier près de là, qui
s'appelle Montenay (<em>Maintenay</em>), et ensevelir en sainte
-terre; et fit savoir ceux du pays qu'il donnoit trve
-trois jours pour chercher le champ de Crcy et ensevelir
+terre; et fit à savoir à ceux du pays qu'il donnoit trêve
+trois jours pour chercher le champ de Crécy et ensevelir
les morts; et puis chevaucha outre vers Montreuil sur
-la mer; et ses marchaux coururent devers Hesdin, et
-ardirent Waubain et Serain; mais au dit chtel ne
-purent-ils rien forfaire, car toit trop fort et si toit
-bien gard. Si se logrent ce lundi sur la rivire de
-Hesdin du ct devers Blangis, et lendemain ils passrent
-outre et chevauchrent devers Boulogne. Si ardirent
-en leur chemin la ville de Saint-Josse et le Neuf-Chtel,
+la mer; et ses maréchaux coururent devers Hesdin, et
+ardirent Waubain et Serain; mais au dit châtel ne
+purent-ils rien forfaire, car étoit trop fort et si étoit
+bien gardé. Si se logèrent ce lundi sur la rivière de
+Hesdin du côté devers Blangis, et lendemain ils passèrent
+outre et chevauchèrent devers Boulogne. Si ardirent
+en leur chemin la ville de Saint-Josse et le Neuf-Châtel,
et puis Estaples et Rue, et tout le pays de Boulonnois;
-et passrent entre les bois de Boulogne et la
-fort de Hardelo, et vinrent jusques la grosse ville de
-Wissant. L se logea le dit roi et le prince et tout l'ost,
+et passèrent entre les bois de Boulogne et la
+forêt de Hardelo, et vinrent jusques à la grosse ville de
+Wissant. Là se logea le dit roi et le prince et tout l'ost,
<span class="pagenum"><a id="Page_242"> 242</a></span>
-et s'y rafrachirent un jour; et le jeudi<a name="FNanchor_168" id="FNanchor_168" href="#Footnote_168" class="fnanchor">&nbsp;[168]</a> s'en partirent,
+et s'y rafraîchirent un jour; et le jeudi<a name="FNanchor_168" id="FNanchor_168" href="#Footnote_168" class="fnanchor">&nbsp;[168]</a> s'en partirent,
et s'en vinrent devant la forte ville de Calais. Or
parlerons un petit du roi de France, et conterons comment
-il persvra.</p>
+il persévéra.</p>
-<p class="subh">Comment le roi de France fut courrouc des seigneurs de son sang qui
-morts toient en la bataille; et comment il voulut faire pendre messire
+<p class="subh">Comment le roi de France fut courroucé des seigneurs de son sang qui
+morts étoient en la bataille; et comment il voulut faire pendre messire
Godemar du Fay.</p>
<p>Quand le roi Philippe fut parti de la Broye, ainsi que
-ci-dessus est dit, moult peu de gens, il chevaucha celle
+ci-dessus est dit, à moult peu de gens, il chevaucha celle
nuit tant que le dimanche au point du jour il vint en
-la bonne ville d'Amiens, et l se logea en l'abbaye du
-Gard<a name="FNanchor_169" id="FNanchor_169" href="#Footnote_169" class="fnanchor">&nbsp;[169]</a>. Quand le roi fut l arrt, les barons et les seigneurs
+la bonne ville d'Amiens, et là se logea en l'abbaye du
+Gard<a name="FNanchor_169" id="FNanchor_169" href="#Footnote_169" class="fnanchor">&nbsp;[169]</a>. Quand le roi fut là arrêté, les barons et les seigneurs
de France et de son conseil, qui demandoient
-pour lui, y arrtrent aussi, ainsi qu'ils venoient. Encore
+pour lui, y arrêtèrent aussi, ainsi qu'ils venoient. Encore
ne savoit le dit roi la grand perte des nobles et des
prochains de son sang qu'il avoit perdus. Ce dimanche
-au soir, on lui en dit la vrit. Si regretta grandement
-messire Charles son frre, le comte d'Alenon, son neveu
+au soir, on lui en dit la vérité. Si regretta grandement
+messire Charles son frère, le comte d'Alençon, son neveu
le comte de Blois, son serourge le bon roi de Behaigne,
le comte de Flandre, le duc de Lorraine, et tous les
-barons et les seigneurs, l'un aprs l'autre. Et vous dist
-que messire Jean de Hainaut tait adonc de ls lui, et
+barons et les seigneurs, l'un après l'autre. Et vous dist
+que messire Jean de Hainaut était adonc de lès lui, et
celui en qui il avoit la plus grand fiance, et lequel fit
-un moult beau service messire Godemar du Fay; car
-le roi toit fort courrouc sur lui, si que il le vouloit
-faire pendre, et l'et fait sans faute si n'et t le dit
+un moult beau service à messire Godemar du Fay; car
+le roi étoit fort courroucé sur lui, si que il le vouloit
+faire pendre, et l'eût fait sans faute si n'eût été le dit
messire Jean de Hainaut, qui lui brisa son ire et excusa
-le dit messire Godemar. Et toit la cause que le roi disoit
-que il s'toit mauvaisement acquitt de garder le passage
+le dit messire Godemar. Et étoit la cause que le roi disoit
+que il s'étoit mauvaisement acquitté de garder le passage
de Blanche-Tache, et que par sa mauvaise garde les Anglois
<span class="pagenum"><a id="Page_243"> 243</a></span>
-toient passs outre en Ponthieu, par quoi il avoit
-reu celle perte et ce grand dommage. Au propos du
+étoient passés outre en Ponthieu, par quoi il avoit
+reçu celle perte et ce grand dommage. Au propos du
roi s'inclinoient bien aucuns de son conseil, qui eussent
-bien voulu que le dit messire Godemar l'et compar,
-et l'appeloient tratre: mais le gentil chevalier l'excusa,
-et de raison partout; car comment put-il avoir dfendu
-ni rsist la puissance des Anglois, quand toute la
+bien voulu que le dit messire Godemar l'eût comparé,
+et l'appeloient traître: mais le gentil chevalier l'excusa,
+et de raison partout; car comment put-il avoir défendu
+ni résisté à la puissance des Anglois, quand toute la
fleur de France n'y put rien faire? Si passa le roi son
mautalent adonc, au plus beau qu'il put, et fit faire
-les obsques, l'un aprs l'autre, de ses prochains, et
-puis se partit d'Amiens et donna cong toutes manires
-de gens d'armes, et retourna devers Paris. Et j avoit
-le roi d'Angleterre assig la forte ville de Calais.</p>
+les obsèques, l'un après l'autre, de ses prochains, et
+puis se partit d'Amiens et donna congé à toutes manières
+de gens d'armes, et retourna devers Paris. Et jà avoit
+le roi d'Angleterre assiégé la forte ville de Calais.</p>
<p class="source"><cite>Chroniques de Froissart.</cite></p>
<div class="header">
-<h2>SIGE DE CALAIS.<br />
+<h2>SIÉGE DE CALAIS.<br />
<span class="medium">1346-47.</span></h2>
-<p class="intro">Aprs la bataille de Crcy, douard alla assiger Calais, qu'il dsiroit
-moult conqurir parce que cette ville donnait l'Angleterre un point de
-dbarquement sur le sol franais et un port trs-utile son commerce. La
-ville fut assige du 3 septembre 1346 au 4 aot 1347. Elle fut vigoureusement
-dfendue par les habitants et leur capitaine Jean de Vienne, brave
-chevalier de Bourgogne. Au bout de onze mois de sige, vers la fin de
+<p class="intro">Après la bataille de Crécy, Édouard alla assiéger Calais, qu'il «désiroit
+moult conquérir» parce que cette ville donnait à l'Angleterre un point de
+débarquement sur le sol français et un port très-utile à son commerce. La
+ville fut assiégée du 3 septembre 1346 au 4 août 1347. Elle fut vigoureusement
+défendue par les habitants et leur capitaine Jean de Vienne, brave
+chevalier de Bourgogne. Au bout de onze mois de siége, vers la fin de
juillet 1347, Philippe VI arriva enfin au secours de Calais; mais les Anglais
-avaient tellement fortifi et rendu inexpugnables les abords de la ville,
-qu'il fallut que l'arme franaise se dcidt battre en retraite sans combat.
-Abandonns par le roi de France, les habitants de Calais se rsignrent
- capituler.</p>
+avaient tellement fortifié et rendu inexpugnables les abords de la ville,
+qu'il fallut que l'armée française se décidât à battre en retraite sans combat.
+Abandonnés par le roi de France, les habitants de Calais se résignèrent
+à capituler.</p>
</div>
<hr class="deco"/>
<p class="subh">Comment ceux de Calais se voulurent rendre au roi d'Angleterre, sauves
leurs vies; et comment ledit roi voulut avoir six des plus nobles bourgeois
-de la ville pour en faire sa volont.</p>
+de la ville pour en faire sa volonté.</p>
-<p>Aprs le dpartement du roi de France et de son ost
+<p>Après le département du roi de France et de son ost
du mont de Sangattes, ceux de Calais virent bien que le
<span class="pagenum"><a id="Page_244"> 244</a></span>
-secours en quoi ils avoient fiance leur toit failli; et si
-toient si grand dtresse de famine que le plus grand
-et le plus fort se pouvoit peine soutenir: si eurent conseil;
-et leur sembla qu'il valoit mieux eux mettre en
-la volont du roi d'Angleterre, si plus grand merci ne
-pouvoient trouver, que eux laisser mourir l'un aprs
-l'autre par dtresse de famine; car les plusieurs en
-pourroient perdre corps et me par rage de faim. Si
-prirent tant monseigneur Jean de Vienne qu'il en
-voult traiter, qu'il s'y accorda; et monta aux crneaux
-des murs de la ville, et fit signe ceux de dehors
-qu'il vouloit parler eux. Quand le roi d'Angleterre
-entendit ces nouvelles, il envoya l tantt messire
+secours en quoi ils avoient fiance leur étoit failli; et si
+étoient à si grand détresse de famine que le plus grand
+et le plus fort se pouvoit à peine soutenir: si eurent conseil;
+et leur sembla qu'il valoit mieux à eux mettre en
+la volonté du roi d'Angleterre, si plus grand merci ne
+pouvoient trouver, que eux laisser mourir l'un après
+l'autre par détresse de famine; car les plusieurs en
+pourroient perdre corps et âme par rage de faim. Si
+prièrent tant à monseigneur Jean de Vienne qu'il en
+voulût traiter, qu'il s'y accorda; et monta aux créneaux
+des murs de la ville, et fit signe à ceux de dehors
+qu'il vouloit parler à eux. Quand le roi d'Angleterre
+entendit ces nouvelles, il envoya là tantôt messire
Gautier de Mauny et le seigneur de Basset. Quand ils
-furent l venus, messire Jean de Vienne leur dit: Chers
-seigneurs, vous tes moult vaillants chevaliers et uss
+furent là venus, messire Jean de Vienne leur dit: «Chers
+seigneurs, vous êtes moult vaillants chevaliers et usés
d'armes, et savez que le roi de France, que nous tenons
- seigneur, nous a cans envoys, et command
-que nous gardissions cette ville et ce chtel, tellement
-que blme n'en eussions, ni il point de dommage:
+à seigneur, nous a céans envoyés, et commandé
+que nous gardissions cette ville et ce châtel, tellement
+que blâme n'en eussions, ni il point de dommage:
nous en avons fait notre pouvoir. Or, est notre secours
-failli, et vous nous avez si treints que n'avons de quoi
+failli, et vous nous avez si étreints que n'avons de quoi
vivre: si nous conviendra tous mourir, ou enrager par
-famine, si le gentil roi qui est votre sire n'a piti de
-nous. Chers seigneurs, si lui veuillez prier en piti qu'il
+famine, si le gentil roi qui est votre sire n'a pitié de
+nous. Chers seigneurs, si lui veuillez prier en pitié qu'il
veuille avoir merci de nous, et nous en veuille laisser
aller tout ainsi que nous sommes, et veuille prendre la
-ville et le chtel et tout l'avoir qui est dedans; si en
-trouvera assez.</p>
+ville et le châtel et tout l'avoir qui est dedans; si en
+trouvera assez.»</p>
-<p>Adonc rpondit messire Gautier de Mauny, et dit:
-Messire Jean, messire Jean, nous savons partie de l'intention
+<p>Adonc répondit messire Gautier de Mauny, et dit:
+«Messire Jean, messire Jean, nous savons partie de l'intention
du roi notre sire, car il la nous a dite: sachez
que ce n'est mie son entente que vous en puissiez aller
ainsi que vous avez ci dit; ains est son intention que
<span class="pagenum"><a id="Page_245"> 245</a></span>
-vous vous mettiez tous en sa pure volont pour ranonner
+vous vous mettiez tous en sa pure volonté pour rançonner
ceux qu'il lui plaira, ou pour faire mourir; car ceux de
-Calais lui ont tant fait de contraires et de dpits, le sien
-fait dpendre, et grand foison de ses gens fait mourir,
-dont si il lui en poise ce n'est mie merveille.</p>
+Calais lui ont tant fait de contraires et de dépits, le sien
+fait dépendre, et grand foison de ses gens fait mourir,
+dont si il lui en poise ce n'est mie merveille.»</p>
-<p>Adonc rpondit messire Jean de Vienne, et dit: Ce
+<p>Adonc répondit messire Jean de Vienne, et dit: «Ce
seroit trop dure chose pour nous si nous consentions
-ce que vous dites. Nous sommes cans un petit de chevaliers
-et d'cuyers qui loyalement notre pouvoir
+ce que vous dites. Nous sommes céans un petit de chevaliers
+et d'écuyers qui loyalement à notre pouvoir
avons servi notre seigneur le roi de France, si comme
-vous feriez le vtre en semblable cas, et en avons endur
-mainte peine et mainte msaise; mais ainois en
-souffrirons-nous telle msaise que oncques gens n'endurrent
+vous feriez le vôtre en semblable cas, et en avons enduré
+mainte peine et mainte mésaise; mais ainçois en
+souffrirons-nous telle mésaise que oncques gens n'endurèrent
ni souffrirent la pareille, que nous consentissions
-que le plus petit garon ou varlet de la ville et autre
+que le plus petit garçon ou varlet de la ville eût autre
mal que le plus grand de nous. Mais nous vous prions
-que, par votre humilit, vous veuillez aller devers le roi
-d'Angleterre, et lui priiez qu'il ait piti de nous. Si nous
-ferez courtoisie; car nous esprons en lui tant de gentillesse
-qu'il aura merci de nous.&mdash;Par ma foi,
-rpondit messire Gautier de Mauny, je le ferai volontiers,
+que, par votre humilité, vous veuillez aller devers le roi
+d'Angleterre, et lui priiez qu'il ait pitié de nous. Si nous
+ferez courtoisie; car nous espérons en lui tant de gentillesse
+qu'il aura merci de nous.»&mdash;«Par ma foi,
+répondit messire Gautier de Mauny, je le ferai volontiers,
messire Jean; et voudrois, si Dieu me veuille
-aider, qu'il m'en voult croire; car vous en vaudriez
-tous mieux.</p>
-
-<p>Lors se dpartirent le sire de Mauny et le sire de Basset,
-et laissrent messire Jean de Vienne s'appuyant aux
-crneaux, car tantt devoient retourner; et s'en vinrent
-devers le roi d'Angleterre, qui les attendoit l'entre de
-son htel, et avoit grand dsir de our nouvelles de
-ceux de Calais. De ls lui toient le comte Derby, le
+aider, qu'il m'en voulût croire; car vous en vaudriez
+tous mieux.»</p>
+
+<p>Lors se départirent le sire de Mauny et le sire de Basset,
+et laissèrent messire Jean de Vienne s'appuyant aux
+créneaux, car tantôt devoient retourner; et s'en vinrent
+devers le roi d'Angleterre, qui les attendoit à l'entrée de
+son hôtel, et avoit grand désir de ouïr nouvelles de
+ceux de Calais. De lès lui étoient le comte Derby, le
comte de Norhantonne, le comte d'Arondel, et plusieurs
autres barons d'Angleterre. Messire Gautier de Mauny
-et le sire de Basset s'inclinrent devant le roi, puis se
-trairent devers lui. Le sire de Mauny, qui sagement toit
+et le sire de Basset s'inclinèrent devant le roi, puis se
+trairent devers lui. Le sire de Mauny, qui sagement étoit
<span class="pagenum"><a id="Page_246"> 246</a></span>
-emparl et enlangag, commena parler, car le roi
-souverainement le voult our, et dit: Monseigneur,
-nous venons de Calais, et avons trouv le capitaine
-messire Jean de Vienne, qui longuement a parl
-nous; et me semble que il et ses compagnons et la communaut
-de Calais sont en grand volont de vous rendre
-la ville et le chtel de Calais et tout ce qui est dedans,
-mais que leurs corps singulirement ils en puissent
-mettre hors.</p>
-
-<p>Adonc rpondit le roi: Messire Gautier, vous savez
+emparlé et enlangagé, commença à parler, car le roi
+souverainement le voult ouïr, et dit: «Monseigneur,
+nous venons de Calais, et avons trouvé le capitaine
+messire Jean de Vienne, qui longuement a parlé à
+nous; et me semble que il et ses compagnons et la communauté
+de Calais sont en grand volonté de vous rendre
+la ville et le châtel de Calais et tout ce qui est dedans,
+mais que leurs corps singulièrement ils en puissent
+mettre hors.»</p>
+
+<p>Adonc répondit le roi: «Messire Gautier, vous savez
la greigneure partie de notre entente en ce cas: quelle
-chose en avez-vous rpondu?&mdash;En nom de Dieu,
+chose en avez-vous répondu?»&mdash;«En nom de Dieu,
monseigneur, dit messire Gautier, que vous n'en feriez
-rien, si ils ne se rendoient simplement votre volont,
-pour vivre ou pour mourir, si il vous plat. Et quand
-je leur eus ce montr, messire Jean de Vienne me rpondit
-et confessa bien qu'ils toient moult contraints
-et astreints de famine; mais ainois que ils entrassent
+rien, si ils ne se rendoient simplement à votre volonté,
+pour vivre ou pour mourir, si il vous plaît. Et quand
+je leur eus ce montré, messire Jean de Vienne me répondit
+et confessa bien qu'ils étoient moult contraints
+et astreints de famine; mais ainçois que ils entrassent
en ce parti, ils se vendroient si cher que oncques gens
-firent. Adonc rpondit le roi: Messire Gautier, je n'ai
-mie espoir ni volont que j'en fasse autre chose.</p>
+firent.» Adonc répondit le roi: «Messire Gautier, je n'ai
+mie espoir ni volonté que j'en fasse autre chose.»</p>
-<p>Lors se retrat avant le sire de Mauny, et parla moult
+<p>Lors se retraït avant le sire de Mauny, et parla moult
sagement au roi, et dit, pour aider ceux de Calais:
-Monseigneur, vous pourriez bien avoir tort, car vous
+«Monseigneur, vous pourriez bien avoir tort, car vous
nous donnez mauvais exemple. Si vous nous vouliez
envoyer en aucune de vos forteresses, nous n'irions mie
-si volontiers, si vous faites ces gens mettre mort,
+si volontiers, si vous faites ces gens mettre à mort,
ainsi que vous dites; car ainsi feroit-on de nous en semblables
-cas. Cet exemple amollia grandement le courage
-du roi d'Angleterre; car le plus des barons l'aidrent
- soutenir. Donc dit le roi: Seigneurs, je ne
-vueil mie tre tout seul contre vous tous. Gautier, vous
-en irez ceux de Calais, et direz au capitaine que la
-plus grand grce qu'ils pourront trouver ni avoir en
+cas.» Cet exemple amollia grandement le courage
+du roi d'Angleterre; car le plus des barons l'aidèrent
+à soutenir. Donc dit le roi: «Seigneurs, je ne
+vueil mie être tout seul contre vous tous. Gautier, vous
+en irez à ceux de Calais, et direz au capitaine que la
+plus grand grâce qu'ils pourront trouver ni avoir en
<span class="pagenum"><a id="Page_247"> 247</a></span>
moi, c'est que ils partent de la ville de Calais six des
-plus notables bourgeois, en purs leurs chefs et tous dchaux,
-les hars au col, les clefs de la ville et du chtel
-en leurs mains; et de ceux je ferai ma volont, et le demeurant
-je prendrai merci.&mdash;Monseigneur, rpondit
-messire Gautier, je le ferai volontiers.</p>
+plus notables bourgeois, en purs leurs chefs et tous déchaux,
+les hars au col, les clefs de la ville et du châtel
+en leurs mains; et de ceux je ferai ma volonté, et le demeurant
+je prendrai à merci.»&mdash;«Monseigneur, répondit
+messire Gautier, je le ferai volontiers.»</p>
<p class="subh">Comment les six bourgeois se partirent de Calais, tous nuds en leurs chemises,
la hart au col, et les clefs de la ville en leurs mains; et comment
la roine d'Angleterre leur sauva les vies.</p>
<p>A ces paroles se partit du roi messire Gautier de
-Mauny, et retourna jusques Calais, l o messire
+Mauny, et retourna jusques à Calais, là où messire
Jean de Vienne l'attendoit. Si lui recorda toutes les paroles
-devant dites, ainsi que vous les avez oues, et dit
-bien que c'toit tout ce qu'il avoit pu emptrer. Messire
-Jean dit: Messire Gautier, je vous en crois bien; or
-vous pri-je que vous veuillez ci tant demeurer que
-j'aie dmontr la communaut de la ville toute cette
-affaire; car ils m'ont ci envoy, et eux tient d'en rpondre,
-ce m'est avis. Rpondit le sire de Mauny:
-Je le ferai volontiers. Lors se partit des crneaux
-messire Jean de Vienne, et vint au march, et fit sonner
-la cloche pour assembler toutes manires de gens en la
+devant dites, ainsi que vous les avez ouïes, et dit
+bien que c'étoit tout ce qu'il avoit pu empétrer. Messire
+Jean dit: «Messire Gautier, je vous en crois bien; or
+vous prié-je que vous veuillez ci tant demeurer que
+j'aie démontré à la communauté de la ville toute cette
+affaire; car ils m'ont ci envoyé, et à eux tient d'en répondre,
+ce m'est avis.» Répondit le sire de Mauny:
+«Je le ferai volontiers.» Lors se partit des créneaux
+messire Jean de Vienne, et vint au marché, et fit sonner
+la cloche pour assembler toutes manières de gens en la
halle. Au son de la cloche vinrent hommes et femmes,
-car moult dsiroient our nouvelles, ainsi que gens si
+car moult désiroient à ouïr nouvelles, ainsi que gens si
astreints de famine que plus n'en pouvoient porter.
-Quand ils furent tous venus et assembls en la halle,
-hommes et femmes, Jean de Vienne leur dmontra
+Quand ils furent tous venus et assemblés en la halle,
+hommes et femmes, Jean de Vienne leur démontra
moult doucement les paroles toutes telles que ci-devant
-sont rcites, et leur dit bien que autrement ne
-pouvoit tre, et eussent sur ce avis et brve rponse.
-Quand ils ourent ce rapport, ils commencrent tous
-crier et pleurer tellement et si amrement, qu'il n'est
-si dur c&oelig;ur au monde, s'il les et vus ou ous eux demener,
-qui n'en et eu piti. Et n'eurent pour l'heure
+sont récitées, et leur dit bien que autrement ne
+pouvoit être, et eussent sur ce avis et brève réponse.
+Quand ils ouïrent ce rapport, ils commencèrent tous à
+crier et à pleurer tellement et si amèrement, qu'il n'est
+si dur c&oelig;ur au monde, s'il les eût vus ou ouïs eux demener,
+qui n'en eût eu pitié. Et n'eurent pour l'heure
<span class="pagenum"><a id="Page_248"> 248</a></span>
-pouvoir de rpondre ni de parler; et mmement messire
-Jean de Vienne en avoit telle piti qu'il larmoyoit
+pouvoir de répondre ni de parler; et mêmement messire
+Jean de Vienne en avoit telle pitié qu'il larmoyoit
moult tendrement.</p>
-<p>Un espace aprs se leva en pied le plus riche bourgeois
+<p>Un espace après se leva en pied le plus riche bourgeois
de la ville, que on appeloit sire Eustache de Saint-Pierre,
-et dit devant tous ainsi: Seigneurs, grand
-piti et grand meschef seroit de laisser mourir un tel
+et dit devant tous ainsi: «Seigneurs, grand
+pitié et grand meschef seroit de laisser mourir un tel
peuple que ici a, par famine ou autrement, quand on y
-peut trouver aucun moyen; et si seroit grand aumne et
-grand grce envers Notre-Seigneur, qui de tel meschef le
-pourroit garder. Je, en droit moi, ai si grand esprance
-d'avoir grce et pardon envers Notre-Seigneur, si je
-muirs pour ce peuple sauver, que je veuil tre le premier;
-et me mettrai volontiers en pur ma chemise, nud chef,
-et la hart au col, en la merci du roi d'Angleterre. Quand
+peut trouver aucun moyen; et si seroit grand aumône et
+grand grâce envers Notre-Seigneur, qui de tel meschef le
+pourroit garder. Je, en droit moi, ai si grand espérance
+d'avoir grâce et pardon envers Notre-Seigneur, si je
+muirs pour ce peuple sauver, que je veuil être le premier;
+et me mettrai volontiers en pur ma chemise, à nud chef,
+et la hart au col, en la merci du roi d'Angleterre.» Quand
sire Eustache de Saint-Pierre eut dit cette parole, chacun
-l'alla aouser de piti, et plusieurs hommes et femmes
-se jetoient ses pieds pleurant tendrement; et
-toit grand piti de l tre, et eux our couter et regarder.</p>
+l'alla aouser de pitié, et plusieurs hommes et femmes
+se jetoient à ses pieds pleurant tendrement; et
+étoit grand pitié de là être, et eux ouïr écouter et regarder.</p>
-<p>Secondement, un autre trs-honnte bourgeois et de
-grand affaire, et qui avoit deux belles damoiselles
+<p>Secondement, un autre très-honnête bourgeois et de
+grand affaire, et qui avoit deux belles damoiselles à
filles, se leva, et dit tout ainsi qu'il feroit compagnie
- son compre sire Eustache de Saint-Pierre; et appeloit-on
+à son compère sire Eustache de Saint-Pierre; et appeloit-on
celui sire Jean d'Aire.</p>
-<p>Aprs se leva le tiers, qui s'appeloit sire Jacques de
-Wissant, qui toit riche homme de meubles et d'hritage;
-et dit qu'il feroit ses deux cousins compagnie.
-Aussi fit sire Pierre de Wissant son frre; et puis le cinquime;
-et puis le sixime. Et se dvtirent l ces six
+<p>Après se leva le tiers, qui s'appeloit sire Jacques de
+Wissant, qui étoit riche homme de meubles et d'héritage;
+et dit qu'il feroit à ses deux cousins compagnie.
+Aussi fit sire Pierre de Wissant son frère; et puis le cinquième;
+et puis le sixième. Et se dévêtirent là ces six
bourgeois tous nus en leurs braies et leurs chemises, en
la ville de Calais, et mirent hars en leur col, ainsi que
l'ordonnance le portoit, et prirent les clefs de la ville et
-du chtel; chacun en tenoit une poigne.</p>
+du châtel; chacun en tenoit une poignée.</p>
<p><span class="pagenum"><a id="Page_249"> 249</a></span>
-Quand ils furent ainsi appareills, messire Jean de
-Vienne, mont sur une petite haquene, car grand
-malaise pouvoit-il aller pied, se mit au devant, et
+Quand ils furent ainsi appareillés, messire Jean de
+Vienne, monté sur une petite haquenée, car à grand
+malaise pouvoit-il aller à pied, se mit au devant, et
prit le chemin de la porte. Qui lors vit hommes et femmes
et les enfans d'iceux pleurer et tordre leurs mains
-et crier haute voix trs-amrement, il n'est si dur
-c&oelig;ur au monde qui n'en et piti. Ainsi vinrent eux
-jusques la porte, envoys en plaintes, en cris et en
-pleurs. Messire Jean de Vienne fit ouvrir la porte tout arrire,
+et crier à haute voix très-amèrement, il n'est si dur
+c&oelig;ur au monde qui n'en eût pitié. Ainsi vinrent eux
+jusques à la porte, envoyés en plaintes, en cris et en
+pleurs. Messire Jean de Vienne fit ouvrir la porte tout arrière,
et se fit enclorre dehors avec les six bourgeois,
-entre la porte et les barrires; et vint messire Gautier
-qui l'attendoit l, et dit: Messire Gautier, je vous
-dlivre, comme capitaine de Calais, par le consentement
+entre la porte et les barrières; et vint à messire Gautier
+qui l'attendoit là, et dit: «Messire Gautier, je vous
+délivre, comme capitaine de Calais, par le consentement
du povre peuple de cette ville, ces six bourgeois;
-et vous jure que ce sont et toient aujourd'hui les plus
+et vous jure que ce sont et étoient aujourd'hui les plus
honorables et notables de corps, de chevance et d'ancesterie
de la ville de Calais; et portent avec eux toutes
-les clefs de la dite ville et du chtel. Si vous prie, gentil
+les clefs de la dite ville et du châtel. Si vous prie, gentil
sire, que vous veuillez prier pour eux au roi d'Angleterre
-que ces bonnes gens ne soient mie morts.&mdash;Je
-ne sais, rpondit le sire de Mauny, que messire le
+que ces bonnes gens ne soient mie morts.»&mdash;«Je
+ne sais, répondit le sire de Mauny, que messire le
roi en voudra faire, mais je vous ai en convent que j'en
-ferai mon pouvoir.</p>
+ferai mon pouvoir.»</p>
-<p>Adonc fut la barrire ouverte: si s'en allrent les six
-bourgeois en cet tat que je vous dis, avec messire
+<p>Adonc fut la barrière ouverte: si s'en allèrent les six
+bourgeois en cet état que je vous dis, avec messire
Gautier de Mauny, qui les amena tout bellement devers
le palais du roi; et messire Jean de Vienne rentra en la
ville de Calais.</p>
-<p>Le roi toit cette heure en sa chambre, grand
+<p>Le roi étoit à cette heure en sa chambre, à grand
compagnie de comtes, de barons et de chevaliers. Si
entendit que ceux de Calais venoient en l'arroi qu'il
-avoit devis et ordonn; et se mit hors, et s'en vint en
-la place devant son htel, et tous ces seigneurs aprs
+avoit devisé et ordonné; et se mit hors, et s'en vint en
+la place devant son hôtel, et tous ces seigneurs après
lui, et encore grand foison qui y survinrent pour voir
<span class="pagenum"><a id="Page_250"> 250</a></span>
-ceux de Calais, ni comment ils fineroient; et mmement
-la roine d'Angleterre, qui moult toit enceinte,
+ceux de Calais, ni comment ils fineroient; et mêmement
+la roine d'Angleterre, qui moult étoit enceinte,
suivit le roi son seigneur. Si vint messire Gautier de
-Mauny et les bourgeois de ls lui qui le suivoient, et
+Mauny et les bourgeois de lès lui qui le suivoient, et
descendit en la place, et puis s'envint devers le roi, et
-lui dit: Sire, vecy la reprsentation de la ville de Calais
- votre ordonnance. Le roi se tint tout coi, et les
-regarda moult fellement, car moult hoit les habitants
+lui dit: «Sire, vecy la représentation de la ville de Calais
+à votre ordonnance.» Le roi se tint tout coi, et les
+regarda moult fellement, car moult héoit les habitants
de Calais, pour les grands dommages et contraires que
-au temps pass, sur mer, lui avoient faits. Ces six bourgeoisses
-mirent tantt genoux pardevant le roi, et dirent
-ainsi, en joignant leurs mains: Gentil sire et gentil roi,
-vez-nous ci six, qui avons t d'anciennet bourgeois
+au temps passé, sur mer, lui avoient faits. Ces six bourgeoisses
+mirent tantôt à genoux pardevant le roi, et dirent
+ainsi, en joignant leurs mains: «Gentil sire et gentil roi,
+véez-nous ci six, qui avons été d'ancienneté bourgeois
de Calais et grands marchands: si vous apportons les clefs
-de la ville et du chtel de Calais, et les vous rendons
+de la ville et du châtel de Calais, et les vous rendons à
votre plaisir, et nous mettons en tel point que vous nous
-vez, en votre pure volont, pour sauver le demeurant
-du peuple de Calais, qui a souffert moult de grivets. Si
-veuillez avoir de nous piti et merci par votre trs-haute
-noblesse. Certes il n'y eut adonc en la place seigneur,
-chevalier, ni vaillant homme, qui se pt abstenir de
-pleurer de droite piti, ni qui pt de grand pice parler.
-Et vraiment ce n'toit pas merveille; car c'est grand
-piti de voir hommes dchoir et tre en tel tat et
-danger. Le roi les regarda trs-ireusement, car il avoit
-le c&oelig;ur si dur et si pris de grand courroux qu'il ne
+véez, en votre pure volonté, pour sauver le demeurant
+du peuple de Calais, qui a souffert moult de griévetés. Si
+veuillez avoir de nous pitié et merci par votre très-haute
+noblesse.» Certes il n'y eut adonc en la place seigneur,
+chevalier, ni vaillant homme, qui se pût abstenir de
+pleurer de droite pitié, ni qui pût de grand pièce parler.
+Et vraiment ce n'étoit pas merveille; car c'est grand
+pitié de voir hommes déchoir et être en tel état et
+danger. Le roi les regarda très-ireusement, car il avoit
+le c&oelig;ur si dur et si épris de grand courroux qu'il ne
put parler. Et quand il parla, il commanda que on
-leur coupt tantt les ttes. Tous les barons et les chevaliers
-qui l toient, en pleurant prioient si acertes
-que faire pouvoient, au roi qu'il en voult avoir piti
+leur coupât tantôt les têtes. Tous les barons et les chevaliers
+qui là étoient, en pleurant prioient si acertes
+que faire pouvoient, au roi qu'il en voulût avoir pitié
et merci; mais il n'y vouloit entendre. Adonc parla
-messire Gautier de Mauny, et dit: Ha! gentil sire,
-veuillez refrner votre courage: vous avez le nom et
-la renomme de souveraine gentillesse et noblesse; or
+messire Gautier de Mauny, et dit: «Ha! gentil sire,
+veuillez refréner votre courage: vous avez le nom et
+la renommée de souveraine gentillesse et noblesse; or
<span class="pagenum"><a id="Page_251"> 251</a></span>
ne veuillez donc faire chose par quoi elle soit amenrie,
ni que on puisse parler sur vous en nulle vilenie. Si
-vous n'avez piti de ces gens, toutes autres gens diront
-que ce sera grand cruaut, si vous tes si dur que
-vous fassiez mourir ces honntes bourgeois, qui de
-leur propre volont se sont mis en votre merci pour
-les autres sauver. A ce point grigna le roi les dents,
-et dit: Messire Gautier, souffrez vous: il n'en sera autrement,
-mais on fasse venir le coupe-tte. Ceux de
+vous n'avez pitié de ces gens, toutes autres gens diront
+que ce sera grand cruauté, si vous êtes si dur que
+vous fassiez mourir ces honnêtes bourgeois, qui de
+leur propre volonté se sont mis en votre merci pour
+les autres sauver.» A ce point grigna le roi les dents,
+et dit: «Messire Gautier, souffrez vous: il n'en sera autrement,
+mais on fasse venir le coupe-tête. Ceux de
Calais ont fait mourir tant de mes hommes, que il convient
-ceux-ci mourir aussi.</p>
+ceux-ci mourir aussi.»</p>
-<p>Adonc fit la noble roine d'Angleterre grand humilit,
-qui toit durement enceinte et pleuroit si tendrement
-de piti que elle ne se pouvoit soutenir. Si se jeta genoux
-pardevant le roi son seigneur, et dit ainsi: Ha!
-gentil sire, depuis que je repassai la mer en grand pril,
+<p>Adonc fit la noble roine d'Angleterre grand humilité,
+qui étoit durement enceinte et pleuroit si tendrement
+de pitié que elle ne se pouvoit soutenir. Si se jeta à genoux
+pardevant le roi son seigneur, et dit ainsi: «Ha!
+gentil sire, depuis que je repassai la mer en grand péril,
si comme vous savez, je ne vous ai rien requis ni
-demand: or vous pri-je humblement et requiers en
+demandé: or vous prié-je humblement et requiers en
propre don que pour le fils sainte Marie, et pour l'amour
de moi, vous veuillez avoir de ces six hommes
-merci.</p>
+merci.»</p>
-<p>Le roi attendit un petit parler, et regarda la bonne
-dame sa femme, qui pleuroit genoux moult tendrement;
-si lui amollia le c&oelig;ur, car envis l'et courrouce
-au point o elle toit; si dit: Ha! dame, j'aimasse
+<p>Le roi attendit un petit à parler, et regarda la bonne
+dame sa femme, qui pleuroit à genoux moult tendrement;
+si lui amollia le c&oelig;ur, car envis l'eût courroucée
+au point où elle étoit; si dit: «Ha! dame, j'aimasse
trop mieux que vous fussiez autre part que ci. Vous me
priez si acertes que je ne le vous ose escondire; et combien
que je le fasse envis, tenez, je vous les donne; si
-en faites votre plaisir. La bonne dame dit: Monseigneur,
-trs-grands mercis! Lors se leva la roine, et fit
-lever les six bourgeois et leur ter les chevestres d'entour
+en faites votre plaisir.» La bonne dame dit: «Monseigneur,
+très-grands mercis!» Lors se leva la roine, et fit
+lever les six bourgeois et leur ôter les chevestres d'entour
leur cou, et les emmena avec li en sa chambre, et
-les fit revtir et donner dner tout aise, et puis donna
- chacun six nobles, et les fit conduire hors de l'ost
+les fit revêtir et donner à dîner tout aise, et puis donna
+à chacun six nobles, et les fit conduire hors de l'ost à
<span class="pagenum"><a id="Page_252"> 252</a></span>
-sauvet; et s'en allrent habiter et demeurer en plusieurs
+sauveté; et s'en allèrent habiter et demeurer en plusieurs
villes de Picardie<a name="FNanchor_170" id="FNanchor_170" href="#Footnote_170" class="fnanchor">&nbsp;[170]</a>.</p>
<p class="source"><cite>Chroniques de Froissart.</cite></p>
@@ -9629,514 +9587,514 @@ villes de Picardie<a name="FNanchor_170" id="FNanchor_170" href="#Footnote_170"
<span class="medium">27 mars 1350.</span></h2>
<div class="intro">
-<p>Le combat des Trente est un des pisodes les plus populaires de l'interminable
-guerre de Bretagne et l'un des exemples les plus clbres de ces
-dfis ou jotes de fer de glaive qui sont si compltement dans les usages
+<p>Le combat des Trente est un des épisodes les plus populaires de l'interminable
+guerre de Bretagne et l'un des exemples les plus célèbres de ces
+défis ou «joûtes de fer de glaive» qui sont si complétement dans les usages
de la chevalerie et qui tiennent une si grande place dans les guerres
-fodales. Le combat eut lieu dans la lande de Josselin. Les deux chefs
-taient Robert de Beaumanoir, gouverneur du chteau de Josselin et marchal
+féodales. Le combat eut lieu dans la lande de Josselin. Les deux chefs
+étaient Robert de Beaumanoir, gouverneur du château de Josselin et maréchal
de Charles de Blois, et Richard Bramborough, chevalier anglais et
-commandant le chteau de Plormel.</p>
+commandant le château de Ploërmel.</p>
-<p>Nous donnons trois relations de cette bataille: la traduction d'un
-pome franais du XIV<sup>e</sup> sicle, la traduction d'un admirable chant breton
-que nous avons emprunt au recueil de M. de la Villegille, et le rcit de cette
-jote par Froissard.</p>
+<p>Nous donnons trois relations de cette «bataille»: la traduction d'un
+poëme français du XIV<sup>e</sup> siècle, la traduction d'un admirable chant breton
+que nous avons emprunté au recueil de M. de la Villegille, et le récit de cette
+«joûte» par Froissard.</p>
</div>
</div>
-<p class="subt">I.&mdash;<b><i>Traduction d'un pome franais du XIV<sup>e</sup> sicle.</i></b></p>
+<p class="subt">I.&mdash;<b><i>Traduction d'un poëme français du XIV<sup>e</sup> siècle.</i></b></p>
<p>Ici commence la bataille de trente Anglais et de trente
-Bretons, qui fut faite en Bretagne l'an de grce 1350,
-le samedi devant <i lang="la" xml:lang="la">Ltare, Jerusalem</i>.</p>
+Bretons, qui fut faite en Bretagne l'an de grâce 1350,
+le samedi devant <i lang="la" xml:lang="la">Lætare, Jerusalem</i>.</p>
<p>Seigneurs, faites attention, chevaliers et barons,
bannerets, bacheliers, et vous tous nobles hommes,
-vques, abbs, religieux, hrauts, mnestrels, et
+évêques, abbés, religieux, hérauts, ménestrels, et
tous bons compagnons, gentilshommes et bourgeois
-de toutes nations, coutez ce roman que nous voulons
+de toutes nations, écoutez ce roman que nous voulons
raconter. L'histoire en est vraie, et les dits en sont
bons; comment trente Anglais, hardis comme lions,
combattirent un jour contre trente Bretons; et pour
<span class="pagenum"><a id="Page_253"> 253</a></span>
-cela j'en veux dire le vrai et les raisons; ainsi s'en rjouiront
-souvent gentilshommes et savants, d'ici jusqu'
+cela j'en veux dire le vrai et les raisons; ainsi s'en réjouiront
+souvent gentilshommes et savants, d'ici jusqu'à
cent ans, pour vrai, dans leurs maisons.</p>
<p>Bons discours, quand ils sont bons et de bonne sentence,
tous les gens de bien, d'honneur et de grande
-science, pour les couter y mettent leur attention,
-mais les tratres et les jaloux n'y veulent rien entendre.
-Or je veux commencer raconter la noble bataille que
-l'on a appele le combat des Trente, et je prie Dieu, qui
-a laiss vendre sa chair, d'avoir misricorde des mes
+science, pour les écouter y mettent leur attention,
+mais les traîtres et les jaloux n'y veulent rien entendre.
+Or je veux commencer à raconter la noble bataille que
+l'on a appelée le combat des Trente, et je prie Dieu, qui
+a laissé vendre sa chair, d'avoir miséricorde des âmes
des combattants, car le plus grand nombre est en cendre.</p>
-<p>Dagorne<a name="FNanchor_171" id="FNanchor_171" href="#Footnote_171" class="fnanchor">&nbsp;[171]</a> fut tu devant Auray par les barons de
-Bretagne et leur compagnie, que Dieu lui fasse misricorde.
-De son vivant, il avait ordonn que les Anglais
+<p>Dagorne<a name="FNanchor_171" id="FNanchor_171" href="#Footnote_171" class="fnanchor">&nbsp;[171]</a> fut tué devant Auray par les barons de
+Bretagne et leur compagnie, que Dieu lui fasse miséricorde.
+De son vivant, il avait ordonné que les Anglais
ne combattraient plus et ne feraient plus prisonniers
-le menu peuple des villes ni ceux qui font venir le bl.
-Quand Dagorne fut mort, sa promesse fut bientt oublie,
-car Bembrough son successeur a jur par saint
-Thomas qu'il sera bien veng. Puis il pilla le pays et
-prit Plormel, qu'il mit deuil. Il soumettait toute la
-Bretagne ses volonts; enfin arriva la journe que
-Dieu avait ordonne, o Beaumanoir, de grand renom,
-et messire Jean le preux, le vaillant et le sage, allrent
-vers les Anglais pour demander sret contre ces ravages.
+le menu peuple des villes ni ceux qui font venir le blé.
+Quand Dagorne fut mort, sa promesse fut bientôt oubliée,
+car Bembrough son successeur a juré par saint
+Thomas qu'il sera bien vengé. Puis il pilla le pays et
+prit Ploërmel, qu'il mit à deuil. Il soumettait toute la
+Bretagne à ses volontés; enfin arriva la journée que
+Dieu avait ordonnée, où Beaumanoir, de grand renom,
+et messire Jean le preux, le vaillant et le sage, allèrent
+vers les Anglais pour demander sûreté contre ces ravages.
Ils virent maltraiter de pauvres habitants, dont
-ils eurent grand'piti; les uns avec des fers aux pieds
-et aux mains, les autres attachs par les pouces, tous
-lis deux deux, trois par trois, comme b&oelig;ufs et vaches
-que l'on mne au march. Beaumanoir les vit, et
-son c&oelig;ur soupira, et s'adressant Bembrough avec
-fiert: Chevalier d'Angleterre, dit-il, vous vous
+ils eurent grand'pitié; les uns avec des fers aux pieds
+et aux mains, les autres attachés par les pouces, tous
+liés deux à deux, trois par trois, comme b&oelig;ufs et vaches
+que l'on mène au marché. Beaumanoir les vit, et
+son c&oelig;ur soupira, et s'adressant à Bembrough avec
+fierté: «Chevalier d'Angleterre, dit-il, vous vous
<span class="pagenum"><a id="Page_254"> 254</a></span>
rendez bien coupables de tourmenter les pauvres habitants,
-ceux qui sment le bl et qui nous procurent
+ceux qui sèment le blé et qui nous procurent
en abondance le vin et les bestiaux. S'il n'y avait pas de
-laboureurs, je vous dis ma pense, ce serait aux nobles
- dfricher et cultiver la terre en leur place, battre
-le bl et endurer la pauvret; et ce serait grande peine
-pour ceux qui n'y sont pas accoutums. Qu'ils aient la
-paix dornavant, car ils ont trop souffert de ce que
-l'on a sitt oubli les dernires volonts de Dagorne.</p>
-
-<p>Bembrough lui rpond avec la mme fiert: Beaumanoir,
+laboureurs, je vous dis ma pensée, ce serait aux nobles
+à défricher et à cultiver la terre en leur place, à battre
+le blé et à endurer la pauvreté; et ce serait grande peine
+pour ceux qui n'y sont pas accoutumés. Qu'ils aient la
+paix dorénavant, car ils ont trop souffert de ce que
+l'on a sitôt oublié les dernières volontés de Dagorne.»</p>
+
+<p>Bembrough lui répond avec la même fierté: «Beaumanoir,
taisez-vous; qu'il ne soit plus question de
-cela. Montfort sera duc du noble duch de Bretagne,
-depuis Pontorson jusqu' Nantes et Saint-Matthieu.
-douard sera roi de France, et les Anglais tendront
-partout leur domination et pouvoir, malgr tous les
-Franais et leurs allis. A quoi Beaumanoir rpond
-avec modration: Songez un autre songe, celui-ci
-est mal song; car jamais, par une telle voie, vous
+cela. Montfort sera duc du noble duché de Bretagne,
+depuis Pontorson jusqu'à Nantes et à Saint-Matthieu.
+Édouard sera roi de France, et les Anglais étendront
+partout leur domination et pouvoir, malgré tous les
+Français et leurs alliés.» A quoi Beaumanoir répond
+avec modération: «Songez un autre songe, celui-ci
+est mal songé; car jamais, par une telle voie, vous
n'en auriez un demi-pied. Bembrough, continue Beaumanoir,
soyez certain que toutes vos bravades ne valent
rien; ceux qui disent le plus ne peuvent pas soutenir
-jusqu'au bout ce qu'ils ont avanc. Or, Bembrough,
-agissons sagement, s'il vous plat. Prenons jour pour
+jusqu'au bout ce qu'ils ont avancé. Or, Bembrough,
+agissons sagement, s'il vous plaît. Prenons jour pour
combattre ensemble soixante, quatre-vingts ou cent de
nos compagnons; on verra bien alors, sans aller plus
-avant, qui de nous aura tort ou raison. Sire, dit
-Bembrough, je vous en donne ma foi. C'est ainsi que
-la bataille fut jure, pour combattre loyalement, sans
-perfidie, ni ruse; et des deux cts, tous seront cheval.
+avant, qui de nous aura tort ou raison.» «Sire, dit
+Bembrough, je vous en donne ma foi.» C'est ainsi que
+la bataille fut jurée, pour combattre loyalement, sans
+perfidie, ni ruse; et des deux côtés, tous seront à cheval.
Prions le roi de Gloire, qui sait et voit tout, de
-soutenir le bon droit; car c'est l le point important.</p>
+soutenir le bon droit; car c'est là le point important.</p>
-<p>Ils sont aussi convenus, Plormel, qu'ils amneraient
-chacun de leur ct trente combattants. Beaumanoir
-est ensuite revenu Josselin avec un visage
+<p>Ils sont aussi convenus, à Ploërmel, qu'ils amèneraient
+chacun de leur côté trente combattants. Beaumanoir
+est ensuite revenu à Josselin avec un visage
<span class="pagenum"><a id="Page_255"> 255</a></span>
-assur. Il a racont la nouvelle, le fait et l'entreprise,
-et il n'a rien cach de ce qui s'est pass entre lui et Bembrough.
-Un grand nombre de barons taient rassembls,
-et tous rendirent de grandes actions de grces a Dieu.
-Seigneurs, dit Beaumanoir, apprenez que Bembrough
+assuré. Il a raconté la nouvelle, le fait et l'entreprise,
+et il n'a rien caché de ce qui s'est passé entre lui et Bembrough.
+Un grand nombre de barons étaient rassemblés,
+et tous rendirent de grandes actions de grâces a Dieu.
+«Seigneurs, dit Beaumanoir, apprenez que Bembrough
et moi nous sommes convenus de choisir trente guerriers
-des plus valeureux et des plus habiles manier la
+des plus valeureux et des plus habiles à manier la
lance, la hache et la dague. Prions le roi de Gloire, le
dieu de Sagesse, de nous donner l'avantage; nous
-serons certains du succs. Le bruit s'en rpandra par
+serons certains du succès. Le bruit s'en répandra par
tout le royaume de France et dans tous les pays, d'ici
-jusqu' Plaisance. Les nobles barons ainsi que les
-chevaliers, cuyers et soldats rpondent Beaumanoir:
-Nous irons volontiers pour abattre Bembrough et
-tous ses soldats, et jamais il n'aura de nous ni ranon,
-ni deniers; car nous sommes hardis, vaillants et opinitres,
-et nous frapperons sur les Anglais grands
-coups bien appliqus. Prenez ceux qu'il vous plaira,
-trs-noble baron. Je prends Tintniac; Dieu soit
-bni! et Guy de Rochefort, et Charruel le Bon, Guillaume
+jusqu'à Plaisance.» Les nobles barons ainsi que les
+chevaliers, écuyers et soldats répondent à Beaumanoir:
+«Nous irons volontiers pour abattre Bembrough et
+tous ses soldats, et jamais il n'aura de nous ni rançon,
+ni deniers; car nous sommes hardis, vaillants et opiniâtres,
+et nous frapperons sur les Anglais à grands
+coups bien appliqués. Prenez ceux qu'il vous plaira,
+très-noble baron.» «Je prends Tinténiac; Dieu soit
+béni! et Guy de Rochefort, et Charruel le Bon, Guillaume
de la Marche, Robin Raguenel, Huon de Saint-Yvon
et Caro de Bodegat, que je ne dois pas oublier;
messire Geoffroy du Bois, de grand renom, et Olivier
Arrel, qui est hardi breton; messire Jean Rousselot au
-c&oelig;ur de lion. Si ceux-l ne se dfendent pas bravement
-contre le flon Bembrough, je serai bien tromp dans
+c&oelig;ur de lion. Si ceux-là ne se défendent pas bravement
+contre le félon Bembrough, je serai bien trompé dans
mon attente. Il faut maintenant choisir les plus nobles
-cuyers, et je prendrai tout le premier Guillaume de
-Montauban et Alain de Tintniac qui est si brave; et
+écuyers, et je prendrai tout le premier Guillaume de
+Montauban et Alain de Tinténiac qui est si brave; et
Tristan de Pestivien si digne d'estime; Alain de Keranrais
et son oncle Olivier; Louis Goyon y viendra frapper
-de sa redoutable pe, ainsi que Fontenay, pour
-essayer leurs forces; Hugues Capus le Sage ne peut tre
-oubli, et Geoffroy de la Roche sera fait chevalier, lui
+de sa redoutable épée, ainsi que Fontenay, pour
+essayer leurs forces; Hugues Capus le Sage ne peut être
+oublié, et Geoffroy de la Roche sera fait chevalier, lui
<span class="pagenum"><a id="Page_256"> 256</a></span>
-dont Budes, le brave pre, alla combattre jusqu'
+dont Budes, le brave père, alla combattre jusqu'à
Constantinople par amour de la gloire. Si de tels guerriers
-ne se dfendent pas bien contre l'avide Bembrough,
-qui dispute la Bretagne (Dieu fasse chouer ses
-desseins!), jamais ils ne devront s'armer d'une pe.</p>
+ne se défendent pas bien contre l'avide Bembrough,
+qui dispute la Bretagne (Dieu fasse échouer ses
+desseins!), jamais ils ne devront s'armer d'une épée.»</p>
-<p>Voil ceux que Beaumanoir a choisis d'abord. Je
-n'oublierai pas Geoffroy Poulard, Maurice de Trziguidi
-et Guyon de Pontblanc, ni le brave cuyer Maurice du
+<p>Voilà ceux que Beaumanoir a choisis d'abord. Je
+n'oublierai pas Geoffroy Poulard, Maurice de Tréziguidi
+et Guyon de Pontblanc, ni le brave écuyer Maurice du
Parc, et son ami Geoffroy de Beaucorps, non plus que
l'ami de Lenlop, Geoffroy Mellon. Tous ceux qu'il a
-appels lui en rendent grce; ils sont tous prsents, et
+appelés lui en rendent grâce; ils sont tous présents, et
s'inclinent vers lui pour le remercier.</p>
<p>Beaumanoir prit ensuite, et c'est chose certaine,
Jean de Serent, Guillaume de la Lande, Olivier Monteville,
homme d'une grande force, et Simon Richard
qui se comportera bien. Tous s'y conduiront avec autant
-de force que de courage. Ils se sont tous rassembls
-aussitt. Dieu les prserve de tous fcheux accidents!</p>
+de force que de courage. Ils se sont tous rassemblés
+aussitôt. Dieu les préserve de tous fâcheux accidents!</p>
<p>C'est ainsi que Beaumanoir a choisi les trente bons
-Bretons; Dieu les garde de dshonneur! Et puisse-t-il
-envoyer leurs ennemis un tel dsavantage qu'ils
-soient dfaits aux yeux de tout le monde!</p>
+Bretons; Dieu les garde de déshonneur! Et puisse-t-il
+envoyer à leurs ennemis un tel désavantage qu'ils
+soient défaits aux yeux de tout le monde!</p>
-<p>Sire Robert Bembrough, de son ct, a eu beaucoup
-de peine choisir trente combattants. Je vous dirai
-leurs noms, j'en atteste saint Bernard. C'taient Knolles,
+<p>Sire Robert Bembrough, de son côté, a eu beaucoup
+de peine à choisir trente combattants. Je vous dirai
+leurs noms, j'en atteste saint Bernard. C'étaient Knolles,
Caverlay et Croquart, Jean Plesanton, Richard le Gaillard,
-Helcoq son frre, Jennequin-Taillard, Repefort
-le Vaillant, Richard de la Lande et le rus Thommelin-Belifort,
+Helcoq son frère, Jennequin-Taillard, Repefort
+le Vaillant, Richard de la Lande et le rusé Thommelin-Belifort,
qui combattait avec un maillet de fer qui pesait
bien vingt-cinq livres, je l'atteste. Hucheton de Clamaban
combattait avec un fauchart<a name="FNanchor_172" id="FNanchor_172" href="#Footnote_172" class="fnanchor">&nbsp;[172]</a> tranchant d'un
-ct, garni de crochets de l'autre et plus aiguis qu'un
+côté, garni de crochets de l'autre et plus aiguisé qu'un
<span class="pagenum"><a id="Page_257"> 257</a></span>
dard; il ressemblait au roi Agapart quand il combattit
jadis avec la lance contre Renouart; tous ses coups
-sont mortels. Jennequin de Betonchamp, Hennequin-Hrouart
+sont mortels. Jennequin de Betonchamp, Hennequin-Hérouart
et Gaultier-Lallemant, Hubinete-Vitart,
-Hennequin le marchal, Thommelin-Hualton, Robinet-Mlipart,
-Isannay le Hardi, Hlichon le musart,
-Troussel, Robin-Ads et Rango le couart, Dagorne le
-neveu, fier comme un lopard, et quatre Brabanons,
+Hennequin le maréchal, Thommelin-Hualton, Robinet-Mélipart,
+Isannay le Hardi, Hélichon le musart,
+Troussel, Robin-Adès et Rango le couart, Dagorne le
+neveu, fier comme un léopard, et quatre Brabançons,
j'en atteste saint Godard! Perrot de Gannelon, Guillemin
le gaillard, Boutet d'Aspremont et Dardaine. A les
-entendre, ils mettront en pices les Bretons et se rendront
-matres de la Bretagne jusque auprs de Dinan;
-mais un tourdi montre toujours une vaine jactance.</p>
+entendre, ils mettront en pièces les Bretons et se rendront
+maîtres de la Bretagne jusque auprès de Dinan;
+mais un étourdi montre toujours une vaine jactance.</p>
<p>Tels sont les combattants que Bembrough a choisis, au
-nombre de trente, et de trois nations diffrentes; car
+nombre de trente, et de trois nations différentes; car
il s'y trouve vingt Anglais, courageux comme des
-lions; six bons Allemands et quatre Brabanons; tous
+lions; six bons Allemands et quatre Brabançons; tous
couverts de plates<a name="FNanchor_173" id="FNanchor_173" href="#Footnote_173" class="fnanchor">&nbsp;[173]</a>, de bacinets<a name="FNanchor_174" id="FNanchor_174" href="#Footnote_174" class="fnanchor">&nbsp;[174]</a>, de hauberjons<a name="FNanchor_175" id="FNanchor_175" href="#Footnote_175" class="fnanchor">&nbsp;[175]</a>
-et arms d'pes, de dagues, de lances et de fauchons<a name="FNanchor_176" id="FNanchor_176" href="#Footnote_176" class="fnanchor">&nbsp;[176]</a>.
-Les Anglais jurent par Jsus-Christ que le noble et vaillant
-Beaumanoir sera extermin; mais lui, preux et sage,
-fait de grandes dvotions, fait dire des messes, priant
+et armés d'épées, de dagues, de lances et de fauchons<a name="FNanchor_176" id="FNanchor_176" href="#Footnote_176" class="fnanchor">&nbsp;[176]</a>.
+Les Anglais jurent par Jésus-Christ que le noble et vaillant
+Beaumanoir sera exterminé; mais lui, preux et sage,
+fait de grandes dévotions, fait dire des messes, priant
Dieu par tous ses saints noms qu'il leur soit en aide.</p>
-<p>Quand le jour fix pour le rendez-vous fut venu, le
-vaillant Beaumanoir, que Dieu le fasse crotre en vertu!
-appelle tous ses compagnons auprs de lui, et leur fait
-dire des messes. Tous reoivent l'absolution et communient
-au nom du roi Jsus. Seigneurs, dit Beaumanoir
+<p>Quand le jour fixé pour le rendez-vous fut venu, le
+vaillant Beaumanoir, que Dieu le fasse croître en vertu!
+appelle tous ses compagnons auprès de lui, et leur fait
+dire des messes. Tous reçoivent l'absolution et communient
+au nom du roi Jésus. «Seigneurs, dit Beaumanoir
avec un fier visage, vous allez avoir affaire
contre des Anglais de grand courage, et qui veulent
<span class="pagenum"><a id="Page_258"> 258</a></span>
notre perte. Je vous prie, et requiers chacun de vous,
-d'avoir bonne contenance. Tenez-vous prs l'un l'autre
-comme gens vaillants et sages; si Jsus-Christ vous
+d'avoir bonne contenance. Tenez-vous près l'un l'autre
+comme gens vaillants et sages; si Jésus-Christ vous
donne la force et l'avantage, tous les barons de France
-en auront grande joie; et le duc dbonnaire<a name="FNanchor_177" id="FNanchor_177" href="#Footnote_177" class="fnanchor">&nbsp;[177]</a> qui
-j'ai fait hommage, et la noble duchesse qui je suis
-alli, nous estimeront toujours. Jurons tous Dieu, qui
-fit l'homme son image, que si nous trouvons Bembrough
+en auront grande joie; et le duc débonnaire<a name="FNanchor_177" id="FNanchor_177" href="#Footnote_177" class="fnanchor">&nbsp;[177]</a> à qui
+j'ai fait hommage, et la noble duchesse à qui je suis
+allié, nous estimeront toujours. Jurons tous Dieu, qui
+fit l'homme à son image, que si nous trouvons Bembrough
dans la plaine, hors du bocage, jamais personne
-de sa famille ne le reverra.</p>
+de sa famille ne le reverra.»</p>
-<p>Cependant Bembrough, qui est parvenu runir
-trente combattants, les mne tranquillement droit au
-pr, et leur dit, c'est la pure vrit: J'ai fait lire mes
+<p>Cependant Bembrough, qui est parvenu à réunir
+trente combattants, les mène tranquillement droit au
+pré, et leur dit, c'est la pure vérité: «J'ai fait lire mes
livres; Merlin nous promet aujourd'hui la victoire sur
-les Bretons, et je vous assure que la Bretagne sera dlivre
-et appartiendra au bon roi douard, car je l'ai
-rsolu. Seigneurs, ajoute Bembrough, ayez confiance et
-rjouissez-vous; soyez srs et certains que Beaumanoir
+les Bretons, et je vous assure que la Bretagne sera délivrée
+et appartiendra au bon roi Édouard, car je l'ai
+résolu. Seigneurs, ajoute Bembrough, ayez confiance et
+réjouissez-vous; soyez sûrs et certains que Beaumanoir
sera pris, lui et ses compagnons; qu'il en restera peu
-de vivants, et que nous les amnerons aprs au noble
-douard, le brave roi d'Angleterre, qui nous a envoys
+de vivants, et que nous les amènerons après au noble
+Édouard, le brave roi d'Angleterre, qui nous a envoyés
ici. Il les traitera tous selon son plaisir; nous lui remettrons
-toutes les terres que nous prendrons jusqu' Paris,
-et les Bretons ne nous attendront pas face face.
+toutes les terres que nous prendrons jusqu'à Paris,
+et les Bretons ne nous attendront pas face à face.»
Ainsi parlait Bembrough, comme il le pensait; mais,
-s'il plat Dieu, le roi de Paradis, il ne russira pas de
-si tt dans ses projets.</p>
-
-<p>Bembrough cependant est arriv le premier sur le
-pr avec ses trente guerriers. Il s'crie: Beaumanoir,
-o es-tu? Je crois bien que dj tu es en dfaut; et cependant
-tu aurais t vaincu en combattant, si tu avais
-voulu! Comme il achevait ces mots, Beaumanoir est
-arriv. Beaumanoir, dit Bembrough, soyons amis, si
+s'il plaît à Dieu, le roi de Paradis, il ne réussira pas de
+si tôt dans ses projets.</p>
+
+<p>Bembrough cependant est arrivé le premier sur le
+pré avec ses trente guerriers. Il s'écrie: «Beaumanoir,
+où es-tu? Je crois bien que déjà tu es en défaut; et cependant
+tu aurais été vaincu en combattant, si tu avais
+voulu!» Comme il achevait ces mots, Beaumanoir est
+arrivé. «Beaumanoir, dit Bembrough, soyons amis, si
<span class="pagenum"><a id="Page_259"> 259</a></span>
-vous voulez; remettons cette journe une autre fois;
-j'enverrai prendre les ordres du noble douard, et vous
+vous voulez; remettons cette journée à une autre fois;
+j'enverrai prendre les ordres du noble Édouard, et vous
vous adresserez au roi de Saint-Denis; et s'ils nous permettent
-le combat, nous nous rendrons ici un jour
-fix. Seigneur, dit Beaumanoir, je prendrai avis sur
-ce que vous me proposez.</p>
+le combat, nous nous rendrons ici à un jour
+fixé.» «Seigneur, dit Beaumanoir, je prendrai avis sur
+ce que vous me proposez.»</p>
-<p>Le vaillant Beaumanoir, d'une contenance fire,
-vient apporter cette nouvelle ses guerriers. Seigneurs,
+<p>Le vaillant Beaumanoir, d'une contenance fière,
+vient apporter cette nouvelle à ses guerriers. «Seigneurs,
leur dit-il, Bembrough voudrait ajourner l'affaire et
-que chacun s'en allt sans avoir frapp un coup. Veuillez
-tous m'en dire votre pense; car pour moi, j'en
-atteste le Dieu qui a fait le ciel et la rose, je ne voudrais
+que chacun s'en allât sans avoir frappé un coup. Veuillez
+tous m'en dire votre pensée; car pour moi, j'en
+atteste le Dieu qui a fait le ciel et la rosée, je ne voudrais
pas pour tout l'or du monde que cette bataille ne
-ft faite et acheve. Charruel, tout mu de colre,
+fût faite et achevée.» Charruel, tout ému de colère,
prend alors la parole, car il n'y avait pas de meilleur
-chevalier jusqu' la mer. Sire, nous sommes venus
-trente en ce lieu; nous avons tous dague, lance et pe;
-nous sommes tous prts combattre Bembrough, de par
-saint Honor, puisqu'il dispute le pays au bon et brave
-duc. Prisse bientt celui qui voudrait quitter sans en
-tre venu aux mains, ou qui voudrait ajourner le combat.
-Je le veux bien, rpond Beaumanoir; allons
- la bataille ainsi qu'elle a t jure.</p>
-
-<p>Bembrough, dit Beaumanoir, coutez ma rsolution;
+chevalier jusqu'à la mer. «Sire, nous sommes venus
+trente en ce lieu; nous avons tous dague, lance et épée;
+nous sommes tous prêts à combattre Bembrough, de par
+saint Honoré, puisqu'il dispute le pays au bon et brave
+duc. Périsse bientôt celui qui voudrait quitter sans en
+être venu aux mains, ou qui voudrait ajourner le combat.»
+«Je le veux bien, répond Beaumanoir; allons
+à la bataille ainsi qu'elle a été jurée.»</p>
+
+<p>«Bembrough, dit Beaumanoir, écoutez ma résolution;
entendez ce que disent Charruel au fier visage
et tous ses compagnons, qu'il serait honteux pour vous
de remettre la bataille que vous avez offerte sans raison
au noble duc, qui est courtois et sage. Ils jurent tous,
-par le Dieu qui fit tous les hommes sa ressemblance,
+par le Dieu qui fit tous les hommes à sa ressemblance,
que vous mourriez honteusement devant tous les barons,
-vous et tous vos gens, et cela par votre faute.</p>
+vous et tous vos gens, et cela par votre faute.»</p>
-<p>Beaumanoir, dit Bembrough, c'est grande folie, oui
-c'est grande folie vous de causer, par votre tmrit,
-la mort de la fleur de la duch; car quand elle aura
+<p>«Beaumanoir, dit Bembrough, c'est grande folie, oui
+c'est grande folie à vous de causer, par votre témérité,
+la mort de la fleur de la duché; car quand elle aura
<span class="pagenum"><a id="Page_260"> 260</a></span>
-pri et ne sera plus de ce monde, jamais vous n'en retrouverez
-de semblables dans la Bretagne. Bembrough,
+péri et ne sera plus de ce monde, jamais vous n'en retrouverez
+de semblables dans la Bretagne.» «Bembrough,
dit Beaumanoir, pour Dieu ne croyez pas que
-j'aie amen ici tous nos chevaliers. Laval, Rochefort,
-Lohac n'y sont point; ni Montfort, ni Rohan, ni Quentin,
+j'aie amené ici tous nos chevaliers. Laval, Rochefort,
+Lohéac n'y sont point; ni Montfort, ni Rohan, ni Quentin,
ni tant d'autres; mais il est bien vrai que j'ai avec
-moi de nobles chevaliers, et la fleur des cuyers de toute
+moi de nobles chevaliers, et la fleur des écuyers de toute
la Bretagne, qui ne daigneraient pas fuir pour sauver
-leur vie, et qui sont incapables de trahison, de fausset
+leur vie, et qui sont incapables de trahison, de fausseté
et de perfidie. Ils jurent tous, par le fils de sainte Marie,
-que vous mourrez ignominieusement leur aspect, et
-que vous et tous les vtres, quoi que vous en disiez,
-vous serez pris et garrotts avant l'heure de complies.</p>
+que vous mourrez ignominieusement à leur aspect, et
+que vous et tous les vôtres, quoi que vous en disiez,
+vous serez pris et garrottés avant l'heure de complies.»</p>
-<p>Bembrough lui rpond: Toute votre puissance et vos
+<p>Bembrough lui répond: «Toute votre puissance et vos
chevaliers, je les prise moins qu'une gousse d'ail; car
-ce jour mme, et malgr vous, j'aurai tout pouvoir, et
-je me rendrai matre de la Bretagne et de toute la Normandie.
-Puis, s'adressant aux Anglais: Seigneurs,
-les Bretons ont tort; frappez sur eux, mettez-les tous
-mort; gardez qu'aucun n'chappe, ni faibles ni forts.</p>
+ce jour même, et malgré vous, j'aurai tout pouvoir, et
+je me rendrai maître de la Bretagne et de toute la Normandie.»
+Puis, s'adressant aux Anglais: «Seigneurs,
+les Bretons ont tort; frappez sur eux, mettez-les tous à
+mort; gardez qu'aucun n'échappe, ni faibles ni forts.»</p>
<p>Les soixante guerriers sont impatients d'en venir aux
mains. Le premier choc est terrible et funeste; Charruel
-est fait prisonnier, Geoffroy Mellon est frapp mort,
-et le vaillant Tristan, robuste et de haute stature, reoit
+est fait prisonnier, Geoffroy Mellon est frappé à mort,
+et le vaillant Tristan, robuste et de haute stature, reçoit
un violent coup de maillet; messire Jean Rousselot
-est grivement bless. Les Bretons, il est trop vrai, ont
-le dessous, si Jsus-Christ, par qui tout russit, ne les
-protge. Le combat fut terrible dans la plaine. Caro de
+est grièvement blessé. Les Bretons, il est trop vrai, ont
+le dessous, si Jésus-Christ, par qui tout réussit, ne les
+protége. Le combat fut terrible dans la plaine. Caro de
Bodegat est atteint d'un coup de maillet, et le vaillant
-Tristan, frapp dangereusement, s'crie: Beaumanoir,
-o es-tu? voil les Anglais qui m'entranent,
-bless et meurtri? Je n'ai jamais eu de crainte quand
-je me suis trouv avec toi. Si le vrai Dieu ne me secourt
-par sa puissance, les Anglais m'emmneront, et
+Tristan, frappé dangereusement, s'écrie: «Beaumanoir,
+où es-tu? voilà les Anglais qui m'entraînent,
+blessé et meurtri? Je n'ai jamais eu de crainte quand
+je me suis trouvé avec toi. Si le vrai Dieu ne me secourt
+par sa puissance, les Anglais m'emmèneront, et
<span class="pagenum"><a id="Page_261"> 261</a></span>
-vous m'aurez perdu. Beaumanoir jure par Jsus-Christ
-qu'auparavant il y aura de rudes coups ports,
-mainte lance rompue et maint cu perc. Et ces mots
-il lve sa grande pe tranchante; chacun de ceux qu'il
-atteint est mort ou renvers. Les Anglais lui rsistent
-avec vigueur et mprisent ses efforts. Le combat est
-violent et meurtrier, et des deux cts les combattants
+vous m'aurez perdu.» Beaumanoir jure par Jésus-Christ
+qu'auparavant il y aura de rudes coups portés,
+mainte lance rompue et maint écu percé. Et à ces mots
+il lève sa grande épée tranchante; chacun de ceux qu'il
+atteint est mort ou renversé. Les Anglais lui résistent
+avec vigueur et méprisent ses efforts. Le combat est
+violent et meurtrier, et des deux côtés les combattants
montrent c&oelig;ur de lion. Tous convinrent d'une suspension
-pour aller se dsaltrer un instant avec le bon vin
-d'Anjou que chacun a dans sa bouteille; et aprs en
-avoir tous bu, ils reviennent aussitt au combat.</p>
+pour aller se désaltérer un instant avec le bon vin
+d'Anjou que chacun a dans sa bouteille; et après en
+avoir tous bu, ils reviennent aussitôt au combat.</p>
<p>La bataille fut terrible au milieu de la prairie, et le
-carnage affreux, et rude fut la mle. Les Bretons ont
-le dsavantage, je veux dire ce qui est vrai; car deux
+carnage affreux, et rude fut la mêlée. Les Bretons ont
+le désavantage, je veux dire ce qui est vrai; car deux
ont perdu la vie et trois autres sont prisonniers; Dieu
leur soit en aide! Il ne reste que vingt-cinq combattants.
-Mais Geoffroy de la Roche, cuyer de trs-noble
+Mais Geoffroy de la Roche, écuyer de très-noble
et ancienne race, demande la chevalerie; et Beaumanoir
le fait chevalier, au nom de sainte Marie, et lui
-dit: Beau doux fils, ne t'pargne pas; souviens-toi
-du chevalier qui se signala Constantinople<a name="FNanchor_178" id="FNanchor_178" href="#Footnote_178" class="fnanchor">&nbsp;[178]</a> au milieu
+dit: «Beau doux fils, ne t'épargne pas; souviens-toi
+du chevalier qui se signala à Constantinople<a name="FNanchor_178" id="FNanchor_178" href="#Footnote_178" class="fnanchor">&nbsp;[178]</a> au milieu
de tant de braves guerriers; et je jure Dieu, qui
tient tout sous sa puissance, que les Anglais payeront ta
-chevalerie avant l'heure de complies. Bembrough
+chevalerie avant l'heure de complies.» Bembrough
l'a entendu; mais il redoute peu la valeur des chevaliers
-bretons, et dit Beaumanoir avec audace:
-Rends-toi vite, Beaumanoir; je ne te tuerai pas, mais
-je te donnerai en prsent ma mie; car je lui ai promis,
-et je ne mentirai point, qu'aujourd'hui je t'amnerais,
-devant elle. Beaumanoir lui rpond: C'est
+bretons, et dit à Beaumanoir avec audace:
+«Rends-toi vite, Beaumanoir; je ne te tuerai pas, mais
+je te donnerai en présent à ma mie; car je lui ai promis,
+et je ne mentirai point, qu'aujourd'hui je t'amènerais,
+devant elle.» Beaumanoir lui répond: «C'est
aussi mon intention, et nous l'entendons bien ainsi,
-moi et mes compagnons, s'il plat au Dieu de Gloire,
+moi et mes compagnons, s'il plaît au Dieu de Gloire, à
<span class="pagenum"><a id="Page_262"> 262</a></span>
sainte Marie, au bon saint Yves, en qui j'ai toute confiance!
-Jette donc le d, et ne mnage rien; le hasard
-tombera sur toi, tu ne vivras pas longtemps. Alain
-de Kranrais l'a aussi entendu, et lui dit: Misrable,
-quelle est ta prsomption! tu te flattes d'emmener prisonnier
+Jette donc le dé, et ne ménage rien; le hasard
+tombera sur toi, tu ne vivras pas longtemps.» Alain
+de Kéranrais l'a aussi entendu, et lui dit: «Misérable,
+quelle est ta présomption! tu te flattes d'emmener prisonnier
un homme d'un tel courage! c'est moi qui te
-dfie aujourd'hui en son nom, et qui te frapperai de
-mon glaive tranchant. Au mme instant, Alain de
-Kranrais lui porte droit au visage un coup de fer de
-sa lance, dont la pointe, comme chacun l'a vu, pntre
-jusqu' la cervelle. Il tire son glaive ds que Bembrough
-est tomb. Celui-ci se relve, s'avance sur lui;
+défie aujourd'hui en son nom, et qui te frapperai de
+mon glaive tranchant.» Au même instant, Alain de
+Kéranrais lui porte droit au visage un coup de fer de
+sa lance, dont la pointe, comme chacun l'a vu, pénètre
+jusqu'à la cervelle. Il tire son glaive dès que Bembrough
+est tombé. Celui-ci se relève, s'avance sur lui;
mais messire Geoffroy du Bois, qui l'a reconnu, le frappe
-aussitt de sa lance; et Bembrough est renvers mort
-terre. Du Bois s'crie alors: Beaumanoir, o es-tu?
-te voil veng de lui; il gt tendu mort. Beaumanoir,
-qui l'a bien entendu, rpond: Seigneurs, voil le
+aussitôt de sa lance; et Bembrough est renversé mort à
+terre. Du Bois s'écrie alors: «Beaumanoir, où es-tu?
+te voilà vengé de lui; il gît étendu mort.» Beaumanoir,
+qui l'a bien entendu, répond: «Seigneurs, voilà le
moment de redoubler d'ardeur au combat! Pour Dieu,
-joignez les autres, et laissez celui-ci.</p>
+joignez les autres, et laissez celui-ci.»</p>
<p>Cependant les Anglais ont vu que Bembrough est
-mort, et sa jactance abattue ainsi que sa grande prsomption.
-Alors l'Allemand Croquart, anim de courroux,
-s'crie: Seigneurs, il est trop vrai, Bembrough,
+mort, et sa jactance abattue ainsi que sa grande présomption.
+Alors l'Allemand Croquart, animé de courroux,
+s'écrie: «Seigneurs, il est trop vrai, Bembrough,
qui nous a conduits ici, vient de succomber. Tous les
-livres de Merlin, qu'il aimait tant consulter, ne lui ont
-pas valu deux deniers; il gt bouche bante, renvers
+livres de Merlin, qu'il aimait tant à consulter, ne lui ont
+pas valu deux deniers; il gît bouche béante, renversé
mort. Je vous en prie, beaux seigneurs, comportez-vous
-en hommes de c&oelig;ur. Tenez-vous troitement
-serrs l'un contre l'autre, et que quiconque vous approchera
-tombe mort ou bless. Dieu! combien Beaumanoir
-sera mcontent et courrouc si ses ennemis ne
-sont pas rservs la honte et au mpris! Aussitt
-Charuel s'est relev, ainsi que le vaillant Tristan, qui
-tait grivement bless, et le preux et honor Caro de
+en hommes de c&oelig;ur. Tenez-vous étroitement
+serrés l'un contre l'autre, et que quiconque vous approchera
+tombe mort ou blessé. Dieu! combien Beaumanoir
+sera mécontent et courroucé si ses ennemis ne
+sont pas réservés à la honte et au mépris!» Aussitôt
+Charuel s'est relevé, ainsi que le vaillant Tristan, qui
+était grièvement blessé, et le preux et honoré Caro de
<span class="pagenum"><a id="Page_263"> 263</a></span>
-Bodegat. Tous trois taient prisonniers de l'insens Bembrough,
-mais ils furent dlivrs ds que Bembrough fut
-mort. Ils se sont tous arms de leur bon glaive tranchant,
-et ils ont bonne volont de frapper sur les Anglais.</p>
+Bodegat. Tous trois étaient prisonniers de l'insensé Bembrough,
+mais ils furent délivrés dès que Bembrough fut
+mort. Ils se sont tous armés de leur bon glaive tranchant,
+et ils ont bonne volonté de frapper sur les Anglais.</p>
-<p>Aprs la mort du vaillant Bembrough, la bataille recommena
+<p>Après la mort du vaillant Bembrough, la bataille recommença
avec fureur; le choc fut terrible et le carnage
-pouvantable. Restait alors matre Croquart l'Allemand
-et Thommelin Belifort, qui semblait un gant,
+épouvantable. Restait alors maître Croquart l'Allemand
+et Thommelin Belifort, qui semblait un géant,
et qui combattait avec un lourd maillet d'acier, ainsi
-que Hue de Caverlay. Le rus messire Robert Knolles et
+que Hue de Caverlay. Le rusé messire Robert Knolles et
tous ses compagnons, Allemands et Anglais, pleins de
courroux, s'excitent mutuellement par ces paroles:
-Vengeons Bembrough, notre loyal ami; qu'ils prissent
-tous; pas de grce pour un seul; la victoire sera
-nous avant le soleil couchant. Mais le noble Beaumanoir
-marche droit eux avec ses compagnons, qu'il
-chrit tant. Alors recommence un combat si cruel et si
-acharn que le bruit des coups qu'ils s'entre-donnent
-sur leurs ttes retentit un quart de lieue dans la
-plaine. Dj deux Anglais et un brave Allemand sont
-morts; et Dardaine, le dernier dsign des combattants,
-a t renvers mort sur le pr, ainsi que Geoffroy Poulard,
-qui dort tendu mort comme les autres. Le vaillant
-Beaumanoir est bless; et si Jsus-Christ, le Pre
-tout-puissant, ne prend piti d'eux, il n'en rchappera
-pas un seul d'un ct ni de l'autre.</p>
-
-<p>Le combat fut long et opinitre, et des deux cts le
-carnage horrible. Ce fut un samedi de l'anne 1351,
-me croie qui voudra, avant le dimanche o la sainte
-glise chante <i lang="la" xml:lang="la">Ltare, Jerusalem</i>, en ce saint temps. Le
-soleil brillait; ils combattaient rudement et ne s'pargnaient
-pas. La chaleur tait excessive; ils taient tout
-en sueur; la terre fut arrose de sueur et de sang. Ce
-jour-l, Beaumanoir avait jen, et comme le baron
+«Vengeons Bembrough, notre loyal ami; qu'ils périssent
+tous; pas de grâce pour un seul; la victoire sera à
+nous avant le soleil couchant.» Mais le noble Beaumanoir
+marche droit à eux avec ses compagnons, qu'il
+chérit tant. Alors recommence un combat si cruel et si
+acharné que le bruit des coups qu'ils s'entre-donnent
+sur leurs têtes retentit à un quart de lieue dans la
+plaine. Déjà deux Anglais et un brave Allemand sont
+morts; et Dardaine, le dernier désigné des combattants,
+a été renversé mort sur le pré, ainsi que Geoffroy Poulard,
+qui dort étendu mort comme les autres. Le vaillant
+Beaumanoir est blessé; et si Jésus-Christ, le Père
+tout-puissant, ne prend pitié d'eux, il n'en réchappera
+pas un seul d'un côté ni de l'autre.</p>
+
+<p>Le combat fut long et opiniâtre, et des deux côtés le
+carnage horrible. Ce fut un samedi de l'année 1351,
+me croie qui voudra, avant le dimanche où la sainte
+Église chante <i lang="la" xml:lang="la">Lætare, Jerusalem</i>, en ce saint temps. Le
+soleil brillait; ils combattaient rudement et ne s'épargnaient
+pas. La chaleur était excessive; ils étaient tout
+en sueur; la terre fut arrosée de sueur et de sang. Ce
+jour-là, Beaumanoir avait jeûné, et comme le baron
<span class="pagenum"><a id="Page_264"> 264</a></span>
-avait grande soif, il demanda boire; quoi Geoffroy
-du Bois rpondit sur-le-champ: Bois ton sang, Beaumanoir,
-ta soif se passera. L'honneur de cette journe
-nous restera; chacun y gagnera vaillante renomme,
-dont le souvenir ne s'effacera jamais. Le vaillant
-Beaumanoir, ranim par ces paroles, reprit vigueur, et il
-tait tellement irrit par la colre et par la perte de ses
+avait grande soif, il demanda à boire; à quoi Geoffroy
+du Bois répondit sur-le-champ: «Bois ton sang, Beaumanoir,
+ta soif se passera. L'honneur de cette journée
+nous restera; chacun y gagnera vaillante renommée,
+dont le souvenir ne s'effacera jamais.» Le vaillant
+Beaumanoir, ranimé par ces paroles, reprit vigueur, et il
+était tellement irrité par la colère et par la perte de ses
compagnons qu'il oublia sa soif. De part et d'autre l'attaque
-recommena; presque tous furent tus ou blesss.</p>
+recommença; presque tous furent tués ou blessés.</p>
-<p>Le combat fut terrible et meurtrier mi-voie de Josselin
-et du chteau de Ploermel, dans une trs-belle
-prairie en pente, au lieu dit le chne de mi-voie, le long
-de beaux et verts buissons de gents. C'est l que tous
-les Anglais sont runis et troitement serrs; le vaillant
+<p>Le combat fut terrible et meurtrier à mi-voie de Josselin
+et du château de Ploermel, dans une très-belle
+prairie en pente, au lieu dit le chêne de mi-voie, le long
+de beaux et verts buissons de genêts. C'est là que tous
+les Anglais sont réunis et étroitement serrés; le vaillant
Caverlay, jeune et hardi jouvencel, et Thommelin Belifort,
-qui combattait avec un maillet. Qui en est frapp
-sur le col ne mangera ni pain ni gteau. Beaumanoir
-ne les voit pas sans inquitude, et ne juge pas sans dplaisir
-ce que leur contenance a de redoutable. Il tait
-grandement dconfort si saint Michel ne ft venu
+qui combattait avec un maillet. Qui en est frappé
+sur le col ne mangera ni pain ni gâteau. Beaumanoir
+ne les voit pas sans inquiétude, et ne juge pas sans déplaisir
+ce que leur contenance a de redoutable. Il était
+grandement déconforté si saint Michel ne fût venu à
son aide. Sire Geoffroy du Bois, fort et dispos, le ranime
-noblement, en vrai gentilhomme, et lui dit: Noble
-baron, voyez ici Charruel, le bon Tintniac et Robin-Raguenel,
+noblement, en vrai gentilhomme, et lui dit: «Noble
+baron, voyez ici Charruel, le bon Tinténiac et Robin-Raguenel,
Guillaume de la Marche et Olivier Arrel; voyez
le pennoncel<a name="FNanchor_179" id="FNanchor_179" href="#Footnote_179" class="fnanchor">&nbsp;[179]</a> de Gui de Rochefort; il n'en est aucun
-qui n'ait lance, pe, poignard. Ils sont tous prts
+qui n'ait lance, épée, poignard. Ils sont tous prêts à
combattre comme braves gentilshommes, et ils feront
-encore nouveau deuil aux Anglais.</p>
+encore nouveau deuil aux Anglais.»</p>
<p>La bataille fut terrible; jamais vous n'en entendrez
-raconter de pareille. Les Anglais se tenaient serrs; et
-chaque guerrier qui les attaque tombe mort ou bless;
-ils se tiennent tous comme s'ils taient lis en un faisceau<a name="FNanchor_180" id="FNanchor_180" href="#Footnote_180" class="fnanchor">&nbsp;[180]</a>.
+raconter de pareille. Les Anglais se tenaient serrés; et
+chaque guerrier qui les attaque tombe mort ou blessé;
+ils se tiennent tous comme s'ils étaient liés en un faisceau<a name="FNanchor_180" id="FNanchor_180" href="#Footnote_180" class="fnanchor">&nbsp;[180]</a>.
<span class="pagenum"><a id="Page_265"> 265</a></span>
-Le preux et renomm Guillaume de Montauban
-s'est retir du combat aprs avoir jug leur position; il
-sent son c&oelig;ur anim d'un grand courage, et jure par
-Jsus-Christ, qui souffrit sur la croix, que s'il tait mont
-sur un bon cheval tel qu'il le dsire, la bataille tournerait
- la honte et la confusion des Anglais. Lors il
-chausse de bons perons, monte un cheval plein d'ardeur
-et prend une lance fer carr. Le vaillant cuyer fait
+Le preux et renommé Guillaume de Montauban
+s'est retiré du combat après avoir jugé leur position; il
+sent son c&oelig;ur animé d'un grand courage, et jure par
+Jésus-Christ, qui souffrit sur la croix, que s'il était monté
+sur un bon cheval tel qu'il le désire, la bataille tournerait
+à la honte et à la confusion des Anglais. Lors il
+chausse de bons éperons, monte un cheval plein d'ardeur
+et prend une lance à fer carré. Le vaillant écuyer fait
semblant de fuir. Beaumanoir, qui le regarde, lui crie:
-Ami Guillaume, quoi pensez-vous? Comment fuyez-vous
-comme un faux et mauvais cuyer? Il vous sera
-reproch vous et votre race. Ces paroles font sourire
-Montauban, qui lui rpond haute voix: Besognez,
-franc et vaillant chevalier, car de mon ct j'ai
-l'intention de bien besogner. Lors il pique les flancs
+«Ami Guillaume, à quoi pensez-vous? Comment fuyez-vous
+comme un faux et mauvais écuyer? Il vous sera
+reproché à vous et à votre race.» Ces paroles font sourire
+Montauban, qui lui répond à haute voix: «Besognez,
+franc et vaillant chevalier, car de mon côté j'ai
+l'intention de bien besogner.» Lors il pique les flancs
de son cheval avec une telle force, que le sang tout
vermeil ruisselle sur la terre. Il pousse au travers des
Anglais, en renverse sept du premier choc, et trois sous
ses pieds au retour. A ce coup les Anglais furent rompus;
tous perdirent courage, c'est certain. Chaque Breton
-fait son gr son prisonnier et reoit sa parole.
-Montauban s'crie en les regardant: Montjoie, barons!
-frappez! essayez-vous tous, francs et renomms chevaliers;
-et vous, Tintniac, bon et preux chevalier, et Gui
+fait à son gré son prisonnier et reçoit sa parole.
+Montauban s'écrie en les regardant: «Montjoie, barons!
+frappez! essayez-vous tous, francs et renommés chevaliers;
+et vous, Tinténiac, bon et preux chevalier, et Gui
de Rochefort, et tous nos compagnons, que Dieu nous
-augmente ses bonts! Vengez-vous des Anglais comme
-vous le voudrez.</p>
+augmente ses bontés! Vengez-vous des Anglais comme
+vous le voudrez.»</p>
-<p>La bataille fut grande et la mle complte. Le bon
-Tintniac, parmi les combattants de Beaumanoir, eut
+<p>La bataille fut grande et la mêlée complète. Le bon
+Tinténiac, parmi les combattants de Beaumanoir, eut
la plus grande gloire, et nous entendrons toujours parler
<span class="pagenum"><a id="Page_266"> 266</a></span>
de lui pour cette action. Les Anglais ont perdu la
force et la puissance. Les uns sont prisonniers sur parole,
-et les autres emmens. Knolles et Caverlay sont en grand
-danger, ainsi que Thommelin Belifort, malgr son courroux.
-Et de l, sans tarder, tous leurs compagnons,
+et les autres emmenés. Knolles et Caverlay sont en grand
+danger, ainsi que Thommelin Belifort, malgré son courroux.
+Et de là, sans tarder, tous leurs compagnons,
par suite de l'entreprise du courageux et fier Bembrough:
Jean Plesanton, Raoul le Guerrier, Helcoq, son
-frre, qu'il ne faut pas oublier, le vaillant Repefort et
-le fier de La Lande, sont conduits aussitt au chteau de
+frère, qu'il ne faut pas oublier, le vaillant Repefort et
+le fier de La Lande, sont conduits aussitôt au château de
Josselin. Vous entendrez souvent parler de cette bataille,
-car on en connat tous les dtails, soit par rcit, soit
-par crit, soit par reprsentation en tapisserie, dans
+car on en connaît tous les détails, soit par récit, soit
+par écrit, soit par représentation en tapisserie, dans
tous les royaumes que borne la mer. Maint noble chevalier
-s'en voudra rcrer, et aussi mainte noble dame
-renomme par sa beaut, comme l'on fait des actions
+s'en voudra récréer, et aussi mainte noble dame
+renommée par sa beauté, comme l'on fait des actions
d'Arthur et du vaillant Charlemagne, de Guillaume au
court nez, de Roland et d'Olivier; et dans trois cents
ans encore on racontera l'histoire de la bataille des
@@ -10144,20 +10102,20 @@ Trente, qui n'a pas sa pareille.</p>
<p>La bataille fut grande, n'en doutez pas. Les Anglais,
qui voulurent par envie avoir sur les Bretons puissance
-et seigneurie, sont abattus, et tout leur orgueil a tourn
-en grande folie. Prions Dieu, n de Marie, pour tous
+et seigneurie, sont abattus, et tout leur orgueil a tourné
+en grande folie. Prions Dieu, né de Marie, pour tous
les combattants, soit Bretons, soit Anglais. Prions Dieu
-qu'ils ne soient pas damns au jour du jugement; que
-saint Michel et saint Gabriel les protgent dans ce grand
+qu'ils ne soient pas damnés au jour du jugement; que
+saint Michel et saint Gabriel les protégent dans ce grand
jour, et disons pour tous <em>amen</em>, pour que Dieu leur accorde
-cette grce.</p>
+cette grâce.</p>
<p class="subt"><i><b>La bataille de trente Anglais et de trente Bretons.</b></i></p>
-<p class="intro">Ce petit pome du quatorzime sicle a t publi en 1827 par le savant
-imprimeur M. Crapelet, d'aprs un manuscrit de la bibliothque impriale.
-On ne connat pas l'auteur du rcit du combat des Trente. M. Crapelet a
-joint son excellente dition une traduction que nous reproduisons ici.</p>
+<p class="intro">Ce petit poëme du quatorzième siècle a été publié en 1827 par le savant
+imprimeur M. Crapelet, d'après un manuscrit de la bibliothèque impériale.
+On ne connaît pas l'auteur du récit du combat des Trente. M. Crapelet a
+joint à son excellente édition une traduction que nous reproduisons ici.</p>
<hr class="deco" />
@@ -10165,22 +10123,22 @@ joint son excellente dition une traduction que nous reproduisons ici.</p>
<div class="header">
<h2>LA BATAILLE DES TRENTE.</h2>
-<p class="subt"><b>II.&mdash;<i>Chant breton, traduit par M. de la Villemarqu.</i></b></p>
+<p class="subt"><b>II.&mdash;<i>Chant breton, traduit par M. de la Villemarqué.</i></b></p>
</div>
<p class="subt">I.</p>
-<p>Le mois de mars, avec ses marteaux, vient frapper
-nos portes; les bois sont courbs par la pluie tombant
-torrents, et les toits craquent sous la grle.</p>
+<p>Le mois de mars, avec ses marteaux, vient frapper à
+nos portes; les bois sont courbés par la pluie tombant à
+torrents, et les toits craquent sous la grêle.</p>
<p>Mais ce ne sont pas les seuls marteaux de mars qui
-frappent nos portes; ce n'est pas la grle seulement
+frappent à nos portes; ce n'est pas la grêle seulement
qui fait craquer les toits.</p>
-<p>Ce n'est pas seulement la grle; ce n'est pas la pluie
-tombant torrents qui frappe; pire que les vents et la
-pluie, ce sont les Anglais dtestables.</p>
+<p>Ce n'est pas seulement la grêle; ce n'est pas la pluie
+tombant à torrents qui frappe; pire que les vents et la
+pluie, ce sont les Anglais détestables.</p>
<p class="subt">II.</p>
@@ -10189,18 +10147,18 @@ et courage, afin qu'aujourd'hui nous vainquions les
ennemis de la Bretagne.</p>
<p>Si nous revenons du combat, nous vous ferons don
-d'une ceinture et d'une cotte d'or, et d'une pe, et d'un
+d'une ceinture et d'une cotte d'or, et d'une épée, et d'un
manteau bleu comme le ciel.</p>
<p>Et tout le monde dira, en vous regardant: O seigneur
-saint Kado bni:</p>
+saint Kado béni:</p>
<p>Au paradis comme sur terre, saint Kado n'a pas son
pareil.</p>
<p class="subt">III.</p>
-<p>Dis-moi, dis-moi, combien sont-ils, mon jeune cuyer?&mdash;Combien
+<p>Dis-moi, dis-moi, combien sont-ils, mon jeune écuyer?&mdash;Combien
ils sont? Je vais vous le dire: un, deux,
trois, quatre, cinq, six;</p>
@@ -10218,53 +10176,53 @@ Droit aux chevaux avec les fauchards! Ils ne mangeront
plus notre seigle en herbe!</p>
<p>Les coups tombaient aussi rapides que des marteaux
-sur des enclumes; aussi gonfl coulait le sang que le
-ruisseau aprs l'onde;</p>
+sur des enclumes; aussi gonflé coulait le sang que le
+ruisseau après l'ondée;</p>
-<p>Aussi dlabres taient les armures que les haillons
-du mendiant; aussi sauvages taient les cris des chevaliers
-dans la mle que la voix de la grande mer.</p>
+<p>Aussi délabrées étaient les armures que les haillons
+du mendiant; aussi sauvages étaient les cris des chevaliers
+dans la mêlée que la voix de la grande mer.</p>
<p class="subt">IV.</p>
-<p><em>La tte de Blaireau</em><a name="FNanchor_181" id="FNanchor_181" href="#Footnote_181" class="fnanchor">&nbsp;[181]</a> disait alors Tintniac, qui
-s'approchait: Tiens, un coup de ma bonne lance, Tintniac,
+<p><em>La tête de Blaireau</em><a name="FNanchor_181" id="FNanchor_181" href="#Footnote_181" class="fnanchor">&nbsp;[181]</a> disait alors à Tinténiac, qui
+s'approchait: Tiens, un coup de ma bonne lance, Tinténiac,
et dis-moi si c'est un roseau vide.</p>
-<p>Ce qui sera vide dans un moment, c'est ton crne,
+<p>Ce qui sera vide dans un moment, c'est ton crâne,
mon bel ami; plus d'un corbeau y grattera et becquetera
sa cervelle.</p>
-<p>Il n'avait pas fini de parler, qu'il lui avait donn un
-coup de maillet tel, qu'il crasa, comme un limas, son
-casque et sa tte la fois.</p>
+<p>Il n'avait pas fini de parler, qu'il lui avait donné un
+coup de maillet tel, qu'il écrasa, comme un limas, son
+casque et sa tête à la fois.</p>
-<p>Keranrais, en voyant cela, se mit rire <em>grince-c&oelig;ur</em>:
+<p>Keranrais, en voyant cela, se mit à rire à <em>grince-c&oelig;ur</em>:
s'ils restaient tous comme celui-ci, ils conquerraient le
pays!</p>
-<p>Combien y en a-t-il de morts, bon cuyer?&mdash;La poussire
-et le sang m'empchent de rien distinguer.&mdash;Combien
-y en a-t-il de morts, jeune cuyer?&mdash;En
-voil cinq, six, sept, bien morts.</p>
+<p>Combien y en a-t-il de morts, bon écuyer?&mdash;La poussière
+et le sang m'empêchent de rien distinguer.&mdash;Combien
+y en a-t-il de morts, jeune écuyer?&mdash;En
+voilà cinq, six, sept, bien morts.</p>
<p><span class="pagenum"><a id="Page_269"> 269</a></span></p>
<p class="subt">V.</p>
-<p>Depuis le petit point du jour, ils combattirent jusqu'
-midi; depuis midi jusqu' la nuit, ils combattirent les
+<p>Depuis le petit point du jour, ils combattirent jusqu'à
+midi; depuis midi jusqu'à la nuit, ils combattirent les
Anglais.</p>
<p>Et le seigneur Robert (de Beaumanoir) cria: J'ai soif,
-oh! j'ai grandsoif!&mdash;Lorsque Du Bois lui lana (comme
-un coup d'pe) ces mots: Si tu as soif, ami, bois ton
+oh! j'ai grandsoif!&mdash;Lorsque Du Bois lui lança (comme
+un coup d'épée) ces mots: Si tu as soif, ami, bois ton
sang!</p>
-<p>Et Robert, quand il l'entendit, dtourna la face de
+<p>Et Robert, quand il l'entendit, détourna la face de
honte, et il tomba sur les Anglais, et il en tua cinq.</p>
-<p>Dis-moi, dis-moi, mon cuyer, combien en reste-t-il
+<p>Dis-moi, dis-moi, mon écuyer, combien en reste-t-il
encore? Seigneur, je vais vous le dire: un, deux, trois,
quatre, cinq, six.</p>
@@ -10274,28 +10232,28 @@ charges de ce pays-ci.</p>
<p class="subt">VI.</p>
-<p>Il n'et pas t l'ami des Bretons, celui qui n'et point
+<p>Il n'eût pas été l'ami des Bretons, celui qui n'eût point
applaudi dans la ville de Josselin, en voyant revenir
-les ntres, des fleurs de gents leurs casques;</p>
+les nôtres, des fleurs de genêts à leurs casques;</p>
-<p>Il n'et pas t l'ami des Bretons, ni des saints de
-Bretagne non plus, celui qui n'et pas bni saint Kado,
+<p>Il n'eût pas été l'ami des Bretons, ni des saints de
+Bretagne non plus, celui qui n'eût pas béni saint Kado,
patron des guerriers du pays;</p>
-<p>Celui qui n'et point admir, qui n'et point applaudi,
-qui n'et point bni, et qui n'et point chant:</p>
+<p>Celui qui n'eût point admiré, qui n'eût point applaudi,
+qui n'eût point béni, et qui n'eût point chanté:</p>
-<p>Au paradis comme sur terre, saint Kado n'a pas son
-pareil!<a name="FNanchor_182" id="FNanchor_182" href="#Footnote_182" class="fnanchor">&nbsp;[182]</a></p>
+<p>«Au paradis comme sur terre, saint Kado n'a pas son
+pareil!<a name="FNanchor_182" id="FNanchor_182" href="#Footnote_182" class="fnanchor">&nbsp;[182]</a>»</p>
<p><span class="pagenum"><a id="Page_270"> 270</a></span></p>
<div class="header">
<h2>COMBAT DES TRENTE.</h2>
-<p class="subt"><b>III.&mdash;<i>Rcit de Froissart.</i></b></p>
+<p class="subt"><b>III.&mdash;<i>Récit de Froissart.</i></b></p>
-<p class="subh">Comment messire Robert de Beaumanoir alla dfier le capitaine de Ploermel,
+<p class="subh">Comment messire Robert de Beaumanoir alla défier le capitaine de Ploermel,
qui avoit nom Brandebourch, et comment il y eut une rude bataille
de trente contre trente.</p>
</div>
@@ -10304,173 +10262,173 @@ de trente contre trente.</p>
haut fait d'armes que on ne doit mie oublier; mais le
doit-on mettre en avant pour tous bacheliers encourager
et exemplier. Et afin que vous le puissiez mieux entendre,
-vous devez savoir que toudis toient guerres en
+vous devez savoir que toudis étoient guerres en
Bretagne entre les parties des deux dames, comment
-que messire Charles de Blois fut emprisonn; et se
+que messire Charles de Blois fut emprisonné; et se
guerroyoient les parties des deux dames par garnisons
-qui se tenoient ens s chteaux et ens s fortes villes de
+qui se tenoient ens ès châteaux et ens ès fortes villes de
l'une partie et de l'autre. Si avint un jour que messire
Robert de Beaumanoir, vaillant chevalier durement et
-du plus grand lignage de Bretagne, et toit chtelain
-d'un chtel qui s'appelle Chtel Josselin, et avoit avec
+du plus grand lignage de Bretagne, et étoit châtelain
+d'un châtel qui s'appelle Châtel Josselin, et avoit avec
lui grand foison de gens d'armes de son lignage et d'autres
-soudoyers, si s'en vint par devant la ville et le chtel
-de Plaremiel, dont capitaine toit un homme qui
+soudoyers, si s'en vint par devant la ville et le châtel
+de Plaremiel, dont capitaine étoit un homme qui
s'appeloit Brandebourch<a name="FNanchor_183" id="FNanchor_183" href="#Footnote_183" class="fnanchor">&nbsp;[183]</a>; et avoit avec lui grand
foison de soudoyers allemands, anglois et bretons, et
-toient de la partie la comtesse de Montfort. Et coururent
+étoient de la partie la comtesse de Montfort. Et coururent
le dit messire Robert et ses gens par devant les
-barrires, et eut volontiers vu que cils de dedans fussent
+barrières, et eut volontiers vu que cils de dedans fussent
issus hors; mais nul n'en issit.</p>
<p>Quand messire Robert vit ce, il approcha encore de
-plus prs, et fit appeler le capitaine. Cil vint avant la
-porte parler audit messire Robert, et sur assgurance
+plus près, et fit appeler le capitaine. Cil vint avant à la
+porte parler audit messire Robert, et sur asségurance
<span class="pagenum"><a id="Page_271"> 271</a></span>
-d'une part et d'autre. Brandebourch, dit messire
-Robert, a-t-il l dedans nul homme d'armes, vous ni
+d'une part et d'autre. «Brandebourch, dit messire
+Robert, a-t-il là dedans nul homme d'armes, vous ni
autres, deux ou trois, qui voulussent jouter de fer de
-glaive contre autres trois, pour l'amour de leurs amies?
-Brandebourch rpondit, et dit: Que leurs amis ne voudroient
-mie que ils se fissent tuer si mchamment que
+glaive contre autres trois, pour l'amour de leurs amies?»
+Brandebourch répondit, et dit: «Que leurs amis ne voudroient
+mie que ils se fissent tuer si méchamment que
d'une seule joute; car c'est une aventure de fortune
-trop tt passe, si en acquiert-on plutt le nom d'outrage
-et de folie que renomme d'honneur ni de prix; mais
-je vous dirai que nous ferons, si il vous plat. Vous
+trop tôt passée, si en acquiert-on plutôt le nom d'outrage
+et de folie que renommée d'honneur ni de prix; mais
+je vous dirai que nous ferons, si il vous plaît. Vous
prendrez vingt ou trente de vos compagnons de votre
-garnison, et j'en prendrai autant de la ntre. Si allons
-en un bel champ, l o nul ne nous puisse empcher ni
-destourber, et commandons, sur la hart, nos compagnons
-d'une part et d'autre, et tous ceux qui nous
-regarderont, que nul ne fasse homme combattant
-confort ni aye; et l en droit nous prouvons, et faisons
+garnison, et j'en prendrai autant de la nôtre. Si allons
+en un bel champ, là où nul ne nous puisse empêcher ni
+destourber, et commandons, sur la hart, à nos compagnons
+d'une part et d'autre, et à tous ceux qui nous
+regarderont, que nul ne fasse à homme combattant
+confort ni aye; et là en droit nous éprouvons, et faisons
tant que on en parle au temps avenir, en salles, en palais,
en places et en autres lieux de par le monde, et en
-aient la fortune et l'honneur cils qui Dieu l'aura destin.&mdash;Par
+aient la fortune et l'honneur cils à qui Dieu l'aura destiné.»&mdash;«Par
ma foi, dit messire Robert de Beaumanoir,
je m'y accorde; et moult parlez ore vassamment.
Or, soyez-vous trente, et nous serons nous trente aussi,
-et le crante ainsi par ma foi.&mdash;Aussi le crant-je,
-dit Brandebourch; car l acquerra plus d'honneur, qui
-bien s'y maintiendra, que une joute.</p>
+et le créante ainsi par ma foi.»&mdash;Aussi le créanté-je,
+dit Brandebourch; car là acquerra plus d'honneur, qui
+bien s'y maintiendra, que à une joute.»</p>
-<p>Ainsi fut cette besogne afferme et crante; et journe
-accorde au mercredi aprs, qui devoit tre le quart
-de jour de l'emprise. Le terme pendant, chacun lisit
+<p>Ainsi fut cette besogne affermée et créantée; et journée
+accordée au mercredi après, qui devoit être le quart
+de jour de l'emprise. Le terme pendant, chacun élisit
les siens trente, ainsi que bon lui sembla; et tous cils
soixante se pourvurent d'armures, ainsi que pour eux,
-bien et point.</p>
+bien et à point.</p>
<p>Quand le jour fut venu, les trente compagnons Brandebourch
-ourent messe; puis se firent armer, et s'en
+ouïrent messe; puis se firent armer, et s'en
<span class="pagenum"><a id="Page_272"> 272</a></span>
-allrent en la place de terre l o la bataille devoit tre,
-et descendirent tous pied, et dfendirent tous ceux
-qui l toient que nul ne s'entremt d'eux, pour chose
-ni pour meschef que il vit avoir ses compagnons, et
-ainsi firent les compagnons monseigneur Robert de
+allèrent en la place de terre là où la bataille devoit être,
+et descendirent tous à pied, et défendirent à tous ceux
+qui là étoient que nul ne s'entremît d'eux, pour chose
+ni pour meschef que il vit avoir à ses compagnons, et
+ainsi firent les compagnons à monseigneur Robert de
Beaumanoir. Cils trente compagnons, que nous appellerons
-Anglois, cette besogne attendirent longuement
-les autres que nous appellerons Franois. Quand les
-trente Franois furent venus, ils descendirent pied et
-firent leurs compagnons le commandement dessus
-dit. Aucuns dirent que cinq des leurs demeurrent
-cheval l'entre de la place et les vingt-cinq descendirent
- pied, si comme les Anglois toient. Et quand ils
-furent l'un devant l'autre, ils parlementrent un peu
-ensemble tous soixante, puis se retrairent arrire, les
+Anglois, à cette besogne attendirent longuement
+les autres que nous appellerons François. Quand les
+trente François furent venus, ils descendirent à pied et
+firent à leurs compagnons le commandement dessus
+dit. Aucuns dirent que cinq des leurs demeurèrent à
+cheval à l'entrée de la place et les vingt-cinq descendirent
+à pied, si comme les Anglois étoient. Et quand ils
+furent l'un devant l'autre, ils parlementèrent un peu
+ensemble tous soixante, puis se retrairent arrière, les
uns d'une part et les autres d'autre, et firent tous leurs
gens traire en sus de la place bien loin. Puis fit l'un d'eux
-un signe, et tantt se coururent sus et se combattirent
+un signe, et tantôt se coururent sus et se combattirent
fortement tout en un tas, et rescouoient bellement l'un
-et l'autre quand ils voient leurs compagnons meschef.</p>
+et l'autre quand ils véoient leurs compagnons à meschef.</p>
-<p>Assez tt aprs ce qu'ils furent assembls, fut occis
-l'un des Franois, mais pour ce ne laissrent mie les autres
+<p>Assez tôt après ce qu'ils furent assemblés, fut occis
+l'un des François, mais pour ce ne laissèrent mie les autres
le combattre, ains se maintinrent moult vassamment
d'une part et d'autre, aussi bien que si tous fussent
-Rolands et Oliviers. Je ne sais dire la vrit cils
+Rolands et Oliviers. Je ne sais à dire à la vérité cils
se tinrent le mieux et cils le firent le mieux; ni n'en
-ous oncques nul priser plus avant de l'autre; mais
+ouïs oncques nul priser plus avant de l'autre; mais
tant se combattirent longuement, que tous perdirent
-force et haleine et pouvoir entirement. Si les convint
-arrter et reposer; et se reposrent par accord, les uns
-d'une part et les autres d'autre, et se donnrent trve
-jusques adonc qu'ils se seroient reposs, et que le premier
+force et haleine et pouvoir entièrement. Si les convint
+arrêter et reposer; et se reposèrent par accord, les uns
+d'une part et les autres d'autre, et se donnèrent trêve
+jusques adonc qu'ils se seroient reposés, et que le premier
qui se releveroit rappelleroit les autres. Adonc
<span class="pagenum"><a id="Page_273"> 273</a></span>
-toient morts quatre Franois et deux des Anglois. Ils se
-reposrent longuement d'une part et d'autre, et tels y
+étoient morts quatre François et deux des Anglois. Ils se
+reposèrent longuement d'une part et d'autre, et tels y
eut qui burent du vin que on leur apporta en bouteilles,
-et restreignirent leurs armures qui desroutes toient,
+et restreignirent leurs armures qui desroutes étoient,
et fourbirent leurs plaies.</p>
-<p>Quand ils furent ainsi rafrachis, le premier qui se
-releva fit signe et rappela les autres. Si recommena la
+<p>Quand ils furent ainsi rafraîchis, le premier qui se
+releva fit signe et rappela les autres. Si recommença la
bataille si forte comme en devant, et dura moult longuement;
-et avoient courtes pes de Bordeaux, roides
-et aigus, et pieux et dagues, et les aucuns haches; et
+et avoient courtes épées de Bordeaux, roides
+et aiguës, et épieux et dagues, et les aucuns haches; et
s'en donnoient merveilleusement grands horions, et les
-aucuns se prenoient au bras la lutte et se frappoient
-sans eux pargner. Vous pouvez bien croire qu'ils firent
+aucuns se prenoient au bras à la lutte et se frappoient
+sans eux épargner. Vous pouvez bien croire qu'ils firent
entre eux mainte belle appertise d'armes, gens pour
-gens, corps corps, et mains mains. On n'avoit point
-en devant, pass avoit cent ans, ou recorder la chose
+gens, corps à corps, et mains à mains. On n'avoit point
+en devant, passé avoit cent ans, ouï recorder la chose
pareille.</p>
<p>Ainsi se combattirent comme bons champions, et se
tinrent cette seconde empainte moult vassalement, mais
finablement les Anglois en eurent le pire. Car, ainsi
-que je ous recorder, l'un des Franois qui demeur toit
- cheval les dbrisoit et dfouloit trop msaisment, si
-que Brandebourch, leur capitaine, y fut tu, et huit de
+que je ouïs recorder, l'un des François qui demeuré étoit
+à cheval les débrisoit et défouloit trop mésaisément, si
+que Brandebourch, leur capitaine, y fut tué, et huit de
leurs compagnons, et les autres se rendirent prisonniers
-quand ils virent que leur dfendre ne leur pouvoit aider,
+quand ils virent que leur défendre ne leur pouvoit aider,
car ils ne pouvoient ni devoient fuir. Et le dit messire
-Robert et ses compagnons, qui toient demeurs en
-vie, les prirent et les emmenrent au chtel Josselin
-comme leurs prisonniers; et les ranonnrent depuis
-courtoisement, quand ils furent tous resans, car il n'en
-y avoit nul qui ne fust fort bless, et autant bien des
-Franois comme des Anglois. Et depuis je vis seoir la
+Robert et ses compagnons, qui étoient demeurés en
+vie, les prirent et les emmenèrent au châtel Josselin
+comme leurs prisonniers; et les rançonnèrent depuis
+courtoisement, quand ils furent tous resanés, car il n'en
+y avoit nul qui ne fust fort blessé, et autant bien des
+François comme des Anglois. Et depuis je vis seoir à la
table du roi Charles de France un chevalier breton qui
-t y avoit, messire Yvain Charuel; mais il avoit le
+été y avoit, messire Yvain Charuel; mais il avoit le
<span class="pagenum"><a id="Page_274"> 274</a></span>
-viaire si dtaill et dcoup qu'il montroit bien que la
+viaire si détaillé et découpé qu'il montroit bien que la
besogne fut bien combattue; et aussi y fut messire Enguerrant
d'Eudin, un bon chevalier de Picardie, qui
-montroit bien qu'il y avoit t, et un autre bon cuyer
+montroit bien qu'il y avoit été, et un autre bon écuyer
qui s'appeloit Hues de Raincevaus<a name="FNanchor_184" id="FNanchor_184" href="#Footnote_184" class="fnanchor">&nbsp;[184]</a>.</p>
<p class="source"><cite>Chroniques de Froissart.</cite></p>
<div class="header">
<h2>DE LA MORT DE MONSEIGNEUR CHARLES D'ESPAGNE,<br />
-CONNTABLE DE FRANCE.<br />
+CONNÉTABLE DE FRANCE.<br />
<span class="medium">8 janvier 1354.</span></h2>
</div>
<div class="intro">
-<p>Charles d'Espagne descendait du fils an d'Alphonse X, roi de Castille,
-Ferdinand de La Cerda, qui pousa Blanche de France, fille de saint Louis,
-et en eut deux fils, auxquels leur oncle Sanche enleva le trne, en 1284,
+<p>Charles d'Espagne descendait du fils aîné d'Alphonse X, roi de Castille,
+Ferdinand de La Cerda, qui épousa Blanche de France, fille de saint Louis,
+et en eut deux fils, auxquels leur oncle Sanche enleva le trône, en 1284, à
la mort d'Alphonse X. Les deux infants de la Cerda, Alphonse et Ferdinand,
-se rfugirent en France auprs de Philippe le Bel, leur cousin,
-aprs une guerre malheureuse et une longue suite d'infortunes. Alphonse
-est le pre de Charles de la Cerda, ou Charles d'Espagne, qui devint le
-favori du roi Jean et conntable. Sa faveur et son insolence le rendirent
-odieux la noblesse; et Charles le Mauvais, roi de Navarre, qu'il avait
-insult plusieurs fois, en l'appelant faux monnayeur, tratre et complice
-des Anglais, le fit tuer, et commena par ce meurtre une trop longue srie
-de crimes, rests impunis.</p>
-
-<p>Le rcit des Grandes Chroniques nous donne un tableau exact du dsordre
-et de la violence de ces temps chevaleresques; il nous montre l'impunit
-assure aux grands, un meurtrier qu'on n'ose punir et qu'on rcompense,
-un cardinal s'employant une transaction dplorable entre le
+se réfugièrent en France auprès de Philippe le Bel, leur cousin,
+après une guerre malheureuse et une longue suite d'infortunes. Alphonse
+est le père de Charles de la Cerda, ou Charles d'Espagne, qui devint le
+favori du roi Jean et connétable. Sa faveur et son insolence le rendirent
+odieux à la noblesse; et Charles le Mauvais, roi de Navarre, qu'il avait
+insulté plusieurs fois, en l'appelant faux monnayeur, traître et complice
+des Anglais, le fit tuer, et commença par ce meurtre une trop longue série
+de crimes, restés impunis.</p>
+
+<p>Le récit des Grandes Chroniques nous donne un tableau exact du désordre
+et de la violence de ces temps chevaleresques; il nous montre l'impunité
+assurée aux grands, un meurtrier qu'on n'ose punir et qu'on récompense,
+un cardinal s'employant à une transaction déplorable entre le
roi et un assassin. On y voit aussi comment le roi donnait des pensions, en
-cdant des terres et en faisant payer les rentes par les pauvres paysans des
-domaines qu'il concdait.</p>
+cédant des terres et en faisant payer les rentes par les pauvres paysans des
+domaines qu'il concédait.</p>
</div>
<p>L'an de grace mil trois cens cinquante quatre, le huitiesme
@@ -10479,85 +10437,85 @@ jour de janvier, monseigneur Charles, roy de
Navarre et conte de Evreux, fist tuer en la ville de Laigle,
en Normendie, en une hostellerie, monseigneur Charles
d'Espagne, lors connestable de France. Et fut ledit connestable
-tu en son lit, assez tost aprs le point du jour,
+tué en son lit, assez tost après le point du jour,
par plusieurs gens d'armes que le roy de Navarre y envoya;
lequel roy demoura en une granche au dehors de
-ladite ville de Laigle, jusques tant que ceux qui firent
-ledit fait retournrent par devers luy. Et en sa compaignie
+ladite ville de Laigle, jusques à tant que ceux qui firent
+ledit fait retournèrent par devers luy. Et en sa compaignie
estoient, si comme l'on dist, monseigneur Phelippe
-de Navarre, son frre, monseigneur Jehan, conte de
-Harecourt, monseigneur Loys de Harecourt son frre,
+de Navarre, son frère, monseigneur Jehan, conte de
+Harecourt, monseigneur Loys de Harecourt son frère,
monseigneur Godefroy de Harecourt leur oncle, et plusieurs
autres chevaliers et autres gens, tant de Normendie
-comme Navarrois et autres. Et aprs, se retraist ledit
-roy de Navarre et sa compaignie en la cit d'Evreux
-dont il estoit conte, et l se garny et enfora; et avecques
-luy se alirent plusieurs nobles, par espcial de Normendie,
-c'est assavoir: les dessus nomms de Harecourt,
+comme Navarrois et autres. Et après, se retraist ledit
+roy de Navarre et sa compaignie en la cité d'Evreux
+dont il estoit conte, et là se garny et enforça; et avecques
+luy se alièrent plusieurs nobles, par espécial de Normendie,
+c'est assavoir: les dessus nommés de Harecourt,
le seigneur de Hembuye, monseigneur Jehan
Malet seigneur de Graville, monseigneur Amaury de
-Meulent et plusieurs autres. Et assez tost aprs, se transporta
-ledit roy de Navarre en la ville de Mante, qui j
-par avant avoit envoy lettres closes en plusieurs des
+Meulent et plusieurs autres. Et assez tost après, se transporta
+ledit roy de Navarre en la ville de Mante, qui jà
+par avant avoit envoyé lettres closes en plusieurs des
bonnes villes du royaume de France et aussi au grant
conseil du roy, par lesquelles il escripvoit que il avoit
-fait mettre mort ledit connestable pour plusieurs grans
+fait mettre à mort ledit connestable pour plusieurs grans
mesfais que ledit connestable li avoit fais; et envoya le
-conte de Namur par devers le roy de France Paris.
+conte de Namur par devers le roy de France à Paris.
Et depuis, le roy de France envoya en ladite ville de
Mante, par devers ledit roy de Navarre, plusieurs grans
hommes, c'est assavoir: Monseigneur Guy de Bouloigne,
-cardinal, monseigneur Robert le Coq, vesque de Laon,
+cardinal, monseigneur Robert le Coq, évesque de Laon,
le duc de Bourbon, le conte de Vendosme et plusieurs
-autres, lesquels traictirent avec ledit roy de Navarre
+autres, lesquels traictièrent avec ledit roy de Navarre
<span class="pagenum"><a id="Page_276"> 276</a></span>
et son conseil. Car combien que ledit roy de Navarre
-si eust fait mettre mort ledit connestable, comme dessus
+si eust fait mettre à mort ledit connestable, comme dessus
est dit, il ne luy souffisoit pas que ledit roy de
-France, de qui il avoit espouse la fille, luy pardonnast
+France, de qui il avoit espousée la fille, luy pardonnast
ledit mesfait; mais faisoit plusieurs requestes au roy son
seigneur, tant que l'on cuidoit bien que, entre les deux
-roys dessus dis, dust avoir grant guerre; car ledit roy
+roys dessus dis, déust avoir grant guerre; car ledit roy
de Navarre avoit fait grans aliances et grans semonces
-en diverses rgions; et si garnissoit et enforoit ses
-villes et ses chastiaux. Finablement, aprs plusieurs traitis
+en diverses régions; et si garnissoit et enforçoit ses
+villes et ses chastiaux. Finablement, après plusieurs traitiés
fut fait accort entre les deux roys dessus dis par certaines
-manires dont aucuns des poins s'ensuivent. C'est
+manières dont aucuns des poins s'ensuivent. C'est
assavoir: Que ledit roy de France bailleroit audit roy
-de Navarre trente-huit mil livres de terre tournois,
+de Navarre trente-huit mil livres de terre à tournois,
tant pour cause de certaine rente que ledit roy de Navarre
-prenoit sur le trsor du roy Paris, comme pour
+prenoit sur le trésor du roy à Paris, comme pour
autres titres que ledit roy de France luy devoit asseoir
-par certains traitis fais long-tems avant entre les prdcesseurs
-des dis deux roys pour cause de la cont de
+par certains traitiés fais long-tems avant entre les prédécesseurs
+des dis deux roys pour cause de la conté de
Champaigne, et tout aussi pour cause du mariage dudit
-roy de Navarre qui avoit espous la fille dudit roy de
-France; pour lequel mariage luy avoit est promise
-certaine quantit de terre; c'est assavoir: douze mil
-livres tournois. Pour lesquelles trente-huit mil livres
-de terre devant dites, il voult avoir la cont de Biaumont-le-Rogier,
+roy de Navarre qui avoit espousé la fille dudit roy de
+France; pour lequel mariage luy avoit esté promise
+certaine quantité de terre; c'est assavoir: douze mil
+livres à tournois. Pour lesquelles trente-huit mil livres
+de terre devant dites, il voult avoir la conté de Biaumont-le-Rogier,
la terre de Breteuil en Normendie, les
-terres de Conches et d'Orbec, la viscont du Pont-Audemer
+terres de Conches et d'Orbec, la visconté du Pont-Audemer
et le bailliage de Constentin. Lesquelles choses luy
-furent accordes par ledit roy de France: j fust ce que
-la cont de Biaumont et les terres de Breteuil, d'Orbec
-et de Conches fussent monseigneur Phelippe, frre du
-roy de France, qui estoit duc d'Orlans; auquel duc le
-roy, son frre, bailla autres terres en rcompensacion
+furent accordées par ledit roy de France: jà fust ce que
+la conté de Biaumont et les terres de Breteuil, d'Orbec
+et de Conches fussent à monseigneur Phelippe, frère du
+roy de France, qui estoit duc d'Orléans; auquel duc le
+roy, son frère, bailla autres terres en récompensacion
de ce. Outre ce, convint accorder audit roy de Navarre,
<span class="pagenum"><a id="Page_277"> 277</a></span>
pour avoir paix, que les devant dis Harecourt et tous
-les autres alis entreroient en sa foy, s il leur plaisoit,
+les autres aliés entreroient en sa foy, sé il leur plaisoit,
de toutes leurs terres, quelque part qu'elles fussent au
royaume de France, et en auroit ledit roy de Navarre
-les hommages, s il vouloit, autrement non.</p>
+les hommages, sé il vouloit, autrement non.</p>
-<p>Outre ce, luy fut accord qu'il tiendroit toutes lesdites
+<p>Outre ce, luy fut accordé qu'il tiendroit toutes lesdites
terres, avec celles que il tenoit par avant en parrie. Et
-pourroit tenir eschequier<a name="FNanchor_185" id="FNanchor_185" href="#Footnote_185" class="fnanchor">&nbsp;[185]</a>, deux fois l'an, s il vouloit,
+pourroit tenir eschequier<a name="FNanchor_185" id="FNanchor_185" href="#Footnote_185" class="fnanchor">&nbsp;[185]</a>, deux fois l'an, sé il vouloit,
aussi noblement comme le duc de Normendie. Encore
-luy fut accord que le roy de France pardonroit tous
-ceux qui avoient est mettre mort ledit connestable,
+luy fut accordé que le roy de France pardonroit à tous
+ceux qui avoient esté à mettre à mort ledit connestable,
la mort d'iceluy. Et ainsi le fist, et promist par son serement
que jamais pour achoison de ce ne leur feroit
ou feroit faire vilenie ou dommage. Et avecques toutes
@@ -10565,8 +10523,8 @@ ces choses, ot encore ledit roy de Navarre une grant
somme d'escus d'or dudit roy de France; et avant ce
que ledit roy de Navarre voulsist venir par devers le roy
de France, il convint que l'on luy envoyast le conte d'Anjou,
-second fils du roy de France, par manire d'ostage.
-Et aprs ce, vint Paris grant foison de gens
+second fils du roy de France, par manière d'ostage.
+Et après ce, vint à Paris à grant foison de gens
d'armes.</p>
<p class="subh">Comment le roy de France pardonna au roy de Navarre la mort de
@@ -10574,166 +10532,166 @@ monseigneur Charles d'Espaigne, connestable de France.</p>
<p>Le mardi, quatriesme jour du moys de mars audit
an mil trois cens cinquante quatre, vint ledit roy de Navarre
-en parlement<a name="FNanchor_186" id="FNanchor_186" href="#Footnote_186" class="fnanchor">&nbsp;[186]</a>, Paris, pour la mort dudit connestable,
+en parlement<a name="FNanchor_186" id="FNanchor_186" href="#Footnote_186" class="fnanchor">&nbsp;[186]</a>, à Paris, pour la mort dudit connestable,
si comme dit est, environ heure de prime; et
descendit au palais, et puis vint en la chambre de parlement
-en laquelle estoit le roy en sige, et plusieurs de
+en laquelle estoit le roy en siége, et plusieurs de
<span class="pagenum"><a id="Page_278"> 278</a></span>
ses pers de France avec les gens de parlement et plusieurs
autres de son conseil; et si y estoit le cardinal de
-Bouloigne. Et en la prsence de tous parla ledit roy
+Bouloigne. Et en la présence de tous parla ledit roy
de Navarre au roy que il luy voulsist pardonner le fait
dudit connestable, car il avoit eu bonne cause et juste
de avoir fait ce que il avoit fait, laquelle il estoit prest
de dire au roy, lors ou autre fois, si comme il disoit.
