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authorRoger Frank <rfrank@pglaf.org>2025-10-14 18:37:54 -0700
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+ <meta http-equiv="Content-Type" content="text/html;charset=UTF-8" />
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+ <title>Note sur l’invasion des sarrasins dans le Lyonnais,
+ par Aimé Vingtrinier
+ — Un livre du Project Gutenberg.
+ </title>
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+
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+<body>
+<div>*** START OF THE PROJECT GUTENBERG EBOOK 44242 ***</div>
+
+<div class="tnote newpage">
+<p class="center noindent">— Note de transcription —</p>
+
+<p>
+À l’exception des erreurs clairement introduites par le typographe,
+et des corrections suivantes, le texte d’origine est inchangé.
+</p>
+
+<ul>
+ <li>p. 13: «,» remplacée par «;» dans «; à une faible distance»,</li>
+ <li>p. 20: ajout d’un guillemet ouvrant devant la première note de bas
+ de page (numérotée 18 dans cette édition électronique).</li>
+</ul>
+</div>
+
+<h1 class="sep4">
+<span class="large">NOTE</span><br />
+<span class="xlarge">SUR L’INVASION DES SARRASINS</span><br />
+<span class="large">DANS LE LYONNAIS.</span>
+</h1>
+
+<p class="sep4 small center noindent">
+Lyon. — Typ. d’A. Vingtrinier.
+</p>
+
+<div class="center newpage">
+<div class="bbox">
+
+<p class="center noindent lh">
+<span class="xlarge">NOTE</span><br />
+<span class="xxlarge">SUR L’INVASION DES SARRASINS</span><br />
+<span class="xlarge">DANS LE LYONNAIS</span>
+</p>
+
+<p class="center noindent sep3">
+<span class="small">PAR</span><br />
+AIMÉ VINGTRINIER
+</p>
+
+<p class="t45 sep3">
+.... Au surplus, le fait de l’incendie se déduit
+si naturellement de la présence des Sarrasins, constatée
+par la nomenclature locale, que l’on pourrait
+déjà se rendre à cette évidence lors même que la
+légende latine ne nous y autoriserait pas. Tout
+le pays est couvert de noms mauresques.
+</p>
+
+<p class="t50">
+<span class='smcap'>Désiré Monnier</span>, <cite>Annuaire du Jura</cite>, 1842.
+</p>
+
+<p class="t45 sep2">
+La tradition elle-même n’a recueilli que des
+contes sur les conquêtes et les talents des Sarrasins.
+</p>
+
+<p class="t50">
+<span class='smcap'>Chambeyron</span>, <cite>Recherches historiques
+sur la ville de Rive-de-Gier</cite>.
+</p>
+
+<div class='figcenter'>
+ <img src='images/decoration.png' alt='' />
+</div>
+
+<p class="center noindent">
+<span class="large">LYON</span><br />
+IMPRIMERIE D’AIMÉ VINGTRINIER<br />
+Rue de la Belle-Cordière, 14.
+</p>
+
+<hr class="c5" />
+
+<p class="center noindent">
+1862
+</p>
+
+</div>
+</div>
+
+<p class="center noindent newpage">
+<span class="large">NOTE</span><br />
+<span class="xlarge">SUR L’INVASION DES SARRASINS</span><br />
+<span class="large">DANS LE LYONNAIS.</span>
+</p>
+
+<hr class="c25 sep2" />
+
+<p class="sep3">
+Un des évènements les plus graves de l’histoire de France,
+dont les conséquences ont failli changer non-seulement la
+face de notre pays, mais de la chrétienté tout entière,
+l’envahissement du pays des Visigoths et des Francs par les
+conquérants arabes a été si peu ou si mal décrit qu’on ne
+sait aujourd’hui où s’enquérir des détails de cette épopée, et
+que tout manque à l’investigation du savant.
+</p>
+
+<p>
+Un samedi de la fin d’octobre 732, dit M. Henri Martin,
+le 3 octobre 732, disent quelques autres écrivains, Abdérame
+fut vaincu, dans les plaines de Poitiers, par le
+célèbre chef austrasien Charles-Martel; la déroute des
+Arabes fut affreuse; leur camp, rempli de richesses, fut pillé,
+et eux-mêmes eurent une peine infinie à regagner Narbonne
+ou à traverser les Pyrénées; pour ce premier fait, c’est à
+peu près tout. Arabes et chrétiens gardent sur cette défaite
+<span class='pagenum'><a id='Page_6' name='Page_6'>[6]</a></span>
+un prudent silence. Et cependant la France était sauvée, le
+christianisme restait possesseur du continent européen, et la
+fortune du Prophète avait reçu un échec dont la honte ne
+devait jamais s’effacer.
+</p>
+
+<p>
+On sait encore vaguement que Lyon, Mâcon, Autun furent
+pris et ravagés, que la ville d’Auxerre eut le même sort; que
+sa citadelle résista; enfin que l’archevêque de Sens repoussa et
+mit en fuite les envahisseurs; mais là aussi les dates précises
+et les détails nous font défaut. D’ailleurs le vaillant prélat
+n’eut-il affaire qu’à une troupe de fourrageurs traversant la
+France par l’Aquitaine et l’Orléanais avant le désastre de
+Poitiers, et venue, par hasard, se heurter aux murs de sa
+petite cité, comme l’avance M. Henri Martin<a name='FA_1' id='FA_1' href='#FN_1' class='fnanchor'>[1]</a>, ou eut-il à
+repousser cette armée formidable d’Athim et d’Amorrhée<a name='FA_2' id='FA_2' href='#FN_2' class='fnanchor'>[2]</a>,
+venue, quatre ans plus tard, par la vallée du Rhône, pour
+attaquer les Francs au centre de leur puissance, comme le
+soutiennent nos vieux chroniqueurs bourguignons? les
+Arabes, qui devaient atteindre bientôt à une si haute civilisation,
+vinrent-ils en conquérants ou en ravageurs? voulaient-ils
+piller ou coloniser? détruisirent-ils dès leur premier
+choc toutes les cités qu’ils trouvèrent sur leur passage
+ou ne s’attaquèrent-ils qu’aux biens du clergé? les avis
+sont partagés, ou plutôt l’histoire moderne n’a pas d’avis. Nul
+écrivain ne paraît attacher quelque importance à ces détails.
+Moins dédaigneux, nous allons essayer de nous prononcer,
+et dès l’abord nous ne cacherons point nos sympathies pour
+nos vieux chroniqueurs, et cela uniquement parce qu’ils
+habitaient le pays où ces terribles événements se sont passés.
