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| author | Roger Frank <rfrank@pglaf.org> | 2025-10-14 18:36:53 -0700 |
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diff --git a/old/44187-0.txt b/old/44187-0.txt new file mode 100644 index 0000000..27f1f78 --- /dev/null +++ b/old/44187-0.txt @@ -0,0 +1,4467 @@ +The Project Gutenberg EBook of Mesdames Nos Aïeules, by Albert Robida + +This eBook is for the use of anyone anywhere at no cost and with +almost no restrictions whatsoever. You may copy it, give it away or +re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included +with this eBook or online at www.gutenberg.org/license + + +Title: Mesdames Nos Aïeules + dix siècles d'élégances + +Author: Albert Robida + +Release Date: November 15, 2013 [EBook #44187] + +Language: French + +Character set encoding: UTF-8 + +*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK MESDAMES NOS AÏEULES *** + + + + +Produced by Claudine Corbasson and the Online Distributed +Proofreading Team at http://www.pgdp.net (This file was +produced from images generously made available by The +Internet Archive/American Libraries.) + + + + + + + + + + Au lecteur + + Cette version électronique reproduit dans son intégralité, + la version originale. + + La ponctuation n'a pas été modifiée hormis quelques corrections + mineures. + + L'orthographe a été conservée. Seuls quelques mots ont été modifiés. + La liste des modifications se trouve à la fin du texte. + + + + +MESDAMES +NOS AÏEULES + +[Illustration: TOILETTE DE BAL, RESTAURATION.] + + + MESDAMES + Nos Aïeules + DIX SIÈCLES D'ÉLÉGANCES + + + TEXTE ET DESSINS + + _Par A. ROBIDA_ + + [Illustration] + + PARIS + A LA LIBRAIRIE ILLUSTRÉE + 8, RUE SAINT-JOSEPH, 8 + + Tous droits réservés. + + + + +[Illustration] + +I + + BALLADE + DES MODES DU TEMPS JADIS + + _Du tout premier Vertugadin, + Celui qu'inventa Madame Eve + A celui qu'admirons soudain, + Que d'autres passant comme rêve! + Combien leur existence est brève! + Tu resplendis toujours pourtant, + O beauté changeante sans trêve, + Mais où sont les modes d'antan._ + + + _Où donc es-tu, riche bliaut + Armorié sur chaque maille, + Et le peliçon d'Isabeau? + Escoffion de haute taille + Pour qui l'on vit mainte chamaille, + Hennin qui charma Buridan? + Hélas, ce n'est plus qu'antiquaille... + Mais où sont les modes d'antan!_ + + + _Où est la fraise de Margot, + Et le surcot doublé d'hermine, + Où sont les manches à gigot? + Habit cavalier d'héroïne + Que portait Reine ou baladine, + Large panier pompadourant, + Et toi-même aussi, crinoline... + Mais où sont les modes d'antan!_ + + + _ENVO_ + + _Dame, il ne fut point de semaine + Depuis le temps d'Eve pourtant + Qui n'eût caprices par trentaine. + Mais où sont les modes d'antan!_ + +[Illustration] + + + + +[Illustration: La Couturière de l'impératrice Joséphine.] + +II + +LES CARTONS DU PASSÉ + +Le vieux neuf.--L'horloge de la mode.--Fouilles dans les cartons du + passé.--Quelle est la plus jolie mode?--Mode et architecture. + --Vêtements de pierres et vêtements d'étoffes.--La poupée costumée, + journal des modes du moyen âge. + + +Il n'y a de nouveau dans ce monde que ce qui a suffisamment vieilli, a +dit, non pas un grand philosophe mais une femme, la couturière de +Joséphine de Beauharnais, épouse de Napoléon Bonaparte, consul de la +République française, lequel pensait de même, puisqu'il ressuscita +l'Empire de Rome. + +Et conformément à cet axiome profond, la couturière de Joséphine montait +ou plutôt descendait chercher très loin dans le passé, chez mesdames les +Grecques et les Romaines, les nouveautés élégantes vieilles de deux +mille années, destinées à tourner la tête des salons et promenades de +Paris, à charmer les Parisiennes et aussi les Parisiens, et à faire le +tour du monde enfin, tout comme les pompons, les baïonnettes et les +drapeaux des voltigeurs français de la même époque, qui furent des +touristes forcenés. + +--Vous demandez où sont les modes d'antan? m'a dit, répondant à ma +ballade à la mode de François Villon, un autre philosophe paradoxal qui +doit être un mari rendu légèrement grincheux par des notes de +couturière, vous le demandez! mais elles sont sur les épaules des dames +d'aujourd'hui, mon cher monsieur, comme elles le seront encore sur +celles des dames de demain et d'après-demain! Vous ignorez donc que rien +ne change, que tout le nouveau a été inventé il y a bel âge, vers les +premiers temps où les dames ont commencé à s'habiller, c'est-à-dire que +tout a été trouvé dans l'espace de quatre saisons, dans les premiers +douze mois qui ont suivi la sortie de l'Eden.--C'est ce que je faisais +observer encore hier à ma femme à propos de trois ou quatre costumes +dont la soi-disant nouveauté l'avait frappée, et qu'elle allait se +commander bien inutilement... Tout se porte, s'est porté et se portera! +lui disais-je, alors pourquoi essayer de changer, pourquoi mettre de +côté par pur caprice un ornement ou une toilette qu'on doit forcément +reprendre... + +--Oui, mais dans trois cents ans... + +--Allez aux Champs-Elysées par un beau jour de soleil et dites-moi si +vous n'avez point par moments des visions de la cour des Valois, devant +certaines toilettes contemporaines, manches bouffantes Renaissance, +collerettes Renaissance, étoffes à dessins Renaissance... + +--Ou des illusions de Longchamps 1810 devant les robes Empire, les +épaules bouffantes, le drapé des jupes, et les dessins, palmettes, +grecques et autres ornements... + +--Et les dames Louis XVI, ou moyen âge, ou Louis XV... Je déclare +Monsieur, qu'une femme de n'importe quelle époque, des âges révolus, +écoulés et enfoncés aussi loin que vous voudrez dans la nuit des temps, +peut revenir et se montrer parmi nos contemporaines, et se trouver +parfaitement à la mode, moyennant seulement quelques petites +modifications à son costume antique... Oui, tenez, qu'Agnès Sorel ou +Marguerite de Bourgogne daignent reparaître en costumes de leur temps et +je leur changerai seulement leurs chapeaux, et l'on dira devant elles: +«Jolie toilette de vernissage! Délicieux costume pour le Grand-Prix!» + +--Arrêtez! n'exagérez-vous pas quelque peu, mon cher monsieur? + +[Illustration: XVIe siècle.] + +--Aucunement. Je vous dis que des mérovingiennes ou même des dames de +l'âge de pierre, avec quelques petits arrangements de toilette, +n'étonneraient pas trop les femmes actuelles qui les prendraient tout +simplement pour des mondaines excentriques... La mode d'aujourd'hui, +Monsieur, ce sont les modes d'autrefois reprises et refondues par le +goût de l'heure présente. L'aiguille de la mode tourne comme l'aiguille +d'une pendule toujours dans le même cercle, mais plus capricieusement, +en avant ou en arrière, en sautant, en virant, en faisant des bonds +soudains, d'un côté ou de l'autre... Quelle heure est-il à l'horloge de +la mode? Six heures du matin ou huit heures du soir, peut-être toutes +les heures à la fois comme en ce moment... Mais n'importe, c'est +toujours une heure charmante. + +La plus jolie mode, il n'y a pas à en douter et tout le monde est +d'accord là-dessus, c'est toujours celle du temps présent, et il y a +pour cela une raison bien simple: les modes passées ne sont que des +souvenirs décolorés, dès qu'elles ne sont plus portées, nous apercevons +facilement leurs défauts et leurs ridicules, nos yeux, indulgents quand +elles régnaient, sont devenus froids et sévères, tandis que, sans peine, +la mode d'aujourd'hui triomphe... Ce qui charme et séduit tout le monde, +ce que nous apercevons en elle, Monsieur, ce qui nous semble si +ravissant, c'est le rayonnement de la grâce féminine, c'est la femme +elle-même.--Non, jamais on ne s'est mieux habillé qu'aujourd'hui! A +toutes les époques, pour toutes les modes, les femmes l'ont déclaré de +bonne foi en se regardant dans leur miroir, et les hommes, juges +quelquefois difficiles, l'ont pensé aussi. + +Notre aïeule de l'âge de pierre vêtue de peaux de bêtes trouvait son +costume très seyant et souriait un peu de sa grand'mère habillée d'un +vertugadin de sauvage. Ses contemporaines, les farouches habitantes des +cavernes, pensaient de même. + +La plus jolie mode, c'est celle qui s'épanouit aujourd'hui; il n'y a eu +pour s'inscrire en faux contre cette formelle allégation de tous les +temps, il n'y a eu, à toutes les époques également, que les messieurs +d'un certain âge, tout à fait d'un certain âge, les vétérans ayant +dépassé la soixantaine. Ceux-ci ont toujours protesté par une autre +allégation: + +--Les modes d'aujourd'hui sont ridicules, disent-ils en chœur, on ne +s'habille plus comme de notre temps! C'est alors,--en 1830,--ou en 1730, +en 1630, en 1530, etc., en l'an 30--que les modes étaient gracieuses, +seyantes, élégantes, distinguées, charmantes... ah, 1830!--ou 1730, +1630, 1530 ou l'an 30!--Quelle belle époque! + +--Il nous la baille belle le chœur des sexagénaires! oui, quelle belle +époque! parce que c'était l'heureux temps où ces messieurs étaient +jeunes, où le soleil leur semblait plus chaud, n'est-ce pas? le +printemps plus verdoyant et les modes plus belles! Mais il n'importe, +malgré tout ce que diront les vétérans et ce que nous dirons nous-mêmes +plus tard, l'axiome suivant sera toujours proclamé: + +--Jamais on ne s'est mieux habillé qu'aujourd'hui! + +Mais puisque rien ne passe tout à fait et que dans le cercle que +parcourt l'aiguille au cadran de la mode les heures passées peuvent +renaître, il suffit peut-être, pour connaître les modes de demain, +d'étudier tout simplement celles d'hier. + +Fouillons donc ce passé disparu et donnons-nous ce plaisir, qui ne va +pas sans quelque mélancolie, d'évoquer les élégances et les beautés +d'autrefois, les lointaines élégances ensevelies sous des siècles +d'inventions et de nouveautés accumulées, délaissées et oubliées, et les +élégances toutes récentes et non moins oubliées des bonnes grand'mamans +actuelles, qui, dans leurs songeries au fond de leurs grands fauteuils, +sont seules à se revoir en fermant les yeux, brunes ou blondes, +pimpantes et légères, dans les atours de leur bel âge... Chères +grand'mamans! + +[Illustration: Grande toilette. XVe siècle.] + +Mais ce passé qui nous semble si lointain l'est-il tant que cela? Les +grand'mères de nos grand'mères sont nées sous Louis XV au temps de la +poudre et des falbalas. + +Sept ou huit grand'mères additionnées, si nous osons nous permettre +cette opération, nous conduisent au temps d'Agnès Sorel et des dames à +grands hennins. C'était hier. Vous le voyez bien! + +Un point qu'il faut établir d'abord, c'est que l'art de la toilette et +l'art de construire sont de très proche parenté. Mode et architecture +sont sœurs, mais la mode est peut-être bien l'aînée. + +La maison est un vêtement, un habillement de pierre ou de bois que nous +passons par-dessus l'habillement de toile, de laine, de velours ou de +soie, pour nous protéger mieux contre les intempéries des saisons; c'est +un second vêtement qui doit se plier à la forme du premier, à moins que +ce ne soit le premier qui s'adapte aux nécessités du second. + +En tout cas, sans remonter plus haut que le déluge, est-ce que les robes +historiées et armoriées, les costumes tailladés et déchiquetés du moyen +âge, ne sont pas de l'architecture gothique et de la plus flamboyante, +de même que les modes plus simples et plus rudes de l'époque précédente +tiennent du rude et sévère style roman. + +Quand la pierre se découpe, se tord, flamboie presque en magnifiques +efflorescences sculptées, l'étoffe plus souple se découpe, se tord +et flamboie aussi. Les hautes coiffures que nous qualifions +d'extravagantes, ce sont les toits effilés des tourelles qui montent +partout vers le ciel. Tout est multicolore, les gens d'alors aiment les +couleurs gaies, toute la gamme des jaunes, des rouges, des verts est +employée. + +Plus tard le costume se met plus au large en même temps que +l'architecture. C'est la Renaissance et ses modes plus amples et plus +molles; on cherche du nouveau dans le vieux, l'Italie influe sur les +toilettes comme sur les édifices, il n'est pas jusqu'aux armures de +guerre ou de parade des princes, aux vêtements de fer des riches +seigneurs, qui ne recherchent quelques formes antiques et ne se couvrent +de rinceaux, ou d'ornements à la romaine. + +La sévérité, nous pouvons dire la maussaderie des modes de la fin du +XVIe siècle, ne se retrouve-t-elle pas dans les édifices d'une époque +assombrie par tant de troubles? + +[Illustration: Renaissance.] + +L'énormément ennuyeux et somptueux palais de Versailles, les grands +hôtels solennels d'une architecture pleine de morgue, ce sont bien +vraiment les couvercles qui convenaient aux énormes et solennelles +perruques du grand Roi, aux corsages guindés et empesés, aux raides +cornettes de madame de Maintenon. Et le XVIIIe siècle après l'ennuyeuse +fin du XVIIe? + +[Illustration: NOBLE DAME, FIN DU XIVe SIÈCLE.] + +L'architecture et la toilette mettent de côté, en même temps, le pompeux +et le solennel; toilette rococo, architecture à falbalas, c'est tout +un. + +[Illustration: Sous le Grand Roi.] + +Plus tard, les gens de la Révolution et de l'Empire se costumant à la +grecque et à la romaine, édifices et maisons font de même. Puis les +modes et les édifices sont absolument sans style et de toute banalité de +1840 à 1860, époque de transition et d'attente. + +De nos jours enfin, époque de recherches et de fouilles archéologiques, +d'essais et de reconstitutions, temps d'érudition plus que d'imagination +et de création, nous voyons la mode et l'architecture, marchant +toujours de conserve, fouiller ensemble dans les cartons du passé, +essayer également l'un après l'autre tous les styles, s'éprendre +successivement de toutes les époques, en adopter les formes pour les +rejeter vite l'une après l'autre... Soyons donc de notre temps et +plongeons nous aussi dans les cartons du passé à la recherche des jolies +choses et des originalités de jadis. + +Au delà d'une certaine époque, les documents certains n'abondent pas et +nous devons nous contenter de suppositions. Qui nous dira vraiment ce +qu'étaient le costume et la mode, et par cela l'aspect de la vie, aux +temps mérovingiens et carlovingiens, lorsque: + + Quatre bœufs attelés, d'un pas tranquille et lent, + Promenaient dans Paris le monarque indolent. + +Qui nous dépeindra les élégances de ces époques nébuleuses? car, en +dépit de la rudesse et de la barbarie, il devait s'en trouver tout de +même, puisqu'en maints passages de leurs écrits, déjà les vieux +chroniqueurs, évêques ou moines, fulminent contre le luxe effréné des +femmes. + +[Illustration: Sous Louis XV.] + +Qui nous dépeindra les contemporaines de Charlemagne et nous renseignera +un peu sur les élégances du Xe siècle? Quelques statues peut-être, +parvenues jusqu'à nous plus ou moins écornées, seront nos seuls +documents; nous devrons nous en contenter et les rapprocher des vagues +renseignements contenus dans les barbares illustrations des manuscrits +d'alors, encore si éloignées des magnifiques miniatures que les +enlumineurs du moyen âge prodigueront plus tard. + +Le premier journal de modes, c'est donc pour nous quelque portail de +cathédrale ou quelque statue tombale échappée par miracle aux ravages du +temps et au marteau des iconoclastes huguenots ou sans-culottes. + +Plus tard, les miniatures, les vitraux, les tapisseries nous apporteront +des renseignements plus complets et plus certains, des figures bien plus +précises; le document abondera. + +D'ailleurs, dès le XIVe siècle, le vrai journal de modes existe; il n'a +pas encore adopté la forme gazette que nous lui connaissons depuis cent +ans seulement, mais c'est le journal de modes tout de même, le +renseignement voyageant sous la forme de poupées qui portent des modèles +de costumes d'un pays à un autre, de Paris surtout. + +Car Paris tenait déjà le sceptre et gouvernait la mode, non pas, il est +vrai, comme aujourd'hui, d'un pôle à l'autre, des confins de l'Amérique +glaciale à l'Australie, vouée encore aux petits os passés dans les +narines pour toute coquetterie, il y a cinquante ans à peine, de la cour +des Radjahs d'Asie au sérail du Grand Turc et au palais de S. M. +l'impératrice du Nippon fleuri. + +Au moyen âge, des grandes dames, en notre cher petit coin d'Europe, +s'envoyaient de petites poupées habillées à la dernière mode du jour par +des coupeurs de robes, des couturières ou des couturiers dont le nom +n'est point passé à la postérité. + +Dans son château lointain, perdu dans les landes bretonnes ou perché sur +quelque roc des bords du Rhin, la duchesse ou la margrave avait ainsi +dans les grandes occasions, communication plus ou moins rapide des +élégances à la mode dans les grands centres de luxe comme la cour de +Paris ou la cour de Bourgogne, rivales en faste et en éblouissements, et +dont les comptes remis au jour nous révèlent les grandes dépenses avec +tous les détails de ces somptuosités dont les contemporains étaient +éblouis et que tous les chroniqueurs ont rapportées. + +Certaines villes importantes recevaient aussi de la même façon les +décrets de la mode, puisque nous voyons, pendant des siècles, Venise, +autre centre d'arts somptuaires, trait d'union entre le négoce de +l'Orient et le luxe de l'Occident, recevoir chaque année une poupée +parisienne. Dans la ville des doges, c'était un usage immémorial +d'exposer, le jour de l'Ascension, sous les arcades de la Merceria, au +bout de la place Saint-Marc, la toilette de l'année, cette image d'une +parisienne à la dernière mode, pour l'édification des nobles vénitiennes +qui se portaient en foule à l'exhibition. + +[Illustration: Sous Louis XII.] + + + + +[Illustration: L'Escoffion.] + +III + +MOYEN AGE + +Les Gauloises teintes et tatouées.--Premiers corsets et premières + fausses-nattes.--Premiers édits somptuaires.--Influence byzantine. + --Bliauds, surcots, cottes hardies.--Les robes historiées et + armoriées.--Les ordonnances de Philippe le Bel.--Hennins et + Escoffions.--La croisade de frère Thomas Connecte contre les Hennins. + --La dame de Beauté. + + +Il faut avoir le courage de l'avouer, ici même, dans ce Parisis qui +porte et fait triompher partout l'étendard de l'élégance, les aïeules +de Mesdames les Parisiennes, il y a quelque deux mille ans, se +promenaient un peu attifées à la mode des élégantes Néo-Zélandaises +d'aujourd'hui, dans la grande et sombre forêt qui des bords de la Seine +remontait aux rives de l'Oise et s'en allait toucher aux Ardennes en un +vaste et inextricable bois de Boulogne. + +Ces Gauloises, belles et rudes, allant épaules découvertes et bras nus, +étaient peinturlurées et probablement tatouées; dans tous les cas il est +certain qu'elles se teignaient les cheveux. + +Les nombreux bijoux parvenus jusqu'à nous, fibules, torques ou colliers, +bracelets, agrafes en bronze et quelquefois en argent ou en or, +témoignent que ces demi-sauvagesses primitives connaissaient un certain +luxe. Tous ces objets présentent dans leur style une grande analogie +avec le style d'ornementation qui s'est perpétué jusqu'à nos jours dans +la Bretagne actuelle. + +La vieille Gaule barbare devenue la Gaule romaine, les Gauloises se +montrèrent vite, à l'imitation des Romaines, très raffinées en +civilisation et en luxe. Le corset, mesdames, date de cette époque, +corselet d'étoffe moulant le corps plutôt qu'instrument de torture +violentant les lignes. + +Le goût primitif pour la peinture éclatante ne se perdit pas tout à +fait, la teinture devint du simple fard; déjà les essences pour +entretenir la fraîcheur du visage étaient inventées et aussi les fausses +nattes. Ces tresses d'un blond ardent,--couleur dès longtemps à la mode, +on le voit,--étaient achetées aux paysannes de la Germanie, aux +Gretchens du temps d'Arminius. + +Un retour à la barbarie et à la simplicité suivit les invasions de ces +Francs, dont les femmes, rudes gaillardes, étaient vêtues pour tout luxe +d'une simple chemise à bandes de pourpre. + +Les modes romaines, mélangées aux modes gauloises et franques, les modes +mérovingiennes, dont quelques statues raides et hiératiques peuvent nous +donner l'idée, se transformèrent peu à peu. + +Au milieu de sa cour, parmi les femmes de ses ducs et de ses comtes, qui +montraient le goût le plus effréné pour la parure, les étoffes +somptueuses et les bijoux, le grand Empereur à la barbe fleurie, +Charlemagne, affectait pour lui-même au contraire, une grande simplicité +de vêtements, comme d'autres grands empereurs ou rois, Frédéric II et +Napoléon. Choqué par le déploiement de faste des femmes de sa famille, +Charlemagne dut édicter les premières lois somptuaires, lesquelles ne +furent suivies naturellement que par les simples bourgeoises, par les +bonnes dames qui n'avaient que faire de défenses et de prohibitions pour +se priver de somptuosités qu'elles ne pouvaient songer à s'acheter, +faute d'argent. + +La société de ce temps-là, nous la voyons figée en grandes figures +hiératiques, sculptées sous les porches romans de nos plus vieilles +églises. Rangées de rois et de reines, raides et sévères, encadrés sous +les vieilles arcatures, princes et princesses couchés sur les dalles +funéraires, vieux spectres de pierre, taillés d'un rude et barbare +ciseau, qui nous dira ce que vous étiez vraiment, ce qu'était, dans le +mouvement et la vie, ce monde que vous dirigiez? + +Vous vous taisez, vous gardez votre secret, fronts mystérieux de +fantômes sculptés, debout aux façades que vous avez fondées, ou couchés +dans les musées qui vous ont recueillis. + +Nos villes où les gracieuses Françaises, filles de ces aïeules de +pierre, se promènent dans le tourbillon pressé des foules, devant les +brillants magasins de notre siècle vivant d'une vie si intense, nos +vieilles cités existaient déjà toutes, mais combien de fois ont-elles +fait peau neuve! Des vestiges de ces temps tout a disparu, les dernières +pierres sont ensevelies sous les fondations des plus anciens monuments. + +Nous en savons presque aussi peu, des façons de vivre d'alors, que de la +civilisation des villages de l'ère des dolmens, et c'est dans les +premiers et plus anciens poèmes ou romans chevaleresques qu'il nous faut +chercher çà et là à travers coups de lance ou de hache, quelques +détails intimes sur la vie sociale d'alors. + +[Illustration: Le Surcot à garde-corps.] + +Voici le moyen âge. L'influence byzantine de la Rome transplantée sur le +Bosphore, règne d'abord dans le vêtement des femmes comme dans celui des +hommes et domine vers l'époque des premières croisades. + +C'est alors le temps des longues robes à plis très fins, des doubles +ceintures, une à la vraie taille et une sur les hanches, des voiles +transparents. + +[Illustration: Coiffure de cérémonie. XIVe siècle.] + +C'est bien une époque de transition, on voit la mode tâtonner, retourner +en arrière et reprendre, avec quelques modifications, des formes +oubliées; le costume romain, modifié d'abord par Byzance, arrangé, rendu +semi-oriental, revient presque au jour. + +Puis soudain, à l'aurore du XIIIe siècle, quand les temps nouveaux +commencent à sortir du crépuscule de la vieille barbarie, les modes +nouvelles se dessinent, nettement, franchement. + +C'est la vraie naissance de la mode française, du costume purement +français, français comme l'architecture dégagée aussi des imitations, +des emprunts et des souvenirs de Rome et de Byzance, français comme +l'art ogival jaillissant de notre sol. + +La statuaire, les vitraux et les tapisseries du moyen âge vont nous +fournir les meilleurs documents. Ces figures sculptées en grand costume +sur leurs tombeaux, sont de véritables évocations de nobles châtelaines, +des portraits extrêmement remarquables avec tous les détails des +ajustements, des robes et de la coiffure nettement indiqués, et +quelquefois portant encore des traces de peinture qui nous donnent les +couleurs du costume. + +Les vitraux sont encore plus intéressants, on trouve là des +représentations de toutes les classes de la société, depuis la grande +dame noble jusqu'à la femme du peuple: dans les vitraux commémoratifs, +dans les vitraux des chapelles seigneuriales ou des chapelles de +corporations des villes, dans les grandes compositions qui nous +présentent si souvent, au bas des fenestrages, les portraits des +donataires,--les dames nobles à opulents costumes, agenouillées en face +de bons chevaliers en armures, les riches bourgeoises en face de leurs +maris échevins ou notables. + +Les tapisseries sont quelquefois plus sujettes à caution comme vérité, +l'artiste introduisant parfois des fantaisies décoratives dans ses +compositions; néanmoins, que de figures donnant des indications précises +et venant corroborer les autres renseignements et s'ajouter aux +innombrables et merveilleuses illustrations des manuscrits. + +Sur la robe de dessous, sur la jupe ou la cotte, la femme du XIe siècle +portait le _bliaud_ ou _bliaut_, espèce de robe parée, de fine étoffe, +serrée par une ceinture. Confectionné tout d'abord d'étoffe simplement +gaufrée, le bliaut s'enrichit bientôt de dessins et d'ornements d'un +joli style. + +On se perd dans les transformations du bliaut et de la cotte. La robe de +dessous devient la _cotte hardie_ et le _surcot_ remplace le bliaud. +Cette robe de dessous, très ajustée, est lacée par derrière ou par +devant, et dessine bien les formes et contours du corps. + +Dans le costume paré, un garde-corps, ou devant de corsage de fourrure +s'ajoute au surcot et lui donne un supplément de somptuosité. Mais la +forme générale se modifie par mille dispositions particulières, cottes +et surcots varient de toutes les façons, suivant les fantaisies du jour, +le goût particulier, suivant la mode des provinces ou des petites cours +princières ou ducales, isolées par circonstances ou situation. + +[Illustration: ROBE ET HOUPPELANDE HISTORIÉES XVe SIÈCLE.] + +Elles sont superbes, les élégantes du moyen âge, avec leurs longues +robes collantes, dont les dessins se répètent régulièrement, rosaces +semées sur toute l'étoffe, carreaux alternés de couleurs différentes, +faisant comme un damier de tout le corps, fleurs et ramages en larges +dispositions, souvent tissées d'or ou d'argent. Ces étoffes font des +plis superbes et drapent naturellement d'une façon sculpturale, des +échantillons nous en restent dans les musées, nous pouvons juger de +l'effet qu'elles devaient faire, coupées en belles robes traînantes. + +[Illustration: Noble Châtelaine.] + +Les armoiries, nées avec les premières organisations sociales, avec les +premiers chefs de clan ou chefs de guerre, mais régularisées plus tard, +paraissent sur les robes des dames, timbrées comme les pavois des maris, +d'écussons symétriquement disposés. Cet usage se développe, cette mode +prend, comme nous dirions maintenant, et bientôt les armoiries s'étalent +plus largement sur les robes dites _cottes historiées_. + +Voyons aux fêtes de la cour ou des châteaux, dans ces vastes salles +ouvertes aujourd'hui aux vents des quatre points cardinaux, et hantées +par les seuls corbeaux, derniers habitants des nobles ruines; voyons aux +tables des festins d'apparat, entre les hautes cheminées et les tribunes +des musiciens, ou bien encore sur les estrades ou _eschaffaux_, autour +des lices où les chevaliers tournoient, ces nobles dames, aux robes du +haut en bas armoriées et timbrées aux armes de leurs maris ou de leurs +familles, arborant, ainsi que de superbes panonceaux vivants, toutes les +belles inventions du blason, toutes les bêtes de la ménagerie +héraldique, les lions et les léopards, les chimères et les griffons, les +loups et les cerfs, les cygnes et les corbeaux, les sirènes et les +dragons, les poissons et les licornes, tous d'allure fantastique, tous +ailés, onglés, griffus, dentus et cornus, issant, passant ou rampant sur +les champs les plus étincelants, gueules, azur, or ou sinople. + +Et les robes non armoriées ne sont pas moins riches ni moins brillantes, +semées de grandes fleurs contournées ou d'ornements d'un très large +sentiment décoratif. + +Les formes, en apparence très variées, dérivent cependant toutes du même +principe. Le surcot n'a pas de manches, il est ouvert plus ou moins +largement sur le côté depuis l'épaule jusqu'à la hanche pour laisser +paraître la robe de dessous, d'une autre couleur s'harmonisant bien avec +celle du dessus et semée de dessins, ou plus, ou moins que le surcot, de +telle façon qu'il n'y ait pas égalité d'ornementation. + +Un _garde-corps_ ou devant de corsage d'hermine garnit le haut du +surcot; la fourrure est échancrée sur les épaules pour laisser voir, +bien et chaudement encadré, le haut de la poitrine garni de joyaux et, +surtout dans les robes d'apparat, très libéralement décolleté. Une bande +d'hermine borde ainsi toute l'échancrure du surcot sur les épaules et +les hanches. + +Grande variété dans les formes des corsages, des cottes ou des surcots, +grande variété dans l'ornementation des épaules, dans l'encadrement du +cou. Certains décolletages manquent de modestie, les prédicateurs +tonnent en chaire contre l'immoralité de la mode et les conteurs des +vieux fabliaux, qui ne sont pas prudes, s'en égayent largement. + +Lors de l'invention de la toile de lin, les femmes non contentes de se +décolleter pour montrer leurs gorgerettes de lin ou le haut des +chemises, inventèrent, pour montrer un peu mieux ces chemises de lin, de +fendre leurs robes sur le côté, faisant ainsi de l'épaule à la hanche, +de longues ouvertures lacées. + +Il y avait déjà,--il y a eu toujours,--des élégantes exagérées qui +outraient les fantaisies de la mode. Ainsi certaines se montraient en +robes si étroites et si collantes qu'elles semblaient cousues dedans; ou +bien les surcots étaient beaucoup plus longs que ces dames, et il +fallait porter ce qui dépassait au moyen de poches placées sur le devant +des robes, dans lesquelles on passait les mains, ou bien relever la +jupe et la rattacher à la ceinture, ce qui après tout était fort +gracieux et faisait ces admirables plis cassés que nous voyons aux robes +des statues. + +[Illustration: Le petit hennin.] + +Les manches de ces longs surcots, à traîne en _queue de serpent_, que +les grandes dames pouvaient faire porter par un page, s'allongèrent +aussi. Les manches de la robe de dessous descendent jusqu'au poignet, +avec un évasement qui recouvre souvent une partie de la main. +Par-dessus, les manches du surcot, plus larges, sont ouvertes +quelquefois depuis l'épaule et tombent presque jusqu'à terre, parfois +fendues du coude au poignet ou pourvues seulement d'une ouverture par +laquelle passe l'avant-bras. + +Il y a cent modifications différentes aux manches: les manches longues, +amples ou serrées, les manches coupées et boutonnées en dessous du haut +en bas, les manches échancrées ou renflées au coude, on voit même les +manches dites à _mitons_, dont l'extrémité peut se relever en formant +mitaines fermées, et les manches-poches fermées au bout, toutes +inventions gracieuses ou commodes après tout. + +Il y a enfin les grandes manches en ailes tailladées et découpées en +dents de scie, en feuilles de chêne, ou bordées d'une mince ligne de +fourrure. + +La joaillerie prend une grande importance. Grandes dames ou bourgeoises, +toutes les femmes enrichissent leurs costumes de joyaux et de bijoux +plus ou moins coûteux: colliers, cercles de tête ornés de pierres +précieuses joyaux sur le couvre-chef, gros bijoux en agrafes, ceintures +de passementerie et d'orfèvrerie. + +A la ceinture est attachée l'aumônière ou escarcelle, de riche étoffe +bordée d'or, à fermoir et ornements dorés. Les grandes dames +éblouissent, elles étincellent... Les lois somptuaires n'y peuvent rien. +Philippe le Bel en 1194 a eu beau décréter et réglementer, interdire aux +bourgeoises le vair et l'hermine, les ceintures d'or ornées de perles et +de pierreries, il a eu beau arrêter que: + + «Nulle damoiselle, si elle n'est chastelaine ou dame de deux mille + livres de rente, n'aura qu'une paire de robbes par an, et si elle + l'est, en aura deux paires et non plus.» + + «De même que les ducs, comtes et barons de six mille livres de rente + pourront faire faire quatre paires de robbes par an et non plus, et à + leurs femmes autant.....» + +Philippe le Bel a eu beau fixer un maximum du prix de l'aune d'étoffe +pour les robes, en échelle descendante pour toutes les conditions, +depuis vingt-cinq sols tournois l'aune pour les grands barons et leurs +femmes, jusqu'à sept sols pour les écuyers, et--ce qui est assez +remarquable et montre bien, même en ces temps lointains, la richesse des +bourgeois et gros commerçants des Villes,--permettant aux femmes des +bourgeois d'aller jusqu'à seize sols l'aune, Philippe le Bel a eu beau +tout prévoir et tout réglementer, rien n'y a fait, pas même la menace +des amendes. Grandes dames et riches bourgeoises ont bravé les défenses +du roi tout aussi bien que les remontrances de messieurs les maris et +les admonestations que le clergé se fatiguait de leur adresser à +l'église. + +C'est vainement que les prédicateurs s'attaquent à toutes les parties du +costume, qualifiant de _portes d'enfer_, les crevés, parfois bien +inconvenants du surcot, traitant les souliers à la poulaine d'_outrages +au créateur_, et faisant surtout aux coiffures, hennins, cornes ou +escoffions, une guerre acharnée; les femmes laissent dire et gardent +imperturbablement les modes attaquées. + +[Illustration: CHATELAINE, MILIEU DU XVe SIÈCLE.] + +En fait de mode, elles ne relèvent que d'elles-mêmes et nient toute +autorité, royale ou ecclésiastique, et même la suzeraineté maritale. + +[Illustration: Le Hennin à grand voile.] + +Les dames de ce temps-là portent aussi quelque peu les souliers à +poulaines, les fameux souliers à bec relevés, dont les élégants de +l'autre sexe s'étaient épris et qu'ils agrémentaient souvent d'un grelot +tintinnabulant au bout. + +Elles ne connaissaient pas encore les hauts talons, mais elles se +grandissaient par des espèces de mules, ou par des quantités de semelles +mises l'une sur l'autre. + +Les coiffures des dames sont de proportions extravagantes. Le hennin +triomphe entre toutes. Il y a l'_escoffion_ qui affecte différentes +formes, en turban, en croissant; il y a le _bonnet en cœur_, énorme +coiffure d'étoffe brodée, treillissée de ganses, ornée de perles, avec +un gros bourrelet relevé de joaillerie retombant en cœur sur le front. +Mais c'est le grand escoffion à cornes qui, sur tous les autres, +scandalise les prédicateurs, l'escoffion qui est une large carcasse +ornée de pierreries emboîtant les oreilles et laissant tomber de chaque +corne sur les épaules une fine mousseline flottante. + +Ces escoffions venaient, dit-on, d'Angleterre, ainsi qu'à toutes les +époques maintes excentricités de costumes; l'Anglomanie qui sévit de +temps en temps, date de loin, on le voit. Viollet-le-Duc, dans son +_Dictionnaire du Mobilier_, donne un exemple de grand escoffion pris sur +une statue tombale d'une comtesse d'Arundel du commencement du XVe +siècle. + +Comparant les femmes ainsi coiffées à des figures sataniques, à des +bêtes cornues, prédicateurs et moralistes déclarent que la femme douze +fois infidèle va au Purgatoire, mais ils jettent directement et sans +rémission à l'Enfer celles qui portent ces escoffions à cornes! + +Le grand hennin est un immense cornet plaqué sur le front, emprisonnant +complètement les cheveux, un tube conique en étoffe ramagée ornée de +perles, avec une voilette plus ou moins longue sur le front, et tout en +haut, à la pointe de l'édifice, un flot de légère mousseline retombante. +Edifice extravagant, soit, incommode, mais non ridicule, monumental mais +charmant, et que les femmes s'obstinèrent à porter pendant près d'un +siècle, parce qu'il était en réalité très seyant et donnait à la +physionomie, à l'ensemble d'une figure, de pied en cape un caractère +très imposant. Et enfin, raison principale dont on ne se rendait pas +compte peut-être, mais qu'on reconnaissait inconsciemment: parce que ces +grands hennins cadraient avec les architectures d'alors. + +Magnifique époque d'expansion et de montée! Fines et dardées haut, les +flèches des églises escaladent le ciel, entraînant les âmes avec elles, +toutes les lignes des architectures montent, s'épanouissent et +fleurissent. Quand on songe que c'est le temps des merveilleuses façades +de maisons ou de palais, des orfèvreries de pierre sculptée, des fines +tourelles, des crêtes festonnées, le temps des villes hérissant mille +clochers et mille pointes, l'ascension des hennins se comprend très +bien. Comme toutes les ascensions, c'est encore une montée vers l'idéal, +puisque ces grands hennins aux longs voiles flottants donnent forcément +une réelle noblesse à l'attitude et à la démarche. + +_Guerre aux hennins!_ Tel fut cependant partout le cri des moines et des +prédicateurs. Le plus violent de tous et celui qui fut le plus entendu, +sinon écouté, c'était un carme de Rennes, nommé frère Thomas Connecte. + +[Illustration: Le grand hennin.] + +Il entreprit dans sa ville une véritable campagne contre le débordement +du luxe, en particulier contre les pauvres hennins. De la Bretagne, il +passa dans l'Anjou, en Normandie, en Ile-de-France, en Flandre, en +Champagne, prêchant partout solennellement et dans chaque ville du haut +d'une estrade dressée en plein air sur une place publique, accablant +d'invectives celles qui se complaisaient aux raffinements de la toilette +et les menaçant de la colère du ciel. + +Tous les malheurs qui fondaient sur le monde, tous les vices du temps, +toutes les hontes, tous les péchés, toutes les turpitudes de l'humanité, +provenaient suivant lui de l'extravagance coupable des hennins et des +escoffions démoniaques. + +Et dans la chaleur de sa conviction, frère Thomas ne s'en tenait pas à +la parole; à la fin de son sermon, le digne homme, enflammé d'une sainte +ardeur, saisissait un bâton et passant à travers les rangs effarés des +dames, nobles ou bourgeoises, venues pour l'entendre, il faisait sans +pitié, malgré les cris et la bousculade, un grand massacre de hennins. + +--Au hennin! au hennin! A ce cri, les polissons ameutés par le frère +poursuivaient par les rues toute femme dont le couvre-chef dépassait les +modestes proportions d'une coiffe ordinaire. + +Néanmoins, malgré sermons et voies de fait, les hennins ne s'en +portaient pas plus mal et se relevaient après le passage du moine. De +ville en ville, celui-ci continuant sa croisade contre le luxe, s'en fut +à Rome, et là, le spectacle moins qu'édifiant offert alors par la +capitale de la chrétienté, le surexcita tellement qu'il oublia toute +mesure, et que, laissant les hennins tranquilles, il s'attaqua aux +cardinaux et princes de l'Eglise. Ceci était jeu plus dangereux. Le +pauvre homme, accusé d'hérésie, fut appréhendé et tout simplement brûlé +en place publique. + +Dans l'histoire de la mode, il y a le roman de la mode! Dans les annales +de la coquetterie féminine, que d'épisodes curieux et aussi que de +figures romanesques qui traversent la grande histoire, charmantes, +attirantes, parfois étrangement poétiques, fleurs délicates parmi toute +la ferraille remuée par le siècle--et parfois aussi, dangereuses sirènes +qui donnent bien raison au frère Thomas Connecte! + +[Illustration: Les Manches tailladées et déchiquetées.] + +L'histoire de la mode pourrait s'écrire avec une douzaine de portraits +de femmes espacés de siècle en siècle, portraits de reines de la main +droite et de reines de la main gauche,--plus souvent de la main +gauche,--de grandes dames et de grandes courtisanes. + +[Illustration: DAME SOUS CHARLES VIII.] + +Il suffit d'écrire leurs noms, chacun d'eux c'est une page qui se +tourne, un chapitre nouveau qui commence: Agnès Sorel, Diane de +Poitiers, la reine Margot et Gabrielle d'Estrées, la première femme et +la dernière _mie_ du roi Henri, Marion Delorme, la Grande Mademoiselle, +Montespan, première partie du règne du roi Soleil, Maintenon, seconde +partie du règne du monarque renfrogné, Madame de Pompadour, +triomphe du pimpant XVIIIe siècle, Marie-Antoinette, dernier et +mélancolique éclat d'un monde qui finit, Madame Tallien, Joséphine..., +etc. + +[Illustration: La Houppelande.] + +Après Isabeau de Bavière, reine de France et reine de la mode, la +gracieuse et magnifique épouse de Charles VI, d'abord reine des bals et +des fêtes, mais qui devint bientôt la reine des guerres civiles, sans +cesser, dans un temps de sombres horreurs, de rêver somptueux costumes +et recherches d'élégance,--après les modes d'Isabeau, c'est le temps et +ce sont les modes d'Agnès Sorel, la dame de Beauté de Charles VII. + +Charles VII s'endort à Bourges et ne songe guère à reconquérir son +royaume: ses maîtresses et ses plaisirs sont tout l'univers pour lui. La +grande et sainte Jehanne a endossé le harnais des hommes de guerre pour +combattre l'Anglais, elle a déjà reconquis au roi une forte partie de +son royaume; une autre femme, ni grande ni sainte, va continuer son +œuvre, Agnès Soreau de Saint-Géraud, la belle Agnès Sorel, blonde aux +yeux bleus, par la puissance et l'ascendant de la beauté, enflamme le +roi Charles, elle le lance contre l'Anglais, lui fait reprendre, ville à +ville, le reste du domaine des fleurs de lys et mériter dans l'histoire +le surnom de Victorieux. + +C'est elle la victorieuse! Les _pécunes_ qui sont les nerfs des guerres +sont consacrées à payer les rudes gens d'armes, les lances et les +bombardes du roi, ainsi qu'à entretenir le luxe coûteux de la belle, à +payer les mille inventions de sa coquetterie. Ce sont dépenses de guerre +aussi, puisque le roi bataille mieux quand _Agnès l'ordonne_, comme dit +la vieille romance. + +La vierge héroïque, la vaillante Jehanne, se couvrait de la cuirasse +pour mener au combat ducs, seigneurs et gens d'armes; la belle Agnès, +adorée par le roi, poursuivait d'une tout autre manière l'œuvre +nationale, elle se découvrait les épaules, inventait des corsages +indécemment décolletés jusqu'à la taille, outrait les proportions des +grands hennins à barbes flottantes... Et les armées de Charles +marchaient, emportant châteaux, villes et provinces, pourchassant les +Anglais. Agnès, en somme, mourut à la bataille, puisqu'elle trépassa +près de Jumièges pendant la reconquête de la Normandie où elle avait +suivi le roi. + +La cour de Bourgogne, rivale de celle de Paris en faste comme en tout le +reste, introduit dans la mode française des éléments étrangers, de +Flandre surtout. C'est la dernière époque pour le costume du moyen âge, +l'éblouissement dernier, l'épanouissement et l'étincellement des plus +étranges somptuosités. + +Les gigantesques houppelandes des hommes et des femmes ressemblent à de +grandes pièces de tapisserie,--les grandes lignes disparaissent sous la +complication. La Renaissance va venir après une période de transition et +de tâtonnements. + +Que de jolies choses et de particularités intéressantes il y aurait +encore à citer dans les _atours_, _garnements_ et _parements_ des femmes +du moyen âge, dans les vêtements de cérémonie, de splendide étoffe et +d'étincelante garniture, dans les vêtements d'intérieur ou de sortie de +toutes les classes, aussi bien que dans les vêtements de voyage et de +chasse portés par les nobles dames chevauchant sur des mules richement +harnachées, ou enfourchant les grands palefrois pour courre le gibier le +faucon sur le poing. + + + + +[Illustration: Sous François Ier.] + +IV + +LA RENAISSANCE + +Modes en largeur.--Hocheplis, vertugalles, vertugadins.--La belle + Ferronnière.--Eventails et manchons.--Les modes tristes de la Réforme. + --L'escadron volant de Catherine.--Dentelles et guipures.--Etats de + services du vertugadin.--Le masque et le touret de nez.--Fards et + cosmétiques. + + +A la suite des expéditions de Charles VIII, un coup de vent souffle sur +les modes du moyen âge. Les temps gothiques sont finis, le costume +masculin se transforme tout à coup et le costume féminin va changer +aussi. Ce coup de vent emporte, avec bien d'autres choses, avec notre +architecture nationale, avec notre goût national, ces hennins qui, +malgré l'apparence, tenaient si bien sur les têtes qu'ils avaient duré +près d'un siècle. + +Le costume s'amollit et se complique. Le corset ou corsage remplace le +surcot, il est d'une autre couleur que la robe et tout chargé +d'ornements et ramages dorés, sous plusieurs rangs de colliers couvrant +le haut de la poitrine décolletée. Les manches aussi sont d'une autre +couleur que le corsage, ce sont de grandes ailes tailladées et +flottantes ou bien des manches de plusieurs pièces rattachées par des +aiguillettes ou des rubans, laissant voir la chemise de fine toile de +Frise bouffante aux épaules et aux coudes. + +C'est le commencement des manches à bourrelets successifs et à crevés +qui vont durer si longtemps. + +Les souliers _pattés_ ou à bouts carrés remplacent les souliers pointus; +on va comme toujours d'une extrémité à l'autre. + +Grande variété dans les coiffures très basses maintenant. Ce sont larges +bourrelets ou turbans emboîtant l'occiput avec coiffes à dessins dorés +encadrant le front et le visage; ces bourrelets et coiffes, ornés de +réseaux perlés, se modifient dans les pays où l'influence flamande ou +rhénane lutte contre l'influence italienne, par l'adjonction sur la +coiffe d'une sorte de chapeau tailladé qui deviendra le grand béret +découpé et largement déchiqueté des lansquenets suisses ou allemands. + +Ce sont ces modes qui vont régner pendant tout le temps de François Ier, +à la cour éblouissante du Roi Chevalier, et à la ville chez les nobles +dames et les bourgeoises aisées. + +L'innovation principale, celle qui doit influer sur le reste du +vêtement, en déterminer en partie la coupe et les proportions, la +dominante du costume d'alors, c'est le vertugadin, dit aussi vertugalle, +vertugardien... Chose non vue encore, grande nouveauté qui va +bouleverser le costume et changer toutes les lignes. + +[Illustration: Commencement de la Renaissance.] + +Le vertugadin, c'est-à-dire la jupe large soutenue par une armature +quelconque, en voilà pour trois siècles, pendant trois cents ans, avec +des interrègnes plus ou moins longs, il durera sous des noms différents, +panier, crinoline, pouf, tournure, etc. Il dure encore et nous le +reverrons. + +[Illustration: A LA COUR DU ROI-CHEVALIER.] + +Depuis trois cents ans la largeur des jupes suit un mouvement régulier, +d'abord modeste, elle augmente peu à peu, lentement, en habituant +progressivement l'œil à ses proportions, elle arrive à une envergure +formidable, exagérée, impossible, puis elle diminue lentement reprenant +l'une après l'autre ses étapes successives. + +Les femmes, qu'elle a transformées pour un temps plus ou moins long en +énormes cloches, redeviennent clochettes, elles diminuent et +s'amincissent jusqu'à disparition complète de toute apparence de +vertugadin. Les modes sont ultra collantes pour quelques années, puis un +soupçon de tournure reparaît, une illusion de vertugadin se remontre et +la progression recommence. + +Vilipendé, chansonné, ridiculisé sans trêve ni merci à toutes les +époques et quelque fut son nom, il a triomphé toujours, même des édits +qui prétendaient diminuer son envergure. Et pourtant nulle puissance au +monde n'a vu se liguer autant d'ennemis enflammés contre elle, aucune +institution n'a été attaquée avec autant de vigueur et d'acharnement. + +La Monarchie ou la République ont des adversaires, mais aussi des +défenseurs. Vertugadins, paniers ou crinolines avaient contre eux tous +les maris, tous les hommes! Le corset seul a eu presque autant +d'ennemis--dont il a toujours également triomphé. + +Le Vertugadin, né sous François Ier, vers 1530, marque la fin du moyen +âge, mieux et plus complètement que n'importe quel changement politique. +C'est la disparition des robes collantes ou flottantes à plis droits, si +sculpturales. Un monde est fini. + +Le vertugadin s'appelle premièrement _hoche-plis_. Ce nom s'applique +d'abord seulement au bourrelet godronné soutenu par une carcasse de fils +de fer qui s'attache à la taille pour donner de l'ampleur aux jupes. +Puis le nom s'étend à tout un système de cerceaux de bois ou de baleine +formant cage sous la jupe jusqu'en bas. + +Le costume féminin sous François Ier est ample et majestueux plutôt que +gracieux, les robes sont de velours, de satin, de brocatelle à fleurs de +couleurs variées, avec de larges manches tombantes, doublées de zibeline +ou des manches énormes engonçant les épaules et formant comme une +succession de bourrelets jusqu'aux poignets, avec des crevés ouverts sur +des bouillons de soie claire. + +Le corset à busc appelé alors basquine apparaît. Très probablement ce +n'était pas encore une armature dissimulée sous le corsage, mais bien le +corsage lui-même raidi par des baleines, du moins les descriptions assez +confuses donnent lieu de le penser. + +Pour la coiffure, _attifet_, _chaperon_, _toque_ ou _toquet_, ainsi que +pour l'ornement du cou et des épaules qui sortent considérablement des +corsages,--on a rapporté de la molle et licencieuse Italie de jolies +ouvertures de corsages, que les maris pourtant auraient pu trouver +offusquantes, mais les hommes se décolletent bien aussi--les élégantes +dépensent en joaillerie et orfèvrerie plus que messieurs les maris ne +voudraient. Reines, grandes dames, bourgeoises se ruinent en chaînes +d'or, joyaux émaillés, perles, pierreries, escarboucles. + +La belle Ferronnière, une des maîtresses du roi après le règne de la +duchesse d'Etampes, invente de porter une escarboucle retenue par un +fil au milieu du front. Un bijou de plus à porter quand on a déjà garni +autant que l'on pouvait la coiffure, le corsage et la ceinture d'une +étincelante joaillerie, quelle belle idée! La coiffure à la Ferronnière +a vite un très grand succès. + +Voici maintenant des accessoires de toilette inconnus. Pour l'été, c'est +l'éventail de plumes, joli prétexte à garniture d'orfèvrerie, et le +manchon pour l'hiver. Manchons noirs pour les bourgeoises et manchons de +couleurs variées pour les dames nobles seulement, suivant les +ordonnances royales. Les ombrelles aussi sont venues d'Italie, seulement +elles sont trop lourdes et ne réussissent guère. + +Mais voici sur l'éblouissante époque, l'éteignoir de la Réforme, les +jours troublés et tristes. + +[Illustration: Les Manches à crevés.] + +Etincelante, chatoyante, superbe d'ampleur somptueuse et de richesse +pendant tout le règne de François Ier, roi chevalier, prince brillant, +prodigue et ostentatif en un temps de bravoure et de «_braverie_» et +aussi de licence,--la mode va changer soudain de caractère et devenir +aussi austère qu'elle a été fastueuse, aussi sombre et lugubre qu'elle a +été éblouissante et multicolore. + +C'est pendant le commencement du règne d'Henri II une véritable lutte +entre les modes tristes et les modes gaies, mais bientôt les modes +tristes triomphent et peu à peu l'éclat de l'élégance s'éteint, la mode +tourne et va bien vite des couleurs ternes et maussades au noir pur. + +Les temps deviennent difficiles et tournent au noir aussi. C'est la +Réforme, les dissensions religieuses, guerres de sermons et de prêches +d'abord, puis guerre effective à coups de canon et d'arquebuses, à coups +de bûchers, ou de potences. + +Le roi Henri II dès 1549 commença les hostilités contre le luxe; un édit +interdisant un grand nombre d'ornements ou d'étoffes, passements, +bordures, orfèvreries, cordons, canetilles, draps d'or ou d'argent, +satins, etc., réglementa sévèrement la mode et détermina pour les +différentes classes de la société les qualités des étoffes et jusqu'aux +couleurs. + +Le droit de porter habillement complet de dessous et de dessus en rouge +cramoisi fut réservé aux princes et princesses; les dames nobles et +leurs maris ne pouvaient prendre cette éclatante couleur que pour une +seule pièce de leur costume. + +Pour les dames de rang inférieur, elles avaient droit, d'abord les plus +élevées en rang, aux robes de toutes couleurs sauf le cramoisi, et les +autres au rouge éteint ou au noir. Même échelle descendante pour les +étoffes, des satins et des velours au simple drap. + +De longs cris de lamentation retentirent par toute la France, quand on +voulut passer à l'exécution de l'édit. + +Les dames de France, au nord comme au midi, à l'ouest comme à l'est, en +bataille serrée, défendirent courageusement, pied à pied, leurs joyaux +et leurs belles parures, leurs étoffes et leurs couleurs, discutant avec +les agents de l'autorité et trouvant mille raisons ingénieuses pour tout +sauver, pour tout garder. + +Il fallut que le roi reprît la plume, qu'il complétât son édit par une +série d'articles explicatifs et détaillât point à point ce qui était +permis et ce qui était prohibé. Il faisait quelques concessions aux +dames et permettait encore quelques petites coquetteries, mais pour le +reste, ce qui fut défendu resta défendu et la loi somptuaire fut +exécutée rigoureusement. + + Le velours, trop commun en France, + Sous toy reprend son vieil honneur... + +dit Ronsard dans une épître au Roi où il loue le monarque de ses +ordonnances réformatrices. + +[Illustration: La Coiffure de Catherine de Médicis.] + +La sombre Catherine, l'Italienne dont le sang a empoisonné celui de la +race des Valois, l'empoisonneuse qui finira toute bouffie de crimes, +domine la Cour de France encore brillante, comme un grand fantôme noir, +emblème de l'ère de crimes et de massacres qui va s'ouvrir. + +Elle laisse les recherches de la coquetterie aux dames de la Cour et à +la maîtresse de son mari, à Diane de Poitiers, la suprême beauté, la +déesse quasi mythologique de la Renaissance, que Jean Goujon sculpta +comme plus tard Canova sculptera une autre beauté princière, Pauline +Borghèse. Les plus jolies créations de l'époque, ce sont des toilettes à +tons sobres, d'une élégance sévère composant des harmonies grises ou des +harmonies en blanc et noir, les couleurs de Diane de Poitiers. + +[Illustration: SOUS HENRI II.] + +A la mort d'Henri, Catherine adopte, pour ne plus le quitter, le +costume de veuve, et entourée pourtant d'un essaim de jeunes et +brillantes beautés, de ses filles d'honneur qu'on appelle _l'escadron +volant de la Reine_,--escadron qui, dans les mille intrigues qu'elle +noue et dénoue, la sert plus avantageusement que des escadrons de +reîtres,--elle traverse les trois règnes tourmentés des rois ses fils, +noire des pieds à la tête, noire comme la nuit, noire comme son âme. + +[Illustration: Sous Henri II.] + +Large jupe noire, corsage noir en pointe, grandes ailes noires aux +épaules, collet noir relevé en forme de fraise; et pour coiffure une +sorte de chaperon ou de toquet à visière noire qui descend en pointe sur +ce front aux pensées dures et sinistres. + +Ce fut Catherine, paraît-il, qui importa en France, en arrivant de +Florence pour son mariage, les fraises qu'adoptèrent rapidement les +hommes et les femmes. + +Il y en avait de toutes sortes, de modestes et d'inouïes, de très +simples en linge godronné et d'autres en merveilleuses dentelles. +Invention charmante et superbe, incommode sans doute comme bien d'autres +inventions de la mode, mais qui encadrait si bien dans les rosaces et +les rinceaux de la plus fine dentelle, qui sertissait comme un bijou +précieux la figure de la femme. + +C'étaient des chefs-d'œuvre de cet art si féminin de la dentelle où +brillait toute l'élégance décorative de la Renaissance; les mêmes +artistes qui ciselaient le bronze, l'argent et l'or, qui sculptaient ces +fines décorations de pierre sur les façades des palais, fournissaient +les dessins de ces fraises; la dentelle avait ses Benvenuto Cellini, à +Bruxelles, à Gênes et surtout à Venise, premiers centres de fabrication. + +Mais les fraises ne prirent pas tout de suite ces belles proportions, +qu'elles n'atteignirent que sous Henri III. Elles furent d'abord de +simples collerettes à plis ronds ou godrons qui enserraient le cou +jusqu'aux oreilles, fraises austères et fermées d'un temps qui +s'assombrissait de plus en plus; l'austérité protestante gagnait +rapidement et si les catholiques conservaient leurs habitudes et leurs +mœurs plus faciles, les querelles de religion avaient pris toute leur +âpreté et la guerre civile planait sur la France. + +Sous le règne éphémère de François II, qui vit passer à la cour de +France la figure auréolée par le malheur de la pauvre Marie Stuart, sous +celui de Charles IX, les costumes ont une élégance sobre et discrète. +Comme les pourpoints des hommes, les corsages sont tailladés, ainsi que +les manches raides et bouffantes en haut. + +Les seuls bijoux sont quelques boucles et pendants de ces grandes +ceintures dites cordelières, des garnitures d'aumônières, un collier +sous la collerette, petite fraise à godrons qui se trouve aussi aux +poignets. + +Le chancelier de l'Hôpital, ennemi de la trop grande ampleur des +vertugadins, les avait un peu dégonflés et diminués par une sévère +ordonnance en 1563, par laquelle il interdisait également aux hommes les +hauts de chausses rembourrés. Mais à un passage du roi Charles IX à +Toulouse, les belles Toulousaines étant venues implorer un adoucissement +aux rigueurs de l'austère chancelier, le roi, plus clément qu'il ne se +montrera plus tard aux Huguenots, fit grâce au vertugadin et lui permit +de reprendre ses monumentales proportions. + +Ne nous moquons pas de cette ampleur des vertugadins, un jour elle sauva +la France s'il est vrai, comme la chronique le dit, que Marguerite de +Valois put préserver les jours d'Henri de Navarre son mari, en le +cachant sous un immense vertugadin quand les massacreurs de la +Saint-Barthélemy se mirent à dépêcher à coups de hallebarde les +huguenots qu'on avait logés au Louvre à l'occasion des noces d'Henri et +de Margot. + +[Illustration: Sous Charles IX.] + +Les modes s'assombrissent comme le temps, comme l'architecture, comme le +mobilier, comme tout. C'est une loi générale, l'architecture est sévère, +ce n'est plus l'exubérance débordante, la gaieté païenne de la +Renaissance, les formes sont plus contenues. Après une débauche +d'inventions souriantes, l'architecture fait pénitence. Le mobilier qui +garnit ces hôtels renfrognés est raide et gourmé. + +Voyez ces tables et ces sièges carrés, sans ornements ni sculptures, de +bois brut recouvert d'étoffe sombre semée de gros clous. C'est le style +catafalque. + +Dans ces architectures sévères, dans ces appartements qui semblent +revêtus de tentures d'enterrement, s'agitent des gens à costumes +tristes. Longues robes tombant sur de larges vertugadins et collets +montants; le buste est emprisonné et comprimé durement dans un raide +corset à busc fermant par derrière, dans une armature solide appelée un +_corps piqué_, que recouvre un corsage d'étoffe raidie et baleinée +aussi. + +Pour sortir dans la rue, les femmes ajustent sous leurs chaussures des +patins légers à semelles de liège, ce qui s'est déjà fait aux siècles +précédents, mais on raille beaucoup les femmes de petite taille qui ont +pris pour habitude de se jucher sur des patins formidables, ou de se +hausser par des souliers à nombreuses semelles superposées. + +Pour la coiffure, c'est la coiffe de réseau, la pointe sur le front +faisant de la figure une sorte de cœur, ce que nous connaissons surtout +sous le nom de coiffe à la Marie Stuart, ou bien c'est le chaperon de +velours noir, une sorte de chapeau assez peu seyant. + +Il est de mauvais ton pour les dames nobles et même pour les bourgeoises +de sortir sans masque. Étrange mode, ce masque noir est encore une note +triste ajoutée à un ensemble déjà bien sombre. + +Les masques, de velours noir, sont courts, laissant voir le bas du +visage, ou à mentonnière; ils s'attachent derrière les oreilles ou bien, +ce qui est plus raffiné, se maintiennent au moyen d'un bouton de verre +tenu avec les dents. Cette mode passant des femmes de qualité aux toutes +petites bourgeoises durera longtemps, jusque sous Louis XIII. + +Le masque cependant est coquet, il y avait moins joli, il y avait le +_touret de nez_, pièce d'étoffe noire attachée par les côtés au +chaperon, qui s'ajustait sous les yeux et cachait tout le bas du visage, +invention bizarre et peu séduisante qui ressemblait, en laid, au voile +de figure des femmes du Caire. + +Ces tourets de nez, paraît-il, ont leur raison d'être et leur utilité. +Ne les soulevons pas. Les dames se fardent outrageusement suivant une +mode venue d'Italie avec Catherine de Médicis, elles se peignent comme +de simples Caraïbes et s'appliquent sur les joues, sous le touret de +nez, les couleurs les plus vives et les plus dangereuses pour +l'épiderme. Les visages féminins sont enduits de plaques de vermillon, +ou bien, sous prétexte d'entretenir la fraîcheur du teint, de pommades +et de drogues vraiment peu ragoûtantes. + +Horrible! + +Une _Instruction pour les jeunes dames_ donne des indications sur la +composition de ces «_oints_» ou plutôt de ces fricassées déplorables où +il entre de la térébenthine, des fleurs de lis, du miel, des œufs, des +coquilles, du camphre, etc., le tout cuit dans l'intérieur d'un pigeon, +trituré et distillé ensuite. + +Pouah! le touret de nez paraît assez indispensable après cela. + +[Illustration: DAME DU TEMPS DE CHARLES IX.] + +Le florentin René, amené par Catherine, fournissait aux belles dames de +la cour fards, parfums et cosmétiques; on sait qu'il cuisina souvent +pour la reine mère d'autres fournitures plus nuisibles destinées à +supprimer avec élégance et discrétion les gens embarrassants. + +[Illustration: Etoffes ramagées.] + +Quelle époque! d'un bout du royaume à l'autre, dans le mélange des +partis en lutte, on se dispute, on se hait, on se bat. Pendant trente +ans tout est bouleversé, les armées catholiques et huguenotes se +poursuivent par les provinces, mettant tour à tour les villes à sac, +brûlant les châteaux les uns des autres, guerre sans merci où les femmes +et les enfants sont enveloppés, guerre de surprises et de massacres. + +Les villes sont assiégées, les campagnes sont ravagées par les argoulets +et arquebusiers catholiques, par les reîtres protestants, les châteaux +et manoirs enlevés par de rapides coups de main... Il faut fuir quand on +ne se sent pas le plus fort, ou périr... + +On comprendrait, qu'en ces lugubres temps, les costumes des femmes se +soient un peu masculinisés. Les pauvres femmes ont si souvent besoin, +pour se tirer d'affaire dans les moments difficiles, d'enfourcher +chevaux ou mules, de chevaucher comme les hommes! + +Ainsi, en 1568, Condé surpris en pleine paix, dut, pour échapper aux +troupes de Catherine, s'enfuir de son château de Noyers près d'Auxerre +et courir jusqu'à la Rochelle, échapper aux partis de cavalerie, +traverser la Loire à gué, avec sa femme enceinte portée dans une +litière, avec trois enfants au berceau, la famille de l'amiral Coligny, +celle d'Andelot, nombre d'enfants et de nourrices... + +Les femmes empruntèrent au costume masculin une espèce de pourpoint à +hauts de chausses qui se mettait sous la robe. Ces _caleçons_, ainsi +s'appelaient-ils, permettaient, malgré les larges jupes, d'enfourcher +plus commodément les arçons. + +Les vertugadins continuaient à se porter et à grandir malgré tout + + Et les dames ne sont pas bien accommodées + Si leur vertugadin n'est large dix coudées, + +dira bientôt un satirique _Discours sur la mode_. + +[Illustration: Au temps de la Réforme.] + + + + +[Illustration: Coiffure et Collerette Valois.] + +V + +HENRI III + +La cour du Roi-Femme.--Les grandes fraises plissées, godronnées ou en + cornets.--Les femmes-cloches.--Les grandes manches.--Horribles méfaits + du corset.--La reine Margot et ses pages blonds. + + +Le règne de Henri III n'apporte aucun changement dans la situation. Les +temps furent plus sombres peut-être et le pays plus bouleversé. +Cependant malgré la sainte Ligue, malgré le redoublement des guerres +civiles, malgré l'incendie de ses provinces et le sang qui coulait de +partout, Henri III, roi de la France tiraillée à quatre chevaux, prit en +main le sceptre de la mode. + +Après le sombre Charles IX, dédaigneux du luxe et des affiquets de la +toilette, venait un roi mignard, frisé, fraisé, musqué, fardé, qui, tout +en renouvelant les édits de Charles IX contre le luxe, lançait la cour, +et après la cour tout ce qui peut suivre la mode, dans un débordement de +folies luxueuses, de somptuosités excentriques et extravagantes. + +Sous ce roi de _l'île des Hermaphrodites_, comme des pamphlets +l'appelèrent, le roi-femme, et l'homme-Reine de d'Aubigné: + + Son visage de blanc et de rouge empâté, + Son chef tout empoudré nous montrèrent l'idée + En la place d'un roi d'une fille fardée. + +tout est désordonné et déréglé à la cour. «Le luxe et les débordements +sont tels que la plus chaste Lucrèce y deviendrait une Faustine,» dit la +chronique de l'Étoile. + +Le royaume de la mode lui-même est bouleversé, il n'y a plus de +frontières naturelles et les modes se confondent pour les deux sexes. Le +roi, par un goût singulier, féminisa le plus possible ses costumes, +cherchant ce qui pouvait se prendre aux modes féminines, depuis la +coiffure jusqu'à l'éventail. + +Comme les dames de la cour, le roi et ses mignons adoptèrent les +colliers de perles, les boucles d'oreilles, les dentelles de Venise et +les grandes fraises. Comme les dames, pour entretenir la fraîcheur de +leur teint, ils se fardèrent et se cosmétiquèrent d'une façon ridicule, +allant jusqu'à mettre la nuit des masques et des gants enduits de +pommade; étranges modes efféminées pour un temps de poignards levés et +de périls constants. + +Ces _mignons et popelirots_ ne portaient-ils pas comme les dames une +sorte de corset pour faire taille fine, le pourpoint à busc descendant +très bas en pointe, devenu bientôt le ridicule pourpoint à panse +rembourrée formant une espèce de ventre pointu à la façon de +Polichinelle. Ne se coiffaient-ils pas de la toque féminine ornée de +plumes et de pierreries... + +Les femmes ne prirent rien aux modes masculines, mais elles se +rattrapèrent en exagérant considérablement les dimensions et +l'ornementation de tous les éléments du costume, en recherchant la +somptuosité des étoffes, en se surchargeant encore d'accessoires et de +joaillerie. C'est Marguerite de Valois, sœur du Roi, la reine Margot +d'Henri IV qui mène la mode, et moins le ridicule que la grâce féminine +esquive, elle fait bien le pendant de l'étonnant Henri III, le satrape +musqué et fardé qui empèse et godronne lui-même ses fraises et celles de +la reine, et se promène avec des petits chiens sur les bras ou le +bilboquet à la main. + +[Illustration: Toilette de Cour.] + +Les fraises ont pris des proportions fantastiques, ce sont d'immenses +cornets évasés, soutenus par des fils de laiton, de magnifiques +dentelles ou broderies de point de Venise, qui partant du corsage, +laissent voir les épaules et montent derrière la tête jusque par-dessus +la coiffure. La figure fardée ainsi encadrée dans cette dentelle à +pointes, c'est une fleur éclatante ou un fruit, ou plutôt c'est une +tête d'idole, trop apprêtée, peinte et repeinte, ruisselante de +bijouterie et de clinquant. + +[Illustration: TOILETTE DE COUR HENRI III.] + +Encadrement de corsage en joaillerie, or, pierreries, perles, colliers, +boucles d'oreilles, perles et diamants à la coiffure, les princesses +et les grandes dames étincellent. Les coiffures sont très basses, les +cheveux arrangés en pointe sur le front et relevés en rouleau sur les +tempes, dessinent un cœur que couronne un simple cercle orné de pierres +et de perles fines. + +[Illustration: Le Masque.] + +Sur les corsages et sur les jupes, des lignes de perles forment des +quadrillés ou des losangés. La ceinture à pendants très longs, est en +joaillerie également; à l'extrémité pend un petit miroir, précieusement +encadré, que les dames ont à tout instant à la main, pour vérifier +l'état de cette précieuse toilette si difficile à porter, de ces fraises +immenses, d'une si haute et si majestueuse élégance, pour lesquelles les +dames sont à la gêne dans les réunions et dans la presse des fêtes de la +cour. + +Il suffit pour en juger de voir au Louvre un tableau du temps, +représentant un bal à la cour, aux fêtes données pour le mariage du duc +de Joyeuse avec la belle-sœur du roi, noces fameuses, célébrées avec un +faste inouï par vingt-cinq ou trente journées de festins, de joutes ou +de mascarades, pendant lesquelles toute la cour, les princes et +princesses, seigneurs et nobles dames rivalisèrent de richesses et de +somptuosités folles, dans leurs toilettes renouvelées de fête en fête. + +D'après ce tableau des noces de Joyeuse, attribué à Clouet, les +seigneurs et les nobles dames rivalisèrent surtout de ridicule dans +leurs ajustements. Ce ne sont que corsages à pointes, fantastiquement +serrés ou pourpoints à abdomens pointus, qui donnent aux uns et aux +autres, des apparences d'insectes, fines guêpes ou gros bourdons. + +[Illustration: Les Manches bouffantes.] + +Ces corsages, dont les buscs n'en finissent pas, ont des manches énormes +et rembourrées, aussi grosses aux épaules que le corps tout entier, +formées d'une succession de gros bourrelets à crevés, bordés de perles +ou de clinquant, avec des poignets de fine dentelle assortis à la +fraise. + +Quant aux vertugadins, ils ballonnent et s'élargissent considérablement, +ce sont maintenant plus que des cloches, ce sont de vastes soupières +renversées, sur lesquelles on porte deux robes superposées, la robe de +dessus, de riche brocart ou d'étoffes chargées de mille broderies, +s'ouvrant pour laisser voir l'autre, laquelle est de couleur différente +et non moins ornementée. + +Au plus épais des troubles et confusions, quand ligueurs, royaux et +huguenots se heurtaient, s'arquebusaient et se pendaient d'un bout du +royaume à l'autre, Damville, l'aîné des trois fils du connétable de +Montmorency, qui avait levé la lance pour un quatrième parti, celui des +politiques, allié dans le Midi aux huguenots, dut une belle chandelle à +l'invention de ces encombrants vertugadins. Cerné dans Béziers, il +allait être pris et courait grands risques, mais une de ses parentes, +Louise de Montagnard, femme de François de Tressan, l'enleva dans son +carrosse, caché sous l'étalement de son immense vertugadin, et le fit +passer à la barbe de ses ennemis. + +[Illustration: Le petit manteau Henri III.] + +C'est le second sauvetage opéré par le vertugadin; peut-être aurait-il à +faire valoir bien d'autres actes de service, si l'histoire avait daigné +les enregistrer. La crinoline, que nous avons connue, n'a pas de haut +fait pareil à son actif. Sa vaste envergure fut aussi utilisée, non pour +de si dramatiques évasions, mais seulement par d'ingénieuses fraudeuses, +qui se contentaient d'accrocher sous leurs jupes, à ses cerceaux, des +objets soumis aux droits. + +[Illustration: Sous Henri III.] + +Le corset n'est plus la simple _basquine_, assez inoffensive des +commencements, le _corps piqué_ qu'endurent, sous prétexte de +s'avantager la poitrine, les belles dames de ce temps, c'est un +véritable instrument de torture, un moule dur et solide dans lequel il +fallait entrer, souffrir et rester, malgré les éclisses de bois qui +«entraient dans la chair, mettaient la taille à vif et faisaient +chevaucher les côtes les unes par-dessus les autres,» ce sont Montaigne +et Ambroise Paré qui le disent, et ce dernier pouvait en savoir quelque +chose. + +Comme le vertugadin et plus que le vertugadin, le corset passera les +siècles, durera à travers toutes les modes, malgré toutes les attaques, +malgré les médecins qui l'excommunient avec unanimité, victorieux de +tous et de toutes, victorieux contre l'évidence. Les absurdes mignons +d'Henri III l'ont bien un moment fait adopter par les hommes! + +Les beautés célèbres du temps, Mme de Sauves, la reine Margot, dans +leurs atours de cérémonie, avec tous leurs joyaux et pierreries, dans +leurs corsages raidis et luisants, couverts de rinceaux d'or, ont l'air +de déesses revêtues de cuirasses damasquinées. Ne m'approchez pas, +disent les grandes fraises à pointes de ces beautés, qui pourtant ne +sont guère inaccessibles. + +[Illustration: La Reine Margot.] + +Cette folie de luxe, à une époque si sombre pourtant, a gagné toutes les +femmes. Il n'est pas de femme de petite noblesse, de femme de robin, de +bourgeoise qui n'essaie d'approcher des grands modèles, au grand +déplaisir des maris, au grand péril des fortunes déjà bien atteintes par +les malheurs des temps. + +[Illustration: GRANDE TOILETTE MÉDICIS.] + +Le brillant XVIe siècle, le siècle de la Renaissance, illustré par tant +d'artistes et de lettrés, tant d'étincelants chevaliers et de dames +éblouissantes, le XVIe siècle finit mal cependant. Il plane sur cette +fin, sur cette époque d'Henri III, aux raffinements corrompus, sur la +cour et la ville, sur ces belles et nobles dames, sur ces reines +vénéneuses, sur ces mignons et ces raffinés, une telle odeur de sang, +que dans ce bouleversement et dans cette corruption sociale, ce n'est +pas de trop de tous les parfums violents dont on use, de ce musc et de +cette ambre pour la masquer. + +[Illustration: Grande Fraise Henri III.] + +Marguerite de Valois, fleur au parfum dangereux, survivra à ce temps et +finira en 1615, quelques années après Henri IV, son ex-mari; elle finira +vieille coquette, fardée et musquée, essayant, malgré l'âge, malgré +l'embonpoint qui détériore sa prestance d'ex-déesse, de garder les +grâces solennelles et apprêtées de son beau temps et ses grands costumes +d'apparat, traînant une petite cour de ses châteaux du Languedoc à son +logis parisien de l'hôtel de Sens qui existe encore, distinguant de +temps à autre quelque trop joli cavalier, ou quelque gentil jeune page, +de ces pages qui occupaient déjà la chronique en ses belles années, +quand on l'accusait de les faire tondre pour se fabriquer des perruques +blondes avec leur toison. + +Tout à la fin de cette reine, devenue la grotesque Margot, l'un de ces +pages préférés ayant été dagué dans l'hôtel même par un jeune écuyer, +jaloux de posséder les bonnes grâces de la vieille reine, Marguerite +entra en fureur comme une lionne blessée, et pour venger l'objet de ses +dernières amours, elle prétendit exercer féodalement le droit de haute +justice dans sa maison; elle condamna le coupable à mort et le fit +décapiter sans désemparer, sous ses yeux affamés de sang, devant le +populaire assemblé dans le carrefour, sur la porte même de l'hôtel de +Sens. + + + + +[Illustration: La fraise collerette.] + +VI + +HENRI IV ET LOUIS XIII + +Retour à une simplicité relative.--Les femmes-tours.--Hautes coiffures. + --Excommunication du décolletage.--Les robes à grands ramages de + fleurs.--Collets montés et collets rabattus.--Tailles longues.--Les + édits de Richelieu.--La dame suivant l'édit.--Tailles courtes. + + +Il y a des siècles qui ont la vie dure, et d'autres qui meurent avant +l'âge, le XVIe siècle, de complexion sans doute particulièrement +robuste, se prolongea jusqu'à la fin du règne du Béarnais, avec ses +idées et ses mœurs, ses façons et ses modes. On verra plus tard le +XVIIe durer de même avec Louis XIV au détriment du XVIIIe, et ce pauvre +et charmant XVIIIe finir tristement avant l'âge, de mort subite en +l'année 89. + +Ces années de grâce du XVIe siècle sous le sceptre du roi Henri, sont +une convalescence après les longues années de fièvre chaude; la France, +que la maladie a mise si bas, renaît, le poison qu'elle avait dans les +veines est expulsé, tout se répare, se nettoie et s'assainit. + +Après les raffinements ridicules et maladifs du règne de Henri III, le +costume prend un caractère sans façon, un aspect de bonne et simple +franchise, s'il peut y avoir de la franchise dans le costume. C'est +cependant presque le même costume, mais simplifié dans les lignes et +débarrassé de ce qu'il avait de surabondant et de trop cherché dans les +détails. + +Les modes sont moins élégantes, certainement, celles des femmes comme +celles des hommes; elles ont bien des ridicules aussi, mais ce sont des +ridicules naïfs. On est sorti de la prétention excessive, de la grâce +raffinée et corrompue; en allant dans la simplicité, on est tombé dans +la lourdeur et la gaucherie, pourtant de cette lourdeur inélégante mais +saine, se dégagera bientôt la grâce cavalière du costume Louis XIII. Il +ne faut cependant pas prendre ce mot simplicité au pied de la lettre: +hâtons-nous de dire que cette simplicité n'est que très relative. + +Les jours d'apparat, les dames arboraient encore la même quantité de +joailleries et de pierreries que par le passé. La reine qui a remplacé +Marguerite de Valois après le divorce,--une deuxième alliance Médicis +qui ne paraît pas avoir trop réussi au Béarnais, bien payé déjà pour se +souvenir de Catherine--la reine de la main droite Marie de Médicis et la +reine du côté cœur Gabrielle d'Estrées, duchesse de Verneuil, et les +autres belles dames, se montraient «aux fêtes, ballets, mascarades et +collations, richement parées et magnifiquement atournées et si fort +chargées de pierres et pierreries qu'elles ne pouvaient se remuer». + +La reine montra lors d'une grande occasion, une robe, «étoffée de +trente-deux mille perles et trois mille diamants,» et à son exemple les +grandes dames et les dames de moyenne étoffe dépensaient volontiers plus +que leurs revenus, en somptuosités, en habillements de brocart, satins, +damas admirables, ramagés et passementés d'or, chargés et surchargés de +clinquant et de joailleries diverses. + +Voilà une bien étrange simplicité, et pourtant quand on examine tableaux +et estampes du temps, ces documents n'en montrent pas moins une grande +différence entre les suprêmes raffinements des modes de Henri III et +l'élégance un peu mastoque du temps de Henri IV. + +Les coiffures sont plus hautes, les têtes se surchargent de cheveux +achetés chez le coiffeur, à la couleur à la mode. + +Pour un temps les perruques des règnes de Louis XIV et Louis XV +apparaissent, mais sur la tête des dames: perruques brunes ou blondes, +perruques de simple filasse même, pour celles qui ne pouvaient s'offrir +mieux. Et avec les perruques la poudre aussi se montre. C'est plutôt un +empois mélangeant la pommade aux poudres les plus diverses, depuis les +fines poudres parfumées à la violette et à l'iris, jusqu'à la poudre de +chêne pourri, et à la simple farine pour les naïves campagnardes. + +Ce temps voit aussi éclore les mouches qui reparaîtront également au +XVIIIe siècle, mais ce sont d'abord des mouches larges comme des +emplâtres et d'un aspect moins séduisant que les coquettes +«_assassines_» de plus tard. + +Les femmes du peuple et de la petite bourgeoisie ont gardé l'ancien +chaperon, coiffure modeste, pendant que les femmes de la haute classe, +coiffées en cheveux avec perles et bijoux, adoptent pour sortir le +chapeau ou la toque à petit bouquet de plumes. + +Voici le portrait d'une dame à la mode: + +En ces temps heureux de vivre et de respirer, après tant de sombres +années, une élégante est sanglée et comprimée dans un corsage dur et +rigide, fortement armé de baleines, une véritable gaine descendant tout +d'une pièce, sans indication de modelé, en longue pointe sur la jupe. + +[Illustration: Toilette de Cour Henri IV.] + +Il faut dire qu'on se rattrape de cette mise à la _gehenne_ par le +décolletage du corsage, très libéralement échancré en pointe aussi, trop +libéralement même, puisque Sa Sainteté le Pape se croit obligé +d'intervenir et menace d'excommunication les belles qui continueront à +se décolleter dans des proportions exagérées. + +[Illustration: DAME LOUIS XIII.] + +Cette menace d'excommunication--amende à payer seulement là-haut--n'a +pas beaucoup d'effet, et les grandes fraises, les collets montés de +magnifiques dentelles soutenues de fils d'archal, continuent à +encadrer les opulences du corsage. La fine dentelle va si bien autour de +la chair, elle fait si bien ressortir les épaules et les épaules font si +bien valoir les merveilles des points de Venise ou de Flandre, cette +délicate et si artistique orfèvrerie à l'aiguille! + +[Illustration: La belle Gabrielle.] + +D'énormes manches qui ne sont pas des manches tiennent au corsage. Ce +sont des ailes ouvertes fendues dès l'épaule, descendant très bas, +garnies de boutons serrés qui ne se boutonnent pas. La vraie manche +paraît en dessous, toujours rembourrée et remontante aux épaules, +terminée par des poignets en dentelles appelés rebras. + +Les jupes sont moins ballonnées que jadis, le vertugadin est plus +modeste, c'est une simple cloche lourde et tombant droit, ou plutôt cela +ressemble à la grosse caisse bariolée d'un bataillon de Suisses, mais +les hanches sont renflées en coupole et accusées de façon grotesque par +un rang de tuyaux godronnés de la même étoffe que la robe. + +Il est assez difficile aux femmes d'avoir avec cela une démarche +élégante et légère; cependant les beautés de l'époque tiennent à ces +jupes et l'idéal de la grâce est d'affecter en marchant un dandinement +de canard pour leur donner un balancement rythmique. + +Une dame élégante a sous la robe trois autres jupes qu'elle doit montrer +en se retroussant élégamment, trois autres jupes d'ornementation et de +couleurs différentes. + +Dans la liste des étoffes et des couleurs à la mode, elle a de quoi +choisir, nous avons alors une série de noms aussi drolatiques que ceux +inventés plus tard par le capricieux XVIIIe siècle. + + _Couleur triste amie, ventre de biche, face grattée, couleur de rat, + fleur mourante, singe mourant, couleur de veuve réjouie, de temps + perdu, de trépassé revenu, Espagnol malade, péché mortel, jambon + commun, racleur de cheminée, etc._ + +Le temps de la régence de Marie de Médicis est une époque de transition +entre les modes du XVIe et celles du XVIIe siècles; le vrai costume +Louis XIII ne se dégagera complètement des derniers vestiges des modes +de la Renaissance que vers 1630, à l'époque des édits réformateurs de +Richelieu qui, prohibant draps et brocards d'or et d'argent, broderies +et passementeries de fils d'or, dentelles, points coupés, forcèrent les +élégants à se contenter d'étoffes et de lingeries plus simples et +induisirent les tailleurs de robes et d'habits à chercher des formes +nouvelles. + +Pendant la première partie du règne, la mode se dégage lentement de sa +lourdeur, le vertugadin diminue peu à peu et le si disgracieux +renflement godronné au-dessus des hanches disparaît, remplacé par un +retroussis à grands plis de la jupe de dessus. + +Le vertugadin humilié a passé la frontière, il règne en Espagne où sous +le nom de _guarde infante_, il prend de si colossales proportions que +l'autorité veut par des édits, comme en France, arrêter leur +développement. A l'amende s'ajoute la saisie et l'exposition publique +des objets prohibés. L'édit, sévèrement appliqué, suscita des +résistances violentes et des émeutes où le sang coula. + +Le vertugadin eut la vie si longue de l'autre côté des Pyrénées que les +galants de la cour de Louis XIV le revirent avec surprise porté par les +dames de la cour espagnole lors de l'entrevue dans l'île de la +Conférence pour le mariage de Louis avec Marie-Thérèse. + +En France, la recherche, la richesse et le faste, la multiplicité des +ornements, la surcharge de joaillerie se remettent à dominer dans la +mode et toutes les dames, même celles de la plus simple bourgeoisie +donnent dans l'abus des superfluités coûteuses et du clinquant. + +[Illustration: D'après Callot.] + +Comment «une galante femme en habits se comporte,» un poète satirique va +nous le dire: + + Il lui faut des carcans, chaînes et bracelets, + Diamants, affiquets et montants de collets, + Pour charger un mulet, et voire davantage... + Il lui faut des rabats de la sorte que celles + Qui sont de cinq ou six villages damoiselles; + Cinq collets de dentelle haute de demi-pié + L'un sur l'autre montés... + +Si les vertugadins ont diminué, les fraises ont plutôt gagné en hauteur +et développement; les grands portraits de Rubens et ensuite ceux de Van +Dick nous montrent ces fraises de la dernière période, en +demi-circonférences s'évasant derrière la tête. + +Mais les estampes de Callot et d'Abraham Bosse vont nous renseigner sur +les modes parisiennes d'avant et d'après les édits de Richelieu. + +Callot qui avant 1630 a dessiné de sa merveilleuse pointe tant +d'élégants et pittoresques cavaliers en pourpoint de soie ou de buffle, +tant d'officiers en hongreline, à petites bottes et grandes flamberges, +de seigneurs bien XVIIe siècle, dans ces costumes si charmants et d'une +si jolie crânerie, portés avec tant de prestance et de laisser-aller, a +gravé aussi quelques costumes de femmes, qui, bien que de la même époque +sont encore un peu dans le style des modes du siècle précédent. + +Ces dames portent encore les robes à taille longue serrée dans le _corps +piqué_ rigide, les manches à bourrelets avec crevés tailladés en grande +ou petite _déchiquetade_, de couleurs vives, les jupes relevées sur le +vertugadin rétréci. + +Elles sont chaussées de souliers à pont-levis, avec attaches sur le coup +de pied, une mode nouvelle. + + Les bourgeoises non plus que les dames ne vont + Nulle part maintenant, qu'avec soulier à pont, + Qui aye aux deux côtés une large ouverture + Pour faire voir leurs bas, et dessus pour parure + Un beau cordon de soie en nœud d'amour lié... + +Ceci décrit suffisamment le soulier Louis XIII d'une si cavalière +élégance. Le Musée de Cluny dans sa riche collection de chaussures en +possède d'admirables, très découpés et décorés d'ornements noirs sur le +cuir fauve et d'autres plus simples avec le nœud de rubans dit _nœud +d'amour_. + +Les découpures laissaient voir les bas de soie incarnat, couleur à la +mode; pour sortir on ajoutait à ces souliers des patins de velours +cramoisi à très hautes semelles. + +[Illustration: Fraise Médicis.] + +Les gants des élégantes étaient non moins jolis, ornés de dessins sur le +dos et d'arabesques brodés sur le grand crispin emboîtant le poignet. + +[Illustration: FIN DU RÈGNE DE LOUIS XIII.] + +De vives chamarrures, de grands ramages de fleurs courent sur toutes les +robes comme ils couvrent toutes les étoffes du temps. Le jardin des +plantes, autrefois jardin du Roi, doit sa création à cette mode; le +noyau primitif fut sous Henri IV le jardin d'un horticulteur avisé où +toutes les sortes de plantes françaises ou étrangères étaient cultivées +en vue de fournir des modèles aux dessinateurs d'étoffes ou de +broderies. + +[Illustration: Corsage Louis XIII.] + +Les coiffures varient. Longtemps à cause des grands collets des fraises, +elles sont restées très hautes, ondées ou frisées en bonnet d'astrakan +et ornées seulement de bijoux. Plus tard les fraises s'abaissent tout à +coup et se séparent _en rabats_ de dentelle de _point coupé_, rabattus +sur l'échancrure carrée du corsage, et en _collets abaissés_, sinon +rabattus aussi. + +La coiffure peut s'abaisser aussi avec ces fraises basses; on forme un +petit chignon dit _culebutte_ derrière la tête et on encadre la figure +de jolies boucles tombantes ou frisées. Cette mode s'exagère un peu, les +femmes se font avec leur coiffure frisottée et les petites mèches +plaquées sur le front, une tête ronde comme une boule. + +Viennent les édits de Richelieu qui veut empêcher l'or de France de s'en +aller, au détriment du commerce français, enrichir les manufactures +étrangères en achats de passementeries de soie de Milan et de dentelles +ou broderies, les édits qui prohibent ensuite les galons et franges, +parfilures et canetilles enrichies d'or et d'argent, en ne permettant +que les galons étroits de simple étoffe; le costume va changer tout à +coup, + + Il faut serrer ces belles jupes + Qui brillent de clinquants divers. + On a pris les dames pour dupes, + Leurs habits n'en seront point couverts, + +dit une dame dessinée par Abraham Bosse en 1634 après les édits et la +réformation du costume. + +[Illustration: Bourgeoise Louis XIII.] + +Changement radical, plus de surcharge d'ornements, plus d'étoffes à +ramages, plus de fines dentelles de Venise ou de Bruxelles. La dame +_suivant l'édit_ d'Abraham Bosse porte sur une jupe plate, à plis +tombant droit, sans le moindre soupçon de vertugade, un corsage à +basques, à taille très haute serrée par un simple ruban, des manches +larges, ouvertes sur une manche de dessous très simple sans la moindre +broderie ni garniture. + +La grande fraise, le grand collet monté ou rabattu est remplacé par un +grand rabat de lingerie qui monte jusqu'au menton. Il n'y a plus dans ce +costume aucun reste des modes du XVIe siècle définitivement trépassées. + +Mais ce costume extrêmement simple, d'une sobriété qui touche à +l'austérité, restera celui des toutes petites bourgeoises, des bonnes +ménagères à qui les édits somptuaires ne causent pas grand souci ni +douleur; c'est en somme dans les grandes lignes, le costume actuel des +sœurs de Saint-Vincent de Paul, aux couleurs près. + +Les belles dames vont prendre ce modeste costume d'après les édits et le +transformer bien vite et en faire un des ensembles les plus élégants et +les plus charmants que la mode ait inventés, un type vraiment +remarquable de haute distinction, juste au moment où le costume masculin +si dégagé, si cavalier des premiers temps de Callot, va se modifier en +mal, devenir lourd et guindé avec les justaucorps à taille sous les +bras et les hauts de chausses tombant au mollet. + +[Illustration: Fin du règne de Louis XIII.] + +La robe s'ouvre du haut en bas, laissant voir un devant de corsage de +satin clair orné d'aiguillettes et terminé en pointe arrondie sur une +jupe de dessous de soie ou satin mordoré. La robe de dessus ainsi +largement ouverte et assez longue, a tous ses plis sur les côtés ou par +derrière. + +Les manches bouffantes sont coupées en minces bandes du haut en bas, +rattachées sur la saignée par un ruban ou simplement ouvertes sur une +riche manche de dessous et garnies sur l'ouverture d'aiguillettes ou de +nœuds de rubans. + +Plus de collets montés, rien que des collets rabattus. Ces grands +collets et rabats de lingerie ont bien vite repris quelques riches +broderies, dont les pointes tombent maintenant très bas sur les épaules +et sur les bras, en même temps que de hautes manchettes dentelées et +découpées de la même broderie montent des poignets jusqu'au coude. + +Et touffes et bouffettes de rubans partout, rosettes au corsage; +guirlandes de rosettes à la ceinture, et colliers de perles tombant dans +le corsage, carcans de bijouterie serrés au cou, diamants et pierres sur +les aiguillettes et les ferrets. Voici la dame à la mode de 1635 qui +s'en va promener ses riches atours à la Place Royale parmi les galants +à moustaches retroussées, qui papillonnent sous les arcades. + +Ce sera tout à l'heure le costume des héroïnes de la Fronde, des +duchesses liguées contre Mazarin, et cela deviendra en se modifiant peu +à peu le grand costume des fêtes éblouissantes de la cour de Louis XIV. + +[Illustration: Elégante Louis XIII.] + + + + +[Illustration: Marion.] + +VII + +SOUS LE ROI-SOLEIL + +Les héroïnes de la Fronde.