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-The Project Gutenberg EBook of Le ménagier de Paris (v. 1 & 2), by Anonymous
-
-This eBook is for the use of anyone anywhere at no cost and with
-almost no restrictions whatsoever. You may copy it, give it away or
-re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included
-with this eBook or online at www.gutenberg.org/license
-
-
-Title: Le ménagier de Paris (v. 1 & 2)
-
-Author: Anonymous
-
-Release Date: October 29, 2013 [EBook #44070]
-
-Language: French
-
-Character set encoding: ISO-8859-1
-
-*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK LE MÉNAGIER DE PARIS (V. 1 & 2) ***
-
-
-
-
-Produced by Chuck Greif and the Online Distributed
-Proofreading Team at http://www.pgdp.net (This file was
-produced from images available at Bibliothèque nationale
-de France (BnF/Gallica) at http://gallica.bnf.fr)
-
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-
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-
-Notes de transcription: Les erreurs clairement introduites par le
-typographe ont été corrigées. L'orthographe d'origine a été conservée et
-n'a pas été harmonisée.
-
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-
-
- LE
-
- MÉNAGIER DE PARIS.
-
-
-
-
- LE
-
- MÉNAGIER DE PARIS,
-
- TRAITÉ
-
- DE MORALE ET D'ÉCONOMIE DOMESTIQUE
-
- COMPOSÉ VERS 1393,
-
- PAR UN BOURGEOIS PARISIEN,
-
- CONTENANT
-
- Des préceptes moraux, quelques faits historiques, des instructions
- sur l'art de diriger une maison, des renseignemens sur la consommation
-du Roi, des Princes et de la ville de Paris, à la fin du quatorzième siècle,
- des conseils sur le
-jardinage et sur le choix des chevaux; un traité de cuisine fort étendu,
- et un autre non moins complet sur la chasse à l'épervier.
-
- ENSEMBLE:
-
-L'histoire de Grisélidis, Mellibée et Prudence par Albertan de Brescia (1246),
-traduit par frère Renault de Louens; et le chemin de Povreté et de Richesse,
-poëme composé, en 1342, par Jean Bruyant, notaire au Châtelet de Paris;
-
- PUBLIÉ POUR LA PREMIÈRE FOIS
-
- PAR LA SOCIÉTÉ DES BIBLIOPHILES FRANÇOIS.
-
- TOME PREMIER.
-
- [Illustration: colohpon LITTERIS PATRIÆQUE CARUS.]
-
- A PARIS,
- DE L'IMPRIMERIE DE CRAPELET,
- RUE DE VAUGIRARD, 9.
-
- M. D. CCC. XLVI.
-
-Le _Ménagier de Paris_ a été imprimé aux frais et par les soins de
-la Société des Bibliophiles françois. Il en a été tiré vingt-quatre
-exemplaires sur _grand papier impérial de Hollande_, de la fabrique de
-C. Honig, destinés aux membres résidens de la Société, plus trois cents
-exemplaires en petit papier. Et étoient membres de la Société quand cet
-ouvrage fut imprimé:
-
- M. BÉRARD, receveur général des finances à Bourges.
-
- M. le Comte ÉDOUARD DE CHABROL, ancien maître des
- requêtes au Conseil d'État.
-
- M. le Duc DE POIX[1], ancien ambassadeur de France en
- Russie.
-
- M. le Marquis DU ROURE, maréchal de camp, membre de la
- Chambre des députés.
-
- M. DE LA PORTE.
-
- M. le Comte DE LA BÉDOYÈRE, ancien colonel de cavalerie.
-
- M. le Comte DE SAINT-MAURIS, introducteur des
- ambassadeurs.
-
- M. COSTE, conseiller honoraire à la Cour royale de Lyon.
-
- M. JÉRÔME PICHON, _Président_.
-
- M. ARMAND CIGONGNE, ancien agent de change, _Trésorier_.
-
- M. YEMENIZ, négociant à Lyon.
-
- M. le Baron DU NOYER DE NOIRMONT, auditeur au Conseil
- d'État.
-
- M. LÉON TRIPIER, garde des Archives du domaine privé du
- Roi.
-
- M. le Marquis DE COISLIN.
-
- M. le Comte DE CHARPIN-FOUGEROLLES.
-
- M. le Comte LANJUINAIS, pair de France.
-
- M. ERNEST DE SERMIZELLES.
-
- M. LE ROUX DE LINCY, pensionnaire de l'Ecole des Chartes,
- secrétaire.
-
- M. BENJAMIN DELESSERT.
-
- MADAME la Vicomtesse DE NOAILLES.
-
- MADAME GABRIEL DELESSERT.
-
- M. le Baron ERNOUF.
-
- M. le Comte DE LABORDE, de l'Académie des inscriptions,
- membre de la Chambre des députés.
-
- M. PROSPER MÉRIMÉE, de l'Académie française, inspecteur
- des monuments historiques.
-
- M. AUGUSTE LE PRÉVOST, de l'Académie des inscriptions,
- membre de la Chambre des députés.
-
-
-MEMBRE HONORAIRE.
-
- M. le Marquis DE CHATEAUGIRON, consul de France à Nice.
-
-
-ASSOCIÉS ÉTRANGERS.
-
- M. le Prince ALEXANDRE LABANOFF, aide de camp de S. M.
- l'Empereur de Russie.
-
- M. le Baron DE REIFFEMBERG, professeur de l'Université de
- Louvain, etc.
-
- M. l'Abbé COSTANZO GAZZERA, membre de l'Académie de
- Turin.
-
-[Illustration]
-
-
-
-
-TABLE
-
-DES PIÈCES PRÉLIMINAIRES, DISTINCTIONS, ARTICLES ET CHAPITRES
-
-DU
-
-MÉNAGIER DE PARIS.
-
-
-TOME PREMIER.
-
-PRÉLIMINAIRES.
-
-LISTE DE LA SOCIÉTÉ DES BIBLIOPHILES.
-
-TABLE DES PIÈCES PRÉLIMINAIRES, DISTINCTIONS, etc.
-
-NOTICE SUR M. LE DUC DE POIX, par M. L. V. D. N., membre
-de la Société Page I
-
-INTRODUCTION au _Ménagier_ XVII
-
-INDICATION DÉTAILLÉE de quelques ouvrages ou documens
-manuscrits et imprimés cités en abrégé dans l'Introduction
-et les notes LXV
-
-CORRECTIONS ET ADDITIONS LXXVII
-
-TEXTE.
-
-PROLOGUE DE L'AUTEUR 1
-
-PREMIÈRE DISTINCTION.
-
-ARTICLE PREMIER.
-
-Saluer et regracier Dieu à son esveiller et à son lever, et
-s'atourner convenablement 9
-
-ARTICLE II.
-
-S'accompagner convenablement 15
-
-ARTICLE III.
-
-Aimer Dieu, le servir et se tenir en sa grâce Page 16
-
-De la messe, 17.--Contrition, 21.--Confession, 23.--Des
-péchés mortels, 28.--Des sept vertus, 53.
-
-ARTICLE IV.
-
-Garder continence et vivre chastement 62
-
-De Susanne, 64.--De Raymonde, 68.--De Lucrèce, 70.--Des
-reines de France, 75, 76.
-
-ARTICLE V.
-
-Être amoureuse de son mari 76
-
-D'Ève, 77.--De Sara, 78.--De Rachel, 84.--Du chien
-Maquaire, 92.--Du chien de Niort, 93.
-
-ARTICLE VI.
-
-Être humble et obéissante à son mari 96
-
-Histoire de Griselidis, 99.--Femme laissant noyer son mari,
-126.--D'Ève, 128.--De Lucifer, 129.--D'une bourgeoise,
-135.--Du bailly de Tournay, 139.--Des abbés et
-des mariés, 145.--De madame d'Andresel, 148.--Des
-maris de Bar-sur-Aube, 153.--D'une cousine de la femme
-de l'auteur, 156.--De la Romaine, 158.
-
-ARTICLE VII.
-
-Être curieuse et soigneuse de la personne de son mari 168
-
-Bons traitemens, 168.--Des puces, 171.--Des mouches, 173.
-
-ARTICLE VIII.
-
-Être discrète 177
-
-De Papirius, 179.--De la femme qui pond un oeuf, 180.--Des
-mariés de Venise, 182.--D'un sage homme parisien
-trompé par sa femme, 183.--D'un notable avocat, 185.
-
-ARTICLE IX.
-
-Reprendre doucement son mari dans ses erreurs 185
-
-Histoire de Mellibée, 186.--De Jehanne la Quentine, 237.
-
-
-TOME II.
-
-SECONDE DISTINCTION.
-
-ARTICLE PREMIER.
-
-Avoir soin de son mesnage, diligence et persévérance 1
-
-LE CHEMIN DE PAUVRETÉ ET DE RICHESSE, par Jean Bruyant 4
-
-ARTICLE II.
-
-Du jardinage 43
-
-ARTICLE III.
-
-Choisir varlets, aides et chambrières, et les mettre en oeuvre 53
-
-Jeune femme parlant grossièrement, 60.--Soins de la maison,
-61.--Vie à la campagne, 62.--Recettes diverses, 65.--Des
-domestiques, 70.--Des chevaux, 72.
-
-ARTICLE IV.
-
-Savoir ordonner dîner et soupers 80
-
-Le fait des bouchiers et poulaillers, _ib._--Termes généraux de
-cuisine, 87.--Dîners et soupers, 91.--Aucuns incidens servans
-à ce propos (repas de l'abbé de Lagny, noces, etc.), 103.
-
-ARTICLE V.
-
-Commander, deviser et faire faire toutes manières de potaiges,
-etc., et autres viandes 124
-
-Termes généraux de cuisine, _ib._--Potages communs sans
-espices et non lians, 134.--Potages qui sont à espices et non
-lians, 147.--Potages lians de char, 158.--Potages lians
-sans char, 171.--Rost de char, 177.--Pastés, 185.--Poisson
-d'eaue doulce, 187.--Poisson de mer ront, 194.--Poisson
-de mer plat, 201.--OEufs de divers appareils, 206.--Entremès,
-fritures et dorures, 210.--Autres entremès, 224.--Saulces
-non boulies, 229.--Saulces boulies, 232.--Buvrages
-pour malades, 237.--Potages pour malades, 241.--Autres
-menues choses qui ne sont de nécessité, 243.--Autres
-menues choses diverses qui ne désirent point de chappitre,
-262.
-
-APPENDICE A L'ARTICLE V 273
-
-Recettes d'Hotin, cuisinier de monseigneur de Roubais 275
-
-TROISIÈME DISTINCTION.
-
-ARTICLE II (ET UNIQUE).
-
-Savoir nourrir et faire voler l'esprevier 279
-
-Chiens espaignols, 281.--Éperviers niais, 285.--Plumage de
-l'épervier, 292.--Affaitement de l'épervier, 295.--Vol des
-champs, 301.--Chasse en août, 305.--Chasse en septembre,
-310.--Épervier en mue, 311.--Épervier branchier et mué
-de haie, 314.--Mué et hagart, 317.--Maladies de l'épervier,
-319.--De l'autour, 321.--Autres oiseaux de proie,
-323.--Maladies des oiseaux, 325.
-
-TABLE ALPHABÉTIQUE DES MATIÈRES 327
-
-SUPPLÉMENT AUX CORRECTIONS 380
-
-
-
-
-NOTICE
-
-SUR
-
-M. JUSTE DE NOAILLES
-
-PRINCE-DUC DE POIX
-
-CHEVALIER DES ORDRES DU ROI, GRAND D'ESPAGNE DE PREMIÈRE CLASSE
-
-ANCIEN AMBASSADEUR DE FRANCE EN RUSSIE
-
-ANCIEN DÉPUTÉ, ETC.
-
-MEMBRE DE LA SOCIÉTÉ DES BIBLIOPHILES FRANÇAIS
-
-
-
-
-NOTICE
-
-SUR
-
-M. LE DUC DE POIX[2].
-
- Multis ille quidem flebilis occidit,
- Nulli flebilior quam _mihi_.....
- Horat., od. XXIV, l. I.
-
-
-Il est des hommes que le monde ignore et qui passeraient inaperçus
-grâce à l'excès de leur modestie, si leur mérite ne se révélait à
-leur insu par l'utilité de leur vertu. Ces sortes de caractères ne se
-manifestent que malgré eux au grand jour, leur sagesse les retient
-dans la retraite, et beaucoup finissent, comme l'a dit quelque part
-Montesquieu, _sans avoir déballé_. Ceux que les liens du sang ou
-de l'amitié ont rapprochés d'eux, doivent au monde de les faire
-connaître; c'est à la fois un encouragement pour la jeunesse et une
-consolation pour l'âge avancé qu'un hommage rendu à ces existences à
-la fois élevées et modestes, placées ainsi à la portée de toutes les
-émulations. M. le duc de Poix était un modèle de ce genre de caractère.
-L'auteur de cette notice lui tenait par les liens du devoir et de
-l'affection: ayant eu le bonheur de jouir de son mérite dans l'intimité
-la plus resserrée, il ose espérer que cet avantage lui vaudra celui de
-le faire connaître avec plus de vérité que personne: c'est son seul
-titre à l'indulgence de ceux qui le liront.
-
-Juste-Antonin-Claude-Dominique de Noailles, prince-duc de Poix, naquit
-à Paris le 8 août 1777, de parents tendres et chéris dont il était le
-second fils. Son père le prince de Poix, fils aîné du vertueux maréchal
-duc de Mouchy, mort sur l'échafaud en 1794, avait épousé la fille du
-maréchal de Beauvau. Les vertus et les charmes de la princesse de Poix
-ont enchanté tous ceux qui l'ont rencontrée et laissé une sorte de
-culte dans les coeurs admis à son intimité. Elle s'occupa de l'éducation
-de son second fils d'une façon toute particulière, et l'influence de
-cette première partie de la vie du jeune Juste de Noailles s'étendit
-sur le reste de son existence de manière à le modifier fortement:
-elle le préserva de la gâterie presque inévitable à laquelle il était
-condamné par position. Il ouvrit les yeux au milieu des dernières
-prospérités de sa famille; lui et son frère, plus âgé que lui de six
-ans, semblaient alors destinés aux plus hautes situations du pays.
-Ces beaux jours durèrent peu: Juste de Noailles en connut pourtant
-assez pour garder de précieux souvenirs de ces derniers moments de la
-société française dont le salon de sa mère était peut-être le plus
-parfait modèle. La princesse de Poix rassemblait autour d'elle un petit
-cercle d'amis presque tous remarquables par des mérites divers, que sa
-supériorité avait distingués dès son entrée dans le monde; quelques
-femmes, ses amies de jeunesse, modèles d'esprit et de grâce, des hommes
-attachés à la cour ou mêlés aux affaires et à la littérature, tous
-réunis par le charme de son commerce, l'entouraient de soins que sa
-mauvaise santé rendait consolants pour elle et doux pour ses amis. Le
-prince de Poix, marié très-jeune et dans la plus haute faveur à la
-cour, n'était pas un mari aussi sédentaire que son vénérable père, mais
-il eut toujours le bon goût de préférer à tout la société de sa femme
-et de ses amis.
-
-Cette société, au début de notre terrible révolution, était de celles
-qui non-seulement ne s'en effrayaient pas, mais dont les voeux et
-les opinions favorisaient les premières manifestations du mouvement
-réformateur. M. de La Fayette et la brillante jeunesse qui l'avait
-suivi en Amérique, bien des grands seigneurs amis de Voltaire et
-enthousiastes de Rousseau, beaucoup de courtisans dévoués à M. Necker,
-tous ces esprits enflammés d'ardeur pour le bien, de désir des
-réformes utiles, animés des plus généreux sentiments, se livraient
-alors à de bien douces espérances et rêvaient la régénération de leur
-pays, dût-elle se réaliser aux dépens de ces priviléges dont ils furent
-les premiers à se dépouiller au profit de ceux qui devaient être leurs
-bourreaux.
-
-C'était là l'esprit du salon où le duc de Poix passa ces premières
-années de la vie qui en décident presque toujours la tendance. La
-princesse de Poix avait été nourrie par son père, le maréchal prince
-de Beauvau[3], homme aussi vertueux qu'éclairé, dans le goût de la
-littérature et les doctrines de la philanthrophie. Ses amis, MM. de
-Lally-Tollendal, de Montesquiou, de La Fayette, Mmes d'Hénin,
-de Tessé, de Lauzun prenaient comme elle le plus vif intérêt aux
-débats politiques du moment. Le prince de Poix était des plus chauds
-partisans de M. Necker; son frère le vicomte de Noailles prit une part
-célèbre aux généreuses imprudences du 4 août. Enfin le jeune Juste
-de Noailles fut entouré dès le berceau de sentiments et de principes
-dont l'impression ne s'effaça jamais chez lui. Il les conserva au
-travers de toutes les vicissitudes de nos cinquante dernières années;
-tous ceux qui l'ont connu peuvent se rappeler que les enivrements de
-l'empire, les illusions de la restauration et les agitations de 1830
-le trouvèrent le même, c'est-à-dire un ami impartial de l'ordre et de
-la liberté.
-
-Les horreurs de la révolution le saisirent dans sa première jeunesse;
-elles furent pour lui une précoce expérience et l'occasion de devoirs
-touchants. Son père ayant eu le courageux instinct de rester jusqu'au
-dernier moment près de son infortuné souverain, fut forcé après le 10
-août de se cacher et bientôt après de s'enfuir: sa tête était mise à
-prix. Le maréchal duc de Mouchy périt sur l'échafaud avec sa femme,
-sa belle-fille et la mère et la grand'mère de cette dernière; le
-reste de la famille avait réussi à quitter la France. La princesse
-de Poix infirme avant l'âge et n'ayant pas voulu émigrer, resta donc
-seule à Paris avec son fils cadet, dont la tendresse et les vertus
-surent lui adoucir tant de maux. Leur vie était affreuse. Chaque
-matin le journal leur annonçait la mort d'un parent ou d'un ami, et
-chaque jour tous deux se préparaient à de derniers adieux. Juste de
-Noailles, en présence de ces atrocités journalières, était soutenu
-par des sentiments religieux déjà puissants, et qui prirent depuis
-une teinte d'exaltation naturelle à son âge et dans sa situation. Un
-vertueux prêtre bien connu avant la révolution par ses bonnes oeuvres,
-le respectable abbé de Fénélon, célébrait les saints mystères dans une
-cave pour la consolation de quelques âmes fidèles. Le jeune Juste de
-Noailles s'y rendit toujours exactement, plus d'une fois au péril de
-sa liberté et presque de sa vie, jusqu'à ce que son vénérable directeur
-eût payé ses vertus de sa tête. Au milieu de tant de maux, un goût
-qui se développa en lui et qui ne le quitta plus, fut, si on peut le
-dire, son délassement. C'était le goût des livres qui devint bientôt
-une passion. Pouvant à peine disposer de l'argent nécessaire à son
-entretien, il s'imposait de pénibles privations pour le satisfaire. Un
-estimable libraire resté son ami jusqu'à sa mort, aimait à raconter
-comment leur connaissance s'était faite en 1793, à une vente de livres
-précieux. M. de Bure (c'était son nom) remarqua avec surprise et
-intérêt un beau jeune homme de dix-sept ans, vêtu plus que modestement,
-qui montrait des connaissances et une ardeur pour les livres que sa
-situation ne lui permettait pas évidemment de satisfaire. Attiré par
-ces apparences et sans savoir le nom du jeune amateur, M. de Bure lui
-procura à un prix modéré les précieuses éditions qu'il désirait. Il
-s'ensuivit un échange de bons procédés qui les attacha à jamais l'un à
-l'autre. Mais comme les bonnes actions passaient pour M. de Poix avant
-les beaux livres, il vendit sa chère collection sous le Directoire pour
-payer une dette contractée par sa mère pendant la terreur.
-
-Lorsque peu après ces horribles temps la France commença à respirer, la
-jeunesse retrouva quelque mouvement et même de la gaieté, parce qu'elle
-ne saurait s'en passer. Juste de Noailles se livra comme les autres
-aux amusements qui réunissaient les lambeaux épars de la société dans
-des associations souvent bizarres, mais curieuses à observer. Du milieu
-de ce chaos sortaient quelques existences miraculeusement conservées,
-et qui commençaient déjà à se faire remarquer; Juste de Noailles eut
-le bonheur, dès cette première entrée dans le monde, de former des
-liens d'amitié qui ne varièrent plus. Le plus intime fut avec Adrien de
-Mun dont la famille de tout temps liée avec la sienne, s'y était plus
-étroitement attachée depuis la révolution. L'esprit délicat et cultivé
-de M. de Mun, son aimable caractère, ses moeurs élégantes l'eussent
-fait remarquer en tout temps, mais quel n'était pas son charme dans ce
-moment de désordre et de licence! Ces deux jeunes gens élevés dans des
-goûts et des sentiments proscrits comme leurs familles, se serrèrent
-étroitement l'un à l'autre, s'accordèrent une confiance sans bornes
-et se suivirent dans toutes les phases de leur existence pendant
-près de cinquante ans avec une persistance et une affection dont il
-y a bien peu d'exemple chez les hommes. Leurs caractères différaient
-tout juste assez pour les rendre le complément l'un de l'autre. M.
-de Mun, aussi sage, mais moins grave que son ami, savait allier au
-goût le plus délicat la plus folle gaieté. Un ami moins intime, mais
-toujours cher et précieux à Juste de Noailles, ce fut le comte Molé,
-dont la jeunesse à la fois aimable et sérieuse faisait prévoir son
-brillant avenir. Ce peu de Français émigrés à l'intérieur y vivaient
-modestement, contents seulement de ne plus souffrir, de pouvoir
-espérer et de s'amuser n'importe comment ni avec qui. Les échappés de
-la terreur se retrouvaient tout joyeux d'avoir survécu; les émigrés
-rentraient progressivement; chacun arrangeait l'avenir à son gré. Enfin
-le 18 brumaire vint absorber les espérances de tout le monde dans une
-admiration générale bientôt accompagnée d'une soumission craintive qui
-coupa court aux chimères, en réveillant les ambitions.
-
-La princesse de Poix restait et fut toute sa vie un centre pour les
-esprits distingués que le besoin de communication rassemble, quel que
-soit l'état du pays. Les opinions libérales de Mme de Poix s'étaient
-bien modifiées par la vue des crimes de la terreur; rien ne pouvait
-la consoler de ce qu'elle appelait ses erreurs. La pensée qu'elle
-avait pu applaudir aux premiers actes d'une révolution ensanglantée
-par tant d'horreurs, lui laissait sinon des remords, du moins un
-besoin d'ordre qui la soumettait plus aisément que ses autres amis au
-despotisme qui pesa bientôt sur le pays. Le prince de Poix, toujours
-dévoué au souvenir de ses rois, resta, comme son fils aîné, étranger
-au nouvel ordre de choses. Son second fils ayant fait, en 1804, un
-beau et noble mariage (il avait épousé Mélanie de Talleyrand-Périgord,
-nièce du célèbre prince de Talleyrand), désira, dans l'intérêt de
-sa descendance, rattacher son existence à celle d'un gouvernement
-dont le chef lui avait inspiré un vif enthousiasme. Il obtint de
-l'empereur la faculté de créer un majorat de comte; bientôt il fut
-nommé chambellan, et sa femme fut dame du palais de l'impératrice
-Marie-Louise. Ces diversités d'opinions n'altérèrent jamais l'union du
-comte de Noailles et de ses parents. Mme de Poix, fidèle aux mêmes
-sentiments que son époux et son fils aîné, mais avant tout mère sage
-et tendre, réunissait autour d'elle tous les objets de son affection
-dans les relations les plus douces. D'ailleurs les esprits justes
-et les bons coeurs s'entendent toujours dans le désir du bien, sous
-quelque forme qu'il se produise. La restauration eut les mêmes effets
-dans cet intérieur uni et éclairé. Le comte de Noailles, heureux de
-pouvoir servir à la fois son pays et les bienfaiteurs de sa famille,
-dut à la bonté de Louis XVIII l'ambassade de Saint-Pétersbourg. Il fut
-chevalier de l'ordre du Saint-Esprit, et la comtesse de Noailles dame
-d'atour de Mme la duchesse de Berry. Le comte de Noailles porta dans
-sa nouvelle carrière la droiture et la raison qui le caractérisaient.
-Mais son goût le rappelait vers la vie de famille, et il saisit la
-première occasion d'y rentrer, en se retirant des affaires presqu'en
-même temps que le duc de Richelieu, dont il représentait la couleur
-politique. Le roi permit alors au prince de Poix, élevé à la pairie
-en 1814, de faire passer à son fils cadet la grandesse d'Espagne.
-Depuis ce temps, l'éducation de ses enfants, le soin de ses affaires,
-ceux qu'il rendait à une mère adorable et de plus en plus infirme,
-remplirent presque exclusivement l'existence du comte de Noailles. Ses
-seules distractions étaient son goût pour les livres et les devoirs de
-la charité, seuls emplois qu'il se permît de son superflu. Il n'en fut
-distrait qu'en 1827, où le département de la Meurthe le choisit pour un
-de ses députés. Les sentiments qui l'avaient animé dès sa jeunesse le
-suivirent sur les bancs de la chambre. Il y porta cet amour d'une sage
-liberté, ce besoin de morale dans les institutions, qui caractérise
-les honnêtes gens et les esprits éclairés de notre temps, et qui eût
-soutenu tous les gouvernements qui se sont écroulés depuis cinquante
-ans, si ces gouvernements les eussent sincèrement consultés. Plus tard,
-la manière de voir du comte de Noailles le détourna de chercher une
-nouvelle élection. Dévoué par reconnaissance à la maison de Bourbon,
-mais se sentant en opposition avec la politique qu'elle adoptait, il en
-attendait avec anxiété le fatal résultat. Les grâces dont sa famille
-et lui-même avaient été comblés, lui firent un devoir de s'éloigner
-de la cour après la révolution de 1830. Il rentra dans la retraite
-en déplorant les malheurs de ses bienfaiteurs et en formant des voeux
-pour la prospérité de son pays. Depuis ce temps, consacré plus que
-jamais à ses liens intimes, il ne chercha plus de délassements que
-dans les épanchements de sa tendre amitié pour le marquis de Mun,
-et ses relations avec un petit cercle de connaissances anciennes,
-choisies avec ce goût délicat et sûr qui était un des attributs de
-son esprit. Ses livres devinrent plus que jamais sa jouissance et sa
-consolation. Sa bibliothèque, une des plus célèbres de France, s'était
-progressivement augmentée de précieuses acquisitions. Les heures qu'il
-y passait lui semblaient des moments. Peu de semaines s'écoulaient sans
-qu'il allât chez ses anciens amis, MM. de Bure, se tenir au courant des
-nouvelles de la librairie. La Société des Bibliophiles, dont il fit
-partie dès son origine, ne comptait pas de membre plus intéressé à ses
-travaux; ceux dont il était chargé se faisaient reconnaître à un goût
-aussi scrupuleux qu'éclairé.
-
-Le duc de Poix[4] eut en 1834 le malheur de perdre sa mère; ce fut
-un grand événement dans sa vie. Trouvant en elle, avec un sentiment
-passionné pour lui, un mérite et des agréments restés sans rivaux, il
-s'était livré, si on peut le dire, avec imprudence, à son affection
-pour elle. Cette mère chérie était son amie intime, l'objet de ses plus
-tendres soins, d'un goût qui tenait de l'admiration, et son conseil
-dans toutes les choses de la vie. Comme elle avait conservé jusqu'à
-son dernier jour ses facultés morales dans leur entier, elle trompait
-sur son âge tout ce qui l'entourait; on jouissait avec imprévoyance du
-charme de sa société, sans songer au vide profond que devaient laisser
-des communications si charmantes. Tous ceux qui l'ont approchée l'ont
-plus ou moins senti après elle. Qui dut en souffrir plus que ce fils
-chéri, le bien-aimé de son coeur, la source des plus douces jouissances
-de sa longue vie! La douleur du duc de Poix dura autant que son
-existence; le souvenir de sa mère resta un culte caché qu'il ne sépara
-plus d'aucune de ses impressions. Il voulut changer de vie après cette
-irréparable perte, et faire désormais à la campagne sa principale
-résidence. Ses beaux livres lui parurent alors une magnifique fantaisie
-dont la valeur serait mieux employée en travaux utiles. Il s'en
-défit en 1835. La vente eut lieu avec succès en Angleterre[5]. (Les
-amateurs français ont eu depuis ce temps la consolation de s'assurer
-que beaucoup des ouvrages rares qui s'y trouvaient sont rentrés dans
-notre pays.) M. de Poix aimait pourtant trop l'étude et la littérature
-pour se passer d'une bibliothèque. Il acquit celle de feu M. Duviquet
-et l'augmenta successivement d'acquisitions moins brillantes que par
-le passé, mais qui font cependant de cette seconde bibliothèque une
-collection excellente dans tous les genres[6].
-
-Tout faisait espérer à la famille et aux amis de M. le duc de Poix
-qu'il leur serait, ainsi que l'avait été sa mère, conservé au delà du
-terme ordinaire de la vie. Sa santé florissante, sa vie régulière,
-cette paix de l'âme que la piété entretient chez ceux qui l'associent à
-toutes leurs impressions, semblaient lui assurer une longue carrière.
-Dieu en décida autrement: une courte et pénible maladie l'enleva le
-1er août 1846, à l'âge de soixante-neuf ans. Ce fut une douleur et
-une surprise pour tous ceux qui l'aimaient. Le chagrin en fut épargné
-au marquis de Mun, mort deux ans avant son ami; sa famille resta seule
-à le pleurer. Elle perdait en lui un chef respectable dont les aimables
-qualités faisaient aimer la vertu. Malgré une modestie qui allait
-peut-être jusqu'à l'excès, le respect s'attachait à lui et se répandait
-sur ses entours, qu'il protégeait ainsi à son insu. Son influence
-les dirigeait du fond de sa retraite, comme le lest d'un navire en
-assure invisiblement la marche. Cette religieuse modestie était le
-trait dominant du caractère de M. de Poix. Il ne lui arrivait de la
-dominer que lorsque sa conscience lui faisait un devoir de professer
-des sentiments honorables ou des opinions utiles; alors on trouvait
-en lui la chaleur d'un homme de bien, sans respect humain comme sans
-préjugés. Mais habituellement son plaisir favori était l'étude et les
-communications qu'elle procure avec des esprits distingués. Nul ne
-rendait une justice plus aimable au mérite d'autrui que M. de Poix; son
-approbation flattait d'autant plus qu'il était doué d'un goût exquis,
-peut-être trop développé par l'éducation, car les raffinements du goût
-procurent plus de mécomptes que de jouissances; mais il ne dépend pas
-de certains esprits choisis de se contenter de la médiocrité en rien,
-et M. de Poix était de ceux qui cherchent sans relâche le mieux en
-toute chose. Il était ingénieux dans sa bienfaisance, délicat dans ses
-moindres attentions: ses manières à la fois douces et dignes étaient le
-modèle d'une noble et sage élégance. Ses confrères, les bibliophiles,
-n'en perdront pas plus le souvenir que des aimables procédés que tous
-ont rencontrés en lui, et ils joindront de sincères regrets à la juste
-douleur de sa famille et de ses amis.
-
-V. D. N.
-
-Membre de la Société des Bibliophiles français.
-
-[Illustration]
-
-
-
-
-LE MÉNAGIER DE PARIS.
-
-
-
-
-INTRODUCTION.
-
-
-Quand on étudie l'histoire de la régence et du règne de Charles V, de
-ce beau règne si tristement précédé et si tristement suivi, on ne sait
-lequel admirer davantage ou des succès politiques et militaires de ce
-grand prince, ou du mouvement imprimé aux lettres et aux arts par son
-intelligente et constante protection. Jeté au milieu d'un pays désuni
-et factieux, attaqué victorieusement par un ennemi formidable, sans
-argent, sans soldats, Charles s'entourant avec un discernement presque
-surnaturel des hommes les plus habiles dans toutes les branches de
-l'administration, se crée bientôt des ressources suffisantes; il trace
-lui-même aux chefs de ses armées un plan de campagne qui doit ranimer
-des troupes découragées et rendre impossibles à l'avenir les désastres
-de Crécy et de Poitiers. Il sait trouver partout des alliés pour la
-France et des ennemis pour l'Angleterre, et combat successivement et
-heureusement son redoutable adversaire sur tous les points où il a un
-intérêt ou un ami. Mais les combinaisons si variées et si complexes de
-sa politique ne suffisent pas à l'activité de ce puissant génie. Après
-avoir rendu à la France sa confiance en elle-même et son territoire, il
-veut encore lui donner la supériorité de l'intelligence et des lettres,
-et commence dans sa _librairie_ de la Tour du Louvre la réunion des
-meilleures productions historiques et littéraires. Là encore il veut
-être entouré d'esprits d'élite: il veut avoir Cicéron, Tite Live, saint
-Augustin dans sa bibliothèque, comme il a du Guesclin, Sancerre et
-Clisson dans ses armées, Bureau de La Rivière et Jean Le Mercier dans
-son conseil, Arnault de Corbie et Pierre d'Orgemont dans son parlement.
-Non content de recueillir les meilleurs ouvrages déjà connus, le Roi,
-par sa munificence et souvent même par ses ordres exprès, oblige à
-écrire tous ceux qui lui semblent capables de donner les meilleurs
-traités d'une science ou d'un art quelconque. Aucun sujet, si humble
-qu'il soit en apparence, n'échappe à son attention: sa sollicitude
-paternelle descend dans tous les détails. Pendant que le chancelier
-Pierre d'Orgemont écrit sous son inspiration une chronique modèle
-de fidélité et d'exactitude historique[7], Charles ne dédaigne pas
-d'engager lui-même le serviteur[8] d'un de ses maîtres des requêtes à
-consigner dans un ouvrage spécial le fruit de son expérience sur l'art
-d'élever et de diriger les troupeaux, et son _queux_ Taillevent[9],
-comblé de ses bienfaits, donne sur la cuisine un traité imprimé et
-consulté encore sous le règne de Henri IV.
-
-Le _Ménagier de Paris_ est évidemment un des résultats du mouvement
-littéraire du règne de Charles V et de la tendance qu'avoit alors
-éprouvée chacun, par suite des encouragemens du roi, à écrire sur le
-sujet qui lui plaisoit le plus et qu'il connoissoit le mieux. L'auteur
-avoit vu tout le règne de ce grand prince, puisqu'il étoit à Melun en
-1358[10], à Niort en 1373[11], et qu'il avoit connu Aubriot[12] dans sa
-puissance, mais il n'écrivit que plusieurs années après l'avènement
-de Charles VI. Il parle en effet du duc d'Orléans, qui ne peut être
-Philippe de France, frère du roi Jean: 1º parce que ce prince, mort en
-1372, ne seroit pas cité comme vivant dans un livre écrit après la
-prise de Niort; 2º parce que l'auteur qui nomme[13] les ducs de Berry,
-de Bourgogne et de Bourbon dans l'ordre de leur parenté avec le roi,
-n'auroit pas, s'il eût écrit sous le règne de Charles V, placé l'oncle
-du roi avant ses frères; 3º le duc d'Anjou, frère puîné de Charles V,
-mort en 1384, auroit sans doute été nommé comme ses frères dans cette
-énumération si elle eût été écrite avant l'année de sa mort; 4º il est
-fait allusion dans le livre à une sédition que je crois avoir prouvé
-être celle de 1382[14]. Si on admet donc (et il me semble impossible
-de le nier) que le duc d'Orléans dont il est parlé dans le _Ménagier_
-n'est pas Philippe frère du roi Jean, il ne peut être que Louis frère
-de Charles VI, et comme ce prince, d'abord duc de Touraine, n'eut le
-titre de duc d'Orléans que le 4 Juin 1392[15], il en résultera que le
-_Ménagier_ ne peut avoir été écrit avant Juin 1392. Mais il ne sauroit
-non plus être postérieur à Septembre 1394, car l'auteur parle des
-juifs _qui sont en France_[16]: or les juifs furent chassés par une
-ordonnance en date du 17 de ce mois qui fut promptement exécutée, mais
-à laquelle il eût certainement fait quelque allusion en cet endroit de
-son livre si elle eût même seulement été rendue lorsqu'il écrivoit.
-
-Le _Ménagier de Paris_ fut donc écrit entre Juin 1392 et Septembre
-1394, et rien dans le texte ne contredit cette date qui me semble
-établie d'ailleurs sur des bases certaines. Ainsi l'auteur parle de
-la maison de la reine et _des enfans_, et en effet Isabeau de Bavière
-avoit en 1392 trois enfans[17]; ainsi encore il pourroit résulter d'un
-passage du livre[18] que l'année où il fut écrit commençoit en Avril,
-et les années 1392, 1393 et 1394 commencèrent toutes trois en Avril.
-
-L'auteur étant assez âgé en 1358 pour avoir été admis dans la société
-du seigneur d'Andresel, et ayant écrit de 1392 à 1394, devoit alors
-toucher à la vieillesse. Il avoit cependant épousé depuis peu de temps
-une jeune femme de quinze ans qui étoit de meilleure maison que lui,
-d'une province différente et orpheline[19]. Elle lui avoit demandé
-peu de jours après son mariage de ne pas la reprendre publiquement de
-ses _décontenances et simplesses_, mais de réserver ses réprimandes
-pour le soir ou tout autre moment dans lequel ils seroient seuls[20].
-L'auteur, heureux des bonnes intentions de sa femme, pensa qu'il
-valoit mieux prévenir ses fautes que d'avoir à les lui reprocher, et
-fit à son usage un traité général des devoirs d'une femme mariée, avec
-l'idée que cet ouvrage pourrait aussi être utile à ses filles et à ses
-amies[21]. Il n'écrivit pas sans doute immédiatement après son mariage,
-mais cependant il étoit assez nouvellement marié pour parler à diverses
-reprises à sa femme de sa très-grande jeunesse[22] qui l'obligeoit
-encore à tenir auprès d'elle une sorte de duègne ou gouvernante chargée
-de l'aider et de la diriger dans l'administration de sa maison[23].
-
-Cette différence d'âge a pu donner à ses conseils ce caractère de
-tendresse paternelle et mélancolique qui s'y fait remarquer. Arrivé
-au déclin de la vie, prévoyant avec une sage résignation que sa femme
-doit lui survivre, et désirant qu'elle trouve après lui l'appui d'un
-second époux, il veut qu'elle apporte à son successeur toute la vertu,
-toute la douceur qu'il lui connoît, et aussi toute sa sensibilité,
-toute sa délicatesse de jeune fille. «Une femme sage, lui dit-il,
-doit avoir horreur du sang. Ne voyez jamais couler même celui d'un
-agneau ou d'un pigeon; défendez à vos suivantes de prononcer jamais
-devant vous les mots de _sang_ et de _sanglant_[24].» Il adopte avec
-une sorte d'empressement cette idée d'un second mariage de sa femme,
-parce que cette idée lui permet d'ôter à ses préceptes toute couleur de
-défiance ou d'égoïsme, et il lui parle en toute occasion de _son mari
-qui sera_. Quant à lui, il ne mérite que l'attention, que les égards
-les plus ordinaires[25]. Raconte-t-il cette histoire de Grisélidis,
-modèle touchant d'obéissance et de résignation excessive, il se hâte
-de dire que cette histoire est trop cruelle et ne peut être vraie;
-qu'il est loin de demander un dévouement, une abnégation qui ne sont
-dus qu'à Dieu: «Aussi bien, dit-il avec un bonheur d'expression qu'on
-remarque plus d'une fois dans son livre, _je ne suis pas marquis et
-je ne vous ai pas prise bergère_[26].» Ailleurs, il prévoit le cas où
-sa femme épouseroit après lui un homme dur et cruel, l'engage à ne
-pas se plaindre des mauvais traitements qu'elle en recevroit: «Allez
-en votre chambre, lui dit-il, pleurez à voix basse et plaignez-vous à
-Dieu![27].»
-
-De pareils sentimens font aimer l'auteur d'un livre, et on voudroit
-pouvoir nommer l'homme qui réunissoit de si nobles et de si aimables
-qualités. La profonde piété, l'extrême modestie de l'auteur du
-_Ménagier_ l'ont sans doute empêché de se faire connoître. Il a bien
-parlé de lui-même en plusieurs endroits de son livre, mais nous ne
-pouvons tirer d'inductions solides de ces passages qu'à l'égard de sa
-position: aucune n'est assez précise pour conduire à découvrir son nom.
-
-On ne trouve dans le _Ménagier_ aucun trait qui indique le gentilhomme,
-l'homme de guerre: on voit, au contraire, qu'il engage sa femme à ne
-pas fréquenter les grands seigneurs dont la société _n'est afférente
-ni convenable_ pour elle ni pour lui: ailleurs, il parle légèrement,
-et seulement en passant, d'un plat compliqué et dispendieux, parce
-que, dit-il, _ce n'est pas ouvrage pour le queux d'un bourgeois,
-non mie d'un chevalier simple_[28]. Il est donc évident qu'il
-appartenoit par sa naissance à la bourgeoisie, à cette bourgeoisie
-éclairée, intelligente et riche dans laquelle se recrutoient l'Église,
-le parlement et les finances; Charles V sut y trouver bien des
-magistrats savans et intègres, bien des administrateurs habiles élevés
-ultérieurement par lui à la noblesse et même à la dignité de chevalier:
-nous rencontrerions probablement l'auteur du _Ménagier_ parmi ces
-hommes éminens, si son nom ne nous étoit pas resté inconnu[29].
-
-Il me paroît en effet certain que notre auteur fut mêlé d'une manière
-active aux affaires politiques de son temps. Outre qu'il semble peu
-croyable qu'un simple bourgeois occupé seulement d'affaires de commerce
-ou de gestion de propriétés, ait pu avoir l'instruction littéraire
-que prouvent les citations de l'auteur et le nombre des volumes de
-sa bibliothèque[30], et qu'une sagesse reconnue de son temps[31],
-qu'un mérite signalé à chaque page de son livre par l'élévation et la
-justesse de ses idées, par la clarté et l'expression de son style,
-aient pu échapper à l'attention de Charles V, il seroit assez étonnant
-qu'un bourgeois étranger au gouvernement eût eu occasion de citer
-Bureau de la Rivière, et surtout si souvent le duc de Berry[32].
-Comment se seroit-il trouvé à Niort avec ce prince? Comment auroit-il
-eu sur la cour, et notamment sur l'étiquette intime imposée par
-d'importans scrupules aux reines de France, les renseignemens curieux,
-uniques, qu'il nous a transmis[33]?
-
-Mais à quelle partie du gouvernement l'auteur a-t-il pu appartenir?
-Il étoit évidemment Parisien et habitoit ordinairement Paris; c'est
-ce qui résulte de l'ensemble de son livre, et notamment des nombreux
-passages relatifs au commerce d'approvisionnement de la capitale.
-Enfin il parle de la punition de Paris en 1383, en homme qui avoit
-vu par lui-même ces tristes circonstances. D'un autre côté, il avoit
-voyagé; il avoit été en Beauce, en Picardie, à Niort, à Bar-sur-Aube,
-à Chaumont, en Gascogne, à Beziers, en Flandres, et probablement à
-Tournay qu'il cite plusieurs fois. On peut présumer de ces diverses
-indications qu'il avoit été employé, à une époque antérieure, dans
-les finances militaires (il me semble difficile qu'il se soit trouvé
-à Melun en 1358, et surtout à Niort, en 1373, avec un autre emploi),
-et qu'il avoit ensuite appartenu ou appartenoit encore lorsqu'il
-écrivoit, à un corps judiciaire résidant à Paris et mêlé à la police,
-au gouvernement de la ville, tel que le parlement et le Châtelet, dont
-les membres étoient fréquemment envoyés comme commissaires dans les
-provinces. Il me paroît d'ailleurs impossible d'attribuer à un homme
-étranger à la magistrature le récit du repas donné par l'abbé de Lagny,
-et surtout l'attention avec laquelle est remarquée l'étiquette qui y
-fut observée entre le président, le procureur général et les avocats
-du roi. Le chapitre si détaillé des noces de Jean Duchesne, procureur
-au Châtelet[34]: la recommandation de porter l'épervier aux _plaids_
-ou plaidoiries: le mélange de mots latins à certaines parties du
-texte françois, mélange fréquemment usité dans les réquisitoires et
-plaidoiries de ce temps: enfin les mots _et pour cause_ qui terminent
-souvent des délibérations[35] du parlement et qui se trouvent placés à
-la fin de quelques recettes du _Ménagier_, me semblent confirmer cette
-opinion et lui donner un degré de probabilité qui, à mes yeux du moins,
-approche de la certitude.
-
-J'ajouterai que ce style gracieux, précis et énergique, que quelques
-personnes pourraient regarder comme peu compatible avec la sécheresse
-de la pratique, seroit plutôt une sorte de nouvelle preuve de la
-profession que j'attribue à l'auteur. Les registres des plaidoiries
-du parlement faits par les greffiers sur les discours, probablement
-même sur des mémoires remis par les avocats, sont écrits, quand le
-sujet le permet, avec une clarté, une grâce et un esprit tout à fait
-remarquables[36] et qui me semblent rappeler le style du _Ménagier_
-bien mieux que certains ouvrages écrits à la même époque par des savans
-de profession. Ce doit être là le langage simple et expressif de la
-bonne société parisienne à l'époque où vivoit l'auteur; on y reconnoît
-déjà la précision et la clarté qui caractérisent notre langue. Ce style
-si doux dans la belle prière à la Vierge et quand l'auteur n'est animé
-que de sentimens tendres, si simple et si vrai lorsqu'il raconte des
-scènes de la vie commune, prend une teinte énergique et sombre quand
-il veut exprimer la douleur ou l'indignation. Tels sont les passages
-où il raconte l'histoire de la bourgeoise qui sauva son mari[37], et
-celui où il parle de ces exécuteurs testamentaires qui, choisis par les
-morts comme leurs meilleurs amis, _mordent en leur char comme tirans,
-et s'engraissent de leur sang et de leur substance_[38]; tel est dans
-un autre genre le récit de sa conversation avec une cousine de sa
-femme[39], et celui des récriminations des porte-faix[40]. Plusieurs
-fois sa pensée est si nettement, si heureusement exprimée, qu'on se
-demande si l'on auroit pu mieux dire, aux temps où notre langue avoit
-atteint toute sa perfection[41].
-
-Ce mérite de style qui existe aussi chez quelques autres écrivains
-du XIVe siècle (rarement peut-être au même degré) est un témoignage
-remarquable en faveur des lumières de cette époque, et c'est encore
-là une des indications historiques intéressantes que renferme le
-_Ménagier de Paris_. Ces indications n'y sont pas rares: on y trouve
-à chaque page de ces traits caractéristiques qui peignent le siècle
-et la nation; on y rencontre aussi fréquemment des renseignemens
-historiques directs ou anecdotiques. La mention des cartes à jouer, la
-plus ancienne que l'on connoisse avec celle du compte de l'argentier
-Poupart[42], l'histoire du chien de Niort, celles du mari parisien
-trompé, de la bourgeoise qui sauve son mari, du sire d'Andresel, de
-l'avocat, de Jeanne la Quentine: les renseignemens sur l'étiquette
-suivie par les reines, sur les occupations des femmes: l'article
-relatif aux domestiques, les documens statistiques sur les boucheries
-de Paris, documens dont je discuterai plus loin la valeur: les
-descriptions de repas et fêtes nuptiales, dans lesquelles se trouvent
-tant de détails sur les prix des objets nécessaires à la vie[43],
-répandent dans l'ouvrage autant d'intérêt que de variété.
-
-Cette diversité des sujets traités dans le _Ménagier_ semble même
-extraordinaire, et l'on a peine à concevoir qu'un même homme ait réuni
-des connoissances si différentes: mais s'il est certain que notre
-auteur connoissoit à fond toutes les matières dont il a parlé, il n'est
-pas moins vrai qu'il n'a pas écrit seul et sans le secours d'autres
-livres toutes les parties de son ouvrage. Plusieurs fois il en prévient
-le lecteur comme pour Grisélidis, l'histoire de Mellibée, le chemin
-de Pauvreté et de Richesse[44], mais d'autres fois aussi ces emprunts
-à des ouvrages étrangers se manifestent par des indications moins
-précises. Ainsi, il me paroît évident que les parties du _Ménagier_ où
-le texte est brusquement interrompu par une remarque critique, ne sont
-pas de l'auteur, et que ces remarques qu'on ne sauroit attribuer à des
-copistes attendu l'accord des trois manuscrits, se présentoient à son
-esprit pendant qu'il transcrivoit certains ouvrages utiles au but qu'il
-se proposoit. Telles sont sans doute plusieurs des recettes contenues
-dans les articles II et III de la seconde distinction relatives au
-jardinage, à l'enlèvement des taches[45] etc.
-
-Cette observation s'applique surtout à la partie culinaire ou
-_Viandier_ (articles IV et V de la seconde distinction), et il
-me paroît impossible d'attribuer à l'auteur la composition première
-du fond de ces articles. Assurément il connoissoit le sujet, et
-la multiplicité des objections qu'il fait à son texte prouve
-sa _compétence_, mais elle prouve en même temps sa position de
-transcripteur et d'annotateur[46].
-
-Quels sont les ouvrages ou les documens dont s'est servi l'auteur du
-_Ménagier_ pour écrire cette partie de son livre[47]? On ne s'étonnera
-pas que quelques-uns aient pu disparoître, mais il nous est permis
-d'en reconnoître deux qu'il a certainement mis à contribution. Le
-premier est le livre du célèbre Taillevent, écrit à une époque un
-peu antérieure, et qu'il a dû nécessairement connoître; outre les
-similitudes forcément existantes entre deux ouvrages écrits à la même
-époque et sur le même sujet, similitudes que j'ai tâché de ne pas
-confondre avec des emprunts et que je me suis dispensé de signaler,
-le traité de Taillevent contient quelques recettes évidemment copiées
-par l'auteur du _Ménagier_. Mais un beaucoup plus grand nombre de
-ses recettes a été emprunté à un ouvrage dont la plus ancienne
-édition connue, imprimée à Lyon en 1542, in-8º gothique, pour Olivier
-Arnoullet, est intitulée _le Livre fort excellent de cuisine_, et
-dont on connoît une réimpression faite à Paris pour la veuve de Jean
-Bonfons, sans date (mais après 1566 et avant 1574)[48], de format
-in-16, sous le titre de _Grand cuisinier de toutes cuisines_. C'est au
-reste à l'auteur de ce dernier volume qu'il faut attribuer la rédaction
-originale des recettes communes aux deux ouvrages, car on ne rencontre
-dans le _Grand Cuisinier_ aucune des remarques critiques du _Ménagier_,
-et l'ordre des recettes classées méthodiquement ici, n'est pas le même
-dans le _Grand Cuisinier_. Or on ne sauroit croire que le premier
-éditeur de cet ouvrage se soit donné la peine d'établir un système ou
-un ordre quelconque, bon ou mauvais, dans son édition. Il est visible
-qu'il imprimoit sans attention, sans soin, un manuscrit ancien tel
-qu'il l'avoit sous les yeux, et le reproduisoit sans modification, sauf
-les mots ou les phrases entières échappées à son incurie.
-
-Les reproches que je fais ici au _Grand Cuisinier_ ne surprendront pas
-les personnes versées dans la connoissance de nos anciens livres. Elles
-savent que les anciennes éditions des textes classiques et religieux,
-destinées aux hommes studieux et graves, étoient faites avec un soin
-extrême, tandis que les romans, les poésies et tous autres ouvrages
-françois moins sérieux (surtout ceux qu'on imprimoit après la mort
-de leurs auteurs), destinés aux gens du monde ou au public vulgaire,
-étoient édités avec une négligence excessive, au moins quant à la
-correction du texte. Cette négligence est poussée à l'extrême dans
-les éditions imprimées des deux ouvrages culinaires que je viens de
-citer; aussi, quoiqu'ils m'aient été fort utiles pour éditer cette
-partie du _Ménagier_, j'aurois bien désiré avoir à ma disposition un
-manuscrit du _Grand Cuisinier_ ou _Livre fort excellent de cuisine_,
-exempt des fautes de l'imprimé, mais il n'en existe pas, et je n'ai
-eu cette facilité qu'à l'égard du Taillevent[49] dont on connoît deux
-manuscrits, l'un à la Bibliothèque royale, l'autre à la Bibliothèque
-Mazarine, présentant entre eux de très-grandes différences et différant
-aussi tous deux, le second surtout, des imprimés.
-
-Malgré la futilité apparente du sujet, je regarde la partie culinaire
-du _Ménagier_ comme une des plus importantes du livre. La partie morale
-est, il est vrai, très-bien écrite et très-riche en renseignemens
-historiques, mais il existe quelques ouvrages analogues qu'on peut
-placer à côté d'elle (le plus important est assurément celui de
-Geoffroy de La Tour-Landry[50]). La partie matérielle du _Ménagier_ et
-notamment _le Viandier_, beaucoup plus étendu et plus détaillé que
-l'ouvrage de Taillevent, est absolument sans équivalent. Aussi ai-je
-cru devoir apporter les soins les plus scrupuleux au travail assez
-difficile et tout à fait nouveau qu'exigeoit de moi cette partie de
-l'ouvrage.
-
-La première impression qu'on éprouve en lisant _le Viandier_ est
-l'étonnement de voir presque tous les mets assaisonnés de quantité
-d'épices et d'herbes aromatiques. Une pareille complication
-d'assaisonnemens, si opposée à la simplicité primitive de la nourriture
-naturelle de l'homme, est-elle contemporaine de l'établissement des
-monarchies modernes, ou faut-il la faire remonter au moins à ces
-époques malheureuses où les Romains poussoient le luxe et la recherche
-de leurs tables jusqu'aux raffinemens décrits par Pétrone? La réponse
-à cette question n'est pas douteuse si l'ouvrage curieux qui porte le
-nom d'Apicius Coelius a été en effet écrit peu d'années après le règne
-d'Héliogabale, comme le savant Lister me paroît l'avoir établi dans la
-dissertation placée en tête de son édition de cet ouvrage[51]. S'il
-en est ainsi, nous devons croire que la cuisine du moyen âge est la
-même que celle de l'empire romain. Les Francs l'auront trouvée en
-usage dans les Gaules devenues romaines de moeurs et d'habitudes, et
-ils l'auront adoptée comme ils adoptèrent tant d'autres coutumes de
-cette population soumise par eux, mais dans laquelle ils ne formoient
-qu'une foible minorité. Si Lister eût connu l'ouvrage de Taillevent ou
-la partie culinaire du _Ménagier_, il ne se seroit pas demandé comment
-la cuisine moderne (celle qu'il voyoit de son temps) étoit devenue
-si différente de l'antique, si simple en comparaison de celle-ci, et
-surtout il n'auroit pas conclu qu'elle avoit été ainsi simplifiée
-par suite de l'invasion des barbares qui auroient importé leurs
-habitudes domestiques dans les pays conquis par eux. Taillevent et _le
-Ménagier_ offrent tant de similitudes avec le traité d'Apicius en ce
-qui concerne l'emploi des épices, qu'on pourrait croire l'_Apicius_
-écrit au moyen âge, si des recettes de plats inconnus à nos ancêtres et
-indiqués (non décrits) dans d'autres auteurs anciens, si les noms des
-inventeurs de certains mets, qu'un faussaire n'eût pu, à l'époque où
-remontent les manuscrits d'Apicius, appliquer avec sagacité, si enfin
-l'opinion unanime des savans éditeurs de ce livre ne sembloient établir
-suffisamment son antiquité.
-
-L'usage immodéré des épices s'est prolongé jusqu'au règne de Henri
-IV, sans que le système de la cuisine françoise ait beaucoup
-varié[52]; c'est du moins ce qu'on peut conclure de la réimpression
-de Taillevent en 1602, d'où il résulte qu'alors ses recettes étoient
-encore employées. Mais la simplicité paroît s'être introduite dans
-la préparation des alimens sous le règne de Louis XIII[53]. Entre
-le Taillevent réimprimé en 1602, et le _Cuisinier françois_ de
-François Pierre dit la Varenne[54], imprimé en 1651, il n'y a aucune
-analogie[55]. Cette profonde modification ne peut-elle être attribuée
-en partie à la baisse du prix des épices, amenée par la multiplication
-des relations commerciales? Pour beaucoup d'hommes, le plus grand
-plaisir de la possession est d'avoir ce que les autres désirent
-inutilement. Quand les épices ont pu paroître sur toutes les tables, et
-quand leur emploi n'a plus été une preuve de luxe et de richesse, on a
-peut-être cessé de les estimer autant, et leur usage a été de plus en
-plus restreint.
-
-Outre l'intérêt général que la partie culinaire du _Ménagier_ a de
-commun avec l'Apicius et le Taillevent, cette partie présente en outre,
-sur l'ordre et le service des repas, des détails bien curieux, propres
-à éclaircir divers passages de nos historiens et aussi de quelques
-ouvrages littéraires[56]. Ces détails ont manqué à Legrand d'Aussy qui,
-faute de les connoître, a donné peu de renseignemens sur cette partie
-importante du sujet qu'il traitoit. On peut suppléer à cette omission
-et se figurer le cérémonial et l'ordre d'un grand repas en examinant
-et rapprochant entre eux certains passages de l'article IV (p. 114 et
-suiv.).
-
-L'auteur nous apprend d'abord que les différentes provisions
-nécessaires à l'alimentation, confiées habituellement à la surveillance
-des _écuyers de cuisine_, étoient choisies, marchandées et payées
-par un ou plusieurs de ces officiers assistés des _queux_ ou
-cuisiniers[57]. Les mets préparés par les queux étoient, en attendant
-le moment du service, posés par les aides des écuyers sur un dressoir
-placé dans la cuisine. C'est de là qu'ils étoient portés sur les tables.
-
-Représentons-nous maintenant une vaste salle tendue de tapisseries ou
-d'autres étoffes brillantes. Les tables sont recouvertes de nappes
-à franges, jonchées d'herbes (odoriférantes?); une d'entre elles,
-dite _grande table_, est destinée aux personnes les plus notables.
-Les convives sont conduits à leurs places par deux maîtres d'hôtel
-qui leur apportent à laver[58]. La grande table est garnie par un
-maître d'hôtel, de salières d'argent, de gobelets couverts dorés pour
-les plus grands personnages, de cuillers et de quartes[59] d'argent.
-Les convives mangent (au moins certains mets) sur des tranchoirs
-ou grandes tartines de gros pain[60] jetés ensuite dans des vases
-dits _couloueres_[61]. Pour les autres tables, le sel est placé dans
-des morceaux de pain[62] creusés à cet effet par des officiers dits
-_porte-chappes_[63]. Dans la salle est un dressoir garni de vaisselle
-et de différentes espèces de vins; deux écuyers placés auprès de ce
-dressoir donnent aux convives des cuillers propres, leur versent le
-vin qu'ils demandent, et retirent de la table la vaisselle salie;
-deux autres écuyers font porter les vins au dressoir de salle: un
-valet placé sous leurs ordres est uniquement occupé à tirer le vin
-des tonneaux[64]. Les plats formant trois, quatre, cinq ou même six
-services dits mets[65] ou assiettes, sont apportés par des valets et
-deux écuyers _des plus honnêtes_. (Dans certains repas de noces, le
-marié marchoit devant,[66] avec eux.) Les plats sont posés sur les
-tables par un _asséeur_[67] assisté de deux serviteurs. Ces derniers
-enlèvent les restes et les remettent aux écuyers de cuisine qui doivent
-les mettre à part et les conserver. Après les mets ou assiettes, les
-tables sont couvertes de nouvelles nappes, et l'entremets est alors
-apporté. Ce service, le plus brillant du repas[68], se compose de plats
-sucrés, de gelées de couleur avec armoiries, etc., puis d'un cigne, de
-paons ou de faisans revêtus de leurs plumes, ayant le bec et les pattes
-dorés, et placés au milieu de la table sur une sorte d'estrade[69]. A
-l'entremets qui ne figure pas dans tous les menus, et à son défaut,
-au dernier mets ou service, succède la _desserte_ (compotes, fruits,
-_dessert_[70]); _l'issue_[71] ou sortie de table, composée le plus
-souvent d'ypocras et d'une sorte d'oublie dite _mestier_, ou, en été,
-l'ypocras étant hors de saison à cause de sa force, de pommes, de
-fromages, et quelquefois encore d'autres pâtisseries et sucreries[72].
-Le _boute-hors_ (vin et épices) termine le repas; on se lave les
-mains, on dit les grâces, puis on passe dans la _chambre de parement_
-ou salon. Les domestiques succèdent alors aux maîtres et dînent après
-eux. On apporte ensuite aux convives du vin et les _épices de chambre_
-(dragées, sucre rosat, écorces d'oranges confites, etc. V. p. 122, 265
-et 274), et chacun se retire alors chez lui.
-
-Il existe encore dans cette partie du _Ménagier de Paris_ un passage
-dont l'importance seroit bien grande si l'on pouvoit être assuré
-de son exactitude. Je veux parler du commencement de l'article
-IV, dans lequel se trouve le relevé statistique de la consommation
-de Paris. Selon l'auteur, cette consommation, en y comprenant les
-animaux tués pour les maisons du roi et des princes, s'élevoit à
-l'époque où il écrivoit à 30,316 boeufs; 188,552 moutons; 30,794 porcs,
-et 19,604 veaux[73]. Ce passage sembleroit pouvoir fournir un nouvel
-élément propre à déterminer le chiffre de la population parisienne à
-la fin du XIVe siècle, mais les renseignemens donnés en cet endroit
-du _Ménagier_ sont-ils exacts? Je ne m'arrêterai pas à une première
-difficulté, celle que je remarque au sujet du nombre des bouchers de
-la grande boucherie que l'auteur fixe à dix-neuf. Quoiqu'un boucher
-pût tenir et tînt quelquefois, mais assez rarement, plusieurs étaux,
-il me paroît difficile que les 32 étaux de la grande boucherie fussent
-tenus par 19 bouchers seulement. Mais, en outre, est-il croyable que la
-boucherie de Saint-Germain, composée de 19 étaux (13 bouchers, suivant
-l'auteur), ne fournît par semaine à la consommation de Paris que 6
-boeufs, 2 veaux et 18 porcs de plus que la boucherie du Temple, composée
-de deux étaux seulement? On peut concevoir que l'auteur ne nomme
-pas la boucherie de Saint-Benoît, destinée peut-être exclusivement
-au chapitre[74]; mais comment ne cite-t-il pas celle de Saint-Éloi,
-établie en 1358, et qui approvisionnant le riche quartier Saint-Paul,
-devoit nécessairement avoir un important débit? Comment a-t-il négligé
-celle de Saint-Marcel, ou s'il l'a confondue à dessein avec celle de
-Sainte-Geneviève, pourquoi n'en prévient-il pas le lecteur[75]? Comment
-enfin, est-il en désaccord avec lui-même, à deux lignes de distance,
-sur la consommation du duc de Berry[76]? (_douze_ puis _seize_ boeufs,
-80 puis 160 moutons). Cette variation est d'autant plus surprenante
-qu'un doute, puis une vérification annoncés par l'auteur font compter
-le lecteur sur des chiffres exacts et certains.
-
-Je crois que les observations précédentes sont des présomptions graves
-contre la fidélité de ces renseignemens statistiques[77], mais il est
-encore des difficultés d'un autre genre qui s'opposeroient à ce qu'ils
-pussent être consultés sûrement pour la fixation du chiffre de la
-population parisienne. Il est certain qu'à la fin du xive siècle
-l'abstinence de viande aux jours maigres étoit plus généralement et
-plus strictement observée qu'aux époques où la population de Paris
-nous est connue, et qui pourroient servir de termes de comparaison.
-Nous ignorons si les boeufs amenés alors à Paris étoient plus ou
-moins pesans qu'aujourd'hui; nous ignorons en outre combien de
-livres de viande pouvoit consommer annuellement chaque habitant de
-Paris, car la consommation individuelle augmente ou diminue d'une
-manière très-sensible en raison inverse du prix des denrées[78],
-et le chiffre actuel de cette consommation, fort inférieur à celui
-qu'elle atteignoit en 1789, ne sauroit servir de base pour la fin
-du XIVe siècle[79]. Enfin l'extrait d'un arrêt du
-Parlement (t. II, p. 82 dans la note), dans lequel il
-est dit que Guillaume de Saint-Yon vendoit vers 1380 dans trois étaux
-pour 200 livres parisis de viande par semaine est loin de concorder
-avec les calculs de l'auteur, et réduiroit de beaucoup le nombre des
-animaux abattus par semaine à la grande boucherie, même en tenant
-compte du produit de la vente des peaux, du suif, etc.
-
-La partie culinaire du _Ménagier_ termine l'ouvrage dans les trois
-manuscrits qui nous sont connus. Cependant l'auteur avoit annoncé dans
-son prologue une troisième et dernière distinction devant contenir: 1º
-des demandes d'ébatement répondues par le sort des dés, par _rocs_ et
-par _rois_[80]; 2º un traité de la chasse à l'épervier; 3º des demandes
-subtiles à trouver ou à deviner, et fondées sur l'arithmétique. De ces
-trois articles nous n'avons que celui qui est relatif à la chasse,
-encore est-il placé dans la seconde distinction, à la fin de l'article
-III et après le traité des chevaux. Il semble étonnant que l'auteur qui
-dans tout son livre suit avec une exactitude scrupuleuse la division
-qu'il a annoncée dans son prologue, l'ait négligée aussi complétement
-pour cet article. Est-ce donc à lui qu'il faut attribuer cette sorte de
-transposition? Cet article est-il le seul de la troisième distinction
-qu'il ait écrit? Les événemens ou la mort ont pu l'interrompre dans
-son travail et l'empêcher d'écrire les deux autres articles de la
-IIIe distinction, et le traité de la chasse ainsi isolé a pu être
-placé par les personnes qui recueillirent le _Ménagier_ après le
-traité des chevaux auquel il se lioit assez naturellement. Il seroit
-encore possible que l'auteur eût renoncé, depuis qu'il avoit écrit son
-prologue, à traiter les deux autres articles comme moins utiles à son
-but, et qu'il eût lui-même interverti l'ordre annoncé, ou enfin que ces
-deux articles, terminés par lui comme le deuxième, eussent été perdus;
-j'avoue que ces deux dernières hypothèses me paroissent moins probables
-que la première. J'ai cru, à tout hasard, devoir suivre dans cette
-édition l'ordre annoncé dans le prologue, et j'ai renvoyé à la fin du
-livre cet article unique de la troisième distinction.
-
-Il est certain que les deux autres articles, relatifs à des sujets
-plus intimes et peu connus jusqu'ici, auroient été plus curieux pour
-nous que le traité de la chasse, mais on comprend que l'auteur ait
-pu s'occuper de préférence de ce dernier sujet. A l'époque où il
-écrivoit, la chasse à l'épervier (et même celle au faucon, quoique
-plus dispendieuse), n'exigeant pas la quantité d'hommes et de chevaux
-nécessaires à la vénerie, étoit un des divertissemens favoris de la
-société moyenne[81] et passoit pour être particulièrement convenable
-aux femmes. Cette chasse se faisoit souvent par une nombreuse société
-de chasseurs et de chasseresses rangés en ligne, et jouissant avec
-orgueil des succès de leurs oiseaux. L'auteur du _Roi Modus_ qui
-écrivoit vers 1360 parle à deux reprises avec enthousiasme des plaisirs
-que procuroit cette chasse. _C'est un déduit_, dit-il, _que chascun
-puet faire de soy avecques dames et damoiselles.... et doit avoir la
-dame aucun qui lui puisse baillier son esprevier quand il aura prins
-l'aloé ou la pertrix.... Dieux! comme c'est beau déduit, c'est plaisant
-déduit que de veoir prendre une aloé à l'estourse à bon esprevier!_[82]
-Gaces de La Bugne, premier chapelain des rois Philippe de Valois, Jean
-II, Charles V et Charles VI, que j'ai eu plus d'une fois occasion de
-citer dans ce livre[83], après avoir déterminé le train nécessaire à
-un _épreveteur_, l'engage à chercher un bon pays et des compagnons,
-car il auroit été regrettable, selon lui, de chasser seul. Il lui
-fait donc trouver belle et bonne compagnie de chevaliers et d'écuyers
-_qui n'ont pas à sommes deniers_ (qui ne sont pas très-riches), de
-dames et de damoiselles, et lui fait faire avec eux une chasse dont le
-détail a beaucoup de rapports avec certains endroits de cet article du
-_Ménagier_. Il regarde ce divertissement comme bien plus convenable
-pour les femmes que la vénerie. «Le déduit de chiens, s'écrie-t-il,
-peut-il donner de tels plaisirs aux dames qu'aussitôt on ne médise
-d'elles? Une grande dame qui voudroit conserver sa réputation ne
-piqueroit pas des éperons au travers des bois, des buissons et des
-haies, et n'iroit pas avec plaisir tuer cerfs, loups ou sangliers. Aux
-hommes appartiennent tels faits![84]»
-
-Au reste, à cette époque où la distinction des rangs très-marquée
-dans la législation et aussi, en général, dans les alliances de
-familles, l'étoit peut-être moins que de nos jours dans les relations
-de la vie privée, la chasse à l'épervier n'étoit pas la seule usitée
-par les bourgeois. La chasse à l'oiseau en général, fauconnerie ou
-autourserie, étoit une des occasions qui réunissoient le plus souvent
-des personnes de conditions différentes. Gaces de La Bugne en donne
-un exemple intéressant. Il raconte fort agréablement comment des gens
-qu'il appelle _de moyen état_, mais parmi lesquels il se compte lui,
-chapelain du roi, ainsi que des chevaliers (il y avoit en outre des
-chanoines, des écuyers ou simples gentilshommes et des bourgeois),
-firent ensemble une partie de chasse à l'oiseau qui dura une semaine.
-Ils avoient vingt oiseaux et voloient tous les jours au moins jusqu'à
-midi. Alors ils venoient dîner ensemble à une hôtellerie, et le repas
-se passoit joyeusement, sans médire du prochain et sans convoiter les
-richesses d'autrui. Après dîner, la chasse recommençoit jusqu'au souper
-qui étoit plantureusement servi[85].
-
-L'auteur du _Ménagier_ avoit sans doute sur la convenance et l'agrément
-de la chasse à l'épervier la même opinion que Gaces de La Bugne,
-et c'est là ce qui l'aura déterminé à parler avec détail de cette
-chasse. Son traité est très-complet et au moins égal en mérite à la
-partie du _Modus et Ratio_ relative au même sujet. Il ne me paroît pas
-s'être servi[86] de ce dernier livre, trop répandu cependant à la fin
-du XVIe siècle pour qu'il ne l'ait pas rencontré.
-Cependant les deux ouvrages étant presque contemporains et traitant
-le même sujet, plusieurs passages du _Modus_ m'ont été utiles pour
-éclaircir ou compléter cette partie du _Ménagier_. J'ai aussi mis
-à contribution, dans ce double but, les autres anciens ouvrages de
-fauconnerie, pensant que cet article, à cause de l'obscurité d'un art
-aujourd'hui si peu connu[87], demandoit à être éclairci avec plus de
-détail que les autres.
-
- * * * * *
-
-Quand on a lu le _Ménagier de Paris_, on se demande comment un pareil
-ouvrage a pu rester quatre cent cinquante ans sans avoir été connu, ou
-plutôt sans avoir été cité. Quant à moi, l'existence de ce précieux
-monument historique m'a été révélée seulement par la vente des livres
-de M. Huzard[88]. Un manuscrit sur papier du _Ménagier_ figuroit au nº
-662 de la première partie du catalogue de cette remarquable collection.
-L'examen rapide que j'en fis à l'exposition me fit pressentir le mérite
-du livre, et me donna un vif désir d'en devenir possesseur. Le volume
-m'ayant été adjugé, je me convainquis en le lisant de l'utilité qu'il
-y avoit à le publier. Je crus, à cet effet, nécessaire de rechercher
-s'il en existoit d'autres manuscrits. Je n'en trouvai de mentionnés
-que sur les catalogues des ducs de Bourgogne, publiés par M. Barrois
-dans sa _Bibliothèque protypographique_[89]. Les catalogues des
-Bibliothèques du Roi et de l'Arsenal ne portent aucune indication du
-_Ménagier_: je pensai donc que l'un des manuscrits de Bourgogne, sinon
-les deux, pouvoit se trouver à la Bibliothèque royale de Bruxelles,
-et je demandai à M. le baron de Reiffenberg, auteur de tant de
-savantes publications historiques et associé étranger de la Société
-des Bibliophiles françois, de vouloir bien m'éclairer sur ce point.
-Sa réponse, par suite de diverses circonstances, ne m'étant parvenue
-qu'après plusieurs mois, je crus pendant quelque temps qu'il falloit
-renoncer à l'espoir de découvrir un autre manuscrit du _Ménagier_, et
-quoique le mien présentât d'assez notables défectuosités, la Société
-des Bibliophiles décida sur ma proposition, dans sa séance du 14 mai
-1845, qu'elle donneroit une édition de ce livre, et me chargea de
-préparer cette édition sur mon manuscrit, le seul que nous pussions
-alors nous procurer. Mais quelques jours plus tard un de mes amis,
-connu par quantité de savans travaux historiques, me communiqua un
-manuscrit sur vélin du _Ménagier_, contenant 173 feuillets in-folio,
-paroissant écrit dans la première moitié du XVe siècle et orné au
-commencement d'une miniature reproduite dans cette édition[90]. Je
-reconnus bientôt que ce volume, qui ne porte pas les armoiries des
-ducs de Bourgogne étoit cependant, sans aucun doute, le premier des
-deux portés aux inventaires de 1467 et 1487, et indiqué sous les nos
-836 et 1758 de la _Bibliothèque protypographique_[91], et qu'il avoit
-certainement servi de modèle au copiste du mien. Ce manuscrit, le plus
-ancien des trois que j'ai eus à ma disposition, est désigné dans le
-cours de mon travail sous le nom de Ms. A.
-
-Peu de temps après, M. le baron de Reiffenberg m'écrivoit de son
-côté qu'un des manuscrits des ducs de Bourgogne existoit en effet à
-Bruxelles, et m'envoyoit en même temps un exemplaire de _l'Annuaire
-de la Bibliothèque royale de Belgique pour 1843_[92], dans lequel
-se trouve, p. 33, un excellent article de lui sur cet exemplaire
-du _Ménagier de Paris_. La Société des Bibliophiles fit alors des
-démarches actives pour obtenir la communication de ce précieux volume
-que M. de Theux, ministre de l'intérieur de Belgique, voulut bien lui
-accorder, sous la garantie de M. le marquis de Rumigny, ambassadeur de
-France à Bruxelles.
-
-Ce manuscrit sur vélin, que j'ai désigné sous la lettre B, paroît
-postérieur de quelques années au précédent. Le premier feuillet est
-orné d'un C initial en or et en couleur, au centre duquel on voit,
-comme dans la miniature du Ms. A, l'auteur donnant ses instructions
-à sa femme. Ce feuillet est entouré de trois côtés (en tête, au fond
-et en queue) d'une bordure d'arabesques en or et en couleur dans
-laquelle se trouve au bas de la page l'écusson de Philippe dit le
-Bon ou de Charles le Téméraire, ducs de Bourgogne. Il contient 193
-feuillets de format in-folio. La description donnée du second manuscrit
-de Bourgogne dans les inventaires de 1467 et 1487 établit que le
-manuscrit de Bruxelles est le même que celui porté aux nos 1202 et
-1759 de la _Bibliothèque protypographique_. Il a été fait avec soin
-par un écrivain intelligent mais peut-être trop disposé à corriger les
-endroits qui lui sembloient défectueux; plusieurs corrections ont en
-outre été faites après coup. Il n'a pas été copié sur le manuscrit A
-et en reproduit un autre: il fournit en effet trop de variantes pour
-qu'on puisse les attribuer seulement au copiste. Il a probablement
-été exécuté pour Philippe le Bon, mais le Ms. A qui ne porte pas
-d'armoiries a pu appartenir à d'autres propriétaires avant d'entrer
-dans la bibliothèque de Bruges.
-
-L'auteur du _Ménagier_ étoit trop connu du duc de Berry[93] pour avoir
-appartenu au parti bourguignon à Paris, et pour qu'on suppose qu'un
-des manuscrits de Bourgogne soit la copie de quelque autre plus ancien
-offert par l'auteur au duc Philippe le Hardi ou à son fils Jean sans
-Peur. Un semblable hommage auroit plutôt été fait au duc de Berry, mais
-on ne voit pas figurer _le Ménagier_ sur l'inventaire des livres et
-autres objets mobiliers de ce prince dressé après son décès. On peut
-raisonnablement croire qu'un exemplaire de cet ouvrage aura été trouvé
-chez un de ces bourgeois riches et considérés qui perdirent la vie ou
-au moins leurs biens lors de l'entrée des Bourguignons à Paris en 1418,
-et qu'il aura été apporté alors au duc de Bourgogne par un de ses agens
-ou partisans.
-
- * * * * *
-
-J'ai dit plus haut que le manuscrit de M. Huzard, qui m'appartient
-aujourd'hui et que j'ai désigné sous la lettre C, avoit été copié sur
-le Ms. A. Outre la conformité presque parfaite des deux textes, j'en
-ai une preuve bien manifeste. Il existe et il existoit évidemment
-dans le Ms. A avant qu'il eût été revêtu de sa reliure actuelle, une
-transposition de deux feuillets par suite de laquelle le traité de
-l'épervier et le passage relatif aux boucheries de Paris se trouvent
-mêlés l'un à l'autre et se coupent réciproquement. L'écrivain du Ms. C
-a copié ce qu'il avoit sous les yeux, sans voir quelle étoit la cause
-du désordre de son texte, et le même mélange existe dans sa copie,
-mais sans transposition, c'est-à-dire que le sens est interrompu au
-milieu de deux pages et non entre la fin d'un verso et le commencement
-d'un recto, comme dans le Ms. A. Pour rendre ce désordre un peu moins
-choquant, il a ajouté dans un endroit deux mots qui ne me semblent
-cependant pas atteindre ce résultat. Cet écrivain, évidemment Flamand,
-a en outre laissé dans sa copie de nombreuses traces du dialecte qu'il
-parloit, écrivant souvent _commenche_ pour _commence_, _cousant_ pour
-_couchant_, _franchois_ pour _françois_, _cheulx_ pour _ceulx_, etc. On
-peut aussi lui reprocher d'avoir oublié quelques membres de phrases; il
-a cependant fait au texte cinq ou six corrections assez heureuses et
-tout à fait nécessaires au sens.
-
-Le manuscrit C contient 280 feuillets de papier _in-folio parvo_
-assez négligemment mais lisiblement écrits, et semble remonter au
-commencement du règne de Louis XI. La première lettre renferme un
-écusson parti, au premier de gueules au chevron d'hermines, et au
-second d'hermines au chef de gueules; ces armoiries sont celles des
-maisons de Ghistelles[94] et de Roubais[95]. D'après les règles de
-l'art héraldique, les femmes doivent porter un écu parti, au premier
-des armes de leur mari, et au second des leurs[96]; cet écusson devroit
-donc être celui d'une demoiselle de Roubais mariée à un Ghistelles;
-mais malgré les recherches les plus attentives, je n'ai pas trouvé
-qu'une semblable alliance ait eu lieu à l'époque où mon manuscrit
-fut écrit, tandis que Pierre (ou Réné)[97] seigneur de Roubais,
-fils de Jean mort en 1449, et d'Agnès de Lannoy, né à Herzelles le
-1er août 1415 et mort le 7 juin 1498, avoit épousé Marguerite de
-Ghistelles, fille de Jean sieur de Bockède, Lauderburg, etc., et de
-Charyte de Gand-Vilain, née le 14 octobre 1415 et morte le 17 octobre
-1498[98]. Suivant le dossier de Roubais au Cabinet généalogique, ils
-n'eurent qu'une fille nommée Isabelle, dame de Roubais et d'Herzelles,
-femme de Jacques de Luxembourg, sieur de Richebourg[99], et morte
-en 1502. Si l'on admet que l'écrivain a pu commettre une erreur
-(erreur très-rare mais qui n'est cependant pas sans exemple[100]), et
-placer les premières celles de ces armoiries qu'il devoit mettre les
-secondes, l'attribution du volume à Marguerite de Ghistelles paroîtra
-bien fondée. M. de Roubais, fils d'un premier chambellan des ducs
-de Bourgogne, et attaché lui-même à leur service[101], avoit toute
-facilité pour faire copier un manuscrit de la bibliothèque de ces
-princes. Une autre circonstance vient encore ajouter à la probabilité
-de cette conjecture: dans une espèce d'appendice[102] qui est propre à
-mon manuscrit, on trouve des recettes qui sont dites avoir été envoyées
-par un certain Hotin, cuisinier _qui fut à Monseigneur de Roubais_.
-Ces mots indiquent des rapports intimes, à l'époque où ils ont été
-tracés, entre la famille de Roubais et le propriétaire de ce volume
-écrit d'ailleurs par un Flamand et d'après un manuscrit des ducs de
-Bourgogne; il ne me paroît donc pas possible d'attribuer l'écusson
-de la lettre initiale du Ms. C à d'autres familles qu'à celles de
-Ghistelles et de Roubais, et par suite, attendu les renseignemens
-fournis par les généalogies de ces deux familles, à une autre personne
-qu'à Marguerite de Ghistelles, dame de Roubais.
-
-Ce dernier exemplaire n'étant qu'une reproduction du Ms. A, n'a eu
-qu'une très-médiocre importance pour mon travail d'éditeur. J'ai pris
-les variantes qu'il offroit, seulement lorsque le sens les justifioit
-complétement, et j'ai toujours en ce cas indiqué en note leur origine;
-mais lorsque l'un des Mss. A et B, presque également beaux et soignés,
-contenoit une faute évidente corrigée dans l'autre, j'ai pris la
-meilleure leçon, et je n'ai en général donné la variante en note que
-quand la leçon adoptée pouvoit laisser quelque doute dans l'esprit
-du lecteur. Plus d'une fois j'ai trouvé dans ces deux manuscrits des
-fautes qui me sembloient faciles à reconnoître et même à corriger,
-mais ces deux volumes ayant été écrits hors de la présence et même
-sans doute après la mort de l'auteur, j'ai cru qu'un ou plusieurs
-mots propres à changer le sens apparent de la phrase pouvoient avoir
-été omis, et je n'ai fait que proposer en note la correction, sans
-l'insérer dans le texte. Au reste, la copie faite sur le Ms. C, a été
-collationnée sur les Mss. A et B, et les premières épreuves de chaque
-feuille l'ont été de nouveau sur le Ms. B comparé au Ms. A toutes les
-fois qu'il étoit en désaccord avec l'épreuve. J'ose donc espérer que le
-texte du _Ménagier_ contiendra peu de fautes graves et sera au moins
-sans omissions.
-
-Le lecteur remarquera sans doute que l'orthographe employée dans le
-_Ménagier_ varie; par exemple, qu'on y voit successivement _pongnée_ et
-_poignée_, _aultre_ et _autre_, _tartre_ et _tarte_, etc. Je le prie
-de ne pas attribuer ces différences à ma négligence. L'orthographe
-étant variable dans chacun des manuscrits que j'avois sous les yeux,
-je n'ai pas cru devoir la rendre uniforme et donner une régularité de
-mon fait à un livre qui pourra être consulté par quelques personnes
-sous le rapport linguistique. Quant à la ponctuation qui ne figure que
-d'une manière très-incomplète et souvent fautive (surtout quant aux
-barres représentant les virgules) dans les anciens manuscrits, j'en ai
-sobrement usé, dans la pensée qu'on lui ôte souvent de sa valeur et
-même toute signification en la multipliant à l'excès.
-
-Cet ouvrage ne devant pas être lu seulement par des personnes
-versées dans notre histoire et notre ancienne littérature, j'ai cru
-nécessaire de donner, à la suite de cette introduction, une indication
-détaillée des ouvrages ou documens cités en abrégé dans le cours
-de mes notes, avec une notice succincte de leur contenu quand ils
-étoient généralement peu ou mal connus. La table des matières qui
-termine l'ouvrage sera, je l'espère, d'une utilité plus générale. Je
-dois prévenir le lecteur que je ne l'ai pas faite aussi détaillée
-pour la partie morale du _Ménagier_ que pour la partie matérielle. Je
-l'ai surtout abrégée pour l'_Histoire de Mellibée_ et _le Chemin de
-pauvreté_, qui ne sont pas de l'auteur du livre et y figurent comme
-épisodes. _Le Viandier_ m'a fourni un très-grand nombre de mots; je
-n'ai cependant porté à la table les noms des animaux, des végétaux et
-des mets que lorsque l'endroit indiqué donnoit sur eux quelques détails
-susceptibles d'être consultés, ou offroit quelque intérêt. J'ai donné
-aussi dans cette table au moins deux fois chacun des plats cités dans
-les _menus_ parce qu'il pouvoit être utile de faire connoître à quel
-moment du repas se servoit tel ou tel mets, et aussi parce que certains
-plats ne sont nommés que là.
-
-Il me reste maintenant à remercier les personnes qui m'ont aidé de
-leurs conseils, et surtout par la communication ou l'indication
-des pièces utiles à consulter. Je dois d'abord citer M. Paris, de
-l'Académie des inscriptions, dont l'amitié m'est si précieuse, et M.
-Dessalles, des Archives du royaume. Je nommerai aussi M. Léon Tripier
-qui a collationné avec moi la plus grande partie du premier volume;
-M. d'Arcy que j'ai eu occasion de mentionner dans une de mes notes,
-et qui m'a en outre rendu le service de collationner _le Chemin de
-pauvreté_ sur le manuscrit du Roi nº 7201; je citerai encore M. Duclos,
-de la section judiciaire des Archives du royaume. Enfin, l'_Histoire de
-Mellibée_ a été collationnée par M. Borel d'Hauterive sur le manuscrit
-du Roi nº 7072^{3.3}.
-
-JÉRÔME PICHON.
-
-Paris, 27 mai 1847.
-
-
-INDICATION DÉTAILLÉE
-
-DE QUELQUES OUVRAGES OU DOCUMENS,
-
-MANUSCRITS OU IMPRIMÉS,
-
-Cités en abrégé dans l'Introduction et les notes du _Ménagier de
-Paris_[103].
-
-
-Albéric de Trois-Fontaines.
-
- Chronique attribuée à Albéric, moine de l'abbaye de
- Trois-Fontaines au XIIIe siècle, et imprimée
- dans les _Accessiones historicæ_ de Leibnitz. Leipsick, 1698, et
- Hanovre, 1700, in-4º. Voir sur cette chronique l'excellent article
- de la Bibliothèque historique de la France, T. II, nº 16,803.
-
-Anselme (le Père).
-
- C'est le premier auteur de l'Histoire généalogique des grands
- officiers de la couronne, revue et augmentée par les Pères Ange
- et Simplicien. Je cite la dernière et la plus complète édition de
- Paris, 1726, en 9 vol. in-folio.
-
-Arch. du Roy., reg. K. 220, 1.
-
- Registre déposé à la section historique des Archives du Royaume,
- contenant les comptes du duc de Berry pour les années 1370, 1373,
- etc.
-
-Arcussia (d').
-
- La fauconnerie de Charles d'Arcussia de Capre, seigneur
- d'Esparron, divisée en dix parties. Paris, Jean Houzé, 1627,
- in-4º, fig.
-
- C'est la meilleure édition de cet excellent ouvrage.
-
- La _Fauconnerie du roi_ forme la VIe partie.
-
- La _Conférence des fauconniers_ en est la VIIe.
-
- Le _Discours de chasse_ (ou _Convy pour l'assemblée des
- fauconniers_), précédé d'un titre spécial daté de 1627, forme la
- VIIIe partie.
-
- La Xe et dernière partie se compose des _Lettres de Philoïerax
- à Philofalco_, avec titre daté de 1626.
-
- Ce livre, formé de parties imprimées en différentes années et
- souvent mal reliées, est difficile à collationner.
-
-Ayala (Pedro Lopez de).
-
- De la Caça de las Aves et de sus plumajes et dolencias et
- medecinamientos (por Pedro Lopez de Ayala). Ms.
-
- Ce Traité de fauconnerie, dédié à Gonzalo de Meña, évêque de
- Burgos, fut écrit vers 1386 par Pedro Lopez de Ayala, grand
- chancelier de Castille, alors prisonnier en Portugal par suite de
- la bataille d'Aljubarota. L'auteur avoit été en France; il parle
- de Charles V, du duc de Bourgogne, du comte de Tancarville, de
- Bureau de la Rivière; il cite aussi beaucoup de grands personnages
- espagnols.
-
- Je parlerai ailleurs avec plus de détail de ce Traité instructif
- et curieux. Il n'a jamais été imprimé: on en trouve d'assez
- copieuses citations (mais non textuelles) dans la _Caça
- d'Altaneria_ de Diogo Fernandez Ferreira; Lisboa, 1616, in-4º,
- volume écrit en portugais, qui n'est au reste guère plus facile à
- trouver que les manuscrits d'Ayala.
-
- Il y a à la Bibliothèque royale un manuscrit de l'ouvrage d'Ayala
- (nº 8166, in-4º), bien écrit, mais incomplet de la fin. Je possède
- celui qui étoit, en 1803, à la vente de Laserna-Santander, et, en
- 1843, à celle de M. Huzard. Il est complet et un peu plus ancien
- que celui du Roi.
-
-Bibliothèque des Théreuticographes, 1763.
-
- Cette _Bibliothèque_, qui n'est pas un ouvrage sans mérite, est
- des frères Lallemant, libraires de Rouen, et forme le premier
- volume de l'École de la chasse aux chiens courans de Le Verrier de
- la Conterie. Rouen, 1763, 2 vol. in-8º.
-
-Bouchet(G.).
-
- Recueil de tous les oiseaux de proye qui servent à la vollerie
- et fauconnerie, par G. B.; à Poitiers, par Eng. de Marnef et les
- Bouchetz frères.
-
- Ce Recueil est le dernier des trois ajoutés par de Marnef et les
- Bouchet à leur édition de 1567 de la Fauconnerie de Franchières.
- Guillaume Bouchet s'en avoue l'auteur dans une dédicace qui
- se lit en tête de quelques exemplaires de cette édition. Le
- plus grand nombre des exemplaires contient une dédicace toute
- différente, et signée d'Enguilbert de Marnef.
-
-Breuil (Du).
-
- Théâtre des antiquités de Paris. 1612, in-4º, fig.
-
- Le nom de l'auteur doit être écrit _du Breul_.
-
-Bruyère Champier.
-
- De Re cibaria libri XXII, Jo. Bruyerino Campegio Lugdun authore.
- Lugduni, 1560, in-8º.
-
-Calendrier des bergers.
-
- L'édition de ce livre curieux et bizarre que je cite, et dont je
- possède un exemplaire provenant de M. Huzard, est celle imprimée
- par Guiot Marchant le 18 avril 1493, qui est très-certainement la
- même que celle décrite dans le Manuel du libraire comme pouvant
- être du 18 avril 1488, et encore certainement la même que celle
- dont un magnifique exemplaire sur vélin existe à la Bibliothèque
- du Roi. J'en ai acquis la preuve en comparant mon exemplaire à
- celui de la Bibliothèque royale. La marque de Guiot Marchant a été
- recouverte par une miniature, et la souscription supprimée.
-
-Champollion, II, 254.
-
- Louis et Charles, ducs d'Orléans. Paris, 1844. 2 vol. in-8º.
-
-Chevaleureux, comte d'Artois.
-
- Le livre du très-chevalereux comte d'Artois et de sa femme. Paris,
- Techener, 1837, in-4º, figures.
-
-Chevalier de La Tour.
-
- Voy. l'introduction, et sur les éditions imprimées de ce livre, le
- Manuel du libraire, T. I, p. 649.
-
- J'ai cité cet ouvrage d'après une copie que j'ai fait faire du
- manuscrit du Roi nº 7403.
-
-Christine de Pisan.
-
- Le Livre des fais et bonnes meurs du sage roy Charles V.
-
- Imprimé dans les tomes I et II de la collection des Mémoires pour
- servir à l'histoire de France, par Michaud et Poujoulat.
-
-Chroniques de saint Denis, CXII.
-
- Les grandes chroniques de France, selon qu'elles sont conservées
- en l'église de Saint-Denis, publiées par M. Paulin Paris. Paris,
- Techener, 1838. 6 vol. in-12 ou 1 vol. in-fol. (CXII est
- le chiffre du chapitre.)
-
-Collect. Leber, XIX, 35.
-
- Collection des meilleures dissertations, notices, etc., relatifs
- à l'histoire de France, par MM. Leber, J.-B. Salgues et J. Cohen.
- Paris, 1826-42. 20 vol. in-8º.
-
-Corrozet, éd. de 1543.
-
- La Fleur des antiquités, singularitez et excellences de Paris.
- Paris, Pierre Sergent, 1543. in-16.
-
- J'ai publié l'année dernière, dans le Bulletin du bibliophile
- de Techener, une notice sur cette édition de Corrozet; elle est
- précieuse à cause d'une liste des rues de Paris par tenans et
- aboutissans qu'elle contient; on y a ajouté, en outre, presque
- tout l'opuscule intitulé _les Rues et Églises de Paris_.
-
-Crescens.
-
- _Le Livre des prouffits champestres_, par Pierre de Crescens, de
- Boulogne-la-Grasse, traduit du latin par ordre de Charles V. Je
- me suis servi de l'édition de Galliot du Pré, de 1533, et aussi
- d'un manuscrit sur papier que je possède de cet ouvrage, et qui
- appartenoit en 1486 à Jean Budé, audiencier de France.
-
-Dit des Pays.
-
- Voir le Manuel du libraire. J'ai consulté l'édition de cet ouvrage
- imprimée à la suite du _Dialogue du mondain et du célestin_.
- In-16, gothique.
-
-Duchesne Montmorency.
-
- Histoire généalogique de la maison de Montmorency et de Laval, par
- André Duchesne. Paris, 1624, in-fol.
-
- Pr. signifie _Preuves_.
-
-Entretiens de Colbert avec Bouin.
-
- Entretiens de M. Colbert avec Bouin, fameux partisan, sur
- plusieurs affaires curieuses. Cologne, 1701, 3 parties en un vol.
- in-12.
-
- Ouvrage de Sandras de Courtilz. Ce Bouin, dont le nom s'écrivoit
- _Bauyn_, étoit de la famille des Bauyn d'Angervilliers et de
- Pereuse.
-
-Félibien.
-
- Histoire de la ville de Paris, composée par D. Michel Félibien,
- reveue, augmentée, mise au jour par D. G. A. Lobineau. Paris,
- Desprez, 1725. 5 vol. in-fol.
-
-Frédéric II (l'empereur).
-
- Reliqua librorum Friderici II imperatoris de arte venandi cum
- avibus; annotationes addidit suas Jo. Gott. Schneider. Lipsiæ,
- 1788-9. 2 vol. in-4º, fig.
-
- Outre le manuscrit dont je vais parler, je me suis servi de cette
- édition, qui ne contient rien de plus, quant au texte, que celle
- de 1596, mais qui est préférable à cause des excellentes notes
- de Schneider. Il est fâcheux que ce savant n'ait pas pu donner
- le texte entier de l'ouvrage. On en connoît maintenant deux
- manuscrits complets, l'un donné à la Bibliothèque Mazarine par M.
- Leblond; l'autre (du XVe siècle), que j'ai fait
- venir d'Italie en 1837, m'appartient depuis cette époque.
-
- Ce Traité est le plus étendu et le plus curieux que nous ayions
- sur les oiseaux de proie. Il seroit à désirer qu'on en donnât une
- édition complète.
-
-G. C.
-
- Ces lettres désignent l'ouvrage intitulé: _le Grand Cuisinier de
- toutes cuisines_.
-
-Gaces de la Bugne.
-
- C'est le poëme connu sous le titre de _Livre des déduits_,
- commencé en 1359 à Redefort en Angleterre, et achevé à Paris
- entre 1373 et 1377 (après la promotion de Pierre d'Orgemont à
- la dignité de chancelier, et avant la mort du roi Édouard III
- d'Angleterre), par Gaces de la Bugne, premier chapelain des rois
- Philippe de Valois, Jean II, Charles V et Charles VI, trésorier
- de Saint-Francbourg de Senlis, et curé de Molissent, au diocèse
- de Chartres (où il ne résidoit pas). Il paroît être mort au
- commencement de 1384, d'après des renseignemens contenus dans les
- registres du parlement, et que je développerai ailleurs.
-
- Je le nomme _de la Bugne_, et non _de la Bigne_ ou _de la Vigne_,
- comme on le fait habituellement, parce que son nom est constamment
- écrit ainsi dans les registres du parlement où il figure six ou
- sept fois.
-
- Gaces de la Bugne est cité dans le Père Anselme (T. VIII, p. 227)
- sous le nom de _Gaces de Chantepie_; mais il n'a jamais été nommé
- ainsi. Il dit lui-même dans son poëme qu'il sortoit des familles
- de la Bugne, d'Aigneaux, de Clinchamp et de Buron, et ne fait
- aucune mention de celle de Chantepie.
-
- Le Père Anselme ou ses continuateurs auront cru sur parole la
- personne qui disoit _conserver_ son livre.
-
- J'ai travaillé sur l'édition de son ouvrage imprimée à Paris à la
- suite de Gaston Phébus, par Antoine Vérard, in-fol. gothique, sans
- date. Les lettres indiquent les cahiers ou feuilles d'impression,
- et les chiffres le rang que tient dans le cahier le feuillet cité.
-
-Godefroy (Denis).
-
- Histoire de Charles VI, roi de France, par Jean Juvénal des
- Ursins, archevesque de Rheims, augmentée de plusieurs mémoires,
- etc., par Denis Godefroy. Paris, de l'Imprimerie royale, 1653,
- in-fol.
-
-Grand cuisinier de toutes cuisines.
-
- Voy. l'Introduction, p. XXXIII.
-
-Hist. des grands officiers de la Couronne.
-
- Voy. Anselme (le P.).
-
-Inventaire de R. Picque, archevêque de Rheims en 1389. Reims, 1842,
-in-12.
-
- Ce curieux document fait partie des Mélanges publiés par la
- Société des Bibliophiles de Reims. Malheureusement il n'a pas été
- édité très-correctement.
-
-J. Reg. 147, 36 (ou autres chiffres).
-
- Registres du Trésor des Chartes. Le premier chiffre est celui du
- registre; le second celui de la pièce.
-
- La lettre J. avec un seul numéro (note sur le sire d'Andresel)
- indique un carton du Trésor des Chartes.
-
- Section historique des Archives du Royaume.
-
-Jugés, XXXII, 94.
-
- Arrêts rendus au civil par le parlement de Paris. Le chiffre
- romain indique le registre; le chiffre arabe est le numéro de
- l'arrêt dans l'année indiquée.
-
- Section judiciaire des Archives du royaume.
-
-Juv. des Ursins, in-fol.
-
- Voyez Godefroy (Denis).
-
-K. 52, 3.
-
- Registre ou plutôt cahier contenant des comptes de la maison du
- duc d'Anjou.
-
- Section historique des Archives du royaume.
-
-K. reg. 55.
-
- Comptes de la reine Marie d'Anjou, femme de Charles VII.
-
- Section historique des Archives du royaume.
-
-Lebeuf, X, 260.
-
- C'est l'Histoire du diocèse de Paris par ce savant abbé. Paris,
- 1754-8. 15 vol. in-12. Tome X, page 260.
-
-Legrand d'Aussy.
-
- Histoire de la vie privée des François; nouvelle édit., avec des
- notes par J.-B.-B. de Roquefort. Paris, 1815. 3 vol. in-8º.
-
-Maison réglée d'Audiger, 1692.
-
- La Maison réglée et l'Art de diriger la maison d'un grand seigneur
- et autres. Paris, Legras, 1692. In-12.
-
- Le sieur Audiger, auteur de cet ouvrage rare qui est resté
- inconnu à Legrand d'Aussy, avoit servi la comtesse de Soissons,
- le président de Maisons, Colbert, le duc de Saint-Aignan, etc.
- Son livre contient beaucoup de particularités curieuses, et on
- y trouve, entre autres choses, le détail des attributions des
- différens domestiques, et le relevé de la dépense annuelle d'une
- grande, puis d'une médiocre maison. Louis XIV est même en scène
- dans ce livre, et on ne voit pas sans étonnement la facilité avec
- laquelle on abordoit ce prince. Un des endroits les plus curieux
- de _la Maison réglée_ est celui où l'auteur raconte avec grands
- détails qu'il présenta au roi, le 18 janvier 1660, une caisse de
- petits pois.
-
-Matinées.
-
- Plaidoieries civiles prononcées aux audiences du matin du
- parlement de Paris. Le plus ancien registre est de l'année 1395.
-
- Section judiciaire des Archives du royaume.
-
-Modus.
-
- Le Livre du roy Modus et de la royne Racio. Nouvelle édition, avec
- une préface par Elzéar Blaze. Paris, 1839. Grand in-8, fig.
-
- J'ai cité cette édition, parce qu'elle est la meilleure de ce
- livre précieux. Elle laisse néanmoins beaucoup à désirer, attendu
- qu'elle est imprimée dans un caractère soi-disant gothique tout
- à fait de fantaisie et à peu près illisible, qu'elle contient
- beaucoup de fautes, et est absolument sans notes. Mais elle vaut
- encore mieux que les anciennes éditions si rares et si chères, et
- elle est d'ailleurs la seule qu'on puisse se procurer à un prix
- modéré.
-
- Il est fâcheux que l'éditeur n'ait pas donné en même temps _le
- Songe de Pestilence_, espèce de suite mystique du Modus, composée
- vers 1372, et imprimée très-incorrectement en 1506 sous le titre
- de _Modus et Ratio de divine contemplation_. J'ai cité le _Songe
- de Pestilence_ d'après une copie que j'en ai faite sur le beau
- manuscrit du Roi 632^{13}, lequel devra servir de base à toute
- nouvelle édition du Roi Modus.
-
-Morais.
-
- Le véritable Fauconnier, par messire C. de Morais, chevalier,
- seigneur de Fortille, cy-devant chef du héron de la grande
- fauconnerie. Paris, Quinet, 1683. In-12.
-
-Plaidoieries civiles;--Plaidoieries criminelles du parlement.
-
- Registres contenans les plaidoieries prononcées au civil (ou au
- criminel) devant le parlement.
-
- Les plus anciens remontent à 1364 pour les plaidoiries civiles, et
- à 1387 pour les plaidoiries criminelles.
-
- Section judiciaire des Archives du royaume.
-
-Plan de tapisserie.
-
- Plan en perspective de la ville de Paris (au commencement du
- XVIe siècle), gravé par Dheulland en 1756,
- d'après un autre gravé plus anciennement, qui appartenoit alors
- à l'abbaye de Saint-Victor. Ce dernier plan étoit le même qu'un
- autre représenté sur une tapisserie provenant de la maison de
- Guise, et acquise par la ville de Paris, sous la prévôté de M.
- Turgot.
-
-Plan de Turgot.
-
- Plan de Paris commencé l'année 1734, dessiné et gravé sous les
- ordres de messire Michel Étienne Turgot, prévôt des marchands,
- achevé en 1739, levé par L. Bretez, gravé par Cl. Lucas, et écrit
- par Aubin. 1 vol. in-folio-atlantico de 21 feuilles.
-
-Quadragésimal spirituel.
-
- Voir, sur les éditions de ce livre bizarre, le Manuel du libraire,
- T. III, p. 881. Je me suis servi de l'édition de Jehan Janot,
- in-4º gothique.
-
-R. 122 (ou 123).
-
- Je cite ainsi, dans ma note sur la punition de Paris en 1383,
- les registres du Trésor des Chartes portant les nos 122 et
- 123, etc., dont j'ai parlé au commencement de cette même note. Le
- second chiffre est celui de la pièce.
-
-Recueil manuscrit des épitaphes de Paris.
-
- Il y a plusieurs copies manuscrites de ce Recueil (fait
- au XVIIe siècle) dans les bibliothèques
- particulières. Le plus beau et le plus complet est à la
- Bibliothèque du Roi (Cabinet généalogique). Je me suis servi d'un
- exemplaire en 3 vol. in-4º, qui fait partie de mon cabinet. J'ai
- vu plusieurs exemplaires de ce Recueil où manquoient les épitaphes
- de l'église Saint-Séverin.
-
-Reg. du parlement, plaid. civ.
-
- Voy. _Plaidoieries civiles_.
-
-Rues et églises de Paris.
-
- Les rues et églises de Paris, avec la dépense qui se fait chacun
- jour, etc., In-4º gothique. Voy. _Corrozet_.
-
-Sainte-Aulaire.
-
- La fauconnerie de François de Saincte-Aulaire, sieur de La Renodie
- en Périgort, gentilhomme Lymosin. Paris, 1619. In-4º.
-
- L'auteur de ce livre très-rare dit que son ouvrage a été revu en
- manuscrit par le connétable de Luynes.
-
-Sauval.
-
- Antiquités de Paris. Paris, 1724. 3 vol. in-fol.
-
-Secousse.
-
- Mémoires pour servir à l'histoire de Charles II, roi de Navarre.
- Paris, Durand, 1758.--Recueil de pièces servant de preuves aux
- mémoires, etc. Paris, 1755. 2 vol. in-4º.
-
-Songe de Pestilence.
-
- Voy. _Modus_.
-
-Table des Mémoriaux de la chambre des comptes.
-
- Ces tables sont déposées aux Archives du royaume, et renvoient aux
- mémoriaux qui n'existent plus depuis les incendies du Palais. Il
- reste cependant quelques pièces recopiées sur des expéditions ou
- sur des copies _vidimées_ prêtées par des particuliers depuis les
- incendies, et aussi différens exemplaires d'extraits des mémoriaux
- faits à diverses époques pour des magistrats.
-
-Taillevent.
-
- Voir, sur les manuscrits connus de cet ouvrage, l'introduction, p.
- XXXV.
-
- Quand je cite le Taillevent imprimé, je parle de la première des
- éditions du XVe siècle décrite par M. Brunet,
- dont je possède le seul exemplaire connu (celui de MM. Baron et
- Huzard).
-
-Trésor de dom Villevieille.
-
- Extraits de chartes, cartulaires et autres documens historiques
- recueillis par dom Villevieille, et classés par noms de famille.
- Ce précieux recueil est aujourd'hui au Cabinet généalogique
- (partie de la Bibliothèque royale confiée à la surveillance si
- compétente et si éclairée de M. Léon Lacabane).
-
-Trésor de santé.
-
- Le Thrésor de Santé, ou Message de la vie humaine, divisé en
- dix livres, lesquels traictent de toutes sortes de viandes et
- breuvages; faict par un des plus célèbres et fameux médecins de ce
- siècle. Lyon, J. A. Huguetan, 1616, in-8º.
-
- Il doit exister des exemplaires de cette édition avec la date de
- 1607, car le dernier feuillet porte: _A Lyon, de l'imprimerie
- d'Estienne Servain_, 1607.
-
- Il résulte des termes de la dédicace de cet ouvrage, adressée
- par le libraire à M. de Villars, premier président au parlement
- de Dombes, que l'auteur avoit dans ces matières une longue
- expérience _qui l'avoit approché_ (comme médecin?) _de la première
- et plus chère personne de ce royaume_ (du roi?), et n'avoit
- pas voulu être nommé dans l'édition qu'il supposoit devoir
- être faite de son livre. Il semble qu'il étoit mort lorsque le
- libraire écrivoit sa dédicace, et je crois cet ouvrage composé au
- XVIe siècle. Il est curieux et rare, et n'a pas
- été connu de Legrand d'Aussy.
-
-Trésor des chartes, 90, 131.
-
- Ces mots signifient: Registre 90 du Trésor des Chartes, pièce 131.
-
-Trésor de Vénerie.
-
- Poëme écrit en 1394 par messire Hardouin de Fontaines, chevalier,
- seigneur de Fontaines-Guérin en Anjou. Je compte donner
- incessamment une édition avec notes très-détaillées de cet ouvrage
- intéressant pour l'histoire de la fin du XIVe
- siècle, et aussi pour la province d'Anjou.
-
- Plusieurs feuilles sont déjà imprimées.
-
-Variétés historiques.
-
- Variétés historiques, physiques et littéraires, ou recherches d'un
- savant, etc. Paris, Nyon, 1752. 6 parties en 3 tomes in-12.
-
- Recueil de dissertations déjà imprimées dans des journaux du
- temps, et qui ne sont pas toutes du même auteur, comme le titre
- précédent pourroit le faire croire, mais bien de Lebeuf, Boucher
- d'Argis et autres.
-
-Venette (le carme Jean de), continuateur de Nangis.
-
- M. Géraud, dans l'édition qu'il a donnée, pour la Société de
- l'Histoire de France, des _Chroniques de G. de Nangis et ses
- continuateurs jusqu'en 1368_, Paris, 1843-5, 2 vol. in-8º, me
- semble avoir bien prouvé que le carme Jean de Venette étoit
- l'auteur de la dernière continuation de Nangis.
-
-Viandier.
-
- Je cite sous ce nom les articles 4 et 5 de la troisième
- distinction, excepté quand je parle du _Viandier de Taillevent_;
- dans ce cas, c'est l'ouvrage de Guillaume Tirel. Voy. _Taillevent_
- dans cette liste, et l'Introduction, p. XXXII.
-
-
-
-
-CORRECTIONS ET ADDITIONS.
-
-
-Tome I, page 3, ligne 1, au lieu de _au tel_, lisez _autel_ (pareil).
-
-Page 4, note, au lieu de _dix-huit_, lisez _dix-sept_.
-
-Page 71, note sur les jeux.
-
- Suivant l'auteur d'un article fort intéressant et bien fait,
- inséré dans le _Magasin pittoresque_ de février 1847, p. 67, sur
- un volume très-rare (intitulé: _les trente-six Tableaux contenant
- tous les jeux qui se peurent jamais inventer..._ Paris, Nicolas
- Prévost, 1589, in-4º oblong, aujourd'hui en ma possession), le jeu
- de _pince-mérille_ étoit analogue à celui de _Je te pince sans
- rire_. On pinçoit le bras en disant: _Mérille_ ou _Morille_. La
- partie de l'estampe du volume original qui me paroît représenter
- le jeu de _pince-mérille_, est ainsi composée: trois jeunes filles
- sont assises: un garçon les regarde, et penché vers elles, a la
- main gauche sur leurs genoux ou au moins tout près. Sa main droite
- est étendue comme pour repousser ou éloigner quelqu'un. Il tourne
- le dos à un cinquième joueur placé à distance, qui, le poing
- gauche sur la hanche et la main droite en avant, montre un ou
- plusieurs doigts, comme pour indiquer un nombre aux jeunes filles.
-
-Tome I, page 76, _Item_ l'en dit aussi que les roynes.... jamais ne
-baiseront hommes.
-
- Cependant la noblesse, qui s'est en général toujours rapprochée
- le plus possible des moeurs de la cour, avoit des principes tout
- différens. En 1395, Jeanne de Champflory, femme de Pierre de
- Couveignon, écuyer, plaidant contre son mari, dont elle étoit
- séparée de fait, disoit qu'il étoit devenu jaloux d'elle, _pour
- ce que, par manière des nobles, elle baisoit ses parens_ (_Plaid.
- civiles_, X, 500 et 604, vº). Henri Estienne cite encore, dans son
- _Apologie pour Hérodote_ (1735, I, 81), un passage des sermons
- de Menot, relatif au même usage: «Si madamoiselle, dit-il, est
- en l'église, et arrive quelque gentillastre, il faut (_pour
- entretenir les coustumes de noblesse_), encore que ce soit à
- l'heure qu'on est en la plus grande dévotion, qu'elle se lève
- parmi tout le peuple, et qu'elle le baise bec à bec. _Ad omnes
- diabolos talis modus faciendi!_» Cette mode ne fut cependant pas
- toujours universelle. Sauval raconte (II, 465), qu'une dame de
- Blois, faisant hommage d'un fief, refusa de baiser son suzerain
- à la bouche, comme c'étoit la coutume entre le seigneur et le
- vassal. Il en résulta un procès que le suzerain perdit, et il fut
- décidé que l'hommage étoit valable.
-
-Tome I, page 131, ligne 1, au lieu de _serait_, lisez _seroit_.
-
-Page 137, note sur Gilles Labat.
-
- Gilles Labat est dit procureur _général_ au parlement dans les
- lettres de rémission qu'il obtint en 1383: j'ai remarqué, t. II,
- p. 104, qu'il ne pouvoit avoir eu cette qualité et qu'il n'étoit
- très-probablement alors que procureur au parlement, comme il
- l'étoit encore en 1385 (et en 1397). Je crois pouvoir expliquer
- maintenant comment Gilles Labat, qui n'étoit évidemment que
- _procureur_ au parlement, est qualifié de procureur _général_
- dans un acte émané de la chancellerie, et qu'il est difficile
- de supposer fautif. Autrefois le mot _procureur_ signifioit
- simplement _fondé de pouvoirs_, et on trouve à chaque instant
- des gens de toutes qualités comparoissant, signant, etc., comme
- _procureurs_ de leurs amis. La qualité de _général_ ajouté au
- mot procureur signifioit, dans certains cas, que le mandataire
- étoit chargé de toutes les affaires du mandant; mais elle
- pouvoit signifier aussi, quand elle s'appliquoit à un procureur
- au parlement ou au Châtelet, qu'il étoit par état et non par
- occasion procureur ou mandataire _en général_. Cette assertion me
- paroît justifiée par le passage suivant d'une plaidoirie de 1394,
- qui s'applique, il est vrai, aux procureurs au Châtelet, mais
- qui permet de supposer que les procureurs au parlement, placés
- dans une position supérieure, pouvoient bien aussi recevoir,
- dans quelques occasions, l'épithète de _général_. Leur nombre
- étant d'ailleurs illimité, on conçoit que cette épithète leur
- ait été encore plus utile qu'aux procureurs au Châtelet (limités
- à quarante), pour se distinguer des procureurs ou mandataires
- spéciaux:
-
- «Toutes les cours qui ressortissent (au Châtelet) se gouvernent
- selon le stille de chastelet, et pour ce les procureurs qui sont
- _procureurs générals_ léans, qui ne font que fait de procuration
- devant le prévost, sont advocas ès cours subjetes... En 1378
- ou environ, en Chastelet n'avoit point de nombre (_limité_) de
- procureurs, et pour ce que plusieurs inconvéniens s'ensuivoient
- pour la multiplication, par le roy fu ordené qu'il n'y aroit en
- Chastelet que quarante _procureurs généraulx_. Ce fit messire
- Hugues Aubriot, et a duré quinze ans.»
-
- Au reste, les procureurs au Châtelet et au Parlement étoient plus
- habituellement dits _procureurs_ que procureurs généraux (voir
- ci-après remarque sur la page 116, nº 3). Le procureur général est
- ordinairement nommé le _procureur général du Roi_, et, le plus
- souvent, le _procureur du Roi_.
-
-Page 140, note sur le bailli de Tournay, au lieu de _Il est assez
-difficile_, etc., lisez:
-
- Il me semble que le bailli de Tournay, dont parle ici l'auteur du
- _Ménagier_, doit être messire Tristan du Bos, personnage assez
- important au XIVe siècle, et premier bailli
- de Tournay. Il avoit d'abord été bailli de Lille, mais il fut
- rappelé lors du mariage du duc de Bourgogne, et fait bailli de
- Vermandois. En 1383, il fut envoyé par le Roi à Tournay avec le
- comte de Sancerre et autres réformateurs, et nommé alors bailli
- de cette ville. Il est dit dans une plaidoierie de novembre 1385
- que «le bailli de Tournay étoit du conseil du roi et _sages homs_,
- et avoit gouverné plusieurs bailliages,» ce qui s'applique bien
- à messire Tristan du Bos, bailli de Lille, puis de Vermandois,
- et mentionné plusieurs fois (le 6 novembre 1392, etc.) comme
- assistant aux séances du Parlement, où viennent les princes et
- le grand conseil. Je crois que c'est bien lui qui figure en
- qualité de maître des requêtes dans l'ordonnance de Vernon en date
- de février 1388-9 sur l'organisation de la maison du roi. Les
- requêtes de l'hôtel suivant partout le roi, il semble difficile
- qu'il ait pu cumuler l'emploi de maître des requêtes avec celui
- de bailli de Tournay, et il y a lieu de croire qu'il fut nommé
- maître des requêtes en même temps qu'Henry Le Mazier (voy. p. 140)
- fut nommé bailli de Tournay. Il paroît au reste avoir plus marqué
- comme magistrat que comme militaire, car les habitans de Tournay,
- pour prouver qu'ils pouvoient bien se défendre sans bailli royal,
- disoient en février 1394-5 que messire Tristan ayant voulu arrêter
- un certain Louis Despiés hors de Tournay, avoit vu massacrer
- les Tournisiens qui l'accompagnoient, et avoit été obligé de
- se réfugier dans le clocher de Wertaing. Dix mille habitans de
- Tournay avoient été, en armes, le tirer de là pour l'honneur
- du roi, puis arrêter Louis Despiés, et brûler la ville qui lui
- avoit donné asile. En 1395, il étoit prévôt de l'église d'Arras
- (_Plaid. civiles_, X, 483, 515). Messire Tristan du Bos ayant été
- longtemps bailli de Tournay et étant souvent venu à Paris, avoit
- nécessairement eu occasion de se rencontrer avec l'auteur du
- _Ménagier_, magistrat comme lui, ainsi que je crois l'avoir prouvé
- dans l'introduction. Il étoit encore maître des requêtes le 12
- novembre 1400 (_Matinées_ III), et plaidoit, en mars 1400-1, pour
- la terre de Beaucamp, mouvante du seigneur de Heilly, qu'il avoit
- achetée en 1398.
-
-Page 149, note sur le Sire d'Andresel.
-
- Des lettres de rémission, accordées en avril 1361 à Jean de Melun
- seigneur de la Borde le Vicomte, lettres qui se trouvent dans le
- registre LXXXIX du _Trésor des Chartes_ (pièce nº
- 755) et qui m'ont été signalées par M. Grésy, font connoître la
- nature de la rémission accordée à Jean d'Andresel, et donnent en
- même temps de nouveaux détails sur sa position et sa conduite en
- 1359. Il est dit dans ces lettres que Jean d'Andresel, capitaine
- général de Brie, avoit soudoyé un certain nombre de gens d'armes,
- pour résister aux Anglois et Navarrois; mais que la supériorité
- des forces ennemies, et les grands frais qu'entraînoit la réunion
- d'un corps aussi considérable l'avoient décidé à le dissoudre,
- et à renvoyer les gens d'armes dans leurs garnisons. Il avoit
- ordonné, du consentement des habitans du pays, que les gens
- d'armes seroient payés de leurs gages au moyen d'un subside levé
- par feu dans le pays de Brie, l'impôt payé par chaque localité
- étant spécialement et directement affecté au payement d'un corps
- désigné d'avance; chaque garnison devoit se tenir prête à marcher
- au premier ordre. On conçoit qu'un pareil arrangement ait donné
- lieu à plusieurs désordres, à plusieurs violences de la part des
- gens d'armes quand l'imposition ne leur étoit pas régulièrement
- payée; c'est ce qui étoit arrivé à Jean de Melun pour les
- troupes sous ses ordres, et il me paroît évident que la lettre
- de rémission accordée à Jean d'Andresel devoit avoir (comme je
- l'avois pressenti) un semblable motif.
-
- On trouve dans Rymer (éd. de 1830 T. III), plusieurs pièces
- intéressantes sur le séjour de Jean d'Andresel en Angleterre. Il
- promit d'abord, avec les autres otages, le 20 février 1361-2, sur
- son honneur et état de chevalerie, d'être loyal otage au roi
- d'Angleterre, de taire ses secrets, de demeurer dans une ville ou
- cité quelconque, et de n'en sortir qu'avec la permission du roi,
- sauf qu'il lui étoit permis d'en sortir le matin pour s'ébattre,
- et d'y rentrer au soleil couchant.
-
- Le 13 mai 1363, Jean d'Andresel, étant aux Jacobins de Londres,
- reçut licence et congé d'aller en France _pour aucunes grosses
- besognes touchant la paix_. Il promit à cette occasion de ne
- pas s'armer contre l'Angleterre pendant le séjour qu'il alloit
- faire en France, _et de remettre son corps en otage en la cité de
- Londres_ au plus tard le jour de la Toussaint. Ce fut au reste
- malgré le roi Jean qu'il obtint cette mission. Ce prince avoit
- écrit le 26 janvier au roi d'Angleterre, de Villeneuve-lès-Avignon
- où il étoit alors, qu'il avoit vu le traité fait entre
- l'Angleterre d'une part, et le duc d'Orléans, ses enfans et son
- conseil de l'autre, et qu'il le confirmoit, sauf qu'il désiroit
- voir délivrer Pierre d'Alençon, le comte Dauphin d'Auvergne
- et le sire de Coucy, au lieu du comte de Grantpré, du sire de
- Clere et du _sire d'Andresel_. Le roi d'Angleterre ayant refusé
- cet échange, le roi lui écrivoit encore, le 13 mars[104], qu'il
- confirmoit le traité malgré son refus, mais qu'il n'auroit pas cru
- _que de si petit de chose il lui dût faillir_.
-
- Froissart a dit que plusieurs des otages du roi Jean n'exécutèrent
- pas loyalement leurs promesses. Je ne sais si ce reproche est
- fondé pour quelques-uns, mais il ne sauroit, en tout cas,
- s'appliquer au sire d'Andresel. C'est ce que prouve la pièce
- suivante en date du 16 juin 1365, qui prononce la mise en liberté
- définitive de Jean d'Andresel dans des termes bien honorables pour
- sa loyauté:
-
- «Le Roy, au noble homme Johan sire d'Andresel, salutz. Par
- contemplation de nostre très-cher et très-amé frère le duc
- d'Orliens, veuilliantz faire à vous faveur, desport, et grace
- espécial, de nostre certeine science nous confessons que vous avez
- bien et loialment tenuz par devers nous hostage depuis le temps
- que vous nous estoiez baillée parmy la paix.
-
- «Et des ore nous vous délivrons pleinement dudit hostage, et vous
- quitons et absolvons par ces présentes lettres de toutes promesse,
- foits, seremens, obligations et convenances que fait nous avez à
- cause dudit hostage.
-
- «Et volons et consentons et nous pleist que vous soietz des ore en
- avant francs de vostre persone comme quites et délivres à plein
- dudit ostage.
-
- «Promettans par nostre foy et serement les choses dessusdites
- et chascune d'icelles tenir et garder, et noun venir encontre:
- toutes autres obligations, promesses, convenances... faites à
- nous et à nos heirs par ladite paix et quantque est compris ès
- lettres sur ceo faites demourants toutdis en leur effect, force et
- vertu; asqueles, quant as choses qui ne touchent vostre présente
- délivrance, nous ne volons que aucun préjudice se puisse faire en
- temps à venir à cause de cestes nos letres.
-
- «Qui furent faites et donnés à nostre chastel de Wyndesore, le
- 16e jour de juyn, l'an de grâce mil trois cent soixante et
- quint, et de nostre règne le trente neofisme.» (_Rymer_, _éd.
- 1830_, t. III, p. 604, 685, 694, 700 et 774.)
-
-Tome I, page 171. Supprimez la note 1.
-
- Voir sur les tranchoirs les nombreux passages indiqués à la table.
-
-Tome I, pages 173 et 174, note sur les verrières.
-
- Quoique le verre fût relativement d'un assez haut prix à la fin du
- XIVe siècle, il me paroît étonnant que l'auteur
- du _Ménagier_, évidemment riche, n'ait pas eu de fenêtres vitrées.
- M. Champollion a cité dans ses _d'Orléans_ (IIIe partie, p.
- 13), divers documens desquels il résulte qu'un panneau de verre
- neuf coûtoit 4 sols le pied (quarré?) quand il étoit peint
- simplement (portant une devise), et 3 sols 6 deniers quand il
- étoit sans aucun ornement. En tenant compte de la dépréciation de
- l'argent, 3 sols six deniers ne peuvent pas représenter plus de 7
- francs de notre monnoie. Il semble donc que c'étoit une dépense
- abordable pour les fortunes moyennes. En 1395, Idete des Marès,
- femme en premières noces de maître Jean de Fontaines (voir T. II,
- p. 119), et, en secondes, de Jean Thomas, et fille du célèbre
- Jean des Marès décapité en 1383, louoit 20 francs par an une
- maison dans laquelle il y avoit des fenêtres vitrées (voir mon
- _Mémoire sur les Maillotins_). Comment donc l'auteur du _Ménagier_
- se contentoit-il de parchemin?
-
-Tome I, page 174, ligne 1, Table dréciées.
-
- Les tables étoient donc alors seulement posées sur des tréteaux.
-
-Tome I, page 221, note 1re, sans doute l'auteur du _Liber de amore_.
-
- Je n'ai cependant pas trouvé ces passages dans le _Livre d'amours
- auquel est relatée la grant amour et façon par laquelle Pamphille
- peut jouyr de Galathée, et le moyen qu'en fist la maquerelle_.
- Paris, Vérard, 1494, in-fol.--Les passages cités dans le
- _Ménagier_ doivent donc être tirés d'un des autres auteurs cités
- dans le Manuel du Libraire au mot _Pamphile_.
-
-Tome II, page 32, vers 1, Et de ceulx qui vestent les rois.
-
- On lit dans Christine de Pisan, p. 93 de l'édition Poujoulat:
-
- «Il rencontra un de ces ribaulz _vestus d'une roiz_ qui par chemin
- souloyent aler.»
-
- L'auteur de la traduction qui est au bas de la page a rendu ce mot
- par _blouse_. Je ne sais sur quoi il a fondé cette interprétation.
-
-Tome II, page 38, colonne 1, vers 22,.... en el.
-
- Dans ce lieu, là dedans.
-
-Tome II, page 59, ligne 20,.... de males sanglantes fièvres.
-
- L'épithète de sanglant étoit fréquemment employée dans les
- invectives, sans qu'on puisse bien s'en expliquer le motif.
- C'est ainsi qu'on voit dans le récit d'une querelle de Pierre de
- Lesclat, célèbre conseiller au parlement et confident du duc de
- Berry, avec Raoul Drobille, procureur au parlement, ce dernier
- dire à Pierre: _Je ne doubte toy ne ton povoir! un sanglant é....
- en ta gorge!_ Je crois que c'est de là qu'est restée l'expression
- d'_injure sanglante_.
-
-Tome II, page 64, ligne 12, Par engins d'aisselles.
-
- Ce doit être sans doute le piége connu sous le nom de
- _quatre-de-chiffre_.
-
-Tome II, page 73, ligne 6, Ne bube ne malen.
-
- Peut-être faut-il lire _mal en_ (mal dedans, _malum intùs_).
-
-Tome II, page 89, ligne 7, D'autre part, de l'eaue.
-
- Mettez deux points après _l'eaue_.
-
-Tome II, page 90, ligne 21, La saison des truites commence en....
-
- Suppléez _mars ou mai_, suivant ce qui est dit p. 190.
-
-Tome II, pages 94 et 97.
-
- Les menus VI et XII sont les mêmes, à quelques variantes près.
-
-Tome II, page 96, menu X.
-
- C'est un dîner de poisson et non de chair, et ce menu est, à
- très-peu de chose près, le même que le XXIVe.
-
-Tome II, page 99, menu XV, Brouet lardé.
-
- Peut-être est-ce une faute pour _bouli lardé_.
-
-_Ib._ Cine (cygne).
-
- Ce pourroit être civé.
-
-Tome II, page 100, menu XVI, Drois au persil.
-
- On appeloit _droits_, en fait de venaison, certains morceaux
- recherchés qu'on mettoit à part pour le seigneur ou maître
- d'équipage quand on défaisoit le cerf.
-
-Tome II, page 103, n. 1.
-
- Au lieu de _gros poisson salé_, lisez: marsouin, dit encore en
- anglois _purpoise_. Voy. p. 198.
-
-Tome II, pages 104 et 105, note sur l'abbé de Lagny.
-
- J'ai encore vu un abbé de Lagny assistant à l'ouverture du
- parlement le 2 janvier 1387-8.
-
- L'abbé nommé dans le _Ménagier_ ne peut être le second (Pierre
- II) cité dans la _Gallia christiana_. Il est parlé en effet,
- dans une plaidoierie du 18 mai 1391, du prieur de Saint-Thibaut,
- _à présent_ abbé de Lagny. Ces mots indiquent que ce prieur étoit
- devenu abbé en 1390 ou 91. L'abbé de Lagny vivant en 1379 n'étoit
- donc plus à la tête de cette abbaye en 1396.
-
-Tome II, page 113, note sur la Pierre-au-Lait.
-
- La position que j'ai assignée à ce lieu est confirmée par deux
- passages des comptes de la prévôté de Paris donnés par Sauval
- (III, 279 et 348), dans lesquels cet emplacement est dit tenir à
- la ruelle Jean Lecomte (rue Trognon, comme l'a dit Jaillot,--voir
- Corrozet, 1543,--et non rue d'Avignon, comme l'a cru M. Géraud),
- et faire face à la ruelle du porche Saint-Jacques. Remarquons
- encore que cette position est encore la même que celle indiquée
- par Jaillot pour la fin du XVIIIe siècle (Voy.
- Paris sous Philippe le Bel, p. 257).
-
- Il est parlé à plusieurs reprises de la Pierre-au-Lait dans les
- contes d'Eutrapel. Noël du Fail, auteur de ce curieux ouvrage,
- dit que c'étoit de son temps un lieu mal hanté et habité par des
- escrocs (fº 42 de l'éd. de 1585). Il appelle aussi échevins de la
- _Pierre-au-Lait_ des gens habiles à tricher au jeu.
-
-Tome II, page 116, hôtel de Beauvais.
-
- Sauval a dit, t. II, p. 109, qu'il ignoroit où étoit l'hôtel des
- évêques de Beauvais. Il paroît qu'il le découvrit depuis, car
- on lit au tome III de ses _Antiquités de Paris_, p. 260, dans
- les comptes de la prévôté de Paris que cet hôtel étoit rue du
- _Meurier_ (du franc mûrier). Cette rue étant parallèle et à peu de
- distance de celle des Billettes, il y a lieu de croire que l'hôtel
- de Beauvais avoit des portes sur chacune de ces rues.
-
-Tome II, page 116, note 3.
-
- Ce Jean Duchesne est qualifié procureur général (et ailleurs
- _procureur_; voy. p. LXXVIII) au Châtelet, dans un
- arrêt du 5 février 1400-1, qui confirma une sentence du prévôt
- de Paris dont il avoit appelé. Il avoit demandé à rembourser,
- moyennant 42 florins à l'écu, 60 sous ou 3 livres de rente qu'il
- payoit annuellement à Louis Blanchet, seigneur de la Queue en Brie
- et premier secrétaire du roi, sur une maison avec dépendances
- qu'il avoit à Romainville.
-
-Tome II, p. 118, note 3.
-
- Ajoutez: Le Ms. du roi, fonds latin, 4641 B, contient la
- bénédiction et le formulaire du cérémonial usités en cette
- occasion; je les donne ici, quoiqu'ils puissent se trouver dans
- d'anciens ouvrages liturgiques.
-
- «_Bénédictio thalami ad nuptias et als._ (aliàs?)
-
- «Benedic, Domine, thalamum hunc et omnes habitantes in eo, ut
- in tua voluntate permaneant, requiescant et multiplicentur in
- longitudinem dierum. Per Christum, etc.
-
- «_Tunc thurificet thalamum in matrimonio, postea sponsum et
- sponsam sedentes vel jacentes in lecto suo. Benedicentur dicendo_:
-
- «Benedic, Domine, adolescentulos istos; sicut benedixisti Thobiam
- et Sarram filiam Raguelis, ita benedicere eos digneris, Domine,
- ut in nomine tuî vivant et senescant, et multiplicentur in
- longitudinem dierum. Per Christum, etc.
-
- «Benedictio Dei omnipotentis, Patris et Filii et Spiritus sancti
- descendat super vos et maneat semper vobiscum. In nomine Patris,
- etc.»
-
-Tome II, p. 119, l. 20, Maître Jean de Fontaines.
-
- C'est sans doute le gendre du célèbre Jean des Marès. (Voir
- ci-dessus remarque sur la page 173 du tome I.)
-
-Tome II, p. 129, l. 10.
-
- Supprimez la virgule après _Nota_.
-
-Tome II, page 134, note 1.
-
- _Élire_ ne peut signifier ici _écosser_, puisqu'il s'agit de vieux
- pois, mais bien _choisir_, _éplucher_.
-
-Tome II, page 139, ligne 9, L'en connoît les fèves des marais.... et
-les fèves des champs, etc.
-
- Je pense que les fèves des champs sont les _haricots_
- d'aujourd'hui, désignés encore quelquefois sous le nom de _fèves_.
-
-Tome II, p. 154, note 3.
-
- Lisez _feuillet_ d IV vº, au lieu de _feuille_, etc.
-
-Tome II, p. 181, l. 26, le Saupiquet.
-
- Il y avoit en 1401, à Melun, une prison dite _Saupiquet_, (sans
- doute par une allusion facétieuse à cette sauce) _dans laquelle on
- ne se pouvoit tourner_ (Matinées III, 68).
-
-Tome II, page 181, note 2.
-
- Ajoutez: Ou jaunie par la cuisson? L'acception la plus ordinaire
- du mot tanné est celle de _couleur de tan_ (feuille morte).
-
-Tome II, p. 202, note 3, sur le mot _auques_, au lieu de _presque_
-lisez _aussi_.
-
-Tome II, page 251, n. 5, Et des poales à Villedieu.
-
- Ce bourg de Normandie est encore nommé sur les cartes
- _Villèdieu-les-poëles_. Il y a à la Bibliothèque royale
- (Manuscrits) d'anciens statuts des poëliers de Villedieu.
-
-Tome II, p. 253, n. 5, Dans une curieuse chanson....
-
- Voici le dernier couplet qui paroît avoir été omis par une méprise
- de l'imprimeur dans les _Chroniques de Saint-Denis_:
-
- L'an mil CCC IIIxx,
- La veille de la Chandeleur,
- Par les clers et maistres divins
- Fus emprisonnés à douleur.
- Je croy souvent mues couleur
- Quant ne pues aler çà ne là;
- _Envis muert qui apris ne l'a_.
-
- On trouve à la suite de cette pièce deux rondeaux relatifs à
- l'infortuné prévôt.
-
- _Rondel à responce H. Aubriot._
-
- Cent mil fois je vous mercy
- De vostre vraie escripture.
- Semblant me monstrez d'amer, cy:
- Cent mil, etc.
- Mais je ne puis trouver mercy,
- L'université m'est trop dure:
- Cent mil, etc.
-
- _Autre Rondel._
-
- Je croy bien que c'est par mon vice
- Que Dieu cy durement m'acule.
- Oncques-mais d'homme ne vy ce;
- Je crois bien, etc.
- Car je ressemble à l'escrevisse:
- Quand je cuide aler je recule.
- Je crois bien, etc.
-
-Tome II, page 318, note 4, ligne 9, Suivoient en volant les chiens
-pendant la quête.
-
- Cette remarque ne s'applique qu'au vol des champs, ou chasse de la
- perdrix, car, pour d'autres chasses, celles au héron ou au milan
- par exemple, cela se passoit différemment. On en peut voir le
- détail dans d'Arcussia.
-
-Tome II, page 322, note 4.
-
- Ajoutez: Ou peut-être comme on l'a expliqué au commencement de ce
- traité.
-
-Tome II, TABLE.
-
- A l'article: _Additions faites au_, etc., ajoutez: _b_, 245.--Aux
- articles AUBRIOT, _Sa maison_ et AYALA,
- ajoutez: _b_, 380.--Ajoutez: _b_, 381, aux articles BOS
- (Tristan du), _Flandres_ et FROISSART, et _b_, 382, à
- _Estampes et à Gingembre_.--Après BOILEAU, etc., ajoutez:
- BONAMY, cité, _b_, 380.
-
-
-(Voir page 380 du tome II, un _supplément aux corrections_).
-
-[Illustration]
-
-
-
-
-LE MÉNAGIER DE PARIS.
-
-
-
-
-PROLOGUE.
-
-
-Chère seur, pour ce que vous estant en l'aage de quinze ans et
-la sepmaine que vous et moy feusmes espousés, me priastes que je
-espargnasse à vostre jeunesse et à vostre petit et ygnorant service
-jusques à ce que vous eussiez plus veu et apris; à laquelle appresure
-vous me promectiez de entendre songneusement et mectre toute vostre
-cure et diligence pour ma paix et amour garder, si comme vous disiez
-bien saigement par plus sage conseil, ce croy-je bien, que le vostre,
-en moy priant humblement en nostre lit, comme en suis recors, que pour
-l'amour de Dieu je ne vous voulsisse mie laidement corrigier devant
-la gent estrange ne devant nostre gent aussy, mais vous corrigasse
-chascune nuit ou de jour en jour en nostre chambre et vous ramentéusse
-les descontenances ou simplesses de la journée ou journées passées et
-vous chastiasse se il me plaisoit, et lors vous ne fauldriez point à
-vous amender selon ma doctrine et correction et feriez tout vostre
-povoir selon ma voulenté, si comme vous disiez. Si ay tenu à grant
-bien et vous loe et sçay bon gré de ce que vous m'en avez dit et m'en
-est depuis souventes fois souvenu. Et sachez sur ce, chère seur,
-que tout quanques je sçay que vous aiez fait puis que nous fusmes
-mariés jusques cy et tout quanques vous ferez en bonne intention m'a
-esté et est bon et me plaist et m'a bien pleu et plaira. Car vostre
-jeunesse vous excuse d'estre bien saige et vous excusera encores en
-toutes choses que vous ferez en intention de faire bien et sans mon
-desplaisir. Et sachiez que je ne pren pas desplaisir, mais plaisir,
-en ce que vous aurez à labourer rosiers, à garder violettes, faire
-chappeaulx, et aussi en vostre dancer et en vostre chanter et vueil
-bien que le continuez entre nos amis et nos pareilz et n'est que bien
-et onnesteté de ainsi passer l'aage de vostre adolescence féminine,
-toutesvoies sans désirer ne vous offrir à repairier en festes ne dances
-de trop grans seigneurs, car ce ne vous est mie convenable, ne afférant
-à vostre estat, ne au mien. Et quant au service que vous dictes que
-vous me feriez voulentiers plus grant que vous ne faictes se vous le
-sceussiez faire et que je le vous apreigne, sachez, chère seur, qu'il
-me souffist bien que vous me faciez au tel service comme vos bonnes
-voisines font à leurs mariz qui sont pareilz à nous et de nostre estat
-et comme vos parentes font à leurs mariz de pareil estat que nous
-sommes. Si vous en conseillez privéement à elles et après leur conseil
-si en faictes ou plus ou moins selon vostre vouloir. Car je ne suis
-point si oultrecuidé à ce que je sens de vous et de vostre bien que
-ce que vous en ferez ne me souffise assez et de tous autres services
-aussi, mais que il n'y ait barat, mesprisement ou desdaing, mais de ce
-vous gaittiez. Car jasoit-ce, belle seur, que je congnoisse bien que
-vous soiez de greigneur lignaige que je ne suis, toutesvoies ce ne vous
-garantiroit mie, car, par Dieu, les femmes de vostre lignaige sont si
-bonnes que sans moy et par elles mesmes seriez-vous asprement corrigée
-se elles le savoient par moi ou autrement; mais en vous ne fais-je
-point de doubte; je suis tout asseuré de vostre bien. Et toutesvoies,
-jasoit-ce, comme j'ay dit, que à moy ne appartiengne fors un petit de
-service, si vouldroie-je bien que vous sceussiez du bien et de l'onneur
-et de service à grant planté et foison et plus que à moy n'appartient,
-ou pour servir autre mary se vous l'avez après moy, ou pour donner
-plus grant doctrine à vos filles, amies ou autres, se il vous plaist
-et en ont besoing. Et tant plus saurez, tant plus d'onneur y aurez et
-plus loés en seront vos parens et moy aussi et autres entour qui vous
-aurez esté nourrie. Et pour vostre onneur et amour, et non mie pour
-moy servir, (car à moy ne convient mie service fors le commun, encores
-sur le moins) ayant piteuse et charitable compassion de vous qui
-n'avez, de long temps a, père ne mère, ne icy aucunes de vos parentes
-près de vous, ne à qui de vos privées nécessités vous puissiez avoir
-conseil ne recours fors à moy seul pour qui vous avez esté traicte de
-vostre parenté et du païs de vostre nativité, ay pensé plusieurs fois
-et intervalles se je peusse ou sceusse trouver de moy mesmes aucune
-généralle introduction légière pour vous aprendre et par laquelle,
-sans moy donner telle charge comme dessus est dit, par vous mesmes
-vous peussiez introduire parmy vostre paine et labour. Et à la fin me
-semble que se vostre affection y est telle comme vous m'avez monstré le
-semblant par vos bonnes paroles, il se peut acomplir en ceste manière,
-c'est assavoir que une leçon générale vous sera par moy escripte, et à
-vous baillée sur trois distinctions contenans dix-neuf[105] articles
-principalment.
-
-
-LA PREMIÈRE DISTINCTION.
-
-La première distinction d'icelles trois est nécessaire pour acquérir
-l'amour de Dieu et la salvacion de vostre âme et aussi nécessaire pour
-acquérir l'amour de vostre mary et donner à vous en ce monde la paix
-que l'en doit avoir en mariaige. Et pour ce que ces deux choses, c'est
-assavoir la salvacion de l'âme et la paix du mary, sont les deux choses
-plus principalment nécessaires qui soient, pour ce sont-elles mises cy
-premièrement. Et contient icelle première distinction neuf articles.
-
-Le premier article parle de saluer et regracier Nostre Seigneur et sa
-benoite mère à vostre esveillier et à vostre lever et de vous atourner
-convenablement.
-
-Le second article est de vous accompaigner convenablement, aler à
-l'église, eslire place, vous saigement contenir, oïr messe et vous
-confesser.
-
-Le tiers article est que vous amez Dieu et sa benoite mère et
-continuellement les servez et vous mectez et tenez en leur grâce.
-
-Le quart article est que vous gardez continence et vivez chastement à
-l'exemple Susanne, Lucresse et autres.
-
-Le quint article que vous soiez amoureuse de vostre mary (soit moy ou
-autre) à l'exemple de Sarre, Rébecque, Rachel.
-
-Le sixiesme article que vous soiez à lui humble et obéissant à
-l'exemple de Grisilidis, de celle qui ne voult rescourre son mary de
-noyer, et la mère Dieu qui respondit _fiat_, etc., de Lucifer, du
-puys, du bailly de Tournay, des religieux et des mariés, de madame
-d'Andresel, de Chaumont, de la Romaine.
-
-Le septiesme que vous soiez curieuse et songneuse de sa personne.
-
-Le huitiesme que vous soiez taisant pour celer ses secrets à l'exemple
-de Papire, de celle qui pont huit eufz, de celle de Venise, de celle
-qui revint de Saint Jaques et de l'advocat.
-
-Le neuviesme et derrenier article est que se vostre mary s'essoie
-de foloyer ou foloye, que sans rigueur mais doulcement, saigement
-et humblement vous l'en retrayez comme Mellibée et dame Jehanne la
-Quintine.
-
-
-LA SECONDE DISTINCTION.
-
-La seconde distinction est nécessaire pour le prouffit du mesnage
-acroistre, acquérir amis et sauver le sien; pour secourir soy et aider
-contre les males fortunes de la vieillesse à venir, et contient six
-articles.
-
-Le premier article est que vous aiez soing de vostre mesnaige,
-diligence et persévérance et regard au labour: mectez peine à y prendre
-plaisir et je feray ainsi d'autre part afin d'advenir au chastel dont
-il est parlé.
-
-Le second article est que au moins vous prenez vostre esbatement et
-vous sachiez aucun peu congnoistre en curtilliage et jardinaige, enter
-en la saison et garder roses l'iver.
-
-Le tiers article est que vous sachiez choisir varlets, portefais,
-aides ou autres fortes gens pour faire les dures besongnes qui d'eure
-en autre se pevent achever et aussi laboureurs, etc. Et en oultre
-cousturiers, cordouaniers, boulengiers, pasticiers, etc. Et par
-espécial varlets et chambrières d'ostel embesongner à grains tribler
-et remuer, robes nectier, éventer et essorer, commander à vos gens de
-penser des brebis, des chevaulx: garder et garir vins.
-
-Le quart article est que vous, comme souverain maistre de vostre
-hostel, sachiez ordonner disners, soupers, mès et assietes, congnoistre
-le fait du bouchier, du poullaillier et savoir congnoistre les espices.
-
-Le quint article que vous sachiez commander, ordonner, deviser et faire
-faire toutes manières de potaiges, civés, saulses et toutes autres
-viandes; idem pour malades.
-
-
-LA TROISIÈME DISTINCTION.
-
-La troisiesme distinction est de jeux et esbatemens aucunement plaisans
-pour avoir contenance et manière de parler et tenir compaignie à gens
-et contient trois articles.
-
-Le premier article est tout de demandes d'esbatemens qui par le sort
-des dez, par rocs et par roys sont avérées et respondues par estrange
-manière.
-
-Le deuxiesme article est de savoir nourrir et faire voler l'esprivier.
-
-Le tiers article est d'aucunes autres demandes qui regardent compte et
-nombre et sont subtilz à trouver ou à deviner[106].
-
-[Illustration]
-
-
-
-
-LE MÉNAGIER DE PARIS.
-
-
-
-
-PREMIÈRE DISTINCTION.
-
-
-
-
-ARTICLE PREMIER.
-
-
-Le commencement et premier article de la première distinction parle de
-adourer et du lever; lequel vostre lever doit estre entendu matin. Et
-matin, en l'entendement que l'en peut prendre selon la matière dont
-nous avons à traictier, est dit de matines. Car ainsi comme entre nous
-gens ruraulx disons le jour depuis l'aube du jour jusques à la nuit, ou
-du soleil levant jusques à soleil couchant, les clercs qui prennent
-plus subtillement dient que c'est le jour artificiel; mais le jour
-naturel qui tousjours a vint quatre heures se commence à mienuit et
-fine à la mienuit ensuivant. Et pour ce que j'ay dit que matin est dit
-de matines, je l'entens avoir dit pour ce que adonc sonnent les matines
-pour faire relever les religieux pour dire matines et loenges à Dieu,
-et non mie pour ce que je vueille dire que vous, belle seur, ne les
-femmes qui sont mariées, vous doiez lever à celle heure. Mais je le
-vueille bien avoir dit pour ce que se à ycelle heure vous oez sonner
-matines vous louez adont et saluez Nostre Seigneur d'aucun salut,
-prière ou oroison avant ce que vous vous rendormez; car à ce propos
-sont cy après propres oroisons ou prières. Car, soit à celle heure de
-matin ou au matin du jour, j'ay cy escript deux oroisons pour vous
-à dire à Nostre Seigneur, et deux autres à Nostre Dame propres pour
-esveiller ou lever. Et premier s'ensuit celle de mienuit par laquelle,
-en ycelle disant, vous regraciez Nostre Seigneur de ce que de sa grâce
-il vous a donné venir jusques à celle heure. Et direz ainsi:
-
- Gracias ago tibi, Domine, etc.
-
-C'est à dire en françois: Beau sire Dieu tout puissant qui es un seul
-en Trinité, qui estois, es et seras en toutes choses Dieu benoist par
-les siècles, je te rens grâce de ce que tu m'as daigné trespasser
-dès le commencement de ceste nuit jusques aux heures matinaulx, et
-maintenant je te requiers que tu me daignes, par ta sainte miséricorde,
-ce jour trespasser sans peschié, tellement que au vespre je te puisse
-comme à mon Dieu et à mon Seigneur regracier, adourer et donner salut.
-
-Item s'ensuit l'autre oroison à Nostre Seigneur en disant:
-
- Domine, sancte pater, etc.
-
-C'est à dire en françois: Beau sire Dieu tout puissant et père
-pardurable qui m'as donné parvenir au commencement de ceste journée par
-ta saincte vertu, garde moy d'encourir en aucun péril, si que je ne
-puisse décliner à aucun mortel péchié, et que par ton doulx atrempement
-ma pensée soit adrécée à ta saincte justice et voulenté faire.
-
-Item s'ensuit les deux oroisons à Nostre Dame, et premièrement:
-
- Sancta Maria, mater Domini, etc.
-
-C'est à dire en françois: Marie, sainte mère de Nostre Seigneur
-Jhesu-Crist, ès mains de ton benoit filz et de toy commandé-je huy et
-tout temps mon âme, mon corps et mon sens. Sire, garde moy de tous
-vices, de tous péchiés et de toute temptacion d'ennemy et me délivre
-de tous périlz. Sire doulx Jhesu-Crist, aide moy et me donne santé
-d'âme et de corps, donne moy voulenté de bien faire, en ce siècle
-vivre justement et bien persévérer. Octroie moy rémission de tous mes
-péchiés. Sire, sauve moy en veillant, garde moy en dormant afin que je
-dorme en paix et veille en toy en la gloire de paradis.
-
-Item s'ensuit l'autre oroison à Nostre Dame qui est toute en françois:
-
-O très certaine espérance, dame deffenderesse de tous ceulx qui s'y
-attendent! Glorieuse vierge Marie, je te prie maintenant, que en icelle
-heure que mes yeulx seront si aggravés de l'obscureté de la mort que
-je ne pourray veoir la clarté de ce siècle, ne me pourray mouvoir la
-langue pour toy prier ne pour toy appeller et que mon chiétif cuer qui
-est si foible tremblera pour la paour des ennemis d'enfer et sera si
-angoisseusement esbahis que tous les membres de mon corps defondront en
-sueur pour la peine de l'angoisse de la mort, lors, dame très doulce et
-très piteuse, me daignes regarder en pitié et moy aidier à voir avec
-toy la compaignie des anges et aussi la chevalerie de paradis, et que
-les ennemis troublés et espoventés de ton secours ne puissent avoir
-aucun regart, présumpcion ou souspeçon de mal à l'encontre de moy,
-ne aucune espérance ou puissance de moy traire ou mettre hors de ta
-compaignie. Mais, très débonnaire dame, te plaise lors à souvenir de
-la prière que je te fais orendroit, et reçoy m'âme en ta benoite foy,
-en ta garde et en ta deffense, et la présente à ton glorieux filz pour
-estre vestue de la robe de gloire et accompaignée à la joieuse feste
-des anges et de tous les sains. O dame des anges! O porte de paradis!
-O dame des patriarches, des prophètes, des apostres, des martirs, des
-confesseurs, des vierges et de tous les sains et sainctes! O estoille
-de matin plus resplendissant que le soleil et plus blanche que la noif!
-Je joing mes mains et eslieve mes yeulx et fléchis mes genoulz devant
-toy! Dame très débonnaire, pour icelle joie que tu eus quant ta sainte
-âme se parti de ton corps sans doubte et sans paour et fut portée
-présens les anges et archanges et en chantant présentée à ton glorieux
-filz et receue et hébergée en la joie pardurable, je te prie que tu
-me secoures et me viengnes au devant en icelle heure qui tant fait à
-doubter. Quant la mort me sera si près, dame, soies à m'âme confort
-et refuge et entens curieusement à la garder, si que les ennemis très
-crueux d'enfer qui tant sont horribles à veoir ne me puissent mettre
-au devant les péchiés que j'ay fais, mais iceulx soient premièrement à
-ta prière à moy pardonnés et effaciés par ton benoit enfant, et soit
-mon âme par toy, très doulce dame, présentée à ton benoit fils et à
-ta prière mise à la possession du repos pardurable et de la joie qui
-jamais ne fauldra! Amen.
-
-Ces oroisons povez-vous dire à matines, ou à vostre esveillier du
-matin, ou à l'un et à l'autre, en vous levant et vestant, et après
-vostre vestir, tout est bien, et que ce soit à jeun et avant toute
-autre besongne. Mais pour ce que j'ay dit en vous vestant, je vueil
-en cest endroit un petit parler de vestemens. Sur quoy, chère
-seur, sachiez que se vous voulez ouvrer de mon conseil, vous aurez
-grant regard et grant advis aux facultés et puissances de vous et
-de moy selon l'estat de vos parens et des miens entour qui vous
-aurez à fréquenter et repairier chascun jour. Gardez que vous soiez
-honnestement vestue, sans induire nouvelles devises et sans trop ou pou
-de bouban. Et avant que vous partiez de vostre chambre ou ostel aiez
-paravant avisé que le colet de vostre chemise, de vostre blanchet ou
-de vostre coste ou surcot[107] ne saillent l'un sur l'autre, comme il
-est d'aucunes yvrongnes, foles ou non sachans qui ne tiennent compte de
-leur honneur ne de l'onnesteté de leur estat ne de leurs maris, et vont
-les yeulx ouvers, la teste espoventablement levée comme un lyon, leurs
-cheveulx saillans hors de leurs coiffes, et les colez de leurs chemises
-et cottes l'un sur l'autre et marchent hommassement et se maintiennent
-laidement devant la gent sans en avoir honte. Et quant l'en leur en
-parle, elles s'excusent sur diligence et humilité et dient qu'ils
-sont si diligens, labourieuses et si humaines qu'elles ne tiennent
-compte d'elles, mais elles mentent: elles tiennent bien si grant
-compte d'elles que s'elles estoient en une compaignie d'onneur, elles
-ne vouldroient mie estre moins servies que les sages leurs pareilles
-en lignaige, ne avoir moins des salutacions, des inclinacions, des
-réverences et du hault parler que les autres, mais plus, et si n'en
-sont pas dignes quant elles ne scevent garder l'onnesteté de l'estat,
-non mie seulement d'elles, mais au moins de leurs maris et de leur
-lignaige à qui elles font vergongne. Gardez donc, belle seur, que vos
-cheveulx, vostre coiffe, vostre cueuvrechief et vostre chapperon[108]
-et le surplus de vos atours soient bien arengéement et simplement
-ordenés et telement que aucuns de ceulx qui vous verront ne s'en
-puissent rire ne moquer, mais doit-l'en faire de vous exemple de bon
-arroy, de simplesse et de honnesteté à toutes les autres; et ce vous
-doit souffire quant à ce premier article.
-
-
-
-
-LE SECOND ARTICLE.
-
-
-Le second article dit que à l'aler en ville ou au moustier vous
-accompaigniez convenablement selon vostre estat et par espécial avec
-preudes femmes et fuiez compaignie souspeçonneuse et jamais femme
-souspeçonneuse ne approchiez, ne ne souffrez en vostre compaignie; et
-en alant ayant la teste droite, les paupières basses et arrestées et
-la veue droit devant vous quatre toises et bas à terre, sans regarder
-ou espandre vostre regard à homme ne à femme qui soit à destre ou à
-senestre, ne regarder hault, ne vostre regard changer en divers lieux
-muablement, ne rire, ne arrester à parler à aucun sur les rues. Et
-se vous estes venue à l'église, eslisez un lieu secret et solitaire
-devant un bel autel ou bel ymaige, et illec prenez place et vous y
-arrestez sans changer divers lieux, ne aler çà ne là[109], et aiez la
-teste droite et les bolièvres tousjours mouvans en disant oroisons ou
-prières. Aiez aussi continuellement vostre regart sur vostre livre ou
-au visaige de l'imaige sans regarder homme ne femme, peinture ne autre
-chose, et sans papelardie ou fiction, ayez le cuer au ciel et aourez
-de tout vostre cuer; et en faisant ainsi oyez messe chascun jour et
-vous confessez souvent; et s'ainsi le faites et persévérez, honneur
-vous sourdra et tout bien vous vendra. Et ce que dit est dessus doit
-souffire quant à ce commencement, car les bonnes preudes femmes entour
-qui vous repairerez, les bons exemples que vous prendrez à elles tant
-par leurs fais comme par leur doctrine, les bons vieulz prestres saiges
-et preudomes à qui vous vous confesserez et le bon sens naturel que
-Dieu vous a donné vous attraira et donra le remenant quant à ce second
-article.
-
-
-
-
-LE TIERS ARTICLE.
-
-
-Le tiers article dit que vous devez amer Dieu et vous tenir en sa
-grâce. Sur quoy je vous conseille que incontinent et toutes oeuvres
-laissées, vous vous désistez de boire ou mangier à nuit ou vespre, se
-très petit non, et vous ostez de toutes pensées terriennes et mondaines
-et vous mettez et tenez alant et venant en un lieu secret, solitaire
-et loing de gens et ne pensez à riens fors à demain bien matin oïr
-vostre messe, et après ce rendre compte à vostre confesseur de tous vos
-péchiés par bonne, meure et attrempée confession. Et pour ce que ces
-deux choses d'oïr messe et de confession sont aucunement différans,
-nous parlerons premièrement de la messe et secondement de la confession.
-
-Et quant est de la messe, chère seur, sachiez que la messe a plusieurs
-dignités en drois estas ou degrés dont il nous convient parler et vous
-esclarcir. Et premièrement, après ce que le prestre est revestu et
-dit son _Confiteor_ et mis en bon estat, il commence sa messe: et ce
-appelle-l'en _l'Introite_ de la messe; c'est le commencement ou entrée
-de la messe, ouquel endroit doit lors chascun homs et chascune femme
-refraindre ses pensées endroit lui et qu'il ne pense à chose mondaine
-qu'il ait oncques mais veue ne oye, car quant li homs ou la femme est
-au moustier pour oïr le service divin, son cuer ne doit mie estre en
-sa maison ne ès champs, ne ès autres choses mondaines et si ne doit
-mie penser ès choses temporelles, mais à Dieu proprement, seulement
-et nuement, et à lui prier dévotement. Après _l'Introïte_ chantée ou
-dicte, l'en dit par neuf fois: _Kirie eleison, Christe eleison_, en
-signifiance qu'il y a en paradis neuf paires d'anges que l'en dit
-_gérarchies_, et de chascune paire ou gérarchie viennent à celle messe
-une quantité et non mie toute l'ordre, mais de chascune une partie. Si
-doit chascun prier à ces sains anges qu'ils prient pour lui à Nostre
-Seigneur, en disant: O vous, sains anges, qui descendez de la gloire
-au Sauveur, pour lui ministrer et servir en terre, priez lui qu'il nous
-pardonne nos péchiés et nous envoie sa grâce.
-
-Après, dit-on _Gloria in excelsis Deo_; lors doit-on louer doulcement
-Nostre Seigneur en disant: Très doulx Dieu, glorieux et honnourés
-soiez-vous, loés soiez-vous, benoit soiez-vous, adourés soiez-vous,
-etc. Après dit-on les oroisons des Sains et de Nostre Dame. Si doit-on
-prier à la très doulce mère Dieu et aux Sains qu'ils prient pour
-nous, en disant: Très glorieuse mère Dieu qui estes moienne entre
-vostre doulz fils et les pécheurs repentans, priez pour moy à vostre
-enfant, et vous, benois Sains de qui on fait mémoire, aidiez moy et
-priez avec la dame des anges que Dieu par sa grâce me pardoint mes
-forfais et enlumine mon cuer de sa grâce. Après ce, dit-on l'_Épitre_
-qui est ainsi comme donner remembrance que un messaige vient qui
-apporte lettres faisans mencion que le sire de tout le monde viendra
-prouchainement. Après ce chante-l'en le _grée_[110] ou l'_alléluye_
-ou le _traict_ en karesme et dit-on la _séquence_: c'est démonstrance
-que ce sont les ménestriers qui viennent devant et monstrent que le
-Seigneur est jà sur le chemin, et qui cornent pour resjoïr les cuers de
-ceulx qui attendent et ont espérance en la venue du souverain Seigneur.
-Après lit-on l'_Euvangille_; c'est adonc la plus vraie et prouchaine
-messaigerie: car ce sont les bannières, les pannons et l'estendart qui
-monstrent certainement que adoncques le Seigneur est près, et lors
-se doit chascun taire et soy tenir droit, mettre s'entente à oïr et
-retenir ce que l'Euvangille dit, car ce sont les propres paroles que
-Nostre Seigneur dist de sa bouche et lesquelles paroles nous enseignent
-à vivre, se nous voulons estre de la mesnie à icellui souverain
-Seigneur. Et pour ce doit estre chascun curieux et ententif à oïr
-icelles paroles de l'Euvangille et à icelles retenir. Après fait-on
-l'offrande en laquelle on doit offrir en la main du prestre aucune
-chose en signifiance que l'en offre son cuer à Dieu, en disant: Sainte
-Trinité, recevez mon cuer que je vous offre: si le faites riche de
-vostre grâce. Et en ce disant doit-l'en bailler son offrande. Après ce,
-quant le prestre se retourne de l'autel il dit que l'en prie pour lui:
-si en doit-l'en diligemment prier, car il entre en nos besongnes et
-fait oroisons pour nous.
-
-Après ce, dit le prestre: _Per omnia secula seculorum_: Et puis:
-_Sursum corda_. C'est à dire: levez vos cuers à Dieu. Et le clerc et
-les autres respondent: _Habemus ad Dominum_: nous les avons à Nostre
-Seigneur. Dont doit-l'en appareillier et avoir son oeil au prestre.