+<span class='pagenum'><a id='Page_7' name='Page_7'>[7]</a></span>
+</p>
+
+<p>
+L’histoire écrite au fond d’une bibliothèque, avec l’aide de
+copistes et de collectionneurs qui cherchent des dates et
+vous préparent vos matériaux, pourra bien briller par un
+plan vaste, une philosophie sévère, un style magique et des
+qualités d’ensemble qui assurent la vogue à votre ouvrage et
+l’immortalité à votre nom; mais si les grands faits sont
+rapportés d’une manière satisfaisante, combien de détails
+vous échappent! combien d’erreurs vous répétez avec vos
+devanciers<a name='FA_3' id='FA_3' href='#FN_3' class='fnanchor'>[3]</a>! Aujourd’hui la science commence à vouloir
+visiter elle-même les lieux qu’elle décrit. Elle suit pas à pas la
+marche des armées, cherche le gué des rivières, tourne le
+flanc des montagnes et voit pourquoi telle invasion s’est
+arrêtée. Des hommes spéciaux font l’histoire d’une cité ou
+d’une province et, en face d’un champ de bataille, comprennent
+le choc des bataillons, voient fuir les vaincus, campent ou
+marchent avec les vainqueurs. La chronique du château
+explique celle de la contrée, la tradition vient en aide aux
+documents écrits; l’histoire provinciale se forme, et, sous le
+contrôle de l’homme du pays qui a vu, l’histoire générale se
+complète ou se rectifie, l’obscurité se dissipe, et le savoir
+patient trouve enfin la vérité.
+</p>
+
+<p>
+Pour connaître ce qu’a été le séjour des Sarrasins dans nos
+contrées, il faut, non pas consulter les érudits, surtout ceux
+qui ont écrit loin de nous, mais aller de chaumière en chaumière,
+des marécages de la Dombes aux flancs escarpés du
+Jura. Là, tout vous rappellera le passage, les triomphes ou
+les défaites de ces guerriers que le fanatisme amena du fond
+<span class='pagenum'><a id='Page_8' name='Page_8'>[8]</a></span>
+des déserts de l’Asie, et dont la grande histoire a si bien perdu
+les traces qu’elle ne sait plus où les trouver. Une lettre de
+Leidrade à Charlemagne nous apprend qu’il relève les monastères
+détruits par les Sarrasins; la Chronique de l’abbaye
+d’Ambronay atteste que le monastère, fondé par saint Maur,
+l’église consacrée à la Sainte-Vierge et la statue, objet de la
+vénération des fidèles, ont été renversés par les païens. Ces
+païens n’étaient pas les Hongrois venus deux siècles plus
+tard, puisque saint Barnard avait déjà, en 803, reconstruit
+la chapelle et le couvent. L’histoire de Lyon nous apprend
+que les recluseries de la Platière et de Saint-Clair, les églises
+de Saint-Georges et de Saint-Paul, les abbayes déjà célèbres
+de Saint-Pierre et de l’Ile-Barbe étaient tombées sous les
+coups des sectateurs du Coran, mais ni M. Henri Martin ni
+nos autres historiens ne nous disent quel fut le sort des
+armées musulmanes après les derniers triomphes de Charles-Martel;
+M. Reinaud ne croit pas que des tribus sarrasines
+aient pu rester parmi nous, et M. Pilot met au nombre des
+fables la prise de Grenoble par les Maures et la présence de
+bandes sarrasines dans les montagnes du Dauphiné.
+</p>
+
+<p>
+Quant à nous qui, au fond de nos vallées, avons vu ces
+familles au teint brun, aux coutumes bizarres, au nom sans
+contredit oriental, et qui se disent elles-mêmes d’origine
+arabe, nous croyons qu’on pourrait compléter ce que l’histoire
+ne dit pas ou rectifier ce qu’elle avance d’erroné. Les tribus
+arabes n’ont pas regagné l’Espagne, et cependant elles n’ont
+pas été anéanties par les Francs. Poursuivies par un ennemi
+supérieur, elles ont traversé la Saône et se sont réfugiées
+dans les marécages de la Dombes, les forêts de la Bresse ou
+les gorges escarpées du Jura et du Dauphiné; la preuve, c’est
+qu’elles y sont encore. Si l’homme qui écrit l’histoire d’un
+peuple ne peut approfondir tous les faits, si l’écrivain systématique
+nie, de parti pris, ce qui lui paraît singulier ou
+<span class='pagenum'><a id='Page_9' name='Page_9'>[9]</a></span>
+bizarre, c’est aux esprits moins vastes ou moins entiers à
+descendre dans ces infiniment petits qui auront peut-être
+aussi un jour leur utilité et leur importance.
+</p>
+
+<p>
+Battus à Poitiers, qu’ils traversaient en allant s’emparer
+du trésor de Saint-Martin, et bien avant d’avoir atteint cette
+Neustrie qu’on leur avait dite si opulente et si bonne à
+ravager<a name='FA_4' id='FA_4' href='#FN_4' class='fnanchor'>[4]</a>, les Arabes et les Bérébères, âpres à la conquête,
+avides de pillage et ardents à se venger, après avoir, pendant
+quatre ans, réparé les désastres de leur défaite, attaquèrent
+le pays des Francs par la partie orientale, plus facile à envahir.
+D’immenses renforts accourus de l’Afrique et de l’Asie avaient
+couvert l’Espagne, franchi les Pyrénées et s’étaient répandus
+dans cette Septimanie où déjà plus d’une fois les Visigoths leur
+avaient tendu la main<a name='FA_5' id='FA_5' href='#FN_5' class='fnanchor'>[5]</a>. Organisés en vue de toutes les prévisions;
+<span class='pagenum'><a id='Page_10' name='Page_10'>[10]</a></span>
+accompagnés de leurs femmes et de leurs troupeaux
+comme pour coloniser<a name='FA_6' id='FA_6' href='#FN_6' class='fnanchor'>[6]</a>, mais surtout fiers d’une cavalerie
+nombreuse et sans égale, les Arabes remontèrent le cours du
+Rhône sans presque livrer de combats<a name='FA_7' id='FA_7' href='#FN_7' class='fnanchor'>[7]</a>. La Bourgogne, écrasée
+par le despotisme et l’avidité des Francs, ouvrit ses portes aux
+musulmans qu’elle reçut presque comme des libérateurs<a name='FA_8' id='FA_8' href='#FN_8' class='fnanchor'>[8]</a>.
+<span class='pagenum'><a id='Page_11' name='Page_11'>[11]</a></span>
+Le clergé seul protesta contre les propagateurs d’une religion
+nouvelle, et le clergé seul eut à subir les lois de la guerre
+avec une impitoyable rigueur. Les juifs surtout firent cause
+commune avec les musulmans, et leur influence, puissante dans
+toutes les cités, ne contribua pas peu à faciliter l’envahissement
+du pays<a name='FA_9' id='FA_9' href='#FN_9' class='fnanchor'>[9]</a>. A Loudun, comme ils appelaient Lyon, les
+musulmans s’emparèrent des biens de l’Église, renversèrent les
+couvents<a name='FA_10' id='FA_10' href='#FN_10' class='fnanchor'>[10]</a>, mais respectèrent la population; le culte extérieur
+fut seul défendu, les mœurs et les lois furent conservés<a name='FA_11' id='FA_11' href='#FN_11' class='fnanchor'>[11]</a>.