--De la Vallière à la Maintenon.--Les robes + dites transparentes.--Triomphe de la dentelle.--Le roman de la mode. + --Les Steinquerques.--La coiffure à la Fontanges.--Le règne de + Mme de Maintenon ou trente-cinq ans de morosité. + + +Le règne du grand roi. Le règne des architectures étalant une somptuosité +d'apparat, une solennité majestueuse et le règne des perruques +également solennelles et majestueuses, des modes d'un luxe écrasant, où +la superbe écrase un peu l'élégance! + +[Illustration: A LA COUR DU ROI-SOLEIL.] + +Le grand siècle! la grandeur poussée jusqu'au gonflement et la splendeur +jusqu'à la surcharge, la même lourde magnificence dans le style des +hôtels ou des palais, demeures des nobles seigneurs emperruqués, dans le +mobilier noble et pompeux que dans l'habillement masculin et féminin et +dans les fantaisies raffinées du costume. + +Le grand règne a un prologue légèrement agité, la Fronde, qui donne +occasion aux belles dames de faire un peu de galante politique et de se +donner une petite idée des émotions de leurs grand'mères du temps de la +Ligue. La mort a desserré la forte main qui tenait les brides du +royaume, Richelieu disparu, on peut caracoler. + +Et à l'exemple de messieurs les ducs, les héroïnes de la Fronde ont +caracolé! Ce commencement, quand le grand roi n'est encore que le petit +roi, a une jolie allure romanesque. + +Mmes les Duchesses, Mme de Chevreuse, Mme de Montbazon, Mme de Bouillon, +Mme de Longueville et la duchesse de Montpensier, Mademoiselle, la +Grande Mademoiselle, petite-fille d'Henri IV, qui aide à battre les +soldats du roi à coups de canon, en attendant qu'elle soit, à coups de +canne, battue par son mari, le beau Lauzun pris à défaut de Louis,--les +belles et séduisantes rebelles aux libres allures, aux beaux yeux et aux +belles tailles sans aller jusqu'à la casaque des gardes et la hongreline +soldatesque, arborent avec crânerie des costumes semi-militaires. + +Pendant les années de troubles et d'émeutes, de guerre civile à Paris et +de cavalcades armées dans les provinces, n'assistent-elles pas aux +parades des troupes levées par les princes contre les troupes du Roi, +avec Condé ou contre Condé;--ces amazones, du haut du perron de l'Hôtel +de Ville, ne haranguent-elles pas les Parisiens toujours en goût +d'émeute, le populaire hérissé de vieilles hallebardes et d'arquebuses +ligueuses, ne passent-elles pas en revue dans Paris un peu assiégé les +forces de la Fronde, les milices parisiennes qui traînent bruyamment ce +qui reste du pittoresque bric-à-brac guerrier du temps de M. de Guise, +la _Cavalerie des portes cochères_ et le régiment de Corinthe de M. le +Coadjuteur,--et ne tirent-elles pas vaillamment, quand les affaires se +gâtent, le canon de la Bastille sur l'armée royale? Quel joli prétexte à +modes cavalières. + +Tout est à la Fronde, les modes comme le reste. La mode pouvait avoir +quelque motif d'en vouloir au Mazarin qui renouvelait les édits +prohibitifs, ces éternels édits sans doute oubliés ou bravés aussitôt +que publiés et qu'il fallait renouveler toujours, frappant +alternativement les passementeries au profit des guipures, et les +guipures au bénéfice de passementeries. + +Louis a grandi, il règne. + +Mais le roi est jeune, le grand siècle songe à se divertir, il aime la +gloire, mais il aime aussi le plaisir. C'est sa première manière, plus +tard le siècle et le roi, vieillis tous deux, tout en gardant le culte +de la gloire, songeront à se repentir du plaisir. + +[Illustration: Une Duchesse de la Fronde.] + +La dernière reine de la mode, reine austère et pincée qui mettra le +siècle en pénitence pour le punir de toutes les frivoles inventions de +son bel âge, ce sera la réfrigérante Mme de Maintenon. + +En attendant, c'est Ninon de l'Enclos la séductrice qui traverse tout ce +siècle, ou c'est la Vallière, c'est Montespan, c'est Fontanges, avec +une foule de reines d'un jour ou de demi-reines. + +Comme Louis dit: «l'Etat c'est moi», la marquise de Montespan peut dire: +«_la Mode c'est moi!_» Cela n'empêche pas une foule de génies féminins +de trouver chaque jour quelque idéal colifichet, quelque coquetterie +jolie à faire tourner toutes les têtes, quelque arrangement nouveau que +les marquis de Molière trouveront délicieux. + +Pour les hommes c'est le temps des canons, des rhingraves, ces bizarres +hauts de chausses en forme de jupons enrubannés, des _petites oies_ en +bouquets de rubans. Pour les femmes, nulle époque ne vit ajustements +plus riches. Hommes et femmes se ruinent en déploiement de faste. + +Pas trop de changements dans les grandes lignes, mais d'incessantes +petites modifications de détails et d'ornementation. Ce fut un défilé de +modes rapides, se succédant plus somptueuses ou élégantes les unes que +les autres, et l'on trouva pour les désigner une foule d'appellations +pittoresques: les galants, les échelles, les fanfreluches ou menues +bouffettes de soie, les transparents, les falbalas, les prétintailles, +les steinquerkes et les coiffures à la Fontanges, l'hurluberlu, etc. + +Voyons les portraits des belles du siècle, des belles des commencements, +du temps des ruelles et des précieuses de l'hôtel de Rambouillet, et des +belles des Tuileries ou de Versailles, étoiles des fêtes du roi du +Soleil. C'est la coiffure en largeur qui domine d'abord, ce sont pendant +longtemps les cheveux frisés sur le front et tombant en frisures, en +boucles très larges sur le côté ou en cadenettes suivant la mode +inventée sous Louis XIII par M. de Cadenet, frère du connétable de +Luynes, longues tresses nouées par des nœuds de rubans dénommés +«_galants_». Avec cela des robes fort décolletées, laissant largement +voir les épaules, des colliers de grosses perles, les derniers rabats de +dentelles qui diminuent et disparaissent complètement, des corsages en +pointe à belles et fines broderies, des manches courtes ouvrant sur des +flots de linon ou des manchettes de dentelles. + +[Illustration: Commencement du grand règne.] + +La première jupe se relève comme des courtines de rideaux et se rattache +sur le côté par des agrafes enrichies de brillants ou par des nœuds de +rubans, découvrant ainsi de merveilleuses, d'étincelantes robes de +dessous. + +Louis XIV a mis à la mode la bride sur le cou en laissant tomber les +édits somptuaires de Mazarin. Les dentelles prohibées reparaissent, les +somptueuses étoffes interdites reviennent au jour. Les tissus d'or et +d'argent seuls sont interdits, le roi se les a réservés pour lui et pour +la cour. + +Le roi fait des cadeaux de pièces de ces précieuses étoffes d'une +ornementation noble et touffue aux personnages en grande faveur, comme +il accorde aux courtisans favorisés des justaucorps «_à brevet_». + +Mme de Montespan règne après La Vallière. A certaine fête de la Cour, +elle étincelle dans une robe «d'or sur or, rebrodé d'or, rebordé d'or, +et par-dessus un or frisé, rebroché d'un or mêlé avec un certain or qui +fait la plus divine étoffe qui ait jamais été imaginée», ainsi que le +dit Mme de Sévigné. + +[Illustration: SOUS LE GRAND ROI.--FIN DU XVIIe SIÈCLE.] + +Les robes «_transparentes_» ont un succès fou. Ce sont des robes +d'étoffe transparente, mousseline ou linon, sur lesquelles de larges +bouquets de fleurs multicolores ont été peints ou imprimés, portées sur +un dessous de satin moiré et brillant,--ou bien c'est tout le contraire, +des robes de brocart à grands ramages courant sur fond or ou azur, +par-dessus lesquelles passe une robe d'un tissu léger transparent +comme de la dentelle. + +[Illustration: Une favorite du Roi-Soleil.] + +La dentelle s'accommode de toutes façons, du haut en bas du costume +féminin, du corsage aux souliers, et s'allie avec les floches de rubans +qui nouent les cheveux, forment des _échelles_ de grands nœuds sur les +corsages, chamarrent les jupes et flottent un peu partout. + +Des manufactures de dentelles ont été créées de tous côtés, inventant +les «points d'Alençon, Valenciennes, le Puy, Dieppe, Sedan, etc.»; les +dentellières françaises produisent pour toutes les bourses, bourses de +duchesses ou de procureuses, bourses de marquise ou de simple +commerçante, depuis la riche guipure coûtant des centaines de pistoles, +que portera la favorite aux fêtes de la cour, jusqu'aux dentelles dites +_gueuses_ ou neigeuses, qu'arboreront la toute petite bourgeoise ou même +la dame de la halle aux jours de cérémonie. + +En 1680, révolution dans la coiffure. Le vent décoiffe pendant une +chasse royale la duchesse de Fontanges qui a pris le cœur de Louis +après la Montespan. Pour rétablir l'harmonie de sa coiffure, la belle +ébouriffée prend le ruban de sa jarretière et rattache ses cheveux avec +une jolie rosette par devant. Tout ce que font les favorites n'est-il +pas toujours exquis et délicieux? Les nobles seigneurs se pâment devant +la gracieuse inspiration, les dames s'extasient, et dès le lendemain se +décoiffent à la Fontanges. + +Les coiffures à la Fontanges font fureur et règnent pendant des années, +revues, modifiées et considérablement augmentées. Elles deviennent un +édifice de dentelles, de rubans et de cheveux, avec la haute pointe de +dentelles caractéristique qui, d'après Saint-Simon, monte à deux pieds +de haut, soutenue par du fil d'archal,--ensemble composé de pièces +diverses qui, toutes, avaient leurs noms. + +La Fontanges, d'origine folâtre, dura longtemps, plus tard elle cessa de +plaire au roi, qui n'aimait sans doute plus que les coiffures austères +de la veuve de Scarron. + +La princesse Palatine, la princesse Charlotte de Bavière, fille de +l'Électeur palatin, qui vint en France en 1671 pour épouser Monsieur, +frère du roi, ayant adopté une sorte de petit mantelet court pour +couvrir un peu ses épaules trop découvertes par la mode des corsages +très décolletés, ces petites mantes adoptées bien vite par toutes les +dames, furent appelées palatines comme la princesse. + +Le roman de la mode, toujours galant et héroïque, nous fournit encore +pour ce temps les Steinkerques. + +Epoque de chevalerie enrubannée et de bravoure empanachée à la +mousquetaire.--La position sera dure à enlever, dit un colonel à sa +troupe avant de charger, tant mieux, Messieurs, nous n'en aurons que +plus de plaisir à raconter l'affaire à nos maîtresses! + +A la bataille de Steinkerque gagnée sur Guillaume d'Orange par le +maréchal de Luxembourg, les princes, Philippe d'Orléans alors âgé de +quinze ans, le prince de Conti et le duc de Vendôme, avaient chargé avec +la cavalerie, avec une foule de gentilshommes, tous un peu débraillés, +leurs cravates de dentelles dénouées et flottantes. Dans la joie de la +victoire, la mode adopta ces cravates négligemment passées et toutes les +femmes portèrent des dentelles à la Steinkerque. + +[Illustration: Premières coiffures à la Fontanges.] + +La riche provinciale et la dame de petite noblesse imitent les modes et +les façons de la cour, et la bourgeoise les suit également d'un peu +moins près seulement. Furetière dans son roman bourgeois et Sébastien +Leclère dans ses eaux-fortes nous les dessinent avec leurs allures +bourgeoises, mais coquettes, dédaignant le chaperon de leurs mères, +portant grands rabats et colliers de perles, corsages chamarrés et +presque autant de dentelles et de rubans qu'on en porte à Versailles. +L'indiscret Furetière nous les montre même empruntant des diamants pour +les cérémonies et entrant à l'église avec un laquais d'emprunt pour +tenir la queue de la robe. + +Pour la femme du peuple, faisons passer la servante de Molière, c'est +une bonne fille. Sébastien Leclère l'a dessinée aussi avec sa coiffe +assez simple, sa jupe relevée et sa camisole à larges basques qui est la +hongreline des officiers de Louis XIII, adoptée plus tard par les dames. + +Et les marchandes et les dames de la halle, qu'il a dessinées également, +portent grands rabats et dentelles avec un air de dignité et de majesté +qui montre qu'elles sont, elles aussi, du grand siècle. + +La période épanouie et brillante du règne du grand roi fut en réalité la +plus courte, le pivot tourna vers 1680 avec le commencement de +l'influence de Mme de Maintenon, que le roi épousa secrètement en 1685. + +Nous n'irons plus au bois, les roses sont coupées, ainsi que presque +tous les lauriers. + +Le règne de Mme de Maintenon dura le laps respectable de trente-cinq +ans. Ainsi, le roi-soleil qu'on voit toujours dans le cadre pompeux de +sa jeunesse, auréolé de gloire et de galanterie, au milieu de ses +courtisans enrubannés, planant parmi les fêtes, les bals et les +carrousels, sur des constellations d'étincelantes beautés, le grand roi +fut de bonne heure un vieux roi morose et ennuyé, aimant toujours la +pompe, mais avec une affectation de solennité compassée, quelque chose +comme une somptueuse austérité. + +Le grand siècle fut aussi le siècle ennuyeux, l'ennui doré en habit +d'apparat et solennelle perruque. Le roi se repentant des galantises de +sa jeunesse, tourné maintenant vers la dévotion et l'austérité, +entendait que tout le monde fît comme lui. + +La mode immédiatement changea. Le costume des hommes et des femmes se +modifia dans le sens de la sévérité; les ornements trop éclatants ou +trop pimpants, les vives couleurs, les grands ramages d'or qui jadis +avaient ébloui la cour et la ville disparurent pour faire place à des +ajustements plus sobres et plus discrets. + +[Illustration: Fin du grand siècle.] + +Cela dura jusqu'au temps où Louis XIV lui-même, ayant eu près des +coiffes austères de Mme de Maintenon son compte de morosité, jugea qu'il +ne serait pas mauvais de prier grands seigneurs et grandes dames de +rendre à sa cour l'éclat et la splendeur des jours d'autrefois, avant +que la dévotion ne fût à la mode. Il est inutile de dire si l'invitation +fut entendue et si les habillements luxueux tardèrent à reparaître. + +[Illustration: SOUS LA RÉGENCE.] + +Les dames de cette dernière période du grand siècle sont vêtues +d'étoffes splendides chamarrées et ramagées de la plus étincelante +façon, de robes ouvertes sur des devants de corsage des plus fines +dentelles, de brocart ou de damas tissé d'or, avec les jupes relevées et +drapées sous un petit tablier de dentelle qui n'est pas la pièce la +plus heureuse de leur ajustement et qui ne va guère avec les toilettes +de sortie. + +Sur la tête, ce sont toujours les hautes pointes des coiffures à la +Fontanges, édifice compliqué devenu tout à fait extravagant, avec brides +de dentelle voltigeant par derrière. + +Pour orner les jupes, la mode a les _falbalas_ et les _prétintailles_; +les falbalas, ce sont les rangs de volants bouillonnés étagés sur la +jupe, sur la jupe tombante et non sur la grande jupe volante à queue, +relevée sur le côté; ils ont été inventés par un personnage nommé +Langlée, fils d'une femme de chambre de la reine, devenu à la cour +l'arbitre du goût et l'oracle de la mode. + +Quant aux _prétintailles_, c'était le nom donné à une nouvelle façon de +chamarrer les robes au moyen de grandes découpures de fleurs de toutes +les tailles et de toutes les couleurs, appliquées sur l'étoffe, +décoration éclatante qui faisait que les dames semblaient s'être +confectionné des robes avec des tapisseries ou des étoffes à fauteuils. + + + + +[Illustration: Coiffure d'intérieur.] + +VIII + +XVIIIe SIÈCLE + +La Régence.--Folies et frivolités.--Cythère à Paris.--Les modes Watteau. + --Les robes volantes.--Naissance des paniers.--Criardes. Considérations + et Maîtres des requêtes.--Mme de Pompadour.--L'éventail.--Promenade de + Longchamps.--Carrosses et chaises à porteurs.--Modes d'hiver. + + +La France, ayant connu--après toutes les gloires et toutes les +magnificences--toutes les amertumes et tous les désenchantements, +contemplait tristement le long et mélancolique crépuscule du +roi-soleil. + +Tenue depuis des années dans une atmosphère d'ennui pesant par le vieux +monarque et la vieille dame au visage pincé, elle eut comme un poids de +moins sur la poitrine lorsqu'elle vit Louis dans son caveau de +Saint-Denis et Mme de Maintenon réfugiée à Saint-Cyr, et du jour au +lendemain, il y eut une explosion: toute la jeunesse comprimée, toute la +frivolité rentrée, toutes les aspirations au plaisir sortirent et le +grand coup de folie de la Régence commença. + +Le fringant XVIIIe siècle, tenu sous la férule de ce vieux XVIIe +grondeur et impotent qui ne voulait pas finir, allait soudain comme un +jeune page émancipé s'en donner jusque-là et jeter sa perruque bien haut +par-dessus tous les moulins. + +La mode que les moralistes disent fille de la frivolité, inventa pour +faire honneur à sa mère mille folies nouvelles et comme ce n'était pas +assez, on reprit parmi les anciennes ce qu'il y avait d'assez oublié +pour paraître délicieux. + +La caractéristique de la mode au XVIIIe siècle, dès la Régence, c'est +l'ampleur, le retour aux considérables envergures des jupes du temps de +Henri III, c'est-à-dire au vertugadin, avec toutes ses conséquences, +l'ampleur des manches et l'ascension des coiffures qu'on sera bientôt +amené à exagérer en vertu d'une loi d'équilibre et d'harmonie! + +Sous Henri III, ce sont les fraises qui montent et mettent la tête dans +un grandissime cornet; sous Louis XV et Louis XVI, c'est la coiffure qui +se fait monumentale. + +Les vertugadins reparaissent sous le nom de paniers. Ils viennent de +l'autre côté de la Manche. Ce sont deux dames anglaises qui les +apportent à Paris et les exhibent au jardin des Tuileries. + +L'ampleur extravagante des robes de ces dames excita une telle surprise +parmi les promeneurs et promeneuses que la foule s'amassa autour d'elles +et les pressa tellement qu'elles coururent grand risque d'être étouffées +ou tout au moins très aplaties. Il fallut l'intervention d'un officier +de mousquetaires pour tirer ces dames et leurs paniers de ce mauvais +pas. + +[Illustration: Chasseresse Régence.] + +Les modes alors ne faisaient pas comme aujourd'hui le tour du monde +civilisé en six mois pour disparaître pas usées complètement en moins de +deux saisons. Elles mettaient du temps à naître et à se développer et +avec les modifications, adjonctions ou améliorations que la fantaisie +pouvait chaque matin leur apporter, elles duraient dans leurs lignes +principales pendant de longues années. + +Le panier vivra tout le long du siècle et il ne faudra rien moins que la +Révolution pour le tuer. + +Il fallut quelques années au vertugadin pour reconquérir Paris; sa +restauration se fit lentement, timidement, par petits essais modestes; +puis un beau jour, vers 1730, il domine, il règne sans conteste. Toutes +les dames, laissant les demi-mesures et les demi-paniers, adoptent le +grand panier de six pieds de diamètre dont le développement exige pour +le moins dix aunes d'étoffe. + +Panier était le nom tout indiqué puisque les premiers bouffants de jupes +furent des ouvrages de vannerie composés de cerceaux d'osier ou de jonc, +de véritables cages à poules qu'on arrangea plus tard avec une armature +de baleines. + +[Illustration: Robe volante.] + +Un maître des requêtes du nom de Pannier ayant péri dans un naufrage en +revenant des Antilles, son infortune servit de prétexte à la mode +cruelle pour donner un surnom au panier alors dans le commencement de sa +gloire. Il y avait eu les _petits paniers jansénistes_ descendant +seulement au genou; les _criardes_, tournures de toile gommée et +plissée, qui _criaient_ au moindre mouvement; les _boute-en-train_, les +_tâtez-y_, les _gourgandines_, les _culbutes_, des noms bien osés, +trouvés par un temps peu bégueule, et les petits paniers, plus +respectables sans doute, dits «_Considérations_». Les grands paniers +furent quelque temps des «_maîtres des requêtes_». + +La vogue des paniers amena naturellement un changement dans la façon des +robes. Alors commencent ces modes très gracieuses, mais quelque peu +cythéréennes, légèrement déshabillées, que nous avons baptisées du nom +de modes Watteau, en l'honneur du grand peintre des fêtes galantes qui a +jeté sur la toile tant de belles dames de ce temps folâtre, en paniers +plus ou moins larges, rouge et mouches au visage, l'éventail ou la +grande canne à la main, toujours prêtes à s'embarquer pour Cythère avec +quelque galant seigneur à talon rouge. + +[Illustration: TOILETTE DE COUR LOUIS XV.] + +Allez, belles dames, marquises ou filles d'opéra, figures gracieuses et +folles, la vraie Cythère est à Paris, gouvernée par Monsieur le Régent +ou par le roi Louis XV le Bien-Aimé. Le siècle a cinquante années devant +lui pour s'amuser et folâtrer, cinquante années pour les jeux et les +ris, mais le temps viendra où les larmes enlèveront le rouge et les +mouches de vos joues. + +La mode invente donc les robes _volantes_ sans corsage ni ceinture du +tout, tombant tout droit des épaules sur l'ampleur du panier, ou bien +ajustées seulement par devant à la taille et laissées flottantes avec de +larges plis par derrière, façon originale qui donne à la démarche un air +de douce nonchalance et une grâce amollie, la marque du siècle. + +Pour ces robes flottantes, pour draper l'immensité des paniers, on +abandonne les lourdes étoffes de l'époque précédente et l'on adopte les +tissus plus légers, linon, basin, mousseline, les fines étoffes piquées +de petits bouquets, semées de fleurettes ou même de petits attributs +champêtres. + +Sur les promenades, par les beaux jours, on dirait une foule en +déshabillé du matin, ce ne sont que manteaux volants, robes flottantes +qui semblent des robes de chambre; les bras sortent des flots de +dentelles, les visages sont encadrés de molles collerettes; les +élégantes en corsage lâche qui se promènent ainsi jouant de l'éventail +et faisant claquer languissamment leurs mules à hauts talons ont toutes, +suivant un contemporain, _un air de bonne fortune prochaine_. + +C'est la régence. Que de soupers, que d'orgies galantes au Palais-Royal +et ailleurs et que de folles Parabère un peu partout dans la fièvre de +plaisirs qui sévit, dans Paris surexcité encore par une fièvre nouvelle, +la spéculation, qui du jour au lendemain avec Law, enrichit ou ruine, +fait monter les uns jusqu'aux fabuleuses fortunes permettant toutes les +jouissances, ou précipite les autres dans des détresses telles qu'il +faut bien s'étourdir à tout prix. + +Robes flottantes, paniers, coiffures, colifichets que la mode chaque +jour invente, les satiristes de la plume et du crayon ont beau jeu. Les +comédies et les chansons, le théâtre italien et le théâtre de la foire, +les caricatures, les pamphlets, raillent de toutes les façons les +extravagants paniers et les paniers triomphants se moquent des moqueurs, +s'enflent de plus en plus démesurément. + +[Illustration: Grands paniers.] + +Tout le monde en rit ou s'en plaint. Comment faire tenir plusieurs dames +dans un carosse qu'une seule suffit à remplir de ses jupes +outrageusement ballonnées? Tout est trop petit, les maisons sont trop +étroites, il faut élargir les portes des salons pour livrer passage aux +belles dames trop larges, comme plus tard il faudra les agrandir par en +haut pour permettre aux gigantesques coiffures de passer sans anicroche. + +Les fauteuils aussi manquent de largeur, comment s'asseoir avec ces +immenses cerceaux qui refusent d'entrer entre les bras des sièges ou se +relèvent indiscrètement? + +Il n'importe, les paniers s'élargiront toujours jusqu'aux premiers temps +de Marie-Antoinette et les jupes là-dessus se compliqueront de grands et +petits volants, de treillis, de plissés, de lambrequins, de rubans +arrangés dans tous les styles, de cent façons des plus gracieuses et des +plus compliquées et des plus baroques aussi. + +Sous la robe qui reste longtemps volante dans le dos, à la Watteau, le +_corps_ ou le corset emprisonne solidement le buste, le corsage de satin +est en pointe descendant très bas; comme il est décolleté, _un devant de +gorge_ de dentelles et de rubans, protège la poitrine contre le froid. + +Suivant la saison ou la température, on porte des mantelets, des +_coqueluchons_, c'est-à-dire de coquets petits mantelets recouvrant les +épaules, avec capuchon léger de soie ou de satin, ornés de festons et de +plissés, coiffures et mantelets tout à la fois, ou bien des manteaux +recouvrant toute la personne jusqu'aux talons, espèces de dominos avec +le coqueluchon arrondi par un cerceau de fil de laiton autour de la +tête. + +En somme, la mode pour les robes conserve longtemps les mêmes formes, +modifiées seulement par les accessoires. De 1725 à 1770 ou 75, ce sont, +à peu de différences près, les mêmes dispositions et les mêmes lignes, +le même ballonnement des jupes, toujours les flots de dentelles tombant +des manches, toujours les floches de rubans. + +La belle époque pour la mode XVIIIe siècle, celle qui fournit le plus +joli type de costume Louis XV, c'est l'espace compris entre 1750 et +1770, époque de juste milieu entre les ampleurs exagérées de la Régence +et celles non moins exagérées du temps de Louis XVI. + +C'est le règne de Sa très belle, très fine, très artiste et très +envahissante Majesté madame de Pompadour. + +[Illustration: Petite Modiste.] + +Pour évoquer cette époque heureuse de vivre, pour en deviner tout le +charme, il suffit de citer les noms de Boucher, Baudoin, La Tour, +Lancret, Pater, Eisen, Gravelot, Saint-Aubin et de toute la pléiade des +petits-maîtres si légers, si musqués, mais d'une grâce si délicieuse. + +Certes il y a sous le parfum des roses une odeur de corruption, et il ne +faut pas trop gratter le brillant de cette société au vernis Martin. Il +y a partout un tel laisser-aller, un tel laisser-faire, une si +remarquable difficulté à se scandaliser de quoi que ce soit. + +Louis XV, après Pompadour tombe à Dubarry et il a son sérail, comme le +grand Turc, au Parc-aux-Cerfs, mesdames ses filles Loque, Chiffe et +Graille, font monter du corps de garde des pipes et de l'eau-de-vie. +Grands seigneurs et financiers ont leurs «folies», où défilent grandes +dames ou filles d'opéra, les marquises s'attablent à côté des +gardes-françaises chez Ramponneau... + +Mais que ce XVIIIe siècle a soigné son décor et qu'il s'est arrangé pour +se faire une vie douce et charmante, sans se soucier et sans se douter +de ce qui l'attendait au cinquième acte de sa féerie! Sa +personnification la plus exquise est dans le grand pastel de Latour, +dans le portrait de Mme de Pompadour, en négligé d'intérieur, un petit +poème de satin, de rubans et de dentelles. + +[Illustration: Toilette de sortie.] + +La femme règne et domine, le sceptre de cette souveraine, c'est +l'éventail. Depuis longtemps l'éventail était en usage, le moyen âge +l'appelait _Esmouchoir_; il y avait eu l'éventail carré en drapeau ou en +girouette, l'éventail de plumes qu'une chaîne de bijouterie attachait à +la ceinture des dames nobles du XVIe siècle, l'éventail plissé apporté +d'Italie par Catherine de Médicis et adopté par Henri III. + +[Illustration: PARISIENNE SOUS LOUIS XV.] + +Dès le temps de Louis XIV, l'éventail est le complément indispensable de +la toilette des dames, mais sa grande époque, celle qui créa les plus +jolis modèles, c'est le XVIIIe siècle. + +[Illustration: D'après G. de Saint-Aubin.] + +Montures de nacre et d'ivoire miraculeusement découpées et ciselées, +peintures exquises de Watteau, Lancret et des autres, les éventails +Louis XV, sceptres galants d'une société musquée, poudrée et féminisée, +sont dignes de mener, par les mains des favorites, monarque, ministres +et généraux, les arts, les lettres, la politique et le monde. + +L'estampe de Gabriel de Saint-Aubin, intitulée _le Bal Paré_, nous +montre les élégantes de ce temps en grandes toilettes; encore les plis +Watteau, les robes volantes ouvertes sur le corsage et sur la robe de +dessous, rattachées à la ceinture par des rubans et relevées bien de +côté sur le ballonnement des paniers; puis des garnitures voltigeantes, +bordures de fourrures ou bandes plissées, des volants de satin ou de +dentelle. + +Les coiffures commencent bien à monter, mais elles sont toujours +élégantes et seyantes, la chevelure poudrée est relevée sur le front +bien dégagé, arrangée en coques et en rouleaux, mêlée avec des touffes +de rubans, des plumes et des perles. + +Voyons ces mêmes dames à la promenade de Longchamps, au grand défilé +traditionnel de Pâques, dans les superbes carrosses peinturlurés et +dorés,--véritable carrosserie de conte de fées, auprès de laquelle les +plus somptueux équipages cirés, brossés et vernis de notre prosaïque +époque, sembleraient de vilaines et funèbres boîtes, étalant un luxe +croque-mort. + +Dans ces imposants carrosses, menés par d'imposants cochers en +perruques, soutachés et galonnés, avec de grands diables de laquais aux +éclatantes livrées accrochés à l'arrière-train, dans toutes ces +éblouissantes voitures, quel déploiement de toilettes luxueuses, de +dentelles, de plumes et de rubans, de diamants et de perles! + +[Illustration: D'après Moreau le Jeune.] + +Des heiduques galopent aux portières, des coureurs en bizarres costumes, +jouent des jambes à travers le flot des équipages, des cavaliers et des +belles amazones, tandis que sur les bas côtés de la route, dans la foule +accourue pour admirer les beautés à la mode et la mode elle-même, dans +le brouhaha des rencontres, des conversations avec les jeunes seigneurs, +les petits-maîtres et les grands roués, la marquise et la présidente, la +dame de qualité et la financière coudoient la demoiselle d'opéra, la +folle actrice, coqueluche des jeunes galants de la comédie, qui se la +disputent, ou l'impure échappée de quelque _folie_ de grand seigneur ou +de gros traitant, la courtisane qui sera peut-être la semaine prochaine +Reine de la main gauche. + +Vienne l'hiver, et ces élégantes laisseront leurs carrosses et leurs +chaises à porteurs;--encore une des plus délicieuses créations de ce +siècle charmant,--elles quitteront leurs chaises, peintes au vernis +Martin de sujets galants et de bergeries à la Boucher ou à la Watteau; +elles quitteront dentelles et rubans, s'habilleront, s'envelopperont et +se coifferont de fourrures, et s'en iront, leur joli nez rose enfoui +dans la zibeline ou le renard bleu, les mains enfoncées dans l'immense +manchon gros comme un tambour, courir sur la neige dans les superbes +traîneaux contournés, tarabiscotés et peinturlurés, ornés de figures +sculptées et dorées, de la plus étonnante fantaisie. + + + + +[Illustration: Grand Chapeau Louis XVI.] + +IX + +XVIIIe SIÈCLE--LOUIS XVI + +Les coiffures colossales.--Le pouf au sentiment.--Parcs, jardins + potagers et paysages animés de figures sur les têtes.--La coiffure + à la Belle-Poule.--Les mouches.--Modes champêtres.--Les robes + _négligentes_.--Couleurs à la mode.--Le _Monument du costume_.--Les + amazones.--Modes anglaises.--Les bourgeoises. + + +Il vieillit, le siècle des grandes élégances poudrées et musquées, le +siècle aux exquises coquetteries, il prend de l'âge et s'ennuie dans +son papillotant décor rocaille. + +Son goût s'est un peu fatigué, il ne se renouvelle plus que +difficilement, depuis longtemps la mode est stationnaire et tourne +toujours dans le même cercle. + +Le style Louis XV est devenu aussi ennuyeux que jadis le style Louis +XIV, le rococo paraît à son tour perruque et vieux jeu; mais attendez, +la mode va essayer de donner un brusque coup d'aile et tout risquer, +même de tomber dans le baroque,--ce qu'elle peut bien se permettre trois +ou quatre fois par siècle, après tout. + +Le grain de folie qui couve toujours au fond de la petite cervelle +frivole et hurluberlue de la déesse de la mode, va donc faire des +siennes. Conservant encore pour un temps les gracieuses façons Pompadour +et Watteau, la mode va se rattraper sur les coiffures et prendre pour +champ d'exercice de ses caprices les plus fous, pour théâtre de ses plus +incroyables fantaisies la tête de la femme, qu'elle va charger, +arranger, surcharger des plus folles inventions, sous prétexte de +l'embellir, qu'elle--transformera en paysage champêtre ou même +maritime, qu'elle empanachera et rehaussera fabuleusement, sur laquelle +elle bâtira des édifices et ira même jusqu'à faire promener de petits +bonshommes ou de petites bonnes femmes, des poupées de carton. + +Paris alors pullulera de coiffeurs de génie, les Legros et les Léonard, +Raphaëls et Rubens, ou plutôt Soufflots de la coiffure, qui tiendront +des académies pour enseigner les principes de leur architecture +capillaire; qui lutteront à qui trouvera, pour orner les têtes +aristocratiques, le comble du ridicule et qui le trouveront plusieurs +fois. + +Les perruquiers avaient eu déjà leurs jours de gloire au grand siècle, +avec les majestueuses perruques des hommes; devenus maintenant les +_Académiciens de la coiffure_, ils vont triompher de nouveau, mais aux +dépens de la grâce féminine. + +[Illustration: GRANDS PANIERS LOUIS XVI.] + +Voyons la femme à sa toilette, se préparant pour les visites ou pour la +sortie aux Tuileries, à l'heure du beau monde. C'est l'affaire +importante de la journée, ce petit travail de laboratoire où l'art et +la fantaisie accommodent la beauté toute simple au goût du jour. Cette +heure de la toilette après le petit lever, Lancret, Baudoin et tous les +peintres galants ou élégants du siècle, l'ont célébrée avec toutes les +coquetteries de leur pinceau charmeur, et les caricaturistes ne se sont +pas privés d'en sourire. + +Dans le cabinet de toilette aux boiseries blanches, moulurées et +sculptées dans le style rocaille, devant son miroir au cadre contourné, +Madame a été habillée par ses suivantes, femmes de chambre ou +soubrettes; elle a pu à son petit lever donner audience à ses galants et +à ses modistes, au marquis et au financier, au poète qui célèbre ses +charmes dans l'_Almanach des Muses_, au déluré chevalier et au galant +abbé de Cour à petit collet. + +--«Qu'en dit l'abbé?» L'abbé a du goût et ses avis sur tout ce qui +touche aux fantaisies de la mode sont précieux. + +Mais tout ce monde frivole a été renvoyé, c'est maintenant l'heure du +coiffeur, le moment sérieux de la journée, le seul moment vraiment +important. + +L'artiste a besoin d'être seul pour ne pas effaroucher l'inspiration, et +d'ailleurs l'œuvre est longue, difficile et demande tant de préparatifs +et de soins pour être menée à bien! Une ou deux femmes de chambre qui le +comprennent à demi-mot et lui passent tout ce qui lui est nécessaire +lorsqu'il est dans le feu de la composition, c'est tout ce qu'il peut +tolérer autour de lui. + +Suivant le rang de la dame, c'est le grand artiste à la mode, venu en +carrosse, courant d'hôtel en hôtel dans le noble faubourg, attendu aux +Tuileries ou chez quelque princesse, ou bien c'est l'un de ses élèves +qui opère, en frac et manchettes de dentelles et l'épée au côté. + +L'inspiration vient, et sous les doigts, sous le peigne, sous le fer à +friser de l'artiste, les plus étranges monuments de boucles naturelles, +adroitement mélangées à d'énormes quantités de tresses rapportées, +s'élèvent, se roulent en volutes, s'étagent, se superposent en _coques_, +_tapés_, _marrons_, _frisures_, _barrières_, _dragonnes_, _béquilles_, +etc. + +Pendant vingt ans, c'est un défilé d'architectures étranges sous +prétexte de coiffures. La folie a élu domicile sur la tête des dames. On +peut citer, parmi les plus extravagantes inventions, les coiffures à la +_Quesaco_, les coiffures à la _Monte-au-ciel_ dont le nom indique assez +les proportions, la coiffure à la _Comète_, le _hérisson à quatre +boucles_ inventé par Marie-Antoinette qui porta jusqu'à l'exagération de +l'exagération l'empanachement des coiffures, le _parterre galant_, le +chapeau en _berceau d'amour_, à la _novice de Cythère_... + +Il y avait aussi les _poufs_, coiffures abracadabrantes, le _pouf au +sentiment_, assemblage absurde de fleurs et de verdures poussées sur une +haute colline chevelue, avec des oiseaux sur les branches, des papillons +et des amours de carton voltigeant dans ce bocage ridicule; le _pouf à +la chancelière_, le _pouf à droite_, le _pouf à gauche_. + +[Illustration: Une impure, d'après Wille.] + +Le pouf au sentiment donne toute latitude possible aux combinaisons et à +l'étalage des affections et des goûts, ne voit-on pas la duchesse de +Chartres, mère du roi Louis-Philippe, porter sur son pouf un petit +musée de figurines: son fils aîné dans les bras de sa nourrice, un petit +nègre, un perroquet becquetant une cerise et des dessins exécutés avec +les cheveux de ses parents les plus chers. + +[Illustration: Toilette de Cour.] + +Après la coiffure jardin, on trouve la coiffure dite cascade de +Saint-Cloud, avec une cascade de boucles poudrées tombant du sommet de +la tête, la coiffure potager montrant quelques bottes de légumes +accrochées aux frisons, la coiffure agreste, les paysages montrant une +colline avec des moulins qui tournent, une prairie traversée par un +ruisseau argenté avec une bergère gardant ses moutons, des montagnes, +une forêt avec un chasseur et un chien faisant lever du gibier. + +Puis viennent la coiffure au Colysée, à la candeur, aux clochettes, au +mirliton,--la laitière, la baigneuse, la marmotte, la paysanne, le +fichu, l'orientale, la circassienne,--le casque à la Minerve, le +croissant, le bandeau d'amour,--le chapeau à l'énigme, au désir de +plaire, la calèche retroussée, l'économe du siècle, la Vénus pèlerine, +la baigneuse à la frivolité, etc., les frisures en sentiments soutenus +et en sentiments repliés... + +Les grandes coiffures d'apparat, fleuries, enguirlandées, empanachées, +immenses et très lourds échafaudages, tenaient une telle place que les +dames étaient forcées, dans les carosses où déjà elles avaient tant de +peine à caser leurs paniers, de tenir la tête penchée de côté ou même +de rester agenouillées. + +Des caricatures représentent les dames ainsi coiffées, dans des chaises +à porteurs dont le couvercle a été enlevé pour laisser passer le sommet, +blanc comme une Alpe, de la gigantesque coiffure. + +La plus étonnante de toutes ces grandes coiffures fut celle dite _à la +Belle-Poule_, en l'honneur de la victoire remportée en 1778, par la +frégate _la Belle-Poule_ sur le navire anglais _l'Aréthuse_. Sous la +masse des cheveux arrangés en grandes vagues, une frégate de belle +taille, avec tous ses mâts, ses vergues, ses canons et ses petits +matelots, naviguait toutes voiles dehors. Après avoir composé ce +chef-d'œuvre, Léonard ou Dagé pouvaient se pendre, ils ne trouveraient +jamais mieux. + +[Illustration: Coiffure à la Belle-Poule.] + +Ce fut donc vraiment jusqu'en 89, un défilé d'inventions ridicules sur +les têtes féminines. La plus haute donnait l'exemple. Hélas! elles +devaient expier! La tête avait péché, la tête paya. Et si la plus haute +tomba, ce fut justement par la faute de celui qui pendant les heureuses +années avait prodigué pour elle les inventions excentriques. + +[Illustration: PARISIENNES 1789.] + +Léonard, l'illustrissime coiffeur de la reine, était du voyage de +Varennes. En ces jours terribles, dans le grand naufrage de la +monarchie, que songe-t-on à sauver? L'indispensable Léonard! Et cette +faiblesse dernière tourna mal pour la pauvre reine, car ce serait, +dit-on, sur un renseignement erroné donné très innocemment par +Léonard parti en avant, à un détachement des troupes du marquis de +Bouillé, que le secours manqua à la famille royale arrêtée à Varennes. + +[Illustration: Grand Pouf.] + +... Quand l'élégante était coiffée, quand elle avait, en s'abritant la +figure dans un grand cornet de papier, été convenablement saupoudrée +d'une couche épaisse de poudre--mode étrange qui depuis le commencement +du siècle mettait la neige des ans sur tous les fronts, qui recouvrait +des mêmes frimas toutes les têtes masculines et féminines--quand elle +avait sur les joues une forte teinte de rouge, contrastant durement avec +le blanc de la chevelure,--le rouge c'est la loi et les prophètes, avait +dit Mme de Sévigné,--il n'y avait plus, pour que l'élégante fût +irrésistible, qu'à placer les mouches destinées à relever certains +détails de physionomie, à donner du piquant à l'expression. + +Ces mouches que les femmes s'étudiaient à placer de la façon la plus +avantageuse pour leur genre de beauté particulier, portaient suivant +leur place les noms amusants que voici: + +La _majestueuse_ se pose sur le front et _l'enjouée_ dans le coin de la +bouche; sur les lèvres des brunes, c'est _la friponne_; sur le nez +_l'effrontée_, légèrement comique; au milieu de la joue _la galante_, +près de l'œil cette mouche qui fait le regard à volonté languissant ou +passionné, c'est _l'assassine_, sans compter les fantaisies, les +mouches en croissant, en étoile, en comète, en cœur... + +Mais voici les derniers jours d'un monde qui va s'effondrer, d'une +société qui va disparaître dans une soudaine catastrophe. + +Dès 1785, l'ancien régime est atteint, la révolution est faite... dans +les toilettes! + +C'est une révolution complète, venue presque sans transition, le galant +costume XVIIIe siècle est abandonné pour une série d'inventions +nouvelles donnant des lignes tout à fait différentes. + +Adieu paniers, vendanges sont faites. Les immenses paniers sont décédés, +on a commencé par les remplacer par les paniers dits _à coude_, +consistant en un simple renflement sur lequel on pouvait appuyer les +coudes et par deux petits jupons rembourrés appelés _bêtises_ portés sur +les côtés et par un troisième placé tout à fait derrière et très crûment +dénommé. Puis on les a rejetés complètement, et les femmes en jupes +presque plates se sont acheminées peu à peu vers la robe fourreau et le +trop _simple appareil_ de la Révolution. + +[Illustration: Coiffure d'intérieur.] + +Marie-Antoinette fermière de Trianon, amène un peu de paysannerie dans +les modes, de la paysannerie d'opéra-comique, de la bergerie à la +Florian ou au Devin du Village. On voit apparaître les chapeaux de +paille, les tabliers, les caracos, les casaquins. + + +Léonard régnant sur les têtes et les gouvernant à sa fantaisie, pour le +reste, l'arbitre du goût à la cour de Marie-Antoinette, c'est Mlle Rose +Bertin, la grande marchande de modes de la reine, celle qu'on appelle +_son ministre des modes_. + +[Illustration: Grand Chapeau.] + +Rose Bertin ordonne et décrète, elle invente et elle compose, les femmes +crient merveille à tout ce qui sort de ses mains, et les maris se +plaignent de l'immensité de ses mémoires... comme toujours. + +Vers 1780, la mode tourne et cherche des façons de robes nouvelles. On +invente les robes polonaises et les robes circassiennes qui n'ont rien +de polonais ni de circassien, des robes courtes d'abord, avec des +relevés sur des paniers, puis de longues robes de dessus flottantes. + +La tendance aux modes négligées va bientôt s'accentuant, on voit +paraître les robes lévites qui sont l'occasion d'un scandale au jardin +du Luxembourg; une comtesse se promène avec une lévite _à queue de +singe_, c'est-à-dire à queue bizarrement coupée et tortillée, elle est +suivie par une foule moqueuse, et il faut pour la dégager faire avancer +la garde. + +Après les _lévites_ viennent les robes _négligentes_ et +_demi-négligentes_, les robes _en chemise_, les _baigneuses_ et les +_déshabillés_. + +Pour ces toilettes déjà si singulièrement baptisées, les couleurs à la +mode sont: + +Couleurs _queue de serin_, _cuisse de nymphe émue_, _carmélite_. + +Couleurs _au Dauphin_. + +Couleurs de _gens nouvellement arrivés_. + +Couleurs _vive Bergère_ et _Vert pomme_. + +Couleur _soupir étouffé_. + +[Illustration: Robe lévite.] + +Une puce s'étant égarée à la cour,--la garde qui veille à la porte du +Louvre n'en préserve pas l'épiderme des reines,--on a la série des +couleurs _puce_: _Ventre de puce_, _dos de puce_, _cuisse de puce_, +_vieille puce_, _jeune puce_, etc. + +Ces couleurs puce font soudainement place à une autre couleur également +née à la cour et plus gracieusement dénommée; c'est la couleur _cheveu +de la Reine_, appellation trouvée par le comte d'Artois. Immédiatement +toutes les étoffes doivent être couleur _cheveu de la Reine_. + +L'amazone, le costume féminin pour la promenade à cheval n'était pas au +XVIIIe siècle l'uniforme noir et lugubre infligé par le goût moderne +avec l'affreux chapeau de haute forme pour complément et aggravation, +aux élégantes de nos jours. + +Moreau le jeune qui, dans la suite d'estampes du _Monument du costume_, +a fait passer toute la belle société de son temps, vue au milieu de ses +fêtes, de ses cérémonies et de ses plaisirs, au salon et au boudoir, au +château, à la Cour, à l'Opéra et au bois de Boulogne, a dessiné les +élégantes de 1780, en tenue de cheval, avec les longues jupes et les +ceintures, les redingotes anglaises ou les petites vestes, les grands +chapeaux à plumes ombrageant les catogans poudrés. + +[Illustration: PROMENADE PARISIENNE 1790.] + +Elles étaient charmantes, et multicolores et variées, ces amazones +XVIIIe siècle, et certes, la foule dans l'avenue des Champs-Elysées ne +présentait pas alors le sombre aspect qu'elle garde aujourd'hui, même +aux plus beaux jours de printemps. + +[Illustration: Amazone d'après Moreau le Jeune.] + +Les dernières années de la monarchie voient, comme une revanche de la +guerre d'Amérique, l'invasion des modes britanniques. Les formes sont +bien nouvelles et tranchent complètement dans l'ensemble comme dans tous +les détails des modes précédentes. + +La toilette a des airs sans façon ou un cachet anglais tout à fait +nouveau régime. On porte des vestes, des corsages à basques ouvrant sur +des gilets, des fracs à gros boutons ou à lacets, et des redingotes à +grands revers et triples collets, serrées à la taille et tombant très +bas par derrière. Les boutons énormes et voyants de ces vestes et de ces +redingotes sont en métal de toutes les formes possibles et quelquefois +illustrés de peintures; il en existe de curieux échantillons dans les +collections. + +Les élégantes, comme les hommes à la mode, portent deux montres avec +deux longues breloques tombant du gilet, elles ont des gilets, des +cravates, des catogans et des cadenettes comme les hommes, elles portent +de grandes cannes comme les hommes. Il est vrai que les hommes prennent +bien le gros manchon à l'occasion. + +[Illustration: Modes anglaises.] + +Et des fichus!... Toutes les femmes en portent avec toutes les +toilettes, d'immenses fichus faisant au-dessus de la taille très longue +et horriblement serrée, un gonflement de poitrine invraisemblable. + +Ces toilettes arborent toutes les couleurs de l'arc-en-ciel les plus +fraîches et les plus vives ou les plus bizarres; ce sont des satins, des +taffetas, des draps citron, rose, vert pomme, jaune serin, des +gourgourans changeants, des mousselines de tous les tons, unies ou +rayées. Les rayures ont un immense succès en 1787 sur le dos des +élégantes et sur celui des élégants. Pendant l'été de cette année-là, +hommes, femmes et enfants, tout le monde est en toilettes rayées. + +La coiffure aussi est révolutionnée, c'est déjà la coiffure comme le +XIXe siècle va la comprendre, c'est la naissance du chapeau moderne. + +Les femmes sont toujours poudrées, elles ont toujours sur la tête une +immense quantité de cheveux arrangés en énormes perruques floconnantes +autour de la figure, dans le genre de la perruque masculine, avec de +grandes boucles tombant de chaque côté du corsage et dans le dos, ou, +comme les hommes, un gros catogan par derrière. + +[Illustration: Chapeau bonnette.] + +Les chapeaux sont de formes et de dimensions extraordinaires; bords +immenses, fonds énormes avec d'extravagantes accumulations de +garnitures. On ne se met plus une frégate, toutes voiles dehors, sur la +tête, mais on se coiffe d'une espèce de galiote renversée, mise de +travers et assez large pour servir de parapluie à l'occasion. On porte +le chapeau _bonnette_ et le _demi-bonnette_, un peu moins large mais +aussi haut, garni de nœuds de rubans, de ruchés et de bouquets de +plumes de coq, le chapeau _turban_, haut bonnet de janissaire rayé, +avec écharpe de gaze et panache de plumes, le chapeau _à la Caisse +d'escompte_, c'est-à-dire sans fonds, en panier percé comme cette +caisse, le chapeau _Cardinal sur la paille_ après l'affaire du Collier, +chapeau en paille bordé d'un ruban rouge cardinal, le grandissime +chapeau à la Tarare, le chapeau à la Basile inventé après le grand +succès de Beaumarchais avec bien d'autres modes à la Figaro, le chapeau +à la veuve du Malabar, les bonnets à la Montgolfier, au Globe fixé, au +ballon, au moment des premières expériences aérostatiques, puis le +bonnet aux trois ordres qui commence à la réunion des États généraux le +grand défilé des modes révolutionnaires... + +[Illustration: Le chapeau turban.] + +Mais dans ce dix-huitième siècle qui va finir si lugubrement, à côté des +belles de la cour et de la ville, des dames plus ou moins grandes, car +il y a déjà le demi-monde, les danseuses illustres et les courtisanes +célèbres, à côté des reines de la mode qui vont à Longchamps +accompagnées d'un heiduque à turban pour porter leur parasol, précédées +d'un coureur en maillot et bonnet à plume, la grande canne à la main, à +côté des élégantes empanachées qui suivent toutes les fantaisies de la +capricieuse fée aux chiffons, il y a les adorables petites bourgeoises +que l'on retrouve dans les vieux portraits et dans les petits mémoires, +charmantes et tendres figures qui ne s'entourent pas, comme les autres, +du même nuage de plumes et de dentelles, qui restent dans une note plus +discrète, suivant la mode un peu de côté et conservant mieux les +vieilles traditions et les vieux atours. + +A elles les jolies petites coiffes si différentes des pyramides de +cheveux et de colifichets à la Léonard, ces coiffes bien plus seyantes +que l'on recouvre, pour sortir, d'un capuchon retenu par un fil de +laiton, à elles les robes de coupe plus modeste et les petits paniers +moins surchargés que les paniers à falbalas de vingt pieds de +circonférence. + +Jolies petites bourgeoises qui ont conservé dans un siècle licencieux +l'honnêteté des bonnes vieilles mœurs, existences plus calmes se +déroulant dans un cercle étroit d'occupations familiales et de plaisirs +simples, allant tout doucement du sermon du dimanche à la paroisse,--aux +réunions sans façon et aux bonnes parties champêtres. + +[Illustration: MERVEILLEUSE EN TUNIQUE A LA GRECQUE.] + +C'est un monde qui s'en va finir aussi, dans la grande fusion et +confusion des classes, au fond de la chaudière révolutionnaire, dans la +révolution politique et ensuite dans la révolution industrielle et +scientifique, bouleversement énorme qui aboutira pour tous à la vie +fiévreuse et haletante de notre siècle. + +En attendant, sans se douter des temps difficiles qu'il va falloir +passer, sans voir l'effrayant nuage de sang qui monte à l'horizon, la +petite bourgeoise gaie et insouciante dans son petit salon blanc, +fredonne à son clavecin quelque joli petit air bien tendre, et bien +différent de nos compliqués logarithmes musicaux. + + Plaisir d'amour ne dure qu'un moment, + Chagrin d'amour dure toute la vie. + +[Illustration: 1789.] + + + + +[Illustration: Le bonnet Charlotte Corday.] + +X + +LA RÉVOLUTION ET L'EMPIRE + +Modes dites à la Bastille.--Modes révolutionnaires.--Notre-Dame de + Thermidor.--Incroyables et merveilleuses.--L'antiquité à Paris. + --Athéniennes et Romaines.--Une livre de vêtements.--Tuniques + diaphanes.--Maillots, bracelets et cothurnes.--Le réticule ou + ridicule.--Le bal des Victimes.--Perruques blondes et oreilles de + chien.--A la Titus.--Les robes-fourreau.--Petits bonnets et + Chapeaux-Shakos.--Les turbans. + + +L'ouragan qui devait pendant vingt-cinq ans rouler comme un cyclone sur +notre vieille Europe, souffle déjà sur Paris où il s'est formé. Il +bouscule, il abat, il broie. Comme un château de cartes ou une Bastille, +la monarchie séculaire va s'écrouler sur les décombres de la vieille +société. + +Et pendant ce temps, pendant que l'émeute ensanglante la rue fiévreuse, +que les tueurs promènent de pâles têtes coupées fichées au bout des +piques, pendant qu'à l'Assemblée ou à la Commune, les nouveaux maîtres +de la France décident tumultueusement du sort des millions d'hommes que +la guerre va jeter les uns sur les autres, pendant que déjà, dans l'aube +sinistre, se dresse sur son peuple, toute rouge, ses deux bras levés +tenant le glaive, la nouvelle reine, la Guillotine,--la mode +imperturbable songe à des combinaisons nouvelles, elle modifie des +jupes, elle arrange des corsages, elle chiffonne des rubans d'une façon +inédite, elle a les inventions les plus fraîches et les plus charmantes, +elle lance des toilettes idylliques d'une exquise nouveauté; à une +nation nouvelle ne faut-il pas des costumes nouveaux? + +Le mouvement commencé dès les dernières années tranquilles de Louis +XVI, s'accélère et s'accentue. La mode est sur une voie nouvelle, et peu +à peu disparaissent tous les caractères du costume d'antan, de l'ancien +régime, comme on dit. + +Dans la fameuse estampe de Debucourt, _la Promenade publique_, donnant +la vision multicolore d'une foule élégante des premières années de la +Révolution, dans cette charmante réunion de petites maîtresses et de +muscadins qui ne semblent guère songer au grand drame, que reste-t-il +des costumes et des modes du siècle? De la poudre, quelques tricornes +sur des têtes de vieux bourgeois retardataires et c'est tout. + +Les femmes ont un aspect tout à fait nouveau. Les modes anglaises ont +prédominé d'abord, c'est-à-dire les vestes et les redingotes d'amazones, +puis les robes se sont simplifiées comme façon et comme étoffes. + +[Illustration: Oreilles de chien.] + +Les temps deviennent durs, adieu les riches tissus, les soies et les +satins, adieu les falbalas coûteux de jadis! La toile de Jouy, +l'indienne et le linon remplacent la soie et les couturières s'en +tiennent aux formes droites avec très peu d'ornements et d'accessoires. +On voit des corsages de linon forme chemise laissant les bras nus à +partir du coude, des jupes toutes simples, presque plates, qui se +portent avec des ceintures à longs rubans flottants. Pour relever cette +extrême simplicité on a les rubans aux couleurs nationales, les trophées +et les attributs révolutionnaires imprimés sur l'étoffe ou quelque +maigre ruché ajouté au bas des jupes. + +On continue à porter beaucoup de fichus de mousseline, et, pour les +grandes occasions, la toilette se complète avec des bouquets de fleurs +tricolores portés à gauche sur le cœur, des bijoux patriotiques, +médaillons de cou, boucles de ceintures, d'acier ou de cuivre, cocardes, +boucles d'oreilles, boutons à la Bastille, au Tiers-Etat, à la +constitution, etc. Pendant un temps tout est _à la Bastille_, jusqu'aux +chapeaux. + +Les grands chapeaux, en cône démesuré, à très larges bords et surchargés +de rubans, après avoir essayé de tenir quelque temps, ont disparu; il +n'y a bientôt plus que des bonnets, des bonnets à grande coiffe +bouillonnée enrubannés aussi, des bonnets ressemblant quelque peu à des +coiffures du pays de Caux, et surtout des bonnets dits à la paysanne ou +à la laitière, la jolie coiffe à grandes barbes de dentelle que nous +appelons aujourd'hui bonnet Charlotte Corday, piquée d'une large cocarde +tricolore. + +Presque plus de poudre blanche,--on va en consommer tant de noire--on +porte tous ses cheveux au naturel, avec un peu de supplément aussi car +la vogue des perruques blondes commence. + +[Illustration: Le chapeau Hussard.] + +Mais bientôt la tempête se déchaîne tout à fait, c'est la Terreur. +Peut-il être encore question de frivolités luxueuses et de modes? Les +rangs des élégantes s'éclaircissent, elles sont à l'Abbaye, à la Force, +dans cent prisons, ou à Coblentz,--elles se cachent ou elles sont +mortes. + +L'extrême simplicité que chacun affecte dans sa mise par prudence ou +garde par découragement, ne suffit pas toujours à préserver de ce titre +de suspect ou de suspecte qui donne des droits immédiats à l'échafaud. + +Talleyrand a dit qu'ils ne connaissaient pas la douceur de vivre, +ceux-là qui n'avaient pas vécu dans la vieille société d'autrefois. En +93, le problème est de vivre, n'importe comment, caché dans un trou de +souris, s'il le faut. La Loi sous ce doux règne de Liberté, ordonne que +dans chaque maison une pancarte placardée porte les noms et prénoms de +tous les habitants et même l'âge, dure contrainte. Que de braves gens +qui ont connu des jours heureux et brillants essayent dans quelque rue +tranquille, au fond d'un appartement silencieux, d'oublier l'orage qui +gronde et le tumulte des rues et les horribles clameurs des clubs et des +journaux. + +[Illustration: MERVEILLEUSE DU DIRECTOIRE.] + +Cependant un petit groupe s'obstine à tenir haut et ferme devant les +sans-culottes le drapeau de l'élégance; des vaillants et des vaillantes +montrent encore au Palais-Royal, sur les boulevards, aux promenades, +dans les théâtres qui persistent à jouer, des toilettes élégantes et +bravent les citoyens en carmagnole et bonnet rouge, et les mégères +tricoteuses de la guillotine, mais à quels risques! + +La mode n'ose plus lutter, la pauvrette a caché sa tête sous son aile et +regarde éperdument le ciel, espérant toujours quelque éclaircie. + +La guillotine fonctionne toujours, s'interrompant seulement de temps à +autre pour quelque fête idyllique, fête de l'Être suprême, fête de +l'agriculture ou de la vieillesse, avec théories de jeunes filles en +blanc, déesses de la Liberté, chœur d'adolescents et de vieillards; +pastorales charmantes, spectacles qui émeuvent doucement le cœur du bon +Marat et du sensible Robespierre. On a jeté du sable sur le sang, le +lendemain le ruisseau rouge recommence à couler. + +9 thermidor! Pour les beaux yeux de la citoyenne Thérèse Cabarrus, astre +qui va se lever, Tallien a bravé la mort suspendue sur toutes les têtes. +Il a jeté bas Robespierre et l'a poussé à son tour dans les bras +impassibles de la déesse Guillotine! + +Mme Tallien devient Notre-Dame de Thermidor, celle qui sauve par la +souveraine puissance de la beauté! + +Un immense soupir de soulagement passa sur la France et immédiatement +les élégances comprimées et terrorisées sortirent de terre, avec le +luxe, avec la frivolité, la folie même, avec la joie, le rire, dont on +semblait avoir un besoin furieux après tant de sang et tant de larmes. + +Les incroyables et les merveilleuses qui s'étaient déjà montrés avant la +Terreur remplissent soudain les promenades et les boulevards, et la +mode, à qui le régime de Robespierre a sans doute tourné la tête, toute +pâle encore de son émotion, se livre tout de suite à mille +extravagances. + +Tandis que les incroyables si bien nommés, les muscadins de la jeunesse +dorée, avec leurs habits à grands collets, leurs immenses cravates et +leurs gourdins si nécessaires contre les Jacobins et les sectionnaires +terroristes, cherchaient leurs inspirations dans l'imitation des modes +anglaises, les merveilleuses se vouaient toutes à l'antiquité. Pendant +quelques années, plus de Parisiennes, rien que des Grecques et des +Romaines. + +Robes étroites sans taille, simples fourreaux serrés sur le sein même +par une ceinture, courts par devant pour laisser voir le pied, un peu +traînants par derrière, tel est le vêtement des merveilleuses. On ne +connaît plus que l'antiquité. C'est un recommencement. + +Dans ce passage sombre de la Terreur on a oublié la pudeur. Ces robes à +l'athénienne ne sont que de simples deuxièmes chemises,--ce qui pourrait +passer, n'étaient les bijoux, pour un symbole de la pauvreté de ces +temps de ruine où le louis d'or valait huit cents livres en +assignats,--ce sont des tuniques d'un linon transparent, qui plaquent +sur le corps de la femme au moindre mouvement. + +De plus les tuniques diaphanes des grandes élégantes ne sont-elles pas +fendues sur les côtés à partir des hanches. + +Notre Dame de Thermidor, Thérèse Cabarrus devenue la citoyenne Tallien, +est la Reine de la Mode, elle se montre à Frascati, ainsi vêtue ou +plutôt dévêtue, sa robe à l'athénienne fendue latéralement laissant voir +ses jambes dans un maillot couleur chair, avec des cercles d'or à la +place des jarretières et des cothurnes à l'antique et des bagues à +chaque doigt de ses pieds de statue. + +Dans les salons, dans les jardins d'été, aux promenades, ce ne sont plus +que robes à l'antique ouvertes en haut comme en bas, portées avec +chemises à la _carthaginoise_ ou même sans chemise du tout, sandales et +cothurnes attachés par des bandelettes rouges, cercles d'or enrichis de +pierres précieuses, arrangements de tuniques et peplums, +corsets-ceintures hauts de deux doigts seulement sous le sein et ornés +de brillants. + +Les robes en voltigeant laissent voir les jambes ou même, quand elles ne +sont pas ouvertes sur le côté, se relèvent au-dessus du genou au moyen +d'un camée en agrafe et montrent franchement la jambe gauche. + +Très peu de manches, un simple bourrelet à l'épaule, ou même pas de +manches du tout; des camées rattachent les épaulettes de la robe, des +bracelets nombreux habillent le bras. + +[Illustration: Merveilleuse.] + +Comme il était impossible d'adapter des poches à ces tuniques si +légères, à ces voiles si minces, les dames avaient adopté l'usage de la +_balantine_ ou du _réticule_, nom ancien que l'on prononça tout de suite +_ridicule_--d'un petit sac orné de paillettes ou de broderie, ayant +surtout la forme d'une petite sabretache de hussard, qu'elles portaient +à la main pour mettre leur bourse ou leur mouchoir. + +Le bibliophile Jacob raconte que dans un salon de la Mode sous le +Directoire, comme on se pâmait d'admiration devant un de ces costumes +d'un goût si réellement antique qu'il n'y avait plus rien au delà, sinon +les modes du Paradis terrestre, la merveilleuse qui le portait paria +qu'il ne pesait pas deux livres. La preuve fut faite, la dame passa dans +un petit boudoir et son costume tout entier, pesé avec les bijoux, ne +dépassa pas de beaucoup le poids d'une livre. + +Cette dame vêtue à l'athénienne pouvait se croire même très habillée, +car d'autres trouvèrent le moyen de l'être encore moins et poussèrent +l'audace jusqu'à oser s'exhiber, ce qui est le mot, dans le costume dit +à la _Sauvagesse_. Ce costume à la _sauvagesse_ était encore plus simple +puisqu'il ne se composait que d'une chemise de gaze et d'un +pantalon-maillot rose orné de cerclés d'or. + +Des femmes se promenèrent aux Champs-Elysées dans des fourreaux d'une +transparence presque absolue, ou même avec les seins complètement nus, +et ces femmes n'étaient nullement des hétaïres quelconques, mais des +femmes du monde officiel d'alors, des amies de Joséphine de Beauharnais! + +Inconscience plutôt qu'impudeur, accès de folie, le délire des plaisirs +après la folie furieuse et le délire du sang! + +Ces merveilleuses qui avaient bravé la guillotine bravaient la maladie. +Pleurésies et fluxions de poitrine frappaient pourtant ces folles +élégantes au sortir des bals et des salons, quand après la danse elles +partaient à peine couvertes dans le froid de la nuit, par-dessus leur +quasi-nudité, d'un mince fichu ou d'un schall large comme une écharpe. + +Ces merveilleuses demi-nues qui prenaient leurs modes à Athènes +copiaient aussi leurs coiffures sur celles des statues grecques et +portaient les cheveux frisottés dans un réseau, les tresses et les +nattes piquées de bijoux. Mais la vogue fut surtout pour les perruques +blondes. Mme Tallien en avait jusqu'à trente, de toutes les nuances du +blond. Ces perruques blondes, légèrement poudrées, les Jacobins les +avaient abhorrées et proscrites; après thermidor elles triomphaient et +devenaient le symbole de sentiments contre-révolutionnaires. + +Les coiffures _à la victime_ ou _à la sacrifiée_ eurent aussi leur temps +de succès, on relevait les cheveux par derrière et on les ramenait en +mèches folles sur le front; cette coiffure de guillotine, complétée par +un terrifiant ruban rouge autour du cou, par un châle également rouge +jeté sur les épaules, était indispensable pour se rendre au fameux et +macabre _Bal des Victimes_, dont l'entrée n'était permise qu'aux +danseurs ou aux danseuses pouvant justifier d'un ascendant ou de +quelques proches parents morts sur les échafauds de la Terreur. + +[Illustration: PREMIER EMPIRE.] + +Paole d'honneu victimée, ces dames sont déliantes! disent les +incroyables à chaque nouvelle invention plus délicieuse et plus antique +des couturières à la mode, Mme Nancy et Mme Raimbaut, qui sont des +modistes très érudites et très artistes, qui se font aider par les +sculpteurs pour trouver des manières de se draper toujours plus +grecques et des plis encore plus romains. + +[Illustration: Coiffure à la Titus.] + +Les modes romaines un peu moins légères ont été adoptées par les dames +que la trop grande transparence des tuniques à la Flore ou à la Diane +effraie un peu. + +Les robes à la romaine sont portées par les dames du monde officiel qui +se croient tenues à un peu de réserve, mais les deux mondes fusionnent. +Athéniennes légères et frivoles, débris de l'ancienne société et +parvenus de la nouvelle, fournisseurs des armées ou spéculateurs +subitement enrichis, muscadins et muscadines, victimes et bourreaux, +jeunesse dorée, armée, politique, finances, tout cela forme, après la +grande secousse, le plus incroyable des mélanges, et tout cela, malgré +les misères présentes, l'avenir incertain, s'agite dans l'épanouissement +du bonheur de vivre après la grande tuerie. + +Soudain la mode a décrété la fin des perruques blondes et la coiffure à +la Titus obligatoire pour toutes les élégantes; les belles du Directoire +rejettent ces épaisses perruques et sacrifient aussi leur chevelure +personnelle. Presque plus de cheveux ou le moins possible! + +«La coiffure à la Titus, dit la Mésangère dans le _Bon Genre_, moniteur +officiel de la mode, consiste à se faire couper les cheveux près de la +racine pour rendre à la tige sa raideur naturelle qui la fait croître +dans une direction perpendiculaire.» Merveilleuses et muscadins sont +tous coiffés à la Titus, tous tondus avec quelques mèches très longues +en désordre sur le front. + +Il y a encore un autre type de Merveilleuse du Directoire, c'est la +Merveilleuse à la Carle Vernet, légèrement vêtue encore, se serrant dans +un mince jupon plaquant de couleur _fifi pâle effarouché_, mais portant +au-dessus d'un corsage si petit qu'il est invisible, au-dessus des seins +nus, le cou engoncé dans les plis et replis d'une formidable cravate, +tout comme son pendant l'élégant Muscadin, et sous son grand chapeau à +plumes, la figure encadrée comme la sienne de longues mèches pendantes +en oreilles de chien. + +C'est ainsi qu'à l'aurore de notre siècle sont habillées et coiffées les +élégantes. Pendant le Consulat et les premières années de l'Empire, +elles vont rester les Merveilleuses, un peu,--oh, pas beaucoup,--plus +vêtues que sous le Directoire. + +[Illustration: Sous le Consulat.] + +Ce sont toujours les mêmes robes, souvent transparentes, le décolletage +règne souverainement malgré les saisons. Les femmes d'alors vont +poitrine décolletée et bras nus dans la rue comme celles d'aujourd'hui +au bal. C'est leur champ de bataille. Pour lutter contre le froid elles +ont les écharpes, les châles,--le commencement des fameux cachemires +qui jouent un si grand rôle dans la première moitié de notre siècle. On +a inventé des vêtements particuliers, comme la petite veste de hussard +qui vers l'an VIII se passe par-dessus le corsage décolleté et encadre +les épaules de sa fourrure, ou le spencer, autre veste bien moins +gracieuse. + +Les célèbres portraits de Joséphine de Beauharnais par David, et de Mme +Récamier par Gérard, allongées sur des lits de repos à l'antique, nous +montrent deux belles Romaines du temps des empereurs, plutôt que des +Françaises d'il n'y a pas cent ans. Elles étaient pourtant habillées +ainsi, les élégantes des salons du Directoire, les belles Parisiennes +qui faisaient cercle autour de Garat chantant ses romances, ou qui +dansaient avec le beau Trénitz la gavotte ou la «_walse_» alors dans +toute sa nouveauté. + +Voilà que les coiffures à la Titus ne sont plus de mode en 1803 ou 1804, +c'est vieux, c'est province. Et les cheveux qui ne se sont pas empressés +de repousser immédiatement après le changement de goût! Les dames +regrettent leurs belles tresses blondes, brunes ou rousses et sont bien +forcées de recourir aux tours de tête et aux postiches pour montrer de +nouveau de grandes boucles ou pour s'arranger des grands chignons +étrusques avec nattes enroulées. + +C'est un vilain moment qui commence pour le costume féminin, il semble +que la mode, conquise elle aussi, ait gardé toute son imagination +gracieuse pour habiller magnifiquement, arranger, soutacher, broder, +passementer, empanacher, dorer les innombrables escadrons que S. M. +l'Empereur et Roi allait faire galoper et tournoyer d'un bout de +l'Europe à l'autre, les superbes sabreurs lancés sur les canons et les +baïonnettes de tous les peuples réunis. + +Salons de Frascati, jardins de Tivoli qui avez vu défiler les belles du +Directoire si hardiment déshabillées dans leurs tuniques flottantes et +transparentes, dans leurs fantaisies athéniennes si osées, que +dites-vous des toilettes que vous voyez porter aujourd'hui à ces mêmes +femmes ou à leurs sœurs cadettes, que pensez-vous de ces sacs +disgracieux qu'elles appellent des robes, de ces fourreaux ridicules, de +ces chapeaux en abat-jour, de ces visières en capote de cabriolet? + +Les modes masculines ne sont pas plus jolies. Que ceux qui ne veulent +pas consentir à les porter s'engagent dans les hussards! Les costumes +des hommes sont laids déjà, comme ils vont l'être de plus en plus dans +le courant du siècle. + +Mais les femmes! voici une élégante de 1810: + +[Illustration: Commencement du XIXe siècle.] + +La jupe d'abord,--il y a si peu de corsage que la jupe est à peu près +tout le costume,--la jupe de percale ou d'étoffe assez commune commence +sous les bras et tombe d'une façon inélégante jusqu'au bout des pieds, +ou bien s'arrête assez haut au-dessus des bottines. Quelques plissés, +quatre ou cinq rangs de garnitures découpées en dents de scie, quelques +volants étagés ornent assez gauchement le bas de ces jupes. + +Presque pas de corsage, la ceinture bride le sein; la robe n'a pas de +manches, les bras sont nus sauf deux gros bourrelets aux épaules, les +épaules sont décolletées. On porte des canezous brodés ou bien de +grandes collerettes à plusieurs rangées de plis tuyautés. C'est la seule +chose assez gracieuse de la toilette, encore arrange-t-on souvent ces +collerettes d'une assez lourde façon, pour engoncer plutôt que pour +orner. + +[Illustration: PARISIENNE DE 1810.] + +Quant aux chapeaux, ils sont bien souvent ridicules. Comme toutes les +idées sont tournées vers l'armée et la guerre, les dames, sur ces +toilettes assez baroques, arborent quelquefois des espèces de casques +empanachés et enguirlandés, de grands chapeaux en forme de shakos; on +voit même de vrais casques, dits à la _Clorinde_ qui ont l'intention de +rappeler les casques des chevaliers des Croisades. + +[Illustration: Attendant les Vainqueurs.] + +Un moment la mode est aux petits bonnets, des petits serre-têtes +d'enfants ornés de dentelles qui donnent aux dames des airs naïvement +enfantins, mais le triomphe de l'époque ce sont les grands chapeaux +cabriolets, les capotes énormes qui s'allongent démesurément en avant de +la figure enfoncée et dissimulée au plus profond de l'armature. +Quelquefois ces capotes en cabriolet se compliquent d'un grand tube de +haute forme, plus haut que le plus haut de tous les shakos des armées de +sa Majesté. + +[Illustration: Grand chapeau Empire.] + +Et pour qu'elles trouvent le moyen d'être gracieuses quand même +là-dessous et d'être adorées par tous les étincelants officiers qui s'en +viennent, entre deux victorieuses campagnes, brûler rapidement leurs +cœurs à la flamme de leurs yeux, il faut que les femmes soient vraiment +jolies. + +Pour les bals et soirées, dans les salons où papillonnent les beaux +officiers à côté des civils rejetés dans l'ombre, les femmes qui n'ont +pas les allures triomphantes des Merveilleuses de la période précédente, +mais qui au contraire, sous le regard des guerriers empanachés, prennent +des allures de colombes timides, les belles ont des jupes extrêmement +courtes ornées de bouquets de fleurs et laissant voir le bas de la jambe +et le cothurne, non plus le cothurne antique de la belle Tallien, mais +un cothurne soulier, attaché aussi par des cordons sur la cheville. + +Ces belles de l'Empire, ces rêveuses Malvinas en robes sacs, qui songent +aux beaux guerriers chargeant là-bas de l'autre côté du Rhin, se +coiffent avec leurs tresses massées en casques, ou bien à la Chinoise, +tous les cheveux tirés en l'air. + +Les beautés sérieuses prennent le turban des Turcs. On connaît le +célèbre portrait de Mme de Stael enturbannée, les salons se remplissent +ainsi d'odalisques parisiennes et l'on trouve leur coiffure charmante. +Après cela, qu'est-ce qu'une jolie figure et des yeux vifs ou +langoureux ne sauraient faire passer? + +[Illustration: Robe orientale et Turban.] + +Ces turbans prennent vite des proportions énormes et se surchargent de +gazes, d'écharpes de couleurs variées et de plumes, ils deviennent sous +la Restauration l'apanage des dames mûres, des mamans et belles mamans, +et leur font ces figures d'un comique extravagant que nous ne pouvons +regarder sans rire dans les gravures du temps. + +[Illustration: Chapeau Empire.] + +Que dire aussi des spencers qui donnent un aspect si étriqué à ces +toilettes déjà peu jolies de lignes, des lourds carricks, des redingotes +fourrées et des Vitchouras? Les fourrures sont très à la mode, on porte +astrakan, martre ou zibeline en vêtements de toutes sortes et en +pelisses de toutes tailles. + +Tout ce monde si bizarrement habillé, toutes ces femmes dont les +costumes semblent séparés par des siècles des toilettes du XVIIIe +siècle, des falbalas qu'ont portés leurs mères, s'agitent dans un décor +également bien différent de celui qu'inventèrent les artistes et les +peintres rococo. + +Sommes-nous en France ou en Grèce, ou en Egypte, en Etrurie ou à +Palmyre? Dans quel siècle vivons-nous, le XIXe après l'ère chrétienne ou +avant? Ce décor antique donné tout à coup à la vie, date du Directoire, +ce sont les architectes retour de Rome, Percier et Fontaine, qui l'ont +implanté dans Paris et des hôtels des personnalités à la mode, il a +passé bien vite dans les maisons de la classe bourgeoise. + +On s'habillait à la grecque et à la romaine, avant Percier et Fontaine, +le costume avait donc précédé l'architecture et influé sur la création +d'un style. + +Est-il rien de plus élégant qu'un salon qui ressemble à un temple grec +ou qui figure un intérieur de tombeau étrusque? Garnitures de cheminée +de style funéraire, trépieds imités de Pompéï, chaises curules, +fauteuils incommodes mais ornés de lions, de cygnes, de cornes +d'abondance, lits gardés par des sphinx, commodes chargées de glaives, +somnos en forme de cippe funéraire ou d'autel, tables de nuit +pompéïennes, etc. Partout des lignes rigides, des ornements froids, +partout des palmettes, des entrelacs étrusques ou grecs, voire même des +motifs égyptiens, quand l'expédition d'Egypte mit la terre des Pharaons +à la mode. + +Il fallait avoir dans l'esprit de considérables ressources de gaîté +intérieure pour trouver la vie agréable parmi ces formes raides et +dures, dans ce cadre sévère, solennel et antique, distillant une +maussaderie et un ennui très modernes. + +[Illustration: Coiffure Empire.] + + + + +[Illustration: Chapeau 1814.] + +XI + +LA RESTAURATION + +ET LA MONARCHIE DE JUILLET + +Manches bouffantes, manches à gigot.--Les collerettes.--Modes à la girafe. + --Les coiffures et les grands chapeaux.--1830.--Epanouissement des modes + romantiques.--Les derniers bonnets.--1840. Chastes bandeaux.--Modes + Juste-milieu. + + +Sous la Restauration, d'année en année, les très laides et inélégantes +modes de l'Empire s'améliorent et prennent un peu de grâce. Probablement +la mode a cessé de consacrer toutes ses pensées et toutes les +ressources de son génie aux beaux houzards et aux brillants aides de +camp des armées françaises. Le goût féminin renaît. + +[Illustration: PARISIENNE 1814.] + +Les costumes vont gagner tous les jours, perdre de leur raideur et leur +indécision, prendre de l'ampleur ici, s'alléger là, et dès 1825, devenir +pour une dizaine d'années, tout à fait charmants. + +Une grâce aimable et distinguée, une exquise originalité, une élégance +souple et naturelle, de belles ondulations de jupes, des coiffures +extrêmement seyantes, très trouvées, les modes de ce temps-là sont +vraiment délicieuses, et la femme de 1830 a droit à une belle place de +choix dans les évocations des élégances d'antan, parmi les plus +charmantes figures du passé. + +Plus tard, quand notre pauvre XIXe siècle aura glissé avec les autres +dans le gouffre qu'il peut, hélas, entrevoir déjà, quand les belles +d'aujourd'hui seront à leur tour devenues des aïeules, lorsqu'on songera +à se figurer les femmes de notre siècle, c'est avec les toilettes de +1830, pour la première moitié, et de... mettons 90... pour la seconde +moitié, qu'on se les représentera. + +C'est la bonne époque, les dessins et peintures d'alors, des Devéria, +Gavarni et autres, sont là pour témoigner de la grâce des toilettes +portées par les femmes de 1825 à 1835, de la seconde période de la +Restauration aux premiers temps de la monarchie de Juillet, pendant le +grand renouveau des idées et des arts. + +Ah! celles-ci, nous les avons connues, elles nous intéressent plus que +toutes, ce ne sont pas des figures vagues, estompées dans le recul des +siècles! Nous les avons connues..., devenues de bonnes et charmantes +vieilles, au visage encore encadré de boucles comme aux jours +d'autrefois, mais de boucles blanches, avec des lunettes sur ces yeux +jadis, paraît-il, vifs et rieurs... + +Après la chute de l'Empire, l'anglomanie domine pendant quelques années +dans les toilettes, et aussi un peu de cosaquomanie; les modes +parisiennes sont des imitations des modes de Londres; mais peu à peu se +dégagent, et de tâtonnements en tâtonnements, arrivent à réaliser de +fort jolis types de toilettes. + +[Illustration: Chapeau 1815.] + +C'est encore pendant quelques années la robe sac ou fourreau de +parapluie de l'Empire, avec des essais de corsages, des tailles placées +moins haut, des essais de manches à gros bouillons, et des chapeaux plus +ou moins gracieux de formes tout à fait bizarres et toujours vastes de +proportions, des chapeaux au fond desquels assez souvent la figure se +dissimule presque complètement. + +Le grand luxe revient pourtant avec la tranquillité, avec le repos qu'on +n'a pas connu depuis vingt-cinq ans, avec la cour, dans les salons qui +ont retrouvé l'éclat de jadis, et qui ne sont plus seulement des petites +réunions de mécontents ou de simples parlottes, comme autrefois, +discutant la dernière victoire ou le dernier revers de l'Empereur, +unique sujet de conversation entre deux parties de whist. + +Reprenons quelques-uns des vieux verres de la grande lanterne magique +que le temps fait passer si rapidement et voici les élégantes de la +Restauration, les belles romantiques et les lionnes de la monarchie de +Juillet. + +[Illustration: Toilette de soirée Restauration.] + +La robe de gros de Naples blanc, avec des volants jaunes au bas de la +jupe élargie, la même garniture en pèlerine sur les épaules, des +manches à gigot,--elles viennent de naître et triomphent concurremment +avec les manches à l'éléphant et les manches à l'imbécile,--collerette +tuyautée, grand chapeau de paille de riz avec rubans de satin et +panaches de grandes plumes. + +Jupes élargies garnies de bouillonnés de gaze et de coques de satin, de +volants et d'entre-deux de dentelles, canezous, jupes écossaises, grands +chapeaux décoratifs ornés de gros bouquets de fleurs,--ces chapeaux de +Mme Herbault dont les chroniques et les romans d'alors coiffent toutes +les belles,--immenses gants habillant tout le bras... + +Cette dame qui joue rêveusement de la harpe dans une soirée élégante, +les épaules drapées dans une écharpe de gaze rayée, est coiffée d'un +grand béret qui va bien à son profil poétique; en sortant du salon, elle +s'enveloppera dans une rotonde ou dans un de ces vastes manteaux de drap +à palatine découpée, à grand collet et doublure de fourrures, pendant +que Monsieur, le monsieur à toupet frisé, habit bleu à boutons d'or et +pantalon collant, endossera son carrick. + +Pour l'été, pour la campagne, pour la promenade, pour aller consulter le +sorcier de Tivoli, canezous d'organdi ruchés de tulle, grands chapeaux +de paille avec d'immenses rubans dressés. + +Pour le théâtre, pour les sorties, pour tous les temps frais, on a les +boas, ces boas que nous venons tout récemment de voir revenir et qui +sont l'occasion de si jolis mouvements. Les serpents de fourrure +s'enroulent sur les épaules nues et sertissent chaudement et +voluptueusement les fraîches carnations. + +En 1827, pour célébrer l'arrivée de la première girafe au jardin des +Plantes, toute la mode est _à la Girafe_. + +Ce qui reste de ces modes à la Girafe, c'est le grand peigne d'écaille +qui se place tout en haut de la tête au sommet de l'édifice. Les +coiffures sont très hautes, les cheveux se relèvent en plusieurs coques +serrées avec un encadrement de boucles tombantes autour du visage, +partagées irrégulièrement, trois d'un côté, quatre de l'autre... + +Elle est charmante, l'élégante de 1830 en costume de soirée, avec le +complet épanouissement des manches à gigot, ses épaules émergeant d'une +ligne de fine dentelle, sa nuque bien découverte sous le grand peigne +d'écaille planté triomphalement dans les masses blondes ou brunes, +tordues et réunies au sommet de la tête. + +[Illustration: Chapeau 1820.] + +Dans la rue ou sur les boulevards, aux promenades, aux Champs-Elysées, +elle est décolletée encore et se drape sans se cacher dans un petit +châle porté coquettement. + +[Illustration: UNE ÉLÉGANTE AUX CHAMPS-ÉLYSÉES, RESTAURATION.] + +Revenons un peu sur le chapitre des coiffures; ce n'est pas le moins +important, il peut se subdiviser en sous-chapitres: les toques et +bérets chevaleresques et Ossianiques, les bonnets et turbans, et enfin +les chapeaux. + +[Illustration: Béret de gaze.] + +C'est un poète qu'il faudrait pour célébrer dignement la grandeur et +pleurer la décadence du chapeau féminin. Sous la Restauration, jusqu'en +1835, c'est la gloire et le triomphe du chapeau; il plane superbement +sur la tête des dames, il fait voltiger ses plumes, il balance +gracieusement ses rubans, ses coques et ses immenses nœuds de satin. + +Parti des tromblons ou des shakos sans grâce de l'Empire, des tubes +enfermant la figure au fond d'un corridor obscur, il s'est modifié peu à +peu, il s'est élargi, il s'est ouvert. On le campait tout droit sur la +tête; maintenant, il se pose gentiment de côté sur les cheveux roulés en +grosses boucles irrégulières. La nuque bien dégagée apparaît dans toute +sa coquetterie, les épaules se montrent aussi à l'ombre d'un grand +chapeau car les robes sont largement décolletées et les jolies +collerettes tuyautées ne les surmontent pas toujours. + +C'est le moment du triomphe pour le chapeau, mais la décadence viendra +vite, les bords roulés en cornet ou en corridor reprendront, on +supprimera rubans et panaches, on enfermera la figure tout au fond du +corridor et le cou sous d'immenses et disgracieux bavolets. Nous irons +ainsi de lamentables inventions en créations baroques et inélégantes +jusqu'au petit chapeau bibi fermé, du second Empire, jusqu'au ridicule +chapeau assiette de 1867. + +[Illustration: Les grands Chapeaux Restauration.] + +Mais la réaction en sens inverse est commencée, nous avons pu revoir en +ces dernières années de vraiment gracieuses coiffures. + +La femme d'alors dans l'intimité ne craint pas les grands bonnets +coquettement chiffonnés, vastes comme les chapeaux, avec un fond relevé +très haut pour contenir le grand peigne avec des ébouriffements de +dentelles et de rubans autour de ses boucles ou de ses anglaises. C'est +le dernier temps d'élégance des bonnets, ensuite, hélas! il n'y aura +plus de beaux bonnets qu'aux champs, tant que dureront les majestueux +hennins des Normandes ou les coiffes voltigeantes si variées des femmes +de Bretagne. + +Après ces jolis bonnets de boudoir des lionnes de 1830, la décadence du +bonnet commence. Il est encore joli, le bonnet capricieusement tuyauté +sur la tête des petites modistes ou grisettes au nez fûté de Parisienne, +aux yeux éveillés et railleurs; c'est d'ailleurs la coiffure légère +qu'elles font si légèrement voltiger métaphoriquement par-dessus les +plus hauts moulins, mais ensuite le bonnet des grisettes devient la +coiffure sans grâce de grosses boutiquières, enfin, chute complète, le +bonnet devient portière... + +[Illustration: Bonnet d'intérieur.] + +Vive, légère, enjouée, dans l'ondulation de ses larges jupes et le flou +de ses monumentales manches à gigot, l'élégante de 1830 s'en va éblouir +les boudoirs de la chaussée d'Antin et les promenades fashionables, les +Champs-Élysées ou Longchamps et faire palpiter le cœur des dandys +engoncés dans leurs hauts collets d'habits. Sous son grand chapeau +hérissé de touffes de plumes et de rubans, elle disparaît quand elle +veut, un simple mouvement du cou et la voilà dissimulée au fond de cette +coiffure de strict incognito. + +Elle galope aussi au bois de Boulogne dans son amazone de couleur à +manches à gigot, ornée de torsades ou de brandebourgs, ou bien égayée +par un blanc canezou... + +Plus tard par malheur, elle osera porter, à la campagne pour ses +promenades équestres, à la place de son large chapeau à grand voile +voltigeant, la casquette, la hideuse casquette, honte du XIXe siècle. + +Il faut voir, aux loges des théâtres à la mode, les rangées de jolies +femmes décolletées, dans les corsages ouverts en pointe jusqu'à la +taille sur une large chemisette brodée, les parements du corsage +revenant sur les épaules et les manches,--les boas enroulés, les +accroche-cœurs et les boucles, les cheveux tordus et dressés de cent +façons différentes et compliquées, avec des fleurs, des peignes, des +pointes de satin... + +[Illustration: Amazone 1830.] + +Les belles romantiques, dit-on, arborent à l'envi des toilettes plus +moyen âge les unes que les autres. Elles avaient pour nourriture +d'esprit après les troubadours du vicomte d'Arlincourt, après Ossian, +Byron et Walter Scott, les tirades passionnées et farouches des grands +drames d'alors, _Hernani_, la _Tour de Nesle_, _Lucrèce Borgia_, les +vers, les romans, les chroniques de tous les romantiques, de tous les +_jeune France_. Et, sous l'œil fulgurant des barons et des bandits +gothiques, elles s'efforçaient d'être le plus moyen âge possible dans +leurs ajustements. + +[Illustration: Coiffure à la Chinoise. 