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diff --git a/44242-h/44242-h.htm b/44242-h/44242-h.htm new file mode 100644 index 0000000..015b8fd --- /dev/null +++ b/44242-h/44242-h.htm @@ -0,0 +1,1173 @@ +<!DOCTYPE html PUBLIC "-//W3C//DTD XHTML 1.0 Strict//EN" + "http://www.w3.org/TR/xhtml1/DTD/xhtml1-strict.dtd"> +<html xmlns="http://www.w3.org/1999/xhtml" xml:lang="fr" lang="fr"> + <head> + <meta http-equiv="Content-Type" content="text/html;charset=UTF-8" /> + <meta http-equiv="Content-Style-Type" content="text/css" /> + <title>Note sur l’invasion des sarrasins dans le Lyonnais, + par Aimé Vingtrinier + — Un livre du Project Gutenberg. + </title> + <link rel="coverpage" href="images/cover.jpg" /> + <style type="text/css"> + +body { + margin-left: 10%; margin-right: 10%; +} + +h1,h2 { + text-align: center; /* all headings centered */ + clear: both; +} +h2 { font-size: larger; } + +.t45 { + margin-left:45%; + margin-right:0%; + margin-bottom: 0; + text-align: left; + font-size: 0.8em; +} + +.t50 { + margin-left:50%; + margin-right:0%; + margin-bottom: 0; + text-align: center; +} +@media handheld, print { + .t45 { margin-left:15%; } + .t50 { margin-left:20%; } +} +@media print { + a:link { color: black; text-decoration: none; } +} + +p { + margin-top: .75em; + text-align: justify; + margin-bottom: .75em; + text-indent: 1em; +} + +.center { text-align: center; } +.noindent { text-indent: 0em; } + +.small { font-size: 0.9em; } +.large { font-size: large; } +.xlarge { font-size: x-large; } +.xxlarge { font-size: xx-large; } + +.lh { line-height: 3em; } + +/* Lettres en exposant (1o, Ier, ...). */ +sup { + font-size: 0.75em; + font-variant: normal; +} + +.sep2 {margin-top: 1.5em;} +.sep3 {margin-top: 3em;} +.sep4 {margin-top: 4em;} + +hr.c25 { width: 26%; } +hr.c5 { width: 6%; } +@media handheld, print +{ + /* ADE ne sait pas centrer. */ + hr.c25 { margin-left: 37%; } + hr.c5 { margin-left: 47%; } +} + +.smcap {font-variant: small-caps; font-size: 0.9em;} + +.newpage { + page-break-before: always; + margin-top: 4em; +} +@media handheld, print +{ + .newpage { margin-top: 1em; } +} + +img { + max-width:100%; +} + +.figcenter { + margin-top: 2em; + margin-bottom: 2em; + text-align: center; +} + +/* Numéros de pages. */ +.pagenum { + /* visibility: hidden; */ + position: absolute; + right: 2%; + font-size: small; + font-weight: normal; + font-variant: normal; + font-style: normal; + letter-spacing: normal; + text-indent: 0em; + text-align: right; + color: #999999; + background-color: #ffffff; +} + +/* Notes de bas de page */ +.footnotes { + border: 1px dashed; + background-color:#F0FFFF; + width: 90%; + margin-left: auto; + margin-right: auto; +} +.footnote { + margin-left: 1em; + margin-right: 1em; +} +.footnotes > h2 { margin-top: 1em; } +@media handheld +{ + .footnotes { width: auto; } +} + +.fnanchor { + vertical-align: super; + font-size: .6em; + font-weight: normal; + font-variant: normal; + font-size: small; + text-decoration: none; + font-style: normal; +} + +.bbox { + border: solid 2px; + margin-top: 2em; + padding: 1em; + max-width: 35em; +} +@media screen, print { + /* Réduit la taille de la boite autour du titre, + sauf pour les liseuses. */ + .bbox { display: inline-block; } +} + +.tnote { + margin-left: auto; + margin-right: auto; + border: 1px dashed; + padding: 0em 1em 0em 1em; + background-color: #F0FFFF; + width: 90%; + max-width: 35em; +} +@media handheld +{ + .tnote { width: auto; } +} + + </style> + </head> +<body> +<div>*** START OF THE PROJECT GUTENBERG EBOOK 44242 ***</div> + +<div class="tnote newpage"> +<p class="center noindent">— Note de transcription —</p> + +<p> +À l’exception des erreurs clairement introduites par le typographe, +et des corrections suivantes, le texte d’origine est inchangé. +</p> + +<ul> + <li>p. 13: «,» remplacée par «;» dans «; à une faible distance»,</li> + <li>p. 20: ajout d’un guillemet ouvrant devant la première note de bas + de page (numérotée 18 dans cette édition électronique).</li> +</ul> +</div> + +<h1 class="sep4"> +<span class="large">NOTE</span><br /> +<span class="xlarge">SUR L’INVASION DES SARRASINS</span><br /> +<span class="large">DANS LE LYONNAIS.</span> +</h1> + +<p class="sep4 small center noindent"> +Lyon. — Typ. d’A. Vingtrinier. +</p> + +<div class="center newpage"> +<div class="bbox"> + +<p class="center noindent lh"> +<span class="xlarge">NOTE</span><br /> +<span class="xxlarge">SUR L’INVASION DES SARRASINS</span><br /> +<span class="xlarge">DANS LE LYONNAIS</span> +</p> + +<p class="center noindent sep3"> +<span class="small">PAR</span><br /> +AIMÉ VINGTRINIER +</p> + +<p class="t45 sep3"> +.... Au surplus, le fait de l’incendie se déduit +si naturellement de la présence des Sarrasins, constatée +par la nomenclature locale, que l’on pourrait +déjà se rendre à cette évidence lors même que la +légende latine ne nous y autoriserait pas. Tout +le pays est couvert de noms mauresques. +</p> + +<p class="t50"> +<span class='smcap'>Désiré Monnier</span>, <cite>Annuaire du Jura</cite>, 1842. +</p> + +<p class="t45 sep2"> +La tradition elle-même n’a recueilli que des +contes sur les conquêtes et les talents des Sarrasins. +</p> + +<p class="t50"> +<span class='smcap'>Chambeyron</span>, <cite>Recherches historiques +sur la ville de Rive-de-Gier</cite>. +</p> + +<div class='figcenter'> + <img src='images/decoration.png' alt='' /> +</div> + +<p class="center noindent"> +<span class="large">LYON</span><br /> +IMPRIMERIE D’AIMÉ VINGTRINIER<br /> +Rue de la Belle-Cordière, 14. +</p> + +<hr class="c5" /> + +<p class="center noindent"> +1862 +</p> + +</div> +</div> + +<p class="center noindent newpage"> +<span class="large">NOTE</span><br /> +<span class="xlarge">SUR L’INVASION DES SARRASINS</span><br /> +<span class="large">DANS LE LYONNAIS.