Et oultre dit encore et jura qu'il ne l'avoit point fait en
contempt du roy ni de son office, et que il ne seroit de
-rien si courrouci comme d'estre en l'indignacion du
+rien si courroucié comme d'estre en l'indignacion du
roy. Et ce fait, monseigneur Jacques de Bourbon, connestable
de France, par le commandement du roy mist
la main au<a name="FNanchor_187" id="FNanchor_187" href="#Footnote_187" class="fnanchor">&nbsp;[187]</a> roy de Navarre, et puis si le fist-l'en
-traire arrire. Et assez tost aprs, la royne Jehanne,
+traire arrière. Et assez tost après, la royne Jehanne,
tante, et la royne Blanche, suer dudit roy de Navarre,
-laquelle royne Jehanne avoit est femme du roy Charles
-dernirement trespass, vindrent en la prsence du
-roy et luy firent la rverence en eux inclinant devant
+laquelle royne Jehanne avoit esté femme du roy Charles
+dernièrement trespassé, vindrent en la présence du
+roy et luy firent la réverence en eux inclinant devant
luy. Et adonc, monseigneur Regnault de Trie, dit Patroullart,
se agenouilla devant le roy, et luy dist telles
-paroles en substance: Mon trs-redoubt seigneur,
-vs-ci mesdames la royne Jehanne et la royne Blanche
+paroles en substance: «Mon très-redoubté seigneur,
+véés-ci mesdames la royne Jehanne et la royne Blanche
qui ont entendu que Monseigneur de Navarre est en
-vostre male grace, dont elles sont fortement couroucies;
+vostre male grace, dont elles sont fortement courouciées;
et pour ce sont venues devers vous: et vous
supplient que vous luy vueillez pardonner vostre mal
-talent; et, s Dieu plaist, il se portera si bien par devers
+talent; et, sé Dieu plaist, il se portera si bien par devers
vous que vous et tout le peuple de France vous
-en tendrez bien contens.</p>
+en tendrez bien contens.»</p>
<p>Les dites paroles dites, lesdits connestable et mareschaus
-allrent querre ledit roy de Navarre et le firent
+allèrent querre ledit roy de Navarre et le firent
venir devant le roy, lequel se mist entre les deux roynes,
<span class="pagenum"><a id="Page_279"> 279</a></span>
et adonc ledit cardinal dit en substance les paroles qui
s'ensuivent:</p>
-<p>Monseigneur de Navarre, nul ne se doit esmerveiller
-s monseigneur le roy s'est tenu mal content de vous,
-pour le fait qui est advenu, lequel il ne convient j
-que je die, car vous l'avez par vos lettres si publi et
+<p>«Monseigneur de Navarre, nul ne se doit esmerveiller
+sé monseigneur le roy s'est tenu à mal content de vous,
+pour le fait qui est advenu, lequel il ne convient jà
+que je die, car vous l'avez par vos lettres si publié et
autrement que chacun le scet. Et vous estes tant tenu
- luy que vous ne le deussiez jamais avoir fait. Vous
+à luy que vous ne le deussiez jamais avoir fait. Vous
estes de son sanc, si prochain comme chascun scet;
-vous estes son homme et son per, et si avez espous madame
+vous estes son homme et son per, et si avez espousé madame
sa fille, et de tant avez-vous plus mespris. Toutefois
pour l'amour de mesdames les roynes qui cy sont
-qui moult affectueusement l'en ont pri, et aussi pour
+qui moult affectueusement l'en ont prié, et aussi pour
ce que il tient que vous l'avez fait par petit conseil,
-il le vous pardonne de bon cuer et bonne volent.</p>
+il le vous pardonne de bon cuer et bonne volenté.»</p>
<p>Et lors lesdites roynes et ledit roy de Navarre qui
-mist le genoul terre en mercirent le roy. Et encore
+mist le genoul à terre en mercièrent le roy. Et encore
dist le cardinal que aucun du lignage du roy ne se
aventurast d'ores en avant de faire tels fais comme le
-roy de Navarre avoit fait: car vraiement s il advenoit,
-et fust le fils du roy qui le fist du plus petit officier que
+roy de Navarre avoit fait: car vraiement sé il advenoit,
+et fust le fils du roy qui le féist du plus petit officier que
il eust, si en feroit-il justice. Et ce fait et dit, le roy se
-leva et la court se dpartit.</p>
+leva et la court se départit.</p>
<p class="source"><cite>Les Grandes Chroniques de Saint Denis.</cite></p>
<div class="header">
-<h2>TATS GNRAUX DE 1355.</h2>
+<h2>ÉTATS GÉNÉRAUX DE 1355.</h2>
</div>
-<p class="intro">Les intrigues de Charles le Mauvais ayant fait rompre les ngociations
-ouvertes entre le roi Jean et le roi d'Angleterre, la guerre, qui avait
-peu prs cess depuis la prise de Calais, recommena en 1355. Le dsordre
-gnral tait tel, et le gouvernement du roi Jean tait tellement discrdit
-par sa faiblesse et par l'altration continuelle des monnaies, que le Roi
-se vit contraint de convoquer Paris les tats gnraux; il leur demanda
-les troupes et l'argent ncessaires pour soutenir la guerre. On trouvera
-dans le rcit que nous publions des dtails curieux sur l'impt tabli par
+<p class="intro">Les intrigues de Charles le Mauvais ayant fait rompre les négociations
+ouvertes entre le roi Jean et le roi d'Angleterre, la guerre, qui avait à
+peu près cessé depuis la prise de Calais, recommença en 1355. Le désordre
+général était tel, et le gouvernement du roi Jean était tellement discrédité
+par sa faiblesse et par l'altération continuelle des monnaies, que le Roi
+se vit contraint de convoquer à Paris les états généraux; il leur demanda
+les troupes et l'argent nécessaires pour soutenir la guerre. On trouvera
+dans le récit que nous publions des détails curieux sur l'impôt établi par
<span class="pagenum"><a id="Page_280"> 280</a></span>
-les tats gnraux sur le revenu de toutes les classes de la population. On
-remarquera que le revenu paye d'autant plus qu'il est moins considrable.</p>
+les états généraux sur le revenu de toutes les classes de la population. On
+remarquera que le revenu paye d'autant plus qu'il est moins considérable.</p>
-<p class="subh">De l'assemble que le roy fist faire en parlement des nobles, du clergi et
-des bonnes villes, pour ordener aydes soustenir le fait de la guerre.</p>
+<p class="subh">De l'assemblée que le roy fist faire en parlement des nobles, du clergié et
+des bonnes villes, pour ordener aydes à soustenir le fait de la guerre.</p>
-<p>En ce meisme an, la Saint-Andrieu, furent assembls
- Paris, par le mandement du roy, les prlas, les chapitres,
+<p>En ce meisme an, à la Saint-Andrieu, furent assemblés
+à Paris, par le mandement du roy, les prélas, les chapitres,
les barons et les villes du royaume de France; et
-leur fist le roy exposer en sa prsence l'estat des guerres,
-le mercredi aprs la Saint-Andrieu, en la chambre du
+leur fist le roy exposer en sa présence l'estat des guerres,
+le mercredi après la Saint-Andrieu, en la chambre du
parlement, par maistre Pierre de la Forest, lors arcevesque
de Rouen et chancelier de France. Et leur requist
ledit chancelier, pour le roy, que ils eussent avis
ensemble quelle aide ils pourroient faire au roy, qui
feust souffisant pour faire les frais de la guerre. Et pour
-ce que il avoit entendu que les sougis du royaume se
-tenoient forment grevs par la mutacion des monnoies,
-il offrit faire forte monnoie et durable, mais
-que on luy fist aide qui fust souffisant soustenir la
-guerre. Lesquels respondirent c'est assavoir: le clergi,
+ce que il avoit entendu que les sougiés du royaume se
+tenoient forment à grevés par la mutacion des monnoies,
+il offrit à faire forte monnoie et durable, mais
+que on luy féist aide qui fust souffisant à soustenir la
+guerre. Lesquels respondirent c'est assavoir: le clergié,
par la bouche de maistre Jehan de Craon, lors arcevesque
-de Rains; les nobles, par la bouche du duc d'Athnes;
+de Rains; les nobles, par la bouche du duc d'Athènes;
et les bonnes villes, par Estienne Marcel, lors
-prvost des marchans Paris, que ils estoient tous prests
+prévost des marchans à Paris, que ils estoient tous prests
de vivre et de mourir avec le roy, et de mettre corps et
-avoir en son service; et dlibracion requistrent de
-parler ensemble, laquelle leur fut ottroie.</p>
+avoir en son service; et délibéracion requistrent de
+parler ensemble, laquelle leur fut ottroiée.</p>
<hr class="deco" />
-<p class="subh">Comment les gens des trois estas, prsent le roy, respondirent par dlibracion
+<p class="subh">Comment les gens des trois estas, présent le roy, respondirent par délibéracion
que ils feroient<a name="FNanchor_188" id="FNanchor_188" href="#Footnote_188" class="fnanchor">&nbsp;[188]</a> continuelment, chascun an, trente mille hommes
-d'armes, et de l'ordonnance qui fut faite et avise pour trouver le paiement
- les paier.</p>
+d'armes, et de l'ordonnance qui fut faite et avisée pour trouver le paiement
+à les paier.</p>
-<p>Aprs la devant dite dlibracion eue des trois estas
+<p>Après la devant dite délibéracion eue des trois estas
dessus dis, ils respondirent au roy, en la dite chambre
<span class="pagenum"><a id="Page_281"> 281</a></span>
-de parlement, par la bouche des dessus nomms, que
-ils luy feroient trente mille hommes chascun an leur
+de parlement, par la bouche des dessus nommés, que
+ils luy feroient trente mille hommes chascun an à leur
frais et despens, dont le roy les fist mercier. Et pour
avoir la finance pour paier lesdits trente mille hommes
-d'armes, laquelle fut estime cinquante cent mil livres<a name="FNanchor_189" id="FNanchor_189" href="#Footnote_189" class="fnanchor">&nbsp;[189]</a>
-par les trois estas dessus dis, ordenrent que
-on lveroit sur toutes gens, de tel estat que ils fussent,
-gens d'glyse, nobles ou autres, imposicion de huit
-deniers par livre sur toutes denres; et gabelle de sel
+d'armes, laquelle fut estimée à cinquante cent mil livres<a name="FNanchor_189" id="FNanchor_189" href="#Footnote_189" class="fnanchor">&nbsp;[189]</a>
+par les trois estas dessus dis, ordenèrent que
+on lèveroit sur toutes gens, de tel estat que ils fussent,
+gens d'églyse, nobles ou autres, imposicion de huit
+deniers par livre sur toutes denrées; et gabelle de sel
courroit par tout le royaume de France. Mais pour ce
que on ne pouvoit lors savoir se lesdites imposicions et
-gabelle souffiroient, il fut alors orden que les trois estas
-dessus dis retourneroient Paris le premier de
+gabelle souffiroient, il fut alors ordené que les trois estas
+dessus dis retourneroient à Paris le premier de
mars, pour veoir l'estat des dites imposicions et gabelle,
et sur ce ordener ou de autre ayde faire pour
avoir lesdites cinquante cent mil livres, ou de laissier
courir lesdites imposicions et gabelle. Auquel premier
-jour de mars les dessus dis trois estas retournrent
-Paris, except plusieurs grosses villes de Picardie, les
+jour de mars les dessus dis trois estas retournèrent à
+Paris, excepté plusieurs grosses villes de Picardie, les
nobles et plusieurs autres grosses villes de Normendie.
Et virent ceux qui y estoient l'estat desdites imposicions
et gabelle; et tant pour ce qu'elles ne souffisoient
- avoir lesdites cinquante cent mil livres, comme pour
+à avoir lesdites cinquante cent mil livres, comme pour
ce que plusieurs du royaume ne se vouloient accorder
que lesdites imposicions et gabelle courussent en leur
-pays et s villes o ils demouroient, ordenrent nouvel
-subside sus chascune personne en la manire qui s'ensuit.
+pays et ès villes où ils demouroient, ordenèrent nouvel
+subside sus chascune personne en la manière qui s'ensuit.
C'est assavoir que tout homme et personne, fust
du sanc du roy et de son lignage ou autre, clerc ou
lai, religieux ou religieuse, exempt ou non exempt,
-hospitalier, chef d'glyse ou autres, eussent revenus ou
+hospitalier, chef d'églyse ou autres, eussent revenus ou
rentes, office ou administration quelconques; monoiers
<span class="pagenum"><a id="Page_282"> 282</a></span>
-et autres, de quelque estat qu'ils soient, et auctorit ou
-privilge usassent ou eussent us au temps pass;
-femmes vefves ou celles qui faisoient chief, enfans maris
-ou non maris qui eussent aucune chose de par eux,
+et autres, de quelque estat qu'ils soient, et auctorité ou
+privilège usassent ou eussent usé au temps passé;
+femmes vefves ou celles qui faisoient chief, enfans mariés
+ou non mariés qui eussent aucune chose de par eux,
fussent en garde, bail, tutelle, cure, mainbournie<a name="FNanchor_190" id="FNanchor_190" href="#Footnote_190" class="fnanchor">&nbsp;[190]</a> ou
administration quelconques; qui auroit vaillant cent livres
-de revenue et au dessous, fust vie ou hritage, en
-gaiges cause d'office, en pensions vie ou volent,
+de revenue et au dessous, fust à vie ou à héritage, en
+gaiges à cause d'office, en pensions à vie ou à volenté,
feroit ayde et subside pour le fait des guerres de quatre
livres. Et de quarente livres de revenue et au dessus,
quarente sols; de dix livres de revenue et au dessus,
@@ -10742,186 +10700,186 @@ mainbournie, au-dessus de quinze ans, laboureurs et
ouvriers gaignans qui n'eussent autre chose que de leur
labourage feroient ayde de dix sols. Et se ils avoient
autre chose du leur, ils feroient ayde comme les autres
-serviteurs, mercenaires ou alous qui ne vivoient que
+serviteurs, mercenaires ou aloués qui ne vivoient que
de leurs services; et qui gaaignast cent sols<a name="FNanchor_191" id="FNanchor_191" href="#Footnote_191" class="fnanchor">&nbsp;[191]</a> par an
ou plus, feroit-il semblable ayde et subside de dix sols;
- prendre les sommes dessus dites parisis au pas de
-parisis, et tournois au pas de tournois. Et se lesdis
+à prendre les sommes dessus dites à parisis au païs de
+parisis, et à tournois au païs de tournois. Et se lesdis
serviteurs ne gaignoient cent sols ou au dessus, ils ne
-paieroient rien, se ils n'eussent aucuns biens quipolens;
+paieroient rien, se ils n'eussent aucuns biens équipolens;
auquel cas ils aideroient comme dessus est dit. Et aussi
<span class="pagenum"><a id="Page_283"> 283</a></span>
-n'aideroient de rien mendiens ou moines cloistrs,
-sans office et administration, n enfans en mainbournie
-sous l'ge de quinze ans qui n'auroient aucune chose
+n'aideroient de rien mendiens ou moines cloistrés,
+sans office et administration, né enfans en mainbournie
+sous l'âge de quinze ans qui n'auroient aucune chose
comme devant est dit; ne nonnains qui vivent de revenue
au dessus de quarante livres, ne aussi femmes
-maries, pour ce que leurs maris aidoient; et estoit et
-seroit compt ce qu'elles avoient de par elles avec ce
+mariées, pour ce que leurs maris aidoient; et estoit et
+seroit compté ce qu'elles avoient de par elles avec ce
que leurs maris avoient. Et quant aux clercs et gens
-d'glyse, abbs, prieurs, chanoines, curs et autres
+d'églyse, abbés, prieurs, chanoines, curés et autres
comme dessus, qui avoient vaillant au dessus de cent
-livres en revenue, fussent bnfices en sainte glyse, en
-patremoine, ou l'un avec l'autre, jusques cinq mille
+livres en revenue, fussent bénéfices en sainte églyse, en
+patremoine, ou l'un avec l'autre, jusques à cinq mille
livres, les dessus dis feroient ayde de quatre livres
pour les premiers cent livres, et pour chascun autre
cent livres, jusques auxdites cinq mille livres, quarante
sols, et ne feroient de rien ayde au dessus desdites
cinq milles livres, ne aussi de leurs meubles; et
-les revenues de leurs bnfices seroient prisies et estimes
+les revenues de leurs bénéfices seroient prisiées et estimées
selon le taux du dixiesme, ne ne s'en pourroient
-franchir ne exempter par quelconques privilges.</p>
+franchir ne exempter par quelconques privilèges.</p>
<p>Et quant aux nobles et gens des bonnes villes qui
avoient vaillant au dessus de cent livres de revenue,
-lesdis nobles feroient aide, jusques cinq mille livres
-de revenue et nant oultre, pour chascun cent livres,
+lesdis nobles feroient aide, jusques à cinq mille livres
+de revenue et néant oultre, pour chascun cent livres,
quarante sols oultre les quatre livres pour les premiers
cent livres. Et les gens des bonnes villes par semblable
-manire, jusques mille livres de revenue tant seulement.
+manière, jusques à mille livres de revenue tant seulement.
Et quant aux meubles des nobles qui n'avoient
pas cent livres de revenue, l'on estimeroit les
-meubles qu'ils auroient, jusques la value de mille livres
+meubles qu'ils auroient, jusques à la value de mille livres
et non plus. Et des gens non nobles qui n'avoient pas
quatre cens livres de revenue, l'on estimeroit leurs
-meubles jusques la value de quatre mille livres, c'est
+meubles jusques à la value de quatre mille livres, c'est
assavoir, pour cent livres de meubles, dix livres de
<span class="pagenum"><a id="Page_284"> 284</a></span>
-revenue; et de tant feroient-ils ayde par la manire
-dessus devise. Et se il advenoit que aucun noble n'eust
-vaillant en revenue tant seulement jusques cent livres,
-ne en meubles purement jusques mille livres, ou
+revenue; et de tant feroient-ils ayde par la manière
+dessus devisée. Et se il advenoit que aucun noble n'eust
+vaillant en revenue tant seulement jusques à cent livres,
+ne en meubles purement jusques à mille livres, ou
que aucun noble ne eust seulement en revenue quatre
-cens livres, n en meubles purement quatre mille livres,
+cens livres, né en meubles purement quatre mille livres,
et il eust partie en revenue et partie en meubles, l'on
estimeroit et regarderoit la revenue et son meuble ensemble,
-jusques la somme de mille livres quant aux nobles,
+jusques à la somme de mille livres quant aux nobles,
et de quatre mille livres quant aux non-nobles. Et
non plus.</p>
-<p class="source"><cite>Les Grandes Chroniques de Saint-Denis</cite>, dites par
-M. Paulin Pris.</p>
+<p class="source"><cite>Les Grandes Chroniques de Saint-Denis</cite>, éditées par
+M. Paulin Pâris.</p>
<div class="header">
<h2>BATAILLE DE POITIERS.<br />
<span class="medium">19 septembre 1356.</span></h2>
</div>
-<p class="intro">En 1355, lorsque la guerre avait recommenc entre la France et l'Angleterre,
-douard III avait envoy le prince de Galles, son fils, Bordeaux.
-Le prince de Galles avait ravag le Languedoc, et en 1356 il continua
-ses oprations en dvastant la France centrale, Rouergue, Auvergne,
-Limousin et Berry. Pendant ce temps, le roi Jean, auquel les tats gnraux
-avaient accord les hommes et l'argent ncessaires pour terminer la
-guerre, rsolut d'aller combattre les Anglais et de faire cesser leurs ravages.
-Il se rendit Chartres, et y rassembla 2,000 chevaliers et 50,000 autres combattants
-avec lesquels il devait facilement craser les 2,000 hommes d'armes
+<p class="intro">En 1355, lorsque la guerre avait recommencé entre la France et l'Angleterre,
+Édouard III avait envoyé le prince de Galles, son fils, à Bordeaux.
+Le prince de Galles avait ravagé le Languedoc, et en 1356 il continua
+ses opérations en dévastant la France centrale, Rouergue, Auvergne,
+Limousin et Berry. Pendant ce temps, le roi Jean, auquel les états généraux
+avaient accordé les hommes et l'argent nécessaires pour terminer la
+guerre, résolut d'aller combattre les Anglais et de faire cesser leurs ravages.
+Il se rendit à Chartres, et y rassembla 2,000 chevaliers et 50,000 autres combattants
+avec lesquels il devait facilement écraser les 2,000 hommes d'armes
et les 6,000 archers anglais et gascons du prince de Galles. De Chartres
-le roi Jean se porta sur la Loire, qu'il passa Amboise et se dirigea
-sur Poitiers, o il devana les Anglais, qui s'y dirigeaient eux-mmes
-venant de Romorantin. Le prince de Galles en arrivant Poitiers y trouva
-les Franais, qui de leur ct croyaient poursuivre les Anglais. Le hasard
-avait fait que l'arme franaise tait matresse de la route de Bordeaux,
-qui tait la ligne de retraite des Anglais, et que le prince de Galles tait
-coup. Les deux armes ne s'expliqurent leur position relative que le
-17 septembre la suite d'un premier engagement.</p>
+le roi Jean se porta sur la Loire, qu'il passa à Amboise et se dirigea
+sur Poitiers, où il devança les Anglais, qui s'y dirigeaient eux-mêmes
+venant de Romorantin. Le prince de Galles en arrivant à Poitiers y trouva
+les Français, qui de leur côté croyaient poursuivre les Anglais. Le hasard
+avait fait que l'armée française était maîtresse de la route de Bordeaux,
+qui était la ligne de retraite des Anglais, et que le prince de Galles était
+coupé. Les deux armées ne s'expliquèrent leur position relative que le
+17 septembre à la suite d'un premier engagement.</p>
<p><span class="pagenum"><a id="Page_285"> 285</a></span></p>
-<p class="subh">Comment les coureurs du prince de Galles se frirent en la queue de
-l'ost des Franois, et comment le roi de France fit ses gens loger, et aussi
+<p class="subh">Comment les coureurs du prince de Galles se férirent en la queue de
+l'ost des François, et comment le roi de France fit ses gens loger, et aussi
le prince les siens.</p>
<p>Quand le prince de Galles et son conseil entendirent
-que le roi Jean de France et ses batailles toient devant
-eux et avoient, le vendredi, pass au pont Chauvigny,
+que le roi Jean de France et ses batailles étoient devant
+eux et avoient, le vendredi, passé au pont à Chauvigny,
et que nullement ils ne se pouvoient partir du
-pays sans y tre combattus, si se recueillirent et rassemblrent
+pays sans y être combattus, si se recueillirent et rassemblèrent
ce samedi sur les champs, et fut adonc
-command de par le prince que nul, sur la tte, ne
-court ni chevaucht sans commandement devant les
-bannires des marchaux. Ce ban fut tenu; et chevauchrent
-les Anglois ce samedi, ds l'heure de prime
-jusques vespres, et tant qu'ils vinrent deux petites
-lieues de Poitiers. Adonc furent ordonns pour courir
-et savoir o les Franois tenoient les champs, le captal
+commandé de par le prince que nul, sur la tête, ne
+courût ni chevauchât sans commandement devant les
+bannières des maréchaux. Ce ban fut tenu; et chevauchèrent
+les Anglois ce samedi, dès l'heure de prime
+jusques à vespres, et tant qu'ils vinrent à deux petites
+lieues de Poitiers. Adonc furent ordonnés pour courir
+et savoir où les François tenoient les champs, le captal
de Buch, messire Aymemon de Pommiers, messire Betremieu
de Bruhe et messire Eustache d'Aubrecicourt.
Et se partirent ces chevaliers atout deux cents armures
-de fer, tous bien monts sur fleur de coursiers, et chevauchrent
+de fer, tous bien montés sur fleur de coursiers, et chevauchèrent
si avant d'une part et d'autre, que ils virent
-clairement la grosse bataille du roi, et toient tous les
+clairement la grosse bataille du roi, et étoient tous les
champs couverts de gens d'armes. Et ne se purent abstenir
-qu'ils ne vinssent frir et courre en la queue des
-Franois; et en rurent aucuns par terre et fiancrent
-prisonniers, et tant que l'ost se commena grandement
- estourmir. Et en vinrent les nouvelles au roi de
-France, ainsi qu'il devoit entrer en la cit de Poitiers.</p>
-
-<p>Quand le roi entendit la vrit, que ses ennemis, que
-tant dsiroit trouver, toient derrire et non devant,
-si en fut grandement rjoui; et retourna tout un faix,
-et fit retourner toutes manires de gens bien avant sur
-les champs, et eux l loger. Si fut ce samedi moult tard
-ainois qu'ils fussent tous logs. Les coureurs du prince
+qu'ils ne vinssent férir et courre en la queue des
+François; et en ruèrent aucuns par terre et fiancèrent
+prisonniers, et tant que l'ost se commença grandement
+à estourmir. Et en vinrent les nouvelles au roi de
+France, ainsi qu'il devoit entrer en la cité de Poitiers.</p>
+
+<p>Quand le roi entendit la vérité, que ses ennemis, que
+tant désiroit à trouver, étoient derrière et non devant,
+si en fut grandement réjoui; et retourna tout à un faix,
+et fit retourner toutes manières de gens bien avant sur
+les champs, et eux là loger. Si fut ce samedi moult tard
+ainçois qu'ils fussent tous logés. Les coureurs du prince
<span class="pagenum"><a id="Page_286"> 286</a></span>
-revinrent devers lui, et lui recordrent une partie du
-convenant des Franois, et lui dirent bien qu'ils toient
+revinrent devers lui, et lui recordèrent une partie du
+convenant des François, et lui dirent bien qu'ils étoient
malement grand gent. De ce ne fut le prince nullement
-effray, et dit: Dieu y ait part! Or nous faut avoir
-avis et conseil comment nous les combattrons notre
-avantage. Cette nuit, se logrent les Anglois assez en
+effrayé, et dit: «Dieu y ait part! Or nous faut avoir
+avis et conseil comment nous les combattrons à notre
+avantage.» Cette nuit, se logèrent les Anglois assez en
fort lieu, entre haies, vignes et buissons, et fut leur ost
-bien gard et esguett; et aussi fut celui des Franois.</p>
+bien gardé et esguetté; et aussi fut celui des François.</p>
<p class="subh">Comment le roi de France commanda que chacun se traist sur les
-champs; et comment il envoya quatre chevaliers ci-aprs nomms pour
+champs; et comment il envoya quatre chevaliers ci-après nommés pour
savoir le convenant des Anglois.</p>
<p>Quant vint le dimanche<a name="FNanchor_192" id="FNanchor_192" href="#Footnote_192" class="fnanchor">&nbsp;[192]</a> au matin, le roi de France
-qui grand dsir avoit de combattre les Anglois, fit en son
+qui grand désir avoit de combattre les Anglois, fit en son
pavillon chanter messe moult solennellement devant
lui, et s'acommunia et ses quatre fils.</p>
-<p>Aprs la messe, se trairent devers lui les plus grands
-et les plus prochains de son lignage, le duc d'Orlans
-son frre, le duc de Bourgogne, le comte de Ponthieu,
-messire Jacques de Bourbon, le duc d'Athnes, conntable
+<p>Après la messe, se trairent devers lui les plus grands
+et les plus prochains de son lignage, le duc d'Orléans
+son frère, le duc de Bourgogne, le comte de Ponthieu,
+messire Jacques de Bourbon, le duc d'Athènes, connétable
de France, le comte d'Eu, le comte de Tancarville,
le comte de Sarrebruche, le comte de Dampmartin,
le comte de Ventadour, et plusieurs autres grands
barons de France et des terres voisines, tels que messire
-Jean de Clermont, messire Arnoul d'Andrehen, marchal
+Jean de Clermont, messire Arnoul d'Andrehen, maréchal
de France, le sire de Saint-Venant, messire Jean
de Landas, messire Eustache de Ribeumont, le sire de
Fiennes, messire Godefroy de Chargny, le sire de
Chastillon, le sire de Sully, le sire de Neelle, messire
-Robert de Duras, et moult d'autres qui y furent appels.
-L furent en conseil un grand temps, savoir comment
-ils se maintiendroient. Si fut donc ordonn que toutes
+Robert de Duras, et moult d'autres qui y furent appelés.
+Là furent en conseil un grand temps, à savoir comment
+ils se maintiendroient. Si fut donc ordonné que toutes
<span class="pagenum"><a id="Page_287"> 287</a></span>
-gens se trassent sur les champs, et chacun seigneur
-dveloppt sa bannire et mt avant, au nom de Dieu et
-de saint Denis, et que on se mt en ordonnance de bataille,
-ainsi que pour tantt combattre. Ce conseil et avis
-plut grandement au roi de France: si sonnrent les
-trompettes parmi l'ost. Adoncques s'armrent toutes
-gens, et montrent cheval, et vinrent sur les champs
-l o les bannires du roi ventiloient et toient arrtes,
-et par espcial l'oriflambe, que messire Godefroy de
-Chargny portoit. L put-on voir grand noblesse de
-belles armures, de riches armoiries, de bannires, de
-pennons, de belle chevalerie et cuyerie; car l toit
-toute la fleur de France; ni nul chevalier et cuyer
-n'toit demeur l'htel, si il ne vouloit tre dshonor.</p>
-
-<p>L furent ordonnes, par l'avis du conntable de
-France et des marchaux, trois grosses batailles: en
-chacune avoit seize mille hommes, dont tous toient
-passs et montrs pour hommes d'armes. Si gouvernoit
-la premire le duc d'Orlans, trente-six bannires et
+gens se traïssent sur les champs, et chacun seigneur
+développât sa bannière et mît avant, au nom de Dieu et
+de saint Denis, et que on se mît en ordonnance de bataille,
+ainsi que pour tantôt combattre. Ce conseil et avis
+plut grandement au roi de France: si sonnèrent les
+trompettes parmi l'ost. Adoncques s'armèrent toutes
+gens, et montèrent à cheval, et vinrent sur les champs
+là où les bannières du roi ventiloient et étoient arrêtées,
+et par espécial l'oriflambe, que messire Godefroy de
+Chargny portoit. Là put-on voir grand noblesse de
+belles armures, de riches armoiries, de bannières, de
+pennons, de belle chevalerie et écuyerie; car là étoit
+toute la fleur de France; ni nul chevalier et écuyer
+n'étoit demeuré à l'hôtel, si il ne vouloit être déshonoré.</p>
+
+<p>Là furent ordonnées, par l'avis du connétable de
+France et des maréchaux, trois grosses batailles: en
+chacune avoit seize mille hommes, dont tous étoient
+passés et montrés pour hommes d'armes. Si gouvernoit
+la première le duc d'Orléans, à trente-six bannières et
deux tant de pennons; la seconde, le duc de Normandie,
-et ses deux frres messire Louis et messire Jean;
+et ses deux frères messire Louis et messire Jean;
la tierce devoit gouverner le roi de France. Si pouvez
et devez bien croire que en sa bataille avoit grand foison
de bonne chevalerie et noble.</p>
@@ -10930,390 +10888,390 @@ de bonne chevalerie et noble.</p>
en arroy, le roi de France appela messire Eustache
de Ribeumont, messire Jean de Landas, messire
Guichard de Beaujeu et messire Guichard d'Angle, et
-leur dit: Chevauchez avant plus prs du convenant
+leur dit: «Chevauchez avant plus près du convenant
des Anglois, et avisez et regardez justement leur arroi,
-et comment ils sont, et par quelle manire nous les
-pourrons combattre, soit pied ou cheval. Et cils
-rpondirent: Sire, volontiers.</p>
+et comment ils sont, et par quelle manière nous les
+pourrons combattre, soit à pied ou à cheval.» Et cils
+répondirent: «Sire, volontiers.»</p>
<p><span class="pagenum"><a id="Page_288"> 288</a></span>
Adoncques se partirent les quatre chevaliers dessus
-nomms du roi, et chevauchrent avant, et si prs des
-Anglois qu'ils conurent et imaginrent une partie de
-leur convenant. Et en rapportrent la vrit au roi, qui
-les attendoit sur les champs, mont sur un grand blanc
-coursier; et regardoit de fois autre ses gens, et louoit
-Dieu de ce qu'il en voit si grand foison, et disoit tout
-en haut: Entre vous, quand vous tes Paris,
-Chartres, Rouen, ou Orlans, vous menacez les Anglois,
-et vous souhaitez le bassinet en la tte devant
-eux: or y tes-vous, je vous les montre; si leur veuilliez
+nommés du roi, et chevauchèrent avant, et si près des
+Anglois qu'ils conçurent et imaginèrent une partie de
+leur convenant. Et en rapportèrent la vérité au roi, qui
+les attendoit sur les champs, monté sur un grand blanc
+coursier; et regardoit de fois à autre ses gens, et louoit
+Dieu de ce qu'il en véoit si grand foison, et disoit tout
+en haut: «Entre vous, quand vous êtes à Paris, à
+Chartres, à Rouen, ou à Orléans, vous menacez les Anglois,
+et vous souhaitez le bassinet en la tête devant
+eux: or y êtes-vous, je vous les montre; si leur veuilliez
montrer vos mautalens et contrevenger les ennuis
-et les dpits qu'ils vous ont faits; car sans faute nous les
-combattrons. Et cils qui l'avoient entendu rpondoient:
-Dieu y ait part! tout ce verrons-nous volontiers.</p>
+et les dépits qu'ils vous ont faits; car sans faute nous les
+combattrons.» Et cils qui l'avoient entendu répondoient:
+«Dieu y ait part! tout ce verrons-nous volontiers.»</p>
-<p class="subh">Comment les quatre chevaliers dessus dits rapportrent le convenant des
+<p class="subh">Comment les quatre chevaliers dessus dits rapportèrent le convenant des
Anglois au roi de France.</p>
<p>En ces paroles que le roi de France disoit et montroit
- ses gens pour eux encourager, vinrent les quatre
-chevaliers dessus nomms, et fendirent la presse et
-s'arrtrent devant le roi. L toient le conntable de
-France et les deux marchaux, et grand foison de bonne
-chevalerie, tous venus et arrts pour savoir comment
+à ses gens pour eux encourager, vinrent les quatre
+chevaliers dessus nommés, et fendirent la presse et
+s'arrêtèrent devant le roi. Là étoient le connétable de
+France et les deux maréchaux, et grand foison de bonne
+chevalerie, tous venus et arrêtés pour savoir comment
on se combattroit. Le roi demanda aux dessus dits tout
-haut: Seigneurs, quelles nouvelles?&mdash;Sire,
-bonnes; si aurez, s'il plat Dieu, une bonne journe
-sur vos ennemis.&mdash;Telle l'esprons-nous avoir,
-par la grce de Dieu, rpondit le roi. Or nous dites la
-manire de leur convenant, et comment nous les pourrons
-combattre. Adonc rpondit messire Eustache de
-Ribeumont pour tous, si comme je fus inform, car ils
-lui en avoient pri et charg, et dit ainsi: Sire, nous
+haut: «Seigneurs, quelles nouvelles?»&mdash;«Sire,
+bonnes; si aurez, s'il plaît à Dieu, une bonne journée
+sur vos ennemis.»&mdash;«Telle l'espérons-nous à avoir,
+par la grâce de Dieu, répondit le roi. Or nous dites la
+manière de leur convenant, et comment nous les pourrons
+combattre.» Adonc répondit messire Eustache de
+Ribeumont pour tous, si comme je fus informé, car ils
+lui en avoient prié et chargé, et dit ainsi: «Sire, nous
<span class="pagenum"><a id="Page_289"> 289</a></span>
-avons vu et considr les Anglois; si peuvent tre par
+avons vu et considéré les Anglois; si peuvent être par
estimation deux mille hommes d'armes, quatre mille
-archers et quinze cents brigands.&mdash;Et comment
-gisent-ils, dit le roi?&mdash;Sire, rpondit messire
-Eustache, ils sont en trs-fort lieu, et ne pouvons voir
+archers et quinze cents brigands.»&mdash;«Et comment
+gisent-ils,» dit le roi?&mdash;«Sire, répondit messire
+Eustache, ils sont en très-fort lieu, et ne pouvons voir
ni imaginer qu'ils aient que une bataille; mais trop
-bellement et trop sagement l'ont-ils ordonne; et ont
-pris le long d'un chemin fortifi malement de haies et
-de buissons, et ont vtu celle haie d'une part et d'autre
+bellement et trop sagement l'ont-ils ordonnée; et ont
+pris le long d'un chemin fortifié malement de haies et
+de buissons, et ont vêtu celle haie d'une part et d'autre
de leurs archers; tellement que on ne peut entrer ni
chevaucher en leur chemin fors que parmi eux. Si convient-il
aller celle voie, si on les veut combattre. En
-celle haie n'a que une seule entre et issue, o espoir
+celle haie n'a que une seule entrée et issue, où espoir
quatre hommes d'armes, ainsi que au chemin, pourroient
chevaucher de front. Au coron d'icelle haie, entre
-vignes et espinettes o on ne peut aller ni chevaucher,
-sont leurs gens d'armes, tous pied; et ont mis les
-gens d'armes tout devant eux leurs archers en manire
-d'une herse: dont c'est trop sagement ouvr, ce nous
+vignes et espinettes où on ne peut aller ni chevaucher,
+sont leurs gens d'armes, tous à pied; et ont mis les
+gens d'armes tout devant eux leurs archers en manière
+d'une herse: dont c'est trop sagement ouvré, ce nous
semble; car qui voudra ou pourra venir par fait d'armes
-jusques eux, il n'y entrera nullement, fors que
-parmi ces archers qui ne seront mie lgers dconfire.</p>
+jusques à eux, il n'y entrera nullement, fors que
+parmi ces archers qui ne seront mie légers à déconfire.»</p>
-<p>Adonc parla le roi, et dit: Messire Eustache, et
-comment y conseillez-vous aller? Donc rpondit le
-chevalier, et dit: Sire, tout pied, except trois
-cents armures de fer des vtres, tous des plus apperts et
+<p>Adonc parla le roi, et dit: «Messire Eustache, et
+comment y conseillez-vous à aller?» Donc répondit le
+chevalier, et dit: «Sire, tout à pied, excepté trois
+cents armures de fer des vôtres, tous des plus apperts et
hardis, durs et forts, et entreprenants de votre ost, et
-bien monts sur fleur de coursiers, pour drompre et
+bien montés sur fleur de coursiers, pour dérompre et
ouvrir ces archers, et puis vos batailles et gens d'armes,
-vitement suivre tous pied, et venir sur ces gens d'armes
-main main, et eux combattre de grand volont.
+vitement suivre tous à pied, et venir sur ces gens d'armes
+main à main, et eux combattre de grand volonté.
C'est tout le conseil que de mon avis je puis donner ni
-imaginer; et qui mieux y scet, si le die. Ce conseil et
+imaginer; et qui mieux y scet, si le die.» Ce conseil et
<span class="pagenum"><a id="Page_290"> 290</a></span>
avis plut grandement au roi de France, et dit que ainsi
seroit-il fait.</p>
<p>Adoncques, par le commandement du roi, sur cet
-arrt, se dpartirent les deux marchaux, et chevauchrent
-de bataille en bataille, et trirent et lurent et
-dessevrrent leurs avis, par droite lection, jusques
-trois cents chevaliers et cuyers, les plus roides et plus
-apperts de tout l'ost, et chacun d'eux mont sur fleur
-de coursiers et arm de toutes pices. Et tantt aprs
-fut ordonne la bataille des Allemands; et devoient demeurer
- cheval pour conforter les marchaux, dont le
+arrêt, se départirent les deux maréchaux, et chevauchèrent
+de bataille en bataille, et trièrent et élurent et
+dessevrèrent à leurs avis, par droite élection, jusques à
+trois cents chevaliers et écuyers, les plus roides et plus
+apperts de tout l'ost, et chacun d'eux monté sur fleur
+de coursiers et armé de toutes pièces. Et tantôt après
+fut ordonnée la bataille des Allemands; et devoient demeurer
+à cheval pour conforter les maréchaux, dont le
comte de Sarrebruche, le comte de Nido (Nidau), le
-comte Jean de Naso (Nassau?) toient meneurs et conduiseurs.
-L toit et fut le roi Jean de France, arm lui
-vingtime de ses paremens; et avoit recommand son
-ainsn fils en la garde du seigneur de Saint-Venant, de
+comte Jean de Nasço (Nassau?) étoient meneurs et conduiseurs.
+Là étoit et fut le roi Jean de France, armé lui
+vingtième de ses paremens; et avoit recommandé son
+ainsné fils en la garde du seigneur de Saint-Venant, de
monseigneur de Landas et de messire Thibaut de Vodenay;
-et ses autres trois fils puisns, Louis, Jean et
+et ses autres trois fils puisnés, Louis, Jean et
Philippe, en la garde d'autres bons chevaliers et
-cuyers; et portoit la souveraine bannire du roi messire
+écuyers; et portoit la souveraine bannière du roi messire
Geoffroy de Chargny, pour le plus prud'homme de
-tous les autres et le plus vaillant; et toit messire Regnault
-de Cervolle, dit Archiprtre, arm des armures
-du jeune comte d'Alenon.</p>
+tous les autres et le plus vaillant; et étoit messire Regnault
+de Cervolle, dit Archiprêtre, armé des armures
+du jeune comte d'Alençon.</p>
<p class="subh">Comment le cardinal de Pierregort<a name="FNanchor_193" id="FNanchor_193" href="#Footnote_193" class="fnanchor">&nbsp;[193]</a> se mit en grand peine d'accorder
le roi de France et le prince de Galles.</p>
-<p>Quand les batailles du roi furent ordonnes et appareilles,
-et chacun sire dessous sa bannire et entre ses
+<p>Quand les batailles du roi furent ordonnées et appareillées,
+et chacun sire dessous sa bannière et entre ses
gens, et savoit aussi chacun quelle chose il devoit faire,
-on fit commandement de par le roi que chacun allt
-pied, except ceux qui ordonns toient avec les marchaux
+on fit commandement de par le roi que chacun allât à
+pied, excepté ceux qui ordonnés étoient avec les maréchaux
<span class="pagenum"><a id="Page_291"> 291</a></span>
pour ouvrir et fendre les archers; et que tous
ceux qui lances avoient les retaillassent au volume de
-cinq pieds, par quoi on s'en pt mieux aider, et que
-tous aussi tassent leurs perons. Cette ordonnance fut
-tenue; car elle sembla tout homme belle et bonne.</p>
-
-<p>Ainsi que ils devoient approcher, et toient, par
-semblant, en grand volont de requerre leurs ennemis,
-vint le cardinal de Pierregort frant et battant devant
-le roi; et s'toit parti moult matin de Poitiers; et s'inclina
-devant le roi moult bas, en cause d'humilit, et
-lui pria jointes mains, pour si haut seigneur que Dieu
-est, qu'il se voult abstenir et affrner un petit tant
-qu'il et parl lui. Le roi de France, qui toit assez
-descendant toutes voies de raison, lui accorda, et dit:
-Volontiers: que vous plat-il dire?&mdash;Trs-cher
+cinq pieds, par quoi on s'en pût mieux aider, et que
+tous aussi ôtassent leurs éperons. Cette ordonnance fut
+tenue; car elle sembla à tout homme belle et bonne.</p>
+
+<p>Ainsi que ils devoient approcher, et étoient, par
+semblant, en grand volonté de requerre leurs ennemis,
+vint le cardinal de Pierregort férant et battant devant
+le roi; et s'étoit parti moult matin de Poitiers; et s'inclina
+devant le roi moult bas, en cause d'humilité, et
+lui pria à jointes mains, pour si haut seigneur que Dieu
+est, qu'il se voulût abstenir et affréner un petit tant
+qu'il eût parlé à lui. Le roi de France, qui étoit assez
+descendant à toutes voies de raison, lui accorda, et dit:
+«Volontiers: que vous plaît-il à dire?»&mdash;«Très-cher
sire, dit le cardinal, vous avez ci toute la fleur de la
-chevalerie de votre royaume assemble contre une
-poigne de gens que les Anglois sont au regard de vous;
+chevalerie de votre royaume assemblée contre une
+poignée de gens que les Anglois sont au regard de vous;
et si vous les pouvez avoir, et qu'ils se mettent en votre
merci sans bataille, il vous seroit plus honorable et
-profitable avoir par cette manire que d'aventurer si
+profitable à avoir par cette manière que d'aventurer si
noble chevalerie et si grand que vous avez ci: si vous
-prie, au nom de Dieu et d'humilit, que je puisse chevaucher
+prie, au nom de Dieu et d'humilité, que je puisse chevaucher
devers le prince et lui montrer en quel danger
-vous le tenez. Encore lui accorda le roi, et lui
-dit: Sire, il nous plat bien, mais retournez tantt.
+vous le tenez.» Encore lui accorda le roi, et lui
+dit: «Sire, il nous plaît bien, mais retournez tantôt.»
A ces paroles se partit le cardinal du roi de France, et
-s'en vint moult htivement devers le prince, qui toit
-entre ses gens tout pied, au fort d'une vigne, tout
-confort par semblant d'attendre la puissance du roi de
-France. Sitt que le cardinal fut venu, il descendit
-terre, et se traist devers le prince, qui moult bnignement
+s'en vint moult hâtivement devers le prince, qui étoit
+entre ses gens tout à pied, au fort d'une vigne, tout
+conforté par semblant d'attendre la puissance du roi de
+France. Sitôt que le cardinal fut venu, il descendit à
+terre, et se traist devers le prince, qui moult bénignement
le recueillit; et lui dit le cardinal, quand il l'eut
-salu et inclin: Certes, beau fils, si vous aviez justement
+salué et incliné: «Certes, beau fils, si vous aviez justement
<span class="pagenum"><a id="Page_292"> 292</a></span>
-considr et imagin la puissance du roi de France,
+considéré et imaginé la puissance du roi de France,
vous me laisseriez convenir de vous accorder envers lui,
-si je pouvois. Donc rpondit le prince, qui toit lors
-un jeune homme, et dit: Sire, l'honneur de moi
+si je pouvois.» Donc répondit le prince, qui étoit lors
+un jeune homme, et dit: «Sire, l'honneur de moi
sauve et de mes gens, je voudrois bien encheoir en
-toutes voies de raison. Adoncques rpondit le cardinal:
-Beau fils, vous dites bien, et je vous accorderai
-si je puis; car ce seroit grand piti si tant de bonnes
-gens qui ci sont, et que vous tes d'un ct et d'autre,
+toutes voies de raison.» Adoncques répondit le cardinal:
+«Beau fils, vous dites bien, et je vous accorderai
+si je puis; car ce seroit grand pitié si tant de bonnes
+gens qui ci sont, et que vous êtes d'un côté et d'autre,
venoient ensemble par bataille; trop y pourroit grand
-meschef avenir.</p>
+meschef avenir.»</p>
<p>A ces mots se partit le cardinal du prince, sans plus
-rien dire; et s'en revint arrire devers le roi de France,
-et commena entamer traits d'accord, et mettre
-paroles avant, et dire au roi, pour lui mieux atraire
-son intention: Sire, vous ne vous avez que faire de
-trop hter pour eux combattre; car ils sont tous vtres
-sans coup frir, ni ils ne vous peuvent fuir, ni chapper,
-ni loigner: si vous prie que huy tant seulement,
-et demain jusques soleil levant, vous leur accordez
-rpit et souffrance.</p>
-
-<p>Adoncques commena le roi de France muser un
-petit, et ne voulut mie ce rpit accorder la premire
-prire du cardinal, ni la seconde; car une partie de
+rien dire; et s'en revint arrière devers le roi de France,
+et commença à entamer traités d'accord, et à mettre
+paroles avant, et à dire au roi, pour lui mieux atraire à
+son intention: «Sire, vous ne vous avez que faire de
+trop hâter pour eux combattre; car ils sont tous vôtres
+sans coup férir, ni ils ne vous peuvent fuir, ni échapper,
+ni éloigner: si vous prie que huy tant seulement,
+et demain jusques à soleil levant, vous leur accordez
+répit et souffrance.»</p>
+
+<p>Adoncques commença le roi de France à muser un
+petit, et ne voulut mie ce répit accorder à la première
+prière du cardinal, ni à la seconde; car une partie de
ceux de son conseil ne s'y consentoient point, et par
-espcial messire Eustache de Ribeumont et messire Jean
-de Landas, qui toient moult secrets du roi. Mais le dit
-cardinal, qui s'en ensonnioit en espce de bien, pria
-tant et prcha le roi de France, que il se consentit, et
-donna et accorda le rpit durer le dimanche tout le
-jour et lendemain jusques soleil levant; et le rapporta
-ainsi le dit cardinal moult vitement au prince et ses
-gens, qui n'en furent mie courroucs, pourtant que toudis
-s'efforoient eux d'avis et d'ordonnance.</p>
+espécial messire Eustache de Ribeumont et messire Jean
+de Landas, qui étoient moult secrets du roi. Mais le dit
+cardinal, qui s'en ensonnioit en espèce de bien, pria
+tant et prêcha le roi de France, que il se consentit, et
+donna et accorda le répit à durer le dimanche tout le
+jour et lendemain jusques à soleil levant; et le rapporta
+ainsi le dit cardinal moult vitement au prince et à ses
+gens, qui n'en furent mie courroucés, pourtant que toudis
+s'efforçoient eux d'avis et d'ordonnance.</p>
<p><span class="pagenum"><a id="Page_293"> 293</a></span>
Adonc fit le roi de France tendre sur les champs, au
-propre lieu o il avoit le rpit accord, un pavillon de
+propre lieu où il avoit le répit accordé, un pavillon de
vermeil samis moult cointe et moult riche; et donna
-cong toutes gens de retraire chacun en son logis,
-except la bataille du conntable et des marchaux. Si
-toient de ls le roi ses enfants et les plus grands de son
-lignage, qui il prenoit conseil de ses besognes.</p>
+congé à toutes gens de retraire chacun en son logis,
+excepté la bataille du connétable et des maréchaux. Si
+étoient de lès le roi ses enfants et les plus grands de son
+lignage, à qui il prenoit conseil de ses besognes.</p>
<p>Ainsi ce dimanche toute jour chevaucha et travailla
-le cardinal de l'un l'autre; et les et volontiers accords
-si il et pu; mais il trouvoit le roi de France et
+le cardinal de l'un à l'autre; et les eût volontiers accordés
+si il eût pu; mais il trouvoit le roi de France et
son conseil si froids qu'ils ne vouloient aucunement
-descendre accord, si ils n'avoient des cinq les quatre,
+descendre à accord, si ils n'avoient des cinq les quatre,
et que le prince et ses gens se rendissent simplement,
ce que ils ne eussent jamais fait. Si y eut offres et paroles
plusieurs, et de divers propos mis avant. Et me
fut dit jadis des gens dudit cardinal de Pierregort, qui
-l furent prsents, et qui bien en cuidoient savoir
-aucune chose, que le prince offroit rendre au roi de
+là furent présents, et qui bien en cuidoient savoir
+aucune chose, que le prince offroit à rendre au roi de
France tout ce que conquis avoit en ce voyage, villes
-et chteaux, et quitter tous prisonniers que il et ses gens
-avoient pris, et jurer soi non armer contre le royaume
+et châteaux, et quitter tous prisonniers que il et ses gens
+avoient pris, et jurer à soi non armer contre le royaume
de France sept ans tout entiers. Mais le roi de France et
son conseil n'en voulurent rien faire; et furent longuement
-sur cet tat: que le prince et cent chevaliers des
+sur cet état: que le prince et cent chevaliers des
siens se venissent mettre en la prison du roi de France,
autrement on ne les vouloit mie laisser passer; lequel
-trait le prince de Galles et son conseil n'eussent jamais
-accord.</p>
+traité le prince de Galles et son conseil n'eussent jamais
+accordé.</p>
-<p class="subh">Comment messire Jean de Clermont, marchal de France, et messire
+<p class="subh">Comment messire Jean de Clermont, maréchal de France, et messire
Jean Chandos eurent grosses paroles ensemble.</p>
<p>Entrementes que le cardinal de Pierregort portoit les
-paroles et chevauchoit de l'un l'autre, en nom de
-bien, et que le rpit duroit, toient aucuns jeunes chevaliers
+paroles et chevauchoit de l'un à l'autre, en nom de
+bien, et que le répit duroit, étoient aucuns jeunes chevaliers
<span class="pagenum"><a id="Page_294"> 294</a></span>
bachelereux et amoureux, tant de la partie des
-Franois comme des Anglois, qui chevauchrent ce
-jour en costiant les batailles; les Franois pour aviser
+François comme des Anglois, qui chevauchèrent ce
+jour en costiant les batailles; les François pour aviser
et imaginer le convenant des Anglois; et les chevaliers
-d'Angleterre celui des Franois, ainsi que en telles besognes
+d'Angleterre celui des François, ainsi que en telles besognes
telles choses aviennent. Donc il avint que messire
-Jean Chandos, qui toit preux chevalier, gentil et
+Jean Chandos, qui étoit preux chevalier, gentil et
noble de c&oelig;ur, et de sens imaginatif, avoit ce jour
-chevauch et costi sur aile durement la bataille du roi
+chevauché et costié sur aile durement la bataille du roi
de France, et avoit pris grand plaisance au regarder,
-pourtant qu'il y voit si grand foison de noble chevalerie
-friquement arme et appareille; et disoit et devisoit
-en soi-mme: Ne plaise j Dieu que nous partions
+pourtant qu'il y véoit si grand foison de noble chevalerie
+friquement armée et appareillée; et disoit et devisoit
+en soi-même: «Ne plaise jà à Dieu que nous partions
sans combattre! car si nous sommes pris ou
-dconfits de si belles gens d'armes et de si grand foison
+déconfits de si belles gens d'armes et de si grand foison
comme j'en vois contre nous, nous n'y devrons avoir
-point de blme; et si la journe toit pour nous, et que
-fortune le veuille consentir, nous serons les plus honores
-gens du monde.</p>
-
-<p>Tout en telle manire que messire Jean Chandos avoit
-chevauch et considr une partie du convenant des
-Franois, en toit avenu l'un des marchaux de France,
-messire Jean de Clermont; et tant chevauchrent ces
-deux chevaliers, qu'ils se trouvrent et encontrrent
-d'aventure; et l eut grosses paroles et reproches moult
-flonnesses entre eux. Je vous dirai pourquoi. Ces deux
-chevaliers, qui toient jeunes et amoureux, on le peut
-et doit-on ainsi entendre, portoient chacun une mme
-devise d'une bleue dame, ouvre de bordure au ray
-d'un soleil, sur le senestre bras; et toujours toit dessus
-leurs plus hauts vtements, en quelque tat qu'ils
-fussent. Si ne plut mie adonc messire Jean de Clermont
-ce qu'il vt porter sa devise messire Jean Chandos;
-et s'arrta tout coi devant lui, et lui dit: Chandos,
+point de blâme; et si la journée étoit pour nous, et que
+fortune le veuille consentir, nous serons les plus honorées
+gens du monde.»</p>
+
+<p>Tout en telle manière que messire Jean Chandos avoit
+chevauché et considéré une partie du convenant des
+François, en étoit avenu à l'un des maréchaux de France,
+messire Jean de Clermont; et tant chevauchèrent ces
+deux chevaliers, qu'ils se trouvèrent et encontrèrent
+d'aventure; et là eut grosses paroles et reproches moult
+félonnesses entre eux. Je vous dirai pourquoi. Ces deux
+chevaliers, qui étoient jeunes et amoureux, on le peut
+et doit-on ainsi entendre, portoient chacun une même
+devise d'une bleue dame, ouvrée de bordure au ray
+d'un soleil, sur le senestre bras; et toujours étoit dessus
+leurs plus hauts vêtements, en quelque état qu'ils
+fussent. Si ne plut mie adonc à messire Jean de Clermont
+ce qu'il vît porter sa devise à messire Jean Chandos;
+et s'arrêta tout coi devant lui, et lui dit: «Chandos,
<span class="pagenum"><a id="Page_295"> 295</a></span>
-aussi vous dsirois-je voir et encontrer: depuis
-quand avez-vous empris porter ma devise?&mdash;Et
-vous la mienne? ce rpondit messire Jean Chandos; car
-autant bien est-elle mienne comme vtre.&mdash;Je vous
+aussi vous désirois-je à voir et à encontrer: depuis
+quand avez-vous empris à porter ma devise?»&mdash;«Et
+vous la mienne? ce répondit messire Jean Chandos; car
+autant bien est-elle mienne comme vôtre.»&mdash;«Je vous
le nie, dit messire Jean de Clermont; et si la souffrance
-ne ft entre les ntres et les vtres, je le vous montrasse
-tantt que vous n'avez nulle cause de la porter.&mdash;Ha!
-ce rpondit messire Jean Chandos, demain
-au matin vous me trouverez tout appareill du dfendre,
+ne fût entre les nôtres et les vôtres, je le vous montrasse
+tantôt que vous n'avez nulle cause de la porter.»&mdash;«Ha!
+ce répondit messire Jean Chandos, demain
+au matin vous me trouverez tout appareillé du défendre,
et de prouver par fait d'armes que aussi bien est-elle
-mienne comme vtre. A ces paroles ils passrent
+mienne comme vôtre.» A ces paroles ils passèrent
outre; et dit encore messire Jean de Clermont, en ramponnant
-plus avant messire Jean Chandos: Chandos!
+plus avant messire Jean Chandos: «Chandos!
Chandos! ce sont bien des pompes de vous Anglois, qui
ne savent aviser rien de nouvel; mais quant qu'ils
-voient leur est bel.</p>
+voient leur est bel.»</p>
<p>Il n'y eut adoncques plus dit ni plus fait: chacun s'en
retourna devers ses gens, et demeura la chose en cet
-tat.</p>
+état.</p>
<p class="subh">Comment les Anglois firent fossoyer et haier leurs archers; et comment
-le cardinal de Pierregort prit cong du roi de France et du prince de
+le cardinal de Pierregort prit congé du roi de France et du prince de
Galles.</p>
-<p>Vous avez bien ou conter ci-dessus comment le cardinal
+<p>Vous avez bien ouï conter ci-dessus comment le cardinal
de Pierregort se mit en peine, ce dimanche tout
-le jour, de chevaucher de l'un l'autre pour accorder
+le jour, de chevaucher de l'un à l'autre pour accorder
ces deux seigneurs, le roi de France et le prince de
-Galles; mais il n'en put chef venir, et furent basses
+Galles; mais il n'en put à chef venir, et furent basses
vespres quand il se partit et rentra en Poitiers.</p>
-<p>Ce dimanche se tinrent les Franois tout le jour sur
+<p>Ce dimanche se tinrent les François tout le jour sur
les champs, et au soir ils se trairent en leurs logis, et se
-aisrent de ce qu'ils eurent. Ils avoient bien de quoi,
-vivres et pourvances, assez largement; et les Anglois
-en avoient grand deffaute. C'toit la chose qui plus les
+aisèrent de ce qu'ils eurent. Ils avoient bien de quoi,
+vivres et pourvéances, assez largement; et les Anglois
+en avoient grand deffaute. C'étoit la chose qui plus les
<span class="pagenum"><a id="Page_296"> 296</a></span>
-bahissoit; car ils ne savoient o ni quel part aller
-fourrager, si fort leur toit le pas clos; ni ils ne pouvoient
-partir de l sans le danger des Franois. Au voir
+ébahissoit; car ils ne savoient où ni quel part aller
+fourrager, si fort leur étoit le pas clos; ni ils ne pouvoient
+partir de là sans le danger des François. Au voir
dire, ils ne ressoignoient point tant la bataille comme
-ils faisoient ce que on ne les tenist en cel tat, ainsi
-comme pour assigs et affams.</p>
+ils faisoient ce que on ne les tenist en cel état, ainsi
+comme pour assiégés et affamés.</p>
<p>Le dimanche tout le jour entendirent eux parfaitement
- leur besogne, et le passrent au plus bel qu'ils
+à leur besogne, et le passèrent au plus bel qu'ils
purent, et firent fossoyer et haier leurs archers autour
-d'eux, pour tre plus forts. Quand vint le lundi au matin,
-le prince et ses gens furent tous tantt appareills
+d'eux, pour être plus forts. Quand vint le lundi au matin,
+le prince et ses gens furent tous tantôt appareillés
et mis en ordonnance, ainsi comme devant, sans eux
-desroyer ni effrayer; et en telle manire firent les Franois.
+desroyer ni effrayer; et en telle manière firent les François.
Environ soleil levant, ce lundi matin, revint le dit
cardinal de Pierregort en l'ost de l'un et de l'autre, et les
-cuida par son prchement accorder; mais il ne put et
-lui fut dit ireusement des Franois que il retournt
-Poitiers, ou l o il lui plairoit, et que plus ne portt
-aucunes paroles de trait ni d'accord, car il lui en
+cuida par son prêchement accorder; mais il ne put et
+lui fut dit ireusement des François que il retournât à
+Poitiers, ou là où il lui plairoit, et que plus ne portât
+aucunes paroles de traité ni d'accord, car il lui en
pourroit bien mal prendre. Le cardinal, qui s'en ensonnioit
-en espce de bien, ne se voult pas bouter en pril,
-mais prit cong du roi de France, car il vit bien
-qu'il se travailloit en vain; et s'en vint au dpartir devers
-le prince, et lui dit: Beau fils, faites ce que vous
+en espèce de bien, ne se voult pas bouter en péril,
+mais prit congé du roi de France, car il vit bien
+qu'il se travailloit en vain; et s'en vint au départir devers
+le prince, et lui dit: «Beau fils, faites ce que vous
pourrez; il vous faut combattre; ni je ne puis trouver
-nulle grce d'accord ni de paix devers le roi de
-France. Cette dernire parole enflonnit et encouragea
-grandement le c&oelig;ur du prince, et rpondit: C'est
-bien l'intention de nous et des ntres; et Dieu veuille
-aider le droit!</p>
-
-<p>Ainsi se partit le cardinal du prince, et retourna
-Poitiers. En sa compagnie avoit aucuns apperts cuyers
-et hommes d'armes qui toient plus favorables au roi
+nulle grâce d'accord ni de paix devers le roi de
+France.» Cette dernière parole enfélonnit et encouragea
+grandement le c&oelig;ur du prince, et répondit: «C'est
+bien l'intention de nous et des nôtres; et Dieu veuille
+aider le droit!»</p>
+
+<p>Ainsi se partit le cardinal du prince, et retourna à
+Poitiers. En sa compagnie avoit aucuns apperts écuyers
+et hommes d'armes qui étoient plus favorables au roi
que au prince. Quand ils virent que on se combattroit,
<span class="pagenum"><a id="Page_297"> 297</a></span>
-ils se emblrent de leur matre et se boutrent en la
-route des Franois, et firent leur souverain du chtelain
-d'Amposte, qui toit pour le temps de l'htel dudit
+ils se emblèrent de leur maître et se boutèrent en la
+route des François, et firent leur souverain du châtelain
+d'Amposte, qui étoit pour le temps de l'hôtel dudit
cardinal, et vaillant homme d'armes durement. Et de
-ce ne se aperut point le cardinal, ni n'en sut rien jusques
- ce qu'il ft revenu Poitiers; car si il l'et su,
-il ne l'et aucunement souffert; pourtant qu'il avoit t
-traiteur de apaiser, si il et pu, l'une partie et l'autre.</p>
+ce ne se aperçut point le cardinal, ni n'en sut rien jusques
+à ce qu'il fût revenu à Poitiers; car si il l'eût su,
+il ne l'eût aucunement souffert; pourtant qu'il avoit été
+traiteur de apaiser, si il eût pu, l'une partie et l'autre.</p>
<p>Or parlerons un petit de l'ordonnance des Anglois
-aussi bien qu'avons fait de celle des Franois.</p>
+aussi bien qu'avons fait de celle des François.</p>
<p class="subh">Comment le prince ordonna ses gens pour combattre, et ci s'ensuivent les
-noms des vaillants seigneurs et chevaliers qui de ls lui toient.</p>
-
-<p>L'ordonnance du prince de Galles toit auques telle
-comme les quatre chevaliers de France dessus nomms
-rapportrent en certainet au roi, fors tant que depuis
-ils avoient ordonn aucuns apperts chevaliers pour
-demeurer cheval contre la bataille des marchaux
-de France; et avoient encore, sur leur dextre ct, sur
-une montagne qui n'toit pas trop roide monter, ordonn
-trois cents hommes cheval et autant d'archers
-tous cheval, pour costier la couverte toute cette montagne,
-et venir autour sur aile frir en la bataille du duc
-de Normandie, qui toit en sa bataille pied dessous
-celle montagne. Tout ce toit qu'ils avoient fait de nouvel.
+noms des vaillants seigneurs et chevaliers qui de lès lui étoient.</p>
+
+<p>L'ordonnance du prince de Galles étoit auques telle
+comme les quatre chevaliers de France dessus nommés
+rapportèrent en certaineté au roi, fors tant que depuis
+ils avoient ordonné aucuns apperts chevaliers pour
+demeurer à cheval contre la bataille des maréchaux
+de France; et avoient encore, sur leur dextre côté, sur
+une montagne qui n'étoit pas trop roide à monter, ordonné
+trois cents hommes à cheval et autant d'archers
+tous à cheval, pour costier à la couverte toute cette montagne,
+et venir autour sur aile férir en la bataille du duc
+de Normandie, qui étoit en sa bataille à pied dessous
+celle montagne. Tout ce étoit qu'ils avoient fait de nouvel.
Et se tenoit le prince et sa grosse bataille au
-fond de ces vignes, tous arms, leurs chevaux assez prs
-d'eux pour tantt monter, si il toit besoin; et toient
-fortifis et enclos, au plus faible ls, de leur charroi et
+fond de ces vignes, tous armés, leurs chevaux assez près
+d'eux pour tantôt monter, si il étoit besoin; et étoient
+fortifiés et enclos, au plus faible lès, de leur charroi et
de tout leur harnois: si ne les pouvoit-on approcher
-de ce ct.</p>
+de ce côté.</p>
-<p>Or vous vueil-je nommer des plus renomms chevaliers
-d'Angleterre et de Gascogne qui toient l adonc
-de ls le prince de Galles. Premirement, le comte de
+<p>Or vous vueil-je nommer des plus renommés chevaliers
+d'Angleterre et de Gascogne qui étoient là adonc
+de lès le prince de Galles. Premièrement, le comte de
<span class="pagenum"><a id="Page_298"> 298</a></span>
-Warvich, le comte de Suffolch, marchal de l'ost, le
+Warvich, le comte de Suffolch, maréchal de l'ost, le
comte de Sallebrin (Salisbury) et le comte d'Oskesufforch
(Oxford), messire Jean Chandos, messire Richard
de Stanford, messire Regnault de Cobehen (Cobham),
-messire douard seigneur Despenser (Spenser), messire
-Jacques d'Audele (Audley), et messire Pierre son
-frre, le seigneur de Bercler (Berkley), le seigneur de
+messire Édouard seigneur Despenser (Spenser), messire
+Jacques d'Audelée (Audley), et messire Pierre son
+frère, le seigneur de Bercler (Berkley), le seigneur de
Basset, messire Guillaume Fitz-Warine, le seigneur de
la Ware, le seigneur de Manne, le seigneur de Villebi
(Willoughby), messire Bertelemy de Bruwes, le seigneur
de Felleton, messire Richard de Pennebruge, messire
-tienne de Cosenton, le seigneur de Braseton, et plusieurs
+Étienne de Cosenton, le seigneur de Braseton, et plusieurs
autres Gascons, le seigneur de Labret, le seigneur
de Pommiers, messire Helie et messire Aymond de Pommiers,
le seigneur de Langueren, messire Jean de
@@ -11324,1168 +11282,1168 @@ Condom, le seigneur de Montferrant, le seigneur de
Landuras, monseigneur le Souldich de l'Estrade, et aussi
des autres, que je ne puis mie tous nommer: Hainuyers,
messire Eustache d'Aubrecicourt et messire Jean de
-Ghistelles; et deux autres bons chevaliers trangers,
+Ghistelles; et deux autres bons chevaliers étrangers,
messire Daniel Pasele et Denis de Morbeke.</p>
-<p>Si vous dis pour vrit que le prince de Galles avoit
-l avec lui droite fleur de chevalerie, combien qu'ils ne
-fussent pas grand foison; car ils n'toient, tout
+<p>Si vous dis pour vérité que le prince de Galles avoit
+là avec lui droite fleur de chevalerie, combien qu'ils ne
+fussent pas grand foison; car ils n'étoient, à tout
compter, pas plus haut de huit mille hommes; et les
-Franois toient bien cinquante mille combattants, dont
+François étoient bien cinquante mille combattants, dont
il y avoit plus de trois mille chevaliers.</p>
<p><span class="pagenum"><a id="Page_299"> 299</a></span></p>
<p class="subh">Comment le prince de Galles reconforta sagement ses gens, et comment
-messire Jacques d'Audele requit au prince qu'il comment la bataille,
+messire Jacques d'Audelée requit au prince qu'il commençât la bataille,
lequel lui accorda.</p>
<p>Quand ce jeune homme, le prince de Galles, vit que
combattre le convenoit, et que le cardinal de Pierregort
sans rien exploiter s'en r'alloit, et que le roi de France,
son adversaire, moult peu les prisoit et aimoit, si se reconforta
-en soi-mme, et reconforta moult sagement
-ses gens, et leur dit: Beaux seigneurs, si nous sommes
+en soi-même, et reconforta moult sagement
+ses gens, et leur dit: «Beaux seigneurs, si nous sommes
un petit contre la puissance de nos ennemis, si ne
-nous en bahissons mie pour ce, car la vertu ni la victoire
-ne gt mie en grand peuple, mais l o Dieu la
-veut envoyer. Si il avient ainsi que la journe soit pour
-nous, nous serons les plus honors du monde; si nous
-sommes morts, j'ai encore monseigneur mon pre et
-deux beaux-frres, et aussi vous avez de bons amis, qui
+nous en ébahissons mie pour ce, car la vertu ni la victoire
+ne gît mie en grand peuple, mais là où Dieu la
+veut envoyer. Si il avient ainsi que la journée soit pour
+nous, nous serons les plus honorés du monde; si nous
+sommes morts, j'ai encore monseigneur mon père et
+deux beaux-frères, et aussi vous avez de bons amis, qui
nous contrevengeront: si vous prie que vous vouliez
-huy entendre bien combattre; car s'il plat Dieu et
- saint George, vous me verrez huy bon chevalier.
+huy entendre à bien combattre; car s'il plaît à Dieu et
+à saint George, vous me verrez huy bon chevalier.»
De ces paroles et de plusieurs autres belles raisons que
-le prince dmontra ce jour ses gens, et fit dmontrer
-par ses marchaux, toient-ils tous conforts.</p>
+le prince démontra ce jour à ses gens, et fit démontrer
+par ses maréchaux, étoient-ils tous confortés.</p>
-<p>De ls le prince, pour le garder et conseiller, toit
+<p>De lès le prince, pour le garder et conseiller, étoit
messire Jean Chandos; ni oncques le jour ne s'en partit,
-pour chose qui lui avint. Aussi s'y toit tenu un grand
-temps messire Jacques d'Audele, par lequel conseil,
+pour chose qui lui avint. Aussi s'y étoit tenu un grand
+temps messire Jacques d'Audelée, par lequel conseil,
le dimanche, tout le jour, la plus grand partie de l'ordonnance
-de leurs batailles toit faite; car il toit sage
+de leurs batailles étoit faite; car il étoit sage
et vaillant chevalier durement, et bien le montra ce
jour que on se combattit, si comme je vous dirai. Messire
-Jacques d'Audele tenoit en v&oelig;u, grand temps
-avoit pass, que si il se trouvoit jamais en besogne, l
-o le roi d'Angleterre ou l'un de ses enfants ft et bataille
+Jacques d'Audelée tenoit en v&oelig;u, grand temps
+avoit passé, que si il se trouvoit jamais en besogne, là
+où le roi d'Angleterre ou l'un de ses enfants fût et bataille
<span class="pagenum"><a id="Page_300"> 300</a></span>
-adresst, que ce seroit le premier assaillant et le
-mieux combattant de son ct, ou il demeureroit en la
+adressât, que ce seroit le premier assaillant et le
+mieux combattant de son côté, ou il demeureroit en la
peine. Adonc, quand il vit que on se combattroit et que
-le prince de Galles, fils ainsn du roi, toit l, si en
-fut tout rjoui, pourtant qu'il se vouloit acquitter son
+le prince de Galles, fils ainsné du roi, étoit là, si en
+fut tout réjoui, pourtant qu'il se vouloit acquitter à son
loyal pouvoir de accomplir son v&oelig;u; et s'en vint devers
-le prince, et lui dit: Monseigneur, j'ai toujours
-servi loyaument monseigneur votre pre et vous aussi,
+le prince, et lui dit: «Monseigneur, j'ai toujours
+servi loyaument monseigneur votre père et vous aussi,
et ferai tant comme je vivrai. Cher sire, je le vous
-montre pourtant que jadis je vouai que la premire besogne
-o le roi votre pre ou l'un de ses fils seroit, je
+montre pourtant que jadis je vouai que la première besogne
+où le roi votre père ou l'un de ses fils seroit, je
serois le premier assaillant et combattant; si vous prie
-chrement, en guerdon des services que je fis oncques
-au roi votre pre et vous aussi, que vous me donniez
-cong que de vous, mon honneur, je me puisse partir
-et mettre en tat d'accomplir mon v&oelig;u.</p>
-
-<p>Le prince, qui considra la bont du chevalier et la
-grand volont qu'il avoit de requerre ses ennemis, lui
-accorda liement, et lui dit: Messire Jacques, Dieu
-vous doint huy grce et pouvoir d'tre le meilleur des
-autres! Adonc lui bailla-t-il sa main, et se partit ledit
+chèrement, en guerdon des services que je fis oncques
+au roi votre père et à vous aussi, que vous me donniez
+congé que de vous, à mon honneur, je me puisse partir
+et mettre en état d'accomplir mon v&oelig;u.»</p>
+
+<p>Le prince, qui considéra la bonté du chevalier et la
+grand volonté qu'il avoit de requerre ses ennemis, lui
+accorda liement, et lui dit: «Messire Jacques, Dieu
+vous doint huy grâce et pouvoir d'être le meilleur des
+autres!» Adonc lui bailla-t-il sa main, et se partit ledit
chevalier du prince; et se mit au premier front de toutes
-les batailles, accompagn tant seulement de quatre
-moult vaillants cuyers qu'il avoit pris et retenus pour
+les batailles, accompagné tant seulement de quatre
+moult vaillants écuyers qu'il avoit priés et retenus pour
son corps garder et conduire; et s'en vint tout devant
-le dit chevalier combattre et envahir la bataille des marchaux
-de France; et assembla monseigneur Arnoul
-d'Andrehen et sa route, et l fit-il merveilles d'armes,
-si comme vous orrez recorder en l'tat de la bataille.</p>
+le dit chevalier combattre et envahir la bataille des maréchaux
+de France; et assembla à monseigneur Arnoul
+d'Andrehen et à sa route, et là fit-il merveilles d'armes,
+si comme vous orrez recorder en l'état de la bataille.</p>
<p>D'autre part aussi, messire Eustache d'Aubrecicourt,
-qui ce jour toit jeune bachelier, et en grand dsir
-d'acqurir grce et prix en armes, mit et rendit grand
-peine qu'il ft des premiers assaillants: si le fut, ou
-auques prs, l'heure que messire Jacques d'Audele
+qui à ce jour étoit jeune bachelier, et en grand désir
+d'acquérir grâce et prix en armes, mit et rendit grand
+peine qu'il fût des premiers assaillants: si le fut, ou
+auques près, à l'heure que messire Jacques d'Audelée
<span class="pagenum"><a id="Page_301"> 301</a></span>
-s'avana premier de requerre ses ennemis; mais il en
-chy messire Eustache, ainsi que je vous dirai.</p>
-
-<p>Vous avez ci-dessus assez ou recorder, en l'ordonnance
-des batailles aux Franois, que les Allemands qui
-costioient les marchaux demeurrent tous cheval.
-Messire Eustache d'Aubrecicourt, qui toit cheval,
-baissa son glaive et embrassa sa targe, et frit cheval
-des perons, et vint entre les batailles. Adonc un chevalier
+s'avança premier de requerre ses ennemis; mais il en
+chéy à messire Eustache, ainsi que je vous dirai.</p>
+
+<p>Vous avez ci-dessus assez ouï recorder, en l'ordonnance
+des batailles aux François, que les Allemands qui
+costioient les maréchaux demeurèrent tous à cheval.
+Messire Eustache d'Aubrecicourt, qui étoit à cheval,
+baissa son glaive et embrassa sa targe, et férit cheval
+des éperons, et vint entre les batailles. Adonc un chevalier
d'Allemaigne, qui s'appeloit et nommoit messire
-Louis de Recombes et portoit un cu d'argent cinq
-roses de gueules (et messire Eustache d'hermine deux
-hamdes de gueules), vit venir messire Eustache, si issit
-de son conroi de la route du comte Jean de Naso dessous
-qui il toit, et baissa son glaive, et s'en vint adresser
+Louis de Recombes et portoit un écu d'argent à cinq
+roses de gueules (et messire Eustache d'hermine à deux
+hamèdes de gueules), vit venir messire Eustache, si issit
+de son conroi de la route du comte Jean de Nasço dessous
+qui il étoit, et baissa son glaive, et s'en vint adresser
audit messire Eustache. Si se consuirent de plein
-eslai et se portrent par terre; et fut le chevalier allemand
-navr en l'paule: si ne se releva mie sitt que
-messire Eustache fit. Quand messire Eustache fut lev,
-il prit son glaive et s'en vint sur le chevalier qui l gisoit,
-en grand volont de le requerre et assaillir; mais
+eslai et se portèrent par terre; et fut le chevalier allemand
+navré en l'épaule: si ne se releva mie sitôt que
+messire Eustache fit. Quand messire Eustache fut levé,
+il prit son glaive et s'en vint sur le chevalier qui là gisoit,
+en grand volonté de le requerre et assaillir; mais
il n'en eut mie le loisir, car ils vinrent sur lui cinq hommes
-d'armes allemands qui le portrent par terre. L
-fut-il tellement press et point aid de ses gens, que il
-fut pris et emmen prisonnier entre les gens du dit
-comte Jean de Naso, qui n'en firent adonc nul compte;
-et ne sais si ils lui firent jurer prison; mais ils le lirent
+d'armes allemands qui le portèrent par terre. Là
+fut-il tellement pressé et point aidé de ses gens, que il
+fut pris et emmené prisonnier entre les gens du dit
+comte Jean de Nasço, qui n'en firent adonc nul compte;
+et ne sais si ils lui firent jurer prison; mais ils le lièrent
sur un char avecques leurs harnois.</p>
-<p>Assez tt aprs la prise d'Eustache d'Aubrecicourt, se
-commena le estour de toutes parts; et j toit approche
-et commence la bataille des marchaux; et chevauchrent
+<p>Assez tôt après la prise d'Eustache d'Aubrecicourt, se
+commença le estour de toutes parts; et jà étoit approchée
+et commencée la bataille des maréchaux; et chevauchèrent
avant ceux qui devoient rompre la bataille
-des archers, et entrrent tous cheval au chemin o la
-grosse haie et paisse toit de deux cts. Sitt que ces
-gens d'armes furent l embattus, archers commencrent
+des archers, et entrèrent tous à cheval au chemin où la
+grosse haie et épaisse étoit de deux côtés. Sitôt que ces
+gens d'armes furent là embattus, archers commencèrent
<span class="pagenum"><a id="Page_302"> 302</a></span>
- traire exploit, et mettre main en &oelig;uvre deux
-cts de la haie, et verser chevaux, et enfiler tout
+à traire à exploit, et à mettre main en &oelig;uvre à deux
+côtés de la haie, et à verser chevaux, et à enfiler tout
dedans de ces longues sajettes barbues. Ces chevaux,
-qui traits toient, et qui les fers de ces longues sajettes
+qui traits étoient, et qui les fers de ces longues sajettes
sentoient et ressoignoient, ne vouloient avant aller, et
-se tournoient l'un de travers, l'autre de ct, ou ils
-choient et trbuchoient dessous leurs matres, qui ne
+se tournoient l'un de travers, l'autre de côté, ou ils
+chéoient et trébuchoient dessous leurs maîtres, qui ne
se pouvoient aider ni relever; ni oncques la dite bataille
-des marchaux ne put approcher la bataille du
-prince. Il y eut bien aucuns chevaliers et cuyers bien
-monts, qui par force de chevaux passrent outre et
-rompirent la haie, et cuidrent approcher la bataille
+des maréchaux ne put approcher la bataille du
+prince. Il y eut bien aucuns chevaliers et écuyers bien
+montés, qui par force de chevaux passèrent outre et
+rompirent la haie, et cuidèrent approcher la bataille
du prince, mais ils ne purent.</p>
-<p>Messire Jacques d'Audele, en la garde de ses quatre
-cuyers et l'pe en la main, si comme dessus est dit,
-toit au premier front de cette bataille, et trop en sus
-de tous les autres, et l faisoit merveilles d'armes; et
-s'en vint par grand vaillance combattre sous la bannire
-de monseigneur Arnoul d'Andrehen, marchal de
+<p>Messire Jacques d'Audelée, en la garde de ses quatre
+écuyers et l'épée en la main, si comme dessus est dit,
+étoit au premier front de cette bataille, et trop en sus
+de tous les autres, et là faisoit merveilles d'armes; et
+s'en vint par grand vaillance combattre sous la bannière
+de monseigneur Arnoul d'Andrehen, maréchal de
France, un moult hardi et vaillant chevalier; et se
-combattirent grand temps ensemble. Et l fut durement
-navr ledit messire Arnoul; car la bataille des
-marchaux fut tantt toute droute et dconfite par le
+combattirent grand temps ensemble. Et là fut durement
+navré ledit messire Arnoul; car la bataille des
+maréchaux fut tantôt toute déroutée et déconfite par le
trait des archers, si comme ci-dessus est dit, avec
l'aide des hommes d'armes qui se boutoient entre eux
-quand ils toient abattus, et les prenoient et occioient
- volont. L fut pris messire Arnoul d'Andrehen; mais
-ce fut d'autres gens que de messire Jacques d'Audele,
-ni des quatre cuyers, qui de ls lui toient; car oncques
-le dit chevalier ne prit prisonnier la journe, ni
-entendit prendre, mais toujours combattre et aller
+quand ils étoient abattus, et les prenoient et occioient
+à volonté. Là fut pris messire Arnoul d'Andrehen; mais
+ce fut d'autres gens que de messire Jacques d'Audelée,
+ni des quatre écuyers, qui de lès lui étoient; car oncques
+le dit chevalier ne prit prisonnier la journée, ni
+entendit à prendre, mais toujours à combattre et à aller
avant sur ses ennemis.</p>
<p><span class="pagenum"><a id="Page_303"> 303</a></span></p>
-<p class="subh">Comment messire Jean de Clermont, marchal de France, fut occis, et
+<p class="subh">Comment messire Jean de Clermont, maréchal de France, fut occis, et
comment ceux de la bataille du duc de Normandie s'enfuirent.</p>
-<p>D'autre part, messire Jean de Clermont, marchal de
+<p>D'autre part, messire Jean de Clermont, maréchal de
France et moult vaillant et gentil chevalier, se combattoit
-dessous sa bannire, et y fit assez d'armes tant qu'il
+dessous sa bannière, et y fit assez d'armes tant qu'il
put durer; mais il fut abattu, ni oncques puis ne se
-put relever, ni venir ranon. L fut-il mort et occis en
+put relever, ni venir à rançon. Là fut-il mort et occis en
servant son seigneur. Et voulurent bien maintenir et
dire les aucuns que ce fut pour les paroles qu'il avoit
-eues, la journe devant, messire Jean Chandos. A
+eues, la journée devant, à messire Jean Chandos. A
peine vit oncques homme avenir en peu d'heures si
grand meschef sur gens d'armes et bons combattants,
-que il avint sur la bataille des marchaux de France;
+que il avint sur la bataille des maréchaux de France;
car ils fondoient l'un sur l'autre, et ne pouvoient aller
-avant. Ceux qui derrire toient et qui le meschef
-voient, et qui avant passer ne pouvoient, reculoient
+avant. Ceux qui derrière étoient et qui le meschef
+véoient, et qui avant passer ne pouvoient, reculoient
et venoient sur la bataille du duc de Normandie, qui
-toit grand et espaisse pardevant: mais tt fut claircie
-et despaissie par derrire, quand ils entendirent que les
-marchaux toient dconfits; et montrent cheval le
+étoit grand et espaisse pardevant: mais tôt fut éclaircie
+et despaissie par derrière, quand ils entendirent que les
+maréchaux étoient déconfits; et montèrent à cheval le
plus, et s'en partirent; car il descendit une route d'Anglois
d'une montagne, en costiant les batailles, tous
-monts cheval, et grand foison d'archers aussi devant
-eux, et s'en vinrent frir sur aile sur la bataille du duc
+montés à cheval, et grand foison d'archers aussi devant
+eux, et s'en vinrent férir sur aile sur la bataille du duc
de Normandie. Au voir dire, les archers d'Angleterre
-portrent trs-grand avantage leurs gens, et trop bahirent
-les Franois, car ils traioient si ouniement et si
-paissement, que les Franois ne savoient de quel ct
+portèrent très-grand avantage à leurs gens, et trop ébahirent
+les François, car ils traioient si ouniement et si
+épaissement, que les François ne savoient de quel côté
entendre qu'ils ne fussent atteints du trait; et toujours
-se avanoient les Anglois, et petit petit conquroient
+se avançoient les Anglois, et petit à petit conquéroient
terre.</p>
<p><span class="pagenum"><a id="Page_304"> 304</a></span></p>
<p class="subh">Comment le prince de Galles, quand il vit la bataille du duc de Normandie
-branler, commanda ses gens chevaucher avant.</p>
+branler, commanda à ses gens chevaucher avant.</p>
-<p>Quand les gens d'armes virent que cette premire bataille
-toit dconfite, et que la bataille du duc de Normandie
-branloit et se commenoit ouvrir, si leur vint
+<p>Quand les gens d'armes virent que cette première bataille
+étoit déconfite, et que la bataille du duc de Normandie
+branloit et se commençoit à ouvrir, si leur vint
et recrut force, haleine et courage trop grossement; et
-montrent erraument tous cheval qu'ils avoient ordonns
-et pourvus demeurer de ls eux. Quand ils furent
-tous monts et bien en hte, ils se remirent tous
-ensemble, et commencrent crier haute voix, pour
-plus bahir leurs ennemis: Saint George! Guyenne!
-L dit messire Jean Chandos au prince un grand mot
-et honorable: Sire, sire, chevauchez avant! la journe
-est vtre; Dieu sera huy en votre main; adressons-nous
+montèrent erraument tous à cheval qu'ils avoient ordonnés
+et pourvus à demeurer de lès eux. Quand ils furent
+tous montés et bien en hâte, ils se remirent tous
+ensemble, et commencèrent à écrier à haute voix, pour
+plus ébahir leurs ennemis: «Saint George! Guyenne!»
+Là dit messire Jean Chandos au prince un grand mot
+et honorable: «Sire, sire, chevauchez avant! la journée
+est vôtre; Dieu sera huy en votre main; adressons-nous
devers votre adversaire le roi de France, car celle
-part gt tout le fort de la besogne. Bien sais que par
-vaillance il ne fuira point; si nous demeurera, s'il plat
- Dieu et saint George, mais qu'il soit combattu; et
-vous dites or-ains que huy on vous verroit bon chevalier.
-Ces paroles verturent si le prince, qu'il dit tout
-en haut: Jean, allons, allons; vous ne me verrez mais
-huy retourner, mais toujours chevaucher avant.
-Adoncques dit-il sa bannire: Chevauchez avant,
-bannire, au nom de Dieu et de saint George! Et le
+part gît tout le fort de la besogne. Bien sçais que par
+vaillance il ne fuira point; si nous demeurera, s'il plaît
+à Dieu et à saint George, mais qu'il soit combattu; et
+vous dites or-ains que huy on vous verroit bon chevalier.»
+Ces paroles évertuèrent si le prince, qu'il dit tout
+en haut: «Jean, allons, allons; vous ne me verrez mais
+huy retourner, mais toujours chevaucher avant.»
+Adoncques dit-il à sa bannière: «Chevauchez avant,
+bannière, au nom de Dieu et de saint George!» Et le
chevalier qui la portoit fit le commandement du prince.
-L fut la presse et l'enchas grand et prilleux; et maints
-hommes y furent renverss. Si sachez que qui toit chu
-il ne se pouvoit relever, si il n'toit trop bien aid.</p>
+Là fut la presse et l'enchas grand et périlleux; et maints
+hommes y furent renversés. Si sachez que qui étoit chu
+il ne se pouvoit relever, si il n'étoit trop bien aidé.</p>
-<p>Ainsi que le prince et sa bannire chevauchoit en
+<p>Ainsi que le prince et sa bannière chevauchoit en
entrant en ses ennemis, et que ses gens le suivoient, il
-regarda sur destre de ls un petit buisson: si vit messire
-Robert de Duras, qui l gisoit mort, et sa bannire de
-ls lui, qui toit de France au sautoir de gueules, et
+regarda sur destre de lès un petit buisson: si vit messire
+Robert de Duras, qui là gisoit mort, et sa bannière de
+lès lui, qui étoit de France au sautoir de gueules, et
<span class="pagenum"><a id="Page_305"> 305</a></span>
-bien dix ou douze des siens l'environ. Si commanda
- deux de ses cuyers et trois archers: Mettez le
-corps de ce chevalier sur une targe, et le portez Poitiers;
-si le prsentez de par moi au cardinal de Pierregort,
-et dites-lui que je le salue ces enseignes. Les
-dessusdits varlets du prince firent tantt et sans dlai
+bien dix ou douze des siens à l'environ. Si commanda
+à deux de ses écuyers et à trois archers: «Mettez le
+corps de ce chevalier sur une targe, et le portez à Poitiers;
+si le présentez de par moi au cardinal de Pierregort,
+et dites-lui que je le salue à ces enseignes.» Les
+dessusdits varlets du prince firent tantôt et sans délai
ce qu'il leur commanda.</p>
-<p>Or vous dirai qui mut le prince ce faire: les aucuns
-pourroient dire qu'il le fit par manire de drision. On
-avoit j inform le prince que les gens du cardinal de
-Pierregort toient demeurs sur les champs et eux arms
-contre lui, ce qui n'toit mie appartenant ni droit
-fait d'armes: car gens d'glise qui, pour bien, et sur
-trait de paix, vont et travellent de l'un l'autre, ne se
+<p>Or vous dirai qui mut le prince à ce faire: les aucuns
+pourroient dire qu'il le fit par manière de dérision. On
+avoit jà informé le prince que les gens du cardinal de
+Pierregort étoient demeurés sur les champs et eux armés
+contre lui, ce qui n'étoit mie appartenant ni droit
+fait d'armes: car gens d'Église qui, pour bien, et sur
+traité de paix, vont et travellent de l'un à l'autre, ne se
doivent point armer ni combattre pour l'un ni pour
l'autre, par raison; et pourtant que cils l'avoient fait,
-en toit le prince courrouc sur le cardinal, et lui envoya
+en étoit le prince courroucé sur le cardinal, et lui envoya
voirement son neveu messire Robert de Duras, si
-comme ci-dessus est contenu. Et vouloit au chtelain
-d'Amposte, qui l fut pris, faire trancher la tte; et
-l'et fait sans faute en son ire, pourtant qu'il toit de
-la famille dudit cardinal, si n'et t messire Jean
-Chandos, qui le refrna par douces paroles, et lui dit:
-Monseigneur, souffrez-vous et entendez plus grand
+comme ci-dessus est contenu. Et vouloit au châtelain
+d'Amposte, qui là fut pris, faire trancher la tête; et
+l'eût fait sans faute en son ire, pourtant qu'il étoit de
+la famille dudit cardinal, si n'eût été messire Jean
+Chandos, qui le refréna par douces paroles, et lui dit:
+«Monseigneur, souffrez-vous et entendez à plus grand
chose que cette n'est; espoir excusera le cardinal de
Pierregort si bellement ses gens, que vous en serez tout
-content. Ainsi passa le prince outre, et commanda
-que le dit chtelain ft bien gard.</p>
+content.» Ainsi passa le prince outre, et commanda
+que le dit châtelain fût bien gardé.</p>
-<p class="subh">Comment le duc de Normandie et ses deux frres se partirent de la bataille;
+<p class="subh">Comment le duc de Normandie et ses deux frères se partirent de la bataille;
et comment messire Jean de Landas et messire Thibaut de Vodenay
-retournrent la bataille.</p>
+retournèrent à la bataille.</p>
-<p>Ainsi que la bataille des marchaux fut toute perdue
-et dconfite sans recouvrer, et que celle du duc de Normandie
+<p>Ainsi que la bataille des maréchaux fut toute perdue
+et déconfite sans recouvrer, et que celle du duc de Normandie
<span class="pagenum"><a id="Page_306"> 306</a></span>
-se commena drompre et ouvrir, et les plusieurs
-de ceux qui y toient, et qui par raison combattre
-se devoient, se prirent monter cheval, fuir et eux
-sauver, s'avancrent Anglois qui l toient tous monts,
-et s'adressrent premirement vers la bataille du duc
-d'Athnes, conntable de France. L eut grand froissis
-et grand boutis, et maints hommes renverss par terre;
-l crioient les aucuns chevaliers et cuyers de France
+se commença à dérompre et à ouvrir, et les plusieurs
+de ceux qui y étoient, et qui par raison combattre
+se devoient, se prirent à monter à cheval, à fuir et eux
+sauver, s'avancèrent Anglois qui là étoient tous montés,
+et s'adressèrent premièrement vers la bataille du duc
+d'Athènes, connétable de France. Là eut grand froissis
+et grand boutis, et maints hommes renversés par terre;
+là écrioient les aucuns chevaliers et écuyers de France
qui par troupeaux se combattoient: Montjoye! saint
-Denis! et les Anglois: Saint George! Guyenne! L toit
-grandement prouesse remontre; car il n'y avoit si petit
+Denis! et les Anglois: Saint George! Guyenne! Là étoit
+grandement prouesse remontrée; car il n'y avoit si petit
qui ne vaulsist un homme d'armes. Et eurent adonc le
prince et ses gens d'encontre la bataille des Allemands
-du comte de Sarbruche, du comte de Naso et du comte
-de Nido et de leurs gens; mais ils ne durrent mie grandement;
-ainois furent eux rebouts et mis en chasse.</p>
+du comte de Sarbruche, du comte de Nasço et du comte
+de Nido et de leurs gens; mais ils ne durèrent mie grandement;
+ainçois furent eux reboutés et mis en chasse.</p>
-<p>L toient archers d'Angleterre vites et lgers de
-traire ouniement et si paissement que nul ne se osoit
-ni pouvoit mettre en leur trait: si blessrent et occirent
+<p>Là étoient archers d'Angleterre vites et légers de
+traire ouniement et si épaissement que nul ne se osoit
+ni pouvoit mettre en leur trait: si blessèrent et occirent
de cette rencontre maints hommes qui ne purent venir
- ranon ni merci. L furent pris, assez en bon convenant,
-les trois comtes dessus nomms, et morts et
-pris maints chevaliers et cuyers de leur route. En ce
+à rançon ni à merci. Là furent pris, assez en bon convenant,
+les trois comtes dessus nommés, et morts et
+pris maints chevaliers et écuyers de leur route. En ce
poignis et recullis fut rescous messire Eustache d'Aubrecicourt
par ses gens qui le queroient, et qui prisonnier
entre les Allemands le sentoient; et y rendit messire
Jean de Ghistelle grand peine; et fut le dit messire
-Eustache remis cheval. Depuis fit ce jour maintes appertises
-d'armes, et prit et fiana de bons prisonniers,
+Eustache remis à cheval. Depuis fit ce jour maintes appertises
+d'armes, et prit et fiança de bons prisonniers,
dont il eut au temps avenir grand finance, et qui moult
-lui aidrent avancer.</p>
+lui aidèrent à avancer.</p>
<p>Quand la bataille du duc de Normandie, si comme je
vous ai dit, vit approcher si fortement les batailles du
-prince, qui j avoient dconfit les marchaux et les Allemands,
+prince, qui jà avoient déconfit les maréchaux et les Allemands,
<span class="pagenum"><a id="Page_307"> 307</a></span>
-et toient entrs en chasse, si en fut la plus
-grand partie tout bahie, et entendirent les aucuns et
-presque tous sauver, et les enfants du roi aussi, le duc
+et étoient entrés en chasse, si en fut la plus
+grand partie tout ébahie, et entendirent les aucuns et
+presque tous à sauver, et les enfants du roi aussi, le duc
de Normandie, le comte de Poitiers, le comte de Touraine,
-qui toient pour ce temps moult jeunes et de
-petit avis: si crurent lgrement ceux qui les gouvernoient<a name="FNanchor_194" id="FNanchor_194" href="#Footnote_194" class="fnanchor">&nbsp;[194]</a>.
+qui étoient pour ce temps moult jeunes et de
+petit avis: si crurent légèrement ceux qui les gouvernoient<a name="FNanchor_194" id="FNanchor_194" href="#Footnote_194" class="fnanchor">&nbsp;[194]</a>.
Toutefois messire Guichard d'Angle et messire
-Jean de Saintr, qui toient de ls le comte de Poitiers,
-ne voulurent mie retourner ni fuir, mais se boutrent
+Jean de Saintré, qui étoient de lès le comte de Poitiers,
+ne voulurent mie retourner ni fuir, mais se boutèrent
au plus fort de la bataille. Ainsi se partirent, par conseil,
les trois enfants du roi, et avec eux plus de huit
-cents lances saines et entires, qui oncques n'approchrent
+cents lances saines et entières, qui oncques n'approchèrent
leurs ennemis, et prirent le chemin de Chauvigny.</p>
<p>Quand messire Jean de Landas, messire Thibaut de
-Vodenay, qui toient matres et gouverneurs du duc
+Vodenay, qui étoient maîtres et gouverneurs du duc
Charles de Normandie, avecques le seigneur de Saint-Venant,
-eurent chevauch environ une grosse lieue
-en la compagnie dudit duc, ils prirent cong de lui, et
-prirent au seigneur de Saint-Venant que point ne le
+eurent chevauché environ une grosse lieue
+en la compagnie dudit duc, ils prirent congé de lui, et
+prièrent au seigneur de Saint-Venant que point ne le
<span class="pagenum"><a id="Page_308"> 308</a></span>
-vulsist laisser, mais mener sauvet, et qu'il y acquerroit
-autant d'honneur garder son corps, comme s'il
+vulsist laisser, mais mener à sauveté, et qu'il y acquerroit
+autant d'honneur à garder son corps, comme s'il
demeuroit en la bataille; mais les dessus dits vouloient
-retourner et venir de ls le roi et en sa bataille; et il
-leur rpondit que ainsi feroit-il son pouvoir. Ainsi
-retournrent les deux chevaliers, et encontrrent le duc
-d'Orlans et sa grosse bataille toute saine et toute entire,
-qui toient partis et venus par derrire la bataille
+retourner et venir de lès le roi et en sa bataille; et il
+leur répondit que ainsi feroit-il à son pouvoir. Ainsi
+retournèrent les deux chevaliers, et encontrèrent le duc
+d'Orléans et sa grosse bataille toute saine et toute entière,
+qui étoient partis et venus par derrière la bataille
du roi. Bien est voir que plusieurs bons chevaliers et
-cuyers, quoique leurs seigneurs se partissent, ne se
-vouloient mie partir, mais eussent eu plus cher mourir
-que il leur ft reproch fuite.</p>
-
-<p class="subh">Comment le roi de France fit toutes ses gens aller pied, lequel se combattoit
-trs-vaillamment comme bon chevalier; et aussi faisoient ses gens.</p>
-
-<p>Vous avez ci-dessus en cette histoire bien ou parler
-de la bataille de Crcy, et comment fortune fut moult
-merveilleuse pour les Franois: aussi la bataille de
-Poitiers elle fut trs-merveilleuse, diverse et trs-flonnesse
-pour eux, et pareille celle de Crcy, car les
-Franois toient bien de gens d'armes sept contre un.
-Or regardez si ce ne fut mie grand infortunet pour
+écuyers, quoique leurs seigneurs se partissent, ne se
+vouloient mie partir, mais eussent eu plus cher à mourir
+que il leur fût reproché fuite.</p>
+
+<p class="subh">Comment le roi de France fit toutes ses gens aller à pied, lequel se combattoit
+très-vaillamment comme bon chevalier; et aussi faisoient ses gens.</p>
+
+<p>Vous avez ci-dessus en cette histoire bien ouï parler
+de la bataille de Crécy, et comment fortune fut moult
+merveilleuse pour les François: aussi à la bataille de
+Poitiers elle fut très-merveilleuse, diverse et très-félonnesse
+pour eux, et pareille à celle de Crécy, car les
+François étoient bien de gens d'armes sept contre un.
+Or regardez si ce ne fut mie grand infortuneté pour
eux quand ils ne purent obtenir la place contre leurs
ennemis. Mais au voir dire, la bataille de Poitiers fut
-trop mieux combattue que celle de Crcy; et eurent
-toutes manires de gens d'armes mieux loisir d'aviser
-et considrer leurs ennemis, qu'ils n'eurent Crcy;
-car la dite bataille de Crcy commena au vespre tout
+trop mieux combattue que celle de Crécy; et eurent
+toutes manières de gens d'armes mieux loisir d'aviser
+et considérer leurs ennemis, qu'ils n'eurent à Crécy;
+car la dite bataille de Crécy commença au vespre tout
tard, sans arroi et sans ordonnance, et cette de Poitiers
-matin heure de prime, et assez par bon convenant,
-si heur y et t pour les Franois. Et y avinrent trop
+matin à heure de prime, et assez par bon convenant,
+si heur y eût été pour les François. Et y avinrent trop
plus de beaux et de grands faits d'armes sans comparaison
-qu'il ne firent Crcy, combien que tant de
+qu'il ne firent à Crécy, combien que tant de
grands chefs de pays n'y furent mie morts, comme ils
<span class="pagenum"><a id="Page_309"> 309</a></span>
-furent Crcy. Et se acquittrent si loyalement envers
-leur seigneur tous ceux qui demeurrent Poitiers
-morts ou pris, que encore en sont les hoirs honorer,
-et les vaillants hommes qui se combattirent recommander.
-Ni on ne peut pas dire ni prsumer que le roi
-Jean de France s'effrayt oncques de choses qu'il vit ni
-out dire, mais demeura et fut toujours bon chevalier
+furent à Crécy. Et se acquittèrent si loyalement envers
+leur seigneur tous ceux qui demeurèrent à Poitiers
+morts ou pris, que encore en sont les hoirs à honorer,
+et les vaillants hommes qui se combattirent à recommander.
+Ni on ne peut pas dire ni présumer que le roi
+Jean de France s'effrayât oncques de choses qu'il vit ni
+ouït dire, mais demeura et fut toujours bon chevalier
et bien combattant, et ne montra pas semblant de fuir
-ni de reculer quand il dit ses hommes: A pied,
-pied! et fit descendre tous ceux qui cheval toient,
-et il mme se mit pied devant tous les siens, une
+ni de reculer quand il dit à ses hommes: «A pied, à
+pied!» et fit descendre tous ceux qui à cheval étoient,
+et il même se mit à pied devant tous les siens, une
hache de guerre en ses mains, et fit passer avant ses
-bannires au nom de Dieu et de saint Denis, dont messire
+bannières au nom de Dieu et de saint Denis, dont messire
Geoffroy de Chargny portoit la souveraine; et aussi
par bon convenant la grosse bataille du roi s'en vint
-assembler aux Anglois. L eut grand hutin fier et
-crueux, et donns et reus maints horions de hache,
-d'pe et d'autres btons de guerre. Si assemblrent
-le roi de France et messire Philippe son mainsn fils
-la bataille des marchaux d'Angleterre, le comte de
-Warvich et le comte de Suffolch; et aussi y avoit-il l
+assembler aux Anglois. Là eut grand hutin fier et
+crueux, et donnés et reçus maints horions de hache,
+d'épée et d'autres bâtons de guerre. Si assemblèrent
+le roi de France et messire Philippe son mainsné fils à
+la bataille des maréchaux d'Angleterre, le comte de
+Warvich et le comte de Suffolch; et aussi y avoit-il là
des Gascons monseigneur le captal de Buch, le seigneur
de Pommiers, messire Aymeri de Tarse, le seigneur de
Mucidan, le seigneur de Longueren, le souldich de
l'Estrade.</p>
<p>Bien avoit sentiment et connoissance le roi de France
-que ses gens toient en pril; car il voit ses batailles
-ouvrir et branler, et bannires et pennons trbucher et
-reculer, et par la force de leurs ennemis rebouts:
+que ses gens étoient en péril; car il véoit ses batailles
+ouvrir et branler, et bannières et pennons trébucher et
+reculer, et par la force de leurs ennemis reboutés:
mais par fait d'armes il les cuida bien toutes recouvrer.
-L crioient les Franois: Montjoye! saint Denis! et les
+Là crioient les François: Montjoye! saint Denis! et les
Anglois: Saint-George! Guyenne! Si revinrent ces deux
-chevaliers tout temps qui laiss avoient la route du
+chevaliers tout à temps qui laissé avoient la route du
duc de Normandie, messire Jean de Landas et messire
<span class="pagenum"><a id="Page_310"> 310</a></span>
-Thibaut de Vodenay: si se mirent tantt pied en
+Thibaut de Vodenay: si se mirent tantôt à pied en
la bataille du roi, et se combattirent depuis moult vaillamment.
-D'autre part se combattoient le duc d'Athnes,
-conntable de France, et ses gens; et un petit plus dessus,
-le duc de Bourbon, avironn de bons chevaliers de
-son pays de Bourbonnois et de Picardie. D'autre ls,
-sur ctire, taient les Poitevins, le sire de Pons, le
+D'autre part se combattoient le duc d'Athènes,
+connétable de France, et ses gens; et un petit plus dessus,
+le duc de Bourbon, avironné de bons chevaliers de
+son pays de Bourbonnois et de Picardie. D'autre lès,
+sur côtière, étaient les Poitevins, le sire de Pons, le
sire de Partenay, le sire de Poiane, le sire de Tonnay-Boutonne,
-le sire de Surgres, messire Jean de Saintr,
+le sire de Surgères, messire Jean de Saintré,
messire Guichard d'Angle, le sire d'Argenton, le sire
-de Linires, le sire de Montendre et plusieurs autres,
-le vicomte de Rochechouart et le vicomte d'Ausnay. L
-toit chevalerie dmontre et toute appertise d'armes
-faite; car crez fermement que toute fleur de chevalerie
-toit d'une part et d'autre.</p>
-
-<p>L se combattirent vaillamment messire Guichard de
-Beaujeu, le sire de Chteau-Villain, et plusieurs bons
-chevaliers et cuyers de Bourgogne. D'autre part,
-toient le comte de Ventadour et de Montpensier, messire
+de Linières, le sire de Montendre et plusieurs autres,
+le vicomte de Rochechouart et le vicomte d'Ausnay. Là
+étoit chevalerie démontrée et toute appertise d'armes
+faite; car créez fermement que toute fleur de chevalerie
+étoit d'une part et d'autre.</p>
+
+<p>Là se combattirent vaillamment messire Guichard de
+Beaujeu, le sire de Château-Villain, et plusieurs bons
+chevaliers et écuyers de Bourgogne. D'autre part,
+étoient le comte de Ventadour et de Montpensier, messire
Jacques de Bourbon, en grand arroi, et aussi messire
-Jean d'Artois, et messire Jacques son frre, et messire
-Regnault de Cervoles, dit Archiprtre, arm pour
-le jeune comte d'Alenon.</p>
+Jean d'Artois, et messire Jacques son frère, et messire
+Regnault de Cervoles, dit Archiprêtre, armé pour
+le jeune comte d'Alençon.</p>
<p>Si y avoit aussi d'Auvergne plusieurs grands barons
et bons chevaliers, tels comme le seigneur de Mercueil
-(Merc&oelig;ur?), le seigneur de la Tour, le seigneur de Chalenon,
+(Merc&oelig;ur?), le seigneur de la Tour, le seigneur de Chalençon,
messire Guillaume de Montagu, le seigneur de
Rochefort, le seigneur d'Apchier et le seigneur d'Apchon;
et de Limosin, le seigneur de Malval, le seigneur
-de Moreil, et le seigneur de Pierrebuffire; et de Picardie,
+de Moreil, et le seigneur de Pierrebuffière; et de Picardie,
messire Guillaume de Neelle, messire Raoul de
Rayneval, messire Geoffroy de Saint-Dizier, le seigneur
de Helly, le seigneur de Monsault, le seigneur de Hangest,
et plusieurs autres.</p>
<p><span class="pagenum"><a id="Page_311"> 311</a></span>
-Encore en la bataille dudit roi toit le comte de
-Douglas d'cosse, et se combattit un espace assez vaillamment;
-mais quand il vit que la dconfiture se contournoit
-du tout sur les Franois, il se partit et se sauva
-au mieux qu'il put; car nullement il n'et voulu tre
-pris ni chu s mains des Anglois; mais et eu plus cher
- tre occis sur la place, car pour certain il ne ft jamais
-venu ranon.</p>
-
-<p class="subh">Comment messire Jacques d'Audele en fut men de la bataille moult navr;
+Encore en la bataille dudit roi étoit le comte de
+Douglas d'Écosse, et se combattit un espace assez vaillamment;
+mais quand il vit que la déconfiture se contournoit
+du tout sur les François, il se partit et se sauva
+au mieux qu'il put; car nullement il n'eût voulu être
+pris ni échu ès mains des Anglois; mais eût eu plus cher
+à être occis sur la place, car pour certain il ne fût jamais
+venu à rançon.</p>
+
+<p class="subh">Comment messire Jacques d'Audelée en fut mené de la bataille moult navré;
et comment messire Jean Chandos enhorte le prince de chevaucher
avant.</p>
<p>On ne vous peut mie de tous parler, dire ni recorder:
-Cil fit bien et cil fit mieux; car trop y faudroit de
-paroles: non pourquant d'armes on ne se doit mie lgrement
-dpartir ni passer; mais il y eut l moult de
-bons chevaliers et cuyers d'un ct et d'autre, et bien
-le montrrent; car ceux qui y furent morts et pris de
-la partie du roi de France ne daignrent oncques fuir,
-mais demeurrent vaillamment de ls leur seigneur et
+«Cil fit bien et cil fit mieux;» car trop y faudroit de
+paroles: non pourquant d'armes on ne se doit mie légèrement
+départir ni passer; mais il y eut là moult de
+bons chevaliers et écuyers d'un côté et d'autre, et bien
+le montrèrent; car ceux qui y furent morts et pris de
+la partie du roi de France ne daignèrent oncques fuir,
+mais demeurèrent vaillamment de lès leur seigneur et
hardiment se combattirent.</p>
<p>D'autre part, on vit chevaliers d'Angleterre et de
-Gascogne eux aventurer si trs-hardiment, et si ordonnment
-chevaucher et requrir leurs ennemis, que merveilles
-seroit penser, et leurs corps au combattre abandonner,
+Gascogne eux aventurer si très-hardiment, et si ordonnément
+chevaucher et requérir leurs ennemis, que merveilles
+seroit à penser, et leurs corps au combattre abandonner,
et ne l'eurent mie davantage; mais leur convint
-moult de peines endurer et souffrir ainois qu'ils
-pussent en la bataille du roi entrer. L toient de ls le
-prince et son frein messire Jean Chandos, messire
-Pierre d'Audele, frre de messire Jacques d'Audele, de
-qui nous avons parl ci-dessus, qui fut des premiers assaillants,
-ainsi qu'il avoit vou, et lequel avoit j tant
-fait d'armes par l'aide de ses quatre cuyers, que on le
+moult de peines endurer et souffrir ainçois qu'ils
+pussent en la bataille du roi entrer. Là étoient de lès le
+prince et à son frein messire Jean Chandos, messire
+Pierre d'Audelée, frère de messire Jacques d'Audelée, de
+qui nous avons parlé ci-dessus, qui fut des premiers assaillants,
+ainsi qu'il avoit voué, et lequel avoit jà tant
+fait d'armes par l'aide de ses quatre écuyers, que on le
doit bien tenir et recommander pour preux, car il toudis,
<span class="pagenum"><a id="Page_312"> 312</a></span>
-comme bon chevalier, toit entr au plus fort des
+comme bon chevalier, étoit entré au plus fort des
batailles, et combattu si vaillamment que il y fut durement
-navr au corps, au chef et au visage; et tant que
+navré au corps, au chef et au visage; et tant que
haleine et force lui purent durer il se combattit et alla
-toujours devant, et tant que il fut moult essaigi. Adonc
-sur la fin de la bataille le prirent les quatre cuyers
-qui le gardoient, et l'amenrent moult foiblement et
-fort navr au dehors des batailles, de ls une haie,
-pour lui un petit refroidir et venter; et le dsarmrent
+toujours devant, et tant que il fut moult essaigié. Adonc
+sur la fin de la bataille le prirent les quatre écuyers
+qui le gardoient, et l'amenèrent moult foiblement et
+fort navré au dehors des batailles, de lès une haie,
+pour lui un petit refroidir et éventer; et le désarmèrent
le plus doucement qu'ils purent, et entendirent
- ses plaies bander et lier et recoudre les plus prilleuses.</p>
+à ses plaies bander et lier et recoudre les plus périlleuses.</p>
<p>Or reviendrons au prince de Galles, qui chevauchoit
-avant, en combattant et occiant ses ennemis; de ls lui
+avant, en combattant et occiant ses ennemis; de lès lui
messire Jean Chandos, par lequel conseil il ouvra et
-persvra la journe; et le gentil chevalier s'en acquitta
+persévéra la journée; et le gentil chevalier s'en acquitta
si loyaument, que oncques il n'entendit ce jour
- prendre prisonnier; mais disoit en outre au prince:
-Sire, chevauchez avant! Dieu est en votre main, la
-journe est vtre. Le prince, qui tendoit toute perfection
-d'honneur, chevauchoit avant, sa bannire devant
-lui, et rconfortoit ses gens l o il les voit ouvrir
-et branler, et y fut trs-bon chevalier.</p>
-
-<p class="subh">Comment le duc de Bourbon, le duc d'Athnes et plusieurs autres barons
+à prendre prisonnier; mais disoit en outre au prince:
+«Sire, chevauchez avant! Dieu est en votre main, la
+journée est vôtre.» Le prince, qui tendoit à toute perfection
+d'honneur, chevauchoit avant, sa bannière devant
+lui, et réconfortoit ses gens là où il les véoit ouvrir
+et branler, et y fut très-bon chevalier.</p>
+
+<p class="subh">Comment le duc de Bourbon, le duc d'Athènes et plusieurs autres barons
et chevaliers furent morts, et aussi plusieurs pris.</p>
-<p>Ce lundi fut la bataille des Anglois et des Franois,
-assez prs de Poitiers, moult dure et moult forte; et y
-fut le roi Jean de France de son ct moult bon chevalier;
-et si la quarte partie de ses gens l'eussent ressembl,
-la journe et t pour eux; mais il n'en avint
+<p>Ce lundi fut la bataille des Anglois et des François,
+assez près de Poitiers, moult dure et moult forte; et y
+fut le roi Jean de France de son côté moult bon chevalier;
+et si la quarte partie de ses gens l'eussent ressemblé,
+la journée eût été pour eux; mais il n'en avint
mie ainsi. Toutefois les ducs, les comtes, les barons
-et les chevaliers et cuyers qui demeurrent se acquittrent
- leur pouvoir bien et loyaument, et se combattirent
+et les chevaliers et écuyers qui demeurèrent se acquittèrent
+à leur pouvoir bien et loyaument, et se combattirent
<span class="pagenum"><a id="Page_313"> 313</a></span>
tant que ils furent tous morts ou pris; peu s'en
-sauvrent de ceux qui descendirent pied jus de leurs
-chevaux sur le sablon, de ls le roi leur seigneur. L
-furent occis, dont ce fut piti et dommage, le gentil
+sauvèrent de ceux qui descendirent à pied jus de leurs
+chevaux sur le sablon, de lès le roi leur seigneur. Là
+furent occis, dont ce fut pitié et dommage, le gentil
duc de Bourbon, qui s'appeloit messire Pierre, et assez
-prs de lui messire Guichard de Beaujeu et messire Jean
-de Landas; et pris et durement navr l'archiprtre,
+près de lui messire Guichard de Beaujeu et messire Jean
+de Landas; et pris et durement navré l'archiprêtre,
messire Thibaut de Vodenay et messire Baudouin d'Ennequin;
-morts, le duc d'Athnes, conntable de France,
-et l'vque de Chlons en Champagne; et d'autre part,
+morts, le duc d'Athènes, connétable de France,
+et l'évêque de Châlons en Champagne; et d'autre part,
pris le comte de Waudemont et de Joinville, et le
-comte de Ventadour, et cil de Vendme; et occis, un
+comte de Ventadour, et cil de Vendôme; et occis, un
petit plus dessus, messire Guillaume de Neelle et messire
Eustache de Ribeumont; et d'Auvergne, le sire de
la Tour, et messire Guillaume de Montagu; et pris,
-messire Louis de Maleval, le sire de Pierrebuffire, et
+messire Louis de Maleval, le sire de Pierrebuffière, et
le sire de Seregnac; et en celle empainte furent plus de
deux cents chevaliers morts et pris.</p>
<p>D'autre part, se combattoient aucuns bons chevaliers
-de Normandie une route d'Anglois; et l furent morts
+de Normandie à une route d'Anglois; et là furent morts
messire Grimouton de Chambli et monseigneur le Baudrain
-de la Heuse, et plusieurs autres qui toient drouts
+de la Heuse, et plusieurs autres qui étoient déroutés
et se combattoient par troupeaux et par compagnies,
ainsi que ils se trouvoient et recueilloient. Et
toudis chevauchoit le prince et s'adressoit vers la bataille
du roi; et la plus grand partie des siens entendoit
- faire la besogne son profit et au mieux qu'ils pouvoient;
-car tous ne pouvoient mie tre ensemble. Si y
+à faire la besogne à son profit et au mieux qu'ils pouvoient;
+car tous ne pouvoient mie être ensemble. Si y
eut ce jour faites maintes appertises d'armes, qui toutes
-ne vinrent mie connoissance; car on ne peut pas tout
+ne vinrent mie à connoissance; car on ne peut pas tout
voir ni savoir, ni les plus preux et les plus hardis aviser
ni concevoir. Si en veuil parler au plus justement que
-je pourrai, selon ce que j'en fus depuis inform par les
-chevaliers et cuyers qui furent d'une part et d'autre.</p>
+je pourrai, selon ce que j'en fus depuis informé par les
+chevaliers et écuyers qui furent d'une part et d'autre.</p>
<p><span class="pagenum"><a id="Page_314"> 314</a></span></p>
<p class="subh">Comment le sire de Renty, en fuyant de la bataille, prit un chevalier anglois
-qui le poursuivoit; et comment un cuyer de Picardie, par tel parti,
+qui le poursuivoit; et comment un écuyer de Picardie, par tel parti,
prit le sire de Bercler.</p>
<p>Entre ces batailles et ces rencontres, et les chasses et
-les poursuites qui furent ce jour sur les champs, enchy
- messire Oudart de Renty ainsi que je vous dirai. Messire
-Oudart toit parti de la bataille, car il voit bien
-qu'elle toit perdue sans recouvrer: si ne se voult mie
-mettre au danger des Anglois l o il le put amender,
-et s'toit j bien loign d'une lieue. Si l'avoit un chevalier
+les poursuites qui furent ce jour sur les champs, enchéy
+à messire Oudart de Renty ainsi que je vous dirai. Messire
+Oudart étoit parti de la bataille, car il véoit bien
+qu'elle étoit perdue sans recouvrer: si ne se voult mie
+mettre au danger des Anglois là où il le put amender,
+et s'étoit jà bien éloigné d'une lieue. Si l'avoit un chevalier
d'Angleterre poursuivi un espace, la lance au
-poing, et crioit la fois messire Oudart: Chevalier,
-retournez, car c'est grand honte de ainsi fuir.
-Messire Oudart, qui se sentoit chass, se vergogna et se
-arrta tout coi, et mit l'pe en fautre, et dit soi-mme
+poing, et écrioit à la fois à messire Oudart: «Chevalier,
+retournez, car c'est grand honte de ainsi fuir.»
+Messire Oudart, qui se sentoit chassé, se vergogna et se
+arrêta tout coi, et mit l'épée en fautre, et dit à soi-même
qu'il attendroit le chevalier d'Angleterre. Le chevalier
anglois cuida venir dessus messire Oudart, et asseoir son
glaive sur sa targe; mais il faillit, car messire Oudart
-se dtourna contre le coup, et ne faillit pas assner le
-chevalier anglois, mais le frit tellement de son pe
-en passant sur son bassinet, qu'il l'tonna tout et l'abbatit
-jus terre de son cheval, et se tint l tout coi un
-espace sans relever. Adonc mit pied terre messire Oudart,
-et vint sur le chevalier qui l gisoit, et lui appuya
-son pe sus la poitrine, et lui dit vraiment qu'il l'occiroit
-s'il ne se rendoit lui et lui fianoit prison, rescous
+se détourna contre le coup, et ne faillit pas à asséner le
+chevalier anglois, mais le férit tellement de son épée
+en passant sur son bassinet, qu'il l'étonna tout et l'abbatit
+jus à terre de son cheval, et se tint là tout coi un
+espace sans relever. Adonc mit pied à terre messire Oudart,
+et vint sur le chevalier qui là gisoit, et lui appuya
+son épée sus la poitrine, et lui dit vraiment qu'il l'occiroit
+s'il ne se rendoit à lui et lui fiançoit prison, rescous
ou non rescous. Le chevalier anglois ne se vit pas
adoncques au-dessus de la besogne, et se rendit audit
messire Oudart pour son prisonnier, et s'en alla avecques
-lui, et depuis le ranonna bien et grandement.</p>
+lui, et depuis le rançonna bien et grandement.</p>
<p>Encore entre les batailles et au fort de la chasse avint
-une aussi belle aventure et plus grande un cuyer de
+une aussi belle aventure et plus grande à un écuyer de
Picardie qui s'appeloit Jean d'Ellenes, appert homme
<span class="pagenum"><a id="Page_315"> 315</a></span>
-d'armes et sage et courtois durement. Il s'toit ce jour
+d'armes et sage et courtois durement. Il s'étoit ce jour
combattu assez vaillamment en la bataille du roi; si
-avoit vu et conu la dconfiture et la grand pestillence
-qui y couroit, et lui toit si bien avenu que son page lui
-avoit amen son coursier frais et nouveau, qui lui fit
-grand bien. Adonc toit sur les champs le sire de Bercler,
-un jeune et appert chevalier, et qui ce jour avoit lev
-bannire: si vit le convenant de Jean d'Ellenes, et issit
-trs-appertement des conrois aprs lui, mont aussi sur
+avoit vu et conçu la déconfiture et la grand pestillence
+qui y couroit, et lui étoit si bien avenu que son page lui
+avoit amené son coursier frais et nouveau, qui lui fit
+grand bien. Adonc étoit sur les champs le sire de Bercler,
+un jeune et appert chevalier, et qui ce jour avoit levé
+bannière: si vit le convenant de Jean d'Ellenes, et issit
+très-appertement des conrois après lui, monté aussi sur
fleur de coursiers; et pour faire plus grand vaillance d'armes,
-il se spara de sa troupe et voulut le dit Jean suivir
-tout seul, si comme il fit. Et chevauchrent hors de toutes
+il se sépara de sa troupe et voulut le dit Jean suivir
+tout seul, si comme il fit. Et chevauchèrent hors de toutes
batailles moult loin, sans eux approcher, Jean d'Ellenes
-devant et le sire de Bercler aprs, qui mettoit grand peine
- l'aconsuir. L'intention de l'cuyer franois toit bien
-telle qu'il retourneroit voirement, mais qu'il et amen
-le chevalier encore un petit plus avant. Et chevauchrent,
+devant et le sire de Bercler après, qui mettoit grand peine
+à l'aconsuir. L'intention de l'écuyer françois étoit bien
+telle qu'il retourneroit voirement, mais qu'il eût amené
+le chevalier encore un petit plus avant. Et chevauchèrent,
ainsi que par haleine de coursier, plus d'une
-grosse lieue, et loignrent bien autant et plus toutes
-les batailles. Le sire de Bercler crioit la fois Jean
-d'Ellenes: Retournez, retournez homme d'armes! ce
-n'est pas honneur ni prouesse de ainsi fuir. Quand
-l'cuyer vit son tour et que temps fut, il tourna moult
-aigrement sur le chevalier, tout un faix, l'pe au
-poing, et la mit dessous son bras en manire de glaive,
-et s'en vint en cel tat sur le seigneur de Bercler, qui
-oncques ne le voult refuser, mais prit son pe, qui toit
-de Bordeaux, bonne et lgre et roide assez, et l'empoigna
+grosse lieue, et éloignèrent bien autant et plus toutes
+les batailles. Le sire de Bercler écrioit à la fois à Jean
+d'Ellenes: «Retournez, retournez homme d'armes! ce
+n'est pas honneur ni prouesse de ainsi fuir.» Quand
+l'écuyer vit son tour et que temps fut, il tourna moult
+aigrement sur le chevalier, tout à un faix, l'épée au
+poing, et la mit dessous son bras en manière de glaive,
+et s'en vint en cel état sur le seigneur de Bercler, qui
+oncques ne le voult refuser, mais prit son épée, qui étoit
+de Bordeaux, bonne et légère et roide assez, et l'empoigna
par les hans, et levant la main pour jeter en
-passant l'cuyer, et l'escouy, et laissa aller. Jean
-d'Ellenes, qui vit l'pe en volant venir sur lui, se dtourna;
+passant à l'écuyer, et l'escouy, et laissa aller. Jean
+d'Ellenes, qui vit l'épée en volant venir sur lui, se détourna;
et perdit par celle voye l'Anglois son coup au
-dit cuyer. Mais Jean ne perdit point le sien, mais atteignit
+dit écuyer. Mais Jean ne perdit point le sien, mais atteignit
en passant le chevalier au bras, tellement qu'il lui
<span class="pagenum"><a id="Page_316"> 316</a></span>
-fit voler l'pe aux champs. Quand le sire de Bercler vit
-qu'il n'avoit point d'pe et l'cuyer avoit la sienne, si
+fit voler l'épée aux champs. Quand le sire de Bercler vit
+qu'il n'avoit point d'épée et l'écuyer avoit la sienne, si
saillit jus de son coursier, et s'en vint tout le petit pas
-l o son pe toit: mais il n'y put oncques si tt venir,
-que Jean d'Ellenes ne le htt, et jeta par jus si
-roidement son pe au dit chevalier qui toit terre,
-et l'atteignit dedans les cuissiens tellement, que l'pe,
-qui toit roide et bien acre de fort bras et de grand
-volont, entra s cuissiens et s'encousit tout parmi les
-cuisses jusques aux hanches. De ce coup chy le chevalier,
-qui fut durement navr et qui aider ne se pouvoit.
-Quand l'cuyer le vit en cel tat, si descendit moult appertement
-de son coursier, et vint l'pe du chevalier
-qui gisoit terre, et la prit; et puis tout le pas s'en vint
+là où son épée étoit: mais il n'y put oncques si tôt venir,
+que Jean d'Ellenes ne le hâtât, et jeta par à jus si
+roidement son épée au dit chevalier qui étoit à terre,
+et l'atteignit dedans les cuissiens tellement, que l'épée,
+qui étoit roide et bien acérée de fort bras et de grand
+volonté, entra ès cuissiens et s'encousit tout parmi les
+cuisses jusques aux hanches. De ce coup chéy le chevalier,
+qui fut durement navré et qui aider ne se pouvoit.
+Quand l'écuyer le vit en cel état, si descendit moult appertement
+de son coursier, et vint à l'épée du chevalier
+qui gisoit à terre, et la prit; et puis tout le pas s'en vint
sur le chevalier, et lui demanda s'il se vouloit rendre,
rescous ou non rescous. Le chevalier lui demanda son
-nom. Il dit: On m'appelle Jean d'Ellenes; et vous
-comment?&mdash;Certes, compain, rpondit le chevalier,
+nom. Il dit: «On m'appelle Jean d'Ellenes; et vous
+comment?»&mdash;«Certes, compain, répondit le chevalier,
on m'appelle Thomas, et suis sire de Bercler,
-un moult beau chtel sant sur la rivire de Saverne,
-en la marche de Galles.&mdash;Sire de Bercler, dit l'cuyer,
+un moult beau châtel séant sur la rivière de Saverne,
+en la marche de Galles.»&mdash;«Sire de Bercler, dit l'écuyer,
vous serez mon prisonnier, si comme je vous ai
-dit, et je vous mettrai sauvet et entendrai vous
-gurir; car il me semble que vous tes durement navr.
-Le sire de Bercler rpondit: Je le vous accorde ainsi,
+dit, et je vous mettrai à sauveté et entendrai à vous
+guérir; car il me semble que vous êtes durement navré.»
+Le sire de Bercler répondit: «Je le vous accorde ainsi,
voirement suis-je votre prisonnier, car vous m'avez
-loyaument conquis. L lui cranta-t-il sa foi que,
+loyaument conquis.» Là lui créanta-t-il sa foi que,
rescous ou non rescous, il seroit son prisonnier. Adonc
-traist Jean l'pe hors des cuissiens du chevalier: si demeura
+traist Jean l'épée hors des cuissiens du chevalier: si demeura
la plaie toute ouverte; mais Jean la banda et fit
bien et bel au mieux qu'il put, et fit tant qu'il le remit
sur son coursier, et l'emmena ce jour sur son coursier
-tout le pas jusques Chasteauleraut; et l sjourna-t-il
-plus de quinze jours, pour l'amour de lui, et le fit mdeciner;
+tout le pas jusques à Chasteauleraut; et là séjourna-t-il
+plus de quinze jours, pour l'amour de lui, et le fit médeciner;
<span class="pagenum"><a id="Page_317"> 317</a></span>
et quand il eut un peu mieux, il le mit en une
-litire et le fit amener tout souef en son htel en Picardie.
-L fut-il plus d'un an, et tant qu'il fut bien
-guri: mais il demeura affol; et quand il partit, il paya
-six mille nobles; et devint le dit cuyer chevalier, pour
+litière et le fit amener tout souef en son hôtel en Picardie.
+Là fut-il plus d'un an, et tant qu'il fut bien
+guéri: mais il demeura affolé; et quand il partit, il paya
+six mille nobles; et devint le dit écuyer chevalier, pour
le grand profit qu'il eut de son prisonnier, le seigneur
-de Bercler. Or, reviendrons-nous la bataille de Poitiers.</p>
+de Bercler. Or, reviendrons-nous à la bataille de Poitiers.</p>
-<p class="subh">Comment il y eut grand occision des Franois devant la porte de Poitiers,
+<p class="subh">Comment il y eut grand occision des François devant la porte de Poitiers,
et comment le roi Jean fut pris.</p>
<p>Ainsi aviennent souvent les fortunes en armes et en
amours, plus heureuses et plus merveilleuses que on
ne les pourroit ni oseroit penser et souhaiter, tant en batailles
et en rencontres, comme par follement chasser.
-Au voir dire, cette bataille qui fut assez prs de Poitiers,
-s champs de Beauvoir et de Maupertuis, fut moult
-grande et moult prilleuse; et y purent bien avenir plusieurs
+Au voir dire, cette bataille qui fut assez près de Poitiers,
+ès champs de Beauvoir et de Maupertuis, fut moult
+grande et moult périlleuse; et y purent bien avenir plusieurs
grandes aventures et beaux faits d'armes qui ne
-vinrent mie tous connoissance. Cette bataille fut trs-bien
-combattue, bien poursuie et bien chevauche pour
-les Anglois; et y souffrirent les combattants d'un ct
-et d'autre moult de peines. L fit le roi Jean de sa main
+vinrent mie tous à connoissance. Cette bataille fut très-bien
+combattue, bien poursuie et bien chevauchée pour
+les Anglois; et y souffrirent les combattants d'un côté
+et d'autre moult de peines. Là fit le roi Jean de sa main
merveilles d'armes, et tenoit la hache dont trop bien se
-dfendoit et combattoit.</p>
+défendoit et combattoit.</p>
-<p>A la presse rompre et ouvrir furent pris assez prs de
+<p>A la presse rompre et ouvrir furent pris assez près de
lui le comte de Tancarville et messire Jacques de Bourbon,
pour le temps comte de Ponthieu, et messire Jean
d'Artois comte d'Eu; et d'autre part, un petit plus en
sus, dessous le pennon du captal, messire Charles d'Artois
-et moult d'autres chevaliers. La chasse de la dconfiture
-dura jusques aux portes de Poitiers, et l eut
+et moult d'autres chevaliers. La chasse de la déconfiture
+dura jusques aux portes de Poitiers, et là eut
grand occision et grand abatis de gens d'armes et de
-chevaux; car ceux de Poitiers refermrent leurs portes,
+chevaux; car ceux de Poitiers refermèrent leurs portes,
et ne laissoient nullui entrer dedans: pourtant y eut-il
<span class="pagenum"><a id="Page_318"> 318</a></span>
-sur la chausse et devant la porte si grand horriblet de
-gens occire, navrer et abattre, que merveilles seroit
-penser; et se rendoient les Franois de si loin qu'ils
-pouvoient voir un Anglois; et y eut l plusieurs Anglois,
+sur la chaussée et devant la porte si grand horribleté de
+gens occire, navrer et abattre, que merveilles seroit à
+penser; et se rendoient les François de si loin qu'ils
+pouvoient voir un Anglois; et y eut là plusieurs Anglois,
archers et autres, qui avoient quatre, cinq ou six
-prisonniers; ni on n'out oncques de telle meschance
-parler, comme il avint l sur eux.</p>
+prisonniers; ni on n'ouït oncques de telle meschéance
+parler, comme il avint là sur eux.</p>
-<p>Le sire de Pons, un grand baron de Poitou, fut l
-occis, et moult d'autres chevaliers et cuyers; et pris le
+<p>Le sire de Pons, un grand baron de Poitou, fut là
+occis, et moult d'autres chevaliers et écuyers; et pris le
vicomte de Rochechouart, le sire de Poiane, et le sire
de Partenay; et de Xaintonge, le sire de Montendre; et
-pris messire Jean de Saintr, et tant battu que oncques
-puis n'eut sant; si le tenoit-on pour le meilleur et plus
-vaillant chevalier de France; et laiss pour mort entre
+pris messire Jean de Saintré, et tant battu que oncques
+puis n'eut santé; si le tenoit-on pour le meilleur et plus
+vaillant chevalier de France; et laissé pour mort entre
les morts, messire Guichard d'Angle, qui trop vaillamment
-se combattit celle journe.</p>
+se combattit celle journée.</p>
-<p>L se combattit vaillamment et assez prs du roi messire
-Geoffroy de Chargny; et toit toute la presse et la
-hue sur lui, pourtant qu'il portoit la souveraine bannire
-du roi; et il mme avoit sa bannire sur les champs,
-qui toit de gueules trois cussons d'argent. Tant y
+<p>Là se combattit vaillamment et assez près du roi messire
+Geoffroy de Chargny; et étoit toute la presse et la
+huée sur lui, pourtant qu'il portoit la souveraine bannière
+du roi; et il même avoit sa bannière sur les champs,
+qui étoit de gueules à trois écussons d'argent. Tant y
survinrent Anglois et Gascons de toutes parts, que par
force ils ouvrirent et rompirent la presse de la bataille
-du roi de France; et furent les Franois si entouills
-entre leurs ennemis, qu'il y avoit bien, en tel lieu toit
+du roi de France; et furent les François si entouillés
+entre leurs ennemis, qu'il y avoit bien, en tel lieu étoit
et telle fois fut, cinq hommes d'armes sur un gentilhomme.</p>
-<p>L fut pris messire Baudouin d'Ennequin de messire
+<p>Là fut pris messire Baudouin d'Ennequin de messire
Berthelemien de Bruhe; et fut occis messire Geoffroy
-de Chargny, la bannire de France entre ses mains; et
+de Chargny, la bannière de France entre ses mains; et
pris le comte de Dampmartin de monseigneur Regnault
-de Cobehen. L eut adoncques trop grand presse et trop
+de Cobehen. Là eut adoncques trop grand presse et trop
grand boutis sur le roi Jean, pour la convoitise de le
prendre; et le crioient ceux qui le connoissoient, et qui
<span class="pagenum"><a id="Page_319"> 319</a></span>
-le plus prs de lui toient: Rendez-vous, rendez-vous!
-autrement vous tes mort. L avoit un chevalier de la
+le plus près de lui étoient: «Rendez-vous, rendez-vous!