-Après ce, chante-l'en la louenge des anges, c'est assavoir: _Sanctus,
-sanctus, sanctus_. Dont descendent les anges pour appareillier,
-avironner et garder la table sur laquelle Dieu descendra et par
-son seul regard repaistra ses amis et adonc entend-l'en à veoir
-sa venue et se doit-l'en appareillier ainsi comme bons amoureux
-subgiez s'appareillent quant le Roy entre en sa cité, et le doit-l'en
-amoureusement et en grant joie de cuer regarder et recevoir, et en le
-regardant regracier sa venue et luy donner louenges et salus, et en
-pensée et à basse voix lui faire ses requestes pour obtenir rémissions
-et pardons des meffais passés; car il vient çà bas pour trois choses:
-l'une, pour tout pardonner, se nous en sommes dignes; la deuxiesme pour
-nous donner sa grâce, se nous le savons requérir; la tierce pour nous
-retraire du chemin d'enfer.
-
-Après est la _Paternostre_ qui nous enseigne que nous le devons
-appeller père et lui prier qu'il nous pardonne nos meffais ainsi comme
-nous pardonnons à nos malfaiteurs les leurs, et aussi lui prions qu'il
-ne nous laisse point péchier ne estre temptés, mais nous délivre de
-mal; _amen_. Après on dit _Agnus Dei_ par trois fois et prie-l'en à
-Dieu qu'il ait mercy de nous et qu'il nous donne paix; qui peut estre
-entendu paix entre le corps et l'âme, que le corps soit obéissant à
-l'âme: ou paix entre nous et nos adversaires; et pour ce prent-l'en
-la paix. Après chante-l'en le _post-communion_ et alors on doit dire
-et déprier Nostre Seigneur qu'il ne se vueille mie retraire de nous,
-ne nous laissier comme orphelins et sans père. Après dit-l'en les
-derrenières oroisons et adonc se doit-on retraire et recommander à
-la benoite vierge Marie et à elle requerre qu'elle vueille déprier
-son benoit chier enfant qu'il vueille demourer avec nous. Et quant
-tout est dit et achevé et le prestre dévestu, adonc doit-l'en icellui
-Seigneur remercier de ce qu'il nous a donné sens et entendement d'avoir
-oy sa benoite messe et veu son benoit sacrement qui donne remembrance
-de sa benoite nativité et de sa benoite passion et de sa benoite
-résurrection, et luy requérir qu'en persévérant au surplus, il nous
-doint vraye et parfaicte rémission. Et adoncques, chère seur, vous
-mettez toute seule, les yeux enclins à la terre, le cuer au ciel,
-pensez de tout vostre cuer très ententivement et cordialment à tous
-vos péchiés pour vous en deschargier et délivrer à celle heure. Mais
-pour vous adviser dès maintenant comment ce sera fait adonc, je vous en
-traicteray un petit selon se que j'en sçay et croy.
-
-Chère seur, veulliez de par moy sur ce savoir que quiconques soit
-homme ou femme qui vueille à droit ses péchiés confesser au sauvement
-de l'âme de lui ou d'elle, il doit savoir que trois choses lui sont
-nécessaires; c'est assavoir, contriction, confession et satisfacion;
-et doit-il ou elle savoir que contriction requiert douleur de cuer en
-grans gémissemens et repentances et convient que en grant contriction
-et très humblement le pécheur requière pardon et mercy et déprie
-très affectueusement nostre créateur et souverain Seigneur qu'il lui
-vueille pardonner ce en quoy il l'a peu courroucier et offendre. Et
-sache le pécheur que sans contriction sa prière ne vault riens, puis
-qu'il ait sa pensée et son cuer ailleurs. Et, chère seur, vous en povez
-prendre exemple par un à qui l'en promist donner un cheval pour dire
-une _paternostre_, mais qu'il ne pensast autre part, et en disant la
-_paternostre_, il se pensa se cellui qui lui donnoit le cheval lui
-laisseroit la selle, et ainsi le maleureux perdit tout. Ainsi est-il
-de celui qui déprie Nostre Seigneur et ne pense point à sa prière ne à
-cellui qu'il déprie, et si a jà, par aventure, fait telle chose dont il
-a desservi à estre pendu au gibet d'enfer et si s'endort en ce péchié
-et n'en tient compte, et s'il estoit jugié en ce chétif monde par un
-petit prévost à estre pendu au gibet de fust ou de pierre, ou à paier
-une grosse amende qui est moins, et il cuidoit reschapper pour avoir
-contriction, pour plourer et pour prier le prévost ou juge, comment
-il le prieroit de bon cuer, en grans pleurs, en gémissemens et grans
-contrictions de cuer sans penser autre part, et il ne peut mie plourer
-ne prier du cuer le grant seigneur, son souverain et son créateur qui
-des haultes fenestres de sa pourvéance où il est lassus voit toute
-l'affection du cuer d'icellui pécheur! Et si scet bien le pécheur que
-icellui Seigneur est si piteux et si miséricors que pour très petite
-prière, mais qu'elle fust de cuer contrict et repentant, il aroit
-tout pardonné; voire mesmes se la sentence estoit jà donnée contre le
-pécheur, et fust ores icellui pécheur condempné à mort, or puet icellui
-souverain tout rappeller et quicter, et il n'est prévost ne juge par
-deçà qui pour plourer ne pour prière que le condempné sceust faire,
-peust rappeller le jugement qu'il auroit fait contre lui. Or regardez
-doncques, belle seur, quelle comparoison est cy! Et encores est-ce pis,
-car quant un homs est condempné à mort par le souverain juge, puis
-qu'il ne rappelle sa sentence, c'est à entendre que la peine de sa
-mort est perpétuelle et pardurable, et quant il est condempné par un
-prévost, la peine de sa mort ne dure que un moment; dont, belle seur,
-n'est-il point de comparoison ne entre la puissance des juges, ne entre
-la peine des jugemens. Et pour ce vault-il mieulx, belle seur, plourer
-et avoir contriction et adrécier sa prière à cellui qui a puissance
-souveraine et absolue que à cellui qui n'a puissance fors que ordonnée
-et sur certaine forme qu'il ne peut passer. Car icellui juge souverain
-est cellui qui à la fin nous examinera et jugera. Et adonc, belle seur,
-quel compte lui rendrons-nous des biens de fortune et de nature qu'il
-nous a bailliés en garde et nous avons tout folement despendu et mis à
-nostre usaige et à nostre délit, sans en avoir riens baillié ne aumosné
-à lui ne aux souffreteux honteux et paciens qui pour l'amour et ou nom
-de lui nous en ont demandé? Se en ce cas il nous argue de larrecin, que
-nous l'avons en ce desrobé, que respondrons-nous? Item de nostre âme
-sa fille qu'il nous bailla saine et nette, sans tache et sans ordure,
-laquelle nous avons empoisonnée par les buvraiges du péché mortel, se
-il nous argue de murtre, en disant que nous avons tué sa fille que il
-nous avoit baillié en garde, quelle deffence arons-nous? Item de nostre
-cuer, nostre corps qui est le chastel dont il nous avoit baillié la
-garde et nous l'avons livré à son ennemy, c'est le Déable d'enfer,
-quelle excusacion arons-nous? Certes, belle seur, je ne voy mie que,
-se la benoite vierge Marie sa mère ne nous sequeurt comme advocate,
-que par le bon jugement d'icelui souverain juge nous ne soions pugnis
-et enchaînés au gibet d'enfer pardurablement comme larrons, comme
-murtriers et comme traictres, se les chaudes larmes de la contriction
-de nostre cuer ne chassent l'ennemy hors de nous en nostre présente
-vie; mais ce se puet ainsi légièrement faire comme l'eaue chaude chasse
-le chien de la cuisine.
-
-Après la contriction vient la confession qui a six condicions, ou
-elle ne vault riens. La première condicion de confession est que
-la confession soit faicte sagement: c'est à dire sagement en deux
-manières, qui est à entendre que le pécheur ou pécheresse eslise
-confesseur saige et preudomme. Et donc le pécheur doit avoir exemple
-et regart à ce que toute créature malade convoite sa santé, et pour sa
-santé recouvrer et avoir, désire plus à trouver le meilleur phisicien
-que le moins bon. Et doit icellui pécheur avoir regard que, puis que
-créature doit désirer la santé du corps qui est estour lourgable[111]
-et trespassable, par plus forte raison doit-il curer[112] de la noble
-âme qui est ordonnée à recevoir le bien perpétuel ou le mal pardurable.
-Et pour ce doit eslire très bon, très saige et très excellent phisicien
-pour recouvrer tantost la santé de l'âme qui est bléciée et malade,
-car s'il en prent un à l'aventure qui ne lui sache donner le remède de
-sa garison, il s'ensuit mort. Et vous le véez par exemple, car quant
-un aveugle maine l'autre, ce n'est pas de merveille se ils chéent tous
-deux en une fosse; dont doit le pécheur ou pécheresse faire pourvéance
-d'un très saige et très clervoyant conseillier qui de tous ses péchiés
-lui sache donner remède et conseil et qui sache discerner entre l'un
-péchié et l'autre pour remède donner et que icellui confesseur ait
-toute sa pensée et son entente à oyr et concevoir ce que le pécheur
-lui dira, et aussi qu'il ait puissance d'absoldre. Et lors doit
-icellui pécheur estre avisé et avoir pensé par avant longuement et
-ententivement à tous ses péchiés, comme j'ay devant dit, pour savoir
-les tous dire et compter par ordre, et par membres et par poins les
-deviser à son confesseur et conseillier, et doit avoir douleur au cuer
-de ce qu'il fist le péchié et grant paour de la vengence de Nostre
-Seigneur, grant honte et grant repentence d'iceulx péchiés et avoir
-ferme espérance et voulenté certaine de soy amender et de jamais au
-péchié non retourner, mais les haïr comme venin, et avoir désir de
-voulentiers recevoir pour sa garison et santé recouvrer et faire
-joyeusement la pénitence que le confesseur lui vouldra enchargier.
-
-La seconde condicion de confession est que si tost que l'en est cheu
-en péchié l'en s'en doit hastivement et tost confesser. Car tu ne scez
-quant Dieu te touldra la parole et la santé, et pour ce est-il bon que
-on s'en confesse souvent. Les truans le preuvent assez qui de jour en
-jour et de heure en heure monstrent leurs plaies aux bonnes gens pour
-avoir nouvelle aumosne; les bléciés monstrent de jour en jour leurs
-navreures aux mires pour avoir chascun jour hastif et nouveau remède
-de garison; aussi doit le pécheur tantost monstrer et descouvrir son
-péchié pour avoir nouveau remède et plus plénière miséricorde.
-
-La tierce condicion de confession est que on se doit du tout
-entièrement confesser et tout descouvrir à une fois et convient
-monstrer et ouvrir au mire toute la plaie; il convient tout dire en
-très grant humilité et repentence et n'en riens oublier ne laissier
-derrière, et quelque gros morcel qui y soit, il convient qu'il passe
-oultre le neu de la gorge. Et se l'orgueilleux cuer du pécheur ne le
-veult endurer, face le signe de la croix devant sa bouche afin que
-l'ennemy qui lui estoupe les conduis de la parolle s'en aille; et
-adonc le pécheur se contraigne à dire l'ort péchié qui tue son âme,
-car s'il atent plus, il l'oubliera par son attente, et ainsi ne s'en
-confessera jamais et par ce demourra en tel péril que pour cause de ce
-péchié où il sera demouré et dont il ne luy aura souvenu il ne fera
-jamais bien qui ne lui soit estaint vers Dieu, s'il n'y met sa grâce.
-Regardez doncques quel pardon il pourra jamais impétrer par jeûnes, par
-aumosnes, ne par travail de pèlerinaiges qu'il face, quand il n'est
-confès entièrement? Regardez comment il qui n'est vray confès, comment
-osera-il recevoir son créateur, et s'il ne le reçoit, comment il se
-déçoit et en quel péril il se met? Par aventure il cele à celle fois
-icellui péchié cuidant s'en confesser une autre fois bien brief, et
-il ne regarde mie qu'il est en la puissance de Dieu de lui tollir la
-parole quant il lui plaira, ou de le faire morir soudainement quant il
-vouldra. Ores s'ainsi est, il sera dampné par sa négligence et au jour
-du jugement il ne sara sur ce que respondre.
-
-La quarte condicion de confession est que l'en se doit ordonnéement
-confesser et dire ses péchiés par ordre et selon ce que la théologie
-les met, et doivent estre mis l'un après l'autre sans trehoigner[113]
-ne entreveschier[114], ne mettre le derrière devant, sans riens polir
-ne farder, sans lui deffendre et sans autruy accuser. Et doit le
-pécheur dire la condicion du péchié, comment il le pensa, quelle fut la
-cause et le mouvement de son penser, comment depuis il a pourchacié,
-fait, dit, ou fait faire, le temps, le lieu, pourquoy et comment il le
-fist: se le péchié qu'il fist est selon nature ou s'il est fait contre
-nature, s'il le fist sachamment ou ygnorament, et doit icellui pécheur
-dire tout ce qui par icellui, les circonstances et dépendances peut
-grever son âme.
-
-La quinte condicion est que on doit confesser tous ses péchiés à une
-fois, et à un confesseur et non pas à plusieurs confesseurs. L'en ne
-doit pas partir ses péchiés en deux parties pour dire l'une partie à
-un confesseur et l'autre partie à un autre, car la confession ainsi
-malicieusement faite ne seroit pas valable, mais seriez plus grant
-pécheur en tant comme vous mectriez paine de enginier vostre confesseur
-qui représente la personne de Nostre Seigneur Jhesu-Crist.
-
-La sixiesme condicion est que on se doit confesser dévotement, et
-très humblement avoir les yeulx vers la terre en signe de honte et
-de vergongne que l'en a de son péchié, et la pensée et le regart du
-cuer au ciel, car vous devez penser que vous parlez à Dieu et devez
-adrécier vostre cuer et vos parolles à lui, et à lui requérir pardon et
-miséricorde. Car c'est cellui qui voit tout le parfont de la voulenté
-de vostre cuer, ne le prestre n'y a fors que l'oreille.
-
-Or avez-vous oy, chère seur, comment on se doit confesser; mais sachiez
-qu'il y a cinq choses qui empeschent confession; c'est assavoir: honte
-de confesser le péchié, mauvaise paour de faire grant pénitance,
-espérance de longuement vivre, et despérance de ce que l'en a si grant
-plaisir au péchié qu'on ne s'en puet partir ne repentir, et se pense-on
-que pour riens se confesseroit-on pour tantost rencheoir; et de ce
-c'est la mort.
-
-Après la confession vient satisfacion que on doit faire selon
-l'arbitrage et le conseil du sage confesseur, qui se fait en trois
-manières; c'est assavoir en jeûne, en aumosne ou en oroison selon ce
-que vous orrez cy après.
-
-Je avoie ci-devant dit que à vous confesser vous estoient nécessaires
-trois choses: c'est assavoir contriction, confession et satisfaction,
-ores vous ay-je monstré et enseigné de mon povoir qu'est contricion,
-et en après qu'est confession et comment elle se doit faire, et vous
-ay un petit touchié des cinq choses qui l'empeschent moult, auxquelles
-vous aurez regart et en aurez souvenance s'il vous plaist, quant temps
-et lieu sera; et au derrain vous ay monstré qu'est satisfacion. Or
-vous monstreray-je pour prendre vostre advis[115] en quoy vous povez
-avoir péchié; et prendrons premièrement les noms et les condicions
-des sept péchiés mortels qui sont telement mauvais que auques[116]
-tous les péchiés qui sont s'en dépendent, et les appelle-l'en mortels
-pour la mort à quoy l'âme est traicte quant l'ennemi peut le cuer
-embesongnier à l'ouvraige d'iceulx. Et aussi, pour vous d'ores-en-avant
-contregarder d'iceulx péchiés, vous monstreray et enseigneray les noms
-et la puissance des sept vertus qui sont contraires aux sept péchiés
-dessusdis et sont propres médicine et remède contre iceulx péchiés
-quant le péchié est jà advenu, et si contraires à iceulx péchiés que
-tantost que la vertu vient, le péchié s'enfuit du tout.
-
-Et premièrement s'ensuivent les noms des vices desquels vous vous povez
-confesser se vous y avez erré, et les noms des vertus sont après, pour
-icelles vertus continuer par vous d'ores-en-avant:
-
- Orgueil est le péchié, la vertu contraire est Humilité.
- Envie est le péchié, la vertu contraire est Amitié.
- Ire est le péchié, la vertu contraire est Débonnaireté.
- Paresse est le péchié, la vertu contraire est Diligence.
- Avarice est le péchié, la vertu contraire est Largesse.
- Gloutonnie est le péchié, la vertu contraire est Sobriété.
- Luxure est le péchié, la vertu contraire est Chasteté[117].
-
-Or avez-vous oy cydessus les noms des sept péchiés mortels et aussi des
-sept vertus qui donnent remède, or orrez-vous la condicion d'iceulx
-péchiés de l'un après l'autre et premièrement des sept péchiés, et à la
-fin d'iceulx trouverez les vertus qui aux péchiés sont contraires et
-les condicions d'icelles vertus.
-
-Orgueil est la racine et commencement de tous autres péchiés. Le péchié
-d'orgueil a cinq branches. C'est assavoir: inobédience, jactence,
-ypocrisie, discorde et singularité.
-
-Inobédience est la première branche, et par celle la personne pert
-Dieu et laisse ses commandemens et en désobéissant à Dieu elle fait la
-voulenté de la char, et acomplist ce que son cuer désire contre Dieu et
-contre raison; et tout ce vient d'orgueil.
-
-La seconde branche qui vient d'orgueil est jactence; c'est quant la
-personne est haulsée et eslevée par orgueil ou des biens ou des maulx
-qu'elle a fais ou fait ou pourroit faire. Mais bien et mal, ces deux
-choses ne viennent pas de nous. Car le bien que créature fait vient
-de Dieu qui est bon et de sa grâce, et le mal vient de la mauvaise
-condicion de créature et de sa mauvaise nature, pour ce que elle se
-trait à la condicion de l'ennemy qui est mauvais. Et certes quant
-personne fait bien, pour ce qu'il vient de la bonne pourvéance de Dieu
-qui est bon, il en doit avoir l'onneur et la gloire, et la personne
-faisant bien en doit avoir le prouffit; et du mal nous devons haïr
-l'ennemy qui nous attrait et maine à ce par orgueil.
-
-La tierce branche qui vient d'orgueil est ypocrisie; ypocrisie est
-quant la personne fait semblant par dehors qu'elle est pleine de vertus
-par dedens et qu'elle fait et dit plus de biens qu'elle ne fait. Et
-quant elle voit que l'en cuide qu'elle soit bonne, elle y prent grant
-plaisir et vaine gloire. Vaine gloire est le denier au Déable dont il
-achète toutes les belles denrées en la foire de ce monde et les denrées
-sont les biens que Dieu a donné à homme et à femme, c'est assavoir
-les biens de nature, les biens de fortune et les biens de grâce. Les
-biens de nature viennent du corps et sont beauté, bonté, bon langaige,
-bon sens pour entendre, bon engin pour retenir. Les biens de fortune
-sont richesses, haultesses, honneurs et prospérités; et les biens de
-grâce sont vertus et bonnes oeuvres. Tous ces biens vend l'orgueilleux
-au Déable pour le faulx denier de vaine gloire. Tous ces biens abat
-le vent de vaine gloire. Et dois savoir que en ces biens de grâce qui
-sont vertus et bonnes oeuvres, comme dit est, est l'omme ou femme par
-le Déable tempté en trois manières. L'une quant la créature s'esjoïst
-des biens qu'elle fait; l'autre quant la créature aime à estre loée
-de ses oeuvres, et la tierce quant la créature fait les biens en
-intencion d'avoir le los et d'estre tenu pour preudomme. Et teles
-personnes ypocrites ressemblent l'ort fumier lait et puant que l'en
-cuevre de drap d'or et de soie pour ressembler estre plus honnoré et
-mieulx prisié. Ainsi se cuevrent tels ypocrites qui mettent la bonne
-couverture dehors en intencion d'acquérir amis pour avoir plus grant
-bien ou plus grant office qu'ils n'ont et dont ils ne sont dignes, et
-tel bien que autruy posside qui plus en est digne que eulx. Et de ce
-advient souvent qu'ils désirent et pourchassent la mort de cellui qui
-tient l'office à quoy ils béent et ainsi deviennent mauvais murtriers.
-Quant il advient qu'ils vivent longuement en telle espérance et n'en
-pevent venir à chief, ains meurent en celle folle bée[118] où ils
-frisent[119] et ardent tous en tel convoiteux espoir, ils chéent tout
-droit ou font de la paelle[120] ou le Déable fait les fritures d'enfer.
-Ainsi leur bienfait est perdu et ne leur vault pour ce qu'ils le font
-en male intencion. Hélas! faulse monnoie dont vient ceste[121] Et ceste
-troisième branche d'ipocrisie vient d'orgueil.
-
-La quarte branche qui vient d'orgueil si est discorde ou contencion.
-C'est à dire quant une personne ne se veult acorder au fait et au dit
-des autres personnes et si veult que ce qu'il dit ou fait soit tenu
-pour ferme et vray, soit voir[122] ou mensonge, et ce que autre et plus
-sage de luy dira soit de nulle value; et tout ce fait vient d'orgueil.
-
-La quinte branche qui vient d'orgueil si est singularité; c'est à
-dire quant la personne fait ou dit ce que nul autre ne saroit dire
-ou faire et veult surmonter et estre singulier en dis et en fais
-excellentement en tout, dont il se fait haïr et pour ce dit-l'en que
-orgueilleux ne sera jà sans plait[123], et non est-il. Et tout ce vient
-d'orgueil, c'est assavoir inobédience, jactence, ypocrisie, discorde,
-et singularité.
-
-Le pécheur ou pécheresse doit commencer sa confession en ceste manière:
-Sire qui estes vicaire et lieutenant de Dieu, je me confesse à Dieu
-le tout puissant et à la benoite vierge Marie et à tous les Sains de
-paradis, et à vous, chier père, de tous mes péchiés lesquels j'ay fais
-en moult de manières. Premièrement d'orgueil: j'ay esté orgueilleux ou
-orgueilleuse et ay eu vaine gloire de ma beauté, de ma force, de ma
-louenge, de mon excellent aournement, et de l'abilité de mes membres
-et en ay donné matière et exemple de péchier à moult de hommes et de
-femmes qui me regardoient si orgueilleusement et quant je véoie que on
-me regardoit je considéroie la puissance que mes successeurs auroient
-en leur temps, et aussi ma puissance, ma richesse, mon estat, mes amis
-et mon lignaige, et comme il me sembloit que nul ne povoit à moy de
-toutes ces choses que j'ay cy devant dictes[124], et par ce péchié
-d'orgueil je suis cheu ou cheue ès branches[125].
-
-La première branche d'orgueil si est inobédience; car par orgueil
-j'ay désobéy à Dieu et ne luy ay pas porté honneur ne révérence comme
-à mon créateur qui m'a fait ou faicte et ma donné les biens de grâce
-de nature et de fortune dont j'ay méserré[126] et mal usé et les ay
-mis et despendus en mauvais usaiges comme en vanités et honneurs du
-monde, sans lui recongnoistre ou mercier, ne pour luy aux povres riens
-donner, ains les ay eu en desdaing et en despit et pour ce qu'ils me
-sembloient tous deffigurés et tous puans je ne les laissoie aprouchier
-de moy, ains me tournoie de l'autre part, afin que je ne les véisse.
-Je n'ay pas porté honneur ne révérence à mes amis qui sont de mon sang
-et de ma char, espécialment à mes père et mère et les prédécesseurs
-dont je suis venu, à mes frères et seurs naturels, à mon mary et autres
-bienfaicteurs et souverains, ne à mes autres frères et seurs d'Ève
-et d'Adam, car je n'ay nul autre prisié fors moy tant seulement. Et
-quant on m'a voulu monstrer mon bien et corrigier de mon mal quant je
-l'ay eu fait, je ne l'ay voulu souffrir, ains ay eu en indignacion et
-en despit ceulx qui m'ont ce monstré et leur ay esté pire après et
-plus fel que devant, et leur en ay mis sus blasme et vilenie grande en
-derrière d'eulx; j'ay sur eulx parlé vilainement, et tout ce m'est venu
-d'orgueil et de sa branche de inobédience.
-
-Par jactence, qui est la seconde branche d'orgueil, j'ay diligemment
-escouté le maldire d'autruy et si l'ay creu et voulentiers raconté
-ou plus vilain entendement[127]. Et aucune fois, pour vengence ou
-pour mal, ay-je dit sur autruy ce dont je ne sçavoie riens. Je me
-suis eslevé ou eslevée et vanté de mes maulx que j'avoie fais et dis
-et y prenoie grant gloire. Et se on disoit aucune chose de moy qui
-appartenist à sens, à bon los, ou beauté et on le deist en ma présence
-et à mon ouie et que ce ne fust à moy, je ne me excusoie pas, qu'il ne
-feust en moy, ains me taisoie pour moy accorder et m'y délictoie et
-prenoie grant plaisance. Je me suis eslevé ou eslevée et ay eu orgueil
-des grans despens que j'ay aucune fois fais et des grans oultraiges et
-superfluités, comme de viandes grandes et oultrageuses, comme à donner
-grans mengiers et belles chambres, assembler grans compaignies, donner
-joyaulx aux dames et aux seigneurs et à leurs officiers ou ménestriers
-pour estre alosé[128] d'eulx et pour dire de moy que je fusse noble et
-vaillant et large; certes de povres créatures ne me chaloit-il[129]
-rien. Certes, Sire, j'ay affermé aucunes choses estre vrayes de quoy je
-n'estoie mie certain et ce faisoie-je pour plaire aux gens présens qui
-devant moy estoient et en parloient et tout ce ay-je fait par jactence.
-
-Par ypocrisie, je me suis faint le saint home ou sainte femme et
-monstré grant semblant de l'estre et mis grant peine de en acquérir le
-nom devant les gens, et toutesvoies ne me suis-je point tenu de péchier
-et d'en faire assez quant j'ay veu que je l'ay peu faire couvertement
-et en repostaille[130], et certes aussy ay-je fait du bien aux povres
-et des pénitences devant les gens plus pour en avoir leur nom[131] et
-leur louenge que pour la grâce de Dieu. Et aussi par plusieurs fois
-monstroie-je par dehors d'estre en voulenté de tel bien faire dont mon
-cuer n'avoit voulenté, et ce faisoie-je pour avoir le nom du peuple,
-jasoit-ce que je sceusse bien que c'estoit fait au desplaisir de mon
-créateur. Et aussi me suis-je offert à moult de gens de faire telle
-chose pour eulx dont je n'avoie nul talent ne nul corage, et oultre je
-tenoie[132] de moy mesmes moult de biens qui n'y estoient mie, et se
-aucun peu en y avoit, il ne me souvenoit ne me vouloit souvenir qu'il
-venist de Dieu, si comme j'ay dit devant, ne à Dieu n'en savoie-je nul
-gré; et tout ce faisoie-je par ypocrisie avec grant orgueil.
-
-J'ay esté ferme en discorde et en contencion, qui est la quarte branche
-d'orgueil. Car se je commençasse à soustenir aucune chose ou le fait
-d'aucune personne, pour soustenir son bien ou pour destruire un autre,
-où je me mectoie en grant peine de la défendre ou confondre, feust
-droit ou tort, j'ay en injuriant autruy raconté aucune fois aucunes
-choses mensongières et les ay affermées estre vraies pour faire à
-aucunes gens leur gré et leur faire plaisir; j'ay par despit esmeu
-aucunes fois aucunes personnes à ire, à courroux et à discorde dont
-moult de maulx venoient aucunes fois depuis; et d'autres ay-je fait
-jurer, parjurer et fait mentir, et par les discordes que j'ay mues et
-les mensongières paroles que j'ay dictes estre vraies et affermées et
-fait jurer et affermer, j'en ay plusieurs personnes moult scandalisées
-et courroucées par ma désordonnance. Quant je me suis aucune fois
-confessé, en ma confession je me suis excusé et mectoie mon excusation
-premièrement, et après coulouroie en ma faveur la cause de mon péchié,
-ou je mectoie ma deffaulte sur une autre personne et disoie qu'elle
-avoit fait la faulte de laquelle j'estoie le plus coulpable, ne je
-ne m'encusoie pas, ains disoie: _tel me le fist faire et je ne m'en
-donnoie garde_, et en celle manière disoie-je pour moy excuser de mes
-péchiés lesquels me sembloient trop griefs, et oultre je laissoie
-et taisoie les grans et orribles péchiés, et encores des petis et
-des légiers que je disoie ne disoie-je mie les circonstances qui
-estoient appartenans à iceulx péchiés, si comme les personnes, le
-temps et le lieu, etc. J'ay longuement demouré en mon péchié et par
-longue demeure je suis cheue ès autres mortels péchiés. A l'un de mes
-confesseurs[133], et à l'autre qui par aventure me plaisoit mieulx, je
-disoie les autres plus grans péchiés en intencion d'estre de luy moins
-corrigié et avoir maindre pénitence pour la familiarité que j'avoie
-avec luy ou qu'il povoit avoir en moy. J'ay désiré vaine gloire en
-quérant les honneurs et estre pareil aux plus grans ès vestemens, ès
-autres choses aussi, et ay eu gloire d'estre des haultes personnes
-honnoré, d'avoir leur grâce, estre haultement saluée et que honneur et
-grant révérence me fust portée pour ma beauté, pour ma richesse, pour
-ma noblesse, pour mon lignaige, pour estre joliement acesmée[134], pour
-moult bien chanter, dancer et doulcement rire, jouer et parler. J'ay
-voulu et souffert estre la plus honnorée partout: j'ai esté preste
-à oïr divers instrumens et mélodies, enchantemens, as parties[135]
-et autres plusieurs jeux qui sont gouliardois[136], désordonnés et
-lesquels n'estoient pas de Dieu ne de raison, car je rioie et me tenoie
-moult orgueilleusement et en grant esbatement. J'ay voulu avoir et
-user de vengence et avoir punicion de ceulx que j'ay seulement pensé
-qu'ils m'avoient voulu mal ou mal fait et en ay voulu avoir haultement
-et estroitement mon désir acompli, feust tort ou droit, sans les
-espargner, ne avoir d'eulx aucune mercy, et ce, chier père, ay-je fait
-par mon orgueil et m'en repens; si vous en requier pardon et pénitence.
-
-Après s'ensuit le péchié d'envie, lequel descent d'orgueil. En envie
-a cinq branches. C'est assavoir: haine, machinacion, murmuracion,
-détraction et estre lié[137] du mal d'autruy et courroucié du bien
-d'autruy. Envie est née du péchié d'orgueil, car quant une personne
-est orgueilleuse elle ne veult avoir nul pareil semblable à lui, ains
-a envie se aucun autre est le plus hault ou aussi hault que lui en
-aucune chose, ou en aucuns biens, ou grâces, ou en sciences, ou qu'elle
-vaille mieulx que lui, et pour ce elle l'a en grant haine et la het et
-s'efforce tousjours de impétrer[138] la louenge et le bien d'autruy
-par sa parole et par son blasme: et c'est la première branche d'envie.
-
-La seconde branche d'envie si est machinacion: c'est à dire quant une
-personne porte mauvaises paroles d'aucunes personnes par envie et
-recorde mal de l'une personne à l'autre par mauvaises acoustumances en
-apetissant le bien d'autruy et en accroissant le mal.
-
-La tierce branche est murmuracion: c'est à dire que le cuer murmure de
-ce que plus grant maistre de lui lui commande, ou que on ne lui dit ou
-de ce que on ne lui fait pas ainsi comme aux autres, ou elle n'en ose
-parler.
-
-La quarte branche d'envie si est détraction: c'est à dire quant une
-personne dit mal et parle en derrière et dit ce qu'il scet de lui et ce
-qu'il ne scet pas, et qu'il contreuve et pense comment il pourra dire
-chose par quoy il pourra nuire et grever celluy de qui il parle, et
-quant il oit mal dire de cellui, il aide à son povoir de le accroistre
-et exaulcer, et de ce parle moult griefment quant il voit son point,
-pour ce qu'il scet qu'il ne le peut en nulle manière plus dommagier et
-scet qu'il ne lui peut restituer sa bonne renommée qu'il luy oste, et
-ainsi lui mesmes se met à mort.
-
-La quinte branche si est d'avoir joie du mal d'autruy ou de son
-empeschement et destruire à son povoir le bien quand il scet qu'il doit
-venir à autruy, et de ce bien il est triste et dolent. Et de toutes
-ces choses tu dois dire en ta confession: Sire, en toutes ces choses
-que j'ay cy devant nommées j'ay moult grandement péchié; car, de mon
-cuer je l'ay pensé, et de mon mauvais couraige je l'ay fait, et de ma
-faulse bouche je l'ay dit et semé partout où j'ai peu, et se je ay bien
-dit de lui ou d'un autre, je l'ay dit faintement et par faintise, et
-toutesvoies m'en suis-je mocqué; voire et de ceulx de qui je deusse le
-bien et l'onneur garder et le peusse bien avoir fait se je voulsisse,
-je l'ay trestourné et converti à mal; et, quant je véoie qui mal en
-disoit je me mectoie et aloie avec, et me consentoie au mal dire et
-affermer à mon povoir du cuer, de la bouche et du corps. Et tout, chier
-père, ay-je fait par mon envie et m'en repens, si vous en requier
-pardon.
-
-Après envie vient le péchié d'ire qui descent d'envie. Ou péchié d'ire
-a cinq branches, c'est assavoir: haine, contencion, présumpcion,
-indignacion et juracion. Haine est quant aucune personne ne puet mectre
-autruy en sa subjection ou qu'elle ne puet commander et suppéditer
-cellui qu'elle vouldroit bien comme plus grant de lui et en vouldroit
-avoir la seignourie et la subjection, elle en est dolente et courroucée
-et en a le cuer enflé. C'est la première branche d'ire. La seconde
-branche d'ire si est quant en parlant la personne a le cuer enflé à
-mal faire et dire et quant elle parle laidement et désordonnéement
-par ire contre aucun autre. La tierce branche de ire si est quant
-par parler meslées et batailles viennent et dissencions, et lors
-la personne doit penser se aucuns de son costé ou d'autre ont esté
-grevés de chevance ou de corps par ses paroles; car en ce cas seroit
-la personne cause de tout le mal qui seroit advenu. La quarte branche
-de ire si est quant par ton ire tu as esmeu Dieu par jurer. La quinte
-branche de ire si est quant par ton ire tu as esmeu et fait esmouvoir
-les autres à courroux, et de ce tu te dois confesser ainsi: Sire, j'ay
-le nom de Dieu parjuré par mon ire, et de Dieu mauvaisement parlé et
-de la benoite vierge Marie sa doulce mère et de tous les Sains de
-paradis; j'ay eu indignacion contre autres personnes, et par mon ire
-leur ay véé[139] ma parole; monseigneur mon père et madame ma mère ay
-par mon ire courrouciés et despiteusement à eulx parlé et par ire les
-ay mal regardés et désiré la fin de leurs jours; aux povres ay moult
-despiteusement parlé et par mon ire les ay appellé truans. Sire, j'ay
-par mon ire esmeu plusieurs à jurer moult vilainement et de moult
-vilains sermens; mes serviteurs et moult d'autres ay-je fait esmouvoir
-à courroux et les ay esmeus à mal faire. Et ay moult de fois pensé à
-moy vengier de ceulx que je hayoie et voulentiers les meisse à mal
-quant je les avoie à contrecuer se je peusse. Grant pièce et long temps
-ay-je esté en haine, dont je me repens, et pour ce, chier père, je vous
-en requier pardon et pénitence.
-
-Après si est le péchié de paresse qui est le quart péchié mortel duquel
-si naist et descent oysiveté qui est lait blasme et laide tache en
-personne qui vueille estre bonne. Car il est dit en l'Euvangille que au
-jour du jugement toute personne oyseuse aura à rendre compte du temps
-qu'elle aura perdu par son oysiveté. Or est grant merveille quelle
-défense les oyseux auront, quant devant Dieu ils seront accusés. En un
-autre lieu en L'Euvangille il est dit que la vie du corps oyseux est
-ennemi mortel à l'âme et monseigneur saint Jérosme dit ceste auctorité:
-fay toujours aucune chose afin que l'ennemy ne te treuve oyseux; car il
-est coustumier de ceulx qui sont oyseux mectre en ses euvres et en ses
-besongnes. Et monseigneur saint Augustin dit ou livre de l'Euvre des
-moines que nulle personne puissant de labourer ne doit estre oyseux.
-Ce seroit trop longue chose de réciter les dis de tous les saiges
-hommes qui blasment oysiveté et paresse.
-
-Le péchié de paresse a six branches. La première branche si est
-négligence, la seconde rancune, la tierce charnalité, la quarte vanité
-en cuer, la quinte branche désespéracion, la sixiesme est présumpcion.
-
-Négligence c'est quand l'en aime et craint si peu Dieu et en souvient
-si peu que parce que on n'en tient ainsi comme nul compte, l'en ne fait
-nul bien pour lui ne pour son amour, et de ce faire est-l'en paresseux
-et négligent et l'en n'est mie paresseux de quérir son plaisir et ses
-aises. Certes c'est grant péchié que d'estre paresseux de bien faire.
-Car il est trouvé en l'Escripture que se une personne n'avoit onques
-péchié, ne jamais ne péchast, et elle ne feist aucun bien mais laissast
-ainsi passer le temps, elle pourroit aller en enfer; et ceste première
-branche de négligence naist de paresse.
-
-La seconde branche si est quant une personne a rancune en son cuer
-contre un autre, et pour la mauvaise voulenté qu'elle a à luy,
-s'applique à vengence et en ce s'endort et crout[140], et en délaisse à
-faire ses pénitences, ses aumosnes et autres biens. Car tousjours ceste
-personne rancuneuse pense à grever celluy qu'elle het, et de jour et
-de nuit y met toute sa pensée; ainsi délaisse à faire le bien qu'elle
-doit, et c'est la seconde branche qui est en paresse.
-
-La tierce branche de paresse si est charnalité. Charnalité si est quant
-l'en quiert le désir de la char, comme dormir en bons lits, reposer
-longuement, gésir grandes matinées, et au matin quant l'en est bien
-aise en son lit et l'en oit sonner la messe, l'en n'en tient compte et
-se tourne-l'en de l'autre costé pour rendormir, et telles gens lâches
-et vaines ont plus chier perdre quatre messes que une sueur ou un
-somme; et c'est la tierce branche de paresse.
-
-La quarte branche de paresse si est vanité: c'est à dire quant une
-personne scet bien qu'elle est en péchié et elle est de si vain cuer
-qu'elle ne se peut ou ne vuelt ou ne daigne retourner à Dieu par
-confession et par dévocion, ains pense et promet tousjours à lui-mesme
-de amender sa vie de jour en autre, et si ne se corrige point, ains est
-paresseux et négligent de soi retourner et ainsi ne lui chault de faire
-aucun bien et les commandemens de Dieu, si comme bonne personne le doit
-faire et garder; et c'est la quarte branche de paresse.
-
-La quinte branche si est désespéracion; c'est une manière de péchié que
-Dieu het moult et quiconques est pris en ce péchié il est dampné si
-comme Judas qui en désespérance se pendit, car il cuidoit tant avoir
-fourfait envers Dieu que jamais ne peust impétrer de lui miséricorde,
-et quiconques meurt en ce péchié et n'a point d'espérance de la
-miséricorde de Dieu il pèche contre le Saint Esperit et contre la bonté
-de Dieu; et pour ce en nulle manière on ne doit cheoir en ce péchié
-de désespérance ne y demourer. Car se tu chiez et fais un très grand
-péchié comme d'ardre maisons et ardre les biens de saincte église par
-force qui est sacrilége, tu fais pis que tous les sept péchiés mortels,
-mais encores dis-je que la miséricorde de Dieu est plus grande à
-pardonner. Toutesvoies, se tu te veulx confesser et faire pénitence et
-à Dieu retourner, voire se tu avoies fait plus de maulx que langue ne
-pourroit dire, ne cuidier, ne cuer penser, si trouveroies-tu en lui
-miséricorde; et c'est la quinte branche de paresse.
-
-La sixiesme branche si est présumpcion: c'est quant une personne est
-si oultrecuidiée et si orgueilleuse qu'elle croit que pour péchié
-qu'elle eust fait, ne pourroit faire, elle ne pourroit estre dampnée;
-et telles gens sont d'opinion telle qu'ils dient que Dieu ne les a
-pas fais pour estre dampnés. Et ils doivent savoir que Dieu ne seroit
-pas juste s'il donnoit paradis aussi bien à ceulx qui ne l'aroient
-point desservi que à ceulx qui l'aroient desservi. Ce ne seroit pas
-justement jugié que autant en emportast l'un que l'autre, car s'il
-estoit ainsi, l'en ne feroit jamais bien, puisque autel guerdon auroit
-cellui qui ne serviroit point Nostre Seigneur, comme cellui qui le
-serviroit. Certes ceulx qui ainsi le croient pechent contre la bonne
-justice de Dieu, contre sa bénignité et sa doulceur. Car combien qu'il
-soit plain de miséricorde, si comme j'ay dit devant, si est-il juste
-justicier, et chacun si est fait pour servir icelluy créateur et pour
-faire sa voulenté, et ainsi peut-l'en avoir et desservir le royaume de
-paradis et autrement non, car qui de son service faire est négligent et
-paresseux, il peche. Et pour ce, tu qui es paresseux te dois confesser
-des branches de paresse et dire ainsi. Sire, j'ay aussi erré en toutes
-les branches de paresse; par ma négligence ou service de Dieu ay esté
-lent, paresseux et négligent en la foy et curieusement pensé de l'aise
-de ma charongne, et ce que j'ay ouy de l'Escripture je ne l'ay pas
-retenu ne mis à oeuvre par ma paresse. Après, je n'ay pas rendu grâce
-à Dieu, si comme je deusse, des biens espirituels et temporels qu'il
-ma donnés et envoiés, et oultre je n'ay pas servi Dieu si comme je
-deusse, selon les grâces et les vertus qu'il m'a données. Je n'ay pas
-dit ne fait les biens que je peusse avoir dit ou fait et ay esté lent
-et paresseux ou service de Nostre Seigneur et ay servi et ay esté
-curieux ou service mondain, et aussi j'ay plus servi à moi et à ma char
-et y ay mis plus grant entente que ou service de mon doulx créateur.
-J'ay esté moult oyseux longuement, dont moult de maulx et mauvaises
-pensées et cogitacions me sont venues.
-
-Après tu dois dire en toi confessant que quant on chantoit la messe,
-ou aucune heure, ou quant tu estoies en dévocion, ou en disant tes
-heures, tu estoies en vaine cogitacion et mauvaises pensées lesquelles
-ne te povoient proufiter, ains te nuisoient à ton sauvement. Et pour
-ce tu dois dire ainsi: Sire, et quand je apercevoie ces choses, je
-ne retournoie pas à Dieu ne me rapaisoie à lui si comme je deusse.
-Et oultre, Sire, quant l'en disoit et faisoit le service de Dieu je
-jengloie et disoie paroles oyseuses et de telles qui n'appartenoient
-pas de parler à l'église. Sire, j'ay dormi en l'église quant les autres
-prioient Dieu. Sire, aucune fois je ne me suis pas confessé quant ma
-conscience me remordoit et ramentevoit mon mal, et mesmement quant
-j'avois lieu et espace et temps convenable je ne me disposoie pas à
-ce, ains disoie en mon couraige, par ma paresse, tu le feras bien
-une autre fois ou une autre sepmaine, ou une autre journée, et par
-telles attentes et négligences je oublioie moult de péchiés; après
-par négligence et par paresse ay-je oublié à faire mes pénitences
-enjointes. Je n'ay pas monstré bon exemple à mes gens. Car par ma
-très déshonneste conversacion à qui ils prenoient garde pour ce que
-j'estoie leur souverain, je les mectoie en cause de péchier. Sire, et
-quand j'ay ouy mes gens jurer vilainement, je ne les ay pas reprins ne
-corrigiés, ains les ay escoutés et l'ay laissié passer par ma paresse.
-Après, Sire, quant je venoie à confesse je ne m'estoie point par avant
-advisée de mes péchiés que je devoie dire, ne n'y avoie point pensé;
-ains quant je me départoie de ma confession je me trouvoie plus plaine
-de péchiés que devant et de plus grans, et n'avoie point de diligence
-de retourner à mon confesseur, ains passoie ainsi le temps; et tout ce
-me faisoit paresse en quoy j'ay demouré et m'y suis tenu dont je me
-repens; et pour ce, chier père, je vous en requier pardon et pénitence.
-
-Après le péchié de paresse est avarice. Avarice est soi estroitement
-tenir, escharcement despendre, avec volenté désordonnée et ardeur de
-acquérir les biens de ce monde à tort ou à droit, ne peut chaloir
-comment, et toutesvoies la raison de la personne scet bien se l'en fait
-ou bien ou mal. Certes avarice a moult d'escoliers, comme exécuteurs de
-testamens qui enrichissent et retiennent les biens des mors qui telle
-amour leur monstrèrent à leur fin qu'ils les esleurent comme les plus
-espéciaulx pour avoir la cure du remède de leur salut, et après leur
-mort ils mordent en leur char comme tirans et s'engraissent de leur
-sang et de leur substance: tels gens sont escoliers d'avarice. Aussi
-en sont mauvais seigneurs qui par grosses amendes tolent la substance
-de leurs povres subjets; hosteliers et marchans qui vendent leurs
-choses oultre le juste pris et ont faulx pois et faulses mesures; faulx
-plaideurs qui par plait et par barat font dégaster aux gens simples le
-leur et les tourmentent ès cours des grans seigneurs tellement et si
-longuement qu'ils ont d'eulx leur désir comment qu'il soit. Avarice,
-comme dit est, est née de paresse; quant une personne est paresseuse et
-négligente de faire ou ouvrer ce qui est de nécessité pour son corps
-soustenir et ce qui lui est proufitable et par icelle paresse il laisse
-et pert à acquérir sa substance, pour refournir sa faculté[141] lui
-vient convoitise de rapine et voulenté de retenir l'autruy injustement
-et sans raison. Se tu es riche et puissant et tu as assez et largement
-et te doubtes que ton avoir ne te doie faillir et pour ce tu ne donnes
-quant il est temps et nécessité aux povres, ou quant tu ne rens ce que
-tu as de l'autruy, soit par emprunt ou autrement, mauvaisement acquis,
-tu peches en avarice.
-
-Avarice a sept branches: la première si est larrecin, la seconde
-rapine, la tierce fraude, la quarte décepcion, la quinte usure, la
-sixiesme hazart et la septiesme simonie.
-
-Larrecin est quant une personne injustement et de nuit prent aucune
-chose sans le sceu et contre la voulenté de cellui à qui la chose est;
-et c'est la première branche d'avarice.
-
-La seconde branche d'avarice si est rapine; c'est quant une personne
-ravit aucune chose de l'autruy, et quant il l'a, il ne la veult rendre
-ou envoier à cellui à qui elle doit estre, ains par avarice le retient
-et recelle pour ce qu'elle lui plaist, et s'il l'oït demander par
-aventure, si ne la veult-il enseignier, ains la recelle et la muce que
-nul ne la puisse trouver.
-
-La tierce branche d'avarice si est fraude: c'est quant une personne,
-par décepcion, par barat ou frauduleusement en l'achat ou vente d'une
-chose dit mensonges à la personne de qui elle veult acheter ou vendre,
-en lui faisant faulx entendre et que la chose vaille mieulx ou plus
-qu'elle ne fait.
-
-La quarte branche d'avarice si est décepcion: c'est à dire quant une
-personne monstre par dehors à aucun chose de belle apparence et le mal
-n'appert mie et il le laisse et ne le dit mie et dit et afferme et jure
-que la chose est bonne et vraie, et il scet bien qu'il n'est pas ainsi.
-Et ainsi font faulx marchans qui mectent le plus bel et le meilleur
-dessus et le pire dessoubs et jurent que tout est bon et loyal, et
-ainsi est décepcion, car ils déçoivent les gens et font faulx seremens.
-
-La quinte branche d'avarice si est usure: c'est à dire quant une
-personne preste son argent pour en avoir plus grant somme pour la
-longue tenue, ou vent son blé ou son vin plus chier par ce qu'il donne
-long terme, et ainsi de toutes autres marchandises desquelles je me
-passe quant à présent, car c'est moult longue chose que de usure et
-moult mauvaise.
-
-La sixiesme branche d'avarice si est le hazart: si est quant on joue
-aux dés pour gaigner l'argent d'autruy et y a moult de barat, de
-convoitise, d'avarice et de décepcion, si comme faulsement compter et
-d'argent prester pour gaigner, comme prester douze deniers pour treize;
-et en tels jeux sont fais moult de seremens et de mauvais comme de
-jurer Dieu et Nostre Dame et tous les Sains de paradis, et sont fais et
-dis moult de maulx: pour ce s'en doit-l'en garder.
-
-La septiesme branche d'avarice si est simonie: c'est à dire quant les
-sacremens de sainte église sont vendus ou achetés ou les prébendes
-des églises, et tels péchiés viennent de clercs et de religieux et
-viennent aussi de mal païer les dismes et de pénitences mal faictes et
-mal garder les commandemens de sainte église et de mal distribuer ce
-qui doit estre donné pour Dieu.
-
-Le Déable fait six commandemens à l'avaricieux: le premier, que il
-garde très bien le sien; le second, qu'il ne le preste sans acquest,
-ne n'en face bien devant sa mort; le tiers, qu'il mengeusse tout seul,
-ne ne face courtoisie ne aumosne; le quart, qu'il restraigne sa mesnie
-de boire et de mengier; le quint, qu'il ne face miectes ne relief; le
-sixiesme, qu'il entende diligemment à acquérir pour ses hoirs.
-
-De toutes ces choses de quoi ta conscience te juge tu t'en dois
-confesser, et de tout ce dont tu te sens coulpable et qui regarde le
-péchié d'avarice, et dire l'un après l'autre par l'ordonnance que
-dessus, et à la fin, dois dire: Sire, chier père, de tout ce que je
-vous ay dit que j'ay péchié ou péchié d'avarice, je m'en repens très
-grandement et vous en requier pardon et pénitence.
-
-Après le péchié d'avarice vient le péchié de gloutonnie qui est
-parti en deux manières: l'une est quant l'en prent des viandes trop
-habondamment, et l'autre de parler gouliardeusement et oultrageusement.
-Le péchié de trop boire et de trop mengier est le plaisir au Déable.
-On treuve en l'Euvangille que Dieu donna povoir au Déable d'entrer ou
-ventre des pourceaulx pour leur gloutonnie et le Déable y entra et les
-mena en la mer et les fist noïer; ainsi entre-il ou corps des gloutons
-qui mainent vie déshonneste, et les boute en la mer d'enfer. Dieu
-commande à jeuner, et la gloute dit: _Je mengeray_. Dieu commande à
-aler au moustier et matin lever, et la gloute dit: _Il me fault dormir;
-je fus hier yvre. Le moustier n'est pas lièvre, il me attendra bien._
-Quant elle est à quelque peine levée, savez-vous quelles sont ses
-heures? Ses matines sont: _Ha! de quoi burons-nous? Y a-il rien d'hier
-soir?_ Après dit ses laudes ainsi: _Ha! nous beumes hier bon vin!_
-Après dit ses oroisons ainsi: _La teste me deult; je ne seray mais
-aise jusques j'aye beu_. Certes telle gloutonnie met femme à honte,
-car elle en devient ribaude, gouliarde et larronnesse. La taverne si
-est le moustier au Déable où ses disciples vont pour le servir et où
-il fait ses miracles[142]; car quant les personnes y vont, ils vont
-drois et bien parlans, saiges et bien atrempés et advisés, et quant ils
-reviennent ils ne se pevent soustenir et ne pevent parler: ils sont
-tous fols et tous enragiés et reviennent jurant, battant et desmentant
-l'un l'autre.
-
-L'autre partie du péchié de la bouche est folement parler en moult
-de manières, dire paroles oyseuses, vantance, louenge, parjuremens,
-contens, murmuracion, rébellion, blasmes. Tu ne auras jà dicte si
-petite parole dont il ne te conviengne rendre compte devant Dieu.
-Hélas! que tu en dis à prime[143] dont il ne te souvient à tierce.
-Parlers oyseux sont comme les bates du molin qui ne se pevent taire;
-les venteres et les pestrins ne parlent que de soy.
-
-Ce péchié de gloutonnie qui, comme dit est, est parti en deux parties,
-a cinq branches. La première branche si est quant une personne mengue
-avant qu'elle ne doit, c'est à dire trop matin, ou avant qu'elle ait
-dit ses heures, ou avant qu'elle ait esté au moustier et qu'elle ait oy
-la parole de Dieu et ses commandemens; car créature doit avoir sens et
-discrécion qu'elle ne doit pas mengier avant l'eure de tierce, se ce
-n'est pour cause de maladie ou de foiblesse ou pour aucune nécessité
-qui à ce le contraigne.
-
-La seconde branche de gloutonnie si est quant une personne mengue plus
-souvent qu'elle ne doit et sans nécessité. Car, si comme l'Escripture
-dit: Mengier une fois le jour est vie d'ange, et mengier deux fois le
-jour est vie humaine, et trois fois ou quatre ou plusieurs est vie de
-beste et non pas de créature humaine.
-
-La tierce branche de gloutonnie si est quant une personne boit et
-mengue tant le jour qu'il luy en est de pis, par quoy elle est yvre et
-prent une maladie dont il lui convient aler couchier au lit et est très
-griefve.
-
-La quarte branche de gloutonnie si est quant une personne mengue si
-gloutement d'une viande qu'elle ne la mache point, ains l'engloutit
-ainsi comme toute entière et plus tost qu'elle ne doit, si comme dit
-l'Escripture de Esaü qui fut le premier né de tous ses frères qui se
-hasta si de mengier que peu s'en failli qu'il ne se estrangla.
-
-La quinte branche de gloutonnie si est quant une personne quiert viande
-délicieuse tant soit chière[144], et se peut bien faire à moins et
-soy restraindre pour plus aidier à un povre ou à deux ou à plusieurs.
-Et c'est un péchié de quoy nous trouvons en l'Euvangille du mauvais
-riche qui estoit vestu de pourpre, lequel riche mengeoit chascun jour
-si largement des viandes et nul bien n'en vouloit faire au povre
-ladre, et de luy trouvons qu'il fut dampné pour ce qu'il vesquit trop
-délicieusement et n'en donna point pour Dieu si comme il devoit. Et
-de ces choses cy devant dictes tu te dois ainsi confesser: Sire, de
-toutes ces choses et de moult d'autres manifestement et souventes fois
-j'ay péchié et fait moult d'autres péchier et fait par ma cause faire à
-autres. J'ay maintes fois beu sans soif, par quoy mon corps en estoit
-péris et pis ordonné et mal disposé, et par ce j'estoie abandonnée à
-parler plus largement et plus désordonnéement et faisoie les autres
-péchier qui prenoient par moy et avec moy plus largement des biens
-qu'ils ne faisoient se je ne feusse; de viandes aussy ay-je mengié
-sans faim et sans nécessité et maintes fois que je m'en peusse bien
-passer à moins, et tant en prenoie que mon corps en estoit aucunes fois
-grevé et nature en estoit en moy plus endormie, plus foible et plus
-lasche à bien faire et à bien ouir, et tout ce venoit par le péchié de
-gloutonnie ou quel j'ay péchié comme j'ay dit, et pour ce, chier père,
-je m'en repens et vous en demande pardon et pénitence.
-
-Après est le péchié de luxure qui est né de gloutonnie, car quant la
-meschant personne a bien beu et mengié et plus qu'elle ne doit, les
-membres qui sont voisins et près du ventre sont esmeus à ce péchié
-et eschauffés, et puis viennent désordonnées pensées et cogitacions
-mauvaises, et puis du penser vient-on au fait. Et ce péchié de luxure
-si a six branches.
-
-La première si est quant un homme pense à une femme ou la femme à
-l'homme, et la personne a en celle pensée grant plaisance et s'y
-délicte grandement et y demeure longuement, et par longue demeure la
-char s'esmeut à délectation; non pourtant elle ne pécheroit point
-pour le premier esmouvement qui vient soudainement, se la personne
-contraignoit son couraige à y obvier et remédier, mais quant la
-personne n'y résiste ne contrarie si tost qu'elle devroit ou pouroit,
-ne elle n'a pas en voulenté ne en pensée de tourner son couraige
-autre part, ne de y résister, ains s'y délicte et demeure, elle peche
-mortelment.
-
-La seconde branche de luxure si est quant la personne se consent à
-faire le péchié, et si ne demeure pas en lui, et fait tout son povoir
-et quiert le temps et heure et le lieu où elle le pourra faire, et lors
-elle ne le puet faire ne accomplir, et non pourquant[145] il lui plaist
-moult en son cuer. Combien que charnellement elle ne fait pas le fait,
-Dieu dit, et l'Escripture: Ce que tu veulx faire et tu ne peus est
-réputé pour fait. Et en autre lieu dit l'Escripture: La voulenté sera
-réputée pour fait advenu, soit bien ou mal. Et ceste seconde branche
-et aussi la première sont appellées _luxure de cuer_. Car il est deux
-espèces de luxure: c'est assavoir, luxure de fait et luxure de cuer. Et
-sont les devant dictes; et luxure de corps est quant le fait y est.
-
-La tierce branche de luxure si est quant une personne n'a point de
-femme espousée ou femme n'a point espousé d'homme et l'un peche avec
-l'autre, comme d'avoir à faire à femme qui n'est en rien liée, ne à
-homme qui n'est point lié; lors est le péchié appellé fornication.
-
-La quarte branche de luxure si est quant une personne a femme espousée,
-ou femme a homme espousé, et ils brisent leurs fois que ils doivent et
-ont promis à garder l'un à l'autre et l'un et l'autre pechent, et qui
-pis est, pevent faire faulx héritiers qui succéderoient; et tel péchié
-est appellé avoultire.
-
-La quinte branche de luxure si est quant homme ou femme a affaire
-charnelment à sa cousine ou qu'elle soit de son lignaige, soit loing
-ou près, ou à sa mère, ou à celle qui est du lignaige de sa femme, ou
-la femme a affaire à celluy du lignaige de son mary; et à femme de
-religion benoite ou non, ou en vigille de festes, en temps de jeûnes
-ou de festes, ou le jour que on doit garder, que homme marié ne doit
-pas aler à sa propre femme ne à autre, car ce seroit moult grief péchié
-lequel Dieu deffent en la loy; ou quant un homme est avec sa femme ou
-avec autres contre droit et autrement que honnestement, et ainsi comme
-raison l'enseigne en mariaige. Car tout homme peut moult grandement et
-en moult de manières péchier avec sa femme espousée. Et, pour ce, dit
-Ysaac en l'Escripture que qui est désordonnéement avec sa femme, c'est
-à dire pour la convoitise de la char, ou pour son seul délit, sans
-espérance de engendrer lignée, ou en lieu saint, que c'est péchié de
-fornication, et pour ce estrangla le Déable les sept maris de Sarra.
-
-La sixiesme branche de luxure si est un péchié qui est contre
-nature, comme soy corrumpre par sodomie, duquel péchié nous lisons
-en l'Escripture que pour cellui péchié Dieu en print telle vengence
-que cinq citez en Sodome et en Gomorre furent destruites et arses par
-pluie de feu et de souffre puant, duquel péchié il n'est pas bon
-tenir longues parolles pour l'orreur d'icellui péchié, car le Déable
-mesmes qui pourchasse icellui péchié en a honte quant on l'a fait. Et
-aussi quant une personne se corrompt par lui tout seul en veillant,
-et scet bien que c'est contre nature, ou déshonnestement en faisant
-atouchemens mauvais par quoy personne soit esmeue et en aucunes autres
-manières qui ne sont honnestes à dire, fors en confession. Car chascun
-scet bonnement et doit savoir que quant ils font tels péchiés, leurs
-cuers et leurs pensées leur dient bien que c'est contre Dieu et contre
-nature. Et pour ce, de toutes ces choses la créature pécheresse doit
-ses péchiés humblement dire à son confesseur et demander pardon et
-dire: J'ay péchié en ces péchiés et en grant jour de festes et en
-vigilles et peut-estre ès vigilles de Nostre Dame, ès festes, ou en
-karesme, ou en lieu saint comme au moustier, et doit dire une fois ou
-deux ou plusieurs et ès quels il peche plus que ès autres. Et à la fin,
-doit dire: Chier père, j'ay mespris et péchié comme j'ay dit ou péchié
-de luxure, et vraiement je m'en repens: si vous en requier pardon et
-pénitence.
-
- * * * * *
-
-Cy après s'ensuivent les noms et les condicions des sept vertus par
-lesquelles vertus l'en se puet garder de mortelment péchier, et
-premièrement:
-
-Humilité est contre orgueil; car ainsi comme orgueil naist de mauvais
-cuer orgueilleux et despit, et fait despire, perdre et mectre à mort
-le corps et l'âme, aussi humilité naist de cuer piteux et fait en ce
-siècle honnourer le corps, et l'âme mectre en joie pardurable, et pour
-ce est humilité comparée à la vierge Marie. Ainsi comme orgueil est
-comparé à folie, en mal respondre, en forcenerie, en peu souffrir,
-desloyaulté ou foiblesse de bien faire, voulenté ou pensée de mal
-jugier par arrogance contre autruy et plusieurs autres mauvaises
-branches que tu peus avoir oy cy dessus sur le péchié d'orgueil, ainsi
-attrempance pour tout bien escouter, force de cuer de tout doulcement
-souffrir, justice pour tout le plaisir de Dieu acomplir sans mal faire
-à autruy, ne à ses fais, véés cy quatre pensées par quoy humilité
-entre et demeure au corps d'omme et deffent que orgueil ne s'y mecte.
-Premièrement, tu dois penser la vilité et l'ordure dont tu es engendré
-en péchié. Secondement, comment tu fus en si grant povreté sans âme
-jusques à tant que Dieu par sa grâce te resveilla. Tiercement, comment
-tu fus en si grant peine nourris et comment tu mourras, ne scez
-l'heure. Quartement, pense souvent quelle joye et quel bien tu auras de
-bien faire et quelle peine et quel dommaige tu auras de mal faire. Car
-de bien faire tu aras en ce siècle louenge et honneur, et après la mort
-joie perpétuelle sans tristesse, richesse sans povreté et santé sans
-langueur; pour mal faire à quoy tu mes grant peine et te couste moult à
-faire, tu seras en ce siècle mesprisié, en l'autre auras tristesse et
-peine périlleuse sans joie, povreté sans confort, maladie sans garison.
-Pense comment tu dois d'ores à jà[146] morir, ne scez quant, ne où
-l'âme ira: voy comment la nuit et le jour se gaste le temps, et garde
-comment tu as ton temps oublié, dont il conviendra que de chascune
-heure tu rendes compte d'ores à jà; regarde comment tu as le temps
-gasté en moult de vils péchiés et de mauvais; regarde que tu n'as fait
-nul bien, et se par aventure tu en as fait aucun, si l'as-tu fait en
-péchié mortel et ne te prouffite ne te prouffitera néant.
-
-Amitié est contre le péchié d'envie: car ainsi comme le péchié envenime
-et art le cuer de l'envieux, si comme tu as oy dessus, ainsi la sainte
-vertu d'amitié qui est le don du Saint Esperit fait le cuer humble et
-doubteux; et pour ce l'appelle-on: _don de paour_. La vertu d'amitié
-est une doulceur, une rousée et un triacle[147] contre envie: car ainsi
-comme envieux est tousjours triste et courroucié du bien d'autruy,
-ainsi le bon cuer plain d'amitié est tousjours lié des biens de son
-proïsme[148] et est courroucié et a compassion de ses adversaires.
-La vertu d'amitié oste toute envie de cuer et fait l'omme content de
-ce qu'il a. Jamais tu n'auroies envie du bien de ton bon amy se tu
-l'amoies bien. La vertu d'amitié si se monstre en sept manières ainsi
-comme on congnoist l'amour des membres du corps en sept manières.
-Premièrement, l'un des membres contregarde l'autre qu'il ne luy
-mefface: ce commandement est escript que tu ne faces à autruy ce que
-tu ne vouldroies qu'il te feist. Après, l'un membre souffre l'autre
-doulcement, car se l'une des mains fait mal à l'autre, elle ne se
-revenchera pas: à ce appert la grant amour et débonnaireté que les
-membres du corps ont l'un vers l'autre, car ils ne se courroucent de
-riens que l'un face à l'autre, ne ils ne tiennent pas ne ont envie de
-riens que l'autre ait ou face; l'un secourt et aide à l'autre à son
-besoin sans requerre. Tous les membres aident à leur souverain, c'est
-assavoir au cuer: c'est parfaicte amitié sans envie, c'est droite
-obéissance et charité. Dont tu dois avoir telle pure amitié à ton
-proïsme qui est ton membre, car nous sommes tous membres de Dieu, et
-il est le corps. Dieu en l'Euvangille donne aux povres le ciel, et aux
-amiables et débonnaires la terre: or regarde dont où seront les envieux
-et les félons, fors ou tourment d'enfer?
-
-Débonnaireté est contre ire. La saincte vertu débonnaireté ou
-attrempance veult tousjours paix, équité et justice, sans faire tort à
-aucun, sans nullui courroucier, ne avoir haine à aucun, ne nullui ne
-het ne desprise. Ainsi comme ire est le feu qui gaste tous les biens
-de la maison du cuer félon, ainsi débonnaireté est le précieux triacle
-qui met partout paix et veult équité et justice. Equité a huit degrés
-moult bons à compter par quoy le preudomme paisible voit les las et
-les engins du Déable qui nous voit et nous ne le véons pas et nous
-espreuve griefment en plus de mille manières. Le Déable est philosophe,
-il scet l'estat et la manière d'omme et sa complexion et en quel vice
-il est plus enclin ou par nature ou par accoustumance, et d'icelle
-partie il l'assault plus fort; le colérique de ire et de discorde,
-le sanguin de joliveté et de luxure, le fleumatique de gloutonnie et
-de paresse, le mélencolieux d'envie et de tristesse. Pour ce se doit
-chascun défendre de ceste part où il scet que son chasteau est plus
-foible, pour soy combattre contre cellui vice que il voit dont il est
-plus assailli. Le débonnaire mect partout paix. Paix vaint toute malice
-et toute ire. Sans paix nul ne peut avoir victoire. Saint Pol dit que
-avec paix toutes autres vertus courent, mais paix court le mieulx,
-car elle gaigne l'espée. Toutes vertus se combattent, mais paix a la
-victoire, l'onneur et la couronne: toutes servent, mais ceste emporte
-le loyer. Justice est l'armeure de paix qui toutes les vaint, comme
-dit est. Jasoit-ce que le chevalier soit armé de paix et justice, si
-lui convient-il repentence de cuer, vraie confession de bouche et
-amende souffisant, et se l'une de ces trois choses y fault, l'armeure
-est faulsée et cellui qui la porte est vaincu et desconfit, et pert le
-loyer de paradis.
-
-Prouesse qui vault autant comme diligence est une sainte vertu contre
-le péchié de accide[149] et de paresse: car ainsi comme le bourgois
-veille pour acquérir richesses à lui et à ses enfans, le chevalier et
-le noble veille pour acquerre pris et los ou monde; chascun selon son
-estat en ce siècle veille pour les choses mondaines acquerre. Hélas!
-qu'il y en a peu qui veillent pour acquerre les biens espirituels!
-Les bons sans vaine gloire à qui le monde ennuie et qui veillent pour
-venir devant Dieu sont sages de despire le monde pour les périls et
-pour les peines dont il est plain: c'est une forest plaine de lyons,
-une montaigne plaine de serpens et de ours, une bataille plaine
-d'ennemis traistres, une valée ténébreuse plaine de pleurs, et n'y a
-riens estable; nul n'y a paix de cuer ne de conscience, se il veult
-croire le monde et amer. Les bons à qui le monde ennuie tendent droit
-leur cuer à Dieu où ils pensent à venir et desprisent tous les biens
-du monde; mais c'est si grant chose que peu y a de ceulx qui facent
-ceste entreprinse[150].... de la persévérance. De ceste vertu, dit
-Jhésu-Crist, toutes les autres vertus se combatent: ceste a gaigné la
-victoire; toutes labeurent: mais ceste emporte le loyer au vespre.
-
-Miséricorde ou charité est contre avarice, car miséricorde est ainsi
-comme de avoir dueil et compassion du mal, de la nécessité ou de la
-povreté d'autruy, et de lui aidier, conseillier et conforter à son
-povoir. Ainsi comme le Déable fait ses commandemens à l'aver[151] tels
-comme tu as oy, ainsi le Saint Esperit fait à celui qui a miséricorde
-ou charité en lui ses commandemens qu'il desprise les biens temporels,
-qu'il en face aumosnes, qu'il en veste les nus, qu'il en donne à boire
-à ceulx qui ont soif, à mengier à ceulx qui ont faim, qu'il visite les
-malades. Ainsi comme l'aver est fils du Déable et lui ressemble, ainsi
-le charitable ressemble à Dieu son père. Ainsi comme avarice pense de
-nuit et de jour à acquester et amasser à tort et à droit, ainsi charité
-et miséricorde pensent à accomplir les sept oeuvres de miséricorde.
-Hélas! qu'il y fait bon penser et les accomplir de fait, ou de voulenté
-et compassion qui faire ne le peut de fait! Car nostre grant juge les
-nous reprouchera en ses grans jours, et c'est chose qui moult nous doit
-mouvoir à charité que la paour de la sentence du jour du jugement où
-Dieu dira aux avers: Alez-vous-en avec le Déable vostre père! et aux
-charitables: Mes fils, demourez avec moy. Hélas! quant il les partira
-de sa compaignie com grant douleur[152]!
-
-Miséricorde a sept branches: la première est donner à boire et à
-mengier aux povres; la seconde est de vestir les nus; la tierce est
-prester aux povres quant ils en ont besoing et leur pardonner la debte;
-la quarte visiter les malades; la quinte, hébergier les povres; la
-sixiesme, visiter ceux qui sont en chartre de maladie; et la septiesme
-ensevelir les mors. Et toutes ces choses devez-vous faire en charité
-et compassion, pour l'amour de Dieu seulement et sans vaine gloire.
-Vous devez faire aumosne de vostre loyal acquest liement, hastivement,
-secrètement, dévotement et humblement sans despire les povres en
-pensée ne en fait. Cellui fait bien qui leur donne tost quant ils lui
-demandent, mais encore fait-il mieulx qui leur donne sans demander.
-
-Sobriété est contre gloutonnie: car ainsi comme la sainte vertu de
-sobriété est droite mesure contre le péchié mortel de gloutonnie,
-ainsi c'est la vertu que le don de sapience donne et plante au cuer
-du glouton contre oultrage. Sobriété est un arbre moult précieux, car
-il garde la vie du corps et de l'âme; car par trop boire et par trop
-mengier meurt-on, et par trop mal parler deult la teste et fait-on
-tuer corps et âme. Par sobriété vit le corps en ce siècle longuement
-en paix, et en a l'âme la vie pardurable. Ceste vertu doit-on garder
-sur toutes les autres pour les biens qu'elle fait. Premièrement,
-sobriété garde raison, entendement et sens, et l'omme sans sens est
-beste. Cellui qui est yvre et si rempli de vin qu'il en pert raison
-et entendement il cuide boire le vin et le vin le boit. Le second est
-que sobriété délivre homme glouton du servaige du ventre à qui il est
-serf. Saint Pol dit que moult s'avile qui pert sa franchise pour estre
-serf à un seigneur, mais plus s'avile cellui qui se fait serf à son
-ventre dont il ne peut yssir que ordure. Sobriété garde l'omme en sa
-seignourie, car l'esperit et le sens doivent estre seigneurs du corps
-et le corps doit pourveoir à l'esperit. Le glouton par son yvresse et
-gloutonnie pert le sens et l'esperit, si qu'il ne scet gouverner le
-corps. Le tiers est qu'elle garde bien la porte du chastel afin que
-le Déable par péchié mortel n'entre ou corps de l'homme; la bouche
-est la porte par où le Déable entre ou chastel pour soy combatre aux
-bonnes vertus et y entre par les faulx traistres seigneurs Gloutonnie
-et Male-langue qui laissent la porte de la bouche ouverte au Déable.
-Ceste vertu a la seigneurie du corps, car par sobriété on maistrie le
-corps si comme le cheval par le frain. Sobriété a la première bataille
-de l'ost et garde les autres vertus. Le Déable tempte l'omme par la
-bouche, si comme il fist Nostre Seigneur quant il lui dist qu'il feist
-de pierre pain et Adam quant il lui fist mengier le fruit. Entre les
-autres créatures l'omme a la bouche plus petite selon le corps; homme
-a les autres membres doubles: deux oreilles et deux narines et deux
-yeulx, mais il n'a que une bouche, et ce nous monstre que l'omme doit
-sobrement mengier et boire et sobrement parler. Sobriété n'est autre
-chose que droite mesure qui est moyenne entre trop et peu; sur toutes
-choses doit avoir l'omme mesure en son cuer, et en son sens qui est
-ainsi comme l'oisel qui se justice par les yeulx de sobriété[153], il
-s'envole et chiet souventesfois ès las de l'oiseleur: c'est du Déable
-qui souvent chasse à prendre tel oisel.
-
-Chasteté est contre luxure, et est sainte vertu de chasteté, c'est
-assavoir la conscience toute pure de mauvais pensemens, les membres
-purs de tous atouchemens. Et ainsi que les créatures plaines du vil
-péchié de luxure ont la conscience plaine et trouble de mauvais
-pensemens, le corps et les membres ors et vils de mauvais atouchemens
-et sont à Dieu lais et obscurs comme déables, ainsi les chastes ont
-le cuer et la conscience clers, nets et luisans et ont clarté et
-lumière de Dieu. A chastes convient, comme tu as oy, necte conscience
-avoir; à avoir necte conscience convient trois choses: la première
-est voulentiers oïr parler de Dieu; la seconde lui bien et souvent
-confesser; la tierce avoir remembrance de la passion Jhésu-Crist et
-remembrer pour quoy il mourut, et que tu mourras, que jà n'en seras
-délivre; et c'est le premier degré de chasteté. Le second degré de
-chasteté est que on se garde de vilainement parler, car vilaines
-paroles courroussent les bonnes meurs. Le tiers degré est de bien
-garder les cinq sens corporels: les yeulx de folement regarder, les
-oreilles de folement escouter, les narines de soy en souefves choses
-trop délicter et odourer, les mains de folement touchier, les piez de
-aler en mauvais lieux; ce sont les cinq portes et les cinq fenestres
-par où le Déable vient rober la chasteté du chastel de l'âme et du
-chétif corps. Le quart degré est jeuner et avoir tousjours remembrance
-de la mort qui te puet soudainement happer et prendre d'ores à jà, se
-tu ne t'en gardes. Le quint degré est fuir mauvaise compaignie, comme
-fist Joseph qui s'enfouist quant la dame le voult faire péchier. Le
-sixiesme degré est d'estre embesognié de bonnes oeuvres; car quant
-le Déable treuve la personne oyseuse, il la mort voulentiers en ses
-besoignes. Le septiesme degré est de vraye oroison; à oroison sont
-nécessaires trois choses: bonne foy, espérance d'avoir ce que on
-requiert, dévocion de cuer sans penser ailleurs. Oroison sans dévocion
-est messaigier sans lettres. Dieu regarde en prière cuer humble et
-dévost et n'a cure de paremens, ne de haulte manière, comme font ces
-foles hardies qui vont baudement, le col estendu comme cerf en lande
-et regardent de travers comme cheval desréé[154].
-
-Et atant, chère seur, vous souffise de cette matière, car le sens
-naturel que Dieu vous a donné, la voulenté que vous avez d'estre dévote
-et bonne vers Dieu et l'église, les prédications et sermons que vous
-orrez en vostre parroisse et ailleurs, la Bible, la Légende dorée[155],
-l'Apocalipse, la Vie des Pères[156] et autres plusieurs bons livres en
-françois que j'ay dont vous estes maistresse pour en prendre à vostre
-plaisir, vous donra et attraira parfondément le remenant au bon plaisir
-de Dieu qui à ce vous vueille conduire et entalenter[157].
-
-
-
-
-LE QUART ARTICLE.
-
-
-Le quart article de la première distincion dit que vous devez garder
-continence et vivre chastement.
-
-Je suis certain que si ferez-vous, je n'en suis mie en doubte, mais
-pour ce que je sçay que après vous et moy ce livre cherra ès mains de
-nos enfans ou autres nos amis, je y mects voulentiers tout ce que je
-sçay, et dy que aussi devez-vous endoctriner vos amies et par espécial
-vos filles, et leur dictes, belle seur, pour tout certain que tous
-biens sont reculés en fille ou femme en laquelle virginité, continence
-et chasteté défaillent; ne richesse, ne beauté, ne sens, ne hault
-lignaige, ne nul autre bien ne peut jamais effacer la renommée du vice
-contraire, se en femme espécialment il est une seule fois commis,
-voire seulement souspeçonné, et pour ce maintes preudes femmes se sont
-gardées non mie seulement du fait, mais du souspeçon, espécialment
-pour acquérir le nom de virginité: pour lequel nom les saintes
-escriptures de monseigneur saint Augustin et de monseigneur saint
-Grégoire et moult d'autres dient et tesmoingnent que les preudes femmes
-qui ont esté sont et seront, de quelque estat qu'elles soient ou aient
-esté, pevent estre dictes et appellées vierges. Et monseigneur saint
-Pol le conferme en l'onziesme chappitre de ses épistres qu'il fait
-secondement à ceulx de Corinte où il dit ainsi: _Despondi enim vos_,
-etc. Je vueil, dit-il, que vous sachiez que une femme qui est espousée
-à un homme, puis qu'elle vive chastement sans penser à avoir affaire
-à autre homme, peut estre dicte vierge et présentée à Notre Seigneur
-Jhésu-Crist. De chascune bonne preude femme Jhésu-Crist ou treiziesme
-chappitre de l'euvangille de saint Mathieu en une parabole dit ainsi:
-_Simile est regnum coelorum thesauro abscondito in agro_, etc. Le règne
-du ciel, dit-il, est semblable au trésor qui est repos dedans un champ
-de terre, lequel trésor quant aucun homme qui laboure en fouyant le
-descuevre, il le remuce; de la grant joye qu'il en a, il s'en va et
-vent tout quanque il a et achète le champ. En ce chappitre mesmes dit
-Nostre Seigneur ceste parabole: Le royaulme des cieulx est semblable
-à l'omme marchant qui quiert bonnes pierres précieuses, et quant il
-en a trouvé une bonne et précieuse, il va et vent tout quanque il a
-et l'achète. Par le trésor trouvé ou champ de terre et par la pierre
-précieuse nous povons entendre chascune bonne preude femme; car en
-quelque estat qu'elle soit, pucelle, mariée ou vefve, elle peut estre
-comparée au trésor et à la pierre précieuse; car elle est si bonne, si
-pure, si necte qu'elle plaist à Dieu et l'aime comme sainte vierge en
-quelque estat qu'elle soit, mariée, vefve ou pucelle. Et pour certain,
-homme en quelque estat qu'il soit, noble ou non noble, ne peut avoir
-meilleur trésor que de preude femme et saige. Et ce puet-on bien savoir
-et prouver qui veult regarder aux fais et aux bonnes meurs et aux
-bonnes oeuvres des glorieuses dames qui furent du temps de la vieille
-loy, si comme Sarre, Rébecque, Lye et Rachel qui furent moulliers aux
-sains patriarches Abraham, Ysaac et Jacob qui est appelé Ysraël, qui
-toutes furent chastes et vesquirent chastement et virginalement.
-
-Item, à ce propos nous trouvons escript ou treiziesme chappitre ou
-livre fait de Daniel que après la transmigracion de Babilonne, c'est
-à dire après ce que Jéchonias[158] le roi de Jhérusalem et le peuple
-de Ysraël furent menés en prison et chétiveté[159] en Babilonne, et
-que la cité de Jhérusalem fut destruite par le roy Nabugodonosor, il
-ot en Babilonne un Juif preudomme et riche lequel fut nommé Joachin,
-et Joachin prist une femme fille d'un autre Juif lequel ot nom
-Belchias[160], et la pucelle Susanne, laquelle estoit très belle et
-crémant Dieu; car son père et sa mère qui estoient justes et bonnes
-gens l'avoient moult bien aprise et endoctrinée en chasteté selon la
-loy Moyse. Ce Joachin, mary de Susanne, estoit moult riche et avoit un
-moult bel jardin plain d'arbres portant fruis. Là venoient communément
-esbatre les Juifs pour ce que le lieu estoit plus honnourable de tous
-les autres; Susanne mesmes aloit souvent esbatre en ce jardin. Or
-advint que deux anciens prestres d'icelle loy furent du peuple establis
-juges pour un an, lesquels juges virent Susanne très belle et tant
-qu'ils furent espris et alumés de fole amour. Si parlèrent ensemble
-et regardèrent comment ils la pourroient décevoir, et se accordèrent
-qu'ils la guetteroient ou jardin dessusdit et parleroient à elle se ils
-la trouvoient seule.
-
-Un jour advint que après l'eure de midy ils se mussèrent en un anglet
-de ce jardin: Susanne vint ou dit jardin pour soy laver, selon ce
-que leur loy l'ordonnoit, et mena avecques soy deux de ses pucelles
-lesquelles elle renvoya en sa maison pour lui rapporter oeille[161] et
-oingnemens pour soy enoindre. Et quant les deux vieillars la virent
-seule, ils coururent à elle et lui dirent: Coyement[162] seufre ce
-que nous voulons faire de toy, et se tu ne le fais, nous porterons
-tesmoingnage encontre toy et dirons que nous t'avons trouvée en
-advoultaire. Et quant Susanne vit et sceut la mauvaistié des juges,
-elle proposa en soy mesmes et dist en ceste manière: _Angustie michi
-sunt undique_, etc., Dieux! dit-elle, angoisses sont à moy de toutes
-pars, car se je fais ceste chose, morte suis comme à Dieu, et se je ne
-le fay, je ne pourray eschapper de leurs mains que je ne soie tormentée
-et lapidée; mais mieulx me vault sans meffaire cheoir en leur dangier
-que faire péchié devant Dieu. Lors elle cria à haulte voix: les deux
-vieillars crièrent aussi, tellement que les serviteurs de la maison y
-acoururent, et les juges dirent qu'ils l'avoient trouvée en présent
-meffait avec un jouvencel lequel estoit fort et viguereux; si leur
-eschappa et ne sceurent ne ne peurent congnoistre qui il estoit. De ce
-furent les sergens[163] merveilleusement vergongneux et esbahis, car
-oncques mais ils n'avoient oy dite telle parole de leur dame, ne veu
-mal en elle; toutesfois elle fut emprisonnée.
-
-Et l'endemain que les juges furent assis en jugement, tout le peuple
-devant eulx assemblé pour veoir la merveille, Susanne fut amenée en
-jugement; ses parens et amis la regardoient, moult tendrement plourans.
-Susanne avoit son chief couvert, de honte et de vergongne qu'elle
-avoit. Les juges lui firent descouvrir son viaire[164] par grant honte
-et despit. Adonc elle plourant leva ses yeulx au ciel, car elle avoit
-fiance en nostre Seigneur et ou bien de son ignorance. Adonc les deux
-prestres racontèrent devant le peuple comment eulx alans esbatans
-dedans le jardin avoient veu Susanne entrer en icellui, avec elle deux
-de ses pucelles lesquelles elle renvoya et serra l'uis après elles; et
-disoient que lors estoit venu un jeune homme lequel ils avoient veu
-charnellement habiter à elle, et pour ce ils estoient là courus, et
-le jeune homme s'en estoit fouy par l'uis, et n'avoient peu arrester
-ne prendre fors icelle Susanne qui n'avoit icellui jeune homme voulu
-nommer; et de ce meffait nous deux sommes tesmoings, et pour ce meffait
-nous la jugeons à mort. Susanne adonc s'escria et dist en ceste
-manière: Dieu pardurable, tu es congnoissant des choses répostes[165]
-et scez toutes choses ains qu'elles soient faictes, et scez bien que
-contre moy ils portent faulx tesmoingnaige; souviengne-t'en et aies
-mercy de moy!
-
-Après ce on la mena à son torment, et en passant par une rue, nostre
-Seigneur évertua l'esperit d'un jeune et petit enfant appelé Daniel
-lequel commença à crier à haulte voix: O peuple d'Israel, ceste femme
-est jugée faulcement, retournez au jugement, retournez, car les
-jugemens sont faulx! Adonc le peuple s'escria et firent retourner
-Susanne au lieu où le jugement avoit esté donné et amenèrent les
-jugeurs et l'enfant appelé Daniel lequel dist tels mots: Séparez moy
-ces jugeurs et les menez l'un çà, l'autre là. Quant ce fut fait, il
-vint à l'un et lui demanda soubs quel arbre ce avoit esté fait et qu'il
-avoit vu l'omme et Susanne faisans leur péchié; et icellui jugeur
-respondi: soubs un chesne[166]. Après, icellui Daniel vint à l'autre
-jugeur et lui demanda soubs quel arbre il avoit veu Susanne soubs le
-jeune homme; et il respondi: soubs un arbre appelé _Lentiscus_[167].
-Lentiscus est un arbre qui rent huille et la racine est une espice
-appellée _macis_. Ainsi fut attainte leur mençonge, et fut Susanne
-délivrée, comme pure et necte, sans tache de mauvais atouchemens. Et
-est bien prouvé qu'elle estoit bien remplie de la vertu de chasteté
-quant elle dist ceste parole aux faulx jugeurs: J'aime mieulx cheoir en
-vos mains comme ès mains de mes ennemis, et mourir sans faire péchié
-que faire péchié devant Dieu nostre Seigneur. O femme pleine de foy
-et de grant loyaulté qui crémoit tant Dieu et le péchié de mariage
-enfraindre qu'elle voulloit mieulx mourir que son corps vilainement
-atoucher! Et certes il est tout certain que les Juifs et les Juifves
-qui sont à présent en ce royaume ont si abbominable ce péchié, et est
-telle leur loy, que se une femme estoit trouvée en adultère, elle
-seroit lapidée et tourmentée de pierres jusques à la mort selon leur
-loy. Mesmes les mauvais tiennent cette loy, et nous la devons bien
-tenir, car c'est bonne loy[168].
-
-Autre exemple y a, si comme met Cerxès[169] le philosophe en son livre
-nommé des _Eschez_, ou chappitre _de la Royne_, et dit que la Royne
-doit sur toutes choses sa chasteté garder et endoctriner à ses filles,
-car, dist-il, nous lisons de moult de filles qui pour leur virginité
-ou pucellaige garder ont esté roynes. Pol istoriographe des Lombars
-raconte que en Ytalie avoit une duchesse qui avoit nom Raymonde, et
-avoit un fils et deux filles. Advint que le roy de Hongrie appelé
-Cantamus eut débat à icelle Raymonde et vint devant une sienne ville
-et y mist le siége. Elle et ses enfans estoient dedens le chastel, et
-si regarda une fois ses ennemis qui faisoient une escarmouche contre
-les gens de sa ville qui fort se deffendoient, et entre les ennemis
-vit un chevalier qui estoit forment bel. Elle fu tant embrasée de
-s'amour qu'elle lui manda que secrètement et parmy son chastel elle luy
-rendroit sa ville, se il la vouloit prendre à femme. Et le chevalier
-dist oyl[170], et après ce, elle luy ouvri les portes du chastel, et
-il et ses gens y entrèrent. Quant ils furent au chastel, ses gens
-entrèrent par là en la ville et prindrent hommes et femmes et tout ce
-qu'ils peurent; et les fils d'elle orent si grant honte et douleur de
-sa traïson qu'ils la laissèrent et s'en alèrent, et depuis furent si
-bons que l'un d'iceulx enfans qui avoit nom Grimault, c'est assavoir le
-plus petit, fut duc des Bienventens[171] et depuis roy de Lombardie. Et
-les filles qui ne sceurent fouir doubtèrent estre violées des Hongres;
-si tuèrent pigons et les mussèrent dessoubs leurs mamelles, si que
-par l'eschauffement de leurs mamelles la char des pigons puoit, et
-quant les Hongres les vouldrent approuchier, si sentirent la puantise,
-et s'en refroidirent et desmeurent[172] et les laissèrent tantost,
-et disoient l'un à l'autre: Fy que ces Lombardes puent! Et à la fin
-icelles filles s'enfouirent par mer pour garder leur virginité, et
-toutesvoies, pour ce bien et leurs autres vertus, l'une fut depuis
-royne de France et l'autre fut royne d'Alemaigne. Icellui chevalier
-print icelle duchesse et jeut avec elle une nuit pour son serement
-saulver et l'endemain la fist à tous les Hongres commune. Le jour après
-lui fist ficher un pel dès parmy la nature au long du corps jusques
-à la gorge, disant: Tel mary doit avoir telle lécheresse qui par sa
-luxure a trahy sa cité et ses gens baillés et mis ès mains de leurs
-ennemis. Et aussi ces paroles fist-il escripre en plusieurs lieux
-parmy sa robe, et toute morte la fist attacher et lier aux barrières de
-dehors et devant la porte de sa cité afin que chascun la veist, et la
-laissa[173].
-
-Encores met-il[174] là un autre exemple de garder son mariage et sa
-chasteté, et dit que saint Augustin ou livre de la _Cité de Dieu_ dit
-(et aussi l'ay-je veu en Titus Livius) que à Romme estoit une dame
-moult bonne et de grant et vertueux couraige appellée Lucresse qui
-estoit femme d'un Rommain appellé Collatin qui convoya et semmoni[175]
-une fois à disner avec lui l'empereur Tarquin l'orguilleux et Sexte
-son fils; lesquels y disnèrent et furent festiés et après disner se
-esbatirent, et Sexte advisa la contenance de toutes les dames qui là
-estoient; et entre toutes et pardessus toutes les autres, la manière
-Lucresse lui pleut et sa beauté. Par aucune espace de temps après, les
-gens d'un chastel qui estoit à quatre lieues d'illec, emprès Romme,
-firent rébellion contre l'empereur qui ala mettre le siége devant,
-et avec lui fut et ala Sexte son fils avec lequel estoient et de sa
-compaignie furent plusieurs des jeunes hommes de Romme, entre lesquels
-estoit Collatin le mary Lucresse. Long temps furent illec les Rommains
-à siège, et un jour qu'il faisoit bel et seryn, estoient assemblés
-après disner à boire ensemble Sexte le fils l'empereur et plusieurs
-d'iceulx jeunes hommes romains entre lesquels estoit Collatin, et
-prindrent complot ensemble de soupper tantost, et après alèrent
-hastivement à Romme en l'hostel de chascun d'iceulx jeunes hommes
-veoir la manière et contenance de chascune de leurs femmes et leur
-gouvernement, par tel[176] que cellui duquel sa femme seroit trouvée
-en meilleur convine[177] auroit l'honneur de logier Sexte le fils
-l'empereur en son hostel. Ainsi fu accordé, et vindrent à Romme et
-trouvèrent les unes devisans[178], les autres jouans au _bric_, les
-autres à _qui féry?_ les autres à _pince-merille_, les autres jouans
-aux _cartes_ et aux autres jeux d'esbatemens avecques leurs voisines;
-les autres qui avoient souppé ensemble, disoient des chançons, des
-fables, des contes, des jeux-partis; les autres estoient en la rue
-avecques leurs voisines jouans au _tiers_ et au _bric_, et ainsi
-semblablement de plusieurs jeux, excepté Lucresse qui dedens et ou plus
-parfont de son hostel, en une grant chambre loing de la rue, avoit
-ouvriers de laine, et là, toute seule, assise loingnet[179] de ses
-ouvriers et à part, tenoit son livre dévotement et à basse chière[180]
-disoit ses heures moult humblement; et fut trouvé que lors, ne
-autresfois que son mary Collatin estoit hors, et en quelque compaignie
-ou feste qu'elle feust, il n'estoit nul ne nulle qui la feist dancer
-ne chanter, se ce n'estoit seulement le jour qu'elle avoit lettres de
-luy ou qu'il retournast la veoir; et lors chantoit et dançoit avec les
-autres, se feste y avoit. Et pour ce Collatin eust l'honneur de la
-venue et loga en son hostel Sexte le fils l'empereur lequel fut servi
-de tous les autres et de leurs femmes et apparentés, et l'endemain
-bien matin fut des dames esveillié, vestu, et oy messe, et le veirent
-monter et mettre à chemin. Et à ce voyage fut Sexte moult fort espris
-de l'amour de Lucresse et tellement qu'il pensa qu'il revenroit devers
-elle acompaignié d'autres gens que des amis d'elle ou de son mary.
-Ainsi fut fait et vint au soir en l'hostel Lucresse laquelle le receut
-moult honnourablement, et quant le temps vint d'aler couchier, l'en
-ordonna le lit à Sexte comme à fils d'empereur, et ce mauvais fils
-d'empereur espia où Lucresse gisoit, et après ce que tous léans furent
-couchiés et endormis, Sexte vint à elle, l'une main mise à la poitrine
-et l'autre à l'espée, et lui dist: Lucresse, tais toy! Je suis Sexte le
-fils à l'empereur Tarquin, se tu dis mot tu es morte! Et de paour elle
-s'escria, dont la commença Sexte à prier. Rien n'y vault. Et après ce,
-à luy offrir et promettre dons et services. Riens n'y vault. Et puis, à
-menacier qu'elle se voulsist à luy accorder ou qu'il destruiroit elle
-et sa lignée. Rien n'y vault. Quant il vit que tout ce rien n'y valoit,
-si lui dist ainsi: Lucresse, se tu ne fais ma voulenté, je te tueray et
-si tueray aussi un de tes varlès, et puis diray que je vous aray tous
-deux trouvés couchiés ensemble et pour vostre ribauldie vous ay tués.
-Et celle qui doubta plus la honte du monde que la mort, si se consenti
-se jouer.
-
-Et tantost après que Sexte s'en fu alé, la dame manda par lettres son
-mari qui estoit en l'ost, et aussi manda son père, ses frères et tous
-ses amis et un homme qui avoit nom Brut et nepveu Collatin son mary. Et
-quant ils furent venus, elle leur dist moult espouventablement: Sexte
-le fils à l'empereur entra hier comme hoste en cest hostel, mais il ne
-s'en est pas départi comme hoste, mais comme ennemy de toy, Collatin!
-et saiches qu'il a ton lit deshonnouré. Toutesvoies se mon corps est
-deshonnouré, se n'est pas le cuer, et pour tant me absols-je du péchié,
-mais non pas de la peine. Adonc Collatin son mary vit qu'elle estoit
-toute pâle et descoulorée et sa face blanche et toute esplourée, car
-la trasse des larmes estoit apparant en son viaire des yeulx jusques
-aux baulièvres, et avoit les yeulx gros et enflés, les paupières mortes
-et perses[181] et dedans vermaulx par le décourement des larmes,
-et regardoit et parloit effroyeusement. Si commença à la conforter
-moult doulcement et à luy pardonner, et lui monstra moult de belles
-raisons, que le corps n'avoit pas péchié puisque le cuer n'y avoit
-donné consentement ne pris délit, et se prist à alléguer exemples et
-auctorités. Tout ce ne luy pleut; elle luy rompi sa parole en disant
-moult asprement: Ho! ho, nennil, nennil! c'est trop tart, tout ce ne
-vault riens, car je ne suis jamais digne de vivre; et celluy qui m'a ce
-fait, l'a fait à sa grant male meschéance se vous valez riens, et pour
-ce que nulle ribauldie ne règne à l'exemple de Lucresse, qui vouldra
-prendre exemple au péchié et au forfait, si prengne aussi exemple à
-l'amende. Et tantost d'une espée qu'elle tenoit soubs sa robe se féri
-parmy le corps et morut devant eulx tous.
-
-Adonc Brut le conseiller et Collatin le mary d'icelle Lucresse et tous
-ses amis plourans et dolens prindrent celle espée qui estoit sanglante,
-et sur le sang jurèrent par le sang Lucresse que jamais ne fineroient
-jusques à tant qu'ils auroient Tarquin et son fils destruit, et le
-poursuivroient à feu et à sang, et toute sa lignée bouteroient hors,
-si que jamais nul n'en vendra à dignité. Et tout ce fut tantost fait,
-car ils la portèrent emmy la ville de Romme et esmeurent tellement le
-peuple que chascun jura la destruction de l'empereur Tarquin et de son
-fils, et à feu et à sang. Et adonc fermèrent les portes afin que nul
-n'issist pour aler adviser l'empereur de leur emprise, et s'armèrent
-et yssirent dehors alant vers l'ost de l'empereur comme tous forcenés.
-Et quant ils approchèrent de l'empereur, et il ouy le bruit et tumulte
-et vit les gens pouldrés[182], et fumées des chevaulx, avec ce que
-l'en luy dit, il et son fils s'enfouirent en désers, chétifs et
-desconfortés. Sur quoy le Rommant de la Rose dit ainsi:
-
- N'onc puis Rommains, pour ce desroy,
- Ne vouldrent faire à Romme roy.
-
-Ainsi avez-vous deux exemples, l'un de garder honnestement son
-vefvaige, ou sa virginité ou pucellaige; l'autre de garder son mariaige
-ou chasteté. Et sachiez que richesse, beaulté de corps et de viaire,
-lignaige et toutes les autres vertus sont péries et anichillées
-en femme qui a tache ou souspeçon contre l'une d'icelles vertus.
-Certes en ce cas tout est péri et effacié, tout est cheu sans jamais
-relever, puis que une seule fois femme est souspeçonnée ou renommée
-au contraire; et encores, supposé que la renommée soit à tort, si
-ne peut jamais[183] icelle renommée estre effaciée. Or véez en quel
-péril perpétuel une femme met son honneur et l'honneur du lignaige de
-son mary et de ses enfans quant elle n'eschieve[184] le parler de tel
-blasme, ce qui est légier à faire. Et est à noter sur ce, si comme
-j'ay oy dire, que puis que les Roynes de France sont mariées, elles ne
-lisent jamais seules lettres closes, se elles ne sont escriptes de la
-propre main de leur mary, si comme l'en dit, et celles lisent-elles
-toutes seules, et aux autres elles appellent compaignie et les font
-lire par autres devant elles, et dient souvent qu'elles ne sçevent mie
-bien lire autre lettre ou escripture que de leur mary; et leur vient de
-bonne doctrine et de très grant bien, pour oster seulement les paroles
-et le souspeçon, car du fait n'est-il point de doubte[185]. Et puisque
-si haultes dames et si honnourées le font, les petites qui ont aussi
-grant besoing de l'amour de leurs maris et de bonne renommée le doivent
-bien faire.
-
-Si vous conseille que les lettres amoureuses et secrètes de vostre
-mary, vous recevez en grant joye et révérence, et secrètement toute
-seule les lisez tout à part-vous, et toute seule lui rescripvez
-de vostre main se vous savez, ou par la main d'autre bien secrète
-personne; et lui rescripvez bonnes paroles amoureuses et vos joyes et
-esbatemens, et nulles autres lettres ne recevez, ne ne lisez, ne ne
-rescripvez à autre personne, fors par estrange main et devant chascun,
-et en publique les faictes lire.
-
-Item dit-l'en aussi que les Roynes depuis qu'elles sont mariées, jamais
-elles ne baiseront homme, ne père, ne frère, ne parent, fors que le
-Roy, tant comme il vivra; pour quoi elles s'en abstiennent, ne se c'est
-vray, je ne sçay. Ces choses, chère seur, souffisent assez à vous
-bailler pour cest article; et vous sont baillées plus pour raconte que
-pour doctrine. Il ne vous convient jà endoctriner sur ce cas, car Dieu
-mercy de ce péril et souspeçon estes-vous bien gardée et serez.
-
-
-
-
-LE QUINT ARTICLE.
-
-
-Le quint article de la première distinction dit que vous devez estre
-très amoureuse et très privée de vostre mary par dessus toutes autres
-créatures vivans, moiennement amoureuse et privée de vos bons et
-prochains parens charnels et parens de vostre mary, très estrangement
-privée de tous autres hommes, et du tout en tout estrange des
-oultrecuidés et oyseux jeunes hommes et qui sont de trop grant despence
-selon leur revenue, et qui, sans terre ou grans lignaiges, deviennent
-danceurs; et aussi des gens de court, de trop grans seigneurs, et en
-oultre de ceulx et celles qui sont renommés et renommées d'estre de vie
-jolie, amoureuse ou dissolue.
-
-A ce que j'ay dit très amoureuse de vostre mary, il est bien voir que
-tout homme doit amer et chérir sa femme et que toute femme doit amer et
-servir son homme, car il est son commencement et je le preuve. Car il
-est trouvé ou deuxiesme chappitre du premier livre de la Bible que l'en
-appelle Genesy, que quant Dieu eust créé ciel et terre, mer et air,
-et toutes les choses et créatures à leur aournement et perfection, il
-admena à Adam toutes les créatures qui eurent vie et il nomma chascune
-ainsi qu'il luy pleut et qu'elles sont encores appellées. Mais il n'y
-ot créature semblable à Adam, ne convenable pour lui faire aide et
-compaignie. Et pour ce dist Dieu adonc: _Non est bonum hominem esse
-solum; faciamus ei adjutorium simile ei_. Bonne chose, dist Dieu, n'est
-pas que l'omme soit seul; faisons-lui aide qui lui soit semblable.
-Donc meist Dieu sommeil en Adam, et adonc osta une des costes de Adam
-et rempli le lieu où il la prist de chair, si comme dit Moyses ou
-second chappitre de Genesy. Cellui qui fait Histoire sur Bible[186]
-dit que Dieu prist de la char aussi avecques la coste, aussi dit
-Josephus[187], et nostre Seigneur édifia la coste qu'il en avoit ostée
-en une femme; voire, ce dist l'Historieur, il lui édifia char de la
-char qu'il prist avecques la coste, et os de la coste, et quant il lui
-ot donné vie, il l'admena à Adam pour ce qu'il luy meist nom. Et quant
-Adam la regarda, il dit ainsi: _Hoc nunc os ex ossibus meis et caro
-de carne mea: hec vocabitur virago quoniam de viro sumpta est_. Ceste
-chose, dist-il, est os de mes os et char de ma char, elle sera appellée
-_virago_, c'est à dire faicte d'omme. Elle ot nom ainsi premièrement,
-et après ce qu'ils orent péchié, elle ot nom _Eva_ qui vault autant
-que _vita_. Car toutes les créatures humaines qui puis ont eu vie
-et auront, sont venues d'elle. Encores adjousta Adam et dist ainsi:
-_Propter hoc relinquet homo_, etc. Pour ceste chose laissera homme son
-père et sa mère et se aherdera[188] à sa moullier, et seront deux en
-une chair; c'est à dire que du sang des deux, voire de l'omme et de la
-femme, sera faicte une char ès enfans qui d'eulx naistront. Là fist
-donc Dieu et establi premièrement mariaige, si comme dit l'Historieur,
-car il dist au conjoindre: _Crescite et multiplicamini_, etc. Croissez,
-dist-il, et multipliez et remplez la terre.
-
-Je di adonc, par les raisons dictes et prises en Bible, que femme doit
-moult amer son mary, quant de la coste de l'omme elle fut faicte.
-
-Item on lit en l'onziesme chappitre de Genesy que un patriarche appellé
-Abraham prist à moullier en la cité ou ville de Caldée une moult bonne
-et sainte dame appellée Sarre laquelle fut depuis princesse souveraine
-et première des bonnes et vaillans dames desquelles Moyses fait mention
-en ses cinq livres qui sont les premiers de la Bible. On lit illec que
-Sarre vesqui moult saintement et fut très loyalle et de bonne foy à
-son mary Abraham, et obéissant à ses commandemens. Et lit-on illecques
-que quant Abraham fut parti de Damas pour la grant famine qui estoit
-en icelle terre et il deust entrer en Egipte, il dist à Sarre sa
-moullier: Je sçay, dist-il, que les hommes de ceste terre sont chaulx
-et luxurieux, et tu es moult belle femme; pour quoy je doubte moult,
-se ils scevent que tu soies ma moullier, que ils ne me occisent pour
-toy avoir; et pour ce, je te prie que tu vueilles dire que tu es ma
-seur et non pas ma moullier, et je le diray aussi, par quoy je y puisse
-vivre paisiblement, entre eulx et mes gens et ma mesgniée[189]. A ce
-conseil et commandement obéi Sarre, non pas voulentiers, mais pour
-sauver la vie à son seigneur et à sa gent, et quant les hommes et le
-prince d'icelle contrée virent Sarre tant belle, ils la prindrent et
-la menèrent au roy Pharaon qui en ot moult grant joye et la retint,
-mais oncques, ne lors ne depuis, en quelconque heure, le roy Pharaon
-ne peust venir vers elle qu'il ne la trouvast toujours plourant du
-regret qu'elle avoit à son mary, et pour ce, quant le roy Pharaon la
-véoit en icelluy estat, la voulenté et le désir qu'il avoit d'elle se
-tresalloit et changeoit, et ainsi la laissoit. Et pour ce, peut-l'en
-dire que pour sa bonté et la loiaulté que Dieu savoit en elle, laquelle
-estoit triste et courrouciée de ce que on l'avoit ostée à son mary, il
-la garda et défendi par telle manière que Pharaon ne pot habiter à
-elle et fut moult tourmenté, et tous ceulx de sa mesgniée, pour Sarre
-qu'ils avoient ostée à Abraham. L'Historieur dit sur ce chappitre que
-tant que Pharaon tint Sarre, il n'ot povoir de habiter à femme, ne tous
-ses hommes aussi ne povoient engendrer; et pour ce, les prestres de sa
-loy sacrifièrent à leurs dieux et il leur fut respondu que c'estoit
-pour Sarre la moullier à Abraham que le roy Pharaon lui avoit tolue. Et
-quant le Roy le sceut, il manda Abraham qui vivoit bien paisiblement
-en sa terre et lui dist: Pourquoi m'as-tu deceu et fait grant mal?
-Tu disoies que Sarre estoit ta seur, et c'est ta femme! Prens-la et
-l'emmaine hors de ma terre. Lors commanda-il à ses hommes qu'ils le
-menassent hors de la terre d'Egipte paisiblement et sans perdre nulle
-de ses choses.
-
-On lit ou sixiesme chappitre de Genesy que quant Abraham fut party
-d'Egipte, il ala demourer en la terre de Canaen de coste[190] Bétel.
-Donc regarda Sarre qu'elle estoit brehaigne[191] et ne povoit avoir
-enfant, dont elle estoit moult dolente; lors s'advisa qu'elle
-bailleroit Agar sa chamberière qu'elle avoit admenée d'Egipte, à
-Abraham son mary, pour savoir s'elle en pourroit avoir enfant, car elle
-doubtoit moult qu'il ne morust sans hoir, et ce dist-elle à Abraham qui
-se consenti à faire sa voulenté. Et elle lui bailla Agar sa meschine
-laquelle conceut tantost un fils dont Sarre ot moult grant joye. Mais
-quant Agar la meschine vit et sceut qu'elle avoit conceu de Abraham,
-elle despita sa dame et se portoit grossement contre elle. Et quant
-elle vit ce, Sarre dist à Abraham: Tu fais mauvaisement encontre moy,
-je te baillay ma meschine pour ce que je ne puis avoir enfans de toy,
-et je désiroie que je peusse avoir fils d'elle et de toy lesquels je
-peusse nourrir et garder, à la fin que tu ne morusses pas sans laisser
-lignée de toy: pour ce que ma meschine Agar voit qu'elle a conceu de
-toy, elle m'a en despit et ne me prise rien; Dieu vueille jugier entre
-moy et toy, car tu as tort qui sueuffres qu'elle me despite.
-
-Or véons la grant bonté et la grant loyaulté de ceste bonne dame et
-sainte femme Sarre. Elle amoit si très loyaulment Abraham son mary, et
-bien savoit qu'il estoit si saint homme et vaillant patriarche, que
-il lui sembloit que ce feust doleur et grant dommaige s'il mouroit
-sans hoir et avoir fils de son sang, et si véoit bien qu'elle estoit
-brehaigne et ne povoit concevoir, et pour le grant désir qu'elle avoit
-d'avoir fils de son mary lesquels elle peust nourrir et garder, elle
-bailla sa meschine et la fist couchier en son propre lit, et s'en voult
-déporter. Quantes dames ou femmes trouveroit-on qui ainsi feissent?
-Je croy qu'on en trouveroit peu, et pour ce est Sarre tenue à la
-plus loyale à son mary qui fust dès Adam le premier homme jusques à
-la loy qui fut donnée à Moyse. Mais Agar sa meschine à tort l'eut en
-despit quant elle sceut qu'elle eust conceu de Abraham, mais on dit
-communément que qui essauce[192] son serf il en fait son ennemy. Mais
-Abraham le bon patriarche vit bien et sceut que Agar la meschine avoit
-tort, et pour ce il dist à Sarre: Vécy Agar ta meschine, je la mets en
-ta main, si en fais ta voulenté.
-
-Lors la commença Sarre à approuchier, et la tint vile jusques à tant
-qu'elle mesmes, par le commandement de l'ange, se humilia et à sa dame
-cria mercy; et Sarre la garda tant qu'elle ot enfanté son fils qui
-ot nom Ysmaël, dont Sarre ot grant joye et le garda et fist garder
-moult bien. Après ce, nostre Seigneur visita Sarre et s'apparut aussi
-à Abraham ou val de Mambré, devant son tabernacle, et lui dist qu'il
-auroit un fils de Sarre sa franche moullier, et auroit nom Ysaac, et
-ce fils vivroit et sa lignée il multiplieroit ainsi comme les estoiles
-du ciel et la gravelle de la mer ou la pouldre de la terre. Encores
-dist-il à Abraham: en ta lignée ou semence toutes gens seront beneurés.
-Et quant Sarre qui estoit derrière l'uis du tabernacle oy quelle
-concevroit, si commença à rire et dist à soy mesmes: je suis vieille
-et ancienne, et Abraham aussi; comment pourray-je avoir enfant? Et
-merveilles ne fut pas de ce quelle rit et dit ainsi, qu'elle avoit jà
-plus de quatre-vingts ans, et Abraham en avoit plus de cent. Et Dieu
-qui la vit bien rire dist à Abraham: Pourquoy a ris Sarre ta moullier?
-Et Sarre qui ot paour respondi qu'elle n'avoit pas ris, et Dieu lui
-dist: Je te vis bien rire derrière ton huis; ne sont pas toutes choses
-légières à Dieu quant il les veult faire? Après ce, Sarre conceut quant
-il pleust à Dieu et enfanta un fils lequel Abraham appella Ysaac, et
-le circonci au jour vingtième qu'il fut né. Lors dist Sarre par moult
-grant joie: Dieu m'a fait rire, et tous ceulx et celles qui orront dire
-que j'ay enfanté riront aussi avec moy. Qui creroit, dist-elle, Abraham
-se il disoit que Sarre alaitast un enfant qu'elle luy aroit enfanté
-en sa vieillesse? Et pour certain toutes gens qui oient de ce parler
-pevent bien croire et penser que Dieu ama moult Abraham et Sarre aussi
-quant il leur fist si belle grâce. Mais Abraham estoit si saint et si
-bon patriarche que Dieu parla à lui par moult de fois et lui promist
-que il mesmes se donroit à sa lignée[193], et aussi ama-il moult Sarre
-pour sa grant loyauté et sa grant bonté.
-
-Moult bien nourri Sarre son fils Ysaac, et quant il fut si grant
-qu'elle le sevra et qu'il deust mengier à la table son père Abraham,
-elle appella ses amis et fist grant mengier et grant feste pour son
-fils. Et quant Sarre vit Ysmaël le fils Agar l'Egipcienne jouer à Ysaac
-son fils, elle dist à Abraham: Chasse hors la meschine et son fils; le
-fils de la meschine ne sera pas hoir avecques mon fils Ysaac. Il est
-dit en Genesy ou XXIe chappitre: Ceste parole fut moult dure à Abraham,
-mais Dieu lui dist ainsi: Ne te semble pas aspre chose de bouter hors
-la meschine et son fils; oy la parolle de Sarre et fay tout ce qu'elle
-te dira, car en Ysaac ta semence sera appellée. (C'est à dire que de
-Ysaac devoit venir la lignée que Dieu avoit promise à Abraham.) Et pour
-ce, dit Dieu, que le fils de la meschine est de ta semence, je le feray
-croistre en moult grant gent. Donc se leva Abraham au matin et bailla
-à Agar la meschine du pain et un bouchel[194] d'eaue et luy mist sur
-ses espaules, puis lui fist prendre Ysmaël son fils; si lui commanda
-qu'elle s'en alast quelle part qu'il luy pleust, et si fist-elle.
-
-Or pourroient, par adventure, penser aucunes personnes que Sarre eust
-par mal et par envie enchassé Agar sa meschine et Ysmaël son fils: mais
-qui veult bien considérer la cause, elle n'ot pas tort; Histoire sur
-Bible dist ainsi: Sarre vit bien que Ysmaël en son jeu faisoit félonnie
-à Ysaac son fils; et aussi que, de par esperit de prophécie, elle sceut
-et apperceut que Ysmaël avoit ymagetes faictes de terre auxquelles il
-aouroit comme Dieu et vouloit contraindre Ysaac à ce que les aourast
-aussi. Encores considéroit-elle et savoit assez que se Ysmaël demouroit
-tant avecques eulx que Abraham morust, il vouldroit déshériter Ysaac et
-avoir sa seignourie par sa force, et pour ce elle fist moult bien de
-enchasser la mère et son fils. Et jasoit-ce que j'aye mise l'istoire
-tout au long et ne l'aye voulu desmembrer ne descoupler pour ce que la
-matière est belle et s'entretient, toutesvoies par icelle peut estre
-recueilli à mon propos seulement que Sarre fut très amoureuse privée et
-obéissant à son mary en tant qu'elle laissa ses parens et sa terre pour
-aler seule de sa lignée avec son mary en estrange terre et de différent
-langage, et avec ce, elle délaissa à la prière et pour l'amour de son
-mary le nom de moullier ou femme qui est le plus prouchain en affinité,
-en amour et dilection, et, à la demande de son mary, prist le nom de
-seur; et en oultre que tant comme elle fut hors d'avecques son mary,
-tout jour et toute nuit plouroit pour l'amour de son mary; et de
-rechief que pour avoir lignée et représentacion de son mary après la
-mort d'icelluy, elle en laissa son lit et le soulas de son mary, et
-lui bailla Agar sa chambrière et la fist dame, et elle très humblement
-devint serviteresse et humble servant, sans les autres débonnairetés et
-humilités cy dessus escriptes et lesquelles je laisse pour ce qu'il me
-semble que ce seroit trop longue récitation.
-
-Item il est trouvé escript ou XXIXe chappitre de
-Genesy qui est le premier livre de la Bible, que quant Jacob fut party
-de Ysaac son père et de Rébecque sa mère, de Briseyda[195] leur cité il
-ala tant qu'il vint en Mésopotamie, près de la cité de Aram qui estoit
-à Laban son oncle. Là resta-il de coste un puis auquel les pasteurs
-de la terre abreuvoient les bestes, lequel puis estoit couvert d'une
-grant pierre plate. Ainsi comme les pasteurs furent assemblés entour
-le puis, Jacob leur demanda se ils congnoissoient Laban le fils Batuel
-qui fut fils Naccor. Les pasteurs respondirent: Oyl, moult bien. Il
-leur demanda se il estoit sain et en bon point; ils respondirent: Oyl.
-Vois çà, dirent-ils, Rachel sa fille qui vient abreuver ses bestes à ce
-puis. Jacob leur dist: Seigneurs, abreuvez vos bestes, si les ramenez
-en la pasture, car il est encores grant heure et n'est pas temps
-encores de les mener aux estables. Si comme il disoit ainsi, Rachel
-vint au puis, et Jacob leva la pierre du puis: si luy fist abreuver ses
-bestes. Lors parla-il à elle et la baisa; si luy dist qu'il estoist
-son cousin germain, fils de Ysaac et de Rébecque la seur de Laban son
-père. Et quant Rachel l'ot entendu, elle s'en courust en son hostel et
-dist à Laban son père comment elle ot trouvé Jacob son nepveu. Et quant
-Laban l'oy, il eust moult grant joie et lui demanda la cause de sa
-voye[196] et pour quoy il estoit là venu. Jacob luy dist que c'estoit
-pour la paour de Esaü son frère qui le vouloit occire pour ce que il
-avoit receu la bénéisson son père, mais ce luy ot fait faire sa mère
-Rébecque. Lors respondi Laban: Tu es os de mes os et char de ma char,
-et pour ce tu pues demourer avecques moy.
-
-Quant Jacob ot demouré avec Laban son oncle par l'espace de un mois,
-Laban lui dist: Comment que tu soies mon nepveu, ne vueil-je pas que tu
-me serves pour néant; dy moy que tu vouldras avoir pour ton service.
-Or avoit Laban deux filles: l'ainsnée ot nom Lye, celle ot les yeulx
-plourans par enfermeté; et la plus jeune ot nom Rachel, celle estoit
-moult belle et gente de viaire et de corps, et Jacob l'amoit moult. Et
-pour ce il dist à Laban: Je serviray à toy sept ans pour Rachel la plus
-jeune. Laban respondi: Mieulx vault que je la te donne que à un autre
-homme, or demeure doncques avecques moy. Jacob demoura avecques Laban
-et le servi sept ans pour avoir sa fille Rachel, et lui sembla que le
-terme fut moult brief pour la grant amour qu'il avoit à elle.
-
-Sur ceste chose dit l'Histoire: le terme de sept ans ne luy sembla pas
-brief pour la grant amour, mais moult long. Car quant une personne aime
-et désire aucune chose, il luy semble que les termes que il la doit
-avoir tardent trop merveilleusement. Mais ce que la Bible dit que les
-jours semblèrent briefs à Jacob, on peut entendre en ceste manière: il
-amoit tant Rachel et luy sembloit tant belle, que s'il deust servir
-encores autant pour l'avoir comme il avoit servi, ne lui sembloit-il
-pas que il l'eust bien desservie.
-
-A la fin des sept ans, il dit à Laban: Donne moy ma moullier, il est
-bien temps que je l'aye. Lors appella Laban tous ses amis et voisins et
-fist grans nopces; et quant la nuit fut venue, il mena à Jacob Lye sa
-fille l'ainsnée et lui bailla une meschine qui ot nom Zelphan pour luy
-servir. Et quant Jacob ot jeu[197] à Lye et il la regarda à la matinée,
-il dist à Laban: Que est-ce que tu as voulu faire à moy? N'ay-je pas
-servi à toi sept ans pour Rachel? Pourquoy m'as-tu baillé Lye? Laban
-respondi: Nous n'avons pas de coustume en ceste contrée de bailler aux
-nopces la plus jeune devant les ainsnées; attens tant que la sepmaine
-des nopces soit passée et puis je te donray l'autre, en telle manière
-que tu me serviras encores sept ans pour elle. Lors accorda Jacob ce
-que Laban ot dit, et quant la sepmaine fut passée, il prist ainsi à
-moullier Rachel à laquelle son père avoit donné une meschine laquelle
-ot nom Balam.
-
-Aucuns veullent dire que puis que Jacob ot prins la fille ainsnée
-de Laban, il servi autres sept ans pour Rachel avant qu'il l'eust à
-moullier, mais ils dient mal. On treuve en Histoire que saint Jérosme
-dit: Tantost après la sepmaine des nopces faictes pour Lye, Jacob prist
-Rachel, et pour la grant joye qu'il en ot, il servi voulentiers les
-sept ans ensuivans.
-
-Il est dit en Genesy ou XXIXe chappitre que Jacob ama
-moult plus Rachel pour ce que elle estoit plus belle et gracieuse que
-Lye qui n'estoit pas si belle, mais pour ce que Dieu ne vouloit pas
-qu'il l'eust trop en despit, il la fist concevoir un fils dont elle
-ot moult grant joye et l'appela Ruben, et dit ainsi: Dieu a veu mon
-humilité, d'ores-en-avant m'en aymera mon mary. De rechief elle conceut
-et enfanta un autre fils et l'appela Siméon, en disant ainsi: Pour
-ce que Dieu m'a oye, il m'a donné encores ce fils. Tiercement, elle
-conceut et enfanta un autre fils et dist ainsi: Mon mary se complaira
-en moy pour ce que je luy ay enfanté trois fils; et pour ce, elle
-nomma l'enfant Levy. Quartement, conceut et enfanta un fils et dist:
-Orendroit je me confesseray à nostre Seigneur; et pour ce, l'enfant ot
-nom Judas et vault autant à dire que confession. Lors cessa Lye qu'elle
-n'ot plus enfans jusques grant temps après.
-
-Il est escript ou XXXe chappitre de Genesy que Rachel
-ot grant envie contre Lye sa seur pour ce qu'elle ot enfanté, et elle
-se trouvoit brehaigne et ne povoit concevoir. Et pour ce elle dist à
-Jacob son mary: Donne moy des enfans, et se tu ne le fais je mourray.
-Jacob qui yrié estoit respondi: Je ne suis pas Dieu, je t'apreisse
-d'avoir enfans de ton ventre. Rachel respondi: J'ay Balan ma meschine,
-couche avec elle à ce qu'elle enfante et que je puisse avoir fils
-d'elle et de toy. Jacob fist ce que Rachel voult, et Balan conceut et
-enfanta un fils. Lors dit Rachel: Dieu a jugié pour moy, si a ma voix
-essaucée et m'a donné un fils. Pour ce, elle appela l'enfant Dan. De
-rechief, Balan ot un fils pour lequel Rachel dist: Nostre Seigneur m'a
-comparée à Lye, et de ce, le fils ot nom Neptalim.
-
-Or véons grant merveille et signe de grant amour. Rachel avoit si grant
-désir qu'elle eust enfans de Jacob que pour ce qu'elle vit quelle ne
-povoit concevoir elle luy bailla sa meschine, et les fils qu'elle en ot
-elle ama aussi que s'ils feussent siens propres. Pour ce que Lye vit
-qu'elle ne concevoit mais, elle bailla à Jacob Zelphan sa meschine. Le
-premier fils qu'elle en ot, Lye le receut à joye et dit: Il me vient
-eureusement, et de ce, le fils ot nom Gad. Et quant Zelphan ot l'autre
-fils Lye dist: C'est pour ma bonne eureté et pour ce toutes femmes me
-diront bieneureuse; et ce fils ot nom Aser.
-
-Ou temps de messon Ruben apporta à Lye sa mère mandagores que il ot
-trouvées en leur champ, et quant Rachel les vit, si les désira moult et
-dist à Lye sa soeur: Donne moy partie des mandagores. Lye respondi: Ne
-te souffist-il pas que tu me ostes mon mary, se tu ne me veulx encores
-oster mes mandagores? Rachel dist: Je veuil qu'il dorme en ceste nuit
-avecques toy pour les mandagores que ton fils a apporté. Lye les luy
-donna, et au soir quant Jacob revint des champs, elle ala encontre luy
-et luy dist: Tu vendras en ceste nuit coucher avecques moy, car je t'ay
-acheté par les mandagores que ton fils m'ot donné.
-
-De ces mandagores met l'Histoire sur Bible moult d'oppinions. Les
-aucuns dient que ce sont arbres qui portent fruit souef flairant
-autel que pommes. Les autres dient que ce sont racines en terre, en
-manière d'erbe, portans feuilles vers, et ont ces racines figure et
-façon d'ommes et de femmes, de tous membres et de chevellure[198].
-_Catholicon_[199] dit: Ce m'est advis que bien pevent estre herbes
-et racines, et que le fruit vault à femmes brehaignes pour aidier à
-concevoir, mais que les femmes ne soient pas trop anciennes.
-
-Celle nuit dormit Jacob avecques Lye, et elle conceut un fils, et
-quant elle l'ot enfanté, elle dist: Dieu m'a enrichie de ce que j'ay
-donné à mon mary ma meschine; et pour ce elle appella son fils le
-cinquiesme Ysacar. Puis ot-elle le sixiesme fils; quant elle l'ot
-enfanté, elle dist: Dieu m'a enrichie de bon douaire à ceste fois, et
-encores sera mon mary avecques moy; et pour ce elle appella son fils
-Zabulon. Encores ot-elle une fille laquelle ot nom Dinam. Après ce,
-nostre Seigneur se recorda de Rachel et essauça sa prière; si lui fist
-concevoir et enfanter un fils dont elle ot moult grant joye et dist:
-Nostre Seigneur a ostée ma reprouche. Si appella son fils Joseph, et
-dist: Dieu m'en doint encores un autre. Après toutes ces choses dessus
-dictes, Jacob appella Laban son oncle et lui dist: Donne moy mes
-moulliers pour lesquelles j'ay servy à toy quatorze ans, et mes enfans;
-si m'en iray en la terre dont je fus né. Laban lui respondi: Je te prie
-que tu demeures encore avec moy, car je sçay bien que par toy Dieu m'a
-bénéy et multiplié mes biens. Jacob respondi: Il me convient pourveoir
-substance pour moy, pour mes enfans, pour mes femmes et ma famille.
-
-Ores du surplus de l'histoire je me tais, car il ne touche point à
-ma matière. Mais par ce que dit est dessus peut estre recueilli la
-grant bonté des dessus dictes Lye et Rachel qui toutes deux et en un
-mesmes temps, elles estans ensemble en un mesme hostel et mesnage,
-servoient et servirent Jacob leur mary en bonne paix et en bon amour,
-sans jalousie, sans tençon et sans envie, et en oultre elles avoient
-laissié leur pays, leur nativité, leur père, leur mère et leur langage
-pour icelluy mary et pour le servir en estrange terre. Et est moult à
-considérer la grant amour et l'ardeur que Rachel avoit d'avoir lignée
-et remembrance de Jacob auquel elle bailla Balan sa chamberière.
-
-Quantes dames est-il maintenant qui le féissent, ne qui vesquissent
-si paisiblement que quant l'une l'aroit, l'autre n'en rechignast
-et murmurast, mais encores pis? Car, par Dieu, je cuide qu'elles
-batteroient l'une l'autre. O Dieu! quelles bonnes femmes et sainctes
-elles furent! Pour néant n'est pas en la bénéisson des espousailles
-ramenteue ceste parole: _Sis amabilis ut Rachel viro, prudens ut Sarra,
-sapiens ut Rebecca_.
-
-Item nous véons en _Thobie_ Xe que Raguel et Anne sa
-femme, quant ils mirent hors de leur hostel Thobie le jeune et Sarre
-leur fille qui estoit femme d'icelluy jeune Thobie, ils baisièrent
-icelle leur fille et l'admonestèrent qu'elle amast cordialment son
-mary et honnourast ses parens, et si fist-elle. Et à ce propos, il est
-trouvé _Machabeorum_, XIº que quant Alixandre oy dire que le roy d'Égipte
-qui avoit espousé sa seur le venoit veoir, il manda par toutes les
-universités à son peuple qu'ils ississent de leurs cités et alassent
-au devant d'icelluy roy d'Égipte pour luy honnorer, et ainsi faisoit
-honneur à ses parens quant il honnouroit le mary de sa seur.
-
-Et pour que l'en ne die mie que je ne vueille aussi bien dire des
-devoirs des hommes comme des femmes, je di aussi qu'il est escript
-_Ad Ephesios_ Vº que les maris doivent amer leurs femmes comme leur
-propre corps, ce n'est mie à dire par fiction, ne par parole, c'est
-léalment, de cuer, avecques ce que dit est dessus. Encores, pour
-monstrer ce que j'ay dit que vous devez estre très privée et très
-amoureuse de vostre mary, je mets un exemple rural que mesmes les
-oiseaulx ramages[200] et les bestes privées et sauvaiges, voire les
-bestes ravissables, ont le sens et industrie de ceste pratique, car
-les oiseaulx femelles suivent et se tiennent prouchaines de leurs
-masles et non d'autres, et les suivent et volent après eulx et non
-après autres. Se les masles s'arrestent, aussi font les femelles et
-s'assieent près de leurs masles: quant leurs masles s'envolent, et
-elles après joingnant à joingnant. Et mesmes les oiseaulx sauvaiges qui
-sont nourris par personnes qui leur sont estranges au commencement,
-puis que iceulx oiseaulx ont prins nourriture d'icelles personnes
-estranges, soient corbeaux, corneilles, choues[201], voire lez oiseaulx
-de proye, comme espriviers, faucons, tiercelez[202], ostours et les
-semblables, si les aiment-ils plus que les autres. Ce mesmes est-il des
-bestes sauvaiges, des dommeschés[203], voire des bestes champestres.
-Des dommeschés, vous véez que un lévrier, ou mastin, ou chiennet, soit
-en alant par le chemin, ou à table, ou en lit, tousjours se tient-il
-au plus près de celluy avecques qui il prent sa nourriture, et laisse
-et est estrange et farouche de tous les autres; et se le chien en est
-loing, tousjours a-il le cuer et l'ueil à son maistre; mesmes se son
-maistre le bat et luy rue pierres après luy, si le suit-il balant
-la queue, et en soy couchant devant son maistre le rapaise, et par
-rivières, par bois, par larronnières et par batailles le suit.
-
-Autre exemple peut estre prins du chien Maquaire[204], qui vit tuer
-son maistre dedens un bois, et depuis qu'il fut mort, ne le laissa,
-mais couchoit ou bois emprès luy qui estoit mort, et aloit de jour
-querre son vivre loing et l'apportoit en sa gueule, et illec retournoit
-sans mengier, mais couchoit, buvoit et mengoit emprès le corps et
-gardoit icelluy corps de son maistre, au bois, tout mort. Depuis,
-icelluy chien se combati et assailli plusieurs fois celluy qui son
-maistre avoit tué, et toutes fois qu'il le trouvoit l'assailloit et
-se combatoit; et en la parfin le desconfi ou champs en l'Isle Nostre
-Dame[205] à Paris, et encore y sont les traces des lices qui furent
-faictes pour le chien et pour le champ.
-
-Par Dieu, je vy à Nyort un chien vieil qui gisoit sur la fosse où son
-maistre avoit esté enterré qui avoit esté tué des Anglois, et y fut
-mené monseigneur de Berry et grant nombre de chevaliers pour veoir la
-merveille de la loyaulté et de l'amour du chien qui jour et nuit ne
-se partoit de dessus la fosse où estoit son maistre que les Anglois
-avoient tué. Et luy fist monseigneur de Berry donner dix frans qui
-furent baillés à un voisin pour lui quérir à mengier toute sa vie[206].
-
-Ce mesmes est-il des bestes champestres; vous le véez d'un mouton, d'un
-aignel, qui suivent et sont privés de leurs maistres et maistresses
-et les suivent et sont privés d'eulx et non d'autres; et autel est-il
-des bestes sauvaiges, comme d'un sanglier, un cerf, une biche, qui
-ont nature sauvage, suivent et se tiennent joingnans et près de leurs
-maistres et maistresses et laissent tous autres. Item, autel est-il des
-bestes mesmes sauvaiges qui sont dévourans et ravissables, comme loups,
-lyons, léopars et les semblables, qui sont bestes farouches, fières,
-cruelles, dévourans et ravissables; si suivent-ils, servent et sont
-privés de ceulx avecques qui ils prennent leur nourriture et qui les
-aiment, et sont estranges des autres.
-
-Ores avez-vous veu moult de divers et estranges exemples dont les
-derrains sont vrais et visibles à l'ueil par lesquels exemples vous
-véez que les oiseaulx du ciel et les bestes privées et sauvages et
-mesmes les bestes ravissables ont ce sens de parfaictement amer et
-estre privées de leurs patrons et bienfaisans et estranges des autres;
-doncques, par meilleure et plus forte raison, les femmes à qui Dieu a
-donné sens naturel, et sont raisonnables, doivent avoir à leurs maris
-parfaicte et solemnelle amour, et pour ce je vous prye que vous soyez
-très amoureuse et très privée de vostre mary qui sera.
-
-
-
-
-LE SIXIÈME ARTICLE.
-
-
-Le sixiesme article de la première distinction dit que vous soiez
-humble et obéissant à celluy qui sera vostre mary, lequel article
-contient en soy quatre membres.
-
-Le premier membre dit que vous soiez obéissant: qui est entendu à lui,
-et à ses commandemens quels qu'ils soient, supposé que les commandemens
-soient fais à certes[207] ou par jeu, ou que les commandemens soient
-fais d'aucunes choses estranges à faire, ou que les commandemens soient
-fais sur choses de petit pris ou de grant pris; car toutes choses vous
-doivent estre de grant pris, puis que cellui qui sera vostre mary le
-vous aura commandé. Le deuxiesme membre ou particularité est à entendre
-que se vous avez aucunes besongnes à faire dont vous n'ayez point parlé
-à celluy qui sera vostre mary, ne il ne s'en est point advisé, et pour
-ce il n'en a riens commandé ne deffendu, se la besongne est hastive
-et qu'il la conviengne faire avant que celluy qui sera vostre mary
-le sache, se vous avez plaisir de la faire en aucune manière, et vous
-sentez que celluy qui sera vostre mary eust plaisir de la faire en une
-autre manière, faictes avant[208] au plaisir de celluy qui sera vostre
-mary que au vostre, car son plaisir doit précéder le vostre.
-
-La troisiesme particularité est à entendre que se celluy qui sera
-vostre mary vous deffendra aucune chose, supposé que sa deffense soit
-faicte à jeu ou à certes, ou que sa deffense soit faicte sur chose de
-petit pris ou de grant value, gardez que aucunement vous ne faciez
-contre sa deffense.
-
-La quarte particularité est que vous ne soyez arrogant ne répliquant
-contre celluy qui sera vostre mary ne contre ses dis, et ne dictes
-contre sa parole, mesmement[209] devant les gens.
-
-En reprenant le premier point des quatre particularités qui dit que
-vous soyez humble à vostre mary et à luy obéissant, etc., l'Escripture
-le commande _Ad Ephesios_ Vº où il est dit: _Mulieres viris suis subdite
-sint sicut domino, quoniam vir caput est mulieris, sicut Christus caput
-est Ecclesie_. C'est à dire que le commandement de Dieu est que les
-femmes soient subjectes à leurs maris comme à seigneurs, car le mary
-est aussi bien chief de la femme comme nostre Seigneur Jhésu-Crist est
-chief de l'Église. Doncques il s'ensuit que ainsi comme l'Église est
-subjecte et obéissant aux commandemens grans et petis de Jhésu-Crist,
-comme à son chief, tout ainsi les femmes doivent estre subjectes à
-leurs maris comme à leur chief et obéir à eulx et à leurs commandemens
-grans et petis. Et ainsi le commanda nostre Seigneur, si comme dit
-saint Jhérosme, et aussi le dit le Décret[210], XXXIIIe _Questione,
-quinto capitulo: Cum caput_. Et pour ce dit l'apostre quant il escript
-aux Hébrieux, ou XIIIe chappitre: _Obedite prepositis vestris et
-subjacete eis, etc._ C'est à dire obéissez à vos souverains et soyez en
-bonne subjection vers eulx. Encores vous est-il assez monstré que c'est
-sentence de nostre Seigneur par ce que dit est par avant, que femme
-doit estre subjecte à homme. Car il est dit que quant au commencement
-du monde Adam fut fait, nostre Seigneur par sa bouche et parole dist:
-Faisons-luy aide. Et lors de la coste de Adam fist la femme comme aide
-et subjecte et ainsi en use-l'en, et c'est raison. Et pour ce, se doit
-bien femme adviser de quelle condition est cellui qu'elle prendra,
-avant qu'elle le preigne. Car, ainsi comme dit un povre homs Rommain
-qui sans son sceu ou pourchas fut par les Rommains esleu à estre
-empereur, quant l'en luy apporta le faudesteul[211] et la couronne
-il fut tout esbahy; l'une de ses premières paroles fut qu'il dist au
-peuple: Prenez vous tous garde que vous faictes ou avez fait, car s'il
-est ainsi que vous m'ayez esleu et je soye demouré empereur, sachez de
-certain que de là en avant mes paroles seront tranchans comme rasouers
-de nouvel esmolus. C'estoit à dire que quiconques n'obéiroit à ses
-défenses ou commandemens, puis qu'il seroit ou estoit fait empereur,
-c'estoit sur peine de perdre la teste.
-
-Ainsi, garde soy une femme comment ne à qui elle sera mariée, car
-quiconques, povre ou petit qu'il ait esté par avant, toutesvoies pour
-le temps à venir depuis le mariage, doit-il estre et est souverain et
-qui peut tout multiplier ou tout descroistre. Et pour ce vous devez
-plus en mary penser à la condition que à l'avoir[212], car vous ne
-le pourrez après changer, et quant vous l'aurez prins, si le tenez à
-amour et amez et obéissez humblement, comme fist Sarre dont il est
-parlé en l'article précédent. Car plusieurs femmes ont gaignié par leur
-obéissance et sont venues à grant honneur, et autres femmes par leur
-désobéissance ont esté reculées et désavancées.
-
-A ce propos d'obéissance, et dont il vient bien à la femme qui est
-obéissant à son mary, puis-je traire un exemple qui fut jà pieçà
-translaté par maistre François Pétrac[213] qui à Romme fut couronné
-poëte, lequel histoire dit ainsi:
-
-Aux confines de Pimont en Lombardie, ainsi comme au pié de la montaigne
-qui devise France et Ytalie, qui est appellée ou païs Mont Vésée[214],
-a une contrée longue et lée, qui est habitée de chasteaulx et villes
-et aournée de bois, de prés, de rivières, de vignes, de foings et
-de terres labourables: et celle terre est appellée la terre de
-Saluces laquelle d'ancienneté seignourist les contrées voisines, et
-d'ancienneté a esté gouvernée jusques aujourd'uy par aucuns nobles et
-puissans princes appellés marquis de Saluces, desquels l'un des plus
-nobles et plus puissans fut appellé Gautier auquel tous les autres de
-celle région, comme barons, chevaliers, escuiers, bourgois, marchans
-et laboureurs obéissoient. Icelluy Gautier marquis de Saluces estoit
-bel de corps, fort et légier, noble de sang, riche d'avoir et de
-grant seignourie, plein de toutes bonnes meurs et parfaitement garni
-de précieux dons de nature. Un vice estoit en lui, car il amoit fort
-solitude et n'acontoit[215] riens au temps à venir, ne en nulle manière
-ne vouloit pour lui mariage. Toute sa joye et plaisance estoit en
-rivières, en bois, en chiens et en oyseaulx, et peu s'entremettoit
-du gouvernement de sa seignourie; pour laquelle chose ses barons le
-mouvoient et admonestoient de marier, et son peuple estoit en très
-grant tristesse et par espécial de ce qu'il ne vouloit entendre à
-mariage. Une journée s'assemblèrent en grant nombre, et les plus
-souffisans vindrent à lui et par la bouche de l'un luy dirent telles
-paroles: O tu, marquis nostre seigneur, l'amour que nous avons en
-toy nous donne hardement de parler féablement. Comme il soit ainsi
-que toy et toutes les choses qui sont en toy nous plaisent et ont
-tousjours pleu, et nous réputons bieneureux d'avoir tel seigneur, une
-chose défault en toy, laquelle se tu la nous veulx octroier, nous nous
-réputons estre mieulx fortunés que tous nos voisins: c'est assavoir
-qu'il te plaise encliner ton courage au lien de mariage, et que ta
-liberté passée soit un peu réfrénée et mise au droit des mariés. Tu
-scez, Sire, que les jours passent en volant sans jamais retourner.
-Et combien que tu soies de jeune aage, toutesvoies de jour en jour
-t'assault la mort et s'approche, laquelle n'espargne à nul aage, et de
-ce nul n'a privilège. Il les convient tous morir, mais l'en ne scet
-quant, ne comment, ne le jour, ne la fin. Tes hommes doncques qui tes
-commandemens jamais ne refuseroient, te prient très humblement qu'ils
-aient liberté de querre pour toy une dame de convenable lignée, noble
-de sang, belle de corps, de bonté et de sens aournée, laquelle il te
-plaira à prendre par mariage, et par laquelle nous espérons avoir de
-toy lignée et seigneur venant de toy à successeur. Sire, fay ceste
-grâce à tes loyaulx subjects, afin que, se de ta haulte et noble
-personne avenoit aucune chose, et que tu t'en alasses de ce siècle, ce
-ne fust mie sans hoir et successeur, et que tes subjects tristes et
-dolans ne demourassent mie sans seigneur.
-
-Ces paroles finées, le marquis meu de pitié et d'amour envers ses
-subjects leur respondi moult doulcement et dist: Mes amis, vous me
-contraignez à ce qui en mon courage ne peut oncquesmais estre; car
-je me délitoie en liberté et en franchise de voulenté laquelle est
-peu trouvée en mariage, ce scevent bien ceulx qui l'ont esprouvé.
-Toutesvoies, pour vostre amour, je me soubsmets à vostre voulenté. Vray
-est que mariage est une chose doubteuse, et maintes fois les enfans
-ne ressemblent pas au père. Toutesfois s'aucun bien vient au père, il
-ne doit mie pour ce dire qu'il luy soit deu de droit, mais vient de
-Dieu de lassus; à lui je recommande le sort de mon mariage, espérant
-en sa doulce bonté qu'il me octroie telle avecques laquelle je puisse
-vivre en paix et en repos expédient à mon salut. Je vous octroye de
-prendre femme, mes amis, et le vous promects; mais je la vueil moy
-mesmes eslire et choisir, et de vous je vueil une chose que vous me
-promectez et gardez: c'est asseurément que celle que je prendray par
-mon élection, quelle qu'elle soit, fille de Prince des Rommains, femme
-de poste[216], ou autre, vous la doiez amer entièrement et honnourer,
-et qu'il n'y ait aucun de vous qui après l'élection du mariage doie
-estre d'elle mal content, ne contre elle groncier ne murmurer.
-
-Lors tous les barons et subjects du marquis furent liés de ce qu'ils
-avoient ce qu'ils demandoient, de laquelle chose ils avoient esté
-maintes fois désespérés. A une voix remercièrent le marquis leur
-seigneur et promirent de bon cuer la révérence et obéissance qu'il leur
-avoit demandé. Grant joie fut ou palais de Saluces, et par le marquis
-fut le jour assigné de ses nopces auquel il devoit prendre femme, et
-commanda faire un grant appareil, trop plus grant que par autre marquis
-n'avoit autresfois esté fait, et que les parens et amis, voisins, et
-les dames du païs ensement[217], fussent semoncés à la dicte journée;
-laquelle chose fut solemnéement acomplie, et entretant que l'appareil
-se faisoit, le marquis de Saluces comme il avoit acoustumé aloit en son
-déduit chacier et vouler[218].
-
-Assez près du chastel de Saluces avoit une petite villette en laquelle
-demouroient un peu de laboureurs, par laquelle villette le marquis
-passoit souventesfois, et entre les dessusdis laboureurs avoit
-un vieil homme et povre qui ne se povoit aidier et estoit appellé
-Jehannicola. A cellui povre homme estoit demourée une fille appellée
-Grisilidis, assez belle de corps, mais trop plus belle de vie et
-de bonnes meurs: nourrie avoit esté de petite vie, comme du labour
-de son père; oncques à sa congnoissance n'estoient venues viandes
-délicieuses ne choses délicatives. Un courage vertueux plein de toute
-meurté en son pis virginal doulcement habitoit; la vieillesse de son
-père, en très grant humilité, doulcement supportoit et soustenoit,
-et icelluy nourrissoit; et un peu de brebis que son père avoit,
-diligemment gardoit et avecques icelles aux champs sa quenoille filoit
-continuelment. Et quant Grisilidis au vespre revenoit et ramenoit ses
-bestes à l'hostel de son père, elle les affouragoit, et appareilloit
-à son père et à elle les viandes que Dieu leur donnoit. Et briefment
-toutes les curialités et services qu'elle povoit faire à son père
-doulcement faisoit.
-
-Le marquis assez informé par commune renommée de la vertu et grant
-bonté d'icelle Grisilidis, en alant à son déduit souventesfois la
-regardoit, et en son cuer la belle manière d'icelle et sa grant vertu
-fichoit et atachoit. Et en la fin détermina en son cuer que Grisilidis
-seroit eslevée par lui à estre sa femme marquise de Saluces, et que
-autre n'aroit, et fist admonester ses barons de venir à ses nopces au
-jour qui estoit déterminé. Icellui jour approucha, et les barons non
-sachans de la fille que le marquis avoit advisé de prendre, furent
-moult esbahis. Toutesvoies, savoient-ils bien que le marquis avoit
-et faisoit appareiller riches robes, ceintures, fermaulx, anneaulx
-et joiaulx à la forme d'une pucelle qui de corps ressembloit à
-Grisilidis. Or advint que le jour des nopces fut venu, et que tout
-le palais de Saluces fut peuplé grandement de barons, de chevaliers,
-de dames et de damoiselles, de bourgois et d'autres gens, mais nulle
-nouvelle n'estoit de l'espousée leur seigneur, laquelle chose n'estoit
-pas sans grant merveille; et qui plus est, l'eure s'approuchoit du
-disner, et tous les officiers estoient prets chascun de faire son
-office. Lors le marquis de Saluces, ainsi comme s'il voulsist aler
-encontre son espousée, se parti de son palais, et les chevaliers et
-dames à grans routes[219], ménestrels et héraulx suivoient.
-
-Mais la pucelle Grisilidis de tout ce riens ne savoit, car ce matin
-mesmes elle appareilloit, nettoioit et ordonnoit l'hostel de son père
-pour aler avecques les autres pucelles voisines veoir l'espousée de
-leur seigneur. A celle heure que le marquis approuchoit, Grisilidis
-apportoit sur sa teste une cruche pleine d'eaue à l'hostel de son père,
-et le marquis à celle heure, ainsi acompaignié comme il estoit, appella
-la pucelle par son nom et lui demanda où son père estoit. Grisilidis
-mist sa cruche à terre et à genoulx, humblement, à grant révérence,
-respondi: Monseigneur, il est à l'hostel.--Va à luy, dist le marquis,
-et luy di qu'il viengne parler à moy. Et elle y ala. Et donc le povre
-homme Jehannicola yssi de son hostel. Le marquis le tira par la main
-et le traït à part et puis secrètement lui dist: Jehannicola, je sçay
-assez que tu m'as amé tousjours et aimes encores, et ce qui me plaist
-à toy doit plaire. Je vueil de toy une chose: c'est assavoir que tu
-me donnes ta fille pour espouse.--Le povre homme n'osa dire mot, et
-un petit après respondit à genoulx, moult humblement: Monseigneur,
-je ne doy vouloir aucune chose ou non vouloir fors ce qui te plaist,
-car tu es mon seigneur. Le marquis lui dist lors: Entre en ta maison
-tout seul, toy et ta fille, car je lui vueil demander aucune chose.
-Le marquis entra en la maison du povre homme Jehannicola comme dit
-est, et tout le peuple demoura dehors forment esmerveillié; et la
-pucelle se mist emprès son père, paoureuse, honteuse et vergongneuse
-de la soudaine survenue de son seigneur et de sa grant et noble
-compaignie, car elle n'avoit pas apris de veoir souvent un tel hoste
-en leur maison. Le marquis adreça ses paroles à elle et si lui dist:
-Grisilidis, à ton père et à moy plaist que tu soies m'espouse, et je
-pense bien que tu ne me refuseras pas, mais je t'ay à demander une
-chose devant ton père; c'est assavoir que ou cas que je te prendray à
-femme, laquelle chose sera de présent, je vueil savoir se tu voudras
-encliner ton couraige entièrement à toute ma voulenté, en telle manière
-que je puisse faire de toy et de ce qui touchera à toy, à ma volenté,
-sans résonance ne contredit par toy, en fait ne en dit, en signe ne en
-pensée. Lors Grisilidis, non sans merveille de si grant fait esbahie,
-respondi: Monseigneur, je congnoy bien que je ne suis pas digne, non
-tant seulement de estre appellée t'espouse, mais d'estre appellée ton
-ancelle; mais s'il te plaist et fortune le me présente, jamais je ne
-sauray faire chose, ne ne feray, ne ne penseray, que je puisse sentir
-qui soit encontre ta voulenté, ne tu ne feras jamais riens envers moy
-que je contredie.--Il souffist, dit le marquis qui prist la pucelle par
-la main et la mena hors de la maison ou milieu de ses barons et de son
-peuple et dist ainsi: Mes amis véez cy ma femme, vostre dame, ceste
-amez, doubtez et honnourez, et se vous m'amez, ceste très chièrement
-amez. Et à ce que Grisilidis n'apportast avecques soy aucunes reliques
-de la vile fortune de povreté, le marquis commanda que par les dames et
-matrones la pucelle fust despouilliée toute nue, dès les piés jusques à
-la teste, et tantost revestue de riches draps et paremens de nopces.
-
-On veist lors les dames embesongnées: les unes la vestoient, et les
-autres la chaussoient, et les autres la ceignoient: les autres lui
-mettoient les fermaulx et cousoient sur ly les perles et pierres
-précieuses: les autres pignoient leur dame et appareilloient son chief
-et lui mettoient une riche couronne par dessus qu'elle n'avoit pas
-apris, et ce n'estoit pas merveille s'elle estoit esbahie. Qui veist
-lors une povre vierge tainte du soleil et ainsi maigre de povreté si
-noblement parée et si richement couronnée et soudainement transformée
-par telle manière que à peine le peuple la recongnoissoit, bien se
-povoit-on de ce merveillier.
-
-Lors les barons prindrent leur dame et à grant joie la menèrent à
-l'église, et là le marquis lui mist l'annel ou doy et l'espousa selon
-l'ordonnance de saincte Eglise et usage du païs. Et acompli le divin
-office, la dame Grisilidis fut assise sur un blanc destrier et de tous
-acompaigniée et menée au palais qui retentissoit de toutes manières
-d'instrumens. Et furent les nopces célébrées, et icellui jour fut
-trespassé en très grant joie et consolation du marquis et de tous
-ses amis et subjects. Et fut la dame avecques son seigneur et mary
-tellement inspirée de sens et de beau maintien, de la divine grâce
-resplendist icelle povre dame Grisilidis en telle manière, que chascun
-disoit que non tant seulement en la maison d'un pastour ou laboureur,
-mais en palais royal ou impérial elle avoit esté enseignée et nourrie.
-Et fut tant amée, chérie et honnourée de tous ceulx qui de s'enfance la
-congnoissoient que à peine povoient croire que elle fust fille du povre
-homme Jehannicola.
-
-La belle estoit de si belle vie et bonne et de si doulces paroles que
-le courage de toutes personnes elle attrayoit à elle amer, et non
-pas tant seulement les subjects du marquis et les voisins, mais des
-provinces d'environ; et les barons et dames pour sa bonne renommée la
-venoient visiter, et tous se partirent de lui joyeux et consolés. Et
-ainsi le marquis et Grisilidis vivoient joyeusement ou palais en paix
-et en repos, à la grâce de Dieu, et dehors à la grâce des hommes, et
-s'esmerveilloient plusieurs comment si grant vertu estoit repousée en
-personne nourrie en si grant povreté; et oultre plus icelle marquise
-s'entremettoit sagement et diligemment du gouvernement et de ce qui
-appartenoit aux dames, et aux commandemens et en la présence de son
-seigneur, de la chose publique sagement et diligemment s'entremettoit.
-Mais quant le cas li offroit des débas et discors des nobles, par ses
-doulces paroles, par si bon jugement et si bonne équité les appaisoit,
-que tous à une voix disoient que pour le salut de la chose publique
-ceste dame leur avoit esté envoiée par provision célestielle.
-
-Un peu de temps après, la marquise Grisilidis fut ençainte et puis
-se délivra d'une belle fille, dont le marquis et tous ceux du pays,
-combien qu'ils amassent mieulx qu'elle eust eu un fils, toutesfois
-ils en eurent grant joye et furent réconfortés. Passé le temps, les
-jours passèrent que la fille du marquis fut sevrée. Lors le marquis qui
-tant amoit s'espouse pour les grans vertus qu'il véoit tous les jours
-croistre en elle, pensa de elle esprouver et de la fort tempter. Il
-entra en sa chambre monstrant face troublée et ainsi comme couroucié
-lui dist ces paroles: O tu, Grisilidis, combien que tu soies à présent
-eslevée en ceste plaisant fortune, je pense bien que tu n'as pas oublié
-ton estat du temps passé, et comment et en quelle manière tu entras en
-cestui palais; tu y as esté bien honnourée, et es encores de moy chérie
-et amée; mais il n'est pas ainsi du courage de mes vassaulx comme tu
-cuides, et par espécial depuis que tu eus lignée. Car ils ont grant
-desdaing d'estre subjects à dame yssue de petis parens et de basse
-lignée, et à moy qui désire, comme sire, avoir paix avecques eux, me
-convient obtempérer aux jugemens et consentir[220] d'aucuns et pas aux
-miens, et faire de ta fille telle chose que nulle ne me pourroit estre
-plus douloureuse au cuer, laquelle chose je ne vueil pas faire que
-tu ne le saches. Si vueil que à ce faire tu t'acordes et prestes ta
-franche voulenté et ayes patience de ce qui se fera, et telle patience
-que tu me promis au commencement de nostre mariage.
-
-Finées les paroles du marquis qui le cuer de la marquise naturelment
-devoient transpercier, icelle marquise, sans muer couleur ne monstrer
-signe de tristesse, à son seigneur humblement respondi: Tu es mon
-seigneur, et moy et ceste petite fille sommes tiennes: de tes choses
-fay ce qu'il te plaist! Nulle chose ne te peut plaire qui aussi ne
-doie plaire à moy, et ce ay-je si fichié au millieu de mon cuer que
-par l'espace d'aucun temps, ne pour mort, il ne sera effacé, et toutes
-autres choses se pourroient faire avant que j'eusse mué mon courage.
-Le marquis lors, oiant la responce de s'espouse, voiant sa constance
-et son humilité, eust en son cuer grant joye laquelle il dissimula, et
-comme triste et doloureux se parti de s'espouse.
-
-Aucuns jours après ce trespassés, le marquis appella un sien subject
-loyal et secret ouquel il se fioit plainement, et tout ce qu'il avoit
-ordonné estre fait de sa fille le commist au sergent, et l'envoia à
-la marquise. Le sergent vint devant sa dame et sagement dist telles
-paroles: Madame, je te prie que tu me vueilles pardonner et que tu ne
-vueilles imputer à moy ce dont je suis contraint de faire. Tu es sage
-dame et scez bien quelle chose est d'estre soubs les seigneurs ausquels
-nulles fois, ne par force, ne par engin, l'en ne peut résister. Madame,
-je suis contraint à prendre ceste fille et acomplir ce qui m'est
-commandé. Lors la marquise en son cuer remembrant des paroles que son
-seigneur lui avoit dictes, par les paroles du sergent entendi bien
-et souspeçonna que sa fille devoit mourir. Elle print en elle cuer
-vertueux et se reconforta, vainquant nature, pour sa promesse et soy
-acquictier et à son seigneur obéissance païer. Et sans soupirer, ne
-autre douleur monstrer en elle, prist sa fille et longuement la regarda
-et doulcement la baisa et si empraint sur elle le signe de la croix;
-si la bailla au sergent et luy dist ainsi: Tout ce que monseigneur t'a
-commandé pense de faire et acomplir entièrement; mais je te vueil prier
-que le tendre corps de ceste pucelle ne soit mengié des oiseaulx ou
-des bestes sauvages, se le contraire ne t'est commandé.
-
-Le sergent se parti de la marquise, emportant sa fille, et secrètement
-vint au marquis et lui monstra sa fille, en faisant relation de
-ce qu'il avoit trouvé la marquise femme de grant courage et sans
-contradition obéissant à lui. Le marquis considéra la grant vertu de sa
-femme et regarda sa fille et à lui prist une paternelle compassion, et
-la rigueur de son propos il ne voult pas muer, mais commanda au sergent
-ouquel il se fioit qu'il envelopast sa fille ainsi qu'il appartenoit à
-l'aise d'elle, et la mist en un panier sur une mule souef portant[221],
-et sans nulle demeure la portast secrètement à Boulongne la Grasse à sa
-seur germaine qui estoit femme du conte de Péruse, et dist à sa dicte
-seur que, sur l'amour qu'elle avoit à luy, elle la feist nourrir et
-endoctriner en toutes bonnes meurs, et que si secrètement fust nourrie
-que son mary le conte ne personne vivant ne le peust jamais savoir.
-
-Lequel sergent tantost et de nuit se parti et porta la fille à
-Boulongne la Grasse et fist son messaige bien diligemment, ainsi comme
-il lui estoit commandé. Et la contesse receut sa niepce à très grant
-joie et fist très sagement tout ce que le marquis son frère luy avoit
-mandé.
-
-Passée paciemment ceste tempeste trespersant les entrailles de
-Grisilidis laquelle fermement et en son cuer tenoit que sa fille fust
-morte et occise, le marquis comme ès temps passés se traïst devers
-s'espouse sans lui dire mot de sa fille, et souvent regardoit la face
-de la marquise, sa manière et sa contenance, pour appercevoir et
-esprouver soubtillement s'il pourroit veoir en son espouse aucun signe
-de douleur, mais nulle mutation de courage ne peut en lui comprendre
-ne veoir, mais pareille liesse et pareil service, une mesme amour, un
-mesme courage; pareille comme devant estoit tousjours la dame envers
-son seigneur, nulle tristesse ne démonstroit, nulle mention ne faisoit
-de sa fille, ne en présence du marquis, ne en son absence.
-
-Et ainsi passèrent quatre ans ensemble le marquis et la marquise en
-grant amour et menant vie amoureuse et paisible. Et au chief de quatre
-ans, la marquise Grisilidis eust un fils de merveilleuse beauté, dont
-le marquis eust parfaite joie et ses amis et ses subjects et tous
-ceulx du païs. Quant l'enfant fut sevré de sa nourrice et il ot deux
-ans, croissant en grant beaulté, le marquis lors resmeu de nouvel de
-sa merveilleuse et périlleuse espreuve, vint à la marquise et lui dit:
-Tu scez et oys jà pieçà comment mon peuple estoit très mal content
-de nostre mariage, et par espécial depuis qu'ils virent que en toy
-avoit fécondité et portoies enfans. Toutesvoies oncquesmais ne furent
-si mal contens mes barons et mon peuple comme ils sont à présent par
-espécial, pour ce que tu as enfanté un enfant masle, et dient souvent,
-et à mes oreilles ay oy leur murmuracion, disans en remposnes: faisons
-Gautier mourir, et le bon homme Jehannicola sera nostre seigneur, et
-si noble pays à tel seigneur sera subject! Telles sentences chascun
-jour machinent; pour lesquelles paroles et doubtes, je qui désire vivre
-en paix avec mes subjects, et néantmoins pour la très grant doubte de
-mon corps, suis contraint et esmeu de faire et ordonner de cestui
-enfant comme je feis de sa seur, laquelle chose je te dis afin que une
-soudaine douleur ne doie perturber ton cuer.
-
-O quelles douloureuses admiracions peut avoit ceste dame en son cuer,
-en recordant la vilaine mort de sa fille, et que de son seul fils de
-l'aage de deux ans la mort pareille estoit déterminée! Qui est cellui,
-je ne dy pas femmes qui de leurs natures sont tendres et à leurs enfans
-amoureuses, mais le plus fort homme de courage qui se pourroit trouver,
-qui de son seul fils telle sentence peust dissimuler? Entendez-cy,
-roynes, princesses et marquises et toutes autres femmes, que la dame
-à son seigneur respondi et y prenez exemple. Monseigneur, dit-elle,
-je t'ay autresfois dit et encores je le répète, que nulle chose je ne
-vueil, ne ne desvueil fors ce que je sçay qu'il te plaist. De moy et
-des enfans tu es seigneur! En tes choses doncques use de ton droit sans
-demander mon consentement. Quant je entray premièrement en ton palais,
-à l'entrée je me dévestis de mes povres robes et de ma propre voulenté
-et affection et vestis les tiennes, pour laquelle cause tout ce que
-tu veulx je vueil. Certainement s'il estoit possible que je feusse
-enformée de tes pensées et vouloirs avant que tu les deisses, quelles
-qu'elles feussent je les acompliroie à mon povoir, car il n'est chose
-en ce monde, ne parens, ne amis, ne ma propre vie, qui à vostre amour
-se puisse comparer.
-
-Le marquis de Saluces oyant la response de sa femme, et en son cuer
-merveillant et pensant si grant vertu et constance non pareille et la
-vraie amour qu'elle avoit à luy, ne respondi riens, mais ainsi comme
-s'il fust troublé de ce que faire se devoit de son fils, s'en ala la
-chière basse, et assez tost après, ainsi comme autresfois avoit fait,
-envoia un sergent loyal secrètement à la marquise. Lequel sergent après
-maintes excusations et démonstrant doulcement qu'il estoit nécessaire à
-lui de obéir à son seigneur, très humblement et piteusement demandoit
-pardon à sa dame se autresfois il lui avoit fait chose qui lui
-despleust, et se encores luy convenoit faire, qu'elle luy pardonnast
-sa grant cruaulté, et demanda l'enfant. La dame, sans arrest et sans
-nul signe de douleur, prist son beau fils entre ses bras et sans gecter
-larmes ne soupirs longuement le regarda, et comme elle avoit fait de
-sa fille, elle le signa du signe de la croix et le béneist en baisant
-doulcement et le bailla au sergent en disant: Tien, mon amy, fais ce
-qui t'est commandé, d'une chose[222] comme autresfois, ainçois je te
-prie, se faire se peut, que les tendres membres de cestui enfant tu
-vueilles garder de la vexation et dévoration des oyseaulx et des bestes
-sauvaiges.