+<span class='pagenum'><a id='Page_12' name='Page_12'>[12]</a></span>
+Suivant leur tactique, et pour ne pas affaiblir leur armée, les
+Arabes confièrent la garde de la cité aux juifs et à quelques
+seigneurs bourguignons, et, comme force morale, laissèrent
+un poste de cavaliers autour du drapeau musulman. Ici, particulièrement,
+l’histoire est muette, mais la tradition parle, et
+grâce à elle on peut encore suivre le fil des événements.
+</p>
+
+<p>
+Lyon était déjà une ville puissante qui, en se soulevant,
+aurait pu écraser même une forte garnison. Il n’eût pas été
+prudent de confier à son incertaine amitié la vie ou la liberté
+des soldats laissés à la garde du drapeau; mais Lyon est
+arrosé par deux larges fleuves; des collines l’entourent: sur
+quel point dut s’établir le poste arabe qui devait maintenir
+la paix de la cité, assez près pour savoir les nouvelles, assez
+loin pour ne pas être envahi par la révolte? les livres ne le
+<span class='pagenum'><a id='Page_13' name='Page_13'>[13]</a></span>
+savent pas, mais les gens de la campagne le savent, et c’est
+d’eux que nous l’avons appris.
+</p>
+
+<p>
+Plus haut que la vieille ville gauloise, assise entre le
+premier confluent de ses deux fleuves; plus haut que le
+faubourg moderne de la Croix-Rousse, qui n’existait pas
+alors, la montagne allongée que le Rhône et la Saône
+entourent perd de sa largeur; on dirait que les deux fleuves
+amoureux, impatients de s’embrasser, ont fait un effort pour
+s’unir avant d’avoir à baigner les murs de la ville; en cet
+endroit fut jadis une villa romaine; aujourd’hui un riche
+et gracieux village y répand ses maisons. Un double chemin
+descend d’un côté au Rhône, de l’autre à la Saône; le Mont-d’Or
+s’étend vis-à-vis, comme un rideau. On a nommé
+Caluire, c’est là que s’élevait le drapeau du croissant.
+</p>
+
+<p>
+Le camp arabe, gourbis ou tentes, était là, en effet, dans
+une admirable position, non loin des rivières, à l’abri de
+toute insulte, dominant l’espace, et prêt à s’envoler au rapide
+galop de ses coursiers si un danger sérieux l’eût menacé. Un
+conquérant voulant garder Lyon avec une poignée de soldats,
+ne pourrait choisir un meilleur emplacement; et, en effet,
+aujourd’hui même, c’est non loin de Caluire que le gouvernement
+français a établi le camp qui lui répond de la cité,
+sur l’emplacement où jadis Albin avait campé ses légions.
+Romains, Français, Arabes, peuples au génie militaire,
+ont compris que Caluire est la clef de la ville; la topographie
+n’a pas changé, le secret est resté le même; c’est toujours
+de là qu’on dominera Lyon.
+</p>
+
+<p>
+Nous n’avons pas de preuves <i>écrites</i> de ce que nous
+avançons, mais le mamelon escarpé qui domine la campagne
+des Brosses, au levant de Caluire, s’appelle la <i>butte des
+Sarrasins</i>; le chemin qui descend au Rhône à travers les
+Brosses s’appelle la <i>voie des Sarrasins</i>; à une faible distance
+de là, au nord-est, se trouve la <i>ferme des Sarrasins</i>.
+<span class='pagenum'><a id='Page_14' name='Page_14'>[14]</a></span>
+</p>
+
+<p>
+Les Arabes et les Bérébères envahirent la Burgondie, et,
+avides de conquêtes, fidèles à leur mission de convertir le
+monde, ils se dirigèrent vers le nord à la recherche des
+soldats de Charles-Martel. L’armée des Francs vaincue,
+l’Europe appartenait au croissant, c’en était fait de la chrétienté,
+et le rêve des Musulmans de rentrer dans leur patrie
+par Constantinople s’accomplissait; mais avant de rencontrer
+les fiers soldats de l’Austrasie, les Arabes trouvèrent un
+ennemi bien plus puissant que les Francs, plus terrible que
+ces géants couverts de fer qui les avaient vaincus à Poitiers,
+ennemi dont les historiens n’ont jamais parlé, qui arrêta leur
+élan, brisa leur vigueur, dompta leur courage et méritait
+cependant d’être signalé pour avoir, mieux que la massue de
+Martel, protégé le sol gaulois contre la nuée de ses envahisseurs.
+</p>
+
+<p>
+Lorsque le peuple de Dieu prévariquait, lorsqu’il épousait
+des femmes infidèles et encensait les idoles, l’esprit divin
+se retirait de lui, ses chefs étaient frappés d’aveuglement, et
+il était livré sans pitié à la fureur des Amalécites et des Philistins.
+Lorsque les enfants du Prophète eurent prévariqué à
+leur tour, lorsque la loi la plus formelle du livre sacré eut été
+violée dans les caves profondes de la Bourgogne, que le vin
+eut coulé dans leurs festins, que les tables n’eurent plus
+horreur de se charger des viandes impures et maudites de la
+Séquanie, que les lèvres des vrais croyants eurent savouré la
+chair immonde des porcs du pays des Eduens, c’en fut fait
+du fanatisme guerrier des conquérants; la gloire du croissant
+s’éclipsa, l’amour du prosélytisme s’éteignit. Ne cherchez pas
+ailleurs la cause de la défaite des Arabes; la foi n’y était plus;
+leur élan incertain ne put emporter la citadelle d’Auxerre,
+et il vint mourir contre les faibles remparts de la ville de Sens.
+</p>
+
+<p>
+Alors, des bruits sinistres circulèrent au milieu des tribus.
+La jalousie qui avait toujours régné entre les Asiatiques et les
+<span class='pagenum'><a id='Page_15' name='Page_15'>[15]</a></span>
+Africains se réveilla plus active et plus ardente que jamais.
+Les Bérébères, les premiers, déclarèrent qu’ils se contentaient
+des biens de la terre, et que d’autres pouvaient porter la
+semence de la parole jusque dans les neiges d’Upsal, dans
+ces lieux reculés et inconnus où Odin était encore adoré
+comme un dieu<a name='FA_12' id='FA_12' href='#FN_12' class='fnanchor'>[12]</a>. Alors l’archevêque Ebbon n’eut qu’à se
+montrer à la tête de ses guerriers; l’effroi des grandes forêts
+de la Gaule du nord, le souvenir des frais coteaux de Dijon
+et de Nuits firent tourner la tête en arrière aux cavaliers qui
+avaient bravé le simoun, traversé l’Afrique brûlante, et qui
+devaient au départ conquérir le monde<a name='FA_13' id='FA_13' href='#FN_13' class='fnanchor'>[13]</a>. Leurs escadrons
+légers se répandirent sur les bords de la Saône, et, quand
+Childebrand vint à marches forcées, par le centre de la France,
+couper les renforts qui remontaient le Rhône, il y avait
+longtemps que l’armée d’Athim et d’Amorrhée n’était plus
+un danger pour les chrétiens.