+autrement vous êtes mort.» Là avoit un chevalier de la
nation de Saint-Omer, que on appeloit monseigneur
Denis de Mortbeque, et avoit depuis cinq ans servi
les Anglois, pour tant que il avoit de sa jeunesse
forfait le royaume de France par guerre d'amis et d'un
-homicide qu'il avoit fait Saint-Omer, et toit retenu du
-roi d'Angleterre aux solds et aux gages. Si chy adoncques
-si bien point au dit chevalier, que il toit de ls
+homicide qu'il avoit fait à Saint-Omer, et étoit retenu du
+roi d'Angleterre aux solds et aux gages. Si chéy adoncques
+si bien à point au dit chevalier, que il étoit de lès
le roi de France et le plus prochain qui y fut, quand
-on tiroit ainsi le prendre: si se avance en la presse,
- la force des bras et du corps, car il toit grand et
-fort, et dit au roi, en bon franois, o le roi se arrta
-plus que autres. Sire, sire, rendez-vous. Le roi,
-qui se vit en dur parti et trop efforc de ses ennemis,
-et aussi que la dfense ne lui valoit rien, demanda, en
-regardant le chevalier: A qui me rendroi-je? qui?
-O est mon cousin le prince de Galles? Si je le vois, je
-parlerois.&mdash;Sire, rpondit messire Denis, il n'est
-pas ci; mais rendez-vous moi, je vous mnerai devers
-lui.&mdash;Qui tes-vous? dit le roi.&mdash;Sire, je suis
+on tiroit ainsi à le prendre: si se avance en la presse,
+à la force des bras et du corps, car il étoit grand et
+fort, et dit au roi, en bon françois, où le roi se arrêta
+plus que à autres. «Sire, sire, rendez-vous.» Le roi,
+qui se vit en dur parti et trop efforcé de ses ennemis,
+et aussi que la défense ne lui valoit rien, demanda, en
+regardant le chevalier: «A qui me rendroi-je? à qui?
+Où est mon cousin le prince de Galles? Si je le véois, je
+parlerois.»&mdash;«Sire, répondit messire Denis, il n'est
+pas ci; mais rendez-vous à moi, je vous mènerai devers
+lui.»&mdash;«Qui êtes-vous? dit le roi.&mdash;Sire, je suis
Denis de Mortbeque, un chevalier d'Artois; mais je sers
le roi d'Angleterre, pour ce que je ne puis au royaume
-de France demeurer, et que je y ai tout forfait le mien.&mdash;Adoncques,
-rpondit le roi de France, si comme
-je fus depuis inform, on dut rpondre: Et je me rends
- vous. Et lui bailla son destre gant. Le chevalier le
-prit, qui en eut grand joie. L eut grand presse et grand
-tiris entour le roi; car chacun s'efforoit de dire:
-Je l'ai pris, je l'ai pris. Et ne pouvoit le roi aller
-avant, ni messire Philippe son mainsn fils.</p>
-
-<p>Or lairons un petit parler de ce touillement qui toit
+de France demeurer, et que je y ai tout forfait le mien.»&mdash;«Adoncques,»
+répondit le roi de France, si comme
+je fus depuis informé, on dut répondre: «Et je me rends
+à vous.» Et lui bailla son destre gant. Le chevalier le
+prit, qui en eut grand joie. Là eut grand presse et grand
+tiris entour le roi; car chacun s'efforçoit de dire:
+«Je l'ai pris, je l'ai pris.» Et ne pouvoit le roi aller
+avant, ni messire Philippe son mainsné fils.</p>
+
+<p>Or lairons un petit à parler de ce touillement qui étoit
sur le roi de France, et parlerons du prince de Galles
et de la bataille.</p>
<p><span class="pagenum"><a id="Page_320"> 320</a></span></p>
-<p class="subh">Comment il y eut grand dbat entre les Anglois et les Gascons sur la
-prise du roi Jean, et comment le prince envoya ses marchaux pour savoir
-o il toit.</p>
-
-<p>Le prince de Galles, qui durement toit hardi et courageux,
-le bassinet en la tte toit comme un lion fel et
-crueux, et qui ce jour avoit pris grand plaisance combattre
-et enchasser ses ennemis, sur la fin de la bataille
-toit durement chauff; si que messire Jean Chandos,
-qui toujours fut de ls lui, ni oncques ce jour ne le
-laissa, lui dit: Sire, c'est bon que vous vous arrtez
-ci, et mettez votre bannire haut sur ce buisson; si se
-retrairont vos gens, qui sont durement pars; car, Dieu
-merci, la journe est vtre, et je ne vois mais nulles
-bannires ni nuls pennons franois ni conroi entre eux
-qui se puisse rejoindre; et si vous rafrachirez un petit,
-car je vous vois moult chauff. A l'ordonnance de
+<p class="subh">Comment il y eut grand débat entre les Anglois et les Gascons sur la
+prise du roi Jean, et comment le prince envoya ses maréchaux pour savoir
+où il étoit.</p>
+
+<p>Le prince de Galles, qui durement étoit hardi et courageux,
+le bassinet en la tête étoit comme un lion fel et
+crueux, et qui ce jour avoit pris grand plaisance à combattre
+et à enchasser ses ennemis, sur la fin de la bataille
+étoit durement échauffé; si que messire Jean Chandos,
+qui toujours fut de lès lui, ni oncques ce jour ne le
+laissa, lui dit: «Sire, c'est bon que vous vous arrêtez
+ci, et mettez votre bannière haut sur ce buisson; si se
+retrairont vos gens, qui sont durement épars; car, Dieu
+merci, la journée est vôtre, et je ne vois mais nulles
+bannières ni nuls pennons françois ni conroi entre eux
+qui se puisse rejoindre; et si vous rafraîchirez un petit,
+car je vous vois moult échauffé.» A l'ordonnance de
monseigneur Jean Chandos s'accorda le prince, et fit sa
-bannire mettre sur un haut buisson, pour toutes gens
-recueillir, et corner ses menestrels, et ta son bassinet.</p>
+bannière mettre sur un haut buisson, pour toutes gens
+recueillir, et corner ses menestrels, et ôta son bassinet.</p>
-<p>Tantt furent ses chevaliers appareills, ceux du corps
+<p>Tantôt furent ses chevaliers appareillés, ceux du corps
et ceux de la chambre; et tendit-on illecques un petit
-vermeil pavillon, o le prince entra; et lui apporta-t-on
- boire, et aux seigneurs qui toient de ls lui. Et
+vermeil pavillon, où le prince entra; et lui apporta-t-on
+à boire, et aux seigneurs qui étoient de lès lui. Et
toujours multiplioient-ils; car ils revenoient de la chasse:
-si se arrtoient l ou environ, et s'embesognoient entour
+si se arrêtoient là ou environ, et s'embesognoient entour
leurs prisonniers.</p>
-<p>Sitt que les marchaux tous deux revinrent, le comte
+<p>Sitôt que les maréchaux tous deux revinrent, le comte
de Warvich et le comte de Suffolch, le prince leur demanda
si ils savoient nulles nouvelles du roi de France.
-Ils rpondirent: Sire, nennil, bien certaines; nous
-crons bien ainsi que il est mort ou pris; car point
-n'est parti des batailles. Adoncques le prince dit en
-grand'hte au comte de Warvich et monseigneur Regnault
+Ils répondirent: «Sire, nennil, bien certaines; nous
+créons bien ainsi que il est mort ou pris; car point
+n'est parti des batailles.» Adoncques le prince dit en
+grand'hâte au comte de Warvich et à monseigneur Regnault
<span class="pagenum"><a id="Page_321"> 321</a></span>
-de Cobehen: Je vous prie, partez de ci, et chevauchez
-si avant que votre retour vous m'en sachiez
- dire la vrit. Ces deux seigneurs tantt de rechef
-montrent cheval et se partirent du prince, et montrent
-sur un tertre pour voir entour eux: si aperurent
-une grand flotte de gens d'armes tous pied, et qui venoient
-moult lentement. L toit le roi de France en
-grand pril; car Anglois et Gascons en toient matres,
-et l'avoient j tollu monseigneur Denis de Mortbeque
-et moult loign de lui, et disoient les plus forts: Je
-l'ai pris, je l'ai pris. Toutesfois le roi de France, qui
+de Cobehen: «Je vous prie, partez de ci, et chevauchez
+si avant que à votre retour vous m'en sachiez
+à dire la vérité.» Ces deux seigneurs tantôt de rechef
+montèrent à cheval et se partirent du prince, et montèrent
+sur un tertre pour voir entour eux: si aperçurent
+une grand flotte de gens d'armes tous à pied, et qui venoient
+moult lentement. Là étoit le roi de France en
+grand péril; car Anglois et Gascons en étoient maîtres,
+et l'avoient jà tollu à monseigneur Denis de Mortbeque
+et moult éloigné de lui, et disoient les plus forts: «Je
+l'ai pris, je l'ai pris.» Toutesfois le roi de France, qui
sentoit l'envie que ils avoient entre eux sur lui, pour
-eschiver le pril, leur dit: Seigneurs, seigneurs, menez-moi
+eschiver le péril, leur dit: «Seigneurs, seigneurs, menez-moi
courtoisement, et mon fils aussi, devers le prince
mon cousin, et ne vous riotez plus ensemble de ma
prise, car je suis sire, et grand assez pour chacun de
-vous faire riche. Ces paroles et autres que le roi lors
-leur dit les saoula un petit; mais nanmoins toujours
-recommenoit leur riote, et n'alloient pied avant de terre
-que ils ne riotassent. Les deux barons dessus nomms,
+vous faire riche.» Ces paroles et autres que le roi lors
+leur dit les saoula un petit; mais néanmoins toujours
+recommençoit leur riote, et n'alloient pied avant de terre
+que ils ne riotassent. Les deux barons dessus nommés,
quand ils virent celle foule et ces gens d'armes ainsi ensemble,
-s'avisrent que ils se trairoient celle part: si
-frirent coursiers des perons et vinrent jusques l, et
-demandrent: Qu'est-ce l? qu'est-ce l? Il leur
-fut dit: C'est le roi de France qui est pris, et le veulent
-avoir plus de dix chevaliers et cuyers. Adoncques,
-sans plus parler, les deux barons rompirent, force de
-chevaux, la presse, et firent toutes manires de gens
-aller arrire, et leur commandrent, de par le prince et
-sur la tte, que tous se trassent arrire et que nul ne
-l'approcht, si il n'y toit ordonn et requis. Lors se
-partirent toutes gens qui n'osrent ce commandement
-briser, et se tirrent bien arrire du roi et des deux barons,
-qui tantt descendirent terre et inclinrent le
+s'avisèrent que ils se trairoient celle part: si
+férirent coursiers des éperons et vinrent jusques là, et
+demandèrent: «Qu'est-ce là? qu'est-ce là?» Il leur
+fut dit: «C'est le roi de France qui est pris, et le veulent
+avoir plus de dix chevaliers et écuyers.» Adoncques,
+sans plus parler, les deux barons rompirent, à force de
+chevaux, la presse, et firent toutes manières de gens
+aller arrière, et leur commandèrent, de par le prince et
+sur la tête, que tous se traïssent arrière et que nul ne
+l'approchât, si il n'y étoit ordonné et requis. Lors se
+partirent toutes gens qui n'osèrent ce commandement
+briser, et se tirèrent bien arrière du roi et des deux barons,
+qui tantôt descendirent à terre et inclinèrent le
<span class="pagenum"><a id="Page_322"> 322</a></span>
roi tout bas; lequel roi fut moult lie de leur venue; car
-ils le dlivrrent de grand danger.</p>
+ils le délivrèrent de grand danger.</p>
<p>Or vous parlerons un petit encore de l'ordonnance du
-prince, qui toit dedans son pavillon, et quelle chose il
-fit en attendant les chevaliers dessus nomms.</p>
+prince, qui étoit dedans son pavillon, et quelle chose il
+fit en attendant les chevaliers dessus nommés.</p>
-<p class="subh">Comment le prince donna messire Jacques d'Audele cinq cents marcs
-d'argent de revenue; et comment le roi de France fut prsent au prince.</p>
+<p class="subh">Comment le prince donna à messire Jacques d'Audelée cinq cents marcs
+d'argent de revenue; et comment le roi de France fut présenté au prince.</p>
-<p>Si trs-tt que le comte de Warvich et messire Regnault
+<p>Si très-tôt que le comte de Warvich et messire Regnault
de Cobehen se furent partis du prince, si comme
ci-dessus est contenu, le prince demanda aux chevaliers
-qui entour lui toient: De messire James d'Audele
-est-il nul qui en sache rien?&mdash;Oil, sire, rpondirent
-aucuns chevaliers qui l toient et qui vu l'avoient;
-il est moult navr, et est couch en une litire assez
-prs de ci.&mdash;Par ma foi, dit le prince, de sa navrure
-suis-je moult durement courrouc; mais je le
+qui entour lui étoient: «De messire James d'Audelée
+est-il nul qui en sache rien?»&mdash;«Oil, sire, répondirent
+aucuns chevaliers qui là étoient et qui vu l'avoient;
+il est moult navré, et est couché en une litière assez
+près de ci.»&mdash;«Par ma foi, dit le prince, de sa navrure
+suis-je moult durement courroucé; mais je le
verrois moult volontiers. Or sache-t-on, je vous prie, si
il pourroit souffrir le apporter ci? et si il ne peut, je
-l'irai voir. Et y envoya deux chevaliers pour faire ce
-message. Grands mercis, dit messire James, monseigneur
-le prince, quand il lui plat souvenir d'un si
-petit bachelier que je suis. Adoncques appela-t-il de
-ses varlets jusques huit, et se fit porter en sa litire l
-o le prince toit. Quand le prince vit monseigneur
-James, si se abaissa sur lui, et lui fit grand chre, et le
-reut doucement, et lui dit ainsi: Messire James, je
+l'irai voir.» Et y envoya deux chevaliers pour faire ce
+message. «Grands mercis, dit messire James, à monseigneur
+le prince, quand il lui plaît à souvenir d'un si
+petit bachelier que je suis.» Adoncques appela-t-il de
+ses varlets jusques à huit, et se fit porter en sa litière là
+où le prince étoit. Quand le prince vit monseigneur
+James, si se abaissa sur lui, et lui fit grand chère, et le
+reçut doucement, et lui dit ainsi: «Messire James, je
vous dois bien honorer, car par votre vaillance et
-prouesse avez-vous huy acquis la grce et la renomme
-de nous tous; et y tes tenu par certaine science pour le
-plus preux.&mdash;Monseigneur, rpondit messire James,
-vous pouvez dire ce qu'il vous plat: je voudrois bien
-qu'il ft ainsi; et si je me suis avanc pour vous servir
+prouesse avez-vous huy acquis la grâce et la renommée
+de nous tous; et y êtes tenu par certaine science pour le
+plus preux.»&mdash;«Monseigneur, répondit messire James,
+vous pouvez dire ce qu'il vous plaît: je voudrois bien
+qu'il fût ainsi; et si je me suis avancé pour vous servir
et accomplir un v&oelig;u que je avois fait, on ne le me doit
-pas tourner prouesse, mais outrage.</p>
+pas tourner à prouesse, mais à outrage.»</p>
<p><span class="pagenum"><a id="Page_323"> 323</a></span>
-Adoncques rpondit le prince, et dit: Messire James,
+Adoncques répondit le prince, et dit: «Messire James,
je et tous les autres vous tenons pour le meilleur de
-notre ct; et pour votre grce accrotre et que vous
-ayez mieux pour vous toffer et suivir les armes, je vous
-retiens toujours mais pour mon chevalier, cinq
+notre côté; et pour votre grâce accroître et que vous
+ayez mieux pour vous étoffer et suivir les armes, je vous
+retiens à toujours mais pour mon chevalier, à cinq
cents marcs de revenue par an, dont je vous assignerai
-bien sur mon hritage en Angleterre.&mdash;Sire, rpondit
+bien sur mon héritage en Angleterre.»&mdash;«Sire, répondit
messire James, Dieu me doint desservir les grands
-biens que vous me faites.</p>
+biens que vous me faites.»</p>
-<p>A ces paroles prit-il cong au prince, car il toit
-moult foible; et le rapportrent ses varlets arrire en
-son logis. Il ne pouvoit mie encore tre gure loign,
+<p>A ces paroles prit-il congé au prince, car il étoit
+moult foible; et le rapportèrent ses varlets arrière en
+son logis. Il ne pouvoit mie encore être guère éloigné,
quand le comte de Warvich et messire Regnault de Cobehen
-entrrent au pavillon du prince, et lui firent
-prsent du roi de France; lequel prsent le dit prince
-dut bien recevoir grand et noble. Et aussi fit-il
+entrèrent au pavillon du prince, et lui firent
+présent du roi de France; lequel présent le dit prince
+dut bien recevoir à grand et à noble. Et aussi fit-il
vraiment, et s'inclina tout bas contre le roi de France,
-et le reut comme roi, bien et sagement, ainsi que
-bien le savoit faire; et fit l apporter le vin et les pices,
-et en donna il mme au roi, en signe de trs-grand
+et le reçut comme roi, bien et sagement, ainsi que
+bien le savoit faire; et fit là apporter le vin et les épices,
+et en donna il même au roi, en signe de très-grand
amour.</p>
<p class="subh">Ci dit quans grans seigneurs il y eut pris avec le roi Jean, et combien il y
-en eut de morts; et comment les Anglois ftrent leurs prisonniers.</p>
-
-<p>Ainsi fut cette bataille dconfite que vous avez oue,
-qui fut s champs de Maupertuis, deux lieues de la
-cit de Poitiers, le dix-neuvime jour du mois de septembre
-l'an de grce Notre-Seigneur mil trois cent cinquante-six.
-Si commena environ petite prime, et fut
-toute passe nonne; mais encore n'toient point tous
-les Anglois qui chass avoient retourns de leur chasse
+en eut de morts; et comment les Anglois fêtèrent leurs prisonniers.</p>
+
+<p>Ainsi fut cette bataille déconfite que vous avez ouïe,
+qui fut ès champs de Maupertuis, à deux lieues de la
+cité de Poitiers, le dix-neuvième jour du mois de septembre
+l'an de grâce Notre-Seigneur mil trois cent cinquante-six.
+Si commença environ petite prime, et fut
+toute passée à nonne; mais encore n'étoient point tous
+les Anglois qui chassé avoient retournés de leur chasse
et remis ensemble: pour ce avoit fait mettre le prince
-sa bannire sur un buisson, pour ses gens recueillir et
+sa bannière sur un buisson, pour ses gens recueillir et
rallier, ainsi qu'ils firent; mais ils furent toutes basses
<span class="pagenum"><a id="Page_324"> 324</a></span>
-vpres ainois que tous fussent revenus de leur chasse.
-Et fut l morte, si comme on recordoit, toute la fleur
+vêpres ainçois que tous fussent revenus de leur chasse.
+Et fut là morte, si comme on recordoit, toute la fleur
de la chevalerie de France; de quoi le noble royaume
-de France fut durement affoibli, et en grand misre et
-tribulation eschy, ainsi que vous orrez ci-aprs recorder.</p>
+de France fut durement affoibli, et en grand misère et
+tribulation eschéy, ainsi que vous orrez ci-après recorder.</p>
<p>Avec le roi et son jeune fils, monseigneur Philippe,
eut pris dix-sept comtes, sans les barons, les chevaliers
-et les cuyers; et y furent morts entre cinq cents et
+et les écuyers; et y furent morts entre cinq cents et
sept cents hommes d'armes, et six mille hommes, que
uns, que autres.</p>
-<p>Quand ils furent tous en partie retourns de la chasse,
+<p>Quand ils furent tous en partie retournés de la chasse,
et revenus devers le prince qui les attendoit sur les
-champs, si comme vous avez ou recorder, si trouvrent
-deux tant de prisonniers qu'ils n'toient de gens. Si eurent
+champs, si comme vous avez ouï recorder, si trouvèrent
+deux tant de prisonniers qu'ils n'étoient de gens. Si eurent
conseil l'un par l'autre, pour la grand charge qu'ils
-en avoient, qu'ils en ranonneroient sur les champs le
-plus, ainsi qu'ils firent. Et trouvrent les chevaliers et
-les cuyers prisonniers, les Anglois et les Gascons moult
-courtois; et en y eut ce propre jour mis finance grand
-foison, ou reus simplement sur leur foi retourner
-dedans le Nol ensuivant Bordeaux, sur Gironde, ou
-l rapporter les payements.</p>
-
-<p>Quand ils furent ainsi que tous rassembls, si se retroit
-chacun en son logis, tout joignant o la bataille
-avoit t. Si se dsarmrent les aucuns, et non pas tous,
-et firent dsarmer leurs prisonniers, et les honorrent
+en avoient, qu'ils en rançonneroient sur les champs le
+plus, ainsi qu'ils firent. Et trouvèrent les chevaliers et
+les écuyers prisonniers, les Anglois et les Gascons moult
+courtois; et en y eut ce propre jour mis à finance grand
+foison, ou reçus simplement sur leur foi à retourner
+dedans le Noël ensuivant à Bordeaux, sur Gironde, ou
+là rapporter les payements.</p>
+
+<p>Quand ils furent ainsi que tous rassemblés, si se retroit
+chacun en son logis, tout joignant où la bataille
+avoit été. Si se désarmèrent les aucuns, et non pas tous,
+et firent désarmer leurs prisonniers, et les honorèrent
tant qu'ils purent chacun les siens; car ceux qu'ils prenoient
-prisonniers en la bataille toient leurs, et les
-pouvoient quitter et ranonner leur volont.</p>
+prisonniers en la bataille étoient leurs, et les
+pouvoient quitter et rançonner à leur volonté.</p>
<p>Si pouvoit chacun penser et savoir que tous ceux qui
-l furent en cette fortune bataille avec le prince de
+là furent en cette fortunée bataille avec le prince de
Galles furent riches d'honneur et d'avoir, tant parmi
-les ranons des prisonniers, comme parmi le gain d'or
+les rançons des prisonniers, comme parmi le gain d'or
<span class="pagenum"><a id="Page_325"> 325</a></span>
-et d'argent qui l fut trouv, tant en vaisselle et en
+et d'argent qui là fut trouvé, tant en vaisselle et en
ceintures d'or et d'argent et riches joyaux, en malles
farcies de ceintures riches et pesantes, et de bons manteaux.
D'armures, de harnois et de bassinets ne faisoient-ils
-nul compte; car les Franois toient l venus trs-richement
-et si toffment que mieux ne pouvoient, comme
-ceux qui cuidoient bien avoir la journe pour eux.</p>
+nul compte; car les François étoient là venus très-richement
+et si étoffément que mieux ne pouvoient, comme
+ceux qui cuidoient bien avoir la journée pour eux.</p>
<p>Or, vous parlerons un petit comment messire James
-d'Audele ouvra des cinq cents marcs d'argent que le
+d'Audelée ouvra des cinq cents marcs d'argent que le
prince de Galles lui donna, si comme il est contenu ci-dessus.</p>
-<p class="subh">Comment messire Jacques d'Audele donna ses cinq cents marcs d'argent
-de revenue, que le prince lui avoit donns, ses quatre cuyers.</p>
-
-<p>Quand messire James d'Audele fut arrire rapport
-en sa litire en son logis, et il eut grandement remerci
-le prince du don que donn lui avoit, il n'eut gures
-repos en sa loge quand il manda messire Pierre d'Audele
-son frre, messire Berthelemy de Brues, messire
-tienne de Cousenton, le seigneur de Villeby et monseigneur
-Raoul de Ferrires: ceux toient de son sang
-et de son lignage. Si trs-tt que ils furent venus et en
-la prsence de lui, il se avana de parler au mieux qu'il
-put; car il toit durement foible, pour les navrures qu'il
-avoit, et fit venir avant les quatre cuyers qu'il avoit
-eus pour son corps, la journe, et dit ainsi aux chevaliers
-qui l toient: Seigneurs, il a plu monseigneur
-le prince qu'il m'a donn cinq cents marcs de
-revenue par an et en hritage, pour lequel don je lui
+<p class="subh">Comment messire Jacques d'Audelée donna ses cinq cents marcs d'argent
+de revenue, que le prince lui avoit donnés, à ses quatre écuyers.</p>
+
+<p>Quand messire James d'Audelée fut arrière rapporté
+en sa litière en son logis, et il eut grandement remercié
+le prince du don que donné lui avoit, il n'eut guères
+reposé en sa loge quand il manda messire Pierre d'Audelée
+son frère, messire Berthelemy de Brues, messire
+Étienne de Cousenton, le seigneur de Villeby et monseigneur
+Raoul de Ferrières: ceux étoient de son sang
+et de son lignage. Si très-tôt que ils furent venus et en
+la présence de lui, il se avança de parler au mieux qu'il
+put; car il étoit durement foible, pour les navrures qu'il
+avoit, et fit venir avant les quatre écuyers qu'il avoit
+eus pour son corps, la journée, et dit ainsi aux chevaliers
+qui là étoient: «Seigneurs, il a plu à monseigneur
+le prince qu'il m'a donné cinq cents marcs de
+revenue par an et en héritage, pour lequel don je lui
ai encore fait petit service, et puis faire de mon corps
-tant seulement. Il est vrit que vecy quatre cuyers
-qui m'ont toujours loyaument servi, et par espcial la
-journe d'huy. Ce que j'ai d'honneur, c'est par leur
-emprise et leur hardiment; pour quoi, en la prsence
+tant seulement. Il est vérité que vecy quatre écuyers
+qui m'ont toujours loyaument servi, et par espécial à la
+journée d'huy. Ce que j'ai d'honneur, c'est par leur
+emprise et leur hardiment; pour quoi, en la présence
<span class="pagenum"><a id="Page_326"> 326</a></span>
-de vous qui tes de mon lignage, je leur veux maintenant
-rmunrer les grands et agrables services qu'ils
+de vous qui êtes de mon lignage, je leur veux maintenant
+rémunérer les grands et agréables services qu'ils
m'ont faits. C'est mon intention que je leur donne et
-rsigne en leurs mains le don et les cinq cents marcs
-que monseigneur le prince m'a donns et accords, en
-telle forme et manire que donns les m'a; et m'en dshrite
-et les en hrite purement et franchement, sans
-nul rappel.</p>
-
-<p>Adonc regardrent les chevaliers qui l toient l'un
-l'autre, et dirent entre eux: Il vient monseigneur
-James de grand vaillance de faire tel don. Si lui rpondirent
-tous une voix: Sire, Dieu y ait part!
-ainsi le tmoignerons l o ils voudront. Et se partirent
-atant de lui; et s'en allrent les aucuns devers le
-prince, qui devoit donner souper au roi de France et
- son fils, et la plus grand partie des comtes et des
-barons qui prisonniers toient; et tout de leurs pourvances,
-car les Franois en avoient fait amener aprs
-eux grand foison, et elles toient aux Anglois et aux
+résigne en leurs mains le don et les cinq cents marcs
+que monseigneur le prince m'a donnés et accordés, en
+telle forme et manière que donnés les m'a; et m'en déshérite
+et les en hérite purement et franchement, sans
+nul rappel.»</p>
+
+<p>Adonc regardèrent les chevaliers qui là étoient l'un
+l'autre, et dirent entre eux: «Il vient à monseigneur
+James de grand vaillance de faire tel don.» Si lui répondirent
+tous à une voix: «Sire, Dieu y ait part!
+ainsi le témoignerons là où ils voudront.» Et se partirent
+atant de lui; et s'en allèrent les aucuns devers le
+prince, qui devoit donner à souper au roi de France et
+à son fils, et à la plus grand partie des comtes et des
+barons qui prisonniers étoient; et tout de leurs pourvéances,
+car les François en avoient fait amener après
+eux grand foison, et elles étoient aux Anglois et aux
Gascons faillies, et plusieurs en y avoit entre eux qui
-n'avoient got de pain trois jours toient passs.</p>
+n'avoient goûté de pain trois jours étoient passés.</p>
-<p class="subh">Comment le prince de Galles donna souper au roi et aux grands barons
+<p class="subh">Comment le prince de Galles donna à souper au roi et aux grands barons
de France, et les servit moult humblement.</p>
-<p>Quand ce vint au soir, le prince de Galles donna
-souper au roi de France et monseigneur Philippe son
-fils, monseigneur Jacques de Bourbon, et la plus
+<p>Quand ce vint au soir, le prince de Galles donna à
+souper au roi de France et à monseigneur Philippe son
+fils, à monseigneur Jacques de Bourbon, et à la plus
grand partie des comtes et des barons de France qui
-prisonniers toient. Et assit le prince le roi de France
+prisonniers étoient. Et assit le prince le roi de France
et son fils monseigneur Philippe, monseigneur Jacques
de Bourbon, monseigneur Jean d'Artois, le comte de
Tancarville, le comte d'Estampes, le comte de Dampmartin,
le seigneur de Joinville et le seigneur de Partenay,
- une table moult haute et bien couverte, et
+à une table moult haute et bien couverte, et
<span class="pagenum"><a id="Page_327"> 327</a></span>
tous les autres barons et chevaliers aux autres tables.
Et servoit toujours le prince au-devant de la table du
roi, et par toutes les autres tables, si humblement
-comme il pouvoit. Ni oncques ne se voult seoir la
-table du roi, pour prire que le roi st faire; ains disoit
-toujours qu'il n'toit mie encore si suffisant qu'il
-appartenist de lui seoir la table d'un si haut prince et
-de si vaillant homme que le corps de lui toit et que
-montr avoit la journe. Et toujours s'agenouilloit
-par-devant le roi, et disoit bien: Cher sire, ne veuillez
-mie faire simple chre, pour tant si Dieu n'a voulu
+comme il pouvoit. Ni oncques ne se voult seoir à la
+table du roi, pour prière que le roi sçût faire; ains disoit
+toujours qu'il n'étoit mie encore si suffisant qu'il
+appartenist de lui seoir à la table d'un si haut prince et
+de si vaillant homme que le corps de lui étoit et que
+montré avoit à la journée. Et toujours s'agenouilloit
+par-devant le roi, et disoit bien: «Cher sire, ne veuillez
+mie faire simple chère, pour tant si Dieu n'a voulu
consentir huy votre vouloir; car certainement monseigneur
-mon pre vous fera toute l'honneur et amiti
-qu'il pourra, et s'accordera vous si raisonnablement
-que vous demeurerez bons amis ensemble toujours.
+mon père vous fera toute l'honneur et amitié
+qu'il pourra, et s'accordera à vous si raisonnablement
+que vous demeurerez bons amis ensemble à toujours.
Et m'est avis que vous avez grand raison de vous esliescer,
-combien que la besogne ne soit tourne votre
-gr; car vous avez aujourd'hui conquis le haut nom
-de prouesse et avez pass tous les mieux faisants de
-votre ct. Je ne le dis mie, cher sire, sachez, pour vous
+combien que la besogne ne soit tournée à votre
+gré; car vous avez aujourd'hui conquis le haut nom
+de prouesse et avez passé tous les mieux faisants de
+votre côté. Je ne le dis mie, cher sire, sachez, pour vous
lober; car tous ceux de notre partie, et qui ont vu les
-uns et les autres, se sont par pleine science ce accords,
+uns et les autres, se sont par pleine science à ce accordés,
et vous en donnent le prix et le chapelet, si vous le
-voulez porter.</p>
+voulez porter.»</p>
-<p>A ce point commena chacun murmurer; et disoient
-entre eux, Franois et Anglois, que noblement et
-point le prince avoit parl. Si le prisoient durement, et
-disoient communment que en lui avoient et auroient
+<p>A ce point commença chacun à murmurer; et disoient
+entre eux, François et Anglois, que noblement et à
+point le prince avoit parlé. Si le prisoient durement, et
+disoient communément que en lui avoient et auroient
encore gentil seigneur, si il pouvoit longuement durer
-et vivre, et en telle fortune persvrer.</p>
+et vivre, et en telle fortune persévérer.</p>
<p class="source"><cite>Chroniques de Froissart.</cite></p>
<p><span class="pagenum"><a id="Page_328"> 328</a></span></p>
<div class="header">
-<h2>TATS GNRAUX DE 1356.</h2>
+<h2>ÉTATS GÉNÉRAUX DE 1356.</h2>
</div>
<div class="intro">
-<p>Aprs la bataille de Poitiers et la prise du roi Jean, le duc de Normandie
-(depuis roi sous le nom de Charles V) prit la rgence pendant la
-captivit de son pre, et fut oblig, par l'anarchie gnrale, de convoquer
-les tats Gnraux qui se runirent Paris et s'emparrent aussitt du
-gouvernement. Etienne Marcel, marchand drapier et prvt des marchands
-de Paris, et l'vque de Laon, Robert Lecoq, poussrent les deputs de la
-bourgeoisie entreprendre la rforme gnrale de l'tat et enlever la
-noblesse la direction des affaires. Mais ces tentatives de rvolution avortrent;
-la bourgeoisie fut vaincue, Marcel fut tu; les paysans qui s'taient
-rvolts furent crass, et le Rgent rentra Paris en matre.</p>
+<p>Après la bataille de Poitiers et la prise du roi Jean, le duc de Normandie
+(depuis roi sous le nom de Charles V) prit la régence pendant la
+captivité de son père, et fut obligé, par l'anarchie générale, de convoquer
+les États Généraux qui se réunirent à Paris et s'emparèrent aussitôt du
+gouvernement. Etienne Marcel, marchand drapier et prévôt des marchands
+de Paris, et l'évêque de Laon, Robert Lecoq, poussèrent les deputés de la
+bourgeoisie à entreprendre la réforme générale de l'État et à enlever à la
+noblesse la direction des affaires. Mais ces tentatives de révolution avortèrent;
+la bourgeoisie fut vaincue, Marcel fut tué; les paysans qui s'étaient
+révoltés furent écrasés, et le Régent rentra à Paris en maître.</p>
<p>Cette partie des chroniques de Saint-Denis, que nous reproduisons ici a
-t rdige par le chancelier Pierre d'Orgemont, un des conseillers de
-Charles V. Charles V lui-mme y a certainement travaill, et sa pense s'y
-rvle chaque instant. Toute cette relation doit tre considre comme
-de vrais mmoires de Charles V, et doit tre lue avec une certaine prcaution,
- cause de son hostilit toute naturelle contre tienne Marcel et les
-ides qu'il reprsentait.</p>
+été rédigée par le chancelier Pierre d'Orgemont, un des conseillers de
+Charles V. Charles V lui-même y a certainement travaillé, et sa pensée s'y
+révèle à chaque instant. Toute cette relation doit être considérée comme
+de vrais mémoires de Charles V, et doit être lue avec une certaine précaution,
+à cause de son hostilité toute naturelle contre Étienne Marcel et les
+idées qu'il représentait.</p>
</div>
-<p class="subh">Comment monseigneur Charles duc de Normendie et ainsn fils du roy de
-France, aprs ce que il fut revenu de la bataille de Poitiers, fist assembler
-les gens des trois estas pour ordoner hastivement de la dlivrance du roy
-son pre. Et furent les gens du conseil du roy spars du conseil de ceux
+<p class="subh">Comment monseigneur Charles duc de Normendie et ainsné fils du roy de
+France, après ce que il fut revenu de la bataille de Poitiers, fist assembler
+les gens des trois estas pour ordoner hastivement de la délivrance du roy
+son père. Et furent les gens du conseil du roy séparés du conseil de ceux
des trois estas, qui furent esleus cinquante pour tous.</p>
<p>En ce meisme an, le quinziesme jour dudit moys
-d'octobre qui fut en un jour de samedi, vindrent Paris
-plusieurs gens d'glyse et nobles et gens de bonnes
+d'octobre qui fut en un jour de samedi, vindrent à Paris
+plusieurs gens d'Églyse et nobles et gens de bonnes
villes de la langue d'oil. Et le lundi ensuivant furent
-tous assembls en la chambre du parlement par le commandement
+tous assemblés en la chambre du parlement par le commandement
de monseigneur le duc de Normendie, qui
-fut l prsent, et en la prsence duquel monseigneur
+fut là présent, et en la présence duquel monseigneur
Pierre de la Forest, archevesque de Rouen et chancelier
-de France, exposa ceux des trois estas dont dessus est
+de France, exposa à ceux des trois estas dont dessus est
faite mencion, la prise du roy, et comment il s'estoit
vassaument combatu de sa propre main, et nonobstant
-ce avoit est pris par grant infortune. Et leur monstra
+ce avoit esté pris par grant infortune. Et leur monstra
<span class="pagenum"><a id="Page_329"> 329</a></span>
ledit chancelier comment chascun devoit mettre grant
-paine la dlivrance dudit roy. Et aprs leur requist,
+paine à la délivrance dudit roy. Et après leur requist,
de par monseigneur le duc, conseil comment le roy pourroit
-estre recouvr, et aussi de gouverner les guerres
-et aides ce faire.</p>
+estre recouvré, et aussi de gouverner les guerres
+et aides à ce faire.</p>
-<p>Lesquels des trois estas, c'est assavoir les gens d'glyse
+<p>Lesquels des trois estas, c'est assavoir les gens d'Églyse
par la bouche de monseigneur de Craon, archevesque
de Rains, les nobles par la bouche de monseigneur
-Phelippe, duc d'Orlans et frre germain du roy,
+Phelippe, duc d'Orléans et frère germain du roy,
et les gens des bonnes villes par la bouche d'Estienne
-Marcel, bourgeois de Paris et lors prvost des marchans,
+Marcel, bourgeois de Paris et lors prévost des marchans,
respondirent que ils vouloient faire tout ce qu'ils pourroient
-aux fins dessus dites, et requistrent dlay pour
+aux fins dessus dites, et requistrent délay pour
eux assembler et parler ensemble sur ces choses; lequel
-fut donn. Et furent mis et ordens, par ledit monseigneur
+fut donné. Et furent mis et ordenés, par ledit monseigneur
de Normendie, plusieurs du conseil du roy pour
aler au conseil des dessus dis trois estas. Et quant ils y
-orent est par deux jours, on leur fist sentir et dire que
+orent esté par deux jours, on leur fist sentir et dire que
lesdites gens des trois estas ne besoigneroient point sur
les choses dessus dites tant que les gens du conseil du
-roy feussent avec eux. Et, pour ce, se dportrent lesdites
-gens du conseil du roy de plus aler aux assembles
+roy feussent avec eux. Et, pour ce, se déportèrent lesdites
+gens du conseil du roy de plus aler aux assemblées
des trois estas, qui estoient chascun jour faites en l'ostel
-des frres Meneurs, Paris. Et continurent quinze
-jours ou environ, tant que il ennuioit plusieurs de ce
-que lesdis trois estas attendoient si longuement faire
+des frères Meneurs, à Paris. Et continuèrent quinze
+jours ou environ, tant que il ennuioit à plusieurs de ce
+que lesdis trois estas attendoient si longuement à faire
leurs responses sur les choses dessus dites. Toutefois,
-aprs que lesdis trois estas orent conseilli et assembl
+après que lesdis trois estas orent conseillié et assemblé
par plus de quinze jours, et esleu de chascun des trois
-estas aucuns auxquels les autres avoient donn pouvoir
+estas aucuns auxquels les autres avoient donné pouvoir
de ordener ce que bon leur sembleroit pour le prouffit
du royaume, iceux esleus qui estoient cinquante ou environ
de tous les trois estas dessus dis, firent sentir audit
monseigneur le duc de Normendie qu'ils parleroient
<span class="pagenum"><a id="Page_330"> 330</a></span>
-volentiers luy secrtement. Et pour ce ala ledit duc
-luy sixiesme seulement auxdis frres Meneurs<a name="FNanchor_195" id="FNanchor_195" href="#Footnote_195" class="fnanchor">&nbsp;[195]</a> par devant
+volentiers à luy secrètement. Et pour ce ala ledit duc
+luy sixiesme seulement auxdis frères Meneurs<a name="FNanchor_195" id="FNanchor_195" href="#Footnote_195" class="fnanchor">&nbsp;[195]</a> par devant
lesdis esleus, lesquels luy distrent que ils avoient
-est ensemble, par plusieurs journes, et avoient tant
-fait que ils estoient tous un accort. Si requistrent audit
+esté ensemble, par plusieurs journées, et avoient tant
+fait que ils estoient tous à un accort. Si requistrent audit
monseigneur le duc qu'il voulsist tenir secret ce que ils
luy diroient, qui estoit pour le sauvement du royaume,
lequel monseigneur le duc respondit qu'il n'en jureroit
-j; et pour ce ne laissirent pas dire les choses qui
+jà; et pour ce ne laissièrent pas à dire les choses qui
s'ensuivent.</p>
-<p>Premirement ils luy distrent que le roy avoit est
-mal gouvern au temps pass: et tout avoit est par
-ceux qui l'avoient conseill, par lesquels le roy avoit
-fait tout ce que il avoit fait, dont le royaume estoit gast
-et en pril d'estre tout destruit et perdu. Si luy requistrent
+<p>Premièrement ils luy distrent que le roy avoit esté
+mal gouverné au temps passé: et tout avoit esté par
+ceux qui l'avoient conseillé, par lesquels le roy avoit
+fait tout ce que il avoit fait, dont le royaume estoit gasté
+et en péril d'estre tout destruit et perdu. Si luy requistrent
que il voulsist priver les officiers du roy, que ils luy
-nommeroient lors, de tous offices, et que il les fist
+nommeroient lors, de tous offices, et que il les féist
prendre et emprisonner, et prendre tous leurs biens; et
-que ds lors il tenist tous les biens dessus dis pour confisqus.
+que dès lors il tenist tous les biens dessus dis pour confisqués.
Et pour ce que monseigneur Pierre de la Forest,
lors archevesque de Rouen et chancelier de France, qui
estoit l'un des officiers contre lesquels ils faisoient lesdites
-requestes, estoit personne d'glyse, si que monseigneur
+requestes, estoit personne d'Églyse, si que monseigneur
le duc n'avoit aucune connoissance sur luy<a name="FNanchor_196" id="FNanchor_196" href="#Footnote_196" class="fnanchor">&nbsp;[196]</a>,
si requistrent que il voulsist escrire au pape de sa
propre main, et supplier que il luy donnast commissaires
@@ -12495,35 +12453,35 @@ ledit archevesque des cas que lesdis esleus bailleroient
contre ledit archevesque et contre les autres officiers de
qui les noms s'ensuivent: Messire Simon de Bucy, chevalier
<span class="pagenum"><a id="Page_331"> 331</a></span>
-du grant conseil du roy et premier prsident en
-parlement; messire Robert de Lorris, qui avoit est
+du grant conseil du roy et premier président en
+parlement; messire Robert de Lorris, qui avoit esté
premier chambellan du roy Jehan; messire Nicolas
Braque, chevalier et maistre d'ostel du roy, et par avant
-avoit est son trsorier et aprs maistre de ses comptes;
-Enguerran du Petit-Celier, bourgeois de Paris et trsorier
+avoit esté son trésorier et après maistre de ses comptes;
+Enguerran du Petit-Celier, bourgeois de Paris et trésorier
de France; Jehan Poillevilain, bourgeois de Paris,
souverain maistre des monnoies et maistre des comptes
-du roy; et Jehan Chauveau de Chartres, trsorier des
+du roy; et Jehan Chauveau de Chartres, trésorier des
guerres. Et requistrent lesdis esleus que commissaires
-feussent donns tels que ils nommeroient et procderoient
+feussent donnés tels que ils nommeroient et procéderoient
contre lesdis officiers, sur les cas que lesdis esleus
-bailleroient. Et s lesdis officiers estoient trouvs coupables,
-si feussent punis; et s ils feussent trouvs innocens,
+bailleroient. Et sé lesdis officiers estoient trouvés coupables,
+si feussent punis; et sé ils feussent trouvés innocens,
si vouloient que ils perdissent tous leurs dis biens
-et demourassent perptuelment sans office royal.</p>
+et demourassent perpétuelment sans office royal.</p>
<p>Item, requistrent audit monseigneur le duc que il
-voulsist dlivrer le roy de Navarre, lequel avoit est
-emprisonn par le roy, pre dudit monseigneur le duc,
+voulsist délivrer le roy de Navarre, lequel avoit esté
+emprisonné par le roy, père dudit monseigneur le duc,
si comme dessus est dit<a name="FNanchor_197" id="FNanchor_197" href="#Footnote_197" class="fnanchor">&nbsp;[197]</a>; en luy disant que depuis que
-ledit roy de Navarre avoit est emprisonn, nul bien
-n'estoit venu au roy n au royaume, pour le pchi de
+ledit roy de Navarre avoit esté emprisonné, nul bien
+n'estoit venu au roy né au royaume, pour le péchié de
la prise dudit roy de Navarre.</p>
<p>Item, requistrent encore audit monseigneur le duc
que il se voulsist gouverner du tout par certains conseillers
que ils luy bailleroient de tous les trois estas;
-c'est assavoir quatre prlas, douze chevaliers et douze
+c'est assavoir quatre prélas, douze chevaliers et douze
bourgeois: lesquels conseillers auroient puissance de
<span class="pagenum"><a id="Page_332"> 332</a></span>
tout faire et ordener au royaume, ainsi comme le roy,
@@ -12531,170 +12489,170 @@ tant de mettre et oster officiers, comme de autres choses;
et plusieurs autres requestes luy firent grosses et pesans.</p>
<p>Si leur respondit ledit monseigneur le duc que de ces
-choses il auroit volentiers avis et dlibracion avec son
+choses il auroit volentiers avis et délibéracion avec son
conseil; mais toutesvoies il vouloit bien savoir quelle
ayde lesdis trois estas luy vouloient faire. Lesquels esleus
luy respondirent que ils vouloient ordener entre
-eux que les gens d'glyse paieroient un dixiesme et
-demi pour un an, mais que de ce ils ussent congi du
+eux que les gens d'Églyse paieroient un dixiesme et
+demi pour un an, mais que de ce ils éussent congié du
pape. Les nobles paieroient dixiesme et demi de leur
revenues. Et les gens de bonnes villes feroient, pour
-cent feux, un homme arm. Et disoient lesdis esleus que
+cent feux, un homme armé. Et disoient lesdis esleus que
ladite ayde estoit merveilleusement grant et qu'elle
-povoit bien monter trente mille hommes arms. Et
+povoit bien monter à trente mille hommes armés. Et
pour sur ce avoir avis et de toutes les choses dessus dites,
-monseigneur le duc se dpartit de eux, et l'endemain
-aprs disner devoit leur en respondre. Et pour ce assembla
+monseigneur le duc se départit de eux, et l'endemain
+après disner devoit leur en respondre. Et pour ce assembla
ledit monseigneur le duc au chastel du Louvre
plusieurs de son lignage et autres chevaliers, et ot avis
-et dlibracion sur les choses dessus dites; et plusieurs
+et délibéracion sur les choses dessus dites; et plusieurs
fois tant audit jour de l'endemain comme en deux ou
trois jours ensuivans, envoia ledit monseigneur le duc
-aux frres Meneurs devers lesdis esleus, plusieurs de
-ceux de son lignage, pour les requrir de traictier avec
-eux, comment ils se voulsissent dporter d'aucunes des
-requestes que eux luy avoient faites, par espcial de
+aux frères Meneurs devers lesdis esleus, plusieurs de
+ceux de son lignage, pour les requérir de traictier avec
+eux, comment ils se voulsissent déporter d'aucunes des
+requestes que eux luy avoient faites, par espécial de
trois dont dessus est faite mencion; en leur monstrant
-que lesdites requestes touchoient le roy, son pre, de si
-prs que il ne les oseroit faire n acomplir sans le congi
-exprs de son pre.</p>
+que lesdites requestes touchoient le roy, son père, de si
+près que il ne les oseroit faire né acomplir sans le congié
+exprès de son père.</p>
<p>Finablement, pour ce que lesdis esleus ne se vouldrent
-dporter desdites requestes n d'aucune d'icelles,
+déporter desdites requestes né d'aucune d'icelles,
<span class="pagenum"><a id="Page_333"> 333</a></span>
plusieurs de ceux du lignage de monseigneur le duc
-et autres chevaliers qui avoient est son conseil sur
-lesdites choses furent d'accort et conseillirent monseigneur
+et autres chevaliers qui avoient esté à son conseil sur
+lesdites choses furent d'accort et conseillièrent à monseigneur
le duc que il acomplist lesdites requestes, pour
ce que autrement il ne povoit avoir ayde des trois estas,
-sans laquelle ayde il ne povoit faire n gouverner la
-guerre. Et pour ce, fut journe assigne auxdis trois
-estas, leur requeste, pour or tout ce qu'ils vouldroient
-dire publiquement, en la chambre de parlement, un
+sans laquelle ayde il ne povoit faire né gouverner la
+guerre. Et pour ce, fut journée assignée auxdis trois
+estas, à leur requeste, pour oïr tout ce qu'ils vouldroient
+dire publiquement, en la chambre de parlement, à un
jour de lundi matin veille de Toussains. Mais ledit
-monseigneur le duc, qui moult estoit forment courrouci
-et troubl pour cause desdites requestes qui luy
-avoient est faites part et secrtement, si comme dessus
+monseigneur le duc, qui moult estoit forment courroucié
+et troublé pour cause desdites requestes qui luy
+avoient esté faites à part et secrètement, si comme dessus
est dit, et lesquelles on luy vouloit faire publiquement
-en la chambre de parlement, considrant que lesdites
+en la chambre de parlement, considérant que lesdites
requestes il ne povoit acomplir sans courroucier forment
-le roy, son pre, et sans luy faire offense notable,
+le roy, son père, et sans luy faire offense notable,
manda et fist aler par devers lui aucuns autres de ses
-conseilliers, lesquels il n'avoit point appells aux choses
+conseilliers, lesquels il n'avoit point appellés aux choses
dessus dites; et leur exposa, de sa bouche, les requestes
que lesdis trois estas luy avoient faites, et aussi l'ayde
que ils luy offroient, et voult que ses conseilliers en
-dissent leur avis. Lesquels, en la prsence de plusieurs
-des autres qui autrefois y avoient est, luy monstrrent
-comment il ne devoit faire n accomplir lesdites requestes
-dessus exprimes. Et aussi luy monstrrent comment
+déissent leur avis. Lesquels, en la présence de plusieurs
+des autres qui autrefois y avoient esté, luy monstrèrent
+comment il ne devoit faire né accomplir lesdites requestes
+dessus exprimées. Et aussi luy monstrèrent comment
l'ayde que l'on luy offroit n'estoit pas souffisante pour
fournir sa guerre. Et jasoit ce que, par les esleus, eust
-est dit audit monseigneur le duc que ladite ayde
-povoit faire et fournir trente mille hommes arms, c'est
-assavoir, pour chascun homme demi florin l'escu<a name="FNanchor_198" id="FNanchor_198" href="#Footnote_198" class="fnanchor">&nbsp;[198]</a>
-pour jour, lesdis conseilliers monstrrent audit monseigneur
+esté dit audit monseigneur le duc que ladite ayde
+povoit faire et fournir trente mille hommes armés, c'est
+assavoir, pour chascun homme demi florin à l'escu<a name="FNanchor_198" id="FNanchor_198" href="#Footnote_198" class="fnanchor">&nbsp;[198]</a>
+pour jour, lesdis conseilliers monstrèrent audit monseigneur
<span class="pagenum"><a id="Page_334"> 334</a></span>
le duc que ladite ayde ne povoit monter que
-huit ou neuf mille hommes arms, par plusieurs fais
-et raisons auxquelles s'accordrent plusieurs autres qui
+huit ou neuf mille hommes armés, par plusieurs fais
+et raisons auxquelles s'accordèrent plusieurs autres qui
estoient au conseil dudit duc, qui bien estoient jusques
au nombre de trente et plus. Et jasoit ce que la plus
-grant partie d'iceux eust par avant est d'accort que
+grant partie d'iceux eust par avant esté d'accort que
ledit monseigneur le duc acomplist lesdites requestes
-et luy eussent conseilli, toutesvoies se revindrent-ils
-lors, et furent tous d'un accort qu'il ne le fist pas.</p>
+et luy eussent conseillié, toutesvoies se revindrent-ils
+lors, et furent tous d'un accort qu'il ne le féist pas.</p>
-<p>Mais pour ce que moult grant peuple estoit assembl
+<p>Mais pour ce que moult grant peuple estoit assemblé
en ladite chambre de parlement en laquelle lesdites
requestes devoient tantost estre faites audit monseigneur
le duc, par la bouche de maistre Robert le Coq,
lors evesque de Laon, le dit monseigneur le duc ot
-conseil comment il pourroit faire dpartir ledit peuple;
-et, par le conseil que il ot, il envoia qurir en ladite
+conseil comment il pourroit faire départir ledit peuple;
+et, par le conseil que il ot, il envoia quérir en ladite
chambre de parlement pour venir devers luy en la
-pointe du palais o il estoit, aucuns de ceux des trois
-estas, et par espcial de ceux qui principalement gouvernoient
-les autres et conseilloient faire lesdites requestes.
-Et l vindrent par devers luy maistre Raymon
+pointe du palais où il estoit, aucuns de ceux des trois
+estas, et par espécial de ceux qui principalement gouvernoient
+les autres et conseilloient à faire lesdites requestes.
+Et là vindrent par devers luy maistre Raymon
Saquet, archevesque de Lyon; monseigneur Jehan de
Craon, archevesque de Rains, et ledit maistre Robert le
-Coq, evesque de Laon, pour les gens d'glyse. Pour
+Coq, evesque de Laon, pour les gens d'Églyse. Pour
les nobles y furent monseigneur Waleran de Lucembourc,
monseigneur Jehan de Conflans, mareschal de
-Champaigne, et monseigneur Jehan de Pquigny, lors
+Champaigne, et monseigneur Jehan de Péquigny, lors
gouverneur d'Artois. Et pour les bonnes villes, y furent
-Estienne Marcel, prvost des marchans de Paris, Charles
+Estienne Marcel, prévost des marchans de Paris, Charles
Toussac, eschevin, et plusieurs autres de plusieurs
-autres bonnes villes. Et l, leur dit et exposa ledit monseigneur
-le duc aucunes nouvelles que il avoit oes,
-tant du roy son pre comme de son oncle l'empereur,
-et leur demanda s il leur sembloit que il feust bon
+autres bonnes villes. Et là, leur dit et exposa ledit monseigneur
+le duc aucunes nouvelles que il avoit oïes,
+tant du roy son père comme de son oncle l'empereur,
+et leur demanda sé il leur sembloit que il feust bon
<span class="pagenum"><a id="Page_335"> 335</a></span>
que lesdites requestes et responses qui luy devoient estre
faites de par les trois estas, et pour lesquelles faire et
-or le peuple estoit assembl en ladite chambre de parlement,
-fussent dlayes jusqu' une autre journe
+oïr le peuple estoit assemblé en ladite chambre de parlement,
+fussent délayées jusqu'à une autre journée
pour les causes et raisons qu'il leur dit lors. Et furent
-d'accort tous ceux qui l estoient prsens, tant du
-conseil dudit monseigneur le duc comme des envois
+d'accort tous ceux qui là estoient présens, tant du
+conseil dudit monseigneur le duc comme des envoiés
desdis trois estas, que lesdites requestes et responses
-fussent diffres jusques au juesdi ensuivant. Jasoit
-ce que on aperceust que aucuns desdis envois eussent
-mieux voulu que la besoigne n'eust point est diffre.
+fussent différées jusques au juesdi ensuivant. Jasoit
+ce que on aperceust que aucuns desdis envoiés eussent
+mieux voulu que la besoigne n'eust point esté différée.
Et toutesvoies furent-ils d'accort, par leurs opinions, au
-dlay. Et ainsi se dpartirent et retournrent en ladite
-chambre de parlement, et le duc d'Orlans et plusieurs
-autres avec eux. Et parla ledit duc d'Orlans au peuple
-qui estoit assembl en la chambre de parlement, et
+délay. Et ainsi se départirent et retournèrent en ladite
+chambre de parlement, et le duc d'Orléans et plusieurs
+autres avec eux. Et parla ledit duc d'Orléans au peuple
+qui estoit assemblé en la chambre de parlement, et
leur dit que monseigneur le duc de Normendie ne pourroit
-lors or les requestes et responses que on luy devoit
-faire pour certaines nouvelles que il avoit oes tant
-du roy son pre que de son oncle l'empereur, desquelles
+lors oïr les requestes et responses que on luy devoit
+faire pour certaines nouvelles que il avoit oïes tant
+du roy son père que de son oncle l'empereur, desquelles
il leur fist aucunes dire en publique. Et pour
-ce se dpartit ladite assemble de la dicte chambre de
-parlement, et s'en alrent aucuns en leur pays.</p>
+ce se départit ladite assemblée de la dicte chambre de
+parlement, et s'en alèrent aucuns en leur pays.</p>
-<p class="subh">De l'ordenance que ceux de la Langue d'oc firent pour l'amour et rdemption
+<p class="subh">De l'ordenance que ceux de la Langue d'oc firent pour l'amour et rédemption
du roy de France.</p>
<p>En ce meisme an au moys d'octobre, les trois estas de
-la Langue d'oc se assemblrent en la ville de Thoulouse,
-par l'auctorit du conte d'Armagnac, lieutenant
-du roy au pays, pour traictier ensemble faire ayde
-convenable pour la dlivrance du roy. Et l firent plusieurs
-ordenances par l'autorit dessus dite. Premirement
+la Langue d'oc se assemblèrent en la ville de Thoulouse,
+par l'auctorité du conte d'Armagnac, lieutenant
+du roy au pays, pour traictier ensemble à faire ayde
+convenable pour la délivrance du roy. Et là firent plusieurs
+ordenances par l'autorité dessus dite. Premièrement
que ils feroient cinq mille hommes d'armes,
-chascun deux chevaux, et auroit chascun homme
-d'armes demi florin l'escu pour jour. Et feroient
+chascun à deux chevaux, et auroit chascun homme
+d'armes demi florin à l'escu pour jour. Et feroient
<span class="pagenum"><a id="Page_336"> 336</a></span>
-mille sergens arms cheval, deux mille arbalestiers et
-deux mille pavaisiers<a name="FNanchor_199" id="FNanchor_199" href="#Footnote_199" class="fnanchor">&nbsp;[199]</a>, tous cheval, et auroient
+mille sergens armés à cheval, deux mille arbalestiers et
+deux mille pavaisiers<a name="FNanchor_199" id="FNanchor_199" href="#Footnote_199" class="fnanchor">&nbsp;[199]</a>, tous à cheval, et auroient
chascun desdis sergens, arbalestiers et pavaisiers,
-huit florins l'escu<a name="FNanchor_200" id="FNanchor_200" href="#Footnote_200" class="fnanchor">&nbsp;[200]</a> pour chascun moys, et feroient
-ladite ayde pour un an. Et si ordenrent que tous les
-dessus dis seroient pais par ceux et en la manire que
+huit florins à l'escu<a name="FNanchor_200" id="FNanchor_200" href="#Footnote_200" class="fnanchor">&nbsp;[200]</a> pour chascun moys, et feroient
+ladite ayde pour un an. Et si ordenèrent que tous les
+dessus dis seroient paiés par ceux et en la manière que
lesdis estas ordeneroient, ou les esleus par iceux. Et
-oultre ce, ordenrent que homme n femme dudit pays
-de Langue d'oc ne porteroit par ledit an, s le roy
-n'estoit avant dlivr, or n argent n perles, n vair
-n gris, robes n chapperons dcoupps n autres
+oultre ce, ordenèrent que homme né femme dudit pays
+de Langue d'oc ne porteroit par ledit an, sé le roy
+n'estoit avant délivré, or né argent né perles, né vair
+né gris, robes né chapperons découppés né autres
cointises quelconques; et que aucuns menesterieus
jugleurs ne joueroient de leurs mestiers. Et encore
-ordenrent certaine monnoie, c'est assavoir trente-deuxiesme,
-laquelle ils firent faire et monnoier s monnoies<a name="FNanchor_201" id="FNanchor_201" href="#Footnote_201" class="fnanchor">&nbsp;[201]</a>
-du roy dudit pays par l'autorit dudit conte,
+ordenèrent certaine monnoie, c'est assavoir trente-deuxiesme,
+laquelle ils firent faire et monnoier ès monnoies<a name="FNanchor_201" id="FNanchor_201" href="#Footnote_201" class="fnanchor">&nbsp;[201]</a>
+du roy dudit pays par l'autorité dudit conte,
jasoit ce que au pays de Langue d'oc courust lors autre
monnoie, c'est assavoir monnoie soixantiesme. Et pour
-avoir confermacion de toutes les choses dessus dites envoirent
- Paris devers monseigneur le duc de Normendie,
-ainsn fils du roy et son lieutenant gnral,
+avoir confermacion de toutes les choses dessus dites envoièrent
+à Paris devers monseigneur le duc de Normendie,
+ainsné fils du roy et son lieutenant général,
trois personnes, c'est assavoir de chascun des trois estas
-une; et leur furent confermes par ledit monseigneur
+une; et leur furent confermées par ledit monseigneur
le duc toutes les choses dessus dites.</p>
<p class="subh">Comment monseigneur le duc de Normendie, tant de son bon entendement naturel
-comme par bonne dlibration de son conseil, fist dpartir les gens
+comme par bonne délibération de son conseil, fist départir les gens
des trois estas et leur fist dire que chascun d'eux s'en repairast en son lieu.</p>
<p>Le mercredi ensuivant, qui fut l'endemain de la feste
@@ -12702,144 +12660,144 @@ de Toussains, ledit monseigneur le duc manda au
<span class="pagenum"><a id="Page_337"> 337</a></span>
Louvre plusieurs du conseil du roy et du sien, et aucuns
de ceux des trois estas dont dessus est faite mencion;
-et ot dlibracion assavoir s il estoit bon que ceux des
-trois estas qui estoient Paris s'en allassent chascun
+et ot délibéracion assavoir sé il estoit bon que ceux des
+trois estas qui estoient à Paris s'en allassent chascun
en son pays sans plus faire quant alors, pour aucunes
-causes qu'il leur dit. Et luy fut conseilli pour la plus
+causes qu'il leur dit. Et luy fut conseillié pour la plus
grant partie de tous ceux qui furent audit conseil que
-ainsi le fist. Et pour ce, dit ceux qui estoient prsens
-desdis trois estas que ainsi le fissent, et leur pria que
-ils dissent de par luy aux autres qui estoient Paris
+ainsi le féist. Et pour ce, dit à ceux qui estoient présens
+desdis trois estas que ainsi le féissent, et leur pria que
+ils déissent de par luy aux autres qui estoient à Paris
que chascun s'en allast en son lieu. Et leur dit que
-il les remanderoit, mais que il eust o certains messagiers,
-chevaliers qui venoient de devers le roy, son pre,
+il les remanderoit, mais que il eust oï certains messagiers,
+chevaliers qui venoient de devers le roy, son père,
qui luy aportoient certaines nouvelles de par luy; et
-aussi que il eust t devers l'empereur, son oncle, par
+aussi que il eust été devers l'empereur, son oncle, par
devers lequel il entendoit aler briefment.</p>
<p>Dont plusieurs desdis estas qui avoient entencion de
gouverner le royaume par les requestes que ils avoient
faites audit monseigneur le duc, furent moult dolens;
-et bien leur fut avis que toutes ces choses avoient est
-faites par le dit monseigneur le duc, pour dpartir
-ladite assemble desdis trois estas qui estoient Paris:
-et en vrit ainsi estoit-il.</p>
+et bien leur fut avis que toutes ces choses avoient esté
+faites par le dit monseigneur le duc, pour départir
+ladite assemblée desdis trois estas qui estoient à Paris:
+et en vérité ainsi estoit-il.</p>
<p>Et pour ce l'endemain, qui fut jour de juesdi, plusieurs
-desdis trois estas qui estoient encore Paris, monseigneur
-le duc estant Montlehri, l o il ala celuy
-jour au matin, s'assemblrent au chapitre desdis frres
-Meneurs. Et l ledit evesque de Laon publia en la prsence
+desdis trois estas qui estoient encore à Paris, monseigneur
+le duc estant à Montlehéri, là où il ala celuy
+jour au matin, s'assemblèrent au chapitre desdis frères
+Meneurs. Et là ledit evesque de Laon publia en la présence
de ceux qui y vouldrent venir comment monseigneur
le duc leur avoit requis conseil et aide, et comment
-pour ce faire ils avoient est assembls par plusieurs
-fois et par maintes journes, et prs pour ladite
+pour ce faire ils avoient esté assemblés par plusieurs
+fois et par maintes journées, et près pour ladite
response faire, laquelle monseigneur le duc n'avoit
-voulu or. Et leur dit que chascun d'eux prist copie des
+voulu oïr. Et leur dit que chascun d'eux préist copie des
<span class="pagenum"><a id="Page_338"> 338</a></span>
-choses qui avoient est ordenes par lesdis esleus, et
+choses qui avoient esté ordenées par lesdis esleus, et
l'emportast en son pays. Lesquelles choses firent plusieurs
-desdis trois estas qui estoient ladite assemble.
+desdis trois estas qui estoient à ladite assemblée.
Et jasoit ce que, par plusieurs fois, ledit monseigneur
-le duc parlast audit prvost des marchans et par plusieurs
-journes, et aussi aux eschevins de Paris en eux
-requerrant que ils luy voulsissent faire ayde soustenir
-la guerre, si ne s'y vouldrent accorder n consentir, s'il
+le duc parlast audit prévost des marchans et par plusieurs
+journées, et aussi aux eschevins de Paris en eux
+requerrant que ils luy voulsissent faire ayde à soustenir
+la guerre, si ne s'y vouldrent accorder né consentir, s'il
ne faisoit assembler lesdis trois estas, laquelle chose il
n'ot pas conseil de faire. Et pour ce il ordena que on
envoieroit certains des conseilliers du roy par les bailliages
-du royaume, pour requrir ladite ayde aux bonnes
+du royaume, pour requérir ladite ayde aux bonnes
villes.</p>
-<p class="subh">Comment les gens des trois estas furent mands pour rassembler Paris.</p>
+<p class="subh">Comment les gens des trois estas furent mandés pour rassembler à Paris.</p>
<p class="subt">1357.</p>
-<p>Et si furent mands les gens des trois estas de par
-monseigneur le duc pour estre Paris assembls le
-dimanche, cinquiesme jour de fvrier ensuivant<a name="FNanchor_202" id="FNanchor_202" href="#Footnote_202" class="fnanchor">&nbsp;[202]</a>.</p>
+<p>Et si furent mandés les gens des trois estas de par
+monseigneur le duc pour estre à Paris assemblés le
+dimanche, cinquiesme jour de février ensuivant<a name="FNanchor_202" id="FNanchor_202" href="#Footnote_202" class="fnanchor">&nbsp;[202]</a>.</p>
-<p class="subh">Comment les gens des trois estas furent rassembls.</p>
+<p class="subh">Comment les gens des trois estas furent rassemblés.</p>
-<p>Le dimanche dessus dit, cinquiesme jour de fvrier,
-se assemblrent Paris plusieurs evesques et
-autres gens d'glyse, nobles et plusieurs gens de bonnes
-villes du royaume de France. Et par plusieurs journes
-furent assembls en ladite ville en l'ostel des Cordeliers,
-et l firent plusieurs ordenances.</p>
+<p>Le dimanche dessus dit, cinquiesme jour de février,
+se assemblèrent à Paris plusieurs evesques et
+autres gens d'Églyse, nobles et plusieurs gens de bonnes
+villes du royaume de France. Et par plusieurs journées
+furent assemblés en ladite ville en l'ostel des Cordeliers,
+et là firent plusieurs ordenances.</p>
<p><span class="pagenum"><a id="Page_339"> 339</a></span></p>
<p class="subh">Comment maistre Robert le Coq, evesque de Laon, prescha en parlement,
de par les gens des trois estas, comment les officiers du roy devoient estre
-privs de leurs offices.</p>
+privés de leurs offices.</p>
<p>Le vendredi, troisiesme jour du moys de mars ensuivant,
-furent assembls au palais royal, en la chambre
-de parlement, en la prsence de monseigneur le duc de
+furent assemblés au palais royal, en la chambre
+de parlement, en la présence de monseigneur le duc de
Normendie, du conte d'Anjou et du conte de Poitiers,
-ses frres, et de plusieurs autres nobles, gens d'glise
-et gens de bonnes villes, jusques tel nombre que toute
+ses frères, et de plusieurs autres nobles, gens d'Église
+et gens de bonnes villes, jusques à tel nombre que toute
ladite chambre en estoit plaine. Et prescha messire Robert
le Coq, evesque de Laon, et dit que le roy et le
-royaume avoient est au temps pass mal gouverns,
+royaume avoient esté au temps passé mal gouvernés,
dont moult de meschiefs estoient advenus tant audit
-royaume comme aux habitans d'ieluy, tant en mutacions
+royaume comme aux habitans d'içeluy, tant en mutacions
de monnoies comme par prises, et aussi par mal
administrer et gouverner les deniers que le roy avoit
-eus du peuple, dont moult grandes sommes avoient est
-donnes par plusieurs fois plusieurs qui mal desservi
+eus du peuple, dont moult grandes sommes avoient esté
+données par plusieurs fois à plusieurs qui mal desservi
l'avoient.</p>
-<p>Et toutes ces choses avoient est faites, si comme
-disoit l'evesque, par le conseil des dessus nomms
-chancelier et autres qui avoient gouvern le roy au
-temps pass. Dit lors encore ledit evesque que le
+<p>Et toutes ces choses avoient esté faites, si comme
+disoit l'evesque, par le conseil des dessus nommés
+chancelier et autres qui avoient gouverné le roy au
+temps passé. Dit lors encore ledit evesque que le
peuple ne povoit plus souffrir ces choses; et pour ce
-avoient dlibr ensemble que les dessus nomms
+avoient délibéré ensemble que les dessus nommés
officiers et autres que il nommeroit lors,&mdash;tant que
sur le tout ils furent vint-deux dont les noms suivent:
maistre Pierre de la Forest, lors cardinal et chancelier
de France; monseigneur Simon de Bucy; maistre
-Jehan Chalemart; maistre Pierre d'Orgemont, prsident
+Jehan Chalemart; maistre Pierre d'Orgemont, président
en parlement; monseigneur Nicolas Bracque et
Jehan Poillevilain, maistres de la chambre des comptes
-et souverains maistres des monnoies; Enguran du
+et souverains maistres des monnoies; Enguéran du
<span class="pagenum"><a id="Page_340"> 340</a></span>
-Petit-Clier et Bernart Fremaut, trsoriers de France;
-Jehan Chauveau et Jacques Lempereur, trsoriers des
+Petit-Célier et Bernart Fremaut, trésoriers de France;
+Jehan Chauveau et Jacques Lempereur, trésoriers des
guerres; maistre Estienne de Paris, maistre Pierre de la
-Charit et maistre Ancel Choquart, maistres des requestes
+Charité et maistre Ancel Choquart, maistres des requestes
de l'ostel du roy; monseigneur Robert de
Lorris, chambellan du roy; monseigneur Jehan Taupin,
de la chambre des enquestes; Geoffroy le Masurier,
-eschanon dudit monseigneur le duc de Normendie; le
+eschançon dudit monseigneur le duc de Normendie; le
Borgne de Beausse, maistre d'escurie dudit monseigneur
-le duc; l'abb de Faloise, prsident en la
+le duc; l'abbé de Faloise, président en la
chambre des enquestes; maistre Robert de Preaux, notaire
du roy; maistre Regnault d'Acy, avocat du roy en
parlement; Jehan d'Auceurre, maistre de la chambre
des comptes; Jehan de Behaigne, varlet dudit monseigneur
-le duc,&mdash;seroient privs de tous offices royaux
-perptuelment, dont il y avoit aucuns prsidens en
+le duc,&mdash;seroient privés de tous offices royaux
+perpétuelment, dont il y avoit aucuns présidens en
parlement, aucuns maistres des requestes en l'ostel du
roy; aucuns maistres de la chambre des comptes et
aucuns autres officiers de l'ostel dudit monseigneur le
duc, si comme dessus est dit. Et requist ledit evesque
-audit monseigneur le duc que ds lors il voulsist priver
-les vint-deux dessus nomms comme dit est; et toutesvoies
-n'avoient-ils est appells n os en aucune manire;
+audit monseigneur le duc que dès lors il voulsist priver
+les vint-deux dessus nommés comme dit est; et toutesvoies
+n'avoient-ils esté appellés né oïs en aucune manière;
et si n'avoient plusieurs de iceux et la plus grant
-partie est accuss d'aucune chose, n contre iceux
-dit n propos aucune villenie; et si estoient plusieurs
-d'iceux officiers Paris, lesquels l'on povoit chascun
+partie esté accusés d'aucune chose, né contre iceux
+dit né proposé aucune villenie; et si estoient plusieurs
+d'iceux officiers à Paris, lesquels l'on povoit chascun
jour veoir et avoir qui aucune chose leur voulsist dire
ou demander.</p>
<p>Item, requist encore ledit evesque que tous les officiers
du royaume de France fussent suspendus, et que
-certains rformateurs feussent donns, lesquels seroient
-nomms par les trois estas qui auroient la cognoissance
+certains réformateurs feussent donnés, lesquels seroient
+nommés par les trois estas qui auroient la cognoissance
de tout ce que l'on vouldroit demander auxdis officiers
<span class="pagenum"><a id="Page_341"> 341</a></span>
et contre iceux dire et proposer. Item, requist encore
@@ -12847,360 +12805,360 @@ ledit evesque que bonne monnoie courust telle que
lesdis trois estas ordeneroient, et plusieurs autres requestes
fist.</p>
-<p>Lors, un chevalier appel monseigneur Jehan de
-Pquigny, pour et au nom des nobles, advoua ledit
-vesque; et un avocat d'Abbeville appel Nicholas le
+<p>Lors, un chevalier appelé monseigneur Jehan de
+Péquigny, pour et au nom des nobles, advoua ledit
+évesque; et un avocat d'Abbeville appelé Nicholas le
Chauceteur l'advoua au nom des bonnes villes; et aussi
-fist Estienne Marcel, prvost des marchans de Paris.
+fist Estienne Marcel, prévost des marchans de Paris.
Et offrirent, au nom des trois estas dessus dis, audit
monseigneur le duc trente mille hommes d'armes,
lesquels ils paieroient par leurs mains et par ceux qu'ils
-y ordeneroient. Et pour avoir la finance ce faire, ils
-avoient orden certain subside, c'est assavoir: Que les
-gens d'glyse paieroient dixiesme et demy de toutes revenues,
+y ordeneroient. Et pour avoir la finance à ce faire, ils
+avoient ordené certain subside, c'est assavoir: Que les
+gens d'églyse paieroient dixiesme et demy de toutes revenues,
les nobles aussi dixiesme et demy; c'est assavoir
de cent livres de terre quinze livres. Et les gens des
bonnes villes feroient de cent feus un homme d'armes;
c'est assavoir demi-escu de gaige pour chascun jour.
Mais pour ce que ils ne savoient pas encore combien
-ladite finance pourroit monter, n s elle souffiroit
+ladite finance pourroit monter, né sé elle souffiroit à
paier les trente mille hommes d'armes dessus dis, ils
-requistrent que ils peussent rassembler la quinzaine
+requistrent que ils peussent rassembler à la quinzaine
de Pasques ensuivant; et entre deux, ils feroient savoir
combien ladite finance pourroit monter. Et se ils trouvoient
- ladite quinzaine que ladite finance ne souffisist,
+à ladite quinzaine que ladite finance ne souffisist,
ils la croistroient. Et aussi ils requistrent que
depuis ladite quinzaine ils peussent rassembler deux
fois, quant bon leur sembleroit, jusques au quinziesme
-jour du moys de fvrier ensuivant. Lequel duc de Normendie
+jour du moys de février ensuivant. Lequel duc de Normendie
leur ottroia toutes leurs requestes, tant les
dessus escriptes comme les autres, et par ce tindrent
que les vint-deux officiers dont dessus est faite mencion
-estoient privs, et demoureroient les autres officiers
+estoient privés, et demoureroient les autres officiers
<span class="pagenum"><a id="Page_342"> 342</a></span>
-souspendus par telle manire que, en ladite ville de
+souspendus par telle manière que, en ladite ville de
Paris, l'on ne tint point de jusridicion jusques au lundi
-ensuivant que le prvost fust restitu en son office. Et
-du parlement fust orden par ceux du grant conseil
-qui avoient est esleus par les dessus dis trois estas le
-vendredi ensuivant, et en ostrent plusieurs de ceux qui
+ensuivant que le prévost fust restitué en son office. Et
+du parlement fust ordené par ceux du grant conseil
+qui avoient esté esleus par les dessus dis trois estas le
+vendredi ensuivant, et en ostèrent plusieurs de ceux qui
en estoient par avant, tant que sur le tout ils n'y en
-laissirent, que en prsidens que en autres, que seize ou
-environ. Et de la chambre des comptes ostrent tous
+laissièrent, que en présidens que en autres, que seize ou
+environ. Et de la chambre des comptes ostèrent tous
les maistres qui y estoient, tant clers comme lais, qui
estoient quinze en nombre, et y en mistrent quatre
tous nouveaux, deux chevaliers et deux lais.</p>
-<p>Mais quant ils y orent est un jour, ils alrent par
+<p>Mais quant ils y orent esté un jour, ils alèrent par
devers le grant conseil et leur distrent qu'il convenoit
-que l'on y mist de ceux qui autrefois y avoient est,
+que l'on y méist de ceux qui autrefois y avoient esté,
pour leur monstrer le fait de ladite chambre; et pour
ce y mist-l'on par provision quatre des anciens, avec
les quatre nouveaux dessus dis.</p>
-<p class="subh">Du traicti et des trives qui furent prises Bourdeaux entre le roy de
+<p class="subh">Du traictié et des trièves qui furent prises à Bourdeaux entre le roy de
France et le prince de Gales.</p>
<p>Le samedi, dix-huitiesme jour dudit moys de
-mars, fut traictie paix Bourdeaux, entre le roy de
+mars, fut traictiée paix à Bourdeaux, entre le roy de
France, qui encore y estoit prisonnier, et le prince de
Gales.</p>
-<p>La manire dudit traicti fut tenue secrte pour ce
-que en icelle estoit rserve la volent du roy d'Angleterre.
-Mais pour aucunes choses qui ce les murent,
-ils pristrent trives gnrales de Pasques ensuivant jusques
- deux ans. Et envoia ledit prince les prisonniers
+<p>La manière dudit traictié fut tenue secrète pour ce
+que en icelle estoit réservée la volenté du roy d'Angleterre.
+Mais pour aucunes choses qui à ce les murent,
+ils pristrent trièves générales de Pasques ensuivant jusques
+à deux ans. Et envoia ledit prince les prisonniers
qu'il avoit en France, et ordena d'emmener le roy de
-France en Angleterre pour parfaire ledit traicti.</p>
+France en Angleterre pour parfaire ledit traictié.</p>
<p>Item, le dimanche vint-sixiesme jour dudit moys de
-mars, fut la monnoie publie Paris, par l'ordenance
+mars, fut la monnoie publiée à Paris, par l'ordenance
<span class="pagenum"><a id="Page_343"> 343</a></span>
des gens des trois estas, c'est assavoir: un mouton
d'or courant pour vingt-quatre sous parisis, et demi-moutons
qui lors furent fais nouviaux pour douze sous
-parisis; deniers blans la couronne pour dix deniers
+parisis; deniers blans à la couronne pour dix deniers
tournois: et les autres monnoies qui lors furent faites.</p>
-<p class="subh">Des lettres qui furent apportes Paris de par le roy de France, lesquelles
-furent publies, en faisant deffense que les trois estas ne s'assemblassent
- la journe dessus dite.</p>
+<p class="subh">Des lettres qui furent apportées à Paris de par le roy de France, lesquelles
+furent publiées, en faisant deffense que les trois estas ne s'assemblassent
+à la journée dessus dite.</p>
-<p>Le mercredi aprs Pasques flories, qui fut le quint jour
-du moys d'avril, furent cries et publies par Paris,
-par lettres ouvertes et mandement du roy, les trives
-dont est dessus faite mencion. Et aussi fut cri et publi
+<p>Le mercredi après Pasques flories, qui fut le quint jour
+du moys d'avril, furent criées et publiées par Paris,
+par lettres ouvertes et mandement du roy, les trièves
+dont est dessus faite mencion. Et aussi fut crié et publié
que le roy ne vouloit pas que l'on paiast le subside qui
-avoit est orden par lesdis trois estas, dont est faite
+avoit esté ordené par lesdis trois estas, dont est faite
mencion; et aussi il ne vouloit pas que les trois estas se
-rassemblassent la journe par eux ordene la
-quinzaine de Pasques n autres, dont le peuple de
-Paris fut moult esmeu, par espcial contre l'archevesque
+rassemblassent à la journée par eux ordenée à la
+quinzaine de Pasques né à autres, dont le peuple de
+Paris fut moult esmeu, par espécial contre l'archevesque
de Sens, contre le conte d'Eu, cousin germain du roy,
et contre le conte de Tancarville, qui les lettres du roy
-s quelles les choses dessus dites estoient contenues
-avoient apportes de Bourdeaux, et auxquels le roy
-avoit enchargi de les faire publier avec plusieurs autres
-choses que l'on leur avoit commises, et chargies faire.</p>
+ès quelles les choses dessus dites estoient contenues
+avoient apportées de Bourdeaux, et auxquels le roy
+avoit enchargié de les faire publier avec plusieurs autres
+choses que l'on leur avoit commises, et chargiées à faire.</p>
<p>Et disoit la plus grant partie du peuple de Paris que
-c'estoit fausset et trason de publier que lesdites trives
-fussent donnes n accordes; et de empescher ladite
-assemble des trois estas n lever ledit subside. Et par
+c'estoit fausseté et traïson de publier que lesdites trièves
+fussent données né accordées; et de empescher ladite
+assemblée des trois estas né à lever ledit subside. Et par
la commocion et desroy qui fut lors en ladite ville, il convint
que ledit archevesque et conte s'en alassent assez hastivement;
-lesquels se absentrent. Et pour ce que aucuns
+lesquels se absentèrent. Et pour ce que aucuns
disoient qu'ils estoient moult dolens de la villenie qui leur
-avoit est faite, et que pour ce ils assembloient gens
+avoit esté faite, et que pour ce ils assembloient gens
<span class="pagenum"><a id="Page_344"> 344</a></span>
-d'armes et avoient entencion et volent de grver aucuns
+d'armes et avoient entencion et volenté de gréver aucuns
de ceux de Paris, l'on fist garder soigneusement ladite
ville, tant de jour comme de nuit; et n'y avoit de la
partie devers Grant-Pont que trois portes ouvertes de
jour; et de nuit elles estoient closes toutes.</p>
<p>Item, le samedi ensuivant, la veille de Pasques les
-grans, qui fut le huitiesme jour d'avril, fut cri et
-publi par Paris que l'on leveroit ledit subside et que
-les trois estas se rassembleroient ladite quinzaine de
-Pasques, nonobstant ledit cri qui avoit est le mercredi
-prcdent. Et ordena ledit duc de Normendie que l'on
-fist ledit cri, par le conseil ou contrainte des dessus
+grans, qui fut le huitiesme jour d'avril, fut crié et
+publié par Paris que l'on leveroit ledit subside et que
+les trois estas se rassembleroient à ladite quinzaine de
+Pasques, nonobstant ledit cri qui avoit esté le mercredi
+précédent. Et ordena ledit duc de Normendie que l'on
+féist ledit cri, par le conseil ou contrainte des dessus
dis trois estas, c'est assavoir: dudit evesque de Laon
qui estoit principal gouverneur desdis trois estas, du
-prvost des marchans et de aucuns autres.</p>
+prévost des marchans et de aucuns autres.</p>
<p class="subh">En quel temps le roy de France arriva en Angleterre.</p>
<p>L'an de grace mil trois cens cinquante-sept, le mardi
-aprs Pasques, qui fut le onziesme jour du moys d'avril,
+après Pasques, qui fut le onziesme jour du moys d'avril,
fist le devantdit prince de Gales ledit roy de France
-entrer en mer Bourdeaux, pour le mener en Angleterre;
-et y arrivrent le quatriesme jour de may ensuivant.
-Et fut ledit roy men Londres et y entra le
+entrer en mer à Bourdeaux, pour le mener en Angleterre;
+et y arrivèrent le quatriesme jour de may ensuivant.
+Et fut ledit roy mené à Londres et y entra le
vint-quatriesme du moys de may. Et avint que, en
alant et chevauchant, le roy d'Angleterre encontra le
roy de France aux champs, auquel ledit roy d'Angleterre
-fist moult grant honneur et rvrence, et parla
- luy moult longuement. Et aprs passa oultre en son
+fist moult grant honneur et révérence, et parla
+à luy moult longuement. Et après passa oultre en son
chemin. Et le roy de France et le prince de Gales s'en
-alrent Londres, l o le roy de France fut tenu prisonnier
+alèrent à Londres, là où le roy de France fut tenu prisonnier
si largement comme il vouloit; car il avoit ses
gens, tels et tant comme il vouloit; et aloit chacier
et esbatre toutes fois qu'il luy plaisoit, et estoit en un
<span class="pagenum"><a id="Page_345"> 345</a></span>
-moult bel ostel, dehors ladite ville de Londres, appell
+moult bel ostel, dehors ladite ville de Londres, appellé
Savoie, et estoit au duc de Lenclastre.</p>
-<p class="subh">Comment la puissance inique des trois estas dclina et vint nant.</p>
+<p class="subh">Comment la puissance inique des trois estas déclina et vint à néant.</p>
-<p>Environ la Magdaleine ensuivant, les ordens par les
-trois estas, tant du grant conseil des gnraux sur le fait
-du subside, comme les rformateurs, commencirent
-dcliner et leur puissance apeticier. Car la finance
+<p>Environ la Magdaleine ensuivant, les ordenés par les
+trois estas, tant du grant conseil des généraux sur le fait
+du subside, comme les réformateurs, commencièrent à
+décliner et leur puissance à apeticier. Car la finance
que ils avoient promise ne fut pas si grande de plus de
-dix pars et les laissirent les nobles, et ne vouldrent
-point paier, n les gens d'Eglyse aussi. Et aussi plusieurs
-des bonnes villes qui cognurent et apperceurent l'iniquit
+dix pars et les laissièrent les nobles, et ne vouldrent
+point paier, né les gens d'Eglyse aussi. Et aussi plusieurs
+des bonnes villes qui cognurent et apperceurent l'iniquité
du fait desdis gouverneurs principaux, qui estoient
-dix ou douze ou environ, se dportrent de leur
+dix ou douze ou environ, se déportèrent de leur
fait et ne vouldrent paier.</p>
-<p>Et l'archevesque de Rains, qui par avant avoit est l'un
+<p>Et l'archevesque de Rains, qui par avant avoit esté l'un
des plus grands maistres, fit tant que il fut principal au
conseil de monseigneur le duc. Et furent presque tous
-ceux qui avoient est mis hors de leurs offices remis en
-leurs estas, except les nomms vint-deux, jasoit ce que
+ceux qui avoient esté mis hors de leurs offices remis en
+leurs estas, excepté les nommés vint-deux, jasoit ce que
aucuns d'iceux n'en laissassent oncques leurs estas.</p>
-<p class="subh">De la deffense que monseigneur le duc de Normendie fist au prvost des
-marchans et autres qui usurpoient la puissance de gouverner le royaume
+<p class="subh">De la deffense que monseigneur le duc de Normendie fist au prévost des
+marchans et à autres qui usurpoient la puissance de gouverner le royaume
de France.</p>
-<p>Aprs avint, environ la my-aoust, que monseigneur
-le duc de Normendie dit au prvost des marchans,
-Charles Toussac, Jehan de l'Isle et Gille Marcel, qui
+<p>Après avint, environ la my-aoust, que monseigneur
+le duc de Normendie dit au prévost des marchans, à
+Charles Toussac, à Jehan de l'Isle et à Gille Marcel, qui
estoient principaux gouverneurs de la ville de Paris,
-que il vouloit, ds or en avant, gouverner et ne vouloit
+que il vouloit, dès or en avant, gouverner et ne vouloit
plus avoir curateurs: et leur deffendit qu'ils ne se meslassent
plus du gouvernement du royaume que ils avoient
-entrepris par telle manire que on obissoit plus eux
-que monseigneur le duc. Et ds lors chevaucha ledit
+entrepris par telle manière que on obéissoit plus à eux
+que à monseigneur le duc. Et dès lors chevaucha ledit
<span class="pagenum"><a id="Page_346"> 346</a></span>
monseigneur le duc de Normendie par aucunes des
bonnes villes et leur fist requeste, en sa personne, de
avoir ayde d'eux comme de autres choses. Et du fait de
-sa monnoie leur parla, lequel luy avoit est empeschi
+sa monnoie leur parla, lequel luy avoit esté empeschié
si comme dessus est dit, dont les dessus dis gouverneurs
des trois estas furent moult dolens. Et s'en ala
-ledit evesque de Laon en son eveschi, car il voit bien
+ledit evesque de Laon en son eveschié, car il véoit bien
que il avoit tout honny.</p>
-<p class="subh">De la chandelle que ceux de Paris offrirent Notre-Dame de Paris, et de
-la rconciliation de ceux de ladite ville par devers monseigneur le duc,
-et comment il fut si prs men que il se consentit de rassembler les trois
+<p class="subh">De la chandelle que ceux de Paris offrirent à Notre-Dame de Paris, et de
+la réconciliation de ceux de ladite ville par devers monseigneur le duc,
+et comment il fut si près mené que il se consentit de rassembler les trois
estas.</p>
<p>La vigile de ladite my-aoust, l'an dessus dit mil trois
-cens cinquante-sept, offrirent ceux de Paris Nostre-Dame
+cens cinquante-sept, offrirent ceux de Paris à Nostre-Dame
une chandelle qui avoit la longueur du tour de
ladite ville de Paris<a name="FNanchor_203" id="FNanchor_203" href="#Footnote_203" class="fnanchor">&nbsp;[203]</a>, si comme l'on disoit, pour ardoir
jour et nuit sans cesse.</p>
-<p>Item, environ la Saint-Remy ensuivant, se rconcilirent
+<p>Item, environ la Saint-Remy ensuivant, se réconcilièrent
ceux de Paris par devers monseigneur le duc de
Normendie, et firent tant que il retourna en ladite ville
-en laquelle il n'avoit est de long-temps. Et luy distrent
-que ils lui feroient trs grant chevance, et ne lui
-requroient riens contre aucuns de ses officiers, n
-aussi la dlivrance du roy de Navarre, laquelle ils luy
-avoient requise par plusieurs foys. Et luy supplirent
+en laquelle il n'avoit esté de long-temps. Et luy distrent
+que ils lui feroient très grant chevance, et ne lui
+requéroient riens contre aucuns de ses officiers, né
+aussi la délivrance du roy de Navarre, laquelle ils luy
+avoient requise par plusieurs foys. Et luy supplièrent
que il voulsist que vint ou trente villes se assemblassent
- Paris; laquelle chose ledit monseigneur le duc leur
-ottroia. Et furent mandes plusieurs villes de par luy;
+à Paris; laquelle chose ledit monseigneur le duc leur
+ottroia. Et furent mandées plusieurs villes de par luy;
c'est assavoir, jusques au nombre de soixante-dix ou
environ, jasoit ce que ils ne luy en eussent requis que
-vint ou trente. Et quant ils furent assembls Paris, ils ne
+vint ou trente. Et quant ils furent assemblés à Paris, ils ne
<span class="pagenum"><a id="Page_347"> 347</a></span>
-firent aucune chose, mais alrent devers ledit monseigneur
+firent aucune chose, mais alèrent devers ledit monseigneur
le duc et luy distrent que ils ne povoient besongnier
-n riens faire s tous lesdis trois estas n'estoient
-rassembls; et luy requistrent les dessus dis de Paris
+né riens faire sé tous lesdis trois estas n'estoient
+rassemblés; et luy requistrent les dessus dis de Paris
que il les voulsist mander, laquelle chose il leur ottroia.
-Et envoia ces lettres aux gens d'glyse, aux nobles et
+Et envoia ces lettres aux gens d'Églyse, aux nobles et
aux bonnes villes, et les manda. Et aussi envoia ledit
-prvost des marchans ses lettres aux dessus dis, avec les
-lettres dudit monseigneur le duc. Et fut la journe de
-assembler Paris les dis trois estas, au mardi aprs la
+prévost des marchans ses lettres aux dessus dis, avec les
+lettres dudit monseigneur le duc. Et fut la journée de
+assembler à Paris les dis trois estas, au mardi après la
feste de Toussains ensuivant, qui fut le septiesme jour de
-novembre, l'an dessus dit. Et pendant ladite journe,
-fut ledit monseigneur le duc si men que il n'avoit denier
+novembre, l'an dessus dit. Et pendant ladite journée,
+fut ledit monseigneur le duc si mené que il n'avoit denier
de chevance, pourquoy il convenoit que il
-fist tout ce que les dessus dis de Paris vouloient; et
-convint que il mandast, leur requeste, ledit evesque
-de Laon qui estoit en son veschi, lequel, par fiction,
-fist dangier<a name="FNanchor_204" id="FNanchor_204" href="#Footnote_204" class="fnanchor">&nbsp;[204]</a> de retourner, et nantmoins il vint tantost.</p>
-
-<p>Item, cedit mardi, aprs la feste de Toussains, se assemblrent
- Paris aucunes gens d'glyse, nobles et
-autres envois des bonnes villes; et moins que autrefois
-n'en estoit venu aux autres assembles. Et assemblrent
-aux Cordeliers par plusieurs journes, et firent tant que
-le parlement qui avoit est orden seoir l'endemain de
+féist tout ce que les dessus dis de Paris vouloient; et
+convint que il mandast, à leur requeste, ledit evesque
+de Laon qui estoit en son éveschié, lequel, par fiction,
+fist dangier<a name="FNanchor_204" id="FNanchor_204" href="#Footnote_204" class="fnanchor">&nbsp;[204]</a> de retourner, et néantmoins il vint tantost.</p>
+
+<p>Item, cedit mardi, après la feste de Toussains, se assemblèrent
+à Paris aucunes gens d'Églyse, nobles et
+autres envoiés des bonnes villes; et moins que autrefois
+n'en estoit venu aux autres assemblées. Et assemblèrent
+aux Cordeliers par plusieurs journées, et firent tant que
+le parlement qui avoit esté ordené à seoir l'endemain de
la Saint-Martin, par ledit monseigneur le duc et son conseil,
-et j avoit est mand par les bailliages, fut continu
+et jà avoit esté mandé par les bailliages, fut continué
quant aux plaidoieries jusques au second jour de
-janvier; et depuis, par leur ordenance, fut continu
-jusques l'endemain de la Chandeleur.</p>
+janvier; et depuis, par leur ordenance, fut continué
+jusques à l'endemain de la Chandeleur.</p>
<p><span class="pagenum"><a id="Page_348"> 348</a></span></p>
-<p class="subh">De la dlivrance du roy de Navarre par un chevalier ennemi et tratre du
+<p class="subh">De la délivrance du roy de Navarre par un chevalier ennemi et traître du
roy de France, et comment il convint que monseigneur le duc de Normendie
-envoiast au roy de Navarre un trs-fort et sur sauf-conduit pour
-venir Paris.</p>
+envoiast au roy de Navarre un très-fort et sur sauf-conduit pour
+venir à Paris.</p>
<p>Le mercredi huitiesme jour du moys de novembre ensuivant,
avant le point du jour du jeudi ensuivant, le
roy de Navarre, qui estoit en prison au chastel de Alleux
-en Cambresis<a name="FNanchor_205" id="FNanchor_205" href="#Footnote_205" class="fnanchor">&nbsp;[205]</a>, fut dlivr par un chevalier en qui le
-roy de France se fioit, appell monseigneur Jehan de
-Pquigny, lors gouverneur, de par le roy de France, au
-pays d'Artois: lequel, comme faux tratre, sans le consentement,
-sceu et volent dudit roy de France, son
+en Cambresis<a name="FNanchor_205" id="FNanchor_205" href="#Footnote_205" class="fnanchor">&nbsp;[205]</a>, fut délivré par un chevalier en qui le
+roy de France se fioit, appellé monseigneur Jehan de
+Péquigny, lors gouverneur, de par le roy de France, au
+pays d'Artois: lequel, comme faux traître, sans le consentement,
+sceu et volenté dudit roy de France, son
seigneur, qui ledit roy de Navarre faisoit tenir en prison,
-au grant pril et prjudice du roy et du royaume
-ainsi faussement le dlivra. Car il ala, et gens d'armes
+au grant péril et préjudice du roy et du royaume
+ainsi faussement le délivra. Car il ala, et gens d'armes
avec luy, jusques au nombre de trente ou environ, et
estoient bourgeois presque tous; et vint audit chastel
de nuit et fit tant, par eschieles et autrement, que luy
-et sa compaignie entrrent audit chastel, qui estoit trs-mal
-gard, sans ce que ceux qui estoient dedans le
+et sa compaignie entrèrent audit chastel, qui estoit très-mal
+gardé, sans ce que ceux qui estoient dedans le
sceussent, si comme l'on disoit. Mais ils ne firent point
-de mal ceux qui estoient audit chastel. De l vint le
-roy de Navarre et ceux qui l'avoient dlivr Amiens,
-desquels une grant partie estoit de ladite ville, et l demoura
-par aucuns jours. Et fist dlivrer tous les prisonniers
-tant de la court de l'glyse, comme de la court
-laye. Et cependant fut traicti entre monseigneur le
-duc de Normendie, qui estoit Paris, par aucuns des
+de mal à ceux qui estoient audit chastel. De là vint le
+roy de Navarre et ceux qui l'avoient délivré à Amiens,
+desquels une grant partie estoit de ladite ville, et là demoura
+par aucuns jours. Et fist délivrer tous les prisonniers
+tant de la court de l'Églyse, comme de la court
+laye. Et cependant fut traictié entre monseigneur le
+duc de Normendie, qui estoit à Paris, par aucuns des
amis du roy de Navarre, c'est assavoir par la royne
Blanche sa suer, et par la royne Jehanne sa tante, qui
pour ce estoient venues en ladite ville de Paris, et par
autres, de envoier sauf-conduit audit roy de Navarre et
<span class="pagenum"><a id="Page_349"> 349</a></span>
- tous ceux qui seroient en sa compaignie. Et convint
+à tous ceux qui seroient en sa compaignie. Et convint
que ledit monseigneur le duc passast tel sauf-conduit,
comme les amis dudit roy de Navarre vouldrent deviser,
-c'est assavoir que pour quelconque chose faite ou faire,
-l'on ne le peust arrter n ceux qui seroient en sa compaignie,
-et si en pourroit amener Paris tant et tels
-comme il vourroit, arms ou autrement. Et lors, au conseil
+c'est assavoir que pour quelconque chose faite ou à faire,
+l'on ne le peust arrêter né ceux qui seroient en sa compaignie,
+et si en pourroit amener à Paris tant et tels
+comme il vourroit, armés ou autrement. Et lors, au conseil
dudit monseigneur le duc estoit principal et souverain
maistre ledit evesque de Laon, qui les choses dessus
-dites avoit toutes prpares et faites par la puissance et
-ayde du devant dit prvost des marchans et de dix ou
+dites avoit toutes préparées et faites par la puissance et
+ayde du devant dit prévost des marchans et de dix ou
de douze de la ville de Paris. Si n'estoit pas merveille
-s ledit monseigneur le duc estoit conseill faire tout
+sé ledit monseigneur le duc estoit conseillé à faire tout
ce qui estoit bon au roy de Navarre. Lequel sauf-conduit
-fut port Amiens par un clerc appell Mahy de
-Pquigny, frre dudit monseigneur Jehan de Pquigny,
-et par un chevin de Paris appell Charles Toussac.
+fut porté à Amiens par un clerc appellé Mahy de
+Péquigny, frère dudit monseigneur Jehan de Péquigny,
+et par un échevin de Paris appellé Charles Toussac.
Ce fait, plusieurs des bonnes villes qui estoient venues
- Paris ladite assemble des trois estas, par espcial
+à Paris à ladite assemblée des trois estas, par espécial
des parties de Champaigne et de Bourgoigne, se
-partirent de Paris sans prendre congi, quant ils sceurent
-que le roy de Navarre devoit venir Paris; pour ce
+partirent de Paris sans prendre congié, quant ils sceurent
+que le roy de Navarre devoit venir à Paris; pour ce
que ils se doubtoient que l'on ne leur voulsist faire
-avouer la dlivrance du roy de Navarre.</p>
+avouer la délivrance du roy de Navarre.</p>
<p>Item, le mercredi, veille de saint Andrieu ensuivant,
-prs de l'anuitier, entra ledit roy de Navarre Paris,
-avec moult grant compaignie de gens arms. Et estoient
+près de l'anuitier, entra ledit roy de Navarre à Paris,
+avec moult grant compaignie de gens armés. Et estoient
avec luy monseigneur Jehan de Meulant, evesque de
Paris, et moult grant nombre de ceux de Paris, dont il
y avoit bien deux cens hommes d'armes et plus qui estoient
-als l'encontre dudit roy jusques Saint-Denis
+alés à l'encontre dudit roy jusques à Saint-Denis
en France; et ala ledit roy de Navarre descendre en
-l'abbaye de Saint-Germain-des-Prs.</p>
+l'abbaye de Saint-Germain-des-Prés.</p>
<p><span class="pagenum"><a id="Page_350"> 350</a></span></p>
-<p class="subh">De la prdication par parolles couvertes que ledit roy de Navarre fist au
-Pr-aux-Clercs plusieurs gens de la ville de Paris la fin quoy il tendoit.</p>
+<p class="subh">De la prédication par parolles couvertes que ledit roy de Navarre fist au
+Pré-aux-Clercs à plusieurs gens de la ville de Paris à la fin à quoy il tendoit.</p>
<p>L'endemain, jour de la Saint-Andrieu, environ heure
de prime, le roy de Navarre, qui avoit fait assavoir par
ladite ville de Paris, en plusieurs lieux, que il vouloit
parler aux gens de ladite ville, fut en un eschafaut sur
-les murs de ladite abbaye de Saint-Germain des Prs,
-par devers le Pr-aux-Clers; lequel eschafaut estoit
+les murs de ladite abbaye de Saint-Germain des Prés,
+par devers le Pré-aux-Clers; lequel eschafaut estoit
fait pour le roy de France, pour veoir les gaiges de batailles
que l'on faisoit aucunes fois en une lice qui estoit
-audit pr, joingnant aux murs de Saint-Germain.
+audit pré, joingnant aux murs de Saint-Germain.
Es quelles lices estoient venus moult de gens
par le mandement que ledit roy de Navarre et ledit
-prvost des marchans avoient fait plusieurs quarteniers
-et cinquanteniers de ladite ville. Et en la prsence
-de dix mille personnes dist moult de choses, en dmonstrant
-que il avoit est pris sans cause et dtenu en
+prévost des marchans avoient fait à plusieurs quarteniers
+et cinquanteniers de ladite ville. Et en la présence
+de dix mille personnes dist moult de choses, en démonstrant
+que il avoit esté pris sans cause et détenu en
prison par dix-neuf moys; et contre plusieurs des gens
et officiers du roy dist plusieurs choses. Et jasoit ce que
-contre le roy n contre le duc il ne dist riens appertement,
+contre le roy né contre le duc il ne déist riens appertement,
toutesvoies dist-il assez de choses deshonnestes et
villaines par parolles couvertes. Moult longuement sermona,
-et tant que l'on avoit disn par Paris quant il
+et tant que l'on avoit disné par Paris quant il
cessa. Et fut tout son sermon de justifier son fait et de
-dampner sa prise. Et le pareil sermon avoit fait
+dampner sa prise. Et le pareil sermon avoit fait à
Amiens.</p>
<p class="subh">De la response que l'evesque de Laon rendit pour monseigneur le duc
sans en demander son plaisir.</p>
-<p>A l'endemain, qui fut vendredi et premier jour de dcembre,
-alrent au palais, par devers monseigneur le
-duc de Normendie, ledit prvost des marchans, maistre
+<p>A l'endemain, qui fut vendredi et premier jour de décembre,
+alèrent au palais, par devers monseigneur le
+duc de Normendie, ledit prévost des marchans, maistre
<span class="pagenum"><a id="Page_351"> 351</a></span>
Robert de Corbie et aucuns autres de ladite ville de Paris.
Et requistrent audit monseigneur le duc de par les
@@ -13208,230 +13166,230 @@ bonnes villes, si comme ils disoient, que il voulsist faire
raison et justice audit roy de Navarre. Et lors ledit
evesque de Laon, qui principal estoit audit conseil de
monseigneur le duc, si comme dessus est dit, et par lequel
-ledit roy et prvost des marchans et leur partie
+ledit roy et prévost des marchans et leur partie
faisoient ce que ils faisoient, respondit pour monseigneur
le duc, sans luy en demander son plaisir, que ledit duc feroit
audit roy de Navarre non pas seulement raison et
justice, mais toute grace et toute courtoisie et tout ce que
-bon frre doit faire autre. Et certes c'estoit bien tromp
+bon frère doit faire à autre. Et certes c'estoit bien trompé
quant celui qui estoit maistre et gouverneur dudit roy
de Navarre et de ceux de sa partie, estoit maistre et principal
au conseil de monseigneur le duc, c'est assavoir
ledit evesque de Laon; et n'y avoit lors homme au conseil
dudit monseigneur le duc qui luy osast contredire.</p>
-<p class="subh">Comment monseigneur le duc, par le conseil que il ot et aussi par sa bnignit,
-ala premirement devers le roy de Navarre, en l'ostel de la royne
+<p class="subh">Comment monseigneur le duc, par le conseil que il ot et aussi par sa bénignité,
+ala premièrement devers le roy de Navarre, en l'ostel de la royne
Jehanne.</p>
<p>Le samedi ensuivant, ledit monseigneur le duc assembla
de ceux de son conseil tant et tel comme ledit
-evesque voult; et furent exposes les requestes que faisoit
+evesque voult; et furent exposées les requestes que faisoit
ledit roy de Navarre, et fut dit que chascun y pensast,
et l'endemain, jour de dimanche, tiers jour dudit
-moys de dcembre, retournassent au conseil.</p>
+moys de décembre, retournassent au conseil.</p>
-<p>Iceluy jour de samedi, aprs diner, ledit duc ala en
+<p>Iceluy jour de samedi, après diner, ledit duc ala en
l'ostel de ladite royne Jehanne, par le conseil qui luy
-fut donn, pour parler audit roy de Navarre, qui encore
-n'avoit est par devers luy n parl luy. Et assez tost
-aprs que ledit monseigneur le duc fut venu audit ostel,
-ledit roy de Navarre y ala grant compaignie de gens
-d'armes; et toutesvoies monseigneur le duc y estoit al
+fut donné, pour parler audit roy de Navarre, qui encore
+n'avoit esté par devers luy né parlé à luy. Et assez tost
+après que ledit monseigneur le duc fut venu audit ostel,
+ledit roy de Navarre y ala à grant compaignie de gens
+d'armes; et toutesvoies monseigneur le duc y estoit alé à
<span class="pagenum"><a id="Page_352"> 352</a></span>
assez petite compaignie, sans aucunes armes. Et quant
-ledit roy de Navarre entra en la chambre o estoit ladite
-royne et ledit duc, lesdis duc et roy s'entresalurent assez
+ledit roy de Navarre entra en la chambre où estoit ladite
+royne et ledit duc, lesdis duc et roy s'entresaluèrent assez
mortement. Toutesvoies convint-il que les sergens d'armes
-qui estoient als avec ledit duc audit ostel, et gardoient
-l'huys de la chambre o il estoit, se partissent,
-ou l'on leur eust fait villenie. Et demourrent les gens
+qui estoient alés avec ledit duc audit ostel, et gardoient
+l'huys de la chambre où il estoit, se partissent,
+ou l'on leur eust fait villenie. Et demourèrent les gens
dudit roy de Navarre en la garde dudit huys, comme
-maistres et souverains que ils se tenoient; et l parlrent
-assez ensemble, et pou aprs se dpartirent.</p>
+maistres et souverains que ils se tenoient; et là parlèrent
+assez ensemble, et pou après se départirent.</p>
-<p class="subh">Comment il fut conseilli monseigneur le duc par l'evesque de Laon et
-par le prvost des marchans que il accordast toutes les requestes du roy
+<p class="subh">Comment il fut conseillié à monseigneur le duc par l'evesque de Laon et
+par le prévost des marchans que il accordast toutes les requestes du roy
de Navarre.</p>
-<p>Le dimanche ensuivant, troisiesme jour de dcembre,
+<p>Le dimanche ensuivant, troisiesme jour de décembre,
furent devant monseigneur le duc au conseil pluseurs
conseilliers, tels comme ledit evesque ordena. Et
-furent rptes les requestes que ledit roy de Navarre
-faisoit; et toutesvoies, pour or tout ce que il vouldroit
-requrir avoit est orden certains conseilliers dudit
+furent répétées les requestes que ledit roy de Navarre
+faisoit; et toutesvoies, pour oïr tout ce que il vouldroit
+requérir avoit esté ordené certains conseilliers dudit
monseigneur le duc, desquels la plus grant partie estoient
-audit roy de Navarre. Mais ainsi l'avoit orden
+audit roy de Navarre. Mais ainsi l'avoit ordené
ledit evesque, afin que tout quanque ledit roy requerroit
-luy fust ottroi par ledit monseigneur le duc, qui, par
+luy fust ottroié par ledit monseigneur le duc, qui, par
contrainte, ne povoit refuser chose que iceluy evesque
voulsist. Lesquels conseilliers estoient audit conseil.
Et pour ce encore que il y eust plus des amis dudit
roy de Navarre, et que les requestes que il faisoit
-ne peussent estre empeschies par aucuns preudes
+ne peussent estre empeschiées par aucuns preudes
hommes qui estoient audit conseil, ledit evesque malicieusement
-fist et ordena que ledit prvost des marchans,
+fist et ordena que ledit prévost des marchans,
maistre Robert de Corbie, Jehan de l'Isle et aucuns
-autres de leur aliance, alrent heurter l'huys de
-la chambre o ledit monseigneur le duc et le conseil
+autres de leur aliance, alèrent heurter à l'huys de
+la chambre où ledit monseigneur le duc et le conseil
<span class="pagenum"><a id="Page_353"> 353</a></span>
estoit pour ordener desdites requestes; et feingnirent
que ils voulsissent parler audit monseigneur le duc
d'autre chose; et toutesvoies ne distrent-ils aucune chose
fors tant que ils distrent audit monseigneur le duc que
-les gens envois de par les bonnes villes estoient accort
+les gens envoiés de par les bonnes villes estoient à accort
et s'en vouloient aler, mais que ils eussent faite leur
-response. Si requroient ledit monseigneur le duc que
-il fist savoir tous les nobles qui estoient Paris que
+response. Si requéroient ledit monseigneur le duc que
+il féist savoir à tous les nobles qui estoient à Paris que
ils feussent l'endemain aux Cordeliers, pour eux accorder
avec les bonnes villes. Lequel duc respondit que il le
feroit volentiers.</p>
<p>Ce fait, ledit monseigneur le duc, par le conseil dudit
-evesque, fist demourer au conseil lesdis prvost des
-marchans et sa compaignie. Et lors fist demande
+evesque, fist demourer au conseil lesdis prévost des
+marchans et sa compaignie. Et lors fist demande à
chascun d'iceux qui estoient au conseil, sur lesdites requestes.
-Et finablement fut conseilli monseigneur le
+Et finablement fut conseillié à monseigneur le
duc que il accordast audit roy de Navarre les choses qui
-ensuivent; et si fut dit par ledit prvost des marchans
-en disant son opinion: Sire, faites amiablement au
+ensuivent; et si fut dit par ledit prévost des marchans
+en disant son opinion: «Sire, faites amiablement au
roy de Navarre ce que il vous requiert, car il convient
-qu'il soit fait ainsi. Comme s il voulsist dire: il en
+qu'il soit fait ainsi.» Comme sé il voulsist dire: il en
sera fait, veuillez ou non.</p>
-<p>Si fut lors orden: Que le roy de Navarre auroit toute
+<p>Si fut lors ordené: Que le roy de Navarre auroit toute
la terre qu'il tenoit quant il fut pris, et tous les meubles
qui estoient sous ladite terre.</p>
<p>Item, toutes les forteresses que il tenoit lors que dessus
-est dit, qui depuis avoient est prises par le roy de
-France et ses gens; et tous les biens qui estoient s dites
+est dit, qui depuis avoient esté prises par le roy de
+France et ses gens; et tous les biens qui estoient ès dites
forteresses.</p>
-<p>Item, fut orden que ledit monseigneur le duc pardonneroit
-audit roy de Navarre et tous ses adhrens
+<p>Item, fut ordené que ledit monseigneur le duc pardonneroit
+audit roy de Navarre et à tous ses adhérens
tout ce que ils avoient meffait au roy et au royaume de
France.</p>
<p><span class="pagenum"><a id="Page_354"> 354</a></span></p>
-<p class="subh">Autres ordenances, comment les dessus dis dcapits et pendus Rouen
-fussent despendus et enterrs; et les biens rendus leur hoirs.</p>
+<p class="subh">Autres ordenances, comment les dessus dis décapités et pendus à Rouen
+fussent despendus et enterrés; et les biens rendus à leur hoirs.</p>
-<p>Encore fut orden que le conte de Harecourt, le seigneur
-de Graville, monseigneur Maubu-de-Mainesmares,
+<p>Encore fut ordené que le conte de Harecourt, le seigneur
+de Graville, monseigneur Maubué-de-Mainesmares,
chevaliers, et Colinet Doublet, escuier, lesquels le
-roy de France avoit fait descapiter Rouen, en sa prsence,
+roy de France avoit fait descapiter à Rouen, en sa présence,
et puis traisner et pendre au gibet de Rouen,
lorsque le Roy de Navarre fut pris, seroient despendus
-publiquement et rendus leurs amis, pour enterrer en
-terre benoite; et toutes leurs terres qui estoient confisques
-rendues leurs enfants ou hritiers. Et pour ce
-que ledit roy de Navarre requroit pour ses injures,
-dommaiges et intrts grant somme de florins ou terre
-en lieu desdis florins; et disoit-l'on part, jasoit ce que
-il ne feust pas dit clrement, que il pensoit en avoir
-ou la duchi de Normendie ou la cont de Champaigne;
-il fut orden que l'on traiteroit avec luy de continuer
-ceste requeste jusques un autre jour. Et finablement
-luy furent accordes toutes les choses dessus dites,
+publiquement et rendus à leurs amis, pour enterrer en
+terre benoite; et toutes leurs terres qui estoient confisquées
+rendues à leurs enfants ou héritiers. Et pour ce
+que ledit roy de Navarre requéroit pour ses injures,
+dommaiges et intérêts grant somme de florins ou terre
+en lieu desdis florins; et disoit-l'on à part, jasoit ce que
+il ne feust pas dit clèrement, que il pensoit à en avoir
+ou la duchié de Normendie ou la conté de Champaigne;
+il fut ordené que l'on traiteroit avec luy de continuer
+ceste requeste jusques à un autre jour. Et finablement
+luy furent accordées toutes les choses dessus dites,
et en ot lettres dudit duc telles comme les gens dudit roy
-les vouldrent faire. Et pour ce que l'assemble des trois
-estas estoit continue jusques au vintiesme jour de Nol
-ensuivant, car ils n'avoient pas est d'accort, et si s'en
-estoient als plusieurs sans prendre congi quant ils orent
-sceu la dlivrance dudit roy, si comme dessus est dit,
-accord fut que les roy et duc rassembleroient au vintiesme
-jour de Nol dessus dit, pour traictier des choses
+les vouldrent faire. Et pour ce que l'assemblée des trois
+estas estoit continuée jusques au vintiesme jour de Noël
+ensuivant, car ils n'avoient pas esté d'accort, et si s'en
+estoient alés plusieurs sans prendre congié quant ils orent
+sceu la délivrance dudit roy, si comme dessus est dit,
+accordé fut que les roy et duc rassembleroient au vintiesme
+jour de Noël dessus dit, pour traictier des choses
dessus dites; et cependant ledit monseigneur le duc envoieroit
certaine personne notable en Normendie pour
-excuter loyaument et de fait audit roy les choses luy
-accordes; et y fut orden monseigneur Almaury de
+exécuter loyaument et de fait audit roy les choses à luy
+accordées; et y fut ordené monseigneur Almaury de
Meulant, chevalier baneret.</p>
-<p>Et, par trois ou quatre jours aprs, compaignirent
+<p>Et, par trois ou quatre jours après, compaignièrent
<span class="pagenum"><a id="Page_355"> 355</a></span>
lesdis duc et roy l'un l'autre, et furent par ledit temps
-souvent ensemble, et mengirent ensemble plusieurs fois
+souvent ensemble, et mengièrent ensemble plusieurs fois
en l'ostel de la royne Jehanne, en l'ostel dudit evesque
de Laon et au palais; et tousjours estoit ledit evesque
-avec eux, et moult bonne chire s'entrefaisoient. Et
-ensemble, moult secrtement, visitrent les saintes reliques
-en la chapelle du palais. Et fist ledit roy dlivrer
-tous les prisonniers qui estoient s prisons de Paris, tant
-s prisons de l'glyse comme s prisons des seigneurs
-lais; nis ceux qui estoient en oublite, condamns au
-pain et l'yaue, furent dlivrs.</p>
-
-<p>Aprs ces choses, vindrent certaines nouvelles Paris
-que le traicti entre les roys de France et d'Angleterre
-estoit tenu parfait, et qu'ils estoient accort; et disoit
-l'on communment que ledit roy de France seroit tantost
+avec eux, et moult bonne chière s'entrefaisoient. Et
+ensemble, moult secrètement, visitèrent les saintes reliques
+en la chapelle du palais. Et fist ledit roy délivrer
+tous les prisonniers qui estoient ès prisons de Paris, tant
+ès prisons de l'Églyse comme ès prisons des seigneurs
+lais; néis ceux qui estoient en oubliète, condamnés au
+pain et à l'yaue, furent délivrés.</p>
+
+<p>Après ces choses, vindrent certaines nouvelles à Paris
+que le traictié entre les roys de France et d'Angleterre
+estoit tenu parfait, et qu'ils estoient à accort; et disoit
+l'on communément que ledit roy de France seroit tantost
en France.</p>
<p class="subh">Comment monseigneur le duc de Normendie en assurant ceux de Paris leur
dist, en plaines halles, qu'il vouloit vivre et mourir avec eux, et que
les gens d'armes qu'il faisoit venir estoient pour le bien de ceux du
royaume: et, par la deffaute de ceux qui avoient le gouvernement, il
-convenoit que luy-meismes mist paine rebouter les ennemis.</p>
+convenoit que luy-meismes méist paine à rebouter les ennemis.</p>
<p class="subt">1358.</p>
<p>Ce meisme jeudi, onziesme jour dudit moys de janvier
mil trois cens cinquante-huit, monseigneur le duc
-de Normendie, qui longuement avoit demour Paris
+de Normendie, qui longuement avoit demouré à Paris
et ne pouvoit avoir chevance, car ceux de Paris avoient
-tout le gouvernement, fut conseilli que il parlast au
+tout le gouvernement, fut conseillié que il parlast au
commun de Paris. Si fist savoir, celuy jour bien matin,
-que il iroit s halles pour parler au commun. Et quant
-l'evesque de Laon et le prvost des marchans le sceurent,
-ils le cuidrent empeschier, et distrent monseigneur
-le duc que il se vouloit mettre en grant pril de
-soy mettre devant le peuple. Nantmoins, ledit monseigneur
+que il iroit ès halles pour parler au commun. Et quant
+l'evesque de Laon et le prévost des marchans le sceurent,
+ils le cuidèrent empeschier, et distrent à monseigneur
+le duc que il se vouloit mettre en grant péril de
+soy mettre devant le peuple. Néantmoins, ledit monseigneur
<span class="pagenum"><a id="Page_356"> 356</a></span>
le duc ne les crut point, mais ala, environ heure
-de tierce, s dites halles, cheval, luy sixiesme ou huitiesme
-ou environ. Et dit grant foison de peuple
-qui l estoit que il avoit entencion de mourir et de
-vivre avec eux, et que ils ne crussent aucuns qui avoient
-dit et publi que il faisoit venir des gens d'armes pour
-les piller et gaster: car il ne l'avoit oncques pens.
-Mais il faisoit venir lesdites gens d'armes pour aidier
+de tierce, ès dites halles, à cheval, luy sixiesme ou huitiesme
+ou environ. Et dit à grant foison de peuple
+qui là estoit que il avoit entencion de mourir et de
+vivre avec eux, et que ils ne créussent aucuns qui avoient
+dit et publié que il faisoit venir des gens d'armes pour
+les piller et gaster: car il ne l'avoit oncques pensé.
+Mais il faisoit venir lesdites gens d'armes pour aidier à
deffendre et garantir le peuple de France, qui moult
-avoit souffrir, car les ennemis estoient moult espandus
+avoit à souffrir, car les ennemis estoient moult espandus
parmy le royaume de France, et ceux qui
-avoient pris le gouvernement n'y mettoient nul remde.
-Si estoit son entencion, ce disoit, de gouverner ds lors
+avoient pris le gouvernement n'y mettoient nul remède.
+Si estoit son entencion, ce disoit, de gouverner dès lors
en avant, et de rebouter les ennemis de France; et
-n'eust pas tant attendu ledit duc s il eust eu le gouvernement
+n'eust pas tant attendu ledit duc sé il eust eu le gouvernement
et la finance. Et oultre, dit lors que toute
-la finance qui avoit est leve au royaume de France,
+la finance qui avoit esté levée au royaume de France,
depuis que les trois estas avoient eu le gouvernement,
-il n'en avoit n denier n maille; mais bien pensoit
+il n'en avoit né denier né maille; mais bien pensoit
que ceux qui l'avoient receue si en rendroient bon
-compte. Et furent les parolles dudit duc moult agrables
+compte. Et furent les parolles dudit duc moult agréables
au peuple; et se tenoit la plus grant partie par
devers luy<a name="FNanchor_206" id="FNanchor_206" href="#Footnote_206" class="fnanchor">&nbsp;[206]</a>.</p>
-<p class="subh">De l'assemble que le prvost des marchans fist faire Saint-Jaques-de-l'Ospital,
+<p class="subh">De l'assemblée que le prévost des marchans fist faire à Saint-Jaques-de-l'Ospital,
pour la doubte que il avoit que le peuple de Paris ne se tenist
du tout avec monseigneur le duc; et des parolles que dit Charles Toussac,
eschevin.</p>
<p>L'endemain, jour de vendredi, douziesme jour dudit
-moys de janvier, le prvost des marchans et ses alis,
-considrans et voyans que le peuple estoit faire le
-plaisir et la volent de monseigneur le duc, leur seigneur,
+moys de janvier, le prévost des marchans et ses aliés,
+considérans et voyans que le peuple estoit à faire le
+plaisir et la volenté de monseigneur le duc, leur seigneur,
<span class="pagenum"><a id="Page_357"> 357</a></span>
-doubtans par aventure que ledit peuple ne s'esmust
-contre eux, firent assembler Saint-Jaques-de-l'Ospital<a name="FNanchor_207" id="FNanchor_207" href="#Footnote_207" class="fnanchor">&nbsp;[207]</a>
-grant foison de gens, et par espcial ceux
+doubtans par aventure que ledit peuple ne s'esméust
+contre eux, firent assembler à Saint-Jaques-de-l'Ospital<a name="FNanchor_207" id="FNanchor_207" href="#Footnote_207" class="fnanchor">&nbsp;[207]</a>
+grant foison de gens, et par espécial ceux
qui estoient de leur partie. Et quant ledit duc sceut
-ladite assemble, il partit tantost du palais et ala audit
+ladite assemblée, il partit tantost du palais et ala audit
Ospital, et en sa compaignie estoit ledit evesque de Laon
-et plusieurs autres. Et quant il fut l, il fist parler son
-chancellier tous ceux qui l estoient et leur fist dire
-une partie de ce qu'il avoit dit le jour prcdent s
+et plusieurs autres. Et quant il fut là, il fist parler son
+chancellier à tous ceux qui là estoient et leur fist dire
+une partie de ce qu'il avoit dit le jour précédent ès
halles. Et oultre, pour ce que plusieurs publioient que ledit
duc ne tenoit pas au roy de Navarre les convenances
que il luy avoit promises, et ledit duc ne povoit faire
@@ -13439,368 +13397,368 @@ son devoir de rebouter ses ennemis qui dommageoient
et gastoient tout environ Paris, Chartres et le pays environ,
iceluy duc fist dire que il avoit bien tenu audit
roy de Navarre ce qu'il avoit promis en tant comme
-il povoit; mais aucuns d'iceux auxquels le roy son pre
-avoit bailli garder aucuns chastiaux dudit roy de
+il povoit; mais aucuns d'iceux auxquels le roy son père
+avoit baillié à garder aucuns chastiaux dudit roy de
Navarre ne les vouloient rendre, il n'en povoit mais;
mais il en avoit fait tout son povoir et encore estoit
prest du faire.</p>
-<p>Et aprs ce que ledit chancellier ot parl, Charles
+<p>Et après ce que ledit chancellier ot parlé, Charles
Toussac se leva et voult parler; mais il y ot si grant
-noise que il ne put estre o. Si se partit lors monseigneur
+noise que il ne put estre oï. Si se partit lors monseigneur
le duc et sa compaignie, fors l'evesque de Laon,
-qui demoura avec ledit prvost des marchans. Et assez
-tost aprs que ledit duc fut parti, ledit Charles recommena,
-et lors fut o. Si dit moult de choses, et par espcial
+qui demoura avec ledit prévost des marchans. Et assez
+tost après que ledit duc fut parti, ledit Charles recommença,
+et lors fut oï. Si dit moult de choses, et par espécial
contre les officiers du roy. Et dit que il y avoit
tant de mauvaises herbes que les bonnes ne povoient
-fructifier n amender; et dit moult de choses couvertement
+fructifier né amender; et dit moult de choses couvertement
<span class="pagenum"><a id="Page_358"> 358</a></span>
-contre le duc. Et aprs, quant il ot parl, un
-advocat appell Jehan de Sainte-Aude, qui par les trois
-estas avoit est fait un des gnraux gouverneurs des
-subsides ottroys par les trois estas, parla et dit que le
-prvost des marchans n les autres des trois estas n'avoient
-pas embours l'argent que on avoit receu des
-subsides. Et autel avoit dit ledit prvost des marchans.
+contre le duc. Et après, quant il ot parlé, un
+advocat appellé Jehan de Sainte-Aude, qui par les trois
+estas avoit esté fait un des généraux gouverneurs des
+subsides ottroyés par les trois estas, parla et dit que le
+prévost des marchans né les autres des trois estas n'avoient
+pas emboursé l'argent que on avoit receu des
+subsides. Et autel avoit dit ledit prévost des marchans.
Et nomma ledit Jehan plusieurs chevaliers qui en avoient
eu par le mandement dudit duc, si comme disoit ledit
-Jehan, jusques la somme de quarante ou de cinquante
-mille moutons, lesquels avoient est mal emplois, si
-comme ses parolles le notoient et donnoient entendre.
-Et l fut encore dit par ledit Charles Toussac que ledit
-prvost des marchans toit preud'homme et avoit fait
+Jehan, jusques à la somme de quarante ou de cinquante
+mille moutons, lesquels avoient esté mal emploiés, si
+comme ses parolles le notoient et donnoient à entendre.
+Et là fut encore dit par ledit Charles Toussac que ledit
+prévost des marchans étoit preud'homme et avoit fait
ce que il avoit fait pour le bien et le sauvement et le
-proufit de tout le peuple. Et dist que sur ledit prvost
-rgnoit haine, et que il le savoit bien. Et que s ledit
-prvost des marchans cuidoit que ceux qui l estoient
-prsens et les autres de Paris ne le voulsissent porter
-n soustenir, il querroit son sauvement l o il le
-pourroit trouver. Et l aucuns qui estoient de leur
-aliance crirent, disans que ils le porteroient et soustenroient
+proufit de tout le peuple. Et dist que sur ledit prévost
+régnoit haine, et que il le savoit bien. Et que sé ledit
+prévost des marchans cuidoit que ceux qui là estoient
+présens et les autres de Paris ne le voulsissent porter
+né soustenir, il querroit son sauvement là où il le
+pourroit trouver. Et là aucuns qui estoient de leur
+aliance crièrent, disans que ils le porteroient et soustenroient
contre tous.</p>
<p>Item, le samedi ensuivant, treiziesme jour dudit
moys de janvier, monseigneur le duc manda plusieurs
-des maistres de Paris au palais l o il estoit, et parla
- eux moult amiablement et leur requist que ils luy
-voulsissent estre bons subgis et il leur seroit bon seigneur.
+des maistres de Paris au palais là où il estoit, et parla
+à eux moult amiablement et leur requist que ils luy
+voulsissent estre bons subgiés et il leur seroit bon seigneur.