1830.] + +Mais, au théâtre même, le moyen âge était très 1830, les héroïnes de ces +drames flamboyants, Isabeau, Marguerite de Bourgogne ou Belle +Ferronnière, malgré les recherches de couleur locale, montrent, tout +comme les spectatrices, les inévitables manches à gigot, et au fond en +voulant se montrer moyen-âgeuses, les belles de 1830 restent surtout +1830. + +[Illustration: TOILETTES D'INTÉRIEUR 1830.] + +Hélas, hélas, ces modes d'une si jolie désinvolture, ces modes à +panaches, d'une élégance _truculente_, pour employer l'idiome d'alors, +ces modes passent. La réaction bourgeoise anti-pittoresque, qui commence +dans les arts, triomphe bien plus rapidement dans les toilettes. Au bout +de quelques années, les modes se sont assagies, faut-il dire le gros +mot? Dès 1835 ou 36, la mode, l'ex-mode poétique, romantique, +cavalière, se fait juste milieu et épicière, épouse de garde national, +pour tout dire! + +[Illustration: Grand Chapeau et Collerette.] + +La mode en 1835 a déjà perdu ses grâces et tourné à la gaucherie en +exagérant disgracieusement les caractéristiques de 1830. Ce ne sont plus +les femmes de Devéria et de Gavarni, ce sont celles de Grandville. + +Les jupes sont larges comme des cloches et sans ornements, en simple +mousseline blanche ou imprimée de petits dessins bébêtes comme ceux des +papiers de tenture de l'époque. Les manches sont d'énormes gigots +boursouflés mais flasques qui pendent très bas, très bas, sur de tout +petits poignets; les corsages sont recouverts d'immenses pèlerines +ornées de broderies et dentelles, tombant plus bas que la taille. Mettez +sur la tête un grand chapeau de paille d'Italie ou de paille de riz, +fermé et bridé sous le menton, et vraiment l'ensemble n'est pas très +séduisant. + +[Illustration: Toilette d'intérieur.] + +Voyez les héroïnes de 1830, dix ans après, en 1840; considérez +tristement ces jupes sans lignes et sans ornements, ces manches +hésitantes, gardant un peu de l'ampleur des gigots, juste assez pour +être disgracieuses, ces corsages quelconques, ces chapeaux dépourvus +d'allure, simples capotes attachées sous le menton par des brides sans +grâce. + +[Illustration: Toilette romantique.] + +Les coiffures n'ont plus les belles audaces d'autrefois, ce sont des +coiffures en bandeaux plats, qui encadrent froidement et durement le +visage, ces chastes bandeaux, comme on disait alors, qui tuent presque +toute grâce et toute beauté--ce sont les _anglaises_, les longues +boucles tombant comme un feuillage de saule, qui donnent une mine +pleurnicharde aux figures féminines les plus enjouées. La mode devient +de plus en plus triste et de plus en plus laide à la fin de la monarchie +de juillet. Plus de goût du tout, c'est le comble de la banalité et de +la platitude. + +[Illustration: 1830.] + +Il y a un mouvement qui porte les modes à toujours aller du plus large +au plus étroit et toujours à revenir du plus étroit au plus large. C'est +une loi. De même pour les coiffures, on va et on ira toujours du plus +petit au plus vaste et du plus vaste au plus petit, avec une régularité +parfaite. + +Après les paniers Louis XV et Louis XVI, on est allé aux jupes collantes +du Directoire, la plus simple expression des jupes, après laquelle il +n'y a plus que la suppression. Des robes fourreaux de l'Empire, on est +venu par degrés à l'ampleur et l'on va regagner sous le second Empire le +grand maximum de largeur avec la troisième restauration du vertugadin +sous le nom de crinoline. + +[Illustration: 1835.] + + + + +[Illustration: 1845.] + +XII + +ÉPOQUE MODERNE + +1848.--Des révolutions partout, excepté dans le royaume de la mode. + --Règne universel de la crinoline.--Les châles cachemire.--Talmas, + burnous, pince-tailles.--Modes de plages.--Robes courtes. + --Saute-en-barque.--Jupes larges et jupes étroites.--Les modes + collantes.--Poufs et tournures.--Modes Valois.--Erudition plus + qu'imagination.--On demande une mode fin de siècle. + + +La Révolution de 48 n'a aucune action sur les modes, elle ne lance pas, +comme la première, la toilette dans des voies nouvelles. En ce temps de +bouleversement, quand toute l'Europe semble gagnée par l'esprit de +révolution, lorsque tant de rêves plus ou moins beaux, plus ou moins +fous, brûlent le cerveau congestionné des peuples, la mode à qui +pourtant un petit grain de folie serait certainement permis, se conduit +en personne sage et prudente. + +Les toilettes continuent à se montrer éminemment bourgeoises; on +croirait que c'est Mme Prudhomme qui donne le ton. + +Les tristes et mesquins chapeaux en petit cabriolet, fermés sous le +menton avec de petites brides, règnent sans conteste, il n'y a pour +ainsi dire qu'une forme unique, à bavolet, sans autres ornements que des +rubans sans grâce. La robe n'a pas la moindre ornementation non plus, le +corsage est très long, la jupe droite. Sur ces toilettes plates on porte +au dehors des mantelets et des châles. + +[Illustration: PARISIENNE 1835.] + +Ce sont ces toilettes, très sobres et très effacées, que le second +Empire va trouver à ses débuts et qu'il transformera peu à peu en un +costume à grand fla-fla très compliqué, très chargé et surchargé, mais +plus que discutable comme goût et même tout à fait dépourvu de style, +sauf dans quelques trouvailles heureuses qui ne durèrent pas, vers 1864. + +[Illustration: Chapeau 1848.] + +La grande _pensée_ du règne,--côté modes,--la grande innovation qui va +donner le _la_ aux toilettes, c'est la crinoline,--honnie, attaquée, +vilipendée par vaudevillistes, journalistes, caricaturistes, par les +maris, par tout le monde, c'est la crinoline triomphante de toutes les +clameurs, de toutes les moqueries, comme de tous les justes reproches. + +On peut bien dire que sous l'Empire la femme a tenu trois ou quatre fois +plus de place dans le monde--au moins en circonférence--qu'aux époques +précédentes, plus même que sous Louis XV de peu vertueuse mémoire, la +crinoline ayant régné bien plus despotiquement que les paniers, puisque +les femmes de toutes classes durent l'adopter et que les filles des +champs ne se crurent pas habillées le dimanche à moins de ballonner +comme les dames de la ville avec la cage en cercles d'acier. + +Les tournures et les jupons bouillonnés en étoffe de crin ont habitué +peu à peu les yeux à l'élargissement des jupes, et lorsque la crinoline +sans armature est délaissée pour les cerceaux en ressorts d'acier et +pour la crinoline cage, à cercles et à montants d'acier, les dames +trouvent ce ballonnement charmant et la crinoline fait le tour du monde. + +Il est bien inutile d'insister sur ses nombreux inconvénients qu'on a +encore dans la mémoire, sur la gêne qu'elle imposait, mais au point de +vue esthétique, la crinoline doit être solennellement anathématisée, +excommuniée, ridiculisée à jamais... c'est-à-dire jusqu'au jour où elle +reviendra sous un autre nom. + +[Illustration: La Crinoline.] + +Il est vrai que les jupes s'arrondissant en coupoles flottantes sur ces +crinolines si décriées, et que tout l'ensemble de la toilette étaient +ornés d'une façon lourde et gauche de petits détails mesquins appliqués +sur de tristes étoffes, tandis que les paniers du XVIIIe siècle ont eu +pour eux une ornementation plus artiste des jupes et des toilettes +taillées dans les belles étoffes à ramages. Leurs exagérations et leurs +ridicules avaient de la grâce, tandis que les jupes à crinoline ne +rachetaient par rien leur gauche ballonnement. Un peu surfaites, les +suprêmes élégances de l'Empire! + +Avec ces crinolines boursouflées et envahissantes, que portent toutes +les femmes du second Empire, on peut rappeler le talma, le burnous, +manteau algérien assez coquet, les _pince-taille_ en soie gros grain à +manches pagodes,--oh! les manches pagodes! entonnoir disgracieux et +incommode compliqué de dentelles ou d'effilés! + +Il faut noter surtout les châles, le fameux cachemire de l'Inde et le +grand châle tapis. + +Le châle, dont on a si longtemps célébré l'élégance(?), n'a vraiment +quelque grâce que lorsqu'il est petit, étroit presque comme une écharpe, +et lorsqu'il est porté avec irrégularité et désinvolture. Que dire du +grand châle posé sur les épaules comme sur un portemanteau et tombant +droit en dissimulant la taille et la toilette de la femme, sinon qu'en +réalité ce châle-manteau est un vilain vêtement et qu'il ne va tout au +plus qu'aux fruitières endimanchées. + +[Illustration: Chapeau second Empire.] + +On peut encore signaler les capelines parmi les inventions commodes, et +les vestes zouaves, les rouges garibaldis et les figaros, parmi les +nouveautés gracieuses de l'époque. + +Le chapitre des chapeaux n'est pas bien brillant. Jusque vers 1863, ce +sont toujours les grandes capotes de cabriolets, avec bavolets, avec +fleurs dans l'intérieur de la passe et au-dessus; cette coiffure, c'est +en somme le grand chapeau de la Restauration, abîmé, ridiculement +arrangé, finissant tristement ses derniers jours. + +Voilà donc le luxe effréné tant reproché aux femmes par le président +Dupin, dans la fameuse brochure qui fit sensation en 1865,--le luxe +débordant les jours de Grand Prix dans la grande Ville, roulant de +l'hippodrome de Longchamps tout le long des boulevards, le luxe qui, +paraît-il, faisait de Paris une Byzance décadente, scandalisait +l'honnête bourgeoise en petit châle, et faisait monter le rouge aux +joues du reste de la vertueuse Europe, vouée encore à la simplicité +naïve et pratiquant le culte de sainte mousseline à dix sous le mètre. + +Effréné peut-être, ce luxe corrupteur et effrayant, mais peu artistique, +d'un goût médiocre et donnant à très grands frais l'impression du +clinquant. + +Bien que le recul ne soit pas encore suffisant pour le juger, pour +apprécier les modes de ce temps dans leur ensemble, sans se laisser +influencer par la pointe de ridicule qui s'attache au démodé, il semble +cependant qu'au siècle prochain les femmes et les artistes le jugeront à +peu près ainsi. Nous ne voyons pas les peintres élégants d'alors +ressuscitant dans leurs tableaux les modes de 1860, pour la joie des +mondaines et des américains vingtième siècle. + +[Illustration: Pince-taille.] + +Cependant la vogue des bains de mer qui se dessine de plus en plus et +qui deviendra bientôt une migration annuelle et régulière de toute la +bourgeoisie vers les plages normandes ou bretonnes, cette habitude des +excursions estivales amène quelques gracieux changements dans la mode. + +Un instant vers 1864, triomphe la mode des robes courtes née sur les +plages élégantes. Plus de jupes traînantes, ou de robes longues à larges +volants. On conserve la crinoline, un peu modérée dans son envergure, +mais on drape et on arrange les jupes, avec des relevés, des plissés, +avec une grande variété d'ornements appliqués, ornements très larges +d'un bon effet. + +La fantaisie, étouffée depuis 1830, reparaît. Ces très cavalières jupes +courtes laissent voir les bottines très luxueuses et très ornées, les +fines petites bottes très montantes dont on fait sonner les hauts +talons.--Un instant même quelques élégantes des plages à la mode +prennent la grande canne Louis XIII. + +On voit aussi de jolis vêtements très amples, à larges manches, et des +pardessus dits _Saute-en-barque_. Les chapeaux bien différents du +cérémonieux chapeau fermé et très crânement portés un peu sur le côté, +sont des espèces de coiffures de Toreros, ornés de gros pompons ou de +plumes. La coiffure de l'époque est basse, avec un crêpé sur le front, +les cheveux tombant dans le dos massés dans un filet. + +[Illustration: MODES DE PLAGE 1864.] + +Les jupes courtes, si gracieuses avec la crinoline, avec les hautes +ceintures à boucles, et tous les ornements, ganses et soutaches dont +on couvre alors le costume, sont bientôt vaincues par un retour offensif +des robes longues, et la mode perd tout de suite ses allures cavalières. + +[Illustration: Grand manteau Empire.] + +La crinoline elle-même tombe un instant en 1867, au moment des jupes +plates et traînantes, des corsages peplums, nés d'un retour de goût pour +la tragédie, dont on déclame des fragments au Café-Concert, au moment +des petits chapeaux assiettes, posés sur le front devant le gros chignon +relevé en boule, coiffures que viennent compléter les rubans flottant +dans le dos et appelés du nom expressif de: «Suivez-moi jeune homme.» + +... Et la bataille continue entre les jupes larges et les jupes +étroites, la crinoline a battu de l'aile pendant quelques années et +finalement elle est morte. La crinoline à grands cerceaux est maintenant +du domaine de l'archéologie; c'est une antiquité, comme le panier, comme +le vertugadin. + +Comme on voulait encore de l'ampleur, on l'a remplacée par des poufs, de +très volumineux paquets d'étoffes, relevés par derrière sur les jupes. + +Puis sur le chemin de la réaction anti-crinolinienne, on a été en +diminuant peu à peu la largeur des jupes jusqu'aux robes moulées sur le +corps, au collant qui a duré deux ou trois ans, vers 1880. Les modes +étaient alors fort jolies, très _esthétiques_. Puis un petit soupçon de +gonflement s'est produit, on s'est élargi un peu, on a bien vite adopté +les _tournures_.... + +Mais cette mode des robes collantes nous a laissé les corsages en jersey +qui moulent très gracieusement le corsage et les hanches. Le jersey vite +adopté convient admirablement aux toilettes de promenade et de campagne. + +Pendant quelques étés d'un bout de l'Europe à l'autre, sur toutes les +plages d'Angleterre, de France et d'ailleurs, le Jersey fut l'uniforme +obligatoire; femmes, jeunes filles, enfants, garçons ou fillettes, tous +furent en jerseys bleu foncé, agrémentés d'ancres d'or, tous en +matelots. Les enfants gardent encore ce vêtement gracieux et commode et +voici que les hommes,--touristes et vélocipédistes--l'adoptent. + + +Le temps est passé des édits somptuaires et des gouvernants légiférant +sur le luxe pour enrayer ses débordements. On a vu, de Philippe le Bel à +Richelieu, la longue série de ces édits; avant de tomber à l'oubli, ils +furent pourtant presque toujours appliqués rigoureusement d'abord, même +par des rois qui mettaient le Trésor à sec pour les somptuosités de leur +cour, comme Henri III par exemple, le mignon fanfreluché, qui lors d'un +de ses accès de répression du luxe des autres, fit jeter en prison au +fort l'Évêque en un seul jour une trentaine de femmes et non des +moindres de Paris, coupables d'avoir bravé les prohibitions du brocart +et de la soie. + +Ce temps des prohibitions somptuaires, des ordonnances royales sur les +modes n'est plus. Dans l'intérêt général de l'industrie et du commerce, +tout ce qui peut développer le grand luxe doit être aujourd'hui +recherché et favorisé. + +C'est le petit luxe qui devrait être au contraire réprimé s'il était +possible, ou plutôt qui aurait dû être réprimé, car aujourd'hui le mal +est fait et parfait. + +[Illustration: Robe collante 1880.] + +Ah! si la mode plus puissante que les rois et les ministres, que les +arrêts, les lois et les édits, si la mode dont les ordonnances sont sans +appel, avait pu décréter la conservation des anciens costumes féminins +de nos provinces, des modes locales souvent si gracieuses, des +élégances campagnardes, auxquelles la ville a si souvent fait des +emprunts, des façons de robes, des mantes, et aussi des coiffures si +variées, coiffes bressannes, casques de dentelles du pays de Caux, +grandes coiffes bretonnes, bonnets d'arlésiennes, etc... Quel +sauvetage! + +Mais non, tout cela est parti, toutes ces jolies choses ont disparu +devant l'envahissement d'un faux luxe mesquin, caricature sans goût des +élégances parisiennes, devant les confections uniformes et informes, +fabriquées à la centaine et portées jusque dans les plus lointains +cantons!... + +Partout, hélas, les jolies modes locales, les élégances particulières et +régionales, ont cédé pour jamais la place à des attifements souvent +prétentieux et ridicules... + +Le «_costume_» des campagnes en toute province est évanoui, envolé, +perdu, c'est à la «_mode_» des villes, de nous indemniser en élégance +vraie et en grâce. + + +La mode est aujourd'hui dans une période de transition et de +tâtonnements, elle cherche, elle essaie, à défaut de nouveautés +nouvelles, des imitations des nouveautés d'autrefois,--ayant +suffisamment vieilli, comme disait la couturière de l'impératrice +Joséphine. + +On va des imitations des coupes Louis XVI ou Empire à des ajustements +Valois, aux corsages Louis XIII, aux manches moyen âge ou bien aux +manches à gigot 1830... Nous verrons ce qui sortira de ces tentatives et +de ces essais et si comme il arrive dans tous les arts, il en sera de +l'art de la toilette comme des autres, si le neuf naîtra de l'étude de +l'ancien. + +Souhaitons qu'une mode originale, _fin de siècle_ suivant l'expression à +la mode, se dégage enfin, pour qu'un jour les petites filles des +élégantes de ces dernières années du XIXe siècle, puissent se figurer +leurs aïeules sous des ajustements bien à elles, bien personnels, +autrement enfin qu'en toilettes empruntées à tous les âges. + +[Illustration] + + + + + [Illustration] + + TABLE DES CHAPITRES + + + I.--BALLADE DES MODES DU TEMPS JADIS 1 + + II--LES CARTONS DU PASSÉ 5 + + Le vieux neuf.--L'horloge de la mode.--Fouilles dans les + cartons du passé.--Quelle est la plus jolie mode?--Mode et + architecture.--Vêtements de pierres et vêtements + d'étoffes.--La poupée costumée, journal des modes du moyen + âge. + + III.--MOYEN AGE 23 + + Les Gauloises teintes et tatouées.--Premiers corsets et + premières fausses nattes.--Premiers édits somptuaires. + --Influence byzantine.--Bliauds, surcots, cottes hardies. + --Les robes historiées et armoriées.--Les ordonnances de + Philippe le Bel.--Hennins et Escoffions.--La croisade + contre les Hennins de frère Thomas Connecte.--La dame + de Beauté. + + IV.--LA RENAISSANCE 53 + + Modes en largeur.--Hocheplis, vertugalles, vertugadins.--La + belle Ferronnière.--Éventails et manchons.--Les modes tristes + de la Réforme.--L'escadron volant de Catherine.--Dentelles + et guipures.--Les services du vertugadin.--Le masque et + le touret de nez.--Fards et cosmétiques. + + V.--HENRI III 76 + + La cour du Roi-Femme.--Les grandes fraises plissées, + godronnées ou en cornets.--Les femmes-cloches.--Les grandes + manches.--Horribles méfaits du corset.--La reine Margot et + ses pages blonds. + + VI.--HENRI IV ET LOUIS XIII 91 + + Retour à une simplicité relative.--Les femmes-tours.--Hautes + coiffures.--Excommunication du décolletage.--Les robes à + grands ramages de fleurs.--Collets montés et collets + rabattus.--Tailles longues.--Les édits de Richelieu.--La + dame suivant l'édit.--Tailles courtes. + + VII.--SOUS LE ROI-SOLEIL 112 + + Les héroïnes de la Fronde.--De la Vallière à la Maintenon. + --Les robes dites transparentes.--Triomphe de la dentelle. + --Le roman de la mode.--Les Steinquerques.--La coiffure à + la Fontanges.--Le règne de Mme de Maintenon ou trente-cinq + ans de morosité. + + VIII.--XVIIIe SIÈCLE 130 + + La Régence.--Folies et frivolités.--Cythère à Paris.--Les + modes Watteau.--Les robes volantes.--Naissance des + paniers.--Criardes, Considérations et Maîtres des + requêtes.--Mme de Pompadour.--L'éventail.--Promenade de + Longchamps.--Carrosses et chaises à porteurs.--Modes + d'hiver. + + IX.--XVIIIe SIÈCLE.--LOUIS XVI 150 + + Les coiffures colossales.--Le pouf au sentiment.--Parcs, + jardins potagers et paysages animés de figures sur les + têtes.--La coiffure à la Belle-Poule.--Les mouches.--Modes + champêtres.--Les robes _négligentes_.--Couleurs à la + mode.--Le monument du costume.--Les amazones.--Modes + anglaises.--Les bourgeoises. + + X.--LA RÉVOLUTION ET L'EMPIRE 178 + + Modes dites à la Bastille.--Modes révolutionnaires.--Notre-Dame + de Thermidor.--Incroyables et merveilleuses.--L'antiquité à + Paris.--Athéniennes et Romaines.--Une livre de vêtements. + --Tuniques diaphanes.--Maillots, bracelets et cothurnes. + --Le réticule ou ridicule.--Le bal des Victimes.--Perruques + blondes et oreilles de chien.--A la Titus.--Les robes-fourreau. + --Petits bonnets et Chapeaux-Shakos.--Les turbans. + + XI.--LA RESTAURATION ET LA MONARCHIE DE JUILLET 208 + + Manches bouffantes, manches à gigot.--Les collerettes.--Modes + à la girafe.--Les coiffures et les grands chapeaux.--1830. + --Épanouissement des modes romantiques.--Les derniers bonnets. + --1840.--Chastes bandeaux.--Modes Juste-milieu. + + XII.--ÉPOQUE MODERNE 231 + + 1848.--Des révolutions partout, excepté dans le royaume de la + mode.--Règne universel de la crinoline.--Les châles + cachemire.--Talmas, burnous, pince-tailles.--Modes de + plages.--Robes courtes.--Saute-en-barque.--Jupes larges et + jupes étroites.--Les modes collantes.--Poufs et + tournures.--Modes Valois.--Erudition plus qu'imagination. + --On demande une mode fin de siècle. + + [Illustration] + + + + + [Illustration] + + TABLE DES DESSINS HORS TEXTE + + + Toilette de bal Restauration _Frontispice_ + + Noble dame fin du XIVe siècle 17 + + Robe et houppelande historiées XVe siècle 33 + + Châtelaine milieu du XVe siècle 41 + + Dame sous Charles VIII 49 + + A la cour du Roi-Chevalier 57 + + Sous Henri II 65 + + Dame du temps de Charles IX 73 + + Toilette de cour Henri III 81 + + Grande toilette Médicis 89 + + Dame Louis XIII 97 + + Fin du règne de Louis XIII 105 + + A la cour du Roi-Soleil 113 + + Sous le Grand Roi.--Fin du XVIIe siècle 121 + + Sous la Régence 129 + + Toilette de cour Louis XV 137 + + Parisienne sous Louis XV 145 + + Grands paniers Louis XVI 153 + + Parisiennes 1789 161 + + Promenade parisienne 1790 169 + + Merveilleuse en tunique à la grecque 177 + + Merveilleuse du Directoire 185 + + Premier Empire 193 + + Parisienne de 1810 201 + + Parisienne 1814 209 + + Une élégante aux Champs-Elysées.--Restauration 217 + + Toilettes d'intérieur 1830 225 + + Parisienne 1835 233 + + Modes de plage 1864 241 + + +ÉVREUX, IMPRIMERIE DE CHARLES HÉRISSEY + + + * * * * * + + + Liste des modifications: + + Page 55: «vertugardin» remplacé par «vertugadin» (Le vertugadin, + c'est-à-dire la jupe large) + Page 57: «Villipendé» par «Vilipendé» (Vilipendé, chansonné, + ridiculisé sans trêve) + Page 84: «dessous» par «dessus» (la robe de dessus, de riche brocart) + Page 93: «atourées» par «atournées» (et magnifiquement atournées) + Page 120: «est» par «et» (Les tissus d'or et d'argent seuls sont + interdits) + : ajout de «a» (le roi se les a réservés) + Page 150: «eostume» par «costume» (Le _Monument du costume_) + Page 218: «ou» par «au» (la figure tout au fond du corridor) + Page 236: «balonnement» par «ballonnement» (leur gauche ballonnement) + + + + + +End of the Project Gutenberg EBook of Mesdames Nos Aïeules, by Albert Robida + +*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK MESDAMES NOS AÏEULES *** + +***** This file should be named 44187-0.txt or 44187-0.zip ***** +This and all associated files of various formats will be found in: + http://www.gutenberg.org/4/4/1/8/44187/ + +Produced by Claudine Corbasson and the Online Distributed +Proofreading Team at http://www.pgdp.net (This file was +produced from images generously made available by The +Internet Archive/American Libraries.) + + +Updated editions will replace the previous one--the old editions +will be renamed. + +Creating the works from public domain print editions means that no +one owns a United States copyright in these works, so the Foundation +(and you!) can copy and distribute it in the United States without +permission and without paying copyright royalties. Special rules, +set forth in the General Terms of Use part of this license, apply to +copying and distributing Project Gutenberg-tm electronic works to +protect the PROJECT GUTENBERG-tm concept and trademark. Project +Gutenberg is a registered trademark, and may not be used if you +charge for the eBooks, unless you receive specific permission. If you +do not charge anything for copies of this eBook, complying with the +rules is very easy. You may use this eBook for nearly any purpose +such as creation of derivative works, reports, performances and +research. They may be modified and printed and given away--you may do +practically ANYTHING with public domain eBooks. Redistribution is +subject to the trademark license, especially commercial +redistribution. + + + +*** START: FULL LICENSE *** + +THE FULL PROJECT GUTENBERG LICENSE +PLEASE READ THIS BEFORE YOU DISTRIBUTE OR USE THIS WORK + +To protect the Project Gutenberg-tm mission of promoting the free +distribution of electronic works, by using or distributing this work +(or any other work associated in any way with the phrase "Project +Gutenberg"), you agree to comply with all the terms of the Full Project +Gutenberg-tm License (available with this file or online at +http://gutenberg.org/license). + + +Section 1. General Terms of Use and Redistributing Project Gutenberg-tm +electronic works + +1.A. By reading or using any part of this Project Gutenberg-tm +electronic work, you indicate that you have read, understand, agree to +and accept all the terms of this license and intellectual property +(trademark/copyright) agreement. 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It exists +because of the efforts of hundreds of volunteers and donations from +people in all walks of life. + +Volunteers and financial support to provide volunteers with the +assistance they need, are critical to reaching Project Gutenberg-tm's +goals and ensuring that the Project Gutenberg-tm collection will +remain freely available for generations to come. In 2001, the Project +Gutenberg Literary Archive Foundation was created to provide a secure +and permanent future for Project Gutenberg-tm and future generations. +To learn more about the Project Gutenberg Literary Archive Foundation +and how your efforts and donations can help, see Sections 3 and 4 +and the Foundation web page at http://www.pglaf.org. + + +Section 3. Information about the Project Gutenberg Literary Archive +Foundation + +The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non profit +501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the +state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal +Revenue Service. The Foundation's EIN or federal tax identification +number is 64-6221541. Its 501(c)(3) letter is posted at +http://pglaf.org/fundraising. Contributions to the Project Gutenberg +Literary Archive Foundation are tax deductible to the full extent +permitted by U.S. federal laws and your state's laws. + +The Foundation's principal office is located at 4557 Melan Dr. S. +Fairbanks, AK, 99712., but its volunteers and employees are scattered +throughout numerous locations. Its business office is located at +809 North 1500 West, Salt Lake City, UT 84116, (801) 596-1887, email +business@pglaf.org. Email contact links and up to date contact +information can be found at the Foundation's web site and official +page at http://pglaf.org + +For additional contact information: + Dr. Gregory B. Newby + Chief Executive and Director + gbnewby@pglaf.org + + +Section 4. Information about Donations to the Project Gutenberg +Literary Archive Foundation + +Project Gutenberg-tm depends upon and cannot survive without wide +spread public support and donations to carry out its mission of +increasing the number of public domain and licensed works that can be +freely distributed in machine readable form accessible by the widest +array of equipment including outdated equipment. Many small donations +($1 to $5,000) are particularly important to maintaining tax exempt +status with the IRS. + +The Foundation is committed to complying with the laws regulating +charities and charitable donations in all 50 states of the United +States. 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Thus, we do not necessarily +keep eBooks in compliance with any particular paper edition. + + +Most people start at our Web site which has the main PG search facility: + + http://www.gutenberg.org + +This Web site includes information about Project Gutenberg-tm, +including how to make donations to the Project Gutenberg Literary +Archive Foundation, how to help produce our new eBooks, and how to +subscribe to our email newsletter to hear about new eBooks. diff --git a/old/44187-0.zip b/old/44187-0.zip Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..9730558 --- /dev/null +++ b/old/44187-0.zip diff --git a/old/44187-8.txt b/old/44187-8.txt new file mode 100644 index 0000000..495d76c --- /dev/null +++ b/old/44187-8.txt @@ -0,0 +1,4467 @@ +The Project Gutenberg EBook of Mesdames Nos Aeules, by Albert Robida + +This eBook is for the use of anyone anywhere at no cost and with +almost no restrictions whatsoever. You may copy it, give it away or +re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included +with this eBook or online at www.gutenberg.org/license + + +Title: Mesdames Nos Aeules + dix sicles d'lgances + +Author: Albert Robida + +Release Date: November 15, 2013 [EBook #44187] + +Language: French + +Character set encoding: ISO-8859-1 + +*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK MESDAMES NOS AEULES *** + + + + +Produced by Claudine Corbasson and the Online Distributed +Proofreading Team at http://www.pgdp.net (This file was +produced from images generously made available by The +Internet Archive/American Libraries.) + + + + + + + + + + Au lecteur + + Cette version lectronique reproduit dans son intgralit, + la version originale. + + La ponctuation n'a pas t modifie hormis quelques corrections + mineures. + + L'orthographe a t conserve. Seuls quelques mots ont t modifis. + La liste des modifications se trouve la fin du texte. + + + + +MESDAMES +NOS AEULES + +[Illustration: TOILETTE DE BAL, RESTAURATION.] + + + MESDAMES + Nos Aeules + DIX SICLES D'LGANCES + + + TEXTE ET DESSINS + + _Par A. ROBIDA_ + + [Illustration] + + PARIS + A LA LIBRAIRIE ILLUSTRE + 8, RUE SAINT-JOSEPH, 8 + + Tous droits rservs. + + + + +[Illustration] + +I + + BALLADE + DES MODES DU TEMPS JADIS + + _Du tout premier Vertugadin, + Celui qu'inventa Madame Eve + A celui qu'admirons soudain, + Que d'autres passant comme rve! + Combien leur existence est brve! + Tu resplendis toujours pourtant, + O beaut changeante sans trve, + Mais o sont les modes d'antan._ + + + _O donc es-tu, riche bliaut + Armori sur chaque maille, + Et le pelion d'Isabeau? + Escoffion de haute taille + Pour qui l'on vit mainte chamaille, + Hennin qui charma Buridan? + Hlas, ce n'est plus qu'antiquaille... + Mais o sont les modes d'antan!_ + + + _O est la fraise de Margot, + Et le surcot doubl d'hermine, + O sont les manches gigot? + Habit cavalier d'hrone + Que portait Reine ou baladine, + Large panier pompadourant, + Et toi-mme aussi, crinoline... + Mais o sont les modes d'antan!_ + + + _ENVO_ + + _Dame, il ne fut point de semaine + Depuis le temps d'Eve pourtant + Qui n'et caprices par trentaine. + Mais o sont les modes d'antan!_ + +[Illustration] + + + + +[Illustration: La Couturire de l'impratrice Josphine.] + +II + +LES CARTONS DU PASS + +Le vieux neuf.--L'horloge de la mode.--Fouilles dans les cartons du + pass.--Quelle est la plus jolie mode?--Mode et architecture. + --Vtements de pierres et vtements d'toffes.--La poupe costume, + journal des modes du moyen ge. + + +Il n'y a de nouveau dans ce monde que ce qui a suffisamment vieilli, a +dit, non pas un grand philosophe mais une femme, la couturire de +Josphine de Beauharnais, pouse de Napolon Bonaparte, consul de la +Rpublique franaise, lequel pensait de mme, puisqu'il ressuscita +l'Empire de Rome. + +Et conformment cet axiome profond, la couturire de Josphine montait +ou plutt descendait chercher trs loin dans le pass, chez mesdames les +Grecques et les Romaines, les nouveauts lgantes vieilles de deux +mille annes, destines tourner la tte des salons et promenades de +Paris, charmer les Parisiennes et aussi les Parisiens, et faire le +tour du monde enfin, tout comme les pompons, les baonnettes et les +drapeaux des voltigeurs franais de la mme poque, qui furent des +touristes forcens. + +--Vous demandez o sont les modes d'antan? m'a dit, rpondant ma +ballade la mode de Franois Villon, un autre philosophe paradoxal qui +doit tre un mari rendu lgrement grincheux par des notes de +couturire, vous le demandez! mais elles sont sur les paules des dames +d'aujourd'hui, mon cher monsieur, comme elles le seront encore sur +celles des dames de demain et d'aprs-demain! Vous ignorez donc que rien +ne change, que tout le nouveau a t invent il y a bel ge, vers les +premiers temps o les dames ont commenc s'habiller, c'est--dire que +tout a t trouv dans l'espace de quatre saisons, dans les premiers +douze mois qui ont suivi la sortie de l'Eden.--C'est ce que je faisais +observer encore hier ma femme propos de trois ou quatre costumes +dont la soi-disant nouveaut l'avait frappe, et qu'elle allait se +commander bien inutilement... Tout se porte, s'est port et se portera! +lui disais-je, alors pourquoi essayer de changer, pourquoi mettre de +ct par pur caprice un ornement ou une toilette qu'on doit forcment +reprendre... + +--Oui, mais dans trois cents ans... + +--Allez aux Champs-Elyses par un beau jour de soleil et dites-moi si +vous n'avez point par moments des visions de la cour des Valois, devant +certaines toilettes contemporaines, manches bouffantes Renaissance, +collerettes Renaissance, toffes dessins Renaissance... + +--Ou des illusions de Longchamps 1810 devant les robes Empire, les +paules bouffantes, le drap des jupes, et les dessins, palmettes, +grecques et autres ornements... + +--Et les dames Louis XVI, ou moyen ge, ou Louis XV... Je dclare +Monsieur, qu'une femme de n'importe quelle poque, des ges rvolus, +couls et enfoncs aussi loin que vous voudrez dans la nuit des temps, +peut revenir et se montrer parmi nos contemporaines, et se trouver +parfaitement la mode, moyennant seulement quelques petites +modifications son costume antique... Oui, tenez, qu'Agns Sorel ou +Marguerite de Bourgogne daignent reparatre en costumes de leur temps et +je leur changerai seulement leurs chapeaux, et l'on dira devant elles: +Jolie toilette de vernissage! Dlicieux costume pour le Grand-Prix! + +--Arrtez! n'exagrez-vous pas quelque peu, mon cher monsieur? + +[Illustration: XVIe sicle.] + +--Aucunement. Je vous dis que des mrovingiennes ou mme des dames de +l'ge de pierre, avec quelques petits arrangements de toilette, +n'tonneraient pas trop les femmes actuelles qui les prendraient tout +simplement pour des mondaines excentriques... La mode d'aujourd'hui, +Monsieur, ce sont les modes d'autrefois reprises et refondues par le +got de l'heure prsente. L'aiguille de la mode tourne comme l'aiguille +d'une pendule toujours dans le mme cercle, mais plus capricieusement, +en avant ou en arrire, en sautant, en virant, en faisant des bonds +soudains, d'un ct ou de l'autre... Quelle heure est-il l'horloge de +la mode? Six heures du matin ou huit heures du soir, peut-tre toutes +les heures la fois comme en ce moment... Mais n'importe, c'est +toujours une heure charmante. + +La plus jolie mode, il n'y a pas en douter et tout le monde est +d'accord l-dessus, c'est toujours celle du temps prsent, et il y a +pour cela une raison bien simple: les modes passes ne sont que des +souvenirs dcolors, ds qu'elles ne sont plus portes, nous apercevons +facilement leurs dfauts et leurs ridicules, nos yeux, indulgents quand +elles rgnaient, sont devenus froids et svres, tandis que, sans peine, +la mode d'aujourd'hui triomphe... Ce qui charme et sduit tout le monde, +ce que nous apercevons en elle, Monsieur, ce qui nous semble si +ravissant, c'est le rayonnement de la grce fminine, c'est la femme +elle-mme.--Non, jamais on ne s'est mieux habill qu'aujourd'hui! A +toutes les poques, pour toutes les modes, les femmes l'ont dclar de +bonne foi en se regardant dans leur miroir, et les hommes, juges +quelquefois difficiles, l'ont pens aussi. + +Notre aeule de l'ge de pierre vtue de peaux de btes trouvait son +costume trs seyant et souriait un peu de sa grand'mre habille d'un +vertugadin de sauvage. Ses contemporaines, les farouches habitantes des +cavernes, pensaient de mme. + +La plus jolie mode, c'est celle qui s'panouit aujourd'hui; il n'y a eu +pour s'inscrire en faux contre cette formelle allgation de tous les +temps, il n'y a eu, toutes les poques galement, que les messieurs +d'un certain ge, tout fait d'un certain ge, les vtrans ayant +dpass la soixantaine. Ceux-ci ont toujours protest par une autre +allgation: + +--Les modes d'aujourd'hui sont ridicules, disent-ils en choeur, on ne +s'habille plus comme de notre temps! C'est alors,--en 1830,--ou en 1730, +en 1630, en 1530, etc., en l'an 30--que les modes taient gracieuses, +seyantes, lgantes, distingues, charmantes... ah, 1830!--ou 1730, +1630, 1530 ou l'an 30!--Quelle belle poque! + +--Il nous la baille belle le choeur des sexagnaires! oui, quelle belle +poque! parce que c'tait l'heureux temps o ces messieurs taient +jeunes, o le soleil leur semblait plus chaud, n'est-ce pas? le +printemps plus verdoyant et les modes plus belles! Mais il n'importe, +malgr tout ce que diront les vtrans et ce que nous dirons nous-mmes +plus tard, l'axiome suivant sera toujours proclam: + +--Jamais on ne s'est mieux habill qu'aujourd'hui! + +Mais puisque rien ne passe tout fait et que dans le cercle que +parcourt l'aiguille au cadran de la mode les heures passes peuvent +renatre, il suffit peut-tre, pour connatre les modes de demain, +d'tudier tout simplement celles d'hier. + +Fouillons donc ce pass disparu et donnons-nous ce plaisir, qui ne va +pas sans quelque mlancolie, d'voquer les lgances et les beauts +d'autrefois, les lointaines lgances ensevelies sous des sicles +d'inventions et de nouveauts accumules, dlaisses et oublies, et les +lgances toutes rcentes et non moins oublies des bonnes grand'mamans +actuelles, qui, dans leurs songeries au fond de leurs grands fauteuils, +sont seules se revoir en fermant les yeux, brunes ou blondes, +pimpantes et lgres, dans les atours de leur bel ge... Chres +grand'mamans! + +[Illustration: Grande toilette. XVe sicle.] + +Mais ce pass qui nous semble si lointain l'est-il tant que cela? Les +grand'mres de nos grand'mres sont nes sous Louis XV au temps de la +poudre et des falbalas. + +Sept ou huit grand'mres additionnes, si nous osons nous permettre +cette opration, nous conduisent au temps d'Agns Sorel et des dames +grands hennins. C'tait hier. Vous le voyez bien! + +Un point qu'il faut tablir d'abord, c'est que l'art de la toilette et +l'art de construire sont de trs proche parent. Mode et architecture +sont soeurs, mais la mode est peut-tre bien l'ane. + +La maison est un vtement, un habillement de pierre ou de bois que nous +passons par-dessus l'habillement de toile, de laine, de velours ou de +soie, pour nous protger mieux contre les intempries des saisons; c'est +un second vtement qui doit se plier la forme du premier, moins que +ce ne soit le premier qui s'adapte aux ncessits du second. + +En tout cas, sans remonter plus haut que le dluge, est-ce que les robes +histories et armories, les costumes taillads et dchiquets du moyen +ge, ne sont pas de l'architecture gothique et de la plus flamboyante, +de mme que les modes plus simples et plus rudes de l'poque prcdente +tiennent du rude et svre style roman. + +Quand la pierre se dcoupe, se tord, flamboie presque en magnifiques +efflorescences sculptes, l'toffe plus souple se dcoupe, se tord +et flamboie aussi. Les hautes coiffures que nous qualifions +d'extravagantes, ce sont les toits effils des tourelles qui montent +partout vers le ciel. Tout est multicolore, les gens d'alors aiment les +couleurs gaies, toute la gamme des jaunes, des rouges, des verts est +employe. + +Plus tard le costume se met plus au large en mme temps que +l'architecture. C'est la Renaissance et ses modes plus amples et plus +molles; on cherche du nouveau dans le vieux, l'Italie influe sur les +toilettes comme sur les difices, il n'est pas jusqu'aux armures de +guerre ou de parade des princes, aux vtements de fer des riches +seigneurs, qui ne recherchent quelques formes antiques et ne se couvrent +de rinceaux, ou d'ornements la romaine. + +La svrit, nous pouvons dire la maussaderie des modes de la fin du +XVIe sicle, ne se retrouve-t-elle pas dans les difices d'une poque +assombrie par tant de troubles? + +[Illustration: Renaissance.] + +L'normment ennuyeux et somptueux palais de Versailles, les grands +htels solennels d'une architecture pleine de morgue, ce sont bien +vraiment les couvercles qui convenaient aux normes et solennelles +perruques du grand Roi, aux corsages guinds et empess, aux raides +cornettes de madame de Maintenon. Et le XVIIIe sicle aprs l'ennuyeuse +fin du XVIIe? + +[Illustration: NOBLE DAME, FIN DU XIVe SICLE.] + +L'architecture et la toilette mettent de ct, en mme temps, le pompeux +et le solennel; toilette rococo, architecture falbalas, c'est tout +un. + +[Illustration: Sous le Grand Roi.] + +Plus tard, les gens de la Rvolution et de l'Empire se costumant la +grecque et la romaine, difices et maisons font de mme. Puis les +modes et les difices sont absolument sans style et de toute banalit de +1840 1860, poque de transition et d'attente. + +De nos jours enfin, poque de recherches et de fouilles archologiques, +d'essais et de reconstitutions, temps d'rudition plus que d'imagination +et de cration, nous voyons la mode et l'architecture, marchant +toujours de conserve, fouiller ensemble dans les cartons du pass, +essayer galement l'un aprs l'autre tous les styles, s'prendre +successivement de toutes les poques, en adopter les formes pour les +rejeter vite l'une aprs l'autre... Soyons donc de notre temps et +plongeons nous aussi dans les cartons du pass la recherche des jolies +choses et des originalits de jadis. + +Au del d'une certaine poque, les documents certains n'abondent pas et +nous devons nous contenter de suppositions. Qui nous dira vraiment ce +qu'taient le costume et la mode, et par cela l'aspect de la vie, aux +temps mrovingiens et carlovingiens, lorsque: + + Quatre boeufs attels, d'un pas tranquille et lent, + Promenaient dans Paris le monarque indolent. + +Qui nous dpeindra les lgances de ces poques nbuleuses? car, en +dpit de la rudesse et de la barbarie, il devait s'en trouver tout de +mme, puisqu'en maints passages de leurs crits, dj les vieux +chroniqueurs, vques ou moines, fulminent contre le luxe effrn des +femmes. + +[Illustration: Sous Louis XV.] + +Qui nous dpeindra les contemporaines de Charlemagne et nous renseignera +un peu sur les lgances du Xe sicle? Quelques statues peut-tre, +parvenues jusqu' nous plus ou moins cornes, seront nos seuls +documents; nous devrons nous en contenter et les rapprocher des vagues +renseignements contenus dans les barbares illustrations des manuscrits +d'alors, encore si loignes des magnifiques miniatures que les +enlumineurs du moyen ge prodigueront plus tard. + +Le premier journal de modes, c'est donc pour nous quelque portail de +cathdrale ou quelque statue tombale chappe par miracle aux ravages du +temps et au marteau des iconoclastes huguenots ou sans-culottes. + +Plus tard, les miniatures, les vitraux, les tapisseries nous apporteront +des renseignements plus complets et plus certains, des figures bien plus +prcises; le document abondera. + +D'ailleurs, ds le XIVe sicle, le vrai journal de modes existe; il n'a +pas encore adopt la forme gazette que nous lui connaissons depuis cent +ans seulement, mais c'est le journal de modes tout de mme, le +renseignement voyageant sous la forme de poupes qui portent des modles +de costumes d'un pays un autre, de Paris surtout. + +Car Paris tenait dj le sceptre et gouvernait la mode, non pas, il est +vrai, comme aujourd'hui, d'un ple l'autre, des confins de l'Amrique +glaciale l'Australie, voue encore aux petits os passs dans les +narines pour toute coquetterie, il y a cinquante ans peine, de la cour +des Radjahs d'Asie au srail du Grand Turc et au palais de S. M. +l'impratrice du Nippon fleuri. + +Au moyen ge, des grandes dames, en notre cher petit coin d'Europe, +s'envoyaient de petites poupes habilles la dernire mode du jour par +des coupeurs de robes, des couturires ou des couturiers dont le nom +n'est point pass la postrit. + +Dans son chteau lointain, perdu dans les landes bretonnes ou perch sur +quelque roc des bords du Rhin, la duchesse ou la margrave avait ainsi +dans les grandes occasions, communication plus ou moins rapide des +lgances la mode dans les grands centres de luxe comme la cour de +Paris ou la cour de Bourgogne, rivales en faste et en blouissements, et +dont les comptes remis au jour nous rvlent les grandes dpenses avec +tous les dtails de ces somptuosits dont les contemporains taient +blouis et que tous les chroniqueurs ont rapportes. + +Certaines villes importantes recevaient aussi de la mme faon les +dcrets de la mode, puisque nous voyons, pendant des sicles, Venise, +autre centre d'arts somptuaires, trait d'union entre le ngoce de +l'Orient et le luxe de l'Occident, recevoir chaque anne une poupe +parisienne. Dans la ville des doges, c'tait un usage immmorial +d'exposer, le jour de l'Ascension, sous les arcades de la Merceria, au +bout de la place Saint-Marc, la toilette de l'anne, cette image d'une +parisienne la dernire mode, pour l'dification des nobles vnitiennes +qui se portaient en foule l'exhibition. + +[Illustration: Sous Louis XII.] + + + + +[Illustration: L'Escoffion.] + +III + +MOYEN AGE + +Les Gauloises teintes et tatoues.--Premiers corsets et premires + fausses-nattes.--Premiers dits somptuaires.--Influence byzantine. + --Bliauds, surcots, cottes hardies.--Les robes histories et + armories.--Les ordonnances de Philippe le Bel.--Hennins et + Escoffions.--La croisade de frre Thomas Connecte contre les Hennins. + --La dame de Beaut. + + +Il faut avoir le courage de l'avouer, ici mme, dans ce Parisis qui +porte et fait triompher partout l'tendard de l'lgance, les aeules +de Mesdames les Parisiennes, il y a quelque deux mille ans, se +promenaient un peu attifes la mode des lgantes No-Zlandaises +d'aujourd'hui, dans la grande et sombre fort qui des bords de la Seine +remontait aux rives de l'Oise et s'en allait toucher aux Ardennes en un +vaste et inextricable bois de Boulogne. + +Ces Gauloises, belles et rudes, allant paules dcouvertes et bras nus, +taient peinturlures et probablement tatoues; dans tous les cas il est +certain qu'elles se teignaient les cheveux. + +Les nombreux bijoux parvenus jusqu' nous, fibules, torques ou colliers, +bracelets, agrafes en bronze et quelquefois en argent ou en or, +tmoignent que ces demi-sauvagesses primitives connaissaient un certain +luxe. Tous ces objets prsentent dans leur style une grande analogie +avec le style d'ornementation qui s'est perptu jusqu' nos jours dans +la Bretagne actuelle. + +La vieille Gaule barbare devenue la Gaule romaine, les Gauloises se +montrrent vite, l'imitation des Romaines, trs raffines en +civilisation et en luxe. Le corset, mesdames, date de cette poque, +corselet d'toffe moulant le corps plutt qu'instrument de torture +violentant les lignes. + +Le got primitif pour la peinture clatante ne se perdit pas tout +fait, la teinture devint du simple fard; dj les essences pour +entretenir la fracheur du visage taient inventes et aussi les fausses +nattes. Ces tresses d'un blond ardent,--couleur ds longtemps la mode, +on le voit,--taient achetes aux paysannes de la Germanie, aux +Gretchens du temps d'Arminius. + +Un retour la barbarie et la simplicit suivit les invasions de ces +Francs, dont les femmes, rudes gaillardes, taient vtues pour tout luxe +d'une simple chemise bandes de pourpre. + +Les modes romaines, mlanges aux modes gauloises et franques, les modes +mrovingiennes, dont quelques statues raides et hiratiques peuvent nous +donner l'ide, se transformrent peu peu. + +Au milieu de sa cour, parmi les femmes de ses ducs et de ses comtes, qui +montraient le got le plus effrn pour la parure, les toffes +somptueuses et les bijoux, le grand Empereur la barbe fleurie, +Charlemagne, affectait pour lui-mme au contraire, une grande simplicit +de vtements, comme d'autres grands empereurs ou rois, Frdric II et +Napolon. Choqu par le dploiement de faste des femmes de sa famille, +Charlemagne dut dicter les premires lois somptuaires, lesquelles ne +furent suivies naturellement que par les simples bourgeoises, par les +bonnes dames qui n'avaient que faire de dfenses et de prohibitions pour +se priver de somptuosits qu'elles ne pouvaient songer s'acheter, +faute d'argent. + +La socit de ce temps-l, nous la voyons fige en grandes figures +hiratiques, sculptes sous les porches romans de nos plus vieilles +glises. Ranges de rois et de reines, raides et svres, encadrs sous +les vieilles arcatures, princes et princesses couchs sur les dalles +funraires, vieux spectres de pierre, taills d'un rude et barbare +ciseau, qui nous dira ce que vous tiez vraiment, ce qu'tait, dans le +mouvement et la vie, ce monde que vous dirigiez? + +Vous vous taisez, vous gardez votre secret, fronts mystrieux de +fantmes sculpts, debout aux faades que vous avez fondes, ou couchs +dans les muses qui vous ont recueillis. + +Nos villes o les gracieuses Franaises, filles de ces aeules de +pierre, se promnent dans le tourbillon press des foules, devant les +brillants magasins de notre sicle vivant d'une vie si intense, nos +vieilles cits existaient dj toutes, mais combien de fois ont-elles +fait peau neuve! Des vestiges de ces temps tout a disparu, les dernires +pierres sont ensevelies sous les fondations des plus anciens monuments. + +Nous en savons presque aussi peu, des faons de vivre d'alors, que de la +civilisation des villages de l're des dolmens, et c'est dans les +premiers et plus anciens pomes ou romans chevaleresques qu'il nous faut +chercher et l travers coups de lance ou de hache, quelques +dtails intimes sur la vie sociale d'alors. + +[Illustration: Le Surcot garde-corps.] + +Voici le moyen ge. L'influence byzantine de la Rome transplante sur le +Bosphore, rgne d'abord dans le vtement des femmes comme dans celui des +hommes et domine vers l'poque des premires croisades. + +C'est alors le temps des longues robes plis trs fins, des doubles +ceintures, une la vraie taille et une sur les hanches, des voiles +transparents. + +[Illustration: Coiffure de crmonie. XIVe sicle.] + +C'est bien une poque de transition, on voit la mode ttonner, retourner +en arrire et reprendre, avec quelques modifications, des formes +oublies; le costume romain, modifi d'abord par Byzance, arrang, rendu +semi-oriental, revient presque au jour. + +Puis soudain, l'aurore du XIIIe sicle, quand les temps nouveaux +commencent sortir du crpuscule de la vieille barbarie, les modes +nouvelles se dessinent, nettement, franchement. + +C'est la vraie naissance de la mode franaise, du costume purement +franais, franais comme l'architecture dgage aussi des imitations, +des emprunts et des souvenirs de Rome et de Byzance, franais comme +l'art ogival jaillissant de notre sol. + +La statuaire, les vitraux et les tapisseries du moyen ge vont nous +fournir les meilleurs documents. Ces figures sculptes en grand costume +sur leurs tombeaux, sont de vritables vocations de nobles chtelaines, +des portraits extrmement remarquables avec tous les dtails des +ajustements, des robes et de la coiffure nettement indiqus, et +quelquefois portant encore des traces de peinture qui nous donnent les +couleurs du costume. + +Les vitraux sont encore plus intressants, on trouve l des +reprsentations de toutes les classes de la socit, depuis la grande +dame noble jusqu' la femme du peuple: dans les vitraux commmoratifs, +dans les vitraux des chapelles seigneuriales ou des chapelles de +corporations des villes, dans les grandes compositions qui nous +prsentent si souvent, au bas des fenestrages, les portraits des +donataires,--les dames nobles opulents costumes, agenouilles en face +de bons chevaliers en armures, les riches bourgeoises en face de leurs +maris chevins ou notables. + +Les tapisseries sont quelquefois plus sujettes caution comme vrit, +l'artiste introduisant parfois des fantaisies dcoratives dans ses +compositions; nanmoins, que de figures donnant des indications prcises +et venant corroborer les autres renseignements et s'ajouter aux +innombrables et merveilleuses illustrations des manuscrits. + +Sur la robe de dessous, sur la jupe ou la cotte, la femme du XIe sicle +portait le _bliaud_ ou _bliaut_, espce de robe pare, de fine toffe, +serre par une ceinture. Confectionn tout d'abord d'toffe simplement +gaufre, le bliaut s'enrichit bientt de dessins et d'ornements d'un +joli style. + +On se perd dans les transformations du bliaut et de la cotte. La robe de +dessous devient la _cotte hardie_ et le _surcot_ remplace le bliaud. +Cette robe de dessous, trs ajuste, est lace par derrire ou par +devant, et dessine bien les formes et contours du corps. + +Dans le costume par, un garde-corps, ou devant de corsage de fourrure +s'ajoute au surcot et lui donne un supplment de somptuosit. Mais la +forme gnrale se modifie par mille dispositions particulires, cottes +et surcots varient de toutes les faons, suivant les fantaisies du jour, +le got particulier, suivant la mode des provinces ou des petites cours +princires ou ducales, isoles par circonstances ou situation. + +[Illustration: ROBE ET HOUPPELANDE HISTORIES XVe SICLE.] + +Elles sont superbes, les lgantes du moyen ge, avec leurs longues +robes collantes, dont les dessins se rptent rgulirement, rosaces +semes sur toute l'toffe, carreaux alterns de couleurs diffrentes, +faisant comme un damier de tout le corps, fleurs et ramages en larges +dispositions, souvent tisses d'or ou d'argent. Ces toffes font des +plis superbes et drapent naturellement d'une faon sculpturale, des +chantillons nous en restent dans les muses, nous pouvons juger de +l'effet qu'elles devaient faire, coupes en belles robes tranantes. + +[Illustration: Noble Chtelaine.] + +Les armoiries, nes avec les premires organisations sociales, avec les +premiers chefs de clan ou chefs de guerre, mais rgularises plus tard, +paraissent sur les robes des dames, timbres comme les pavois des maris, +d'cussons symtriquement disposs. Cet usage se dveloppe, cette mode +prend, comme nous dirions maintenant, et bientt les armoiries s'talent +plus largement sur les robes dites _cottes histories_. + +Voyons aux ftes de la cour ou des chteaux, dans ces vastes salles +ouvertes aujourd'hui aux vents des quatre points cardinaux, et hantes +par les seuls corbeaux, derniers habitants des nobles ruines; voyons aux +tables des festins d'apparat, entre les hautes chemines et les tribunes +des musiciens, ou bien encore sur les estrades ou _eschaffaux_, autour +des lices o les chevaliers tournoient, ces nobles dames, aux robes du +haut en bas armories et timbres aux armes de leurs maris ou de leurs +familles, arborant, ainsi que de superbes panonceaux vivants, toutes les +belles inventions du blason, toutes les btes de la mnagerie +hraldique, les lions et les lopards, les chimres et les griffons, les +loups et les cerfs, les cygnes et les corbeaux, les sirnes et les +dragons, les poissons et les licornes, tous d'allure fantastique, tous +ails, ongls, griffus, dentus et cornus, issant, passant ou rampant sur +les champs les plus tincelants, gueules, azur, or ou sinople. + +Et les robes non armories ne sont pas moins riches ni moins brillantes, +semes de grandes fleurs contournes ou d'ornements d'un trs large +sentiment dcoratif. + +Les formes, en apparence trs varies, drivent cependant toutes du mme +principe. Le surcot n'a pas de manches, il est ouvert plus ou moins +largement sur le ct depuis l'paule jusqu' la hanche pour laisser +paratre la robe de dessous, d'une autre couleur s'harmonisant bien avec +celle du dessus et seme de dessins, ou plus, ou moins que le surcot, de +telle faon qu'il n'y ait pas galit d'ornementation. + +Un _garde-corps_ ou devant de corsage d'hermine garnit le haut du +surcot; la fourrure est chancre sur les paules pour laisser voir, +bien et chaudement encadr, le haut de la poitrine garni de joyaux et, +surtout dans les robes d'apparat, trs libralement dcollet. Une bande +d'hermine borde ainsi toute l'chancrure du surcot sur les paules et +les hanches. + +Grande varit dans les formes des corsages, des cottes ou des surcots, +grande varit dans l'ornementation des paules, dans l'encadrement du +cou. Certains dcolletages manquent de modestie, les prdicateurs +tonnent en chaire contre l'immoralit de la mode et les conteurs des +vieux fabliaux, qui ne sont pas prudes, s'en gayent largement. + +Lors de l'invention de la toile de lin, les femmes non contentes de se +dcolleter pour montrer leurs gorgerettes de lin ou le haut des +chemises, inventrent, pour montrer un peu mieux ces chemises de lin, de +fendre leurs robes sur le ct, faisant ainsi de l'paule la hanche, +de longues ouvertures laces. + +Il y avait dj,--il y a eu toujours,--des lgantes exagres qui +outraient les fantaisies de la mode. Ainsi certaines se montraient en +robes si troites et si collantes qu'elles semblaient cousues dedans; ou +bien les surcots taient beaucoup plus longs que ces dames, et il +fallait porter ce qui dpassait au moyen de poches places sur le devant +des robes, dans lesquelles on passait les mains, ou bien relever la +jupe et la rattacher la ceinture, ce qui aprs tout tait fort +gracieux et faisait ces admirables plis casss que nous voyons aux robes +des statues. + +[Illustration: Le petit hennin.] + +Les manches de ces longs surcots, trane en _queue de serpent_, que +les grandes dames pouvaient faire porter par un page, s'allongrent +aussi. Les manches de la robe de dessous descendent jusqu'au poignet, +avec un vasement qui recouvre souvent une partie de la main. +Par-dessus, les manches du surcot, plus larges, sont ouvertes +quelquefois depuis l'paule et tombent presque jusqu' terre, parfois +fendues du coude au poignet ou pourvues seulement d'une ouverture par +laquelle passe l'avant-bras. + +Il y a cent modifications diffrentes aux manches: les manches longues, +amples ou serres, les manches coupes et boutonnes en dessous du haut +en bas, les manches chancres ou renfles au coude, on voit mme les +manches dites _mitons_, dont l'extrmit peut se relever en formant +mitaines fermes, et les manches-poches fermes au bout, toutes +inventions gracieuses ou commodes aprs tout. + +Il y a enfin les grandes manches en ailes taillades et dcoupes en +dents de scie, en feuilles de chne, ou bordes d'une mince ligne de +fourrure. + +La joaillerie prend une grande importance. Grandes dames ou bourgeoises, +toutes les femmes enrichissent leurs costumes de joyaux et de bijoux +plus ou moins coteux: colliers, cercles de tte orns de pierres +prcieuses joyaux sur le couvre-chef, gros bijoux en agrafes, ceintures +de passementerie et d'orfvrerie. + +A la ceinture est attache l'aumnire ou escarcelle, de riche toffe +borde d'or, fermoir et ornements dors. Les grandes dames +blouissent, elles tincellent... Les lois somptuaires n'y peuvent rien. +Philippe le Bel en 1194 a eu beau dcrter et rglementer, interdire aux +bourgeoises le vair et l'hermine, les ceintures d'or ornes de perles et +de pierreries, il a eu beau arrter que: + + Nulle damoiselle, si elle n'est chastelaine ou dame de deux mille + livres de rente, n'aura qu'une paire de robbes par an, et si elle + l'est, en aura deux paires et non plus. + + De mme que les ducs, comtes et barons de six mille livres de rente + pourront faire faire quatre paires de robbes par an et non plus, et + leurs femmes autant..... + +Philippe le Bel a eu beau fixer un maximum du prix de l'aune d'toffe +pour les robes, en chelle descendante pour toutes les conditions, +depuis vingt-cinq sols tournois l'aune pour les grands barons et leurs +femmes, jusqu' sept sols pour les cuyers, et--ce qui est assez +remarquable et montre bien, mme en ces temps lointains, la richesse des +bourgeois et gros commerants des Villes,--permettant aux femmes des +bourgeois d'aller jusqu' seize sols l'aune, Philippe le Bel a eu beau +tout prvoir et tout rglementer, rien n'y a fait, pas mme la menace +des amendes. Grandes dames et riches bourgeoises ont brav les dfenses +du roi tout aussi bien que les remontrances de messieurs les maris et +les admonestations que le clerg se fatiguait de leur adresser +l'glise. + +C'est vainement que les prdicateurs s'attaquent toutes les parties du +costume, qualifiant de _portes d'enfer_, les crevs, parfois bien +inconvenants du surcot, traitant les souliers la poulaine d'_outrages +au crateur_, et faisant surtout aux coiffures, hennins, cornes ou +escoffions, une guerre acharne; les femmes laissent dire et gardent +imperturbablement les modes attaques. + +[Illustration: CHATELAINE, MILIEU DU XVe SICLE.] + +En fait de mode, elles ne relvent que d'elles-mmes et nient toute +autorit, royale ou ecclsiastique, et mme la suzerainet maritale. + +[Illustration: Le Hennin grand voile.] + +Les dames de ce temps-l portent aussi quelque peu les souliers +poulaines, les fameux souliers bec relevs, dont les lgants de +l'autre sexe s'taient pris et qu'ils agrmentaient souvent d'un grelot +tintinnabulant au bout. + +Elles ne connaissaient pas encore les hauts talons, mais elles se +grandissaient par des espces de mules, ou par des quantits de semelles +mises l'une sur l'autre. + +Les coiffures des dames sont de proportions extravagantes. Le hennin +triomphe entre toutes. Il y a l'_escoffion_ qui affecte diffrentes +formes, en turban, en croissant; il y a le _bonnet en coeur_, norme +coiffure d'toffe brode, treillisse de ganses, orne de perles, avec +un gros bourrelet relev de joaillerie retombant en coeur sur le front. +Mais c'est le grand escoffion cornes qui, sur tous les autres, +scandalise les prdicateurs, l'escoffion qui est une large carcasse +orne de pierreries embotant les oreilles et laissant tomber de chaque +corne sur les paules une fine mousseline flottante. + +Ces escoffions venaient, dit-on, d'Angleterre, ainsi qu' toutes les +poques maintes excentricits de costumes; l'Anglomanie qui svit de +temps en temps, date de loin, on le voit. Viollet-le-Duc, dans son +_Dictionnaire du Mobilier_, donne un exemple de grand escoffion pris sur +une statue tombale d'une comtesse d'Arundel du commencement du XVe +sicle. + +Comparant les femmes ainsi coiffes des figures sataniques, des +btes cornues, prdicateurs et moralistes dclarent que la femme douze +fois infidle va au Purgatoire, mais ils jettent directement et sans +rmission l'Enfer celles qui portent ces escoffions cornes! + +Le grand hennin est un immense cornet plaqu sur le front, emprisonnant +compltement les cheveux, un tube conique en toffe ramage orne de +perles, avec une voilette plus ou moins longue sur le front, et tout en +haut, la pointe de l'difice, un flot de lgre mousseline retombante. +Edifice extravagant, soit, incommode, mais non ridicule, monumental mais +charmant, et que les femmes s'obstinrent porter pendant prs d'un +sicle, parce qu'il tait en ralit trs seyant et donnait la +physionomie, l'ensemble d'une figure, de pied en cape un caractre +trs imposant. Et enfin, raison principale dont on ne se rendait pas +compte peut-tre, mais qu'on reconnaissait inconsciemment: parce que ces +grands hennins cadraient avec les architectures d'alors. + +Magnifique poque d'expansion et de monte! Fines et dardes haut, les +flches des glises escaladent le ciel, entranant les mes avec elles, +toutes les lignes des architectures montent, s'panouissent et +fleurissent. Quand on songe que c'est le temps des merveilleuses faades +de maisons ou de palais, des orfvreries de pierre sculpte, des fines +tourelles, des crtes festonnes, le temps des villes hrissant mille +clochers et mille pointes, l'ascension des hennins se comprend trs +bien. Comme toutes les ascensions, c'est encore une monte vers l'idal, +puisque ces grands hennins aux longs voiles flottants donnent forcment +une relle noblesse l'attitude et la dmarche. + +_Guerre aux hennins!_ Tel fut cependant partout le cri des moines et des +prdicateurs. Le plus violent de tous et celui qui fut le plus entendu, +sinon cout, c'tait un carme de Rennes, nomm frre Thomas Connecte. + +[Illustration: Le grand hennin.] + +Il entreprit dans sa ville une vritable campagne contre le dbordement +du luxe, en particulier contre les pauvres hennins. De la Bretagne, il +passa dans l'Anjou, en Normandie, en Ile-de-France, en Flandre, en +Champagne, prchant partout solennellement et dans chaque ville du haut +d'une estrade dresse en plein air sur une place publique, accablant +d'invectives celles qui se complaisaient aux raffinements de la toilette +et les menaant de la colre du ciel. + +Tous les malheurs qui fondaient sur le monde, tous les vices du temps, +toutes les hontes, tous les pchs, toutes les turpitudes de l'humanit, +provenaient suivant lui de l'extravagance coupable des hennins et des +escoffions dmoniaques. + +Et dans la chaleur de sa conviction, frre Thomas ne s'en tenait pas +la parole; la fin de son sermon, le digne homme, enflamm d'une sainte +ardeur, saisissait un bton et passant travers les rangs effars des +dames, nobles ou bourgeoises, venues pour l'entendre, il faisait sans +piti, malgr les cris et la bousculade, un grand massacre de hennins. + +--Au hennin! au hennin! A ce cri, les polissons ameuts par le frre +poursuivaient par les rues toute femme dont le couvre-chef dpassait les +modestes proportions d'une coiffe ordinaire. + +Nanmoins, malgr sermons et voies de fait, les hennins ne s'en +portaient pas plus mal et se relevaient aprs le passage du moine. De +ville en ville, celui-ci continuant sa croisade contre le luxe, s'en fut + Rome, et l, le spectacle moins qu'difiant offert alors par la +capitale de la chrtient, le surexcita tellement qu'il oublia toute +mesure, et que, laissant les hennins tranquilles, il s'attaqua aux +cardinaux et princes de l'Eglise. Ceci tait jeu plus dangereux. Le +pauvre homme, accus d'hrsie, fut apprhend et tout simplement brl +en place publique. + +Dans l'histoire de la mode, il y a le roman de la mode! Dans les annales +de la coquetterie fminine, que d'pisodes curieux et aussi que de +figures romanesques qui traversent la grande histoire, charmantes, +attirantes, parfois trangement potiques, fleurs dlicates parmi toute +la ferraille remue par le sicle--et parfois aussi, dangereuses sirnes +qui donnent bien raison au frre Thomas Connecte! + +[Illustration: Les Manches taillades et dchiquetes.] + +L'histoire de la mode pourrait s'crire avec une douzaine de portraits +de femmes espacs de sicle en sicle, portraits de reines de la main +droite et de reines de la main gauche,--plus souvent de la main +gauche,--de grandes dames et de grandes courtisanes. + +[Illustration: DAME SOUS CHARLES VIII.] + +Il suffit d'crire leurs noms, chacun d'eux c'est une page qui se +tourne, un chapitre nouveau qui commence: Agns Sorel, Diane de +Poitiers, la reine Margot et Gabrielle d'Estres, la premire femme et +la dernire _mie_ du roi Henri, Marion Delorme, la Grande Mademoiselle, +Montespan, premire partie du rgne du roi Soleil, Maintenon, seconde +partie du rgne du monarque renfrogn, Madame de Pompadour, +triomphe du pimpant XVIIIe sicle, Marie-Antoinette, dernier et +mlancolique clat d'un monde qui finit, Madame Tallien, Josphine..., +etc. + +[Illustration: La Houppelande.] + +Aprs Isabeau de Bavire, reine de France et reine de la mode, la +gracieuse et magnifique pouse de Charles VI, d'abord reine des bals et +des ftes, mais qui devint bientt la reine des guerres civiles, sans +cesser, dans un temps de sombres horreurs, de rver somptueux costumes +et recherches d'lgance,--aprs les modes d'Isabeau, c'est le temps et +ce sont les modes d'Agns Sorel, la dame de Beaut de Charles VII. + +Charles VII s'endort Bourges et ne songe gure reconqurir son +royaume: ses matresses et ses plaisirs sont tout l'univers pour lui. La +grande et sainte Jehanne a endoss le harnais des hommes de guerre pour +combattre l'Anglais, elle a dj reconquis au roi une forte partie de +son royaume; une autre femme, ni grande ni sainte, va continuer son +oeuvre, Agns Soreau de Saint-Graud, la belle Agns Sorel, blonde aux +yeux bleus, par la puissance et l'ascendant de la beaut, enflamme le +roi Charles, elle le lance contre l'Anglais, lui fait reprendre, ville +ville, le reste du domaine des fleurs de lys et mriter dans l'histoire +le surnom de Victorieux. + +C'est elle la victorieuse! Les _pcunes_ qui sont les nerfs des guerres +sont consacres payer les rudes gens d'armes, les lances et les +bombardes du roi, ainsi qu' entretenir le luxe coteux de la belle, +payer les mille inventions de sa coquetterie. Ce sont dpenses de guerre +aussi, puisque le roi bataille mieux quand _Agns l'ordonne_, comme dit +la vieille romance. + +La vierge hroque, la vaillante Jehanne, se couvrait de la cuirasse +pour mener au combat ducs, seigneurs et gens d'armes; la belle Agns, +adore par le roi, poursuivait d'une tout autre manire l'oeuvre +nationale, elle se dcouvrait les paules, inventait des corsages +indcemment dcollets jusqu' la taille, outrait les proportions des +grands hennins barbes flottantes... Et les armes de Charles +marchaient, emportant chteaux, villes et provinces, pourchassant les +Anglais. Agns, en somme, mourut la bataille, puisqu'elle trpassa +prs de Jumiges pendant la reconqute de la Normandie o elle avait +suivi le roi. + +La cour de Bourgogne, rivale de celle de Paris en faste comme en tout le +reste, introduit dans la mode franaise des lments trangers, de +Flandre surtout. C'est la dernire poque pour le costume du moyen ge, +l'blouissement dernier, l'panouissement et l'tincellement des plus +tranges somptuosits. + +Les gigantesques houppelandes des hommes et des femmes ressemblent de +grandes pices de tapisserie,--les grandes lignes disparaissent sous la +complication. La Renaissance va venir aprs une priode de transition et +de ttonnements. + +Que de jolies choses et de particularits intressantes il y aurait +encore citer dans les _atours_, _garnements_ et _parements_ des femmes +du moyen ge, dans les vtements de crmonie, de splendide toffe et +d'tincelante garniture, dans les vtements d'intrieur ou de sortie de +toutes les classes, aussi bien que dans les vtements de voyage et de +chasse ports par les nobles dames chevauchant sur des mules richement +harnaches, ou enfourchant les grands palefrois pour courre le gibier le +faucon sur le poing. + + + + +[Illustration: Sous Franois Ier.] + +IV + +LA RENAISSANCE + +Modes en largeur.--Hocheplis, vertugalles, vertugadins.--La belle + Ferronnire.--Eventails et manchons.--Les modes tristes de la Rforme. + --L'escadron volant de Catherine.--Dentelles et guipures.--Etats de + services du vertugadin.--Le masque et le touret de nez.--Fards et + cosmtiques. + + +A la suite des expditions de Charles VIII, un coup de vent souffle sur +les modes du moyen ge. Les temps gothiques sont finis, le costume +masculin se transforme tout coup et le costume fminin va changer +aussi. Ce coup de vent emporte, avec bien d'autres choses, avec notre +architecture nationale, avec notre got national, ces hennins qui, +malgr l'apparence, tenaient si bien sur les ttes qu'ils avaient dur +prs d'un sicle. + +Le costume s'amollit et se complique. Le corset ou corsage remplace le +surcot, il est d'une autre couleur que la robe et tout charg +d'ornements et ramages dors, sous plusieurs rangs de colliers couvrant +le haut de la poitrine dcollete. Les manches aussi sont d'une autre +couleur que le corsage, ce sont de grandes ailes taillades et +flottantes ou bien des manches de plusieurs pices rattaches par des +aiguillettes ou des rubans, laissant voir la chemise de fine toile de +Frise bouffante aux paules et aux coudes. + +C'est le commencement des manches bourrelets successifs et crevs +qui vont durer si longtemps. + +Les souliers _patts_ ou bouts carrs remplacent les souliers pointus; +on va comme toujours d'une extrmit l'autre. + +Grande varit dans les coiffures trs basses maintenant. Ce sont larges +bourrelets ou turbans embotant l'occiput avec coiffes dessins dors +encadrant le front et le visage; ces bourrelets et coiffes, orns de +rseaux perls, se modifient dans les pays o l'influence flamande ou +rhnane lutte contre l'influence italienne, par l'adjonction sur la +coiffe d'une sorte de chapeau taillad qui deviendra le grand bret +dcoup et largement dchiquet des lansquenets suisses ou allemands. + +Ce sont ces modes qui vont rgner pendant tout le temps de Franois Ier, + la cour blouissante du Roi Chevalier, et la ville chez les nobles +dames et les bourgeoises aises. + +L'innovation principale, celle qui doit influer sur le reste du +vtement, en dterminer en partie la coupe et les proportions, la +dominante du costume d'alors, c'est le vertugadin, dit aussi vertugalle, +vertugardien... Chose non vue encore, grande nouveaut qui va +bouleverser le costume et changer toutes les lignes. + +[Illustration: Commencement de la Renaissance.] + +Le vertugadin, c'est--dire la jupe large soutenue par une armature +quelconque, en voil pour trois sicles, pendant trois cents ans, avec +des interrgnes plus ou moins longs, il durera sous des noms diffrents, +panier, crinoline, pouf, tournure, etc. Il dure encore et nous le +reverrons. + +[Illustration: A LA COUR DU ROI-CHEVALIER.] + +Depuis trois cents ans la largeur des jupes suit un mouvement rgulier, +d'abord modeste, elle augmente peu peu, lentement, en habituant +progressivement l'oeil ses proportions, elle arrive une envergure +formidable, exagre, impossible, puis elle diminue lentement reprenant +l'une aprs l'autre ses tapes successives. + +Les femmes, qu'elle a transformes pour un temps plus ou moins long en +normes cloches, redeviennent clochettes, elles diminuent et +s'amincissent jusqu' disparition complte de toute apparence de +vertugadin. Les modes sont ultra collantes pour quelques annes, puis un +soupon de tournure reparat, une illusion de vertugadin se remontre et +la progression recommence. + +Vilipend, chansonn, ridiculis sans trve ni merci toutes les +poques et quelque fut son nom, il a triomph toujours, mme des dits +qui prtendaient diminuer son envergure. Et pourtant nulle puissance au +monde n'a vu se liguer autant d'ennemis enflamms contre elle, aucune +institution n'a t attaque avec autant de vigueur et d'acharnement. + +La Monarchie ou la Rpublique ont des adversaires, mais aussi des +dfenseurs. Vertugadins, paniers ou crinolines avaient contre eux tous +les maris, tous les hommes! Le corset seul a eu presque autant +d'ennemis--dont il a toujours galement triomph. + +Le Vertugadin, n sous Franois Ier, vers 1530, marque la fin du moyen +ge, mieux et plus compltement que n'importe quel changement politique. +C'est la disparition des robes collantes ou flottantes plis droits, si +sculpturales. Un monde est fini. + +Le vertugadin s'appelle premirement _hoche-plis_. Ce nom s'applique +d'abord seulement au bourrelet godronn soutenu par une carcasse de fils +de fer qui s'attache la taille pour donner de l'ampleur aux jupes. +Puis le nom s'tend tout un systme de cerceaux de bois ou de baleine +formant cage sous la jupe jusqu'en bas. + +Le costume fminin sous Franois Ier est ample et majestueux plutt que +gracieux, les robes sont de velours, de satin, de brocatelle fleurs de +couleurs varies, avec de larges manches tombantes, doubles de zibeline +ou des manches normes engonant les paules et formant comme une +succession de bourrelets jusqu'aux poignets, avec des crevs ouverts sur +des bouillons de soie claire. + +Le corset busc appel alors basquine apparat. Trs probablement ce +n'tait pas encore une armature dissimule sous le corsage, mais bien le +corsage lui-mme raidi par des baleines, du moins les descriptions assez +confuses donnent lieu de le penser. + +Pour la coiffure, _attifet_, _chaperon_, _toque_ ou _toquet_, ainsi que +pour l'ornement du cou et des paules qui sortent considrablement des +corsages,--on a rapport de la molle et licencieuse Italie de jolies +ouvertures de corsages, que les maris pourtant auraient pu trouver +offusquantes, mais les hommes se dcolletent bien aussi--les lgantes +dpensent en joaillerie et orfvrerie plus que messieurs les maris ne +voudraient. Reines, grandes dames, bourgeoises se ruinent en chanes +d'or, joyaux maills, perles, pierreries, escarboucles. + +La belle Ferronnire, une des matresses du roi aprs le rgne de la +duchesse d'Etampes, invente de porter une escarboucle retenue par un +fil au milieu du front. Un bijou de plus porter quand on a dj garni +autant que l'on pouvait la coiffure, le corsage et la ceinture d'une +tincelante joaillerie, quelle belle ide! La coiffure la Ferronnire +a vite un trs grand succs. + +Voici maintenant des accessoires de toilette inconnus. Pour l't, c'est +l'ventail de plumes, joli prtexte garniture d'orfvrerie, et le +manchon pour l'hiver. Manchons noirs pour les bourgeoises et manchons de +couleurs varies pour les dames nobles seulement, suivant les +ordonnances royales. Les ombrelles aussi sont venues d'Italie, seulement +elles sont trop lourdes et ne russissent gure. + +Mais voici sur l'blouissante poque, l'teignoir de la Rforme, les +jours troubls et tristes. + +[Illustration: Les Manches crevs.] + +Etincelante, chatoyante, superbe d'ampleur somptueuse et de richesse +pendant tout le rgne de Franois Ier, roi chevalier, prince brillant, +prodigue et ostentatif en un temps de bravoure et de _braverie_ et +aussi de licence,--la mode va changer soudain de caractre et devenir +aussi austre qu'elle a t fastueuse, aussi sombre et lugubre qu'elle a +t blouissante et multicolore. + +C'est pendant le commencement du rgne d'Henri II une vritable lutte +entre les modes tristes et les modes gaies, mais bientt les modes +tristes triomphent et peu peu l'clat de l'lgance s'teint, la mode +tourne et va bien vite des couleurs ternes et maussades au noir pur. + +Les temps deviennent difficiles et tournent au noir aussi. C'est la +Rforme, les dissensions religieuses, guerres de sermons et de prches +d'abord, puis guerre effective coups de canon et d'arquebuses, coups +de bchers, ou de potences. + +Le roi Henri II ds 1549 commena les hostilits contre le luxe; un dit +interdisant un grand nombre d'ornements ou d'toffes, passements, +bordures, orfvreries, cordons, canetilles, draps d'or ou d'argent, +satins, etc., rglementa svrement la mode et dtermina pour les +diffrentes classes de la socit les qualits des toffes et jusqu'aux +couleurs. + +Le droit de porter habillement complet de dessous et de dessus en rouge +cramoisi fut rserv aux princes et princesses; les dames nobles et +leurs maris ne pouvaient prendre cette clatante couleur que pour une +seule pice de leur costume. + +Pour les dames de rang infrieur, elles avaient droit, d'abord les plus +leves en rang, aux robes de toutes couleurs sauf le cramoisi, et les +autres au rouge teint ou au noir. Mme chelle descendante pour les +toffes, des satins et des velours au simple drap. + +De longs cris de lamentation retentirent par toute la France, quand on +voulut passer l'excution de l'dit. + +Les dames de France, au nord comme au midi, l'ouest comme l'est, en +bataille serre, dfendirent courageusement, pied pied, leurs joyaux +et leurs belles parures, leurs toffes et leurs couleurs, discutant avec +les agents de l'autorit et trouvant mille raisons ingnieuses pour tout +sauver, pour tout garder. + +Il fallut que le roi reprt la plume, qu'il compltt son dit par une +srie d'articles explicatifs et dtaillt point point ce qui tait +permis et ce qui tait prohib. Il faisait quelques concessions aux +dames et permettait encore quelques petites coquetteries, mais pour le +reste, ce qui fut dfendu resta dfendu et la loi somptuaire fut +excute rigoureusement. + + Le velours, trop commun en France, + Sous toy reprend son vieil honneur... + +dit Ronsard dans une ptre au Roi o il loue le monarque de ses +ordonnances rformatrices. + +[Illustration: La Coiffure de Catherine de Mdicis.] + +La sombre Catherine, l'Italienne dont le sang a empoisonn celui de la +race des Valois, l'empoisonneuse qui finira toute bouffie de crimes, +domine la Cour de France encore brillante, comme un grand fantme noir, +emblme de l're de crimes et de massacres qui va s'ouvrir. + +Elle laisse les recherches de la coquetterie aux dames de la Cour et +la matresse de son mari, Diane de Poitiers, la suprme beaut, la +desse quasi mythologique de la Renaissance, que Jean Goujon sculpta +comme plus tard Canova sculptera une autre beaut princire, Pauline +Borghse. Les plus jolies crations de l'poque, ce sont des toilettes +tons sobres, d'une lgance svre composant des harmonies grises ou des +harmonies en blanc et noir, les couleurs de Diane de Poitiers. + +[Illustration: SOUS HENRI II.] + +A la mort d'Henri, Catherine adopte, pour ne plus le quitter, le +costume de veuve, et entoure pourtant d'un essaim de jeunes et +brillantes beauts, de ses filles d'honneur qu'on appelle _l'escadron +volant de la Reine_,--escadron qui, dans les mille intrigues qu'elle +noue et dnoue, la sert plus avantageusement que des escadrons de +retres,--elle traverse les trois rgnes tourments des rois ses fils, +noire des pieds la tte, noire comme la nuit, noire comme son me. + +[Illustration: Sous Henri II.] + +Large jupe noire, corsage noir en pointe, grandes ailes noires aux +paules, collet noir relev en forme de fraise; et pour coiffure une +sorte de chaperon ou de toquet visire noire qui descend en pointe sur +ce front aux penses dures et sinistres. + +Ce fut Catherine, parat-il, qui importa en France, en arrivant de +Florence pour son mariage, les fraises qu'adoptrent rapidement les +hommes et les femmes. + +Il y en avait de toutes sortes, de modestes et d'inoues, de trs +simples en linge godronn et d'autres en merveilleuses dentelles. +Invention charmante et superbe, incommode sans doute comme bien d'autres +inventions de la mode, mais qui encadrait si bien dans les rosaces et +les rinceaux de la plus fine dentelle, qui sertissait comme un bijou +prcieux la figure de la femme. + +C'taient des chefs-d'oeuvre de cet art si fminin de la dentelle o +brillait toute l'lgance dcorative de la Renaissance; les mmes +artistes qui ciselaient le bronze, l'argent et l'or, qui sculptaient ces +fines dcorations de pierre sur les faades des palais, fournissaient +les dessins de ces fraises; la dentelle avait ses Benvenuto Cellini, +Bruxelles, Gnes et surtout Venise, premiers centres de fabrication. + +Mais les fraises ne prirent pas tout de suite ces belles proportions, +qu'elles n'atteignirent que sous Henri III. Elles furent d'abord de +simples collerettes plis ronds ou godrons qui enserraient le cou +jusqu'aux oreilles, fraises austres et fermes d'un temps qui +s'assombrissait de plus en plus; l'austrit protestante gagnait +rapidement et si les catholiques conservaient leurs habitudes et leurs +moeurs plus faciles, les querelles de religion avaient pris toute leur +pret et la guerre civile planait sur la France. + +Sous le rgne phmre de Franois II, qui vit passer la cour de +France la figure aurole par le malheur de la pauvre Marie Stuart, sous +celui de Charles IX, les costumes ont une lgance sobre et discrte. +Comme les pourpoints des hommes, les corsages sont taillads, ainsi que +les manches raides et bouffantes en haut. + +Les seuls bijoux sont quelques boucles et pendants de ces grandes +ceintures dites cordelires, des garnitures d'aumnires, un collier +sous la collerette, petite fraise godrons qui se trouve aussi aux +poignets. + +Le chancelier de l'Hpital, ennemi de la trop grande ampleur des +vertugadins, les avait un peu dgonfls et diminus par une svre +ordonnance en 1563, par laquelle il interdisait galement aux hommes les +hauts de chausses rembourrs. Mais un passage du roi Charles IX +Toulouse, les belles Toulousaines tant venues implorer un adoucissement +aux rigueurs de l'austre chancelier, le roi, plus clment qu'il ne se +montrera plus tard aux Huguenots, fit grce au vertugadin et lui permit +de reprendre ses monumentales proportions. + +Ne nous moquons pas de cette ampleur des vertugadins, un jour elle sauva +la France s'il est vrai, comme la chronique le dit, que Marguerite de +Valois put prserver les jours d'Henri de Navarre son mari, en le +cachant sous un immense vertugadin quand les massacreurs de la +Saint-Barthlemy se mirent dpcher coups de hallebarde les +huguenots qu'on avait logs au Louvre l'occasion des noces d'Henri et +de Margot. + +[Illustration: Sous Charles IX.] + +Les modes s'assombrissent comme le temps, comme l'architecture, comme le +mobilier, comme tout. C'est une loi gnrale, l'architecture est svre, +ce n'est plus l'exubrance dbordante, la gaiet paenne de la +Renaissance, les formes sont plus contenues. Aprs une dbauche +d'inventions souriantes, l'architecture fait pnitence. Le mobilier qui +garnit ces htels renfrogns est raide et gourm. + +Voyez ces tables et ces siges carrs, sans ornements ni sculptures, de +bois brut recouvert d'toffe sombre seme de gros clous. C'est le style +catafalque. + +Dans ces architectures svres, dans ces appartements qui semblent +revtus de tentures d'enterrement, s'agitent des gens costumes +tristes. Longues robes tombant sur de larges vertugadins et collets +montants; le buste est emprisonn et comprim durement dans un raide +corset busc fermant par derrire, dans une armature solide appele un +_corps piqu_, que recouvre un corsage d'toffe raidie et baleine +aussi. + +Pour sortir dans la rue, les femmes ajustent sous leurs chaussures des +patins lgers semelles de lige, ce qui s'est dj fait aux sicles +prcdents, mais on raille beaucoup les femmes de petite taille qui ont +pris pour habitude de se jucher sur des patins formidables, ou de se +hausser par des souliers nombreuses semelles superposes. + +Pour la coiffure, c'est la coiffe de rseau, la pointe sur le front +faisant de la figure une sorte de coeur, ce que nous connaissons surtout +sous le nom de coiffe la Marie Stuart, ou bien c'est le chaperon de +velours noir, une sorte de chapeau assez peu seyant. + +Il est de mauvais ton pour les dames nobles et mme pour les bourgeoises +de sortir sans masque. trange mode, ce masque noir est encore une note +triste ajoute un ensemble dj bien sombre. + +Les masques, de velours noir, sont courts, laissant voir le bas du +visage, ou mentonnire; ils s'attachent derrire les oreilles ou bien, +ce qui est plus raffin, se maintiennent au moyen d'un bouton de verre +tenu avec les dents. Cette mode passant des femmes de qualit aux toutes +petites bourgeoises durera longtemps, jusque sous Louis XIII. + +Le masque cependant est coquet, il y avait moins joli, il y avait le +_touret de nez_, pice d'toffe noire attache par les cts au +chaperon, qui s'ajustait sous les yeux et cachait tout le bas du visage, +invention bizarre et peu sduisante qui ressemblait, en laid, au voile +de figure des femmes du Caire. + +Ces tourets de nez, parat-il, ont leur raison d'tre et leur utilit. +Ne les soulevons pas. Les dames se fardent outrageusement suivant une +mode venue d'Italie avec Catherine de Mdicis, elles se peignent comme +de simples Carabes et s'appliquent sur les joues, sous le touret de +nez, les couleurs les plus vives et les plus dangereuses pour +l'piderme. Les visages fminins sont enduits de plaques de vermillon, +ou bien, sous prtexte d'entretenir la fracheur du teint, de pommades +et de drogues vraiment peu ragotantes. + +Horrible! + +Une _Instruction pour les jeunes dames_ donne des indications sur la +composition de ces _oints_ ou plutt de ces fricasses dplorables o +il entre de la trbenthine, des fleurs de lis, du miel, des oeufs, des +coquilles, du camphre, etc., le tout cuit dans l'intrieur d'un pigeon, +tritur et distill ensuite. + +Pouah! le touret de nez parat assez indispensable aprs cela. + +[Illustration: DAME DU TEMPS DE CHARLES IX.] + +Le florentin Ren, amen par Catherine, fournissait aux belles dames de +la cour fards, parfums et cosmtiques; on sait qu'il cuisina souvent +pour la reine mre d'autres fournitures plus nuisibles destines +supprimer avec lgance et discrtion les gens embarrassants. + +[Illustration: Etoffes ramages.] + +Quelle poque! d'un bout du royaume l'autre, dans le mlange des +partis en lutte, on se dispute, on se hait, on se bat. Pendant trente +ans tout est boulevers, les armes catholiques et huguenotes se +poursuivent par les provinces, mettant tour tour les villes sac, +brlant les chteaux les uns des autres, guerre sans merci o les femmes +et les enfants sont envelopps, guerre de surprises et de massacres. + +Les villes sont assiges, les campagnes sont ravages par les argoulets +et arquebusiers catholiques, par les retres protestants, les chteaux +et manoirs enlevs par de rapides coups de main... Il faut fuir quand on +ne se sent pas le plus fort, ou prir... + +On comprendrait, qu'en ces lugubres temps, les costumes des femmes se +soient un peu masculiniss. Les pauvres femmes ont si souvent besoin, +pour se tirer d'affaire dans les moments difficiles, d'enfourcher +chevaux ou mules, de chevaucher comme les hommes! + +Ainsi, en 1568, Cond surpris en pleine paix, dut, pour chapper aux +troupes de Catherine, s'enfuir de son chteau de Noyers prs d'Auxerre +et courir jusqu' la Rochelle, chapper aux partis de cavalerie, +traverser la Loire gu, avec sa femme enceinte porte dans une +litire, avec trois enfants au berceau, la famille de l'amiral Coligny, +celle d'Andelot, nombre d'enfants et de nourrices... + +Les femmes empruntrent au costume masculin une espce de pourpoint +hauts de chausses qui se mettait sous la robe. Ces _caleons_, ainsi +s'appelaient-ils, permettaient, malgr les larges jupes, d'enfourcher +plus commodment les arons. + +Les vertugadins continuaient se porter et grandir malgr tout + + Et les dames ne sont pas bien accommodes + Si leur vertugadin n'est large dix coudes, + +dira bientt un satirique _Discours sur la mode_. + +[Illustration: Au temps de la Rforme.] + + + + +[Illustration: Coiffure et Collerette Valois.] + +V + +HENRI III + +La cour du Roi-Femme.