+</p>
+
+<p>
+Mais que faire de ces hordes souillées? de ces tribus qui
+n’avaient plus de musulman que le nom? Les ramener en
+Espagne, en Afrique, en Arabie, peut-être? Montrer aux
+croyants de Médine et de Damas l’épouvantable spectacle
+<span class='pagenum'><a id='Page_16' name='Page_16'>[16]</a></span>
+de musulmans ivres de vin ou gorgés des graisses impures
+des troupeaux de la Séquanie! Un sacrifice était nécessaire,
+il fut ordonné. L’influence occulte, mais toute-puissante des
+marabouts et des imans, profita des divisions qui régnaient
+entre les Arabes et les Bérébères; l’armée fut condamnée à
+périr, et chaque scheik, chaque émir dispersa ses cavaliers
+dans les forêts de la haute Bourgogne, les marécages de la
+Dombes, les rochers du Bugey et du Dauphiné<a name='FA_14' id='FA_14' href='#FN_14' class='fnanchor'>[14]</a>, au milieu
+desquels, trois cents ans plus tard, les exilés vivaient encore
+à l’état de nation à part, de peuple séparé et maudit, avec
+ses lois, sa religion, ses mœurs, et où, aujourd’hui même, on
+les retrouve avec étonnement soit organisés en villages, soit,
+plus souvent, comme familles maintenues intactes, sans mélanges
+avec leurs voisins et ayant conservé sinon le culte,
+du moins le type physique et moral de la race à laquelle
+appartenaient leurs pères.
+</p>
+
+<p>
+Lorsque Childebrand eut accompli sa mission et campé
+avec l’avant-garde des Francs sur les bords du Rhône, que
+l’approche de Charles-Martel eut été signalée par toutes les
+voix de la renommée, la fureur des musulmans se réveilla,
+et ils brûlèrent toutes les cités au milieu desquelles ils purent
+<span class='pagenum'><a id='Page_17' name='Page_17'>[17]</a></span>
+promener leur vengeance. Alors eurent lieu ces atrocités qui
+remplirent d’effroi les populations, alors on vit ces dévastations
+dont les siècles ont eu de la peine à guérir les blessures,
+mais dont ils n’ont pu effacer le souvenir.
+</p>
+
+<p>
+Parmi les lieux où on peut retrouver des traces de la fuite
+des musulmans, lorsqu’ils traversèrent la Saône, nous citerons
+particulièrement Châlon<a name='FA_15' id='FA_15' href='#FN_15' class='fnanchor'>[15]</a>, Tournus, Boz, Uchizy, Sermoyer,
+Fleurville, Ozan, Arbigny, Mâcon, Lyon. Plusieurs
+tribus s’arrêtèrent dès qu’elles eurent mis la rivière entre
+elles et leurs ennemis; à Pont-de-Veyle, à Louhans, en
+d’autres lieux encore, on montre la <i>chaussée</i> ou la digue des
+Sarrasins, dénomination qui, si elle ne prouve pas que ces
+ouvrages leur appartiennent, indique du moins combien leur
+nom est encore vivant dans le pays. Dans le Bugey, trois
+villes importantes furent détruites, et deux d’entre elles si
+complètement, qu’on ne sait où trouver le lieu où elles
+existaient. Isernore, à la douce appellation, a conservé les
+ruines d’un temple célèbre; Orindinse a dû s’élever au
+confluent de l’Ange et de l’Oignin; la ville des Tattes devait
+être sur les bords de la Valserine, non loin de Châtillon-de-Michaille.
+La <cite>Chronique de Saint-Amand</cite>, un des plus
+anciens documents de l’histoire du Bugey, ne donne que des
+détails incomplets à cet égard.
+</p>
+
+<p>
+Les monastères de Nantua, d’Ambronay et de Saint-Rambert-de-Joux,
+dans la gorge de l’Albarine, furent renversés.
+La Franche-Comté, la Savoie, le Dauphiné se couvrirent
+de ruines. Les histoires de ces provinces donnent de
+<span class='pagenum'><a id='Page_18' name='Page_18'>[18]</a></span>
+douloureux détails sur les ravages que commirent les
+Orientaux.
+</p>
+
+<p>
+Les tribus qui occupaient Lyon n’épargnèrent pas notre
+cité. Les troupes en marche et qui avaient dépassé Valence,
+vinrent se réfugier dans nos murs. Quand elles virent que la
+fortune devenait contraire et que la cause de l’islam ne se
+relèverait pas, le pillage, l’incendie et la dévastation assouvirent
+le besoin de vengeance de ces cœurs ulcérés; Romains,
+Gaulois, Francs, Visigoths, tous devinrent égaux devant les
+terribles musulmans, qui n’étaient plus des convertisseurs
+zélés, mais de farouches ennemis. Ce fut un massacre général,
+une ruine universelle, et dès lors le peuple de la cité ne
+prononça plus qu’avec une superstitieuse terreur le nom de
+cette race maudite de Dieu.
+</p>
+
+<p>
+La ville détruite, les hordes musulmanes se retirèrent vers
+les montagnes à l’orient de Lyon<a name='FA_16' id='FA_16' href='#FN_16' class='fnanchor'>[16]</a>, où elles rejoignirent les
+autres tribus fugitives; mais désormais indépendantes, elles
+ne réunirent leurs drapeaux que pour lutter contre les difficultés
+du moment et pour se frayer un passage à travers
+les populations belliqueuses de ces contrées. La plaine
+d’Ambérieu conserve encore plusieurs castramétations qu’on
+leur attribue<a name='FA_17' id='FA_17' href='#FN_17' class='fnanchor'>[17]</a>; les montagnes sont pleines de leurs noms; les
+<span class='pagenum'><a id='Page_19' name='Page_19'>[19]</a></span>
+flots de l’Albarine, comme ceux du Haut-Rhône, baignent la
+grotte des Sarrasins, la balme des Sarrasins, la chambre, les
+crèches, les forts, la maison des Sarrasins, et même cette
+grotte de Roland où fut trouvé, il y a cinq siècles, un cor
+arabe de la plus magnifique beauté; Seillonas, Ordonnas,
+Benonce reçurent les colonies africaines; la vallée d’Amby,
+de l’autre côté du Rhône, vit se dresser un camp formidable
+que les voyageurs vont encore visiter. La tradition raconte
+de longs et sanglants combats livrés entre les Séquanes, les
+Ambarres, les Allobroges et les légers cavaliers de l’Arabie.
+Ces derniers furent probablement vainqueurs, puisque partout
+ils parvinrent à se maintenir dans les vallées qu’ils avaient
+choisies et où sont encore leurs descendants.
+</p>
+
+<p>
+Si le paysan qui passe sur la montagne est brun, maigre,
+avec le regard ardent, un nez aquilin, l’œil enfoncé sous
+l’orbite; si ses cheveux d’un noir de corbeau ont des reflets
+bleus au soleil; s’il répond au nom de Babolah, Kaffon,
+Tabardet, Ciza-Cartet, Ciza-Buiron, Alamercery, ou Galaffre
+comme un héros de l’Arioste, demandez-lui s’il n’appartient
+pas à une famille sarrasine, et, l’œil attaché sur vous pour
+approfondir votre pensée, soyez certain qu’il vous répondra
+affirmativement.