Lesquels luy respondirent que ils vivroient et
-mourroient avec luy, et que il avoit trop attendu
+mourroient avec luy, et que il avoit trop attendu à
prendre le gouvernement.</p>
<p><span class="pagenum"><a id="Page_359"> 359</a></span></p>
-<p class="subh">De la mort Jehan Baillet, trsorier de monsieur le duc de Normendie. Et
-comment Perin Marc fut justici, pendu et puis despendu et enterr en
-l'glyse Saint-Merry.</p>
+<p class="subh">De la mort Jehan Baillet, trésorier de monsieur le duc de Normendie. Et
+comment Perin Marc fut justicié, pendu et puis despendu et enterré en
+l'églyse Saint-Merry.</p>
<p>Le mercredi vint-quatriesme jour dudit moys de janvier,
-aprs disner, Jehan Baillet, trsorier de monseigneur
-le duc de Normendie et moult acoint de luy,
-fut tu Paris d'un vallet changeur appel Perrin Marc,
-qui le frit d'un coutel au dessoubs de l'espaule par
-derrire, en la rue nueve Saint-Merry. Et aprs s'enfuit
+après disner, Jehan Baillet, trésorier de monseigneur
+le duc de Normendie et moult acointé de luy,
+fut tué à Paris d'un vallet changeur appelé Perrin Marc,
+qui le férit d'un coutel au dessoubs de l'espaule par
+derrière, en la rue nueve Saint-Merry. Et après s'enfuit
ledit Perrin audit moustier de Saint-Merry. Et le soir
-bien tard, ledit duc, qui moult estoit courrouci de la
-mort de son dit trsorier, envoia audit moustier de Saint-Merry
+bien tard, ledit duc, qui moult estoit courroucié de la
+mort de son dit trésorier, envoia audit moustier de Saint-Merry
monseigneur Robert de Clermont, son mareschal,
Jehan de Chalon, fils de monseigneur Jehan de Chalon,
-seigneur d'Arlay, Guillaume Staise, lors prvost
+seigneur d'Arlay, Guillaume Staise, lors prévost
de Paris et grant foison de gens d'armes, lesquels
-brisirent les huys dudit moustier et en mistrent hors
- force ledit Perrin Marc. Et l'endemain matin jour de
-jeudi, ledit Perrin fut traisn au chastelet au lieu o il
-avoit fait le coup, et l ot le poing coupp et puis fut
-men au gibet de Paris, et l pendu.</p>
+brisièrent les huys dudit moustier et en mistrent hors
+à force ledit Perrin Marc. Et l'endemain matin jour de
+jeudi, ledit Perrin fut traisné au chastelet au lieu où il
+avoit fait le coup, et là ot le poing couppé et puis fut
+mené au gibet de Paris, et là pendu.</p>
<p>Mais l'evesque de Paris fist tant que ledit Perrin fut
-despendu le samedi ensuivant et fut ramen audit moustier
-de Saint-Merry et restabli; et l trs grant sollempnit
-fut enterr le jour que les obsques dudit Jehan
-Baillet furent faites, auxquelles fut prsent monseigneur
-le duc de Normendie. Et celles dudit Perrin
-fut le prvost des marchans et grant foison des bourgeois
+despendu le samedi ensuivant et fut ramené audit moustier
+de Saint-Merry et restabli; et là à très grant sollempnité
+fut enterré le jour que les obsèques dudit Jehan
+Baillet furent faites, auxquelles fut présent monseigneur
+le duc de Normendie. Et à celles dudit Perrin
+fut le prévost des marchans et grant foison des bourgeois
de Paris.</p>
-<p class="subh">Des messagiers du roy de France envois monseigneur le duc son fils
-ainsn, Paris.</p>
+<p class="subh">Des messagiers du roy de France envoiés à monseigneur le duc son fils
+ainsné, à Paris.</p>
<p>Le samedi vint-septiesme jour du moys de janvier,
les messages du roy qui estoient venus d'Angleterre,
<span class="pagenum"><a id="Page_360"> 360</a></span>
c'est assavoir l'evesque de Therouenne, chancellier de
France, le conte de Vendosme, le seigneur de Derval,
-le sire d'Aubigny, monseigneur Jehan de Saintr, chevalier,
+le sire d'Aubigny, monseigneur Jehan de Saintré, chevalier,
et messire Jehan de Champeaux, clerc, firent leur
-rapport au duc de Normendie, en la prsence de plusieurs
+rapport au duc de Normendie, en la présence de plusieurs
de son conseil, evesques, chevaliers et autres, sur
-le traicti de l'accort fait en Angleterre, entre les roys
-de France et d'Angleterre. Lequel traicti moult plut
-audit duc et ses conseilliers, si comme ils disoient.</p>
+le traictié de l'accort fait en Angleterre, entre les roys
+de France et d'Angleterre. Lequel traictié moult plut
+audit duc et à ses conseilliers, si comme ils disoient.</p>
<p class="subh">De la response que monseigneur le duc de Normendie fist au message
du roy de Navarre.</p>
-<p>Aprs celuy samedi huit jours ou environ, messire
-Jehan de Pquigny vint Paris de par le roy de Navarre,
-qui estoit Mante, et fist ledit messire Jehan plusieurs
-requestes monseigneur le duc, de par ledit roy de
-Navarre, en la prsence des roynes Jehanne et Blanche<a name="FNanchor_208" id="FNanchor_208" href="#Footnote_208" class="fnanchor">&nbsp;[208]</a>
+<p>Après celuy samedi huit jours ou environ, messire
+Jehan de Péquigny vint à Paris de par le roy de Navarre,
+qui estoit à Mante, et fist ledit messire Jehan plusieurs
+requestes à monseigneur le duc, de par ledit roy de
+Navarre, en la présence des roynes Jehanne et Blanche<a name="FNanchor_208" id="FNanchor_208" href="#Footnote_208" class="fnanchor">&nbsp;[208]</a>
et de plusieurs du conseil dudit duc. C'est assavoir que
monseigneur le duc tenist les convenances audit roy de
Navarre que il luy avoit faites, lesquelles il ne esclaircissoit
-point; et que il fist rendre audit roy ses forteresces
-et quarante mille florins l'escu que l'on luy avoit
-promis l'autre fois qu'il avoit est Paris, et aussi aucuns
-joyaux qui avoient est pris du sien, lorsqu'il fut
-emprisonn.</p>
+point; et que il féist rendre audit roy ses forteresces
+et quarante mille florins à l'escu que l'on luy avoit
+promis l'autre fois qu'il avoit esté à Paris, et aussi aucuns
+joyaux qui avoient esté pris du sien, lorsqu'il fut
+emprisonné.</p>
-<p>Et lors monseigneur le duc se mist un genouil devant
+<p>Et lors monseigneur le duc se mist à un genouil devant
les dites roynes, lesquelles le firent lever tantost
-et rasseoir emprs elles. Et respondit audit monseigneur
+et rasseoir emprès elles. Et respondit audit monseigneur
Jehan que il avoit bien audit roy de Navarre tenu les
-convenances que il luy avoit faites, et que s aucun qui
+convenances que il luy avoit faites, et que sé aucun à qui
<span class="pagenum"><a id="Page_361"> 361</a></span>
il fust tenu de respondre vouloit dire le contraire, il diroit
que iceluy mentiroit. Mais ledit monseigneur Jehan
-n'estoit pas homme qui monseigneur le duc en dust
-respondre. Et toutesvoies disoit-il encore que s aucun
-vouloit maintenir que il n'et tenu audit roy de Navarre
+n'estoit pas homme à qui monseigneur le duc en déust
+respondre. Et toutesvoies disoit-il encore que sé aucun
+vouloit maintenir que il n'eût tenu audit roy de Navarre
lesdites convenances, il avoit des chevaliers qui bien
-s'en combattroient, s mestier estoit. Et plusieurs autres
+s'en combattroient, sé mestier estoit. Et plusieurs autres
parolles dist lors monseigneur le duc. Et lors fut dit par
l'evesque de Laon que monseigneur le duc auroit plus
grant advis sur lesdites requestes, et en respondroit
-tant que il souffiroit; et ainsi se dpartirent.</p>
+tant que il souffiroit; et ainsi se départirent.</p>
-<p class="subh">Comment l'universit de Paris et le clergi, par le prvost des marchans,
-alrent par devers monseigneur le duc pour faire accorder les demandes
+<p class="subh">Comment l'université de Paris et le clergié, par le prévost des marchans,
+alèrent par devers monseigneur le duc pour faire accorder les demandes
au roy de Navarre.</p>
-<p>Celle semaine, l'universit de Paris, le clergi, le
-prvost des marchans et ses compaignons, alrent par
-devers monseigneur le duc, au palais, et l fut dit audit
-duc, par frre Simon de Langres, maistre de l'ordre
-des Jacobins, que tous les dessus nomms avoient est
-ensemble au conseil, et avoient dlibr que le roy de
-Navarre feroit faire audit duc toutes ses demandes
+<p>Celle semaine, l'université de Paris, le clergié, le
+prévost des marchans et ses compaignons, alèrent par
+devers monseigneur le duc, au palais, et là fut dit audit
+duc, par frère Simon de Langres, maistre de l'ordre
+des Jacobins, que tous les dessus nommés avoient esté
+ensemble au conseil, et avoient délibéré que le roy de
+Navarre feroit faire audit duc toutes ses demandes à
une fois; et que tantost que il les auroit faites, ledit
duc feroit rendre audit roy de Navarre toutes ses forteresses:
-et aprs l'on regarderoit sur toutes les requestes
+et après l'on regarderoit sur toutes les requestes
dudit roy, et luy passeroit-l'on tout ce que l'on devroit.
Et pour ce que ledit maistre ne disoit plus, un moine
-de Saint-Denis en France, maistre en thologie et prieur
+de Saint-Denis en France, maistre en théologie et prieur
d'Essonne, dit audit maistre que il n'avoit pas tout dit.
-Si dit lors ledit prieur monseigneur le duc, que encore
-avoient-ils dlibr que s luy ou le roy de Navarre
-estoient refusans de tenir et accomplir leur dlibration,
+Si dit lors ledit prieur à monseigneur le duc, que encore
+avoient-ils délibéré que sé luy ou le roy de Navarre
+estoient refusans de tenir et accomplir leur délibération,
ils seroient tous contre celuy qui en seroit refusant et
prescheroient contre luy.</p>
<p><span class="pagenum"><a id="Page_362"> 362</a></span></p>
-<p class="subh">Comment le prvost des marchans et ses alis alrent au palais en la
-chambre de monseigneur le duc de Normendie; et l, prsent luy, turent
-les deux mareschaux de Clermont et de Champaigne, aprs ce que ils orent
-tu maistre Regnaut d'Acy, advocat en parlement.</p>
-
-<p>Le jeudi vint-deuxiesme jour du moys de fvrier,
-l'an mil trois cens cinquante-huit matin, et fut le second
-jeudi de caresme, le dit prvost des marchans
-fist assembler Saint-Eloy prs du Palais tous les mestiers
-de Paris arms, et tant que on estimoit qu'ils estoient
-bien trois mille tous arms. Environ heure de
-tierce, un advocat de parlement appell maistre Regnaut
-d'Acy, en alant du palais en sa maison, qui estoit prs
-de Saint-Landry<a name="FNanchor_209" id="FNanchor_209" href="#Footnote_209" class="fnanchor">&nbsp;[209]</a>, fut tu prs du moustier de la Magdaleine<a name="FNanchor_210" id="FNanchor_210" href="#Footnote_210" class="fnanchor">&nbsp;[210]</a>,
-en l'ostel d'un patissier, l o il se bouta
+<p class="subh">Comment le prévost des marchans et ses aliés alèrent au palais en la
+chambre de monseigneur le duc de Normendie; et là, présent luy, tuèrent
+les deux mareschaux de Clermont et de Champaigne, après ce que ils orent
+tué maistre Regnaut d'Acy, advocat en parlement.</p>
+
+<p>Le jeudi vint-deuxiesme jour du moys de février,
+l'an mil trois cens cinquante-huit à matin, et fut le second
+jeudi de caresme, le dit prévost des marchans
+fist assembler à Saint-Eloy près du Palais tous les mestiers
+de Paris armés, et tant que on estimoit qu'ils estoient
+bien trois mille tous armés. Environ heure de
+tierce, un advocat de parlement appellé maistre Regnaut
+d'Acy, en alant du palais en sa maison, qui estoit près
+de Saint-Landry<a name="FNanchor_209" id="FNanchor_209" href="#Footnote_209" class="fnanchor">&nbsp;[209]</a>, fut tué près du moustier de la Magdaleine<a name="FNanchor_210" id="FNanchor_210" href="#Footnote_210" class="fnanchor">&nbsp;[210]</a>,
+en l'ostel d'un patissier, là où il se bouta
quant il vit que l'on le vouloit tuer; et ot tant et de
telles plaies que tantost il mourut sans parler. Et tantost
-aprs, ledit prvost et plusieurs en sa compaignie
-montrent en la chambre de monseigneur le
-duc, au palais, et l trouvrent ledit duc, auquel ledit
-prvost dit telles parolles en substance: Sire,
-ne vous esbahissez de choses que vous vez, car il
-est orden et convient que il soit fait. Et si tost
+après, ledit prévost et plusieurs en sa compaignie
+montèrent en la chambre de monseigneur le
+duc, au palais, et là trouvèrent ledit duc, auquel ledit
+prévost dit telles parolles en substance: «Sire,
+ne vous esbahissez de choses que vous véez, car il
+est ordené et convient que il soit fait.» Et si tost
que ces parolles furent dites, aucuns de la compaignie
-du prvost des marchans coururent sur monseigneur
+du prévost des marchans coururent sur monseigneur
Jehan de Conflans, mareschal de Champaigne, et le
-turent joignant du lit de monseigneur le duc et en
-sa prsence. Et aucuns autres de la compaignie dudit prvost
+tuèrent joignant du lit de monseigneur le duc et en
+sa présence. Et aucuns autres de la compaignie dudit prévost
coururent sur monseigneur Robert de Clermont,
<span class="pagenum"><a id="Page_363"> 363</a></span>
mareschal dudit duc de Normendie, lequel se retray en
une autre chambre de retrait dudit monseigneur le duc;
-mais ils le suivirent et l le turent. Et monseigneur le
-duc, qui moult estoit effrai de ce que il voit, pria ledit
-prvost des marchans que il le voulsist sauver, car
+mais ils le suivirent et là le tuèrent. Et monseigneur le
+duc, qui moult estoit effraié de ce que il véoit, pria ledit
+prévost des marchans que il le voulsist sauver, car
tous ses officiers qui lors estoient en la chambre s'enfouirent
-et le laissirent. Et adonc, ledit prvost luy
-dit: Sire, vous n'avez garde. Et lui bailla le dit prvost
+et le laissièrent. Et adonc, ledit prévost luy
+dit: «Sire, vous n'avez garde.» Et lui bailla le dit prévost
son chapperon, qui estoit des chapperons de la ville
-parti de rouge et de pers, le pers destre, et prist le
+parti de rouge et de pers, le pers à destre, et prist le
chapperon du dit monseigneur le duc qui estoit de brunette<a name="FNanchor_211" id="FNanchor_211" href="#Footnote_211" class="fnanchor">&nbsp;[211]</a>
-noire un orfrois d'or, et le porta tout celuy
-jour, et monseigneur le duc porta celuy dudit prvost.
-Tantost aprs, aucuns de la compaignie dudit prvost
-prisrent les corps des deux chevaliers et les tranrent
+noire à un orfrois d'or, et le porta tout celuy
+jour, et monseigneur le duc porta celuy dudit prévost.
+Tantost après, aucuns de la compaignie dudit prévost
+prisrent les corps des deux chevaliers et les traînèrent
moult inhumainement par devant monseigneur le duc,
jusques en la court du palais devant le perron de marbre;
-et l demourrent tous estendus et descouvers en
-la vue de ceux qui les vouloient veoir, jusques aprs
+et là demourèrent tous estendus et descouvers en
+la vue de ceux qui les vouloient veoir, jusques après
disner bien tard; et n'estoit nul homme qui les osast
oster.</p>
-<p>Et ledit prvost des marchans et ses compaignons
-alrent en leur maison en Grve, que l'on appeloit la
-maison de la ville. Et l ledit prvost estant aux fenestres
-de ladite maison, sur la place de Grve, parla
- moult grant nombre de gens arms qui estoient en
-ladite place, et leur dit que le fait qui avoit est fait, ce
-avoit est pour le bien commun du royaume de France,
-et que ceux qui avoient est tus estoient faux, mauvais
-et tratres. Et requist ledit prvost au peuple qui l estoit,
+<p>Et ledit prévost des marchans et ses compaignons
+alèrent en leur maison en Grève, que l'on appeloit la
+maison de la ville. Et là ledit prévost estant aux fenestres
+de ladite maison, sur la place de Grève, parla
+à moult grant nombre de gens armés qui estoient en
+ladite place, et leur dit que le fait qui avoit esté fait, ce
+avoit esté pour le bien commun du royaume de France,
+et que ceux qui avoient esté tués estoient faux, mauvais
+et traîtres. Et requist ledit prévost au peuple qui là estoit,
que en ce le voulsissent porter et soustenir, car il
<span class="pagenum"><a id="Page_364"> 364</a></span>
avoit fait ce faire pour le bien du royaume, si comme
-il disoit. Et lors, plusieurs crirent haute voix que ils
+il disoit. Et lors, plusieurs crièrent à haute voix que ils
advouoient le fait, et que ils vouloient vivre et mourir
-avec ledit prvost des marchans.</p>
+avec ledit prévost des marchans.</p>
-<p>Et tantost aprs, ledit prvost des marchans retourna
+<p>Et tantost après, ledit prévost des marchans retourna
au palais, et tant de gens d'armes avec luy, que toute la
-court en estoit plaine. Et monta en la chambre o monseigneur
+court en estoit plaine. Et monta en la chambre où monseigneur
le duc estoit, qui moult estoit dolent et esbahi
de ce qui estoit advenu. Et encore estoient les corps desdis
chevaliers devant ledit perron de marbre, et le povoit
-ledit duc voir des fenestres de sa chambre. Et quant
-ledit prvost fut en ladite chambre, et plusieurs arms
+ledit duc véoir des fenestres de sa chambre. Et quant
+ledit prévost fut en ladite chambre, et plusieurs armés
de sa compaignie avec luy, il dit audit monseigneur
-le duc que il ne se mist point mesaise de ce qui estoit
-advenu, car il avoit est fait de la volent du peuple,
-et pour eschiver greigneurs prils; et ceux qui avoient
-est mors avoient est faux, mauvais et tratres. Et requist
-ledit prvost monseigneur le duc, de par ledit
+le duc que il ne se méist point à mesaise de ce qui estoit
+advenu, car il avoit esté fait de la volenté du peuple,
+et pour eschiéver greigneurs périls; et ceux qui avoient
+esté mors avoient esté faux, mauvais et traîtres. Et requist
+ledit prévost à monseigneur le duc, de par ledit
peuple, que il voulsist ratifier ledit fait et estre tout un
-avec eux. Et que s mestier avoient d'aucun pardon
-pour cause dudit fait, que le duc leur voulsist tous
-pardonner. Lequel duc ottroia audit prvost les choses
+avec eux. Et que sé mestier avoient d'aucun pardon
+pour cause dudit fait, que le duc leur voulsist à tous
+pardonner. Lequel duc ottroia audit prévost les choses
dessus dites, et luy pria que ceux de Paris voulsissent
estre ses bons amis, et il seroit le leur. Et pour celle
-cause, ledit prvost envoia audit duc deux draps, l'un
-de pers et l'autre de rouge, pour ce que ledit duc fist
+cause, ledit prévost envoia audit duc deux draps, l'un
+de pers et l'autre de rouge, pour ce que ledit duc féist
faire des chapperons pour luy et pour ses gens tout
comme ceux de Paris les portoient, c'est assavoir, parti
-de pers et de rouge, le pers destre. Et ainsi le fist ledit
+de pers et de rouge, le pers à destre. Et ainsi le fist ledit
monseigneur le duc et portoit tel chapperon comme dit
est, et ses gens aussi, et ceux du parlement et des autres
-chambres du palais et tous autres officiers communment
-estans Paris.</p>
+chambres du palais et tous autres officiers communément
+estans à Paris.</p>
-<p>Et celuy jour de jeudi, environ vespres, ledit prvost
+<p>Et celuy jour de jeudi, environ vespres, ledit prévost
<span class="pagenum"><a id="Page_365"> 365</a></span>
commanda que on levast lesdis corps des deux chevaliers
dessus dis, qui encore estoient en ladite court du
-palais, et que l'on les portast Sainte-Catherine-du-Val-des-Escoliers.
-Et j estoit lev le corps de maistre Regnaut
-d'Acy, et avoit est port en son ostel par ses
-gens, car il avoit est tu prs de son ostel. Mais toutesvoies
-fut-il longuement l o il avoit est tu en la vue
-de chascun, avant que il eust est lev.</p>
+palais, et que l'on les portast à Sainte-Catherine-du-Val-des-Escoliers.
+Et jà estoit levé le corps de maistre Regnaut
+d'Acy, et avoit esté porté en son ostel par ses
+gens, car il avoit esté tué près de son ostel. Mais toutesvoies
+fut-il longuement là où il avoit esté tué en la vue
+de chascun, avant que il eust esté levé.</p>
<p>Si furent les deux corps dessus dis mis par povres
-varls en une charrete, et mens descouvert dedans
-ladite charrete par lesdis povres varls, qui ladite charrete
-tranoient sans chevaux au long de la ville, jusques
+varlès en une charrete, et menés à descouvert dedans
+ladite charrete par lesdis povres varlès, qui ladite charrete
+traînoient sans chevaux au long de la ville, jusques
audit lieu de Sainte-Catherine-du-Val-des-Escoliers;
-et par lesdis varls furent descendus en la court, et
-puis emmenrent lesdis varls ladite charrete et laissirent
-l les deux corps. Et emportrent lesdis varls
+et par lesdis varlès furent descendus en la court, et
+puis emmenèrent lesdis varlès ladite charrete et laissièrent
+là les deux corps. Et emportèrent lesdis varlès
le mantel de l'un des chevaliers pour leur salaire de
-les avoir amens jusque l. Et pour ce que les religieux
+les avoir amenés jusque là. Et pour ce que les religieux
de Sainte-Catherine n'osoient enterrer lesdis corps,
-aucuns d'eux alrent vers ledit prvost pour savoir que
-il vouloit que lesdis religieux fissent desdis corps. Lequel
-prvost respondit auxdis religieux que il luy plaisoit
-que ils en fissent ce que monseigneur le duc vouldroit.
-Et aprs alrent vers monseigneur le duc, lequel
-leur dist que ils les fissent enterrer secrtement sans solemnit.
-Mais assez tost aprs fut deffendu auxdis religieux,
+aucuns d'eux alèrent vers ledit prévost pour savoir que
+il vouloit que lesdis religieux féissent desdis corps. Lequel
+prévost respondit auxdis religieux que il luy plaisoit
+que ils en féissent ce que monseigneur le duc vouldroit.
+Et après alèrent vers monseigneur le duc, lequel
+leur dist que ils les féissent enterrer secrètement sans solemnité.
+Mais assez tost après fut deffendu auxdis religieux,
de par l'evesque de Paris, que ils n'enterrassent
point le corps de monseigneur Robert de Clermont en
-terre benoite, car ledit evesque le tenoit pour excommni,
-pour ce que il avoit est oster et traire hors
-du moustier de Saint-Merry Perin Marc, qui avoit tu
-Jehan Baillet, si comme dessus est dit. Si en fut orden
-secrtement par lesdis religieux tant de l'un comme de
-l'autre. Et ledit maitre Regnaut d'Acy fut le soir enterr
+terre benoite, car ledit evesque le tenoit pour excomménié,
+pour ce que il avoit esté à oster et traire hors
+du moustier de Saint-Merry Perin Marc, qui avoit tué
+Jehan Baillet, si comme dessus est dit. Si en fut ordené
+secrètement par lesdis religieux tant de l'un comme de
+l'autre. Et ledit maitre Regnaut d'Acy fut le soir enterré
<span class="pagenum"><a id="Page_366"> 366</a></span>
-secrtement au moustier de Saint-Landry, de quelle paroisse
+secrètement au moustier de Saint-Landry, de quelle paroisse
il estoit.</p>
-<p>Et celuy jeudi au soir, bien tard, fut ledit prvost des
-marchans en l'ostel de la royne Jehanne, et l parla
+<p>Et celuy jeudi au soir, bien tard, fut ledit prévost des
+marchans en l'ostel de la royne Jehanne, et là parla à
luy moult longuement. Et disoit-l'on que entre les autres
-choses que il luy dit, il luy requit que elle fist
-venir le roy de Navarre Paris.</p>
+choses que il luy dit, il luy requit que elle féist
+venir le roy de Navarre à Paris.</p>
-<p class="subh">De l'assemble que le prvost des marchans fist aux Augustins et des
+<p class="subh">De l'assemblée que le prévost des marchans fist aux Augustins et des
paroles que maistre Robert de Corbie dist.</p>
<p>L'endemain, jour de vendredi, vint-troisiesme jour
-dudit moys de fvrier, ledit prvost des marchans fist
+dudit moys de février, ledit prévost des marchans fist
assembler au matin aux Augustins grant nombre de
-ceux de Paris, desquels plusieurs estoient arms. Et
-manda ceux qui avoient est envois de par les
-bonnes villes qui encore estoient Paris que ils alassent
-l, desquels plusieurs y alrent. Et l, maistre Robert de
-Corbie dit que le prvost des marchans avoit fait faire le
-fait qui avoit est fait le jour prcdent pour le bien et
+ceux de Paris, desquels plusieurs estoient armés. Et
+manda à ceux qui avoient esté envoiés de par les
+bonnes villes qui encore estoient à Paris que ils alassent
+là, desquels plusieurs y alèrent. Et là, maistre Robert de
+Corbie dit que le prévost des marchans avoit fait faire le
+fait qui avoit esté fait le jour précédent pour le bien et
pour le proufit du royaume, et que ils estoient quatre
qui empeschoient tous les bons consaux devers monseigneur
-le duc, et par eux avoit est empeschie la dlivrance
+le duc, et par eux avoit esté empeschiée la délivrance
du roy de France, si comme disoit ledit maistre
-Robert. Et dit que sur la dlivrance du roy avoient
-est assembls l'universit, le clergi et la ville de
-Paris, qui tous estoient et avoient est d'accort et en une
+Robert. Et dit que sur la délivrance du roy avoient
+esté assemblés l'université, le clergié et la ville de
+Paris, qui tous estoient et avoient esté d'accort et en une
oppinion. Et depuis soixante-quatre personnes du
conseil monseigneur le duc qui sur ce meismes avoient
-est assembles avoient est de une oppinion, et les
-quatre dessus dis empeschirent tout. Mais il ne dit
+esté assemblées avoient esté de une oppinion, et les
+quatre dessus dis empeschièrent tout. Mais il ne dit
point qui estoient ces quatre, et si ne dit oncques sur
-quoi ce conseil avoit est, en espcial, n aucun cas
-particulier n espcial pour lequel ils eussent mis
-mort les trois dessus nomms. Et toutesvoies requist
+quoi ce conseil avoit esté, en espécial, né aucun cas
+particulier né espécial pour lequel ils eussent mis à
+mort les trois dessus nommés. Et toutesvoies requist
<span class="pagenum"><a id="Page_367"> 367</a></span>
-ledit maistre Robert les envois des bonnes villes, pour
-ledit prvost et les autres qui avoient fait ledit fait,
-que ils voulsissent ratifier ce qui avoit est fait et eux
+ledit maistre Robert les envoiés des bonnes villes, pour
+ledit prévost et les autres qui avoient fait ledit fait,
+que ils voulsissent ratifier ce qui avoit esté fait et eux
tenir en bonne union avec ceux de Paris; laquelle
-union avoit est promise et jure en plusieurs assembles
+union avoit esté promise et jurée en plusieurs assemblées
par avant, si comme disoit ledit maistre Robert.</p>
-<p>Et j fust ce que plusieurs de ceux des bonnes villes
+<p>Et jà fust ce que plusieurs de ceux des bonnes villes
sceussent bien que sure chose n'estoit pas de ratifier
ledit fait, toutesvoies dirent par doubte tous ceux qui
-en ladite assemble estoient, que ils croient que ce
-avoit est fait bonne cause et juste, et le ratiffioient,
-dont plusieurs de Paris qui l estoient les en mercirent.</p>
+en ladite assemblée estoient, que ils créoient que ce
+avoit esté fait à bonne cause et juste, et le ratiffioient,
+dont plusieurs de Paris qui là estoient les en mercièrent.</p>
-<p class="subh">Comment le prvost des marchans vint monseigneur le duc en parlement,
+<p class="subh">Comment le prévost des marchans vint à monseigneur le duc en parlement,
et luy requist que il voulsist tenir les ordenances que les trois estas
-avoient establies l'anne devant.</p>
+avoient establies l'année devant.</p>
<p>Le samedi ensuivant, vint-quatriesme jour dudit
moys, fut monseigneur le duc en la chambre de parlement,
et avec luy aucuns de son conseil qui luy
-estoient demours. Et l alrent luy ledit prvost et
-plusieurs autres avec luy, tant arms comme non arms,
-et requistrent monseigneur le duc que il fist tenir
+estoient demourés. Et là alèrent à luy ledit prévost et
+plusieurs autres avec luy, tant armés comme non armés,
+et requistrent à monseigneur le duc que il féist tenir
et garder, sans enfraindre, toutes les ordenances lesquelles
-avoient est faites par les trois estas l'an prcdent,
+avoient esté faites par les trois estas l'an précédent,
et que il les laissast gouverner si comme autrefois
-avoit est fait; et que il voulsist dbouter aucuns qui
+avoit esté fait; et que il voulsist débouter aucuns qui
encore estoient en son conseil; et pour ce que le peuple
se tenoit trop mal content de moult de choses qui
estoient faites au conseil de monseigneur le duc contre
@@ -13810,51 +13768,51 @@ lesquelles choses monseigneur le duc leur ottroia.</p>
<p><span class="pagenum"><a id="Page_368"> 368</a></span></p>
-<p class="subh">De la revenue du roy de Navarre Paris; et du mandement que le roy
-de France fist au duc de Normendie, son ainsn fils.</p>
+<p class="subh">De la revenue du roy de Navarre à Paris; et du mandement que le roy
+de France fist au duc de Normendie, son ainsné fils.</p>
<p>Le lundi ensuivant, vint-sixiesme jour dudit moys
-de fvrier, entra le roy de Navarre Paris, moult
+de février, entra le roy de Navarre à Paris, à moult
grant compaignie de gens d'armes, tant de ceux qu'il
-avoit amens comme de ceux de Paris qui estoient als
+avoit amenés comme de ceux de Paris qui estoient alés
contre luy; et ala descendre ledit roy en l'ostel de
Neelle, qui lors estoit au duc de Normendie. Et celuy
-jour, le prvost des marchans ala devers luy, et luy pria
+jour, le prévost des marchans ala devers luy, et luy pria
et dit que il voulsist faire justes requestes audit monseigneur
le duc, et que il voulsist porter et soustenir
-le fait que ils avoient fait Paris des trois qui avoient
-est occis. Lequel roy leur ottroia tout. Et toute celle
+le fait que ils avoient fait à Paris des trois qui avoient
+esté occis. Lequel roy leur ottroia tout. Et toute celle
semaine, les deux roynes vueves, Jehanne et Blanche,
-le prvost des marchans, l'evesque de Laon et ses compaignons,
-traictirent l'accort entre le duc et le roy,
-lequel fut fait dedans dix ou douze jours aprs. Mais
-pou de gens sceurent lors la manire. Toutesvoies
+le prévost des marchans, l'evesque de Laon et ses compaignons,
+traictièrent l'accort entre le duc et le roy,
+lequel fut fait dedans dix ou douze jours après. Mais
+pou de gens sceurent lors la manière. Toutesvoies
donna lors ledit duc audit roy l'ostel de Neelle. Et furent
si bien ensemble que chascun jour ils disnoient l'un avec
l'autre, et faisoient moult grant semblant de eux
-entr'aimer. Et aprs, environ le dixiesme ou douxiesme
-jour de mars, le roy de France manda monseigneur
+entr'aimer. Et après, environ le dixiesme ou douxiesme
+jour de mars, le roy de France manda à monseigneur
le duc de Normendie que il envoiast en Angleterre
-deux prlas et quatre chevaliers, car il estoit moult
+deux prélas et quatre chevaliers, car il estoit moult
seul si comme il mandoit. Et aussi manda que il luy
envoiast deux bons notaires pour ordener les lettres
-du traicti d'accort entre luy et le roy d'Angleterre.
+du traictié d'accort entre luy et le roy d'Angleterre.
Et tousjours estoient ceux de Paris ainsi comme esmeus,
et se armoient et assembloient souvent; pour laquelle
chose plusieurs officiers du roy de France et du duc
-se absentrent, tant prlas comme autres. Et depuis en
-retourna plusieurs Paris, pour la suret que ils orent
+se absentèrent, tant prélas comme autres. Et depuis en
+retourna plusieurs à Paris, pour la sureté que ils orent
<span class="pagenum"><a id="Page_369"> 369</a></span>
-dudit prvost des marchans, qui disoit que l'on ne leur
+dudit prévost des marchans, qui disoit que l'on ne leur
vouloit mal.</p>
-<p class="subh">Des lettres que le prvost des marchans envoia aux bonnes villes pour
+<p class="subh">Des lettres que le prévost des marchans envoia aux bonnes villes pour
les faire alier et prendre chapperons aux couleurs de ceux de Paris.</p>
<p>En ce temps furent faites ordenances sur tous officiers.
-Et l'vesque de Therouenne, lors chancelier de France,
+Et l'évesque de Therouenne, lors chancelier de France,
qui nouvellement estoit venu d'Angleterre, n'avoit
-point apport les sceaux du roy, mais les avoit laissis
+point apporté les sceaux du roy, mais les avoit laissiés
en Angleterre par l'ordenance du roy et de son conseil.
Lequel chancelier bien aperceut que l'on vouloit user
d'autres sceaux que de celuy du Chastellet, duquel
@@ -13862,1093 +13820,1093 @@ l'on usoit en l'absence du grant. Et aussi pour plusieurs
autres causes se partit de Paris, et s'en ala en
son pays d'Alvergne<a name="FNanchor_212" id="FNanchor_212" href="#Footnote_212" class="fnanchor">&nbsp;[212]</a>.</p>
-<p>En ce temps, assez tost aprs l'occision des trois
-dessus nomms, le prvost des marchans et les eschevins
-envoirent lettres closes par les bonnes villes du
+<p>En ce temps, assez tost après l'occision des trois
+dessus nommés, le prévost des marchans et les eschevins
+envoièrent lettres closes par les bonnes villes du
royaume, par lesquelles ils leur faisoient savoir le fait
-qu'ils avoient fait, et leur requroient que ils se voulsissent
+qu'ils avoient fait, et leur requéroient que ils se voulsissent
tenir en vraie union avec eux et que ils voulsissent
prendre de leurs chapperons partis de pers et de rouge,
si comme avoient fait le duc de Normendie et plusieurs
-autres du sang de France, si comme s dites lettres estoit
-contenu. Et, en vrit, ledit monseigneur le duc, le roy
-de Navarre, le duc d'Orlans frre dudit roy de France,
+autres du sang de France, si comme ès dites lettres estoit
+contenu. Et, en vérité, ledit monseigneur le duc, le roy
+de Navarre, le duc d'Orléans frère dudit roy de France,
et le conte d'Estampes, qui tous estoient des Fleurs
de lis<a name="FNanchor_213" id="FNanchor_213" href="#Footnote_213" class="fnanchor">&nbsp;[213]</a>, portoient lesdis chapperons. Dont plusieurs ne
-renvoirent oncques responses desdites lettres, et autres
+renvoièrent oncques responses desdites lettres, et autres
rescrirent sans autre aliance faire et sans prendre
desdis chapperons; et autres prisrent desdis chapperons.</p>
<p><span class="pagenum"><a id="Page_370"> 370</a></span></p>
-<p class="subh">Cy aprs s'ensuit la teneur des saufs conduis que le roy de Navarre
+<p class="subh">Cy après s'ensuit la teneur des saufs conduis que le roy de Navarre
donnoit en la ville de Paris.</p>
-<p>Charles, par la grace de Dieu, roy de Navarre
-et conte d'Evreux, tous ceux qui ces lettres verront,
-salut. Savoir faisons que nous avons donn et donnons
-par la teneur de ces prsentes nos ams et
-faux chevaliers Jehan de Neuf-Chastel et le seigneur
-de Raon et leur compaignie jusques au nombre
-de trente personnes cheval, sur et sauf conduit
-du jour de la date de ces prsentes jusques la feste
+<p>«Charles, par la grace de Dieu, roy de Navarre
+et conte d'Evreux, à tous ceux qui ces lettres verront,
+salut. Savoir faisons que nous avons donné et donnons
+par la teneur de ces présentes à nos amés et
+féaux chevaliers Jehan de Neuf-Chastel et le seigneur
+de Raon et à leur compaignie jusques au nombre
+de trente personnes à cheval, sur et sauf conduit
+du jour de la date de ces présentes jusques à la feste
de Penthecouste prochaine venant, pour aler, venir
-cependant, et demourer, s mestier est, par tous les
+cependant, et demourer, sé mestier est, par tous les
lieux du royaume de France. Si donnons en mandement
- tous capitaines, chastelains, gardes de pas,
-villes et passages et destrois dudit royaume, et
+à tous capitaines, chastelains, gardes de païs,
+villes et passages et destrois dudit royaume, et à
chascun d'eux, et prions tous autres que lesdis chevaliers
et leur compaignie, jusques au nombre dessus
-dit, fassent et laissent jouir et user de nostre prsent
-sauf conduit, sans leur faire n souffrir estre fait
+dit, fassent et laissent jouir et user de nostre présent
+sauf conduit, sans leur faire né souffrir estre fait
aucun empeschement en corps, en chevaux, en harnois,
-n en aucuns de leurs biens. Donn Paris le
+né en aucuns de leurs biens. Donné à Paris le
douziesme jour du moys de mars, l'an de grace mil
-trois cens cinquante-huit. Et estoient ainsi signes:</p>
+trois cens cinquante-huit.» Et estoient ainsi signées:</p>
-<p>Par le roy. P. du Tertre.&mdash;Et obissoit-l'on plus
-auxdis saufs conduis que on ne faisoit ceux de monseigneur
+<p>«Par le roy. P. du Tertre.»&mdash;Et obéissoit-l'on plus
+auxdis saufs conduis que on ne faisoit à ceux de monseigneur
le duc.</p>
<p>Item, le mardi treiziesme jour du moys de mars l'an
dessus dit, se partit de Paris ledit roy de Navarre et s'en
-ala Mante, et monseigneur le duc demoura Paris.</p>
+ala à Mante, et monseigneur le duc demoura à Paris.</p>
-<p class="subh">Comment monseigneur le duc prist nom de rgent par titre de lettres,
-trs-bonne cause.</p>
+<p class="subh">Comment monseigneur le duc prist nom de régent par titre de lettres, à
+très-bonne cause.</p>
<p>Le mercredi quatorziesme jour du moys de mars fut
-publi Paris que monseigneur le duc, qui par avant
+publié à Paris que monseigneur le duc, qui par avant
<span class="pagenum"><a id="Page_371"> 371</a></span>
-s'estoit appell lieutenant du roy, depuis sa prise,
-s'appelleroit ds l en avant rgent du royaume. Et
+s'estoit appellé lieutenant du roy, depuis sa prise,
+s'appelleroit dès là en avant régent du royaume. Et
fut son titre tel: <i lang="la" xml:lang="la">Karolus primogenitus regis Francorum
regnum regens, etc.</i> Et jasoit ce que par avant l'on eust
tousjours escript au nom du roy, en parlement et en
toutes lettres de justice, il fut deffendu celuy jour que
-plus on n'y escrivist. Et fut bailli le titre tel comme
-dessus est dit en cdulles aux notaires et aux escrivains
+plus on n'y escrivist. Et fut baillié le titre tel comme
+dessus est dit en cédulles aux notaires et aux escrivains
du palais: et fut le nom du roy tout estaint. Et ne
scella-on plus du scel du Chastellet, mais du scel dudit
duc en cire jaune. Et portoit le scel maistre Jehan de
-Dormans, qui estoit chancelier dudit rgent. Et furent
-mis au conseil dudit rgent, le prvost des marchans,
+Dormans, qui estoit chancelier dudit régent. Et furent
+mis au conseil dudit régent, le prévost des marchans,
maistre Robert de Corbie, Charles Toussac et Jehan de
-l'Isle, maistres et principaux, aprs ledit evesque de
+l'Isle, maistres et principaux, après ledit evesque de
Laon, qui tout gouvernoit.</p>
<p class="subh">De la mort de Phelipot de Repenti, escuier.</p>
<p>Le samedi au soir, dix-septiesme jour du moys de
-mars, fut pris Saint-Cloust, prs de Paris, un escuier
-franois appell Phelipot, de Repenti, et fut amen
+mars, fut pris à Saint-Cloust, près de Paris, un escuier
+françois appellé Phelipot, de Repenti, et fut amené à
Paris. Et le lundi matin ensuivant, dix-neuviesme jour
-dudit moys susdit, ledit Phelippot eut la teste couppe
-s halles de Paris, et puis fut pendu au gibet; pour ce qu'il
+dudit moys susdit, ledit Phelippot eut la teste couppée
+ès halles de Paris, et puis fut pendu au gibet; pour ce qu'il
confessa que il estoit de la compaignie de plusieurs qui
avoient empris de prendre ledit duc de Normendie,
-rgent du royaume, Saint-Oyen, en l'ostel de la
-Noble Maison, l o il estoit al trois jours ou quatre
+régent du royaume, à Saint-Oyen, en l'ostel de la
+Noble Maison, là où il estoit alé trois jours ou quatre
devant. Mais plusieurs disoient que ce n'estoit point
pour mal, mais estoit pour le mettre hors de la puissance
et des mains de ceux de Paris. Et assez tost
-aprs, un chevalier appell le Bgue de Villaines, qui
+après, un chevalier appellé le Bègue de Villaines, qui
moult estoit ami dudit monseigneur Robert de Clermont,
<span class="pagenum"><a id="Page_372"> 372</a></span>
-qui avoit est tu Paris, se rendit ennemi de ceux de
+qui avoit esté tué à Paris, se rendit ennemi de ceux de
ladite ville de Paris.</p>
-<p class="subh">Comment le rgent ala Senlis et Compigne.</p>
+<p class="subh">Comment le régent ala à Senlis et à Compiègne.</p>
<p>Le jour de Pasques fleuries, vint-cinquiesme jour du
-moys de mars, ledit rgent fut Senlis, l o luy et le
-roy de Navarre avoient mand par leurs lettres tous
+moys de mars, ledit régent fut à Senlis, là où luy et le
+roy de Navarre avoient mandé par leurs lettres tous
les nobles de Picardie et de Beauvoisin. Mais ledit roy
n'y ala point, et s'envoia excuser par monseigneur
-Jehan de Pquigny, pour causes de deux bosses que il
-avoit s aines, si comme le dit monseigneur Jehan
-disoit. Mais ladite journe ala pou desdis nobles.</p>
+Jehan de Péquigny, pour causes de deux bosses que il
+avoit ès aines, si comme le dit monseigneur Jehan
+disoit. Mais à ladite journée ala pou desdis nobles.</p>
-<p>Si se partit ledit rgent et s'en ala Compigne. Et
+<p>Si se partit ledit régent et s'en ala à Compiègne. Et
environ Pasques les grans, qui furent le premier jour
d'avril, l'an mil trois cens cinquante-huit, le confesseur
-du roy de France et un sien secrtaire appell
+du roy de France et un sien secrétaire appellé
maistre Yvon vindrent de Angleterre par devers ledit
-rgent, mais la cause ne fut pas sceue communelment.</p>
+régent, mais la cause ne fut pas sceue communelment.</p>
-<p class="subh">Comment le conte de Brene<a name="FNanchor_214" id="FNanchor_214" href="#Footnote_214" class="fnanchor">&nbsp;[214]</a> respondit au rgent pour ceux de Champaigne.
+<p class="subh">Comment le conte de Brene<a name="FNanchor_214" id="FNanchor_214" href="#Footnote_214" class="fnanchor">&nbsp;[214]</a> respondit au régent pour ceux de Champaigne.
Et comment le chastel de Monsterel-au-fort-d'Yonne fut rendu audit
-rgent, lequel y jut une nuit et de l se partit et ala en la cit de Meaux.</p>
+régent, lequel y jut une nuit et de là se partit et ala en la cité de Meaux.</p>
<p>L'an de grace mil trois cens cinquante huit, le lundi
-aprs Quasimodo, neuviesme jour du moys d'avril,
-ledit rgent qui avoit mand par ses lettres les gens
-d'glyse, les nobles et les bonnes villes de Champaigne,
-pour estre Provins ledit jour de Quasimodo, entra en
+après Quasimodo, neuviesme jour du moys d'avril,
+ledit régent qui avoit mandé par ses lettres les gens
+d'Églyse, les nobles et les bonnes villes de Champaigne,
+pour estre à Provins ledit jour de Quasimodo, entra en
ladite ville de Provins. Et jasoit ce que le roy de Navarre
eust escript par ses lettres closes aux dessus dis
-de Champaigne, que il seroit la journe, toutesvoies
+de Champaigne, que il seroit à la journée, toutesvoies
n'y fut-il point; mais maistre Robert de Corbie et monseigneur
Pierre de Rosny, archidiacre de Brie en
<span class="pagenum"><a id="Page_373"> 373</a></span>
-l'glyse de Paris, envois l de par la ville de Paris,
-furent ladite journe.</p>
+l'églyse de Paris, envoiés là de par la ville de Paris,
+furent à ladite journée.</p>
<p>Le mardi ensuivant, dixiesme jour dudit moys, avant
-disner, ledit rgent parla en sa personne aux dessus dis
+disner, ledit régent parla en sa personne aux dessus dis
de Champaigne, et leur dit que le royaume de France
-estoit trs grant meschief, et avoit moult faire, si
-comme ils savoient. Si leur pria et requist que ils y missent
-tout le bon remde que ils pourroient, tant par
+estoit à très grant meschief, et avoit moult à faire, si
+comme ils savoient. Si leur pria et requist que ils y méissent
+tout le bon remède que ils pourroient, tant par
conseil comme par ayde, et aussi leur pria que
-ils fussent tout un; car s division estoit au peuple
-de France, il estoit en grant pril, si comme il disoit.
-Et outre leur dit que s aucunes choses avoient est
+ils fussent tout un; car sé division estoit au peuple
+de France, il estoit en grant péril, si comme il disoit.
+Et outre leur dit que sé aucunes choses avoient esté
faites qui semblassent estre moult merveilleuses,
-que, par aventure, quant ils auroient o ceux qui
-lesdites choses avoient faites, ils en seroient apaisis.
-Et ce leur disoit ledit rgent, si comme l'on cuidoit,
-pour ceux qui avoient est tus Paris. Car aprs ce
+que, par aventure, quant ils auroient oï ceux qui
+lesdites choses avoient faites, ils en seroient apaisiés.
+Et ce leur disoit ledit régent, si comme l'on cuidoit,
+pour ceux qui avoient esté tués à Paris. Car après ce
que il ot dit les parolles dessusdites, il dit telles parolles:
-Vez-cy maistres Robert de Corbie et l'archidiacre
+«Véez-cy maistres Robert de Corbie et l'archidiacre
de Paris qui vous diront aucunes choses de
-par les bonnes gens de Paris.</p>
+par les bonnes gens de Paris.»</p>
-<p>Et lors ledit maistre Robert parla et dit ceux de
-Champaigne, qui l estoient, que ceux de Paris les
-amoient et avoient ams, et vouloient estre tout un
+<p>Et lors ledit maistre Robert parla et dit à ceux de
+Champaigne, qui là estoient, que ceux de Paris les
+amoient et avoient amés, et vouloient estre tout un
avec eux. Et prioient aux dessus dis de Champaigne
que ils voulsissent estre tout un avec ceux de Paris, et
-ne se voulsissent merveillier s aucunes choses avoient
-est faites Paris; car quant ils sauroient les causes,
-et auroient o ceux qui ces choses avoient conseillies,
-ils en seroient tous apaisis, si comme disoit ledit
+ne se voulsissent merveillier sé aucunes choses avoient
+esté faites à Paris; car quant ils sauroient les causes,
+et auroient oï ceux qui ces choses avoient conseilliées,
+ils en seroient tous apaisiés, si comme disoit ledit
maistre Robert, et plusieurs autres choses.</p>
<p>Si requistrent les dessus dis de Champaigne audit
-rgent que il voulsist que ils peussent parler ensemble;
-laquele chose il leur ottroia. Si se traisrent part et
+régent que il voulsist que ils peussent parler ensemble;
+laquele chose il leur ottroia. Si se traisrent à part et
<span class="pagenum"><a id="Page_374"> 374</a></span>
-parlrent ensemble. Et assez tost firent savoir au rgent
-que ils estoient prs de luy faire response. Si ala ledit
-rgent, le duc d'Orlans son oncle, le conte d'Estampes
-et plusieurs autres en un jardin, l o les dessus dis
-de Champaigne estoient; et l monseigneur Simon de
+parlèrent ensemble. Et assez tost firent savoir au régent
+que ils estoient près de luy faire response. Si ala ledit
+régent, le duc d'Orléans son oncle, le conte d'Estampes
+et plusieurs autres en un jardin, là où les dessus dis
+de Champaigne estoient; et là monseigneur Simon de
Roucy, conte de Brene en Laonnois, respondit pour les
-Champenois, et dit audit rgent que ils estoient prs
+Champenois, et dit audit régent que ils estoient près
de luy conseillier de luy aidier et faire tout ce, pour luy,
-que bons et loyaux subgis doivent faire pour seigneur.
+que bons et loyaux subgiès doivent faire pour seigneur.
Mais pour ce que les plus grans et plus puissans
-de Champaigne n'estoient pas l, si comme disoit ledit
-conte, il requist audit rgent que il leur donnast une
-autre journe pour eux assembler Vertus en Champaigne;
+de Champaigne n'estoient pas là, si comme disoit ledit
+conte, il requist audit régent que il leur donnast une
+autre journée pour eux assembler à Vertus en Champaigne;
et bien luy dit ledit conte que lesdis Champenois
-ne iroient plus Paris. Laquelle requeste le rgent leur
-ottroia: et fut ladite journe assigne au dimanche
-vint-neuviesme jour du moys d'avril. Et aprs dit
+ne iroient plus à Paris. Laquelle requeste le régent leur
+ottroia: et fut ladite journée assignée au dimanche
+vint-neuviesme jour du moys d'avril. Et après dit
ledit conte que audit maistre Robert de Corbie ne respondroient-ils
-point, car luy n'avoient-ils que respondre.
-Et si demanda ledit conte audit rgent, de par
-les Champenois, s il savoit aucun mal au mareschal
-de Champaigne qui avoit est tu Paris, n villenie
-aucune pour laquelle on le deust avoir mis mort?
+point, car à luy n'avoient-ils que respondre.
+Et si demanda ledit conte audit régent, de par
+les Champenois, sé il savoit aucun mal au mareschal
+de Champaigne qui avoit esté tué à Paris, né villenie
+aucune pour laquelle on le deust avoir mis à mort?
Et bien dit le conte que de monseigneur Robert de Clermont
-ne demandoit-il rien, cas il s'en attendoit<a name="FNanchor_215" id="FNanchor_215" href="#Footnote_215" class="fnanchor">&nbsp;[215]</a> ceux
-de son pays, et bien croit que ils en feroient leur devoir.
-Lequel rgent leur respondit que il tenoit et croit fermement
+ne demandoit-il rien, cas il s'en attendoit<a name="FNanchor_215" id="FNanchor_215" href="#Footnote_215" class="fnanchor">&nbsp;[215]</a> à ceux
+de son pays, et bien créoit que ils en feroient leur devoir.
+Lequel régent leur respondit que il tenoit et créoit fermement
que ledit mareschal de Champaigne et ledit
-messire Robert de Clermont l'avoient servi et conseilli
+messire Robert de Clermont l'avoient servi et conseillié
bien et loyaument, et n'avoit oncques sceu le
-contraire. Et lors ledit conte de Brene dist audit rgent:
-Monseigneur, nous Champenois qui cy sommes
+contraire. Et lors ledit conte de Brene dist audit régent:
+«Monseigneur, nous Champenois qui cy sommes
<span class="pagenum"><a id="Page_375"> 375</a></span>
vous mercions de ce que vous nous avez dit; et nous
attendons que vous fassiez bonne justice de ceux
-qui nostre ami ont mis mort sans cause. Et ce
-fait et dit, ledit rgent ala disner et tous les Champenois
+qui nostre ami ont mis à mort sans cause.» Et ce
+fait et dit, ledit régent ala disner et tous les Champenois
qui vouldrent aler avec luy, car ils en avoient
-est tous semons.</p>
+esté tous semons.</p>
<p>Et le mercredi ensuivant, onziesme jour dudit moys
-d'avril, ledit rgent se partit de Provins et s'en ala en
-l'abbaye de Pruilly et de l Monsterel-au-fort-d'Yonne.
+d'avril, ledit régent se partit de Provins et s'en ala en
+l'abbaye de Pruilly et de là à Monsterel-au-fort-d'Yonne.
Et ala devant le chastel, lequel gardoit, de
-par la royne Blanche, un chevalier appell monseigneur
+par la royne Blanche, un chevalier appellé monseigneur
Taupin du Plessis, lequel Taupin estoit sur la
-porte dudit chastel tout arm, la teste au bacinet,
-quant ledit rgent ala devant. Et lors, ledit rgent luy
+porte dudit chastel tout armé, la teste au bacinet,
+quant ledit régent ala devant. Et lors, ledit régent luy
commanda que il ouvrist la porte du chastel. Lequel
-Taupin luy respondit: Mon redoubt seigneur, pour
-Dieu ne me veuilliez dshonnourer: madame la
-royne Blanche m'a bailli ce chastel garder, et
-m'a fait jurer que je ne le rendroie personne du
-monde, fors au roy<a name="FNanchor_216" id="FNanchor_216" href="#Footnote_216" class="fnanchor">&nbsp;[216]</a> et elle. Je vous supplie que
-il vous plaise envoier par devers elle, et je cuide
-qu'elle me mandera tantost que je le vous rende.</p>
-
-<p>Auquel Taupin ledit rgent commanda de rechief
+Taupin luy respondit: «Mon redoubté seigneur, pour
+Dieu ne me veuilliez déshonnourer: madame la
+royne Blanche m'a baillié ce chastel à garder, et
+m'a fait jurer que je ne le rendroie à personne du
+monde, fors au roy<a name="FNanchor_216" id="FNanchor_216" href="#Footnote_216" class="fnanchor">&nbsp;[216]</a> et à elle. Je vous supplie que
+il vous plaise à envoier par devers elle, et je cuide
+qu'elle me mandera tantost que je le vous rende.»</p>
+
+<p>Auquel Taupin ledit régent commanda de rechief
deux fois ou trois, que il luy ouvrist ledit chastel. Et lors
-ledit Taupin luy respondit: Mon redoubt seigneur,
+ledit Taupin luy respondit: «Mon redoubté seigneur,
je ne tendray pas ce chastel contre vous; mais pour
-Dieu vueilliez-moi garder mon honneur. Si descendit
- la porte et l'ouvrit; et ledit rgent et ses gens
-y entrrent, et y coucha une nuit et le prist en sa main,
-et establit le garder de par luy ledit Taupin, et luy fist
+Dieu vueilliez-moi garder mon honneur.» Si descendit
+à la porte et l'ouvrit; et ledit régent et ses gens
+y entrèrent, et y coucha une nuit et le prist en sa main,
+et establit à le garder de par luy ledit Taupin, et luy fist
faire serement nouvel. Et se partit dudit chastel et s'en
-ala Meaux, l o demouroit lors madame la duchesse,
+ala à Meaux, là où demouroit lors madame la duchesse,
<span class="pagenum"><a id="Page_376"> 376</a></span>
-sa femme, et l o il avoit envoi de Provins le conte
+sa femme, et là où il avoit envoié de Provins le conte
de Joigny et environ soixante hommes d'armes en sa
compaignie, pour ce que l'on luy avoit dit que ceux
de Paris avoient entencion de prendre et garnir de
-par eux le marchi de Meaux<a name="FNanchor_217" id="FNanchor_217" href="#Footnote_217" class="fnanchor">&nbsp;[217]</a>. Et y estoit entr ledit
+par eux le marchié de Meaux<a name="FNanchor_217" id="FNanchor_217" href="#Footnote_217" class="fnanchor">&nbsp;[217]</a>. Et y estoit entré ledit
conte deux jours devant. Dont le maire et aucuns de
-ladite ville furent moult courroucis, et en parla ledit
+ladite ville furent moult courrouciés, et en parla ledit
maire moult hautement audit conte de Joigny, qui
-s'estoit mis audit marchi et le tenoit. Et luy dit ledit
-maire que s il cuidast qu'il voulsist avoir pris ledit
-marchi, que il ne feust pas entr en ladite ville de
-Meaux. Et quant ledit rgent fut en ladite ville de
+s'estoit mis audit marchié et le tenoit. Et luy dit ledit
+maire que sé il cuidast qu'il voulsist avoir pris ledit
+marchié, que il ne feust pas entré en ladite ville de
+Meaux. Et quant ledit régent fut en ladite ville de
Meaux, ledit conte luy dit ce que ledit maire luy
-avoit dit. Lequel maire fut mand devant ledit rgent,
-et luy furent rcites les parolles que il avoit dites,
-et les luy fist-l'on amender, et fut rserve la tauxation
+avoit dit. Lequel maire fut mandé devant ledit régent,
+et luy furent récitées les parolles que il avoit dites,
+et les luy fist-l'on amender, et fut réservée la tauxation
et l'amende.</p>
<p class="subh">De l'artillerie que ceux de Paris pristrent au Louvre, et la firent porter en
l'ostel de la ville.</p>
<p>Le mercredi dix-huitiesme jour dudit moys d'avril,
-se partit ledit rgent de la ville de Meaux pour aller
-Compigne une journe<a name="FNanchor_218" id="FNanchor_218" href="#Footnote_218" class="fnanchor">&nbsp;[218]</a> qu'il avoit mise aux Vermendisiens<a name="FNanchor_219" id="FNanchor_219" href="#Footnote_219" class="fnanchor">&nbsp;[219]</a>
+se partit ledit régent de la ville de Meaux pour aller à
+Compiègne à une journée<a name="FNanchor_218" id="FNanchor_218" href="#Footnote_218" class="fnanchor">&nbsp;[218]</a> qu'il avoit mise aux Vermendisiens<a name="FNanchor_219" id="FNanchor_219" href="#Footnote_219" class="fnanchor">&nbsp;[219]</a>
qui y devoient estre. Et luy apporta-on,
celuy jour, nouvelles que ceux de Paris avoient pris
-grant quantit d'artillerie que on avoit mis au Louvre
-et chargie, pour mener en certains lieux o ledit rgent
-avoit orden que fust mene; et l'avoient ceux de
-Paris fait mener en la maison de la ville, en Grve. Et
-si avoient encore les dessus dis de Paris envoi audit
+grant quantité d'artillerie que on avoit mis au Louvre
+et chargiée, pour mener en certains lieux où ledit régent
+avoit ordené que fust menée; et l'avoient ceux de
+Paris fait mener en la maison de la ville, en Grève. Et
+si avoient encore les dessus dis de Paris envoié audit
<span class="pagenum"><a id="Page_377"> 377</a></span>
-rgent une bien merveilleuse lettres closes. Et un
+régent une bien merveilleuse lettres closes. Et un
pou avant, ils avoient mis gens d'armes de par eux
audit chastel du Louvre. Et en ce temps et par avant,
-depuis que ledit rgent s'estoit parti de Paris, repairoient
+depuis que ledit régent s'estoit parti de Paris, repairoient
pou ou nuls gentils hommes en ladite ville de
Paris, dont ceux de ladite ville estoient moult dolens. Et
tenoient plusieurs que les gentilshommes leur vouloient
mal. Et fut une grande division au royaume de France.
Car plusieurs villes, et la plus grant partie, se tenoient
-devers le rgent leur droit seigneur; et autres se tenoient
+devers le régent leur droit seigneur; et autres se tenoient
devers Paris.</p>
-<p class="subh">Comment monseigneur le rgent et le roy de Navarre parlementrent ensemble,
+<p class="subh">Comment monseigneur le régent et le roy de Navarre parlementèrent ensemble,
le roy de Navarre pour ceux de Paris; et comment le roy de Navarre
-vint Paris, et luy firent ceux de Paris grant joie et grant honneur,
+vint à Paris, et luy firent ceux de Paris grant joie et grant honneur,
et en eussent volontiers fait leur capitaine et leur gouverneur.</p>
<p>Le mercredi second jour du moys de may, le roy de
-Navarre, qui estoit logi Mello<a name="FNanchor_220" id="FNanchor_220" href="#Footnote_220" class="fnanchor">&nbsp;[220]</a>, et ledit rgent duc
-de Normendie qui estoit logi Clermont en Beauvoisin,
-furent en mi-marchi desdites villes, au lieu que l'on
+Navarre, qui estoit logié à Mello<a name="FNanchor_220" id="FNanchor_220" href="#Footnote_220" class="fnanchor">&nbsp;[220]</a>, et ledit régent duc
+de Normendie qui estoit logié à Clermont en Beauvoisin,
+furent en mi-marchié desdites villes, au lieu que l'on
dit Domage-Lieu, pour parlementer; et avoient chascun
-grant foison de gens d'armes. Et l parla ledit roy
-audit rgent pour ceux de Paris, afin que iceluy rgent
-voulsist accorder eux. Et ledit rgent dit audit roy
+grant foison de gens d'armes. Et là parla ledit roy
+audit régent pour ceux de Paris, afin que iceluy régent
+voulsist accorder à eux. Et ledit régent dit audit roy
que il aimoit ladite ville de Paris, et que il savoit bien
que en celle ville avoit de bonnes gens, mais aucuns
qui y estoient luy avoient fait grans villenies plusieurs
-et desplaisirs, comme de tuer ses gens en sa prsence, de
+et desplaisirs, comme de tuer ses gens en sa présence, de
prendre son chastel du Louvre et son artillerie, et plusieurs
autres grans despis luy avoient fais. Si n'avoit pas
-entencion de entrer Paris jusques ce que ces choses
-luy fussent adrecies. Et requist audit roy que il fust
-avec luy et luy aidast les adrecier.</p>
+entencion de entrer à Paris jusques à ce que ces choses
+luy fussent adreciées. Et requist audit roy que il fust
+avec luy et luy aidast à les adrecier.</p>
<p><span class="pagenum"><a id="Page_378"> 378</a></span>
-L'endemain, jour de jeudi, rassemblrent audit lieu
-et parlrent ensemble comme le jour prcdent. Et
-aprs se partit ledit roy et s'en ala Paris, o il entra le
+L'endemain, jour de jeudi, rassemblèrent audit lieu
+et parlèrent ensemble comme le jour précédent. Et
+après se partit ledit roy et s'en ala à Paris, où il entra le
vendredi ensuivant, quatriesme jour dudit moys de mai,
- moult grant compaignie, tant de ses gens comme de
-ceux de Paris qui estoient als encontre luy. En laquelle
-ville il fut moult honnor et seigneuri par l'espace de
+à moult grant compaignie, tant de ses gens comme de
+ceux de Paris qui estoient alés encontre luy. En laquelle
+ville il fut moult honnoré et seigneuri par l'espace de
dix ou douze jours que il y demoura; et volentiers en
eussent fait leur capitaine aucuns de ceux de Paris ou
leur seigneur, comme faux et mauvais que ils estoient.</p>
<p>Item en celuy temps, l'evesque de Laon qui estoit en
-l'assemble Compigne, fut en pril d'estre tu par
-plusieurs nobles hommes qui l estoient avec ledit rgent.
-Et convint que il s'en partist celement et ala
-Saint-Denis en France. Et manda ceux de Paris que on
-le alast qurir. Si envoirent ceux de Paris, et aussi le
-roy de Navarre qui l estoit, grant quantit de gens
-d'armes qurir ledit evesque Saint-Denis; et vindrent
-en sa compaignie jusques Paris. Si fut dit audit rgent
+l'assemblée à Compiègne, fut en péril d'estre tué par
+plusieurs nobles hommes qui là estoient avec ledit régent.
+Et convint que il s'en partist celéement et ala à
+Saint-Denis en France. Et manda à ceux de Paris que on
+le alast quérir. Si envoièrent ceux de Paris, et aussi le
+roy de Navarre qui là estoit, grant quantité de gens
+d'armes quérir ledit evesque à Saint-Denis; et vindrent
+en sa compaignie jusques à Paris. Si fut dit audit régent
de plusieurs nobles et autres que ledit evesque estoit
-faux et mauvais; et vrit estoit: car par luy estoient
+faux et mauvais; et vérité estoit: car par luy estoient
avenus tous les maux au royaume de France. Et luy requistrent
-que il ne fust plus son conseil.</p>
+que il ne fust plus à son conseil.</p>
<p>Item, en celuy temps, Jehan de Meudon, chastelain
de Evreux pour le roy de France, bouta le feu en ladite
ville de Evreux, et fut toute arse, dont le roy de Navarre
-fut moult courrouci.</p>
+fut moult courroucié.</p>
<p>Item, le dimanche treiziesme jour du moys de may,
-partirent les ennemis, qui estoient Esparnon, dudit lieu,
-et chevaulchirent de rechief en Gatinois. Et ardirent
-toute la ville de Nemours, et moult dommagirent plusieurs
-autres villes au pays, comme Grs<a name="FNanchor_221" id="FNanchor_221" href="#Footnote_221" class="fnanchor">&nbsp;[221]</a> et autres
-villes, dont moult de gens estoient merveillis; car ce
+partirent les ennemis, qui estoient à Esparnon, dudit lieu,
+et chevaulchièrent de rechief en Gatinois. Et ardirent
+toute la ville de Nemours, et moult dommagièrent plusieurs
+autres villes au pays, comme Grés<a name="FNanchor_221" id="FNanchor_221" href="#Footnote_221" class="fnanchor">&nbsp;[221]</a> et autres
+villes, dont moult de gens estoient merveilliés; car ce
<span class="pagenum"><a id="Page_379"> 379</a></span>
-pays estoit en douaire la royne Blanche, suer audit
+pays estoit en douaire à la royne Blanche, suer audit
roy de Navarre. Et monseigneur James Pipes, capitaine
d'Esparnon, s'appeloit lieutenant au roy de Navarre en
ses saufs conduis et en ses autres fais, et si estoit souvent
avec le roy de Navarre, si comme l'on disoit<a name="FNanchor_222" id="FNanchor_222" href="#Footnote_222" class="fnanchor">&nbsp;[222]</a>.
-Et s'en retournrent les ennemis trois ou quatre jours
-aprs, sans ce que aucun leur fist empeschement.</p>
+Et s'en retournèrent les ennemis trois ou quatre jours
+après, sans ce que aucun leur féist empeschement.</p>
-<p class="subh">Des lettres qui furent apportes d'Angleterre.</p>
+<p class="subh">Des lettres qui furent apportées d'Angleterre.</p>
<p>Le mardi quinziesme jour du moys de may, furent
-aportes Paris plusieurs lettres closes envoies d'Angleterre,
+aportées à Paris plusieurs lettres closes envoiées d'Angleterre,
de plusieurs grands seigneurs de France et
d'autres, par lesquelles on escrivoit que la paix avoit
-est faite entre les roys de France et d'Angleterre le
+esté faite entre les roys de France et d'Angleterre le
huitiesme jour dudit moys, et que lesdis roys avoient
-mangi ensemble et s'estoient entrebaisis. Laquelle
-chose les uns ne croient point, les uns pour ce que ils
+mangié ensemble et s'estoient entrebaisiés. Laquelle
+chose les uns ne créoient point, les uns pour ce que ils
ne voulsissent pas, les autres pour ce que par plusieurs
-fois avoit ainsi est mand, et tousjours les Anglois y
+fois avoit ainsi esté mandé, et tousjours les Anglois y
avoient mis empeschement; et les autres qui en estoient
-forment joieux le croient.</p>
+forment joieux le créoient.</p>
-<p class="subh">Du commencement et premire assemble de la mauvaise Jaquerie
+<p class="subh">Du commencement et première assemblée de la mauvaise Jaquerie
de Beauvoisin.</p>
<p>Le lundi vint-huitiesme jour dudit moys de may,
s'esmurent plusieurs menues gens de Beauvoisin, des
villes de Saint-Leu de Serens, de Nointel, de Cramoisi
<span class="pagenum"><a id="Page_380"> 380</a></span>
-et d'environ, et se assemblrent par mouvement mauvais.
+et d'environ, et se assemblèrent par mouvement mauvais.
Et coururent sur plusieurs gentils hommes qui estoient
-en ladite ville de Saint-Leu et en turent neuf:
+en ladite ville de Saint-Leu et en tuèrent neuf:
quatre chevaliers et cinq escuiers. Et ce fait, meus de
-mauvais esprit, alrent par le pays de Beauvoisin, et
+mauvais esprit, alèrent par le pays de Beauvoisin, et
chascun jour croissoient en nombre, et tuoient tous
gentils hommes et gentils femmes qu'ils trouvoient, et
plusieurs enfans tuoient-ils. Et abattoient ou ardoient
toutes maisons de gentils hommes qu'ils trouvoient, fussent
forteresces ou autres maisons. Et firent un capitaine
-que on appelloit Guillaume Cale. Et alrent Compigne,
-mais ceux de la ville ne les y laissirent entrer.
-Et depuis ils alrent Senlis, et firent tant que ceux de
-ladite ville alrent en leur compaignie. Et abattirent
+que on appelloit Guillaume Cale. Et alèrent à Compiègne,
+mais ceux de la ville ne les y laissièrent entrer.
+Et depuis ils alèrent à Senlis, et firent tant que ceux de
+ladite ville alèrent en leur compaignie. Et abattirent
toutes les forteresces du pays, Armenonville, Tiers et
une partie du chastel de Beaumont-sur-Oyse. Et s'enfouy
-la duchesse d'Orlans qui estoit dedans, et s'en ala
- Paris.</p>
+la duchesse d'Orléans qui estoit dedans, et s'en ala
+à Paris.</p>
<p class="subh">De la mort du maistre du pont de Paris et du maistre charpentier du
roy, par les gouverneurs de Paris.</p>
-<p>Le mardi vint-neuviesme jour dudit moys, le prvost
+<p>Le mardi vint-neuviesme jour dudit moys, le prévost
des marchans et les autres gouverneurs de Paris firent
-couper les testes, et aprs escarteler les corps, en Grve
- Paris, au maistre du pont de Paris, appell Jehan Peret,
-et au maistre charpentier du roy, appell Henry
-Metret, tort et sans cause; pour ce, si comme ils disoient,
-que ils devoient avoir traicti avec aucuns dudit
-duc de Normendie, ainsn fils du roy de France et rgent
+couper les testes, et après escarteler les corps, en Grève
+à Paris, au maistre du pont de Paris, appellé Jehan Peret,
+et au maistre charpentier du roy, appellé Henry
+Metret, à tort et sans cause; pour ce, si comme ils disoient,
+que ils devoient avoir traictié avec aucuns dudit
+duc de Normendie, ainsné fils du roy de France et régent
le royaume, de mettre gens d'armes dedans ladite
-ville de Paris pour ledit rgent. Et firent pendre les
-quartiers desdis maistres aux entres de ladite ville de
-Paris. Et je qui ceci escris vis que quant le bourel, appel
+ville de Paris pour ledit régent. Et firent pendre les
+quartiers desdis maistres aux entrées de ladite ville de
+Paris. Et je qui ceci escris vis que quant le bourel, appelé
lors Raoulet, voult coupper la teste au premier
<span class="pagenum"><a id="Page_381"> 381</a></span>
-maistre, c'est assavoir audit Peret, il cha et fut tourment
+maistre, c'est assavoir audit Peret, il chaï et fut tourmenté
d'une cruelle passion, tant que il rendoit escume
par sa bouche; dont plusieurs de Paris disoient que ce
-estoit miracle, et que il dplaisoit Dieu de ce que on
+estoit miracle, et que il déplaisoit à Dieu de ce que on
les faisoit mourir sans cause. Et lors un advocat du
-Chastelet, appell maistre Jehan Godart, lequel estoit
-aux fenestres de l'ostel de la ville, en la place de Grve,
-dist haultement, oant le peuple qui l estoit: Bonnes
-gens, ne vous veuilliez esmerveillier s Raoulet est
-ainsi chu de mauvaise maladie, car il en est entechi<a name="FNanchor_223" id="FNanchor_223" href="#Footnote_223" class="fnanchor">&nbsp;[223]</a>,
-et en chiet souvent.</p>
-
-<p class="subh">De la cruaut de ceux de Beauvoisin; et comment le rgent se partit de
-Meaux pour aler Sens.</p>
-
-<p>En ce temps multiplirent moult ces gens de Beauvoisin.
-Et se resmurent et assemblrent plusieurs autres
+Chastelet, appellé maistre Jehan Godart, lequel estoit
+aux fenestres de l'ostel de la ville, en la place de Grève,
+dist haultement, oïant le peuple qui là estoit: «Bonnes
+gens, ne vous veuilliez esmerveillier sé Raoulet est
+ainsi chéu de mauvaise maladie, car il en est entechié<a name="FNanchor_223" id="FNanchor_223" href="#Footnote_223" class="fnanchor">&nbsp;[223]</a>,
+et en chiet souvent.»</p>
+
+<p class="subh">De la cruauté de ceux de Beauvoisin; et comment le régent se partit de
+Meaux pour aler à Sens.</p>
+
+<p>En ce temps multiplièrent moult ces gens de Beauvoisin.
+Et se resmuèrent et assemblèrent plusieurs autres
en diverses flottes en la terre de Morency, et abatirent
et ardirent toutes les maisons et chastiaux du
seigneur de Morency et des autres gentils hommes du
-pays. Et aussi se firent autres assembles de tels gens en
-Mucien<a name="FNanchor_224" id="FNanchor_224" href="#Footnote_224" class="fnanchor">&nbsp;[224]</a> et en autres lieux environ. Et en ces assembles
+pays. Et aussi se firent autres assemblées de tels gens en
+Mucien<a name="FNanchor_224" id="FNanchor_224" href="#Footnote_224" class="fnanchor">&nbsp;[224]</a> et en autres lieux environ. Et en ces assemblées
avoit gens de labour le plus, et si y avoit de riches
hommes, bourgeois et autres; et tous gentils hommes
que ils povoient trouver ils tuoient, et si faisoient-ils
gentils femmes et plusieurs enfans; qui estoit trop grant
forsennerie.</p>
-<p>En ce temps, ledit rgent, qui estoit au marchi de
+<p>En ce temps, ledit régent, qui estoit au marchié de
Meaux, que il avoit fait enforcier et faisoit de jour en
jour, s'en partit et ala au chastel de Monsterel-au-fort-d'Yonne;
-et assez tost aprs s'en partit et ala en la cit de
+et assez tost après s'en partit et ala en la cité de
<span class="pagenum"><a id="Page_382"> 382</a></span>
Sens, en laquelle il entra le samedi neuviesme jour de
-juin ensuivant, matin. Et fut receu en ladite cit par
+juin ensuivant, à matin. Et fut receu en ladite cité par
les gens d'icelle moult honorablement, si comme ils le
-devoient faire, comme leur droit seigneur aprs le
-roy de France, son pre. Et toutesvoies, avoit lors pou
-de villes, cits ou autres en la Langue d'oyl qui ne fussent
+devoient faire, comme à leur droit seigneur après le
+roy de France, son père. Et toutesvoies, avoit lors pou
+de villes, cités ou autres en la Langue d'oyl qui ne fussent
meues contre les gentils hommes, tant en faveur
de ceux de Paris qui trop les haoient, comme pour le
-mouvement du peuple. Et nantmoins fut-il receu en
-ladite ville de Sens grant paix et honorablement. Et
-fist ledit rgent en ladite ville grant mandement de
+mouvement du peuple. Et néantmoins fut-il receu en
+ladite ville de Sens à grant paix et honorablement. Et
+fist ledit régent en ladite ville grant mandement de
gens d'armes.</p>
-<p class="subh">Comment ceux de Paris furent desconfis Meaux; et de la mort du maire
-de la ville appell Jehan Soulas.</p>
+<p class="subh">Comment ceux de Paris furent desconfis à Meaux; et de la mort du maire
+de la ville appellé Jehan Soulas.</p>
<p>Celuy samedi meisme, qui estoit le neuviesme jour
de juin, l'an mil trois cens cinquante-huit, plusieurs
qui estoient partis de la ville de Paris, jusques au nombre
de trois cens ou environ, desquels gens estoit capitaine
-un appell Pierre Gille espicier de Paris, et environ
-cinq cens qui s'estoient assembls Cilly en Mucien,
-desquels estoit capitaine un appell Jehan Vaillant
-prvost des monnoies du roy, alrent Meaux. Et
+un appellé Pierre Gille espicier de Paris, et environ
+cinq cens qui s'estoient assemblés à Cilly en Mucien,
+desquels estoit capitaine un appellé Jehan Vaillant
+prévost des monnoies du roy, alèrent à Meaux. Et
jasoit ce que Jehan Soulas, lors maire de Meaux, et plusieurs
-autres de ladite ville eussent jur audit rgent que
+autres de ladite ville eussent juré audit régent que
ils luy seroient bons et loyaux et ne souffriroient aucune
-chose estre faite contre luy n contre son honneur,
-nantmoins ils firent ouvrir les portes de ladite cit
+chose estre faite contre luy né contre son honneur,
+néantmoins ils firent ouvrir les portes de ladite cité
auxdis de Paris et de Cilly, et firent mettre les tables et
les nappes parmy les rues, le pain, le vin et les viandes
-sus; et burent et mangirent s ils vouldrent et se
-resfraichirent. Et aprs se mirent en bataille, en alant
-droit vers le marchi de ladite ville de Meaux, auquel estoit
+sus; et burent et mangièrent sé ils vouldrent et se
+resfraichirent. Et après se mirent en bataille, en alant
+droit vers le marchié de ladite ville de Meaux, auquel estoit
la duchesse de Normendie et sa fille, et la suer dudit
<span class="pagenum"><a id="Page_383"> 383</a></span>
-rgent, appelle madame Ysabel de France, qui puis
+régent, appellée madame Ysabel de France, qui puis
fut femme du fils du seigneur de Milan et fut contesse de
-Vertus, que le roy Jehan, son pre, luy donna son mariage.
+Vertus, que le roy Jehan, son père, luy donna à son mariage.
Et avec eux estoit le comte de Foys, le seigneur
de Hangest et plusieurs autres gentilshommes que ledit
-rgent y avoit laissis pour garder ladite duchesse sa
-femme, sa fille, sa seur et ledit marchi.</p>
+régent y avoit laissiés pour garder ladite duchesse sa
+femme, sa fille, sa seur et ledit marchié.</p>
-<p>Si issirent dudit marchi lesdits conte de Foys, le seigneur
+<p>Si issirent dudit marchié lesdits conte de Foys, le seigneur
de Hangest et aucuns autres, jusques au nombre
-de vint-cinq hommes d'armes ou environ, et alrent
+de vint-cinq hommes d'armes ou environ, et alèrent
contre les dessus dis Pierre Gille et sa compaignie; et se
-combattirent eux. Et l fut tu un chevalier dudit
-marchi, appell monseigneur Loys de Chambly, d'un
-vireton prs de l'euil. Finablement ceux dudit marchi
+combattirent à eux. Et là fut tué un chevalier dudit
+marchié, appellé monseigneur Loys de Chambly, d'un
+vireton près de l'euil. Finablement ceux dudit marchié
eurent victoire. Et furent ceux de Paris, de Cilly et plusieurs
-de la cit de Meaux qui s'estoient mis avec eux,
-desconfis. Et pour ce, ceux dudit marchi mirent le feu
-en ladite cit et ardirent aucunes maisons.</p>
-
-<p>Et depuis furent informs que plusieurs de ladite cit
-avoient est arms contre eux et les avoient voulu trahir,
-et pour ce ceux dudit marchi pillirent et ardirent
-partie de ladite cit. Mais la grant glyse ne fut pas arse
-n aussi aucunes maisons des chanoines: mais toutesvoies
+de la cité de Meaux qui s'estoient mis avec eux,
+desconfis. Et pour ce, ceux dudit marchié mirent le feu
+en ladite cité et ardirent aucunes maisons.</p>
+
+<p>Et depuis furent informés que plusieurs de ladite cité
+avoient esté armés contre eux et les avoient voulu trahir,
+et pour ce ceux dudit marchié pillièrent et ardirent
+partie de ladite cité. Mais la grant églyse ne fut pas arse
+né aussi aucunes maisons des chanoines: mais toutesvoies
fut tout pris; et aussi fut le chastel qui estoit au roy
ars; et dura ledit feu, tant en ladite ville comme audit
chastel, plus de quinze jours. Et pristrent ceux dudit
-marchi Jehan Soulas, le maire de ladite ville de Meaux,
+marchié Jehan Soulas, le maire de ladite ville de Meaux,
et plusieurs autres hommes et femmes, elles tindrent
-prisons audit marchi. Et depuis fit-l'on mourir ledit
+prisons audit marchié. Et depuis fit-l'on mourir ledit
maire, si comme droit estoit.</p>
<p><span class="pagenum"><a id="Page_384"> 384</a></span></p>
<p class="subh">De la mort Guillaume Cale par le roy de Navarre; et comment ledit roy ala
-de Beauvoisin Saint-Ouyn, pour parler au prvost des marchans.</p>
+de Beauvoisin à Saint-Ouyn, pour parler au prévost des marchans.</p>
<p>En celuy temps chevaulcha le roy de Navarre en Beauvoisin,
-et mist mort plusieurs de ceux des communes;
-et par espcial fist coupper la teste dudit Guillaume
-Cale Clermont en Beauvoisin. Et pour ce que ceux de
-Paris luy mandrent que il alast vers eux Paris, il se
-traist Saint-Ouyn, en l'ostel du roy appell la Noble-Maison.
-Et l ala le prvost des marchans parlementer
+et mist à mort plusieurs de ceux des communes;
+et par espécial fist coupper la teste dudit Guillaume
+Cale à Clermont en Beauvoisin. Et pour ce que ceux de
+Paris luy mandèrent que il alast vers eux à Paris, il se
+traist à Saint-Ouyn, en l'ostel du roy appellé la Noble-Maison.
+Et là ala le prévost des marchans parlementer
audit roy. Et le jeudi, quatorziesme jour dudit moys de
-juin, ala ledit roy de Navarre Paris. Et contre luy
-alrent plusieurs de ladite ville de Paris pour luy accompaignier
-jusques l o il descendit, c'est assavoir Saint-Germain
-des Prs.</p>
+juin, ala ledit roy de Navarre à Paris. Et contre luy
+alèrent plusieurs de ladite ville de Paris pour luy accompaignier
+jusques là où il descendit, c'est assavoir à Saint-Germain
+des Prés.</p>
<p class="subh">Du preschement que le roy de Navarre fist en l'ostel de la ville, et comment
-par l'nortement de ses alis fut fait capitaine de Paris; dont plusieurs
-de ladite ville furent courroucis.</p>
+par l'énortement de ses aliés fut fait capitaine de Paris; dont plusieurs
+de ladite ville furent courrouciés.</p>
<p>Le vendredi quinziesme jour de juin, ledit roy de
Navarre vint en la maison de la ville et prescha. Et
entre les autres choses dit que il amoit moult le royaume
de France et il y estoit moult bien tenu, si comme il dit
-soit; car il estoit des Fleurs de lis de tous costs<a name="FNanchor_225" id="FNanchor_225" href="#Footnote_225" class="fnanchor">&nbsp;[225]</a>, et
-eust est sa mre roy de France s elle eust est homme;
-car elle avoit est seule fille du roy de France. Et si luy
-avoient les bonnes villes du royaume, par espcial celle
-de Paris, fait trs grans biens et haus honneurs, lesquels
+soit; car il estoit des Fleurs de lis de tous costés<a name="FNanchor_225" id="FNanchor_225" href="#Footnote_225" class="fnanchor">&nbsp;[225]</a>, et
+eust esté sa mère roy de France sé elle eust esté homme;
+car elle avoit esté seule fille du roy de France. Et si luy
+avoient les bonnes villes du royaume, par espécial celle
+de Paris, fait très grans biens et haus honneurs, lesquels
il taisoit; et pour ce estoit-il prest de vivre et de
mourir avecques eulx.</p>
<p>Et aussi prescha Charles Toussac, et dit que le royaume
<span class="pagenum"><a id="Page_385"> 385</a></span>
-de France estoit en petit point et avoit mal est gouvern,
-et encore estoit; si estoit mestier que ils y fissent
+de France estoit en petit point et avoit mal esté gouverné,
+et encore estoit; si estoit mestier que ils y féissent
un capitaine qui mieux les gouverneroit et luy
sembloit que meilleur ne povoient-ils avoir du roy de
Navarre.</p>
-<p>Et ce mot furent plusieurs forgis et ordens ce,
-qui crirent: <em>Navarre! Navarre!</em> tous une voix ainsi
-comme s ils voulsissent dire: Nous voulons le roy de
+<p>Et à ce mot furent plusieurs forgiés et ordenés à ce,
+qui crièrent: <em>Navarre! Navarre!</em> tous à une voix ainsi
+comme sé ils voulsissent dire: Nous voulons le roy de
Navarre. Et toutesvoies, la plus grant partie de trop de
-ceulx qui l estoient se turent et furent courroucis
-dudit cry; mais ils ne l'osrent contredire.</p>
+ceulx qui là estoient se turent et furent courrouciés
+dudit cry; mais ils ne l'osèrent contredire.</p>
<p>Si fut lors eslu ledit roy en capitaine de la ville de
-Paris; et luy fut dit, de par le prvost des marchands de
-Paris, que ceux de Paris escriroient toutes bonnes
-villes du royaume, afin que chascun se consentist faire
+Paris; et luy fut dit, de par le prévost des marchands de
+Paris, que ceux de Paris escriroient à toutes bonnes
+villes du royaume, afin que chascun se consentist à faire
ledit roy capitaine universel par tout le royaume de
France.</p>
<p>Et lors, leur fist ledit roy serment de les garder et
gouverner bien et loyalement, et de vivre et mourir avec
eux contre tous, sans aucun excepter; et leur dit:
-Biaux seigneurs, ce royaume est moult malade, et y
-est la maladie moult enracine; et pour ce, ne peut-il
-estre si tost gary: si ne vous vueillis pas mouvoir
-contre moy s je ne apaise si tost les besoingnes, car
-il y faut trait et labour.</p>
+«Biaux seigneurs, ce royaume est moult malade, et y
+est la maladie moult enracinée; et pour ce, ne peut-il
+estre si tost gary: si ne vous vueilliés pas mouvoir
+contre moy sé je ne apaise si tost les besoingnes, car
+il y faut trait et labour.»</p>
-<p class="subh">Comment ledit rgent s'en ala de Sens Provins, Chasteau-Tierry et
-Gandelus<a name="FNanchor_226" id="FNanchor_226" href="#Footnote_226" class="fnanchor">&nbsp;[226]</a>; et du nombre des Jaques tus par les gentilshommes.</p>
+<p class="subh">Comment ledit régent s'en ala de Sens à Provins, à Chasteau-Tierry et à
+Gandelus<a name="FNanchor_226" id="FNanchor_226" href="#Footnote_226" class="fnanchor">&nbsp;[226]</a>; et du nombre des Jaques tués par les gentilshommes.</p>
-<p>Celui vendredi meismes, ledit rgent qui toute celle
-semaine avoit demour Sens, s'en partit et s'en ala
+<p>Celui vendredi meismes, ledit régent qui toute celle
+semaine avoit demouré à Sens, s'en partit et s'en ala à
Provins, et d'illec vers Chasteau-Tierry et vers Gandelus,
-o l'on disoit qu'il y avoit grande assemble de
+où l'on disoit qu'il y avoit grande assemblée de
<span class="pagenum"><a id="Page_386"> 386</a></span>
ces communes que l'on appelloit Jaques Bonhomme; et
tousjours luy venoient gentilshommes de tous pays. Et
-la royne Jehanne estoit Paris, laquelle mettoit grande
-diligence de faire aucun traicti entre ledit rgent, par
+la royne Jehanne estoit à Paris, laquelle mettoit grande
+diligence de faire aucun traictié entre ledit régent, par
devers lequel elle envoioit souvent, et ceux de Paris.
Et pour ce se partit ladite royne de Paris le samedi
vingt-troisiesme, jour de juin pour aler par devers
-ledit rgent, qui estoit environ Meaulx, en attendant les
+ledit régent, qui estoit environ Meaulx, en attendant les
gens d'armes qui luy venoient.</p>
<p>Et tousjours ardoient les gentilshommes aucunes maisons
-que ils trouvoient ceulx de Paris, s ils n'estoient
-officiers du roy ou dudit rgent; et prenoient et emportoient
+que ils trouvoient à ceulx de Paris, sé ils n'estoient
+officiers du roy ou dudit régent; et prenoient et emportoient
tous les biens meubles que ils trouvoient et
estoient auxdis habitans; et ne se osoit homme qui alast
par pays, avoer de Paris. Et aussi tuoient les gentilshommes
tous ceux que ils povoient trouver qui avoient
-est de la compagnie des Jaques, c'est--dire des communes
-qui avoient tu les gentilshommes, leurs femmes
+esté de la compagnie des Jaques, c'est-à-dire des communes
+qui avoient tué les gentilshommes, leurs femmes
et leurs enfans, et abattu maisons; et tant que on tenoit
-certainement que l'on en avoit bien tu dedans le
+certainement que l'on en avoit bien tué dedans le
jour de la saint Jean-Baptiste vint mille et plus.</p>
-<p class="subh">Comment les gentilshommes de Bourgoigne laissirent le roy de Navarre.</p>
+<p class="subh">Comment les gentilshommes de Bourgoigne laissièrent le roy de Navarre.</p>
<p>Le vendredi vingt-deuxiesme jour dudit mois de
juin, le roy de Navarre partit de Paris et avecques luy
plusieurs de ladite ville et plusieurs de ses gens. Et estoient
-environ six cens glaives; et alrent Gonesse, o
-plusieurs autres des villes de la viscont de Paris les attendoient.
+environ six cens glaives; et alèrent à Gonesse, où
+plusieurs autres des villes de la visconté de Paris les attendoient.
Et deux jours ou trois devant, plusieurs des
-gentilshommes qui avoient est avec ledit roy de Navarre
-une partie de la saison et encore estoient, espcialement
-ceux du pays de Bourgoigne, prisrent congi
-dudit roy de Navarre, quant ils virent que il avoit accept
+gentilshommes qui avoient esté avec ledit roy de Navarre
+une partie de la saison et encore estoient, espécialement
+ceux du pays de Bourgoigne, prisrent congié
+dudit roy de Navarre, quant ils virent que il avoit accepté
la capitainerie de ceux de Paris, en disant que ils
<span class="pagenum"><a id="Page_387"> 387</a></span>
-ne seroient point contre ledit rgent n contre les gentilshommes;
-et s'en partirent et s'en alrent en leur
-pays. Et ledit roy et sa compaignie s'en alrent vers
+ne seroient point contre ledit régent né contre les gentilshommes;
+et s'en partirent et s'en alèrent en leur
+pays. Et ledit roy et sa compaignie s'en alèrent vers
Senlis.</p>
-<p class="subh">Comment ledit rgent et son ost logirent prs de Paris, en telle manire
-que nul n'osoit issir n entrer en ladite ville de celle part o il estoit.</p>
-
-<p>Monseigneur le rgent qui avoit est vers Chasteau-Tierry,
-vers la Fert-Milon et au pays environ pour
-despcier plusieurs assembles des Jaques qui l estoient,
-aprs ce que les nobles qui estoient avec ledit rgent
-orent mis mort plusieurs Jaques, ars et gast tout le
-pays entre la rivire de Marne et de Seine, s'en retourna
-en alant vers Paris, et se logia Chielle-Sainte-Bautheut<a name="FNanchor_227" id="FNanchor_227" href="#Footnote_227" class="fnanchor">&nbsp;[227]</a>,
-la derrenire semaine de juin, c'est assavoir
+<p class="subh">Comment ledit régent et son ost logièrent près de Paris, en telle manière
+que nul n'osoit issir né entrer en ladite ville de celle part où il estoit.</p>
+
+<p>Monseigneur le régent qui avoit esté vers Chasteau-Tierry,
+vers la Ferté-Milon et au pays environ pour
+despécier plusieurs assemblées des Jaques qui là estoient,
+après ce que les nobles qui estoient avec ledit régent
+orent mis à mort plusieurs Jaques, ars et gasté tout le
+pays entre la rivière de Marne et de Seine, s'en retourna
+en alant vers Paris, et se logia à Chielle-Sainte-Bautheut<a name="FNanchor_227" id="FNanchor_227" href="#Footnote_227" class="fnanchor">&nbsp;[227]</a>,
+la derrenière semaine de juin, c'est assavoir
le mardi vint-troisiesme jour dudit moys.</p>
-<p>Et la royne Jehanne fut Laigny, qui moult se painoit
-de traictier entre ledit rgent et ceux de Paris. Et
-lors n'y put aucun traicti estre trouv; car ceux de
-Paris se tenoient fiers et haus contre ledit rgent leur
-seigneur. Et pour ce, luy et son ost se deslogirent de
-Chielle et se logirent environ le bois de Vincennes,
+<p>Et la royne Jehanne fut à Laigny, qui moult se painoit
+de traictier entre ledit régent et ceux de Paris. Et
+lors n'y put aucun traictié estre trouvé; car ceux de
+Paris se tenoient fiers et haus contre ledit régent leur
+seigneur. Et pour ce, luy et son ost se deslogièrent de
+Chielle et se logièrent environ le bois de Vincennes,
environ le pont de Charenton et environ Conflans, le
vendredy vint-neuviesme jour dudit moys de juin.
-Et tenoit-l'on que en l'ost dudit rgent avoit bien trente
-mille chevaux. Si fut tout le pays gast jusques huit ou
-dix lieues, et communment les villes arses.</p>
+Et tenoit-l'on que en l'ost dudit régent avoit bien trente
+mille chevaux. Si fut tout le pays gasté jusques à huit ou
+dix lieues, et communément les villes arses.</p>
<p>Et ledit roy de Navarre s'en retourna et entra en la
-ville de Saint-Denis, lequel roy estoit ali avec ceux
-de Paris contre ledit rgent, leur droit seigneur. Et si
+ville de Saint-Denis, lequel roy estoit alié avec ceux
+de Paris contre ledit régent, leur droit seigneur. Et si
avoit en la compaignie dudit roy grant foison ennemis
du roy et du royaume de France, Anglois et autres
<span class="pagenum"><a id="Page_388"> 388</a></span>
que ledit roy de Navarre avoit fait venir des garnisons
angloises, d'Esparnon et d'autre part. En la ville de
-Saint-Denis se tint le roy de Navarre. Et ledit rgent et
-son ost estoient logis es lieux dessus dis, et estoit le
-corps dudit rgent logi en l'ostel du Sjour, s Quarrires<a name="FNanchor_228" id="FNanchor_228" href="#Footnote_228" class="fnanchor">&nbsp;[228]</a>.
+Saint-Denis se tint le roy de Navarre. Et ledit régent et
+son ost estoient logiés es lieux dessus dis, et estoit le
+corps dudit régent logié en l'ostel du Séjour, ès Quarrières<a name="FNanchor_228" id="FNanchor_228" href="#Footnote_228" class="fnanchor">&nbsp;[228]</a>.
Et n'osoit homme issir de Paris de celle part
-n entrer aussi; mais par plusieurs fois en issoit-l'on en
+né entrer aussi; mais par plusieurs fois en issoit-l'on en
bataille; mais tousjours perdoient plus qu'ils ne gaignoient,
et en y ot plusieurs mors.</p>
-<p class="subh">Comment le rgent et le roy de Navarre assemblrent en un pavillon qui fut
+<p class="subh">Comment le régent et le roy de Navarre assemblèrent en un pavillon qui fut
tendu sur une motte, entre Saint-Anthoine et le bois, pour accorder un
-traicti que la royne Jehanne avoit basti; et du serment que ledit roy fist
-sur <i lang="la" xml:lang="la">Corpus Domini</i> que l'evesque de Lisieux avoit clbr, en entencion
-que ledit rgent et ledit roy le usassent pour plus fermement tenir leurs sermens;
-mais ledit roy de Navarre refusa user le premier.</p>
+traictié que la royne Jehanne avoit basti; et du serment que ledit roy fist
+sur <i lang="la" xml:lang="la">Corpus Domini</i> que l'evesque de Lisieux avoit célébré, en entencion
+que ledit régent et ledit roy le usassent pour plus fermement tenir leurs sermens;
+mais ledit roy de Navarre refusa à user le premier.</p>
<p>Le dimanche huitiesme jour de juillet ensuivant,
-assemblrent lesdis rgent et roy de Navarre en un
-pavillon qui, pour ce, fut tendu prs de Saint-Anthoine,
-en un lieu que l'on dit le Moulin--Vent, pour accorder
-ensemble certain traicti que la royne Jehanne avoit
-pourparl. Si estoient les batailles dudit rgent toutes
-ordenes aux champs en quatre batailles, o l'on estimoit
+assemblèrent lesdis régent et roy de Navarre en un
+pavillon qui, pour ce, fut tendu près de Saint-Anthoine,
+en un lieu que l'on dit le Moulin-à-Vent, pour accorder
+ensemble certain traictié que la royne Jehanne avoit
+pourparlé. Si estoient les batailles dudit régent toutes
+ordenées aux champs en quatre batailles, où l'on estimoit
bien douze mille hommes d'armes et plus. Et les
-gens du roy de Navarre furent en bataille ordens sur
-une petite montaigne prs de Monstruel et de Charonne,
+gens du roy de Navarre furent en bataille ordenés sur
+une petite montaigne près de Monstruel et de Charonne,
et n'estoient pas plus de huit cens combattans, si comme
l'on les estimoit. Et, pour ce que ils estoient si petit
-nombre, ne approchirent point ledit pavillon n les
-batailles audit rgent.</p>
+nombre, ne approchièrent point ledit pavillon né les
+batailles audit régent.</p>
-<p>Si parlementrent ledit rgent et ses gens et le roy
-de Navarre et ses gens, en la prsence de ladite royne.
-Si furent accort par la manire qui s'ensuit, c'est assavoir:
+<p>Si parlementèrent ledit régent et ses gens et le roy
+de Navarre et ses gens, en la présence de ladite royne.
+Si furent à accort par la manière qui s'ensuit, c'est assavoir:
<span class="pagenum"><a id="Page_389"> 389</a></span>
pour toutes les choses que ledit roy pourroit demander
-audit rgent pour quelconques causes que
+audit régent pour quelconques causes que
ce fust, luy bailleroit dix mille livres de terre et
-quatre cens mille florins l'escu, lesquels seroient baillis
-audit roy par la manire qui s'ensuit. C'est assavoir
-la premire anne cent mille, et chascun an ensuivant
-cinquante mille, jusques fin de paye; et si seroient
+quatre cens mille florins à l'escu, lesquels seroient bailliés
+audit roy par la manière qui s'ensuit. C'est assavoir
+la première année cent mille, et chascun an ensuivant
+cinquante mille, jusques à fin de paye; et si seroient
lesdis quatre cens mille florins pris sur les aydes que le
peuple feroit pour cause des guerres, sans ce que ledit
-rgent en fust autrement tenu n oblig. Et pour ce,
-ledit roy de Navarre devoit estre avec ledit rgent contre
-tous, except le roy de France; et afin que ledit rgent
+régent en fust autrement tenu né obligé. Et pour ce,
+ledit roy de Navarre devoit estre avec ledit régent contre
+tous, excepté le roy de France; et afin que ledit régent
et le roy de Navarre tenissent sans enfraindre toutes
les choses dessus dites, l'evesque de Lisieux, qui
-prsent estoit, chanta une messe audit pavillon, environ
+présent estoit, chanta une messe audit pavillon, environ
heure de none<a name="FNanchor_229" id="FNanchor_229" href="#Footnote_229" class="fnanchor">&nbsp;[229]</a>, et consacra deux personnes<a name="FNanchor_230" id="FNanchor_230" href="#Footnote_230" class="fnanchor">&nbsp;[230]</a>, en
-esprance que de l'une fust fait deux parties et uses par
-lesdis rgent et roy. Et quant la messe fut chante,
-lesdis rgent et roy jurrent, sur le corps-Dieu sacr
+espérance que de l'une fust fait deux parties et usées par
+lesdis régent et roy. Et quant la messe fut chantée,
+lesdis régent et roy jurèrent, sur le corps-Dieu sacré
que ledit evesque tenoit entre ses mains, que ils teindroient
et acompliroient sans enfraindre tout ce que
-chascun avoit promis, prsens ce ducs, contes et barons
+chascun avoit promis, présens à ce ducs, contes et barons
tant comme en povoit au devant dit pavillon, environ
-heure de none. Et aprs ledit evesque brisa
-l'oiste, et en voult faire user chascun desdis rgent
+heure de none. Et après ledit evesque brisa
+l'oiste, et en voult faire user à chascun desdis régent
et roy; mais ledit roy dit que il n'estoit pas jeun<a name="FNanchor_231" id="FNanchor_231" href="#Footnote_231" class="fnanchor">&nbsp;[231]</a>; et
-pour ce ledit rgent n'en prist point aussi, jasoit ce que
-il se feust orden pour le recevoir. Si usa tout ledit
-evesque. Et par ce ledit roy devoit aler Paris pour
-les faire mettre en l'obissance dudit rgent. Et ainsi se
+pour ce ledit régent n'en prist point aussi, jasoit ce que
+il se feust ordené pour le recevoir. Si usa tout ledit
+evesque. Et par ce ledit roy devoit aler à Paris pour
+les faire mettre en l'obéissance dudit régent. Et ainsi se
<span class="pagenum"><a id="Page_390"> 390</a></span>
-dpartirent; et s'en ala ledit rgent aux Quarrires et
-ledit roy Saint-Denis.</p>
+départirent; et s'en ala ledit régent aux Quarrières et
+ledit roy à Saint-Denis.</p>
-<p class="subh">Comment, aprs les dessus dis sermens, les gens au roy de Navarre
-coururent sus aux gens du rgent.</p>
+<p class="subh">Comment, après les dessus dis sermens, les gens au roy de Navarre
+coururent sus aux gens du régent.</p>
<p>Le mardi ensuivant dixiesme jour du moys de juillet,
-le roy de Navarre ala Paris; et cuidoit ledit rgent
+le roy de Navarre ala à Paris; et cuidoit ledit régent
que ledit roy deust aler devers luy, celuy jour,
porter la response de ceux de Paris: mais il n'y ala
-point, ainois demoura tout ce jour. Et l'endemain, le
+point, ainçois demoura tout ce jour. Et l'endemain, le
onziesme jour dudit moys, il mist en ladite ville de
Paris les Anglois que il avoit avecques luy. Et disoit-l'on
-en l'ost dudit rgent que ceux de Paris avoient dit
+en l'ost dudit régent que ceux de Paris avoient dit
audit roy que il avoit fait sa paix sans eux et que il
ne leur en challoit, car ils se passeroient bien de luy. Et
pour ce fist nouvelles aliances, si comme l'on disoit,
avec eux; et bien y parut de fait, car il ne retourna
-point devers ledit rgent; mais luy estant dedans ladite
-ville de Paris, plusieurs en issirent arms, par espcial
-de ceux que il y avoit mens.</p>
+point devers ledit régent; mais luy estant dedans ladite
+ville de Paris, plusieurs en issirent armés, par espécial
+de ceux que il y avoit menés.</p>
<p>Et assaillirent ledit mercredi, onziesme jour dudit
-moys, aucuns de l'ost dudit rgent qui se deslogoient
+moys, aucuns de l'ost dudit régent qui se deslogoient
de la Granche-aux-Merciers pour eux approchier dudit
-rgent. Et pour ce, cria-l'on en l'ost alarme, et s'arma
-l'ost, et courut-l'on jusques la bastide des fosss, et l
-ot grant escarmuche, et y demoura-l'on jusques prs
+régent. Et pour ce, cria-l'on en l'ost alarme, et s'arma
+l'ost, et courut-l'on jusques à la bastide des fossés, et là
+ot grant escarmuche, et y demoura-l'on jusques près
de la nuit: et y perdirent ceux de Paris plus que les
autres.</p>
-<p class="subh">Comment le roy de Navarre mist sus au rgent qu'il avoit enfraint le
-traicti, et du pont de bateaux qui fut fait sur Seine.</p>
+<p class="subh">Comment le roy de Navarre mist sus au régent qu'il avoit enfraint le
+traictié, et du pont de bateaux qui fut fait sur Seine.</p>
<p>Le jeudi douziesme jour du moys de juillet, le roy
-de Navarre s'en retourna Saint-Denis, et laissa les
-Anglois Paris. Et ledit rgent envoia par devers ledit
+de Navarre s'en retourna à Saint-Denis, et laissa les
+Anglois à Paris. Et ledit régent envoia par devers ledit
<span class="pagenum"><a id="Page_391"> 391</a></span>
-roy pour savoir quelle volent il avoit, et luy fist requrir
+roy pour savoir quelle volenté il avoit, et luy fist requérir
que il venist avec luy, car il luy avoit promis
que il luy ayderoit contre tous. Lequel roy respondit
-que ledit rgent et sa gent avoient enfraint le traicti
+que ledit régent et sa gent avoient enfraint le traictié
et les convenances que ils avoient, car ils avoient assailli
-ceux de Paris le jour prcdent, si comme disoit ledit
+ceux de Paris le jour précédent, si comme disoit ledit
roy, tant comme il traictoit avecques eux; jasoit ce, en
-vrit, que ceux de Paris eussent commenci l'escarmuche.
+vérité, que ceux de Paris eussent commencié l'escarmuche.
Mais ledit roy disoit ces choses pour ce qu'il ne
-povoit avoir fait Paris ce qu'il avoit promis au traicti
-dudit rgent et de luy; car il avoit promis de tant faire
+povoit avoir fait à Paris ce qu'il avoit promis au traictié
+dudit régent et de luy; car il avoit promis de tant faire
que ceux de Paris paieroient six cens mille escus de Phelippe
-pour le premier paiement de la ranon du roy,
-mais que ledit rgent leur remist toute paine criminelle.
+pour le premier paiement de la rançon du roy,
+mais que ledit régent leur remist toute paine criminelle.
Et ceux de Paris respondirent quant il en parla, que ils
-n'en paieroient j denier. Et pour ce, mettoit sus ledit
-roy audit rgent que il avoit enfraint ledit traicti, jasoit
-ce que ceux qui l estoient savoient bien le contraire.
-Si cuida-l'on bien que tous traictis fussent
+n'en paieroient jà denier. Et pour ce, mettoit sus ledit
+roy audit régent que il avoit enfraint ledit traictié, jasoit
+ce que ceux qui là estoient savoient bien le contraire.
+Si cuida-l'on bien que tous traictiés fussent
rompus, dont moult de gens avoient grant joie.</p>
-<p>Et mist-l'on<a name="FNanchor_232" id="FNanchor_232" href="#Footnote_232" class="fnanchor">&nbsp;[232]</a> grant paine achever un pont que
-l'on avoit encommenci sur bateaux pour passer la rivire
-de Seine, lequel fut achev ledit jeudi. Et tantost,
-plusieurs de l'ost passrent ledit pont et ardirent Vitry
-et plusieurs autres villes oultre la rivire de Seine, et
+<p>Et mist-l'on<a name="FNanchor_232" id="FNanchor_232" href="#Footnote_232" class="fnanchor">&nbsp;[232]</a> grant paine à achever un pont que
+l'on avoit encommencié sur bateaux pour passer la rivière
+de Seine, lequel fut achevé ledit jeudi. Et tantost,
+plusieurs de l'ost passèrent ledit pont et ardirent Vitry
+et plusieurs autres villes oultre la rivière de Seine, et
y pilla-l'on tout ce que l'on y trouva.</p>
<p>Et ladite royne Jehanne aloit souvent par devers
les uns et par devers les autres pour renouveler ledit
-traicti. Toutesvoies parloient plusieurs moult vilainement
+traictié. Toutesvoies parloient plusieurs moult vilainement
contre ledit roy de Navarre qui si solempnellement
-avoit jur et ne tenoit chose que il eust promis.</p>
+avoit juré et ne tenoit chose que il eust promis.</p>
<p><span class="pagenum"><a id="Page_392"> 392</a></span></p>
-<p class="subh">Comment monseigneur le duc de Normendie, ainsn fils du roy de France,
-lors rgent du royaume, reboutrent, luy et ses gens, ceux de Paris de
+<p class="subh">Comment monseigneur le duc de Normendie, ainsné fils du roy de France,
+lors régent du royaume, reboutèrent, luy et ses gens, ceux de Paris de
dessus le pont qu'il avoit fait faire sur Seine; et de plusieurs escarmuches
-faites environ Saint-Anthoine de ceux de Paris contre les gens dudit rgent;
-et du traicti qui fut fait pour faire la paix entre le rgent et ceux
+faites environ Saint-Anthoine de ceux de Paris contre les gens dudit régent;
+et du traictié qui fut fait pour faire la paix entre le régent et ceux
de Paris.</p>
<p>Le samedi ensuivant quatorziesme jour de juillet,
-environ heure de disner, ledit rgent estant en sa
+environ heure de disner, ledit régent estant en sa
chambre, en son conseil, plusieurs de la ville de Paris,
dont la plus grant partie estoient d'Anglois qui estoient
-issus par devers Saint-Marcel, chevaulchirent jusques
-devant ledit pont que ledit rgent avoit fait faire, lequel
-pont estoit sur la rivire de Seine, devant l'ostel des
-Quarrires o estoit logi ledit rgent. Et tantost que
-ils furent devant ledit pont, ils descendirent pi, et en
-entra aucuns dedans la dite rivire pour aler sur ledit
-pont o il n'avoit point de garde. Mais l'on ne povoit
-monter sus ledit pont s l'on n'entroit en l'yaue jusques
+issus par devers Saint-Marcel, chevaulchièrent jusques
+devant ledit pont que ledit régent avoit fait faire, lequel
+pont estoit sur la rivière de Seine, devant l'ostel des
+Quarrières où estoit logié ledit régent. Et tantost que
+ils furent devant ledit pont, ils descendirent à pié, et en
+entra aucuns dedans la dite rivière pour aler sur ledit
+pont où il n'avoit point de garde. Mais l'on ne povoit
+monter sus ledit pont sé l'on n'entroit en l'yaue jusques
au nombril, pour ce qu'il avoit faute au bout du pont
-par devers Vitry; et y mettoient les gens dudit rgent
-une bachire toutes les fois que ils vouloient passer: et
-quant ils en avoient fait, ladite bachire estoit oste du
+par devers Vitry; et y mettoient les gens dudit régent
+une bachière toutes les fois que ils vouloient passer: et
+quant ils en avoient fait, ladite bachière estoit ostée du
bout du pont. Et estoit mise contre ledit pont au dessus,
ainsi comme au milieu. Et lors estoit en celuy estat;
et pour ce convint que lesdis de Paris entrassent en
l'yaue pour monter sur le dit pont. Si cria-l'on alarme
moult forment; et fut moult l'ost estourmie, car les autres
-estoient venus couvert et soudainement. Si alrent
-plusieurs, les uns arms et les autres dsarms,
-pour deffendre ledit pont. Et j avoient plusieurs des
-dessus dis de Paris oultre la moiti du pont. Et l se
-combatirent les gens dudit rgent et reboutrent leurs
-ennemis qui estoient sur ledit pont, et y ala ledit rgent
+estoient venus à couvert et soudainement. Si alèrent
+plusieurs, les uns armés et les autres désarmés,
+pour deffendre ledit pont. Et jà avoient plusieurs des
+dessus dis de Paris oultre la moitié du pont. Et là se
+combatirent les gens dudit régent et reboutèrent leurs
+ennemis qui estoient sur ledit pont, et y ala ledit régent
en sa personne: et y furent plusieurs des gens du
<span class="pagenum"><a id="Page_393"> 393</a></span>
-dit rgent navrs de trait. Et si y fut pris son mareschal,
+dit régent navrés de trait. Et si y fut pris son mareschal,
que on appelloit monseigneur Rigaut de Fontaines.
-Et aussi y ot des autres navrs et pris. Toutesvoies furent-ils
-reculs et mis tous hors dessur ledit pont par les
-gens dudit rgent et s'en retournrent vers Paris. Et
-pour ce que l'on crioit alarme vers Paris, au coust devers
+Et aussi y ot des autres navrés et pris. Toutesvoies furent-ils
+reculés et mis tous hors dessur ledit pont par les
+gens dudit régent et s'en retournèrent vers Paris. Et
+pour ce que l'on crioit alarme vers Paris, au cousté devers
Saint-Anthoine, et disoit-l'on que ceux de Paris estoient
issus de celle part, les gens d'armes se trairent
-vers l, et sur les champs furent les batailles rangies.
-Et y ot des escarmuches toute jour jusques la nuit, et
-y perdirent ceux de Paris plus que ils ne gaignirent.
+vers là, et sur les champs furent les batailles rangiées.
+Et y ot des escarmuches toute jour jusques à la nuit, et
+y perdirent ceux de Paris plus que ils ne gaignièrent.
Toutesvoies, ceux qui issirent de Paris, tant d'un
-coust de Paris comme d'autre, estoient le plus Anglois.
+cousté de Paris comme d'autre, estoient le plus Anglois.
Et durant ces choses, la royne Jehanne ala devers
-ledit rgent pour renouer ledit traicti, et quant
-elle s'en partit pour aler Saint-Denis, encore estoient les
-batailles sur les champs. Si traictirent toute celle semaine
+ledit régent pour renouer ledit traictié, et quant
+elle s'en partit pour aler à Saint-Denis, encore estoient les
+batailles sur les champs. Si traictièrent toute celle semaine
jusques au jeudi ensuivant dix-neuviesme jour
dudit moys de juillet. Et celuy jour, la dite royne
Jehanne, le roy de Navarre, l'archevesque de Lyon, qui
-l avoit est envoi de par le pape, l'evesque de Paris, le
+là avoit esté envoié de par le pape, l'evesque de Paris, le
prieur de Saint-Martin-des-Champs, Jehan Belot, eschevin
-de Paris, Colin le Flamant, et autres de Paris, alrent
-environ tierce au bout dudit pont que ledit rgent
+de Paris, Colin le Flamant, et autres de Paris, alèrent
+environ tierce au bout dudit pont que ledit régent
avoit fait faire de la partie devers Vitry, et avoient
des gens d'armes et des archiers avecques eux. Et ledit
-rgent y ala petite compaignie tout dsarm; et parlementrent
+régent y ala à petite compaignie tout désarmé; et parlementèrent
ensemble en l'un des bateaux dudit pont;
-et finablement furent accort, par telle manire que
-ceux de Paris prieroient ledit rgent que il leur voulsist
+et finablement furent à accort, par telle manière que
+ceux de Paris prieroient ledit régent que il leur voulsist
remettre son mautalent, et pardonner tout ce que ils
avoient fait; et ils se mettroient en sa merci, par telle
condicion qu'il en ordenneroit, par le conseil de la
-royne Jehanne, du roy de Navarre, du duc d'Orlans
+royne Jehanne, du roy de Navarre, du duc d'Orléans
<span class="pagenum"><a id="Page_394"> 394</a></span>
et du conte d'Estampes, concordablement et non
aultrement. Et avec ce demourroient en leur vertu tous
accors, toutes convenances et toutes aliances que ceux
de Paris avoient avecques ledit roy de Navarre, avecques
-bonnes villes et avecques tous autres. Et ledit rgent devoit
-faire ouvrir tous passages de rivires et autres, afin
-que toutes denres et marchandises pussent passer et
-estre portes Paris. Et pour parfaire les choses contenues
-audit traicti, fut journe prise au mardi ensuivant,
-pour estre Laigny-sur-Marne; et l devoient estre
-ledit rgent et son conseil d'une part, et ceux qui seroient
-ordens pour Paris d'autre part, et lesdis royne,
-roy, duc d'Orlans et conte d'Estampes, par le conseil
-desquels ledit rgent en devoit ordener. Et ce fait, fut
-publi en l'ost que il avoit bonne paix entre ledit rgent
-et ceux de Paris. Et pour ce se deslogirent les
+bonnes villes et avecques tous autres. Et ledit régent devoit
+faire ouvrir tous passages de rivières et autres, afin
+que toutes denrées et marchandises pussent passer et
+estre portées à Paris. Et pour parfaire les choses contenues
+audit traictié, fut journée prise au mardi ensuivant,
+pour estre à Laigny-sur-Marne; et là devoient estre
+ledit régent et son conseil d'une part, et ceux qui seroient
+ordenés pour Paris d'autre part, et lesdis royne,
+roy, duc d'Orléans et conte d'Estampes, par le conseil
+desquels ledit régent en devoit ordener. Et ce fait, fut
+publié en l'ost que il avoit bonne paix entre ledit régent
+et ceux de Paris. Et pour ce se deslogièrent les
gens de monseigneur le duc et s'en partirent plusieurs
celuy jour.</p>
<p>Et l'endemain, jour du vendredi, vintiesme jour
-dudit mois, plusieurs alrent vers Paris pour besoingnes
-que ils avoient faire, lesquels on n'y voult laissier entrer.
-Mais leur demanda-l'on qui ils estoient; et quant
+dudit mois, plusieurs alèrent vers Paris pour besoingnes
+que ils avoient à faire, lesquels on n'y voult laissier entrer.
+Mais leur demanda-l'on à qui ils estoient; et quant
ils respondirent que ils estoient au duc, ceux de Paris
-leur dirent: Als vostre duc. Et y entra Math
-Guete, trsorier de France, lequel fut en grant pril
-d'estre tu; et finablement en fut mis hors quant il ot
-est men en la maison de la ville en Grve, et Saint-Eloy
-devant le prvost des marchands et les gouverneurs.</p>
+leur dirent: «Alés à vostre duc.» Et y entra Mathé
+Guete, trésorier de France, lequel fut en grant péril
+d'estre tué; et finablement en fut mis hors quant il ot
+esté mené en la maison de la ville en Grève, et à Saint-Eloy
+devant le prévost des marchands et les gouverneurs.</p>
-<p>Et aprs ce que ledit accort fut fait par la manire que
+<p>Et après ce que ledit accort fut fait par la manière que
dessus est dit, les dessus dis de Paris, en haine de monseigneur
-ledit rgent, prirent et saisirent plusieurs maisons
+ledit régent, prirent et saisirent plusieurs maisons
et biens meubles de plusieurs officiers qui avoient
-est avec ledit rgent audit ost.</p>
+esté avec ledit régent audit ost.</p>
<p><span class="pagenum"><a id="Page_395"> 395</a></span>
-Et ledit rgent s'en ala celui jour de vendredi au
+Et ledit régent s'en ala celui jour de vendredi au
Val-la-Comtesse, et la plus grant partie de son ost s'en
partit.</p>
<p class="subh">Comment ceux de Paris se esmurent contre les Anglois que le roy de
-Navarre avoit fait venir en ladite ville; et en turent partie et les autres
-emprisonnrent au Louvre. Et de la mort de ceux de Paris vers Saint-Cloust.</p>
+Navarre avoit fait venir en ladite ville; et en tuèrent partie et les autres
+emprisonnèrent au Louvre. Et de la mort de ceux de Paris vers Saint-Cloust.</p>
-<p>Le samedi ensuivant, veille de la Magdalne, fut la
-journe<a name="FNanchor_233" id="FNanchor_233" href="#Footnote_233" class="fnanchor">&nbsp;[233]</a> ensuivant qui avoit est mise Laigny-sur-Marne
-remise Corbeil. Et celuy samedi, aprs disner,
-s'esmut Paris un grant descort entre ceux de la ville
+<p>Le samedi ensuivant, veille de la Magdalène, fut la
+journée<a name="FNanchor_233" id="FNanchor_233" href="#Footnote_233" class="fnanchor">&nbsp;[233]</a> ensuivant qui avoit esté mise à Laigny-sur-Marne
+remise à Corbeil. Et celuy samedi, après disner,
+s'esmut à Paris un grant descort entre ceux de la ville
et plusieurs Anglois qu'ils avoient fait venir en ladite
-ville contre ledit rgent leur seigneur, pour ce que
-l'on disoit que aucuns autres Anglois qui estoient
-Saint-Denis et Saint-Cloust pilloient le pays. Si s'esmut
+ville contre ledit régent leur seigneur, pour ce que
+l'on disoit que aucuns autres Anglois qui estoient à
+Saint-Denis et à Saint-Cloust pilloient le pays. Si s'esmut
le commun de ladite ville de Paris, et courut sur
lesdis Anglois qui estoient en ladite ville de Paris, et
-en turent vint-quatre ou environ et en prirent quarante-sept
+en tuèrent vint-quatre ou environ et en prirent quarante-sept
des plus notables, en l'ostel de Neelle, auquel
-ils avoient disn avec le roy de Navarre. Et plus de
+ils avoient disné avec le roy de Navarre. Et plus de
quatre cens autres en divers ostieux de ladite ville, lesquels
il mistrent tous en prison au Louvre. De laquelle
-chose le roy de Navarre fut moult courrouci, si comme
-l'on disoit; et aussi furent le prvost des marchans et
+chose le roy de Navarre fut moult courroucié, si comme
+l'on disoit; et aussi furent le prévost des marchans et
autres gouverneurs de ladite ville. Et, pour ce, l'endemain,
-jour de dimanche et de la Magdalne, vint-deuxiesme
+jour de dimanche et de la Magdalène, vint-deuxiesme
jour dudit moys de juillet, le roy de Navarre,
-l'evesque de Laon, le prvost des marchans et
+l'evesque de Laon, le prévost des marchans et
plusieurs autres gouverneurs de ladite ville de Paris furent
en la maison de ladite ville, environ heure de midi,
-et y ot moult de peuple assembl en ladite maison, tous
-arms devant en la place de Grve. Auquel peuple ledit
+et y ot moult de peuple assemblé en ladite maison, tous
+armés devant en la place de Grève. Auquel peuple ledit
<span class="pagenum"><a id="Page_396"> 396</a></span>
-roy parla et leur dist qu'ils avoient mal fait d'avoir tu
+roy parla et leur dist qu'ils avoient mal fait d'avoir tué
lesdis Anglois, car il les avoit fait venir en son conduit<a name="FNanchor_234" id="FNanchor_234" href="#Footnote_234" class="fnanchor">&nbsp;[234]</a>
pour servir ceux de la ville de Paris. Et tantost
-plusieurs d'iceux crirent qu'ils vouloient que tous les
-Anglois fussent tus, et vouloient aler Saint-Denis
-mettre mort ceux qui y estoient, qui pilloient tout le
-pays. Et dirent audit roy et au prvost des marchans
-que ils alassent avec eux, en disant que ils avoient est
-bien pais de leurs gages et soudes, et nanmoins ils
-pilloient tout le pays. Et jasoit ce que ledit roy et prvost
-fissent tout leur pouvoir de refraindre ledit peuple,
+plusieurs d'iceux crièrent qu'ils vouloient que tous les
+Anglois fussent tués, et vouloient aler à Saint-Denis
+mettre à mort ceux qui y estoient, qui pilloient tout le
+pays. Et dirent audit roy et au prévost des marchans
+que ils alassent avec eux, en disant que ils avoient esté
+bien paiés de leurs gages et soudées, et néanmoins ils
+pilloient tout le pays. Et jasoit ce que ledit roy et prévost
+féissent tout leur pouvoir de refraindre ledit peuple,
ils ne le povoient faire, mais convint que ils leur accordassent
- aler avec eux. Mais avant que on partist de
-Paris, il fut prs de vespres. Dont plusieurs prsumrent
+à aler avec eux. Mais avant que on partist de
+Paris, il fut près de vespres. Dont plusieurs présumèrent
que ledit roy fist attendre le partir, afin que lesdis Anglois
ne feussent sourpris et despourveus. Et environ
heure de vespres partirent de Paris, les uns par la porte
-Saint-Honor, le roy de Navarre, le prvost des marchans
-et toute leur route par la porte Saint-Denis et alrent
-vers le Moulin vent. Et estimoit-on que ils estoient,
+Saint-Honoré, le roy de Navarre, le prévost des marchans
+et toute leur route par la porte Saint-Denis et alèrent
+vers le Moulin à vent. Et estimoit-on que ils estoient,
tant d'une part comme d'autre, environ seize cens
-hommes de cheval et huit mille de pi. Et furent lesdis
-roy de Navarre, le prvost des marchans et toute leur
+hommes de cheval et huit mille de pié. Et furent lesdis
+roy de Navarre, le prévost des marchans et toute leur
route bien l'espace de demie heure largement, sans eux
mouvoir au champ qui est de l'autre partie dudit moulin
- vent par devers Montmartre. Et de leur route
-furent envois trois glaives qui chevauchirent par emprs
-Montmartre. Lesquels, sans ce qu'ils feussent aprs
-vus, chevauchirent en alant tout droit vers le bois de
+à vent par devers Montmartre. Et de leur route
+furent envoiés trois glaives qui chevauchièrent par emprès
+Montmartre. Lesquels, sans ce qu'ils feussent après
+vus, chevauchièrent en alant tout droit vers le bois de
Saint-Cloust, auquel bois lesdis Anglois estoient en une
embusche. Et au-dehors dudit bois par devers Paris en
-avoit environ quarante ou cinquante. Si cuidrent ceux
+avoit environ quarante ou cinquante. Si cuidèrent ceux
<span class="pagenum"><a id="Page_397"> 397</a></span>
-de Paris que il n'en y eust plus; et alrent vers lesdis
-Anglois. Et quant ils furent prs, les Anglois qui estoient
+de Paris que il n'en y eust plus; et alèrent vers lesdis
+Anglois. Et quant ils furent près, les Anglois qui estoient
audit bois issirent hors, et tantost ceux de Paris se mirent
- fouir et les Anglois au chacier. Si turent lesdis
-Anglois grant foison des dessus dis de Paris, par espcial
-de ceux de pi qui estoient issus par la porte Saint-Honor;
-et tenoit-l'on communment qu'il y avoit de
+à fouir et les Anglois au chacier. Si tuèrent lesdis
+Anglois grant foison des dessus dis de Paris, par espécial
+de ceux de pié qui estoient issus par la porte Saint-Honoré;
+et tenoit-l'on communément qu'il y avoit de
mors bien six cens ou plus, et furent presque tous gens
-de pi. Et ledit roy de Navarre qui voit ces choses ne
-se partit pas de l, mais laissa tuer les dessus dis de
-Paris sans leur faire aucune ayde n secours. Et aprs
-ce que lesdis de Paris furent desconfis et tus comme
-dit est, ledit roy de Navarre s'en ala Saint-Denis, et
-ledit prvost des marchans et sa compaignie s'en retournrent
- Paris. Et furent, quant ils rentrrent Paris,
-forment huis et blasms de ce qu'ils avoient ainsi les
-bonnes gens de Paris laissi mettre mort sans les secourir.
-Et ds lors commencirent ceux de Paris forment
- murmurer, et faisoient forment garder les quarante-sept
+de pié. Et ledit roy de Navarre qui véoit ces choses ne
+se partit pas de là, mais laissa tuer les dessus dis de
+Paris sans leur faire aucune ayde né secours. Et après
+ce que lesdis de Paris furent desconfis et tués comme
+dit est, ledit roy de Navarre s'en ala à Saint-Denis, et
+ledit prévost des marchans et sa compaignie s'en retournèrent
+à Paris. Et furent, quant ils rentrèrent à Paris,
+forment huiés et blasmés de ce qu'ils avoient ainsi les
+bonnes gens de Paris laissié mettre à mort sans les secourir.
+Et dès lors commencièrent ceux de Paris forment
+à murmurer, et faisoient forment garder les quarante-sept
prisonniers anglois qui estoient au Louvre par le
commun de Paris; et volentiers les eust le commun de
-Paris mis mort; mais le prvost des marchans et les
+Paris mis à mort; mais le prévost des marchans et les
autres gouverneurs de Paris ne le povoient souffrir.</p>
-<p class="subh">Comment le prvost des marchans et ses alis dlivrrent les prisonniers
+<p class="subh">Comment le prévost des marchans et ses aliés délivrèrent les prisonniers
du Louvre.</p>
<p>Le vendredi vingt-septiesme jour dudit mois de juillet,
-le prvost des marchans et plusieurs autres jusques
-au nombre de huit vints ou deux cens hommes arms
-et plusieurs archiers alrent au Louvre; et de fait, contre
-la volent dudit peuple et commun de Paris, dlivrrent
+le prévost des marchans et plusieurs autres jusques
+au nombre de huit vints ou deux cens hommes armés
+et plusieurs archiers alèrent au Louvre; et de fait, contre
+la volenté dudit peuple et commun de Paris, délivrèrent
les dis Anglois prisonniers et les mirent hors de
-Paris par la porte Saint-Honor. Et en les conduisant de
+Paris par la porte Saint-Honoré. Et en les conduisant de
la ville dehors, aucuns de ceux qui estoient avec ledit
<span class="pagenum"><a id="Page_398"> 398</a></span>
-prvost crioient et demandoient s il y avoit aucun qui
-voulsist aucune chose dire contre la dlivrance desdis
-Anglois; et avoient leurs arcs tous tendus pour les dlivrer
-de tous empeschemens, s aucuns les voulsist
-mettre en ladite dlivrance; mais il n'y ot personne
-qui osast parler n faire semblant; jasoit ce qu'ils en
-fussent moult douloureusement courroucis en ladite
+prévost crioient et demandoient sé il y avoit aucun qui
+voulsist aucune chose dire contre la délivrance desdis
+Anglois; et avoient leurs arcs tous tendus pour les délivrer
+de tous empeschemens, sé aucuns les voulsist
+mettre en ladite délivrance; mais il n'y ot personne
+qui osast parler né faire semblant; jasoit ce qu'ils en
+fussent moult douloureusement courrouciés en ladite
ville de Paris.</p>
-<p>Si s'en alrent les Anglois Saint-Denis avec le roy
-de Navarre, qui tousjours y estoit demour depuis le
-dimanche prcdent; car il n'osoit pas seurement retourner
- Paris, si comme l'on disoit, tant pour cause
-de ce que il n'avoit point aidi ceux de Paris le dimanche
-prcdent, lorsque les Anglois les avoient tus, comme
-pour la dlivrance des Anglois du Louvre, laquelle avoit
-est faite la requeste dudit roy de Navarre, si comme
+<p>Si s'en alèrent les Anglois à Saint-Denis avec le roy
+de Navarre, qui tousjours y estoit demouré depuis le
+dimanche précédent; car il n'osoit pas seurement retourner
+à Paris, si comme l'on disoit, tant pour cause
+de ce que il n'avoit point aidié à ceux de Paris le dimanche
+précédent, lorsque les Anglois les avoient tués, comme
+pour la délivrance des Anglois du Louvre, laquelle avoit
+esté faite à la requeste dudit roy de Navarre, si comme
l'on disoit et voir estoit. Si en estoit le peuple de Paris
-forment esmeu en cuer contre ledit prvost des marchans
+forment esmeu en cuer contre ledit prévost des marchans
et contre les autres gouverneurs; mais il n'y avoit
homme qui osast commencier la riote. Toutesvoies Dieu,
qui tout voit, qui vouloit ladite ville sauver, ordena par
-la manire qui s'ensuit.</p>
+la manière qui s'ensuit.</p>
-<p class="subh">De la mort du prvost des marchans et de plusieurs autres ses alis.</p>
+<p class="subh">De la mort du prévost des marchans et de plusieurs autres ses aliés.</p>
-<p>Le mardi derrenier jour du moys de juillet, le prvost
+<p>Le mardi derrenier jour du moys de juillet, le prévost
des marchans et plusieurs autres avec luy, tous
-arms, alrent disner la bastide Saint-Denis. Et
-commanda ledit prvost ceux qui gardoient ladite
-bastide que ils bailliassent les clefs Joseran de Mascon,
-qui estoit trsorier du roy de Navarre. Lesquels gardes
+armés, alèrent disner à la bastide Saint-Denis. Et
+commanda ledit prévost à ceux qui gardoient ladite
+bastide que ils bailliassent les clefs à Joseran de Mascon,
+qui estoit trésorier du roy de Navarre. Lesquels gardes
desdites clefs dirent que ils n'en bailleroient nulles.
-Dont le prvost fut moult courrouci, et se mut riote
-ladite bastide entre ledit prvost et ceux qui gardoient
-lesdites clefs, tant que un bourgeois appell Jehan Maillart,
+Dont le prévost fut moult courroucié, et se mut riote à
+ladite bastide entre ledit prévost et ceux qui gardoient
+lesdites clefs, tant que un bourgeois appellé Jehan Maillart,
<span class="pagenum"><a id="Page_399"> 399</a></span>
garde de l'un des quartiers de la ville, de la partie
-de vers la bastide, ot nouvelles dudit dbat, et pour ce
-se traist vers ledit prvost et luy dit que l'on ne bailleroit
+de vers la bastide, oït nouvelles dudit débat, et pour ce
+se traist vers ledit prévost et luy dit que l'on ne bailleroit
point les clefs audit Joseran. Et pour ce, eust plusieurs
-grosses parolles entre ledit prvost et ledit Joseran
+grosses parolles entre ledit prévost et ledit Joseran
d'une part, et ledit Jehan Maillart d'autre part. Si
-monta ledit Jehan Maillart cheval, et prist une bannire
-du roy de France et commena hault crier:
-<em>Montjoie Saint-Denis au roy et au duc!</em> tant que
-chascun qui le voit aloit aprs et crioit haulte voix
-ledit cri. Et aussi fist le prvost et sa compaignie. Et
-s'en alrent vers la bastide Saint-Anthoine. Et ledit
+monta ledit Jehan Maillart à cheval, et prist une bannière
+du roy de France et commença à hault crier:
+«<em>Montjoie Saint-Denis au roy et au duc!</em>» tant que
+chascun qui le véoit aloit après et crioit à haulte voix
+ledit cri. Et aussi fist le prévost et sa compaignie. Et
+s'en alèrent vers la bastide Saint-Anthoine. Et ledit
Jehan Maillart demoura vers les halles. Et un chevalier
-appel Pepin des Essars, qui rien ne savoit de ce que
-ledit Jehan Maillart avoit fait, prist assez tost aprs une
-autre bannire de France, et crioit semblablement
-comme Jehan Maillart: <em>Montjoie Saint-Denis!</em> Et
-durant ces choses, ledit prvost vint la bastide Saint-Anthoine,
-et tenoit deux boistes o avoit lettres lesquelles
-le roy de Navarre luy avoit envoyes, si comme
-l'on disoit. Si requistrent ceux qui estoient ladite bastide
+appelé Pepin des Essars, qui rien ne savoit de ce que
+ledit Jehan Maillart avoit fait, prist assez tost après une
+autre bannière de France, et crioit semblablement
+comme Jehan Maillart: «<em>Montjoie Saint-Denis!</em>» Et
+durant ces choses, ledit prévost vint à la bastide Saint-Anthoine,
+et tenoit deux boistes où avoit lettres lesquelles
+le roy de Navarre luy avoit envoyées, si comme
+l'on disoit. Si requistrent ceux qui estoient à ladite bastide
que il leur monstrast lesdites lettres. Et s'esmut
-riote ladite bastide, tant que aucuns qui l estoient
-coururent sus Phelippe Giffart, qui estoit avec ledit
-prvost, lequel se deffendit forment, car il estoit fort
-arm et le bacinet en la teste; et toutesvoies fut-il tu.