</span> +</p> + +<hr class="c25 sep2" /> + +<p class="sep3"> +Un des évènements les plus graves de l’histoire de France, +dont les conséquences ont failli changer non-seulement la +face de notre pays, mais de la chrétienté tout entière, +l’envahissement du pays des Visigoths et des Francs par les +conquérants arabes a été si peu ou si mal décrit qu’on ne +sait aujourd’hui où s’enquérir des détails de cette épopée, et +que tout manque à l’investigation du savant. +</p> + +<p> +Un samedi de la fin d’octobre 732, dit M. Henri Martin, +le 3 octobre 732, disent quelques autres écrivains, Abdérame +fut vaincu, dans les plaines de Poitiers, par le +célèbre chef austrasien Charles-Martel; la déroute des +Arabes fut affreuse; leur camp, rempli de richesses, fut pillé, +et eux-mêmes eurent une peine infinie à regagner Narbonne +ou à traverser les Pyrénées; pour ce premier fait, c’est à +peu près tout. Arabes et chrétiens gardent sur cette défaite +<span class='pagenum'><a id='Page_6' name='Page_6'>[6]</a></span> +un prudent silence. Et cependant la France était sauvée, le +christianisme restait possesseur du continent européen, et la +fortune du Prophète avait reçu un échec dont la honte ne +devait jamais s’effacer. +</p> + +<p> +On sait encore vaguement que Lyon, Mâcon, Autun furent +pris et ravagés, que la ville d’Auxerre eut le même sort; que +sa citadelle résista; enfin que l’archevêque de Sens repoussa et +mit en fuite les envahisseurs; mais là aussi les dates précises +et les détails nous font défaut. D’ailleurs le vaillant prélat +n’eut-il affaire qu’à une troupe de fourrageurs traversant la +France par l’Aquitaine et l’Orléanais avant le désastre de +Poitiers, et venue, par hasard, se heurter aux murs de sa +petite cité, comme l’avance M. Henri Martin<a name='FA_1' id='FA_1' href='#FN_1' class='fnanchor'>[1]</a>, ou eut-il à +repousser cette armée formidable d’Athim et d’Amorrhée<a name='FA_2' id='FA_2' href='#FN_2' class='fnanchor'>[2]</a>, +venue, quatre ans plus tard, par la vallée du Rhône, pour +attaquer les Francs au centre de leur puissance, comme le +soutiennent nos vieux chroniqueurs bourguignons? les +Arabes, qui devaient atteindre bientôt à une si haute civilisation, +vinrent-ils en conquérants ou en ravageurs? voulaient-ils +piller ou coloniser? détruisirent-ils dès leur premier +choc toutes les cités qu’ils trouvèrent sur leur passage +ou ne s’attaquèrent-ils qu’aux biens du clergé? les avis +sont partagés, ou plutôt l’histoire moderne n’a pas d’avis. Nul +écrivain ne paraît attacher quelque importance à ces détails. +Moins dédaigneux, nous allons essayer de nous prononcer, +et dès l’abord nous ne cacherons point nos sympathies pour +nos vieux chroniqueurs, et cela uniquement parce qu’ils +habitaient le pays où ces terribles événements se sont passés. +<span class='pagenum'><a id='Page_7' name='Page_7'>[7]</a></span> +</p> + +<p> +L’histoire écrite au fond d’une bibliothèque, avec l’aide de +copistes et de collectionneurs qui cherchent des dates et +vous préparent vos matériaux, pourra bien briller par un +plan vaste, une philosophie sévère, un style magique et des +qualités d’ensemble qui assurent la vogue à votre ouvrage et +l’immortalité à votre nom; mais si les grands faits sont +rapportés d’une manière satisfaisante, combien de détails +vous échappent! combien d’erreurs vous répétez avec vos +devanciers<a name='FA_3' id='FA_3' href='#FN_3' class='fnanchor'>[3]</a>! Aujourd’hui la science commence à vouloir +visiter elle-même les lieux qu’elle décrit. Elle suit pas à pas la +marche des armées, cherche le gué des rivières, tourne le +flanc des montagnes et voit pourquoi telle invasion s’est +arrêtée. Des hommes spéciaux font l’histoire d’une cité ou +d’une province et, en face d’un champ de bataille, comprennent +le choc des bataillons, voient fuir les vaincus, campent ou +marchent avec les vainqueurs. La chronique du château +explique celle de la contrée, la tradition vient en aide aux +documents écrits; l’histoire provinciale se forme, et, sous le +contrôle de l’homme du pays qui a vu, l’histoire générale se +complète ou se rectifie, l’obscurité se dissipe, et le savoir +patient trouve enfin la vérité. +</p> + +<p> +Pour connaître ce qu’a été le séjour des Sarrasins dans nos +contrées, il faut, non pas consulter les érudits, surtout ceux +qui ont écrit loin de nous, mais aller de chaumière en chaumière, +des marécages de la Dombes aux flancs escarpés du +Jura. Là, tout vous rappellera le passage, les triomphes ou +les défaites de ces guerriers que le fanatisme amena du fond +<span class='pagenum'><a id='Page_8' name='Page_8'>[8]</a></span> +des déserts de l’Asie, et dont la grande histoire a si bien perdu +les traces qu’elle ne sait plus où les trouver. Une lettre de +Leidrade à Charlemagne nous apprend qu’il relève les monastères +détruits par les Sarrasins; la Chronique de l’abbaye +d’Ambronay atteste que le monastère, fondé par saint Maur, +l’église consacrée à la Sainte-Vierge et la statue, objet de la +vénération des fidèles, ont été renversés par les païens. Ces +païens n’étaient pas les Hongrois venus deux siècles plus +tard, puisque saint Barnard avait déjà, en 803, reconstruit +la chapelle et le couvent. L’histoire de Lyon nous apprend +que les recluseries de la Platière et de Saint-Clair, les églises +de Saint-Georges et de Saint-Paul, les abbayes déjà célèbres +de Saint-Pierre et de l’Ile-Barbe étaient tombées sous les +coups des sectateurs du Coran, mais ni M. Henri Martin ni +nos autres historiens ne nous disent quel fut le sort des +armées musulmanes après les derniers triomphes de Charles-Martel; +M. Reinaud ne croit pas que des tribus sarrasines +aient pu rester parmi nous, et M. Pilot met au nombre des +fables la prise de Grenoble par les Maures et la présence de +bandes sarrasines dans les montagnes du Dauphiné. +</p> + +<p> +Quant à nous qui, au fond de nos vallées, avons vu ces +familles au teint brun, aux coutumes bizarres, au nom sans +contredit oriental, et qui se disent elles-mêmes d’origine +arabe, nous croyons qu’on pourrait compléter ce que l’histoire +ne dit pas ou rectifier ce qu’elle avance d’erroné. Les tribus +arabes n’ont pas regagné l’Espagne, et cependant elles n’ont +pas été anéanties par les Francs. Poursuivies par un ennemi +supérieur, elles ont traversé la Saône et se sont réfugiées +dans les marécages de la Dombes, les forêts de la Bresse ou +les gorges escarpées du Jura et du Dauphiné; la preuve, c’est +qu’elles y sont encore. Si l’homme qui écrit l’histoire d’un +peuple ne peut approfondir tous les faits, si l’écrivain systématique +nie, de parti pris, ce qui lui paraît singulier ou +<span class='pagenum'><a id='Page_9' name='Page_9'>[9]</a></span> +bizarre, c’est aux esprits moins vastes ou moins entiers à +descendre dans ces infiniment petits qui auront peut-être +aussi un jour leur utilité et leur importance. +</p> + +<p> +Battus à Poitiers, qu’ils traversaient en allant s’emparer +du trésor de Saint-Martin, et bien avant d’avoir atteint cette +Neustrie qu’on leur avait dite si opulente et si bonne à +ravager<a name='FA_4' id='FA_4' href='#FN_4' class='fnanchor'>[4]</a>, les Arabes et les Bérébères, âpres à la conquête, +avides de pillage et ardents à se venger, après avoir, pendant +quatre ans, réparé les désastres de leur défaite, attaquèrent +le pays des Francs par la partie orientale, plus facile à envahir. +D’immenses renforts accourus de l’Afrique et de l’Asie avaient +couvert l’Espagne, franchi les Pyrénées et s’étaient répandus +dans cette Septimanie où déjà plus d’une fois les Visigoths leur +avaient tendu la main<a name='FA_5' id='FA_5' href='#FN_5' class='fnanchor'>[5]</a>. Organisés en vue de toutes les prévisions; +<span class='pagenum'><a id='Page_10' name='Page_10'>[10]</a></span> +accompagnés de leurs femmes et de leurs troupeaux +comme pour coloniser<a name='FA_6' id='FA_6' href='#FN_6' class='fnanchor'>[6]</a>, mais surtout fiers d’une cavalerie +nombreuse et sans égale, les Arabes remontèrent le cours du +Rhône sans presque livrer de combats<a name='FA_7' id='FA_7' href='#FN_7' class='fnanchor'>[7]</a>. La Bourgogne, écrasée +par le despotisme et l’avidité des Francs, ouvrit ses portes aux +musulmans qu’elle reçut presque comme des libérateurs<a name='FA_8' id='FA_8' href='#FN_8' class='fnanchor'>[8]</a>. +<span class='pagenum'><a id='Page_11' name='Page_11'>[11]</a></span> +Le clergé seul protesta contre les propagateurs d’une religion +nouvelle, et le clergé seul eut à subir les lois de la guerre +avec une impitoyable rigueur. Les juifs surtout firent cause +commune avec les musulmans, et leur influence, puissante dans +toutes les cités, ne contribua pas peu à faciliter l’envahissement +du pays<a name='FA_9' id='FA_9' href='#FN_9' class='fnanchor'>[9]</a>. A Loudun, comme ils appelaient Lyon, les +musulmans s’emparèrent des biens de l’Église, renversèrent les +couvents<a name='FA_10' id='FA_10' href='#FN_10' class='fnanchor'>[10]</a>, mais respectèrent la population; le culte extérieur +fut seul défendu, les mœurs et les lois furent conservés<a name='FA_11' id='FA_11' href='#FN_11' class='fnanchor'>[11]</a>. +<span class='pagenum'><a id='Page_12' name='Page_12'>[12]</a></span> +Suivant leur tactique, et pour ne pas affaiblir leur armée, les +Arabes confièrent la garde de la cité aux juifs et à quelques +seigneurs bourguignons, et, comme force morale, laissèrent +un poste de cavaliers autour du drapeau musulman. Ici, particulièrement, +l’histoire est muette, mais la tradition parle, et +grâce à elle on peut encore suivre le fil des événements. +</p> + +<p> +Lyon était déjà une ville puissante qui, en se soulevant, +aurait pu écraser même une forte garnison. Il n’eût pas été +prudent de confier à son incertaine amitié la vie ou la liberté +des soldats laissés à la garde du drapeau; mais Lyon est +arrosé par deux larges fleuves; des collines l’entourent: sur +quel point dut s’établir le poste arabe qui devait maintenir +la paix de la cité, assez près pour savoir les nouvelles, assez +loin pour ne pas être envahi par la révolte? les livres ne le +<span class='pagenum'><a id='Page_13' name='Page_13'>[13]</a></span> +savent pas, mais les gens de la campagne le savent, et c’est +d’eux que nous l’avons appris. +</p> + +<p> +Plus haut que la vieille ville gauloise, assise entre le +premier confluent de ses deux fleuves; plus haut que le +faubourg moderne de la Croix-Rousse, qui n’existait pas +alors, la montagne allongée que le Rhône et la Saône +entourent perd de sa largeur; on dirait que les deux fleuves +amoureux, impatients de s’embrasser, ont fait un effort pour +s’unir avant d’avoir à baigner les murs de la ville; en cet +endroit fut jadis une villa romaine; aujourd’hui un riche +et gracieux village y répand ses maisons. Un double chemin +descend d’un côté au Rhône, de l’autre à la Saône; le Mont-d’Or +s’étend vis-à-vis, comme un rideau. On a nommé +Caluire, c’est là que s’élevait le drapeau du croissant. +</p> + +<p> +Le camp arabe, gourbis ou tentes, était là, en effet, dans +une admirable position, non loin des rivières, à l’abri de +toute insulte, dominant l’espace, et prêt à s’envoler au rapide +galop de ses coursiers si un danger sérieux l’eût menacé. Un +conquérant voulant garder Lyon avec une poignée de soldats, +ne pourrait choisir un meilleur emplacement; et, en effet, +aujourd’hui même, c’est non loin de Caluire que le gouvernement +français a établi le camp qui lui répond de la cité, +sur l’emplacement où jadis Albin avait campé ses légions. +Romains, Français, Arabes, peuples au génie militaire, +ont compris que Caluire est la clef de la ville; la topographie +n’a pas changé, le secret est resté le même; c’est toujours +de là qu’on dominera Lyon. +</p> + +<p> +Nous n’avons pas de preuves <i>écrites</i> de ce que nous +avançons, mais le mamelon escarpé qui domine la campagne +des Brosses, au levant de Caluire, s’appelle la <i>butte des +Sarrasins</i>; le chemin qui descend au Rhône à travers les +Brosses s’appelle la <i>voie des Sarrasins</i>; à une faible distance +de là, au nord-est, se trouve la <i>ferme des Sarrasins</i>. +<span class='pagenum'><a id='Page_14' name='Page_14'>[14]</a></span> +</p> + +<p> +Les Arabes et les Bérébères envahirent la Burgondie, et, +avides de conquêtes, fidèles à leur mission de convertir le +monde, ils se dirigèrent vers le nord à la recherche des +soldats de Charles-Martel. L’armée des Francs vaincue, +l’Europe appartenait au croissant, c’en était fait de la chrétienté, +et le rêve des Musulmans de rentrer dans leur patrie +par Constantinople s’accomplissait; mais avant de rencontrer +les fiers soldats de l’Austrasie, les Arabes trouvèrent un +ennemi bien plus puissant que les Francs, plus terrible que +ces géants couverts de fer qui les avaient vaincus à Poitiers, +ennemi dont les historiens n’ont jamais parlé, qui arrêta leur +élan, brisa leur vigueur, dompta leur courage et méritait +cependant d’être signalé pour avoir, mieux que la massue de +Martel, protégé le sol gaulois contre la nuée de ses envahisseurs. +</p> + +<p> +Lorsque le peuple de Dieu prévariquait, lorsqu’il épousait +des femmes infidèles et