-
-Le sergent print l'enfant et porta secrètement à son seigneur et lui
-raconta tout ce qu'il avoit oy de sa dame, dont le marquis trop plus
-que devant se merveilla du grant et constant courage de sa femme, et
-s'il n'eust bien congneu la grant amour qu'elle avoit à ses enfans,
-il peust penser que tel courage ne procédoit pas d'umanité, mais de
-cruaulté bestiale, et veoit bien clèrement que icelle espouse n'amoit
-riens soubs le ciel par dessus son mary.
-
-Le marquis envoia son fils à Boulongne secrètement à sa seur, par la
-manière qu'il avoit fait sa fille. Et sa seur la contesse de Péruse,
-selon la voulenté son frère le marquis, nourrist sa fille et le fils
-si sagement que onques l'on ne peust savoir de qui lesdis enfans
-estoient, jusques à tant que le marquis l'ordonna comme cy après
-apperra.
-
-Bien peust au marquis de Saluces ainsi crueulx et très rigoreux mary
-souffire la preuve non pareille qu'il avoit faicte de sa femme sans
-luy plus essaïer ne donner autre torment. Mais ils sont aucuns qui en
-fait de souspeçon, quant ils ont commencé, ne scevent prendre fin ne
-appaisier leur courage.
-
-Toutes ces choses passées, le marquis conversant avec la marquise la
-regardoit souventesfois pour veoir s'elle monstroit envers luy aucun
-semblant des choses trespassées, mais oncques il n'apperceust en elle
-mutation ne changement de couraige. De jour en jour la trouvoit joyeuse
-et amoureuse et plus obéissant, par telle manière que nul ne povoit
-appercevoir que en icelles deux personnes eust que un courage, lequel
-courage et voulenté principalment estoit du mary, car ceste espouse,
-comme dit est dessus, ne vouloit pour elle ne par elle aucune propre
-affection, mais remettoit tout à la voulenté de son seigneur.
-
-Le marquis ainsi amoureusement vivant avec sa femme en grant repos et
-en grant joie, sceust qu'il estoit sur ce une renommée, c'est assavoir
-que pour ce que le marquis non advisant le grant lignage dont il estoit
-yssus, honteux de ce qu'il s'étoit conjoint par mariage à la fille
-Jehannicola très povre homme, vergongneux de ce qu'il avoit eu deux
-enfans, il les avoit fait mourir et gecter en tel lieu que nuls ne
-savoient qu'ils estoient devenus. Et combien qu'ils l'amassent bien par
-avant comme leur naturel seigneur, toutesvoies pour ceste cause ils le
-prenoient en haine laquelle il sentoit bien. Et néantmoins ne voit-il
-fleschir ne amolier son courage rigoreux, mais pensa encores par plus
-fort argument et ennuyeuse manière prouver et tempter son espouse, par
-prendre autre femme.
-
-Douze ans estoient jà passés que la fille avoit esté née; le marquis
-manda secrètement à Romme au saint père le Pape et fist impétrer unes
-bulles saintifiées par lesquelles la renommée ala à son peuple que le
-marquis avoit congié du Pape de Romme que pour la paix et repos de luy
-et de ses subjects, son premier mariage délaissé et dégecté, il peust
-prendre à mariage légitime une autre femme. Laquelle chose fust assez
-créable au peuple rude qui estoit indigné contre son seigneur. Ces
-froides nouvelles de ceste bulle, que le marquis devoit prendre une
-autre femme, vindrent aux oreilles de Grisilidis fille de Jehannicola,
-et se raisonnablement fut troublée en son courage nul n'en doit avoir
-merveille. Mais elle qui une fois d'elle mesmes et des siens s'estoit
-soubsmise à la voulenté de son seigneur, de son fait franchement
-délibérée et conseillée, prist cuer en soy, et comme toute reconfortée
-conclut qu'elle attendroit tout ce que cellui ouquel elle s'estoit
-toute soubsmise en vouldroit ordonner.
-
-Lors manda et escript à Boulongne le marquis au conte de Péruse et à sa
-seur qu'ils lui amenassent ses enfans, sans dire de qui ils estoient,
-et sa seur rescript que ainsi le feroit-elle. Ceste venue fust tantost
-publiée, et fut la renommée de courir par tout le païs qu'il venoit
-belle vierge extraicte de grant lignaige qui devoit estre espouse du
-marquis de Saluces.
-
-Le conte de Péruse acompaignié de grans chevaliers et de dames se
-départi de Boulongne et amena avecques luy le fils et la fille du
-marquis. Et estoit le fils de l'aage de huit ans et la fille de l'aage
-de douze ans laquelle estoit très belle de corps et de visaige et
-preste à marier, et estoit parée de riches draps, de vestemens et de
-joyaulx, et à certain jour ordonné devoit estre à Saluces.
-
-Entretant que le conte de Péruse et les enfans estoient au chemin,
-le marquis de Saluces appella Grisilidis s'espouse en la présence
-d'aucuns de ses barons et lui dist telles paroles: Ès temps passés,
-je me délictoie assez de ta compaignie par mariage, tes bonnes meurs
-considérant et non pas ton lignaige, mais à présent, si comme je voy,
-grant fortune chiet sur moy et suis en un grant servaige, ne il ne
-m'est pas consentu que un povre homme laboureur dont tu es venue ait si
-grant seigneurie sur mes vassaulx. Mes hommes me contraignent, et le
-Pape le consent, que je prengne une autre femme que toy laquelle est ou
-chemin et sera tantost icy. Soies doncques de fort courage, Grisilidis,
-et laisse ton lieu à l'autre qui vient. Prens ton douaire et appaise
-ton couraige. Va-t'en en la maison ton père; nulle riens qui soit à
-l'omme ou à la femme en ce monde ne peut estre perpétuel.
-
-Lors respondi Grisilidis et dist ainsi: Monseigneur, je créoie bien,
-ou au moins le pensoie-je, que entre ta magnificence et ma povreté
-ne povoit avoir aucune proportion ne températion, ne oncques je ne
-me réputay estre digne d'estre non tant seulement ton espouse, mais
-d'estre ta meschine, et en ce palais cy ouquel tu m'as fait porter
-et maintenir comme dame, je prens Dieu en tesmoingnage que je me
-suis toujours réputée et démenée comme ancelle, et de tout le temps
-que j'ay demouré avec toy je te rens grâces, et de présent je suis
-appareilliée de retourner en la maison mon père en laquelle je useray
-ma vieillesse et vueil mourir comme une bieneureuse et honnorable
-vefve, qui d'un tel seigneur ay esté espouse. Je laisse mon lieu à
-Dieu qui vueille que très bonne vierge viengne en ce lieu ouquel j'ay
-très joyeusement demouré, et puisque ainsi te plaist, je, sans mal et
-sans rigueur, me pars. Et quant est à mon douaire que tu m'as commandé
-que je doie emporter, quel il est je le voy. Tu scez bien, quant tu
-me prins, à l'issue de l'hostel de mon père Jehannicola, tu me feis
-despouillier toute nue et vestir de tes robes avec lesquelles je vins
-à toy, ne oncques avecques toy je n'apportay autres biens ou douaire
-fors que foy, loyauté, révérence et povreté. Vecy doncques ceste robe
-dont je me despouille, et si te restitue l'annel dout tu me espousas;
-les autres anneaulx, joyaulx, vestemens et aournemens par lesquels
-j'estoie aournée et enrichie sont en ta chambre. Toute nue de la
-maison mon père je yssis, et toute nue je y retourneray, sauf que ce
-me sembleroit chose indigne que ce ventre ouquel furent les enfans que
-tu as engendrés deust apparoir tout nu devant le peuple, pour quoy,
-s'il te plaist et non autrement, je te prie que pour la récompensation
-de ma virginité que je apportay en ton palais et laquelle je n'en
-rapporte pas, il te plaise à commander que une chemise me soit laissée,
-de laquelle je couvriray le ventre de ta femme, jadis marquise, et que
-pour ton honneur je me parte au vespre.
-
-Lors, ne se pot plus le marquis tenir de plourer de la pitié qu'il eust
-de sa très loyale espouse. Il tourna sa face et larmoiant commanda
-que au vespre une seule chemise luy fust baillée. Ainsi fut fait; au
-vespre elle se despouilla de tous ses draps et deschaussa et osta les
-aournemens de son chief, et de sa seule chemise que son seigneur lui
-avoit fait bailler humblement se vesti, et de ce fut contente, et se
-parti du palais nus piés, le chief descouvert, acompaignée de barons et
-de chevaliers, de dames et de damoiselles qui plouroient et regardoient
-ses grans vertus, loyaulté et merveilleuse bonté et patience. Chascun
-plouroit, mais elle n'en gecta une seule larme; mais honnestement et
-tout simplement, les yeulx baissiés, vint vers l'hostel de son père
-Jehannicola, lequel oy le bruit de la venue de si grant compaignie. Et
-pour ce que cellui Jehannicola qui estoit vieil et sage avoit tousjours
-tenu en son cuer les nopces de sa fille pour souspeçonneuses, créant
-que quant son seigneur seroit saoul du petit mariage d'une si povre
-créature, de légier, luy qui estoit si grant seigneur, lui donroit
-congié, fut adoncques tout effréé et soudainement vint à l'uis et vit
-que c'estoit sa fille toute nue, et lors prist hastivement la povre et
-dessirée robe qu'elle avoit pieçà laisiée, et tout larmoyant acourut
-à l'encontre de sa fille laquelle il baisa et revesti et couvri de
-sa dicte vieille robe. Et quant Grisilidis fut venue sur le seuil de
-l'uis de l'hostel de son père, elle, sans monstrer aucun semblant de
-desdaing ne de courroux, se retourna devers les chevaliers, dames et
-damoiselles qui l'avoient acompaignée, et de leur compaignie et convoy
-les mercia doulcement et humblement, et leur dist et monstra par belles
-et doulces paroles que pour Dieu elles ne voulsissent ne dire, ne
-penser, ne croire que son seigneur le marquis eust aucunement tort vers
-elle, qu'il n'estoit mie ainsi, mais avoit bonne cause de faire tout
-ce qu'il luy plaisoit d'elle qui bien estoit tenue de le souffrir et
-endurer. Et aussi véoient-elles bien que à elle n'en desplaisoit point,
-en elles admonestant que, pour l'amour de Dieu, elles voulsissent amer
-léalment leurs maris et très cordieusement et de toute leur puissance
-les servir et honnourer, et que plus grant bien et greigneur renommée
-ne meilleure louenge ne povoient-elles en la parfin acquérir, et leur
-dist adieu. Et ainsi entra en l'hostel de son père, et les seigneurs
-et dames qui l'avoient convoiée s'en retournèrent plourans et fort
-gémissans et souspirans, tellement qu'ils ne povoient regarder l'un
-l'autre ne parler l'un à l'autre.
-
-Grisilidis du tout en tout fut contente; oublieuse et nonchalant des
-grans aises et des grans richesses qu'elle avoit eues et des grans
-services, révérences et obéissances que l'en lui avoit faictes, se
-tint avec son père à petite vie, comme devant, povre d'esperit et en
-très grant humilité vers ses povres amies et anciennes voisines de son
-père, et vesquit de moult humble conversation. Or peut-l'en penser
-quelle douleur et desconfort avoit le povre Jehannicola qui estoit en
-sa vieillesse voyant sa fille en un si povre et si petit estat comme
-elle estoit, après si grans et si haultes honneurs et richesses; mais
-c'estoit un merveilleux bien de veoir comment bénignement, humblement
-et sagement, elle le servoit, et quant elle le véoit pensif, comment
-sagement elle le reconfortoit, et après le mettoit en parole d'autre
-matière.
-
-Moult de jours passés comme dist est, le conte de Péruse et sa noble
-compaignie approuchèrent, et toutes les gens du païs murmuroient des
-nopces du marquis. Le conte de Péruse, frère du marquis, envoia
-plusieurs chevaliers devant pour certifier à son frère le marquis de
-Saluces le jour de sa venue, et qu'il amenoit avec luy la vierge que
-le marquis devoit espouser; car en vérité icellui conte de Péruse ne
-savoit riens que les enfans que la contesse sa femme avoit nourris
-fussent enfans d'icelluy marquis, car celle contesse de Péruse avoit
-la chose tenue secrète vers son mary en nourrissant sa niepce et son
-nepveu, et par les paroles de la contesse pensoit le conte que ce
-fussent enfans d'estrange païs, si comme par leur belle manière les
-enfans le monstroient. Et avoit le conte espérance que puis que la
-fille seroit mariée au marquis, et les nouvelles en iroient par le
-monde, l'en saroit tantost qui seroit le père.
-
-Lors le marquis de Saluces manda querre Grisilidis, et que tantost elle
-venist en son palais; laquelle, sans contradiction vint. Et le marquis
-lui dist: Grisilidis, la pucelle que je doy espouser sera demain cy au
-disner, et pour ce que je désire qu'elle et le conte mon frère et les
-autres seigneurs de leur compaignie soient honnourablement receus, et
-en telle manière que à un chascun soit fait honneur selon son estat, et
-par espécial pour l'amour de la vierge qui vient à moy, et je n'ay en
-mon palais femme ne meschine qui si bien le sache faire à ma voulenté
-comme toy, (car tu congnois mes meurs et comment l'en doit recevoir
-tels gens, et si scez de tout mon palais les chambres, les lieux et les
-ordonnances;) pour ce vueil-je que tu n'aies regart ou temps passé et
-n'aies honte de ta povre robe, et que nonobstant ton petit habit, tu
-preignes la cure de tout mon fait, et tous les officiers de mon hostel
-obéiront à toy. Grisilidis respondit liement: Monseigneur, non tant
-seulement voulentiers, mais de très bon cuer, tout ce que je pourray à
-ton plaisir feray, ne n'en seray jamais lasse ne traveillée, et ne m'en
-feindray, tant que les reliques de mon povre esperit demourront en mon
-corps.
-
-Lors Grisilidis comme une povre ancelle prist les vils instrumens et
-les bailla aux mesgnies, et commanda aux uns à nettoier le palais et
-aux autres les estables, enorter les officiers et meschines de bien
-faire chascun en son endroit la besongne espéciale, et elle emprist à
-drécier et à ordonner les lits et les chambres, tendre les tappis de
-haulte lice et toutes choses de broderie et devises qui appartenoient
-aux paremens du palais, comme pour recevoir l'espouse de son seigneur.
-Et combien que Grisilidis fust en povre estat et en l'abit d'une povre
-ancelle, si sembloit-il bien à tous ceulx qui la véoient qu'elle fust
-une femme de très grant honneur et de merveilleuse prudence. Ceste
-vertu, ce bien et ceste obéissance est assez grant pour toutes les
-dames esmerveillier.
-
-L'endemain, heure de tierce, le conte, avecques luy la pucelle et son
-frère et toute la compaignie, entrèrent en Saluces. Et de la beaulté
-de la vierge et de son frère et de leur belle manière chascun se
-esmerveilloit, et aucuns en y eust qui dirent: Gaultier le marquis
-change sagement son mariage, car ceste espouse est plus tendre et plus
-noble que n'est la fille Jehannicola.
-
-Ainsi entrèrent et descendirent au palais à grant joie. Grisilidis
-qui à toutes ces choses estoit présente et qui se démonstroit toute
-reconfortée d'un si grant cas à elle si près touchant, et de sa povre
-robe non vergongneuse, à lie face, vint de loing à l'encontre de la
-pucelle et de loing humblement la salua à genoulx, disant: Bien soiez
-venue, madame, et puis au fils, et puis au conte, et humblement les
-salua aussi en disant: Bien viengnez-vous avec ma dame. Et mena chascun
-en sa chambre qui estoient richement appareillées. Et quant ils eurent
-veu et advisé les fais et les manières de Grisilidis, à la parfin tous
-se esmerveillèrent comment tant de si bonnes meurs povoient estre en si
-povre habit.
-
-Grisilidis, après ces choses, se traït devers la pucelle et devers
-l'enfant, ne de avec eulx ne se povoit partir. Une heure regardoit à
-la beaulté de la fille, et puis du jeune fils la gracieuse manière,
-et ne se povoit saouler de les fort louer. L'heure approucha que l'en
-devoit aler à la table. Le marquis lors devant tous appella Grisilidis
-et à haulte voix lui dist: Que te semble, Grisilidis, de ceste moie
-espouse? N'est-elle pas assez belle et honneste? Grisilidis, haultement
-et sagement, à genoulx, respondi: Certainement, monseigneur, c'est
-la plus belle et la plus honneste à mon gré que je veisse oncques.
-Monseigneur, avec ceste pourrez-vous mener joyeuse vie et honneste,
-laquelle chose en bonne foy je désire, mais, monseigneur, je vous vueil
-prier et admonester que vous ne vueilliez pas molester ceste nouvelle
-espouse d'estranges admonestemens, car, monseigneur, vous povez penser
-que ceste est jeune et de grant lieu venue, doulcement nourrie, et ne
-les pourroit pas souffrir comme l'autre a souffert, si comme je pense.
-
-Lors le marquis oyant les doulces et sages paroles de Grisilidis et
-considérant la bonne chière et grant constance qu'elle monstroit et
-avoit tousjours monstré, eust en son cuer une piteuse compassion et
-ne se peut plus tenir de monstrer sa voulenté, et en la présence de
-tous à haulte voix dist ainsi: O Grisilidis! Grisilidis! je vois et
-congnois, et me souffist assez ta vraie foy et loyaulté; et l'amour
-que tu as vers moy, ta constant obédience et vraie humilité sont par
-moy esprouvées et très bien congneues et me contraignent de dire que
-je croy qu'il n'y a homme dessoubs le ciel qui s'espouse ait tant
-esprouvée comme j'ay toy. Et lors Grisilidis mua couleur, à tout le
-chief enclin[223] par honneste vergongne, pour les grans louenges dont
-elle estoit devant tant de peuple louée du marquis son seigneur. Lequel
-adoncques larmoyant l'embrassa en la baisant et luy dist: Tu seule es
-mon espouse, ne autre espouse jamais je n'aray. Celle que tu pensoies
-estre ma nouvelle espouse est ta fille, et cestui enfant est ton fils:
-lesquels deux enfans estoient perdus par l'opinion de nos subjects.
-Sachent donc tous ceulx qui le contraire pensoient que j'ay voulu
-ceste ma loyale espouse curieusement et rigoreusement esprouver, et
-non pas pour la contemner ou despire, et ses enfans ay-je fait nourrir
-secrètement par ma seur à Boulongne, et non pas occire ne tuer.
-
-La marquise Grisilidis lors oyant les paroles de son mary cheist
-devant lui toute pasmée à terre, de joie de veoir ses enfans. Elle fut
-tantost relevée et quant elle fut relevée elle prist ses deux enfans et
-doulcement les acola et baisa, tellement qu'elle les couvrist tous de
-larmes, ne l'en ne les povoit oster d'entre ses bras, dont c'estoit
-grant pitié à veoir. Les dames et damoiselles joyeusement plourans
-prirent leur dame Grisilidis et tantost l'enmenèrent en une chambre
-et lui dévestirent ses povres robes et vestemens et la revestirent
-des autres et la receurent à marquise comme il appartenoit. Léans eut
-une telle solemnité et telle joie de ce que les enfans du marquis
-estoient retournés à inestimable consolation de la mère, du marquis et
-de ses amis et subjects, que par tout le pays la grant joie en fust
-respandue, et ce jour ou palais de Saluces eut de pitié maintes larmes
-respandues, ne ne se povoient saouler de léalment recorder les grans
-vertus non pareilles de Grisilidis qui mieulx sembloit estre fille
-d'un empereur par contenance, ou de Salemon par prudence, que fille
-du povre Jehannicola. La feste fut trop plus grande et plus joyeuse
-qu'elle n'avoit esté de leurs nopces, et vesquirent depuis ensemble
-le marquis et la marquise l'espace de vingt ans en grant amour, paix
-et concorde. Et quant est de Jehannicola père de Grisilidis duquel le
-marquis n'avoit fait compte ès temps passés pour esprouver sa fille,
-icellui marquis le fist translater ou palais de Saluces et là le tint
-le marquis à grant honneur tous les jours de sa vie. Sa fille aussi
-maria icellui marquis haultement et puissamment, et aussi, quant son
-fils fut en aage, il le maria et ot enfans lesquels il vit; et après sa
-fin gracieuse il laissa son fils hoir et successeur de Saluces, à grant
-consolation de tous ses amis et subjects.
-
-Chère seur, ceste histoire fut translatée par maistre François Pétrac
-poëte couronné à Romme, non mie pour mouvoir les bonnes dames à avoir
-patience ès tribulations que leur font leurs maris pour l'amour
-d'iceulx maris tant seulement, mais fut translatée pour monstrer que
-puisque ainsi est que Dieu, l'Église et raison veullent qu'elles soient
-obéissans, et que leurs maris veullent qu'elles aient tant à souffrir,
-et que pour pis eschever il leur est nécessité de eulx soubsmettre du
-tout à la voulenté de leurs maris et endurer patiemment ce que iceux
-maris veulent, et que encores et néantmoins icelles bonnes dames les
-doient celer et taire et nonobstant ce les rappaisier, rappeller, et
-elles retraire et raprouchier tousjours joyeusement à la grâce et
-amour d'iceulx maris qui sont mortels, par plus forte raison doivent
-hommes et femmes souffrir patiemment les tribulations que Dieu qui est
-immortel, éternel et pardurable leur envoie, et nonobstant mortalité
-d'amis, perte de biens, d'enfans, ne de lignage, desconfiture par
-ennemis, prises, occisions, pertes, feu, tempestes, orage de temps,
-ravine d'eaue ou autres tribulations soudaines, tousjours le doit-on
-souffrir patiemment et retourner joindre et rappeller amoureusement et
-attraiement[224] à l'amour du souverain immortel, éternel et pardurable
-seigneur, par l'exemple de ceste povre femme née en povreté, de menues
-gens sans honneur et science, qui tant souffri pour son mortel ami.
-
-Et je qui seulement pour vous endoctriner l'ay mise cy, ne l'y ay pas
-mise pour l'applicquer à vous, ne pour ce que je vueille de vous telle
-obéissance, car je n'en suis mie digne, et aussi je ne suis mie marquis
-ne ne vous ay prise bergière, ne je ne suis si fol, si oultrecuidié,
-ne si jeune de sens, que je ne doie bien savoir que ce n'appartient
-pas à moy de vous faire tels assaulx, ne essais ou semblables. Dieu
-me gart de vous, par ceste manière ne par autres, soubs couleur de
-faulses simulations, vous en essaier! Ne autrement en quelque manière
-ne vous vueil-je point essaier, car à moy souffist bien l'espreuve jà
-faicte par la bonne renommée de vos prédécesseurs et de vous, avecques
-ce que je sens et voy à l'ueil et congnois par vraie expérience. Et me
-excuse se l'histoire parle de trop grant cruaulté, à mon advis, plus
-que de raison. Et croy que ce ne fust oncques vray, mais l'histoire est
-telle et ne la doy pas corriger ne faire autre, car plus sage de moy la
-compila et intitula. Et désire bien que puisque autres l'ont veue, que
-aussi vous la véez et sachiez de tout parler comme les autres.
-
-Ainsi, chère seur, comme j'ay dit devant que vous devez estre obéissant
-à cellui qui sera vostre mary, et que par bonne obéissance une
-preudefemme acquiert l'amour de son mary, et en la fin a de lui ce
-qu'elle désire: ainsi puis-je dire que par deffault d'obéissance, ou
-par haultesse se vous l'emprenez, vous destruisez vous et vostre mary
-et vostre mesnaige. Et j'en tray à exemple un raconte qui dit ainsi:
-Il advint que deux mariés eurent contention l'un contre l'autre, c'est
-assavoir la femme contre le mary; car chascun d'eulx se disoit estre
-le plus sage, le plus noble de lignée et le plus digne, et allégoient
-comme fols plusieurs raisons l'un contre l'autre, et si aigrement garda
-la femme sa rigueur contre le mary qui au commencement, par aventure,
-ne l'avoit pas doctrinée doulcement, que pour eschever dommageux
-esclandre il convint que amis s'en entremissent. Plusieurs assemblées
-d'amis en furent faictes, plusieurs reprouches entregectés, et nul
-remède n'y povoit estre trouvé que la femme par son orgueil ne voulsist
-avoir ses drois tous esclarcis par poins, et que les obéissances et
-services que les amis disoient qu'elle devoit faire à son mary lui
-fussent mis et escripts par articles d'une part, et autant et autel à
-son mary pour elle d'autre part; et à tant devoient demourer ensemble,
-se non en amour, ou mains en paix. Ainsi fut fait et demourèrent depuis
-par aucun temps que la femme gardoit et garda estroitement son droit
-par sa cédule contre son mary, ouquel mary, pour pis eschever, il
-convenoit avoir ou faindre patience en despit qu'il en eust, car il
-avoit pris trop tart à l'amender.
-
-Un jour aloient en pélerinage et leur convint passer un fossé pardessus
-une estroite planche. Le mary passa le premier, puis se retourna et
-vist que sa femme estoit paoureuse et n'osoit passer après luy; si
-doubta le mary que s'elle passoit, la paour mesmes ne la feist cheoir,
-et retourna charitablement à elle et la print et tint par la main; et
-en la menant du long de la planche, la tenoit, et en parlant à elle
-l'asseuroit qu'elle n'eust point paour, et tousjours parloit à elle et
-aloit le bons homs à reculons; si chéy en l'eaue qui estoit parfonde
-et se combatist fort en l'eaue pour eschever le péril de noyer, si
-s'arresta et se tint à une vieille planche qui de grant temps passé y
-estoit cheute et qui là flotoit, et dist à sa femme que à l'aide de son
-bourdon qu'elle portoit, elle tirast la planche au bort de l'eaue pour
-lui sauver. Elle luy respondi: Nennil, nennil, dist-elle, je regarderay
-premièrement en ma cédule s'il y est escript que je le doie faire, et
-s'il y est, je le feray: et autrement, non. Elle y regarda, et pour
-ce que sa cédule n'en faisoit point mention, elle luy respondi qu'elle
-n'en feroit rien, et le laissa et s'en ala. Le mary fut en l'eaue lonc
-temps et tant qu'il fut sur le point de morir. Le seigneur du pays et
-ses gens passèrent par illecques et le virent et le rescouirent qu'il
-estoit près de mort. Ils le feirent chaufer et aisier, et quant la
-parole lui fut revenue, l'en lui demanda le cas: il le raconta comme
-dessus; le seigneur fist suivir et prendre la femme et la fist ardoir.
-Or véez quelle fin son orgueil lui donna, qui par sa grant inobédience
-vouloit si estroitement garder sa raison contre son mary.
-
-Et, par Dieu, il n'est pas tousjours saison de dire à son souverain:
-Je n'en feray riens, ce n'est pas raison; plus de bien vient d'obéir,
-et pour ce je tray à exemple la parole de la benoite vierge Marie,
-quant l'ange Gabriel luy apporta la nouvelle que nostre Seigneur
-s'enumbreroit en elle. Elle ne respondi pas: ce n'est pas raison, je
-suis pucelle et vierge, je n'en souffreray rien, je seroie diffamée;
-mais elle obéissamment respondi: _Fiat michi secundum verbum tuum_,
-qui vault autant à dire comme: ce qui luy plaist soit fait. Ainsi
-elle fut vraie humble et obéissant, et par son humilité et obéissance
-grant bien nous est venu, et par inobédience et orgueil grant mal et
-mauvaise conclusion vient, comme il est dit dessus de celle qui fut
-arse, et comme on lit en la Bible de Ève, par la désobéissance et
-orgueil de laquelle elle et toutes celles qui après elle sont venues
-et vendront, furent et ont esté par la bouche de Dieu mauldictes. Car,
-si comme dit l'Historieur, pour ce que Ève pécha doublement elle eust
-deux maléditions. Premièrement, quand elle s'éleva par orgueil et
-que elle voult estre semblable à Dieu: pour ce fut-elle abaissiée et
-humiliée en la première malédition où Dieu dist ainsi: _Multiplicabo
-ærumnas tuas et sub potestate viri eris, et ipse dominabitur tibi_.
-C'est à dire: Je multiplieray tes peines, tu seras soubs la puissance
-d'homme, et il aura seignourie sur toy. L'Histoire dit que avant
-qu'elle péchast, elle estoit bien aucunement subjecte à homme pour ce
-qu'elle avoit esté faicte d'homme et de la coste d'icellui, mais icelle
-subjection estoit moult doulce et attrempée et naissoit de droicte
-obéissance et fine[225] voulenté, mais après ceste malédition, elle fut
-de tout en tout subjecte par nécessité et voulsist ou non, et toutes
-les autres qui d'elle vindrent et vendront ont eu et auront à souffrir
-et obéir à ce que leurs maris vouldront faire, et seront tenues de
-entériner[226] leurs commandemens. La seconde malédition fut telle:
-_Multiplicabo conceptus tuos; in dolore paries filios tuos_. Dist Dieu:
-Je multiplieray tes concevemens, c'est à dire: tu concevras plusieurs
-enfans en douleur, et en travail enfanteras tes fils. L'Histoire dit
-que la malédition ne fut pas pour l'enfant, mais de la douleur que
-femmes ont à l'enfanter.
-
-Aussi véez-vous la malédition que nostre Seigneur voult donner pour
-la désobéissance[227] de Lucifer. Car jadis Lucifer fut le plus
-solemnel ange, et le mieulx amé et le plus prouchain de Dieu qui fust
-adoncques en paradis, et pour ce estoit-il de tous appellé Lucifer,
-c'est _quasi lucem ferens_, qui est à dire portant lumière, car au
-regart des autres toute clarté et toute joie estoit où il venoit pour
-ce qu'il représentoit et donnoit souvenance d'icellui souverain
-Seigneur qui tant l'amoit et dont il venoit et duquel il estoit si
-prouchain. Et si tost que icelluy Lucifer laissa humilité et en orgueil
-haussa son courage, le mist nostre Seigneur plus loing de luy, car
-il le fist trébuchier plus bas que nul autre, c'est assavoir ou plus
-parfont d'enfer où il est le plus ort, le pire et le plus meschant des
-meschans. Aussi pareillement sachiez que vous serez si prouchaine de
-vostre mary que partout où il vendra il portera mémoire, souvenance et
-remembrance de vous. Et vous le véez de tous mariés, car tantost que
-l'en voit le mary, l'en lui demande: comment le fait[228] vostre femme?
-Et aussi, quant l'en voit la femme, l'en luy demande: comment le fait
-vostre mary? Tant est la femme jointe avecques le mary.
-
-Doncques véez-vous, tant par les jugemens de Dieu mesmes que par les
-exemples dessus allégués, que se vous n'estes obéissant en toutes
-choses grandes et petites à vostre mary qui sera, vous serez plus à
-blasmer et punir de vostre dit mary que un autre qui luy désobéiroit,
-en tant que vous estes plus prouchaine de lui. Se vous estiez moins
-obéissant, et vostre chamberière luy feist par amours[229] et service
-ou autrement, obéissance tellement que en vous délaissant il convenist
-à elle commettre les espéciaulx besongnes qu'il vous devroit commettre,
-et il ne vous commeist riens et vous laissast derrière, que diroient
-vos amis? Que présumeroit vostre cuer quant il s'en apparcevroit?
-Et puis que il auroit traîné[230] son plaisir illecques, comment le
-pourriez-vous depuis retraire? Certes, il ne serait mie en vostre
-puissance.
-
-Et, pour Dieu, gardez-vous que ce meschief n'aviengne, que une seule
-fois il prengne autruy service que le vostre. Et doncques vous
-soient ses commandemens, mesmement les petis qui de prime face vous
-sembleroient estre de nulle valeur ou estranges, tellement attachés
-au cuer que de vos plaisirs ne vous chaille fors que des siens, et
-gardez que par vostre main et par vous mesmes et en vostre personne
-les siens soient achevés; et quant à lui ne à ses affaires qui vous
-appartendront, ne souffrez aucun approucher, ne nul n'y mette la main
-que vous, et les vostres affaires soient par vous commandés et commis à
-vos enfans et à vos privés mesgnies qui sont dessoubs vous, à chascun
-selon son endroit, et s'ils ne le font, si les en punissez.
-
-Et pour ce que je vous ay dit que vous soiez obéissant à vostre mary
-qui sera, c'est assavoir plus que à nul autre et pardessus toute
-autre créature vivant, peut ceste parole d'obédience estre entendue
-et à vous déclairée; c'est assavoir que en tous cas, en tous termes,
-en tous lieux et en toutes saisons, vous faictes et acomplissiez
-sans redargution tous ses commandemens quelconques. Car sachiez que
-puis qu'il soit homme raisonnable et de bon sens naturel, il ne vous
-commandera riens sans cause, ne ne vous laissera riens faire contre
-raison. Jasoit-ce qu'ils sont aucunes femmes qui pardessus la raison
-et sens de leurs maris veulent gloser et esplucher, et encores pour
-faire les sages et les maistresses, font-elles plus devant les gens que
-autrement, qui est le pis. Car jasoit-ce que je ne vueille mie dire
-qu'elles ne doivent tout savoir et que leurs maris ne leur doivent
-tout dire, toutesvoies ce doit estre dit et fait à part, et doit
-venir du vouloir et de la courtoisie du mary, non mie de l'auctorité,
-maistrise et seignourie de la femme qui le doie, par manière de
-domination, interroguer devant la gent. Car devant la gent, pour
-monstrer son obéissance et pour son honneur garder, n'en doit-elle
-sonner mot, pour ce qu'il sembleroit à la gent qui ce orroient que le
-mary eust accoustumé à rendre compte de ses vouloirs à sa femme, ce que
-femme ne doit pas vouloir que l'en apparçoive, car en tel cas elles se
-démonstreroient comme maistresses et dames, et à elles-mesmes feroient
-grant blasme, et grant vilenie à leurs maris.
-
-De rechief, aucunes sont à qui leurs maris commandent faire aucunes
-choses qui à elles semblent petites et de petite valeur, et elles
-n'ont pas regard à l'encontre de celluy de qui le commandement vient,
-ne à l'obéissance qu'elles luy doivent, mais à la valeur de la chose
-seulement, laquelle valeur elles jugent selon leur sens et non mie
-aucunes fois selon la vérité, car elles ne la scevent pas, puisque
-l'en ne leur a dicte. Exemple qui peut avenir: Un homme nommé Robert
-qui me doit deux cens frans me vient dire adieu et dit qu'il s'en va
-oultre mer et me dit telles paroles: Sire, fait-il, je vous doy deux
-cens frans lesquels j'ay bailliés à ma femme qui ne vous congnoist,
-mais je lui ay dit qu'elle les baille à celluy qui lui portera son nom
-par escript de ma main, et véez-le-cy. Et à tant se part, et tantost
-qu'il s'est party de moy, sans dire le cas, je le commande à garder à
-ma femme à qui je me fie, laquelle ma femme le fait lire à un autre,
-et quant elle voit que c'est le nom d'une femme, elle en pensant à mal
-le gecte ou feu, et par courroux me vient dire qu'elle ne daigneroit
-estre ma maquerelle. Cy a belle obéissance! Item, je lui bailleray
-un festu ou un viés clou ou un caillou qui m'ont esté baillés pour
-aucunes enseignes[231] d'aucuns grans cas, ou un fil ou une vergette
-de bois pour mesure d'aucune grosse besongne dont, par oubliance ou
-par autre adventure, je ne diray riens à ma femme du cas ne de la
-matière, mais je luy bailleray pour garder espécialment; celle n'aura
-regard fors à la valeur du fil ou de la vergette et autre compte ne
-tendra de mon commandement, en despit de ce que je ne luy auray porté
-honneur et révérence de lui dire le cas au long. Et communément telles
-femmes rebelles, haultaines et couvertes[232], quant pour monstrer leur
-maistrise elles ont tout honni[233], elles cuident, en elles excusant,
-faire croire à leurs maris qu'elles cuidoient que ce fust un néant et
-pour ce n'ont point fait leur commandement; mais se leurs maris sont
-saiges, ils voient bien que c'est par desdaing et despit de ce qu'ils
-ne leur avoient pas porté telle honneur que de leur dire le cas tantost
-et sans délay, et par aventure ont le commandement en nonchalance par
-leur fierté, ne ne leur chault en riens du desplaisir de leurs maris,
-mais que[234] seulement elles ayent achoison d'elles excuser et dire:
-ce n'estoit riens, mais se ce eust esté grant chose, je l'eusse fait.
-Et pour tant, ce leur semble, seront excusées, mais il leur semble
-mal, car jasoit-ce que lors le mari n'en die rien adonc, toutesvoies
-elles perdent tousjours le nom de la vertu d'obéissance, et la tache
-de la désobéissance demeure long temps après dedens le cuer du mary si
-attachée qu'à une autre fois il en souviendra au mary quant la femme
-cuidera que la paix soit faicte et que le mary l'ait oublié. Or escheve
-donc femme ce dangereux péril, et prengne garde à ce que dit l'apostre
-_Ad Hebreos_ XIIIº: _Obedite_, etc.
-
-Or dit encores cest article que la femme doit obéir à son mary et
-faire ses commandemens quelconques grans et petis, et mesmes les très
-petis; ne il ne convient point que vostre mary vous die la cause de son
-commandement, ne qui le meut, car ce sembleroit un signe de le vouloir
-ou non vouloir faire selon ce que la cause vous sembleroit ou bonne ou
-autre, ce qui ne doit pas cheoir en vous ne en vostre jugement, car
-à lui appartient de le savoir tout seul, et à vous n'appartient pas
-de luy demander, se ce n'est après, à vous deux seulement et à privé.
-Car pardessus son commandement vous ne devez avoir en quelque chose
-reculement, reffus, retardement ou délay, ne pardessus sa deffence
-rien faire, corrigier, acroistre, apeticier, eslargir ou estrecier en
-quelque manière; car en tout et partout, soit bien, soit mal que vous
-ayez fait, vous estes quictes et délivres en disant: mon mary le m'a
-commandé. Encores, se mal vient par vostre ouvrage, si dit-l'en d'une
-femme mariée: elle fist bien puis que son mary luy commanda, car en ce
-faisant elle fist son devoir. Et ainsi, au pis venir, vous en seriez
-non mie seulement excusée, mais bien louée.
-
-Et à ce propos je vous diray une piteuse merveille et que je plain
-bien[235]. Je sçay une femme de très grant nom en bourgeoisie qui est
-mariée à une bonne personne, et sont deux bonnes créatures, jeunes
-gens paisibles, et qui ont de beaux petis enfans. La femme est blasmée
-d'avoir receu la compaignie d'un grant seigneur, mais, par Dieu,
-quant l'on en parle, les autres femmes et hommes qui scevent le cas,
-et mesmement ceux qui héent ce péchié, dient que la femme n'en doit
-point estre blasmée, car son mary luy commanda. Le cas est tel qu'ils
-demeurent en une des plus grans cités de ce royaume. Son mary et
-plusieurs autres bourgois furent de par le Roy emprisonnés pour une
-rébellion que le commun avoit faicte. Chascun jour l'en en coppoit les
-testes à trois ou à quatre d'iceulx. Elle et les autres femmes d'iceulx
-prisonniers estoient chascun jour devers les seigneurs, plourans et
-agenoillans, et les mains joinctes requérans que l'en eust pitié et
-miséricorde et entendist-l'en à la délivrance de leurs maris. L'un
-des seigneurs qui estoit entour le Roy, comme non crémant Dieu ne sa
-justice, mais comme cruel et félon tirant, fist dire à icelle bourgoise
-que s'elle vouloit faire sa voulenté, sans faulte il feroit délivrer
-son mary. Elle ne respondi riens sur ce, mais dist au messaige que
-pour l'amour de Dieu il feist par devers ceulx qui gardoient son mary
-en la prison qu'elle veist son mary et qu'elle parlast à luy. Et ainsi
-fut fait, car elle fut mise en prison avec son mary, et toute plourant
-luy dist ce qu'elle véoit ou povoit apparcevoir des autres, et aussi
-de l'estat de sa délivrance, et la vilaine requeste que l'en lui avoit
-faicte. Son mary luy commanda que comment qu'il fust elle feist tant
-qu'il eschappast sans mort, et qu'elle n'y espargnast ne son corps,
-ne son honneur, ne autre chose, pour le sauver et rescourre sa vie. A
-tant se partirent l'un de l'autre, tous deux plourans. Plusieurs des
-autres prisonniers bourgois furent décapités, son mary fut délivré. Si
-l'excuse-l'en d'un si grant cas que, supposé encores qu'il soit vray,
-si n'y a-elle ne péchié ne coulpe, ne n'y commist délit ne mauvaistié
-quant son mary luy commanda, mais le fist, pour sauver son mary,
-sagement et comme bonne femme. Mais toutesvoies, je laisse le cas
-qui est vilain à raconter et trop grant, (maudit soit le tirant qui
-ce fist!) et revien à mon propos que l'en doit obéir à son mary, et
-laisseray les grans cas et prendray les petis cas d'esbatement.
-
-Par Dieu, je croy que quant deux bonnes preudes gens sont mariés,
-toutes autres amours sont reculées, annichilées et oubliées, fors
-d'eulx deux, et me semble que quant ils sont présens et l'un devant
-l'autre, ils s'entre-regardent plus que autres, ils s'entre-pincent,
-ils s'entre-hurtent, et ne font signe ne ne parlent voulentiers, fors
-l'un à l'autre. Et quant ils s'entr'éloignent, si pensent-ils l'un
-à l'autre, et dient en leur cuer: quant je le verray, je luy feray
-ainsi, je luy diray ainsi, je le prieray de tel chose. Et tous leurs
-plaisirs espéciaulx, leurs principaulx désirs et leurs parfaictes joies
-sont de faire les plaisirs et obéissances l'un de l'autre, et s'ils
-s'entre-aiment, il ne leur chault de obéissance ne de révérence, fors
-le commun qui est trop petite entre plusieurs.
-
-Et à ce propos de jeux et esbatemens entre les maris et les femmes,
-par Dieu, j'ay ouy dire au bailli de Tournay[236] qu'il a esté en
-plusieurs compaignies et disners avecques hommes qui estoient de long
-temps mariés, et avecques iceulx a fait plusieurs bourgages[237] et
-gaigeures de païer le disner qu'ils auroient fait et plusieurs escos et
-disners à païer sur condition que d'illecques tous les compaignons de
-l'escot iroient ensemble en l'hostel de tous iceulx mariés, l'un après
-l'autre, et celluy de l'assemblée qui aroit femme si obéissant qu'il
-la peust arrangéement et sans faillir faire compter jusques à quatre,
-sans arrest, contradition, mocquerie ou réplication, seroit quicte de
-l'escot, et cellui ou ceulx de qui les femmes seroient rebelles et
-répliqueroient, mocqueroient ou desdiroient, icelluy escot rendroient,
-ou chascun autant. Et quant ainsi estoit accordé, l'en aloit adoncques
-par droit esbatement et par droit jeu en l'hostel Robin qui appelloit
-Marie sa femme qui bien faisoit la gorgue[238], et devant tous le mary
-luy disoit: Marie, dictes après moy ce que je diray. Voulentiers,
-sire.--Marie dictes: empreu[239],--empreu--et deux--et deux--et
-trois... Adonc, Marie un peu fièrement disoit: et sept, et douze, et
-quatorze! Esgar[240]! vous mocquez-vous de moy? Ainsi le mary Marie
-perdoit. Après ce, l'en aloit en l'hostel Jehan qui appelloit Agnesot
-sa femme qui bien savoit faire la dame, et luy disoit: dictes après moy
-ce que je diray--Empreu.--Agnesot disoit par desdain: et deux. Adonc
-perdoit. Tassin disoit à dame Tassine: Empreu.--Tassine par orgueil
-disoit en hault: C'est de nouvel! Ou disoit: Je ne suis mie enfant pour
-aprendre à compter. Ou disoit: or çà, de par Dieu, esgar, estes-vous
-devenu ménestrier? Et les semblables. Et ainsi perdoit; et tous ceulx
-qui avoient espousées les jeunes bien aprises et bien endoctrinées
-gaignoient et estoient joyeux.
-
-Regardez mesmes que Dieu qui est sage sur toute sagesse fist pour
-ce que Adam, désobéissant et mesprisant le commandement de Dieu ou
-deffense, menga la pomme (qui estoit peu de chose à luy que une pomme),
-et comment il en fut courroucié; il ne se courrouça pas pour la pomme,
-mais pour la désobéissance et le petit compte qu'il tenoit de luy.
-Regardez comment il ama la vierge Marie pour son obéissance. Regardez
-des obéissances et fais d'Abraham, dont il est parlé cy dessus à deux
-feuillets près, qui par simple mandement fist si grans et terribles
-choses sans demander la cause. Regardez de Grisilidis, quels fais elle
-supporta et endura en son cuer sans demander cause pour quoy, et si
-n'y povoit estre apparceu ne considéré cause aucune, ne couleur de
-cause, proufit à venir, ne nécessité de faire, fors que seule voulenté
-terrible et espoventable, et si n'en demandoit ne n'en disoit mot, et
-dont elle acquist telle louenge que maintenant que sommes cinq cens ans
-après sa mort, il est lecture de son bien.
-
-Et n'est mie maintenant commencement de faire doctrine de l'obéissance
-des femmes envers leurs maris. Il est trouvé en Genesy, ou XXIXe
-chappitre, que Loth et sa femme se partirent d'une cité; Loth deffendit
-à sa femme qu'elle ne regardast point derrière ly. Elle s'en tint une
-pièce, et après mesprisa le commandement et y regarda. Incontinent,
-Dieu la converti en une pierre de sel, et la demoura, et encores est
-telle et sera. C'est propre texte de la Bible et le nous convient
-croire par nécessité, ou autrement nous ne serions pas bons chrestiens.
-Or véez-vous, se Dieu essayoit adoncques ses amis et ses serviteurs en
-bien petites choses, comme pour une pomme l'un, pour regarder derrière
-luy l'autre, aussi n'est-ce pas merveille se les maris qui par leur
-bonté ont mis tout leur cuer, toutes leurs joies et esbatemens en leurs
-femmes et arrière mises toutes autres amours, preignent plaisir en leur
-obéissance, et par amoureux esbatement et à autruy non nuisibles les
-essayer.
-
-Et pour ce, en reprenant ce que dessus, comment les maris essaient
-l'obéissance des femmes, jasoit-ce que ce ne soit que jeu, toutesvoies
-à tous qui estoient désobéis et qui par ce perdoient, le cuer leur
-douloit de la mocquerie et de la perte, et quelque semblant qu'ils
-en feissent, ils en estoient tous honteux et moins amoureux de leurs
-femmes qui leur estoient peu humbles, craintives et obéissans, ce
-qu'elles ne devoient pas estre en tant soit petite chose, toutesvoies
-s'il n'y avoit grant cause, laquelle cause elle luy devroit dire en
-secret et à part. Et sont aucunes fois les jeunes et fols maris si
-meschans que sans raison que par petites et inutiles achoisons[241]
-dont les commencemens sont venus par jeu et de néant, et par
-continuelles désobéissances de leurs preudefemmes, ils amassent et
-amoncellent un secret et couvert courroux en leurs cuers dont pis
-vient à tous les deux, et aucunes fois se acointent de meschans et
-deshonnestes femmes qui les obéissent en toutes choses et honnorent
-plus qu'ils ne sont honnorés de leurs preudefemmes; adonc, iceulx
-mariés comme fols se assotent[242] d'icelles méchans femmes qui
-scevent garder leur paix et iceulx honnorer et obéir à tous propos et
-faire leurs plaisirs. Car, ne doubtez, il n'est nul si meschant mary
-qui ne vueille estre obéy et esjoy de sa femme, et quant les maris
-se treuvent mieulx obéis autre part que devant n'estoient en leurs
-hostels, si laissent comme fols à nonchalance[243] leurs espouses
-pour les haultesses et désobéissances d'icelles, lesquelles en sont
-depuis courroucées après, quant icelles mariées voient que en toutes
-compaignies elles ne sont mie si honnourées comme celles qui sont
-accompaigniées de leurs maris qui[244] jà, comme fols, sont si fort
-par le cuer enlassiés que l'en ne les peut descharner[245]. Et l'en ne
-peut mie si légièrement reprendre son oisel quant il est eschappé de la
-cage comme de garder qu'il ne s'envole: aussi ne pevent-elles retraire
-les cuers de leurs maris, quant iceulx maris ont essayé et trouvé
-meilleure obéissance ailleurs, et icelles en donnent à leurs maris la
-coulpe qui est à elles mesmes.
-
-Chère seur, vous véez que comme il est dit des hommes et femmes, l'en
-peut dire des bestes sauvaiges, et encores non mie seulement des bestes
-sauvaiges, mais des bestes qui ont acoustumé à ravir et à dévorer,
-comme ours, loups et lyons: car icelles bestes aprivoise-l'en et
-attrait-l'en par leur faire leurs plaisirs, et vont après et suivent
-ceulx qui les servent, acompaignent et aiment; et fait-l'en les ours
-chevauchier, les singes et autres bestes saillir, dancer, tumber et
-obéir à tout ce que le maistre veult; et aussi par ceste raison vous
-puis-je monstrer que vostre mary vous chérira, aimera et gardera se
-vous pensez à luy faire le sien plaisir. Et pour ce que j'ay dit, et
-j'ay dit voir, que les bestes ravissables sont apprivoisées etc., je
-dy par le contraire, et vous le trouverez, que non mie seulement vos
-maris, mais vos pères et mères, vos seurs, vous estrangeront se vous
-leur estes farouche et ne leur soiez débonnaire et obéissant.
-
-Or savez-vous bien que vostre principal manoir, vostre principal labour
-et amour et vostre principal compaignie est de vostre mary, pour
-l'amour et compaignie duquel vous estes riche et honnorée, et se il se
-desfuit, retrait ou eslonge de vous par vostre inobédience ou autre
-quelque cause que ce soit, à tort ou à droit, vous demourrez seule et
-despariée, et si vous en sera donné le blasme et en serez moins prisée,
-et se une seule fois il ait ce mal de vous, à paine le pourriez-vous
-jamais rappaisier que la tache du maltalent ne luy demeure en son
-cuer pourtraicte et escripte tellement que jasoit-ce qu'il n'en
-monstre rien, ne ne die, elle ne pourra estre de long temps planée ou
-effaciée. Et se la seconde désobéissance revient, gardez-vous de la
-vengence de laquelle il sera parlé cy après en ce mesmes chappitre
-et article, ou § _Mais encores_ etc.[246] Et pour ce, je vous prie,
-aimez, servez et obéissez vos maris, mesmes ès très petites choses
-d'esbatement, car aucunes fois essaie-l'en en très petites choses, bien
-petites, d'esbatement, et qui semblent de nulle valeur pour ce que la
-désobéissance d'icelles porte petit dommaige, pour essayer, et par
-ce scet-l'en comment l'en se doit attendre d'estre obéy ès grans ou
-désobéy; voire mesmement ès choses bien estranges et sauvaiges et dont
-vostre mary vous fera commandement soit par jeu ou à certes, si di-je
-que vous devez incontinent obéir.
-
-Et à ce propos je tray un raconte qui dit: Trois abbés et trois mariés
-estoient en une compaignie, et entre eulx mut une question en disant
-lesquels estoient plus obéissans, ou les femmes à leurs maris, ou les
-religieux à leur abbé; et sur ce eurent moult de paroles, d'argumens
-et exemples racontés d'une part et d'autre. Se les exemples estoient
-vrais, je ne sçay: mais en conclusion ils demourèrent contraires et
-ordonnèrent que une preuve s'en feroit loyaument, et secrètement
-jurée entre eulx par foy et par serement, c'est assavoir que chascun
-des abbés commanderoit à chascun de ses moines que sans le sceu des
-autres il laissast la nuit sa chambre ouverte et unes verges soubs son
-chevet, en attendant la discipline que son abbé luy vouldroit donner;
-et chascun des maris commanderoit secrètement à sa femme, à leur
-couchier, et sans ce que aucun de leur mesgnie en sceussent rien, ne
-aucun fors eulx deux, qu'elle meist et laissast toute nuit un balay
-derrière l'uis de leur chambre; et dedens huit jours rassembleroient
-illecques les abbés et les mariés, et jureroient lors d'avoir exécuté
-leur essay et de rapporter justement et loyaument, sans fraude, ce
-qui en seroit ensuivi; et ceulx ou des abbés ou des mariés à qui l'en
-auroit moins obéy paieroient un escot de dix frans. Ainsi fut acordé
-et exécuté. Le rapport de chascun des abbés fut tel que, sur l'âme
-d'eulx, ils et chascun d'eulx avoient fait le commandement à chascun
-de leurs moines, et à mienuit chascun avoit reviseté chascune chambre
-et avoient trouvé leur commandement acompli. Les mariés firent après
-leur rappors l'un après l'autre. Le premier dit qu'il fist, avant
-couchier, secrètement le commandement à sa femme qui luy demanda moult
-fort à quoy c'estoit bon et que ce vauldroit. Il ne le voult dire.
-Elle refusoit adonc à le faire, et il adonc fist semblant de soy
-courroucier, et pour ce elle luy promist qu'elle le feroit. Le soir ils
-se couchèrent et envoièrent leurs gens qui emportèrent la clarté[247].
-Il fist adoncques lever sa femme et oy bien qu'elle mist le balay.
-Il lui en sceut bon gré et s'endormi un petit, et tantost après se
-resveilla et senti bien que sa femme dormoit; si se leva tout bellement
-et ala à l'uis et ne trouva point de balay, et se recoucha secrètement
-et esveilla sa femme et lui demanda se le balay estoit derrière l'uis;
-elle luy dist: oil. Il dit que non estoit et qu'il y avoit esté. Et
-lors elle luy dit: par Dieu, pour[248] perdre la meilleur robe que
-j'aye, je ne l'y eusse laissié, car quant vous fustes endormy, les
-cheveulx me commencèrent à hérisser, et commençay à tressuer et n'eusse
-peu dormir tant qu'il eust esté en ceste chambre; si l'ay gecté en
-la rue par les fenestres. L'autre dit que depuis ce qu'ils estoient
-couchiés il avoit fait relever sa femme, et en grant desplaisance
-elle toute courroucée avoit mis le balay derrière l'uis, mais elle
-s'estoit revestue incontinent, et parti de la chambre en disant
-qu'elle ne coucheroit jà en chambre où il fust, et que voirement ils
-pussent les ennemis d'enfer venir; et ala couchier toute vestue avec
-sa chamberière. L'autre dit que sa femme lui avoit respondu qu'elle
-n'estoit venue ne yssue d'enchanteurs ne de sorciers, et qu'elle ne
-savoit jouer des basteaulx[249] de nuit, ne des balais[250], et pour
-mourir elle ne le feroit, ne ne consentiroit, ne jamais en l'hostel ne
-gerroit s'il estoit fait.
-
-Ainsi les moines furent obéissans en plus grant chose et à leur abbé
-qui est plus estrange: mais c'est raison, car ils sont hommes; et les
-femmes mariées furent moins obéissans et en mendre chose et à leurs
-propres maris qui leur doivent estre plus espéciaulx, car c'est leur
-nature, car elles sont femmes; et par elles perdirent leurs maris dix
-frans et furent déceus de leur oultrageuse vantance, qui se estoient
-vantés de l'obéissance de leurs femmes. Mais je vous pry, belle seur,
-ne soiez pas de celles, mais plus obéissant à vostre mary qui sera,
-et en petite choses, et en estranges, soit à certes, par jeu, par
-esbatement, ou autrement: car tout est bon.
-
-Par Dieu, je veis à Meleun[251] une chose aussi bien estrange, un
-jour que le sire d'Andresel estoit capitaine de la ville; car en
-plusieurs lieux les Anglois estoient logiés à l'environ: les Navarrois
-estoient logiés dedens le chastel. Et un après-disner le dit sire
-d'Andresel[252] estoit à la porte et luy ennuyoit et se démenoit
-qu'il ne savoit où aler esbatre pour passer le jour; un escuier luy
-dit: Sire, voulez-vous aler veoir une damoiselle demourant en ceste
-ville qui fait quanque son mary luy commande? Le sire d'Andresel
-lui respondi: oyl, alons. Lors il se prirent à aler, et en alant
-fut monstré au sire d'Andresel un escuier duquel l'en luy dit que
-c'estoit le mary d'icelle demoiselle. Le sire d'Andresel l'appella et
-lui demanda se sa femme faisoit ce qu'il lui commandoit. Et icellui
-escuier luy dit: par Dieu, Sire, oy, s'il n'y a villenie grant. Et
-le sire d'Andresel luy dit: Je mettray à vous pour un disner, que je
-vous conseilleray à luy faire faire telle chose où il n'y aura point
-de villenie et si ne le fera pas. L'escuier respondi: Certes, Sire,
-elle le feroit et gaigneroie; et par autres plusieurs manières puis-je
-gaignier plus honnourablement avecques vous, et par ceste aray-je plus
-d'onneur à perdre et païer le disner; si vous prie que vous gaigez
-qu'elle le fera et je gaigerai que non. Le sire d'Andresel dit: Je
-vous commande que vous gaigiez ainsi que j'ay dit. Adonc l'escuier
-obéist et accepta la gaigeure. Le sire d'Andresel vouloit estre présent
-et tous ceulx qui là estoient; l'escuier dist qu'il le vouloit bien.
-Adoncques le sire d'Andresel qui tenoit un baston lui dit: Je vueil que
-si tost que nous serons arrivés, et sans dire autre chose, que devant
-nous tous vous direz à vostre femme qu'elle saille pardessus ce baston
-devant nous trestous, et que ce soit fait sans froncier ou guigner ou
-faire aucun signe. Ainsi fut fait, car tous entrèrent en l'hostel de
-l'escuier ensemble. Et incontinent la damoiselle leur vint au devant.
-L'escuier mist et tint à terre le baston et dit: Damoiselle, saillez
-par cy dessus! Elle saillit tantost. Il lui dist: Resaillez! Elle
-resaillit encores. Saillez! Elle sailli trois fois sans dire un seul
-mot fors que voulentiers. Le sire d'Andresel fut tout esbahi et dit
-qu'il devoit et paieroit le disner l'endemain en son hostel d'Andresel.
-Et tantost se partirent tous pour aler là; et tantost qu'il fut entré
-en la porte d'Andresel, la dame d'Andresel vint au devant et s'enclina.
-Tantost que le sire d'Andresel fut descendu, il qui tenoit encores
-le baston pardessus lequel la damoiselle avoit sailli à Meleun, mist
-icellui baston à terre et cuida pardessus icelluy faire saillir la dame
-d'Andresel qui de ce faire fut refusant; dont le sire d'Andresel fut
-parfaictement courroucié. Et du surplus je me tais, et pour cause: mais
-tant en puis-je bien dire, et le sçay bien, que s'elle eust acompli le
-commandement de son mary, lequel il faisoit plus pour jeu et pour essay
-que pour prouffit, elle eust mieulx gardé son honneur et mieux lui en
-eust pris; mais à aucunes ne vient pas tousjours bien et à aucunes si
-fait.
-
-Et encores à ce propos je puis bien dire une chose bien aussi estrange,
-que une fois, ès jours d'esté, je venoie de devers Chaumont en Bassigny
-à Paris, et à une heure de vespres me arrestay pour logier en la ville
-de Bar sur Aube. Plusieurs des jeunes hommes de la ville mariés en
-icelle, desquels aucuns avoient à moy aucune congnoissance, vindrent
-à moy prier de soupper avecques eulx, si comme ils disoient, et
-disoient leur cas estre tel: ils estoient plusieurs hommes jeunes et
-assez nouvellement mariés et à jeunes femmes, et s'estoient trouvés en
-une compaignie sans autres gens sages, si avoient enquis de l'estat
-l'un de l'autre et trouvèrent par les dis d'un chascun que chascun
-d'eulx cuidoit avoit la meilleur et la plus obéissant femme de toutes
-obéissances, commandemens et défenses, petites ou grans. Si avoient
-pour ce prins complot, si comme ils disoient, d'aler tous ensemble en
-chascun hostel de chascun d'eulx, et là le seigneur demanderoit à sa
-femme une esguille, ou une espingle, ou unes forcettes[253], ou la
-clef de leur coffre, ou aucune chose semblable; et se la femme disoit:
-_à quoy faire?_ ou: _qu'en ferez-vous?_ ou: _est-ce à certes?_ ou:
-_vous mocquez-vous de moy?_ ou: _je n'en ay point_, ou elle ait autre
-réplication ou retardement, le mary paieroit un franc pour le soupper;
-et se sans rédargution ou délaier elle bailloit tantost à son mary ce
-qu'il demandoit, le mary estoit tenus pour bien eureux d'avoir si saige
-femme et obéissant, et pour sage homme de la maintenir et garder en
-icelle obéissance et estoit assis au plus hault et ne paieroit riens.
-
-Et jasoit-ce qu'ils soient aucunes femmes qui à telles menues
-estranges choses ne se sauroient ou daigneroient fléchir, mais les
-desdaigneroient et mespriseroient et tous ceulx et celles qui ainsi en
-useroient, toutesvoies, belle seur, povez-vous bien savoir qu'il est
-nécessité que d'aucune chose nature se resjoïsse; mesmes les povres,
-les impotens, les maladifs ou enlangourés et ceulx qui sont au lit
-de la mort preignent et quièrent plaisir et joye, et par plus forte
-raison les sains. Des uns tout leur déduit est de chasser ou vouler:
-des autres de jouer d'instrumens: des autres noer[254], ou dancer, ou
-chanter, ou jouster: chascun selon sa condition prent son plaisir;
-mesmes le vostre quérez-vous diversement en quelques choses diverses;
-doncques, se vostre mary qui sera a telle imagination qu'il vueille
-prendre son plaisir ou en vostre service ou en vostre obéissance telle
-que dessus, si l'en servez et saoulez, et sachiez que Dieu vous aura
-fait plus grant grâce que vostre mary prengne plaisir plus en vous
-que en une autre chose; car se vous estes la clef de son plaisir, il
-vous servira, suivra et aimera pour ce, et s'il a plaisir à autre
-chose, il la suivra et serez derrière. Si vous conseille et admonneste
-de faire son plaisir en très petites choses et très estranges et en
-toutes, et se ainsi le faictes-vous, ses enfans et vous mesmes serez
-son ménestrier et ses joyes et plaisirs, et ne prendra pas ses joyes
-ailleurs, et sera un grant bien et une grant paix et honneur pour vous.
-
-Et s'il advient que d'aucune besongne il n'ait point souvenu à vostre
-mary quant il s'est parti de vous, et pour ce ne vous en ait parlé,
-ne commandé, ne deffendu, toutesvoies devez-vous faire à son plaisir,
-quelque plaisir que vous ayez autre, et devez délaisser vostre plaisir
-et mettre derrière et tousjours son plaisir mettre devant; mais se la
-besongne estoit pesant et de telle attendue que vous peussiez luy faire
-savoir, rescrivez luy comment vous créez que sa voulenté soit de faire
-ainsi etc. et pour ce vous aiez vouloir de faire à son plaisir, mais
-pour ce que en ce faisant tel inconvénient s'en peut ensuir, et telle
-perte et tel dommage aussi, et qu'il vous semble qu'il seroit mieulx et
-plus honnourable ainsi et ainsi etc., laquelle chose vous n'osez faire
-sans son congié, qu'il lui plaise vous mander son vouloir sur ce, et
-son mandement vous acomplirez de très bon cuer, de tout vostre povoir
-etc.
-
-Toutes ne font pas ainsi, dont il leur mesvient à la fin, et puis
-quant elles sont moins prisées et elles voient les bonnes obéissans
-qui sont bieneurées, acompaignées et aimées de leurs maris, icelles
-meschans qui ne sont ainsi en guerroient sus à fortune et dient que ce
-a fait fortune qui leur a couru sus, et la mauvaistié de leurs maris
-qui ne se fient mie tant en elles; mais elles mentent, ce n'a pas fait
-fortune: ce a fait leur inobédience et irrévérence qu'elles ont envers
-leurs maris qui après ce qu'ils ont moult de fois défailly vers elles
-qui leur ont désobéy et irrévéré, ne s'y osent plus fier, et ont quis
-iceulx maris et trouvé obéissance ailleurs où ils se fient.
-
-Et me souvient, par Dieu, que je vis une de vos cousines qui bien aime
-vous et moy, et si fait son mary, et vint à moy disant ainsi: Cousin,
-nous avons telle besongne à faire, et me semble qu'elle seroit bien
-faicte ainsi et ainsi, et me plairoit bien; que vous en semble? Et
-je luy dis: Le premier point est de savoir le conseil de vostre mary
-et son plaisir; luy en avez-vous point parlé? Et elle me respondi:
-par Dieu, cousin, nennil; car par divers moyens et estranges parlers,
-j'ay sentu qu'il vouldroit ainsi et ainsi, et non pas comme je dy,
-et j'aroie trop chier de la faire comme j'ay dit. Et vous savez,
-cousin, qu'il est maindre blasme de faire aucune chose sans le congié
-de son souverain que après sa deffense, et je suis certaine qu'il
-le me deffendroit et suis certaine qu'il vous aime et tient bonne
-personne, et se j'avoie ainsi fait comme je dy, par vostre conseil,
-quelque chose qu'il en advenist, puis que je me excuseroie de vostre
-conseil, il seroit de légier appaisié, tant vous aime. Et je luy dis:
-puis qu'il m'aime, je le doy amer et faire son plaisir, et pour ce
-je vous conseille que vous ouvrez selon son plaisir et mettez lei
-vostre plaisir au néant. Et autre chose ne peut avoir et s'en parti
-toute courroucée de ce que je ne lui aidie à achever sa voulenté qui
-estoit toute contraire à la voulenté de son mary; et du courroux de
-son mary ne luy chaloit puis qu'elle eust esté oye à dire: _Vous ne
-le m'avez point autrement commandé etc. vostre cousin le me conseilla
-ainsi à faire_. Or véez-vous son courage et comment la femme est bien
-entalentée de faire un grant plaisir à son mary et quelle obéissance
-elle luy donne!
-
-Chère seur, aucunes autres femmes sont, qui quant elles ont désir de
-faire une chose en une manière, mais icelle doubte que son mary ne le
-vueille pas ainsi, si n'en dure ou pose, et frétille et frémie, et
-quant elle apperçoit que son mary et elle sont à seul et parlent de
-leurs besongnes, affaires et esbatemens, et la femme par aucuns parlers
-prouchains à aucune matière enquiert soubtillement et sent de icelle
-besongne que son mary entend à faire et poursuivre par autre voie
-qu'elle ne voulsist, adonc la femme met son mary en autre propos, afin
-que d'icelluy il ne luy die mie oultréement: _de celle besongne faictes
-ainsi_; et cautement se passe et met son mary en autres termes et
-concluent sur autre besongne loingtaine à celle. Et tantost que icelle
-femme voit son point, elle fait faire icelle première besongne à son
-plaisir et ne luy chault du plaisir de son mary duquel elle ne tient
-compte et s'atend à soy excuser pour dire: _vous ne m'en avez riens
-dit_, car à elle ne chault du courroux ne du desplaisir de son mary,
-mais que le sien passe et que sa voulenté soit faicte. Et me semble
-que c'est mal fait d'ainsi barater, décevoir et essaier son mary; mais
-plusieurs sont, qui tels essais et plusieurs autres font, dont c'est
-mal fait, car l'on doit tousjours tendre à faire le plaisir de son
-mary quant il est sage et raisonnable; et quant l'en essaie son mary
-couvertement et cautement, soubs couverture malicieuse et estrange,
-supposé que ce soit pour mieux exploictier, si est-ce mal fait, car
-avec son mary l'en ne doit mie besongnier par aguet ou malice, mais
-plainement et rondement, cuer à cuer.
-
-Mais encores est-ce pis quant la femme a mary preudomme et débonnaire
-et elle le laisse pour espérance d'avoir pardon ou excusation de mal
-faire, si comme il est trouvé ou livre des Sept Sages de Romme[255] que
-en la cité avoit un sage vefve, ancien de grant aage, et moult riche
-de terre et de bonne renommée qui jadis avoit eu deux femmes espousées
-qui estoient trespassées. Ses amis lui dirent que encores il prist
-femme. Il leur dist que ils la luy quéissent et que il la prendroit
-voulentiers. Ils la luy quirent belle et jeune et advenant de corps,
-car à peine verrez-vous jà si vieil homme qui ne prengne voulentiers
-jeune femme. Il ot espousé: la dame fut avecques lui un an que point
-ne luy feist ce que vous savez. Or avoit icelle dame une mère; un jour
-elle estoit au moustier emprès sa mère, si luy dist tout bas qu'elle
-n'avoit nul soulas de son seigneur et pour ce elle vouloit amer. Fille,
-dist la mère, se tu le faisoies, il t'en mesprendroit trop asprement,
-car certes il n'est nulle si grant vengence que de vieil homme, et
-pour ce, se tu me crois, ce ne feras-tu mie, car tu ne pourroies jamais
-rapaisier ton mary. La fille respondi que si feroit. La mère luy dist:
-quant autrement ne peut estre, je vueil que tu essaies, avant, ton
-mary. Voulentiers, dist la fille, je le essaieray ainsi: il a en son
-vergier une ante[256] qui est tant belle et qu'il aime plus que tous
-autres arbres, je la coupperay: si verray se je le pourray rapaisier. A
-cest accord demourèrent et à tant se partirent hors du moustier.
-
-La jeune dame s'en vint à son hostel et trouva que son seigneur estoit
-alé esbatre aux champs. Si prent une coignée, vient à l'ante, et y
-commence à férir à dextre et à sénestre tant qu'elle la couppa, et
-la fist tronçonner par un varlet et apporter au feu. Et ainsi que
-celluy l'apportoit, le seigneur entra en son hostel et voit celluy
-qui apportoit les tronçons de l'ante en sa main; le seigneur demanda:
-dont vient ceste buche? La dame luy respondi: Je viens oresendroit du
-moustier et l'en me dist que vous estiez alés aux champs: si doubtay,
-pour ce qu'il avoit pleu, que vous ne retournissiez moullié et que
-vous eussiez froit, si alay en ce vergier et couppay ceste ante: car
-céans n'avoit point de buche. Dame, dit le seigneur, c'est ma bonne
-ante! Certes, sire, fait la dame, je ne sçay. Le seigneur s'en vint en
-son vergier et vit la souche de l'ante qu'il amoit tant, si fut iriés
-assez plus que il ne monstroit le semblant et s'en revint et treuve
-la dame qui de l'ante faisoit le feu et sembloit qu'elle le feist en
-bonne pensée pour luy chauffer. Quant le seigneur fust venus, si dist
-tels mots: Ores, dame, ce est ma bonne ante que vous avez couppée!
-Sire, dit la dame, je ne m'en prins garde, car certes je le fis pour
-ce que je savoie bien que vous venriez tout moullié et tout empluyé,
-si doubtay que vous n'eussiez froit et que le froit ne vous feist mal.
-Dame, dit le seigneur, je lairay ce ester[257] pour ce que vous dictes
-que vous le feistes pour moy.
-
-L'endemain la dame revint au moustier et trouva sa mère à laquelle
-dit: J'ay mon seigneur essayé et couppé l'ante, mais il ne me fist
-nul semblant qu'il fust moult iriés et pour ce sachiez, mère, que
-j'aimeray.--Non feras, belle fille, dit la mère, laisse ester.--Certes,
-dist la fille, si feray; je ne m'en pourroie plus tenir.--Belle fille,
-dist la mère, puis qu'ainsi est que tu dis que tu ne t'en pourroies
-tenir, essaie donc encores ton mary. Dist la fille: voulentiers, je
-l'essaieray encores ainsi: il a une levrière que il aime à merveilles,
-ne il n'en prendroit nul denier, tant est bonne, ne ne souffreroit pas
-que nul de ses varlès la chassast hors du feu, ne que nul luy donnast à
-mengier sinon luy: et je la tueray devant luy.
-
-A tant s'en départirent. La fille s'en revint en son hostel; il fut
-tart et fit froit, le feu fut beau et cler et les lis furent bien parés
-et couvers de belles coustes-pointes[258] et de tapis, et la dame fut
-vestue d'une pelice toute neufve. Le seigneur vint des champs. La dame
-se leva encontre luy; si luy osta le mantel et puis luy voult oster les
-esperons, mais le seigneur ne le voult pas souffrir, ains les fit oster
-à un de ses varlès; moult s'offry la dame à luy servir: elle court,
-si luy apporte un mantel de deux draps[259] et si luy met sur les
-espaules et appareille une chaire[260] et met un quarrel[261] dessus,
-et le fait seoir au feu et luy dit ainsi: Sire, certainement vous estes
-tout pâle de froit, chauffez-vous et aisiez très bien! Ainsi qu'elle ot
-ce dit, si se assit emprès luy et plus bas que luy sur une selle[262]
-et estendi la robe[263] de sa pelice, regardant tousjours son mary.
-Quant la levrière vit le beau feu, elle vint par sa mésaventure, si
-se couche tantost sur le pan de la robe et de la pelice de la dame,
-et la dame advise emprès elle un varlet qui avoit un grant coustel,
-si le sache et en fiert parmy le corps d'icelle levrière qui commença
-illecques à pestiller[264] et mourut devant le mary. Dame, fait-il,
-comment avez-vous esté si osée comme de tuer, en ma présence, ma
-levrière que j'amoie tant?--Sire, fait la dame, ne véez-vous chascun
-jour comme il nous attournent? Il ne sera nuls deux jours qu'il ne
-conviengne faire buée[265] céans pour vos chiens! Or regardez de ma
-pelice que je n'avoie onquesmais vestue, quelle elle est attournée!
-Cuidiez-vous que je n'en soye iriée? L'ancien sage respondi: Par Dieu!
-c'est mal fait et vous en sçay très mauvais gré, mais maintenant je
-n'en parleray plus. La dame dit: Sire, vous povez faire de moy vostre
-plaisir, car je suis vostre et si sachiez bien que je me repens de ce
-que en ay fait, car je sçay bien que vous l'aimiez moult; si me poise
-de ce que je vous ay courroucié. Quant elle ot ce dit, si fist moult
-grant semblant de plourer. Quant le seigneur vit ce, si ce laissa ester.
-
-Et quant vint à l'endemain qu'elle fust alée au moustier, si trouva sa
-mère à laquelle elle dit comment luy estoit advenu et que vraiement,
-puisque ainsi bien luy estoit advenu et que ainsi bien lui en eschéoit,
-qu'elle aimeroit. Ha! belle fille, dit la mère, non feras, tu t'en
-pourras bien tenir.--Certes, dame, non feray. Alors dit la mère: Belle
-fille, je me suis toute ma vie bien tenue à ton père, oncques telle
-folie ne fis, ne n'en eus talent.--Ha! dame, respondi la fille, il
-n'est mie ainsi de moy comme il est de vous, car vous assemblastes
-entre vous et mon père jeunes gens; si avez eues vos joies ensemble,
-mais je n'ay du mien joie ne soulas: si me convient à pourchasser.--Or,
-belle fille, et se amer te convient, qui aimeras-tu?--Mère, dit la
-fille, j'aimeray le chappellain de ceste ville, car prestres et
-religieux craingnent honte et sont plus secrets. Je ne vouldroie
-jamais amer un chevalier, car il se vanteroit plus tost et gaberoit de
-moy et me demanderoit mes gages[266] à engager.--Ores, belle fille,
-fais encores à mon conseil et essaye encores ton seigneur. Dist la
-fille: Essaier tant et tant, et encores et encores, ainsi ne fineroie
-jamais!--Par mon chief! fait la mère, tu l'essaieras encores par mon
-los[267], car tu ne verras jà si male vengence ne si cruelle comme de
-vieil homme.--Or, dame, fit la fille, voulentiers feray encores vostre
-commandement, et l'essaieray ainsi: il sera jeudi le jour de Noël, si
-tendra mon seigneur grant tinel[268] de ses parens et autres amis, car
-tous les vavasseurs de ceste ville y seront, et je me seray assise au
-chief de la table en une chaire; si tost comme le premier mès[269] sera
-assis, je aray mes clefs meslées ès franges de la nappe, et quant je
-auray ce fait, je me leveray à coup et tireray tout à moy et feray tout
-espandre et verser quanque il y aura sur la table, et puis appaiseray
-tout. Ainsi auray essaié mon seigneur par trois fois de trois grans
-essais, et légièrement rappaisié, et à ce savez-vous bien que ainsi
-légièrement le rappaiseray-je des cas plus obscurs et couvers et ès
-quels ne pourra déposer[270] que par souspeçon.--Ores belle fille, dist
-la mère, Dieu te doint bien faire!
-
-Adonc se partirent; chascune vint en son hostel. La fille servit
-cordieusement, par semblant, et moult attraiement et bien son seigneur,
-et moult bel, tant que le jour de Noël vint. Les vavasseurs de Romme
-et les damoiselles furent venues, les tables furent drécées et les
-nappes mises, et tous s'assirent, et la dame fist la gouverneresse et
-l'embesongnée et s'assist au chief de la table en une chaire, et les
-serviteurs apportèrent le premier mès et brouets sur table. Ainsi comme
-les varlès tranchans orent commencié à tranchier, la dame entortille
-ses clefs ès franges de la fin de la nappe et quant elle sceut qu'elles
-y furent bien entortillées, elle se liève à un coup et fait un grant
-pas arrière, ainsi comme se elle eust chancelé en levant; si tire la
-nappe, et escuelles plaines de brouet, et hanaps plains de vin, et
-sausses versent et espandent tout quanque il y avoit sur la table.
-Quant le seigneur vit ce, si ot honte et fu moult courroucié et luy
-remembra des choses précédens. Aussitost la dame osta ses clefs qui
-estoient entortillées en la nappe.--Dame, fit le seigneur, mal avez
-exploictié!--Sire, fait la dame, je n'en puis mais, je aloie querre
-vos cousteaulx à tranchier qui n'estoient mie sur table, si m'en
-pesoit.--Dame, fit le seigneur, or nous apportez autres nappes. La dame
-fit apporter autres nappes, et autres mès recommencent à venir. Ils
-mengièrent liement, ne le seigneur n'en fit nul semblant d'ire ne de
-courroux, et quant ils orent assez mengié et le seigneur les ot moult
-honnourés, si s'en départirent.
-
-Le seigneur souffri celle nuit tant qu'il vint à l'endemain. Lors luy
-dit: Dame, vous m'avez fait trois grans desplaisirs et courroux, se je
-puis vous ne me ferez mie le quart; et je sçay bien que ce vous a fait
-faire mauvais sang: il vous convient saignier. Il mande le barbier et
-fait faire le feu. La dame luy dit: Sire, que voulez-vous faire? Je ne
-fus onques saignée.--Tant vault pis, fait le seigneur, encommencier le
-vous convient: les trois mauvaises emprises que vous m'avez faictes, ce
-vous a fait faire mauvais sang.
-
-Lors luy fait eschauffer le bras destre au feu, et quant il fut
-eschauffé, si la fist saignier; tant saigna que le gros et vermeil sang
-vint. Lors la fist le seigneur estanchier, et puis luy fait l'autre
-bras traire hors de la robe. La dame commence à crier mercy. Riens ne
-luy vault, car il la fit eschauffer et saignier de ce second bras; et
-commença à saignier: tant la tint qu'elle s'esvanoui, et perdi la
-parolle et devint toute de morte couleur. Quant le seigneur vit ce,
-si la fist estanchier et porter en son lit en sa chambre. Quant elle
-revint de pamoison, si commença à crier et plourer et manda sa mère qui
-tantost vint; et quant elle fut devant ly, tous vuidèrent la chambre
-et les laissèrent ambedeux seul à seul. Quant la dame vit sa mère, si
-luy dist: Ha! mère, je suis morte; mon seigneur m'a fait tant saignier
-que je cuide bien que je ne jouiray jamais de mon corps.--Or, fille,
-je pensoie bien que mauvais sang te démengoit: or me di, ma fille,
-as-tu plus talent d'amer?--Certes, dame, nennil.--Fille, ne te di-je
-bien que jà ne verroies si cruel vengence comme de vieil homme?--Dame,
-oïl; mais, pour Dieu, aidiez-moi à relever et secourir à ma santé, et
-par m'âme, mère, je n'aimeray jamais.--Belle fille, fait la mère, tu
-feras que sage. Ton seigneur est bon preudomme et sage, aime-le et
-sers, et croy qu'il ne t'en peut venir que bien et honneur.--Certes,
-mère, je sçay ores bien que vous me donnastes et donnez bon conseil
-et je le croiray d'ores-en-avant et honnoureray mon mary et jamais ne
-l'essaieray ne ne courrouceray.
-
-Chère seur, assez souffist quant à ce point, qui a la voulenté de
-retenir et de bien obéir, car sur ceste matière d'obéissance, nous
-avons cy dessus parlé de ce qui est à faire quant le mary commande
-petites choses par jeu, à certes ou autrement, et puis de ce qui est à
-faire quant le mary n'a commandé ne deffendu pour ce que à luy n'en est
-souvenu, et tiercement des excès que les femmes font pour acomplir leur
-vouloir oultre et pardessus le vouloir de leurs maris. Et maintenant
-à ce derrière nous parlerons que l'en ne face pas contre la défense
-d'iceulx, soit en petit cas ou en grant, car du faire c'est trop mal
-fait. Et je commence ès petis cas ès quels on doit obéir aussi bien;
-je le monstre mesmes par les jugemens de Dieu, car vous savez, chère
-seur, que par la désobéissance de Adam qui pardessus la défense de
-Dieu menga une pomme qui est pou de chose, tout le monde fut mis en
-servaige. Et pour ce je vous conseille que les très petites choses et
-de très petite valeur et ne fust fors d'un festu que vostre mary qui
-sera après moy vous commandera à garder, que vous, sans enquerre pour
-quoy ne à quelle fin, puis que la parole sera telle yssue de la bouche
-de vostre mary qui sera, vous fectes et gardez très soingneusement et
-très diligemment, car vous ne savez, ne ne devez adonc enquérir, si
-ne le vous dist de son mouvement, qui à ce le meut ou a meu: se il a
-cause, ou se il le fait pour vous essaier. Car, s'il a cause, donc
-estes-vous bien tenue de le garder, et s'il n'y a point de cause,
-mais le fait pour vous essaier, donc devez-vous bien vouloir qu'il
-vous treuve obéissant et diligent à ses commandemens, et mesmement
-devez penser que puisque sur un néant il vous treuvera obéissant à son
-vouloir et que vous en tenrez grant compte, croira-il que sur un gros
-cas vous trouveroit-il encores en cent doubles plus obéissant. Et vous
-véez que nostre Seigneur commist à Adam de luy garder pou de chose,
-c'est assavoir un seul pommier, et povez penser que nostre Seigneur ne
-se courrouça pas à Adam pour une seule pomme, car à si grant seigneur
-c'estoit bien pou de chose que une pomme, mais luy despleut pour
-la mesprenture de Adam qui si pou avoit prisié son commandement ou
-défense quant pour si pou d'avantage luy désobéissoit. Et aussi véez
-et considérez que de tant que Adam estoit plus près de nostre Seigneur
-qui l'avoit fait de sa propre main et le tenoit son famillier et garde
-de son jardin, de tant fut nostre Seigneur pour pou de chose plus
-aigrement meu contre luy; et puis la désobéissance ne voult sanctifier:
-et par semblable raison, de tant que vous estes plus prouchaine et près
-de vostre mary, seroit-il contre vous plus tost et pour mendre chose
-plus aigrement courroucié, comme nostre Seigneur se courrouça à Lucifer
-qui estoit plus prouchain de luy.
-
-Mais aucunes femmes sont, qui cuident trop soubtillement eschapper,
-car quant leur mary leur a deffendu aucune chose qui leur pleust
-à faire et voulsissent bien faire, elles délayent et attendent et
-passent temps jusques à ce que la deffense soit entr'oubliée par le
-mary, ou qu'il s'en soit alé, ou qu'il est chargié d'autres si gros
-fait que d'icelluy ne luy souvient. Et après, tantost, incontinent et
-hastivement, la femme fait icelle besongne à son plaisir et contre la
-voulenté et deffense du mary, ou la fait faire par ses gens disant:
-faictes hardiement! Monseigneur ne s'en apparcevra jà, il n'en saura
-riens. Or véez-vous que par ce, ceste est, en son courage et voulenté,
-pure rebelle et désobéissant, et sa malice et mauvaistié qui riens ne
-vallent empirent son cas et démonstrent plainement son mauvais courage.
-Et sachiez qu'il n'est riens qui à la parfin ne soit sceu, et quant
-le mary le saura, et apparcevra que celle sépare l'union de leurs
-voulentés qui doivent estre tout un, comme dit est devant, icelluy mary
-s'en taira par adventure comme fit le sage de Romme dont il est parlé
-cy devant en l'article, mais son cuer en sera si parfondément navré que
-jamais n'en garira, mais toutes fois qu'il lui en souvendra naistra
-nouvelle douleur.
-
-Si vous pry, chère seur, que de tels essais et entreprinses à faire à
-autre mary que à moy, se vous l'avez, vous vous gaittiez et gardez très
-espécialement, mais vostre courage et le sien soient tout un, comme
-vous et moy sommes à présent; et ce souffist quant à cest article.
-
-
-
-
-SEPTIÈME ARTICLE.
-
-
-Le septiesme article de la première distinction doit monstrer que vous
-devez estre curieuse et songneuse de la personne de vostre mary. Sur
-quoy, belle seur, se vous avez autre mary après moy, sachiez que vous
-devez moult penser de sa personne, car puis que une femme a perdu
-son premier mary et mariage, communément à paine treuve-elle, selon
-son estat, le second à son advenant, ains demeure toute esgarée et
-desconseillée long temps; et par plus grant raison quant elle pert le
-second. Et pour ce aimez la personne de vostre mary songneusement, et
-vous pry que vous le tenez nettement de linge, car en vous en est, et
-pour ce que aux hommes est la cure et soing des besongnes de dehors, et
-en doivent les maris soignier, aler, venir et recourir de çà et de là,
-par pluies, par vens, par neges, par gresles, une fois moullié, autre
-fois sec, une fois suant, autre fois tremblant, mal peu, mal herbergié,
-mal chauffé, mal couchié. Et tout ne luy fait mal pour ce qu'il est
-reconforté de l'espérance qu'il a aux cures que la femme prendra de
-luy à son retour, aux aises, aux joies et aux plaisirs qu'elle luy
-fera ou fera faire devant elle; d'estre deschaux à bon feu, d'estre
-lavé les piés, avoir chausses[271] et soulers frais, bien peu, bien
-abeuvré, bien servi, bien seignouri, bien couchié en blans draps, et
-cueuvrechiefs[272] blans, bien couvert de bonnes fourrures, et assouvi
-des autres joies et esbatemens, privetés, amours et secrets dont je me
-tais. Et l'endemain, robes-linges[273] et vestemens nouveaulx.
-
-Certes, belle seur, tels services font amer et désirer à homme le
-retour de son hostel et veoir sa preudefemme et estre estrange des
-autres. Et pour ce je vous conseille à reconforter ainsi vostre autre
-mary à toutes ses venues et demeures, et y persévérez; et aussi à luy
-tenir bonne paix, et vous souviengne du proverbe rural qui dit que
-trois choses sont qui chassent le preudomme hors de sa maison, c'est
-assavoir maison descouverte, cheminée fumeuse et femme rioteuse. Et
-pour ce, chère seur, je vous prie que pour vous tenir en l'amour
-et grâce de vostre mary, soyez luy doulce amiable et débonnaire.
-Faictes-luy ce que les bonnes simples femmes de nostre païs dient que
-l'en a fait à leurs fils quant ils sont enamourés autre part et elles
-n'en pevent chevir. Il est certain que quant les pères ou les mères
-sont morts, et les parrastres et marrastres qui ont fillastres les
-arguent, tencent et estrangent, et ne pensent de leur couchier, de leur
-boire ou mengier, de leur chausses, chemises, ne autres nécessités
-ou affaires, et iceulx enfans trouvent ailleurs aucun bon retrait
-et conseil d'aucune autre femme qui les recueille avecques elle et
-laquelle pense de leur chauffer à aucun povre tison avec elles, de leur
-couchier, de les tenir nettement, à faire rappareiller leurs chausses,
-brayes[274], chemises et autres vestemens, iceulx enfans les suivent et
-désirent leur compaignie et estre couchiés et eschauffés entre leurs
-mamelles, et du tout en tout s'estrangent de leurs mères ou pères qui
-par avant n'en tenoient compte, et maintenant les voulsissent retraire
-et ravoir, mais ce ne peut estre, car iceulx enfans ont plus cher la
-compagnie des plus estranges qui de eux pensent et aient soing que de
-leurs plus prouchains qui d'eulx ne tiennent compte. Et puis brayent
-et crient, et dient que icelles femmes ont leurs enfans ensorcellés,
-et sont enchantés, et ne les pevent laissier, ne ne sont aises se
-ils ne sont avecques elles. Mais, quoy que l'en die, ce n'est point
-ensorcellement, c'est pour les amours, les curialités, les privetés,
-joies et plaisirs qu'elles leur font en toutes manières, et par m'âme,
-il n'est autre ensorcellement. Car qui à un ours, un lou ou un lyon
-feroit tous ses plaisirs, icelluy ours, lou ou lyon feroit et suivroit
-ceulx qui ce luy feroient, et par pareille parole pourroient dire les
-autres bestes, se elles parloient, que icelles qui ainsi seroient
-aprivoisées serroient ensorcellées. Et, par m'âme, je ne croy mie qu'il
-soit autre ensorcellement que de bien faire, ne l'en ne peut mieulx
-ensorceller un homme que de luy faire son plaisir[275].
-
-Et pour ce, chère seur, je vous pry que le mary que vous arez vous
-le vueillez ainsi ensorceller et rensorceller et le gardez de maison
-maucouverte et de cheminée fumeuse et ne luy soyez pas rioteuse, mais
-doulce, amiable et paisible. Gardez en yver qu'il ait bon feu sans
-fumée, et entre vos mamelles bien couchié, bien couvert, et illec
-l'ensorcellez. Et en esté gardez que en vostre chambre ne en vostre
-lit n'ait nulles puces, ce que vous povez faire en six manières, si
-comme j'ay oy dire. Car, j'ay entendu par aucuns, qui sème sa chambre
-de fueilles d'aune, les puces s'y prennent. Item, j'ay oy dire que qui
-aroit de nuit un ou plusieurs tranchouers[276] qui feussent pardessus
-oins de glus ou de trébentine et mis parmy la chambre, ou millieu de
-chascun tranchouer une chandelle ardant, elles s'y venroient engluer
-et prendre. L'autre que j'ay essayé et est vray: prenez un drap
-estru[277] et le estendez parmy vostre chambre et sur vostre lit, et
-toutes les puces qui s'y pourront bouter s'y prendront, tellement que
-vous les pourrez porter avec le drap où vous vouldrez. Item des peaulx
-de mouton. Item, j'ai veu mettre des blanchets[278] sur le feurre[279]
-et sur le lit, et quant les puces qui noires estoient s'y estoient
-boutées, l'en les trouvoit plus tost parmy le blanc et les tuoit-l'en.
-Mais le plus fort est de soy gaittier de celles qui sont ès
-couvertures et ès pennes[280], ès draps des robes dont l'en se cueuvre.
-Car sachiez que j'ay essaié que quant les couvertures, pennes ou robes
-où il a puces sont enclos et enfermés serréement, comme en male bien
-liée estroictement de courroies, ou en sac bien lié et pressé, ou
-autrement mis et compressé que icelles puces soient sans jour et sans
-air et tenues à destroit, ainsi périront et mourront sur heure. Item,
-j'ay veu aucunes fois en plusieurs chambres que quant l'en estoit
-couchié, l'en se trouvoit tout plain de cincenelles[281] qui à la fumée
-de l'alaine se venoient asseoir sur le visage de ceulx qui dormoient
-et les poingnoient si fort qu'il se convenoit lever et alumer du foing
-pour faire fumée pour laquelle il les convenoit fuir ou mourir, et
-aussi bien le pourroit-l'en faire de jour qui s'en doubteroit, et aussi
-bien par un cincenellier[282], qui l'a, s'en peut-l'en garantir.
-
-Et se vous avez chambre ou estage où il ait très grant repaire de
-mouches, prenez petis floqueaux de feuchière[283] et les liez à
-filets[284] comme filopes[285] et les tendez, et toutes les mouches
-s'y logeront au vespre: puis destendez les filopes et les gectez
-hors. Item, fermez très bien vostre chambre au vespre, mais qu'il y
-ait seulement un petit pertuis ou mur devers Orient, et si tost que
-l'aube esclarcira, toutes les mouches s'en yront par ce pertuis, puis
-soit estoupé. Item, prenez une escuelle de lait et l'amer[286] d'un
-lièvre et meslez l'un parmy l'autre, et puis mettez-en deux ou trois
-escuelles ès lieux là où les mouches repairent, et toutes celles qui
-en tasteront, mourront. Item, autrement, ayez une chausse de toille
-liée au fons d'un pot qui ait le cul percié, et mettez icelluy pot ou
-lieu où les mouches repairent et oingnez-le par dedens de miel, ou
-de pommes, ou de poires; quant il sera bien garny de mouches, mettez
-un tranchouer sur la gueule, et puis hochez[287]. Item, autrement,
-prenez des ongnons rouges crus et les broiez et espraignez le jus en
-une escuelle et le mettez où les mouches repairent, et toutes celles
-qui en tasteront, mourront. Item, ayez des palettes pour les tuer à
-la main. Item, aiez des vergettes[288] gluées sur un bacin d'eaue.
-Item, aiez vos fenestres closes bien justement de toille cirée ou
-autre, ou de parchemin ou autre chose[289] si justement que nulle
-mouche y puisse entrer, et les mouches qui seront dedens soient tuées
-à la palette ou autrement comme dessus, et les autres n'y entreront
-plus. Item, ayez un cordon pendant et moullié en miel, les mouches y
-vendront asseoir, et au soir soient prinses en un sac. En somme, il me
-semble que les mouches ne se arresteront point en chambre où il n'ait
-tables dréciées, fourmes[290], dreçouers, ou autres choses sur quoy
-ils se puissent descendre et reposer, car se ils ne se pevent aherdre
-ou arrester fors aux parois qui sont droites, ils ne s'y arresteront
-point, ne aussi en lieu ombragé et moicte. Et pour ce me semble que se
-la chambre est bien arrousée et bien close et bien fermée, et qu'il n'y
-ait rien gisant sur le plat[291], jà mouche ne s'y arrestera.
-
-Et ainsi le[292] garantissez et gardez de toutes mésaises et lui donnez
-toutes les aises que vous pourrez penser et le servez et faictes
-servir en vostre hostel, et vous attendez à luy des choses de dehors,
-car s'il est bon, il en prendra plus de peine et travail que vous ne
-vouldriez, et par faisant ce que dit est, il aura tousjours son regret
-et son cuer à vous et à vostre amoureux service et guerpira tous autres
-hostels, toutes autres femmes, tous autres services et mesnages: tout
-ne lui sera que terre au regard de vous qui en penserez comme dit est
-et que faire le devez par l'exemple mesmes que vous véez des gens
-chevauchans parmy le monde, que vous véez que si tost qu'ils sont en
-leur hostel revenus d'aucun voyage, ils font à leurs chevaulx blanche
-lictière jusques au ventre, iceulx chevaulx sont defferrés et mis au
-bas, ils sont emmiellés[293], ils ont foing trié, et avoine criblée,
-et leur fait-l'en en leur hostel plus de bien à leur retour que en nul
-autre lieu. Et par plus forte raison, se les chevaulx sont aisiés, les
-personnes, mesmement les souverains[294], à leurs despens le soient à
-leur retour. Aux chiens qui viennent des bois et de la chasse fait-l'en
-lictière devant leur maistre, et luy mesmes leur fait lictière blanche
-devant son feu; l'en leur oint de sain doulx leurs piés au feu, l'en
-leur fait souppes, et sont aisiés par pitié de leur travail; et par
-semblable, se les femmes font ainsi à leurs maris que font les gens
-à leurs chevaulx, chiens, asnes, mulles et autres bestes, certes
-les autres hostels où ils ont esté servis ne leur sembleroient que
-prisons obscures et lieux estranges envers le leur qui leur sera donc
-un paradis de repos. Et ainsi sur le chemin les maris auront regard
-à leurs femmes, ne nulle peine ne leur sera griefve pour espérance
-et amour qu'ils auront à leurs femmes auxquelles reveoir ils auront
-aussi grant regret comme les povres hermites, les penanciers[295] et
-les religieux abstinens ont de veoir la face Jhésu-Crist; ne iceulx
-maris ainsi servis n'auront jamais voulenté d'autre repaire ne d'autre
-compaignie, mais en seront gardés, reculés et retardés: tout le
-remenant ne leur semblera que lit de pierres envers leur hostel; mais
-que ce soit continué, et de bon cuer, sans faintise.
-
-Mais aucunes vieilles sont, qui sont rusées et font les sages et
-faignent grant amour par démonstrance de grant service de leur cuer,
-sans autre chose; et sachez, belle seur, que les maris sont petit
-sages se ils ne s'en apparçoivent; et quant ils s'en apparçoivent, et
-le mary et la femme s'en taisent et dissimulent l'un contre l'autre,
-c'est mauvais commencement et s'ensuit pire fin. Et aucunes femmes
-sont, qui au commencement font trop bien leur service vers leurs maris,
-et leur semble bien que leurs maris lesquels elles voient bien adonc
-estre amoureux d'elles et vers elles débonnaires tellement, se leur
-semble, que à peine se oseroient-ils courroucier à elles se elles en
-faisoient moins, si se laschent et essaient petit à petit à moins
-faire de révérence, de service et d'obéissance, mais, qui plus est,
-entreprennent auctorité, commandement et seigneurie, une fois sur
-un petit fait, après sur un plus grant, après un petit un jour, un
-autre petit en un autre. Ainsi essaient et s'avancent et montent, se
-leur semble, et cuident que leurs maris qui par débonnaireté, ou, par
-adventure, par aguet s'en taisent, n'y voient goutte pour ce qu'ils le
-seuffrent ainsi. Et certes ce n'est pas bien pensé ne servi, car quant
-les maris voient qu'elles discontinuent leur service et montent en
-domination et qu'elles en font trop et que du souffrir mal en pourroit
-bien venir, elles sont à un coup, par la voulenté du droit de leurs
-maris, trébuchées comme fut Lucifer qui estoit souverain des anges
-de paradis, et lequel nostre Seigneur aima tant qu'il tollera et lui
-souffri faire moult de ses voulentés, et il s'enorguilli et monta en
-oultrecuidance. Tant fist et entreprist d'autres qu'il en fist trop,
-et en despleut à nostre Seigneur qui longuement avoit dissimullé et
-souffert sans dire mot, et lors à un coup tout luy vint à souvenance.
-Si le trébucha ou plus parfont d'enfer pour ce qu'il ne continua
-son service à quoy il estoit ordonné et pour lequel il avoit au
-commencement acquis l'amour de nostre Seigneur qu'il avoit si grande.
-Et pour ce devez-vous estre obéissant au commencement et tousjours
-persévérer à cest exemple.
-
-
-
-
-HUITIÈME ARTICLE.
-
-
-Le huitiesme article de la première distinction dit que vous soiés
-taisant ou au moins attrempéement parlant, et sage pour garder et
-céler les secrets de vostre mary. Sur quoy, belle seur, sachiez que
-toute personne qui s'eschauffe en sa parole n'est mie bien attrempé en
-son sens, et pour ce sachez que savoir mettre frain en sa langue est
-souveraine vertu, et moult de périls sont venus de trop parler, et par
-espécial quant l'en prent paroles à gens arrogans, ou de grant courage,
-ou gens de court de seigneurs. Et par espécial gardez-vous en tous
-vos fais de prendre paroles à telles gens; et se par adventure telles
-gens se addressent à vous, si les eschevez et laissiez sagement et
-courtoisement, et ce sera souverainement grant sens à vous, et sachez
-que d'ainsi faire il vous est pure nécessité; et jasoit-ce que le cuer
-en face mal, toutesvoies le convient-il aucunes fois mestrier[296],
-et n'est pas sage qui ne le puet faire, car il est trouvé un proverbe
-rural qui dit que aucun n'est digne d'avoir seignourie ou maistrise sur
-autruy qui ne peut estre maistre de luy mesmes.
-
-Et pour ce, en ce cas et en tous autres, devez-vous si estre maistre de
-vostre cuer et de vostre langue qu'elle soit subjecte à vostre raison,
-et advisez toudis devant qui et à qui vous parlerez; et vous prie et
-admoneste que soit en compaignie, soit à table, gardez-vous de trop
-habondamment parler, car en habondance de paroles ne peut estre qu'il
-n'en y ait aucune fois de mal assises aucunes, et dit-l'en aucunes
-fois, par esbatement et par jeu, paroles de revel[297] qui depuis
-sont prinses et recordées à part en grant dérision et mocquerie de
-ceulx qui les ont dictes. Et pour ce gardez devant qui et de quoy vous
-parlerez, ne à quel propos, et ce que vous direz, dictes à trait[298]
-et simplement: et en parlant pensez que riens ne ysse qui ne doie yssir
-et que la bride soit devant les dens pour refraindre le trop. Et soyez
-bon secrétaire et aiez tousjours souvenance de garder les secrets de
-vostre mary qui sera; premier[299] ses meffais, vices ou péchiés, se
-vous en savez aucuns, célez-les et couvrez, mesmes sans son sceu,
-afin qu'il ne s'en hontie, car à peine trouverez-vous aucun que s'il
-a aucun amy qui apparçoive son péchié, jà puis ne le verra de si bon
-cuer que devant et aura honte de luy et l'aura en regard. Et ainsi
-vous conseille-je que ce que vostre mary vous dira en conseil, vous
-ne le revélez point à quelque personne tant soit privée de vous, et
-vainquez en ce la nature des femmes qui est telle, si comme l'en dit,
-qu'elles ne pevent riens céler, c'est à dire les mauvaises et meschans.
-Dont un philosophe appellé Macrobe raconte, et est trouvé ou livre du
-Songe Scipion, qu'il estoit à Romme un enfant, jeune fils, qui avoit
-nom Papire, qui une fois avec son père lequel estoit sénateur de Romme
-s'en ala en la chambre des sénateurs, en laquelle chambre les sénateurs
-rommains tenoient leur conseil. Et illecques firent serement que leur
-conseil nul n'oseroit révéler sur paine de perdre la teste. Et quant
-ils orent tenu conseil et l'enfant retourna à l'hostel, sa mère luy
-demanda dont il venoit, et il respondi du conseil du Sénatoire avec
-son père. La mère luy demanda quel conseil c'estoit; il dist qu'il ne
-l'oseroit dire sur paine de mort. Adonc fut la mère plus en grant désir
-de le savoir, et commença maintenant à flater, et en après à menacier
-son fils qu'il luy dist. Et quant l'enfant vit qu'il ne povoit durer
-à sa mère, si luy fist premièrement promettre qu'elle ne le diroit à
-nulluy et elle luy promist. Après il luy dist ceste mençonge, c'est
-assavoir que les sénateurs avoient eu en leur conseil entre eulx, ou
-que un mary eust deux femmes, ou une femme deux maris. Quant la mère oy
-ce, si luy deffendi qu'il ne le dist à nul autre, et puis s'en ala à
-ses commères et leur dist le conseil en secret, et l'autre à l'autre,
-et ainsi sceurent toutes ce conseil, chascune en son secret.
-
-Si advint un pou après que toutes les femmes de Romme vindrent au
-Sénatoire où les sénateurs estoient assemblés, et par moult de fois
-crièrent à haulte voix qu'elles aimoient mieulx que une femme eust deux
-maris que un homme deux femmes. Les sénateurs estoient tous esbahis et
-ne savoient que ce vouloit dire, et se taisoient et regardoient l'un
-l'autre en demandant dont ce venoit, jusques à tant que l'enfant Papire
-leur compta tout le fait. Et quant les sénateurs oyrent ce, si en
-furent tous courroucés et le firent sénateur et establirent que jamais
-d'ores-en-avant nul enfant ne fust en leur compaignie.
-
-Ainsi appert par ceste exemple que l'enfant masle qui estoit jeune
-sceut céler et taire et évada, et la femme qui avoit aage convenable
-pour avoir sens et discrétion ne sceut taire ne céler ce qu'elle avoit
-juré et promis sur son serement, et mesmes le secret qui touchoit
-l'honneur de son mary et de son fils.
-
-Et encores est-ce le pis que quant femmes racontent aucune chose
-l'une à l'autre, tousjours la derrenière y adjouste plus et accroist
-la bourde et y met du sien, et l'autre encores plus. Et à ce propos
-raconte-l'en un conte rural d'une bonne dame qui avoit acoustumé à soy
-lever matin. Un jour ne se leva mie si matin qu'elle avoit acoustumé;
-sa commère se doubta qu'elle ne feust malade, si l'ala veoir en son lit
-et luy demanda moult qu'elle avoit. La bonne dame qui eut honte d'avoir
-tant jeu, ne sceut que dire fors qu'elle estoit moult pesante et malade
-et tellement qu'elle ne le sceut dire. La commère la pressa et pria
-par amours qu'elle luy dist, et elle luy jura, promist, et fiança que
-jamais ce qu'elle luy diroit ne seroit révélé pour rien de ce monde à
-nulle créature vivant, père, mère, seur, frère, mary, ne confesseur, ne
-autre. Après celle promesse et serement la bonne dame qui ne savoit que
-dire, par adventure, luy dist que elle avoit un oeuf ponnu. La commère
-en fut moult esbahie et monstra semblant d'en estre bien courroucée,
-et jura plus fort que devant que jamais parole n'en seroit révélée.
-
-Assez tost après icelle commère se parti et en s'en retournant encontra
-une autre commère qui luy emprist à dire dont elle venoit, et celle
-tantost luy dist qu'elle venoit de veoir la bonne dame qui estoit
-malade et avoit ponnu deux oeufs, et luy pria et aussi l'autre luy
-promist que ce seroit secret. L'autre encontra une autre et en secret
-luy dist que la bonne dame avoit ponnu quatre oeufs: l'autre encontra
-une autre et luy dist huit oeufs, et ainsi de plus en plus multiplia
-le nombre. La bonne dame se leva et sceut que par toute la ville l'en
-disoit qu'elle avoit ponnu une pannerée d'oeufs. Ainsi s'apparceut
-comment femmes sont mal secrètes, et qui pis est le racontent tousjours
-en pire endroit.
-
-Et pour ce, belle seur, sachiez vos secrets céler a tous, vostre
-mary excepté, et ce sera grant sens, car ne créez pas que une autre
-personne cèle pour vous ce que vous mesmes n'arez peu ou sceu céler;
-et pour ce soyez secrète et célant à tous fors à vostre mary, car à
-celluy ne devez-vous riens céler, mais tout dire, et luy à vous aussi
-ensemble. Et il est dit _Ad Ephesios_ Vº: _Sic viri debent diligere
-uxores scilicet ut corpora sua_. Ideo ibidem dicitur: _Viri diligite
-uxores vestras_; et _Unusquisque uxorem suam diligat sicut se ipsum_,
-c'est à dire quel'homme doit amer sa femme comme son propre corps, et
-pour ce, vous deux, c'est assavoir l'homme et la femme, devez estre
-tout un, et en tout et partout l'un de l'autre conseil ouvrer, et ainsi
-font et doivent faire les bonnes et sages gens. Et vueil bien que les
-maris sachent que aussi doivent-ils céler et couvrir les simplesses
-jà faictes par leurs femmes, et doulcement pourveoir aux simplesses à
-venir. Et ainsi le voult faire un bon preudome de Venise.
-
-A Venise furent deux mariés qui orent trois enfans en mariage. Après,
-la femme fu gisant au lit de la mort et se confessa, entre les autres
-choses, de ce que l'un des enfans n'estoit pas de son mary. Le
-confesseur à la parfin luy dist qu'il auroit advis quel conseil il luy
-donroit et retourneroit à elle. Icelluy confesseur vint au phisicien
-qui la gouvernoit et luy demanda l'estat de la maladie d'elle. Le
-phisicien dist qu'elle n'en pourroit eschapper. Adonc le confesseur
-vint à elle et luy dist comment il s'estoit conseillié de son cas et
-ne véoit mie que Dieu luy donnast santé, se elle ne crioit mercy à son
-mary du tort qu'elle luy avoit fait. Elle manda son mary et fist tous
-vuidier hors de la chambre excepté sa mère et son confesseur qui la
-mirent et soustindrent dedens son lit à genoulx, et les mains joinctes
-devant son mary, luy pria humblement mercy de ce qu'elle avoit péchié
-en la loy de son mariage et avoit eu l'un de ses enfans d'autre que de
-luy: et disoit oultre, mais son mary l'escria en disant: Ho! ho! ho!
-n'en dictes plus! Sur ce la baisa et luy pardonna en disant: Jamais
-plus ne le dictes, ne nommez à moy ne à autre lequel c'est de vos
-enfans, car je les vueil aimer autant l'un comme l'autre si également
-que en vostre vie ne après vostre mort vous ne soïez blasmée, car
-en vostre blasme aroie-je honte, et vos enfans mesmes et autres par
-eulx, c'est assavoir nos parens, en recevroient vilain et perpétuel
-reprouche. Si vous en taisiez: je n'en vueil plus savoir afin que l'en
-ne die mie que je face tort aux autres deux. Qui que cestuy soit, je
-luy donne en pur don, dès maintenant, à mon vivant, ce que le droit de
-nos successions luy monteroit.
-
-Belle seur, ainsi véez-vous que le sage homme fleschi son courage pour
-saulver l'onneur de sa femme qui redondoit à luy et à ses enfans, et
-par ce vous appert que les sages hommes et les sages femmes doivent
-faire l'un pour l'autre pour sauver son honneur. Et à ce propos peut
-estre trait autre exemple.
-
-Il fut un grant sage homme que sa femme laissa pour aler avec un autre
-homme jeune en Avignon, lequel quant il en fut saoul la laissa, comme
-il est acoustumé que tels jeunes hommes font souvent. Elle fut povre
-et desconfortée; si se mist au commun pour ce qu'elle ne sceut de quoi
-vivre. Son mary le sceut depuis et en fut moult courroucié et mist le
-remède qui s'ensuit. Il mist à cheval deux des frères de la femme et
-leur donna de l'argent et leur dist qu'ils alassent querre leur seur
-qui estoit ainsi comme toute commune en Avignon, et qu'elle feust
-vestue de housse et chargiée de coquilles, à l'usage de pelerins venant
-de Saint Jaques, et montée souffisament, et quant elle seroit à une
-journée près de Paris, qu'ils le luy mandassent. A tant se partirent.
-Le sage homme publia et dist partout à un et à autre qu'il estoit bien
-joyeulx de ce que sa femme retournoit en bon point, Dieu mercy, de là
-où il l'avoit envoyée, et quant on luy demandoit où il l'avoit envoyée,
-il disoit qu'il l'avoit pieçà envoyée à Saint Jaques en Galice pour
-faire pour luy un pélérinage que son père à son trespassement luy avoit
-enchargié. Chascun estoit tout esbahy de ce qu'il disoit, considéré
-ce que l'en avoit par avant dit d'icelle. Quant sa femme fut venue à
-une journée près de Paris, il fist parer son hostel et mettre du may
-et de l'erbe vert[300] et assembla ses amis pour aler au devant de sa
-femme. Il fut au devant et s'entre-baisièrent, puis commencèrent l'un
-et l'autre à plourer, et puis firent très grant joye. Il fist dire
-à sa femme que à tous elle parlast esbatéement[301], haultement et
-hardiement, et à luy mesmes, et mesmement devant la gent, et qu'elle
-venue à Paris alast sur toutes ses voisines l'une après l'autre et ne
-fist nul semblant de rien que de joye. Et ainsi le bon homme retourna
-et garda l'onneur de sa femme.
-
-Et, par Dieu, se un homme garde l'onneur de sa femme et une femme
-blasme son mary ou seuffre qu'il soit blasmé, ne couvertement, ne en
-appert, elle mesmes en est blasmée, et non sans cause; car, ou il
-est blasmé à tort, ou il est blasmé à droit: s'il est blasmé à tort,
-donc le doit-elle aigrement revenchier; s'il est blasmé à droit, donc
-le doit-elle gracieusement couvrir et doulcement défendre, car il
-est certain que se le blasme demouroit sans estre effacié, de tant
-comme auroit plus meschant mary, seroit elle réputée pour meschant et
-partiroit à son blasme pour ce qu'elle se seroit mariée à si meschant.
-Car, tout ainsi comme celluy qui joue aux eschez tient longuement en sa
-main son eschec avant qu'il l'assiée pour adviser de le mettre en lieu
-seur, tout ainsi la femme se doit tenir pour advisier et choisir et se
-mettre en bon lieu. Et s'elle ne le fait, si luy soit reprouchié, et
-doit partir au blasme de son mary; et se il est en rien taché, elle le
-doit couvrir et céler de tout son povoir. Et autel doit faire le mary
-de sa femme, comme dit est dessus et dit sera cy après.
-
-Je sceus un bien notable advocat en Parlement, lequel advocat avoit
-eu une fille qu'il avoit engendrée en une povre femme, qui la mist
-à nourrisse: et par deffault de paiement, ou de visitation, ou des
-courtoisies que les hommes ne scevent pas faire aux nourrisses en tels
-cas, fu de ce telles paroles que la femme de l'advocat le sceut, et
-sceut aussi que je faisoie les paiemens de ceste nouriture et pour
-couvrir l'honneur du seigneur à qui j'estoie et suis bien tenu, Dieu
-le gart! Et pour ce la femme d'icelluy advocat vint à moy et me dist
-que je faisoie grant péchié que son seigneur fust esclandry et diffamé,
-et qu'elle estoit mieulx tenue à souffrir le danger[302] de ceste
-nouriture que moy, et que je la menasse où l'enfant estoit[303].... la
-mist en garde avec une cousturière et luy fist aprendre son mestier et
-puis la maria, ne oncques un maltalent ne un seul courroux ou laide
-parole son mary n'en apparceut. Et ainsi font les bonnes femmes vers
-leurs maris et les bons maris vers leurs femmes quant elles faillent.
-
-
-
-
-NEUVIÈME ARTICLE.
-
-
-Le neuviesme article doit monstrer que vous soyez sage à ce que se
-vostre mary folloie comme jeunes gens ou simples gens font souvent,
-que doulcement et sagement vous le retrayez de ses folies. Primo, s'il
-veult soy courroucier ou mal exploitier contre vous, gardez que par
-bonne patience et par la doulceur de vos paroles vous occiez l'orgueil
-de sa cruaulté, et se ainsi le savez faire, vous l'arez vaincu
-tellement qu'il ne vous pourra faire mal néant plus que s'il fust
-mort, et si luy souvendra depuis tellement de vostre bien, jasoit-ce
-qu'il n'en die mot devant vous, que vous l'aurez du tout attrait à
-vous. Et se vous ne le povez desmouvoir qu'il ne vous courrousse,
-gardez que vous ne vous en plaigniez à vos amis ne autres dont il se
-puisse apparcevoir, car il en tendroit moins de bien de vous et luy en
-souvendroit autre fois, mais alez en vostre chambre plourer bellement
-et coyement, à basse voix, et vous en plaignez à Dieu; et ainsi le font
-les sages dames. Et s'il est ainsi qu'il se vueille esmouvoir contre
-autre personne plus estrange, si le refrenez sagement; et, à ce propos,
-est une histoire ou traictié qui dit ainsi[304]:
-
-Un jouvencel appellé Mellibée, puissant et riche, ot une femme nommée
-Prudence, et de celle femme ot une fille. Advint un jour qu'il s'ala
-esbatre et jouer et laissa en son hostel sa femme et sa fille et
-les portes closes. Trois de ses anciens ennemis approuchièrent et
-appoièrent escheles aux murs de sa maison, et par les fenestres
-entrèrent dedans, et batirent sa femme [forment], et navrèrent
-sa fille de cinq plaies mortels en cinq lieux de son corps c'est
-assavoir ès piés, ès oreilles, ou nez, en la bouche et ès mains, et la
-laissièrent presque morte, puis s'en alèrent.
-
-Quant Mellibée retourna à son hostel et vit cest meschief, si commença
-et prist à plaindre et à plourer et à soy batre, et en manière de
-forcené sa robe dessirer. Lors Prudence sa femme le prist à admonester
-qu'il se souffrist[305]; et il tousjours plus fort crioit. Adonc
-Prudence se appensa de la sentence Ovide, ou livre _des Remèdes
-d'amours_, qui dit que cellui est fol qui s'efforce d'empeschier la
-mère de plorer la mort de son enfant, jusques à tant qu'elle se soit
-bien vuidée de larmes et saoulée de plorer. Lors il est temps de la
-conforter et attremper sa douleur par doulces paroles.
-
-Pour ce Prudence se souffri un pou de temps, et puis quant elle vit son
-temps, si lui dist: Sire, dist-elle, pourquoy vous faites-vous sembler
-fol? Il n'appartient pas à sage homme de démener si grant dueil. Vostre
-fille eschappera se Dieu plaist: se elle estoit ores morte, vous ne
-vous devriez pas pour luy destruire, car Sénèque dit que li sages ne
-doit point prendre grant desconfort de [la mort de] ses enfans, ains
-doit souffrir leur mort aussi légièrement comme il attend la sienne
-propre. Mellibée respondi: qui est celluy qui se pourroit tenir de
-plorer en si grant cause de douleur? Nostre Seigneur Jhésu-Crist mesmes
-plora de la mort du ladre son amy.--Certes, dist Prudence, pleurs ne
-sont mie deffendus à celluy qui est triste ou entre les tristes,
-mais leur est ottroié, car, selon ce que dit saint Pol l'apostre en
-l'epistre aux Rommains, on doit mener joye avec ceulx qui ont joye et
-mainnent, et doit-on plourer avec ceulx qui pleurent. Mais jasoit-ce
-que plourer atrempéement soit permis, toutesvoies plorer desmesuréement
-est deffendu, et pour ce l'on doit garder la mesure que Sénèque met.
-Quant tu auras, dit-il, perdu ton amy, ton oeil ne soit ne trop sec ne
-trop moistes, car jasoit-ce que la larme viengne à l'oeil, elle n'en
-doit pas issir; et quant tu auras perdu ton ami, pense et efforce-toy
-d'un autre recouvrer, car il te vault mieulx un autre ami recouvrer
-que l'ami perdu plorer. Se tu veulx vivre sagement, oste tristesse de
-ton cuer, car Sénèque dit: le cuer lié et joyeux maintient la personne
-en la fleur de son aage, mais l'esperit triste luy fait séchier les
-os[306]; et dist aussi que tristesse occist moult de gens[307]. Et
-Salemon dit que tout ainsi comme la tigne ou l'artuison[308] nuit à la
-robe et le petit ver au bois, tout ainsi griève tristesse au cuer. Et
-pour ce nous devons porter [patiemment] en la perte de nos enfans et de
-nos autres biens temporels ainsi comme Job [lequel,] quant il ot perdu
-ses enfans et toute sa substance et eut receu moult de tribulations en
-son corps, il dist: nostre Seigneur le m'a donné, nostre Seigneur le
-m'a tolu: ainsi comme il le m'a voulu faire, il l'a fait; benoist soit
-le nom nostre Seigneur!
-
-Mellibée respondi à Prudence sa femme ainsi: toutes les choses que tu
-dis sont vrayes et profitables, mais mon esperit est si troublé que
-je ne sçay que je doie faire. Lors Prudence lui dist: appelle tous tes
-loyaulx amis, tes affins[309] et tes parens, et leur demande conseil
-de ceste chose, et te gouverne selon le conseil qu'ils te donront, car
-Salemon dit: tous tes fais par conseil feras, ainsi ne t'en repentiras.
-
-Adonc Mellibée appella moult de gens, c'est assavoir cirurgiens,
-phisiciens vieillars et jeunes, et aucuns de ses anciens ennemis qui
-estoient réconciliés [par semblance], et retournés en sa grâce et
-en son amour, et aucuns de ses voisins qui lui portèrent révérence
-plus par doubtance que par amour, et avec ce vindrent plusieurs de
-losengeurs et moult de sages clers et bons advocas. Quant ceulx
-furent ensemble, il leur recompta et monstra bien par la manière de
-son parler qu'il estoit moult courroucié, et qu'il avoit moult grant
-désir de soy vengier tantost et faire guerre incontinent: toutesvoies
-il demanda sur ce leur conseil. Lors un cirurgien par le conseil des
-autres cirurgiens se leva disant: Sire, il appartient à un cirurgien
-que il porte à un chascun prouffit et à nul dommage, dont il advient
-aucunes fois que quant deux hommes par malice se sont combatus ensemble
-et navrés l'un l'autre, un mesme cirurgien garist l'un et l'autre; et
-pour ce il n'appartient point à nous de esmouvoir ou nourrir guerre
-ne supporter partie[310], mais à ta fille garir. Jasoit-ce qu'elle
-soit navrée malement, nous mettrons toute nostre cure de jour et de
-nuit, et, à l'aide de nostre Seigneur, nous te la rendrons toute
-saine. Presques en ceste manière respondirent les phisiciens, et
-oultre adjoustèrent avec ce aucuns que tout ainsi comme selon l'art
-de médicine les maladies se doivent garir par contraires, ainsi
-doit-l'en garir guerre par vengence. Les voisins envieux, les ennemis
-réconciliés par semblant, les losengeurs, firent semblant de plorer
-et commencèrent le fait moult à aggraver en loant moult Mellibée en
-puissance d'avoir et d'amis, et en vitupérant la puissance de ses
-adversaires, et dirent que tout oultre il se devoit tantost vengier et
-incontinent commencier la guerre. Adonc un sage advocat de la voulenté
-des autres se leva et dist: Beaulx seigneurs, la besongne pour quoy
-nous sommes cy assemblés est moult haulte et pesante pour cause de
-l'injure et du maléfice qui est moult grant, et pour raison des grans
-maulx qui s'en pevent ensuivre ou temps advenir, et pour la force des
-richesses et des puissances des parties; pour laquelle chose il seroit
-grant péril errer en ceste besongne. Pour ce, Mellibée, dès maintenant
-nous te conseillons que sur toutes choses tu aies diligence de garder
-ta personne, et euvres en telle manière que tu soies bien pourveu
-d'espies[311] et guettes[312] pour toy garder. Et après tu mettras en
-ta maison bonne garnison et fort pour toy et ta maison défendre. Mais
-de mouvoir guerre et de toy vengier tantost, nous n'en povons pas bien
-jugier en si pou de temps lequel vault mieulx. Si demandons [espace]
-d'avoir délibération, car l'on dit communément: qui tost juge, tost se
-repent; et dit-on aussi que le juge est bon qui tost entent et tart
-juge. Car jasoit-ce que toute demeure soit ennuyeuse, toutesvoies elle
-ne fait pas à reprendre en jugement et en vengence quant elle est
-souffisant et raisonnable. Et ce nous monstre nostre Seigneur par
-exemple, quant la femme qui estoit prinse en adultère lui fut admenée
-pour jugier d'icelle ce que on en devoit faire. Car jasoit-ce qu'il
-sceust bien qu'il devoit respondre, toutesvoies il ne respondi pas
-tantost, mais voult avoir délibération et escript deux fois en terre.
-Pour ces raisons, nous demandons délibération, laquelle eue, nous te
-conseillerons, à l'aide de Dieu, chose qui sera à ton proufit.
-
-Lors les jeunes gens et la plus grant partie de tous les autres
-mocquèrent[313] ce sage et firent grant bruit, et dirent que tout ainsi
-comme l'en doit batre le fer tant comme il est chault, ainsi l'en doit
-vengier l'injure tant comme elle est fresche, et se escrièrent à haulte
-voix: _guerre! guerre! guerre!_
-
-Adonques se leva un des anciens et estendit la main et cria que l'en
-feist silence et dist ainsi: moult de gens crient _guerre!_ haultement,
-qui ne scevent que guerre se monte. Guerre en son commencement est si
-large et a si grant entrée que un chascun y puet entrer et la puet
-trouver légièrement, mais à très grant peine puet-l'en savoir à quelle
-fin l'en en puet venir. Car quant la guerre commence, moult de gens ne
-sont encores nés, qui pour cause de la guerre mourront jeunes, ou en
-vivront en douleur et en misère et fineront leur vie en chétiveté. Et
-pour ce, avant que l'en mueve guerre, l'en doit avoir grant conseil et
-grant délibération.
-
-Quant icelluy ancien cuida confermer son dit par raisons, ils se
-levèrent presque tous encontre luy et entrerompirent son dit souvent,
-et lui dirent qu'il abrégeast ses paroles, car la narration de cellui
-qui presche à ceulx qui ne le veulent oïr, est ennuyeuse; c'est à dire
-que autant vault parler devant cellui à qui il ennuye comme chanter
-devant cellui qui pleure. Quant ce sage ancien vit qu'il ne povoit
-avoir audience, ne se efforça plus de parler. Si dit: je vois bien
-maintenant que le proverbe commun est vray: lors fault le bon conseil,
-quant le grant besoing est[314]. Et ce dit, il s'assist comme tout
-honteulx.
-
-Encores avoit en conseil Mellibée moult de gens qui lui conseilloient
-autre chose en l'oreille et autre chose en appert. Quant Mellibée eust
-oy son conseil, il conceut et advisa que trop plus grant partie se
-accordoit et conseilloit que l'en feist guerre; si se arresta en leur
-sentence et la conferma. Lors dame Prudence, quant elle vit son mary
-qui se appareilloit de soy vengier et de faire guerre, si lui vint au
-devant et lui dist moult doulcement: Sire, je vous pry que vous ne
-vous hastez et que vous pour tous dons me donnez espace de parler,
-car Pierre Alphons[315] dit: qui te fera bien ou mal, ne te haste du
-rendre, car ainsi comme plus long temps te attendra ton amy, ainsi
-plus long temps te doubtera ton ennemi. Mellibée respondi à Prudence
-sa femme: je ne propose point de user de ton conseil et pour moult de
-raisons. Premièrement, car chascun me tendroit pour fol, se je par ton
-conseil et par ton consentement changeoie ce qui est ordonné par moult
-de bonnes gens: après car toutes femmes sont mauvaises, et une seule
-n'est bonne, selon le dit de Salemon: en mil hommes, dit-il, j'ay bien
-trouvé un preudomme, mais de toutes les femmes je n'en treuve nulle
-bonne. Après est la tierce raison, car se je me gouvernoie de ton
-conseil, il sembleroit que je te donnasse sur moy seignorie, laquelle
-chose ne doit pas estre. Car Jhésu-Sirac[316] dit: se la femme a la
-seignorie, elle est contraire à son mary. Et Salemon dit: à ton fils,
-à ta femme, à ton frère, à ton amy ne donne puissance sur toy en toute
-ta vie, car il te vault mieulx que tes enfans te requièrent ce que
-mestier sera pour eulx que toy regarder ès mains de tes enfans. Après,
-se je vouloye user de ton conseil, il conviendroit aucunes fois que le
-conseil fust secret jusques à tant qu'il fust temps de le révéler, et
-ce ne se pourroit faire, car il est escript: la jenglerie des femmes ne
-puet riens céler fors ce qu'elle ne scet. Après, le philosophe dit: en
-mauvais conseil les femmes vainquent les hommes. Pour ces raisons je ne
-doy point user de ton conseil.
-
-Dame Prudence, après ce qu'elle ot oy débonnairement et en grant
-patience toutes les choses que son mary voult avant traire, si demanda
-licence de parler et puis dist: Sire, à la première raison que vous
-m'avez avant mise, puet-on respondre légièrement. Car je dy qu'il n'est
-pas folie de changer son conseil quant la chose se change ou quant la
-chose appert autrement que devant. Après, je dy encores plus, car se tu
-avoies promis et juré de faire ton emprise et tu la laissoies à faire
-pour juste cause, l'en ne devroit pas dire que tu fusses mensongier
-ne parjure, car il est escript: le sage ne ment mie quant il mue son
-courage[317] en mieulx. Et jasoit-ce que ton emprise soit estable
-et ordonnée par grant multitude de gens, pour ce ne la convient pas
-accomplir, car la vérité des choses et le prouffit sont mieulx trouvés
-par pou de gens sages et parlans par raison que par multitude de gens
-où chascun brait et crie à sa voulenté: et telle multitude n'est point
-honneste.
-
-A la seconde raison, quant vous dittes que toutes femmes sont mauvaises
-et nulles bonnes, sauf vostre grâce, [vous parlez trop généraulment
-quant] vous les desprisez ainsi toutes, car il est escript: qui
-tout desprise, à tout desplait; et Sénèque dit que cellui qui veult
-acquerre sapience ne doit nul desprisier, mais ce qu'il scet, il le
-doit enseigner sans présumption, et ce qu'il ne scet, il ne doit pas
-avoir honte de demander à maindre de luy. Et que moult de femmes soient
-bonnes, l'en le puet prouver légièrement. Premièrement, car nostre
-Seigneur Jhésu-Crist ne se fust oncques daigné descendre en femme se
-elles fussent toutes mauvaises ainsi comme tu le dis. Après, pour la
-bonté des femmes, nostre Seigneur Jhésu-Crist, quant il fut ressuscité
-de mort à vie, il apparut premier[318] à Marie Magdalaine que aux
-apostres; et quant Salemon dist que de toutes femmes il n'en a trouvé
-nulle bonne, pour ce ne s'ensuit pas que nulle ne soit bonne. Car
-jasoit-ce qu'il ne l'ait trouvée, moult des autres en ont bien trouvé
-plusieurs bonnes et loyaulx; ou, par adventure, quant Salemon dit qu'il
-n'a point trouvé de bonne femme, il entend de la bonté souveraine de
-laquelle nul n'est bon fors Dieu seulement, selon ce que lui mesmes
-le dit en l'Euvangile, car nulle créature n'est tant bonne, à qui ne
-faille aucune chose, sans comparoison à la perfection de son Créateur.
-
-La tierce chose si est comme tu dis se tu te gouvernoies par mon
-conseil, il sembleroit que tu me donnasses par dessus toy seignorie.
-Sauve ta grâce, il n'est pas ainsi: car selon ce, nul ne prendroit
-conseil fors à cellui à qui il vouldroit sur lui puissance, et ce
-n'est pas vray, car cellui qui demande conseil a franchise et libérale
-voulenté de faire ce que l'en luy conseille, ou de le laissier.
-
-Quant à la quarte raison, où tu dis que la jenglerie des femmes ne
-puet céler fors ce qu'elles ne scevent pas, ceste parole doit estre
-entendue d'aucunes femmes jengleresses desquelles on dit: trois choses
-sont qui gettent homme hors de sa maison, c'est assavoir la fumée[319],
-la goutière et la femme mauvaise. Et de telles femmes parle Salemon
-quant il dit: il vauldroit mieulx habiter en terre déserte que avec
-femme rioteuse et courrouceuse. Or scez-tu bien que tu ne m'as pas
-trouvée telle, ains as souvent esprouvé ma grant silence et ma grant
-souffrance, et comme j'ai gardé et célé les choses que l'en devoit
-céler et tenir secrètes.
-
-Quant à la quinte raison, où tu dis que en mauvais conseil les femmes
-vainquent les hommes, ceste raison n'a point cy son lieu, car tu ne
-demandes pas conseil de mal faire, et se tu vouloies user de mauvais
-conseil et mal faire, et ta femme t'en povoit retraire et vaincre, ce
-ne seroit pas à reprendre, mais à loer. Et ainsi l'en doit entendre
-le dit du philosophe: en mauvais conseil vainquent les femmes les
-hommes, car aucunes fois quant les hommes veullent ouvrer de mauvais
-conseil, les femmes les en retraient et les vainquent. Et quant vous
-blasmez tant les femmes et leur conseil, je vous monstreray par moult
-de raisons que moult de femmes ont esté bonnes et leur conseil bon et
-proufitable. Premièrement, l'en a acoustumé de dire: conseil de femme,
-ou il est très chier, ou il est très vil. Car jasoit-ce que moult de
-femmes soient très mauvaises et leur conseil vil, toutesvoies l'en
-en treuve assez de bonnes et qui très bon conseil et très chier ont
-donné. Jacob par le bon conseil de Rébeca sa mère gaigna la bénéiçon
-de Isaac son père et la seignorie sur tous ses frères. Judith par son
-bon conseil délivra la cité de Buthulie où elle demouroit, des mains
-de Holofernes qui l'avoit assiégée et la vouloit destruire. Abigaïl
-délivra Nagal son mari de David qui le vouloit occire et appaisa le
-roy par son sens et par son conseil. Hester par son conseil esleva
-moult son peuple ou royaume de Assuere le roy: et, ainsi puet-l'en
-dire de plusieurs autres. Après, quant nostre Seigneur ot créé Adam le
-premier homme, il dist: Il n'est pas bon estre [l'homme] tout seul.
-Faisons-lui aide semblable [à lui]. Se elles doncques n'estoient bonnes
-et leur conseil [bon], nostre Seigneur ne les eust pas appellées[320]
-adjutoires de hommes, car elles ne fussent pas adjutoires de l'homme,
-mais en dommage et en nuisance. Après, un maistre fist deux vers ès
-quels il demande et respont et dit ainsi: [quelle chose vault mieux
-que l'or? Jaspe. Quelle chose vaut plus que jaspe? Sens.] Quelle chose
-vault mieulx que sens? Femme. Quelle chose vault mieulx que femme?
-Riens. Par ces raisons et par moult d'autres pues-tu veoir que moult
-de femmes sont bonnes et leur conseil bon et proufitable. Se tu veulx
-doncques maintenant croire mon conseil, je te rendray ta fille toute
-saine, et feray tant que tu auras honneur en ce fait.
-
-Quant Mellibée ot oy Prudence, si dist: je voy bien que la parole
-Salemon est vraye, qui dit: broches de miel sont bonnes paroles bien
-ordonnées, car elles donnent doulceur à l'âme et santé au corps. Car
-pour tes paroles très doulces, et pour ce aussi que j'ay esprouvé ta
-grant sapience et ta grant loyaulté, je me vueil du tout gouverner par
-ton conseil.
-
-Puis, dist Prudence, que tu te veulx gouverner par mon conseil, je
-te vueil enseignier comment tu te dois avoir en conseil prendre.
-Premièrement, en toutes tes euvres et devant tous autres conseils, tu
-dois amer et prendre le conseil de Dieu et le demander, et te dois
-mettre en tel lieu et en tel estat qu'il te daigne conseillier et
-conforter. Pour ce dist Thobie à son fils: en tout temps bénéis Dieu
-et lui prie qu'il t'adrece tes voies, et tous tes conseils soient en
-lui tout temps. Saint Jaques si a dit: se aucun de nous a mestier de
-sapience, si la demande à Dieu. Après, tu dois prendre conseil en toy
-et entrer en ta pensée et examiner ce que mieulx te vault. Et lors
-dois-tu oster trois choses de toy qui sont contrarieuses à conseil,
-c'est assavoir: ire, convoitise et hastiveté. Premièrement donques,
-cellui qui demande conseil à soy mesmes doit estre sans yre par moult
-de raisons. La première est car cellui qui est courreciés cuide
-tousjours plus povoir faire qu'il ne puet, et pour ce, son conseil[321]
-surmonte tousjours sa force: l'autre car cellui qui est courroucié,
-selon ce que dit Sénèque, ne puet parler fors que choses crimineuses,
-et par ceste manière il esmeut les autres à courroux et à yre; l'autre
-car cellui qui est courcié ne puet bien juger et par conséquent bien
-conseiller. Après, tu dois oster de toy convoitise, car, selon ce que
-dit l'apostre, convoitise est racine de tous maulx, et le convoiteux ne
-puet riens juger fors que en la fin sa convoitise soit acomplie, qui
-acomplir ne se puet, car tant com plus a li convoiteux, plus désire.
-
-Après tu dois oster de toy hastiveté, car tu ne dois pas juger pour
-le meilleur ce que tantost te vendra au devant, ains y dois penser
-souvent, car, selon ce que tu as oy dessus, l'en dist communément:
-qui tost juge, tost se repent. Tu n'es pas toutes heures en une
-disposition, ains trouveras que ce qui aucune fois te semblera bon de
-faire, l'autre fois te semblera mauvais. Et quant tu auras pris conseil
-à toy mesme et auras jugié à grant délibération ce qui mieulx te vault,
-tien le secret et te garde de révéler à nulle personne, se tu ne cuides
-que en révélant tu faces ta condition meilleur et que le révéler te
-portera prouffit. Car Jhésu-Sirac[322] dit: à ton ami ne à ton ennemi
-ne raconte ton secret ne ta folie, car ils te orront et te regarderont
-et te supporteront en ta présence, et par derrière se moqueront de toy.
-Et un autre dit: à peine trouveras-tu un, tant seulement, qui puisse
-bien céler secret. Et Pierre Alphons dit: tant comme ton secret est
-en ton cuer, tu le tiens en ta prison, et quant tu le révèles à autruy
-il le tient en la sienne; et pour ce il te vault mieulx taire et ton
-secret céler que prier cellui à qui tu le révèles qu'il le cèle, car
-Sénèque dit: se tu ne te pues taire et ton secret céler, comment ose-tu
-prier un autre qu'il le vueille céler?
-
-Se tu cuides que révéler ton secret à autre et avoir son conseil face
-ta condition meilleur, lors le quiers, et maintien-toy en telle guise:
-premièrement, tu ne dois pas faire semblant [à ton conseil][323] quelle
-partie tu veulx tenir ne monstrer ta voulenté, car communément tous
-conseillers sont losengeurs, espécialment ceulx qui sont du conseil
-des grans seigneurs, car ils s'efforcent plus de dire chose plaisant
-que proufitable, et pour ce, riche homme n'aura jà bon conseil se
-il ne l'a de soy mesmes. Après tu dois considérer tes amis et tes
-ennemis. Entre tes amis tu dois considérer le plus loial et le plus
-sage, le plus ancien et le plus esprouvé en conseil, et à ceulx tu
-dois conseil demander. Premièrement doncques, tu dois appeller à ton
-conseil tes bons et tes loyaulx amis, car Salemon dit ainsi: comme
-le cuer se délite en bonne odeur, conseil de bons amis fait à l'âme
-doulceur; et dit encores: à l'amy loyal nulle chose ne se compare,
-car ne or ne argent ne sont tant dignes comme la voulenté du loyal
-amy. Et dit oultre: amy loyal est une forte défense: qui le trouve, il
-treuve un grant trésor. Après tu dois regarder que les loyaulx amis que
-tu appelles à ton conseil soient sages, car il est escript: requier
-tousjours le conseil du sage. Par ceste mesme raison tu dois appeller
-les anciens qui assez ont veu et assez ont esprouvé, car il est escript
-en Job: ès anciens est la sapience, et en moult de temps est prudence.
-Et Tulles dit: les grans besongnes ne se font pas par force ne par
-légièreté de corps, mais par bon conseil et par auctorité de personne
-et par science: lesquelles trois choses ne affoiblissent pas en
-vieillesse, mais enforcent et croissent tous les jours. Après, en ton
-conseil tu dois garder ceste règle car au commencement tu dois appeller
-pou de gens des plus espéciaulx, car Salemon dit: efforce-toy d'avoir
-pluseurs amis, mais entre mil eslis-en un pour ton conseiller. Quant
-tu auras en ton conseil pou de gens, si le peus révéler, se mestier
-est, à plusieurs. Toutesvoies les trois conditions dessus dictes si
-doivent estre ès conseillers tousjours gardées, et ne te souffise pas
-un conseillier tant seulement, mais en fais plusieurs, car Salemon dit:
-sainement est la chose où plusieurs conseillers sont.
-
-Après ce que je t'ay monstré à qui tu dois prendre conseil, je te
-vueil monstrer lequel conseil tu dois fuir; [premièrement tu dois] le
-conseil des fols eschiver, car Salemon dit: à fol ne vueil prendre
-conseil, car il ne te saura conseiller fors ce qu'il aime et qui luy
-plaist; et il est escript: en la propriété du fol est que il croit
-légièrement tous maulx d'autruy et tous biens de luy. Après, tu dois
-fuir le conseil des faintifs et losengeurs qui s'efforcent plus de
-loer ta personne et à toy plaire que de dire vérité. Et Tulles dit:
-entre toutes les pestilences qui en amitié sont, la plus grant est
-losengerie. Et pour ce tu dois plus doubter et fuir les doulces paroles
-[de celui qui te loera] que [les aigres paroles de] celui qui vérité te
-dira, car Salemon dit: homme qui dit paroles de losengerie est un las
-pour prendre les innocens; et dit aussi autre part: homme qui parle à
-son amy paroles doulces et souefves, luy met devant les piés la rais
-pour le prendre. Pour ce dit Tulles: garde que ne enclines point tes
-oreilles aux losengeurs et ne reçoy point en ton conseil paroles de
-losengerie. Et Caton dit ainsi: advise-toy d'eschever paroles doulces
-et souefves.
-
-Après, tu dois eschever le conseil de tes anciens ennemis qui sont
-réconciliés, car il est escript: nul ne retourne seurement en la grâce
-de son ennemy. Et Ysope dit: ne vous fiez point en ceulx à qui vous
-avez eu guerre ou inimitié anciennement et ne leur révélez point vos
-consaulx ou secrets; et la raison rent Sénèque et dit ainsi: il ne peut
-estre que là où le feu a esté longuement, qu'il n'y demeure tousjours
-aucune vapeur. Pour ce dit Salemon: en ton ancien ennemy ne te vueilles
-nul temps fier, et encores s'il est réconcilié, se humilité est en luy
-par semblant, et encline sa teste devant toy, ne le croy néant, car il
-le fait plus [pour son proffit que] pour l'amour de toy, afin qu'il
-puisse avoir victoire de toy en soy humiliant envers toy, laquelle
-victoire il ne peut avoir en toy poursuiant. Et Pierre Alphons dit: ne
-t'acompaigne pas à tes anciens ennemis, car ce que tu feras de bien,
-ils le pervertiront ou amenuiseront.
-
-Après tu dois fuir le conseil de ceulx qui te servent et portent
-révérence, car ils le font plus par doubtance que par amour. Car un
-philosophe dit: nul n'est bien loyal à celui que il trop doubte; et
-Tulles dit: nulle puissance d'empire n'est si grant que elle puisse
-durer longuement se elle n'a plus l'amour du peuple que la paour.
-Après, tu dois fuir le conseil de ceulx qui sont souvent yvres, car
-ils ne scevent riens céler, et dit Salemon: nul secret n'est là où
-règne yvresse. Après tu dois avoir le conseil suspect de ceulx qui
-conseillent une chose en secret, et puis autre dient en appert.
-Car Cassiodores dit: une manière de grever son ami est de monstrer
-en appert ce dont l'en veult le contraire. Après, tu dois avoir en
-suspect le conseil des mauvais hommes, car il est escript: les conseils
-des mauvais hommes sont tousjours plains de fraude; et David dit:
-bieneureux est l'homme qui n'a point esté ès consaulx des mauvais!
-Après, tu dois fuir le conseil des jeunes gens, car le sens des jeunes
-gens n'est pas encores meur. De quoy Salemon dit: dolente est la terre
-qui a enfant à seigneur[324]! Et le philosophe dit que nous n'eslisons
-pas les jeunes en princes, car communément ils n'ont point de prudence;
-et dit encores Salemon: dolente est la terre de quoy le prince ne se
-liève matin!
-
-Puis que je t'ay monstré à qui tu dois prendre conseil et de qui
-conseil tu dois eschever et fuir, je te vueil apprendre comment tu dois
-conseil examiner. En examinant doncques ton conseil, selon ce que dit
-Tulles et enseigne, tu dois considérer plusieurs choses. Premièrement,
-tu dois considérer que en ce que tu proposes et sur quoy tu veulx avoir
-conseil, vérité soit gardée et dicte, car l'en ne puet bien conseillier
-à cellui qui ne dit vérité. Après tu dois considérer toutes les choses
-qui s'accordent à ce que tu proposes faire selon ton conseil: se raison
-s'y accorde et si ta puissance s'y accorde, si plusieurs et meilleurs
-s'y accordent que discordent, ou non. Après, tu dois considérer au
-conseil ce qui s'ensuit: se c'est haine ou amour, paix ou guerre,
-prouffit ou dommage, et aussi de moult d'autres choses; et en toutes
-ces choses tu dois tousjours eslire ce qui est ton prouffit, toutes
-autres choses reffusées et rabatues. Après, tu dois considérer de
-quelle racine est engendrée la matière de ton conseil et quel prouffit
-elle puet concevoir et engendrer, et dois encores considérer toutes les
-causes dont elle est venue.
-
-Quant tu auras examiné ton conseil en la manière dicte, et trouvé
-laquelle partie est meilleur et plus prouffitable et esprouvée de
-plusieurs sages et anciens, tu dois considérer se tu le pouras mener à
-fin, car nul ne doit commencer chose s'il n'a povoir de la parfaire,
-et ne doit prendre charge qu'il ne puisse porter. L'en dit en un
-proverbe: qui trop embrasse, pou estraint; et Caton dit: essaye-toy
-de faire ce que tu as povoir de faire, pour ce que la charge ne te
-presse tant qu'il te faille laissier ce que tu as commencié à faire,
-et s'il est doubte se tu le pourras mener à fin ou non, eslis plus
-tost le délaissier que le commencier. Car Pierre Alphons dit: se tu as
-povoir de faire une chose dont il te conviengne repentir, il te vault
-mieulx souffrir que encommencier. Bien disent ceulx qui deffendent à un
-chascun chose faire [dont il duelt et doubte se elle est de faire] ou
-non. En la fin, quant tu auras examiné ton conseil en la manière dessus
-dicte et auras trouvé que tu le pourras mener à fin, lors le retien et
-le conferme.
-
-Or est raison que je te monstre quant et pourquoy on doit changier son
-conseil sans répréhension. L'en peut changier son conseil et son propos
-quant la cause cesse ou quant nouvelle cause survient. Car la loy dit:
-les choses qui de nouvel surviennent ont mestier de nouvel conseil. Et
-Sénèque dit: se ton conseil est venu à la congnoissance de ton ennemy,
-lors change ton conseil. Après, l'en peut changier son conseil quant
-l'en treuve après que par erreur ou par autre cause mal ou dommage en
-puet venir; après, quant le conseil est déshonneste ou vient de cause
-déshonneste, car les lois dient que toutes promesses déshonnestes sont
-de nulle valeur; après, quant il est impossible ou ne se puet garder
-bonnement; et en moult d'autres manières. Après ce, tu dois tenir pour
-règle générale que ton conseil est mauvais quant il est si ferme que
-l'en ne le puet changier pour condition qui surviengne.
-
-Quant Mellibée ot oy ces enseignemens de dame Prudence, si respondi:
-Prudence, jusques à l'eure de maintenant vous m'avez assez enseignié
-comment en général je me doy porter en conseil prendre ou retenir, or
-vouldroie-je bien que vous descendissiez en espécial et me deissiez ce
-que vous semble du conseil que nous avons eu en ceste propre besongne.
-
-Lors respondi dame Prudence: Sire, dist-elle, je te prie que tu ne
-rappelles point en ton courage se je dy chose qui te desplaise, car
-tout ce que je te dy, je l'entens dire à ton honneur et à ton prouffit,
-et ay espérance que tu le prendras en patience. Et pour ce je te fais
-assavoir que ton conseil, à parler proprement, ne doit estre appellé
-conseil, mais un fol esmouvement sans discrétion ouquel tu as erré en
-moult de manières.
-
-Premièrement, tu as erré en assemblant ton conseil, car au
-commencement tu deusses avoir appellé moult peu de gens, et puis après
-plusieurs, se besoing fust; mais tantost tu as appellé une multitude
-de gent chargeuse et ennuyeuse. Après tu as erré, car tu deusses avoir
-appellé tant seulement tes loyaulx amis, sages et anciens; mais avec
-ceulx tu as appellé gens estranges, jouvenceaulx, fols, losengeurs,
-ennemis réconciliés et gens qui te portent révérence sans amour. Après
-tu as erré quant tu es venu à conseil, car tu avoies avec toy ensemble
-ire, convoitise et hastiveté, lesquelles trois choses sont contraires
-à conseil, et ne les as pas abaissées en toy ne en ton conseil ainsi
-comme tu deusses. Après tu as erré, car tu as démonstré à ton conseil
-ta voulenté et la grant affection que tu avoies de faire guerre
-incontinent et de prendre vengence, et pour ce ils ont plus suivy ta
-voulenté que ton prouffit. Après tu as erré, car tu as esté content
-d'un conseil tant seulement, et toutesvoies en si grant besongne et
-si haulte estoient bien nécessaires plusieurs conseils. Après tu as
-erré, car [quant tu as fait la division entre ceulx de ton conseil,]
-tu n'as pas suivy la voulenté de tes loyaulx amis sages et anciens,
-mais as regardé seulement le plus grant nombre. Et tu scez bien que les
-fols sont tousjours en plus grant nombre que les sages, et pour ce le
-conseil des chappitres et des grans multitudes de gens où l'on regarde
-plus le nombre que les mérites des personnes erre souvent, car en tel
-conseil les fols ont toujours gaignié par multitude.
-
-Mellibée adonc respondi: je confesse bien que j'ay erré, mais pour ce
-que tu m'as dit dessus que cellui ne fait pas à reprendre, qui change
-son conseil en moult de cas, je suis appareillié à le changier à ta
-voulenté, car péchier est euvre d'omme, mais persévérer en péchié est
-euvre de déable; et pour ce je ne vueil plus en ce persévérer.
-
-Lors dit Prudence: examinons tout ton conseil [et véons lesquels ont
-parlé plus raisonnablement et donné meilleur conseil,] et pour ce
-que l'examination soit mieulx faicte, commençons aux cirurgiens et
-aux phisiciens qui premièrement parlèrent. Je dy, dist-elle, que les
-cirurgiens et les phisiciens dirent ou conseil ce qu'ils devoient
-dire et parlèrent sagement, car à leur office appartient à un chascun
-prouffiter et à nul nuire, et selon leur art ils doivent avoir grant
-diligence de la cure de ceulx qu'ils ont en leur gouvernement, ainsi
-comme ils ont dit et respondu sagement; et pour ce je conseille qu'ils
-soient haultement guerdonnés, en telle manière qu'ils entendent
-plus liement à la cure de ta fille. Car jasoit-ce qu'ils soient tes
-amis, toutesvoies tu ne dois pas souffrir qu'ils te servent pour
-néant, mais les dois plus largement païer et guerdonner. Mais quant
-à la proposition que les phisiciens adjoustèrent, que ès maladies
-un contraire se garit par autre contraire, je vouldroie bien savoir
-comment tu l'entens.
-
-Certes, dist Mellibée, je l'entens ainsi: car comme ils m'ont fait un
-contraire, que je leur en face un autre, et pour ce qu'ils se sont
-vengiés de moy et m'ont fait injure, je me vengeray d'eulx et leur
-feray injure et lors auray gary un contraire par autre.
-
-Or véez, dist Prudence, comment un chascun croit légièrement ce
-qu'il veut et désire! Certes, dist-elle, la parole des phisiciens ne
-doit pas estre ainsi entendue, car mal n'est pas contraire à mal, ne
-vengence à vengence, ne injure à injure, mais sont semblables. Et
-pour ce, vengence par vengence, ne injure par injure n'est pas curé,
-mais accroist l'une l'autre. Mais la parole doit estre ainsi entendue:
-ainsi que mal et bien, sont contraires paix et guerre, vengence et
-souffrance, discorde et concorde, et ainsi de moult d'autres; mais mal
-se doit gairir par bien, discorde par accord, guerre par paix, et ainsi
-de tous les autres; et à ce s'accorde saint Pol l'appostre en plusieurs
-lieux: ne rendez, dit-il, mal pour mal, ne mesdit pour mesdit, mais
-faites bien à cellui qui mal vous fera, et bénéissez cellui qui vous
-maudira. Et en moult d'autres lieux de ses épistres il admoneste à paix
-et à concorde.
-
-Or convient parler du conseil que donnèrent les advocas, les sages
-et les anciens, qui furent tous d'un accord et dirent que devant
-toutes choses tu dois mettre diligence en garder ta personne et en
-garnir ta maison, et dirent aussi que en ceste besongne l'en doit aler
-adviséement et à grant délibération. Quant au premier point qui touche
-la garde de ta personne, tu dois savoir que cellui qui a guerre doit
-tous les jours, devant toutes choses, humblement et dévotement demander
-la garde et l'aide de Dieu, [car en cest monde nul ne se puet garder
-souffisamment sans la garde de nostre Seigneur.] Pour ce dit David le
-prophète: se Dieu de la cité n'est garde, pour néant veille qui la
-garde. Après, en la garde de ta personne tu dois mettre tes loyaux amis
-esprouvés et congneus et à eulx dois demander aide pour toy garder, car
-Caton dit: se tu as besoing d'aide, demande-le à tes amis, car il n'est
-si bon phisicien comme le loyal amy. Après, tu te dois garder de toutes
-gens estranges et mescongneus et avoir leur compaignie suspecte, car
-Pierre Alphons dit: ne t'acompaigne en voye à nulle personne se tu ne
-la congnois devant, et s'aucune personne s'acompaigne avec toy sans ta
-voulenté et enquière de ta vie et de ta voie, fains que tu veulx aler
-plus loing que tu n'as proposé; et se il porte lance, si te tieng à sa
-dextre: se il porte espée, si te tieng à sa senestre.
-
-Après, garde-toy sagement de tous ceulx[325] que je t'ay dit, car
-tu dois leur conseil eschever et fuir. Après, garde-toy en telle
-manière que pour la présumption de ta force tu ne desprises point
-ton adversaire tant que[326] laisses tes gardes, car sage homme
-doit tousjours doubter, espécialment ses ennemis. Et Salemon dit:
-beneuré est cellui qui tousjours se doubte, car à cellui qui par
-la dureté de son cuer a trop grant présumption, mal lui vendra. Tu
-dois doncques doubter tous agais et toutes espies. Car, selon ce que
-dit Sénèque[327], qui toutes choses doubte, en nulle ne cherra; et
-encores dit-il: sage est celluy qui doubte, et eschiève tous maulx. Et
-jasoit-ce qu'il te soit semblant estre bien asseur et en seur lieu,
-toutesvoies tu dois avoir tousjours diligence de toy garder, car
-Sénèque dit: qui seur se garde n'a doubte de nuls périls. Après tu te
-dois garder non pas tant seulement de ton grant et fort ennemi, mais
-de tout le plus petit, car Sénèque dit: il appartient à homme bien
-enseignié qu'il doubte son petit ennemi. Et Ovide, ou livre du _Remède
-d'amours_, dit: la petite vivre[328] occist le grant torel, et le chien
-qui n'est pas moult grant relient bien le sanglier. Toutesvoies, tu ne
-dois pas estre tant doubteux que tu doubtes là où riens n'a à doubter,
-car il est escript: aucunes gens ont enseignié leur décevoir mais ils
-ont trop doubté que l'en les déceust[329]. Après, tu te dois garder de
-venin et de compaignie de moqueurs, car il est escript: avecques le
-moqueur n'aies compaignie, mais la fuy et ses paroles comme le venin.
-
-Quant au second point, c'est assavoir ouquel dirent les sages que tu
-dois garnir ta maison à grant diligence, je vouldroie bien savoir
-comment tu entens ceste garnison.
-
-Dist Mellibée: Je l'entens ainsi que je doy garnir ma maison de tours,
-de chasteaulx[330], d'eschifes[331] et autres édifices par lesquels
-je me puisse garder et deffendre, et pour cause desquels les ennemis
-doubteront à approuchier ma maison.
-
-Lors Prudence respondi: La garnison de tours haultes et des grans
-édifices appartient aucunes fois à orgueil. L'en fait les tours et les
-grans édifices à grant travail et à grans despens, et quant elles sont
-faites, elles ne vallent riens se elles ne sont deffendues par sages et
-par bons amis loyaux, et à grans missions[332]. Et pour ce sachiez que
-la plus grant garnison et la plus fort que un riche homme puisse avoir
-à garder son corps et ses biens, c'est qu'il soit amé de ses subjects
-et de ses voisins, car Tulles dit: une garnison que l'en ne puet
-vaincre ne desconfire, c'est l'amour des citoyens.
-
-Quant au tiers point, où les sages et anciens dirent que l'en ne
-doit point aler en ceste besongne soudainement ne hastivement, mais
-se doit-on pourveoir et appareillier à grant diligence et à grant
-délibération, je croy qu'ils parlèrent bien et sagement, car Tulles
-dit: en toutes besongnes, devant ce que l'en les commence, on se doit
-appareillier à grant diligence. En vengence doncques, en guerre, en
-bataille et en garnison faire, devant ce que l'en commence, l'en
-doit faire son appareil à grant délibération, car Tulles dit: long
-appareillement de batailles fait brief victoire; et Cassiodores[333]
-dit: la garnison est plus puissant quant elle est plus long temps
-pensée.
-
-Or convient aler au conseil que te donnèrent tes voisins qui te portent
-révérence sans amour, tes ennemis réconciliés, les losengeurs, ceux
-qui te conseillièrent une chose en secret et autre disoient en appert,
-les jeunes gens, qui tous te conseillèrent vengier tantost et faire
-guerre incontinent. Et certes, ainsi comme je t'ay dit dessus, tu erras
-moult en appelant telles gens à ton conseil, et ce conseil est assez
-réprouvé pour les choses dessus dictes. Toutesvoies, puis qu'elles sont
-dictes en général, nous descendrons en espécial. Or véons doncques
-premièrement, selon ce que dit Tulles, de la vérité de ce conseil. Et
-certes de la vérité de ceste besongne ne convient pas moult enquerre,
-car l'en scet bien qui sont ceulx qui te ont fait ceste injure, et
-quans[334] ils sont, et comment, et quant, et quelle injure ils te ont
-faite. Examinons doncques la seconde condition que Tulles met, qu'il
-appelle consentement, c'est à dire qui sont ceulx et quans ils sont qui
-se consentent à tel conseil et à ta voulenté, et considérons aussi qui
-sont ceulx et quans qui se consentent à tes adversaires.
-
-Quant au premier, l'en scet bien quels gens se consentent à ta
-voulenté, car tous ceulx que j'ay dessus nommés conseillent que tu
-faces guerre tantost. Or véons doncques qui tu es et qui sont ceulx que
-tu tiens tant à ennemis. Quant à ta personne, jasoit-ce que tu soies
-riche et puissant, tu es tout seul et n'as nul enfant masle; tu n'as
-fors une seule fille tant seulement: tu n'as frères ne cousins germains
-ne nuls autres bien prouchains parens, pour paour desquels tes ennemis
-se cessassent de toy poursuivre et destruire; et ta personne destruite,
-tu scez bien que tes richesses se diviseront en diverses parties,
-et quant chascun aura sa partie, ils ne seront forcés de vengier ta
-mort. Mais tes ennemis sont trois et ont moult d'enfans, de frères et
-d'autres bien prouchains amis et parens, desquels quant tu en auras
-occis deux ou trois, encores en demourra assez qui pourront vengier
-leur mort et te pourront occire. Et jasoit-ce que tes amis soient trop
-plus que les amis de tes adversaires, ils t'appartiennent de moult
-loing, et les amis de tes adversaires leur sont moult plus prouchains,
-et en ce leur condition est meilleur que la tienne.
-
-Après, voyons encores se le conseil que l'en te donna de la vengence
-tantost prendre, se consent à raison. Et certes tu scez que non, car,
-selon droit, nul ne doit faire vengence [d'autrui, fors le juge qui
-a la jurisdiction sur lui, jasoit-ce que vengence soit] ottroyée ou
-permise à aucun quant on la fait incontinent et attrempéement, selon ce
-que droit le commande. Après, encores sur ce mot consentement, tu dois
-regarder se ton povoir se consent à ta voulenté et à ton conseil. Et
-certes tu pues dire que non, car à parler proprement, nous ne povons
-riens fors ce que nous povons faire deuement et selon droit; et pour
-ce que selon droit tu ne dois prendre vengence de ta propre auctorité,
-l'en puet dire que ton povoir ne se consent point à ta voulenté.
-
-Or convient examiner le tiers point que Tulles appelle conséquent. Tu
-dois doncques savoir que à vengence que tu veulx faire, est conséquent
-et s'ensuit autre vengence, périls, guerres et d'autres maulx sans
-nombre et moult de dommages lesquels l'en ne voit maintenant.
-
-Quant au quart point que Tulles appelle engendrement, tu dois savoir
-que injure est engendrée de haine, acquisition[335] d'ennemis
-enflamblés de vengence; de haine et contens guerres naissent, et
-dégastement de tous biens.
-
-Quant aux causes, qui est le derrenier point que Tulles y met, tu dois
-savoir que en l'injure qui t'a esté faite a deux causes ouvrières et
-efficiens: la loingtaine et la prouchaine; la loingtaine est Dieu qui
-est cause de toutes causes: la prouchaine sont tes trois ennemis. La
-cause accidentelle fut hayne; la cause matériel sont les cinq plaies
-de ta fille; la cause formal fut la manière de faire l'injure, c'est
-assavoir qu'ils appoièrent eschelles contremont les murs et entrèrent
-par les fenestres; la cause final fut que ils vouldrent occire ta
-fille, et par eulx ne demoura. Mais la cause final loingtaine, à quel
-fin ils avendront de ceste besongne, nous ne la povons pas bien savoir,
-fors par conjectures et par présumptions, car nous devons présumer
-qu'ils avendront à male fin par la raison du Décret qui dit: à grant
-peine sont menées à bonne fin les choses qui sont mal commencées.