-Et aprs fut tu ledit prvost et un autre de sa compaignie
-appel Simon Le Paonnier: et tantost furent despoillis
+riote à ladite bastide, tant que aucuns qui là estoient
+coururent sus à Phelippe Giffart, qui estoit avec ledit
+prévost, lequel se deffendit forment, car il estoit fort
+armé et le bacinet en la teste; et toutesvoies fut-il tué.
+Et après fut tué ledit prévost et un autre de sa compaignie
+appelé Simon Le Paonnier: et tantost furent despoilliés
et estendus tous nus sur les quarreaux en la
-voie. Et ce fait, le peuple s'esmut pour aler qurir des
+voie. Et ce fait, le peuple s'esmut pour aler quérir des
autres et pour en faire autel; et leur dit-on que, en
-l'ostel de Hocaus, l'enseigne de l'Ours, prs de la porte
-Baudoier, estoit entr Jehan de l'Isle le jeune. Si y entrrent
-grant foison de gens et y trouvrent ledit Jehan
+l'ostel de Hocaus, à l'enseigne de l'Ours, près de la porte
+Baudoier, estoit entré Jehan de l'Isle le jeune. Si y entrèrent
+grant foison de gens et y trouvèrent ledit Jehan
<span class="pagenum"><a id="Page_400"> 400</a></span>
de l'Isle et Gille. Marcel, clerc de la marchandise de
-Paris, lesquels il mirent mort. Et tantost furent despoillis
-comme les autres et trains tous nus sur les
-quarreaux devant ledit ostel et l furent laissis. Et
-tantost se partit ledit peuple et s'esmut aler querre des
-autres. Et ce jour, la bastide Saint-Martin, fut tu Jehan
-Poret-le-Jeune. Et furent les cinq corps dessus nomms
-trains en la court de Sainte-Catherine-du-Val-des-Ecoliers,
-et l furent mis et estendus tous nus en ladite
+Paris, lesquels il mirent à mort. Et tantost furent despoilliés
+comme les autres et trainés tous nus sur les
+quarreaux devant ledit ostel et là furent laissiés. Et
+tantost se partit ledit peuple et s'esmut à aler querre des
+autres. Et ce jour, à la bastide Saint-Martin, fut tué Jehan
+Poret-le-Jeune. Et furent les cinq corps dessus nommés
+trainés en la court de Sainte-Catherine-du-Val-des-Ecoliers,
+et là furent mis et estendus tous nus en ladite
court, en la veue de tous, si comme ils avoient fait mettre
les mareschaux, celui de Clermont et celui de Champaigne:
dont plusieurs tenoient que c'estoit ordenance
@@ -14957,222 +14915,222 @@ avoient fait mourir lesdis mareschaux.</p>
<p>Item, celui mardi, furent pris et mis au Chastellet de
Paris, Charles Toussac, eschevin de Paris, et Joseran de
-Mascon, trsorier du roy de Navarre. Et le peuple qui
+Mascon, trésorier du roy de Navarre. Et le peuple qui
les menoit crioit haultement le dessus dit cri, et avoit
-chascun dudit peuple l'espe nue au poing.</p>
+chascun dudit peuple l'espée nue au poing.</p>
-<p class="subh">De la venue du rgent Paris, et de la mort de Charles Toussac
+<p class="subh">De la venue du régent à Paris, et de la mort de Charles Toussac
et de Joseran de Mascon.</p>
<p>Le jeudi second jour d'aoust au soir, ala le duc de
-Normendie, rgent le royaume, Paris, o il fut receu
-trs grant joie du peuple de ladite ville. Et celui jour,
-avant que ledit rgent entrast Paris, furent lesdis
-Charles Toussac et ledit Joseran trans du Chastellet
-jusques en Grve, et l furent dcapits. Et longuement
-aprs demourrent en la place sur les quarreaux, et
-aprs en la rivire furent giets.</p>
-
-<p class="subh">Comment le rgent fut deffi de par le roy de Navarre.</p>
-
-<p>Le vendredi tiers jour du mois d'aoust, fut le rgent
-deffi de par le roy de Navarre. Et celui jour fut pris
+Normendie, régent le royaume, à Paris, où il fut receu à
+très grant joie du peuple de ladite ville. Et celui jour,
+avant que ledit régent entrast à Paris, furent lesdis
+Charles Toussac et ledit Joseran traînés du Chastellet
+jusques en Grève, et là furent décapités. Et longuement
+après demourèrent en la place sur les quarreaux, et
+après en la rivière furent gietés.</p>
+
+<p class="subh">Comment le régent fut deffié de par le roy de Navarre.</p>
+
+<p>Le vendredi tiers jour du mois d'aoust, fut le régent
+deffié de par le roy de Navarre. Et celui jour fut pris
<span class="pagenum"><a id="Page_401"> 401</a></span>
Pierre Gille. Et aussi fut maistre Thomas de Ladit, chancelier
dudit roy de Navarre, qui estoit en habit de
moine.</p>
-<p class="subh">De la mort de plusieurs tratres du roy et du rgent; et des paroles que
-ledit regent dist ceux de Paris.</p>
+<p class="subh">De la mort de plusieurs traîtres du roy et du régent; et des paroles que
+ledit regent dist à ceux de Paris.</p>
<p>Le samedi ensuivant, quart jour dudit moys d'aoust,
ledit Pierre Gille et un chevalier qui estoit chastelain
-du Louvre, et estoit n d'Orlans de assez petit lieu, de
-gens de mestier<a name="FNanchor_235" id="FNanchor_235" href="#Footnote_235" class="fnanchor">&nbsp;[235]</a>, et estoit appel monseigneur Gille
-Caillart, furent trans du Chastellet jusques s halles,
-et l orent les testes coppes. Mais ledit chevalier eust
-avant la langue coppe, pour plusieurs mauvaises paroles
-qu'il avoit dites du roy de France et du rgent son
-fils. Et aprs, les corps furent gietts la rivire. Et aprs,
-la semaine ensuivant, furent dcapits ensemble, en
-un jour, Jehan Prvost et Pierre Leblont; et en un autre
-jour deux avocas, l'un de Parlement, appel maistre
-Pierre de Puiseux, et l'autre du Chastellet, appel maistre
-Jehan Godart. Et furent tous gietts en la rivire; et un
-appel Bonvoisin fut mis en oubliette<a name="FNanchor_236" id="FNanchor_236" href="#Footnote_236" class="fnanchor">&nbsp;[236]</a>.</p>
+du Louvre, et estoit né d'Orléans de assez petit lieu, de
+gens de mestier<a name="FNanchor_235" id="FNanchor_235" href="#Footnote_235" class="fnanchor">&nbsp;[235]</a>, et estoit appelé monseigneur Gille
+Caillart, furent traînés du Chastellet jusques ès halles,
+et là orent les testes coppées. Mais ledit chevalier eust
+avant la langue coppée, pour plusieurs mauvaises paroles
+qu'il avoit dites du roy de France et du régent son
+fils. Et après, les corps furent giettés à la rivière. Et après,
+la semaine ensuivant, furent décapités ensemble, en
+un jour, Jehan Prévost et Pierre Leblont; et en un autre
+jour deux avocas, l'un de Parlement, appelé maistre
+Pierre de Puiseux, et l'autre du Chastellet, appelé maistre
+Jehan Godart. Et furent tous giettés en la rivière; et un
+appelé Bonvoisin fut mis en oubliette<a name="FNanchor_236" id="FNanchor_236" href="#Footnote_236" class="fnanchor">&nbsp;[236]</a>.</p>
<p>Celui jour de samedi, quatriesme jour dudit mois
-d'aoust, parla ledit rgent audit peuple de Paris, en la
-maison de la ville; et leur dist la grant trason qui
-avoit est traictie par les dessus dis mors et de l'evesque
+d'aoust, parla ledit régent audit peuple de Paris, en la
+maison de la ville; et leur dist la grant traïson qui
+avoit esté traictiée par les dessus dis mors et de l'evesque
de Laon et de plusieurs autres qui encore vivoient; c'est
assavoir de faire ledit roy de Navarre roy de France, et
de mettre les Anglois et Navarrois en Paris, celui jour
-que le prvost des marchans fut tu. Et devoient mettre
- mort tous ceux qui se tenoient de la partie du roy et
+que le prévost des marchans fut tué. Et devoient mettre
+à mort tous ceux qui se tenoient de la partie du roy et
<span class="pagenum"><a id="Page_402"> 402</a></span>
-son fils, et j avoient est plusieurs maisons de Paris
-signes divers seings; dont moult de gens estoient
+son fils, et jà avoient esté plusieurs maisons de Paris
+signées à divers seings; dont moult de gens estoient
forment esbahis en ladite ville.</p>
-<p class="source"><cite>Les Grandes Chroniques de Saint-Denis</cite>, dites
-par M. Paulin Pris.</p>
+<p class="source"><cite>Les Grandes Chroniques de Saint-Denis</cite>, éditées
+par M. Paulin Pâris.</p>
<div class="header">
-<h2>LES TATS GNRAUX DE 1356 ET LA JACQUERIE.<br />
-<span class="medium">Rcit de Froissart.</span></h2>
+<h2>LES ÉTATS GÉNÉRAUX DE 1356 ET LA JACQUERIE.<br />
+<span class="medium">Récit de Froissart.</span></h2>
</div>
-<p class="subh">Comment les trois tats furent assembls en la cit de Paris pour
+<p class="subh">Comment les trois états furent assemblés en la cité de Paris pour
ordonner du gouvernement du royaume de France.</p>
-<p>Si le royaume d'Angleterre et les Anglois et leurs allis
-furent rjouis de la prise du roi Jean de France, le
-royaume de France fut grandement troubl et courrouc.
-Et il y avoit bien cause; car ce fut une trs grande dsolation
-et ennuyable pour toutes manires de gens. Et sortirent
+<p>Si le royaume d'Angleterre et les Anglois et leurs alliés
+furent réjouis de la prise du roi Jean de France, le
+royaume de France fut grandement troublé et courroucé.
+Et il y avoit bien cause; car ce fut une très grande désolation
+et ennuyable pour toutes manières de gens. Et sortirent
bien adoncques les sages hommes du royaume que
-grands meschefs en natroient; car le roi leur chef et
-toute la bonne chevalerie de France toit morte ou prise;
-et les trois enfans du roi qui retourns toient, Charles,
-Louis et Jean, toient moult jeunes d'ge et de conseil;
+grands meschefs en naîtroient; car le roi leur chef et
+toute la bonne chevalerie de France étoit morte ou prise;
+et les trois enfans du roi qui retournés étoient, Charles,
+Louis et Jean, étoient moult jeunes d'âge et de conseil;
si y avoit en eux petit recouvrer; ni nul des dits enfans ne
vouloit emprendre le gouvernement du dit royaume<a name="FNanchor_237" id="FNanchor_237" href="#Footnote_237" class="fnanchor">&nbsp;[237]</a>.</p>
<p><span class="pagenum"><a id="Page_403"> 403</a></span>
-Avec tout ce, les chevaliers et les cuyers qui retourns
-toient de la bataille, en toient tant has et si
-blms des communes que envis ils s'embatoient s
+Avec tout ce, les chevaliers et les écuyers qui retournés
+étoient de la bataille, en étoient tant haïs et si
+blâmés des communes que envis ils s'embatoient ès
bonnes villes. Si parlementoient et murmuroient ainsi
-les uns sur les autres. Et regardrent et avisrent les
+les uns sur les autres. Et regardèrent et avisèrent les
plusieurs des sages hommes que cette chose ne pouvoit
-longuement durer ni demeurer en tel tat, que on n'y
-mt remde; car se tenoient en Cotentin Anglois et Navarrois,
-desquels messire Godefroy de Harecourt toit
-chef, qui couroient et dtruisoient tout le pays.</p>
-
-<p>Si avint que tous les prlats de sainte glise, vques
-et abbs, tous les nobles, seigneurs et chevaliers, et le
-prvt des marchands et les bourgeois de Paris, et le
+longuement durer ni demeurer en tel état, que on n'y
+mît remède; car se tenoient en Cotentin Anglois et Navarrois,
+desquels messire Godefroy de Harecourt étoit
+chef, qui couroient et détruisoient tout le pays.</p>
+
+<p>Si avint que tous les prélats de sainte Église, évêques
+et abbés, tous les nobles, seigneurs et chevaliers, et le
+prévôt des marchands et les bourgeois de Paris, et le
conseil des bonnes villes du royaume de France furent
-tous ensemble en la cit de Paris, et voulurent savoir et
-ordonner comment le royaume de France seroit gouvern
-jusques adonc que le roi leur sire seroit dlivr;
-et voulurent encore savoir plus avant que le grand trsor
-que on avoit lev au royaume du temps pass, en
-diximes, en male-toultes<a name="FNanchor_238" id="FNanchor_238" href="#Footnote_238" class="fnanchor">&nbsp;[238]</a>, en subsides, et en forges
+tous ensemble en la cité de Paris, et voulurent savoir et
+ordonner comment le royaume de France seroit gouverné
+jusques adonc que le roi leur sire seroit délivré;
+et voulurent encore savoir plus avant que le grand trésor
+que on avoit levé au royaume du temps passé, en
+dixièmes, en male-toultes<a name="FNanchor_238" id="FNanchor_238" href="#Footnote_238" class="fnanchor">&nbsp;[238]</a>, en subsides, et en forges
de monnoyes, et en toutes autres extortions, dont leurs
-gens avoient t formens et tribouls, et les soudoyers
-mal pays, et le royaume mal gard et dfendu, toit
-devenu: mais de ce ne savoit nul rendre compte.</p>
+gens avoient été formenés et triboulés, et les soudoyers
+mal payés, et le royaume mal gardé et défendu, étoit
+devenu: mais de ce ne savoit nul à rendre compte.</p>
-<p>Si se accordrent que les prlats liroient douze personnes
+<p>Si se accordèrent que les prélats éliroient douze personnes
bonnes et sages entre eux, qui auroient pouvoir,
-de par eux et de par le clerg, de ordonner et aviser
+de par eux et de par le clergé, de ordonner et aviser
voies convenables pour faire ce que dessus est dit. Les
-barons et les chevaliers ainsi lurent douze autres chevaliers
+barons et les chevaliers ainsi élurent douze autres chevaliers
entre eux, les plus sages et les plus discrets, pour
-entendre ces besognes; et les bourgeois, douze en
+entendre à ces besognes; et les bourgeois, douze en
<span class="pagenum"><a id="Page_404"> 404</a></span>
-telle manire. Ainsi fut confirm et accord de commun
+telle manière. Ainsi fut confirmé et accordé de commun
accord: lesquelles trente-six personnes devoient
-tre moult souvent Paris ensemble, et l parler et
-ordonner des besognes du dit royaume. Et toutes manires
-de choses se devoient dporter par ces trois tats;
-et devoient obir tous autres prlats, tous autres seigneurs,
-toutes communauts des cits et des bonnes
-villes, tout ce que ces trois tats feroient et ordonneroient.
+être moult souvent à Paris ensemble, et là parler et
+ordonner des besognes du dit royaume. Et toutes manières
+de choses se devoient déporter par ces trois états;
+et devoient obéir tous autres prélats, tous autres seigneurs,
+toutes communautés des cités et des bonnes
+villes, à tout ce que ces trois états feroient et ordonneroient.
Et toutesfois, en ce commencement, il en y
-eut plusieurs en cette lection qui ne plurent mie bien
-au duc de Normandie, ni son conseil.</p>
+eut plusieurs en cette élection qui ne plurent mie bien
+au duc de Normandie, ni à son conseil.</p>
-<p>Au premier chef, les trois tats dfendirent forger
-la monnoye que on forgeoit, et saisirent les coins. Aprs
-ce, ils requirent au duc qu'il ft si saisi du chancelier
-le roi de France son pre<a name="FNanchor_239" id="FNanchor_239" href="#Footnote_239" class="fnanchor">&nbsp;[239]</a>, de monseigneur Robert de
+<p>Au premier chef, les trois états défendirent à forger
+la monnoye que on forgeoit, et saisirent les coins. Après
+ce, ils requirent au duc qu'il fût si saisi du chancelier
+le roi de France son père<a name="FNanchor_239" id="FNanchor_239" href="#Footnote_239" class="fnanchor">&nbsp;[239]</a>, de monseigneur Robert de
Lorris, de monseigneur Simon de Bucy<a name="FNanchor_240" id="FNanchor_240" href="#Footnote_240" class="fnanchor">&nbsp;[240]</a>, de Poillevilain<a name="FNanchor_241" id="FNanchor_241" href="#Footnote_241" class="fnanchor">&nbsp;[241]</a>,
-et des autres matres des comptes et conseillers
-du temps pass du dit roi, par quoi ils rendissent bon
-compte de tout ce que on avoit lev et reu au royaume
-de France par leur conseil. Quand tous ces matres
-conseillers entendirent ce, ils ne se laissrent mie trouver;
+et des autres maîtres des comptes et conseillers
+du temps passé du dit roi, par quoi ils rendissent bon
+compte de tout ce que on avoit levé et reçu au royaume
+de France par leur conseil. Quand tous ces maîtres
+conseillers entendirent ce, ils ne se laissèrent mie trouver;
si firent que sages; mais se partirent du royaume
-de France, au plus tt qu'ils purent; et s'en allrent
+de France, au plus tôt qu'ils purent; et s'en allèrent
en autres nations demeurer, tant que ces choses fussent
-revenues en autre tat.</p>
+revenues en autre état.</p>
<p><span class="pagenum"><a id="Page_405"> 405</a></span></p>
-<p class="subh">Comment les trois tats firent faire monnoie de fin or; et comment ils
-envoyrent gens d'armes contre messire Godefroy de Harecourt.</p>
+<p class="subh">Comment les trois états firent faire monnoie de fin or; et comment ils
+envoyèrent gens d'armes contre messire Godefroy de Harecourt.</p>
-<p>Aprs ce, les trois tats ordonnrent et tablirent, de
+<p>Après ce, les trois états ordonnèrent et établirent, de
par eux et en leurs noms, receveurs pour lever et recevoir
-toutes mal-toultes, impositions, diximes, subsides
+toutes mal-toultes, impositions, dixièmes, subsides
et toutes autres droitures appartenans au roi et au
royaume; et firent forger nouvelle monnoie de fin or,
que on appeloit moutons<a name="FNanchor_242" id="FNanchor_242" href="#Footnote_242" class="fnanchor">&nbsp;[242]</a>. Et eussent volontiers vu que
-le roi de Navarre ft dlivr de prison du chtel de Arleux
-en Cambrsis, l o on le tenoit; car il sembloit
- plusieurs de ceux des trois tats que le royaume en
-seroit plus fort et mieux dfendu, au cas qu'il voudroit
-tre bon et fal: pourtant que il y avoit petit de seigneurs
-au dit royaume qui l'on se pt rallier, que tous
-ne fussent morts ou pris la besogne de Poitiers. Si en
-requirent le duc de Normandie que il le voulsist dlivrer;
+le roi de Navarre fût délivré de prison du châtel de Arleux
+en Cambrésis, là où on le tenoit; car il sembloit
+à plusieurs de ceux des trois états que le royaume en
+seroit plus fort et mieux défendu, au cas qu'il voudroit
+être bon et féal: pourtant que il y avoit petit de seigneurs
+au dit royaume à qui l'on se pût rallier, que tous
+ne fussent morts ou pris à la besogne de Poitiers. Si en
+requirent le duc de Normandie que il le voulsist délivrer;
car il leur sembloit que on lui faisoit grand tort,
ni ils ne savoient pourquoi on le tenoit. Le duc de Normandie
-rpondit adonc moult sagement, que il ne l'oseroit
-dlivrer, ni mettre conseil sa dlivrance, car
-le roi son pre l'y faisoit tenir; si ne savoit mie la cause
+répondit adonc moult sagement, que il ne l'oseroit
+délivrer, ni mettre conseil à sa délivrance, car
+le roi son père l'y faisoit tenir; si ne savoit mie la cause
pourquoi. Et ne fut point adoncques le roi de Navarre
-dlivr.</p>
+délivré.</p>
<p>En ce temps nouvelles vinrent au duc de Normandie
-et aux trois tats que messire Godefroy de Harecourt
+et aux trois états que messire Godefroy de Harecourt
harioit et guerroyoit malement le bon pays de
-Normandie; et couroient ses gens, qui n'toient mie
+Normandie; et couroient ses gens, qui n'étoient mie
grand'foison, deux ou trois fois la semaine jusques aux
-faubourgs de Caen, de Saint-L en Cotentin, d'vreux,
+faubourgs de Caen, de Saint-Lô en Cotentin, d'Évreux,
d'Avranches et de Coutances; et si ne leur alloit nul au
-devant. Adoncques ordonnrent et mirent sus le duc et
+devant. Adoncques ordonnèrent et mirent sus le duc et
<span class="pagenum"><a id="Page_406"> 406</a></span>
-les dits trois tats une chevauche de gens d'armes de
+les dits trois états une chevauchée de gens d'armes de
bien trois cents lances et cinq cents autres armures de
-fer; et y tablirent quatre capitaines, le seigneur de Reneval,
+fer; et y établirent quatre capitaines, le seigneur de Reneval,
le seigneur de Cauny, le seigneur de Ruilli et le
seigneur de Freauville. Si partirent ces gens d'armes de
-Paris, et s'en vinrent Rouen, et l assemblrent-ils
-de tous cts. Et y eut plusieurs chevaliers et cuyers
+Paris, et s'en vinrent à Rouen, et là assemblèrent-ils
+de tous côtés. Et y eut plusieurs chevaliers et écuyers
d'Artois et de Vermandois, tels que le seigneur de Maunier,
-le seigneur de Crqui, messire Louis de Haveskierque,
+le seigneur de Créqui, messire Louis de Haveskierque,
messire Oudart de Renty, messire Jean de Fiennes,
messire Enguerrant d'Eudin, et plusieurs autres; et
aussi de Normandie moult de appertes gens d'armes;
-et exploitrent tant ces seigneurs et leurs gens qu'ils vinrent
-en la cit de Coutances et en firent leur garnison.</p>
+et exploitèrent tant ces seigneurs et leurs gens qu'ils vinrent
+en la cité de Coutances et en firent leur garnison.</p>
-<p class="subh">Comment le Roi Jean fut men en Angleterre.</p>
+<p class="subh">Comment le Roi Jean fut mené en Angleterre.</p>
<p class="subt">1357.</p>
-<p>Les trois tats entendirent toute celle saison aux ordonnances
-du royaume; et toit le dit royaume de
-France tout gouvern par eux.</p>
+<p>Les trois états entendirent toute celle saison aux ordonnances
+du royaume; et étoit le dit royaume de
+France tout gouverné par eux.</p>
<p>Tout cel hiver en suivant se tint le prince, et la plus
-grand partie des seigneurs d'Angleterre qui la bataille
-de Poitiers avoient t, Bordeaux sur Gironde, en
-grand revel et battement; et entendirent tous ces temps
- pourveoir navire et ordonner leurs besognes bien et
+grand partie des seigneurs d'Angleterre qui à la bataille
+de Poitiers avoient été, à Bordeaux sur Gironde, en
+grand revel et ébattement; et entendirent tous ces temps
+à pourveoir navire et à ordonner leurs besognes bien et
sagement, pour emmener le roi de France et son fils
-et toute la plus grand partie des seigneurs qui l toient,
+et toute la plus grand partie des seigneurs qui là étoient,
en Angleterre.</p>
<p>Quand ce vint que la saison approcha que le prince
-dut partir et que les besognes toient ainsi que toutes
-prtes, il manda tous les plus hauts barons de Gascogne,
-le seigneur de Labret premirement, le seigneur de Mucident,
+dut partir et que les besognes étoient ainsi que toutes
+prêtes, il manda tous les plus hauts barons de Gascogne,
+le seigneur de Labret premièrement, le seigneur de Mucident,
le seigneur de l'Esparre, le seigneur de Langueren,
<span class="pagenum"><a id="Page_407"> 407</a></span>
le seigneur de Pommiers, le seigneur de Courton,
@@ -15180,1293 +15138,1293 @@ le seigneur de Rosem, le seigneur de Condon, le
seigneur de Chaumont, le seigneur de Montferrant,
le seigneur de Landuras, messire Aymeri de Tarse,
le captal de Buch, le soudich de l'Estrade et tous les autres;
-et leur fit et montra pour lors trs grand signe
+et leur fit et montra pour lors très grand signe
d'amour, et leur donna et promit grands profits, c'est tout
-ce que Gascons aiment et dsirent, et puis leur dit finablement
-qu'il s'en vouloit aller en Angleterre et y mneroit
+ce que Gascons aiment et désirent, et puis leur dit finablement
+qu'il s'en vouloit aller en Angleterre et y mèneroit
aucuns d'eux, et laisseroit les autres au pays de Bordelois
-et de Gascogne pour garder la terre et les frontires
-contre les Franois. Si leur mettoit en abandon cits,
-villes et chteaux, et leur recommandoit garder ainsi
-comme leur hritage. Quand les Gascons entendirent ce
-que le prince de Galles, ainsn fils au roi leur seigneur,
+et de Gascogne pour garder la terre et les frontières
+contre les François. Si leur mettoit en abandon cités,
+villes et châteaux, et leur recommandoit à garder ainsi
+comme leur héritage. Quand les Gascons entendirent ce
+que le prince de Galles, ainsné fils au roi leur seigneur,
en vouloit mener hors de leur puissance le roi de France
-que ils avoient aid prendre, si n'en furent mie de
-premier bien d'accord, et dirent au prince: Cher sire,
+que ils avoient aidé à prendre, si n'en furent mie de
+premier bien d'accord, et dirent au prince: «Cher sire,
nous vous devons en quant que nous pouvons toute
-honneur, toute obissance et loyal service, et nous
+honneur, toute obéissance et loyal service, et nous
louons de vous en quant que nous pouvons ni savons;
mais ce n'est pas notre intention que le roi de France,
-pour lequel nous avons eu grand travail mettre au
-point o il est, vous nous loigniez ainsi; car, Dieu
-mercy! il est bien, et en bonne cit et forte, et sommes
-forts et gens assez pour le garder contre les Franois,
-si de puissance ils le vous vouloient ter. Adonc rpondit
-le prince: Chers seigneurs, je le vous accorde
-moult bien: mais monseigneur mon pre le veut avoir
-et voir; et du bon service que fait lui avez et moi
-aussi, vous en savons gr, et sera grandement remri.</p>
-
-<p>Nantmoins ces paroles ne pouvoient apaiser les Gascons
-que le prince leur loignt le roi de France, jusques
- ce que messire Regnault de Cobehen et messire
+pour lequel nous avons eu grand travail à mettre au
+point où il est, vous nous éloigniez ainsi; car, Dieu
+mercy! il est bien, et en bonne cité et forte, et sommes
+forts et gens assez pour le garder contre les François,
+si de puissance ils le vous vouloient ôter.» Adonc répondit
+le prince: «Chers seigneurs, je le vous accorde
+moult bien: mais monseigneur mon père le veut avoir
+et voir; et du bon service que fait lui avez et à moi
+aussi, vous en savons gré, et sera grandement reméri.»</p>
+
+<p>Néantmoins ces paroles ne pouvoient apaiser les Gascons
+que le prince leur éloignât le roi de France, jusques
+à ce que messire Regnault de Cobehen et messire
<span class="pagenum"><a id="Page_408"> 408</a></span>
-Jean de Chandos y trouvrent moyen; car ils sentoient
-les Gascons convoiteux. Si lui dirent: Sire, sire, offrez
+Jean de Chandos y trouvèrent moyen; car ils sentoient
+les Gascons convoiteux. Si lui dirent: «Sire, sire, offrez
leur une somme de florins, et vous les verrez descendre
- votre requte. Adoncques leur offrit le prince
+à votre requête.» Adoncques leur offrit le prince
soixante mille florins. Ils n'en voulurent rien faire. Finablement,
-on alla tant de l'un l'autre que un accord
-se fit, parmi cent mille francs que le prince dut dlivrer
-aux barons de Gascogne, pour dpartir entre eux; et en
-fit sa dette, et leur fut la dite somme paye et dlivre
-ainois que le prince partt.</p>
-
-<p>Aprs tout ce, il institua quatre barons de Gascogne
-garder tout le pays jusques son retour, le seigneur
+on alla tant de l'un à l'autre que un accord
+se fit, parmi cent mille francs que le prince dut délivrer
+aux barons de Gascogne, pour départir entre eux; et en
+fit sa dette, et leur fut la dite somme payée et délivrée
+ainçois que le prince partît.</p>
+
+<p>Après tout ce, il institua quatre barons de Gascogne à
+garder tout le pays jusques à son retour, le seigneur
de Labret, le seigneur de l'Esparre, le seigneur de
-Pommiers et le seigneur de Rosem. Tantt ces choses
-faites, le dit prince entra en mer, belle navie et grosse
+Pommiers et le seigneur de Rosem. Tantôt ces choses
+faites, le dit prince entra en mer, à belle navie et grosse
de gens d'armes et d'archers; et emmena avecques lui
grand foison de Gascons, le captal de Buch, messire Aimery
de Tarse, le seigneur de Landuras, le seigneur de
Mucident, le soudich de l'Estrade, et plusieurs autres.
Si mirent en un vaissel, tout par lui, le roi de France
-pour tre mieux son aise.</p>
+pour être mieux à son aise.</p>
<p>En cette navie avoit bien cinq cents hommes d'armes
-et deux mille archers, pour les prils et les rencontres
-de sur mer; car ils toient informs, avant leur
-dpartement Bordeaux, que les trois tats par lesquels
-le royaume toit gouvern avoient mis sus en
-Normandie et au Crotoy deux grosses armes de soudoyers
+et deux mille archers, pour les périls et les rencontres
+de sur mer; car ils étoient informés, avant leur
+département à Bordeaux, que les trois états par lesquels
+le royaume étoit gouverné avoient mis sus en
+Normandie et au Crotoy deux grosses armées de soudoyers
pour aller au devant des Anglois et eux tollir le
roi de France. Mais oncques ils n'en virent apparant:
-si furent-ils onze jours et onze nuits sur mer, et arrivrent
-au douzime au havre de Zanduich: puis issirent
+si furent-ils onze jours et onze nuits sur mer, et arrivèrent
+au douzième au havre de Zanduich: puis issirent
les seigneurs hors des navires et des vaisseaux et se
-herbergrent en la dite ville de Zanduich et s village
-environ. Si se tinrent illec deux jours pour eux rafrachir
+herbergèrent en la dite ville de Zanduich et ès village
+environ. Si se tinrent illec deux jours pour eux rafraîchir
<span class="pagenum"><a id="Page_409"> 409</a></span>
et leurs chevaux. Au tiers jour ils se partirent
-et s'en vinrent Saint-Thomas de Cantorbie. Ces
-nouvelles vinrent au roi d'Angleterre et la roine que
-leur fils le prince toit arriv et avoit amen le roi de
-France: si en furent grandement rjouis, et mandrent
-tantt aux bourgeois de Londres que ils s'ordonnassent
-si honorablement comme il appartenoit tel seigneur
-recevoir que le roi de France. Ceux de la cit de Londres
-obirent au commandement du roi, et se vtirent
-par conntablies trs richement, et se ordonnrent de
-tous points pour le recueillir; et se vtirent tous les
-mtiers de draps diffrens l'un de l'autre.</p>
+et s'en vinrent à Saint-Thomas de Cantorbie. Ces
+nouvelles vinrent au roi d'Angleterre et à la roine que
+leur fils le prince étoit arrivé et avoit amené le roi de
+France: si en furent grandement réjouis, et mandèrent
+tantôt aux bourgeois de Londres que ils s'ordonnassent
+si honorablement comme il appartenoit à tel seigneur
+recevoir que le roi de France. Ceux de la cité de Londres
+obéirent au commandement du roi, et se vêtirent
+par connétablies très richement, et se ordonnèrent de
+tous points pour le recueillir; et se vêtirent tous les
+métiers de draps différens l'un de l'autre.</p>
<p>Or vint le roi de France, le prince et leurs routes
- Saint-Thomas de Cantorbie, o ils firent leurs offrandes,
-et y reposrent un jour. A l'endemain ils chevauchrent
-jusques Rocestre; et puis reposrent l un
-jour: au tiers jour ils vinrent Dardefort, et au quart
-jour, Londres, o ils furent trs-honorablement reus;
-et aussi avoient-ils t par toutes villes o ils avoient
-pass. Si toit le roi de France, ainsi que il chevauchoit
-parmi Londres, mont sur un grand blanc coursier,
-trs bien arr et appareill de tous points, et le prince
-de Galles sur une petite haquene noire de lez lui.
-Ainsi fut-il convoy tout au long de la cit de Londres
-jusques l'htel de Savoye, lequel htel est hritage
-au duc de Lancastre. L tint le roi de France un temps
-sa mansion; et l le vinrent voir le roi d'Angleterre et
-la roine, qui le reurent et ftoyrent grandement, car
+à Saint-Thomas de Cantorbie, où ils firent leurs offrandes,
+et y reposèrent un jour. A l'endemain ils chevauchèrent
+jusques à Rocestre; et puis reposèrent là un
+jour: au tiers jour ils vinrent à Dardefort, et au quart
+jour, à Londres, où ils furent très-honorablement reçus;
+et aussi avoient-ils été par toutes villes où ils avoient
+passé. Si étoit le roi de France, ainsi que il chevauchoit
+parmi Londres, monté sur un grand blanc coursier,
+très bien arréé et appareillé de tous points, et le prince
+de Galles sur une petite haquenée noire de lez lui.
+Ainsi fut-il convoyé tout au long de la cité de Londres
+jusques à l'hôtel de Savoye, lequel hôtel est héritage
+au duc de Lancastre. Là tint le roi de France un temps
+sa mansion; et là le vinrent voir le roi d'Angleterre et
+la roine, qui le reçurent et fêtoyèrent grandement, car
bien le savoient faire; et depuis moult souvent le visitoient
-et le consolaoient de ce qu'ils pouvoient.</p>
+et le consolaçoient de ce qu'ils pouvoient.</p>
-<p>Assez tt aprs vinrent en Angleterre, par le commandement
+<p>Assez tôt après vinrent en Angleterre, par le commandement
du pape Innocent VI, les deux cardinaux
-dessus nomms, messire Tallerant de Pierregort et messire
-Nicolle, cardinal d'Urgel. Si commencrent proposer
+dessus nommés, messire Tallerant de Pierregort et messire
+Nicolle, cardinal d'Urgel. Si commencèrent à proposer
<span class="pagenum"><a id="Page_410"> 410</a></span>
-et entamer traits de paix entre l'un et l'autre,
-et moult y travaillrent<a name="FNanchor_243" id="FNanchor_243" href="#Footnote_243" class="fnanchor">&nbsp;[243]</a>, mais rien n'en purent exploiter.
-Toutes fois, ils procurrent tant parmi bons
-moyens que unes trves furent donnes entre les deux
-rois et leurs confortans, durer jusques la Saint-Jean-Baptiste,
+et à entamer traités de paix entre l'un et l'autre,
+et moult y travaillèrent<a name="FNanchor_243" id="FNanchor_243" href="#Footnote_243" class="fnanchor">&nbsp;[243]</a>, mais rien n'en purent exploiter.
+Toutes fois, ils procurèrent tant parmi bons
+moyens que unes trèves furent données entre les deux
+rois et leurs confortans, à durer jusques à la Saint-Jean-Baptiste,
l'an mil trois cent cinquante neuf. Et furent
-mis hors de la trve messire Philippe de Navarre et tous
-ses allis, les hoirs le comte de Montfort et la duch de
+mis hors de la trève messire Philippe de Navarre et tous
+ses alliés, les hoirs le comte de Montfort et la duché de
Bretagne.</p>
-<p>Un peu aprs fut le roi de France translat de l'htel
-de Savoye et remis au chtel de Windesore, et tous ses
-htels et gens. Si alloit voler, chasser, dduire et prendre
-tous ses batements environ Windesore, ainsi qu'il lui
+<p>Un peu après fut le roi de France translaté de l'hôtel
+de Savoye et remis au châtel de Windesore, et tous ses
+hôtels et gens. Si alloit voler, chasser, déduire et prendre
+tous ses ébatements environ Windesore, ainsi qu'il lui
plaisoit, et messire Philippe son fils aussi; et tout le
demeurant des autres seigneurs, comtes et barons, se tenoient
- Londres: mais ils alloient voir le roi quand il
-leur plaisoit, et toient recrus sur leur foi tant seulement.</p>
+à Londres: mais ils alloient voir le roi quand il
+leur plaisoit, et étoient recrus sur leur foi tant seulement.</p>
-<p class="subh">Comment le prvt des marchands et ses allis turent au palais trois
-chevaliers en la prsence du duc de Normandie.</p>
+<p class="subh">Comment le prévôt des marchands et ses alliés tuèrent au palais trois
+chevaliers en la présence du duc de Normandie.</p>
-<p>En ce temps que les trois tats gouvernoient, se commencrent
- lever tels manires de gens qui s'appeloient
-Compagnies, et avoient guerre toutes gens qui portoient
+<p>En ce temps que les trois états gouvernoient, se commencèrent
+à lever tels manières de gens qui s'appeloient
+Compagnies, et avoient guerre à toutes gens qui portoient
malettes. Or vous dis que les nobles du royaume
-de France et les prlats de sainte glise se commencrent
- tanner de l'emprise et ordonnance des trois tats.
+de France et les prélats de sainte Église se commencèrent
+à tanner de l'emprise et ordonnance des trois états.
<span class="pagenum"><a id="Page_411"> 411</a></span>
-Si en laissoient le prvt des marchands convenir et
+Si en laissoient le prévôt des marchands convenir et
aucuns des bourgeois de Paris, pource que ils s'en entremettoient
plus avant qu'ils ne voulsissent. Si avint
-un jour que le duc de Normandie toit au palais Paris,
-atout grand foison de chevaliers et nobles et de prlats,
-le prvt des marchands de Paris assembla aussi grand
-foison des communes de Paris qui toient de sa secte et
+un jour que le duc de Normandie étoit au palais à Paris,
+atout grand foison de chevaliers et nobles et de prélats,
+le prévôt des marchands de Paris assembla aussi grand
+foison des communes de Paris qui étoient de sa secte et
accord, et portoient iceux chaperons semblables afin
-que mieux se reconnussent; et s'en vint le dit prvt
-au Palais avironn de ses hommes; et entra en la
+que mieux se reconnussent; et s'en vint le dit prévôt
+au Palais avironné de ses hommes; et entra en la
chambre du duc, et lui requit moult aigrement que il
voulsist entreprendre le faix des besognes du royaume
et y mettre conseil, afin que le royaume qui lui devoit
-parvenir ft si bien gard, que tels manires de compagnies
-qui rgnoient n'allassent mie gtant ni robant le
-pays. Le duc rpondit que tout ce feroit-il volontiers,
-si il avoit la mise parquoi il le pt faire; mais celui
+parvenir fût si bien gardé, que tels manières de compagnies
+qui régnoient n'allassent mie gâtant ni robant le
+pays. Le duc répondit que tout ce feroit-il volontiers,
+si il avoit la mise parquoi il le pût faire; mais celui
qui faisoit lever les profits et les droitures appartenans
-au royaume, le devoit faire; si le ft. Je ne sais pourquoi
-ni comment, mais les paroles multiplirent tant et si
-haut que l endroit furent, en la prsence du duc de
+au royaume, le devoit faire; si le fît. Je ne sais pourquoi
+ni comment, mais les paroles multiplièrent tant et si
+haut que là endroit furent, en la présence du duc de
Normandie, occis trois des grands de son conseil, si
-prs de lui que sa robe en fut ensanglante<a name="FNanchor_244" id="FNanchor_244" href="#Footnote_244" class="fnanchor">&nbsp;[244]</a>, et en
-fut-il mme en grand pril; mais on lui donna un des
-chaperons porter; et convint qu'il pardonnt l celle
+près de lui que sa robe en fut ensanglantée<a name="FNanchor_244" id="FNanchor_244" href="#Footnote_244" class="fnanchor">&nbsp;[244]</a>, et en
+fut-il même en grand péril; mais on lui donna un des
+chaperons à porter; et convint qu'il pardonnât là celle
mort de ses trois chevaliers, les deux d'armes et le tiers
de loi. Si appeloit-on l'un monseigneur Robert de Clermont,
gentil et noble homme grandement, et l'autre
le seigneur de Conflans<a name="FNanchor_245" id="FNanchor_245" href="#Footnote_245" class="fnanchor">&nbsp;[245]</a>, et le chevalier de loi,
<span class="pagenum"><a id="Page_412"> 412</a></span>
-matre Regnault d'Acy, avocat<a name="FNanchor_246" id="FNanchor_246" href="#Footnote_246" class="fnanchor">&nbsp;[246]</a>. De quoi ce fut grand
-piti, quand pour bien dire et bien conseiller leur seigneur,
-ils furent l ainsi occis.</p>
+maître Regnault d'Acy, avocat<a name="FNanchor_246" id="FNanchor_246" href="#Footnote_246" class="fnanchor">&nbsp;[246]</a>. De quoi ce fut grand
+pitié, quand pour bien dire et bien conseiller leur seigneur,
+ils furent là ainsi occis.</p>
-<p class="subh">Comment le roi de Navarre fut dlivr de prison par le confort du prvt
+<p class="subh">Comment le roi de Navarre fut délivré de prison par le confort du prévôt
des marchands.</p>
-<p>Aprs cette avenue, avint que aucuns chevaliers de
-France, messire Jean de Pquigny et autres, vinrent,
-sur le confort du prvt des marchands et du conseil
-d'aucunes bonnes villes, au fort chtel d'Arleux en
-Pailluel sant en Picardie, o le roi de Navarre toit
-pour le temps emprisonn et en la garde de monseigneur
-Tristan Dubois. Si apportrent les dits exploiteurs
-tels enseignes et si certaines au chtelain, et si bien
-pirent que messire Tristan Dubois n'y toit point, si
-fut par l'emprise dessus dite le roi de Navarre dlivr
-hors de prison et amen grand joie en la cit d'Amiens,
-o il bien et liement fut reu et conjoui; et descendit
+<p>Après cette avenue, avint que aucuns chevaliers de
+France, messire Jean de Péquigny et autres, vinrent,
+sur le confort du prévôt des marchands et du conseil
+d'aucunes bonnes villes, au fort châtel d'Arleux en
+Pailluel séant en Picardie, où le roi de Navarre étoit
+pour le temps emprisonné et en la garde de monseigneur
+Tristan Dubois. Si apportèrent les dits exploiteurs
+tels enseignes et si certaines au châtelain, et si bien
+épièrent que messire Tristan Dubois n'y étoit point, si
+fut par l'emprise dessus dite le roi de Navarre délivré
+hors de prison et amené à grand joie en la cité d'Amiens,
+où il bien et liement fut reçu et conjoui; et descendit
chez un chanoine qui grandement l'aimoit, que on appeloit
messire Guy Quieret. Et fut le roi de Navarre en
-l'htel ce chanoine quinze jours, tant que on lui et
-appareill tout son arroy et qu'il ft tout assur du
-duc de Normandie, car le prvt des marchands, qui
-moult l'aimoit et par quel pourchas dlivr toit, lui
-imptra et confirma sa paix devers le duc et ceux de
-Paris. Si fut le dit roi de Navarre amen par monseigneur
-Jean de Pquigny et aucuns de la cit d'Amiens
- Paris; et y fut pour lors reu grand joie, et le virent
-moult volontiers toutes manires de gens; et mmement
+l'hôtel ce chanoine quinze jours, tant que on lui eût
+appareillé tout son arroy et qu'il fût tout assuré du
+duc de Normandie, car le prévôt des marchands, qui
+moult l'aimoit et par quel pourchas délivré étoit, lui
+impétra et confirma sa paix devers le duc et ceux de
+Paris. Si fut le dit roi de Navarre amené par monseigneur
+Jean de Péquigny et aucuns de la cité d'Amiens
+à Paris; et y fut pour lors reçu à grand joie, et le virent
+moult volontiers toutes manières de gens; et mêmement
<span class="pagenum"><a id="Page_413"> 413</a></span>
-le duc de Normandie le fta grandement. Mais faire le
-convenoit, car le prvt des marchands et ceux de son
-accord le ennortrent ce faire. Si se dissimuloit le duc
-au gr du dit prvt et d'aucuns de ceux de Paris.</p>
+le duc de Normandie le fêta grandement. Mais faire le
+convenoit, car le prévôt des marchands et ceux de son
+accord le ennortèrent à ce faire. Si se dissimuloit le duc
+au gré du dit prévôt et d'aucuns de ceux de Paris.</p>
-<p class="subh">Comment le roi de Navarre prcha devant le peuple Paris et montra les
+<p class="subh">Comment le roi de Navarre prêcha devant le peuple à Paris et montra les
grands torts qu'on lui avoit faits.</p>
-<p>Quand le roi de Navarre eut t une pice Paris,
-il fit un jour assembler toutes manires de gens, prlats,
-chevaliers, clercs de l'universit de Paris, et tous
-ceux qui y voulurent tre; et l prcha, et remontra
-premirement en latin, moult courtoisement et
-moult sagement, prsent le duc de Normandie, en
+<p>Quand le roi de Navarre eut été une pièce à Paris,
+il fit un jour assembler toutes manières de gens, prélats,
+chevaliers, clercs de l'université de Paris, et tous
+ceux qui y voulurent être; et là prêcha, et remontra
+premièrement en latin, moult courtoisement et
+moult sagement, présent le duc de Normandie, en
lui complaignant des griefs et des villenies qu'on lui
-avoit faites tort et sans raison. Et dit que nul ne se
+avoit faites à tort et sans raison. Et dit que nul ne se
voulsist de lui douter; car il vouloit vivre et mourir en
-dfendant le royaume de France; et le devoit bien faire,
-car il en toit extrait de pre et de mre et de droite ancestrie;
-et donna adoncques par ses paroles assez
+défendant le royaume de France; et le devoit bien faire,
+car il en étoit extrait de père et de mère et de droite ancestrie;
+et donna adoncques par ses paroles assez à
entendre que, s'il vouloit chalenger la couronne de
-France, il montreroit bien par droit que il en toit
+France, il montreroit bien par droit que il en étoit
plus prochain que le roi d'Angleterre ne fut. Et sachez
-que ses sermons et ses langages furent volontiers ous
-et moult recommands. Ainsi petit petit entra en l'amour
+que ses sermons et ses langages furent volontiers ouïs
+et moult recommandés. Ainsi petit à petit entra en l'amour
de ceux de Paris, et tant qu'ils avoient plus de
-faveur et d'amour lui qu'ils n'avoient au rgent le
+faveur et d'amour à lui qu'ils n'avoient au régent le
duc de Normandie, et aussi de plusieurs autres bonnes
-villes et cits du royaume de France. Mais quel semblant
-ni quelle amour que le prvt des marchands ni
+villes et cités du royaume de France. Mais quel semblant
+ni quelle amour que le prévôt des marchands ni
ceux de Paris montrassent au roi de Navarre, oncques
-messire Philippe de Navarre, son frre, ne se put assentir
-ni ne voult venir Paris; et disoit que en communaut
-n'avoit nul arrt certain, fors pour tout honnir.</p>
+messire Philippe de Navarre, son frère, ne se put assentir
+ni ne voult venir à Paris; et disoit que en communauté
+n'avoit nul arrêt certain, fors pour tout honnir.</p>
<p><span class="pagenum"><a id="Page_414"> 414</a></span></p>
<p class="subh">Comment les communes de Beauvoisin et en plusieurs autres parties de
-France mettoient mort tous gentils hommes et femmes qu'ils trouvoient.</p>
+France mettoient à mort tous gentils hommes et femmes qu'ils trouvoient.</p>
-<p>Assez tt aprs la dlivrance du roi de Navarre<a name="FNanchor_247" id="FNanchor_247" href="#Footnote_247" class="fnanchor">&nbsp;[247]</a>,
+<p>Assez tôt après la délivrance du roi de Navarre<a name="FNanchor_247" id="FNanchor_247" href="#Footnote_247" class="fnanchor">&nbsp;[247]</a>,
advint une grand'merveilleuse tribulation en plusieurs
parties du royaume de France, si comme en Beauvoisin,
-en Brie, et sur la rivire de Marne, en Valois, en Laonois,
+en Brie, et sur la rivière de Marne, en Valois, en Laonois,
en la terre de Coucy et entour Soissons. Car aucunes
-gens des villes champtres, sans chef, s'assemblrent
+gens des villes champêtres, sans chef, s'assemblèrent
en Beauvoisin; et ne furent mie cent hommes les
premiers; et dirent que tous les nobles du royaume de
-France, chevaliers et cuyers, honnissoient et trahissoient
+France, chevaliers et écuyers, honnissoient et trahissoient
le royaume, et que ce seroit grand bien qui tous
-les dtruiroit. Et chacun d'eux dit: Il dit voir! il
+les détruiroit. Et chacun d'eux dit: «Il dit voir! il
dit voir! honni soit celui par qui il demeurera que tous
-les gentils hommes ne soient dtruits! Lors se assemblrent
-et s'en allrent, sans autre conseil et sans nulles
-armures, fors que de btons ferrs et de couteaux, en
-la maison d'un chevalier qui prs de l demeuroit.
-Si brisrent la maison et turent le chevalier, la dame
+les gentils hommes ne soient détruits!» Lors se assemblèrent
+et s'en allèrent, sans autre conseil et sans nulles
+armures, fors que de bâtons ferrés et de couteaux, en
+la maison d'un chevalier qui près de là demeuroit.
+Si brisèrent la maison et tuèrent le chevalier, la dame
et les enfans, petits et grands, et ardirent la maison.
-Secondement ils s'en allrent en un autre fort chtel et
-firent pis assez; car ils prirent le chevalier et le lirent
- une estache bien et fort, et violrent sa femme et sa
-fille les plusieurs, voyant le chevalier: puis turent la
-femme qui toit enceinte et grosse d'enfant, et sa fille,
-et tous les enfans, et puis le dit chevalier grand martyre,
+Secondement ils s'en allèrent en un autre fort châtel et
+firent pis assez; car ils prirent le chevalier et le lièrent
+à une estache bien et fort, et violèrent sa femme et sa
+fille les plusieurs, voyant le chevalier: puis tuèrent la
+femme qui étoit enceinte et grosse d'enfant, et sa fille,
+et tous les enfans, et puis le dit chevalier à grand martyre,
<span class="pagenum"><a id="Page_415"> 415</a></span>
-et ardirent et abattirent le chtel. Ainsi firent-ils
-en plusieurs chteaux et bonnes maisons. Et multiplirent
-tant que ils furent bien six mille; et partout l o
+et ardirent et abattirent le châtel. Ainsi firent-ils
+en plusieurs châteaux et bonnes maisons. Et multiplièrent
+tant que ils furent bien six mille; et partout là où
ils venoient leur nombre croissoit, car chacun de leur
semblance les suivoit. Si que chacun chevalier, dames
-et cuyers, leurs femmes et leurs enfans, les fuyoient;
+et écuyers, leurs femmes et leurs enfans, les fuyoient;
et emportoient les dames et les damoiselles leurs enfans
-dix ou vingt lieues de loin, o ils se pouvoient garantir;
+dix ou vingt lieues de loin, où ils se pouvoient garantir;
et laissoient leurs maisons toutes vagues et leur
-avoir dedans: et ces mchans gens assembls sans chef
-et sans armures roboient et ardoient tout, et tuoient et efforoient
-et violoient toutes dames et pucelles sans piti et
-sans mercy, ainsi comme chiens enrags. Certes oncques
-n'avint entre Chrtiens et Sarrasins telle forcenerie que
+avoir dedans: et ces méchans gens assemblés sans chef
+et sans armures roboient et ardoient tout, et tuoient et efforçoient
+et violoient toutes dames et pucelles sans pitié et
+sans mercy, ainsi comme chiens enragés. Certes oncques
+n'avint entre Chrétiens et Sarrasins telle forcenerie que
ces gens faisoient, ni qui plus fissent de maux et de plus
-vilains faits, et tels que crature ne devroit oser penser,
-aviser ni regarder; et cil qui plus en faisoit toit le plus
-pris le plus grand matre entre eux. Je n'oserois crire
+vilains faits, et tels que créature ne devroit oser penser,
+aviser ni regarder; et cil qui plus en faisoit étoit le plus
+prisé le plus grand maître entre eux. Je n'oserois écrire
ni raconter les horribles faits et inconvenables que ils
-faisoient aux dames. Mais entre les autres dsordonnances
-et vilains faits, ils turent un chevalier et boutrent
-en une broche, et le tournrent au feu et le rtirent
-devant la dame et ses enfans. Aprs ce que dix ou douze
-eurent la dame efforce et viole, ils les en voulurent faire
-manger par force; et puis les turent et firent mourir
+faisoient aux dames. Mais entre les autres désordonnances
+et vilains faits, ils tuèrent un chevalier et boutèrent
+en une broche, et le tournèrent au feu et le rôtirent
+devant la dame et ses enfans. Après ce que dix ou douze
+eurent la dame efforcée et violée, ils les en voulurent faire
+manger par force; et puis les tuèrent et firent mourir
de male-mort. Et avoient fait un roi entre eux qui
-toit, si comme on disoit adonc, de Clermont en Beauvoisin,
-et l'lurent le pire des mauvais; et ce roi on appeloit
-Jacques Bonhomme<a name="FNanchor_248" id="FNanchor_248" href="#Footnote_248" class="fnanchor">&nbsp;[248]</a>. Ces mchans gens ardirent
+étoit, si comme on disoit adonc, de Clermont en Beauvoisin,
+et l'élurent le pire des mauvais; et ce roi on appeloit
+Jacques Bonhomme<a name="FNanchor_248" id="FNanchor_248" href="#Footnote_248" class="fnanchor">&nbsp;[248]</a>. Ces méchans gens ardirent
<span class="pagenum"><a id="Page_416"> 416</a></span>
au pays de Beauvoisin et environ Corbie et Amiens
et Montdidier plus de soixante bonnes maisons et de
-forts chteaux; et si Dieu n'y et mis remde par sa
-grce, le meschef ft si multipli que toutes communauts
-eussent t dtruites, sainte glise aprs, et toutes
-riches gens, par tous pays; car tout en telle manire
+forts châteaux; et si Dieu n'y eût mis remède par sa
+grâce, le meschef fût si multiplié que toutes communautés
+eussent été détruites, sainte Église après, et toutes
+riches gens, par tous pays; car tout en telle manière
si faites gens faisoient au pays de Brie et de
Pertois. Et convint toutes les dames et les damoiselles
-du pays, et les chevaliers et les cuyers, qui chapper
-leur pouvoient, affuir Meaux en Brie l'un aprs l'autre,
+du pays, et les chevaliers et les écuyers, qui échapper
+leur pouvoient, affuir à Meaux en Brie l'un après l'autre,
en pures leurs cotes, ainsi comme elles pouvoient;
aussi bien la duchesse de Normandie et la duchesse
-d'Orlans, et foison de hautes dames, comme autres, si
-elles se vouloient garder d'tre violes et efforces, et
-puis aprs tues et meurtries.</p>
+d'Orléans, et foison de hautes dames, comme autres, si
+elles se vouloient garder d'être violées et efforcées, et
+puis après tuées et meurtries.</p>
-<p>Tout en semblable manire si faites gens se maintenoient
+<p>Tout en semblable manière si faites gens se maintenoient
entre Paris et Noyon, et entre Paris et Soissons
et Ham en Vermandois, et par toute la terre de Coucy.
-L toient les grands violeurs et malfaiteurs; et exillirent,
-que entre la terre de Coucy, que entre la comt
-de Valois, que en l'vch de Laon, de Soissons et de
-Noyon, plus de cent chteaux et bonnes maisons de
-chevaliers et cuyers; et tuoient et roboient quant que
-ils trouvoient. Mais Dieu par sa grce y mit tel remde,
+Là étoient les grands violeurs et malfaiteurs; et exillièrent,
+que entre la terre de Coucy, que entre la comté
+de Valois, que en l'évêché de Laon, de Soissons et de
+Noyon, plus de cent châteaux et bonnes maisons de
+chevaliers et écuyers; et tuoient et roboient quant que
+ils trouvoient. Mais Dieu par sa grâce y mit tel remède,
de quoi on le doit bien regracier, si comme vous
-orrez ci-aprs.</p>
+orrez ci-après.</p>
<p><span class="pagenum"><a id="Page_417"> 417</a></span></p>
-<p class="subh">Comment le roi de Navarre et les gentilshommes de Beauvoisin turent
-grand foison des Jacques; et comment le duc de Normandie dfia le prvt
-des marchands et ses allis; et comment Paris fut close.</p>
+<p class="subh">Comment le roi de Navarre et les gentilshommes de Beauvoisin tuèrent
+grand foison des Jacques; et comment le duc de Normandie défia le prévôt
+des marchands et ses alliés; et comment Paris fut close.</p>
<p class="subt">1358.</p>
<p>Quand les gentilshommes de Beauvoisin, de Corbiois<a name="FNanchor_249" id="FNanchor_249" href="#Footnote_249" class="fnanchor">&nbsp;[249]</a>,
-de Vermandois, de Valois et des terres o ces
-mchans gens conversoient et faisoient leurs forcneries,
-virent ainsi leurs maisons dtruites et leurs amis tus,
-ils mandrent secours leurs amis, en Flandre, en Hainaut,
-en Brabant et en Hesbaing. Si en y vint tantt
-assez de tous cts. Si s'assemblrent les gentilshommes
-trangers et ceux du pays qui les menoient. Si commencrent
-aussi tuer et dcouper ces mchans gens
-sans piti et sans merci; et les pendoient par fois aux
-arbres o ils les trouvoient. Mmement le roi de Navarre
-en mit un jour fin plus de trois mille, assez prs de
-Clermont en Beauvoisin<a name="FNanchor_250" id="FNanchor_250" href="#Footnote_250" class="fnanchor">&nbsp;[250]</a>. Mais ils toient j tant multiplis
+de Vermandois, de Valois et des terres où ces
+méchans gens conversoient et faisoient leurs forcéneries,
+virent ainsi leurs maisons détruites et leurs amis tués,
+ils mandèrent secours à leurs amis, en Flandre, en Hainaut,
+en Brabant et en Hesbaing. Si en y vint tantôt
+assez de tous côtés. Si s'assemblèrent les gentilshommes
+étrangers et ceux du pays qui les menoient. Si commencèrent
+aussi à tuer et à découper ces méchans gens
+sans pitié et sans merci; et les pendoient par fois aux
+arbres où ils les trouvoient. Mêmement le roi de Navarre
+en mit un jour à fin plus de trois mille, assez près de
+Clermont en Beauvoisin<a name="FNanchor_250" id="FNanchor_250" href="#Footnote_250" class="fnanchor">&nbsp;[250]</a>. Mais ils étoient jà tant multipliés
que, si ils fussent tous ensemble, ils eussent bien
-t cent mille hommes. Et quand on leur demandoit
-pourquoi ils faisoient ce, ils rpondoient qu'ils ne savoient,
-mais ils le voient aux autres faire, si le faisoient
-aussi, et pensoient qu'ils dussent en tel manire dtruire
+été cent mille hommes. Et quand on leur demandoit
+pourquoi ils faisoient ce, ils répondoient qu'ils ne savoient,
+mais ils le véoient aux autres faire, si le faisoient
+aussi, et pensoient qu'ils dussent en tel manière détruire
tous les nobles et gentilshommes du monde, par
-quoi nul n'en pt tre.</p>
+quoi nul n'en pût être.</p>
<p>En ce temps se partit le duc de Normandie de Paris,
-et se douta du roi de Navarre, du prvt des marchands
-et de ceux de son accord, car ils toient tous d'une
+et se douta du roi de Navarre, du prévôt des marchands
+et de ceux de son accord, car ils étoient tous d'une
alliance; et s'en vint au pont de Charenton sur Marne,
<span class="pagenum"><a id="Page_418"> 418</a></span>
-et fit un grand mandement de gentilshommes o il les
-put avoir, et dfia le prvt des marchands et ceux qui
-le vouloient aider. Quand le prvt des marchands entendit
-que le duc de Normandie toit au pont de Charenton
-et qu'il faisoit l son amas de chevaliers et d'cuyers,
+et fit un grand mandement de gentilshommes où il les
+put avoir, et défia le prévôt des marchands et ceux qui
+le vouloient aider. Quand le prévôt des marchands entendit
+que le duc de Normandie étoit au pont de Charenton
+et qu'il faisoit là son amas de chevaliers et d'écuyers,
et qu'il vouloit guerroyer ceux de Paris, si se
-douta que grand mal ne lui en avnt, et que de nuit
-on ne vnt courir Paris, qui ce temps n'toit point ferme.
+douta que grand mal ne lui en avînt, et que de nuit
+on ne vînt courir Paris, qui à ce temps n'étoit point fermée.
Si mit ouvriers en &oelig;uvre, quant qu'il en put avoir
-et recouvrer de toutes parts, et fit faire grands fosss
+et recouvrer de toutes parts, et fit faire grands fossés
autour de Paris, et puis chaingles, murs et portes;
et y ouvroit-on nuit et jour. Et y eut, le terme d'un
an, tous les jours trois mille ouvriers. Dont ce fut
-un grand fait que de fermer sur une anne et d'enclorre
-et avironner de toute dfense une telle cit
+un grand fait que de fermer sur une année et d'enclorre
+et avironner de toute défense une telle cité
comme Paris est et de tel circuit. Et vous dis que ce fut
-le plus grand bien que oncques le prvt des marchands
-fit en toute sa vie; car autrement elle et t
-depuis courue, gte et robe par trop de fois, et par
-plusieurs actions, si comme vous orrez ci-aprs. Or vueil-je
-retourner ceux et celles qui toient fuis Meaux
-en Brie sauvet.</p>
-
-<p class="subh">Comment le comte de Foix et le captal de Buch vinrent Meaux pour
-reconforter la duchesse de Normandie et celle d'Orlans et les autres dames
-qui l toient fuies pour les Jacques.</p>
-
-<p>En ce temps que ces mchans gens couroient, revinrent
+le plus grand bien que oncques le prévôt des marchands
+fit en toute sa vie; car autrement elle eût été
+depuis courue, gâtée et robée par trop de fois, et par
+plusieurs actions, si comme vous orrez ci-après. Or vueil-je
+retourner à ceux et à celles qui étoient fuis à Meaux
+en Brie à sauveté.</p>
+
+<p class="subh">Comment le comte de Foix et le captal de Buch vinrent à Meaux pour
+reconforter la duchesse de Normandie et celle d'Orléans et les autres dames
+qui là étoient fuies pour les Jacques.</p>
+
+<p>En ce temps que ces méchans gens couroient, revinrent
de Prusse le comte de Foix et le captal de Buch, son
cousin; et entendirent sur le chemin, si comme ils devoient
-entrer en France, la pestillence et l'horriblet
+entrer en France, la pestillence et l'horribleté
qui couroit sur les gentilshommes. Si en eurent ces deux
-seigneurs grand piti. Si chevauchrent par leur journe
-tant qu'ils vinrent Chlons en Champagne, qui
+seigneurs grand pitié. Si chevauchèrent par leur journée
+tant qu'ils vinrent à Châlons en Champagne, qui
rien ne se mouvoit du fait des vilains, ni point n'y entroient.
<span class="pagenum"><a id="Page_419"> 419</a></span>
-Si leur fut dit en la dite cit que la duchesse
-de Normandie et la duchesse d'Orlans et bien trois
-cents dames et damoiselles, et le duc d'Orlans aussi,
-toient Meaux en Brie, en grand meschef de c&oelig;ur pour
-celle Jacquerie. Ces deux bons chevaliers s'accordrent
-que ils iroient voir les dames et les reconforteroient
-leur pouvoir, combien que le captal ft Anglois<a name="FNanchor_251" id="FNanchor_251" href="#Footnote_251" class="fnanchor">&nbsp;[251]</a>.
-Mais ils toient pour ce temps trves en ce royaume de
+Si leur fut dit en la dite cité que la duchesse
+de Normandie et la duchesse d'Orléans et bien trois
+cents dames et damoiselles, et le duc d'Orléans aussi,
+étoient à Meaux en Brie, en grand meschef de c&oelig;ur pour
+celle Jacquerie. Ces deux bons chevaliers s'accordèrent
+que ils iroient voir les dames et les reconforteroient à
+leur pouvoir, combien que le captal fût Anglois<a name="FNanchor_251" id="FNanchor_251" href="#Footnote_251" class="fnanchor">&nbsp;[251]</a>.
+Mais ils étoient pour ce temps trèves en ce royaume de
France et le royaume d'Angleterre; si pouvoit bien le
-dit captal chevaucher partout; et aussi l il vouloit remontrer
+dit captal chevaucher partout; et aussi là il vouloit remontrer
sa gentillesse, en la compagnie du comte de
-Foix. Si pouvoient tre de leur route environ quarante
-lances, et non plus; car ils venoient d'un plerinage,
+Foix. Si pouvoient être de leur route environ quarante
+lances, et non plus; car ils venoient d'un pélerinage,
ainsi que je vous l'ai dit.</p>
-<p>Tant chevauchrent que ils vinrent Meaux en Brie.
-Si allrent tantt devers la duchesse de Normandie et
+<p>Tant chevauchèrent que ils vinrent à Meaux en Brie.
+Si allèrent tantôt devers la duchesse de Normandie et
les autres dames, qui furent moult lies de leur venue;
-car tous les jours elles toient menaces des Jacques et
-des vilains de Brie, et mmement de ceux de la ville,
-ainsi qu'il fut apparent. Car encore pour ce que ces mchans
-gens entendirent que il avoit l foison de dames
-et de damoiselles et de jeunes gentils enfans, ils s'assemblrent
-ensemble, et de ceux de la comt de Valois aussi,
+car tous les jours elles étoient menacées des Jacques et
+des vilains de Brie, et mêmement de ceux de la ville,
+ainsi qu'il fut apparent. Car encore pour ce que ces méchans
+gens entendirent que il avoit là foison de dames
+et de damoiselles et de jeunes gentils enfans, ils s'assemblèrent
+ensemble, et de ceux de la comté de Valois aussi,
et s'envinrent devers Meaux. D'autre part, ceux de Paris,
-qui bien savoient cette assemble, se partirent un jour
+qui bien savoient cette assemblée, se partirent un jour
de Paris, par flottes et par troupeaux, et s'en vinrent
avecques les autres. Et furent bien neuf mille tous ensemble,
-en trs grand volont de mal faire. Et toujours,
+en très grand volonté de mal faire. Et toujours,
leur croissoient gens de divers lieux et de plusieurs
-chemins qui se raccordoient Meaux. Et s'en vinrent
-jusques aux portes de la dite ville. Et ces mchans gens
-de la ville ne voulurent contredire l'entre ceux de
+chemins qui se raccordoient à Meaux. Et s'en vinrent
+jusques aux portes de la dite ville. Et ces méchans gens
+de la ville ne voulurent contredire l'entrée à ceux de
<span class="pagenum"><a id="Page_420"> 420</a></span>
-Paris, mais ouvrirent leurs portes. Si entrrent au bourg
-si grand plent que toutes les rues en toient couvertes
-jusques au march. Or regardez la grand grce que
+Paris, mais ouvrirent leurs portes. Si entrèrent au bourg
+si grand plenté que toutes les rues en étoient couvertes
+jusques au marché. Or regardez la grand grâce que
Dieu fit aux dames et aux damoiselles; car, pour voir,
-elles eussent t violes, efforces et perdues, comme
-grandes qu'elles fussent, si ce n'et t les gentilshommes
-qui l toient, et par espcial le comte de Foix et
-le captal de Buch; car ces deux chevaliers donnrent
-l'avis pour ces vilains dconfire et dtruire.</p>
+elles eussent été violées, efforcées et perdues, comme
+grandes qu'elles fussent, si ce n'eût été les gentilshommes
+qui là étoient, et par espécial le comte de Foix et
+le captal de Buch; car ces deux chevaliers donnèrent
+l'avis pour ces vilains déconfire et détruire.</p>
-<p class="subh">Comment le comte de Foix, le captal de Buch et le duc d'Orlans dconfirent
+<p class="subh">Comment le comte de Foix, le captal de Buch et le duc d'Orléans déconfirent
les Jacques, et puis mirent le feu en la ville de Meaux.</p>
-<p>Quand ces nobles dames, qui toient herberges au
-march de Meaux, qui est assez fort, mais qu'il soit
-gard et dfendu, car la rivire de Marne l'avironne,
-virent si grand quantit de gens accourir et venir sur
-elles, si furent moult bahies et effrayes; mais le
+<p>Quand ces nobles dames, qui étoient herbergées au
+marché de Meaux, qui est assez fort, mais qu'il soit
+gardé et défendu, car la rivière de Marne l'avironne,
+virent si grand quantité de gens accourir et venir sur
+elles, si furent moult ébahies et effrayées; mais le
comte de Foix et le captal de Buch et leurs routes,
-qui j toient tous arms, se rangrent sur le march
-et vinrent la porte du march, et firent ouvrir tout
-arrire; et puis se mirent au devant de ces vilains,
-noirs et petits et trs-mal arms, et la bannire du
-comte de Foix et celle du duc d'Orlans et le pennon
-du captal, et les glaives et les pes en leurs mains, et
-bien appareills d'eux dfendre et de garder le march.
-Quand ces mchans gens les virent ainsi ordonns,
-combien qu'ils n'toient mie grand foison encontre
-eux, si ne furent mie si forcens que devant; mais se
-commencrent les premiers reculer et les gentilshommes
- eux poursuivir et lancer sur eux de leurs
-lances et de leurs pes et eux abattre. Adonc ceux qui
-toient devant et qui sentoient les horions, ou qui les redoutoient
- avoir, reculoient de hideur tant une fois
-qu'ils choient l'un sur l'autre. Adonc issirent toutes manires
+qui jà étoient tous armés, se rangèrent sur le marché
+et vinrent à la porte du marché, et firent ouvrir tout
+arrière; et puis se mirent au devant de ces vilains,
+noirs et petits et très-mal armés, et la bannière du
+comte de Foix et celle du duc d'Orléans et le pennon
+du captal, et les glaives et les épées en leurs mains, et
+bien appareillés d'eux défendre et de garder le marché.
+Quand ces méchans gens les virent ainsi ordonnés,
+combien qu'ils n'étoient mie grand foison encontre
+eux, si ne furent mie si forcenés que devant; mais se
+commencèrent les premiers à reculer et les gentilshommes
+à eux poursuivir et à lancer sur eux de leurs
+lances et de leurs épées et eux abattre. Adonc ceux qui
+étoient devant et qui sentoient les horions, ou qui les redoutoient
+à avoir, reculoient de hideur tant à une fois
+qu'ils chéoient l'un sur l'autre. Adonc issirent toutes manières
<span class="pagenum"><a id="Page_421"> 421</a></span>
-de gens d'armes hors des barrires et gagnrent
-tantt la place, et se boutrent entre ces mchans gens.
-Si les abattoient grands monceaux et tuoient ainsi
-que btes; et les reboutrent tous hors de la ville, que
+de gens d'armes hors des barrières et gagnèrent
+tantôt la place, et se boutèrent entre ces méchans gens.
+Si les abattoient à grands monceaux et tuoient ainsi
+que bêtes; et les reboutèrent tous hors de la ville, que
oncques en nul d'eux n'y eut ordonnance ni conroy; et
-en turent tant qu'ils en toient tous lasss et tanns; et
-les faisoient saillir en la rivire de Marne. Finablement
-ils en turent ce jour et mirent fin plus de sept mille:
-ni j n'en ft nul chapp, si ils les eussent voulu chasser
-plus avant. Et quand les gentilshommes retournrent,
-ils boutrent le feu en la dsordonne ville de
+en tuèrent tant qu'ils en étoient tous lassés et tannés; et
+les faisoient saillir en la rivière de Marne. Finablement
+ils en tuèrent ce jour et mirent à fin plus de sept mille:
+ni jà n'en fût nul échappé, si ils les eussent voulu chasser
+plus avant. Et quand les gentilshommes retournèrent,
+ils boutèrent le feu en la désordonnée ville de
Meaux et l'ardirent toute et tous les vilains du bourg
-qu'ils purent dedans enclorre. Depuis cette dconfiture
-qui fut faite Meaux, ne se rassemblrent-ils nulle part;
+qu'ils purent dedans enclorre. Depuis cette déconfiture
+qui fut faite à Meaux, ne se rassemblèrent-ils nulle part;
car le jeune sire de Coucy, qui s'appeloit messire Enguerrand,
avoit grand foison de gentilshommes avec
-lui, qui les mettoient fin partout o ils les trouvoient,
-sans piti et sans merci.</p>
+lui, qui les mettoient à fin partout où ils les trouvoient,
+sans pitié et sans merci.</p>
-<p class="subh">Comment le duc de Normandie assigea Paris par devers Saint-Antoine; et
-comment le roi de Navarre se partit de Paris et s'en alla Saint-Denis.</p>
+<p class="subh">Comment le duc de Normandie assiégea Paris par devers Saint-Antoine; et
+comment le roi de Navarre se partit de Paris et s'en alla à Saint-Denis.</p>
-<p>Assez tt aprs celle avenue, le duc de Normandie
+<p>Assez tôt après celle avenue, le duc de Normandie
assembla tous les nobles et gentilshommes qu'il put
avoir, tant du royaume que de l'Empire, parmi leurs
-soudes payant; et toient bien sept mille lances. Et s'en
-vint assiger Paris par devers Saint-Antoine contre val la
-rivire de Seine. Et toit log Saint-Mor, et ses gens
-l environ, qui couroient tous les jours jusques Paris.
+soudées payant; et étoient bien sept mille lances. Et s'en
+vint assiéger Paris par devers Saint-Antoine contre val la
+rivière de Seine. Et étoit logé à Saint-Mor, et ses gens
+là environ, qui couroient tous les jours jusques à Paris.
Et se tenoit le dit duc une fois au pont de Charenton et
-l'autre Saint-Mor; et ne venoit rien ni entroit Paris
-de ce ct, ni par terre ni par eau, car le duc avoit pris
-les deux rivires Marne et Seine. Et ardirent ses gens
-autour de Paris tous les villages qui n'toient ferms,
+l'autre à Saint-Mor; et ne venoit rien ni entroit à Paris
+de ce côté, ni par terre ni par eau, car le duc avoit pris
+les deux rivières Marne et Seine. Et ardirent ses gens
+autour de Paris tous les villages qui n'étoient fermés,
<span class="pagenum"><a id="Page_422"> 422</a></span>
-pour mieux chtier ceux de Paris; et si Paris n'et t
-adonc fortifie, ainsi qu'elle toit, elle et t sans faute
-dtruite. Et n'osoit nul issir hors de Paris, pour la doutance
+pour mieux châtier ceux de Paris; et si Paris n'eût été
+adonc fortifiée, ainsi qu'elle étoit, elle eût été sans faute
+détruite. Et n'osoit nul issir hors de Paris, pour la doutance
du duc de Normandie et de ses gens, qui couroient
-d'une part et d'autre Seine; car ils voient que nul ne
-leur alloit au devant. D'autre part le prvt des marchands,
+d'une part et d'autre Seine; car ils véoient que nul ne
+leur alloit au devant. D'autre part le prévôt des marchands,
qui se sentoit en la haine et indignation du duc
-de Normandie, tenoit amour le roi de Navarre ce qu'il
-pouvoit, et son conseil et la communaut de Paris, et
+de Normandie, tenoit à amour le roi de Navarre ce qu'il
+pouvoit, et son conseil et la communauté de Paris, et
faisoit, si comme ci-dessus est dit, de jour et de nuit
-ouvrer la fermet de Paris; et tenoit en la dite cit
+ouvrer à la fermeté de Paris; et tenoit en la dite cité
grand foison de gens d'armes et de soudoyers Navarrois
-et Anglois, archers et autres compagnons, pour tre
+et Anglois, archers et autres compagnons, pour être
plus assur contre ceux qui les guerrioient. Si avoit-il
adonc dedans Paris aucuns suffisans hommes, tels que
messire Pepin des Essars, messire Jean de Charny, chevaliers,
-et plusieurs autres bonnes gens, auxquels il dplaisoit
+et plusieurs autres bonnes gens, auxquels il déplaisoit
grandement de la haine au duc de Normandie,
-si remde y pussent mettre. Mais nennil; car le prvt
-des marchands avoit si attrait lui toutes manires de
-gens et sa cordelle, que nul ne l'osoit ddire de chose
-qu'il dit, s'il ne se vouloit faire tantt tuer, sans point
+si remède y pussent mettre. Mais nennil; car le prévôt
+des marchands avoit si attrait à lui toutes manières de
+gens et à sa cordelle, que nul ne l'osoit dédire de chose
+qu'il dit, s'il ne se vouloit faire tantôt tuer, sans point
de merci.</p>
-<p>Le roi de Navarre, comme sage et subtil, voit les
+<p>Le roi de Navarre, comme sage et subtil, véoit les
variemens entre ceux de Paris et le duc de Normandie,
et supposoit assez que cette chose ne se pouvoit longuement
-tenir en tel tat; et n'avoit mie trop grand fiance
-en la communaut de Paris. Si se partit de Paris, au
-plus courtoisement qu'il put, et s'en vint Saint-Denis;
-et l tenoit-il aussi grand foison de gens d'armes aux
+tenir en tel état; et n'avoit mie trop grand fiance
+en la communauté de Paris. Si se partit de Paris, au
+plus courtoisement qu'il put, et s'en vint à Saint-Denis;
+et là tenoit-il aussi grand foison de gens d'armes aux
sols et aux gages de ceux de Paris. En ce point furent-ils
bien six semaines, le duc de Normandie atout grand
foison de gens d'armes, au pont de Charenton, et le roi
de Navarre au bourg de Saint-Denis. Si mangeoient et
<span class="pagenum"><a id="Page_423"> 423</a></span>
-pilloient le pays de tous cts; et si ne faisoient rien
+pilloient le pays de tous côtés; et si ne faisoient rien
l'un sur l'autre.</p>
-<p class="subh">Comment le roi de Navarre jura solemnellement tenir paix envers le duc
+<p class="subh">Comment le roi de Navarre jura solemnellement à tenir paix envers le duc
de Normandie, et sur quelle condition.</p>
<p>Entre ces deux seigneurs, le duc de Normandie et le
roi de Navarre, s'embesognoient bonnes gens et bons
-moyens, l'archevque de Sens, l'vque d'Aucerre, l'vque
+moyens, l'archevêque de Sens, l'évêque d'Aucerre, l'évêque
de Beauvais, le sire de Montmorency, le sire de
-Fiennes, le sire de Saint-Venant; et tant allrent de
-l'un l'autre et si sagement exploitrent, que le roi de
-Navarre, de bonne volont, sans nulle contrainte, s'en
-vint prs de Charenton devers le duc de Normandie, son
-serourge. Et l eut grand approchement d'amour; car
-le dit roi s'excusa au duc de ce dont il toit devenu en
-la haine de lui; et premirement de la mort de ses deux
-marchaux, monseigneur Robert de Clermont et le marchal
+Fiennes, le sire de Saint-Venant; et tant allèrent de
+l'un à l'autre et si sagement exploitèrent, que le roi de
+Navarre, de bonne volonté, sans nulle contrainte, s'en
+vint près de Charenton devers le duc de Normandie, son
+serourge. Et là eut grand approchement d'amour; car
+le dit roi s'excusa au duc de ce dont il étoit devenu en
+la haine de lui; et premièrement de la mort de ses deux
+maréchaux, monseigneur Robert de Clermont et le maréchal
de Champagne, et messire Regnault d'Acy, et du
-dpit que le prvt des marchands lui avoit fait dedans
-le palais Paris; et jura solemnellement que ce fut
-sans son su, et promit au dit duc qu'il demeureroit de-lez
-lui bien et mal de celle emprise. Et fut l entre
-eux la paix faite et confirme; et dit le roi de Navarre
-qu'il feroit amender ceux de Paris la flonnie qu'ils
-avoient faite, parmi tant que la communaut de Paris
-demeureroit en paix. Mais le duc devoit avoir le prvt
+dépit que le prévôt des marchands lui avoit fait dedans
+le palais à Paris; et jura solemnellement que ce fut
+sans son sçu, et promit au dit duc qu'il demeureroit de-lez
+lui à bien et à mal de celle emprise. Et fut là entre
+eux la paix faite et confirmée; et dit le roi de Navarre
+qu'il feroit amender à ceux de Paris la félonnie qu'ils
+avoient faite, parmi tant que la communauté de Paris
+demeureroit en paix. Mais le duc devoit avoir le prévôt
des marchands et douze bourgeois, lesquels qu'il voudroit
-lire dedans Paris, et iceux corriger sa volont.
-Ces choses ordonnes et confirmes, et sur la fiance de
+élire dedans Paris, et iceux corriger à sa volonté.
+Ces choses ordonnées et confirmées, et sur la fiance de
celle paix, le roi de Navarre se partit du duc de Normandie
-aimablement et retourna Saint-Denis; et le
-duc s'en vint en la cit de Meaux en Brie, o madame sa
-femme toit, fille au duc de Bourbon, et donna cong
-aucuns de ses gens d'armes. Et fut adoncques pri d'aucuns
+aimablement et retourna à Saint-Denis; et le
+duc s'en vint en la cité de Meaux en Brie, où madame sa
+femme étoit, fille au duc de Bourbon, et donna congé à
+aucuns de ses gens d'armes. Et fut adoncques prié d'aucuns
<span class="pagenum"><a id="Page_424"> 424</a></span>
-bourgeois de Paris, qui ces traits avoient aid
-entamer, et de l'archevque de Sens, qui grand peine y
-mettoit, et de l'vque d'Aucerre, que il vnt Paris
-srement et que on lui feroit toute la fte et honneur que
-on pourroit. Le duc rpondit que il tenoit bien la paix
- bonne, qu'il avoit jure, ni j par lui, si Dieu plaisoit,
-ne seroit enfreinte ni brise, mais jamais Paris n'entreroit,
-si auroit eu pleine satisfaction de ceux qui courrouc
-l'avoient. Ainsi demeura la chose en tel tat un
-temps que point ne vint le duc de Normandie Paris.</p>
-
-<p class="subh">Comment le roi de Navarre promit au prvt des marchands qu'il lui
-aideroit de tout son pouvoir; et comment ceux de Paris turent les soudoyers
-anglois qui Paris toient.</p>
-
-<p>Le prvt des marchands et ceux de sa secte, qui se
+bourgeois de Paris, qui ces traités avoient aidé à
+entamer, et de l'archevêque de Sens, qui grand peine y
+mettoit, et de l'évêque d'Aucerre, que il vînt à Paris
+sûrement et que on lui feroit toute la fête et honneur que
+on pourroit. Le duc répondit que il tenoit bien la paix
+à bonne, qu'il avoit jurée, ni jà par lui, si Dieu plaisoit,
+ne seroit enfreinte ni brisée, mais jamais à Paris n'entreroit,
+si auroit eu pleine satisfaction de ceux qui courroucé
+l'avoient. Ainsi demeura la chose en tel état un
+temps que point ne vint le duc de Normandie à Paris.</p>
+
+<p class="subh">Comment le roi de Navarre promit au prévôt des marchands qu'il lui
+aideroit de tout son pouvoir; et comment ceux de Paris tuèrent les soudoyers
+anglois qui à Paris étoient.</p>
+
+<p>Le prévôt des marchands et ceux de sa secte, qui se
sentoient en la haine et indignation du duc de Normandie
-leur seigneur, et qui les menaoit de mourir, n'toient
-point leur aise; et visitoient souvent le roi de
-Navarre, qui se tenoit Saint-Denis, et lui remontroient
-bellement et doucement le pril o ils gisoient, dont il
-toit cause; car ils l'avoient de prison dlivr et Paris
-amen; et l'eussent volontiers fait leur roi et leur
+leur seigneur, et qui les menaçoit de mourir, n'étoient
+point à leur aise; et visitoient souvent le roi de
+Navarre, qui se tenoit à Saint-Denis, et lui remontroient
+bellement et doucement le péril où ils gisoient, dont il
+étoit cause; car ils l'avoient de prison délivré et à Paris
+amené; et l'eussent volontiers fait leur roi et leur
gouverneur si ils pussent; et avoient voirement consenti
la mort des trois dessus dits, qui furent occis au Palais
- Paris, pourtant qu'ils lui toient contraires; et que
-pour Dieu il ne les voult mie faillir et ne voult mie
+à Paris, pourtant qu'ils lui étoient contraires; et que
+pour Dieu il ne les voulût mie faillir et ne voulût mie
avoir trop grand fiance au duc de Normandie ni en son
-conseil. Le roi de Navarre, qui sentoit bien que le prvt
+conseil. Le roi de Navarre, qui sentoit bien que le prévôt
des marchands et ceux de son alliance ne reposoient
-mie leur aise, et que du temps pass ils lui avoient
-fait trop grand courtoisie, t de danger et dlivr de
+mie à leur aise, et que du temps passé ils lui avoient
+fait trop grand courtoisie, ôté de danger et délivré de
prison, les reconfortoit ce qu'il pouvoit, et leur disoit:
-Chers seigneurs et amis, vous n'aurez j nul mal sans
+«Chers seigneurs et amis, vous n'aurez jà nul mal sans
moi; et quand vous avez maintenant le gouvernement
<span class="pagenum"><a id="Page_425"> 425</a></span>
de Paris et que nul ne vous y ose courroucer, je vous
-conseille que vous faites votre attrait, et vous pourvez
+conseille que vous faites votre attrait, et vous pourvéez
d'or et d'argent tellement que, s'il vous besogne, vous
-le puissiez retrouver; et l'envoyez hardiment ci Saint-Denis
+le puissiez retrouver; et l'envoyez hardiment ci à Saint-Denis
sur la fiance de moi; et je le vous garderai et en
-retiendrai toujours gens d'armes secrtement et compagnons,
-dont au besoin vous guerroyerez vos ennemis.
-Ainsi fit depuis le prvt des marchands: toutes les
-semaines il envoyoit deux fois deux sommiers chargs
-de florins Saint-Denis, devers le roi de Navarre, qui
-les recevoit liement. Or advint que il toit demeur
+retiendrai toujours gens d'armes secrètement et compagnons,
+dont au besoin vous guerroyerez vos ennemis.»
+Ainsi fit depuis le prévôt des marchands: toutes les
+semaines il envoyoit deux fois deux sommiers chargés
+de florins à Saint-Denis, devers le roi de Navarre, qui
+les recevoit liement. Or advint que il étoit demeuré à
Paris grand foison de soudoyers Anglois et Navarrois,
-ainsi que vous savez, que le prvt des marchands et la
-communaut de Paris avoient retenus Paris soudes
-et gages, pour eux aider dfendre et garder contre
+ainsi que vous savez, que le prévôt des marchands et la
+communauté de Paris avoient retenus à Paris à soudées
+et à gages, pour eux aider à défendre et garder contre
le duc de Normandie. Et trop bien et trop loyaument
-s'y toient ports, la guerre durant; si que, quand l'accord
+s'y étoient portés, la guerre durant; si que, quand l'accord
fut fait d'eux et du dit duc, les aucuns partirent
et les autres non. Ceux qui partirent s'en vinrent devers
le roi de Navarre, qui tous les retint; et encore en demeura-t-il
- Paris plus de trois cents, qui l s'battoient
-et rafrachissoient, ainsi que compagnons soudoyers
-font volontiers en tels villes et dpendent leur argent
-liement. Si s'mut un dbat entre eux et ceux de Paris,
-et en y eut bien de morts, sur les rues que en leurs htels,
-plus de soixante: de quoi le prvt des marchands
-fut durement courrouc, et en blma et vilena ceux de
+à Paris plus de trois cents, qui là s'ébattoient
+et rafraîchissoient, ainsi que compagnons soudoyers
+font volontiers en tels villes et dépendent leur argent
+liement. Si s'émut un débat entre eux et ceux de Paris,
+et en y eut bien de morts, sur les rues que en leurs hôtels,
+plus de soixante: de quoi le prévôt des marchands
+fut durement courroucé, et en blâma et vilena ceux de
Paris moult yreusement. Et toutes fois pour apaiser la
-communaut, il en prit plus de cent et cinquante et les
-fit mettre en prison au Louvre, et dit ceux de Paris,
-qui tous mus toient d'eux occire, que il les corrigeroit
-et puniroit selon leur forfait. Parmi tant se rapaisrent
-ceux de Paris. Quand ce vint la nuit, le prvt
-des marchands, qui voulut complaire ces Anglois soudoyers,
+communauté, il en prit plus de cent et cinquante et les
+fit mettre en prison au Louvre, et dit à ceux de Paris,
+qui tous émus étoient d'eux occire, que il les corrigeroit
+et puniroit selon leur forfait. Parmi tant se rapaisèrent
+ceux de Paris. Quand ce vint à la nuit, le prévôt
+des marchands, qui voulut complaire à ces Anglois soudoyers,
<span class="pagenum"><a id="Page_426"> 426</a></span>
-leur largit leurs prisons et les fit dlivrer et
-aller leur voie; si s'en vinrent Saint-Denis devers le
+leur élargit leurs prisons et les fit délivrer et
+aller leur voie; si s'en vinrent à Saint-Denis devers le
roi de Navarre, qui tous les retint.</p>
-<p>Quand ce vint au matin que ceux de Paris surent
-l'affaire et la dlivrance de ces Anglois, et comment le
-prvt s'en toit acquitt, si en furent durement courroucs
-sur lui, ni oncques depuis ils ne l'aimrent tant
-comme ils faisoient auparavant. Le prvt, qui toit un
-sage homme, s'en sut bien adonc ter et dissimuler
+<p>Quand ce vint au matin que ceux de Paris sçurent
+l'affaire et la délivrance de ces Anglois, et comment le
+prévôt s'en étoit acquitté, si en furent durement courroucés
+sur lui, ni oncques depuis ils ne l'aimèrent tant
+comme ils faisoient auparavant. Le prévôt, qui étoit un
+sage homme, s'en sçut bien adonc ôter et dissimuler
tant que cette chose s'oublia.</p>
<p>Or vous dirai de ces soudoyers Anglois et Navarrois
-comment ils persvrrent. Quand ils furent venus
-Saint-Denis et remis ensemble, ils se trouvrent plus de
-trois cents: si se avisrent qu'ils contrevengeroient
-leurs compagnons et les dpits qu'on leur avoit faits.
-Si envoyrent tantt dfier ceux de Paris et commencrent
- courir aigrement et faire guerre ceux de Paris
-et occire et dcouper toutes gens de Paris qui hors
+comment ils persévérèrent. Quand ils furent venus à
+Saint-Denis et remis ensemble, ils se trouvèrent plus de
+trois cents: si se avisèrent qu'ils contrevengeroient
+leurs compagnons et les dépits qu'on leur avoit faits.
+Si envoyèrent tantôt défier ceux de Paris et commencèrent
+à courir aigrement et faire guerre à ceux de Paris
+et à occire et découper toutes gens de Paris qui hors
issoient: ni nul n'osoit vider des portes, tant les tenoient
-les Anglois en grand doute: de quoi le prvt des
-marchands en toit demand et en derrire encoulp.</p>
+les Anglois en grand doute: de quoi le prévôt des
+marchands en étoit demandé et en derrière encoulpé.</p>
-<p class="subh">Comment les compagnons des soudoyers anglois qui furent tus Paris
-occirent grand foison de ceux de Paris la porte Saint-Honor.</p>
+<p class="subh">Comment les compagnons des soudoyers anglois qui furent tués à Paris
+occirent grand foison de ceux de Paris à la porte Saint-Honoré.</p>
-<p>Quand ceux de Paris se virent ainsi hris et guerroys
-de ces Anglois, si furent tous forcenns; et requirent
-au prvt des marchands qu'il voulsist faire armer
-une partie de leur communaut et mettre hors aux
+<p>Quand ceux de Paris se virent ainsi hériés et guerroyés
+de ces Anglois, si furent tous forcennés; et requirent
+au prévôt des marchands qu'il voulsist faire armer
+une partie de leur communauté et mettre hors aux
champs, car ils les vouloient aller combattre. Le dit
-prvt leur accorda, et dit qu'il iroit avec eux; et fit un
+prévôt leur accorda, et dit qu'il iroit avec eux; et fit un
jour armer une partie de ceux de Paris, et un jour partir
-jusques vingt-deux cents. Quand ils furent aux
+jusques à vingt-deux cents. Quand ils furent aux
champs, ils entendirent que ceux qui les guerrioient se
-tenoient devers Saint-Cloud. Si se avisrent qu'ils se
+tenoient devers Saint-Cloud. Si se avisèrent qu'ils se
<span class="pagenum"><a id="Page_427"> 427</a></span>
partiroient en deux parties et prendroient deux chemins,
-afin qu'ils ne leur pussent chapper. Si s'ordonnrent
+afin qu'ils ne leur pussent échapper. Si s'ordonnèrent
ainsi; et se devoient retrouver et rencontrer en
-un certain lieu assez prs de Saint-Cloud. Si se dessevrrent
+un certain lieu assez près de Saint-Cloud. Si se dessevrèrent
les uns des autres, et se mirent en deux parties; et
-en prit le prvt des marchands la moindre partie. Si
-tournoyrent ces deux parties tout le jour environ Montmartre;
-et rien ne trouvrent de ce qu'ils demandoient.</p>
+en prit le prévôt des marchands la moindre partie. Si
+tournoyèrent ces deux parties tout le jour environ Montmartre;
+et rien ne trouvèrent de ce qu'ils demandoient.</p>
-<p>Or avint que le prvt des marchands, qui toit ennui
-d'tre sur les champs, et qui nulle rien n'avoit fait,
-entour remonte, rentra Paris par la porte Saint-Martin.
+<p>Or avint que le prévôt des marchands, qui étoit ennuié
+d'être sur les champs, et qui nulle rien n'avoit fait,
+entour remontée, rentra à Paris par la porte Saint-Martin.
L'autre bataille se tint plus longuement sur les
-champs, et rien ne savoit du retour du prvt des marchands
-ni de sa bataille que ils fussent rentrs Paris;
-car si ils l'eussent su, ils y fussent rentrs aussi. Quand
+champs, et rien ne savoit du retour du prévôt des marchands
+ni de sa bataille que ils fussent rentrés à Paris;
+car si ils l'eussent sçu, ils y fussent rentrés aussi. Quand
ce vint sur le vespre, ils se mirent au retour, sans ordonnance
ni arroy, comme ceux qui ne cuidoient avoir
-point de rencontre ni d'empchement; et s'en revenoient
-par troupeaux, ainsi que tous lasss et hods et ennuis.
-Et portoit l'un son bassinet en sa main, l'autre son
-col, les autres, par laschets et ennui, tranoient leurs
-pes, ou les portoient en charpe; et tout ainsi se
+point de rencontre ni d'empêchement; et s'en revenoient
+par troupeaux, ainsi que tous lassés et hodés et ennuiés.
+Et portoit l'un son bassinet en sa main, l'autre à son
+col, les autres, par laschetés et ennui, traînoient leurs
+épées, ou les portoient en écharpe; et tout ainsi se
maintenoient-ils; et avoient pris le chemin pour entrer
- Paris par la porte Saint-Honor. Si trouvrent de rencontre
-ces Anglois au fond d'un chemin, qui toient bien
-quatre cents tous d'une sorte et d'un accord, qui tantt
-crirent ces Franois et se frirent entr'eux de grand
-volont, et les reboutrent trop durement et diversement;
-et en y eut de premire venue abattus plus de
+à Paris par la porte Saint-Honoré. Si trouvèrent de rencontre
+ces Anglois au fond d'un chemin, qui étoient bien
+quatre cents tous d'une sorte et d'un accord, qui tantôt
+écrièrent ces François et se férirent entr'eux de grand
+volonté, et les reboutèrent trop durement et diversement;
+et en y eut de première venue abattus plus de
deux cents.</p>
-<p>Ces Franois qui furent soudainement pris et qui nulle
-garde ne s'en donnoient furent tout bahis et ne tinrent
-point de conroy, ains se mirent en fuite et se laissrent
-occire, tuer et dcouper, ainsi que btes; et rafuioient
+<p>Ces François qui furent soudainement pris et qui nulle
+garde ne s'en donnoient furent tout ébahis et ne tinrent
+point de conroy, ains se mirent en fuite et se laissèrent
+occire, tuer et découper, ainsi que bêtes; et rafuioient
<span class="pagenum"><a id="Page_428"> 428</a></span>
qui mieux pouvoient devers Paris; et en y eut de morts
-en celle chasse plus de sept cents; et furent tous chasss
-jusques dedans les barrires de Paris. De cette avenue
-fut trop durement blm le prvt des marchands
-de la communaut de Paris; et disoient que il les avoit
+en celle chasse plus de sept cents; et furent tous chassés
+jusques dedans les barrières de Paris. De cette avenue
+fut trop durement blâmé le prévôt des marchands
+de la communauté de Paris; et disoient que il les avoit
trahis.</p>
-<p>Encore l'endemain au matin avint que les prochains
-et les amis de ceux qui morts toient issirent de Paris
-pour eux aller querre chars et charrettes et les corps
-ensevelir. Mais les Anglois avoient mis une embche sur
-les champs: si en turent et mes-haignrent de rechef
-plus de six vingt. En tel trouble et en tel meschef toient
-chus ceux de Paris, et ne se savoient de qui garder. Si
-vous dis qu'ils murmuroient et toient nuit et jour en
-grands soupons; car le roi de Navarre se refroidoit
-d'eux aider, pour la cause de la paix jure son serourge
+<p>Encore à l'endemain au matin avint que les prochains
+et les amis de ceux qui morts étoient issirent de Paris
+pour eux aller querre à chars et à charrettes et les corps
+ensevelir. Mais les Anglois avoient mis une embûche sur
+les champs: si en tuèrent et mes-haignèrent de rechef
+plus de six vingt. En tel trouble et en tel meschef étoient
+échus ceux de Paris, et ne se savoient de qui garder. Si
+vous dis qu'ils murmuroient et étoient nuit et jour en
+grands soupçons; car le roi de Navarre se refroidoit
+d'eux aider, pour la cause de la paix jurée à son serourge
le duc de Normandie, et pour l'outrage aussi
-qu'ils avoient fait des soudoyers anglois qu'il avoit envoys
- Paris. Si consentoit bien que ceux de Paris en
-fussent chtis, afin que ils amendassent plus grandement
+qu'ils avoient fait des soudoyers anglois qu'il avoit envoyés
+à Paris. Si consentoit bien que ceux de Paris en
+fussent châtiés, afin que ils amendassent plus grandement
ce forfait.</p>
<p>D'autre part aussi le duc de Normandie le souffroit
-assez, pour la cause de ce que le prvt des marchands
+assez, pour la cause de ce que le prévôt des marchands
avoit encore le gouvernement d'eux; et leur mandoit et
-escripsoit bien gnralement que nulle paix ne leur
-tiendroit jusques tant que douze hommes de Paris,
-lesquels qu'il voudroit lire, il auroit sa volont. Si
-devez savoir que le dit prvt des marchands et ceux
-qui se sentoient forfaits n'toient mie leur aise. Si
-voient-ils bien et considroient, tout imagin, que cette
-chose ne pouvoit longuement durer en cel tat; car
-ceux de Paris commenoient j refroidir de l'amour
-qu'ils avoient eu en lui et ceux de sa sorte et alliance;
-et le dparloient vilainement, si comme il toit inform.</p>
+escripsoit bien généralement que nulle paix ne leur
+tiendroit jusques à tant que douze hommes de Paris,
+lesquels qu'il voudroit élire, il auroit à sa volonté. Si
+devez savoir que le dit prévôt des marchands et ceux
+qui se sentoient forfaits n'étoient mie à leur aise. Si
+véoient-ils bien et considéroient, tout imaginé, que cette
+chose ne pouvoit longuement durer en cel état; car
+ceux de Paris commençoient jà à refroidir de l'amour
+qu'ils avoient eu en lui et à ceux de sa sorte et alliance;
+et le déparloient vilainement, si comme il étoit informé.</p>
<p><span class="pagenum"><a id="Page_429"> 429</a></span></p>
-<p class="subh">Comment le prvt des marchands et ses allis avoient propos de courir et
-dtruire Paris; et comment le dit prvt fut mis mort; et comment le
-duc de Normandie vint Paris.</p>
+<p class="subh">Comment le prévôt des marchands et ses alliés avoient proposé de courir et
+détruire Paris; et comment le dit prévôt fut mis mort; et comment le
+duc de Normandie vint à Paris.</p>
-<p>Le prvt des marchands de Paris et ceux de son alliance
+<p>Le prévôt des marchands de Paris et ceux de son alliance
et accord avoient souvent entr'eux plusieurs secrets
conseils pour savoir comment ils se pourroient
maintenir; car ils ne pouvoient trouver par nul moyen
-mercy ni remde au duc de Normandie; dont ce les
-bahissoit plus que autre chose. Si regardrent finablement
+mercy ni remède au duc de Normandie; dont ce les
+ébahissoit plus que autre chose. Si regardèrent finablement
que mieux valoit qu'ils demeurassent en vie et en
-bonne prosprit du leur et de leurs amis que ce qu'ils
-fussent dtruits; car mieux leur valoit occire que tre
-occis. Si s'arrtrent du tout sur cel tat, et traitrent secrtement
+bonne prospérité du leur et de leurs amis que ce qu'ils
+fussent détruits; car mieux leur valoit à occire que être
+occis. Si s'arrêtèrent du tout sur cel état, et traitèrent secrètement
devers ces Anglois qui guerroyoient ceux de
-Paris; et se porta certain trait et accord entre les parties,
-que le prvt des marchands et ceux de sa secte devoient
-tre tous prts et ordonns entre la porte Saint-Honor
-et la porte Saint-Antoine, tellement que, heure de
+Paris; et se porta certain traité et accord entre les parties,
+que le prévôt des marchands et ceux de sa secte devoient
+être tous prêts et ordonnés entre la porte Saint-Honoré
+et la porte Saint-Antoine, tellement que, à heure de
minuit, Anglois et Navarrois devoient tous d'une sorte
-y venir, si pourvus que pour courir et dtruire Paris, et
+y venir, si pourvus que pour courir et détruire Paris, et
les devoient trouver toutes ouvertes; et ne devoient les
-dits coureurs dporter homme ni femme, de quelque
-tat qu'ils fussent, mais tout mettre l'pe, except
-aucuns que les ennemis devoient connotre par les
-signes qui seroient mis leurs huis et fentres.</p>
+dits coureurs déporter homme ni femme, de quelque
+état qu'ils fussent, mais tout mettre à l'épée, excepté
+aucuns que les ennemis devoient connoître par les
+signes qui seroient mis à leurs huis et fenêtres.</p>
<p>Celle propre nuit que ce devoit avenir inspira Dieu
-et veilla aucuns des bourgeois de Paris qui toient de
-l'accord, et avoient toujours t, du duc de Normandie;
-desquels messire Ppin des Essarts et messire Jean de
+et éveilla aucuns des bourgeois de Paris qui étoient de
+l'accord, et avoient toujours été, du duc de Normandie;
+desquels messire Pépin des Essarts et messire Jean de
Charny se faisoient chefs: et furent iceux par inspiration
-divine, ainsi le doit-on supposer, informs que Paris
-devoit tre courue et dtruite. Tantt ils s'armrent
-et firent armer tous ceux de leur ct, et rvlrent
+divine, ainsi le doit-on supposer, informés que Paris
+devoit être courue et détruite. Tantôt ils s'armèrent
+et firent armer tous ceux de leur côté, et révélèrent
<span class="pagenum"><a id="Page_430"> 430</a></span>
-secrtement ces nouvelles en plusieurs lieux, pour avoir
+secrètement ces nouvelles en plusieurs lieux, pour avoir
plus de confortans.</p>
-<p>Or s'en vint le dit messire Ppin et plusieurs autres,
+<p>Or s'en vint le dit messire Pépin et plusieurs autres,
bien pourvus d'armures et de bons compagnons, et
-prit le dit messire Ppin la bannire de France, en
-criant: Au roi et au duc! et les suivoit le peuple;
-et vinrent la porte Saint-Antoine, o ils trouvrent
-le prvt des marchands qui tenoit les clefs de la porte
-en ses mains. L toit Jean Maillart, qui pour ce jour
-avoit eu dbat au prvt des marchands et Josseran
-de Mascon, et s'toit mis avecques ceux de la partie du
-duc de Normandie. Et illecques fut le dit prvt des
-marchands fortement argu, assailli et dbout; et y
-avoit si grand noise et crie du peuple qui l toit,
-que l'on ne pouvoit rien entendre; et disoient: A
-mort! mort! tuez, tuez le prvt des marchands et
-ses allis, car ils sont tratres.</p>
-
-<p>L eut entr'eux grand hutin; et le prvt des marchands,
-qui toit sur les degrs de la bastide Saint-Antoine,
-s'en ft volontiers fui, s'il et pu: mais il fut
-si ht que il ne put; car messire Jean de Charny le
-frit d'une hache en la tte et l'abattit terre, et puis
-fut fru de matre Pierre de Fouace et autres qui ne
-le laissrent jusques tant que il fut occis, et six de
-ceux qui toient de sa secte, entre lesquels toient
+prit le dit messire Pépin la bannière de France, en
+criant: «Au roi et au duc!» et les suivoit le peuple;
+et vinrent à la porte Saint-Antoine, où ils trouvèrent
+le prévôt des marchands qui tenoit les clefs de la porte
+en ses mains. Là étoit Jean Maillart, qui pour ce jour
+avoit eu débat au prévôt des marchands et à Josseran
+de Mascon, et s'étoit mis avecques ceux de la partie du
+duc de Normandie. Et illecques fut le dit prévôt des
+marchands fortement argué, assailli et débouté; et y
+avoit si grand noise et criée du peuple qui là étoit,
+que l'on ne pouvoit rien entendre; et disoient: «A
+mort! à mort! tuez, tuez le prévôt des marchands et
+ses alliés, car ils sont traîtres.»</p>
+
+<p>Là eut entr'eux grand hutin; et le prévôt des marchands,
+qui étoit sur les degrés de la bastide Saint-Antoine,
+s'en fût volontiers fui, s'il eût pu: mais il fut
+si hâté que il ne put; car messire Jean de Charny le
+férit d'une hache en la tête et l'abattit à terre, et puis
+fut féru de maître Pierre de Fouace et autres qui ne
+le laissèrent jusques à tant que il fut occis, et six de
+ceux qui étoient de sa secte, entre lesquels étoient
Philippe Guiffart, Jean de Lille, Jean Poiret, Simon le
-Paonnier et Gille Marcel; et plusieurs autres, tratres
-furent pris et envoys en prison. Et puis commencrent
- courir et chercher parmi les rues de Paris,
+Paonnier et Gille Marcel; et plusieurs autres, traîtres
+furent pris et envoyés en prison. Et puis commencèrent
+à courir et à chercher parmi les rues de Paris,
et mirent la ville en bonne ordonnance, et firent grand
guet toute nuit.</p>
-<p>Vous devez savoir que sitt que le prvt des marchands
-et les autres dessus nomms furent morts et pris,
-ainsi que vous avez ou, et fut le mardi dernier jour
+<p>Vous devez savoir que sitôt que le prévôt des marchands
+et les autres dessus nommés furent morts et pris,
+ainsi que vous avez ouï, et fut le mardi dernier jour
<span class="pagenum"><a id="Page_431"> 431</a></span>
-de juillet, l'an mil trois cent cinquante huit, aprs dner,
-messages partirent de Paris trs htivement pour porter
-ces nouvelles monseigneur le duc de Normandie qui
-toit Meaux, lequel en fut trs-grandement rjoui,
-et non sans cause. Si se ordonna pour venir Paris.
-Mais avant sa venue, Josseran de Mascon, qui tait trsorier
-du roi de Navarre, et Charles Coussac, chevin
-de Paris, lesquels avoient t pris avecques les autres,
-furent excuts et eurent les ttes coupes en la place
-de Grve, pour ce qu'ils toient tratres et de la secte
-du prvt des marchands. Et le corps du dit prvt
-et de ceux qui avecques lui avoient t tus, furent
-atrans en la cour de l'glise de Sainte-Catherine du
-val des coliers; et tout nus, ainsi qu'ils toient, furent
-tendus devant la croix de la dite cour, o ils furent
-longuement, afin que chacun les pt voir qui voir
-les voudroit; et aprs furent jets en la rivire de Seine.</p>
-
-<p>Le duc de Normandie, qui avoit envoy Paris de ses
+de juillet, l'an mil trois cent cinquante huit, après dîner,
+messages partirent de Paris très hâtivement pour porter
+ces nouvelles à monseigneur le duc de Normandie qui
+étoit à Meaux, lequel en fut très-grandement réjoui,
+et non sans cause. Si se ordonna pour venir à Paris.
+Mais avant sa venue, Josseran de Mascon, qui était trésorier
+du roi de Navarre, et Charles Coussac, échevin
+de Paris, lesquels avoient été pris avecques les autres,
+furent exécutés et eurent les têtes coupées en la place
+de Grève, pour ce qu'ils étoient traîtres et de la secte
+du prévôt des marchands. Et le corps du dit prévôt
+et de ceux qui avecques lui avoient été tués, furent
+atraînés en la cour de l'église de Sainte-Catherine du
+val des écoliers; et tout nus, ainsi qu'ils étoient, furent
+étendus devant la croix de la dite cour, où ils furent
+longuement, afin que chacun les pût voir qui voir
+les voudroit; et après furent jetés en la rivière de Seine.</p>
+
+<p>Le duc de Normandie, qui avoit envoyé à Paris de ses
gens et grand foison de gens d'armes, pour reconforter
-la ville et aider la dfendre contre les Anglois et
-Navarrois qui toient environ et y faisoient guerre,
-se partit de Meaux, o il toit, et s'en vint htivement
-Paris, noble et grand compagnie de gens d'armes; et
-fut reu en la bonne ville de Paris de toutes gens grand
-joie; et descendit pour lors au Louvre. L toit Jean
-Maillart de lez lui, qui grandement toit en sa grce
+la ville et aider à la défendre contre les Anglois et
+Navarrois qui étoient environ et y faisoient guerre,
+se partit de Meaux, où il étoit, et s'en vint hâtivement à
+Paris, à noble et grand compagnie de gens d'armes; et
+fut reçu en la bonne ville de Paris de toutes gens à grand
+joie; et descendit pour lors au Louvre. Là étoit Jean
+Maillart de lez lui, qui grandement étoit en sa grâce
et en son amour; et au voir dire, il l'avoit bien acquis,
-si comme vous avez ou ci-dessus recorder; combien
-que par avant il ft de l'alliance au prvt des marchands,
+si comme vous avez ouï ci-dessus recorder; combien
+que par avant il fût de l'alliance au prévôt des marchands,
si comme l'on disoit.</p>
-<p>Assez tt aprs, manda le duc de Normandie la duchesse
+<p>Assez tôt après, manda le duc de Normandie la duchesse
sa femme, les dames et les damoiselles qui se
-tenoient et avoient t toute la saison Meaux en
-Brie. Si vinrent Paris; et descendit la duchesse en
+tenoient et avoient été toute la saison à Meaux en
+Brie. Si vinrent à Paris; et descendit la duchesse en
<span class="pagenum"><a id="Page_432"> 432</a></span>
-l'htel du duc, que on dit Saint-Pol, o il toit retrait;
-et l se tinrent un grand temps.</p>
+l'hôtel du duc, que on dit à Saint-Pol, où il étoit retrait;
+et là se tinrent un grand temps.</p>
-<p>Or vous dirai du roi de Navarre comment il persvra,
-qui pour le temps se tenoit Saint-Denis, et
-messire Philippe de Navarre son frre de lez lui.</p>
+<p>Or vous dirai du roi de Navarre comment il persévéra,
+qui pour le temps se tenoit à Saint-Denis, et
+messire Philippe de Navarre son frère de lez lui.</p>
-<p class="subh">Comment le roi de Navarre dfia le duc de Normandie et ceux de Paris;
+<p class="subh">Comment le roi de Navarre défia le duc de Normandie et ceux de Paris;
et comment il pilla et prit plusieurs villes du royaume de France.</p>
-<p>Quand le roi de Navarre sut la vrit de la mort
-du prvt des marchands, son grand ami, et ceux de son
-alliance, si fut durement courrouc et troubl en deux
-manires. La premire raison fut, pour tant que le
-dit prvt lui avoit t trs-favorable et secret en tous
-ses affaires, et avoit mis grand peine sa dlivrance:
-l'autre raison toit telle qui moult lui touchoit quand
+<p>Quand le roi de Navarre sçut la vérité de la mort
+du prévôt des marchands, son grand ami, et ceux de son
+alliance, si fut durement courroucé et troublé en deux
+manières. La première raison fut, pour tant que le
+dit prévôt lui avoit été très-favorable et secret en tous
+ses affaires, et avoit mis grand peine à sa délivrance:
+l'autre raison étoit telle qui moult lui touchoit quand
il pensoit sur ce pour son honneur; car fame couroit
-communment parmi Paris et le royaume de France
-que il toit chef et cause de la trahison que le prvt
-des marchands et ses allis, si comme ci-dessus est
-dit, vouloient faire, laquelle chose lui tournoit grand
-prjudice. Si que le roi de Navarre imaginant et considrant
-ces besognes, et lui bien conseill monseigneur
-Philippe son frre, ne pouvoit voir nullement
-qu'il ne ft guerre au royaume de France et par espcial
- ceux de Paris, qui lui avoient fait si grand dpit. Si
-envoya tantt dfiances au duc de Normandie et aux
-Parisiens et tout le corps du royaume de France. Et
-se partit de Saint-Denis. Et coururent ses gens, au dpartement,
-la dite ville de Saint-Denis, et la pillrent
-et robrent toute. Et envoya gens d'armes le dit roi
-de Navarre Melun sur Seine, o la roine Blanche sa
-s&oelig;ur toit, qui jadis fut femme au roi Philippe. Si les
-reut la dite dame liement, et leur mit en abandon
+communément parmi Paris et le royaume de France
+que il étoit chef et cause de la trahison que le prévôt
+des marchands et ses alliés, si comme ci-dessus est
+dit, vouloient faire, laquelle chose lui tournoit à grand
+préjudice. Si que le roi de Navarre imaginant et considérant
+ces besognes, et lui bien conseillé à monseigneur
+Philippe son frère, ne pouvoit voir nullement
+qu'il ne fît guerre au royaume de France et par espécial
+à ceux de Paris, qui lui avoient fait si grand dépit. Si
+envoya tantôt défiances au duc de Normandie et aux
+Parisiens et à tout le corps du royaume de France. Et
+se partit de Saint-Denis. Et coururent ses gens, au département,
+la dite ville de Saint-Denis, et la pillèrent
+et robèrent toute. Et envoya gens d'armes le dit roi
+de Navarre à Melun sur Seine, où la roine Blanche sa
+s&oelig;ur étoit, qui jadis fut femme au roi Philippe. Si les
+reçut la dite dame liement, et leur mit en abandon
tout ce qu'elle y avoit.</p>
<p><span class="pagenum"><a id="Page_433"> 433</a></span>
Si fit le roi de Navarre d'une partie de la ville et du
-chtel de Melun sa garnison; et retint partout gens d'armes
-et soudoyers, Allemands, Hainuyers, Brabanons
-et Hasbegnons<a name="FNanchor_252" id="FNanchor_252" href="#Footnote_252" class="fnanchor">&nbsp;[252]</a> et gens de tout pays qui lui venoient
+châtel de Melun sa garnison; et retint partout gens d'armes
+et soudoyers, Allemands, Hainuyers, Brabançons
+et Hasbegnons<a name="FNanchor_252" id="FNanchor_252" href="#Footnote_252" class="fnanchor">&nbsp;[252]</a> et gens de tout pays qui à lui venoient
et le servoient volontiers; car il les payoit largement.
-Et bien avoit de quoi; car il avoit assembl si grand
+Et bien avoit de quoi; car il avoit assemblé si grand
avoir que c'est sans nombre, par le pourchas et aide
-du prvt des marchands, tant de ceux de Paris comme
+du prévôt des marchands, tant de ceux de Paris comme
des villes voisines. Et messire Philippe de Navarre se
-trait Mantes et Meulan sur la rivire de Seine; et en
+trait à Mantes et à Meulan sur la rivière de Seine; et en
firent leurs garnisons il et ses gens; et tous les jours leur
-croissoient gens et venoient de tous cts, qui dsiroient
- profiter et gagner.</p>
-
-<p>Ainsi commencrent le roi de Navarre, et ses gens
-que on appeloit Navarrois, guerroyer fortement et
-durement le royaume de France, et par espcial la
-noble cit de Paris; et toient tous matres de la rivire
-de Seine dessous et dessus, et aussi de la rivire de
-Marne et de Oise. Si multiplirent tellement ces Navarrois
-que ils prirent la forte ville et le chtel de
-Creel, par quoi ils toient matres de la rivire d'Oise,
-et le fort chtel de la Harelle, trois lieues d'Amiens,
-et puis Mauconseil, que ils rparrent et fortifirent
-tellement, que ils ne doutoient ni assaut ni sige. Ces
+croissoient gens et venoient de tous côtés, qui désiroient
+à profiter et à gagner.</p>
+
+<p>Ainsi commencèrent le roi de Navarre, et ses gens
+que on appeloit Navarrois, à guerroyer fortement et
+durement le royaume de France, et par espécial la
+noble cité de Paris; et étoient tous maîtres de la rivière
+de Seine dessous et dessus, et aussi de la rivière de
+Marne et de Oise. Si multiplièrent tellement ces Navarrois
+que ils prirent la forte ville et le châtel de
+Creel, par quoi ils étoient maîtres de la rivière d'Oise,
+et le fort châtel de la Harelle, à trois lieues d'Amiens,
+et puis Mauconseil, que ils réparèrent et fortifièrent
+tellement, que ils ne doutoient ni assaut ni siége. Ces
trois forteresses firent sans nombre tant de destourbiers
au royaume de France, que depuis en avant
-cent ans ne furent rpars ni restaurs. Et toient en
+cent ans ne furent réparés ni restaurés. Et étoient en
ces forteresses bien quinze cents combattans, et couroient
par tout le pays; ni nul ne leur alloit au-devant.
-Et s'pandirent tantt partout, et prirent les dits Navarrois
-la bonne ville et assez tt aprs le fort chtel
+Et s'épandirent tantôt partout, et prirent les dits Navarrois
+la bonne ville et assez tôt après le fort châtel
<span class="pagenum"><a id="Page_434"> 434</a></span>
-de Saint-Valery, dont ils firent une trs-belle garnison
-et trs-forte, de quoi messire Guillaume Bonnemare
-et Jean de Sgure<a name="FNanchor_253" id="FNanchor_253" href="#Footnote_253" class="fnanchor">&nbsp;[253]</a> toient capitaines. Si avoient bien
+de Saint-Valery, dont ils firent une très-belle garnison
+et très-forte, de quoi messire Guillaume Bonnemare
+et Jean de Ségure<a name="FNanchor_253" id="FNanchor_253" href="#Footnote_253" class="fnanchor">&nbsp;[253]</a> étoient capitaines. Si avoient bien
ces deux hommes d'armes cinq cents combattans, et couroient
-tout le pays jusques Dieppe et environ la ville
-de Abbeville, et tout selon la rivire de Somme jusques
-au Crotoi, Rue et Montreuil sur mer. Et faisoient ces
+tout le pays jusques à Dieppe et environ la ville
+de Abbeville, et tout selon la rivière de Somme jusques
+au Crotoi, à Rue et Montreuil sur mer. Et faisoient ces
Navarrois les plus grands appertises d'armes, tellement
-que on se pouvoit merveiller comment ils les osoient
-entreprendre: car quand ils avoient avis un chtel
-ou une forteresse, si forte qu'elle ft, ils ne se doutoient
+que on se pouvoit émerveiller comment ils les osoient
+entreprendre: car quand ils avoient avisé un châtel
+ou une forteresse, si forte qu'elle fût, ils ne se doutoient
point de l'avoir; et chevauchoient bien souvent
sur une nuit trente lieues, et venoient sur un pays qui
-n'toit en nulle doute; et ainsi exilloient-ils et embloient
-les chteaux et les forteresses parmi le royaume
-de France, et prenoient la fois sur l'ajournement les
-chevaliers et les dames en leurs lits; dont ils les ranonnoient,
+n'étoit en nulle doute; et ainsi exilloient-ils et embloient
+les châteaux et les forteresses parmi le royaume
+de France, et prenoient à la fois sur l'ajournement les
+chevaliers et les dames en leurs lits; dont ils les rançonnoient,
ou ils prenoient tout le leur, et puis les
boutoient hors de leurs maisons.</p>
<div class="header">
-<h2>INVASION D'DOUARD III ET TRAIT DE BRETIGNY.<br />
+<h2>INVASION D'ÉDOUARD III ET TRAITÉ DE BRETIGNY.<br />
<span class="medium">1359-1360.</span></h2>
</div>
-<p class="intro">En 1359, le roi Jean, prisonnier des Anglais et voulant recouvrer sa libert
- tout prix, signa Londres un trait dont les conditions taient dsastreuses
-pour le royaume. Son fils, le rgent, convoqua les tats gnraux,
-et leur fit rejeter le trait de Londres.</p>
+<p class="intro">En 1359, le roi Jean, prisonnier des Anglais et voulant recouvrer sa liberté
+à tout prix, signa à Londres un traité dont les conditions étaient désastreuses
+pour le royaume. Son fils, le régent, convoqua les états généraux,
+et leur fit rejeter le traité de Londres.</p>
<p class="subh">Comment le duc de Normandie et le conseil de France ne voulurent mie
-tenir le trait fait entre le roi Jean de France et le roi d'Angleterre.</p>
+tenir le traité fait entre le roi Jean de France et le roi d'Angleterre.</p>
-<p>Je me suis longuement tenu parler du roi d'Angleterre,
+<p>Je me suis longuement tenu à parler du roi d'Angleterre,
mais je n'en ai point eu de cause de parler
<span class="pagenum"><a id="Page_435"> 435</a></span>
-jusques ci; car tant comme les trves durrent entre
-lui et le royaume de France, son titre, ses gens ne
-firent point de guerre. Mais elles toient faillies le
+jusques à ci; car tant comme les trèves durèrent entre
+lui et le royaume de France, à son titre, ses gens ne
+firent point de guerre. Mais elles étoient faillies le
premier jour de mai l'an cinquante neuf; et avoient
-guerroy toutes ces forteresses angloises et navarroises,
+guerroyé toutes ces forteresses angloises et navarroises,
au nom de lui, et guerroyoient encore tous les
jours.</p>
-<p>En ce temps toient venus Wesmoutier, en la cit
+<p>En ce temps étoient venus à Wesmoutier, en la cité
de Londres, le roi d'Angleterre et le prince de Galles
son fils d'un lez, et le roi de France et messire Jacques
-de Bourbon de l'autre part; et l furent ensemble ces
+de Bourbon de l'autre part; et là furent ensemble ces
quatre tant seulement, en secret conseil, et firent un
certain accord de paix sans moyen sur certains articles et
-paroles que ils jetrent et ordonnrent. Et quand ils
-les eurent tous proposs, ils les firent crire en une
-lettre ouverte, et les scellrent les deux rois de leurs
-sceaux; et tout ce fait, ils mandrent le comte de Tancarville
-et monseigneur Arnoul d'Andrehen, qui toient
-nouvellement venus, et leur chargrent cette lettre
-pour apporter en France au duc de Normandie et ses
-frres et au conseil de France.</p>
-
-<p>Si passrent le dit comte de Tancarville et le dit marchal
-la mer, et arrivrent Boulogne, et exploitrent
-tant qu'ils vinrent Paris. Si trouvrent le duc de Normandie
-et le roi de Navarre qui nouvellement s'toient
-accords. Si leur montrrent les lettres devant dites.
+paroles que ils jetèrent et ordonnèrent. Et quand ils
+les eurent tous proposés, ils les firent écrire en une
+lettre ouverte, et les scellèrent les deux rois de leurs
+sceaux; et tout ce fait, ils mandèrent le comte de Tancarville
+et monseigneur Arnoul d'Andrehen, qui étoient
+nouvellement venus, et leur chargèrent cette lettre
+pour apporter en France au duc de Normandie et à ses
+frères et au conseil de France.</p>
+
+<p>Si passèrent le dit comte de Tancarville et le dit maréchal
+la mer, et arrivèrent à Boulogne, et exploitèrent
+tant qu'ils vinrent à Paris. Si trouvèrent le duc de Normandie
+et le roi de Navarre qui nouvellement s'étoient
+accordés. Si leur montrèrent les lettres devant dites.
Adoncques en demanda le duc de Normandie conseil
au roi de Navarre comment il s'en pourroit maintenir.
-Le roi conseilla que les prlats et les barons de France
-et le conseil des cits et des bonnes villes fussent
-mands; car par eux et leur ordonnance convenoit cette
+Le roi conseilla que les prélats et les barons de France
+et le conseil des cités et des bonnes villes fussent
+mandés; car par eux et leur ordonnance convenoit cette
chose passer. Ainsi fut fait. Le duc de Normandie
manda sur un jour la plus grand partie des nobles
-et des prlats du royaume de France et le conseil des
+et des prélats du royaume de France et le conseil des
<span class="pagenum"><a id="Page_436"> 436</a></span>
-bonnes villes<a name="FNanchor_254" id="FNanchor_254" href="#Footnote_254" class="fnanchor">&nbsp;[254]</a>. Quand ils furent tous venus Paris, ils
-entrrent en conseil. L toient le roi de Navarre, le
-duc de Normandie, ses deux frres, le comte de Tancarville
-et messire Arnoul d'Andrehen, qui remontrrent
-la besogne et sur quel tat ils toient venus en France.
-L furent les lettres lues et relues, et bien oues et entendues,
-et de point en point considres et examines. Si
-ne purent adonc tre les conseils en gnral du royaume
-de France d'accord, et leur sembla cil trait trop dur<a name="FNanchor_255" id="FNanchor_255" href="#Footnote_255" class="fnanchor">&nbsp;[255]</a>;
-et rpondirent d'une voix aux dits messagers que ils
-auroient plus cher endurer et porter encore le grand
-meschef et misre o ils toient, que le noble royaume
-de France ft ainsi amoindri ni deffraud; et que le
-roi Jean demeurt encore en Angleterre; et que quand
-il plairoit Dieu, il y pourverroit de remde et mettroit
-attemprance. Ce fut toute la rponse que le comte de
+bonnes villes<a name="FNanchor_254" id="FNanchor_254" href="#Footnote_254" class="fnanchor">&nbsp;[254]</a>. Quand ils furent tous venus à Paris, ils
+entrèrent en conseil. Là étoient le roi de Navarre, le
+duc de Normandie, ses deux frères, le comte de Tancarville
+et messire Arnoul d'Andrehen, qui remontrèrent
+la besogne et sur quel état ils étoient venus en France.