encensait les idoles, l’esprit divin +se retirait de lui, ses chefs étaient frappés d’aveuglement, et +il était livré sans pitié à la fureur des Amalécites et des Philistins. +Lorsque les enfants du Prophète eurent prévariqué à +leur tour, lorsque la loi la plus formelle du livre sacré eut été +violée dans les caves profondes de la Bourgogne, que le vin +eut coulé dans leurs festins, que les tables n’eurent plus +horreur de se charger des viandes impures et maudites de la +Séquanie, que les lèvres des vrais croyants eurent savouré la +chair immonde des porcs du pays des Eduens, c’en fut fait +du fanatisme guerrier des conquérants; la gloire du croissant +s’éclipsa, l’amour du prosélytisme s’éteignit. Ne cherchez pas +ailleurs la cause de la défaite des Arabes; la foi n’y était plus; +leur élan incertain ne put emporter la citadelle d’Auxerre, +et il vint mourir contre les faibles remparts de la ville de Sens. +</p> + +<p> +Alors, des bruits sinistres circulèrent au milieu des tribus. +La jalousie qui avait toujours régné entre les Asiatiques et les +<span class='pagenum'><a id='Page_15' name='Page_15'>[15]</a></span> +Africains se réveilla plus active et plus ardente que jamais. +Les Bérébères, les premiers, déclarèrent qu’ils se contentaient +des biens de la terre, et que d’autres pouvaient porter la +semence de la parole jusque dans les neiges d’Upsal, dans +ces lieux reculés et inconnus où Odin était encore adoré +comme un dieu<a name='FA_12' id='FA_12' href='#FN_12' class='fnanchor'>[12]</a>. Alors l’archevêque Ebbon n’eut qu’à se +montrer à la tête de ses guerriers; l’effroi des grandes forêts +de la Gaule du nord, le souvenir des frais coteaux de Dijon +et de Nuits firent tourner la tête en arrière aux cavaliers qui +avaient bravé le simoun, traversé l’Afrique brûlante, et qui +devaient au départ conquérir le monde<a name='FA_13' id='FA_13' href='#FN_13' class='fnanchor'>[13]</a>. Leurs escadrons +légers se répandirent sur les bords de la Saône, et, quand +Childebrand vint à marches forcées, par le centre de la France, +couper les renforts qui remontaient le Rhône, il y avait +longtemps que l’armée d’Athim et d’Amorrhée n’était plus +un danger pour les chrétiens. +</p> + +<p> +Mais que faire de ces hordes souillées? de ces tribus qui +n’avaient plus de musulman que le nom? Les ramener en +Espagne, en Afrique, en Arabie, peut-être? Montrer aux +croyants de Médine et de Damas l’épouvantable spectacle +<span class='pagenum'><a id='Page_16' name='Page_16'>[16]</a></span> +de musulmans ivres de vin ou gorgés des graisses impures +des troupeaux de la Séquanie! Un sacrifice était nécessaire, +il fut ordonné. L’influence occulte, mais toute-puissante des +marabouts et des imans, profita des divisions qui régnaient +entre les Arabes et les Bérébères; l’armée fut condamnée à +périr, et chaque scheik, chaque émir dispersa ses cavaliers +dans les forêts de la haute Bourgogne, les marécages de la +Dombes, les rochers du Bugey et du Dauphiné<a name='FA_14' id='FA_14' href='#FN_14' class='fnanchor'>[14]</a>, au milieu +desquels, trois cents ans plus tard, les exilés vivaient encore +à l’état de nation à part, de peuple séparé et maudit, avec +ses lois, sa religion, ses mœurs, et où, aujourd’hui même, on +les retrouve avec étonnement soit organisés en villages, soit, +plus souvent, comme familles maintenues intactes, sans mélanges +avec leurs voisins et ayant conservé sinon le culte, +du moins le type physique et moral de la race à laquelle +appartenaient leurs pères. +</p> + +<p> +Lorsque Childebrand eut accompli sa mission et campé +avec l’avant-garde des Francs sur les bords du Rhône, que +l’approche de Charles-Martel eut été signalée par toutes les +voix de la renommée, la fureur des musulmans se réveilla, +et ils brûlèrent toutes les cités au milieu desquelles ils purent +<span class='pagenum'><a id='Page_17' name='Page_17'>[17]</a></span> +promener leur vengeance. Alors eurent lieu ces atrocités qui +remplirent d’effroi les populations, alors on vit ces dévastations +dont les siècles ont eu de la peine à guérir les blessures, +mais dont ils n’ont pu effacer le souvenir. +</p> + +<p> +Parmi les lieux où on peut retrouver des traces de la fuite +des musulmans, lorsqu’ils traversèrent la Saône, nous citerons +particulièrement Châlon<a name='FA_15' id='FA_15' href='#FN_15' class='fnanchor'>[15]</a>, Tournus, Boz, Uchizy, Sermoyer, +Fleurville, Ozan, Arbigny, Mâcon, Lyon. Plusieurs +tribus s’arrêtèrent dès qu’elles eurent mis la rivière entre +elles et leurs ennemis; à Pont-de-Veyle, à Louhans, en +d’autres lieux encore, on montre la <i>chaussée</i> ou la digue des +Sarrasins, dénomination qui, si elle ne prouve pas que ces +ouvrages leur appartiennent, indique du moins combien leur +nom est encore vivant dans le pays. Dans le Bugey, trois +villes importantes furent détruites, et deux d’entre elles si +complètement, qu’on ne sait où trouver le lieu où elles +existaient. Isernore, à la douce appellation, a conservé les +ruines d’un temple célèbre; Orindinse a dû s’élever au +confluent de l’Ange et de l’Oignin; la ville des Tattes devait +être sur les bords de la Valserine, non loin de Châtillon-de-Michaille. +La <cite>Chronique de Saint-Amand</cite>, un des plus +anciens documents de l’histoire du Bugey, ne donne que des +détails incomplets à cet égard. +</p> + +<p> +Les monastères de Nantua, d’Ambronay et de Saint-Rambert-de-Joux, +dans la gorge de l’Albarine, furent renversés. +La Franche-Comté, la Savoie, le Dauphiné se couvrirent +de ruines. Les histoires de ces provinces donnent de +<span class='pagenum'><a id='Page_18' name='Page_18'>[18]</a></span> +douloureux détails sur les ravages que commirent les +Orientaux. +</p> + +<p> +Les tribus qui occupaient Lyon n’épargnèrent pas notre +cité. Les troupes en marche et qui avaient dépassé Valence, +vinrent se réfugier dans nos murs. Quand elles virent que la +fortune devenait contraire et que la cause de l’islam ne se +relèverait pas, le pillage, l’incendie et la dévastation assouvirent +le besoin de vengeance de ces cœurs ulcérés; Romains, +Gaulois, Francs, Visigoths, tous devinrent égaux devant les +terribles musulmans, qui n’étaient plus des convertisseurs +zélés, mais de farouches ennemis. Ce fut un massacre général, +une ruine universelle, et dès lors le peuple de