+</p>
+
+<p>
+Messieurs Monnier, Riboud, Guillemot, Lapierre, Fauché-Prunelle,
+ont réuni de curieux et précieux documents sur le
+séjour des Arabes dans la Franche-Comté, la Bresse, le
+Bugey, la Savoie et le Dauphiné; mais ces savants modestes
+ont fait des chapitres, des monographies, non un livre; les
+historiens de longue haleine n’ont pas encore utilisé leurs
+travaux, et, malgré l’ouvrage de M. Reinaud, l’histoire de
+l’invasion des Sarrasins est encore à faire, surtout au point
+de vue de nos pays.
+</p>
+
+<p>
+L’influence de cette invasion fut grande sur la civilisation
+de nos contrées. Outre les connaissances pratiques dont
+<span class='pagenum'><a id='Page_20' name='Page_20'>[20]</a></span>
+la médecine, l’agriculture<a name='FA_18' id='FA_18' href='#FN_18' class='fnanchor'>[18]</a> et l’industrie profitèrent; outre
+la bougie, le papier, l’ouate, la bourrache, le tambour qu’ils
+firent connaître à la Gaule, les Arabes dotèrent la Bresse de
+cette race admirable de chevaux que les mauvais soins n’ont
+pu faire dégénérer; de ces volailles que les gourmets ont rendues
+célèbres<a name='FA_19' id='FA_19' href='#FN_19' class='fnanchor'>[19]</a>; de ce blé noir, fortune du pauvre, que le
+Dombiste mange, en pâte légère délayée dans de l’eau ou du
+lait et cuite légèrement entre deux plaques brûlantes, comme
+le voyageur du désert; le commerce s’est enrichi de ces chiffres
+simples et commodes qui ont fait presque oublier la numération
+embarrassée des Romains; la langue s’est emparée
+d’une foule de mots dont elle ne pourrait plus se passer, depuis
+<i>alambic</i> jusqu’à <i>taffetas</i><a name='FA_20' id='FA_20' href='#FN_20' class='fnanchor'>[20]</a>; mais, surtout, il est un nom
+qui mérite l’attention de l’historien et qui serait une révélation,
+si l’histoire ne devait accepter qu’avec réserve ce qui lui
+est appris par les poètes. Voilà ce que dit M. de Lamartine,
+dans cette prose magique dont lui seul a l’usage et qui est une
+poésie comme tout ce qui jaillit de sa puissante imagination:
+</p>
+
+<p>
+«Quand on chemine à pied de Mâcon à Saint-Claude, on
+trouve d’abord la Bresse, bocagère et plane comme la grasse
+Attique, ruisselant d’huile, entre le Pyrée et Athènes.
+</p>
+
+<p>
+«L’olivier de la Bresse, c’est le pâle saule qui ne verse
+que l’ombre légère aux vaches blanches des prairies et qui,
+tondu tous les trois ans par la serpette de l’émondeur, penche
+son tronc chauve sur les mares ou sur les étangs. On croit
+lire une églogue de Virgile: «<i lang="la" xml:lang="la">O utinam!</i> et plût aux dieux
+<span class='pagenum'><a id='Page_21' name='Page_21'>[21]</a></span>
+que je n’eusse été qu’un pauvre émondeur de saules sur
+les rives du lac ou du Mincio, dans cette laiteuse Lombardie,
+Bresse de l’Italie!»
+</p>
+
+<p>
+«A l’extrémité de cette plaine virgilienne de la Bresse,
+on rencontre tout à coup, au lieu de l’eau stagnante et fiévreuse
+des prairies de la Dombes, une rivière bleue comme
+le firmament de la Suisse italienne, joueuse comme des enfants
+sur des cailloux, écumante comme l’eau de savon battue
+par le battoir de la lessiveuse, gazouillante comme une volée
+de tourterelles bleues et blanches abattues sur un champ de
+lin en fleurs, jetant ses petits flocons d’écume çà et là, sur
+son cours, comme ces oiseaux éparpillant leurs plumes en se
+peignant du bec sur les touffes du lin; on s’arrête, tout étonné,
+sur la grève des cailloux arrondis par le roulis éternel de
+cette rivière de montagne, débouchant, tout étonnée elle-même,
+dans la plaine. On demande son nom au premier batelier qui
+passe et qui rattache son petit bateau de pêche à un tronc de
+saule pour verser son filet, frétillant de truites, sur le sable.—C’est
+la rivière d’Ain, vous dit-il avec un air de fierté locale,
+la rivière qui descend du Jura et qui donne son nom à toutes
+ces plaines.
+</p>
+
+<p>
+«Si, comme moi, vous avez chevauché dans les déserts et
+dans les vallées des deux Arabies, vous reconnaîtrez bien vite
+que les hommes, descendus de Tartarie en Arabie, d’Arabie
+en Scythie, de Scythie en Hongrie, de Hongrie en Franche-Comté
+et en Bresse, ont passé par là, ont colonisé ces contrées,
+et ont imposé, au plus beau fleuve du pays, ce nom
+arabe et générique d’Ain (l’eau par excellence) dont, en perdant
+l’accent Aïn, nos pères, moins euphoniques que les
+Arabes, ont fait Ain, nom rendu guttural et trivial comme
+le balbutiement à bouche ouverte d’un enfant hébêté. C’est
+le progrès selon la doctrine des <i>progressistes indéfinis</i>, ces
+adorateurs obstinés du temps, qui les dément dans les langues
+<span class='pagenum'><a id='Page_22' name='Page_22'>[22]</a></span>
+comme dans les choses; ces adorateurs du présent, qui les dévore
+eux-mêmes, et qui anéantit tout autant de choses humaines
+qu’il en crée.
+</p>
+
+<p>
+«Mais pardon de cette digression déplacée à propos de la
+rivière d’Ain, à laquelle les Arabes avaient donné un nom
+sonore comme l’écho des rochers d’où il tombe en cascades
+de saphir, et que les Gaulois ont rendu muet comme leur
+langue de corne et de caoutchouc.
+</p>
+
+<p>
+«Après s’être rafraîchie et enivrée comme l’Arabe lui-même
+au vent, cette rivière, femelle du Rhône, se précipite
+vers lui en face des plaines du Dauphiné.»
+</p>
+
+<p>
+Ainsi donc, croyance poétique et gracieuse, ce serait aux
+Musulmans que ce torrent bleu, que nos paysans appellent la
+<i>grand’rivière</i>, doit son nom? Ce mot est, dans le désert, le
+nom de l’eau par excellence; c’est aussi le cristal de l’œil,
+limpide et pur comme l’eau des fontaines; c’est l’onde, pour
+nos populations qui n’ont jamais à souffrir de sa privation,
+Aïn pour la caravane altérée qui voit devant elle la délivrance
+et la vie. D’après M. de Lamartine, les tribus poursuivies
+par l’épée de Charles-Martel ont salué ces flots d’un cri de
+joie; ce cristal si pur, ce miroir étincelant, c’était la barrière
+infranchissable pour leurs ennemis; c’était la fin de leurs
+angoisses et de leur terreur; c’était, comme au désert, la
+délivrance, Aïn, la rivière! Pardonnons la distraction du
+poète, qui a fait venir nos parrains par la Hongrie et l’Allemagne;
+acceptons ce baptême dont se porte garant un homme
+de génie, et voyons-y une preuve de plus du rôle immense que
+les guerriers de l’Yemen et du Nedjd ont joué dans nos
+pays.