--Les grandes fraises plisses, godronnes ou en + cornets.--Les femmes-cloches.--Les grandes manches.--Horribles mfaits + du corset.--La reine Margot et ses pages blonds. + + +Le rgne de Henri III n'apporte aucun changement dans la situation. Les +temps furent plus sombres peut-tre et le pays plus boulevers. +Cependant malgr la sainte Ligue, malgr le redoublement des guerres +civiles, malgr l'incendie de ses provinces et le sang qui coulait de +partout, Henri III, roi de la France tiraille quatre chevaux, prit en +main le sceptre de la mode. + +Aprs le sombre Charles IX, ddaigneux du luxe et des affiquets de la +toilette, venait un roi mignard, fris, frais, musqu, fard, qui, tout +en renouvelant les dits de Charles IX contre le luxe, lanait la cour, +et aprs la cour tout ce qui peut suivre la mode, dans un dbordement de +folies luxueuses, de somptuosits excentriques et extravagantes. + +Sous ce roi de _l'le des Hermaphrodites_, comme des pamphlets +l'appelrent, le roi-femme, et l'homme-Reine de d'Aubign: + + Son visage de blanc et de rouge empt, + Son chef tout empoudr nous montrrent l'ide + En la place d'un roi d'une fille farde. + +tout est dsordonn et drgl la cour. Le luxe et les dbordements +sont tels que la plus chaste Lucrce y deviendrait une Faustine, dit la +chronique de l'toile. + +Le royaume de la mode lui-mme est boulevers, il n'y a plus de +frontires naturelles et les modes se confondent pour les deux sexes. Le +roi, par un got singulier, fminisa le plus possible ses costumes, +cherchant ce qui pouvait se prendre aux modes fminines, depuis la +coiffure jusqu' l'ventail. + +Comme les dames de la cour, le roi et ses mignons adoptrent les +colliers de perles, les boucles d'oreilles, les dentelles de Venise et +les grandes fraises. Comme les dames, pour entretenir la fracheur de +leur teint, ils se fardrent et se cosmtiqurent d'une faon ridicule, +allant jusqu' mettre la nuit des masques et des gants enduits de +pommade; tranges modes effmines pour un temps de poignards levs et +de prils constants. + +Ces _mignons et popelirots_ ne portaient-ils pas comme les dames une +sorte de corset pour faire taille fine, le pourpoint busc descendant +trs bas en pointe, devenu bientt le ridicule pourpoint panse +rembourre formant une espce de ventre pointu la faon de +Polichinelle. Ne se coiffaient-ils pas de la toque fminine orne de +plumes et de pierreries... + +Les femmes ne prirent rien aux modes masculines, mais elles se +rattraprent en exagrant considrablement les dimensions et +l'ornementation de tous les lments du costume, en recherchant la +somptuosit des toffes, en se surchargeant encore d'accessoires et de +joaillerie. C'est Marguerite de Valois, soeur du Roi, la reine Margot +d'Henri IV qui mne la mode, et moins le ridicule que la grce fminine +esquive, elle fait bien le pendant de l'tonnant Henri III, le satrape +musqu et fard qui empse et godronne lui-mme ses fraises et celles de +la reine, et se promne avec des petits chiens sur les bras ou le +bilboquet la main. + +[Illustration: Toilette de Cour.] + +Les fraises ont pris des proportions fantastiques, ce sont d'immenses +cornets vass, soutenus par des fils de laiton, de magnifiques +dentelles ou broderies de point de Venise, qui partant du corsage, +laissent voir les paules et montent derrire la tte jusque par-dessus +la coiffure. La figure farde ainsi encadre dans cette dentelle +pointes, c'est une fleur clatante ou un fruit, ou plutt c'est une +tte d'idole, trop apprte, peinte et repeinte, ruisselante de +bijouterie et de clinquant. + +[Illustration: TOILETTE DE COUR HENRI III.] + +Encadrement de corsage en joaillerie, or, pierreries, perles, colliers, +boucles d'oreilles, perles et diamants la coiffure, les princesses +et les grandes dames tincellent. Les coiffures sont trs basses, les +cheveux arrangs en pointe sur le front et relevs en rouleau sur les +tempes, dessinent un coeur que couronne un simple cercle orn de pierres +et de perles fines. + +[Illustration: Le Masque.] + +Sur les corsages et sur les jupes, des lignes de perles forment des +quadrills ou des losangs. La ceinture pendants trs longs, est en +joaillerie galement; l'extrmit pend un petit miroir, prcieusement +encadr, que les dames ont tout instant la main, pour vrifier +l'tat de cette prcieuse toilette si difficile porter, de ces fraises +immenses, d'une si haute et si majestueuse lgance, pour lesquelles les +dames sont la gne dans les runions et dans la presse des ftes de la +cour. + +Il suffit pour en juger de voir au Louvre un tableau du temps, +reprsentant un bal la cour, aux ftes donnes pour le mariage du duc +de Joyeuse avec la belle-soeur du roi, noces fameuses, clbres avec un +faste inou par vingt-cinq ou trente journes de festins, de joutes ou +de mascarades, pendant lesquelles toute la cour, les princes et +princesses, seigneurs et nobles dames rivalisrent de richesses et de +somptuosits folles, dans leurs toilettes renouveles de fte en fte. + +D'aprs ce tableau des noces de Joyeuse, attribu Clouet, les +seigneurs et les nobles dames rivalisrent surtout de ridicule dans +leurs ajustements. Ce ne sont que corsages pointes, fantastiquement +serrs ou pourpoints abdomens pointus, qui donnent aux uns et aux +autres, des apparences d'insectes, fines gupes ou gros bourdons. + +[Illustration: Les Manches bouffantes.] + +Ces corsages, dont les buscs n'en finissent pas, ont des manches normes +et rembourres, aussi grosses aux paules que le corps tout entier, +formes d'une succession de gros bourrelets crevs, bords de perles +ou de clinquant, avec des poignets de fine dentelle assortis la +fraise. + +Quant aux vertugadins, ils ballonnent et s'largissent considrablement, +ce sont maintenant plus que des cloches, ce sont de vastes soupires +renverses, sur lesquelles on porte deux robes superposes, la robe de +dessus, de riche brocart ou d'toffes charges de mille broderies, +s'ouvrant pour laisser voir l'autre, laquelle est de couleur diffrente +et non moins ornemente. + +Au plus pais des troubles et confusions, quand ligueurs, royaux et +huguenots se heurtaient, s'arquebusaient et se pendaient d'un bout du +royaume l'autre, Damville, l'an des trois fils du conntable de +Montmorency, qui avait lev la lance pour un quatrime parti, celui des +politiques, alli dans le Midi aux huguenots, dut une belle chandelle +l'invention de ces encombrants vertugadins. Cern dans Bziers, il +allait tre pris et courait grands risques, mais une de ses parentes, +Louise de Montagnard, femme de Franois de Tressan, l'enleva dans son +carrosse, cach sous l'talement de son immense vertugadin, et le fit +passer la barbe de ses ennemis. + +[Illustration: Le petit manteau Henri III.] + +C'est le second sauvetage opr par le vertugadin; peut-tre aurait-il +faire valoir bien d'autres actes de service, si l'histoire avait daign +les enregistrer. La crinoline, que nous avons connue, n'a pas de haut +fait pareil son actif. Sa vaste envergure fut aussi utilise, non pour +de si dramatiques vasions, mais seulement par d'ingnieuses fraudeuses, +qui se contentaient d'accrocher sous leurs jupes, ses cerceaux, des +objets soumis aux droits. + +[Illustration: Sous Henri III.] + +Le corset n'est plus la simple _basquine_, assez inoffensive des +commencements, le _corps piqu_ qu'endurent, sous prtexte de +s'avantager la poitrine, les belles dames de ce temps, c'est un +vritable instrument de torture, un moule dur et solide dans lequel il +fallait entrer, souffrir et rester, malgr les clisses de bois qui +entraient dans la chair, mettaient la taille vif et faisaient +chevaucher les ctes les unes par-dessus les autres, ce sont Montaigne +et Ambroise Par qui le disent, et ce dernier pouvait en savoir quelque +chose. + +Comme le vertugadin et plus que le vertugadin, le corset passera les +sicles, durera travers toutes les modes, malgr toutes les attaques, +malgr les mdecins qui l'excommunient avec unanimit, victorieux de +tous et de toutes, victorieux contre l'vidence. Les absurdes mignons +d'Henri III l'ont bien un moment fait adopter par les hommes! + +Les beauts clbres du temps, Mme de Sauves, la reine Margot, dans +leurs atours de crmonie, avec tous leurs joyaux et pierreries, dans +leurs corsages raidis et luisants, couverts de rinceaux d'or, ont l'air +de desses revtues de cuirasses damasquines. Ne m'approchez pas, +disent les grandes fraises pointes de ces beauts, qui pourtant ne +sont gure inaccessibles. + +[Illustration: La Reine Margot.] + +Cette folie de luxe, une poque si sombre pourtant, a gagn toutes les +femmes. Il n'est pas de femme de petite noblesse, de femme de robin, de +bourgeoise qui n'essaie d'approcher des grands modles, au grand +dplaisir des maris, au grand pril des fortunes dj bien atteintes par +les malheurs des temps. + +[Illustration: GRANDE TOILETTE MDICIS.] + +Le brillant XVIe sicle, le sicle de la Renaissance, illustr par tant +d'artistes et de lettrs, tant d'tincelants chevaliers et de dames +blouissantes, le XVIe sicle finit mal cependant. Il plane sur cette +fin, sur cette poque d'Henri III, aux raffinements corrompus, sur la +cour et la ville, sur ces belles et nobles dames, sur ces reines +vnneuses, sur ces mignons et ces raffins, une telle odeur de sang, +que dans ce bouleversement et dans cette corruption sociale, ce n'est +pas de trop de tous les parfums violents dont on use, de ce musc et de +cette ambre pour la masquer. + +[Illustration: Grande Fraise Henri III.] + +Marguerite de Valois, fleur au parfum dangereux, survivra ce temps et +finira en 1615, quelques annes aprs Henri IV, son ex-mari; elle finira +vieille coquette, farde et musque, essayant, malgr l'ge, malgr +l'embonpoint qui dtriore sa prestance d'ex-desse, de garder les +grces solennelles et apprtes de son beau temps et ses grands costumes +d'apparat, tranant une petite cour de ses chteaux du Languedoc son +logis parisien de l'htel de Sens qui existe encore, distinguant de +temps autre quelque trop joli cavalier, ou quelque gentil jeune page, +de ces pages qui occupaient dj la chronique en ses belles annes, +quand on l'accusait de les faire tondre pour se fabriquer des perruques +blondes avec leur toison. + +Tout la fin de cette reine, devenue la grotesque Margot, l'un de ces +pages prfrs ayant t dagu dans l'htel mme par un jeune cuyer, +jaloux de possder les bonnes grces de la vieille reine, Marguerite +entra en fureur comme une lionne blesse, et pour venger l'objet de ses +dernires amours, elle prtendit exercer fodalement le droit de haute +justice dans sa maison; elle condamna le coupable mort et le fit +dcapiter sans dsemparer, sous ses yeux affams de sang, devant le +populaire assembl dans le carrefour, sur la porte mme de l'htel de +Sens. + + + + +[Illustration: La fraise collerette.] + +VI + +HENRI IV ET LOUIS XIII + +Retour une simplicit relative.--Les femmes-tours.--Hautes coiffures. + --Excommunication du dcolletage.--Les robes grands ramages de + fleurs.--Collets monts et collets rabattus.--Tailles longues.--Les + dits de Richelieu.--La dame suivant l'dit.--Tailles courtes. + + +Il y a des sicles qui ont la vie dure, et d'autres qui meurent avant +l'ge, le XVIe sicle, de complexion sans doute particulirement +robuste, se prolongea jusqu' la fin du rgne du Barnais, avec ses +ides et ses moeurs, ses faons et ses modes. On verra plus tard le +XVIIe durer de mme avec Louis XIV au dtriment du XVIIIe, et ce pauvre +et charmant XVIIIe finir tristement avant l'ge, de mort subite en +l'anne 89. + +Ces annes de grce du XVIe sicle sous le sceptre du roi Henri, sont +une convalescence aprs les longues annes de fivre chaude; la France, +que la maladie a mise si bas, renat, le poison qu'elle avait dans les +veines est expuls, tout se rpare, se nettoie et s'assainit. + +Aprs les raffinements ridicules et maladifs du rgne de Henri III, le +costume prend un caractre sans faon, un aspect de bonne et simple +franchise, s'il peut y avoir de la franchise dans le costume. C'est +cependant presque le mme costume, mais simplifi dans les lignes et +dbarrass de ce qu'il avait de surabondant et de trop cherch dans les +dtails. + +Les modes sont moins lgantes, certainement, celles des femmes comme +celles des hommes; elles ont bien des ridicules aussi, mais ce sont des +ridicules nafs. On est sorti de la prtention excessive, de la grce +raffine et corrompue; en allant dans la simplicit, on est tomb dans +la lourdeur et la gaucherie, pourtant de cette lourdeur inlgante mais +saine, se dgagera bientt la grce cavalire du costume Louis XIII. Il +ne faut cependant pas prendre ce mot simplicit au pied de la lettre: +htons-nous de dire que cette simplicit n'est que trs relative. + +Les jours d'apparat, les dames arboraient encore la mme quantit de +joailleries et de pierreries que par le pass. La reine qui a remplac +Marguerite de Valois aprs le divorce,--une deuxime alliance Mdicis +qui ne parat pas avoir trop russi au Barnais, bien pay dj pour se +souvenir de Catherine--la reine de la main droite Marie de Mdicis et la +reine du ct coeur Gabrielle d'Estres, duchesse de Verneuil, et les +autres belles dames, se montraient aux ftes, ballets, mascarades et +collations, richement pares et magnifiquement atournes et si fort +charges de pierres et pierreries qu'elles ne pouvaient se remuer. + +La reine montra lors d'une grande occasion, une robe, toffe de +trente-deux mille perles et trois mille diamants, et son exemple les +grandes dames et les dames de moyenne toffe dpensaient volontiers plus +que leurs revenus, en somptuosits, en habillements de brocart, satins, +damas admirables, ramags et passements d'or, chargs et surchargs de +clinquant et de joailleries diverses. + +Voil une bien trange simplicit, et pourtant quand on examine tableaux +et estampes du temps, ces documents n'en montrent pas moins une grande +diffrence entre les suprmes raffinements des modes de Henri III et +l'lgance un peu mastoque du temps de Henri IV. + +Les coiffures sont plus hautes, les ttes se surchargent de cheveux +achets chez le coiffeur, la couleur la mode. + +Pour un temps les perruques des rgnes de Louis XIV et Louis XV +apparaissent, mais sur la tte des dames: perruques brunes ou blondes, +perruques de simple filasse mme, pour celles qui ne pouvaient s'offrir +mieux. Et avec les perruques la poudre aussi se montre. C'est plutt un +empois mlangeant la pommade aux poudres les plus diverses, depuis les +fines poudres parfumes la violette et l'iris, jusqu' la poudre de +chne pourri, et la simple farine pour les naves campagnardes. + +Ce temps voit aussi clore les mouches qui reparatront galement au +XVIIIe sicle, mais ce sont d'abord des mouches larges comme des +empltres et d'un aspect moins sduisant que les coquettes +_assassines_ de plus tard. + +Les femmes du peuple et de la petite bourgeoisie ont gard l'ancien +chaperon, coiffure modeste, pendant que les femmes de la haute classe, +coiffes en cheveux avec perles et bijoux, adoptent pour sortir le +chapeau ou la toque petit bouquet de plumes. + +Voici le portrait d'une dame la mode: + +En ces temps heureux de vivre et de respirer, aprs tant de sombres +annes, une lgante est sangle et comprime dans un corsage dur et +rigide, fortement arm de baleines, une vritable gaine descendant tout +d'une pice, sans indication de model, en longue pointe sur la jupe. + +[Illustration: Toilette de Cour Henri IV.] + +Il faut dire qu'on se rattrape de cette mise la _gehenne_ par le +dcolletage du corsage, trs libralement chancr en pointe aussi, trop +libralement mme, puisque Sa Saintet le Pape se croit oblig +d'intervenir et menace d'excommunication les belles qui continueront +se dcolleter dans des proportions exagres. + +[Illustration: DAME LOUIS XIII.] + +Cette menace d'excommunication--amende payer seulement l-haut--n'a +pas beaucoup d'effet, et les grandes fraises, les collets monts de +magnifiques dentelles soutenues de fils d'archal, continuent +encadrer les opulences du corsage. La fine dentelle va si bien autour de +la chair, elle fait si bien ressortir les paules et les paules font si +bien valoir les merveilles des points de Venise ou de Flandre, cette +dlicate et si artistique orfvrerie l'aiguille! + +[Illustration: La belle Gabrielle.] + +D'normes manches qui ne sont pas des manches tiennent au corsage. Ce +sont des ailes ouvertes fendues ds l'paule, descendant trs bas, +garnies de boutons serrs qui ne se boutonnent pas. La vraie manche +parat en dessous, toujours rembourre et remontante aux paules, +termine par des poignets en dentelles appels rebras. + +Les jupes sont moins ballonnes que jadis, le vertugadin est plus +modeste, c'est une simple cloche lourde et tombant droit, ou plutt cela +ressemble la grosse caisse bariole d'un bataillon de Suisses, mais +les hanches sont renfles en coupole et accuses de faon grotesque par +un rang de tuyaux godronns de la mme toffe que la robe. + +Il est assez difficile aux femmes d'avoir avec cela une dmarche +lgante et lgre; cependant les beauts de l'poque tiennent ces +jupes et l'idal de la grce est d'affecter en marchant un dandinement +de canard pour leur donner un balancement rythmique. + +Une dame lgante a sous la robe trois autres jupes qu'elle doit montrer +en se retroussant lgamment, trois autres jupes d'ornementation et de +couleurs diffrentes. + +Dans la liste des toffes et des couleurs la mode, elle a de quoi +choisir, nous avons alors une srie de noms aussi drolatiques que ceux +invents plus tard par le capricieux XVIIIe sicle. + + _Couleur triste amie, ventre de biche, face gratte, couleur de rat, + fleur mourante, singe mourant, couleur de veuve rjouie, de temps + perdu, de trpass revenu, Espagnol malade, pch mortel, jambon + commun, racleur de chemine, etc._ + +Le temps de la rgence de Marie de Mdicis est une poque de transition +entre les modes du XVIe et celles du XVIIe sicles; le vrai costume +Louis XIII ne se dgagera compltement des derniers vestiges des modes +de la Renaissance que vers 1630, l'poque des dits rformateurs de +Richelieu qui, prohibant draps et brocards d'or et d'argent, broderies +et passementeries de fils d'or, dentelles, points coups, forcrent les +lgants se contenter d'toffes et de lingeries plus simples et +induisirent les tailleurs de robes et d'habits chercher des formes +nouvelles. + +Pendant la premire partie du rgne, la mode se dgage lentement de sa +lourdeur, le vertugadin diminue peu peu et le si disgracieux +renflement godronn au-dessus des hanches disparat, remplac par un +retroussis grands plis de la jupe de dessus. + +Le vertugadin humili a pass la frontire, il rgne en Espagne o sous +le nom de _guarde infante_, il prend de si colossales proportions que +l'autorit veut par des dits, comme en France, arrter leur +dveloppement. A l'amende s'ajoute la saisie et l'exposition publique +des objets prohibs. L'dit, svrement appliqu, suscita des +rsistances violentes et des meutes o le sang coula. + +Le vertugadin eut la vie si longue de l'autre ct des Pyrnes que les +galants de la cour de Louis XIV le revirent avec surprise port par les +dames de la cour espagnole lors de l'entrevue dans l'le de la +Confrence pour le mariage de Louis avec Marie-Thrse. + +En France, la recherche, la richesse et le faste, la multiplicit des +ornements, la surcharge de joaillerie se remettent dominer dans la +mode et toutes les dames, mme celles de la plus simple bourgeoisie +donnent dans l'abus des superfluits coteuses et du clinquant. + +[Illustration: D'aprs Callot.] + +Comment une galante femme en habits se comporte, un pote satirique va +nous le dire: + + Il lui faut des carcans, chanes et bracelets, + Diamants, affiquets et montants de collets, + Pour charger un mulet, et voire davantage... + Il lui faut des rabats de la sorte que celles + Qui sont de cinq ou six villages damoiselles; + Cinq collets de dentelle haute de demi-pi + L'un sur l'autre monts... + +Si les vertugadins ont diminu, les fraises ont plutt gagn en hauteur +et dveloppement; les grands portraits de Rubens et ensuite ceux de Van +Dick nous montrent ces fraises de la dernire priode, en +demi-circonfrences s'vasant derrire la tte. + +Mais les estampes de Callot et d'Abraham Bosse vont nous renseigner sur +les modes parisiennes d'avant et d'aprs les dits de Richelieu. + +Callot qui avant 1630 a dessin de sa merveilleuse pointe tant +d'lgants et pittoresques cavaliers en pourpoint de soie ou de buffle, +tant d'officiers en hongreline, petites bottes et grandes flamberges, +de seigneurs bien XVIIe sicle, dans ces costumes si charmants et d'une +si jolie crnerie, ports avec tant de prestance et de laisser-aller, a +grav aussi quelques costumes de femmes, qui, bien que de la mme poque +sont encore un peu dans le style des modes du sicle prcdent. + +Ces dames portent encore les robes taille longue serre dans le _corps +piqu_ rigide, les manches bourrelets avec crevs taillads en grande +ou petite _dchiquetade_, de couleurs vives, les jupes releves sur le +vertugadin rtrci. + +Elles sont chausses de souliers pont-levis, avec attaches sur le coup +de pied, une mode nouvelle. + + Les bourgeoises non plus que les dames ne vont + Nulle part maintenant, qu'avec soulier pont, + Qui aye aux deux cts une large ouverture + Pour faire voir leurs bas, et dessus pour parure + Un beau cordon de soie en noeud d'amour li... + +Ceci dcrit suffisamment le soulier Louis XIII d'une si cavalire +lgance. Le Muse de Cluny dans sa riche collection de chaussures en +possde d'admirables, trs dcoups et dcors d'ornements noirs sur le +cuir fauve et d'autres plus simples avec le noeud de rubans dit _noeud +d'amour_. + +Les dcoupures laissaient voir les bas de soie incarnat, couleur la +mode; pour sortir on ajoutait ces souliers des patins de velours +cramoisi trs hautes semelles. + +[Illustration: Fraise Mdicis.] + +Les gants des lgantes taient non moins jolis, orns de dessins sur le +dos et d'arabesques brods sur le grand crispin embotant le poignet. + +[Illustration: FIN DU RGNE DE LOUIS XIII.] + +De vives chamarrures, de grands ramages de fleurs courent sur toutes les +robes comme ils couvrent toutes les toffes du temps. Le jardin des +plantes, autrefois jardin du Roi, doit sa cration cette mode; le +noyau primitif fut sous Henri IV le jardin d'un horticulteur avis o +toutes les sortes de plantes franaises ou trangres taient cultives +en vue de fournir des modles aux dessinateurs d'toffes ou de +broderies. + +[Illustration: Corsage Louis XIII.] + +Les coiffures varient. Longtemps cause des grands collets des fraises, +elles sont restes trs hautes, ondes ou frises en bonnet d'astrakan +et ornes seulement de bijoux. Plus tard les fraises s'abaissent tout +coup et se sparent _en rabats_ de dentelle de _point coup_, rabattus +sur l'chancrure carre du corsage, et en _collets abaisss_, sinon +rabattus aussi. + +La coiffure peut s'abaisser aussi avec ces fraises basses; on forme un +petit chignon dit _culebutte_ derrire la tte et on encadre la figure +de jolies boucles tombantes ou frises. Cette mode s'exagre un peu, les +femmes se font avec leur coiffure frisotte et les petites mches +plaques sur le front, une tte ronde comme une boule. + +Viennent les dits de Richelieu qui veut empcher l'or de France de s'en +aller, au dtriment du commerce franais, enrichir les manufactures +trangres en achats de passementeries de soie de Milan et de dentelles +ou broderies, les dits qui prohibent ensuite les galons et franges, +parfilures et canetilles enrichies d'or et d'argent, en ne permettant +que les galons troits de simple toffe; le costume va changer tout +coup, + + Il faut serrer ces belles jupes + Qui brillent de clinquants divers. + On a pris les dames pour dupes, + Leurs habits n'en seront point couverts, + +dit une dame dessine par Abraham Bosse en 1634 aprs les dits et la +rformation du costume. + +[Illustration: Bourgeoise Louis XIII.] + +Changement radical, plus de surcharge d'ornements, plus d'toffes +ramages, plus de fines dentelles de Venise ou de Bruxelles. La dame +_suivant l'dit_ d'Abraham Bosse porte sur une jupe plate, plis +tombant droit, sans le moindre soupon de vertugade, un corsage +basques, taille trs haute serre par un simple ruban, des manches +larges, ouvertes sur une manche de dessous trs simple sans la moindre +broderie ni garniture. + +La grande fraise, le grand collet mont ou rabattu est remplac par un +grand rabat de lingerie qui monte jusqu'au menton. Il n'y a plus dans ce +costume aucun reste des modes du XVIe sicle dfinitivement trpasses. + +Mais ce costume extrmement simple, d'une sobrit qui touche +l'austrit, restera celui des toutes petites bourgeoises, des bonnes +mnagres qui les dits somptuaires ne causent pas grand souci ni +douleur; c'est en somme dans les grandes lignes, le costume actuel des +soeurs de Saint-Vincent de Paul, aux couleurs prs. + +Les belles dames vont prendre ce modeste costume d'aprs les dits et le +transformer bien vite et en faire un des ensembles les plus lgants et +les plus charmants que la mode ait invents, un type vraiment +remarquable de haute distinction, juste au moment o le costume masculin +si dgag, si cavalier des premiers temps de Callot, va se modifier en +mal, devenir lourd et guind avec les justaucorps taille sous les +bras et les hauts de chausses tombant au mollet. + +[Illustration: Fin du rgne de Louis XIII.] + +La robe s'ouvre du haut en bas, laissant voir un devant de corsage de +satin clair orn d'aiguillettes et termin en pointe arrondie sur une +jupe de dessous de soie ou satin mordor. La robe de dessus ainsi +largement ouverte et assez longue, a tous ses plis sur les cts ou par +derrire. + +Les manches bouffantes sont coupes en minces bandes du haut en bas, +rattaches sur la saigne par un ruban ou simplement ouvertes sur une +riche manche de dessous et garnies sur l'ouverture d'aiguillettes ou de +noeuds de rubans. + +Plus de collets monts, rien que des collets rabattus. Ces grands +collets et rabats de lingerie ont bien vite repris quelques riches +broderies, dont les pointes tombent maintenant trs bas sur les paules +et sur les bras, en mme temps que de hautes manchettes denteles et +dcoupes de la mme broderie montent des poignets jusqu'au coude. + +Et touffes et bouffettes de rubans partout, rosettes au corsage; +guirlandes de rosettes la ceinture, et colliers de perles tombant dans +le corsage, carcans de bijouterie serrs au cou, diamants et pierres sur +les aiguillettes et les ferrets. Voici la dame la mode de 1635 qui +s'en va promener ses riches atours la Place Royale parmi les galants + moustaches retrousses, qui papillonnent sous les arcades. + +Ce sera tout l'heure le costume des hrones de la Fronde, des +duchesses ligues contre Mazarin, et cela deviendra en se modifiant peu + peu le grand costume des ftes blouissantes de la cour de Louis XIV. + +[Illustration: Elgante Louis XIII.] + + + + +[Illustration: Marion.] + +VII + +SOUS LE ROI-SOLEIL + +Les hrones de la Fronde.--De la Vallire la Maintenon.--Les robes + dites transparentes.--Triomphe de la dentelle.--Le roman de la mode. + --Les Steinquerques.--La coiffure la Fontanges.--Le rgne de + Mme de Maintenon ou trente-cinq ans de morosit. + + +Le rgne du grand roi. Le rgne des architectures talant une somptuosit +d'apparat, une solennit majestueuse et le rgne des perruques +galement solennelles et majestueuses, des modes d'un luxe crasant, o +la superbe crase un peu l'lgance! + +[Illustration: A LA COUR DU ROI-SOLEIL.] + +Le grand sicle! la grandeur pousse jusqu'au gonflement et la splendeur +jusqu' la surcharge, la mme lourde magnificence dans le style des +htels ou des palais, demeures des nobles seigneurs emperruqus, dans le +mobilier noble et pompeux que dans l'habillement masculin et fminin et +dans les fantaisies raffines du costume. + +Le grand rgne a un prologue lgrement agit, la Fronde, qui donne +occasion aux belles dames de faire un peu de galante politique et de se +donner une petite ide des motions de leurs grand'mres du temps de la +Ligue. La mort a desserr la forte main qui tenait les brides du +royaume, Richelieu disparu, on peut caracoler. + +Et l'exemple de messieurs les ducs, les hrones de la Fronde ont +caracol! Ce commencement, quand le grand roi n'est encore que le petit +roi, a une jolie allure romanesque. + +Mmes les Duchesses, Mme de Chevreuse, Mme de Montbazon, Mme de Bouillon, +Mme de Longueville et la duchesse de Montpensier, Mademoiselle, la +Grande Mademoiselle, petite-fille d'Henri IV, qui aide battre les +soldats du roi coups de canon, en attendant qu'elle soit, coups de +canne, battue par son mari, le beau Lauzun pris dfaut de Louis,--les +belles et sduisantes rebelles aux libres allures, aux beaux yeux et aux +belles tailles sans aller jusqu' la casaque des gardes et la hongreline +soldatesque, arborent avec crnerie des costumes semi-militaires. + +Pendant les annes de troubles et d'meutes, de guerre civile Paris et +de cavalcades armes dans les provinces, n'assistent-elles pas aux +parades des troupes leves par les princes contre les troupes du Roi, +avec Cond ou contre Cond;--ces amazones, du haut du perron de l'Htel +de Ville, ne haranguent-elles pas les Parisiens toujours en got +d'meute, le populaire hriss de vieilles hallebardes et d'arquebuses +ligueuses, ne passent-elles pas en revue dans Paris un peu assig les +forces de la Fronde, les milices parisiennes qui tranent bruyamment ce +qui reste du pittoresque bric--brac guerrier du temps de M. de Guise, +la _Cavalerie des portes cochres_ et le rgiment de Corinthe de M. le +Coadjuteur,--et ne tirent-elles pas vaillamment, quand les affaires se +gtent, le canon de la Bastille sur l'arme royale? Quel joli prtexte +modes cavalires. + +Tout est la Fronde, les modes comme le reste. La mode pouvait avoir +quelque motif d'en vouloir au Mazarin qui renouvelait les dits +prohibitifs, ces ternels dits sans doute oublis ou bravs aussitt +que publis et qu'il fallait renouveler toujours, frappant +alternativement les passementeries au profit des guipures, et les +guipures au bnfice de passementeries. + +Louis a grandi, il rgne. + +Mais le roi est jeune, le grand sicle songe se divertir, il aime la +gloire, mais il aime aussi le plaisir. C'est sa premire manire, plus +tard le sicle et le roi, vieillis tous deux, tout en gardant le culte +de la gloire, songeront se repentir du plaisir. + +[Illustration: Une Duchesse de la Fronde.] + +La dernire reine de la mode, reine austre et pince qui mettra le +sicle en pnitence pour le punir de toutes les frivoles inventions de +son bel ge, ce sera la rfrigrante Mme de Maintenon. + +En attendant, c'est Ninon de l'Enclos la sductrice qui traverse tout ce +sicle, ou c'est la Vallire, c'est Montespan, c'est Fontanges, avec +une foule de reines d'un jour ou de demi-reines. + +Comme Louis dit: l'Etat c'est moi, la marquise de Montespan peut dire: +_la Mode c'est moi!_ Cela n'empche pas une foule de gnies fminins +de trouver chaque jour quelque idal colifichet, quelque coquetterie +jolie faire tourner toutes les ttes, quelque arrangement nouveau que +les marquis de Molire trouveront dlicieux. + +Pour les hommes c'est le temps des canons, des rhingraves, ces bizarres +hauts de chausses en forme de jupons enrubanns, des _petites oies_ en +bouquets de rubans. Pour les femmes, nulle poque ne vit ajustements +plus riches. Hommes et femmes se ruinent en dploiement de faste. + +Pas trop de changements dans les grandes lignes, mais d'incessantes +petites modifications de dtails et d'ornementation. Ce fut un dfil de +modes rapides, se succdant plus somptueuses ou lgantes les unes que +les autres, et l'on trouva pour les dsigner une foule d'appellations +pittoresques: les galants, les chelles, les fanfreluches ou menues +bouffettes de soie, les transparents, les falbalas, les prtintailles, +les steinquerkes et les coiffures la Fontanges, l'hurluberlu, etc. + +Voyons les portraits des belles du sicle, des belles des commencements, +du temps des ruelles et des prcieuses de l'htel de Rambouillet, et des +belles des Tuileries ou de Versailles, toiles des ftes du roi du +Soleil. C'est la coiffure en largeur qui domine d'abord, ce sont pendant +longtemps les cheveux friss sur le front et tombant en frisures, en +boucles trs larges sur le ct ou en cadenettes suivant la mode +invente sous Louis XIII par M. de Cadenet, frre du conntable de +Luynes, longues tresses noues par des noeuds de rubans dnomms +_galants_. Avec cela des robes fort dcolletes, laissant largement +voir les paules, des colliers de grosses perles, les derniers rabats de +dentelles qui diminuent et disparaissent compltement, des corsages en +pointe belles et fines broderies, des manches courtes ouvrant sur des +flots de linon ou des manchettes de dentelles. + +[Illustration: Commencement du grand rgne.] + +La premire jupe se relve comme des courtines de rideaux et se rattache +sur le ct par des agrafes enrichies de brillants ou par des noeuds de +rubans, dcouvrant ainsi de merveilleuses, d'tincelantes robes de +dessous. + +Louis XIV a mis la mode la bride sur le cou en laissant tomber les +dits somptuaires de Mazarin. Les dentelles prohibes reparaissent, les +somptueuses toffes interdites reviennent au jour. Les tissus d'or et +d'argent seuls sont interdits, le roi se les a rservs pour lui et pour +la cour. + +Le roi fait des cadeaux de pices de ces prcieuses toffes d'une +ornementation noble et touffue aux personnages en grande faveur, comme +il accorde aux courtisans favoriss des justaucorps _ brevet_. + +Mme de Montespan rgne aprs La Vallire. A certaine fte de la Cour, +elle tincelle dans une robe d'or sur or, rebrod d'or, rebord d'or, +et par-dessus un or fris, rebroch d'un or ml avec un certain or qui +fait la plus divine toffe qui ait jamais t imagine, ainsi que le +dit Mme de Svign. + +[Illustration: SOUS LE GRAND ROI.--FIN DU XVIIe SICLE.] + +Les robes _transparentes_ ont un succs fou. Ce sont des robes +d'toffe transparente, mousseline ou linon, sur lesquelles de larges +bouquets de fleurs multicolores ont t peints ou imprims, portes sur +un dessous de satin moir et brillant,--ou bien c'est tout le contraire, +des robes de brocart grands ramages courant sur fond or ou azur, +par-dessus lesquelles passe une robe d'un tissu lger transparent +comme de la dentelle. + +[Illustration: Une favorite du Roi-Soleil.] + +La dentelle s'accommode de toutes faons, du haut en bas du costume +fminin, du corsage aux souliers, et s'allie avec les floches de rubans +qui nouent les cheveux, forment des _chelles_ de grands noeuds sur les +corsages, chamarrent les jupes et flottent un peu partout. + +Des manufactures de dentelles ont t cres de tous cts, inventant +les points d'Alenon, Valenciennes, le Puy, Dieppe, Sedan, etc.; les +dentellires franaises produisent pour toutes les bourses, bourses de +duchesses ou de procureuses, bourses de marquise ou de simple +commerante, depuis la riche guipure cotant des centaines de pistoles, +que portera la favorite aux ftes de la cour, jusqu'aux dentelles dites +_gueuses_ ou neigeuses, qu'arboreront la toute petite bourgeoise ou mme +la dame de la halle aux jours de crmonie. + +En 1680, rvolution dans la coiffure. Le vent dcoiffe pendant une +chasse royale la duchesse de Fontanges qui a pris le coeur de Louis +aprs la Montespan. Pour rtablir l'harmonie de sa coiffure, la belle +bouriffe prend le ruban de sa jarretire et rattache ses cheveux avec +une jolie rosette par devant. Tout ce que font les favorites n'est-il +pas toujours exquis et dlicieux? Les nobles seigneurs se pment devant +la gracieuse inspiration, les dames s'extasient, et ds le lendemain se +dcoiffent la Fontanges. + +Les coiffures la Fontanges font fureur et rgnent pendant des annes, +revues, modifies et considrablement augmentes. Elles deviennent un +difice de dentelles, de rubans et de cheveux, avec la haute pointe de +dentelles caractristique qui, d'aprs Saint-Simon, monte deux pieds +de haut, soutenue par du fil d'archal,--ensemble compos de pices +diverses qui, toutes, avaient leurs noms. + +La Fontanges, d'origine foltre, dura longtemps, plus tard elle cessa de +plaire au roi, qui n'aimait sans doute plus que les coiffures austres +de la veuve de Scarron. + +La princesse Palatine, la princesse Charlotte de Bavire, fille de +l'lecteur palatin, qui vint en France en 1671 pour pouser Monsieur, +frre du roi, ayant adopt une sorte de petit mantelet court pour +couvrir un peu ses paules trop dcouvertes par la mode des corsages +trs dcollets, ces petites mantes adoptes bien vite par toutes les +dames, furent appeles palatines comme la princesse. + +Le roman de la mode, toujours galant et hroque, nous fournit encore +pour ce temps les Steinkerques. + +Epoque de chevalerie enrubanne et de bravoure empanache la +mousquetaire.--La position sera dure enlever, dit un colonel sa +troupe avant de charger, tant mieux, Messieurs, nous n'en aurons que +plus de plaisir raconter l'affaire nos matresses! + +A la bataille de Steinkerque gagne sur Guillaume d'Orange par le +marchal de Luxembourg, les princes, Philippe d'Orlans alors g de +quinze ans, le prince de Conti et le duc de Vendme, avaient charg avec +la cavalerie, avec une foule de gentilshommes, tous un peu dbraills, +leurs cravates de dentelles dnoues et flottantes. Dans la joie de la +victoire, la mode adopta ces cravates ngligemment passes et toutes les +femmes portrent des dentelles la Steinkerque. + +[Illustration: Premires coiffures la Fontanges.] + +La riche provinciale et la dame de petite noblesse imitent les modes et +les faons de la cour, et la bourgeoise les suit galement d'un peu +moins prs seulement. Furetire dans son roman bourgeois et Sbastien +Leclre dans ses eaux-fortes nous les dessinent avec leurs allures +bourgeoises, mais coquettes, ddaignant le chaperon de leurs mres, +portant grands rabats et colliers de perles, corsages chamarrs et +presque autant de dentelles et de rubans qu'on en porte Versailles. +L'indiscret Furetire nous les montre mme empruntant des diamants pour +les crmonies et entrant l'glise avec un laquais d'emprunt pour +tenir la queue de la robe. + +Pour la femme du peuple, faisons passer la servante de Molire, c'est +une bonne fille. Sbastien Leclre l'a dessine aussi avec sa coiffe +assez simple, sa jupe releve et sa camisole larges basques qui est la +hongreline des officiers de Louis XIII, adopte plus tard par les dames. + +Et les marchandes et les dames de la halle, qu'il a dessines galement, +portent grands rabats et dentelles avec un air de dignit et de majest +qui montre qu'elles sont, elles aussi, du grand sicle. + +La priode panouie et brillante du rgne du grand roi fut en ralit la +plus courte, le pivot tourna vers 1680 avec le commencement de +l'influence de Mme de Maintenon, que le roi pousa secrtement en 1685. + +Nous n'irons plus au bois, les roses sont coupes, ainsi que presque +tous les lauriers. + +Le rgne de Mme de Maintenon dura le laps respectable de trente-cinq +ans. Ainsi, le roi-soleil qu'on voit toujours dans le cadre pompeux de +sa jeunesse, aurol de gloire et de galanterie, au milieu de ses +courtisans enrubanns, planant parmi les ftes, les bals et les +carrousels, sur des constellations d'tincelantes beauts, le grand roi +fut de bonne heure un vieux roi morose et ennuy, aimant toujours la +pompe, mais avec une affectation de solennit compasse, quelque chose +comme une somptueuse austrit. + +Le grand sicle fut aussi le sicle ennuyeux, l'ennui dor en habit +d'apparat et solennelle perruque. Le roi se repentant des galantises de +sa jeunesse, tourn maintenant vers la dvotion et l'austrit, +entendait que tout le monde ft comme lui. + +La mode immdiatement changea. Le costume des hommes et des femmes se +modifia dans le sens de la svrit; les ornements trop clatants ou +trop pimpants, les vives couleurs, les grands ramages d'or qui jadis +avaient bloui la cour et la ville disparurent pour faire place des +ajustements plus sobres et plus discrets. + +[Illustration: Fin du grand sicle.] + +Cela dura jusqu'au temps o Louis XIV lui-mme, ayant eu prs des +coiffes austres de Mme de Maintenon son compte de morosit, jugea qu'il +ne serait pas mauvais de prier grands seigneurs et grandes dames de +rendre sa cour l'clat et la splendeur des jours d'autrefois, avant +que la dvotion ne ft la mode. Il est inutile de dire si l'invitation +fut entendue et si les habillements luxueux tardrent reparatre. + +[Illustration: SOUS LA RGENCE.] + +Les dames de cette dernire priode du grand sicle sont vtues +d'toffes splendides chamarres et ramages de la plus tincelante +faon, de robes ouvertes sur des devants de corsage des plus fines +dentelles, de brocart ou de damas tiss d'or, avec les jupes releves et +drapes sous un petit tablier de dentelle qui n'est pas la pice la +plus heureuse de leur ajustement et qui ne va gure avec les toilettes +de sortie. + +Sur la tte, ce sont toujours les hautes pointes des coiffures la +Fontanges, difice compliqu devenu tout fait extravagant, avec brides +de dentelle voltigeant par derrire. + +Pour orner les jupes, la mode a les _falbalas_ et les _prtintailles_; +les falbalas, ce sont les rangs de volants bouillonns tags sur la +jupe, sur la jupe tombante et non sur la grande jupe volante queue, +releve sur le ct; ils ont t invents par un personnage nomm +Langle, fils d'une femme de chambre de la reine, devenu la cour +l'arbitre du got et l'oracle de la mode. + +Quant aux _prtintailles_, c'tait le nom donn une nouvelle faon de +chamarrer les robes au moyen de grandes dcoupures de fleurs de toutes +les tailles et de toutes les couleurs, appliques sur l'toffe, +dcoration clatante qui faisait que les dames semblaient s'tre +confectionn des robes avec des tapisseries ou des toffes fauteuils. + + + + +[Illustration: Coiffure d'intrieur.] + +VIII + +XVIIIe SICLE + +La Rgence.--Folies et frivolits.--Cythre Paris.--Les modes Watteau. + --Les robes volantes.--Naissance des paniers.--Criardes. Considrations + et Matres des requtes.--Mme de Pompadour.--L'ventail.--Promenade de + Longchamps.--Carrosses et chaises porteurs.--Modes d'hiver. + + +La France, ayant connu--aprs toutes les gloires et toutes les +magnificences--toutes les amertumes et tous les dsenchantements, +contemplait tristement le long et mlancolique crpuscule du +roi-soleil. + +Tenue depuis des annes dans une atmosphre d'ennui pesant par le vieux +monarque et la vieille dame au visage pinc, elle eut comme un poids de +moins sur la poitrine lorsqu'elle vit Louis dans son caveau de +Saint-Denis et Mme de Maintenon rfugie Saint-Cyr, et du jour au +lendemain, il y eut une explosion: toute la jeunesse comprime, toute la +frivolit rentre, toutes les aspirations au plaisir sortirent et le +grand coup de folie de la Rgence commena. + +Le fringant XVIIIe sicle, tenu sous la frule de ce vieux XVIIe +grondeur et impotent qui ne voulait pas finir, allait soudain comme un +jeune page mancip s'en donner jusque-l et jeter sa perruque bien haut +par-dessus tous les moulins. + +La mode que les moralistes disent fille de la frivolit, inventa pour +faire honneur sa mre mille folies nouvelles et comme ce n'tait pas +assez, on reprit parmi les anciennes ce qu'il y avait d'assez oubli +pour paratre dlicieux. + +La caractristique de la mode au XVIIIe sicle, ds la Rgence, c'est +l'ampleur, le retour aux considrables envergures des jupes du temps de +Henri III, c'est--dire au vertugadin, avec toutes ses consquences, +l'ampleur des manches et l'ascension des coiffures qu'on sera bientt +amen exagrer en vertu d'une loi d'quilibre et d'harmonie! + +Sous Henri III, ce sont les fraises qui montent et mettent la tte dans +un grandissime cornet; sous Louis XV et Louis XVI, c'est la coiffure qui +se fait monumentale. + +Les vertugadins reparaissent sous le nom de paniers. Ils viennent de +l'autre ct de la Manche. Ce sont deux dames anglaises qui les +apportent Paris et les exhibent au jardin des Tuileries. + +L'ampleur extravagante des robes de ces dames excita une telle surprise +parmi les promeneurs et promeneuses que la foule s'amassa autour d'elles +et les pressa tellement qu'elles coururent grand risque d'tre touffes +ou tout au moins trs aplaties. Il fallut l'intervention d'un officier +de mousquetaires pour tirer ces dames et leurs paniers de ce mauvais +pas. + +[Illustration: Chasseresse Rgence.] + +Les modes alors ne faisaient pas comme aujourd'hui le tour du monde +civilis en six mois pour disparatre pas uses compltement en moins de +deux saisons. Elles mettaient du temps natre et se dvelopper et +avec les modifications, adjonctions ou amliorations que la fantaisie +pouvait chaque matin leur apporter, elles duraient dans leurs lignes +principales pendant de longues annes. + +Le panier vivra tout le long du sicle et il ne faudra rien moins que la +Rvolution pour le tuer. + +Il fallut quelques annes au vertugadin pour reconqurir Paris; sa +restauration se fit lentement, timidement, par petits essais modestes; +puis un beau jour, vers 1730, il domine, il rgne sans conteste. Toutes +les dames, laissant les demi-mesures et les demi-paniers, adoptent le +grand panier de six pieds de diamtre dont le dveloppement exige pour +le moins dix aunes d'toffe. + +Panier tait le nom tout indiqu puisque les premiers bouffants de jupes +furent des ouvrages de vannerie composs de cerceaux d'osier ou de jonc, +de vritables cages poules qu'on arrangea plus tard avec une armature +de baleines. + +[Illustration: Robe volante.] + +Un matre des requtes du nom de Pannier ayant pri dans un naufrage en +revenant des Antilles, son infortune servit de prtexte la mode +cruelle pour donner un surnom au panier alors dans le commencement de sa +gloire. Il y avait eu les _petits paniers jansnistes_ descendant +seulement au genou; les _criardes_, tournures de toile gomme et +plisse, qui _criaient_ au moindre mouvement; les _boute-en-train_, les +_ttez-y_, les _gourgandines_, les _culbutes_, des noms bien oss, +trouvs par un temps peu bgueule, et les petits paniers, plus +respectables sans doute, dits _Considrations_. Les grands paniers +furent quelque temps des _matres des requtes_. + +La vogue des paniers amena naturellement un changement dans la faon des +robes. Alors commencent ces modes trs gracieuses, mais quelque peu +cythrennes, lgrement dshabilles, que nous avons baptises du nom +de modes Watteau, en l'honneur du grand peintre des ftes galantes qui a +jet sur la toile tant de belles dames de ce temps foltre, en paniers +plus ou moins larges, rouge et mouches au visage, l'ventail ou la +grande canne la main, toujours prtes s'embarquer pour Cythre avec +quelque galant seigneur talon rouge. + +[Illustration: TOILETTE DE COUR LOUIS XV.] + +Allez, belles dames, marquises ou filles d'opra, figures gracieuses et +folles, la vraie Cythre est Paris, gouverne par Monsieur le Rgent +ou par le roi Louis XV le Bien-Aim. Le sicle a cinquante annes devant +lui pour s'amuser et foltrer, cinquante annes pour les jeux et les +ris, mais le temps viendra o les larmes enlveront le rouge et les +mouches de vos joues. + +La mode invente donc les robes _volantes_ sans corsage ni ceinture du +tout, tombant tout droit des paules sur l'ampleur du panier, ou bien +ajustes seulement par devant la taille et laisses flottantes avec de +larges plis par derrire, faon originale qui donne la dmarche un air +de douce nonchalance et une grce amollie, la marque du sicle. + +Pour ces robes flottantes, pour draper l'immensit des paniers, on +abandonne les lourdes toffes de l'poque prcdente et l'on adopte les +tissus plus lgers, linon, basin, mousseline, les fines toffes piques +de petits bouquets, semes de fleurettes ou mme de petits attributs +champtres. + +Sur les promenades, par les beaux jours, on dirait une foule en +dshabill du matin, ce ne sont que manteaux volants, robes flottantes +qui semblent des robes de chambre; les bras sortent des flots de +dentelles, les visages sont encadrs de molles collerettes; les +lgantes en corsage lche qui se promnent ainsi jouant de l'ventail +et faisant claquer languissamment leurs mules hauts talons ont toutes, +suivant un contemporain, _un air de bonne fortune prochaine_. + +C'est la rgence. Que de soupers, que d'orgies galantes au Palais-Royal +et ailleurs et que de folles Parabre un peu partout dans la fivre de +plaisirs qui svit, dans Paris surexcit encore par une fivre nouvelle, +la spculation, qui du jour au lendemain avec Law, enrichit ou ruine, +fait monter les uns jusqu'aux fabuleuses fortunes permettant toutes les +jouissances, ou prcipite les autres dans des dtresses telles qu'il +faut bien s'tourdir tout prix. + +Robes flottantes, paniers, coiffures, colifichets que la mode chaque +jour invente, les satiristes de la plume et du crayon ont beau jeu. Les +comdies et les chansons, le thtre italien et le thtre de la foire, +les caricatures, les pamphlets, raillent de toutes les faons les +extravagants paniers et les paniers triomphants se moquent des moqueurs, +s'enflent de plus en plus dmesurment. + +[Illustration: Grands paniers.] + +Tout le monde en rit ou s'en plaint. Comment faire tenir plusieurs dames +dans un carosse qu'une seule suffit remplir de ses jupes +outrageusement ballonnes? Tout est trop petit, les maisons sont trop +troites, il faut largir les portes des salons pour livrer passage aux +belles dames trop larges, comme plus tard il faudra les agrandir par en +haut pour permettre aux gigantesques coiffures de passer sans anicroche. + +Les fauteuils aussi manquent de largeur, comment s'asseoir avec ces +immenses cerceaux qui refusent d'entrer entre les bras des siges ou se +relvent indiscrtement? + +Il n'importe, les paniers s'largiront toujours jusqu'aux premiers temps +de Marie-Antoinette et les jupes l-dessus se compliqueront de grands et +petits volants, de treillis, de plisss, de lambrequins, de rubans +arrangs dans tous les styles, de cent faons des plus gracieuses et des +plus compliques et des plus baroques aussi. + +Sous la robe qui reste longtemps volante dans le dos, la Watteau, le +_corps_ ou le corset emprisonne solidement le buste, le corsage de satin +est en pointe descendant trs bas; comme il est dcollet, _un devant de +gorge_ de dentelles et de rubans, protge la poitrine contre le froid. + +Suivant la saison ou la temprature, on porte des mantelets, des +_coqueluchons_, c'est--dire de coquets petits mantelets recouvrant les +paules, avec capuchon lger de soie ou de satin, orns de festons et de +plisss, coiffures et mantelets tout la fois, ou bien des manteaux +recouvrant toute la personne jusqu'aux talons, espces de dominos avec +le coqueluchon arrondi par un cerceau de fil de laiton autour de la +tte. + +En somme, la mode pour les robes conserve longtemps les mmes formes, +modifies seulement par les accessoires. De 1725 1770 ou 75, ce sont, + peu de diffrences prs, les mmes dispositions et les mmes lignes, +le mme ballonnement des jupes, toujours les flots de dentelles tombant +des manches, toujours les floches de rubans. + +La belle poque pour la mode XVIIIe sicle, celle qui fournit le plus +joli type de costume Louis XV, c'est l'espace compris entre 1750 et +1770, poque de juste milieu entre les ampleurs exagres de la Rgence +et celles non moins exagres du temps de Louis XVI. + +C'est le rgne de Sa trs belle, trs fine, trs artiste et trs +envahissante Majest madame de Pompadour. + +[Illustration: Petite Modiste.] + +Pour voquer cette poque heureuse de vivre, pour en deviner tout le +charme, il suffit de citer les noms de Boucher, Baudoin, La Tour, +Lancret, Pater, Eisen, Gravelot, Saint-Aubin et de toute la pliade des +petits-matres si lgers, si musqus, mais d'une grce si dlicieuse. + +Certes il y a sous le parfum des roses une odeur de corruption, et il ne +faut pas trop gratter le brillant de cette socit au vernis Martin. Il +y a partout un tel laisser-aller, un tel laisser-faire, une si +remarquable difficult se scandaliser de quoi que ce soit. + +Louis XV, aprs Pompadour tombe Dubarry et il a son srail, comme le +grand Turc, au Parc-aux-Cerfs, mesdames ses filles Loque, Chiffe et +Graille, font monter du corps de garde des pipes et de l'eau-de-vie. +Grands seigneurs et financiers ont leurs folies, o dfilent grandes +dames ou filles d'opra, les marquises s'attablent ct des +gardes-franaises chez Ramponneau... + +Mais que ce XVIIIe sicle a soign son dcor et qu'il s'est arrang pour +se faire une vie douce et charmante, sans se soucier et sans se douter +de ce qui l'attendait au cinquime acte de sa ferie! Sa +personnification la plus exquise est dans le grand pastel de Latour, +dans le portrait de Mme de Pompadour, en nglig d'intrieur, un petit +pome de satin, de rubans et de dentelles. + +[Illustration: Toilette de sortie.] + +La femme rgne et domine, le sceptre de cette souveraine, c'est +l'ventail. Depuis longtemps l'ventail tait en usage, le moyen ge +l'appelait _Esmouchoir_; il y avait eu l'ventail carr en drapeau ou en +girouette, l'ventail de plumes qu'une chane de bijouterie attachait +la ceinture des dames nobles du XVIe sicle, l'ventail pliss apport +d'Italie par Catherine de Mdicis et adopt par Henri III. + +[Illustration: PARISIENNE SOUS LOUIS XV.] + +Ds le temps de Louis XIV, l'ventail est le complment indispensable de +la toilette des dames, mais sa grande poque, celle qui cra les plus +jolis modles, c'est le XVIIIe sicle. + +[Illustration: D'aprs G. de Saint-Aubin.] + +Montures de nacre et d'ivoire miraculeusement dcoupes et ciseles, +peintures exquises de Watteau, Lancret et des autres, les ventails +Louis XV, sceptres galants d'une socit musque, poudre et fminise, +sont dignes de mener, par les mains des favorites, monarque, ministres +et gnraux, les arts, les lettres, la politique et le monde. + +L'estampe de Gabriel de Saint-Aubin, intitule _le Bal Par_, nous +montre les lgantes de ce temps en grandes toilettes; encore les plis +Watteau, les robes volantes ouvertes sur le corsage et sur la robe de +dessous, rattaches la ceinture par des rubans et releves bien de +ct sur le ballonnement des paniers; puis des garnitures voltigeantes, +bordures de fourrures ou bandes plisses, des volants de satin ou de +dentelle. + +Les coiffures commencent bien monter, mais elles sont toujours +lgantes et seyantes, la chevelure poudre est releve sur le front +bien dgag, arrange en coques et en rouleaux, mle avec des touffes +de rubans, des plumes et des perles. + +Voyons ces mmes dames la promenade de Longchamps, au grand dfil +traditionnel de Pques, dans les superbes carrosses peinturlurs et +dors,--vritable carrosserie de conte de fes, auprs de laquelle les +plus somptueux quipages cirs, brosss et vernis de notre prosaque +poque, sembleraient de vilaines et funbres botes, talant un luxe +croque-mort. + +Dans ces imposants carrosses, mens par d'imposants cochers en +perruques, soutachs et galonns, avec de grands diables de laquais aux +clatantes livres accrochs l'arrire-train, dans toutes ces +blouissantes voitures, quel dploiement de toilettes luxueuses, de +dentelles, de plumes et de rubans, de diamants et de perles! + +[Illustration: D'aprs Moreau le Jeune.] + +Des heiduques galopent aux portires, des coureurs en bizarres costumes, +jouent des jambes travers le flot des quipages, des cavaliers et des +belles amazones, tandis que sur les bas cts de la route, dans la foule +accourue pour admirer les beauts la mode et la mode elle-mme, dans +le brouhaha des rencontres, des conversations avec les jeunes seigneurs, +les petits-matres et les grands rous, la marquise et la prsidente, la +dame de qualit et la financire coudoient la demoiselle d'opra, la +folle actrice, coqueluche des jeunes galants de la comdie, qui se la +disputent, ou l'impure chappe de quelque _folie_ de grand seigneur ou +de gros traitant, la courtisane qui sera peut-tre la semaine prochaine +Reine de la main gauche. + +Vienne l'hiver, et ces lgantes laisseront leurs carrosses et leurs +chaises porteurs;--encore une des plus dlicieuses crations de ce +sicle charmant,--elles quitteront leurs chaises, peintes au vernis +Martin de sujets galants et de bergeries la Boucher ou la Watteau; +elles quitteront dentelles et rubans, s'habilleront, s'envelopperont et +se coifferont de fourrures, et s'en iront, leur joli nez rose enfoui +dans la zibeline ou le renard bleu, les mains enfonces dans l'immense +manchon gros comme un tambour, courir sur la neige dans les superbes +traneaux contourns, tarabiscots et peinturlurs, orns de figures +sculptes et dores, de la plus tonnante fantaisie. + + + + +[Illustration: Grand Chapeau Louis XVI.] + +IX + +XVIIIe SICLE--LOUIS XVI + +Les coiffures colossales.--Le pouf au sentiment.--Parcs, jardins + potagers et paysages anims de figures sur les ttes.--La coiffure + la Belle-Poule.--Les mouches.--Modes champtres.--Les robes + _ngligentes_.--Couleurs la mode.--Le _Monument du costume_.--Les + amazones.--Modes anglaises.--Les bourgeoises. + + +Il vieillit, le sicle des grandes lgances poudres et musques, le +sicle aux exquises coquetteries, il prend de l'ge et s'ennuie dans +son papillotant dcor rocaille. + +Son got s'est un peu fatigu, il ne se renouvelle plus que +difficilement, depuis longtemps la mode est stationnaire et tourne +toujours dans le mme cercle. + +Le style Louis XV est devenu aussi ennuyeux que jadis le style Louis +XIV, le rococo parat son tour perruque et vieux jeu; mais attendez, +la mode va essayer de donner un brusque coup d'aile et tout risquer, +mme de tomber dans le baroque,--ce qu'elle peut bien se permettre trois +ou quatre fois par sicle, aprs tout. + +Le grain de folie qui couve toujours au fond de la petite cervelle +frivole et hurluberlue de la desse de la mode, va donc faire des +siennes. Conservant encore pour un temps les gracieuses faons Pompadour +et Watteau, la mode va se rattraper sur les coiffures et prendre pour +champ d'exercice de ses caprices les plus fous, pour thtre de ses plus +incroyables fantaisies la tte de la femme, qu'elle va charger, +arranger, surcharger des plus folles inventions, sous prtexte de +l'embellir, qu'elle--transformera en paysage champtre ou mme +maritime, qu'elle empanachera et rehaussera fabuleusement, sur laquelle +elle btira des difices et ira mme jusqu' faire promener de petits +bonshommes ou de petites bonnes femmes, des poupes de carton. + +Paris alors pullulera de coiffeurs de gnie, les Legros et les Lonard, +Raphals et Rubens, ou plutt Soufflots de la coiffure, qui tiendront +des acadmies pour enseigner les principes de leur architecture +capillaire; qui lutteront qui trouvera, pour orner les ttes +aristocratiques, le comble du ridicule et qui le trouveront plusieurs +fois. + +Les perruquiers avaient eu dj leurs jours de gloire au grand sicle, +avec les majestueuses perruques des hommes; devenus maintenant les +_Acadmiciens de la coiffure_, ils vont triompher de nouveau, mais aux +dpens de la grce fminine. + +[Illustration: GRANDS PANIERS LOUIS XVI.] + +Voyons la femme sa toilette, se prparant pour les visites ou pour la +sortie aux Tuileries, l'heure du beau monde. C'est l'affaire +importante de la journe, ce petit travail de laboratoire o l'art et +la fantaisie accommodent la beaut toute simple au got du jour. Cette +heure de la toilette aprs le petit lever, Lancret, Baudoin et tous les +peintres galants ou lgants du sicle, l'ont clbre avec toutes les +coquetteries de leur pinceau charmeur, et les caricaturistes ne se sont +pas privs d'en sourire. + +Dans le cabinet de toilette aux boiseries blanches, moulures et +sculptes dans le style rocaille, devant son miroir au cadre contourn, +Madame a t habille par ses suivantes, femmes de chambre ou +soubrettes; elle a pu son petit lever donner audience ses galants et + ses modistes, au marquis et au financier, au pote qui clbre ses +charmes dans l'_Almanach des Muses_, au dlur chevalier et au galant +abb de Cour petit collet. + +--Qu'en dit l'abb? L'abb a du got et ses avis sur tout ce qui +touche aux fantaisies de la mode sont prcieux. + +Mais tout ce monde frivole a t renvoy, c'est maintenant l'heure du +coiffeur, le moment srieux de la journe, le seul moment vraiment +important. + +L'artiste a besoin d'tre seul pour ne pas effaroucher l'inspiration, et +d'ailleurs l'oeuvre est longue, difficile et demande tant de prparatifs +et de soins pour tre mene bien! Une ou deux femmes de chambre qui le +comprennent demi-mot et lui passent tout ce qui lui est ncessaire +lorsqu'il est dans le feu de la composition, c'est tout ce qu'il peut +tolrer autour de lui. + +Suivant le rang de la dame, c'est le grand artiste la mode, venu en +carrosse, courant d'htel en htel dans le noble faubourg, attendu aux +Tuileries ou chez quelque princesse, ou bien c'est l'un de ses lves +qui opre, en frac et manchettes de dentelles et l'pe au ct. + +L'inspiration vient, et sous les doigts, sous le peigne, sous le fer +friser de l'artiste, les plus tranges monuments de boucles naturelles, +adroitement mlanges d'normes quantits de tresses rapportes, +s'lvent, se roulent en volutes, s'tagent, se superposent en _coques_, +_taps_, _marrons_, _frisures_, _barrires_, _dragonnes_, _bquilles_, +etc. + +Pendant vingt ans, c'est un dfil d'architectures tranges sous +prtexte de coiffures. La folie a lu domicile sur la tte des dames. On +peut citer, parmi les plus extravagantes inventions, les coiffures la +_Quesaco_, les coiffures la _Monte-au-ciel_ dont le nom indique assez +les proportions, la coiffure la _Comte_, le _hrisson quatre +boucles_ invent par Marie-Antoinette qui porta jusqu' l'exagration de +l'exagration l'empanachement des coiffures, le _parterre galant_, le +chapeau en _berceau d'amour_, la _novice de Cythre_... + +Il y avait aussi les _poufs_, coiffures abracadabrantes, le _pouf au +sentiment_, assemblage absurde de fleurs et de verdures pousses sur une +haute colline chevelue, avec des oiseaux sur les branches, des papillons +et des amours de carton voltigeant dans ce bocage ridicule; le _pouf +la chancelire_, le _pouf droite_, le _pouf gauche_. + +[Illustration: Une impure, d'aprs Wille.] + +Le pouf au sentiment donne toute latitude possible aux combinaisons et +l'talage des affections et des gots, ne voit-on pas la duchesse de +Chartres, mre du roi Louis-Philippe, porter sur son pouf un petit +muse de figurines: son fils an dans les bras de sa nourrice, un petit +ngre, un perroquet becquetant une cerise et des dessins excuts avec +les cheveux de ses parents les plus chers. + +[Illustration: Toilette de Cour.] + +Aprs la coiffure jardin, on trouve la coiffure dite cascade de +Saint-Cloud, avec une cascade de boucles poudres tombant du sommet de +la tte, la coiffure potager montrant quelques bottes de lgumes +accroches aux frisons, la coiffure agreste, les paysages montrant une +colline avec des moulins qui tournent, une prairie traverse par un +ruisseau argent avec une bergre gardant ses moutons, des montagnes, +une fort avec un chasseur et un chien faisant lever du gibier. + +Puis viennent la coiffure au Colyse, la candeur, aux clochettes, au +mirliton,--la laitire, la baigneuse, la marmotte, la paysanne, le +fichu, l'orientale, la circassienne,--le casque la Minerve, le +croissant, le bandeau d'amour,--le chapeau l'nigme, au dsir de +plaire, la calche retrousse, l'conome du sicle, la Vnus plerine, +la baigneuse la frivolit, etc., les frisures en sentiments soutenus +et en sentiments replis... + +Les grandes coiffures d'apparat, fleuries, enguirlandes, empanaches, +immenses et trs lourds chafaudages, tenaient une telle place que les +dames taient forces, dans les carosses o dj elles avaient tant de +peine caser leurs paniers, de tenir la tte penche de ct ou mme +de rester agenouilles. + +Des caricatures reprsentent les dames ainsi coiffes, dans des chaises + porteurs dont le couvercle a t enlev pour laisser passer le sommet, +blanc comme une Alpe, de la gigantesque coiffure. + +La plus tonnante de toutes ces grandes coiffures fut celle dite _ la +Belle-Poule_, en l'honneur de la victoire remporte en 1778, par la +frgate _la Belle-Poule_ sur le navire anglais _l'Arthuse_. Sous la +masse des cheveux arrangs en grandes vagues, une frgate de belle +taille, avec tous ses mts, ses vergues, ses canons et ses petits +matelots, naviguait toutes voiles dehors. Aprs avoir compos ce +chef-d'oeuvre, Lonard ou Dag pouvaient se pendre, ils ne trouveraient +jamais mieux. + +[Illustration: Coiffure la Belle-Poule.] + +Ce fut donc vraiment jusqu'en 89, un dfil d'inventions ridicules sur +les ttes fminines. La plus haute donnait l'exemple. Hlas! elles +devaient expier! La tte avait pch, la tte paya. Et si la plus haute +tomba, ce fut justement par la faute de celui qui pendant les heureuses +annes avait prodigu pour elle les inventions excentriques. + +[Illustration: PARISIENNES 1789.] + +Lonard, l'illustrissime coiffeur de la reine, tait du voyage de +Varennes. En ces jours terribles, dans le grand naufrage de la +monarchie, que songe-t-on sauver? L'indispensable Lonard! Et cette +faiblesse dernire tourna mal pour la pauvre reine, car ce serait, +dit-on, sur un renseignement erron donn trs innocemment par +Lonard parti en avant, un dtachement des troupes du marquis de +Bouill, que le secours manqua la famille royale arrte Varennes. + +[Illustration: Grand Pouf.] + +... Quand l'lgante tait coiffe, quand elle avait, en s'abritant la +figure dans un grand cornet de papier, t convenablement saupoudre +d'une couche paisse de poudre--mode trange qui depuis le commencement +du sicle mettait la neige des ans sur tous les fronts, qui recouvrait +des mmes frimas toutes les ttes masculines et fminines--quand elle +avait sur les joues une forte teinte de rouge, contrastant durement avec +le blanc de la chevelure,--le rouge c'est la loi et les prophtes, avait +dit Mme de Svign,--il n'y avait plus, pour que l'lgante ft +irrsistible, qu' placer les mouches destines relever certains +dtails de physionomie, donner du piquant l'expression. + +Ces mouches que les femmes s'tudiaient placer de la faon la plus +avantageuse pour leur genre de beaut particulier, portaient suivant +leur place les noms amusants que voici: + +La _majestueuse_ se pose sur le front et _l'enjoue_ dans le coin de la +bouche; sur les lvres des brunes, c'est _la friponne_; sur le nez +_l'effronte_, lgrement comique; au milieu de la joue _la galante_, +prs de l'oeil cette mouche qui fait le regard volont languissant ou +passionn, c'est _l'assassine_, sans compter les fantaisies, les +mouches en croissant, en toile, en comte, en coeur... + +Mais voici les derniers jours d'un monde qui va s'effondrer, d'une +socit qui va disparatre dans une soudaine catastrophe. + +Ds 1785, l'ancien rgime est atteint, la rvolution est faite... dans +les toilettes! + +C'est une rvolution complte, venue presque sans transition, le galant +costume XVIIIe sicle est abandonn pour une srie d'inventions +nouvelles donnant des lignes tout fait diffrentes. + +Adieu paniers, vendanges sont faites. Les immenses paniers sont dcds, +on a commenc par les remplacer par les paniers dits _ coude_, +consistant en un simple renflement sur lequel on pouvait appuyer les +coudes et par deux petits jupons rembourrs appels _btises_ ports sur +les cts et par un troisime plac tout fait derrire et trs crment +dnomm. Puis on les a rejets compltement, et les femmes en jupes +presque plates se sont achemines peu peu vers la robe fourreau et le +trop _simple appareil_ de la Rvolution. + +[Illustration: Coiffure d'intrieur.] + +Marie-Antoinette fermire de Trianon, amne un peu de paysannerie dans +les modes, de la paysannerie d'opra-comique, de la bergerie la +Florian ou au Devin du Village. On voit apparatre les chapeaux de +paille, les tabliers, les caracos, les casaquins. + + +Lonard rgnant sur les ttes et les gouvernant sa fantaisie, pour le +reste, l'arbitre du got la cour de Marie-Antoinette, c'est Mlle Rose +Bertin, la grande marchande de modes de la reine, celle qu'on appelle +_son ministre des modes_. + +[Illustration: Grand Chapeau.] + +Rose Bertin ordonne et dcrte, elle invente et elle compose, les femmes +crient merveille tout ce qui sort de ses mains, et les maris se +plaignent de l'immensit de ses mmoires... comme toujours. + +Vers 1780, la mode tourne et cherche des faons de robes nouvelles. On +invente les robes polonaises et les robes circassiennes qui n'ont rien +de polonais ni de circassien, des robes courtes d'abord, avec des +relevs sur des paniers, puis de longues robes de dessus flottantes. + +La tendance aux modes ngliges va bientt s'accentuant, on voit +paratre les robes lvites qui sont l'occasion d'un scandale au jardin +du Luxembourg; une comtesse se promne avec une lvite _ queue de +singe_, c'est--dire queue bizarrement coupe et tortille, elle est +suivie par une foule moqueuse, et il faut pour la dgager faire avancer +la garde. + +Aprs les _lvites_ viennent les robes _ngligentes_ et +_demi-ngligentes_, les robes _en chemise_, les _baigneuses_ et les +_dshabills_. + +Pour ces toilettes dj si singulirement baptises, les couleurs la +mode sont: + +Couleurs _queue de serin_, _cuisse de nymphe mue_, _carmlite_. + +Couleurs _au Dauphin_. + +Couleurs de _gens nouvellement arrivs_. + +Couleurs _vive Bergre_ et _Vert pomme_. + +Couleur _soupir touff_. + +[Illustration: Robe lvite.] + +Une puce s'tant gare la cour,--la garde qui veille la porte du +Louvre n'en prserve pas l'piderme des reines,--on a la srie des +couleurs _puce_: _Ventre de puce_, _dos de puce_, _cuisse de puce_, +_vieille puce_, _jeune puce_, etc. + +Ces couleurs puce font soudainement place une autre couleur galement +ne la cour et plus gracieusement dnomme; c'est la couleur _cheveu +de la Reine_, appellation trouve par le comte d'Artois. Immdiatement +toutes les toffes doivent tre couleur _cheveu de la Reine_. + +L'amazone, le costume fminin pour la promenade cheval n'tait pas au +XVIIIe sicle l'uniforme noir et lugubre inflig par le got moderne +avec l'affreux chapeau de haute forme pour complment et aggravation, +aux lgantes de nos jours. + +Moreau le jeune qui, dans la suite d'estampes du _Monument du costume_, +a fait passer toute la belle socit de son temps, vue au milieu de ses +ftes, de ses crmonies et de ses plaisirs, au salon et au boudoir, au +chteau, la Cour, l'Opra et au bois de Boulogne, a dessin les +lgantes de 1780, en tenue de cheval, avec les longues jupes et les +ceintures, les redingotes anglaises ou les petites vestes, les grands +chapeaux plumes ombrageant les catogans poudrs. + +[Illustration: PROMENADE PARISIENNE 1790.] + +Elles taient charmantes, et multicolores et varies, ces amazones +XVIIIe sicle, et certes, la foule dans l'avenue des Champs-Elyses ne +prsentait pas alors le sombre aspect qu'elle garde aujourd'hui, mme +aux plus beaux jours de printemps. + +[Illustration: Amazone d'aprs Moreau le Jeune.] + +Les dernires annes de la monarchie voient, comme une revanche de la +guerre d'Amrique, l'invasion des modes britanniques. Les formes sont +bien nouvelles et tranchent compltement dans l'ensemble comme dans tous +les dtails des modes prcdentes. + +La toilette a des airs sans faon ou un cachet anglais tout fait +nouveau rgime. On porte des vestes, des corsages basques ouvrant sur +des gilets, des fracs gros boutons ou lacets, et des redingotes +grands revers et triples collets, serres la taille et tombant trs +bas par derrire. Les boutons normes et voyants de ces vestes et de ces +redingotes sont en mtal de toutes les formes possibles et quelquefois +illustrs de peintures; il en existe de curieux chantillons dans les +collections. + +Les lgantes, comme les hommes la mode, portent deux montres avec +deux longues breloques tombant du gilet, elles ont des gilets, des +cravates, des catogans et des cadenettes comme les hommes, elles portent +de grandes cannes comme les hommes. Il est vrai que les hommes prennent +bien le gros manchon l'occasion. + +[Illustration: Modes anglaises.] + +Et des fichus!... Toutes les femmes en portent avec toutes les +toilettes, d'immenses fichus faisant au-dessus de la taille trs longue +et horriblement serre, un gonflement de poitrine invraisemblable. + +Ces toilettes arborent toutes les couleurs de l'arc-en-ciel les plus +fraches et les plus vives ou les plus bizarres; ce sont des satins, des +taffetas, des draps citron, rose, vert pomme, jaune serin, des +gourgourans changeants, des mousselines de tous les tons, unies ou +rayes. Les rayures ont un immense succs en 1787 sur le dos des +lgantes et sur celui des lgants. Pendant l't de cette anne-l, +hommes, femmes et enfants, tout le monde est en toilettes rayes. + +La coiffure aussi est rvolutionne, c'est dj la coiffure comme le +XIXe sicle va la comprendre, c'est la naissance du chapeau moderne. + +Les femmes sont toujours poudres, elles ont toujours sur la tte une +immense quantit de cheveux arrangs en normes perruques floconnantes +autour de la figure, dans le genre de la perruque masculine, avec de +grandes boucles tombant de chaque ct du corsage et dans le dos, ou, +comme les hommes, un gros catogan par derrire. + +[Illustration: Chapeau bonnette.] + +Les chapeaux sont de formes et de dimensions extraordinaires; bords +immenses, fonds normes avec d'extravagantes accumulations de +garnitures. On ne se met plus une frgate, toutes voiles dehors, sur la +tte, mais on se coiffe d'une espce de galiote renverse, mise de +travers et assez large pour servir de parapluie l'occasion. On porte +le chapeau _bonnette_ et le _demi-bonnette_, un peu moins large mais +aussi haut, garni de noeuds de rubans, de ruchs et de bouquets de +plumes de coq, le chapeau _turban_, haut bonnet de janissaire ray, +avec charpe de gaze et panache de plumes, le chapeau _ la Caisse +d'escompte_, c'est--dire sans fonds, en panier perc comme cette +caisse, le chapeau _Cardinal sur la paille_ aprs l'affaire du Collier, +chapeau en paille bord d'un ruban rouge cardinal, le grandissime +chapeau la Tarare, le chapeau la Basile invent aprs le grand +succs de Beaumarchais avec bien d'autres modes la Figaro, le chapeau + la veuve du Malabar, les bonnets la Montgolfier, au Globe fix, au +ballon, au moment des premires expriences arostatiques, puis le +bonnet aux trois ordres qui commence la runion des tats gnraux le +grand dfil des modes rvolutionnaires... + +[Illustration: Le chapeau turban.] + +Mais dans ce dix-huitime sicle qui va finir si lugubrement, ct des +belles de la cour et de la ville, des dames plus ou moins grandes, car +il y a dj le demi-monde, les danseuses illustres et les courtisanes +clbres, ct des reines de la mode qui vont Longchamps +accompagnes d'un heiduque turban pour porter leur parasol, prcdes +d'un coureur en maillot et bonnet plume, la grande canne la main, +ct des lgantes empanaches qui suivent toutes les fantaisies de la +capricieuse fe aux chiffons, il y a les adorables petites bourgeoises +que l'on retrouve dans les vieux portraits et dans les petits mmoires, +charmantes et tendres figures qui ne s'entourent pas, comme les autres, +du mme nuage de plumes et de dentelles, qui restent dans une note plus +discrte, suivant la mode un peu de ct et conservant mieux les +vieilles traditions et les vieux atours. + +A elles les jolies petites coiffes si diffrentes des pyramides de +cheveux et de colifichets la Lonard, ces coiffes bien plus seyantes +que l'on recouvre, pour sortir, d'un capuchon retenu par un fil de +laiton, elles les robes de coupe plus modeste et les petits paniers +moins surchargs que les paniers falbalas de vingt pieds de +circonfrence. + +Jolies petites bourgeoises qui ont conserv dans un sicle licencieux +l'honntet des bonnes vieilles moeurs, existences plus calmes se +droulant dans un cercle troit d'occupations familiales et de plaisirs +simples, allant tout doucement du sermon du dimanche la paroisse,--aux +runions sans faon et aux bonnes parties champtres. + +[Illustration: MERVEILLEUSE EN TUNIQUE A LA GRECQUE.] + +C'est un monde qui s'en va finir aussi, dans la grande fusion et +confusion des classes, au fond de la chaudire rvolutionnaire, dans la +rvolution politique et ensuite dans la rvolution industrielle et +scientifique, bouleversement norme qui aboutira pour tous la vie +fivreuse et haletante de notre sicle. + +En attendant, sans se douter des temps difficiles qu'il va falloir +passer, sans voir l'effrayant nuage de sang qui monte l'horizon, la +petite bourgeoise gaie et insouciante dans son petit salon blanc, +fredonne son clavecin quelque joli petit air bien tendre, et bien +diffrent de nos compliqus logarithmes musicaux. + + Plaisir d'amour ne dure qu'un moment, + Chagrin d'amour dure toute la vie. + +[Illustration: 1789.] + + + + +[Illustration: Le bonnet Charlotte Corday.] + +X + +LA RVOLUTION ET L'EMPIRE + +Modes dites la Bastille.--Modes rvolutionnaires.--Notre-Dame de + Thermidor.--Incroyables et merveilleuses.--L'antiquit Paris. + --Athniennes et Romaines.--Une livre de vtements.--Tuniques + diaphanes.--Maillots, bracelets et cothurnes.--Le rticule ou + ridicule.--Le bal des Victimes.--Perruques blondes et oreilles de + chien.--A la Titus.--Les robes-fourreau.--Petits bonnets et + Chapeaux-Shakos.