la cité ne +prononça plus qu’avec une superstitieuse terreur le nom de +cette race maudite de Dieu. +</p> + +<p> +La ville détruite, les hordes musulmanes se retirèrent vers +les montagnes à l’orient de Lyon<a name='FA_16' id='FA_16' href='#FN_16' class='fnanchor'>[16]</a>, où elles rejoignirent les +autres tribus fugitives; mais désormais indépendantes, elles +ne réunirent leurs drapeaux que pour lutter contre les difficultés +du moment et pour se frayer un passage à travers +les populations belliqueuses de ces contrées. La plaine +d’Ambérieu conserve encore plusieurs castramétations qu’on +leur attribue<a name='FA_17' id='FA_17' href='#FN_17' class='fnanchor'>[17]</a>; les montagnes sont pleines de leurs noms; les +<span class='pagenum'><a id='Page_19' name='Page_19'>[19]</a></span> +flots de l’Albarine, comme ceux du Haut-Rhône, baignent la +grotte des Sarrasins, la balme des Sarrasins, la chambre, les +crèches, les forts, la maison des Sarrasins, et même cette +grotte de Roland où fut trouvé, il y a cinq siècles, un cor +arabe de la plus magnifique beauté; Seillonas, Ordonnas, +Benonce reçurent les colonies africaines; la vallée d’Amby, +de l’autre côté du Rhône, vit se dresser un camp formidable +que les voyageurs vont encore visiter. La tradition raconte +de longs et sanglants combats livrés entre les Séquanes, les +Ambarres, les Allobroges et les légers cavaliers de l’Arabie. +Ces derniers furent probablement vainqueurs, puisque partout +ils parvinrent à se maintenir dans les vallées qu’ils avaient +choisies et où sont encore leurs descendants. +</p> + +<p> +Si le paysan qui passe sur la montagne est brun, maigre, +avec le regard ardent, un nez aquilin, l’œil enfoncé sous +l’orbite; si ses cheveux d’un noir de corbeau ont des reflets +bleus au soleil; s’il répond au nom de Babolah, Kaffon, +Tabardet, Ciza-Cartet, Ciza-Buiron, Alamercery, ou Galaffre +comme un héros de l’Arioste, demandez-lui s’il n’appartient +pas à une famille sarrasine, et, l’œil attaché sur vous pour +approfondir votre pensée, soyez certain qu’il vous répondra +affirmativement. +</p> + +<p> +Messieurs Monnier, Riboud, Guillemot, Lapierre, Fauché-Prunelle, +ont réuni de curieux et précieux documents sur le +séjour des Arabes dans la Franche-Comté, la Bresse, le +Bugey, la Savoie et le Dauphiné; mais ces savants modestes +ont fait des chapitres, des monographies, non un livre; les +historiens de longue haleine n’ont pas encore utilisé leurs +travaux, et, malgré l’ouvrage de M. Reinaud, l’histoire de +l’invasion des Sarrasins est encore à faire, surtout au point +de vue de nos pays. +</p> + +<p> +L’influence de cette invasion fut grande sur la civilisation +de nos contrées. Outre les connaissances pratiques dont +<span class='pagenum'><a id='Page_20' name='Page_20'>[20]</a></span> +la médecine, l’agriculture<a name='FA_18' id='FA_18' href='#FN_18' class='fnanchor'>[18]</a> et l’industrie profitèrent; outre +la bougie, le papier, l’ouate, la bourrache, le tambour qu’ils +firent connaître à la Gaule, les Arabes dotèrent la Bresse de +cette race admirable de chevaux que les mauvais soins n’ont +pu faire dégénérer; de ces volailles que les gourmets ont rendues +célèbres<a name='FA_19' id='FA_19' href='#FN_19' class='fnanchor'>[19]</a>; de ce blé noir, fortune du pauvre, que le +Dombiste mange, en pâte légère délayée dans de l’eau ou du +lait et cuite légèrement entre deux plaques brûlantes, comme +le voyageur du désert; le commerce s’est enrichi de ces chiffres +simples et commodes qui ont fait presque oublier la numération +embarrassée des Romains; la langue s’est emparée +d’une foule de mots dont elle ne pourrait plus se passer, depuis +<i>alambic</i> jusqu’à <i>taffetas</i><a name='FA_20' id='FA_20' href='#FN_20' class='fnanchor'>[20]</a>; mais, surtout, il est un nom +qui mérite l’attention de l’historien et qui serait une révélation, +si l’histoire ne devait accepter qu’avec réserve ce qui lui +est appris par les poètes. Voilà ce que dit M. de Lamartine, +dans cette prose magique dont lui seul a l’usage et qui est une +poésie comme tout ce qui jaillit de sa puissante imagination: +</p> + +<p> +«Quand on chemine à pied de Mâcon à Saint-Claude, on +trouve d’abord la Bresse, bocagère et plane comme la grasse +Attique, ruisselant d’huile, entre le Pyrée et Athènes. +</p> + +<p> +«L’olivier de la Bresse, c’est le pâle saule qui ne verse +que l’ombre légère aux vaches blanches des prairies et qui, +tondu tous les trois ans par la serpette de l’émondeur, penche +son tronc chauve sur les mares ou sur les étangs. On croit +lire une églogue de Virgile: «<i lang="la" xml:lang="la">O utinam!</i> et plût aux dieux +<span class='pagenum'><a id='Page_21' name='Page_21'>[21]</a></span> +que je n’eusse été qu’un pauvre émondeur de saules sur +les rives du lac ou du Mincio, dans cette laiteuse Lombardie, +Bresse de l’Italie!» +</p> + +<p> +«A l’extrémité de cette plaine virgilienne de la Bresse, +on rencontre tout à coup, au lieu de l’eau stagnante et fiévreuse +des prairies de la Dombes, une rivière bleue comme +le firmament de la Suisse italienne, joueuse comme des enfants +sur des cailloux, écumante comme l’eau de savon battue +par le battoir de la lessiveuse, gazouillante comme une volée +de tourterelles bleues et blanches abattues sur un champ de +lin en fleurs, jetant ses petits flocons d’écume çà et là, sur +son cours, comme ces oiseaux éparpillant leurs plumes en se +peignant du bec sur les touffes du lin; on s’arrête, tout étonné, +sur la grève des cailloux arrondis par le roulis éternel de +cette rivière de montagne, débouchant, tout étonnée elle-même, +dans la plaine. On demande son nom au premier batelier qui +passe et qui rattache son petit bateau de pêche à un tronc de +saule pour verser son filet, frétillant de truites, sur le sable.