-Qui me demanderoit pourquoy Dieu a voulu et souffert qu'ils t'aient
-fait telle injure, je n'en sauroie pas bien respondre pour certain,
-car, selon ce que dit l'appostre, la science et jugement nostre
-Seigneur sont si parfont que nuls ne le puet comprendre ne encerchier
-souffisamment. Toutesvoies, par aucunes présumptions je tien que Dieu
-qui est juste et droiturier a souffert que ce soit advenu pour cause
-juste et raisonnable; car tu qui as nom Mellibée qui vault autant comme
-_cellui qui boit le miel_, [le miel as tant voulu boire,] c'est à dire
-la doulceur des biens temporels, des richesses, des délices et des
-honneurs de ce monde, que tu en as esté tout yvres et as oublié Dieu
-ton créateur, ne ne lui as pas porté honneur ne révérence ainsi comme
-tu deusses. Tu n'as pas retenu en ta mémoire la parole Ovide[336] qui
-dit: dessoubs le miel de la doulceur des biens du corps, est abscondu
-le venin qui occit l'âme. Et Salemon dit: se tu as trouvé le miel, si
-en mengue à souffisance, car se tu en mengues oultre mesure, il te
-convendra vomir. Pour ce, par adventure, Dieu en despit de toy a tourné
-sa face et les oreilles de sa miséricorde [autre part], et a souffert
-que tu as [esté prins en la manière que tu as] péchié contre lui. Tu
-as péchié contre nostre Seigneur, car les trois ennemis de l'umain
-lignage, qui sont le monde, la char et le Déable, tu as laissié entrer
-en ton cuer tout franchement par les fenestres du corps, sans toy
-deffendre souffisamment contre leur assault et leurs temptacions, en
-telle manière qu'ils ont navrée sa fille, c'est assavoir l'âme de toy,
-de cinq plaies: c'est à dire de tous les péchiés mortels qui entrèrent
-ou cuer parmy chascun des cinq sens naturels. Par ceste semblance
-nostre Seigneur a voulu et souffert que ces trois ennemis sont entrés
-en ta maison par les fenestres et ont navrée ta fille en la manière
-dessus dicte.
-
-Certes, dist Mellibée, je voy bien que vous vous efforciez moult par
-doulces paroles de moy encliner à ce que je ne me venge point de mes
-ennemis, et m'avez monstré moult sagement les périls et les maulx qui
-pourroient advenir de ceste vengence. Mais qui vouldroit considérer
-en toutes vengences tous les périls qui s'en pourroient ensuir, l'en
-ne feroit jamais vengence, et ce seroit moult grant dommage, car par
-vengence les mauvais sont ostés d'entre les bons, et ceulx qui ont cuer
-de mal faire se retraient[337] quant ils voient que l'en punist les
-malfaiteurs.
-
-A ce respond dame Prudence: certes, dist-elle, je vous octroie que de
-vengence vient moult de biens, mais faire vengence n'appartient pas à
-un chascun, fors seulement aux juges et à ceulx qui ont la jurisdiction
-sur les malfaiteurs, et dy oultre que ainsi que une personne singulière
-pécheroit en faisant vengence, [ainsi pécheroit le juge en laissant
-faire[338] vengence,] car Sénèque dit: cellui nuist aux bons, qui
-espargne les mauvais; et, selon ce que dist Cassiodores, l'en doubte
-faire les oultrages, quant on scet qu'il desplairoit aux juges et aux
-souverains. Et un autre dit: le juge qui doubte faire les drois[339],
-fait les gens mauvais; et saint Pol l'appostre dist en l'épistre aux
-Rommains que le juge ne porte pas le glaive sans cause, mais le porte
-pour punir les mauvais [et pour deffendre les] preudomes. Se tu veulx
-doncques avoir ta vengence de tes ennemis, tu recourras au juge qui
-a la jurisdiction sur eulx, et il les punira selon droit, et encores
-s'ils l'ont desservi, en leur avoir[340] en telle manière que ils
-demourront povres et vivront à honte.
-
-Hé! dist Mellibée, ceste vengence ne me plaist point: je regarde que
-fortune m'a nourry dès mon enfance et m'a aidié à passer moult de fors
-pas. Je la vueil maintenant essayer, et croy que à l'aide de Dieu elle
-m'aidera à vengier [ma honte].
-
-Certes, dit Prudence, se tu veulx ouvrer de mon conseil, tu ne
-essaieras point fortune ne ne t'appoieras à elle, car, selon ce que
-dit Sénèque, les choses se font folement, qui se font à l'espérance de
-fortune. Car fortune est comme une verrière qui de tant comme elle est
-plus clere et plus resplendissant, de tant est-elle plus tost brisée;
-et pour ce, ne t'y fie point, car elle n'est point estable, et là où
-tu cuideras estre plus seur de son aide, elle te fauldra. Et pour ce
-que tu dis que fortune t'a nourry dès ton enfance, je te dy que de
-tant tu te dois moins fier en elle et en ton sens, car Sénèque dit que
-cellui que fortune nourrist trop, elle le fait fol. Puis doncques que
-tu demandes vengence, et la vengence qui se fait selon l'ordre de droit
-et devant le juge ne te plaist, et la vengence qui se fait en espérance
-de fortune est mauvaise et périlleuse et si n'est point certaine,
-tu n'as remède de recours fors au souverain et vray juge qui venge
-toutes villenies et injures, et il te vengera, selon ce que lui mesmes
-tesmoingne: à moy, dit-il, laisse la vengence et je la feray.
-
-Mellibée respondi: Se je, dit-il, ne me venge de la villenie que l'en
-m'a faite, je semondray ceulx qui l'a m'ont faicte et tous autres
-mauvais à moy faire une nouvelle villenie, car il est escript: se tu
-sueffres sans vengier la vieille villenie, tu semons à la nouvelle. Et
-ainsi, par souffrir l'en me feroit tant de villenies de toutes pars
-que je ne le pourroie souffrir ne porter, ains seroie au bas du tout
-en tout, car il est escript: en moult souffrant, t'avendront assez de
-choses que souffrir ne pourras.
-
-Certes, dit Prudence, je te ottroie que trop grant souffrance n'est
-pas bonne, mais pour ce ne s'ensuit-il pas que chascune personne à qui
-l'en fait injure prengne la vengence, car ce appartient aux juges tant
-seulement, qui ne doivent pas souffrir que les villenies et injures ne
-soient vengées. Et pour ce, les deux auctorités que tu as avant traites
-sont entendues tant seulement des juges que quant ils seuffrent trop
-faire les injures et villenies sans punition, ils ne semonnent pas tant
-seulement faire les injures, mais les commandent. Ainsi le dit un sage.
-Le juge, dit-il, qui ne corrige le pécheur, luy commande à péchier; et
-pourroient bien tant souffrir les juges et les souverains [de maulx]
-en leur terre, que les malfaiteurs les getteroient hors de leur terre,
-et leur convendroit perdre leur seignorie à la parfin. Mais or posons
-que tu aies licence de toy vengier, je dy que tu n'as pas la puissance
-quant à présent, car se tu veulx faire comparoison de ta puissance à
-la puissance de tes adversaires, tu trouveras trop de choses, selon ce
-que je t'ay monstré dessus, par quoy leur condition est meilleur que la
-tienne, et pour ce je te dy qu'il est bon, quant à maintenant, de toy
-souffrir et avoir patience.
-
-Après, tu scez que l'en dit communément que contendre à plus fort,
-c'est enragerie: contendre à esgal, c'est péril: contendre à moindre,
-c'est honte. Et pour ce, l'en doit fuir toute contention tant comme
-l'en puet, car Salemon dit que c'est grant honneur à homme quant il se
-scet guetter de brigue et de contens. Et se plus fort de toy te griève,
-estudie-toy plus à le appaisier que à toy vengier, car Sénèque dit que
-cellui se met en grant péril, qui se courrouce à plus fort de lui; et
-Caton dit: se plus grant que toy te griefve, sueffre-toy: car cellui
-qui t'a une fois grevé, te pourra une autre fois aidier.
-
-Or posons que tu aies licence et puissance de toy vengier, je dy
-encores que moult de choses sont, qui te doivent retraire et te doivent
-encliner à toy souffrir et avoir patience en l'injure qui t'a esté
-faicte et aux autres tribulations de ce monde.
-
-Premièrement [se tu veulx considérer les deffaulx qui sont en] toy,
-pour lesquels Dieu a voulu souffrir que ceste tribulation te soit
-advenue, selon ce que j'ay dit dessus, car le poëte dit que nous
-devons porter en patience les tribulations qui nous viennent, quant
-nous pensons que nous les avons desservies. Et saint Grégoire dit que
-quant un chascun considère le grant nombre de ses défaulx et de ses
-péchiés, les peines et les tribulations qu'il sueffre lui en appairent
-plus petites; et de tant comme[341] son péchié monte, lui semble la
-peine plus légière. Après, moult te doit encliner à patience, la
-patience nostre Seigneur Jhésu-Crist, selon ce que dit saint Pierre en
-ses épistres. Jhésu-Crist, dit-il, a souffert [pour nous] et a donné
-exemple à un chascun de lui ensuivre, car il ne fist oncques péchié,
-ne onques de sa bouche n'yssi une villenie. Quant on le maudissoit,
-il ne maudissoit point: quant on le batoit, il ne menaçoit point.
-Après, moult te doit encliner à patience, la grant patience des Sains
-de paradis qui ont eu si grant patience ès tribulations qu'ils ont
-souffertes sans leur coulpe. Après, moult te doit encliner à patience
-que les tribulations de ce monde durent très petit de temps et sont
-tantost passées, et la gloire que l'en acquiert pour avoir patience ès
-tribulations est pardurable, selon ce que dit l'épistre seconde à ceulx
-de Corinthe.
-
-Après, tien fermement que cellui n'est pas bien enseigné qui ne scet
-avoir patience, car Salemon dit que la doctrine de l'omme est congneue
-par patience, et nostre Seigneur dit que patience vaint; et encores dit
-que en nostre patience nous possiderons nos âmes. Et autre part dit
-Salemon que cellui est patient qui se gouverne par grant prudence; et
-cellui mesmes dit que l'omme courrouceux fait les noises, et le patient
-les attrempe. Aussi dit-il que mieulx vault estre bien patient que
-bien fort, et plus fait à prisier cellui qui puet avoir la seignourie
-de son cuer que cellui qui par grant force prent les grans cités; et
-pour ce dit saint Jaques en ses épistres que patience est euvre de
-perfection.
-
-Certes, dit Mellibée, je vous ottroye, dame Prudence, que patience
-est une grant vertu, mais chascun ne puet pas avoir la perfection que
-vous alez quérant. Je ne suis pas du nombre des bien parfais, et pour
-ce mon cuer ne puet estre en paix jusques à tant que je soye vengié.
-Et jasoit-ce que en ceste vengence eust grant péril, je regarde que
-aussi [avoit-il grant péril à faire la villenie qui m'a esté faite,
-et toutesvoies] mes adversaires n'ont pas regardé le péril, mais ont
-hardiement acompli leur voulenté, et pour ce il me semble que l'en ne
-me doit pas reprendre se je me met en un pou de péril pour moy vengier
-et se je fais un grant excès, car on dit que excès n'est corrigé
-que par excès, c'est à dire que oultrage ne se corrige fors que par
-oultrage.
-
-Hé! dit dame Prudence, vous dictes vostre voulenté, mais en nul cas
-du monde l'en ne doit faire oultrage ne excès pour soy venger ne
-autrement, car Cassiodores dit que autant de mal fait cellui qui se
-venge par oultrage comme cellui qui a fait oultrage. Et pour ce, vous
-vous devez vengier selon l'ordre de droit, non pas par excès ne par
-oultrage, car ainsi que vous savez que vos adversaires ont péchié
-encontre vous par leur oultrage, [aussi péchiez-vous se vous vous
-voulez venger] autrement que droit ne l'a commandé; et pour ce dit
-Sénèque que l'en ne doit nulle fois vengier mauvaistié. Et se vous
-dictes que droit octroie que l'en deffende violence par violence
-et barat par barat, certes c'est vérité quant la deffense se fait
-incontinent et sans intervalle et pour soy deffendre, non pas pour soy
-venger, et s'y convient mettre telle diligence[342] et deffense que
-l'en ne puisse reprendre cellui qui se deffent d'excès ne d'oultrage,
-car autrement ce seroit contre droit et contre raison. Or vois-tu
-bien que tu ne fais pas incontinent deffense, ne pour toy deffendre,
-mais pour toy vengier, et si n'as pas voulenté de faire ton fait
-attrempéement; et pour ce il me semble encores que la patience est
-bonne, car Salemon dit que cellui qui n'est pas patient aura dommage.
-
-Certes, dit Mellibée, je vous octroye que quant un homme est impatient
-et courroucié de ce qui ne le touche et ne lui appartient, se dommage
-lui vient n'est pas merveille. Car la règle de droit dit que cellui est
-coupable qui s'entremet de ce qui ne lui appartient point; et Salemon
-dit ès Proverbes que cellui qui s'entremet des noises d'autruy est
-semblable à cellui qui prent le chien par les oreilles. Et aussi comme
-cellui qui tient le chien estrange qu'il ne congnoist est aucune fois
-mors du chien, aussi est-il raison que dommage viengne à cellui qui
-par impatience et par courroux se mesle de la noise d'autruy qui riens
-ne lui appartient. Mais vous savez bien que ce fait me touche moult de
-près, et pour ce j'en suis courroucié et impatient, et ce n'est pas
-merveille; et si ne vois mie, sauve vostre grâce, que grant dommage me
-puisse venir de moy vengier, car je suis plus riche et plus puissant
-que ne sont mes adversaires et vous savez bien que par argent se
-gouvernent et font les choses et le fait de ce monde, et Salemon dit
-que toutes choses obéissent à pécune.
-
-Prudence, quant elle oy son mary vanter de sa richesse et de sa
-puissance et soy esjouir, et despriser la povreté de ses adversaires,
-parla en ceste manière: je vous octroie que vous estes riche et
-puissant et que les richesses sont bonnes à ceulx qui les ont bien
-acquises et bien en usent, car ainsi comme le corps ne puet vivre sans
-[l'âme, ainsi ne puet-il vivre sans] les biens temporels, et par les
-richesses l'en puet acquerre les grans lignages et les amis. Et pour
-ce dit Pamphile[343]: se la fille d'un bouvier est riche, elle puet
-eslire de mil hommes lequel qu'elle veult pour son mary, car nul ne
-la refusera pas; et dit encores: se tu es, dit-il, bien euré, c'est
-à dire riche, tu trouveras grant nombre de compaignons et d'amis, et
-se ta fortune se change et que tu soies povre, tu demoureras tout
-seul. Et oultre dit Pamphile que par richesses sont nobles ceulx qui
-sont villains par lignage; et ainsi comme de grans richesses vient
-moult de biens, ainsi de grant povreté viennent moult de maulx, car
-grant povreté contraint la personne à moult de maulx faire, et pour ce
-[l'appelle Cassiodores mère de crimes, et dit aussi] Pierre Alphons:
-une des grans adversités de ce siècle, si est quant un homme franc par
-nature est contraint par povreté mendier l'aumosne de son ennemy; et
-la raison de ce rent Innocent[344] en un sien livre, disant: dolente
-et meschant est la condition des povres mendians, car se ils ne
-demandent, ils meurent de fain, et se ils demandent, ils meurent de
-honte; et toutesvoies nécessité les contraint à demander. Et pour ce
-dit Salemon que mieulx vault mourir que avoir telle povreté, car, selon
-ce qu'il dit autre part, mieulx vault la mort amère que telle vie.
-
-Par les raisons que je t'ay dictes et moult d'autres que dire je te
-pourroie, je t'ottroie que bonnes sont les richesses à ceulx qui
-bien les acquièrent et qui bien en usent; et pour ce, je te vueil
-monstrer comment tu te dois avoir en amassant les richesses et en
-usant d'icelles. Premièrement, tu les dois acquerre non mie ardemment,
-mais à loisir et attrempéement et par mesure, car l'homme qui est trop
-ardent d'acquerre richesses se abandonne légièrement à tous vices et
-à tous autres maulx; et pour ce dit Salemon: qui trop se haste de soy
-enrichir, il ne sera pas innocent; et dit aussi autre part que la
-richesse hastivement venue, hastivement s'en va, mais celle qui est
-venue petit à petit se croist tousjours et se multiplie. Après, tu dois
-acquerre les richesses par ton sens et par ton travail, à ton prouffit
-et sans dommage d'autruy, car la loy dit que nul ne se face riche au
-dommage d'autruy, et Tulles dit que douleur, ne peine, ne mort, ne
-autre chose qui puisse advenir à homme, n'est tant contraire à homme
-ne contre nature, comme accroistre ses richesses au dommage d'autruy;
-et Cassiodores dit que vouloir accroistre sa richesse de ce petit que
-le mendiant a, surmonte toute cruaulté. Et pour ce que tu les puisses
-acquerre plus loyaulment, tu ne dois pas estre oiseux ne paresseux de
-faire ton prouffit, mais dois fuir toute oisiveté, car Salemon dit que
-oisiveté enseigne moult de maulx à faire; et dit autre part que cellui
-qui travaille et cultive sa terre mengera du pain, mais cellui qui est
-oiseux cherra en povreté et mourra de fain. Cellui qui est oiseux ne
-treuve nul temps convenable à faire son prouffit, car, selon ce que dit
-un versifieur, il s'excuse en yver de ce qu'il fait trop froit, et en
-esté de ce qu'il fait trop chault. Pour ces causes dit Caton: veille
-souvent et ne t'abandonne à trop dormir, car trop grant repos est le
-nourissement des vices. Et pour ce dit saint Jhérome: fay tousjours
-aucunes bonnes euvres pour ce que l'ennemi ne te treuve oiseux, car
-l'ennemi ne trait pas légièrement en son euvre celluy qui est occupé
-en bonnes euvres. En acquérant doncques les richesses, tu dois fuir
-oisiveté.
-
-Après, des richesses que tu auras acquises par ton sens et par ton
-travail et deuement, tu dois user en telle manière, c'est assavoir
-que tu ne sois tenu pour trop eschars ne pour fol larges, car ainsi
-comme fait à blasmer avarice, ainsi fait à blasmer et reprendre folle
-largesse. Et pour ce dit Caton: use des choses acquises par telle
-manière que l'en ne t'appelle pas povre ne chétif, car grant honte est
-à homme qui a le cuer povre et la bourse riche. Aussi dist-il: use
-des biens que tu auras acquis, sagement, sans mésuser, car ceulx qui
-folement desgastent ce qu'ils ont, quant ils n'ont plus riens, ils se
-abandonnent légièrement à prendre l'autrui. Je dy doncques que tu dois
-fuir avarice en usant des richesses acquises, en telle manière que l'en
-ne die pas que tes richesses soient ensevelies, mais que tu les as en
-ta puissance; car un sage reprent l'omme aver et dit ainsi en deux
-vers: pourquoy homme qui est cendre et qui mourir convient, ensevelit
-son avoir par si grant avarice? Pourquoy se joinct-il tant à son avoir
-que l'en ne puet l'en déssevrer? Car quant il mourra, il ne l'emportera
-pas avec soy. Et pour ce dit saint Augustin: l'omme aver est semblable
-à enfer, car plus dévoure, et plus veult dévourer. Et ainsi comme tu
-dois d'avoir user en manière que l'en ne te clame aver et chétif, ainsi
-tu te dois garder que l'en ne te clame pour un fol large. Pour ce dit
-Tulles: les biens de ton hostel ne doivent pas estre tant enclos que
-pitié ne débonnaireté ne les puissent ouvrir, et aussi ne doivent-ils
-pas tant estre ouvers qu'ils soient abandonnés à un chascun.
-
-Après, en acquérant les richesses et en usant d'icelles, tu dois
-tousjours avoir trois choses en ton cuer, c'est assavoir Dieu,
-conscience et bonne fame et renommée. Tu dois doncques avoir Dieu en
-ton cuer, car pour nulle richesse tu ne dois faire chose qui desplaise
-à Dieu ton créateur, car, selon le dit Salemon, mieulx vault petit
-avoir et de Dieu la paour que grant trésor acquerre et perdre son
-seigneur. Et le philosophe dit que mieulx vault estre preudome et petit
-avoir que estre mauvais et avoir grans richesses. Après, je dy que tu
-dois acquerre et user des richesses, sauve tousjours ta conscience,
-car l'appostre dit que la chose dont nous devons avoir plus grant
-gloire, si est quant nostre conscience nous porte bon tesmoignage; et
-le sage dit: bonne est la substance dont l'acquérir ne nuit point à la
-conscience.
-
-Après, en acquérant les richesses et en usant d'icelles, tu dois
-avoir grant cure et grant diligence comment ta bonne fame et renommée
-soit tousjours gardée, car il est escrit: le gaing doit estre appellé
-perte, qui sa bonne fame ne garde; et Salemon dit: mieulx vault la
-bonne renommée que les grans richesses; et pour ce, il dit autre part:
-aies grant diligence de garder ton bon renom et ta bonne fame, car
-ce te demourra plus que nul trésor grant et précieux. Et certes il
-ne doit pas estre dit gentils homs, qui toutes autres choses arrière
-mises après Dieu et conscience, n'a grant diligence de garder sa
-bonne renommée. Pour ce dit Cassiodores: il est signe de gentil cuer,
-quant il affecte et désire bon nom et bonne fame; et pour ce dit
-saint Augustin: deux choses te sont nécessaires, c'est assavoir bonne
-conscience pour toy, bonne fame pour ton prouchain: et cellui qui tant
-se fie en sa bonne conscience qu'il néglige sa bonne renommée et ne
-fait force de la garder, il est cruel et villain.
-
-Or t'ay-je monstré comment tu te dois porter en acquérant les richesses
-et usant d'icelles; et pour ce que vous vous fiez tant en vos richesses
-que pour la fiance que vous y avez vous voulez mouvoir guerre [et faire
-bataille, je vous conseille que vous ne commencez point guerre, car la
-grant] fiance de vos richesses ne souffit point à guerre maintenir.
-Pour ce dit un philosophe: homme qui guerre vuelt avoir, n'aura jà à
-souffisance avoir, car de tant comme l'omme est plus riche, de tant lui
-convient faire plus grans mises se il veut avoir honneur et victoire;
-car Salemon dit: où plus a de richesses, plus a de despendu. Après,
-très chier seigneur, jasoit-ce que par vos richesses moult de gens vous
-puissiez avoir, toutesvoies pour ce ne vous convient pas commencier
-guerre là où vous povez avoir autrement paix à vostre honneur et à
-vostre proffit, car la victoire des batailles de ce monde ne gist pas
-ou grant nombre de gens ne en la vertu des hommes, mais en la main
-et en la voulenté de Dieu. Et pour ce, Judas Machabeus qui estoit
-chevalier de Dieu, quant il se deut combattre contre son adversaire
-qui avoit plus grant nombre de gens qu'il n'avoit, il reconforta sa
-petite compaignie et dit: aussi légièrement puet donner Dieu victoire à
-pou de gens comme à moult, car la victoire des batailles ne vient pas
-du grant nombre de gens, mais vient du ciel. Et pour ce, très chier
-seigneur, que nul n'est certain s'il est digne que Dieu lui doint
-victoire ne plus que il est certain se il est digne de l'amour de Dieu
-ou non, selon ce que dit Salemon, un chascun doit avoir grant paour de
-faire guerre, et pour ce que ès batailles a moult de périls, et advient
-aucunes fois que aussi tost occist-l'en le grant comme le petit.
-Car, selon ce qu'il est escript ou second livre des Rois, les fais
-des batailles sont adventureux et ne sont pas certains[345], ainçois
-également occist maintenant l'un, maintenant l'autre; et pour ce que
-péril y a, tout homme sage doit fuir les guerres tant comme il puet
-bonnement, car Salemon dit: qui aime le péril, il cherra en péril.
-
-Après ce que dame Prudence ot parlé, Mellibée respondi: je voy bien,
-dist-il, dame Prudence, par vos belles parolles et par les raisons que
-vous mettez avant, que la guerre ne vous plaist point, mais je n'ay pas
-encore oy vostre conseil comment je me doy porter en ceste besongne.
-
-Certes, dist-elle, je vous conseille que vous accordiez[346] à vos
-adversaires et que vous ayez paix avec eulx, car Sénèque dit en ses
-escrips que par concorde les richesses petites deviennent grandes, et
-par discorde les grandes deviennent petites et vont à déclin et se
-fondent tousjours; et vous savez que un des grans biens de ce monde ce
-est paix. Pour ce dit Jhésu-Crist à ses appostres: bieneurés sont ceulx
-qui aiment et pourchassent la paix, car ils sont appellés enfans de
-Dieu.
-
-Hé! dist Mellibée, or voy-je bien que vous n'aimez pas mon honneur.
-Vous savez que mes adversaires ont commencié la riote et la brigue
-par leur oultrage, et voiez qu'ils ne requièrent point la paix et ne
-demandent pas la réconciliation; vous voulez doncques que je me voise
-humilier et crier mercy? Certes, ce ne seroit pas mon honneur, car
-ainsi comme l'on dit que trop grant familiarité engendre mesprisement,
-aussi fait trop grant humilité.
-
-Lors, dame Prudence fit semblant d'estre courrouciée et dist: Sire!
-Sire! sauve vostre grâce, j'aime vostre honneur et vostre prouffit
-comme le mien propre, et l'ay tousjours aimé, et vous ne autre ne
-veistes oncques le contraire. Et se je vous avoie dit que vous deviez
-pourchasser la paix et la réconciliation, je n'auroie pas tant mespris
-comme il vous semble, car un sage dit: la dissension tousjours commence
-par autre et la paix par toy; et le prophète dit: fuy le mal et
-fay le bien, quier la paix et la pourchasse tant comme tu pourras.
-Toutesvoies, je ne vous ay pas dit que vous requérez la paix premier
-que vos adversaires, car je vous sçay bien de si dur cuer que vous ne
-feriez à pièce[347] tant pour moy, et toutesvoies Salemon dit que mal
-vendra en la fin à cellui qui a le cuer trop dur.
-
-Quant Mellibée oy dame Prudence faire semblant de courroux, si dist:
-Dame, je vous prie qu'il ne vous desplaise chose que je vous die, car
-vous savez que je suis courroucié, et n'est mie merveille, et ceulx qui
-sont courrouciés ne scevent pas bien qu'ils font ne qu'ils dient; pour
-ce, dit le philosophe que les troublés ne sont pas bien cler-voyans.
-Mais dictes et conseilliez ce qu'il vous plaira, et je suis appareillié
-du faire; et se vous me reprenez de ma folie, je vous en doy plus
-prisier et amer, car Salemon dit que cellui qui durement reprent cellui
-qui fait folie, il doit trouver plus grant grâce envers lui que cellui
-qui le déçoit par doulces paroles.
-
-Je, dit Prudence, ne fay semblant d'estre yrée et courroucée fors
-pour vostre grant prouffit, car Salemon dit: mieulx vault cellui qui
-le fol reprent et qui lui monstre semblant d'ire, que le loer quant
-il mesprent, et de ses grans folies rire; et dit après que par la
-tristesse du visage corrige le fol son courage.
-
-Adoncques dit Mellibée: Dame je ne sauroie respondre à tant de belles
-raisons que vous mettez avant: dictes-moy briefment vostre voulenté et
-vostre conseil, et je suis appareillié de l'acomplir.
-
-Lors, dame Prudence descouvrit toute sa voulenté et dist ainsi: Je
-conseille que devant toutes choses vous faciez paix à Dieu et vous
-réconciliez à lui, car, selon ce que je vous ay dit autres fois, il
-vous a souffert advenir ceste tribulation par vos péchiés, et se
-vous faites ce, je vous promects de par lui que il vous amènera vos
-adversaires [à vos piés et appareillés de faire toute vostre voulenté,
-car] Salemon dit: quant les voies des hommes plaisent à Dieu, il leur
-convertit leurs ennemis et les contraint de requérir paix. Après, je
-vous prie qu'il vous plaise que je parle à secret à vos ennemis et
-adversaires, sans faire semblant que ce viengne de vostre consentement:
-et lors, quant je sauray leur voulenté, je vous pourray conseiller plus
-seurement.
-
-Faites, dit Mellibée, toute vostre voulenté, car je met tout mon fait
-en vostre disposition.
-
-Lors dame Prudence, quant elle vit la bonne voulenté de son mary, si
-ot délibération en soy mesmes et pensa comment elle pourroit mener
-ceste besongne à bonne fin. Et quant elle vit que temps fut, elle manda
-les adversaires en secret lieu, et leur proposa sagement les grans
-biens qui sont en paix et les grans périls qui sont en guerre, et leur
-enseigna moult doulcement comment ils se devoient repentir de l'injure
-qu'ils avoient faite à Mellibée son seigneur, à elle et à sa fille.
-
-Quant ceulx oïrent les doulces paroles de dame Prudence, ils furent si
-surprins et orent si grant joie que nul ne le pourroit extimer. Hé!
-dame, dirent-ils, vous nous avez dénoncié en la bénéisson de doulceur
-selon ce que dit David le prophète, car la réconciliation dont nous
-ne sommes pas dignes et que nous vous deussions requerre à grant
-dévotion et à grant humilité, vous, par vostre grant doulceur, la nous
-avez présentée. Or véons-nous bien que la sentence Salemon est vraie,
-qui dit que doulce parole multiplie les amis et fait débonnaires les
-ennemis. Certes, dirent-ils, nous mettons nostre fait en vostre bonne
-voulenté, et sommes appareilliés en tout et par tout obéir au dit et
-au commandement de monseigneur Mellibée; et pour ce, très chère dame
-et bénigne, nous vous requérons et prions tant humblement comme nous
-povons plus, que il vous plaise acomplir par fait vos douces paroles.
-Toutesvoies, très chère dame, nous considérons et congnoissons que
-nous avons offendu monseigneur Mellibée oultre mesure et plus que ne
-pourrions amender, et pour ce nous obligons nous et nos amis à faire
-toute sa voulenté et son commandement; mais, par aventure, il, comme
-courroucié, nous donnera telle peine que nous ne pourrons acomplir ne
-porter. Et pour ce, plaise vous avoir en ce fait tel advisement que
-nous et nos amis ne soions mie déshérités et perdus par nostre folie.
-
-Certes, dit Prudence, il est dure chose et périlleuse que un homme se
-commette du tout en l'arbitrage et en la puissance de ses ennemis,
-car Salemon dit: oiez-moy, dit-il, tous peuples et toutes gens et
-gouverneurs de l'Église: à ton fils, à ta femme, à ton frère et à ton
-ami ne donne puissance sur toy, en toute ta vie. Se il a doncques
-deffendu que l'en ne donne puissance sur soy à frère ne ami, par plus
-fort raison il deffend que l'en ne la donne à son ennemi. Toutesvoies,
-je vous conseille que vous ne vous deffiez point de mon seigneur: je
-le congnois et sçay qu'il est debonnaire, large et courtois, et n'est
-point convoiteux d'avoir; il ne désire en ce monde fors honneur tant
-seulement. Après, je sçay bien que en ceste besongne il ne fera riens
-sans mon conseil, et je feray, se Dieu plaist, que ceste chose vendra à
-bonne fin, en telle manière que vous vous devrez loer de moy.
-
-Adonc, dirent-ils: nous mettons nous et nos biens, en tout et partout,
-en vostre ordonnance et disposition, et sommes appareilliés de venir
-au jour que vous nous vouldrez donner, et faire obligation si forte
-comme il vous plaira, que nous acomplirons la voulenté de monseigneur
-Mellibée et la vostre.
-
-Dame Prudence, quant elle oy la responce d'iceulx, si leur commanda
-retourner en leurs lieux secrètement; elle d'autre part s'en retourna
-vers son seigneur Mellibée, et lui conta comment elle avoit trouvé ses
-adversaires repentans et recongnoissans leurs péchiés, et appareilliés
-à souffrir toutes peines, et requérans sa pitié et sa miséricorde.
-
-Lors Mellibée respondi: Icellui est digne de pardon, qui ne excuse
-point son péchié, mais le recongnoist et s'en repent et demande
-indulgence; car Sénèque dit: là est rémission où est confession, car
-confession est prouchaine à innocence; et dit autre part: cellui est
-presque innocent qui a honte de son péchié et le recongnoist. Et pour
-ce je me accorde à paix, mais il est bon que nous la facions de la
-voulenté et du consentement de nos amis.
-
-Lors Prudence fist une chière lie et joieuse et dist: Certes, vous avez
-trop bien parlé, car tout ainsi comme par le conseil et aide de vos
-amis vous avez eu en propos de vous vengier et de faire guerre, aussi
-sans demander leur conseil vous ne devez accorder ne faire paix, car la
-loy dit que nulle chose n'est tant selon nature comme la chose deslier
-par ce dont elle a esté liée.
-
-Lors incontinent dame Prudence envoia messagiers et manda querre leurs
-parens et leurs anciens amis loyaulx et sages, et leur raconta le
-fait en la présence de Mellibée tout par ordre et en la guise que il
-est devisé par dessus, et leur demanda quel conseil ils donroient
-sur ce. Lors les amis Mellibée, toutes choses considérées et icelles
-dessusdictes mesmes délibérées et examinées à grant diligence,
-donnèrent conseil de paix faire et que l'en les receust à miséricorde
-et à mercy. Quant dame Prudence ot oy le consentement de son seigneur
-et le conseil de ses amis à son entention, si fut moult joyeuse de
-cuer. L'en dist, fist-elle, ès Proverbes: le bien que tu peus faire au
-matin, n'attens pas le soir ne l'endemain, et pour ce je te conseille
-que tantost messagiers sages et advisés tu envoies à iceulx gens pour
-leur dire que se ils veullent traictier de paix et d'accord ainsi comme
-ils se sont présentés, que ils se traient vers nous incontinent et sans
-dilation, ensemble leurs fiances[348] loyaulx et convenables.
-
-Ainsi comme dame Prudence le conseilla, ainsi fut-il fait. Quant iceulx
-trois malfaicteurs et repentans de leurs folies oïrent les messagiers,
-ils furent liés et joyeux et respondirent, en rendant grâces à
-monseigneur Mellibée et à toute sa compaignie, qu'ils estoient prests
-et appareilliés d'aler vers eulx sans dilation et de obéir en tout et
-partout à leur commandement. Et tantost après, ils se mirent à la voie
-d'aler à la court monseigneur Mellibée, ensemble leurs femmes et aucuns
-de leurs amis loyaulx.
-
-Quant Mellibée les ot en sa présence, si dist: Il est vérité que vous,
-sans cause et sans raison, avez fait injure à moy, à ma femme Prudence
-et à ma fille, en entrant en ma maison à violence et en faisant tel
-oultrage comme chascun scet, pour laquelle cause vous avez mort
-desservie; et pour ce je vueil savoir de vous se vous vous voulez
-mettre du tout à la punition et à la vengence de cest oultrage à ma
-voulenté et à la voulenté de ma femme.
-
-Lors l'ainsné et le plus sage de ces trois respondi pour tous. Sire,
-dit-il, nous ne sommes pas dignes de venir à la court de si noble,
-ne de tel homme comme vous estes, car nous avons tant meffait que
-en vérité nous sommes dignes de mort, non pas de vie. Toutesvoies,
-nous nous confions en vostre doulceur et en la debonnaireté dont
-vous estes renommé par tout le monde et pour ce nous nous offrons et
-sommes appareilliés de obéir à tous vos commandemens, et vous prions à
-genoulx et à larmes que vous ayez pitié et miséricorde de nous. Lors
-Mellibée [les releva] bénignement [et] receut leurs obligations par
-leur serement et par leurs pleiges[349], et leur assigna journée de
-retourner à sa court et de eulx offrir à sa personne pour oïr sentence
-à sa voulenté[350].
-
-Ces choses ainsi ordonnées, et un chascun d'une part et d'autre départi
-de ensemble, dame Prudence parla premièrement à son seigneur Mellibée
-et lui demanda quelle vengence il entendoit prendre de ses adversaires.
-Certes, dit Mellibée, je entens à les déshériter de tout ce qu'ils ont
-et eulx envoïer oultre mer, sans demourer plus en ce païs ne retourner.
-
-Certes, dit Prudence, ceste sentence seroit moult félonneuse et contre
-raison, car tu es trop riches et n'as pas besoing de l'autruy richesse
-ne de l'autrui argent, et pourroies estre par raison notés et repris
-de convoitise qui est un grant vice et racine de tous maulx. Et, selon
-ce que dit l'appostre, il te vauldroit mieulx tout [perdre du tien
-que prendre le leur; par ceste manière mieulx vault] perdre à honneur
-que tout gaignier à honte; et autre part aussi: le gaing doit estre
-appellé perte, qui la bone fame ne garde; et dit oultre que l'en ne se
-doit pas seulement garder de faire chose par quoy l'en perde sa bonne
-fame, mais se doit-on tousjours efforcier de faire chose aucune pour
-acquérir nouvelle et meilleur fame, car il est escript: la vieille fame
-est tost alée quant elle n'est renouvellée. Après, quant à ce que tu
-dis que tu les veulx envoïer oultre la mer sans jamais retourner, il me
-semble que ce seroit mésuser de la puissance que ils t'ont donnée sur
-eulx pour faire à toi honneur et révérence, et le droit dit que cellui
-est digne de perdre son prévilège qui mésuse de la puissance qui lui
-a esté donnée. Et dis plus, car supposé que tu leur puisses enjoindre
-telle peine selon droit, laquelle chose je ne octroie mie, je dis que
-tu ne la pourroies pas mener de fait à exécution, ains, par aventure,
-convendroit retourner à guerre comme devant. Et pour ce, se tu veulx
-que l'en obéisse à toy, il te convient sentencier plus courtoisement,
-car il est escript: à cellui qui plus doulcement commande, obéist-l'en
-le mieulx; et pour ce je te prie que, en ceste besongne te plaise
-vaincre ton cuer, car Sénèque dit: deux fois vaint, qui son cuer vaint;
-et Tulles aussi dit: riens ne fait tant à loer en grant homme que quant
-il est debonnaire et s'appaise légièrement. Et pour ce je te prie
-qu'il te plaise toy porter en telle manière en ceste vengence que ta
-bonne fame soit gardée et que tu soies loé de pitié et de doulceur, et
-qu'il ne te conviengne pas repentir de chose que tu faces, car Sénèque
-dit: mal vaint qui se repent de sa victoire. Pour ces choses je te prie
-que tu adjoustes à ton jugement miséricorde, à celle fin que Dieu ait
-de toy miséricorde en son derrain jugement, car saint Jacques dit en
-son épistre: jugement sans miséricorde sera fait à cellui qui ne fera
-miséricorde, car justice sans miséricorde est tirannie.
-
-Quant Mellibée ot oy toutes les paroles dame Prudence et ses sages
-enseignemens, si fut en grant paix de cuer et loua Dieu qui lui avoit
-donné si sage compaigne, et quant la journée vint que ses adversaires
-comparurent en sa présence, il parla à eulx moult doulcement et dit:
-Jasoit-ce que vous vous soiez portés envers nous moult orguilleusement,
-et de grant présumption vous soit advenu, toutesvoies la grant humilité
-que je voy en vous me contraint à vous faire grâce, et pour ce nous
-vous recevons en nostre amitié et en nostre bonne grâce, et vous
-pardonnons toutes injures et tous vos meffais encontre nous, à celle
-fin que Dieu au point de la mort nous vueille pardonner les nostres.
-
- * * * * *
-
-Belle seur, ainsi povez-vous veoir comment sagement ceste bonne preude
-femme Prudence refraigni et couvri la grant douleur qu'elle mesmes
-avoit en son cuer, qui estoit si triste et si dolente pour l'injure
-qu'elle et sa fille avoient soufferte en leur propre corps, dont
-elle ne disoit un seul mot pour ce qu'il sembloit et vray estoit que
-Mellibée s'en fust plus désespéréement esmeu que devant; et ainsi
-monstroit bien qu'elle l'aimoit, et sagement le rapaisoit; ne icelle
-bonne dame ne se démonstroit estre courrouciée fors que par le courroux
-que son mary prenoit tant seulement, et le sien courroux céloit et
-tapissoit en son cuer, sans en faire quelconque démonstrance. Vous
-povez aussi par ce que dit est en l'istoire veoir comment sagement
-et subtillement, par bonne meurté et humblement, elle admonnestoit
-son mary à tolérer et dissimuler son injure et luy preschoit patience
-sur si grant cas, et devez considérer les grans et cordiales pensées
-que luy en convenoit avoir jour et nuit à trouver si fors argumens
-et si vives raisons pour oster la rigueur de l'emprise à quoy son
-mary tendoit. A ce monstroit-elle bien qu'elle l'amoit et pensoit
-à le retraire de sa fole voulenté, et povez veoir comment sagement
-en la parfin elle amolia le courage d'icellui, et comment la bonne
-dame, sans cesser, pourchassa par divers intervalles et exploita tant
-qu'elle l'appaisa du tout. Et pour ce je vous di que ainsi sagement,
-subtillement, cautement et doulcement doivent les bonnes dames
-conseillier et retraire leurs maris des folies et simplesses dont elles
-les voyent embrasés et entéchiés, et non mie cuidier les retourner par
-maistrise, par hault parler, par crier à leurs voisins ou par les rues,
-ou par les blasmer, par elles plaindre à leurs amis et parens, ne par
-autres voies de maistrise. Car tout ce ne vault fors engaignement[351]
-et renforcement de mal en pis, car cuer d'homme envis[352] se corrige
-par domination ou seignourie de femme, et sachiez qu'il n'est si povre
-homme ne de si petite valeur, puis qu'il soit marié, qui ne vueille
-seignourir[353].
-
-Encores ne me vueil-je pas taire d'un exemple servant au propos de
-retraire son mary par debonnaireté, lequel exemple je oys pieçà compter
-à feu mon père dont Dieux ait l'âme, qui disoit que il y avoit une
-bourgoise demeurant à Paris, appelée dame Jehanne la Quentine qui
-estoit femme de Thomas Quentin. Elle sceut que le dit Thomas son mary
-simplement et nicement foloioit et repairoit et aucunefois gisoit
-avec une povre fille qui estoit filleresse de laine au rouet, et
-longuement, sans en monstrer semblant ou dire un seul mot, le tolléra
-icelle dame Jehanne et le souffri moult patiemment; et en la parfin
-enquist où icelle povre fille demouroit et tant en enquist qu'elle le
-sceut. Et vint en l'hostel et trouva la povre fille qui n'avoit aucune
-garnison[354] quelconque, ne de busche, ne de lart, ne de chandelle, ne
-de huille, ne de charbon, ne de rien, fors un lit et une couverture,
-son touret[355] et bien pou d'autre mesnage. Si luy dist tels mots:
-Ma mie, je suis tenue de garder mon mary de blasme, et pour ce que je
-sçay qu'il prent plaisir en vous et vous aime et qu'il repaire céans,
-je vous prie que de luy vous parliez en compaignie le moins que vous
-pourrez, pour eschever son blasme, le mien et de nos enfans, et que
-vous le céliez de vostre part, et je vous jure que vous et luy serez
-bien célés de la moye part, car puisqu'ainsi est qu'il vous aime, mon
-intention est de vous amer, secourir et aidier de tout ce dont vous
-aurez à faire, et vous l'apparcevrez bien; mais je vous prie du cuer
-que son péchié ne soit révélé ne publié. Et pour ce que je sçay qu'il
-est de bonnes gens[356], qu'il a esté tendrement nouri, bien peu, bien
-chauffé, bien couchié et bien couvert à mon povoir, et que je voy que
-de luy bien aisier vous avez pou de quoy, j'ai plus chier que vous et
-moy le gardions en santé que je seule le gardasse malade. Si vous prie
-que vous l'amez et gardez et servez tellement que par vous il soit
-refraint et contregardé de viloter ailleurs en divers périls; et sans
-ce qu'il en sache riens, je vous envoieray une grant paelle pour luy
-souvent laver les piés, garnison de busche pour le chauffer, un bon lit
-de duvet, draps et couverture selon son estat, cuevrechiefs, orilliers,
-chausses et robelinges nettes; et quant je vous envoieray des nettes,
-si m'envoiez les sales, et que de tout ce qui sera entre vous et moy
-qu'il n'en sache rien, qu'il ne se hontoie; pour Dieu faictes avec luy
-si sagement et secrètement qu'il n'apparçoive de nostre secret. Ainsi
-fu promis et juré: Jehanne la Quentine s'en parti et sagement envoya ce
-qu'elle avoit promis.
-
-Quant Thomas vint au vespre à l'hostel de la jeune fille, il ot ses
-piés lavés et fut très bien couchié en lit de duvet, en grans draps
-déliés pendans d'une part et d'autre[357], très bien couvert, mieulx
-qu'il n'avoit accoustumé, et l'endemain eust robelinge blanche,
-chausses nettes et beaulx souliers[358] tous frais. Il se donna grant
-merveille de ceste nouvelleté et fut moult pensif, et ala oïr messe
-comme il avoit accoustumé, et retourna à la fille et lui mist sus que
-ces choses venoient de mauvais lieu, et moult aigrement l'accusa de
-mauvaistié afin qu'elle en sa deffense luy dist dont ce luy estoit
-venu. Or savoit-il bien qu'il l'avoit laissée povre deux ou trois jours
-devant, et que en si pou de temps ne povoit-elle pas estre de tant
-enrichie. Quant elle se vit ainsi accusée et qu'il la convint respondre
-pour soy deffendre, elle sceut bien tant de la conscience d'icellui
-Thomas que de ce qu'elle luy dirait il l'en croirait, si n'ot loy de
-mentir et lui dist la vérité de tout ce que dessus est dit.
-
-Lors vint ledit Thomas tout honteux en son hostel et plus pensif que
-devant, mais un seul mot ne dist à ladicte Jehanne sa femme, ne elle
-à luy, mais le servi très joyeusement, et très doulcement dormirent
-luy et sa femme la nuit ensemble sans en dire l'un à l'autre un seul
-mot. L'endemain ledit Thomas de son seul mouvement ala oïr messe et
-se confessa de ses péchiés, et tantost après retourna à la fille et
-luy donna ce qu'elle avoit du sien, et voua continence et de soy
-abstenir de toutes femmes excepté de sa femme, tant comme il vivroit.
-Et ainsi le retrahi sa femme par subtilleté et moult humblement, et
-cordieusement l'aima depuis. Et ainsi sagement, non pas par maistrise
-ne par haultesse, doivent les bonnes dames conseiller et retraire
-leurs maris par humilité; ce que les mauvaises ne scevent, ne leur
-cuer ne le puet endurer, dont leurs besongnes vont souvent pis que
-devant. Et jasoit-ce que plusieurs autres exemples on y pourroit donner
-qui seraient longs à escripre, toutesvoies ce vous doit assez souffire
-quant à cest article, car de ce derrenier cas n'avez-vous garde, et
-aussi en savez-vous bien oster le péril[359].
-
-FIN DE LA PREMIÈRE DISTINCTION ET DU TOME PREMIER.
-
-
-
-
- LE
-
- MÉNAGIER DE PARIS.
-
-
-
-
- LE
-
- MÉNAGIER DE PARIS.
-
- TRAITÉ
-
- DE MORALE ET D'ÉCONOMIE DOMESTIQUE.
-
- COMPOSÉ VERS 1393.
-
- PAR UN BOURGEOIS PARISIEN.
-
- CONTENANT
-
- Des préceptes moraux, quelques faits historiques, des instructions
- sur l'art de diriger une maison, des renseignemens sur la consommation
-du Roi, des Princes et de la ville de Paris, à la fin du quatorzième siècle,
- des conseils sur le
-jardinage et sur le choix des chevaux; un traité de cuisine fort étendu,
- et un autre non moins complet sur la chasse à l'épervier.
-
- ENSEMBLE:
-
-L'histoire de Grisélidis, Mellibée et Prudence par Albertan de Brescia (1246),
-traduit par frère Renault de Louens; et le chemin de Povreté et de Richesse,
-poëme composé, en 1342, par Jean Bruyant, notaire au Châtelet de Paris;
-
- PUBLIÉ POUR LA PREMIÈRE FOIS
-
- PAR LA SOCIÉTÉ DES BIBLIOPHILES FRANÇOIS.
-
- TOME SECOND.
-
- [Illustration: colohpon LITTERIS PATRIÆQUE CARUS.]
-
- A PARIS,
- DE L'IMPRIMERIE DE CRAPELET,
- RUE DE VAUGIRARD, 9.
-
- M.D.CCC.XLVI.
-
-[Illustration]
-
-
-
-
-LE MÉNAGIER DE PARIS.
-
-
-
-
-LE PREMIER ARTICLE
-
-DE LA SECONDE DISTINCTION,
-
-LEQUEL DOIT PARLER D'AVOIR SOIN DE SON MESNAGE.
-
-
-Belle seur, sachiez que je suis en grant mélancolie ou de cy finer
-mon livre ou d'en faire plus, pour ce que je doubte que je ne vous
-ennuye, car je vous pourroie bien tant chargier que vous auriez cause
-de moy tenir pour oultrageux et que mon conseil vous donroit charge en
-si grant nombre de faix et si gréveux que vous désespéreriez de trop
-grant fardel pour ce qu'il vous sembleroit que vous ne le pourriez
-tout porter ne acomplir, dont je seroie honteux et courroucié. Et pour
-ce je vueil ycy penser et adviser que je ne vous charge trop et que
-je ne vous conseille à entreprendre fors les choses très neccessaires
-et honnorables, et encores sur le moins que je pourray, afin que vous
-soiez en icelles choses nécessaires plus fondée et mieulx faisant et
-par conséquent plus honnorée en vos dis et en vos fais, car je sçay que
-vous ne povez ne que une autre femme, et pour icelle cause je vueil
-premièrement adviser combien je vous ay chargée, et se c'est du plus
-nécessaire, et se je vous doy plus chargier, et de combien. Et se plus
-y a à faire que vous ne pourriez, je vous vueil donner aide; et sur ce
-je recueil mes commencemens.
-
-Premièrement, je vous ay admonnestée à louer Dieu à vostre esveillier
-et à vostre lever, et à vostre aler au moustier vous contenir, illec
-oïr messe, vous confesser et vous mettre et tenir en l'amour et
-grâce de Dieu. Par m'âme, il est nécessaire à vous, ne nul autre que
-vostre personne n'y peut estre commise[360]. Et après ce, je vous ay
-conseillié que vous soiez continent et chaste, aimer vostre mary,
-luy obéir, penser de garder ses secrets, le savoir retraire se il
-folie ou veult folier; et certes encores est cecy neccessaire et très
-honnourable pour vous et à vous seule appartient et n'est point trop
-chargé; vous le povez bien faire moyennant la doctrine dessus dicte qui
-vous fera grant avantage: les autres femmes ne l'eurent oncques tel.
-
-Or est-il certain aussi que après ce que dit est vous avez à penser
-de vous, vos enfans et vostre chevance, mais à ces trois choses et
-à chascune povez-vous bien avoir aide; si vous convient dire comment
-vous vous y entendrez, quelles aides et quelles gens vous prendrez et
-comment vous les embesongnerez, car de ce ne vueil-je que vous aiez
-fors le commandement, la visitation et la diligence de le faire faire
-par autres et aux despens de vostre mary.
-
-Or véez-vous bien, chière seur, que vous ne vous devez pas plaindre et
-que vous n'estes guères chargée, et n'avez charge fors celle qu'autre
-ne puet faire que vous et de chose qui vous doit estre bien plaisant,
-comme de servir Dieu et penser du corps de vostre mary, et en somme
-c'est tout.
-
-Or continuons doncques nostre matière, et commençons à ce premier
-article, lequel article je fais savoir à tous qu'il ne vient mie de
-mon sens, ne ne l'ay mie mis en la forme qu'il est, ne à moy n'en
-attribue la louenge, car je n'y ay riens mis du mien, ne n'en doy mie
-avoir l'onneur, mais le doit avoir un bon preudomme et subtil appellé
-feu Jehan Bruyant qui jadis fut notaire du Roy ou Chastellet de Paris,
-qui fist le traictié qui s'ensuit et lequel je met cy après seulement
-pour moy aidier de la diligence et persévérance que son livre monstre
-que un nouvel marié doit avoir. Et pour ce que je ne vueil mie son
-livre estrippeller, ne en oster un coippel[361], ne le départir du
-remenant[362], et mesmement que tout est bon ensemble, je m'aide de
-tout pour obtenir au point ou article que seulement je désire, et pour
-le premier article je prens tout le livre qui en rime dit ainsi:
-
-
-LE CHEMIN
-
-DE POVRETÉ ET DE RICHESSE,
-
-PAR JEAN BRUYANT[363],
-
-NOTAIRE DU ROY AU CHASTELET DE PARIS.
-
-M. CCC XLII.
-
- On dit souvent en reprochier
- Un proverbe que j'ay moult chier,
- Car véritable est, bien le say,
- Que _mettez un fol à part soy,
- Il pensera de soy chevir_[364].
- Par moi meismes le puis plevir[365]:
- Tout aie-je ma chevissance[366]
- Petitement, mais souffisance,
- Si comme l'Escripture adresce,
- Au monde est parfaicte richesce.
- Quant à or de ce me tairay
- Et cy après vous retrairay
- Une advision qui m'avint
- A dix huit jours ou a vint.
- Après que je fus mariés,
- Que passés furent les foiriez[367]
- De mes nopces et de ma feste,
- Et qu'il fut temps d'avoir moleste,
- Un soir me couchay en mon lit
- Où je eus moult peu de délit,
- Et ma femme dormoit lez moy,
- Qui n'estoit pas en grant esmoy;
- Et si m'avint, tout en veillant,
- Ce dont je m'alay merveillant,
- Car à moi vindrent, ce me semble,
- Un homme et trois femmes ensemble
- Qui bien sembloient estre ireux,
- Mornes, pensifs et désireux,
- Desconfortés, triste et las;
- En eulx n'ot joye ne soulas,
- N'il ne leur tenoit d'eulx esbatre.
- Bien furent d'un semblant tous quatre,
- Car mieulx estoient à tencier
- Taillés, qu'à feste commencier.
- L'omme si ot a nom Besoing:
- Plains iert de tristesse et de soing.
- L'ainsnée femme, en vérité,
- Nommée estoit Neccessité.
- La seconde femme Souffrete
- Ot nom, et la tierce Disette.
- Tous quatre estoient suers et frères,
- Et Povreté si fut leur mère,
- Et les engendra Méséur[368]
- En grant tristesse et en péur
- Par grant aïr vers moy s'en vindrent
- Et fort à manier me prindrent
- Sans menacier et sans jangler,
- Com s'il me deussent estrangler,
- Besoing tout premier m'assailly,
- A moy prandre point ne failly;
- De ses bras si fort me destraint
- Que j'en eu le corps si estraint
- Qu'à poi le cuer ne me party.
- Nécessité lors s'apparti[369]
- Moult angoisseuse et plaine d'ire,
- Par le col me print sans mot dire,
- De fort estraindre se pena;
- Là lourdement me demena.
- Souffrette et Disette à costé
- Me r'orent[370] de chascun costé;
- L'une sacha[371], l'autre bouta[372],
- Chascune à moy se desgleta[373].
- Ainsy ces quatre m'atrapèrent
- Et me batirent et frapèrent:
- Là me mistrent en tel destresse
- Qu'exempt fu de toute léesse.
- Adonc s'en vint à moy errant[374]
- Une grant vieille à poil ferrant[375]
- Qui estoit hideuse et flestrie
- Et moult ressembloit bien estrie[376]
- Aiant félonnie en pensée:
- On l'appelloit par nom Pensée.
- Ceste vieille me fist moult pis
- Que les autres, car sur mon pis[377]
- Se mist l'orde vieille puant:
- Tout le corps me fist tressuant.
- L'âme de lui au Deable soit!
- Car tant sur le pis me pesoit
- Que mon cuer mettoit à malaise
- De grant destresce et de mésaise.
- Trop fort me print à margoillier[378];
- Lors commençay à ventroullier,
- Et entray en si fort penser
- Que nul ne le sçauroit penser,
- Ne bouche raconter ne dire.
- Si com j'estoie en tel martire
- Que Pensée m'avoit baillié,
- Or voy un villain mautaillié,
- Let, froncié, hideux et bossu,
- Rechigué, crasseux et moussu,
- Les yeulx chacieux, plains d'ordure;
- Moult estoit de laide figure,
- Tout rongneux estoit et pelés;
- Soussy fu par nom appellés.
- Se mal m'orent les autres fait,
- Encor m'a cestui plus meffait.
- Las! je n'en avoie mestier!
- Tant me donna de son mestier,
- Et me mist à si grant meschief
- Que je n'eus ne membre, ne chief,
- Qu'il ne me convenist faillir.
- Trembler me fist et tressaillir,
- Pâlir et le sang remuer,
- Et de mésaise tressuer,
- Et me faisoit la char frémir,
- Moy dementer[379], plaindre et gémir,
- D'un costé sur autre tourner;
- Briefment, tel m'ala atourner
- Soussi, tant me fu fel et aigre,
- Que j'en devins chétif et maigre
- Et aussi sec comme une boise[380].
- Quant m'en souvient, pas ne m'envoise[381],
- Ains suis si blaffart et si fade
- Qu'il semble qu'aie esté malade.
- Hélas! certes, si l'ay-je esté
- De trop plus male enfermeté
- Que fièvre tierce ne quartaine,
- Car qui de Soussy a la paine,
- En lui a santé maladive
- Et a la maladie santive[382].
- C'est diablie[383] que de Soussy,
- Quant m'en souvient trop m'en soussy,
- Car en soy a trop dure rage
- Et merveille est que cil n'enrage
- Que Soussy tient en son demaine,
- Car trestout ainsi le demaine
- Com fait le sain en la paelle,
- Qui par force de feu sautelle,
- Et le fait-on séchier et frire:
- Ainsi fait Soussy gens défrire,
- Et les tient si fort en ses las
- Qu'il leur fait souvent dire: Hélas!
- Et les fait vivre en tel doleur
- Qu'en eulx n'a gresse ne couleur.
- Soussy est si mal amiable,
- Si hideux, si espoventable,
- Et si abhominable à cuer
- Que ne l'ameroit à nul fuer[384]
- Nullui qui l'eust essaié.
- Soussy a maint cuer esmayé[385],
- Et encor tous les jours esmaie;
- Nul ne le scet qui ne l'essaye
- Ainsi com j'ay fait maugré moi,
- En paine, en travail et esmoy.
- Quant je vis celle compaignie,
- Qu'avec moy ert à compaignie:
- C'est assavoir Besoing, Souffrete,
- Nécessité avec Disette,
- Pensée la vieille et Soussy,
- La teste levay et toussy.
- Adonc vint à moy, sans demeure,
- Un grant villain plus noir que meure
- Qui avoit à non Desconfort.
- A manier me print moult fort
- Et me fist ma peine doubler.
- Lors me print le sens à troubler,
- Car tant avoie esté pené
- Qu'à poy n'estoie forcené.
- Moult fort me print à dementer
- Et à moi mesmes tourmenter,
- Et dire: Chétif! que feras?
- Tes debtes comment paieras?
- Tu n'as riens et si dois assez.
- Que fusses-tu or trespassé!
- Tu es tout nouvel mesnagier
- Et si n'as gaige à engaigier
- Se tu ne veulx ta robe vendre.
- Las! chétif, quel tour pourras prendre?
- Ne sçay où tu pourras aler.
- Si com j'estoie en ce parler,
- A moy s'en vint grant aléure,
- Une femme qui pou séure
- Et enragée sembloit estre
- A son semblant et à son estre.
- Have estoit et eschevellée,
- Désespérance ert appellée,
- Fille Desconfort le hideux.
- Moult me vint peine et annuy d'eux,
- Par eulx perdi discrétion,
- Sens, mémoire, et entention.
- Les dens commençay à estraindre
- Et la couleur pâlir et taindre,
- Et disoie: Las! que feray?
- Tout au désespéré mettray,
- Mauvais seray, où que je viengne,
- Il ne me chault qu'il en aviengne,
- Soit en pluye ou soit en bise;
- Qui ne pourra ploier, si brise!
- Sèche qui ne pourra florir!
- N'ay que d'une mort à mourir.
- Et j'ay pieça oy parler
- Que qui au Deable veult aler,
- Riens ne vault longuement attendre:
- Noyer ne puet, cil qui doit pendre[386].
- Honny soit qui jamais vourra
- Faire fors du pis qu'il pourra,
- Quant par moy ne puet estre attaint
- Le manoir où Richesse maint!
- Car elle demeure si loing
- Que trop de travail et de soing,
- Avant qu'on la puist attaindre,
- Moult fait les gens pâlir et taindre.
- Avant qu'ils puissent estre à ly,
- Mains beaux visaiges a pâli
- A qui oncques n'en fu de mieulx,
- Car se on attent qu'on soit vieulx,
- Que l'en ne puisse mais errer[387],
- En ce pourroit-on méserrer[388];
- Qui ce feroit, son temps perdroit.
- Quant je ne puis avoir par droit
- Ne possession, ne avoir,
- J'en vouldroie donc à tort avoir;
- Mieulx vault estre en tort cras et aise
- Qu'en droit chétif et à malaise.
- Ainsi com en ce point estoie
- Et que je tout au pis mettoie
- Sans viser comment tout aloit,
- Et que de rien ne me challoit
- Fors d'acomplir ma voulenté,
- Car moult m'avoit entalenté
- Désespérance de mal faire
- Et m'avoit par son put[389] afaire
- Presque fait perdre corps et âme,
- Ès-vous une très noble dame
- Gente, droite, plaisant et belle:
- Ne sembloit pas estre rebelle,
- Mais doulce et humble à toute gent:
- Moult ot le corps et bel et gent
- Et paré de si noble arroy
- Qu'elle sembloit bien fille à roy;
- Et si ert-elle, en vérité,
- Fille du Roy de magesté
- Vers qui nul n'a comparoison;
- On l'appelle par nom: Raison.
- Moult estoit sage et advisée;
- Droit à moi a pris sa visée
- Et s'en vint de lez moi seoir,
- Mais si tost com la pot veoir
- Désesperance la hideuse,
- Elle s'en fouy moult doubteuse
- Tant com piés la porent porter;
- Car ne se pourroit déporter[390]
- En nul lieu où Raison surviengne
- Que tost fouir ne la conviengne;
- Car plus la het Raison, sans fin,
- Que triacle ne fait venin.
- Raison si fu moult esjoye
- Quant d'avec moy s'en fut foye
- Désespérance sa contraire.
- Lors se prist près de moy à traire;
- Raison dit: Amy, Dieu te gard!
- Tu as eu très mauvais regard,
- Mauvais sens et mauvais advis,
- Car nagaires t'estoit advis
- Que pour toy est tout bien failli;
- Mais onc nul à mal ne failli
- Qui voulsist entendre à bien faire
- Et vivre selon mon affaire
- Et selon mon enseignement
- Qui donne aux âmes sauvement;
- Lequel, se tu le veulx entendre,
- Je te vueil cy dire et aprendre.
- Premièrement, tu dois amer
- Mon père, de cuer, sans amer,
- Et la doulce vierge prisiée
- Sans vanité n'ypocrisie,
- Et aourer sainctes et sains,
- Soies malades ou soies sains,
- C'est à dire en prospérité
- Aussy bien qu'en adversité;
- Et, par contraire, en meschéance
- Aussi bien com en habundance,
- Car tel est humbles en tristesse
- Qui est despiteux en liesse;
- Et tel est en léesse doulx
- Qui en tristesse est moult escoux[391]
- Ce vient de male acoustumance
- Qu'on acoustume dès s'enfance,
- Car qui aprent une coustume,
- Moult à envis s'en descoustume;
- Si fait bon tel coustume aprendre
- Où l'en puist honneur et preu[392] prendre.
- Donc s'avoir veulx coustume bonne,
- Garde que ton cuer ne s'adonne
- A nul des sept mortels péchiés,
- Et que ne soies entéchiés
- D'aucunes de leurs circonstances,
- Car moult t'en vendroit de nuisances,
- Mais fay tant que ton cuer s'accorde
- Aux sept chiefs de miséricorde
- Qui sont aux sept vices contraires;
- Cestes te seront nécessaires
- A acquérir l'amour mon père
- Et de sa glorieuse mère.
- Ces sept vices dont parlé t'ay
- Déclaration t'en feray
- Et des branches qui en descendent,
- Qui à toy décevoir entendent.
- Et tu, en voyes et sentiers,
- Entens à eulx moult voulentiers,
- Tes maistres sont, à eulx es serfs,
- Car nuit et jour de cuer les sers
- En deservant un tel loier
- Où nul ne se puet apoier[393].
- Ainsi en leur subjection
- Vivras, à ta dampnacion,
- S'a eulx n'aprens à estriver
- Par guerre pour eulx eschiver.
- Car bien t'aprendray la manière
- De les traire de toy arrière,
- Et d'avoir franc povoir sur eulx
- Contre les fais aventureux
- Qui par eulx venir te pourront
- Quant ils assaillir te vendront
- Pour clamer dessus toy haussage[394].
- Se tu me veulx croire pour sage,
- Si bien te sauras d'eulx garder
- Qu'ils ne t'oseront regarder
- Pour la doubte des sept vertus
- Qui là te seront bons escus
- Encontre les sept ennemis
- Qui souvent se sont entremis
- De toy mettre à perdition;
- Mais que par bonne entention
- Leur vueilles, sans plus, déprier
- Qu'à toy se vueillent alier.
- Et se tu le fais de cuer fin,
- Ils te mettront ta guerre à fin
- Sans en prendre aucun paiement,
- Fors que ton prier seulement;
- Ce n'est pas oultrageux loier,
- Car il est aisié à paier,
- Si ne s'en puet nuls excuser
- Se il ne vouloit abuser.
- Quant tu verras venir Orgueil
- Regardant en travers de l'ueil,
- Avecque lui Desrision,
- Desdaing, Despit, Présumption,
- Supediter, Fierté, Bobance,
- Desprisier, et Oultrecuidance,
- Et tous ses autres compaignons
- Qui cueurs ont pires que gaignons[395],
- Vers toi, banière desployé,
- Si pren tantost de ton aye[396]
- Humilité, Dévotion,
- Franchise, Contemplation,
- Paour de Dieu, Doulceur, et Pitié,
- Justice, Simplesse, Équité,
- Et moult d'autres qu'à eulx vendront
- Qui pour toi secourre acourront;
- Et s'y vendra chascun offrir,
- Mais que tu les vueilles souffrir.
- Et se contre Orgueil te combas,
- Ils le mettront du tout au bas
- Et le feront fouir le cours
- Et tous les siens, sans nul recours.
- Quant auras par Humilité
- Orgueil et les siens surmonté,
- Garde toy, d'illec en avant,
- Que s'il te venoit audevant
- Pour toy tourner de sa partie,
- Que ne se soit pas départie
- D'avecques toy Humilité,
- Ne les aultres de sa mité[397],
- Car d'Orgueil bien te garderont,
- Tant comme avecques toi seront.
- D'un autre assault te fault garder
- Qui périlleux est à garder
- Entre tous ceulx qui sont en vie,
- Le chevetain[398] en est Envie
- Qui moult est de mauvais convine;
- Avec lui est tousjours Hayne,
- Fauseté, Murtre et Trayson,
- Faulx-semblant et Détraction,
- Ennemitié et Male-bouche
- Qui n'aime que mauvais reprouche.
- S'il te veulent assault livrer,
- Tantost t'en pourras délivrer,
- Mais que de trop près ne t'aprochent,
- Si que de leurs dars ne te brochent,
- Et pour leur péril contrester,
- T'encueur[399] tantost, sans arrester,
- Prier Foy qu'elle te sequeure,
- Et Loiaulté, et eus en l'eure,
- Sans plus parler, te secourront,
- Et ceulx qu'avec eulx amenront:
- C'est assavoir Paix et Concorde,
- Vraie-amitié, Miséricorde,
- Bénivolence, Vérité,
- Conscience avec Unité,
- A tout leur congrégation
- Dont je ne fais pas mention.
- Ceulx ci feront Envie fuire,
- Si qu'elle ne te pourra nuire.
- D'un assault qui moult fait à craindre
- Te refault défendre sans faindre,
- C'est d'Ire le mauvais tirant
- Qui va tousjours en empirant;
- En toute mauvaistié habonde,
- C'est le plus fel qui soit au monde.
- Et quant assaillir te vendra,
- Forte deffense y convendra,
- Car cil se scet desmesurer
- Que nul ne peut à lui durer;
- Et tous ceulx de sa compaignie[400]
- Sont de sa mauvaise manière:
- Cruaulté porte sa banière,
- Perversité, Forcenerie,
- Félonnie et Esragerie,
- Desverie et autres félons
- Lui vont tousjours près des talons.
- Quant ceste gent verras venir,
- Gart toy que ne te puist tenir
- Nuls d'eulx qu'il ne t'ait arresté;
- Tray toi vers Débonnaireté,
- Qui tost bon conseil te donra
- Et contre Yre te secourra
- Avecques ceulx de son lignage
- Qui moult sont de souef courage:
- C'est assavoir Doulceur, Souffrance[401],
- Estableté[402] et Attrempance,
- Patience, Discrétion,
- Refrainte[403] avec Correction.
- Ceulx cy et ceulx de leur banière
- Trairont Yre de toy arrière,
- Et toute sa gent forcenée
- Qu'avec lui aura amenée.
- Ainsi seras d'Ire délivre
- Se Débonnaireté veulx suivre
- Qui est franche, courtoise et douce:
- C'est celle qui nul temps ne grouce[404]
- De riens qui lui puist advenir;
- Bon la fait avec soy tenir
- Et fuire Ire le mal tirant
- Qui de pou se va ayrant.
- Ire doit-on craindre et doubter
- Et hors d'avecques soy bouter
- Et le tenir pour ennemi
- Sans l'acointer jour ne demi.
- C'est un mauvais ennemi qu'Ire,
- Car si tost com un cuer s'aïre,
- De félonnie si s'enflamme
- Qu'il en puet perdre corps et âme.
- Quant en ire se desmesure
- Et se de soy ne s'amesure[405],
- Masvei[406] mesure en lui se met
- Et de le dampner s'entremet.
- Elle est de tel condition
- Que qui en soy correction
- Ne met amesuréement,
- Elle s'y met si lourdement
- Qu'elle honnist tout à un cop.
- Et vraiement elle het trop
- Gens où il fault qu'elle se mette,
- Et pour ce tout au brouvet[407] gecte
- Sans querre y terme ne respit,
- Si tost comme on lui fait despit.
- Gart donc qu'à toi ne se courrouce,
- Aies en toi manière doulce,
- Soies courtois et débonnaire
- Comme uns homs estrait de bonne aire[408].
- Nuls ne se devroit courroucier
- De rien qu'il voie, ne groucier,
- Mais faire tousjours bone chière
- Et mettre tout courroux arrière.
- Laisse le vice et pren vertu,
- Ainsi te pourras sauver tu.
- Eschièves couroux et tristesse
- Et pren en toi joie et léesse,
- Voire par bonne entention,
- Non pas par dissolution,
- Car joye qui est dissolue
- N'est pas à l'âme de value.
- Contre un autre assault périlleux
- Te fault estre moult artilleux[409]
- Afin que tu surpris ne soies
- En ton hostel, n'enmy les voies,
- Car c'est un assault moult doubtable,
- Moult dommageux, moult décevable,
- Car les pluseurs en sont déceus
- Ains qu'avis aient de ce eu.
- De cest assault est chief Paresse
- Qui sans menacier fiert et blesse
- En tapinage, en couardie[410];
- S'enseigne porte Fétardie,
- Faintise, Oiseuse, Lâcheté,
- Négligence avec Niceté,
- Nonchaloir avec Cuer-failly
- Vont après; moult est mal bailli[411]
- Cellui qu'ils pevent entraper
- Et dessoubs leur trappe atrapper.
- Tant[412] ne soient-ils pas hardis,
- Mais lasches et reffétardis[413],
- Ainçois simples, à mate chière:
- Mais couart est de tel manière
- Que quant il se voit audessus,
- Il est de trop mauvais dessus.
- Le cuer a fier comme lyon
- Et aspre comme champion;
- Lors fiert et frappe, bat et tue,
- Quant il voit qu'on ne se remue
- Encontre lui pour soy vengier.
- Donc fait-il bon soy esloignier
- De Paresce et de sa famille
- Qui n'est qu'en son dessus soubtille,
- Et les doit-on mettre au dessoubs
- Si qu'estre n'en puissent ressous[414].
- Et s'au dessoubs mettre les veulx,
- Amaine avecques toy contre eulx
- Diligence et Apperteté,
- Bon-cuer et Bonne-voulenté,
- Talent-de-bien-faire avec Cure,
- Et Soing qui voulentiers procure
- Contre Paresse avoir victoire,
- S'ainsi est qu'on le vueille croire.
- Se ceulx ci avec toi retiens
- Et du cuer à amour les tiens,
- Garde n'aras, n'en doubte mie,
- De Paresce leur annemie,
- Ne de tous ceulx de sa banière,
- Mais se trairont de toi arrière,
- Car l'assault n'osent entreprendre,
- Fors à qui tantost se veult rendre.
- Après, gart toy du quint assault
- Car si soubtivement assault
- Cil qui en est droit capitaine
- Qu'à ses subgez donne grant peine
- Quant il les tient en son service;
- Ce capitaine est Avarice
- Qui moult est de décevant guise.
- S'enseigne porte Convoitise:
- Rapine, Usure et Faulx-traictié
- Le suivent tousjours pié à pié;
- Malice avecques Tricherie
- Murtre, Larrecin, Roberie,
- Engignement, Déception,
- Fraude avec Cavilation[415],
- Et les autres de leur banière.
- Quant tu verras ceste gent fière
- Qui te vouldront assault livrer,
- Se tu t'en veulx tost délivrer,
- Fay de Charité connestable
- Qui tant est piteuse et traitable;
- Et toute sa connestablie
- Q'avecques lui est establie,
- (Que, selon Dieu, poursuit[416] richesse,)
- C'est Souffisance avec Largesse,
- Aumosne faicte en cuer dévost,
- Ce que Dieu plus au monde volt.
- Se ceste conestablie as
- Avecques toi, acompliras
- Ceste bataille à ton vouloir
- Contre Avarice et son povoir.
- Avarice est de put affaire,
- Car il mains maulx machine à faire[417]
- Par le conseil de Convoitise
- Qui les gens à tolir atise.
- Si te garde donc de rien prendre
- De l'autrui, se ne le veulx rendre,
- Par quelque voie que ce soit;
- Car Convoitise gens déçoit,
- De jour en jour, par leur foleur,
- Dont aucuns meurent à douleur;
- Et par ce nature blasmée
- En est souvent et diffamée
- Sans cause, car elle n'y a coulpe;
- Se fait péchié qui l'en encoulpe,
- Car elle en est la plus dolente
- Et qui plus en sueffre et tormente.
- Donc qui de bien faire n'a cure
- Il ne lui vient pas de nature,
- Ainçois lui vient par accident;
- Chascun le voit tout évident.
- S'aucun en soy a mauvais vice
- Qui porter lui peut préjudice,
- S'on dit que Nature lui face
- Par force qu'il soit enclin à ce,
- Les gens ne le doivent pas croire,
- Car ce n'est mie chose voire,
- Ains est par la male doctrine
- Dont nourriture[418] le doctrine.
- Du sixième assault bien te gardes,
- Contre cestuy fay bonnes gardes.
- Gloutonnie en est conduiseur,
- Qui de tous biens est destruiseur,
- Car enclins est à tous délices,
- Et engendre tous mauvais vices.
- Nul temps ne puet estre assouvis,
- Mais tousjours semble estre allouvis[419]
- Et si est-il plus qu'il ne pert[420],
- Nul temps sa voulenté ne pert
- Qui est sur toute riens mauvaise,
- Car sans oultrage n'iert jà aise.
- Gloutonnie est soubtil guerrier:
- Assault-il devant et derrier,
- Car il part en deux sa bataille
- Toudis et avant qu'il assaille;
- Gourmandie l'une conduit:
- Avec lui sont en son conduit
- Friandise, Lopinerie,
- Yvresse, Oultrage, Lécherie,
- Et pluseurs autres de tel sorte
- Que Gloutonnie à soi enhorte.
- Ceste bataille ainsi partie
- Livre assault de une partie,
- Et si donne assez à entendre
- A ceulx qui la veulent attendre.
- L'autre bataille est Male-bouche
- Qui n'aime que mauvais reprouche,
- Mesdit, Surdit[421], Maugréerie,
- Hastiveté, Pautonnerie[422]
- Et des autres à grant planté
- Qui sont de telle voulenté.
- Ceste bataille se tient fort
- Et livre assault à grant effort
- De l'autre costé, pour surprendre,
- Si que l'en ne s'y puist deffendre.
- Gloutonnie point et repoint
- De l'un à l'autre, et leur enjoint
- Que si se tiengnent sans recroire[423]
- Que partout aient la victoire.
- Or fault, se tu te veulx garder
- Des deux assaulx, bien regarder
- De tous costés à ce qui fault
- Pour contrester à leur assault.
- S'il t'assaillent, met toy à deffense
- Et pren avec toy Abstinence
- Et Sobriété sa compaigne
- Avecques ceulx de leur enseigne,
- Car s'avecques toy as ces deulx,
- Assez en vendra avec eulx,
- Et te garderont bien, sans faille,
- Encontre celle gloutonnaille.
- Sur toute rien gart toy d'Ivresse,
- Que sa bataille à toi n'adresse;
- Car cil qu'à Yvresse se livre
- N'a povoir de longuement vivre,
- Et s'il vit, si est ce à meschief,
- Car il n'a ne membre ne chief
- Qui par yvresce ne lui dueille.
- Les mains lui tremblent comme fueille
- Et s'en chiet plus tost en vieillesse,
- En maladie ou en foiblesse.
- Qui s'enyvre, il se desnourrist,
- Car tout le foie se pourrist;
- Ainsi est de soy homicide,
- Dont c'est grant doleur et grant hide[424].
- Du septisme assault dont Luxure
- Est capitaine par nature,
- Te fault gaittier et traire arrière,
- Si qu'elle et ceulx de sa banière
- En leur chemin pas ne te truissent
- Si que suppéditer te puissent.
- Se Fol-regard le fort archier
- Trayoit à toy pour toy blécier,
- Soies sages et te retray,
- Vistement hors du trayt te tray;
- Et quant hors seras de leurs mettes,
- Garde toy bien que ne te mettes
- En la voye de souvenir
- Si près qu'à toy puist avenir,
- Car s'avec lui t'avoit attrait,
- Il te remenroit droit au trait,
- Si que la flesche de Pensée
- Te seroit tost ou corps boutée,
- Et celle de Fole-plaisance
- Qui ne tendroit qu'à décevance
- Te mectroit, tout à son plaisir,
- Ou trait de garrot[425] de Désir
- Qui si fort au cuer te ferroit
- Que jà mire ne te guerroit;
- Là languiroies en tel peine
- Que tu n'auroies cuer ne vaine
- Qui voulsist entendre à rien faire
- Qu'à maintenir le fol afaire
- Qui de folle amour se dépent
- Dont chascun en fin se repent.
- Là t'auroit si suppédité
- Folle amour par fragilité
- Qu'il te faudroit pour vaincu rendre.
- Mais se tu te veulx bien deffendre
- Contre les archiers amoureux,
- Jà ne seras surprins par eulx.
- Pren la targe de Chasteté
- Et la lance de Fermeté:
- La targe met devant tes yeulx,
- Tu ne te pues deffendre mieulx;
- Grant mestier as qu'elle te gart
- Encontre les trais de Regart.
- Se tu ce pas[426] pues bien garder
- Contre Folement-regarder,
- Jà Fole-cogitation
- Ne t'ara en subjection.
- Et quant ces deux ne te ferront
- Jà les autres ne s'y verront.
- Ainsi ces deux pevent tout faire,
- Aussi pevent-ils tout deffaire.
- Regart si est trop perçant chose;
- Toute plaisance y est enclose,
- Aussi y est tout le contraire,
- Si soubtillement scet-il traire,
- Car tous ceulx que Regart attaint,
- Soit pour bien ou pour mal, à teint
- Souvent leur fait muer couleur,
- Soit par joye ou par douleur.
- Pour ce est voir ce qu'on dire seult:
- _De ce qu'oeil ne voit, cuer ne deult._
- Si sont aucuns qui se vouldroient
- Excuser qu'ils ne se pourroient
- Du fort trait de regart garder
- Et qu'il leur convient regarder
- Ly un l'autre quant sont ensemble;
- Tout Saincte Église ce assemble
- Selon l'ordre de mariage,
- A tels excusans respondray je
- Briefement, sans prolongation,
- Ce n'est mie m'entention
- De deffendre à nul, bon regart,
- Mais que de Fol-regart se gart
- Qui les fols fait ymaginer
- Et par Fol-cuidier deviner[427],
- Dont est née Fole-plaisance
- Qui convoite du corps l'aisance,
- Et de ce vient Ardent-désir
- Qui art tout, s'il n'a son plaisir;
- Lors fait tant qu'à son gré avient,
- Et tout ce de fol regart vient.
- Ce n'est pas regart convenable
- Quant à Dieu, mais quant au Déable:
- Regart fait pour charnel délit
- Au Déable moult abélist[428]
- Et autant desplaît-il à Dieu
- Si n'est pas fait en temps et lieu.
- Gens qui en mariage sont,
- Qui tousjours leurs courages ont
- A délit charnel maintenir,
- Voulans s'y soir et main[429] tenir,
- Pechent ensemble, sans doubtance,
- Par l'engin de Fole-plaisance
- Qui souvent les tient en ses las;
- Mais ne le cuident pas les las,
- Car à vertu tiennent ce vice
- Dont ils font que fols et que nices;
- Car conjoins ne devroient jà voir[430]
- L'un à l'autre affaire avoir
- Par charnele conjunction,
- Se ce n'estoit en entention
- De lignée multiplier;
- Pour ce les fais-je marier,
- Si que, par le gré de nature,
- Facent ensemble engendréure,
- Quant temps en est, et point, et lieu,
- Et tout ainsi l'ordonna Dieu,
- Non mie pour soy déliter
- A l'un avec l'autre habiter.
- Fols est qui l'un à l'autre habite
- Sans l'entention dessus dicte,
- Car quant Nature en tels gens euvre
- Selon les estas de son euvre,
- Sans moy ne Mesure appeller,
- Et que son fait nous fait celer
- Afin qu'Atrempance n'y viengne
- Qui en subjection la tiengne,
- Iceste copulation
- Faicte sans génération
- Et sans droicte nécessité,
- Par fresle superfluité,
- Est péchié mortel, nul n'en doubte,
- Qui par Fol-désir les y boute
- Pour acomplir leur volenté
- Charnele dont ils sont tempté,
- Où nature est tousjours encline.
- Nul temps qu'elle puist n'y décline,
- Ains queurt tousjours de randonnée
- Fresle, fole et abandonnée,
- Ne se scet, pour grief, espargnier
- Tant com riens a en son grenier.
- Ainsi de soy s'occist Nature
- Se ne la gouverne Mesure
- Ma suer[431] qui tant est bien ruillée[432]
- Qu'elle en nul temps n'est desruillée[433],
- Ains fait faire tout si à point
- Que où elle est, d'excès n'a point.
- Croy donc Mesure en tous tes fais
- Et tu n'y seras jà meffais
- En nul temps, je t'en asséur,
- Car qui la croit, il vit asseur.
- Cy lairay du septime assault
- Dont Luxure les gens assault
- Et revendray à ma matière
- Que j'ay entreprise première.
- Soies tous temps vray en ta foy,
- Aimes ton proesme comme toy,
- Dieu mon père le veult ainsi;
- Et fay à chascun tout ainsi
- Comme qu'il te feist vouldroies.
- Et se tu vas parmy les voies,
- Soies enclin à saluer;
- Et si ne dois nul temps ruer
- De ta bouche male parole:
- Saiges est cil qui pou parole,
- Et qui aime et désire paix
- Oyt tousjours, voit et se tait.
- Et se tu es en compaignie
- Parlant de sens ou de folie,
- Parle au plus tart[434] que tu pourras,
- Escoute ce que tu orras,
- Si que tu en saches parler
- Quant ce vendra au paraler[435],
- Et que ce soit par brief langaige;
- Ainsi seras tenu pour sage.
- Et ne le fusses ores mie,
- Là fault-il jouer d'escrémie[436]
- Assez mieux qu'au jeu du bocler[437],
- Car on apparçoit tost, moult cler,
- Qui veult à parler entreprendre[438],
- S'il ne se garde de mesprendre,
- Ou cler sens, ou clère folie.
- Et pour ce clèrement folie
- Cil qui de tost parler se haste.
- Qui parle ne doit avoir haste,
- Ains se doit trois fois adviser
- Avant qu'il doie deviser:
- La chose dont il veult parler,
- Et à quel fin il puet aler,
- Et ce qu'il en puet avenir;
- Ainsi n'en puet nul mal venir.
- Soies courtois et amiables
- Envers tous et humiliables;
- Par toy soient grans et menus
- Tous temps amés et chier tenus,
- Suy les bons et fuy les mauvais,
- Aimes tous temps douceur et paix;
- Et se tu ois tencions ne noises,
- Garde toy bien que tu n'y voises,
- Car nul ne se puet avancier
- D'amer noises, ne de tencier.
- Amis, se tu veulx advenir
- Au manoir Richesse et venir
- Dont je t'ay si fort oï plaindre
- Que nuls homs ne le puet attaindre
- Se n'est par paine et par doleur,
- Laisses ester telle foleur
- Et telle cogitation,
- Et pren en toy discrétion.
- Pren des deux voies la meilleur,
- Laisses le bren[439] et pren la fleur[440]:
- Se ne le fais, feras foleur;
- Qui est à chois, le mieux doit prendre.
- Et se tu veulx la voie aprendre
- Que tu dis que tu ne scez pas,
- Pour ce qu'il y a mal trespas,
- Si comme tu dis, à passer
- Par quoi on s'y puet trop lasser,
- (C'est au beau manoir de Richesse,)
- Je t'en aprendray bien l'adresse
- Et ce qu'il en puet avenir;
- Ainsi n'en puet nul mal venir
- Qui[441] t'y saura bien convoier,
- Sans toy feindre ne forvoier.]
- Pren le chemin droit à main destre
- Et laisse cellui à senestre,
- Car le destre toutes gens maine
- Droit à Richesse, en son demaine,
- Mais que on ne se traie hors voie;
- En cellui nul ne se forvoie,
- Ainçois va tout à sa devise.
- Or est droit que je te devise
- Comme cil chemin est nommé
- Qui tant est bel et renommé,
- Et qui fait ceulx qui le vont, estre
- Tous temps en très gracieux estre.
- Cil chemin a nom Diligence,
- Pavés[442] est de Persévérance.
- S'en ce chemin te veulx tenir,
- Tu pues à richesse venir
- Et le chemin tost achever
- Aiséement, sans toy grever,
- Et avec Richesse manoir[443]
- En son très gracieux manoir.
- Car qui n'y va, ne tient qu'à lui,
- Quant le cuer a si achailly
- Qu'il het le bel destre chemin
- Pour estre a l'ort senestre enclin.
- Qui ce senestre veult aler,
- Meschéans est au paraler,
- Ni n'en puet eschapper n'estordre[444],
- Ains lui convient telle hart[445] tordre
- En paine, en meschief, en angoisse.
- Cil chemins moult de gens angoisse
- Et les fait vivre en grant destresse:
- Laie[446] gent l'appellent paresse
- Et li clerc l'appellent accide;
- On n'y treuve confort, n'aïde,
- Ne conseil, n'espoir, ne chevance,
- Fors peine, ennuy et meschéance;
- C'est un chemin moult destravé[447].
- Plein de boullons[448], tout encavé;
- N'il ne fera jà si beau temps
- Qu'y puist tost errer qui est ens[449].
- Là le tiennent en couardie,
- Les grans boullons de fétardie,
- D'ignorance et de niceté.
- C'est le chemin de Povrété,
- Une dame qui n'est prisée,
- En ce monde, n'auctorisée
- Ne qu'un viel chien, en vérité.
- De lui vient toute adversité,
- Meschief, peine, ennuy et contraire,
- Arrière se fait donc bon traire
- Du chemin qui à lui adresse,
- Et prendre la plaisant adresse.
- Du beau chemin de Diligence,
- Car chascun puet veoir en ce
- Qui est à chois et puet eslire,
- Il ne doit pas prendre le pire;
- Et s'il le prent et puis s'en veut
- Repentir, quant il ne le peut
- Recouvrer, c'est trop grant foleur.
- Car qui bien laisse et prent doleur
- Et se forvoie à escient,
- Ne puet chaloir s'il en mesvient,
- Car quant un cuer s'est forvoyés,
- N'est pas de légier ravoiés.
- S'il est ou chemin de Paresse,
- Il tourne le cul à Richesse
- Et va à Povreté tout droit,
- Dont je t'ay parlé orendroit,
- Qui fait si mal gens atourner;
- Et quant il cuide retourner
- Et s'apperçoit de sa folie,
- Lors entre en grant mérencolie
- Qui moult le travaille et le peine,
- En pensée, en soussy, en peine,
- En desconfort, en désespoir,
- Dont il devient larron espoir[450],
- Et tolt et emble aux gens le leur,
- Dont en la fin muert à doleur.
- Or sont aucuns qui veullent dire
- Que destinée à ce les tire
- Et les fait ensement aler.
- Folie font d'ainsi parler,
- Car ils ne scevent que ils dient:
- Et les maléureux s'y fient
- Qui dient souvent et menu,
- Quant meschief leur est advenu,
- Qu'ainsi leur devoit avenir,
- Et le veulent pour vrai tenir
- Et prennent en leur meschéance,
- Par ce parler, glorifiance,
- Et s'excusent de leur meffait,
- Disans qu'ils ne l'orent mie fait
- Par leur gré, mais par destinée
- Qui au naistre leur fu donnée.
- Ceulx qui le croient se deçoivent,
- Ne croient pas si comme il doivent,
- Car à nullui n'est destiné
- Qu'il soit pendu ne traïné,
- Ne qu'il meure de mort vilaine,
- S'il ne met au desservir peine.
- Meschief contrester chacun puet
- Qui entendre à bien faire veult,
- N'il n'est pas de nécessité
- Qu'à nul aviengne adversité,
- Mais advient par cas d'aventure,
- Quant folement on s'aventure.
- Destinée ne puet contraindre
- Nul, si qu'il ne se puist refraindre,
- Mais qu'il ait bonne voulenté;
- Et s'il est à la fois tempté
- D'aler faire aucune aatie[451],
- S'avec lui suy[452], je le chastie
- Et lui oste celle pensée
- Qui en son cuer estoit entrée,
- Et lui donne advis et mémoire
- Decontrester, s'il me veult croire,
- A mauvaise temptation,
- Dont il vient à salvation.
- Ainsi peus veoir clèrement
- Que destinée nullement
- N'a nul povoir de chose faire
- Que je ne puisse tost deffaire,
- Au mains s'elle ne m'est célée
- Si qu'au fait ne soie appellée;
- Car nul fait qui sans moy est fet
- Ne puet venir à bon effet,
- Mais communément en meschiet,
- Et par ce meschief il eschiest
- Que destinée y pren le nom
- D'estre vertu et grant renom,
- Car pluseurs dient et soustiennent
- Que bien et mal par elle viennent
- Et que nul contrester ne puet
- A ce que destinée veult;
- Mais tous ceulx en sont décéu,
- Qui ont ceste créance eu,
- Car s'il estoit au Dieu vouloir
- Que destinée éust povoir
- Dessus les gens si comme on dit,
- Que vauldroit bon fait ne bon dit,
- Ne soy à bonnes euvres traire?
- Nul n'aroit mestier de bien faire
- Quant bien fait ne le secourroit,
- Ainçois villainement mourroit,
- Et s'ensuiroit, quoy que nuls die,
- Que s'uns homs à mal s'estudie,
- Et emble, et tue, et fiert, et bat,
- Quant il n'y puet mettre débat
- Pour destinée qui l'enforce
- A tous maulx faire par sa force,
- Que monstré n'en doit estre au doit
- Puisqu'il ne fait que ce qu'il doit:
- Et Dïeu mesmes qui scet tout
- N'en doit avoir vers lui courroux,
- Puisque ce n'a-il mie fait,
- Mais Destinée tout ce fait.
- Certes mais il est autrement,
- Et quiconques maintient il ment
- Que[453] destinée vertus soit,
- Et qui le croit il se déçoit.
- Fay donc ce que je t'ay apris,
- Se tu veulx avenir à pris;
- Laisse le mal et pren le bien,
- Quant avoir le pues aussi bien,
- Et plus légièrement assez,
- Car on est cent fois moins lassé
- Ou beau chemin dessus nommé
- Que Diligence t'ay nommé
- Qui toutes gens à honneur maine,
- Et cent fois y a moins de paine
- Qu'ou hideux chemin de paresse
- Plain de douleur et de tristesse
- Où nul ne pourroit estre à aise,
- Ne faire chose qui lui plaise,
- N'estre en estat, ne bien nourry;
- Car le chemin est si pourry
- Qu'on y entre jusques au ventre,
- Maleureux est cil qui y entre!
- C'est un chemin ou nuls ne court,
- Mais, sans faille, il est assez court
- Tant soit-il ort et desrivé[454],
- Car on est tantost arrivé,
- Sans y quérir autre adresse,
- Droit au manoir où il s'adresse,
- C'est assavoir chez Povreté
- Où l'en vient tout desbareté[455],
- Nu, deschaux, et de froit tremblant
- Et de très-douloureux semblant,
- Le corps courbé, acrampely[456],
- Affin qu'on ait pitié de ly.
- Mais de tels gens, en vérité,
- Doit-on avoir peu de pitié
- Quant il sont en si bas dégré:
- Puisqu'ils se mettent tout de gré
- En si doloreuse aventure,
- Que mésaise aient c'est droicture.
- Se tu crois doncques mon conseil
- Que je, pour ton preu, te conseil,
- Cest ort chemin hideux hairas,
- Ne jamais jouir ne t'y verras.
- Remenbre toy des meschéans
- Que tu es chascun jour véans
- Qui si maleureux deviennent
- Quant en ce chemin se tiennent.
- Beau chastiement met en lui
- Qui se chastie par autrui.
- Se uns homs entre en mauvais pas
- De gré, ou qu'il ne saiche pas,
- (Si comme assez souvent eschiet,)
- Et en ce mau pas lui meschiet,
- Cellui d'après qui le regarde
- Ne le suit pas, ainçois se garde
- D'aler après, qu'il ne se blesse,
- Et s'en va querre une autre adresse
- Qu'à droit port le fait arriver.
- Tout ainsi dois-tu eschiver
- Tous temps le chemin et la voie
- Que tu scez et vois qui avoie[457]
- Toutes gens à chétiveté,
- A angoisse et à povreté,
- Et que chascun jour pues véoir
- Qui ne leur fait que meschéoir[458],
- N'en ce chemin bien n'orent oncques.
- Eschive le erraument doncques,
- Et met les pans[459] à la sainture,
- Et si t'en cours grant aléure,
- Et à main destre pren t'adresse
- Au beau chemin qui tost adresse
- Tous ceulx qui y vont, et agence
- En tout honneur: c'est Diligence
- Le beau chemin plain de noblesse,
- Nuls n'y puet avoir fors léesse
- Par la planté des biens qui viennent
- A tous ceulx qui ce chemin tiennent.
- Il est lonc merveilleusement,
- Mais il n'ennuye nullement
- A ceulx qui veullent avenir
- Au manoir Richesse et venir,
- Ainçois errent et jour et nuit
- Sans ce que goute leur ennuit.
- Chascun a désir qu'il se voie
- En ce chemin. Droit en my-voie
- A deux sentes dont l'une à destre
- S'en va droit, et l'autre à senestre.
- De la destre te vueil parler:
- Par celle fait-il bon aler,
- Car tant est vertueuse adresse
- Qu'il maine à parfaicte richesse;
- C'est Souffisance la séure
- Qui ceulx qui là vont asséure
- Et les fait vivre en bon espoir
- Sans penser à nul désespoir,
- Car tout ce qu'ils ont leur souffist.
- Soit à dommage ou à prouffit,
- Dieu loent sans estre lassés
- Aussi tost d'un pou com d'assez.
- Cils sont riche parfaictement,
- Et nuls n'est riches autrement
- S'il ne va parmy Souffisance,
- Et fut-il ores roy de France.
- De l'autre sente te diray,
- La vérité n'en mentiray:
- Elle va à senestre partie,
- Mais c'est bien chose mi-partie[460]
- Envers celle qui va à destre,
- Car nul n'y puet assouvis estre.
- Celle sente a nom Convoitise
- Qui les cuers enflambe et atise
- D'estre convoiteux sur avoir;
- Qui plus en a, plus veult avoir,
- Tousjours de plus en plus convoite,
- D'aler avant si fort les coite[461]!
- Et quant ils viennent au chastel
- De Richesse qui tant est bel,
- Avis leur est que riens fait n'ont
- S'encores plus avant ne vont.
- D'aler oultre est bien leur entente,
- Tant com leur durra celle sente,
- A quelque peine que ce soit;
- Mais certes elle les déçoit.
- Mal en virent oncques l'entrée,
- Car quant personne y est entrée,
- Ne se peut d'avoir saouler,
- Ains vouldroit bien tout engouler;
- Ne se daignent là arrester,
- Mais vont tousjours, sans contrester,
- Querre meilleur pain que froment,
- Dont, puis, se repentent souvent;
- Car quant bien hault se sont juchiés,
- A un seul coup sont trébuchiés,
- De Fortune qui ne voit goute,
- Qui de sa roe si les boute
- Qu'en la boe les fait chéoir:
- On le puet chascun jour véoir.
- Quant ils se voient décéus
- Et du hault au bas chéus
- Où fortune les a flatis[462],
- Lors ont les cuers si amatis[463]
- Et si vains que du tout leur faillent,
- Et ne scevent quel part ils aillent,
- Tant sont honteux et esbahis,
- Et se tiennent pour fols naïs[464],
- Chétis, las, courbés, sans léesse,
- Entrans ou chemin de Paresse,
- Et s'en vont droit à Povreté,
- Desconfit et desbareté,
- Ne jà puis jour ne seront aise,
- Ainçois languiront en mésaise,
- Et en tel estat se mourront,
- Et, par aventure, pourront
- Faire aucun vilain maléfice
- Dont il seront mis à justice.
- Donc pues-tu véoir et entendre
- Qu'il fait très mauvais entreprendre
- Sente qui est si périlleuse,
- Si forvoiant, si fortuneuse
- Comme est celle de Convoitise,
- Car nul n'y a s'entente mise
- Qui en la fin ne s'en repente.
- Eschieve doncques ceste sente
- Et pren celle de Souffisance,
- Et tu auras tousjours chevance
- Et assez tant com tu vivras;
- Assez as-tu quant ton vivre as,
- Entre les gens, honnestement,
- Et as souffisant vestement
- Et à l'avenant le surplus:
- Fol es se tu demandes plus.
- Puis que tu l'as par loyauté,
- Tu as plus qu'une royaulté
- Sans souffisance ne vauldroit,
- Se tu regardes bien au droit.
- Et s'il advient que servir doies
- Je te deffent que tu ne soies
- Envers ton maistre courageux,
- Orguilleux, fel, ne oultrageux.
- Tousjours lui fay obéissance,
- Et enclines à sa plaisance,
- En tous estas[465], sans rebeller,
- Et ne te dois nul temps mêler
- D'argüer ne de contredire
- Chose que tu lui oies dire:
- S'il parle à toi, si lui respons
- Doulcement, sans vilain respons,
- Sans rebrichier[466] et sans groucier,
- Craindre le dois à courroucier.
- Et si ne dois en nul temps faire
- Chose qui lui doie desplaire
- Pour enseignement que tu truisses[467]
- Au moins puis qu'amander le puisses,
- Tu le dois amer de vray cuer,
- Sans lui estre faulx à nul fuer,
- Et se tu l'aimes, tu feras
- Son vouloir et le doubteras
- En tous estas, j'en sui certaine,
- Car amours est si souveraine
- Que toutes vertus lui enclinent
- Et de lui obéir ne finent.
- C'est moult puissant vertus qu'amour!
- Met-la donc en toy sans demour,
- Car qui aime de cuer, il craint:
- Bonne amour à ce le contraint
- Qui le met en obéissance
- Par sa vertueuse puissance,
- Et le tient en subjection
- Sans user de déception[468].
- Mais s'aucun craint, ne s'ensuit mie
- Qu'il ait en lui d'amour demie[469]:
- Amour n'obéist pas à crainte,
- Ne nullui n'aime par contrainte,
- Car on craint bient ce que l'en het,
- Que ce soit voir, chascun le scet;
- Mais qui bien aime, craint et doubte:
- De ce ne doit nuls avoir doubte.
- Aimes donc ton maistre et le sers
- Loyaument, et s'amour dessers[470];
- Et quant ton bien aparcevra,
- Vers toy fera ce qu'il devra,
- Ne jà ne saura estre avers.
- Et se tu le sers au travers,
- Sans lui amer et chier tenir,
- Nul bien ne t'en poura venir,
- Ains perdras avec luy ton temps
- Et si auras à lui contemps,
- Ou vilment congié te donra
- Et si diffamer te pourra
- En pluseurs lieux, par aventure,
- Que nullui n'aura de toy cure.
- Ainsi en tous estas perdroies,
- Se par amour ne le servoies.
- Quiconques sert il doit amer
- Son maistre de cuer, sans amer[471],
- Et de si loial cuer servir
- Que s'amour puisse desservir.
- Prendre doit trois conditions
- De trois significations
- Que briefment je te nommeray,
- Et puis si les exposeray.
- Premier, dos d'asne doit avoir
- Se bien veult faire son devoir;
- Secondement, comment qu'il voit[472],
- Oreilles de vache avoir doit;
- Et tiercement doit avoir groing
- De pourcel, sans aucun desdaing.
- Ces trois conditions estranges,
- Se tu sers, pas de toy n'estranges,
- Mais mect tousjours paine et estude
- D'avoir les par similitude,
- Quant sauras l'exposition
- De leur signification
- Que je te veuil dire et aprendre.
- Par dos d'asne tu pues entendre
- Qu'avoir dois le fais et la charge
- De ce que ton maistre te charge,
- Et que de toutes ses besoignes,
- Sans faire obliance, tu soignes;
- Tu en dois la somme porter
- Pour mieulx ton maistre déporter;
- Et pour bien faire ton devoir,
- Lui dois souvent ramentevoir
- Et avoir chier sur toute rien
- Le sien prouffit comme le tien.
- Après, par oreille de vache
- Pues-tu entendre, sans falache[473],
- Que tu dois ton maistre doubter,
- Et s'il te laidenge[474], escouter
- Sans ce que contre lui t'orgueilles;
- Faire lui dois grandes oreilles,
- Et faire semblant toutesvoies
- Que tu n'ois adonc, ne ne vois.
- Quant le verras de tencier chault,
- Tais-toy tout coy et ne t'en chault,
- N'à tort, n'à droit, ne respons point
- Tant comme il est en ycel point,
- Car trop s'en pourroit engaignier;
- Autre chose ne puet gaignier
- Servant qui respont à son maistre,
- Soit chevalier, bourgois ou prestre.
- Qui se tait et point ne rebelle,
- C'est une vertu bonne et belle:
- Ceste-cy, se tu me veulx croire,
- Aras-tu tousjours en mémoire.
- Par groing de pourcel ensement
- Peus-tu entendre clèrement
- Qu'en toy ne doit avoir danger
- Ne de boire, ne de menger,
- De grant disner, ne de petit:
- Tous dois prendre par appétit
- Et en bon gré, se tu es sage,
- Sans mener despit ne haussage,
- Orgueil, ramposnes, ne desdaing,
- Et fay tout ainsi com le groing
- Du pourcel qui partout se boute;
- Tout prent en gré, riens ne déboute,
- Ainçois se vit de ce qu'il treuve
- Liement, sans faire repreuve[475],
- Tout treuve bon et savoureux,
- De nulle rien n'est dangereux[476].
- Par semblable, ne dois-tu estre[477]
- Quant tu es à l'ostel ton maistre,
- Ains te doit tout plaire et souffire,
- Sans rien refuser ne despire.
- A tant se tut Raison la sage;
- Lors tournay un pou mon visage,
- Et pour penser mieulx m'acosté;
- Donc s'en vint de lez mon costé,
- Uns homs saiges et plain d'avis,
- Ainsi comme il me fu avis
- Et il en est bien renommés,
- Entendement estoit nommés.
- Beaux amis, dist-il, or entens:
- Se tu veux emploier ton temps
- A faire ce que Raison dit,
- Tu feras que sage, à mon dit.
- Elle t'a cy moult sermoné,
- Moult bonne exemple t'a donné:
- Se tu l'as scéu retenir,
- Tu en pues à grant bien venir
- Selon Dieu et selon le monde;
- Croy la, et j'octroy qu'on me tonde,
- (Se de ce qu'elle a dit t'apens[478];)
- Se tu jà nul jour t'en repens:
- Et tu l'apparcevras à l'ueil;
- Quant à or, plus dire n'en vueil,
- Car on doit mettre son assent[479]
- Autant à un mot comme à cent.
- Quant j'oy un pou après pensé,
- Repensé et contrepensé
- A ce que Raison apris m'ot,
- Et bien recordé mot à mot
- Par le conseil d'Entendement,
- Et que j'estoie en grant dément
- De tout en mon cuer retenir,
- Ès-vous un homme à moi venir
- Qui bien sembloit estre advocas
- Qui parler scéust en tous cas:
- Moult sembloit estre sages hom
- Selon droit et selon raison;
- Coiffe et habit fourré portoit,
- Et richement se déportoit:
- Preudoms sembloit, et sans riot,
- Clerc et varlet avec lui ot.
- Le maistre fu Barat[480] nommés,
- De ce ne fu pas mesnommés:
- Son clerc avoit nom Tricherie,
- Et son varlet Hoquelerie[481].
- Barat s'est de lez moy assis,
- Et commença par mos rassis
- A parler attrempéement
- Aussi comme par chastiement.
- Auras-tu huy assez pensé?
- Di, chaitif, qu'as-tu empensé?
- Veulx-tu croire Raison la fole
- Qui ceulx qui la croient affole?
- Se tu la crois, chaitif seras
- Tant com de son sens useras;
- Nuls ne puet à estat venir
- Qui se veult à Raison tenir,
- Mais à grant paine se chevit
- Et tousjours en souffreté vit
- Sans avoir nulle chevissance.
- Or est fols qui a souffisance
- Quant au cuer a tant de doleur;
- Je le tendroie à grant foleur
- Qui selon raison ouverroit:
- Jamais riche ne se verroit,
- Ains seroit tousjours en un point
- Sans ce que il enrichist point.
- Tousjours seroit com povre et chiche,
- Dolent, subjet et serf au riche
- Dont souvent s'oroit laidengier:
- Ainsi vivroit en grant dangier.
- Qui a le cuer pur, net et monde,
- Povre est et n'a loy[482] en cest monde,
- Ne ne puet venir à estat;
- Met doncques Raison en restat[483]
- Et me crois, si feras que sage,
- Car s'user veux de mon usage,
- Tu seras tantost surhaucié,
- Riche, puissant et essaucié;
- Servis et honneurés seras,
- Et tout à ton plaisir feras.
- Tu ne feras que commander,
- Chascun vendra à ton mander:
- Tous temps vivras en tel conroy
- Com se tu fusses duc ou roy,
- Car tous auras tes aisemens.
- Se tu fais mes enseignemens
- Que je te vueil dire et aprendre,
- Moult bon exemple y pourras prendre.
- Flateur soies premièrement,
- Car c'est le droit commencement
- Par quoi on puet à bien venir
- Et à grant estat avenir:
- S'avenir y veulx, sans deffault,
- De _Placebo_ jouer te fault.
- Soies en tous lieux décevant
- Où tu seras, et par devant
- A toutes gens fais beau semblant,
- Si leur iras le cuer emblant,
- Et faing que tu soies loyaulx,
- Vrais en cuer et espéciaulx[484];
- Aquier des amis, sauf le tien[485],
- Serré par devers toy le tien.
- Ne soies pas larges, mais chiches;
- Ainsi seras tu tantost riches.
- Quel compaignie que tu truisses,
- Là ne despens riens que tu puisses[486],
- Aies le cuer bault[487], et te truffes,
- Et dy des gorgées et des truffes
- Quant tu verras qu'il sera point,
- Et met paine à le faire à point;
- Par ce seras tu bien venus
- En compaignie, et chiers tenus.
- Après, ne te doit ennuyer
- De voulentiers gens conchier[488]
- En tous estas, et mettre en voie
- Que tu aies de leur monnoie,
- Ou soit à droit, ou soit à tort,
- Ou par contrainte, ou par accort;
- Et se bien me veulx apaier[489],
- Acrois[490] partout sans riens payer,
- Et voulentiers par tout mescompte[491],
- Ne jà du péchié ne fais compte;
- Ceulx qui te doivent fay contraindre,
- De les mengier ne te dois faindre,
- Et les mener à povreté
- Sans avoir d'eulx nulle pitié:
- Ne te chault s'ils perdent chevance,
- Mais que tu aies leur substance;
- Soies tousjours tout prest de prendre,
- Mais garde-toi bien de riens rendre.
- Je te deffens que tu ne paies
- A âme chose que tu doies,
- Et s'aucun te faisoit semondre[492]
- A qui il te faulsist respondre,
- Ou soit à bel, ou soit à let,
- Moy et mon clerc et mon varlet
- Tous ensemble t'irons aidier
- Ou cas qu'il te fauldra plaidier.
- Se tu nous crois, tu materas
- Tous ceulx à qui tu plaideras,
- Sans faillir en nulle saison,
- Soit droit, soit tort, maugré raison,
- Tousjours à ton besoing vendrons
- Et bien près de toi nous tendrons
- Et te feron tost achever
- Tes causes et en hault lever
- Ton estat, habonder et croistre,
- Tant que bien te pourras acroistre.
- Après, te vueil encor aprendre
- Trois choses qu'il te fault emprendre
- Se tu veulx tost monter en pris
- Et si sont d'assez moien pris.
- La première est que tu te vestes
- De bonnes robes et honnestes
- Fourrées à leur avenant[493]:
- Si en seras plus avenant[494],
- Plus honnourés et mieulx prisiés
- Et entre gens auctorisiés
- Et tenus pour sage de tous,
- Et fusses tu fols et estous.
- La seconde chose est mentir
- Soubtivement, sans alentir,
- Par beaux mos polis, plains de lobe,[495]
- Ce siet bien sur la bonne robe:
- Par ce pourras tu faire acroire
- Que mençonge soit chose voire
- Et que vérité soit mençonge,
- Ne qu'on y croie ne qu'en songe.
- La tierce chose est vraiement
- Que tu faces hardiement
- Quanque tu auras empensé,
- Soit bien pensé ou mal pensé;
- Tu dois hardiement ouvrer
- Se grant avoir veulx recovrer,
- Car cil qui hardiement ne euvre
- Et est honteux, riens ne recoeuvre,
- Mais est povre et las en ce monde,
- Et li hardi tousjours habonde
- Puis que beau langage a en main.
- Partout et à soir et à main
- Les trois derreniers poins tiens
- Et principalment les retiens
- Et tu auras tousjours chevance
- Combien que tout soit décevance,
- Car nul ne puet chevance avoir
- S'il ne met paine à décevoir
- Et s'il n'est bien malicieux,
- Viseux[496] et caut et engineux,
- Semblant doulx et courtois vers tous,
- Et en cuer faulx, rude et estous:
- Et que tousjours rie sa bouche
- Combien qu'au cuer point ne lui touche,
- Car combien que beau semblant moustre,
- Le ris ne doit point passer oultre
- Le neu de la gorge, à nul fuer;
- Des dens doit rire et non du cuer.
- Il doit estre blaffart[497] toudis,
- Et en tous fais et en tous dis
- Les puissans doit aplanier[498]
- Par souples mos et festier,
- Et leur porter grant révérence,
- Car on puet moult acquester en ce;
- Des povres ne puet il chaloir,
- Car ils ne pevent riens valoir:
- Ceulx là fait bon bouter arrière,
- Sans leur faire semblant ne chière,
- Et du tout en tout soy retraire,
- Car on ne puet d'eulx denier traire.
- Or m'as tu oy raconter
- Comment on puet à pris monter:
- Se tu crois mon enseignement,
- Riche seras parfaictement,
- Et auras, tout à ton vouloir,
- Tout ce que tu sauras vouloir;
- Et se tu veulx croire Raison,
- Tu seras en toute saison
- Chaitif, mendiant, povre et las,
- Car si te tendra en ses las
- Que monter plus hault ne pourras.
- Or fay lequel que tu vouldras
- Et y pense tout à loisir:
- Quant à chois es, tu pues choisir.
- Se tu veulx estre povres hom,
- Si me laisse et croy Raison;
- Et se tu veulx riche homs estre,
- Si me tien pour seigneur et maistre,
- Tant com tu vivras, et me croy,
- Et de Raison croire recroy.
- A ce mot s'est Barat téu,
- Car assez m'ot ramentéu
- Ses affaires et sa doctrine
- Et enseignié tout son convine;
- A tant de moy se départi.
- Lors pensay moult au jeu-parti
- Que Barat et Raison fait m'orent
- Et enchargié tant comme ils porent,
- Mais le jeu si parti avoie
- Que lequel croire ne savoie,
- Ou Raison qu'ot à moy parlé,
- Ou Barat le bien enparlé;
- Mais bien croi qu'au derrain créusse
- Barat, s'autre conseil n'éusse,
- Car si bel m'avoit flajolé
- Que tout sus m'avoit affolé.
- Lors vint à moy Entendement
- Pour moi donner enseignement
- Auquel des deux je me donnasse
- Et cuer et corps habandonnasse.
- Fol, dist-il, es-tu rassoté
- Qui ce que Raison t'a noté
- Veulx laissier pour estre trichierres
- Faulx et mauvais et décevierres,
- Et croire Barat le lobeur
- Qui pires est que desrobeur?
- Bien es fol et oultrecuidés
- Et de sens naturel vidés,
- Et bien pert que tu ne vois goute
- Qui veulx mettre entente toute
- A toy envers Barat plaissier,
- Pour Raison la sage laissier,
- Car oncques nuls ne la laissa,
- Ne vers Barat ne se plessa
- A qui n'en meschéist après,
- Sans faillir, à loing ou à près.
- De ton temps véoir l'as péu
- Que maint grant maistre décéu
- En ont esté, et mis à honte
- Pourcequ'il ne tenoient compte
- De Raison ne ses fais ensuire,
- Mais se penoient de la fuire,
- Et adnichilloient droiture,
- Contre Dieu, Raison et Mesure.
- Et combien qu'avec eulx féusse,
- Jà d'eux audience n'eusse
- A desdire leur voulenté,
- Tant ièrent espris et tempté
- Par Fol-cuidier le pou séur,
- Qu'estre cuidoient asséur,
- Et tousjours Barat surmontoient
- Pour ce que par lui hault montoient,
- Et amassèrent les trésors
- Qui erent très-vils et très-ors;
- Car de ce qui par Barat vient,
- En la fin nul bien n'en avient.
- Il n'est pas bon logicien:
- Belle entrée a et beau moyen,
- Mais tousjours fait conclusion
- A honte et à confusion;
- Car tout quanque Barat aüne[499],
- En vingt ans, anientist fortune
- En une seule heure de jour,
- Ne nuls n'y puet mettre séjour.
- Ainsi ne puet Barat durer,
- Car ne le pourroit endurer
- Droit qui tout adresse et aligne
- Et qui ne fait riens fors à ligne,
- Mais est enclin à son affaire
- A tout ce que Raison veult faire.
- Croi doncques Raison et la sers,
- Car vraiement tu seras sers
- D'une mauvaise servitude
- Se tu mes en Barat t'estude.
- Pluseurs par ses las sont passés,
- Plus sages que tu n'es d'assez,
- A qui mal en est advenu,
- Tu le vois souvent et menu.
- Plus sages que tu n'es? Vraiement,
- Par le mien mesmes jugement
- Plus saiges voir ne sont-ils mie,
- Car en eulx n'a de sens demie,
- Combien qu'ils aient de sens le nom
- Par grant abit et par renom,
- Car tels est saiges qui est fols
- En ce monde, bien dire l'os,
- Tel y est fol qui est bien sage,
- Ce voit on par commun usage;
- Car selon le dit de ce monde,
- Ly homs qui de richesse habonde
- Et a assez or et argent
- Pour sage est tenu de la gent
- Et est prisié en tous pays
- Combien qu'il soit uns fols naïs;
- Donc il est sage et fol ensemble
- Par ce que j'ay dit[500], ce me semble:
- Voire sage pour son avoir,
- Et fol naïs pour pou savoir.
- Et li povre, par opposite
- De l'exemplaire que j'ay dicte,
- Tant soit-il sage à grant devise,
- Nul ne l'aime, honnoure ne prise,
- Ains le tient-on pour fol et nice
- Et est tenu son sens pour vice,
- Car quant il dit sage parole,
- Si la tiennent la gent pour fole,
- Ne de riens ne puet avoir los,
- Dont il est sage, et si est fols:
- Fols, pour ce qu'il est povres hom:
- Sage, pour ce qu'il a raison,
- Et sens en soy de lui retraire
- De mal faire, et à bien atraire.
- Or vois-tu bien que je te preuve
- Tout clèrement par une preuve
- Qu'il n'a fors pure vérité
- En ceste contrariété
- Que je t'ay voulu cy espondre[501],
- Ne nuls n'y sauroit que respondre
- Pour le contraire soustenir
- S'il se veult à raison tenir.
- Soies sages et me croi doncques,
- Tu ne féis si bon sens oncques.
- Croy Raison et à luy te tiens
- Et ses enseignemens retiens,
- Et tu en vendras à grant bien.
- Tu le verras ains dix ans bien,
- Faillir n'y pues par nulles voies
- Se par Barat ne te desvoies.
- A tant se tut Entendement;
- Lors commençay parfondément
- A penser à la vérité
- Que devant m'avoit récité;
- Adonc apparceu-je de voir
- Que voir m'ot dit, sans décevoir,
- Entendement le sages hom
- Que trop mieulx vault croire Raison
- Que Barat; si m'y assenti,
- Car onc nuls ne s'en repenti.
- Lors vint Raison, sans demourée,
- Blanche, vermeille, colourée,
- Faisant grant joie et bonne chière
- Com celle qui n'a riens tant chière
- En ce monde, comme personne
- Qui de bon cuer à lui se donne.
- Ami, Dieux te gart, dist Raison,
- Or est-il bien temps et saison
- Que tu faces ma volenté,
- Quant je t'en voi entalenté;
- Tout maintenant jurer te fault
- Que par toi n'y aura default,
- Et que de cuer me serviras,
- Ne contre mon vouloir n'iras
- Jamais, quoy que Barat te die,
- Ne nul de ceulx de sa mesnie,
- Par leur beau parler décevable.
- Aies le cuer ferme et estable
- A mes oeuvres continuer
- Sans ton courage point muer
- En pensée, n'en fait, n'en dit,
- Comme autrefois je le t'ay dit
- Et monstré pour prendre chastoy,
- Quant je fus cy parler à toy;
- Mais si tost com je m'entourné,
- Par Barat fus tantost tourné
- Et par la force de son vent,
- Tout ainsi que l'en voit souvent,
- Quelque part que le vent s'atourne,
- Le cochet d'un clochier se tourne.
- Prens doncques en toy fermeté,
- Vertu, force et estableté
- A bien tenir les convenances,
- Que je vueil que m'enconvenances
- Pour avoir de toy séurté
- Que tu me tendras loyaulté
- Et que tous mes commans tendras
- En quelque lieu que tu vendras.
- Et saches bien que mon service
- Est au monde droicte franchise;
- Qui me sert, puet partout aler
- Et devant toutes gens parler
- Baudement, sans baissier la chière
- Et sans traire le cul arrière:
- Paour ne doit avoir ne honte
- Devant pape, roy, duc, ne conte,
- Ne devant autre justicier
- Ordonné pour gens justicier,
- Non voir devant homme qui vive,
- Car mon sergent à nul n'estrive,
- Ne sa pensée en nul endroit
- Ne vouldroit mettre, fors en droit
- Et en vérité maintenir,
- Et s'y veult soir et main tenir.
- Pour ce, vueil-je que tu deviengnes
- Mon sergent, et qu'à moy te tiengnes,
- Sans t'en départir à nul fuer,
- Et espécialment ton cuer;
- Et je aussi en ton cuer seray,
- Ne jà ne m'en départiray
- Jusques à la mort, ne t'en doubtes,
- Se maugré moy hors ne m'en boutes.
- Se tu m'aimes, bien te suivra,
- Et se ce non, il te fuira.
- Se tu n'as l'entendement trouble,
- Tu vois que mon salaire est double;
- Que ce soit voir, je le te preuve
- Par preuve où n'a point de repreuve.
- En moi servant, premièrement,
- Pues-tu vivre tout seurement,
- Sans nul doubter fors Dieu mon père:
- Qui ce ne croit, il le compère.
- Après, quant tu trespasseras
- De ceste vie, tu seras
- Avecques mon père en sa gloire,
- Ceste sentence est toute voire,
- Et là vivras-tu finement
- Sans jamais avoir finement,
- Car tu dois créance avoir ferme
- Que quant personne vient au terme
- Qu'elle en ce monde doit mourir,
- Adonc commence-elle à flourir
- Et prent commencement de vie
- Tout aussi tost qu'elle dévie,
- Car elle ist de vie muable
- Et entre en vie pardurable.
- Tout donc pues tu veoir clèrement
- (S'en toy a point d'entendement)
- Que mon loyer se double bien
- Quant on en reçoit double bien,
- C'est assavoir honneur parfait
- Au monde, par oeuvre et par fait,
- Et paradis en la parfin
- Qui durera tousjours sans fin.
- N'il n'est nul autre bien, sans faille,
- Qui le mendre de ces deux vaille;
- Or te gard donc de les perdre
- Et te veuilles du tout aherdre
- A mes euvres si bien ensuivre
- Que tu les aies à délivre,
- Et laisse Barat et ses euvres,
- Car saches que se tu en euvres
- Et en son service remains,
- Tu perdras le plus pour le mains.
- Car ces deux biens dessus nommés
- Qui tant sont beaulx et renommés
- Par son service auras perdus
- Et tu mesmes seras pendus
- Corporelment, par aventure,
- A grant angoisse et à laidure.
- Tu y perdras, bien dire l'os,
- Se tu le sers, corps, âme et los
- Qui sont trois très souverains biens,
- Et si ne te puet donner riens
- Fors plaisance d'acquerre avoir
- Sans point de conscience avoir,
- Car tousjours son servant atise
- D'avoir sur l'autrui convoitise,
- Et quant son servant a assez
- D'avoir et trésors amassés
- Et il cuide vivre asséur,
- Lors lui vient aucun méséur
- Qui tout met ce dessus dessoubs:
- Par nuls n'en puet estre ressoubs,
- Ne nul de son meschief ne pleure,
- Mais chascun, de fait, lui queurt seure,
- Et tel, espoir, ne le vit oncques
- Qui en dit moult de mal adoncques
- Et en a le cuer esjoy
- Pour le mal qu'il en a oy,
- Et n'en fait fors chanter et rire,
- Et souvent par ramposne[502] dire:
- Trop estoit riche devenu,
- Tout estoit du deable venu
- Et au deable tout s'en ira
- Tout ainsi chascun s'en rira
- Et n'aura nuls de lui pité,
- Ains sera vilment despité
- Et de Dieu et du monde ensemble.
- Donc pues tu voir, ce me semble,
- Que Barat fait mauvais servir
- Puisque l'en ne puet desservir
- Fors que honte, angoisse et doleur,
- Et que qui le sert fait foleur.
- Met le doncques en non chaloir,
- Et m'aimes qui te puis valoir
- En tous cas, vers Dieu et le monde,
- Et aies le cuer pur et monde.
- Aies en toy humilité,
- Loyaulté, foy et vérité,
- Et se humble es de contenance,
- Gardes qu'il n'y ait décevance,
- De cuer le soies et de fait,
- Car tel humble et loyal se fait
- Devant la gent, qui ne l'est mie
- Ne n'a d'humilité demie,
- Mais sa chiere humble et encline
- Fait acroire à ceulx qu'il encline
- Qu'il est preudoms, par son semblant.
- Ainsi leur va leurs cuers emblant
- Par sa simple papelardie
- Qui est pleine de renardie
- Et de faulseté, car soubs l'ombre
- De la simplesse où il s'aombre,
- Deçoit tous ceulx qui le regardent
- Qui du faulx semblant ne se gardent;
- Si avuglés les a sans doubte
- Que nulluy de luy ne se doubte,
- Mais jurroit chascun fermement
- Qu'il est preudoms parfaictement,
- Combien qu'en faulseté habonde.
- Tout ainsi deçoit-il le monde,
- Mais Dieu ne puet-il decevoir:
- Cellui en scet bien tout le voir,
- Car il voit tout à descouvert
- Le mal qu'en son cuer a couvert;
- Jà si ne le saura répondre[503]:
- Devant lui l'en fauldra respondre
- Quant il son jugement tendra
- Que sentence à chascun rendra
- Par rigueur, selon le forfait
- Qu'il aura au monde forfait.
- Ou milieu du trosne sera,
- Les plaies à chascun monstrera,
- Les cloux, la couronne et la lance:
- Lors sera chascun en balance,
- Là n'aura roy ne empereour
- Qui n'ait en son cuer grant paour.
- Là tendra-on aussi grant compte
- D'un savettier comme d'un conte,
- Et de ceulx qui vestent les rois[504]
- Comme des prelas et des rois,
- Mais que loyaulx aient esté,
- Prenans en gré leur povreté,
- Et la seurté de Souffisance,
- Et qu'ils aient éu créance
- En Dieu, telle qu'il appartient
- Et comme Crestienté tient.
- Là ne pourra nuls pour avoir
- Vers mon père sa paix avoir
- Qu'il n'ait ce qu'aura deservi
- Selon ce qu'il aura servi:
- Tuit cil qui seront d'Adam nés
- Auront paour d'estre dampnés,
- Jà si justes ne sauront estre.
- Mais Dieu fera aler à destre
- Mes gens que il congnoistra bien,
- Qui n'ont entendu fors à bien
- Au monde, et selon moy vescu;
- Là leur seray-je bon escu,
- Car Dieu tretous les béneira.
- Ainsi mes gens départira
- D'avec les gens Barat, sans doubte,
- Qui seront tous en une route
- Dolens à senestre partie;
- Là iert la chose mi-partie,
- Car mes gens qu'à destre seront
- Tons ensemble joye feront
- Et auront parfaite léesse
- Exemps de dueil et de tristesse.
- Et les gens Barat, d'autre part,
- Dont mon père aura fait depart
- D'avec les miens, par leur foleur,
- Grant pleur, grant cri et grant doleur
- Adonc tous ensemble menront
- Quant ils condempnés se verront
- Et tournés à perdition
- Sans espérer rédemption.
- Or ne te fay pas donc hessier[505]
- De moi prendre et Barat laissier,
- Rens toy à moy tout en ceste heure,
- Sans querre y terme ne demeure,
- Fay moy tost hommage mains joinctes,
- Et selon mes oeuvres t'apointes
- Si com je t'ay cy-devant trait,
- Et persévères sans retrait,
- Car qui aujourd'uy bien feroit
- Et demain ne perséverroit,
- Tout ce ne vauldroit un festu.
- Lors me dit Raison: Que fais-tu?
- Il me semble que tu n'oies goute.
- Dame, dis-je, je vous escoute,
- Car tant me plaist à vous oïr
- Que tout me faites resjoïr
- Des grans biens que vous m'aprenez,
- Et pour ce à tort me reprenez,
- Car vous m'avez dit et apris
- Que qui veult avenir à pris,
- Il doit oïr et bien entendre
- Avant qu'il doie response rendre,
- Et qu'à parler si à point preigne
- Et par avis, qu'il ne mespreigne:
- Et que de parler ne se haste,
- Ne que nuls n'en doit avoir haste
- Qu'avant n'y ait trois fois avis;
- Et pour ce, dame, il m'est avis
- Se je vous ay laissié parler
- Sans reprendre vostre parler
- Que je n'ay fait cy nullement
- Fors selon vostre enseignement
- Auquel faire je sui tenu.
- C'est voir, tu l'as bien retenu,
- Ce dit Raison, et à cuer mis:
- Si en seras à honneur mis
- S'ainsi le veulx continuer
- Sans ton courage point muer.
- Puisqu'estre veulx de mes complices,
- Garde bien que tu acomplisses
- Mes commandemens, sans retraire,
- Que tu m'as oy cy retraire.
- Je respondi: Voulentiers, dame,
- Tout sui vostre de corps et d'âme;
- En vous ay mis tout mon courage,
- Tenez et je vous fay hommage
- Et me rent jointes mains à vous,
- Comme le vostre, à nus genouls;
- Et si vous ay enconvenant
- Que bien vous tendray convenant
- En tous les lieux où je seray,
- Ne jamais chose ne feray,
- Que je puisse, qui vous desplaise.
- Lors Raison se baisse et me baise
- Et en baisant s'esvanouy.
- Plus parler ne la vis, n'oy,
- Mais bien dedens moy la senti,
- N'oncques puis je ne m'assenti
- De faire à nulluy desraison
- N'autre chose contre raison,
- A tout le mains que je péusse
- Ne que congnoissance en éusse.
- Quant dedens moi senti ainsi
- Raison la sage que j'aim si
- Que tousjours en mon cuer demeure,
- Lors vindrent à moy, sans demeure,
- Un moult simples homs et sa femme;
- Bien sembloient gens sans diffame
- Et sans estre de mal tempté:
- Bon-cuer et Bonne-voulenté
- Se faisoient-ils appeller.
- (Tels noms n'affierent à céler.)
- Chascun moult bel se maintenoit;
- Bonne-voulenté si menoit
- Un enfant bel et doulx et gent
- Et gracieux à toute gent,
- (En tous cas ert de bon affaire,)
- Nommé fut Talent-de-bien-faire;
- Bon-cuer le preudom fut son père
- Et Bonne-voulenté sa mère.
- Tous trois de lez moy s'arrestèrent
- Et moult bel semblant me monstrèrent;
- Bon-cuer premier m'araisonna
- Et moult bel salut me donna
- Par doulx parler, com simples hom:
- Amis, dist-il, puisque Raison
- As avec toy acompaignie,
- Tu m'auras en ta compaignie
- Tous temps, et avec toi seray,
- Ne jamais jour ne te lairay;
- Ma femme et mon fils que vois cy
- Ne te lairont jamais aussi;
- Nous trois te conduirons ensemble
- A la voie, se bon te semble,
- Que Raison t'a dit et apris
- Qui fait gens avenir à pris;
- Et se tu nous veulx croire et suire,
- Tous prets sommes de toy conduire
- Et d'aprouver en vérité
- Ce que Raison t'a endité;
- Et sans nous trois ne pues-tu faire
- Chose qui puist à Raison plaire,
- Car ne saroies assener[506]
- Au chemin qui te doit mener
- Au noble chastel de Richesse
- Qui tant parest plain de noblesse.
- Qui sans nous y vouldroit aler
- Il ne feroit que reculer
- Jusqu'à tant qu'il se fust bouté
- Droit au chemin de Povreté
- Qui tant parest boueux et ort.
- Lors lui dis: Sire, je m'acort
- A vous trois, et si vous requier
- Que vous me vueilliez convoïer
- Ou chemin que je tant désir,
- Si m'acomplirez mon désir:
- C'est au chemin de Diligence
- Que je ne say où l'en commence
- A y entrer, qu'onques n'y fuy,
- Dont dolent et courroucié suy.
- Tu y entreras tout en l'eure,
- Dist Bon-cuer, or tost, sans demeure,
- Lieves sus et si t'apareilles;
- Il fauldra bien que tu t'esveilles
- Tel fois que tu dormisses bien,
- Se tu veulx avenir à bien:
- En ce chemin faut traveillier,
- Pou dormir et souvent veillier.
- Par trop dormir pues-tu bien perdre,
- Nuls ne s'en scet à quoi aherdre[507]
- Se n'est à robe dessirée
- Qui n'est pas chose désirée
- De personne qui honte craint;
- Pour ce est saige qui se contraint
- A souffrir un pou d'abstinence
- Dont on vient à telle excellence
- Que on a des biens a planté.
- Lors parla Bonne-volenté:
- Beaux fils, dist-elle, à moi entens,
- Il te fault employer ton temps
- Tout autrement que tu n'as fait,
- Et si bien maintenir ton fait
- Que tu puisses acquerre avoir
- Sans chose de l'autrui avoir;
- Et me croy moi et mon seigneur,
- Si en vendras à grant honneur.
- Tu n'y verras jà le contraire,
- Amis, dist Talent-de-bien-faire,
- Croy ma mère que tu os cy,
- Et mon père Bon-cuer aussi;
- En leur conseil met tout assens
- Et les aimes, si feras sens:
- Lieves sus tost, sans plus d'atente,
- Si te menrons droit à la sente
- Du beau chemin de Diligence;
- Et ne met point de débat en ce,
- Car tu en pues venir à pris,
- Si comme Raison t'a apris.
- A ce mot respondi en l'eure:
- Sire, voulentiers, sans demeure;
- Jà par moy n'y aura débat;
- Vostre conseil pas ne débat,
- Ains le vueil du tout acomplir.
- Lors me commençay à vestir
- Et me chaussay appertement,
- Puis dis: C'est fait, alons nous en,
- Véez moy cy tout apresté.
- Lors ala Bonne-voulenté
- Tantost alumer la chandelle,
- Car moult estoit le cuer chault d'elle
- Que fusse entré en Diligence
- Le beau chemin plain d'excellence;
- Puis dist doulcement, sans hault braire,
- A son fils Talent-de-bien-faire:
- Tien, dist-elle, mon enfant doulx,
- Ceste chandelle devant nous
- Porte, si que plus cler voyons
- Tant qu'en Diligence soions;
- Or tost, n'y ait plus séjourné.
- Dame, véez me ci attourné,
- Dist Talent-de-bien-faire adoncques.
- Désobéissant n'en fut oncques,
- A la voie se mist devant,
- Pié à pié l'alasmes suivant.
- Tous quatre ensemble tant errasmes
- Que nous en Diligence entrasmes,
- Où je onquesmais entré n'avoie
- Pour ce que aler n'y savoie.
- En ce chemin grant et ferré
- N'éusmes pas grantment erré
- Que nous trouvasmes un chastel,
- Onques personne ne vit tel
- Se ce ne fust cellui meismes;
- Et quant à la porte venismes
- Et nous cuidasmes ens entrer,
- Adonc nous vint à l'encontrer
- Cellui qui la porte gardoit,
- Qui moult fellement regardoit
- Et moult estoit mal engroigné
- Et, par semblant, embesoigné.
- Moult lourdement me print à dire:
- Qu'est-ce que voulez-vous, beau sire?
- Voulez-vous entrer sans congié
- Si tost que vous l'avez songié?
- Nul n'entre ou chastel de céans,
- S'il n'est à moy obédiens
- Et à ma femme que veez cy.
- Ay! sire, pour Dieu mercy!
- Ce dist lors Talent-de-bien-faire,
- Ne vous vueille à tous deux desplaire,
- Il n'y vueil pas, sans vous entrer.
- Lors a prins Bon-cuer à parler:
- Sire, dist-il, il est bien digne
- D'entrer léans sans long termine,
- Car je le sçay pour vérité.
- C'est mon, dist Bonne-voulenté,
- Sire, n'en soie en doubtance,
- Car je sçay bien qu'il a béance,
- Grant voulenté et grant désir
- D'acomplir tout vostre plaisir
- Et de la dame de vos biens,
- Car sans ce ne vauldroit-il riens;
- Dictes que voulez-vous qu'il face,
- Et il le fera sans fallace.
- Lors dist le portier doulcement:
- Puisque de son assentement
- L'avez jusques ci amené,
- Il sera moult bien assené
- Ne il ne le pourroit mieulx estre.
- Adonc me prist par la main destre
- Et me commença à preschier
- En disant: Mon amy très chier,
- Puisque tu es céans venu,
- Tu seras désormais tenu
- De moy et ma femme obéir,
- Se tu veulx Richesse véir,
- Qui demeure assez près de cy
- En son bel chastel seignoury.
- A elle ne puet nuls aler
- Sans à ceulx de céans parler
- Et toute leur voulenté faire
- Et persévérer sans retraire;
- A moy fault parler tout premier
- Qui suis de ce chastel portier,
- Qu'on clame chastel de Labour[508],
- Où l'en besongne nuit et jour;
- On m'appelle par mon nom Soing
- Qui maine les gens par le poing,
- Entre moy et Cure ma femme,
- A monseigneur et à madame
- Qui de céans ont le demaine,
- Qu'on appelle Travail et Peine:
- Si que, beaux amis, se tu veulx,
- Nous te menrons tout droit à eulx,
- Mais moult t'y fauldra endurer
- On tu n'y pourras jà durer,
- Car on te feroit hors chacier,
- En l'eure, sans toy menacier,
- Se n'y faisoies ton devoir.
- Je ne te vueil pas décevoir,
- Demourer pues, ou retourner;
- On dit souvent qu'à l'enfourner
- Font li fournier les pains cornus[509].
- Sire, dis-je, n'en parle nuls,
- De retourner n'est pas m'entente
- Pour nulle durté que je y sente:
- Jà ne m'en verrez remuer
- Pour froit, pour chaut, ne pour suer;
- Bon-cuer et Bonne-voulenté
- Le vous ont assez créanté,
- Et Talent-de-bien-faire aussi,
- Qu'amené m'ont avec eulx cy,
- Et se defaillir m'en véez,
- Jamais, nul jour, ne me créez.
- Lors me menèrent Soing et Cure
- Ens ou chastel grant aléure.
- Là avoit bien plus de cent mille
- Ouvriers ouvrans par la ville,
- Dont chascun faisoit son mestier
- Si comme il lui estoit mestier;
- Là n'ot homme ne femme oiseux.
- Tant estoit ce chastel noiseux
- De férir et de marteller[510]
- Qu'on n'y oïst pas Dieu tonner;
- Qui de trois jours n'eust sommeillé
- Si fust-il là tout esveillé.
- Quant les ouvriers vy et oy,
- J'en eu le cuer tout esjoy
- Et me fut tart que je m'y veisse
- Et que je aussi comme eulx feisse.
- Soing et Cure me regardèrent
- Talentif[511], si me demandèrent
- Se je vouloie demourer
- En Labour et y labourer:
- Oïl, dis-je, pour Dieu mercy!
- Moult me plaist à demourer cy;
- Au chastellain bien parleray
- Et à sa femme, quant j'aray
- Icy esté jusques au soir.
- Dist Soing et Cure: Tu dis voir,
- Or commence donc, de par Dieu.
- Adonc prins ma place et mon lieu
- Et m'alay tost mettre en conroy.
- Ma chandelle mis devant moy
- Sur la table, en un chandelier,
- Pour mieulx véoir à besongnier.
- Et comme je m'apareilloie
- Et que je commencier vouloie,
- Es-vous venir la chastellaine
- De ce chastel, à grant alaine,
- Peine qui aloit visitant
- Tous les ouvriers dont je vy tant.
- Les pans avoit à sa ceinture
- Et moult aloit grant aléure;
- De telle ardeur se remuoit
- Qu'a pou que le sang ne suoit;
- Nulle fois surcot ne vestoit,
- Mais en sa povre cote estoit
- Et aucune fois en chemise,
- Quant elle l'avoit blanche mise.
- En passant Peine m'apparçut,
- Et pour ce que ne me congnut,
- Demanda à Soing le portier:
- Qui est, dist-elle, cel ouvrier
- Que je voy là tout seul séoir?
- Ne l'ay point apris à véoir,
- Il est venu tout nouvel huy,
- Je vueil aler parler à luy
- Savoir s'il croire me voulra
- Et s'à mon plaisir labourra.
- Dame, dist Soing, vueilliez savoir
- Qu'il a grant fain de vous véoir;
- Tesmoingnié nous a bien esté:
- Bon-cuer et Bonne-voulenté
- Et aussi Talent-de-bien-faire
- Dient qu'il est de bon affaire
- Et qu'il d'estre oiseux n'a cure.
- Lors parla moult haultement Cure
- Et dist: Vraiement, se n'a mon[512],
- Et pour ce nous du cuer l'amon
- Entre moy et mon mari Soing,
- Avec lui serons près et loing:
- Prests sommes de le vous plégier
- Et de nous en bien obligier.
- Lors respondi la chastellaine:
- Puisqu'il est, dist-elle, en tel vaine,
- Je le vueil aler essaier
- Si me pourra si appaier
- Comme vous dictes, or y parra;
- S'ainsi le fait, il acquerra
- Pour l'amour de moy moult d'avoir
- Que nuls ne puet sans moy avoir.
- Peine se trait lors près de moy:
- Amis, ne soies en esmoy,
- Dist-elle, mais fay liement
- Ta besoigne, et appertement
- A ta main entens sans muser
- Et ne t'entens pas à ruser,
- Mais si l'ouvrage continues
- Que par force d'ouvrer tressues,
- Car nuls ne doit céans oser
- Soy alaschir ne repouser,
- Car tantost seroit bouté hors.
- Je respondi humblement lors:
- Dame, dis-je, j'ay grant désir
- De faire tout vostre plaisir,
- Ne jà jour ne vous pourrez plaindre
- De moy que m'aiez véu faindre,
- Ne que vous face mesprenture,
- En tesmoing de Soing et de Cure.
- Amis, dist Peine, c'est bien dit,
- Fay que le fait s'accorde au dit,
- Ou tout ce ne vauldroit un ail,
- Si que quant mon mari Travail
- Vendra au soir, puist parcevoir
- Que bien aies fait ton devoir.
- Je visite nos gens au main,
- Et il les visite au serain:
- Or fay tant qu'il ne se courrouce,
- Carde pou parle, tence et grouce.
- A tant se tut la chastellaine
- Qui moult estoit d'angoisse plaine;
- A besognier commençay lors,
- Entente y mis, et cuer et corps.
- Ainsi besongnay sans séjour
- Jusqu'à tant que je vy le jour
- Par les fenestres pairoir cler:
- Lors ma chandelle alay souffler,
- Puis entendi à ma besoigne,
- Sans querre y terme ne essoigne,
- Jusqu'à heure de desjuner
- Qui vault desjuner et disner
- A la coustume des ouvriers.
- De ceulx illec vis-je premiers
- La manière et la contenance[513],
- Qui vivoient en abstinence.
- N'y ot si grant ne si petit
- Qui ne préist grant appétit
- En pain sec, en aux et en sel,
- Ne il ne mengoit riens en el
- Mouton, buef, oye ne poucin;
- Et puis prenoient le bacin,
- A deux mains, plain d'eaue et buvoient
- A plain musel, tant qu'ils povoient.
- Quant je regarday cel afaire,
- Grant talent me print d'ainsi faire
- Combien que pas ne l'eusse apris;
- Mais aux ouvriers exemple pris,
- Qui mengoient, si me prist fain:
- Lors fis tant que j'êus du pain
- De Corbueil[514], du sel et des aulx,
- Et si prins du vin aux chevaulx[515],
- Puis mengay par si grant saveur
- Qu'oncques ne mengay par greigneur,
- Car moult me vint à gré cel ordre.
- Qui me véist en mon pain mordre,
- Ma manière et mon contenir,
- Grant appétit l'en peust venir.
- Et tout adès en besongnant
- Alay illec mon pain mengant
- Et beu de l'ieaue à plain musel;
- Vin ne prisoie un viel fusel.
- Et quant j'éu mengié et beu,
- Aussi bien me sentis-je peu
- Comme s'à feste éusse été
- Ou j'éusse eu à grant planté
- Mouton, buef, poulaille et paons,
- Pastés et tartes et flaons,
- Pain de bouche[516] et estrange vin
- Bourgouing, Gascoing et Angevin[517],
- Beaune, Rochelle, Saint-Pourçain[518]
- Que l'en met en son sein pour sain.
- Lors me pris fort à besongnier,
- Je ne m'en fis pas essoignier,
- Car là furent, lez mon costé,
- Bon-cuer et Bonne-voulenté
- Et aussi Talent-de-bien-faire
- Qui regardoient mon affaire;
- Soing et Cure aussi y estoient
- Qui tout adès m'admonnestoient
- Que j'ouvrasse à col estendu
- Et que bien me seroit rendu,
- Car j'en auroie bon loier.
- Ainsi ouvray sans délayer
- Jusqu'à la nuit noire et obscure;
- Adonc alèrent Soing et Cure
- Tost la chandelle appareillier
- Pour jusqu'à cueuvre-feu veillier,
- Car d'iver estoit la saison
- Qu'on ne souppe pas, par raison,
- Jusqu'à tant qu'on l'oie sonner.
- Lors m'alay tost habandonner
- A l'euvre, de cul et de pointe,
- Je n'en fis oncques le mescointe,
- Et tant besoignay que j'oy
- Cueuvre-feu, si m'en esjoy,
- Car lassés et vaincus estoie
- De besongner, et si sentoie
- Un appétit qu'on clame fain.
- A ce point vint le chastellain
- Travail qui me dit: Doulx amis
- Bien doy amer qui cy t'a mis,
- Car bien y as fait ton devoir;
- Je m'en sçay bien apparcevoir.
- Bien voy que tu as sans faintise
- Huy en labour t'entente mise,
- Et pour ce te vueil pourvéoir
- Que tu puisses Repos véoir.
- C'est cil qui les gens de céans
- Qui en labour sont paciens
- Fait aaisier à leur plaisir,
- Boire, mengier, dormir, gésir
- Et prendre consolation
- Après la tribulation
- Que ma femme leur fait souffrir
- Quant à lui se veullent offrir.
- Et pour ce qu'à lui t'es offert
- Et grant ahan as huy souffert,
- Congié te doing, en guerredon,
- D'aler à Repos le preudon
- Qui te fera ton corps aisier,
- Ta char et ton sang appaisier
- Que tu as huy moult esméu
- Pour l'enhan que tu as éu.
- Sire, dis-je, je m'y accort
- Puisque ce vient de vostre accort:
- A Repos m'en vois orendroit.
- Lors me mis à voie tout droit
- Vers la porte, par un sentier:
- Là requis à Soing le portier
- Et à Cure que par amour
- Hors me méissent sans demour.
- Adonc respondi li portiers:
- Beaulx amis, dist-il, voulentiers,
- Car tu es vains et endormis.
- Lors m'ont Soing et Cure hors mis,
- Qui virent que temps en estoit,
- Mais trop forment m'admonnestoit
- Chascun d'eulx deux de moi lever
- Dès matines, pour achever
- L'euvre que commencié avoie
- Pour plus tost achever ma voie
- D'aler ou chastel de Richesse
- Où l'en ne va pas par paresse,
- Non fait-on pas par diligence
- Se il n'y a persévérance.
- Raison me dist, (bien m'en souvient)
- Que persévérance convient
- En bien faire, c'est ce qui fait
- L'ouvrier louer de son bienfait.
- Amis, dist Soing, à Repos vas:
- Plus décevable ne trouvas
- Puis que tu fus de mère nés;
- Repos a maintes gens menés
- Ou hideux chemin de Paresse
- Qui tourne le cul à Richesse:
- Repos a tous ceulx décéu
- Qui contre Raison l'ont créu,
- Et si est prest de décevoir
- Tous les jours ceulx qui recevoir
- Veulent ce qu'il leur veult donner;
- Tous ses biens veult habandonner
- A tous ceulx qui prendre les veulent,
- Mais vraiement tous ceulx se deulent,
- En la fin, qui contre raison
- Les prennent hors heure et saison
- Sans cogente nécessité.
- Bien est raison et vérité,
- Sans Repos ne puet vivre nuls,
- De quelque estat, gros ne menus,
- Mais ceulx qui Repos croient trop
- Povres en la fin sont com Job.
- Or ne le vueilles mie croire,
- Mais aies tousjours en mémoire
- Ce que je te dy et enseigne
- Et le retien en cest ensaingne.
- Adonc me tira Soing l'oreille;
- Cure, d'autre part, s'appareille
- A moi enseigner et aprendre
- Comme je doy par raison prendre
- Les biens que Repos scet donner
- Quant il se veult habandonner.
- Amis, dist Cure, ne crois pas
- Repos, se ce n'est un trespas[519]
- Quant en auras nécessité,
- Car, si comme Soing t'a dicté,
- Nuls ne pourroit sans Repos vivre[520]
- S'il n'est ou hors du sens ou yvre.
- Mais qui Repos croit à oultrage,
- Il pert du tout son bon courage
- Qu'il avoit, par devant, d'ouvrer
- Et ne le puet pas recouvrer
- Aucune fois à son vouloir,
- Dont en la fin le fait douloir.
- Garde donc bien qu'il ne te tiengne
- Que par raison, et te souviengne
- De moy à ces enseignes-cy.
- Lors me tira l'oreille aussi
- Comme Soing ot fait par devant
- En moy mon preu ramentevant.
- A tant du portier prins congié
- Et de sa femme, et eslongnié
- Le lieu au plus tost que je pos
- Et m'en alay droit à Repos
- Qui m'attendoit en ma maison,
- Car il en estoit bien saison.
- Ens entray, si trouvay ma femme
- Qui ne pensoit à nul diffame,
- Mais m'appareilloit à mengier
- A lie chière et sans dangier.
- Mes mains lavay et puis m'assis,
- Et souspasmes à sang rassis,
- Moy et ma femme, bec à bec,
- Du pain et du potage avec,
- Et de ce que Dieu mis y ot.
- Quant soupé eusmes sans riot
- Et la nappe si fu ostée,
- Près de moy se fu acostée
- Ma femme; lors luy comptay brief
- Mon affaire de chief en chief:
- Dame, dis-je, ne savez mie
- Comme j'ay eu forte nuitie
- Quant vous de lez moy dormiez
- Et vostre repos preniez.
- Vous n'avez pas véu à-nuit
- La male gent qui tant m'a nuit
- Et fait si grant adversité:
- Besoing avec Nécessité,
- Souffreté, Disette autressy,
- Pensée la vieille et Soussy,
- Desconfort et Désespérance.
- Et tant m'ont fait de meschéance,
- Sachié, bouté et tourmenté,
- Qu'à poi qu'ils ne m'ont craventé;
- Mais Raison la bonne et la sage
- M'a apris la voie et l'usage
- D'eschever toute adversité
- Et de vivre en prospérité.
- Entendement, com mes amis,
- En la voie aussi m'en a mis,
- Et m'ont fait de Barat retraire
- Qui se penoit de moy attraire
- Pour moy faire à mal habonder
- Et moy honnir et vergonder,
- Et aussi son clerc Tricherie
- Et son varlet Hoquelerie.
- Tant m'a donné Entendement
- Et Raison bon enseignement,
- Que je sui en foy et hommage
- De Raison la bonne et la sage,
- Et tousjours en moy demourra
- Ne jamais jour n'en partira,
- Ainsi comme elle m'a promis;
- A lui faire hommage ay trop mis.
- Si m'y ont moult bien aïdé
- Bon-cuer et Bonne-voulenté,
- Talent-de-bien-faire leur fils.
- Quant à moy vindrent, je leur fis
- Tout ce que il me commandèrent
- Et alay où ils me menèrent.
- Au chastel de Labour alasmes,
- Où nous Soing et Cure trouvasmes
- Qui sont de ce chastel portiers:
- Ceulx me reçurent moult volentiers
- Et me menèrent droit à Peine
- Qui de Labour est chastellaine;
- Peine me reçut sans séjour:
- O moy a esté toute jour;
- Travail ores, puis l'anuitier,
- Vint à moy non pas pour luitier,
- Mais pour dire et ramentevoir
- Qu'avoie bien fait mon devoir
- Et que temps estoit de venir
- Mon corps aisier et soustenir.
- Mais trop m'ont hasté Soing et Cure
- Qui de long aisement n'ont cure,
- De moy, dès matines, lever
- Pour tost ma besoigne achever.
- Or vous ay compté sans mençonge
- Ma vision qui n'est pas songe.
- Lors respondi ma femme ainsi:
- Qu'est-ce que vous me dictes cy?
- Vous estes, je croy, hors du sens,
- Car ne me congnois en nul sens
- En ce que vous m'alez disant
- Et toute nuit cy devisant,
- Car ce n'est tout que fantasie
- Que vous dictes par frenaisie.
- Quant ma femme ramposné m'ot,
- Je me teus et ne sonnay mot,
- Car s'à lui me feusse engaignié,
- Certes riens ne eusse gaignié
- Et j'ay pieça du sage apris
- Que nuls ne devroit prendre à pris
- Nulle chose que femme die.
- Soit bien, soit mal, tence ou mesdie,
- Tousjours veult femme estre loée,
- Et de ce que dit advoée:
- De riens ne veult estre reprise,
- Ains veult que l'en la loe et prise
- Aussi bien du mal com du bien:
- Ceste coustume say-je bien,
- Et pour ce que je bien le sçay,
- De la ramposne me passay,
- Car contre femme se fault taire
- Et toute leur voulenté faire:
- Ainsi le conseil à tous ceulx
- Qui ont femmes avecques eulx;
- Combien que ce soit folletés
- De leur faire leurs voulentés,
- Encore est-ce plus grant foleur,
- Selon raison, de faire leur
- Nulle chose qui leur desplaise,
- Car jà femme ne sera aise
- Se son mary lui fait despit,
- Jusqu'à tant, sans aucun respit,
- Que rendu lui ait doublement,
- Ou nature de femme ment.
- Dont doit-on, qui bien veult eslire,
- De deux maulx prendre le moins pire;
- Bon se fait près d'un péril traire
- Pour de greigneur péril retraire.
- Lors m'appareillay pour couchier
- Et mis en coste moy l'eschier[521],
- Pour tost alumer ma chandelle
- Sans moy bougier, dessus ma selle.
- De Soing me souvint et de Cure
- Qui de fétardie n'ont cure,
- Car moult estoie entalenté
- De bien faire leur voulenté,
- Et ferai d'ores-en-avant,
- Et Dieu, par sa grâce, m'amand
- De si bien vivre en Diligence
- Et en bonne Persévérance,
- Au gré de Travail et de Peine,
- Que véoir me puisse ou demaine
- De Richesse la haute Dame,
- Au sauvement de corps et d'âme.
- Et se je ne puis advenir
- A la grant Richesse, et venir,
- Qui est la mendre selon Dieu,
- Je pry la Vierge de cuer pieu,
- Qui le benoit fils Dieu porta,
- En quoy les pécheurs conforta,
- Qu'avenir puisse à Souffisance,
- Car j'ay en ce ferme créance
- Que qui à Souffisance adresse,
- En lui a parfaicte richesse,
- Ne jà ne croiray le contraire.
- Icy vueil mon livre à fin traire
- Appellé la _Voie et l'adresse
- De Povreté et de Richesse_.
-
-Chière seur, par ce que dit est vous povez veoir qu'est diligence et
-qu'est persévérance, et ainsi, chière seur, est le premier article
-démonstré.
-
-
-
-
-LE SECOND ARTICLE
-
-DE LA SECONDE DISTINCTION,
-
-LEQUEL ARTICLE DOIT PARLER DE COURTILLAGE.
-
-
-_Primo_, est à noter que tout ce que l'on sème, plante ou ente, l'en
-le doit semer, planter ou enter par temps moite et au soir ou au bien
-matin, avant l'ardeur du soleil et en décours[522], et doit-l'en
-arroser le pié et la terre et non la fueille.
-
-_Item_, par l'ardeur du soleil l'en ne doit mie arroser, mais au soir
-et au matin; ne coper choux, percil[523], ne autres telles verdures qui
-regettent, car la chaleur du soleil cuiroit la coupeure et l'ardroit,
-et ainsi ne regetteroit jamais par iceluy endroit de la coupeure.
-
-_Nota_ que en temps pluieux fait bon planter, mais non mie semer, car
-la graine se retient au ratel.
-
-Dès la Toussains sont fèves des marais, mais afin que icelles ne
-gellent, on en plante vers Noël et en Janvier et Février et au
-commencement de Mars; et les plante-l'en ainsi à diverses fois afin que
-se les unes sont gelées, les autres ne le soient pas. Et quant elles se
-lièvent hors de terre, si tost qu'elles poignent l'en les doit harser
-et rompre le premier germe: et si tost qu'elles ont six fueilles l'en
-les doit seurfouir[524]. Et de toutes icelles, les premières venues
-sont les plus chières et doivent estre mengées le jour qu'elles sont
-escossées, ou autrement elles deviennent noires et aigres.
-
-_Nota_ que marjolaine et violettes que l'en veult garder en yver contre
-la froidure, l'en ne les doit mie mettre soudainement de froit à
-chault, ne de moite à froit, car qui longuement les garde l'iver en un
-célier moite et soudainement les met au sec, il les pert; _et sic de
-contrariis similibus_.
-
-En yver l'en doit oster les branches du sauger qui sont mortes. Encores
-en Janvier et Février, sauge, lavende, coq[525], mente, toutebonne[526]
-soient plantés jusques à Juing.--Panoit[527] soit semé large à
-large.--Oseille soit semée ou décours et jusques à Mars et plus.
-
-_Nota_ que l'iver de Décembre et de Janvier fait mourir les porées,
-c'est assavoir ce qui est hors terre, mais en Février les racines
-regettent nouvelle et tendre porée, c'est assavoir si tost comme la
-gelée cesse, et quinze jours après viennent les espinars.
-
-Février.--Sarriette et marjolaine sont comme d'une saveur à mengier,
-et sont semés ou décours et ne sont que huit jours en terre.--_Item_,
-sarriette ne dure fors jusques à la Saint-Jehan.--_Item_, en
-décours doit-l'en planter arbres ou vignes et semer choux blans et
-pommés.--_Nota_ que les marquets chevelus portent dès l'année qu'ils
-sont plantés chevelus.
-
-Espinars sont en Février et ont longue fueille et crenelée comme
-fueille de chesne, et croissent par touffes comme porées, et les
-convient esverder[528] et bien cuire après.--Bettes viennent après.
-
-_Nota_ que framboisiers et aussi framboises sont bonnes à planter.
-
-Mars.--Ou décours doit l'en enter: jombarde[529] planter de Mars
-jusques à la Saint-Jehan.--Violettes, giroflée semée en Mars ou plantée
-à la Saint-Remy.--_Item_, soit l'une, soit l'autre, quant les gelées
-approuchent, l'en la doit en aucun décours replanter en pos pour mettre
-à couvert et garder en cave ou en célier pour le froit, et de jour
-mettre à l'air ou au soleil et arroser de telle heure que l'eau soit
-beue et la terre sèche avant que l'en la mette à couvert, car nullement
-l'en ne la doit au vespre estuier[530] mouillée.--Fèves planter et
-rompre le premier tuiau au herser comme dit est dessus.--_Nota_ que le
-percil qui est semé la veille de la Nostre-Dame en Mars, yst hors de
-terre à neuf jours.
-
-Fenoul et marjolaine plantez ou décours de Mars ou en Avril; et
-_nota_ que marjolaine veult plus grasse terre que violettes[531], et
-s'elle a trop ombre elle devient jaune.--_Item_, quant elle est bien
-reprise, adonc la dois arrachier par touffes et replanter à large en
-pots.--_Item_, les branches couppées, fichées en terré et arrousées
-prennent racines et croissent.--_Item_, terre engressée par fiens de
-vaches et brebis est meilleur que de fiens de cheval.
-
-Violette de karesme et violette d'Arménie[532] ne veullent ne couver
-ne mucier; et _nota_ que violette d'Arménie ne porte fleur jusques
-au deuxième an, mais les jardiniers qui l'ont eue un an en terre, la
-vendent et replantent ailleurs, et lors elle porte.
-
-Ozeille, bazeillecoq[533] soient semées en Janvier et Février
-ou décours et jusques à Mars, et se tu veulx replanter ozeille
-surannée[534], il te la convient replanter à toute sa terre qui est
-entour la racine. _Item_, à la queillir a maistrise[535], car l'en
-doit tousjours queillir les grans fueilles et laissier croistre les
-petites fueilles qui sont dessus icelles grans; et se tout estoit par
-aventure cueilli, il convient coupper le tuyau rez à rez de terre, et
-il regettera nouvelle ozeille.
-
-Percil sème, sarcle, oste les pierrettes; et celuy qui est semé en
-Aoust est le meilleur, car il n'espie[536] point et se tient en vertu
-toute l'année.
-
-Laictues doivent estre semées, et _nota_ qu'elles n'arrestent point en
-terre et reviennent bien drues: et pour ce les arrache-l'en çà et là à
-toute la racine pour donner espace aux autres et oster espoisseur. Et
-_nota_ que la semence des laictues de France est noire, et la semence
-des laictues d'Avignon est plus blanche, et en fit apporter Monseigneur
-de La Rivière[537], et sont les laictues trop meilleurs et plus
-tendres assez que celles de France; et ne se queult la semence fors
-bouton après autre, ainsi comme chascun bouton s'avance de getter sa
-bourre.--_Nota_ que laictues ne se plantent point, et mesmement quant
-l'en les veult mengier, si arrache-l'en racine et tout.