+</p>
+
+<p>
+Mais, diront à leur tour les hommes graves, oubliez-vous
+le vieux nom, l’antique nom de notre poétique rivière, le
+Danus des chartes et des cartulaires, le Dain de notre ancien
+langage, dont la racine paraît être la même que celle du
+<span class='pagenum'><a id='Page_23' name='Page_23'>[23]</a></span>
+Danube, nom autochthone, imposé, avant les Arabes, par
+nos pères les Gaulois<a name='FA_21' id='FA_21' href='#FN_21' class='fnanchor'>[21]</a>? Eh puis! ajouteront les personnes
+délicates, est-il convenable de s’enorgueillir d’une appellation
+qui rappellerait un peuple mécréant, souillé de sang, ennemi
+de notre culte, destructeur de nos lieux saints, enrichi des
+dépouilles de notre patrie, chargé de la malédiction de nos
+pères? La première observation seule a du poids, la seconde
+nous paraît futile.
+</p>
+
+<p>
+On n’a point horreur du souvenir des Romains; leurs monuments
+ont couvert notre sol, et cependant qu’étaient les
+compagnons de Romulus? d’infames bandits. Qu’étaient les
+guerriers de César? d’avides et rapaces conquérants. Qu’étaient
+nos gouverneurs? des proconsuls, dont le nom est resté
+comme une tache et une injure. Si, au lieu de maudire chaque
+trace de leurs pas sur le sol sacré de la Gaule, on se pare et
+on se vante des stygmates que nous ont laissés ces cruels
+dominateurs, toute vérité historique mise à part, toute étymologie
+réservée, que notre rivière s’appelle Aïn ou Dain, nous
+ne voyons pas qu’on ait à rougir de ce qui peut rappeler
+dans nos contrées les compatriotes de Job, d’Avicennes et
+d’Antar<a name='FA_22' id='FA_22' href='#FN_22' class='fnanchor'>[22]</a>.
+</p>
+
+<div class='footnotes sep4'>
+
+<h2>Notes de bas de page</h2>
+
+<div class='footnote' id='FN_1'>
+<p>
+<a href='#FA_1'>[1]</a> <cite>Hist. de France</cite>, tome 2.
+</p>
+</div>
+
+<div class='footnote' id='FN_2'>
+<p>
+<a href='#FA_2'>[2]</a> «L’émir Othman, l’<i>Adthima</i> des chroniqueurs.... l’émir Omar,
+l’<i>Amor</i> de nos chroniqueurs.» (<span class='smcap'>Henri Martin</span>, <cite>Hist. de France</cite>, tom. 2;
+<span class='smcap'>Reinaud</span>, <cite>Invasions des Sarrazins</cite>).
+</p>
+</div>
+
+<div class='footnote' id='FN_3'>
+<p>
+<a href='#FA_3'>[3]</a> «Le P. Berthaud et le P. Perry placent l’irruption des Sarrasins en
+Bourgogne en 719 et 720. Ces dates sont certainement inexactes.» (<span class='smcap'>Fouque</span>,
+<cite>Hist. de Châlon-sur-Saône</cite>).
+</p>
+
+<p>
+C’est, à son tour, victime d’une profonde erreur que Victor Fouque, dans
+son <cite>Histoire de Châlon-sur-Saône</cite>, prétend que la Bourgogne fut envahie
+de toutes parts par les Sarrasins, commandés <i>par leur roi Abdérame</i>.
+</p>
+</div>
+
+<div class='footnote' id='FN_4'>
+<p>
+<a href='#FA_4'>[4]</a> «L’Espagne fut donnée pour la seconde fois à Abdoulrahman-Ben-Abdoullah-el-Gafiki,
+l’année de l’hégire 113, et la neuvième du califat
+d’Accham (731)... Dès que cette révolte fut dissipée, Abdoulrahman résolut
+de porter la guerre au dehors et d’occuper les Arabes... il se jette dans
+l’Aquitaine, passe la Garonne et s’empare de Bordeaux... Il traverse le
+Périgord, la Saintonge, le Poitou... Il pénètre jusqu’à Tours... Eudes implore
+le secours de Charles-Martel. Ce prince, justement alarmé du danger
+commun, marche contre les Arabes avec toutes les forces de la Germanie,
+de l’Austrasie, de la Bourgogne et de la Neustrie.» (<span class='smcap'>Cardonne</span>, <cite>Hist. de
+l’Afr. et de l’Esp. sous la domination des Arabes</cite>.)
+</p>
+
+<p>
+«Les Barbares essayèrent même de se venger sur les provinces de
+Charles-Martel de la défaite que ce grand capitaine leur avait fait essuyer
+quelques années auparavant. Leurs détachements, <i>occupant de nouveau
+Lyon</i>, envahirent la Bourgogne.« (<span class='smcap'>Reinaud</span>, <cite>Invasions des Sarrazins</cite>.)
+</p>
+
+<p>
+On voit que l’envahissement de la Bourgogne suivit la bataille de Poitiers
+et ne la précéda pas.
+</p>
+</div>
+
+<div class='footnote' id='FN_5'>
+<p>
+<a href='#FA_5'>[5]</a> «Entreprenans la guerre d’un grand cœur (les Visigoths) appellerent
+en leur ayde les Sarrazins, encores ennemys des François, pour raison de
+la perte qu’ils avoient receu devant Tours. Ainsi tous ensemble viennent
+passer le Rhône... et tirant outre prindrent quasi toute la Bourgongne.»
+(Guillaume <span class='smcap'>Paradin</span>, <cite>Annales de Bourgogne</cite>.)
+</p>
+
+<p>
+«Alhatan... leur avoit commandé... de venger Abdérame et de se souvenir
+incessamment de la bataille de Tours. Les chefs qu’il leur donna
+furent Athin et Amorrhée qu’il jugea capables d’un si grand employ.....
+Nulle esglise ne fut espargnée. Lyon, Mascon, Auxerre et toutes les villes de
+la Bourgogne, jusqu’à Sens, furent saccagées.» (<span class='smcap'>Chorier</span>, <cite>Hist. du Dauphiné</cite>.)
+</p>
+</div>
+
+<div class='footnote' id='FN_6'>
+<p>
+<a href='#FA_6'>[6]</a> «Le témoignage des plus anciennes chroniques nous assure que les
+Arabes, en franchissant les Pyrénées, entraînaient après eux leurs femmes
+et leurs enfants, comme s’ils eussent eu le dessein formé de s’établir sur ce
+sol nouveau pour eux.» (Noël <span class='smcap'>Desvergers</span>, <cite>L’Arabie</cite>, p. 342.)