—C’est +la rivière d’Ain, vous dit-il avec un air de fierté locale, +la rivière qui descend du Jura et qui donne son nom à toutes +ces plaines. +</p> + +<p> +«Si, comme moi, vous avez chevauché dans les déserts et +dans les vallées des deux Arabies, vous reconnaîtrez bien vite +que les hommes, descendus de Tartarie en Arabie, d’Arabie +en Scythie, de Scythie en Hongrie, de Hongrie en Franche-Comté +et en Bresse, ont passé par là, ont colonisé ces contrées, +et ont imposé, au plus beau fleuve du pays, ce nom +arabe et générique d’Ain (l’eau par excellence) dont, en perdant +l’accent Aïn, nos pères, moins euphoniques que les +Arabes, ont fait Ain, nom rendu guttural et trivial comme +le balbutiement à bouche ouverte d’un enfant hébêté. C’est +le progrès selon la doctrine des <i>progressistes indéfinis</i>, ces +adorateurs obstinés du temps, qui les dément dans les langues +<span class='pagenum'><a id='Page_22' name='Page_22'>[22]</a></span> +comme dans les choses; ces adorateurs du présent, qui les dévore +eux-mêmes, et qui anéantit tout autant de choses humaines +qu’il en crée. +</p> + +<p> +«Mais pardon de cette digression déplacée à propos de la +rivière d’Ain, à laquelle les Arabes avaient donné un nom +sonore comme l’écho des rochers d’où il tombe en cascades +de saphir, et que les Gaulois ont rendu muet comme leur +langue de corne et de caoutchouc. +</p> + +<p> +«Après s’être rafraîchie et enivrée comme l’Arabe lui-même +au vent, cette rivière, femelle du Rhône, se précipite +vers lui en face des plaines du Dauphiné.» +</p> + +<p> +Ainsi donc, croyance poétique et gracieuse, ce serait aux +Musulmans que ce torrent bleu, que nos paysans appellent la +<i>grand’rivière</i>, doit son nom? Ce mot est, dans le désert, le +nom de l’eau par excellence; c’est aussi le cristal de l’œil, +limpide et pur comme l’eau des fontaines; c’est l’onde, pour +nos populations qui n’ont jamais à souffrir de sa privation, +Aïn pour la caravane altérée qui voit devant elle la délivrance +et la vie. D’après M. de Lamartine, les tribus poursuivies +par l’épée de Charles-Martel ont salué ces flots d’un cri de +joie; ce cristal si pur, ce miroir étincelant, c’était la barrière +infranchissable pour leurs ennemis; c’était la fin de leurs +angoisses et de leur terreur; c’était, comme au désert, la +délivrance, Aïn, la rivière! Pardonnons la distraction du +poète, qui a fait venir nos parrains par la Hongrie et l’Allemagne; +acceptons ce baptême dont se porte garant un homme +de génie, et voyons-y une preuve de plus du rôle immense que +les guerriers de l’Yemen et du Nedjd ont joué dans nos +pays. +</p> + +<p> +Mais, diront à leur tour les hommes graves, oubliez-vous +le vieux nom, l’antique nom de notre poétique rivière, le +Danus des chartes et des cartulaires, le Dain de notre ancien +langage, dont la racine paraît être la même que celle du +<span class='pagenum'><a id='Page_23' name='Page_23'>[23]</a></span> +Danube, nom autochthone, imposé, avant les Arabes, par +nos pères les Gaulois<a name='FA_21' id='FA_21' href='#FN_21' class='fnanchor'>[21]</a>? Eh puis! ajouteront les personnes +délicates, est-il convenable de s’enorgueillir d’une appellation +qui rappellerait un peuple mécréant, souillé de sang, ennemi +de notre culte, destructeur de nos lieux saints, enrichi des +dépouilles de notre patrie, chargé de la malédiction de nos +pères? La première observation seule a du poids, la seconde +nous paraît futile. +</p> + +<p> +On n’a point horreur du souvenir des Romains; leurs monuments +ont couvert notre sol, et cependant qu’étaient les +compagnons de Romulus? d’infames bandits. Qu’étaient les +guerriers de César? d’avides et rapaces conquérants. Qu’étaient +nos gouverneurs? des proconsuls, dont le nom est resté +comme une tache et une injure. Si, au lieu de maudire chaque +trace de leurs pas sur le sol sacré de la Gaule, on se pare et +on se vante des stygmates que nous ont laissés ces cruels +dominateurs, toute vérité historique mise à part, toute étymologie +réservée, que notre rivière s’appelle Aïn ou Dain, nous +ne voyons pas qu’on ait à rougir de ce qui peut rappeler +dans nos contrées les compatriotes de Job, d’Avicennes et +d’Antar<a name='FA_22' id='FA_22' href='#FN_22' class='fnanchor'>[22]</a>. +</p> + +<div class='footnotes sep4'> + +<h2>Notes de bas de page</h2> + +<div class='footnote' id='FN_1'> +<p> +<a href='#FA_1'>[1]</a> <cite>Hist. de France</cite>, tome 2. +</p> +</div> + +<div class='footnote' id='FN_2'> +<p> +<a href='#FA_2'>[2]</a> «L’émir Othman, l’<i>Adthima</i> des chroniqueurs.... l’émir Omar, +l’<i>Amor</i> de nos chroniqueurs.» (<span class='smcap'>Henri Martin</span>, <cite>Hist. de France</cite>, tom. 2; +<span class='smcap'>Reinaud</span>, <cite>Invasions des Sarrazins</cite>). +</p> +</div> + +<div class='footnote' id='FN_3'> +<p> +<a href='#FA_3'>[3]</a> «Le P. Berthaud et le P. Perry placent l’irruption des Sarrasins en +Bourgogne en 719 et 720. Ces dates sont certainement inexactes.» (<span class='smcap'>Fouque</span>, +<cite>Hist. de Châlon-sur-Saône</cite>). +</p> + +<p> +C’est, à son tour, victime d’une profonde erreur que Victor Fouque, dans +son <cite>Histoire de Châlon-sur-Saône</cite>, prétend que la Bourgogne fut envahie +de toutes parts par les Sarrasins, commandés <i>par leur roi Abdérame</i>. +</p> +</div> + +<div class='footnote' id='FN_4'> +<p> +<a href='#FA_4'>[4]</a> «L’Espagne fut donnée pour la seconde fois à Abdoulrahman-Ben-Abdoullah-el-Gafiki, +l’année de l’hégire 113, et la neuvième du califat +d’Accham (731)... Dès que cette révolte fut dissipée, Abdoulrahman résolut +de porter la guerre au dehors et d’occuper les Arabes... il se jette dans +l’Aquitaine, passe la Garonne et s’empare de Bordeaux... Il traverse le +Périgord, la Saintonge, le Poitou... Il pénètre jusqu’à Tours... Eudes implore +le secours de Charles-Martel. Ce prince, justement alarmé du danger +commun, marche contre les Arabes avec toutes les forces de la Germanie, +de l’Austrasie, de la Bourgogne et de la Neustrie.» (<span class='smcap'>Cardonne</span>, <cite>Hist. de +l’Afr. et de l’Esp. sous la domination des Arabes</cite>.) +</p> + +<p> +«Les Barbares essayèrent même de se venger sur les provinces de +Charles-Martel de la défaite que ce grand capitaine leur avait fait essuyer +quelques années auparavant. Leurs détachements, <i>occupant de nouveau +Lyon</i>, envahirent la Bourgogne.