--Les turbans. + + +L'ouragan qui devait pendant vingt-cinq ans rouler comme un cyclone sur +notre vieille Europe, souffle dj sur Paris o il s'est form. Il +bouscule, il abat, il broie. Comme un chteau de cartes ou une Bastille, +la monarchie sculaire va s'crouler sur les dcombres de la vieille +socit. + +Et pendant ce temps, pendant que l'meute ensanglante la rue fivreuse, +que les tueurs promnent de ples ttes coupes fiches au bout des +piques, pendant qu' l'Assemble ou la Commune, les nouveaux matres +de la France dcident tumultueusement du sort des millions d'hommes que +la guerre va jeter les uns sur les autres, pendant que dj, dans l'aube +sinistre, se dresse sur son peuple, toute rouge, ses deux bras levs +tenant le glaive, la nouvelle reine, la Guillotine,--la mode +imperturbable songe des combinaisons nouvelles, elle modifie des +jupes, elle arrange des corsages, elle chiffonne des rubans d'une faon +indite, elle a les inventions les plus fraches et les plus charmantes, +elle lance des toilettes idylliques d'une exquise nouveaut; une +nation nouvelle ne faut-il pas des costumes nouveaux? + +Le mouvement commenc ds les dernires annes tranquilles de Louis +XVI, s'acclre et s'accentue. La mode est sur une voie nouvelle, et peu + peu disparaissent tous les caractres du costume d'antan, de l'ancien +rgime, comme on dit. + +Dans la fameuse estampe de Debucourt, _la Promenade publique_, donnant +la vision multicolore d'une foule lgante des premires annes de la +Rvolution, dans cette charmante runion de petites matresses et de +muscadins qui ne semblent gure songer au grand drame, que reste-t-il +des costumes et des modes du sicle? De la poudre, quelques tricornes +sur des ttes de vieux bourgeois retardataires et c'est tout. + +Les femmes ont un aspect tout fait nouveau. Les modes anglaises ont +prdomin d'abord, c'est--dire les vestes et les redingotes d'amazones, +puis les robes se sont simplifies comme faon et comme toffes. + +[Illustration: Oreilles de chien.] + +Les temps deviennent durs, adieu les riches tissus, les soies et les +satins, adieu les falbalas coteux de jadis! La toile de Jouy, +l'indienne et le linon remplacent la soie et les couturires s'en +tiennent aux formes droites avec trs peu d'ornements et d'accessoires. +On voit des corsages de linon forme chemise laissant les bras nus +partir du coude, des jupes toutes simples, presque plates, qui se +portent avec des ceintures longs rubans flottants. Pour relever cette +extrme simplicit on a les rubans aux couleurs nationales, les trophes +et les attributs rvolutionnaires imprims sur l'toffe ou quelque +maigre ruch ajout au bas des jupes. + +On continue porter beaucoup de fichus de mousseline, et, pour les +grandes occasions, la toilette se complte avec des bouquets de fleurs +tricolores ports gauche sur le coeur, des bijoux patriotiques, +mdaillons de cou, boucles de ceintures, d'acier ou de cuivre, cocardes, +boucles d'oreilles, boutons la Bastille, au Tiers-Etat, la +constitution, etc. Pendant un temps tout est _ la Bastille_, jusqu'aux +chapeaux. + +Les grands chapeaux, en cne dmesur, trs larges bords et surchargs +de rubans, aprs avoir essay de tenir quelque temps, ont disparu; il +n'y a bientt plus que des bonnets, des bonnets grande coiffe +bouillonne enrubanns aussi, des bonnets ressemblant quelque peu des +coiffures du pays de Caux, et surtout des bonnets dits la paysanne ou + la laitire, la jolie coiffe grandes barbes de dentelle que nous +appelons aujourd'hui bonnet Charlotte Corday, pique d'une large cocarde +tricolore. + +Presque plus de poudre blanche,--on va en consommer tant de noire--on +porte tous ses cheveux au naturel, avec un peu de supplment aussi car +la vogue des perruques blondes commence. + +[Illustration: Le chapeau Hussard.] + +Mais bientt la tempte se dchane tout fait, c'est la Terreur. +Peut-il tre encore question de frivolits luxueuses et de modes? Les +rangs des lgantes s'claircissent, elles sont l'Abbaye, la Force, +dans cent prisons, ou Coblentz,--elles se cachent ou elles sont +mortes. + +L'extrme simplicit que chacun affecte dans sa mise par prudence ou +garde par dcouragement, ne suffit pas toujours prserver de ce titre +de suspect ou de suspecte qui donne des droits immdiats l'chafaud. + +Talleyrand a dit qu'ils ne connaissaient pas la douceur de vivre, +ceux-l qui n'avaient pas vcu dans la vieille socit d'autrefois. En +93, le problme est de vivre, n'importe comment, cach dans un trou de +souris, s'il le faut. La Loi sous ce doux rgne de Libert, ordonne que +dans chaque maison une pancarte placarde porte les noms et prnoms de +tous les habitants et mme l'ge, dure contrainte. Que de braves gens +qui ont connu des jours heureux et brillants essayent dans quelque rue +tranquille, au fond d'un appartement silencieux, d'oublier l'orage qui +gronde et le tumulte des rues et les horribles clameurs des clubs et des +journaux. + +[Illustration: MERVEILLEUSE DU DIRECTOIRE.] + +Cependant un petit groupe s'obstine tenir haut et ferme devant les +sans-culottes le drapeau de l'lgance; des vaillants et des vaillantes +montrent encore au Palais-Royal, sur les boulevards, aux promenades, +dans les thtres qui persistent jouer, des toilettes lgantes et +bravent les citoyens en carmagnole et bonnet rouge, et les mgres +tricoteuses de la guillotine, mais quels risques! + +La mode n'ose plus lutter, la pauvrette a cach sa tte sous son aile et +regarde perdument le ciel, esprant toujours quelque claircie. + +La guillotine fonctionne toujours, s'interrompant seulement de temps +autre pour quelque fte idyllique, fte de l'tre suprme, fte de +l'agriculture ou de la vieillesse, avec thories de jeunes filles en +blanc, desses de la Libert, choeur d'adolescents et de vieillards; +pastorales charmantes, spectacles qui meuvent doucement le coeur du bon +Marat et du sensible Robespierre. On a jet du sable sur le sang, le +lendemain le ruisseau rouge recommence couler. + +9 thermidor! Pour les beaux yeux de la citoyenne Thrse Cabarrus, astre +qui va se lever, Tallien a brav la mort suspendue sur toutes les ttes. +Il a jet bas Robespierre et l'a pouss son tour dans les bras +impassibles de la desse Guillotine! + +Mme Tallien devient Notre-Dame de Thermidor, celle qui sauve par la +souveraine puissance de la beaut! + +Un immense soupir de soulagement passa sur la France et immdiatement +les lgances comprimes et terrorises sortirent de terre, avec le +luxe, avec la frivolit, la folie mme, avec la joie, le rire, dont on +semblait avoir un besoin furieux aprs tant de sang et tant de larmes. + +Les incroyables et les merveilleuses qui s'taient dj montrs avant la +Terreur remplissent soudain les promenades et les boulevards, et la +mode, qui le rgime de Robespierre a sans doute tourn la tte, toute +ple encore de son motion, se livre tout de suite mille +extravagances. + +Tandis que les incroyables si bien nomms, les muscadins de la jeunesse +dore, avec leurs habits grands collets, leurs immenses cravates et +leurs gourdins si ncessaires contre les Jacobins et les sectionnaires +terroristes, cherchaient leurs inspirations dans l'imitation des modes +anglaises, les merveilleuses se vouaient toutes l'antiquit. Pendant +quelques annes, plus de Parisiennes, rien que des Grecques et des +Romaines. + +Robes troites sans taille, simples fourreaux serrs sur le sein mme +par une ceinture, courts par devant pour laisser voir le pied, un peu +tranants par derrire, tel est le vtement des merveilleuses. On ne +connat plus que l'antiquit. C'est un recommencement. + +Dans ce passage sombre de la Terreur on a oubli la pudeur. Ces robes +l'athnienne ne sont que de simples deuximes chemises,--ce qui pourrait +passer, n'taient les bijoux, pour un symbole de la pauvret de ces +temps de ruine o le louis d'or valait huit cents livres en +assignats,--ce sont des tuniques d'un linon transparent, qui plaquent +sur le corps de la femme au moindre mouvement. + +De plus les tuniques diaphanes des grandes lgantes ne sont-elles pas +fendues sur les cts partir des hanches. + +Notre Dame de Thermidor, Thrse Cabarrus devenue la citoyenne Tallien, +est la Reine de la Mode, elle se montre Frascati, ainsi vtue ou +plutt dvtue, sa robe l'athnienne fendue latralement laissant voir +ses jambes dans un maillot couleur chair, avec des cercles d'or la +place des jarretires et des cothurnes l'antique et des bagues +chaque doigt de ses pieds de statue. + +Dans les salons, dans les jardins d't, aux promenades, ce ne sont plus +que robes l'antique ouvertes en haut comme en bas, portes avec +chemises la _carthaginoise_ ou mme sans chemise du tout, sandales et +cothurnes attachs par des bandelettes rouges, cercles d'or enrichis de +pierres prcieuses, arrangements de tuniques et peplums, +corsets-ceintures hauts de deux doigts seulement sous le sein et orns +de brillants. + +Les robes en voltigeant laissent voir les jambes ou mme, quand elles ne +sont pas ouvertes sur le ct, se relvent au-dessus du genou au moyen +d'un came en agrafe et montrent franchement la jambe gauche. + +Trs peu de manches, un simple bourrelet l'paule, ou mme pas de +manches du tout; des cames rattachent les paulettes de la robe, des +bracelets nombreux habillent le bras. + +[Illustration: Merveilleuse.] + +Comme il tait impossible d'adapter des poches ces tuniques si +lgres, ces voiles si minces, les dames avaient adopt l'usage de la +_balantine_ ou du _rticule_, nom ancien que l'on pronona tout de suite +_ridicule_--d'un petit sac orn de paillettes ou de broderie, ayant +surtout la forme d'une petite sabretache de hussard, qu'elles portaient + la main pour mettre leur bourse ou leur mouchoir. + +Le bibliophile Jacob raconte que dans un salon de la Mode sous le +Directoire, comme on se pmait d'admiration devant un de ces costumes +d'un got si rellement antique qu'il n'y avait plus rien au del, sinon +les modes du Paradis terrestre, la merveilleuse qui le portait paria +qu'il ne pesait pas deux livres. La preuve fut faite, la dame passa dans +un petit boudoir et son costume tout entier, pes avec les bijoux, ne +dpassa pas de beaucoup le poids d'une livre. + +Cette dame vtue l'athnienne pouvait se croire mme trs habille, +car d'autres trouvrent le moyen de l'tre encore moins et poussrent +l'audace jusqu' oser s'exhiber, ce qui est le mot, dans le costume dit + la _Sauvagesse_. Ce costume la _sauvagesse_ tait encore plus simple +puisqu'il ne se composait que d'une chemise de gaze et d'un +pantalon-maillot rose orn de cercls d'or. + +Des femmes se promenrent aux Champs-Elyses dans des fourreaux d'une +transparence presque absolue, ou mme avec les seins compltement nus, +et ces femmes n'taient nullement des htares quelconques, mais des +femmes du monde officiel d'alors, des amies de Josphine de Beauharnais! + +Inconscience plutt qu'impudeur, accs de folie, le dlire des plaisirs +aprs la folie furieuse et le dlire du sang! + +Ces merveilleuses qui avaient brav la guillotine bravaient la maladie. +Pleursies et fluxions de poitrine frappaient pourtant ces folles +lgantes au sortir des bals et des salons, quand aprs la danse elles +partaient peine couvertes dans le froid de la nuit, par-dessus leur +quasi-nudit, d'un mince fichu ou d'un schall large comme une charpe. + +Ces merveilleuses demi-nues qui prenaient leurs modes Athnes +copiaient aussi leurs coiffures sur celles des statues grecques et +portaient les cheveux frisotts dans un rseau, les tresses et les +nattes piques de bijoux. Mais la vogue fut surtout pour les perruques +blondes. Mme Tallien en avait jusqu' trente, de toutes les nuances du +blond. Ces perruques blondes, lgrement poudres, les Jacobins les +avaient abhorres et proscrites; aprs thermidor elles triomphaient et +devenaient le symbole de sentiments contre-rvolutionnaires. + +Les coiffures _ la victime_ ou _ la sacrifie_ eurent aussi leur temps +de succs, on relevait les cheveux par derrire et on les ramenait en +mches folles sur le front; cette coiffure de guillotine, complte par +un terrifiant ruban rouge autour du cou, par un chle galement rouge +jet sur les paules, tait indispensable pour se rendre au fameux et +macabre _Bal des Victimes_, dont l'entre n'tait permise qu'aux +danseurs ou aux danseuses pouvant justifier d'un ascendant ou de +quelques proches parents morts sur les chafauds de la Terreur. + +[Illustration: PREMIER EMPIRE.] + +Paole d'honneu victime, ces dames sont dliantes! disent les +incroyables chaque nouvelle invention plus dlicieuse et plus antique +des couturires la mode, Mme Nancy et Mme Raimbaut, qui sont des +modistes trs rudites et trs artistes, qui se font aider par les +sculpteurs pour trouver des manires de se draper toujours plus +grecques et des plis encore plus romains. + +[Illustration: Coiffure la Titus.] + +Les modes romaines un peu moins lgres ont t adoptes par les dames +que la trop grande transparence des tuniques la Flore ou la Diane +effraie un peu. + +Les robes la romaine sont portes par les dames du monde officiel qui +se croient tenues un peu de rserve, mais les deux mondes fusionnent. +Athniennes lgres et frivoles, dbris de l'ancienne socit et +parvenus de la nouvelle, fournisseurs des armes ou spculateurs +subitement enrichis, muscadins et muscadines, victimes et bourreaux, +jeunesse dore, arme, politique, finances, tout cela forme, aprs la +grande secousse, le plus incroyable des mlanges, et tout cela, malgr +les misres prsentes, l'avenir incertain, s'agite dans l'panouissement +du bonheur de vivre aprs la grande tuerie. + +Soudain la mode a dcrt la fin des perruques blondes et la coiffure +la Titus obligatoire pour toutes les lgantes; les belles du Directoire +rejettent ces paisses perruques et sacrifient aussi leur chevelure +personnelle. Presque plus de cheveux ou le moins possible! + +La coiffure la Titus, dit la Msangre dans le _Bon Genre_, moniteur +officiel de la mode, consiste se faire couper les cheveux prs de la +racine pour rendre la tige sa raideur naturelle qui la fait crotre +dans une direction perpendiculaire. Merveilleuses et muscadins sont +tous coiffs la Titus, tous tondus avec quelques mches trs longues +en dsordre sur le front. + +Il y a encore un autre type de Merveilleuse du Directoire, c'est la +Merveilleuse la Carle Vernet, lgrement vtue encore, se serrant dans +un mince jupon plaquant de couleur _fifi ple effarouch_, mais portant +au-dessus d'un corsage si petit qu'il est invisible, au-dessus des seins +nus, le cou engonc dans les plis et replis d'une formidable cravate, +tout comme son pendant l'lgant Muscadin, et sous son grand chapeau +plumes, la figure encadre comme la sienne de longues mches pendantes +en oreilles de chien. + +C'est ainsi qu' l'aurore de notre sicle sont habilles et coiffes les +lgantes. Pendant le Consulat et les premires annes de l'Empire, +elles vont rester les Merveilleuses, un peu,--oh, pas beaucoup,--plus +vtues que sous le Directoire. + +[Illustration: Sous le Consulat.] + +Ce sont toujours les mmes robes, souvent transparentes, le dcolletage +rgne souverainement malgr les saisons. Les femmes d'alors vont +poitrine dcollete et bras nus dans la rue comme celles d'aujourd'hui +au bal. C'est leur champ de bataille. Pour lutter contre le froid elles +ont les charpes, les chles,--le commencement des fameux cachemires +qui jouent un si grand rle dans la premire moiti de notre sicle. On +a invent des vtements particuliers, comme la petite veste de hussard +qui vers l'an VIII se passe par-dessus le corsage dcollet et encadre +les paules de sa fourrure, ou le spencer, autre veste bien moins +gracieuse. + +Les clbres portraits de Josphine de Beauharnais par David, et de Mme +Rcamier par Grard, allonges sur des lits de repos l'antique, nous +montrent deux belles Romaines du temps des empereurs, plutt que des +Franaises d'il n'y a pas cent ans. Elles taient pourtant habilles +ainsi, les lgantes des salons du Directoire, les belles Parisiennes +qui faisaient cercle autour de Garat chantant ses romances, ou qui +dansaient avec le beau Trnitz la gavotte ou la _walse_ alors dans +toute sa nouveaut. + +Voil que les coiffures la Titus ne sont plus de mode en 1803 ou 1804, +c'est vieux, c'est province. Et les cheveux qui ne se sont pas empresss +de repousser immdiatement aprs le changement de got! Les dames +regrettent leurs belles tresses blondes, brunes ou rousses et sont bien +forces de recourir aux tours de tte et aux postiches pour montrer de +nouveau de grandes boucles ou pour s'arranger des grands chignons +trusques avec nattes enroules. + +C'est un vilain moment qui commence pour le costume fminin, il semble +que la mode, conquise elle aussi, ait gard toute son imagination +gracieuse pour habiller magnifiquement, arranger, soutacher, broder, +passementer, empanacher, dorer les innombrables escadrons que S. M. +l'Empereur et Roi allait faire galoper et tournoyer d'un bout de +l'Europe l'autre, les superbes sabreurs lancs sur les canons et les +baonnettes de tous les peuples runis. + +Salons de Frascati, jardins de Tivoli qui avez vu dfiler les belles du +Directoire si hardiment dshabilles dans leurs tuniques flottantes et +transparentes, dans leurs fantaisies athniennes si oses, que +dites-vous des toilettes que vous voyez porter aujourd'hui ces mmes +femmes ou leurs soeurs cadettes, que pensez-vous de ces sacs +disgracieux qu'elles appellent des robes, de ces fourreaux ridicules, de +ces chapeaux en abat-jour, de ces visires en capote de cabriolet? + +Les modes masculines ne sont pas plus jolies. Que ceux qui ne veulent +pas consentir les porter s'engagent dans les hussards! Les costumes +des hommes sont laids dj, comme ils vont l'tre de plus en plus dans +le courant du sicle. + +Mais les femmes! voici une lgante de 1810: + +[Illustration: Commencement du XIXe sicle.] + +La jupe d'abord,--il y a si peu de corsage que la jupe est peu prs +tout le costume,--la jupe de percale ou d'toffe assez commune commence +sous les bras et tombe d'une faon inlgante jusqu'au bout des pieds, +ou bien s'arrte assez haut au-dessus des bottines. Quelques plisss, +quatre ou cinq rangs de garnitures dcoupes en dents de scie, quelques +volants tags ornent assez gauchement le bas de ces jupes. + +Presque pas de corsage, la ceinture bride le sein; la robe n'a pas de +manches, les bras sont nus sauf deux gros bourrelets aux paules, les +paules sont dcolletes. On porte des canezous brods ou bien de +grandes collerettes plusieurs ranges de plis tuyauts. C'est la seule +chose assez gracieuse de la toilette, encore arrange-t-on souvent ces +collerettes d'une assez lourde faon, pour engoncer plutt que pour +orner. + +[Illustration: PARISIENNE DE 1810.] + +Quant aux chapeaux, ils sont bien souvent ridicules. Comme toutes les +ides sont tournes vers l'arme et la guerre, les dames, sur ces +toilettes assez baroques, arborent quelquefois des espces de casques +empanachs et enguirlands, de grands chapeaux en forme de shakos; on +voit mme de vrais casques, dits la _Clorinde_ qui ont l'intention de +rappeler les casques des chevaliers des Croisades. + +[Illustration: Attendant les Vainqueurs.] + +Un moment la mode est aux petits bonnets, des petits serre-ttes +d'enfants orns de dentelles qui donnent aux dames des airs navement +enfantins, mais le triomphe de l'poque ce sont les grands chapeaux +cabriolets, les capotes normes qui s'allongent dmesurment en avant de +la figure enfonce et dissimule au plus profond de l'armature. +Quelquefois ces capotes en cabriolet se compliquent d'un grand tube de +haute forme, plus haut que le plus haut de tous les shakos des armes de +sa Majest. + +[Illustration: Grand chapeau Empire.] + +Et pour qu'elles trouvent le moyen d'tre gracieuses quand mme +l-dessous et d'tre adores par tous les tincelants officiers qui s'en +viennent, entre deux victorieuses campagnes, brler rapidement leurs +coeurs la flamme de leurs yeux, il faut que les femmes soient vraiment +jolies. + +Pour les bals et soires, dans les salons o papillonnent les beaux +officiers ct des civils rejets dans l'ombre, les femmes qui n'ont +pas les allures triomphantes des Merveilleuses de la priode prcdente, +mais qui au contraire, sous le regard des guerriers empanachs, prennent +des allures de colombes timides, les belles ont des jupes extrmement +courtes ornes de bouquets de fleurs et laissant voir le bas de la jambe +et le cothurne, non plus le cothurne antique de la belle Tallien, mais +un cothurne soulier, attach aussi par des cordons sur la cheville. + +Ces belles de l'Empire, ces rveuses Malvinas en robes sacs, qui songent +aux beaux guerriers chargeant l-bas de l'autre ct du Rhin, se +coiffent avec leurs tresses masses en casques, ou bien la Chinoise, +tous les cheveux tirs en l'air. + +Les beauts srieuses prennent le turban des Turcs. On connat le +clbre portrait de Mme de Stael enturbanne, les salons se remplissent +ainsi d'odalisques parisiennes et l'on trouve leur coiffure charmante. +Aprs cela, qu'est-ce qu'une jolie figure et des yeux vifs ou +langoureux ne sauraient faire passer? + +[Illustration: Robe orientale et Turban.] + +Ces turbans prennent vite des proportions normes et se surchargent de +gazes, d'charpes de couleurs varies et de plumes, ils deviennent sous +la Restauration l'apanage des dames mres, des mamans et belles mamans, +et leur font ces figures d'un comique extravagant que nous ne pouvons +regarder sans rire dans les gravures du temps. + +[Illustration: Chapeau Empire.] + +Que dire aussi des spencers qui donnent un aspect si triqu ces +toilettes dj peu jolies de lignes, des lourds carricks, des redingotes +fourres et des Vitchouras? Les fourrures sont trs la mode, on porte +astrakan, martre ou zibeline en vtements de toutes sortes et en +pelisses de toutes tailles. + +Tout ce monde si bizarrement habill, toutes ces femmes dont les +costumes semblent spars par des sicles des toilettes du XVIIIe +sicle, des falbalas qu'ont ports leurs mres, s'agitent dans un dcor +galement bien diffrent de celui qu'inventrent les artistes et les +peintres rococo. + +Sommes-nous en France ou en Grce, ou en Egypte, en Etrurie ou +Palmyre? Dans quel sicle vivons-nous, le XIXe aprs l're chrtienne ou +avant? Ce dcor antique donn tout coup la vie, date du Directoire, +ce sont les architectes retour de Rome, Percier et Fontaine, qui l'ont +implant dans Paris et des htels des personnalits la mode, il a +pass bien vite dans les maisons de la classe bourgeoise. + +On s'habillait la grecque et la romaine, avant Percier et Fontaine, +le costume avait donc prcd l'architecture et influ sur la cration +d'un style. + +Est-il rien de plus lgant qu'un salon qui ressemble un temple grec +ou qui figure un intrieur de tombeau trusque? Garnitures de chemine +de style funraire, trpieds imits de Pomp, chaises curules, +fauteuils incommodes mais orns de lions, de cygnes, de cornes +d'abondance, lits gards par des sphinx, commodes charges de glaives, +somnos en forme de cippe funraire ou d'autel, tables de nuit +pompennes, etc. Partout des lignes rigides, des ornements froids, +partout des palmettes, des entrelacs trusques ou grecs, voire mme des +motifs gyptiens, quand l'expdition d'Egypte mit la terre des Pharaons + la mode. + +Il fallait avoir dans l'esprit de considrables ressources de gat +intrieure pour trouver la vie agrable parmi ces formes raides et +dures, dans ce cadre svre, solennel et antique, distillant une +maussaderie et un ennui trs modernes. + +[Illustration: Coiffure Empire.] + + + + +[Illustration: Chapeau 1814.] + +XI + +LA RESTAURATION + +ET LA MONARCHIE DE JUILLET + +Manches bouffantes, manches gigot.--Les collerettes.--Modes la girafe. + --Les coiffures et les grands chapeaux.--1830.--Epanouissement des modes + romantiques.--Les derniers bonnets.--1840. Chastes bandeaux.--Modes + Juste-milieu. + + +Sous la Restauration, d'anne en anne, les trs laides et inlgantes +modes de l'Empire s'amliorent et prennent un peu de grce. Probablement +la mode a cess de consacrer toutes ses penses et toutes les +ressources de son gnie aux beaux houzards et aux brillants aides de +camp des armes franaises. Le got fminin renat. + +[Illustration: PARISIENNE 1814.] + +Les costumes vont gagner tous les jours, perdre de leur raideur et leur +indcision, prendre de l'ampleur ici, s'allger l, et ds 1825, devenir +pour une dizaine d'annes, tout fait charmants. + +Une grce aimable et distingue, une exquise originalit, une lgance +souple et naturelle, de belles ondulations de jupes, des coiffures +extrmement seyantes, trs trouves, les modes de ce temps-l sont +vraiment dlicieuses, et la femme de 1830 a droit une belle place de +choix dans les vocations des lgances d'antan, parmi les plus +charmantes figures du pass. + +Plus tard, quand notre pauvre XIXe sicle aura gliss avec les autres +dans le gouffre qu'il peut, hlas, entrevoir dj, quand les belles +d'aujourd'hui seront leur tour devenues des aeules, lorsqu'on songera + se figurer les femmes de notre sicle, c'est avec les toilettes de +1830, pour la premire moiti, et de... mettons 90... pour la seconde +moiti, qu'on se les reprsentera. + +C'est la bonne poque, les dessins et peintures d'alors, des Devria, +Gavarni et autres, sont l pour tmoigner de la grce des toilettes +portes par les femmes de 1825 1835, de la seconde priode de la +Restauration aux premiers temps de la monarchie de Juillet, pendant le +grand renouveau des ides et des arts. + +Ah! celles-ci, nous les avons connues, elles nous intressent plus que +toutes, ce ne sont pas des figures vagues, estompes dans le recul des +sicles! Nous les avons connues..., devenues de bonnes et charmantes +vieilles, au visage encore encadr de boucles comme aux jours +d'autrefois, mais de boucles blanches, avec des lunettes sur ces yeux +jadis, parat-il, vifs et rieurs... + +Aprs la chute de l'Empire, l'anglomanie domine pendant quelques annes +dans les toilettes, et aussi un peu de cosaquomanie; les modes +parisiennes sont des imitations des modes de Londres; mais peu peu se +dgagent, et de ttonnements en ttonnements, arrivent raliser de +fort jolis types de toilettes. + +[Illustration: Chapeau 1815.] + +C'est encore pendant quelques annes la robe sac ou fourreau de +parapluie de l'Empire, avec des essais de corsages, des tailles places +moins haut, des essais de manches gros bouillons, et des chapeaux plus +ou moins gracieux de formes tout fait bizarres et toujours vastes de +proportions, des chapeaux au fond desquels assez souvent la figure se +dissimule presque compltement. + +Le grand luxe revient pourtant avec la tranquillit, avec le repos qu'on +n'a pas connu depuis vingt-cinq ans, avec la cour, dans les salons qui +ont retrouv l'clat de jadis, et qui ne sont plus seulement des petites +runions de mcontents ou de simples parlottes, comme autrefois, +discutant la dernire victoire ou le dernier revers de l'Empereur, +unique sujet de conversation entre deux parties de whist. + +Reprenons quelques-uns des vieux verres de la grande lanterne magique +que le temps fait passer si rapidement et voici les lgantes de la +Restauration, les belles romantiques et les lionnes de la monarchie de +Juillet. + +[Illustration: Toilette de soire Restauration.] + +La robe de gros de Naples blanc, avec des volants jaunes au bas de la +jupe largie, la mme garniture en plerine sur les paules, des +manches gigot,--elles viennent de natre et triomphent concurremment +avec les manches l'lphant et les manches l'imbcile,--collerette +tuyaute, grand chapeau de paille de riz avec rubans de satin et +panaches de grandes plumes. + +Jupes largies garnies de bouillonns de gaze et de coques de satin, de +volants et d'entre-deux de dentelles, canezous, jupes cossaises, grands +chapeaux dcoratifs orns de gros bouquets de fleurs,--ces chapeaux de +Mme Herbault dont les chroniques et les romans d'alors coiffent toutes +les belles,--immenses gants habillant tout le bras... + +Cette dame qui joue rveusement de la harpe dans une soire lgante, +les paules drapes dans une charpe de gaze raye, est coiffe d'un +grand bret qui va bien son profil potique; en sortant du salon, elle +s'enveloppera dans une rotonde ou dans un de ces vastes manteaux de drap + palatine dcoupe, grand collet et doublure de fourrures, pendant +que Monsieur, le monsieur toupet fris, habit bleu boutons d'or et +pantalon collant, endossera son carrick. + +Pour l't, pour la campagne, pour la promenade, pour aller consulter le +sorcier de Tivoli, canezous d'organdi ruchs de tulle, grands chapeaux +de paille avec d'immenses rubans dresss. + +Pour le thtre, pour les sorties, pour tous les temps frais, on a les +boas, ces boas que nous venons tout rcemment de voir revenir et qui +sont l'occasion de si jolis mouvements. Les serpents de fourrure +s'enroulent sur les paules nues et sertissent chaudement et +voluptueusement les fraches carnations. + +En 1827, pour clbrer l'arrive de la premire girafe au jardin des +Plantes, toute la mode est _ la Girafe_. + +Ce qui reste de ces modes la Girafe, c'est le grand peigne d'caille +qui se place tout en haut de la tte au sommet de l'difice. Les +coiffures sont trs hautes, les cheveux se relvent en plusieurs coques +serres avec un encadrement de boucles tombantes autour du visage, +partages irrgulirement, trois d'un ct, quatre de l'autre... + +Elle est charmante, l'lgante de 1830 en costume de soire, avec le +complet panouissement des manches gigot, ses paules mergeant d'une +ligne de fine dentelle, sa nuque bien dcouverte sous le grand peigne +d'caille plant triomphalement dans les masses blondes ou brunes, +tordues et runies au sommet de la tte. + +[Illustration: Chapeau 1820.] + +Dans la rue ou sur les boulevards, aux promenades, aux Champs-Elyses, +elle est dcollete encore et se drape sans se cacher dans un petit +chle port coquettement. + +[Illustration: UNE LGANTE AUX CHAMPS-LYSES, RESTAURATION.] + +Revenons un peu sur le chapitre des coiffures; ce n'est pas le moins +important, il peut se subdiviser en sous-chapitres: les toques et +brets chevaleresques et Ossianiques, les bonnets et turbans, et enfin +les chapeaux. + +[Illustration: Bret de gaze.] + +C'est un pote qu'il faudrait pour clbrer dignement la grandeur et +pleurer la dcadence du chapeau fminin. Sous la Restauration, jusqu'en +1835, c'est la gloire et le triomphe du chapeau; il plane superbement +sur la tte des dames, il fait voltiger ses plumes, il balance +gracieusement ses rubans, ses coques et ses immenses noeuds de satin. + +Parti des tromblons ou des shakos sans grce de l'Empire, des tubes +enfermant la figure au fond d'un corridor obscur, il s'est modifi peu +peu, il s'est largi, il s'est ouvert. On le campait tout droit sur la +tte; maintenant, il se pose gentiment de ct sur les cheveux rouls en +grosses boucles irrgulires. La nuque bien dgage apparat dans toute +sa coquetterie, les paules se montrent aussi l'ombre d'un grand +chapeau car les robes sont largement dcolletes et les jolies +collerettes tuyautes ne les surmontent pas toujours. + +C'est le moment du triomphe pour le chapeau, mais la dcadence viendra +vite, les bords rouls en cornet ou en corridor reprendront, on +supprimera rubans et panaches, on enfermera la figure tout au fond du +corridor et le cou sous d'immenses et disgracieux bavolets. Nous irons +ainsi de lamentables inventions en crations baroques et inlgantes +jusqu'au petit chapeau bibi ferm, du second Empire, jusqu'au ridicule +chapeau assiette de 1867. + +[Illustration: Les grands Chapeaux Restauration.] + +Mais la raction en sens inverse est commence, nous avons pu revoir en +ces dernires annes de vraiment gracieuses coiffures. + +La femme d'alors dans l'intimit ne craint pas les grands bonnets +coquettement chiffonns, vastes comme les chapeaux, avec un fond relev +trs haut pour contenir le grand peigne avec des bouriffements de +dentelles et de rubans autour de ses boucles ou de ses anglaises. C'est +le dernier temps d'lgance des bonnets, ensuite, hlas! il n'y aura +plus de beaux bonnets qu'aux champs, tant que dureront les majestueux +hennins des Normandes ou les coiffes voltigeantes si varies des femmes +de Bretagne. + +Aprs ces jolis bonnets de boudoir des lionnes de 1830, la dcadence du +bonnet commence. Il est encore joli, le bonnet capricieusement tuyaut +sur la tte des petites modistes ou grisettes au nez ft de Parisienne, +aux yeux veills et railleurs; c'est d'ailleurs la coiffure lgre +qu'elles font si lgrement voltiger mtaphoriquement par-dessus les +plus hauts moulins, mais ensuite le bonnet des grisettes devient la +coiffure sans grce de grosses boutiquires, enfin, chute complte, le +bonnet devient portire... + +[Illustration: Bonnet d'intrieur.] + +Vive, lgre, enjoue, dans l'ondulation de ses larges jupes et le flou +de ses monumentales manches gigot, l'lgante de 1830 s'en va blouir +les boudoirs de la chausse d'Antin et les promenades fashionables, les +Champs-lyses ou Longchamps et faire palpiter le coeur des dandys +engoncs dans leurs hauts collets d'habits. Sous son grand chapeau +hriss de touffes de plumes et de rubans, elle disparat quand elle +veut, un simple mouvement du cou et la voil dissimule au fond de cette +coiffure de strict incognito. + +Elle galope aussi au bois de Boulogne dans son amazone de couleur +manches gigot, orne de torsades ou de brandebourgs, ou bien gaye +par un blanc canezou... + +Plus tard par malheur, elle osera porter, la campagne pour ses +promenades questres, la place de son large chapeau grand voile +voltigeant, la casquette, la hideuse casquette, honte du XIXe sicle. + +Il faut voir, aux loges des thtres la mode, les ranges de jolies +femmes dcolletes, dans les corsages ouverts en pointe jusqu' la +taille sur une large chemisette brode, les parements du corsage +revenant sur les paules et les manches,--les boas enrouls, les +accroche-coeurs et les boucles, les cheveux tordus et dresss de cent +faons diffrentes et compliques, avec des fleurs, des peignes, des +pointes de satin... + +[Illustration: Amazone 1830.] + +Les belles romantiques, dit-on, arborent l'envi des toilettes plus +moyen ge les unes que les autres. Elles avaient pour nourriture +d'esprit aprs les troubadours du vicomte d'Arlincourt, aprs Ossian, +Byron et Walter Scott, les tirades passionnes et farouches des grands +drames d'alors, _Hernani_, la _Tour de Nesle_, _Lucrce Borgia_, les +vers, les romans, les chroniques de tous les romantiques, de tous les +_jeune France_. Et, sous l'oeil fulgurant des barons et des bandits +gothiques, elles s'efforaient d'tre le plus moyen ge possible dans +leurs ajustements. + +[Illustration: Coiffure la Chinoise. 1830.] + +Mais, au thtre mme, le moyen ge tait trs 1830, les hrones de ces +drames flamboyants, Isabeau, Marguerite de Bourgogne ou Belle +Ferronnire, malgr les recherches de couleur locale, montrent, tout +comme les spectatrices, les invitables manches gigot, et au fond en +voulant se montrer moyen-geuses, les belles de 1830 restent surtout +1830. + +[Illustration: TOILETTES D'INTRIEUR 1830.] + +Hlas, hlas, ces modes d'une si jolie dsinvolture, ces modes +panaches, d'une lgance _truculente_, pour employer l'idiome d'alors, +ces modes passent. La raction bourgeoise anti-pittoresque, qui commence +dans les arts, triomphe bien plus rapidement dans les toilettes. Au bout +de quelques annes, les modes se sont assagies, faut-il dire le gros +mot? Ds 1835 ou 36, la mode, l'ex-mode potique, romantique, +cavalire, se fait juste milieu et picire, pouse de garde national, +pour tout dire! + +[Illustration: Grand Chapeau et Collerette.] + +La mode en 1835 a dj perdu ses grces et tourn la gaucherie en +exagrant disgracieusement les caractristiques de 1830. Ce ne sont plus +les femmes de Devria et de Gavarni, ce sont celles de Grandville. + +Les jupes sont larges comme des cloches et sans ornements, en simple +mousseline blanche ou imprime de petits dessins bbtes comme ceux des +papiers de tenture de l'poque. Les manches sont d'normes gigots +boursoufls mais flasques qui pendent trs bas, trs bas, sur de tout +petits poignets; les corsages sont recouverts d'immenses plerines +ornes de broderies et dentelles, tombant plus bas que la taille. Mettez +sur la tte un grand chapeau de paille d'Italie ou de paille de riz, +ferm et brid sous le menton, et vraiment l'ensemble n'est pas trs +sduisant. + +[Illustration: Toilette d'intrieur.] + +Voyez les hrones de 1830, dix ans aprs, en 1840; considrez +tristement ces jupes sans lignes et sans ornements, ces manches +hsitantes, gardant un peu de l'ampleur des gigots, juste assez pour +tre disgracieuses, ces corsages quelconques, ces chapeaux dpourvus +d'allure, simples capotes attaches sous le menton par des brides sans +grce. + +[Illustration: Toilette romantique.] + +Les coiffures n'ont plus les belles audaces d'autrefois, ce sont des +coiffures en bandeaux plats, qui encadrent froidement et durement le +visage, ces chastes bandeaux, comme on disait alors, qui tuent presque +toute grce et toute beaut--ce sont les _anglaises_, les longues +boucles tombant comme un feuillage de saule, qui donnent une mine +pleurnicharde aux figures fminines les plus enjoues. La mode devient +de plus en plus triste et de plus en plus laide la fin de la monarchie +de juillet. Plus de got du tout, c'est le comble de la banalit et de +la platitude. + +[Illustration: 1830.] + +Il y a un mouvement qui porte les modes toujours aller du plus large +au plus troit et toujours revenir du plus troit au plus large. C'est +une loi. De mme pour les coiffures, on va et on ira toujours du plus +petit au plus vaste et du plus vaste au plus petit, avec une rgularit +parfaite. + +Aprs les paniers Louis XV et Louis XVI, on est all aux jupes collantes +du Directoire, la plus simple expression des jupes, aprs laquelle il +n'y a plus que la suppression. Des robes fourreaux de l'Empire, on est +venu par degrs l'ampleur et l'on va regagner sous le second Empire le +grand maximum de largeur avec la troisime restauration du vertugadin +sous le nom de crinoline. + +[Illustration: 1835.] + + + + +[Illustration: 1845.] + +XII + +POQUE MODERNE + +1848.--Des rvolutions partout, except dans le royaume de la mode. + --Rgne universel de la crinoline.--Les chles cachemire.--Talmas, + burnous, pince-tailles.--Modes de plages.--Robes courtes. + --Saute-en-barque.--Jupes larges et jupes troites.--Les modes + collantes.--Poufs et tournures.--Modes Valois.--Erudition plus + qu'imagination.--On demande une mode fin de sicle. + + +La Rvolution de 48 n'a aucune action sur les modes, elle ne lance pas, +comme la premire, la toilette dans des voies nouvelles. En ce temps de +bouleversement, quand toute l'Europe semble gagne par l'esprit de +rvolution, lorsque tant de rves plus ou moins beaux, plus ou moins +fous, brlent le cerveau congestionn des peuples, la mode qui +pourtant un petit grain de folie serait certainement permis, se conduit +en personne sage et prudente. + +Les toilettes continuent se montrer minemment bourgeoises; on +croirait que c'est Mme Prudhomme qui donne le ton. + +Les tristes et mesquins chapeaux en petit cabriolet, ferms sous le +menton avec de petites brides, rgnent sans conteste, il n'y a pour +ainsi dire qu'une forme unique, bavolet, sans autres ornements que des +rubans sans grce. La robe n'a pas la moindre ornementation non plus, le +corsage est trs long, la jupe droite. Sur ces toilettes plates on porte +au dehors des mantelets et des chles. + +[Illustration: PARISIENNE 1835.] + +Ce sont ces toilettes, trs sobres et trs effaces, que le second +Empire va trouver ses dbuts et qu'il transformera peu peu en un +costume grand fla-fla trs compliqu, trs charg et surcharg, mais +plus que discutable comme got et mme tout fait dpourvu de style, +sauf dans quelques trouvailles heureuses qui ne durrent pas, vers 1864. + +[Illustration: Chapeau 1848.] + +La grande _pense_ du rgne,--ct modes,--la grande innovation qui va +donner le _la_ aux toilettes, c'est la crinoline,--honnie, attaque, +vilipende par vaudevillistes, journalistes, caricaturistes, par les +maris, par tout le monde, c'est la crinoline triomphante de toutes les +clameurs, de toutes les moqueries, comme de tous les justes reproches. + +On peut bien dire que sous l'Empire la femme a tenu trois ou quatre fois +plus de place dans le monde--au moins en circonfrence--qu'aux poques +prcdentes, plus mme que sous Louis XV de peu vertueuse mmoire, la +crinoline ayant rgn bien plus despotiquement que les paniers, puisque +les femmes de toutes classes durent l'adopter et que les filles des +champs ne se crurent pas habilles le dimanche moins de ballonner +comme les dames de la ville avec la cage en cercles d'acier. + +Les tournures et les jupons bouillonns en toffe de crin ont habitu +peu peu les yeux l'largissement des jupes, et lorsque la crinoline +sans armature est dlaisse pour les cerceaux en ressorts d'acier et +pour la crinoline cage, cercles et montants d'acier, les dames +trouvent ce ballonnement charmant et la crinoline fait le tour du monde. + +Il est bien inutile d'insister sur ses nombreux inconvnients qu'on a +encore dans la mmoire, sur la gne qu'elle imposait, mais au point de +vue esthtique, la crinoline doit tre solennellement anathmatise, +excommunie, ridiculise jamais... c'est--dire jusqu'au jour o elle +reviendra sous un autre nom. + +[Illustration: La Crinoline.] + +Il est vrai que les jupes s'arrondissant en coupoles flottantes sur ces +crinolines si dcries, et que tout l'ensemble de la toilette taient +orns d'une faon lourde et gauche de petits dtails mesquins appliqus +sur de tristes toffes, tandis que les paniers du XVIIIe sicle ont eu +pour eux une ornementation plus artiste des jupes et des toilettes +tailles dans les belles toffes ramages. Leurs exagrations et leurs +ridicules avaient de la grce, tandis que les jupes crinoline ne +rachetaient par rien leur gauche ballonnement. Un peu surfaites, les +suprmes lgances de l'Empire! + +Avec ces crinolines boursoufles et envahissantes, que portent toutes +les femmes du second Empire, on peut rappeler le talma, le burnous, +manteau algrien assez coquet, les _pince-taille_ en soie gros grain +manches pagodes,--oh! les manches pagodes! entonnoir disgracieux et +incommode compliqu de dentelles ou d'effils! + +Il faut noter surtout les chles, le fameux cachemire de l'Inde et le +grand chle tapis. + +Le chle, dont on a si longtemps clbr l'lgance(?), n'a vraiment +quelque grce que lorsqu'il est petit, troit presque comme une charpe, +et lorsqu'il est port avec irrgularit et dsinvolture. Que dire du +grand chle pos sur les paules comme sur un portemanteau et tombant +droit en dissimulant la taille et la toilette de la femme, sinon qu'en +ralit ce chle-manteau est un vilain vtement et qu'il ne va tout au +plus qu'aux fruitires endimanches. + +[Illustration: Chapeau second Empire.] + +On peut encore signaler les capelines parmi les inventions commodes, et +les vestes zouaves, les rouges garibaldis et les figaros, parmi les +nouveauts gracieuses de l'poque. + +Le chapitre des chapeaux n'est pas bien brillant. Jusque vers 1863, ce +sont toujours les grandes capotes de cabriolets, avec bavolets, avec +fleurs dans l'intrieur de la passe et au-dessus; cette coiffure, c'est +en somme le grand chapeau de la Restauration, abm, ridiculement +arrang, finissant tristement ses derniers jours. + +Voil donc le luxe effrn tant reproch aux femmes par le prsident +Dupin, dans la fameuse brochure qui fit sensation en 1865,--le luxe +dbordant les jours de Grand Prix dans la grande Ville, roulant de +l'hippodrome de Longchamps tout le long des boulevards, le luxe qui, +parat-il, faisait de Paris une Byzance dcadente, scandalisait +l'honnte bourgeoise en petit chle, et faisait monter le rouge aux +joues du reste de la vertueuse Europe, voue encore la simplicit +nave et pratiquant le culte de sainte mousseline dix sous le mtre. + +Effrn peut-tre, ce luxe corrupteur et effrayant, mais peu artistique, +d'un got mdiocre et donnant trs grands frais l'impression du +clinquant. + +Bien que le recul ne soit pas encore suffisant pour le juger, pour +apprcier les modes de ce temps dans leur ensemble, sans se laisser +influencer par la pointe de ridicule qui s'attache au dmod, il semble +cependant qu'au sicle prochain les femmes et les artistes le jugeront +peu prs ainsi. Nous ne voyons pas les peintres lgants d'alors +ressuscitant dans leurs tableaux les modes de 1860, pour la joie des +mondaines et des amricains vingtime sicle. + +[Illustration: Pince-taille.] + +Cependant la vogue des bains de mer qui se dessine de plus en plus et +qui deviendra bientt une migration annuelle et rgulire de toute la +bourgeoisie vers les plages normandes ou bretonnes, cette habitude des +excursions estivales amne quelques gracieux changements dans la mode. + +Un instant vers 1864, triomphe la mode des robes courtes ne sur les +plages lgantes. Plus de jupes tranantes, ou de robes longues larges +volants. On conserve la crinoline, un peu modre dans son envergure, +mais on drape et on arrange les jupes, avec des relevs, des plisss, +avec une grande varit d'ornements appliqus, ornements trs larges +d'un bon effet. + +La fantaisie, touffe depuis 1830, reparat. Ces trs cavalires jupes +courtes laissent voir les bottines trs luxueuses et trs ornes, les +fines petites bottes trs montantes dont on fait sonner les hauts +talons.--Un instant mme quelques lgantes des plages la mode +prennent la grande canne Louis XIII. + +On voit aussi de jolis vtements trs amples, larges manches, et des +pardessus dits _Saute-en-barque_. Les chapeaux bien diffrents du +crmonieux chapeau ferm et trs crnement ports un peu sur le ct, +sont des espces de coiffures de Toreros, orns de gros pompons ou de +plumes. La coiffure de l'poque est basse, avec un crp sur le front, +les cheveux tombant dans le dos masss dans un filet. + +[Illustration: MODES DE PLAGE 1864.] + +Les jupes courtes, si gracieuses avec la crinoline, avec les hautes +ceintures boucles, et tous les ornements, ganses et soutaches dont +on couvre alors le costume, sont bientt vaincues par un retour offensif +des robes longues, et la mode perd tout de suite ses allures cavalires. + +[Illustration: Grand manteau Empire.] + +La crinoline elle-mme tombe un instant en 1867, au moment des jupes +plates et tranantes, des corsages peplums, ns d'un retour de got pour +la tragdie, dont on dclame des fragments au Caf-Concert, au moment +des petits chapeaux assiettes, poss sur le front devant le gros chignon +relev en boule, coiffures que viennent complter les rubans flottant +dans le dos et appels du nom expressif de: Suivez-moi jeune homme. + +... Et la bataille continue entre les jupes larges et les jupes +troites, la crinoline a battu de l'aile pendant quelques annes et +finalement elle est morte. La crinoline grands cerceaux est maintenant +du domaine de l'archologie; c'est une antiquit, comme le panier, comme +le vertugadin. + +Comme on voulait encore de l'ampleur, on l'a remplace par des poufs, de +trs volumineux paquets d'toffes, relevs par derrire sur les jupes. + +Puis sur le chemin de la raction anti-crinolinienne, on a t en +diminuant peu peu la largeur des jupes jusqu'aux robes moules sur le +corps, au collant qui a dur deux ou trois ans, vers 1880. Les modes +taient alors fort jolies, trs _esthtiques_. Puis un petit soupon de +gonflement s'est produit, on s'est largi un peu, on a bien vite adopt +les _tournures_.... + +Mais cette mode des robes collantes nous a laiss les corsages en jersey +qui moulent trs gracieusement le corsage et les hanches. Le jersey vite +adopt convient admirablement aux toilettes de promenade et de campagne. + +Pendant quelques ts d'un bout de l'Europe l'autre, sur toutes les +plages d'Angleterre, de France et d'ailleurs, le Jersey fut l'uniforme +obligatoire; femmes, jeunes filles, enfants, garons ou fillettes, tous +furent en jerseys bleu fonc, agrments d'ancres d'or, tous en +matelots. Les enfants gardent encore ce vtement gracieux et commode et +voici que les hommes,--touristes et vlocipdistes--l'adoptent. + + +Le temps est pass des dits somptuaires et des gouvernants lgifrant +sur le luxe pour enrayer ses dbordements. On a vu, de Philippe le Bel +Richelieu, la longue srie de ces dits; avant de tomber l'oubli, ils +furent pourtant presque toujours appliqus rigoureusement d'abord, mme +par des rois qui mettaient le Trsor sec pour les somptuosits de leur +cour, comme Henri III par exemple, le mignon fanfreluch, qui lors d'un +de ses accs de rpression du luxe des autres, fit jeter en prison au +fort l'vque en un seul jour une trentaine de femmes et non des +moindres de Paris, coupables d'avoir brav les prohibitions du brocart +et de la soie. + +Ce temps des prohibitions somptuaires, des ordonnances royales sur les +modes n'est plus. Dans l'intrt gnral de l'industrie et du commerce, +tout ce qui peut dvelopper le grand luxe doit tre aujourd'hui +recherch et favoris. + +C'est le petit luxe qui devrait tre au contraire rprim s'il tait +possible, ou plutt qui aurait d tre rprim, car aujourd'hui le mal +est fait et parfait. + +[Illustration: Robe collante 1880.] + +Ah! si la mode plus puissante que les rois et les ministres, que les +arrts, les lois et les dits, si la mode dont les ordonnances sont sans +appel, avait pu dcrter la conservation des anciens costumes fminins +de nos provinces, des modes locales souvent si gracieuses, des +lgances campagnardes, auxquelles la ville a si souvent fait des +emprunts, des faons de robes, des mantes, et aussi des coiffures si +varies, coiffes bressannes, casques de dentelles du pays de Caux, +grandes coiffes bretonnes, bonnets d'arlsiennes, etc... Quel +sauvetage! + +Mais non, tout cela est parti, toutes ces jolies choses ont disparu +devant l'envahissement d'un faux luxe mesquin, caricature sans got des +lgances parisiennes, devant les confections uniformes et informes, +fabriques la centaine et portes jusque dans les plus lointains +cantons!... + +Partout, hlas, les jolies modes locales, les lgances particulires et +rgionales, ont cd pour jamais la place des attifements souvent +prtentieux et ridicules... + +Le _costume_ des campagnes en toute province est vanoui, envol, +perdu, c'est la _mode_ des villes, de nous indemniser en lgance +vraie et en grce. + + +La mode est aujourd'hui dans une priode de transition et de +ttonnements, elle cherche, elle essaie, dfaut de nouveauts +nouvelles, des imitations des nouveauts d'autrefois,--ayant +suffisamment vieilli, comme disait la couturire de l'impratrice +Josphine. + +On va des imitations des coupes Louis XVI ou Empire des ajustements +Valois, aux corsages Louis XIII, aux manches moyen ge ou bien aux +manches gigot 1830... Nous verrons ce qui sortira de ces tentatives et +de ces essais et si comme il arrive dans tous les arts, il en sera de +l'art de la toilette comme des autres, si le neuf natra de l'tude de +l'ancien. + +Souhaitons qu'une mode originale, _fin de sicle_ suivant l'expression +la mode, se dgage enfin, pour qu'un jour les petites filles des +lgantes de ces dernires annes du XIXe sicle, puissent se figurer +leurs aeules sous des ajustements bien elles, bien personnels, +autrement enfin qu'en toilettes empruntes tous les ges. + +[Illustration] + + + + + [Illustration] + + TABLE DES CHAPITRES + + + I.--BALLADE DES MODES DU TEMPS JADIS 1 + + II--LES CARTONS DU PASS 5 + + Le vieux neuf.--L'horloge de la mode.--Fouilles dans les + cartons du pass.--Quelle est la plus jolie mode?--Mode et + architecture.--Vtements de pierres et vtements + d'toffes.--La poupe costume, journal des modes du moyen + ge. + + III.--MOYEN AGE 23 + + Les Gauloises teintes et tatoues.--Premiers corsets et + premires fausses nattes.--Premiers dits somptuaires. + --Influence byzantine.--Bliauds, surcots, cottes hardies. + --Les robes histories et armories.--Les ordonnances de + Philippe le Bel.--Hennins et Escoffions.--La croisade + contre les Hennins de frre Thomas Connecte.--La dame + de Beaut. + + IV.--LA RENAISSANCE 53 + + Modes en largeur.--Hocheplis, vertugalles, vertugadins.--La + belle Ferronnire.--ventails et manchons.--Les modes tristes + de la Rforme.--L'escadron volant de Catherine.--Dentelles + et guipures.--Les services du vertugadin.--Le masque et + le touret de nez.--Fards et cosmtiques. + + V.--HENRI III 76 + + La cour du Roi-Femme.--Les grandes fraises plisses, + godronnes ou en cornets.--Les femmes-cloches.--Les grandes + manches.--Horribles mfaits du corset.--La reine Margot et + ses pages blonds. + + VI.--HENRI IV ET LOUIS XIII 91 + + Retour une simplicit relative.--Les femmes-tours.--Hautes + coiffures.--Excommunication du dcolletage.--Les robes + grands ramages de fleurs.--Collets monts et collets + rabattus.--Tailles longues.--Les dits de Richelieu.--La + dame suivant l'dit.--Tailles courtes. + + VII.--SOUS LE ROI-SOLEIL 112 + + Les hrones de la Fronde.--De la Vallire la Maintenon. + --Les robes dites transparentes.--Triomphe de la dentelle. + --Le roman de la mode.--Les Steinquerques.--La coiffure + la Fontanges.--Le rgne de Mme de Maintenon ou trente-cinq + ans de morosit. + + VIII.--XVIIIe SICLE 130 + + La Rgence.--Folies et frivolits.--Cythre Paris.--Les + modes Watteau.--Les robes volantes.--Naissance des + paniers.--Criardes, Considrations et Matres des + requtes.--Mme de Pompadour.--L'ventail.--Promenade de + Longchamps.--Carrosses et chaises porteurs.--Modes + d'hiver. + + IX.--XVIIIe SICLE.--LOUIS XVI 150 + + Les coiffures colossales.--Le pouf au sentiment.--Parcs, + jardins potagers et paysages anims de figures sur les + ttes.--La coiffure la Belle-Poule.--Les mouches.--Modes + champtres.--Les robes _ngligentes_.--Couleurs la + mode.--Le monument du costume.--Les amazones.--Modes + anglaises.--Les bourgeoises. + + X.--LA RVOLUTION ET L'EMPIRE 178 + + Modes dites la Bastille.--Modes rvolutionnaires.--Notre-Dame + de Thermidor.--Incroyables et merveilleuses.--L'antiquit + Paris.--Athniennes et Romaines.--Une livre de vtements. + --Tuniques diaphanes.--Maillots, bracelets et cothurnes. + --Le rticule ou ridicule.--Le bal des Victimes.--Perruques + blondes et oreilles de chien.--A la Titus.--Les robes-fourreau. + --Petits bonnets et Chapeaux-Shakos.--Les turbans. + + XI.--LA RESTAURATION ET LA MONARCHIE DE JUILLET 208 + + Manches bouffantes, manches gigot.--Les collerettes.--Modes + la girafe.--Les coiffures et les grands chapeaux.--1830. + --panouissement des modes romantiques.--Les derniers bonnets. + --1840.--Chastes bandeaux.--Modes Juste-milieu. + + XII.--POQUE MODERNE 231 + + 1848.--Des rvolutions partout, except dans le royaume de la + mode.--Rgne universel de la crinoline.--Les chles + cachemire.--Talmas, burnous, pince-tailles.--Modes de + plages.--Robes courtes.--Saute-en-barque.--Jupes larges et + jupes troites.--Les modes collantes.--Poufs et + tournures.--Modes Valois.--Erudition plus qu'imagination. + --On demande une mode fin de sicle. + + [Illustration] + + + + + [Illustration] + + TABLE DES DESSINS HORS TEXTE + + + Toilette de bal Restauration _Frontispice_ + + Noble dame fin du XIVe sicle 17 + + Robe et houppelande histories XVe sicle 33 + + Chtelaine milieu du XVe sicle 41 + + Dame sous Charles VIII 49 + + A la cour du Roi-Chevalier 57 + + Sous Henri II 65 + + Dame du temps de Charles IX 73 + + Toilette de cour Henri III 81 + + Grande toilette Mdicis 89 + + Dame Louis XIII 97 + + Fin du rgne de Louis XIII 105 + + A la cour du Roi-Soleil 113 + + Sous le Grand Roi.--Fin du XVIIe sicle 121 + + Sous la Rgence 129 + + Toilette de cour Louis XV 137 + + Parisienne sous Louis XV 145 + + Grands paniers Louis XVI 153 + + Parisiennes 1789 161 + + Promenade parisienne 1790 169 + + Merveilleuse en tunique la grecque 177 + + Merveilleuse du Directoire 185 + + Premier Empire 193 + + Parisienne de 1810 201 + + Parisienne 1814 209 + + Une lgante aux Champs-Elyses.--Restauration 217 + + Toilettes d'intrieur 1830 225 + + Parisienne 1835 233 + + Modes de plage 1864 241 + + +VREUX, IMPRIMERIE DE CHARLES HRISSEY + + + * * * * * + + + Liste des modifications: + + Page 55: vertugardin remplac par vertugadin (Le vertugadin, + c'est--dire la jupe large) + Page 57: Villipend par Vilipend (Vilipend, chansonn, + ridiculis sans trve) + Page 84: dessous par dessus (la robe de dessus, de riche brocart) + Page 93: atoures par atournes (et magnifiquement atournes) + Page 120: est par et (Les tissus d'or et d'argent seuls sont + interdits) + : ajout de a (le roi se les a rservs) + Page 150: eostume par costume (Le _Monument du costume_) + Page 218: ou par au (la figure tout au fond du corridor) + Page 236: balonnement par ballonnement (leur gauche ballonnement) + + + + + +End of the Project Gutenberg EBook of Mesdames Nos Aeules, by Albert Robida + +*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK MESDAMES NOS AEULES *** + +***** This file should be named 44187-8.txt or 44187-8.zip ***** +This and all associated files of various formats will be found in: + http://www.gutenberg.org/4/4/1/8/44187/ + +Produced by Claudine Corbasson and the Online Distributed +Proofreading Team at http://www.pgdp.net (This file was +produced from images generously made available by The +Internet Archive/American Libraries.) + + +Updated editions will replace the previous one--the old editions +will be renamed. + +Creating the works from public domain print editions means that no +one owns a United States copyright in these works, so the Foundation +(and you!) can copy and distribute it in the United States without +permission and without paying copyright royalties. Special rules, +set forth in the General Terms of Use part of this license, apply to +copying and distributing Project Gutenberg-tm electronic works to +protect the PROJECT GUTENBERG-tm concept and trademark. Project +Gutenberg is a registered trademark, and may not be used if you +charge for the eBooks, unless you receive specific permission. If you +do not charge anything for copies of this eBook, complying with the +rules is very easy. You may use this eBook for nearly any purpose +such as creation of derivative works, reports, performances and +research. They may be modified and printed and given away--you may do +practically ANYTHING with public domain eBooks. Redistribution is +subject to the trademark license, especially commercial +redistribution. + + + +*** START: FULL LICENSE *** + +THE FULL PROJECT GUTENBERG LICENSE +PLEASE READ THIS BEFORE YOU DISTRIBUTE OR USE THIS WORK + +To protect the Project Gutenberg-tm mission of promoting the free +distribution of electronic works, by using or distributing this work +(or any other work associated in any way with the phrase "Project +Gutenberg"), you agree to comply with all the terms of the Full Project +Gutenberg-tm License (available with this file or online at +http://gutenberg.org/license). + + +Section 1. General Terms of Use and Redistributing Project Gutenberg-tm +electronic works + +1.A. By reading or using any part of this Project Gutenberg-tm +electronic work, you indicate that you have read, understand, agree to +and accept all the terms of this license and intellectual property +(trademark/copyright) agreement. 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INDEMNITY - You agree to indemnify and hold the Foundation, the +trademark owner, any agent or employee of the Foundation, anyone +providing copies of Project Gutenberg-tm electronic works in accordance +with this agreement, and any volunteers associated with the production, +promotion and distribution of Project Gutenberg-tm electronic works, +harmless from all liability, costs and expenses, including legal fees, +that arise directly or indirectly from any of the following which you do +or cause to occur: (a) distribution of this or any Project Gutenberg-tm +work, (b) alteration, modification, or additions or deletions to any +Project Gutenberg-tm work, and (c) any Defect you cause. + + +Section 2. Information about the Mission of Project Gutenberg-tm + +Project Gutenberg-tm is synonymous with the free distribution of +electronic works in formats readable by the widest variety of computers +including obsolete, old, middle-aged and new computers. It exists +because of the efforts of hundreds of volunteers and donations from +people in all walks of life. + +Volunteers and financial support to provide volunteers with the +assistance they need, are critical to reaching Project Gutenberg-tm's +goals and ensuring that the Project Gutenberg-tm collection will +remain freely available for generations to come. In 2001, the Project +Gutenberg Literary Archive Foundation was created to provide a secure +and permanent future for Project Gutenberg-tm and future generations. +To learn more about the Project Gutenberg Literary Archive Foundation +and how your efforts and donations can help, see Sections 3 and 4 +and the Foundation web page at http://www.pglaf.org. + + +Section 3. Information about the Project Gutenberg Literary Archive +Foundation + +The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non profit +501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the +state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal +Revenue Service. The Foundation's EIN or federal tax identification +number is 64-6221541. Its 501(c)(3) letter is posted at +http://pglaf.org/fundraising. Contributions to the Project Gutenberg +Literary Archive Foundation are tax deductible to the full extent +permitted by U.S. federal laws and your state's laws. + +The Foundation's principal office is located at 4557 Melan Dr. S. +Fairbanks, AK, 99712., but its volunteers and employees are scattered +throughout numerous locations. Its business office is located at +809 North 1500 West, Salt Lake City, UT 84116, (801) 596-1887, email +business@pglaf.org. Email contact links and up to date contact +information can be found at the Foundation's web site and official +page at http://pglaf.org + +For additional contact information: + Dr. Gregory B. Newby + Chief Executive and Director + gbnewby@pglaf.org + + +Section 4. Information about Donations to the Project Gutenberg +Literary Archive Foundation + +Project Gutenberg-tm depends upon and cannot survive without wide +spread public support and donations to carry out its mission of +increasing the number of public domain and licensed works that can be +freely distributed in machine readable form accessible by the widest +array of equipment including outdated equipment. Many small donations +($1 to $5,000) are particularly important to maintaining tax exempt +status with the IRS. + +The Foundation is committed to complying with the laws regulating +charities and charitable donations in all 50 states of the United +States. Compliance requirements are not uniform and it takes a +considerable effort, much paperwork and many fees to meet and keep up +with these requirements. We do not solicit donations in locations +where we have not received written confirmation of compliance. To +SEND DONATIONS or determine the status of compliance for any +particular state visit http://pglaf.org + +While we cannot and do not solicit contributions from states where we +have not met the solicitation requirements, we know of no prohibition +against accepting unsolicited donations from donors in such states who +approach us with offers to donate. + +International donations are gratefully accepted, but we cannot make +any statements concerning tax treatment of donations received from +outside the United States. U.S. laws alone swamp our small staff. + +Please check the Project Gutenberg Web pages for current donation +methods and addresses. Donations are accepted in a number of other +ways including checks, online payments and credit card donations. +To donate, please visit: http://pglaf.org/donate + + +Section 5. General Information About Project Gutenberg-tm electronic +works. + +Professor Michael S. Hart is the originator of the Project Gutenberg-tm +concept of a library of electronic works that could be freely shared +with anyone. For thirty years, he produced and distributed Project +Gutenberg-tm eBooks with only a loose network of volunteer support. + + +Project Gutenberg-tm eBooks are often created from several printed +editions, all of which are confirmed as Public Domain in the U.S. +unless a copyright notice is included. Thus, we do not necessarily +keep eBooks in compliance with any particular paper edition. + + +Most people start at our Web site which has the main PG search facility: + + http://www.gutenberg.org + +This Web site includes information about Project Gutenberg-tm, +including how to make donations to the Project Gutenberg Literary +Archive Foundation, how to help produce our new eBooks, and how to +subscribe to our email newsletter to hear about new eBooks. diff --git a/old/44187-8.zip b/old/44187-8.zip Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..3e32470 --- /dev/null +++ b/old/44187-8.zip diff --git a/old/44187-h.zip b/old/44187-h.zip Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..52b3e24 --- /dev/null +++ b/old/44187-h.zip diff --git a/old/44187-h/44187-h.htm b/old/44187-h/44187-h.htm new file mode 100644 index 0000000..52c2bb9 --- /dev/null +++ b/old/44187-h/44187-h.htm @@ -0,0 +1,5640 @@ +<!DOCTYPE html PUBLIC "-//W3C//DTD XHTML 1.0 Strict//EN" + "http://www.w3.org/TR/xhtml1/DTD/xhtml1-strict.dtd"> + +<html xmlns="http://www.w3.org/1999/xhtml" xml:lang="fr" lang="fr"> + <head> + <meta http-equiv="Content-Type" content="text/html;charset=iso-8859-1" /> + <meta http-equiv="Content-Style-Type" content="text/css" /> + <title>The Project Gutenberg eBook of Mesdames Nos Aeules - dix sicles d'lgances, by Albert Robida</title> + +<link rel="coverpage" href="images/cover.jpg" /> + +<style type="text/css"> + +body {margin-left: 15%; width: 500px;} + +p {margin-top: 0.75em; text-align: justify; margin-bottom: 0.75em; text-indent: 1.5em;} + +.noindent {text-indent: 0em;} +.hang {text-indent: -1em;} + +/* all headings centered */ +h1, h2, h3 {text-align: center;} +h1 {font-size: 1.5em; margin-top: 1.5em; margin-bottom: 1.5em;} + +h1 small {font-size: 70%;} +h1 big {font-size: 200%;} + +h2 {margin-top: 1.5em; margin-bottom: 1.5em;} +.small1 {font-size: 80%;} +.small2 {font-size: 60%; letter-spacing: 2px;} + +hr.full {width: 100%; margin: 5em auto 5em auto; height: 4px; +border-width: 4px 0 0 0; border-style: solid; border-color: #000000; +clear: both;} + +hr.small {margin: 4em 35% 4em 35%; border-color: #C0C0C0; +border-style: solid; clear: both;} + +hr.small2 {margin: 2em 45% 2em 45%; border-color: #000000; border-style: solid; +clear: both;} + +hr.small3 {margin: 2em 45% 4em 45%; border-color: #000000; border-style: solid; +clear: both;} + +.smcap {font-variant: small-caps; font-size: 85%;} + +sup {font-size: 80%; vertical-align: 30%;} + +.left {text-align: left;} +.center {text-align: center; text-indent: 0em;} + +.blockquote {margin: 2em 12% 2em 12%;} +.intro {margin: 2em 2em 2em 2.75em; text-indent: -0.75em;} +.ballade {margin-left: 120px;} + +/* poems */ +.poem {text-align : left; margin-left: 10%; margin-right: 10%;} +.poem .stanza {margin : 1em 0 1em 0;} +.poem span.i0 {margin-left: 0em;} +.poem span.i2 {margin-left: 1em;} +.poem span.i8 {margin-left: 4em;} + +/* images */ +img {margin-left: auto; margin-right: auto;} +.img2 {margin-left: auto; margin-right: auto; border: solid silver 3px;} + +.figcenter {margin: 4em auto 2em auto; text-align: center; text-indent: 0;} +.figcenter2 {margin: 2em auto 2em auto; text-align: center; text-indent: 0;} +.figcenter3 {margin: 2em auto 4em auto; text-align: center; text-indent: 0;} + +.caption {color: #C0C0C0; margin-bottom: 1em; text-indent: 0;} +.agrandissement {margin: 0 0 0 0; text-align: center; border: none; text-align: center;} + +/* simple floating images margin to keep out from body */ +.floatleft {float: left; clear: left; text-indent: 0em; width: auto; +margin: 10px 10px 10px 0; padding: 0px; text-align: center;} + +.floatright {float: right; clear: right; text-indent: 0em; width: auto; +margin: 10px 0 10px 10px; padding: 0px; text-align: center;} + +/* tables */ +table {margin: 1.25em auto 1.25em auto;} + +.tdltop2 {text-align: left; vertical-align: top; padding-right: 30px; padding-left: 35px;} +.tdltop3 {text-align: left; vertical-align: top; padding-top: 10px; padding-left: 35px;} + +.tdctop {text-align: center; vertical-align: top; padding-top: 10px; padding-bottom: 20px; font-size: 110%;} + +.tdrtop {text-align: right; vertical-align: top; padding-top: 10px;} + +/* page numbers */ +.pagenum {position: absolute; left: 5%; font-size: 90%; +font-weight: normal; font-style: normal; text-align: right; +color: #C0C0C0; background-color: inherit; text-indent: 0em;} + +a {text-decoration: none;} +.link {font-size: small; text-align: center; margin-top: 0em; font-weight: 400;} + +/* note au lecteur */ +.tnote {margin: 20px 20% 20px 20%; padding: 0px 10px 10px 10px; +font-family: sans-serif; font-size: 100%;} + +/* correction popup */ +ins.correction {text-decoration: none; border-bottom: thin dotted silver;} + +--> + </style> + </head> +<body> + + +<pre> + +The Project Gutenberg EBook of Mesdames Nos Aeules, by Albert Robida + +This eBook is for the use of anyone anywhere at no cost and with +almost no restrictions whatsoever. You may copy it, give it away or +re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included +with this eBook or online at www.gutenberg.org/license + + +Title: Mesdames Nos Aeules + dix sicles d'lgances + +Author: Albert Robida + +Release Date: November 15, 2013 [EBook #44187] + +Language: French + +Character set encoding: ISO-8859-1 + +*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK MESDAMES NOS AEULES *** + + + + +Produced by Claudine Corbasson and the Online Distributed +Proofreading Team at http://www.pgdp.net (This file was +produced from images generously made available by The +Internet Archive/American Libraries.) + + + + + + +</pre> + + +<hr class="full" /> + +<p class="left"><a href="#note">Au lecteur</a></p> + +<div class="figcenter" style="width: 400px;"> + <img src="images/couverture.jpg" alt="" title="" width="400" height="607" /> + <span class="link"><a href="images/x-couverture.jpg"> + <img class="agrandissement" src="images/agrandissement.jpg" alt="" title="" width="18" height="14" /></a></span> +</div> + +<hr class="small2" /> + +<div class="figcenter" style="width: 330px;"> + <img class="img2" src="images/title1.jpg" alt="" title="" width="330" height="500" /> + <span class="link"><a href="images/x-title1.jpg"> + <img class="agrandissement" src="images/agrandissement.jpg" alt="" title="" width="18" height="14" /></a></span> +</div> + +<hr class="small2" /> + +<h1><small>MESDAMES</small><br /> + +<big>Nos Aeules</big></h1> + +<hr class="small2" /> + +<div class="figcenter" style="width: 305px;"><a name="frontispice" id="frontispice"></a> + <img src="images/frontispice.jpg" alt="" title="" width="305" height="500" /> + <div class="caption"> + <p class="center">TOILETTE DE BAL, RESTAURATION.<span class="link"><a href="images/x-frontispice.jpg"> + <img class="agrandissement" src="images/agrandissement.jpg" alt="" title="" width="18" height="14" /></a></span></p> + </div> +</div> + +<hr class="small2" /> + +<div class="figcenter" style="width: 315px;"> + <img src="images/title2.jpg" alt="" title="" width="315" height="500" /> +</div> + +<hr class="small2" /> + +<p><span class="pagenum"><a name="Page_1" id="Page_1">1</a></span></p> + +<div class="figcenter" style="width: 500px;"><a name="img_ch1" id="img_ch1"></a> + <img src="images/page-1.jpg" alt="" title="" width="500" height="422" /> + <span class="link"><a href="images/x-page-1.jpg"> + <img class="agrandissement" src="images/agrandissement.jpg" alt="" title="" width="18" height="14" /></a></span> +</div> + +<h2><a name="ch1" id="ch1"></a>I<br /><br /> +<span class="small1">BALLADE</span><br /> +<span class="small2">DES MODES DU TEMPS JADIS</span></h2> + +<div class="ballade"> + <div class="poem"> + <div class="stanza"> + <span class="i0"><i>Du tout premier Vertugadin,</i></span><br /> + <span class="i0"><i>Celui qu'inventa Madame Eve</i></span><br /> + <span class="i0"><i>A celui qu'admirons soudain,</i></span><br /> + <span class="i0"><i>Que d'autres passant comme rve!</i></span><br /> + <span class="pagenum"><a name="Page_2" id="Page_2">2</a></span> + <span class="i0"><i>Combien leur existence est brve!</i></span><br /> + <span class="i0"><i>Tu resplendis toujours pourtant,</i></span><br /> + <span class="i0"><i>O beaut changeante sans trve,</i></span><br /> + <span class="i0"><i>Mais o sont les modes d'antan.</i></span><br /> + </div> + + <div class="stanza"> + <span class="i0"><i>O donc es-tu, riche bliaut</i></span><br /> + <span class="i0"><i>Armori sur chaque maille,</i></span><br /> + <span class="i0"><i>Et le pelion d'Isabeau?</i></span><br /> + <span class="i0"><i>Escoffion de haute taille</i></span><br /> + <span class="i0"><i>Pour qui l'on vit mainte chamaille,</i></span><br /> + <span class="i0"><i>Hennin qui charma Buridan?</i></span><br /> + <span class="i0"><i>Hlas, ce n'est plus qu'antiquaille...</i></span><br /> + <span class="i0"><i>Mais o sont les modes d'antan!</i></span><br /> + </div> + + <div class="stanza"> + <span class="i0"><i>O est la fraise de Margot,</i></span><br /> + <span class="i0"><i>Et le surcot doubl d'hermine,</i></span><br /> + <span class="i0"><i>O sont les manches gigot?</i></span><br /> + <span class="i0"><i>Habit cavalier d'hrone</i></span><br /> + <span class="i0"><i>Que portait Reine ou baladine,</i></span><br /> + <span class="i0"><i>Large panier pompadourant,</i></span><br /> + <span class="pagenum"><a name="Page_3" id="Page_3">3</a></span> + <span class="i0"><i>Et toi-mme aussi, crinoline...</i></span><br /> + <span class="i0"><i>Mais o sont les modes d'antan!</i></span><br /><br /> + </div> + + <div class="stanza"> + <span class="i8"><i>ENVO</i></span><br /><br /> + <span class="i0"><i>Dame, il ne fut point de semaine</i></span><br /> + <span class="i0"><i>Depuis le temps d'Eve pourtant</i></span><br /> + <span class="i0"><i>Qui n'et caprices par trentaine.</i></span><br /> + <span class="i0"><i>Mais o sont les modes d'antan!</i></span><br /> + </div> + </div> +</div> + +<div class="figcenter3" style="width: 300px;"> + <img src="images/page-2.jpg" alt="" title="" width="300" height="322" /> + <span class="link"><a href="images/x-page-2.jpg"> + <img class="agrandissement" src="images/agrandissement.jpg" alt="" title="" width="18" height="14" /></a></span> +</div> + +<hr class="small" /> + +<p><span class="pagenum"><a name="Page_5" id="Page_5">5</a></span></p> + +<div class="figcenter" style="width: 438px;"><a name="img_ch2" id="img_ch2"></a> + <img src="images/page-5.jpg" alt="" title="" width="438" height="468" /> + <div class="caption"> + <p class="center">La Couturire de l'impratrice Josphine.<span class="link"><a href="images/x-page-5.jpg"> + <img class="agrandissement" src="images/agrandissement.jpg" alt="" title="" width="18" height="14" /></a></span></p> + </div> +</div> + +<h2><a name="ch2" id="ch2"></a>II<br /><br /> +<span class="small1">LES CARTONS DU PASS</span></h2> + +<p class="intro">Le vieux neuf.—L'horloge de la mode.—Fouilles dans les cartons du +pass.—Quelle est la plus jolie mode?—Mode et +architecture.—Vtements de pierres et vtements d'toffes.—La poupe +costume, journal des modes du moyen ge.</p> + +<p>Il n'y a de nouveau dans ce monde que ce qui a suffisamment vieilli, a +dit, non pas un <span class="pagenum"><a name="Page_6" id="Page_6">6</a></span> grand philosophe mais une femme, la couturire de +Josphine de Beauharnais, pouse de Napolon Bonaparte, consul de la +Rpublique franaise, lequel pensait de mme, puisqu'il ressuscita +l'Empire de Rome.</p> + +<p>Et conformment cet axiome profond, la couturire de Josphine montait +ou plutt descendait chercher trs loin dans le pass, chez mesdames les +Grecques et les Romaines, les nouveauts lgantes vieilles de deux +mille annes, destines tourner la tte des salons et promenades de +Paris, charmer les Parisiennes et aussi les Parisiens, et faire le +tour du monde enfin, tout comme les pompons, les baonnettes et les +drapeaux des voltigeurs franais de la mme poque, qui furent des +touristes forcens.</p> + +<p>—Vous demandez o sont les modes d'antan? m'a dit, rpondant ma +ballade la mode de Franois Villon, un autre philosophe paradoxal qui +doit tre un mari rendu lgrement grincheux par des notes de +couturire, vous le demandez! mais elles sont sur les paules des dames +d'aujourd'hui, mon cher monsieur, <span class="pagenum"><a name="Page_7" id="Page_7">7</a></span> comme elles le seront encore sur +celles des dames de demain et d'aprs-demain! Vous ignorez donc que rien +ne change, que tout le nouveau a t invent il y a bel ge, vers les +premiers temps o les dames ont commenc s'habiller, c'est--dire que +tout a t trouv dans l'espace de quatre saisons, dans les premiers +douze mois qui ont suivi la sortie de l'Eden.—C'est ce que je faisais +observer encore hier ma femme propos de trois ou quatre costumes +dont la soi-disant nouveaut l'avait frappe, et qu'elle allait se +commander bien inutilement... Tout se porte, s'est port et se portera! +lui disais-je, alors pourquoi essayer de changer, pourquoi mettre de +ct par pur caprice un ornement ou une toilette qu'on doit forcment +reprendre...</p> + +<p>—Oui, mais dans trois cents ans...</p> + +<p>—Allez aux Champs-Elyses par un beau jour de soleil et dites-moi si +vous n'avez point par moments des visions de la cour des Valois, devant +certaines toilettes contemporaines, manches bouffantes Renaissance, +collerettes Renaissance, toffes dessins Renaissance...</p> + +<p><span class="pagenum"><a name="Page_8" id="Page_8">8</a></span></p> + +<p>—Ou des illusions de Longchamps 1810 devant les robes Empire, les +paules bouffantes, le drap des jupes, et les dessins, palmettes, +grecques et autres ornements...</p> + +<p>—Et les dames Louis XVI, ou moyen ge, ou Louis XV... Je dclare +Monsieur, qu'une femme de n'importe quelle poque, des ges rvolus, +couls et enfoncs aussi loin que vous voudrez dans la nuit des temps, +peut revenir et se montrer parmi nos contemporaines, et se trouver +parfaitement la mode, moyennant seulement quelques petites +modifications son costume antique... Oui, tenez, qu'Agns Sorel ou +Marguerite de Bourgogne daignent reparatre en costumes de leur temps et +je leur changerai seulement leurs chapeaux, et l'on dira devant elles: +Jolie toilette de vernissage! Dlicieux costume pour le Grand-Prix!</p> + +<p>—Arrtez! n'exagrez-vous pas quelque peu, mon cher monsieur?</p> + +<div class="figcenter2" style="width: 357px;"> + <img src="images/page-9.jpg" alt="" title="" width="357" height="406" /> + <div class="caption"> + <p class="center">XVI<sup>e</sup> sicle.<span class="link"><a href="images/x-page-9.jpg"> + <img class="agrandissement" src="images/agrandissement.jpg" alt="" title="" width="18" height="14" /></a></span></p> + </div> +</div> + +<p>—Aucunement. Je vous dis que des mrovingiennes ou mme des dames de +l'ge de pierre, avec quelques petits arrangements de toilette, +n'tonneraient pas trop les femmes <span class="pagenum"><a name="Page_9" id="Page_9">9</a></span> actuelles qui les prendraient +tout simplement pour des mondaines excentriques... La mode +d'aujourd'hui, Monsieur, ce sont les modes d'autrefois reprises et +refondues par le got de l'heure prsente. L'aiguille de la mode tourne +comme l'aiguille d'une pendule toujours dans le mme cercle, mais plus +capricieusement, en avant ou en arrire, en sautant, en virant, en +faisant des bonds soudains, d'un ct ou de l'autre... Quelle heure +est-il l'horloge de la <span class="pagenum"><a name="Page_10" id="Page_10">10</a></span> mode? Six heures du matin ou huit heures +du soir, peut-tre toutes les heures la fois comme en ce moment... +Mais n'importe, c'est toujours une heure charmante.</p> + +<p>La plus jolie mode, il n'y a pas en douter et tout le monde est +d'accord l-dessus, c'est toujours celle du temps prsent, et il y a +pour cela une raison bien simple: les modes passes ne sont que des +souvenirs dcolors, ds qu'elles ne sont plus portes, nous apercevons +facilement leurs dfauts et leurs ridicules, nos yeux, indulgents quand +elles rgnaient, sont devenus froids et svres, tandis que, sans peine, +la mode d'aujourd'hui triomphe... Ce qui charme et sduit tout le monde, +ce que nous apercevons en elle, Monsieur, ce qui nous semble si +ravissant, c'est le rayonnement de la grce fminine, c'est la femme +elle-mme.—Non, jamais on ne s'est mieux habill qu'aujourd'hui! A +toutes les poques, pour toutes les modes, les femmes l'ont dclar de +bonne foi en se regardant dans leur miroir, et les hommes, juges +quelquefois difficiles, l'ont pens aussi.</p> + +<p>Notre aeule de l'ge de pierre vtue de peaux <span class="pagenum"><a name="Page_11" id="Page_11">11</a></span> de btes trouvait +son costume trs seyant et souriait un peu de sa grand'mre habille +d'un vertugadin de sauvage. Ses contemporaines, les farouches habitantes +des cavernes, pensaient de mme.</p> + +<p>La plus jolie mode, c'est celle qui s'panouit aujourd'hui; il n'y a eu +pour s'inscrire en faux contre cette formelle allgation de tous les +temps, il n'y a eu, toutes les poques galement, que les messieurs +d'un certain ge, tout fait d'un certain ge, les vtrans ayant +dpass la soixantaine. Ceux-ci ont toujours protest par une autre +allgation:</p> + +<p>—Les modes d'aujourd'hui sont ridicules, disent-ils en chœur, on ne +s'habille plus comme de notre temps! C'est alors,—en 1830,—ou en 1730, +en 1630, en 1530, etc., en l'an 30—que les modes taient gracieuses, +seyantes, lgantes, distingues, charmantes... ah, 1830!—ou 1730, +1630, 1530 ou l'an 30!—Quelle belle poque!</p> + +<p>—Il nous la baille belle le chœur des sexagnaires! oui, quelle +belle poque! parce que c'tait l'heureux temps o ces messieurs taient +<span class="pagenum"><a name="Page_12" id="Page_12">12</a></span> jeunes, o le soleil leur semblait plus chaud, n'est-ce pas? le +printemps plus verdoyant et les modes plus belles! Mais il n'importe, +malgr tout ce que diront les vtrans et ce que nous dirons nous-mmes +plus tard, l'axiome suivant sera toujours proclam:</p> + +<p>—Jamais on ne s'est mieux habill qu'aujourd'hui!</p> + +<p>Mais puisque rien ne passe tout fait et que dans le cercle que +parcourt l'aiguille au cadran de la mode les heures passes peuvent +renatre, il suffit peut-tre, pour connatre les modes de demain, +d'tudier tout simplement celles d'hier.</p> + +<p>Fouillons donc ce pass disparu et donnons-nous ce plaisir, qui ne va +pas sans quelque mlancolie, d'voquer les lgances et les beauts +d'autrefois, les lointaines lgances ensevelies sous des sicles +d'inventions et de nouveauts accumules, dlaisses et oublies, et les +lgances toutes rcentes et non moins oublies des bonnes grand'mamans +actuelles, qui, dans leurs songeries au fond de leurs grands fauteuils, +sont seules se revoir en fermant les yeux, brunes ou blondes, +pimpantes et lgres, <span class="pagenum"><a name="Page_13" id="Page_13">13</a></span> dans les atours de leur bel ge... Chres +grand'mamans!</p> + +<div class="figcenter2" style="width: 444px;"> + <img src="images/page-13.jpg" alt="" title="" width="444" height="500" /> + <div class="caption"> + <p class="center">Grande toilette. XV<sup>e</sup> sicle.<span class="link"><a href="images/x-page-13.jpg"> + <img class="agrandissement" src="images/agrandissement.jpg" alt="" title="" width="18" height="14" /></a></span></p> + </div> +</div> + +<p>Mais ce pass qui nous semble si lointain l'est-il tant que cela? Les +grand'mres de nos grand'mres sont nes sous Louis XV au temps de la +poudre et des falbalas.</p> + +<p><span class="pagenum"><a name="Page_14" id="Page_14">14</a></span></p> + +<p>Sept ou huit grand'mres additionnes, si nous osons nous permettre +cette opration, nous conduisent au temps d'Agns Sorel et des dames +grands hennins. C'tait hier. Vous le voyez bien!</p> + +<p>Un point qu'il faut tablir d'abord, c'est que l'art de la toilette et +l'art de construire sont de trs proche parent. Mode et architecture +sont sœurs, mais la mode est peut-tre bien l'ane.</p> + +<p>La maison est un vtement, un habillement de pierre ou de bois que nous +passons par-dessus l'habillement de toile, de laine, de velours ou de +soie, pour nous protger mieux contre les intempries des saisons; c'est +un second vtement qui doit se plier la forme du premier, moins que +ce ne soit le premier qui s'adapte aux ncessits du second.</p> + +<p>En tout cas, sans remonter plus haut que le dluge, est-ce que les robes +histories et armories, les costumes taillads et dchiquets du moyen +ge, ne sont pas de l'architecture gothique et de la plus flamboyante, +de mme que les modes plus simples et plus rudes de <span class="pagenum"><a name="Page_15" id="Page_15">15</a></span> l'poque +prcdente tiennent du rude et svre style roman.</p> + +<p>Quand la pierre se dcoupe, se tord, flamboie presque en magnifiques +efflorescences sculptes, l'toffe plus souple se dcoupe, se tord et +flamboie aussi. Les hautes coiffures que nous qualifions +d'extravagantes, ce sont les toits effils des tourelles qui montent +partout vers le ciel. Tout est multicolore, les gens d'alors aiment les +couleurs gaies, toute la gamme des jaunes, des rouges, des verts est +employe.</p> + +<p>Plus tard le costume se met plus au large en mme temps que +l'architecture. C'est la Renaissance et ses modes plus amples et plus +molles; on cherche du nouveau dans le vieux, l'Italie influe sur les +toilettes comme sur les difices, il n'est pas jusqu'aux armures de +guerre ou de parade des princes, aux vtements de fer des riches +seigneurs, qui ne recherchent quelques formes antiques et ne se couvrent +de rinceaux, ou d'ornements la romaine.</p> + +<p>La svrit, nous pouvons dire la maussaderie des modes de la fin du +<span class="smcap">XVI</span><sup>e</sup> sicle, ne se <span class="pagenum"><a name="Page_16" id="Page_16">16</a></span> retrouve-t-elle pas dans les difices d'une +poque assombrie par tant de troubles?</p> + +<div class="figcenter2" style="width: 244px;"> + <img src="images/page-16.jpg" alt="" title="" width="244" height="265" /> + <div class="caption"> + <p class="center">Renaissance.<span class="link"><a href="images/x-page-16.jpg"> + <img class="agrandissement" src="images/agrandissement.jpg" alt="" title="" width="18" height="14" /></a></span></p> + </div> +</div> + +<p>L'normment ennuyeux et somptueux palais de Versailles, les grands +htels solennels d'une architecture pleine de morgue, ce sont bien +vraiment les couvercles qui convenaient aux normes et solennelles +perruques du grand Roi, aux corsages guinds et empess, aux raides +cornettes de madame de Maintenon. Et le <span class="smcap">XVIII</span><sup>e</sup> sicle aprs l'ennuyeuse +fin du <span class="smcap">XVII</span><sup>e</sup>?</p> + +<div class="figcenter2" style="width: 326px;"><a name="img-after-page-16" id="img-after-page-16"></a> + <img src="images/after-page-16.jpg" alt="" title="" width="326" height="500" /> + <div class="caption"> + <p class="center">NOBLE DAME, FIN DU XIV<sup>e</sup> SICLE.<span class="link"><a href="images/x-after-page-16.jpg"> + <img class="agrandissement" src="images/agrandissement.jpg" alt="" title="" width="18" height="14" /></a></span></p> + </div> +</div> + +<p>L'architecture et la toilette mettent de ct, en mme temps, le pompeux +et le solennel; toilette rococo, architecture falbalas, c'est tout un.</p> + +<p><span class="pagenum"><a name="Page_17" id="Page_17">17</a></span></p> + +<div class="figcenter2" style="width: 246px;"> + <img src="images/page-17.jpg" alt="" title="" width="246" height="500" /> + <div class="caption"> + <p class="center">Sous le Grand Roi.<span class="link"><a href="images/x-page-17.jpg"> + <img class="agrandissement" src="images/agrandissement.jpg" alt="" title="" width="18" height="14" /></a></span></p> + </div> +</div> + +<p>Plus tard, les gens de la Rvolution et de l'Empire se costumant la +grecque et la romaine, difices et maisons font de mme. Puis les +modes et les difices sont absolument sans style et de toute banalit de +1840 1860, poque de transition et d'attente.</p> + +<p>De nos jours enfin, poque de recherches et de fouilles archologiques, +d'essais et de reconstitutions, temps d'rudition plus que d'imagination +et de cration, nous voyons la <span class="pagenum"><a name="Page_18" id="Page_18">18</a></span> mode et l'architecture, marchant +toujours de conserve, fouiller ensemble dans les cartons du pass, +essayer galement l'un aprs l'autre tous les styles, s'prendre +successivement de toutes les poques, en adopter les formes pour les +rejeter vite l'une aprs l'autre... Soyons donc de notre temps et +plongeons nous aussi dans les cartons du pass la recherche des jolies +choses et des originalits de jadis.</p> + +<p>Au del d'une certaine poque, les documents certains n'abondent pas et +nous devons nous contenter de suppositions. Qui nous dira vraiment ce +qu'taient le costume et la mode, et par cela l'aspect de la vie, aux +temps mrovingiens et carlovingiens, lorsque:</p> + +<div class="poem"> + <p class="noindent"> + Quatre bœufs attels, d'un pas tranquille et lent,<br /> + Promenaient dans Paris le monarque indolent.<br /> + </p> +</div> + +<p>Qui nous dpeindra les lgances de ces poques nbuleuses? car, en +dpit de la rudesse et de la barbarie, il devait s'en trouver tout de +mme, puisqu'en maints passages de leurs crits, dj les vieux +chroniqueurs, vques ou moines, fulminent contre le luxe effrn des +femmes.</p> + +<p><span class="pagenum"><a name="Page_19" id="Page_19">19</a></span></p> + +<div class="figcenter2" style="width: 257px;"> + <img src="images/page-19.jpg" alt="" title="" width="257" height="500" /> + <div class="caption"> + <p class="center">Sous Louis XV.