+Là furent les lettres lues et relues, et bien ouïes et entendues,
+et de point en point considérées et examinées. Si
+ne purent adonc être les conseils en général du royaume
+de France d'accord, et leur sembla cil traité trop dur<a name="FNanchor_255" id="FNanchor_255" href="#Footnote_255" class="fnanchor">&nbsp;[255]</a>;
+et répondirent d'une voix aux dits messagers que ils
+auroient plus cher à endurer et porter encore le grand
+meschef et misère où ils étoient, que le noble royaume
+de France fût ainsi amoindri ni deffraudé; et que le
+roi Jean demeurât encore en Angleterre; et que quand
+il plairoit à Dieu, il y pourverroit de remède et mettroit
+attemprance. Ce fut toute la réponse que le comte de
Tancarville et messire Arnoul d'Andrehen en purent
-avoir<a name="FNanchor_256" id="FNanchor_256" href="#Footnote_256" class="fnanchor">&nbsp;[256]</a>. Si se partirent sur cel tat et retournrent en
+avoir<a name="FNanchor_256" id="FNanchor_256" href="#Footnote_256" class="fnanchor">&nbsp;[256]</a>. Si se partirent sur cel état et retournèrent en
<span class="pagenum"><a id="Page_437"> 437</a></span>
-Angleterre; et se retrairent premirement devers le
-roi de France, leur seigneur, et lui contrent comment
+Angleterre; et se retrairent premièrement devers le
+roi de France, leur seigneur, et lui contèrent comment
ils n'avoient pu rien exploiter. De ces nouvelles fut le
-roi de France moult courrouc; ce fut bien raison, car
-il dsiroit sa dlivrance, et dit: Ha! Charles, beau
-fils, vous tes conseill du roi de Navarre, qui vous
-deoit, et decevroit tels soixante que vous tes.</p>
+roi de France moult courroucé; ce fut bien raison, car
+il désiroit sa délivrance, et dit: «Ha! Charles, beau
+fils, vous êtes conseillé du roi de Navarre, qui vous
+deçoit, et decevroit tels soixante que vous êtes.»</p>
<p class="subh">Comment le roi d'Angleterre fit faire grand appareil pour venir
en France.</p>
-<p>Ces deux seigneurs dessus nomms retourns en
-Angleterre, le roi douard, ainsi comme il appartenoit,
-sut la rponse, car ils lui relatrent tout ainsi, ni plus
-ni moins, qu'ils en toient chargs des Franois. Quand
+<p>Ces deux seigneurs dessus nommés retournés en
+Angleterre, le roi Édouard, ainsi comme il appartenoit,
+sçut la réponse, car ils lui relatèrent tout ainsi, ni plus
+ni moins, qu'ils en étoient chargés des François. Quand
le roi d'Angleterre eut entendu ces nouvelles, il fut durement
-courrouc; et dit devant tous ceux qui le pouvoient
-our que ainois que hiver ft entr il entreroit
+courroucé; et dit devant tous ceux qui le pouvoient
+ouïr que ainçois que hiver fût entré il entreroit
au royaume de France si puissamment et y demeureroit
-tant qu'il auroit fin de guerre, ou bonne paix son
-honneur et plaisir. Si fit commencer faire le plus
-grand appareil que on et oncques mais vu faire en
+tant qu'il auroit fin de guerre, ou bonne paix à son
+honneur et plaisir. Si fit commencer à faire le plus
+grand appareil que on eût oncques mais vu faire en
Angleterre pour guerroyer.</p>
<p>Ces nouvelles issirent par tous pays, si que partout
-chevaliers et cuyers et gens d'armes se commencrent
- pourvoir grossement et chrement de chevaux et de
-harnois, chacun du mieux qu'il put, selon son tat;
-et se trait chacun, du plus tt qu'il put, par devers
+chevaliers et écuyers et gens d'armes se commencèrent
+à pourvoir grossement et chèrement de chevaux et de
+harnois, chacun du mieux qu'il put, selon son état;
+et se trait chacun, du plus tôt qu'il put, par devers
Calais, pour attendre la venue du roi d'Angleterre;
-car chacun pensoit avoir si grands bienfaits de lui,
+car chacun pensoit à avoir si grands bienfaits de lui,
<span class="pagenum"><a id="Page_438"> 438</a></span>
-et tant d'avoir gagner en France que jamais ne seroient
-povres, et par espcial ces Allemands, qui sont
+et tant d'avoir à gagner en France que jamais ne seroient
+povres, et par espécial ces Allemands, qui sont
plus convoiteux que autres gens.</p>
-<p class="subh">Comment tant de gens d'armes trangers vinrent Calais qu'on ne se
-savoit o loger et y furent les vivres moult chers.</p>
+<p class="subh">Comment tant de gens d'armes étrangers vinrent à Calais qu'on ne se
+savoit où loger et y furent les vivres moult chers.</p>
<p>Le roi d'Angleterre toute celle saison faisoit un si
-trs-grand appareil pour venir en France que par avant
+très-grand appareil pour venir en France que par avant
on n'avoit point vu le semblable. De quoi plusieurs barons
et chevaliers de l'empire d'Allemagne, qui autrefois
-l'avoient servi, s'avancrent grandement en celle
-anne, et se pourvurent bien et toffment de chevaux
-et de harnois, chacun du mieux qu'il put selon son tat,
-et s'envinrent du plus tt qu'ils purent, par les ctires
-de Flandre, devers Calais, et l se tinrent en attendant
+l'avoient servi, s'avancèrent grandement en celle
+année, et se pourvurent bien et étoffément de chevaux
+et de harnois, chacun du mieux qu'il put selon son état,
+et s'envinrent du plus tôt qu'ils purent, par les côtières
+de Flandre, devers Calais, et là se tinrent en attendant
le roi. Or avint que le roi d'Angleterre ni ses gens ne
-vinrent mie Calais que on pensoit; dont tant de manires
-de gens trangers vinrent Calais que on ne se savoit
-o herberger, ni chevaux establer. Et avecques ce, pains,
-vins, fuerres, avoines et toutes pourvances y toient si
-grandement chres que on n'en pouvoit point recouvrer
+vinrent mie à Calais que on pensoit; dont tant de manières
+de gens étrangers vinrent à Calais que on ne se savoit
+où herberger, ni chevaux establer. Et avecques ce, pains,
+vins, fuerres, avoines et toutes pourvéances y étoient si
+grandement chères que on n'en pouvoit point recouvrer
pour or ni pour argent; et toujours leur disoit-on:
-Le roi viendra l'autre semaine. Ainsi attendoient
+«Le roi viendra à l'autre semaine.» Ainsi attendoient
tous ces seigneurs allemands miessenaires Hesbegnons,
-Brabanons, Flamands et Hainuyers, povres et riches, la
-venue du roi d'Angleterre ds l'entre d'aot jusques
- la Saint-Luc, grand meschef et grands cots, et
+Brabançons, Flamands et Hainuyers, povres et riches, la
+venue du roi d'Angleterre dès l'entrée d'août jusques
+à la Saint-Luc, à grand meschef et à grands coûts, et à
si grand danger qu'il convint les plusieurs vendre la
plus grand partie de leurs chevaux. Et si le roi d'Angleterre
-fut adonc venu Calais, il ne se sut o
-herberger, ni ses gens, fors au chtel; car le corps de
-la ville toit tout pris; et si y avoit encore une doute
-par aventure que ces seigneurs qui avoient tout dpendu
+fut adonc venu à Calais, il ne se sçut où
+herberger, ni ses gens, fors au châtel; car le corps de
+la ville étoit tout pris; et si y avoit encore une doute
+par aventure que ces seigneurs qui avoient tout dépendu
<span class="pagenum"><a id="Page_439"> 439</a></span>
ne se voulussent point partir, pour roi ni pour
-autre, de Calais, si on ne leur et rendu leurs dpens
-en deniers appareills.</p>
+autre, de Calais, si on ne leur eût rendu leurs dépens
+en deniers appareillés.</p>
-<p class="subh">Comment le roi, ainois qu'il partt d'Angleterre, fit mettre en prison le roi
+<p class="subh">Comment le roi, ainçois qu'il partît d'Angleterre, fit mettre en prison le roi
Jean et monseigneur Philippe son fils et les autres barons de France.</p>
-<p>Ainois que le roi d'Angleterre partt de son pays, il
+<p>Ainçois que le roi d'Angleterre partît de son pays, il
fit tous les comtes et barons de France, qu'il tenoit
-pour prisonniers, dpartir et mettre en plusieurs lieux
-et en forts chteaux parmi son royaume, pour mieux
-tre au-dessus d'eux; et fit mettre le roi de France au
-chtel de Londres<a name="FNanchor_257" id="FNanchor_257" href="#Footnote_257" class="fnanchor">&nbsp;[257]</a>, qui est grand et fort, sant sur la
-rivire de Tamise, et son jeune fils avecques lui, monseigneur
+pour prisonniers, départir et mettre en plusieurs lieux
+et en forts châteaux parmi son royaume, pour mieux
+être au-dessus d'eux; et fit mettre le roi de France au
+châtel de Londres<a name="FNanchor_257" id="FNanchor_257" href="#Footnote_257" class="fnanchor">&nbsp;[257]</a>, qui est grand et fort, séant sur la
+rivière de Tamise, et son jeune fils avecques lui, monseigneur
Philippe, et les restreignit et leur tollit moult
-de leurs dduits, et les fit garder plus troitement que
-devant. Aprs, quand il fut appareill, il fit savoir
-partout que tous ceux qui toient appareills et pourvus
+de leurs déduits, et les fit garder plus étroitement que
+devant. Après, quand il fut appareillé, il fit à savoir
+partout que tous ceux qui étoient appareillés et pourvus
pour venir en France avecques lui se traissent par devers
la ville de Douvre, car il leur livreroit nefs et vaisseaux
pour passer. Chacun s'appareilla au mieux qu'il
-put, et ne demeura nul chevalier, ni cuyer, ni homme
-d'honneur, qui ft haiti, de l'ge d'entre vingt ans et
+put, et ne demeura nul chevalier, ni écuyer, ni homme
+d'honneur, qui fût haitié, de l'âge d'entre vingt ans et
soixante, que tous ne partissent: si que presque tous
-les comtes, barons, chevaliers et cuyers du royaume
-vinrent Douvre, except ceux que le roi et son conseil
-avoient ordonns et tablis pour garder ses chteaux,
+les comtes, barons, chevaliers et écuyers du royaume
+vinrent à Douvre, excepté ceux que le roi et son conseil
+avoient ordonnés et établis pour garder ses châteaux,
ses bailliages et ses mairies, ses offices et ses ports sur
<span class="pagenum"><a id="Page_440"> 440</a></span>
mer, ses havelles et ses passages. Quand tous furent
-assembls Douvre, et ses naves appareilles, le roi
+assemblés à Douvre, et ses navées appareillées, le roi
fit toutes ses gens partir et assembler, petits et grands,
en une place au dehors de Douvre, et leur dit pleinement
-que son intention toit telle, que il vouloit passer
+que son intention étoit telle, que il vouloit passer
outre mer au royaume de France, sans jamais repasser,
-jusques ce qu'il auroit fin de guerre, ou paix sa
-suffisance et son grand honneur, ou il mourroit en la
+jusques à ce qu'il auroit fin de guerre, ou paix à sa
+suffisance et à son grand honneur, ou il mourroit en la
peine; et s'il y en avoit aucuns entr'eux qui ne fussent
-de ce attendre conforts et conseills, il leur prioit
-qu'ils s'en voulsissent r'aller en leur pays bon gr.
-Mais sachez que tous y toient venus de si grand volont
+de ce attendre confortés et conseillés, il leur prioit
+qu'ils s'en voulsissent r'aller en leur pays à bon gré.
+Mais sachez que tous y étoient venus de si grand volonté
que nul ne fut tel qu'il s'en voulsist r'aller. Si
-entrrent tous en nefs et en vaisseaux qu'ils trouvrent
-appareills, au nom de Dieu et de Saint-Georges, et
-arrivrent Calais deux jours devant la fte de Toussaints<a name="FNanchor_258" id="FNanchor_258" href="#Footnote_258" class="fnanchor">&nbsp;[258]</a>,
+entrèrent tous en nefs et en vaisseaux qu'ils trouvèrent
+appareillés, au nom de Dieu et de Saint-Georges, et
+arrivèrent à Calais deux jours devant la fête de Toussaints<a name="FNanchor_258" id="FNanchor_258" href="#Footnote_258" class="fnanchor">&nbsp;[258]</a>,
l'an mil trois cent cinquante-neuf.</p>
<p class="subh">Comment le roi d'Angleterre se partit de Calais,
-ses batailles bien ordonnes.</p>
+ses batailles bien ordonnées.</p>
-<p>Quand le roi d'Angleterre fut arriv Calais, et le
-prince de Galles, son fils ainsn, et encore trois de ses
+<p>Quand le roi d'Angleterre fut arrivé à Calais, et le
+prince de Galles, son fils ainsné, et encore trois de ses
enfans, messire Leonnel, comte d'Ulnestre, messire Jean
comte de Richemont, et messire Aymon le plus jeune
des quatre, et tous les seigneurs en suivant et toutes
-leurs routes, ils firent dcharger leurs chevaux, leurs
-harnois et toutes leurs pourvances, et sjournrent
+leurs routes, ils firent décharger leurs chevaux, leurs
+harnois et toutes leurs pourvéances, et séjournèrent à
Calais pour quatre jours; puis fit le roi commander que
-chacun ft appareill de mouvoir, car il vouloit chevaucher
-aprs son cousin le duc de Lancastre. Si se
+chacun fût appareillé de mouvoir, car il vouloit chevaucher
+après son cousin le duc de Lancastre. Si se
<span class="pagenum"><a id="Page_441"> 441</a></span>
partit le dit roi l'endemain au matin de la ville de Calais
atout son grand arroy, et se mit sur les champs
-atout le plus grand charroy et le mieux attel que nul
+atout le plus grand charroy et le mieux attelé que nul
vit oncques issir d'Angleterre. On disoit qu'il avoit plus
-de six mille chars bien attels, qui tous toient apasss
+de six mille chars bien attelés, qui tous étoient apassés
d'Angleterre. Puis ordonna ses batailles si noblement
-et si richement pars, uns et autres, que c'toit soulas
-et dduit au regarder; et fit son conntable, qu'il moult
-aimoit, le comte de la Marche, premirement chevaucher
+et si richement parés, uns et autres, que c'étoit soulas
+et déduit au regarder; et fit son connétable, qu'il moult
+aimoit, le comte de la Marche, premièrement chevaucher
atout cinq cents armures et mille archers, au devant
-de sa bataille. Aprs, la bataille des marchaux
-chevauchoit o il avoit bien trois mille armures de fer
+de sa bataille. Après, la bataille des maréchaux
+chevauchoit où il avoit bien trois mille armures de fer
et cinq mille archers; et chevauchoient eux et leurs
-gens toujours rangs et serrs, aprs le conntable, et
+gens toujours rangés et serrés, après le connétable, et
en suivant la bataille du roi. Et puis le grand charroy
qui comprenoit bien deux lieues de long; et y avoit
-plus de six mille chars tous attels, qui menoient toutes
-pourvances pour l'ost et htels, dont on n'avoit point
+plus de six mille chars tous attelés, qui menoient toutes
+pourvéances pour l'ost et hôtels, dont on n'avoit point
vu user par avant de mener avec gens d'armes, si
-comme moulins la main, fours pour cuire et plusieurs
-autres choses ncessaires. Et aprs, chevauchoit
+comme moulins à la main, fours pour cuire et plusieurs
+autres choses nécessaires. Et après, chevauchoit
la forte bataille du prince de Galles et de ses
-frres, o il avoit bien vingt-cinq cents armures de fer
-noblement monts et richement pars; et toutes ces
-gens d'armes et ces archers rangs et serrs ainsi que
-pour tantt combattre, si mestier et t. En chevauchant
-ainsi ils ne laissoient mie un garon derrire
+frères, où il avoit bien vingt-cinq cents armures de fer
+noblement montés et richement parés; et toutes ces
+gens d'armes et ces archers rangés et serrés ainsi que
+pour tantôt combattre, si mestier eût été. En chevauchant
+ainsi ils ne laissoient mie un garçon derrière
eux qu'ils ne l'attendissent; et ne pouvoient aller bonnement
pas plus de trois lieues le jour.</p>
-<p>En cet tat et en cet arroy furent-ils encontrs du duc
-de Lancastre et des seigneurs trangers, si comme ci-dessus
+<p>En cet état et en cet arroy furent-ils encontrés du duc
+de Lancastre et des seigneurs étrangers, si comme ci-dessus
est dit, entre Calais et l'abbaye de Likes<a name="FNanchor_259" id="FNanchor_259" href="#Footnote_259" class="fnanchor">&nbsp;[259]</a> sur
<span class="pagenum"><a id="Page_442"> 442</a></span>
un beau plein. Et encore y avoit en l'ost du roi d'Angleterre
-jusques cinq cents varlets, atout pelles et coingnes
+jusques à cinq cents varlets, atout pelles et coingnées
qui alloient devant le charroy et ouvroient les
-chemins et les voies, et coupoient les pines et les buissons
+chemins et les voies, et coupoient les épines et les buissons
pour charrier plus aise.</p>
-<p class="subh">Comment le roy d'Angleterre, en gtant le pays de Cambrsis,
-vint assiger la cit de Reims.</p>
+<p class="subh">Comment le roy d'Angleterre, en gâtant le pays de Cambrésis,
+vint assiéger la cité de Reims.</p>
-<p>Tant exploitrent le dessus dit et son ost que ils passrent
-Artois, o ils avoient trouv le pays povre et
-dgarni de vivres, et entrrent en Cambrsis o ils
-trouvrent la marche plus grasse et plus plantureuse;
-car les hommes du plat pays n'avoient rien bout s
-forteresses, pourtant que ils cuidoient tre tous assurs
+<p>Tant exploitèrent le dessus dit et son ost que ils passèrent
+Artois, où ils avoient trouvé le pays povre et
+dégarni de vivres, et entrèrent en Cambrésis où ils
+trouvèrent la marche plus grasse et plus plantureuse;
+car les hommes du plat pays n'avoient rien bouté ès
+forteresses, pourtant que ils cuidoient être tous assurés
du roi d'Angleterre et de ses gens. Mais le dit roi ne
-l'entendit mie ainsi, combien que ceux de Cambrsis
+l'entendit mie ainsi, combien que ceux de Cambrésis
fussent de l'Empire; et s'en vint le dit roi loger en la
-ville de Beaumes<a name="FNanchor_260" id="FNanchor_260" href="#Footnote_260" class="fnanchor">&nbsp;[260]</a> en Cambrsis et ses gens tous environ.
-L se tinrent quatre jours pour eux rafrachir et
+ville de Beaumes<a name="FNanchor_260" id="FNanchor_260" href="#Footnote_260" class="fnanchor">&nbsp;[260]</a> en Cambrésis et ses gens tous environ.
+Là se tinrent quatre jours pour eux rafraîchir et
leurs chevaux, et coururent la plus grand partie du
-pays de Cambrsis. L'vque Pierre de Cambray et le
-conseil des seigneurs du pays et des bonnes villes envoyrent,
+pays de Cambrésis. L'évêque Pierre de Cambray et le
+conseil des seigneurs du pays et des bonnes villes envoyèrent,
sur sauf-conduit, devers le roi et son conseil,
-certains messages pour savoir quel titre il les guerrioit.
-On leur rpondit que c'toit pour ce que du temps
-pass ils avoient fait alliance et grands conforts aux
-Franois, et soutenu en leurs villes et forteresses, et
+certains messages pour savoir à quel titre il les guerrioit.
+On leur répondit que c'étoit pour ce que du temps
+passé ils avoient fait alliance et grands conforts aux
+François, et soutenu en leurs villes et forteresses, et
fait aussi avant partie de guerre comme leurs ennemis:
-si devoient bien pour cette cause tre guerroys; et
-autre rponse n'emportrent ceux qui y furent envoys.
-Si convint souffrir et porter les Cambrsiens
+si devoient bien pour cette cause être guerroyés; et
+autre réponse n'emportèrent ceux qui y furent envoyés.
+Si convint souffrir et porter les Cambrésiens
leur dommage au mieux qu'ils purent.</p>
<p><span class="pagenum"><a id="Page_443"> 443</a></span>
-Ainsi passa le roi d'Angleterre parmi Cambrsis et
+Ainsi passa le roi d'Angleterre parmi Cambrésis et
s'envint en Thierasche; mais ses gens couroient partout
- dextre et senestre, et prenoient vivres partout o
+à dextre et à senestre, et prenoient vivres partout où
ils les pouvoient trouver et avoir. Donc il avint que
messire Berthelemieu de Bruves couroit devant Saint-Quentin:
si trouva et encontra d'aventure le capitaine
et gardien pour le temps de Saint-Quentin, messire
-Baudouin d'Ennekins; si frirent eux et leurs gens
-ensemble, et y eut grand hutin et plusieurs renverss
+Baudouin d'Ennekins; si férirent eux et leurs gens
+ensemble, et y eut grand hutin et plusieurs renversés
d'un lez et de l'autre. Finablement les Anglois obtinrent
la place, et fut pris le dit messire Baudouin et
-prisonnier monseigneur Berthelemieu de Bruves,
-qui il l'avoit t autrefois de la bataille de Poitiers. Si
-retournrent les dits Anglois devers l'ost du roi d'Angleterre,
-qui toit log pour ce jour en l'abbaye de
-Femy, o ils trouvrent grand foison de vivres pour
-eux et pour leurs chevaux; et puis passrent outre et
-exploitrent tant par leurs journes, sans avoir nul empchement,
+prisonnier à monseigneur Berthelemieu de Bruves, à
+qui il l'avoit été autrefois de la bataille de Poitiers. Si
+retournèrent les dits Anglois devers l'ost du roi d'Angleterre,
+qui étoit logé pour ce jour en l'abbaye de
+Femy, où ils trouvèrent grand foison de vivres pour
+eux et pour leurs chevaux; et puis passèrent outre et
+exploitèrent tant par leurs journées, sans avoir nul empêchement,
que ils s'en vinrent en la marche de Reims.
-Je vous dirai par quelle manire. Le roi fit son logis
-Saint-Ble outre Reims, et le prince de Galles et ses
-frres Saint-Thierry. Le duc de Lancastre tenoit en
-aprs le plus grand logis. Les comtes, les barons et les
-chevaliers toient logs s villages entour Reims. Si n'avoient
-pas leurs aises ni le temps leur volont; car ils
-toient l venus au c&oelig;ur d'hiver, environ la Saint-Andrieu
-que il faisoit laid et pluvieux; et toient leurs chevaux
-mal logs et mal livrs, car le pays deux ans ou trois
-par avant avoit t toujours si guerroy que nul n'avoit
-labour les terres: pourquoi on n'avoit nuls fourrages,
-bls, avoines, en gerbes ni en estrains, car ceux de Reims,
-de Troyes, de Chlons, de Sainte-Maneholt et de Hans
-n'avoient rien laiss s villages, mais fait amener toutes
-garnisons s bonnes villes et chteaux; et convenoit
+Je vous dirai par quelle manière. Le roi fit son logis à
+Saint-Bâle outre Reims, et le prince de Galles et ses
+frères à Saint-Thierry. Le duc de Lancastre tenoit en
+après le plus grand logis. Les comtes, les barons et les
+chevaliers étoient logés ès villages entour Reims. Si n'avoient
+pas leurs aises ni le temps à leur volonté; car ils
+étoient là venus au c&oelig;ur d'hiver, environ la Saint-Andrieu
+que il faisoit laid et pluvieux; et étoient leurs chevaux
+mal logés et mal livrés, car le pays deux ans ou trois
+par avant avoit été toujours si guerroyé que nul n'avoit
+labouré les terres: pourquoi on n'avoit nuls fourrages,
+blés, avoines, en gerbes ni en estrains, car ceux de Reims,
+de Troyes, de Châlons, de Sainte-Maneholt et de Hans
+n'avoient rien laissé ès villages, mais fait amener toutes
+garnisons ès bonnes villes et châteaux; et convenoit
<span class="pagenum"><a id="Page_444"> 444</a></span>
les plusieurs aller fourrager dix ou douze lieues
-loin. Si toient souvent rencontrs des garnisons franoises;
+loin. Si étoient souvent rencontrés des garnisons françoises;
pour quoi il y avoit hutins, combats et noises et
-mles. Une heure perdoient les Anglois, et l'autre gagnoient.</p>
+mêlées. Une heure perdoient les Anglois, et l'autre gagnoient.</p>
-<p>De la bonne cit de Reims toient capitaines, ce
-jour que le roi d'Angleterre y mit le sige, messire Jean
-de Craon, archevque du dit lieu, monseigneur le comte
-de Porcien et messire Hugues de Porcien, son frre, le
+<p>De la bonne cité de Reims étoient capitaines, à ce
+jour que le roi d'Angleterre y mit le siége, messire Jean
+de Craon, archevêque du dit lieu, monseigneur le comte
+de Porcien et messire Hugues de Porcien, son frère, le
sire de la Bove, le sire de Chavency, le sire Dennore,
le sire de Lor et plusieurs autres bons chevaliers et
-cuyers de la marche de Reims. Si s'embesognrent si
-bien, ce sige durant, que nul dommage ne s'en prit
- la ville; car la cit est forte et bien ferme et de
+écuyers de la marche de Reims. Si s'embesognèrent si
+bien, ce siége durant, que nul dommage ne s'en prit
+à la ville; car la cité est forte et bien fermée et de
bonne garde. Et aussi le roi d'Angleterre n'y fit point
assaillir, pour ce qu'il ne vouloit mie ses gens travailler
-ni blesser, et demeurrent le roi et ses gens sige devant
-Reims sur cel tat que vous avez ou, ds la fte
-Saint-Andrieu jusques l'entre de carme. Si chevauchrent
+ni blesser, et demeurèrent le roi et ses gens à siége devant
+Reims sur cel état que vous avez ouï, dès la fête
+Saint-Andrieu jusques à l'entrée de carême. Si chevauchèrent
les gens du roi souvent en grands routes,
et couroient pour trouver aventures les aucuns par toute
-la comt de Retel jusques Montfaucon<a name="FNanchor_261" id="FNanchor_261" href="#Footnote_261" class="fnanchor">&nbsp;[261]</a>, jusques
-Maisires, jusques Donchry et Mouson; et logeoient
-au pays deux jours ou trois, et droboient tout
-sans dfense ni contredit. Auques en ce temps que le
-dit roi toit venu devant Reims, avoit pris messire
+la comté de Retel jusques à Montfaucon<a name="FNanchor_261" id="FNanchor_261" href="#Footnote_261" class="fnanchor">&nbsp;[261]</a>, jusques à
+Maisières, jusques à Donchéry et à Mouson; et logeoient
+au pays deux jours ou trois, et déroboient tout
+sans défense ni contredit. Auques en ce temps que le
+dit roi étoit venu devant Reims, avoit pris messire
Eustache d'Aubrecicourt la bonne ville de Athigny sur
Aisne, et dedans trouva grand foison de vivres, et par
-espcial plus de trois mille tonneaux de vin. Si en dpartit
-au roi grandement et ses enfans, dont il l'en
-sut grand gr.</p>
+espécial plus de trois mille tonneaux de vin. Si en départit
+au roi grandement et à ses enfans, dont il l'en
+sçut grand gré.</p>
<p><span class="pagenum"><a id="Page_445"> 445</a></span></p>
@@ -16475,102 +16433,102 @@ et comment il prit la ville de Tonnerre.</p>
<p class="subt">1360.</p>
-<p>Le roi d'Angleterre se tint sige devant Reims bien
+<p>Le roi d'Angleterre se tint à siége devant Reims bien
le terme de sept semaines et plus, mais oncques n'y fit
-assaillir, ni point ni petit, car il et perdu sa peine.
-Quand il eut l tant t que il lui commenoit ennuyer,
+assaillir, ni point ni petit, car il eût perdu sa peine.
+Quand il eut là tant été que il lui commençoit à ennuyer,
et que ses gens ne trouvoient mais rien que
-fourrer, et perdoient leurs chevaux, et toient en grand
-msaise de tous vivres, ils se dlogrent et se arroutrent
+fourrer, et perdoient leurs chevaux, et étoient en grand
+mésaise de tous vivres, ils se délogèrent et se arroutèrent
comme par avant, et se mirent au chemin pardevers
-Chlons en Champagne. Et passa le dit roi et tout
-son ost assez prs de Chlons; et se mit par devers Bar-le-Duc,
-et aprs pardevers la cit de Troyes et vint
-loger Mry sur Seine; et toit tout son ost entre Mry
-et Troyes, o on compte huit lieues de pays. Pendant
-ce qu'il toit Mry sur Seine, son conntable chevaucha
-outre, qui toujours avoit la premire bataille, et
+Châlons en Champagne. Et passa le dit roi et tout
+son ost assez près de Châlons; et se mit par devers Bar-le-Duc,
+et après pardevers la cité de Troyes et vint
+loger à Méry sur Seine; et étoit tout son ost entre Méry
+et Troyes, où on compte huit lieues de pays. Pendant
+ce qu'il étoit à Méry sur Seine, son connétable chevaucha
+outre, qui toujours avoit la première bataille, et
vint devant Saint-Florentin, dont Messire Oudart de
-Renty toit capitaine, et y fit un moult grand assaut,
-et fit devant la porte de la forteresse dvelopper sa bannire,
-qui toit faisse d'or et d'azur un chef pall, les
-deux bouts gronns un cusson d'argent en-my la
-moyenne; et l eut grand assaut et fort, mais rien n'y
+Renty étoit capitaine, et y fit un moult grand assaut,
+et fit devant la porte de la forteresse développer sa bannière,
+qui étoit faissée d'or et d'azur à un chef pallé, les
+deux bouts géronnés à un écusson d'argent en-my la
+moyenne; et là eut grand assaut et fort, mais rien n'y
conquirent les Anglois. Si vint le dit roi d'Angleterre
-et tout son ost, et se logrent entour Saint-Florentin
-sur la rivire d'Armenon; et quand ils s'en partirent,
-ils vinrent pardevant Tonnerre, et l eut grand assaut
-et dur; et fut la ville prise par force, et non le chtel:
-mais les Anglois gagnrent au corps de la ville plus
-de trois mille pices de vin. Adonc toit dedans la cit
-d'Auxerre le sire de Fiennes, conntable de France,
+et tout son ost, et se logèrent entour Saint-Florentin
+sur la rivière d'Armençon; et quand ils s'en partirent,
+ils vinrent pardevant Tonnerre, et là eut grand assaut
+et dur; et fut la ville prise par force, et non le châtel:
+mais les Anglois gagnèrent au corps de la ville plus
+de trois mille pièces de vin. Adonc étoit dedans la cité
+d'Auxerre le sire de Fiennes, connétable de France, à
grand foison de gens d'armes.</p>
<p><span class="pagenum"><a id="Page_446"> 446</a></span></p>
-<p class="subh">Comment le roi d'Angleterre se partit de Tonnerre et s'en vint loger
-Montral, et puis de l Guillon sur la rivire de Sellettes.</p>
+<p class="subh">Comment le roi d'Angleterre se partit de Tonnerre et s'en vint loger à
+Montréal, et puis de là à Guillon sur la rivière de Sellettes.</p>
-<p>Le roi d'Angleterre et son ost reposrent dedans Tonnerre
+<p>Le roi d'Angleterre et son ost reposèrent dedans Tonnerre
cinq jours, pour la cause des bons vins qu'ils
-avoient trouvs, et assailloient souvent au chtel; mais
-il toit bien garni de bonnes gens d'armes, desquels
-messire Baudouin d'Ennekins, matre des arbaltriers,
-toit leur capitaine. Quand ils furent bien refrachis et
-reposs en la ville de Tonnerre, ils s'en partirent et
-passrent la rivire d'Armenon; et laissa le roi d'Angleterre
-le chemin d'Aucerre la droite main et prit le
+avoient trouvés, et assailloient souvent au châtel; mais
+il étoit bien garni de bonnes gens d'armes, desquels
+messire Baudouin d'Ennekins, maître des arbalétriers,
+étoit leur capitaine. Quand ils furent bien refraîchis et
+reposés en la ville de Tonnerre, ils s'en partirent et
+passèrent la rivière d'Armençon; et laissa le roi d'Angleterre
+le chemin d'Aucerre à la droite main et prit le
chemin de Noyers<a name="FNanchor_262" id="FNanchor_262" href="#Footnote_262" class="fnanchor">&nbsp;[262]</a>; et avoit telle intention que d'entrer
-en Bourgogne et d'tre l tout le carme. Et passa
+en Bourgogne et d'être là tout le carême. Et passa
lui et tout son ost dessous Noyers, et ne voulut oncques
que on y assaillit, car il tenoit le seigneur prisonnier
de la bataille de Poitiers. Et vint le roi et tout son ost
- gte une ville qu'on appelle Mont-Ral, sur une
-rivire que on dit Sellettes<a name="FNanchor_263" id="FNanchor_263" href="#Footnote_263" class="fnanchor">&nbsp;[263]</a>. Et quand le roi s'en partit,
-il monta celle rivire et s'en vint loger Guillon sur
-Sellettes<a name="FNanchor_264" id="FNanchor_264" href="#Footnote_264" class="fnanchor">&nbsp;[264]</a>; car un sien cuyer qu'on appeloit Jean de
-Arleston, et s'armoit d'azur un cusson d'argent, avoit
-pris la ville de Flavigny, qui sied assez prs de l, et
-avoit dedans trouv de toutes pourvances pour vivre,
+à gîte à une ville qu'on appelle Mont-Réal, sur une
+rivière que on dit Sellettes<a name="FNanchor_263" id="FNanchor_263" href="#Footnote_263" class="fnanchor">&nbsp;[263]</a>. Et quand le roi s'en partit,
+il monta celle rivière et s'en vint loger à Guillon sur
+Sellettes<a name="FNanchor_264" id="FNanchor_264" href="#Footnote_264" class="fnanchor">&nbsp;[264]</a>; car un sien écuyer qu'on appeloit Jean de
+Arleston, et s'armoit d'azur à un écusson d'argent, avoit
+pris la ville de Flavigny, qui sied assez près de là, et
+avoit dedans trouvé de toutes pourvéances pour vivre,
le roi et tout son ost, un mois entier. Si leur vint trop
-bien point, car le roi fut en la ville de Guillon ds la
-nuit des cendres<a name="FNanchor_265" id="FNanchor_265" href="#Footnote_265" class="fnanchor">&nbsp;[265]</a> jusques en-my carme. Et toujours
-couroient ses marchaux et ses coureurs le pays, ardant,
+bien à point, car le roi fut en la ville de Guillon dès la
+nuit des cendres<a name="FNanchor_265" id="FNanchor_265" href="#Footnote_265" class="fnanchor">&nbsp;[265]</a> jusques en-my carême. Et toujours
+couroient ses maréchaux et ses coureurs le pays, ardant,
<span class="pagenum"><a id="Page_447"> 447</a></span>
-gtant et exillant tout entour eux; et refrachissoient
-souvent l'ost de nouvelles pourvances.</p>
+gâtant et exillant tout entour eux; et refraîchissoient
+souvent l'ost de nouvelles pourvéances.</p>
<p class="subh">Cy dit comment les seigneurs d'Angleterre menoient avec eux toutes
-choses ncessaires; et de leur manire de chevaucher.</p>
+choses nécessaires; et de leur manière de chevaucher.</p>
<p>Vous devez savoir que les seigneurs d'Angleterre et
les riches hommes menoient sur leurs chars, tentes, pavillons,
moulins, fours pour cuire et forges pour forger
-fers de chevaux et toutes autres choses ncessaires; et
-pour tout ce toffer, il menoit bien huit mille chars tous
-attels, chacun de quatre roncins bons et forts, que ils
+fers de chevaux et toutes autres choses nécessaires; et
+pour tout ce étoffer, il menoit bien huit mille chars tous
+attelés, chacun de quatre roncins bons et forts, que ils
avoient mis hors d'Angleterre. Et avoient encore sur ces
-chars plusieurs nacelles et batelets faits et ordonns si
-subtivement de cuir boullu que c'toit merveilles regarder;
+chars plusieurs nacelles et batelets faits et ordonnés si
+subtivement de cuir boullu que c'étoit merveilles à regarder;
et si pouvoient bien trois hommes dedans, pour
-aider nager parmi un tang ou un vivier tant grand
-qu'il ft, et pcher leur volont. De quoi ils eurent
-grand aise tout le temps et tout le carme, voire les seigneurs
-et les gens d'tat; mais les communes se passoient
+aider à nager parmi un étang ou un vivier tant grand
+qu'il fût, et pêcher à leur volonté. De quoi ils eurent
+grand aise tout le temps et tout le carême, voire les seigneurs
+et les gens d'État; mais les communes se passoient
de ce qu'ils trouvoient. Et avec ce, le roi avoit
-bien pour lui trente fauconniers cheval chargs d'oiseaux,
+bien pour lui trente fauconniers à cheval chargés d'oiseaux,
et bien soixante couples de forts chiens et autant
-de lvriers, dont il alloit chacun jour ou en chasse ou
-en rivire, ainsi qu'il lui plaisoit; et si y avoit plusieurs
+de lévriers, dont il alloit chacun jour ou en chasse ou
+en rivière, ainsi qu'il lui plaisoit; et si y avoit plusieurs
des seigneurs et des riches hommes qui avoient leurs
-chiens et leurs oiseaux aussi bien comme le roi. Et toit
+chiens et leurs oiseaux aussi bien comme le roi. Et étoit
toujours leur ost parti en trois parties, et chevauchoit
chacun ost par soi, et avoit chacun ost avant-garde et
-arrire-garde, et se logeoit chacun ost par lui une lieue
-arrire de l'autre: dont le prince en menoit l'une partie,
+arrière-garde, et se logeoit chacun ost par lui une lieue
+arrière de l'autre: dont le prince en menoit l'une partie,
le duc de Lancastre l'autre, et le roi d'Angleterre la
-tierce et la plus grande. Et ainsi se maintinrent-ils ds
-Calais jusques adonc que ils vinrent devant la cit de
+tierce et la plus grande. Et ainsi se maintinrent-ils dès
+Calais jusques adonc que ils vinrent devant la cité de
Chartres.</p>
<p><span class="pagenum"><a id="Page_448"> 448</a></span></p>
@@ -16578,942 +16536,942 @@ Chartres.</p>
<p class="subh">Pour quelle cause le roi d'Angleterre ne courut point le pays de Bourgogne;
et comment il s'en vint loger au Bourg-la-Roine-lez-Paris.</p>
-<p>Nous parlerons du roi d'Angleterre qui se tenoit
-Guillon sur Sellettes et vivoit, il et son ost, des pourvances
-que Jean de Arleston avoit trouves Flavigny.
-Pendant que le roi sjournoit l, pensant et imaginant
+<p>Nous parlerons du roi d'Angleterre qui se tenoit à
+Guillon sur Sellettes et vivoit, il et son ost, des pourvéances
+que Jean de Arleston avoit trouvées à Flavigny.
+Pendant que le roi séjournoit là, pensant et imaginant
comment il se maintiendroit, le jeune duc de Bourgogne
-qui rgnoit pour le temps et son conseil, par la requte
-et ordonnance de tout le pays de Bourgogne entirement,
-envoyrent devers le dit roi d'Angleterre suffisans
-hommes, chevaliers et barons, pour traiter respiter et
-non ardoir ni courir le pays de Bourgogne. Si s'embesognrent
-adonc de porter ces traits les seigneurs qui
-ci s'ensuivent. Premirement, messire Anceaulx de Salins
+qui régnoit pour le temps et son conseil, par la requête
+et ordonnance de tout le pays de Bourgogne entièrement,
+envoyèrent devers le dit roi d'Angleterre suffisans
+hommes, chevaliers et barons, pour traiter à respiter et
+non ardoir ni courir le pays de Bourgogne. Si s'embesognèrent
+adonc de porter ces traités les seigneurs qui
+ci s'ensuivent. Premièrement, messire Anceaulx de Salins
grand chancelier de Bourgogne, messire Jacques
de Vienne, messire Jean de Rye, messire Hugues de
Vienne, messire Guillaume de Toraise et messire Jean
-de Montmartin. Ces seigneurs exploitrent si bien et
-trouvrent le roi d'Angleterre si traitable, que une
+de Montmartin. Ces seigneurs exploitèrent si bien et
+trouvèrent le roi d'Angleterre si traitable, que une
composition fut faite entre le dit roi et le pays de Bourgogne
que, parmi deux cent mille francs qu'il dut avoir
-tous appareills, il dporta le dit pays de Bourgogne
+tous appareillés, il déporta le dit pays de Bourgogne à
non courir, et l'assura le dit roi de lui et des siens le
-terme de trois ans. Quand cette chose fut scelle et accorde,
-le roi se dlogea et tout son ost, et prit son retour
+terme de trois ans. Quand cette chose fut scellée et accordée,
+le roi se délogea et tout son ost, et prit son retour
et le droit chemin de Paris, et s'en vint loger sur
-la rivire d'Yonne Kou<a name="FNanchor_266" id="FNanchor_266" href="#Footnote_266" class="fnanchor">&nbsp;[266]</a> dessous Vezelay. Si s'tendirent
-ses gens sur cette belle rivire que on dit Yonne, et
-comprenoient tout le pays jusques Clamecy, l'entre
-de la comt de Nevers; et entrrent les Anglois en
+la rivière d'Yonne à Kou<a name="FNanchor_266" id="FNanchor_266" href="#Footnote_266" class="fnanchor">&nbsp;[266]</a> dessous Vezelay. Si s'étendirent
+ses gens sur cette belle rivière que on dit Yonne, et
+comprenoient tout le pays jusques à Clamecy, à l'entrée
+de la comté de Nevers; et entrèrent les Anglois en
Gastinois; et exploita tant le roi d'Angleterre par ses
<span class="pagenum"><a id="Page_449"> 449</a></span>
-journes qu'il vint devant Paris et se logea deux petites
-lieues prs, au bourg la Roine.</p>
+journées qu'il vint devant Paris et se logea à deux petites
+lieues près, au bourg la Roine.</p>
<p class="subh">Comment le duc de Normandie, par grand sens et avis ne voulut mie consentir
bataille au roi d'Angleterre; et comment messire Gautier de Mauny
-et autres chevaliers anglois vinrent escarmoucher jusqu'aux barrires de
+et autres chevaliers anglois vinrent escarmoucher jusqu'aux barrières de
Paris.</p>
-<p>Le roi dessus nomm toit log au Bourg la Roine,
-deux petites lieues prs de Paris, et tout son ost contre
-mont en allant devers Montlhry. Si envoya le dit roi,
-pendant qu'il toit l, ses hrauts dedans Paris au duc
+<p>Le roi dessus nommé étoit logé au Bourg la Roine, à
+deux petites lieues près de Paris, et tout son ost contre
+mont en allant devers Montlhéry. Si envoya le dit roi,
+pendant qu'il étoit là, ses hérauts dedans Paris au duc
de Normandie, qui s'y tenoit atout grands gens d'armes,
pour demander bataille; mais le duc ne lui accorda
-rien; ainois retournrent les messagers sans rien faire.
+rien; ainçois retournèrent les messagers sans rien faire.
Quand le roi vit que nul n'istroit de Paris pour le combattre,
-si en fut tout courrouc. Adonc s'avana cil bon
+si en fut tout courroucé. Adonc s'avança cil bon
chevalier messire Gautier de Mauny, et pria au roi son
-seigneur que il lui voulsist laisser faire une chevauche
-et envaye jusques aux barrires de Paris. Et le roi le lui
+seigneur que il lui voulsist laisser faire une chevauchée
+et envaye jusques aux barrières de Paris. Et le roi le lui
accorda, et nomma personnellement ceux qu'il vouloit
-qui allassent avec lui; et fit l le roi plusieurs chevaliers
+qui allassent avec lui; et fit là le roi plusieurs chevaliers
nouveaux, desquels le sire de La Ware en fut l'un,
et le sire de Fit Vautier, et messire Thomas Balastre<a name="FNanchor_267" id="FNanchor_267" href="#Footnote_267" class="fnanchor">&nbsp;[267]</a>,
et messire Guillaume de Toursiaux, messire Thomas
le Despensier, messire Jean de Nuefville et messire
-Richard Stury, et plusieurs autres. Et l'et t Colart
-d'Aubrecicourt, fils monseigneur Nicole, s'il et voulu,
-car le roi le vouloit, pourtant qu'il toit lui et son
-cuyer de corps; mais le dit Colart s'excusa, et dit qu'il
+Richard Stury, et plusieurs autres. Et l'eût été Colart
+d'Aubrecicourt, fils à monseigneur Nicole, s'il eût voulu,
+car le roi le vouloit, pourtant qu'il étoit à lui et son
+écuyer de corps; mais le dit Colart s'excusa, et dit qu'il
ne pouvoit trouver son bassinet. Le sire de Mauny fit
son emprise, et amena ces nouveaux chevaliers escarmoucher
-et courir jusques aux barrires de Paris. L
+et courir jusques aux barrières de Paris. Là
<span class="pagenum"><a id="Page_450"> 450</a></span>
eut bonne escarmouche et dure, car il avoit dedans la
-cit de bons chevaliers et cuyers qui volontiers fussent
-issus, si le duc de Normandie l'et consenti. Toutefois
-ces gentilshommes qui toient dedans Paris gardrent
-la porte et la barrire tellement que ils n'y eurent point
+cité de bons chevaliers et écuyers qui volontiers fussent
+issus, si le duc de Normandie l'eût consenti. Toutefois
+ces gentilshommes qui étoient dedans Paris gardèrent
+la porte et la barrière tellement que ils n'y eurent point
de dommage; et dura l'escarmouche du matin jusques
- midi, et en y eut de navrs des uns et des autres.
+à midi, et en y eut de navrés des uns et des autres.
Adonc se retraist le sire de Mauny et en ramena ses
-gens leur logis; et se tinrent l encore ce jour et la
-nuit en suivant. A l'endemain se dlogea le roi d'Angleterre,
-et prit le chemin de Montlhry.</p>
+gens à leur logis; et se tinrent là encore ce jour et la
+nuit en suivant. A l'endemain se délogea le roi d'Angleterre,
+et prit le chemin de Montlhéry.</p>
<p>Or vous dirai quel propos aucuns seigneurs d'Angleterre
-et de Gascogne eurent leur dlogement. Ils sentoient
-dedans Paris tant de gentilshommes: si supposrent,
+et de Gascogne eurent à leur délogement. Ils sentoient
+dedans Paris tant de gentilshommes: si supposèrent,
ce qu'il avint, que ils en videroient aucuns,
jeunes et aventureux, pour leurs corps avancer et pour
-gagner. Si se mirent en embche bien deux cents armures
-de fer, toutes gens d'lite, Anglois et Gascons, en
-une vide maison trois lieues de Paris. L toient le
+gagner. Si se mirent en embûche bien deux cents armures
+de fer, toutes gens d'élite, Anglois et Gascons, en
+une vide maison à trois lieues de Paris. Là étoient le
captal de Buch, messire Aymemon de Pommiers et
messire de Courton, Gascons; et Anglois, le sire de
Neufville, le sire de Moutbray et messire Richart de
-Pontchardon: ces six chevaliers toient souverains de
-cette embche. Quand les Franois qui se tenoient dedans
-Paris virent le dlogement du roi d'Angleterre, si
+Pontchardon: ces six chevaliers étoient souverains de
+cette embûche. Quand les François qui se tenoient dedans
+Paris virent le délogement du roi d'Angleterre, si
se recueillirent aucuns jeunes seigneurs et bons chevaliers,
-et dirent entr'eux: C'est bon que nous issions
-hors secrtement et poursuivions un petit l'ost du roi
-d'Angleterre, savoir si nous y pourrions rien gagner.
-Ils furent tantt tous d'un accord, tels que messire Raoul
+et dirent entr'eux: «C'est bon que nous issions
+hors secrètement et poursuivions un petit l'ost du roi
+d'Angleterre, à savoir si nous y pourrions rien gagner.
+Ils furent tantôt tous d'un accord, tels que messire Raoul
de Coucy, messire Raoul de Rayneval, le sire de Montsaut,
-le sire de Helly, le chtelain de Beauvais, le Bgue
-de Vilaines, le sire de Wasires, le sire de Waurin, messire
+le sire de Helly, le châtelain de Beauvais, le Bègue
+de Vilaines, le sire de Wasières, le sire de Waurin, messire
Gauvain de Bailloel, le sire de Vaudeuil, messire
<span class="pagenum"><a id="Page_451"> 451</a></span>
Flamans de Roye, messire le Haze de Chambli, messire
Pierre de Sermaise, messire Philippe de Savoisy, et
bien cent lances en leur compagnie.</p>
-<p>Si issirent hors, tous bien monts et en grand volont
-de faire aucune chose, mais qu'ils trouvassent qui; et
-chevauchrent tout le chemin du Bourg la Roine, et
-passrent outre, et se mistrent aux champs sur le froye
-des gens le roi d'Angleterre, et passrent encore outre
-la dessus dite embche du captal et de sa route.</p>
+<p>Si issirent hors, tous bien montés et en grand volonté
+de faire aucune chose, mais qu'ils trouvassent à qui; et
+chevauchèrent tout le chemin du Bourg la Roine, et
+passèrent outre, et se mistrent aux champs sur le froye
+des gens le roi d'Angleterre, et passèrent encore outre
+la dessus dite embûche du captal et de sa route.</p>
-<p>Assez tt aprs ce que ils furent passs, l'embche
+<p>Assez tôt après ce que ils furent passés, l'embûche
des Anglois et des Gascons issit hors et saillit avant,
-leurs glaives abaisss, en criant leur cri. Les Franois
-se retournrent, et eurent grand merveille que c'toit,
-et connurent tantt que c'toient leurs ennemis. Si
-s'arrtrent tous cois et se mirent en ordonnance de bataille,
-et abaissrent les lances contre les Anglois et les
-Gascons qui tantt furent venus. L y eut de premire
-encontre forte jote, et rus plusieurs par terre d'un lez
-et de l'autre; car ils toient tous fort monts. Aprs celle
-jote, ils sachrent leurs pes et entrrent l'un dedans
-l'autre, et se commencrent battre et frir et donner
-grands horions; et l eut faites maintes belles appertises
-d'armes; et dura cil dbat une grand espace;
-et fut tellement dmen que on ne sut dire un grand
-temps: Les Franois ni les Anglois en auront le meilleur;
-et par espcial l fut le captal de Buch trs-bon
+leurs glaives abaissés, en écriant leur cri. Les François
+se retournèrent, et eurent grand merveille que c'étoit,
+et connurent tantôt que c'étoient leurs ennemis. Si
+s'arrêtèrent tous cois et se mirent en ordonnance de bataille,
+et abaissèrent les lances contre les Anglois et les
+Gascons qui tantôt furent venus. Là y eut de première
+encontre forte joûte, et rués plusieurs par terre d'un lez
+et de l'autre; car ils étoient tous fort montés. Après celle
+joûte, ils sachèrent leurs épées et entrèrent l'un dedans
+l'autre, et se commencèrent à battre et à férir et à donner
+grands horions; et là eut faites maintes belles appertises
+d'armes; et dura cil débat une grand espace;
+et fut tellement démené que on ne sçut à dire un grand
+temps: «Les François ni les Anglois en auront le meilleur;»
+et par espécial là fut le captal de Buch très-bon
chevalier, et y fit de sa main maintes grandes appertises
-d'armes. Finablement les Anglois et Gascons se portrent
-si bien de leur ct, que la place leur demeura; car ils
-toient tant et demi que les Franois. Et l fut du ct
-des Franois bon chevalier le sire de Campremy, et se
-combattit vaillamment dessous sa bannire; et fut cil
-qui la portoit occis, et la bannire abattue, qui toit
-d'argent une bande de gueules six merlettes noires,
+d'armes. Finablement les Anglois et Gascons se portèrent
+si bien de leur côté, que la place leur demeura; car ils
+étoient tant et demi que les François. Et là fut du côté
+des François bon chevalier le sire de Campremy, et se
+combattit vaillamment dessous sa bannière; et fut cil
+qui la portoit occis, et la bannière abattue, qui étoit
+d'argent à une bande de gueules à six merlettes noires,
<span class="pagenum"><a id="Page_452"> 452</a></span>
trois dessus et trois dessous; et fut le sire de Campremy
pris en bon convenant.</p>
-<p>Les autres chevaliers et cuyers franois qui virent
-la msaventure et qu'ils ne pouvoient recouvrer, se
+<p>Les autres chevaliers et écuyers françois qui virent
+la mésaventure et qu'ils ne pouvoient recouvrer, se
mirent au retour devers Paris tout en combattant, et
-Anglois et Gascons poursuivirent aprs de grand volont.
+Anglois et Gascons poursuivirent après de grand volonté.
En celle chasse, qui dura jusques outre le Bourg
la Roine, y furent pris neuf chevaliers, que bannerets
que autres; et si les Gascons et les Anglois qui les poursuivoient
-ne se fussent douts de l'issue de ceux de Paris,
-j nul n'en ft chapp qu'ils ne fussent tous morts
-ou tous pris. Quand ils eurent fait leur emprise, ils retournrent
-devers Montlhry, o le roi d'Angleterre
-chevauchoit, et emmenrent leurs prisonniers, auxquels
-ils firent bonne compagnie, et les ranonnrent courtoisement
-ce propre soir, et les renvoyrent arrire
-Paris, ou l o il leur plut aller, et les reurent courtoisement
+ne se fussent doutés de l'issue de ceux de Paris,
+jà nul n'en fût échappé qu'ils ne fussent tous morts
+ou tous pris. Quand ils eurent fait leur emprise, ils retournèrent
+devers Montlhéry, où le roi d'Angleterre
+chevauchoit, et emmenèrent leurs prisonniers, auxquels
+ils firent bonne compagnie, et les rançonnèrent courtoisement
+ce propre soir, et les renvoyèrent arrière à
+Paris, ou là où il leur plut à aller, et les reçurent courtoisement
sur leur foi.</p>
-<p class="subh">Comment le duc de Normandie et son conseil envoyrent lgats pour
+<p class="subh">Comment le duc de Normandie et son conseil envoyèrent légats pour
traiter de la paix entre le roi de France et le roi d'Angleterre; et comment
la paix fut faite.</p>
-<p>L'intention de douard, roi d'Angleterre, toit telle
+<p>L'intention de Édouard, roi d'Angleterre, étoit telle
que il entreroit en ce bon pays de Beauce et se trairoit
-tout bellement sur celle bonne rivire de Loire, et se
-viendroit, tout cel t jusques aprs aot, refrachir en
-Bretagne, et tantt sur les vendanges, qui toient moult
+tout bellement sur celle bonne rivière de Loire, et se
+viendroit, tout cel été jusques après août, refraîchir en
+Bretagne, et tantôt sur les vendanges, qui étoient moult
belles apparents, il retourneroit et viendroit de rechef
-en France mettre le sige devant Paris; car point ne
+en France mettre le siége devant Paris; car point ne
vouloit retourner en Angleterre, pour ce qu'il en avoit
-au partir parl si avant, si auroit eu son intention dudit
+au partir parlé si avant, si auroit eu son intention dudit
royaume; et lairoit ses gens par ces forteresses qui
guerre faisoient pour lui en France, en Brie, en Champagne,
en Picardie, en Ponthieu, en Vismeu, en Veuguecin
<span class="pagenum"><a id="Page_453"> 453</a></span>
-et en Normandie, guerroyer et hrier le royaume
-de France, et si tanner et fouler les cits et les bonnes
-villes, que de leur volont elles s'accorderoient lui.</p>
+et en Normandie, guerroyer et hérier le royaume
+de France, et si tanner et fouler les cités et les bonnes
+villes, que de leur volonté elles s'accorderoient à lui.</p>
-<p>Adonc toit Paris le duc de Normandie et ses deux
-frres, et le duc d'Orlans leur oncle, et tout le plus
+<p>Adonc étoit à Paris le duc de Normandie et ses deux
+frères, et le duc d'Orléans leur oncle, et tout le plus
grand conseil de France, qui imaginoient bien le voyage
du roi d'Angleterre, et comment il et ses gens fouloient
et apovrissoient le royaume de France; et que ce ne se
pouvoit longuement tenir ni souffrir, car les rentes des
-seigneurs et des glises se perdoient gnralement partout.
-Adoncques toit chancelier de France un moult
+seigneurs et des églises se perdoient généralement partout.
+Adoncques étoit chancelier de France un moult
sage et vaillant homme, messire Guillaume de Montagu,
-vque de Throuenne, par qui conseil on ouvroit en
-partie en France; et bien le valoit en tous tats, car son
-conseil toit bon et loyal. Avecques lui y toient encore
-deux clercs de grand prudence, dont l'un toit abb
-de Clugny<a name="FNanchor_268" id="FNanchor_268" href="#Footnote_268" class="fnanchor">&nbsp;[268]</a> et l'autre matre des frres prcheurs; et
-l'appeloit-on frre Simon de Langres, matre en divinit.
-Ces deux clercs dernirement nomms, la
-prire, requte et ordonnance du duc de Normandie et
-de ses frres et du duc d'Orlans, leur oncle, et de tout
-le grand conseil entirement, se partirent de Paris sur
-certains articles de paix, et messire Hugues de Genve,
+évêque de Thérouenne, par qui conseil on ouvroit en
+partie en France; et bien le valoit en tous états, car son
+conseil étoit bon et loyal. Avecques lui y étoient encore
+deux clercs de grand prudence, dont l'un étoit abbé
+de Clugny<a name="FNanchor_268" id="FNanchor_268" href="#Footnote_268" class="fnanchor">&nbsp;[268]</a> et l'autre maître des frères prêcheurs; et
+l'appeloit-on frère Simon de Langres, maître en divinité.
+Ces deux clercs dernièrement nommés, à la
+prière, requête et ordonnance du duc de Normandie et
+de ses frères et du duc d'Orléans, leur oncle, et de tout
+le grand conseil entièrement, se partirent de Paris sur
+certains articles de paix, et messire Hugues de Genève,
seigneur d'Antun, en leur compagnie, et s'en vinrent
devers le roi d'Angleterre, qui cheminoit en Beauce par-devers
-Galardon. Si parlrent ces deux prlats et le
-chevalier<a name="FNanchor_269" id="FNanchor_269" href="#Footnote_269" class="fnanchor">&nbsp;[269]</a> au dit roi d'Angleterre, et commencrent
+Galardon. Si parlèrent ces deux prélats et le
+chevalier<a name="FNanchor_269" id="FNanchor_269" href="#Footnote_269" class="fnanchor">&nbsp;[269]</a> au dit roi d'Angleterre, et commencèrent à
<span class="pagenum"><a id="Page_454"> 454</a></span>
-traiter paix entre lui et ses allis, et le royaume de
-France et ses allis, auxquels traits le duc de Lancastre,
+traiter paix entre lui et ses alliés, et le royaume de
+France et ses alliés, auxquels traités le duc de Lancastre,
le prince de Galles, le comte de la Marche<a name="FNanchor_270" id="FNanchor_270" href="#Footnote_270" class="fnanchor">&nbsp;[270]</a> et plusieurs
-autres barons d'Angleterre furent appels.</p>
-
-<p>Si ne fut mie cil trait si tt accompli, quoiqu'il ft
-entam; mais fut moult longuement dmen; et toujours
-alloit le roi d'Angleterre avant qurant le gras
-pays. Ces traiteurs, comme bien conseills, ne vouloient
-mie le roi laisser ni leur propos anientir, car ils voient
-le royaume de France en si povre tat et si grev que
-en trop grand pril il toit, si ils attendoient encore un
-t. D'autre part, le roi d'Angleterre demandoit et requroit
-des offres si grandes et si prjudiciables pour
+autres barons d'Angleterre furent appelés.</p>
+
+<p>Si ne fut mie cil traité si tôt accompli, quoiqu'il fût
+entamé; mais fut moult longuement démené; et toujours
+alloit le roi d'Angleterre avant quérant le gras
+pays. Ces traiteurs, comme bien conseillés, ne vouloient
+mie le roi laisser ni leur propos anientir, car ils véoient
+le royaume de France en si povre état et si grevé que
+en trop grand péril il étoit, si ils attendoient encore un
+été. D'autre part, le roi d'Angleterre demandoit et requéroit
+des offres si grandes et si préjudiciables pour
tout le royaume, que envis s'y accordoient les seigneurs
-pour leur honneur; et convenoit par pure ncessit
-qu'il ft ainsi, ou auques prs, s'ils vouloient venir
-paix. Si que tous leurs traits et leurs parlements durrent
+pour leur honneur; et convenoit par pure nécessité
+qu'il fût ainsi, ou auques près, s'ils vouloient venir à
+paix. Si que tous leurs traités et leurs parlements durèrent
sept jours<a name="FNanchor_271" id="FNanchor_271" href="#Footnote_271" class="fnanchor">&nbsp;[271]</a>; toudis en poursuivant le roi d'Angleterre
-les dessus nomms prlats et le sire d'Antun,
-messire Hugues de Genve; qui moult toit bien ou et volontiers
+les dessus nommés prélats et le sire d'Antun,
+messire Hugues de Genève; qui moult étoit bien ouï et volontiers
en la cour du roi d'Angleterre. Si renvoyoient
-tous les jours, ou de jour autre, leurs traits et leurs
-parlemens et procs devers le duc de Normandie et ses
-frres en la cit de Paris, et sur quel forme ni tat ils
-toient, pour avoir rponse quelle chose en toit bonne
- faire, et du surplus comment ils se maintiendroient.
-Ces procs et ces paroles toient conseills secrtement,
+tous les jours, ou de jour à autre, leurs traités et leurs
+parlemens et procès devers le duc de Normandie et ses
+frères en la cité de Paris, et sur quel forme ni état ils
+étoient, pour avoir réponse quelle chose en étoit bonne
+à faire, et du surplus comment ils se maintiendroient.
+Ces procès et ces paroles étoient conseillés secrètement,
<span class="pagenum"><a id="Page_455"> 455</a></span>
-et examines suffisamment en la chambre du duc de
-Normandie, et puis toit rescrit justement et parfaitement
+et examinées suffisamment en la chambre du duc de
+Normandie, et puis étoit rescrit justement et parfaitement
l'intention du duc et l'avis de son conseil aux
-dits traiteurs; parquoi rien ne se passoit de l'un ct ni
-de l'autre qu'il ne ft bien spcifi et justement cautel.</p>
-
-<p>L toient en la chambre du roi d'Angleterre, sur son
-logis, ainsi comme il choit point et qu'il se logeoit
-en la cit de Chartres comme ailleurs, des dessus dits
-traiteurs franois grands offres mises avant pour venir
- conclusion de guerre et ordonnance de paix; auxquelles
-choses le roi d'Angleterre toit trop dur entamer.
-Car l'intention de lui toit telle que il vouloit
-demeurer roi de France, combien qu'il ne le ft mie, et
-mourir en cel tat; et vouloit hostoier en Bretagne, en
-Blois et en Touraine cel t, si comme dessus est dit. Et
+dits traiteurs; parquoi rien ne se passoit de l'un côté ni
+de l'autre qu'il ne fût bien spécifié et justement cautelé.</p>
+
+<p>Là étoient en la chambre du roi d'Angleterre, sur son
+logis, ainsi comme il chéoit à point et qu'il se logeoit
+en la cité de Chartres comme ailleurs, des dessus dits
+traiteurs françois grands offres mises avant pour venir
+à conclusion de guerre et à ordonnance de paix; auxquelles
+choses le roi d'Angleterre étoit trop dur à entamer.
+Car l'intention de lui étoit telle que il vouloit
+demeurer roi de France, combien qu'il ne le fût mie, et
+mourir en cel état; et vouloit hostoier en Bretagne, en
+Blois et en Touraine cel été, si comme dessus est dit. Et
si le duc de Lancastre, son cousin, que moult aimoit et
-croit, lui et autant dconseill paix faire que il lui
-conseilloit, il ne se ft point accord. Mais il lui montroit
-moult sagement et disoit: Monseigneur, cette
+créoit, lui eût autant déconseillé paix à faire que il lui
+conseilloit, il ne se fût point accordé. Mais il lui montroit
+moult sagement et disoit: «Monseigneur, cette
guerre que vous tenez au royaume de France est moult
merveilleuse et trop fretable pour vous; vos gens y
gagnent, et vous y perdez et allouez le temps. Tout
-considr, si vous guerroyez selon votre opinion, vous
+considéré, si vous guerroyez selon votre opinion, vous
y userez votre vie, et c'est fort que vous en viengniez
-j votre intention. Si vous conseille, entrementes que
-vous en pouvez issir votre honneur, que vous prenez
-les offres qu'on vous prsente, car, monseigneur, nous
+jà à votre intention. Si vous conseille, entrementes que
+vous en pouvez issir à votre honneur, que vous prenez
+les offres qu'on vous présente, car, monseigneur, nous
pouvons plus perdre en un jour que n'avons conquis
-en vingt ans.</p>
+en vingt ans.»</p>
<p>Ces paroles et plusieurs autres belles et soutilles que
le duc de Lancastre remontroit fiablement, en instance
de bien, au roi d'Angleterre, convertirent le dit roi,
-par la grce du Saint-Esprit qui y ouvroit aussi; car il
-avint lui et toutes ses gens un grand miracle, lui
+par la grâce du Saint-Esprit qui y ouvroit aussi; car il
+avint à lui et à toutes ses gens un grand miracle, lui
<span class="pagenum"><a id="Page_456"> 456</a></span>
-tant devant Chartres, qui moult humilia et brisa son
-courage; car pendant que ces traiteurs franois alloient
-et prchoient le dit roi et son conseil, et encore nulle
-rponse agrable n'en avoient, un temps et un effoudre
+étant devant Chartres, qui moult humilia et brisa son
+courage; car pendant que ces traiteurs françois alloient
+et prêchoient le dit roi et son conseil, et encore nulle
+réponse agréable n'en avoient, un temps et un effoudre
et un orage si grand et si horrible descendit du ciel en
l'ost du roi d'Angleterre, que il sembla bien proprement
-que le sicle dt finir; car il choit de l'air pierres
+que le siècle dût finir; car il chéoit de l'air pierres
si grosses que elles tuoient hommes et chevaux, et en
-furent les plus hardis tout bahis. Et adonc regarda le
-roi d'Angleterre devers l'glise Notre-Dame de Chartres,
-et se rendit et voua Notre-Dame dvotement, et promit,
+furent les plus hardis tout ébahis. Et adonc regarda le
+roi d'Angleterre devers l'église Notre-Dame de Chartres,
+et se rendit et voua à Notre-Dame dévotement, et promit,
si comme il dit et confessa depuis, que il s'accorderoit
- la paix.</p>
+à la paix.</p>
-<p>Adoncques toit-il log en un village assez prs de
-Chartres qui s'appelle Bretigny; et l fut certaine ordonnance
-et composition faite et jete de paix, sur certains
-articles qui ci en suivant sont ordonns. Et pour
-ces choses plus entirement faire et poursuir, les traiteurs
+<p>Adoncques étoit-il logé en un village assez près de
+Chartres qui s'appelle Bretigny; et là fut certaine ordonnance
+et composition faite et jetée de paix, sur certains
+articles qui ci en suivant sont ordonnés. Et pour
+ces choses plus entièrement faire et poursuir, les traiteurs
d'une part, et autres grands clercs en droit du
-conseil du roi d'Angleterre, ordonnrent sur la forme
-de la paix, par grand dlibration et par bon avis, une
+conseil du roi d'Angleterre, ordonnèrent sur la forme
+de la paix, par grand délibération et par bon avis, une
lettre qui s'appelle la chartre de la paix, dont la teneur
est telle.</p>
<p class="subh">Ci s'ensuit la chartre de l'ordonnance de la paix faite entre le roi d'Angleterre
-et ses allis, et le roi de France et les siens.</p>
+et ses alliés, et le roi de France et les siens.</p>
-<p>douard, par la grce de Dieu roi d'Angleterre, seigneur
-d'Irlande et d'Aquitaine, tous ceux qui ces prsentes
+<p>Édouard, par la grâce de Dieu roi d'Angleterre, seigneur
+d'Irlande et d'Aquitaine, à tous ceux qui ces présentes
lettres verront, salut. Savoir faisons que comme
-pour les dissencions, dbats, discords et estrifs mus et
-esprs mouvoir entre nous et notre trs cher frre
+pour les dissencions, débats, discords et estrifs mus et
+espérés à mouvoir entre nous et notre très cher frère
le roi de France, certains traiteurs et procureurs de
-nous et de notre trs cher fils ains-n douard, prince
-de Galles, ayant ce suffisant pouvoir et autorit pour
+nous et de notre très cher fils ains-né Édouard, prince
+de Galles, ayant à ce suffisant pouvoir et autorité pour
<span class="pagenum"><a id="Page_457"> 457</a></span>
nous et pour lui et notre royaume d'une part, et certains
-autres traiteurs et procureurs de notre dit frre et
-de notre trs cher neveu Charles, duc de Normandie,
-Dauphin de Vienne, fils ains-n de notre dit frre de
-France, ayant pouvoir et autorit de son pre en cette
-partie, pour son dit pre et pour lui, soient assembls
- Bretigny prs de Chartres, auquel lieu est trait,
-parl et accord finable paix et concorde des traiteurs
+autres traiteurs et procureurs de notre dit frère et
+de notre très cher neveu Charles, duc de Normandie,
+Dauphin de Vienne, fils ains-né de notre dit frère de
+France, ayant pouvoir et autorité de son père en cette
+partie, pour son dit père et pour lui, soient assemblés
+à Bretigny près de Chartres, auquel lieu est traité,
+parlé et accordé finable paix et concorde des traiteurs
et procureurs de l'une partie et de l'autre sur les dissencions,
-dbats, guerres et discords devant dits; lesquels
-traits et paix les procureurs de nous et de notre
+débats, guerres et discords devant dits; lesquels
+traités et paix les procureurs de nous et de notre
dit fils, pour nous et pour lui, et les procureurs de
-notre dit frre et de notre dit neveu, pour son pre et
-pour lui, jureront sur saintes vangiles tenir, garder
-et accomplir ce dit trait, et aussi le jurerons, et notre
+notre dit frère et de notre dit neveu, pour son père et
+pour lui, jureront sur saintes Évangiles tenir, garder
+et accomplir ce dit traité, et aussi le jurerons, et notre
dit fils aussi, ainsi comme ci-dessus est dit et que il
-s'en suivra au dit trait.</p>
+s'en suivra au dit traité.</p>
<p>Parmi lequel accord, entre les autres choses, notre dit
-frre de France et son fils devant dits sont tenus et ont
-promis de bailler et dlaisser et dlivrer nous, nos hoirs
-et successeurs toujours, les comts, cits, villes et chteaux,
-forteresses, terres, les, rentes, revenues, et autres
+frère de France et son fils devant dits sont tenus et ont
+promis de bailler et délaisser et délivrer à nous, nos hoirs
+et successeurs à toujours, les comtés, cités, villes et châteaux,
+forteresses, terres, îles, rentes, revenues, et autres
choses qui s'ensuivent, avec ce que nous tenons en
-Guyenne et en Gascogne, tenir et possesser perptuellement
- nous, nos hoirs et nos successeurs, ce
+Guyenne et en Gascogne, à tenir et possesser perpétuellement
+à nous, à nos hoirs et à nos successeurs, ce
qui est en demaine en demaine, et ce qui est en fief
-en fief, et par le temps et manire ci-aprs claircis.
-C'est savoir: la cit, le chtel et la comt de Poitiers
+en fief, et par le temps et manière ci-après éclaircis.
+C'est à savoir: la cité, le châtel et la comté de Poitiers
et toute la terre et le pays de Poitou, ensemble le fief
-de Touars et la terre de Belleville; la cit et le chteau
+de Touars et la terre de Belleville; la cité et le château
de Xaintes, et toute la terre et le pays de Xaintonge
-par de et par del la Charente, avec la ville, chtel et
+par deçà et par delà la Charente, avec la ville, châtel et
forteresse de la Rochelle et leurs appartenances et appendances;
-la cit et le chtel d'Agen, et la terre et le
+la cité et le châtel d'Agen, et la terre et le
<span class="pagenum"><a id="Page_458"> 458</a></span>
-pays d'Agnois; la cit, la ville et le chteau de
+pays d'Agénois; la cité, la ville et le château de
Pierreguis, et toute la terre et le pays de Pierregort;
-la cit et le chteau de Limoges, et la terre et le pays
-de Limozin; la cit et le chtel de Caors, et la terre et
-le pays de Caoursin; la cit, le chtel et le pays de
-Tarbe, et la terre et le pays et la comt de Bigorre; la
-comt, la terre et le pays de Gaure; la cit et le chteau
-d'Angoulme; la comt, la terre et le pays d'Angoulmois;
-la cit, la ville et le chtel de Rodais; la
-comt, la terre et le pays de Rouergue. Et si il y a, en
-la duch d'Aquitaine, aucuns seigneurs, comme le
+la cité et le château de Limoges, et la terre et le pays
+de Limozin; la cité et le châtel de Caors, et la terre et
+le pays de Caoursin; la cité, le châtel et le pays de
+Tarbe, et la terre et le pays et la comté de Bigorre; la
+comté, la terre et le pays de Gaure; la cité et le château
+d'Angoulême; la comté, la terre et le pays d'Angoulémois;
+la cité, la ville et le châtel de Rodais; la
+comté, la terre et le pays de Rouergue. Et si il y a, en
+la duché d'Aquitaine, aucuns seigneurs, comme le
comte de Foix, le comte d'Ermignac, le comte de Lille,
le vicomte de Carmaing, le comte de Pierregort, le vicomte
de Limoges, ou autres, qui tiennent aucunes terres
ou lieux dedans les mettes des dits lieux, ils en feront
-hommage nous, et tous autres services et devoirs
-dus cause de leurs terres et lieux, en la manire
-qu'ils les ont faits du temps pass, j soit ce que nous
+hommage à nous, et tous autres services et devoirs
+dus à cause de leurs terres et lieux, en la manière
+qu'ils les ont faits du temps passé, jà soit ce que nous
ou aucuns des rois d'Angleterre anciennement n'y
-ayons rien eu. En aprs, la vicomt de Monstereuil sur
-la mer, en la manire que du temps pass aucuns des
+ayons rien eu. En après, la vicomté de Monstereuil sur
+la mer, en la manière que du temps passé aucuns des
rois d'Angleterre l'ont tenue. Et si, en la dite terre de
-Monstereuil, ont t aucuns dbats du partage de la
-dite terre, notre frre de France nous a promis qu'il le
-nous fera claircir le plus htivement qu'il pourra, lui
-revenu en France. La comt de Ponthieu tout entirement,
-except et sauf que si aucunes choses ont t
-alines par les rois d'Angleterre; qui ont rgn pour le
-temps et ont tenu anciennement la dite comt et appartenances,
- autres personnes que aux rois de France,
-notre dit frre et ses successeurs ne seront pas tenus de
-les rendre nous. Et si les dites alinations ont t faites
-aux rois de France qui ont t pour le temps, sans aucun
-moyen, et notre dit frre les tienne prsent en sa
+Monstereuil, ont été aucuns débats du partage de la
+dite terre, notre frère de France nous a promis qu'il le
+nous fera éclaircir le plus hâtivement qu'il pourra, lui
+revenu en France. La comté de Ponthieu tout entièrement,
+excepté et sauf que si aucunes choses ont été
+aliénées par les rois d'Angleterre; qui ont régné pour le
+temps et ont tenu anciennement la dite comté et appartenances,
+à autres personnes que aux rois de France,
+notre dit frère et ses successeurs ne seront pas tenus de
+les rendre à nous. Et si les dites aliénations ont été faites
+aux rois de France qui ont été pour le temps, sans aucun
+moyen, et notre dit frère les tienne à présent en sa
<span class="pagenum"><a id="Page_459"> 459</a></span>
-main, il les laissera nous entirement; except que
-si les rois de France les ont eues par change autres
-terres, nous dlivrerons ce qu'il en a eu par change,
-ou nous laisserons notre dit frre les choses ainsi
-alines. Mais si les rois d'Angleterre qui ont t pour
-le temps de lors en avoient alin ou transport aucunes
-choses en autres personnes que s rois de France,
-et depuis ils soient venus s mains de notre dit frre,
-espoir par partage, notre dit frre ne sera pas tenu de
+main, il les laissera à nous entièrement; excepté que
+si les rois de France les ont eues par échange à autres
+terres, nous délivrerons ce qu'il en a eu par échange,
+ou nous laisserons à notre dit frère les choses ainsi
+aliénées. Mais si les rois d'Angleterre qui ont été pour
+le temps de lors en avoient aliéné ou transporté aucunes
+choses en autres personnes que ès rois de France,
+et depuis ils soient venus ès mains de notre dit frère,
+espoir par partage, notre dit frère ne sera pas tenu de
les nous rendre. Et aussi, si les choses dessus dites doivent
-hommage, notre dit frre les baillera autres qui
-en feront hommage nous et nos successeurs; et si
+hommage, notre dit frère les baillera à autres qui
+en feront hommage à nous et à nos successeurs; et si
les dites choses ne doivent hommage, il nous baillera
un teneur qui nous en fera les devoirs, dedans un
-an prochain aprs ce que notre dit frre sera parti de
-Calais. <em>Item</em> le chtel et la ville de Calais; le chteau, la
-ville et la seigneurie de Merk; les villes, chteaux et seigneuries
+an prochain après ce que notre dit frère sera parti de
+Calais. <em>Item</em> le châtel et la ville de Calais; le château, la
+ville et la seigneurie de Merk; les villes, châteaux et seigneuries
de Sangates, Coulongnes, Hames, Valle et Oye,
-avec terres, bois, marais, rivires, rentes, seigneuries,
-advoesons d'glises, et toutes autres appartenances et
+avec terres, bois, marais, rivières, rentes, seigneuries,
+advoesons d'églises, et toutes autres appartenances et
lieux entre-gissans dedans les mettes et bondes qui s'en
-suivent. C'est savoir, de Calais jusques au fil de la rivire
-pardevant Gravelines, et aussi par le fil de mme
-de la rivire tout entour Langle; et aussi par la rivire
-qui va par del Poil, et par mme la rivire qui chet au
-grand lac de Guines jusques Fretin, et d'illec par la valle
-en tour de la montagne de Kalculi, enclouant mme
-la montagne; et aussi jusques la mer, avec Sangates et
-toutes ses appartenances. Le chtel et la ville, et tout entirement
-la comt de Guines avecques toutes les terres,
-villes, chteaux, forteresses, lieux, hommages, hommes,
-seigneuries, bois, forts, droitures d'icelles, aussi entirement
-comme le comte de Guines dernirement mort
-les tenoit au temps de sa mort. Et obiront les glises
+suivent. C'est à savoir, de Calais jusques au fil de la rivière
+pardevant Gravelines, et aussi par le fil de même
+de la rivière tout entour Langle; et aussi par la rivière
+qui va par delà Poil, et par même la rivière qui chet au
+grand lac de Guines jusques à Fretin, et d'illec par la vallée
+en tour de la montagne de Kalculi, enclouant même
+la montagne; et aussi jusques à la mer, avec Sangates et
+toutes ses appartenances. Le châtel et la ville, et tout entièrement
+la comté de Guines avecques toutes les terres,
+villes, châteaux, forteresses, lieux, hommages, hommes,
+seigneuries, bois, forêts, droitures d'icelles, aussi entièrement
+comme le comte de Guines dernièrement mort
+les tenoit au temps de sa mort. Et obéiront les églises
<span class="pagenum"><a id="Page_460"> 460</a></span>
-et les bonnes gens tant dedans les limitations de la dite
-comt de Guines, de Calais et de Merk, et des autres lieux
-dessus dits, nous, ainsi comme ils obissoient notre
-dit frre et au comte de Guines qui fut pour le temps.
-Toutes les quelles choses comprises en ce prsent article
-et l'article prochain prcdant de Merk et de Calais,
-nous tiendrons en demaine, except les hritages des
-glises, qui demeureront aux dites glises entirement,
-quelque part qu'ils soient assis; et aussi except les hritages
+et les bonnes gens étant dedans les limitations de la dite
+comté de Guines, de Calais et de Merk, et des autres lieux
+dessus dits, à nous, ainsi comme ils obéissoient à notre
+dit frère et au comte de Guines qui fut pour le temps.
+Toutes les quelles choses comprises en ce présent article
+et l'article prochain précédant de Merk et de Calais,
+nous tiendrons en demaine, excepté les héritages des
+églises, qui demeureront aux dites églises entièrement,
+quelque part qu'ils soient assis; et aussi excepté les héritages
des autres gens des pays de Merk et de Calais
-assis hors de la ville et fermet de Calais jusques la
+assis hors de la ville et fermeté de Calais jusques à la
value de cent livres de terre par an, de la monnoye
-courant au pays, et au-dessous: lesquels hritages leur
-demeureront jusqu' la value dessus dite et au-dessous;
-mais habitations et hritages assis en la dite ville de
+courant au pays, et au-dessous: lesquels héritages leur
+demeureront jusqu'à la value dessus dite et au-dessous;
+mais habitations et héritages assis en la dite ville de
Calais avec leurs appartenances demeureront en demaine
- nous, pour en ordonner notre volont; et
+à nous, pour en ordonner à notre volonté; et
aussi demeureront aux habitans en la terre, ville et
-comt de Guines tous leurs demaines entirement, et y
+comté de Guines tous leurs demaines entièrement, et y
reviendront pleinement, sauf ce qui est dit paravant
des confrontations, mettes et bondes dessus dites en
-l'article de Calais, et toutes les les adjacens aux terres,
-pays et lieux avant nomms, ensemble avec toutes les
-autres les, lesquelles nous tiendrons au temps du dit
-trait.</p>
-
-<p>Et eut t pourparl que notre dit frre et son ains-n
-fils renonassent aux dits ressorts et souverainet, et
-tout le droit qu'ils pourroient avoir s choses dessus
+l'article de Calais, et toutes les îles adjacens aux terres,
+pays et lieux avant nommés, ensemble avec toutes les
+autres îles, lesquelles nous tiendrons au temps du dit
+traité.</p>
+
+<p>Et eut été pourparlé que notre dit frère et son ains-né
+fils renonçassent aux dits ressorts et souveraineté, et à
+tout le droit qu'ils pourroient avoir ès choses dessus
dites, et que nous les tenissions comme voisins sans
-nul ressort et souverainet de notre dit frre au royaume
-de France, et que tout le droit que notre dit frre avoit
-s choses dessus dites, il nous cdt et transportt perptuellement
-et toujours. Et aussi eut t pourparl
+nul ressort et souveraineté de notre dit frère au royaume
+de France, et que tout le droit que notre dit frère avoit
+ès choses dessus dites, il nous cédât et transportât perpétuellement
+et à toujours. Et aussi eut été pourparlé
que semblablement nous et notre dit fils renoncissions
<span class="pagenum"><a id="Page_461"> 461</a></span>
-expressment toutes les choses qui ne doivent tre
-bailles ou dlivres nous par le dit trait, et par espcial
+expressément à toutes les choses qui ne doivent être
+baillées ou délivrées à nous par le dit traité, et par espécial
au nom et au droit de la couronne et du royaume de
-France et hommage, souverainet et demaine, de la duch
-de Normandie et de la comt de Touraine, et des
-comts d'Anjou et du Maine, de la souverainet et hommage
-de la comt et du pays de Flandre, de la souverainet
-et hommage de Bretagne, except que le droit du
+France et hommage, souveraineté et demaine, de la duché
+de Normandie et de la comté de Touraine, et des
+comtés d'Anjou et du Maine, de la souveraineté et hommage
+de la comté et du pays de Flandre, de la souveraineté
+et hommage de Bretagne, excepté que le droit du
comte de Montfort, tel qu'il le peut et doit avoir en la
-duch et pays de Bretagne, nous rservons et mettons
-par mots exprs hors de notre trait; sauf tant que
-nous et notre dit frre venus Calais en ordonnerons
-si point, par le bon avis et conseil de nos gens ce
-dputs, que nous mettrons paix et accord le dit
+duché et pays de Bretagne, nous réservons et mettons
+par mots exprès hors de notre traité; sauf tant que
+nous et notre dit frère venus à Calais en ordonnerons
+si à point, par le bon avis et conseil de nos gens à ce
+députés, que nous mettrons à paix et à accord le dit
comte de Montfort et notre cousin messire Charles de
-Blois, qui demande et chalenge droit l'hritage de
-Bretagne. Et renonons toutes autres demandes que
+Blois, qui demande et chalenge droit à l'héritage de
+Bretagne. Et renonçons à toutes autres demandes que
nous fissions ou faire pourrions, pour quelque cause
-que ce soit, except les choses dessus dites qui doivent
-tre bailles nous et nos hoirs, et que nous lui
+que ce soit, excepté les choses dessus dites qui doivent
+être baillées à nous et à nos hoirs, et que nous lui
transportissions, cessissions tout le droit que nous pourrions
-avoir toutes les choses qui nous ne doivent
-tre bailles. Sur lesquelles choses, aprs plusieurs altercations
-eues sur ce, et par espcial pour ce que les
-dites renonciations ne se font pas de prsent avons
-finablement accord avec notre dit frre par la manire
-qui s'ensuit: c'est savoir, que nous et notre dit
-ains-n fils renoncerons, et ferons et avons promis
- faire les renonciations, transports, cessions et dlaissemens
-dessus dits quand et si trs tt que notre dit
-frre aura baill nous ou nos gens, espcialement
-de par nous dputs, la cit et le chtel de Poitiers,
+avoir à toutes les choses qui à nous ne doivent
+être baillées. Sur lesquelles choses, après plusieurs altercations
+eues sur ce, et par espécial pour ce que les
+dites renonciations ne se font pas de présent avons
+finablement accordé avec notre dit frère par la manière
+qui s'ensuit: c'est à savoir, que nous et notre dit
+ains-né fils renoncerons, et ferons et avons promis
+à faire les renonciations, transports, cessions et délaissemens
+dessus dits quand et si très tôt que notre dit
+frère aura baillé à nous ou à nos gens, espécialement
+de par nous députés, la cité et le châtel de Poitiers,
et toute la terre et le pays de Poitou; ensemble le
-fief de Touars et la terre de Belleville; la cit et le
+fief de Touars et la terre de Belleville; la cité et le
<span class="pagenum"><a id="Page_462"> 462</a></span>
-chtel d'Agen, et toute la terre et le pays d'Agnois;
-la cit et le chtel de Pierreguis, et toute la
-terre et le pays de Pierregort; la cit et le chtel de
-Caours, et toute la terre et le pays de Quersin; la cit et
-le chtel de Rodais, et toute la terre et le pays de Rouergue;
-la cit et le chtel de Xaintes, et toute la terre et
-le pays de Xaintonge; le chtel et la ville de la Rochelle,
-et toute la terre et le pays de Rochelois; la cit et le
-chtel de Limoges, et toute la terre et le pays de Limozin;
-la cit et le chteau d'Angoulme, et toute la
-terre et le pays d'Angoulmois; la terre et le pays de
-Bigorre, la terre de Gaure, le comt de Ponthieu et le
-comt de Guines. Lesquelles choses notre dit frre nous
-a promises bailler, en la forme que ci-dessus est contenu,
-ou nos espciaux dputs, dedans un an ensuivant,
+châtel d'Agen, et toute la terre et le pays d'Agénois;
+la cité et le châtel de Pierreguis, et toute la
+terre et le pays de Pierregort; la cité et le châtel de
+Caours, et toute la terre et le pays de Quersin; la cité et
+le châtel de Rodais, et toute la terre et le pays de Rouergue;
+la cité et le châtel de Xaintes, et toute la terre et
+le pays de Xaintonge; le châtel et la ville de la Rochelle,
+et toute la terre et le pays de Rochelois; la cité et le
+châtel de Limoges, et toute la terre et le pays de Limozin;
+la cité et le château d'Angoulême, et toute la
+terre et le pays d'Angoulémois; la terre et le pays de
+Bigorre, la terre de Gaure, le comté de Ponthieu et le
+comté de Guines. Lesquelles choses notre dit frère nous
+a promises à bailler, en la forme que ci-dessus est contenu,
+ou à nos espéciaux députés, dedans un an ensuivant,
lui parti de Calais pour retourner en France. Et
-tantt ce fait, devant certaines personnes que notre dit
-frre dputera, nous et notre dit ains-n fils ferons en
+tantôt ce fait, devant certaines personnes que notre dit
+frère députera, nous et notre dit ains-né fils ferons en
notre royaume d'Angleterre icelles renonciations, transports,
-cessions et dlaissemens, par foi et par serment
+cessions et délaissemens, par foi et par serment
solennellement; et d'icelles ferons bonnes lettres ouvertes,
-scelles de notre grand scel, par la manire et
+scellées de notre grand scel, par la manière et
forme comprises en nos autres lettres sur ce faites, et que
-compris est au dit trait; lesquelles nous envoierons
-la fte de l'Assomption Notre-Dame prochainement ensuivant,
-en l'glise des Augustins en la ville de Bruges,
-et les ferons bailler ceux que notre dit frre y
+compris est au dit traité; lesquelles nous envoierons à
+la fête de l'Assomption Notre-Dame prochainement ensuivant,
+en l'église des Augustins en la ville de Bruges,
+et les ferons bailler à ceux que notre dit frère y
envoiera lors pour les recevoir. Et si dedans le terme
-qui mis y est, notre dit frre ne pouvoit bailler, ni dlivrer
-aisment nous ou nos dputs les cits, villes
-et chteaux, lieux, forteresses et pays ci-dessus nomms,
+qui mis y est, notre dit frère ne pouvoit bailler, ni délivrer
+aisément à nous ou à nos députés les cités, villes
+et châteaux, lieux, forteresses et pays ci-dessus nommés,
combien qu'il en doive faire son plein pouvoir sans
-nulle dissimulation, il les nous doit dlivrer et bailler
+nulle dissimulation, il les nous doit délivrer et bailler
dedans le terme de quatre mois ensuivant l'an accompli.
<span class="pagenum"><a id="Page_463"> 463</a></span>
Avecques toutes ces choses et autres qui s'ensuivront
-ci-aprs, est dit et accord par la teneur du trait,
-que nous, renvoy ou ramen notre dit frre de France
-en la ville de Calais, six semaines aprs ce que il y sera
-venu, nous devons recevoir, ou nos gens ce espcialement
-de par nous dputs, six cent mille francs, et par
+ci-après, est dit et accordé par la teneur du traité,
+que nous, renvoyé ou ramené notre dit frère de France
+en la ville de Calais, six semaines après ce que il y sera
+venu, nous devons recevoir, ou nos gens à ce espécialement
+de par nous députés, six cent mille francs, et par
quatre ans ensuivants, chacun an six mille; et de ce
-dlivrer et mettre en tage, envoyer demeurer en notre
-cit de Londres, en Angleterre, des plus nobles du
+délivrer et mettre en ôtage, envoyer demeurer en notre
+cité de Londres, en Angleterre, des plus nobles du
royaume de France, qui point ne furent prisonniers
-en la bataille de Poitiers; et de dix-neuf cits et villes
+en la bataille de Poitiers; et de dix-neuf cités et villes
des plus notables du royaume de France, de chacune
-deux ou trois hommes, ainsi comme il plaira notre
-conseil. Et tout ce accompli, les tages venus Calais
-et le premier payement pay, ainsi que dit est,
-nous devons notre dit frre de France et Philippe son
-jeune fils dlivrer quittement en la ville de Boulogne
+deux ou trois hommes, ainsi comme il plaira à notre
+conseil. Et tout ce accompli, les ôtages venus à Calais
+et le premier payement payé, ainsi que dit est,
+nous devons notre dit frère de France et Philippe son
+jeune fils délivrer quittement en la ville de Boulogne
sur mer, et tous ceux qui avecques eux furent prisonniers
- la bataille de Poitiers, qui ne seroient ranonns
- nous ou nos gens, sans payer nulle ranon.
-Et pour ce que nous savons de vrit que notre cousin
-messire Jacques de Bourbon, qui fut pris la bataille
-de Poitiers, a toujours mis et rendu grand peine
-ce que paix et accord ft entre nous et notre dit frre
-de France, en quelconque tat qu'il soit, ranonn ou
- ranonner, nous le dlivrerons sans cot et sans frais
-avecques notre dit frre, en la ville de Boulogne; mais
-que cil trait soit tenu ainsi que nous esprons qu'il
+à la bataille de Poitiers, qui ne seroient rançonnés
+à nous ou à nos gens, sans payer nulle rançon.
+Et pour ce que nous savons de vérité que notre cousin
+messire Jacques de Bourbon, qui fut pris à la bataille
+de Poitiers, a toujours mis et rendu grand peine à
+ce que paix et accord fût entre nous et notre dit frère
+de France, en quelconque état qu'il soit, rançonné ou
+à rançonner, nous le délivrerons sans coût et sans frais
+avecques notre dit frère, en la ville de Boulogne; mais
+que cil traité soit tenu ainsi que nous espérons qu'il
sera.</p>
-<p>Et aussi nous a promis notre dit frre que il et son
-ains-n fils renonceront et feront semblablement lors
-et par la manire dessus dite les renonciations, transports,
-cessions et dlaissemens accords par le dit trait
- faire de leur partie, si comme dessus est dit; et envoiera
+<p>Et aussi nous a promis notre dit frère que il et son
+ains-né fils renonceront et feront semblablement lors
+et par la manière dessus dite les renonciations, transports,
+cessions et délaissemens accordés par le dit traité
+à faire de leur partie, si comme dessus est dit; et envoiera
<span class="pagenum"><a id="Page_464"> 464</a></span>
-notre dit frre ses lettres patentes, scelles de
+notre dit frère ses lettres patentes, scellées de
son grand scel, aux dits lieux et termes, pour les bailler
-aux gens qui de par nous y seront dputs, semblablement
-comme dit est. Et aussi nous a promis et accord
-notre dit frre que lui et ses hoirs sursoiront, jusques
-aux termes des dites renonciations dessus dclares,
-de user de souverainet et ressorts en toutes les cits,
-comts, villes, chteaux, forteresses, pays, terres, les et
-lieux que nous tenions au temps du dit trait, lesquels
-nous doivent demeurer par le dit trait, et aux autres
-qui cause des dites renonciations et du dit trait nous
-seront bailles et doivent demeurer nous et nos hoirs;
-sans ce que notre dit frre, ou ses hoirs, ou autres cause
+aux gens qui de par nous y seront députés, semblablement
+comme dit est. Et aussi nous a promis et accordé
+notre dit frère que lui et ses hoirs sursoiront, jusques
+aux termes des dites renonciations dessus déclarées,
+de user de souveraineté et ressorts en toutes les cités,
+comtés, villes, châteaux, forteresses, pays, terres, îles et
+lieux que nous tenions au temps du dit traité, lesquels
+nous doivent demeurer par le dit traité, et aux autres
+qui à cause des dites renonciations et du dit traité nous
+seront baillées et doivent demeurer à nous et nos hoirs;
+sans ce que notre dit frère, ou ses hoirs, ou autres à cause
de la couronne de France, jusques aux termes dessus
-dclars et iceux durans, puissent d'aucuns services user
-et de souverainet, ni demander subjection sur nous, nos
-hoirs, subgiets d'icelles, prsens et venir, ni querelles
-ou appiaulx en leur cour recevoir, ni rescrire
-icelles, ni de juridiction aucune user cause des cits,
-comts, chteaux, villes, terres, les et lieux prochainement
-nomms. Et nous a aussi accord notre dit frre
-que nous, nos hoirs ni aucuns de nos subgiets, cause
-des dites cits, comts, chteaux, villes, pays, terres et
+déclarés et iceux durans, puissent d'aucuns services user
+et de souveraineté, ni demander subjection sur nous, nos
+hoirs, subgiets d'icelles, présens et à venir, ni querelles
+ou appiaulx en leur cour recevoir, ni rescrire à
+icelles, ni de juridiction aucune user à cause des cités,
+comtés, châteaux, villes, terres, îles et lieux prochainement
+nommés. Et nous a aussi accordé notre dit frère
+que nous, nos hoirs ni aucuns de nos subgiets, à cause
+des dites cités, comtés, châteaux, villes, pays, terres et
lieux prochains avant dits, comme dit est, soyons tenus
-ni obligs de reconnotre notre souverain, ni de faire
-aucune subjection, service ni devoir lui, ni ses
-hoirs, ni la couronne de France. Et accordons que
+ni obligés de reconnoître notre souverain, ni de faire
+aucune subjection, service ni devoir à lui, ni à ses
+hoirs, ni à la couronne de France. Et accordons que
nous et nos hoirs surserrons de nous appeler et porter
titre et nom de roi de France, par lettres ou autrement,
-jusques aux termes dessus nomms et iceux durans. Et
-combien que ces articles dudit accord et trait de la
-paix, ces prsentes lettres ou autres dpendans des
-dits articles, ou de ces prsentes ou autres quelconques
+jusques aux termes dessus nommés et iceux durans. Et
+combien que ces articles dudit accord et traité de la
+paix, ces présentes lettres ou autres dépendans des
+dits articles, ou de ces présentes ou autres quelconques
que elles soient, soient ou fussent aucunes pareilles,
<span class="pagenum"><a id="Page_465"> 465</a></span>
-ou fait aucun que nous ou notre dit frre dissions ou
+ou fait aucun que nous ou notre dit frère dissions ou
fissions qui sentissent translations ou renonciations taisibles
-ou expresses des ressorts et souverainets, est l'intention
-de nous et de notre dit frre que les avant dits
-souverainets et ressorts que notre dit frre se dit avoir
-s dites terres qui nous seront bailles, comme dit est,
-demeureront en l'tat auquel elles sont prsent:
+ou expresses des ressorts et souverainetés, est l'intention
+de nous et de notre dit frère que les avant dits
+souverainetés et ressorts que notre dit frère se dit avoir
+ès dites terres qui nous seront baillées, comme dit est,
+demeureront en l'état auquel elles sont à présent:
mais toutes fois il sursoira de en user et demander subjection,
-par la manire dessus dite, jusques aux termes
-dessus dclars. Et aussi voulons et accordons notre
-dit frre que aprs ce que il aura baill les dites cits,
-comts, chteaux, villes, forteresses, terres, pays, les et
-lieux dessus nomms, ainsi que bailler les nous doit, ou
- nos dputs, parmi sa dlivrance et renonciations dessus
+par la manière dessus dite, jusques aux termes
+dessus déclarés. Et aussi voulons et accordons à notre
+dit frère que après ce que il aura baillé les dites cités,
+comtés, châteaux, villes, forteresses, terres, pays, îles et
+lieux dessus nommés, ainsi que bailler les nous doit, ou
+à nos députés, parmi sa délivrance et renonciations dessus
dites, et les dites renonciations, transports et cessions
-qui sont faire de sa partie par lui et par son ains-n
-fils et envoyes et aux dits lieux et jours Bruges les
-dites lettres, et bailles aux dputs de par nous, que la
-renonciation, cession, transports et dlaissemens faire
+qui sont à faire de sa partie par lui et par son ains-né
+fils et envoyées et aux dits lieux et jours à Bruges les
+dites lettres, et baillées aux députés de par nous, que la
+renonciation, cession, transports et délaissemens à faire
de notre partie soient tenues pour faites. Et par abondance
-nous renonons ds lors par exprs au nom, au
+nous renonçons dès lors par exprès au nom, au
droit et au chalenge de la couronne de France et du
-royaume, et toutes choses que nous devons renoncer
-par force dudit trait, si avant comme profiter pourra
- notre dit frre et ses hoirs. Et voulons et accordons
-que par ces prsentes le dit trait de paix et acord
-fait entre nous et notre dit frre, ses subgiets, allis et
-adhrens d'une part et d'autre, ne soit, quant autres
-choses contenues en icellui, empir ou affoibli en aucune
-manire; mais voulons et nous plat que il soit
+royaume, et à toutes choses que nous devons renoncer
+par force dudit traité, si avant comme profiter pourra
+à notre dit frère et à ses hoirs. Et voulons et accordons
+que par ces présentes le dit traité de paix et acord
+fait entre nous et notre dit frère, ses subgiets, alliés et
+adhérens d'une part et d'autre, ne soit, quant à autres
+choses contenues en icellui, empiré ou affoibli en aucune
+manière; mais voulons et nous plaît que il soit
et demeure en sa pleine force et vertu. Toutes lesquelles
-choses en ces prsentes lettres crites, nous roi
+choses en ces présentes lettres écrites, nous roi
d'Angleterre dessus dit, voulons, octroyons et promettons
loyaument et en bonne foi, et par notre serment
<span class="pagenum"><a id="Page_466"> 466</a></span>
-fait sur le corps de Dieu sacr et sur saintes vangiles,
-tenir, garder et entriner, et accomplir sans fraude et
-sans mal engin de notre partie. Et ce et pour ce faire
-obligeons notre dit frre de France nous et nos hoirs,
-prsens et venir, en quelque lieu qu'ils soient,
-renonons par nos dits foi et serment, toutes exceptions
-de fraude, de dcevance, de croix pris et prendre,
-et imptrer dispensation de pape ou de autre au
-contraire; laquelle si imptre toit, nous voulons tre
+fait sur le corps de Dieu sacré et sur saintes Évangiles,
+tenir, garder et entériner, et accomplir sans fraude et
+sans mal engin de notre partie. Et à ce et pour ce faire
+obligeons à notre dit frère de France nous et nos hoirs,
+présens et à venir, en quelque lieu qu'ils soient,
+renonçons par nos dits foi et serment, à toutes exceptions
+de fraude, de décevance, de croix pris et à prendre,
+et à impétrer dispensation de pape ou de autre au
+contraire; laquelle si impétrée étoit, nous voulons être
nulle et de nulle valeur, et que nous ne en puissions
aider nous et aux droits, disant que royaume ne pourra
-tre divis et gnrale renonciation valoir, fors en certaine
-manire et tout ce que nous pourrions dire ou
-proposer au contraire en jugement au dehors. En tmoin
+être divisé et générale renonciation valoir, fors en certaine
+manière et à tout ce que nous pourrions dire ou
+proposer au contraire en jugement au dehors. En témoin
desquelles choses nous avons fait mettre notre
-grand scel ces prsentes, donnes Bretigny de-lez
-Chartres, le vingt-cinquime jour du mois de mai, l'an
-de grce Notre-Seigneur mil trois cent soixante.</p>
+grand scel à ces présentes, données à Bretigny de-lez
+Chartres, le vingt-cinquième jour du mois de mai, l'an
+de grâce Notre-Seigneur mil trois cent soixante.»</p>
<p class="subh">Comment le duc de Normandie scella la dite charte; et comment quatre
-barons d'Angleterre vinrent Paris au nom du roi anglois pour jurer
-tenir le dit trait; et comment ils furent honorablement reus</p>
+barons d'Angleterre vinrent à Paris au nom du roi anglois pour jurer à
+tenir le dit traité; et comment ils furent honorablement reçus</p>
<p>Quand celle lettre, qui s'appeloit l'une des chartes
-de la paix, car encore en y eut des autres faites et scelles
-en plusieurs manires, en la ville de Calais, si
+de la paix, car encore en y eut des autres faites et scellées
+en plusieurs manières, en la ville de Calais, si
comme je vous en parlerai quand temps et lieu seront,
-fut jete, on la montra au roi d'Angleterre et son conseil:
+fut jetée, on la montra au roi d'Angleterre et à son conseil:
lequel roi et son conseil, quand ils la virent et ils
-l'eurent ou lire, rpondirent aux traiteurs qui s'toient
-embesogns et en intention de bien chargs: Elle
-nous plat moult bien ainsi. Donc fut ordonn que
-l'abb de Clugny et frre Jean de Langres, et messire
-Hugues de Genve, sire d'Anton, qui pour le duc de
-Normandie y toient commis et ordonns, partissent de
+l'eurent ouï lire, répondirent aux traiteurs qui s'étoient
+embesognés et en intention de bien chargés: «Elle
+nous plaît moult bien ainsi.» Donc fut ordonné que
+l'abbé de Clugny et frère Jean de Langres, et messire
+Hugues de Genève, sire d'Anton, qui pour le duc de
+Normandie y étoient commis et ordonnés, partissent de
<span class="pagenum"><a id="Page_467"> 467</a></span>
-l, la charte grossie et scelle avec eux, et venissent
- Paris devers le duc et son conseil, et leur remontrassent
-l'ordonnance dessus dite et en fissent, au plus brivement
+là, la charte grossiée et scellée avec eux, et venissent
+à Paris devers le duc et son conseil, et leur remontrassent
+l'ordonnance dessus dite et en fissent, au plus briévement
qu'ils pussent, relation.</p>
-<p>Les dessus nomms s'y accordrent volontiers, et retournrent
- Paris, o ils furent reus grand joie. Si se
-trairent devers le duc de Normandie et ses frres, le duc
-d'Orlans prsent et la plus grand partie du conseil de
-France. L remontrrent les dessus dits moult convenablement
-sur quel tat ils avoient parl, et quel chose
-faite et exploite avoient: ils furent volontiers ous, car
-la paix toit durement dsire. L fut la dite lettre lue
-et bien examine, ni oncques ne fut de point ni d'article
-dbattu; mais la scella le duc de Normandie,
-comme ains-n fils du roi de France et hoir du roi son
-pre. Et furent assez tt aprs les dessus dits traiteurs
-renvoys devers le roi d'Angleterre, qui les attendoit
-en son ost prs de Chartres. Quand ils furent revenus,
-il n'y eut mie grand parlement, car ils dirent que
+<p>Les dessus nommés s'y accordèrent volontiers, et retournèrent
+à Paris, où ils furent reçus à grand joie. Si se
+trairent devers le duc de Normandie et ses frères, le duc
+d'Orléans présent et la plus grand partie du conseil de
+France. Là remontrèrent les dessus dits moult convenablement
+sur quel état ils avoient parlé, et quel chose
+faite et exploitée avoient: ils furent volontiers ouïs, car
+la paix étoit durement désirée. Là fut la dite lettre lue
+et bien examinée, ni oncques ne fut de point ni d'article
+débattu; mais la scella le duc de Normandie,
+comme ains-né fils du roi de France et hoir du roi son
+père. Et furent assez tôt après les dessus dits traiteurs
+renvoyés devers le roi d'Angleterre, qui les attendoit
+en son ost près de Chartres. Quand ils furent revenus,
+il n'y eut mie grand parlement, car ils dirent que à
toutes les choses dessus dites le duc de Normandie, ses
-frres, leur oncle et tout le conseil de France toient
-bnignement et doucement accords. Ces nouvelles plurent
+frères, leur oncle et tout le conseil de France étoient
+bénignement et doucement accordés. Ces nouvelles plurent
grandement bien au roi d'Angleterre. Adonc, pour
-mieux faire que laisser et pour plus grand sret, fut
-parmi l'ost du roi d'Angleterre une trve crie durer
-jusques la Saint-Michel, et de la Saint-Michel en un
-an tenir fermement et establement entre le royaume
-de France et le royaume d'Angleterre, et tous leurs adhrens
-et allis d'une part et d'autre, et dedans ce
-terme bonne paix entre les rois et leurs parties. Et tantt
-furent ordonns sergens d'armes de par le roi de
-France, commis et envoys de par le duc de Normandie,
-qui se exploitrent de chevaucher parmi le royaume
-de France et dnoncer publiquement s cits, villes,
+mieux faire que laisser et pour plus grand sûreté, fut
+parmi l'ost du roi d'Angleterre une trêve criée à durer
+jusques à la Saint-Michel, et de la Saint-Michel en un
+an à tenir fermement et establement entre le royaume
+de France et le royaume d'Angleterre, et tous leurs adhérens
+et alliés d'une part et d'autre, et dedans ce
+terme bonne paix entre les rois et leurs parties. Et tantôt
+furent ordonnés sergens d'armes de par le roi de
+France, commis et envoyés de par le duc de Normandie,
+qui se exploitèrent de chevaucher parmi le royaume
+de France et dénoncer publiquement ès cités, villes,
<span class="pagenum"><a id="Page_468"> 468</a></span>
-chteaux, bourgs et forteresses, ce trait et esprance de
-paix. Lesquelles nouvelles furent volontiers oues partout.
+châteaux, bourgs et forteresses, ce traité et espérance de
+paix. Lesquelles nouvelles furent volontiers ouïes partout.
Encore revenus les dessus dits traiteurs en l'ost
-du roi d'Angleterre, ils requirent au dit roi et
+du roi d'Angleterre, ils requirent au dit roi et à
son conseil que quatre barons d'Angleterre, comme
-procureurs de lui, venissent Paris pour jurer la paix
+procureurs de lui, venissent à Paris pour jurer la paix
en son nom, pour mieux apaiser le peuple; laquelle
chose le roi d'Angleterre accorda moult volontiers. Et
-y furent ordonns et envoys le sire de Stanford,
+y furent ordonnés et envoyés le sire de Stanford,
messire Regnault de Cobehen, messire Guy de Briane,
et messire Roger de Beauchamp, bannerets. Ces quatre
-seigneurs, l'ordonnance du roi leur seigneur, se
-partirent et se mirent au chemin avec l'abb de Clugny
-et monseigneur Hugues de Genve, et chevauchrent
-tant, qu'ils vinrent Montlhry. Quand ceux
-de Paris surent leur venue, par le commandement du
-duc de Normandie, toutes les religions<a name="FNanchor_272" id="FNanchor_272" href="#Footnote_272" class="fnanchor">&nbsp;[272]</a> et le clerg,
-en grand rvrence et processions, vinrent de la cit
+seigneurs, à l'ordonnance du roi leur seigneur, se
+partirent et se mirent au chemin avec l'abbé de Clugny
+et monseigneur Hugues de Genève, et chevauchèrent
+tant, qu'ils vinrent à Montlhéry. Quand ceux
+de Paris sçurent leur venue, par le commandement du
+duc de Normandie, toutes les religions<a name="FNanchor_272" id="FNanchor_272" href="#Footnote_272" class="fnanchor">&nbsp;[272]</a> et le clergé,
+en grand révérence et à processions, vinrent de la cité
bien avant sur les champs contre les barons d'Angleterre
-dessus nomms, elles amenrent ainsi moult honorablement
+dessus nommés, elles amenèrent ainsi moult honorablement
dedans Paris. Et encore vinrent encontre
eux plusieurs hauts seigneurs et grands barons de
-France, qui lors se tenoient dedans Paris; et sonnrent
-toutes les cloches de Paris leur venue, et furent,
-adoncques qu'ils entrrent en la cit, toutes les rues
-jonches et paves d'herbes, et autour pares de drap
+France, qui lors se tenoient dedans Paris; et sonnèrent
+toutes les cloches de Paris à leur venue, et furent,
+adoncques qu'ils entrèrent en la cité, toutes les rues
+jonchées et pavées d'herbes, et autour parées de drap
d'or, aussi honorablement comme on peut aviser et deviser,
-et aussi furent-ils amens au palais qui richement
-toit appareill pour eux recevoir. L toient le duc
-de Normandie, ses frres, le duc d'Orlans, leur
-oncle, et grand foison de prlats et de seigneurs du
+et aussi furent-ils amenés au palais qui richement
+étoit appareillé pour eux recevoir. Là étoient le duc
+de Normandie, ses frères, le duc d'Orléans, leur
+oncle, et grand foison de prélats et de seigneurs du
<span class="pagenum"><a id="Page_469"> 469</a></span>
-royaume de France, qui les recueillirent bien et rvremment.</p>
-
-<p>L firent, au palais, prsent tout le peuple, ces quatre
-barons d'Angleterre, serment, et jurrent au nom du roi
-leur seigneur et de ses enfans, sur le corps de Jsus-Christ
-sacr et sur saintes vangiles, tenir et accomplir
-le dit trait de paix, si comme ci-dessus est clairci. Ces
-choses faites, ils furent mens au palais, et l fts et
-honors trs grandement du duc de Normandie et de ses
-frres et des hauts barons de France qui l toient. Aprs
-ce, ils furent amens en la sainte chapelle du palais<a name="FNanchor_273" id="FNanchor_273" href="#Footnote_273" class="fnanchor">&nbsp;[273]</a>:
-si leur furent montres les plus belles reliques et les
-plus riches joyaux du monde, qui l toient et sont encore,
-et mmement la sainte couronne dont Dieu fut
-couronn son saintisme travail. Et en donna le duc de
-Normandie chacun des chevaliers une des plus grands
-pines de la dite couronne, laquelle chose chacun des
+royaume de France, qui les recueillirent bien et révéremment.</p>
+
+<p>Là firent, au palais, présent tout le peuple, ces quatre
+barons d'Angleterre, serment, et jurèrent au nom du roi
+leur seigneur et de ses enfans, sur le corps de Jésus-Christ
+sacré et sur saintes Évangiles, à tenir et accomplir
+le dit traité de paix, si comme ci-dessus est éclairci. Ces
+choses faites, ils furent menés au palais, et là fêtés et
+honorés très grandement du duc de Normandie et de ses
+frères et des hauts barons de France qui là étoient. Après
+ce, ils furent amenés en la sainte chapelle du palais<a name="FNanchor_273" id="FNanchor_273" href="#Footnote_273" class="fnanchor">&nbsp;[273]</a>:
+si leur furent montrées les plus belles reliques et les
+plus riches joyaux du monde, qui là étoient et sont encore,
+et mêmement la sainte couronne dont Dieu fut
+couronné à son saintisme travail. Et en donna le duc de
+Normandie à chacun des chevaliers une des plus grands
+épines de la dite couronne, laquelle chose chacun des
chevaliers prisa moult, et tint au plus noble jouel que
-on lui pt donner. Et furent l ce jour et le soir, et l'endemain
-jusques aprs dner. Et quand ils prirent cong,
-le duc de Normandie fit chacun donner un moult bel et
-bon coursier, richement par et ensell, et plusieurs autres
-beaux joyaux, desquels je me passerai asez brivement,
-et dont ils mercirent grandement le duc de
-Normandie. Aprs ce, ils partirent du dit duc et des seigneurs
-qui l toient, et s'en retournrent devers le roi
+on lui pût donner. Et furent là ce jour et le soir, et l'endemain
+jusques après dîner. Et quand ils prirent congé,
+le duc de Normandie fit à chacun donner un moult bel et
+bon coursier, richement paré et ensellé, et plusieurs autres
+beaux joyaux, desquels je me passerai asez briévement,
+et dont ils mercièrent grandement le duc de
+Normandie. Après ce, ils partirent du dit duc et des seigneurs
+qui là étoient, et s'en retournèrent devers le roi
leur seigneur; et y vinrent l'endemain assez matin en
-grand compagnie de gens d'armes qui les convoyrent
-jusques l, et qui devoient aussi le roi d'Angleterre et
-ses gens conduire jusques Calais, et faire ouvrir cits,
-villes et chteaux pour eux laisser passer paisiblement
+grand compagnie de gens d'armes qui les convoyèrent
+jusques là, et qui devoient aussi le roi d'Angleterre et
+ses gens conduire jusques à Calais, et faire ouvrir cités,
+villes et châteaux pour eux laisser passer paisiblement
et administrer tous vivres.</p>
<p><span class="pagenum"><a id="Page_470"> 470</a></span></p>
<p class="subh">Comment le roi d'Angleterre se partit de Chartres et s'en retourna en son
-pays; et comment le roi de France arriva Calais; et comment le fils
-du duc de Milan fut mari la fille du roi de France.</p>
+pays; et comment le roi de France arriva à Calais; et comment le fils
+du duc de Milan fut marié à la fille du roi de France.</p>
<p>Quand ils furent parvenus jusques en l'ost du roi d'Angleterre,
-leur seigneur, ils lui recordrent comment
-honorablement ils avoient t reus, et lui montrrent
-les dignits et les joyaux que le duc de Normandie leur
-avoit donns. De quoi le roi eut grand joie, et fta
-grandement le conntable de France et les seigneurs
-qui l toient venus, et leur donna beaux dons et grands
-joyaux assez. Adoncques fut ordonn que toutes manires
-de gens se dlogeassent et se retraissent bellement
-et en paix devers le Pont-de-l'Arche pour l passer
-Seine, et puis vers Abbeville pour passer la rivire de
-Somme, et puis tout droit Calais. Donc se dlogrent
-toutes manires de gens et se mirent au chemin; et
-avoient guides et chevaliers de France envoys de par
+leur seigneur, ils lui recordèrent comment
+honorablement ils avoient été reçus, et lui montrèrent
+les dignités et les joyaux que le duc de Normandie leur
+avoit donnés. De quoi le roi eut grand joie, et fêta
+grandement le connétable de France et les seigneurs
+qui là étoient venus, et leur donna beaux dons et grands
+joyaux assez. Adoncques fut ordonné que toutes manières
+de gens se délogeassent et se retraissent bellement
+et en paix devers le Pont-de-l'Arche pour là passer
+Seine, et puis vers Abbeville pour passer la rivière de
+Somme, et puis tout droit à Calais. Donc se délogèrent
+toutes manières de gens et se mirent au chemin; et
+avoient guides et chevaliers de France envoyés de par
le duc de Normandie, qui les conduisoient et les menoient
ainsi comme ils devoient aller. Le roi d'Angleterre,
-quand il se partit, passa par la cit de Chartres
-et y herbergea une nuit. A l'endemain vint-il moult dvotement,
-et ses enfans, en l'glise Notre-Dame, et y
-ourent messe et y firent grandes offrandes, et puis s'en
-partirent et montrent cheval. Si entendis que le roi
-et ses enfans vinrent Harefleur en Normandie, et l
-passrent-ils la mer et retournrent en Angleterre. Le
+quand il se partit, passa par la cité de Chartres
+et y herbergea une nuit. A l'endemain vint-il moult dévotement,
+et ses enfans, en l'église Notre-Dame, et y
+ouïrent messe et y firent grandes offrandes, et puis s'en
+partirent et montèrent à cheval. Si entendis que le roi
+et ses enfans vinrent à Harefleur en Normandie, et là
+passèrent-ils la mer et retournèrent en Angleterre. Le
demeurant de l'ost vinrent au mieux qu'ils purent, sans
-dommage et sans pril; et partout leur toient vivres
-appareills pour leur argent, jusques en la ville de
-Calais; et l prirent les Franois cong d'eux, qui les
-avoient convoys. Si passrent depuis les Anglois, au
-plus bellement qu'ils purent, et retournrent en Angleterre.</p>
+dommage et sans péril; et partout leur étoient vivres
+appareillés pour leur argent, jusques en la ville de
+Calais; et là prirent les François congé d'eux, qui les
+avoient convoyés. Si passèrent depuis les Anglois, au
+plus bellement qu'ils purent, et retournèrent en Angleterre.</p>
<p><span class="pagenum"><a id="Page_471"> 471</a></span>
-Sitt que le roi d'Angleterre fut retourn arrire en
-son pays, qui y vint auques des premiers, il se traist
+Sitôt que le roi d'Angleterre fut retourné arrière en
+son pays, qui y vint auques des premiers, il se traist à
Londres, et fit mettre hors de prison le roi de France,
-et le fit venir secrtement au palais de Westmoustier,
-et se trouvrent en la dite chapelle du palais. L remontra
+et le fit venir secrètement au palais de Westmoustier,
+et se trouvèrent en la dite chapelle du palais. Là remontra
le roi d'Angleterre au roi de France tous les
-traits de la paix, et comment son fils, le duc de Normandie,
-au nom de lui, l'avoit jure et scelle, savoir
+traités de la paix, et comment son fils, le duc de Normandie,
+au nom de lui, l'avoit jurée et scellée, à savoir
quelle chose il en diroit. Le roi de France, qui ne
-dsiroit autre chose fors sa dlivrance, quel meschef
-que ce ft, et issir hors de prison, n'y et jamais mis
-empchement, mais rpondit que Dieu en ft lou
-quand paix toit entre eux. Quand messire Jacques de
-Bourbon sut ces nouvelles, si en fut grandement rjoui,
-et vint Londres au plus tt qu'il put devers l'un
-roi et l'autre qui lui firent grand chre. Depuis chevauchrent-ils
+désiroit autre chose fors sa délivrance, à quel meschef
+que ce fût, et issir hors de prison, n'y eût jamais mis
+empêchement, mais répondit que Dieu en fût loué
+quand paix étoit entre eux. Quand messire Jacques de
+Bourbon sçut ces nouvelles, si en fut grandement réjoui,
+et vint à Londres au plus tôt qu'il put devers l'un
+roi et l'autre qui lui firent grand chère. Depuis chevauchèrent-ils
tous ensemble, et le prince de Galles en leur
-compagnie, et vinrent Windesore, l o madame la
-roine toit, qui moult fut rjouie de leur venue et de la
+compagnie, et vinrent à Windesore, là où madame la
+roine étoit, qui moult fut réjouie de leur venue et de la
paix le roi son seigneur, et du roi de France son cousin.
-Si eut l grands approchements et semblans d'amour
-entre ces parties, et donns et rendus grands
-dons et beaux joyaux. Depuis fut-il accord que le roi
+Si eut là grands approchements et semblans d'amour
+entre ces parties, et donnés et rendus grands
+dons et beaux joyaux. Depuis fut-il accordé que le roi
de France et son fils, et tous les barons de France qui
-l toient, se partissent et se traissent devers Calais.
-Adonc prirent-ils cong la roine d'Angleterre et ses
-filles, qui moult toient lies de la paix et du dpartement
+là étoient, se partissent et se traissent devers Calais.
+Adonc prirent-ils congé à la roine d'Angleterre et à ses
+filles, qui moult étoient lies de la paix et du département
du roi de France. Si aconvoya le roi d'Angleterre
-le roi de France jusques Douvres; et l se tint aise
-au chtel de Douvres deux jours, et tous les Franois
-aussi. Au tiers jour ils entrrent en mer, le prince de
+le roi de France jusques à Douvres; et là se tint aise
+au châtel de Douvres deux jours, et tous les François
+aussi. Au tiers jour ils entrèrent en mer, le prince de
Galles, le duc de Lancastre, le comte de Warvich, messire
Jean Chandos et plusieurs autres seigneurs en leur
-compagnie, et arrivrent Calais environ la Saint-Jean-Baptiste<a name="FNanchor_274" id="FNanchor_274" href="#Footnote_274" class="fnanchor">&nbsp;[274]</a>.
+compagnie, et arrivèrent à Calais environ la Saint-Jean-Baptiste<a name="FNanchor_274" id="FNanchor_274" href="#Footnote_274" class="fnanchor">&nbsp;[274]</a>.
<span class="pagenum"><a id="Page_472"> 472</a></span>
Si se tinrent en la dite ville de Calais tout
-aisment, et attendirent l un terme les messages du
+aisément, et attendirent là un terme les messages du
duc de Normandie, qui devoient apporter la finance de
six cent mille francs de France. Mais le paiement ne
-vint mie si tt que on esproit qu'il dt venir; car il
-ne fut pas si tt recueilli des officiers du roi de France.
-Si vinrent le duc de Normandie et ses deux frres en la
-cit d'Amiens, pour mieux our tous les jours nouvelles
-de leur seigneur et entendre ses besognes et sa dlivrance;
+vint mie si tôt que on espéroit qu'il dût venir; car il
+ne fut pas si tôt recueilli des officiers du roi de France.
+Si vinrent le duc de Normandie et ses deux frères en la
+cité d'Amiens, pour mieux ouïr tous les jours nouvelles
+de leur seigneur et entendre à ses besognes et à sa délivrance;
et pendant ce se cueilloit le paiement parmi
le royaume de France.</p>
-<p>Si entendis et ous recorder adonc que messire Galas,
-sire de Milan et de plusieurs cits en Lombardie,
-fit ce premier paiement, parmi un trait qui se fit
-adonc: car il avoit un sien fils marier: si fit requrir
+<p>Si entendis et ouïs recorder adonc que messire Galéas,
+sire de Milan et de plusieurs cités en Lombardie,
+fit ce premier paiement, parmi un traité qui se fit
+adonc: car il avoit un sien fils à marier: si fit requérir
au roi de France qu'il lui voulsist donner et accorder
une sienne fille, parmi ce que il paieroit ces six cent
-mille francs. Le roi de France, qui se voit en danger,
-pour avoir l'argent plus appareill, s'y accorda lgrement.
-Or ne fut mie cil mariage sitt fait ni confirm,
-pour ce que la finance ne vint mie sitt avant.
+mille francs. Le roi de France, qui se véoit en danger,
+pour avoir l'argent plus appareillé, s'y accorda légèrement.
+Or ne fut mie cil mariage sitôt fait ni confirmé,
+pour ce que la finance ne vint mie sitôt avant.
Si convint ce danger souffrir et endurer au roi de
France, et attendre l'ordonnance de ses gens.</p>
<p class="subh">Comment ceux des forteresses anglesches de France, du commandement du
-roi d'Angleterre, se partirent; et comment la ranon du roi de France
-fut apporte Saint-Omer.</p>
+roi d'Angleterre, se partirent; et comment la rançon du roi de France
+fut apportée à Saint-Omer.</p>
<p>Quand le prince de Galles et le duc de Lancastre, qui
-se tenoient Calais de-lez le roi de France, virent que le
+se tenoient à Calais de-lez le roi de France, virent que le
terme passoit, et que le paiement point ne s'approchoit,
-si eurent volont de retourner en Angleterre, et mirent
+si eurent volonté de retourner en Angleterre, et mirent
<span class="pagenum"><a id="Page_473"> 473</a></span>
-ordonnance en ce; et laissrent le roi en la garde de quatre
+ordonnance en ce; et laissèrent le roi en la garde de quatre
moult suffisans chevaliers, messire Regnault de Cobehen,
messire Gautier de Mauny, messire Guy de Briane et
messire Roger de Beauchamp. Et payoit le roi de France
ses frais et les frais de ces seigneurs et de leurs gens:
-si montrent grand foison, bien le terme de quatre mois
-qu'ils furent Calais.</p>
+si montèrent grand foison, bien le terme de quatre mois
+qu'ils furent à Calais.</p>
<p>Or vous parlerons d'aucuns chevaliers anglois, capitaines
des garnisons qui se tenoient en France et
-toient tenus deux ou trois ans par-avant, ainois que
-paix se ft. Cils qui avoient appris guerroyer et hrier
-le pays, furent moult courroucs de ces nouvelles,
+étoient tenus deux ou trois ans par-avant, ainçois que
+paix se fît. Cils qui avoient appris à guerroyer et à hérier
+le pays, furent moult courroucés de ces nouvelles,
quand ils eurent commandement du roi d'Angleterre
qu'ils se partissent; mais amender ne le purent. Si
-vendirent les plusieurs leurs forteresses ceux du pays
-d'environ et en reurent grand argent, et puis s'en
+vendirent les plusieurs leurs forteresses à ceux du pays
+d'environ et en reçurent grand argent, et puis s'en
partirent. Et les aucuns ne s'en voulurent mie partir,
-car ils avoient appris piller et faire guerre; si firent
+car ils avoient appris à piller et à faire guerre; si firent
comme paravant, sous ombre du roi de Navarre; et ce
furent ceux qui se tenoient sur les marches de Normandie
et de Bretagne. Mais messire Eustache d'Aubrecicourt
qui se tenoit dedans la ville de Athigny, quand
-il s'en partit, la vendit bien et cher ceux du pays.
+il s'en partit, la vendit bien et cher à ceux du pays.
Or prit-il simplement ses convens, dont il fut depuis
-mal pay; et si n'en eut autre chose.</p>
+mal payé; et si n'en eut autre chose.</p>
<p>Si s'en partirent tous ceux qui tenoient forteresses
en Laonnois, en Soissonnois, en Picardie, en Brie, en
-Gtinois et en Champagne. Si retournoient les aucuns
-qui avoient assez gagn, en leurs pays, ou qui toient
-tanns de guerroyer; et les plusieurs se retraioient en
+Gâtinois et en Champagne. Si retournoient les aucuns
+qui avoient assez gagné, en leurs pays, ou qui étoient
+tannés de guerroyer; et les plusieurs se retraioient en
Normandie devers les forteresses navarroises. Or vint
cil paiement de ces six cent mille francs en la ville de
-Saint-Omer; et fut l tout coi et arrt en l'abbaye que
+Saint-Omer; et fut là tout coi et arrêté en l'abbaye que
on dit de Saint-Bertin, sans porter plus avant; car les
<span class="pagenum"><a id="Page_474"> 474</a></span>
-aucuns hauts barons de France, qui lus et nomms
-toient pour tre hostagiers et entrer en Angleterre,
+aucuns hauts barons de France, qui élus et nommés
+étoient pour être hostagiers et entrer en Angleterre,
refusoient et ne vouloient venir avant, et en faisoient
-grand danger. De quoi si l'argent ft pay et dlivr
+grand danger. De quoi si l'argent fût payé et délivré
en la ville de Calais aux Anglois, et les seigneurs de
France ne voulsissent entrer en hostagerie, ainsi que
-convens et ordonnances de traits se portoient, la dite
-somme de florins ft perdue, la paix ft brise, et le
-roi de France remen arrire en Angleterre. Sur ces
-choses avoit bien avis et manire de regarder.</p>
+convens et ordonnances de traités se portoient, la dite
+somme de florins fût perdue, la paix fût brisée, et le
+roi de France remené arrière en Angleterre. Sur ces
+choses avoit bien avis et manière de regarder.</p>
-<p class="subh">Comment le roi d'Angleterre vint Calais et s'entreftoient chacun jour les
-deux rois; et comment autres lettres de la paix furent faites et scelles
+<p class="subh">Comment le roi d'Angleterre vint à Calais et s'entrefêtoient chacun jour les
+deux rois; et comment autres lettres de la paix furent faites et scellées
des deux rois.</p>
-<p>Ainsi demeura le roi de France Calais, du mois de
+<p>Ainsi demeura le roi de France à Calais, du mois de
juillet jusques en la fin du mois d'octobre. Quand ces
-choses furent si approches que le paiement fut tout
-pourvu, si comme ci-dessus est dit, et venus Saint-Omer
+choses furent si approchées que le paiement fut tout
+pourvu, si comme ci-dessus est dit, et venus à Saint-Omer
ceux qui devoient entrer en hostagerie pour le
-roi de France, le roi d'Angleterre, inform de toutes
-ces choses, repassa la mer grand quantit de seigneurs
-et de barons et vint de rechef Calais. L eut grands
+roi de France, le roi d'Angleterre, informé de toutes
+ces choses, repassa la mer à grand quantité de seigneurs
+et de barons et vint de rechef à Calais. Là eut grands
parlemens de l'une partie et de l'autre, du conseil des
deux rois, qui par l'ordonnance de la paix s'appeloient
-frres. L furent de rechef lues, avises et bien examines
-les lettres de la paix, savoir si rien y avoit
-mettre ni ter, ni nul article corriger. Et tous les
-jours donnoient les deux rois dner l'un l'autre et
-leurs enfans, si grandement et si toffment que merveilles
-seroit penser; et toient en reviaulx et rcrations
-ensemble si ordonnment, que grand plaisance
+frères. Là furent de rechef lues, avisées et bien examinées
+les lettres de la paix, à savoir si rien y avoit à
+mettre ni à ôter, ni nul article à corriger. Et tous les
+jours donnoient les deux rois à dîner l'un à l'autre et
+leurs enfans, si grandement et si étoffément que merveilles
+seroit à penser; et étoient en reviaulx et récréations
+ensemble si ordonnément, que grand plaisance
prenoient toutes gens au regarder; et laissoient les
deux rois leurs gens et leur conseil convenir du surplus.</p>
@@ -17527,30 +17485,30 @@ deux rois leurs gens et leur conseil convenir du surplus.</p>
<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1" id="Footnote_1" href="#FNanchor_1" class="label">[1]</a> Bernard de Saisset, vque de Pamiers.</p>
+<p><a name="Footnote_1" id="Footnote_1" href="#FNanchor_1" class="label">[1]</a> Bernard de Saisset, évêque de Pamiers.</p>
<p><a name="Footnote_2" id="Footnote_2" href="#FNanchor_2" class="label">[2]</a> Offensantes.</p>
-<p><a name="Footnote_3" id="Footnote_3" href="#FNanchor_3" class="label">[3]</a> <em>Jaoit que</em> ou <em>jasois que</em>, quoique.</p>
+<p><a name="Footnote_3" id="Footnote_3" href="#FNanchor_3" class="label">[3]</a> <em>Jaçoit que</em> ou <em>jasois que</em>, quoique.</p>
-<p><a name="Footnote_4" id="Footnote_4" href="#FNanchor_4" class="label">[4]</a> Ni.&mdash;<em>S</em>, pour si; <em>fin</em>, pour fini.</p>
+<p><a name="Footnote_4" id="Footnote_4" href="#FNanchor_4" class="label">[4]</a> Ni.&mdash;<em>Sé</em>, pour si; <em>finé</em>, pour fini.</p>
-<p><a name="Footnote_5" id="Footnote_5" href="#FNanchor_5" class="label">[5]</a> C'est--dire: Sachant et comprenant que c'tait le fait d'un grand
-c&oelig;ur de souffrir des injures, quand on tait tout-puissant; et que surtout il
-tait glorieux un prince de ne laisser blesser nul autre que lui-mme.
-(<em>Note de M. Paulin Pris.</em>)</p>
+<p><a name="Footnote_5" id="Footnote_5" href="#FNanchor_5" class="label">[5]</a> C'est-à-dire: Sachant et comprenant que c'était le fait d'un grand
+c&oelig;ur de souffrir des injures, quand on était tout-puissant; et que surtout il
+était glorieux à un prince de ne laisser blesser nul autre que lui-même.
+(<em>Note de M. Paulin Pâris.</em>)</p>
-<p><a name="Footnote_6" id="Footnote_6" href="#FNanchor_6" class="label">[6]</a> Pareillement, en mme temps, ensemble.</p>
+<p><a name="Footnote_6" id="Footnote_6" href="#FNanchor_6" class="label">[6]</a> Pareillement, en même temps, ensemble.</p>
-<p><a name="Footnote_7" id="Footnote_7" href="#FNanchor_7" class="label">[7]</a> <em>Des ore mais en avant</em>, dsormais, dornavant, l'avenir.</p>
+<p><a name="Footnote_7" id="Footnote_7" href="#FNanchor_7" class="label">[7]</a> <em>Des ore mais en avant</em>, désormais, dorénavant, à l'avenir.</p>
<p><a name="Footnote_8" id="Footnote_8" href="#FNanchor_8" class="label">[8]</a> Poursuivre.</p>
<p><a name="Footnote_9" id="Footnote_9" href="#FNanchor_9" class="label">[9]</a> <em>Semondre</em>, commander.</p>
-<p><a name="Footnote_10" id="Footnote_10" href="#FNanchor_10" class="label">[10]</a> Secrtement, en particulier.</p>
+<p><a name="Footnote_10" id="Footnote_10" href="#FNanchor_10" class="label">[10]</a> Secrètement, en particulier.</p>
-<p><a name="Footnote_11" id="Footnote_11" href="#FNanchor_11" class="label">[11]</a> <em>Adecertes</em>, <em>acertes</em>, certainement, assurment.</p>
+<p><a name="Footnote_11" id="Footnote_11" href="#FNanchor_11" class="label">[11]</a> <em>Adecertes</em>, <em>acertes</em>, certainement, assurément.</p>
<p><a name="Footnote_12" id="Footnote_12" href="#FNanchor_12" class="label">[12]</a> Combattre.</p>
@@ -17560,39 +17518,39 @@ c&oelig;ur de souffrir des injures, quand on tait tout-puissant; et que surtout
<p><a name="Footnote_15" id="Footnote_15" href="#FNanchor_15" class="label">[15]</a> Allemands et Allemands.</p>
-<p><a name="Footnote_16" id="Footnote_16" href="#FNanchor_16" class="label">[16]</a> Pendant ce temps-l.&mdash;Form de <em>Inde</em> et <em>interim</em>.</p>
+<p><a name="Footnote_16" id="Footnote_16" href="#FNanchor_16" class="label">[16]</a> Pendant ce temps-là.&mdash;Formé de <em>Inde</em> et <em>interim</em>.</p>
<p><a name="Footnote_17" id="Footnote_17" href="#FNanchor_17" class="label">[17]</a> Tentes.</p>
-<p><a name="Footnote_18" id="Footnote_18" href="#FNanchor_18" class="label">[18]</a> Troublant, inquitant.</p>
+<p><a name="Footnote_18" id="Footnote_18" href="#FNanchor_18" class="label">[18]</a> Troublant, inquiétant.</p>
<p><a name="Footnote_19" id="Footnote_19" href="#FNanchor_19" class="label">[19]</a> Sorte de lances.</p>
<p><a name="Footnote_20" id="Footnote_20" href="#FNanchor_20" class="label">[20]</a> Ripostant.</p>
-<p><a name="Footnote_21" id="Footnote_21" href="#FNanchor_21" class="label">[21]</a> L'infanterie franaise tait toujours charge de commencer le combat.
-C'est cette retraite qu'il fallut s'en prendre de la perte de la bataille.
-(<em>Note de M. Paulin Pris.</em>)</p>
+<p><a name="Footnote_21" id="Footnote_21" href="#FNanchor_21" class="label">[21]</a> L'infanterie française était toujours chargée de commencer le combat.
+C'est à cette retraite qu'il fallut s'en prendre de la perte de la bataille.