« (<span class='smcap'>Reinaud</span>, <cite>Invasions des Sarrazins</cite>.) +</p> + +<p> +On voit que l’envahissement de la Bourgogne suivit la bataille de Poitiers +et ne la précéda pas. +</p> +</div> + +<div class='footnote' id='FN_5'> +<p> +<a href='#FA_5'>[5]</a> «Entreprenans la guerre d’un grand cœur (les Visigoths) appellerent +en leur ayde les Sarrazins, encores ennemys des François, pour raison de +la perte qu’ils avoient receu devant Tours. Ainsi tous ensemble viennent +passer le Rhône... et tirant outre prindrent quasi toute la Bourgongne.» +(Guillaume <span class='smcap'>Paradin</span>, <cite>Annales de Bourgogne</cite>.) +</p> + +<p> +«Alhatan... leur avoit commandé... de venger Abdérame et de se souvenir +incessamment de la bataille de Tours. Les chefs qu’il leur donna +furent Athin et Amorrhée qu’il jugea capables d’un si grand employ..... +Nulle esglise ne fut espargnée. Lyon, Mascon, Auxerre et toutes les villes de +la Bourgogne, jusqu’à Sens, furent saccagées.» (<span class='smcap'>Chorier</span>, <cite>Hist. du Dauphiné</cite>.) +</p> +</div> + +<div class='footnote' id='FN_6'> +<p> +<a href='#FA_6'>[6]</a> «Le témoignage des plus anciennes chroniques nous assure que les +Arabes, en franchissant les Pyrénées, entraînaient après eux leurs femmes +et leurs enfants, comme s’ils eussent eu le dessein formé de s’établir sur ce +sol nouveau pour eux.» (Noël <span class='smcap'>Desvergers</span>, <cite>L’Arabie</cite>, p. 342.) +</p> + +<p> +«<span lang="la" xml:lang="la">Sarraceni cum uxoribus et parvulis venientes...</span>» (<span class='smcap'>Warnefrid</span>, <cite>Hist. +Longobard</cite>.) +</p> +</div> + +<div class='footnote' id='FN_7'> +<p> +<a href='#FA_7'>[7]</a> «Au moment de ce vaste choc, les Arabes, encore dans la première +ferveur de l’Islam, avaient plus d’humanité, de moralité, de lumières que +les Franks.» (Henri <span class='smcap'>Martin</span>, <cite>Hist. de France</cite>, tom. 2.) +</p> +</div> + +<div class='footnote' id='FN_8'> +<p> +<a href='#FA_8'>[8]</a> «La Bourgogne paya chèrement sa résistance aux prétentions de +Charles; ce royaume fut partagé entre ses partisans les plus dévoués. Les +Bourguignons furent exclus de toutes les magistratures et subirent les +conséquences d’une invasion étrangère.» (<span class='smcap'>Fouque</span>, <cite>Hist. de Châlon-s.-Saôn.</cite>) +</p> + +<p> +«Les bandes teutoniques commirent sans doute, dans cette expédition, +de bien grandes violences, et les leudes franks ou germains, qui avaient +dépossédé les comtes <i>romains</i> ou burgondes, exercèrent une bien brutale +tyrannie, car il s’alluma contre le règne des Franks des haines qui ne tardèrent +pas à éclater de la manière la plus étrange.» (<span class='smcap'>H. Martin</span>, <cite>Hist. de Fr.</cite>, t. 2.) +</p> + +<p> +«737.—Comme Martel estoit usurpateur, chaque gouverneur croyoit +avoir droit de lui désobéir et trenchoit du souverain. Mauronte, gouverneur +de Marseille, afin d’establir son indépendance, appella le secours des Sarrazins +et leur livra la ville d’Avignon, d’où ils s’espandirent dans le Dauphiné, +le Lyonnois et, s’il est croyable, même jusqu’à Sens.» (<span class='smcap'>Mezeray</span>, +<cite>Hist. de France</cite>, t. <span class='smcap'>I</span>, p. 131.) +</p> + +<p> +«Les chefs des Bourguignons se flattèrent de recouvrer leur indépendance +en favorisant l’invasion des Sarrasins.» (<span class='smcap'>Lateyssonnière</span>, <cite>Recherches +hist. sur le départ. de l’Ain</cite>). +</p> +</div> + +<div class='footnote' id='FN_9'> +<p> +<a href='#FA_9'>[9]</a> «Les Juifs étaient très-nombreux, très-riches et très-forts dans les +villes septimaniennes, et ils secondaient partout la conquête arabe de leurs +intrigues en représailles des lois tyranniques portées contre eux.» (Henri +<span class='smcap'>Martin</span>, <cite>Hist. de France</cite>, tom. 2.) +</p> + +<p> +«L’évêque Agobard écrivait à l’archevêque de Narbonne Nibridius: +Dieu mercy, il n’y a plus de païens en ce pays, mais il y a quantité de +juifs qui demeurent en cette ville et sont répandus dans tous les lieux +circonvoisins.» (<span class='smcap'>Menestrier</span>, <cite>Hist. cons.</cite>, p. 216.) +</p> +</div> + +<div class='footnote' id='FN_10'> +<p> +<a href='#FA_10'>[10]</a> «Les Sarrasins, dans leurs invasions, avaient dévasté la plupart des +églises et des couvents et avaient aliéné les biens affectés à ces établissements.» +(<span class='smcap'>Reinaud</span>, <cite>Invasions des Sarrazins</cite>.) +</p> + +<p> +«<i>L’an 732?</i> Les Sarrasins entrent en Bourgogne, ruinent Autun jusques +dans ses fondements. L’église de Saint-Nazaire fut brûlée avec tous les +titres et papiers. Le monastère de Saint-Martin, fondé par la reine Brunehaut +et où elle reçut la sépulture, fut pillé et détruit; celui de Saint-Jean-le-Grand +eut le même sort.» (Edme <span class='smcap'>Thomas</span>, <cite>Hist. d’Autun</cite>.) +</p> +</div> + +<div class='footnote' id='FN_11'> +<p> +<a href='#FA_11'>[11]</a> «Les villes qui avaient capitulé conservèrent leurs comtes goths ou +<i>romains</i>, leurs lois nationales et l’exercice de leur culte dans l’intérieur +des églises, mais à condition de recevoir des garnisons musulmanes, de +payer le <i>kharad</i>, tribut annuel qui variait du dixième au cinquième des +revenus fonciers, et peut-être de livrer leurs chevaux et leurs armes, ainsi +que les trésors de l’Église. Les domaines de la couronne et des citoyens +morts en combattant les musulmans furent confisqués, probablement avec +la majeure partie des biens de l’Église.» (Henri <span class='smcap'>Martin</span>, <cite>Hist. de France</cite>, +tom. 2.) +</p> + +<p> +«L’exercice libre de la religion chrétienne était garanti dans l’intérieur +des églises. Toute église existante devait être conservée; mais il n’en pouvait +point être bâti de nouvelles sans l’autorisation du chef musulman.—Les +lois anciennes du pays étaient maintenues.» (<span class='smcap'>Hugo</span>, <cite>France monument.</cite>, +p. 232.) +</p> + +<p> +«Les conditions imposées par les généraux musulmans aux villes conquises +n’étaient ni trop onéreuses ni trop humiliantes, comparées au sort +qui, à cette époque de barbarie, pesait sur les habitants des villes tombées +au pouvoir d’ennemis chrétiens comme eux.» (<span class='smcap'>Hugo</span>, <cite>France monument.