<span class="link"><a href="images/x-page-19.jpg"> + <img class="agrandissement" src="images/agrandissement.jpg" alt="" title="" width="18" height="14" /></a></span></p> + </div> +</div> + +<p>Qui nous dpeindra les contemporaines de Charlemagne et nous renseignera +un peu sur les lgances du <span class="smcap">X</span><sup>e</sup> sicle? Quelques statues peut-tre, +parvenues jusqu' nous plus ou moins cornes, seront nos seuls +documents; nous devrons nous en contenter et les rapprocher <span class="pagenum"><a name="Page_20" id="Page_20">20</a></span> des +vagues renseignements contenus dans les barbares illustrations des +manuscrits d'alors, encore si loignes des magnifiques miniatures que +les enlumineurs du moyen ge prodigueront plus tard.</p> + +<p>Le premier journal de modes, c'est donc pour nous quelque portail de +cathdrale ou quelque statue tombale chappe par miracle aux ravages du +temps et au marteau des iconoclastes huguenots ou sans-culottes.</p> + +<p>Plus tard, les miniatures, les vitraux, les tapisseries nous apporteront +des renseignements plus complets et plus certains, des figures bien plus +prcises; le document abondera.</p> + +<p>D'ailleurs, ds le <span class="smcap">XIV</span><sup>e</sup> sicle, le vrai journal de modes existe; il n'a +pas encore adopt la forme gazette que nous lui connaissons depuis cent +ans seulement, mais c'est le journal de modes tout de mme, le +renseignement voyageant sous la forme de poupes qui portent des modles +de costumes d'un pays un autre, de Paris surtout.</p> + +<p>Car Paris tenait dj le sceptre et gouvernait la mode, non pas, il est +vrai, comme aujourd'hui, <span class="pagenum"><a name="Page_21" id="Page_21">21</a></span> d'un ple l'autre, des confins de +l'Amrique glaciale l'Australie, voue encore aux petits os passs +dans les narines pour toute coquetterie, il y a cinquante ans peine, +de la cour des Radjahs d'Asie au srail du Grand Turc et au palais de S. +M. l'impratrice du Nippon fleuri.</p> + +<p>Au moyen ge, des grandes dames, en notre cher petit coin d'Europe, +s'envoyaient de petites poupes habilles la dernire mode du jour par +des coupeurs de robes, des couturires ou des couturiers dont le nom +n'est point pass la postrit.</p> + +<p>Dans son chteau lointain, perdu dans les landes bretonnes ou perch sur +quelque roc des bords du Rhin, la duchesse ou la margrave avait ainsi +dans les grandes occasions, communication plus ou moins rapide des +lgances la mode dans les grands centres de luxe comme la cour de +Paris ou la cour de Bourgogne, rivales en faste et en blouissements, et +dont les comptes remis au jour nous rvlent les grandes dpenses avec +tous les dtails de ces somptuosits dont les contemporains taient <span class="pagenum"><a name="Page_22" id="Page_22">22</a></span> +blouis et que tous les chroniqueurs ont rapportes.</p> + +<p>Certaines villes importantes recevaient aussi de la mme faon les +dcrets de la mode, puisque nous voyons, pendant des sicles, Venise, +autre centre d'arts somptuaires, trait d'union entre le ngoce de +l'Orient et le luxe de l'Occident, recevoir chaque anne une poupe +parisienne. Dans la ville des doges, c'tait un usage immmorial +d'exposer, le jour de l'Ascension, sous les arcades de la Merceria, au +bout de la place Saint-Marc, la toilette de l'anne, cette image d'une +parisienne la dernire mode, pour l'dification des nobles vnitiennes +qui se portaient en foule l'exhibition.</p> + +<div class="figcenter3" style="width: 230px;"> + <img src="images/page-22.jpg" alt="" title="" width="230" height="191" /> + <div class="caption"> + <p class="center">Sous Louis XII.<span class="link"><a href="images/x-page-22.jpg"> + <img class="agrandissement" src="images/agrandissement.jpg" alt="" title="" width="18" height="14" /></a></span></p> + </div> +</div> + +<hr class="small" /> + +<p><span class="pagenum"><a name="Page_23" id="Page_23">23</a></span></p> + +<div class="figcenter" style="width: 395px;"><a name="img_ch3" id="img_ch3"></a> + <img src="images/page-23.jpg" alt="" title="" width="395" height="378" /> + <div class="caption"> + <p class="center">L'Escoffion.<span class="link"><a href="images/x-page-23.jpg"> + <img class="agrandissement" src="images/agrandissement.jpg" alt="" title="" width="18" height="14" /></a></span></p> + </div> +</div> + +<h2><a name="ch3" id="ch3"></a>III<br /><br /> +<span class="small1">MOYEN AGE</span></h2> + +<p class="intro">Les Gauloises teintes et tatoues.—Premiers corsets et premires +fausses-nattes.—Premiers dits somptuaires.—Influence +byzantine.—Bliauds, surcots, cottes hardies.—Les robes histories et +armories.—Les ordonnances de Philippe le Bel.—Hennins et +Escoffions.—La croisade de frre Thomas Connecte contre les +Hennins.—La dame de Beaut.</p> + +<p>Il faut avoir le courage de l'avouer, ici mme, dans ce Parisis qui +porte et fait triompher <span class="pagenum"><a name="Page_24" id="Page_24">24</a></span> partout l'tendard de l'lgance, les +aeules de Mesdames les Parisiennes, il y a quelque deux mille ans, se +promenaient un peu attifes la mode des lgantes No-Zlandaises +d'aujourd'hui, dans la grande et sombre fort qui des bords de la Seine +remontait aux rives de l'Oise et s'en allait toucher aux Ardennes en un +vaste et inextricable bois de Boulogne.</p> + +<p>Ces Gauloises, belles et rudes, allant paules dcouvertes et bras nus, +taient peinturlures et probablement tatoues; dans tous les cas il est +certain qu'elles se teignaient les cheveux.</p> + +<p>Les nombreux bijoux parvenus jusqu' nous, fibules, torques ou colliers, +bracelets, agrafes en bronze et quelquefois en argent ou en or, +tmoignent que ces demi-sauvagesses primitives connaissaient un certain +luxe. Tous ces objets prsentent dans leur style une grande analogie +avec le style d'ornementation qui s'est perptu jusqu' nos jours dans +la Bretagne actuelle.</p> + +<p>La vieille Gaule barbare devenue la Gaule romaine, les Gauloises se +montrrent vite, <span class="pagenum"><a name="Page_25" id="Page_25">25</a></span> l'imitation des Romaines, trs raffines en +civilisation et en luxe. Le corset, mesdames, date de cette poque, +corselet d'toffe moulant le corps plutt qu'instrument de torture +violentant les lignes.</p> + +<p>Le got primitif pour la peinture clatante ne se perdit pas tout +fait, la teinture devint du simple fard; dj les essences pour +entretenir la fracheur du visage taient inventes et aussi les fausses +nattes. Ces tresses d'un blond ardent,—couleur ds longtemps la mode, +on le voit,—taient achetes aux paysannes de la Germanie, aux +Gretchens du temps d'Arminius.</p> + +<p>Un retour la barbarie et la simplicit suivit les invasions de ces +Francs, dont les femmes, rudes gaillardes, taient vtues pour tout luxe +d'une simple chemise bandes de pourpre.</p> + +<p>Les modes romaines, mlanges aux modes gauloises et franques, les modes +mrovingiennes, dont quelques statues raides et hiratiques peuvent nous +donner l'ide, se transformrent peu peu.</p> + +<p><span class="pagenum"><a name="Page_26" id="Page_26">26</a></span></p> + +<p>Au milieu de sa cour, parmi les femmes de ses ducs et de ses comtes, qui +montraient le got le plus effrn pour la parure, les toffes +somptueuses et les bijoux, le grand Empereur la barbe fleurie, +Charlemagne, affectait pour lui-mme au contraire, une grande simplicit +de vtements, comme d'autres grands empereurs ou rois, Frdric II et +Napolon. Choqu par le dploiement de faste des femmes de sa famille, +Charlemagne dut dicter les premires lois somptuaires, lesquelles ne +furent suivies naturellement que par les simples bourgeoises, par les +bonnes dames qui n'avaient que faire de dfenses et de prohibitions pour +se priver de somptuosits qu'elles ne pouvaient songer s'acheter, +faute d'argent.</p> + +<p>La socit de ce temps-l, nous la voyons fige en grandes figures +hiratiques, sculptes sous les porches romans de nos plus vieilles +glises. Ranges de rois et de reines, raides et svres, encadrs sous +les vieilles arcatures, princes et princesses couchs sur les dalles +funraires, vieux spectres de pierre, taills d'un rude et barbare +ciseau, qui nous dira ce <span class="pagenum"><a name="Page_27" id="Page_27">27</a></span> que vous tiez vraiment, ce qu'tait, dans +le mouvement et la vie, ce monde que vous dirigiez?</p> + +<p>Vous vous taisez, vous gardez votre secret, fronts mystrieux de +fantmes sculpts, debout aux faades que vous avez fondes, ou couchs +dans les muses qui vous ont recueillis.</p> + +<p>Nos villes o les gracieuses Franaises, filles de ces aeules de +pierre, se promnent dans le tourbillon press des foules, devant les +brillants magasins de notre sicle vivant d'une vie si intense, nos +vieilles cits existaient dj toutes, mais combien de fois ont-elles +fait peau neuve! Des vestiges de ces temps tout a disparu, les dernires +pierres sont ensevelies sous les fondations des plus anciens monuments.</p> + +<p>Nous en savons presque aussi peu, des faons de vivre d'alors, que de la +civilisation des villages de l're des dolmens, et c'est dans les +premiers et plus anciens pomes ou romans chevaleresques qu'il nous faut +chercher et l travers coups de lance ou de hache, quelques <span class="pagenum"><a name="Page_28" id="Page_28">28</a></span> +dtails intimes sur la vie sociale d'alors.</p> + +<div class="figcenter2" style="width: 308px;"> + <img src="images/page-28.jpg" alt="" title="" width="308" height="501" /> + <div class="caption"> + <p class="center">Le Surcot garde-corps.<span class="link"><a href="images/x-page-28.jpg"> + <img class="agrandissement" src="images/agrandissement.jpg" alt="" title="" width="18" height="14" /></a></span></p> + </div> +</div> + +<p>Voici le moyen ge. L'influence byzantine de la Rome transplante sur le +Bosphore, rgne d'abord dans le vtement des femmes comme dans celui des +hommes et domine vers l'poque des premires croisades.</p> + +<p>C'est alors le temps des longues robes plis <span class="pagenum"><a name="Page_29" id="Page_29">29</a></span> trs fins, des +doubles ceintures, une la vraie taille et une sur les hanches, des +voiles transparents.</p> + +<div class="figcenter2" style="width: 284px;"> + <img src="images/page-29.jpg" alt="" title="" width="284" height="285" /> + <div class="caption"> + <p class="center">Coiffure de crmonie. XIV<sup>e</sup> sicle.<span class="link"><a href="images/x-page-29.jpg"> + <img class="agrandissement" src="images/agrandissement.jpg" alt="" title="" width="18" height="14" /></a></span></p> + </div> +</div> + +<p>C'est bien une poque de transition, on voit la mode ttonner, retourner +en arrire et reprendre, avec quelques modifications, des formes +oublies; le costume romain, modifi d'abord par Byzance, arrang, rendu +semi-oriental, revient presque au jour.</p> + +<p>Puis soudain, l'aurore du <span class="smcap">XIII</span><sup>e</sup> sicle, quand les temps nouveaux +commencent sortir du crpuscule de la vieille barbarie, les modes +nouvelles se dessinent, nettement, franchement.</p> + +<p><span class="pagenum"><a name="Page_30" id="Page_30">30</a></span></p> + +<p>C'est la vraie naissance de la mode franaise, du costume purement +franais, franais comme l'architecture dgage aussi des imitations, +des emprunts et des souvenirs de Rome et de Byzance, franais comme +l'art ogival jaillissant de notre sol.</p> + +<p>La statuaire, les vitraux et les tapisseries du moyen ge vont nous +fournir les meilleurs documents. Ces figures sculptes en grand costume +sur leurs tombeaux, sont de vritables vocations de nobles chtelaines, +des portraits extrmement remarquables avec tous les dtails des +ajustements, des robes et de la coiffure nettement indiqus, et +quelquefois portant encore des traces de peinture qui nous donnent les +couleurs du costume.</p> + +<p>Les vitraux sont encore plus intressants, on trouve l des +reprsentations de toutes les classes de la socit, depuis la grande +dame noble jusqu' la femme du peuple: dans les vitraux commmoratifs, +dans les vitraux des chapelles seigneuriales ou des chapelles de +corporations des villes, dans les grandes compositions qui nous +prsentent si souvent, au <span class="pagenum"><a name="Page_31" id="Page_31">31</a></span> bas des fenestrages, les portraits des +donataires,—les dames nobles opulents costumes, agenouilles en face +de bons chevaliers en armures, les riches bourgeoises en face de leurs +maris chevins ou notables.</p> + +<p>Les tapisseries sont quelquefois plus sujettes caution comme vrit, +l'artiste introduisant parfois des fantaisies dcoratives dans ses +compositions; nanmoins, que de figures donnant des indications prcises +et venant corroborer les autres renseignements et s'ajouter aux +innombrables et merveilleuses illustrations des manuscrits.</p> + +<p>Sur la robe de dessous, sur la jupe ou la cotte, la femme du <span class="smcap">XI</span><sup>e</sup> sicle +portait le <i>bliaud</i> ou <i>bliaut</i>, espce de robe pare, de fine toffe, +serre par une ceinture. Confectionn tout d'abord d'toffe simplement +gaufre, le bliaut s'enrichit bientt de dessins et d'ornements d'un +joli style.</p> + +<p>On se perd dans les transformations du bliaut et de la cotte. La robe de +dessous devient la <i>cotte hardie</i> et le <i>surcot</i> remplace le bliaud. +Cette robe de dessous, trs ajuste, <span class="pagenum"><a name="Page_32" id="Page_32">32</a></span> est lace par derrire ou par +devant, et dessine bien les formes et contours du corps.</p> + +<p>Dans le costume par, un garde-corps, ou devant de corsage de fourrure +s'ajoute au surcot et lui donne un supplment de somptuosit. Mais la +forme gnrale se modifie par mille dispositions particulires, cottes +et surcots varient de toutes les faons, suivant les fantaisies du jour, +le got particulier, suivant la mode des provinces ou des petites cours +princires ou ducales, isoles par circonstances ou situation.</p> + +<div class="figcenter2" style="width: 313px;"><a name="img-after-page-32" id="img-after-page-32"></a> + <img src="images/after-page-32.jpg" alt="" title="" width="313" height="500" /> + <div class="caption"> + <p class="center">ROBE ET HOUPPELANDE HISTORIES XV<sup>e</sup> SICLE.<span class="link"><a href="images/x-after-page-32.jpg"> + <img class="agrandissement" src="images/agrandissement.jpg" alt="" title="" width="18" height="14" /></a></span></p> + </div> +</div> + +<p>Elles sont superbes, les lgantes du moyen ge, avec leurs longues +robes collantes, dont les dessins se rptent rgulirement, rosaces +semes sur toute l'toffe, carreaux alterns de couleurs diffrentes, +faisant comme un damier de tout le corps, fleurs et ramages en larges +dispositions, souvent tisses d'or ou d'argent. Ces toffes font des +plis superbes et drapent naturellement d'une faon sculpturale, des +chantillons nous en restent dans les muses, nous pouvons juger de +l'effet qu'elles devaient faire, coupes en belles robes tranantes.</p> + +<p><span class="pagenum"><a name="Page_33" id="Page_33">33</a></span></p> + +<div class="figcenter2" style="width: 386px;"> + <img src="images/page-33.jpg" alt="" title="" width="386" height="500" /> + <div class="caption"> + <p class="center">Noble Chtelaine.<span class="link"><a href="images/x-page-33.jpg"> + <img class="agrandissement" src="images/agrandissement.jpg" alt="" title="" width="18" height="14" /></a></span></p> + </div> +</div> + +<p>Les armoiries, nes avec les premires organisations sociales, avec les +premiers chefs de clan ou chefs de guerre, mais rgularises plus tard, +paraissent sur les robes des dames, timbres comme les pavois des maris, +d'cussons symtriquement disposs. Cet usage se dveloppe, <span class="pagenum"><a name="Page_34" id="Page_34">34</a></span> cette +mode prend, comme nous dirions maintenant, et bientt les armoiries +s'talent plus largement sur les robes dites <i>cottes histories</i>.</p> + +<p>Voyons aux ftes de la cour ou des chteaux, dans ces vastes salles +ouvertes aujourd'hui aux vents des quatre points cardinaux, et hantes +par les seuls corbeaux, derniers habitants des nobles ruines; voyons aux +tables des festins d'apparat, entre les hautes chemines et les tribunes +des musiciens, ou bien encore sur les estrades ou <i>eschaffaux</i>, autour +des lices o les chevaliers tournoient, ces nobles dames, aux robes du +haut en bas armories et timbres aux armes de leurs maris ou de leurs +familles, arborant, ainsi que de superbes panonceaux vivants, toutes les +belles inventions du blason, toutes les btes de la mnagerie +hraldique, les lions et les lopards, les chimres et les griffons, les +loups et les cerfs, les cygnes et les corbeaux, les sirnes et les +dragons, les poissons et les licornes, tous d'allure fantastique, tous +ails, ongls, griffus, dentus et cornus, issant, passant ou rampant sur +les <span class="pagenum"><a name="Page_35" id="Page_35">35</a></span> champs les plus tincelants, gueules, azur, or ou sinople.</p> + +<p>Et les robes non armories ne sont pas moins riches ni moins brillantes, +semes de grandes fleurs contournes ou d'ornements d'un trs large +sentiment dcoratif.</p> + +<p>Les formes, en apparence trs varies, drivent cependant toutes du mme +principe. Le surcot n'a pas de manches, il est ouvert plus ou moins +largement sur le ct depuis l'paule jusqu' la hanche pour laisser +paratre la robe de dessous, d'une autre couleur s'harmonisant bien avec +celle du dessus et seme de dessins, ou plus, ou moins que le surcot, de +telle faon qu'il n'y ait pas galit d'ornementation.</p> + +<p>Un <i>garde-corps</i> ou devant de corsage d'hermine garnit le haut du +surcot; la fourrure est chancre sur les paules pour laisser voir, +bien et chaudement encadr, le haut de la poitrine garni de joyaux et, +surtout dans les robes d'apparat, trs libralement dcollet. Une bande +d'hermine borde ainsi toute l'chancrure du surcot sur les paules et +les hanches.</p> + +<p><span class="pagenum"><a name="Page_36" id="Page_36">36</a></span></p> + +<p>Grande varit dans les formes des corsages, des cottes ou des surcots, +grande varit dans l'ornementation des paules, dans l'encadrement du +cou. Certains dcolletages manquent de modestie, les prdicateurs +tonnent en chaire contre l'immoralit de la mode et les conteurs des +vieux fabliaux, qui ne sont pas prudes, s'en gayent largement.</p> + +<p>Lors de l'invention de la toile de lin, les femmes non contentes de se +dcolleter pour montrer leurs gorgerettes de lin ou le haut des +chemises, inventrent, pour montrer un peu mieux ces chemises de lin, de +fendre leurs robes sur le ct, faisant ainsi de l'paule la hanche, +de longues ouvertures laces.</p> + +<p>Il y avait dj,—il y a eu toujours,—des lgantes exagres qui +outraient les fantaisies de la mode. Ainsi certaines se montraient en +robes si troites et si collantes qu'elles semblaient cousues dedans; ou +bien les surcots taient beaucoup plus longs que ces dames, et il +fallait porter ce qui dpassait au moyen de poches places sur le devant +des robes, dans lesquelles on passait les mains, ou bien <span class="pagenum"><a name="Page_37" id="Page_37">37</a></span> relever la +jupe et la rattacher la ceinture, ce qui aprs tout tait fort +gracieux et faisait ces admirables plis casss que nous voyons aux robes +des statues.</p> + +<div class="figcenter2" style="width: 346px;"> + <img src="images/page-37.jpg" alt="" title="" width="346" height="349" /> + <div class="caption"> + <p class="center">Le petit hennin.<span class="link"><a href="images/x-page-37.jpg"> + <img class="agrandissement" src="images/agrandissement.jpg" alt="" title="" width="18" height="14" /></a></span></p> + </div> +</div> + +<p>Les manches de ces longs surcots, trane en <i>queue de serpent</i>, que +les grandes dames pouvaient faire porter par un page, s'allongrent +aussi. Les manches de la robe de dessous descendent jusqu'au poignet, +avec un vasement qui recouvre souvent une partie de la main. +Par-dessus, les manches du surcot, <span class="pagenum"><a name="Page_38" id="Page_38">38</a></span> plus larges, sont ouvertes +quelquefois depuis l'paule et tombent presque jusqu' terre, parfois +fendues du coude au poignet ou pourvues seulement d'une ouverture par +laquelle passe l'avant-bras.</p> + +<p>Il y a cent modifications diffrentes aux manches: les manches longues, +amples ou serres, les manches coupes et boutonnes en dessous du haut +en bas, les manches chancres ou renfles au coude, on voit mme les +manches dites <i>mitons</i>, dont l'extrmit peut se relever en formant +mitaines fermes, et les manches-poches fermes au bout, toutes +inventions gracieuses ou commodes aprs tout.</p> + +<p>Il y a enfin les grandes manches en ailes taillades et dcoupes en +dents de scie, en feuilles de chne, ou bordes d'une mince ligne de +fourrure.</p> + +<p>La joaillerie prend une grande importance. Grandes dames ou bourgeoises, +toutes les femmes enrichissent leurs costumes de joyaux et de bijoux +plus ou moins coteux: colliers, cercles de tte orns de pierres +prcieuses joyaux sur le couvre-chef, gros bijoux en <span class="pagenum"><a name="Page_39" id="Page_39">39</a></span> agrafes, +ceintures de passementerie et d'orfvrerie.</p> + +<p>A la ceinture est attache l'aumnire ou escarcelle, de riche toffe +borde d'or, fermoir et ornements dors. Les grandes dames +blouissent, elles tincellent... Les lois somptuaires n'y peuvent rien. +Philippe le Bel en 1194 a eu beau dcrter et rglementer, interdire aux +bourgeoises le vair et l'hermine, les ceintures d'or ornes de perles et +de pierreries, il a eu beau arrter que:</p> + +<div class="blockquote"> + <p>Nulle damoiselle, si elle n'est chastelaine ou dame de deux mille + livres de rente, n'aura qu'une paire de robbes par an, et si elle + l'est, en aura deux paires et non plus.</p> + + <p>De mme que les ducs, comtes et barons de six mille livres de rente + pourront faire faire quatre paires de robbes par an et non plus, et + leurs femmes autant.....</p> +</div> + +<p>Philippe le Bel a eu beau fixer un maximum du prix de l'aune d'toffe +pour les robes, en chelle descendante pour toutes les conditions, +depuis vingt-cinq sols tournois l'aune <span class="pagenum"><a name="Page_40" id="Page_40">40</a></span> pour les grands barons et +leurs femmes, jusqu' sept sols pour les cuyers, et—ce qui est assez +remarquable et montre bien, mme en ces temps lointains, la richesse des +bourgeois et gros commerants des Villes,—permettant aux femmes des +bourgeois d'aller jusqu' seize sols l'aune, Philippe le Bel a eu beau +tout prvoir et tout rglementer, rien n'y a fait, pas mme la menace +des amendes. Grandes dames et riches bourgeoises ont brav les dfenses +du roi tout aussi bien que les remontrances de messieurs les maris et +les admonestations que le clerg se fatiguait de leur adresser +l'glise.</p> + +<p>C'est vainement que les prdicateurs s'attaquent toutes les parties du +costume, qualifiant de <i>portes d'enfer</i>, les crevs, parfois bien +inconvenants du surcot, traitant les souliers la poulaine d'<i>outrages +au crateur</i>, et faisant surtout aux coiffures, hennins, cornes ou +escoffions, une guerre acharne; les femmes laissent dire et gardent +imperturbablement les modes attaques.</p> + +<div class="figcenter2" style="width: 314px;"><a name="img-after-page-40" id="img-after-page-40"></a> + <img src="images/after-page-40.jpg" alt="" title="" width="314" height="500" /> + <div class="caption"> + <p class="center">CHATELAINE, MILIEU DU XV<sup>e</sup> SICLE.<span class="link"><a href="images/x-after-page-40.jpg"> + <img class="agrandissement" src="images/agrandissement.jpg" alt="" title="" width="18" height="14" /></a></span></p> + </div> +</div> + +<p>En fait de mode, elles ne relvent que d'elles-mmes et nient toute +autorit, royale ou ecclsiastique, <span class="pagenum"><a name="Page_41" id="Page_41">41</a></span> et mme la suzerainet +maritale.</p> + +<div class="figcenter2" style="width: 318px;"> + <img src="images/page-41.jpg" alt="" title="" width="318" height="454" /> + <div class="caption"> + <p class="center">Le Hennin grand voile.<span class="link"><a href="images/x-page-41.jpg"> + <img class="agrandissement" src="images/agrandissement.jpg" alt="" title="" width="18" height="14" /></a></span></p> + </div> +</div> + +<p>Les dames de ce temps-l portent aussi quelque peu les souliers +poulaines, les fameux souliers bec relevs, dont les lgants de +l'autre sexe s'taient pris et qu'ils agrmentaient souvent d'un grelot +tintinnabulant au bout.</p> + +<p>Elles ne connaissaient pas encore les hauts <span class="pagenum"><a name="Page_42" id="Page_42">42</a></span> talons, mais elles se +grandissaient par des espces de mules, ou par des quantits de semelles +mises l'une sur l'autre.</p> + +<p>Les coiffures des dames sont de proportions extravagantes. Le hennin +triomphe entre toutes. Il y a l'<i>escoffion</i> qui affecte diffrentes +formes, en turban, en croissant; il y a le <i>bonnet en cœur</i>, norme +coiffure d'toffe brode, treillisse de ganses, orne de perles, avec +un gros bourrelet relev de joaillerie retombant en cœur sur le +front. Mais c'est le grand escoffion cornes qui, sur tous les autres, +scandalise les prdicateurs, l'escoffion qui est une large carcasse +orne de pierreries embotant les oreilles et laissant tomber de chaque +corne sur les paules une fine mousseline flottante.</p> + +<p>Ces escoffions venaient, dit-on, d'Angleterre, ainsi qu' toutes les +poques maintes excentricits de costumes; l'Anglomanie qui svit de +temps en temps, date de loin, on le voit. Viollet-le-Duc, dans son +<i>Dictionnaire du Mobilier</i>, donne un exemple de grand escoffion pris sur +une statue tombale d'une comtesse d'Arundel du commencement du <span class="smcap">XV</span><sup>e</sup> +sicle.</p> + +<p><span class="pagenum"><a name="Page_43" id="Page_43">43</a></span></p> + +<p>Comparant les femmes ainsi coiffes des figures sataniques, des +btes cornues, prdicateurs et moralistes dclarent que la femme douze +fois infidle va au Purgatoire, mais ils jettent directement et sans +rmission l'Enfer celles qui portent ces escoffions cornes!</p> + +<p>Le grand hennin est un immense cornet plaqu sur le front, emprisonnant +compltement les cheveux, un tube conique en toffe ramage orne de +perles, avec une voilette plus ou moins longue sur le front, et tout en +haut, la pointe de l'difice, un flot de lgre mousseline retombante. +Edifice extravagant, soit, incommode, mais non ridicule, monumental mais +charmant, et que les femmes s'obstinrent porter pendant prs d'un +sicle, parce qu'il tait en ralit trs seyant et donnait la +physionomie, l'ensemble d'une figure, de pied en cape un caractre +trs imposant. Et enfin, raison principale dont on ne se rendait pas +compte peut-tre, mais qu'on reconnaissait inconsciemment: parce que ces +grands hennins cadraient avec les architectures d'alors.</p> + +<p>Magnifique poque d'expansion et de monte! <span class="pagenum"><a name="Page_44" id="Page_44">44</a></span> Fines et dardes haut, +les flches des glises escaladent le ciel, entranant les mes avec +elles, toutes les lignes des architectures montent, s'panouissent et +fleurissent. Quand on songe que c'est le temps des merveilleuses faades +de maisons ou de palais, des orfvreries de pierre sculpte, des fines +tourelles, des crtes festonnes, le temps des villes hrissant mille +clochers et mille pointes, l'ascension des hennins se comprend trs +bien. Comme toutes les ascensions, c'est encore une monte vers l'idal, +puisque ces grands hennins aux longs voiles flottants donnent forcment +une relle noblesse l'attitude et la dmarche.</p> + +<p><i>Guerre aux hennins!</i> Tel fut cependant partout le cri des moines et des +prdicateurs. Le plus violent de tous et celui qui fut le plus entendu, +sinon cout, c'tait un carme de Rennes, nomm frre Thomas Connecte.</p> + +<div class="figcenter2" style="width: 345px;"> + <img src="images/page-45.jpg" alt="" title="" width="345" height="500" /> + <div class="caption"> + <p class="center">Le grand hennin.<span class="link"><a href="images/x-page-45.jpg"> + <img class="agrandissement" src="images/agrandissement.jpg" alt="" title="" width="18" height="14" /></a></span></p> + </div> +</div> + +<p>Il entreprit dans sa ville une vritable campagne contre le dbordement +du luxe, en particulier contre les pauvres hennins. De la Bretagne, il +passa dans l'Anjou, en Normandie, en Ile-de-France, en Flandre, en +Champagne, <span class="pagenum"><a name="Page_45" id="Page_45">45</a></span> prchant partout solennellement et dans chaque ville du +haut d'une estrade dresse en plein air sur une place publique, +accablant d'invectives celles qui se complaisaient aux raffinements de +la toilette et les menaant de la colre du ciel.</p> + +<p><span class="pagenum"><a name="Page_46" id="Page_46">46</a></span></p> + +<p>Tous les malheurs qui fondaient sur le monde, tous les vices du temps, +toutes les hontes, tous les pchs, toutes les turpitudes de l'humanit, +provenaient suivant lui de l'extravagance coupable des hennins et des +escoffions dmoniaques.</p> + +<p>Et dans la chaleur de sa conviction, frre Thomas ne s'en tenait pas +la parole; la fin de son sermon, le digne homme, enflamm d'une sainte +ardeur, saisissait un bton et passant travers les rangs effars des +dames, nobles ou bourgeoises, venues pour l'entendre, il faisait sans +piti, malgr les cris et la bousculade, un grand massacre de hennins. + +—Au hennin! au hennin! A ce cri, les polissons ameuts par le frre +poursuivaient par les rues toute femme dont le couvre-chef dpassait les +modestes proportions d'une coiffe ordinaire.</p> + +<p>Nanmoins, malgr sermons et voies de fait, les hennins ne s'en +portaient pas plus mal et se relevaient aprs le passage du moine. De +ville en ville, celui-ci continuant sa croisade contre le luxe, s'en fut + Rome, et l, le spectacle <span class="pagenum"><a name="Page_47" id="Page_47">47</a></span> moins qu'difiant offert alors par la +capitale de la chrtient, le surexcita tellement qu'il oublia toute +mesure, et que, laissant les hennins tranquilles, il s'attaqua aux +cardinaux et princes de l'Eglise. Ceci tait jeu plus dangereux. Le +pauvre homme, accus d'hrsie, fut apprhend et tout simplement brl +en place publique.</p> + +<p>Dans l'histoire de la mode, il y a le roman de la mode! Dans les annales +de la coquetterie fminine, que d'pisodes curieux et aussi que de +figures romanesques qui traversent la grande histoire, charmantes, +attirantes, parfois trangement potiques, fleurs dlicates parmi toute +la ferraille remue par le sicle—et parfois aussi, dangereuses sirnes +qui donnent bien raison au frre Thomas Connecte!</p> + +<div class="figcenter2" style="width: 371px;"> + <img src="images/page-48.jpg" alt="" title="" width="371" height="494" /> + <div class="caption"> + <p class="center">Les Manches taillades et dchiquetes.<span class="link"><a href="images/x-page-48.jpg"> + <img class="agrandissement" src="images/agrandissement.jpg" alt="" title="" width="18" height="14" /></a></span></p> + </div> +</div> + +<p>L'histoire de la mode pourrait s'crire avec une douzaine de portraits +de femmes espacs de sicle en sicle, portraits de reines de la main +droite et de reines de la main gauche,—plus souvent de la main +gauche,—de grandes dames et de grandes courtisanes.</p> + +<div class="figcenter2" style="width: 325px;"><a name="img-after-page-48" id="img-after-page-48"></a> + <img src="images/after-page-48.jpg" alt="" title="" width="325" height="500" /> + <div class="caption"> + <p class="center">DAME SOUS CHARLES VIII.<span class="link"><a href="images/x-after-page-48.jpg"> + <img class="agrandissement" src="images/agrandissement.jpg" alt="" title="" width="18" height="14" /></a></span></p> + </div> +</div> + +<p>Il suffit d'crire leurs noms, chacun d'eux <span class="pagenum"><a name="Page_48" id="Page_48">48</a></span> c'est une page qui se +tourne, un chapitre nouveau qui commence: Agns Sorel, Diane de +Poitiers, la reine Margot et Gabrielle d'Estres, la premire femme et +la dernire <i>mie</i> du roi Henri, Marion Delorme, la Grande Mademoiselle, +Montespan, premire partie du rgne du roi Soleil, Maintenon, seconde +partie du rgne du monarque renfrogn, Madame de Pompadour, <span class="pagenum"><a name="Page_49" id="Page_49">49</a></span> +triomphe du pimpant <span class="smcap">XVIII</span><sup>e</sup> sicle, Marie-Antoinette, dernier et +mlancolique clat d'un monde qui finit, Madame Tallien, Josphine..., +etc.</p> + +<div class="figcenter2" style="width: 310px;"> + <img src="images/page-49.jpg" alt="" title="" width="310" height="500" /> + <div class="caption"> + <p class="center">La Houppelande.<span class="link"><a href="images/x-page-49.jpg"> + <img class="agrandissement" src="images/agrandissement.jpg" alt="" title="" width="18" height="14" /></a></span></p> + </div> +</div> + +<p>Aprs Isabeau de Bavire, reine de France <span class="pagenum"><a name="Page_50" id="Page_50">50</a></span> et reine de la mode, la +gracieuse et magnifique pouse de Charles VI, d'abord reine des bals et +des ftes, mais qui devint bientt la reine des guerres civiles, sans +cesser, dans un temps de sombres horreurs, de rver somptueux costumes +et recherches d'lgance,—aprs les modes d'Isabeau, c'est le temps et +ce sont les modes d'Agns Sorel, la dame de Beaut de Charles VII.</p> + +<p>Charles VII s'endort Bourges et ne songe gure reconqurir son +royaume: ses matresses et ses plaisirs sont tout l'univers pour lui. La +grande et sainte Jehanne a endoss le harnais des hommes de guerre pour +combattre l'Anglais, elle a dj reconquis au roi une forte partie de +son royaume; une autre femme, ni grande ni sainte, va continuer son +œuvre, Agns Soreau de Saint-Graud, la belle Agns Sorel, blonde aux +yeux bleus, par la puissance et l'ascendant de la beaut, enflamme le +roi Charles, elle le lance contre l'Anglais, lui fait reprendre, ville +ville, le reste du domaine des fleurs de lys et mriter dans l'histoire +le surnom de Victorieux.</p> + +<p><span class="pagenum"><a name="Page_51" id="Page_51">51</a></span></p> + +<p>C'est elle la victorieuse! Les <i>pcunes</i> qui sont les nerfs des guerres +sont consacres payer les rudes gens d'armes, les lances et les +bombardes du roi, ainsi qu' entretenir le luxe coteux de la belle, +payer les mille inventions de sa coquetterie. Ce sont dpenses de guerre +aussi, puisque le roi bataille mieux quand <i>Agns l'ordonne</i>, comme dit +la vieille romance.</p> + +<p>La vierge hroque, la vaillante Jehanne, se couvrait de la cuirasse +pour mener au combat ducs, seigneurs et gens d'armes; la belle Agns, +adore par le roi, poursuivait d'une tout autre manire l'œuvre +nationale, elle se dcouvrait les paules, inventait des corsages +indcemment dcollets jusqu' la taille, outrait les proportions des +grands hennins barbes flottantes... Et les armes de Charles +marchaient, emportant chteaux, villes et provinces, pourchassant les +Anglais. Agns, en somme, mourut la bataille, puisqu'elle trpassa +prs de Jumiges pendant la reconqute de la Normandie o elle avait +suivi le roi.</p> + +<p>La cour de Bourgogne, rivale de celle de Paris en faste comme en tout le +reste, introduit <span class="pagenum"><a name="Page_52" id="Page_52">52</a></span> dans la mode franaise des lments trangers, de +Flandre surtout. C'est la dernire poque pour le costume du moyen ge, +l'blouissement dernier, l'panouissement et l'tincellement des plus +tranges somptuosits.</p> + +<p>Les gigantesques houppelandes des hommes et des femmes ressemblent de +grandes pices de tapisserie,—les grandes lignes disparaissent sous la +complication. La Renaissance va venir aprs une priode de transition et +de ttonnements.</p> + +<p>Que de jolies choses et de particularits intressantes il y aurait +encore citer dans les <i>atours</i>, <i>garnements</i> et <i>parements</i> des femmes +du moyen ge, dans les vtements de crmonie, de splendide toffe et +d'tincelante garniture, dans les vtements d'intrieur ou de sortie de +toutes les classes, aussi bien que dans les vtements de voyage et de +chasse ports par les nobles dames chevauchant sur des mules richement +harnaches, ou enfourchant les grands palefrois pour courre le gibier le +faucon sur le poing.</p> + +<hr class="small" /> + +<p><span class="pagenum"><a name="Page_53" id="Page_53">53</a></span></p> + +<div class="figcenter" style="width: 307px;"><a name="img_ch4" id="img_ch4"></a> + <img src="images/page-53.jpg" alt="" title="" width="307" height="325" /> + <div class="caption"> + <p class="center">Sous Franois I<sup>er</sup>.<span class="link"><a href="images/x-page-53.jpg"> + <img class="agrandissement" src="images/agrandissement.jpg" alt="" title="" width="18" height="14" /></a></span></p> + </div> +</div> + +<h2><a name="ch4" id="ch4"></a>IV<br /><br /> +<span class="small1">LA RENAISSANCE</span></h2> + +<p class="intro">Modes en largeur.—Hocheplis, vertugalles, vertugadins.—La belle +Ferronnire.—Eventails et manchons.—Les modes tristes de la +Rforme.—L'escadron volant de Catherine.—Dentelles et +guipures.—Etats de services du vertugadin.—Le masque et le touret de +nez.—Fards et cosmtiques.</p> + +<p>A la suite des expditions de Charles VIII, un coup de vent souffle sur +les modes du moyen ge. Les temps gothiques sont finis, le costume +masculin se transforme tout coup et le <span class="pagenum"><a name="Page_54" id="Page_54">54</a></span> costume fminin va changer +aussi. Ce coup de vent emporte, avec bien d'autres choses, avec notre +architecture nationale, avec notre got national, ces hennins qui, +malgr l'apparence, tenaient si bien sur les ttes qu'ils avaient dur +prs d'un sicle.</p> + +<p>Le costume s'amollit et se complique. Le corset ou corsage remplace le +surcot, il est d'une autre couleur que la robe et tout charg +d'ornements et ramages dors, sous plusieurs rangs de colliers couvrant +le haut de la poitrine dcollete. Les manches aussi sont d'une autre +couleur que le corsage, ce sont de grandes ailes taillades et +flottantes ou bien des manches de plusieurs pices rattaches par des +aiguillettes ou des rubans, laissant voir la chemise de fine toile de +Frise bouffante aux paules et aux coudes.</p> + +<p>C'est le commencement des manches bourrelets successifs et crevs +qui vont durer si longtemps.</p> + +<p>Les souliers <i>patts</i> ou bouts carrs remplacent les souliers pointus; +on va comme toujours d'une extrmit l'autre.</p> + +<p><span class="pagenum"><a name="Page_55" id="Page_55">55</a></span></p> + +<p>Grande varit dans les coiffures trs basses maintenant. Ce sont larges +bourrelets ou turbans embotant l'occiput avec coiffes dessins dors +encadrant le front et le visage; ces bourrelets et coiffes, orns de +rseaux perls, se modifient dans les pays o l'influence flamande ou +rhnane lutte contre l'influence italienne, par l'adjonction sur la +coiffe d'une sorte de chapeau taillad qui deviendra le grand bret +dcoup et largement dchiquet des lansquenets suisses ou allemands.</p> + +<p>Ce sont ces modes qui vont rgner pendant tout le temps de Franois +I<sup>er</sup>, la cour blouissante du Roi Chevalier, et la ville chez les +nobles dames et les bourgeoises aises.</p> + +<p>L'innovation principale, celle qui doit influer sur le reste du +vtement, en dterminer en partie la coupe et les proportions, la +dominante du costume d'alors, c'est le vertugadin, dit aussi vertugalle, +vertugardien... Chose non vue encore, grande nouveaut qui va +bouleverser le costume et changer toutes les lignes.</p> + +<div class="figcenter2" style="width: 354px;"> + <img src="images/page-56.jpg" alt="" title="" width="354" height="479" /> + <div class="caption"> + <p class="center">Commencement de la Renaissance.<span class="link"><a href="images/x-page-56.jpg"> + <img class="agrandissement" src="images/agrandissement.jpg" alt="" title="" width="18" height="14" /></a></span></p> + </div> +</div> + +<p>Le <ins class="correction" title="vertugardin">vertugadin</ins>, c'est--dire la jupe large soutenue par une armature +quelconque, en <span class="pagenum"><a name="Page_56" id="Page_56">56</a></span> voil pour trois sicles, pendant trois cents ans, +avec des interrgnes plus ou moins longs, il durera sous des noms +diffrents, panier, crinoline, pouf, tournure, etc. Il dure encore et +nous le reverrons.</p> + +<div class="figcenter2" style="width: 334px;"><a name="img-after-page-56" id="img-after-page-56"></a> + <img src="images/after-page-56.jpg" alt="" title="" width="334" height="500" /> + <div class="caption"> + <p class="center">A LA COUR DU ROI-CHEVALIER.<span class="link"><a href="images/x-after-page-56.jpg"> + <img class="agrandissement" src="images/agrandissement.jpg" alt="" title="" width="18" height="14" /></a></span></p> + </div> +</div> + +<p>Depuis trois cents ans la largeur des jupes suit un mouvement rgulier, +d'abord modeste, elle augmente peu peu, lentement, en habituant <span class="pagenum"><a name="Page_57" id="Page_57">57</a></span> +progressivement l'œil ses proportions, elle arrive une envergure +formidable, exagre, impossible, puis elle diminue lentement reprenant +l'une aprs l'autre ses tapes successives.</p> + +<p>Les femmes, qu'elle a transformes pour un temps plus ou moins long en +normes cloches, redeviennent clochettes, elles diminuent et +s'amincissent jusqu' disparition complte de toute apparence de +vertugadin. Les modes sont ultra collantes pour quelques annes, puis un +soupon de tournure reparat, une illusion de vertugadin se remontre et +la progression recommence.</p> + +<p><ins class="correction" title="Villipend">Vilipend</ins>, chansonn, ridiculis sans trve ni merci toutes les +poques et quelque fut son nom, il a triomph toujours, mme des dits +qui prtendaient diminuer son envergure. Et pourtant nulle puissance au +monde n'a vu se liguer autant d'ennemis enflamms contre elle, aucune +institution n'a t attaque avec autant de vigueur et d'acharnement.</p> + +<p>La Monarchie ou la Rpublique ont des adversaires, mais aussi des +dfenseurs. Vertugadins, <span class="pagenum"><a name="Page_58" id="Page_58">58</a></span> paniers ou crinolines avaient contre eux +tous les maris, tous les hommes! Le corset seul a eu presque autant +d'ennemis—dont il a toujours galement triomph.</p> + +<p>Le Vertugadin, n sous Franois I<sup>er</sup>, vers 1530, marque la fin du +moyen ge, mieux et plus compltement que n'importe quel changement +politique. C'est la disparition des robes collantes ou flottantes plis +droits, si sculpturales. Un monde est fini.</p> + +<p>Le vertugadin s'appelle premirement <i>hoche-plis</i>. Ce nom s'applique +d'abord seulement au bourrelet godronn soutenu par une carcasse de fils +de fer qui s'attache la taille pour donner de l'ampleur aux jupes. +Puis le nom s'tend tout un systme de cerceaux de bois ou de baleine +formant cage sous la jupe jusqu'en bas.</p> + +<p>Le costume fminin sous Franois I<sup>er</sup> est ample et majestueux plutt +que gracieux, les robes sont de velours, de satin, de brocatelle +fleurs de couleurs varies, avec de larges manches tombantes, doubles +de zibeline ou des manches normes engonant les paules <span class="pagenum"><a name="Page_59" id="Page_59">59</a></span> et formant +comme une succession de bourrelets jusqu'aux poignets, avec des crevs +ouverts sur des bouillons de soie claire.</p> + +<p>Le corset busc appel alors basquine apparat. Trs probablement ce +n'tait pas encore une armature dissimule sous le corsage, mais bien le +corsage lui-mme raidi par des baleines, du moins les descriptions assez +confuses donnent lieu de le penser.</p> + +<p>Pour la coiffure, <i>attifet</i>, <i>chaperon</i>, <i>toque</i> ou <i>toquet</i>, ainsi que +pour l'ornement du cou et des paules qui sortent considrablement des +corsages,—on a rapport de la molle et licencieuse Italie de jolies +ouvertures de corsages, que les maris pourtant auraient pu trouver +offusquantes, mais les hommes se dcolletent bien aussi—les lgantes +dpensent en joaillerie et orfvrerie plus que messieurs les maris ne +voudraient. Reines, grandes dames, bourgeoises se ruinent en chanes +d'or, joyaux maills, perles, pierreries, escarboucles.</p> + +<p>La belle Ferronnire, une des matresses du roi aprs le rgne de la +duchesse d'Etampes, <span class="pagenum"><a name="Page_60" id="Page_60">60</a></span> invente de porter une escarboucle retenue par +un fil au milieu du front. Un bijou de plus porter quand on a dj +garni autant que l'on pouvait la coiffure, le corsage et la ceinture +d'une tincelante joaillerie, quelle belle ide! La coiffure la +Ferronnire a vite un trs grand succs.</p> + +<p>Voici maintenant des accessoires de toilette inconnus. Pour l't, c'est +l'ventail de plumes, joli prtexte garniture d'orfvrerie, et le +manchon pour l'hiver. Manchons noirs pour les bourgeoises et manchons de +couleurs varies pour les dames nobles seulement, suivant les +ordonnances royales. Les ombrelles aussi sont venues d'Italie, seulement +elles sont trop lourdes et ne russissent gure.</p> + +<p>Mais voici sur l'blouissante poque, l'teignoir de la Rforme, les +jours troubls et tristes.</p> + +<div class="figcenter2" style="width: 325px;"> + <img src="images/page-61.jpg" alt="" title="" width="325" height="442" /> + <div class="caption"> + <p class="center">Les Manches crevs.<span class="link"><a href="images/x-page-61.jpg"> + <img class="agrandissement" src="images/agrandissement.jpg" alt="" title="" width="18" height="14" /></a></span></p> + </div> +</div> + +<p>Etincelante, chatoyante, superbe d'ampleur somptueuse et de richesse +pendant tout le rgne de Franois I<sup>er</sup>, roi chevalier, prince +brillant, prodigue et ostentatif en un temps de bravoure et de +<i>braverie</i> et aussi de licence, <span class="pagenum"><a name="Page_61" id="Page_61">61</a></span> —la mode va changer soudain de +caractre et devenir aussi austre qu'elle a t fastueuse, aussi sombre +et lugubre qu'elle a t blouissante et multicolore.</p> + +<p>C'est pendant le commencement du rgne d'Henri II une vritable lutte +entre les modes tristes et les modes gaies, mais bientt les modes +tristes triomphent et peu peu l'clat de l'lgance s'teint, la mode +tourne et va <span class="pagenum"><a name="Page_62" id="Page_62">62</a></span> bien vite des couleurs ternes et maussades au noir +pur.</p> + +<p>Les temps deviennent difficiles et tournent au noir aussi. C'est la +Rforme, les dissensions religieuses, guerres de sermons et de prches +d'abord, puis guerre effective coups de canon et d'arquebuses, coups +de bchers, ou de potences.</p> + +<p>Le roi Henri II ds 1549 commena les hostilits contre le luxe; un dit +interdisant un grand nombre d'ornements ou d'toffes, passements, +bordures, orfvreries, cordons, canetilles, draps d'or ou d'argent, +satins, etc., rglementa svrement la mode et dtermina pour les +diffrentes classes de la socit les qualits des toffes et jusqu'aux +couleurs.</p> + +<p>Le droit de porter habillement complet de dessous et de dessus en rouge +cramoisi fut rserv aux princes et princesses; les dames nobles et +leurs maris ne pouvaient prendre cette clatante couleur que pour une +seule pice de leur costume.</p> + +<p>Pour les dames de rang infrieur, elles avaient droit, d'abord les plus +leves en <span class="pagenum"><a name="Page_63" id="Page_63">63</a></span> rang, aux robes de toutes couleurs sauf le cramoisi, et +les autres au rouge teint ou au noir. Mme chelle descendante pour les +toffes, des satins et des velours au simple drap.</p> + +<p>De longs cris de lamentation retentirent par toute la France, quand on +voulut passer l'excution de l'dit.</p> + +<p>Les dames de France, au nord comme au midi, l'ouest comme l'est, en +bataille serre, dfendirent courageusement, pied pied, leurs joyaux +et leurs belles parures, leurs toffes et leurs couleurs, discutant avec +les agents de l'autorit et trouvant mille raisons ingnieuses pour tout +sauver, pour tout garder.</p> + +<p>Il fallut que le roi reprt la plume, qu'il compltt son dit par une +srie d'articles explicatifs et dtaillt point point ce qui tait +permis et ce qui tait prohib. Il faisait quelques concessions aux +dames et permettait encore quelques petites coquetteries, mais pour le +reste, ce qui fut dfendu resta dfendu et la loi somptuaire fut +excute rigoureusement.</p> + +<div class="poem"> + <p class="noindent"> + Le velours, trop commun en France,<br /> + Sous toy reprend son vieil honneur...<br /> + </p> +</div> + +<p><span class="pagenum"><a name="Page_64" id="Page_64">64</a></span> dit Ronsard dans une ptre au Roi o il loue le monarque de ses +ordonnances rformatrices.</p> + +<div class="floatleft" style="width: 154px"> + <img src="images/page-64.jpg" alt="" title="" width="154" height="152" /> + <div class="caption"> + <p class="center">La Coiffure de Catherine de Mdicis.<span class="link"><a href="images/x-page-64.jpg"> + <img class="agrandissement" src="images/agrandissement.jpg" alt="" title="" width="18" height="14" /></a></span></p> + </div> +</div> + +<p>La sombre Catherine, l'Italienne dont le sang a empoisonn celui de la +race des Valois, l'empoisonneuse qui finira toute bouffie de crimes, +domine la Cour de France encore brillante, comme un grand fantme noir, +emblme de l're de crimes et de massacres qui va s'ouvrir.</p> + +<p>Elle laisse les recherches de la coquetterie aux dames de la Cour et +la matresse de son mari, Diane de Poitiers, la suprme beaut, la +desse quasi mythologique de la Renaissance, que Jean Goujon sculpta +comme plus tard Canova sculptera une autre beaut princire, Pauline +Borghse. Les plus jolies crations de l'poque, ce sont des toilettes +tons sobres, d'une lgance svre composant des harmonies grises ou des +harmonies en blanc et noir, les couleurs de Diane de Poitiers.</p> + +<div class="figcenter2" style="width: 317px;"><a name="img-after-page-64" id="img-after-page-64"></a> + <img src="images/after-page-64.jpg" alt="" title="" width="317" height="500" /> + <div class="caption"> + <p class="center">SOUS HENRI II.<span class="link"><a href="images/x-after-page-64.jpg"> + <img class="agrandissement" src="images/agrandissement.jpg" alt="" title="" width="18" height="14" /></a></span></p> + </div> +</div> + +<p>A la mort d'Henri, Catherine adopte, pour <span class="pagenum"><a name="Page_65" id="Page_65">65</a></span> ne plus le quitter, le +costume de veuve, et entoure pourtant d'un essaim de jeunes et +brillantes beauts, de ses filles d'honneur qu'on appelle <i>l'escadron +volant de la Reine</i>,—escadron qui, dans les mille intrigues qu'elle +noue et dnoue, la sert plus avantageusement que des escadrons de +retres,—elle traverse les trois rgnes tourments des rois ses fils, +noire des pieds la tte, noire comme la nuit, noire comme son me.</p> + +<div class="figcenter2" style="width: 344px;"> + <img src="images/page-65.jpg" alt="" title="" width="344" height="350" /> + <div class="caption"> + <p class="center">Sous Henri II.<span class="link"><a href="images/x-page-65.jpg"> + <img class="agrandissement" src="images/agrandissement.jpg" alt="" title="" width="18" height="14" /></a></span></p> + </div> +</div> + +<p>Large jupe noire, corsage noir en pointe, <span class="pagenum"><a name="Page_66" id="Page_66">66</a></span> grandes ailes noires aux +paules, collet noir relev en forme de fraise; et pour coiffure une +sorte de chaperon ou de toquet visire noire qui descend en pointe sur +ce front aux penses dures et sinistres.</p> + +<p>Ce fut Catherine, parat-il, qui importa en France, en arrivant de +Florence pour son mariage, les fraises qu'adoptrent rapidement les +hommes et les femmes.</p> + +<p>Il y en avait de toutes sortes, de modestes et d'inoues, de trs +simples en linge godronn et d'autres en merveilleuses dentelles. +Invention charmante et superbe, incommode sans doute comme bien d'autres +inventions de la mode, mais qui encadrait si bien dans les rosaces et +les rinceaux de la plus fine dentelle, qui sertissait comme un bijou +prcieux la figure de la femme.</p> + +<p>C'taient des chefs-d'œuvre de cet art si fminin de la dentelle o +brillait toute l'lgance dcorative de la Renaissance; les mmes +artistes qui ciselaient le bronze, l'argent et l'or, qui sculptaient ces +fines dcorations de pierre sur les faades des palais, <span class="pagenum"><a name="Page_67" id="Page_67">67</a></span> +fournissaient les dessins de ces fraises; la dentelle avait ses +Benvenuto Cellini, Bruxelles, Gnes et surtout Venise, premiers +centres de fabrication.</p> + +<p>Mais les fraises ne prirent pas tout de suite ces belles proportions, +qu'elles n'atteignirent que sous Henri III. Elles furent d'abord de +simples collerettes plis ronds ou godrons qui enserraient le cou +jusqu'aux oreilles, fraises austres et fermes d'un temps qui +s'assombrissait de plus en plus; l'austrit protestante gagnait +rapidement et si les catholiques conservaient leurs habitudes et leurs +mœurs plus faciles, les querelles de religion avaient pris toute leur +pret et la guerre civile planait sur la France.</p> + +<p>Sous le rgne phmre de Franois II, qui vit passer la cour de +France la figure aurole par le malheur de la pauvre Marie Stuart, sous +celui de Charles IX, les costumes ont une lgance sobre et discrte. +Comme les pourpoints des hommes, les corsages sont taillads, ainsi que +les manches raides et bouffantes en haut.</p> + +<p><span class="pagenum"><a name="Page_68" id="Page_68">68</a></span></p> + +<p>Les seuls bijoux sont quelques boucles et pendants de ces grandes +ceintures dites cordelires, des garnitures d'aumnires, un collier +sous la collerette, petite fraise godrons qui se trouve aussi aux +poignets.</p> + +<p>Le chancelier de l'Hpital, ennemi de la trop grande ampleur des +vertugadins, les avait un peu dgonfls et diminus par une svre +ordonnance en 1563, par laquelle il interdisait galement aux hommes les +hauts de chausses rembourrs. Mais un passage du roi Charles IX +Toulouse, les belles Toulousaines tant venues implorer un adoucissement +aux rigueurs de l'austre chancelier, le roi, plus clment qu'il ne se +montrera plus tard aux Huguenots, fit grce au vertugadin et lui permit +de reprendre ses monumentales proportions.</p> + +<p>Ne nous moquons pas de cette ampleur des vertugadins, un jour elle sauva +la France s'il est vrai, comme la chronique le dit, que Marguerite de +Valois put prserver les jours d'Henri de Navarre son mari, en le +cachant sous un immense vertugadin quand les massacreurs <span class="pagenum"><a name="Page_69" id="Page_69">69</a></span> de la +Saint-Barthlemy se mirent dpcher coups de hallebarde les +huguenots qu'on avait logs au Louvre l'occasion des noces d'Henri et +de Margot.</p> + +<div class="floatright" style="width: 252px;"> + <img src="images/page-69.jpg" alt="" title="" width="252" height="397" /> + <div class="caption"> + <p class="center">Sous Charles IX.<span class="link"><a href="images/x-page-69.jpg"> + <img class="agrandissement" src="images/agrandissement.jpg" alt="" title="" width="18" height="14" /></a></span></p> + </div> +</div> + +<p>Les modes s'assombrissent comme le temps, comme l'architecture, comme le +mobilier, comme tout. C'est une loi gnrale, l'architecture est svre, +ce n'est plus l'exubrance dbordante, la gaiet paenne de la +Renaissance, les formes sont plus contenues. Aprs une dbauche +d'inventions souriantes, l'architecture fait pnitence. Le mobilier qui +garnit ces htels renfrogns est raide et gourm.</p> + +<p>Voyez ces tables et ces siges carrs, sans ornements ni sculptures, de +bois brut recouvert d'toffe sombre seme de gros clous. C'est le style +catafalque.</p> + +<p><span class="pagenum"><a name="Page_70" id="Page_70">70</a></span></p> + +<p>Dans ces architectures svres, dans ces appartements qui semblent +revtus de tentures d'enterrement, s'agitent des gens costumes +tristes. Longues robes tombant sur de larges vertugadins et collets +montants; le buste est emprisonn et comprim durement dans un raide +corset busc fermant par derrire, dans une armature solide appele un +<i>corps piqu</i>, que recouvre un corsage d'toffe raidie et baleine +aussi.</p> + +<p>Pour sortir dans la rue, les femmes ajustent sous leurs chaussures des +patins lgers semelles de lige, ce qui s'est dj fait aux sicles +prcdents, mais on raille beaucoup les femmes de petite taille qui ont +pris pour habitude de se jucher sur des patins formidables, ou de se +hausser par des souliers nombreuses semelles superposes.</p> + +<p>Pour la coiffure, c'est la coiffe de rseau, la pointe sur le front +faisant de la figure une sorte de cœur, ce que nous connaissons +surtout sous le nom de coiffe la Marie Stuart, ou bien c'est le +chaperon de velours noir, une sorte de chapeau assez peu seyant.</p> + +<p><span class="pagenum"><a name="Page_71" id="Page_71">71</a></span></p> + +<p>Il est de mauvais ton pour les dames nobles et mme pour les bourgeoises +de sortir sans masque. trange mode, ce masque noir est encore une note +triste ajoute un ensemble dj bien sombre.</p> + +<p>Les masques, de velours noir, sont courts, laissant voir le bas du +visage, ou mentonnire; ils s'attachent derrire les oreilles ou bien, +ce qui est plus raffin, se maintiennent au moyen d'un bouton de verre +tenu avec les dents. Cette mode passant des femmes de qualit aux toutes +petites bourgeoises durera longtemps, jusque sous Louis XIII.</p> + +<p>Le masque cependant est coquet, il y avait moins joli, il y avait le +<i>touret de nez</i>, pice d'toffe noire attache par les cts au +chaperon, qui s'ajustait sous les yeux et cachait tout le bas du visage, +invention bizarre et peu sduisante qui ressemblait, en laid, au voile +de figure des femmes du Caire.</p> + +<p>Ces tourets de nez, parat-il, ont leur raison d'tre et leur utilit. +Ne les soulevons pas. Les dames se fardent outrageusement suivant une +mode venue d'Italie avec Catherine de Mdicis, <span class="pagenum"><a name="Page_72" id="Page_72">72</a></span> elles se peignent +comme de simples Carabes et s'appliquent sur les joues, sous le touret +de nez, les couleurs les plus vives et les plus dangereuses pour +l'piderme. Les visages fminins sont enduits de plaques de vermillon, +ou bien, sous prtexte d'entretenir la fracheur du teint, de pommades +et de drogues vraiment peu ragotantes.</p> + +<p>Horrible!</p> + +<p>Une <i>Instruction pour les jeunes dames</i> donne des indications sur la +composition de ces <i>oints</i> ou plutt de ces fricasses dplorables o +il entre de la trbenthine, des fleurs de lis, du miel, des œufs, +des coquilles, du camphre, etc., le tout cuit dans l'intrieur d'un +pigeon, tritur et distill ensuite.</p> + +<p>Pouah! le touret de nez parat assez indispensable aprs cela.</p> + +<div class="figcenter2" style="width: 321px;"><a name="img-after-page-72" id="img-after-page-72"></a> + <img src="images/after-page-72.jpg" alt="" title="" width="321" height="500" /> + <div class="caption"> + <p class="center">DAME DU TEMPS DE CHARLES IX.<span class="link"><a href="images/x-after-page-72.jpg"> + <img class="agrandissement" src="images/agrandissement.jpg" alt="" title="" width="18" height="14" /></a></span></p> + </div> +</div> + +<p>Le florentin Ren, amen par Catherine, fournissait aux belles dames de +la cour fards, parfums et cosmtiques; on sait qu'il cuisina souvent +pour la reine mre d'autres fournitures plus nuisibles destines +supprimer avec lgance et discrtion les gens embarrassants.</p> + +<p><span class="pagenum"><a name="Page_73" id="Page_73">73</a></span></p> + +<div class="figcenter2" style="width: 298px;"> + <img src="images/page-73.jpg" alt="" title="" width="298" height="465" /> + <div class="caption"> + <p class="center">Etoffes ramages.<span class="link"><a href="images/x-page-73.jpg"> + <img class="agrandissement" src="images/agrandissement.jpg" alt="" title="" width="18" height="14" /></a></span></p> + </div> +</div> + +<p>Quelle poque! d'un bout du royaume l'autre, dans le mlange des +partis en lutte, on se dispute, on se hait, on se bat. Pendant trente +ans tout est boulevers, les armes catholiques et huguenotes se +poursuivent par les provinces, mettant tour tour les villes sac, +brlant les chteaux les uns des autres, guerre sans merci o les femmes +et les enfants <span class="pagenum"><a name="Page_74" id="Page_74">74</a></span> sont envelopps, guerre de surprises et de +massacres.</p> + +<p>Les villes sont assiges, les campagnes sont ravages par les argoulets +et arquebusiers catholiques, par les retres protestants, les chteaux +et manoirs enlevs par de rapides coups de main... Il faut fuir quand on +ne se sent pas le plus fort, ou prir...</p> + +<p>On comprendrait, qu'en ces lugubres temps, les costumes des femmes se +soient un peu masculiniss. Les pauvres femmes ont si souvent besoin, +pour se tirer d'affaire dans les moments difficiles, d'enfourcher +chevaux ou mules, de chevaucher comme les hommes!</p> + +<p>Ainsi, en 1568, Cond surpris en pleine paix, dut, pour chapper aux +troupes de Catherine, s'enfuir de son chteau de Noyers prs d'Auxerre +et courir jusqu' la Rochelle, chapper aux partis de cavalerie, +traverser la Loire gu, avec sa femme enceinte porte dans une +litire, avec trois enfants au berceau, la famille de l'amiral Coligny, +celle d'Andelot, nombre d'enfants et de nourrices...</p> + +<p>Les femmes empruntrent au costume masculin <span class="pagenum"><a name="Page_75" id="Page_75">75</a></span> une espce de pourpoint + hauts de chausses qui se mettait sous la robe. Ces <i>caleons</i>, ainsi +s'appelaient-ils, permettaient, malgr les larges jupes, d'enfourcher +plus commodment les arons.</p> + +<p>Les vertugadins continuaient se porter et grandir malgr tout</p> + +<div class="poem"> + <p class="noindent"> + Et les dames ne sont pas bien accommodes<br /> + Si leur vertugadin n'est large dix coudes,<br /> + </p> +</div> + +<p class="noindent">dira bientt un satirique <i>Discours sur la mode</i>.</p> + +<div class="figcenter3" style="width: 266px;"> + <img src="images/page-75.jpg" alt="" title="" width="266" height="333" /> + <div class="caption"> + <p class="center">Au temps de la Rforme.<span class="link"><a href="images/x-page-75.jpg"> + <img class="agrandissement" src="images/agrandissement.jpg" alt="" title="" width="18" height="14" /></a></span></p> + </div> +</div> + +<hr class="small" /> + +<p><span class="pagenum"><a name="Page_76" id="Page_76">76</a></span></p> + +<div class="figcenter" style="width: 356px;"><a name="img_ch5" id="img_ch5"></a> + <img src="images/page-76.jpg" alt="" title="" width="356" height="390" /> + <div class="caption"> + <p class="center">Coiffure et Collerette Valois.<span class="link"><a href="images/x-page-76.jpg"> + <img class="agrandissement" src="images/agrandissement.jpg" alt="" title="" width="18" height="14" /></a></span></p> + </div> +</div> + +<h2><a name="ch5" id="ch5"></a>V<br /><br /> +<span class="small1">HENRI III</span></h2> + +<p class="intro">La cour du Roi-Femme.—Les grandes fraises plisses, godronnes ou en +cornets.—Les femmes-cloches.—Les grandes manches.—Horribles mfaits +du corset.—La reine Margot et ses pages blonds.</p> + +<p>Le rgne de Henri III n'apporte aucun changement dans la situation. Les +temps furent plus sombres peut-tre et le pays plus boulevers. +Cependant malgr la sainte Ligue, malgr <span class="pagenum"><a name="Page_77" id="Page_77">77</a></span> le redoublement des +guerres civiles, malgr l'incendie de ses provinces et le sang qui +coulait de partout, Henri III, roi de la France tiraille quatre +chevaux, prit en main le sceptre de la mode.</p> + +<p>Aprs le sombre Charles IX, ddaigneux du luxe et des affiquets de la +toilette, venait un roi mignard, fris, frais, musqu, fard, qui, tout +en renouvelant les dits de Charles IX contre le luxe, lanait la cour, +et aprs la cour tout ce qui peut suivre la mode, dans un dbordement de +folies luxueuses, de somptuosits excentriques et extravagantes.</p> + +<p>Sous ce roi de <i>l'le des Hermaphrodites</i>, comme des pamphlets +l'appelrent, le roi-femme, et l'homme-Reine de d'Aubign:</p> + +<div class="poem"> + <p class="noindent"> + Son visage de blanc et de rouge empt,<br /> + Son chef tout empoudr nous montrrent l'ide<br /> + En la place d'un roi d'une fille farde.<br /> + </p> +</div> + +<p class="noindent">tout est dsordonn et drgl la cour. Le luxe et les dbordements +sont tels que la plus chaste Lucrce y deviendrait une Faustine, dit la +chronique de l'toile.</p> + +<p><span class="pagenum"><a name="Page_78" id="Page_78">78</a></span></p> + +<p>Le royaume de la mode lui-mme est boulevers, il n'y a plus de +frontires naturelles et les modes se confondent pour les deux sexes. Le +roi, par un got singulier, fminisa le plus possible ses costumes, +cherchant ce qui pouvait se prendre aux modes fminines, depuis la +coiffure jusqu' l'ventail.</p> + +<p>Comme les dames de la cour, le roi et ses mignons adoptrent les +colliers de perles, les boucles d'oreilles, les dentelles de Venise et +les grandes fraises. Comme les dames, pour entretenir la fracheur de +leur teint, ils se fardrent et se cosmtiqurent d'une faon ridicule, +allant jusqu' mettre la nuit des masques et des gants enduits de +pommade; tranges modes effmines pour un temps de poignards levs et +de prils constants.</p> + +<p>Ces <i>mignons et popelirots</i> ne portaient-ils pas comme les dames une +sorte de corset pour faire taille fine, le pourpoint busc descendant +trs bas en pointe, devenu bientt le ridicule pourpoint panse +rembourre formant une espce de ventre pointu la faon de +Polichinelle. Ne se coiffaient-ils pas de la toque <span class="pagenum"><a name="Page_79" id="Page_79">79</a></span> fminine orne +de plumes et de pierreries...</p> + +<p>Les femmes ne prirent rien aux modes masculines, mais elles se +rattraprent en exagrant considrablement les dimensions et +l'ornementation de tous les lments du costume, en recherchant la +somptuosit des toffes, en se surchargeant encore d'accessoires et de +joaillerie. C'est Marguerite de Valois, sœur du Roi, la reine Margot +d'Henri IV qui mne la mode, et moins le ridicule que la grce fminine +esquive, elle fait bien le pendant de l'tonnant Henri III, le satrape +musqu et fard qui empse et godronne lui-mme ses fraises et celles de +la reine, et se promne avec des petits chiens sur les bras ou le +bilboquet la main.</p> + +<div class="figcenter2" style="width: 349px;"> + <img src="images/page-80.jpg" alt="" title="" width="349" height="500" /> + <div class="caption"> + <p class="center">Toilette de Cour.<span class="link"><a href="images/x-page-80.jpg"> + <img class="agrandissement" src="images/agrandissement.jpg" alt="" title="" width="18" height="14" /></a></span></p> + </div> +</div> + +<p>Les fraises ont pris des proportions fantastiques, ce sont d'immenses +cornets vass, soutenus par des fils de laiton, de magnifiques +dentelles ou broderies de point de Venise, qui partant du corsage, +laissent voir les paules et montent derrire la tte jusque par-dessus +la coiffure. La figure farde ainsi encadre dans cette dentelle +pointes, c'est une fleur clatante ou un fruit, ou plutt c'est une tte +<span class="pagenum"><a name="Page_80" id="Page_80">80</a></span> d'idole, trop apprte, peinte et repeinte, ruisselante de +bijouterie et de clinquant.</p> + +<div class="figcenter2" style="width: 335px;"><a name="img-after-page-80" id="img-after-page-80"></a> + <img src="images/after-page-80.jpg" alt="" title="" width="335" height="500" /> + <div class="caption"> + <p class="center">TOILETTE DE COUR HENRI III.<span class="link"><a href="images/x-after-page-80.jpg"> + <img class="agrandissement" src="images/agrandissement.jpg" alt="" title="" width="18" height="14" /></a></span></p> + </div> +</div> + +<p>Encadrement de corsage en joaillerie, or, pierreries, perles, colliers, +boucles d'oreilles, <span class="pagenum"><a name="Page_81" id="Page_81">81</a></span> perles et diamants la coiffure, les +princesses et les grandes dames tincellent. Les coiffures sont trs +basses, les cheveux arrangs en pointe sur le front et relevs en +rouleau sur les tempes, dessinent un cœur que couronne un simple +cercle orn de pierres et de perles fines.</p> + +<div class="figcenter2" style="width: 330px;"> + <img src="images/page-81.jpg" alt="" title="" width="330" height="308" /> + <div class="caption"> + <p class="center">Le Masque.<span class="link"><a href="images/x-page-81.jpg"> + <img class="agrandissement" src="images/agrandissement.jpg" alt="" title="" width="18" height="14" /></a></span></p> + </div> +</div> + +<p>Sur les corsages et sur les jupes, des lignes de perles forment des +quadrills ou des losangs. La ceinture pendants trs longs, est en +joaillerie galement; l'extrmit pend un petit miroir, prcieusement +encadr, que les dames ont tout instant la main, <span class="pagenum"><a name="Page_82" id="Page_82">82</a></span> pour vrifier +l'tat de cette prcieuse toilette si difficile porter, de ces fraises +immenses, d'une si haute et si majestueuse lgance, pour lesquelles les +dames sont la gne dans les runions et dans la presse des ftes de la +cour.</p> + +<p>Il suffit pour en juger de voir au Louvre un tableau du temps, +reprsentant un bal la cour, aux ftes donnes pour le mariage du duc +de Joyeuse avec la belle-sœur du roi, noces fameuses, clbres avec +un faste inou par vingt-cinq ou trente journes de festins, de joutes +ou de mascarades, pendant lesquelles toute la cour, les princes et +princesses, seigneurs et nobles dames rivalisrent de richesses et de +somptuosits folles, dans leurs toilettes renouveles de fte en fte.</p> + +<p>D'aprs ce tableau des noces de Joyeuse, attribu Clouet, les +seigneurs et les nobles dames rivalisrent surtout de ridicule dans +leurs ajustements. Ce ne sont que corsages pointes, fantastiquement +serrs ou pourpoints abdomens pointus, qui donnent aux uns et aux +autres, des apparences d'insectes, fines gupes ou gros bourdons.</p> + +<p><span class="pagenum"><a name="Page_83" id="Page_83">83</a></span></p> + +<div class="figcenter2" style="width: 369px;"> + <img src="images/page-83.jpg" alt="" title="" width="369" height="464" /> + <div class="caption"> + <p class="center">Les Manches bouffantes.<span class="link"><a href="images/x-page-83.jpg"> + <img class="agrandissement" src="images/agrandissement.jpg" alt="" title="" width="18" height="14" /></a></span></p> + </div> +</div> + +<p>Ces corsages, dont les buscs n'en finissent pas, ont des manches normes +et rembourres, aussi grosses aux paules que le corps tout entier, +formes d'une succession de gros bourrelets crevs, bords de perles +ou de clinquant, avec des poignets de fine dentelle assortis la +fraise.</p> + +<p>Quant aux vertugadins, ils ballonnent et s'largissent considrablement, +ce sont maintenant <span class="pagenum"><a name="Page_84" id="Page_84">84</a></span> plus que des cloches, ce sont de vastes +soupires renverses, sur lesquelles on porte deux robes superposes, la +robe de <ins class="correction" title="dessous">dessus</ins>, de riche brocart ou d'toffes charges de mille +broderies, s'ouvrant pour laisser voir l'autre, laquelle est de couleur +diffrente et non moins ornemente.</p> + +<p>Au plus pais des troubles et confusions, quand ligueurs, royaux et +huguenots se heurtaient, s'arquebusaient et se pendaient d'un bout du +royaume l'autre, Damville, l'an des trois fils du conntable de +Montmorency, qui avait lev la lance pour un quatrime parti, celui des +politiques, alli dans le Midi aux huguenots, dut une belle chandelle +l'invention de ces encombrants vertugadins. Cern dans Bziers, il +allait tre pris et courait grands risques, mais une de ses parentes, +Louise de Montagnard, femme de Franois de Tressan, l'enleva dans son +carrosse, cach sous l'talement de son immense vertugadin, et le fit +passer la barbe de ses ennemis.</p> + +<div class="figcenter2" style="width: 455px;"> + <img src="images/page-85.jpg" alt="" title="" width="455" height="499" /> + <div class="caption"> + <p class="center">Le petit manteau Henri III.<span class="link"><a href="images/x-page-85.jpg"> + <img class="agrandissement" src="images/agrandissement.jpg" alt="" title="" width="18" height="14" /></a></span></p> + </div> +</div> + +<p>C'est le second sauvetage opr par le vertugadin; peut-tre aurait-il +faire valoir bien <span class="pagenum"><a name="Page_85" id="Page_85">85</a></span> d'autres actes de service, si l'histoire avait +daign les enregistrer. La crinoline, que nous avons connue, n'a pas de +haut fait pareil son actif. Sa vaste envergure fut aussi utilise, non +pour de si dramatiques vasions, mais seulement par d'ingnieuses +fraudeuses, qui se contentaient d'accrocher sous leurs jupes, <span class="pagenum"><a name="Page_86" id="Page_86">86</a></span> ses +cerceaux, des objets soumis aux droits.</p> + +<div class="figcenter2" style="width: 399px;"> + <img src="images/page-86.jpg" alt="" title="" width="399" height="402" /> + <div class="caption"> + <p class="center">Sous Henri III.<span class="link"><a href="images/x-page-86.jpg"> + <img class="agrandissement" src="images/agrandissement.jpg" alt="" title="" width="18" height="14" /></a></span></p> + </div> +</div> + +<p>Le corset n'est plus la simple <i>basquine</i>, assez inoffensive des +commencements, le <i>corps piqu</i> qu'endurent, sous prtexte de +s'avantager la poitrine, les belles dames de ce temps, c'est un +vritable instrument de torture, un moule dur et solide dans lequel il +fallait entrer, souffrir et rester, malgr les clisses de bois qui +entraient dans la chair, mettaient la taille vif et faisaient +chevaucher les ctes <span class="pagenum"><a name="Page_87" id="Page_87">87</a></span> les unes par-dessus les autres, ce sont +Montaigne et Ambroise Par qui le disent, et ce dernier pouvait en +savoir quelque chose.</p> + +<p>Comme le vertugadin et plus que le vertugadin, le corset passera les +sicles, durera travers toutes les modes, malgr toutes les attaques, +malgr les mdecins qui l'excommunient avec unanimit, victorieux de +tous et de toutes, victorieux contre l'vidence. Les absurdes mignons +d'Henri III l'ont bien un moment fait adopter par les hommes!</p> + +<p>Les beauts clbres du temps, M<sup>me</sup> de Sauves, la reine Margot, dans +leurs atours de crmonie, avec tous leurs joyaux et pierreries, dans +leurs corsages raidis et luisants, couverts de rinceaux d'or, ont l'air +de desses revtues de cuirasses damasquines. Ne m'approchez pas, +disent les grandes fraises pointes de ces beauts, qui pourtant ne +sont gure inaccessibles.</p> + +<div class="figcenter2" style="width: 370px;"> + <img src="images/page-88.jpg" alt="" title="" width="370" height="361" /> + <div class="caption"> + <p class="center">La Reine Margot.<span class="link"><a href="images/x-page-88.jpg"> + <img class="agrandissement" src="images/agrandissement.jpg" alt="" title="" width="18" height="14" /></a></span></p> + </div> +</div> + +<p>Cette folie de luxe, une poque si sombre pourtant, a gagn toutes les +femmes. Il n'est pas de femme de petite noblesse, de femme de robin, de +bourgeoise qui n'essaie d'approcher <span class="pagenum"><a name="Page_88" id="Page_88">88</a></span> des grands modles, au grand +dplaisir des maris, au grand pril des fortunes dj bien atteintes par +les malheurs des temps.</p> + +<div class="figcenter2" style="width: 325px;"><a name="img-after-page-88" id="img-after-page-88"></a> + <img src="images/after-page-88.jpg" alt="" title="" width="325" height="500" /> + <div class="caption"> + <p class="center">GRANDE TOILETTE MDICIS.<span class="link"><a href="images/x-after-page-88.jpg"> + <img class="agrandissement" src="images/agrandissement.jpg" alt="" title="" width="18" height="14" /></a></span></p> + </div> +</div> + +<p>Le brillant <span class="smcap">XVI</span><sup>e</sup> sicle, le sicle de la Renaissance, illustr par tant +d'artistes et de lettrs, tant d'tincelants chevaliers et de dames +blouissantes, le <span class="smcap">XVI</span><sup>e</sup> sicle finit mal cependant. Il plane sur cette +fin, sur cette poque d'Henri III, aux raffinements corrompus, sur la +cour et la ville, sur ces belles et nobles dames, sur ces reines +vnneuses, sur ces mignons <span class="pagenum"><a name="Page_89" id="Page_89">89</a></span> et ces raffins, une telle odeur de +sang, que dans ce bouleversement et dans cette corruption sociale, ce +n'est pas de trop de tous les parfums violents dont on use, de ce musc +et de cette ambre pour la masquer.</p> + +<div class="figcenter2" style="width: 475px;"> + <img src="images/page-89.jpg" alt="" title="" width="475" height="372" /> + <div class="caption"> + <p class="center">Grande Fraise Henri III.<span class="link"><a href="images/x-page-89.jpg"> + <img class="agrandissement" src="images/agrandissement.jpg" alt="" title="" width="18" height="14" /></a></span></p> + </div> +</div> + +<p>Marguerite de Valois, fleur au parfum dangereux, survivra ce temps et +finira en 1615, quelques annes aprs Henri IV, son ex-mari; elle finira +vieille coquette, farde et musque, essayant, malgr l'ge, malgr +l'embonpoint qui dtriore sa prestance d'ex-desse, de garder <span class="pagenum"><a name="Page_90" id="Page_90">90</a></span> les +grces solennelles et apprtes de son beau temps et ses grands costumes +d'apparat, tranant une petite cour de ses chteaux du Languedoc son +logis parisien de l'htel de Sens qui existe encore, distinguant de +temps autre quelque trop joli cavalier, ou quelque gentil jeune page, +de ces pages qui occupaient dj la chronique en ses belles annes, +quand on l'accusait de les faire tondre pour se fabriquer des perruques +blondes avec leur toison.</p> + +<p>Tout la fin de cette reine, devenue la grotesque Margot, l'un de ces +pages prfrs ayant t dagu dans l'htel mme par un jeune cuyer, +jaloux de possder les bonnes grces de la vieille reine, Marguerite +entra en fureur comme une lionne blesse, et pour venger l'objet de ses +dernires amours, elle prtendit exercer fodalement le droit de haute +justice dans sa maison; elle condamna le coupable mort et le fit +dcapiter sans dsemparer, sous ses yeux affams de sang, devant le +populaire assembl dans le carrefour, sur la porte mme de l'htel de +Sens.</p> + +<hr class="small" /> + +<p><span class="pagenum"><a name="Page_91" id="Page_91">91</a></span></p> + +<div class="figcenter" style="width: 333px;"><a name="img_ch6" id="img_ch6"></a> + <img src="images/page-91.jpg" alt="" title="" width="333" height="294" /> + <div class="caption"> + <p class="center">La fraise collerette.<span class="link"><a href="images/x-page-91.jpg"> + <img class="agrandissement" src="images/agrandissement.jpg" alt="" title="" width="18" height="14" /></a></span></p> + </div> +</div> + +<h2><a name="ch6" id="ch6"></a>VI<br /><br /> +<span class="small1">HENRI IV ET LOUIS XIII</span></h2> + +<p class="intro">Retour une simplicit relative.—Les femmes-tours.—Hautes +coiffures.—Excommunication du dcolletage.—Les robes grands +ramages de fleurs.—Collets monts et collets rabattus.—Tailles +longues.—Les dits de Richelieu.—La dame suivant l'dit.—Tailles +courtes.</p> + +<p>Il y a des sicles qui ont la vie dure, et d'autres qui meurent avant +l'ge, le <span class="smcap">XVI</span><sup>e</sup> sicle, de complexion sans doute particulirement +robuste, se prolongea jusqu' la fin du rgne du Barnais, avec ses +ides et ses mœurs, <span class="pagenum"><a name="Page_92" id="Page_92">92</a></span> ses faons et ses modes. On verra plus tard +le <span class="smcap">XVII</span><sup>e</sup> durer de mme avec Louis XIV au dtriment du <span class="smcap">XVIII</span><sup>e</sup>, et ce +pauvre et charmant <span class="smcap">XVIII</span><sup>e</sup> finir tristement avant l'ge, de mort subite +en l'anne 89.</p> + +<p>Ces annes de grce du <span class="smcap">XVI</span><sup>e</sup> sicle sous le sceptre du roi Henri, sont +une convalescence aprs les longues annes de fivre chaude; la France, +que la maladie a mise si bas, renat, le poison qu'elle avait dans les +veines est expuls, tout se rpare, se nettoie et s'assainit.</p> + +<p>Aprs les raffinements ridicules et maladifs du rgne de Henri III, le +costume prend un caractre sans faon, un aspect de bonne et simple +franchise, s'il peut y avoir de la franchise dans le costume. C'est +cependant presque le mme costume, mais simplifi dans les lignes et +dbarrass de ce qu'il avait de surabondant et de trop cherch dans les +dtails.</p> + +<p>Les modes sont moins lgantes, certainement, celles des femmes comme +celles des hommes; elles ont bien des ridicules aussi, mais ce sont des +ridicules nafs. On est sorti de la prtention excessive, de la grce +raffine et <span class="pagenum"><a name="Page_93" id="Page_93">93</a></span> corrompue; en allant dans la simplicit, on est tomb +dans la lourdeur et la gaucherie, pourtant de cette lourdeur inlgante +mais saine, se dgagera bientt la grce cavalire du costume Louis +XIII. Il ne faut cependant pas prendre ce mot simplicit au pied de la +lettre: htons-nous de dire que cette simplicit n'est que trs +relative.</p> + +<p>Les jours d'apparat, les dames arboraient encore la mme quantit de +joailleries et de pierreries que par le pass. La reine qui a remplac +Marguerite de Valois aprs le divorce,—une deuxime alliance Mdicis +qui ne parat pas avoir trop russi au Barnais, bien pay dj pour se +souvenir de Catherine—la reine de la main droite Marie de Mdicis et la +reine du ct cœur Gabrielle d'Estres, duchesse de Verneuil, et les +autres belles dames, se montraient aux ftes, ballets, mascarades et +collations, richement pares et magnifiquement <ins class="correction" title="atoures">atournes</ins> et si fort +charges de pierres et pierreries qu'elles ne pouvaient se remuer.</p> + +<p>La reine montra lors d'une grande occasion, une robe, toffe de +trente-deux mille perles <span class="pagenum"><a name="Page_94" id="Page_94">94</a></span> et trois mille diamants, et son exemple +les grandes dames et les dames de moyenne toffe dpensaient volontiers +plus que leurs revenus, en somptuosits, en habillements de brocart, +satins, damas admirables, ramags et passements d'or, chargs et +surchargs de clinquant et de joailleries diverses.</p> + +<p>Voil une bien trange simplicit, et pourtant quand on examine tableaux +et estampes du temps, ces documents n'en montrent pas moins une grande +diffrence entre les suprmes raffinements des modes de Henri III et +l'lgance un peu mastoque du temps de Henri IV.</p> + +<p>Les coiffures sont plus hautes, les ttes se surchargent de cheveux +achets chez le coiffeur, la couleur la mode.</p> + +<p>Pour un temps les perruques des rgnes de Louis XIV et Louis XV +apparaissent, mais sur la tte des dames: perruques brunes ou blondes, +perruques de simple filasse mme, pour celles qui ne pouvaient s'offrir +mieux. Et avec les perruques la poudre aussi se montre. C'est plutt un +empois mlangeant la pommade <span class="pagenum"><a name="Page_95" id="Page_95">95</a></span> aux poudres les plus diverses, depuis +les fines poudres parfumes la violette et l'iris, jusqu' la poudre +de chne pourri, et la simple farine pour les naves campagnardes.</p> + +<p>Ce temps voit aussi clore les mouches qui reparatront galement au +<span class="smcap">XVIII</span><sup>e</sup> sicle, mais ce sont d'abord des mouches larges comme des +empltres et d'un aspect moins sduisant que les coquettes +<i>assassines</i> de plus tard.</p> + +<p>Les femmes du peuple et de la petite bourgeoisie ont gard l'ancien +chaperon, coiffure modeste, pendant que les femmes de la haute classe, +coiffes en cheveux avec perles et bijoux, adoptent pour sortir le +chapeau ou la toque petit bouquet de plumes.</p> + +<p>Voici le portrait d'une dame la mode:</p> + +<p>En ces temps heureux de vivre et de respirer, aprs tant de sombres +annes, une lgante est sangle et comprime dans un corsage dur et +rigide, fortement arm de baleines, une vritable gaine descendant tout +d'une pice, sans indication de model, en longue pointe sur la jupe.</p> + +<div class="figcenter2" style="width: 341px;"> + <img src="images/page-96.jpg" alt="" title="" width="341" height="372" /> + <div class="caption"> + <p class="center">Toilette de Cour Henri IV.<span class="link"><a href="images/x-page-96.jpg"> + <img class="agrandissement" src="images/agrandissement.jpg" alt="" title="" width="18" height="14" /></a></span></p> + </div> +</div> + +<p>Il faut dire qu'on se rattrape de cette mise <span class="pagenum"><a name="Page_96" id="Page_96">96</a></span> la <i>gehenne</i> par le +dcolletage du corsage, trs libralement chancr en pointe aussi, trop +libralement mme, puisque Sa Saintet le Pape se croit oblig +d'intervenir et menace d'excommunication les belles qui continueront +se dcolleter dans des proportions exagres.</p> + +<div class="figcenter2" style="width: 325px;"><a name="img-after-page-96" id="img-after-page-96"></a> + <img src="images/after-page-96.jpg" alt="" title="" width="325" height="500" /> + <div class="caption"> + <p class="center">DAME LOUIS XIII.<span class="link"><a href="images/x-after-page-96.jpg"> + <img class="agrandissement" src="images/agrandissement.jpg" alt="" title="" width="18" height="14" /></a></span></p> + </div> +</div> + +<p>Cette menace d'excommunication—amende payer seulement l-haut—n'a +pas beaucoup d'effet, et les grandes fraises, les collets monts de +magnifiques dentelles soutenues de fils <span class="pagenum"><a name="Page_97" id="Page_97">97</a></span> d'archal, continuent +encadrer les opulences du corsage. La fine dentelle va si bien autour de +la chair, elle fait si bien ressortir les paules et les paules font si +bien valoir les merveilles des points de Venise ou de Flandre, cette +dlicate et si artistique orfvrerie l'aiguille!</p> + +<div class="figcenter2" style="width: 380px;"> + <img src="images/page-97.jpg" alt="" title="" width="380" height="354" /> + <div class="caption"> + <p class="center">La belle Gabrielle.<span class="link"><a href="images/x-page-97.jpg"> + <img class="agrandissement" src="images/agrandissement.jpg" alt="" title="" width="18" height="14" /></a></span></p> + </div> +</div> + +<p>D'normes manches qui ne sont pas des manches tiennent au corsage. Ce +sont des ailes ouvertes fendues ds l'paule, descendant trs bas, +garnies de boutons serrs qui ne se boutonnent <span class="pagenum"><a name="Page_98" id="Page_98">98</a></span> pas. La vraie manche +parat en dessous, toujours rembourre et remontante aux paules, +termine par des poignets en dentelles appels rebras.</p> + +<p>Les jupes sont moins ballonnes que jadis, le vertugadin est plus +modeste, c'est une simple cloche lourde et tombant droit, ou plutt cela +ressemble la grosse caisse bariole d'un bataillon de Suisses, mais +les hanches sont renfles en coupole et accuses de faon grotesque par +un rang de tuyaux godronns de la mme toffe que la robe.</p> + +<p>Il est assez difficile aux femmes d'avoir avec cela une dmarche +lgante et lgre; cependant les beauts de l'poque tiennent ces +jupes et l'idal de la grce est d'affecter en marchant un dandinement +de canard pour leur donner un balancement rythmique.</p> + +<p>Une dame lgante a sous la robe trois autres jupes qu'elle doit montrer +en se retroussant lgamment, trois autres jupes d'ornementation et de +couleurs diffrentes.</p> + +<p>Dans la liste des toffes et des couleurs la mode, elle a de quoi +choisir, nous avons alors <span class="pagenum"><a name="Page_99" id="Page_99">99</a></span> une srie de noms aussi drolatiques que +ceux invents plus tard par le capricieux <span class="smcap">XVIII</span><sup>e</sup> sicle.<br /></p> + +<p><i>Couleur triste amie, ventre de biche, face gratte, couleur de rat, +fleur mourante, singe mourant, couleur de veuve rjouie, de temps +perdu, de trpass revenu, Espagnol malade, pch mortel, jambon +commun, racleur de chemine, etc.