-
-Courges. Les pepins sont la semence et les convient tremper deux jours,
-puis semer, et sans les moullier laisser croistre jusques à ce qu'elles
-appairent dehors, et lors mouillier le pié seulement et la terre sans
-moullier les feuilles, et en Avril les arrouser courtoisement et les
-planter d'un lieu en autre un dour[538] ou demy pié en terre, et à
-demy-pié l'une courge de l'autre, et moullier le pié continuelment et
-pendre à un eschalat un pot percié, un festu et de l'eaue etc., ou une
-lesche de drap neuf ou pot[539].
-
-Bettes semez en Mars, et quant elles sont bonnes à mengier, soient
-coupées près de la racine, car tousjours rejettent et recroissent et
-deviennent porées.
-
-Bourraches, arraches[540] comme dessus.
-
-Choulx blans et choulx cabus est tout un; et sont semés ou décours
-de Mars, et quant ils ont cinq fueilles, adonc l'en les arrache
-courtoisement et les plante-l'en à demy-pié loing l'un de l'autre, et
-les convient mettre en terre jusques à l'oeil et arrouser le pié; et les
-mengue-l'en en Juing et en Juillet.--Pommes de chou sont semées en Mars
-et replantées en May.--Choulx Romains sont de la nature de pommés et
-de auques[541] pareille semence, car l'une et l'autre semence croist
-sur un tronc, et de la semence qui vient par le tuyau du milieu et qui
-est au bout d'en haut croist la pomme, et de la semence qui vient d'en
-bas viennent les choulx Romains.--Minces en karesme est le regaing du
-chou, et durent jusques en Mars, et lors sont icelles minces en Mars de
-plus fort saveur à mengier, et pour ce les convient plus parboulir, et
-en iceluy temps l'en arrache les troncs hors de terre.--_Nota_ que en
-Juillet, quant il pleut, l'en doit planter des choulx.
-
-_Nota_ que se fromis habondent en un jardin, et l'en gette en leur
-repaire de la scieure d'ais de chesne, ils mourront ou vuideront à la
-première pluie qui cherra, car les scieures retiennent la moiteur.
-
-_Nota_ que en Avril et Mai, tout le mois, sème-l'en les porées qui
-sont mangées en Juing et en Juillet.--Les porées d'esté doivent estre
-soyées, et laissées les racines en terre, et après yver les racines
-gettent, et les convient surfouir et lever la terre à l'environ et
-illecques semer les nouvelles qui venront et cueillir le gecton
-des vieilles.--_Nota_ que depuis Avril jusques à la Magdelaine
-fait bon semer porées, et les porées de karesme sont semées en
-Juillet et jusques à la Magdelaine et non plus, elles appelle-l'en
-bettes.--_Item_, espinars.--_Item_ icelles bettes, quant elles sont
-levées de terre, sont replantées par ordre.--_Item_, en Avril et May
-convient planter choulx blans et pommes de chou qui furent semés en
-Février et Mars.--En May treuve-l'en fèves nouvelles, navez, raves.
-
-_Nota_ que en Juing, la végille St.-Jehan, doit-l'en semer percil, et
-aussi la veille de la mi-Aoust.
-
-Aoust et my-Aoust.--Ysope semez. Choulx pasquerés[542] soient semés ou
-décours; percil aussy, car celui n'espie point.
-
-_Nota_ que la porée qui est en terre regette nouvelle porée cinq ou six
-fois comme percil, et la peut-l'en coupper audessus du troignon jusques
-la my-septembre, et d'illec en avant non mie coupper, car le troignon
-pourriroit, mais esbranchier à la main les fueilles d'entour, et non le
-milieu.
-
-En icelluy temps convient esbranchier[543] toutes semences de
-porées, car les semences ne pevent meurir pour la froidure du temps,
-mais la semence esbranchée et gettée, le troignon regette nouvelle
-porée.--_Item_, en ce temps ne convient point couper le percil, mais
-effueiller.
-
-Après la septembresse[544], pivoine, serpentine, oignons de lis,
-rosiers, groselliers soient plantés.
-
-Octobre.--Pois, fèves, un doit[545] parfont en terre, et loing l'un de
-l'autre un dour, et que ce soient grosses fèves des plus grosses, car
-quant elles sont nouvelles, elles se démonstrent plus grosses que les
-petites ne font, et n'en doit-l'en planter que un petit, et à chascun
-décours après, un petit, afin se l'une partie gelle que l'autre non.
-
-Se tu veulx semer ou planter poix perciés, sème les par temps sec
-et bel et non pluyeux, car se l'eaue de la pluie entroit dedens les
-pertuis du pois, il se fendroit et partiroit en deux et ne germeroit
-point.
-
-Jusques à la Toussains peut-l'en tousjours replanter choulx: et quant
-ils sont trop mengiés de chenilles, qu'il n'y a point de fueille
-fors les arrestes, s'ils sont replantés, tout revient minces: et
-convient oster les feuilles d'en bas et les replanter jusques à l'euil
-d'en hault. Les troncs qui sont tous défueillés ne convient-il plus
-replanter, mais laissier en terre, car ils getteront minces.
-
-_Nota_ que se tu replantes en esté en temps sec, tu dois getter de
-l'eaue en la fosse; en temps moiste, non.
-
-_Nota_ que se les chenilles menguent tes choulx, quant il plouvera sème
-de la cendre par dessus les choulx et les chenilles mourront.--_Item_,
-tu peus regarder par dessoubs les fueilles des choulx et là trouveras
-grant assemblée de mittes blanches en un tas, et saches que c'est dont
-les chenilles naissent, et pour ce l'en doit coupper la place où est
-celle graine et getter loing.
-
-Poreaux soient semés en la saison, puis replantés en Octobre et
-Novembre.
-
-Se vous voulez avoir roisins sans pépins, prenez en croissant[546] ou
-temps que l'en plante la vigne, c'est assavoir en Février, une plante
-de vigne avecques la racine et fendez le cep moitié par moitié tout au
-long jusques à la racine, et ostez la mouelle d'une part et d'autre.
-Puis rongnez le cep et liez tout au long de fil noir, puis plantez le
-cep et fumez de bonne fumeure et estoupez de terre le trou d'en hault
-de la jointure du cep.
-
-Se vous voulez enter un cerisier ou un prunier sur et dedans un cep de
-vigne, tailliez la vigne, puis en Mars la fendez à quatre dois près du
-bout et ostez la mouelle d'une part et d'autre, et là faictes la place
-de l'amande d'un noyau de cerise, et la mettez et encloez dedens celle
-fente et liez de fil le cep joinct comme devant.
-
-Se vous voulez enter un cep de vigne dedans un cerisier, faictes
-tailler le cep de vigne qui sera planté et de long temps enraciné
-emprès le cerisier, et en Mars, environ Nostre-Dame[547], perciez
-icelluy cerisier d'une tarière du gros[548] d'icelluy cep, et parmy
-le trou dudit cerisier boutez icelluy cep, qu'il passe tout oultre
-un pié de long, puis estoupez le tout aux deux costés du cerisier,
-c'est assavoir de terre glaze, de mousse, et entortillez de drappeaulx
-tellement que aucune pluie ne puisse atouchier au pertuis. _Item_, le
-cep de vigne doit estre escorchié et l'escorce d'icelluy cep pelée et
-ostée jusques au vert, en tant seulement comme touche ce qui est dedans
-le corps du cerisier, car s'ainsi est fait et que l'escorce soit pelée
-et ostée, le vif du cep qui joindra au vif du cerisier se consolidera
-l'un à l'autre, ce qui seroit empeschié par l'escorce du cep se elle y
-demouroit. Ce fait laissiez les ensemble deux ans, et après coupperez
-le cep par derrière, et audessoubs de la jointure du cerisier.
-
-_Item_, sur un tronc ou souche de chesne, povez enter dix ou douze
-arbres, c'est assavoir que ou mois de Mars, environ la Nostre-Dame,
-vous soiez garnis de tant de greffes et de divers fruis que vous
-vouldrez avoir pour enter, et ferez scier au travers le chesne ou
-arbre sur lequel vous vouldrez enter; et aiez aguisés vos greffes
-d'un costé tant seulement à manière d'un coin borgne si comme il est
-cy: [Illustration: un picot] et tellement que l'escorce d'icelluy
-greffe soit toute entière de l'un des costés et sans estre escorchée
-ou entamée, puis fichiez vos greffes entre l'escorce du chesne et la
-char, ou[549] le vif du greffe devers le bois ou le vif du chesne.
-Puis estoupez et couvrez de terre glase, de mousse et de drappeaulx
-tellement[550] que pluie, neige ou gelée ne y puisse férir.
-
-Se vous voulez garder roses en yver[551], prenez sur le rosier petis
-boutons qui ne soient point espanis et les laissiez les queues longues,
-et entassez en un petit tonnelet de bois comme un tonnellet à composte
-et sans eaue. Faictes bien enfoncer le tonnellet et qu'il soit
-serréement relié qu'il n'y puisse riens entrer ne yssir, et aux deux
-bouts d'icelluy tonnellet liez deux grosses pierres pesans et mettez
-icelluy tonnellet en une rivière courant.
-
-Romarin. Les jardiniers dient que la semence de romarin ne vient
-point en la terre de France, mais qui d'un romarin arracheroit et
-desmembreroit, en dévalant, aucunes petites branchettes et les tendroit
-par le bout et les plantast, ils revendroient; et qui les vouldroit
-envoïer loing, il convendroit icelles branches envelopper en toile
-cirée et coudre, et puis oindre par dehors de miel, et puis poudrez de
-fleur de fourment et l'envoïez où vous vouldrez.
-
-J'ay oy dire à Monseigneur de Berry que en Auvergne a trop plus grosses
-cerises que en France pour ce qu'ils provignent leurs cerisiers.
-
-
-
-
-DE LA SECONDE DISTINCTION
-
-LE TROISIÈME ARTICLE
-
-QUI DOIT PARLER DE CHOISIR VARLETS, AIDES ET CHAMBERIÈRES, ETC.
-
-
-Sur quoy, chière seur, ou cas que vous vouldriez entreprendre à
-estre mesnagière, ou introduire une autre vostre amie, sachiez que
-serviteurs sont de trois manières. Les uns qui sont prins comme
-aides pour certaine heure, à un besoing hastif, comme porteurs à
-l'enfeutreure[552], brouetiers, lieurs de fardeaulx et les semblables;
-ou pour un jour ou deux, une sepmaine ou une saison, en un cas
-nécessaire ou pénible ou de fort labour, comme soieurs, faucheurs,
-bateurs en granche ou vendangeurs, hottiers, fouleurs, tonneliers et
-les semblables. Les autres à temps et pour certain mistère, comme
-cousturiers, fourreurs, boulengiers, bouchiers, cordoenniers et les
-semblables qui euvrent à la pièce ou en tâche pour certain euvre. Et
-les autres sont pris pour estre serviteurs domestiques pour servir à
-l'année et demourer à l'ostel. Et de tous les dessusdis aucun n'est qui
-voulentiers ne quière besongne et maistre.
-
-Quant est des premiers, ils sont neccessaires pour descharger et
-porter fardeaulx et faire grosses et pesans besongnes; et ceulx sont
-communément ennuyeux, rudes et de diverses responses: arrogans,
-haultains, fors à paier, près de dire injures et reprouches se l'en
-ne les paie à leur gré quant la besongne est faicte. Si vous pry,
-chière seur, que quant vous en aurez à faire, dictes à maistre Jehan le
-despensier[553] ou autres de vos gens qu'ils quièrent et choisissent
-et prennent ou facent choisir et prendre les paisibles; et tousjours
-faictes marchander à eulx avant ce qu'ils mettent la main à la besoigne
-afin qu'il n'y ait débat après, jasoit-ce que le plus souvent il ne
-veulent marchander, mais se veulent bouter en la besoigne sans marchié
-faire, et si doulcement dient: «_Monseigneur, ce n'est riens, il n'y
-a que faire: vous me paierez bien, et de ce que vous vouldrez je
-seray content._»--Et se ainsi maistre Jehan les prent, quant ce sera
-fait ils diront: _Sire, il y avoit plus à faire que je ne cuidoie;
-il y avait à faire et cecy et cela, et d'amont et d'aval_; et ne se
-vouldront païer et crieront laides parolles et villaines. Si dictes à
-maistre Jehan qu'il ne les embesoigne point, ne seuffre embesoigner,
-sans marchander avant, car ceulx qui ont voulenté de gaigner sont vos
-subjects avant que la besoigne soit commencée, et pour le besoing
-qu'ils ont de gaigner, craignent que un autre ne l'entrepreigne par
-devant eulx pour doubte de perdre le marchié et que autre n'ait ce
-gaing: et pour ce ils se mettent à plus grant raison. Et se maistre
-Jehan estoit si crédule à eulx et à leurs douces paroles ès quelles
-il se fiast trop, et il advenoit que il souffrist que sans marchander
-ils entrassent en la besoigne, ils scevent bien que après la besoigne
-par eulx commencée, nul autre, pour honte, n'y mettra pardessus eulx
-la main, et ainsi seriez en leur subjection après et en demanderoient
-plus; et se lors ils ne sont païés à leur voulenté, ils crieront et
-brairont vilain blasme et oultrageux, et ne sont honteux de rien et
-publient male renommée, qui est le pis. Et pour ce est-il meilleur de
-faire marchander à eulx plainement et entendiblement avant le coup
-pour oster toutes paroles de débat. Et très à certes vous prie que
-se le cas ou la besoinge le désire, vous faictes enquerre de quelle
-condition sont et ont esté vers autres, ceulx que vous vouldrez faire
-embesongner, et aussi que à gens repliquans, arrogans, haultains,
-raffardeurs[554] ou de laides responses ne aiez riens à faire, quelque
-prouffit que vous y véez ou quelque advantage, ne quelque bon marchié
-qu'ils vous facent, mais gracieusement et paisiblement les esloingnez
-de vous et de vos besongnes, car se ils s'y boutent, vous n'en
-eschapperez jà sans esclandre ou débat. Et pour ce faictes par vos gens
-prendre des serviteurs et aides paisibles et debonnaires et leur donnez
-plus, car c'est tout repos et paix que d'avoir à faire à bonnes gens;
-pour ce est-il dit que _qui a à faire à bonnes gens, il se repose_: et
-par semblable peut-l'en dire que qui a à faire à hargneux, douleur luy
-croist.
-
-_Item_, des autres comme vignerons, bateurs en granche, laboureurs et
-les semblables, ou autres comme cousturiers, drapiers, cordoenniers,
-boulengiers, mareschaulx, chandeliers de suif[555], espiciers, fèvres,
-charrons, vignerons et les semblables autres, chière seur, je vous
-conseille et pry que vous aiez tousjours en mémoire de dire à vos gens
-qu'ils aient à besongner à gens paisibles, et marchandent tousjours
-avant le fait, et comptent et paient souvent sans attendre longue
-créance sur taille ne sur papier, jasoit-ce que encores vault-il
-mieulx taille ou escripture que soy attendre du tout à sa mémoire, car
-les créditeurs cuident tousjours plus et les debteurs moins, et de
-ce naissent débas, haines et lais reprouches; et vos bons créanciers
-faictes païer voulentiers et souvent de ce que vous leur devrez et les
-tenez en amour afin qu'ils ne vous changent, car l'en n'en recueuvre
-mie bien tousjours de bien paisibles.
-
-_Item_, quant aux chamberières et varlets d'ostel que l'en dit
-domestiques[556], chière seur, sachiez que afin qu'elles vous
-obéissent mieulx et qu'elles vous doubtent et craignent plus à
-courroucier, je vous laisse la seignorie et auctorité de les faire
-choisir par dame Agnès la béguine[557] ou autre de vos filles qui vous
-plaira, à recevoir en nostre service, de les louer à vostre gré et de
-les païer et tenir en nostre service tant comme il vous plaira et leur
-donner congié quant vous vouldrez. Toutesvoies de ce devez-vous à part
-secrètement parler à moy et faire par mon conseil pour ce que vous
-estes trop jeune et y pourriez bien estre déceue par vos gens mesmes.
-Et sachiez que d'icelles chamberières qui n'ont service, pluseurs sont
-qui se offrent et ramentoivent et quierent à grant besoing maistres et
-maistresses, et de celles ne prenez aucunes que vous ne sachiez avant
-où elles ont demouré, et y envoiez de vos gens pour enquérir de leurs
-conditions sur le trop parler, sur le trop boire: combien de temps
-elles ont demouré: quel service elles faisoient et scevent faire: se
-elles ont chambres ou acointances en ville: de quel païs et gens elles
-sont: combien elles y demourèrent et pourquoy elles s'en partirent;
-et par le service du temps passé, enquérez quelle créance ou espérance
-l'en peut avoir de leur service pour le temps à venir. Et sachiez que
-communément telles femmes d'estrange pays ont esté blasmées d'aucun
-vice en leur pays, car c'est la cause qui les amaine à servir hors de
-leur lieu. Car s'elles fussent sans tache, elles fussent maistresses
-et non serviteresses; et di des hommes autel. Et se vous trouvez par
-le rapport de leurs maistres ou maistresses, voisins ou autres, que
-ce soit vostre besoigne, sachiez par elles, et devant elles faictes
-par maistre Jehan le despensier enregistrer en son papier de la
-despense[558] le jour que vous la retendrez, son nom et de son père et
-de sa mère et d'aucuns de ses parens: le lieu de leur demourance et le
-lieu de sa nativité et ses pleiges[559]; car elles en craindront plus
-à faillir pour ce qu'elles considéreront bien que vous enregistrez
-ces choses pour ce que s'elles se deffuioient de vous sans congié, ou
-qu'elles feissent aucune offense, que vous en plaindriez ou rescririez
-à la justice de leur pays ou à iceulx leurs amis. Et nonobstant tout,
-aiez en mémoire le dit du philosophe lequel s'appelle Bertran le vieil,
-qui dit que se vous prenez chamberière ou varlet de haultes responses
-et fières, sachiez que au départir, s'elle peut, elle vous fera injure;
-et se elle n'est mie telle, mais flateresse et use de blandices, ne
-vous y fiez point, car elle bée en aucune autre partie à vous trichier;
-mais se elle rougist et est taisant et vergongneuse quant vous la
-corrigerez, amez la comme vostre fille.
-
-Après, chière seur, sachiez que sur elles, après vostre mary, vous
-devez estre maistresse de l'ostel, commandeur, visiteur, gouverneur et
-souverain administrateur, et à vous appartient de les tenir en vostre
-subjection et obéissance, les endoctriner, corrigier et chastier; et
-pour ce, deffendez leur à faire excès ne gloutonnie de vie tellement
-qu'elles en vaillent pis. Aussi deffendez les de rioter[560] l'une
-à l'autre ne à vos voisins; deffendez leur de mesdire d'autruy,
-fors seulement à vous et en secret, et en tant comme le meffait
-toucheroit vostre prouffit seulement, et pour eschever vostre dommaige
-et non plus; deffendez leur le mentir: le jouer à jeux illicites:
-de laidement jurer et de dire parolles qui sentent villenies ne
-parolles déshonnestes ne gouliardeuses, comme aucunes mescheans ou
-mal endoctrinées qui maudient _de males sanglantes fièvres, de male
-sanglante sepmaine, de male sanglante journée_. Il semble qu'elles
-sachent bien qu'est sanglante journée, sanglante sepmaine etc., et
-non font-elles, ne doivent point savoir qu'est sanglante chose, car
-preudefemmes ne le scevent point, car elles sont toutes abhominables
-de veoir seulement le sang d'un aignel ou d'un pigon quant on le tue
-devant elles. Et certes, femmes ne doivent parler de nulle laidure, non
-mie seulement... des secrès membres de nature, car c'est déshonneste
-chose à femme d'en parler.
-
-J'oy une fois raconter d'une jeune preudefemme qui estoit assise
-en une presse de ses autres amis et amies, et par adventure, elle
-dist par esbatement aux autres: Vous me pressez si fort que....[561]
-Et jasoit-ce qu'elle l'eust dit par jeu et entre ses amis, cuidant
-faire la galoise[562], toutesvoies les autres saiges preudefemmes ses
-parentes l'en blasmèrent à part. _Item_, telles femmes gouliardoises
-dient aucunes fois de femme qu'elle est p..... ou qu'elle est ribaude,
-et par ce disant il semble qu'elles sachent qu'est p..... ou ribaude,
-et preudefemmes ne scevent que ce est de ce; et pour ce deffendez leur
-tel langaige, car elles ne scevent que c'est. Deffendez leur vengence,
-et endoctrinez en toute patience à l'exemple de Melibée dont il est
-cy-dessus parlé, et vous mesmes, belle seur, soiez telle en toutes
-choses que par vos fais elles puissent en vous prendre exemple de tout
-bien.
-
-Or nous convient parler d'embesongner vos gens et serviteurs aux heures
-propres à besongner, et aux heures convenables leur donner repos.--Sur
-quoy, chière seur, sachiez que selon les besongnes que vous avez à
-faire et que vos gens sont propres plus à une besongne que à l'autre,
-vous et dame Agnès la béguine qui avec vous est pour vous aprendre
-contenance sage et meure et vous servir et endoctriner, et à laquelle
-principalment je donne la charge de ceste besongne, la devez diviser
-et crier, et commander l'une besongne à l'un, et l'autre besongne à
-l'autre. Et se vous leur commandez maintenant à faire aucune chose,
-et iceulx vos serviteurs respondent: _il est assez à temps, il sera
-jà bien fait_, ou _il sera fait demain bien matin_, tenez le pour
-oublié: c'est à recommencier, c'est tout néant. Et aussi de ce que vous
-commanderez généralment à tous, sachiez que l'un s'atend à l'autre:
-c'est comme devant.
-
-Si soiez advertie, et dictes à dame Agnès la béguine qu'elle voie
-commencier devant elle ce que vous aurez à cuer estre tost fait; et
-premièrement qu'elle commande aux chamberières que bien matin les
-entrées de vostre hostel, c'est assavoir la salle et les autres lieux
-par où les gens entrent et s'arrestent en l'ostel pour parler, soient
-au bien matin balléyés et tenus nettement, et les marchepiés[563],
-banquiers et fourmiers qui illecques sont sur les fourmes, despoudrés
-et escoués; et subséquemment les autres chambres pareillement nettoiées
-et ordonnées pour ce jour, et de jour en jour, ainsi comme il
-appartient à nostre estat.
-
-_Item_, que par la dicte dame Agnès vous faciez principalment et
-songneusement et diligemment penser de vos bestes de chambre comme
-petis chiennés, oiselets de chambre[564]: et aussi la béguine et vous
-pensez des autres oiseaulx domeschés, car ils ne pevent parler, et pour
-ce vous devez parler et penser pour eulx, se vous en avez.
-
-Et aussi dy-je à dame Agnès la béguine que des autres bestes, quant
-vous serez au village, elle commande à ceulx à qui il appartient à en
-penser: comme à Robin le bergier, qu'il pense de ses moutons, brebis et
-aigneaulx; à Josson le bouvier, des beufs et des toreaulx; à Arnoul le
-vachier et Jehanneton la laictière, qu'ils pensent des vaches, genices
-et veaulx, truies, cochons et pourceaulx; à Eudeline femme du mettoier
-qu'elle pense des oés, oisons, coqs, gelines, poucins, coulons, pigons;
-au charretier ou mettoier, qu'il pense de nos chevaulx, jumens et les
-semblables. Et doit la dicte béguine et aussi vous devez faire semblant
-devant vos gens qu'il vous en souviengne, que vous y congnoissiez et
-que vous l'avez à cuer, car par ce en seront-ils plus diligens. Et
-faictes faire, s'il vous en souvient, par vos gens penser du vivre
-d'icelles bestes et oiseaulx, et y doit la dite dame Agnès embesongner
-ceulx et celles qui y sont propres. Et sur ce est à noter que à vous
-appartient bien à faire savoir par la dicte dame Agnès la béguine le
-conte de vos moutons, brebis et aigneaulx, et les faire reviseter, et
-enquérir de leur accroissement et descroissement, ne comment ne par qui
-elles sont gouvernées, et elle le doit rapporter à vous, et entre vous
-deux le devez faire enregistrer.
-
-Et se vous este en païs ou il y ait repaire de loups, je vous
-enseigneray maistre Jehan vostre maistre d'ostel ou vos bergiers et
-gens de les tuer sans cop férir par la recepte qui s'ensuit.--_Recepte
-de pouldre pour tuer loups et renars._--R.[565] la racine de l'ectoire
-de canarade (c'est l'ectoire qui fait fleur de couleur blanche[566]),
-et faictes séchier icelle racine meurement et sans soleil, et gectez
-hors la terre: et adonc face-en pouldre en un mortier, et avec celle
-poudre mettez la quinte partie de voirre bien moulu et la quarte partie
-de la feuille de lis, et tout soit meslé et pilé ensemble, et tellement
-qu'il se puisse passer ou cribler. _Item_, ait miel et sain[567] frès
-autant de l'un comme de l'autre et mesle parmy de la poudre dessusdite,
-et face paste qui soit dure et fort, et gros morceaulx rons du gros
-d'un oeuf de poule, et cuevre iceulx morceaulx de sain frès et les mette
-sur les pierres ou tuillettes ès lieux qu'il saura que loups et renars
-repaireront. Et se il veult faire amorse[568] de une vielle beste
-morte, faire le peut deux ou trois jours devant. _Item_, sans faire
-morceaulx, peut-il la poudre jetter sur la charongne.
-
-Ainsi vous et la béguine embesongnez les unes de vos gens aux choses
-et besongnes qui leur sont propres, et aussi dictes à maistre Jehan
-le despensier qu'il envoie ou face envoier les autres reviseter vos
-greniers, remuer et essorer[569] vos grains et autres garnisons[570];
-et se vos mesgnies vous rapportent que les ras dommagent vos blés,
-lars, fromages et autres garnisons, dictes à maistre Jehan qu'il les
-puet destruire en six manières: 1º Par avoir garnison de bons chats.
-2º Par ratières et soricières. 3º Par engins d'aiselles[571] appuiées
-sur buchettes que les bons serviteurs font. 4º Par faire tourtellés de
-paste et fromage frit ensemble et poudre de riagal[572], et mettre en
-leur repaire où ils n'aient que boire. 5º Se vous ne les povez garder
-qu'ils ne treuvent à boire, il convient faire de l'espurge[573] par
-morcellés, et lors s'ils les avallent, plus tost buveront et plus tost
-enfleront et mourront. 6º Prenez une once de riagal: deux onces fin
-arcenic: un quarteron gresse de porc: une livre fleur de farine de
-fourment et quatre oeufs, et de ce faites pain et cuisiez au four et
-tailliez par lesches et les clouez à un clou.
-
-Or revien encores à ma matière de faire embesongner vos gens, vous et
-la béguine, en temps convenable, par vos femmes essorer, esventer
-et reviseter vos draps, couvertures, robes et fourreures, pennes et
-autres telles choses.--Sur quoy sachiez et dictes à vos femmes que
-pour conserver et garder vos pennes et draps, il les convient essorer
-souvent pour eschever les dommages que les vers y pevent faire; et
-pour ce que telle vermine se congrée par le ramolissement du temps
-d'automne et de yver et naissent sur l'esté, en iceulx temps convient
-les pennes et les draps mettre à bon soleil et beau temps et sec; et se
-il survient une nuée noire et moicte qui s'assiée sur vos robes et en
-tel estat vous les ploiez, cest air envelopé et ployé dedans vos robes
-couvera et engendrera pire vermine que devant. Et pour ce, choisissiez
-bel air qui soit continué et bien sec, et tantost que vous verrez autre
-gros air survenir, avant qu'il soit venu vers vous, faictes mettre vos
-robes à couvert et escourre pour oster la grosse pouldre[574], puis
-nettoier à unes verges sèches[575]. Et la béguine scet bien et le vous
-le dira que s'il y a aucune tache d'uille ou autre gresse, le remède
-est tel: Ayez pis..t et le chauffez comme tiède, et mettez la tache
-tremper dedans par deux jours, et puis espraignez le drap où est la
-tache sans le tordre, et se la tache ne s'en est alée, si le face dame
-Agnès la béguine, mettre en un autre pis..t et battre un fiel de beuf
-avec, et face-l'en comme devant. Ou vous faictes ainsi: faites prendre
-de la terre de robes[576] et tremper en lessive, puis mettre sur la
-tache et laissiez sécher, et puis frotez; et se la terre ne s'en va
-légièrement, si faictes mouillier en lessive, et laissiez encores
-séchier et frotez tant qu'elle s'en soit alée; ou se vous n'avez
-terre de robes, faictes mettre cendres tremper en lessive, et icelles
-cendres bien trempées mettez sur la tache; ou vous faictes prendre de
-bien nettes plumes de poucins et moulliez en eaue bien chaude pour là
-laissier la gresse qu'elles auront prise, et remoulliez en eaue necte
-bien chaude: bien refrottez aussi et tout s'en yra.
-
-S'il y a sur robe de pers[577] aucune tache ou destaincture de couleur,
-faictes prendre une espurge et la moulliez en necte et clère lessive,
-puis espraigniez et traynnez sur la robe en frotant la tache, et la
-couleur y revendra. Et se sur quelsconques autres couleurs de drap y
-a tache de destainture de couleur, faictes prendre de la lessive bien
-nette et qui point n'ait coullé sur drappeaulx, et mettre avec la
-cendre sur la tache, et laissiez sécher, puis faictes frotter, et la
-première couleur revendra.
-
-Pour oster tache de robe de soie, satin, camelot, drap de Damas ou
-autre, trempez et lavez la tache en vertjus et la tache s'en yra, et
-mesmes se la robe est destainte, si revendra-elle en sa couleur (_ce
-que je ne croy pas_)[578].
-
-VERTJUS. Nota que ou temps que le vertjus nouvel se fait, l'en
-en doit prendre, sans sel, une fiole et la garder, car ce vault pour
-oster tache de robe et la remettre en sa couleur, et est tousjours bon,
-et nouvel et vieil.
-
-_Item_, et se aucunes de vos pennes ou fourreures ont esté moulliées
-et se soient endurcies, faictes deffourrer le garnement[579], et
-arrouser de vin la penne qui est dure, et soit arrousée à la bouche
-ainsi comme un cousturier arrouse d'eaue le pan d'une robe qui veult
-retraire, et sur icelluy arrousement faictes gecter de la fleur[580] et
-laissiez sécher un jour; puis frottez très bien icelle penne[581]... en
-son premier estat.
-
-Or revien au propos que devant, et dy que vostre maistre d'ostel
-doit savoir qu'il doit chascune sepmaine faire reviseter et boire
-de vos vins, vertjus et vinaigres; veoir les grains, huilles, noix,
-pois, fèves et autres garnisons. Et quant aux vins, sachiez que s'ils
-deviennent malades, il les convient garir de maladies par la manière
-qui s'ensuit:
-
-Premièrement se le vin est pourri, il doit mettre la queue[582], en
-yver, emmi une court sur deux tréteaulx afin que la gelée y frappe, et
-il garira.
-
-_Item_, se le vin est trop vert, il doit prendre plain pennier de
-morillons[583] bien meurs, et gecte dedens la queue, par le bondonnail,
-tous entiers, et il amendra.
-
-_Item_, se le vin sent l'esventé[584], il doit prendre une once de
-seurmontain[585] en pouldre et autant en graine de paradis[586] en
-pouldre et mettre chascune desdictes pouldres en un sachet et le
-pertuisier d'une greffe[587], et puis pendez tous les deux sachets
-dedens la queue à cordelettes et estoupez bien le bondonnail.
-
-_Item_, se le vin est gras, preigne douze oeufs et mette boullir en eaue
-tant qu'ils soient durs, et puis gecte hors le jaune et laisse le blanc
-et les coquilles ensemble, et puis frire en paelle de fer et mettre
-tout chault dedens un sachet et pertuisé d'une greffe comme dessus,
-et pendre dedans la queue à une cordelette. _Item_, preigne un grant
-pot neuf et le mette dessus un trepié vuit[588], et quant il sera bien
-cuit, despièce le par pièces et le gecte dedans la queue, et il garira
-de la gresse.
-
-_Item_, pour desroussir le vin blanc, preigne plain pennier de feuilles
-de houx et gecte dedens la queue par le bondonnail.
-
-_Item_, se le vin est aigri, preigne une cruche d'eaue et gecte dedans
-pour départir le vin de devers la lie, et puis preigne plain plat de
-fourment et mettez tremper en eaue, et puis gectez l'eaue, et mettez
-boullir en autre eaue, et faciez bien boullir en autre eaue tant qu'il
-se vueille crever, et puis l'ostez; et s'il en y a des grains tous
-crevés, si les gecte, et après gecte le froment tout chault dedens la
-queue. Et se pour ce le vin ne veult esclarcir, preigne plain pennier
-de sablon bien lavé en Saine et puis gecte dedens la queue par le
-bondonnail et il esclarcira.
-
-_Item_, pour faire ès vendenges un vin fort, n'emple pas la queue que
-il s'en faille deux sextiers[589] de vin, et frotte tout entour le
-bondonnail, et lors il ne pourra gecter et en sera plus fort.
-
-_Item_, pour traire une queue de vin sans luy donner vent, face un
-petit pertuis d'un foret emprès le bondonnail, et puis ait un petit
-plastreau[590] d'estouppes du large d'un blanc et puis mette dessus,
-et preigne deux petites bûchettes et mette en croix dessus le dit
-plastreau, et mette un autre plastreau sur les dictes bûchettes.
-Et pour esclarcir vin troublé, se c'est une queue, vuide-l'en deux
-quartes[591], puis le remue-l'en à un baston ou autrement, tellement
-que lie et tout soit bien meslé, puis preigne-l'en un quarteron d'oeufs,
-et soient batus moult longuement les moyeulx et les blans tant que tout
-soit fin cler comme eaue, et tantost gectez après un quarteron d'alun
-batu et incontinent une quarte d'eaue clère et l'estoupez, ou autrement
-il se vuideroit par le bondonnail.
-
-Et après ce et avec ce que dit est, belle seur, faictes commander par
-maistre Jehan le despensier à Richart de la cuisine escurer, laver,
-nettoier et tout ce que appartient à cuisine, et véez comme dame Agnès
-la béguine quant aux femmes, et maistre Jehan le despensier quant aux
-hommes, mettront vos gens en oeuvre de toutes pars: l'un à-mont, l'autre
-à-val, l'un aux champs, l'autre en la ville, l'un en chambre, l'autre
-en solier[592] ou en cuisine et envoieront l'un ça, l'autre là, un
-chascun selon son endroit et science, et tant que iceulx serviteurs
-gaignent leur salaire chascun et chascune en ce qu'il saura et devra
-faire; et s'ils le font, ils feront bien, car sachez que paresse et
-oisiveté engendrent tous maulx.
-
-Toutesvoies, belle seur, aux heures pertinentes faictes les seoir à
-la table, et les faites repaistre d'une espèce de viande largement et
-seulement, et non pas de plusieurs, ne délitables ou délicatives, et
-leur ordonnez un seul buvrage nourrissant et non entestant, soit vin ou
-autre et non de plusieurs; et les admonestez de mengier fort et boire
-bien et largement, car c'est raison qu'ils mengeussent d'une tire,
-sans seoir à oultrage[593], et à une alaine, sans reposer sur leur
-viande ou arrester ou acouster[594] sur la table. Et si tost qu'ils
-commenceront à compter des comptes ou des raisons, ou à eulx reposer
-sur leurs coustes[595], commandez la béguine qu'on les face lever et
-oster leur table, car les communes gens dient: _Quant varlet presche à
-table et cheval paist en gué, il est tems qu'on l'en oste, que assez y
-a esté_. Deffendez leur yvresse, et que personne yvrongne ne vous serve
-ne approuche, car c'est péril, et après leur reffection prise à midy,
-quant temps sera, les laissiez par vos gens remettre à besongner. Et
-après leur second labour et aux jours de feste aient autre repas, et
-après ce, c'est assavoir au vespre, soient repus habondamment comme
-devant et largement, et se la saison le requiert soient chauffés et
-aaisiés.
-
-Et après ce, soit par maistre Jehan le despencier ou la béguine vostre
-hostel clos et fermé, et ait l'un d'eux les clefs par devers luy,
-afin que nuls sans congié n'y entre ne ysse. Et chascun soir et avant
-vostre coucher, faictes par dame Agnès la béguine ou maistre Jehan le
-despensier faire reviseter à la clarté de la chandelle les fons de vos
-vins, vertjus, ou vinaigre, que nul ne s'en voit[596], et facent par
-vostre closier ou fermier savoir par ses gens que vos bestes soient
-bien affouragées pour la nuit. Et quant vous aurez sceu par dame Agnès
-la béguine ou maistre Jehan le despencier que le feu des cheminées sera
-couvert partout, donnez à vos gens, pour leurs membres, temps et espace
-de repos. Et ayez fait adviser par avant, qu'ils aient chascun loing
-de son lit chandelier à platine[597] pour mettre sa chandelle, et les
-aiez fait introduire[598] sagement de l'estaindre à la bouche ou à la
-main avant qu'ils entrent en leur lit, et non mie à la chemise[599]. Et
-aussi les aiez fait admonnester et introduire, chascun endroit soy, de
-ce qu'il devra commencier l'endemain, et de soy lever l'endemain matin,
-et recommencier chascun endroit soy son service, et de ce soit chascun
-advisié. Et toutesvoies de deux choses vous advise: l'une que se vous
-avez vos filles ou chamberières de quinze à vint ans, pour ce que en
-tel aage elles sont sottes et n'ont guères veu du siècle, que vous les
-faciez coucher près de vous en garderobe ou chambre où il n'ait lucarne
-ne fenestre basse, ne sur rue, et se couchent et lièvent à vostre
-heure, et vous mesmes qui avant ce temps serez sage se Dieu plaist, les
-gardez de près; l'autre si est que se l'un de vos serviteurs chiet en
-maladie, toutes choses communes mises arrière, vous mesmes pensez de
-luy très amoureusement et charitablement et le revisetez et pensez de
-lui ou d'elle très curieusement en avançant sa garison, et ainsi aurez
-acompli cest article.
-
- * * * * *
-
-Or vueil-je, en cest endroit, vous laissier reposer ou jouer et non
-plus parler à vous:[600] vous esbatrez ailleurs, je parleray à maistre
-Jehan le despencier qui nos biens gouverne, afin que se aucun de nos
-chevaulx tant de charrue comme à chevauchier est en essoine[601], ou
-qu'il conviengne acheter ou eschanger, qu'il s'y congnoisse un petit.
-
-Sachiez donc, maistre Jehan, que cheval doit avoir seize[602]
-conditions, c'est assavoir:
-
-Trois des conditions du renart: c'est courtes oreilles droictes, bon
-poil et fort et roide, queue bien pelue.
-
-Du lièvre quatre: c'est maigre teste, bien esveillé, de légier mouvant,
-viste et tost alant.
-
-Du beuf quatre, c'est assavoir: la harpe[603] large, grosse et ouverte,
-gros bouel, gros yeulx et saillans hors de la teste, et bas enjointé.
-
-De l'asne trois: bon pié, forte eschine, et soit débonnaire.
-
-De la pucelle quatre, c'est assavoir: beaulx crins, belle poitrine,
-beaulx rains et grosses fesses.
-
-Maistre Jehan, mon ami, qui veult acheter un cheval, il le doit
-premièrement veoir en l'estable, car là voit-l'en s'il est en main
-d'affaiteur ou non, et s'il est bien ou mal gardé; s'il abonne
-cocte[604], et comment il siet sur le fien[605]. Après ce, à l'issir
-de l'estable, s'il a courtes et droites oreilles, maigre ou grasse
-teste, bonne veue et saine, et bons yeulx, gros, saillans dehors
-la teste; et puis taster dessoubs les gencives qu'il y ait grant
-entre-deux et bonne ouverture et large, et qu'il n'y ait gourme, bube
-ne malen[606], et que l'entrée du gavion ne soit en riens empeschée.
-
-Et puis, mon ami maistre Jehan, tu te dois congnoistre à l'aage;
-dont il est à savoir que quant un cheval a deux ans, il a ses dens
-nouvelles, blanches, déliées et pareilles. Au troisième an, les trois
-dens de devant luy muent, et dedens icelluy troisième an deviennent
-plus grosses assez et plus brunes que les autres. Au quatrième an, les
-deux dens qui sont aux deux costés d'iceulx trois dens muées, luy muent
-et deviennent pareilles aux trois dont dessus est parlé. Au cinquième
-an, les autres muent. Au sixième an, viennent les crochés dont le fons
-est creux, et est la fève ou fons du creux. Au septième an les hors du
-creux des crochés si usent, et n'y a mais point de creux ne de fève, et
-devient tout plat et tout aouni[607] et de là en avant on n'y congnoist
-aage.
-
-Après ce, maistre Jehan, tu dois aviser se le cheval a bonne encontre
-et bonne herpe et ouverte: qu'il ne soit courbé ne fuiselé[608]; et
-s'il est durié[609] c'est bon signe. Et par entre les deux jambes de
-devant, regardes aux jambes de derrière qu'il n'y ait esparvain ou
-courbe. Esparvain dedens le plat de la cuisse de derrière est, et
-s'apperçoit mieulx par entre les deux jambes de devant. Courbe est à
-icelluy endroit que devant, et plus sur le derrière, car elle tient
-au bout du gerret derrière, sur le bout de la jointe de la queue en
-dévalant; et est au commencement une petite bossette qui agrandist et
-est longuette, et gist au long et dessoubs le pli du gerret. Et quant
-on veult gracieusement parler devant marchans, on dit ainsi: _Véez-cy
-un bon cheval, il est long et esgarretté_. Et lors on entent que c'est
-à dire qu'il est corbeux.
-
-Après ce, maistre Jehan mon amy, tu dois aler au costé et regarder s'il
-est point grevé soubs la selle, car en cheval qui ait tendre dos ne
-vous fiez; gardez aussi qu'il ne soit blécié au jarret[610]. _Item_,
-qu'il ait bon bouel; s'il est point batu d'esperons, qu'il n'ait
-grosses c......, qu'il ait long corps, car on dit un cheval plat quant
-il n'est pas ront ne bien esquartellé. Véez aussi quelle chière il fait
-par l'apparence de ses oreilles et de ses yeulx et par l'esmouvement
-de sa teste et le remuement de ses piés, et gardez bien qu'il n'ait
-malandres, [malandre est dedans le garret derrière; gardez aussi qu'il
-n'ait][611] molettes ne suros; ne soit crapeux, ne ne s'entretaille de
-la jambe de l'autre lez[612], car d'illec le peut-l'en bien veoir.
-
-Après ce que dit est, doit-l'en adviser que le cheval ait maigres
-jambes, larges et plates, et qu'il n'ait pas les genoulx couronnés, et
-que les joinctes[613] de dessus les couronnelles ne boutent mie devant.
-Et regardez s'il a piés gras et combles, piés fendus, faulx quartiers,
-piés avalés, crapaudines ou fourme. Fourme sur couronnelle est quant au
-travers sur le coup-du-pié a une soubaudreure[614] qui se hausse, et en
-huit jours est formée aussi derrière comme devant, et durant ce qu'elle
-est entière, l'en l'appelle fourme et fait piés avalés, mais quant
-elle est crevée, l'en dist crapaudine et ne garist-l'en puis, et est
-sur le bout de la couronnelle du pié[615].
-
-Après, va par derrière et garde qu'il ait les fesses escartelées et
-bien secourcées[616], belle queue et bien pelue et serrant aux fesses
-que on ne la puisse sourdre[617], car c'est bon signe quant le cheval a
-bon et fort quoier, saines c....... Et encores de rechief, advise qu'il
-ne s'entretaille, ne ne soit crapeux ne rongneux, ne qu'il n'ait javart
-et rongne, et par entredeux icelles jambes de derrière qu'elles ne
-soient arçonnées parmy le milieu comme un arc, et audessoubs qu'il n'y
-ait esparvain, molette, suros dedens la jambe ou dehors, ou malandre,
-et qu'il ne s'entretaille ne n'ait crape[618] ne rape, ne derrière ne
-devant. Après, le convient veoir trotter bellement de rechief en sa
-droicte aleure commune, et adviser adonc s'il liève ses piés ouniement
-et égaulment, d'un hault[619] et d'une légièreté; s'il plie bien ses
-jambes devant et qu'elles ne soient mie roides; s'il escout sa teste,
-s'il soufle du nez et ouvre ses narines, et s'il est long en la main,
-car toutes ces choses sont de bon signe. Après, le dois faire trotter
-fort, et prendre garde s'il trotte bel et qu'il ne s'entretaille ne
-ataigne. Puis faire courre et aler les galos, et lors regarder à certes
-s'il a grosse alaine; s'il soufle et qu'il ait grant et grosse alaine
-par la bouche, se les flancs luy haletent ou qu'il soit poucis; et ce
-puet aussi estre veu dessoubs la queue. Puis le veoir l'endemain à
-froit, et savoir en l'estable comment il se tient sur le sien, puis
-trotter et aler les galos et reveoir s'il est poucis, et ce peut estre
-veu dessous la queue, puis le veoir et savoir de rechief aux champs et
-ailleurs s'il est bon aux esperons.
-
-_Nota_, maistre Jehan, que ès festes de Flandres, se vous avez
-barguaignié[620] et sceu le pris d'un cheval, et vous demandez à le
-veoir courre, _eo ipso_ vous vous départez de tous les autres vices,
-tellement que s'il est bon à l'esperon et qu'il queure, il est vostre,
-quelque autre tache qu'il ait.
-
-Maistre Jehan, s'aucun cheval est qui ait passé aage, et soit trouvé
-sans suros, malandre, courbe, entretaille, molettes _et similia_, c'est
-adonc à entendre qu'il est affermé[621], et que puis qu'il a passé sa
-jeunesse sans tache, jamais n'en aura aucune.
-
-_Item_, tant est un cheval plus court, maistre Jehan, tant a plus fort
-eschine.--_Item_, tant plus dur trotte, maistre Jehan, tant plus est
-fort.--_Item_, maistre Jehan, s'il est délié sur la poincte d'en bas,
-c'est mauvais signe.
-
-Maistre Jehan, se vous voulez engresser, pour vendre, un de nos
-chevaulx, _primo_ soit estrillé, lavé et tenu nettement, et fresche
-lectière.--_Item_, s'il ne fut pieçà seigné, si le faictes seigner
-des costés, c'est du ventre, car icelle seignée des costés est propre
-pour leur donner bon bouel. Puis luy emplissiez son ratellier de très
-bon foing d'une part, et de feurre d'avoine d'autre part; puis prenez
-quatre boisseaulx de bien nette paille de fourment, deux boisseaulx
-de bran[622], un boissel de fèves menues et un boissel d'avoine, et
-meslez tout ensemble et luy en donnez quatre fois le jour, avant
-boire. _Item_ après, boire de l'eaue de rivière chauffée au soleil ou
-sur le fumier, ou en yver chauffée sur le feu, et y ait du son dedens
-une toille, car sans toille le cheval toussiroit comme s'il eust mengié
-plume; puis mengeusse du foing. Puis pour prou vendre[623], comme
-dessus, ou se c'est cheval de petit pris, il ait avant boire, trois
-fois orge boulu, et après boire, fèves et bran et bien pou d'avoine.
-
-OINGNEMENT POUR LES PIÉS DES CHEVAULX.--Prenez un quarteron
-de suif de bouc, un quarteron de cire, un quarteron de terbentine, un
-quarteron de poix rasine et boulez tout ensemble, et oignez les piés
-des chevaulx.--_Item_, aiez un drappel moullié en viez oint et mettez
-ou fons du pié et de la fiente avec.
-
-Pour garir de rape, crape, rongne et javart, lavez d'uille de chennevis
-avec eaue batue ensemble, et s'il n'en garist, il le convient seigner
-de la pointe du pié.
-
-_Item_, est à noter que quant un cheval est seigné du col, l'en le
-doit tenir lié hault, et faire petitement mengier et hault, car le
-débatement des mandibules et du col le pourroient faire escrever.
-_Item_, le convient abuvrer le plus loing de la seignée que l'en puet
-et lier hault, pour ce que le baisser la teste le fait escrever.
-_Item_, se le cheval est de grant pris, si soit veillé de nuit.
-
-Malandre veult estre lavé deux fois le jour de chault pis..t ou
-chaude eaue. _Item_, _idem_, grosses jambes derrière[624]; et se
-ainsi l'en ne peut garir, que l'en face restrainctif, c'est assavoir
-de sang-de-dragon[625], d'aubun d'oeufs[626], ou plastre bien sassé
-et aubun d'oeufs[627], et liez par bandeaulx entour la jambe, et puis
-seicher à un tison de feu par derrière.
-
-Quant cheval pert la veue, faictes mouldre du saing[628] de voirre
-vieil, et luy gette-l'en dedens l'ueil à un tuel[629].
-
-Quant cheval a tranchoisons, faictes-le mettre par terre et puis luy
-faictes mettre à un cornet un quarteron de quelque huille dedens le
-c.l, et puis le faites chevauchier tant qu'il sue, et il garira.
-
-Quant cheval a vives[630], il luy convient dire ces trois mos, avec
-trois patenostres: [un croix] _abgla_, [un croix] _abgly_, [un croix]
-_alphara_, [un croix] _asy_, [un croix] _pater noster_ etc.
-
-Contre farcin, te convient ce couver[631] par neuf jours, et chascun
-jour en jeun dire par trois fois, et chascune fois dire trois
-patenostres et toucher le mal [un croix] _In nomine Patris_ [un croix]
-_et Filii_ [un croix] _et Spiritus Sancti_ [un croix] _amen_ [un croix]
-_Je te conjure, mal félon de par Dieu omnipotent et de par le Père et
-de par le Fils et de par le Saint Esperit, et de par tous les sains et
-de par tous les anges de nostre Seigneur Jhésu Crist. et par toutes les
-vertus que Dieu donna à paroles ne en voix, par les vertus que Dieu
-fist de faire le ladre guérir de sa maladie: et que tu, mal félon,
-n'ailles plus avant, et que ne doubles ne ne enfles, n'en fenestres,
-n'en fistules, néant plus que firent les cinq plaies nostre Seigneur
-Jhésu Crist, et aussi le monde sauva, et pour ce se firent les cinq
-plaies de nostre Seigneur, Jhésu Crist. In nomine Patris_ [un croix]
-_et Filii_ [un croix] _et Spiritus Sancti_ [un croix] _Amen_.
-
-S'aucun cheval est morfondu, il le convient tantost faire seigner
-des jambes devant au plus bas, et au hault du plat des cuisses, et
-recueillir le sang, et d'icelluy oindre les piés, puis torchier de
-foing moullié et pourmener sans boire et sans mengier, et dedens quatre
-heures ou environ, mettre un restraintif sur les couronnelles afin
-qu'il ne face pié neuf; et le convient pourmener sans arrest trente-six
-heures, et luy donner à la main du foing s'il en veult mengier: et ne
-boive point d'un jour naturel; et après vint-quatre heures depuis la
-seignée, boive de l'eaue chaude avec du bran. Et pendant le dit temps
-et tantost après ce qu'il sera seigné, soit couvert de trois linceuls
-moulliés tout à une fois, et au bout de trente-six heures ou plus,
-c'est assavoir quant il se prendra à mengier du bran et faire bonne
-chière et qu'il aura fienté, luy face-l'en bonne lictière et blanche,
-et le face-l'en reposer, puis pourmener, et quant il yra de bon cuer,
-si luy oste-l'en un jour un drap, l'autre jour l'autre, et le tiers
-l'autre, et ne luy donne-l'en fors brennée à boire et à mengier jusques
-à ce qu'il face bonne chière. Aucuns leur donnent du buvrage de pommes
-à un cornet. Et de tout le mareschal puet avoir franc et demi[632].
-
-
-
-
-DE LA DEUXIÈME DISTINCTION
-
-LE QUART ARTICLE[633]
-
- QUI VOUS DOIT APRENDRE QUE VOUS, COMME SOUVERAIN MAISTRE DE VOSTRE
- HOSTEL, SACHIEZ COMMANDER ET DEVISER A MAISTRE JEHAN DISNERS ET
- SOUPPERS, ET DEVISER MÈS ET ASSIETES.
-
-
-Et à ce commencement je vous mettray aucuns termes servans aucun pou,
-et qui vous donront commencement ou au moins esbatement.
-
-_Primo_, pour ce qu'il convient que vous envoiez maistre Jehan ès
-boucheries, cy-après s'ensuivent les noms de toutes les boucheries de
-Paris et leur délivrance de char.
-
-A la Porte-de-Paris[634] a dix-neuf bouchiers qui par estimation
-commune vendent, pour sepmaine, eulx tous, l'un temps parmi l'autre, et
-la forte saison portant la foible, dix neuf cens moutons, quatre cens
-beufs, quatre cens pourceaulx, et deux cens veaulx.
-
-Saincte-Geneviefve: cinq cens moutons, seize beufs, seize porcs, et
-six[635] veaulx[636].
-
-Le Parvis: quatre-vint moutons, dix beufs, dix veaulx, huit porcs.
-
-A Saint-Germain a treize bouchiers; deux cens moutons, trente beufs,
-trente veaulx, cinquante porcs.
-
-Le Temple, deux bouchiers; deux cens moutons, vint-quatre beufs,
-vint-huit[637] veaulx, trente-deux porcs.
-
-Saint-Martin: deux cent cinquante moutons, trente-deux beufs,
-trente-deux veaulx, vint-deux[638] porcs.
-
-Somme des boucheries de Paris, pour sepmaine, sans le fait du Roy et de
-la Royne et des autres nos seigneurs de France, trois mille quatre-vint
-moutons, cinq cent quatorze beufs, trois cent six veaulx, six cens
-porcs[639]. Et au vendredi absolut[640], sont vendus de deux mille à
-trois mille lars[641].
-
-Pour ce qu'il a cy-devant esté parlé du fait du bouchier et
-poullaillier, le fait de l'ostel du Roy en office de boucherie monte
-bien, pour sepmaine, six-vints moutons, seize beufs, seize veaulx,
-douze porcs: et par an deux cens lars.
-
-Le fait du poullaillier: par jour, six cens poullailles, deux cens
-paires de pigons, cinquante chevriaux, cinquante oisons.
-
-La Royne et les enfans. Boucherie, pour sepmaine, quatre-vins moutons,
-douze veaulx, douze beufs, douze porcs: et par an six-vins lars.--Le
-fait du poullaillier: pour jour, trois cens poullailles, trente-six
-chevreaulx, cent cinquante paires de pigons, trente-six oisons.
-
-Orléans[642] aussi.
-
-Berry aussi.
-
-Les gens de Monseigneur de Berry dient que aux dimenches et grans
-festes, il leur convient trois beufs, trente moutons, huit-vins
-douzaines de perdris, et connins à l'avenant, mais j'en doubte.--Avéré
-depuis.--Et est certain que[643] plusieurs grans festes, dimenches
-et jeudis, mais le plus commun des autres jours est à deux beufs
-et vingt moutons.--_Nota_ encores que à la court de Monseigneur de
-Berry on fait livrée à pages et à varlets des joes de beuf, et est le
-museau du beuf taillié à travers, et les mandibules demeurent pour la
-livrée, comme dit est.--_Item_, l'en fait du col du beuf livrée ausdis
-varlets.--_Item_, et ce qui vient après le col est le meilleur de tout
-le beuf, car ce d'entre les jambes de devant, c'est la poitrine, et ce
-dessus, c'est le noyau[644].
-
-Bourgoingne, de parisis à tournois du Roy[645].
-
-Bourbon, la moitié du fait de la Royne.
-
-_Item_, et sans espandre ou baillier vostre argent chascun jour,
-vous pourrez envoïer maistre Jehan au bouchier, et prendre char sur
-taille[646], considérant ce qui s'ensuit:
-
-En la moitié de la poitrine de beuf a quatre pièces, dont la première
-pièce a nom le grumel[647]; et toute celle moitié couste dix blans[648]
-ou trois sols. En la longe a six pièces, et couste six sols huit
-deniers ou six sols. La surlonge trois sols. Ou giste[649] a huit
-pièces et est la plus grosse char, mais elle fait la meilleure
-eaue[650] après la joe; et couste le giste, huit sols.
-
-Le quartier de mouton a quatre pièces ou trois pièces et l'espaule, et
-couste huit blans ou trois sols.
-
-Le quartier de veel, huit sols. Porc[651]....
-
-Et _nota_ que ce que l'en dit la poictrine d'un beuf, l'en dit le
-brichet d'un mouton: et quant l'en parle d'un cerf, l'os d'icelle
-poictrine est nommé la hampe.
-
-De la poictrine d'un beuf, la première pièce qui part d'emprès le colet
-est appellée le grumel, et est la meilleur. D'un mouton, le flanchet
-est ce qui demeure du quartier de devant quant l'espaule en est
-levée.--_Item_, l'en dit le couart[652] d'un cerf.--_Item_, les dentés
-sont les c......ns.
-
-La surlonge trois sols. La longe six sols. La char d'un mouton dix sols.
-
- * * * * *
-
-Après ces choses, convient dire et parler d'aucuns termes généraulx qui
-regardent fait de queurie[653] en aucune qualité, et après sera monstré
-à congnoistre et choisir les viandes desquelles l'en doit ouvrer comme
-il s'ensuit:
-
-_Primo_, que en toutes sausses et potages lians en quoy l'en broie
-espices et pain, l'en doit premièrement broïer les espices et oster
-du mortier, car le pain que l'en broie après, requeut ce qui des
-espices est demouré; ainsi on ne pert rien ce qu'on perdroit qui feroit
-autrement.
-
-_Item_, des espices et lieures[654] mises en potages, l'en ne doit
-riens couler[655], combien que sausses si fait, afin que les sausses
-soient plus clères et aussi plus plaisans.
-
-_Item_, sachiez que pou advient que pois ou fèves ou autres potages
-s'aoursent[656], se les tisons ardans ne touchent au cul du pot quant
-il est sur le feu.--_Item_, avant que ton potage s'aourse, et afin
-qu'il ne s'aourse, remue-le souvent au cul du pot et appuie ta cuillier
-au fons, afin que le potage ne se preigne là. Et _nota_ que si tost que
-tu apparceveras que ton potage s'aoursera, si ne le remue point, mais
-l'oste tantost de dessus le feu et le mets en un autre pot.
-
-_Item_, _nota_ que communément tous potages qui sont sur le feu
-surondent et s'en vont sur le dit feu jusques à ce que l'en ait mis au
-pot sel et gresse, et depuis, non.
-
-_Item_, _nota_ que le meilleur chaudeau qui soit, c'est de la joe de
-beuf lavée en eaue deux fois ou trois, puis boullir et bien escumer.
-
-_Item_, l'en scet se un connin est gras, à luy taster un nerf ou col
-entre les deux espaules, car là scet-l'en s'il a grosse gresse par le
-gros nerf; et s'il est tendre, l'en le scet à luy rompre une des jambes
-de derrière.
-
-_Item_, _nota_ qu'il y a différence entre les queux, entre boutonner et
-larder, car boutonner est de giroffle et larder est de lart.
-
-_Item_, des brochets, le laictié vault mieulx que l'ouvé, se ce n'est
-quant l'en veult faire rissolles, pour ce que des oeuvés l'en fait
-rissolles, _ut patet in tabula_. Des brochets, l'en dit lancerel,
-brochet, quarrel, lux et luceau[657].
-
-_Item_, aloze franche entre en Mars en saison.
-
-_Item_, carpe doit estre très cuite, ou autrement c'est péril de la
-mangier.
-
-_Item_, plais[658] sont doulces à applanier à la main, et lymandes au
-contraire.
-
-_Item_, à Paris, les oyers[659] engressent leurs oies de farine, non
-mie la fleur ne le son, mais ce qui est entre deux, que l'en appelle
-les gruyaux ou recoppes: et autant comme ils prennent de ces gruyaux
-ou recoppes, autant mettent-ils d'avoine avec, et meslent tout avec
-un petit d'eaue, et ce demeure ensemble espais comme paste, et ceste
-viande mettent en une goutière[660] sur quatre piés, et d'autre part,
-de l'eaue et lictière nouvelle chascun jour, et en quinze jours sont
-gras. Et _nota_ que la lictière leur fait tenir leurs plumes nettes.
-
-_Item_, pour faisander chapons et gélines, il les convient saignier par
-la gueule et incontinent les mettre et faire morir en un scel d'eaue
-très froide, et il sera faisandé ce jour mesmes comme de deux jours tué.
-
-_Item_, l'en congnoist les jeunes malars[661] des viels, quant ils
-sont aussi grans les uns comme les autres, aux tuyaux des esles qui
-sont plus tendres des jeunes que des vieulx.--_Item_, l'en congnoist
-ceulx de rivière à ce qu'ils ont les ongles fins, noirs, et aussi ont
-les piés rouges, et ceulx de paillier[662] les ont jaunes. _Item_,
-ont la creste[663] du bec, c'est assavoir le dessus, vert tout au
-long, et aucunes fois les masles ont au travers du col, endroit le
-hasterel[664], une tache blanche, et sont tous d'un plumage et ont la
-plume de dessus la teste très ondoiant.
-
-_Item_, coulons ramiers sont bons en yver, et congnoist-l'en les vieulx
-à ce que les venneaulx[665] de leurs esles sont tout d'une couleur
-noire, et les jeunes d'un an ont les venneaulx cendrés et le surplus
-noir.
-
-_Item_, l'en congnoist l'aage d'un lièvre au nombre des pertuis qui
-sont dessoubs la queue, car pour tant de pertuis, tant d'ans.
-
-_Item_, les perdris qui ont les plumes bien serrées et bien joinctes
-à la char, et sont arrangéement et bien joinctes et sont comme les
-plumes sont sur un esprivier, sont fresches tuées: et celles dont les
-plumes se haussent contremont et laissent la char et se desrangent de
-leur siége et vont sans ordre çà et là, sont vieilles tuées.--_Item_, à
-tirer les plumes du braier[666], le sent-l'en.
-
-_Item_, la carpe qui a l'escaille blanche et non mie jaune ne rousse,
-est de bonne eaue. Celle qui a gros yeulx et saillans hors de la teste,
-et le palais et langue mols et ouny, est grasse. Et _nota_, se vous
-voulez porter une carpe vive par tout un jour, entortilliez-la en foing
-moullié et la portez le ventre dessus, et la portez sans luy donner
-air, c'est assavoir en bouges ou en sac.
-
-La saison des truites commence en[667]..... et dure jusques à
-Septembre. Les blanches sont bonnes en yver, et les vermeilles[668] en
-esté. Le meilleur de la truite est la queue, et de la carpe c'est la
-teste.
-
-_Item_, l'anguille qui a menue teste, becque délié, cuir reluisant,
-ondoiant et estincelant, petis yeulx, gros corps et blanc ventre, est
-la franche. L'autre est à grosse teste, sor[669] ventre, et cuir gros
-et brun.
-
- * * * * *
-
-Cy-après s'ensuivent aucuns disners et soupers de grans seigneurs et
-autres, et notes sur lesquels vous pourrez choisir, reconqueillir[670]
-et aprendre des quels mets qu'il vous plaira, selon les saisons et les
-viandes qui seront ès païs où vous serez, quant vous aurez à donner à
-disner ou à soupper.
-
-
-I. DISNER A JOUR DE CHAR, SERVI DE TRENTE ET UN MÈS A SIX
-ASSIETTES.
-
-Première assiette. Garnache[671] et tostées[672], pastés de veel,
-pastés de pinparneaux, boudins et saucisses.
-
-Seconde assiette. Civé de lièvres et les costellettes, pois coulés,
-saleure et grosse char, une soringue d'anguilles (12)[673] et autre
-poisson.
-
-Tierce assiette. Rost: connins, perdris, chappons, etc., lux, bars,
-carpes, et un potage escartelé (35, 36, 37).
-
-Quarte assiette. Oiseaulx de rivière à la dodine, ris engoulé (37),
-bourrée à la sausse chaude et anguilles renversées (26).
-
-Quinte assiette. Pastés d'aloés, ruissolles, lait lardé (41), flaonnés
-succrés.
-
-Sixième assiette. Poires et dragées, neffles et nois pelées. Ypocras et
-le mestier[674].
-
-
-II. AUTRE DISNER DE CHAR DE VINT-QUATRE METS A SIX ASSIETTES.
-
-Première assiette. Pastés de veel menu déhaché à gresse et mouelle de
-beuf, pastés de pinparneaux, boudins, saucisses, pipefarce, et pastés
-norrois _de quibus_ (41).
-
-Seconde assiette. Civé de lièvre (16) et brouet d'anguille (17); fèves
-coulées, saleures, grosse char, s.[675] beuf et mouton.
-
-Tiers mets. Rost: chappons, connins, veel et perdris, poisson d'eaue
-doulce et de mer, aucun taillis (36) avec doreures (39).
-
-Quart mets. Mallars de rivière à la dodine, tanches aux soupes et
-bourrées à la sausse chaude[676] (26), pastés de chappons de haulte
-gresse à la souppe de la gresse et du persil.
-
-Quint mets. Un boulli lardé, ris engoulé, anguilles renversées, aucun
-rost de poisson de mer ou d'eaue doulce, roissolles (41), crespes et
-vielz sucre (41).
-
-La sixième assiette et derrenière pour yssue. Flanciaux succrés et lait
-lardé, neffles, noix pellées, poires cuites et la dragée. Ypocras et le
-mestier.
-
-
-III. AUTRE DISNER DE CHAR.
-
-Premier mès. Pastés de beuf et roissoles, poirée noire, lamproies à
-froide sauge, un brouet d'Alemaigne de char, une sausse blanche de
-poisson et une arbolastre, et grosse char de beuf et mouton.
-
-Second mès. Rost de char, poissons d'eaue doulce, poissons de mer, une
-cretonnée de char, raniolles[677], un rosé de lapereaulx et de bourrées
-à la sausse chaude,[678] d'oiselets tourtes Pisaines (_id est_ de Pise
-en Lombardie, et dit-l'en tourtes Lombardes, et y a des oiselets parmi
-la farce, et en plusieurs lieux cy-après dit tourtes Lombardes).
-
-Tiers mès. Tenches aux souppes, blanc mengier paré, lait lardé,
-crottes, queue de sanglier à la sausse chaude, chappons à la dodine,
-pastés de bresmes et de saumon, pleis en l'eaue et leschefrite et
-darioles.
-
-Quart mès. Fromentée, venoison, rost de poissons, froide sauge,
-anguilles renversées, gelées de poisson, pastés de chappons à là soupe
-courte.
-
-
-IV. AUTRE DISNER DE CHAR.
-
-Premier mès. Pastés norrois (40), un brouet camelin de char, bignés de
-mouelle de beuf, soringue d'anguilles, loche en eaue et froide sauge,
-grosse char et poisson de mer.
-
-Second mès. Rost le meilleur que on peut et poisson doulx, un bouli
-lardé, un tieule[679] de char, pastés de chappons et crespes, pastés de
-bresmes, d'anguilles, et blanc mengier.
-
-Tiers mets. Froumentée, venoison, lamproie à la sausse chaude (26),
-leschefrites, bresmes en rost et darioles, esturgon et gelée.
-
-
-V. AUTRE DISNER DE CHAR.
-
-Premier mets et assiette. Pastés de beuf et de mouelle, civé de lièvre,
-grosse char, un brouet blanc de connins, chappons et venoison aux
-souppes, porée blanche, navés, oés salées et eschinées.
-
-Second mets. Rost le meilleur etc., un rosé d'aloés, un blanc mengier,
-nomblès et queue de sanglier à la sausse chaude (26), pastés de
-chappons gras, frittures et pastés norroix.
-
-Tierce assiette. Fromentée, venoison, dorures de pluseurs manières,
-oés et chappons gras à la dodine, darioles de cresme et leschefrites
-sucrées, bourrées à la galentine chaude (26), gelée de chappons,
-connins, poucins[680], lapereaux et cochons.
-
-Quarte assiette. Ypocras et le mestier pour issue.
-
-
-VI. AUTRE DISNER DE CHAR.
-
-Premier mets. Fèves frasées, un brouet de cannelle (13), un civé de
-lièvre noir (16), un brouet vert d'anguilles (17), harenc sor, grosse
-char, navès, tanches aux souppes, oés et eschinées salées, roissolles
-de mouelle de beuf (4) et hastelés de beuf _ut pa_[681].
-
-Second mets. Rost le meilleur que on puet, poisson doulx, poisson de
-mer, plais en l'eaue, bourrées à la sausse chaude _ut_[682] lamproions
-(26), un gravé d'aloés g. i. g.[683], de fleur de peschier, blanc
-mengier parti, tourtes Lombardes, pastés de venoison et d'oiselets,
-cretonnée d'Espaigne, harenc frais.
-
-Tiers mès. Froumentée, venoison, dorures, gelées de poisson, chappons
-gras à la dodine, rost de poisson, leschefrites et darioles, anguilles
-renversées, escrevices, crespes et pipefarces.
-
-
-VII. AUTRE DISNER DE CHAR.
-
-Premier mets. Poirée blanche, hastelés de beuf, grosse char, civé de
-veel, du brouet houssé.
-
-Second mets. Rost de char, poisson de mer et d'eaue doulce, ranioles
-Lombardes, une cretonnée d'Espaigne.
-
-Tiers mets. Lamproies, alause[684], un rosé, lait lardé et croutes de
-lait, tourtes Pisaines _id est_ Lombardes, darioles de cresme.
-
-Quart mets. Froumentée, venoison, doreures, pastés de bresmes et de
-gornaux, anguilles renversées, chappons gras à la dodine.
-
-Yssue est ypocras et le mestier.--Boute-hors; vin et espices.
-
-
-VIII. AUTRE DISNER DE CHAR.
-
-Premier mets. Grosse char, pastés norrois, bignés de mouelle de beuf,
-brouet camelin de char, soringue d'anguilles, loches en eaue, poisson
-de mer et froide sauge.
-
-Second mets. Rost le meilleur qu'on pourra, poisson doulx, un tieule de
-char, un bouli lardé de chevrel, pastés de chapons, crespes, pastés de
-bresmes et d'anguilles et blanc mengier.
-
-Tiers mets. Froumentée, venoison, doreures, lamproies à la sausse
-chaude, leschefrites et darioles, bresmes en rost, boulis au verjus,
-esturgon et gelée.
-
-
-IX. AUTRE DISNER DE CHAR.
-
-Premier mets. Poreaux blans, pastés de beuf, oyes et eschinées, civé de
-lièvre et de connins, un geneste d'aloés, grosse char.
-
-Second mets. Rost: queue de sanglier à la sausse chaude (26), blanc
-mengier parti, dodines d'oés, lait lardé et croutes, venoison,
-doreures, gelées, croutes au lait à la dodine, pastés de chapons,
-froide sauge, pastés de vache et talemouse.
-
-
-X. AUTRE DISNER DE CHAR.
-
-Premier mets. Pois coulés, harenc, anguilles salées, civé
-d'oestres[685] noir, un brouet d'amandes, tieule, un bouli de brochets
-et d'anguilles, une cretonnée, un brouet vert d'anguilles, pastés
-d'argent.
-
-Second mets. Poisson de mer, poisson doulx, pastés de bresme et de
-saumon, anguilles renversées, une arboulastre brune, tanches à un bouli
-lardé, un blanc mengier, crespes, lettues, losenges, orillettes et
-pastés norrois, lux et saumons farcis.
-
-Tiers mets. Fromentée, venoison, doreures de pommeaulx et de pès
-d'Espaigne et de chastellier, rost de poisson, gelée, lamproies,
-congres et turbos à la sausse vert, bresmes au vert jus, leschefrites,
-darioles et l'entremès grant.
-
-
-XI. AUTRE DISNER.
-
-Premier mets. Pastés de beuf et roissoles, porée noire, un gravé de
-lamproies, un brouet d'Alemaigne de char, un brouet georgié de char,
-une sausse blanche de poisson, une arboulastre.
-
-Second mets. Rost de char, poisson de mer, poisson doulx, une cretonnée
-de char, ranioles, un rosé de lapereaulx et d'oiselets, bourrées à la
-sausse chaude (26), tourtes Pisaines.
-
-Tiers mets. Tanches aux souppes, blanc mengier parti, lait lardé et
-croittes[686], queues de sanglier à la sausse chaude (26), chapons
-à la dodine, pastés de bresmes et de saumon, plais en l'eaue,
-leschefrictes[687] et darioles.
-
-Quart mets. Fromentée, venoison, doreures, rost de poisson, froide
-sauge, anguilles renversées, gelée de poisson, pastés de chappons.
-
-
-XII. AUTRE DISNER.
-
-Premier mets. Fèves frasées, un brouet de canelle, un civé de lièvre
-noir ou brouet d'anguilles vert, harens sors, grosse char, navets,
-tanches aux souppes, oés et eschinées salées, roissolles de mouelle de
-beuf.
-
-Second mets. Rost le meilleur qu'on peut, poisson d'eaue doulce,
-poisson de mer, plais en l'eaue, bourrées à la sausse chaude, un gravé
-d'aloués en couleur de fleur de peschier, blanc mengier parti, tourtes
-Lombardes, pastés de venoison et d'oiselés, cretonnée d'Espaigne,
-harens frais.
-
-Tiers mets. Froumentée, venoison, doreures, gelée de poissons, chappons
-gras à la dodine, rost de poisson, leschefrictes et darioles, anguilles
-renversées, escrevices, crespes et pipefarces.
-
-
-XIII. AUTRE DISNER DE CHAR.
-
-Premier mets. Un brouet d'Alemaingne, choulx cabus, une soringue
-d'anguilles, navez, pastés de beuf, grosse char.
-
-Second mets. Rost le meilleur qu'on pourra avoir, oés grasses à la
-dodine, poisson d'eaue doulce, blanc mengier, une arboulastre, pastés
-norrois, crespes, lait lardé, tourtes de lait.
-
-Tiers mets. Pastés de chapon à la doudine, ris engoulé, queue de
-sanglier à la sausse chaude, leschefrictes et darioles succrées.
-
-Quart mets. Fromentée, venoison, doreures, anguilles renversées, rost
-de bresmes.
-
-La teste de sanglier à l'entremès.
-
-
-XIV. AUTRE DISNER DE CHAR.
-
-Premier mets. Poreaulx blancs à chappons, oé à l'eschinée et à
-l'andoulle rostie, pièces de beuf et de mouton, un brouet gorgé[688] de
-lièvres, de veel, de connins.
-
-Second mets. Chappons, perdris, connins, plouviers, cochons farcis,
-faisans pour les seigneurs[689], gelée de char et de poisson.
-
-L'entremets. Lux et carpes.
-
-L'entremets eslevé[690]. Cine, paons, butors, hérons et autres choses.
-
-L'issue. Venoison, ris engoulé, pastés de chappons, flaons de cresme,
-darioles, anguilles renversées, fruit, oublées[691], estrées[692] et le
-claré[693].
-
-
-XV. AUTRE DISNER DE VINT QUATRE METS[694] A TROIS
-ASSIÈTES.
-
-Premier mets. Pois coulés, anguilles salées et harenc, poireaux aux
-amandes, grosse char, un brouet jaunet, une salemine, poisson de mer,
-civé d'oïtres.
-
-Second mets. Rost, poisson doulx, poisson de mer, un brouet de Savoie,
-un brouet lardé d'anguilles renversées.
-
-Tiers mets. Rost de bresmes, galentine, cine, chapons pelerins, gelée,
-blanc mengier parti, plais en l'eaue, turbos à la soucie, darioles de
-cresme, lamproies à la sausse chaude, doreures, ris engoulé, etc.
-
-
-SOUPERS.
-
-XVI. SOUPER DE CHAR A QUATRE ASSIÈTES.
-
-Première assiète. Seymé, poules aux herbes, brouet de vertjus et de
-poullaille, une espinbesche de un bouly lardé, brochereaulx et loche en
-eaue, rougé et chastelongnes salées.
-
-Second mets. Rost le meilleur que on peut de char et poisson, et drois
-au persil et au vinaigre, poisson à la galantine, une sausse blanche
-sur poisson, et fraze de char.
-
-Tiers mets. Pastés de chapons, bécuit de brochets et d'anguilles,
-laittues, tubesches et une arboulastre, poisson, crespes et pipefarces.
-
-Quart mets. Gelée, escrevices, plais en l'eaue, ables et froide sauge,
-nomblès à la sausse chaude, pastés de vache et talemouses.--Potage pour
-faire yssue, appellé gelée.
-
-
-XVII. AUTRE SOUPER DE CHAR.
-
-Première assiète. Chapons aux herbes, une comminée, poix daguenets,
-loches au jaunel, venoison aux souppes.
-
-Second mets. Rost le meilleur qu'on peut avoir, gelée, blanc mengier
-parti, flanceaulx de cresme bien succrés.
-
-Tiers mets. Pastés de chapons, froides sauges, espaules de mouton
-farcies, brochetons à un rebouly, venoison à la queue de sanglier,
-escrevices.
-
-
-XVIII. AUTRE SOUPER DE CHAR.
-
-Premier mets. Trois manières de potages, chapons entiers en un blanc
-brouet, une chaudumée de beschets, venoison aux souppes, loches et
-anguilles tronsonnées dessus.
-
-Second mets. Rost, chapons, connins, perdris, plouviers, mesles[695],
-oiselets, chevriaulx, un blanc mengier sus, etc., lux carpes et bars,
-etc., anguilles renversées.--Faisans et cines pour entremets.
-
-Tiers mets. Venoison à la froumentée, pastés de turtres et d'alouettes,
-tartes, escrevices, harens frais, fruit, claré, nieulles[696], neffles,
-poires, noix pelées.
-
-
-XIX. DISNERS DE POISSON POUR CARESME.
-
-Premier mets et assiète. Pommes cuites, grosses figues de Prouvence
-rosties et fueilles de lorier par-dessus, le cresson et le soret au
-vinaigre, poix coulés, anguilles salées, harens blans, gravé sur
-friture de mer et d'eaue doulce.
-
-Second mets. Carpes, lux, soles, rougés, saumons, anguilles.
-
-
-XX. AUTRE DISNER DE POISSON POUR CARESME.
-
-Premier mets. Pommes cuites, etc., comme dessus.
-
-Second mets. Carpes, lux, soles, rougés, saumon, anguilles renversées à
-la boe et une arboulastre.
-
-Tiers mets. Pinperneaulx rostis, merlans fris, marsouin poudré à l'eaue
-et fromentée, crespes et pastés norrois. Yssue: figues et roisins,
-ypocras et le mestier, comme dessus est dit.
-
-
-XXI. AUTRE DISNER DE POISSON.
-
-Premier mets. Pois coulés, purée, civé d'oïstres, une sausse blanche de
-brochets et de perches, porée de cresson, harens, graspoix, anguilles
-salées, loches en l'eaue.
-
-Second mets. Poisson d'eaue doulce et de mer, turbot à la soucie,
-taillis, un bécuit, anguilles en galentine.
-
-Tiers mets. Rost le plus bel et le meilleur qu'on pourra avoir, blans
-pastés, larras, loche au waymel, escrevices, perches au percil et au
-vinaigre, tanches aux souppes, gelée.
-
-
-XXII. AUTRE DISNER DE POISSON.
-
-Premier mets. Pois coulés, harens, porée, anguilles salées, oïstres,
-une salaminée de brochets et de carpes.
-
-Second mets. Poisson d'eaue doulce, une soringue d'anguilles, pastés
-norrois et blanc mengier parti, une arboulastre, pastés, bignés.
-
-Tiers mets. Rost le meilleur, etc., ris engoulé, tartres, leschefrayes
-et darioles, pastés de saumon et de bresme, une chaudumée.
-
-Quart mets. Taillis, crespes, pipefarces, escherois, loche frite[697],
-doreures, congres et turbos au soucié[698], tourtes Lombardes,
-anguilles renversées.
-
-
-XXIII. AUTRE DISNER DE POISSON.
-
-Premier mets. Pommes cuites, figues grasses, Garnache, cresson et
-poulés, pois coulés, aloze, anguille salée, harens et craspois, brouet
-blanc sur perches, et sèches à un gravé sur friture.
-
-Second mets. Poisson doulx le meilleur qu'on peut et poisson de mer,
-anguilles renversées, bourrées à la sausse chaude, tenches aux souppes,
-escrevices, pastés de bresmes et plais en l'eaue.
-
-Tiers mets. Fromentée au marsouin, pastés norrois et maquereaulx
-rostis, pinperneaulx en rost et crespes, oïttres, sèches frites avec un
-bescuit de brochereaulx.
-
-
-XXIV. AUTRE DISNER DE POISSON.
-
-Premier mets. Pois coulés, harenc, anguilles salées, civé d'oïttres
-noir, un brouet d'amandes, tieule, un bouly de brochets et d'anguilles,
-une cretonnée, un brouet vert d'anguilles, pastés d'argent.
-
-Second mets. Poisson de mer, poisson doulx, pastés de bresmes et de
-saumon, anguilles renversées, une arboulastre brune, tanches à un bouly
-lardé, un blanc mengier, crespes, lettues, losenges, orillettes et
-pastés norrois, lux et saumon farcis.
-
-Tiers mets. Fromentée au pourpois[699], doreures de pommeaulx et de
-pets d'Espaigne et de chastellier, rost de poisson, gelée, lamproies,
-congres et turbot à la sausse vert, bresmes au vert jus, leschefroies,
-darioles et l'entremès: puis Desserte, l'Issue et le Boutehors.
-
-
-CY APRÈS S'ENSUIVENT AUCUNS INCIDENS SERVANS AUQUES[700] A
-CE PROPOS.
-
-_Primo_, L'appareil que fist faire M. de Laigny[701] pour un disner
-qu'il fist à Monseigneur de Paris, le président, procureur et advocas
-du Roy et son autre conseil[702], montans à huit escuelles[703].
-
-_Primo_, appareil de draps à tendre, vaisselle de sale et de cuisine,
-may, herbe vert à mettre sur table, aiguières et hanaps à pié, deux
-dragouers, salières d'argent, pain de deux jours pour chappeler et pour
-tranchouers. Pour cuisine: deux grans paelles, deux cuviers à eaue et
-deux balais.
-
-_Nota_ que Monsr. de Paris ot trois escuiers de ses gens pour luy
-servir, et fut servi seul et à couvert[704]. Et Monsr. le Président,
-un escuier, et fut servi seul et non couvert. _Item_, par le dit de
-Monsr. le président, le procureur du Roy fut audessus de l'advocat
-du Roy.
-
-Les assietes et mès s'ensuivent: Garnache deux quartes, c'est à deux
-personnes une chopine[705], mais c'est sur le trop, car il souffist
-à trois une chopine et que les seconds en aient. Eschaudés chaulx,
-pommes de rouvel rosties et dragée blanche dessus, un quarteron: figues
-grasses rosties, cinq quarterons: soret et cresson, rommarin.
-
-Potages, c'est assavoir salemine de six becquets et six tanches, poirée
-vert, et harenc blanc, un quarteron: six anguilles d'eaue doulce salées
-d'un jour devant et trois mellus trempés d'une nuit devant.
-
-Pour les potages: amandes, six livres; pouldre de gingembre, demie
-livre; saffren, demie once; menues espices, deux onces; pouldre de
-canelle, un quarteron; dragée, demie livre.
-
-Poisson de mer: soles, gournaulx, congres, turbot, saumon. Poisson
-d'eaue doulce: lux faudis[706], deux carpes de Marne[707] faudisses,
-bresme.
-
-Entremès: plays, lemproie à la boe. Rost: et convient autres touailles
-et seize[708] pommes d'orenge, marsouin à sa sausse, maquereaux, soles,
-bresmes, aloses à la cameline ou au vertjus, ris et amandes frictes
-dessus; succre pour ris et pour pommes, une livre; petites serviettes.
-
-Pour desserte: composte, et dragée blanche et vermeille mise
-par-dessus: rissoles, flaonnés, figues, dates, raisins, avelaines.
-
-Ypocras et le mestier sont l'issue. Ypocras deux quartes, et est le
-surplus comme dit est dessus de Garnache[709], oublies deux cens et les
-supplications[710]. Et _nota_, pour chascune escuelle l'en prent huit
-oublies et quatre supplications et quatre estriers, et est largement;
-et coustent huit deniers pour escuelle.
-
-Vin et espices sont le Boute-hors. Au laver, grâces et aler en la
-chambre de parement; et lors les servans disnent, et assez tost après
-vin et espices[711]; et puis congié.
-
- * * * * *
-
-L'ordenance des nopces que fera maistre Helye en May, à un mardy;
-disner seulement pour vint escuelles.
-
-Assiette: beurre, rien, pour ce qu'il est jour de char. _Item_,
-cerises, rien, pour ce que nulles n'en estoient trouvées; et pour ce
-assiette nulle.
-
-Potages: chapons au blanc mengier, grenade et dragée vermeille
-par-dessus.
-
-Rost: en chascun plat un quartier de chevrel: quartier de chevrel est
-meilleur que aignel; un oison, deux poucins et sausses à ce; orenges,
-cameline, vertjus, et à ce fraîches touailles ou serviettes.
-
-Entremès: gelée d'escrevices, de loches, lapereaux et cochon. Desserte:
-froumentée et venoison. Yssue: ypocras et le mestier. Boute-hors: vin
-et espices.
-
-L'ordonnance du souper que fera ce jour est telle pour dix escuelles.
-
-Froide sauge de moitiés de poucins, de petites oés, et vinaigrette
-de ce mesmes mets pour icelluy soupper en un plat. Un pasté de deux
-lappereaulx et deux flaons (jasoit-ce que aucuns dient que à nopces
-franches convient darrioles), et en l'autre plat la frase de chevreaulx
-et les demies testes dorées.
-
-Entremets: gelée comme dessus. Issue: pommes et fromage sans ypocras,
-car il est hors de saison[712].
-
-Dancer, chanter, vin et espices et torches à alumer.
-
-Or convient[713] la quantité des choses dessus dictes et leurs
-appartenances et le pris d'icelles, et qui les pourverra[714] et
-marchandera.
-
-Au boulengier, dix douzaines de blanc pain plat cuit d'un jour devant
-et de un denier pièce[715].
-
-Pain de tranchouers, trois douzaines de demi pié d'ample et quatre dois
-de large de haut, cuit de quatre jours devant et sera brun, ou qu'il
-soit pris ès halles pain de Corbueil[716].
-
-Eschançonnerie: trois paires de vins.
-
-Au bouchier, demy mouton pour faire la souppe aux compaignons et un
-quartier de lart pour larder; le maistre os d'un trumeau de beuf pour
-cuire avecques les chapons pour avoir le chaudeau à faire le blanc
-mengier; un quartier de veel devant pour servir au blanc mengier. Les
-seconds[717], un trumel de veel derrière ou des piés de veel, pour
-avoir l'eaue pour la gelée. Venoison[718], un pié en quarreure.
-
-A l'oubloier convient ordonner: _primo_, pour le service de la pucelle,
-douzaine et demie de gauffres fourrées[719], trois sols; douzaine et
-demie de gros bastons, six sols; douzaine et demie de portes[720],
-dix-huit deniers; douzaine et demie d'estriers, dix-huit deniers; un
-cent de galettes succrées, huit deniers.
-
-_Item_, fut marchandé à luy pour vint escuelles, pour le jour des
-nopces au disner, et six escuelles pour les serviteurs, qu'il aura six
-deniers pour escuelle, et servira chascune escuelle de huit oublies,
-quatre supplications et quatre estriers.
-
-Au poullaillier, vint chappons, deux sols parisis la pièce; cinq
-chevriaulx, quatre sols parisis; vint oisons, trois sols parisis
-pièce; cincquante poucins, douze deniers parisis pièce; c'est assavoir
-quarante rostis pour le disner, cinq pour la gelée et cinq au souper
-pour froide sauge. Cincquante lappereaux, c'est assavoir quarante pour
-le disner, lesquels seront en rost, et dix pour la gelée, et cousteront
-douze deniers parisis chascun. Un maigre cochon, pour la gelée, quatre
-sols parisis; douze paires de pigons pour le soupper, dix deniers
-parisis la paire.--A luy convient enquérir de la venoison.
-
-Es halles, pain pour tranchouers, trois douzaines. Pommes grenades pour
-blanc mengier, trois qui cousteront.... Pommes d'orenges, cincquante
-qui cousteront[721].... Six frommages nouveaulx et un vieil, et trois
-cens oeufs.
-
-Est assavoir que chascun fromage doit fournir six tartelettes, et
-aussi pour chascun fromage convient trois oeufs.
-
-Ozeille pour faire vertjus pour les poucins, sauge et percil pour faire
-la froide sauge, deux cens pommes de blandureau.
-
-Deux balais et une pele pour la cuisine, et du sel[722].
-
-Au saussier, trois chopines de cameline pour disner et souper et une
-quarte de vertjus d'ozeille.
-
-A l'espicier: dix livres d'amande, quatorze deniers la livre.--Trois
-livres fourment mondé[723], huit deniers la livre.--Une livre pouldre
-de gingembre-coulombin, onze sols.--Un quarteron gingembre-mesche,
-cinq sols[724].--Demie livre canelle batue, cinq sols.--Deux livres
-ris batus, deux sols.--Deux livres succre en pierre, seize sols.--Une
-once de saffren, trois sols.--Un quarteron clou[725] et graine entre,
-six sols.--Demi quarteron poivre long, quatre sols.--Demi quarteron
-garingal[726], cinq sols.--Demi quarteron macis[727], trois sols quatre
-deniers.--Demi quarteron feuille lorier vert, six deniers.--Deux livres
-bougie grosse et menue, trois sols quatre deniers la livre, valent six
-sols huit deniers.--Torches de trois livres la pièce, six; flambeaux de
-une livre la pièce, six; c'est assavoir trois sols la livre à l'achat,
-et la reprise six deniers moins pour la livre[728].
-
-A luy espices de chambre[729], c'est assavoir orengat, une livre, dix
-sols.--Chitron[730], une livre, douze sols.--Anis vermeil, une livre,
-huit sols.--Succre rosat[731], une livre, dix sols.--Dragée blanche,
-trois livres, dix sols la livre.--A luy hypocras, trois quartes, dix
-sols la quarte, et querra tout.
-
-Somme que ceste espicerie monta à douze francs, à compter ce qui fut
-ars des torches[732], et petit demoura d'espices; ainsi peut estre pris
-demi franc pour escuelle[733].
-
-A la Pierre-au-Lait[734], un sextier de bon lait non esburré et sans
-eaue, pour faire la froumentée.
-
-En Grève[735], un cent de costerez de Bourgongne, treize sols; deux
-sacs de charbon, dix sols.
-
-A la Porte-de-Paris[736]: may, herbe vert, violette, chappeaulx, un
-quart de sel blanc, un quart de sel gros, un cent d'escrevices, une
-chopine de loche, deux pots de terre, l'un d'un sextier pour la gelée,
-et l'autre de deux quartes pour la cameline.
-
-Or avons _primo_ le service en général, et secondement où les matières
-seront trouvées: or convient, tiercement, trouver sur ce administreurs
-et officiers.
-
-_Primo_, convient un clerc ou varlet qui fera finance d'erbe vert,
-violette, chapeaulx, lait, fromages, oeufs, busche, charbon, sel, cuves
-et cuviers tant pour sale que pour garde-mengiers, vertjus, vinaigre,
-ozeille, sauge, percil, aulx nouveaulx, deux balais, une pesle et
-telles menues choses.
-
-_Item_, un queux et ses varlets qui cousteront deux francs de loyer,
-sans les autres drois, mais le queux paiera varlets et portages, et
-dient: _à plus d'escuelles, plus de loyer_.
-
-_Item_, deux porte-chappes[737], dont l'un chappelera pain et fera
-tranchouers et sallieres de pain, et porteront et le sel et le pain
-et tranchouers aux tables, et fineront pour la sale de deux ou trois
-couloueres pour gecter le gros relief[738] comme souppes, pain trenché
-ou brisié, tranchouers, chars et telles choses: et deux seaulx pour
-gecter et recueillir brouets, sausses et choses coulans[739].
-
-_Item_, convient un ou deux porteurs d'eaue. _Item_, sergens grans et
-fors à garder l'uis.
-
-_Item_, deux escuiers de cuisine et deux aides avec eulx pour le
-dressouer de cuisine, desquels l'un ira marchander de l'office de
-cuisine, de paticerie et du linge pour six tables; ausquelles convient
-deux grans pos de cuivre pour vint escuelles, deux chaudières, quatre
-couloueres, un mortier et un pestail[740], six grosses nappes pour
-cuisine, trois grans pos de terre à vin, un grant pot de terre pour
-potage, quatre jattes et quatre cuillers de bois, une paelle de fer,
-quatre grans paelles à ance, deux trépiers et une cuillier de fer.
-Et aussi marchandera de la vaisselle d'estain: c'est assavoir dix
-douzaines d'escuelles, six douzaines de petits plas, deux douzaines et
-demie de grans plas, huit quartes, deux douzaines de pintes, deux pos à
-aumosne[741].
-
-_Item_, que[742] l'ostel; sur quoy est assavoir que l'ostel de
-Beauvais[743] cousta à Jehan du Chesne[744] quatre francs; tables,
-tresteaulx, fourmes _et similia_, cinq francs; et la chappellerie luy
-cousta quinze francs.
-
-Et l'autre escuier de cuisine ou son aide ira avecques le queux vers le
-bouchier, vers le poullaillier, l'espicier, etc., marchander, choisir
-et faire apporter, et paier portages; et auront une huche fermant à
-clef où seront les espices, etc., et tout distribueront par raison et
-mesure. Et après ce, eulx ou leurs aides retrairont et mettront en
-garde le surplus en corbeillons et corbeilles,[745] en huche fermant
-pour eschever le gast et excès des mesnies.
-
-Deux autres escuiers convient pour le dressouer de sale, qui livreront
-cuilliers et les recouvreront: livreront hanaps, et verseront tel
-vin comme chascun leur demandera pour ceulx qui seront à table, et
-recouvreront la vaisselle[746].
-
-Deux autres escuiers pour l'eschançonnerie, lesquels livreront vin pour
-porter au dressouer, aux tables et ailleurs; et auront un varlet qui
-traiera le vin.
-
-Deux des plus honnestes et mieulx savans[747], qui compaigneront
-tousjours le marié et avec luy yront devant les mets.
-
-Deux maistres d'ostel pour faire lever[748] et ordener l'assiette des
-personnes[749], un asséeur et deux serviteurs pour chascune table,
-qui serviront et desserviront: getteront le relief ès corbeilles, les
-sausses et brouets ès seilles ou cuviers, et retrairont et apporteront
-la desserte des mets aux escuiers de cuisine ou autres qui seront
-ordonnés à la sauver, et ne porteront riens ailleurs.
-
-L'office du maistre d'ostel est de pourveoir des salières pour la
-grant table; hanaps, quatre douzaines; gobelets couvers dorés, quatre;
-aiguières, six; cuilliers d'argent, quatre douzaines; quartes d'argent,
-quatre; pos à aumosne, deux; dragouers, deux.
-
-Une chappelière[750] qui livrera chappeaulx le jour du regard[751] et
-le jour des nopces.
-
-L'office des femmes est de faire provision de tapisseries, de ordonner
-à les tendre, et par espécial la chambre parer et le lit qui sera
-benoist[752].
-
-Lavendière pour tressier[753].
-
-Et _nota_ que se le lit est couvert de drap, il convient penne de menu
-vair: mais s'il est couvert de sarge, de broderie, ou couste-pointe de
-cendail, non.
-
- * * * * *
-
-L'ordonnance pour les nopces Hautecourt[754], pour vint escuelles, ou
-mois de Septembre:
-
-Assiette: roisins et pesches ou petis pastés.
-
-Potages: civé, quatre lièvres et veau; ou pour blanc mengier vint
-chappons, deux sols quatre deniers pièce, ou poules.
-
-Rost: cinq cochons, vint hétoudeaux, deux sols quatre deniers pièce;
-quarante perdriaux, deux sols quatre deniers pièce. Mortereul
-ou[755]...
-
-Gelée: dix poucins, douze deniers; dix lappereaulx, un cochon;
-escrevices, un cent et demy.
-
-Fromentée, venoison, poires et noix. _Nota_ que pour la fromentée
-convendra trois cens oeufs.
-
-Tartelettes et autres choses, ypocras et le mestier, vin et espices.
-
-Souper.--Gravé de douze douzaines d'oiselets ou de dix canets, ou
-bouly lardé de venoison fresche. Pastés de quarante lappereaulx, vint
-poucins, quarante pigons; quarante darioles ou soixante tartelettes.
-
-_Nota_ que trois oiselets en une escuelle, c'est assez; toutesvoies
-quant l'en a jugiers[756] de chappons _vel similia_, l'en met trois
-oiselès et demi jugier avec, en l'escuelle.
-
-
-LA QUANTITÉ DES CHOSES DESSUS-DICTES.
-
-Au boulengier, _ut supra_ ès autres nopces précédens.
-
-Au pasticier, _ut supra_.
-
-Eschançonnerie, _ut supra_.
-
-Au bouchier, trois quartiers de mouton pour faire les souppes aux
-compaignons, un quartier de lart pour larder, un quartier de veel de
-devant pour le blanc mengier; pour les servans, venoison.
-
-A l'oubloier, douzaine et demie de gauffres fourrées faites, c'est
-assavoir de fleur de farine pettrie aux oeufs et des leches de frommage
-mises dedens, et dix-huit autres gauffres pettries aux oeufs et sans
-fromage. _Item_, douzaine et demie de gros bastons, c'est assavoir
-farine pettrie aux oeufs et pouldre de gingembre batue ensemble et mis
-en la fourme, et aussi gros comme une andoulle: et lors mettre entre
-deux fers sur le feu. _Item_, douzaine et demie d'autres bastons et
-autant de portes.
-
-_Item_, convient au dit regard envoier (oultre le fait dudit oubloier)
-cinquante pommes de blandureau, les chappeaulx et les ménestriers.
-
-_Item_, audit oubloier, le service du jour des nopces _ut supra_ ès
-nopces précédens.
-
-Au poullaillier, les rots et la volaille et venoison _ut supra_.
-
-Ès halles et à la Porte-de-Paris, les choses appartenans _ut supra_.
-
-Au saussier, une quarte de cameline pour le disner, et à soupper deux
-quartes de moustarde.
-
-A l'espicier, espices de chambre: dragée, succre rosat, noisettes
-confites, chitron et _manus-christi_[757], quatre livres pour tout.
-_Item_, ypocras. Espices de cuisine: poudre blanche, une livre; poudre
-fine, demie livre; poudre de canelle, demie livre pour blanc mengier.
-Menues espices, deux onces. Succre en pierre, trois livres; trois
-pommes grenades; dragée blanche et vermeille, demie livre; amandes, six
-livres; fleur de ris, une livre; un quart de froment mondé.
-
-Au cirier furent prinses torches et flambeaux à trois sols la livre,
-et à deux sols six deniers de reprinse.
-
-_Item_, pour louage de linge, c'est assavoir pour six tables, trois
-grans pos de cuivre, pour seize douzaines d'escuelles, deux chaudières,
-deux[758] couloueres, un mortier, un pestail, six grosses nappes pour
-cuisine, trois grans pos de terre à vin, un grant pot de terre pour
-potage, quatre jattes, quatre cuilliers de bois, une paelle de fer,
-quatre grans paelles à ance, deux trépiés et une cuillier de fer
-percée; pour ce, cinquante-six sols parisis.
-
-Vaisselle d'estain: dix douzaines d'escuelles, six douzaines de petis
-plas, deux douzaines et demie de grans plas, huit quartes, deux
-douzaines de pintes, deux pos à aumosne; pour tout ce, seize sols.
-
-En Grève, _ut supra_ ès autres nopces.
-
-_Nota_ que pour ce qu'ils[759] estoient vefves, ils espousèrent bien
-matin en leurs robes noires et puis se vestirent d'autres.
-
-_Nota_ des mises extraordinaires pour les nopces Jehan du Chesne. Au
-queux quatre francs et demi, et aides et portages, un franc: pour
-tout, cinq francs et demi. Au concierge de Beauvais, quatre francs:
-pour tables tréteaulx _et similia_, cinq francs. A la chappellière,
-quinze frans. Eaue, vint sols. Menestrels huit francs, sans les
-cuillers et autres courtoisies[760]; et feront le regart[761] et les
-acrebades[762]. Sergens deux frans. Herbe vert, huit sols. Flambeaux et
-torches, dix frans. Vaisselle de cuisine, nappes, touailles et voirres,
-sept frans. Pots d'estain, quatre frans.
-
-
-
-
-DE LA DEUXIÈME DISTINCTION
-
-LE QUINT ARTICLE
-
- QUI PARLE DE COMMANDER, DEVISER ET FAIRE FAIRE TOUTES MANIÈRES DE
- POTAIGES, CIVÉS, SAULSES ET TOUTES AUTRES VIANDES.
-
-
-Or convient maintenant monstrer des appareils des viandes dessus
-nommées, mais, _primo_, te convient savoir aucuns termes généraulx
-lesquels tu pourras recueillir plus largement par aucunes additions qui
-sont çà et là parmi ce livre, c'est assavoir des lieures des potages,
-comme de pain, d'oeufs, d'amidon, de fleur[763], etc., et par tous les
-potages lians.
-
-_Item_, pour garder que ton potage ne s'aourse, tu le dois remuer ou
-fons du pot et regarder que les tisons ne touchent au fons, et s'il est
-jà commencé à aourser, tu le dois tantost changier en un autre pot[764].
-
-_Item_, de lait garder de tourner.
-
-_Item_, que le pot ne s'envoise de dessus le feu.
-
-Ès potaiges, l'en doit mettre les espices très bien broiées et non
-coulées, et au plus tart. Ès sausses et en gelée _secus_[765].
-
-Congnoistre espices, comme devant le quint article[766].
-
-_Item_, POUR PORS TUER.--L'en dit que l'en doit tuer les
-masles ès mois de Novembre, et les fumelles en Décembre; et ainsi est
-leur saison, à l'exemple que l'en dit: _géline de Février_.
-
-_Item_, pour faire boudins, aiez le sang du porc recueilli en un bel
-bacin ou paelle, et quant vous aurez entendu à vostre pourcel veoir
-deffaire, et fait laver très bien et mis cuire vostre froissure, et
-tandis qu'elle cuira, ostez du fons du bacin les coles du sang et
-gettez hors; et après, aiez oignons pelés et mincés jusques à la
-montance de la moitié du sang, avec la montance de la moitié de la
-gresse qui est entre les boyaulx, que l'on appelle l'entrecerelle[767]
-des boyaulx, mincée menue comme dés, ensemble un petit de sel broyé, et
-gettez ou sang. Puis, aiez gingembre, clou, et pou de poivre, et broiez
-tout ensemble. Puis, aiez les menus boyaulx bien lavés, renversés et
-essangés[768] en rivière courant, et pour oster la freschumée[769],
-aiez-les mis en une paelle sur le feu, et remuez; puis, mettez sel
-avec; et faites seconde fois, et encores troisième fois: et puis lavez,
-et après renversez et les lavez, puis mettez essuier sur une touaille;
-et les pousser et estraindre[770] pour seicher. (L'en dit l'entrecerele
-et sont les gras boiaulx qui ont gresse dedens que l'en arrache à
-un coustel). Après ce que vous aurez mis et adjousté par esgales
-portions et quantités, pour autant de sang moitié d'oignons, et pour
-autant de sang, au quart de gresse, et puis quant vos boudins seront
-de ce emplis, faites-les cuire en une paelle en l'eaue de froissure,
-et picquiez d'une espingle quant ils s'enflent, ou autrement ils
-crèveroient.
-
-_Nota_ que le sang se garde bien deux jours, voire trois, puis que les
-espices sont dedens. Et aucuns pour espices, ont poulieul[771], grant
-sarriette, ysope, marjolaine, queullis[772] quant ils sont en fleur et
-puis séchés, pilés, pour espices. Et quant à la froissure, mettez-la en
-un pot de cuivre pour cuire au feu, tout entière et sans sel, et mettez
-le long de la gorge dehors le pot, car par la froissure s'escumera; et
-quant elle sera cuite, si l'ostez et pour faire le potage la regardez.
-
-Pour faire boudins de foie, prenez deux morceaulx de foie, deux
-morceaulx de mol, un morcel de gresse, et mettez en un bouel[773]
-avecques du sang: et au surplus comme dessus.
-
-_Nota_ que l'en fait bien boudins du sang d'une oé[774], mais qu'elle
-soit maigre, car de la maigre les boyaulx sont plus larges que de la
-grasse.
-
-_Quæritur_[775] comment les boyaulx seront renversés pour laver;
-_responsio_: à un fil de lin et un fil d'archal long comme la verge
-d'un jaugeur.
-
-_Nota_ que aucuns pendent en Pasquerés[776] leurs pourceaulx, et
-l'air les jaunist; et pour ce les vault mieulx tenir ou salouer comme
-ils font en Picardie, combien que la char n'en soit pas si ferme, ce
-semble; toutesvoies est-ce trop plus bel service du lart qui est bel et
-blanc que du jaune, car quelque bonté qu'il ait ou jaune, il est trop
-reprouchié et donne descouragement quant l'en le voit[777].
-
-Pour faire andoulles.--_Nota_ que les andoulles sont faictes du boiau
-culier et autres boyaulx gros, lesquels gros sont remplis des autres
-pour faire saucisses; et iceulx boyaulx menus, quant l'en les veult
-mettre ès andoulles, sont fendus au long en quatre parties. _Item_,
-de la pance qui est fendue par lesches, fait-l'en andoulles; _item_,
-de la char qui est dessoubs les costelettes; _item_ des fagoés et
-autres choses qui sont entour la haste-menue, quant l'en ne veult
-point retenir celle haste-menue entière.--Mais premièrement, iceulx
-boyaulx sont deffreschumés en la paelle avec du sel, deux ou trois
-fois, comme dessus est dit des boyaulx pour boudins. Et les autres
-choses dessus-dictes, dont le dit boyau culier et autres dont l'en
-fait andouilles doivent estre remplis, seront premièrement plungiés et
-pouldrés de la pouldre de poivre demie once, et du fanoil un sixain,
-broiés avec un petit de sel et attrempéement mis, tout broié menu,
-avec les espices; et quant icelles andoulles sont ainsi ensachées et
-emplies, l'en les porte saler avec le lart et dessus le lart.
-
-Costelettes de fresche saleure, rosties sur le gril.
-
-Eschinées et jambons salés de trois jours naturels, aux pois.
-
-_Nota_ que se un jambon est salé de longue saleure comme d'un mois,
-il convient dès le soir devant le mettre tremper en eaue froide, et
-l'endemain rere[778] et laver en eaue chaude pour mettre cuire, ou
-mettre cuire _primo_ en eaue et en vin, et gecter ceste première
-boulure, et puis cuire en autre eaue.
-
-Cy après s'ensuivent tous les noms particuliers qui sont ès yssues d'un
-porc, qui sont vendues à la tripperie sept blans.
-
-_Primo_, quant le porc est décoré[779], le sang et les coles yssent
-premièrement, et en fait-l'en boudins qui veult. _Item_ et en la
-froissure sont et appartiennent 1º en sain; 2º la haste-menue; 3º le
-chaudun[780].
-
-Le sain est le sain qui est entre les boyaulx et la haste-menue.
-La froisseure, c'est le foie, le mol, le cuer et la langue. La
-haste-menue, c'est la rate: et à icelle tient bien la moitié du foie
-et les rongnons; et l'autre moitié du foie tient à la froissure,
-entre le mol et le cuer. Le chaudun, ce sont les boyaulx que l'en dit
-l'entrecerele des boyaulx, et aussi sont-ce les boyaulx menus dont l'en
-fait boudins et saucisses, et aussi en est la pance.
-
-Ès yssues du mouton a la froissure à laquelle sont la panse et
-la caillette, les quatre piés et la teste; et couste tout, deux
-parisis[781] à la tripperie.
-
-Les yssues du veel coustent à la triperie, deux blans, c'est assavoir
-la froissure, et y a la teste et la fraze et la pance et les quatre
-piés.
-
-_Nota_, la fraze[782] c'est la caillette, la pance et les boyaulx,
-lesquels les tripiers vendent tous nettoiés, lavés et appareillés,
-trempans en belle eaue nette; mais ceulx qui les achettent ne
-s'attendent pas aux tripiers de leur appareil, mais les lavent en deux
-ou en trois paires d'eaues chaudes, et les eschaudument de nouvel avec
-du sel; et puis mettre cuire en eaue sans sel, tant que toute icelle
-soit beue, puis nourrir d'eaue de mouton, et mettre des herbes, de
-l'eaue, et du saffran en un plat avecques la fraze, et mengier comme
-trippes, au sel et au vertjus.
-
-_Nota_, cy grant diversité de langage, car ce que l'en dit du porc
-la fressure, c'est le foie, le mol et le cuer; et ce que l'en dit la
-fressure de mouton, c'est la teste, la pance, la caillette et les
-quatre piés; et ce que l'en dit la fressure d'un veel, c'est la teste,
-la fraze, la pance et les quatre piés; et ce que l'en dit la fressure
-d'un beuf, c'est la pance, le psaultier, la franche-mule, la rate, le
-mol et le foie et les quatre piés; et de venoison, autrement et par
-autres noms. (_Quæritur_[783] la cause de ceste diversité sur ce seul
-mot fressure.)
-
-VENOISON DE CERF OU AUTRE.--Qui la veult saler en esté, la
-convient saler en cuvier ou baignoire[784], gros sel broié, et après
-séchier au soleil. Seimier[785] _id est_ le coyer, qui est salé, l'en
-le doit cuire en la première eaue et vin pour le premier boullon pour
-oster son sel: et puis getter eaue et vin, et après mettre parcuire en
-boullon de char et des navès, et servir par lesches avec de l'eaue en
-un plat et venoison.
-
-_Item_, qui a navès jeunes et petis, l'en la doit cuire en eaue et sans
-vin pour le premier boullon, puis getter l'eaue, et puis parcuire en
-eaue et vin et des chateingnes dedens, ou qui n'a chateingnes, de la
-sauge: puis servir comme dessus.
-
-En Juin et en Juillet, beuf et mouton salé par pièces est bien cuit à
-l'eaue et aux ciboulles; salé du matin au vespre ou d'un jour au plus.
-
- * * * * *
-
-Les bouchiers de Paris[786] tiennent que en un beuf, selon leur stile
-et leur parler, n'a que quatre membres principaulx: c'est assavoir les
-deux espaules, les deux cuisses, et le corps de devant tout au long,
-et le corps de derrière tout au long. Car les espaules et les cuisses
-levées, l'en fent le beuf par les deux costés et fait-l'en du devant
-une pièce, et du derrière une autre; et ainsi est apporté le corps du
-beuf à l'estal, se le beuf est petit ou moïen: mais s'il est grant, la
-pièce de devant est fendue depuis en deux tout au long, et la pièce
-de derrière aussi, pour apporter plus aisiéement. Ainsi avons-nous
-maintenant du beuf six pièces, dont les deux poictrines sont levées
-au premier, et puis les deux souppis qui là tiennent qui sont bien de
-trois piés de long et demy-pié de large, eu venant par en bas et non
-pas par en hault. Et puis couppe-l'en le flanchet: et puis si a la
-surlonge qui n'est mie grantment plus espais de trois dois[787] ou
-de deux. Puis, si a la longe qui est au plus près de l'eschine, qui
-est espoisse d'une grosse poignée; puis si a le filet que l'en appelle
-le nomblet, qui est bien d'un pié de long et non plus; et tient l'un
-bout au col et l'autre au rongnon, et est du droit de celluy qui tient
-les piés des beufs à l'escorcher, et le vent à un petit estal qui est
-au-dessous[788] de la grant Boucherie; et est de petite valeur.
-
-_Item_, selon ce que les beufs sont grans, l'en fait et vent à la
-Porte[789] plus de pièces de l'un des membres devisés que de l'autre.
-Si ne sçay comment la taille des bourgois[790] se peut proportionner
-en compte justement avec les bouchiers, car le bon beuf couste vingt
-livres où l'autre ne couste que douze[791].
-
-_Item_, les yssues du beuf coustent à la triperie huit sous: c'est
-assavoir la fressure en laquelle sont la pance, le saultier[792], la
-franche mule[793], la rate, le mol[794], le foie et les quatre piés.
-
-_Item_, à Besiers, depuis la Saint-Andry[795] qui est devant Noël, l'en
-sale les moutons par quartiers, par bien frotter de sel et refrotter,
-et tant et tant, et puis mettre les quartiers l'un sur l'autre huit
-jours, et puis mettre à la cheminée.
-
-Se tu veulx saler char de beuf ou de mouton en yver, aies de gros sel
-et le sèche en la paelle très-bien, puis le broies bien menu, et sales.
-
-Et _nota_ que en Juin et Juillet mouton veult estre trempé, puis salé.
-
-LANGUE DE BEUF SALÉE. En la saison qu'il fait bon saler,
-prenez des langues de beuf une quantité et les parboulez un petit, puis
-les réez et pelez, puis les salez l'une sur l'autre, et les laissiez
-en sel huit ou dix jours, puis les pendez à la cheminée, le remenant
-de l'iver: puis les pendez en un lieu sec, un an ou deux ou trois ou
-quatre.
-
-OÉ doit estre salée de trois jours naturels.
-
-FOUQUES salées de deux jours sont bonnes aux choux.
-
-COULONS RAMIERS aussi; _nota_ que ils viennent de trois ans en
-trois ans.
-
-Se un lièvre est pris quinze jours ou trois sepmaines devant Pasques,
-ou en autre temps que l'en le vueille garder, effondrez-le et lui ostez
-les entrailles, puis luy fendez la pel[796] de la teste et luy rompez
-et cassez, et faictes une ouverture ou test et ostez la cervelle et
-emplez le creux de sel et recousez la pel; il se gardera un mois s'il
-est pendu par les oreilles.
-
-_Nota_ que un des meilleurs morceaulx ou pièces de dessus le beuf, soit
-à rostir ou cuire en l'eaue, c'est le noyau du beuf; et _nota_ que
-le noyau du beuf est la pièce après le col et les espaules. Et aussi
-icelle pièce est souverainement bonne tranchée par lesches, mise en
-pasté; et quant le pasté est cuit, gettez dedens sausse de lamproye.
-
-ANGUILLE. Faictes-la mourir en sel et la laissiez illec trois
-jours naturels toute entière, puis soit eschaudée, osté le limon,
-tranchée par tronçons, cuite en l'eaue et aux ciboules. Et se vous
-la voulez saler du vespre au matin, estuviez-la et effondrez, puis
-tranchiez par tronçons, et salez et frottez très-bien chascun tronçon
-en fort sel; et se vous la voulez plus avancer, broyez du sel et
-frottez chascune couppure de tronçon et la hochez en sel entre deux
-escuelles. Cuite comme dessus et mengée à la moustarde.
-
-HARENC QUAQUE soit mis en eaue fresche et laissié trois jours
-et trois nuis tremper en foison d'icelle eaue, et au bout de trois
-jours soit lavé et mis en autre eaue fresche deux jours tremper, et
-chascun jour changier son eaue deux fois. Et toutesvoies le menu et
-petit harenc veult moins tremper, et aussi est d'aucun harenc qui de sa
-nature veult moins tremper l'un que l'autre.
-
-HARENC SOR. L'en congnoist le bon à ce qu'il est meigre et a
-le dos espois, ront et vert; et l'autre est gras et jaune ou a le dos
-plat et sec.
-
-
-POTAGES COMMUNS SANS ESPICES ET NON LIANS.
-
-Et primò POTAGE DE POIS VIELZ.--Convient eslire[797], et
-savoir aux gens du lieu la nature des pois d'icelluy lieu, (car
-communément les pois ne cuisent pas bien d'eaue de puis: et en aucuns
-lieux ils cuisent bien d'eaue de fontaine et d'eaue de rivière,
-comme à Paris, et en autres lieux, ils ne cuisent point d'eaue de
-fontaine[798], comme à Bésiers) et ce sceu, il les convient laver en
-une paelle avec de l'eaue tiède, puis mettre en un pot et de l'eaue
-tiède avec au feu, et faire boulir tant qu'ils soient bayens[799]. Puis
-purer[800] la purée et la mettre à part, puis emplir le pot aux pois
-d'eaue tiède et mettre au feu et les repurer secondement, qui veult
-avoir plus largement purée: et puis remettre sans eaue, car ils en
-gecteront assez et bouldront en icelle; et ne convient point mettre la
-cuillier dedens le pot puis qu'ils sont purés, mais hocher le pot et
-les pois ensemble, et petit à petit les paistre de l'eaue tiède ou plus
-chaude que tiède et non de la froide, et faire boulir et cuire du tout
-avant que tu y mettes quelque chose que eaue chaude soit de la char ou
-autre: ne n'y met sel, ne lart, ne affaitement quelsconques jusques à
-ce qu'ils soient tous cuis. De l'eaue du lart y pues tu bien mettre et
-de l'eaue de la char, mais l'en n'y doit point mettre de sel, non mie
-bouter la cuillier, jusques à ce qu'ils soient bien cuis; toutesvoies,
-l'en les peut bien remuer à tout le pot.
-
-A jour de char, l'en doit, après ce qu'ils sont purés, paistre de
-l'eau du lart et de la char, et quant ils seront presque cuis, l'en
-peut mettre le lart dedens; et quant l'en trait le lart d'iceulx pois,
-l'en le doit laver de l'eaue de la char, afin qu'il en soit plus bel à
-mettre par lesches sur la char, et qu'il n'appere point crotté de pois.
-
-A jour de poisson, quant les pois sont cuis, l'en doit avoir oignons
-qui aient autant cuit comme les pois en un pot et le lart en autre
-pot[801], et[802] que de l'eaue du lart l'en paist et sert les pois,
-tout ainsi, à jour de poisson, quant l'en a mis ses pois au feu en
-un pot, l'en doit mettre à part ses ongnons mincés[803] en un autre
-pot, et de l'eaue des oignons servir et mettre dedens les pois en
-paissant; et quant tout ce est cuit, frire les oignons et en mettre la
-moictié ès pois, et l'autre en la purée dont il sera parlé cy-après,
-et lors mettre du sel. Et se à ce jour de poisson ou en karesme il y a
-craspois[804], l'en doit faire des craspois comme de lart en jour de
-char.
-
-Quant est de pois nouveaulx, aucunes fois ils sont cuis à jour de char
-et à l'eaue de char et du percil broié, pour faire potage vert, et
-c'est à jour de char; et à jour de poisson, l'en les cuit au lait, du
-gingembre et du saffran dedens; et aucunes fois à la cretonnée dont il
-sera parlé cy-après.
-
-De tous iceulx pois, soient viels, soient nouveaulx, l'en en peut faire
-de coulés en un buletel[805], estamine[806] ou sacs[807]; mais les
-vielz pois, l'en les doit jaunir de saffran broyé dont l'eaue soit mise
-boulir avec les pois et le saffran avec la purée.
-
-Autres pois y a qui sont en cosse avec du lart dedans.
-
-_Item_, cretonnée de pois nouveaulx, trouverez vous ou chappitre
-ensuivant.
-
-De purée à jour de char l'en ne tient compte. A jour de poisson et en
-karesme, l'en frit les oignons dont cy-dessus ou chappitre précédent
-est parlé, et puis l'uille en quoy les oignons sont fris et iceulx
-oignons l'en met dedans[808] avec chappeleures de pain, gingembre, clo
-et graine broiés: et deffait de vinaigre et vin, et y met-l'en un petit
-de saffren, puis dressiez souppes[809] en l'escuelle.
-
-_Item_, de purée fait l'en civé[810] à jour de poisson. Si ne le remue
-point et l'oste tantost de dessus le feu, etc.[811]
-
-_Item_, de purée aliez[812] vostre porée de bettes et sera très-bon
-potage, mais que vous n'y mettez point d'autre eaue; et est pour porée
-de karesme[813].
-
-_Nota_ que si tost que tu apparcevras que ton potage s'aoursera, si
-le fay plus cler, car il s'aourse d'estre trop espois; et le remue
-tousjours ou fons du pot qui aura esté aoursé, avant que tu y mettes
-riens plus.
-
-Véez-cy comment l'en cuit les oignons: en l'eaue longuement avant les
-pois, et tant que l'eaue soit toute dégastée au cuire; puis y met-l'en
-de la purée pour les parcuire et oster la saveur de l'eaue.
-
-Aussy les oïttres sont _primo_ lavées en eaue chaude, puis parboulies,
-puis doivent estre parcuites en la purée afin que la saveur d'icelles
-demeure en la purée, et non point escumées, puis oster les oïttres et
-frire qui veult, et en mettre une partie ès escuelles, et de l'autre
-partie font mès.
-
-FÈVES vieilles qui sont pour cuire à toute l'escorce doivent
-estre trempées et mises au feu en un pot dès le soir devant et toute
-la nuit; puis getter celle eaue, et mettre cuire en une autre eaue,
-puis les purer comme pois, pour oster celle première forte saveur, et
-puis cuire à l'eaue de la char et au lart comme dit est devant à l'eaue
-des pois, ou à jour de poisson à l'eaue doulce, et puis après mettre
-de l'uile: ou à l'eaue des oignons et aux oignons. Et qui en veult de
-coulés, fasse comme des pois.
-
-_Item_, les fèves seront frasées en Pasquerés en ceste manière, c'est
-assavoir qui en vouldra de frasées, il les convient eslire, laver, et
-sans tremper mettre les fèves à toute l'escorce en un pot au feu en
-eaue frémiant, et laissiez boulir jusques à ce que l'escorce soit ridée
-et grédelié; et puis tiré arrière du feu, et puisié à une cuillier,
-et les escorcher et fraser en leur chaleur, l'une cuillerée après
-l'autre, et getter en eaue froide. Après ce, les convient laver en eaue
-tiède comme les pois, puis les mettre cuire en eaue froide, et quant
-elles seront boulies comme bayennes, les purer: et getter la purée, et
-remplir de boullon de char se c'est à jour de char, ou d'autre eaue se
-c'est à jour de poisson; à affaitier à l'uille et à l'oignon bien cuit,
-puis frit: ou affaitié au beurre. Et pevent estre reverdies de fueilles
-de fèves nouvelles broyées, deffaites d'eaue chaude et coulées; puis
-faire comme des autres, soit à jour de char au lart, ou à jour de
-poisson.
-
-_Item_, cretonnée de fèves nouvelles se fait comme vous trouverez ou
-chappitre ensuivant.
-
-_Item_, qui veult en tous les mois de l'an mengier fèves sentans et
-ayans saveur de fèves nouvelles, aiez et plantez chascun mois des
-fèves, et de ce qui sera le plus tendre qui croistra dehors terre
-prenez ainsi comme une pongnée, et broyez et mettez en vos fèves, et
-vos fèves blanchiront et aront couleur et saveur de fèves nouvelles.
-
-_Item_, fèves nouvelles doivent premièrement estre cuites jusques à
-bayennes[814], puis purer, et après boulir dedens la purée grosses
-souppes de deux dois d'espois et de pain brun, puis mettre en un
-chascun[815] des fèves deux d'icelles souppes et du sel par-dessus.
-
-_Item_, quant elles sont baiennes et purées, l'en les peut frire à
-la gresse de la ribelette[816] puis mettre un petit de pouldre[817]
-par-dessus.
-
-L'en congnoist les fèves des marais à ce qu'elles sont plates, et
-les fèves des champs sont rondes.--_Item_, à la dent l'en les treuve
-doulces et l'escorce tendre, et les autres au contraire.
-
-_Item_, qui veult fraser fèves nouvelles, il les convient premièrement
-fendre au long au coustel, et quant tout est fendu, les peler à la main.
-
-_Nota_ que en Aoust commence-l'en à mengier fèves et pois coulés à la
-char salée; et _nota_ que un jambon de porc doit estre salé de trois
-jours naturels, et lors est fin bon.
-
-_Nota_ encores de fèves et de pois, que cretonnée de fèves et de pois
-est ou chappitre des _Potages lians_.
-
-PORÉE. Trois manières de porées sont selon le dit des queux
-qui les nomment, l'une porée blanche, l'autre porée vert, l'autre porée
-noire.
-
-Porée blanche est dicte ainsi pour ce qu'elle est faite du blanc des
-poireaux, à l'eschinée, à l'andoulle et au jambon, ès saisons d'automne
-et d'iver, à jour de char; et sachez que nulle autre gresse que le porc
-n'y est bonne. Et premièrement l'en eslit, lave, mince et esverde les
-poreaux, c'est assavoir en esté, quant iceulx poreaux sont jeunes: mais
-en yver, quant iceulx poreaux sont plus viels et plus durs, il les
-convient pourboulir en lieu d'esverder, et se c'est à jour de poisson,
-après ce que dit est, il les convient mettre en un pot avec de l'eaue
-chaude et ainsi cuire, et aussi cuire des oignons mincés, puis frire
-les oignons, et après frire iceulx poreaux avec les oignons qui jà sont
-fris; puis mettre tout cuire en un pot et du lait de vache, se c'est en
-charnage[818] et à jour de poisson; et se c'est en karesme, l'en y met
-lait d'amandes. Et se c'est à jour de char, quant iceulx poreaux d'esté
-sont esverdés, ou les poreaux d'iver pourboulis comme dit est, l'en
-les met en un pot cuire en l'eaue des saleures, ou du porc et du lart
-dedans.
-
-_Nota_ que aucunesfois à poreaux, l'en fait lioison de pain.
-
-_Item_, porée blanche de bettes se fait comme dessus en eaue de mouton
-et beuf ensemble, mais non point de porc; et à jour de poisson, au lait
-ou d'amandes ou de vache.
-
-_Item_, DE CRESSON EN KARESME AU LAIT D'AMANDES. Prenez
-votre cresson et le mettez pourboulir et une pongnée de bettes avec
-des hachées, et les friolez en huille, puis la mettez boulir en lait
-d'amandes; et en charnage, friolez au lart et au beurre tant qu'il
-soit cuit[819], puis destrempez de l'eaue de la char; ou au frommage
-et dressiez tantost, car il roussiroit. Toutesvoies, se l'en y met
-percil, il ne doit point estre esverdé.
-
-Une espèce de porée[820] que l'en dit espinars et ont plus longues
-feuilles, plus gresles et plus vers que porée commune, et aussi l'en
-appelle espinoches, et se menguent au commencement de karesme.
-
-Nouvelle et première porée[821]. Eslisiez-le, et à eslire ostez les
-grosses costes comme l'en fait des choulx, puis les mettez en eaue
-frémiant sans mincer, et aiez en un pot eaue clere, ou purée, et du
-sel, et mettez la porée dedens icelluy pot cuire, et puis dréciez et
-mettez huille d'olive ou vertjus en l'escuelle, et n'y ait point de
-percil.
-
-Aucunes fois et le plus souvent l'en frit les espinars tous crus, et
-quant ils sont bien fris, l'en met de l'eaue un petit, comme l'en fait
-souppe à l'uille.
-
-_Aliter_, porée de bettes nouvelles soit esverdée en esté quant elle
-est jeune, ou pourboulie en yver quant elle est droite porée vieille,
-selon la considération de sa vieillesse.
-
-Porée de bettes qui est lavée, puis mincée et pourboulie, se tient plus
-vert que celle qui premièrement est pourboulie et puis hachée. Mais
-encores est plus verte et meilleur celle qui est esleue, puis lavée
-et puis mincée bien menu, puis esverdée en eaue froide, puis changer
-l'eaue et laissier tremper en autre eaue, puis espraindre par pelottes
-et mettre au pot boulir ou boullon avec le lart et de l'eaue de mouton;
-et quant elle a un petit bouli et l'en le veult drécier, que l'en mette
-dedens du percil esleu, lavé et haché, et un petit de fanoul jeune, et
-boulir un boullon seulement.
-
-Tout considéré, la porée moins boulue et non pourboulie est la plus
-vert, et le percil ne doit point estre boulu, se très-petit non, car en
-boulant il pert sa saveur.
-
-Porée verte à jour de poisson. Soit eslite, mincée, puis lavée en eaue
-froide sans pourboulir, puis cuite au vertjus et pou d'eaue, et mettre
-du sel, et soit drécée toute boulant bien espoisse sans cler, puis l'en
-mettra dedens, au fons de l'escuelle, dessoubs la porée, du beurre salé
-ou frais qui veult, ou frommage ou frommagée ou vertjus viel.
-
-Porée de minces[822] est en saison, de Janvier jusques à Pasques, et
-encore après.
-
-Et _nota_ que à faire porée au lait d'amandes, le lait ne doit point
-estre coulé par l'estamine; en aucuns autres potages ou à boire, si
-fait.
-
-Porée noire est celle qui est faite à la ribelette de lart; c'est
-assavoir que la porée est esleue, lavée, puis mincée et esverdée en
-eaue boulant, puis fritte en la gresse des lardons; et puis alaier[823]
-d'eaue chaude frémiant (et dient aucuns, qui la laveroit d'eaue froide,
-qu'elle seroit plus laide et noire), puis convient mettre sur chascune
-escuelle deux lardons.
-
-CHOULX sont de cinq manières: les meilleurs sont ceulx qui ont
-esté férus de la gelée, et sont tendres et tost cuis; et en temps de
-gelée ne les convient point pourboulir, et en temps pluyeux, si. (Et
-commence à iceulx pour ce que ce sont de celle année les premiers crus,
-_scilicet_ puis Avril[824], et puis va en descendant vers vendenges,
-Nouel et Pasques.)
-
-Choulx blanc sont en la fin d'Aoust.
-
-Pommes de chou, sur la fin de vendenges. Et quant la pomme d'icelluy
-chou, laquelle est ou milieu, est ostée, l'en arrache et replante en
-terre nouvelle le tronc de ce chou, et en yssent larges feuilles qui
-s'espandent: et tient un chou grant place, et l'en appelle iceulx
-choulx nommés[825] choulx Rommains, et sont mengiés en yver; et des
-troncs, se ils sont replantés, yssent de petits choulx que l'en appelle
-minces, que l'en mengue avec les herbes crues en vinaigre; et qui en a
-foison, ils sont bons esleus, lavés en eaue chaude, et tous entiers mis
-cuire avec un petit d'eaue: et puis quant ils sont cuis, mettre du sel
-et de l'uile, et dréciés bien espois sans eaue, et mettre de l'uille
-d'olive dessus en karesme. Puis y a autres choulx que l'en appelle
-choulx pasquerés pour ce que l'en les mengue en Pasquerez[826], mais
-ils sont semés dès Aoust; et quant après la semence ils sont percreus
-demy-pié de hault, l'en les arrache et plante-l'en ailleurs, et sont
-souvent arrousés.
-
-Aussi tous les choulx dessusdis sont premièrement semés, puis quant ils
-sont creus à demy-pié de hault, sont ostés et replantés.
-
-Et premièrement des pommes, est assavoir que quant icelles pommes sont
-effeuillées, eslites et mincées, il les convient très-bien pourboulir,
-et longuement plus que les autres choulx, car les choulx Rommains
-se veullent le vert des feuilles dessirer par pesches[827], et le
-jaune, c'est assavoir les arrestes ou veines[828], escachées[829] ou
-mortier, puis tout ensemble esverder en eaue chaude, puis espraindre
-et mettre en un pot et de l'eaue tiède, qui n'a assez eaue de char: et
-puis servir du plus gras et[830] de l'eaue de la char, et plusieurs y
-broient du pain.
-
-Et sachez que choulx veulent estre mis au feu dès bien matin, et cuire
-très-longuement et plus longuement que nul autre potage, et à bon feu
-et fort, et doivent tremper en gresse de beuf et non autre, soient
-pommes ou choulx ou quels qu'ils soient, excepté minces. Sachez aussi
-que eaue grasse de beuf et de mouton y est propre, mais non mie de
-porc; celle de porc n'est pas bonne fors pour poreaux.
-
-Après, l'en fait choulx, à jour de poisson, après ce qu'ils sont
-pourboulis, cuire en eaue tiède: et mettre de l'uille et du sel.
-
-_Item_, avec ce, aucuns y mettent du gruyau[831]. _Item_, en lieu
-d'uille, aucuns y mettent beurre.
-
-A jour de char[832], l'en y met pigons, saussisses et lièvre,
-fourques[833] et foison lart.
-
-NAVETS sont durs et mal cuisans jusques à ce qu'ils aient esté
-au froit et à la gelée; l'en leur oste la teste, la queue et autres
-barbillons ou racines, puis sont rés, puis lavés en deux ou en trois
-paires d'eaues chaudes, bien chaudes, puis cuire en chaude eaue de
-char, soit porc, beuf, ou mouton.
-
-_Item_, en Beausse, puis qu'ils sont cuis, l'en les tronçonne et frit
-en la paelle, et gecte l'en pouldre par dessus.
-
-MENUS DE PIÉS. Prenez jugiers[834] et foies et faites cuire
-en vin et en eaue, premièrement les jugiers et au derrenier les
-foies, puis les mettez en un plat et du percil mincié et du vinaigre
-par-dessus. _Item_, de pié de beuf et de mouton et de chevrel.
-
-GRAMOSE[835] est faite[836] de la char froide du giste qui est
-demourée du disner et de l'eaue d'icelle char demourée comme dessus, en
-la manière qui s'ensuit: _primo_, il convient batre quatre ou six oeufs,
-c'est assavoir moyeul et blanc, et batre, batre, et tant qu'ils soient
-dégoutans comme eaue, car autrement ils se tourneroient; et mettre
-autant de vertjus comme les oeufs montent, et faire boulir avec l'eaue
-de la char; et d'autre part faire la char par lesches, et mettre deux
-pièces en l'escuelle, et le brouet par-dessus.
-
-SOUPPE DESPOURVEUE. Aiez du percil et frisiez en beurre, puis
-gettez de l'eaue boulant dessus et faites boulir: et mettre du sel, et
-dréciez vos souppes comme en purée[837].
-
-_Aliter_, se vous avez du beuf froit, si le trenchiez bien menu, puis
-broiez un pou de pain allayé de vertjus et coulez par l'estamine; mise
-en un plat et de la pouldre dessus. Chauffez sur le charbon. C'est bon
-pour trois personnes.
-
-_Aliter_, à jour de poisson, prenez de l'eaue et mettez frémir et des
-amandes dedans; puis escorchez les amandes et les broyez et allaiez
-d'eaue tiède, coulez et mettez boulir avec pouldre de gingembre et
-saffran, et dréciez par escuelles; et en chascune escuelle, une pièce
-de poisson frit.
-
-_Aliter_, à jour de char, prenez du chaudeau de la char, et aiez
-pain trempé ou maigre[838] de l'eaue de la char, puis broyez, et six
-oeufs: puis coulez et mettez en un pot avec de l'eaue grasse, espices,
-vertjus, vinaigre et saffran; faictes boulir un bouillon, puis dréciez
-par escuelles.
-
-_Item_, et qui en une hostellerie, en haste, treuve eaue de char et il
-en veult faire potage, il peut gecter ens des espices et faire boulir,
-puis, au derrenier, filer des oeufs et drécier.
-
-_Aliter_, à jour de poisson, broyez du pain, et destrempez d'eaue, de
-vertjus et du vinaigre, et mettez sur le feu; et quand il frémira,
-mettez jus[839], et mettez les moyeux dedans; puis mettez sur le feu
-et faites à petit feu tant chauffer qu'il bouille, et mettez pouldres
-d'espices et faites vostre souppe.
-
-_Aliter_, faites boulir ou pot un petit de lart, et quant il sera la
-moitié cuit, aiez un maquerel frais, et découpez par tronçons et le
-mettez cuire avec, et puis ostez tout, et mettez du percil hachié
-boulir une onde[840] et dréciez.
-
-POUR CONGNOISTRE BON FROMMAGE. Bon frommage a six conditions.
-_Non Argus, nec Helena, nec Maria Magdalena, sed Lazarus et Martinus,
-respondens pontifici._[841]
-
- Non mie blanc comme Hélaine,
- Non mie plourant com Magdalaine,
- Non Argus, mais du tout avugle,
- Et aussi pesant comme un bugle[842]:
- Contre le poulce soit rebelle,
- Et qu'il ait tigneuse cotelle[843].
- Sans yeulx, sans plourer, non pas blanc,
- Tigneulx, rebelle, bien pesant.
-
-En Juillet, jambon de porc frais cuit à l'eaue jaune et au vertjus de
-grain, un petit de gingembre et de pain: à la sausse rapée.
-
-_Item_, au soupper, char salée du matin cuite à l'eaue et aux ciboules,
-soit beuf ou mouton.
-
-En pois nouveaulx cuis pour mengier en la cosse, l'en doit mettre
-du lart à jour de char: et à jour de poisson, quant ils sont cuis,
-l'en pure l'eaue, et l'en met dessoubs du beurre salé fondre, et puis
-hochier.
-
-
-AUTRES POTAGES QUI SONT A ESPICES ET NOS LIANS.
-
-_Primo_, _nota_ que toutes espices qui doivent estre mises en potages
-doivent estre bien broyées et non coulées, excepté pour gelée; et en
-tous potages, l'en doit mettre les espices le plus tart que l'en puet,
-car tant plus perdent de leur saveur comme plus tost sont mises: et
-doit-l'en couler le pain broyé.
-
-Potage à jour de poisson, _vide[844] pagina proxima præcedente_.
-
-_Aliter_, prenez amandes, eschaudez et pelez et broiez: deffaites
-d'eaue tiède; faites boulir avec pouldre fine et saffran, et en
-chascune escuelle soit mise une moitié de sole frite et du potage
-dessus.
-
-COURGES. Soit pelée l'escorce, car c'est le meilleur: et
-toutesvoies qui vouldra mettre ce[845] dedans, soient ostés les grains,
-jàsoit-ce que l'escorce seule vault mieulx, puis convient tranchier
-l'escorce pelée par morceaux, puis pourboulir, puis hacher longuement,
-puis mettre cuire en gresse de beuf: à la parfin jaunir de saffren ou
-getter dessus du saffren par filés, l'un çà, l'autre là; ce que les
-queux dient _frangié de saffran_.
-
-HERICOT DE MOUTON. Despeciez-le par petites pièces, puis le
-mettez pourboulir une onde, puis le frisiez en sain de lart, et frisiez
-avec des oignons menus minciés et cuis, et deffaites du boullon de
-beuf, et mettez avec macis, percil, ysope et sauge, et faites boulir
-ensemble[846].
-
-_Item_, PASTÉ EN POT DE MOUTON. Prenez de la cuisse[847],
-et gresse ou mouelle de beuf ou de veel haché menu et oignons menus
-hachiés, et faictes boulir et cuire en un pot bien couvert à bien petit
-de boullon de char ou autre eaue, puis mettez boulir dedens espices, et
-un petit de vinaigre pour aguisier, et dréciez en un plat.
-
-_Item_, qui veult saler mouton en temps chault, il le convient tremper
-avant, et puis pouldrer de gros sel broyé.
-
-MOUTON AUSOERRE[848]. Despeciez le mouton par pièces, puis
-lavez et mettez cuire en eaue, puis broyez foison percil et pain, et
-coulez, et mettez ou pot avec espices.
-
-MOUTON AU JAUNET. Despeciez le tout cru, et soit du flanchet;
-et le cuisiez en eaue, puis y broyez une cloche de gingembre et du
-saffran, et allaiez de vertjus, de vin et de vinaigre[849].
-
-TRIPPES AU JAUNET. Qui veult cuire trippes, il n'y convient
-point mettre de sel au cuire, car elles noirciroient.--_Item_, les
-piés, la queue et la caillette qui sont noires, doivent cuire à part,
-et la pance et autres choses blanches, d'autre part[850].
-
-TRUMEL DE BEUF[851] AU JAUNET.[un croix] Soit cuit
-longuement; et qui veult, de la poullaille tuée de deux jours ou d'un
-jour devant soit boulie longuement avec, et des herbes, et puis mis du
-saffran dedans[852].
-
-POTAGE D'UNE PETITE OÉ. Cuisiez très bien vostre petite oé et
-frisiez: puis broiez gingembre, clou, graine et poivre long, du percil
-et un petit de sauge, destrampez de l'eaue de la char ou de la petite
-oé, et mettez du fromage gratuisié[853], et servez en chascune escuelle
-trois pièces de petite oé[854].
-
-BROUET DE CHAPONS. Cuisiez vos chapons en eaue et en vin,
-puis si les despeciez par membres et frisiez en sain, puis broiez les
-braons[855] de vos chapons et les foies et amandes, et deffaites
-de vostre boullon et faites boulir, puis prenez gingembre, canelle,
-girofle, garingal, poivre long et graine de paradis, et deffaites de
-vinaigre et faites boulir; et au dressier, mettez vostre grain[856] par
-escuelles, et dressiez le potage sus.
-
-CHAPONS AUX HERBES.--VEEL AUX HERBES. En yver chapons tués,
-mouillés et puis mis six jours à la gelée, et en esté mors de deux
-jours (sans soleil) ou estouffés soubs une couste; mettez cuire en eaue
-et du lart avec pour donner appétit, et mettez percil, sauge, coq et
-ysope, un petit de vertjus pour aiguisier, et du gingembre bien petit,
-et saffran pour donner couleur. C'est potage propre s'il fait froit,
-mais s'il fait chault, il ne convient n'en l'un n'en l'autre[857] fors
-lart et saffran[858].
-
-GRAVÉ D'OISELETS OU D'AUTRE CHAR. Soient plumés à sec[859],
-puis aiez du gras du lart décoppé comme par morceaulx quarrés, et
-mettez au fer de la paelle[860] et en traiez la graisse et là les
-frisiez; puis mettez cuire ou boullon de la char, puis prenez pain
-hallé sur le gril ou chappelleures de pain trempées ou boullon de
-la char et un petit de vin; puis prenez gingembre, girofle, graine
-et fleur de canelle et les foies, et les broyez; et puis coulez
-vostre pain et boullon par l'estamine et les espices broyées à fin
-et sans couler; et mettre boulir avec vos oiselets et un petit de
-vertjus.--_Item_, qui n'a boullon, si mette purée de pois.--_Item_, ne
-doit point estre trop lyant, mais claret; doncques ne convient-il que
-le pain ou les foies pour lier[861].
-
-GRAVÉ OU SEYMÉ[862] est potage d'iver. Pelez oignons et les
-cuisiez tous hachiés, puis les frisiez en un pot; or convient avoir
-vostre poullaille fendue sur le dos et hallée sur le gril au feu de
-charbon, ou se c'est veel, aussi; et qu'ils soient mis par morceaulx
-soit veel, ou par quartiers se c'est poulaille, et les mettez avec
-les oignons dedans le pot; puis avoir pain blanc harlé sur le gril et
-trempé au boullon d'autre char: et puis broyez gingembre, clou, graine
-et poivre long, deffaire de vertjus et de vin, sans couler, mettre
-d'une part: puis broyer le pain et couler par l'estamine et mettre au
-brouet, et tout couler ensemble et boulir; puis drécier.
-
-_Nota_ que l'en dit _seurfrire_ pour ce que c'est en un pot, et se
-c'estoit en une paelle de fer, l'en diroit _frire_.
-
-GRAVÉ D'ESCREVICES. Mettez boulir vos escrevices, et quant
-elles seront cuites, soient eslites comme qui les vouldroit mengier, et
-ostez le mauvais de dedans, puis aiez des amandes pelées et broyées,
-deffaites[863] de purée de pois coulée par l'estamine, et du pain
-harlé ou des chappeleures trempées en purée, broyées et coulées par
-l'estamine, puis aiez gingembre, canelle, graine et clou: broyez,
-et tout mis en un pot, et un petit de vinaigre et boulu ensemble,
-puis drécié par escuelles, et soit mis dedens chascune escuelle les
-escrevisses frictes en huille et de l'autre poisson frit.
-
-_Item_, qui veult faire _tuille d'escrevisses_, ainsi se peut-il faire,
-mais forment les escailles des escrevisses[864].
-
-Et qui au brayer[865] veult trouver grant avantaige, face les coquilles
-des escrevisses seicher en un four dedens un pot ou en une paelle de
-terre, puis broier en un mortier à espicier, et puis couler à leur plus
-délié sasses, puis de rechief séchier au four, puis broyer et sasser,
-et après mettre ou potage; et croy que ce serre.
-
-BOUSSAC DE CONNINS. Premièrement, les connins de garenne
-sont congneus à ce qu'ils ont le hasterel[866], c'est assavoir depuis
-les oreilles jusques vers les espaules, de couleur entre tanné[867]
-et jaune, et sont tous blans soubs les ventres, et tous les quatre
-membres par dedans jusques au pié, et ne doivent avoir nulle autre
-tache blanche parmi le corps.--_Item_, l'en congnoist qu'ils sont
-dedans leur premier an, à ce qu'ils ont en la jointe des jambes de
-devant un petit osselet emprès le pié, et est agu. Et quant ils sont
-surannés, la jointe est toute ounie; et aussi est-il des lièvres et
-des chiens.--_Item_, l'en congnoist qu'ils sont de fresche prise à
-ce qu'ils n'ont pas les yeulx enfoncés: l'en ne leur peut ouvrir les
-dens; ils se tiennent droit sur leurs piés; et quant il est cuit, le
-ventre luy demeure entier. Et s'il est de vieille prise, il a les yeulx
-enfoncés: l'en luy euvre de légier la gueule: l'en ne le peut tenir
-droit; et quant il est cuit, il a le ventre despecié. En yver, connins
-pris de huit jours sont bons, et en esté, de quatre jours, mais qu'ils
-n'aient sentu le soleil.
-
-Et quant ils sont bien choisis et escorchiés, puis les despeciez par
-pièces quarrées, et les mettez parboulir, puis reffaire en eaue froide:
-puis en chascune pièce, de chascun costé, trois lardons; puis les
-mettez boulir en eaue et du vin après. Adonc broyez gingembre, graine,
-clo de giroffle, et destrempez ou boullon de beuf ou du leur[868], et
-d'un petit de vertjus, et mettez dedens le pot et faites boulir jusques
-au cuire.
-
-_Item_, ainsi se fait un seymé, mais l'en y met oignons fris, et
-un petit de pain ou chappelleures pour lier. (_Et doncques c'est
-civé[869]._)
-
-_Item_, ainsi est fait un bouly lardé de veau, de chevrel ou cerf.
-
-BOUSSAC DE LIÈVRE. _Nota_ que du lièvre freschement pris et
-tantost mengié, la char est plus tendre que de lièvre gardé.
-
-_Item_, lièvre pris de quinze jours vault mieulx, mais que le soleil ne
-l'ait atouchié; c'est assavoir quinze jours ou fort de l'iver: en esté,
-six jours ou huit au plus et sans soleil.
-
-_Item_, sachiez que se le lièvre est mengié frais prins, la char en est
-plus tendre, et ne le convient point laver, mais harler ou rostir avec
-son sang.
-
-Boussac de lièvre ou de connin se fait ainsi: harlez le lièvre en la
-broche ou sur le gril, puis le découpez par membres, et mettez frire
-en sain ou en lart: puis aiez pain brûlé ou chappelleures deffais de
-boullon de beuf et de vin, et coulez, et faites boulir ensemble; puis
-prenez gingembre, clo de giroffle et graine; deffait de vertjus et soit
-brun-noir et non trop lyant.--_Nota_ que les espices doivent estre
-broyées avant que[870] le pain.
-
-De connin se fait-il ainsi, sauf tant[871] que le connin est parbouli,
-puis refait en eaue froide, et puis lardé, etc.[872]
-
-ROSÉ DE LAPPEREAUX, d'allouettes, de menus oiseaux ou de
-poucins. Lappereaulx soient escorchiés, découppés, pourboulis,
-reffais en eaue froide et lardés: les poucins soient eschaudés pour
-plumer[873], puis reffais, découppés et lardés, et les allouettes ou
-oiselets soient plumés seulement pour pourboulir en eaue de char; puis
-avoir du gras du lart découppé comme par morceaulx quarrés, et mettez
-au fer de la paelle, et en traiant les chaons[874], et laissiez la
-gresse: et là frire vostre grain[875], ou mettre vostre grain boulir
-sur le charbon et souvent tourner en un pot avec du sain[876]. Et en
-ce faisant, aiez des amandes pelées, et deffaites du boullon de beuf
-et coulez par l'estamine, puis aiez gingembre, clo de giroffle, cèdre
-autrement dit _alixandre_[877], deffaites du boullon et coulez, et le
-grain cuit et trestout soit mis dedans un pot et bouly ensemble et du
-sucre largement; puis dréciez par escuelles et des espices dorées par
-dessus.
-
-Cèdre vermeil est un fust[878] que l'en vent sur les espiciers, et est
-dit _cèdre dont l'en fait manches à cousteaulx_.
-
-VENOISON DE CERF. Pour ce que la char en est plus dure que
-de bichot[879] ne de chevrel, soit pourboulie et lardée au long: et au
-cuire, soit mis du vin grant foison, et au parcuire, du macis broié; et
-soit mengié à la cameline.--_Item_, en pasté, soit pourboulie, lardée
-au long, et mengiée froide à la cameline.
-
-Et qui la veult saler en esté, il convient mettre gros sel fondre en
-eaue, puis y tremper la venoison, et après seicher au soleil[880].
-
-Et se vous voulez faire une pièce de beuf sembler venoison de cerf ou
-d'ours, se vous estes en pays d'ours, prenez du nomblet de beuf ou du
-giste, puis le parboulez et lardez, embrochiez et rostissiez; et soit
-mengié à la queue de sanglier[881]. Soit le beuf pourbouly, puis lardé
-au long après ce qu'il sera trenchié par loppins, et puis mettre la
-queue de sanglier bien chaude en plat pardessus vostre beuf qui _primo_
-soit rosty ou bouté en eaue boulant et retiré tantost, pour ce qu'il
-est plus tendre que cerf.
-
-BEUF COMME VENOISON D'OURS. Du giste de boeuf. Fait-l'en sausse
-noire de gingembre, clo de giroffle, poivre long, graine, etc. Et
-met-l'en en chascune escuelle, deux escuelles[882], et le mengue-l'en à
-saveur d'ours[883].
-
-CHEVREL SAUVAGE[884] au boussac claret et non lyant: soit
-escorchié, puis bouté en eaue boulant et retiré tantost pour ce qu'il
-est plus tendre que cerf, et lardé au long, puis mis cuire en meigre
-eaue de char qui l'a, ou autre: du vin, espices broyées en gros, et
-dréciez vostre grain dedens[885].--_Item_, chevrel sauvaige, ainsi
-comme il est dit de chevrel ou chappitre cy-dessus.
-
-SANGLIER FRAIS soit cuit en eaue avec du vin et mengié au
-poivre chault, et le salé cuit comme dessus et mengié à la moustarde;
-c'est ou fort de l'iver, mais au commencement, il se mengut aux espices
-et aux souppes.
-
-A la Nostre-Dame en Mars[886], commencent les appareils des cervoisons,
-et dit-l'en _à la my-May, my-teste_[887], pour ce que lors le cerf a
-boulu la moitié de sa teste, mais le droit cuer des cervoisons commence
-à la Saincte-Croix en May[888], et de là croist le cerf en venoison
-jusques à la Magdalaine, et peut estre chacié le cerf jusques à la
-Saincte-Croix en Septembre; et lors se passe sa saison.
-
-_Item_, au deffaire, l'en luy oste premièrement les deytiés[889], ce
-sont les c......ns, avec lesquels sont les neux[890], le jargeau[891],
-le franc-boyau, etc. Et sont ses deytiés pourboulis, puis cuis, mengiés
-à la sausse chaude.
-
-_Item_, en un cerf sont les espaules, la hampe, les cuisses, le foie,
-les nomblès, les lardés, la queue scilicet le semier, les deux costés,
-et c'est tout.
-
-_Item_, la char par pièces fresche, il semble que sans pourboulir l'en
-la doit mettre en eaue boulant, et tantost retirer et larder au long,
-et est boulie et lardée au long, puis boulie en eaue, et appelle-l'en
-le potage _bouly lardé aux espices et aux souppes_.
-
-_Item_, les nomblets[892] sont rostis à la sausse chaude.
-
-_Item_, les lardés c'est ce qui est entre les costés et l'eschine; et
-sont meilleurs en pasté que autrement.
-
-_Item_, aussi d'un cerf frais, l'en le mengue à la sausse chaude quant
-il est mis en rost.
-
-_Item_, l'en fait présent de la teste et du pié aux seigneurs, et cela
-n'est point mengaille: ce n'est fors pour savoir quel et de quel aage
-le cerf estoit; mais de mengaille, l'en fait présent du seymier, de la
-hampe et des deux costés.
-
-_Item_, la queue est dicte le seymier: et qui la veult saler, il
-convient oster tous les os ce que l'en puet, car il contient une grant
-partie du dos.
-
-_Item_, la hampe c'est la poictrine, et est bonne salée; et sale-l'en
-la venoison du cerf tout ainsi comme la char de beuf.
-
-_Item_, toute la brouaille, excepté le foie, est pour la cuirié des
-chiens, et l'appelle-l'en le _hu_[893].
-
-En Septembre l'en commence à chacier les bestes noires jusques à la
-Saint-Martin d'iver.--_Item_, tous les quatre membres sont appellés
-jambons, comme d'un porc. _Item_, d'un sanglier a la hure, les costés,
-l'eschinée, les nomblès, les quatre jambons; c'est tout. _Item_, des
-yssues l'en ne retient fors le foie qui semble qu'il soit propre pour
-faire soutil brouet d'Angleterre.
-
-_Item_, la char fresche est cuite et appareilliée en eaue et aux
-espices comme le cerf.
-
-Du bourbelier, c'est le nomblet. (_Combien que en cest endroit, l'en
-dit bien nomblets d'une part, et bourbelier de l'autre._)
-
-_Item_, le sanglier salé se mengue à la fourmentée. La teste se cuit
-entière, et moitié vin, moitié eaue. Les joes en sont bonnes par
-lesches sur le gril.
-
-BICHOT SAUVAGE au boussac claret et non liant: soit
-escorchiés, puis boulis ou boutés en eaue boulant et retiré tantost,
-pour ce qu'il est plus tendre[894] que cerf; et lardés au long; puis
-mis cuire en maigre eaue de char qui l'a, ou en autre, avec du vin,
-espices broiées; et dréciez vostre grain dedans[895].
-
-
-AUTRES POTAGES LIANS DE CHAR.
-
-BROUET DE FRESSURE DE POURCEL. Broiez du gingembre, clo,
-graine, etc., puis deffaites de vinaigre et vin, puis aiez pain rosti
-et trempé en vinaigre, broiez et coulez: et mettre tout ensemble; et
-ayez vostre fressure cuite, couppée par plusieurs morceaulx et frite
-en sain doulx. Puis mettez du chaudeau des boudins, ou du chaudeau du
-chaudun en un pot, avec vostre pain broié après vos espices broyées, et
-faites boulir; puis gettez dedans vostre pot les morceaulx de vostre
-friture et faites boulir un boullon, et dréciez.
-
-FÈVES NOUVELLES. Faites-les boulir plus que bayennes, puis
-prenez foison percil et petit de sauge et d'isope, et broiez très bien,
-et après ce broiez du pain, et une pongnée d'icelles mesmes fèves qui
-soient pelées broiez avec pour lier, puis couler par l'estamine: puis
-friolez le remanant de vos fèves en lart, se c'est à jour de char, ou
-en huille ou beurre, se c'est à jour de poisson; puis mettez vos fèves
-en eaue de char, se c'est à jour de char, ou en l'eaue des fèves, se
-c'est à jour de poisson.
-
-CRETONNÉE DE POIS NOUVEAULX ou fèves nouvelles. Cuisiez-les
-jusques au purer[896], et les purez[897], puis prenez lait de vache
-bien frais, et dictes à celle qui le vous vendra qu'elle ne le vous
-baille point s'elle y a mis eaue, car moult souvent elles agrandissent
-leur lait[898], et s'il n'est bien frais ou qu'il y ait eaue, il
-tournera. Et icelluy lait boulez premièrement et avant que vous y
-mettez riens, car encores tourneroit-il: puis broiez premièrement
-gingembre pour donner appétit, et saffran pour jaunir: jàsoit-ce
-que qui le veult faire lyant de moieulx d'oeufs filés[899] dedans,
-iceulx moieulx d'oeufs jaunissent assez et si font lioison, mais le
-lait se tourne plus tost de moyeulx d'oeufs que de lioison de pain et
-du saffran pour coulourer. Et pour ce, qui veult lier de pain, il
-convient que ce soit pain non levé et blanc, et sera mis tremper en
-une escuelle avec du lait ou avec du boullon de la char, puis broyé et
-coulé par l'estamine; et quant vostre pain est coulé et vos espices
-non coulées, mettez tout boulir avec vos pois; et quant tout sera
-cuit, mettez adonc vostre lait et du saffren. Encores povez-vous faire
-autre lioison, c'est assavoir des pois mesmes ou des fèves broyées,
-puis coulées; si prenez laquelle lioison que mieulx vous plaira. Car
-quant est de lioison de moieulx d'oeufs, il les convient batre, couler
-par l'estamine, et filer dedens le lait, après ce qu'il a bien boulu
-et qu'il est trait arrière du feu avec les pois nouveaulx ou fèves
-nouvelles et les espices. Le plus seur est que l'en preigne un petit du
-lait, et destremper les oeufs en l'escuelle, et puis encores autant, et
-encores, tant que les moieux soient bien destrempés à la cuillier avec
-foison de lait, puis mettre ou pot qui est hors du feu, et le potage ne
-se tournera point. Et se le potage est espois, allayez-le de l'eaue de
-la char. Ce fait, il vous convient avoir poucins escartelés, veel, ou
-petite oé cuit, puis frit, et en chascune escuelle mis deux ou trois
-morceaulx et du potage pardessus.
-
-CRETONNÉE à jour de poisson; soit la friture faite de tanches,
-brochets, soles ou limandes frites.
-
-CHAUDUN DE POURCEAU, _scilicet_ les boyaulx, doivent estre
-vuidés à la rivière, puis lavés en eaue tiède par deux fois, et mettre
-en une paelle d'arain et froter très bien en sel et eaue, puis relaver
-en eaue tiède. Aucuns les lavent en sel et en vinaigre, et quant ils
-sont très bien lavés soit par vinaigre ou sans vinaigre qui veult, l'en
-les trenche par tronçons, et sont embrochiés par hastelets et rostis
-sur le gril et mengiés au vertjus de grain. Et qui en veult faire
-potage, il le reconvient mettre cuire tout entier en un pot de terre et
-puis mettre esgouter en un plat, puis découpper par menus morceaulx,
-et frisiés en sain de lart; puis broiez pain premièrement, puis macis,
-garingal, saffran, gingembre, clo, graine, canelle: destrempé de
-bouillon et mis d'une part; puis broiez pain brulé ou chappeleures, et
-soient allaiés du chaudeau et coulés par l'estamine et mis en eaue
-de char ou de chaudeau de lui mesmes, ou moitié d'un moitié d'autre,
-et boulu tout ensemble avec vin vermeil, vertjus et vinaigre. En yver
-doit estre brun et drécié comme dessus, et en esté soit plus cler et
-jaunet; et aiez du vertjus de grain cuit en eaue dedens un drappel, ou
-des groiselles, et quant vous drécerez vos escuelles, mettez six ou
-huit morceaulx du chaudun, puis du potage dessus, et par dessus six ou
-huit grains de vertjus, ou groiselles par dessus en chascune escuelle.
-Et aucuns font le potage des espices et lait comme cy-dessus est dit de
-cretonnée.
-
-_Nota_ que le sel et vinaigre ostent la freschumée. Et ce que dit est
-en ceste addition est du chaudun que l'en mengue en Juillet, et les
-autres hastelets qui sont fais en Décembre, sont fais de toutes pièces
-comme de foie, de mol et des autres pièces du chaudun, et est ce que
-ces povres cuisent en bacins à laver parmy ces rues[900].
-
-COMMINÉE DE POULAILLE. Mettez-la par morceaulx cuire en l'eaue
-et un petit de vin, puis la frisiez en sain, puis prenez un petit de
-pain, trempez en vostre boullon, et _primo_ prenez du gingembre et
-du commin[901], deffait de vertjus, broyez et coulez et mettez tout
-ensemble avec du boullon de char ou de poulaille, et puis lui donnez
-couleur ou de saffran ou d'oeufs ou des moyeux coulés par l'estamine
-et filés ou potage après ce qu'il sera trait hors du feu. _Item_, le
-meilleur est de le faire de lait tel comme dit est, puis broyer vostre
-pain après vos espices, mais il convient que le lait soit premièrement
-bouly afin qu'il ne s'aourse; et après ce que le potage sera tout fait,
-le lait soit mis dedans vin (_Il me semble qu'il n'y sert de rien_) et
-la frisiez. Plusieurs ne la frisent point, jàsoit-ce que c'est le plus
-friant.
-
-(_Pain est lioison, et il dit après oeufs qui est autre lioison, et
-il doit souffire de l'une, si comme il est dit ou chappitre de la
-cretonnée._)
-
-(_Vertjus et vin.--Qui veult faire son potage de lait, il n'y convient
-ne vin ne vertjus._)[902]
-
-COMMINÉE A JOUR DE POISSON. Frisiez vostre poisson, puis pelez
-amandes et broyez, et deffaites de purée ou de boullon de poisson et
-faites lait[903], mais lait de vache est plus appétissant, jàsoit-ce
-qu'il n'est mie si sain pour malades; et au surplus faites comme
-dessus. _Item_, à jour de char, qui ne treuve lait de vache, se peut
-faire de lait d'amandes, et la char comme dessus.