+</p>
+
+<p>
+«<span lang="la" xml:lang="la">Sarraceni cum uxoribus et parvulis venientes...</span>» (<span class='smcap'>Warnefrid</span>, <cite>Hist.
+Longobard</cite>.)
+</p>
+</div>
+
+<div class='footnote' id='FN_7'>
+<p>
+<a href='#FA_7'>[7]</a> «Au moment de ce vaste choc, les Arabes, encore dans la première
+ferveur de l’Islam, avaient plus d’humanité, de moralité, de lumières que
+les Franks.» (Henri <span class='smcap'>Martin</span>, <cite>Hist. de France</cite>, tom. 2.)
+</p>
+</div>
+
+<div class='footnote' id='FN_8'>
+<p>
+<a href='#FA_8'>[8]</a> «La Bourgogne paya chèrement sa résistance aux prétentions de
+Charles; ce royaume fut partagé entre ses partisans les plus dévoués. Les
+Bourguignons furent exclus de toutes les magistratures et subirent les
+conséquences d’une invasion étrangère.» (<span class='smcap'>Fouque</span>, <cite>Hist. de Châlon-s.-Saôn.</cite>)
+</p>
+
+<p>
+«Les bandes teutoniques commirent sans doute, dans cette expédition,
+de bien grandes violences, et les leudes franks ou germains, qui avaient
+dépossédé les comtes <i>romains</i> ou burgondes, exercèrent une bien brutale
+tyrannie, car il s’alluma contre le règne des Franks des haines qui ne tardèrent
+pas à éclater de la manière la plus étrange.» (<span class='smcap'>H. Martin</span>, <cite>Hist. de Fr.</cite>, t. 2.)
+</p>
+
+<p>
+«737.—Comme Martel estoit usurpateur, chaque gouverneur croyoit
+avoir droit de lui désobéir et trenchoit du souverain. Mauronte, gouverneur
+de Marseille, afin d’establir son indépendance, appella le secours des Sarrazins
+et leur livra la ville d’Avignon, d’où ils s’espandirent dans le Dauphiné,
+le Lyonnois et, s’il est croyable, même jusqu’à Sens.» (<span class='smcap'>Mezeray</span>,
+<cite>Hist. de France</cite>, t. <span class='smcap'>I</span>, p. 131.)
+</p>
+
+<p>
+«Les chefs des Bourguignons se flattèrent de recouvrer leur indépendance
+en favorisant l’invasion des Sarrasins.» (<span class='smcap'>Lateyssonnière</span>, <cite>Recherches
+hist. sur le départ. de l’Ain</cite>).
+</p>
+</div>
+
+<div class='footnote' id='FN_9'>
+<p>
+<a href='#FA_9'>[9]</a> «Les Juifs étaient très-nombreux, très-riches et très-forts dans les
+villes septimaniennes, et ils secondaient partout la conquête arabe de leurs
+intrigues en représailles des lois tyranniques portées contre eux.» (Henri
+<span class='smcap'>Martin</span>, <cite>Hist. de France</cite>, tom. 2.)
+</p>
+
+<p>
+«L’évêque Agobard écrivait à l’archevêque de Narbonne Nibridius:
+Dieu mercy, il n’y a plus de païens en ce pays, mais il y a quantité de
+juifs qui demeurent en cette ville et sont répandus dans tous les lieux
+circonvoisins.» (<span class='smcap'>Menestrier</span>, <cite>Hist. cons.</cite>, p. 216.)
+</p>
+</div>
+
+<div class='footnote' id='FN_10'>
+<p>
+<a href='#FA_10'>[10]</a> «Les Sarrasins, dans leurs invasions, avaient dévasté la plupart des
+églises et des couvents et avaient aliéné les biens affectés à ces établissements.»
+(<span class='smcap'>Reinaud</span>, <cite>Invasions des Sarrazins</cite>.)
+</p>
+
+<p>
+«<i>L’an 732?</i> Les Sarrasins entrent en Bourgogne, ruinent Autun jusques
+dans ses fondements. L’église de Saint-Nazaire fut brûlée avec tous les
+titres et papiers. Le monastère de Saint-Martin, fondé par la reine Brunehaut
+et où elle reçut la sépulture, fut pillé et détruit; celui de Saint-Jean-le-Grand
+eut le même sort.» (Edme <span class='smcap'>Thomas</span>, <cite>Hist. d’Autun</cite>.)
+</p>
+</div>
+
+<div class='footnote' id='FN_11'>
+<p>
+<a href='#FA_11'>[11]</a> «Les villes qui avaient capitulé conservèrent leurs comtes goths ou
+<i>romains</i>, leurs lois nationales et l’exercice de leur culte dans l’intérieur
+des églises, mais à condition de recevoir des garnisons musulmanes, de
+payer le <i>kharad</i>, tribut annuel qui variait du dixième au cinquième des
+revenus fonciers, et peut-être de livrer leurs chevaux et leurs armes, ainsi
+que les trésors de l’Église. Les domaines de la couronne et des citoyens
+morts en combattant les musulmans furent confisqués, probablement avec
+la majeure partie des biens de l’Église.» (Henri <span class='smcap'>Martin</span>, <cite>Hist. de France</cite>,
+tom. 2.)
+</p>
+
+<p>
+«L’exercice libre de la religion chrétienne était garanti dans l’intérieur
+des églises. Toute église existante devait être conservée; mais il n’en pouvait
+point être bâti de nouvelles sans l’autorisation du chef musulman.—Les
+lois anciennes du pays étaient maintenues.» (<span class='smcap'>Hugo</span>, <cite>France monument.</cite>,
+p. 232.)
+</p>
+
+<p>
+«Les conditions imposées par les généraux musulmans aux villes conquises
+n’étaient ni trop onéreuses ni trop humiliantes, comparées au sort
+qui, à cette époque de barbarie, pesait sur les habitants des villes tombées
+au pouvoir d’ennemis chrétiens comme eux.» (<span class='smcap'>Hugo</span>, <cite>France monument.</cite>,
+p. 232.)
+</p>
+
+<p>
+«Dans les cérémonies publiques, à Messine, on déployait deux étendards.
+Le premier, qui appartenait aux Sarrasins, représentait une tour de
+couleur noire sur un champ vert; le second, qui servait aux Chrétiens,
+portait une croix d’or brodée sur un champ rouge.» (<span class='smcap'>Ebn-Khaldoun</span>,
+<cite>Hist. de l’Afrique</cite>...)
+</p>
+
+<p>
+«Abdoulah, conformément à la loi mahométane, et pour éviter l’effusion
+du sang, offrit la paix à Grégoire en lui donnant à choisir d’embrasser
+l’islamisme ou de se rendre tributaire du calife.» (<span class='smcap'>Cardonne</span>, <cite>Hist. de
+l’Afrique et de l’Espagne sous la domination des Arabes</cite>.)