</i><br /></p> + +<p>Le temps de la rgence de Marie de Mdicis est une poque de transition +entre les modes du <span class="smcap">XVI</span><sup>e</sup> et celles du <span class="smcap">XVII</span><sup>e</sup> sicles; le vrai costume +Louis XIII ne se dgagera compltement des derniers vestiges des modes +de la Renaissance que vers 1630, l'poque des dits rformateurs de +Richelieu qui, prohibant draps et brocards d'or et d'argent, broderies +et passementeries de fils d'or, dentelles, points coups, forcrent les +lgants se contenter d'toffes et de lingeries plus simples et +induisirent les tailleurs de robes et d'habits chercher des formes +nouvelles.</p> + +<p>Pendant la premire partie du rgne, la mode se dgage lentement de sa +lourdeur, le <span class="pagenum"><a name="Page_100" id="Page_100">100</a></span> vertugadin diminue peu peu et le si disgracieux +renflement godronn au-dessus des hanches disparat, remplac par un +retroussis grands plis de la jupe de dessus.</p> + +<p>Le vertugadin humili a pass la frontire, il rgne en Espagne o sous +le nom de <i>guarde infante</i>, il prend de si colossales proportions que +l'autorit veut par des dits, comme en France, arrter leur +dveloppement. A l'amende s'ajoute la saisie et l'exposition publique +des objets prohibs. L'dit, svrement appliqu, suscita des +rsistances violentes et des meutes o le sang coula.</p> + +<p>Le vertugadin eut la vie si longue de l'autre ct des Pyrnes que les +galants de la cour de Louis XIV le revirent avec surprise port par les +dames de la cour espagnole lors de l'entrevue dans l'le de la +Confrence pour le mariage de Louis avec Marie-Thrse.</p> + +<p>En France, la recherche, la richesse et le faste, la multiplicit des +ornements, la surcharge de joaillerie se remettent dominer dans la +mode et toutes les dames, mme celles de la plus simple bourgeoisie +donnent dans <span class="pagenum"><a name="Page_101" id="Page_101">101</a></span> l'abus des superfluits coteuses et du clinquant.</p> + +<div class="figcenter2" style="width: 378px;"> + <img src="images/page-101.jpg" alt="" title="" width="378" height="500" /> + <div class="caption"> + <p class="center">D'aprs Callot.<span class="link"><a href="images/x-page-101.jpg"> + <img class="agrandissement" src="images/agrandissement.jpg" alt="" title="" width="18" height="14" /></a></span></p> + </div> +</div> + +<p>Comment une galante femme en habits se comporte, un pote satirique va +nous le dire:</p> + +<div class="poem"> + <p class="noindent"> + Il lui faut des carcans, chanes et bracelets,<br /> + Diamants, affiquets et montants de collets,<br /> + Pour charger un mulet, et voire davantage...<br /> + <span class="pagenum"><a name="Page_102" id="Page_102">102</a></span> + Il lui faut des rabats de la sorte que celles<br /> + Qui sont de cinq ou six villages damoiselles;<br /> + Cinq collets de dentelle haute de demi-pi<br /> + L'un sur l'autre monts...<br /> + </p> +</div> + +<p>Si les vertugadins ont diminu, les fraises ont plutt gagn en hauteur +et dveloppement; les grands portraits de Rubens et ensuite ceux de Van +Dick nous montrent ces fraises de la dernire priode, en +demi-circonfrences s'vasant derrire la tte.</p> + +<p>Mais les estampes de Callot et d'Abraham Bosse vont nous renseigner sur +les modes parisiennes d'avant et d'aprs les dits de Richelieu.</p> + +<p>Callot qui avant 1630 a dessin de sa merveilleuse pointe tant +d'lgants et pittoresques cavaliers en pourpoint de soie ou de buffle, +tant d'officiers en hongreline, petites bottes et grandes flamberges, +de seigneurs bien <span class="smcap">XVII</span><sup>e</sup> sicle, dans ces costumes si charmants et d'une +si jolie crnerie, ports avec tant de prestance et de laisser-aller, a +grav aussi quelques costumes de femmes, qui, bien que de la mme poque +sont encore un peu dans le style des modes du sicle prcdent.</p> + +<p><span class="pagenum"><a name="Page_103" id="Page_103">103</a></span></p> + +<p>Ces dames portent encore les robes taille longue serre dans le <i>corps +piqu</i> rigide, les manches bourrelets avec crevs taillads en grande +ou petite <i>dchiquetade</i>, de couleurs vives, les jupes releves sur le +vertugadin rtrci.</p> + +<p>Elles sont chausses de souliers pont-levis, avec attaches sur le coup +de pied, une mode nouvelle.</p> + +<div class="poem"> + <p class="noindent"> + Les bourgeoises non plus que les dames ne vont<br /> + Nulle part maintenant, qu'avec soulier pont,<br /> + Qui aye aux deux cts une large ouverture<br /> + Pour faire voir leurs bas, et dessus pour parure<br /> + Un beau cordon de soie en nœud d'amour li...<br /> + </p> +</div> + +<p>Ceci dcrit suffisamment le soulier Louis XIII d'une si cavalire +lgance. Le Muse de Cluny dans sa riche collection de chaussures en +possde d'admirables, trs dcoups et dcors d'ornements noirs sur le +cuir fauve et d'autres plus simples avec le nœud de rubans dit +<i>nœud d'amour</i>.</p> + +<p>Les dcoupures laissaient voir les bas de soie incarnat, couleur la +mode; pour sortir <span class="pagenum"><a name="Page_104" id="Page_104">104</a></span> on ajoutait ces souliers des patins de velours +cramoisi trs hautes semelles.</p> + +<div class="figcenter2" style="width: 389px;"> + <img src="images/page-104.jpg" alt="" title="" width="389" height="345" /> + <div class="caption"> + <p class="center">Fraise Mdicis.<span class="link"><a href="images/x-page-104.jpg"> + <img class="agrandissement" src="images/agrandissement.jpg" alt="" title="" width="18" height="14" /></a></span></p> + </div> +</div> + +<p>Les gants des lgantes taient non moins jolis, orns de dessins sur le +dos et d'arabesques brods sur le grand crispin embotant le poignet.</p> + +<div class="figcenter2" style="width: 324px;"><a name="img-after-page-104" id="img-after-page-104"></a> + <img src="images/after-page-104.jpg" alt="" title="" width="324" height="500" /> + <div class="caption"> + <p class="center">FIN DU RGNE DE LOUIS XIII.<span class="link"><a href="images/x-after-page-104.jpg"> + <img class="agrandissement" src="images/agrandissement.jpg" alt="" title="" width="18" height="14" /></a></span></p> + </div> +</div> + +<p>De vives chamarrures, de grands ramages de fleurs courent sur toutes les +robes comme ils couvrent toutes les toffes du temps. Le jardin des +plantes, autrefois jardin du Roi, doit sa cration cette mode; le +noyau primitif fut sous Henri IV le jardin d'un horticulteur avis +<span class="pagenum"><a name="Page_105" id="Page_105">105</a></span> o toutes les sortes de plantes franaises ou trangres taient +cultives en vue de fournir des modles aux dessinateurs d'toffes ou de +broderies.</p> + +<div class="figcenter2" style="width: 312px;"> + <img src="images/page-105.jpg" alt="" title="" width="312" height="397" /> + <div class="caption"> + <p class="center">Corsage Louis XIII.<span class="link"><a href="images/x-page-105.jpg"> + <img class="agrandissement" src="images/agrandissement.jpg" alt="" title="" width="18" height="14" /></a></span></p> + </div> +</div> + +<p>Les coiffures varient. Longtemps cause des grands collets des fraises, +elles sont restes trs hautes, ondes ou frises en bonnet d'astrakan +et ornes seulement de bijoux. Plus tard les fraises s'abaissent tout +coup et se sparent <i>en rabats</i> de dentelle de <i>point coup</i>, <span class="pagenum"><a name="Page_106" id="Page_106">106</a></span> +rabattus sur l'chancrure carre du corsage, et en <i>collets abaisss</i>, +sinon rabattus aussi.</p> + +<p>La coiffure peut s'abaisser aussi avec ces fraises basses; on forme un +petit chignon dit <i>culebutte</i> derrire la tte et on encadre la figure +de jolies boucles tombantes ou frises. Cette mode s'exagre un peu, les +femmes se font avec leur coiffure frisotte et les petites mches +plaques sur le front, une tte ronde comme une boule.</p> + +<p>Viennent les dits de Richelieu qui veut empcher l'or de France de s'en +aller, au dtriment du commerce franais, enrichir les manufactures +trangres en achats de passementeries de soie de Milan et de dentelles +ou broderies, les dits qui prohibent ensuite les galons et franges, +parfilures et canetilles enrichies d'or et d'argent, en ne permettant +que les galons troits de simple toffe; le costume va changer tout +coup,</p> + +<div class="poem"> + <div class="stanza"> + <span class="i2">Il faut serrer ces belles jupes</span><br /> + <span class="i2">Qui brillent de clinquants divers.</span><br /> + <span class="i2">On a pris les dames pour dupes,</span><br /> + <span class="i0">Leurs habits n'en seront point couverts,</span><br /> + </div> +</div> + +<p class="noindent"><span class="pagenum"><a name="Page_107" id="Page_107">107</a></span> dit une dame dessine par Abraham Bosse en 1634 aprs les dits et +la rformation du costume.</p> + +<div class="figcenter2" style="width: 419px;"> + <img src="images/page-107.jpg" alt="" title="" width="419" height="304" /> + <div class="caption"> + <p class="center">Bourgeoise Louis XIII.<span class="link"><a href="images/x-page-107.jpg"> + <img class="agrandissement" src="images/agrandissement.jpg" alt="" title="" width="18" height="14" /></a></span></p> + </div> +</div> + +<p>Changement radical, plus de surcharge d'ornements, plus d'toffes +ramages, plus de fines dentelles de Venise ou de Bruxelles. La dame +<i>suivant l'dit</i> d'Abraham Bosse porte sur une jupe plate, plis +tombant droit, sans le moindre soupon de vertugade, un corsage +basques, taille trs haute serre par un simple ruban, des manches +larges, ouvertes <span class="pagenum"><a name="Page_108" id="Page_108">108</a></span> sur une manche de dessous trs simple sans la +moindre broderie ni garniture.</p> + +<p>La grande fraise, le grand collet mont ou rabattu est remplac par un +grand rabat de lingerie qui monte jusqu'au menton. Il n'y a plus dans ce +costume aucun reste des modes du <span class="smcap">XVI</span><sup>e</sup> sicle dfinitivement trpasses.</p> + +<p>Mais ce costume extrmement simple, d'une sobrit qui touche +l'austrit, restera celui des toutes petites bourgeoises, des bonnes +mnagres qui les dits somptuaires ne causent pas grand souci ni +douleur; c'est en somme dans les grandes lignes, le costume actuel des +sœurs de Saint-Vincent de Paul, aux couleurs prs.</p> + +<p>Les belles dames vont prendre ce modeste costume d'aprs les dits et le +transformer bien vite et en faire un des ensembles les plus lgants et +les plus charmants que la mode ait invents, un type vraiment +remarquable de haute distinction, juste au moment o le costume masculin +si dgag, si cavalier des premiers temps de Callot, va se modifier en +mal, devenir lourd et guind avec les justaucorps <span class="pagenum"><a name="Page_109" id="Page_109">109</a></span> taille sous les +bras et les hauts de chausses tombant au mollet.</p> + +<div class="figcenter2" style="width: 322px;"> + <img src="images/page-109.jpg" alt="" title="" width="322" height="500" /> + <div class="caption"> + <p class="center">Fin du rgne de Louis XIII.<span class="link"><a href="images/x-page-109.jpg"> + <img class="agrandissement" src="images/agrandissement.jpg" alt="" title="" width="18" height="14" /></a></span></p> + </div> +</div> + +<p>La robe s'ouvre du haut en bas, laissant voir un devant de corsage de +satin clair orn d'aiguillettes et termin en pointe arrondie sur une +jupe de dessous de soie ou satin mordor. <span class="pagenum"><a name="Page_110" id="Page_110">110</a></span> La robe de dessus ainsi +largement ouverte et assez longue, a tous ses plis sur les cts ou par +derrire.</p> + +<p>Les manches bouffantes sont coupes en minces bandes du haut en bas, +rattaches sur la saigne par un ruban ou simplement ouvertes sur une +riche manche de dessous et garnies sur l'ouverture d'aiguillettes ou de +nœuds de rubans.</p> + +<p>Plus de collets monts, rien que des collets rabattus. Ces grands +collets et rabats de lingerie ont bien vite repris quelques riches +broderies, dont les pointes tombent maintenant trs bas sur les paules +et sur les bras, en mme temps que de hautes manchettes denteles et +dcoupes de la mme broderie montent des poignets jusqu'au coude.</p> + +<p>Et touffes et bouffettes de rubans partout, rosettes au corsage; +guirlandes de rosettes la ceinture, et colliers de perles tombant dans +le corsage, carcans de bijouterie serrs au cou, diamants et pierres sur +les aiguillettes et les ferrets. Voici la dame la mode de 1635 qui +s'en va promener ses riches atours la Place <span class="pagenum"><a name="Page_111" id="Page_111">111</a></span> Royale parmi les +galants moustaches retrousses, qui papillonnent sous les arcades.</p> + +<p>Ce sera tout l'heure le costume des hrones de la Fronde, des +duchesses ligues contre Mazarin, et cela deviendra en se modifiant peu + peu le grand costume des ftes blouissantes de la cour de Louis XIV.</p> + +<div class="figcenter3" style="width: 265px;"> + <img src="images/page-111.jpg" alt="" title="" width="265" height="284" /> + <div class="caption"> + <p class="center">Elgante Louis XIII.<span class="link"><a href="images/x-page-111.jpg"> + <img class="agrandissement" src="images/agrandissement.jpg" alt="" title="" width="18" height="14" /></a></span></p> + </div> +</div> + +<hr class="small" /> + +<p><span class="pagenum"><a name="Page_112" id="Page_112">112</a></span></p> + +<div class="figcenter" style="width: 390px;"><a name="img_ch7" id="img_ch7"></a> + <img src="images/page-112.jpg" alt="" title="" width="390" height="467" /> + <div class="caption"> + <p class="center">Marion.<span class="link"><a href="images/x-page-112.jpg"> + <img class="agrandissement" src="images/agrandissement.jpg" alt="" title="" width="18" height="14" /></a></span></p> + </div> +</div> + +<h2><a name="ch7" id="ch7"></a>VII<br /><br /> +<span class="small1">SOUS LE ROI-SOLEIL</span></h2> + +<p class="intro">Les hrones de la Fronde.—De la Vallire la Maintenon.—Les robes +dites transparentes.—Triomphe de la dentelle.—Le roman de la +mode.—Les Steinquerques.—La coiffure la Fontanges.—Le rgne de +M<sup>me</sup> de Maintenon ou trente-cinq ans de morosit.</p> + +<p>Le rgne du grand roi. Le rgne des architectures talant une +somptuosit d'apparat, une <span class="pagenum"><a name="Page_113" id="Page_113">113</a></span> solennit majestueuse et le rgne des +perruques galement solennelles et majestueuses, des modes d'un luxe +crasant, o la superbe crase un peu l'lgance!</p> + +<div class="figcenter2" style="width: 324px;"><a name="img-after-page-112" id="img-after-page-112"></a> + <img src="images/after-page-112.jpg" alt="" title="" width="324" height="500" /> + <div class="caption"> + <p class="center">A LA COUR DU ROI-SOLEIL.<span class="link"><a href="images/x-after-page-112.jpg"> + <img class="agrandissement" src="images/agrandissement.jpg" alt="" title="" width="18" height="14" /></a></span></p> + </div> +</div> + +<p>Le grand sicle! la grandeur pousse jusqu'au gonflement et la splendeur +jusqu' la surcharge, la mme lourde magnificence dans le style des +htels ou des palais, demeures des nobles seigneurs emperruqus, dans le +mobilier noble et pompeux que dans l'habillement masculin et fminin et +dans les fantaisies raffines du costume.</p> + +<p>Le grand rgne a un prologue lgrement agit, la Fronde, qui donne +occasion aux belles dames de faire un peu de galante politique et de se +donner une petite ide des motions de leurs grand'mres du temps de la +Ligue. La mort a desserr la forte main qui tenait les brides du +royaume, Richelieu disparu, on peut caracoler.</p> + +<p>Et l'exemple de messieurs les ducs, les hrones de la Fronde ont +caracol! Ce commencement, quand le grand roi n'est encore que le petit +roi, a une jolie allure romanesque.</p> + +<p><span class="pagenum"><a name="Page_114" id="Page_114">114</a></span></p> + +<p>M<sup>mes</sup> les Duchesses, M<sup>me</sup> de Chevreuse, M<sup>me</sup> de Montbazon, M<sup>me</sup> +de Bouillon, M<sup>me</sup> de Longueville et la duchesse de Montpensier, +Mademoiselle, la Grande Mademoiselle, petite-fille d'Henri IV, qui aide + battre les soldats du roi coups de canon, en attendant qu'elle soit, + coups de canne, battue par son mari, le beau Lauzun pris dfaut de +Louis,—les belles et sduisantes rebelles aux libres allures, aux beaux +yeux et aux belles tailles sans aller jusqu' la casaque des gardes et +la hongreline soldatesque, arborent avec crnerie des costumes +semi-militaires.</p> + +<p>Pendant les annes de troubles et d'meutes, de guerre civile Paris et +de cavalcades armes dans les provinces, n'assistent-elles pas aux +parades des troupes leves par les princes contre les troupes du Roi, +avec Cond ou contre Cond;—ces amazones, du haut du perron de l'Htel +de Ville, ne haranguent-elles pas les Parisiens toujours en got +d'meute, le populaire hriss de vieilles hallebardes et d'arquebuses +ligueuses, ne passent-elles pas en revue dans Paris un peu assig les +forces de la Fronde, les <span class="pagenum"><a name="Page_115" id="Page_115">115</a></span> milices parisiennes qui tranent +bruyamment ce qui reste du pittoresque bric--brac guerrier du temps de +M. de Guise, la <i>Cavalerie des portes cochres</i> et le rgiment de +Corinthe de M. le Coadjuteur,—et ne tirent-elles pas vaillamment, quand +les affaires se gtent, le canon de la Bastille sur l'arme royale? Quel +joli prtexte modes cavalires.</p> + +<p>Tout est la Fronde, les modes comme le reste. La mode pouvait avoir +quelque motif d'en vouloir au Mazarin qui renouvelait les dits +prohibitifs, ces ternels dits sans doute oublis ou bravs aussitt +que publis et qu'il fallait renouveler toujours, frappant +alternativement les passementeries au profit des guipures, et les +guipures au bnfice de passementeries.</p> + +<p>Louis a grandi, il rgne.</p> + +<p>Mais le roi est jeune, le grand sicle songe se divertir, il aime la +gloire, mais il aime aussi le plaisir. C'est sa premire manire, plus +tard le sicle et le roi, vieillis tous deux, tout en gardant le culte +de la gloire, songeront se repentir du plaisir.</p> + +<p><span class="pagenum"><a name="Page_116" id="Page_116">116</a></span></p> + +<div class="figcenter2" style="width: 385px;"> + <img src="images/page-116.jpg" alt="" title="" width="385" height="500" /> + <div class="caption"> + <p class="center">Une Duchesse de la Fronde.<span class="link"><a href="images/x-page-116.jpg"> + <img class="agrandissement" src="images/agrandissement.jpg" alt="" title="" width="18" height="14" /></a></span></p> + </div> +</div> + +<p>La dernire reine de la mode, reine austre et pince qui mettra le +sicle en pnitence pour le punir de toutes les frivoles inventions de +son bel ge, ce sera la rfrigrante M<sup>me</sup> de Maintenon.</p> + +<p>En attendant, c'est Ninon de l'Enclos la sductrice qui traverse tout ce +sicle, ou c'est <span class="pagenum"><a name="Page_117" id="Page_117">117</a></span> la Vallire, c'est Montespan, c'est Fontanges, +avec une foule de reines d'un jour ou de demi-reines.</p> + +<p>Comme Louis dit: l'Etat c'est moi, la marquise de Montespan peut dire: +<i>la Mode c'est moi!</i> Cela n'empche pas une foule de gnies fminins +de trouver chaque jour quelque idal colifichet, quelque coquetterie +jolie faire tourner toutes les ttes, quelque arrangement nouveau que +les marquis de Molire trouveront dlicieux.</p> + +<p>Pour les hommes c'est le temps des canons, des rhingraves, ces bizarres +hauts de chausses en forme de jupons enrubanns, des <i>petites oies</i> en +bouquets de rubans. Pour les femmes, nulle poque ne vit ajustements +plus riches. Hommes et femmes se ruinent en dploiement de faste.</p> + +<p>Pas trop de changements dans les grandes lignes, mais d'incessantes +petites modifications de dtails et d'ornementation. Ce fut un dfil de +modes rapides, se succdant plus somptueuses ou lgantes les unes que +les autres, et l'on trouva pour les dsigner une foule d'appellations +pittoresques: les galants, les chelles, <span class="pagenum"><a name="Page_118" id="Page_118">118</a></span> les fanfreluches ou menues +bouffettes de soie, les transparents, les falbalas, les prtintailles, +les steinquerkes et les coiffures la Fontanges, l'hurluberlu, etc.</p> + +<p>Voyons les portraits des belles du sicle, des belles des commencements, +du temps des ruelles et des prcieuses de l'htel de Rambouillet, et des +belles des Tuileries ou de Versailles, toiles des ftes du roi du +Soleil. C'est la coiffure en largeur qui domine d'abord, ce sont pendant +longtemps les cheveux friss sur le front et tombant en frisures, en +boucles trs larges sur le ct ou en cadenettes suivant la mode +invente sous Louis XIII par M. de Cadenet, frre du conntable de +Luynes, longues tresses noues par des nœuds de rubans dnomms +<i>galants</i>. Avec cela des robes fort dcolletes, laissant largement +voir les paules, des colliers de grosses perles, les derniers rabats de +dentelles qui diminuent et disparaissent compltement, des corsages en +pointe belles et fines broderies, des manches courtes ouvrant sur des +flots de linon ou des manchettes de dentelles.</p> + +<p><span class="pagenum"><a name="Page_119" id="Page_119">119</a></span></p> + +<div class="figcenter2" style="width: 393px;"> + <img src="images/page-119.jpg" alt="" title="" width="393" height="469" /> + <div class="caption"> + <p class="center">Commencement du grand rgne.<span class="link"><a href="images/x-page-119.jpg"> + <img class="agrandissement" src="images/agrandissement.jpg" alt="" title="" width="18" height="14" /></a></span></p> + </div> +</div> + +<p>La premire jupe se relve comme des courtines de rideaux et se rattache +sur le ct par des agrafes enrichies de brillants ou par des nœuds +de rubans, dcouvrant ainsi de merveilleuses, d'tincelantes robes de +dessous.</p> + +<p>Louis XIV a mis la mode la bride sur le cou en laissant tomber les +dits somptuaires de Mazarin. Les dentelles prohibes reparaissent, <span class="pagenum"><a name="Page_120" id="Page_120">120</a></span> +les somptueuses toffes interdites reviennent au jour. Les tissus d'or +<ins class="correction" title="est">et</ins> d'argent seuls sont interdits, le roi se les <ins class="correction" title="ajout de a">a</ins> rservs pour lui et +pour la cour.</p> + +<p>Le roi fait des cadeaux de pices de ces prcieuses toffes d'une +ornementation noble et touffue aux personnages en grande faveur, comme +il accorde aux courtisans favoriss des justaucorps <i> brevet</i>.</p> + +<p>M<sup>me</sup> de Montespan rgne aprs La Vallire. A certaine fte de la Cour, +elle tincelle dans une robe d'or sur or, rebrod d'or, rebord d'or, +et par-dessus un or fris, rebroch d'un or ml avec un certain or qui +fait la plus divine toffe qui ait jamais t imagine, ainsi que le +dit M<sup>me</sup> de Svign.</p> + +<div class="figcenter2" style="width: 330px;"><a name="img-after-page-120" id="img-after-page-120"></a> + <img src="images/after-page-120.jpg" alt="" title="" width="330" height="500" /> + <div class="caption"> + <p class="center">SOUS LE GRAND ROI.—FIN DU XVII<sup>e</sup> SICLE.<span class="link"><a href="images/x-after-page-120.jpg"> + <img class="agrandissement" src="images/agrandissement.jpg" alt="" title="" width="18" height="14" /></a></span></p> + </div> +</div> + +<p>Les robes <i>transparentes</i> ont un succs fou. Ce sont des robes +d'toffe transparente, mousseline ou linon, sur lesquelles de larges +bouquets de fleurs multicolores ont t peints ou imprims, portes sur +un dessous de satin moir et brillant,—ou bien c'est tout le contraire, +des robes de brocart grands ramages courant sur fond or ou azur, +par-dessus lesquelles <span class="pagenum"><a name="Page_121" id="Page_121">121</a></span> passe une robe d'un tissu lger transparent +comme de la dentelle.</p> + +<div class="figcenter2" style="width: 325px;"> + <img src="images/page-121.jpg" alt="" title="" width="325" height="411" /> + <div class="caption"> + <p class="center">Une favorite du Roi-Soleil.<span class="link"><a href="images/x-page-121.jpg"> + <img class="agrandissement" src="images/agrandissement.jpg" alt="" title="" width="18" height="14" /></a></span></p> + </div> +</div> + +<p>La dentelle s'accommode de toutes faons, du haut en bas du costume +fminin, du corsage aux souliers, et s'allie avec les floches de rubans +qui nouent les cheveux, forment des <i>chelles</i> de grands nœuds sur +les corsages, chamarrent les jupes et flottent un peu partout.</p> + +<p>Des manufactures de dentelles ont t cres de tous cts, inventant +les points d'Alenon, <span class="pagenum"><a name="Page_122" id="Page_122">122</a></span> Valenciennes, le Puy, Dieppe, Sedan, etc.; +les dentellires franaises produisent pour toutes les bourses, bourses +de duchesses ou de procureuses, bourses de marquise ou de simple +commerante, depuis la riche guipure cotant des centaines de pistoles, +que portera la favorite aux ftes de la cour, jusqu'aux dentelles dites +<i>gueuses</i> ou neigeuses, qu'arboreront la toute petite bourgeoise ou mme +la dame de la halle aux jours de crmonie.</p> + +<p>En 1680, rvolution dans la coiffure. Le vent dcoiffe pendant une +chasse royale la duchesse de Fontanges qui a pris le cœur de Louis +aprs la Montespan. Pour rtablir l'harmonie de sa coiffure, la belle +bouriffe prend le ruban de sa jarretire et rattache ses cheveux avec +une jolie rosette par devant. Tout ce que font les favorites n'est-il +pas toujours exquis et dlicieux? Les nobles seigneurs se pment devant +la gracieuse inspiration, les dames s'extasient, et ds le lendemain se +dcoiffent la Fontanges.</p> + +<p>Les coiffures la Fontanges font fureur et rgnent pendant des annes, +revues, modifies et considrablement augmentes. Elles deviennent <span class="pagenum"><a name="Page_123" id="Page_123">123</a></span> +un difice de dentelles, de rubans et de cheveux, avec la haute pointe +de dentelles caractristique qui, d'aprs Saint-Simon, monte deux +pieds de haut, soutenue par du fil d'archal,—ensemble compos de pices +diverses qui, toutes, avaient leurs noms.</p> + +<p>La Fontanges, d'origine foltre, dura longtemps, plus tard elle cessa de +plaire au roi, qui n'aimait sans doute plus que les coiffures austres +de la veuve de Scarron.</p> + +<p>La princesse Palatine, la princesse Charlotte de Bavire, fille de +l'lecteur palatin, qui vint en France en 1671 pour pouser Monsieur, +frre du roi, ayant adopt une sorte de petit mantelet court pour +couvrir un peu ses paules trop dcouvertes par la mode des corsages +trs dcollets, ces petites mantes adoptes bien vite par toutes les +dames, furent appeles palatines comme la princesse.</p> + +<p>Le roman de la mode, toujours galant et hroque, nous fournit encore +pour ce temps les Steinkerques.</p> + +<p>Epoque de chevalerie enrubanne et de bravoure empanache la +mousquetaire.—La <span class="pagenum"><a name="Page_124" id="Page_124">124</a></span> position sera dure enlever, dit un colonel sa +troupe avant de charger, tant mieux, Messieurs, nous n'en aurons que +plus de plaisir raconter l'affaire nos matresses!</p> + +<p>A la bataille de Steinkerque gagne sur Guillaume d'Orange par le +marchal de Luxembourg, les princes, Philippe d'Orlans alors g de +quinze ans, le prince de Conti et le duc de Vendme, avaient charg avec +la cavalerie, avec une foule de gentilshommes, tous un peu dbraills, +leurs cravates de dentelles dnoues et flottantes. Dans la joie de la +victoire, la mode adopta ces cravates ngligemment passes et toutes les +femmes portrent des dentelles la Steinkerque.</p> + +<div class="figcenter2" style="width: 326px;"> + <img src="images/page-125.jpg" alt="" title="" width="326" height="500" /> + <div class="caption"> + <p class="center">Premires coiffures la Fontanges.<span class="link"><a href="images/x-page-125.jpg"> + <img class="agrandissement" src="images/agrandissement.jpg" alt="" title="" width="18" height="14" /></a></span></p> + </div> +</div> + +<p>La riche provinciale et la dame de petite noblesse imitent les modes et +les faons de la cour, et la bourgeoise les suit galement d'un peu +moins prs seulement. Furetire dans son roman bourgeois et Sbastien +Leclre dans ses eaux-fortes nous les dessinent avec leurs allures +bourgeoises, mais coquettes, ddaignant le chaperon de leurs mres, +portant grands rabats et colliers de perles, corsages chamarrs et <span class="pagenum"><a name="Page_125" id="Page_125">125</a></span> +presque autant de dentelles et de rubans qu'on en porte Versailles. +L'indiscret Furetire nous les montre mme empruntant des diamants pour +les crmonies et entrant l'glise avec un laquais d'emprunt pour +tenir la queue de la robe.</p> + +<p>Pour la femme du peuple, faisons passer la <span class="pagenum"><a name="Page_126" id="Page_126">126</a></span> servante de Molire, +c'est une bonne fille. Sbastien Leclre l'a dessine aussi avec sa +coiffe assez simple, sa jupe releve et sa camisole larges basques qui +est la hongreline des officiers de Louis XIII, adopte plus tard par les +dames.</p> + +<p>Et les marchandes et les dames de la halle, qu'il a dessines galement, +portent grands rabats et dentelles avec un air de dignit et de majest +qui montre qu'elles sont, elles aussi, du grand sicle.</p> + +<p>La priode panouie et brillante du rgne du grand roi fut en ralit la +plus courte, le pivot tourna vers 1680 avec le commencement de +l'influence de M<sup>me</sup> de Maintenon, que le roi pousa secrtement en +1685.</p> + +<p>Nous n'irons plus au bois, les roses sont coupes, ainsi que presque +tous les lauriers.</p> + +<p>Le rgne de M<sup>me</sup> de Maintenon dura le laps respectable de trente-cinq +ans. Ainsi, le roi-soleil qu'on voit toujours dans le cadre pompeux de +sa jeunesse, aurol de gloire et de galanterie, au milieu de ses +courtisans enrubanns, planant parmi les ftes, les bals et les <span class="pagenum"><a name="Page_127" id="Page_127">127</a></span> +carrousels, sur des constellations d'tincelantes beauts, le grand roi +fut de bonne heure un vieux roi morose et ennuy, aimant toujours la +pompe, mais avec une affectation de solennit compasse, quelque chose +comme une somptueuse austrit.</p> + +<p>Le grand sicle fut aussi le sicle ennuyeux, l'ennui dor en habit +d'apparat et solennelle perruque. Le roi se repentant des galantises de +sa jeunesse, tourn maintenant vers la dvotion et l'austrit, +entendait que tout le monde ft comme lui.</p> + +<p>La mode immdiatement changea. Le costume des hommes et des femmes se +modifia dans le sens de la svrit; les ornements trop clatants ou +trop pimpants, les vives couleurs, les grands ramages d'or qui jadis +avaient bloui la cour et la ville disparurent pour faire place des +ajustements plus sobres et plus discrets.</p> + +<div class="figcenter2" style="width: 286px;"> + <img src="images/page-128.jpg" alt="" title="" width="286" height="389" /> + <div class="caption"> + <p class="center">Fin du grand sicle.<span class="link"><a href="images/x-page-128.jpg"> + <img class="agrandissement" src="images/agrandissement.jpg" alt="" title="" width="18" height="14" /></a></span></p> + </div> +</div> + +<p>Cela dura jusqu'au temps o Louis XIV lui-mme, ayant eu prs des +coiffes austres de M<sup>me</sup> de Maintenon son compte de morosit, jugea +qu'il ne serait pas mauvais de prier grands seigneurs et grandes dames +de rendre sa cour <span class="pagenum"><a name="Page_128" id="Page_128">128</a></span> l'clat et la splendeur des jours d'autrefois, +avant que la dvotion ne ft la mode. Il est inutile de dire si +l'invitation fut entendue et si les habillements luxueux tardrent +reparatre.</p> + +<div class="figcenter2" style="width: 328px;"><a name="img-after-page-128" id="img-after-page-128"></a> + <img src="images/after-page-128.jpg" alt="" title="" width="328" height="500" /> + <div class="caption"> + <p class="center">SOUS LA RGENCE.<span class="link"><a href="images/x-after-page-128.jpg"> + <img class="agrandissement" src="images/agrandissement.jpg" alt="" title="" width="18" height="14" /></a></span></p> + </div> +</div> + +<p>Les dames de cette dernire priode du grand sicle sont vtues +d'toffes splendides chamarres et ramages de la plus tincelante +faon, de robes ouvertes sur des devants de corsage des plus fines +dentelles, de brocart ou de damas tiss d'or, avec les jupes releves et +drapes <span class="pagenum"><a name="Page_129" id="Page_129">129</a></span> sous un petit tablier de dentelle qui n'est pas la pice +la plus heureuse de leur ajustement et qui ne va gure avec les +toilettes de sortie.</p> + +<p>Sur la tte, ce sont toujours les hautes pointes des coiffures la +Fontanges, difice compliqu devenu tout fait extravagant, avec brides +de dentelle voltigeant par derrire.</p> + +<p>Pour orner les jupes, la mode a les <i>falbalas</i> et les <i>prtintailles</i>; +les falbalas, ce sont les rangs de volants bouillonns tags sur la +jupe, sur la jupe tombante et non sur la grande jupe volante queue, +releve sur le ct; ils ont t invents par un personnage nomm +Langle, fils d'une femme de chambre de la reine, devenu la cour +l'arbitre du got et l'oracle de la mode.</p> + +<p>Quant aux <i>prtintailles</i>, c'tait le nom donn une nouvelle faon de +chamarrer les robes au moyen de grandes dcoupures de fleurs de toutes +les tailles et de toutes les couleurs, appliques sur l'toffe, +dcoration clatante qui faisait que les dames semblaient s'tre +confectionn des robes avec des tapisseries ou des toffes fauteuils.</p> + +<hr class="small" /> + +<p><span class="pagenum"><a name="Page_130" id="Page_130">130</a></span></p> + +<div class="figcenter" style="width: 298px;"><a name="img_ch8" id="img_ch8"></a> + <img src="images/page-130.jpg" alt="" title="" width="298" height="318" /> + <div class="caption"> + <p class="center">Coiffure d'intrieur.<span class="link"><a href="images/x-page-130.jpg"> + <img class="agrandissement" src="images/agrandissement.jpg" alt="" title="" width="18" height="14" /></a></span></p> + </div> +</div> + +<h2><a name="ch8" id="ch8"></a>VIII<br /><br /> +<span class="small1">XVIII<sup>e</sup> SICLE</span></h2> + +<p class="intro">La Rgence.—Folies et frivolits.—Cythre Paris.—Les modes +Watteau.—Les robes volantes.—Naissance des paniers.—Criardes. +Considrations et Matres des requtes.—M<sup>me</sup> de +Pompadour.—L'ventail.—Promenade de Longchamps.—Carrosses et +chaises porteurs.—Modes d'hiver.</p> + +<p>La France, ayant connu—aprs toutes les gloires et toutes les +magnificences—toutes les amertumes et tous les dsenchantements, +contemplait tristement le long et mlancolique crpuscule du roi-soleil.</p> + +<p><span class="pagenum"><a name="Page_131" id="Page_131">131</a></span></p> + +<p>Tenue depuis des annes dans une atmosphre d'ennui pesant par le vieux +monarque et la vieille dame au visage pinc, elle eut comme un poids de +moins sur la poitrine lorsqu'elle vit Louis dans son caveau de +Saint-Denis et M<sup>me</sup> de Maintenon rfugie Saint-Cyr, et du jour au +lendemain, il y eut une explosion: toute la jeunesse comprime, toute la +frivolit rentre, toutes les aspirations au plaisir sortirent et le +grand coup de folie de la Rgence commena.</p> + +<p>Le fringant <span class="smcap">XVIII</span><sup>e</sup> sicle, tenu sous la frule de ce vieux <span class="smcap">XVII</span><sup>e</sup> +grondeur et impotent qui ne voulait pas finir, allait soudain comme un +jeune page mancip s'en donner jusque-l et jeter sa perruque bien haut +par-dessus tous les moulins.</p> + +<p>La mode que les moralistes disent fille de la frivolit, inventa pour +faire honneur sa mre mille folies nouvelles et comme ce n'tait pas +assez, on reprit parmi les anciennes ce qu'il y avait d'assez oubli +pour paratre dlicieux.</p> + +<p>La caractristique de la mode au <span class="smcap">XVIII</span><sup>e</sup> sicle, <span class="pagenum"><a name="Page_132" id="Page_132">132</a></span> ds la Rgence, +c'est l'ampleur, le retour aux considrables envergures des jupes du +temps de Henri III, c'est--dire au vertugadin, avec toutes ses +consquences, l'ampleur des manches et l'ascension des coiffures qu'on +sera bientt amen exagrer en vertu d'une loi d'quilibre et +d'harmonie!</p> + +<p>Sous Henri III, ce sont les fraises qui montent et mettent la tte dans +un grandissime cornet; sous Louis XV et Louis XVI, c'est la coiffure qui +se fait monumentale.</p> + +<p>Les vertugadins reparaissent sous le nom de paniers. Ils viennent de +l'autre ct de la Manche. Ce sont deux dames anglaises qui les +apportent Paris et les exhibent au jardin des Tuileries.</p> + +<p>L'ampleur extravagante des robes de ces dames excita une telle surprise +parmi les promeneurs et promeneuses que la foule s'amassa autour d'elles +et les pressa tellement qu'elles coururent grand risque d'tre touffes +ou tout au moins trs aplaties. Il fallut l'intervention d'un officier +de mousquetaires pour tirer ces dames et leurs paniers de ce mauvais +pas.</p> + +<div class="figcenter2" style="width: 314px;"> + <img src="images/page-133.jpg" alt="" title="" width="314" height="468" /> + <div class="caption"> + <p class="center">Chasseresse Rgence.<span class="link"><a href="images/x-page-133.jpg"> + <img class="agrandissement" src="images/agrandissement.jpg" alt="" title="" width="18" height="14" /></a></span></p> + </div> +</div> + +<p>Les modes alors ne faisaient pas comme aujourd'hui <span class="pagenum"><a name="Page_133" id="Page_133">133</a></span> le tour du monde +civilis en six mois pour disparatre pas uses compltement en moins de +deux saisons. Elles mettaient du temps natre et se dvelopper et +avec les modifications, adjonctions ou amliorations que la fantaisie +pouvait chaque matin leur apporter, elles duraient dans leurs lignes +principales pendant de longues annes.</p> + +<p><span class="pagenum"><a name="Page_134" id="Page_134">134</a></span></p> + +<p>Le panier vivra tout le long du sicle et il ne faudra rien moins que la +Rvolution pour le tuer.</p> + +<p>Il fallut quelques annes au vertugadin pour reconqurir Paris; sa +restauration se fit lentement, timidement, par petits essais modestes; +puis un beau jour, vers 1730, il domine, il rgne sans conteste. Toutes +les dames, laissant les demi-mesures et les demi-paniers, adoptent le +grand panier de six pieds de diamtre dont le dveloppement exige pour +le moins dix aunes d'toffe.</p> + +<p>Panier tait le nom tout indiqu puisque les premiers bouffants de jupes +furent des ouvrages de vannerie composs de cerceaux d'osier ou de jonc, +de vritables cages poules qu'on arrangea plus tard avec une armature +de baleines.</p> + +<div class="figcenter2" style="width: 409px;"> + <img src="images/page-135.jpg" alt="" title="" width="409" height="500" /> + <div class="caption"> + <p class="center">Robe volante.<span class="link"><a href="images/x-page-135.jpg"> + <img class="agrandissement" src="images/agrandissement.jpg" alt="" title="" width="18" height="14" /></a></span></p> + </div> +</div> + +<p>Un matre des requtes du nom de Pannier ayant pri dans un naufrage en +revenant des Antilles, son infortune servit de prtexte la mode +cruelle pour donner un surnom au panier alors dans le commencement de sa +gloire. Il y avait eu les <i>petits paniers jansnistes</i> <span class="pagenum"><a name="Page_135" id="Page_135">135</a></span> descendant +seulement au genou; les <i>criardes</i>, tournures de toile gomme et +plisse, qui <i>criaient</i> au moindre mouvement; les <i>boute-en-train</i>, les +<i>ttez-y</i>, les <i>gourgandines</i>, les <i>culbutes</i>, des noms bien oss, +trouvs par <span class="pagenum"><a name="Page_136" id="Page_136">136</a></span> un temps peu bgueule, et les petits paniers, plus +respectables sans doute, dits <i>Considrations</i>. Les grands paniers +furent quelque temps des <i>matres des requtes</i>.</p> + +<p>La vogue des paniers amena naturellement un changement dans la faon des +robes. Alors commencent ces modes trs gracieuses, mais quelque peu +cythrennes, lgrement dshabilles, que nous avons baptises du nom +de modes Watteau, en l'honneur du grand peintre des ftes galantes qui a +jet sur la toile tant de belles dames de ce temps foltre, en paniers +plus ou moins larges, rouge et mouches au visage, l'ventail ou la +grande canne la main, toujours prtes s'embarquer pour Cythre avec +quelque galant seigneur talon rouge.</p> + +<div class="figcenter2" style="width: 326px;"><a name="img-after-page-136" id="img-after-page-136"></a> + <img src="images/after-page-136.jpg" alt="" title="" width="326" height="500" /> + <div class="caption"> + <p class="center">TOILETTE DE COUR LOUIS XV.<span class="link"><a href="images/x-after-page-136.jpg"> + <img class="agrandissement" src="images/agrandissement.jpg" alt="" title="" width="18" height="14" /></a></span></p> + </div> +</div> + +<p>Allez, belles dames, marquises ou filles d'opra, figures gracieuses et +folles, la vraie Cythre est Paris, gouverne par Monsieur le Rgent +ou par le roi Louis XV le Bien-Aim. Le sicle a cinquante annes devant +lui pour s'amuser et foltrer, cinquante annes pour les jeux et les +ris, mais le temps viendra o les <span class="pagenum"><a name="Page_137" id="Page_137">137</a></span> larmes enlveront le rouge et +les mouches de vos joues.</p> + +<p>La mode invente donc les robes <i>volantes</i> sans corsage ni ceinture du +tout, tombant tout droit des paules sur l'ampleur du panier, ou bien +ajustes seulement par devant la taille et laisses flottantes avec de +larges plis par derrire, faon originale qui donne la dmarche un air +de douce nonchalance et une grce amollie, la marque du sicle.</p> + +<p>Pour ces robes flottantes, pour draper l'immensit des paniers, on +abandonne les lourdes toffes de l'poque prcdente et l'on adopte les +tissus plus lgers, linon, basin, mousseline, les fines toffes piques +de petits bouquets, semes de fleurettes ou mme de petits attributs +champtres.</p> + +<p>Sur les promenades, par les beaux jours, on dirait une foule en +dshabill du matin, ce ne sont que manteaux volants, robes flottantes +qui semblent des robes de chambre; les bras sortent des flots de +dentelles, les visages sont encadrs de molles collerettes; les +lgantes en corsage lche qui se promnent ainsi jouant de <span class="pagenum"><a name="Page_138" id="Page_138">138</a></span> +l'ventail et faisant claquer languissamment leurs mules hauts talons +ont toutes, suivant un contemporain, <i>un air de bonne fortune +prochaine</i>.</p> + +<p>C'est la rgence. Que de soupers, que d'orgies galantes au Palais-Royal +et ailleurs et que de folles Parabre un peu partout dans la fivre de +plaisirs qui svit, dans Paris surexcit encore par une fivre nouvelle, +la spculation, qui du jour au lendemain avec Law, enrichit ou ruine, +fait monter les uns jusqu'aux fabuleuses fortunes permettant toutes les +jouissances, ou prcipite les autres dans des dtresses telles qu'il +faut bien s'tourdir tout prix.</p> + +<p>Robes flottantes, paniers, coiffures, colifichets que la mode chaque +jour invente, les satiristes de la plume et du crayon ont beau jeu. Les +comdies et les chansons, le thtre italien et le thtre de la foire, +les caricatures, les pamphlets, raillent de toutes les faons les +extravagants paniers et les paniers triomphants se moquent des moqueurs, +s'enflent de plus en plus dmesurment.</p> + +<p><span class="pagenum"><a name="Page_139" id="Page_139">139</a></span></p> + +<div class="figcenter2" style="width: 443px;"> + <img src="images/page-139.jpg" alt="" title="" width="443" height="500" /> + <div class="caption"> + <p class="center">Grands paniers.<span class="link"><a href="images/x-page-139.jpg"> + <img class="agrandissement" src="images/agrandissement.jpg" alt="" title="" width="18" height="14" /></a></span></p> + </div> +</div> + +<p>Tout le monde en rit ou s'en plaint. Comment faire tenir plusieurs dames +dans un carosse qu'une seule suffit remplir de ses jupes +outrageusement ballonnes? Tout est trop petit, les maisons sont trop +troites, il faut <span class="pagenum"><a name="Page_140" id="Page_140">140</a></span> largir les portes des salons pour livrer passage +aux belles dames trop larges, comme plus tard il faudra les agrandir par +en haut pour permettre aux gigantesques coiffures de passer sans +anicroche.</p> + +<p>Les fauteuils aussi manquent de largeur, comment s'asseoir avec ces +immenses cerceaux qui refusent d'entrer entre les bras des siges ou se +relvent indiscrtement?</p> + +<p>Il n'importe, les paniers s'largiront toujours jusqu'aux premiers temps +de Marie-Antoinette et les jupes l-dessus se compliqueront de grands et +petits volants, de treillis, de plisss, de lambrequins, de rubans +arrangs dans tous les styles, de cent faons des plus gracieuses et des +plus compliques et des plus baroques aussi.</p> + +<p>Sous la robe qui reste longtemps volante dans le dos, la Watteau, le +<i>corps</i> ou le corset emprisonne solidement le buste, le corsage de satin +est en pointe descendant trs bas; comme il est dcollet, <i>un devant de +gorge</i> de dentelles et de rubans, protge la poitrine contre le froid.</p> + +<p><span class="pagenum"><a name="Page_141" id="Page_141">141</a></span></p> + +<p>Suivant la saison ou la temprature, on porte des mantelets, des +<i>coqueluchons</i>, c'est--dire de coquets petits mantelets recouvrant les +paules, avec capuchon lger de soie ou de satin, orns de festons et de +plisss, coiffures et mantelets tout la fois, ou bien des manteaux +recouvrant toute la personne jusqu'aux talons, espces de dominos avec +le coqueluchon arrondi par un cerceau de fil de laiton autour de la +tte.</p> + +<p>En somme, la mode pour les robes conserve longtemps les mmes formes, +modifies seulement par les accessoires. De 1725 1770 ou 75, ce sont, + peu de diffrences prs, les mmes dispositions et les mmes lignes, +le mme ballonnement des jupes, toujours les flots de dentelles tombant +des manches, toujours les floches de rubans.</p> + +<p>La belle poque pour la mode <span class="smcap">XVIII</span><sup>e</sup> sicle, celle qui fournit le plus +joli type de costume Louis XV, c'est l'espace compris entre 1750 et +1770, poque de juste milieu entre les ampleurs exagres de la Rgence +et celles non moins exagres du temps de Louis XVI.</p> + +<p><span class="pagenum"><a name="Page_142" id="Page_142">142</a></span></p> + +<p>C'est le rgne de Sa trs belle, trs fine, trs artiste et trs +envahissante Majest madame de Pompadour.</p> + +<div class="figcenter2" style="width: 155px;"> + <img src="images/page-142.jpg" alt="" title="" width="155" height="234" /> + <div class="caption"> + <p class="center">Petite Modiste.<span class="link"><a href="images/x-page-142.jpg"> + <img class="agrandissement" src="images/agrandissement.jpg" alt="" title="" width="18" height="14" /></a></span></p> + </div> +</div> + +<p>Pour voquer cette poque heureuse de vivre, pour en deviner tout le +charme, il suffit de citer les noms de Boucher, Baudoin, La Tour, +Lancret, Pater, Eisen, Gravelot, Saint-Aubin et de toute la pliade des +petits-matres si lgers, si musqus, mais d'une grce si dlicieuse.</p> + +<p>Certes il y a sous le parfum des roses une odeur de corruption, et il ne +faut pas trop gratter le brillant de cette socit au vernis Martin. Il +y a partout un tel laisser-aller, un tel laisser-faire, une si +remarquable difficult se scandaliser de quoi que ce soit.</p> + +<p><span class="pagenum"><a name="Page_143" id="Page_143">143</a></span></p> + +<p>Louis XV, aprs Pompadour tombe Dubarry et il a son srail, comme le +grand Turc, au Parc-aux-Cerfs, mesdames ses filles Loque, Chiffe et +Graille, font monter du corps de garde des pipes et de l'eau-de-vie. +Grands seigneurs et financiers ont leurs folies, o dfilent grandes +dames ou filles d'opra, les marquises s'attablent ct des +gardes-franaises chez Ramponneau...</p> + +<p>Mais que ce <span class="smcap">XVIII</span><sup>e</sup> sicle a soign son dcor et qu'il s'est arrang +pour se faire une vie douce et charmante, sans se soucier et sans se +douter de ce qui l'attendait au cinquime acte de sa ferie! Sa +personnification la plus exquise est dans le grand pastel de Latour, +dans le portrait de M<sup>me</sup> de Pompadour, en nglig d'intrieur, un +petit pome de satin, de rubans et de dentelles.</p> + +<div class="figcenter2" style="width: 341px;"> + <img src="images/page-144.jpg" alt="" title="" width="341" height="500" /> + <div class="caption"> + <p class="center">Toilette de sortie.<span class="link"><a href="images/x-page-144.jpg"> + <img class="agrandissement" src="images/agrandissement.jpg" alt="" title="" width="18" height="14" /></a></span></p> + </div> +</div> + +<p>La femme rgne et domine, le sceptre de cette souveraine, c'est +l'ventail. Depuis longtemps l'ventail tait en usage, le moyen ge +l'appelait <i>Esmouchoir</i>; il y avait eu l'ventail carr en drapeau ou en +girouette, l'ventail de plumes qu'une chane de bijouterie attachait +<span class="pagenum"><a name="Page_144" id="Page_144">144</a></span> la ceinture des dames nobles du XVI<sup>e</sup> sicle, l'ventail pliss +apport d'Italie par Catherine de Mdicis et adopt par Henri III.</p> + +<div class="figcenter2" style="width: 333px;"><a name="img-after-page-144" id="img-after-page-144"></a> + <img src="images/after-page-144.jpg" alt="" title="" width="333" height="500" /> + <div class="caption"> + <p class="center">PARISIENNE SOUS LOUIS XV.<span class="link"><a href="images/x-after-page-144.jpg"> + <img class="agrandissement" src="images/agrandissement.jpg" alt="" title="" width="18" height="14" /></a></span></p> + </div> +</div> + +<p>Ds le temps de Louis XIV, l'ventail est le complment indispensable de +la toilette des <span class="pagenum"><a name="Page_145" id="Page_145">145</a></span> dames, mais sa grande poque, celle qui cra les +plus jolis modles, c'est le <span class="smcap">XVIII</span><sup>e</sup> sicle.</p> + +<div class="figcenter2" style="width: 328px;"> + <img src="images/page-145.jpg" alt="" title="" width="328" height="500" /> + <div class="caption"> + <p class="center">D'aprs G. de Saint-Aubin.<span class="link"><a href="images/x-page-145.jpg"> + <img class="agrandissement" src="images/agrandissement.jpg" alt="" title="" width="18" height="14" /></a></span></p> + </div> +</div> + +<p>Montures de nacre et d'ivoire miraculeusement dcoupes et ciseles, +peintures exquises de Watteau, Lancret et des autres, les ventails +Louis XV, sceptres galants d'une socit musque, poudre et fminise, +sont dignes de <span class="pagenum"><a name="Page_146" id="Page_146">146</a></span> mener, par les mains des favorites, monarque, +ministres et gnraux, les arts, les lettres, la politique et le monde.</p> + +<p>L'estampe de Gabriel de Saint-Aubin, intitule <i>le Bal Par</i>, nous +montre les lgantes de ce temps en grandes toilettes; encore les plis +Watteau, les robes volantes ouvertes sur le corsage et sur la robe de +dessous, rattaches la ceinture par des rubans et releves bien de +ct sur le ballonnement des paniers; puis des garnitures voltigeantes, +bordures de fourrures ou bandes plisses, des volants de satin ou de +dentelle.</p> + +<p>Les coiffures commencent bien monter, mais elles sont toujours +lgantes et seyantes, la chevelure poudre est releve sur le front +bien dgag, arrange en coques et en rouleaux, mle avec des touffes +de rubans, des plumes et des perles.</p> + +<p>Voyons ces mmes dames la promenade de Longchamps, au grand dfil +traditionnel de Pques, dans les superbes carrosses peinturlurs et +dors,—vritable carrosserie de conte de fes, auprs de laquelle les +plus somptueux <span class="pagenum"><a name="Page_147" id="Page_147">147</a></span> quipages cirs, brosss et vernis de notre +prosaque poque, sembleraient de vilaines et funbres botes, talant +un luxe croque-mort.</p> + +<p>Dans ces imposants carrosses, mens par d'imposants cochers en +perruques, soutachs et galonns, avec de grands diables de laquais aux +clatantes livres accrochs l'arrire-train, dans toutes ces +blouissantes voitures, quel dploiement de toilettes luxueuses, de +dentelles, de plumes et de rubans, de diamants et de perles!</p> + +<p>Des heiduques galopent aux portires, des coureurs en bizarres costumes, +jouent des jambes travers le flot des quipages, des cavaliers et des +belles amazones, tandis que sur les bas cts de la route, dans la foule +accourue pour admirer les beauts la mode et la mode elle-mme, dans +le brouhaha des rencontres, des conversations avec les jeunes seigneurs, +les petits-matres et les grands rous, la marquise et la prsidente, la +dame de qualit et la financire coudoient la demoiselle d'opra, la +folle actrice, coqueluche des jeunes <span class="pagenum"><a name="Page_148" id="Page_148">148</a></span>galants de la comdie, +qui se la disputent, ou l'impure chappe de quelque <i>folie</i> de grand +seigneur ou de gros traitant, la courtisane qui sera peut-tre la +semaine prochaine Reine de la main gauche.</p> + +<div class="figcenter2" style="width: 385px;"> + <img src="images/page-148.jpg" alt="" title="" width="385" height="500" /> + <div class="caption"> + <p class="center">D'aprs Moreau le Jeune.<span class="link"><a href="images/x-page-148.jpg"> + <img class="agrandissement" src="images/agrandissement.jpg" alt="" title="" width="18" height="14" /></a></span></p> + </div> +</div> + +<p>Vienne l'hiver, et ces lgantes laisseront leurs carrosses et leurs +chaises porteurs;—encore une des plus dlicieuses crations de ce +sicle charmant,—elles quitteront leurs chaises, peintes au vernis +Martin de sujets galants et de bergeries la Boucher ou la Watteau; +elles quitteront dentelles et rubans, s'habilleront, s'envelopperont et +se coifferont de fourrures, et s'en iront, leur joli nez rose enfoui +dans la zibeline ou le renard bleu, les mains enfonces dans l'immense +manchon gros comme un tambour, courir sur la neige dans les superbes +traneaux contourns, tarabiscots et peinturlurs, orns de figures +sculptes et dores, de la plus tonnante fantaisie.</p> + +<hr class="small" /> + +<p><span class="pagenum"><a name="Page_150" id="Page_150">150</a></span></p> + +<div class="figcenter" style="width: 300px;"><a name="img_ch9" id="img_ch9"></a> + <img src="images/page-150.jpg" alt="" title="" width="300" height="446" /> + <div class="caption"> + <p class="center">Grand Chapeau Louis XVI.<span class="link"><a href="images/x-page-150.jpg"> + <img class="agrandissement" src="images/agrandissement.jpg" alt="" title="" width="18" height="14" /></a></span></p> + </div> +</div> + +<h2><a name="ch9" id="ch9"></a>IX<br /><br /> +<span class="small1">XVIII<sup>e</sup> SICLE—LOUIS XVI</span></h2> + +<p class="intro">Les coiffures colossales.—Le pouf au sentiment.—Parcs, jardins +potagers et paysages anims de figures sur les ttes.—La coiffure +la Belle-Poule.—Les mouches.—Modes champtres.—Les robes +<i>ngligentes</i>.—Couleurs la mode.—Le <i>Monument du <ins class="correction" title="eostume">costume</ins></i>.—Les +amazones.—Modes anglaises.—Les bourgeoises.</p> + +<p>Il vieillit, le sicle des grandes lgances poudres et musques, le +sicle aux exquises <span class="pagenum"><a name="Page_151" id="Page_151">151</a></span> coquetteries, il prend de l'ge et s'ennuie +dans son papillotant dcor rocaille.</p> + +<p>Son got s'est un peu fatigu, il ne se renouvelle plus que +difficilement, depuis longtemps la mode est stationnaire et tourne +toujours dans le mme cercle.</p> + +<p>Le style Louis XV est devenu aussi ennuyeux que jadis le style Louis +XIV, le rococo parat son tour perruque et vieux jeu; mais attendez, +la mode va essayer de donner un brusque coup d'aile et tout risquer, +mme de tomber dans le baroque,—ce qu'elle peut bien se permettre trois +ou quatre fois par sicle, aprs tout.</p> + +<p>Le grain de folie qui couve toujours au fond de la petite cervelle +frivole et hurluberlue de la desse de la mode, va donc faire des +siennes. Conservant encore pour un temps les gracieuses faons Pompadour +et Watteau, la mode va se rattraper sur les coiffures et prendre pour +champ d'exercice de ses caprices les plus fous, pour thtre de ses plus +incroyables fantaisies la tte de la femme, qu'elle va charger, +arranger, surcharger des plus folles inventions, sous prtexte de +l'embellir, qu'elle—transformera <span class="pagenum"><a name="Page_152" id="Page_152">152</a></span> en paysage champtre ou mme +maritime, qu'elle empanachera et rehaussera fabuleusement, sur laquelle +elle btira des difices et ira mme jusqu' faire promener de petits +bonshommes ou de petites bonnes femmes, des poupes de carton.</p> + +<p>Paris alors pullulera de coiffeurs de gnie, les Legros et les Lonard, +Raphals et Rubens, ou plutt Soufflots de la coiffure, qui tiendront +des acadmies pour enseigner les principes de leur architecture +capillaire; qui lutteront qui trouvera, pour orner les ttes +aristocratiques, le comble du ridicule et qui le trouveront plusieurs +fois.</p> + +<p>Les perruquiers avaient eu dj leurs jours de gloire au grand sicle, +avec les majestueuses perruques des hommes; devenus maintenant les +<i>Acadmiciens de la coiffure</i>, ils vont triompher de nouveau, mais aux +dpens de la grce fminine.</p> + +<div class="figcenter2" style="width: 333px;"><a name="img-after-page-152" id="img-after-page-152"></a> + <img src="images/after-page-152.jpg" alt="" title="" width="333" height="500" /> + <div class="caption"> + <p class="center">GRANDS PANIERS LOUIS XVI.<span class="link"><a href="images/x-after-page-152.jpg"> + <img class="agrandissement" src="images/agrandissement.jpg" alt="" title="" width="18" height="14" /></a></span></p> + </div> +</div> + +<p>Voyons la femme sa toilette, se prparant pour les visites ou pour la +sortie aux Tuileries, l'heure du beau monde. C'est l'affaire +importante de la journe, ce petit travail de laboratoire <span class="pagenum"><a name="Page_153" id="Page_153">153</a></span> o +l'art et la fantaisie accommodent la beaut toute simple au got du +jour. Cette heure de la toilette aprs le petit lever, Lancret, Baudoin +et tous les peintres galants ou lgants du sicle, l'ont clbre avec +toutes les coquetteries de leur pinceau charmeur, et les caricaturistes +ne se sont pas privs d'en sourire.</p> + +<p>Dans le cabinet de toilette aux boiseries blanches, moulures et +sculptes dans le style rocaille, devant son miroir au cadre contourn, +Madame a t habille par ses suivantes, femmes de chambre ou +soubrettes; elle a pu son petit lever donner audience ses galants et + ses modistes, au marquis et au financier, au pote qui clbre ses +charmes dans l'<i>Almanach des Muses</i>, au dlur chevalier et au galant +abb de Cour petit collet.</p> + +<p>—Qu'en dit l'abb? L'abb a du got et ses avis sur tout ce qui +touche aux fantaisies de la mode sont prcieux.</p> + +<p>Mais tout ce monde frivole a t renvoy, c'est maintenant l'heure du +coiffeur, le moment srieux de la journe, le seul moment vraiment +important.</p> + +<p><span class="pagenum"><a name="Page_154" id="Page_154">154</a></span></p> + +<p>L'artiste a besoin d'tre seul pour ne pas effaroucher l'inspiration, et +d'ailleurs l'œuvre est longue, difficile et demande tant de +prparatifs et de soins pour tre mene bien! Une ou deux femmes de +chambre qui le comprennent demi-mot et lui passent tout ce qui lui est +ncessaire lorsqu'il est dans le feu de la composition, c'est tout ce +qu'il peut tolrer autour de lui.</p> + +<p>Suivant le rang de la dame, c'est le grand artiste la mode, venu en +carrosse, courant d'htel en htel dans le noble faubourg, attendu aux +Tuileries ou chez quelque princesse, ou bien c'est l'un de ses lves +qui opre, en frac et manchettes de dentelles et l'pe au ct.</p> + +<p>L'inspiration vient, et sous les doigts, sous le peigne, sous le fer +friser de l'artiste, les plus tranges monuments de boucles naturelles, +adroitement mlanges d'normes quantits de tresses rapportes, +s'lvent, se roulent en volutes, s'tagent, se superposent en <i>coques</i>, +<i>taps</i>, <i>marrons</i>, <i>frisures</i>, <i>barrires</i>, <i>dragonnes</i>, <i>bquilles</i>, +etc.</p> + +<p><span class="pagenum"><a name="Page_155" id="Page_155">155</a></span></p> + +<p>Pendant vingt ans, c'est un dfil d'architectures tranges sous +prtexte de coiffures. La folie a lu domicile sur la tte des dames. On +peut citer, parmi les plus extravagantes inventions, les coiffures la +<i>Quesaco</i>, les coiffures la <i>Monte-au-ciel</i> dont le nom indique assez +les proportions, la coiffure la <i>Comte</i>, le <i>hrisson quatre +boucles</i> invent par Marie-Antoinette qui porta jusqu' l'exagration de +l'exagration l'empanachement des coiffures, le <i>parterre galant</i>, le +chapeau en <i>berceau d'amour</i>, la <i>novice de Cythre</i>...</p> + +<p>Il y avait aussi les <i>poufs</i>, coiffures abracadabrantes, le <i>pouf au +sentiment</i>, assemblage absurde de fleurs et de verdures pousses sur une +haute colline chevelue, avec des oiseaux sur les branches, des papillons +et des amours de carton voltigeant dans ce bocage ridicule; le <i>pouf +la chancelire</i>, le <i>pouf droite</i>, le <i>pouf gauche</i>.</p> + +<div class="figcenter2" style="width: 260px;"> + <img src="images/page-156.jpg" alt="" title="" width="260" height="500" /> + <div class="caption"> + <p class="center">Une impure, d'aprs Wille.<span class="link"><a href="images/x-page-156.jpg"> + <img class="agrandissement" src="images/agrandissement.jpg" alt="" title="" width="18" height="14" /></a></span></p> + </div> +</div> + +<p>Le pouf au sentiment donne toute latitude possible aux combinaisons et +l'talage des affections et des gots, ne voit-on pas la duchesse de +Chartres, mre du roi Louis-Philippe, <span class="pagenum"><a name="Page_156" id="Page_156">156</a></span> porter sur son pouf un +petit muse de figurines: son fils an dans les bras de sa nourrice, un +petit ngre, un perroquet becquetant une cerise et des dessins excuts +avec les cheveux de ses parents les plus chers.</p> + +<div class="figcenter2" style="width: 388px;"> + <img src="images/page-157.jpg" alt="" title="" width="388" height="498" /> + <div class="caption"> + <p class="center">Toilette de Cour.<span class="link"><a href="images/x-page-157.jpg"> + <img class="agrandissement" src="images/agrandissement.jpg" alt="" title="" width="18" height="14" /></a></span></p> + </div> +</div> + +<p>Aprs la coiffure jardin, on trouve la coiffure dite cascade de +Saint-Cloud, avec une cascade <span class="pagenum"><a name="Page_158" id="Page_158">158</a></span> de boucles poudres tombant du sommet +de la tte, la coiffure potager montrant quelques bottes de lgumes +accroches aux frisons, la coiffure agreste, les paysages montrant une +colline avec des moulins qui tournent, une prairie traverse par un +ruisseau argent avec une bergre gardant ses moutons, des montagnes, +une fort avec un chasseur et un chien faisant lever du gibier.</p> + +<p>Puis viennent la coiffure au Colyse, la candeur, aux clochettes, au +mirliton,—la laitire, la baigneuse, la marmotte, la paysanne, le +fichu, l'orientale, la circassienne,—le casque la Minerve, le +croissant, le bandeau d'amour,—le chapeau l'nigme, au dsir de +plaire, la calche retrousse, l'conome du sicle, la Vnus plerine, +la baigneuse la frivolit, etc., les frisures en sentiments soutenus +et en sentiments replis...</p> + +<p>Les grandes coiffures d'apparat, fleuries, enguirlandes, empanaches, +immenses et trs lourds chafaudages, tenaient une telle place que les +dames taient forces, dans les carosses o dj elles avaient tant de +peine <span class="pagenum"><a name="Page_159" id="Page_159">159</a></span> caser leurs paniers, de tenir la tte penche de ct ou +mme de rester agenouilles.</p> + +<p>Des caricatures reprsentent les dames ainsi coiffes, dans des chaises + porteurs dont le couvercle a t enlev pour laisser passer le sommet, +blanc comme une Alpe, de la gigantesque coiffure.</p> + +<p>La plus tonnante de toutes ces grandes coiffures fut celle dite <i> la +Belle-Poule</i>, en l'honneur de la victoire remporte en 1778, par la +frgate <i>la Belle-Poule</i> sur le navire anglais <i>l'Arthuse</i>. Sous la +masse des cheveux arrangs en grandes vagues, une frgate de belle +taille, avec tous ses mts, ses vergues, ses canons et ses petits +matelots, naviguait toutes voiles dehors. Aprs avoir compos ce +chef-d'œuvre, Lonard ou Dag pouvaient se pendre, ils ne +trouveraient jamais mieux.</p> + +<div class="figcenter2" style="width: 340px;"> + <img src="images/page-160.jpg" alt="" title="" width="340" height="467" /> + <div class="caption"> + <p class="center">Coiffure la Belle-Poule.<span class="link"><a href="images/x-page-160.jpg"> + <img class="agrandissement" src="images/agrandissement.jpg" alt="" title="" width="18" height="14" /></a></span></p> + </div> +</div> + +<p>Ce fut donc vraiment jusqu'en 89, un dfil d'inventions ridicules sur +les ttes fminines. La plus haute donnait l'exemple. Hlas! elles +devaient expier! La tte avait pch, la tte paya. Et si la plus haute +tomba, ce fut justement par la faute de celui qui pendant les <span class="pagenum"><a name="Page_160" id="Page_160">160</a></span> +heureuses annes avait prodigu pour elle les inventions excentriques.</p> + +<div class="figcenter2" style="width: 318px;"><a name="img-after-page-160" id="img-after-page-160"></a> + <img src="images/after-page-160.jpg" alt="" title="" width="318" height="500" /> + <div class="caption"> + <p class="center">PARISIENNES 1789.<span class="link"><a href="images/x-after-page-160.jpg"> + <img class="agrandissement" src="images/agrandissement.jpg" alt="" title="" width="18" height="14" /></a></span></p> + </div> +</div> + +<p>Lonard, l'illustrissime coiffeur de la reine, tait du voyage de +Varennes. En ces jours terribles, dans le grand naufrage de la +monarchie, que songe-t-on sauver? L'indispensable Lonard! Et cette +faiblesse dernire tourna mal pour la pauvre reine, car ce serait, +dit-on, sur un <span class="pagenum"><a name="Page_161" id="Page_161">161</a></span> renseignement erron donn trs innocemment par +Lonard parti en avant, un dtachement des troupes du marquis de +Bouill, que le secours manqua la famille royale arrte Varennes.</p> + +<div class="figcenter2" style="width: 307px;"> + <img src="images/page-161.jpg" alt="" title="" width="307" height="474" /> + <div class="caption"> + <p class="center">Grand Pouf.<span class="link"><a href="images/x-page-161.jpg"> + <img class="agrandissement" src="images/agrandissement.jpg" alt="" title="" width="18" height="14" /></a></span></p> + </div> +</div> + +<p>... Quand l'lgante tait coiffe, quand elle avait, en s'abritant la +figure dans un grand cornet de papier, t convenablement saupoudre +<span class="pagenum"><a name="Page_162" id="Page_162">162</a></span> d'une couche paisse de poudre—mode trange qui depuis le +commencement du sicle mettait la neige des ans sur tous les fronts, qui +recouvrait des mmes frimas toutes les ttes masculines et +fminines—quand elle avait sur les joues une forte teinte de rouge, +contrastant durement avec le blanc de la chevelure,—le rouge c'est la +loi et les prophtes, avait dit M<sup>me</sup> de Svign,—il n'y avait plus, +pour que l'lgante ft irrsistible, qu' placer les mouches destines + relever certains dtails de physionomie, donner du piquant +l'expression.</p> + +<p>Ces mouches que les femmes s'tudiaient placer de la faon la plus +avantageuse pour leur genre de beaut particulier, portaient suivant +leur place les noms amusants que voici:</p> + +<p>La <i>majestueuse</i> se pose sur le front et <i>l'enjoue</i> dans le coin de la +bouche; sur les lvres des brunes, c'est <i>la friponne</i>; sur le nez +<i>l'effronte</i>, lgrement comique; au milieu de la joue <i>la galante</i>, +prs de l'œil cette mouche qui fait le regard volont languissant +ou passionn, c'est <i>l'assassine</i>, sans compter les fantaisies, <span class="pagenum"><a name="Page_163" id="Page_163">163</a></span> les +mouches en croissant, en toile, en comte, en cœur...</p> + +<p>Mais voici les derniers jours d'un monde qui va s'effondrer, d'une +socit qui va disparatre dans une soudaine catastrophe.</p> + +<p>Ds 1785, l'ancien rgime est atteint, la rvolution est faite... dans +les toilettes!</p> + +<p>C'est une rvolution complte, venue presque sans transition, le galant +costume <span class="smcap">XVIII</span><sup>e</sup> sicle est abandonn pour une srie d'inventions +nouvelles donnant des lignes tout fait diffrentes.</p> + +<p>Adieu paniers, vendanges sont faites. Les immenses paniers sont dcds, +on a commenc par les remplacer par les paniers dits <i> coude</i>, +consistant en un simple renflement sur lequel on pouvait appuyer les +coudes et par deux petits jupons rembourrs appels <i>btises</i> ports sur +les cts et par un troisime plac tout fait derrire et trs crment +dnomm. Puis on les a rejets compltement, et les femmes en jupes +presque plates se sont achemines peu peu vers la robe fourreau et le +trop <i>simple appareil</i> de la Rvolution.</p> + +<p><span class="pagenum"><a name="Page_164" id="Page_164">164</a></span></p> + +<div class="figcenter2" style="width: 346px;"> + <img src="images/page-164.jpg" alt="" title="" width="346" height="363" /> + <div class="caption"> + <p class="center">Coiffure d'intrieur.<span class="link"><a href="images/x-page-164.jpg"> + <img class="agrandissement" src="images/agrandissement.jpg" alt="" title="" width="18" height="14" /></a></span></p> + </div> +</div> + +<p>Marie-Antoinette fermire de Trianon, amne un peu de paysannerie dans +les modes, de la paysannerie d'opra-comique, de la bergerie la +Florian ou au Devin du Village. On voit apparatre les chapeaux de +paille, les tabliers, les caracos, les casaquins.<br /></p> + +<p>Lonard rgnant sur les ttes et les gouvernant sa fantaisie, pour le +reste, l'arbitre du got la cour de Marie-Antoinette, c'est M<sup>lle</sup> +Rose Bertin, la grande marchande de <span class="pagenum"><a name="Page_165" id="Page_165">165</a></span> modes de la reine, celle qu'on +appelle <i>son ministre des modes</i>.</p> + +<div class="figcenter2" style="width: 352px;"> + <img src="images/page-165.jpg" alt="" title="" width="352" height="469" /> + <div class="caption"> + <p class="center">Grand Chapeau.<span class="link"><a href="images/x-page-165.jpg"> + <img class="agrandissement" src="images/agrandissement.jpg" alt="" title="" width="18" height="14" /></a></span></p> + </div> +</div> + +<p>Rose Bertin ordonne et dcrte, elle invente et elle compose, les femmes +crient merveille tout ce qui sort de ses mains, et les maris se +plaignent de l'immensit de ses mmoires... comme toujours.</p> + +<p>Vers 1780, la mode tourne et cherche des <span class="pagenum"><a name="Page_166" id="Page_166">166</a></span> faons de robes nouvelles. +On invente les robes polonaises et les robes circassiennes qui n'ont +rien de polonais ni de circassien, des robes courtes d'abord, avec des +relevs sur des paniers, puis de longues robes de dessus flottantes.</p> + +<p>La tendance aux modes ngliges va bientt s'accentuant, on voit +paratre les robes lvites qui sont l'occasion d'un scandale au jardin +du Luxembourg; une comtesse se promne avec une lvite <i> queue de +singe</i>, c'est--dire queue bizarrement coupe et tortille, elle est +suivie par une foule moqueuse, et il faut pour la dgager faire avancer +la garde.</p> + +<p>Aprs les <i>lvites</i> viennent les robes <i>ngligentes</i> et +<i>demi-ngligentes</i>, les robes <i>en chemise</i>, les <i>baigneuses</i> et les +<i>dshabills</i>.</p> + +<p>Pour ces toilettes dj si singulirement baptises, les couleurs la +mode sont:</p> + +<p>Couleurs <i>queue de serin</i>, <i>cuisse de nymphe mue</i>, <i>carmlite</i>.</p> + +<p>Couleurs <i>au Dauphin</i>.</p> + +<p>Couleurs de <i>gens nouvellement arrivs</i>.</p> + +<p>Couleurs <i>vive Bergre</i> et <i>Vert pomme</i>.</p> + +<p>Couleur <i>soupir touff</i>.</p> + +<p><span class="pagenum"><a name="Page_167" id="Page_167">167</a></span></p> + +<div class="figcenter2" style="width: 352px;"> + <img src="images/page-167.jpg" alt="" title="" width="321" height="500" /> + <div class="caption"> + <p class="center">Robe lvite.<span class="link"><a href="images/x-page-167.jpg"> + <img class="agrandissement" src="images/agrandissement.jpg" alt="" title="" width="18" height="14" /></a></span></p> + </div> +</div> + +<p>Une puce s'tant gare la cour,—la garde qui veille la porte du +Louvre n'en prserve pas l'piderme des reines,—on a la srie des +couleurs <i>puce</i>: <i>Ventre de puce</i>, <i>dos de puce</i>, <span class="pagenum"><a name="Page_168" id="Page_168">168</a></span> <i>cuisse de puce</i>, +<i>vieille puce</i>, <i>jeune puce</i>, etc.</p> + +<p>Ces couleurs puce font soudainement place une autre couleur galement +ne la cour et plus gracieusement dnomme; c'est la couleur <i>cheveu +de la Reine</i>, appellation trouve par le comte d'Artois. Immdiatement +toutes les toffes doivent tre couleur <i>cheveu de la Reine</i>.</p> + +<p>L'amazone, le costume fminin pour la promenade cheval n'tait pas au +<span class="smcap">XVIII</span><sup>e</sup> sicle l'uniforme noir et lugubre inflig par le got moderne +avec l'affreux chapeau de haute forme pour complment et aggravation, +aux lgantes de nos jours.</p> + +<p>Moreau le jeune qui, dans la suite d'estampes du <i>Monument du costume</i>, +a fait passer toute la belle socit de son temps, vue au milieu de ses +ftes, de ses crmonies et de ses plaisirs, au salon et au boudoir, au +chteau, la Cour, l'Opra et au bois de Boulogne, a dessin les +lgantes de 1780, en tenue de cheval, avec les longues jupes et les +ceintures, les redingotes anglaises ou les petites vestes, les grands +chapeaux plumes ombrageant les catogans poudrs.</p> + +<div class="figcenter2" style="width: 322px;"><a name="img-after-page-168" id="img-after-page-168"></a> + <img src="images/after-page-168.jpg" alt="" title="" width="322" height="500" /> + <div class="caption"> + <p class="center">PROMENADE PARISIENNE 1790.<span class="link"><a href="images/x-after-page-168.jpg"> + <img class="agrandissement" src="images/agrandissement.jpg" alt="" title="" width="18" height="14" /></a></span></p> + </div> +</div> + +<p><span class="pagenum"><a name="Page_169" id="Page_169">169</a></span></p> + +<p>Elles taient charmantes, et multicolores et varies, ces amazones +<span class="smcap">XVIII</span><sup>e</sup> sicle, et certes, la foule dans l'avenue des Champs-Elyses ne +prsentait pas alors le sombre aspect qu'elle garde aujourd'hui, mme +aux plus beaux jours de printemps.</p> + +<div class="figcenter2" style="width: 321px;"> + <img src="images/page-169.jpg" alt="" title="" width="321" height="464" /> + <div class="caption"> + <p class="center">Amazone d'aprs Moreau le Jeune.<span class="link"><a href="images/x-page-169.jpg"> + <img class="agrandissement" src="images/agrandissement.jpg" alt="" title="" width="18" height="14" /></a></span></p> + </div> +</div> + +<p>Les dernires annes de la monarchie voient, comme une revanche de la +guerre d'Amrique, l'invasion des modes britanniques. Les formes <span class="pagenum"><a name="Page_170" id="Page_170">170</a></span> +sont bien nouvelles et tranchent compltement dans l'ensemble comme dans +tous les dtails des modes prcdentes.</p> + +<p>La toilette a des airs sans faon ou un cachet anglais tout fait +nouveau rgime. On porte des vestes, des corsages basques ouvrant sur +des gilets, des fracs gros boutons ou lacets, et des redingotes +grands revers et triples collets, serres la taille et tombant trs +bas par derrire. Les boutons normes et voyants de ces vestes et de ces +redingotes sont en mtal de toutes les formes possibles et quelquefois +illustrs de peintures; il en existe de curieux chantillons dans les +collections.</p> + +<p>Les lgantes, comme les hommes la mode, portent deux montres avec +deux longues breloques tombant du gilet, elles ont des gilets, des +cravates, des catogans et des cadenettes comme les hommes, elles portent +de grandes cannes comme les hommes. Il est vrai que les hommes prennent +bien le gros manchon l'occasion.</p> + +<div class="figcenter2" style="width: 280px;"> + <img src="images/page-171.jpg" alt="" title="" width="280" height="500" /> + <div class="caption"> + <p class="center">Modes anglaises.<span class="link"><a href="images/x-page-171.jpg"> + <img class="agrandissement" src="images/agrandissement.jpg" alt="" title="" width="18" height="14" /></a></span></p> + </div> +</div> + +<p>Et des fichus!... Toutes les femmes en portent avec toutes les +toilettes, d'immenses <span class="pagenum"><a name="Page_171" id="Page_171">171</a></span> fichus faisant au-dessus de la taille trs +longue et horriblement serre, un gonflement de poitrine +invraisemblable.</p> + +<p>Ces toilettes arborent toutes les couleurs de <span class="pagenum"><a name="Page_172" id="Page_172">172</a></span> l'arc-en-ciel les +plus fraches et les plus vives ou les plus bizarres; ce sont des +satins, des taffetas, des draps citron, rose, vert pomme, jaune serin, +des gourgourans changeants, des mousselines de tous les tons, unies ou +rayes. Les rayures ont un immense succs en 1787 sur le dos des +lgantes et sur celui des lgants. Pendant l't de cette anne-l, +hommes, femmes et enfants, tout le monde est en toilettes rayes.</p> + +<p>La coiffure aussi est rvolutionne, c'est dj la coiffure comme le +<span class="smcap">XIX</span><sup>e</sup> sicle va la comprendre, c'est la naissance du chapeau moderne.</p> + +<p>Les femmes sont toujours poudres, elles ont toujours sur la tte une +immense quantit de cheveux arrangs en normes perruques floconnantes +autour de la figure, dans le genre de la perruque masculine, avec de +grandes boucles tombant de chaque ct du corsage et dans le dos, ou, +comme les hommes, un gros catogan par derrire.</p> + +<div class="figcenter2" style="width: 351px;"> + <img src="images/page-173.jpg" alt="" title="" width="351" height="474" /> + <div class="caption"> + <p class="center">Chapeau bonnette.<span class="link"><a href="images/x-page-173.jpg"> + <img class="agrandissement" src="images/agrandissement.jpg" alt="" title="" width="18" height="14" /></a></span></p> + </div> +</div> + +<p>Les chapeaux sont de formes et de dimensions extraordinaires; bords +immenses, fonds normes avec d'extravagantes accumulations de +garnitures. On ne se met plus une frgate, <span class="pagenum"><a name="Page_173" id="Page_173">173</a></span> toutes voiles dehors, +sur la tte, mais on se coiffe d'une espce de galiote renverse, mise +de travers et assez large pour servir de parapluie l'occasion. On +porte le chapeau <i>bonnette</i> et le <i>demi-bonnette</i>, un peu moins large +mais aussi haut, garni de nœuds de rubans, de ruchs et de bouquets +de plumes de coq, le chapeau <i>turban</i>, haut bonnet de janissaire ray, +<span class="pagenum"><a name="Page_174" id="Page_174">174</a></span> avec charpe de gaze et panache de plumes, le chapeau <i> la Caisse +d'escompte</i>, c'est--dire sans fonds, en panier perc comme cette +caisse, le chapeau <i>Cardinal sur la paille</i> aprs l'affaire du Collier, +chapeau en paille bord d'un ruban rouge cardinal, le grandissime +chapeau la Tarare, le chapeau la Basile invent aprs le grand +succs de Beaumarchais avec bien d'autres modes la Figaro, le chapeau + la veuve du Malabar, les bonnets la Montgolfier, au Globe fix, au +ballon, au moment des premires expriences arostatiques, puis le +bonnet aux trois ordres qui commence la runion des tats gnraux le +grand dfil des modes rvolutionnaires...</p> + +<div class="figcenter2" style="width: 276px;"> + <img src="images/page-175.jpg" alt="" title="" width="276" height="467" /> + <div class="caption"> + <p class="center">Le chapeau turban.<span class="link"><a href="images/x-page-175.jpg"> + <img class="agrandissement" src="images/agrandissement.jpg" alt="" title="" width="18" height="14" /></a></span></p> + </div> +</div> + +<p>Mais dans ce dix-huitime sicle qui va finir si lugubrement, ct des +belles de la cour et de la ville, des dames plus ou moins grandes, car +il y a dj le demi-monde, les danseuses illustres et les courtisanes +clbres, ct des reines de la mode qui vont Longchamps +accompagnes d'un heiduque turban pour porter leur parasol, prcdes +d'un coureur en maillot et bonnet plume, la grande canne <span class="pagenum"><a name="Page_175" id="Page_175">175</a></span> la +main, ct des lgantes empanaches qui suivent toutes les fantaisies +de la capricieuse fe aux chiffons, il y a les adorables petites +bourgeoises que l'on retrouve dans les vieux portraits et dans les +petits mmoires, charmantes et tendres figures qui ne s'entourent pas, +comme les autres, du mme nuage de plumes et de dentelles, qui restent +dans une note plus <span class="pagenum"><a name="Page_176" id="Page_176">176</a></span> discrte, suivant la mode un peu de ct et +conservant mieux les vieilles traditions et les vieux atours.</p> + +<p>A elles les jolies petites coiffes si diffrentes des pyramides de +cheveux et de colifichets la Lonard, ces coiffes bien plus seyantes +que l'on recouvre, pour sortir, d'un capuchon retenu par un fil de +laiton, elles les robes de coupe plus modeste et les petits paniers +moins surchargs que les paniers falbalas de vingt pieds de +circonfrence.</p> + +<p>Jolies petites bourgeoises qui ont conserv dans un sicle licencieux +l'honntet des bonnes vieilles mœurs, existences plus calmes se +droulant dans un cercle troit d'occupations familiales et de plaisirs +simples, allant tout doucement du sermon du dimanche la paroisse,—aux +runions sans faon et aux bonnes parties champtres.</p> + +<div class="figcenter2" style="width: 325px;"><a name="img-after-page-176" id="img-after-page-176"></a> + <img src="images/after-page-176.jpg" alt="" title="" width="325" height="500" /> + <div class="caption"> + <p class="center">MERVEILLEUSE EN TUNIQUE A LA GRECQUE.<span class="link"><a href="images/x-after-page-176.jpg"> + <img class="agrandissement" src="images/agrandissement.jpg" alt="" title="" width="18" height="14" /></a></span></p> + </div> +</div> + +<p>C'est un monde qui s'en va finir aussi, dans la grande fusion et +confusion des classes, au fond de la chaudire rvolutionnaire, dans la +rvolution politique et ensuite dans la rvolution industrielle et +scientifique, bouleversement <span class="pagenum"><a name="Page_177" id="Page_177">177</a></span> norme qui aboutira pour tous la +vie fivreuse et haletante de notre sicle.</p> + +<p>En attendant, sans se douter des temps difficiles qu'il va falloir +passer, sans voir l'effrayant nuage de sang qui monte l'horizon, la +petite bourgeoise gaie et insouciante dans son petit salon blanc, +fredonne son clavecin quelque joli petit air bien tendre, et bien +diffrent de nos compliqus logarithmes musicaux.</p> + +<div class="poem"> + <p class="noindent"> + Plaisir d'amour ne dure qu'un moment,<br /> + Chagrin d'amour dure toute la vie.<br /> + </p> +</div> + +<div class="figcenter3" style="width: 294px;"> + <img src="images/page-177.jpg" alt="" title="" width="294" height="412" /> + <div class="caption"> + <p class="center">1789.<span class="link"><a href="images/x-page-177.jpg"> + <img class="agrandissement" src="images/agrandissement.jpg" alt="" title="" width="18" height="14" /></a></span></p> + </div> +</div> + +<hr class="small" /> + +<p><span class="pagenum"><a name="Page_178" id="Page_178">178</a></span></p> + +<div class="figcenter" style="width: 246px;"><a name="img_ch10" id="img_ch10"></a> + <img src="images/page-178.jpg" alt="" title="" width="246" height="292" /> + <div class="caption"> + <p class="center">Le bonnet Charlotte Corday.<span class="link"><a href="images/x-page-178.jpg"> + <img class="agrandissement" src="images/agrandissement.jpg" alt="" title="" width="18" height="14" /></a></span></p> + </div> +</div> + +<h2><a name="ch10" id="ch10"></a>X<br /><br /> +<span class="small1">LA RVOLUTION ET L'EMPIRE</span></h2> + +<p class="intro">Modes dites la Bastille.—Modes rvolutionnaires.—Notre-Dame de +Thermidor.—Incroyables et merveilleuses.—L'antiquit +Paris.—Athniennes et Romaines.—Une livre de vtements.—Tuniques +diaphanes.—Maillots, bracelets et cothurnes.—Le rticule ou +ridicule.—Le bal des Victimes.—Perruques blondes et oreilles de +chien.—A la Titus.—Les robes-fourreau.—Petits bonnets et +Chapeaux-Shakos.—Les turbans.</p> + +<p>L'ouragan qui devait pendant vingt-cinq ans rouler comme un cyclone sur +notre vieille Europe, souffle dj sur Paris o il s'est form. <span class="pagenum"><a name="Page_179" id="Page_179">179</a></span> Il +bouscule, il abat, il broie. Comme un chteau de cartes ou une Bastille, +la monarchie sculaire va s'crouler sur les dcombres de la vieille +socit.</p> + +<p>Et pendant ce temps, pendant que l'meute ensanglante la rue fivreuse, +que les tueurs promnent de ples ttes coupes fiches au bout des +piques, pendant qu' l'Assemble ou la Commune, les nouveaux matres +de la France dcident tumultueusement du sort des millions d'hommes que +la guerre va jeter les uns sur les autres, pendant que dj, dans l'aube +sinistre, se dresse sur son peuple, toute rouge, ses deux bras levs +tenant le glaive, la nouvelle reine, la Guillotine,—la mode +imperturbable songe des combinaisons nouvelles, elle modifie des +jupes, elle arrange des corsages, elle chiffonne des rubans d'une faon +indite, elle a les inventions les plus fraches et les plus charmantes, +elle lance des toilettes idylliques d'une exquise nouveaut; une +nation nouvelle ne faut-il pas des costumes nouveaux?</p> + +<p>Le mouvement commenc ds les dernires <span class="pagenum"><a name="Page_180" id="Page_180">180</a></span> annes tranquilles de Louis +XVI, s'acclre et s'accentue. La mode est sur une voie nouvelle, et peu + peu disparaissent tous les caractres du costume d'antan, de l'ancien +rgime, comme on dit.</p> + +<p>Dans la fameuse estampe de Debucourt, <i>la Promenade publique</i>, donnant +la vision multicolore d'une foule lgante des premires annes de la +Rvolution, dans cette charmante runion de petites matresses et de +muscadins qui ne semblent gure songer au grand drame, que reste-t-il +des costumes et des modes du sicle? De la poudre, quelques tricornes +sur des ttes de vieux bourgeois retardataires et c'est tout.</p> + +<p>Les femmes ont un aspect tout fait nouveau. Les modes anglaises ont +prdomin d'abord, c'est--dire les vestes et les redingotes d'amazones, +puis les robes se sont simplifies comme faon et comme toffes.</p> + +<div class="figcenter2" style="width: 271px;"> + <img src="images/page-181.jpg" alt="" title="" width="271" height="322" /> + <div class="caption"> + <p class="center">Oreilles de chien.<span class="link"><a href="images/x-page-181.jpg"> + <img class="agrandissement" src="images/agrandissement.jpg" alt="" title="" width="18" height="14" /></a></span></p> + </div> +</div> + +<p>Les temps deviennent durs, adieu les riches tissus, les soies et les +satins, adieu les falbalas coteux de jadis! La toile de Jouy, +l'indienne et le linon remplacent la soie et les <span class="pagenum"><a name="Page_181" id="Page_181">181</a></span> couturires s'en +tiennent aux formes droites avec trs peu d'ornements et d'accessoires. +On voit des corsages de linon forme chemise laissant les bras nus +partir du coude, des jupes toutes simples, presque plates, qui se +portent avec des ceintures longs rubans flottants. Pour relever cette +extrme simplicit on a les rubans aux couleurs nationales, les trophes +et les attributs rvolutionnaires imprims sur l'toffe ou quelque +maigre ruch ajout au bas des jupes.