-
-HARDOUIL[904] DE CHAPONS.[un croix] Despeciez-les
-par membres ou quartiers, puis les cuisiez en eaue, puis friolez en
-sain de lart: et tandis, broyez gingembre, canelle, giroffle et graine,
-et deffaites de vertjus, et ne soit point coulé, mais sorissiez[905]
-pain sur le gril, broyez après les espices, et destrempez de vertjus,
-puis passez le dit pain par l'estamine et faites tout boulir. Et au
-drécier, mettez vostre grain par escuelles et le potage tout chault
-dessus[906].
-
-HOCHEPOT DE VOLAILLE est fait ainsi et soit non claret. L'en
-les doit despecier par morceaulx; ainsi fait-l'en d'oé quant elle
-est dure et maigre, car les grasses sont rosties.--_Item_, des viels
-coulons. Ainsi est fait _rouillée de beuf_[907].
-
-BROUET DE CANELLE. Despeciez vostre poulaille ou autre char,
-puis la cuisiez en eaue et mettez du vin avec, et friolez: puis prenez
-des amandes crues et séchées à toute l'escorce et sans peler, et
-canelle grant foison, et si broyez très bien, et deffaites de vostre
-boullon ou de boullon de beuf, et faites boulir avec vostre grain: puis
-broyez gingembre, giroffle et graine, etc., et soit liant[908] et sor.
-
-BROUET GEORGÉ[909], BROUET HOUSSIÉ.[un croix]
-Prenez poulaille despecée par quartiers, veau ou telle char comme
-vous vouldrez despeciés par pièces, et faites boulir avec du lart: et
-d'autre part aiez en un pot, avec du sain, oignons menus minciés qui y
-cuiront et friront. Aiez aussi du pain harlé sur le greil[910], puis le
-mettez tremper avec du boullon de vostre char et du vin dedans, puis
-broyez gingembre, canelle, poivre long, saffren, giroffle et graine et
-les foies, et les broyez si bien qu'il n'y convengne point couler: et
-destrempez de vertjus, vin et vinaigre. Et quant les espices seront
-ostées du mortier, broyez vostre pain, et si le deffaites de ce en quoy
-il a trempé, et coulez par l'estamine, et mettez espices et du percil
-effeullié qui veult, tout boulir avec le sain et des oignons, et adonc
-frisiez vostre grain. Et doit ce potage estre brun de sain et liant
-comme soringue.
-
-_Nota_ que tousjours l'en doit broyer les espices le premier; et en
-potages, l'en ne coule point les espices, et après l'en broie et coule
-le pain.
-
-(_Je croy qu'il n'y convient vin ne vinaigre._)
-
-_Nota_ que pour le percil seulement est-il dit brouet _houssié_,
-car ainsi comme l'en dit ailleurs _frangié_ de saffran[911], aussi
-peut-l'en dire _houssié_ ce qui est de percil; et c'est la manière de
-parler des queux.
-
-BROUET ROUSSET est fait comme brouet georgé cy dessus, sauf
-tant que l'en n'y met point de saffran, de vin, ne de vinaigre, et
-l'en y met plus plantureusement canelle, et les oignons couppés par
-rouelles[912].
-
-UNE VINAIGRETTE. Prenez la menue-haste d'un porc, laquelle
-soit bien lavée et eschaudée, puis rostie comme à demy sur le greil:
-puis minciez par morceaux, puis les mettez en un pot de terre, du sain
-et des oignons couppés par rouelles, et mettez le pot sur le charbon,
-et hochiez souvent. Et quant tout sera bien frit ou cuit, si y mettez
-du boullon de beuf, et faites tout boulir, puis broiez pain halé[913],
-gingembre, graine, saffran, etc., et deffaites de vin et de vinaigre,
-et faites tout boulir, et doit estre brune. (_Brune. Comment sera-elle
-brune, s'il n'y a du pain hallé?_--Item, _je croy qu'elle doit estre
-liant, car je la treuve ou chapitre des potages lians, cy-devant; et
-par ces deux raisons, je croy qu'il y convient du pain harlé pour lier
-et tenir brune_.)
-
-BROUET BLANC. Prenez chapons, poulets ou poucins tués par
-avant de temps convenable, ou tous entiers ou par moitié ou par
-quartiers, et du veel par pièces, et les cuisiez avec du lart en
-l'eaue et au vin: et quant ils seront cuis, si les traiez, puis prenez
-des amandes, si les pelez et broiez et deffaites de l'eaue de vostre
-poulaille, c'est assavoir de la plus clere, sans fondrille ou trouble
-aucun, et puis les coulez par l'estamine; puis prenez gingembre blanc
-paré ou pelé, avec graine de paradis, allayé comme dessus, et coulez à
-une bien déliée estamine, et meslez avec le lait d'amandes. Et si n'est
-assez espois, si coulez de la fleur d'amidon ou ris qui soit boulis, et
-luy donnez goust de vertjus, et y mettez du succre blanc grant foison.
-Et quant l'en aura drécié, si pouldrez par-dessus une espice que l'en
-appelle coriandre vermeille et des grains de la pomme de grenade avec
-dragée et amandes friolées, piquées en chascune escuelle sur le bout.
-Soit veu cy-après à ce propos, de blanc mengier.
-
-BLANC MENGIER de chapons pour malades. Cuisiez-le en eaue tant
-qu'il soit bien cuit, puis broiez amandes grant foison et du braon[914]
-du chapon, et soit bien broyé et deffait de vostre boullon, et passé
-parmy l'estamine: puis mettez bien boulir, tant qu'il soit bien liant
-et espais; puis broyez gingembre blanc paré et les autres espices
-contenues cy-dessus ou brouet blanc.
-
-BROUET D'ALEMAIGNE. Prenez char de connins, de poullaille ou
-de veel, et despeciez par pièces: puis cuis en l'eaue comme à moitié,
-puis friolés au sain de lart; puis aiez de l'oignon menu mincié en
-un pot, sur le charbon, et du sain dedans le pot, et hochez le pot
-souvent: puis broyez gingembre, canelle, graine de paradis, noix
-muguettes, des foies rostis en une brochette sur le gril, et du saffren
-deffait de vertjus, et soit sur le jaune et liant. Et _primo_ pain
-sori sur le gril, broyé et passé par l'estamine: et soit tout avec des
-fueilles de percil mis boulir ensemble ou dit pot et du sucre dedans;
-et au drécier, mettez trois ou quatre morceaulx de vostre grain en
-l'escuelle et du brouet dessus, et du sucre par-dessus le brouet.
-
-(Nota _qu'il fault; car aucuns queux dient que brouet d'Alemaigne
-ne doit point estre jaune, et cestuy dit que si fait[915]. Et
-doncques, s'il doit estre jaune, ne doit mie le saffran estre passé
-par l'estamine, mais doit estre bien broyé et allayé et mis ainsi ou
-potage; car cellui qui est passé, c'est pour donner couleur: celluy qui
-est mis par-dessus, est dit frangié._)
-
-SOUBTIL BROUET D'ANGLETERRE. Prenez chastaignes cuites pelées,
-et autant ou plus de moyeux d'oeufs durs et du foye de porc: broyez tout
-ensemble, destrempez d'eaue tiède, puis coulez par l'estamine; puis
-broyez gingembre, canelle, girofle, graine, poivre long, garingal et
-saffran pour donner couleur et faites boulir ensemble[916].
-
-BROUET DE SAVOIE. Prenez chapons ou poulés et faites boulir
-avec du lart bien maigre et les foyes: et quant ce sera demi cuit,
-traiez-les, puis mettez de la mie de pain tremper ou boullon, puis
-broyez gingembre, canelle, saffran, et les ostez; puis broyez les foyes
-et du percil foison, puis coulez, et après broyez et coulez le pain,
-puis boulez tout ensemble[917].
-
-(_Et_ nota _que le saffran fait le brouet jaune, et le percil le fait
-vert: ainsi semble que ce soit mauvaise couleur. Mais il semble que
-la couleur seroit plus certaine se de pain estoit noirci, car le pain
-noirci et saffren font vert, et percil aussi fait vert._)
-
-BROUET DE VERTJUS ET DE POULAILLE. (C'est en esté.) Mettez
-cuire par quartiers vostre poulaille ou du veel ou poucins, en boullon
-ou autre eaue avec du lart, vin et vertjus, et que le goust de vertjus
-passe: puis frisiez vostre grain en bon sain doulx, et aiez moyeux
-d'oeufs et pouldre fine batue ensemble et coulez par l'estamine; puis
-filez vos oeufs dedans le pot à vostre boullon et à petit fil[918], et
-remuez fort à la cuillier, et que le pot soit arrière du feu: puis aiez
-percil effueillié et vertjus de grain bouly ou boullon de la char,
-dedans la cuillier, et que le pot soit arrière du feu, ou autrement
-bouli en un autre petit pot en eaue clere pour oster la première
-verdeur; puis drécez vostre grain[919], et gettez du potage par-dessus,
-et par-dessus tout mettez vostre percil et vertjus de grain bouly[920].
-
-BROUET VERGAY. Cuisiez telle char comme vous vouldrez en eaue,
-ou un pou de vin, ou en boullon de char, vin et lart pour donner goust,
-puis friolez vostre char, puis broiez gingembre, saffran, percil et un
-petit de sauge, qui veult, et des moyeux d'oeufs filez par une cuillier
-pertuisée, tous crus, pour lier, ou pain broyé allayé du boullon, et
-mettre boulir ensemble et du vertjus; et aucuns y mettent du fromage,
-et c'est raison[921].
-
-RAPPÉ. Mettez vostre char cuire, puis la friolez en sain, puis
-broyez graine, gingembre, etc., et deffaites de vertjus: puis aiez pain
-trempé ou boullon de la char, broyé et passé par l'estamine, et mettez
-espices, pain et chaudeau tout boulu ensemble; puis aiez vertjus de
-grain ou groiseilles qui soient boulies une onde en la paelle percée,
-ou en autre eaue ou drapel[922], estamine, ou autrement, c'est assavoir
-pour oster la première verdeur, puis dréciez vostre grain par escuelles
-et du potage dessus, et par-dessus, vostre vertjus de grain.
-
-GENESTE est dit _geneste_ pour ce qu'il est jaune comme fleur
-de geneste, et est jauni de moyeux d'oeufs et de saffran, et se fait en
-esté en lieu de civé et est frit[923] comme dit sera cy après, fors
-tant qu'il n'y a nuls oignons.
-
-CIVÉ DE VEEL. Non lavé, non pourbouli, demy cuit en la broche
-ou sur le gril, puis le despeciez par pièces et friolez en sain avec
-grant quantité d'oignons par avant cuis: puis prenez pain roussi
-seulement, ou chappelleures de pain non brûlé, pour ce qu'il seroit
-trop noir pour civé de veel; (jàsoit-ce que icelluy pain roussi seroit
-bon[924] civé de lièvre.) Et soit icelluy pain trempé ou boullon
-de beuf et un petit de vin ou de purée de pois, et en le trempant,
-broyez gingembre, canelle, giroffle, graine de paradis, et du saffran
-largement pour jaunir et pour lui donner couleur, et destrempez de
-vertjus, vin et vinaigre, puis broyez vostre pain et coulez par
-l'estamine: et mettez vos espices, le pain coulé, ou chaudeau, et
-faites tout boulir ensemble; et soit plus sur le jaune que sur le brun,
-agu de vinaigre, et attrempé d'espices.--Et _nota_ qu'il y convient
-largement saffran, et eschever à y mettre noix muguettes ne canelle,
-pour ce qu'ils roussissent.
-
-CIVÉ DE LIÈVRE. Premièrement, fendez le lièvre par la
-poictrine: et s'il est de fresche prise, comme d'un ou de deux jours,
-ne le lavez point, mais le mettez harler sur le greil, _id est_ roidir
-sur bon feu de charbon ou en la broche; puis aiez des oignons cuis et
-du sain en un pot, et mettez vos oignons avec le sain et vostre lièvre
-par morceaulx, et les friolez au feu en hochant le pot très souvent,
-ou le friolez au fer de la paelle. Puis harlez et brûlez du pain et
-trempez en l'eaue de la char avec vinaigre et vin: et aiez avant broyé
-gingembre, graine, giroffle, poivre long, noix muguettes et canelle, et
-soient broyés et destrempés de vertjus et vinaigre ou boullon de char;
-requeilliez, et mettez d'une part. Puis broyez vostre pain, deffaites
-du boullon, et coulez le pain et non les espices par l'estamine, et
-mettez le boullon, les oignons et sain, espices et pain brûlé, tout
-cuire ensemble, et le lièvre aussi; et gardez que le civé soit brun,
-aguisé de vinaigre, attrempé de sel et d'espices.
-
-_Nota._ Vous cognoistrez l'aage d'un lièvre aux trous qui sont dessoubs
-la queue, car pour tant de pertuis tant d'ans.
-
-CIVÉ DE CONNINS comme dessus.
-
-TUILLE DE CHAR. Prenez escrevices cuites, et en ostez la char
-des queues: et le surplus, c'est assavoir coquilles et charquois[925],
-broyez très longuement; et après, ayez amandes sans peler, et soient
-eslites et lavées en eaue chaude comme pois, et avec l'escorce soient
-broyées avec ce que dit est, et avec ce broyez mie de pain sori sur
-le gril. Or devez-vous avoir cuit en eaue en vin et en sel, chapons,
-poucins et poulés despeciés tous crus par quartiers, ou veel despecié
-par morceaulx, et de l'eaue d'icelle cuiture devez destremper et
-deffaire ce que vous avez broyé, puis couler par l'estamine; puis
-rebroyez les relais[926] et coulez arrière: puis gingembre, canelle,
-clou et poivre long destrempé de vertjus sans vinaigre, puis boulez
-tout ensemble. Or soit vostre grain cuit en sain de porc par morceaulx
-ou quartiers, et dréciez vostre grain par escuelles et mettez du potage
-par dessus, et sur le potage, en chascune escuelle, quatre ou cinq
-queues d'escrevices et du sucre par dessus pouldré.
-
-HOUSSEBARRE[927] DE CHAR[un croix] est fait en
-haste à un soupper quant gens surviennent despourveuement. Pour dix
-escuelles, prenez vint lesches de la char froide de disner et du
-giste de beuf; et soient les lesches petites comme lesches de lart,
-et les frisiez en sain au fer de la paelle. _Item_, ayez de six oeufs
-les moyeux et un petit de vin blanc, et soit tout batu ensemble tant
-comme à ennuy, puis mis avec de l'eaue de la char et du vertjus viel
-et non nouvel, car il tourneroit: et tout bouly sans la char; et après
-dréciez par escuelles, et en chascune escuelle deux lesches de char.
-Aucuns drecent le brouet par escuelles, et en un plat, devant quatre
-personnes, cinq lesches de char et du brouet avec; et c'est quant il y
-a plus de gens et mains de char[928].
-
-HOUSSEBARRE DE POISSON. Aiez des carrelets appareillés et
-lavés, puis séchiés, essuiés entre deux touailles et fris et mis en un
-plat et deux en un autre: qui font deux plats. _Item_, aiez deux onces
-de coriandre et de cercuis non confis, dont l'une[929] couste un blanc,
-et soit broyé et destrempé de vin et vertjus, puis bouli et getté sur
-les deux plats.
-
-POTAGE DE LOMBARS. Quant la char est cuite, si la traiez et
-mettez l'eaue de la char en un autre pot, mais gardez bien que il
-n'y coule ne fondrilles, ne osselets; puis aiez moyeux d'oeufs batus
-longuement avec du vertjus et pouldre, et filez dedans le pot en filant
-et en remuant, puis faites vos souppes[930].
-
-
-AUTRES POTAGES LIANS SANS CHAIR.
-
-BROUET VERGAY D'ANGUILLES, escorchiez _i_.[931] estauvez[932]
-ou eschaudez les anguilles et les mettez cuire en l'eaue avec du vin
-par très bien menus morceaulx, puis broyez percil et pain ars, et
-coulez par l'estamine: et aiez avant broyé gingembre paré et saffren,
-et faictes tout boulir ensemble, et à la parfin mettez morceaulx de
-fromage comme dés quarrés[933].
-
-BROUET SARRASINOIS. Escorchiez l'anguille et découppez par
-bien menus tronçons, puis pouldrez de sel et frisiez en huile; puis
-broyez gingembre, canelle, giroffle, graine, garingal, poivre long
-et saffran pour donner couleur, et[934] de vertjus, et boulir tout
-ensemble avec les anguilles qui d'elles mêmes font lioison.
-
-BROUET VERT D'OEUFS ET DE FROMAGE. Prenez percil et un pou de
-frommage et de sauge et bien pou de saffren, pain trempé, et deffaites
-de purée de pois ou d'eaue boulie, broyez et coulez: et aiez broyé
-gingembre deffait de vin, et mettez boulir; puis mettez du frommage
-dedens et des oeufs pochés en eaue, et soit vert gay.--_Item_, aucuns
-n'y mettent point de pain, mais en lieu de pain convient lart.
-
-BROUET D'ALEMAIGNE D'OEUFS POCHÉS EN HUILLE,[935] puis prenez
-amandes et les pelez, broyez et coulez: mincez oignons par rouelles, et
-soient cuis en eaue, puis fris en huille, et faites tout boulir; puis
-broyez gingembre, canelle, giroffle et un pou de saffran deffait de
-vertjus, et au derrain[936] mettez vos espices ou potage, et boulir un
-boullon, et soit bien liant et non trop jaune.
-
-BROUET BLANC se peut faire des lus, des carpes et des bars,
-comme il est dit cy-dessus de la poulaille.
-
-SORINGUE D'ANGUILLES. Estauvez ou escorchiez, puis tronçonnez
-vos anguilles: puis aiez oignons cuis par rouelles et percil effueillé,
-et mettez tout frire en huille; puis broyez gingembre, canelle,
-giroffle, graine et saffren, et deffaites de vertjus, et ostez du
-mortier. Puis aiez pain harlé broyé et deffait de purée, et coulez
-par l'estamine, puis mettez dedans la purée, et faites boulir tout
-ensemble, et l'assavourez de vin, de vertjus et vinaigre; et soit
-claret[937].
-
-GRAVÉ OU SEYMÉ (car c'est tout un) de loche ou autre poisson
-froit ou chault, soit perche ou autre de ceste nature. Frisiez sans
-farine en huille, puis la tenez devant le feu: mais avant ce, aiez pain
-harlé broyé et deffait d'un petit de vin, d'eaue boulie ou purée, et
-passez par l'estamine, et mettez en un pot; puis affinez gingembre,
-canelle, giroffle, graine et saffren pour donner couleur, deffait de
-vinaigre, et aiez des oignons minciés cuis, et les frisiez[938] en
-huille, puis mettez tout boulir ensemble en un pot avec la purée ou
-eaue boulie, excepté la loche frite de laquelle vous mettez six ou huit
-en l'escuelle ou plus, et du brouet par dessus; et ne soit pas jaune,
-mais roux.
-
-CHAUDUMÉE D'UN BROCHET. _Primo_, à appareillier un brochet,
-luy convient tirer les boyaux par l'oreille, et oste-l'en l'amer, et
-puis reboute-l'en les boyaux dedans, et après l'en les[939] rostit sur
-le greil. Se le brochet est petit, soit rosti tout entier: et s'il est
-plus grandelet, soit encisé en plusieurs lieux au travers, et ainsi
-rosti. Puis aiez saffren largement, poivre long, giroffle et graine, et
-soit tout bien broyé et deffait de vertjus, vin, et vinaigre très-petit
-comme néant, broyé et osté du mortier; puis aiez pain harlé trempé en
-purée de pois ou en eaue de poisson, ou moitié vin moitié vertjus, et
-soit broyé, puis coulé par l'estamine, et tout mis ensemble soit bouly
-et mis en plats sur le brocherel, et soit jaune.
-
-Ainsi se peut faire _galentine de poisson froit_, sauf tant que l'en
-n'y met point de purée, car pour ce[940] ne se garde pas longuement,
-mais y met-l'en de la gresse du poisson.
-
-CIVÉ D'OÏTTRES. Eschaudez et lavez très bien les oïttres,
-les cuisiez pour[941] un seul boullon, et les mettez esgouter, et les
-friolez avec de l'oignon cuit en huille; puis prenez pain harlé ou
-chappelleures grant foison, et mettez tremper en purée de pois ou en
-l'eaue boulie des oïttres et du vin plain[942], et coulez: puis prenez
-canelle, giroffle, poivre long, graine et saffran pour donner couleur,
-broyez et destrempez de vertjus et vinaigre et mettez d'une part; puis
-broyez vostre pain harlé ou chappeleures avec la purée ou eaue des
-oïttres et aussi les oïttres puis qu'elles ne seroient assez cuites.
-
-CIVÉS D'OEUFS[943]. Pochez oeufs à l'uille, puis aiez oignons
-par rouelles cuis, et les friolez à l'uille, puis mettez boulir en vin,
-vertjus et vinaigre, et faites boulir tout ensemble; puis mettez en
-chascune escuelle trois ou quatre oeufs, et gettez vostre brouet dessus,
-et soit non liant.
-
-SOUPPE EN MOUSTARDE. Prenez de l'uille en quoy vous avez
-pochés vos oeufs, du vin, de l'eaue, et tout boulir en une paelle de
-fer: puis prenez les croustes du pain et les mettez harler sur le gril,
-puis en faittes souppes quarrées, et mettez boulir; puis retraiez
-vostre souppe, et mettez en un plat ressuier: et dedans le boullon
-mettez de la moustarde, et faites boulir. Puis mettez vos souppes par
-escuelles, et versez vostre boullon dessus.
-
-LAIT DE VACHE LIÉ. Soit pris le lait à eslite[944], comme dit
-est cy-devant ou chappitre des potages[945], et soit bouly une onde,
-puis mis hors du feu: puis y filez par l'estamine grant foison de
-moieux d'oeufs et ostez le germe, et puis broyez une cloche de gingembre
-et saffren, et mettez dedans, et tenez chaudement emprès le feu; puis
-ayez des oeufs pochés en eaue et mettez deux ou trois oeufs pochés en
-l'escuelle, et le lait dessus.
-
-ESPIMBÈCHE DE ROUGETS. Espaulez[946], pourboulez et rosticiez
-vos rougets: puis aiez vertjus et pouldre, cameline et percil: tout
-bouly ensemble, et gettez sus.
-
-POTAGE JAUNET OU SAUSSE JAUNETTE sur poisson froit ou chault.
-Frisiez en huille, sans point de farine, loche, perche pelée ou autre
-de ceste nature, puis broyez amandes, et deffaites le plus de vin et de
-vertjus et coulez, et mettez au feu: puis broyez gingembre, giroffle,
-graine et saffren, et deffaites de vostre boullon, et quant le potage
-aura bouly, mettez vos espices; et au drécier mettez du sucre, et soit
-liant.
-
-MILLET. Lavez-le en trois paires d'eaue et puis le mettez en
-une paelle de fer sécher sur le feu, et hochiez bien, qu'il n'arde;
-et puis le mettez en lait de vache frémiant, et n'y mettez point la
-cuillier jusques à tant qu'il ait bien bouly, et puis le mettez jus de
-dessus le feu[947], et le batez du dos de la cuillier[948] tant qu'il
-soit bien espois.
-
-La nature du lait est telle que se le lait est trait et mis en un très
-bel et net vaissel de terre ou de bois ou d'estain et non mie d'arain
-ne de cuivre, et en iceulx vaiseaulx le tenir en repos sans remuer ou
-changier en divers vaisseaulx, ne transporter çà ne là, il se garde
-bien jour et demi ou deux jours, et ne se tourne point au boulir, mais
-que l'en le remue quant il s'esmeut au boulir; et n'y convient point
-mettre de sel jusques au descendre du feu, ou au moins quant l'en y
-veult mettre les souppes, et y puet-on mettre des souppes de pain levé
-ou autre, que jà ne se tournera puis que le lait sera ainsi gouverné
-comme dit est.--_Item_, et se le lait n'est frais ou que tu aies doubte
-qu'il ne tourne en la paelle, si y met un petit de fleur[949] et le
-mouveras très bien, et jà ne se tournera. Et se tu en veulx faire
-boulie, si desmelle _primo_ ta fleur et ton lait et du sel, puis met
-boulir et le muef[950] très bien. Et se tu en veulx faire potage,
-si y met pour chascune pinte de lait les moyeux de demy quarteron
-d'oeufs, les germes ostés, très bien batus ensemble à part eulx, et
-puis rebattus avec du lait; et puis tout filé en la paelle, et puis
-très bien remué le lait qui bout: puis faire souppes. Et qui veult une
-cloche de gingembre et du saffran, _fiat_.
-
-
-ROST DE CHAR.
-
-LANGUE DE BEUF fresche soit parboulie, pelée, lardée et
-rostie, et mengée à la cameline.
-
-_Item_, est assavoir que la langue du vieil vault mieulx que la langue
-du jeune beuf, si comme aucuns dient; autres dient le contraire.
-
-En Gascongne, quant il commence à faire froit, ils achètent des
-langues, les parboullissent et pelent, et puis les salent l'une sur
-l'autre en un salouer et laissent huit jours, puis les pendent à la
-cheminée tout l'iver, et en esté, hault, à sec; et ainsi se gardent
-bien dix ans. Et puis sont cuites en eaue et vin qui veult, et mengées
-à la moustarde.
-
-_Aliter_, langue de beuf vieil soit parboulie, pelée et nettoiée: puis
-embrochée, boutonnée de clous de giroffle, rostie, et mengée à la
-cameline.
-
-ALLOUYAUX DE BEUF. Faictes lesches de la char du trumel, et
-enveloppez dedens mouelle et gresse de beuf: embrochiez, rostissiez et
-mengiez au sel.
-
-MOUTON ROSTI au sel menu ou au vertjus et vinaigre. L'espaule
-soit première embrochée et tournée devant le feu jusques à ce qu'elle
-ait getté sa gresse, puis soit lardée de percil[951]: et non plus tost
-pour deux causes, l'une car adonc elle est meilleur à larder, l'autre
-car qui plus tost la larderoit, le percil s'ardroit avant que l'espaule
-fust rostie.
-
-Porc eschaudé, rosty en la broche: et mettre du sain doulx en la
-paelle, et au bout d'un baston avoir des plumes, et oindre l'escorce
-ou couanne du porc afin qu'elle ne s'arde et endurcisse ou larder. Et
-autel convient-il faire à un cochon[952], ou le larder; et est mengié
-au vertjus de grain ou vertjus vieil et ciboule.
-
-POURCELET FARCI. Le pourcelet tué et acouré[953] par la gorge
-soit eschaudé en eaue boulant, puis pelé: puis prenez de la char meigre
-de porc, et ostez le gras et les issues du pourcelet et mettez cuire en
-l'eaue, et prenez vint oeufs et les cuisiez durs, et des chastaingnes
-cuites en l'eaue et pelées: puis prenez les moyeux des oeufs,
-chastaingnes, fin fromage vieil, et char d'un cuissot de porc cuit, et
-en hachez, puis broyez avec du saffran et pouldre de gingembre grant
-foison entremellée parmy la char; et se vostre char revient trop dure,
-si l'alaiez de moyeux d'oeufs. Et ne fendez pas vostre cochon parmy le
-ventre, mais parmy le cousté le plus petit trou que vous pourrez: puis
-le mettez en broche, et après boutez vostre farce dedans, et recousez
-à une grosse aguille; et soit mengié ou au poivre jaunet se c'est en
-yver, ou à la cameline se c'est en esté.
-
-_Nota_ que j'ay bien veu pourcelet lardé, et est très bon. Et ainsi le
-fait-l'en maintenant et des pigons aussi.
-
-CONNINS pourboulis, lardés, en rost, à la cameline.
-
-L'en scet bien se un connin est gras etc.[954]
-
-VEEL ROSTY. Soit harlé au feu en la broche et sans laver, puis
-lardé, rosti, et mengié à la cameline. Aucuns le pourboulent, lardent,
-puis embrochent. Ainsi le souloit[955]-l'en faire.
-
-CHEVREAULX, AGNEAULX. Boutez en eaue boullant et tirez
-hors tantost, et harlez en la broche; puis rostis et mengiés à la
-cameline[956].
-
-BOURBELIER DE SANGLIER[957]. _Primo_ le convient mettre en
-eaue boulant, et bien tost retraire et boutonner de giroffle; mettre
-rostir, et baciner[958] de sausse faicte d'espices, c'est assavoir
-gingembre, canelle, giroffle, graine, poivre long et noix muguettes,
-destrempé de vertjus, vin et vinaigre, et sans boulir l'en baciner;
-et quant il sera rosti, si boulez tout ensemble. Et ceste sausse est
-appellée _queue de sanglier_[959], et la trouverez cy-après (_et là il
-la fait liant de pain: et cy, non_).
-
-POUR CONTREFAIRE D'UNE PIÈCE DE BEUF, VENOISON D'OURS. Prenez
-de là pièce d'emprès le flanchet, et soit tronçonnée par gros tronçons
-comme bouly lardé, puis pourbouli, lardé et rosti: et puis boulez une
-queue de sanglier[960] et mettez vostre grain[961] peu boulir, et
-gettez sausse et tout en un plat.
-
-Toute venoison fresche sans baciner se mengue à la cameline.
-
-OÉS rosties à l'aillet blanc en yver, ou à la jance.
-
-Et _nota_ que en Aoust et Septembre, quant les oisons sont aussi grans
-comme père et mère, l'en congnoist les jeunes à ce que quant l'en
-appuie son poulce sur leur becq, il fond soubs le poulce, et aux autres
-non.
-
-_Item_, _nota_ que oisons mis en mue, se ils sont bien petis, ils
-engressent jusques au neuvième jour, et après amaigrissent: mais les
-oés engressent toujours sans défrire[962]; et soit l'un, soit l'autre,
-il les convient tenir seichement et garder de mouillier leurs piés, ne
-estre sur lictière moitte, mais finement seiche, et garder de baigner
-ne mengier verdure, et ne voient point de clarté, et soient peus de
-fourment cuit, et abeuvrés de lait meigre ou de l'eaue en quoy le
-fourment aura cuit, et ne leur convient donner autre buvrage, et soient
-peus de bonne avoine.
-
-A Paris, les oiers engressent leurs oisons de farine etc.[963]
-
-CHAPONS, GÉLINES, faisandés de deux ou de trois jours,
-embrochiés, flambés, et rostis, mettez au vertjus avec leur gresse;
-bouly, à la poictevine ou à la jance.
-
-POUCINS gros comme hétoudeaux[964] en Juillet, tués deux
-jours devant, et rostis, flambés, mengiés au moust qui se fait en tout
-temps de vin, vertjus et foison sucre.
-
-Pour les faisander, il les convient saigner, et incontinent les mettre
-et faire morir en un seel d'eaue froide, et tantost remettre en un
-aultre seel d'eaue très froide, et il sera faisandé ce matin mesmes
-comme de deux jours tué[965].
-
-MENUS OISEAULX. Plumez à sec et laissiez les piés, et
-embrochiez parmy le corps: et entre deux mettre une pièce de lart gras
-tanné[966] comme une fueille.
-
-MALARS DE RIVIÈRE. En yver, quant les jeunes etc.[967]
-
-_Item_, malars de rivière plumez à sec, puis mettre sur la flambe:
-ostez la teste et la gettez, et laissiez les piés; puis mettez en
-broche et une leschefrite dessoubs pour requeillir la gresse, et mettre
-des oignons dedans qui se frisent en la gresse. Et quant l'oisel est
-cuit, mettez du lart et du percil en la leschefrite, et boulez tout
-ensemble, et des tostées dedans, et l'oisel par pièces; ou soit mengié
-au sel menu.
-
-_Item_, autrement se peut faire. Mettez en la leschefrite des oignons
-comme dit est, et quant l'oisel sera cuit, si mettez en la leschefrite
-un petit de vertjus et moitié vin, moitié vinaigre, et tout bouli
-ensemble, et après mis la tostée. Et ceste derrenière sausse est
-appellée _le Saupiquet_.
-
-PAON, _Faisans_, _Cigoignes_, _Héron_, _Outardes_, _Grues_,
-_Gentes_, _Butor_, _Cormorant_, soient plumés à sec ou saignés comme le
-cigne, et laissez à ceulx à qui il appartient les testes et queues, et
-aux autres testes et piés[968]: et du surplus comme du cigne.
-
-_Item_, au faisant à qui l'en oste la queue, l'en luy reboute deux ou
-trois plumes quant il est rosty, mais atourné[969].
-
-COULONS RAMIERS sont bons en yver; et congnoist-l'en les viels
-à ce qu'ils ont les venneaux des esles tout d'une couleur noire, et
-les jeunes qui sont de celluy an ont le bout des venneaux cendrés et
-le surplus noir comme les autres[970]; et sont bons en pasté, à la
-cameline frois, ou tous chaulx à la sausse d'oiseaulx de rivière, ou
-rostis longuement comme beuf et mengiés au sel, ou à la dodine, par
-pièces, en un plat, comme oiseaulx de rivière.
-
-_Nota_ que à Bésiers, l'en vent de deux paires[971] de coulons ramiers,
-les uns petis, et ceulx ne sont pas les meilleurs, car les grans
-sont de meilleur saveur et menguent le glan au bois comme font les
-pourceaulx; et les mengue-l'en au boussac comme un connin, et mis par
-quartiers: et aucunes fois à la sausse des halebrans, et en rost à la
-dodine; ou qui en veult garder, soient mis en pasté lardés. Et sont en
-saison de la Saint-Andry jusques en karesme, et ne viennent fors de
-trois ans en trois ans.
-
-PLOUVIERS ET VIDECOQS. Plumer à sec, bruler et laissier les
-piés; rostir et mengier au sel.
-
-Et _nota_ que trois paires d'oiseaulx sont, que les aucuns queux
-rostissent sans effondrer; _scilicet_ aloés, turtres et plouviers,
-pour ce que leurs bouyaulx sont gras et sans ordure, car aloés ne
-menguent fors pierettes et sablon: turtres, graine de genèvre et herbes
-souef-flairans: et plouviers vent[972].
-
-Perdrix s'adouent vers la my Février, et adonc s'envolent deux et deux:
-et en Pasqueret se doivent cuire en l'eaue, avec char de beuf, un
-boullon largement; puis les tirer et rostir.
-
-_Item_, les perdris qui ont les plumes etc[973].
-
-_Item_, perdrix se doivent plumer à sec, et copper les ongles et la
-teste, reffaire en eaue boulant, puis boutonner de venoison qui en a,
-ou lart, et mengier au sel menu, ou à l'eaue froide et eaue rose et un
-petit de vin, ou en eaue rose les trois pars, jus de pomme d'orenge et
-vin, le quart[974].
-
-CIGNE. Plumez comme un poucin ou une oé, eschaudez, ou
-reffait; embrochiez, arçonnez[975] en quatre lieux, et rostissiez à
-tout les piés et bec tout entier, et la teste sans plumer; et mengié au
-poivre jaunet.
-
-_Item_, qui veult, l'en le dore.
-
-_Item_, au tuer, soit fendu de la teste jusques aux espaules.
-
-_Item_, sont aucune fois escorchiés et revestus.
-
-CIGNE REVESTU en sa pel à toute la plume. Prenez-la et
-l'enflez par entre les espaules, et le fendez au long du ventre: puis
-ostez la pel à tout le col couppé emprès les espaules, tenant au corps
-les piés; puis mettre en broche, et l'arçonnez et dorez. Et quant il
-sera cuit, soit revestu en sa pel, et que le col soit bien droit ou
-plat; et soit mengié au poivre jaunet[976].
-
-
-PASTÉS.
-
-POUCINS soient mis en pasté, le dos dessoubs et la poictrine
-dessus, et larges lesches de lart sur la poictrine; et puis couvers.
-
-_Item_, à la mode Lombarde, quant les poucins sont plumés et
-appareillés, aiez oeufs batus, c'est assavoir moyeux et aubuns[977],
-avec vertjus et pouldre, et mouillez vos poucins dedans: puis mettez en
-pasté[978] et des lesches de lart comme dessus.
-
-CHAMPIGNONS d'une nuit sont les meilleurs, et sont petits et
-vermeils dedans, clos dessus: et les convient peler, puis laver en
-eaue chaude et pourboulir; qui en veult mettre en pasté, si y mette de
-l'uille, du frommage et de la pouldre.
-
-_Item_, mettez-les entre deux plats sur charbons, et mettez un petit de
-sel, du frommage et de la pouldre. L'en les treuve en la fin de May et
-en Juin.
-
-ESCHEROYS[979]. Lavez-les en deux ou en trois paires d'eaues
-chaudes, puis les enfarinez et frisiez en huille.
-
-_Item_, après ce, aucuns les mettent en pasté avec grant foison
-d'oignons et tronçons de harenc ou d'anguille et pouldre.
-
-_Nota._ Pastés doivent estre au large et la viande à large dedans.
-
-PASTÉS DE VENOISON FRESCHE. Il convient à venoison pourboulir
-et escumer, puis larder et faire pastés: et ainsi se font pastés de
-toute venoison fresche; et se doit tailler à grans lopins comme billes,
-et pour ce dit-l'en _pasté de bouly lardé_.
-
-PASTÉS DE BEUF. Aiez bon beuf et jeune et en ostez toute la
-gresse, et le meigre soit mis par morceaulx cuire un boullon, et après
-porté sur[980] le pastissier hachier: et la gresse avec mouelle de beuf.
-
-La char d'une joe de beuf trenchée par lesches et mise en pasté;
-et puis quant le pasté est cuit, convient getter de la sausse d'un
-halebran dedans.
-
-PASTÉS DE MOUTON. Bien hachiés menus avec des ciboules.
-
-PASTÉS DE VEAU. Prenez de la rouelle de la cuisse, et convient
-mettre avec, près d'autant de gresse de beuf; et de ce fait-l'en six
-bons pastés d'assiette[981].
-
-
-POISSON D'EAUE DOULCE.
-
-A cuire poisson convient premièrement mettre l'eaue frémir et du sel,
-et puis mettre les testes boulir un petit, puis les queues, et boulir
-ensemble, et puis le remenant.
-
-Tout poisson freschement mort est ferme sur le poulce et dur, et a
-l'oreille vermeille; et s'il est vieil mort, _secus_.
-
-BAR soit en eaue cuit, et mengié à la sausse vert.
-
-BARBELET[982] en esté soit cuit en eaue et le tiers vin,
-foison percil et oseille, et cuire longuement: et il sera ferme.
-
-BARBILLONS rostis au vertjus, les petis en yver au potage ou à
-la jance fris; _item_, en yver, au poivre aigret ou jaunet, car c'est
-tout un.
-
-PERCHE soit sans escharder[983] cuite en eaue, et puis soit
-pelée: au vinaigre et au percil soit mise; la frite soit mise au
-gravé[984].
-
-TANCHE eschaudée, et osté le limon comme d'une anguille,
-puis soit cuite en eaue: mengée à la sausse vert. La frite en potage;
-la renversée, rostie et pouldrée de pouldre de canelle, et puis soit
-plungée en vinaigre et huille tandis que l'en la rostira, et mengée à
-la cameline. Et notez que à la renverser, il la convient fendre au long
-du dos, teste et tout, puis renverser, et mettre une essaule[985] entre
-les deux couannes, puis lier de fil et rostir.
-
-BRESME soit cuite en eaue, mengée à la sausse vert: et la
-rostie au vertjus[986].
-
-LUS[987] se doit cuire en eaue frémiant et un petit de vin,
-et mettre la teste premièrement et puis la queue, et faire boulir une
-onde: puis mettre le remenant. Lus se mengue à la sausse vert quant il
-est cuit en eaue. Aucunes fois l'en en fait potage, et est frit aucunes
-fois; le frit est mengié à la jance.
-
-D'un lus on en peut mengier la moitié cuite en eaue, et l'autre moitié
-salée d'un jour ou de deux jours, voire de huit jours, mais en ce cas
-l'en le doit mettre tremper pour dessaller, puis pourboulir et après
-esgouter, puis frire et mengier à la jance. Quant du lus frais est
-demouré de disner, au souper l'en en fait charpie.
-
-BROCHET est bon au chaudumé.
-
-Des brochets le laitié vault mieux que l'ouvé, se ce n'est quant l'en
-veult faire roissolles, car de l'ouvé broyé l'en fait roissoles.
-
-ALOZE salée, cuite en l'eaue et mengée à la moustarde ou
-au vin et à la ciboule. La fresche[988] entre en saison en Mars. La
-convient appareillier par l'oreille, escharder, cuire en eaue, et
-mengier à la cameline; et celle qui sera en pasté, convient premier
-escharder, puis mettre en pasté et de la cameline bien clère dedans le
-pasté quant il est presque cuit, et icelle sausse faire boulir. _Item_,
-aloze appareilliée comme dessus, sans escharder, puis rostir au four
-avec percil et moitié vertjus, l'autre moitié vin et vinaigre[989]; et
-est en saison depuis Février jusques en Juin.
-
-FUITES[990] comme alozes.
-
-CARPES. Aucuns aiment mieulx la laictié que l'ouvée, _et e
-contrario_. Et _nota_ que la brehaigne[991] vault mieulx que nulle des
-deux autres.
-
-La carpe qui a l'escaille blanche etc.[992]
-
-_Item_, à l'appareillier, ostez-luy l'amer qui est droitement ou
-gouttron[993] de la gorge, et ce fait, l'en peut mettre cuire la teste
-toute entière, et elle se cuira tout nettement; et se l'amer n'en
-estoit osté, la teste demourroit tousjours sanglante et amère. Et pour
-ce, quant l'amer n'est osté entier et sans crever, l'en doit tantost
-laver la place et frotter de sel, et se l'amer est osté entier, l'en
-ne doit point laver la teste ne autre chose, mais convient mettre
-premièrement boulir la teste et assez tost après la queue, et puis
-après le remenant, et tout à petit feu.[994] La carpe cuite se mengue à
-la sausse vert, et se demourant en y a, l'en en met en galentine.
-
-_Item_, CARPE A L'ESTOUFFÉE. _Primo_, mettez des oignons
-minciés en un pot cuire avec de l'eaue, et quant les oignons seront
-bien cuis, gettez la teste et assez tost après la queue dedans, et
-assez tost après les tronçons, et couvrez fort sans ce qu'il en ysse
-point d'alaine[995]. Et quant elle sera cuite, si aiez fait vostre
-affaitement de gingembre, canelle et saffran, allayé de vin et un petit
-de vertjus, c'est assavoir le tiers, et faites tout boulir ensemble, et
-bien couvert; et puis dréciez par escuelles[996].
-
-_Nota_ que les Alemans dient des François qu'ils se mettent en grant
-péril de mengier leurs carpes si pou cuites. Et a-l'en veu que se
-François et Alemans ont un queux François qui leur cuise carpes,
-icelles carpes cuites à la guise de France, les Alemans prendront leur
-part et la feront recuire plus assez que devant, et les François non.
-
-TRUITTES. Leur saison commence en May. (_Item, leur saison est
-de Mars jusques en Septembre._) Les blanches etc.[997] La truitte qui
-ou palais a deux petites veines noires, est vermeille.
-
-Truitte soit cuite en eaue et foison vin vermeil, doit estre mengiée à
-la cameline et doit estre mise cuire par tronçons de deux dois. A jour
-de char, en pasté, l'en les doit couvrir de larges lardons[998].
-
-ANGUILLES. Celle qui a la menue teste, becque etc.[999]
-
-Anguillettes fresches estauvées et tronçonnées, cuites en eaue avec
-foison de percil, puis mettre du frommage lesche: puis traiez les
-tronçons, et faites souppes, et en chascune escuelle quatre tronçons;
-ou cuire des oignons, puis cuites en celle eaue, et un petit d'espices
-et saffran[1000] et oignons en un pot, et faire la souppe.
-
-Grosse anguille cuite en l'eaue et au percil se mengue aux aillets
-blans; en pasté, du frommage et de la pouldre fine. La grosse,
-renversée[1001], à la sausse chaude comme une lamproie.
-
-Se vous voulez garder anguille, faites-la mourir en sel, et la laissiez
-trois jours naturels toute entière: puis soit eschaudée, osté le
-limon, trenchée par tronçons, cuite en l'eaue et la ciboule, et en la
-parfin mettez du vin. Et se vous la voulez saler du matin au soir,
-appareilliez-la et la tronçonnez, et mettez les tronçons en gros sel;
-et se vous la voulez plus avancier, broyez sel noir[1002] et frottez
-chascune coppure du tronçon, et avec ce, la hochiez en sel entre deux
-escuelles[1003].
-
-ANGUILLE RENVERSÉE. Prenez une grosse anguille et l'estauvez,
-puis la fendez par le dos au long de l'areste d'un costé et d'autre,
-en telle manière que vous ostiez d'une part l'areste, queue et teste
-tout ensemble, puis lavez et ploiez icelle à l'envers, c'est assavoir
-la char par dehors, et soit liée loing à loing: et la mettez cuire
-en vin vermeil, puis la traiez et couppez le fil à un coustel ou
-forcettes[1004], et mettez reffroidier sur une touaille; puis aiez
-gingembre, canelle, clo de giroffle, fleur de canelle, graine, noix
-muguettes[1005], et broyez et mettez d'une part: puis aiez pain brulé
-et broyez très bien, et ne soit point coulé, mais deffaites du vin
-où l'anguille aura cuit, et boulez tout en une paelle de fer, et y
-mettez du vertjus, du vin[1006], et du vinaigre[1007], et gettez sur
-l'anguille[1008].
-
-PINPERNAUX ont luisant et deliée pel et ne sont point
-limonneux comme sont anguilles. L'en les doit eschauder et rostir sans
-effondrer, _scilicet_ les frais, et les salés qui sont séchés, rostir
-et mengier au vertjus[1009].
-
-LOCHE cuite en eaue au percil et au bon frommage, mengée à la
-moustarde. La frite, en potage et à l'aillet vert. La cuite en l'eaue,
-à la moustarde soit mengée: et au frire soit effleurée[1010] celle qui
-sera frite.
-
-GAYMEAU cuit en l'eaue, mengié à la moustarde: ou qui veult, à
-l'aillet vert.
-
-LAMPROYONS rostis verdelets, mengiés à la sausse chaude comme
-cy dessoubs sera dit à la lamproye; et se ils sont cuis en eaue, soient
-mengiés à la moustarde: et se ils sont cuis en pasté, gettez la sausse
-chaude dessus les pastés, et faites boulir[1011].
-
-LAMPROIES. Il est assavoir que les aucuns saignent la lamproie
-avant ce que ils les estauvent, et aucuns les estauvent avant ce qu'ils
-les saignent ne eschaudent. Pour la saigner, premièrement lavez très
-bien vos mains, puis fendez-lui la gueule parmy le menton, _id est_
-joignant du baulièvre, et boutez vostre doit dedens et arrachez la
-langue, et faites la lemproie saignier en un plat, et lui boutez une
-petite brochette dedans la gueule pour la faire mieulx saigner. Et se
-vos dois ou vos mains sont touilliés de sang, si les lavez, et la plaie
-aussi, de vinaigre, et faites couler dedans le plat, et gardez ce sang,
-car c'est la gresse.
-
-Quant à l'estauver, aiez de l'eaue chauffée, sur le feu, frémiant,
-et l'estauvez comme une anguille: d'un coustel non pointu luy pelez
-et ratissiez la gueulle par dedens, et gettez hors les riffleures,
-puis l'embrochiez et faites rostir verdelette. Et pour faire la
-boe[1012], prenez gingembre, canelle, poivre long, graine et une
-noix muguette, et broyez et mettez d'une part: puis aiez du pain
-brulé tant qu'il soit noir, et le broyez et deffaites de vinaigre et
-le coulez par l'estamine; puis mettez boulir le sang, vos espices et
-le pain, tout ensemble, un boullon tant seulement, et se le vinaigre
-est trop fort, si le attrempez de vin ou de vertjus; et adonc c'est
-boue: et est noire, espoisse à point et non pas trop, et le vinaigre
-un pou passant[1013], et salé un petit; puis versez tout chault sur la
-lamproye, et laissiez suer[1014].
-
-_Item_, l'en peut faire autre sausse plus briefve. Prenez le sang et du
-vinaigre et du sel, et quant la lamproie sera rostie verdelette, boulez
-icelle sausse un bouillon seulement et gettez sur vostre lamproye, et
-laissiez suer entre deux plats.
-
-_Item_, LAMPROIE BOULIE. Saignez-la comme devant est dit, et
-gardez le sang: puis la mettez cuire en vinaigre et en vin plain[1015]
-et un pou d'eaue, et quant elle sera cuite verdelette, si la traiez
-hors du feu et la mettez reffroidier sur une nappe; puis prenez pain
-brulé et deffaites de vostre boullon et coulez parmi une estamine, et
-puis mettez boulir le sang avec, et mouvez bien qu'il n'arde: et quant
-il sera bouly, si versez en un mortier ou en une jatte nette, et mouvez
-tousjours jusques à tant qu'il soit reffroidié; puis broyez gingembre,
-canelle, fleur de canelle, giroffle, graine de paradis, noix muguettes
-et poivre long, et deffaites de vostre boullon, et mettez dedans un
-plat comme dit est devant; et doit estre noir[1016].
-
-_Item_, LAMPROIE A L'ESTOUFFÉE. Ostez le sang de la lamproye
-comme dessus, puis l'estauvez en eaue bien chaude. Après ce, ayez
-vostre sausse preste de boulir, et soit clere, et mettez vostre
-lamproye en un pot et vostre sausse dessus, et faites très bien couvrir
-d'un couvescle bien joignant et juste, et faites boulir; puis retournez
-une fois la lamproie ce dessus dessoubs[1017] ou pot, et faites cuire
-verdelette. Et s'elle ne moulle toute en sausse, il n'y a pas péril,
-mais que le pot soit bien couvert; puis la mettez toute entière en un
-plat sur la table[1018].
-
-ESCREVICES cuites en l'eaue et en vin, mengées au vinaigre.
-
-ABLES cuites en l'eaue et au percil, mengées à la moustarde.
-
-GARDONS ET ROSSES[1019]. C'est friture, et les convient
-effonder, puis enfleurer, puis frire; mengier à la sausse vert[1020].
-
-VENDOISES comme dessus, ou rosties sans escharder[1021],
-et mengier au vertjus d'ozeille; et est assavoir que vendoises sont
-assez plus grans que ables, et sont rondes plus que gardons[1022], car
-gardons sont plas.
-
-
-POISSON DE MER RONT.
-
-Poisson de mer ront en yver, et le plat en esté.
-
-_Nota_ que nulle marée n'est bonne quant elle est chassée par temps
-pluyeulx ou moicte.
-
-BRETTE[1023] affaitié comme un rouget, cuite comme une raye,
-et ainsi pelée: mengée aux aulx camelins. Et est la brette aussi comme
-chien de mer, mais brette est plus petite et plus doulce et meilleure,
-et dit-l'en que c'est la femelle du chien: et est brune sur le dos, et
-le chien est roux.
-
-CHIEN DE MER comme la brette. Et _nota_ que de l'un et de
-l'autre le foie est bon à mettre en pasté, et de la pouldre fine parmy;
-et aucuns y mettent du frommage, et est bon.
-
-MULET est dit _migon_[1024] en Languedoc, et est eschardé
-comme une carpe, puis effondré au long du ventre, cuit en l'eaue, et du
-percil dessus, puis reffroidié en son eaue; et puis mengié à la sausse
-vert, et meilleur à l'orenge. _Item_, il est bon en pasté.
-
-MORUE n'est point dicte à Tournay s'elle n'est salée, car la
-fresche est dicte _cableaux_[1025], et, se mengue et est cuite comme
-dit sera cy-après de morue.
-
-_Item_, quant icelle morue est prise ès marches de la mer, et l'en
-veult icelle garder dix ou douze ans, l'en l'effondre, et luy oste-l'en
-la teste, et est seichée à l'air et au soleil, et non mie au feu ou à
-la fumée; et ce fait, elle est nommée _stofix_[1026]. Et quant l'en
-l'a tant gardée et l'en la veult mengier, il la convient batre d'un
-maillet de bois bien une heure, et puis mettre tremper en eaue tiède
-bien douze heures ou plus, puis cuire et escumer très bien comme beuf;
-puis mengier à la moustarde ou mengier trempée au beurre. Et se rien
-en demeure au soir, soit par pièces petites comme charpie frit, et mis
-pouldre dessus.
-
-Aussi de morue fresche, s'aucune partie en demeure pour le soir ou
-pour l'endemain[1027], faictes-en de la charpie et le frisez à pou de
-beurre, et puis ostez de la paelle, et puis vuidiez tout le beurre que
-riens n'y demeure, et la refrisiez à sec, et filez pardessus des oeufs
-batus: puis mettez en plateaux ou escuelles et pouldre fine pardessus.
-Et s'il n'y a oeufs, si se fait-il bien[1028].
-
-Morue fresche, appareillée et cuite comme gournaut et du vin blanc au
-cuire, et mengée à la jance; et la salée, mengée au beurre ou mengée
-à la moustarde. La salée, pou trempée, sent trop le sel, et la trop
-trempée n'est pas bonne; et pour ce, qui l'achaitte, doit essaier à la
-dent et en mengier un petit[1029].
-
-MAQUEREL frais entre en saison en Juin, jàsoit-ce que l'en en
-treuve dès le mois de Mars. Affaitiez par l'oreille, puis l'essuiez
-d'un net torchon, et sans laver aucunement soit mis rostir, puis mengié
-à la cameline ou à sel menu; et salé, au vin et à l'eschaloigne[1030].
-Et si en met-on en pasté, et pouldre dessus[1031].
-
-Ton est un poisson qui est trouvé en la mer ou estans marinaulx des
-parties de Languedoc, et n'a aucunes arestes fors l'eschine, et a dure
-pel, et se doit cuire en eaue et se mengue au poivre jaunet[1032].
-
-LANGOUSTES sont grans escrevices, et sont bonnes cuites en
-l'eaue, et leur convient estouper d'estoupes la queue par où l'en l'a
-vuidée et aussi la gueule et les piés qui sont rompus, et tous les
-autres lieux par lesquels aucune liqueur puisse yssir de son corps, et
-puis cuire en l'eaue ou en four, et mengié au vinaigre. Toutesvoies,
-qui la veult rostir au four, il ne la convient jà estouper, mais
-souffit qu'elle soit mise cuire enverse[1033].
-
-CONGRE. Eschaudez-le et estauvez comme une anguille, puis
-mis en la paelle et salé comme le rouget, et le cuisiez longuement
-comme beuf; et en la parfin mettre boulir avec du percil, puis le
-laissiez[1034] refaire en son eaue, puis dréciez et mengiez à la sausse
-vert. Aucuns le mettent roussir sur le gril[1035].
-
-TUMBE[1036], ROUGET, GOURNAUT,
-GRIMONDIN, soient affaitiés par le ventre et lavés très bien,
-puis soient mis en la paelle et du sel pardessus, et puis l'eaue
-froide; (et ainsi est-il du poisson de mer, jàsoit-ce que poisson
-d'eaue doulce il convient premièrement que l'eaue soit frémiant),
-puis soient cuis à petit feu, et mis hors de dessus le feu; laissiez
-reffaire en leur eaue et mengiez à la cameline. Toutesvoies, les
-grimondins, en esté, fendus sont au long du dos par les espaules,
-rostis sur le greil[1037] et arrousés de beurre et mengiés au
-vertjus. _Nota_ que tumbe est le plus grant, et sont prises en la mer
-d'Angleterre. Gournaut est le plus grant après, et sont toutes ces
-deux espèces de couleur tannée[1038]. Le rouget est le plus petit et
-le plus rouge, et le grimondin est le mendre de tous et est tanné,
-tavellé[1039], et de diverses couleurs; et tous sont comme d'une nature
-et d'une saveur.
-
-_Item_, rougets sont bons au chaudumé de vertjus de pouldre et de
-saffran.
-
-SAUMON frais soit baconné[1040], et gardez l'eschine pour
-rostir; puis despeciez par dales cuites en eaue, et du vin et du sel au
-cuire; mengié au poivre jaunet ou à la cameline et en pasté, qui veult,
-pouldré[1041] d'espices; et se le saumon est salé, soit mengié au vin
-et à la ciboule par rouelles[1042].
-
-AIGREFIN appareillié comme le rouget, et le convient un pou
-laissier froidir en son eaue, et soit mengié à la jance[1043].
-
-ORFIN affaitié par l'oreille, cuit en l'eaue, mengié à la
-cameline: ou mis par tronçons, et sur les tronçons mettre pouldre fine
-et huille d'olive[1044].
-
-PORC DE MER, MARSOUIN, POURPOIS[1045] est
-tout un, et le poisson entier doit estre fendu par le ventre comme un
-pourcel; et du foye et fressure l'en fait brouet et potage comme d'un
-porc. _Item_, l'en le despièce et fend comme un porc, par le dos, et
-aucunes fois est rosti en la broche à toute sa couanne, et puis mengié
-à la sausse chaude comme brulis[1046] en yver. Autrement, est cuit en
-eaue et mis du vin avec, puis de la pouldre et du saffran, et mis en un
-plat dedans son eaue comme venoison; puis broyez gingembre, canelle,
-giroffle, graine, poivre long et saffran, et deffaites de vostre
-boullon, et mettez hors du mortier d'une part; _item_, broyez pain
-harlé, deffait de l'eaue de vostre poisson et coulé par l'estamine,
-et faictes boulir tout ensemble, et soit claret; puis dréciez comme
-venoison. Ou faites poivre noir, et soit vostre poisson, sans laver,
-cuit moitié eaue moitié vin, et mis en plas: et gettez vostre sausse
-dessus comme galentine, et dréciez. Et quant vous en vouldrez mengier,
-prenez un petit de la sauce qui est froide, et mettez ou eaue de char,
-ou de celle mesmes, ou vinaigre _et similia_, et mettez sur le feu en
-une escuelle chauffer[1047].
-
-MERLUS doit estre despecié par morceaux quarrés comme
-eschiquier, puis tremper une nuit seulement, puis le oster hors de
-l'eaue, et après mettez séchier sur une touaille; puis mettez vostre
-huille boulir, puis frisiez à pou d'huille vos pièces de merlus, et
-mengiez à la moustarde ou à jance d'aulx. Merlus est fait, ce semble,
-de morue[1048].
-
-ESTURGON. Eschaudez, ostez le limon, couppez la teste et
-la fendez en deux. Et premièrement le fendez au long par le ventre
-comme l'en fait un pourcel, puis soit vuidié, tronçonné, et mis cuire
-en vin et en eaue et que le vin passe; et que à la mesure qu'il se
-esboudra[1049] que l'en y mette tousjours vin. Et congnoist-l'en qu'il
-est cuit, quant la couanne se liève de légier; et ce que l'en mengue
-chaut, l'en y met de l'eaue du bouly et espices comme se ce feust
-venoison: et ce que l'en veult garder doit estre mis refroidier, et
-mengier au percil et au vinaigre[1050].
-
-ESTURGON CONTREFAIT DE VEEL pour six escuelles. Prenez le soir
-devant, ou le bien matin, six testes de veel sans escorcher, et les
-plumez en eaue chaude comme un cochon, et les cuisiez en vin, et mettez
-une chopine de vinaigre et du sel dedans, et faites boulir tant qu'il
-soit tout pourry de cuire; puis laissiez les testes refroidier et ostez
-les os. Puis prenez un quartier de bonne grosse toile, et mettez tout
-dedans, c'est assavoir l'une sur l'autre en la mendre place que vous
-pourrez, puis cousez de bon fort fil, comme un oreillier quarré, puis
-le mettez entre deux belles ais et le chargiez très fort, et laissiez
-la nuit en la cave; et puis le tailliez par lesches, la couenne dehors
-comme venoison, et mettez du percil et du vinaigre, et ne mettez que
-deux lesches en chascun plat. _Item_, qui ne trouveroit assez testes,
-l'en le peut faire d'un veel entrepelé[1051].
-
-CRASPOIS[1052]. C'est balaine salée, et doit estre par
-lesches tout cru, et cuit en eaue comme lart; et servir avec vos pois.
-
-MERLANT SALÉ est bon quant sa noe[1053] est entière, et son
-ventre blanc et entier; et est bon au chaudumé de beurre, de vertjus et
-de moustarde; et le frais, frit, à la jance.
-
-VIVE a trois lieux périlleux à touchier, c'est assavoir les
-arestes qui sont sur le dos près de la teste, les deux oreilles; et
-à ce ne convient touchier fors au coustel, et tout ce getter hors,
-et tirer la brouaille par l'oreille, et puis enciser au travers en
-pluseurs lieux, la rostir, et mengier au vertjus et beurre, ou vertjus
-et pouldre.
-
-_Aliter_, cuisiez-la en l'eaue un petit, puis la frisiez en beurre,
-puis boulez du vertjus avec le remenant du beurre, et getter sus.
-
-
-POISSON DE MER PLAT.
-
-RAYE affaitié par endroit le nombril, et gardez le foye, et la
-despeciez par pièces, puis la mettez cuire comme plays, puis la pelez
-et la mengiez aux aulx camelins.
-
-Raye est bonne en Septembre, et meilleur en Octobre, car lors elle
-mengue les harens frais. Celle qui n'a que une queue est _notrée_,
-et les autres qui ont pluseurs queues, non. Et encores est-il autre
-poisson pareil à raye qui a nom _Tire_, mais il n'a nul aguillon sur le
-dos; et si est plus grant et plus tavellé de noir[1054].
-
-GALENTINE POUR RAIE en esté. Broyez amandes et deffaites
-d'eaue boulie, et coulez par l'estamine; puis broyez gingembre et aulx,
-et deffaites d'icelluy lait d'amandes et passez par l'estamine, et
-boulez tout ensemble et mettez sur les pièces de la raye.
-
-Raye qui une fois a esté cuite, s'elle est frite sans farine en huille
-et mengée chaude à la cameline, elle est bonne et meilleur que en
-galentine froide.
-
-Raye doit estre lavée en plusieurs eaues, puis cuire en petit boullon
-et par quartiers, puis peler et laissier refroidier: mais aucuns la
-pourboulent en eaue sans sel, puis la tirent, la pellent et nettoient
-très bien, et mettent sur beau feurre; puis mettent en une paelle, sur
-le feu, de l'eaue et du sel frémier, puis cuire la raye à petit feu.
-Et qui veult, l'en en frit une partie de celle qui est pourboulye, et
-ceste raye se garde bien huit jours[1055].
-
-PLAYS[1056] ET QUARRELET sont aucques[1057] d'une
-nature. La plus grant est nommée _plays_, et la petite _quarrelet_, et
-est tavellée de rouge sur le dos; et sont bons du flo[1058] de Mars,
-et meilleurs du flo d'Avril. Affaitiez par devers le dos audessoubs de
-l'oreille: bien lavée, et mise en la paelle et du sel dessus, et cuite
-en l'eaue comme un rouget; et mengiez au vin et au sel.
-
-_Item_, quarrelets sont bons fris à la fleur[1059] et mengiés à la
-sausse vert[1060].
-
-LIMANDES sont tavellées de jaune ou roux par le dos, et ont
-l'oreille devers le blanc[1061]; soient fris à la fleur et mengiés à la
-sausse vert, ou fris par moitié et mengiés au civé ou au gravé[1062].
-
-POLES[1063], SOLES sont d'une nature; et sont les
-poles tavellées par le dos. Il les convient escharder et affaitier
-comme la plays, laver et mettre en la paelle, et du sel dessus et
-de l'eaue, puis faire cuire, et à la parfin mettre du percil avec;
-puis laissier reffaire en leur eaue, et mengier à la sausse vert ou
-au beurre avec de leur eaue chaude, ou au chaudumé de vertjus vieil,
-moustarde et beurre chauffé ensemble.
-
-_Item_, l'en les rostit sur le greil[1064] et du feurre moullié entre
-deux; et celles ne doivent point estre eschardées et sont mengées au
-vertjus d'oseille.
-
-_Item_, aussi sont eschaudées celles que l'en doit frire, et doivent
-estre enfleurées, puis frites, mengées à la sausse vert[1065], et mises
-au civé ou gravé.
-
-TURBOT est dit _Ront_ à Bésiers. Soit eschardé, appareillié
-comme dessus et mengié à la sausse vert, ou mis au soucié[1066]; et
-vault mieulx froit de deux jours.
-
-BARBUE eschardée, appareilliée comme dessus, cuite et mengée,
-car tout est d'une espèce et d'une saveur, fors tant que la barbue est
-plus petite[1067], et le turbot greigneur et meilleur.
-
-BRESME, BAITTE[1068] eschardée, cuite en eaue, mengée
-à la cameline ou mise en pasté à la pouldre[1069].
-
-TANTE[1070] cuite en eaue ou rostie, mengée au vertjus.
-
-DORÉE appareilliée par le costé au long, cuite en eaue, ou en
-rost, mengée au vertjus.
-
-ALES rosties en filopant[1071], mengées à la moustarde; ou
-pelées, puis cuites en l'eaue un très petit, puis enfarinées, frites à
-l'uille, et mengées à la jance ou aux aillets.
-
-FLAYS[1072]. De ce ne convient faire nul compte, car ils
-ne sont en saison fors quant le quarrel[1073] font soubs le pié. Ce
-poisson n'est point tavelé de rouge sur le dos comme sont quarrelets,
-et si ont le dos bien noir.
-
-HANONS[1074]. _Nota_ que les hanons qui sont ensemble
-amoncelés et se entretiennent à une masse sans esparpillier ou
-départir, et sont vermeils et de vive couleur, sont frais: et ceulx qui
-ne s'entretiennent et sont esparpilliés et de fade ou morte couleur,
-sont de vieille prise. Soient esleus, puis lavez très bien et eschaudez
-en deux ou trois eaues bien chaudes, et puis refais en eaue froide,
-puis seicher sur une touaille bien petit au feu, et soient fris en
-huille avec oignons cuis, et après poudrés d'espices et mengiés aux
-aillets vers clarets, reverdis de blé ou d'ozeille[1075] ou de feuille
-de sanemonde ou de barbarin.
-
-MOULES[1076] soient cuites en grant feu et hastivement, en
-très petit d'eaue et de vin sans sel, mengées au vinaigre. _Item_,
-quant elles sont cuites avec vertjus vieil et percil, puis mettez
-beurre frais, c'est très bon potage.
-
-Moules sont les meilleurs ou commencement du nouvel temps de Mars.
-Moule de Quayeu[1077] est rousse, ronde au travers et longuette, et la
-moule de Normandie est noire.
-
-ESCREVICES. Cuisiez-les en eaue et vin plus que d'eaue, et
-escumez, puis mettez un petit de sel (jàsoit-ce que aucuns dient que
-non, pour ce que le sel noircist[1078]).
-
-ESCREVICES DE MER doivent estre cuites en four, et dit-l'en
-_lengoustes_, et convient estouper tous les pertuis à la guise du
-fournier, et mengier trenchiée au vinaigre et à la ciboule.
-
-SEICHE CONRÉE[1079] soit pelée, puis despeciée par morceaulx,
-puis la mettez en une paelle sur le feu et du sel avec, et remuez
-souvent, et qu'elle soit bien séchée; puis la mettez en une nappe, et
-l'espraignez bien et seichez çà et là par la nappe; puis l'enfarinez
-en farine, et frisiez en foison d'uille ou à oignons ou sans oignons,
-puis pouldrez d'espices dessus, et mengiez aux aillets reverdis de blé.
-
-_Item_, aucuns après ce qu'elle est pelée et mise par morceaulx, la
-tiennent et remuent longuement en la paelle pour getter son humeur et
-sa liqueur laquelle l'en doit souvent getter et purer. Et quant elle
-ne gette plus rien, l'en l'essuye comme dessus, et puis la frit-l'en
-en foison d'uille longuement, tant qu'elle devient grédelié[1080] et
-recroquillée comme chaons[1081] de lart, et adonc est mise en un plat
-et de la pouldre fine dessus, et ainsi mengée. Et en la paelle où est
-demourée l'uille toute chaude sur le feu, laquelle huille a receu la
-freschumée de la sèche, dont elle vault pis, l'en doit getter du vin
-froit qui par fumée fait yssir la freschumée; et ainsi l'uille demeure
-bonne pour potages, et meilleur que autres qui ne sont mie cuites.
-
-_Item_, qui n'auroit autre viande que sèche, et elle fust frite aux
-oignons comme dessus, puis mise en deux plats et avoir bonne jance aux
-aulx boulie et gettée dessus, ce seroit appétit assez passable[1082].
-
-Sèche fresche soit lavée très bien, puis mise en une paelle ou four
-avec de l'eaue, du vertjus, de l'uille et des ciboules nouvelles, et
-cuite; mais _primo_ soient ostés l'os et l'amer.
-
-
-OEUFS DE DIVERS APPAREILS.
-
-UNE ARBOULASTRE ou deux d'oeufs. Prenez du coq deux fueilles
-seulement, et de rue moins la moitié ou néant[1083], car sachez qu'il
-est fort et amer: de l'ache, ténoisie[1084], mente et sauge, de chascun
-au regart de quatre fueilles ou moins, car chascun est fort: marjolaine
-un petit plus, fenoul plus, et percil encores plus; mais de porée,
-bettes, feuilles de violettes, espinars et laitues, orvale, autant
-de l'un comme de l'autre, tant que de tout vous aiez deux poignées
-largement: eslisez et lavez en eaue froide, puis les espraignez et
-ostez toute l'eaue, et broyez deux cloches de gingembre; puis mettez
-ou mortier à deux ou à trois fois vos herbes avec le dit gingembre
-broyé, et broyez l'un avec l'autre. Et puis aiez seize oeufs bien
-batus ensemble, moyeux et aubuns, et broyez et meslez ou mortier avec
-ce que dit est, puis partez en deux, et faites deux alumelles[1085]
-espesses qui seront frites par la manière qui s'ensuit: premièrement
-vous chaufferez très bien vostre paelle à huille, beurre ou autre telle
-gresse que vous vouldrez, et quant elle sera bien chaude de toutes
-pars, et par espécial devers la queue, meslez et espandez vos oeufs
-parmy la paelle et tournez à une palette souvent ce dessus dessoubs,
-puis gettez de bon frommage gratuisé[1086] pardessus; et sachez que ce
-est ainsi fait pour ce[1087] qui brayeroit[1088] le frommage avec les
-herbes et oeufs, quant l'en cuideroit frire son alumelle, le frommage
-qui seroit dessoubs se tendroit à la paelle; et ainsi fait-il d'une
-allumelle d'oeufs, qui mesle les oeufs avec le frommage. Et pour ce l'en
-doit premièrement mettre les oeufs en la paelle, et mettre le frommage
-dessus, et puis couvrir des bors des oeufs: et autrement se prendroient
-à la paelle. Et quant vos herbes seront frites en la paelle, si donnez
-forme quarrée ou ronde à vostre arboulastre et la mengiez ne trop
-chaude ne trop froide.
-
-OEUFS PERDUS. Rompez l'escaille et gettez moieulx et aubuns sur
-charbons ou sur brèse bien chaude, et après les nettoyez et mengiez.
-
-OEUFS HEAUMÉS. Cassez le bout et vuidiez l'aubun, et le moyeu
-estant en la coquille, mettez et asséez icelle coquille sur une tuille,
-le trou de la coquille dessoubs.
-
-ALUMELLE[1089] FRITE AU SUCRE.[un croix] Ostez tous
-les aubuns et batez les moyeux, puis mettez du sucre en la paelle et
-il se fondra, et après ce frisiez dedans vos aubuns, puis mettez en un
-plat, et du sucre dessus.
-
-OEUFS PERDUS. Prenez quatre moyeux d'oeufs et les batez, et du
-sucre en pierre batu et en pouldre, et soit tout batu ensemble très
-bien, puis coulé en l'estamine, puis frit au fer de la paelle et après
-trenchié par losenges; puis avecques aultre allumelle d'oeufs pochés,
-soient icelles losenges mises ou plat et fine pouldre par-dessus[1090].
-
-POUR FAIRE BELLE ALLUMELLE D'OEUFS. Prenez sept oeufs et
-des[1091] deux ostez les aubuns et les mettez en une escuelle, et tous
-les autres cassez sur[1092] moyeux, et batez tout ensemble, et frisiez;
-et ils seront jaunes.
-
-_Aliter_, prenez dix ou douze oeufs et ostez les aubuns et batez les
-moyeux, puis les frisiez en huille, et soient bien espandus en la
-paelle et couppés par losenges, et chascune losenge retournée à la
-palette ce dessoubs dessus, puis mettre en un plat demye allumelle
-d'oeufs fris communément et quatre losenges de ces moyeux, et du succre
-fris communément.
-
-ARBOULASTRE EN TARTRE FAICTE EN LA PAELLE. Aiez vos oeufs et
-herbes et une cloche de gingembre batues, meslées et broyées comme
-devant est dit, puis aiez de la paste pestrie ainsi comme pour le fons
-d'une tartre, et chauffez vostre paelle à huille ou autre gresse: puis
-mettez vostre paste pestrie dedans le fons de la paelle, puis mettez la
-farce de vostre tartre avec frommage gratuisié meslé parmi à souffisant
-planté. Et pour ce que le dessoubs, c'est assavoir la paste qui fait
-le fons de la tartre, seroit cuit avant que le dessus feust guères
-eschauffé, il convient avoir une autre paelle dont le fons soit bien
-eschauffé, torché et nettoyé, et soit icelle paelle plaine de charbon
-ardant, et la mettez par dedans l'autre paelle, près et joignant de
-la farce, pour icelle eschauffer et cuire à l'essuyé[1093] et aussi à
-ouni[1094] comme la paste.
-
-OEUFS A LA TENOISIE[1095]. Broyez un petit de gingembre et de
-la tenoisie, et allaiez de vinaigre, coulez et mettez en un plat et des
-oeufs durs pelés tous entiers.
-
-_Nota_ DE LA NATURE DES OEUFS. Mettez-les cuire en eaue boulant
-et le moyeu ne sera point dur, toutesvoies se vous ne les avez
-moulliés en eaue froide premièrement: mais se vous les y avez moulliés
-et incontinent vous les mettez en potage boullant, ils durciront bien.
-_Item_, se vous les mettez en eaue frémiant et les laissiez sur le feu,
-ils seront tantost durs. _Item_, soient mols, soient durs[1096], si
-tost qu'ils sont cuis, vous les mettez en eaue froide, ils seront plus
-aisiés à peler.
-
-
-ENTREMÈS, FRITURES ET DORURES.
-
-FROUMENTÉE[1097]. Premièrement, vous convient monder vostre
-froument ainsi comme l'en fait orge mondé, puis sachiez que pour dix
-escuelles convient une livre de froument mondé, lequel on treuve
-aucunes fois sur les espiciers tout mondé pour un blanc[1098] la livre.
-Eslisiez-le et le cuisiez en eaue dès le soir, et le laissiez toute
-nuit couvert emprès le feu en eaue comme tiède, puis le trayez et
-eslisez. Puis boulez du lait en une paelle et ne le mouvez point, car
-il tourneroit: et incontinent, sans attendre, le mettez en un pot qu'il
-ne sente l'arain; et aussi, quant il est froit, si ostez la cresme de
-dessus afin que icelle cresme ne face tourner la fourmentée, et de
-rechief faites boulir le lait et un petit de froument avec, mais qu'il
-n'y ait guères de froument; puis prenez moyeux d'oeufs et les coulez,
-c'est assavoir pour chascun sextier de lait un cent d'oeufs, puis prenez
-le lait boulant, et batre les oeufs avec le lait, puis reculer le pot
-et getter les oeufs, et reculer; et se l'en veoit qu'il se voulsist
-tourner, mettre le pot en plaine paelle d'eaue. A jour de poisson,
-l'en prend lait: à jour de char, du boullon de la char; et convient
-mettre saffran se les oeufs ne jaunissent assez: _item_, demie cloche de
-gingembre[1099].
-
-FAULX GRENON. Cuisiez en eaue et en vin des foies et des
-jugiers[1100] de poulaille, ou de char de veel, ou d'une cuisse de porc
-ou de mouton, puis la hachiez bien menuement et friolez au saing de
-lart: puis broyez gingembre, canelle, giroffle, graine, vin, vertjus,
-boullon de beuf ou de celluy mesmes, et des moyeux grant foison, et
-coulez dessus vostre char, et faites bien boulir ensemble. Aucuns y
-mettent du saffran, car il doit estre sur jaune couleur, et aucuns y
-mettent pain harlé, broyé et coulé, car il doit estre liant et d'oeufs
-et de pain, et si doit estre aigre de vertjus. Et au drécier, sur
-chascune escuelle, pouldrez pouldre de canelle[1101].
-
-MORTEREUL est fait comme faulx grenon, sauf tant que la char
-est broyée ou mortier avec espices de canelle: et n'y a point de pain,
-mais pouldre de canelle pardessus.
-
-TAILLIS à servir comme en karesme. Prenez fins roisins, lait
-d'amandes bouli, eschaudés, galettes et croutes de pain blanc et pommes
-couppées par menus morceaulx quarrés, et faites boulir vostre lait, et
-saffren pour lui donner couleur, et du succre, et puis mettez tout
-ensemble tant qu'il soit bien liant pour tailler[1102]. L'en en sert en
-karesme en lieu de riz.
-
-POUCINS FARCIS. Il convient souffler un poucin quant il est
-tout vif, et est soufflé par le col; puis liez le col et laissiez
-mourir: puis eschaudé, plumé, effondré, reffait et farcy.
-
-_Item_, autrement, quant il est du tout appareillié pour mettre en
-broche, par endroit le pertuis là où l'en l'a effondré, l'en luy
-dessevre[1103] au doit la pel de la char, puis l'en le farcist au bout
-du doit, et recoust-l'en à sourget[1104], endroit le trou, la pel avec
-la char, et met-l'en en broche.
-
-Et _nota_ que la farce est faite de percil et un petit de sauge avec
-oeufs durs et beurre, tout hachié ensemble, et mettre parmi pouldre fine
-avec. A chascun poucin convient trois oeufs, blanc et tout.
-
-POUR ENGRESSER POUCINS, mettez-les en orbe[1105] lieu, et leur
-nettoiez leur auget ou abeuvrouer neuf fois ou dix le jour, et leur
-donnez à chascune fois nouvelle paisson, et fresche et nouvelle eaue;
-c'est assavoir pour paisson, avoine batue que l'en doit dire _gruyau
-d'avoine_, destrempé en lait ou matons[1106] de lait un petit; et aient
-le pié sec jusques à neuf jours.
-
-POUR ENGRESSER UNE OÉ EN TROIS JOURS, paissez-la de mie de
-pain chault trempé en matons ou lait maigre[1107].
-
-POUR FAIRE PERDRIAULX DE POUCINS, il convient avoir petites
-poulettes, et les tuer un ou deux jours devant, puis appareillier, et
-copper les jambes et les cols, oster les charcois[1108] et getter hors,
-rompre la granche[1109], et pousser les cuisses pour faire la char plus
-courte, puis boutonner et rostir, et mengier au sel comme perdriaulx.
-
-POULAILLE FARCÉE AUTREMENT[1110]. Prenez vos poulles et
-leur couppez le gavion, puis les eschaudez et plumez, et gardez que
-au plumer la peau ne soit dessirée; puis les reffaites en eaue, puis
-prenez un tuel et le boutez entre cuir et char, et le[1111] soufflez:
-puis le[1111] fendez entre deux espaules et n'y faictes pas trop grant
-trou, et en tirez hors les charcois, et le[1112] laissiez à sa peau les
-cuisses, les esles, le cul[1113] à tout la teste et piés. Et pour faire
-la farce, prenez char de mouton, de veel et de porc et du braon[1114]
-des poulles; hachiez tout ensemble tout cru, puis le broyez en un
-mortier, et des oeufs tous crus avec et de bon fromage de gain[1115] et
-de bonne pouldre d'espices et bien pou de saffren, et saler à point.
-Puis emplez vos poulles et ce trou soit recousu[1116], et du remenant
-de vostre farce faites-en pommes ainsi comme pasteaulx de guède[1117],
-et mettez cuire en boullon de beuf ou en belle eaue[1118] boulant, et
-du saffran grant foison, et qu'il ne boulle pas trop fort qu'ils ne se
-despiècent; puis les enhastez en une broche bien déliée. Et pour les
-dorer, prenez grant foison de moieux d'oeufs et les batez bien en un pou
-de saffren broyé avec, et les en dorer; et qui veult dorer vert, si
-broye la verdure et puis des moyeux d'oeufs grant foison bien batus et
-passés par l'estamine pour la verdure, et en dorer poulaille quant elle
-sera cuite et vos pommes. Et dréciez vostre broche ou vaissel où vostre
-doreure sera, et gettez tout au long vostre doreure, et remettez au feu
-par deux fois ou par trois, afin que vostre doreure se preingne; et
-gardez que vostre doreure n'ait pas trop grant[1119] feu afin qu'elle
-ne arde.
-
-RIS ENGOULÉ à jour de mengier char. Eslisez-le et le lavez en
-deux ou en trois paires d'eaues chaudes, et mettez ressuer sur le feu,
-puis le mettez en lait de vache frémiant, et broyez du saffran pour
-le jaunir: deffait de vostre lait, et puis mettez dedans du gras du
-boullon de beuf[1120].
-
-_Aliter_, RIS. Eslisez-le et le lavez en deux ou trois paires
-d'eaues chaudes tant que l'eaue reviengne toute clère, puis le faites
-ainsi comme demy cuire, puis le purez et mettez sur tranchouers en
-plas pour esgouter et séchier devant le feu: puis cuisiez bien espois
-avec l'eaue de la gresse de la char de beuf et avec du saffran, se
-c'est à jour de char: et se c'est à jour de poisson, n'y mettez pas
-eaue de char, mais en ce lieu mettez amandes bien forment broyées et
-sans couler; puis succrer et sans saffren.
-
-POUR FAIRE UNE FROIDE SAUGE, prenez vostre poulaille et mettez
-par quartiers, et la mettez cuire en eaue avec du sel, puis la mettez
-reffroidier: puis broyez gingembre, fleur de canelle, graine, giroffle,
-et broyez bien sans couler; puis broyez du pain trempé en l'eaue des
-poucins, percil le plus, sauge et un pou de saffren en la verdure pour
-estre vertgay, et les coulez par l'estamine, (et aucuns y coulent[1121]
-des moyeux d'oeufs durs) et deffaites de bon vinaigre: et icelles
-deffaites, mettez sur vostre poulaille, et avec et pardessus icelle
-poulaille mettez des oeufs durs par quartiers et gettez vostre sausse
-pardessus tout.
-
-_Aliter_, prenez le poucin et le plumez, puis le mettez boulir et du
-sel tant qu'il soit cuit, puis l'ostez et le mettez par quartiers
-reffroidier: puis mettez cuire des oeufs durs en l'eaue, et mettez du
-pain tremper en vin et vertjus ou vinaigre, et autant de l'un comme de
-l'autre; puis prenez du percil et de la sauge, puis broyez gingembre,
-graine, et coulez par l'estamine, et coulez les moyeux d'oeufs et mettez
-des oeufs durs par quartiers dessus les poucins, et puis mettez vostre
-sausse pardessus.
-
-SOUS DE POURCELET se fait ainsi comme d'une froide sauge,
-sans y mettre nuls oeufs et point de sauge ne de pain. Il est fait du
-groing, des oreilles, de la queue, des jarrets cours[1122], et des
-quatre trotignons[1123] bien cuis et très bien plumés, puis mis en
-sausse de percil broyé, vinaigre et espices.
-
-POTAGE PARTI OU[1124] FAULX GRENON.[un croix] Prenez
-une cuisse de mouton ou foies et jugiers de poulailles, et les mettez
-cuire très bien en eaue et en vin, et les tranchez comme quarrés: puis
-broyez gingembre, canelle, giroffle et un pou de saffren et graine de
-paradis, et deffaites de vin et de vertjus, du bouillon de char, (de
-celluy mesmes ou de la char à cuire[1125],) et puis ostez du mortier;
-puis aiez pain hazé[1126] trempé en vin et vertjus, broyez très bien,
-et après ce le passez par l'estamine, et faictes tout boulir ensemble,
-puis prenez la char et la frisiez au lart et la gettez dedans, et
-prenez dedens[1127] moieux d'oeufs passés par l'estamine, et gettez
-dedans pour lier. Et après dréciez par escuelles, et gettez dessus
-pouldre de canelle et sucre: c'est assavoir gettez sur la moitié de
-l'escuelle et non sur l'autre; et l'apelle-l'en _Potage parti_[1128].
-
-FLAONS EN KARESME. Affaitiez et estauvez anguilles:
-cuisiez-les après en si chaude eaue que vous en puissiez oster la char
-sans les arestes, et laissiez aussi la teste et la queue, et ne prenez
-que la char; et broyez du saffren ou mortier, puis broyez dessus
-la char de l'anguille, destrempez de vin blanc, et de ce faites vos
-flaons; et succrez pardessus.
-
-_Item_, flaons ont saveur de frommage quant l'en les fait de laittences
-de lus, de carpes, amandes ou amidon broyés, et du saffren destrempé de
-vin et de sucre foison dessus.
-
-_Item_, se font de char de tanches, lus, carpes, et amidon, saffran,
-deffait de vin blanc et succre dessus.
-
-TARTE JACOBINE. Prenez des anguilles et les eschaudez et
-tronçonnez par petis tronçons qui n'aient que demy doit d'espois, et
-prenez de la cloche[1129], du frommage de gain[1130] esmié, et puis
-cela soit porté au four et que l'en face une tarte, et que l'en pouldre
-du frommage au fons, et puis que l'en mette l'anguille debout, et puis
-du frommage un lit, et puis un lit de cols[1131] d'escrevices, et
-tousjours, tant comme chascun durera, un lit d'un et un lit d'autre. Et
-puis boulez du lait, et puis boulez[1132] du saffran et du gingembre,
-graine, giroffle, et puis destrampez du lait, et puis mettez dedans la
-tartre quant elle aura esté un pou au four, et mettez du sel dedans le
-lait, et qu'elle ne soit point couverte; et pongnez[1133] les piés des
-escrevices, et faites un joly couvescle à par soy[1134], pour mettre
-dessus quant elle sera cuite.
-
-AUTRE TARTRE. _Nota_ que de la farcissure d'un cochon
-peut-l'en faire une tartre couverte, et que la farce soit bien faite.
-
-POUR FAIRE UNE TOURTE, prenez quatre pongnées de bettes, deux
-poignées de percil, une pongnée de cerfueil, un brain de fanoil et deux
-pongnées d'espinoches[1135], et les eslisez et lavez en eaue froide,
-puis hachiez bien menu: puis broyez de deux paires de frommages, c'est
-assavoir du mol et du moïen, et puis mettez des oeufs avec ce, moyeu et
-aubun, et les broyez parmi le frommage; puis mettez les herbes dedans
-le mortier et broyez tout ensemble, et aussi mettez-y de la pouldre
-fine. Ou en lieu de ce aiez premièrement broyé ou mortier deux cloches
-de gingembre, et sur ce broyez vos frommages, oeufs et herbes, et puis
-gettez du vieil frommage de presse[1136] ou autre gratuisé[1137] dessus
-celles herbes, et portez au four, et puis faites faire une tartre et la
-mengez chaude.
-
-POUR FAIRE QUATRE PLATS DE GELÉE DE CHAR, prenez un cochon et
-quatre piés de veau et faites plumer deux poucins et deux lappereaulx
-tous meigres, et fault oster la gresse, et seront fendus tout au long
-tous crus, excepté le cochon qui est par morceaulx: et puis mettez en
-une paelle trois quartes de vin blanc ou claret, une pinte de vinaigre,
-une chopine de vertjus, faictes boulir et escumer fort; puis mettez
-dedans en un petit drapelet délié le quart d'une once de saffran
-pour donner couleur ambrine, et faictes boulir char et tout ensemble
-avec un pou de sel; puis prenez dix ou douze cloches de gingembre
-blanc[1138] ou cinq ou six cloches de garingal, demie once de graine de
-paradis, trois ou quatre pièces de folium de macis, pour deux blans,
-citoual[1139]: cubebbes[1140], espic[1141] pour trois blans: fueilles
-de lorier, six nois muguettes; puis les escachiez en un mortier et
-mettez en un sachet et mettez boulir avec la char tant qu'elle soit
-cuite, puis la traiez et mettez sécher sur une nappe blanche, puis
-prenez pour le meilleur plat les piés, le groin et les oreilles: et
-du remenant aux autres. Puis prenez une belle touaille[1142] sur deux
-tresteaux, et versez tout vostre chaudeau dedans, excepté les espices
-que vous osterez, et mettez couler pour potage, et ne la remuez point
-afin qu'elle reviengne plus clère. Mais s'elle ne couloit bien, si
-faites feu d'une part et d'autre pour la tenir chaude pour mieulx
-couler, et la coulez avant deux ou trois fois qu'elle ne soit bien
-clère[1143], ou parmi une nappe en trois doubles. Puis prenez vos plas
-et dréciez vostre char dedans, et aiez des escrevices cuites, dont vous
-mettrez dessus votre char des cuisses et la queue; de vostre gelée,
-laquelle sera réchauffée, versez tant dessus la char que la char baigne
-et soit couverte dedans, car il n'y doit avoir que un petit de char,
-puis mettre une nuit refroidier en la cave, et au matin poigniez dedans
-clos de giroffle et fueilles de lorier et fleur de canelle, et semez
-anis vermeil. _Nota_ que pour la faire prendre en deux heures, il
-convient avoir graine de coings, philicon[1144] et gomme de cerisier,
-et tout ce faire conquasser et mettre en un sac de toile boulir avec
-la char.
-
-_Item_, à jour de poisson, l'en fait gelée comme dessus, de lus, de
-tanches, de bresmes, d'anguilles, d'escrevices et de loche. Et quant
-le poisson est cuit, l'en le met essuier et sécher sur une belle nappe
-blanche, et le peler et nettoier très bien, et getter les peleures ou
-bouillon.
-
-_Item_, POUR FAIRE GELÉE BLEUE, prenez dudit boullon, soit
-poisson ou char, et mettez en une belle paelle et faites boulir encores
-sur le feu, et prenez sus un espicier deux onces de tournesot[1145] et
-le mettez boulir avec tant qu'il ait bonne couleur, puis l'espraingnez
-et ostez: et puis prenez une pinte de loche[1146] et le cuisiez autre
-part, et eschaudez la loche en vos plats, et laissiez couler le boullon
-comme dessus, et laissiez refroidier. _Item_, de ce mesmes se fait un
-bleu. Et se vous voulez faire armoirie dessus la gelée, prenez or ou
-argent, lequel que mieulx vous plaira, et de l'aubun d'un oeuf tracez à
-une plumette, et mettez de l'or dessus à une pincette.
-
-_Aliter_, POUR VINT PLAS DE GELÉE convient dix lappereaulx
-meigres, dix poucins meigres, une chopine de loche qui peut valoir
-trois sols: un cent d'escrevices qui ne soient pas de Marne, six sols:
-un cochon meigre, trois sols huit deniers; (et combien qu'il soit
-meigre, encores convient-il oster la gresse d'entre la couenne et
-la char, et faire petis morceaulx quarrés,) trois espaules de veau,
-quatre sols: huit quartes de vin pour cuire le veau tout en vin, deux
-quartes de vinaigre: demie aulne de toile de lin, deux sols. _Item_, il
-convient cuire le veel tout en vin et vinaigre, et escumer et mettre
-du sel dedans, puis traire[1147], et cuire les lappereaulx et poucins,
-et escumer, et mettre la moitié du lorier et mettre du saffren en une
-toile ou sachet pour cuire avec: aussi mettre les espices bien petit
-moulues ou mortier de pierre; et quant tout est cuit, si le faictes
-couler parmy l'estamine et toile, et regetter tant qu'il soit bien
-cler; puis cuisiez la loche d'une part et les escrevisses d'autre, et
-prenez les queues des escrevisses, et faites vos plats chascun de demy
-lappereau, demy poucin, six loches et quatre[1148] queues d'escrevices;
-et les mettez en la cave ou celier, et asséez vos plats bien drois, et
-gettez vostre gelée dessus et l'emplez bien. Et le lendemain[1149],
-mettez sur chascun plat violette blanche, grenade et dragée vermeille
-et quatre fueilles de lorier.
-
-UNE ANDOUILLE D'ESTÉ. Prenez une fressure d'aignel ou chevrel
-et ostez la taye, et le remenant cuisiez en eaue et un petit de sel:
-et quant elle sera cuite, si la hachez bien menu ou broyez, puis ayez
-six moyeux d'oeufs et pouldre fine, une cuillier d'argent, et hatez tout
-ensemble en une escuelle; puis mettez et meslez vostre fressure avec
-vos moyeux d'oeufs et pouldre, puis estendez tout sur la coiffe ou taye,
-et entortilliez en guise d'andouille, puis liez de fil laschement du
-long, et puis au travers bien dru; et puis rostir sur le greil, puis
-ostez le fil et servir. _Vel sic_: faites-en pommettes, c'est assavoir
-de la taye mesmes, et icelles pommettes frisiez en sain de porc doulx.
-
-POMMEAULX. Prenez d'un cuissot de mouton le meigre tout cru,
-et autant de la cuisse de porc meigre: soit tout ensemble hachié bien
-menu, puis broyez ou mortier gingembre, graine, giroffle, et mettez en
-pouldre sur vostre char hachée, et puis destrempez d'aubun et non pas
-du moyeu; puis paumoyez[1150] aux mains les espices et la char toute
-crue en luy donnant forme de pomme, puis quant la forme est bien faite,
-l'en les met cuire en l'eaue avec du sel, puis les ostez, et ayez de
-broches de couldre[1151] et les embrochiez et mettez rostir; et quant
-ils se roussiront, ayez percil broyé et passé par l'estamine et de la
-fleur[1152] meslée ensemble, ne trop cler ne trop espois, et ostez vos
-pommeaulx de dessus le feu et mettez un plat dessoubs, et en tournant
-la broche sur le plat, oingnez vos pommeaulx, puis mettez au feu tant
-de fois que les pommeaulx deviennent[1153] bien vers.
-
-RENOULLES[1154]. Pour les prendre, aiez une ligne et un ameçon
-avec esche[1155] de char ou d'un drap vermeil, et icelles renoulles
-prises, couppez-les à travers parmi le corps emprès les cuisses et
-vuidiez ce qu'il y sera emprès le cul, et prenez desdictes renoulles
-les deux cuisses, coupez les piés, et lesdites cuisses pelez toutes
-crues, puis aiez eaue froide et les lavez; et se les cuisses demeurent
-une nuit en eaue froide, de tant sont-elles meilleurs et plus tendres.
-Et ainsi trempées, soient lavées en eaue tiède, puis mises et essuites
-en une touaille; lesdictes cuisses, ainsi lavées et essuites, soient
-en farine touillées, _id est_ enfarinées, et puis frites en huille,
-sain ou autre liqueur, et soient mises en une escuelle et de la pouldre
-dessus[1156].
-
-LIMASSONS que l'en dit _escargols_, convient prendre à matin.
-Prenez les limassons jeunes, petis, et qui ont coquilles noires, des
-vignes ou des seurs[1157], puis les lavez en tant d'eaue qu'ils ne
-gettent plus d'escume: puis les lavez une fois en sel et vinaigre et
-mettez cuire en eaue. Puis il vous convient traire iceulx limassons de
-la coquerette au bout d'une espingle ou aguille, et puis leur devez
-oster leur queue, qui est noire, car c'est leur m..de; et puis laver,
-mettre cuire et boulir en eaue, et puis les traire et mettre en un
-plat ou escuelle, à mengier au pain. Et aussi dient aucuns qu'ils sont
-meilleurs fris en huille et oignon ou autre liqueur après ce qu'ils
-sont ainsi cuis que dit est dessus, et sont mengiés à la pouldre, et
-sont pour riches gens[1158].
-
-PASTÉS NORROIS sont fais de foie de morue et aucunes fois
-du poisson hachié avec. Et fault premièrement un petit pourboulir,
-puis hacher, et mis en petis pastés de trois deniers pièce et de la
-pouldre fine pardessus. Et quant le pasticier les apporte non cuis ou
-four, sont fris tous entiers en huille et c'est à jour de poisson; et
-à jour de char, l'en les fait de mouelle de beuf qui est reffaite,
-c'est à dire que l'en met icelle mouelle dedans une cuillier percée,
-et met-l'en icelle cuillier percée avec la mouelle dedans le bouillon
-du pot à la char, et l'y laisse-l'en autant comme l'en laisseroit un
-poucin plumé en l'eaue chaude pour reffaire; et puis la met-l'en en
-eaue froide, puis couppe-l'en la mouelle et arrondist-l'en comme gros
-jabets[1159] ou petites boulettes, puis porte-l'en au pasticier qui les
-met quatre et quatre ou trois en un pasté et de la pouldre fine dessus.
-Et sans cuire ou four sont cuis en sain.
-
-Et qui en veult faire _buignets de mouelle_, convient la reffaire en la
-manière[1160], puis prendre de la fleur et des moyeux d'oeufs et faire
-le[1161] paste, prendre chascun morcel de mouelle et frire au sain. Des
-buignets quérez le remenant.
-
-
-AUTRES ENTREMÈS.
-
-LAIT LARDÉ. Prenez lait de vache ou de brebis et mettez
-fremier sur le feu, et gettez des lardons et du saffran: et aiez oeufs,
-_scilicet_ blanc et moyeux, bien batus, et gettez à ung coup, sans
-mouvoir, et faites boulir tout ensemble, et après l'ostez hors du feu
-et laissiez tourner; ou, sans oeufs, le fait-l'en tourner de vertjus.
-Et quant il est refroidié, l'en le lie bien fort en une pièce de toile
-ou estamine et luy donne-l'en quelque forme que l'en veult, ou plate
-ou longue et chargié d'une grosse pierre laissiez reffroidier sur un
-dréçouer toute nuit, et l'endemain lachié et frit au fer de la paelle,
-et se frit de luy mesmes sans autre gresse[1162], ou à gresse qui
-veult; et est mis en plas ou escuelles comme lesche de lart, et lardé
-de giroffle et de pignolat. Et qui le veult faire vert, si preigne du
-tournesol.
-
-RISSOLLES A JOUR DE POISSON. Cuisiez chastaingnes à petit feu
-et les pelez, et aiez durs oeufs et du frommage pelé et hachez tout bien
-menu; puis les arrousez d'aubuns d'oeufs, et meslez parmy pouldre et
-bien petit de sel délié, et faites vos rissoles, puis les frisiez en
-grant foison d'uille et succrez.
-
-Et _nota_, en karesme, en lieu d'oeufs et frommage, mettez merlus et
-escheroys cuis, bien menu hachiés, ou char de brocherès ou d'anguilles,
-figues et dates hachées.
-
-_Item_, au commun[1163], l'en les fait de figues, roisins, pommes
-hastées et noix pelées pour contrefaire le pignolat, et pouldre
-d'espices: et soit la paste très bien ensaffrenée, puis soient frites
-en huille. S'il y convient lieure[1164], amidon lie et ris aussi.
-_Item_, char de langouste de mer y est bonne en lieu de char.
-
-RISSOLLES EN JOUR DE CHAR sont en saison depuis la Saint
-Remy[1165]. Prenez un cuissot de porc, et ostez toute la gresse qu'il
-n'y en demeure point, puis mettez le meigre cuire en un pot et du sel
-largement: et quant elle sera presque cuite, si la traiez et aiez oeufs
-durs cuis, et hachiez aubun et moyeu, et d'autre part hachiez vostre
-grain bien menu, puis meslez oeufs et char tout ensemble, et mettez
-pouldre dessus, puis mettez en paste et frisiez au sain de luy mesmes.
-Et _nota_ que c'est propre farce pour cochon; et aucunes fois les queux
-l'achetent des oubloiers[1166] pour farcir cochons: mais toutesvoies,
-à farcir cochon, il est bon de y mettre bon vieil frommage.
-
-_Item_, à la court des seigneurs comme Monseigneur de Berry, quant l'en
-y tue un beuf, de la mouelle l'en fait rissolles[1167].
-
-CRESPES. Prenez de la fleur et destrempez d'oeufs tant moyeux
-comme aubuns, osté le germe, et le deffaites d'eaue, et y mettez du sel
-et du vin, et batez longuement ensemble: puis mettez du sain sur le
-feu en une petite paelle de fer, ou moitié sain ou[1168] moitié beurre
-frais, et faites[1169] fremier; et adonc aiez une escuelle percée d'un
-pertuis gros comme vostre petit doit, et adonc mettez de celle boulie
-dedans l'escuelle en commençant ou milieu, et laissiez filer tout
-autour de la paelle; puis mettez en un plat, et de la pouldre de succre
-dessus[1170]. Et que la paelle dessusdite de fer ou d'arain tiengne
-trois choppines, et ait le bort demy doy de hault, et soit aussi large
-ou dessus comme en bas, ne plus ne moins; et pour cause.
-
-CRESPES A LA GUISE DE TOURNAY. _Primo_, il vous convient avoir
-fait provision d'une paelle d'arain tenant une quarte, dont la gueule
-ne soit point plus large que le fons, se très petit non, et soient les
-bors de hauteur quatre doie ou trois doie et demye largement. _Item_,
-convient estre garni de beurre salé, et fondre, escumer et nettoier,
-et puis verser en une autre paelle, et laissier tout le sel et de
-sain frais bien net autant de l'un comme de l'autre. Puis prenez des
-oeufs et les frisiez, et de la moitié d'iceulx ostez les aubuns, et
-le remenant d'iceulx soient batus avec tous les aubuns et moieux,
-puis prenez le tiers ou le quart de vin blanc tiède, et meslez tout
-ensemble: puis prenez la plus belle fleur de fourment que vous pourrez
-avoir, et puis batez ensemble tant et tant, comme à l'ennuy d'une ou
-de deux personnes, et ne soit vostre paste ne clère ne espoisse, mais
-telle qu'elle se puisse légièrement couler parmi un pertuis aussi
-gros comme un petit doy; puis mettez vostre beurre et vostre sain sur
-le feu ensemble, autant d'un comme d'autre, tant qu'il bouille, puis
-prenez vostre paste et emplez une escuelle ou une grant cuillier de
-bois percée, et filez dedans vostre gresse, premièrement ou milieu
-de la paelle, puis en tournyant jusques à ce que vostre paelle soit
-plaine; et que l'en bate tousjours vostre paste sans cesser pour faire
-des autres crespes. Et icelle crespe qui est en la paelle convient
-soubslever à une brochette ou fuisel[1171], et tourner ce dessus
-dessoubs pour cuire, puis oster, mettre en un plat, et commencier à
-l'autre; et que l'en ait tousjours meu et batu la paste sans cesser.
-
-PIPEFARCES. Prenez des moyeux d'oeufs et de la fleur et du
-sel, et un pou de vin, et batez fort ensemble, et du frommage tranchié
-par lesches, et puis toulliez[1172] les lesches de frommage dedans la
-paste, et puis la frisiez dedans une paelle de fer et du sain dedens.
-Aussi en fait-l'en de mouelle de beuf.
-
-UNE ARBOULASTE[1173] DE CHAR POUR QUATRE
-PERSONNES.[un croix] Se vous avez fait tuer un chevrel, vous povez
-faire assiette[1174] de la pance, mulette ou caillette, saultier, etc.,
-au jaunet avec du lart et du foie, mol, fressure et autres trippes.
-Cuisez-les très bien en eaue, puis les hachiez à deux cousteaulx comme
-porée, et[1175] faites hachier au pasticier très bien menus, ou broyez
-ou mortier avec sauge ou mente, etc., comme dessus.
-
-_Nota_ que du chevrel les boyaulx ne sont point laissiés avec la
-fressure comme ils sont laissiés avec la fressure du porc; la raison
-est car les boyaulx du porc sont larges et se pevent laver, retourner
-et renverser à la rivière, et les boyaulx de chevrel, non; mais toutes
-les autres choses y sont laissiées comme au porc, _scilicet_ la teste,
-le gosier et le col, le foie, le mol ou pomon, car c'est tout un, la
-rate menue et le cuer. Et tout ensemble est appellé fressure: et autel
-de porc[1176].
-
-_Item_, quant l'en parle des hastelets de chaudun[1177] de porc que
-l'en mengue en Juillet, qui sont lavés en sel et en vinaigre, ce sont
-les boyaulx qui sont gras, qui sont tranchés par lopins de quatre doie
-de long, et mengiés au vertjus nouvel.
-
-ESCHEROYS[1178] les plus nouveaulx mis hors de terre et frais
-tirés, cueillis en Janvier, Février, etc., sont les meilleurs; et sont
-les plus frais congneus à ce que au plaier ils se rompent, et les
-viels tirés hors de terre se ployent. Il les convient rere et oster le
-mauvais au coustel comme on fait les navets, puis les convient laver
-très bien en eaue tiède, puis pourboulir un petit, puis les mettre
-essuier sur une touaille, puis enfleurer[1179], puis frire, puis
-drécier par petis platelets arrangéement, et mettre du succre dessus.
-
-_Item_, qui en veult faire pastés, il les convient faire comme dessus
-jusques au frire, et lors les mettre en pasté, rompus en deux les trop
-longs, et au lieu du succre dont dessus est parlé, convient mettre
-figues couppées par menus morceaulx et des roisins avec.
-
-BUIGNETS D'OEUVES[1180] DE LUS.[un croix] Il convient
-mettre les oeuves en eaue et avec du sel, et bien cuire: laissier
-refroidier, puis mettre par morceaulx et envelopper en paste et oeufs,
-et frire à l'uille.
-
-
-SAULCES NON BOULIES.
-
-MOUSTARDE. Se vous voulez faire provision de moustarde pour
-garder longuement, faites-la en vendenges de moulx doulx. Et aucuns
-dient que le moust soit bouly. _Item_, se vous voulez faire moustarde
-en un village à haste, broyez du senevé en un mortier et deffaites de
-vinaigre, et coulez par l'estamine; et se vous la voulez tantost faire
-parer[1181], mettez-la en un pot devant le feu. _Item_, et se vous la
-voulez faire bonne et à loisir, mettez le senevé tremper par une nuit
-en bon vinaigre, puis le faites bien broyer au moulin, et bien petit à
-petit destremper de vinaigre: et se vous avez des espices qui soient de
-remenant de gelée, de claré, d'ypocras on de saulces, si soient broyées
-avec, et après la laissier parer.
-
-VERTJUS D'OZEILLE. Broyez l'ozeille très bien sans les
-bastons, et deffaites de vertjus vieil blanc, et ne coulez point
-l'ozeille, mais soit bien broyée; _vel sic_: broyez percil et ozeille
-ou la feuille du blé. _Item_ du bourgon de vigne, c'est assavoir jeune
-bourgon et tendre, sans point de tuyau.
-
-CAMELINE. _Nota_ que à Tournay, pour faire cameline, l'en
-broyé gingembre, canelle et saffren et demye noix muguette: destrempé
-de vin, puis osté du mortier; puis aiez mie de pain blanc, sans bruler,
-trempé en eaue froide et broyez au mortier, destrempez de vin et
-coulez, puis boulez tout, et mettez au derrain du succre roux: et ce
-est cameline d'yver. Et en esté la font autelle, mais elle n'est point
-boulie.
-
-Et à vérité, à mon goust, celle d'iver est bonne, mais en[1182] est
-trop meilleure celle qui s'ensuit: broyez un pou de gingembre et foison
-canelle, puis ostez, et aiez pain hazé[1183] trempé ou chappeleures
-foison en vinaigre broyées et coulées.
-
-_Nota_ que trois différences sont entre gingembre de mesche et
-gingembre coulombin. Car le gingembre de mesche a l'escorce plus brune,
-et si est le plus mol à trenchier au coustel et plus blanc dedans que
-l'autre; _item_, meilleur et tousjours plus cher[1184].
-
-Le garingal qui est le plus vermeil violet en la taille, est le
-meilleur[1185].
-
-Des noix muguettes les plus pesans sont les meilleurs et les plus
-fermes en la taille. Et aussi le garingal pesant et ferme en la taille,
-car il y en a de heudry[1186], pourry et légier comme mort bois; celluy
-n'est pas bon, mais celluy qui est pesant et ferme contre le coustel
-comme le noyer[1187], celluy est bon.
-
-AULX CAMELINS POUR RAYE. Broyez gingembre, aulx et croustes
-de pain blanc trempées en vinaigre, ou pain ars, et deffaites de
-vinaigre; et se vous y mettez du foye il en vauldroit mieulx.
-
-SAULCE D'AULX BLANCHE OU VERTE POUR OISONS OU BEUF. Broyez
-une doulce[1188] d'aulx et de la mie de pain blanc sans bruler, et
-destrempez de vertjus blanc; et qui la veult verte pour poisson, si
-broye du percil et de l'ozeille ou de l'un d'iceulx ou rommarin[1189].
-
-AULX MOUSSUS A HARENS FRAIS. Broyez les aulx sans peler, et
-soient pou broyés et deffais de moust, et dréciez à toutes les peleures.
-
-SAULCE VERT D'ESPICES. Broyez très bien gingembre, clo,
-graine, et ostez du mortier: puis broyez percil ou salemonde[1190],
-ozeille, marjolaine, ou l'un ou les deux des quatre, et de la mie de
-pain blanc trempé en vertjus, et coulez et rebroyez très bien, puis
-recoulez et mettez tout ensemble et assavourez de vinaigre.
-
-_Nota_ que c'est bon _soucié_, mais qu'il n'y ait pain.
-
-_Nota_ que pour toutes espices, pluseurs n'y mettent fors des fueilles
-de rommarin.
-
-UN SOUCIÉ VERGAY A GARDER POISSON DE MER. Prenez percil,
-sauge, sanemonde, vinaigre, et coulez; mais avant aiez broyé coq,
-ysope, ozeille, toute[1191], marjolaine, gingembre, fleur de canelle,
-poivre long, giroffle, graine, et osté hors du mortier, et mettez
-dessus vostre poisson quant tout sera passé; et soit vergay. Et aucuns
-y mettent sanemonde à toute la racine.
-
-_Nota_ que le mot _soucié_[1192] est dit de _soux_ pour ce qu'il est
-fait comme soux de pourcel.
-
-Pour poisson d'eaue doulce ainsi se fait chaudumé, fors tant que l'en
-n'y met nulles herbes, et en lieu d'herbes, l'en y met saffren et noix
-muguettes et vertjus, et doit estre fin jaune et bouly, et mis tout
-chault sur le poisson froit.
-
-Au brochier, taillez au travers et rostis sur le greil.
-
-La saulce d'un chappon rosti est de le despescier par membres, et
-mettre sur les jointes du sel et du vertjus, et le tiers vin blanc ou
-vermeil; et poucer[1193] fort comme un poucin.
-
-_Item_, en esté, la saulce d'un poucin rostis est moitié vinaigre,
-moitié eaue rose, et froissié, etc. _Item_, le jus d'orenge y est bon.
-
-
-SAULCES BOULIES.
-
-_Nota_, que en Juillet le vertjus vieil est bien foible et le verjus
-nouvel est trop vert: et pour[1194] ce, en vendenges, le vertjus
-entremellé moitié vieil moitié nouvel est le meilleur. _Item_, en
-potage, l'en deffoiblist de purée, mais en Janvier, Février, etc., le
-nouvel est le meilleur.
-
-CAMELINE A LA GUISE DE TOURNAY, quérez ou chappitre
-précédent[1195].
-
-POIVRE JAUNET OU AIGRET. Prenez gingembre, saffren, puis
-preingne-l'en pain rosty deffait d'eaue de char, (et encores vault
-mieux la meigre eaue[1196] de choulx,) puis boulir, et au boulir mettre
-le vinaigre.
-
-POIVRE NOIR[1197]. Prenez clou de giroffle et un pou de
-poivre, gingembre, et broyez très bien: puis broyez pain ars destrempé
-en meigre eaue de char ou en meigre eaue de choulx qui mieulx vault,
-puis soit bouly en une paelle de fer, et au boulir soit mis du
-vinaigre; puis mettez en un pot au feu pour tenir chault. _Item_,
-pluseurs y mettent de la canelle.
-
-GALENTINE POUR CARPE. Broyez saffren, gingembre, giroffle,
-graine, poivre long et noix muguettes, et deffaictes de la grasse eaue
-en quoy la carpe aura cuit, et y mettez vertjus, vin et vinaigre;
-et soit lié d'un petit de[1198] pain hazé très bien broyé, et sans
-couler, (jàsoit-ce que le pain coulé fait plus belle saulce,) et soit
-tout bouly et getté sur le poisson cuit, puis mis en plats. Et est
-bon reschauffé ou plat sur le gril, meilleur que tout froit. _Nota_
-qu'elle est bonne et belle sans saffren; et _nota_ qu'il souffist que
-en chascun plat ait deux tronçons de carpe et quatre gougons fris.
-
-LE SAUPIQUET POUR CONNIN OU POUR OISEAU DE RIVIÈRE OU COULON
-RAMIER. Frisiez oignons en bon sain, ou vous les mincez et mettez
-cuire en la leschefrite avec eaue de beuf, et n'y mettez vertjus ne
-vinaigre jusques au boulir: et lors mettez moitié vertjus moitié vin et
-un petit de vinaigre, et que les espices passent. Puis prenez moitié
-vin moitié vertjus et un petit de vinaigre, et mettez tout en la
-leschefrite dessoubs le connin, coulon ou oisel de rivière; et quant
-ils seront cuis, si boulez la saulce, et aiez des tostées[1199] et
-mettez dedens avec l'oisel.
-
-CALIMAFRÉE OU SAULCE PARESSEUSE. Prenez de la moustarde et de
-la pouldre de gingembre et un petit de vinaigre, et la gresse et l'eaue
-de la carpe, et boulez ensemble: et se vous voulez faire ceste saulce
-pour un chappon, ou lieu que l'en met la gresse et l'eaue de la carpe,
-mettez vertjus, vinaigre et la gresse du chappon.
-
-JANCE DE LAIT DE VACHE. Broyez gingembre, moyeux d'oeufs sans
-le germe, et soient crus passés par l'estamine avec lait de vache: ou
-pour paour de tourner, soient les moyeux d'oeufs cuis, puis broyés et
-passés par l'estamine; deffaictes de lait de vache, et faites bien
-boulir[1200].
-
-JANCE A AULX. Broyez gingembre, aulx, amandes, et deffaites de
-bon vertjus et puis boulez; et aucuns y mettent le tiers de vin blanc.
-
-JANCE se fait en ceste manière: prenez amandes, mettez en eaue
-chaude, pelez, broyez, et du gingembre deux cloches aussi; ou y mettez
-de la pouldre, un pou d'aulx, et du pain blanc, pou plus que d'amandes,
-qui ne soit point brûlé, destrempé de vertjus blanc et le quart de vin
-blanc: couler, puis faire très bien boulir, et drécier par escuelles.
-Et en doit-l'en plus drécier que d'autre saulce[1201].
-
-UNE POITEVINE. Broyez gingembre, giroffle, graine et des
-foies, puis ostez du mortier: puis broyez pain brûlé, vin et vertjus et
-eaue, de chascun le tiers, et faictes boulir, et de la gresse du rost
-dedans, puis versez sur vostre rost ou par escuelles[1202].
-
-MOUST POUR HÉTOUDEAUX. Prenez roisins nouveaulx et noirs, et
-les escachiez[1203] ou mortier, et boulez un bouillon, puis coulez par
-une estamine: et lors gettez dessus pouldre, petit de gingembre et plus
-de canelle, ou de canelle seulement _quia melior_, et meslez un petit
-à une cuillier d'argent, et gettez croustes ou pain broyé ou oeufs ou
-chastaignes, pour lier, dedans: du succre roux, et dréciez.
-
-(_Item_, à ce propos, sachiez que _Arquenet_[1204] est espice qui rent
-rouge couleur et est aussi comme garingal; et la convient tremper en
-vin et en l'eaue de la char, puis broyer.)
-
-_Item_, et qui veult faire ce moust dès la Saint Jehan et avant que
-l'en treuve aucuns roisins, faire le convient de cerises, merises,
-guines, vin de meures, avec pouldre de canelle, sans gingembre, se
-petit non, boulir comme dessus, puis mettre du succre dessus[1205].
-
-_Item_, et après ce que l'en ne treuve nuls roisins, _scilicet_ en
-Novembre, l'en fait le moust de prunelles de haye, ostés les noiaux,
-puis broyées ou escachées ou mortier, faire boulir avec les escorces,
-puis passer par l'estamine, mettre la pouldre, et tout comme dessus.
-
-SAULCE BRIEFVE POUR CHAPPON. Ayez de belle eaue nette, et
-mettez en la leschefrite dessoubs le chappon quant il rostist, et
-arrousez tousdis[1206] le chappon, puis broyez une doulce[1207] d'ail
-et destrempez d'icelle eaue et boulez, puis dréciez. Comme _jance_
-elle est bonne, qui mieulx n'a.
-
-SAULCE A METTRE BOULIR EN PASTÉS DE HALEBRANS, CANETS, LAPPEREAULX
-OU CONNINS DE GARENNE. Prenez foison de bonne canelle, gingembre,
-giroffle, graine, demie noix muguette et macis, garingal, et broyez
-très bien, et deffaites de vertjus moitié et vinaigre moitié, et soit
-la saulce clère. Et quant le pasté sera ainsi comme cuit, soit icelle
-saulce gettée dedans et remis au four boulir un seul bouillon.
-
-(_Nota_ que _Halebrans_ sont les petis canets qui ne pevent voler
-jusques à tant qu'ils ont eu de la pluye d'Aoust.)
-
-Et _nota_ que en yver l'en y met plus gingembre pour estre plus forte
-d'espices, car en yver toutes saulces doivent estre plus fortes que en
-esté.
-
-UNE QUEUE DE SANGLIER. Prenez nomblets de porc, lièvres
-et[1208] oiseaulx de rivière, et les mettez en la broche, et une
-leschefrite dessoubs, et du vin franc[1209] et du vinaigre. Et puis
-prenez graine, gingembre, giroffle, noix muguettes et du poivre long
-et canelle, et broyez et ostez du mortier: puis broyez pain brûlé et
-trempé en vin franc, et le coulez par l'estamine; et puis coulez tout
-ce qui est en la leschefrite et les espices et le pain en une paelle de
-fer ou en un pot avec eaue de la char, et y mettez le rost de quoy vous
-le ferez, et l'ayez avant boutonné de doux de giroffle.
-
-Ainsi convient faire à un _Bourberel[1210] de sanglier_.
-
-_Nota_ que les noix muguettes, macis et garingal font douloir la teste.
-
-SAULCE RAPPÉE. Eschaudez trois ou quatre grappes de vertjus,
-puis en broyez une partie et ostez le marc d'icelluy vertjus: et puis
-broyez du gingembre et allaiez d'icellui vertjus et mettez en une
-escuelle; puis broyez les escorces du vertjus autrefois broyé, et
-destrempez de vertjus blanc et coulez; et mettez tout en icelle[1211]
-escuelle et meslez tout ensemble, puis dréciez et mettez des grains
-dessus. _Nota_, en Juillet, quant le vertjus engrossist, est au jambon
-ou pié de porc[1212].
-
-SAULCE POUR UN CHAPPON OU POULE. Mettez tremper un très petit
-de mie de pain blanc en vertjus et du saffran, puis soit broyé: puis
-le mettez en la leschefrite, et les quatre parties de vertjus et la
-cinquième partie de la gresse de la poule ou chappon et non plus, car
-le plus seroit trop, et faites boulir en la leschefrite, et dréciez par
-escuelles.
-
-SAULCE POUR OEUFS POCHIÉS EN HUILE. Aiez des oignons cuis
-et pourboulis moult longuement comme choulx, puis les frisiez: après
-vuidiez la paelle où vous avez frit vos oeufs que rien n'y demeure, et
-en icelle mettez l'eaue et oignons et le quart de vinaigre, c'est à
-dire que le vinaigre face le quart de tout, et boulez, et gettez sur
-vos oeufs.
-
-
-BUVRAGES POUR MALADES.
-
-TIZANNE DOULCE. Prenez de l'eaue et faites boulir, puis mettez
-pour chascun sextier[1213] d'eaue une escuelle d'orge largement, et ne
-chault s'elle est à toute l'escorce, et pour deux parisis[1214] de
-réglisse, _item_, des figues, et soit tant bouly que l'orge crève; puis
-soit coulée en deux ou trois toiles, et mis en chascun gobelet grant
-foison de succre en roche. Puis est bonne icelle orge[1215] à donner à
-mengier à la poulaille pour engressier.
-
-_Nota_ que la bonne réglisse est la plus nouvelle, et est en la taille
-de vive couleur vergaie, et la vieille est de plus fade et morte, et
-sèche.
-
-BOUILLON. Pour faire quatre sextiers de bouillon, il convient
-avoir la moitié d'un pain brun d'un denier, de levain, levé de trois
-jours[1216]: _item_, de son, le quart largement d'un boissel, et mettre
-cinq sextiers d'eaue en une paelle, et quant elle fremiera, mettre le
-son en l'eaue et tant boulir que tout s'appetice du cinquième ou plus;
-puis oster de dessus le feu et laissier refroidier jusques à tiède,
-puis couler par une estamine ou sas, ou[1217] destremper le levain en
-eaue et mettre ou tonnel, et laissier deux ou trois jours parer[1218];
-puis encaver et laissier esclarcir, et puis boire.
-
-_Item_, qui le veult faire meilleur, il y convient mettre une pinte de
-miel bien bouly et bien escumé.
-
-BOCHET. Pour faire six sextiers de bochet, prenez six pintes
-de miel bien doulx, et le mettez en une chaudière sur le feu et le
-faites boulir, et remuez si longuement que il laisse à soy croistre,
-et que vous véez qu'il gette bouillon aussi comme petites orines[1219]
-qui se creveront, et au crever getteront un petit de fumée aussi
-comme notre: et lors faites-le mouvoir, et lors mettez sept sextiers
-d'eaue et les faites tant boulir qu'ils reviengnent à six sextiers,
-et tousjours mouvoir. Et lors le mettez en un cuvier pour refroidier
-jusques à tant qu'il soit ainsi comme tiède; et lors le coulez en un
-sas, et après[1220] le mettez en un tonnel et y mettez une choppine de
-leveçon[1221] de cervoise, car c'est ce qui le fait piquant, (et qui y
-mettroit levain de pain, autant vauldroit pour saveur, mais la couleur
-en seroit plus fade,) et couvrez bien et chaudement pour parer. Et se
-vous le voulez faire très bon, si y mettez une once de gingembre, de
-poivre long, graine de paradis et cloux de giroffle autant de l'un que
-de l'autre, excepté des cloux de giroffle dont il y aura le moins, et
-les mettez en un sachet de toile et gettez dedans. Et quant il y aura
-esté deux ou trois jours et le bochet sentira assez les espices et
-il piquera assez, si ostez le sachet et l'espraignez et le mettez en
-l'autre baril que vous ferez. Et ainsi vous servira bien celle pouldre
-jusques à trois ou quatre fois.
-
-_Item._ AUTRE BOCHET DE QUATRE ANS DE GARDE, _et peut-l'en
-faire une queue ou plus ou moins à une fois qui veult_. Mettez les
-trois pars d'eaue et la quatrième de miel, faites boulir et escumer
-tant qu'il déchée du dixième, et puis gettez en un vaissel: puis
-remplez vostre chaudière et faictes comme devant, tant que vous en aiez
-assez; puis laissiez refroidier et puis remplez vostre queue: adonc,
-vostre bochet gettera comme moust qui se pare. Si le vous convient
-tousjours tenir plain afin qu'il gette, et après six sepmaines ou un
-mois l'en doit traire tout le bochet jusques à la lye et le mettre en
-cuve ou en autre vaissel, puis deffoncier le vaissel où il estoit,
-oster la lye, eschauder, laver, renfoncer, et remplir de ce qui est
-demouré, et garder; et ne chault s'il est en vuidenge. Et adonc aiez
-quatre onces et demie de pouldre fine de fine canelle et une once et
-demie de clou de giroffle et une de graine batus et mis en un sachet de
-toile et pendus à une cordelette au bondonnail.
-
-_Nota_ que de l'escume qui en est ostée, prenez pour chascun pot
-d'icelle douze pos d'eaue, et boulez ensemble, et ce sera bon bochet
-pour les mesgnies[1222]. _Item_, d'autre miel que d'escume se fait à
-autele portion[1223].
-
-BEUVRAGE D'EAUE ROUSSE D'UN CHAPPON. Mettez vostre chappon ou
-poule en un pot bien net et qui soit tout neuf plommé[1224] et bien
-couvert, que rien n'en puisse yssir, et mettez vostre pot dedans une
-paelle plaine d'eaue et faites boulir tant que le chappon ou poule soit
-cuit dedans le pot; puis ostez le chappon ou poule, et de l'eaue qu'il
-aura faicte dedans le pot donnez au malade à[1225] boire.
-
-BUVRAGE DE NOISETTES. Pourboulez et pelez, puis mettez en eaue
-froide, puis les broyez et allaiez d'eaue boulie et coulez: broyez et
-coulez deux fois, puis mettez reffroidier en la cave; et vault mieulx
-assez que tizanne.
-
-BUVRAGE DE LAIT D'AMANDES. Comme dessus.
-
-
-POTAGES POUR MALADES.
-
-CHAUDEAU FLAMENT. Mettez un pou d'eaue boulir, puis pour
-chascune escuelle quatre moyeux d'oeufs batus avec vin blanc[1226], et
-versez à fil[1227] en vostre eaue et remuez très bien, et du sel y
-mettez bien à point; et quant il aura bien boulu, tirez-le arrière du
-feu.
-
-_Nota._ Qui n'en fait fors une escuelle pour un malade, l'en y met cinq
-moyeux.
-
-ORGE MONDÉ[1228] OU GRUIAU D'ORGE. Mettez l'orge
-tremper en un bacin ainsi comme demie heure, puis la purez et mettez
-en un mortier de cuivre et pilez d'une pilette de bois, puis la mettez
-séchier: et quant elle sera sèche, si la vennez. Et quant vous en
-vouldrez faire potage, mettez-la cuire en un petit pot avec de l'eaue,
-et quant elle sera ainsi comme baienne[1229], purez-la et la mettez
-avec du lait d'amandes boulir; et aucuns le coulent. _Item_, l'en y met
-du succre foison.
-
-LAIT D'AMANDES. Pourboulez et pelez vos amandes, puis les
-mettez en eaue froide, puis les broyez et destrempez de l'eaue où
-les oignons auront cuit et coulez par une estamine: puis frisiez les
-oignons, et mettez dedans un petit de sel, et faites boulir sur le
-feu, puis mettez les souppes. Et se vous faites lait d'amandes pour
-malades, n'y mettez aucuns oignons, et ou lieu de l'eaue d'oignons
-pour destremper les amandes et dont dessus est parlé, mettez-y et les
-destrempez d'eaue tiède nette et faites boulir, et n'y mettez point de
-sel, mais succre foison. Et se vous en voulez faire pour boire, si le
-coulez à l'estamine ou par deux toiles, et succre foison au boire.
-
-COULIS D'UN POULET. Cuisiez le poulet tant qu'il soit tout
-pourry de cuire, et le broyez et tous les os en un mortier, puis
-deffaites de son boullon, coulez, et mettez du succre[1230].
-
-_Nota_ que les os doivent estre boulis les premiers: puis ostez du
-mortier, coulez, et nettoiez le mortier; puis broyez la char[1231] et
-grant foison succre.
-
-UN COULIS DE PERCHE, OU DE TANCHE, OU DE SOLE, OU
-D'ESCREVICES. Cuisiez-la en eaue et gardez le boullon, puis broyez
-amandes et de la perche avec, et deffaites de vostre boullon, et coulez
-et mettez tout boulir; puis dréciez vostre perche et mettez du succre
-dessus. Et soit claret, et foison succre[1232].
-
-Le meilleur coulis qui soit à jour de char, ce sont les cols des
-poulets et poucins. Et doit-l'en broyer cols, testes et os, puis broyer
-à fort, et deffaire d'eaue de joe de beuf ou de giste de beuf, et
-couler.
-
-_Nota_ que après les grans chaleurs de Juing, potages d'espices
-viennent en saison, et après la Saint Remy, civé de veel, de lièvre,
-d'oïttres, etc.
-
-GRUYAU convient cuire comme boyen[1233], puis purer et mettre
-cuire avec le lait d'amandes comme dit est prouchainement cy-dessus
-d'orge mondé, et foison succre.
-
-RIS. Eslisez-le et lavez, etc.[1234]
-
-
-AUTRES MENUES CHOSES QUI NE SONT DE NECCESSITÉ.
-
-C'EST LA MANIÈRE DE FAIRE COMPOSTE[1235]. _Nota_ qu'il fault
-commencier à la Sainct Jehan qui est vingt-quatrième jour de Juing.
-
-Premièrement, vous prendrez cinq cens de noix nouvelles environ la
-Sainct Jehan, et gardez que l'escorce ne le noyau ne soient encores
-formés et que l'escorce ne soit encores trop dure ne trop tendre,
-et les pelez tout entour, et puis les perciez en trois lieux tout
-oultre ou en croix. Et puis les mettez tremper en eaue de Saine ou
-de fontaine, et la changez chascun jour: et les fault tremper de
-dix à douze jours et lesquelles[1236] deviennent comme noires, et
-que au macher vous n'y puissiez assavourer aucune amertume; et puis
-les mettre boulir une onde en eaue doulce par l'espace de dire une
-_miserelle_[1237], et[1238] tant comme vous verrez qu'il appartiendra à
-ce qu'elles ne soient trop dures ne trop moles. Après vuidiez l'eaue,
-et après les mettez esgouter sur un sac[1239], et puis fondez du miel
-un sextier ou tant qu'elles puissent toutes tremper, et qu'il soit
-coulé et escumé: et quant il sera reffroidié ainsi comme tiède, si
-y mettez vos noix et les laissiez deux ou trois jours, et puis si
-les mettez esgouter, et prenez tant de vostre miel qu'elles puissent
-tremper dedans, et mettez sur le feu le miel et le faites très bien
-boulir un boullon seulement et l'escumez, et ostez de dessus le feu: et
-mettez en chascun pertuis de vos noix un clou de giroffle d'un costé,
-et un petit de gingembre coupé de l'autre, et après les mettez en miel
-quant il sera tiède. Et si les tournez deux ou trois[1240] fois le
-jour, et au bout de trois[1241] jours si les ostez: et recuisiez[1242]
-miel, et s'il n'en y a assez, si en mettez et le boulez et escumez
-et boulez, puis mettez vos noix dedans; et ainsi chascune sepmaine
-jusques à un mois. Et puis les laissiez en un pot de terre ou en un
-poinçon[1243], et retournez chascune sepmaine une fois.
-
-Prendrez, environ la Toussains, des gros navets, et les pelez et fendez
-en quatre quartiers, et puis mettez cuire en eaue: et quant ils seront
-un petit cuis, si les ostez et mettez en eaue froide pour attendrir,
-et puis les mettez esgouter; et prenez du miel et fondez ainsi comme
-cellui des noix, et gardez que vous ne cuisiez trop vos navets.
-
-_Item_, à la Toussains, vous prendrez des garroittes[1244] tant que
-vous y vouldrez mettre, et qu'elles soient bien raclées et décopées
-par morceaux, et qu'elles soient cuites comme les navets. (Garroites
-sont racines rouges que l'en vent ès Halles par pongnées, et chascune
-pongnée un blanc.)
-
-_Item_, prenez des poires d'angoisse et les fendez en quatre quartiers,
-et les cuisiez ainsi comme les navets, et ne les pelez point; et les
-faites ne plus ne moins comme les navets.
-
-_Item_, quant les courges sont en saison, si en prenez ne des plus
-dures ne des plus tendres, et les pelez et ostez le cuer de dedans et
-mettez en quartiers, et faites tout ainsi comme des navets.
-
-_Item_, quant les pesches sont en saison, si en prenez des plus dures
-et les pelez et fendez.
-
-_Item_, environ la Saint Andry[1245], prenez des racines de percil
-et de fanoil, et les resez[1246] pardessus, et en mettez par petites
-pièces, et fendez le fanoil parmi et ostez le dureillon du dedans, et
-n'ostez pas celluy du percil, et les gouvernez tout ainsi comme les
-choses dessusdictes, ne plus ne moins.
-
-Et quant toutes vos confitures seront prestes, vous pourrez faire ce
-qui appartient, dont la recepte s'ensuit.
-
-Premièrement, pour cinq cens de noix, prenez une livre de sennevé et
-demie livre d'anis, un quarteron et demi fanoil, un quarteron et demi
-coriande, un quarteron et demi karvy[1247], c'est assavoir une semence
-que l'en mengue en dragée, et mettez toutes ces choses en pouldre: et
-puis faites toutes ces choses broyer en un moulin à moustarde et le
-destrempez bien espois et de très bon vinaigre, et mettez en un pot
-de terre. Et puis prenez demie livre de raffle[1248], c'est assavoir
-une racine que l'en vent sur les herbiers[1249], et la raclez très
-bien et la décopez le plus menuement que vous pourrez et la faictes
-mouldre à un moulin à moustarde, et le destrempez de vinaigre. _Item_,
-prenez demi quarteron de fust de giroffle dit _baston de giroffle_,
-demi quarteron de canelle, demi quarteron de poivre, demi quarteron
-de mesche[1250], demi quarteron de noix muguettes, demi quarteron de
-graine de paradis, et faites de toutes ces choses pouldre. _Item_,
-prenez demi once de saffran d'Ort[1251] séché et batu et une once
-de ceudre vermeille, c'est assavoir un fust que l'en vent sur les
-espiciers[1252] et est dit _cèdre dont l'en fait manches à cousteaulx_.
-Et puis prenez douze livres[1253] de bon miel dur et blanc et le faites
-fondre sur le feu, et quant il sera bien cuit et escumé, si le laissiez
-rasseoir, puis le coulez, et le cuisiez encores: et s'il rent escume,
-encores le convient couler, sinon le convient laissier reffroidier;
-puis destrempez vostre moustarde de bon vin vermeil et vinaigre par
-moitié et mettez dedans le miel. Vous destrempez vos pouldres de vin
-et vinaigre et mettez ou miel, et en vin chault boulez un petit vos
-cèdres, et après mettez le saffran avec les autres choses, et une autre
-pongnée de sel gros. _Item_, et après ces choses, prenez deux livres
-de roisins que l'en dit roisins de Digne, c'est assavoir qui sont
-petis et n'ont aucuns noyaux dedans ne pepins quelxconques, et soient
-nouveaulx, et les pilez très bien en un mortier et les destrempez de
-bon vinaigre, puis les coulez parmi une estamine, et mettez avec les
-autres choses. _Item_, se vous y mettez quatre ou cinq pintes de moust
-ou de vin cuit, la saulce en vauldroit mieulx.
-
-POUR FAIRE CONDOIGNAC[1254], prenez des coings et les pelez,
-puis fendez par quartiers, et ostez l'ueil[1255] et les pepins, puis
-les cuisiez en bon vin rouge et puis soient coulés parmi une estamine:
-puis prenez du miel et le faites longuement boulir et escumer, et après
-mettez vos coings dedans et remuez très bien, et le faites tant boulir
-que le miel se reviengne à moins la moitié; puis gettez dedans pouldre
-d'ypocras, et remuez tant qu'il soit tout froit, puis taillez par
-morceaulx et les gardez.
-
-POULDRE FINE. Prenez gingembre blanc 1º [Illustration: un
-symbol] (une once et une drachme?) canelle triée [Illustration: un
-symbol][3] (un quarteron?) giroffle et graine de chascun demi quart
-d'once, et de succre en pierre [Illustration: un symbol][1256] (un
-quarteron?) et faictes pouldre.
-
-CONFITURE DE NOIX. Prenez, avant la Saint Jehan, noix
-nouvelles et les pelez et perciez, et mettez en eaue fresche tremper
-par neuf jours, et chascun jour renouvellez l'eaue: puis les laissiez
-sécher, et emplez les pertuis de clous de giroffle et de gingembre, et
-mettez boulir en miel, et illec les laissiez en conserve.
-
-POUR FAIRE EAUE A LAVER MAINS SUR TABLE. Mettez boulir de la
-sauge, puis coulez l'eaue, et faites refroidier jusques à plus que
-tiède. Ou vous mettez comme dessus[1257] camomille ou marjolaine, ou
-vous mettez du rommarin: et cuire avec l'escorce d'orenge. Et aussi
-fueilles de lorier y sont bonnes.
-
-YPOCRAS. Pour faire pouldre d'ypocras, prenez un quarteron de
-très fine canelle triée à la dent[1258], et demy quarteron de fleur
-de canelle fine, une once de gingembre de mesche trié fin blanc et
-une once de graine de paradis, un sizain[1259] de noix muguettes et
-de garingal ensemble, et faites tout battre ensemble. Et quant vous
-vouldrez faire l'ypocras, prenez demye once largement et sur le plus de
-ceste pouldre et deux quarterons de succre, et les meslez ensemble, et
-une quarte de vin à la mesure de Paris.
-
-Et _nota_ que la pouldre et le succre meslés ensemble, font _pouldre de
-duc_.
-
-Pour une quarte ou quarteron[1260] d'ypocras à la mesure de Bésiers,
-Carcassonne, ou Montpellier, prenez cinq drames de canelle fine triée
-et mondée, gingembre blanc trié et paré, trois drames: de giroffle,
-graine, macis, garingal, noix muguettes, espic nardy[1261], de tout
-ensemble une drame et un quart: du premier le plus et des autres en
-dévalant moins et moins[1262]. Soit faicte pouldre, et avec ce soit mis
-une livre et demi quarteron, au gros poix[1263], de succre en roche
-broyé, et meslé parmi les autres devant dictes espices et mis; et soit
-du vin et le succre mis et fondu en un plat sur le feu, et mis la
-pouldre, et meslez avec: puis mis en la chausse, et coulé tant de fois
-qu'il rechée tout cler vermeil.
-
-_Nota_ que le sucre et la canelle doivent passer comme maistres[1264].
-
-SAUGE. Pour faire un poinçon[1265] de sauge, prenez deux
-livres de sauge et rongnez les bastons[1266], puis mettez les feuilles
-dedans le poinçon. _Item_, aiez demie once de giroffle mis en un sachet
-de toile et pendu dedans le poinçon à une cordelette; _item_, l'en
-peut mettre demie once de lorier dedans: _item_, demy quarteron de
-gingembre de mesche, demi quarteron de poivre long et demi quarteron de
-lorier. Et qui veult faire la[1267] sauge sur table en yver, ait en une
-aiguière de l'eaue de sauge, et verse sur son vin blanc en un hanap.
-
-POUR FAIRE SUR TABLE VIN BLANC DEVENIR VERMEIL, prenez en esté
-des fleurs vermeilles qui croissent ès blefs, que l'en appelle perceau
-ou neelle ou passe-rose, et les laissiez séchier tant qu'elles puissent
-estre mises en pouldre, et en gettez secrètement ou voirre avec le vin,
-et il devenra vermeil.
-
-SE VOUS VOULEZ AVOIR VERTJUS[1268] A NOEL SUR LA
-TREILLE, quant vous verrez que la grappe à son commencement se
-descouvrera, et avant qu'elle soit en fleur, coppez la grappe par la
-queue, et la tierce fois laissiez-la revenir jusques à Noél.
-
-Maistre Jehan de Hautecourt[1269] dit que l'en doit coupper le cep
-audessoubs de la grappe, et l'autre bourgon de dessoubs getteroit
-grappe nouvelle.
-
-SE VOUS VOULEZ EN NOVEMBRE ET EN DÉCEMBRE FAIRE AVOIR A POIRES
-D'ANGOISSE VERMEILLE COULEUR, mettez du foing au cuire, et couvrez
-le pot tellement qu'il n'en isse point de fumée. _Nota_ qu'il convient
-mettre sur les poires de la graine de fanoil qui est bolue en vin
-nouvel et puis séchée, ou dragée[1270].
-
-POUR FAIRE SEL BLANC, prenez du gros sel une pinte et trois
-pintes d'eaue, et mettez sur le feu tant que tout soit fondu ensemble,
-puis coulez parmi une nappe, touaille ou estamine, puis mettez sur
-le feu et faictes très bien boulir et escumer: et qu'il bouille si
-longuement qu'il soit ainsi comme tout sec, et que les petis boullons
-qui auront getté eaue deviennent tous secs; puis ostez le sel de la
-paelle et estandez sur une nappe au soleil pour sécher.
-
-POUR ESCRIPRE SUR LE PAPIER LETTRE QUE NUL NE VERRA SE LE PAPIER
-N'EST CHAUFFÉ, prenez sel armoniac ou salmoniac et mettez tremper
-et fondre avec eaue: puis escripvez de ce et laissiez seicher. Et ce
-durera environ huit jours.
-
-POUR FAIRE GLUS, il convient peler le houx quant il est en
-sa séve, (et est communément ou mois de May jusques à Aoust,) et puis
-boulir l'escorce en eaue tant que la taie de dessus se sépare: puis
-pelez, et quant la taye sera pelée, enveloppez le demourant de fueilles
-d'yèbles, de seun[1271], ou autres larges feuilles, et soit mis en
-lieu froit comme en cave, ou dedans terre ou en un fumier froit, par
-l'espace de neuf jours ou plus, tant qu'il soit pourry. Et puis la
-convient piler comme porée de choulx et mettre par tourteaux comme
-guède[1272], et puis aler laver les tourteaux l'un après l'autre et
-despecier comme cire; et ne soit pas trop lavée en la première eaue ne
-trop roide[1273] eaue. Et après l'en peut tout ensemble despecier et
-paumaier[1274] en eaue bien courant, et mettre en un pot et conserver
-bien couvert.
-
-Et qui veult faire glus pour eaue, il convient eschauffer un petit
-d'uille, et là destremper sa glus: et puis gluer sa ligne.
-
-_Item_, l'en fait autre glus de fromment.
-
-SE VOUS VOULEZ GARDER ROSES VERMEILLES, prenez des boutons
-une douzaine, et les assemblez ainsi comme en une pelotte, et puis les
-enveloppez de lin et liez de fil ainsi comme une pelotte, et faites
-pelottes tant comme vous vouldrez garder de roses; et puis les mettez
-en une cruche de terre de Beauvais[1275] et non mie d'autre terre, et
-l'emplez de vertjus: et à la mesure que le vertjus se dégastera[1276],
-si le remplez, mais que le vertjus soit très bien paré[1277]. Et quant
-vous les vouldrez très bien espanir, si les ostez des estouppes et les
-mettez en eaue tiède, et les laissiez un petit tremper.
-
-_Item_, pour garder roses en une autre manière, prenez des boutons
-tant comme vous vouldrez, et les boutez en une bouteille de terre de
-Beauvais, tant comme il en y pourra entrer. Après prenez du plus délié
-sablon que vous pourrez, et mettez dedens la boutaille tant comme vous
-y pourrez mettre, et puis l'estoupez très bien que rien n'y puisse
-yssir ne entrer, et mettez la boutaille dedans une eaue courant; et là
-se gardera la rose toute l'année.
-
-POUR FAIRE EAUE ROSE SANS CHAPPELLE[1278], prenez un bacin à
-barbier, et liez d'un cueuvrechief tout estendu sur la gueule à guise
-de tabour, et puis mettez vos roses sur le cueuvrechief, et dessus vos
-roses asséez le cul d'un autre bacin où il ait cendres chaudes et du
-charbon vif.
-
-POUR FAIRE EAUE ROSE SANS CHAPPELLE ET SANS FEU, prenez
-deux bacins de voirre, et en faictes comme dit est au blanc de ceste
-cédule[1279], et en lieu de cendres et charbon, mettez tout au soleil:
-et à la chaleur d'icelluy l'eau se fera.
-
-Les roses de Prouvins sont les meilleures à mettre en robes, mais il
-les convient sécher, et à la my-Aoust sasser par un crible afin que les
-vers chéent parmi les pertuis du crible, et après ce espandre sur les
-robes.
-
-POUR FAIRE EAUE ROSE DE DAMAS, mettez sur les pasteaulx de
-roses, du rosé batu[1280]. _Vel sic_: gettez l'eau distillée du premier
-lit sur le second et sur le tiers et sur le quart; et elle, ainsi
-remise par quatre fois, devendra rouge[1281].
-
-POUR FAIRE EAUE ROSE VERMEILLE. Prenez une fiole de voirre et
-l'emplez à moitié de bonne eaue rose et l'autre moitié emplez de roses
-vermeilles, c'est assavoir des pampes[1282] de jeunes roses dont le
-bout de la pampe qui est blanc sera couppé, et la laissiez neuf jours
-au soleil et les nuis aussi, et puis coulez.
-
-POUR FAIRE PONDRE, COUVER ET NOURRIR OISEAULX EN UNE CAGE.
-_Nota_ que en la cage de Hesdin[1283], qui est la plus grant de ce
-royaulme, ne en la cage du Roy à Saint-Pol[1284], ne en la cage
-Messire Hugues Aubriot[1285], ne porent oncques estre couvés et après
-parnourris petis oiseaulx, et en la cage Charlot[1286] si font[1287],
-_scilicet_ pons, couvés, nourris et parnourris. Ou premier cas[1288],
-le deffault vient parceque les petis oiseaulx sont peus[1289] de
-chenevis qui est chault et sec, et n'ont que boire[1290]. Et ou second
-cas[1291], l'en leur donne mouron ou lasseron, chardons de champs
-trampans en eaue souvent renouvellée et tousjours fresche, rafreschie
-trois fois le jour, et en vaisseaulx de plont qui est frais, et là
-dedans avec le lasseron et le mouron tout vert, tout de chardons
-des champs dont le pié trempe en eaue bien avant[1292], du chenevis
-escachié et trié et osté les coquilles, moullié et trempé en eaue.
-_Item_, que l'en leur mette en la cage de la laine cardée et des plumes
-pour faire leur ny. Et ainsi ay-je en cages veu nourrir turtres[1293],
-linottes, chardonnerels[1294], pondre et parnourrir. _Item_, et
-aussi doit-l'en donner des chenilles, verets, mouchettes, yraignes,
-sautereaux, papillons, channevis nouvel en herbe et moullié et trempé.
-_Item_, yraignes, chenilles et telles choses qui sont molles au bec de
-l'oiselet qui est tendre.
-
-(Et de telles choses les paons nourissent[1295] leurs poucins, car l'en
-a bien veu à une geline couver les oeufs d'une paonne avec les oeufs
-d'une geline, et se escloent les oeufs en un mesmes temps, mais les
-petis paons ne povoient mie vivre longuement pour ce qu'ils ont le becq
-trop tendre, et la geline ne leur quéroit mie choses moles[1296] selon
-leur nature, et les poucins vivoient bien de blé ou paste molle, ce
-qui n'est pas si propre nourreçon aux paons.--Encores véez-vous que qui
-bailleroit à une geline le plus bel froument et mieulx criblé du monde,
-si le gatteroit[1297]-elle pour trouver verets ou mouchettes.)
-
-_Item_, en la fin d'Avril convient aler au bois quérir des branchettes
-fourchées de trois fourchons, et clouer contre le mur et couvrir
-d'autre verdure, et là dedans ce fourchon font leur ny.
-
-POUR GARIR DES DENS. Prenez un pot de terre à couvercle ou un
-pot sans couvercle qui aura un tranchouer dessus, et l'emplez d'eaue
-et mettez boulir: puis vous despouillez, couchiez, et soit vostre
-chief très bien couvert, puis aiez le pot à couvercle, et soit bien
-arsillié[1298] entour et un trou ou millieu, ou il[1299] soit couvert
-d'un tranchouer percié ou millieu. Et sur le pertuis vous adentez[1300]
-gueulle bée pour aspirer la fumée de l'eaue qui passera par le pertuis,
-et soient mises de sauge ou autres herbes dedans, et se tenir bien
-couvert.
-
-POUR FAIRE SABLON A METTRE A ORLOGES[1301]. Prenez le limon
-qui se chiet du siage de marbre quant l'en sie ces grans tumbes de
-marbre noir, puis le boulez très bien en vin comme une pièce de char et
-l'escumez, et puis le mettez seicher au soleil, puis le mettez boulir,
-escumer, et puis séchier par neuf fois: et ainsi sera bon.
-
-POISONS POUR TUER CERF OU SANGLIER[1302]. Prenez la racine de
-l'herbe d'électoire qui fait fleur de couleur d'azur, et broyez en un
-mortier et mettez en un sac ou drappel et l'espraignez pour avoir le
-jus: et mettez icelluy jus en un bacin au soleil, et la nuit soit mis à
-couvert à sec que eaue ne autre liqueur moite ne l'attouche, et tant la
-mettez et remettez à la chaleur du soleil qu'elle se tienne conglutinée
-et prise comme cire gommée, et la mettez en une boiste bien close. Et
-quant en vouldrez traire[1303], si en mettez entre les barbillons[1304]
-et la douille du fer afin que quant la beste sera ferue, cela fiere
-et attouche à la char, car qui autrement le feroit, c'est assavoir
-qui oindroit autrement le fer, quant il entreroit dedans le cuir de la
-beste, l'ointure demourroit dedans[1305], et le coup ne vauldroit.
-
-MÉDECINE POUR GARIR DE MORSURE DE CHIEN OU AUTRE BESTE
-ARRAGÉE. Prenez une crouste de pain et escripvez ce qui s'ensuit:
-[un croix] _Bestera_ [un croix] _bestie_[1306] [un croix] _nay_ [un
-croix] _brigonay_ [un croix] dictera [un croix] _sagragan_ [un croix]
-_es_ [un croix] _domina_ [un croix] _fiat_ [un croix] _fiat_ [un croix]
-_fiat_ [un croix].
-
-POUR FAIRE D'UN VER[1307] BON SANGLIER. Prenez un
-ver de deux ans ou environ, et ou mois de May ou de Juing le faites
-chastrer, et en la saison de porchoisons[1308] le faictes chasser,
-fouaillier[1309] et deffaire comme un sanglier. _Vel sic_: prenez d'un
-porc privé qui soit brulé, et le cuisiez en moitié eaue moitié vin, et
-servez en un plat d'icelluy chaudeau, des[1310] navets et chastaingnes
-et la venoison. _Sic_ 3º.....[1311]
-
-_Nota_ que chandelle mise en bran[1312] se garde souverainement. _Nota_
-qui veut faire chandelle, l'en doit avant faire sécher au feu très bien
-le limignon[1313].
-
-POUR OSTER EAUE DE VIN. Mettez eaue et vin en une tasse, et
-aiez du fil de coton et plungez l'un bout au fons de la tasse, et
-l'autre bout soit pendant sur le bort et audessoubs et dehors de la
-tasse, et vous verrez que par icellui bout l'eaue dégoutera comme
-blanche. Et quant l'eaue sera toute dégoutée, vous verrez le vin
-vermeil dégouter. (_Il semble que pareillement d'une queue de vin se
-peut faire._)
-
-POUR FAIRE VIN CUIT, prenez de la cuve ou tonne la mère
-goute, c'est à dire la fleur du vin[1314], soit blanc ou vermeil,
-tant comme vous en vouldrez, et le mettez en un vaissel de terre, et
-le faites boulir à petit et attrempé bouillon et à feu de très sèche
-buche et cler feu, sans tant soit petit de fumée, et ostez l'escume à
-une palette de fust percée et non de fer. Et soit tant bouly, se la
-vendenge est verde pour celle année, que le vin reviengne au tiers,
-et s'elle est meure, que le vin reviengne au quart[1315]. Et après
-le mettez reffroidier en un cuvier ou autre net vaissel de bois, et
-icellui refroidié, le mettez au poinçon; et le tiers ou quart an
-vauldra mieulx que le premier an. Et gardez en lieu moyen, ne chault
-ne froit, et aiez retenu en un petit vaissel d'icelluy vin boulu, pour
-remplir tousjours le tonnellet, car vous savez que le vin se veult
-tousjours tenir plain.
-
-A SERVIR DE TRIPPES AU JAUNET. Ou vous les prendrez crues,
-ou cuites. Si crues, mettez-les cuire en un pot en eaue et sans sel,
-et d'autre part mettez cuire une pièce de giste de beuf ou de la
-joe sans sel. Et quant les deux pots bouldront, paissiez le pot de
-trippes de l'eaue du beuf et faites plus cuire les trippes que le beuf;
-et quant les trippes seront presque cuites, si y mettez du lart, et
-faites boulir et cuire avec: et sur le point que l'en doit tirer hors
-les trippes du pot, mettez du saffran, et quant le saffran aura assez
-jauni, traiez les trippes, et mettez du sel en l'eaue se vous voulez.
-Si cuites[1316], si les mettez plus parcuire en l'eaue du giste et sans
-sel; et du remenant comme dessus.
-
-Qui veult cuire trippes, etc.[1317]
-
-HERIÇON soit coupé par la gorge, escorché et effondré,
-puis refait comme un poucin, puis pressié en une touaille et illec
-très bien essuié; et après ce rosti et mengé à la cameline, ou en
-pasté à la sausse de hallebran. _Nota_ que se le heriçon ne se veult
-destortillier, l'en le doit mettre en l'eaue chaude, et lors il
-s'estendra.
-
-ESCURIEUX soient escorchiés, effondrés, reffais comme connins,
-rostis, ou en pasté: mengiés à la cameline ou à la sausse de hallebrans
-en pasté.
-
-TURTRES sont bonnes en rost et en pasté, et en Septembre sont
-en saison, voire dès Aoust. Toutesvoies en rost elles serrent[1318]
-merveilleusement; et qui en a foison et il les veult nourrir et garder,
-il leur convient tondre ou plumer le cul, car autrement leur fiente les
-estouperoit, et par ce mourroient.
-
-GAUFFRES sont faites par quatre manières. L'une que l'en bat
-des oeufs en une jatte, et puis du sel et du vin, et gette-l'en de la
-fleur, et destremper l'un avec l'autre, et puis mettre en deux fers
-petit à petit, à chascune fois autant de paste comme une lesche de
-frommage est grande, et estraindre entre deux fers, et cuire d'une part
-et d'autre; et se le fer ne se délivre bien de la paste, l'en l'oint
-avant d'un petit drappelet mouillé en huille ou en sain.--La deuxième
-manière est comme la première, mais l'en y met du frommage, c'est
-assavoir que l'en estend la paste comme pour faire tartre ou pasté,
-puis met-l'en le frommage par lesches ou milieu et recueuvre-l'en les
-deux bors; ainsi demeure le frommage entre deux pastes et ainsi est mis
-entre deux fers.--La tierce manière, si est de gauffres _couléisses_,
-et sont dictes _couléisses_ pour ce seulement que la paste est plus
-clère et est comme boulie clère, faicte comme dessus; et gecte-l'en
-avec, du fin frommage esmié à la gratuise[1319]; et tout mesler
-ensemble.--La quarte manière est de fleur pestrie à l'eaue, sel et vin,
-sans oeufs ne frommage.
-
-_Item_, les gauffriers font un autre service que l'en dit _gros
-bastons_ qui sont fais de farine pestrie aux oeufs et pouldre de
-gingembre batus ensemble, et puis aussi gros et ainsi fais comme
-andouilles; mis entre deux fers.
-
-
-AUTRES MENUES CHOSES DIVERSES QUI NE DÉSIRENT POINT DE CHAPPITRE.
-
-POUR DESSALLER TOUS POTAGES SANS Y METTRE NE OSTER, Prenez une
-nappe bien blanche et mettez sur vostre pot, et le retournez souvent;
-et convient le pot estre loing du feu[1320].
-
-POUR OSTER L'ARSURE D'UN POTAGE, prenez un pot nouvel et
-mettez vostre potage dedans, puis prenez un pou de levain et le liez
-dedans un drappel blanc, et gettez dedans vostre pot, et ne luy
-laissiez guères demourer.
-
-POUR FAIRE LIQUEUR POUR SEIGNER[1321] LINGE. Prenez
-camboïs, c'est le limon noir qui est aux deux bouts de l'essieul de
-la charette, et mettez de l'arrement[1322], et allaiez d'uille et de
-vinaigre et boulez tout ensemble, et puis chauffez vostre merque[1323]
-et moulliez dedans, et asséez dessus vostre linge.
-
-SE TU VEULX FAIRE BONNE ESCHE[1324] pour alumer du feu au
-fusil, pren de l'escume[1325] de noyer qui sont surannées, et puis
-la[1326] met en un pot plain de lessive bien forte, toute entière, ou
-par pièces du large de deux dois, lequel que tu vouldras, et la fais
-boulir tousjours par l'espace de deux jours et une nuit du moins. Et se
-tu n'as de la lessive, si prens de bonnes cendres et met avec de l'eaue
-et fais comme charrée[1327], puis mets ton escume boulir dedans par
-l'espace dessusdit, et la fournis tousjours tant comme elle bouldra.
-Se tu la fais boulir en lessive, fournis-la de lessive; se tu la
-bouls en la charrée, si la fournis d'eaue; et toutes voies en quoy que
-tu la boules, se tu povoies finer de pis..t pour la fournir, elle en
-vauldroit mieulx. Et quant elle sera ainsy boulie, si la pures[1328],
-et puis la lave en belle eaue nette pour la ressuier, puis la met au
-soleil seicher ou en la cheminée, loing du feu, qu'elle ne s'arde, car
-il la convient sécher attrempéement et à loisir; et quant elle sera
-seiche et on s'en vouldra aidier, si la fault batre d'un maillet ou
-d'un baston, tant quelle deviengne ainsi comme espurge[1329]. Et quant
-on veult alumer du feu, si en fault prendre ainsi comme le gros d'un
-pois et mettre sur son caillou, et on a tantost du feu; si ne fault
-que des mesches ensouffrées, et alumer la chandeille. Et la doit-l'en
-garder nettement et sèchement.
-
-FOUQUES[1330] doivent estre très bien rosties, et sont
-meilleurs cuites en potage que en rost, car en rost elles sont trop
-sèches, et veulent estre arrousées de leur gresse, et avoir le feu
-devant.--_Item_, elle sont très bonnes fresches aux choulx.--_Item_,
-mettez de l'eaue et des oignons en un petit pot et la fouque, puis
-laissiez boulir comme une pièce de beuf, puis broyez des menues
-espices, et allaiez les deux pars vertjus et la troisième vinaigre,
-et vous aurez bon potage.--_Item_, fouques salées de deux jours sont
-bonnes au potage.
-
-_Nota_ que le seymier d'un cerf, c'est le quoier et[1331] la queue; et
-quant il est frais, il est cuit à l'eaue et au vin, aux espices et
-saffran et soupes en esté: et en yver au poivre[1332]; et ainsi est-il
-du sanglier frais.
-
-POUR FAIRE TROIS PINTES D'ENCRE, prenez des galles[1333] et de
-gomme[1334] de chascun deux onces, couperose trois onces; et soient les
-galles cassées et mises tremper trois jours, puis mises boulir en trois
-quartes d'eaue de pluye ou de mare coye[1335]. Et quant ils auront
-assez boulu et tant que l'eau sera esboulie près de la moitié, c'est
-assavoir qu'il n'y ait mais que trois pintes, lors le convient oster du
-feu, et mettre la couperose et gomme, et remuer tant qu'il soit froit,
-et lors mettre en lieu froit et moite. Et _nota_ que quant elle passe
-trois sepmaines, elle empire.
-
-POUR FAIRE ORENGAT, mettez en cinq quartiers les peleures
-d'une orenge et raclez à un coustel la mousse qui est dedans, puis les
-mettez tremper en bonne eaue doulce par neuf jours, et changez l'eaue
-chascun jour: puis les boulez en eaue doulce une seule onde, et ce
-fait, les faictes estendre sur une nappe et les laissiez essuier très
-bien, puis les mettez en un pot et du miel tant qu'ils soient tous
-couvers, et faites boulir à petit feu et escumer, et quant vous croirez
-que le miel soit cuit, (pour essaier s'il est cuit, ayez de l'eaue en
-une escuelle, et faites dégouter en icelle eaue une goutte d'icelluy
-miel, et s'il s'espant, il n'est pas cuit: et se icelle goute de miel
-se tient en l'eau sans espandre, il est cuit;) et lors devez traire
-vos peleures d'orenge, et d'icelles faites par ordre un lit, et gettez
-pouldre de gingembre dessus, puis un autre, et getter etc., _usque in
-infinitum_; et laissier un mois ou plus, puis mengier.
-
-POUR FAIRE SAULSISSES. Quant vous aurez tué vostre pourcel,
-prenez de la char des costelettes, premièrement de l'endroit que l'en
-appelle le filet[1336], et après de l'autre endroit des costelettes
-et de la plus belle gresse, autant de l'un comme de l'autre, en telle
-quantité que vouldrez faire de saulsisses; et faictes très menuement
-mincer et détranchier par un pasticier. Puis broyez du fenoul et
-un petit de sel menu, et après ce requeillez vostre fenoul broyé,
-et meslez très bien parmi le quart d'autant de pouldre fine; puis
-entremeslez très bien vostre char, vos espices et vostre fenoul, et
-après emplez les boyaulx, c'est assavoir les menus. (Et sachiez que les
-boyaulx d'un vielz porc sont meilleurs à ce, que d'un jeune, pour ce
-qu'ils sont plus gros.) Et après ce, les mettez quatre jours à la fumée
-ou plus, et quant vous les vouldrez mengier, si les mettez en eaue
-chaude et boulir une onde, et puis mettre sur le greil.
-
-POUR DESSALLER BEURRE, mettez-le en une escuelle sur le feu
-pour fondre, et le sel dévalera ou fons de l'escuelle, lequel sel ainsi
-dévalé est bon ou potage, et le remenant du beurre demeure doulx.