</cite>, +p. 232.) +</p> + +<p> +«Dans les cérémonies publiques, à Messine, on déployait deux étendards. +Le premier, qui appartenait aux Sarrasins, représentait une tour de +couleur noire sur un champ vert; le second, qui servait aux Chrétiens, +portait une croix d’or brodée sur un champ rouge.» (<span class='smcap'>Ebn-Khaldoun</span>, +<cite>Hist. de l’Afrique</cite>...) +</p> + +<p> +«Abdoulah, conformément à la loi mahométane, et pour éviter l’effusion +du sang, offrit la paix à Grégoire en lui donnant à choisir d’embrasser +l’islamisme ou de se rendre tributaire du calife.» (<span class='smcap'>Cardonne</span>, <cite>Hist. de +l’Afrique et de l’Espagne sous la domination des Arabes</cite>.) +</p> + +<p> +«On sait que de tout temps l’islamisme offrait aux vaincus deux partis: +embrasser la foi musulmane ou payer tribut aux vainqueurs.» (<span class='smcap'>Ebn-Khaldoun.</span>) +</p> +</div> + +<div class='footnote' id='FN_12'> +<p> +<a href='#FA_12'>[12]</a> «Il s’éleva des disputes entre les Arabes de Damas et ceux de +l’Arabie-Heureuse, entre les Bérébères et les Modarites, et ils se firent une +guerre cruelle.» (<span class='smcap'>Hidjazi</span>, <cite>Mesheb</cite>.) +</p> + +<p> +«La vérité est que les Berbers sont un peuple bien différent des +Arabes, excepté peut-être les tribus des Sanhadjah et des Ketamah, qui, +selon moi, doivent être regardées comme parentes et alliées des Arabes. +Mais Dieu le sait.» (<cite>Histoire de l’Afrique sous la dynastie des Aghlabites</cite>, +par <span class='smcap'>Ebn-Khaldoun</span>.) +</p> +</div> + +<div class='footnote' id='FN_13'> +<p> +<a href='#FA_13'>[13]</a> «Se sentans estre entrés trop avant en France et craignans d’estre +enclos, retournèrent en mesme hastiveté qu’ils estoient venus et retournant +en arrière achevoyent de brusler et détruire ce qui estoit demouré entier, +à ce que Charles-Martel ne trouvast rien d’entier après eux... Ainsi fut +toute la Bourgongne mise en ruine par les Visigoths et par les Sarrazins.» +(<span class='smcap'>G. Paradin</span>, <cite>Annales de Bourgogne</cite>.) +</p> +</div> + +<div class='footnote' id='FN_14'> +<p> +<a href='#FA_14'>[14]</a> «Ravagée par les Huns, les Ostrogoths, les Bourguignons, les Lombards +et les Sarrasins... la Maurienne est peut-être de toutes nos provinces +celle dont l’histoire présente le plus de péripéties.» (<cite>Travaux de la +Soc. d’hist. et d’archéologie de la province de Maurienne</cite>, I<sup>er</sup> Bulletin, p. <span class='smcap'>III</span>.) +</p> + +<p> +«Ce ne fut qu’au X<sup>e</sup> siècle que les Sarrasins coupèrent le rocher sur +lequel s’élève la chapelle de sainte Thècle et desséchèrent la plaine.» +(L’abbé <span class='smcap'>Truchet</span>, <cite>Notice historique sur la commune de Valloires</cite>). +</p> + +<p> +«Les Sarrasins avaient poussé leurs incursions jusque dans nos montagnes +(942). Hugues de Provence, roi d’Italie, les chargea de garder les +principaux passages des Alpes du nord contre son compétiteur Bérenger.» +(<span class='smcap'>Ducis</span>, <cite>Voies romaines</cite>, Revue Savoisienne, 15 avril 1861.) +</p> + +<p> +«Nous citerons ensuite ces colons, d’origine évidemment étrangère, +qui vivent depuis des siècles isolés dans les marais desséchés de la Bresse.» +(<span class='smcap'>Roget de Belloguet</span>, <cite>Ethnogénie gauloise</cite>.) +</p> +</div> + +<div class='footnote' id='FN_15'> +<p> +<a href='#FA_15'>[15]</a> Vers 645, le siége épiscopal de Châlon-sur-Saône était occupé par +un homme de bien nommé Gratus qui habitait le faubourg Saint-Laurent: +déjà à cette époque le faubourg communiquait avec la ville par un pont. +Comme à Tournus et à Mâcon, le pont de Châlon servit de passage aux +Sarrasins et fut détruit derrière eux. +</p> +</div> + +<div class='footnote' id='FN_16'> +<p> +<a href='#FA_16'>[16]</a> «Les Sarrasins qui ne purent opérer leur retraite en Provence ou +en Septimanie, se réfugièrent dans les montagnes (du Jura et du Dauphiné) +et s’y retranchèrent dans des positions inexpugnables. Notre province +(Bresse et Bugey) est au nombre de celles qui furent envahies; elle leur +servit de refuge en leur présentant des positions naturellement fortifiées.» +(Paul <span class='smcap'>Guillemot</span>, <cite>Monog. hist. du Bugey</cite>). +</p> +</div> + +<div class='footnote' id='FN_17'> +<p> +<a href='#FA_17'>[17]</a> «Parcourons, dans le Bugey, les diverses contrées qui les recèlent, +à commencer cette investigation dans la plaine qui s’étend des rivages du +Rhône et de l’Ain jusqu’à la chaîne non interrompue des premières montagnes. +C’est là que les Sarrasins sont arrivés après avoir saccagé Lyon.» +(Paul <span class='smcap'>Guillemot</span>, <cite>Monog. hist. du Bugey</cite>.) +</p> +</div> + +<div class='footnote' id='FN_18'> +<p> +<a href='#FA_18'>[18]</a> «L’agriculture, en Sicile, dut aux Arabes ses plus grands progrès: le +coton apporté par eux des champs syriens, la canne à sucre, le frêne qui +produit la manne, le pistachier, etc., etc.» (<span class='smcap'>Ebn-Khaldoun</span>, <cite>Histoire de +l’Afrique</cite>.) +</p> +</div> + +<div class='footnote' id='FN_19'> +<p> +<a href='#FA_19'>[19]</a> <cite>Courrier de l’Ain</cite>, la <i>Presse</i>. +</p> +</div> + +<div class='footnote' id='FN_20'> +<p> +<a href='#FA_20'>[20]</a> Nous pouvons citer: alcali, alchimie, alcool, algarade, algèbre, almanach, +ambre, amiral, mesquin. +</p> +</div> + +<div class='footnote' id='FN_21'> +<p> +<a href='#FA_21'>[21]</a> «Mots qui se rapportent également au kymrique et au gaëlique: +<i>dan</i>, audacieux, violent.» (<span class='smcap'>Roget</span>, baron de <span class='smcap'>Belloguet</span>, <cite>Ethnogén. gaul.</cite>) +</p> + +<p> +«Si le nom originaire est Ain, c’est un vieux mot celtique qui signifie +<i>source</i>, <i>fontaine</i>, et qui même a cette signification dans les langues orientales.» +(<span class='smcap'>Bacon-Tacon</span>, <cite>Recherches sur les origines celtiques</cite>, t. <span class='smcap'>I</span>, p. 192). +</p> +</div> + +<div class='footnote' id='FN_22'> +<p> +<a href='#FA_22'>[22]</a> Voyez Paradin, Chorier, J.-Cl. Martin, Jean Brunet, Lapierre, +Thomas Riboud, Lateyssonnière, MM. Paul Guillemot, Chaix, Borel +d’Hauterive, Fauché-Prunelle, D. Monnier, etc. +</p> +</div> +</div> + +<div>*** END OF THE PROJECT GUTENBERG EBOOK 44242 ***</div> +</body> +</html> diff --git a/44242-h/images/cover.jpg b/44242-h/images/cover.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..49390c3 --- /dev/null +++ b/44242-h/images/cover.jpg diff --git a/44242-h/images/decoration.png b/44242-h/images/decoration.png Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..48ebfb8 --- /dev/null +++ b/44242-h/images/decoration.png |