+</p>
+
+<p>
+«On sait que de tout temps l’islamisme offrait aux vaincus deux partis:
+embrasser la foi musulmane ou payer tribut aux vainqueurs.» (<span class='smcap'>Ebn-Khaldoun.</span>)
+</p>
+</div>
+
+<div class='footnote' id='FN_12'>
+<p>
+<a href='#FA_12'>[12]</a> «Il s’éleva des disputes entre les Arabes de Damas et ceux de
+l’Arabie-Heureuse, entre les Bérébères et les Modarites, et ils se firent une
+guerre cruelle.» (<span class='smcap'>Hidjazi</span>, <cite>Mesheb</cite>.)
+</p>
+
+<p>
+«La vérité est que les Berbers sont un peuple bien différent des
+Arabes, excepté peut-être les tribus des Sanhadjah et des Ketamah, qui,
+selon moi, doivent être regardées comme parentes et alliées des Arabes.
+Mais Dieu le sait.» (<cite>Histoire de l’Afrique sous la dynastie des Aghlabites</cite>,
+par <span class='smcap'>Ebn-Khaldoun</span>.)
+</p>
+</div>
+
+<div class='footnote' id='FN_13'>
+<p>
+<a href='#FA_13'>[13]</a> «Se sentans estre entrés trop avant en France et craignans d’estre
+enclos, retournèrent en mesme hastiveté qu’ils estoient venus et retournant
+en arrière achevoyent de brusler et détruire ce qui estoit demouré entier,
+à ce que Charles-Martel ne trouvast rien d’entier après eux... Ainsi fut
+toute la Bourgongne mise en ruine par les Visigoths et par les Sarrazins.»
+(<span class='smcap'>G. Paradin</span>, <cite>Annales de Bourgogne</cite>.)
+</p>
+</div>
+
+<div class='footnote' id='FN_14'>
+<p>
+<a href='#FA_14'>[14]</a> «Ravagée par les Huns, les Ostrogoths, les Bourguignons, les Lombards
+et les Sarrasins... la Maurienne est peut-être de toutes nos provinces
+celle dont l’histoire présente le plus de péripéties.» (<cite>Travaux de la
+Soc. d’hist. et d’archéologie de la province de Maurienne</cite>, I<sup>er</sup> Bulletin, p. <span class='smcap'>III</span>.)
+</p>
+
+<p>
+«Ce ne fut qu’au X<sup>e</sup> siècle que les Sarrasins coupèrent le rocher sur
+lequel s’élève la chapelle de sainte Thècle et desséchèrent la plaine.»
+(L’abbé <span class='smcap'>Truchet</span>, <cite>Notice historique sur la commune de Valloires</cite>).
+</p>
+
+<p>
+«Les Sarrasins avaient poussé leurs incursions jusque dans nos montagnes
+(942). Hugues de Provence, roi d’Italie, les chargea de garder les
+principaux passages des Alpes du nord contre son compétiteur Bérenger.»
+(<span class='smcap'>Ducis</span>, <cite>Voies romaines</cite>, Revue Savoisienne, 15 avril 1861.)
+</p>
+
+<p>
+«Nous citerons ensuite ces colons, d’origine évidemment étrangère,
+qui vivent depuis des siècles isolés dans les marais desséchés de la Bresse.»
+(<span class='smcap'>Roget de Belloguet</span>, <cite>Ethnogénie gauloise</cite>.)
+</p>
+</div>
+
+<div class='footnote' id='FN_15'>
+<p>
+<a href='#FA_15'>[15]</a> Vers 645, le siége épiscopal de Châlon-sur-Saône était occupé par
+un homme de bien nommé Gratus qui habitait le faubourg Saint-Laurent:
+déjà à cette époque le faubourg communiquait avec la ville par un pont.
+Comme à Tournus et à Mâcon, le pont de Châlon servit de passage aux
+Sarrasins et fut détruit derrière eux.
+</p>
+</div>
+
+<div class='footnote' id='FN_16'>
+<p>
+<a href='#FA_16'>[16]</a> «Les Sarrasins qui ne purent opérer leur retraite en Provence ou
+en Septimanie, se réfugièrent dans les montagnes (du Jura et du Dauphiné)
+et s’y retranchèrent dans des positions inexpugnables. Notre province
+(Bresse et Bugey) est au nombre de celles qui furent envahies; elle leur
+servit de refuge en leur présentant des positions naturellement fortifiées.»
+(Paul <span class='smcap'>Guillemot</span>, <cite>Monog. hist. du Bugey</cite>).
+</p>
+</div>
+
+<div class='footnote' id='FN_17'>
+<p>
+<a href='#FA_17'>[17]</a> «Parcourons, dans le Bugey, les diverses contrées qui les recèlent,
+à commencer cette investigation dans la plaine qui s’étend des rivages du
+Rhône et de l’Ain jusqu’à la chaîne non interrompue des premières montagnes.
+C’est là que les Sarrasins sont arrivés après avoir saccagé Lyon.»
+(Paul <span class='smcap'>Guillemot</span>, <cite>Monog. hist. du Bugey</cite>.)
+</p>
+</div>
+
+<div class='footnote' id='FN_18'>
+<p>
+<a href='#FA_18'>[18]</a> «L’agriculture, en Sicile, dut aux Arabes ses plus grands progrès: le
+coton apporté par eux des champs syriens, la canne à sucre, le frêne qui
+produit la manne, le pistachier, etc., etc.» (<span class='smcap'>Ebn-Khaldoun</span>, <cite>Histoire de
+l’Afrique</cite>.)
+</p>
+</div>
+
+<div class='footnote' id='FN_19'>
+<p>
+<a href='#FA_19'>[19]</a> <cite>Courrier de l’Ain</cite>, la <i>Presse</i>.
+</p>
+</div>
+
+<div class='footnote' id='FN_20'>
+<p>
+<a href='#FA_20'>[20]</a> Nous pouvons citer: alcali, alchimie, alcool, algarade, algèbre, almanach,
+ambre, amiral, mesquin.
+</p>
+</div>
+
+<div class='footnote' id='FN_21'>
+<p>
+<a href='#FA_21'>[21]</a> «Mots qui se rapportent également au kymrique et au gaëlique:
+<i>dan</i>, audacieux, violent.» (<span class='smcap'>Roget</span>, baron de <span class='smcap'>Belloguet</span>, <cite>Ethnogén. gaul.</cite>)
+</p>
+
+<p>
+«Si le nom originaire est Ain, c’est un vieux mot celtique qui signifie
+<i>source</i>, <i>fontaine</i>, et qui même a cette signification dans les langues orientales.»
+(<span class='smcap'>Bacon-Tacon</span>, <cite>Recherches sur les origines celtiques</cite>, t. <span class='smcap'>I</span>, p. 192).
+</p>
+</div>
+
+<div class='footnote' id='FN_22'>
+<p>
+<a href='#FA_22'>[22]</a> Voyez Paradin, Chorier, J.-Cl. Martin, Jean Brunet, Lapierre,
+Thomas Riboud, Lateyssonnière, MM. Paul Guillemot, Chaix, Borel
+d’Hauterive, Fauché-Prunelle, D. Monnier, etc.
+</p>
+</div>
+</div>
+
+<div>*** END OF THE PROJECT GUTENBERG EBOOK 44242 ***</div>
+</body>
+</html>
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