</p> + +<p>On continue porter beaucoup de fichus de <span class="pagenum"><a name="Page_182" id="Page_182">182</a></span> mousseline, et, pour les +grandes occasions, la toilette se complte avec des bouquets de fleurs +tricolores ports gauche sur le cœur, des bijoux patriotiques, +mdaillons de cou, boucles de ceintures, d'acier ou de cuivre, cocardes, +boucles d'oreilles, boutons la Bastille, au Tiers-Etat, la +constitution, etc. Pendant un temps tout est <i> la Bastille</i>, jusqu'aux +chapeaux.</p> + +<p>Les grands chapeaux, en cne dmesur, trs larges bords et surchargs +de rubans, aprs avoir essay de tenir quelque temps, ont disparu; il +n'y a bientt plus que des bonnets, des bonnets grande coiffe +bouillonne enrubanns aussi, des bonnets ressemblant quelque peu des +coiffures du pays de Caux, et surtout des bonnets dits la paysanne ou + la laitire, la jolie coiffe grandes barbes de dentelle que nous +appelons aujourd'hui bonnet Charlotte Corday, pique d'une large cocarde +tricolore.</p> + +<p>Presque plus de poudre blanche,—on va en consommer tant de noire—on +porte tous ses cheveux au naturel, avec un peu de supplment <span class="pagenum"><a name="Page_183" id="Page_183">183</a></span> aussi +car la vogue des perruques blondes commence.</p> + +<div class="figcenter2" style="width: 353px;"> + <img src="images/page-183.jpg" alt="" title="" width="353" height="438" /> + <div class="caption"> + <p class="center">Le chapeau Hussard.<span class="link"><a href="images/x-page-183.jpg"> + <img class="agrandissement" src="images/agrandissement.jpg" alt="" title="" width="18" height="14" /></a></span></p> + </div> +</div> + +<p>Mais bientt la tempte se dchane tout fait, c'est la Terreur. +Peut-il tre encore question de frivolits luxueuses et de modes? Les +rangs des lgantes s'claircissent, elles sont l'Abbaye, la Force, +dans cent prisons, ou Coblentz,—elles se cachent ou elles sont +mortes.</p> + +<p><span class="pagenum"><a name="Page_184" id="Page_184">184</a></span></p> + +<p>L'extrme simplicit que chacun affecte dans sa mise par prudence ou +garde par dcouragement, ne suffit pas toujours prserver de ce titre +de suspect ou de suspecte qui donne des droits immdiats l'chafaud.</p> + +<p>Talleyrand a dit qu'ils ne connaissaient pas la douceur de vivre, +ceux-l qui n'avaient pas vcu dans la vieille socit d'autrefois. En +93, le problme est de vivre, n'importe comment, cach dans un trou de +souris, s'il le faut. La Loi sous ce doux rgne de Libert, ordonne que +dans chaque maison une pancarte placarde porte les noms et prnoms de +tous les habitants et mme l'ge, dure contrainte. Que de braves gens +qui ont connu des jours heureux et brillants essayent dans quelque rue +tranquille, au fond d'un appartement silencieux, d'oublier l'orage qui +gronde et le tumulte des rues et les horribles clameurs des clubs et des +journaux.</p> + +<div class="figcenter2" style="width: 326px;"><a name="img-after-page-184" id="img-after-page-184"></a> + <img src="images/after-page-184.jpg" alt="" title="" width="326" height="500" /> + <div class="caption"> + <p class="center">MERVEILLEUSE DU DIRECTOIRE.<span class="link"><a href="images/x-after-page-184.jpg"> + <img class="agrandissement" src="images/agrandissement.jpg" alt="" title="" width="18" height="14" /></a></span></p> + </div> +</div> + +<p>Cependant un petit groupe s'obstine tenir haut et ferme devant les +sans-culottes le drapeau de l'lgance; des vaillants et des vaillantes +montrent encore au Palais-Royal, sur les boulevards, aux promenades, +dans les <span class="pagenum"><a name="Page_185" id="Page_185">185</a></span> thtres qui persistent jouer, des toilettes lgantes +et bravent les citoyens en carmagnole et bonnet rouge, et les mgres +tricoteuses de la guillotine, mais quels risques!</p> + +<p>La mode n'ose plus lutter, la pauvrette a cach sa tte sous son aile et +regarde perdument le ciel, esprant toujours quelque claircie.</p> + +<p>La guillotine fonctionne toujours, s'interrompant seulement de temps +autre pour quelque fte idyllique, fte de l'tre suprme, fte de +l'agriculture ou de la vieillesse, avec thories de jeunes filles en +blanc, desses de la Libert, chœur d'adolescents et de vieillards; +pastorales charmantes, spectacles qui meuvent doucement le cœur du +bon Marat et du sensible Robespierre. On a jet du sable sur le sang, le +lendemain le ruisseau rouge recommence couler. + +9 thermidor! Pour les beaux yeux de la citoyenne Thrse Cabarrus, astre +qui va se lever, Tallien a brav la mort suspendue sur toutes les ttes. +Il a jet bas Robespierre et l'a pouss son tour dans les bras +impassibles de la desse Guillotine!</p> + +<p><span class="pagenum"><a name="Page_186" id="Page_186">186</a></span></p> + +<p>M<sup>me</sup> Tallien devient Notre-Dame de Thermidor, celle qui sauve par la +souveraine puissance de la beaut!</p> + +<p>Un immense soupir de soulagement passa sur la France et immdiatement +les lgances comprimes et terrorises sortirent de terre, avec le +luxe, avec la frivolit, la folie mme, avec la joie, le rire, dont on +semblait avoir un besoin furieux aprs tant de sang et tant de larmes.</p> + +<p>Les incroyables et les merveilleuses qui s'taient dj montrs avant la +Terreur remplissent soudain les promenades et les boulevards, et la +mode, qui le rgime de Robespierre a sans doute tourn la tte, toute +ple encore de son motion, se livre tout de suite mille +extravagances.</p> + +<p>Tandis que les incroyables si bien nomms, les muscadins de la jeunesse +dore, avec leurs habits grands collets, leurs immenses cravates et +leurs gourdins si ncessaires contre les Jacobins et les sectionnaires +terroristes, cherchaient leurs inspirations dans l'imitation des modes +anglaises, les merveilleuses se <span class="pagenum"><a name="Page_187" id="Page_187">187</a></span> vouaient toutes l'antiquit. +Pendant quelques annes, plus de Parisiennes, rien que des Grecques et +des Romaines.</p> + +<p>Robes troites sans taille, simples fourreaux serrs sur le sein mme +par une ceinture, courts par devant pour laisser voir le pied, un peu +tranants par derrire, tel est le vtement des merveilleuses. On ne +connat plus que l'antiquit. C'est un recommencement.</p> + +<p>Dans ce passage sombre de la Terreur on a oubli la pudeur. Ces robes +l'athnienne ne sont que de simples deuximes chemises,—ce qui pourrait +passer, n'taient les bijoux, pour un symbole de la pauvret de ces +temps de ruine o le louis d'or valait huit cents livres en +assignats,—ce sont des tuniques d'un linon transparent, qui plaquent +sur le corps de la femme au moindre mouvement.</p> + +<p>De plus les tuniques diaphanes des grandes lgantes ne sont-elles pas +fendues sur les cts partir des hanches.</p> + +<p>Notre Dame de Thermidor, Thrse Cabarrus devenue la citoyenne Tallien, +est la Reine de la Mode, elle se montre Frascati, ainsi vtue <span class="pagenum"><a name="Page_188" id="Page_188">188</a></span> ou +plutt dvtue, sa robe l'athnienne fendue latralement laissant voir +ses jambes dans un maillot couleur chair, avec des cercles d'or la +place des jarretires et des cothurnes l'antique et des bagues +chaque doigt de ses pieds de statue.</p> + +<p>Dans les salons, dans les jardins d't, aux promenades, ce ne sont plus +que robes l'antique ouvertes en haut comme en bas, portes avec +chemises la <i>carthaginoise</i> ou mme sans chemise du tout, sandales et +cothurnes attachs par des bandelettes rouges, cercles d'or enrichis de +pierres prcieuses, arrangements de tuniques et peplums, +corsets-ceintures hauts de deux doigts seulement sous le sein et orns +de brillants.</p> + +<p>Les robes en voltigeant laissent voir les jambes ou mme, quand elles ne +sont pas ouvertes sur le ct, se relvent au-dessus du genou au moyen +d'un came en agrafe et montrent franchement la jambe gauche.</p> + +<p>Trs peu de manches, un simple bourrelet l'paule, ou mme pas de +manches du tout; des cames rattachent les paulettes de la <span class="pagenum"><a name="Page_189" id="Page_189">189</a></span> robe, +des bracelets nombreux habillent le bras.</p> + +<div class="figcenter2" style="width: 223px;"> + <img src="images/page-189.jpg" alt="" title="" width="223" height="500" /> + <div class="caption"> + <p class="center">Merveilleuse.<span class="link"><a href="images/x-page-189.jpg"> + <img class="agrandissement" src="images/agrandissement.jpg" alt="" title="" width="18" height="14" /></a></span></p> + </div> +</div> + +<p>Comme il tait impossible d'adapter des poches ces tuniques si +lgres, ces voiles si minces, les dames avaient adopt l'usage de la +<i>balantine</i> ou du <i>rticule</i>, nom ancien que l'on pronona tout de suite +<i>ridicule</i>—d'un petit sac orn de paillettes ou de broderie, <span class="pagenum"><a name="Page_190" id="Page_190">190</a></span> ayant +surtout la forme d'une petite sabretache de hussard, qu'elles portaient + la main pour mettre leur bourse ou leur mouchoir.</p> + +<p>Le bibliophile Jacob raconte que dans un salon de la Mode sous le +Directoire, comme on se pmait d'admiration devant un de ces costumes +d'un got si rellement antique qu'il n'y avait plus rien au del, sinon +les modes du Paradis terrestre, la merveilleuse qui le portait paria +qu'il ne pesait pas deux livres. La preuve fut faite, la dame passa dans +un petit boudoir et son costume tout entier, pes avec les bijoux, ne +dpassa pas de beaucoup le poids d'une livre.</p> + +<p>Cette dame vtue l'athnienne pouvait se croire mme trs habille, +car d'autres trouvrent le moyen de l'tre encore moins et poussrent +l'audace jusqu' oser s'exhiber, ce qui est le mot, dans le costume dit + la <i>Sauvagesse</i>. Ce costume la <i>sauvagesse</i> tait encore plus simple +puisqu'il ne se composait que d'une chemise de gaze et d'un +pantalon-maillot rose orn de cercls d'or.</p> + +<p>Des femmes se promenrent aux Champs-Elyses <span class="pagenum"><a name="Page_191" id="Page_191">191</a></span> dans des fourreaux +d'une transparence presque absolue, ou mme avec les seins compltement +nus, et ces femmes n'taient nullement des htares quelconques, mais +des femmes du monde officiel d'alors, des amies de Josphine de +Beauharnais!</p> + +<p>Inconscience plutt qu'impudeur, accs de folie, le dlire des plaisirs +aprs la folie furieuse et le dlire du sang!</p> + +<p>Ces merveilleuses qui avaient brav la guillotine bravaient la maladie. +Pleursies et fluxions de poitrine frappaient pourtant ces folles +lgantes au sortir des bals et des salons, quand aprs la danse elles +partaient peine couvertes dans le froid de la nuit, par-dessus leur +quasi-nudit, d'un mince fichu ou d'un schall large comme une charpe.</p> + +<p>Ces merveilleuses demi-nues qui prenaient leurs modes Athnes +copiaient aussi leurs coiffures sur celles des statues grecques et +portaient les cheveux frisotts dans un rseau, les tresses et les +nattes piques de bijoux. Mais la vogue fut surtout pour les perruques +blondes. M<sup>me</sup> Tallien en avait jusqu' trente, <span class="pagenum"><a name="Page_192" id="Page_192">192</a></span> de toutes les +nuances du blond. Ces perruques blondes, lgrement poudres, les +Jacobins les avaient abhorres et proscrites; aprs thermidor elles +triomphaient et devenaient le symbole de sentiments +contre-rvolutionnaires.</p> + +<p>Les coiffures <i> la victime</i> ou <i> la sacrifie</i> eurent aussi leur temps +de succs, on relevait les cheveux par derrire et on les ramenait en +mches folles sur le front; cette coiffure de guillotine, complte par +un terrifiant ruban rouge autour du cou, par un chle galement rouge +jet sur les paules, tait indispensable pour se rendre au fameux et +macabre <i>Bal des Victimes</i>, dont l'entre n'tait permise qu'aux +danseurs ou aux danseuses pouvant justifier d'un ascendant ou de +quelques proches parents morts sur les chafauds de la Terreur.</p> + +<div class="figcenter2" style="width: 327px;"><a name="img-after-page-192" id="img-after-page-192"></a> + <img src="images/after-page-192.jpg" alt="" title="" width="327" height="500" /> + <div class="caption"> + <p class="center">PREMIER EMPIRE.<span class="link"><a href="images/x-after-page-192.jpg"> + <img class="agrandissement" src="images/agrandissement.jpg" alt="" title="" width="18" height="14" /></a></span></p> + </div> +</div> + +<p>Paole d'honneu victime, ces dames sont dliantes! disent les +incroyables chaque nouvelle invention plus dlicieuse et plus antique +des couturires la mode, M<sup>me</sup> Nancy et M<sup>me</sup> Raimbaut, qui sont des +modistes trs rudites et trs artistes, qui se font aider par les +sculpteurs pour trouver des manires de se <span class="pagenum"><a name="Page_193" id="Page_193">193</a></span> draper toujours plus +grecques et des plis encore plus romains.</p> + +<div class="figcenter2" style="width: 212px;"> + <img src="images/page-193.jpg" alt="" title="" width="212" height="331" /> + <div class="caption"> + <p class="center">Coiffure la Titus.<span class="link"><a href="images/x-page-193.jpg"> + <img class="agrandissement" src="images/agrandissement.jpg" alt="" title="" width="18" height="14" /></a></span></p> + </div> +</div> + +<p>Les modes romaines un peu moins lgres ont t adoptes par les dames +que la trop grande transparence des tuniques la Flore ou la Diane +effraie un peu.</p> + +<p>Les robes la romaine sont portes par les dames du monde officiel qui +se croient tenues un peu de rserve, mais les deux mondes fusionnent. +Athniennes lgres et frivoles, dbris de l'ancienne socit et +parvenus de la nouvelle, fournisseurs des armes ou spculateurs <span class="pagenum"><a name="Page_194" id="Page_194">194</a></span> +subitement enrichis, muscadins et muscadines, victimes et bourreaux, +jeunesse dore, arme, politique, finances, tout cela forme, aprs la +grande secousse, le plus incroyable des mlanges, et tout cela, malgr +les misres prsentes, l'avenir incertain, s'agite dans l'panouissement +du bonheur de vivre aprs la grande tuerie.</p> + +<p>Soudain la mode a dcrt la fin des perruques blondes et la coiffure +la Titus obligatoire pour toutes les lgantes; les belles du Directoire +rejettent ces paisses perruques et sacrifient aussi leur chevelure +personnelle. Presque plus de cheveux ou le moins possible!</p> + +<p>La coiffure la Titus, dit la Msangre dans le <i>Bon Genre</i>, moniteur +officiel de la mode, consiste se faire couper les cheveux prs de la +racine pour rendre la tige sa raideur naturelle qui la fait crotre +dans une direction perpendiculaire. Merveilleuses et muscadins sont +tous coiffs la Titus, tous tondus avec quelques mches trs longues +en dsordre sur le front.</p> + +<p>Il y a encore un autre type de Merveilleuse <span class="pagenum"><a name="Page_195" id="Page_195">195</a></span> du Directoire, c'est la +Merveilleuse la Carle Vernet, lgrement vtue encore, se serrant dans +un mince jupon plaquant de couleur <i>fifi ple effarouch</i>, mais portant +au-dessus d'un corsage si petit qu'il est invisible, au-dessus des seins +nus, le cou engonc dans les plis et replis d'une formidable cravate, +tout comme son pendant l'lgant Muscadin, et sous son grand chapeau +plumes, la figure encadre comme la sienne de longues mches pendantes +en oreilles de chien.</p> + +<p>C'est ainsi qu' l'aurore de notre sicle sont habilles et coiffes les +lgantes. Pendant le Consulat et les premires annes de l'Empire, +elles vont rester les Merveilleuses, un peu,—oh, pas beaucoup,—plus +vtues que sous le Directoire.</p> + +<div class="figcenter2" style="width: 288px;"> + <img src="images/page-196.jpg" alt="" title="" width="288" height="496" /> + <div class="caption"> + <p class="center">Sous le Consulat.<span class="link"><a href="images/x-page-196.jpg"> + <img class="agrandissement" src="images/agrandissement.jpg" alt="" title="" width="18" height="14" /></a></span></p> + </div> +</div> + +<p>Ce sont toujours les mmes robes, souvent transparentes, le dcolletage +rgne souverainement malgr les saisons. Les femmes d'alors vont +poitrine dcollete et bras nus dans la rue comme celles d'aujourd'hui +au bal. C'est leur champ de bataille. Pour lutter contre le froid elles +ont les charpes, les chles,—le commencement <span class="pagenum"><a name="Page_196" id="Page_196">196</a></span> des fameux +cachemires qui jouent un si grand rle dans la premire moiti de notre +sicle. On a invent des vtements particuliers, comme la petite veste +de hussard qui vers l'an VIII se passe par-dessus le corsage dcollet +et encadre les paules de sa fourrure, ou le spencer, autre veste bien +moins gracieuse.</p> + +<p><span class="pagenum"><a name="Page_197" id="Page_197">197</a></span></p> + +<p>Les clbres portraits de Josphine de Beauharnais par David, et de +M<sup>me</sup> Rcamier par Grard, allonges sur des lits de repos l'antique, +nous montrent deux belles Romaines du temps des empereurs, plutt que +des Franaises d'il n'y a pas cent ans. Elles taient pourtant habilles +ainsi, les lgantes des salons du Directoire, les belles Parisiennes +qui faisaient cercle autour de Garat chantant ses romances, ou qui +dansaient avec le beau Trnitz la gavotte ou la <i>walse</i> alors dans +toute sa nouveaut.</p> + +<p>Voil que les coiffures la Titus ne sont plus de mode en 1803 ou 1804, +c'est vieux, c'est province. Et les cheveux qui ne se sont pas empresss +de repousser immdiatement aprs le changement de got! Les dames +regrettent leurs belles tresses blondes, brunes ou rousses et sont bien +forces de recourir aux tours de tte et aux postiches pour montrer de +nouveau de grandes boucles ou pour s'arranger des grands chignons +trusques avec nattes enroules.</p> + +<p>C'est un vilain moment qui commence pour <span class="pagenum"><a name="Page_198" id="Page_198">198</a></span> le costume fminin, il +semble que la mode, conquise elle aussi, ait gard toute son imagination +gracieuse pour habiller magnifiquement, arranger, soutacher, broder, +passementer, empanacher, dorer les innombrables escadrons que S. M. +l'Empereur et Roi allait faire galoper et tournoyer d'un bout de +l'Europe l'autre, les superbes sabreurs lancs sur les canons et les +baonnettes de tous les peuples runis.</p> + +<p>Salons de Frascati, jardins de Tivoli qui avez vu dfiler les belles du +Directoire si hardiment dshabilles dans leurs tuniques flottantes et +transparentes, dans leurs fantaisies athniennes si oses, que +dites-vous des toilettes que vous voyez porter aujourd'hui ces mmes +femmes ou leurs sœurs cadettes, que pensez-vous de ces sacs +disgracieux qu'elles appellent des robes, de ces fourreaux ridicules, de +ces chapeaux en abat-jour, de ces visires en capote de cabriolet?</p> + +<p>Les modes masculines ne sont pas plus jolies. Que ceux qui ne veulent +pas consentir les porter s'engagent dans les hussards! Les <span class="pagenum"><a name="Page_199" id="Page_199">199</a></span> +costumes des hommes sont laids dj, comme ils vont l'tre de plus en +plus dans le courant du sicle.</p> + +<p>Mais les femmes! voici une lgante de 1810:</p> + +<div class="figcenter2" style="width: 244px;"> + <img src="images/page-199.jpg" alt="" title="" width="244" height="485" /> + <div class="caption"> + <p class="center">Commencement du <span class="smcap">XIX</span><sup>e</sup> sicle.<span class="link"><a href="images/x-page-199.jpg"> + <img class="agrandissement" src="images/agrandissement.jpg" alt="" title="" width="18" height="14" /></a></span></p> + </div> +</div> + +<p>La jupe d'abord,—il y a si peu de corsage que la jupe est peu prs +tout le costume,—la jupe de percale ou d'toffe assez commune commence +sous les bras et tombe d'une faon <span class="pagenum"><a name="Page_200" id="Page_200">200</a></span> inlgante jusqu'au bout des +pieds, ou bien s'arrte assez haut au-dessus des bottines. Quelques +plisss, quatre ou cinq rangs de garnitures dcoupes en dents de scie, +quelques volants tags ornent assez gauchement le bas de ces jupes.</p> + +<p>Presque pas de corsage, la ceinture bride le sein; la robe n'a pas de +manches, les bras sont nus sauf deux gros bourrelets aux paules, les +paules sont dcolletes. On porte des canezous brods ou bien de +grandes collerettes plusieurs ranges de plis tuyauts. C'est la seule +chose assez gracieuse de la toilette, encore arrange-t-on souvent ces +collerettes d'une assez lourde faon, pour engoncer plutt que pour +orner.</p> + +<div class="figcenter2" style="width: 322px;"><a name="img-after-page-200" id="img-after-page-200"></a> + <img src="images/after-page-200.jpg" alt="" title="" width="322" height="500" /> + <div class="caption"> + <p class="center">PARISIENNE DE 1810.<span class="link"><a href="images/x-after-page-200.jpg"> + <img class="agrandissement" src="images/agrandissement.jpg" alt="" title="" width="18" height="14" /></a></span></p> + </div> +</div> + +<p>Quant aux chapeaux, ils sont bien souvent ridicules. Comme toutes les +ides sont tournes vers l'arme et la guerre, les dames, sur ces +toilettes assez baroques, arborent quelquefois des espces de casques +empanachs et enguirlands, de grands chapeaux en forme de shakos; on +voit mme de vrais casques, dits la <i>Clorinde</i> qui ont l'intention de +rappeler les casques des chevaliers des Croisades.</p> + +<div class="figcenter2" style="width: 229px;"> + <img src="images/page-201.jpg" alt="" title="" width="229" height="333" /> + <div class="caption"> + <p class="center">Attendant les Vainqueurs.<span class="link"><a href="images/x-page-201.jpg"> + <img class="agrandissement" src="images/agrandissement.jpg" alt="" title="" width="18" height="14" /></a></span></p> + </div> +</div> + +<p><span class="pagenum"><a name="Page_201" id="Page_201">201</a></span></p> + +<p>Un moment la mode est aux petits bonnets, des petits serre-ttes +d'enfants orns de dentelles qui donnent aux dames des airs navement +enfantins, mais le triomphe de l'poque ce sont les grands chapeaux +cabriolets, les capotes normes qui s'allongent dmesurment en avant de +la figure enfonce et dissimule au plus profond de l'armature. +Quelquefois ces capotes en cabriolet se compliquent d'un grand tube de +haute forme, plus haut que le plus haut de tous les shakos des armes de +sa Majest.</p> + +<p><span class="pagenum"><a name="Page_202" id="Page_202">202</a></span></p> + +<div class="figcenter2" style="width: 288px;"> + <img src="images/page-202.jpg" alt="" title="" width="288" height="500" /> + <div class="caption"> + <p class="center">Grand chapeau Empire.<span class="link"><a href="images/x-page-202.jpg"> + <img class="agrandissement" src="images/agrandissement.jpg" alt="" title="" width="18" height="14" /></a></span></p> + </div> +</div> + +<p>Et pour qu'elles trouvent le moyen d'tre gracieuses quand mme +l-dessous et d'tre adores par tous les tincelants officiers qui s'en +viennent, entre deux victorieuses campagnes, brler rapidement leurs +cœurs la flamme de leurs yeux, il faut que les femmes soient +vraiment jolies.</p> + +<p><span class="pagenum"><a name="Page_203" id="Page_203">203</a></span></p> + +<p>Pour les bals et soires, dans les salons o papillonnent les beaux +officiers ct des civils rejets dans l'ombre, les femmes qui n'ont +pas les allures triomphantes des Merveilleuses de la priode prcdente, +mais qui au contraire, sous le regard des guerriers empanachs, prennent +des allures de colombes timides, les belles ont des jupes extrmement +courtes ornes de bouquets de fleurs et laissant voir le bas de la jambe +et le cothurne, non plus le cothurne antique de la belle Tallien, mais +un cothurne soulier, attach aussi par des cordons sur la cheville.</p> + +<p>Ces belles de l'Empire, ces rveuses Malvinas en robes sacs, qui songent +aux beaux guerriers chargeant l-bas de l'autre ct du Rhin, se +coiffent avec leurs tresses masses en casques, ou bien la Chinoise, +tous les cheveux tirs en l'air.</p> + +<p>Les beauts srieuses prennent le turban des Turcs. On connat le +clbre portrait de M<sup>me</sup> de Stael enturbanne, les salons se +remplissent ainsi d'odalisques parisiennes et l'on trouve leur coiffure +charmante. Aprs cela, qu'est-ce <span class="pagenum"><a name="Page_204" id="Page_204">204</a></span> qu'une jolie figure et des yeux +vifs ou langoureux ne sauraient faire passer?</p> + +<div class="figcenter2" style="width: 269px;"> + <img src="images/page-204.jpg" alt="" title="" width="269" height="343" /> + <div class="caption"> + <p class="center">Robe orientale et Turban.<span class="link"><a href="images/x-page-204.jpg"> + <img class="agrandissement" src="images/agrandissement.jpg" alt="" title="" width="18" height="14" /></a></span></p> + </div> +</div> + +<p>Ces turbans prennent vite des proportions normes et se surchargent de +gazes, d'charpes de couleurs varies et de plumes, ils deviennent sous +la Restauration l'apanage des dames mres, des mamans et belles mamans, +et leur font ces figures d'un comique extravagant que nous ne pouvons +regarder sans rire dans les gravures du temps.</p> + +<div class="figcenter2" style="width: 205px;"> + <img src="images/page-205.jpg" alt="" title="" width="230" height="345" /> + <div class="caption"> + <p class="center">Chapeau Empire.<span class="link"><a href="images/x-page-205.jpg"> + <img class="agrandissement" src="images/agrandissement.jpg" alt="" title="" width="18" height="14" /></a></span></p> + </div> +</div> + +<p>Que dire aussi des spencers qui donnent un <span class="pagenum"><a name="Page_205" id="Page_205">205</a></span> aspect si triqu ces +toilettes dj peu jolies de lignes, des lourds carricks, des redingotes +fourres et des Vitchouras? Les fourrures sont trs la mode, on porte +astrakan, martre ou zibeline en vtements de toutes sortes et en +pelisses de toutes tailles.</p> + +<p>Tout ce monde si bizarrement habill, toutes ces femmes dont les +costumes semblent spars par des sicles des toilettes du <span class="smcap">XVIII</span><sup>e</sup> +sicle, des falbalas qu'ont ports leurs mres, s'agitent dans un dcor +galement bien diffrent <span class="pagenum"><a name="Page_206" id="Page_206">206</a></span> de celui qu'inventrent les artistes et +les peintres rococo.</p> + +<p>Sommes-nous en France ou en Grce, ou en Egypte, en Etrurie ou +Palmyre? Dans quel sicle vivons-nous, le <span class="smcap">XIX</span><sup>e</sup> aprs l're chrtienne +ou avant? Ce dcor antique donn tout coup la vie, date du +Directoire, ce sont les architectes retour de Rome, Percier et Fontaine, +qui l'ont implant dans Paris et des htels des personnalits la mode, +il a pass bien vite dans les maisons de la classe bourgeoise.</p> + +<p>On s'habillait la grecque et la romaine, avant Percier et Fontaine, +le costume avait donc prcd l'architecture et influ sur la cration +d'un style.</p> + +<p>Est-il rien de plus lgant qu'un salon qui ressemble un temple grec +ou qui figure un intrieur de tombeau trusque? Garnitures de chemine +de style funraire, trpieds imits de Pomp, chaises curules, +fauteuils incommodes mais orns de lions, de cygnes, de cornes +d'abondance, lits gards par des sphinx, commodes charges de glaives, +somnos en forme <span class="pagenum"><a name="Page_207" id="Page_207">207</a></span> de cippe funraire ou d'autel, tables de nuit +pompennes, etc. Partout des lignes rigides, des ornements froids, +partout des palmettes, des entrelacs trusques ou grecs, voire mme des +motifs gyptiens, quand l'expdition d'Egypte mit la terre des Pharaons + la mode.</p> + +<p>Il fallait avoir dans l'esprit de considrables ressources de gat +intrieure pour trouver la vie agrable parmi ces formes raides et +dures, dans ce cadre svre, solennel et antique, distillant une +maussaderie et un ennui trs modernes.</p> + +<div class="figcenter3" style="width: 297px;"> + <img src="images/page-207.jpg" alt="" title="" width="297" height="311" /> + <div class="caption"> + <p class="center">Coiffure Empire.<span class="link"><a href="images/x-page-207.jpg"> + <img class="agrandissement" src="images/agrandissement.jpg" alt="" title="" width="18" height="14" /></a></span></p> + </div> +</div> + +<p><span class="pagenum"><a name="Page_208" id="Page_208">208</a></span></p> + +<hr class="small" /> + +<div class="figcenter" style="width: 242px;"><a name="img_ch11" id="img_ch11"></a> + <img src="images/page-208.jpg" alt="" title="" width="242" height="339" /> + <div class="caption"> + <p class="center">Chapeau 1814.<span class="link"><a href="images/x-page-208.jpg"> + <img class="agrandissement" src="images/agrandissement.jpg" alt="" title="" width="18" height="14" /></a></span></p> + </div> +</div> + +<h2><a name="ch11" id="ch11"></a>XI<br /><br /> +<span class="small1">LA RESTAURATION<br /> +ET LA MONARCHIE DE JUILLET</span></h2> + +<p class="intro">Manches bouffantes, manches gigot.—Les collerettes.—Modes la +girafe.—Les coiffures et les grands chapeaux.—1830.—Epanouissement +des modes romantiques.—Les derniers bonnets.—1840. Chastes +bandeaux.—Modes Juste-milieu.</p> + +<p>Sous la Restauration, d'anne en anne, les trs laides et inlgantes +modes de l'Empire s'amliorent et prennent un peu de grce. Probablement +la mode a cess de consacrer <span class="pagenum"><a name="Page_209" id="Page_209">209</a></span> toutes ses penses et toutes les +ressources de son gnie aux beaux houzards et aux brillants aides de +camp des armes franaises. Le got fminin renat.</p> + +<div class="figcenter2" style="width: 328px;"><a name="img-after-page-208" id="img-after-page-208"></a> + <img src="images/after-page-208.jpg" alt="" title="" width="328" height="500" /> + <div class="caption"> + <p class="center">PARISIENNE 1814.<span class="link"><a href="images/x-after-page-208.jpg"> + <img class="agrandissement" src="images/agrandissement.jpg" alt="" title="" width="18" height="14" /></a></span></p> + </div> +</div> + +<p>Les costumes vont gagner tous les jours, perdre de leur raideur et leur +indcision, prendre de l'ampleur ici, s'allger l, et ds 1825, devenir +pour une dizaine d'annes, tout fait charmants.</p> + +<p>Une grce aimable et distingue, une exquise originalit, une lgance +souple et naturelle, de belles ondulations de jupes, des coiffures +extrmement seyantes, trs trouves, les modes de ce temps-l sont +vraiment dlicieuses, et la femme de 1830 a droit une belle place de +choix dans les vocations des lgances d'antan, parmi les plus +charmantes figures du pass.</p> + +<p>Plus tard, quand notre pauvre <span class="smcap">XIX</span><sup>e</sup> sicle aura gliss avec les autres +dans le gouffre qu'il peut, hlas, entrevoir dj, quand les belles +d'aujourd'hui seront leur tour devenues des aeules, lorsqu'on songera + se figurer les femmes de notre sicle, c'est avec les toilettes <span class="pagenum"><a name="Page_210" id="Page_210">210</a></span> +de 1830, pour la premire moiti, et de... mettons 90... pour la seconde +moiti, qu'on se les reprsentera.</p> + +<p>C'est la bonne poque, les dessins et peintures d'alors, des Devria, +Gavarni et autres, sont l pour tmoigner de la grce des toilettes +portes par les femmes de 1825 1835, de la seconde priode de la +Restauration aux premiers temps de la monarchie de Juillet, pendant le +grand renouveau des ides et des arts.</p> + +<p>Ah! celles-ci, nous les avons connues, elles nous intressent plus que +toutes, ce ne sont pas des figures vagues, estompes dans le recul des +sicles! Nous les avons connues..., devenues de bonnes et charmantes +vieilles, au visage encore encadr de boucles comme aux jours +d'autrefois, mais de boucles blanches, avec des lunettes sur ces yeux +jadis, parat-il, vifs et rieurs...</p> + +<p>Aprs la chute de l'Empire, l'anglomanie domine pendant quelques annes +dans les toilettes, et aussi un peu de cosaquomanie; les modes +parisiennes sont des imitations des modes de Londres; mais peu peu se +dgagent, <span class="pagenum"><a name="Page_211" id="Page_211">211</a></span> et de ttonnements en ttonnements, arrivent raliser +de fort jolis types de toilettes.</p> + +<div class="figcenter2" style="width: 309px;"> + <img src="images/page-211.jpg" alt="" title="" width="309" height="500" /> + <div class="caption"> + <p class="center">Chapeau 1815.<span class="link"><a href="images/x-page-211.jpg"> + <img class="agrandissement" src="images/agrandissement.jpg" alt="" title="" width="18" height="14" /></a></span></p> + </div> +</div> + +<p>C'est encore pendant quelques annes la robe sac ou fourreau de +parapluie de l'Empire, avec <span class="pagenum"><a name="Page_212" id="Page_212">212</a></span> des essais de corsages, des tailles +places moins haut, des essais de manches gros bouillons, et des +chapeaux plus ou moins gracieux de formes tout fait bizarres et +toujours vastes de proportions, des chapeaux au fond desquels assez +souvent la figure se dissimule presque compltement.</p> + +<p>Le grand luxe revient pourtant avec la tranquillit, avec le repos qu'on +n'a pas connu depuis vingt-cinq ans, avec la cour, dans les salons qui +ont retrouv l'clat de jadis, et qui ne sont plus seulement des petites +runions de mcontents ou de simples parlottes, comme autrefois, +discutant la dernire victoire ou le dernier revers de l'Empereur, +unique sujet de conversation entre deux parties de whist.</p> + +<p>Reprenons quelques-uns des vieux verres de la grande lanterne magique +que le temps fait passer si rapidement et voici les lgantes de la +Restauration, les belles romantiques et les lionnes de la monarchie de +Juillet.</p> + +<div class="figcenter2" style="width: 278px;"> + <img src="images/page-213.jpg" alt="" title="" width="278" height="500" /> + <div class="caption"> + <p class="center">Toilette de soire Restauration.<span class="link"><a href="images/x-page-213.jpg"> + <img class="agrandissement" src="images/agrandissement.jpg" alt="" title="" width="18" height="14" /></a></span></p> + </div> +</div> + +<p>La robe de gros de Naples blanc, avec des volants jaunes au bas de la +jupe largie, la mme garniture en plerine sur les paules, <span class="pagenum"><a name="Page_213" id="Page_213">213</a></span> des +manches gigot,—elles viennent de natre et triomphent concurremment +avec les manches l'lphant et les manches l'imbcile,—collerette +tuyaute, grand chapeau de <span class="pagenum"><a name="Page_214" id="Page_214">214</a></span> paille de riz avec rubans de satin et +panaches de grandes plumes.</p> + +<p>Jupes largies garnies de bouillonns de gaze et de coques de satin, de +volants et d'entre-deux de dentelles, canezous, jupes cossaises, grands +chapeaux dcoratifs orns de gros bouquets de fleurs,—ces chapeaux de +M<sup>me</sup> Herbault dont les chroniques et les romans d'alors coiffent +toutes les belles,—immenses gants habillant tout le bras...</p> + +<p>Cette dame qui joue rveusement de la harpe dans une soire lgante, +les paules drapes dans une charpe de gaze raye, est coiffe d'un +grand bret qui va bien son profil potique; en sortant du salon, elle +s'enveloppera dans une rotonde ou dans un de ces vastes manteaux de drap + palatine dcoupe, grand collet et doublure de fourrures, pendant +que Monsieur, le monsieur toupet fris, habit bleu boutons d'or et +pantalon collant, endossera son carrick.</p> + +<p>Pour l't, pour la campagne, pour la promenade, pour aller consulter le +sorcier de Tivoli, canezous d'organdi ruchs de tulle, grands <span class="pagenum"><a name="Page_215" id="Page_215">215</a></span> +chapeaux de paille avec d'immenses rubans dresss.</p> + +<p>Pour le thtre, pour les sorties, pour tous les temps frais, on a les +boas, ces boas que nous venons tout rcemment de voir revenir et qui +sont l'occasion de si jolis mouvements. Les serpents de fourrure +s'enroulent sur les paules nues et sertissent chaudement et +voluptueusement les fraches carnations.</p> + +<p>En 1827, pour clbrer l'arrive de la premire girafe au jardin des +Plantes, toute la mode est <i> la Girafe</i>.</p> + +<p>Ce qui reste de ces modes la Girafe, c'est le grand peigne d'caille +qui se place tout en haut de la tte au sommet de l'difice. Les +coiffures sont trs hautes, les cheveux se relvent en plusieurs coques +serres avec un encadrement de boucles tombantes autour du visage, +partages irrgulirement, trois d'un ct, quatre de l'autre...</p> + +<p>Elle est charmante, l'lgante de 1830 en costume de soire, avec le +complet panouissement des manches gigot, ses paules mergeant d'une +ligne de fine dentelle, sa nuque <span class="pagenum"><a name="Page_216" id="Page_216">216</a></span> bien dcouverte sous le grand +peigne d'caille plant triomphalement dans les masses blondes ou +brunes, tordues et runies au sommet de la tte.</p> + +<div class="figcenter2" style="width: 301px;"> + <img src="images/page-216.jpg" alt="" title="" width="301" height="365" /> + <div class="caption"> + <p class="center">Chapeau 1820.<span class="link"><a href="images/x-page-216.jpg"> + <img class="agrandissement" src="images/agrandissement.jpg" alt="" title="" width="18" height="14" /></a></span></p> + </div> +</div> + +<p>Dans la rue ou sur les boulevards, aux promenades, aux Champs-Elyses, +elle est dcollete encore et se drape sans se cacher dans un petit +chle port coquettement.</p> + +<div class="figcenter2" style="width: 315px;"><a name="img-after-page-216" id="img-after-page-216"></a> + <img src="images/after-page-216.jpg" alt="" title="" width="315" height="500" /> + <div class="caption"> + <p class="center">UNE LGANTE AUX CHAMPS-LYSES, RESTAURATION.<span class="link"><a href="images/x-after-page-216.jpg"> + <img class="agrandissement" src="images/agrandissement.jpg" alt="" title="" width="18" height="14" /></a></span></p> + </div> +</div> + +<p>Revenons un peu sur le chapitre des coiffures; ce n'est pas le moins +important, il peut se subdiviser en sous-chapitres: les toques <span class="pagenum"><a name="Page_217" id="Page_217">217</a></span> et +brets chevaleresques et Ossianiques, les bonnets et turbans, et enfin +les chapeaux.</p> + +<div class="figcenter2" style="width: 370px;"> + <img src="images/page-217.jpg" alt="" title="" width="370" height="474" /> + <div class="caption"> + <p class="center">Bret de gaze.<span class="link"><a href="images/x-page-217.jpg"> + <img class="agrandissement" src="images/agrandissement.jpg" alt="" title="" width="18" height="14" /></a></span></p> + </div> +</div> + +<p>C'est un pote qu'il faudrait pour clbrer dignement la grandeur et +pleurer la dcadence du chapeau fminin. Sous la Restauration, jusqu'en +1835, c'est la gloire et le triomphe du chapeau; il plane superbement +sur la tte des dames, il fait voltiger ses plumes, il balance <span class="pagenum"><a name="Page_218" id="Page_218">218</a></span> +gracieusement ses rubans, ses coques et ses immenses nœuds de satin.</p> + +<p>Parti des tromblons ou des shakos sans grce de l'Empire, des tubes +enfermant la figure au fond d'un corridor obscur, il s'est modifi peu +peu, il s'est largi, il s'est ouvert. On le campait tout droit sur la +tte; maintenant, il se pose gentiment de ct sur les cheveux rouls en +grosses boucles irrgulires. La nuque bien dgage apparat dans toute +sa coquetterie, les paules se montrent aussi l'ombre d'un grand +chapeau car les robes sont largement dcolletes et les jolies +collerettes tuyautes ne les surmontent pas toujours.</p> + +<p>C'est le moment du triomphe pour le chapeau, mais la dcadence viendra +vite, les bords rouls en cornet ou en corridor reprendront, on +supprimera rubans et panaches, on enfermera la figure tout <ins class="correction" title="ou">au</ins> fond du +corridor et le cou sous d'immenses et disgracieux bavolets. Nous irons +ainsi de lamentables inventions en crations baroques et inlgantes +jusqu'au petit chapeau bibi ferm, du second Empire, jusqu'au ridicule +chapeau assiette de 1867.</p> + +<p><span class="pagenum"><a name="Page_219" id="Page_219">219</a></span></p> + +<div class="figcenter2" style="width: 332px;"> + <img src="images/page-219.jpg" alt="" title="" width="332" height="500" /> + <div class="caption"> + <p class="center">Les grands Chapeaux Restauration.<span class="link"><a href="images/x-page-219.jpg"> + <img class="agrandissement" src="images/agrandissement.jpg" alt="" title="" width="18" height="14" /></a></span></p> + </div> +</div> + +<p>Mais la raction en sens inverse est commence, nous avons pu revoir en +ces dernires annes de vraiment gracieuses coiffures.</p> + +<p>La femme d'alors dans l'intimit ne craint <span class="pagenum"><a name="Page_220" id="Page_220">220</a></span> pas les grands bonnets +coquettement chiffonns, vastes comme les chapeaux, avec un fond relev +trs haut pour contenir le grand peigne avec des bouriffements de +dentelles et de rubans autour de ses boucles ou de ses anglaises. C'est +le dernier temps d'lgance des bonnets, ensuite, hlas! il n'y aura +plus de beaux bonnets qu'aux champs, tant que dureront les majestueux +hennins des Normandes ou les coiffes voltigeantes si varies des femmes +de Bretagne.</p> + +<p>Aprs ces jolis bonnets de boudoir des lionnes de 1830, la dcadence du +bonnet commence. Il est encore joli, le bonnet capricieusement tuyaut +sur la tte des petites modistes ou grisettes au nez ft de Parisienne, +aux yeux veills et railleurs; c'est d'ailleurs la coiffure lgre +qu'elles font si lgrement voltiger mtaphoriquement par-dessus les +plus hauts moulins, mais ensuite le bonnet des grisettes devient la +coiffure sans grce de grosses boutiquires, enfin, chute complte, le +bonnet devient portire...</p> + +<div class="figcenter2" style="width: 386px;"> + <img src="images/page-221.jpg" alt="" title="" width="386" height="497" /> + <div class="caption"> + <p class="center">Bonnet d'intrieur.<span class="link"><a href="images/x-page-221.jpg"> + <img class="agrandissement" src="images/agrandissement.jpg" alt="" title="" width="18" height="14" /></a></span></p> + </div> +</div> + +<p>Vive, lgre, enjoue, dans l'ondulation de <span class="pagenum"><a name="Page_221" id="Page_221">221</a></span> ses larges jupes et le +flou de ses monumentales manches gigot, l'lgante de 1830 s'en va +blouir les boudoirs de la chausse d'Antin et les promenades +fashionables, les Champs-lyses ou Longchamps et faire palpiter le +cœur des dandys engoncs dans leurs hauts collets d'habits. Sous son +grand chapeau hriss de <span class="pagenum"><a name="Page_222" id="Page_222">222</a></span> touffes de plumes et de rubans, elle +disparat quand elle veut, un simple mouvement du cou et la voil +dissimule au fond de cette coiffure de strict incognito.</p> + +<p>Elle galope aussi au bois de Boulogne dans son amazone de couleur +manches gigot, orne de torsades ou de brandebourgs, ou bien gaye +par un blanc canezou...</p> + +<p>Plus tard par malheur, elle osera porter, la campagne pour ses +promenades questres, la place de son large chapeau grand voile +voltigeant, la casquette, la hideuse casquette, honte du <span class="smcap">XIX</span><sup>e</sup> sicle.</p> + +<p>Il faut voir, aux loges des thtres la mode, les ranges de jolies +femmes dcolletes, dans les corsages ouverts en pointe jusqu' la +taille sur une large chemisette brode, les parements du corsage +revenant sur les paules et les manches,—les boas enrouls, les +accroche-cœurs et les boucles, les cheveux tordus et dresss de cent +faons diffrentes et compliques, avec des fleurs, des peignes, des +pointes de satin...</p> + +<div class="figcenter2" style="width: 379px;"> + <img src="images/page-223.jpg" alt="" title="" width="379" height="414" /> + <div class="caption"> + <p class="center">Amazone 1830.<span class="link"><a href="images/x-page-223.jpg"> + <img class="agrandissement" src="images/agrandissement.jpg" alt="" title="" width="18" height="14" /></a></span></p> + </div> +</div> + +<p>Les belles romantiques, dit-on, arborent <span class="pagenum"><a name="Page_223" id="Page_223">223</a></span> l'envi des toilettes +plus moyen ge les unes que les autres. Elles avaient pour nourriture +d'esprit aprs les troubadours du vicomte d'Arlincourt, aprs Ossian, +Byron et Walter Scott, les tirades passionnes et farouches des grands +drames d'alors, <i>Hernani</i>, la <i>Tour de Nesle</i>, <i>Lucrce Borgia</i>, les +vers, les romans, les chroniques de tous les romantiques, de tous les +<i>jeune France</i>. Et, sous l'œil fulgurant des barons et des bandits +gothiques, elles s'efforaient <span class="pagenum"><a name="Page_224" id="Page_224">224</a></span> d'tre le plus moyen ge possible +dans leurs ajustements.</p> + +<div class="figcenter2" style="width: 349px;"> + <img src="images/page-224.jpg" alt="" title="" width="349" height="405" /> + <div class="caption"> + <p class="center">Coiffure la Chinoise. 1830.<span class="link"><a href="images/x-page-224.jpg"> + <img class="agrandissement" src="images/agrandissement.jpg" alt="" title="" width="18" height="14" /></a></span></p> + </div> +</div> + +<p>Mais, au thtre mme, le moyen ge tait trs 1830, les hrones de ces +drames flamboyants, Isabeau, Marguerite de Bourgogne ou Belle +Ferronnire, malgr les recherches de couleur locale, montrent, tout +comme les spectatrices, les invitables manches gigot, et au fond en +voulant se montrer moyen-geuses, <span class="pagenum"><a name="Page_225" id="Page_225">225</a></span> les belles de 1830 restent +surtout 1830.</p> + +<div class="figcenter2" style="width: 329px;"><a name="img-after-page-224" id="img-after-page-224"></a> + <img src="images/after-page-224.jpg" alt="" title="" width="329" height="500" /> + <div class="caption"> + <p class="center">TOILETTES D'INTRIEUR 1830.<span class="link"><a href="images/x-after-page-224.jpg"> + <img class="agrandissement" src="images/agrandissement.jpg" alt="" title="" width="18" height="14" /></a></span></p> + </div> +</div> + +<p>Hlas, hlas, ces modes d'une si jolie dsinvolture, ces modes +panaches, d'une lgance <i>truculente</i>, pour employer l'idiome d'alors, +ces modes passent. La raction bourgeoise anti-pittoresque, qui commence +dans les arts, triomphe bien plus rapidement dans les toilettes. Au bout +de quelques annes, les modes se sont assagies, faut-il dire le gros +mot? Ds <span class="pagenum"><a name="Page_226" id="Page_226">226</a></span> 1835 ou 36, la mode, l'ex-mode potique, romantique, +cavalire, se fait juste milieu et picire, pouse de garde national, +pour tout dire!</p> + +<div class="figcenter2" style="width: 358px;"> + <img src="images/page-225.jpg" alt="" title="" width="358" height="434" /> + <div class="caption"> + <p class="center">Grand Chapeau et Collerette.<span class="link"><a href="images/x-page-225.jpg"> + <img class="agrandissement" src="images/agrandissement.jpg" alt="" title="" width="18" height="14" /></a></span></p> + </div> +</div> + +<p>La mode en 1835 a dj perdu ses grces et tourn la gaucherie en +exagrant disgracieusement les caractristiques de 1830. Ce ne sont plus +les femmes de Devria et de Gavarni, ce sont celles de Grandville.</p> + +<p>Les jupes sont larges comme des cloches et sans ornements, en simple +mousseline blanche ou imprime de petits dessins bbtes comme ceux des +papiers de tenture de l'poque. Les manches sont d'normes gigots +boursoufls mais flasques qui pendent trs bas, trs bas, sur de tout +petits poignets; les corsages sont recouverts d'immenses plerines +ornes de broderies et dentelles, tombant plus bas que la taille. Mettez +sur la tte un grand chapeau de paille d'Italie ou de paille de riz, +ferm et brid sous le menton, et vraiment l'ensemble n'est pas trs +sduisant.</p> + +<div class="figcenter2" style="width: 412px;"> + <img src="images/page-227.jpg" alt="" title="" width="412" height="461" /> + <div class="caption"> + <p class="center">Toilette d'intrieur.<span class="link"><a href="images/x-page-227.jpg"> + <img class="agrandissement" src="images/agrandissement.jpg" alt="" title="" width="18" height="14" /></a></span></p> + </div> +</div> + +<p>Voyez les hrones de 1830, dix ans aprs, en 1840; considrez +tristement ces jupes sans <span class="pagenum"><a name="Page_227" id="Page_227">227</a></span> lignes et sans ornements, ces manches +hsitantes, gardant un peu de l'ampleur des gigots, juste assez pour +tre disgracieuses, ces corsages quelconques, ces chapeaux dpourvus +d'allure, simples capotes attaches sous le menton par des brides sans +grce.</p> + +<div class="figcenter2" style="width: 338px;"> + <img src="images/page-228.jpg" alt="" title="" width="338" height="498" /> + <div class="caption"> + <p class="center">Toilette romantique.<span class="link"><a href="images/x-page-228.jpg"> + <img class="agrandissement" src="images/agrandissement.jpg" alt="" title="" width="18" height="14" /></a></span></p> + </div> +</div> + +<p>Les coiffures n'ont plus les belles audaces d'autrefois, ce sont des +coiffures en bandeaux <span class="pagenum"><a name="Page_228" id="Page_228">228</a></span> plats, qui encadrent froidement et durement +le visage, ces chastes bandeaux, comme on disait alors, qui tuent +presque toute grce et toute beaut—ce sont les <i>anglaises</i>, les +longues boucles tombant comme un feuillage de saule, qui donnent une +mine pleurnicharde aux figures fminines les plus enjoues. La mode <span class="pagenum"><a name="Page_229" id="Page_229">229</a></span> +devient de plus en plus triste et de plus en plus laide la fin de la +monarchie de juillet. Plus de got du tout, c'est le comble de la +banalit et de la platitude.</p> + +<div class="figcenter2" style="width: 308px;"> + <img src="images/page-229.jpg" alt="" title="" width="308" height="366" /> + <div class="caption"> + <p class="center">1830.<span class="link"><a href="images/x-page-229.jpg"> + <img class="agrandissement" src="images/agrandissement.jpg" alt="" title="" width="18" height="14" /></a></span></p> + </div> +</div> + +<p>Il y a un mouvement qui porte les modes toujours aller du plus large +au plus troit et toujours revenir du plus troit au plus large. C'est +une loi. De mme pour les coiffures, on va et on ira toujours du plus +petit au plus vaste et du plus vaste au plus petit, avec une rgularit +parfaite.</p> + +<p><span class="pagenum"><a name="Page_230" id="Page_230">230</a></span></p> + +<p>Aprs les paniers Louis XV et Louis XVI, on est all aux jupes collantes +du Directoire, la plus simple expression des jupes, aprs laquelle il +n'y a plus que la suppression. Des robes fourreaux de l'Empire, on est +venu par degrs l'ampleur et l'on va regagner sous le second Empire le +grand maximum de largeur avec la troisime restauration du vertugadin +sous le nom de crinoline.</p> + +<div class="figcenter2" style="width: 393px;"> + <img src="images/page-230.jpg" alt="" title="" width="393" height="301" /> + <div class="caption"> + <p class="center">1835.<span class="link"><a href="images/x-page-230.jpg"> + <img class="agrandissement" src="images/agrandissement.jpg" alt="" title="" width="18" height="14" /></a></span></p> + </div> +</div> + +<hr class="small" /> + +<p><span class="pagenum"><a name="Page_231" id="Page_231">231</a></span></p> + +<div class="figcenter" style="width: 208px;"><a name="img_ch12" id="img_ch12"></a> + <img src="images/page-231.jpg" alt="" title="" width="208" height="334" /> + <div class="caption"> + <p class="center">1845.<span class="link"><a href="images/x-page-231.jpg"> + <img class="agrandissement" src="images/agrandissement.jpg" alt="" title="" width="18" height="14" /></a></span></p> + </div> +</div> + +<h2><a name="ch12" id="ch12"></a>XII<br /><br /> +<span class="small1">POQUE MODERNE</span></h2> + +<p class="intro">1848.—Des rvolutions partout, except dans le royaume de la +mode.—Rgne universel de la crinoline.—Les chles +cachemire.—Talmas, burnous, pince-tailles.—Modes de plages.—Robes +courtes.—Saute-en-barque.—Jupes larges et jupes troites.—Les modes +collantes.—Poufs et tournures.—Modes Valois.—Erudition plus +qu'imagination.—On demande une mode fin de sicle.</p> + +<p>La Rvolution de 48 n'a aucune action sur les modes, elle ne lance pas, +comme la premire, la toilette dans des voies nouvelles. En <span class="pagenum"><a name="Page_232" id="Page_232">232</a></span> ce +temps de bouleversement, quand toute l'Europe semble gagne par l'esprit +de rvolution, lorsque tant de rves plus ou moins beaux, plus ou moins +fous, brlent le cerveau congestionn des peuples, la mode qui +pourtant un petit grain de folie serait certainement permis, se conduit +en personne sage et prudente.</p> + +<p>Les toilettes continuent se montrer minemment bourgeoises; on +croirait que c'est M<sup>me</sup> Prudhomme qui donne le ton.</p> + +<p>Les tristes et mesquins chapeaux en petit cabriolet, ferms sous le +menton avec de petites brides, rgnent sans conteste, il n'y a pour +ainsi dire qu'une forme unique, bavolet, sans autres ornements que des +rubans sans grce. La robe n'a pas la moindre ornementation non plus, le +corsage est trs long, la jupe droite. Sur ces toilettes plates on porte +au dehors des mantelets et des chles.</p> + +<div class="figcenter2" style="width: 325px;"><a name="img-after-page-232" id="img-after-page-232"></a> + <img src="images/after-page-232.jpg" alt="" title="" width="325" height="500" /> + <div class="caption"> + <p class="center">PARISIENNE 1835.<span class="link"><a href="images/x-after-page-232.jpg"> + <img class="agrandissement" src="images/agrandissement.jpg" alt="" title="" width="18" height="14" /></a></span></p> + </div> +</div> + +<p>Ce sont ces toilettes, trs sobres et trs effaces, que le second +Empire va trouver ses dbuts et qu'il transformera peu peu en un +costume grand fla-fla trs compliqu, trs charg et surcharg, mais +plus que discutable <span class="pagenum"><a name="Page_233" id="Page_233">233</a></span> comme got et mme tout fait dpourvu de +style, sauf dans quelques trouvailles heureuses qui ne durrent pas, +vers 1864.</p> + +<div class="figcenter2" style="width: 199px;"> + <img src="images/page-233.jpg" alt="" title="" width="199" height="243" /> + <div class="caption"> + <p class="center">Chapeau 1848.<span class="link"><a href="images/x-page-233.jpg"> + <img class="agrandissement" src="images/agrandissement.jpg" alt="" title="" width="18" height="14" /></a></span></p> + </div> +</div> + +<p>La grande <i>pense</i> du rgne,—ct modes,—la grande innovation qui va +donner le <i>la</i> aux toilettes, c'est la crinoline,—honnie, attaque, +vilipende par vaudevillistes, journalistes, caricaturistes, par les +maris, par tout le monde, c'est la crinoline triomphante de toutes les +clameurs, de toutes les moqueries, comme de tous les justes reproches.</p> + +<p>On peut bien dire que sous l'Empire la femme a tenu trois ou quatre fois +plus de place dans le monde—au moins en circonfrence<span class="pagenum"><a name="Page_234" id="Page_234">234</a></span>—qu'aux +poques prcdentes, plus mme que sous Louis XV de peu vertueuse +mmoire, la crinoline ayant rgn bien plus despotiquement que les +paniers, puisque les femmes de toutes classes durent l'adopter et que +les filles des champs ne se crurent pas habilles le dimanche moins de +ballonner comme les dames de la ville avec la cage en cercles d'acier.</p> + +<p>Les tournures et les jupons bouillonns en toffe de crin ont habitu +peu peu les yeux l'largissement des jupes, et lorsque la crinoline +sans armature est dlaisse pour les cerceaux en ressorts d'acier et +pour la crinoline cage, cercles et montants d'acier, les dames +trouvent ce ballonnement charmant et la crinoline fait le tour du monde.</p> + +<p>Il est bien inutile d'insister sur ses nombreux inconvnients qu'on a +encore dans la mmoire, sur la gne qu'elle imposait, mais au point de +vue esthtique, la crinoline doit tre solennellement anathmatise, +excommunie, ridiculise jamais... c'est--dire jusqu'au jour o elle +reviendra sous un autre nom.</p> + +<p><span class="pagenum"><a name="Page_235" id="Page_235">235</a></span></p> + +<div class="figcenter2" style="width: 437px;"> + <img src="images/page-235.jpg" alt="" title="" width="437" height="496" /> + <div class="caption"> + <p class="center">La Crinoline.<span class="link"><a href="images/x-page-235.jpg"> + <img class="agrandissement" src="images/agrandissement.jpg" alt="" title="" width="18" height="14" /></a></span></p> + </div> +</div> + +<p>Il est vrai que les jupes s'arrondissant en coupoles flottantes sur ces +crinolines si dcries, et que tout l'ensemble de la toilette taient +orns d'une faon lourde et gauche de petits dtails mesquins appliqus +sur de tristes toffes, tandis que les paniers du <span class="smcap">XVIII</span><sup>e</sup> sicle ont eu +pour eux une ornementation plus artiste <span class="pagenum"><a name="Page_236" id="Page_236">236</a></span> des jupes et des toilettes +tailles dans les belles toffes ramages. Leurs exagrations et leurs +ridicules avaient de la grce, tandis que les jupes crinoline ne +rachetaient par rien leur gauche <ins class="correction" title="balonnement">ballonnement</ins>. Un peu surfaites, les +suprmes lgances de l'Empire!</p> + +<p>Avec ces crinolines boursoufles et envahissantes, que portent toutes +les femmes du second Empire, on peut rappeler le talma, le burnous, +manteau algrien assez coquet, les <i>pince-taille</i> en soie gros grain +manches pagodes,—oh! les manches pagodes! entonnoir disgracieux et +incommode compliqu de dentelles ou d'effils!</p> + +<p>Il faut noter surtout les chles, le fameux cachemire de l'Inde et le +grand chle tapis.</p> + +<p>Le chle, dont on a si longtemps clbr l'lgance(?), n'a vraiment +quelque grce que lorsqu'il est petit, troit presque comme une charpe, +et lorsqu'il est port avec irrgularit et dsinvolture. Que dire du +grand chle pos sur les paules comme sur un portemanteau et tombant +droit en dissimulant la taille et la toilette de la femme, sinon qu'en +<span class="pagenum"><a name="Page_237" id="Page_237">237</a></span> ralit ce chle-manteau est un vilain vtement et qu'il ne va tout +au plus qu'aux fruitires endimanches.</p> + +<div class="figcenter2" style="width: 204px;"> + <img src="images/page-237.jpg" alt="" title="" width="204" height="210" /> + <div class="caption"> + <p class="center">Chapeau second Empire.<span class="link"><a href="images/x-page-237.jpg"> + <img class="agrandissement" src="images/agrandissement.jpg" alt="" title="" width="18" height="14" /></a></span></p> + </div> +</div> + +<p>On peut encore signaler les capelines parmi les inventions commodes, et +les vestes zouaves, les rouges garibaldis et les figaros, parmi les +nouveauts gracieuses de l'poque.</p> + +<p>Le chapitre des chapeaux n'est pas bien brillant. Jusque vers 1863, ce +sont toujours les grandes capotes de cabriolets, avec bavolets, avec +fleurs dans l'intrieur de la passe et au-dessus; cette coiffure, c'est +en somme le grand chapeau de la Restauration, abm, ridiculement +arrang, finissant tristement ses derniers jours.</p> + +<p><span class="pagenum"><a name="Page_238" id="Page_238">238</a></span></p> + +<p>Voil donc le luxe effrn tant reproch aux femmes par le prsident +Dupin, dans la fameuse brochure qui fit sensation en 1865,—le luxe +dbordant les jours de Grand Prix dans la grande Ville, roulant de +l'hippodrome de Longchamps tout le long des boulevards, le luxe qui, +parat-il, faisait de Paris une Byzance dcadente, scandalisait +l'honnte bourgeoise en petit chle, et faisait monter le rouge aux +joues du reste de la vertueuse Europe, voue encore la simplicit +nave et pratiquant le culte de sainte mousseline dix sous le mtre.</p> + +<p>Effrn peut-tre, ce luxe corrupteur et effrayant, mais peu artistique, +d'un got mdiocre et donnant trs grands frais l'impression du +clinquant.</p> + +<p>Bien que le recul ne soit pas encore suffisant pour le juger, pour +apprcier les modes de ce temps dans leur ensemble, sans se laisser +influencer par la pointe de ridicule qui s'attache au dmod, il semble +cependant qu'au sicle prochain les femmes et les artistes le jugeront +peu prs ainsi. Nous ne voyons pas les peintres lgants d'alors +ressuscitant <span class="pagenum"><a name="Page_239" id="Page_239">239</a></span> dans leurs tableaux les modes de 1860, pour la joie +des mondaines et des amricains vingtime sicle.</p> + +<div class="figcenter2" style="width: 231px;"> + <img src="images/page-239.jpg" alt="" title="" width="231" height="264" /> + <div class="caption"> + <p class="center">Pince-taille.<span class="link"><a href="images/x-page-239.jpg"> + <img class="agrandissement" src="images/agrandissement.jpg" alt="" title="" width="18" height="14" /></a></span></p> + </div> +</div> + +<p>Cependant la vogue des bains de mer qui se dessine de plus en plus et +qui deviendra bientt une migration annuelle et rgulire de toute la +bourgeoisie vers les plages normandes ou bretonnes, cette habitude des +excursions estivales amne quelques gracieux changements dans la mode.</p> + +<p>Un instant vers 1864, triomphe la mode des robes courtes ne sur les +plages lgantes. Plus de jupes tranantes, ou de robes longues larges +volants. On conserve la crinoline, un <span class="pagenum"><a name="Page_240" id="Page_240">240</a></span> peu modre dans son +envergure, mais on drape et on arrange les jupes, avec des relevs, des +plisss, avec une grande varit d'ornements appliqus, ornements trs +larges d'un bon effet.</p> + +<p>La fantaisie, touffe depuis 1830, reparat. Ces trs cavalires jupes +courtes laissent voir les bottines trs luxueuses et trs ornes, les +fines petites bottes trs montantes dont on fait sonner les hauts +talons.—Un instant mme quelques lgantes des plages la mode +prennent la grande canne Louis XIII.</p> + +<p>On voit aussi de jolis vtements trs amples, larges manches, et des +pardessus dits <i>Saute-en-barque</i>. Les chapeaux bien diffrents du +crmonieux chapeau ferm et trs crnement ports un peu sur le ct, +sont des espces de coiffures de Toreros, orns de gros pompons ou de +plumes. La coiffure de l'poque est basse, avec un crp sur le front, +les cheveux tombant dans le dos masss dans un filet.</p> + +<div class="figcenter2" style="width: 332px;"><a name="img-after-page-240" id="img-after-page-240"></a> + <img src="images/after-page-240.jpg" alt="" title="" width="332" height="500" /> + <div class="caption"> + <p class="center">MODES DE PLAGE 1864.<span class="link"><a href="images/x-after-page-240.jpg"> + <img class="agrandissement" src="images/agrandissement.jpg" alt="" title="" width="18" height="14" /></a></span></p> + </div> +</div> + +<p>Les jupes courtes, si gracieuses avec la crinoline, avec les hautes +ceintures boucles, et tous les ornements, ganses et soutaches dont +<span class="pagenum"><a name="Page_241" id="Page_241">241</a></span> on couvre alors le costume, sont bientt vaincues par un retour +offensif des robes longues, et la mode perd tout de suite ses allures +cavalires.</p> + +<div class="figcenter2" style="width: 359px;"> + <img src="images/page-241.jpg" alt="" title="" width="359" height="466" /> + <div class="caption"> + <p class="center">Grand manteau Empire.<span class="link"><a href="images/x-page-241.jpg"> + <img class="agrandissement" src="images/agrandissement.jpg" alt="" title="" width="18" height="14" /></a></span></p> + </div> +</div> + +<p>La crinoline elle-mme tombe un instant en 1867, au moment des jupes +plates et tranantes, des corsages peplums, ns d'un retour de got pour +la tragdie, dont on dclame des <span class="pagenum"><a name="Page_242" id="Page_242">242</a></span> fragments au Caf-Concert, au +moment des petits chapeaux assiettes, poss sur le front devant le gros +chignon relev en boule, coiffures que viennent complter les rubans +flottant dans le dos et appels du nom expressif de: Suivez-moi jeune +homme.</p> + +<p>... Et la bataille continue entre les jupes larges et les jupes +troites, la crinoline a battu de l'aile pendant quelques annes et +finalement elle est morte. La crinoline grands cerceaux est maintenant +du domaine de l'archologie; c'est une antiquit, comme le panier, comme +le vertugadin.</p> + +<p>Comme on voulait encore de l'ampleur, on l'a remplace par des poufs, de +trs volumineux paquets d'toffes, relevs par derrire sur les jupes.</p> + +<p>Puis sur le chemin de la raction anti-crinolinienne, on a t en +diminuant peu peu la largeur des jupes jusqu'aux robes moules sur le +corps, au collant qui a dur deux ou trois ans, vers 1880. Les modes +taient alors fort jolies, trs <i>esthtiques</i>. Puis un petit soupon de +gonflement s'est produit, on s'est <span class="pagenum"><a name="Page_243" id="Page_243">243</a></span> largi un peu, on a bien vite +adopt les <i>tournures</i>....</p> + +<p>Mais cette mode des robes collantes nous a laiss les corsages en jersey +qui moulent trs gracieusement le corsage et les hanches. Le jersey vite +adopt convient admirablement aux toilettes de promenade et de campagne.</p> + +<p>Pendant quelques ts d'un bout de l'Europe l'autre, sur toutes les +plages d'Angleterre, de France et d'ailleurs, le Jersey fut l'uniforme +obligatoire; femmes, jeunes filles, enfants, garons ou fillettes, tous +furent en jerseys bleu fonc, agrments d'ancres d'or, tous en +matelots. Les enfants gardent encore ce vtement gracieux et commode et +voici que les hommes,—touristes et vlocipdistes—l'adoptent.<br /><br /></p> + +<p>Le temps est pass des dits somptuaires et des gouvernants lgifrant +sur le luxe pour enrayer ses dbordements. On a vu, de Philippe le Bel +Richelieu, la longue srie de ces dits; avant de tomber l'oubli, ils +furent pourtant presque toujours appliqus rigoureusement <span class="pagenum"><a name="Page_244" id="Page_244">244</a></span> d'abord, +mme par des rois qui mettaient le Trsor sec pour les somptuosits de +leur cour, comme Henri III par exemple, le mignon fanfreluch, qui lors +d'un de ses accs de rpression du luxe des autres, fit jeter en prison +au fort l'vque en un seul jour une trentaine de femmes et non des +moindres de Paris, coupables d'avoir brav les prohibitions du brocart +et de la soie.</p> + +<p>Ce temps des prohibitions somptuaires, des ordonnances royales sur les +modes n'est plus. Dans l'intrt gnral de l'industrie et du commerce, +tout ce qui peut dvelopper le grand luxe doit tre aujourd'hui +recherch et favoris.</p> + +<p>C'est le petit luxe qui devrait tre au contraire rprim s'il tait +possible, ou plutt qui aurait d tre rprim, car aujourd'hui le mal +est fait et parfait.</p> + +<div class="figcenter2" style="width: 213px;"> + <img src="images/page-245.jpg" alt="" title="" width="213" height="499" /> + <div class="caption"> + <p class="center">Robe collante 1880.<span class="link"><a href="images/x-page-245.jpg"> + <img class="agrandissement" src="images/agrandissement.jpg" alt="" title="" width="18" height="14" /></a></span></p> + </div> +</div> + +<p>Ah! si la mode plus puissante que les rois et les ministres, que les +arrts, les lois et les dits, si la mode dont les ordonnances sont sans +appel, avait pu dcrter la conservation des anciens costumes fminins +de nos provinces, des <span class="pagenum"><a name="Page_245" id="Page_245">245</a></span> modes locales souvent si gracieuses, des +lgances campagnardes, auxquelles la ville a si souvent fait des +emprunts, des faons de robes, des mantes, et aussi des coiffures si +varies, coiffes bressannes, casques de dentelles du pays de Caux, +grandes coiffes bretonnes, bonnets d'arlsiennes, etc... Quel sauvetage!</p> + +<p><span class="pagenum"><a name="Page_246" id="Page_246">246</a></span></p> + +<p>Mais non, tout cela est parti, toutes ces jolies choses ont disparu +devant l'envahissement d'un faux luxe mesquin, caricature sans got des +lgances parisiennes, devant les confections uniformes et informes, +fabriques la centaine et portes jusque dans les plus lointains +cantons!...</p> + +<p>Partout, hlas, les jolies modes locales, les lgances particulires et +rgionales, ont cd pour jamais la place des attifements souvent +prtentieux et ridicules...</p> + +<p>Le <i>costume</i> des campagnes en toute province est vanoui, envol, +perdu, c'est la <i>mode</i> des villes, de nous indemniser en lgance +vraie et en grce.<br /><br /></p> + +<p>La mode est aujourd'hui dans une priode de transition et de +ttonnements, elle cherche, elle essaie, dfaut de nouveauts +nouvelles, des imitations des nouveauts d'autrefois,—ayant +suffisamment vieilli, comme disait la couturire de l'impratrice +Josphine.</p> + +<p>On va des imitations des coupes Louis XVI ou Empire des ajustements +Valois, aux corsages <span class="pagenum"><a name="Page_247" id="Page_247">247</a></span> Louis XIII, aux manches moyen ge ou bien aux +manches gigot 1830... Nous verrons ce qui sortira de ces tentatives et +de ces essais et si comme il arrive dans tous les arts, il en sera de +l'art de la toilette comme des autres, si le neuf natra de l'tude de +l'ancien.</p> + +<p>Souhaitons qu'une mode originale, <i>fin de sicle</i> suivant l'expression +la mode, se dgage enfin, pour qu'un jour les petites filles des +lgantes de ces dernires annes du <span class="smcap">XIX</span><sup>e</sup> sicle, puissent se figurer +leurs aeules sous des ajustements bien elles, bien personnels, +autrement enfin qu'en toilettes empruntes tous les ges.</p> + +<div class="figcenter3" style="width: 428px;"> + <img src="images/page-247.jpg" alt="" title="" width="428" height="500" /> + <span class="link"><a href="images/x-page-247.jpg"> + <img class="agrandissement" src="images/agrandissement.jpg" alt="" title="" width="18" height="14" /></a></span> +</div> + +<hr class="small" /> + +<p><span class="pagenum"><a name="Page_249" id="Page_249">249</a></span></p> + +<div class="figcenter" style="width: 500px;"><a name="img_ch13" id="img_ch13"></a> + <img src="images/page-249.jpg" alt="" title="" width="500" height="361" /> + <span class="link"><a href="images/x-page-249.jpg"> + <img class="agrandissement" src="images/agrandissement.jpg" alt="" title="" width="18" height="14" /></a></span> +</div> + +<h2>TABLE DES MATIRES</h2> + +<hr class="small3" /> + +<table summary="table_des_chapitres" border="0" cellspacing="0"> + <colgroup span="2"> + <col width="470" /> + <col width="30" /> + </colgroup> + <tbody> + <tr> + <td class="tdctop">I.—BALLADE DES MODES DU TEMPS JADIS</td> + <td class="tdrtop"><a href="#img_ch1">1</a></td> + </tr> + <tr> + <td class="tdctop">II.—LES CARTONS DU PASS</td> + <td class="tdrtop"><a href="#img_ch2">5</a></td> + </tr> + <tr> + <td colspan="2" class="tdltop2"><p class="hang" style="margin-top: 0">Le vieux neuf.—L'horloge de la mode.—Fouilles dans + les cartons du pass.—Quelle est la plus jolie mode?—Mode + et architecture.—Vtements de pierres et vtements + d'toffes.—La poupe costume, journal des + modes du moyen ge.</p></td> + </tr> + <tr> + <td class="tdctop">III.—MOYEN AGE</td> + <td class="tdrtop"><a href="#img_ch3">23</a></td> + </tr> + <tr> + <td colspan="2" class="tdltop2"><p class="hang" style="margin-top: 0">Les Gauloises teintes et tatoues.—Premiers corsets et + premires fausses nattes.—Premiers dits somptuaires.—Influence + byzantine.—Bliauds, surcots, cottes hardies. + <span class="pagenum"><a name="Page_250" id="Page_250">250</a></span> + —Les robes histories et armories.—Les ordonnances de + Philippe le Bel.—Hennins et Escoffions.—La croisade contre les Hennins + de frre Thomas Connecte.—La dame de Beaut.</p></td> + </tr> + <tr> + <td class="tdctop">IV.—LA RENAISSANCE</td> + <td class="tdrtop"><a href="#img_ch4">53</a></td> + </tr> + <tr> + <td colspan="2" class="tdltop2"><p class="hang" style="margin-top: 0">Modes en largeur.—Hocheplis, vertugalles, vertugadins.—La belle + Ferronnire.—ventails et manchons.—Les modes tristes de la + Rforme.—L'escadron volant de Catherine.—Dentelles et guipures.—Les + services du vertugadin.—Le masque et le touret de nez.—Fards et + cosmtiques.</p></td> + </tr> + <tr> + <td class="tdctop">V.—HENRI III</td> + <td class="tdrtop"><a href="#img_ch5">76</a></td> + </tr> + <tr> + <td colspan="2" class="tdltop2"><p class="hang" style="margin-top: 0">La cour du Roi-Femme.—Les grandes fraises plisses, godronnes ou en + cornets.—Les femmes-cloches.—Les grandes manches.—Horribles mfaits + du corset.—La reine Margot et ses pages blonds.</p></td> + </tr> + <tr> + <td class="tdctop">VI.—HENRI IV ET LOUIS XIII</td> + <td class="tdrtop"><a href="#img_ch6">91</a></td> + </tr> + <tr> + <td colspan="2" class="tdltop2"><p class="hang" style="margin-top: 0">Retour une simplicit relative.—Les femmes-tours.—Hautes + coiffures.—Excommunication du dcolletage.—Les robes grands ramages + de fleurs.—Collets monts et collets rabattus.—Tailles longues.—Les + dits de Richelieu.—La dame suivant l'dit.—Tailles courtes.</p></td> + </tr> + <tr> + <td class="tdctop">VII.—SOUS LE ROI-SOLEIL</td> + <td class="tdrtop"><a href="#img_ch7">112</a></td> + </tr> + <tr> + <td colspan="2" class="tdltop2"><p class="hang" style="margin-top: 0">Les hrones de la Fronde.—De la Vallire la Maintenon.—Les robes + dites transparentes.—Triomphe de la dentelle.—Le roman de la + mode.—Les Steinquerques.<span class="pagenum"><a name="Page_251" id="Page_251">251</a></span>—La coiffure la Fontanges.—Le + rgne de M<sup>me</sup> de Maintenon ou trente-cinq ans de morosit.</p></td> + </tr> + <tr> + <td class="tdctop">VIII.—XVIII<sup>e</sup> SICLE</td> + <td class="tdrtop"><a href="#img_ch8">130</a></td> + </tr> + <tr> + <td colspan="2" class="tdltop2"><p class="hang" style="margin-top: 0">La Rgence.—Folies et frivolits.—Cythre Paris.—Les modes + Watteau.—Les robes volantes.—Naissance des paniers.—Criardes, + Considrations et Matres des requtes.—M<sup>me</sup> de + Pompadour.—L'ventail.—Promenade de Longchamps.—Carrosses et chaises + porteurs.—Modes d'hiver.</p></td> + </tr> + <tr> + <td class="tdctop">IX.—XVIII<sup>e</sup> SICLE.—LOUIS XVI</td> + <td class="tdrtop"><a href="#img_ch9">150</a></td> + </tr> + <tr> + <td colspan="2" class="tdltop2"><p class="hang" style="margin-top: 0">Les coiffures colossales.—Le pouf au sentiment.—Parcs, jardins + potagers et paysages anims de figures sur les ttes.—La coiffure la + Belle-Poule.—Les mouches.—Modes champtres.—Les robes + <i>ngligentes</i>.—Couleurs la mode.—Le monument du costume.—Les + amazones.—Modes anglaises.—Les bourgeoises.</p></td> + </tr> + <tr> + <td class="tdctop">X.—LA RVOLUTION ET L'EMPIRE</td> + <td class="tdrtop"><a href="#img_ch10">178</a></td> + </tr> + <tr> + <td colspan="2" class="tdltop2"><p class="hang" style="margin-top: 0">Modes dites la Bastille.—Modes rvolutionnaires.—Notre-Dame de + Thermidor.—Incroyables et merveilleuses.—L'antiquit + Paris.—Athniennes et Romaines.—Une livre de vtements.—Tuniques + diaphanes.—Maillots, bracelets et cothurnes.—Le rticule ou + ridicule.—Le bal des Victimes.—Perruques blondes et oreilles de + chien.—A la Titus.—Les robes-fourreau.—Petits bonnets et + Chapeaux-Shakos.—Les turbans.</p><span class="pagenum"><a name="Page_252" id="Page_252">252</a></span></td> + </tr> + <tr> + <td class="tdctop">XI.—LA RESTAURATION ET LA MONARCHIE DE JUILLET</td> + <td class="tdrtop"><a href="#img_ch11">208</a></td> + </tr> + <tr> + <td colspan="2" class="tdltop2"><p class="hang" style="margin-top: 0">Manches bouffantes, manches gigot.—Les collerettes.—Modes la + girafe.—Les coiffures et les grands chapeaux.—1830.—panouissement + des modes romantiques.—Les derniers bonnets.—1840.—Chastes + bandeaux.—Modes Juste-milieu.</p></td> + </tr> + <tr> + <td class="tdctop">XII.—POQUE MODERNE</td> + <td class="tdrtop"><a href="#img_ch12">231</a></td> + </tr> + <tr> + <td colspan="2" class="tdltop2"><p class="hang" style="margin-top: 0">1848.—Des rvolutions partout, except dans le royaume de la + mode.—Rgne universel de la crinoline.—Les chles cachemire.—Talmas, + burnous, pince-tailles.—Modes de plages.—Robes + courtes.—Saute-en-barque.—Jupes larges et jupes troites.—Les modes + collantes.—Poufs et tournures.—Modes Valois.—Erudition plus + qu'imagination.—On demande une mode fin de sicle.</p></td> + </tr> + </tbody> +</table> + +<div class="figcenter3" style="width:158px;"> + <img src="images/page-252.jpg" alt="" title="" width="158" height="176" /> + <span class="link"><a href="images/x-page-252.jpg"> + <img class="agrandissement" src="images/agrandissement.jpg" alt="" title="" width="18" height="14" /></a></span> +</div> + +<hr class="small" /> + +<p><span class="pagenum"><a name="Page_253" id="Page_253">253</a></span></p> + +<div class="figcenter" style="width: 265px;"> + <img src="images/page-253.jpg" alt="" title="" width="265" height="270" /> + <span class="link"><a href="images/x-page-253.jpg"> + <img class="agrandissement" src="images/agrandissement.jpg" alt="" title="" width="18" height="14" /></a></span> +</div> + +<h2>TABLE DES DESSINS HORS TEXTE</h2> + +<hr class="small3" /> + +<table summary="table_des_dessins_hors_texte" border="0" cellspacing="0"> + <colgroup span="2"> + <col width="470" /> + <col width="30" /> + </colgroup> + <tbody> + <tr> + <td class="tdltop3">Toilette de bal Restauration</td> + <td class="tdrtop"><a href="#frontispice"><i>Frontispice</i></a></td> + </tr> + <tr> + <td class="tdltop3">Noble dame fin du <span class="smcap">XIV</span><sup>e</sup> sicle</td> + <td class="tdrtop"><a href="#img-after-page-16">17</a></td> + </tr> + <tr> + <td class="tdltop3">Robe et houppelande histories <span class="smcap">XV</span><sup>e</sup> sicle</td> + <td class="tdrtop"><a href="#img-after-page-32">33</a></td> + </tr> + <tr> + <td class="tdltop3">Chtelaine milieu du <span class="smcap">XV</span><sup>e</sup> sicle</td> + <td class="tdrtop"><a href="#img-after-page-40">41</a></td> + </tr> + <tr> + <td class="tdltop3">Dame sous Charles VIII</td> + <td class="tdrtop"><a href="#img-after-page-48">49</a></td> + </tr> + <tr> + <td class="tdltop3">A la cour du Roi-Chevalier</td> + <td class="tdrtop"><a href="#img-after-page-56">57</a></td> + </tr> + <tr> + <td class="tdltop3">Sous Henri II</td> + <td class="tdrtop"><a href="#img-after-page-64">65</a></td> + </tr> + <tr> + <td class="tdltop3">Dame du temps de Charles IX</td> + <td class="tdrtop"><a href="#img-after-page-72">73</a></td> + </tr> + <tr> + <td class="tdltop3">Toilette de cour Henri III</td> + <td class="tdrtop"><a href="#img-after-page-80">81</a></td> + </tr> + <tr> + <td class="tdltop3">Grande toilette Mdicis</td> + <td class="tdrtop"><a href="#img-after-page-88">89</a></td> + </tr> + <tr> + <td class="tdltop3">Dame Louis XIII</td> + <td class="tdrtop"><a href="#img-after-page-96">97</a></td> + </tr> + <tr> + <td class="tdltop3">Fin du rgne de Louis XIII</td> + <td class="tdrtop"><a href="#img-after-page-104">105</a></td> + </tr> + <tr> + <td class="tdltop3">A la cour du Roi-Soleil</td> + <td class="tdrtop"><a href="#img-after-page-112">113</a></td> + </tr> + <tr> + <td class="tdltop3">Sous le Grand Roi.—Fin du <span class="smcap">XVII</span><sup>e</sup> sicle</td> + <td class="tdrtop"><a href="#img-after-page-120">121</a></td> + </tr> + <tr> + <td class="tdltop3">Sous la Rgence</td> + <td class="tdrtop"><a href="#img-after-page-128">129</a></td> + </tr> + <tr> + <td class="tdltop3">Toilette de cour Louis XV</td> + <td class="tdrtop"><a href="#img-after-page-136">137</a></td> + </tr> + <tr> + <td class="tdltop3">Parisienne sous Louis XV</td> + <td class="tdrtop"><a href="#img-after-page-144">145</a></td> + </tr> + <tr> + <td class="tdltop3">Grands paniers Louis XVI<span class="pagenum"><a name="Page_254" id="Page_254">254</a></span></td> + <td class="tdrtop"><a href="#img-after-page-152">153</a></td> + </tr> + <tr> + <td class="tdltop3">Parisiennes 1789</td> + <td class="tdrtop"><a href="#img-after-page-160">161</a></td> + </tr> + <tr> + <td class="tdltop3">Promenade parisienne 1790</td> + <td class="tdrtop"><a href="#img-after-page-168">169</a></td> + </tr> + <tr> + <td class="tdltop3">Merveilleuse en tunique la grecque</td> + <td class="tdrtop"><a href="#img-after-page-176">177</a></td> + </tr> + <tr> + <td class="tdltop3">Merveilleuse du Directoire</td> + <td class="tdrtop"><a href="#img-after-page-184">185</a></td> + </tr> + <tr> + <td class="tdltop3">Premier Empire</td> + <td class="tdrtop"><a href="#img-after-page-192">193</a></td> + </tr> + <tr> + <td class="tdltop3">Parisienne de 1810</td> + <td class="tdrtop"><a href="#img-after-page-200">201</a></td> + </tr> + <tr> + <td class="tdltop3">Parisienne 1814</td> + <td class="tdrtop"><a href="#img-after-page-208">209</a></td> + </tr> + <tr> + <td class="tdltop3">Une lgante aux Champs-Elyses.—Restauration</td> + <td class="tdrtop"><a href="#img-after-page-216">217</a></td> + </tr> + <tr> + <td class="tdltop3">Toilettes d'intrieur 1830</td> + <td class="tdrtop"><a href="#img-after-page-224">225</a></td> + </tr> + <tr> + <td class="tdltop3">Parisienne 1835</td> + <td class="tdrtop"><a href="#img-after-page-232">233</a></td> + </tr> + <tr> + <td class="tdltop3">Modes de plage 1864</td> + <td class="tdrtop"><a href="#img-after-page-240">241</a></td> + </tr> + </tbody> +</table> + +<p class="center">VREUX, IMPRIMERIE DE CHARLES HRISSEY</p> + +<hr class="small2" /> + +<h2>Au lecteur</h2> + +<div class="tnote"><a name="note" id="note"></a> + + <p>Cette version lectronique reproduit dans son intgralit + la version originale.</p> + + <p>La ponctuation n'a pas t modifie hormis quelques corrections + mineures.</p> + + <p>L'orthographe a t conserve. Seuls quelques mots ont t modifis. + Ils sont souligns par des <ins class="correction" title="orthographe initiale">pointills</ins>. + Positionner la souris sur le mot soulign en pointills pour visualiser l'orthographe initiale.</p> +</div> + +<hr class="full" /> + + + + + + + + +<pre> + + + + + +End of the Project Gutenberg EBook of Mesdames Nos Aeules, by Albert Robida + +*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK MESDAMES NOS AEULES *** + +***** This file should be named 44187-h.htm or 44187-h.zip ***** +This and all associated files of various formats will be found in: + http://www.gutenberg.org/4/4/1/8/44187/ + +Produced by Claudine Corbasson and the Online Distributed +Proofreading Team at http://www.pgdp.net (This file was +produced from images generously made available by The +Internet Archive/American Libraries.) + + +Updated editions will replace the previous one--the old editions +will be renamed. + +Creating the works from public domain print editions means that no +one owns a United States copyright in these works, so the Foundation +(and you!) can copy and distribute it in the United States without +permission and without paying copyright royalties. Special rules, +set forth in the General Terms of Use part of this license, apply to +copying and distributing Project Gutenberg-tm electronic works to +protect the PROJECT GUTENBERG-tm concept and trademark. Project +Gutenberg is a registered trademark, and may not be used if you +charge for the eBooks, unless you receive specific permission. If you +do not charge anything for copies of this eBook, complying with the +rules is very easy. You may use this eBook for nearly any purpose +such as creation of derivative works, reports, performances and +research. They may be modified and printed and given away--you may do +practically ANYTHING with public domain eBooks. Redistribution is +subject to the trademark license, especially commercial +redistribution. + + + +*** START: FULL LICENSE *** + +THE FULL PROJECT GUTENBERG LICENSE +PLEASE READ THIS BEFORE YOU DISTRIBUTE OR USE THIS WORK + +To protect the Project Gutenberg-tm mission of promoting the free +distribution of electronic works, by using or distributing this work +(or any other work associated in any way with the phrase "Project +Gutenberg"), you agree to comply with all the terms of the Full Project +Gutenberg-tm License (available with this file or online at +http://gutenberg.org/license). + + +Section 1. General Terms of Use and Redistributing Project Gutenberg-tm +electronic works + +1.A. By reading or using any part of this Project Gutenberg-tm +electronic work, you indicate that you have read, understand, agree to +and accept all the terms of this license and intellectual property +(trademark/copyright) agreement. If you do not agree to abide by all +the terms of this agreement, you must cease using and return or destroy +all copies of Project Gutenberg-tm electronic works in your possession. +If you paid a fee for obtaining a copy of or access to a Project +Gutenberg-tm electronic work and you do not agree to be bound by the +terms of this agreement, you may obtain a refund from the person or +entity to whom you paid the fee as set forth in paragraph 1.E.8. + +1.B. "Project Gutenberg" is a registered trademark. It may only be +used on or associated in any way with an electronic work by people who +agree to be bound by the terms of this agreement. There are a few +things that you can do with most Project Gutenberg-tm electronic works +even without complying with the full terms of this agreement. See +paragraph 1.C below. 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It exists +because of the efforts of hundreds of volunteers and donations from +people in all walks of life. + +Volunteers and financial support to provide volunteers with the +assistance they need, are critical to reaching Project Gutenberg-tm's +goals and ensuring that the Project Gutenberg-tm collection will +remain freely available for generations to come. In 2001, the Project +Gutenberg Literary Archive Foundation was created to provide a secure +and permanent future for Project Gutenberg-tm and future generations. +To learn more about the Project Gutenberg Literary Archive Foundation +and how your efforts and donations can help, see Sections 3 and 4 +and the Foundation web page at http://www.pglaf.org. + + +Section 3. Information about the Project Gutenberg Literary Archive +Foundation + +The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non profit +501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the +state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal +Revenue Service. The Foundation's EIN or federal tax identification +number is 64-6221541. Its 501(c)(3) letter is posted at +http://pglaf.org/fundraising. Contributions to the Project Gutenberg +Literary Archive Foundation are tax deductible to the full extent +permitted by U.S. federal laws and your state's laws. + +The Foundation's principal office is located at 4557 Melan Dr. S. +Fairbanks, AK, 99712., but its volunteers and employees are scattered +throughout numerous locations. Its business office is located at +809 North 1500 West, Salt Lake City, UT 84116, (801) 596-1887, email +business@pglaf.org. Email contact links and up to date contact +information can be found at the Foundation's web site and official +page at http://pglaf.org + +For additional contact information: + Dr. Gregory B. Newby + Chief Executive and Director + gbnewby@pglaf.org + + +Section 4. Information about Donations to the Project Gutenberg +Literary Archive Foundation + +Project Gutenberg-tm depends upon and cannot survive without wide +spread public support and donations to carry out its mission of +increasing the number of public domain and licensed works that can be +freely distributed in machine readable form accessible by the widest +array of equipment including outdated equipment. Many small donations +($1 to $5,000) are particularly important to maintaining tax exempt +status with the IRS. + +The Foundation is committed to complying with the laws regulating +charities and charitable donations in all 50 states of the United +States. 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