+(<em>Note de M. Paulin Pâris.</em>)</p>
<p><a name="Footnote_22" id="Footnote_22" href="#FNanchor_22" class="label">[22]</a> Rugissant.</p>
<p><a name="Footnote_23" id="Footnote_23" href="#FNanchor_23" class="label">[23]</a> Percer.</p>
-<p><a name="Footnote_24" id="Footnote_24" href="#FNanchor_24" class="label">[24]</a> Termines en forme d'<em>ancres</em>, peu prs comme des hallebardes.</p>
+<p><a name="Footnote_24" id="Footnote_24" href="#FNanchor_24" class="label">[24]</a> Terminées en forme d'<em>ancres</em>, à peu près comme des hallebardes.</p>
-<p><a name="Footnote_25" id="Footnote_25" href="#FNanchor_25" class="label">[25]</a> Abondance.&mdash;<em>Copia</em>, d'o <em>copieux</em>.</p>
+<p><a name="Footnote_25" id="Footnote_25" href="#FNanchor_25" class="label">[25]</a> Abondance.&mdash;<em>Copia</em>, d'où <em>copieux</em>.</p>
-<p><a name="Footnote_26" id="Footnote_26" href="#FNanchor_26" class="label">[26]</a> crass, briss.</p>
+<p><a name="Footnote_26" id="Footnote_26" href="#FNanchor_26" class="label">[26]</a> Écrasés, brisés.</p>
-<p><a name="Footnote_27" id="Footnote_27" href="#FNanchor_27" class="label">[27]</a> prouv. <em>Emeritus</em>, mrite.</p>
+<p><a name="Footnote_27" id="Footnote_27" href="#FNanchor_27" class="label">[27]</a> Éprouvé. <em>Emeritus</em>, émérite.</p>
-<p><a name="Footnote_28" id="Footnote_28" href="#FNanchor_28" class="label">[28]</a> Il s'agit dans ce conseil (concile) de la premire tenue des tats gnraux.</p>
+<p><a name="Footnote_28" id="Footnote_28" href="#FNanchor_28" class="label">[28]</a> Il s'agit dans ce conseil (concile) de la première tenue des états généraux.</p>
-<p><a name="Footnote_29" id="Footnote_29" href="#FNanchor_29" class="label">[29]</a> C'est--dire: de beaucoup d'injures graves que le pape, si comme on
+<p><a name="Footnote_29" id="Footnote_29" href="#FNanchor_29" class="label">[29]</a> C'est-à-dire: de beaucoup d'injures graves que le pape, si comme on
voyait beaucoup de gens l'affirmer, se proposait de leur faire prochainement.
-(<em>Note de M. Paulin Pris.</em>)</p>
+(<em>Note de M. Paulin Pâris.</em>)</p>
-<p><a name="Footnote_30" id="Footnote_30" href="#FNanchor_30" class="label">[30]</a> Hrtiques.</p>
+<p><a name="Footnote_30" id="Footnote_30" href="#FNanchor_30" class="label">[30]</a> Hérétiques.</p>
<p><a name="Footnote_31" id="Footnote_31" href="#FNanchor_31" class="label">[31]</a> Anagni.</p>
@@ -17600,46 +17558,46 @@ voyait beaucoup de gens l'affirmer, se proposait de leur faire prochainement.
<p><a name="Footnote_33" id="Footnote_33" href="#FNanchor_33" class="label">[33]</a> D'un commun accord.</p>
-<p><a name="Footnote_34" id="Footnote_34" href="#FNanchor_34" class="label">[34]</a> <em>Qui alors estoit appele.</em> Ainsi portent tous les manuscrits, except
-le n<sup>o</sup> 218 du Sup. fr., o on lit: <em>Qui alo estoit appele.</em> Et je crois que
+<p><a name="Footnote_34" id="Footnote_34" href="#FNanchor_34" class="label">[34]</a> <em>Qui alors estoit appelée.</em> Ainsi portent tous les manuscrits, excepté
+le n<sup>o</sup> 218 du Sup. fr., où on lit: <em>Qui alo estoit appelée.</em> Et je crois que
c'est la seule bonne. <em>Alo</em> pour <em>aloi</em>, monnoie d'<em>aloi</em>. Il faut savoir que Philippe
-le Bel avoit depuis onze ans laiss dprcier les monnoies, et permis
- ceux qui en affermoient l'entreprise d'en altrer le titre. L'abus devint si
-grand, qu'il fallut songer y remdier: il fit donc rtablir l'ancien titre
+le Bel avoit depuis onze ans laissé déprécier les monnoies, et permis
+à ceux qui en affermoient l'entreprise d'en altérer le titre. L'abus devint si
+grand, qu'il fallut songer à y remédier: il fit donc rétablir l'ancien titre
de la monnoie publique, qu'il appella d'<em>aloi</em>, mais sans retirer de la circulation
-la monnoie altre. Ds lors on conoit que les cranciers voulussent
-tous tre pays en forte monnoie, et que les dbiteurs rclamassent le
-droit d'acquitter en mauvaises pices les obligations qu'ils avoient contractes
-sous l'influence de ces mauvaises pices. De l la querelle. (<em>Note de
-M. Paulin Pris.</em>)</p>
+la monnoie altérée. Dès lors on conçoit que les créanciers voulussent
+tous être payés en forte monnoie, et que les débiteurs réclamassent le
+droit d'acquitter en mauvaises pièces les obligations qu'ils avoient contractées
+sous l'influence de ces mauvaises pièces. De là la querelle. (<em>Note de
+M. Paulin Pâris.</em>)</p>
<p><a name="Footnote_35" id="Footnote_35" href="#FNanchor_35" class="label">[35]</a> <em>Espoir</em>, vraisemblablement.</p>
<p><a name="Footnote_36" id="Footnote_36" href="#FNanchor_36" class="label">[36]</a> Dans la Vieille-Rue-du-Temple.</p>
-<p><a name="Footnote_37" id="Footnote_37" href="#FNanchor_37" class="label">[37]</a> Assigrent, bloqurent tellement que.</p>
+<p><a name="Footnote_37" id="Footnote_37" href="#FNanchor_37" class="label">[37]</a> Assiégèrent, bloquèrent tellement que.</p>
-<p><a name="Footnote_38" id="Footnote_38" href="#FNanchor_38" class="label">[38]</a> De cet usage de pendre aux ormes qui ombrageaient l'entre des
+<p><a name="Footnote_38" id="Footnote_38" href="#FNanchor_38" class="label">[38]</a> De cet usage de pendre aux ormes qui ombrageaient l'entrée des
portes ne peut-on pas tirer l'origine du proverbe: <em>Attendez-moi sous
-l'orme?</em> Pour moi, je n'en fais aucun doute. (<em>Note de M. Paulin Pris.</em>)</p>
+l'orme?</em> Pour moi, je n'en fais aucun doute. (<em>Note de M. Paulin Pâris.</em>)</p>
-<p><a name="Footnote_39" id="Footnote_39" href="#FNanchor_39" class="label">[39]</a> A la place de Grve.</p>
+<p><a name="Footnote_39" id="Footnote_39" href="#FNanchor_39" class="label">[39]</a> A la place de Grève.</p>
<p><a name="Footnote_40" id="Footnote_40" href="#FNanchor_40" class="label">[40]</a> L'habit.</p>
<p><a name="Footnote_41" id="Footnote_41" href="#FNanchor_41" class="label">[41]</a> Une vieille peau d'homme.</p>
-<p><a name="Footnote_42" id="Footnote_42" href="#FNanchor_42" class="label">[42]</a> C'toit sans doute une momie gyptienne recueillie par les Templiers,
-et qu'on les accusa d'adorer. (<em>Note de M. Paulin Pris.</em>)</p>
+<p><a name="Footnote_42" id="Footnote_42" href="#FNanchor_42" class="label">[42]</a> C'étoit sans doute une momie égyptienne recueillie par les Templiers,
+et qu'on les accusa d'adorer. (<em>Note de M. Paulin Pâris.</em>)</p>
-<p><a name="Footnote_43" id="Footnote_43" href="#FNanchor_43" class="label">[43]</a> tant en couches.</p>
+<p><a name="Footnote_43" id="Footnote_43" href="#FNanchor_43" class="label">[43]</a> Étant en couches.</p>
<p><a name="Footnote_44" id="Footnote_44" href="#FNanchor_44" class="label">[44]</a> Couvent de Templiers.</p>
-<p><a name="Footnote_45" id="Footnote_45" href="#FNanchor_45" class="label">[45]</a> La Cornouailles est le diocse de Quimper, c'est--dire l'extrmit de
-la Bretagne. (<i lang="la" xml:lang="la">Cornu Galli</i>).</p>
+<p><a name="Footnote_45" id="Footnote_45" href="#FNanchor_45" class="label">[45]</a> La Cornouailles est le diocèse de Quimper, c'est-à-dire l'extrémité de
+la Bretagne. (<i lang="la" xml:lang="la">Cornu Galliæ</i>).</p>
-<p><a name="Footnote_46" id="Footnote_46" href="#FNanchor_46" class="label">[46]</a> Nous ne donnons ici que le prambule et les trois premiers articles
+<p><a name="Footnote_46" id="Footnote_46" href="#FNanchor_46" class="label">[46]</a> Nous ne donnons ici que le préambule et les trois premiers articles
de ces lettres si importantes et si peu connues de Charles de Valois.</p>
<p><a name="Footnote_47" id="Footnote_47" href="#FNanchor_47" class="label">[47]</a> Libre.</p>
@@ -17647,18 +17605,18 @@ de ces lettres si importantes et si peu connues de Charles de Valois.</p>
<p><a name="Footnote_48" id="Footnote_48" href="#FNanchor_48" class="label">[48]</a> Monde.</p>
<p><a name="Footnote_49" id="Footnote_49" href="#FNanchor_49" class="label">[49]</a> <em>Main morte</em>, servitude. <em>Main mortables</em> se disait des serfs dont les
-biens appartenaient au seigneur aprs leur mort; les serfs ne pouvaient tester
-que jusqu' cinq sols sans la permission de leur seigneur. Quand un serf
-mourait sans laisser de bien, on lui coupait la main droite, qu'on donnait
-son seigneur; de l les noms de <em>main morte</em> et <em>main mortable</em>.</p>
+biens appartenaient au seigneur après leur mort; les serfs ne pouvaient tester
+que jusqu'à cinq sols sans la permission de leur seigneur. Quand un serf
+mourait sans laisser de bien, on lui coupait la main droite, qu'on donnait à
+son seigneur; de là les noms de <em>main morte</em> et <em>main mortable</em>.</p>
-<p><a name="Footnote_50" id="Footnote_50" href="#FNanchor_50" class="label">[50]</a> <em>Formariage</em>, somme que payait un serf son seigneur pour pouvoir
-pouser une femme de condition libre ou une femme serve appartenant
- un autre seigneur.</p>
+<p><a name="Footnote_50" id="Footnote_50" href="#FNanchor_50" class="label">[50]</a> <em>Formariage</em>, somme que payait un serf à son seigneur pour pouvoir
+épouser une femme de condition libre ou une femme serve appartenant
+à un autre seigneur.</p>
<p><a name="Footnote_51" id="Footnote_51" href="#FNanchor_51" class="label">[51]</a> Choisir.</p>
-<p><a name="Footnote_52" id="Footnote_52" href="#FNanchor_52" class="label">[52]</a> <em>Franc</em>, libre; <em>franchise</em>, libert; <em>affranchir</em>, mettre en libert.</p>
+<p><a name="Footnote_52" id="Footnote_52" href="#FNanchor_52" class="label">[52]</a> <em>Franc</em>, libre; <em>franchise</em>, liberté; <em>affranchir</em>, mettre en liberté.</p>
<p><a name="Footnote_53" id="Footnote_53" href="#FNanchor_53" class="label">[53]</a> Origine.</p>
@@ -17666,210 +17624,210 @@ son seigneur; de l les noms de <em>main morte</em> et <em>main mortable</em>.</
<p><a name="Footnote_55" id="Footnote_55" href="#FNanchor_55" class="label">[55]</a> Le bailliage.</p>
-<p><a name="Footnote_56" id="Footnote_56" href="#FNanchor_56" class="label">[56]</a> Personne isole, particulire.</p>
+<p><a name="Footnote_56" id="Footnote_56" href="#FNanchor_56" class="label">[56]</a> Personne isolée, particulière.</p>
-<p><a name="Footnote_57" id="Footnote_57" href="#FNanchor_57" class="label">[57]</a> Muette, meute (<em>meute</em>), de <i lang="la" xml:lang="la">motus</i>, sdition.</p>
+<p><a name="Footnote_57" id="Footnote_57" href="#FNanchor_57" class="label">[57]</a> Muette, meute (<em>émeute</em>), de <i lang="la" xml:lang="la">motus</i>, sédition.</p>
<p><a name="Footnote_58" id="Footnote_58" href="#FNanchor_58" class="label">[58]</a> Et ils n'en eurent aucune punition. <em>Et il n'en fut rien.</em></p>
-<p><a name="Footnote_59" id="Footnote_59" href="#FNanchor_59" class="label">[59]</a> Lpreux.&mdash;Mesellerie, varit de la lpre.</p>
+<p><a name="Footnote_59" id="Footnote_59" href="#FNanchor_59" class="label">[59]</a> Lépreux.&mdash;Mesellerie, variété de la lèpre.</p>
-<p><a name="Footnote_60" id="Footnote_60" href="#FNanchor_60" class="label">[60]</a> <em>En l'un.</em> Dans l'une de ces assembles.</p>
+<p><a name="Footnote_60" id="Footnote_60" href="#FNanchor_60" class="label">[60]</a> <em>En l'un.</em> Dans l'une de ces assemblées.</p>
-<p><a name="Footnote_61" id="Footnote_61" href="#FNanchor_61" class="label">[61]</a> L'esclavage de corps ne cessa pas partout la fois: il se prolongea
+<p><a name="Footnote_61" id="Footnote_61" href="#FNanchor_61" class="label">[61]</a> L'esclavage de corps ne cessa pas partout à la fois: il se prolongea
surtout en Angleterre, par trois causes: le dur esprit des habitants; l'invasion
-normande, qui ranima le droit de conqute; l'usage du pays, qui
-n'admet l'abolition formelle d'aucune loi. En 1283, les annales du prieur
-de Dunstale fournissent cette note: Au mois de juillet de la prsente
-anne, nous avons vendu Guillaume <span class="smcap">Pyke</span>, notre esclave, et reu un
-marc du marchand. C'tait moins que le prix d'un cheval. Jusqu'au milieu
-du dix-septime sicle, dans ces guerres que les Anglais faisaient
-Charles I<sup>er</sup> pour la <em>libert des hommes</em>, on voit ces fameux niveleurs vendre
+normande, qui ranima le droit de conquête; l'usage du pays, qui
+n'admet l'abolition formelle d'aucune loi. En 1283, les annales du prieuré
+de Dunstale fournissent cette note: «Au mois de juillet de la présente
+année, nous avons vendu Guillaume <span class="smcap">Pyke</span>, notre esclave, et reçu un
+marc du marchand.» C'était moins que le prix d'un cheval. Jusqu'au milieu
+du dix-septième siècle, dans ces guerres que les Anglais faisaient à
+Charles I<sup>er</sup> pour la <em>liberté des hommes</em>, on voit ces fameux niveleurs vendre
comme esclaves des royalistes faits prisonniers sur le champ de bataille.</p>
-<p><a name="Footnote_62" id="Footnote_62" href="#FNanchor_62" class="label">[62]</a> Voyez dans la <cite>Revue franaise</cite> de juillet 1830 un article trs-ingnieux
-de M. Delcluse, sur <cite>Antar</cite>.</p>
+<p><a name="Footnote_62" id="Footnote_62" href="#FNanchor_62" class="label">[62]</a> Voyez dans la <cite>Revue française</cite> de juillet 1830 un article très-ingénieux
+de M. Delécluse, sur <cite>Antar</cite>.</p>
-<p><a name="Footnote_63" id="Footnote_63" href="#FNanchor_63" class="label">[63]</a> Les savants bndictins ne peuvent s'empcher de s'crier dans une
-note, avec toute la joie nave de l'rudition: Grati sint Nigello, qui veterum
-ritus nobis ediscerit!</p>
+<p><a name="Footnote_63" id="Footnote_63" href="#FNanchor_63" class="label">[63]</a> Les savants bénédictins ne peuvent s'empêcher de s'écrier dans une
+note, avec toute la joie naïve de l'érudition: «Gratiæ sint Nigello, qui veterum
+ritus nobis ediscerit!»</p>
-<p><a name="Footnote_64" id="Footnote_64" href="#FNanchor_64" class="label">[64]</a> Connue d'ailleurs la Chine, ainsi que la boussole, l'imprimerie, le
-gaz, etc. Ces dcouvertes matrielles devaient naturellement avoir lieu chez
-une socit longue vie, comme celle des Chinois.</p>
+<p><a name="Footnote_64" id="Footnote_64" href="#FNanchor_64" class="label">[64]</a> Connue d'ailleurs à la Chine, ainsi que la boussole, l'imprimerie, le
+gaz, etc. Ces découvertes matérielles devaient naturellement avoir lieu chez
+une société à longue vie, comme celle des Chinois.</p>
-<p><a name="Footnote_65" id="Footnote_65" href="#FNanchor_65" class="label">[65]</a> Cette lgante traduction est d'une femme (<cite>OEuvres de madame
+<p><a name="Footnote_65" id="Footnote_65" href="#FNanchor_65" class="label">[65]</a> Cette élégante traduction est d'une femme (<cite>OEuvres de madame
Guizot</cite>).</p>
<p><a name="Footnote_66" id="Footnote_66" href="#FNanchor_66" class="label">[66]</a> <span class="smcap">Guiberti</span>, <i lang="la" xml:lang="la">De vita sua</i>.</p>
-<p><a name="Footnote_67" id="Footnote_67" href="#FNanchor_67" class="label">[67]</a> <span class="smcap">Latour</span>, <cite>Hist. du Poitou</cite>; <span class="smcap">Sainte-Palaye</span>, <cite>Mm. sur l'anc. chev.</cite>,
+<p><a name="Footnote_67" id="Footnote_67" href="#FNanchor_67" class="label">[67]</a> <span class="smcap">Latour</span>, <cite>Hist. du Poitou</cite>; <span class="smcap">Sainte-Palaye</span>, <cite>Mém. sur l'anc. chev.</cite>,
<span class="smcap">V</span><sup>e</sup> partie, dans les notes, pag. 387.</p>
<p><a name="Footnote_68" id="Footnote_68" href="#FNanchor_68" class="label">[68]</a> <cite>Spicil.</cite>, tom. 1, pag. 73. <cite>Hist. des ouvr. des sav.</cite>, an 1700, pag. 72.
-<cite>Lettre sur le pch imaginaire</cite>, pag. 22 et suiv.</p>
+<cite>Lettre sur le péché imaginaire</cite>, pag. 22 et suiv.</p>
-<p><a name="Footnote_69" id="Footnote_69" href="#FNanchor_69" class="label">[69]</a> Isabelle, mre d'douard III, tait fille de Philippe IV, et Philippe
-de Valois tait petit-fils de Philippe, par Charles de Valois, frre de
-Philippe IV. Louis X avait laiss une fille nomme Jeanne, qui vivait encore
- l'poque de la mort de Charles VI, en 1328. (<em>Note de M. Buchon.</em>)</p>
+<p><a name="Footnote_69" id="Footnote_69" href="#FNanchor_69" class="label">[69]</a> Isabelle, mère d'Édouard III, était fille de Philippe IV, et Philippe
+de Valois était petit-fils de Philippe, par Charles de Valois, frère de
+Philippe IV. Louis X avait laissé une fille nommée Jeanne, qui vivait encore
+à l'époque de la mort de Charles VI, en 1328. (<em>Note de M. Buchon.</em>)</p>
<p><a name="Footnote_70" id="Footnote_70" href="#FNanchor_70" class="label">[70]</a> Blanche de Bourgogne, fille d'Othon IV, palatin de Bourgogne.</p>
<p><a name="Footnote_71" id="Footnote_71" href="#FNanchor_71" class="label">[71]</a> Marie de Luxembourg, fille de l'empereur Henri VII et de Marguerite
de Brabant.</p>
-<p><a name="Footnote_72" id="Footnote_72" href="#FNanchor_72" class="label">[72]</a> Jean de Luxembourg, roi de Bohme.</p>
+<p><a name="Footnote_72" id="Footnote_72" href="#FNanchor_72" class="label">[72]</a> Jean de Luxembourg, roi de Bohême.</p>
<p><a name="Footnote_73" id="Footnote_73" href="#FNanchor_73" class="label">[73]</a> Froissart veut apparemment faire entendre, par l'expression <em>son oncle
-de remariage</em>, que Louis comte d'vreux, frre du roi Philippe le Bel, tait
-issu du second mariage de Philippe le Hardi, leur pre commun, avec
+de remariage</em>, que Louis comte d'Évreux, frère du roi Philippe le Bel, était
+issu du second mariage de Philippe le Hardi, leur père commun, avec
Marie de Brabant. (<em>Note de M. Buchon.</em>)</p>
-<p><a name="Footnote_74" id="Footnote_74" href="#FNanchor_74" class="label">[74]</a> Charles le Bel mourut Vincennes, dans la nuit du 31 janvier au
-1<sup>er</sup> fvrier 1327, en commenant l'anne Pques suivant l'usage d'alors,
-et 1328, suivant notre manire actuelle de la commencer au 1<sup>er</sup> janvier.</p>
+<p><a name="Footnote_74" id="Footnote_74" href="#FNanchor_74" class="label">[74]</a> Charles le Bel mourut à Vincennes, dans la nuit du 31 janvier au
+1<sup>er</sup> février 1327, en commençant l'année à Pâques suivant l'usage d'alors,
+et 1328, suivant notre manière actuelle de la commencer au 1<sup>er</sup> janvier.</p>
-<p><a name="Footnote_75" id="Footnote_75" href="#FNanchor_75" class="label">[75]</a> Cette fille, nomme Blanche, vint au monde le 1<sup>er </sup>avril 1328.</p>
+<p><a name="Footnote_75" id="Footnote_75" href="#FNanchor_75" class="label">[75]</a> Cette fille, nommée Blanche, vint au monde le 1<sup>er </sup>avril 1328.</p>
-<p><a name="Footnote_76" id="Footnote_76" href="#FNanchor_76" class="label">[76]</a> Le dimanche de la Trinit tait cette anne le 29 mai.</p>
+<p><a name="Footnote_76" id="Footnote_76" href="#FNanchor_76" class="label">[76]</a> Le dimanche de la Trinité était cette année le 29 mai.</p>
-<p><a name="Footnote_77" id="Footnote_77" href="#FNanchor_77" class="label">[77]</a> Il s'agit de Gui de Chtillon, comte de Blois. Froissart l'appelle plus
-haut <em>mon trs-cher seigneur et matre</em>. Le chroniqueur s'tait attach
-lui en 1384, aprs la mort de Wenceslas, duc de Brabant.</p>
+<p><a name="Footnote_77" id="Footnote_77" href="#FNanchor_77" class="label">[77]</a> Il s'agit de Gui de Châtillon, comte de Blois. Froissart l'appelle plus
+haut <em>mon très-cher seigneur et maître</em>. Le chroniqueur s'était attaché à
+lui en 1384, après la mort de Wenceslas, duc de Brabant.</p>
<p><a name="Footnote_78" id="Footnote_78" href="#FNanchor_78" class="label">[78]</a> Chroniques, IV, ch. 1.</p>
-<p><a name="Footnote_79" id="Footnote_79" href="#FNanchor_79" class="label">[79]</a> Extrait de la Notice sur Froissart, publie par M. Yanoski, dans les
+<p><a name="Footnote_79" id="Footnote_79" href="#FNanchor_79" class="label">[79]</a> Extrait de la Notice sur Froissart, publiée par M. Yanoski, dans les
Extraits de Froissart (1 vol. in-12, dans la collection des chefs-d'&oelig;uvre de la
-littrature franaise, publie par MM. Didot).</p>
+littérature française, publiée par MM. Didot).</p>
-<p><a name="Footnote_80" id="Footnote_80" href="#FNanchor_80" class="label">[80]</a> C'est--dire, sans doute, <em>auprs de Cassel</em>; car les Flamands taient
-matres de la ville, comme Froissart le dira plus bas.</p>
+<p><a name="Footnote_80" id="Footnote_80" href="#FNanchor_80" class="label">[80]</a> C'est-à-dire, sans doute, <em>auprès de Cassel</em>; car les Flamands étaient
+maîtres de la ville, comme Froissart le dira plus bas.</p>
-<p><a name="Footnote_81" id="Footnote_81" href="#FNanchor_81" class="label">[81]</a> Le comte Louis dit de Crcy.</p>
+<p><a name="Footnote_81" id="Footnote_81" href="#FNanchor_81" class="label">[81]</a> Le comte Louis dit de Crécy.</p>
<p><a name="Footnote_82" id="Footnote_82" href="#FNanchor_82" class="label">[82]</a> Le Franc, <i lang="la" xml:lang="la">Franconatus, terra franca</i>. C'est une partie de la Flandre
-franaise qui fut cde la France par la paix des Pyrnes. Elle comprend
+française qui fut cédée à la France par la paix des Pyrénées. Elle comprend
les bailliages de Bourbourg, Bergues, Saint-Winox et Furnes, et outre
les chefs-lieux de ces bailliages, les villes de Dunkerque et de Gravelines.</p>
<p><a name="Footnote_83" id="Footnote_83" href="#FNanchor_83" class="label">[83]</a> Les historiens flamands le nomment Nicolas Zonnekins.</p>
-<p><a name="Footnote_84" id="Footnote_84" href="#FNanchor_84" class="label">[84]</a> Ils s'taient retranchs sur une minence la vue de Cassel dont ils
-taient en possession et qui leur servait comme de place forte. Ils firent arborer
-sur les murs des tours de Cassel une espce d'tendard sur lequel ils
+<p><a name="Footnote_84" id="Footnote_84" href="#FNanchor_84" class="label">[84]</a> Ils s'étaient retranchés sur une éminence à la vue de Cassel dont ils
+étaient en possession et qui leur servait comme de place forte. Ils firent arborer
+sur les murs des tours de Cassel une espèce d'étendard sur lequel ils
avaient fait peindre un coq avec ces mots:</p>
<p>/*
Quand ce coq ici chantera,
-Le <em>roi trouv</em> ci entrera.
+Le <em>roi trouvé</em> ci entrera.
*/</p>
-<p>Ils appelaient Philippe le <em>roi trouv</em>, parce qu'il n'avait pas d esprer
-d'tre roi. Aprs la victoire, Philippe fit mettre Cassel feu et sang.</p>
+<p>Ils appelaient Philippe le <em>roi trouvé</em>, parce qu'il n'avait pas dû espérer
+d'être roi. Après la victoire, Philippe fit mettre Cassel à feu et à sang.</p>
<p><a name="Footnote_85" id="Footnote_85" href="#FNanchor_85" class="label">[85]</a> Zonnekins.</p>
-<p><a name="Footnote_86" id="Footnote_86" href="#FNanchor_86" class="label">[86]</a> douard s'embarqua Douvres, le vendredi 26 mai 1329, vers midi.</p>
+<p><a name="Footnote_86" id="Footnote_86" href="#FNanchor_86" class="label">[86]</a> Édouard s'embarqua à Douvres, le vendredi 26 mai 1329, vers midi.</p>
<p><a name="Footnote_87" id="Footnote_87" href="#FNanchor_87" class="label">[87]</a> Man.</p>
-<p><a name="Footnote_88" id="Footnote_88" href="#FNanchor_88" class="label">[88]</a> Comme la date prcise de la mort de Gaucher de Chatillon, conntable
-de France, arrive dans le cours de cette anne 1329, n'est pas connue,
-on ignore si c'est de lui qu'il s'agit ici, ainsi que l'a pens du Chesne,
-ou de Raoul de Brienne, comte d'Eu, qui lui succda dans la dignit de
-conntable.</p>
+<p><a name="Footnote_88" id="Footnote_88" href="#FNanchor_88" class="label">[88]</a> Comme la date précise de la mort de Gaucher de Chatillon, connétable
+de France, arrivée dans le cours de cette année 1329, n'est pas connue,
+on ignore si c'est de lui qu'il s'agit ici, ainsi que l'a pensé du Chesne,
+ou de Raoul de Brienne, comte d'Eu, qui lui succéda dans la dignité de
+connétable.</p>
<p><a name="Footnote_89" id="Footnote_89" href="#FNanchor_89" class="label">[89]</a> Dom Jayme II d'Aragon, roi de Majorque et seigneur de Montpellier.</p>
-<p><a name="Footnote_90" id="Footnote_90" href="#FNanchor_90" class="label">[90]</a> Cette expression signifie qu'il tait issu du sang royal; il descendait
-en effet du roi Louis VIII, au 4<sup>e</sup> degr.</p>
+<p><a name="Footnote_90" id="Footnote_90" href="#FNanchor_90" class="label">[90]</a> Cette expression signifie qu'il était issu du sang royal; il descendait
+en effet du roi Louis VIII, au 4<sup>e</sup> degré.</p>
-<p><a name="Footnote_91" id="Footnote_91" href="#FNanchor_91" class="label">[91]</a> Il avait pous Jeanne de Valois, s&oelig;ur du roi.</p>
+<p><a name="Footnote_91" id="Footnote_91" href="#FNanchor_91" class="label">[91]</a> Il avait épousé Jeanne de Valois, s&oelig;ur du roi.</p>
-<p><a name="Footnote_92" id="Footnote_92" href="#FNanchor_92" class="label">[92]</a> Froissart veut parler des pices fausses fabriques par la demoiselle
+<p><a name="Footnote_92" id="Footnote_92" href="#FNanchor_92" class="label">[92]</a> Froissart veut parler des pièces fausses fabriquées par la demoiselle
de Divion.&mdash;Voyez le chapitre suivant.</p>
-<p><a name="Footnote_93" id="Footnote_93" href="#FNanchor_93" class="label">[93]</a> Colre.</p>
+<p><a name="Footnote_93" id="Footnote_93" href="#FNanchor_93" class="label">[93]</a> Colère.</p>
-<p><a name="Footnote_94" id="Footnote_94" href="#FNanchor_94" class="label">[94]</a> Beau-frre.</p>
+<p><a name="Footnote_94" id="Footnote_94" href="#FNanchor_94" class="label">[94]</a> Beau-frère.</p>
-<p><a name="Footnote_95" id="Footnote_95" href="#FNanchor_95" class="label">[95]</a> Il parat, par les dpositions des tmoins, qu'il se retira d'abord
-Bruxelles vers la fin d'aot ou le commencement de septembre 1331, environ
-six mois avant l'arrt par lequel il fut condamn au bannissement. Cet
-arrt fut rendu le 8 avril 1332 et ne fut publi que le 19 mai suivant.
-(<cite>Mm. de Lancelot</cite>, t. 8 du Recueil de l'Acadmie des Inscriptions, p. 617
+<p><a name="Footnote_95" id="Footnote_95" href="#FNanchor_95" class="label">[95]</a> Il paraît, par les dépositions des témoins, qu'il se retira d'abord à
+Bruxelles vers la fin d'août ou le commencement de septembre 1331, environ
+six mois avant l'arrêt par lequel il fut condamné au bannissement. Cet
+arrêt fut rendu le 8 avril 1332 et ne fut publié que le 19 mai suivant.
+(<cite>Mém. de Lancelot</cite>, t. 8 du Recueil de l'Académie des Inscriptions, p. 617
et 621.)</p>
-<p><a name="Footnote_96" id="Footnote_96" href="#FNanchor_96" class="label">[96]</a> Ils taient fils de Marie d'Artois, s&oelig;ur de Robert.</p>
+<p><a name="Footnote_96" id="Footnote_96" href="#FNanchor_96" class="label">[96]</a> Ils étaient fils de Marie d'Artois, s&oelig;ur de Robert.</p>
-<p><a name="Footnote_97" id="Footnote_97" href="#FNanchor_97" class="label">[97]</a> Froissart se trompe: on n'attenta point la libert de <em>Jean</em> et de
-<em>Charles d'Artois</em>, mais leurs frres, nomms <em>Jacques</em> et <em>Robert</em>, furent
-arrts en 1334 et enferms au chteau de Nemours, puis au Chteau-Gaillard
-d'Andelys, o ils taient encore le 1<sup>er</sup> mai 1347, sous la garde de
-Gauthier du Ru, cuyer, qui fournit cette poque un compte de leur dpense
-et de celle de vingt personnes attaches leur service.</p>
+<p><a name="Footnote_97" id="Footnote_97" href="#FNanchor_97" class="label">[97]</a> Froissart se trompe: on n'attenta point à la liberté de <em>Jean</em> et de
+<em>Charles d'Artois</em>, mais leurs frères, nommés <em>Jacques</em> et <em>Robert</em>, furent
+arrêtés en 1334 et enfermés au château de Nemours, puis au Château-Gaillard
+d'Andelys, où ils étaient encore le 1<sup>er</sup> mai 1347, sous la garde de
+Gauthier du Ru, écuyer, qui fournit à cette époque un compte de leur dépense
+et de celle de vingt personnes attachées à leur service.</p>
-<p><a name="Footnote_98" id="Footnote_98" href="#FNanchor_98" class="label">[98]</a> <em>Aoul</em> ou <em>Adolphe de La Marck</em>, vque de Lige.</p>
+<p><a name="Footnote_98" id="Footnote_98" href="#FNanchor_98" class="label">[98]</a> <em>Aoul</em> ou <em>Adolphe de La Marck</em>, évêque de Liége.</p>
-<p><a name="Footnote_99" id="Footnote_99" href="#FNanchor_99" class="label">[99]</a> Chteau sur la Meuse, prs de Lige.</p>
+<p><a name="Footnote_99" id="Footnote_99" href="#FNanchor_99" class="label">[99]</a> Château sur la Meuse, près de Liége.</p>
-<p><a name="Footnote_100" id="Footnote_100" href="#FNanchor_100" class="label">[100]</a> Hannut ou Hannuye, petite ville situe sur la Ghte dans le district
+<p><a name="Footnote_100" id="Footnote_100" href="#FNanchor_100" class="label">[100]</a> Hannut ou Hannuye, petite ville située sur la Ghète dans le district
de Louvain.</p>
<p><a name="Footnote_101" id="Footnote_101" href="#FNanchor_101" class="label">[101]</a> <em>Investiture.</em></p>
-<p><a name="Footnote_102" id="Footnote_102" href="#FNanchor_102" class="label">[102]</a> <em>De</em>, relativement .</p>
+<p><a name="Footnote_102" id="Footnote_102" href="#FNanchor_102" class="label">[102]</a> <em>De</em>, relativement à.</p>
-<p><a name="Footnote_103" id="Footnote_103" href="#FNanchor_103" class="label">[103]</a> Tout ce rcit est beaucoup plus exact que celui de Froissart. (<em>Note de
-M. Paulin Pris.</em>)</p>
+<p><a name="Footnote_103" id="Footnote_103" href="#FNanchor_103" class="label">[103]</a> Tout ce récit est beaucoup plus exact que celui de Froissart. (<em>Note de
+M. Paulin Pâris.</em>)</p>
<p><a name="Footnote_104" id="Footnote_104" href="#FNanchor_104" class="label">[104]</a> Jeanne de Valois, s&oelig;ur du roi de France.</p>
<p><a name="Footnote_105" id="Footnote_105" href="#FNanchor_105" class="label">[105]</a> Louis de Cressy, comte de Flandre, fut en guerre continuelle avec
-ses sujets. A cette poque, il se tenait rarement en son pays de Flandre,
+ses sujets. A cette époque, il se tenait rarement en son pays de Flandre, à
cause de ses querelles avec les Flamands et parce que les trois villes de
-Gand, Bruges et Ypres <em>gouvernoient le pays leur plaisir</em>. Louis s'tait
-brouill avec ses sujets pour s'tre dirig uniquement par les conseils d'un
-abb de Vzelai qui n'entendait rien l'administration et ne cherchait
-qu' s'enrichir.</p>
+Gand, Bruges et Ypres <em>gouvernoient le pays à leur plaisir</em>. Louis s'était
+brouillé avec ses sujets pour s'être dirigé uniquement par les conseils d'un
+abbé de Vézelai qui n'entendait rien à l'administration et ne cherchait
+qu'à s'enrichir.</p>
<p><a name="Footnote_106" id="Footnote_106" href="#FNanchor_106" class="label">[106]</a> <em>Tonnieu</em> ou <em>tonlieu</em>, droit que quelques seigneurs levaient sur certaines
-marchandises, dans l'tendue de leur seigneurie.</p>
+marchandises, dans l'étendue de leur seigneurie.</p>
-<p>Le <em>vinage</em> tait pareillement un droit ou un impt qui se levait sur le
+<p>Le <em>vinage</em> était pareillement un droit ou un impôt qui se levait sur le
vin.</p>
-<p><a name="Footnote_107" id="Footnote_107" href="#FNanchor_107" class="label">[107]</a> Les rois d'Angleterre ont conserv jusqu' la paix d'Amiens (1802)
-le titre de rois de France. En signant ce trait, le premier consul exigea
-que le roi d'Angleterre renont ce titre. Les rois de la Grande-Bretagne
-ont cependant conserv dans leur cusson les armes de France.</p>
+<p><a name="Footnote_107" id="Footnote_107" href="#FNanchor_107" class="label">[107]</a> Les rois d'Angleterre ont conservé jusqu'à la paix d'Amiens (1802)
+le titre de rois de France. En signant ce traité, le premier consul exigea
+que le roi d'Angleterre renonçât à ce titre. Les rois de la Grande-Bretagne
+ont cependant conservé dans leur écusson les armes de France.</p>
-<p><a name="Footnote_108" id="Footnote_108" href="#FNanchor_108" class="label">[108]</a> Ce fut en effet le 22 juin, avant-veille de la fte de saint Jean-Baptiste,
-qu'douard s'embarqua; et le combat dont Froissart va faire le rcit
-se donna le jour mme de la fte. (<em>Note de Buchon.</em>)</p>
+<p><a name="Footnote_108" id="Footnote_108" href="#FNanchor_108" class="label">[108]</a> Ce fut en effet le 22 juin, avant-veille de la fête de saint Jean-Baptiste,
+qu'Édouard s'embarqua; et le combat dont Froissart va faire le récit
+se donna le jour même de la fête. (<em>Note de Buchon.</em>)</p>
-<p><a name="Footnote_109" id="Footnote_109" href="#FNanchor_109" class="label">[109]</a> Gnois.</p>
+<p><a name="Footnote_109" id="Footnote_109" href="#FNanchor_109" class="label">[109]</a> Génois.</p>
-<p><a name="Footnote_110" id="Footnote_110" href="#FNanchor_110" class="label">[110]</a> Depuis six heures du matin jusqu'aprs midi.</p>
+<p><a name="Footnote_110" id="Footnote_110" href="#FNanchor_110" class="label">[110]</a> Depuis six heures du matin jusqu'après midi.</p>
-<p><a name="Footnote_111" id="Footnote_111" href="#FNanchor_111" class="label">[111]</a> Les historiens attribuent unanimement la dfaite des Franais la
+<p><a name="Footnote_111" id="Footnote_111" href="#FNanchor_111" class="label">[111]</a> Les historiens attribuent unanimement la défaite des Français à la
division des chefs et au peu de talent de Bahuchet. Barbevaire voulait que
-la flotte quittt la cte et allt la rencontre des Anglais; mais les amiraux
-franais s'obstinrent rester prs de la terre, resserrs dans une anse.
-Par cette mauvaise disposition, ils rendirent inutile la supriorit de leurs
-forces; elle leur devint mme nuisible, parce que les vaisseaux, n'ayant
+la flotte quittât la côte et allât à la rencontre des Anglais; mais les amiraux
+français s'obstinèrent à rester près de la terre, resserrés dans une anse.
+Par cette mauvaise disposition, ils rendirent inutile la supériorité de leurs
+forces; elle leur devint même nuisible, parce que les vaisseaux, n'ayant
pas assez d'espace pour man&oelig;uvrer, s'embarrassaient les uns les autres et ne
-pouvaient se prter de secours. Barbevaire, qui avait gagn le large avec sa
-division, eut seul le bonheur d'chapper; les deux amiraux franais furent
-battus et perdirent la vie. Hugues Quieret fut assassin de sang-froid,
-aprs avoir t fait prisonnier, et Bahuchet fut pendu au mt de son
-vaisseau. On value la perte totale 30,000 hommes, dont plus des trois
-quarts taient Franais. Le roi d'Angleterre fut lgrement bless la cuisse.
+pouvaient se prêter de secours. Barbevaire, qui avait gagné le large avec sa
+division, eut seul le bonheur d'échapper; les deux amiraux français furent
+battus et perdirent la vie. Hugues Quieret fut assassiné de sang-froid,
+après avoir été fait prisonnier, et Bahuchet fut pendu au mât de son
+vaisseau. On évalue la perte totale à 30,000 hommes, dont plus des trois
+quarts étaient Français. Le roi d'Angleterre fut légèrement blessé à la cuisse.
(<em>Note de Buchon.</em>)</p>
-<p><a name="Footnote_112" id="Footnote_112" href="#FNanchor_112" class="label">[112]</a> Bahuchet, trsorier de la couronne.</p>
+<p><a name="Footnote_112" id="Footnote_112" href="#FNanchor_112" class="label">[112]</a> Bahuchet, trésorier de la couronne.</p>
<p><a name="Footnote_113" id="Footnote_113" href="#FNanchor_113" class="label">[113]</a> Se saurait.</p>
@@ -17877,205 +17835,205 @@ quarts taient Franais. Le roi d'Angleterre fut lgrement bless la cuisse.
<p><a name="Footnote_115" id="Footnote_115" href="#FNanchor_115" class="label">[115]</a> Le 23 juin.</p>
-<p><a name="Footnote_116" id="Footnote_116" href="#FNanchor_116" class="label">[116]</a> Ville forte prs de l'cluse.</p>
+<p><a name="Footnote_116" id="Footnote_116" href="#FNanchor_116" class="label">[116]</a> Ville forte près de l'Écluse.</p>
-<p><a name="Footnote_117" id="Footnote_117" href="#FNanchor_117" class="label">[117]</a> <em>Coredon,</em> village sur le bord d'une petite anse, l'ouest de Saint-Pol
-de Lon. (<em>Note de Buchon.</em>)</p>
+<p><a name="Footnote_117" id="Footnote_117" href="#FNanchor_117" class="label">[117]</a> <em>Coredon,</em> village sur le bord d'une petite anse, à l'ouest de Saint-Pol
+de Léon. (<em>Note de Buchon.</em>)</p>
<p><a name="Footnote_118" id="Footnote_118" href="#FNanchor_118" class="label">[118]</a> Chertsey. (<em>Idem.</em>)</p>
<p><a name="Footnote_119" id="Footnote_119" href="#FNanchor_119" class="label">[119]</a> Avant midi.</p>
-<p><a name="Footnote_120" id="Footnote_120" href="#FNanchor_120" class="label">[120]</a> Son nom est Antonio Doria. Il tait un des chefs des Gibelins de Gnes,
-tandis que Charles Grimaldi tait du parti des Guelfes. Philippe de Valois
-avait pris en 1338 son service vingt galres armes par les Gibelins de
-Gnes et vingt autres armes par les Guelfes de Monaco. Antonio Doria
-commandait les quarante galres. Il fut cr amiral de France en 1339.
+<p><a name="Footnote_120" id="Footnote_120" href="#FNanchor_120" class="label">[120]</a> Son nom est Antonio Doria. Il était un des chefs des Gibelins de Gênes,
+tandis que Charles Grimaldi était du parti des Guelfes. Philippe de Valois
+avait pris en 1338 à son service vingt galères armées par les Gibelins de
+Gênes et vingt autres armées par les Guelfes de Monaco. Antonio Doria
+commandait les quarante galères. Il fut créé amiral de France en 1339.
(<em>Note de Buchon.</em>)</p>
<p><a name="Footnote_121" id="Footnote_121" href="#FNanchor_121" class="label">[121]</a> La Loire.</p>
-<p><a name="Footnote_122" id="Footnote_122" href="#FNanchor_122" class="label">[122]</a> Espce de galerie couverte faite de pices de bois, sous laquelle on
-approchait, sans danger, des murs d'une place assige. (<em>Note de Buchon.</em>)</p>
+<p><a name="Footnote_122" id="Footnote_122" href="#FNanchor_122" class="label">[122]</a> Espèce de galerie couverte faite de pièces de bois, sous laquelle on
+approchait, sans danger, des murs d'une place assiégée. (<em>Note de Buchon.</em>)</p>
-<p><a name="Footnote_123" id="Footnote_123" href="#FNanchor_123" class="label">[123]</a> Il parat que le comte de Montfort, voyant qu'il ne pouvait compter
-sur la fidlit des Nantais, traita lui-mme avec le duc de Normandie, auquel
-il se rendit, sauve la vie. Guillaume de Saint-Andr, auteur contemporain,
-prtend que le trait fut beaucoup moins dsavantageux pour le comte
+<p><a name="Footnote_123" id="Footnote_123" href="#FNanchor_123" class="label">[123]</a> Il paraît que le comte de Montfort, voyant qu'il ne pouvait compter
+sur la fidélité des Nantais, traita lui-même avec le duc de Normandie, auquel
+il se rendit, sauve la vie. Guillaume de Saint-André, auteur contemporain,
+prétend que le traité fut beaucoup moins désavantageux pour le comte
de Montfort; qu'il ne rendit Nantes au duc de Normandie que comme un
-dpt que celui-ci devait lui remettre dans l'tat o il l'avait reu; mais
-qu'il fut tromp par le duc et retenu prisonnier, malgr les saufs-conduits
-en bonne forme dont il tait muni de sa part. (<em>Note de Buchon.</em>)</p>
-
-<p><a name="Footnote_124" id="Footnote_124" href="#FNanchor_124" class="label">[124]</a> Le comte de Montfort ne mourut point en prison. Ds le 1<sup>er</sup> septembre
-1343 le parlement avait ordonn qu'il ft largi certaines conditions,
-ainsi que le rapporte du Tillet. Cet arrt ne fut point mis excution;
-mais le comte de Montfort trouva moyen de s'vader vers la fin d'avril ou
-le commencement de mai 1345, dguis en marchand. Il passa aussitt en
-Angleterre, o il fit hommage douard, pour le duch de Bretagne, le 20
-mai, comme on l'a remarqu ci-dessus, et, toujours poursuivi par la mauvaise
-fortune, il revint mourir au chteau de Hennebon en Bretagne, le
-26 septembre de la mme anne. (<em>Note de Buchon.</em>)</p>
-
-<p><a name="Footnote_125" id="Footnote_125" href="#FNanchor_125" class="label">[125]</a> Brest est beaucoup plus loign de Hennebon: aussi, suivant les
-historiens de Bretagne, ce fut dans le chteau d'Auray et non dans celui de
-Brest que la comtesse de Montfort se rfugia. (<em>Note de Buchon.</em>)</p>
-
-<p><a name="Footnote_126" id="Footnote_126" href="#FNanchor_126" class="label">[126]</a> Jusques aprs midi.</p>
-
-<p><a name="Footnote_127" id="Footnote_127" href="#FNanchor_127" class="label">[127]</a> La manire dont Froissart parle de ce lieu et la situation qu'il lui assigne
-ne peuvent convenir ni la ville de Dinant dans le diocse de Saint-Malo
-ni celle de Guingamp dans le diocse de Trguier, que quelques manuscrits
-et les imprims nomment au lieu de Dinant: l'une et l'autre sont trop
-loignes de Vannes et d'Auray. Peut-tre faudrait-il changer le <em>d</em> en <em>b</em>, et
+dépôt que celui-ci devait lui remettre dans l'état où il l'avait reçu; mais
+qu'il fut trompé par le duc et retenu prisonnier, malgré les saufs-conduits
+en bonne forme dont il était muni de sa part. (<em>Note de Buchon.</em>)</p>
+
+<p><a name="Footnote_124" id="Footnote_124" href="#FNanchor_124" class="label">[124]</a> Le comte de Montfort ne mourut point en prison. Dès le 1<sup>er</sup> septembre
+1343 le parlement avait ordonné qu'il fût élargi à certaines conditions,
+ainsi que le rapporte du Tillet. Cet arrêt ne fut point mis à exécution;
+mais le comte de Montfort trouva moyen de s'évader vers la fin d'avril ou
+le commencement de mai 1345, déguisé en marchand. Il passa aussitôt en
+Angleterre, où il fit hommage à Édouard, pour le duché de Bretagne, le 20
+mai, comme on l'a remarqué ci-dessus, et, toujours poursuivi par la mauvaise
+fortune, il revint mourir au château de Hennebon en Bretagne, le
+26 septembre de la même année. (<em>Note de Buchon.</em>)</p>
+
+<p><a name="Footnote_125" id="Footnote_125" href="#FNanchor_125" class="label">[125]</a> Brest est beaucoup plus éloigné de Hennebon: aussi, suivant les
+historiens de Bretagne, ce fut dans le château d'Auray et non dans celui de
+Brest que la comtesse de Montfort se réfugia. (<em>Note de Buchon.</em>)</p>
+
+<p><a name="Footnote_126" id="Footnote_126" href="#FNanchor_126" class="label">[126]</a> Jusques après midi.</p>
+
+<p><a name="Footnote_127" id="Footnote_127" href="#FNanchor_127" class="label">[127]</a> La manière dont Froissart parle de ce lieu et la situation qu'il lui assigne
+ne peuvent convenir ni à la ville de Dinant dans le diocèse de Saint-Malo
+ni à celle de Guingamp dans le diocèse de Tréguier, que quelques manuscrits
+et les imprimés nomment au lieu de Dinant: l'une et l'autre sont trop
+éloignées de Vannes et d'Auray. Peut-être faudrait-il changer le <em>d</em> en <em>b</em>, et
lire Bignant au lieu de Dignant. Bignant est un gros village ou bourg assez
-prs de Vannes et d'Auray, et trs-bien plac pour tre le thtre des faits
-que Froissart va raconter. Peut-tre aussi l'historien connaissait-il mal la
-gographie de la Bretagne et s'est-il tromp sur la position de Dinant. (<em>Note
+près de Vannes et d'Auray, et très-bien placé pour être le théâtre des faits
+que Froissart va raconter. Peut-être aussi l'historien connaissait-il mal la
+géographie de la Bretagne et s'est-il trompé sur la position de Dinant. (<em>Note
de Buchon.</em>)</p>
-<p><a name="Footnote_128" id="Footnote_128" href="#FNanchor_128" class="label">[128]</a> Il n'est gure possible que Louis d'Espagne ait rencontr sur sa route
-en allant d'Auray, soit Bignan, qui est au nord de cette place, soit Dinant,
-qui est l'orient, une assez grande distance, le chteau de Conqut,
-situ la pointe occidentale de la Bretagne. Il n'est gure plus possible
-que Gautier de Mauny se soit transport avec une troupe nombreuse, en
-une matine, de Hennebon au <em>Conqut de Brest</em>, c'est--dire plus de
-trente lieues. L'historien ignorait donc la position des lieux dont il a parl,
-moins qu'on ne suppose, ce qui n'est pas trs-vraisemblable, qu'il existait
-un autre chteau de Conqut que celui que nous connaissons. (<em>Note
+<p><a name="Footnote_128" id="Footnote_128" href="#FNanchor_128" class="label">[128]</a> Il n'est guère possible que Louis d'Espagne ait rencontré sur sa route
+en allant d'Auray, soit à Bignan, qui est au nord de cette place, soit à Dinant,
+qui est à l'orient, à une assez grande distance, le château de Conquêt,
+situé à la pointe occidentale de la Bretagne. Il n'est guère plus possible
+que Gautier de Mauny se soit transporté avec une troupe nombreuse, en
+une matinée, de Hennebon au <em>Conquêt de Brest</em>, c'est-à-dire à plus de
+trente lieues. L'historien ignorait donc la position des lieux dont il a parlé, à
+moins qu'on ne suppose, ce qui n'est pas très-vraisemblable, qu'il existait
+un autre château de Conquêt que celui que nous connaissons. (<em>Note
de Buchon.</em>)</p>
<p><a name="Footnote_129" id="Footnote_129" href="#FNanchor_129" class="label">[129]</a> On appelait ainsi la basse Bretagne; la haute se nommait Bretagne
Galot.</p>
-<p><a name="Footnote_130" id="Footnote_130" href="#FNanchor_130" class="label">[130]</a> Saint-Mathieu-Fin-de-Terre, cap situ la pointe occidentale de la
-Bretagne, prs du Conqut.</p>
+<p><a name="Footnote_130" id="Footnote_130" href="#FNanchor_130" class="label">[130]</a> Saint-Mathieu-Fin-de-Terre, cap situé à la pointe occidentale de la
+Bretagne, près du Conquêt.</p>
<p><a name="Footnote_131" id="Footnote_131" href="#FNanchor_131" class="label">[131]</a> En avait la principale gloire et le chapeau, ou la couronne.</p>
<p><a name="Footnote_132" id="Footnote_132" href="#FNanchor_132" class="label">[132]</a> Alphonse XI, roi de Castille.</p>
-<p><a name="Footnote_133" id="Footnote_133" href="#FNanchor_133" class="label">[133]</a> Le rcit des vnements de la guerre de Bretagne est en gnral assez
-exact; il s'accorde si bien avec les chartes et autres pices originales, que
+<p><a name="Footnote_133" id="Footnote_133" href="#FNanchor_133" class="label">[133]</a> Le récit des événements de la guerre de Bretagne est en général assez
+exact; il s'accorde si bien avec les chartes et autres pièces originales, que
les historiens de la province l'adoptent presque sans restriction. Mais il n'en
-est pas de mme de la chronologie; les faits ne sont pas toujours placs
+est pas de même de la chronologie; les faits ne sont pas toujours placés
dans l'ordre ni sous les dates qui leur conviennent, comme nous le remarquerons
- mesure que l'occasion s'en prsentera. Ici, par exemple, Froissart
-suppose l'anne 1342 prs de finir, de sorte qu'en suivant son calcul
-l'arrive de Robert d'Artois en Bretagne, celle du roi d'Angleterre et la plupart
-des autres faits qu'il va raconter se seraient passs dans le cours de
-l'anne 1343; tandis qu'il est constant, par le rcit des autres historiens et
-par les actes publis dans le recueil de Rymer et dans le volume des <cite>Preuves
-de l'Histoire de Bretagne</cite>, que ces vnements appartiennent l'anne
+à mesure que l'occasion s'en présentera. Ici, par exemple, Froissart
+suppose l'année 1342 près de finir, de sorte qu'en suivant son calcul
+l'arrivée de Robert d'Artois en Bretagne, celle du roi d'Angleterre et la plupart
+des autres faits qu'il va raconter se seraient passés dans le cours de
+l'année 1343; tandis qu'il est constant, par le récit des autres historiens et
+par les actes publiés dans le recueil de Rymer et dans le volume des <cite>Preuves
+de l'Histoire de Bretagne</cite>, que ces événements appartiennent à l'année
1342. (<em>Note de Buchon.</em>)</p>
<p><a name="Footnote_134" id="Footnote_134" href="#FNanchor_134" class="label">[134]</a> Afin de couvrir sa trahison.</p>
-<p><a name="Footnote_135" id="Footnote_135" href="#FNanchor_135" class="label">[135]</a> Il n'est fait cette poque, dans les autres historiens contemporains
-ni dans les monuments, aucune mention de trve entre Charles de Blois et
-la comtesse de Montfort. Je souponne que Froissart veut parler de celle
-qui fut conclue entre les deux parties au commencement de cette anne
-1342 pour durer jusqu' la belle saison. (<em>Note de Buchon.</em>)</p>
+<p><a name="Footnote_135" id="Footnote_135" href="#FNanchor_135" class="label">[135]</a> Il n'est fait à cette époque, dans les autres historiens contemporains
+ni dans les monuments, aucune mention de trêve entre Charles de Blois et
+la comtesse de Montfort. Je soupçonne que Froissart veut parler de celle
+qui fut conclue entre les deux parties au commencement de cette année
+1342 pour durer jusqu'à la belle saison. (<em>Note de Buchon.</em>)</p>
-<p><a name="Footnote_136" id="Footnote_136" href="#FNanchor_136" class="label">[136]</a> Il est absolument possible que la comtesse ait t alors en Angleterre;
-mais le silence des monuments et des historiens, except l'auteur anonyme
-de la chronique de Flandre, rend ce voyage trs-douteux. On peut souponner
-avec assez de vraisemblance que Froissart a plac mal propos sous
-cette anne un voyage qui n'eut lieu qu' la fin de juin ou au commencement
-de juillet de l'anne 1344. (<em>Note de Buchon.</em>)</p>
+<p><a name="Footnote_136" id="Footnote_136" href="#FNanchor_136" class="label">[136]</a> Il est absolument possible que la comtesse ait été alors en Angleterre;
+mais le silence des monuments et des historiens, excepté l'auteur anonyme
+de la chronique de Flandre, rend ce voyage très-douteux. On peut soupçonner
+avec assez de vraisemblance que Froissart a placé mal à propos sous
+cette année un voyage qui n'eut lieu qu'à la fin de juin ou au commencement
+de juillet de l'année 1344. (<em>Note de Buchon.</em>)</p>
-<p><a name="Footnote_137" id="Footnote_137" href="#FNanchor_137" class="label">[137]</a> Charles de Blois. Le loup se dit <em>bleiz</em> en bas-breton. Le pote fait un
+<p><a name="Footnote_137" id="Footnote_137" href="#FNanchor_137" class="label">[137]</a> Charles de Blois. Le loup se dit <em>bleiz</em> en bas-breton. Le poëte fait un
jeu de mots entre blois et bleiz.</p>
-<p><a name="Footnote_138" id="Footnote_138" href="#FNanchor_138" class="label">[138]</a> De Franais.</p>
+<p><a name="Footnote_138" id="Footnote_138" href="#FNanchor_138" class="label">[138]</a> De Français.</p>
-<p><a name="Footnote_139" id="Footnote_139" href="#FNanchor_139" class="label">[139]</a> douard dbarqua dans le port de Sandwich le 26 juillet.</p>
+<p><a name="Footnote_139" id="Footnote_139" href="#FNanchor_139" class="label">[139]</a> Édouard débarqua dans le port de Sandwich le 26 juillet.</p>
-<p><a name="Footnote_140" id="Footnote_140" href="#FNanchor_140" class="label">[140]</a> <em>La Hogue.</em> Assez prs de Saint-Sauveur-le-Viconte, l'hritage de
-messire Geoffroi de Harcourt. (Froissart.)</p>
+<p><a name="Footnote_140" id="Footnote_140" href="#FNanchor_140" class="label">[140]</a> <em>La Hogue.</em> «Assez près de Saint-Sauveur-le-Viconte, l'héritage de
+messire Geoffroi de Harcourt.» (Froissart.)</p>
-<p><a name="Footnote_141" id="Footnote_141" href="#FNanchor_141" class="label">[141]</a> Geoffroy d'Harcourt avait remplac Robert d'Artois dans les conseils
+<p><a name="Footnote_141" id="Footnote_141" href="#FNanchor_141" class="label">[141]</a> Geoffroy d'Harcourt avait remplacé Robert d'Artois dans les conseils
du roi d'Angleterre. (<em>Note de M. Paulin Paris.</em>)</p>
-<p><a name="Footnote_142" id="Footnote_142" href="#FNanchor_142" class="label">[142]</a> <em>Neuilly-l'vesque</em>, entre <em>Saint-L</em> et <em>Carentan</em>.</p>
+<p><a name="Footnote_142" id="Footnote_142" href="#FNanchor_142" class="label">[142]</a> <em>Neuilly-l'Évesque</em>, entre <em>Saint-Lô</em> et <em>Carentan</em>.</p>
-<p><a name="Footnote_143" id="Footnote_143" href="#FNanchor_143" class="label">[143]</a> <em>Montebourg</em>, deux lieues de Valognes.</p>
+<p><a name="Footnote_143" id="Footnote_143" href="#FNanchor_143" class="label">[143]</a> <em>Montebourg</em>, à deux lieues de Valognes.</p>
<p><a name="Footnote_144" id="Footnote_144" href="#FNanchor_144" class="label">[144]</a> Le Cotentin; chef-lieu Coutances.</p>
<p><a name="Footnote_145" id="Footnote_145" href="#FNanchor_145" class="label">[145]</a> Guillaume Bacon, le seigneur de la Roche-Taisson et Richard de
Persy. (<em>Note de M. Paulin Paris.</em>)</p>
-<p><a name="Footnote_146" id="Footnote_146" href="#FNanchor_146" class="label">[146]</a> <em>Thorigny</em>, trois lieues de <em>Saint-L</em>.</p>
+<p><a name="Footnote_146" id="Footnote_146" href="#FNanchor_146" class="label">[146]</a> <em>Thorigny</em>, à trois lieues de <em>Saint-Lô</em>.</p>
<p><a name="Footnote_147" id="Footnote_147" href="#FNanchor_147" class="label">[147]</a> Parcouroient.</p>
-<p><a name="Footnote_148" id="Footnote_148" href="#FNanchor_148" class="label">[148]</a> Les <em>Mureaux</em>, village prs de Meulan.</p>
+<p><a name="Footnote_148" id="Footnote_148" href="#FNanchor_148" class="label">[148]</a> Les <em>Mureaux</em>, village près de Meulan.</p>
-<p><a name="Footnote_149" id="Footnote_149" href="#FNanchor_149" class="label">[149]</a> <em>Montjoie.</em> C'tait le chteau fodal de l'abbaye de Saint-Denis, et
-c'est cause de lui que le cri de guerre du roi de France, porteur de l'oriflamme,
-fut <em>Montjoie-Saint-Denis!</em> Ce chteau fort tait situ au-dessous
+<p><a name="Footnote_149" id="Footnote_149" href="#FNanchor_149" class="label">[149]</a> <em>Montjoie.</em> C'était le château féodal de l'abbaye de Saint-Denis, et
+c'est à cause de lui que le cri de guerre du roi de France, porteur de l'oriflamme,
+fut <em>Montjoie-Saint-Denis!</em> Ce château fort était situé au-dessous
de Saint-Germain, vers <em>Joyenval</em>. (<cite>Extrait d'une note de M. Paulin
-Pris.</cite>)</p>
+Pâris.</cite>)</p>
<p><a name="Footnote_150" id="Footnote_150" href="#FNanchor_150" class="label">[150]</a> Entre <em>Amiens</em> et <em>Abbeville</em>.</p>
-<p><a name="Footnote_151" id="Footnote_151" href="#FNanchor_151" class="label">[151]</a> A trois lieues au del d'Abbeville.</p>
+<p><a name="Footnote_151" id="Footnote_151" href="#FNanchor_151" class="label">[151]</a> A trois lieues au delà d'Abbeville.</p>
-<p><a name="Footnote_152" id="Footnote_152" href="#FNanchor_152" class="label">[152]</a> Blanchetache est prs du Crotoy; il y avait un gu.</p>
+<p><a name="Footnote_152" id="Footnote_152" href="#FNanchor_152" class="label">[152]</a> Blanchetache est près du Crotoy; il y avait un gué.</p>
-<p><a name="Footnote_153" id="Footnote_153" href="#FNanchor_153" class="label">[153]</a> Bray-les-Mareuil, deux lieues d'Abbeville.</p>
+<p><a name="Footnote_153" id="Footnote_153" href="#FNanchor_153" class="label">[153]</a> Bray-les-Mareuil, à deux lieues d'Abbeville.</p>
-<p><a name="Footnote_154" id="Footnote_154" href="#FNanchor_154" class="label">[154]</a> Firent tirer trois canons. Voil cette fameuse mention de l'artillerie
-de Crcy. L'historien ne remarque pas que ces canons fussent une chose
-nouvelle, tout en attribuant leur effet la droute des archers gnois, et
-par consquent la perte de la bataille. Le continuateur franais de Nangis
-ajoute: Si que lesdis arbalestriers furent espouvents. (<em>Note de
-M. Paulin Pris.</em>)</p>
+<p><a name="Footnote_154" id="Footnote_154" href="#FNanchor_154" class="label">[154]</a> Firent tirer trois canons. Voilà cette fameuse mention de l'artillerie
+de Crécy. L'historien ne remarque pas que ces canons fussent une chose
+nouvelle, tout en attribuant à leur effet la déroute des archers génois, et
+par conséquent la perte de la bataille. Le continuateur français de Nangis
+ajoute: «Si que lesdis arbalestriers furent espouventés.» (<em>Note de
+M. Paulin Pâris.</em>)</p>
<p><a name="Footnote_155" id="Footnote_155" href="#FNanchor_155" class="label">[155]</a> Surtout.</p>
-<p><a name="Footnote_156" id="Footnote_156" href="#FNanchor_156" class="label">[156]</a> Jean, frre de Geoffroi de Harcourt.</p>
+<p><a name="Footnote_156" id="Footnote_156" href="#FNanchor_156" class="label">[156]</a> Jean, frère de Geoffroi de Harcourt.</p>
-<p><a name="Footnote_157" id="Footnote_157" href="#FNanchor_157" class="label">[157]</a> Et le roy fut toujours en son rang et en sa bataille, combien que
-peu de gens d'armes fussent demours avecque luy. Et receut maintes
+<p><a name="Footnote_157" id="Footnote_157" href="#FNanchor_157" class="label">[157]</a> «Et le roy fut toujours en son rang et en sa bataille, combien que
+peu de gens d'armes fussent demourés avecque luy. Et receut maintes
trais de sajettes de ses ennemis. Et quant vint vers l'anuitier, par le conseil,
-etc. (<em>Continuateur franais de Nangis.</em>)</p>
+etc.» (<em>Continuateur français de Nangis.</em>)</p>
-<p><a name="Footnote_158" id="Footnote_158" href="#FNanchor_158" class="label">[158]</a> Nos historiens modernes, d'aprs une leon mal lue de Froissart, ont
-fait tenir ici un <em>bon mot</em> Philippe de Valois, demandant l'entre du chteau
+<p><a name="Footnote_158" id="Footnote_158" href="#FNanchor_158" class="label">[158]</a> Nos historiens modernes, d'après une leçon mal lue de Froissart, ont
+fait tenir ici un <em>bon mot</em> à Philippe de Valois, demandant l'entrée du château
de La Bray: <em>Ouvrez, ouvrez, c'est la fortune de la France</em>. Au
-lieu de cela, il y a dans tous les manuscrits de Froissart, comme l'avoit remarqu
-M. Dacier, <em>Ouvrez, c'est l'infortun roi de France</em>. Ce qui est
-plus touchant et plus clair. (<em>Note de M. Paulin Pris.</em>)</p>
+lieu de cela, il y a dans tous les manuscrits de Froissart, comme l'avoit remarqué
+M. Dacier, <em>Ouvrez, c'est l'infortuné roi de France</em>. Ce qui est
+plus touchant et plus clair. (<em>Note de M. Paulin Pâris.</em>)</p>
<p><a name="Footnote_159" id="Footnote_159" href="#FNanchor_159" class="label">[159]</a> Fesses.</p>
<p><a name="Footnote_160" id="Footnote_160" href="#FNanchor_160" class="label">[160]</a> Hauts-de-chausses; le haut du pantalon.</p>
-<p><a name="Footnote_161" id="Footnote_161" href="#FNanchor_161" class="label">[161]</a> Vtement qui couvre la jambe; le bas du pantalon.</p>
+<p><a name="Footnote_161" id="Footnote_161" href="#FNanchor_161" class="label">[161]</a> Vêtement qui couvre la jambe; le bas du pantalon.</p>
-<p><a name="Footnote_162" id="Footnote_162" href="#FNanchor_162" class="label">[162]</a> Vtement et ornement de tte.</p>
+<p><a name="Footnote_162" id="Footnote_162" href="#FNanchor_162" class="label">[162]</a> Vêtement et ornement de tête.</p>
<p><a name="Footnote_163" id="Footnote_163" href="#FNanchor_163" class="label">[163]</a> Jongleurs.</p>
-<p><a name="Footnote_164" id="Footnote_164" href="#FNanchor_164" class="label">[164]</a> Flau.</p>
+<p><a name="Footnote_164" id="Footnote_164" href="#FNanchor_164" class="label">[164]</a> Fléau.</p>
-<p><a name="Footnote_165" id="Footnote_165" href="#FNanchor_165" class="label">[165]</a> Le 25 du mois d'aot.</p>
+<p><a name="Footnote_165" id="Footnote_165" href="#FNanchor_165" class="label">[165]</a> Le 25 du mois d'août.</p>
-<p><a name="Footnote_166" id="Footnote_166" href="#FNanchor_166" class="label">[166]</a> Le 26 du mois d'aot.</p>
+<p><a name="Footnote_166" id="Footnote_166" href="#FNanchor_166" class="label">[166]</a> Le 26 du mois d'août.</p>
-<p><a name="Footnote_167" id="Footnote_167" href="#FNanchor_167" class="label">[167]</a> Bohme.</p>
+<p><a name="Footnote_167" id="Footnote_167" href="#FNanchor_167" class="label">[167]</a> Bohême.</p>
-<p><a name="Footnote_168" id="Footnote_168" href="#FNanchor_168" class="label">[168]</a> Le 31 du mois d'aot.</p>
+<p><a name="Footnote_168" id="Footnote_168" href="#FNanchor_168" class="label">[168]</a> Le 31 du mois d'août.</p>
<p><a name="Footnote_169" id="Footnote_169" href="#FNanchor_169" class="label">[169]</a> A trois lieues d'Amiens.</p>
-<p><a name="Footnote_170" id="Footnote_170" href="#FNanchor_170" class="label">[170]</a> douard III prit possession de Calais le 3 ou le 4 aot de l'anne
-1347. La ville resta l'Angleterre pendant deux sicles. Ce fut le 8 janvier
-1558, sous le rgne de Henri II, que le duc de Guise la reprit aux Anglais.</p>
+<p><a name="Footnote_170" id="Footnote_170" href="#FNanchor_170" class="label">[170]</a> Édouard III prit possession de Calais le 3 ou le 4 août de l'année
+1347. La ville resta à l'Angleterre pendant deux siècles. Ce fut le 8 janvier
+1558, sous le règne de Henri II, que le duc de Guise la reprit aux Anglais.</p>
-<p><a name="Footnote_171" id="Footnote_171" href="#FNanchor_171" class="label">[171]</a> Daggeworth, capitaine anglais, tu dans un combat contre les Franais
+<p><a name="Footnote_171" id="Footnote_171" href="#FNanchor_171" class="label">[171]</a> Daggeworth, capitaine anglais, tué dans un combat contre les Français
en Bretagne.</p>
<p><a name="Footnote_172" id="Footnote_172" href="#FNanchor_172" class="label">[172]</a> Une faux.</p>
@@ -18086,134 +18044,134 @@ en Bretagne.</p>
<p><a name="Footnote_175" id="Footnote_175" href="#FNanchor_175" class="label">[175]</a> Cotte de mailles.</p>
-<p><a name="Footnote_176" id="Footnote_176" href="#FNanchor_176" class="label">[176]</a> pe courbe, en forme de faucille.</p>
+<p><a name="Footnote_176" id="Footnote_176" href="#FNanchor_176" class="label">[176]</a> Épée courbe, en forme de faucille.</p>
-<p><a name="Footnote_177" id="Footnote_177" href="#FNanchor_177" class="label">[177]</a> Charles de Blois, duc de Bretagne, comptiteur du comte de Montfort.</p>
+<p><a name="Footnote_177" id="Footnote_177" href="#FNanchor_177" class="label">[177]</a> Charles de Blois, duc de Bretagne, compétiteur du comte de Montfort.</p>
-<p><a name="Footnote_178" id="Footnote_178" href="#FNanchor_178" class="label">[178]</a> Budes de la Roche, aeul de Geoffroy.</p>
+<p><a name="Footnote_178" id="Footnote_178" href="#FNanchor_178" class="label">[178]</a> Budes de la Roche, aïeul de Geoffroy.</p>
-<p><a name="Footnote_179" id="Footnote_179" href="#FNanchor_179" class="label">[179]</a> tendard.</p>
+<p><a name="Footnote_179" id="Footnote_179" href="#FNanchor_179" class="label">[179]</a> Étendard.</p>
-<p><a name="Footnote_180" id="Footnote_180" href="#FNanchor_180" class="label">[180]</a> C'est la tactique ordinaire des Anglais; se tenir sur la dfensive, en
-masse compacte, et rsister avec opinitret toutes les attaques. C'est
-ainsi qu'ils combattirent Crcy, Poitiers, Azincourt, Waterloo, Inkermann.
-L'offensive n'est pas dans le gnie de cette nation.</p>
+<p><a name="Footnote_180" id="Footnote_180" href="#FNanchor_180" class="label">[180]</a> C'est la tactique ordinaire des Anglais; se tenir sur la défensive, en
+masse compacte, et résister avec opiniâtreté à toutes les attaques. C'est
+ainsi qu'ils combattirent à Crécy, Poitiers, Azincourt, Waterloo, Inkermann.
+L'offensive n'est pas dans le génie de cette nation.</p>
<p><a name="Footnote_181" id="Footnote_181" href="#FNanchor_181" class="label">[181]</a> Bembrough.</p>
-<p><a name="Footnote_182" id="Footnote_182" href="#FNanchor_182" class="label">[182]</a> Extrait des chants populaires de la Bretagne, recueillis, publis et
-traduits par M. de la Villemarqu, 3<sup>e</sup> dit., 2 vol. in-12, 1845.</p>
+<p><a name="Footnote_182" id="Footnote_182" href="#FNanchor_182" class="label">[182]</a> Extrait des chants populaires de la Bretagne, recueillis, publiés et
+traduits par M. de la Villemarqué, 3<sup>e</sup> édit., 2 vol. in-12, 1845.</p>
<p><a name="Footnote_183" id="Footnote_183" href="#FNanchor_183" class="label">[183]</a> Bembrough. Les historiens de Bretagne l'appellent Brambro.</p>
-<p><a name="Footnote_184" id="Footnote_184" href="#FNanchor_184" class="label">[184]</a> Cette relation de Froissart, indite avant l'dition des Chroniques de
-Froissart publie par M. Buchon, est le seul rcit en prose qui donne au
-combat des Trente une authenticit incontestable.</p>
+<p><a name="Footnote_184" id="Footnote_184" href="#FNanchor_184" class="label">[184]</a> Cette relation de Froissart, inédite avant l'édition des Chroniques de
+Froissart publiée par M. Buchon, est le seul récit en prose qui donne au
+combat des Trente une authenticité incontestable.</p>
-<p><a name="Footnote_185" id="Footnote_185" href="#FNanchor_185" class="label">[185]</a> <em>chiquier</em>, cour de justice.</p>
+<p><a name="Footnote_185" id="Footnote_185" href="#FNanchor_185" class="label">[185]</a> <em>Échiquier</em>, cour de justice.</p>
-<p><a name="Footnote_186" id="Footnote_186" href="#FNanchor_186" class="label">[186]</a> Au parlement, auquel tait runi l'ancienne cour des Pairs.</p>
+<p><a name="Footnote_186" id="Footnote_186" href="#FNanchor_186" class="label">[186]</a> Au parlement, auquel était réuni l'ancienne cour des Pairs.</p>
<p><a name="Footnote_187" id="Footnote_187" href="#FNanchor_187" class="label">[187]</a> Porta la main sur le.</p>
-<p><a name="Footnote_188" id="Footnote_188" href="#FNanchor_188" class="label">[188]</a> C'est--dire qu'ils lveraient et quiperaient leurs frais.</p>
+<p><a name="Footnote_188" id="Footnote_188" href="#FNanchor_188" class="label">[188]</a> C'est-à-dire qu'ils lèveraient et équiperaient à leurs frais.</p>
<p><a name="Footnote_189" id="Footnote_189" href="#FNanchor_189" class="label">[189]</a> Cinq millions.</p>
<p><a name="Footnote_190" id="Footnote_190" href="#FNanchor_190" class="label">[190]</a> <em>Tutelle.</em></p>
<p><a name="Footnote_191" id="Footnote_191" href="#FNanchor_191" class="label">[191]</a> <em>Cent sols.</em> Le terme moyen du salaire des ouvriers, outre leur nourriture,
-non pas Paris, mais dans les provinces, est aujourd'hui de <em>cent
-francs</em>; le sol du quatorzime sicle reprsente donc assez exactement <em>un
-franc</em> de notre temps. Ainsi pour apprcier l'impt qu'on venoit d'tablir,
-on ne sera pas trs-loign de la vrit en disant que les possesseurs d'un
-revenu de 1600 4000 francs furent tenus de payer une aide de 80 francs;
-ceux qui avaient 400 1600 francs furent taxs 40 francs. Enfin on
+non pas à Paris, mais dans les provinces, est aujourd'hui de <em>cent
+francs</em>; le sol du quatorzième siècle représente donc assez exactement <em>un
+franc</em> de notre temps. Ainsi pour apprécier l'impôt qu'on venoit d'établir,
+on ne sera pas très-éloigné de la vérité en disant que les possesseurs d'un
+revenu de 1600 à 4000 francs furent tenus de payer une aide de 80 francs;
+ceux qui avaient 400 à 1600 francs furent taxés à 40 francs. Enfin on
exigea 20 francs de ceux dont les appointemens, gages ou revenus n'atteignoient
-pas l'humble chiffre de 400 francs. D'aprs ce calcul, les cinq
-millions demands correspondroient une leve de cent millons pour nous.
-(<em>Note de M. Paulin Pris</em>, 1836.)</p>
+pas l'humble chiffre de 400 francs. D'après ce calcul, les cinq
+millions demandés correspondroient à une levée de cent millons pour nous.
+(<em>Note de M. Paulin Pâris</em>, 1836.)</p>
<p><a name="Footnote_192" id="Footnote_192" href="#FNanchor_192" class="label">[192]</a> 18 septembre.</p>
-<p><a name="Footnote_193" id="Footnote_193" href="#FNanchor_193" class="label">[193]</a> Prigord.</p>
+<p><a name="Footnote_193" id="Footnote_193" href="#FNanchor_193" class="label">[193]</a> Périgord.</p>
<p><a name="Footnote_194" id="Footnote_194" href="#FNanchor_194" class="label">[194]</a> Le continuateur de Guillaume de Nangis dit, en parlant de la prise
du roi Jean et de Philippe, son jeune fils: <i lang="la" xml:lang="la">Quod videns primogenitus ejus
-Karolus, dux Normandi, cum omnibus suis qui secum in armis aderant,
-dimisit prlium et recessit, et alii duo fratres sui similiter, videlicet
-dux andegavensis et comes pictavensis, filii regis</i>.&mdash;M. Graud,
-le dernier et savant diteur de Guillaume de Nangis, dit, propos de ce
-passage: Ce fut donc seulement aprs la prise du roi et la perte de la
+Karolus, dux Normandiæ, cum omnibus suis qui secum in armis aderant,
+dimisit prælium et recessit, et alii duo fratres sui similiter, videlicet
+dux andegavensis et comes pictavensis, filii regis</i>.&mdash;M. Géraud,
+le dernier et savant éditeur de Guillaume de Nangis, dit, à propos de ce
+passage: «Ce fut donc seulement après la prise du roi et la perte de la
bataille que le duc de Normandie se retira, et non, comme le fait entendre
-Froissart, au commencement ou au milieu de l'action. D'aprs les Grandes
-Chroniques, lorsque la dfaite des Franais fut consomme, <em>on fit retirer</em>
-de la mle le Dauphin et ses frres (t. VI, p. 33 et 34). Ces mois, <em>on fit
-retirer</em> semble dire que les princes ne songeaient gure leur sret. Et
-en effet une curieuse lettre du comte d'Armagnac, dont un fragment a t
-publi par M. Lacabane (<cite>Dict. de la Conversation</cite>, art. <em>Charles V</em>),
-prouve qu'ils s'loignrent du champ de bataille par ordre exprs du roi
-Jean. Voy. l'dition de la <cite>Chronique de Guillaume de Nangis</cite>, publie
-par M. Graud pour la Socit de l'histoire de France, t. II, p. 240. (<em>Note
+Froissart, au commencement ou au milieu de l'action. D'après les Grandes
+Chroniques, lorsque la défaite des Français fut consommée, <em>on fit retirer</em>
+de la mêlée le Dauphin et ses frères (t. VI, p. 33 et 34). Ces mois, <em>on fit
+retirer</em> semble dire que les princes ne songeaient guère à leur sûreté. Et
+en effet une curieuse lettre du comte d'Armagnac, dont un fragment a été
+publié par M. Lacabane (<cite>Dict. de la Conversation</cite>, art. <em>Charles V</em>),
+prouve qu'ils s'éloignèrent du champ de bataille par ordre exprès du roi
+Jean.» Voy. l'édition de la <cite>Chronique de Guillaume de Nangis</cite>, publiée
+par M. Géraud pour la Société de l'histoire de France, t. II, p. 240. (<em>Note
de M. Yanoski.</em>)</p>
-<p><a name="Footnote_195" id="Footnote_195" href="#FNanchor_195" class="label">[195]</a> Frres Mineurs ou Cordeliers.</p>
+<p><a name="Footnote_195" id="Footnote_195" href="#FNanchor_195" class="label">[195]</a> Frères Mineurs ou Cordeliers.</p>
-<p><a name="Footnote_196" id="Footnote_196" href="#FNanchor_196" class="label">[196]</a> tait incomptent pour le juger.</p>
+<p><a name="Footnote_196" id="Footnote_196" href="#FNanchor_196" class="label">[196]</a> Était incompétent pour le juger.</p>
-<p><a name="Footnote_197" id="Footnote_197" href="#FNanchor_197" class="label">[197]</a> Le roy Jean, rsolu se venger de Charles le Mauvais et le punir
-de l'assassinat du conntable Charles de la Cerda, l'arrta lui-mme Rouen,
+<p><a name="Footnote_197" id="Footnote_197" href="#FNanchor_197" class="label">[197]</a> Le roy Jean, résolu à se venger de Charles le Mauvais et à le punir
+de l'assassinat du connétable Charles de la Cerda, l'arrêta lui-même à Rouen,
le 16 avril 1356, au milieu d'un festin que lui donnait le Dauphin et pendant
-lequel il fut surpris tratreusement. Il fut dlivr de prison le 9 novembre
-1357 par les soins d'Etienne Marcel; et aussitt il vint Paris se mettre
-la tte des bourgeois soulevs contre le rgent.</p>
+lequel il fut surpris traîtreusement. Il fut délivré de prison le 9 novembre
+1357 par les soins d'Etienne Marcel; et aussitôt il vint à Paris se mettre à
+la tête des bourgeois soulevés contre le régent.</p>
-<p><a name="Footnote_198" id="Footnote_198" href="#FNanchor_198" class="label">[198]</a> C'est--dire 10 sols de ce temps, valant 10 francs en 1836.</p>
+<p><a name="Footnote_198" id="Footnote_198" href="#FNanchor_198" class="label">[198]</a> C'est-à-dire 10 sols de ce temps, valant 10 francs en 1836.</p>
<p><a name="Footnote_199" id="Footnote_199" href="#FNanchor_199" class="label">[199]</a> Garnis de <em>pavas</em> ou <em>pavois</em>, petit bouclier rond.</p>
<p><a name="Footnote_200" id="Footnote_200" href="#FNanchor_200" class="label">[200]</a> Environ 160 francs.</p>
-<p><a name="Footnote_201" id="Footnote_201" href="#FNanchor_201" class="label">[201]</a> Aux htels des monnaies.</p>
+<p><a name="Footnote_201" id="Footnote_201" href="#FNanchor_201" class="label">[201]</a> Aux hôtels des monnaies.</p>
-<p><a name="Footnote_202" id="Footnote_202" href="#FNanchor_202" class="label">[202]</a> Le chroniqueur ne juge pas propos de nous dire pourquoi le Rgent
-rappela les tats. Une meute eut lieu Paris, le 20 janvier, dans laquelle
-le peuple, soulev par tienne Marcel, obligea le Rgent renoncer faire
-circuler une mauvaise monnaie, rassembler les dputs des trois tats et
- chasser de son conseil sept de ses officiers.</p>
+<p><a name="Footnote_202" id="Footnote_202" href="#FNanchor_202" class="label">[202]</a> Le chroniqueur ne juge pas à propos de nous dire pourquoi le Régent
+rappela les États. Une émeute eut lieu à Paris, le 20 janvier, dans laquelle
+le peuple, soulevé par Étienne Marcel, obligea le Régent à renoncer à faire
+circuler une mauvaise monnaie, à rassembler les députés des trois États et
+à chasser de son conseil sept de ses officiers.</p>
-<p><a name="Footnote_203" id="Footnote_203" href="#FNanchor_203" class="label">[203]</a> C'tait une immense bougie roule. Il tait d'usage de faire ce don
+<p><a name="Footnote_203" id="Footnote_203" href="#FNanchor_203" class="label">[203]</a> C'était une immense bougie roulée. Il était d'usage de faire ce don à
Notre-Dame, la veille de l'Assomption.</p>
-<p><a name="Footnote_204" id="Footnote_204" href="#FNanchor_204" class="label">[204]</a> Difficult.</p>
+<p><a name="Footnote_204" id="Footnote_204" href="#FNanchor_204" class="label">[204]</a> Difficulté.</p>
-<p><a name="Footnote_205" id="Footnote_205" href="#FNanchor_205" class="label">[205]</a> Ou <em>Arleux-en-Palluel</em>, Bourg quatre lieues de Cambray.</p>
+<p><a name="Footnote_205" id="Footnote_205" href="#FNanchor_205" class="label">[205]</a> Ou <em>Arleux-en-Palluel</em>, Bourg à quatre lieues de Cambray.</p>
-<p><a name="Footnote_206" id="Footnote_206" href="#FNanchor_206" class="label">[206]</a> C'est--dire: Et le plus grand nombre favorisoit plutt son parti que
-celui des meneurs des trois tats. (<em>Note de M. Paulin Pris.</em>)</p>
+<p><a name="Footnote_206" id="Footnote_206" href="#FNanchor_206" class="label">[206]</a> C'est-à-dire: Et le plus grand nombre favorisoit plutôt son parti que
+celui des meneurs des trois états. (<em>Note de M. Paulin Pâris.</em>)</p>
-<p><a name="Footnote_207" id="Footnote_207" href="#FNanchor_207" class="label">[207]</a> Cette glise situe l'extrmit des rues <em>Mauconseil</em> et <em>Saint-Denis</em>,
-a t dmolie en 1822.</p>
+<p><a name="Footnote_207" id="Footnote_207" href="#FNanchor_207" class="label">[207]</a> Cette église située à l'extrémité des rues <em>Mauconseil</em> et <em>Saint-Denis</em>,
+a été démolie en 1822.</p>
-<p><a name="Footnote_208" id="Footnote_208" href="#FNanchor_208" class="label">[208]</a> Jeanne d'vreux, veuve de Charles IV, dit le Bel, et tante de Charles
-le Mauvais.&mdash;Blanche d'vreux, veuve de Philippe VI et s&oelig;ur de Charles
+<p><a name="Footnote_208" id="Footnote_208" href="#FNanchor_208" class="label">[208]</a> Jeanne d'Évreux, veuve de Charles IV, dit le Bel, et tante de Charles
+le Mauvais.&mdash;Blanche d'Évreux, veuve de Philippe VI et s&oelig;ur de Charles
le Mauvais.</p>
-<p><a name="Footnote_209" id="Footnote_209" href="#FNanchor_209" class="label">[209]</a> Cette glise toit l'entre actuelle de la rue de Saint-Landry, sur
-le quai de la Cit. (<em>Note de M. Paulin Pris.</em>)</p>
+<p><a name="Footnote_209" id="Footnote_209" href="#FNanchor_209" class="label">[209]</a> Cette église étoit à l'entrée actuelle de la rue de Saint-Landry, sur
+le quai de la Cité. (<em>Note de M. Paulin Pâris.</em>)</p>
-<p><a name="Footnote_210" id="Footnote_210" href="#FNanchor_210" class="label">[210]</a> <em>La Magdaleine.</em> L'glise de la Magdeleine-en-la-Cit toit sur l'emplacement
-de la maison n<sup>o</sup> 5 de la rue actuelle <em>de la Juiverie</em>. On a conserv
+<p><a name="Footnote_210" id="Footnote_210" href="#FNanchor_210" class="label">[210]</a> <em>La Magdaleine.</em> L'église de la Magdeleine-en-la-Cité étoit sur l'emplacement
+de la maison n<sup>o</sup> 5 de la rue actuelle <em>de la Juiverie</em>. On a conservé
l'ancien nom au passage qui divise cette maison. (<em>Note de M. Paulin
-Pris</em>, en 1836.)</p>
+Pâris</em>, en 1836.)</p>
-<p><a name="Footnote_211" id="Footnote_211" href="#FNanchor_211" class="label">[211]</a> <em>Brunette.</em> Etoffe fine et trs-recherche.&mdash;<em>Orfrois</em>, bordure, frange.&mdash;<em>Pers</em>,
+<p><a name="Footnote_211" id="Footnote_211" href="#FNanchor_211" class="label">[211]</a> <em>Brunette.</em> Etoffe fine et très-recherchée.&mdash;<em>Orfrois</em>, bordure, frange.&mdash;<em>Pers</em>,
bleu.</p>
-<p><a name="Footnote_212" id="Footnote_212" href="#FNanchor_212" class="label">[212]</a> Auvergne. Ce prlat tait Gilles Aycelin.</p>
+<p><a name="Footnote_212" id="Footnote_212" href="#FNanchor_212" class="label">[212]</a> Auvergne. Ce prélat était Gilles Aycelin.</p>
-<p><a name="Footnote_213" id="Footnote_213" href="#FNanchor_213" class="label">[213]</a> <em>Etre des fleurs de lis.</em> Belle et ancienne manire de dsigner les parents
-du roi, les princes du sang. (<em>Note de M. Paulin Pris.</em>)</p>
+<p><a name="Footnote_213" id="Footnote_213" href="#FNanchor_213" class="label">[213]</a> <em>Etre des fleurs de lis.</em> Belle et ancienne manière de désigner les parents
+du roi, les princes du sang. (<em>Note de M. Paulin Pâris.</em>)</p>
<p><a name="Footnote_214" id="Footnote_214" href="#FNanchor_214" class="label">[214]</a> Braisne.</p>
@@ -18221,225 +18179,225 @@ du roi, les princes du sang. (<em>Note de M. Paulin Pris.</em>)</p>
<p><a name="Footnote_216" id="Footnote_216" href="#FNanchor_216" class="label">[216]</a> Le Roi de Navarre.</p>
-<p><a name="Footnote_217" id="Footnote_217" href="#FNanchor_217" class="label">[217]</a> Le march de Meaux tait une forteresse importante.</p>
+<p><a name="Footnote_217" id="Footnote_217" href="#FNanchor_217" class="label">[217]</a> Le marché de Meaux était une forteresse importante.</p>
<p><a name="Footnote_218" id="Footnote_218" href="#FNanchor_218" class="label">[218]</a> Rendez-vous.</p>
<p><a name="Footnote_219" id="Footnote_219" href="#FNanchor_219" class="label">[219]</a> Aux gens du Vermandois ou de Saint-Quentin.</p>
-<p><a name="Footnote_220" id="Footnote_220" href="#FNanchor_220" class="label">[220]</a> <em>Mello</em> ou <em>Merlou</em>, quatre lieues de Senlis.</p>
+<p><a name="Footnote_220" id="Footnote_220" href="#FNanchor_220" class="label">[220]</a> <em>Mello</em> ou <em>Merlou</em>, à quatre lieues de Senlis.</p>
<p><a name="Footnote_221" id="Footnote_221" href="#FNanchor_221" class="label">[221]</a> Village entre Nemours et Fontainebleau.</p>
-<p><a name="Footnote_222" id="Footnote_222" href="#FNanchor_222" class="label">[222]</a> Cette liaison du roy de Navarre avec le partisan James Pipes n'tait
-peut-tre pas bien prouve; mais tout porte croire, surtout les sauf-conduits
-rapports plus haut, que Charles le Mauvais avait promis aux pillards
-de ne marcher ni faire marcher contre eux. Le dauphin, de son ct,
-priv d'argent par les tats qui percevaient toutes les taxes, ne pouvait
-runir dix hommes d'armes, avant les assembles de Compigne et de Vertus.
-Les malheurs publics permettaient donc aux missaires du Navarrais
-de calomnier le fils du roi et d'insinuer l'ide de transporter la couronne de
-France sur une tte plus puissante. (<em>Note de M. Paulin Pris.</em>)</p>
+<p><a name="Footnote_222" id="Footnote_222" href="#FNanchor_222" class="label">[222]</a> Cette liaison du roy de Navarre avec le partisan James Pipes n'était
+peut-être pas bien prouvée; mais tout porte à croire, surtout les sauf-conduits
+rapportés plus haut, que Charles le Mauvais avait promis aux pillards
+de ne marcher ni faire marcher contre eux. Le dauphin, de son côté,
+privé d'argent par les États qui percevaient toutes les taxes, ne pouvait
+réunir dix hommes d'armes, avant les assemblées de Compiègne et de Vertus.
+Les malheurs publics permettaient donc aux émissaires du Navarrais
+de calomnier le fils du roi et d'insinuer l'idée de transporter la couronne de
+France sur une tête plus puissante. (<em>Note de M. Paulin Pâris.</em>)</p>
-<p><a name="Footnote_223" id="Footnote_223" href="#FNanchor_223" class="label">[223]</a> <em>Entechi.</em> Affect.&mdash;Le bourreau tombait du haut mal.</p>
+<p><a name="Footnote_223" id="Footnote_223" href="#FNanchor_223" class="label">[223]</a> <em>Entechié.</em> Affecté.&mdash;Le bourreau tombait du haut mal.</p>
-<p><a name="Footnote_224" id="Footnote_224" href="#FNanchor_224" class="label">[224]</a> <em>Mucien</em> ou <em>Mulcien</em>. Partie de la Brie entre <em>Crpy</em> et <em>Crcy</em>.</p>
+<p><a name="Footnote_224" id="Footnote_224" href="#FNanchor_224" class="label">[224]</a> <em>Mucien</em> ou <em>Mulcien</em>. Partie de la Brie entre <em>Crépy</em> et <em>Crécy</em>.</p>
-<p><a name="Footnote_225" id="Footnote_225" href="#FNanchor_225" class="label">[225]</a> En effet, Charles le Mauvais, par les hommes, tait arrire-petit-fils
-de Philippe III, et sa mre Jeanne tait fille de Louis X. Philippe III avait
-eu pour troisime fils Louis comte d'vreux, pre de Philippe d'vreux,
-dont Charles le Mauvais tait fils.</p>
+<p><a name="Footnote_225" id="Footnote_225" href="#FNanchor_225" class="label">[225]</a> En effet, Charles le Mauvais, par les hommes, était arrière-petit-fils
+de Philippe III, et sa mère Jeanne était fille de Louis X. Philippe III avait
+eu pour troisième fils Louis comte d'Évreux, père de Philippe d'Évreux,
+dont Charles le Mauvais était fils.</p>
-<p><a name="Footnote_226" id="Footnote_226" href="#FNanchor_226" class="label">[226]</a> Bourg, quatre lieues de <em>Chteau-Thierry</em>.</p>
+<p><a name="Footnote_226" id="Footnote_226" href="#FNanchor_226" class="label">[226]</a> Bourg, à quatre lieues de <em>Château-Thierry</em>.</p>
<p><a name="Footnote_227" id="Footnote_227" href="#FNanchor_227" class="label">[227]</a> Bathilde.</p>
-<p><a name="Footnote_228" id="Footnote_228" href="#FNanchor_228" class="label">[228]</a> Petit village dpendant de la commune de Charenton.</p>
+<p><a name="Footnote_228" id="Footnote_228" href="#FNanchor_228" class="label">[228]</a> Petit village dépendant de la commune de Charenton.</p>
-<p><a name="Footnote_229" id="Footnote_229" href="#FNanchor_229" class="label">[229]</a> Trois heures aprs midi.</p>
+<p><a name="Footnote_229" id="Footnote_229" href="#FNanchor_229" class="label">[229]</a> Trois heures après midi.</p>
<p><a name="Footnote_230" id="Footnote_230" href="#FNanchor_230" class="label">[230]</a> Deux hosties.</p>
<p><a name="Footnote_231" id="Footnote_231" href="#FNanchor_231" class="label">[231]</a> A jeun, <i lang="la" xml:lang="la">jejunus</i>.</p>
-<p><a name="Footnote_232" id="Footnote_232" href="#FNanchor_232" class="label">[232]</a> Ce sont les troupes du rgent qui jetrent ce pont au dessous de Corbeil.</p>
+<p><a name="Footnote_232" id="Footnote_232" href="#FNanchor_232" class="label">[232]</a> Ce sont les troupes du régent qui jetèrent ce pont au dessous de Corbeil.</p>
<p><a name="Footnote_233" id="Footnote_233" href="#FNanchor_233" class="label">[233]</a> L'ajournement.</p>
<p><a name="Footnote_234" id="Footnote_234" href="#FNanchor_234" class="label">[234]</a> Sous sa sauve garde.</p>
<p><a name="Footnote_235" id="Footnote_235" href="#FNanchor_235" class="label">[235]</a> Ce passage, comme une foule d'autres, prouve bien qu'on n'exigeait
-pas des preuves de noblesse de tous ceux qu'on levait au rang de chevalier.
-(<em>Note de M. Paulin Pris.</em>)</p>
+pas des preuves de noblesse de tous ceux qu'on élevait au rang de chevalier.
+(<em>Note de M. Paulin Pâris.</em>)</p>
-<p><a name="Footnote_236" id="Footnote_236" href="#FNanchor_236" class="label">[236]</a> <em>En oubliette.</em> En prison perptuelle.</p>
+<p><a name="Footnote_236" id="Footnote_236" href="#FNanchor_236" class="label">[236]</a> <em>En oubliette.</em> En prison perpétuelle.</p>
-<p><a name="Footnote_237" id="Footnote_237" href="#FNanchor_237" class="label">[237]</a> Cette assertion est dmentie par des <em>lettres royaux</em> concernant l'lection
-des chevins et consuls de Lille, expdies ds le 2 d'octobre, trois
-jours aprs l'arrive du duc Paris, la tte desquelles il prend le titre de
-<em>lieutenant du roi de France</em>. Il convoqua d'ailleurs, dans la mme
-qualit, les tats gnraux pour le 15 du mme mois d'octobre. Il ne fit
-en cela qu'avancer de six semaines la convocation de cette assemble, que
-le roi son pre avait indique pour la Saint-Andr suivante, par l'article 7
-de l'ordonnance du 28 dcembre 1355. Au reste, Froissart parat avoir
-confondu les tats du mois d'octobre 1356 avec ceux qui s'assemblrent
-de nouveau le 5 fvrier 1357. (<em>Note de Buchon.</em>)</p>
+<p><a name="Footnote_237" id="Footnote_237" href="#FNanchor_237" class="label">[237]</a> Cette assertion est démentie par des <em>lettres royaux</em> concernant l'élection
+des échevins et consuls de Lille, expédiées dès le 2 d'octobre, trois
+jours après l'arrivée du duc à Paris, à la tête desquelles il prend le titre de
+<em>lieutenant du roi de France</em>. Il convoqua d'ailleurs, dans la même
+qualité, les états généraux pour le 15 du même mois d'octobre. Il ne fit
+en cela qu'avancer de six semaines la convocation de cette assemblée, que
+le roi son père avait indiquée pour la Saint-André suivante, par l'article 7
+de l'ordonnance du 28 décembre 1355. Au reste, Froissart paraît avoir
+confondu les états du mois d'octobre 1356 avec ceux qui s'assemblèrent
+de nouveau le 5 février 1357. (<em>Note de Buchon.</em>)</p>
-<p><a name="Footnote_238" id="Footnote_238" href="#FNanchor_238" class="label">[238]</a> La maltte tait un impt extraordinaire lev pour la premire fois
-en 1296, par Philippe le Bel. C'tait d'abord le centime, puis le cinquantime
-des biens des laques et du clerg. (<em>Note de Buchon.</em>)</p>
+<p><a name="Footnote_238" id="Footnote_238" href="#FNanchor_238" class="label">[238]</a> La maltôte était un impôt extraordinaire levé pour la première fois
+en 1296, par Philippe le Bel. C'était d'abord le centième, puis le cinquantième
+des biens des laïques et du clergé. (<em>Note de Buchon.</em>)</p>
-<p><a name="Footnote_239" id="Footnote_239" href="#FNanchor_239" class="label">[239]</a> Pierre de La Forest, archevque de Rouen.</p>
+<p><a name="Footnote_239" id="Footnote_239" href="#FNanchor_239" class="label">[239]</a> Pierre de La Forest, archevêque de Rouen.</p>
-<p><a name="Footnote_240" id="Footnote_240" href="#FNanchor_240" class="label">[240]</a> Premier prsident du parlement de Paris.</p>
+<p><a name="Footnote_240" id="Footnote_240" href="#FNanchor_240" class="label">[240]</a> Premier président du parlement de Paris.</p>
-<p><a name="Footnote_241" id="Footnote_241" href="#FNanchor_241" class="label">[241]</a> Jean Poillevilain, bourgeois de Paris, souverain matre des monnaies
-et matre des comptes.</p>
+<p><a name="Footnote_241" id="Footnote_241" href="#FNanchor_241" class="label">[241]</a> Jean Poillevilain, bourgeois de Paris, souverain maître des monnaies
+et maître des comptes.</p>
-<p><a name="Footnote_242" id="Footnote_242" href="#FNanchor_242" class="label">[242]</a> Cette monnaie tait en usage ds le temps de saint Louis; elle dura
-jusqu'au rgne de Charles VII.</p>
+<p><a name="Footnote_242" id="Footnote_242" href="#FNanchor_242" class="label">[242]</a> Cette monnaie était en usage dès le temps de saint Louis; elle dura
+jusqu'au règne de Charles VII.</p>
-<p><a name="Footnote_243" id="Footnote_243" href="#FNanchor_243" class="label">[243]</a> Knyghton rapporte un trait assez singulier, l'occasion des mouvements
+<p><a name="Footnote_243" id="Footnote_243" href="#FNanchor_243" class="label">[243]</a> Knyghton rapporte un trait assez singulier, à l'occasion des mouvements
que se donna le pape pour procurer la paix entre la France et l'Angleterre
-aprs la bataille de Poitiers, et de la partialit qu'il montrait pour
-la France, sa patrie. Pour insulter aux Franais, dit-il, qui s'taient laiss
-battre par une poigne d'Anglais, on afficha en plusieurs lieux ces mots:
+après la bataille de Poitiers, et de la partialité qu'il montrait pour
+la France, sa patrie. Pour insulter aux Français, dit-il, qui s'étaient laissé
+battre par une poignée d'Anglais, on afficha en plusieurs lieux ces mots:
<em>Ore est le pape devenu Franceys e Jesu devenu Engley: Ore sera
veou qe fra plus ly pape ou Jesus</em>. (<em>Note de Buchon.</em>)</p>
-<p><a name="Footnote_244" id="Footnote_244" href="#FNanchor_244" class="label">[244]</a> Froissart intervertit l'ordre des faits en plaant celui-ci, qui est du
-22 fvrier 1357 (1358), suivant les autres historiens contemporains, avant
-la dlivrance du roi de Navarre, que les mmes historiens fixent la fin
-de l'anne prcdente. (<em>Note de Buchon.</em>)</p>
+<p><a name="Footnote_244" id="Footnote_244" href="#FNanchor_244" class="label">[244]</a> Froissart intervertit l'ordre des faits en plaçant celui-ci, qui est du
+22 février 1357 (1358), suivant les autres historiens contemporains, avant
+la délivrance du roi de Navarre, que les mêmes historiens fixent à la fin
+de l'année précédente. (<em>Note de Buchon.</em>)</p>
-<p><a name="Footnote_245" id="Footnote_245" href="#FNanchor_245" class="label">[245]</a> Le premier tait marchal du duch de Normandie et le second du
-comt de Champagne.</p>
+<p><a name="Footnote_245" id="Footnote_245" href="#FNanchor_245" class="label">[245]</a> Le premier était maréchal du duché de Normandie et le second du
+comté de Champagne.</p>
-<p><a name="Footnote_246" id="Footnote_246" href="#FNanchor_246" class="label">[246]</a> Renaud d'Acy, avocat gnral, fut tu non dans la chambre du dauphin,
-mais dans la boutique d'un ptissier, prs de l'glise de la Magdeleine,
-en retournant du palais vers Saint-Landry, o sa maison tait situe.
-Froissart parat avoir t assez mal inform des circonstances de cet vnement.
+<p><a name="Footnote_246" id="Footnote_246" href="#FNanchor_246" class="label">[246]</a> Renaud d'Acy, avocat général, fut tué non dans la chambre du dauphin,
+mais dans la boutique d'un pâtissier, près de l'église de la Magdeleine,
+en retournant du palais vers Saint-Landry, où sa maison était située.
+Froissart paraît avoir été assez mal informé des circonstances de cet événement.
(<em>Note de Buchon.</em>)</p>
<p><a name="Footnote_247" id="Footnote_247" href="#FNanchor_247" class="label">[247]</a> Le continuateur de Nangis nous apprend quelle fut la cause de la
-Jacquerie. Dans l't de l'anne 1358, dit-il, les paysans des environs de
-Saint-Leu et de Clermont au diocse de Beauvais, ne pouvant plus supporter
-les maux qui les accablaient de tous cts, et voyant que leurs seigneurs,
-loin de les dfendre, les opprimaient et leur causaient plus de dommages
-que les ennemis, crurent qu'il leur tait permis de se soulever contre les
+Jacquerie. «Dans l'été de l'année 1358, dit-il, les paysans des environs de
+Saint-Leu et de Clermont au diocèse de Beauvais, ne pouvant plus supporter
+les maux qui les accablaient de tous côtés, et voyant que leurs seigneurs,
+loin de les défendre, les opprimaient et leur causaient plus de dommages
+que les ennemis, crurent qu'il leur était permis de se soulever contre les
nobles du royaume et de prendre leur revanche des mauvais traitements
-qu'ils en avaient reus.</p>
+qu'ils en avaient reçus.»</p>
-<p><a name="Footnote_248" id="Footnote_248" href="#FNanchor_248" class="label">[248]</a> Il est nomm <em>Guillaume Callet</em> et quelquefois <em>Caillet</em> dans les <cite>Chroniques
-de France</cite>. Le nom de <em>Jacques Bonhomme</em> tait donc une espce de
+<p><a name="Footnote_248" id="Footnote_248" href="#FNanchor_248" class="label">[248]</a> Il est nommé <em>Guillaume Callet</em> et quelquefois <em>Caillet</em> dans les <cite>Chroniques
+de France</cite>. Le nom de <em>Jacques Bonhomme</em> était donc une espèce de
sobriquet: on lit dans le second continuateur de Nangis qu'on le donnait aux
-paysans ds l'anne 1356. En ce temps-l, dit-il, les nobles pour se moquer
-des paysans les nommaient <em>Jacques Bonhomme</em>; et on appelait communment
-de ce nom les paysans qui servaient dans les armes. Peut-tre ce
-sobriquet venait-il de ce qu'ils taient arms de <em>jacques</em>, espce de casaque
-contrepointe qui se mettait autrefois par-dessus la cuirasse, et de ce qu'on
-appelait alors assez communment en France les paysans <em>bons hommes</em>,
+paysans dès l'année 1356. «En ce temps-là, dit-il, les nobles pour se moquer
+des paysans les nommaient <em>Jacques Bonhomme</em>; et on appelait communément
+de ce nom les paysans qui servaient dans les armées.» Peut-être ce
+sobriquet venait-il de ce qu'ils étaient armés de <em>jacques</em>, espèce de casaque
+contrepointée qui se mettait autrefois par-dessus la cuirasse, et de ce qu'on
+appelait alors assez communément en France les paysans <em>bons hommes</em>,
comme on peut le voir dans plusieurs passages de Froissart. (<em>Note de
Buchon.</em>)</p>
<p><a name="Footnote_249" id="Footnote_249" href="#FNanchor_249" class="label">[249]</a> Des environs de Corbie.</p>
<p><a name="Footnote_250" id="Footnote_250" href="#FNanchor_250" class="label">[250]</a> Guillaume Caillet, leur chef, y fut pris, et le roi de Navarre lui fit
-couper la tte Clermont.</p>
+couper la tête à Clermont.</p>
-<p><a name="Footnote_251" id="Footnote_251" href="#FNanchor_251" class="label">[251]</a> C'est--dire dans le parti anglais.</p>
+<p><a name="Footnote_251" id="Footnote_251" href="#FNanchor_251" class="label">[251]</a> C'est-à-dire dans le parti anglais.</p>
-<p><a name="Footnote_252" id="Footnote_252" href="#FNanchor_252" class="label">[252]</a> Gens de la Hasbaigne ou Hasbaine, partie du Brabant et du comt
+<p><a name="Footnote_252" id="Footnote_252" href="#FNanchor_252" class="label">[252]</a> Gens de la Hasbaigne ou Hasbaine, partie du Brabant et du comté
de Namur.</p>
-<p><a name="Footnote_253" id="Footnote_253" href="#FNanchor_253" class="label">[253]</a> Jean de Sgure, capitaine anglais.</p>
-
-<p><a name="Footnote_254" id="Footnote_254" href="#FNanchor_254" class="label">[254]</a> Cette assemble tait indique pour le dimanche 19 mai; mais les
-chemins taient si infests par les Anglais et les Navarrais qui occupaient
-plusieurs forteresses de tous les cts par o on pouvait venir Paris, et
-par les garnisons franaises, qui pillaient autant que les Anglais, qu'un
-grand nombre de personnes ne purent s'y rendre, quoiqu'on et prolong
-jusqu'au samedi 25 mai le jour de l'ouverture des tats. (<em>Note de Buchon.</em>)</p>
-
-<p><a name="Footnote_255" id="Footnote_255" href="#FNanchor_255" class="label">[255]</a> Par ce trait, Jean cdait douard la Normandie, la Saintonge, l'Agnois,
-le Quercy, le Prigord, le Limousin, la Touraine, etc.; en un mot,
-les deux tiers de la France, pour les possder en toute souverainet.</p>
-
-<p><a name="Footnote_256" id="Footnote_256" href="#FNanchor_256" class="label">[256]</a> Il fut aussi rgl dans ces tats que les nobles serviraient un mois
-leurs dpens, non compris dans ce mois le temps qu'ils seraient en route
-pour se rendre l'arme et pour en revenir; et qu'ils payeraient les impositions
-octroyes par les bonnes villes. Les gens d'glise offrirent aussi de les
-payer. La ville de Paris s'engagea pour elle et pour la vicomt d'entretenir
-six cents glaives, quatre cents archers et mille brigands. Les dputs des
-autres villes ne voulurent rien octroyer sans <em>parler leurs villes</em>, parce
-qu'apparemment on ne leur avait pas donn pouvoir d'accorder un subside.
+<p><a name="Footnote_253" id="Footnote_253" href="#FNanchor_253" class="label">[253]</a> Jean de Ségure, capitaine anglais.</p>
+
+<p><a name="Footnote_254" id="Footnote_254" href="#FNanchor_254" class="label">[254]</a> Cette assemblée était indiquée pour le dimanche 19 mai; mais les
+chemins étaient si infestés par les Anglais et les Navarrais qui occupaient
+plusieurs forteresses de tous les côtés par où on pouvait venir à Paris, et
+par les garnisons françaises, qui pillaient autant que les Anglais, qu'un
+grand nombre de personnes ne purent s'y rendre, quoiqu'on eût prolongé
+jusqu'au samedi 25 mai le jour de l'ouverture des états. (<em>Note de Buchon.</em>)</p>
+
+<p><a name="Footnote_255" id="Footnote_255" href="#FNanchor_255" class="label">[255]</a> Par ce traité, Jean cédait à Édouard la Normandie, la Saintonge, l'Agénois,
+le Quercy, le Périgord, le Limousin, la Touraine, etc.; en un mot,
+les deux tiers de la France, pour les posséder en toute souveraineté.</p>
+
+<p><a name="Footnote_256" id="Footnote_256" href="#FNanchor_256" class="label">[256]</a> Il fut aussi réglé dans ces états que les nobles serviraient un mois à
+leurs dépens, non compris dans ce mois le temps qu'ils seraient en route
+pour se rendre à l'armée et pour en revenir; et qu'ils payeraient les impositions
+octroyées par les bonnes villes. Les gens d'église offrirent aussi de les
+payer. La ville de Paris s'engagea pour elle et pour la vicomté d'entretenir
+six cents glaives, quatre cents archers et mille brigands. Les députés des
+autres villes ne voulurent rien octroyer sans <em>parler à leurs villes</em>, parce
+qu'apparemment on ne leur avait pas donné pouvoir d'accorder un subside.
On ordonna qu'ils s'en retourneraient dans leurs villes et qu'ils enverraient
-leur rponse avant le lundi qui suit la Trinit. Plusieurs villes envoyrent
-cette rponse, qui fut, que le plat pays tant dtruit par les Anglais et le
-Navarrais et par les garnisons franaises, elles ne pouvaient accomplir le
-nombre des 1,200 glaives qui avaient t accords. (<cite>Prface du t. III des
+leur réponse avant le lundi qui suit la Trinité. Plusieurs villes envoyèrent
+cette réponse, qui fut, que le plat pays étant détruit par les Anglais et le
+Navarrais et par les garnisons françaises, elles ne pouvaient accomplir le
+nombre des 1,200 glaives qui avaient été accordés. (<cite>Préface du t. III des
Ordonnances.</cite>)</p>
-<p><a name="Footnote_257" id="Footnote_257" href="#FNanchor_257" class="label">[257]</a> Froissart se trompe sur le lieu o le roi Jean fut mis en prison avant
-le dpart d'douard pour la France. Il parat, par plusieurs pices que
-Rymer a recueillies, que ce prince fut enferm vers le mois d'aot au
-chteau de Sommerton, qu'il y resta jusqu'au mois de mars de l'anne suivante,
-et qu'alors seulement il fut transfr la Tour de Londres. (<em>Note de
+<p><a name="Footnote_257" id="Footnote_257" href="#FNanchor_257" class="label">[257]</a> Froissart se trompe sur le lieu où le roi Jean fut mis en prison avant
+le départ d'Édouard pour la France. Il paraît, par plusieurs pièces que
+Rymer a recueillies, que ce prince fut enfermé vers le mois d'août au
+château de Sommerton, qu'il y resta jusqu'au mois de mars de l'année suivante,
+et qu'alors seulement il fut transféré à la Tour de Londres. (<em>Note de
Buchon.</em>)</p>
-<p><a name="Footnote_258" id="Footnote_258" href="#FNanchor_258" class="label">[258]</a> Cette date n'est pas tout fait exacte: douard arriva Calais le
+<p><a name="Footnote_258" id="Footnote_258" href="#FNanchor_258" class="label">[258]</a> Cette date n'est pas tout à fait exacte: Édouard arriva à Calais le
28 octobre. (<em>Note de Buchon.</em>)</p>
-<p><a name="Footnote_259" id="Footnote_259" href="#FNanchor_259" class="label">[259]</a> Licques, ancienne abbaye de Prmontrs dans le diocse de Boulogne.</p>
+<p><a name="Footnote_259" id="Footnote_259" href="#FNanchor_259" class="label">[259]</a> Licques, ancienne abbaye de Prémontrés dans le diocèse de Boulogne.</p>
<p><a name="Footnote_260" id="Footnote_260" href="#FNanchor_260" class="label">[260]</a> Village entre Bapaume et Cambray.</p>
-<p><a name="Footnote_261" id="Footnote_261" href="#FNanchor_261" class="label">[261]</a> Bourg prs de Verdun.</p>
+<p><a name="Footnote_261" id="Footnote_261" href="#FNanchor_261" class="label">[261]</a> Bourg près de Verdun.</p>
-<p><a name="Footnote_262" id="Footnote_262" href="#FNanchor_262" class="label">[262]</a> Petite ville sur la rivire de Serin.</p>
+<p><a name="Footnote_262" id="Footnote_262" href="#FNanchor_262" class="label">[262]</a> Petite ville sur la rivière de Serin.</p>
-<p><a name="Footnote_263" id="Footnote_263" href="#FNanchor_263" class="label">[263]</a> Mont-Ral est situ prs de la rivire de Serin ou Serain. On ne
-connat dans ce canton aucune rivire nomme <em>Sellettes</em>. (<em>Note de Buchon.</em>)</p>
+<p><a name="Footnote_263" id="Footnote_263" href="#FNanchor_263" class="label">[263]</a> Mont-Réal est situé près de la rivière de Serin ou Serain. On ne
+connaît dans ce canton aucune rivière nommée <em>Sellettes</em>. (<em>Note de Buchon.</em>)</p>
-<p><a name="Footnote_264" id="Footnote_264" href="#FNanchor_264" class="label">[264]</a> Guillon est sur la rivire de Serin.</p>
+<p><a name="Footnote_264" id="Footnote_264" href="#FNanchor_264" class="label">[264]</a> Guillon est sur la rivière de Serin.</p>
-<p><a name="Footnote_265" id="Footnote_265" href="#FNanchor_265" class="label">[265]</a> Le 19 fvrier.</p>
+<p><a name="Footnote_265" id="Footnote_265" href="#FNanchor_265" class="label">[265]</a> Le 19 février.</p>
-<p><a name="Footnote_266" id="Footnote_266" href="#FNanchor_266" class="label">[266]</a> <em>Coulanges</em>, o le roi d'Angleterre passa l'Yonne.</p>
+<p><a name="Footnote_266" id="Footnote_266" href="#FNanchor_266" class="label">[266]</a> <em>Coulanges</em>, où le roi d'Angleterre passa l'Yonne.</p>
<p><a name="Footnote_267" id="Footnote_267" href="#FNanchor_267" class="label">[267]</a> Sire Thomas Banaster.</p>
<p><a name="Footnote_268" id="Footnote_268" href="#FNanchor_268" class="label">[268]</a> Il s'appelait Audouin de La Roche.</p>
-<p><a name="Footnote_269" id="Footnote_269" href="#FNanchor_269" class="label">[269]</a> Ces trois personnages taient les mdiateurs nomms par le pape:
-les plnipotentiaires du rgent taient Jean de Dormans, lu vque de
+<p><a name="Footnote_269" id="Footnote_269" href="#FNanchor_269" class="label">[269]</a> Ces trois personnages étaient les médiateurs nommés par le pape:
+les plénipotentiaires du régent étaient Jean de Dormans, élu évêque de
Beauvais, chancelier de Normandie, Charles de Montmorency, Jean de
-Melun, comte de Tancarville, le marchal de Boucicaut, Aymart de la
-Tour sire de Vinay, Simon de Bucy, premier prsident du parlement, et
-plusieurs autres, tant de l'ordre de la noblesse que du clerg et de la
-bourgeoisie. Ces plnipotentiaires partirent de Paris le lundi 27 avril, passrent
- Chartres, et allrent jusque auprs de Bonneval, o tait le roi
-d'Angleterre, qui leur fit dire de retourner Chartres et qu'il se rendrait
-bientt dans le voisinage de cette ville. (<em>Note de Buchon.</em>)</p>
+Melun, comte de Tancarville, le maréchal de Boucicaut, Aymart de la
+Tour sire de Vinay, Simon de Bucy, premier président du parlement, et
+plusieurs autres, tant de l'ordre de la noblesse que du clergé et de la
+bourgeoisie. Ces plénipotentiaires partirent de Paris le lundi 27 avril, passèrent
+à Chartres, et allèrent jusque auprès de Bonneval, où était le roi
+d'Angleterre, qui leur fit dire de retourner à Chartres et qu'il se rendrait
+bientôt dans le voisinage de cette ville. (<em>Note de Buchon.</em>)</p>
-<p><a name="Footnote_270" id="Footnote_270" href="#FNanchor_270" class="label">[270]</a> Le comte de March avait t tu un mois avant ce trait, le 26 fvrier,
- Rouvray en Bourgogne. (<em>Note de Buchon.</em>)</p>
+<p><a name="Footnote_270" id="Footnote_270" href="#FNanchor_270" class="label">[270]</a> Le comte de March avait été tué un mois avant ce traité, le 26 février,
+à Rouvray en Bourgogne. (<em>Note de Buchon.</em>)</p>
-<p><a name="Footnote_271" id="Footnote_271" href="#FNanchor_271" class="label">[271]</a> Les ngociations recommencrent le vendredi 1<sup>er </sup>mai, et le trait de
-paix fut sign le 8.</p>
+<p><a name="Footnote_271" id="Footnote_271" href="#FNanchor_271" class="label">[271]</a> Les négociations recommencèrent le vendredi 1<sup>er </sup>mai, et le traité de
+paix fut signé le 8.</p>
<p><a name="Footnote_272" id="Footnote_272" href="#FNanchor_272" class="label">[272]</a> Tous les ordres religieux.</p>
<p><a name="Footnote_273" id="Footnote_273" href="#FNanchor_273" class="label">[273]</a> Le lundi 11 mai.</p>
-<p><a name="Footnote_274" id="Footnote_274" href="#FNanchor_274" class="label">[274]</a> Le roi Jean arriva Calais le mercredi 8 juillet, suivant les <cite>Chroniques
+<p><a name="Footnote_274" id="Footnote_274" href="#FNanchor_274" class="label">[274]</a> Le roi Jean arriva à Calais le mercredi 8 juillet, suivant les <cite>Chroniques
de France</cite>.</p>
-<p><a name="Footnote_275" id="Footnote_275" href="#FNanchor_275" class="label">[275]</a> La connaissance du vieux franais est encore si imparfaite et nous
-sommes si loigns d'avoir un bon dictionnaire du langage du moyen ge,
-que nous esprons que nos lecteurs voudront bien nous savoir gr des efforts
-qu'il nous a fallu faire pour rdiger ces glossaires; et nous nous plaisons
-dire que ce qu'ils contiennent de meilleur est d l'rudition et l'obligeance
+<p><a name="Footnote_275" id="Footnote_275" href="#FNanchor_275" class="label">[275]</a> La connaissance du vieux français est encore si imparfaite et nous
+sommes si éloignés d'avoir un bon dictionnaire du langage du moyen âge,
+que nous espérons que nos lecteurs voudront bien nous savoir gré des efforts
+qu'il nous a fallu faire pour rédiger ces glossaires; et nous nous plaisons à
+dire que ce qu'ils contiennent de meilleur est dû à l'érudition et à l'obligeance
de MM. Fr. Baudry, Michelant et A. de Montaiglon.</p>
</div>
</div>
@@ -18458,90 +18416,90 @@ de MM. Fr. Baudry, Michelant et A. de Montaiglon.</p>
<li><span class="small">A VAL</span>, en bas.</li>
-<li><span class="small">ACCOMPARAGER (S')</span>, se comparer, tre mis en comparaison.</li>
+<li><span class="small">ACCOMPARAGER (S')</span>, se comparer, être mis en comparaison.</li>
-<li><span class="small">ACCRU</span>, de accrotre, p. <a href="#Page_12">12</a>, se sentant plus de confiance en soi-mme.</li>
+<li><span class="small">ACCRÉU</span>, de accroître, p. <a href="#Page_12">12</a>, se sentant plus de confiance en soi-même.</li>
-<li><span class="small">ACR</span>, pointu.</li>
+<li><span class="small">ACÉRÉ</span>, pointu.</li>
<li><span class="small">ACERTES, ADECERTES</span>, certainement.</li>
<li><span class="small">ACHOISON</span>, p. <a href="#Page_276">276</a>, sujet.</li>
-<li><span class="small">ACOINT</span>, ami, alli.</li>
+<li><span class="small">ACOINTÉ</span>, ami, allié.</li>
<li><span class="small">ACONSUIR</span>, poursuivre, atteindre.</li>
<li><span class="small">ACONVOYER,</span> accompagner.</li>
-<li><span class="small">ACRAVANTER, ACRAVENTER, CRAVANTER</span>, renverser, briser, craser.</li>
+<li><span class="small">ACRAVANTER, ACRAVENTER, CRAVANTER</span>, renverser, briser, écraser.</li>
-<li><span class="small">ACRAVENT, ACRAVENTI</span>, participe pass du verbe ACRAVENTER.</li>
+<li><span class="small">ACRAVENTÉ, ACRAVENTIÉ</span>, participe passé du verbe ACRAVENTER.</li>
<li><span class="small">ADONC, ADONCQUES, ADONT</span>, alors, lorsque.</li>
-<li><span class="small">ADRECIER, ADRECER</span>, redresser, rtablir, remettre en son tat, rendre justice, faire droit.</li>
+<li><span class="small">ADRECIER, ADRECER</span>, redresser, rétablir, remettre en son état, rendre justice, faire droit.</li>
<li><span class="small">ADVOESON, ADVOISON</span>, bail.</li>
-<li><span class="small">AFFERM</span>, affermi, ferme, assur conclu.</li>
+<li><span class="small">AFFERMÉ</span>, affermi, ferme, assuré conclu.</li>
<li><span class="i1">&mdash; </span> <i>Firmatus.</i></li>
<li><span class="small">AFFEROIT (IL)</span>, il convenoit.</li>
<li><span class="small">AFFIER (S')</span>, se fier, donner sa foi.</li>
-<li><span class="small">AFFOL</span>, estropi.</li>
+<li><span class="small">AFFOLÉ</span>, estropié.</li>
-<li><span class="small">AFFRNER</span>, s'arrter.</li>
+<li><span class="small">AFFRÉNER</span>, s'arrêter.</li>
<li><span class="small">AFFUIR.</span></li>
-<li><span class="i1">&mdash; </span> <i>S'en affuir </i>, s'enfuir auprs de.</li>
+<li><span class="i1">&mdash; </span> <i>S'en affuir à</i>, s'enfuir auprès de.</li>
-<li><span class="small">AGUES,</span> aigus.</li>
+<li><span class="small">AGUES,</span> aiguës.</li>
<li><span class="small">AHERDRE</span>, attacher, tenir ensemble.</li>
<li><span class="small">AIDABLE</span>, dont on peut s'aider, qui peut aider.</li>
-<li><span class="small">AILE</span>, ct, flanc.</li>
-<li><span class="i1">&mdash; </span> <i>Avait costi sur aile</i>, avait ctoy, avait march sur le flanc de...</li>
+<li><span class="small">AILE</span>, côté, flanc.</li>
+<li><span class="i1">&mdash; </span> <i>Avait costié sur aile</i>, avait côtoyé, avait marché sur le flanc de...</li>
-<li><span class="small">AINOIS</span>, p. <a href="#Page_145">145</a>, plus tt. <i>Ainois que</i>, avant que.</li>
+<li><span class="small">AINÇOIS</span>, p. <a href="#Page_145">145</a>, plus tôt. <i>Ainçois que</i>, avant que.</li>
-<li><span class="small">AINS, AINSOIS, AINOIS</span>, mais, au contraire.</li>
+<li><span class="small">AINS, AINSOIS, AINÇOIS</span>, mais, au contraire.</li>
-<li><span class="small">AR, IRE</span>, colre.</li>
+<li><span class="small">AÏR, IRE</span>, colère.</li>
-<li><span class="small">AISER,</span> mettre l'aise.</li>
+<li><span class="small">AISER,</span> mettre à l'aise.</li>
-<li><span class="small">AJOURNEMENT (L')</span>, au point du jour; oppos <i>l'anuitier</i>.</li>
+<li><span class="small">AJOURNEMENT (L')</span>, au point du jour; opposé à <i>l'anuitier</i>.</li>
<li><span class="small">ALENER</span>, fatiguer.</li>
<li><span class="small">ALLOUER</span>, p. <a href="#Page_455">455</a>, perdre.</li>
-<li><span class="small">ALLOY</span>, li.</li>
+<li><span class="small">ALLOYÉ</span>, lié.</li>
-<li><span class="small">ALOUS</span>, gens gages.</li>
+<li><span class="small">ALOUÉS</span>, gens à gages.</li>
-<li><span class="small">AMEND</span>, rpar, guri.</li>
-<li><span class="i1">&mdash; </span> <i>Amender</i>, p. <a href="#Page_423">423</a>, rparer, faire satisfaction.</li>
+<li><span class="small">AMENDÉ</span>, réparé, guéri.</li>
+<li><span class="i1">&mdash; </span> <i>Amender</i>, p. <a href="#Page_423">423</a>, réparer, faire satisfaction.</li>
<li><span class="small">AMENRIR</span>, amoindrir.