-Aultrement, mettez vostre beurre salé en eaue doulce fresche, et le
-pestrissiez et paumoiez dedens, et le sel demourra en l'eaue.
-
-(_Item_, _nota_ que les mouches ne queurent point sus à un cheval qui
-est oint de beurre ou de vielz oint salé.)
-
-BOURBOTTE[1337] est de pareille fourme à un chavessot, mais
-il est plus grant assez: et est cuite en eaue, puis peler comme une
-perche, puis faire boulir cameline ou galentine et getter sus; ou rosty
-et mis en pasté avec de la pouldre.
-
-POIRES à leur commencement, _scilicet_ en Octobre et Novembre,
-et qu'elles sont de nouvel queillies, sont dures et fortes, et lors
-l'en les doit cuire en l'eaue: et quant ce sont poires d'angoisse,
-pour leur faire avoir belle couleur, l'en doit mettre du foing dedans
-le pot où elles cuisent, et après sont rosties; mais après ce, quant
-elles sont plus fannées et ramoities pour la moiteur du temps, l'en ne
-les met point cuire en eaue, mais en la brese seulement; _scilicet_ en
-Février et en Mars.
-
-PIES, CORNILLAS[1338], CHOÉS[1339]. L'en
-les tue aux matelas[1340] qui sont[1341] grosse pilette[1342], et de
-foibles arbalestres peut-l'en traire à iceulx cornillas[1343] qui sont
-sur les branches, mais à ceulx qui sont ès nys convient traire de plus
-fors bastons pour abatre nit et tout. Il les convient escorcher, puis
-pourboulir avec du lart, puis découpper par morceaulx, et frioler avec
-des oeufs comme charpie.
-
-TESTE DE MOUTON soit très cuite, puis ostez les os, et hachez
-le demourant bien menu, et gettez pouldre fine dessus.
-
-Se vous voulez faire provision de vinaigre, vuidiez le tonnellet de
-vostre vielz vinaigre, puis lavez le tonnellet très bien de très bon
-vinaigre et non mie d'eaue chaude ne froide: après, mettez les laveures
-en un vaisseau de bois ou de terre et non mie d'arain ou de fer, et
-illec laissiez reposer et rasseoir vos rainsseures: puis vuidiez le
-cler et le coulez, et mettre de rechief ou tonnellet, et l'emplez
-d'aultre bon vinaigre, et mettez au soleil et au chault, le fons percié
-en six lieux et destoupé de jour, et de nuit et par brouillas[1344]
-estoupez tout; et quant le soleil revient, destoupez comme devant.
-
-LE RIQUE-MENGER. Prenez deux pommes aussi grosses que deux
-oeufs ou pou plus, et les pelez, et ostez les pepins, puis les découppez
-par menus morceaulx, puis les mettez pourboulir en une paelle de fer,
-puis purez l'eaue, et mettez seicher le rique-menger: puis mettre
-beurre pour frioler, et en friolant filez deux oeufs dessus en remuant;
-et quant tout sera friolé, gettez pouldre fine dessus, et soit
-frangé[1345] de saffran, et mengiez au pain ou mois de Septembre.
-
-LIÈVRE ROSTY. J'ai vu rostir lièvre enveloppé en la toile de
-la fressure d'un porc que l'en dit la crespine et couste trois blans,
-et par ce le lièvre n'est autrement lardé. _Item_, je l'ay veu larder.
-
-LA CHAR D'UNE JOE DE BEUF, etc.[1346]
-
-En la HASTE-MENUE d'un pourcel n'a aucun appareil à faire,
-fors la laver et embrocher et envelopper de sa taye et cuire longuement.
-
-POULES FARCIES COULOURÉES OU DORÉES. Elles sont _primo_
-soufflées, et toute la char dedans ostée, puis remplies d'autre char,
-puis coulourées ou dorées comme dessus[1347]: mais il y a trop à faire,
-et n'est pas ouvrage pour le queux d'un bourgois, non mie[1348] d'un
-chevalier simple; et pour ce, je le laisse.
-
-_Item_, DES ESPAULES DE MOUTON, _quia nichil est nisi pena et
-labor_.
-
-_Item_, LES HÉRIÇONS sont fais de caillettes de mouton et est
-grant frais et grant labour et pou d'onneur et de prouffit, et pour ce
-_nichil hic_.
-
-AMIGDALA _recentia recipe, et ab eis cum gladio remove etiam
-subtiliter primum corticem, et postea perforetur quodlibet amigdalum
-uno foramine in medio. Et iis peractis dicta amigdala ponentur in aqua
-dulci, in qua stent per quinque vel sex dies, sed qualibet die fiat
-mutatio aque semel in die. Deinde lapsis quinque vel sex diebus, dicta
-amigdala extrahentur a dicta aqua et ponentur in aliqua aqua[1349]
-ubi stent per unum diem naturalem ad exsicandum et removendum vaporem
-dicte aque; postea habeatur sufficiens quantitas boni et optimi mellis
-respectu quantitatis dictarum amigdalarum, et illud mel buliatur
-et decoquatur bene et sufficienter, et decoquendo purgetur. Et cum
-decoctum fuerit et refrigeratum, ponatur in quolibet foramine dicti
-amigdali unum gariofilum: et repositis omnibus dictis amigdalis
-in aliquo bono vase terreo, ponatur desuper (item fiat de nucibus
-conficiendis, sed ille habent[1350] stare in aqua per novem dies,
-qualibet die mutanda;) dictum mel bene decoctum et dispositum pro
-mensura debita coperiente dicta amigdala, et elapsis duobus mensibus,
-postea comedantur_[1351].
-
-TETINES DE VACHE. Cuites avec la char et mangées comme la
-char.--_Item_, salée à la moustarde.--_Item_, aucunes fois trenchée par
-lesches, et rosties sur le greil, toute fresche cuite.
-
-ESTOURNEAUX. Soient plumés à sec[1352], effondrés[1353],
-puis couppez les cols et les piés, puis reffais, mis en pasté et deux
-lesches de lart audessus: ou découppez les membres par morceaulx comme
-un oison, et mis à la charpie, c'est à dire que de la cuisse l'en face
-trois pièces, et laisse-l'en en chascune pièce les os: des esles aussi
-et du résidu semblablement, et puis frire aux oeufs en la paelle comme
-charpie. Il semble qu'il les convient _primo_ cuire à demi avant que
-frire.
-
-ALLOUETTES EN ROST. Plumez à sec, puis couppez les cols et
-ne les effondrez pas. Soient reffaites, et n'aient point les jambes
-couppées, et les embrochiez au travers et entre deux tesmoings[1354]
-de lart. _Item_, en pasté, l'en coupe jambes et testes, et les
-effondre-l'en, et dedans le trou l'en boute fin frommage, et les
-mengue-l'en au sel.
-
-LIÈVRE pourbouly, puis lardé, mis en pasté et de la pouldre,
-et mengié à la cameline; et est viande d'esté.
-
-CONNIN en esté.
-
-PORC EN PASTÉ. Mis en pasté et du vertjus de grain[1355]
-dessus.
-
-OÉS, POULES, CHAPPONS despeciez par pièces,
-et mis en pasté, excepté les chappons de haulte gresse qui ne se
-despiecent point; et de chascune oé l'en fait trois pastés.
-
-OISEAULX DE RIVIÈRE. En pasté, et de la saulce cameline ou
-meilleur mise dedans le pasté quant il est cuit; la teste, les jambes
-et piés sont hors.
-
-PIGONS en pasté, cols et testes et les piés couppés, et deux
-lesches de lart dessus: ou en rost, et soient lardés.
-
-MONDER ORGE OU FROMMENT POUR FAIRE FROUMENTÉE. Il convient
-eaue très chaude, et mettre le fromment ou orge dedans icelle eaue
-chaude, et laver et paulmoïer[1356] très bien et longuement: puis
-getter et purer toute l'eau, et laissier essuier le fourment ou orge
-et puis le piler à un pestail[1357] de bois, puis vanner à un bacin à
-laver.
-
-BUVRAGES DE AVELINES. Eschaudez-les et pelez et mettez en eaue
-froide, puis soient très bien broyées et deffaites d'eaue boulue, puis
-coulées à l'estamine.
-
-SARDINES, effondrées, cuites en eaue, et mengées à la
-moustarde.
-
-HARENC NOUVELLET commence en Avril et dure jusques à la Saint
-Remy que les harens frais commencent; et est cuit en eaue, et après
-l'en y fait les bonnes souppes grosses que l'en mengue au vertjus
-vieil, mais avant, et si tost qu'il est cuit et trait de la paelle,
-l'en le doit mettre en belle eaue fresche, et le convient nettoier et
-oster les escailles, teste et queue.
-
-
-HIC FINIT[1358].
-
-
-
-
-APPENDICE A L'ARTICLE V
-
-DE LA DEUXIÈME DISTINCTION.
-
-
-_Pour faire ung lot de bon ypocras_ prenés une onches de cinamonde
-nommée longue canelle en pippe, avec unes cloche de gingembre et autant
-de garingal, bien estampé[1359] ensemble, et puis prenés ung livre de
-bon çuquere[1360]: et tout cela broyés ensamble et destrempés avec ung
-lot du milleur vin de Beaune que pourés finer et le laissir tremper
-ungne heure ou deux. Et puis le coullés parmy ung chause[1361] par
-pluiseurs fois tant qui soit bien cler.
-
-_Pour avoir des caordes et pompons_[1362] fault planter en bonne terre
-et crasse deux ou trois pans[1363] de parfont, et quattre grains au
-cop[1364] ensamble par longhes rengues[1365], et trois piés largement
-de plache[1366] de tous costés. Et quant y seront crut de la haulteur
-de deux paumes, les fault racourchir desus deux dois de lonc, et les
-arouser deux fois la sepmaine tant qui soient grant; et les fault
-planter environ le quatre Mars ou à l'entrée d'Averil. Mais pour
-che[1367] que nostre pays est froit, fault aviser plache hors des frois
-vens et en bon solleil; et dient les gardineus de Portigal[1368] que
-fiens de cheval bien court et bien pourit, et oussy les fientes des
-bestes que on tuue, il est très bon: et affin qui ne faillent, tout
-est neceschitez que on en plante depuis le my Mars jusques à la fin
-d'Averil, par toutes les quinsainnes, affin que on garde les plus biaus
-et que on deffeuche[1369] cheux qui porroient enpeschier les aultres à
-croistre, car comme desus est dyt, y fault à quatre grains trois piés
-de large tout entour.
-
-_Item, pour lappreux rosti_ etc.[1370]
-
-_Item, pour faire de sukere[1371] rosart_ en plate, il fault pour
-une livere de sukere ung pinte et demie[1372] de bonne eaue rose,
-et faire boilier ensamble, et tant qu'il fache le fillet entre deux
-doés[1373]; mais ensois que on maeste[1374] boilier, il fault mettre
-le glerre d'un ouf[1375] à chascun livere de sukere, et le fault bien
-batre tout en escume: et puis laissir rassir en yauve[1376] et estamper
-ledit sukere tout en pouvre, et tout meller ensamble, et puis boillier
-comme dessus; et puis avoir del fluer[1377] de amidon, et mettre en
-ung délié drappelet ousy[1378] gros que ung estuet[1379] ou deux,
-et prendre ung plat bachin, et tapper sur le cuel dudit bachin le
-fluer à tout le drappelet, tant que le fluer se espaert[1380] dessus
-bien temmené[1381], et puis jettés vostre rossart[1382] dessus ledit
-bachin quant il fait le fillet, et puis laissir couler l'espesseur
-du hule[1383] d'un coutel ou plus espès. Et puis quant il est ung
-peu réfroidié, royés[1384] à tout ung coutel et ung rieughelet[1385]
-des pettites losenghe dessus de deux doés[1386] de grant ou environ.
-Et quant ledit sukere rossart sera réfroidié sur le bachin, rostelle
-jus[1387] et le rompez par losenghe, et le mettés en ung laye de
-dragié. Et est boen pour mengier pour conforter l'estomac.
-
-_Pour fere encquere[1388] sans boullier._ Pour deux pintes d'yauvve de
-plue[1389] ou de mares, il fault prendre deux onzes de noies de galle,
-deux onzes de copperot[1390] et deux onzes ·_S_·[1391] de gomme arrabe
-cler comme or; et fault rompre le nois de galle bien menu, et mettre
-temprer trois jours dedens une pintte d'yauwe dessusdite, et batre sept
-ou huit fois le jour environ le demy sept psalmen[1392] les trois jours
-durant, et puis rompre le copperot bien menu et mettre avecque les nois
-de galle, et battre encore trois jours comme devant; se sont six jours
-acomply largement. Et fault prendre l'aultre pintte d'yauwe et mettre
-le gomme dedens quant on met les nois temprer; et les six jours passé,
-il fault mettre ledit yauwe de gomme quant il est fonduee avec l'yauwe
-des nois et de copperot, et les mouvoir tout trois ensamble ung jour ou
-deux comme dessus. Et dedens ung mois ou six septimaines r'oter l'encre
-hors de le mattere[1393] et le mettre en ung aultre pot de piere.
-
-_Item_, et sus le mattere dessus dicte puelt-on mettre pintte ·_S_·
-d'yauwe de plue ou de mares, et mettre avecques le quart des nois,
-copperot, et gomme dessusdite, avecque le mattere de l'encre qui a esté
-fecte devant, et le battre cinq ou six jours comme dessus; et est bon
-commung encre.
-
-_Item_, pour escripre sur papier, il ne fault point mettre de vin ne
-de vinergre, mès quant on veult escripre sur parchemin, pour ung lot
-d'yauwe, on peult prendre une my-pintte de vin ou de vinergre.
-
- * * * * *
-
-CHI APRÈS S'ENSIEUT QUE HOTIN LE QUISENIER QUI FU A MONSEIGNEUR DE
-ROUBAIS A ENVOYÉ PAR ESCRIPT POUR FAIRE AULCUNS BROUÈS QUI SERVENT A
-APPOINTIER VIANDES SUR CAR ET SUR POISSON.
-
-_Item, pour lapreaulx roti_, pour la sauche à mettre sus, prenés ung
-pau de pain roti, et le mettés tremper en boullon et du vin et vergus,
-et le mains la moitié de vinesgre, et mettés tremprer le pain dedens;
-et prenés canelle le plus, et gingembre et ung peu de povre[1394], de
-claus[1395], ou de nois musscade, et coulés tout ensamble, et au boulir
-du sucre dedens; et au servir de la dragié pardesus.
-
-Et pour jouvenes oisons paraillement.
-
-_Item, pigons au sucre._ Rotisiés vous pigons: rotisiés du pain,
-canelle, gingembre et menus espèces[1396] le mains, vin et vinesgre au
-couler et du lart fondu dedens et faittes boullir; et quant il bout,
-mettez les pigons dedens et du sucre au pot.
-
-_Pouchins_, _perdris_ à l'eauwe benitte d'yauwe roze ou d'orengue ou à
-l'ongnon.
-
-_Item, perdris ou perdrisieux._ Faicte-les rostir, et les mettés en
-pot ou en telle[1397] de l'iauwe roze et du vinesgre, et mettés
-boullir tout ensamble, et du sel; et le couvres bien, tant que vous
-vorés servir.
-
-Et pour _l'orengue de pouchins, ou de perdris ou de pigons_, prenés les
-orenges et les copés en vergus blanc et vin blanc, et mettés boullir:
-et du gingembre au boullir, et mettés vous chozes[1398] dedens boullir.
-
-_Pour pouchins roti à l'eauwe benitte d'ongnons_, prenés ongnons par
-roelles, et frisiez en sain de lart et vergus, et pau de vinesgre et
-gingembre, et boulés en pot ou en telle et mettés vous pouchins dedens
-jusque au servir.
-
-
-POUR POTAGES.
-
-_Item, brouès d'Allemaigne._ Prenés amandes et les broiés, et peu de
-blanc pain avecques, et au couller vergus et vin blanc et boullon dous,
-et gingembre et du safren, et tout boulli ensamble, et du sucre dedens;
-et mettés vous brouès sur chappons rotis ou boullis, oisons ou jouvenes
-connins, et mettés au boullir ung peu d'ongnons fris en sain de lart
-dedens bien menus.
-
-_Item, brouès de fleur de peschier._[1399] Prenés amandes broiés et
-blanc pain avecques, et tremper en boulon dous: vergus, gingembre au
-couler. Et quant il bout, prenés du tornissot[1400] trempré en vin
-bien chault, et ly bailliés couleur de fleur de pieuquier[1401]; pour
-chappons rotis, ou oisons, ou jouvenes connins rotis, ou sur chappons
-boullis.
-
-_Item, pour faire Aragondis_, prenés cresme douche et le faittes
-boullir en ung pot de terre, et prenés moieux d'oeus et fleur et le
-coulés, et de le cresme avecques pour mieux passer, et mettés du burre
-doulx largement dedens le pot, et filés les eux[1402] dedens le pot,
-et du sucre dedens le pot, et le mettés arière du fu[1403] que il
-n'aerde[1404].
-
-_Pour brouet d'Engeltaire._ Prenés poisons de mer ou d'eauwe douche,
-ch'est à sçavoir[1405] oeus cuit en l'eaue durs et frisiés au burre, ou
-eurs[1406] pausiés[1407] au burre qui n'a du poison. _Item_, pour le
-brouet à mettre sus, prenés pain blanc trempré en purée, et moieux
-d'oeux et du gingembre et canelle le plus et vergus, et coulés tout
-ensamble, et au boullir largement du persin, izope, et peu de safren,
-et largement burre dedens le brouet.
-
-_Pour brochès au romarin_, mettés-les bien rôtir sur le gri, qui soient
-tout cuit. _Item_, pour le brouet à mettre sus: vin vermel, vergus,
-ung bien peu de vinesgre et du gingembre et du romarin, et mettés tout
-boullir ensamble en telle de terre: et quant les brochès sont cuit,
-mettés-les dedens.
-
-_Item, sivé d'oïtres ou de moule ou d'oeus fris._ Prenés pain roti sur
-le gri, et mettés tremprer en pourée, et prenés le pain, vinesgre et
-le mains de vergus et du vin, canelle le plus et gingembre, et peu de
-menus especes, et coulés tout ensamble: et au boulir ongnons fris et du
-safren et le faites bien boulir; et quant il est cuit, mette-le en ung
-pot de terre, et frisiés les oïtres ou les moules, et mettés-les boulir
-avecque le brouet. Et pour les oeus fris, mettés en plas et le brouet
-pardessus.
-
-_Pour petis patés de poison_, prenés tourbot ung peu boulir et
-hasiés[1408] bien menus gingembre et safren, et du burre dous dedens,
-et bien hasiet ensamble; et faites vous patés en fachon de la court et
-ne les laisiés point chéquier[1409] au four.
-
-
-FIN DE L'APPENDICE A L'ARTICLE V.
-
-[Illustration: CHASSE A L'ÉPERVIER EN 1379 (_Mss. du Roi Suppt.
-Fr 632^{12}_)]
-
-[Illustration]
-
-
-
-
-LE MÉNAGIER
-
-DE PARIS.
-
-
-
-
-LE DEUXIÈME ARTICLE[1410]
-
-DE LA TROISIÈME DISTINCTION,
-
-LEQUEL EST DE SAVOIR NOURRIR ET FAIRE VOLER L'ESPREVIER.
-
-
-En acomplissant ce que je vous ay promis cy dessus, chière seur, je
-met cy-après ce que je sçay d'espreveterie, afin que en la saison
-vous y esbatiez se vostre plaisir y est. Et sur ce, au commencement,
-vous devez savoir que l'en tient communément que un bon espreveteur,
-en la saison, recroist[1411] d'espreveterie neuf chiens et trois
-chevaulx se il veult bien continuer et faire son devoir au mestier. Et
-aussi tient-l'en que le droit cuer de la saison d'espreveterie bonne
-ne dure que environ six sepmaines que il convient voler aux cailles,
-c'est assavoir depuis le mois de Juillet que l'en treuve les volées
-des premiers perdriaux, jusques en Aoust qu'ils deviennent fors,
-qu'il convient voler aux cailles. Et lors se affoiblie le déduit, car
-depuis que les perdriaulx sont faillis et que l'en ne treuve que les
-pères et les mères qui sont fors, l'en ne les peut prendre fors au
-_voulon_[1412] c'est assavoir au sourdre[1413], et de ce sera parlé
-cy-après, quant l'en parlera du voler, mais à ce commencement il sera
-premièrement parlé des chiens, et après du cheval: et en oultre de la
-nourreture et duisson[1414] de l'esprevier prins ou ny, et en oultre
-sera parlé du _branchier_, et en oultre du _muier_.
-
-Premièrement, qui veult avoir bon déduit de l'esprevier, il est
-neccessité que assez tost après Pasques l'espreveteur se garnisse
-d'espaignols[1415] et qu'il les maine souvent aux champs quérir les
-cailles et les perdris, et dès lors les duise et chastie, et tant face
-que au moins en Juing il en soit pourveu de trois bons, duis pour le
-mestier, qui congnoissent les oiseaulx: et que dès lors il les mette
-au lien et les garde bien, car en celle saison ceulx qui en sont
-despourveus les emblent voulentiers. Et les doit-l'en attacher et faire
-leurs gistes et leur lit dessoubs ou en coste[1416] la perche où son
-esprevier sera perchié quant il[1417] l'aura, afin que lors l'esprevier
-les voie continuelment et les congnoisse, et aussi qu'ils congnoissent
-l'esprevier.
-
-Et est assavoir que tous espaignols qui sont bons pour la chace du
-lièvre ne sont pas bons pour le déduit de l'esprevier, car ceulx qui
-sont bons pour le lièvre queurent après et le chassent, et quant ils
-l'ataignent, le mordent, arrestent et tuent, se à ce sont duis: et
-autel pourroient-ils faire à l'esprevier. Et pour ce, ceulx qui scevent
-bien trouver les perdris et la caille et ne queurent point après
-l'esprevier, ou s'ils y vont, si sont-ils si duis que tantost qu'ils
-voient que l'esprevier a liée[1418] et abatue la perdris ou autre oisel
-et la tient soubs lui, s'arrestent et ne s'approuchent point, iceulx
-espaignols sont bons, et les autres non. _Item_, ceulx qui sont jeunes
-et fors et roides et qui sont trop hastifs, trop loingtains[1419], ne
-sont pas bons pour ce qu'ils queurent trop devant et trop loing de
-l'esprevier, et quant ils treuvent la perdris ou autre oisel et ils
-la font lever, l'esprevier qui est loing ne puet venir à temps et se
-lasse de voler après, et en la fin n'y peut attaindre et demeure lassé
-et blasmé, et si n'est point sa faulte, car il a bien volé, mais est
-la faulte de l'espreveteur qui n'a par avant mis ses chiens en si
-grant subjection qu'ils s'arrestassent à son escry[1420]. Et qui pis
-est, se l'esprevier est ainsi deux fois foulé[1421], il craindra à y
-plus voler et ne s'embatera[1422] plus, car l'esprevier se resjoïst
-et enhardist quant il est tousjours audessus et met à mercy tout ce à
-qui il vole, et au contraire se effroidist et attardist quant il est
-foulé ou grévé par les oiseaulx. Et par ce me semble qu'il convient que
-l'espreveteur soit sage d'avoir duit ses chiens pour quérir près de
-lui, et de donner le vol à point: et pour ce je croy que les espaignols
-aagiés qui queurent ainsi comme deux ou trois toises devant l'esprevier
-sont bons. Et puisqu'ainsi est que l'en ne scet au commencement quels
-ils seront, celuy qui a entention de les mettre en besoingne en la
-saison d'espreveterie, les doit devant le temps affaitier et tenir
-liés et en subjection de verges ou de fouet, afin qu'ils le craignent
-et que quant il les menra aux champs et il les escriera ou appellera:
-_Arrière! arrière!_ qu'ils s'arrestent et l'attendent, et retournent
-à leur maistre s'ils voient qu'il tourne autre chemin. Et s'ils sont
-ainsi duis, ils ne feront nul mal à l'oisel quant l'en les escriera, et
-seront bons.
-
-_Item_, il est assavoir de la nature des jeunes chiens que tant plus
-les menrez aux champs souvent, de jour en jour et de heure en heure,
-et plus leur donrez de paine et de travail à querre ès champs depuis
-l'aube du jour jusques à la nuit, et l'endemain et chascun jour
-commencier, et plus les chastierez, puis qu'ils seront bien nourris et
-ensemble, plus vous craindront et aimeront et suivront voulentiers et
-seront bons. Mais soiez diligent que si tost que vous serez à l'ostel,
-que vous mesmes, ou vos gens devant vous, donnez très bien à mengier à
-vos chiens, puis à boire, en une paelle[1423], d'eaue bonne et nette:
-et puis soient couchiés sur belle lictière de feurre en quelque lieu
-chault, ou au feu s'ils sont moulliés ou crottés, et soient tousjours
-tenus à la subjection du fouet. Et se ainsi le faites, ils ne donront
-nul ennuy à la table ne au dressouer, ne ne coucheront sur les lis: et
-s'ainsi ne le faites, vous povez savoir que quant ils ont traveillié et
-ont fain, pour ce qu'il est nécessité qu'ils vivent, ils quierent soubs
-la table et happent sur le dressouer ou en la cuisine une pièce de
-char ou viande, et s'entremordent et font des ennuis pour pourchassier
-leur vie, et en ce faisant se traveillent et ne reposent point et si
-demeurent truans et diffamés, et c'est vostre faulte et non la leur. Et
-pour ce, se vous voulez estre tenu bon espreveteur, pensez premièrement
-à vostre esprevier et de vos chiens, et puis de vous.
-
-(_Item_, aucuns dient que à chiens qui abaient[1424] l'en leur doit
-donner à mengier du poulmon de mouton ou de brebis, et ils n'abaieront
-plus. Ce qu'il en est, je ne sçay.)
-
-_Item_, il convient estre pourveu et avoir un cheval basset et aisié
-pour monter et descendre souvent, qui soit paisible au chevauchier,
-sans fretillier ne tournoier, ne tirer la bride, ne regiber, ne faire
-autres empeschemens qui doient empescher à l'esprevier quant il sera
-réclamé[1425]: et qu'il se tiengne tout coy et tout arresté, attende
-son maistre quant il sera descendu, et aussy se tiengne bien coy et
-bien paisible au remonter.
-
-Et pour ce que je vous ay devant dit qu'il est neccessité d'avoir
-des premiers espreviers, sachiez que les espreviers commencent à
-couver, c'est assavoir les premiers, à la Saint-George qui est le
-vint-troisième jour d'Avril, et couvent six sepmaines. Et pour ce, dès
-le temps dessus dit jusques au commencement de Juing, l'en doit espier
-les aires des espreviers, lesquels l'en peut trouver et aparcevoir
-tant par leurs aires comme par leurs charniers, car communément leur
-charnier est fait sur un arbre qui a regart à leur aire et est aussi
-comme au trait d'un arc de leur dit aire; et sur icelluy hault arbre
-les espreviers descharnent[1426] les coulons ramiers et autres oiseaulx
-qu'ils ont prins, et laissent cheoir les os à terre, et détrenchent à
-leur becq et despiècent la char qu'ils portent en leur aire à leurs
-faons qui lors ont le becq trop tendre: et par les ossellez peut-l'en
-apparcevoir le charnier, et par le charnier peut-l'en trouver l'aire.
-
-Et est à noter que en la fin du mois de May ou au commencement du mois
-de Juing les premiers espreviers d'icelle saison escloent. Si convient
-lors entendre de soy pourveoir d'iceulx premiers espreviers, car les
-premiers espreviers sont plus tost avanciés et près de voler. Et pour
-ce que chascun désire avoir des premiers espreviers, et pour les avoir
-tous bons espreveteurs sont tousjours traitres et larrons l'un à
-l'autre, tellement que l'un frère les voulroit embler à l'autre, pour
-laquelle chose, qui veult avoir des premiers espreviers, il doit faire
-tant enquerre et encerchier qu'il sache aucun aire des premiers[1427],
-et les prendre ou ny avant que[1428] nul autre.
-
-(Et est assavoir que les meilleurs et plus fors espreviers sont ceulx
-qui se paissent de coulons ramiers ou autres gros oiseaulx, et ceulx
-font leurs aires sur bas arbres pour ce qu'ils ne pevent porter hault
-si gros oiseaulx.)
-
-Or convient-il donc savoir comment ils seront nourris se ils sont
-pris si jeunes que ils n'aient que deux jours. Et sachiez sur ce
-au commencement il[1429] est bon qu'ils soient nourris plusieurs
-espreviers ensemble, ou esprevier et mouchez[1430], on esprevier et
-poucins, afin qu'ils s'entrejoingnent et gardent la chaleur naturelle
-l'un à l'autre; et ceste chaleur naturelle est leur souveraine
-nourreture, car se ils seuffrent tant soit petit de pluie ne de
-froidure, ils sont en adventure de mourir, et pour ce est-il bon d'en
-mettre pluseurs ensemble pour ce qu'ils se joindront et garderont la
-chaleur naturelle l'un de l'autre. Et si est bon qu'ils soient en un
-petit clotet[1431], par manière de ny, fait de foin délié bien batu, de
-plume, de coton, d'estoupes ou de telles molles choses, et mis en une
-cage à poucins, en une cuve ou en un cuvier ou en un autre vaissel de
-bois qui soit long et large tellement qu'ils puissent esmeutir[1432]
-loing d'eulx; et se leur ny n'est bien molet, l'en peut mettre soubs
-eulx un drap linge[1433] bien délié pour garder leurs ongles. Et
-espécialment soient gardés et maintenus en bonne chaleur naturelle,
-comme aucunes fois du feu de charbon entour eulx, et soient sur deux
-tresteaulx hault en leur cage, ou aucune fois au soleil: aucune fois,
-s'il fait froit de nuit, soient couvers d'une robe, et d'une rais[1434]
-pour les chas, et qu'ils aient air largement. Et soit souvent regardé
-qu'ils n'aient ne trop froit ne trop chault; et mesmement[1435] de
-nuit les convient-il ainsi garder, et de jour les convient-il paistre
-tant de fois le jour comme ils auront enduit[1436], et commencier dès
-le bien matin à souleil levant ou avant, car les espreviers qui sont
-bien peus en leur jeunesse ne crient point quant ils sont sur le poing,
-et les autres si font; et les convient paistre de bonne char chaulde,
-nouvel tuée, d'oiselets escorchiés dont la chair, sans aucune gresse,
-soit bien menue haschée, jusques à ce qu'ils aient le becq fort pour
-tirer cuers de volaille, des cuers de mouton dont vous recouvrerez
-aux bouchiers, et qui mieulx ne peut, de pigons: jàsoit-ce que ce
-soit trop grosse char et trop orgueilleuse, qui[1437] peut recouvrer
-d'autre char; _item_, le filet[1438] de porc qui est dedens la cuisse
-est meilleur que cuer de mouton: mais à l'esprevier qui vole, l'en ne
-doit pas donner deux gorgées[1439] l'une après l'autre, pour ce qu'il
-est trop délié, trop laxatif et trop courant et coulant. Et de quoy que
-vous paissiez vostre esprevier, gardez que vous ne luy donniez deux
-gorgées l'une sur l'autre, c'est à dire que vous ne le paissiez mie la
-seconde fois jusques à ce qu'il ait enduit la première; et puis soit
-peu afin qu'il n'ait nulle fain, car autrement[1440], s'il n'est très
-bien nourry en sa jeunesse, il ne volera jà bien, ne ne sera fort en
-la saison d'espreveterie. Et aussi se vostre esprevier avoit aucune
-fain, les bons espreveteurs l'appercevroient à l'areste des plumes où
-il auroit raies de travers, et tant de roies qu'il y auroit et tant
-de fains jugeroit-l'en que l'esprevier auroit eues[1441]; si vous en
-mocqueroit-l'en de non avoir bien gouverné vostre esprevier.
-
-Et _nota_ que à trois choses congnoist-l'en en jeunesse l'esprevier
-du mouschet: _item_, que le mouschet a la teste et le becq sur[1442]
-le rond, et l'esprevier sur le long: _item_, le mouchet a la
-jambette greslette et plus courte que l'esprevier: _item_, au cry le
-congnoissent aucuns.
-
-_Item_, en leur très grant jeunesse, l'en les doit tenir très
-nettement et paistre souvent[1443], et très seichement de blancs
-drappellez souvent remués dessoubs leurs piés, et du foing, et changier
-souvent, et laver et sécher leurs drappellets. Et soient en un pennier,
-et soit ledit pennier couvert de beaulx drappeaulx; et soient tenus
-chaudement par feu ou par soleil, et de nuit soit mis l'esprevier[1444]
-entre deux draps au lit, couchié avec une personne pour garder chaleur
-naturelle, et l'endemain au feu ou au soleil. Et ainsi, jusques à ce
-qu'il soit temps de les mettre en la ferme[1445].
-
-_Item_, se vous povez, faites que les costés du vaissel ou ferme où
-vostre esprevier sera, ne soit mie clos d'ais, mais de trailles[1446]
-ou de filé, afin que l'esmeut de l'esprevier saille dehors, car quant
-l'esmeut demeure dedans le vaissel, il put.
-
-_Item_, tant comme l'esprevier plus s'efforcera[1447], il se
-souldra[1448] sur les jointes[1449]; et lors, quant il s'estera[1450],
-le peut-l'en mettre en la ferme qui sera faite de cinq piés de long
-et de trois piés de lé[1451] et de trois piés de hault. Et a[1452]
-besoing d'une cuve ou d'un cuvier souvent nectoié ou changié, couvert
-d'une rais, ouquel cuvier ou cuve il ait du foing au fons et un viel
-drappel linge dessus pour luy garder ses ongles sains comme dessus,
-et illec s'enforcera et sera plus fort sur ses piés. Et ainsi comme
-plus croistra, l'en ne le paistra pas si souvent, que quatre fois le
-jour; et après, quant il sera plus fort et qu'il volletera, l'en lui
-doit mettre en la ferme ou cuvier un petit bloc[1453] de trois dois de
-hault, couvert pour ses ongles comme dit est. Et quant il commencera
-à soy perchier sur icelluy bloc, l'en luy fera autre travers dedans
-la ferme deux perchettes de demi pié de hault[1454], sur lesquelles
-perchettes il, de sa propre nature, volera de l'une à l'autre et
-passera par-dessoubs, et sa nature luy enseignera à duire ses eles et
-son vol; et lors ne sera peu[1455] que trois fois le jour. Et est bon
-que lors et par avant sa ferme soit mise à terre une fois le jour, en
-une place où les chiens repairent entour luy, et qu'ils le voient et
-congnoissent, et luy eulx, et soit peu devant eulx, afin que quant il
-volera et aura prins et tendra sa proie aux champs et ils surviennent,
-qu'il ne s'esbaïsse mie pour eulx, ne que eulx ne le descongnoissent.
-Et dès lors en avant convendra soy prendre garde quant il aura deux
-mercqs[1456] frans, car lors le conviendra-il mettre ès gets[1457] et
-paistre sur le poing, et puis le perchier et tenir paisiblement sur
-son poing tant qu'il ait enduit et avalé sa gorgée. Et le doit-l'en à
-ce commencement tenir si court que au reget de son débat[1458] il ne
-mefface à son balay[1459].
-
-Et depuis que vostre esprevier sera premier mis sur le poing, gardez
-que par vous ne par autre il n'ait aucun desplaisir; et sachiez, chière
-seur, que toutes choses qui vers luy survendroient[1460] soudainement,
-hastivement ou tempestivement[1461], soit personne, beste, pierre,
-estueil[1462], baston, ou autre chose, lui font desplaisir et le
-tourmentent fort. _Item_, chière seur, sachiez que se vostre esprevier
-vous lie et estraint fort, sachiez que c'est signe qu'il a fain, et
-sinon[1463], car quant il a fain il estraint, et quant il[1464] gorge,
-non. Et toutesvoies s'il vous lie ou estraint, ne vous courrouciez de
-riens ne lui aussi, mais le descharnez tout bellement, sans vous ne lui
-courroucier, quelque douleur qu'il vous face sentir, car se vous le
-courroucez une seule fois, jà puis ne vous aimera.
-
-_Item_, il vous convient continuer à le tenir souvent sur le poing
-et entre gent tant et si longuement que vous pourrez. Et se tandis
-que vous disnerez, dormirez ou pour autre chose, laisserez vostre
-esprevier, si soit perchié à grant air, hors de la moiteur de la pluie
-et de l'ardeur du soleil, et qu'il ne voie nuls poucins, pigons ne
-aultre volaille, ne ne soit en péril de chas, et que rien soudain ne
-puisse venir sur luy.
-
-Et sachiez, chière seur, que s'il est perchié tantost après ce qu'il
-sera peu, il se tendra bien paisible jusques à ce qu'il ait enduit,
-mais après ce, se il bat à la perche, c'est signe qu'il a fain ou
-qu'il veult estre sur le poing: et pour ce est bon qu'il ait tousjours
-gens devant luy, afin que s'il se batoit et se pendist[1465], qu'il
-fust tantost secourus et relevés. Sachiez aussi que quant il a esté
-longuement sur le poing et qu'il a tous ses sept mercqs (jàsoit-ce que
-j'aye bien veu tel qui en avoit huit), et aussi quant le troisième noir
-mercq[1466] du balay passe le bout dès eles, il est adonc tenu pour
-fourmé, et doit-l'en penser de le baignier, qui le fait avancier pour
-oindre[1467], desrouillier et mettre à point ses plumes, et mieulx
-voler: et de la manière du baignier sera dit cy-après.
-
-_Item_, et au bout des longes doit avoir un petit bâtonnet, afin que
-se l'esprevier s'entreprenoit, que au bout du bâtonnet, sans mettre la
-main, l'en luy mette ses plumes à point: ou l'en doit remuer et tourner
-son poing, afin qu'il se débate autre fois, car au rebat[1468] les
-plumes reviennent à leur point. Et tousjours, tantost qu'il est peu,
-l'en le doit tenir si souef et en place si propre et si paisible qu'il
-n'ait cause de soy débatre sur sa gorge, car s'il se débatoit sur sa
-gorge qu'il auroit lors prinse, il seroit en adventure de la getter; et
-qui n'a loisir de le tenir en place paisible, l'en le doit perchier. Et
-sachiez en cest endroit que les bons espreveteurs dient un tel proverbe:
-
- Au lier et au deslier,
- Te tien saisy de l'esprevier.
-
-Si povez maintenant adviser sur le poing et sur la perche se vostre
-esprevier peut rien valoir. Premièrement, les aucuns espreviers se
-perchent tout droit et sont moult esveilliés et regardent fièrement et
-espoventeusement[1469] quant ils veillent, et quant ils dorment, si
-se tiennent-ils bien droit sur un pié et ont l'autre en leur plume,
-et ainsi dorment, et c'est signe de bon esprevier et sain. Les autres
-espreviers se couchent sur le ventre au travers de la perche, ainsi
-comme un chappon, et ainsi se reposent en dormant et en veillant: et
-n'est ne trop bon ne trop mauvais signe, car il leur vient de nature.
-Et les autres sont tousjours raemplis et endormis et ont un pié en leur
-plume, et c'est signe de fétardie[1470] ou de maladie.
-
-_Item_, quant est à congnoistre l'esprevier par son plumage, il
-est assavoir que les uns[1471] espreviers sont de plumage blanc et
-délié.....[1472], à travers de péris.....[1472], tendres ou roux
-assis en leur poictrine ainsi comme par ordre et à droite ligne, et
-sont bien merlés ou goutés[1473] ou brueil[1474], c'est assavoir entre
-les cuisses et le balay, et ont bonnes[1475] les plumes qui sont à
-l'endroit des costés sur les cuisses. Et iceulx espreviers dit-l'en que
-ils sont bons pour dames, car ils sont tost réclamés et rendent tost
-leur proie et viennent voulentiers au sifflet et aiment leur maistre,
-et sont paisibles et peu hardis. Les autres sont de plus gros, plus dur
-et plus aspre plumage, et ont plus grosses mailles, et sont les tuyaux
-de leurs plumes plus durs d'autant comme les plumes d'une vielle géline
-ou d'un viel coq sont plus aspres et plus dures que d'un jeune chappon,
-ou comme un laboureur des champs a plus dure coanne que le fils d'un
-roy: et sont cueuretés de cueres[1476] entre-changablement[1477] assis
-çà et là, sans ligne et sans ordre, et ont une petite teste et uns
-gros yeulx estincelans comme un serpent, et sont moult esveilliés; et
-ceulx sont aspres, roides et hardis, et sont plus fors à réclamer, plus
-glouts et plus despis à paistre, et plus félons en toutes choses; et
-mettent leur proie entre leurs eles, et la défendent aux ongles et au
-becq. Et mesmes, quant on les paist, ils estrainguent et saillent au
-visage et mordent: et convient avoir un gant en la main destre, dont
-les dois du gant soient couppés, pour doubte des esgratineures: et
-portent voulentiers au couvert[1478]; mais se ils sont bien nourris et
-bien réclamés, un bon espreveteur s'en aide mieulx que des devant dis,
-car ils sont plus hardis, plus sages, et plus fors assez.
-
-_Item_, les uns ont jambes et piés rouges, et dit-l'en que ceulx sont
-de aire de jeune mouchet: et les aultres qui ont jambes et piés jaunes,
-dit-l'en qu'ils sont de aire de vieilz mouchet. Les aucuns ont jambes
-rondes et les autres sur le plat, _scilicet_ sur le demi ront; de
-ceulx ne sçay-je quel signe c'est: mais en somme, l'esprevier qui est
-de grant corsage, qui a teste de serpent, c'est assavoir menue teste
-sèche, qui est bien chappé[1479], gros yeulx saillans et esveilliés,
-gros par les espaules, plumage dur et roide, mailletté de grosses
-mailles aspres et dures: qui ait bons serceaulx, bons cousteaulx,
-bonnes longues plumes, bons venneaulx[1480], bonnes....[1481], sans
-balay a sain, grant ouverture endroit le bouel, courtes jambes
-grossettes, ses ongles entiers, c'est assavoir du pessouer[1482] et du
-charnier et de la grant et petite sangle, et que le remenant de son
-corps et de ses piés soit tenu entier: qui soit bien esveillié et se
-perche bel: tel esprevier est d'eslite.
-
-Toutesvoies quel qu'il soit, puis que vous le vouldrez nourrir pour
-vous, au commencement qui[1483] sera mis sur le poing, si luy bailliez
-beaulx gects, surlonges que l'en dit petites longes, touret[1484] et
-grans longes, et les acoustumez de petit à petit et de plus loing en
-plus loing à voler à vous, sur vostre poing, quérir sa proie pour soy
-paistre.
-
-Or est temps, chière seur, que je vous parle de congnoistre l'ésmeut
-de l'esprevier. Si sachiez, chière seur, que quant l'esprevier si a
-esmeuti, par l'esmeut l'en peut jugier s'il est sain ou non: car s'il
-esmeut loing, et l'esmeut est fin, blanc, liant et bien moulu, il est
-bon. Et s'il est pers[1485], vert, ou roulx comme lessive, ou cler
-comme eaue, ou qu'il ait un neu noir en l'es-meut, à ce voit-l'en que
-l'esprevier n'est pas sain, et lors le fault curer, et donner plume
-par la manière que dit sera cy-après quant l'en parlera du réclamer
-et affaitier pour voler, car jusques à ce que l'en le réclame sans
-commande[1486], n'est-il jà trop grant besoing de lui donner plume ne
-trop souvent curer, fors par une fois la sepmaine.
-
-Mais en cest endroit d'espreveterie, le convient plus que devant
-tenir sur le poing et le porter aux plais[1487] et entre les gens
-aux églises[1488] et ès autres assamblées, et emmy les rues, et le
-tenir jour et nuit le plus continuelment que l'en pourra, et aucune
-fois le perchier emmi les rues pour veoir gens, chevaulx, charettes,
-chiens, et toutes choses congnoistre; et soit en l'ombre, et qu'il
-n'y ait nuls pigons, poucins ne autre volaille qu'il voie comme dit
-est. Et aucunes fois à l'ostel soit perchié sur les chiens, et que
-les chiens le voient, et il eulx. Ce fait, le convient réclamer en
-un secret lieu, petit à petit et de plus loing en plus loing, tant
-qu'il reviengne du long de ses longes; puis le convient réclamer à
-la commande ou recréance: et puis en pluseurs lieux et en espécial
-aux champs et ès prés à recréance: et puis sans recréance, à pié à
-pluseurs fois, présens les chiens; et puis à cheval le convient-il
-réclamer, et de dessus les arbres, tant qu'il congnoisse le cheval.
-Et adonc est neccessité que vous prenez bien garde, comme dit est
-dessus, à son esmeut qu'il soit net: et comme dit est dessus, le noir
-donne enseignement qu'il est ort par dedans. Et s'ainsi est qu'il y
-ait trop de noir, si lui donnez au vespre char de poucin ou cuer de
-mouton trempés et bien lavés en eaue un petit chaudette et espraint;
-et se vous n'avez eaue tiède, fors froide, si y trempez vostre char,
-puis l'espraingnez fort et eschauffez par force d'espraindre entre
-deux esseules[1489], puis en paissiez vostre esprevier comme dessus,
-car char lavée l'amaigrist. Et à ce donner ne doit-on point son oisel
-appeller ne réclamer, mais prendre sur la perche sans siffler ou
-réclamer, et paistre sans dire mot, car la char ne luy est mie bien
-savoureuse, et pour ce, qui à ce donner le réclameroit, quant l'en le
-réclameroit après et depuis, il cuideroit que ce fust autele viande
-comme devant: si seroit plus lent et tardif à y venir.
-
-_Item_, avec ce que dit est, quant il sera gorgié souffisamment, l'en
-luy doit donner, en lieu de plume, aussi gros de coton comme une fève
-enveloppé en char, à deux fois: ou faire tirer les plumes de l'aleron
-d'une perdris, et s'il en avale, c'est bonne plume[1490]; et aussi
-coton moullié en eaue: et dit-l'en que petite plume est la meilleur; et
-ne luy doit-l'en donner viande par-dessus sa plume, car ce que l'en
-donroit par dessus ne pourroit passer les mailles de l'estomac[1491]
-pour la plume qui seroit au devant. Et sachiez que quant l'esprevier
-vole et se paist de son vol, il ne luy convient point donner d'autre
-plume, car il en prent assez des oiseaulx dont il se paist; et la plume
-de l'aleron de l'ele est bonne plume. Et doit-l'en[1492] le soir que
-l'en luy a donné plume, nettoier la place dessoubs l'esprevier pour
-trouver l'endemain sa plume. Et l'endemain, quant vous serez levée,
-regardez à son esmeut s'il est plus net que devant; et se l'esprevier a
-esmeuti loing, c'est signe qu'il est fort: s'il a esmeuti près, c'est
-au contraire; se son esmeut est fin blanc, pâteux et bien molu, c'est
-signe qu'il est sain: se l'esmeut est vert, ou qu'il y ait trop de
-noir, c'est signe qu'il n'est pas sain. Et aussi gardez s'il a gecté
-sa plume orde ou necte. Et se vous avez apparceu par deux ou par trois
-fois que l'esprevier soit lent de gecter sa plume, si lui donnez avec
-le coton un ou deux grains de fourment, car ce l'avancera de la gecter;
-et quant icelle sera par luy gectée au matin, si le paissiez de bonne
-viande et chaude, et au soir luy redonnez plume comme devant: et ainsi
-de soir en soir jusques à ce qu'il soit net.
-
-Et soiez adverti que depuis ce, comme dit est dessus, que vostre
-esprevier commencera à voler, _item_ ainsi le convient deux fois la
-sepmaine nettoyer, et aussi baignier deux fois la sepmaine, à certain
-jour, entre tierce et midi, en un jardin ou préel[1493], au soleil,
-et en si large bacin que ses eles ne se batent aux bors, et le tenir à
-la commande ou recréance, afin que sans congié il ne s'en voit[1494]
-essorer[1495]; et au commencement doit-l'en rebondir et ressatir[1496]
-l'eaue sur la teste et le col, à une vergette[1497], pour le moullier:
-et puis qu'il sera baignié, le convient-il essuyer au soleil de midi.
-Toutesvoies, aucuns lui donnent plume chascun soir, et baignent
-chascun jour quant il a enduit, et en soy baignant ou quant il est
-baignié le réclament: et pendant le temps que vous baignerez vostre
-esprevier, se le soleil se convertissoit en pluie, ou se en cheminant
-il plouvoit sur vostre oisel, il le convient essuyer à très bon feu sur
-un trestel[1498] ou au soleil. Mais gardez-vous bien que jamais vous ne
-le mettez sur perche moulliée, car si tost qu'il a le pié moullié, il
-devient enrumé et malade: si gardez tousjours qu'il ait le pié sec et
-chault. Et après ce qu'il sera ainsi séchié, il voulera de très bonne
-ele.
-
-En cest endroit d'espreveterie, devez-vous congnoistre savoir-mon[1499]
-s'il est trop maigre ou trop gras: car s'il est trop maigre, il est
-foible, et s'il est trop gras, il est lent et pesant; et sachiez
-que quant il se tient acrempeli[1500] ou bossu, et a les yeulx plus
-vers et jaunes entour, et démonstre chière pesant, et ne se tient
-droit, esveillé, sur le poing et à la perche, il est malade: et c'est
-parcequ'il est maigre; et le convient paistre un jour ou deux d'un
-nomblet de porc pour revenir. Et s'il se tient droit et esveillié, et
-les yeulx luy saillent, il est sain; mais qu'il ne soit trop gras. Et
-se vous apparcevez qu'il le soit trop, pour mettre à raison il le
-convient paistre de char lavée ou de beuf.
-
-Et quant il est réclamé à pié à la commande et qu'il congnoist les
-chiens et il n'est trop maigre ne trop gras, et curé et net, il le
-convient enoiseler et luy baillier à vouler des petis poucins aux
-champs, premièrement à pié, et puis à cheval. Et quant il les aura
-volés, liés et abatus, si descendez et alez à luy tout bellement, et de
-loing vous agenoilliez, puis doulcement aussi comme à quatre piés[1501]
-petit à petit, et mettez vostre main vers les piés de vostre esprevier
-et prenez sa proie en souslevant les piés de l'esprevier, et faites
-paistre sur sa proie. Et se vous le voulez afaictier pour la pie,
-si le faites voler aux champs à poucins ou pigons vérés[1502] blans
-et tavellés[1503] de noir comme la pie est; et aucunes fois, quant
-l'en en peut finer, il convient avoir des jeunes pias[1504], et les y
-faire voler aux champs, et estre garny d'unes petites turquoises[1505]
-propres à ce, afin que si tost que l'esprevier aura lié le piat, l'en
-luy rompe les jambes et le becq afin que l'esprevier en soit tousjours
-audessus et ait l'avantaige du piat sans estre blécié. Et se l'en ne
-peut finer de piat, mais seulement de forte pie, il convient que l'en
-luy couppe ou rompe le becq et les ongles et deux ou trois des maistres
-plumes de chascune ele; et l'esprevier ainsi duit volera aux pies en la
-saison, et toutesvoies sa nature l'enseigne plus que estrange doctrine.
-
-_Item_, l'en dit que la personne, les chiens et le cheval qu'il a
-acointié et acoustumé à veoir ne lui doivent point estre changiés,
-c'est assavoir que se un esprevier avoit esté gouverné par un
-homme[1506] blanc chevauchant un cheval noir, et l'en le bailloit ès
-mains d'un moine noir chevauchant un cheval blanc, ou d'un escuier,
-chevalier ou bourgois, ou d'une femme, ou d'autre personne vestue
-d'autre habit, ou en autres mains que ès mains de cellui qu'il
-auroit apris, l'esprevier qui auroit mescongnoissance d'icelluy
-nouvel maistre, ne seroit si réclamé à luy comme à son maistre qu'il
-congnoissoit et qui l'avoit nourry. Et pour ce, cellui ne le devroit
-laissier tenir ne paistre à autre fors à luy.
-
-Chière seur, avant que vous commenciez à voler à droit essient[1507],
-il vous convient et est neccessité d'avoir cerchié et enquis aux
-compaignons du païs où sont les volées des perdris; et sachiez que
-en païs estrange et ou repaire[1508], la souveraine queste que bon
-espreveteur puisse faire, si est d'enquérir aux bergiers et vachiers et
-autres gens d'aval les champs, s'ils ont veues aucunes perdrix et où
-est leur commun repaire, et puis aler celle part. Mais sur toute rien
-gardez-vous que chiens de bergiers ne autres chiens estranges que vous
-ne congnoissez et qui ne congnoissent vos oiseaulx, et espécialment
-mastins, ne vous suivent, car vostre esprevier ne voleroit pas si
-voulentiers ne si hardiement, et s'il avoit abatu ou lié un oisel, si
-seroit en aventure d'estre par eulx tué; et moult de fois en est ainsi
-advenu.
-
-_Item_, chière seur, en cest endroit d'espreveterie, aux jours que vous
-ne vouldrez voler, vous convient acoustumer à paistre vostre esprevier
-dès le bien matin, afin que à celle heure quant vous volerez, il ait
-tousjours fain; si volera mieulx, car les bons espreveteurs se lièvent
-dès l'aube du jour, et dès lors vont voler, mais toutesvoies que leur
-esprevier ait gecté sa plume, et aussi qu'il ne pleuve ne face grant
-vent, car se vous volez par grant vent, le vent emportera vostre
-esprevier qu'il n'en pourra mais, et se moquera-l'en de vous.
-
-_Item_, ne volez pas près de bois, ne de haie, ne de vigne, ou de
-fossés ou autre empeschement d'eaues.
-
-_Item_, ne volez pas aux petits oiseaulx, car ils sont trop roides et
-scevent les tours des buissons où ils ont acoustumé à repairier, et
-pour ce l'esprevier fault; si se travaille fort pour ce que iceulx
-menus oiseaulx sont fors, et si n'emportent mie si grant honneur pour
-l'espreveteur ne pour l'esprevier comme perdris qui volent foiblement
-et sont plus tost prinses; et aussi quant les menus oiseaulx se boutent
-ès buissons, l'esprevier qui vole après se lasse et descourage; pour
-sa hardiesse et faire son devoir se ront souvent sa queue et ses eles
-telement que en la fin il en demeure tout diffamé, et n'en peut mais.
-Toutesvoies, se vostre esprevier y vole, et vous véez que pour ce faire
-vostre esprevier ait la teste d'aucunes de ses plumes quassées, si la
-moulliez tantost de vostre salive endroit la quasseure, et quant vous
-viendrez à l'ostel, d'eaue non mie chaude, mais moins que tiède, et
-elle se raffermera: sinon[1509] elle se rompra. Et s'il a son balay
-rompu, il n'en vauldra pas pis pour voler aux cailles, à perdris et à
-gros oiseaulx qui volent droit à terre[1510], mais il en est plus lait,
-et si ne suit mie si bien petis oiseaulx qui se plient, comme l'aloé
-qui gauchist[1511] comme à esquierre, et si ne peut monter après l'aloé.
-
-_Item_, s'il advenoit que vostre esprevier ait l'une des parties de
-sa queue rompue, l'en doit rongner aux forces[1512] l'autre partie,
-afin qu'il vole justement. Et jàsoit-ce que l'esprevier qui a la queue
-rompue en soit plus lait, toutesvoies il n'en vault de riens pis pour
-voler au gros, mais pour voler aux menus, si fait.
-
-L'aloé de gibier, c'est l'aloé de cest an qui a courte queue, sans
-blancheur, toute rousse de rousseur cendrée, et ne chante point au
-sourdre[1513], et vole droit et se rassiet près. Et la vieille aloé à
-longue queue, dont aucunes des pennes sont fines blanches[1514] et au
-sourdre pipe et dit: _Andrieu_, et vole par ondées et plie son vol par
-esquierres, puis à destre, puis à senestre, et se assiet loing, celle
-n'est pas de gibier, ne n'y doit-l'en point voler ès mois d'Aoust et de
-Septembre: mais en Septembre, quant elle mue, la queue luy chiet, et
-est de gibier pour ce qu'elle est foible.
-
-_Item_, il est dit dessus et il est vray que tout bon espreveteur doit
-garder qu'il ne vole à menus oyseaulx roides, comme à l'aloé vieille,
-moissons[1515] vielz et autres qui sont près des buissons, pour ce
-que incontinent qu'ils voient l'esprevier, ils s'y boutent, et fault
-l'esprevier à les lier, et ront sa queue et despièce ses eles ou
-buisson, et par ce se lasse et descourage de voler; mais le pis est que
-aucunes fois l'esprevier qui est ainsi lassé ne revient point à son
-maistre, mais s'envole et se repose sur un grant arbre. Et est certain
-que les espreviers ainsi lassés sont plus tardis et plus lens à
-revenir de dessus un grant arbre, maison ou autre hault lieu que dessus
-un bas, se grant fain ne les y muet; et à ce besoing convient avoir ou
-poucins ou autre oisel vif pour voleter devant eulx, en les réclamant
-sans monstrer le visaige.
-
-Ces choses veues et faites, vous povez aler voler; et le premier jour
-que vous volerez, soiez garni de poucin ou autre oysel vif pour y
-faire voler vostre esprevier se vous ne trouvez autre oisel, et au
-premier oisel que vostre esprevier prendra aux champs, si tost qu'il
-l'aura abatu et le tendra entre ses piés, il convient descendre et
-aler à luy à long trait, et se garde-l'en de toute hastiveté, et que
-l'espreveteur s'agenoille bellement et loing, et bellement estende ses
-bras, et doulcement preigne et liève sa proie et l'oisel dessus, puis
-rompe la teste à l'oisel et du cervel paisse son esprevier[1516]. Et se
-l'esprevier vous lie des ongles, si vous descharnez ongle après l'autre
-tout bellement, sans tirer ne le courroucier.
-
-_Item_, quant vostre esprevier est gorgé, vous le povez tenir sur la
-main nue et sans gant, car lors il ne vous estraindra point; mais avant
-qu'il soit peu, s'il a fain, si ne vous y fiez point, car lors il
-estraint fort et tant que sang en fait saillir. Et à ce jugent aucuns
-se l'esprevier est fort ou non, car quant ils sentent parmi le gant
-que l'esprevier estraint fort, ils jugent qu'il est fort: sinon, non.
-_Item_, tenez-le adonc en place si paisiblement qu'il n'ait cause de
-soy débatre sur sa gorgée, car il seroit en aventure de la gecter, ou
-se vous n'avez loisir de le tenir sur le poing en place convenable et
-paisible, si le perchiez en lieu paisible où il voie gens, chiens et
-chevaulx etc., et ne voie point pigons ne autre poulaille[1517].
-
-Et la deuxième fois que vous volerez, laissez vostre esprevier[1518]
-deux vols ou trois le jour et non plus, et le paissiez comme dessus: et
-la troisième fois, deux ou trois vols et non plus; et puis aux autres
-jours vole tant comme il pourra, à tant d'oiseaulx comme vous trouverez.
-
-_Item_, et se vous apparcevez qu'il porte au couvert, si
-l'embraellez[1519] et laissiez prendre[1520] deux ou trois fois, et
-ne le gectez plus sur arbre quant vous le vouldrez paistre, et il se
-chastiera d'illec en avant.
-
-_Item_, commenciez à aler voler chascun jour au matin dès le bien
-matin et volez jusques à tierce[1521], et lors mettez vostre esprevier
-en un pré ou champ, et s'il ne porte au couvert, sur un pré[1522]
-ou arbre, et le réclamez d'illec et paissiez, et puis le perchiez
-et[1523] reposez et laissiez passer le chault, et après volez au
-serain[1524]. Car qui ou mois de Juillet et dès lors, voleroit, jusques
-à la my-Aoust, par trop chault, l'esprevier si s'efforceroit hault et
-loing, et à la première rivière ou eaue qu'il verroit d'en hault, s'en
-yroit baignier, puis se ressuieroit sur un arbre, et là se pouroindroit
-telement et si à grant loisir qu'il n'auroit plume sur lui qu'il ne
-remuast au becq l'une après l'autre, tout à loisir, et sans trop
-grant diligence ne pourroit estre trouvé; et s'il estoit retrouvé, si
-ne pourroit-il estre reprins sans trop grant attendue. Mais après la
-my-Aoust il ne s'efforcera[1525] mie si voulentiers; et toutesvoies,
-ainsi comme il est dit dessus, soiez tousjours garni de vif poucin
-rousset, semblant à perdris, afin que se vous ne trouvez autres foibles
-oiseaulx, que vous volez aux champs de ce poucin que vous aurez porté,
-et luy donnez de la cervelle et du surplus ses drois, et l'en paissiez;
-puis ostez la gorge et les boyaulx du poucin, si s'en gardera mieulx,
-et l'en pourrez paistre à l'une fois des eles, l'autre fois des
-cuisses, puis au derrenier du charquois[1526]. Et se vous n'avez trouvé
-poucin, si soiez pourveu de pigon, jàsoit-ce que ce soit chaude viande
-et trop aigre à l'esprevier qui vole, car la saveur luy en demeure
-longuement et le soustient sans fain plus que autre viande; et[1527] en
-reffuse le poing, et[1528] tient l'esprevier orguilleux.
-
-_Item_, vous prenez bien garde que dès ce que vous commencerez à
-voler, dès lors vous ne courrouciez vostre esprevier, et que rien
-ne l'approuche soudainement, effondréement ne tempesteusement, soit
-personne, chien, cheval ou autre chose, et mesmement par derrière, car
-de ce qui luy survient par derrière est-il plus tourmenté et s'effroie
-plus.
-
-_Item_, quant vous serez en queste, si aiez tousjours l'oeil à vostre
-esprevier et à vos espaignols, et quant vous verrez qu'ils mouveront
-la queue à desvuidier[1529] une place, si férez tantost de l'esperon
-droit à eulx, afin que quant la perdris sourdra, vostre esprevier soit
-prouchain. Et se plusieurs perdris saillent, dont vostre esprevier
-suive, lie et abate l'une, entendez tousjours à vostre oisel, et
-criez à vos compaignons qu'ils remerquent les autres, et quant vostre
-esprevier aura eu son droit du cervel, si vous remettez en queste au
-remerc[1530], afin que vous aiez tous les autres oiseaulx l'un après
-l'autre.
-
-_Item_, l'en doit quérir les perdris ès grans chaumes et yèbles et
-bruières, et environ les gerbes qui sont demourées aux champs, car là
-se paissent les perdris et les perdriaux du grain d'icelles gerbes,
-et sont voulentiers ès lieux couvers et non mie ès jachières[1531] ne
-autres lieux descouvers, tant pour doubte de chault comme pour doubte
-que le faulx-perdriel[1532] et les oiseaulx de proie ne les voient. Et
-quant le chault est levé, icelles perdris et aussi les cailles sont ès
-grans genestes, ès vignes et ès vesses, ès poisières[1533] et ès blés
-qui sont sur le pié et qui donnent grant ombre, pour estre freschement.
-
-_Item_, en ce temps l'en ne pourroit pas faire queste ès vignes pour
-ce que l'en y feroit trop de dommage à ceulx à qui les vignes sont,
-et aussi les perdris y auroient trop d'avantage et l'esprevier trop
-d'encombrier pour les fueilles et eschallas, mais les bons espreveteurs
-qui[1534] les remerquent et[1534] puis se mettent en queste ou remercq par
-les champs ou buissons, et au voulon[1535] l'esprevier les prent.
-
-Se l'esprevier porte au couvert, et son maistre le réclame et siffle,
-il ne luy doit pas monstrer son visage[1536].
-
-_Item_, sachiez que depuis que l'esprevier aura commencié à voler, il
-ne doit vivre de nulle char de boucherie ne d'autres, fors que de sa
-proie, car de jour en jour, continuelment, sans cesser, il doit voler
-sans repos, car qui un jour le repose, il le recule pour trois jours.
-
-_Item_, sachiez que le[1537] déduit de perdriaulx dure jusques à la
-mi-Aoust, et adonc commence le déduit des cailles pour ce que alors
-deviennent fortes, et voulentiers se tiennent près des bois et des
-haies. En Aoust l'en treuve bien des perdris qui en cest an furent
-couvées au plus tart, et se adouèrent[1538] plus tart que les autres
-et n'estoient pas assez aagées quant la saison de chauchier[1539] fut,
-et ne sont pas toutes réparées[1540] ou mois d'Aoust et ont encores
-leurs plumes à saing[1541], et ou tuyau a un neu, et ne sont pas
-si fortes comme les pères et les mères qui ont esté muées[1542], et
-pour ce sont plus légières à prendre à l'esprevier que ne sont les
-pères et les mères, se ce n'est toutesvoies quant freschement et
-tantost après que iceulx pères et mères ont couvé et qu'ils nourissent
-et tiennent encores soubs eulx leurs perdriaulx, car lors sont-ils
-dévestus de leurs plumes et sont maigres et foibles et pevent bien
-estre arrestés par l'esprevier; mais quant ils sont revestus de leurs
-plumes et renforcées, il n'y fait nul voler fors au voulon, comme dit
-est, ou[1543] après leur premier vol par remercq, car au second vol
-sont-elles plus lassées qu'ils ne furent au premier. Et est grant péril
-de mettre son esprevier en essay de les prendre en plains champs du
-premier vol, car se l'esprevier se lasse à tirer après, ou se il lie la
-perdris et elle est si forte qu'elle l'emporte, ou qu'il soit autrement
-foulé soit par cest oisel ou par autre, jà puis n'y volera voulentiers.
-
-En la saison d'Aoust, l'en peult voler aux faisandeaulx[1544] aux
-oustardes, aux laperiaulx, aux levrats, aux raales des champs[1545]
-qui sont roux, et aux cailles, ou au moins en la my-Aoust; et en
-Septembre doit-l'en voler tout au long du jour sans retourner à l'ostel
-puis qu'il ne face ne trop grant chault ne trop grant pluie ne trop
-grant vent; et doit-l'en savoir que ou mois de Septembre il ne se
-essore[1546] mie si voulentiers comme en Aoust.
-
-_Item_, pour ce que les nuis sont en Septembre plus longues, il
-convient donner au soir, en la fin de Septembre, plus grosse gorgée,
-et petite au matin; mais tousjours[1547] aiez lors en mémoire que
-c'est mauvaise paisson que de caille et de pigon, car c'est char de
-dure digestion et demeure longuement en l'estomac. L'esprevier s'en
-enorguillist et reffuse le poing comme dit est dessus.
-
-_Item_, en la fin dudit mois de Septembre et après, quant le voler des
-cailles et perdris est failli, et mesmes en l'iver, l'en peut voler
-comme dit est aux pies, aux choés, aux cercelles qui sont en rivière ou
-autres qui sont tavelées et ont longues jambes et sont aux champs et
-courent à pié parmi le gravier d'eaue[1548], aux merles, aux mauvis,
-aux gois[1549], aux videcocqs et aux merles. Et à ce peut-l'en aler
-à pié et avoir l'arc et le boujon[1550], que[1551] quant le merle se
-boute en un buisson et ne se ose partir pour l'esprevier qui est dessus
-et l'espie, la dame ou damoiselle qui scet traire, le peut tuer[1552]
-du bougon[1553]. (Et ainsi de temps en temps peut-on avoir déduit de
-son esprevier, quant l'en le veult garder pour muer.) Et quant l'en
-ne treuve plus à le paistre de son voler, l'en luy donne congié. Et
-sachiez que dès la première nuit qu'il aura geu dehors, il est devenu
-sauvage se il se paist de luy mesmes, et pour ce le convient l'endemain
-recouvrer, à l'aube[1554].
-
-Et, belle seur, s'il est ainsi que vous le voulez muer[1555], pour
-ce que autant couste à muer un mauvais esprevier comme un bon, aiez
-premièrement regart se vostre esprevier a esté bel et bon et paisible,
-car icelluy doit-l'en muer; et s'il a esté autre, ne prenez plus de
-paine, car encores seroit-il pire après la mue. Toutesvoies, se muer
-le voulez, il le convient paistre de chaude viande, comme de gélines,
-soris, rats, et d'autres oiseaulx gaignés aux fillés et à l'arbaleste,
-jàsoit-ce que c'est le meilleur que l'esprevier vole tant comme l'en
-trouvera à voler, et par espécial tout le karesme, car à fort et
-souvent gecte-il plus naturelment ses plumes pour muer: et tousjours le
-convient-il, comme dit est devant, curer et donner plume.[1556] Quant à
-l'esprevier que l'en veult muer, aucuns donnent des estouppes hachées,
-et aussi dient aucuns que c'est bonne plume que des pastes de lièvre
-et de connins batues d'un bon martel sur une enclume et ostés les os.
-Et tousjours le convient baignier et tenir sur la perche, et tousjours
-paistre de bonne viande chaude et vive, qui peut, très diligemment,
-et garder mieulx que devant, et le paistre à tout le moins trois fois
-le jour jusques à la my-May; et lors luy convient arracher toutes ses
-plumes de la queue. Aucuns dient que le meilleur est au croissant de
-May, ou autrement la queue ne revient point (c'est au commencement du
-mois de Juing); et la convient arrachier ainsi qu'il s'ensuit: c'est
-assavoir que aucun tiengne l'esprevier entre ses mains, et l'autre
-luy compressera la char du bout de la queue, à laquelle char les
-tuyaulx des plumes de la queue se tiennent: et quant la char est ainsi
-tenue pour le sauver[1557], l'en doit arracher les plumes l'une après
-l'autre, tout en un jour. Et dit-l'en que d'autant que l'esprevier a
-la queue arrachée devant la Saint-Jehan, d'autant est-il prest plus
-tost devant la my-Aoust (et jàsoit-ce que aucuns dient qu'il convient
-avant baignier le[1558].... de l'esprevier en karesme, dont je ne tien
-compte); et ladicte queue arrachée, le convient mettre en une mue qui
-soit de quatre piés de long et quatre piés de large, de trois piés de
-hault, et soit couverte de bonne toile pour le vent, et y ait fenestre
-pour avoir air. Et en icelle mue ait une perche, laquelle perche
-sera de demi-pié de hault, et sera l'une des moitiés feutrée, et en
-l'autre moitié, du long, aura une chanlatte[1559] coulant en laquelle
-l'en luy donra sa viande sans touchier à luy. Et le convient lors
-très diligemment garder de trop chault et de trop froit, et mettre et
-tenir de jour au soleil et garder; et le gardez de courroux, d'effroy
-et d'aucun autre encombrier, et le paistre de très bonnes viandes et
-chaudes et hachées, tant qu'il soit remis sus; et aucunes fois luy
-convient donner et mettre en sa mue un oisel, et de ce il mesmes se
-paist, et ce en lui donne plume[1560]; et à luy sont bons rats et
-souris, cuer de mouton chault, nomblet de porc chault. Et sera bien de
-sept sepmaines à deux mois avant qu'il soit prest.
-
-La chose qui plus tost avance un esprevier, c'est ce que en la saison
-qu'il doit muer, l'en le paisse de deux jours en deux jours des glandes
-du col de mouton. Et toutesvoies dit-l'en que quant les plumes de la
-queue et des esles sont revenues, il souffist, car de son dos ne du
-surplus ne peut chaloir. Et lors il seroit plus grant dommage, qui le
-perdroit, quant l'en a eu tant de peine: et pour ce est-il le plus
-bel et le meilleur et le plus seur d'essaier sagement et cautement
-s'il se tendra paisible sur le poing, et le paistre dessus; sinon
-y remédier sagement, et le veillier[1561] et mettre au bas[1562].
-_Item_, est le plus seur de le réclamer à la commande, car toute chose
-désire sa franchise et retourne de légier à sa nature, et pour ce
-s'en convient contregarder. Et aussi comme ils donnent plus de paine,
-aussi valent-ils mieulx que les autres, car iceulx sont enoiselés et
-congnoissent leurs oiseaulx, les chiens, chevaulx, et sont plus fors.
-
-Puis que je vous ay parlé de la nature des espreviers que l'en dit
-nyais pour ce qu'ils furent pris ou ny, à présent je vueil parler de
-ceulx que l'en dit _branchiers_, _ramages_ ou _rameges_, qui est tout
-un: et en après, je parleray des _muiers_[1563] d'une ou de pluseurs
-mues.
-
-L'esprevier est dit branchier ou ramage[1564] pour ce que, quant il
-soit pris, il vole sur les rainceaux ou sur les branches. Et est
-certain qu'il convient que l'esprevier ramage soit enoisellé[1565] que
-l'en doie espérer qu'il descende à la muete des pans; toutesvoies,
-avant qu'il soit enoiselé, peut-l'en appareillier une belle place
-devant l'aire de l'esprevier, et quant il sera enoiselé tendre ses
-pans, et mettre en muette poucin ou pigon ou autre oisel à quoy il
-doie descendre. Et encores est il bon que près des guilles[1566] ait
-espreviers ou mouchets qui crient et volent, et par ce l'esprevier
-branchier descent plus tost à la muete. Et tantost qu'il est ou filé,
-il convient[1567] qu'il soit pris bien doulcement, et que l'un le
-tiengne par les esles du corps, et l'autre le prent par le becq et
-le cillera[1568]. Et incontinent lui convient mettre ses gets et
-sonnettes[1569], et le mettre et tenir sur le poing et remuer et garder
-qu'il ne dorme point, et luy offrir le vespre prouchain la char lavée
-en eaue tiède. Et se il se paist sur le poing, c'est le premier bon
-signe: et s'il ne se paist, il convient garder qu'il ne dorme et le
-veillier de nuit; et qui ne le peut toute nuit veiller, si le perche
-sur une perche branlant qui sera attachée à deux cordes par les deux
-boux, et tirera-l'en aucunes fois celle perche pour la faire branler,
-afin que l'esprevier ne dorme. Et quant il aura esté veillé une nuit
-ou deux et qu'il sera asseuré sur le poing et s'y paistra voulentiers,
-dès la deuxième fois qu'il sera peu le convient dessillier et le tenir
-entre gent, et garder qu'il ne dorme fors très petit. S'il est très
-bien asseuré, l'en le doit du tout asseurer[1570] et laisser à son
-aise, puis réclamer et gouverner comme dessus.
-
-Et se l'esprevier qui ainsi est pris aux pans est mué de haye[1571],
-il convient qu'il soit mis au bas par veiller, et affamé[1572] par la
-manière que dessus, jàsoit ce qu'il soit plus fort à affaitier et n'est
-mie de si bon retour[1573] comme l'esprevier _sor_, c'est assavoir
-cellui d'un an[1574].
-
-Toutesvoies, est-il bien aucuns espreviers qui dès l'année passée ont
-esté le plus tart couvés et ont esté si tardis que à paine ont-ils esté
-fors quant les premiers avoient jà fait leur saison, et ceulx sont
-_mués de haye_, et toutesvoies n'ont-ils point pont[1575] ne couvé
-en ceste année pour ce que leur jeunesse leur a tolu[1576], et sont
-pris aussi après leur mue. Et ceulx congnoist-l'en à ce que souvent
-advient que encores tiennent-ils du sor, c'est à dire de la plume de
-l'année précédent, et en ceulx peut-l'en avoir plus d'espérance que en
-ceulx qui sont plus vieils et ont plus volé ou sont de pluseurs mues,
-lesquels aucuns[1577] congnoissent bien et pour ce les refusent.
-
-_Item_, il est assavoir que l'esprevier mué garde mieulx sa queue pour
-ce qu'il n'entre point au buisson après sa proie, mais vole par dessus:
-et l'esprevier nyais y entre.
-
-_Item_, l'esprevier mué de haye a les yeulx rouges et les piés jaunes.
-
-Aucunefois, d'aventure, sont prins les espreviers à la glus, et lors
-les convient desgluer l'une plume après l'autre, à la main, et que
-les[1578] dois soient moulliés en lait.
-
-Or nous convient parler des _muiers_ qui sont de deux manières, c'est
-assavoir les uns qui sont mués en la ferme[1579] et les autres qui sont
-mués de haye. Les mués en la ferme sont bons à voler et sont les plus
-riches[1580]. Les mués de haye sont congneus à ce qu'ils ont les yeulx
-plus rouges et les piés plus jaunes. C'est assavoir que iceulx mués de
-haye sont plus doubteux à voler, car jàsoit ce que ils aient esté bien
-silliés, bien veilliés et très bien réclamés à commande ou à recréance,
-qui est tout un, toutesvoies, quant l'en les fait voler, communément
-ils se essorent fort[1581] et adonc une bouffée de vent les emporte
-maulgré eulx, et tantost qu'ils ont perdu leur maistre, et mesmement si
-tost que d'eulx mesmes ils se sont peus une fois, ils sont retournés à
-leur première nature, ne puis ne veulent revenir au réclamer.
-
-Esprevier hagart[1582] est celluy qui est de mue de haye: et s'il est
-d'un an, il tient du sor aucunement, car s'il ne tient du sor c'est
-signe qu'il tient de deux mues[1583]. _Item_, le mué a yeulx bien
-rouges, et bien jaunes les piés, et plus fortes et roides plumes et
-autrement coulourées; et voit l'en bien les plumes sorées[1584] parmi
-les autres, car elles sont noires par dessus, et les autres sont mieulx
-coulourées.
-
-_Item_, de l'esprevier, le mouchet est le masle: et du lannier le
-lanneret est le masle; et des autres comme l'austour, le faucon, etc.,
-l'en dit le masle _tiercelet_.
-
-Chière amie, sachiez que des autres oiseaulx de proie, l'en dit
-tiercelet d'ostour celluy qui est masle, et est le plus petit; le
-ostour est la fumelle et est plus grant. _Item_, tiercelet de faucon
-est le masle, et est le plus petit, et n'est pas bon pour povre
-homme, car l'en ne le peut arrester[1585]; le faucon est la fumelle,
-et communément l'en l'appelle _faucon gentil_. _Item_, tiercelet
-d'esmerillon est le masle, et l'esmerillon est dit le fourme[1586] et
-est la fumelle, et volent ensemble, et sont réclamés au loirre[1587].
-_Item_, tiercelet de hobe[1588] est masle: le fourmé est la fumelle.
-_Item_, le lanneret est le masle et est plus fort et vault mieulx; le
-lannier est la fumelle.
-
-_Se un esprevier a la jaunisse, comment garira-il?_--_Recipe_: Où
-il n'a point de maladie, il ne convient point de garison: et il est
-certain que la jaunisse leur vient d'aise et de santé et pour les
-bonnes et chaudes viandes qu'il mengue, et pour ce ne sont point
-malades.
-
-Se un esprevier a ruine, monstrez luy rue[1589]. _Item_, faites le
-tenir longuement au feu, à vespre. _Item_, faites luy tirer[1590] de la
-queue d'un pourcelet ou d'un pourcel où il n'ait point de char. _Item_,
-aiez boiste ou autre vaissel où il ait encens et du feu, et faites que
-la fumée lui adresse au becq: et lors il toussira et esternuera, et
-hochera la teste et gettera la rume; et soit sa perche feutrée, et luy
-tenu chaudement. _Item_, le faites tirer à l'aleron d'un poucin, et en
-la main en laquelle vous tendrez l'aleron, tenez, avec, une branche de
-rue, afin qu'il en ait l'oudeur en tirant. Et, soit sur le poing, soit
-sur la perche, gardez qu'il ait penne[1591] ou feutre bien sec et bien
-chault soubs le pié, et nuit et jour soit devant le feu ou près du feu
-ou en lieu chault; et aiez tousjours en vostre sein penne ou feutre ou
-autre chose chaude pour luy changer souvent[1592] et lui baillier le
-chault.
-
-Se un esprevier est malade tellement qu'il regette sa viande quant il a
-esté peu, ouvrez luy à deux mains le becq et luy boutez dedans la gorge
-aussi gros comme une fève de beurre frais, et une heure ou deux après
-si le paissiez de bonne char vive.
-
-_Item_, l'en congnoist espreviers qui sont trop gras à taster
-par dessoubs l'esle comme une géline. Et aussi quant il a la
-fourcelle[1593] my-partie et pourfilée et il baille; adonc l'en luy
-doit donner à boire de l'eaue fresche pour refroider dedans le corps,
-et petit paistre, pour amaigrir.
-
-L'esprevier qui a sourcils blans est le meilleur par raison.
-
-_Item_, espreviers nyais ou ramages ne sont mie si bons comme ceulx qui
-sont pris à la rais ou à la crecerelle[1594].
-
-Des autres maladies d'esprevier, véez en la page ensuivant les remèdes
-des maladies des faucons, et ouvrez selon ce.
-
-Des oyseaulx de proye affaitiés, l'aigle[1595], le griffon et
-l'ottour[1596] volent au chevrel sauvage, aux lièvres, aux oustardes,
-mais que on ait un levrier affaitié pour eulx.
-
-Le tiercelet d'ostour vole aux lièvres, aux perdris, aux connins, aux
-malars[1597] et aux plouviers.
-
-L'en ne paist l'ottour que une fois le jour en yver: en esté, deux; un
-cuer de mouton est assez à paistre l'ottour une fois, et le tient en
-estat. _Item_, d'une rouelle de mouton; _item_, d'un pigon, perdris,
-etc. Un cuer de porc engraisse, et dit-l'en: _hausse_; un cuer de
-chièvre ou de bouc _abaisse_, _id est_ amaigrit; un pié de mouton est
-pour tirer.
-
-Quant l'en le baigne, l'en luy oste les longes, et il se baigne au bort
-de la rivière et se pouroint[1598] et puis vient.
-
-Pour un ottour, une géline est à trois jours; l'en le paist un jour
-du foie, du jugier et du col à toute la plume, la teste et le cervel;
-l'autre jour, d'une esle et puis la cuisse; et l'autre jour autant.
-
-_Item_, en karesme il se mue et est bien trois ou quatre mois avec du
-foing ou de la rame[1599] et trois perches pour percher; et le paistre
-adonc de chaude viande comme turtres, coulons, perdris, poucins tous
-vifs. _Item_, quant ils sont mués, les convient veillier bien quatre,
-six ou huit nuys, puis réclamer petit à petit à la commande comme au
-commencement[1600].
-
-_Nota_ que le faucon lannier doit estre perchié à un pié et demi de
-terre pour le duire à voler bas à la perdris; et le gentil se perche
-hault.
-
-_Item._ _Nota_ que jàsoit-ce que l'esprevier et l'ostour soient peus
-entre le pouce et le doit démonstratif, toutesvoies les autres oiseaulx
-sont peus à plain poing.
-
-La char lavée en eaue tiède est donnée pour abaissier et amaigrir.
-
-Quant l'esmeut est blanc et cler et que un petit de noir est au bout,
-_scilicet_ premier yssu du ventre, il est bon: autrement, non. Et quant
-ou millieu de l'esmeut a aucune chose rousse et grosse ou millieu, il
-signifie que l'oisel soit bas. Si le convient baissier[1601].
-
-Le faucon lannier est dit _villain_[1602] pour ce qu'il se paist de
-toutes chars, comme beuf, mouton, chièvre. Et _nota_ que chièvre
-abaisse[1603].
-
-L'esmeut qui est gecté loing est bon.
-
-Le dit lannier est de gros maillé[1604], et est plus gros que le
-lanneret qui est de plus déliée maille, et vole plus hault et avec les
-faucons gentils: et ce ne fait point le lannier.
-
-Autres faucons y a qui sont de Flandres et sont dis faucons _Sacres_,
-et sont d'un petit moins déliée maille, et ont les piés jaunes[1605]
-et sont comme entre le gentil et le villain, et sont bons, comme l'en
-dit communément, réclamés au loirre, ou d'omme quant ils reviennent
-bien au loirre.
-
-Le faucon gentils est de plus déliée maille que nul et a les piés
-jaunes, et est peu de cuer de mouton le moins, mais le plus de pigons
-et de poulaille.
-
-Autres faucons y a que l'en appelle _harrottes_[1606] et viennent de
-Grenade et sont moult petis et très bons pour le héron, la grue et
-l'oustarde: et sont icelles harrottes ainsi que tercelés qui sont les
-masles des faucons de pardeçà.
-
-Faucons pèlerins[1607] sont ceulx qui sont pris au filé et se sont peus
-et ont volé aux champs, et sont _gentis_ nommés.
-
-_Item_, le lannier ne vole fors aux perdris et aucunes fois au connin
-et au lièvre, et non plus. Et les autres volent à l'oisel de rivière,
-au héron, à la grue, à l'oustarde etc.
-
-L'ottour vole à tout, mais non pas le tiercelet d'ottour.
-
-Des faucons villains, la fumelle est dit lannier ou le fourmé, et le
-masle est dit tiercelet[1608].
-
-Le faucon gentil est noir. Et le faucon lannier est le plus tendre.
-Et le faucon pèlerin est le meilleur qui soit et est le plus gros et
-plus formé de membres que tous. Et à celluy qui les veult gouverner ne
-convient mengier aulx, oignons, poireaux.
-
-_Item_, quant aucun oisel de proye baille par trois fois de renc[1609]
-et fait mate chière[1610], c'est signe qu'il est malade d'une maladie
-que les fauconniers appellent _le fils_, et est un ver qui les point.
-Et à les garir convient les paistre de char en laquelle sera enveloppé
-du saffren, et les vers en meurent.
-
-Et se un faucon a la pépie, il convient avoir un des brocherons d'une
-espine blanche et lui passer par trois jours, trois fois chascun jour,
-dedens la narine, et par trois jours lui mettre sur la langue des
-figues vertes, prises sur l'arbre.--_Item_, vous sarez qu'il a la pépie
-quant il fait mate chière et ne se veult ou peut paistre et aucunesfois
-baille.
-
-Se vostre oisel est pouilleux, vous le verrez au soleil, car sur toute
-sa teste verrez-vous les poux bougier; et lors convient avoir de
-l'orpiment[1611], du meilleur, et est la fueille meilleur, et soit
-très bien broyé et finement, et très déliément sassé; et convient
-estre trois personnes: l'un qui tendra l'oisel, l'autre qui tendra
-l'orpiment, et l'autre qui l'orpimentera. Et puis convient getter de
-l'eaue dessus comme un cousturier fait, à la bouche, puis le paistre
-d'une poulle chaude, puis perchier, et luy oster le gant qui est
-chargié d'orpiment, car l'orpiment est trop fort: et puis l'endemain
-voler.
-
-_Nota_ que en May le faucon commence à muer, et le convient paistre de
-chaude viande; et sachiez que rats est propre viande pour luy.
-
-_Item_, l'en le mue bien sur le poing.
-
-
-FIN.
-
-
-
-
-TABLE ALPHABÉTIQUE DES MATIÈRES.
-
-_N. B._ La lettre _a_ indique le premier volume: la lettre _b_ le
-second.
-
-
-A
-
-_A_ (Manuscrit), _a_, LIV.
-
-_Abaisser_, expliqué, _b_, 322.
-
-_Abattis._ V. _Issues_.
-
-_Abbés et mariés_ (Histoire des), _a_, 145.
-
-_Abbés_ assistans au parlement, _b_, 104.
-
-_Ables_, _b_, 100, 194.
-
-ABRAHAM, _a_, 78.
-
-_Abstinence_ de viande, _a_, XLV.
-
-ACAROT, _a_, XLVII.
-
-_Accessiones historicæ_, cité _a_, LXV.
-
-_Accide_, _b_, 17.
-
-_Acouré_, expl., _b_, 178.
-
-_Acrebades_, _b_, 124.
-
-_Acrobates_, _b_, 124.
-
-_Actéa_, _b_, 258.
-
-ADAM, _a_, 77, 98, 166.
-
-_Additions_ faites au livre de cuisine, _a_, XXXII et _b_, 124, 161.
-
-_Additions et corrections_, _a_, LXXVII.
-
-_Adenter_ (S'), _b_, 257.
-
-_Adouer_ (S'), expl. _b_, 308.
-
-_Adultère_, _a_, 52.
- --(Loi des juifs c. l'), _a_, 67.
- --pardonné, _a_, 182, 183, 237.
- V. _Avocat_.
-
-_Afeutrement_, expliqué, _b_, 53.
-
-_Affaires_ du dehors confiées au mari, _a_, 168.
-
-_Affaitement_ de l'épervier, _b_, 295.
-
-AGAR, _a_, 80.
-
-_Agneau_, _b_, 221.
- --roti, _b_, 179.
-
-AGNÈS la béguine (Dame), intendante de l'auteur, _b_, 57, 61 et suiv., 70.
-
-_Aides_ des écuyers de cuisine, _b_, 115, 117.
-
-_Aigles_ dressés, _b_, 321.
-
-AIGNEAUX, _a_, LXX.
-
-_Aigrefin_, _b_, 198.
-
-_Aiguières_, _b_, 106, 118.
-
-_Ailes_ des oiseaux. De quoi composées, _b_, 89.
-
-_Aires_ des éperviers, _b_, 284.
-
-_Alause._ V. _Aloze_.
-
-ALBÉRIC de Trois-Fontaines, _a_, LXV, 92; _b_, 124.
-
-ALBERTAN, _a_, 186.
-
-ALENÇON (Pierre d'), _a_, LXXXI.
-
-_Ales_, (poisson), _b_, 204.
-
-_Alixandre_, (espèce de cèdre), _b_, 154, 246.
-
-_Aljubarota_ (Bataille d'), _a_, LXVI.
-
-_Allayer_, expl. _b_, 142.
-
-_Allemagne_ (Brouet d'), _b_, 165, 172, 276.
- --(Oiseaux de proie en), _b_, 323.
-
-_Allemans_, aiment la carpe très-cuite, _b_, 189.
-
-_Alloges_, _b_, 257.
-
-_Aloé._ V. _Alouette_, _Geneste_, _Gravé_, _Rosé_, _Pasté_.
-
-_Alouettes_, _b_, 101, 183.
- --en pasté, _ib._
- --en rosé, _b_, 154.
- --en rost, _b_, 270.
- --(Espèces d') _b_, 303.
- --prises à l'estourse, _a_, XLIX.
-
-_Aloze_, _b_, 88, 95, 102, 188.
- --à la cameline, _b_, 107.
-
-_Alumelle_ (aumelette), _b_, 207.
- --belle, _b_, 208.
- --frite au sucre, _ib._
-
-_Alun_, _b_, 68.
-
-_Amadou_ (Sorte d'), _b_, 263.
-
-_Amandes_, _b_, 107, 122.
- --(Buvrage d'), _b_, 241.
- --confites, _b_, 269.
- --(Lait d'), 241.
- --leur prix, 110.
-
-_Ambassadeurs_ Vénitiens, cités, _b_, 116.
-
-_Ambrine_ (Couleur), _b_, 218.
-
-_Amende_ honorable, _b_, 119, 120.
-
-_Amis._ Quels sont les meilleurs, _a_, 199.
-
-_Amitié_, _a_, 55.
-
-_Anchois_, _b_, 204.
-
-_Andouilles_, _b_, 127.
- --d'esté, _b_, 221.
-
-ANDRESEL (Aubert d'), _a_, 150.
- --Guillaume, _ib._
- --(Jehan, sire d'), _a_, LXXX et suiv., 148 et suiv.
- --(Jehanne d'), _a_, 150.
-
-_Andresel_ (Château d'), _a_, 153.
-
-_Andrieu_, (cri de l'alouette), _b_, 303.
-
-_Ane_ (Conditions de l'), _b_, 72.
- --Son dos nécessaire au serviteur, _b_, 23.
-
-_Anges_ (Des), _a_, 17.
-
-_Angleterre_ (Brouet d'), _b_, 157, 166, 276.
- --(Mer d'), _b_, 197.
- --(Oiseaux de proie en), _b_, 323.
- --(Otages en), _a_, LXXX.
-
-_Anglois_, _a_., 93, 95.
- --à Melun, _a_, LXXX, 149.
-
-_Anguille_, _b_, 190, 216, 217.
- --à la boe, _b_, 101.
- --aux aillets blancs, _b_, 190.
- --Comment la tuer, l'estuver et la cuire, _b_, 134.
- --conservée, _b_, 191.
- --en galentine, _b_, 102.
- --franche, _b_, 90.
- --renversée, _b_, 91, 92, etc., et 191.
- --salée, _b_, 96, 99, etc., et 107.
- --V. _Brouet_ et _Soringue_.
-
-_Anguillettes_ fraîches, _b_, 190.
-
-ANGUILLIER (Dame de l'), _a_, 240.
-
-_Anis._ Son prix, _b_, 112.
-
-ANJOU (Louis duc d'), _a_, XXII, XLI; _b_, 147.
- --Sa consommation de fleurs, _b_, 52.
- --(Marie d'), _a_, 174.
-
-_Anjou_ (Vin d'), _b_, 38.
-
-_Annuaire de la Bibliothèque royale de Belgique._ Cité, _a_, LV.
-
-ANSELME (le père), _a_, LXV, LXX, 149; _b_, 116.
-
-_Ante_ coupée, _a_, 159.
-
-_Août_ (Chasse en), _b_, 305, 309.
-
-APICIUS (Coelius), ouvrage curieux et peu lu, _a_, XXXVI.
- --Détails sur ce livre, _a_, XXXVII.
- --(Marcus), _ib._
-
-_Apocalypse_, _a_, 62.
-
-_Appareil_ des festins, _b_, 103.
-
-_Appendice_ à l'art. V de la deuxième distinction, _b_, 273.
-
-_Appointemens_ du procureur-général en 1384, _b_, 104.
-
-_Aragondis_, _b_, 276.
-
-_Arbalestre_, _b_, 311.
- --(Chasse des pies à l'), _b_, 267.
-
-_Arboulastre_, _b_, 93, 97, etc.
- --brune, _b_, 96, 103.
- --de char, _b_, 227.
- --d'oeufs, _b_, 206.
- --en tartre, _b_, 209.
-
-_Arc_ (Chasse à l'), _b_, 258 et 311.
-
-_Arc-à-jalet_, _b_, 311.
-
-_Archevéché_ de Paris (Censive de l'), 254.
-
-_Archives_ de Saint-Lô, _a_, XXXV.
-
-_Arcilié_, expl., _b_, 257.
-
-_Arçonner_, expl., _b_, 183.
-
-ARCQ (M. Douët d'), _a_, LXII, 174.
-
-ARCUSSIA (Ch. d') cité, _a_, LXV, LXXXVIII, _b_, 90, 280,
- 281, 288, 291, 294, 295, 298, 307, 308, 310, 311, 317,
- 319, 321, 323, 324.
-
-_Argent._ Sa dépréciation, _a_, XXXI, LXXXII.
- --Son prix au XIVe siècle, _b_, 86.
-
-_Argenterie_, _a_, XL, XLI.
-
-_Arménie_, (Violette d'), _b_, 45.
-
-_Armoirie_ sur gelée, _b_, 220.
-
-ARNOULLET (Olivier), _a_, XXXIII.
-
-_Arquenet_, _b_, 235.
-
-_Arquinetta_, _b_, 230, 235.
-
-ARRABLAY (Jeanne d'), dame d'Andresel, _a_, 149, 150, 151.
-
-_Arras_ (Prévot de l'église d'), _a_, LXXX.
-
-_Arrement_, Quid? _b_, 263.
-
-_Arroche_, _b_, 47.
-
-_Arrogans_ à éviter, _a_, 177.
-
-_Arrogante_ femme, _a_, 97.
-
-_Arroser_ (Comment), _b_, 43.
-
-_Arsenic_, _b_, 64, 325.
-
-_Arsilié_, expl., _b_, 257.
-
-_Arsin_, _b_, 198.
-
-ARTOIS (Chevalereux comte d'), _a_, LXVII, _b_, 118.
-
-_Asséeur_, expl., _a_, XLII, _b_, 117.
-
-_Assiettes_ creuses pour chaque convive, quand usitées, _b_, 105.
- --de métal étoient-elles connues? _b_, 115.
-
-_Assiette_ des personnes, _b_, 117.
- --Les ordonner, _b_, 80.
- --(Pastés d'), _b_, 186.
- --synonyme de _service_, _a_, XLI; _b_, 91, 92, 94, 101, 108, 118, 227.
-
-AUBIN, _a_, LXXIII.
-
-AUBRI DE MONTDIDIER, _a_, 92.
-
-AUBRIOT, (Hugues), _b_, 104.
- --Chanson sur lui, _a_, LXXXVII; _b_, 253
- --Récit de sa fuite, _a_, XIX.
- --Rondeaux sur lui, _a_, LXXXVII.
- --Sa maison, _a_, XXI; _b_, 253.
- --Ses oiseaux, _b_, 253.
-
-AUDIGER, cité, _a_, XLIII.
-
-_Auffémont_, _b_, 249.
- V. OFFÉMONT.
-
-AUGUSTIN (Saint), cité, _a_, 39, 63, 70.
-
-_Aulx_ camelins, _b_, 230.
- --moussus, _b_, 231.
-
-_Aumelette_, _b_, 207, 208.
- V. _Alumelle_.
-
-_Aumône._ V. _Corbeille_ et _Pot_.
-
-_Aune_ (Feuilles d'), _a_, 171.
-
-_Auques_, expliqué, _a_, LXXXVII, _b_, 103.
-
-_Auteur_ du Ménagier, a pu connoître Tristan du Bos, _a_, LXXX.
- --a pu consulter un traité de chasse italien, LI.
- --craint d'ennuyer sa femme, _b_, 1.
- --Il étoit Parisien, _a_, XXVII.
- --incrédule sur des recettes qu'il transcrit, _b_, 66.
- --n'a pas été du parti bourguignon, LVI.
- --n'a pas terminé la troisième distinction, _a_, XLVII.
- --obligé par un avocat, _a_, 185.
- --peu au fait des enfans, _a_, 185.
- --Pour qui il écrit, _a_, XXIII.
- --respecte l'ouvrage de Bruyant, _b_, 3.
- --Sa bibliothèque, _a_, XXVI.
- --Sa délicatesse, _a_, XXIV.
- --Sa modestie, XXIV.
- --Ses emprunts, _a_, XXXI, XXXV.
- --se sert d'expressions _crues_, _b_, 60.
- --Ses fenêtres non vitrées, _a_, LXXXII, et 174.
- --Ses variations, _a_, XLIV.
- --Son âge, _a_, XXIII.
- --Son état et sa position, _a_, XXV, XXVI, etc.; _b_, 269.
- --Son nom inconnu, XXV.
- --Son père, _a_, 327, 240.
- --Son style, _a_, XXIX.
- (V. _Remarques_, et _Femme de l'auteur_.)
-
-_Auteurs_ cités (Liste des), _a_, LXV.
- --pourquoi donnée, _a_, LXI.
-
-_Autour_, a trois serceaux, _b_, 90.
- --A quoi il vole, 310, 321, 322, 324.
- --Comment nourri, 322.
- --baigné, _ib._
- --mué, _ib._
- --pû, _ib._
- --réclamé et veillé, _ib._
-
-_Autourserie_, _b_, 319.
-
-_Auvergne_, _b_, 53.
-
-AUVERGNE (Le comte-dauphin d'), _a_, LXXXI.
-
-_Auxerre_, _b_, 296.
-
-_Avarice_, _a_, 44; _b_, 12.
-
-_Avelaines_ ou _avelines_, _b_, 107.
- --(Breuvage d'), _b_, 271.
-
-_Avillon_, _b_, 294.
-
-_Avignon_, _a_, XXI, LXXXI, 183; _b_, 46.
- --(Laitues d'), _b_, 46.
-
-_Avives_, _b_, 78.
-
-_Avocat_ notable, adultère _a_, 185.
- --du roi, _b_, 104.
- --Sa place à table, _b_, 106.
-
-AYALA (Pedro Lopez de), cité, _b_, 323, 324.
- --Détails sur lui, _a_, LXVI.
-
-_Azincourt_ (Regnault d'), _a_, XXIX.
-
-
-B
-
-_B_ (Manuscrit), _a_, LV.
-
-_Baciner_, expliqué, _b_, 179.
-
-_Baconner_, _b_, 198.
-
-_Baguette_ pliée en faisant amende, _b_, 120.
-
-_Baignoire_, _b_, 129.
-
-_Baillemens_ de l'oiseau, _b_, 325.
-
-_Bailly_ de Tournay, _a_, LXXIX, 139.
-
-_Bain_ de l'autour, _b_, 322.
- --de l'épervier, _b_, 298.
-
-_Baisers_ (Usage de donner des), _a_, LXXVII.
-
-_Baisser_, expl., _b_, 323.
-
-_Baitte_ (poisson), _b_, 203.
-
-_Balai_, _b_, 106, 111.
- --derrière une porte, _a_, 146.
- --Effet qu'il produit aux femmes, 147.
- --V. _Balay_.
-
-BALAM, _a_, 87, 88.
-
-_Balay_ (queue), _b_, 290, 294.
- --A quoi sert, _b_, 302.
- --(Mercqs du), _b_, 291.
- --rompu, _b_, 303.
- V. _Queue_.
-
-_Balayer_ la maison, _b_, 61.
-
-BALBI (Jean), _a_, 89.
-
-_Baleine_, _b_, 200.
-
-BALSAC (Pierre de), _b_, 255.
-
-_Bancs_ des églises, _a_, 15.
-
-_Banquiers_ (housses), _b_, 61.
-
-_Bar_ (poisson), _b_, 91, 101, 187.
-
-_Bar-sur-Aube_, _a_, 153.
-
-_Barat_ (Description de), _b_, 24.
-
-_Barbarin_, _b_, 204.
-
-_Barbelet_, _b_, 187.
-
-BARBIER (Colin, le), _b_, 119, 120.
-
-_Barbillons_, _b_, 187.
-
-_Barbillons_ de flèche, _b_, 258.
-
-_Barbotte_, _b_, 267.
-
-_Barbue_, _b_, 203.
-
-_Barguaigné_ (Cheval), acheté dans quel cas, _b_, 76.
-
-BARON (M.), _a_, LXXIV.
-
-BARROIS (M.), _a_, LII.
-
-_Barte_, _b_, 203.
-
-_Bas_ (Mettre au), _b_, 314.
-
-_Baseillecoq_, _b_, 46.
-
-_Basilic_, _b_, 46.
-
-BASTIN DE BREBAN, _a_, 237.
-
-_Bateaux_, expliqué, _a_, 147.
-
-_Batterie_ de cuisine, _a_, XLI; _b_, 115.
-
-_Batteurs_ en grange, _b_, 54, 56.
-
-BAUX (Guillaume des), _a_, XLI.
-
-BAUYN, _a_, LXIX.
-
-_Bavards_, _a_, 178.
- --comparés aux pétrins et aux battes d'un moulin, _a_, 48.
-
-_Bayens_, expliqué, _b_, 135, 139.
-
-_Beaucamp_, _a_, LXXX.
-
-_Beauce_, _b_, 144.
-
-_Beaune_ (Vin de), _b_, 38, 273.
-
-_Beauté_ (Concierge de), _a_, 174.
-
-_Beauvais_ (Hôtel de), où situé, _a_, LXXXV; _b_, 116, 123.
-
-_Beauvais_ (Terre de), _b_, 251, 252.
-
-_Bécasse._ V. _Videcoq_.
-
-_Bécuit_, _b_, 102.
- --de brochereaux, _b_, 103.
- --de brochets et d'anguilles, _b_, 190.
-
-_Béguines_ (Sur les), _b_, 57.
-
-_Beignets._ V. _Bignés_ et _Buignets_.
-
-BELLAY (Agnès du), _a_, 151.
-
-BELON, cité, _b_, 194, 195, 197, 198, 200, 203, 204, 205, 206.
-
-_Bénédiction_ du lit nuptial, _a_, LXXXVI; _b_, 118.
-
-BENOISTON DE CHATEAUNEUF, cité, _a_, XLVI.
-
-_Berger_ de l'auteur (Robin le), _b_, 62.
-
-_Bergers_ savent où est le gibier, _b_, 301.
- V. _Calendrier_.
-
-BERNARD DE MONTLHÉRY, _b_, 119, 120.
-
-BERRY (le duc de), cité, _a_, LXXXIII, 93, 94, 95, 173; _b_, 46, 53, 254.
- --Rissoles faites chez lui, _b_, 226.
- --Sa consommation, _a_, XLV, _b_, 85.
- --Sa dépense en 1373, _a_, LXV (la duchesse en payoit sa part, _ib._).
- --Sa position à Paris, _a_, LVI.
-
-BERTRAN le vieil (Le philosophe), cité, _b_, 58.
-
-BESCHIR (L'émir). Ses oiseaux, _a_, LI.
-
-_Bésiers_, cité, _b_, 132, 182, 203, 248.
- --(Eau de) _b_, 135.
-
-_Besogne_ à diviser entre les domestiques, _b_, 61.
-
-_Bêtes_ affouragées la nuit, _b_, 71.
- --noires, quand chassées, _b_, 157.
- V. _Sangliers_.
- --sauvages s'apprivoisent, _a_, 95, 144.
-
-_Bettes_, _b_, 44, 49, 137, 140.
-
-_Beurre._ Comment le déssaller, _b_, 266.
- --salé chasse les mouches des chevaux, _b_, 266.
-
-_Beuvrage_ d'eau rousse d'un chapon, _b_, 240.
- V. _Buvrage_.
-
-_Beyrouth_, _a_, LI.
-
-BEZU-LE-LONG (Armes de), _a_, LVIII.
-
-_Bible._ L'auteur l'avoit et la faisoit lire à sa femme, _a_, 62.
-
-_Bibliophiles._ V. _Société_.
-
-_Bibliothèque_ de Charles V, _a_, XVIII.
- --de l'auteur du _Ménagier_, _a_, XXVI.
-
-_Bibliothèque des théreuticographes_, _a_, LXVI.
- --_historique de la France_, _a_, LXV.
- --_protypographique_, _a_, LII.
-
-_Bicêtre_ (Château de), _a_, 173.
-
-_Bichot_, _b_, 155.
- --sauvage, _b_, 158.
-
-_Bierre_ (Levure de), _b_, 239.
-
-BIGNE (Gaces de la). V. _Bugne_.
-
-_Bignés_, _b_, 102.
- --de mouelle de boeuf, _b_, 93, 95.
-
-_Blanc_, (monnoie), _b_, 69, 86, 128.
-
-_Blanc-mengier_, _b_, 165.
- --(Chaudeau à faire le), _b_, 109.
- --(Épices pour le), _b_, 122.
- --paré, _b_, 93.
- --parti, _b_, 95, 96.
- --(Veau pour le), _b_, 121.
- --(Volaille pour le), _b_, 119.
-
-BLANCHE DE NAVARRE, reine de France, _a_, 148.
-
-BLANCHET (Louis), _a_, LXXXV.
-
-_Blanchets_, _a_, 13, 171.
-
-BLAZE (M. Elzear), _a_, LXXII.
-
-_Blé_, par qui acheté pour le roi, _b_, 114.
- --(Prix du), _a_, XXXI.
- Vertjus de blé vert, _b_, 229.
-
-_Bloc_, expl., _b_, 289.
-
-_Blois_ (Dame de) très-pudique, _a_, LXXVIII.
-
-_Bloqueaux_, _a_, 172.
-
-BOCCACE, _a_, 99.
-
-_Bochet_ (tisanne), _b_, 238.
- --de quatre ans de garde, _b_, 239.
- --pour les domestiques, _b_, 240.
-
-_Bockede_, _a_, LVIII.
-
-_Boeuf_, _b_, 62.
- --(Allouyaux de), _b_, 177.
- --amenés de Savoie à Paris, _a_, XLVI.
- --mangé comme ours, _b_, 155, 179.
- --(Conditions du), _b_, 72.
- --consommés à Paris, _a_, XLIII, XLVI; _b_, 82, 83, 84, 85.
- --(Cuir de), _b_, 82.
- --(Division du) par les bouchers, _b_, 86, 87, 130, 131, etc.
- --(Langues de), _b_, 133, 177.
- --(Mouelle de), en pasté, _b_, 223.
- --(Noyau de), _b_, 133, en pasté, _b_, 186.
- --(Prix du), _b_, 132.
- --(Rouillée de), _b_, 163.
- --salé, _b_, 130, 133.
- --(Saulce pour le), _b_, 131.
- --(Trumel de), _b_, 231.
-
-BOILEAU, _a_, XXXVIII.
-
-_Bonbons_ (épices de chambre), _b_, 122.
-
-_Bondonnail_, _b_, 68.
-
-BONFONS (Jean). Quand lui et sa veuve imprimèrent, _a_, XXXIII.
- --Nicolas, _ib._
-
-_Bonne-dame_, _b_, 47.
-
-BONNEFONS (Nic. de), cité, _b_, 105.
-
-_Bonnes gens_ (Qui a affaire à), il se repose, (proverbe) _b_, 56.
-
-_Borde-le-Vicomte_ (La), _a_, LXXX.
-
-BOREL D'HAUTERIVE (M.), _a_, LXIII.
-
-BOS (Tristan du), _a_, LXXIX.
-
-_Bouche_, porte du corps, _a_, 60.
- --Pourquoi nous n'en avons qu'une, _ib._
-
-BOUCHER d'Argis, _a_, LXXVI.
-
-_Bouchers_, _a_, 54.
- --à Paris, _b_, 80.
- --Ce qu'ils fournissent à un repas de noces, _b_, 109, 121.
- --Comment défont un boeuf, _b_, 130.
- --Comment ils exerçoient leur profession, _b_, 82.
- --Leurs richesses, _b_, 82.
-
-_Bouchère_ (Luxe d'une riche), _b_, 82.
-
-_Boucheries_ de Paris. Remarques sur elles, _a_, XLIV; _b_, 80.
- --de Saint-Benoît, _a_, XLIV.
- --de Saint-Éloy, _a_, XLIV et _b_, 84.
- --du Roi, _b_, 85.
- (La grande), _a_, XLVI; _b_, 80.
-
-BOUCHET (Guill.), _a_, LXVI.
- --cité, _b_, 307, 321.
-
-BOUCICAUT, _a_, 148.
-
-_Boudins_, _b_, 91, 92, 125, 128.
- --de foie, 126.
- --d'oie, _ib._
-
-_Boueil_, _b_, 293.
- V. _Brayer_.
-
-_Bougie._ Son prix, _b_, 112.
-
-_Bougon_, expl., _b_, 311.
-
-_Bouilli lardé_, _b_, 92, 93, etc. et 153.
- --au verjus, _b_, 96.
- --aux espices et aux soupes, _b_, 156.
- --de brochets et d'anguilles, _b_, 96, 103.
- --de chevrel, _b_, 96.
- --de venoison fraîche, _b_, 121.
-
-_Bouillie_ (Recette pour la), _b_, 176.
-
-_Bouillon._ Quel est le meilleur, _b_, 86, 88.
- --(tisanne), _b_, 238.
- V. _Chaudeau_ et _Eau_.
-
-_Boujon_, _b_, 311.
-
-_Boulanger_, _b_, 54, 56, 109.
- --de Montmorency, _a_, 161.
-
-_Boulogne_, _a_, LXXXI.
-
-_Boulogne_ la Grasse, _a_, 110, 113.
-
-_Bourbelier_ de sanglier, _b_, 157, 179, 236.
-
-_Bourberel_ de sanglier, _b_, 236.
-
-BOURBON (Louis duc de). Sa consommation, _b_, 86.
- V. CHARLES.
-
-_Bourbotte_ (poisson), _b_, 267.
-
-_Bourgage_, expliqué, _a_, 140.
-
-_Bourgeois_ avoient droit de chasse et chassoient à
- l'oiseau, _a_, XLVIII et suiv.
- --de Paris, arrêtés, _a_, 136.
- --(Queux d'un), _b_, 269.
-
-_Bourgeoise_ de Paris sauve son mari, _a_, 135.
-
-_Bourgeoisie_ parisienne au XIVe siècle, _a_, XXV.
-
-_Bourges_, _a_, 94.
-
-BOURGOGNE (Le duc de), _a_, LXVI; _b_, 253, 254.
- --Sa consommation, _b_, 86.
- --(Marguerite de), _b_, 254.
-
-_Bourgogne_ (Vin de), _b_, 38.
-
-_Bourgon_ de vigne (Vertjus de), _b_, 229.
-
-_Bourguignon_ (Parti) à Paris, _a_, LVI, LVII.
-
-_Bourrache_, _b_, 47.
-
-_Bourrée_ à la galantine chaude, _b_, 94.
- --à la sausse chaude, _b_, 91, 92, 93, 97, etc.
- --faite avec des lamproies? _b_, 92, 95.
-
-_Boussac_ de connins, _b_, 152, 153.
- --de lièvre, _b_, 153.
-
-_Boutehors_, _a_, XLIII; _b_, 95, 103, 107, 108.
-
-_Bouteille_ en terre, _b_, 252.
-
-BOUTELIER (Jehan), _a_, 139.
-
-_Boutonner_, expliqué, _b_, 88.
-
-_Bouvier_ (Josson le), _b_, 62.
-
-_Boyaux_ de porc. Comment lavés, _b_, 126.
-
-BRABANT (Le duc de), _b_, 254.
-
-_Brabant_ (Oiseaux en), _b_, 323.
-
-BRAGELONGNE (Le ch. de), _b_, 83.
-
-_Bran_, _b_, 76.
-
-_Branchier_ (Épervier), _b_, 314.
-
-_Braons_, expl., _b_, 149, 165, 213.
-
-_Brayer_, _b_, 190, 293, 313.
- --(Avantage pour le), _b_, 152.
-
-_Brayeul_, _b_, 293.
-
-_Brennée_, _b_, 79.
-
-_Bresmes_, _b_, 187, 203.
- --au vertjus, _b_, 97.
- --en rost, _b_, 94, 98, etc.
-
-BRETEZ (L.), _a_, LXXIII.
-
-_Brette._ Ce que c'est et comment apprêtée, _b_, 194.
-
-BREUL (J. du), _a_, LXVII; _b_, 80.
-
-_Breuvage._ V. _Beuvrage_ et _Buvrage_.
-
-_Bric_, (jeu), _a_, 71, 72.
-
-_Brie_ en 1358, _a_, LXXX, 148, 149.
-
-_Brochereaux_, _b_, 100.
-
-_Brochets_, _b_, 160, 232.
- --au romarin, _b_, 277.
- --(Chaudumé d'un), _b_, 173.
- --laités et oeuvés, _b_, 88, 188.
-
-_Brochetons_ à un rebouly, _b_, 100.
-
-_Brochier_ (brochet?), _b_, 232.
-
-_Broderie_, _b_, 118.
-
-BRONGNIART (M. Adolphe), _b_, 258.
-
-_Brouet_ blanc, _b_, 165, 173.
- --blanc de connins, _b_, 95.
- --blanc sur perches, _b_, 103.
- --camelin de chair, _b_, 93, 95.
- --d'Alemaigne, _b_, 93, 98, 165, 172, 276.
- --d'amandes, _b_, 96, 103.
- --d'Angleterre, _b_, 157, 166, 276.
- --d'anguilles, _b_, 92.
- --d'anguilles, verd, _b_, 94, 97.
- --de cannelle, _b_, 94, 97, 163.
- --de chapons, _b_, 149.
- --de fleur de pêcher, _b_, 276.
- --de fressure de porc, _b_, 158.
- --de Savoie, _b_, 99, 166.
- --de vertjus et de poulaille, _b_, 100, 167.
- --georgié, _b_, 97, 98, 163, 164.
- --houssié, _b_, 95, 163.
- --jaunet, _b_, 99.
- --larde d'anguilles renversces, _a_, LXXXIV, _b_, 99.
- --rousset, _b_, 165.
- --Sarrasinois, _b_, 172.
- --vergay, _b_, 167.
- --vergay d'anguilles, _b_, 171.
- --vert d'oeufs et de fromage, _b_, 172.
-
-_Brouetiers_, _b_, 53.
-
-_Brueil_, expl., _b_, 293.
-
-_Bruges_ (Inventaire de), _a_, LIII.
- --(Oiseaux de proie à), _b_, 323.
-
-_Brulis_, _b_, 198.
-
-_Brulliau_, _b_, 198.
-
-BRUN (Anthoine), _a_, 137.
- --(Colin), _ib._
-
-BRUNET (M.), cité, _a_, LXXIV _et passim_.
-
-_Bruxelles_ (Inventaire de), _a_, LIII.
-
-BRUYANT (Jean), _b_, 3, 4.
-
-BRYANT (Jean), _b_, 3, 4.
-
-_Buche_ achetée, _b_, 114.
-
-BUCHON, _a_, 94.
-
-BUDÉ (Jean), _a_, LXVIII.
-
-BUFFON, _b_, 323.
-
-BUGNE (Gaces de la), _a_, LXIX.
- --cité, _a_, XLIX, L; _b_, 186, 280, 284, 296, 309, 321, 324.
-
-_Buignets_ de mouelle, _b_, 224.
- --d'oeuves de lus, _b_, 229.
-
-_Buissons_ dangereux pour l'épervier, _b_, 302.
-
-_Buletel_, _b_, 136.
-
-BULLET, cité, _a_, 92.
-
-BUREAU (Pierre), _a_, 174.
-
-_Bureaux_ de placement, _b_, 58.
-
-_Burgos_, _a_, LXVI.
-
-BURON, _a_, LXX.
-
-_Butors_, _b_, 99.
- --rôtis, _b_, 181.
-
-_Buvrage_ d'avelines, _b_, 271.
- --de lait d'amandes, _b_, 241.
- --de noisettes, _b_, 240.
- --pour malades, _b_, 237.
-
-
-C
-
-_C_ (Manuscrit), _a_, LII, LVII.
-
-_Cabillau._ V. _Cableaux_.
-
-_Cabinet généalogique._ Ce que c'est, _a_, LXXV.
-
-_Cableaux_, _b_, 195.
-
-CABOCHE, _b_, 84.
-
-CACCON, _a_, 70.
-
-_Cages_ chez diverses personnes, _b_, 253.
-
-_Cailles_ (Chasse aux), _b_, 308, 310.
- --en pasté, _b_, 186.
- --(Vol aux), _b_, 280.
-
-_Caillette_ de mouton, _b_, 128 et 129.
- --de veau, _ib._
-
-_Calais_, _a_, 149.
-
-_Calendrier des bergers_, _a_, LXVII, 29; _b_, 223.
-
-_Calimafrée_, ou saulce paresseuse, _b_, 233.
-
-_Camboïs_, _b_, 263.
-
-_Cambray_ (Traité de), _a_, 139.
-
-_Camelot_, _b_, 66.
-
-_Campagne_ (Vie à la), _b_, 62.
-
-_Cameline_, _b_, 175, 177, 178, 179, 180.
- --achetée au saussier, _b_, 111, 122.
- --de Tournay, d'hiver et d'été, _b_, 230.
- V. _Aulx_.
-
-_Canards_, _b_, 89. V. _Mallars_.
-
-_Canets_, _b_, 236.
- --en gravé, _b_, 121.
-
-_Canelle_ battue, _b_, 111.
- --triée à la dent, _b_, 248.
-
-CANGE (Ch. du Fresne, sieur du). Objections à ce
- grand homme. V. _Coretum_, _Enfeutrure_, _Milion_.
- --cité, _passim_.
-
-CANTAMUS, roi de Hongrie (ou plutôt des Abares), _a_, 68.
-
-_Caordes_, _b_, 273.
-
-_Carcassonne_, _b_, 248.
-
-_Cardamomon_, _b_, 68, 111.
-
-_Carpe_, _b_, 88, 91, 99; _b_, 188, 189.
- --à l'estouffée, _b_, 189.
- --Comment l'apprêter, _b_, 189.
- --de Marne, _faudisse_, _b_, 107.
- --en galentine, _b_, 233.
- --plus cuite en Allemagne qu'en France, _b_, 189.
- --portée vive, _b_, 90.
- --Quelle est la bonne, _b_, 90.
- --Sa tête, _b_, 90.
-
-_Carrelets_, _b_, 171, 202, 204.
-
-_Carrottes._ V. _Garroites_.
-
-_Cartes_ à jouer, _a_, XXX, 71, 72.
-
-_Carvi_, _b_, 245.
-
-_Cassemuseaux_, _a_, XXXIX.
-
-CATAFAGO (M.), _a_, LI.
-
-_Catholicon_, _a_, 89.
-
-_Caution_ (Accusés élargis sous), 233.
-
-_Cayeux_, _b_, 205.
-
-_Cèdre_ alixandre ou vermeil, ou dont l'on fait
- manches à couteaux, _b_, 154, 246.
-
-_Cédule_, _b_, 252.
-
-_Celle_ (La), _a_, 149.
-
-_Cendail_, _b_, 118.
-
-_Cerceaux_ (plumes), _b_, 90. V. _Serceaux_.
-
-_Cercelles_, _b_, 311.
-
-_Cerf._ Chassé quand, _b_, 156.
- --(Cimier du), _b_, 87, 264.
- --Comment défait et mangé, _b_, 156, 157.
- --(Couart du), _b_, 87.
- --(Hampe du), _b_, 87.
- --(Menus droits de), _b_, 156.
- --(Poison pour le), _b_, 258.
- --(Quoier du), _b_, 87.
- --Sa tête et son pied donnés aux seigneurs, _b_, 157.
- --(Seymier de), _b_, 264.
- --(Venaison de), _b_, 154.
-
-_Cerises_, _b_, 53.
- --On n'en trouve pas en mai, _b_, 108.
-
-_Cerisier_ enté sur vigne, _b_, 51.
-
-_Cervaisons._ Quand commencent, _b_, 156.
-
-_Cervoise_ (Leveçon de), (levure de bierre), _b_, 239.
-
-CERXÈS (Le philosophe), _a_, 68.
-
-CESSOLES (J. de), _a_, 68.
-
-_Cet an._ Que signifie cette expression, _a_, XXXIII.
-
-CHABANNES, _a_, 151.
-
-_Chace dou cerf_, citée, _b_, 157.
-
-_Chair_ (Grosse), (boeuf et mouton), _b_, 91, 92, 93.
- --lavée, donnée à l'oiseau, _b_, 297, 323.
-
-_Chaleur_ (Effet de la) sur l'épervier, _b_, 305.
-
-_Chamberières._ Les veiller de près, _b_, 74.
- --Long article sur elles, _b_, 56.
- --peuvent supplanter la femme, _a_, 130.
-
-_Chambre_ arrosée, _a_, 174.
- --balayée, _b_, 61.
- --(Bètes de), _b_, 62.
- --démeublée n'a pas de mouches, _a_, 174.
- --de parement, _b_, 107.
-
-CHAMPAGNE (Armes de), _a_, LVIII.
-
-_Champagne_, _a_, 149.
-
-CHAMPIER (Bruyère), _a_, LXVII, _b_, 206.
-
-_Champignons_, _b_, 185.
-
-CHAMPFLORY (Jeanne de), _a_, LXXVII.
-
-CHAMPOLLION (M. Aimé), _a_, LXVII, LXXXII; _b_, 254.
-
-_Champs_ (Vol pour), _b_, 301.
-
-_Chandelier_ à platine, _b_, 71.
-
-_Chandeliers_ (marchands), _b_, 56.
-
-_Chandelle_ (Recette pour la), _b_, 56, 259.
- --Comment l'éteindre, _b_, 71.
-
-_Chanlatte_, expl., _b_, 313.
-
-_Chansons_, _a_, XXXIX, 72.
- --sur Aubriot, _a_, LXXXVII; _b_, 253.
-
-CHANTEPIE, _a_, LXX.
-
-_Chanter_, _b_, 108.
-
-_Chaons_, expl., _b_, 154, 206.
-
-_Chapeaux_ (de fleurs), _b_, 113, 114, 116, 118, 122.
-
-_Chapellerie_ (fleurs), _b_, 115.
-
-_Chapelière_ (marchande de fleurs), _b_, 118, 123.
-
-_Chaperon_, _a_, 14, 15.
-
-_Chapons_, _b_, 91, 92, 94 etc., 165.
- --à la calimafrée, _b_, 234.
- --à la dodine, _b_, 93, 94, etc.
- --à la saulce briefve, _b_, 235.
- --au blanc manger, _b_, 108.
- --aux herbes, _b_, 100, 150.
- --(Brouet de), _b_, 149.
- --Comment _poussés_, _b_, 232.
- --Comment tués et attendris, _b_, 89, 150.
- --(Consommé de), _b_, 240.
- --de haute graisse, _b_, 271.
- --entiers en un blanc brouet, _b_, 101.
- --faisandés, _b_, 89, 150.
- --(Hardouil de), _b_, 162.
- --(Jugiers de), _b_, 121.
- --pèlerins, _b_, 99.
- --(Prix des), _b_, 110, 119.
- --rosti, _b_, 180;
- à quelle sauce, _b_, 232.
- --(Saulce pour un), _b_, 237.
-
-_Chappé_, expl., _b_, 294.
-
-_Charbon_, _b_, 114.
- --Son prix, 113.
-
-_Charcois_, _b_, 170, 213, 306.
-
-_Chardonnerels_, _b_, 256.
-
-CHARLES V, cité, _a_, LXVI, LXVIII, 148; _b_, 84, 109, 324.
- --donne un hôtel à Aubriot, _b_, 254.
- --Remarques sur son règne, _a_, XVII.
-
-CHARLES VI, entre à Paris en 1383, _a_, 136.
- --Son ordonnance sur la chasse, _a_, XLVIII.
- --son séjour à Rouen, _a_, 135.
-
-CHARLES II, roi de Navarre, _a_, LXXIV.
-
-CHARLES, cardinal de Bourbon, _b_, 116.
-
-CHARLOT (Cage de), _b_, 255.
-
-_Charnage_, expl., _b_, 140.
-
-_Charnalité_, _a_, 40.
-
-_Charnier_ des éperviers, _b_, 284.
-
-_Charnier_ (ongle), _b_, 294.
-
-CHARNY (Jacqueline de), _a_, 14.
-
-_Charquois_, expl., _b_, 170, 213, 306.
-
-_Charrée_, _b_, 263.
-
-_Charrons_, _b_, 56.
-
-_Chartiers_, _b_, 57, 62.
-
-_Chasse_ (Ordonnance de 1397 sur la), _a_, XLVIII.
- V. _Août_, _Arbalestre_, _Arc_, _Cailles_, _Lièvre_,
- _Perdrix_, _Septembre_.
-
-_Chasse_ à l'épervier. Comment et par qui pratiquée au
- XIVe siècle, _a_, XLVIII, XLIX, L.
- --Sa durée, _b_, 280.
- --en Orient, _a_, LI; _b_, 321.
- --(Partie de), _a_, L.
- --(Traité de la), _b_, 279.
- V. _Esprevier_ et _Fauconnerie_.
-
-_Chastaignes_, _b_, 259.
- --avec venaison, _b_, 130.
- --en rissoles, _b_, 225.
-
-_Chasteau de labour_, _b_, 4, 36.
-
-_Chastelet_ ou _Chastelier_ en Brie, _a_, 149.
-
-_Chastelet_ (Place du), _b_, 80.
- --(Prisons du), _b_, 116.
-
-CHASTELLUX (Seigneurs de), _b_, 296.
-
-_Chastelongnes_ salées, _b_, 100.
-
-_Chasteté_, _a_, 60.
-
-_Chateingnes_, _b_, 130, 225, 259.
-
-_Chats_, dangereux pour l'épervier, _b_, 286, 291.
-
-_Chauchier_, expl. _b_, 308.
-
-_Chaudeau_ flament, _b_, 241. V. _Bouillon_.
-
-_Chaudières_, _b_, 115, 123.
-
-_Chaudumée_, _b_, 102, etc.
- --de beschets, _b_, 101.
- --d'un brochet, _b_, 173.
- --(Limats au), _a_, XXXIX.
- --pour poisson d'eau douce, _b_, 232.
-
-_Chaudun._ Ce que c'est, _b_, 128.
- --de pourceau, _b_, 160, 228.
- --vendu dans les rues, _b_, 161.
-
-_Chaumont-en-Bassigny_, _a_, 153.
-
-_Chausses_, _a_, 169, 238, 239.
-
-CHAUVERON (Audouin), _a_, 136; _b_, 104.
-
-_Chemin de pauvreté et de richesse_, _b_, 4.
-
-_Chemin_ ferré, _b_, 35.
-
-_Cheminée_ fumeuse équivaut à femme rioteuse, _a_, 169, 171.
-
-_Chemise_, _a_, 13, 14.
- --jetée sur la chandelle, _b_, 71.
-
-_Chêne._ V. _Chesne_.
-
-_Chenilles._ Comment tuées, _b_, 50.
-
-_Chère_ (apparence), du cheval, _b_, 74.
-
-_Chervis_, _b_, 228.
-
-CHESNE (Jean du), _a_, LXXXV; _b_, 116, 123.
- --Note sur lui, _b_, 116.
-
-_Chesne._ (Plusieurs arbres entés sur un), _b_, 51.
-
-_Cheval_, offert pour une patenostre dite sans distraction, _a_, 21.
- --paissant en gué (proverbe), _b_, 70. V. _Chevaux_.
-
-_Chevalereux_ comte d'ARTOIS, _a_, LXVII; _b_, 118.
-
-_Chevalier_ de la Tour, _a_, LXVII, 7, 240; _b_, 60.
-
-_Chevaliers_ peu riches chassent à l'épervier, _a_, XLIX.
- --avec des bourgeois, L.
- --Queux des simples chevaliers, _b_, 269.
-
-_Chevaux_, _b_, 62.
- --(Achat de), _b_, 72.
- --(Age des), _b_, 73.
- --Leurs conditions, _b_, 72.
- --L'épervier s'y habitue, _b_, 300.
- --de l'espreveteur, _b_, 280, 284.
- --frottés de graisse salée pour les mouches, _b_, 266.
- --(Maladies des), _b_, 73 et suiv.
- --Soins à eux donnés, _a_, 175.
-
-_Chevreaux_, _b_, 101, 108, 155, 221, 227.
- --consommés par le roi, etc., _b_, 85.
- --(Fressure de), _b_, 228.
- --Leur prix, _b_, 110.
- --rostis, _b_, 179.
-
-_Chevrel_. V. _Chevreau_.
-
-_Chevrel_ sauvage (chevreuil), au boussac, _b_, 155.
- --chassé à l'oiseau, _b_, 321.
-
-_Chien_. Aime son maître, _a_, 92.
- --Comment soigné, _a_, 175.
- --de Niort, _a_, 93.
- --enragé, _b_, 259.
- --étranges, dangereux pour l'oiseau, _b_, 301.
- --petits, _b_, 62.
-
-_Chiens espagnols_ (Choix et éducation des), _b_, 281, 282.
- --L'épervier s'y habitue, _b_, 300.
- --nécessaires à l'épreveteur, _b_, 280.
- --L'épervier se perche sur eux, _b_, 296.
- --placés près de l'oiseau, _b_, 289.
- --leur quête, _b_, 306, 307.
-
-_Chien_ de mer, _b_, 195. V. _Brette_.
- --(Foie de) en pâté, _ib._
-
-_Chinon_, _a_, 174.
-
-_Chisay_ (Combat de), _a_, 94.
-
-_Chitron_ (citron confit), _b_, 112, 122.
-
-_Choés_, _b_, 267.
- --(Volaux), _b_, 311.
-
-_Choses_ (Menues), qui ne désirent pas de chapitre, _b_, 262.
- --qui ne sont de nécessité, _b_, 243.
-
-_Choucas_, _b_, 267.
-
-_Choulx_, _b_, 44, 48, 50, 142.
- --avec lard, pigeons, etc., _b_, 144.
- --blancs, 48, 143.
- --cabus, 48, 98.
- --Comment cuits, _b_, 144.
- --Maistre Réné, _a_, XXXIX.
- --Les meilleurs, _b_, 142.
- --pasquerés, _b_, 49, 143.
- --(Plantation des), _b_, 143.
- --(Pommesde), _b_, 48, 49, 143.
- --romains, _b_, 48, 143.
-
-_Choysne_, _a_, XXXIX.
-
-CHRISTINE DE PISAN, _a_, LXVII, LXXXIII, 186; _b_, 147.
-
-_Chroniques_ de Saint-Denis, _a_, LXVII, LXXXI, 148; _b_, 253.
-
-_Cidre._ V. _Pommes_ (Breuvage de).
-
-_Cigne_, _a_, LXXXIV; _b_, 99, 101.
- --Comment tué, _b_, 184.
- --revestu, _b_, 184.
- --rosti, 183, 184.
- --servi en entremets, _a_, XLII; _b_, 184.
-
-_Cigoigne_ rostie, _b_, 181.
-
-CIGONGNE (M. A.), _a_, XXXIX.
-
-_Ciller_, expliqué, _b_, 315.
-
-_Cimier_ du cerf; _b_, 87, 129, 156, 157, 264.
-
-_Cincenelles_, _a_, 172.
-
-_Cincenellier_, _a_, 172.
-
-_Cine_, _a_, LXXXIV. V. _Cigne_.
-
-_Cire._ Son prix, _b_, 112, 122.
-
-_Cirier_, _b_, 122.
-
-_Citoual_, _b_, 112, 219.
-
-_Citron_, _b_, 112, 122.
-
-_Civé_, _a_, LXXXIV; _b_, 153.
- --de connins, _b_, 96, 169.
- --de lièvre, _b_, 91, 92, 94, etc., 119, 169.
- --de moules, _b_, 277.
- --de veel, 95, 119, 168.
- --d'oestres (huîtres) noir, _b_, 96, 103.
- --d'oeufs, _b_, 174:
- fris, 277.
- --d'oïttres, _b_, 99, 102, 174, 277.
- --Saison des civés, _b_, 242.
-
-_Claré_ ou _Clairet_, _b_, 99, 101.
-
-_Clémence_ d'un mari, _a_, 182.
-
-_Clerc_ ou varlet chargé d'acheter certaines choses, _b_, 114.
- --marié, _b_, 119.
-
-CLERE (Le sire de), _a_, LXXXI.
-
-CLINCHAMP, _a_, LXX.
-
-CLISSON (Olivier de), _b_, 321.
-
-_Clotet_, _b_, 286.
-
-_Clou_ de girofle, _b_, 111.
-
-_Cochon_, _b_, 62.
- --en tarte, _b_, 217.
- --farci, _b_, 99, 225.
- --maigre, 110, 121.
- --pour la gelée, _b_, 220.
- --Son prix, _b_, 220.
- --rosti, _b_, 178. V. _Porc_.
-
-_Coeur_ (Maîtriser son), _a_, 177.
- --(Proverbe sur le), _b_, 15.
-
-_Coeurs_ dans le plumage de l'épervier, _b_, 293.
-
-_Coiffes_, _a_, 14, 15.
-
-_Coin_ borgne, _b_, 52.
-
-_Coings_ confits, _b_, 247.
-
-COLBERT (J. B.), _a_, LXVIII, LXXI.
-
-_Comin._ V. _Cumin_.
-
-_Commande_, expl., _b_, 295, 296, 299.
-
-_Commandemens_ du mari à suivre, _a_, 96, 131.
- --sans en demander la cause, 134.
-
-_Commère_ bavarde, _a_, 180.
-
-_Comminée_, _b_, 100.
- --de poulaille, _b_, 161.
- --de poisson, _b_, 162.
-
-_Compiègne_, _b_, 249.
-
-_Compostes_, _b_, 243.
- --avec dragées, _b_, 107.
-
-COMTE (Aymery), _b_, 119.
-
-_Concierges_ louoient les hôtels, _b_, 116.
- --de l'hôtel de Beauvais, _b_, 123.
-
-_Condoignac_, _b_, 247.
-
-_Confession_, _a_, 23, 31.
-
-_Confiegs_, _b_, 122.
-
-_Confitures_, _b_, 244, 245.
- --de noix, _b_, 247.
-
-_Congres_, _b_, 97, 102, 197.
-
-_Conjuration_ contre avives et farcin, _b_, 78.
- --c. la rage, _b_, 259.
-
-_Connins_ (Age des), _b_, 152.
- --(Boussac de), _b_, 152.
- --consommés par le duc de Berry, _b_, 85.
- --Les connoître, _b_, 88, 152.
- --gras et tendres, _b_, 88.
- --rostis, _b_, 91, 92, etc. 179.
- --(Saison des), _b_, 271.
- --(Sauce pour), _b_, 236.
- --(Saupiquet pour), _b_, 233.
- --volés par le lanier, _b_, 324.
-
-_Conseil_ de la boucherie, _b_, 81.
- --de Mellibée, _a_, 189.
- --du Roi, _b_, 104.
- --Quels sont les bons, _a_, 194, 199.
-
-_Conseillers_ des grands seigneurs, _a_, 199.
-
-_Consommation_ individuelle varie, _a_, XLVI.
- --a baissé depuis 1789, _ib._ V. _Paris_.
-
-_Contrition_, _a_, 21.
-
-_Convoitise_, _b_, 21.
-
-_Coraux_, _b_, 89.
-
-_Corbeil_ (Pain de), _b_, 38, 109.
-
-_Corbeille_ de l'aumône, _b_, 115.
-
-CORBIE (Arnault de), _b_, 104.
-
-_Corbeux_ (Cheval). Comment le dire aux marchands, _b_, 75.
-
-_Cordon_ bleu mis en parallèle avec la camisole rouge, _b_, 83.
-
-_Cordonniers_, _b_, 54, 56.
-
-_Coretum_, mot cru fautif, dans Du Cange, _b_, 295.
-
-_Coriandre_ sur des plats, _b_, 165, 171.
-
-_Cormorant_ rosti, _b_, 181.
-
-_Corneilles_, _b_, 267.
-
-_Cornillas_, _b_, 267.
-
-_Corps_ de derrière (du boeuf), _b_, 131.
- --de devant, _ib._
-
-_Corrections et additions_, _a_, LXXVII.
-
-CORROZET (G.), _a_, LXVIII, LXXXV; _b_, 80, 113.
-
-_Cost_, _b_, 44.
-
-_Costelettes_ de porc, _b_, 127.
-
-_Coterets_ de Bourgogne, _b_, 113.
-
-_Cotignac_, _b_, 247.
-
-_Coton_ donné à l'épervier, _b_, 297.
-
-_Cotte_, _a_, 13, 14.
-
-_Couart_ du cerf, _b_, 87.
-
-_Coucher_ des domestiques, _b_, 71.
-
-COUCY (Le Sire de), _a_, LXXXI.
-
-_Couleur._ Comment la faire revenir, _b_, 66.
-
-_Coulis_ d'écrevisses, perches, etc., _b_, 242.
- --d'un poulet, _b_, 242.
-
-_Coulombin_ (Gingembre), _b_, 230.
-
-_Coulons_ ramiers, _b_, 89, 133, 182.
- --Comment connaître leur âge et les manger, _b_, 182.
- --de deux espèces à Béziers, _ib._
- --(Saupiquet pour), _b_, 223.
- --vieux en hochepot, _b_, 163.
-
-_Couloueres_, _a_, XLI; _b_, 114, 115, 123.
-
-_Couper_ verdures (Quand), _b_, 43.
-
-_Courbes_ du cheval, _b_, 73.
-
-_Courges_, _b_, 47.
- --Comment cuites, _b_, 148.
- --confites, _b_, 245.
-
-COURMONT (M. de), _a_, XXI.
-
-_Couronné_ (Cheval), _b_, 74.
-
-_Couronnelles_ du cheval, _b_, 74.
-
-COURTENAY (Généalogie de), citée, _a_, 152.
-
-_Cousin_ (insecte), _a_, 172.
-
-_Cousine_ de la femme de l'auteur, peu obéissante à son mari, _a_, 156.
-
-_Cousteaulx_ (plumes), _b_, 89, 294.
-
-_Couste-pointe_, _a_, 160; _b_, 118.
-
-_Cousturier_, _b_, 54, 56.
- --arrose le drap, _b_, 67, 326.
-
-_Couteaux_ (Manches de), en cèdre, _b_, 154, 246. V. _Cousteaux_.
-
-COUVEIGNON (Pierre de), _a_, LXXVII.
-
-_Couvert_ de table au XIVe siècle, _a_, XL.
-
-_Couvert_ (Oiseau qui porte au), _b_, 294, 305, 308.
-
-_Couverte_ (Vol à la), _b_, 280.
-
-_Couvertoirs_, _b_, 61.
-
-_Couvrechef_, _a_, 14, 15, 169, 238; _b_, 252.
-
-_Couvrefeu_, heure du souper, _b_, 39.
-
-_Coyer_, _b_, 129.
-
-CRAON (J. de), sr de la Suze, _b_, 99.
-
-_Crapaudine_, _b_, 74.
-
-_Crape_ du cheval, 75, 77.
-
-_Crapeux_ (Cheval), _b_, 74.
-
-_Craspois_, _b_, 102, 103, 136, 200.
-
-_Créanciers_, _b_, 56.
-
-_Crecerelle_ (_quid?_) _b_, 320.
-
-_Crédit_ (Achats à), _b_, 25, 56.
-
-CRESCENS (Pierre de), _a_, LXVIII; _b_, 246.
-
-_Crespes_, _b_, 92, 94, 226.
- --à la guise de Tournay, _b_, 226.
-
-_Crespine_ de porc, _b_, 268.
-
-_Cresson_, _b_, 102, 106.
- --au vinaigre, _b_, 101.
- --(Porée de), _b_, 140.
-
-_Creteil_, _a_, 133.
-
-_Cretonnée_, à jour de poisson, _b_, 160.
- --de chair, _b_, 93, 97.
- --d'Espaigne, _b_, 95, 98, etc.
- --de pois et fèves, _b_, 159.
-
-_Crime_ impuni en appelle d'autres, _a_, 214, 216.
- --racheté, _a_, 215.
-
-_Crotet_, _b_, 286.
-
-_Crottes_, _b_, 93.
-
-_Croutes_ au lait à la dodine, _b_, 96.
- --de lait, _b_, 95, 96.
-
-_Cruches_ en terre de Beauvais, _b_, 251.
-
-_Cubèbe_, _b_, 112, 219.
-
-_Cueres_ sur l'épervier, _b_, 293.
-
-_Cuereté_ (Plumage), _b_, 293.
-
-_Cuevrechief._ V. _Couvrechef_.
-
-_Cuillers_, _b_, 105.
- --d'argent, _a_, XL; _b_, 118.
- --de bois, _b_, 115, 123.
- --de fer, _b_, 115.
- --de fer percée, _b_, 123, V. _Mouelle_.
- --données aux ménestrels, _b_, 123.
-
-_Cuisine_ du moyen âge comparée à la cuisine romaine, _a_, XXXVI.
- --(Idée erronée de Lister, sur la), XXXVII.
- --quand simplifiée, _ib._
- --modifiée au XVIe siècle, _a_, XXXVIII.
- --(Termes généraux de), _b_, 87, 124.
- --(Traité de), _b_, 124.
-
-_Cuisine_ nétoyée, _b_, 69.
- --(Objets nécessaires à la), _b_, 114.
- --(Richard de la), _b_, 69.
-
-_Cuisinier._ V. _Queux_.
-
-_Cuisinier françois_, cité, _a_, XXXVIII.
-
-_Cuisses_ de boeuf, _b_, 131.
-
-_Cuisson_ de la carpe, _b_, 88, 189.
-
-_Cumin_, _b_, 161. V. _Comminée_.
-
-_Curée_, _b_, 157.
-
-_Cures_. V. _Plumes_.
-
-CUVELIER, _a_, 94.
-
-_Cuviers_, _b_, 106.
-
-_Cygne._ V. _Cigne_.
-
-_Cyros_ (poisson), _b_, 201.
-
-
-D
-
-_Daintiers_, _b_, 87. V. _Deytiés_.
-
-_Damas_, _a_, LI.
- --(Drap de), _b_, 66.
- --(Eau rose de), _b_, 252.
-
-_Dames._ (Éperviers bons pour), _b_, 293.
-
-DAMPIERRE (Aubert de), _a_, 136.
-
-DANIEL (le prophète), _a_, 64, 66.
-
-_Danse_, _a_, 2, 72; _b_, 108.
-
-_Danseurs_, _a_, 77.
-
-_Darioles_, _b_, 93, 94 etc. 121.
- --de cresme, _b_, 94, 95.
- --necessaires à un repas de noces, _b_, 108.
-
-_Dattes_, _b_, 107, 112, 225.
-
-DAUVERGNE (Famille), _b_, 83.
-
-_Débat_ (Reget du) de l'oiseau, _b_, 290. V. _Rebat_.
-
-_Débats_, naissent de dettes, _b_, 56.
-
-_Débiteurs_, croient toujours devoir moins, _b_, 56.
-
-_Débonnaireté_, _a_, 56.
-
-_Déception_, _a_, 46.
-
-_Déchaussé_ (Mari), au feu, _a_, 168.
-
-_Décoré_, dans le sens de tuer, _b_, 128, 178.
-
-_Décours_ de la lune, _b_, 43.
-
-_Défaire_, expliq. _b_, 151.
-
-_Défenses_ du mari à suivre, _a_, 97.
-
-_Dégaster_, expl. _b_, 251.
-
-_Délices_ de la campagne, cités, _a_, XLII, XLIII; _b_, 88, 105, 130.
-
-_Délié_ sur la pointe (Cheval), _b_, 76.
-
-_Demandes_ d'ébatement par dés, par rocs et rois, _a_, 7.
- --subtiles, _ib._
-
-_Dentés_ (daintiers), _b_, 87, 156.
-
-_Dent_ (Canelle triée à la), _b_, 248.
- --du cheval, _b_, 73.
- --(Mal de), _b_, 257.
-
-_Dépense_, à écrire, _b_, 56. V. _Papier_.
-
-_Dés_ (Jeu des). Usures qui s'y faisoient, _a_, 46.
-
-_Désafeutré_, expliqué, _b_, 54.
-
-_Désespération_, _a_, 41.
-
-_Désespoir_, _a_, 41.
-
-DESMARÈS (Jean), _a_, 136, LXXXIII, LXXXVI, 136; _b_, 105.
- --(Idete), _a_, LXXXII.
-
-_Désobéissantes_ (Femmes), _a_, 156.
-
-_Despensier_ (Maistre Jehan le), _b_, 54, 58, 69, 70, 72, 76, 80, 86.
-
-DESPIÉS (Louis), _a_, LXXIX.
-
-DESSALLES (M.), _a_, LXII.
-
-_Desserte_, _b_, 103, 107, 108.
- --expliqué, _a_, XLII.
- --Par qui serrée, _b_, 117.
-
-_Dessevrer_, expl. _b_, 212.
-
-_Destinée_, _b_, 18.
-
-_Desvuidier_, expl. _b_, 307.
-
-_Détourné_ dans le sens de dressé? _a_, XLII.
-
-_Détraction_, _a_, 37.
-
-_Dettes_ (Ne pas payer ses), _b_, 26.
-
-_Deuil_ des reines, _b_, 123.
- --des veufs, _b_, 123.
-
-_Deytiés_ du cerf, _b_, 87.
- --Comment mangés, _b_, 156.
-
-DHEULLAND, _a_, LXXIII.
-
-_Diable._ Père de l'avare, 58.
- --philosophe, 56.
- --Ses commandements, 47.
- --Ses fritures, _a_, 31.
- --Son Église, 48.
- --Ses miracles, 48.
-
-_Dialecte_ flamand, _a_, LVIII.
-
-_Digne_ (Raisins de), _b_, 246.
-
-_Diligence_, chemin de richesse, _b_, 17.
-
-_Diligens_ (Comment rendre ses gens), _b_, 62.
-
-_Diners_ (Ordonner), _b_, 80.
- --de grands seigneurs, _b_, 91.
-
-_Discorde_, _a_, 31, 34.
-
-_Distinction_ première, _a_, 9.
- --deuxième, _b_, 1.
- --troisième, _b_, 279.
-
-_Dit_ des pays, _a_, LXVIII; _b_, 246.
-
-_Documens_ cités, _a_, LXV.
-
-_Dodine_, _b_, 91, 92.
- --d'oés, _b_, 96.
-
-_Domestiques_, _b_, 54, 56.
- --Les chauffer, _b_, 70.
- --Leur dîner, _a_, XLIII; _b_, 69, 107.
- --malades, _b_, 71.
- --Organiser leur service, _b_, 60, 69.
- --Leur tenue pendant le repas, _b_, 70. V.
- _Chamberières_, _Mesnies_, _Varlets_.
-
-_Domination_ d'une femme insupportable à un mari, _a_, 236.
-
-_Dorée_ (poisson), _b_, 204.
-
-_Dorée_ verte (Volaille), _b_, 214.
-
-DORMANS (Miles de), _b_, 116.
-
-_Dorures_, _b_, 92, 94.
- --(Chap. des), _b_, 210. V. _Pès d'Espagne_.
-
-_Dos_ (Tendre), du cheval dangereux, _b_, 74.
-
-_Dot_ d'une nièce de boucher, _b_, 82.
-
-DOUBLE (Martin), _b_, 116.
-
-_Doulce_ pour gousse, _b_, 231, 235.
-
-_Dour_, expliqué, _b_, 47.
-
-_Dragées_, _b_, 92 (bis), 122.
- --Leur prix, _b_, 112.
- --sur la gelée, _b_, 221.
- --sur les pommes cuites, _b_, 106.
- --vermeilles sur les chapons, _b_, 108.
-
-_Dragouers_, _b_, 106, 118.
-
-_Draps_ à tendre la salle de festin, _b_, 105.
- --de Damas, _b_, 66.
- --_estou_ ou _estru_, _a_, 171.
- --Les visiter, _b_, 65.
-
-_Drapiers_, _b_, 56.
-
-_Dressoir_ de cuisine, _a_, XL; _b_, 115, 117.
- --de salle, _a_, XLI; _b_, 117.
-
-DROBILLE (Raoul), _a_, LXXXIII; _b_, 119.
-
-_Drois_, _a_, LXXXIV.
- --au percil et au vinaigre, _b_, 100.
- --menus d'un cerf, _b_, 156.
-
-DUCHESNE (André), _a_, LXVIII.
- --Jehan, _a_, LXXXV; _b_, 116, 123.
-
-DUCLOS (M.), _a_, LXIII.
-
-DUREAU DE LA MALLE (M.), cité, _a_, XLVII.
-
-_Durié_ (cheval), _b_, 73.
-
-
-E
-
-_N. B._ Voir à _Es_ certains mots écrits
- aujourd'hui par _E_, comme _escrevices_,
-_espices_, etc.
-
-_Eau_ à laver mains sur table, _b_, 247.
- --bénite d'eau rose, 275.
- --bénite d'oignons, 276.
- --chaude donnée au cheval, 77, 79.
- --cuisant bien les pois, 134.
- --grasse de boeuf, 144.
- --ôtée du vin, 259.
- --Son prix, 123.
- --rose de Damas, 252.
- --rose en sausse, 183, 275.
- --rose faite sans chapelle et sans feu, 252.
- --rose vermeille, 253.
-
-_Échecs_ (Jeu des), _a_, 184.
-
-_Échevins de la Pierre au lait._ Ce que c'est, _a_, LXXXV.
-
-_Écorcheurs_, _b_, 81, 84.
-
-_Ectoire_, _b_, 258.
- --de canarade, _b_, 63.
-
-_Écussons_, accollés depuis quand, _a_, LVIII.
-
-EDDAOULEH (Choudjà et Seïf), _a_, LI.
-
-ÉDOUARD, roi d'Angleterre, _a_, LXXXI et suiv.
-
-_Effleurer_ dans le sens d'enfariner, _b_, 192.
-
-_Efforcer_ (S'), expliqué, _b_, 306.
-
-_Église_ (Bancs d'), _a_, 15.
- --(Éperviers portés à l'), _b_, 296.
- --n'est pas lièvre, _a_, 48.
- --(Tenue d'une femme à l'), _a_, 15, 16.
-
-_Électoire._ V. _Ectoire_.
-
-_Élire_, expl., _a_, LXXXVI; _b_, 134.
-
-_Ellébore_ noir, _b_, 258.
-
-_Empiéter_, expl. _b_, 281.
-
-_Encre._ Manière de la faire, _b_, 265;
- sans bouillir, _b_, 274.
- --pour papier et parchemin, _b_, 275.
-
-_Encyclopédie_, citée, _b_, 295.
-
-_Enfans_ abandonnés de leurs marastres s'enamourent ailleurs, _a_, 170.
- --adultérins, _a_, 182, 185.
- --mènent le bateau d'Aubriot, _a_, XXI.
-
-_Enfant_ trouvé seul dans une maison, _a_, 95.
-
-_Enfeutreure_, expliqué, _b_, 53.
-
-_Enfleurer_, _b_, 192, 194, etc.
-
-_Engins_ à détruire les rats, _a_, LXXXIV; _b_, 64.
-
-_Engraisser_ les oies, _b_, 88.
- --un cheval, _b_, 76, 77.
-
-_Enhaster_ p. _embrocher_, _b_, 214.
-
-_Ennemis_ réconciliés à fuir, _a_, 201.
-
-_Enseigne_ (témoignage), _a_, 133; _b_, 40.
-
-_Ensorcellement_, _a_, 170, 171.
-
-_Enter_, quand, _b_, 43, 44.
-
-_Entes_ curieuses, _b_, 50, 51. V. _Ante_.
-
-_Entrecercle_, _b_, 125, 128.
-
-_Entrecerelle_, _b_, 125, 128.
-
-_Entremès_, _a_, XLII; _b_, 99, 101, 107, 108.
- --(Tête de sanglier en), _b_, 98.
- --(Chapitre des), 6, 210, 224.
- --_élevé_, _a_, XLII; _b_, 99.
- --grand, _b_, 97.
-
-_Entretaille_ (Cheval qui s'), _b_, 74, 75.
-
-_Entretiens de Colbert avec Bouin_, _a_, LXVIII; _b_, 83.
-
-_Entreveschier_, _a_, 26.
-
-_Envie_, _a_, 36; _b_, 10.
-
-_Épagneuls_, V. _Chiens_.
-
-_Éperons_ (Essayer le cheval aux), _b_, 76.
-
-_Épervier_, V. _Esprevier_.
-
-_Épine-vinette_, _b_, 204.
-
-_Épitaphes_ de Paris, _a_, LXXIII.
-
-_Éponge_, _b_, 64, 66.
-
-_Epoux_ bénis dans leur lit, _a_, LXXXVI; _b_, 118.
- --peuvent pécher, _b_, 15.
- --solidaires l'un de l'autre, _a_, 184.
-
-_Escargols_, _b_, 223. V. _Limasson_.
-
-_Eschalat_, _b_, 47.
-
-_Eschaloigne_, _b_, 196.
-
-_Eschançonnerie_, _b_, 117.
-
-_Escharder_ (écailler?), _b_, 187.
-
-_Eschaudés_, _a_, XXXIX; _b_, 106.
-
-_Esche_ pour allumer du feu, _b_, 263.
- --(appât), _b_, 222.
-
-_Escheroys_, _b_, 102, 185, 225.
- --en pasté, 228.
- --expliqué, _ib._
-
-_Eschervis_, _b_, 228.
-
-_Eschier_ (briquet), _b_, 42.
-
-_Eschinées_, _b_, 94, 127.
- --salées, 97.
-
-_Escrevices_, _b_, 95, 98, etc.; 114, 121, 170, 194, 205.
- --(Coulis d'), 242.
- --de mer, 205.
- --en gravé, 151.
- --en tarte jacobine, 217
- --en tuille, 152.
- --non de Marne, 220.
- --(Prix des), 220.
-
-_Escrocs_ logés à la Pierre au Lait, _a_, LXXXV.
-
-_Escuelles (A plus d'), plus de loyer_, (proverbe), _b_, 114.
- --d'oiselets, 121.
- --d'oublies, 107, 110.
- --(Esturgon pour six), 200.
- --louées en grand nombre, 123.
- --(Quantité d'), _b_, 115: répondant au
- nombre des convives, 105, 108, 109, 113.
- --Signification de ce mot douteuse, _b_, 105.
-
-_Escuiers_ peu riches, chassent à l'épervier,
- _a_, XLIX, L.
-
-_Escuier_ de cuisine, _a_, XL, XLII; _b_, 115, 117.
- --de l'évêque de Paris, _b_, 106.
- --devant les mets, 117.
- --pour la salle et les vins, _a_, XLI; _b_, 117.
-
-_Escurieux_, _b_, 261.
-
-_Esmerillon_, _b_, 318.
-
-_Esmeut_ de l'épervier, _b_, 288, 295, 297,
- 298, 323.
-
-_Espagne_ (Oiseaux en), _b_, 323.
-
-_Espagnols_ (Chiens), _b_, 281, 282, 283.
-
-_Espaingnos_, _b_, 281.
-
-_Esparvain_, _b_, 73, 75.
-
-_Espaules_ de boeuf, _b_, 131.
- --de mouton, _b_, 100, 177, 269.
-
-_Espic_ (nard), _b_, 219.
-
-_Espices_, (Abus des), _a_, XXXVI, XXXVIII.
- --à mettre ès boudins, _b_, 125, 126.
- --Comment broyées et coulées, _b_, 87.
- --Comment mises en potages et sausses, 124, 147, 164.
- --de chambre, _a_, XLIII, _b_, 112, 122.
- --de cuisine, _b_, 122.
- --Douze francs d'épices dans un repas, _b_, 113.
- --menues, 122.
- --(Potages d'), 242.
- --pour les potages, 107.
- --(Saulce vert d'), 231.
- --serrées avec soin, 117,
- V. _Hiver_ et _Mal de tête_.
-
-_Espicier_, _b_, 56, 122.
- --Ce qu'il fournit, _b_, 111.
-
-_Espimbèche_ de rougets, _b_, 175.
- --d'un bouli lardé, _b_, 100.
-
-_Espinars_, _b_, 44, 49.
- --Comment cuits, 141.
-
-_Espinoches_, _b_, 141.
-
-_Espreveteur._ Comment il évite les obstacles, _b_, 308.
- --doit penser à son oiseau et à ses chiens avant tout, _b_, 283.
- --Il lui faut neuf chiens et trois chevaux, _b_, 280.
- --ne doit pas chasser seul, _a_, XLIX.
- --refuse les vieux éperviers, _b_, 316.
- --s'agenouille pour reprendre son oiseau, 304.
- --Ses gants, _b_, 293.
- --traître et larron à ses confrères, _b_, 285.
-
-_Esprevier_ (Traité de l'). Bien fait, LI, V. _Chasse_.
- --Où placé dans les manuscrits, _a_, XLVII; _b_, 79.
- --Seul article de la troisième distinction traité par l'auteur, _a_, XLVII.
-
-_Esprevier_, à sourcils blancs, _b_, 320.
- --Combien doit voler, _b_, 305, 310.
- --Comment repu, 322.
- --couve à la Saint-Georges, 284.
- --d'élite, 295.
- --devient sauvage dès qu'il s'est pu lui-même, 311.
- --Esclavon et Lombard, 310.
- --félon, saute au visage, _b_, 293.
- --foulé (lassé) se dégoûte, _b_, 281, 309.
- --pouilleux, 325.
- --pris à la glu, 317.
- --Proverbe sur lui, _b_, 292.
- --Quel est le plus fort, _b_, 285, 292, 294.
- --Quels oiseaux il peut prendre, 310.
- --Ses maladies, 319, 320.
- --Ses ongles, 294.
- --Son aire et charnier, 284.
- --Son esmeut, 295.
- --trop gras, 320.
- --vieux, à refuser, _b_, 316.
-
-_Esprevier branchier ou ramage_, _b_, 314.
- --Comment le prendre, _ib._
- --Le dompter et le dresser, 315.
- --ne vaut pas le mué, 320.
-
-_Esprevier en mue_, _b_, 311.
- --Chairs bonnes pour lui, 312, 313.
- --Sa mue ou cage, _b_, 313.
- --Soins qu'il exige, 313.
-
-_Esprevier hagart._ V. _Esprevier mué de haye_.
-
-_Esprevier mué_, n'entre point au buisson, _b_, 316.
- --plus fort que le niais, _b_, 314.
- --Quand il peut voler, _b_, 314.
-
-_Esprevier mué de haye._ Ce que c'est, _b_, 316.
- --difficile à dresser, 316, 317.
- --se laisse emporter, 317.
- --Ses yeux et piés, 316, 317.
- --Son plumage, 317.
- --tient du sor, _ib._
-
-_Esprevier mué en la ferme_ est le meilleur, _b_, 317.
-
-_Esprevier niais._ Bien repu, _b_, 286.
- --bon pour les dames, 293.
- --Combien de vols il peut faire par jour, 305, 310.
- --Comment déniché et nourri, _b_, 285.
- --Comment le baigner, 298.
- --Comment le faire voler la première fois, 304.
- --Comment l'enoiseler, 300.
- --Comment vole les vieilles perdrix, 309.
- --couché au lit, 288.
- --craint la surprise et le bruit, 306.
- --craint l'humidité, 299.
- --d'élite, 294, 295.
- --difficile à réclamer d'un arbre, _b_, 304.
- --Effet de la chaleur sur lui, 305.
- --entre aux buissons, 316.
- --Le repos lui nuit, 308.
- --Le traiter avec douceur, 290.
- --Le vent l'emporte, _b_, 302.
- --mange un poussin en trois fois, 306.
- --ne vaut pas le mué, 320.
- --Obstacles qu'il craint, 302, 303.
- --perché sur les chiens, 296.
- --Petits oiseaux, mauvais gibier pour lui, 302, 303.
- --porté en public, 296.
- --pour la pie, 300.
- --Quand le paistre, 301.
- --Quand lui donner chair lavée, _b_, 297.
- --Quel est le bon, 292, 294.
- --qui porte au couvert, 305.
- --Raffermir ses plumes cassées, 302.
- --s'accoutume à l'homme et au cheval, 300.
- --Sa nourriture, 308, 310.
- --serre fort son maître, 304.
- --Ses _faims_ marquées sur ses plumes, 287.
- --Ses jambes, 294.
- --Son esmeut, 295, 297, 298.
- --Son plumage, 292,
- --tenu chaudement, 286.