<span class="pagenum"><a id="Page_476"> 476</a></span></li>
-<li><span class="small">AMONTER</span>, lever.</li>
+<li><span class="small">AMONTER</span>, élever.</li>
-<li><span class="small">ANCESTERIE, ANCESTRIE</span>, bonne famille, gnalogie.</li>
+<li><span class="small">ANCESTERIE, ANCESTRIE</span>, bonne famille, généalogie.</li>
-<li><span class="small">ANIENTIR</span>, anantir, laisser perdre.</li>
+<li><span class="small">ANIENTIR</span>, anéantir, laisser perdre.</li>
<li><span class="small">ANTE</span>, tante.</li>
<li><span class="small">ANUITIER (A L')</span>, pendant la nuit, le soir.</li>
-<li><span class="small">AOURER, AOUSER</span>, rvrer, prier, adorer.</li>
+<li><span class="small">AOURER, AOUSER</span>, révérer, prier, adorer.</li>
<li><span class="small">APAISIER</span>, apaiser, terminer.</li>
@@ -18549,16 +18507,16 @@ de MM. Fr. Baudry, Michelant et A. de Montaiglon.</p>
<li><span class="small">APETICIER</span>, diminuer.</li>
-<li><span class="small">APPAREIL BATAILLEUR, APPAREIL BATAILLEREUX</span>, tout ce qui est ncessaire pour faire la guerre.</li>
+<li><span class="small">APPAREIL BATAILLEUR, APPAREIL BATAILLEREUX</span>, tout ce qui est nécessaire pour faire la guerre.</li>
-<li><span class="small">APPAREILL</span>, orn.</li>
+<li><span class="small">APPAREILLÉ</span>, orné.</li>
<li><span class="small">APPARTENANT</span>, convenable.</li>
<li><span class="small">APPELER</span>, relever (en parlant des fiefs).</li>
-<li><span class="i1">&mdash; </span> <i>De qui leurs fis appeloient ne disoient tenir</i>, de qui leurs fiefs relevaient ou de qui ils disaient les tenir.</li>
+<li><span class="i1">&mdash; </span> <i>De qui leurs fiés appeloient ne disoient à tenir</i>, de qui leurs fiefs relevaient ou de qui ils disaient les tenir.</li>
-<li><span class="small">APPENDANCES</span>, dpendances.</li>
+<li><span class="small">APPENDANCES</span>, dépendances.</li>
<li><span class="small">APPERT,</span> adroit, habile.</li>
@@ -18570,41 +18528,41 @@ de MM. Fr. Baudry, Michelant et A. de Montaiglon.</p>
<li><span class="small">APPLIQUA</span>, p. <a href="#Page_12">12</a>, s'en alla; se logea, entra.</li>
-<li><span class="small">ARDIRENT</span>, brlrent. (De <i>ardre</i>.)</li>
+<li><span class="small">ARDIRENT</span>, brûlèrent. (De <i>ardre</i>.)</li>
-<li><span class="small">ARDOIR</span> ou <span class="small">ARDRE</span>, brler. (<i>Ardere</i>.)</li>
+<li><span class="small">ARDOIR</span> ou <span class="small">ARDRE</span>, brûler. (<i>Ardere</i>.)</li>
-<li><span class="small">ARGU</span>, accus.</li>
+<li><span class="small">ARGUÉ</span>, accusé.</li>
-<li><span class="small">ARR</span>, harnach.</li>
+<li><span class="small">ARRÉÉ</span>, harnaché.</li>
-<li><span class="small">ARRMENT</span>, en arroi, en bon ordre.</li>
+<li><span class="small">ARRÉÉMENT</span>, en arroi, en bon ordre.</li>
-<li><span class="small">ARRT</span>, p. <a href="#Page_121">121</a>, retir.</li>
+<li><span class="small">ARRÊTÉ</span>, p. <a href="#Page_121">121</a>, retiré.</li>
-<li><span class="small">ARROUTER (S')</span>, se runir, se mettre en <i>route</i>, c'est--dire en troupe.</li>
+<li><span class="small">ARROUTER (S')</span>, se réunir, se mettre en <i>route</i>, c'est-à-dire en troupe.</li>
<li><span class="small">ARROY</span>, ordre.</li>
-<li><span class="small">ARS</span>, brl. (De <i>ardre</i>.)</li>
+<li><span class="small">ARS</span>, brûlé. (De <i>ardre</i>.)</li>
<li><span class="small">ASSAMBLER A</span> engager le combat avec.</li>
<li><span class="small">ASSAUDROIT</span>, attaquerait, assaillirait.</li>
-<li><span class="small">ASSGURANCE</span>, assurance.</li>
+<li><span class="small">ASSÉGURANCE</span>, assurance.</li>
-<li><span class="small">ASSEMBLE</span>, p. <a href="#Page_387">387</a>, attroupement, rassemblement.</li>
+<li><span class="small">ASSEMBLÉE</span>, p. <a href="#Page_387">387</a>, attroupement, rassemblement.</li>
<li><span class="small">ASSENTEMENT</span>, assentiment, consentement.</li>
<li><span class="small">ASSENTIR</span>, consentir.</li>
<li><span class="i1">&mdash; </span> <i>Assentant</i>, consentant.</li>
-<li><span class="small">ASSEOIR</span>, assiger.</li>
-<li><span class="i1">&mdash; </span> <i>Assis</i>, assig.</li>
+<li><span class="small">ASSEOIR</span>, assiéger.</li>
+<li><span class="i1">&mdash; </span> <i>Assis</i>, assiégé.</li>
-<li><span class="small">ASSISTER</span>, assiger.</li>
+<li><span class="small">ASSISTER</span>, assiéger.</li>
<li><span class="small">ASSUREMENT</span>, assurance.</li>
@@ -18612,50 +18570,50 @@ de MM. Fr. Baudry, Michelant et A. de Montaiglon.</p>
<li><span class="small">ATOUT</span>, avec.</li>
-<li><span class="small">ATRAIANT</span>, participe prsent de <i>atraire</i>.</li>
+<li><span class="small">ATRAIANT</span>, participe présent de <i>atraire</i>.</li>
<li><span class="small">ATRAIRE,</span> attirer, faire venir.</li>
<li><span class="i1">&mdash; </span> P. <a href="#Page_292">292</a>, lui faire adopter son avis.</li>
-<li><span class="small">ATTEMPRANCE</span>, rglement, arrangement.</li>
+<li><span class="small">ATTEMPRANCE</span>, règlement, arrangement.</li>
-<li><span class="small">ATTERRER</span>, renverser, jeter terre.</li>
+<li><span class="small">ATTERRER</span>, renverser, jeter à terre.</li>
<li><span class="small">ATTRAIT</span>, approvisionnement.</li>
<li><span class="small">AUCEURRE, AUCUERRE</span>, Auxerre.</li>
<li><span class="small">AUQUES</span>, aussi.</li>
-<li><span class="i1">&mdash; </span> <i>Auques prs</i>, peu prs, quelque chose prs. (<i>Aliquid.</i>)</li>
+<li><span class="i1">&mdash; </span> <i>Auques près</i>, à peu près, à quelque chose près. (<i>Aliquid.</i>)</li>
-<li><span class="small">AUTEL</span>, de mme, semblablement, la mme chose.</li>
+<li><span class="small">AUTEL</span>, de même, semblablement, la même chose.</li>
<li><span class="small">AVAL</span>, en bas.</li>
-<li><span class="small">AVALA (S')</span>, p. <a href="#Page_238">238</a>, mit pied terre.</li>
+<li><span class="small">AVALA (S')</span>, p. <a href="#Page_238">238</a>, mit pied à terre.</li>
<li><span class="small">AVANCER.</span></li>
<li><span class="i1">&mdash; </span> <i>Avancer leurs corps</i>, pour s'exercer aux armes.</li>
-<li><span class="small">AVENUE</span>, vnement.</li>
+<li><span class="small">AVENUE</span>, événement.</li>
-<li><span class="small">AVENU A (TRE)</span>, tre arriv auprs de.</li>
+<li><span class="small">AVENU A (ÊTRE)</span>, être arrivé auprès de.</li>
-<li><span class="small">AVINRENT</span>, arrivrent.</li>
+<li><span class="small">AVINRENT</span>, arrivèrent.</li>
<li><span class="small">AVISER</span>, apercevoir.</li>
-<li><span class="i1">&mdash; </span> <i>Comme on peut aviser et deviser</i>, se le figurer sans l'avoir vu et en parler aprs l'avoir vu.</li>
+<li><span class="i1">&mdash; </span> <i>Comme on peut aviser et deviser</i>, se le figurer sans l'avoir vu et en parler après l'avoir vu.</li>
-<li><span class="small">AVIS.</span></li>
-<li><span class="i1">&mdash; </span> <i>De fait avis</i>, comme on en tait convenu.</li>
+<li><span class="small">AVISÉ.</span></li>
+<li><span class="i1">&mdash; </span> <i>De fait avisé</i>, comme on en était convenu.</li>
-<li><span class="small">AVOL</span>, rfugi.</li>
+<li><span class="small">AVOLÉ</span>, réfugié.</li>
-<li><span class="small">AYDES</span>, sorte d'impts.</li>
+<li><span class="small">AYDES</span>, sorte d'impôts.</li>
<li><span class="small">AYE</span>, aide.</li>
-<li><span class="small">AYR</span>, plein de colre.
+<li><span class="small">AYRÉ</span>, plein de colère.
<span class="pagenum"><a id="Page_477"> 477</a></span></li>
</ul>
@@ -18666,54 +18624,54 @@ de MM. Fr. Baudry, Michelant et A. de Montaiglon.</p>
<li><span class="small">BACHELEREUX</span>, aimables.</li>
-<li><span class="small">BACHIRE</span>, bateau, bachot.</li>
+<li><span class="small">BACHIÈRE</span>, bateau, bachot.</li>
<li><span class="small">BAN</span>, cri public, ordre, publication, avertissement.</li>
<li><span class="small">BAN-CLOCHE</span>, cloche du ban.</li>
-<li><span class="small">BAN-LVRE</span>, tour de la bouche.</li>
+<li><span class="small">BAN-LÈVRE</span>, tour de la bouche.</li>
-<li><span class="small">BASSINET, BACINET, BACIN</span>, armure de tte.</li>
+<li><span class="small">BASSINET, BACINET, BACIN</span>, armure de tête.</li>
-<li><span class="small">BATAILLE</span>, corps d'arme.</li>
+<li><span class="small">BATAILLE</span>, corps d'armée.</li>
-<li><span class="small">BEHAIGNE</span>, Bohme.</li>
+<li><span class="small">BEHAIGNE</span>, Bohême.</li>
<li><span class="small">BELLEMENT</span>, bien, doucement.</li>
-<li><span class="small">BENOICTE</span>, sainte, bnie.</li>
+<li><span class="small">BENOICTE</span>, sainte, bénie.</li>
-<li><span class="small">BOIENT</span>, bayaient, flnaient.</li>
+<li><span class="small">BÉOIENT</span>, bayaient, flânaient.</li>
<li><span class="small">BERSAIL</span>, but.</li>
-<li><span class="i1">&mdash; </span> <i>tre en bersail</i>, servir de but.</li>
+<li><span class="i1">&mdash; </span> <i>Être en bersail</i>, servir de but.</li>
-<li><span class="small">BESOGNE, BESOINGNE</span>, besoin, ncessit, affaire.</li>
+<li><span class="small">BESOGNE, BESOINGNE</span>, besoin, nécessité, affaire.</li>
<li><span class="small">BESOGNER</span>.</li>
-<li><span class="i1">&mdash; </span> <i>Ainsi qu'il leur besognoit</i>, ainsi qu'il leur tait besoin.</li>
+<li><span class="i1">&mdash; </span> <i>Ainsi qu'il leur besognoit</i>, ainsi qu'il leur était besoin.</li>
-<li><span class="small">BIDAU</span>, soldat arm lgrement.</li>
+<li><span class="small">BIDAU</span>, soldat armé légèrement.</li>
<li><span class="small">BLANDISSEMENT</span>, flatterie.</li>
-<li><span class="small">BOBANT</span>, bruit, rjouissance tumultueuse.</li>
+<li><span class="small">BOBANT</span>, bruit, réjouissance tumultueuse.</li>
-<li><span class="small">BONDE</span>, frontire. (<i>Bande.</i>)</li>
+<li><span class="small">BONDE</span>, frontière. (<i>Bande.</i>)</li>
<li><span class="small">BORDURE</span>, broderie.</li>
-<li><span class="i1">&mdash; </span> <i>Ouvre de bordure au ray d'un soleil</i>, travaille d'une broderie au rayon de soleil.</li>
+<li><span class="i1">&mdash; </span> <i>Ouvrée de bordure au ray d'un soleil</i>, travaillée d'une broderie au rayon de soleil.</li>
-<li><span class="small">BOUBANT</span>, vanit.</li>
+<li><span class="small">BOUBANT</span>, vanité.</li>
<li><span class="small">BOUTER</span>, mettre.</li>
-<li><span class="small">BOUTIS</span>, pousse.</li>
+<li><span class="small">BOUTIS</span>, poussée.</li>
<li><span class="small">BOURLET</span>, massue.</li>
-<li><span class="small">BRIGANDS</span>, soldats pied recouverts d'une espce de cotte de mailles appele <i>brigandine</i>.</li>
+<li><span class="small">BRIGANDS</span>, soldats à pied recouverts d'une espèce de cotte de mailles appelée <i>brigandine</i>.</li>
<li><span class="small">BROCHER</span>, piquer.</li>
</ul>
@@ -18721,11 +18679,11 @@ de MM. Fr. Baudry, Michelant et A. de Montaiglon.</p>
<p class="alphabet">C.</p>
<ul>
-<li><span class="small">CALENGER</span>, rclamer, dfendre, contester.</li>
+<li><span class="small">CALENGER</span>, réclamer, défendre, contester.</li>
-<li><span class="small">CAUTEL</span>, p. <a href="#Page_455">455</a>, fait avec grande prcaution.</li>
+<li><span class="small">CAUTELÉ</span>, p. <a href="#Page_455">455</a>, fait avec grande précaution.</li>
-<li><span class="small">CELEMENT</span>, en cachte, secrtement.</li>
+<li><span class="small">CELÉEMENT</span>, en cachète, secrètement.</li>
<li><span class="small">CEL, CELLE</span>, cet, cette.</li>
@@ -18738,45 +18696,45 @@ de MM. Fr. Baudry, Michelant et A. de Montaiglon.</p>
<li><span class="small">CHALLOIR</span>, se soucier.</li>
<li><span class="small">CHEF.</span></li>
-<li><span class="i1">&mdash; </span> <i>Venir a chef</i>, venir bout.</li>
+<li><span class="i1">&mdash; </span> <i>Venir a chef</i>, venir à bout.</li>
-<li><span class="small">CHENT</span>, tombent. (De <i>cheoir</i>.)</li>
+<li><span class="small">CHÉENT</span>, tombent. (De <i>cheoir</i>.)</li>
-<li><span class="small">CHI</span>, tomba; <i>chirent</i>, tombrent.</li>
+<li><span class="small">CHÉI</span>, tomba; <i>chéirent</i>, tombèrent.</li>
-<li><span class="small">CHOIT</span>, tombait.</li>
-<li><span class="i1">&mdash; </span> P. <a href="#Page_455">455</a>, <i>comme il choit point, etc.</i>, comme il en tait au moment de prendre possession du logis prpar pour lui Chartres comme on le prparait ailleurs. (Les ngociateurs franais sont dans sa chambre avant lui et attendent son arrive.)</li>
+<li><span class="small">CHÉOIT</span>, tombait.</li>
+<li><span class="i1">&mdash; </span> P. <a href="#Page_455">455</a>, <i>comme il chéoit à point, etc.</i>, comme il en était au moment de prendre possession du logis préparé pour lui à Chartres comme on le préparait ailleurs. (Les négociateurs français sont dans sa chambre avant lui et attendent son arrivée.)</li>
<li><span class="small">CHER</span>.</li>
-<li><span class="i1">&mdash; </span> <i>Qui eussent eu aussi cher nant</i>, qui n'avaient rien moins envie que de.</li>
+<li><span class="i1">&mdash; </span> <i>Qui eussent eu aussi cher néant</i>, qui n'avaient rien moins envie que de.</li>
<li><span class="small">CHERCHER</span>, parcourir.</li>
-<li><span class="small">CHRE</span>, visage, mine.</li>
-<li><span class="i1">&mdash; </span> <i>A lie chre</i>, avec bonne mine, bon visage, bon accueil.</li>
-<li><span class="i1">&mdash; </span> <i>Chre lie</i>, figure joyeuse.</li>
-<li><span class="i1">&mdash; </span> <i>Grand chre</i>, grand accueil.</li>
+<li><span class="small">CHÈRE</span>, visage, mine.</li>
+<li><span class="i1">&mdash; </span> <i>A liée chère</i>, avec bonne mine, bon visage, bon accueil.</li>
+<li><span class="i1">&mdash; </span> <i>Chère liée</i>, figure joyeuse.</li>
+<li><span class="i1">&mdash; </span> <i>Grand chère</i>, grand accueil.</li>
<li><span class="small">CHET</span>, tombe. (De <i>cheoir</i>.)</li>
-<li><span class="small">CHEVANCE</span>, bien, richesse, proprit.</li>
+<li><span class="small">CHEVANCE</span>, bien, richesse, propriété.</li>
<li><span class="small">CHEVESTRE</span>, corde.</li>
-<li><span class="small">CHIEF</span>, tte, chef.</li>
-<li><span class="i1">&mdash; </span> <i>Qui faisoient chiefs</i>, qui taient matresses de maison.</li>
+<li><span class="small">CHIEF</span>, tête, chef.</li>
+<li><span class="i1">&mdash; </span> <i>Qui faisoient chiefs</i>, qui étaient maîtresses de maison.</li>
-<li><span class="small">CHU</span>, tomb.</li>
+<li><span class="small">CHU</span>, tombé.</li>
<li><span class="small">CIL</span>, cet, celui; <i>cils</i>, ceux.</li>
<li><span class="small">CLAMER</span>, appeler.</li>
-<li><span class="small">CLERC</span>, ecclsiastique.</li>
+<li><span class="small">CLERC</span>, ecclésiastique.</li>
-<li><span class="small">CLERGESSE</span>, savante, lettre.</li>
+<li><span class="small">CLERGESSE</span>, savante, lettrée.</li>
-<li><span class="small">COINTE</span>, lgant.</li>
+<li><span class="small">COINTE</span>, élégant.</li>
<li><span class="small">COINTISE</span>, ornement.</li>
@@ -18785,44 +18743,44 @@ de MM. Fr. Baudry, Michelant et A. de Montaiglon.</p>
<li><span class="small">COLOMPNE (LA)</span>, Colonne.
<span class="pagenum"><a id="Page_478"> 478</a></span></li>
-<li><span class="small">COMBIEN QUE</span>, malgr que.</li>
+<li><span class="small">COMBIEN QUE</span>, malgré que.</li>
-<li><span class="small">COMPAIGNIER</span>, tre en compagnie.</li>
+<li><span class="small">COMPAIGNIER</span>, être en compagnie.</li>
-<li><span class="small">COMPARER</span>, faire de mme, user de reprsailles.</li>
+<li><span class="small">COMPARER</span>, faire de même, user de représailles.</li>
-<li><span class="small">COMPARE</span>, paye.</li>
+<li><span class="small">COMPARÉE</span>, payée.</li>
-<li><span class="small">COMPAROIR</span>, comparatre.</li>
-<li><span class="i1">&mdash; </span> S'emploie encore en style de procdure.</li>
+<li><span class="small">COMPAROIR</span>, comparaître.</li>
+<li><span class="i1">&mdash; </span> S'emploie encore en style de procédure.</li>
-<li><span class="small">CONCEVOIR</span>, connatre.</li>
+<li><span class="small">CONCEVOIR</span>, connaître.</li>
<li><span class="small">CONCHIER</span>, souiller.</li>
-<li><span class="small">CONCILE</span>, assemble.</li>
+<li><span class="small">CONCILE</span>, assemblée.</li>
<li><span class="small">CONFORTANS</span>, aides, soutiens.</li>
-<li><span class="small">CONFORT</span>.</li>
-<li><span class="i1">&mdash; </span> <i>Confort durement</i>, bien constitu, fort.</li>
-<li><span class="i1">&mdash; </span> <i>Tout confort par semblant</i>, ayant l'air d'attendre tranquillement.</li>
-<li><i>Conforts</i>, p. <a href="#Page_440">440</a>, encourags.</li>
+<li><span class="small">CONFORTÉ</span>.</li>
+<li><span class="i1">&mdash; </span> <i>Conforté durement</i>, bien constitué, fort.</li>
+<li><span class="i1">&mdash; </span> <i>Tout conforté par semblant</i>, ayant l'air d'attendre tranquillement.</li>
+<li><i>Confortés</i>, p. <a href="#Page_440">440</a>, encouragés.</li>
<li><span class="small">CONFRONTATION</span>, ce qui est adjacent, ce qui se fait front.</li>
-<li><span class="small">CONGI</span>, cong, permission.</li>
+<li><span class="small">CONGIÉ</span>, congé, permission.</li>
-<li><span class="small">CONNTABLIE</span>, compagnie.</li>
+<li><span class="small">CONNÉTABLIE</span>, compagnie.</li>
-<li><span class="small">CONNOTRE</span>, p. <a href="#Page_22">22</a>, avouer.</li>
+<li><span class="small">CONNOÎTRE</span>, p. <a href="#Page_22">22</a>, avouer.</li>
<li><span class="small">CONROI</span>, ordre, rang;</li>
<li><span class="i1">&mdash; </span> suite, compagnie, troupe.</li>
<li><span class="small">CONSAUL, CONSAUX, CONSAULX</span>, conseil, conseillers.</li>
-<li><span class="small">CONSEILLIER</span>, tenir conseil, tenir sance.</li>
+<li><span class="small">CONSEILLIER</span>, tenir conseil, tenir séance.</li>
<li><span class="small">CONSTENTIN</span>, Cotentin.</li>
@@ -18831,46 +18789,46 @@ de MM. Fr. Baudry, Michelant et A. de Montaiglon.</p>
<li><span class="small">CONSUIR (SE)</span>, se joindre.</li>
-<li><span class="small">CONTEMPT</span>, mpris.</li>
+<li><span class="small">CONTEMPT</span>, mépris.</li>
-<li><span class="small">CONTRAIRE (FAIRE) </span>, tre contre, tre ennemi.</li>
+<li><span class="small">CONTRAIRE (FAIRE) </span>, être contre, être ennemi.</li>
-<li><span class="small">CONTRE</span>, la rencontre, au-devant.</li>
+<li><span class="small">CONTRE</span>, à la rencontre, au-devant.</li>
<li><span class="small">CONTREMONT</span>, en l'air, en haut.</li>
<li><span class="small">CONTRESTER</span>, s'opposer.</li>
-<li><span class="i1">&mdash; </span> <i>Ne l'eut contrest</i>, ne s'y ft oppos.</li>
+<li><span class="i1">&mdash; </span> <i>Ne l'eut contresté</i>, ne s'y fût opposé.</li>
<li><span class="small">CONVENANCE</span>, convention.</li>
-<li><span class="small">CONVENANCER</span>, faire une convention, s'engager .</li>
+<li><span class="small">CONVENANCER</span>, faire une convention, s'engager à.</li>
<li><span class="small">CONVENANT</span>, contenance, disposition.</li>
-<li><span class="small">CONVENT</span>, convention, ce qui a t convenu.</li>
+<li><span class="small">CONVENT</span>, convention, ce qui a été convenu.</li>
<li><span class="i1">&mdash; </span> <i>Avoir en convent</i>, promettre, s'engager.</li>
-<li><span class="small">CONVERSER</span>, se runir, se diriger vers.</li>
+<li><span class="small">CONVERSER</span>, se réunir, se diriger vers.</li>
-<li><span class="small">COP</span>, coup.</li>
+<li><span class="small">COPÉ</span>, coupé.</li>
-<li><span class="small">CORDELLE (A SA)</span>, sa discrtion, sa disposition.</li>
+<li><span class="small">CORDELLE (A SA)</span>, à sa discrétion, à sa disposition.</li>
<li><span class="small">CORON</span>, coin.</li>
<li><span class="small">CORROMPRE</span>, rompre.</li>
-<li><span class="small">COSTIER</span>, suivre, aller prs, ctoyer.</li>
+<li><span class="small">COSTIER</span>, suivre, aller près, côtoyer.</li>
<li><span class="i1">&mdash; </span> <i>En costiant</i>, en attaquant le flanc.</li>
<li><span class="small">COURIR</span>, ravager.</li>
-<li><span class="small">COURROUCI</span>, pein, afflig.</li>
+<li><span class="small">COURROUCIÉ</span>, peiné, affligé.</li>
-<li><span class="small">COT</span>, dpense, frais.</li>
+<li><span class="small">COÛT</span>, dépense, frais.</li>
-<li><span class="small">COUTAGES</span>, dpens, frais.</li>
+<li><span class="small">COUTAGES</span>, dépens, frais.</li>
<li><span class="small">COUTE</span>, matelas.</li>
@@ -18878,17 +18836,17 @@ de MM. Fr. Baudry, Michelant et A. de Montaiglon.</p>
<li><span class="small">COUVERTE (A LA)</span>, en cachette, en secret.</li>
-<li><span class="small">COUVERTEMENT</span>, mme sens.</li>
+<li><span class="small">COUVERTEMENT</span>, même sens.</li>
-<li><span class="small">CRANTER</span>, promettre.</li>
+<li><span class="small">CRÉANTER</span>, promettre.</li>
-<li><span class="small">CRDENCE</span>, crance, foi.</li>
+<li><span class="small">CRÉDENCE</span>, créance, foi.</li>
-<li><span class="small">CREZ</span>, croyez.</li>
+<li><span class="small">CRÉEZ</span>, croyez.</li>
-<li><span class="small">CROIENT</span>, croyaient.</li>
+<li><span class="small">CRÉOIENT</span>, croyaient.</li>
-<li><span class="small">CROIX</span>. <i>De croix pris</i>, de croisade, de croix prendre.</li>
+<li><span class="small">CROIX</span>. <i>De croix pris</i>, de croisade, de croix à prendre.</li>
<li><span class="i1">&mdash; </span> Prendre la croix relevait d'un serment.</li>
<li><span class="small">CRUEUX</span>, sanglant.</li>
@@ -18896,7 +18854,7 @@ de MM. Fr. Baudry, Michelant et A. de Montaiglon.</p>
<li><span class="small">CUIDER</span>, croire.</li>
-<li><span class="small">CUISANON</span>, inquitude.</li>
+<li><span class="small">CUISANÇON</span>, inquiétude.</li>
<li><span class="small">CUISSIENS</span>, cuissarts, armure des cuisses.</li>
@@ -18910,130 +18868,130 @@ de MM. Fr. Baudry, Michelant et A. de Montaiglon.</p>
<li><span class="small">DAMPNEMENT</span>, damnation, condamnation.</li>
-<li><span class="small">DAMPNER</span>, condamner, blmer.</li>
+<li><span class="small">DAMPNER</span>, condamner, blâmer.</li>
-<li><span class="small">DE</span>. Cette prposition, qui marque aujourd'hui le gnitif, ne s'employait
+<li><span class="small">DE</span>. Cette préposition, qui marque aujourd'hui le génitif, ne s'employait
<span class="pagenum"><a id="Page_479"> 479</a></span>
-pas autrefois. On disait: <i>le palais le roi</i>, <i>l'htel la reine</i>, pour le palais <i>du</i> roi, l'htel <i>de</i> la reine.</li>
+pas autrefois. On disait: <i>le palais le roi</i>, <i>l'hôtel la reine</i>, pour le palais <i>du</i> roi, l'hôtel <i>de</i> la reine.</li>
<li><span class="small">DE</span>, p. <a href="#Page_319">319</a>, par.</li>
-<li><span class="small">DE</span> <span class="small">LS</span>, p. <a href="#Page_10">10</a>, depuis.</li>
+<li><span class="small">DE</span> <span class="small">LÈS</span>, p. <a href="#Page_10">10</a>, depuis.</li>
-<li><span class="small">DBOUTER</span>, repousser, pousser.</li>
+<li><span class="small">DÉBOUTER</span>, repousser, pousser.</li>
<li><span class="small">DECEVOIR</span>, tromper.</li>
-<li><span class="small">DDUIT</span>, plaisir.</li>
+<li><span class="small">DÉDUIT</span>, plaisir.</li>
-<li><span class="small">DFAUTE</span>, <span class="small">DEFFAUTE</span>, manquement, faute.</li>
+<li><span class="small">DÉFAUTE</span>, <span class="small">DEFFAUTE</span>, manquement, faute.</li>
-<li><span class="small">DEFFRAUD</span>, diminu par fraude.</li>
+<li><span class="small">DEFFRAUDÉ</span>, diminué par fraude.</li>
-<li><span class="small">DGASTER</span>, ravager, dtruire.</li>
+<li><span class="small">DÉGASTER</span>, ravager, détruire.</li>
-<li><span class="small">DEHAIT</span>, malade.</li>
+<li><span class="small">DEHAITÉ</span>, malade.</li>
-<li><span class="small">DLAY</span>, recul, diffr. (<i>Dlai.</i>)</li>
+<li><span class="small">DÉLAYÉ</span>, reculé, différé. (<i>Délai.</i>)</li>
-<li><span class="small">DLIVRANCE</span>, suite, livre.</li>
+<li><span class="small">DÉLIVRANCE</span>, suite, livrée.</li>
-<li><span class="small">DEMAINE</span>, domaine; proprit entire, oppose au fief.</li>
+<li><span class="small">DEMAINE</span>, domaine; propriété entière, opposée au fief.</li>
-<li><span class="small">DEMANDER</span>, p. <a href="#Page_426">426</a>, blmer, accuser.</li>
+<li><span class="small">DEMANDER</span>, p. <a href="#Page_426">426</a>, blâmer, accuser.</li>
-<li><span class="small">DMOLLICION</span>, destruction.</li>
+<li><span class="small">DÉMOLLICION</span>, destruction.</li>
-<li><span class="small">DNER</span>, nier, dnier, refuser.</li>
+<li><span class="small">DÉNÉER</span>, nier, dénier, refuser.</li>
-<li><span class="small">DPARTEMENT</span>, dpart.</li>
+<li><span class="small">DÉPARTEMENT</span>, départ.</li>
-<li><span class="small">DPARTIR</span>, partir.</li>
+<li><span class="small">DÉPARTIR</span>, partir.</li>
-<li><span class="small">DPENDRE</span>, dpenser. (<i>Dpens.</i>)</li>
+<li><span class="small">DÉPENDRE</span>, dépenser. (<i>Dépens.</i>)</li>
-<li><span class="small">DPIT</span>, p. <a href="#Page_187">187</a>, moquerie;</li>
+<li><span class="small">DÉPIT</span>, p. <a href="#Page_187">187</a>, moquerie;</li>
<li><span class="i1">&mdash; </span> chagrin, peine.</li>
-<li><span class="small">DPORT</span>, p. <a href="#Page_128">128</a>, dlai.</li>
+<li><span class="small">DÉPORT</span>, p. <a href="#Page_128">128</a>, délai.</li>
-<li><span class="small">DPORTER</span>, p. <a href="#Page_404">404</a>, administrer;</li>
-<li><span class="i1">&mdash; </span> p. <a href="#Page_429">429</a>, pargner;</li>
+<li><span class="small">DÉPORTER</span>, p. <a href="#Page_404">404</a>, administrer;</li>
+<li><span class="i1">&mdash; </span> p. <a href="#Page_429">429</a>, épargner;</li>
<li><span class="i1">&mdash; </span> p. <a href="#Page_448">448</a>, dispenser.</li>
-<li><span class="small">DPORTER (SE)</span>, se dispenser, se dsister.</li>
+<li><span class="small">DÉPORTER (SE)</span>, se dispenser, se désister.</li>
<li><span class="small">DERNIER (AU)</span>, finalement.</li>
-<li><span class="small">DROUTS</span>, rompus, qui ne sont plus en <i>route</i>, c'est--dire en troupe ordonne.</li>
+<li><span class="small">DÉROUTÉS</span>, rompus, qui ne sont plus en <i>route</i>, c'est-à-dire en troupe ordonnée.</li>
<li><span class="small">DESCENDRE</span>, p. <a href="#Page_215">215</a>, tomber sur, charger, attaquer.</li>
-<li><span class="i1">&mdash; </span> <i>Descendre pied jus</i>, mettre pied bas, c'est--dire pied terre.</li>
+<li><span class="i1">&mdash; </span> <i>Descendre à pied jus</i>, mettre à pied bas, c'est-à-dire pied à terre.</li>
-<li><span class="small">DESCONGNUEMENT</span>, secrtement.</li>
+<li><span class="small">DESCONGNUEMENT</span>, secrètement.</li>
-<li><span class="small">DESCORT</span>, dbat, querelle, discorde.</li>
+<li><span class="small">DESCORT</span>, débat, querelle, discorde.</li>
-<li><span class="small">DESCRIER</span>, dcrire, raconter.</li>
+<li><span class="small">DESCRIER</span>, décrire, raconter.</li>
-<li><span class="small">DSERTE</span>, salaire, expiation.</li>
+<li><span class="small">DÉSERTE</span>, salaire, expiation.</li>
-<li><span class="small">DESLAER, DLAYER</span>, diffrer, tarder.</li>
+<li><span class="small">DESLAÏER, DÉLAYER</span>, différer, tarder.</li>
-<li><span class="small">DSLI</span>, dissous.</li>
+<li><span class="small">DÉSLIÉ</span>, dissous.</li>
-<li><span class="small">DESNU</span>, dnu, priv de, nu, dpouill.</li>
+<li><span class="small">DESNUÉ</span>, dénué, privé de, nu, dépouillé.</li>
-<li><span class="small">DS-ORS ENDROIT</span>, ds actuellement.</li>
+<li><span class="small">DÈS-ORS ENDROIT</span>, dès actuellement.</li>
-<li><span class="small">DESPCIER</span>, rompre, dissoudre.</li>
+<li><span class="small">DESPÉCIER</span>, rompre, dissoudre.</li>
-<li><span class="small">DESPISOIENT</span>, mprisaient.</li>
+<li><span class="small">DESPISOIENT</span>, méprisaient.</li>
-<li><span class="small">DESPIT</span>, mpris, ddain.</li>
+<li><span class="small">DESPIT</span>, mépris, dédain.</li>
-<li><span class="small">DESPITEMENT</span>, avec colre.</li>
+<li><span class="small">DESPITEMENT</span>, avec colère.</li>
<li><span class="small">DESQUIEX</span>, forme de desquels.</li>
-<li><span class="small">DESROUTES</span>, rompues, brises.</li>
+<li><span class="small">DESROUTES</span>, rompues, brisées.</li>
<li><span class="small">DESROYER</span>, rompre les rangs.</li>
-<li><span class="small">DESSAMBLER, DESSEMBLER</span>, sparer, diviser.</li>
+<li><span class="small">DESSAMBLER, DESSEMBLER</span>, séparer, diviser.</li>
-<li><span class="small">DESSERVIR</span>, mriter.</li>
+<li><span class="small">DESSERVIR</span>, mériter.</li>
-<li><span class="small">DESSEVRER</span>, sparer.</li>
+<li><span class="small">DESSEVRER</span>, séparer.</li>
-<li><span class="small">DESTOURBER</span>, troubler, dranger.</li>
+<li><span class="small">DESTOURBER</span>, troubler, déranger.</li>
-<li><span class="small">DESTOURBIER, DTOURBIER</span>, trouble, drangement, dsordre.</li>
+<li><span class="small">DESTOURBIER, DÉTOURBIER</span>, trouble, dérangement, désordre.</li>
-<li><span class="small">DESTROIT</span>, afflig.</li>
+<li><span class="small">DESTROIT</span>, affligé.</li>
<li><span class="small">DESTRUIMENT</span>, destruction, ruine.</li>
-<li><span class="small">DESTRUIRENT</span>, dtruisirent.</li>
+<li><span class="small">DESTRUIRENT</span>, détruisirent.</li>
-<li><span class="small">DTRENCHI MORT</span>, tranch, bless mort.</li>
+<li><span class="small">DÉTRENCHIÉ MORT</span>, tranché, blessé à mort.</li>
-<li><span class="small">DTRIER</span>, arrter, diffrer.</li>
-<li><span class="i1">&mdash; </span> <i>Se dtrier</i>, se refuser .</li>
+<li><span class="small">DÉTRIER</span>, arrêter, différer.</li>
+<li><span class="i1">&mdash; </span> <i>Se détrier</i>, se refuser à.</li>
<li><span class="small">DEUSSIEZ</span>, dussiez.</li>
-<li><span class="i1">&mdash; </span> <i>Deust</i>, dt.</li>
+<li><span class="i1">&mdash; </span> <i>Deust</i>, dût.</li>
-<li><span class="small">DVE</span>, de <i>dver</i>, dfendre. (<i>Devetare.</i>)</li>
+<li><span class="small">DÉVÉE</span>, de <i>dévéer</i>, défendre. (<i>Devetare.</i>)</li>
<li><span class="small">DEXTRE</span>, droite.</li>
<li><span class="small">DIE</span>, dise.</li>
<li><span class="i1">&mdash; </span> <i>Distrent</i>, dirent.</li>
-<li><span class="small">DIGNITS</span>, p. <a href="#Page_470">470</a>, reliques.</li>
+<li><span class="small">DIGNITÉS</span>, p. <a href="#Page_470">470</a>, reliques.</li>
-<li><span class="small">DILATION</span>, dlai.</li>
+<li><span class="small">DILATION</span>, délai.</li>
<li><span class="small">DIS</span>, dires, ce qu'on a dit.</li>
@@ -19044,13 +19002,13 @@ pas autrefois. On disait: <i>le palais le roi</i>, <i>l'htel la reine</i>, pour
<li><span class="small">DOUBTER</span>, craindre, avoir peur, redouter.</li>
-<li><span class="small">DROIT</span>, direct, lgitime, juste.</li>
-<li><span class="i1">&mdash; </span> <i>Appel droit</i>, appel en justice.</li>
+<li><span class="small">DROIT</span>, direct, légitime, juste.</li>
+<li><span class="i1">&mdash; </span> <i>Appelé à droit</i>, appelé en justice.</li>
<li><span class="small">DROITURES</span>, droits.
<span class="pagenum"><a id="Page_480"> 480</a></span></li>
-<li><span class="small">DUIT</span>, au pluriel <span class="small">DUIS</span>, habile, expriment.</li>
+<li><span class="small">DUIT</span>, au pluriel <span class="small">DUIS</span>, habile, expérimenté.</li>
<li><span class="small">DUREMENT</span>, beaucoup.</li>
</ul>
@@ -19058,11 +19016,11 @@ pas autrefois. On disait: <i>le palais le roi</i>, <i>l'htel la reine</i>, pour
<p class="alphabet">E.</p>
<ul>
-<li><span class="small">BATTEMENT</span>, plaisir, bats.</li>
+<li><span class="small">ÉBATTEMENT</span>, plaisir, ébats.</li>
-<li><span class="small">CHEOIR</span>, tomber.</li>
+<li><span class="small">ÉCHEOIR</span>, tomber.</li>
-<li><span class="small">CU</span>, bouclier.</li>
+<li><span class="small">ÉCU</span>, bouclier.</li>
<li><span class="small">EDIFIEMENT</span>, construction.</li>
@@ -19070,19 +19028,19 @@ pas autrefois. On disait: <i>le palais le roi</i>, <i>l'htel la reine</i>, pour
<li><span class="small">EFFORCIEMENT</span>, en forces.</li>
-<li><span class="small">LIRE</span>, choisir.</li>
+<li><span class="small">ÉLIRE</span>, choisir.</li>
-<li><span class="small">EMBATTRE (SE)</span>, s'lancer sur quelque chose, s'y enfoncer.</li>
-<li><span class="i1">&mdash; </span> Se rfugier.</li>
+<li><span class="small">EMBATTRE (SE)</span>, s'élancer sur quelque chose, s'y enfoncer.</li>
+<li><span class="i1">&mdash; </span> Se réfugier.</li>
<li><span class="small">EMBESOGNER (S')</span>, travailler, s'occuper.</li>
<li><span class="small">EMBLER</span>, enlever.</li>
-<li><span class="small">EMBLER (SE)</span>, s'esquiver, se sparer.</li>
+<li><span class="small">EMBLER (SE)</span>, s'esquiver, se séparer.</li>
-<li><span class="small">MOUVOIR</span>.</li>
-<li><span class="i1">&mdash; </span> <i>mouvoir guerre</i>, dclarer, exciter la guerre.</li>
+<li><span class="small">ÉMOUVOIR</span>.</li>
+<li><span class="i1">&mdash; </span> <i>Émouvoir guerre</i>, déclarer, exciter la guerre.</li>
<li><span class="small">EMPAIGNANT</span>, d'<i>empaindre</i>, poussant.</li>
@@ -19090,7 +19048,7 @@ pas autrefois. On disait: <i>le palais le roi</i>, <i>l'htel la reine</i>, pour
<li><span class="small">EMPENSER</span>, penser.</li>
-<li><span class="small">EMPTRER</span>, obtenir.</li>
+<li><span class="small">EMPÊTRER</span>, obtenir.</li>
<li><span class="small">EMPOINTE</span>, attaque, choc.</li>
@@ -19099,68 +19057,68 @@ pas autrefois. On disait: <i>le palais le roi</i>, <i>l'htel la reine</i>, pour
<li><span class="small">EMPRISE, EMPRINSE</span>, entreprise, projet.</li>
-<li><span class="small">MU</span>, p. <a href="#Page_120">120</a>, <i>toit mu</i>, tait intent.</li>
+<li><span class="small">ÉMU</span>, p. <a href="#Page_120">120</a>, <i>étoit ému</i>, était intenté.</li>
<li><span class="small">EN</span>, on.</li>
<li><span class="i1">&mdash; </span> <i>L'en</i>, t-on.</li>
-<li><span class="small">EN DROIT MOI</span>, mon gard, mon endroit.</li>
+<li><span class="small">EN DROIT MOI</span>, à mon égard, à mon endroit.</li>
-<li><span class="small">EN DROIT SOI</span>, l'gard de soi.</li>
+<li><span class="small">EN DROIT SOI</span>, à l'égard de soi.</li>
-<li><span class="small">ENCHAITIV</span>, prisonnier.</li>
+<li><span class="small">ENCHAITIVÉ</span>, prisonnier.</li>
<li><span class="small">ENCHAS</span>, combat.</li>
-<li><span class="small">ESCHY</span>, arriva.</li>
+<li><span class="small">ESCHÉY</span>, arriva.</li>
<li><span class="small">ENCLOUANT</span>, renfermant. (De <i>Encloir</i>, enclore.)</li>
-<li><span class="small">ENCONTRE</span>, la rencontre, au-devant de.</li>
+<li><span class="small">ENCONTRE</span>, à la rencontre, au-devant de.</li>
<li><span class="small">ENCONVENANCER</span>, promettre, faire convention.</li>
-<li><span class="small">ENCOULP</span>, dclar coupable, inculp.</li>
+<li><span class="small">ENCOULPÉ</span>, déclaré coupable, inculpé.</li>
<li><span class="small">ENCOURAGEA</span>, p. <a href="#Page_296">296</a>, enflamma.</li>
-<li><span class="small">ENCOURU (TRE)</span>, tre condamn.</li>
-<li><span class="i1">&mdash; </span> <i>Sans tre encourus en cette somme</i>, sans tre condamns payer cette somme.</li>
+<li><span class="small">ENCOURU (ÊTRE)</span>, être condamné.</li>
+<li><span class="i1">&mdash; </span> <i>Sans être encourus en cette somme</i>, sans être condamnés à payer cette somme.</li>
-<li><span class="small">ENCOUSIT (S')</span>, s'enfona, entra.</li>
+<li><span class="small">ENCOUSIT (S')</span>, s'enfonça, entra.</li>
-<li><span class="small">ENDROIT</span>, p. <a href="#Page_172">172</a>, <i>l endroit</i>, l o nous sommes; ou bien: l tout de suite.</li>
+<li><span class="small">ENDROIT</span>, p. <a href="#Page_172">172</a>, <i>là endroit</i>, là où nous sommes; ou bien: là tout de suite.</li>
-<li><span class="small">ENFLONNIT</span>, irrita.</li>
+<li><span class="small">ENFÉLONNIT</span>, irrita.</li>
<li><span class="small">ENGIN</span>, p. <a href="#Page_466">466</a>, ruse.</li>
<li><span class="small">ENGRIGNY</span>, de <i>engrignir</i>, courroucer.</li>
-<li><span class="small">ENLIGNAG</span>, apparent.</li>
+<li><span class="small">ENLIGNAGÉ</span>, apparenté.</li>
<li><span class="small">EN-MY, EMMY</span>, au milieu de. (<i>In medio.</i>)</li>
<li><span class="small">ENNORTER</span>, exhorter, conseiller.</li>
<li><span class="i1">&mdash; </span> <i>Enortement</i>, exhortation.</li>
-<li><span class="small">ENNUIS</span>, malgr soi, avec peine.</li>
+<li><span class="small">ENNUIS</span>, malgré soi, avec peine.</li>
<li><span class="small">ENS</span>, dedans.</li>
-<li><span class="i1">&mdash; </span> <i>Ens s</i>, dedans les.</li>
+<li><span class="i1">&mdash; </span> <i>Ens ès</i>, dedans les.</li>
<li><span class="small">ENSEIGNE</span>, indice, preuve.</li>
-<li><span class="small">ENSEMENT</span>, ensemble, en mme temps.</li>
+<li><span class="small">ENSEMENT</span>, ensemble, en même temps.</li>
<li><span class="small">ENSONNIER</span>, p. <a href="#Page_122">122</a>, y aviser.</li>
<li><span class="i1">&mdash; </span> P 192, <i>Ensonnioient</i>, occupaient.</li>
<li><span class="small">ENTENDRE</span>, s'occuper, donner son attention.</li>
-<li><span class="small">ENTRINER</span>, ratifier.</li>
+<li><span class="small">ENTÉRINER</span>, ratifier.</li>
-<li><span class="small">ENTOUILLS</span>, mls.</li>
+<li><span class="small">ENTOUILLÉS</span>, mêlés.</li>
<li><span class="small">ENTOUR</span>, environ.</li>
@@ -19170,59 +19128,59 @@ pas autrefois. On disait: <i>le palais le roi</i>, <i>l'htel la reine</i>, pour
<li><span class="small">ENVAYE</span>, attaque.</li>
-<li><span class="small">ENVI, ENVIS</span>, malgr soi. (<i>Invitus.</i>)</li>
+<li><span class="small">ENVI, ENVIS</span>, malgré soi. (<i>Invitus.</i>)</li>
<li><span class="small">ERRAUMENT</span>, promptement.</li>
-<li><span class="small">S</span>, dans les.</li>
+<li><span class="small">ÈS</span>, dans les.</li>
<li><span class="small">ESCHARCEMENT</span>, peu.</li>
<li><span class="small">ESCHARNISSEMENT</span>, raillerie.</li>
-<li><span class="small">ESCHEQUIER</span>, chiquier, cour de justice.</li>
+<li><span class="small">ESCHEQUIER</span>, échiquier, cour de justice.</li>
-<li><span class="small">ESCHY</span>, tomba.</li>
+<li><span class="small">ESCHÉY</span>, tomba.</li>
-<li><span class="small">ESCHIVER</span>, viter, esquiver.</li>
+<li><span class="small">ESCHIÉVER</span>, éviter, esquiver.</li>
<li><span class="pagenum"><a id="Page_481"> 481</a></span>
-<span class="small">ESCLITRE</span>, clair.</li>
+<span class="small">ESCLITRE</span>, éclair.</li>
-<li><span class="small">ESCONDIRE</span>, refuser (<i>conduire</i>).</li>
+<li><span class="small">ESCONDIRE</span>, refuser (<i>éconduire</i>).</li>
<li><span class="small">ESCOUIR</span>, brandir.</li>
-<li><span class="small">ESCRISOIT</span>, crivait.</li>
+<li><span class="small">ESCRISOIT</span>, écrivait.</li>
-<li><span class="small">ESLAI</span>, course, bond, lan.</li>
+<li><span class="small">ESLAI</span>, course, bond, élan.</li>
<li><span class="small">ESLEVER</span>, se lever, se soulever.</li>
-<li><span class="small">ESLIESCER</span>, rjouir, mettre en liesse (joie).</li>
+<li><span class="small">ESLIESCER</span>, réjouir, mettre en liesse (joie).</li>
-<li><span class="small">ESPCIAUMENT</span>, spcialement.</li>
+<li><span class="small">ESPÉCIAUMENT</span>, spécialement.</li>
-<li><span class="small">ESPR</span>. <i>Esprs mouvoir</i>, qu'on s'attend voir s'lever.</li>
+<li><span class="small">ESPÉRÉ</span>. <i>Espérés à mouvoir</i>, qu'on s'attend à voir s'élever.</li>
<li><span class="small">ESPIE</span>, espion.</li>
-<li><span class="small">ESPOIR</span>, peut-tre.</li>
+<li><span class="small">ESPOIR</span>, peut-être.</li>
<li><span class="small">ESPURGER (S')</span>, se purger d'une accusation.</li>
-<li><span class="small">ESRAGI</span>, enrag, furieux.</li>
+<li><span class="small">ESRAGIÉ</span>, enragé, furieux.</li>
<li><span class="small">ESTACHE</span>, pieu.</li>
-<li><span class="small">ESTAINT</span>, touff, mort.</li>
+<li><span class="small">ESTAINT</span>, étouffé, mort.</li>
-<li><span class="small">ESTABLEMENT</span>, d'une manire stable, permanente.</li>
+<li><span class="small">ESTABLEMENT</span>, d'une manière stable, permanente.</li>
<li><span class="small">ESTAL</span>, place, demeure.</li>
-<li><span class="small">ESTOURMI</span>, combattu, attaqu;</li>
-<li><span class="i1">&mdash; </span> p. <a href="#Page_169">169</a>, rassembl, runi en foule, en dsordre.</li>
+<li><span class="small">ESTOURMI</span>, combattu, attaqué;</li>
+<li><span class="i1">&mdash; </span> p. <a href="#Page_169">169</a>, rassemblé, réuni en foule, en désordre.</li>
<li><span class="small">ESTRAIN</span>, paille, chaume.</li>
@@ -19235,20 +19193,20 @@ pas autrefois. On disait: <i>le palais le roi</i>, <i>l'htel la reine</i>, pour
<li><span class="small">EXILIER, EXILLER</span>, ravager.</li>
<li><span class="small">EXPLOITER, ESPLEITER</span>, achever, faire, agir;</li>
-<li><span class="i1">&mdash; </span> p. <a href="#Page_406">406</a>, se hter, marcher.</li>
+<li><span class="i1">&mdash; </span> p. <a href="#Page_406">406</a>, se hâter, marcher.</li>
-<li><span class="small">EXPRESSES</span>, exprimes.</li>
+<li><span class="small">EXPRESSES</span>, exprimées.</li>
</ul>
<p class="alphabet">F.</p>
<ul>
-<li><span class="small">FAILLIR</span>, manquer, ne pas russir.</li>
-<li><span class="i1">&mdash; </span> <i>Failli</i>, manqua. <i>Failli</i>, tomb.</li>
+<li><span class="small">FAILLIR</span>, manquer, ne pas réussir.</li>
+<li><span class="i1">&mdash; </span> <i>Failli</i>, manqua. <i>Failli</i>, tombé.</li>
-<li><span class="small">FAUDROIT</span>, manquerait, ferait dfaut. (De <i>faillir</i>).</li>
+<li><span class="small">FAUDROIT</span>, manquerait, ferait défaut. (De <i>faillir</i>).</li>
-<li><span class="small">FAITICEMENT, FAICTISSEMENT</span>, bien arrang, arrang avec art.</li>
+<li><span class="small">FAITICEMENT, FAICTISSEMENT</span>, bien arrangé, arrangé avec art.</li>
<li><span class="small">FAME</span>, bruit. (<i>Fama.</i>)</li>
@@ -19256,44 +19214,44 @@ pas autrefois. On disait: <i>le palais le roi</i>, <i>l'htel la reine</i>, pour
<li><span class="small">FAUTRE</span>, fourreau.</li>
-<li><span class="small">FAUT</span>, fidlit.</li>
+<li><span class="small">FÉAUTÉ</span>, fidélité.</li>
-<li><span class="small">FIST</span>, fit.</li>
+<li><span class="small">FÉIST</span>, fit.</li>
<li><span class="small">FEL</span>, cruel.</li>
<li><span class="small">FELLEMENT</span>, durement.</li>
-<li><span class="small">FLONNEUX, FLONNESSE</span>, dur, cruel, mchant.</li>
+<li><span class="small">FÉLONNEUX, FÉLONNESSE</span>, dur, cruel, méchant.</li>
-<li><span class="small">FNI</span>, finit.</li>
+<li><span class="small">FÉNI</span>, finit.</li>
-<li><span class="small">FRANT ET BATTANT</span>, en toute hte.</li>
+<li><span class="small">FÉRANT ET BATTANT</span>, en toute hâte.</li>
-<li><span class="small">FRIR EN (SE)</span>, tomber sur.</li>
+<li><span class="small">FÉRIR EN (SE)</span>, tomber sur.</li>
-<li><span class="small">FRU</span>, frapp. (De <i>frir</i>.)</li>
+<li><span class="small">FÉRU</span>, frappé. (De <i>férir</i>.)</li>
-<li><span class="small">FERM</span>, conclu, assur. (<i>Firmatus.</i>)</li>
+<li><span class="small">FERMÉ</span>, conclu, assuré. (<i>Firmatus.</i>)</li>
-<li><span class="small">FERMET</span>, fermeture, barrire.</li>
+<li><span class="small">FERMETÉ</span>, fermeture, barrière.</li>
-<li><span class="small">FS</span>, faix, poids, charge.</li>
+<li><span class="small">FÈS</span>, faix, poids, charge.</li>
-<li><span class="small">FSIST</span>, fit.</li>
+<li><span class="small">FÉSIST</span>, fit.</li>
<li><span class="small">FIABLEMENT</span>, avec confiance.</li>
<li><span class="small">FIANCER</span>.</li>
-<li><span class="i1">&mdash; </span> <i>Fiancrent prisonniers</i>, firent reconnatre prisonniers sur parole.</li>
+<li><span class="i1">&mdash; </span> <i>Fiancèrent prisonniers</i>, firent reconnaître prisonniers sur parole.</li>
<li><span class="small">FIER</span>, rude, dur.</li>
<li><span class="small">FINA</span>, finit.</li>
-<li><span class="small">FINABLE</span>, finale, dfinitive.</li>
+<li><span class="small">FINABLE</span>, finale, définitive.</li>
-<li><span class="small">FOISON</span>. <i>Si montrent grand foison, bien le terme de quatre mois qu'ils furent Calais</i>, montrent trs-haut, par suite des quatre mois qu'ils furent Calais.</li>
+<li><span class="small">FOISON</span>. <i>Si montèrent grand foison, bien le terme de quatre mois qu'ils furent à Calais</i>, montèrent très-haut, par suite des quatre mois qu'ils furent à Calais.</li>
<li><span class="small">FORBOURG</span>, faubourg.</li>
@@ -19301,22 +19259,22 @@ pas autrefois. On disait: <i>le palais le roi</i>, <i>l'htel la reine</i>, pour
<li><span class="small">FORMENT</span>, fortement, fort, beaucoup.</li>
-<li><span class="small">FOSSOYER</span>, faire un foss.</li>
+<li><span class="small">FOSSOYER</span>, faire un fossé.</li>
<li><span class="small">FOURBIRENT</span>. Voyez <span class="small">RESTREIGNIRENT</span>.</li>
<li><span class="small">FOURRER</span>, fourrager.</li>
-<li><span class="small">FRAYER</span>, dpenser, faire les frais.</li>
+<li><span class="small">FRAYER</span>, dépenser, faire les frais.</li>
-<li><span class="small">FRETABLE</span>, coteux.</li>
+<li><span class="small">FRETABLE</span>, coûteux.</li>
-<li><span class="small">FRIQUEMENT</span>, agrablement.</li>
+<li><span class="small">FRIQUEMENT</span>, agréablement.</li>
<li><span class="small">FROISSIS</span>, brisement, hachement.</li>
-<li><span class="small">FRONTIRE</span>.</li>
-<li><span class="i1">&mdash; </span> <i>Faire frontire</i>, garnir, mettre sur le front, sur le devant.</li>
+<li><span class="small">FRONTIÈRE</span>.</li>
+<li><span class="i1">&mdash; </span> <i>Faire frontière</i>, garnir, mettre sur le front, sur le devant.</li>
<li><span class="small">FROYE, FROIE</span>, trace. (<i>Frayer.</i>)</li>
@@ -19325,13 +19283,13 @@ pas autrefois. On disait: <i>le palais le roi</i>, <i>l'htel la reine</i>, pour
<li><span class="small">FUIE</span>, fuite.</li>
<li><span class="pagenum"><a id="Page_482"> 482</a></span>
-<span class="small">FUST</span>, bois, bton.</li>
+<span class="small">FUST</span>, bois, bâton.</li>
</ul>
<p class="alphabet">G.</p>
<ul>
-<li><span class="small">GAGNE</span>, prise.</li>
+<li><span class="small">GAGNÉE</span>, prise.</li>
<li><span class="small">GAIGES</span>, gages.</li>
@@ -19339,18 +19297,18 @@ pas autrefois. On disait: <i>le palais le roi</i>, <i>l'htel la reine</i>, pour
<li><span class="small">GARNIR (SE)</span>, se fortifier, se garnir.</li>
-<li><span class="small">GASTER</span>, ravager, dvaster.</li>
+<li><span class="small">GASTER</span>, ravager, dévaster.</li>
-<li><span class="small">GEHENNE</span>, torture, question. (<i>Gne.</i>)</li>
+<li><span class="small">GEHENNE</span>, torture, question. (<i>Gêne.</i>)</li>
<li><span class="small">GENTIL</span>, noble.</li>
<li><span class="i1">&mdash; </span> <i>Gentillesse</i>, noblesse.</li>
-<li><span class="small">GSIR</span>, tre couch, coucher, tre plac.</li>
+<li><span class="small">GÉSIR</span>, être couché, coucher, être placé.</li>
-<li><span class="small">GU</span>, participe pass de <i>gsir</i>.</li>
+<li><span class="small">GÉU</span>, participe passé de <i>gésir</i>.</li>
-<li><span class="small">GISSOIENT</span>, imparfait de <i>gsir</i>.</li>
+<li><span class="small">GISSOIENT</span>, imparfait de <i>gésir</i>.</li>
<li><span class="small">GOBELIN</span>, lutin, esprit follet.</li>
@@ -19360,17 +19318,17 @@ pas autrefois. On disait: <i>le palais le roi</i>, <i>l'htel la reine</i>, pour
<li><span class="small">GRIS</span>, sorte de fourrure.</li>
-<li><span class="small">GROSSIE</span>, grossoye, expdie en grosse criture et dlivre en forme excutoire.</li>
+<li><span class="small">GROSSIÉE</span>, grossoyée, expédiée en grosse écriture et délivrée en forme exécutoire.</li>
-<li><span class="small">GUERDON</span>, rcompense.</li>
+<li><span class="small">GUERDON</span>, récompense.</li>
-<li><span class="small">GURIT</span> <i> l'encontre</i>, dfendu, protg contre.</li>
+<li><span class="small">GUÉRITÉ</span> <i>à l'encontre</i>, défendu, protégé contre.</li>
<li><span class="small">GUERLES</span>, Gueldres.</li>
<li><span class="small">GUEULE</span> (terme de blason), rouge.</li>
-<li><span class="small">GUISE</span>, manire.</li>
+<li><span class="small">GUISE</span>, manière.</li>
</ul>
@@ -19379,9 +19337,9 @@ pas autrefois. On disait: <i>le palais le roi</i>, <i>l'htel la reine</i>, pour
<li><span class="small">HAIER</span>, fermer de haies, de palissades.</li>
-<li><span class="small">HAITI</span>, robuste, en bonne sant.</li>
+<li><span class="small">HAITIÉ</span>, robuste, en bonne santé.</li>
-<li><span class="small">HANS (LES)</span>, la poigne.</li>
+<li><span class="small">HANS (LES)</span>, la poignée.</li>
<li><span class="small">HANTONNE</span>, Southampton.</li>
@@ -19394,35 +19352,35 @@ pas autrefois. On disait: <i>le palais le roi</i>, <i>l'htel la reine</i>, pour
<li><span class="small">HAVET</span>, crochet.</li>
-<li><span class="small">HOIT</span>, hassait.</li>
+<li><span class="small">HÉOIT</span>, haïssait.</li>
-<li><span class="small">HRI</span>, maltrait.</li>
+<li><span class="small">HÉRIÉ</span>, maltraité.</li>
-<li><span class="small">HRITE</span>, hrtique.</li>
+<li><span class="small">HÉRITE</span>, hérétique.</li>
<li><span class="small">HEUR</span>, la chance.</li>
-<li><span class="small">HEURE</span>, <i>une heure..... et l'autre</i>, tantt..... et tantt.</li>
+<li><span class="small">HEURE</span>, <i>une heure..... et l'autre</i>, tantôt..... et tantôt.</li>
-<li><span class="small">HOD</span>, fatigu.</li>
+<li><span class="small">HODÉ</span>, fatigué.</li>
-<li><span class="small">HOIR</span>, hritier.</li>
+<li><span class="small">HOIR</span>, héritier.</li>
<li><span class="small">HOKEBOT</span>, bateau.</li>
<li><span class="small">HONNIR</span>, vexer, maltraiter;</li>
-<li><span class="i1">&mdash; </span> p. <a href="#Page_346">346</a>, gter, brouiller.</li>
+<li><span class="i1">&mdash; </span> p. <a href="#Page_346">346</a>, gâter, brouiller.</li>
-<li><span class="small">HOSTAGIER</span>, celui qui est donn en otage.</li>
-<li><span class="i1">&mdash; </span> <i>Hostagerie</i>, tat de celui qui sert d'otage.</li>
+<li><span class="small">HOSTAGIER</span>, celui qui est donné en otage.</li>
+<li><span class="i1">&mdash; </span> <i>Hostagerie</i>, état de celui qui sert d'otage.</li>
<li><span class="small">HOSTIDONNE</span>, Huntingdon.</li>
<li><span class="small">HOSTOYER</span>, faire la guerre, guerroyer.</li>
-<li><span class="small">HTELS</span>, personnes de la maison.</li>
+<li><span class="small">HÔTELS</span>, personnes de la maison.</li>
-<li><span class="small">HU, HUE, HUY</span>, cri, clameur. (<i>Huer.</i>) Le <i>hu</i> et le <i>cri</i> prcdent le <i>hutin</i>; ce sont les cris que l'on pousse avant d'en venir aux mains.</li>
+<li><span class="small">HU, HUÉE, HUY</span>, cri, clameur. (<i>Huer.</i>) Le <i>hu</i> et le <i>cri</i> précèdent le <i>hutin</i>; ce sont les cris que l'on pousse avant d'en venir aux mains.</li>
<li><span class="small">HUTIN</span>, querelle, combat, bagarre.</li>
@@ -19438,29 +19396,29 @@ pas autrefois. On disait: <i>le palais le roi</i>, <i>l'htel la reine</i>, pour
<li><span class="small">IL</span>, lui.</li>
-<li><span class="small">ILEC</span>, l.</li>
+<li><span class="small">ILEC</span>, là.</li>
-<li><span class="small">IMAGINOIENT</span>, p. <a href="#Page_453">453</a>, se rendaient bien compte des effets que devait produire l'expdition du roi d'Angleterre.</li>
+<li><span class="small">IMAGINOIENT</span>, p. <a href="#Page_453">453</a>, se rendaient bien compte des effets que devait produire l'expédition du roi d'Angleterre.</li>
-<li><span class="small">IMPTRER</span>, demander, obtenir.</li>
+<li><span class="small">IMPÉTRER</span>, demander, obtenir.</li>
-<li><span class="small">INCLINER</span>, dterminer; p. <a href="#Page_321">321</a>, saluer.</li>
+<li><span class="small">INCLINER</span>, déterminer; p. <a href="#Page_321">321</a>, saluer.</li>
<li><span class="small">INCONVENABLE</span>, qui n'est pas convenable.</li>
-<li><span class="small">INCOULP</span>, inculp, accus.</li>
+<li><span class="small">INCOULPÉ</span>, inculpé, accusé.</li>
<li><span class="small">INSTANCE</span>, malheur.</li>
-<li><span class="small">INTENTIF (TRE)</span>, avoir l'intention.</li>
+<li><span class="small">INTENTIF (ÊTRE)</span>, avoir l'intention.</li>
-<li><span class="small">INTENTION</span>. <i>Si auroit eu son intention</i>, qu'il n'ait impos sa volont au.</li>
+<li><span class="small">INTENTION</span>. <i>Si auroit eu son intention</i>, qu'il n'ait imposé sa volonté au.</li>
-<li><span class="small">INTENTIVEMENT</span>, avec volont.</li>
+<li><span class="small">INTENTIVEMENT</span>, avec volonté.</li>
-<li><span class="small">IREUSEMENT</span>, en colre.</li>
+<li><span class="small">IREUSEMENT</span>, en colère.</li>
-<li><span class="small">IRIS</span>, en colre.</li>
+<li><span class="small">IRIÉS</span>, en colère.</li>
<li><span class="pagenum"><a id="Page_483"> 483</a></span>
<span class="small">ISNELEMENT</span>, promptement.</li>
@@ -19476,23 +19434,23 @@ pas autrefois. On disait: <i>le palais le roi</i>, <i>l'htel la reine</i>, pour
<ul>
<li><span class="small">JA</span>, jamais.</li>
-<li><span class="small">JA FUST CE QUE</span>, malgr que.</li>
+<li><span class="small">JA FUST CE QUE</span>, malgré que.</li>
-<li><span class="small">JA SOIT, JAOIT QUE, JA SOIT CE QUE</span>, quoique. (<i>Jam sit.</i>)</li>
+<li><span class="small">JA SOIT, JAÇOIT QUE, JA SOIT CE QUE</span>, quoique. (<i>Jam sit.</i>)</li>
-<li><span class="small">JETE</span>, crite, rdige.</li>
+<li><span class="small">JETÉE</span>, écrite, rédigée.</li>
<li><span class="small">JOIANT</span>, joyeux.</li>
<li><span class="small">JOUEL</span>, joyau.</li>
-<li><span class="small">JOURNE</span>, ajournement, assemble, rendez-vous.</li>
+<li><span class="small">JOURNÉE</span>, ajournement, assemblée, rendez-vous.</li>
<li><span class="small">JUGLEUR</span>, jongleur, bateleur.</li>
<li><span class="small">JUPPER</span>, appeler.</li>
-<li><span class="small">JUS</span>, <i> jus</i>, bas, par terre.</li>
+<li><span class="small">JUS</span>, <i>à jus</i>, à bas, par terre.</li>
<li><span class="small">JUT</span>, campa, campait. (<i>Jacebat</i>).</li>
</ul>
@@ -19504,16 +19462,16 @@ pas autrefois. On disait: <i>le palais le roi</i>, <i>l'htel la reine</i>, pour
<li><span class="small">LABOURER</span>, travailler.</li>
-<li><span class="small">LAI</span>, laque.</li>
+<li><span class="small">LAI</span>, laïque.</li>
-<li><span class="small">LAIENS</span>, <i>lans</i>, l dedans; oppos <i>cans</i>, ici dedans.</li>
+<li><span class="small">LAIENS</span>, <i>léans</i>, là dedans; opposé à <i>céans</i>, ici dedans.</li>
<li><span class="small">LAIRAI</span>, forme de laisserai.</li>
-<li><span class="small">LAISSER</span>. <i>Pour mieux faire que laisser et pour plus grand suret</i>, pour mieux faire que s'en aller sans prendre de plus grandes srets.</li>
+<li><span class="small">LAISSER</span>. <i>Pour mieux faire que laisser et pour plus grand sureté</i>, pour mieux faire que s'en aller sans prendre de plus grandes sûretés.</li>
-<li><span class="small">LS, LEZ</span>, ct.</li>
-<li><span class="i1">&mdash; </span> <i>De lez</i>, ct de.</li>
+<li><span class="small">LÈS, LEZ</span>, côté.</li>
+<li><span class="i1">&mdash; </span> <i>De lez</i>, à côté de.</li>
<li><span class="small">LI</span>, lui.</li>
@@ -19524,22 +19482,22 @@ pas autrefois. On disait: <i>le palais le roi</i>, <i>l'htel la reine</i>, pour
<li><span class="small">LIEMENT</span>, avec plaisir, avec joie.</li>
<li><span class="small">LIEU</span>.</li>
-<li><span class="i1">&mdash; </span> <i>En tel lieu toit et en telle fois fut</i>, ici ou l.</li>
+<li><span class="i1">&mdash; </span> <i>En tel lieu étoit et en telle fois fut</i>, ici ou là.</li>
-<li><span class="small">LIGNAGE, LINAGE</span>, famille, parent.</li>
+<li><span class="small">LIGNAGE, LINAGE</span>, famille, parenté.</li>
-<li><span class="small">LIVR</span>, soign.</li>
+<li><span class="small">LIVRÉ</span>, soigné.</li>
<li><span class="small">LOBER</span>, moquer, railler.</li>
-<li><span class="small">LOGER (SE)</span>, s'tablir, camper.</li>
-<li><span class="i1">&mdash; </span> Encore conserv dans le langage militaire.</li>
+<li><span class="small">LOGER (SE)</span>, s'établir, camper.</li>
+<li><span class="i1">&mdash; </span> Encore conservé dans le langage militaire.</li>
</ul>
<p class="alphabet">M.</p>
<ul>
-<li><span class="small">MAHOMMERIE</span>, temple, mosque.</li>
+<li><span class="small">MAHOMMERIE</span>, temple, mosquée.</li>
<li><span class="small">MAIL</span>, maillet.</li>
@@ -19547,57 +19505,57 @@ pas autrefois. On disait: <i>le palais le roi</i>, <i>l'htel la reine</i>, pour
<li><span class="small">MAINBOUR, MAINBOURG</span>, tuteur, gouverneur.</li>
-<li><span class="small">MAINSN</span>, plus jeune, cadet.</li>
+<li><span class="small">MAINSNÉ</span>, plus jeune, cadet.</li>
<li><span class="small">MAINTENANT</span>.</li>
-<li><span class="i1">&mdash; </span> <i>De maintenant</i>, <i>ds maintenant</i>, ds lors.</li>
+<li><span class="i1">&mdash; </span> <i>De maintenant</i>, <i>dès maintenant</i>, dès lors.</li>
<li><span class="small">MAINTENIR</span>, conduire.</li>
<li><span class="i1">&mdash; </span> <i>Se maintiendroient</i>, se conduiraient.</li>
<li><span class="small">MAIS</span>, p. <a href="#Page_238">238</a>, plus;</li>
<li><span class="i1">&mdash; </span> p. <a href="#Page_451">451</a>, pourvu que.</li>
-<li><span class="i1">&mdash; </span> <i>Mais qu'ils trouvassent qui</i>, pourvu qu'ils trouvassent quelqu'un.</li>
+<li><span class="i1">&mdash; </span> <i>Mais qu'ils trouvassent à qui</i>, pourvu qu'ils trouvassent quelqu'un.</li>
<li><span class="small">MALE</span>, mauvaise.</li>
-<li><span class="small">MALEFAON</span>, mauvaise action.</li>
+<li><span class="small">MALEFAÇON</span>, mauvaise action.</li>
-<li><span class="small">MALEGRCE</span>, disgrce.</li>
+<li><span class="small">MALEGRÂCE</span>, disgrâce.</li>
<li><span class="small">MALETTE</span>, valise, petite malle, bagage.</li>
<li><span class="i1">&mdash; </span> <i>Gens qui portent malettes</i>, voyageurs.</li>
-<li><span class="small">MALMIS</span>, maltrait. (De <i>malmettre</i>.)</li>
+<li><span class="small">MALMIS</span>, maltraité. (De <i>malmettre</i>.)</li>
-<li><span class="small">MALETOUTE, MALTTE</span>, impt peru sans tre d.</li>
+<li><span class="small">MALETOUTE, MALTÔTE</span>, impôt perçu sans être dû.</li>
<li><span class="small">MANSION</span>, demeure, habitation.</li>
-<li><span class="small">MARCHE</span>, frontire.</li>
+<li><span class="small">MARCHE</span>, frontière.</li>
-<li><span class="small">MARCHI</span>, quantit.</li>
+<li><span class="small">MARCHIÉ</span>, quantité.</li>
-<li><span class="small">MARMITEUX</span>, triste, afflig, hypocrite, qui fait le bon aptre.</li>
+<li><span class="small">MARMITEUX</span>, triste, affligé, hypocrite, qui fait le bon apôtre.</li>
<li><span class="small">MARRONIERS</span>, matelots.</li>
-<li><span class="small">MAUTALENT</span>, mcontentement.</li>
-<li><span class="i1">&mdash; </span> <i>Mautalentif</i>, mcontent.</li>
+<li><span class="small">MAUTALENT</span>, mécontentement.</li>
+<li><span class="i1">&mdash; </span> <i>Mautalentif</i>, mécontent.</li>
-<li><span class="small">MAUVESTI</span>, malice, mchancet.</li>
+<li><span class="small">MAUVESTIÉ</span>, malice, méchanceté.</li>
-<li><span class="small">MISME</span>, mme.</li>
-<li><span class="i1">&mdash; </span> <i>Meismement</i>, mmement.</li>
+<li><span class="small">MÉISME</span>, même.</li>
+<li><span class="i1">&mdash; </span> <i>Meismement</i>, mêmement.</li>
-<li><span class="small">MIST</span>, mit.</li>
+<li><span class="small">MÉIST</span>, mit.</li>
-<li><span class="small">MEN</span>, gouvern, tre en tutelle.</li>
+<li><span class="small">MENÉ</span>, gouverné, être en tutelle.</li>
<li><span class="pagenum"><a id="Page_484"> 484</a></span>
-<span class="small">MENE</span>, compagnie, suite.</li>
+<span class="small">MENÉE</span>, compagnie, suite.</li>
-<li><span class="small">MENESTERIEU</span>, menestrel, mntrier.</li>
+<li><span class="small">MENESTERIEU</span>, menestrel, ménétrier.</li>
<li><span class="small">MENEURS</span>, mineurs.</li>
@@ -19605,40 +19563,40 @@ pas autrefois. On disait: <i>le palais le roi</i>, <i>l'htel la reine</i>, pour
<li><span class="small">MERRIENS</span>, merrain, bois de charpente.</li>
-<li><span class="small">MES HUY</span>, aujourd'hui, prsent.</li>
+<li><span class="small">MES HUY</span>, aujourd'hui, à présent.</li>
-<li><span class="small">MESCHANCE</span>, male chance.</li>
+<li><span class="small">MESCHÉANCE</span>, male chance.</li>
-<li><span class="small">MESCHEF</span>, malheur, msaventure.</li>
+<li><span class="small">MESCHEF</span>, malheur, mésaventure.</li>
<li><span class="small">MESCHEY (IL)</span>, il arriva mal. (De <i>mescheoir</i>.)</li>
<li><span class="small">MESHAIGNER</span>, blesser, maltraiter.</li>
-<li><span class="small">MSIAUX</span>, lpreux.</li>
+<li><span class="small">MÉSIAUX</span>, lépreux.</li>
<li><span class="small">MESPRENDRE</span>, mal agir.</li>
<li><span class="i1">&mdash; </span> <i>Avez-vous mespris</i>, avez-vous mal agi?</li>
<li><span class="small">MESPRISON</span>, faute.</li>
-<li><span class="small">MESSAGE</span>, messager, envoy.</li>
+<li><span class="small">MESSAGE</span>, messager, envoyé.</li>
-<li><span class="small">MSLERIE, MESSELERIE</span>, lpre.</li>
+<li><span class="small">MÉSÈLERIE, MESSELERIE</span>, lèpre.</li>
<li><span class="small">MESTIER</span>, besoin.</li>
<li><span class="small">METTE</span>, limite.</li>
-<li><span class="small">METTRE LA VOIE (SE)</span>, se mettre en route.</li>
+<li><span class="small">METTRE À LA VOIE (SE)</span>, se mettre en route.</li>
<li><span class="small">METTRE EN SA MAIN</span>, confisquer.</li>
-<li><span class="small">MEURTRI</span>, assassin.</li>
+<li><span class="small">MEURTRI</span>, assassiné.</li>
<li><span class="small">MIE</span>, pas.</li>
-<li><span class="small">MIESSENAIRES</span>, mercenaires. (Leon douteuse.)</li>
+<li><span class="small">MIESSENAIRES</span>, mercenaires. (Leçon douteuse.)</li>
<li><span class="small">MONOIERS</span>, monnoyeurs.</li>
@@ -19648,22 +19606,22 @@ pas autrefois. On disait: <i>le palais le roi</i>, <i>l'htel la reine</i>, pour
<li><span class="small">MOULT</span>, beaucoup.</li>
-<li><span class="small">MOUSTIER</span>, monastre, glise.</li>
+<li><span class="small">MOUSTIER</span>, monastère, église.</li>
<li><span class="small">MOUVEMENT</span>.</li>
-<li><span class="i1">&mdash; </span> <i>Comme sus le mouvement d'une heure</i>, la mme heure.</li>
+<li><span class="i1">&mdash; </span> <i>Comme sus le mouvement d'une heure</i>, à la même heure.</li>
<li><span class="small">MUER</span>, tourner, changer. <span class="i1">&mdash; </span> (<i>Mutare.</i>)</li>
-<li><span class="small">MUCI</span>, cach.</li>
+<li><span class="small">MUCIÉ</span>, caché.</li>
<li><span class="small">MUIRS</span>, meurs.</li>
-<li><span class="small">MURDRI</span>, tu.</li>
+<li><span class="small">MURDRI</span>, tué.</li>
<li><span class="small">MURENT</span>, se mirent en mouvement. (<i>Mouvoir.</i>)</li>
-<li><span class="small">MUSER</span>, mditer, rflchir.</li>
+<li><span class="small">MUSER</span>, méditer, réfléchir.</li>
<li><span class="small">MUT</span>, prit naissance. (De <i>mouvoir</i>.)</li>
<li><span class="i1">&mdash; </span> p. <a href="#Page_305">305</a>, engagea, poussa.</li>
@@ -19678,17 +19636,17 @@ pas autrefois. On disait: <i>le palais le roi</i>, <i>l'htel la reine</i>, pour
<li><span class="small">NAGER</span>, naviguer.</li>
-<li><span class="small">NAVE</span>, vaisseau.</li>
+<li><span class="small">NAVÉE</span>, vaisseau.</li>
<li><span class="small">NAVIE</span>, flotte.</li>
<li><span class="small">NAVRER</span>, blesser.</li>
-<li><span class="small">N</span>, et mieux <span class="small">NE</span>, ni.</li>
+<li><span class="small">NÉ</span>, et mieux <span class="small">NE</span>, ni.</li>
-<li><span class="small">NIS</span>, mme.</li>
+<li><span class="small">NÉIS</span>, même.</li>
-<li><span class="small">NOBLE</span>, pice de monnaie.</li>
+<li><span class="small">NOBLE</span>, pièce de monnaie.</li>
<li><span class="small">NOIENT</span>, rien.</li>
@@ -19704,42 +19662,42 @@ pas autrefois. On disait: <i>le palais le roi</i>, <i>l'htel la reine</i>, pour
<p class="alphabet">O.</p>
<ul>
-<li><span class="small">OBDIENCE</span>, obissance.</li>
+<li><span class="small">OBÉDIENCE</span>, obéissance.</li>
<li><span class="small">OCCIOIENT</span>, tuaient. (De <i>occire</i>.)</li>
<li><span class="small">OCCISION</span>, meurtre, massacre.</li>
-<li><span class="small">OCCISTRENT</span>, turent. (De <i>occire</i>.)</li>
+<li><span class="small">OCCISTRENT</span>, tuèrent. (De <i>occire</i>.)</li>
-<li><span class="small">OFFICE</span>, p. <a href="#Page_277">277</a>, autorit.</li>
+<li><span class="small">OFFICE</span>, p. <a href="#Page_277">277</a>, autorité.</li>
-<li><span class="small">O</span>, ou, entendu.</li>
-<li><span class="i1">&mdash; </span> Oe, oue, entendue. (De OUR.)</li>
+<li><span class="small">OÏ</span>, ouï, entendu.</li>
+<li><span class="i1">&mdash; </span> Oïe, ouïe, entendue. (De OUÏR.)</li>
<li><span class="small">OIL</span>, oui.</li>
<li><span class="small">ONCQUES, ONCQUES MAIS</span>, jamais;</li>
<li><span class="i1">&mdash; </span> p. <a href="#Page_300">300</a>, autrefois.</li>
-<li><span class="small">OPPRESS</span>, press vivement, serr de prs.</li>
+<li><span class="small">OPPRESSÉ</span>, pressé vivement, serré de près.</li>
-<li><span class="small">OR-AINS</span>, l'instant.</li>
+<li><span class="small">OR-AINS</span>, à l'instant.</li>
<li><span class="small">ORDENANCE</span>, arrangement.</li>
<li><span class="small">ORDENER</span>, ordonner;</li>
-<li><span class="i1">&mdash; </span> p. <a href="#Page_241">241</a>, faire les prparatifs, l'arrangement.</li>
+<li><span class="i1">&mdash; </span> p. <a href="#Page_241">241</a>, faire les préparatifs, l'arrangement.</li>
<li><span class="small">ORE</span>, maintenant.</li>
<li><span class="small">ORENT</span>, eurent.</li>
-<li><span class="small">ORREZ</span>, entendrez. (De <i>our</i>).</li>
+<li><span class="small">ORREZ</span>, entendrez. (De <i>ouïr</i>).</li>
-<li><span class="small">OST</span>, arme.</li>
+<li><span class="small">OST</span>, armée.</li>
-<li><span class="small">OSTIEUX</span>, logis, maison, htel.</li>
+<li><span class="small">OSTIEUX</span>, logis, maison, hôtel.</li>
<li><span class="pagenum"><a id="Page_485"> 485</a></span>
<span class="small">OT</span>, eut.</li>
@@ -19747,13 +19705,13 @@ pas autrefois. On disait: <i>le palais le roi</i>, <i>l'htel la reine</i>, pour
<li><span class="small">OTTROI</span>, octroi, permission, concession.</li>
<li><span class="small">OTTROIER</span>, accorder.</li>
-<li><span class="i1">&mdash; </span> <i>Ainois qu'il ottroit la voie d'aller</i>, avant qu'il consentt d'aller.</li>
+<li><span class="i1">&mdash; </span> <i>Ainçois qu'il ottroiât la voie d'aller</i>, avant qu'il consentît d'aller.</li>
-<li><span class="small">OUBLITE</span>, prison perptuelle.</li>
+<li><span class="small">OUBLIÉTE</span>, prison perpétuelle.</li>
-<li><span class="small">OUNIMENT, OUNIEMENT</span>, galement, la fois.</li>
+<li><span class="small">OUNIMENT, OUNIEMENT</span>, également, à la fois.</li>
-<li><span class="small">OUTRAGE</span>, outrecuidance, prsomption, excs d'action.</li>
+<li><span class="small">OUTRAGE</span>, outrecuidance, présomption, excès d'action.</li>
<li><span class="small">OUTRAGEUX</span>, violent.</li>
@@ -19769,46 +19727,46 @@ pas autrefois. On disait: <i>le palais le roi</i>, <i>l'htel la reine</i>, pour
<li><span class="small">PAOUR</span>, peur.</li>
-<li><span class="small">PAR UN POU, A PAR UN POU</span>, peu prs, environ.</li>
+<li><span class="small">PAR UN POU, A PAR UN POU</span>, à peu près, environ.</li>
<li><span class="small">PARDONROIT</span>, pardonnerait.</li>
<li><span class="small">PAREMENT</span>, ornement, insigne.</li>
-<li><span class="small">PARFAIT</span>, achev, fait entirement.</li>
+<li><span class="small">PARFAIT</span>, achevé, fait entièrement.</li>
-<li><span class="small">PARFIN (LA)</span>, fin complte.</li>
+<li><span class="small">PARFIN (LA)</span>, fin complète.</li>
<li><span class="small">PARRIE</span>, pairie.</li>
-<li><span class="small">PARLEMENT (VENIR EN)</span>, p. <a href="#Page_277">277</a>, il s'agit du parlement auquel tait runi la cour des pairs.</li>
+<li><span class="small">PARLEMENT (VENIR EN)</span>, p. <a href="#Page_277">277</a>, il s'agit du parlement auquel était réuni la cour des pairs.</li>
-<li><span class="small">PARMAINTENIR</span>, maintenir entirement, continuer.</li>
+<li><span class="small">PARMAINTENIR</span>, maintenir entièrement, continuer.</li>
-<li><span class="small">PARMI</span>, p. <a href="#Page_139">139</a>, cause de.</li>
+<li><span class="small">PARMI</span>, p. <a href="#Page_139">139</a>, à cause de.</li>
<li><span class="i1">&mdash; </span> <i>Parmi ce que</i>, sous condition que, parce que.</li>
-<li><span class="small">PARMITANT</span>, au moyen de quoi, condition.</li>
+<li><span class="small">PARMITANT</span>, au moyen de quoi, à condition.</li>
-<li><span class="small">PART</span>, ct.</li>
+<li><span class="small">PART</span>, côté.</li>
-<li><span class="small">PARTIR (SE)</span>, se quitter, se sparer.</li>
-<li><span class="i1">&mdash; </span> <i>Parti</i>, p. <a href="#Page_447">447</a>, partag.</li>
+<li><span class="small">PARTIR (SE)</span>, se quitter, se séparer.</li>
+<li><span class="i1">&mdash; </span> <i>Parti</i>, p. <a href="#Page_447">447</a>, partagé.</li>
<li><span class="small">PAS</span>, passage.</li>
-<li><span class="small">PASQUES FLORIES</span>, Pques fleuries, le dimanche des Rameaux.</li>
-<li><span class="i1">&mdash; </span> <i>Pasques les grans</i>, la grande fte de Pques.</li>
+<li><span class="small">PASQUES FLORIES</span>, Pâques fleuries, le dimanche des Rameaux.</li>
+<li><span class="i1">&mdash; </span> <i>Pasques les grans</i>, la grande fête de Pâques.</li>
<li><span class="small">PASSION</span>, mal, douleur.</li>
<li><span class="small">PASTOURIAUX</span>, bergers.</li>
-<li><span class="small">PAVAISS</span>, abrit.</li>
+<li><span class="small">PAVAISSÉ</span>, abrité.</li>
-<li><span class="small">PNER (SE)</span>, se donner de la peine.</li>
+<li><span class="small">PÉNER (SE)</span>, se donner de la peine.</li>
-<li><span class="small">PENNONS</span>, enseignes, tendards.</li>
+<li><span class="small">PENNONS</span>, enseignes, étendards.</li>
<li><span class="small">PERS</span>, pairs.</li>
<li><span class="i1">&mdash; </span> <i>Pers</i>, bleu.</li>
@@ -19818,39 +19776,39 @@ pas autrefois. On disait: <i>le palais le roi</i>, <i>l'htel la reine</i>, pour
<li><span class="small">PESTILLENCE</span>, p. <a href="#Page_135">135</a>, massacre, tuerie.</li>
<li><span class="small">PETIT</span>, peu, petitement.</li>
-<li><span class="i1">&mdash; </span> <i>Si petit non</i>, pas mme un peu, si peu que ce soit, pas du tout.</li>
+<li><span class="i1">&mdash; </span> <i>Si petit non</i>, pas même un peu, si peu que ce soit, pas du tout.</li>
<li><span class="i1">&mdash; </span> <i>Un petit</i>, un peu.</li>
-<li><span class="small">PI-</span>, longtemps.</li>
+<li><span class="small">PIÉ-ÇÀ</span>, longtemps.</li>
-<li><span class="small">PICE (UNE)</span>, quelque temps.</li>
-<li><span class="i1">&mdash; </span> <i>Une pice de temps</i>, quelque temps;</li>
-<li><span class="i1">&mdash; </span> <i>de grand pice</i>, de longtemps.</li>
+<li><span class="small">PIÈCE (UNE)</span>, quelque temps.</li>
+<li><span class="i1">&mdash; </span> <i>Une pièce de temps</i>, quelque temps;</li>
+<li><span class="i1">&mdash; </span> <i>de grand pièce</i>, de longtemps.</li>
<li><span class="small">PIED</span>.</li>
-<li><span class="i1">&mdash; </span> <i>J pied</i>, pas un seul.</li>
-<li><span class="i1">&mdash; </span> <i>Oncques pied n'en chappa</i>, pas un seul homme n'en chappa.</li>
+<li><span class="i1">&mdash; </span> <i>Jà pied</i>, pas un seul.</li>
+<li><span class="i1">&mdash; </span> <i>Oncques pied n'en échappa</i>, pas un seul homme n'en échappa.</li>
-<li><span class="small">PIERREGORT</span>, Prigord.</li>
+<li><span class="small">PIERREGORT</span>, Périgord.</li>
-<li><span class="small">PIERREGUIS</span>, Prigueux.</li>
+<li><span class="small">PIERREGUIS</span>, Périgueux.</li>
-<li><span class="small">PLAID, PLAIT</span>, procs.</li>
+<li><span class="small">PLAID, PLAIT</span>, procès.</li>
<li><span class="small">PLAQUIER</span>, appliquer.</li>
<li><span class="small">PLEIN</span>, plaine.</li>
-<li><span class="small">PLENT (GRAND)</span>, beaucoup, grande quantit.</li>
+<li><span class="small">PLENTÉ (GRAND)</span>, beaucoup, grande quantité.</li>
-<li><span class="small">POEST</span>, autorit, puissance. (<i>Potestas.</i>)</li>
+<li><span class="small">POESTÉ</span>, autorité, puissance. (<i>Potestas.</i>)</li>
<li><span class="small">POIGNIS</span>.</li>
-<li><span class="i1">&mdash; </span> <i>En ce poignis et reculis</i>, en cette mle de gens qui se poussent et reculent.</li>
+<li><span class="i1">&mdash; </span> <i>En ce poignis et reculis</i>, en cette mêlée de gens qui se poussent et reculent.</li>
-<li><span class="small">POINTE</span>, extrmit.</li>
+<li><span class="small">POINTE</span>, extrémité.</li>
-<li><span class="small">POMPES</span>, parures recherches.</li>
+<li><span class="small">POMPES</span>, parures recherchées.</li>
<li><span class="small">POOIENT</span>, <i>povoient</i>, pouvaient.</li>
<li><span class="i1">&mdash; </span> <i>poroient</i>, pourraient.</li>
@@ -19862,9 +19820,9 @@ pas autrefois. On disait: <i>le palais le roi</i>, <i>l'htel la reine</i>, pour
<li><span class="small">POU</span>, peu.</li>
<li><span class="small">POUDRE</span>.</li>
-<li><span class="i1">&mdash; </span> <i>Ramens en poudre</i>, rduits en cendre.</li>
+<li><span class="i1">&mdash; </span> <i>Ramenés en poudre</i>, réduits en cendre.</li>
-<li><span class="small">POUR</span>, p. <a href="#Page_12">12</a>, cause de.</li>
+<li><span class="small">POUR</span>, p. <a href="#Page_12">12</a>, à cause de.</li>
<li><span class="small">POURCHACER</span>, examiner, travailler.</li>
@@ -19881,44 +19839,44 @@ pas autrefois. On disait: <i>le palais le roi</i>, <i>l'htel la reine</i>, pour
<li><span class="small">POUVERRIEZ (VOUS Y)</span>, vous y pourvoiriez.</li>
-<li><span class="small">POUVOIR </span>, tant qu'ils pouvaient.</li>
+<li><span class="small">POUVOIR À</span>, tant qu'ils pouvaient.</li>
<li><span class="small">POUVOIR</span>, puissance, forces.</li>
-<li><span class="small">PRCHEMENT</span>, discours, sermon, prche.</li>
+<li><span class="small">PRÊCHEMENT</span>, discours, sermon, prêche.</li>
-<li><span class="small">PRIST</span>, prit.</li>
+<li><span class="small">PRÉIST</span>, prit.</li>
<li><span class="small">PREMIER (DE)</span>, d'abord.</li>
-<li><span class="small">PRS</span>, presque.</li>
+<li><span class="small">PRÈS</span>, presque.</li>
<li><span class="small">PRESSE</span>, masse.</li>
<li><span class="i1">&mdash; </span> <i>A la presse rompre et ouvrir</i>, quand la masse fut rompue et ouverte.</li>
-<li><span class="small">PRISE</span>, p. <a href="#Page_329">329</a>, droit abusif de se pourvoir en nature, exerc par les officiers du roi aux dpens des marchands.</li>
+<li><span class="small">PRISE</span>, p. <a href="#Page_329">329</a>, droit abusif de se pourvoir en nature, exercé par les officiers du roi aux dépens des marchands.</li>
<li><span class="small">PRISTRENT</span>, prirent.</li>
-<li><span class="small">PRIVEMENT</span>, secrtement, en particulier.</li>
+<li><span class="small">PRIVÉEMENT</span>, secrètement, en particulier.</li>
-<li><span class="small">PROCS</span>.</li>
-<li><span class="i1">&mdash; </span> P. <a href="#Page_454">454</a>, <i>leurs traits et leurs parlemens et procs</i>, ce qu'ils traitaient, ce qu'ils disaient et ce qu'ils procdaient ou faisaient.</li>
+<li><span class="small">PROCÈS</span>.</li>
+<li><span class="i1">&mdash; </span> P. <a href="#Page_454">454</a>, <i>leurs traités et leurs parlemens et procès</i>, ce qu'ils traitaient, ce qu'ils disaient et ce qu'ils procédaient ou faisaient.</li>
-<li><span class="small">PROCHAIN PRCDANT</span>, avant-dernier.</li>
+<li><span class="small">PROCHAIN PRÉCÉDANT</span>, avant-dernier.</li>
<li><span class="small">PROFITER</span>, gagner.</li>
-<li><span class="small">PROPOSER L'ENCONTRE</span>, soutenir le contraire.</li>
+<li><span class="small">PROPOSER À L'ENCONTRE</span>, soutenir le contraire.</li>
-<li><span class="small">PROPRE (TOUT)</span>, tout exprs.</li>
+<li><span class="small">PROPRE (TOUT)</span>, tout exprès.</li>
<li><span class="small">PUIS</span>, depuis.</li>
<li><span class="small">PUISCEDI</span>, depuis ce jour.</li>
<li><span class="small">PUR</span>.</li>
-<li><span class="i1">&mdash; </span> <i>En purs leurs chefs</i>, ttes nues.</li>
+<li><span class="i1">&mdash; </span> <i>En purs leurs chefs</i>, têtes nues.</li>
<li><span class="i1">&mdash; </span> <i>En pures leurs cotes</i>, n'ayant que leurs cotillons, leurs chemises.</li>
</ul>
@@ -19930,13 +19888,13 @@ pas autrefois. On disait: <i>le palais le roi</i>, <i>l'htel la reine</i>, pour
<li><span class="small">QUANT QUE</span>, tout ce que.</li>
-<li><span class="small">QUARNIAUX</span>, crneaux.</li>
+<li><span class="small">QUARNIAUX</span>, créneaux.</li>
-<li><span class="small">QUINT</span>, cinquime.</li>
+<li><span class="small">QUINT</span>, cinquième.</li>
-<li><span class="small">QUISTRENT</span>, cherchrent (de <i>qurir</i>).</li>
+<li><span class="small">QUISTRENT</span>, cherchèrent (de <i>quérir</i>).</li>
-<li><span class="small">QUITTER</span>, tenir quitte, mettre en libert. Oppos ranonner, p. <a href="#Page_324">324</a>.</li>
+<li><span class="small">QUITTER</span>, tenir quitte, mettre en liberté. Opposé à rançonner, p. <a href="#Page_324">324</a>.</li>
<li><span class="small">QUOIS</span>, tranquilles.</li>
</ul>
@@ -19946,24 +19904,24 @@ pas autrefois. On disait: <i>le palais le roi</i>, <i>l'htel la reine</i>, pour
<li><span class="small">RACONSUIR</span>, poursuivre, atteindre.</li>
-<li><span class="small">RAMPONNER</span>, dfier.</li>
+<li><span class="small">RAMPONNER</span>, défier.</li>
-<li><span class="small">RAMPSONER</span>, dfier par des bravades.</li>
+<li><span class="small">RAMPSONER</span>, défier par des bravades.</li>
<li><span class="small">RAMENTEVOIR</span>, rappeler.</li>
-<li><span class="i1">&mdash; </span> <i>Ramentu</i>, participe pass de <i>Ramentevoir</i>, rappel.</li>
+<li><span class="i1">&mdash; </span> <i>Ramentu</i>, participe passé de <i>Ramentevoir</i>, rappelé.</li>
-<li><span class="small">RANDON</span>, imptuosit.</li>
+<li><span class="small">RANDON</span>, impétuosité.</li>
-<li><span class="small">RAVISER</span>, reconnatre.</li>
+<li><span class="small">RAVISER</span>, reconnaître.</li>
<li><span class="small">REBOUTER</span>, repousser.</li>
<li><span class="small">RECLOUI</span>, referma. (De <i>reclore</i>.)</li>
-<li><span class="small">RECOMMANDER</span>, confier, mettre en dpt.</li>
+<li><span class="small">RECOMMANDER</span>, confier, mettre en dépôt.</li>
-<li><span class="small">RCOMPENSACION</span>, ddommagement.</li>
+<li><span class="small">RÉCOMPENSACION</span>, dédommagement.</li>
<li><span class="small">RECONFORT</span>, ce qui redonne des forces.</li>
@@ -19973,22 +19931,22 @@ pas autrefois. On disait: <i>le palais le roi</i>, <i>l'htel la reine</i>, pour
<li><span class="small">RECOUVRER</span>.</li>
<li><span class="i1">&mdash; </span> P. <a href="#Page_306">306</a>, <i>sans recouvrer</i>, sans ressource.</li>
-<li><span class="i1">&mdash; </span> P. <a href="#Page_231">231</a>, <i>Recouvrer</i>, remde.</li>
-<li><span class="i1">&mdash; </span> P. <a href="#Page_452">452</a>, <i>Recouvrer</i>, rparer, remdier.</li>
+<li><span class="i1">&mdash; </span> P. <a href="#Page_231">231</a>, <i>Recouvrer</i>, remède.</li>
+<li><span class="i1">&mdash; </span> P. <a href="#Page_452">452</a>, <i>Recouvrer</i>, réparer, remédier.</li>
-<li><span class="small">RECRU</span>, mis en libert.</li>
+<li><span class="small">RECRU</span>, mis en liberté.</li>
-<li><span class="small">RECUEILLIR</span>, faire rception.</li>
+<li><span class="small">RECUEILLIR</span>, faire réception.</li>
-<li><span class="small">REUT (SE)</span>, se retira pour se mettre en sret.</li>
+<li><span class="small">REÇUT (SE)</span>, se retira pour se mettre en sûreté.</li>
<li><span class="small">REFREDEROIENT (SE)</span>, se refroidiraient, se calmeraient.</li>
-<li><span class="small">REFRNA</span>, calma.</li>
-<li><span class="i1">&mdash; </span> <i>Se refrneroient</i>, se retiendraient.</li>
+<li><span class="small">REFRÉNA</span>, calma.</li>
+<li><span class="i1">&mdash; </span> <i>Se refréneroient</i>, se retiendraient.</li>
-<li><span class="small">REGARDT</span>.</li>
-<li><span class="i1">&mdash; </span> P. <a href="#Page_10">10</a>, <i>il regardt</i>, lisez plutt: <i>il se gardt</i>, il s'abstnt.</li>
+<li><span class="small">REGARDÂT</span>.</li>
+<li><span class="i1">&mdash; </span> P. <a href="#Page_10">10</a>, <i>il regardât</i>, lisez plutôt: <i>il se gardât</i>, il s'abstînt.</li>
<li><span class="small">REGRACIER</span>, remercier.</li>
@@ -19997,69 +19955,69 @@ pas autrefois. On disait: <i>le palais le roi</i>, <i>l'htel la reine</i>, pour
<li><span class="small">REMENANT</span>, reste.</li>
-<li><span class="small">REMRI</span>, rcompens.</li>
+<li><span class="small">REMÉRI</span>, récompensé.</li>
-<li><span class="small">REMONTE</span>, aprs-dne.</li>
+<li><span class="small">REMONTÉE</span>, après-dînée.</li>
-<li><span class="small">REMONTRE</span>, montre, mise en vidence.</li>
+<li><span class="small">REMONTRÉE</span>, montrée, mise en évidence.</li>
<li><span class="small">REPAIRE</span>, retour.</li>
-<li><span class="small">REPAIRER</span>, sjourner, demeurer.</li>
+<li><span class="small">REPAIRER</span>, séjourner, demeurer.</li>
<li><span class="i1">&mdash; </span> <i>Se repairer</i>, s'en retourner.</li>
-<li><span class="small">REPOST</span>, cach.</li>
+<li><span class="small">REPOSTÉ</span>, caché.</li>
-<li><span class="small">RPROUVER</span>, blmer.</li>
+<li><span class="small">RÉPROUVER</span>, blâmer.</li>
-<li><span class="small">RESAN</span>, guri.</li>
+<li><span class="small">RESANÉ</span>, guéri.</li>
-<li><span class="small">RESCOURRE</span>, dlivrer, secourir, reprendre.</li>
-<li><span class="i1">&mdash; </span> <i>Rescouirent</i>, de <i>rescourre</i> ou <i>rescouir</i>, dlivrrent.</li>
-<li><span class="i1">&mdash; </span> <i>Rescouit</i>, dlivra.</li>
+<li><span class="small">RESCOURRE</span>, délivrer, secourir, reprendre.</li>
+<li><span class="i1">&mdash; </span> <i>Rescouirent</i>, de <i>rescourre</i> ou <i>rescouir</i>, délivrèrent.</li>
+<li><span class="i1">&mdash; </span> <i>Rescouit</i>, délivra.</li>
<li><span class="i1">&mdash; </span> <i>Rescouoient</i>, p. <a href="#Page_178">178</a>, reprenaient.</li>
-<li><span class="i1">&mdash; </span> <i>Rescous</i>, dlivr.</li>
+<li><span class="i1">&mdash; </span> <i>Rescous</i>, délivré.</li>
-<li><span class="small">RESCOUSSE</span>, dlivrance, secours.</li>
+<li><span class="small">RESCOUSSE</span>, délivrance, secours.</li>
-<li><span class="small">RESCRIPRENT</span>, rcrivirent.</li>
+<li><span class="small">RESCRIPRENT</span>, récrivirent.</li>
-<li><span class="small">RESPITER</span>, donner rpit, pargner.</li>
+<li><span class="small">RESPITER</span>, donner répit, épargner.</li>
<li><span class="small">RESSOIGNENT</span>, reculent.</li>
<li><span class="small">RESSOIGNOIENT</span>, craignaient.</li>
-<li><span class="small">RESTADLI</span>, p. <a href="#Page_359">359</a>, rhabilit.</li>
+<li><span class="small">RESTADLI</span>, p. <a href="#Page_359">359</a>, réhabilité.</li>
<li><span class="small">RESTORIER</span>, vengeur.</li>
-<li><span class="small">RESTREIGNIRENT</span>, resserrrent.</li>
-<li><span class="i1">&mdash; </span> <i>Restreignirent leurs armures qui desroutes estoient et fourbirent leurs plaies</i>, rparrent leurs armures qui taient brises, et pansrent leurs plaies.</li>
+<li><span class="small">RESTREIGNIRENT</span>, resserrèrent.</li>
+<li><span class="i1">&mdash; </span> <i>Restreignirent leurs armures qui desroutes estoient et fourbirent leurs plaies</i>, réparèrent leurs armures qui étaient brisées, et pansèrent leurs plaies.</li>
<li><span class="small">RETRAIRE</span>, retirer, se retirer, battre en retraite, revenir.</li>
<li><span class="i1">&mdash; </span> <span class="small">RETRAIANT</span>, retirant, en se retirant.</li>
<li><span class="i1">&mdash; </span> <i>Retraiez-vous</i>, retirez-vous.</li>
<li><span class="i1">&mdash; </span> <i>Retraissiez</i>, retirassiez.</li>
-<li><span class="small">REVEL</span>, fte. Au pluriel <i>Reviaulx</i>.</li>
+<li><span class="small">REVEL</span>, fête. Au pluriel <i>Reviaulx</i>.</li>
-<li><span class="small">RVRENCE</span>, respect.</li>
-<li><span class="i1">&mdash; </span> <i>Rveremment</i>, avec respect.</li>
+<li><span class="small">RÉVÉRENCE</span>, respect.</li>
+<li><span class="i1">&mdash; </span> <i>Réveremment</i>, avec respect.</li>
<li><span class="small">RIEN</span>, p. <a href="#Page_427">427</a>, chose (<i>Res</i>).</li>
<li><span class="small">RIOTER</span>, faire riote.</li>
-<li><span class="i1">&mdash; </span> <i>Riote</i>, Dsordre, combat.</li>
+<li><span class="i1">&mdash; </span> <i>Riote</i>, Désordre, combat.</li>
-<li><span class="small">ROBER</span>, voler, piller, drober.</li>
+<li><span class="small">ROBER</span>, voler, piller, dérober.</li>
<li><span class="small">RODAIS</span>, Rhodez.</li>
<li><span class="small">ROUTE</span>, compagnie, troupe, bande.</li>
-<li><span class="small">RUS</span>, jets.</li>
-<li><span class="i1">&mdash; </span> <i>Rus jus</i>, jets par terre.</li>
+<li><span class="small">RUÉS</span>, jetés.</li>
+<li><span class="i1">&mdash; </span> <i>Rués jus</i>, jetés par terre.</li>
</ul>
<p class="alphabet">S.</p>
@@ -20070,36 +20028,36 @@ pas autrefois. On disait: <i>le palais le roi</i>, <i>l'htel la reine</i>, pour
<li><span class="small">SACHER</span>, tirer.</li>
<li><span class="small">SAGE</span>, savant.</li>
-<li><span class="i1">&mdash; </span> <i>Etoient sages de mer</i>, taient savants sur les choses de la mer.</li>
+<li><span class="i1">&mdash; </span> <i>Etoient sages de mer</i>, étaient savants sur les choses de la mer.</li>
-<li><span class="small">SAISI</span>, p. <a href="#Page_404">404</a>, <i>qu'il ft si saisi</i>, lisez: <i>qu'il ft saisi</i>, c'est--dire, que l'on s'occupt de faire rendre compte au....</li>
+<li><span class="small">SAISI</span>, p. <a href="#Page_404">404</a>, <i>qu'il fût si saisi</i>, lisez: <i>qu'il fût saisi</i>, c'est-à-dire, que l'on s'occupât de faire rendre compte au....</li>
-<li><span class="small">SAILLIT JUS</span>, sauta bas.</li>
+<li><span class="small">SAILLIT JUS</span>, sauta à bas.</li>
-<li><span class="small">SAINTISME</span>. <i>Saintisme travail</i>, trs-sainte passion.</li>
+<li><span class="small">SAINTISME</span>. <i>Saintisme travail</i>, très-sainte passion.</li>
<li><span class="small">SAISINE (SE METTRE EN)</span>, se saisir.</li>
<li><span class="small">SALEBRIN</span>, Salisbury.</li>
-<li><span class="small">SAMIS</span>, toffe de soie.</li>
+<li><span class="small">SAMIS</span>, étoffe de soie.</li>
<li><span class="small">SAOULA</span>, contenta, apaisa.</li>
-<li><span class="i1">&mdash; </span> p. <a href="#Page_321">321</a>, il faudrait: <i>saoulrent</i>.</li>
+<li><span class="i1">&mdash; </span> p. <a href="#Page_321">321</a>, il faudrait: <i>saoulèrent</i>.</li>
<li><span class="small">SCEL</span>, sceau.</li>
-<li><span class="small">SCELLS</span>, p. <a href="#Page_119">119</a>, chartes, actes scells, revtus du sceau.</li>
+<li><span class="small">SCELLÉS</span>, p. <a href="#Page_119">119</a>, chartes, actes scellés, revêtus du sceau.</li>
<li><span class="small">SCET</span>, sait.</li>
-<li><span class="small">S</span>, si.</li>
+<li><span class="small">SÉ</span>, si.</li>
-<li><span class="small">SECRET (TRE)</span>, tre dans l'intimit.</li>
+<li><span class="small">SECRET (ÊTRE)</span>, être dans l'intimité.</li>
-<li><span class="small">SEMBLANT (PAR)</span>, par ressemblance, par rciprocit; p. <a href="#Page_291">291</a>, de mme que.</li>
+<li><span class="small">SEMBLANT (PAR)</span>, par ressemblance, par réciprocité; p. <a href="#Page_291">291</a>, de même que.</li>
-<li><span class="small">SMONNOIT</span>, p. <a href="#Page_161">161</a>, invitait, excitait.</li>
+<li><span class="small">SÉMONNOIT</span>, p. <a href="#Page_161">161</a>, invitait, excitait.</li>
<li><span class="i1">&mdash; </span> Convoquait.</li>
<li><span class="small">SEMONT</span>, commanda. (De <i>semondre</i>.)</li>
@@ -20111,38 +20069,38 @@ pas autrefois. On disait: <i>le palais le roi</i>, <i>l'htel la reine</i>, pour
<li><span class="small">SENESTRE</span>, gauche.</li>
-<li><span class="small">SEOIR</span>, siger.</li>
+<li><span class="small">SEOIR</span>, siéger.</li>
-<li><span class="small">SOIT</span>, tait plac (<i>sedebat</i>).</li>
-<li><span class="i1">&mdash; </span> <i>Avoit sis</i>, avait t plac.</li>
-<li><span class="i1">&mdash; </span> <i>Soient jus terre</i>, taient assis bas par terre.
+<li><span class="small">SÉOIT</span>, était placé (<i>sedebat</i>).</li>
+<li><span class="i1">&mdash; </span> <i>Avoit sis</i>, avait été placé.</li>
+<li><span class="i1">&mdash; </span> <i>Séoient jus à terre</i>, étaient assis à bas par terre.
<span class="pagenum"><a id="Page_488"> 488</a></span></li>
<li><span class="small">SERMON</span>, discours. (<i>Sermo.</i>)</li>
-<li><span class="small">SEROURGE</span>, beau-frre. (<i>Sororius.</i>)</li>
+<li><span class="small">SEROURGE</span>, beau-frère. (<i>Sororius.</i>)</li>
<li><span class="small">SEURQUETOUT</span>, surtout.</li>
-<li><span class="small">SVENT</span> pour savent.</li>
+<li><span class="small">SÉVENT</span> pour savent.</li>
<li><span class="small">SI</span>, p. <a href="#Page_404">404</a>, lisez <span class="small">CI</span>.</li>
-<li><span class="small">SIED</span>, est plac (<i>sedet</i>).</li>
+<li><span class="small">SIED</span>, est placé (<i>sedet</i>).</li>
-<li><span class="small">SIGLER</span>. <i>Siglrent grant aleure</i>, cinglrent grand train, rapidement.</li>
+<li><span class="small">SIGLER</span>. <i>Siglèrent grant aleure</i>, cinglèrent grand train, rapidement.</li>
<li><span class="small">SIRE</span>, seigneur.</li>
-<li><span class="small">SIRENT</span>, p. <a href="#Page_157">157</a>, restrent.</li>
+<li><span class="small">SIRENT</span>, p. <a href="#Page_157">157</a>, restèrent.</li>
<li><span class="small">SOMMIER</span>, cheval de somme, courrier.</li>
-<li><span class="small">SORTIRENT</span>, devinrent, prdirent. (De <i>sortisser</i>.)</li>
+<li><span class="small">SORTIRENT</span>, devinèrent, prédirent. (De <i>sortisser</i>.)</li>
<li><span class="small">SOT</span>, sut.</li>
-<li><span class="small">SOUDE</span>, solde.</li>
+<li><span class="small">SOUDÉE</span>, solde.</li>
<li><span class="small">SOUEF</span>, doucement.</li>
<li><span class="i1">&mdash; </span> <i>Tout souef</i>, tout doux.</li>
@@ -20150,12 +20108,12 @@ pas autrefois. On disait: <i>le palais le roi</i>, <i>l'htel la reine</i>, pour
<li><span class="small">SOUFFISIST</span>, suffisait.</li>
-<li><span class="small">SOUFFRANCE</span>, tolrance, relche, trve.</li>
+<li><span class="small">SOUFFRANCE</span>, tolérance, relâche, trêve.</li>
<li><span class="small">SOUFFREZ-VOUS</span>, p. <a href="#Page_251">251</a>, taisez-vous.</li>
<li><span class="i1">&mdash; </span> p. <a href="#Page_305">305</a>, calmez-vous.</li>
-<li><span class="small">SOUGIS</span>, sujets.</li>
+<li><span class="small">SOUGIÉS</span>, sujets.</li>
<li><span class="small">SOULAS</span>, divertissement.</li>
@@ -20165,9 +20123,9 @@ pas autrefois. On disait: <i>le palais le roi</i>, <i>l'htel la reine</i>, pour
<li><span class="small">SOUTILE</span>, subtil.</li>
-<li><span class="small">SUBTIVEMENT</span>, subtilement, avec habilet.</li>
+<li><span class="small">SUBTIVEMENT</span>, subtilement, avec habileté.</li>
-<li><span class="small">SURCTIER</span>, qui couvre le ct, le flanc.</li>
+<li><span class="small">SURCÔTIER</span>, qui couvre le côté, le flanc.</li>
<li><span class="small">SUER</span>, s&oelig;ur.</li>
@@ -20175,20 +20133,20 @@ pas autrefois. On disait: <i>le palais le roi</i>, <i>l'htel la reine</i>, pour
<li><span class="i1">&mdash; </span> <i>Suirent</i>, suivirent.</li>
<li><span class="small">SUPPOSER</span>, mettre.</li>
-<li><span class="i1">&mdash; </span> <i>Suppost entredit</i>, mt en interdit.</li>
+<li><span class="i1">&mdash; </span> <i>Supposât à entredit</i>, mît en interdit.</li>
</ul>
<p class="alphabet">T.</p>
<ul>
-<li><span class="small">TAISIBLE</span>, tacite, non exprim.</li>
+<li><span class="small">TAISIBLE</span>, tacite, non exprimé.</li>
-<li><span class="small">TANNER</span>, tre ennuy, se fatiguer.</li>
+<li><span class="small">TANNER</span>, être ennuyé, se fatiguer.</li>
<li><span class="small">TANT</span>.</li>
-<li><span class="i1">&mdash; </span> <i>Si trouvrent deux tant de prisonniers qu'ils n'toient de gens</i>, deux fois autant de prisonniers que...</li>
+<li><span class="i1">&mdash; </span> <i>Si trouvèrent deux tant de prisonniers qu'ils n'étoient de gens</i>, deux fois autant de prisonniers que...</li>
-<li><span class="small">TANTT</span>, vte.</li>
+<li><span class="small">TANTÔT</span>, vîte.</li>
<li><span class="small">TARGE</span>, petit bouclier.</li>
@@ -20196,21 +20154,21 @@ pas autrefois. On disait: <i>le palais le roi</i>, <i>l'htel la reine</i>, pour
<li><span class="small">TEMPS</span>. <i>Pour le temps</i>, autrefois.</li>
-<li><span class="small">TENIST</span>, tnt.</li>
+<li><span class="small">TENIST</span>, tînt.</li>
<li><span class="small">TENIR</span>, relever.</li>
-<li><span class="i1">&mdash; </span> P. <a href="#Page_4">4</a>, <i>Fust tenu</i>, relevt.</li>
-<li><span class="i1">&mdash; </span> <i>Tenir terre</i>, rguer.</li>
+<li><span class="i1">&mdash; </span> P. <a href="#Page_4">4</a>, <i>Fust tenu</i>, relevât.</li>
+<li><span class="i1">&mdash; </span> <i>Tenir terre</i>, réguer.</li>
-<li><span class="small">TERME</span>, temps fix, chance.</li>
+<li><span class="small">TERME</span>, temps fixé, échéance.</li>
<li><span class="small">TIEUX</span>, tels.</li>
<li><span class="small">TINDRENT</span>, tinrent.</li>
-<li><span class="small">TIPHAINE, TIPHANIE</span>, l'piphanie ou fte des Rois.</li>
+<li><span class="small">TIPHAINE, TIPHANIE</span>, l'Épiphanie ou fête des Rois.</li>
-<li><span class="small">TIRIS</span>, mle o l'on se tire.</li>
+<li><span class="small">TIRIS</span>, mêlée où l'on se tire.</li>
<li><span class="small">TOLLIR</span>, enlever.</li>
<li><span class="i1">&mdash; </span> <i>Tollu</i>, pris.</li>
@@ -20219,50 +20177,50 @@ pas autrefois. On disait: <i>le palais le roi</i>, <i>l'htel la reine</i>, pour
<li><span class="small">TOUDIS</span>, toujours.</li>
-<li><span class="small">TOUJOURS MAIS ()</span>, toujours.</li>
+<li><span class="small">TOUJOURS MAIS (À)</span>, à toujours.</li>
<li><span class="small">TOUILLEMENT, TOULLEMENT, TOULLIS</span>, bagarre, tohu-bohu, trouble, embarras.</li>
<li><span class="small">TOURBE</span>, confusion.</li>
-<li><span class="small">TOURMENT</span>, tempte, tourmente.</li>
+<li><span class="small">TOURMENT</span>, tempête, tourmente.</li>
-<li><span class="small">TOUT (DU), DU TOUT EN TOUT</span>, entirement, compltement.</li>
+<li><span class="small">TOUT (DU), DU TOUT EN TOUT</span>, entièrement, complétement.</li>
-<li><span class="small">TOUT UN FAIX</span>, tous ensemble, tous la fois.</li>
+<li><span class="small">TOUT À UN FAIX</span>, tous ensemble, tous à la fois.</li>
<li><span class="small">TOUTESVOIES</span>, toutefois.</li>
-<li><span class="small">TRAICTI, TRAICTIER</span>, trait, traiter.</li>
+<li><span class="small">TRAICTIÉ, TRAICTIER</span>, traité, traiter.</li>
-<li><span class="small">TRAR (SE)</span>, aller.</li>
-<li><span class="i1">&mdash; </span> <i>Se trassent</i>, allassent.</li>
+<li><span class="small">TRAÏR (SE)</span>, aller.</li>
+<li><span class="i1">&mdash; </span> <i>Se traïssent</i>, allassent.</li>
<li><span class="small">TRAIRE</span>, p. <a href="#Page_134">134</a>, lever.</li>
-<li><span class="i1">&mdash; </span> Tirer, traner.</li>
-<li><span class="i1">&mdash; </span> <i>Traiant</i>, participe prsent.</li>
+<li><span class="i1">&mdash; </span> Tirer, traîner.</li>
+<li><span class="i1">&mdash; </span> <i>Traiant</i>, participe présent.</li>
<li><span class="i1">&mdash; </span> <i>Traoient</i>, imparfait.</li>
-<li><span class="i1">&mdash; </span> <i>Se traistrent</i>, se tirrent, se dirigrent.</li>
-<li><span class="i1">&mdash; </span> <i>tre trait</i>, s'tre port.</li>
+<li><span class="i1">&mdash; </span> <i>Se traistrent</i>, se tirèrent, se dirigèrent.</li>
+<li><span class="i1">&mdash; </span> <i>Être trait</i>, s'être porté.</li>
<li><span class="i1">&mdash; </span> <i>Trait</i>, p. <a href="#Page_120">120</a>, issu, sorti.</li>
<li><span class="small">TRAIT</span>, tirage, effort.</li>
-<li><span class="small">TRAITEUR</span>, ngociateur, celui qui traite.</li>
-<li><span class="i1">&mdash; </span> <i>tre traiteur de apaiser</i>, ngocier pour faire la paix.</li>
+<li><span class="small">TRAITEUR</span>, négociateur, celui qui traite.</li>
+<li><span class="i1">&mdash; </span> <i>Être traiteur de apaiser</i>, négocier pour faire la paix.</li>
<li><span class="pagenum"><a id="Page_489"> 489</a></span>
-<span class="small">TRANSCENDER</span>, aller outre, interprter faussement.</li>
+<span class="small">TRANSCENDER</span>, aller outre, interpréter faussement.</li>
-<li><span class="small">TRAVAILL</span>, fatigu.</li>
+<li><span class="small">TRAVAILLÉ</span>, fatigué.</li>
<li><span class="small">TRAVELLER</span>, voyager.</li>
<li><span class="small">TREF</span>, pavillon.</li>
-<li><span class="small">TRPASSER</span>, dpasser, aller au del de, violer.</li>
-<li><span class="i1">&mdash; </span> <i>Trpass</i>, outrepass.</li>
-<li><span class="i1">&mdash; </span> <i>Trpasser</i>, <i>trespasser</i>, p. <a href="#Page_21">21</a>, mal interprter, outrepasser.</li>
+<li><span class="small">TRÉPASSER</span>, dépasser, aller au delà de, violer.</li>
+<li><span class="i1">&mdash; </span> <i>Trépassé</i>, outrepassé.</li>
+<li><span class="i1">&mdash; </span> <i>Trépasser</i>, <i>trespasser</i>, p. <a href="#Page_21">21</a>, mal interpréter, outrepasser.</li>
<li><span class="small">TRESPERCIER, TRESFORER</span>, transpercer.</li>
@@ -20270,9 +20228,9 @@ pas autrefois. On disait: <i>le palais le roi</i>, <i>l'htel la reine</i>, pour
<li><span class="small">TREUVER</span>, trouver.</li>
-<li><span class="small">TRIBOUL</span>, tourment (<i>Tributation</i>).</li>
+<li><span class="small">TRIBOULÉ</span>, tourmenté (<i>Tributation</i>).</li>
-<li><span class="small">TRIVE</span>, trve.</li>
+<li><span class="small">TRIÈVE</span>, trêve.</li>
<li><span class="small">TRUFEUR, TRUFFEUR</span>, plaisant, moqueur.</li>
<li><span class="i1">&mdash; </span> P. <a href="#Page_44">44</a>, trompeur.</li>
@@ -20291,20 +20249,20 @@ pas autrefois. On disait: <i>le palais le roi</i>, <i>l'htel la reine</i>, pour
<p class="alphabet">V.</p>
<ul>
-<li><span class="small">VAGUE</span>, dsert.</li>
+<li><span class="small">VAGUE</span>, désert.</li>
<li><span class="small">VAIR</span>, fourrure de couleur gris-blanc. (<i>Varius.</i>)</li>
-<li><span class="small">VALSIST, VAULSIST</span>, valt.</li>
+<li><span class="small">VALSIST, VAULSIST</span>, valût.</li>
<li><span class="small">VARIEMENT</span>, dissension, changement.</li>
<li><span class="small">VASSALEMENT, VASSAUMENT</span>, bravement.</li>
-<li><span class="small">VAUGRER</span>, errer et l.</li>
+<li><span class="small">VAUGRÉER</span>, errer çà et là.</li>
-<li><span class="small">VAST</span>, dfendt, empcht.</li>
-<li><span class="i1">&mdash; </span> (De ver, <i>vetare</i>).</li>
+<li><span class="small">VÉAST</span>, défendît, empêchât.</li>
+<li><span class="i1">&mdash; </span> (De véer, <i>vetare</i>).</li>
<li><span class="small">VELOURDE</span>, fagot (<i>falourde</i>).</li>
@@ -20314,7 +20272,7 @@ pas autrefois. On disait: <i>le palais le roi</i>, <i>l'htel la reine</i>, pour
<li><span class="small">VENTILOIENT</span>, flottaient au vent.</li>
-<li><span class="small">VOIT</span>, voyait.</li>
+<li><span class="small">VÉOIT</span>, voyait.</li>
<li><span class="small">VERGOGNER (SE)</span>, avoir honte.</li>
@@ -20322,7 +20280,7 @@ pas autrefois. On disait: <i>le palais le roi</i>, <i>l'htel la reine</i>, pour
<li><span class="small">VESPRE</span>, soir.</li>
-<li><span class="small">VESTEURES</span>, habits, vtements.</li>
+<li><span class="small">VESTEURES</span>, habits, vêtements.</li>
<li><span class="small">VEUGUECIN</span>, Vexin.</li>
@@ -20340,21 +20298,21 @@ pas autrefois. On disait: <i>le palais le roi</i>, <i>l'htel la reine</i>, pour
<li><span class="small">VILENIE</span>, outrage;</li>
<li><span class="i1">&mdash; </span> p. <a href="#Page_276">276</a>, tort.</li>
-<li><span class="small">VILT</span>, mpris.</li>
+<li><span class="small">VILTÉ</span>, mépris.</li>
-<li><span class="small">VIRETON</span>, trait d'arbalte.</li>
+<li><span class="small">VIRETON</span>, trait d'arbalète.</li>
<li><span class="small">VITAILLES</span>, vivres (<i>victuaille</i>).</li>
<li><span class="small">VOIE</span>, route.</li>
-<li><span class="i1">&mdash; </span> <i>Se mit la voie</i>, se mit en route.</li>
+<li><span class="i1">&mdash; </span> <i>Se mit à la voie</i>, se mit en route.</li>
<li><span class="small">VOIR</span>, vrai.</li>
<li><span class="i1">&mdash; </span> <i>Voirement</i>, vraiment.</li>
<li><span class="small">VOUER</span>, se consacrer, se vouer.</li>
-<li><span class="small">VOULSIST</span>, voult.</li>
+<li><span class="small">VOULSIST</span>, voulût.</li>
<li><span class="i1">&mdash; </span> <i>Voult</i>, veut, voulut (<i>vult</i>, <i>voluit</i>).</li>
<li><span class="i1">&mdash; </span> <i>Voulsissent</i>, voulussent.</li>
<li><span class="i1">&mdash; </span> <i>Vourroit</i>, voudrait.</li>
@@ -20366,8 +20324,8 @@ pas autrefois. On disait: <i>le palais le roi</i>, <i>l'htel la reine</i>, pour
<p class="alphabet">Y.</p>
<ul>
-<li><span class="small">YREUX</span>, <i>ireur</i>, colre, emportement.</li>
-<li><span class="i1">&mdash; </span> <i>Yreusement</i>, en colre.</li>
+<li><span class="small">YREUX</span>, <i>ireur</i>, colère, emportement.</li>
+<li><span class="i1">&mdash; </span> <i>Yreusement</i>, en colère.</li>
</ul>
@@ -20376,7 +20334,7 @@ pas autrefois. On disait: <i>le palais le roi</i>, <i>l'htel la reine</i>, pour
<div class="header">
<h2>TABLE<br />
-DES MATIRES DU TROISIME VOLUME.</h2>
+DES MATIÈRES DU TROISIÈME VOLUME.</h2>
<table id="ToC" summary="contents">
<tr>
@@ -20404,7 +20362,7 @@ DES MATIRES DU TROISIME VOLUME.</h2>
<td class="tdr"><a href="#Page_14">14</a></td>
</tr>
<tr>
-<td class="tdl">Rvolte des Parisiens, 1306.&mdash;(<em>Idem.</em>)</td>
+<td class="tdl">Révolte des Parisiens, 1306.&mdash;(<em>Idem.</em>)</td>
<td class="tdr"><a href="#Page_17">17</a></td>
</tr>
<tr>
@@ -20417,7 +20375,7 @@ DES MATIRES DU TROISIME VOLUME.</h2>
</tr>
<tr>
<td class="tdl">Lettres de Charles de Valois portant affranchissement des serfs du
-comt de Valois, 1311</td>
+comté de Valois, 1311</td>
<td class="tdr"><a href="#Page_27">27</a></td>
</tr>
<tr>
@@ -20430,16 +20388,16 @@ royal, 1315</td>
<td class="tdr"><a href="#Page_32">32</a></td>
</tr>
<tr>
-<td class="tdl">Les Lpreux, 1321.&mdash;(<em>Idem.</em>)</td>
+<td class="tdl">Les Lépreux, 1321.&mdash;(<em>Idem.</em>)</td>
<td class="tdr"><a href="#Page_33">33</a></td>
</tr>
<tr>
-<td class="tdl">Philippe le Long dcrte l'unit des poids et mesures, 1321.&mdash;(<em>Idem.</em>)</td>
+<td class="tdl">Philippe le Long décrète l'unité des poids et mesures, 1321.&mdash;(<em>Idem.</em>)</td>
<td class="tdr"><a href="#Page_35">35</a></td>
</tr>
<tr>
-<td class="tdl">Fodalit, chevalerie, ducation, m&oelig;urs gnrales des XII<sup>e</sup>, XIII<sup>e</sup> et
-XIV<sup>e</sup> sicles.&mdash;(<em>Chateaubriant.</em>)</td>
+<td class="tdl">Féodalité, chevalerie, éducation, m&oelig;urs générales des XII<sup>e</sup>, XIII<sup>e</sup> et
+XIV<sup>e</sup> siècles.&mdash;(<em>Chateaubriant.</em>)</td>
<td class="tdr"><a href="#Page_36">36</a></td>
</tr>
<tr>
@@ -20451,7 +20409,7 @@ XIV<sup>e</sup> sicles.&mdash;(<em>Chateaubriant.</em>)</td>
<td class="tdr"><a href="#Page_112">112</a></td>
</tr>
<tr>
-<td class="tdl">douard III fait hommage au roi de France, 1329.&mdash;(<em>Idem.</em>)</td>
+<td class="tdl">Édouard III fait hommage au roi de France, 1329.&mdash;(<em>Idem.</em>)</td>
<td class="tdr"><a href="#Page_115">115</a></td>
</tr>
<tr>
@@ -20459,7 +20417,7 @@ XIV<sup>e</sup> sicles.&mdash;(<em>Chateaubriant.</em>)</td>
<td class="tdr"><a href="#Page_118">118</a></td>
</tr>
<tr>
-<td class="tdl">Mme sujet.&mdash;(<cite>Chroniques de Saint-Denis.</cite>)</td>
+<td class="tdl">Même sujet.&mdash;(<cite>Chroniques de Saint-Denis.</cite>)</td>
<td class="tdr"><a href="#Page_121">121</a></td>
</tr>
<tr>
@@ -20467,15 +20425,15 @@ XIV<sup>e</sup> sicles.&mdash;(<em>Chateaubriant.</em>)</td>
<td class="tdr"><a href="#Page_127">127</a></td>
</tr>
<tr>
-<td class="tdl">douard III prend le titre et les armes de roi de France, 1340.&mdash;(<em>Idem.</em>)</td>
+<td class="tdl">Édouard III prend le titre et les armes de roi de France, 1340.&mdash;(<em>Idem.</em>)</td>
<td class="tdr"><a href="#Page_129">129</a></td>
</tr>
<tr>
-<td class="tdl">Bataille de l'cluse, 1340.&mdash;(<em>Idem.</em>)</td>
+<td class="tdl">Bataille de l'Écluse, 1340.&mdash;(<em>Idem.</em>)</td>
<td class="tdr"><a href="#Page_132">132</a></td>
</tr>
<tr>
-<td class="tdl">Mme sujet.&mdash;(<cite>Chroniques de Saint-Denis.</cite>)</td>
+<td class="tdl">Même sujet.&mdash;(<cite>Chroniques de Saint-Denis.</cite>)</td>
<td class="tdr"><a href="#Page_137">137</a></td>
</tr>
<tr>
@@ -20491,38 +20449,38 @@ XIV<sup>e</sup> sicles.&mdash;(<em>Chateaubriant.</em>)</td>
<td class="tdr"><a href="#Page_200">200</a></td>
</tr>
<tr>
-<td class="tdl">Invasion d'douard III, 1346.&mdash;(<cite>Chroniques de Saint-Denis.</cite>)</td>
+<td class="tdl">Invasion d'Édouard III, 1346.&mdash;(<cite>Chroniques de Saint-Denis.</cite>)</td>
<td class="tdr"><a href="#Page_205">205</a></td>
</tr>
<tr>
-<td class="tdl">Bataille de Crcy, 1346.&mdash;(<em>Froissart.</em>)</td>
+<td class="tdl">Bataille de Crécy, 1346.&mdash;(<em>Froissart.</em>)</td>
<td class="tdr"><a href="#Page_218">218</a></td>
</tr>
<tr>
-<td class="tdl">Sige de Calais, 1346-1347.&mdash;(<em>Idem.</em>)</td>
+<td class="tdl">Siége de Calais, 1346-1347.&mdash;(<em>Idem.</em>)</td>
<td class="tdr"><a href="#Page_243">243</a></td>
</tr>
<tr>
<td class="tdl"><span class="pagenum"><a id="Page_492"> 492</a></span>
-Le combat des Trente, 1350.&mdash;(<em>Traduction d'un pome franais
-du XIV<sup>e</sup> sicle.</em>)</td>
+Le combat des Trente, 1350.&mdash;(<em>Traduction d'un poëme français
+du XIV<sup>e</sup> siècle.</em>)</td>
<td class="tdr"><a href="#Page_252">252</a></td>
</tr>
<tr>
-<td class="tdl">Mme sujet.&mdash;(<cite>Ballade Bretonne.</cite>)</td>
+<td class="tdl">Même sujet.&mdash;(<cite>Ballade Bretonne.</cite>)</td>
<td class="tdr"><a href="#Page_267">267</a></td>
</tr>
<tr>
-<td class="tdl">Mme sujet.&mdash;(<em>Froissart.</em>)</td>
+<td class="tdl">Même sujet.&mdash;(<em>Froissart.</em>)</td>
<td class="tdr"><a href="#Page_270">270</a></td>
</tr>
<tr>
-<td class="tdl">Assassinat du conntable Charles d'Espagne, 1354.&mdash;(<cite>Chroniques
+<td class="tdl">Assassinat du connétable Charles d'Espagne, 1354.&mdash;(<cite>Chroniques
de Saint-Denis.</cite>)</td>
<td class="tdr"><a href="#Page_274">274</a></td>
</tr>
<tr>
-<td class="tdl">tats gnraux de 1355.&mdash;(<em>Idem.</em>)</td>
+<td class="tdl">États généraux de 1355.&mdash;(<em>Idem.</em>)</td>
<td class="tdr"><a href="#Page_279">279</a></td>
</tr>
<tr>
@@ -20530,15 +20488,15 @@ de Saint-Denis.</cite>)</td>
<td class="tdr"><a href="#Page_284">284</a></td>
</tr>
<tr>
-<td class="tdl">tats gnraux de 1356.&mdash;(<em>Pierre d'Orgemont et Charles V.</em>)</td>
+<td class="tdl">États généraux de 1356.&mdash;(<em>Pierre d'Orgemont et Charles V.</em>)</td>
<td class="tdr"><a href="#Page_328">328</a></td>
</tr>
<tr>
-<td class="tdl">tats gnraux de 1356 et la Jacquerie.&mdash;(<em>Froissart.</em>)</td>
+<td class="tdl">États généraux de 1356 et la Jacquerie.&mdash;(<em>Froissart.</em>)</td>
<td class="tdr"><a href="#Page_402">402</a></td>
</tr>
<tr>
-<td class="tdl">Invasion d'douard III et trait de Bretigny, 1359-1360.&mdash;(<em>Idem.</em>)</td>
+<td class="tdl">Invasion d'Édouard III et traité de Bretigny, 1359-1360.&mdash;(<em>Idem.</em>)</td>
<td class="tdr"><a href="#Page_434">434</a></td>
</tr>
<tr>
@@ -20546,393 +20504,14 @@ de Saint-Denis.</cite>)</td>
<td class="tdr"><a href="#Page_475">475</a></td>
</tr>
<tr>
-<td>TABLE DES MATIRES</td>
+<td>TABLE DES MATIÈRES</td>
<td class="tdr"><a href="#Page_491">491</a></td>
</tr>
</table>
</div>
-<p class="end">FIN DE LA TABLE DU TROISIME VOLUME.</p>
-
-
-
-
-
-
-
-
-<pre>
-
-
-
-
-
-End of the Project Gutenberg EBook of L'Histoire de France raconte par les
-Contemporains (Tome 3/4)), by Louis Dussieux
-
-*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK L'HISTOIRE DE FRANCE ***
-
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-
-Professor Michael S. Hart was the originator of the Project Gutenberg-tm
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+<p class="end">FIN DE LA TABLE DU TROISIÈME VOLUME.</p>
+<div>*** END OF THE PROJECT GUTENBERG EBOOK 44906 ***</div>
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