- --touché avec un petit bâton, 291.
- --toujours avec du monde, 291.
- --trop maigre ou trop gras, 299.
-
-_Esprevier sor_, _b_, 316.
-
-_Esprit_ (Le Saint), Ses commandemens, _a_, 58.
-
-_Espurge_, _b_, 64, 66, 264.
-
-_Essais._ N'en pas faire à l'égard de son mari, _a_, 168.
-
-_Esseules_, _b_, 297.
-
-_Essorer._ Diverses acceptions de ce mot, _b_, 299, 306, 310, 317.
-
-_Estain._ V. _Vaisselle_.
-
-_Estamine_, _b_, 136.
-
-ESTAMPES (Le comte d'), _a_, LIX.
-
-_Estans marinaux_, _b_, 196.
-
-_Estauver._ Ce que c'est, _b_, 171, 190, 191, 192, 193, 194, 197, 216.
-
-_Esteuf_, _b_, 290.
-
-ESTIENNE (Charles), _b_, 200.
- --(Henri), cité, _a_, XXXVIII, LXXVII, 79; _b_, 11.
-
-_Estourncaux_, _b_, 270.
-
-ESTOUTEVILLE (Jacques d'), _b_, 255.
- --(Jean d'), _ib._
- --(Robert d'), _ib._
-
-_Estrade_ sur la table, _a_, XLII.
-
-_Estrées_ (pâtisserie). V. _Estriers_.
-
-_Estriers_, _b_, 99, 107, 110.
-
-_Estueil_, _b_, 290.
-
-_Esturgon_, _b_, 94, 96, 199.
- --contrefait de veel, _b_, 200.
-
-_Esverder_, _b_, 44.
-
-ESVREUX (Jehan d'), _a_, 94.
-
-_Etaux_, _b_, 80, 82, 132.
- --(Combien d'), par boucher, _a_, XLIV;
- --des halles, _b_, 200.
-
-_Evangile_, cité _passim_.
-
-EVE, _a_, 78, 128.
-
-_Exagération_ des bavards, _a_, 180.
-
-_Exécuteurs_ de testamens, infidèles, _a_, 44.
-
-_Expressions_ crues au XIVe siècle, _b_, 60.
-
-
-F
-
-FAIL (Noël du), _a_, LXXXV.
-
-_Faims_ de l'épervier marquées sur ses plumes, _b_, 287.
-
-_Faisan_, _b_, 99, 101.
- --Comment servi sous Louis XIV, _a_, XLII.
- --en entremets, _ib._
- --rôti, _b_, 181, 182.
-
-_Faisandeaulx_ (Vol aux), _b_, 309.
-
-_Faisander_ (pour mortifier), _b_, 89, 180, 181, etc.
-
-_Familles_ de la boucherie, _b_, 80.
-
-_Fanoil_ (Graine de), sur des poires, _b_, 250.
- --(Racines de) confites, _b_, 245.
-
-_Farce_ achetée toute faite, _b_, 225.
-
-_Farcin_, _b_, 78.
-
-_Farine._ V. _Fleur_.
-
-_Fatalisme_ (Contre le), _b_, 18.
-
-_Faucheurs_, _b_, 54, 57.
-
-_Faucon_ (Divers noms du), _b_, 324.
- --_gentil_, 318, 324, 325.
- --_harrotte_, 324.
- --lanier, V. _Lanier_.
- --(Maladies du), 325.
- --Manière de l'orpimenter, _ib._
- --(Mue du), 326.
- --_pèlerin_, 324, 325.
- --sauvage volant l'outarde, 310.
- --_tagarote_, 324.
- --_vilain_, _a_, LI; _b_, 323.
-
-_Fauconnerie_ au XIVe siècle, _a_, XLVIII, L.
- --au XIXe siècle en Hollande et en Syrie, _a_, LI, LII.
- --(Sur la), _b_, 182, 319.
-
-_Fauconnerie_ d'Arcussia, _a_, LXV.
-
-_Fauconnier_ ne doit point manger d'oignons, _b_, 325.
-
-_Faudis._ Mot non expliqué, _b_, 107.
-
-_Faulx-Grenon_, _b_, 211.
- --ou potage parti, _b_, 216.
-
-_Faulx-perdriel_, _b_, 307.
-
-_Fautes_ des plumes de l'épervier, _b_, 287.
-
-_Faye-Montjeau_, _a_, XXXIX.
-
-FÉLIBIEN (D. M.), _a_, LXIX; _b_, 83, 84, 254.
-
-_Femme_ abandonnée de son amant, _a_, 183.
- --adultère demande pardon à son mari, _a_, 182.
- --brûlée vive, _a_, 128.
- --d'un procureur général ne sait pas lire, _b_, 104.
- --faisant élever l'enfant adultérin de son mari, _a_, 185.
- --indulgente pour son mari, _a_, 237.
- --laissant noyer son mari, _a_, 126.
- --obéissant sans répliquer, _a_, 152, 154.
- --pondant un oeuf, _a_, 180.
- --pressée, s'exprime grossièrement, _b_, 60.
- --voulant aimer, _a_, 158, 162.
-
-_Femme de l'auteur_, chargée de surveiller et non de faire elle-même, _b_, 3.
- --chaste, _a_, 62.
- --consultoit son mari sur le choix de ses domestiques, _b_, 57.
- --de bonne et vertueuse famille, _a_, 3.
- --mariée à quinze ans, _a_, 1.
- --ne fréquentoit pas les grands seigneurs, _a_, 2.
- --orpheline, _a_, 4.
- --savoit s'attacher son mari, _a_, 240.
- --Ses bonnes dispositions, _a_, XXIII, 2.
- --Son âge, _a_, XXIII, 1.
- --tirée hors de sa parenté et de son pays, _a_, 4.
-
-_Femmes_ arrêtées par le Prévôt de Paris, _b_, 116.
- --baisant la bouche de leurs parens, _a_, LXXVII.
- --bavardes, _a_, 178.
- --Beaucoup sont bonnes, _a_, 194.
- --chassoient à l'oiseau, _a_, XLVIII, XLIX.
- --Comment portent leurs armoiries, _a_, LVIII.
- --dissimulées, _a_, 157, 176.
- --doivent avoir horreur du sang, _a_, XXIV; _b_, 59.
- --doivent être discrètes, _a_, 177;
- parler chastement, _b_, 59;
- tout dire à leurs maris, _a_, 181,
- et tout savoir, _a_, 132.
- --effrontées, _a_, 14, 61.
- --maîtresses de l'hôtel après leurs maris, _b_, 59.
- --moins obéissantes que les moines, _a_, 146.
- --ne font qu'un avec leurs maris, _a_, 130.
- --Ne pas discuter avec elles, _b_, 42.
- --orgueilleuses, _a_, 141.
- --rioteuses équivalent à cheminées fumeuses, _a_, 169, 171.
- --sages, comment se conduisent envers leurs maris, _a_, 185, 186.
-
-_Femmes célèbres de l'ancienne France._ Ouvrage de M. de Lincy, _b_, 62.
-
-_Fenêtres_ dangereuses pour les jeunes chambrières, _b_, 71.
- --vitrées, _a_, LXXXII, 173.
-
-_Fenouil_, _b_, 45, 245, 250. V. _Fanoil_.
-
-FERTÉ-CHAUDERON (Barons de la), _b_, 296.
-
-_Fer_ de la paelle (Frire au). Expliqué, _b_, 150, 224.
-
-_Fericy_, _a_, 149.
-
-_Ferme_ (cage), expliqué, _b_, 288.
-
-FERREIRA (Diog. Fern.), _a_, LXVI.
-
-_Fesses_ du cheval, _b_, 72, 75.
-
-_Festin_ de l'abbé de Lagny, _b_, 103.
-
-_Feu_ couvert le soir, _b_, 71.
-
-_Feuilles_ d'aune prennent les puces, _a_, 171.
-
-_Feurre_ dans les maisons, _a_, 171.
- --mouillé avec le poisson, _b_, 203.
-
-_Fèves_, _b_, 45, 49.
- --coulées, _b_, 92, 138.
- --des champs, _a_,LXXXVI; _b_, 139.
- --des marais, _a_, LXXXVI; _b_, 43, 139.
- --frasées, _b_, 94, 97, 138.
- --nouvelles, 139.
- --nouvelles en potage, 158.
- --nouvelles frasées, 139.
- --(Rectification sur les), _a_, LXXXVI.
- --vieilles, comment cuites, _b_, 137;
- comment rendues savoureuses, _b_, 138.
-
-_Fèvres_, _b_, 56.
-
-_Figues_, _b_, 101.
- --de Provence rôties, _b_, 101.
- --grasses, 102.
- --grasses rôties, 106.
-
-_Filet_ ou nomblet de boeuf, _b_, 131.
- --de porc, _b_, 266.
-
-_Fille_ pauvre. Son ménage, _a_, 237.
-
-FILLEUL (Jehan), _a_, 136.
-
-_Filoper_, _b_, 204.
-
-_Filopes_, _a_, 172.
-
-_Fils_, maladie d'oiseau, _b_, 325.
-
-_Firecy_, _a_, 149.
-
-_Flamand_ (Dialecte), _a_, LVIII.
-
-_Flambeaux_ (bougies). Leur prix, _b_, 122, 124.
-
-FLAMENT (Jeh. le), _a_, XXVI.
-
-_Flanchet_ de boeuf, _b_, 130, 131.
- --de mouton, 87.
-
-_Flanciaux_ de cresme bien sucrés, _b_, 100.
- --sucrés, _b_, 92. V. _Flaonnés et Flaons_.
-
-FLANDRE (Marie de), _a_, XXI.
-
-_Flandres_ (Fêtes ou foires de), _b_, 76.
- --(Retour de) en 1383, _a_, 135.
-
-_Flaonnés_ sucrés, _b_, 92, 107.
-
-_Flaons_, _b_, 108.
- --ayant saveur de fromage, 217.
- --de cresme, 99.
- --en caresme, 216. V. _Flanciaux_ et _Flaonnés_.
-
-_Flatteurs_ (Domestiques), dangereux, _b_, 59.
-
-_Flays_ (poisson), _b_, 204.
-
-_Flèches_ empoisonnées, _b_, 258.
-
-_Flet_, _b_, 204.
-
-_Fleur_ (de farine), _b_, 67, 202, etc.
- --de ris, 122.
-
-_Fleur des antiquités de Paris_, _a_, LXVIII.
- --_de toute cuisine_, _a_, XXXV.
-
-_Fleurs_ (Usage des), _b_, 52, 118, 253. V. _Chapelière_.
-
-FLEURY (Sire Jehan de), _a_, XXVI; _b_, 119, 120.
-
-_Flo_, expl., _b_, 202.
-
-_Floqueaux_, _a_, 172.
-
-_Foie_, _b_, 128, 129, 132, 145, 211, 216.
-
-_Fol_ pense à sa fortune, _b_, 4.
-
-_Follette_, _b_, 47.
-
-FOLLEVILLE (Jehan de), _b_, 119.
-
-FONTAINE (Jean de la), cité, _b_, 60.
-
-FONTAINES (Maistre Jehan de), _a_, LXXXII, LXXXVI; _b_, 119.
-
-FONTAINES-GUÉRIN (Hard. de), _a_, LXXV. V. _Trésor de Vénerie_.
-
-_Formé_ (femelle), _b_, 318, 325.
-
-_Formes_, _a_, 174; _b_, 61, 116.
-
-_Fornication_, _a_, 51.
-
-_Fort-Hu_, _b_, 157.
-
-_Fortille_, _a_, LXXII.
-
-_Fortune_ ou chevance. Y penser, _b_, 2.
-
-_Fouace_, _a_, XXXIX.
-
-_Fouaillier_, _b_, 259.
-
-_Fougère_, _a_, 172.
-
-_Fouldre_ (Vol au), _b_, 280.
-
-_Foule_ (Mot d'une femme dans la), _b_, 60.
-
-_Fouleurs_, _b_, 54.
-
-_Fouques_ aux choux, _b_, 144.
- --en potage et salées, 264.
- --salées, 133.
-
-_Four_ (Hotel du), à Yerre, _b_, 119.
-
-_Fourcelle_, _b_, 320.
-
-_Fourme_ sur couronelle, _b_, 74.
-
-_Fourmé_ (femelle), _b_, 318, 325.
-
-_Fourmes_, _a_, 174; _b_, 61, 116.
-
-_Fourmiers_ (housses), _b_, 61.
-
-_Fourmis._ Comment les détruire, _b_, 48.
-
-_Fourniers_ (Proverbe sur les), _b_, 36.
-
-_Fourques._ V. _Fouques_.
-
-_Fourreurs_, _b_, 54.
-
-_Fourrures_ à visiter, _b_, 65.--mouillées, 66.
-
-_Fraise._ V. _Fraze_.
-
-_Framboisiers_, _b_, 44.
-
-_Franc-boyau_ du cerf, _b_, 156.
-
-_Franche-mule_, _b_, 129, 132.
-
-FRANCHIÈRES, cité, _b_, 323.
-
-_François_, cuisent peu la carpe, _b_, 189.
-
-_Frangé_ de safran, expl., _b_, 148, 268.
-
-_Fraude_, _a_, 45.
-
-_Fraze_ de chair, _b_, 100.
- --de chevreaux, _b_, 108.
-
-FRÉDÉRIC II, _a_, LXIX; cité, _b_, 89, 289, 295, 321.
-
-_Freschumée_, expl., _b_, 125, 206.
-
-_Fressure_ de chevreau et de porc, _b_, 228.
- --Brouet de fressure de pourcel, 158. V. _Froissure_.
-
-_Frioul_, _a_, 70.
-
-_Frire_, en quoi diffère de seurfrire, _b_, 151.
-
-_Fritures_, _b_, 94.
- --(Chapitre des), 210.
-
-_Froide-sauge_, _b_, 215.
- --de moitiés de poucins, 108, 111. V. _Sauge_.
-
-FROISSART, cité, _a_, XLVI, LXXXI, 94, 148.
-
-_Froissure._ Ce que c'est, _b_, 128.
- --de chevreau, 228.
- --de mouton, _b_, 128.
- --de porc, comment cuite, _b_, 126, 158, 228.
- --Diverses significations de ce mot, _b_, 129.
- --d'un boeuf, _b_, 129, 132.
-
-_Fromage_ dans les gauffres, _b_, 121, 262.
- --de gain, 213.
- --de presse, 218.
- --mol, moyen, 218.
- --pour _Issue_, 108.
- --pour tartelettes, 110.
- --Quel est le bon, 146.
-
-_Froment_ (Grains de) donnés à l'épervier, _b_, 298.
- --mondé, 111, 122, 210, 271.
- --Son prix, _a_, XXXI; _b_, 109, 111, 238.
-
-_Fromentée_, _b_, 93, 94, etc., 210, 271.
- --au marsouin, _b_, 103.
- --au pourpois, _ib._
- --(Lait pour la), _b_, 113.
- --(Trois cents oeufs pour la), _b_, 121. V. _Venoison_.
-
-_Fruit_, _b_, 99, 101.
-
-_Fuites_, _b_, 188.
-
-_Fusée_ du cheval, _b_, 73.
-
-_Fuselé_ (Cheval), _b_, 73.
-
-
-G
-
-_Gage_ plié, _b_, 120.
-
-_Galanga_, _b_, 112. V. _Garingal_.
-
-_Galentine_, _b_, 99, 100.
- --de poisson froid, 174.
- --pour carpe, 233.
- --pour raye, 202.
-
-_Gallettes_ sucrées, _b_, 110.
-
-_Galles_ pour encre, _b_, 265.
-
-_Galoise_, expl., _b_, 60.
-
-_Galop_ du cheval, _b_, 75.
-
-GAND-VILAIN (Charyte de), _a_, LVIII.
-
-_Gant_ de l'espreveteur, _b_, 294.
-
-_Garde-mangers_, _b_, 114.
-
-_Gardons_, _b_, 194.
-
-_Garingal_, _b_, 112.
- --Fait mal à la tête, 236.
- --Quel est le bon, 230.
-
-_Garnache_, _b_, 91, 102.
- --Quelle quantité il en falloit, _b_, 106.
-
-_Garnement_, expl., _b_, 67.
-
-_Garnison_, expl., _a_, 237; _b_, 64, 67.
-
-_Garroittes_ confites, _b_, 244.
- --Leur prix, _b_, 245.
-
-_Garrot_, _b_, 74.
-
-_Gascogne_, _b_, 177.
- --(Vin de), _b_, 38.
-
-GASTON-PHOEBUS, comte de Foix, _a_, LXX; _b_, 46.
-
-_Gauchières_, _b_, 307.
-
-_Gauffres._ Comment faites, _b_, 261.
- --couléisses, 262.
- --fourrées, 109, 121.
-
-_Gauffriers_, _b_, 262.
-
-GAUTIER, marquis de Saluces, _a_, 100.
-
-_Gaulois_, empoisonnoient leurs flèches, _b_, 258.
-
-_Gavion_ du cheval, _b_, 73.
-
-_Gaymeau_, _b_, 192.
-
-_Geais_, _b_, 311.
-
-_Gelée_, _b_, 94, etc.
- --bleue, 220.
- Ce qu'on sème dessus, 219.
- --Comment la faire, 218.
- --de chapons, 94.
- --de char, 218, 220.
- --d'écrevices, etc., 108.
- --de poisson, 93, 95, 220.
- --(potage), 100.
- --(Poucins, cochon, etc., pour la), 110, 121.
- --(Veau pour la), 109,
- --(Violette sur la), 221.
-
-_Géline_ couve des paons, _b_, 256.
- --de février, _b_, 125.
- --gratte toujours, 257.
- --mangée en trois jours par un autour, 322.
- --rôtie, 180.
- --V. _Poules_.
-
-_Geneste_, _b_, 168.
- --d'aloés, 96.
-
-_Gente_ rôtie, _b_, 181.
-
-_Georgé_ (Brouet), _b_, 97, 98, 163.
-
-GÉRARD, abbé de Saint-Germain des Prés, _b_, 84.
-
-GÉRAUD (M.), cité, _a_, XLVI, XLVII, LXXVI, LXXXV; _b_, 113.
-
-_Gerfaut_, _b_, 318.
-
-_Gésiers_, _b_, 145.
- --mal dit pour _gigier_, 211.
- --V. _Jugiers_.
-
-_Gets_, expliqué, _b_, 290.
-
-GHISTELLES (Jean de), _a_, LVIII.
- --(Marguerite de), propriétaire de mon manuscrit du
- _Ménagier_, _a_, LVIII et suivantes; _b_, 272.
-
-GIAC (Pierre de), _b_, 254.
-
-_Giesles_, _b_, 315.
-
-_Gigier_, mieux dit que _gésier_, _b_, 211.
-
-_Gingembre_ blanc, _b_, 218.
- --coulombin, 111.
- --dans les gauffres, 122.
- --de mesche, 111.
- --En quoi le _coulombin_ diffère du _g. de mesche_, 230.
- --verd, 230.
-
-_Giroffle_, _b_, 111. (Baston de), 246.
-
-_Giroflée_, _b_, 45.
-
-_Gisors_ (Vicomte de), _a_, 152.
-
-_Gîte_ de boeuf, _b_, 86.
-
-_Glandes_ de mouton bonnes à l'épervier, _b_, 313.
-
-_Gloutonnie_, _a_, 47; _b_, 13.
-
-_Glu_, _a_, 171, 173.
- --de froment, _b_, 251.
- --Manière de la faire, 250.
- --pour eau, 251.
-
-_Gobelets_ couverts, dorés, _a_, XL; _b_, 118.
-
-GODEFROY (Denis), _a_, LXX, 237.
-
-_Gois_, _b_, 311.
-
-_Gomme_ de cerisier, _b_, 219.
-
-_Goujons_, _b_, 233.
-
-_Gourdes_, _b_, 273.
-
-_Gourme_ du cheval, _b_, 73.
-
-_Gournaut_, _b_, 196, 197.
-
-GOUSSENCOURT, _a_, LVIII.
-
-_Goutière_ (mangeoire), _b_, 89.
-
-_Gouttron_, expl., _b_, 189.
-
-_Grâces_ (Dire les), _b_, 107.
-
-_Grain_, expl., _b_, 150, 154.
-
-_Graine_, _b_, 151. V. _Gravé_.
-
-_Graine de paradis_, _b_, 67, 111.
-
-_Grains_, à remuer, _b_, 64.
-
-_Graisse._ Son prix, _b_, 82.
-
-_Gramose_, _b_, 145.
-
-_Granche_ (estomac), _b_, 213.
-
-_Grand cuisinier_, cité, _a_, XXXIV, XLII; _b_, 171, 184, 211.
- --(Plats tirés du), 145 (2), 148 (2), 149 (4), 150 (2), 151,
- 154, 155, 163 (4), 164 (2), 166, 167 (2), 171, 172 (2), 174,
- 177, 179 (5), 180, 181, 183 (3), 185, 187 (6), 188, 189 (2),
- 190 (2), 191 (3), 192 (2), 193 (2), 194 (3), 195, 196 (3),
- 197 (3), 198 (3), 199 (3), 200, 201, 202 (3), 203 (4), 204,
- 208, 211, 212, 223 (2), 226, 234 (2), 241.
-
-_Grande-boucherie_ (Étal au-dessous de la), _b_, 132. V. _Boucherie_.
-
-GRANTPRÉ (Le comte de), _a_, LXXXI.
-
-_Graspois_, _b_, 102, 200. V. _Craspois_.
-
-GRATIEN, _a_, 98.
-
-_Gratuise_ (râpe?), _b_, 262.
-
-_Gratuisié_, expl., _b_, 149, 207.
-
-_Gravé_, _b_, 151, 173.
- --d'aloés, couleur de fleur de peschier, _b_, 95, 98, 276.
- --de canets, 121.
- --de lamproies, 97.
- --d'escrevices, 151.
- --d'oiselets, 121, 150.
- --sur friture, 101.
-
-GRAVILLE (L'amiral de), _b_, 255.
- --(Anne de), _b_, 255.
-
-_Grédelié_, expl., _b_, 206.
-
-_Greffe?_ _b_, 68.
-
-_Greffes_ curieuses, _b_, 50, 51. V. _Ente_ et _Enter_.
-
-GRÉGOIRE (Saint), cité, _a_, 63.
-
-_Grenache._ V. _Garnache_.
-
-_Grenade._
- --(Pommes de), _b_, 110, 122.
- --sur chapons, 108.
- --sur la gelée, 221.
-
-_Grenade_ (Faucon de), _b_, 324.
-
-_Greniers_ à visiter, _b_, 64.
-
-_Grenouilles._ V. _Renoulles_.
-
-GRÉSY (M. Eugène), cité, _a_, LIX, LXXX.
-
-_Grève_ (Place de), _b_, 113, 123.
-
-_Griffon_, _b_, 321.
-
-GRILLE (M.), _a_, 151.
-
-GRIMAULT (Grimoald), _a_, 69, 70.
-
-GRIMOALD, _a_, 69, 70.
-
-_Grimondin_, _b_, 197.
-
-GRINGORE (Pierre), a copié J. Bruyant, _b_, 4.
-
-GRISÉLIDIS (Hist. de), _a_, 99, 103 et suiv., 141.
-
-_Gros-bastons_ (oublies), _b_, 109.
- --(Recette des), 121, 262.
-
-_Gros-bout_ de poitrine, _b_, 86.
-
-_Groseillers_, _b_, 49.
-
-_Groseilles_ sur des plats, _b_, 161, 170.
-
-GROSIA (Martin), _b_, 146.
-
-_Gruau._ V. _Gruyau_.
-
-_Grue_ rostie, _b_, 181.
- --(Vol de la), _b_, 324.
-
-_Grumel_ de boeuf, _b_, 86, 87.
-
-_Gruyau_, _b_, 242.
- --d'avoine, expl., _b_, 212.
- --d'orge, 241.
-
-_Guède_ (Pasteaux ou Tourteaux de), _b_, 214, 251.
-
-_Guedes_, _b_, 315.
-
-GUESCLIN (Bertrand du), _a_, 94; _b_, 324.
-
-_Guides_, _b_, 315.
-
-_Guilles_, expl., _b_, 315.
-
-GUISE (Tapisserie à la maison de), _a_, LXXIII.
-
-
-H
-
-_Hacher_ à deux couteaux, _b_, 228.
-
-_Hadou_, _b_, 198.
-
-HAINAUT (Guillaume comte de), _b_, 254.
-
-_Haine_, _a_, 38.
-
-_Halebrans_, expliqué, _b_, 236.
-
-_Halles_ (Les), _b_, 122.
- --(Étaux des), 200.
- --(Pain vendu aux), 109, 110.
-
-_Hampe_ du cerf, _b_, 131, 156, 157.
-
-_Hanaps_, _b_, 106, 117, 118.
-
-_Hanons_ (coquillage), _b_, 204.
-
-_Harang._ V. _Harenc_.
-
-_Hardouil_ de chapons, _b_, 162.
-
-_Harenc_, _b_, 200.
- --blanc, 101.
- --frais, 95, 98. V. _Aulx moussus_.
- --nouvellet, 271.
- --quaque, 134.
- --sor, 94, 97, 134.
-
-HARGICOURT, _a_, LVIII.
-
-_Hargneux_ (Proverbe sur les), _b_, 56.
-
-_Haricot._ V. _Hericot_.
-
-_Haricots_ dits fèves, _a_, LXXXVI.
-
-_Harpayes_, _b_, 307.
-
-_Harpe_ du cheval, _b_, 72.
-
-_Hastelets_, _b_, 161.
- --de boeuf, 94, 95.
- --de chaudun de porc, 228.
-
-_Haste-menue_, (ou rate), _b_, 128, 268.
- --de porc, 164.
-
-_Hasterel_, _b_, 89.
-
-_Hausser_, expl., _b_, 322.
-
-HAUTECOURT (Maître Jehan de), _b_, 118, 250, 382.
-
-_Haye-du-Puis_ (La), _a_, XXXV.
-
-_Hazé_, pour brûlé, _b_, 216.
-
-_Heilly_, _a_, LXXX.
-
-HELYE, (Maistre), _b_, 108.
-
-HEMERY (Jeanne), _a_, XXIX.
-
-_Herbe verte_, _b_, 106, 124.
- --dans les maisons, _a_, 184.
- --Où achetée, _b_, 113, 114.
-
-_Herbolata_, _b_, 207.
-
-_Heriçons_, _b_, 261.
- --factices, _b_, 269.
-
-_Hericot_ de mouton, _b_, 148.
-
-_Héron_, _b_, 99.
- --rôti, 181.
- --(Vol du), 324.
-
-_Hesdin_, _b_, 253.
-
-HESTOMESNIL, (Jehan de), _a_, XIX.
-
-_Hétoudeaux_, _b_, 180.
- --(Moust pour), 234.
- --(Prix des), 120.
-
-_Histoire de Bourgogne_, citée, _a_, LIX.
-
-_Histoire généalogique des grands officiers, etc._, _a_, XL, LVIII, LXV, 152.
-
-_Histoire sur Bible_, citée, _a_, 128, 129.
-
-_Historieur_, _a_, 128, 129.
-
-_Hiver_ (Épices plus usitées en), _b_, 236.
- --(Fleurs gardées en), 44.
-
-_Hobe_, _b_, 319.
-
-_Hobereau_, _b_, 318, 319.
-
-_Hochepot_ de volaille, _b_, 163.
-
-HOLLANDE (G. duc de), _b_, 254.
-
-_Hommage_ attaqué faute d'un baiser, _a_, LXXVIII.
-
-_Hommes_ à fuir, _a_, 77.
-
-HONCOURT (M. Guy de), _b_, 381.
-
-_Honneur_ d'une femme à garder, _a_, 184.
-
-_Horloges_, _b_, 257.
-
-_Hôtel_ mené par la femme, _b_, 59. V. _Maison_.
-
-_Hôtel_ d'Aubriot, _a_, XXI; _b_, 255, 380.
- --de Galeran de Montigny, 255.
- --des Tournelles, 254.
- --du _Porc-épic_, 254.
- --du Prévôt de Paris, 255.
- --Saint-Paul, 253.
-
-_Hotellerie_ (Potage à faire dans une), _b_, 146.
-
-_Hotels_ loués par les concierges, _b_, 116.
-
-HOTIN, cuisinier de M. de Roubais, _a_, LIX, LX; _b_, 275.
-
-_Hotteurs_, _b_, 54.
-
-_Houpelande_, _a_, 14.
-
-_Hourdouil_ de chapons, _b_, 162.
-
-_Houssebarre_ de chair, _b_, 170.
- --de poisson, 171.
-
-_Houssié_, expliqué, _b_, 164, V. _Brouet_.
-
-_Houx_, _b_, 250.
-
-_Hu_, expl., _b_, 157.
-
-HUBER, cité, _a_, LI; _b_, 280, 302, 307, 309, 319.
-
-_Huitres._ V. _Oïstres_, _oïttres_, _cive_, etc.
-
-_Hule_ d'un couteau, _b_, 274.
-
-_Humilité_, _a_, 53.
-
-HUZARD (M.), _a_, LII, LXVI, LXVII, LXXIV.
-
-_Hyères_ (L'abbesse d'), _b_, 118.
-
-_Hypocras._ V. _Ypocras_.
-
-_Hypocrisie_, _a_, 29, 34.
-
-
-I
-
-_Ierre_, _b_, 118.
-
-_Ile Nostre-Dame_, ou _Saint-Louis_, à Paris, _a_, 93.
-
-_Imprimeurs_ anciens négligeoient les livres non sérieux, _a_, XXXIV.
-
-_Improviste_ (Souper à l'), _b_, 170. V. _Hotellerie_.
-
-_Inconvenance_ dans les noms de certains mets, _b_, 60.
-
-_Inobédience_, _a_, 29, 32.
-
-_Inventaire_ de R. Picque, _a_, LXX; _b_, 115.
-
-_Ire_, _a_, 38; _b_, 10.
-
-ISAAC, _a_, 82.
-
-ISABEAU DE BAVIÈRE aimoit les animaux, _b_, 62.
- --Sa dépense de bouche, 85.
- --Ses enfans, _a_, XXII; _b_, 85.
-
-ISEBARRE (Augustin), _b_, 62.
-
-_Issue_ de table, _a_, XLIII; _b_, 92, 94, 95, 99, 100, 101, 103, 108.
-
-_Issues_ de boeuf et leur prix, _b_, 132.
- --de mouton et leur prix, 128.
- --de porc, 128.
- --de sanglier, 157.
- --de veau et leur prix, 128.
-
-_Ivresse_, _a_, 49.
- --Ses inconvéniens, _b_, 14, 70.
-
-
-J
-
-_Jabets_, expl., _b_, 224.
-
-JACOB, _a_, 85.
-
-_Jacobins_ de Londres, _a_, LXXXI.
-
-_Jactance_, _a_, 29, 33.
-
-JAILLOT, _a_, LXXXV.
-
-_Jalet_, _b_, 224.
-
-_Jambes_ de l'épervier, _b_, 294.
- --du cheval, 74.
- --enflées, 77.
-
-_Jambons_, _b_, 127, 237.
- --Comment dessalés, 127.
- --frais, 147.
- --salés de trois jours, 139.
-
-_Jance_, _b_, 234, 236.
- --à aulx, 234.
- --de lait de vache, 234.
-
-_Jardinage_, _b_, 43.
-
-_Jargeau_ du cerf, _b_, 156.
-
-_Jarrets_ courts, _b_, 216.
- --du cheval, 74.
-
-JASSAUD (Hôtel de), _a_, XXI.
- --(MM, de), _ib._
-
-_Jattes_, _b_, 115, 123.
-
-_Jaunet_, _b_, 149.
- --V. _Loche_, _Mouton_, _potage_, _sausse_, _tripes_, _trumel_.
-
-_Jaunisse_ de l'épervier, _b_, 319.
-
-_Javart_, _b_, 75, 77.
-
-_Javel_ (Bois de), _a_, 68.
-
-JEAN (Le roi), _a_, LXXXI.
-
-JEAN DE BRIE, _a_, XIX.
-
-_Jean le Blanc_ (oiseau), _b_, 307.
-
-JEAN LE DESPENSIER (Maistre), _b_, 54.
-
-JEAN SANS PEUR, _b_, 116.
-
-JEANNE, comtesse de Boulogne et d'Auvergne, _b_, 46.
-
-JEANNE D'ÉVREUX, _b_, 115.
-
-JEHANNICOLA, _a_, 103.
-
-JÉRÔME (Saint), cité, _a_, 39, 62.
-
-_Jets_, expl., _b_, 290.
-
-_Jeux_, _a_, XLVII, LXXVII, 7, 71.
- --illicites, _b_, 59.
-
-_Jeu des échecs moralisé_, _a_, 186.
-
-_Jombarde_, _b_, 44.
-
-JOSEPHE (L'historien), _a_, 78.
-
-_Joubarbe_, _b_, 44.
-
-_Joue_ de boeuf, _b_, 85, 86, 88.
-
-JOUVENEL (Jehan), _a_, XXVI. V. JUVENAL DES URSINS.
-
-_Joyaux_ d'une riche bouchère, _b_, 82.
-
-_Jugiers_, _b_, 121. V. _Gésiers_.
-
-_Juifs_ en France, _a_, XXII.
- --Comment punissent l'adultère, 67.
- --Quand chassés, 68.
-
-_Juive_ assommée, _a_, 68.
-
-_Jurer_, _a_, 38, 43, 46.
-
-_Jurés_ de la boucherie, _b_, 81.
-
-_Juridiction_ de la grande boucherie, _b_, 81.
-
-_Justice_, _a_, 57.
-
-JUVENAL DES URSINS (Jean), _a_, LXX, 173. V. JOUVENEL.
-
-
-K
-
-_Karvy_, _b_, 245.
-
-
-L
-
-LABAN, _a_, 85.
-
-LABAT (Gilles). Ce qu'il étoit, _a_, LXXVIII, 137; _b_, 104.
-
-LABORDE (Le comte de), cité, _b_, 106.
-
-_Labour (Chasteau de)_, _b_, 4, 36.
-
-_Laboureur_ a la coanne plus dure qu'un prince, 293.
-
-_Laboureurs_, _b_, 56, 57.
-
-LACABANE (M. Léon), _a_, LXXV.
-
-LADEHORS (Oudin de la), _b_, 80.
- --Famille de bouchers, _ib._ et 83.
-
-_Lagny_ (Abbé de), _a_, LXXXIV; _b_, 103, 104, 105.
-
-_Lait._ Comment l'empécher de tourner, _b_, 176.
- --de vache, lié, 175.
- --(Jance de), 234.
- --lardé, 92, 93, 95, etc., 224.
- --non écrémé ni mélangé, 113.
- --(Potage de), _b_, 176, 177.
- --souvent mélangé, 159.
-
-_Lait_ d'amandes, _b_, 241.
-
-_Laitances_ de carpes, _b_, 217.
-
-_Laitière_ (Jehanneton la), _b_, 62.
-
-_Laitues_, _b_, 46, 96.
-
-LALLEMANT (Nic. et Rich.), _a_, LXVI.
-
-LAMARRE, cité, _b_, 80, 84.
-
-_Lamproie_, _b_, 192.
- --à froide sauge, 93.
- --à la boue, 192.
- --à la sauce chaude, _a_, 94.
- --à l'estouffée, 193.
- --bouillie, 193.
- --(Sauce de), 133.
-
-_Lamproyons_, _b_, 192.
-
-_Lancerel_, _b_, 88.
-
-_Lancerons_, _b_, 88.
-
-_Landal_ (Château de), _a_, 149.
-
-_Laneret_, _b_, 318, 319, 323, 325.
-
-_Langoustes_, _b_, 196, 205, 225.
-
-_Langue_ à retenir, _a_, 177, 178.
-
-_Langue_ de boeuf, _b_, 177.
- --salée et fumée, 133, 177.
-
-_Languedoc_, _b_, 195, 196.
-
-_Lanier_, _b_, 318, 319, 325.
- --dit _faucon vilain_, XLI, 323.
- --perché bas, 322.
- --Quels oiseaux il prend, 324.
- --vole bas, 322, 323.
-
-LANNOY (Agnès de), _a_, LVIII.
-
-_Lapereaux_, _b_, 110, 121, 236.
- --en rosé, 154.
- --rôtis, 275.
- --(Vol aux), 309.
-
-_Lapins._ V. _Connins_.
-
-_Larcin_, _a_, 45.
-
-_Lard_ acheté au boucher, _b_, 121.
- --aux choux, 144.
- --de caresme, 200.
- --jaune, déplaît, 126.
- --Son prix, 85.
- --sur les pois, 135.
- --(Témoins de), 270.
-
-_Larder_, expliqué, _b_, 88.
- --de percil, 177.
-
-_Lardés_ du cerf, _b_, 156, 157.
-
-LARIVIÈRE (Armes de), _a_, LVIII. V. _Rivière_.
-
-_Larras_, _b_, 102.
-
-LASERNA-SANTANDER, _a_, LXVI.
-
-_Lauderburg_, _a_, LVIII.
-
-_Laurier_ (Feuilles de), _b_, 101, 112.
-
-LAVAL (Généalogie de), _a_, LXVIII.
- --LOUÉ (Madame de), 240.
-
-_Lavande_, _b_, 44.
-
-_Lavandière._ Son emploi le jour des noces, _b_, 118.
-
-_Laver_ les mains au sortir de table, _a_, XL; _b_, 107.
-
-LAZARUS, _b_, 146.
-
-LEBARBIER, (Colin), _b_, 119, 120.
-
-LEBER (M.), _a_, LXVIII, 174; _b_, 115.
-
-LEBEUF (Jean), _a_, LXXI, LXXVI, 133; _b_, 296.
-
-LEBLOND (M.), _a_, LXIX.
-
-LECZINSKA (Marie), _a_, LVIII.
-
-LEFÈVRE (Guill.), dit VERJUS, _a_, XL; _b_, 81.
-
-LE FLAMENT (Jehan), _a_, XXVI.
-
-_Légende dorée_, _a_, 62.
-
-LEGOIS, boucher, émeutier, _b_, 84.
-
-LEGRAND D'AUSSY, cité, _a_, XXXVIII, XXXIX, XLII, LXXI, LXXV;
- _b_, 38, 110, 200, 205.
-
-LEIBNITZ, _a_, LXV.
-
-LE MAZIER (Henri), _a_, 140.
-
-_Lendemain_ pour _l'endemain_, _b_, 196, 221.
-
-_Lengoustes_, _b_, 196, 205, 225.
-
-_Lentisque_, _a_, 67.
-
-_Leschefrayes_, _b_, 102, 103.
-
-_Leschefrites_, _b_, 93, 97, etc.
- --écrit _leschefrayes_, _b_, 102 et 103.
- --sucrées, _b_, 94, 98, etc.
-
-_Leschefroies_, _b_, 103.
-
-LESCLAT (Pierre de), _a_, LXXXIII.
-
-_Lettres_ des reines, _a_, 75.
- --que nul ne verra, _b_, 250.
- --qu'on doit ou qu'on ne doit pas lire, _a_, 76.
-
-_Lettues_, _b_, 46, 96.
-
-_Leurre_, décrit, _b_, 318.
- --(Oiseaux de), _ib._
-
-_Leurrer_, expl., _b_, 284, 318.
-
-_Levain_ de pain, _b_, 239.
-
-_Lève-cul_ (Vol à), _b_, 280.
-
-_Lever_ d'une femme, _a_, 9.
-
-_Levrats_ (Vol aux), _b_, 309.
-
-_Levreaux._ V. _Levrats_.
-
-_Levrière_ tuée, _a_, 161.
-
-_Liaisons_, _b_, 87.
-
-_Libre arbitre_, _b_, 19.
-
-LIE (Lia), _a_, 86.
-
-_Lier_, expl., _b_, 281.
-
-_Lieures._ V. _Liaisons_.
-
-_Lieurs_ de fardeaux, _b_, 53.
-
-_Lièvre_ (Age d'un), _b_, 90, 169.
- --aux choux, 144.
- --(Civé de), 91, 169.
- --Comment couru par les épagneuls, 281.
- --(Conditions du), 72.
- --en boussac, 153.
- --en civé, 91, 169.
- --conservé, 133.
- --pourbouli, 271.
- --Quand plus tendre, 153.
- --rôti, 268.
- --(Vol au), 321, 324.
- V. _Levrats_.
-
-_Lille_, _a_, LXXIX.
-
-_Limaçons_, _b_, 223.
- --mangés par les riches et les Lombards, _ib._
- V. _Limats_.
-
-_Limandes_, _b_, 88, 160, 202.
-
-_Limats_ au chaudumé, _a_, XXXIX.
-
-_Limoges_, _a_, 95.
-
-_Lin_ (Toile de). Son prix, _b_, 221.
-
-LINCY (M. de), _a_, XXIX; _b_, 36, 62, 83, 251, 255.
-
-_Linge._ Comment marqué, _b_, 263.
- --de table, 115. V. _Touailles_ et _Serviettes_.
- --Liqueur pour le marquer, 263.
- --loué à quel prix, 123.
- --pour _mince_, 286.
- --propre donné au mari, _a_, 168.
-
-_Linote_ en cage, _b_, 256.
- --vendue très-cher, _b_, 62.
-
-LIPPOMANO (Jérôme), _b_, 116.
-
-_Liqueur_ pour _seigner_ (marquer), le linge, _b_, 263.
-
-_Lis._ V. _Lys_.
-
-LISTER, cité, _a_, XXXVI, XXXVII.
-
-_Lit_ nuptial (Bénédiction du), _a_, LXXXVI; _b_, 118. V. _Lits_.
-
-_Litière_, à quoi sert aux oies, _b_, 89.
-
-_Lits_ au XIVe siècle, _a_, 160, 169, 172, 238, 239.
-
-_Livre d'amours_, _a_, LXXXIII.
-
-_Livre_ de dépense, _b_, 58.
-
-_Livre des déduits_, _a_, LXIX.
-
-_Livre fort excellent de cuisine_, _a_, XXXIII.
-
-_Livres_ anciens non sérieux, mal imprimés, _a_, XXXIV.
- --de l'auteur, _a_, XXVI, 62. V. _Ouvrages_.
-
-LOBINEAU (Dom G. A.), _a_, LXIX.
-
-_Loche_, _b_, 175, 191, 382.
- --au jaunel, 100.
- --au waymel, 102.
- --en eau, 93, etc.
- --et anguilles tronçonnées dessus, 101.
- --frite, 102.
- --Son prix, 220.
- --vendue à la mesure, 114, 220.
-
-_Loirre_ (leurre), _b_, 318.
-
-_Lombarde_ (Mode), en fait de pasté, _b_, 185.
-
-_Lombardie_ (Chasse en), _b_, 310.
-
-_Lombards_, mangeurs de limaçons, _b_, 223.
- --(Potage de), 171.
-
-_Londres_, _a_, LXXXI.
-
-_Longe_ (chair), _b_, 86, 87, 130, 132.
-
-_Longes_, _b_, 295, 297.
-
-LONGUEIL (J. de), _b_, 119, 120.
-
-LONGUEVILLE (F. d'Orléans, duc de), _a_, LIX.
-
-_Losenges_, _b_, 96, 103.
- --d'oeufs, 209.
-
-LOTH et sa femme, _a_, 142.
-
-LOTRIAN (Alain), _a_, XXXV.
-
-LOTTIN DE CHARNY (Marie Aimée), _a_, XXI.
-
-LOTTIN (Erreur de), _a_, XXXIV.
-
-_Louens_, _a_, 186.
-
-LOUIS le Jeune, roi de France, _a_, 133.
- --Louis XIII, _b_, 307.
- --Louis XIV, 82.
- --abordé facilement, _a_, LXXII.
- --Petits pois à lui présentés, _ib._
-
-_Loups._ Comment les détruire, _b_, 63.
-
-_Lourgable_, _a_, 24.
-
-_Loyer_ au XIVe siècle, _a_, LXXXIII.
-
-LUCAS (Cl.), _a_, LXXIII.
-
-_Luceau_ (brochet), _b_, 88.
-
-LUCIFER (Désobéissance de), _a_, 129, 177.
-
-LUCRÈCE (Hist. de), _a_, 70.
-
-_Lus_ ou _Lux_, _b_, 88, 91, 96, 99 etc., 187.
- --faudis, 107,
- --(OEufs de), 229.
-
-LUXEMBOURG (Jacques de), _a_, LIX.
-
-_Luxure_, _a_, 50, _b_, 14.
- --de coeur, _a_, 51.
-
-LUYNES (Le connétable de), _a_, LXXIV.
-
-_Lys_, _b_, 49.
- --(Abbaye du), _a_, 148.
-
-
-M
-
-MACAIRE, _a_, 92.
-
-MACÉ (N.), _a_, XXI.
-
-_Machault_, _a_, 149.
-
-MACHAUT (Perrenelle de), _b_, 120.
-
-_Machès_, _b_, 186.
-
-_Machination_, _a_, 37.
-
-_Macis_ ou fleur de muscade, _a_, 67; _b_, 112.
- --fait mal à la tête, 237.
-
-_Mâcon_, _a_, XXI.
-
-MACROBE, cité, _a_, 179.
-
-_Madre_ (Coupes de), _b_, 82
-
-_Magasin pittoresque_, cité, _a_, LXXVII.
-
-MAIGNAC (Aymeri de), _b_, 104.
-
-_Mailles_ des plumes de l'oiseau, _b_, 293, 294, 323.
- --de son estomac, 298.
-
-_Maillotins_, _a_, XX, LXXXIII, 135.
-
-_Mains_ (Eau à laver les), _b_, 247.
-
-_Maire_ de la boucherie, _b_, 81.
-
-_Maison_ bien tenue, _b_, 61.
- --découverte chasse l'homme, _a_, 169, 171.
- --fermée au soir, _b_, 70.
- V. _Hotel_.
-
-_Maison réglée_, citée, _a_, XLIII, LXXI.
-
-_Maison rustique_, citée, _b_, 46, 180, 207, 214.
-
-MAISONS (N. de Longueil), _a_, LXXI. V. _Longueil_.
-
-_Maistre d'hostel_ de la Varenne, cité, _a_, XLII.
-
-_Maître_ (Aimer son), _b_, 23.
- --doit donner l'exemple, 60.
- --(L'épervier s'habitue à son), _b_, 301.
- --L'être de soi-même, _a_, 178.
-
-_Maître d'hôtel_, _a_, XL, XLII; _b_, 67.
- --Ses attributions, _b_, 117, 118.
-
-_Maître_ de la grande boucherie, _b_, 81.
-
-_Mal_ de tête causé par les épices, _b_, 236.
-
-_Mal_ se guérit par le bien, _a_, 207.
-
-_Malandre_, _b_, 74, 77.
-
-_Malars_, _b_, 89.
- --dde rivière à la dodine, 92
-
-_Malen_ (mal en?) _a_, LXXXIV, _b_, 73. dodine, 92.
- --rôtis, 181.
- V. _Canards_.
-
-_Mâles_ des oiseaux de proie; leurs noms, _b_, 318.
-
-MALIGNY (Jeanne de), dame d'Andresel, _a_, 150.
-
-_Mallars_, _b_, 89, 92, 181.
-
-_Malle_, _a_, 172.
-
-_Manche_ (Archives de la), _a_, XXXV.
-
-_Mandagores_, _a_, 89.
-
-_Manger_ combien de fois par jour, _a_, 49.
- --sans mâcher, _a_, 49.
-
-MANGEUR (Pierre le), cité, _a_, 77.
-
-_Manteaux_ de deux draps, _a_, 161.
- --d'une bouchère, _b_, 82.
-
-_Mantes_ (Fortifications de), _b_, 191.
-
-_Manus-Christi_, _b_, 122.
-
-_Manuscrits_ du _Ménagier_, _a_, LII et suivantes.
-
-_Maquereau._ V. _Maquerel_.
-
-_Maquerel_ en potage, _b_, 146.
- --frais, 196.
- --rôti, 103.
-
-_Maquerelles_, _a_, 133; _b_, 116.
-
-_Marchander_ toujours, _b_, 54. V. _Barguaigné_, 76.
-
-_Marchands_, _a_, 44, 46.
- --d'oiseaux, _b_, 62, 323.
-
-MARCHANT (Guiot), _a_, LXVII.
-
-_Marchepiés_, _b_, 61.
-
-_Marchiau_, _a_, 149.
-
-MARC-PAUL, _b_, 321.
-
-MARÉCHAL, cité, _a_, 16.
-
-_Maréchal_ ferrant, _b_, 56.
- --Son salaire, 79.
-
-_Marée_ mauvaise par temps pluyeux, _b_, 194.
-
-MARES (Herlin des), _b_, 119.
-
-MARÈS (Jean des). V. DESMARÈS.
-
-_Mari_ clément, _a_, 182, 183.
- --dérangé, comment le ramener, 185.
- --en voyage, pense au retour, 168.
- --sauvé de l'eau, 128.
- --(Second) difficile à trouver, 168.
- --Soins à lui donner, _ib._
- --souverain chez lui, 99.
- V. _Maris_.
-
-_Mariage_ (But du), _b_, 15.
- --en deuil, _b_, 123.
-
-MARIE d'Anjou, reine de France. Ses fenêtres, _a_, 174.
-
-_Marié_ servoit à table, _a_, XLI; _b_, 117.
-
-_Mariés_ divisés font un pacte, _a_, 126.
-
-_Maris_ aiment moins leurs femmes quand elles désobéissent, _a_, 142.
- --désirent la présence de leurs femmes, 175.
- --doivent tout leur dire, 132.
- --jeunes, prompts à changer, 143.
- --Leur heureuse vie, 139.
- --luxurieux pèchent, 52.
-
-_Marjolaine_, _b_, 43, 44, 45.
-
-MARNEF (Enguilb. de), _a_, LXVI.
-
-_Marouette_, _b_, 311.
-
-_Marques_ des plumes de l'épervier, _b_, 287. V. _Mercqs_.
-
-_Marquets_ chevelus, _b_, 44.
-
-_Marsouin_, _b_, 198.
- --à sa sauce, 107.
- --poudré à l'eau, 101.
-
-MARTINUS, _b_, 146.
-
-_Massepains_, _b_, 122.
-
-_Mastic_, ou encens de Perse, _a_, 67.
-
-_Matelas_ (flèche), _b_, 267.
-
-MATHIEU (Saint), cité, _a_, 63.
-
-_Matin._ Ce que c'est, _a_, 9.
-
-_Mâtins_ tuent les éperviers, _b_, 301.
-
-_Matons_ de lait, expl., _b_, 212.
-
-_Mauvis_ (Vol du), _b_, 311.
-
-_May_ (arbre coupé), _a_, 184; _b_, 106, 113, 114.
-
-MAZIER (Henri le), _a_, LXXIX.
-
-_Médecins_, _a_, 189.
-
-_Médisance_ permise aux chambrières, dans quel cas, _b_, 59.
-
-_Melle_, _a_, 94.
-
-MELLIBÉE (Histoire de), _a_, 186; _b_, 60.
-
-_Mello_, _b_, 249.
-
-_Mellus_, (_merlus_?) _b_, 107.
-
-_Melons_, _b_, 273.
-
-MELUN (Jehan de), _a_, LXXX.
-
-_Melun_, _a_, LXXXVII, 68.
- --(Siége de), 148.
- --(Vitrail à), LIX.
-
-_Membres_ s'aiment entre eux, _a_, 55.
- --secrets. Ne pas les nommer, _b_, 59.
-
-_Mémoires pour servir à l'histoire de France et de Bourgogne_,
- cités, _a_, XL.
-
-_Mémoriaux de la chambre des comptes_ (Note sur les), _a_, LXXIV.
-
-_Ménage_ (Avoir soin de son), _b_, 1.
-
-_Ménager de Paris._ Article de M. le baron de Reiffenberg sur
- ce livre, _a_, LV.
- --Comment connu de l'éditeur, LII.
- --Conjectures sur le sort du manuscrit original de ce livre, LVI.
- --écrit de 1392 à 1394, XXII.
- --La partie culinaire importante, XXXV.
- --longtemps inconnu, LII.
- --(Manuscrits du), LII et suiv.
- --signalé en 1843, LV.
- --Son orthographe varie, LXI.
- --Son texte revu soigneusement, LXI.
- --Système suivi dans l'édition de ce livre, LX et suiv.
-
-_Ménagière_, (Femme de l'auteur,) _b_, 53.
-
-_Ménestrels_, _b_, 123.
- --Ce qu'ils faisoient aux noces, _ib._ et 124.
-
-MENESTRIER (Le père), _a_, XXX.
-
-_Ménestriers_, _b_, 122, 123, 124.
-
-MENOT, cité, _a_, LXXVII.
-
-_Mensonge_ est utile, _b_, 26.
-
-_Menthe_, _b_, 44.
-
-_Menue-haste._ V. _Haste_.
-
-_Menues choses_, qui ne désirent point de chapitre, _b_, 262.
-
-_Menues espices_, _b_, 122.
-
-_Menus_, _b_, 91.
- --répétés, _a_, LXXXIV.
-
-_Menus_ de piés, _b_, 145.
- --droits du cerf, _a_, LXXXIV; _b_, 156.
-
-_Menus_ oiseaulx rôtis, _b_, 181.
-
-MENA (Gonz. de), _a_, LXVI.
-
-_Mer_ d'Angleterre, _b_, 197. V. _Chien_, _Porc_, etc.
-
-_Mercqs_ de l'épervier, _b_, 289 et 291, V. _Marques_.
-
-_Mercure de France_, _a_, 174; _b_, 296.
-
-_Mère-goutte_, _b_, 260.
-
-_Merlant_, _b_, 101.
- --salé, 201.
-
-_Merles_, _b_, 101.
- --(Chasse aux), 311.
-
-_Merluche_, _b_, 199.
-
-_Merlus_, _b_, 199. V. _Mellus_.
-
-_Mers_ ou _Merts_. V. _Mercqs_.
-
-_Mesche_ (Gingembre de), _b_, 230, 246.
-
-_Mesches_ ensouffrées, _b_, 264.
-
-_Mesnies_ (domestiques) abusent des épices, _b_, 117.
-
-_Messe_ (Explication des cérémonies de la), _a_, 17.
- --perdue par paresse, 41.
-
-_Mestier_ (oublie), _a_, XXXIX, XLIII; _b_, 92, 94, etc., 121.
-
-_Métayer_, _b_, 62.
- --(_Eudeline_ femme du), _ib._
-
-_Mets._ Diverses significations de ce mot, _a_, XLI.
- --inconvenans, _b_, 60.
- --pris dans le sens actuel, _b_, 91, 92, 99 (intitulé des menus,
- I, II, XV).
- --pris pour service, _b_, 92, 93.
- --Savoir les ordonner, 80.
-
-_Meute_ des pans, _b_, 314.
-
-_Miel_ (Boisson au). V. _Bochet_, _b_, 238.
-
-MIGNON (Denisette), _b_, 104.
-
-_Migon_, _b_, 195.
-
-_Milion_ (oiseau), _b_, 321.
-
-_Millet_, comment cuit, _b_, 176.
-
-_Minces._ Ce que c'est, _b_, 48, 143.
- --(Porée de), 143.
-
-_Miserelle_, expl., _b_, 243.
-
-_Miséricorde_, _a_, 58.
-
-_Modus et Ratio_, _a_, XLIX, LI, LXXII, 29, 48; _b_, 99,
- 157, 290, 293, 314, 315, 316, 325.
-
-_Modus et Ratio de divine contemplation_, _a_, LXXII.
-
-_Moëlle._ V. _Mouelle_.
-
-MOIGNE (Lucas le), _a_, XXXIX.
-
-_Moine de Saint-Denis_, cité, _a_, 135.
-
-_Moines_ plus obéissans que les femmes, _a_, 146.
-
-_Moissonneurs._ V. Soieurs, _b_, 54, 57.
-
-_Moissons_ (moineaux), _b_, 303.
-
-_Mol_ (mou) de porc, etc., _b_, 128, 129, 132.
-
-_Molettes_ du cheval, _b_, 74, 75.
-
-_Molissent_, _a_, LXIX.
-
-_Molle_, _b_, 203.
-
-_Mon_, expliqué, _b_, 37, 299.
-
-_Monde_, forêt pleine de lions, etc., _a_, 57.
-
-MONSTRELET, cité, _b_, 115.
-
-MONSTREUL (Tassart de), _a_, 139.
-
-MONTAIGU (Jean de), _b_, 254.
-
-_Montgeron_, _a_, XXVI.
-
-MONTGISON (Marie de), _a_, XXVI.
-
-MONTGLAT (M. et Mme de), _a_, 174.
-
-MONTIGNY (Galeran de), _b_, 255.
- --(Raoul de), _a_, 150.
-
-MONTMORENCY (Généalogie de), _a_, LXVIII.
-
-_Montpellier_, _b_, 248.
-
-MORAIS (C. de), _a_, LXXII; _b_, 319.
-
-MORANT (Colin), _b_, 119, 120.
-
-_Moret_, _a_, 149.
-
-_Morfondu_ (Cheval), _b_, 78.
-
-_Morillon_ (raisin), _b_, 67.
-
-MORIN (Dom Guillaume), _a_, 151.
-
-_Mortereul_, _b_, 211.
-
-_Mortier_, _b_, 115, 123.
-
-_Morue_ (Détails sur la), _b_, 195, 196.
- --Foie de morue en pasté, 223.
- --Manière de l'acheter, la preparer, etc., 195.
-
-_Mouches._ Comment s'en garantir, _a_, 172.
-
-_Mouchet_, _b_, 285.
- --Comment les distinguer, 287.
- --pour attirer les éperviers, 315, 318.
-
-_Mouelle_ (Buignets de), _b_, 224.
- --en rissoles, 226.
- --(Pastés norrois de), 223.
- --(Pipefarces de), 227.
-
-_Moules_, _b_, 204.
- --en civé, 277.
-
-_Moulin_ à moutarde, _b_, 245, 246.
-
-_Mourillon_, _b_, 67.
-
-MOUSSE (Guillaume de la), _a_, 95.
-
-_Moust._ Comment fait, _b_, 181.
- --pour hétoudeaux, 234.
-
-_Moustarde._ Comment faite, _b_, 229.
- --pour un dîner, 122.
- --(Soupe en), 175.
-
-_Moustiquière_, _a_, 172.
-
-_Mouton_ au jaunet, _b_, 149.
- --Ausoerre, 148.
- --(Brichet de), 87.
- --(Épaules de), 177.
- --(Ép. farcies de), 269.
- --(Flanchet de), 87.
- --(Glandes de), 313.
- --(Héricot de), 148.
- --(Pasté de), 148, 186.
- --(Poulmon de), 284.
- --(Prix du), 86, 87.
- --rôti, 177.
- --salé, 132, 133, 148.
- --(Tête de), 267.
- V. _Issue_ et _Pommeaux_.
-
-_Moutons_, _b_, 62, 63.
- --consommés à Paris, _a_, XLIII; _b_, 82, 83, 84, 85.
-
-_Moyen état_ (Gens de). Ce que c'est, _a_, L.
-
-_Mucé-en-Auxois_, _a_, XXI.
-
-_Mue_ de l'épervier, _b_, 311.
- --ou cage pour l'épervier, _b_, 313.
-
-_Muete_ des pans, _b_, 314.
-
-_Muge_ ou _Mugeon_, _b_, 195.
-
-_Mulet_ (Poisson), _b_, 195.
-
-_Mungon_, _b_, 195.
-
-_Municipalité_ parisienne en 1847 très-peu zélée pour
- l'histoire de Paris, _b_, 254.
-
-_Murmuration_, _a_, 37.
-
-_Muscade._ V. _Noix maguettes_.
-
-_Massy-la-Fosse_, _a_, XXI.
-
-_Mystère_ de Griselidis, _a_, 99.
-
-
-N
-
-NANGIS (Guillaume de), _a_, LXXVI.
-
-_Nappe_ (filet), _b_, 314.
-
-_Nappes_, _a_, XL.
- --à franges, 163.
- --changées pendant le repas, XLII.
- --de cuisine, _b_, 123.
- --différentes de touailles, 250.
- --dites indifféremment touailles ou nappes, 219.
- --grosses, 115.
-
-_Nard_, _b_, 112, 219.
-
-NASSAU (Comte de), _a_, 139.
-
-_Navarrois_ au château de Melun, _a_, 149.
-
-_Navets_, _b_, 49, 94, 97, etc.
- --avec venaison, 130.
- --Comment cuits, 144.
- --confits, 244.
-
-NEELLE (Jean de), _b_, 249.
-
-_Neelle_ fleur, _b_, 249.
-
-_Neffles_, _b_, 92 (bis), 101.
-
-_Négligence_, _a_, 40.
-
-_Neux_ du cerf, _b_, 156.
-
-_Nevers_, _b_, 296.
-
-NICOT, cité, _b_, 47 et ailleurs.
-
-_Nid_ des oiseaux captifs, comment fait, _b_, 256, 257. V. _Aire_.
-
-_Nieulles_, _b_, 101.
-
-_Niort_, _a_, 93, 94.
-
-_Nobles_ s'embrassoient, _a_, LXXVII.
-
-_Noces_ (Devis de), _b_, 108 et suiv.
-
-_Noe_ expliqué, _b_, 201.
-
-_Noël_, _b_, 43.
-
-_Noël_ du XVIe siècle rempli de termes culinaires, _a_, XXXIX.
-
-_Noisettes_ (Buvrage de), _b_, 240.
- --confites, 122. V. _Avelaines_.
-
-_Noix_, _b_, 121.
- --confites, 243, 247.
- --pelées, _b_, 92, 101.
-
-_Noix muguettes_ font douloir la tête, _b_, 236.
- --Quelles sont les bonnes, 230.
-
-_Nom_ écrit, donné en témoignage de stipulation, _a_, 132.
-
-_Nomblès_ ou _Nomblet_, _b_, 130, 131, 132.
- --à la sauce chaude, 100.
- --de cerf, 156.
- --de porc, 236; donné à l'épervier, 299.
- --de sanglier, 94, 157 (ou bourbelier).
-
-_Nombres_ qui renvoient à d'anciennes tables, _b_, 91.
-
-_Normandie_ (Moule de), _b_, 205.
-
-_Normands_ boivent beaucoup, _b_, 192.
-
-_Norwége_ (Sacres de), _b_, 323.
-
-_Notre-Dame_ de Mars, _b_, 156.
-
-_Notre-Dame_ de Paris, _a_, 16, 133.
-
-_Nourrices_, _b_, 58.
-
-_Nourriture_ du cheval, _b_, 76.
-
-_Nouvelliste de la Manche_, cité, _a_, XXXV.
-
-_Noyau_ de boeuf, _b_, 86, 133.
-
-_Noyer_ (Escume de), _b_, 263.
-
-
-O
-
-_Obéir_ à son mari, _a_, 96.
- --(Bien vient d'), 128.
- --comment, dans les cas douteux, 155.
-
-_Observations_ de l'auteur. V. _Remarques_.
-
-_Obstacles_ au vol de l'épervier, _b_, 302, 308.
-
-ODINET _de Sens_, _b_, 119.
-
-_Oé._ V. _Oies_.
-
-_OEil_ du cheval, _b_, 77.
- --d'un fruit, 247.
- --(Proverbe sur l'), 15.
-
-_OEuf_ pondu, _a_, 180.
-
-_OEufs_ (Arboulastre d'), 206.
- --à la ténoisie, 209.
- --(Alumelle d'), 208.
- --(Chapitre des), _b_, 206.
- --(Civé d'), 174, 277.
- --Comment les cuire, durcir, etc., 209.
- --heaumés, 208.
- --perdus, 208.
- --pochés en brouet, 172.
- --pour la fromentée, 121.
- --pour la pâtisserie, 110, 111.
-
-OFFÉMONT, _a_, LII; _b_, 249.
-
-_Officiers_ nécessaires à un grand repas, _b_, 114.
-
-_Offrande_, _a_, 19.
-
-_Oies_, _b_, 62, 94, 96, 271.
- --à l'eschinée et à l'andoulle rostie, 98.
- --(Boudin d'), 126.
- --Comment engraissées, 88; en trois jours, 212.
- --en potage, 149.
- --grasses à la dodine, 98.
- --petites, 160.
- --(Prix des), 110.
- --rôties, 180.
- --salées, 94, 97, 133. V. _Oisons_.
-
-_Oignons._ Comment cuits, _b_, 136, 137.
- --Leur odeur odieuse aux faucons, 325.
- --Tuent les mouches, _a_, 173.
-
-_Oiseau de paradis_, _b_, 183.
-
-_Oiseau saint Martin_, _b_, 307.
-
-_Oiseaux_ bons pour l'autour, _b_, 322.
- --comment servis, 182.
- --dans la pâte d'une tourte, 93.
- --de chambre ou en cage, _b_, 62, 253, 256.
- --(Marchand d'), 62.
- --petits sont un mauvais gibier pour l'épervier, 302, 303. V. _Oiselets_.
- --qu'on ne vide pas, 183.
- --rôtis, 181.
- --s'aiment et se suivent, _a_, 92.
-
-_Oiseaux de proie_, _a_, 92.
- --de leurre ou _rameurs_, de poing ou _voiliers_, _b_, 318, 319.
- --Leurs droits, 182.
- --Leurs maladies, 325.
- --Leurs noms, 318.
- --(Marchands d'), 323.
- --Quand ils suivoient les chiens, _a_, LXXVIII; _b_, 318.
-
-_Oiseaux de rivière_ à la dodine, _b_, 91.
- --en pâté, 271.
- --(Saupiquet pour), 233.
- --volés par le lanier, 324.
-
-_Oiselets._ Combien en une écuelle, _b_, 121.
- --en gravé, 121, 150.
- --en rosé, 154. V. _Oiseaux_.
-
-_Oisons._ Comment connoître leur âge, _b_, 180.
- --Comment les engraisser, 180.
- --consommés par le roi, etc., 85.
- --rôtis, 275.
- --(Saulce pour), 231. V. _Oies_.
-
-_Oïttres_, _b_, 102, 103.
- --(Civé d'), _b_, 174, 277.
- --Comment cuites, 137.
-
-_Ongles_ de l'épervier, _b_, 294.
-
-_Onglet_ de boeuf, _b_, 131.
-
-_Oraison._ Qualités qui lui sont nécessaires, _a_, 61. V. _Prières_.
-
-_Orangers_ bien connus en France au XIVe siècle, _b_, 110.
-
-_Oranges_, _b_, 108.
- --avec du poisson, 195.
- --de poucins, 276.
- --(Jus d') sur perdrix, 183, et sur poucin, 232.
- --(Pommes d'), 107, 110.
-
-_Ordonnances_ de février 1349-50, et 3 mai 1351 sur les épices, _b_, 112.
- --de février 1350-1, _a_, 169; _b_, 57, 58.
- --de 1387 et 1388 sur la maison du roi, _a_, XL, 237; _b_, 114.
-
-_Ordre_ donné à tous n'est pas exécuté, _b_, 61.
-
-_Oreilles_ de cheval, _b_, 73.
- --d'homme tirées pour frapper la mémoire, _b_, 40.
-
-_Orengat_, _b_, 112, 265.
-
-_Orenge._ V. _Oranges_.
-
-_Orfin_, _b_, 198.
-
-_Orge_ en boisson et donnée à la poulaille, _b_, 238.
- --mondée, 241, 271.
-
-ORGEMONT (Pierre d'), _a_, XIX, 148.
-
-_Orgueil_, _a_, 29, 31; _b_, 9.
-
-_Orillettes_, _b_, 96, 103.
-
-_Orilliers_, _a_, 238.
-
-_Orine_, expl., _b_, 238.
-
-ORLÉANS (Le duc d'), cité dans le _Ménagier_, _a_, XXII, LXXXI; _b_, 380.
- --Sa consommation, _b_, 85.
- --Ses maisons, 254. V. _Longueville_.
-
-_Orloges_, _b_, 257.
-
-_Orphie_, _b_, 198.
-
-_Orpiment_, _b_, 325.
-
-_Orte_ (Saffran d'), _b_, 246.
-
-_Orthographe du Ménagier_, _a_, LXI.
-
-_Orvale_, _b_, 44.
-
-_Oscille_, _b_, 44, 46.
- --(Vertjus d'), 111, 229.
-
-_Otages_ en Angleterre, _a_, LXXXI, 149.
-
-_Ottour._ V. _Autour_.
-
-_Oublées._ V. _Oublies_.
-
-_Oublies_, _a_, XLIII; _b_, 99, 107, 109, 110, 121.
-
-_Oubloier_, _b_, 121, 122.
- --ce qu'il fournit pour une noce, 109.
-
-_Ours_ apprivoisés, _a_, 144.
- --(Venaison d') contrefaite, _b_, 155, 179.
-
-_Outarde_ rostie, _b_, 181.
- --(Vol à l'), 309, 310, 321, 324.
-
-_Ouvrages_ cités, _a_, LXV.
- --consultés par l'auteur, _a_, XXXII et suiv. V. _Livres_.
-
-_Oyers_, _b_, 88.
-
-_Ozeille._ V. _Oseille_.
-
-
-P
-
-PACY (Jacques de), _b_, 253.
-
-_Paelle_ à anse, _b_, 115, 123.
- --à faire les crespes, 226.
- --à faire les fritures d'enfer, _a_, 31.
- --de cuisine, _b_, 106.
- --de fer, 115, 123.
-
-_Pages_ du duc de Berry. Leur nourriture, _b_, 85.
-
-_Parler_ folement, _a_, 48.
-
-_Paille_ dans les maisons, _a_, 171.
-
-_Paillier_ (Canards de), _b_, 89.
-
-_Pain_ blanc plat, _b_, 109.
- --brun, 236.
- --chapelé, 114.
- --Comment le broyer, 87.
- --cornu (proverbe), 36.
- --de bouche, 38.
- --de chapitre, _a_, XXXIX.
- --de Corbeil, 38, 109.
- --de tranchoirs, leur dimension, 109, 110.
- --meilleur que froment (proverbe), 21.
- --pour tranchoirs et pour chapeler, 106.
- --(Prix du), 109.
-
-_Paire_ d'eaux, _b_, 214.
-
-_Paisibles_ (Gens), à rechercher, _b_, 54, 56.
-
-_Paissonoir_, _b_, 294.
-
-_Paix_ (Éloge de la), _a_, 56.
-
-_Palettes_ pour tuer les mouches, _a_, 173.
-
-_Pampes_ de rose, _b_, 253.
-
-PAMPHILE, _a_, LXXXIII.
-
-_Panais_, _b_, 44.
-
-_Pance_ de mouton, porc, veau, etc., _b_, 128, 129.
-
-_Panoit_, _b_, 44.
-
-_Paons_, _b_, 99.
- --Comment nourris, _b_, 256.
- --en entremets, _a_, XLII.
- --rôtis, _b_, 181.
-
-_Papier_ (Dépenses écrites sur), _b_, 56, 58.
- --(Encre pour), 275.
- --huilé aux fenêtres, _a_, 174.
-
-PAPIRIUS (Histoire de), _a_, 179.
-
-_Parchemin_ aux fenêtres, _a_, 173.
- --(Encre pour le), _b_, 275.
-
-_Parement_ (Chambre de), _a_, XLIII; _b_, 107.
-
-_Parer_, expl., _b_, 238.
-
-_Paresse_, _a_, 39; _b_, 11, 17.
-
-_Paris_ (Consommation de), _a_, XLIII, XLV, XLVI; _b_, 80.
- --(Eaux de), _b_, 134.
- --Évêque de Paris à table, 104, 106.
- --maltraité en 1383, _a_, 135, 136.
- --(Oiseaux de proie vendus à), 323.
- --(Population de), _a_, XLIII, XLVI. V. _Boucheries_,
- _Épitaphes_, _Hôtels_, _Rues_, etc.
-
-_Paris sous Philippe le Bel_, cité, _a_, XLVI, XLVII, LXXXV.
-
-PARIS (M. Paulin), cité, _a_, XIX, LXII, LXVIII, 186; _b_, 4, 253.
-
-_Parisis_ (monnoie), _b_, 128.
-
-_Parlement_ (Registres du). Leur style, _a_, XXIX. V. _Plaidoieries_.
-
-_Parler_ peu, _a_, 178; _b_, 16.
-
-_Paroles_ abondantes ou plaisantes nuisent, _a_, 178.
- --déshonnêtes à défendre aux domestiques, _b_, 59.
-
-_Part de Dieu_, _b_, 115.
-
-_Partie_ de chasse au XIVe siècle, _a_, L.
-
-_Parvis_ (Boucherie du), _b_, 83, 84.
-
-_Pasquerés_, expliqué, _b_, 49, 126, 138, 143, 183.
-
-_Passage Charlemagne_, _b_, 255.
-
-_Passerose_, _b_, 249.
-
-_Pasteaux_ de guède, _b_, 214.
-
-_Pastés_ blancs, _b_, 102.
- --(Chapitre des), 185.
- --d'aloés, _b_, 92.
- --d'anguilles, 94.
- --d'argent, 96.
- --de boeuf, 93, 94, etc., 133, 186.
- --de boeuf et de mouelle, 94.
- --de bouli lardé, 186.
- --de bresmes et saumon, 93, 94, etc.
- --de chapons, 92, 93, 98.
- --d'escheroys, 185, 228.
- --de gibier, 186.
- --de gornaux, 95.
- --de lapereaux, 108, 121.
- --de maquerel, 196.
- --de mouton, 186.
- --de mulet, 195.
- --de pigons, 271.
- --de pinparneaux, 91, 92.
- --de porc, 271.
- --de potirons, _a_, XXXIX.
- --de poucins, _b_, 185.
- --de turtres et d'alouettes, 101.
- --de vache, 96, 100.
- --de veau ou veel, 91, 92, 186.
- --de venoison, 155, et d'oiselets, 95, 97, 185.
- --d'oés, poules, etc., 271.
- --d'oiseaux, 271.
- --en pot, de mouton, 148.
- --norrois, 92, 93, etc., 223.
- --(Petits), 118, 277.
- --(Sauce à mettre en), 236.
-
-PASTOUREL (Jean), _b_, 105.
-
-_Patenostre_ dite sans distraction, _a_, 21.
-
-_Patisseries_, _a_, XLIII; _b_, 115.
-
-_Paturon_, _b_, 74.
-
-PAUL (Saint), cité, _a_, 56, 59, 63.
-
-PAUL-DIACRE, cité, _a_, 68.
-
-_Paulmoïer_ ou _Paumoyer_, expl., _b_, 222, 271.
-
-_Pauvreté_, _b_, 18.
-
-_Pavot_, _b_, 44.
-
-_Pêches_, _b_, 118, 245.
-
-_Péchés_ mortels, _a_, 28.
-
-_Pele_ (poële), _b_, 111. V. _Paele_.
-
-_Pénanciers_, _a_, 175.
-
-_Penne_ sous le pied de l'oiseau enrhumé, _b_, 320. V. _Fourrure_.
-
-_Pépie_ des oiseaux, _b_, 325.
-
-_Perceau_, _b_, 249.
-
-_Perche_ branlant pour éveiller l'oiseau, _b_, 315.
- --de l'épervier, garnie, 313.
- --mouillée, dangereuse, 299.
-
-_Perche_ (mesure), _b_, 47.
-
-_Perche_, _b_, 175, 187.
- --au percil, 102.
- --(Coulis de), 242.
-
-_Percil._ V. _Persil_.
-
-_Perdriaulx_, _b_, 186.
- --à l'eau rose, 275.
- --à l'orange, 276.
- --(Chasse aux), _b_, 280, 308.
- --faits de poucins, 212.
- --mangés au sel, 213.
-
-_Perdrix_, _b_, 85, 91, 92, 98, 101.
- --à l'eau rose, 275.
- --à l'orange, 276.
- --(Chasse des), 307.
- --Comment mangées, 183.
- --jeunes, bonnes à chasser, 309.
- --Où les chercher, 301, 307.
- --Quand adouées, 183.
- --Quelles sont les fraîches, 90.
- --vieilles à prendre au voulon, 309.
- --volées par le lanier, 324.
-
-PERIERS (Bonavent. des), _b_, 380.
-
-_Péronne_, _a_, LIX; _b_, 381.
-
-_Pers_ (bleu). (Comment détacher les robes de), _b_, 66.
-
-_Perse_ (Princes de), chassent à l'oiseau, _a_, LI.
-
-_Persil_, _b_, 45, 46, 49.
- --Racines de persil confites, 245. V. _Houssié_ et _Larder_.
-
-_Pertes_ (village), _a_, 68.
-
-PÉRUSE (Comtesse de), _a_, 110, 113, etc.
-
-_Pès_ de Chastellier, _b_, 97, 103.
- --d'Espaigne, _ib._
-
-_Pesches_, _b_, 118.
- --confites, 245.
-
-_Pessouer_, _b_, 294.
-
-_Pestail_, _b_, 115, 123, 271.
-
-PETIT (Jean), _b_, 115.
-
-PÉTRARQUE, _a_, 99, 124.
-
-PHARAON, _a_, 79.
-
-_Philicon (quid?)_, _b_, 219.
-
-PHILIPPE AUGUSTE, _b_, 84.
-
-PHILIPPE DE VALOIS, _a_, 139, 149.
-
-PHILIPPE LE BEL. Compte de ce prince, _a_, 169.
-
-_Pias_, _b_, 300.
-
-_Picard_ (Dialecte), _a_, LVII.
-
-_Picardie_, _b_, 126.
-
-PICQUE (Richard), _a_, LXX; _b_, 61, 115.
-
-_Pieds_ de boeuf, _b_, 129, 132, 145.
- --de cheval, 74, 77.
- --de chevreau, 145.
- --de mouton, 129, 132, 145,
- --lavés, _a_, 169, 238.
-
-_Pierre-au-lait_, _a_, LXXXV; _b_, 113.
- --(Échevins de la), _a_, LXXXV.
-
-PIERRE (François), dit _La Varenne_, _a_, XXXVIII.
-
-_Pies_ (Dresser l'épervier aux), _b_, 300.
- --tuées à l'arbalète et mangées, 267.
- --(Vol aux), 311.
-
-_Pigeons_, _b_, 62, 110, 121.
- --à l'orange, 276.
- --au sucre, 275.
- --avec choux, 144.
- --consommés à la cour, 85.
- --en pasté, 271.
- --lardés, 178.
- --mauvaise nourriture pour l'épervier, 287, 306, 311.
- --sauvegarde singulière, _a_, 69. V. _Coulons_.
-
-_Pignolat_, _b_, 225.
- --contrefait, _ib._
-
-_Pigons_, V. _Pigeons_.
-
-_Pilette_ (flèche), _b_, 267.
-
-_Pince-mérille_ (jeu), _a_, LXXVII, 71.
-
-_Pinperneaux_ en pâté, 91, 92.
- --rôtis, _b_, 101, 103, 191.
-
-_Pintes_ (à boire), _b_, 115.
- --d'étain, 123.
-
-_Pipefarces_, _b_, 92, 95, etc., 227.
-
-PISAN (Chr. de), _a_, LXVII; _b_, 119.
-
-_Pise_, _b_, 93. V. _Tourtes_.
-
-_Pivoine_, _b_, 49.
-
-_Placebo_ (Jouer de), (flatter,) _b_, 25.
-
-_Plaideurs_, _a_, 44.
-
-_Plaidoieries_ du parlement, _a_, LXXII; _b_, 116 et
- _passim_. V. _Plais_ et _Parlement_.
-
-_Plain_ (Vin), _b_, 174.
- --expliqué, _b_, 193.
-
-_Plais_ (Épervier porté aux), _b_, 296.
-
-_Plais._ Voyez _Plies_.
-
-_Plaisir_ du mari le premier suivi, _a_, 97.
- --quel qu'il soit, 155.
-
-_Plan de tapisserie_, _a_, LXXIII; _b_, 255.
- --de Turgot, _a_, LXXIII; _b_, 80.
-
-PLANCHER (Dom), _a_, LIX.
-
-_Planter_ (Quand), _b_, 43, 44.
-
-_Plastreau_, expliqué, _b_, 68.
-
-_Plat_ (Cheval). Ce que c'est, _b_, 74.
-
-_Plats._ Comment servis, _a_, XLI, XLII.
- --couverts, _b_, 106.
- --grands, 115, 123.
- --petits en étain, 115; en grand nombre, 123.
-
-_Plays._ V. _Plies_.
-
-_Pleiges_ (répondans), des domestiques, _b_, 58. V. _Caution_.
-
-_Plies_, _b_, 88, 202.
- --en l'eau, 93, 95, 97, etc.
-
-_Plommé_, expl., _b_, 240.
-
-_Plouviers_, _b_, 98, 101.
- --mangent du vent, non vidés, 183.
-
-_Pluie_ mauvaise pour l'épervier, _b_, 299.
-
-_Plumage_ de l'épervier, _b_, 292.
- --des canards, 89.
-
-_Plumer_ à sec, _b_, 181.
-
-_Plumes_ cassées, comment les raffermir, _b_, 302.
- --de l'épervier marquées par les _faims_, 287.
- --des ailes des oiseaux, 89.
- --des perdrix, 90.
- --ou cures pour l'épervier, 297, 298, 312.
-
-_Pluviers._ V. _Plouviers_.
-
-_Poële._ V. _Paele_.
-
-_Poëliers_, _a_, LXXXVII.
-
-_Poids_ (Gros), expl., _b_, 248.
-
-_Poinçon_ (tonneau). Sa contenance, _b_, 244, 249, 260.
-
-_Poireaux._ V. _Poreaux_.
-
-_Poirée._ V. _Porée_.
-
-_Poires_, _b_, 92, 121.
- --confites, 245.
- --cuites, 92, 267.
- --d'angoisse, 267.
- --vermeilles en hiver, 250.
-
-_Pois_, _b_, 49.
- --au craspois, 136.
- --au lard, 135, 136.
- --coulés, 91, 96, etc., 136.
- --daguenets, 100.
- --Dans quelle eau cuisent, 134.
- --en cosse et au lard, 136.
- --nouveaux, 136.
- --percés, 50.
- --vieils en potage, 134.
- --vieils jaunis, 136.
-
-_Poisières_, _b_, 307.
-
-_Poisons_ pour cerf ou sanglier, _b_, 258.
-
-_Poisson_ d'eau douce, _b_, 92, 93; (Chapitre du), 187.
- --de mer, 92, 93.
- --de mer, plat (Chapitre du), 201.
- --de mer, rond (Chapitre du), 194.
- --froid au potage jaunet, 175.
- --en galentine, 174.
-
-_Poitevine_ (Sauce), _b_, 234.
-
-_Poitiers_, _a_, 94.
-
-_Poitou_ (Chevauchée de), _a_, XLV. V. _Niort_.
-
-POITRINE (Jeh.), _b_, 119, 120.
-
-_Poitrine_ de boeuf, _b_, 86, 87, 131.
-
-_Poivre_ aigret ou jaunet, _b_, 178, 232.
- --long, 112.
- --noir, 233.
-
-_Poles_, _b_, 203.
-
-_Pommeaux_, _b_, 97, 103, 222.
-
-_Pommes_ (Breuvage de), _b_, 79.
- --cuites, 101, etc.
- --de blandureau, 111, 122.
- --de rouvel rôties, 106.
- --en riquemenger, 268. V. _Oranges_ et _Grenades_.
-
-_Pommettes_ de fressure d'agneau, _b_, 222.
-
-_Pompons_, _b_, 273.
-
-_Ponctuation_, _a_, LXI.
-
-_Pont-sur-Yonne_, _a_, 68.
-
-_Pontife_ (Fromage comparé au), _b_, 146, 147.
-
-PONTONNIER (Jean le), _b_, 82.
-
-_Porcs_, _b_, 62, 266, 268.
- --(Boyaux de) comment lavés, 160, 228.
- --(Chaudun de), 160.
- --consommés à Paris, _a_, XLIII; _b_, 82, 83, 84, 85.
- --en pasté, _b_, 271.
- --en rissole, 225.
- --eschaudés et rostis, 178.
- --(Filet de cuisse de), 287.
- --(Fressure et boyaux de), 158, 228.
- --(Hastelets de chaudun de), 228.
- --(Issues de), 128.
- --jaunis à l'air, 126.
- --mis au saloir en Picardie, 126.
- --(Pieds de), 237.
- --Quand les tuer, 125. V. _Cochon_, _Pourceau_,
- _Pourcel_, _Pourcelet_, _Sous_, _Ver_, _Vinaigrette_.
-
-_Porc de mer_, _b_, 198.
- --en entremets, _a_, XLII.
-
-_Porc épic_ (Hôtel du), _b_, 254.
-
-_Poreaux_, _b_, 50.
- --à chapons, 98.
- --aux amandes, 99.
- --blancs, 96.
-
-_Porée_, _b_, 44, 47.
- --au lait d'amandes, 142.
- --blanche, 94, 95, 139.
- --blanche de bettes, 140.
- --de bettes, 137, 140.
- --de cresson, 102, au lait d'amandes, 140.
- --de minces, 142.
- --d'été, de caresme, etc., 48, 49.
- --noire, 93, 97, etc., 142.
- --nouvelle, 141.
- --verte, 107, 139, 141, 142.
- --vieille, 141.
-
-_Portages_ (ports), des provisions, _b_, 123.
-
-_Porte de Paris_, _b_, 80, 122, 132.
-
-_Portes_ (oublies?), _b_, 110, 122.
-
-_Portechappes_, _a_, XLI; _b_, 114.
-
-_Portefaix._ Leur caractère, _b_, 54.
-
-_Porteurs_ à l'enfeutrure, _b_, 53.
- --d'eau, 115.
-
-_Portugais_ à la cour de Bourgogne, _b_, 273.
-
-_Portugal_, _a_, LXVI.
- --(Jardiniers de), _b_, 273.
-
-Potage aoursé (brûlé), _b_, 87, 124, 137, 263.
- --de Lombards, 171.
- --de pois vieils, 134.
- --d'une petite oé, 149.
- --écartelé, 91, 216.
- --jaunet, 175.
- --maigre, 148.
- --parti, ou faux grenon, 216.
- --pour faire issue, appelé _Gelée_, 100.
-
-_Potages_ à épices non lians, _b_, 147.
- --communs sans épices, 134.
- --d'épices, leur saison, 242.
- --(Épices pour les), 107.
- --lians, 87.
- --lians de chair, 158.
- --Manière de les dessaler et d'en ôter l'arsure, 262, 263.
- --qui s'en vont sur le feu, 88.
-
-POTARD (Jean), _b_, 116.
-
-POTARDE (Perrette), _b_, 116.
-
-_Potirons_ (Pâté de), _a_, XXXIX.
-
-_Pots_, à aumône, _b_, 115, 118, 123.
- --Combien loués, 124.
- --de cuivre pour la vaisselle, 115, 122.
- --de diverses sortes, 115.
- --de terre, à vin, 123.
- --pour la gelée et la cameline, 114.
- --pour potages, 123.
-
-_Poucins_, _b_, 108, 160.
- --à la mode lombarde, 185.
- --à l'eau bénite, 275.
- --à l'eau b. d'oignons, 276.
- --à l'orange, 276.
- --à porter à la chasse, 300, 306.
- --Combien pour un dîner, 110.
- --Comment engraissés, 212.
- --Comment faisandés, 181.
- --en froide sauge, 215.
- --en pasté, 185.
- --en rosé, 154.
- --farcis, 212.
- --mangés en trois fois par l'épervier, 306.
- --nourris avec des éperviers, 285.
- --(Perdreaux faits de), 212.
- --(Prix des), 110, 121.
- --rôtis, 180, 232. V. _Poulets_.
-
-_Poudre_ blanche, _b_, 122.
- --de canelle, 122.
- --de duc, 248.
- --fine, 122, 247.
- --pour tuer les loups, 63.
-
-_Poulailles_, _b_, 85.
- --farcées, 213.
-
-_Poulaillier._ Ce qu'il fournit pour un repas de noces, _b_, 110, 122.
- --du roi, etc., 85.
-
-_Poules_, _b_, 62, 271.
- --aux herbes, 100.
- --farcies, 268.
-
-_Poulet_, _b_, 165.
- --(Coulis d'un), 242.
- --Cols de poulets en coulis, _ib._
-
-POUPART (Charles), argentier du roi, _a_, XXX.
-
-_Pourceau_, _b_, 62.
- --(Groin de), nécessaire au serviteur, 23.
- --jaunit à l'air, 126. V. _Porc_, _Pourcel_, _Pourcelet_, _Cochon_, etc.
-
-_Pourcel_ (Soux de), _b_, 231.
-
-_Pourcelet_ farci, _b_, 178.
- --lardé, 178.
- --(Sous de), 215.
-
-_Pourpois_, _a_, LXXXIV; _b_, 103, 198.
-
-_Poux_ des oiseaux, _b_, 325.
-
-_Précautions_ à prendre avec les hommes de peine, _b_, 54.
-
-_Président_ du parlement, _b_, 104.
- --Comment placé et servi à table, 106.
-
-_Présomption_, _a_, 42.
-
-_Presse._ V. _Foule_.
-
-_Prêter_ 12 pour 13, _a_, 46.
-
-_Prêtres_ discrets, _a_, 162.
-
-_Prévôts_ de Paris, _b_, 254, 255.
- --(Hôtel des), 255.
-
-_Prières_, _a_, 10, 11, 12. V. _Oraison_.
-
-_Prime_ (Heure de), _a_, 48.
-
-_Prix_, cités dans le _Ménagier_, comment les interpréter, _a_, XXXI.
- --de la bougie, _b_, 112.
- --de la canelle, 111.
- --de la chair, 128, 132.
- --de la cire, 112.
- --de la graisse, 82.
- --de la loche, 220.
- --de l'argent, 86.
- --de la vaisselle, 124.
- --de la volaille, 110, 119, 120, 121.
- --de l'eau, 123.
- --de l'herbe verte, 124.
- --de l'ypocras, 112.
- --des amandes, 111.
- --des bonbons, 112.
- --des carrotes, 245.
- --des cochons, 120, 220.
- --des cuirs de boeuf, 82.
- --des écrevisses, 220.
- --des épices, 111.
- --des flambeaux, 112, 124.
- --des fleurs, 116, 123.
- --des ménestrels, 123.
- --des morceaux de boeuf, 86, 87.
- --des moutons, 82.
- --des nappes, 124.
- --des oublies, 107, 109.
- --des perdreaux, 120.
- --des pots d'étain, 124.
- --des sergens, 124.
- --des tables, tréteaux, etc., 116, 123.
- --des torches, 112, 124.
- --des verres, 124.
- --du blé, 109, 111.
- --du bois à brûler, 113.
- --du charbon, 113.
- --du froment mondé, 111.
- --du galanga, 112.
- --du gingembre, 111.
- --du girofle, 111.
- --du macis, 112.
- --du mouton, 86, 87.
- --d'un cuisinier, 114, 123.
- --d'un hôtel pour une noce, 116, 123.
- --du pain, 109.
- --du poivre, 112.
- --du ris, 111.
- --du safran, 111.
- --du sucre, 111.
- --du veau, 86, 87, 221.
-
-_Procureur_ au chatelet et au parlement, _a_, LXXVIII, LXXXV.
-
-_Procureur du roi_, _b_, 104, et note.
- --Où placé à table, _b_, 106.
-
-_Procureur général._ Remarques sur ces mots, _a_,
- LXXVIII, LXXIX; _b_, 104, 106.
-
-_Prouesse_, _a_, 57.
-
-_Provence_ (Figues de), _b_, 101.
-
-_Proverbes_, _a_, LXXXVII, 169, 178; _b_, 4, 15,
- 21, 37, 56, 70, 114, 125, 156, 292.
-
-_Proverbiale_ (Façon de parler), _a_, XLVII.
-
-_Provins_ (Roses de), _b_, 252.
-
-_Provisions_, par qui achetées, _b_, 117.
-
-_Prudence_, femme de Mellibée, _a_, 186 et suiv.
-
-_Prunelles_ de haie, _b_, 235.
-
-_Prunier_ enté sur vigne, _b_, 51.
-
-_Psaultier_, _b_, 129, 132.
-
-_Pucelle_ (Conditions de la), _b_, 72.
-
-_Puces._ Comment les chasser, _a_, 171.
-
-_Purée_, _b_, 102.
- --expl., _b_, 135, 137.
- --A quoi elle sert, 136, 137.
-
-_Purer_, expliqué, _b_, 135.
-
-
-Q
-
-_Quadragésimal spirituel_, _a_, LXXIII; _b_, 45.
-
-_Quarrel_ fondant sous le pied, _b_, 204.
- --ou _Quarreau_ (brochet), 88.
-
-_Quarrelet_, _b_, 202.
-
-_Quartes._ Ce que c'est, _b_, 106.
- --d'argent, _a_, XL; _b_, 118.
- --d'étain, 115, 123.
-
-_Quatre-de-chiffre_, _a_, LXXXIV.
-
-_Quayeu_ (Moule de), _b_, 205.
-
-_Quelboe_, _b_, 204.
-
-_Quelrel_, _b_, 204.
-
-QUENTIN (Thomas), _a_, 237.
-
-QUENTINE (Jeanne la), _a_, 237.
-
-_Queue_ (tonneau), _b_, 67.
-
-_Queue_ de cheval, _b_, 72, 75.
- --de l'épervier, _b_, 312.
- --de sanglier, 155, 179.
- --de sanglier à la sauce chaude, 93, 96.
- --Sauce dite _Queue de sanglier_, 179, 236.
-
-_Queue._ V. _Balay_.
-
-_Queue-en-Brie_ (La), _a_, LXXXV.
-
-_Queurie._ V. _Cuisine_.
-
-_Queux_ (Grand), de France, _a_, XL.
-
-_Queux_ (Aides des), _b_, 123.
- --(Attributions d'un), _a_, XL; _b_, 117.
- --loué, 114.
- --(Salaire d'un), 123.
- --(Terme technique des), 164.
-
-_Qui féri_ (jeu), _a_, 71.
-
-
-R
-
-_Raales_ des champs, _b_, 310.
-
-RACHEL, _a_, 85.
-
-_Rafan_, _b_, 246.
-
-_Raffle_ racine, _b_, 246.
-
-_Rage_ (Conjuration contre la), _b_, 259.
-
-_Raie._ V. _Raye_.
-
-_Raifort_, _b_, 246.
-
-_Raisin._ V. _Roisins_.
-
-_Raison._ Avantages qu'elle procure, _b_, 29.
-
-_Ramage_ (Épervier), _b_, 314, 320.
-
-_Ramiers_ (Coulons), _b_, 89, 133.
-
-_Ramolles._ V. _Raniolles_.
-
-_Rancune_, _a_, 40.
-
-_Rangs_ peu marqués dans les relations sociales, _a_, L. V. _Bourgeois_.
-
-_Raniolles_, _b_, 93, 97.
- --lombardes, _b_, 95.
-
-_Rape_, _b_, 77.
-
-_Rapine_, _a_, 45.
-
-_Rappé_, _b_, 168.
-
-_Rate_, _b_, 132.
-
-_Ratières_, _b_, 64.
-
-_Rats_, bons pour les oiseaux, 312, 313, 326.
- --Comment les détruire, _b_, 64.
-
-_Raves_, _b_, 49.
-
-_Raye_, _b_, 201, 202.
- --(Aulx camelins pour), 201, 230.
- --bouclée, lisse, etc., 201.
- --(Galentine pour), 202.
- --notrée, 201.
-
-RAYMONDE, _a_, 68.
-
-_Rebat_, _b_, 291.
-
-REBECCA, _a_, 85.
-
-_Recettes_ dont l'auteur doute. V. _Remarques_.
- --empruntées, _a_, XXXIV.
-
-_Réclamer_, expl., _b_, 284, 296, 297, 299, etc., 314.
-
-_Recommanderesses_, _b_, 58.
-
-_Recoupes_, _b_, 89.
-
-_Recréance_, expl., _b_, 295, 296, 297, 299, etc.
-
-_Recueil de tous les oiseaux de proie_, etc., _a_, LXVI.
-
-_Redefort_, _a_, LXIX.
-
-_Regard_ (Joli passage sur le), _b_, 14.
-
-_Regard_ (Jour du), _b_, 118, 122, 124.
-
-_Réglisse_ (Quelle est la bonne), _b_, 238.
-
-REIFFENBERG (M. le baron de), _a_, LIII.
- --Son article sur le _Ménagier_, LV.
-
-_Reims_, _a_, LXX.
-
-_Reine_ (Dépense de la) et de ses enfans, _b_, 85.
-
-_Reine_ de Navarre, _a_, 240.
-
-_Reines_ blanches, _b_, 123.
- --de France ne lisent seules que les lettres autographes des rois, _a_, 75.
- --n'embrassent que le roi, 76, _b_, 381.
-
-_Réjouir_ (Tout le monde aime à se), _a_, 154.
-
-_Relations des ambassadeurs vénitiens_, citées, _a_, XLVII.
-
-_Religieux de Saint-Denis_, cité, _a_, 135, 136.
-
-_Remarques_ critiques[1612] de l'auteur sur des recettes, _a_, XXXI; _b_,
- 66, 85, 93, 106, 129, 153, 158, 161, 162,
- 164, 166, 167, 179, 190, 235, 236, 269.
-
-_Remèdes_ pour les chevaux, _b_, 77.
-
-_Remere_, expl. _b_, 307.
-
-_Renart_ (Conditions du), _b_, 72.
- --Recette pour les détruire, 63.
-
-RENAUD de Louens, _a_, 186.
-
-_Renodie_ (La). V. _Sainte-Aulaire_.
-
-_Renoulles_, _b_, 222.
-
-_Renseignemens_ à prendre sur les chambrières, _b_, 57.
-
-_Renverser_ une anguille, _b_, 191.
-
-_Repas_ des domestiques, _b_, 70.
- --(Ordre d'un), _a_, XL; _b_, 103 et suiv.
-
-_Repos_ trompe les gens, _b_, 40.
-
-_Reprise_ des torches par l'épicier, _b_, 123.
-
-_Requêtes_ de l'hôtel, _a_, LXXIX.
-
-_Ressatir_, _b_, 299.
-
-_Restes_ des tables, _b_, 117.
-
-_Restraintif_ pour les chevaux, _b_, 77, 79.
-
-_Retrait_ de la reine, _b_, 62.
-
-_Rets saillant_, _b_, 314.
-
-_Révolution_ a diminué la consommation de la viande, _a_, XLVI.
-
-_Rhombus_, _b_, 203.
-
-_Rhume_ de l'épervier, _b_, 319, 320.
-
-_Riagal_ (aconit), _b_, 64.
-
-_Ribaude._ Mauvais mot, _b_, 60.
-
-_Ribelette_, expl., _b_, 139, 142.
-
-_Richebourg_, _a_, LIX.
-
-RICHEMONT (Arthur de), _b_, 254.
-
-_Riches_ gens mangent des limaçons, _b_, 223.
-
-_Rique-menger_, _b_, 268.
-
-_Rire_ (Comment), _b_, 26.
-
-_Ris_, _b_, 214.
- --battu, 111.
- --engoulé, 91, 92, 98, etc.; 214, 243.
- --et amandes frites dessus, 107.
- --(Fleur de), 122.
-
-_Rissoles_, _b_, 88, 92, 93.
- --à jour de poisson, _b_, 225.
- --à jour de chair, _ib._
- --de brochet, 188.
-
- --de mouelle de boeuf, 84, 97, etc.; 226.
- --en carême, 225.
-
-RIVIÈRE (Bureau de la), _a_, LXVI; _b_, 46, 380.
-
-_Robe_, expl., _b_, 67.
-
-_Robes_ à visiter, _b_, 65.
- --Comment les détacher, nétoyer, etc., _b_, 65 et suiv.
- --d'une bouchère, 82.
-
-_Robeslinges_, _a_, 169, 238, 239.
-
-ROCHEFORT (Jean de), _a_, 150.
-
-_Rochelle_ (Vin de la), _b_, 38.
-
-_Rocs_ d'échiquier, _a_, XLVII, 7; _b_, 381.
-
-RODOALD, _a_, 70.
-
-_Rogne_ du cheval (gale), _b_, 75, 77.
-
-ROHAN (Vicomte de), _b_, 321.
-
-_Roi_ (Consommation du), _b_, 85.
- --(Étaux du), 200.
-
-_Roi-qui-ne-ment_ (Jeu du), _a_, 7.
-
-_Roi (Ne pour), ne pour roc_, _a_, XLVII; _b_, 380.
-
-_Rois._ Étoffe grossière, ou vêtement grossier, _a_, LXXXIII; _b_, 32.
-
-_Roisins_, _b_, 101, 118.
- --de Digne, sans pepins, 246.
- --sans pepins, 50. V. _Morillon_ et _Moust_.
-
-_Roissoles._ V. _Rissoles_.
-
-_Romain_ (Pauvre) fait empereur, _a_, 98.
-
-_Romaine_ (Histoire de la), _a_, 158.
-
-_Romaine_ (Laitue), _b_, 46.
-
-_Romainville_, _a_, LXXXV.
-
-_Roman de la Rose_, cité, _a_, 75.
-
-_Romarin_, _b_, 53, 106, 231.
- --Manière de l'envoyer loin, 53.
-
-_Roménie_ (Sacres de), _b_, 323.
-
-ROMILDE, duchesse de Frioul, _a_, 70.
-
-_Rondeaux_ sur Aubriot, _a_, LXXXVII.
-
-_Rongne_, _b_, 75, 77.
-
-_Ront_ (poisson), _b_, 203.
-
-ROQUEFORT (J. B. B. de), _a_, LXXI, etc.
-
-ROQUELAURE (G. J. B. duc de), _b_, 83.
-
-_Rosé_ (plat), _b_, 95.
- --d'alouettes, 94, 97, 154.
- --de lapereaux, 93, 97, 154.
- --de poucins, 154.
- --d'oiselets, 154.
-
-_Rosé_, (_quid_?), _b_, 252.
-
-_Roses_ de Prouvins, _b_, 252.
- --gardées en hiver, 52, 251, 252. V. _Fleurs_.
-
-_Rosiers_, _b_, 49.
-
-_Rosses_ (poisson), _b_, 194.
-
-_Rost_ de char (Chapitre du), _b_, 177.
- --Le meilleur qu'on peut, 93, 95, etc.
-
-_Rôtisseur._ V. _Oyers_.
-
-ROUBAIS (Isabelle de), _a_, LIX.
- --(Jean de), LVIII.
- --(Marguerite, dame de), LVIII et suiv.; _b_, 272.
- --(Pierre de), _a_, LVIII, LIX, LX; _b_, 275;
- prend Péronne en 1465, _a_, LIX.
-
-_Roubais_ (Église de), _a_, LIX.
-
-_Rouen_, _a_, 135.
-
-_Rouget_, _b_, 100, 101, 197.
- --(Espimbèche de), 175.
-
-_Rougir._ Bon signe chez une chambrière, _b_, 59.
-
-_Rouillée_ de boeuf, _b_, 163.
-
-ROUSSEAU (Guiot), _a_, 68.
-
-_Rousset_ (Brouet), _b_, 164.
-
-_Rue_ Charlemagne, _b_, 254.
- --Culture-Ste-Catherine, 254.
- --d'Avignon, _a_, LXXXV.
- --de Braque, _b_, 84.
- --de Galilée, 255.
- --de Jouy, _a_, XXI; _b_, 254.
- --de la Heaumerie, 113.
- --de la Pierre-au-Lait, _a_, LXXXV. V. _Pierre_.
- --de la Savonnerie, _b_, 113.
- --de la Verrerie, 116.
- --de la Vieille-Monnoie, 113.
- --de Lormerie, _ib._
- --des Arcis, 113.
- --des Billettes, _a_, LXXXV; _b_, 116.
- --des Écrivains, 113.
- --des Prêtres-Saint-Paul, 254, 255.
- --du Mûrier, _a_, LXXXV.
- --du Petit-Crucifix, _b_, 113.
- --du Porche-Saint-Jacques, _a_, LXXXV; _b_, 113.
- --Jean-Lecomte, _a_, LXXXV.
- --Percée, _a_, XXI; _b_, 254.
- --Saint-Antoine, _b_, 254, 255.
- --Saint-Jacques-la-Boucherie, 113.
- --Simon-le-Franc, 116.
- --Trognon, _a_, LXXXV. V. _Tenue_.
-
-_Rue_ (Plante), _b_, 319, 320.
-
-RUEL (Jeh. de), _b_, 120.
-
-_Rues_ (Éperviers portés dans les), _b_, 296.
- --Leurs noms constamment changés par la municipalité actuelle
- de Paris, 254.
-
-_Rues et églises de Paris_, _a_, LXXIV; _b_, 52.
-
-_Ruissoles._ V. _Rissoles_.
-
-RUMIGNY (M. le marquis de), _a_, LV.
-
-_Ruses innocentes_, citées, _b_, 314.
-
-_Russie_ (Sacres de), _b_, 323.
-
-RUTEBEUF, cité, _b_, 57.
-
-RYMER, cité, _a_, LXXX.
-
-
-S
-
-_Sablon_ pour horloges, _b_, 257.
-
-_Sacres_, _b_, 318, 323.
- --employés en Asie, _a_, LI.
- --ont les pieds bleus, _b_, 324.
- --originaires de Tartarie et du Turkestan, _a_, LI.
-
-_Saffran_ d'Ort, _b_, 246.
- --(Prix du), 111.
- --Remède pour les oiseaux, 325. V. _Frangié_.
-
-_Sage_ et fou. Qui l'est, _b_, 28.
-
-_Sage_ homme laissé par sa femme, _a_, 183.
-
-_Saïda_, _a_, LI.
-
-_Saignée_ (Détails sur la), _a_, 164.
- --du cheval, _b_, 76, 77, 79.
-
-_Sain_ de porc, _b_, 128.
-
-SAINT-AIGNAN (Le duc de), _a_, LXXI.
-
-_Saint-André-des-Ars_ (Église de), _a_, 16.
-
-_Saint-Benoît_ (Boucherie de), _a_, XLIV.
-
-_Saint-Denis-du-Chastel_, _a_, 95.
-
-_Saint-Éloi_ (Boucherie de), _a_, XLIV; _b_, 84.
-
-_Saint-Francbourg-de-Senlis_, _a_, LXIX.
-
-SAINT-GERMAIN (Guillaume de), _b_, 104.
-
-_Saint-Germain_ (Boucherie de), _b_, 83, 84.
-
-_Saint-Jacques_ (Pèlerins de), _a_, 183.
-
-_Saint-Jacques-la-Boucherie_, _b_, 113.
-
-_Saint-Lô_ (Archives de), _a_, XXXV.
-
-_Saint-Maixent_, _a_, 94.
-
-_Saint-Marcel_ (Boucherie de), _a_, XLIV; _b_, 83, 84.
-
-_Saint-Martin_ (Boucherie de), _b_, 84.
-
-_Saint-Nicolas_ (Boucherie de), _b_, 84.
-
-_Saint-Paul_ (Quartier), _a_, XLIV.
-
-_Saint-Pol_ (Cage du roi à l'hôtel), _b_, 253.
-
-_Saint-Severin_ (Église de), _a_, LXXIII.
-
-_Saint-Thibaut_ (Prieur de), _a_, LXXXV.
-
-_Saint-Victor_ (Abbaye de), _a_, LXXIII.
-
-SAINT-YON (Guillaume de), _a_, XLVI; _b_, 82, 83.
-
-SAINTE-AULAIRE (François de), sieur de La Renodie, _a_, LXXIV.
- --cité, _b_, 280, 287, 288, 289, 293, 317, 323.
-
-_Sainte-Geneviève_ (Boucherie de), _a_, XLIV; _b_, 83.
-
-SAINTE-PALAYE (La Curne de), _b_, 380.
-
-_Salaminée._ V. _Salemine_.
-
-_Salemine_, _b_, 99, 102.
- --de becquets et tanches, _b_, 107.
-
-_Saleure_ (Viande salée), _b_, 91, 92.
-
-_Salières_, _b_, 118.
- --d'argent, _a_, XL; _b_, 106.
- --de pain, _a_, XLI; _b_, 114.
-
-_Salle_ à manger, sa description, _a_, XL; _b_, 105.
- --où les gens entrent et s'arrêtent, _b_, 61.
-
-_Saloirs_ en Picardie, _b_, 126.
-
-_Saluces_, _a_, 99.
-
-_Samois_ (Pont de), _a_, 149.
-
-SANCERRE (Le comte de), _a_, LXXIX.
- --(Le maréchal de), _a_, 137.
-
-_Sandal_, _b_, 118.
-
-SANDRAS DE COURTILZ, _a_, LXVIII; _b_, 83.
-
-_Sang_ doit faire horreur aux femmes, _b_, 59.
-
-_Sanglant._ Mot de malédiction, _a_, LXXXIII; _b_, 59.
-
-_Sangle_ (ongle), _b_, 294, 295.
-
-_Sanglier_ (Bourbelier ou Bourberel de), _b_, 179, 236.
- --comment cuit, 158.
- --fait d'un ver, 259.
- --(Foie de), 157.
- --frais, comment mangé, 156, 265.
- --(Membres du), 157.
- --(Poison pour le), 258.
- --salé, 158.
- --(Tête et joues de), 158. V. _Bêtes noires_.
-
-SANSONET. Marchand d'oiseaux et voleur, _b_, 62.
-
-SARA, _a_, 79.
-
-_Sarcelles_, _b_, 311.
-
-_Sardines_, _b_, 271.
-
-_Sarge_ (serge), _b_, 118.
-
-_Sariette_, _b_, 44.
-
-_Sas_, _b_, 136.
-
-_Satin_, _b_, 66.
-
-_Satisfaction_ (De la), _a_, 27.
-
-_Sauce._ V. _Saulce_.
-
-_Saucisse._ V. _Saulsisse_.
-
-_Sauge_, _b_, 44, 249.
- --dans la venaison, 130.
- --(Froide), 93, 96, 215.
-
-SAUGETE (Jean), _a_, 15.
-
-_Saulce_ à mettre boulir en pasté de hallebrans, _b_, 236.
- --blanche de brochets et de perche, 102.
- --blanche de poisson, 93, 97.
- --briefve pour chapon, 235.
- --d'aulx blanche ou verte, 231.
- --de lamproie, 133.
- --jaunette, _b_, 175.
- --paresseuse, 233.
- --pour chapon ou poule, 237.
- --pour oeufs pochés, 237.
- --râpée, 237.
- --vert d'espices, 231.
-
-_Saulces_ boulies (Chapitre des), _b_, 232.
- --liantes, 87.
- --non boulies (Chap. des), 229.
- --plus fortes en hiver, 236.
-
-_Saulsisses_, _b_, 91, 92.
- --Manière de les faire, 266.
-
-_Saultier._ V. _Psaultier_.
-
-_Saumons_, _b_, 101.
- --(Dalles de), 198.
- --farcis, 96, 103.
- --frais, 198.
-
-_Saupiquet_, _a_, LXXXVI; _b_, 181, 233.
-
-_Saussier_, _b_, 122.
- --Ce qu'il fournit, _b_, 111.
-
-_Saut_ de l'épervier, _b_, 280.
-
-SAUVAL, _a_, LXXIV, LXXVIII, LXXXV, 174; _b_, 80, 84, 116, 253, 254, 255.
-
-_Sauvegarde_ singulière pour une femme, _a_, 69.
-
-_Savoie_ (Boeufs de) amenés à Paris en 1422, _a_, XLVI.
- --(Brouet de), _b_, 166.
-
-SAVOIE (Agnès de), _a_, LIX.
-
-SCAPPI (Barth.), cité, _b_, 207.
-
-SCHEFER (M.), cité, _a_, LI.
-
-SCHNEIDER (Jo.-Gott.), _a_, LXIX.
-
-_Seaulx_ pour recueillir les restes, _b_, 114.
-
-_Sèche_ à un gravé, etc., _b_, 103.
- --conrée, 205.
- --(Étaux à), 200.
- --fraîche, 206.
- --frite, 103.
- --salée, consolation du carême, 206.
-
-_Seconds_, _b_, 106, 109.
-
-SECOUSSE (D. F.), _a_, LXXIV.
-
-_Secrets_ du mari à garder, _a_, 179.
-
-_Sedile_ (bloc), _b_, 289.
-
-_Seiche._ V. _Sèche_.
-
-_Seigneur_ abusant d'une bourgeoise, _a_, 139.
-
-_Seigneurs_ à fuir, _a_, 77.
- --(Gens de cour de) à éviter, 177.
- --(ou oncles du roi). Rissoles faites chez eux, _b_, 226.
-
-_Seimier_ de cerf, _b_, 87, 129, 156, 157, 264.
-
-_Seine_ (Eau de), _b_, 68, 243.
-
-_Sel_ armoniac, _b_, 250.
- --blanc, 113, 250.
- --gros, 113.
- --noir, 190.
-
-_Semer_ (Quand), _b_, 43.
-
-_Semier._ V. _Seimier_.
-
-SENDABAD, _a_, 158.
-
-_Senlis_, _a_, LXIX.
-
-_Sens_, _a_, 68.
-
-_Septembre_ (Chasse en), 310, 311.
-
-_Septembresse_, (_quid_?), _b_, 49.
-
-_Sept sages de Rome_, cités, _a_, 158.
-
-_Serceaux_ (plumes), _b_, 89, 294.
-
-_Serge_, _b_, 118.
-
-_Sergens_ pour garder les portes, _b_, 115, 124.
-
-_Serpentine_, _b_, 49.
-
-_Serres_ de l'épervier, _b_, 294.
-
-_Servans._ Leur dîner, _b_, 107.
-
-_Serviettes_, _b_, 108.
- --(Petites), _b_, 107.
-
-_Service_ des domestiques à organiser, _b_, 60.
-
-_Serviteurs._ Comment doivent être pour leurs maîtres, _b_, 22.
- --de trois espèces, 53.
-
-_Setier._ V. _Sextier_.
-
-_Seun_ (Feuille de), _b_, 251.
-
-_Seur_ (Feuille de), _b_, 223, 251.
-
-_Seurfrire_, expl., _b_, 151.
-
-_Seurmontain_, _b_, 67.
-
-_Sextier_, expl., _b_, 68, 237.
-
-_Seymé_, _b_, 100, 151, 173.
-
-_Seymier_ de cerf. V. _Seimier_.
-
-SICILE (Le roi de), duc d'Anjou, _a_, 174.
-
-_Siffler_ l'oiseau, _b_, 297, 308.
-
-_Signes_ douteux, _b_, 247.
-
-_Siller_, expl., _b_, 315.
-
-SILVESTRE (Israël), _a_, XX.
-
-_Simonie_, _a_, 46.
-
-_Simplicité_ de moeurs d'un procureur général en 1383, _b_, 104.
-
-_Singes_ apprivoisés, _a_, 144.
-
-_Singularité_, _a_, 31.
-
-_Sizain_, (_quid_?), _b_, 248.
-
-_Sobriété_, _a_, 59.
-
-_Société de l'histoire de France_, _a_, LXXVI.
-
-_Société des bibliophiles._ Sa composition,
- _a_, préliminaires; publie le _Ménagier_, _a_, LIV.
-
-_Société des bibliophiles de Reims_, _a_, LXX.
-
-_Sodomie_, _a_, 52.
-
-_Soie_ (Robe de), _b_, 66.
-
-_Soieurs_, _b_, 54, 57.
-
-_Soins d'une femme pour son mari_, _a_, 169.
-
-SOISSONS (Comtesse de), _a_, LXXI.
-
-_Soles_, _b_, 101, 160, 203.
- --(Coulis de), 242.
-
-_Solidarité_ de deux époux, _a_, 184.
-
-_Sommières_, _a_, XXI.
-
-_Son._ Comment donné aux chevaux, _b_, 77.
-
-_Songe de pestilence._ Ce que c'est, _a_, LXXII; cité, _a_, 29.
-
-_Sonnettes_, _b_, 315.
-
-_Sorcelleries._ Quelles sont les meilleures, _a_, 170, 171.
-
-_Sorées_ (Plumes), _b_, 316, 318.
-
-_Soret_, _b_, 106.
- --au vinaigre, _b_, 101.
-
-_Soringue_ d'anguilles, _b_, 91, 93, etc.; 173.
- --(Potage liant comme), 164.
-
-SOTTENGHIEN (Jehan de), _a_, 139.
-
-_Soubtil brouet d'Angleterre_, _b_, 166.
-
-_Soubuse_, _b_, 307.
-
-_Soucié_, _b_, 203, 231.
- --Étymologie de ce mot, 231.
- --vergay, à garder poisson de mer, 231.
-
-SOUDANT (Jean), _b_, 116.
-
-_Souliers_, _a_, 169, 239.
-
-_Soupe_ dans le sens actuel, _b_, 121.
- --dépourvue, 145, 146.
- --en moustarde, 175.
-
-_Souper_ en juillet, _b_, 147.
- --fait en hâte, 170.
- --(Heure du), 39.
-
-_Soupers_ (Devis de), _b_, 100.
- --de noces, 108.
-
-_Souppis_ de boeuf, _b_, 131.
-
-_Source_ (Vol à la), _b_, 280.
-
-_Souricières_, _b_, 64.
-
-_Sous_ de pourcelet, _b_, 215, 231.
-
-_Souterraine_ (La), _a_, 94.
-
-_Soux._ V. _Sous_.
-
-STADLER (M. de), _a_, 68.
-
-_Statistique_ du _Ménagier_ peu sûre, _a_, XLIII et suiv.
- --(Mauvaise) de l'ouvrage intitulé les _Rues et églises de Paris_, XLV.
-
-_Stipulation_ (Objets donnés en témoignage de), _a_, 132, 133.
-
-_Stockfisch_, _b_, 195.
-
-_Stofix_, _b_, 195.
-
-_Style_ de l'auteur et du XIVe siècle, _a_, XXIX et XXX.
-
-_Subtilité_ des femmes, _a_, 167.
-
-_Sucre_ en pierre, _b_, 122.
- --en roche, 238.
- --(Prix du), 111.
- --rosat, 112, 122, 274.
- --vieil, 92.
-
-_Sucreries_, _a_, XLIII.
-
-_Suffisance_ (contentement de peu), _b_, 21.
-
-_Supplément aux corrections_, _b_, 380.
-
-_Supplications_, _b_, 107, 110.
-
-_Sur_, pris pour chez, _b_, 154, 186, 220, 246.
-
-_Surcot_, _a_, 13, 14.
-
-_Surlonge_, _b_, 86, 87, 130, 131.
-
-_Surlonges_, _b_, 295.
-
-_Suros_ du cheval, _b_, 74, 75.
-
-SUSANNE (Histoire de), _a_, 64.
-
-_Suzerain_ qui veut être embrassé, _a_, LXXVIII.
-
-
-T
-
-_Table_ de ce livre (Remarques sur la), _a_, LXII.
-
-_Table_ (Détails sur le service de), _a_, XL, et suiv.; _b_, 118.
-
-_Tables_ au XIVe siècle, _a_, XL, LXXXIII; _b_, 116.
- --louées, _b_, 123.
-
-_Taches._ Comment les ôter, _b_, 65.
-
-_Taille_ (Créance ou crédit sur), _b_, 56, 86.
- --à la boucherie, 132.
-
-TAILLEVENT (Guill. Tirel dit), _a_, XIX, XXXIII, 237.
- --Édition et manuscrits de son ouvrage, _a_, XXXV, LXXIV.
- --encore réimprimé en 1602, XXXVIII.
- --figure à tort dans le P. Anselmé, XL.
- --rappelle l'ouvrage d'Apicius, XXXVII.
- --cité, _b_, 166, 168, 172, 211, 240, 241.
- --Plats analogues à ceux de Taillevent ou copiés,
- _b_, 148, 154, 163, 166, 173, 176, 183,
- 211, 212, 213, 214, 234, 242 (2), 262 (2).
-
-_Taillis_, _b_, 92, 102, etc., 211.
-
-_Talemouse_, _b_, 96.
-
-_Taloches_, _b_, 119.
-
-_Talon_ de collier, _b_, 86.
-
-TANCARVILLE (Comte de), _a_, LXVI.
-
-_Tanche_ de mer, _b_, 203.
-
-_Tanche_ (Coulis de), _b_, 242.
- --de mer, 203.
- --frite, 187.
- --renversée, 187.
-
-_Tanches_, _b_, 160.
- --à un bouli lardé, 96, 103.
- --aux soupes, 92, 93.
-
-_Tanné_, _a_, LXXXVII.
-
-_Tante_ (poisson), _b_, 203.
-
-_Tapisseries_, _b_, 118. V. _Guise_.
-
-TARDIF (Gme), cité, _b_, 316, 321.
-
-_Tartarie_, _a_, LI; _b_, 323.
-
-_Tarte_ de la farcissure d'un cochon, _b_, 217.
- --jacobine, _b_, 217.
-
-_Tartelettes_, _b_, 111, 121.
-
-_Tartes_, _b_, 101, 102.
-
-TASON, _a_, 70.
-
-_Taverne_ est l'église du diable, _a_, 48.
-
-_Temple_ (Boucherie du), _b_, 83, 4.
-
-_Temps_ pluvieux. A quoi bon, _b_, 43.
-
-_Tenoisie_, _b_, 207.
- --(OEufs à la), _b_, 209.
-
-_Tenue_ d'une femme dans la rue, _a_, 15.
-
-_Térébentine_, _a_, 171.
-
-_Termes_ de cuisine, _b_, 87, 125.
-
-_Terre_ à foulons, _b_, 65.
- --de Beauvais, 251, 252.
- --de robes, 65.
-
-_Tesmoings_ de lard, _b_, 270.
-
-_Teste_ de mouton, _b_, 267.
- --de sanglier, 98.
- --du cheval, 73.
-
-_Testes_ (Demies), dorées (de chevreaux?), _b_, 108.
- --d'oiseaux, données aux faucons, 182.
-
-_Tétines_ de vaches, _b_, 270.
-
-THEUX (M. de), _a_, LV.
-
-THIBERT (Louis), _b_, 82.
- --(Famille), _ib._ et 83.
-
-THOMAS (Jehan), _a_, LXXXII.
-
-_Tierce_ (Heure de), _a_, 48; _b_, 305.
-
-_Tiercelet_ d'autour et de faucon, etc., _b_, 318, 324, 325.
-
-_Tiers_ (jeu), _a_, 72.
-
-_Tieule._ V. _Tuile_, _b_, 94.
-
-_Tinel_, expliqué, _a_, 163.
-
-_Tire_ (poisson), _b_, 201.
-
-_Tire-d'aîle_ (Vol à), _b_, 309.
-
-TIREL (Gme). V. _Taillevent_.
-
-_Tirer_ (Faire) l'oiseau, _b_, 319, 320, 322.
-
-_Tiron_ (Censive de), à Paris, _b_, 253 et 254.
-
-TITE-LIVE, cité, _a_, 70.
-
-_Tizanne_ doulce, _b_, 237.
-
-TOBIE (Le jeune), _a_, 91.
-
-_Toile cirée_ aux fenêtres, _a_, 173.
-
-_Toise_ (Vol à la), _b_, 280.
-
-_Tombe_ (poisson), _b_, 197.
-
-_Tombes_ de marbre noir, _b_, 257.
-
-_Ton_, _b_, 196.
-
-_Tonnelet_ à compote, _b_, 52, 244, 260.
-
-_Tonnelliers_, _b_, 54.
-
-_Torches_ à allumer, _b_, 108, 124.
- --Leur prix, 112, 113, 122.
-
-_Tostées_, _b_, 91.
-
-_Touailles_ changées, _b_, 107, 108.
-
-_Tour_, prison d'Aubriot, _a_, XX.
-
-TOUR-LANDRY (Geoffroy de là). Son ouvrage, _a_, XXXV, LXVII, 240.
-
-_Touret_ (rouet), _a_, 237.
-
-_Touret_, expl., _b_, 295.
-
-_Tournay_, _b_, 195.
- --(Bailli de), _a_, LXXIX, 139; _b_, 381.
- --(Cameline de), _b_, 230.
- --(Crespes à la guise de), 227.
-
-_Tournesis_ (Bailli de). V. _Tournay_.
-
-_Tournesot_, _b_, 220, 225.
-
-_Tourny_ près Vernon, _b_, 191.
-
-_Tourte_, _b_, 218.
- --de lait, 98 (p. e. _Croutes_).
- --lombardes ou pisaines, 93, 95, etc.
-
-_Toussaint_ (La), _b_, 43.
-
-_Toutebonne_, _b_, 44.
-
-_Trailles_, expl., _b_, 288.
-
-_Tranchées_ du cheval, _b_, 78.
-
-_Tranchoirs_, _a_, XLI, LXXXII; _b_, 105, 114.
- --englués, _a_, 171.
-
-_Tranchoisons_ (tranchées), du cheval, _b_, 78.
-
-_Trehoigner_, _a_, 26.
-
-_Trente-six tableaux_ (Les), (livre sur les jeux), _a_, LXXVII.
-
-_Trépiers_, _b_, 115, 123.
-
-_Trésor_ de Dom Villevieille, _a_, LXXIV.
-
-_Trésor de Santé._ Note sur ce livre, _a_, LXXV.
- --cité, _a_, XLII; _b_, 108, 183, 203, 211, 219, 228.
-
-_Trésor de Vénerie_, _a_, LXXV; cité, _b_, 99, 129, 157, 211.
-
-_Tressier_ (mot difficile à expliquer), _b_, 118.
-
-_Tréteaux_ loués, _b_, 116, 123.
-
-TRINQUANT, _a_, 151.
-
-_Triperie_, _b_, 128.
-
-_Tripes_ au jaunet, _b_, 149, 260.
- --Comment vendues, 129, 161.
- --de chevreaux, 227.
-
-TRIPIER (M. Léon), _a_, LXII.
-
-_Trois-Fontaines_ (Albéric de), _a_, LXV; _b_, 124.
-
-_Trot_ du cheval, _b_, 75.
-
-_Trotignons_, (_quid_?), _b_, 216.
-
-_Truans_, _a_, 39.
- --montrent leurs plaies, _a_, 25.
-
-_Truites_ en pasté, 190.
- --Leur queue, meilleure partie, 190.
- --Leur saison, _a_, LXXXIV; _b_, 90, 190.
- --vermeilles, 190.
-
-_Trumeau_ de boeuf, _b_, 86, 109; au jaunet, 149.
- --de veau, 109.
-
-_Trumel._ V. _Trumeau_.
-
-_Tubesches_, _b_, 100.
-
-_Tuile_ de chair, _b_, 94, 96, etc., 170.
- --d'écrevisses, 152.
-
-_Tumbe_ (poisson), _b_, 197.
-
-_Tumbes_ de marbre, _b_, 257.
-
-_Turbos_, _b_, 203.
- --à la sauce verte, _b_, 97, 103.
- --à la soucie, _b_, 100, 102.
- --au soucié, _b_, 102.
-
-TURGOT (M. Et.). V. _Plan_.
-
-_Turkestan_, _a_, LI.
-
-_Turtres_, _b_, 256.
- --Comment les garder et les manger, _b_, 261
- --non vidées, 183.
-
-
-U
-
-_Ueil_ (oeil), d'un fruit, expl., _b_, 247.
-
-_Université_ de Paris. Vers pour elle contre Aubriot, _a_, LXXXVII.
-
-_Usure_, _a_, 46.
-
-UXELLES (Le Mis d'), gourmet, _a_, XXXVIII.
-
-
-V
-
-_Vacher_, _b_, 57.
- --(Arnoul le), 62.
-
-_Vachers_ savent où est le gibier, _b_, 301.
-
-_Vaches_, _b_, 62.
- --(Oreilles de), nécessaires au serviteur, 23.
- --(Tétines de), 270.
-
-_Vaine_ gloire, _a_, 30.
-
-_Vair_ (Menu), _b_, 118.
-
-_Vaisselle_ de cuisine, combien louée, _b_, 124.
- --de cuisine, d'argent, _a_, XLI.
- --d'étain, louée, 115, 123.
- --Où placée, _a_, XL.
- --Par qui serrée, _b_, 117.
- --volée en 1406, 62.
-
-_Vanité_, _a_, 41.
-
-_Vanneaux_ (Plumes dites). Ce que c'est, _b_,
- 89, 294. V. _Couteaux et Serceaux_.
-
-VARENNE (La), _a_, XXXVIII.
-
-_Variétés historiques_, _a_, LXXV; _b_, 80.
-
-_Varlet_ pour tirer le vin, _b_, 117.
- --prêchant à table (proverbe), 70.
-
-_Varlets_ d'hôtel, _b_, 56.
- --du duc de Berry. Leur nourriture, 85.
- --tranchans, _a_, 163.
-
-_Veau_ (ainsi écrit), 186, 221. V. _Veel_.
-
-_Veaux_ consommés à Paris, _a_, XLIII; _b_, 82 et suiv.
-
-_Veel_, _b_, 92, 160, 168.
- --aux herbes, 150.
- --en gravé ou seymé, 151.
- --en manière d'esturgon, 200.
- --en pasté, 186.
- --entrepelé, 200.
- --(Fraise et issues de), 128.
- --(Prix du), 221.
- --rosti, 179.
-
-_Veiller_ l'oiseau, _b_, 314, 315; sans se fatiguer trop, 315.
-
-_Venaison._ V. _Venoison_.
-
-_Vendangeurs_, _b_, 54.
-
-_Vendoises_ (goujons?), _b_, 194.
-
-_Vendredi absolu_, _b_, 85.
-
-_Vénerie_ peu convenable aux femmes, _a_, XLIX.
-
-VENETTE (Jean de), _a_, LXXVI, 148; _b_, 380.
-
-_Vengeance_ défendue aux domestiques, _b_, 60.
-
-_Venise_ (Douceur d'un mari de), _a_, 182.
-
-_Venneaulx_ (plumes), _b_, 89, 294.
-
-_Venoison_, _b_, 93, 94, etc., 121.
- --à la queue de sanglier, 100.
- --à la froumentée, 101.
- --aux soupes, 94.
- --Comment apprêtée, 129, 130, 156.
- --de cerf, 154.
- --d'ours (en boeuf), 155, 179.
- --en pasté, 155, 185.
- --Par qui vendue, _b_, 109, 110.
- --rôtie, 180.
- --salée, 155, 157.
- --vendue au pied quarré, 109.
-
-_Vent_ emporte l'épervier, _b_, 302, 317.
- --nourriture du pluvier, 183.
-
-_Ver_ (vérat), mangé comme sanglier, _b_, 259.
-
-_Vérés_, expl., _b_, 300.
-
-_Verge_ d'un jaugeur, _b_, 126.
-
-_Verjus._ V. _Vertjus_.
-
-VERJUS (Gme Lefèvre, dit), _a_, XL; _b_, 81.
-
-_Vermandois_, _a_, LXXIX.
-
-_Vernon_, _a_, 149, 152.
-
-_Verre_ (Bassins de), _b_, 252.
- --moulu, jeté dans l'oeil du cheval, 78.
- --(Prix du), _a_, LXXXII, 173, 174.
-
-VERRIER (Le), de la Conterie, _a_, LXVI.
-
-_Verrières._ V. _Verre_.
-
-_Vers._ D'où naissent, _b_, 65.
-
-_Vertjus_, _b_, 66, 67.
- --à Noël sur la treille, 249.
- --à visiter le soir, 71.
- --Comment mélangé, 232.
- --(Consommation énorme de), 249.
- --de blé, 229.
- --de bourgeon de vigne, 229.
- --d'oseille, 111, 229.
- --Grains de vertjus sur un potage, 161.
- --le meilleur, 232.
-
-_Vertus_ (Les sept), _a_, 28.
-
-_Vêtemens_, _a_, 13. (Voir les noms de chaque vêtement.)
-
-_Vétir_ (Se bien), _b_, 26.
-
-_Veufs_ mariés en deuil, _b_, 123.
-
-_Veuve._ Son triste état, _a_, 168.
-
-_Viande_ vendue au morceau, _b_, 132.
- --vendue par semaine dans un étal, _a_, XLVI.
- --Comment la choisir, _b_, 87.
-
-_Viandier._ Ce que c'est, _a_, LXXVI; _b_, 80.
- --Son importance, _a_, XXXV, XXXIX.
-
-_Viandier_ de Saint-Lô, cité, _a_, XXXV, XLII.
-
-_Vices_ de la femme à cacher, _a_, 181.
- --du mari aussi, 178.
-
-_Videcoqs_ (bécasses), _b_, 183, 311.
-
-_Vieil_ homme, vindicatif, _a_, 265.
-
-_Vielz-sucre_, _b_, 92.
-
-_Vierge_ (La sainte). Prière à elle adressée, _a_, 11.
- --Son obéissance, 128.
-
-_Vieux_ aiment les jeunes femmes, _a_, 158.
-
-_Vigne_ (Bourgeon de), en vertjus, _b_, 229.
- --entée sur cerisier, 51.
- --gêne la chasse, 308.
- --Quand plantée, 44.
-
-_Vignerons_, _b_, 56.
-
-VILAIN (L'abbé), cité, _b_, 113.
-
-_Village_ (Vie au), _b_, 62.
-
-VILLARS (M. de), _a_, LXXV.
-
-_Villedieu_, _a_, LXXXVII; _b_, 251.
-
-VILLEOILLE (M. A. de La), cité, _a_, XXXV.
-
-_Villeneuve-lès-Avignon_, _a_, LXXXI.
-
-VILLEVIELLE (Dom), _a_, LXXIV.
-
-_Vin_ aux chevaux (eau), _b_, 38.
- --à visiter le soir, 71.
- --blanc devenu vermeil, 249.
- --capary, _a_, XXXIX.
- --Comment conservé et servi, _a_, XLI; _b_, 117.
- --Comment séparé de l'eau, 259.
- --Comment soigné et guéri, 67.
- --cuit, 260.
- --de Beaune, 38, 273.
- --de divers lieux, 38.
- --des domestiques, 70.
- --(Espèces de), 109.
- --et épices, _a_, XLIII; _b_, 121, etc.
- --(Fleur du), 260.
- --franc, 236.
- --plain, 174, 193.
- --Pour le faire fort, 68.
- --Tirer le vin sans lui donner vent, 69.
-
-_Vinaigre_ (Provision de), _b_, 268.
-
-_Vinaigrette_, _b_, 108, 164.
-
-_Vincennes_, _a_, 135.
-
-VIOLE (Famille), _a_, 151.
-
-_Violette_, _b_, 43, 45, 113, 114.
- --mise sur de la gelée, _b_, 221.
-
-_Virginité._ Son prix, _a_, 75.
-
-_Visage_. Cacher son visage à l'oiseau, _b_, 308.
- --Épervier y sautant, 293.
-
-_Vitres._ V. _Verre_.
-
-VITRY (Michelle de), _a_, XXVI.
-
-_Vive_ (poisson), _b_, 201.
-
-_Vives_ (avives), maladie du cheval, _b_, 78.
-
-VIVONNE (Armes de), _a_, LVIII.
- --(Hughes de), 95.
-
-_Voirre._ V. _Verre_.
-
-_Vol_ de l'épervier (Obstacles au), _b_, 302,
- --pour champs, _a_, LXXXVIII.
- --premier de la perdrix, rapide, b, 309. V.
- _Faisan_, _Perdrix_, _Tire d'aîle_, _Vols_, _Voulon_, etc.
-
-_Volaille_, _b_, 167, 211, 215, 216.
- --en gravé ou seymé, 151.
- --(Hochepot de), 163. V. _Comminée_, _Poulaille_.
-
-_Voler_ pendant combien de temps en septembre, _b_, 310.
-
-_Voleurs_ de chiens, _b_, 281.
- --d'oiseaux, 285.
-
-_Vols_ de l'épervier. Lesquels sont possibles, _b_, 310. V. _Vol._
-
-_Voulon_, expl., _b_, 280, 309.
-
-
-W
-
-_Wertaing_, _a_, LXXX.
-
-_Windesore_, _a_, LXXXII.
-
-
-Y
-
-_Yenville_ en Beauce, _a_, 149.
-
-_Yeux_ de l'épervier, _b_, 293, 294, 299.
- --du cheval, 73.
-
-YOLENT le Pelletier, _b_, 52.
-
-_Ypocras_, _a_, XLIII; _b_, 92, 94, etc., 107, 121, 122, 273.
- --hors de saison en hiver, 108.
- --(Pouldre d'), 248 (_bis_).
- --(Prix de l'), 112.
-
-YSMAEL, _a_, 83, 84.
-
-_Ysope_, _b_, 49.
-
-_Yssue._ V. _Issue_.
-
-_Yvresse._ V. _Ivresse_.
-
-
-Z
-
-ZELPHAN, _a_, 86.
-
-
-FIN DE LA TABLE DES MATIÈRES.
-
-
-
-
-SUPPLÉMENT AUX CORRECTIONS.
-
-
-Tome I, p. VI, l. 13, au lieu de _philantrophie_, lisez
-_philanthropie_.
-
-Tome I, p. XXI, ligne 16 de la note, avant _J'ai
-appris_, ajoutez:
-
- Dans un mémoire très-curieux sur le meurtre du duc d'Orléans, lu à
- l'Académie des Inscriptions en 1748 (tome XXI, p.
- 519), le savant Bonamy a parlé en passant de cette maison et dit
- qu'on voyoit encore, lorsqu'il écrivoit, un grand corps de logis
- de l'hôtel d'Aubriot. Il est fâcheux qu'il n'ait pas donné plus de
- détails sur ce sujet.
-
-Tome I, p. XLVII, note 1, _Ne pour roi, ne pour roc._
-
- Cette expression se trouve encore dans les contes de Bonaventure
- des Périers (Conte 125. Des épitaphes de l'Arétin... et de son
- amie Madelaine)... _Étant du tout enclin à la médisance, il
- n'épargnoit (comme on dit en commun proverbe), ni roi ni roc._
-
-Tome I, p. LVI, ligne 4 de la note.
-
- Au lieu de: Après la mort de Charles V, lisez: Au commencement du
- XVe siècle, surtout.
-
-Tome I, p. LXVI, ligne 11, note sur Ayala. L'auteur
-avoit été en France, _ajoutez_:
-
- En 1378. Il conclut à Paris, comme plénipotentiaire du roi Jean
- de Castille, un traité avec la France, le 4 février 1378-9.
- (_Histoire de du Guesclin_, 1666, in-fº, p. 403.) Il est nommé
- dans cet acte messire Pierre Louppe d'Ayalla, chevalier et
- banicour (_vexillarius_) du roi de Castille, gouverneur de la
- province de Guipuscoa (_sui presidis in provincia Guispuque_).
- Bureau de la Rivière étoit un des plénipotentiaires françois.
-
-Tome I, p. LXXVI, l. 3, Venette..., _avant_ M. Géraud,
-_ajoutez_:
-
- La Curne de Sainte-Palaye, dans deux mémoires (Acad. des Inscr.,
- VIII, 570 et XIII, 520).
-
-Tome I, ligne 6, au lieu de _semble_, lisez _semblent_.
-
-Tome I, p. LXXVII et 76, passages relatifs aux reines de
-France.
-
- L'étiquette de la cour était bien changée à l'égard des reines au
- XVIe siècle. L'auteur d'un journal de l'année
- 1562, qui a été imprimé dans la _Revue rétrospective_ (1re
- série, tome V), raconte que le prince de Condé étant sur le point
- de traiter avec la cour au commencement de juillet 1562, l'amiral
- de Coligny et son frère d'Andelot demandèrent à se retirer hors de
- France jusqu'à la majorité du roi. La reine Catherine de Médicis
- eut, le 5, le 6 ou le 7 juillet, une entrevue avec l'amiral près
- d'Orléans, dans le but de changer cette détermination. L'auteur
- du journal, qui fréquentait la cour puisqu'il rapporte en deux
- endroits les paroles que lui adressèrent directement la reine mère
- et le roi de Navarre, raconte (p. 178) que l'amiral ayant mis pied
- à terre pour faire la révérence à la reine, cette princesse _le
- recueillit humainement et le baisa à la bouche comme les reines de
- France ont accoutumé de baiser les grands officiers du roi_.
-
-Tome I, p. LXXX, ajoutez à la note sur le bailly de
-Tournay:
-
- Messire Tristan du Bos fut, suivant Froissart (I, 374) et l'auteur
- de la chronique Mss du Roi 9656 et 10297, chargé de garder le
- roi de Navarre, Charles le Mauvais, dans la tour d'Arleux, en
- 1356. L'auteur de cette chronique dit que Tristan, qu'il qualifie
- de _chevalier de renom_, fut pris à Amiens par la bourgeoisie de
- la ville (en 1357) et forcé de délivrer Charles le Mauvais. Selon
- d'autres auteurs cette délivrance eut lieu à force ouverte et à
- main armée.
-
- Il fut bailli de Troyes et de Meaux en 1360 et 1362 et chargé
- de prendre possession des forteresses occupées par les Anglois
- en Champagne, Brie, etc., bailli de Vermandois en 1373, maître
- des requêtes et réformateur de la province de Reims en juin 1383
- (Titres de Clerambaut).
-
- Le même Tristan du Bos est encore cité dans Froissart à l'occasion
- de la position qu'il occupa à Tournay. Froissart raconte (éd. du
- Panthéon, II, 223), que le roi se préparant à aller en Flandre,
- envoya à Tournay, en octobre 1382, les évêques de Beauvais,
- d'Auxerre et de Laon, messire Guy de Honcourt et _messire Tristan
- du Bois_, comme commissaires pour traiter avec les Flamands et les
- empêcher de s'allier aux Anglois. On trouve dans cet historien
- le texte de la lettre écrite le 16 octobre par les commissaires
- à Philippe d'Artevelt, et la réponse de celui-ci en date du 20.
- Il ajoute que cette réponse fut communiquée par messire Tristan
- du Bois, _gouverneur de Tournay_, aux prévôts et jurés (_voy._ t.
- I, p. 139), et que les commissaires allèrent ensuite rejoindre la
- cour à Péronne.
-
- Tristan du Bos fut encore, en 1389, un des trois commissaires
- chargés d'instruire le procès d'Audoin Chauveron, prévôt de Paris
- (_Acad. des Inscr._, XX, 492). Il a du mourir fort âgé, s'il est,
- comme je pense, le même qui gardoit le roi de Navarre en 1356.
-
- Henri le Masier (_voy._ t. I, p. 140), nommé en 1388 bailli de
- Tournay, et qui est celui cité dans le _Ménagier_, si ce n'est
- pas Tristan du Bos, étoit, en 1399, chevalier, sire de Beausart,
- maître d'hôtel du roi et encore bailli de Tournay (Titres de
- Clerambaut).
-
-Tome II, p. 118, note sur Jean de Hautecourt, ajoutez:
-
- Je serois porté à croire que ce Hautecourt étoit avocat au
- parlement et que c'est lui qui est cité (malgré la différence des
- noms qui peut tenir à une écriture négligée) dans les registres du
- parlement (Matinées III, 66 vº, 4 février 1400-1), comme avocat,
- et ayant obtenu un congé de huit jours pour aller à Étampes. Son
- nom y est écrit Me Jehan de _Hanucourt_.
-
-Tome II, p. 217, note 1, au lieu de _du gingembre_, lisez:
-
- Peut-être de la cloche de gingembre, peut-être aussi de la loche
- (poisson).
-
-
-ACHEVÉ D'IMPRIMER, A PARIS, CHEZ CRAPELET ET LAHURE,
-LE XXVI NOVEMBRE MDCCCXLVII.
-
-
-NOTES:
-
-[1] Voir la Notice ci-après, page 1.
-
-[2] La Société des Bibliophiles ne publiant plus de volumes de mélanges
-dans lesquels les notices nécrologiques de ses membres prenaient
-naturellement place, a décidé que cette notice sur un de ses membres les
-plus illustres et les plus regrettés serait imprimée en tête de
-_Ménagier de Paris_, qui était déjà sous presse à l'époque de la mort de
-M. le duc de Poix. (_Note de la Société._)
-
-[3] Il était de l'Académie française, et particulièrement occupé de
-grammaire.
-
-[4] Il prit ce nom après la mort de son père et de son frère aîné, qui
-l'avaient porté.
-
-[5] Le 12 mai et jours suivants. Elle produisit en cinq vacations 3188
-livres sterling 14 sch. 6 d. Le catalogue, contenant 952 numéros et 72
-pages, est intitulé: _Catalogue of the splendid library (imported from
-Paris) of a distinguished collector; which will be sold by auction by
-Mr. Evans_. 1835, in-8º.
-
-[6] La seconde bibliothèque de M. le duc de Poix, formant un ensemble de
-plus de douze mille volumes, se trouve maintenant à Mouchy le Châtel
-chez Mme la vicomtesse de Noailles, M. le duc de Poix ayant disposé par
-testament de sa bibliothèque en faveur de son petit-fils, possesseur
-futur de Mouchy le Châtel.
-
-[7] C'est la partie des Chroniques de Saint-Denis qui traite des règnes
-de Jean II et de Charles V (tome VI de l'édition donnée par M. Paris).
-Voir, à se sujet, le mémoire de M. Lacabane, t. II, p. 57 de la
-bibliothèque de l'École des chartes.
-
-[8] Jean de Brie, natif de Villiers sur Rongnon, près Coulommiers, qui
-écrivit en 1379 le traité du _bon Bergier, que_, dit-il, _il n'eust
-voulu bailler et manifester à nul autre qu'au roy_ (éd. Ve Trepperel et
-J. Janot, s. d. fº A 8 vº). Il étoit alors au service de Jean de
-Hestomesnil, conseiller au parlement en 1373 et ensuite maître des
-requêtes, mort au commencement de mars 1380-1, qui a pu l'aider à écrire
-ce traité dont le style et les pensées sont remarquables. Au reste, Jean
-de Brie n'étoit plus berger quand il écrivit son livre.
-
-[9] Voy. ci-après, p. XXXV.
-
-[10] T. I, p. 148.
-
-[11] _Ibid._, p. 93.
-
-[12] On trouve dans tous les historiens la mention des services
-qu'Aubriot rendit à la ville de Paris pendant sa prévôté, ainsi que le
-récit de sa disgrâce. J'aurai cependant occasion de parler de lui avec
-détail dans mon mémoire sur les Maillotins (voir t. I, p. 136). Je
-préciserai et j'appuierai de faits inédits les causes de ses malheurs.
-En attendant, je crois devoir consigner dans cette note l'extrait d'un
-récit contemporain de sa délivrance, que j'ai rencontré dans mes
-recherches, et qui donne sur le procès, la fuite et le lieu de la
-résidence de cet homme éminent des renseignemens qui paroissent avoir
-été inconnus à tous les historiens. Voici ce curieux document: «.....Il
-a commis hérésie et en fu en procès devant l'évesque et devant le
-maistre des hérites. Avant la sentence il supplia à l'ecglise qu'il fust
-réintégrez, et y fu receus et fu absols: et fu déclaré qu'il avoit esté
-hérites, et pour pénitence on li assigna les prisons de l'évesque de
-Paris; et pour la grant repentance qu'il avoit, l'évesque et le maistre
-des hérites le relevèrent de ce qui (_qu'ils_) porent et se li
-réservèrent la miséricorde de sainte Ecglise, et li ordenèrent pour
-prison le plus biau lieu de la tour de la maison épiscopal.» (_C'est
-cette grande tour quarrée, crénelée, qu'on voit dans deux vues de
-l'église Notre Dame et de l'évêché, gravées par Israël Silvestre, et
-surtout dans la planche ayant quatre vers au bas: D'un costé, vous
-voyez, etc._) «Il ala voluntairement en prison pour faire sa pénitence
-et y demeura l'espace de dix mois. Le jour que les gens de ceste ville
-(_Paris_) furent esmeus il alèrent en la maison de l'évesque, et par
-force et violence rompirent les prisons. Et quant le giolier dist à
-messire Hugues que les gens de la ville l'estoient allé quérir, il dist
-que ne s'en iroit point, et li demanda une hache que tenoit; et le
-giolier li dist que ne li en bailleroit point, et que se il faisait
-semblant de soy mettre à défense, il les feroit tuer. Et finablement les
-gens de ceste ville le prindrent et mittrent sus un petit cheval et le
-menèrent en sa maison et disoient que le feroient leur capitaine. Après,
-il s'en volt retorner en prison, mais il fu conseillez par aucuns de ses
-amis qu'il s'en alast devers le pape.... Le suer (_soir_) il se parti de
-son hostel et se fist passer l'eaue par deux enfans», (_il est
-remarquable de voir secondé dans sa délivrance par deux enfans l'homme
-qui avoit rendu aux juifs les enfans que leur avoit enlevés le peuple de
-Paris_), «et à peines qu'il ne fu noiez. Il estoit malades et s'en ala
-par Bourgoigne, non pas par aucunes de ses maisons, et demoura malades
-seize jours à Mucé en Auxois» (_Mussy-la-Fosse, anciennement du
-bailliage de Semur-en-Auxois plutôt que Mussy situé à 7 lieues de
-Mâcon_), «et de là ala à Mascon, et illec aussin demoura malades et se
-fit mettre en l'eaue, et ala jusques à Avignon. Il ne pot pas parler ne
-si tost avoir assès (_accès_) au pape, mais il parla à un cardinal et li
-dist et exposa tout ce que dit est et se soubmist en l'ordenance du
-pape. Le pape et le collége li ordenèrent lieu où il seroit et fu bonne
-pièce à Sommières» (_petite ville entre Montpellier et Nîmes. Il y avoit
-aussi un lieu ainsi nommé près Saulx en Bourgogne_), «et a tousjours
-esté et est par l'ordenance du pape et du collége, etc.» Il est bon de
-savoir que ce récit présente la version d'Hugues Aubriot lui-même, et il
-semble permis de douter qu'il eût si grande envie de rester dans les
-prisons de l'évêque.
-
-J'ai parlé avec détail, t. II, p. 254, de la maison qu'Aubriot habita
-rue de Jouy, et j'ai donné la suite des propriétaires de cette maison
-(ultérieument rebâtie) de 1369 à 1573. J'ai appris depuis qu'elle avoit
-appartenu, à la fin du XVIIe siècle, à M. Nicolas de Jassaud, sieur de
-Lalande, conseiller d'État, et à Marie de Flandre, sa femme: puis à leur
-fils, M. Augustin Nicolas de Jassaud, marié en 1697 à Marie-Aimée Lottin
-de Charny. Une de ses filles, Angélique-Geneviève de Jassaud, la
-possédoit en 1772, qu'elle épousa M. Macé, secrétaire du roi. Cette dame
-mourut en 1776, et légua à ses deux nièces cette maison, connue encore
-dans le quartier sous le nom d'hôtel Jassaud. Elle appartient
-aujourd'hui à M. de Courmont, conseiller-maître à la cour des comptes,
-qui a bien voulu me la faire voir en détail. Il existe encore dans une
-pièce du rez-de-chaussée quelques restes d'ornemens paroissant remonter
-au règne de Louis XV. Les lettres A. N. D. J. entrelacées
-(Augustin-Nicolas de Jassaud) se font voir au plafond. Il y a sous la
-cour deux étages de caves. Cette maison été divisée au XVIIe ou au
-XVIIIe siècle; la partie qui fait le coin de la rue Percée paroît être
-depuis longtemps une propriété distincte.
-
-[13] T. II, p. 85 et 86.
-
-[14] T. I, p. 135.
-
-[15] Mémoriaux de la chambre des comptes.
-
-[16] Voir T. I, p. 67.
-
-[17] Charles, duc de Guyenne, né le 6 février 1391 (mort le 11 janvier
-1400); Isabelle, depuis reine d'Angleterre, née le 9 novembre 1389, et
-Jeanne, depuis duchesse de Bretagne, née le 24 janvier 1390. Elle eut
-encore une autre fille (Marie, religieuse à Poissy) le 24 août 1393.
-
-[18] T. II, p. 142. Voy. ci-après p. XXXII, note 3.
-
-[19] T. I, p. 3 et 4.
-
-[20] _Ibid._, p. 2.
-
-[21] T. I, p. 3, et t. II, p. 53.
-
-[22] T. II, p. 71, etc.
-
-[23] T. II, p. 61 et suivantes.
-
-[24] T. II, p. 59.
-
-[25] T. I, p. 3.
-
-[26] T. I, p. 125.
-
-[27] T. I, p. 186.
-
-[28] Poules farcies, t. II, p. 269.
-
-[29] J'aurois bien voulu trouver parmi les hommes notables appartenant à
-la haute bourgeoisie ou à la magistrature un personnage dont la vie
-reproduisît les circonstances qui nous sont connues dans la vie de
-l'auteur; plusieurs noms se sont présentés à mon esprit: malheureusement
-mes espérances soutenues plus d'une fois par la découverte d'une série
-de similitudes, ont toujours fini par être définitivement déçues.
-C'est-ainsi qu'après avoir cru longtemps pouvoir présenter une
-conjecture raisonnable en attribuant la composition du _Ménagier_ à Sire
-Jehan de Fleury dernier prévôt des marchands en 1383 et conseiller au
-parlement, j'ai été subitement arrêté par la découverte de la date de sa
-mort arrivée en 1389, avant l'époque où cet ouvrage a sûrement été
-écrit.--L'intimité dans laquelle le duc de Berry admettoit l'avocat Jean
-Jouvenel, père de l'historien, m'avoit donné aussi quelques doutes à son
-égard, mais, Jouvenel étant mort en 1431 ne peut guère s'être trouvé à
-Melun en 1358, et ce qui rend surtout impossible de lui attribuer le
-_Ménagier_, c'est que Michelle de Vitry, sa femme, avoit ses parens
-vivans à Paris en 1393, et n'étoit pas d'ailleurs de meilleure maison
-que lui.--La position de Jean le Flament, trésorier des guerres en 1371,
-et des aides pour la guerre de 1388 à 94, présente aussi plusieurs
-analogies avec celle de l'auteur du _Ménagier_, mais ou j'ignore le nom
-de sa femme, ou si c'est lui dont il est parlé comme alors décédé, dans
-les registres du parlement de Poitiers (plaidoy. du 30 juillet et arrêt
-du 17 août 1425), il avoit épousé Marie de Montgison (Montgiron dans
-l'arrêt), _damoiselle_. Or Montgison est Montgeron près de Paris, et je
-n'en vois pas d'autre existant dans le royaume (voir Expilly). Elle
-étoit donc aussi parisienne; ce qui ne concorde pas avec les paroles de
-l'auteur (t. I, p. 4).
-
-[30] Il avoit lu tous les ouvrages suivans et en possédoit une grande
-partie: la Bible, la Légende dorée, saint Jérôme (_la Vie des Pères_),
-saint Augustin, saint Grégoire, l'Histoire sur Bible (_de Pierre Le
-Mangeur_), Tite Live, le Roman de la Rose, l'historien Josèphe, le
-Catholicon, le Décret (_de Gratien_), l'histoire de Grisélidis par
-Pétrarque, les sept Sages de Rome, le Songe de Scipion (par Cicéron,
-commenté par Macrobe), le Jeu des échecs moralisé de J. de Cessoles, le
-Chemin de pauvreté et de richesse de J. Bruyant, Mellibée et Prudence.
-On trouve encore dans son livre la mention du philosophe Cerxès, de Paul
-Diacre et du philosophe Bertran le Viel; mais il les cite d'après
-d'autres auteurs. Le premier de ces ouvrages n'a peut-être jamais
-existé.
-
-[31] Au moins dans sa famille. Voir t. I, p. 156.
-
-[32] Voir surtout t. II, p. 53.
-
-[33] T. I, p. 75 et 76.
-
-[34] Je l'ai trouvé mentionné avec cette qualité depuis que j'ai fait la
-note sur lui, t. II, p. 116: Voir les _corrections et additions_.
-
-[35] Dans les registres du conseil surtout, quand la cour compensoit les
-dépens.
-
-[36] On en verra la preuve dans l'histoire de Jeanne Hemery et de
-Regnault d'Azincourt, publiée par M. de Lincy dans la bibliothèque de
-l'École des Chartes (2e S., t. III, p. 316). On en peut dire autant de
-certains accords; tel est celui de Jean de Hautecourt, donné t. II, p.
-119.
-
-[37] T. I, p. 135.
-
-[38] T. I, p. 44.
-
-[39] T. I, p. 156.
-
-[40] T. II, p. 54.
-
-[41] Que diroient vos amis, _que présumeroit votre coeur_, quant il s'en
-apercevroit? (T. I, p. 130.)--Avec son mari, l'en ne doit mie besongner
-par aguet ou malice, mais plainement et rondement, coeur à coeur (_ibid._,
-p. 158).
-
-[42] Ce compte, qui n'est plus connu que par la mention qu'en a
-consignée le père Menestrier, t. II, p. 175 de sa _Bibliothèque
-instructive_, ne commençoit qu'à février 1392-3. Le témoignage du
-_Ménagier_ composé entre juin 1392 et septembre 1394 (voy. p. XXII),
-pourroit donc être antérieur de quelques mois, et s'il est postérieur,
-il l'est de bien peu.
-
-[43] Il faut tenir compte, dans ces prix, non-seulement de la différence
-considérable de poids qui existoit entre les monnoies de la fin du XIVe
-siècle et celles du même nom employées depuis (le marc d'argent, qui
-valoit alors 6 livres, valant aujourd'hui 52 francs), mais encore de la
-dépréciation de l'argent. Un setier de blé (un hectolitre et demi
-environ), qui se vend aujourd'hui, dans les années ordinaires, environ
-30 francs, coûtant alors moyennement 16 sous, on peut multiplier par 35
-ou 40 les chiffres énoncés, pour avoir idée de ce qu'ils représentoient
-pour les contemporains.
-
-[44] J'aurois pu retrancher les deux derniers de ces épisodes sans nuire
-beaucoup à l'intérêt du livre, mais j'ai mieux aimé publier le
-_Ménagier_ tel que son auteur l'avoit conçu, et sans être _estrippellé_,
-comme lui-même aimoit à donner les ouvrages des autres. (Voy. t. II, p.
-3.)
-
-[45] On lit (t. II, p. 66), après une recette pour ôter les taches, ces
-mots que j'ai mis entre parenthèses: _ce que je ne croy pas_.
-
-[46] Voir t. II, p. 124, l'endroit où il est parlé des _additions_
-faites au livre: p. 129, le passage relatif à la signification du mot
-_fressure_; même volume, p. 93, sa remarque sur les _tourtes pisaines_,
-appelées ailleurs _tourtes lombardes_, et aussi les passages en
-italiques, p. 164, 166, 167, etc.
-
-[47] Un passage où il est parlé des choux, t. II, p. 142, dans lequel il
-est dit: _et commence à iceulx pour ce que ce sont de_ CELLE _année les
-premiers crus_, scilicet _puis avril, et puis_ VA _en descendant vers
-vendenges, Nouel et Pasques_, pourroit faire penser que l'auteur s'est
-servi, au moins pour une partie du _Viandier_, de notes faites exprès
-pour lui et l'année même où le _Ménagier_ a été écrit. En effet, le mot
-_va_ prouve que _commence_ n'est pas là à la première personne et que
-l'auteur ne parle pas pour lui. Donc, puisqu'il remarque que le
-rédacteur primitif de ce passage règcelle ale l'ordre de son discours
-d'après le mois où commençoit l'année actuelle (_celle année_), il en
-résulte que la note ou l'ouvrage consulté avoit été rédigée cette même
-année, et alors, à moins de supposer une coïncidence fortuite bien moins
-probable au XIVe siècle qu'elle ne pourroit l'être aujourd'hui, on
-seroit porté à conclure que les élémens de cette partie du travail de
-l'auteur lui auront été fournis par quelque queux ou écuyer de cuisine
-profondément instruit des détails de son art.--Je suis toutefois loin de
-rien affirmer à cet égard, et je remarque même que l'auteur ayant dit
-dans le _traité de l'Épervier_ (p. 303), l'_alouette de cest an_, pour
-l'alouette de l'année, il se pourroit que _celle année_ fût de même
-employé pour _l'année_ dans le passage qui donne lien à cette note, et
-qu'Avril eût été désigné de préférence, comme étant le mois le plus
-habituellement le premier de l'année, au moins le second, et en tout cas
-celui où ces choux commençoient à croître.
-
-[48] Jean Bonfons imprimoit, en 1566, _le Voyage de Charles IX_, et son
-fils, Nicolas Bonfons, imprimoit en 1574, les _Nouveaux Comptes
-moralisés_, à la même adresse que celle où avoient demeuré son père Jean
-Bonfons et sa mère, veuve de Jean. Lottin s'est trompé quand il fait
-vivre Jean Bonfons en 1606.
-
-[49] Voir sur Guillaume Tirel dit Taillevent, queux de Charles V en 1361
-et écuyer de cuisine de Charles VI en 1386, l'article que j'ai publié
-dans le _Bulletin_ du bibliophile de Techener, nº de juin 1843. M. de la
-Villegille, qui prépare une édition critique réellement la première de
-ce curieux ouvrage par la manière dont elle sera exécutée, a bien voulu
-me prêter pendant toute la durée de mon travail les copies faites par
-lui des deux manuscrits de Taillevent. Il existe dans les archives de la
-préfecture de la Manche à Saint-Lô un registre des recettes de la
-baronnie de la Haye du Puis pour 1454 à la fin duquel est un _Viandier_
-(voir le _Nouvelliste de la Manche_ du 3 février 1847) qui paroît être
-une leçon de Taillevent. Je n'en ai eu connoissance qu'après
-l'impression de la partie culinaire du _Ménagier_. Il existe encore sur
-le même sujet un volume que j'aurois bien voulu consulter, c'est la
-_Fleur de toute cuisine... revue et corrigée par Pierre Pidoux_. Paris,
-Al. Lotrian, 1543, in-16 goth., mais je n'ai pu le voir.
-
-[50] Ce seigneur qui florissoit en 1350, a écrit en 1372 pour
-l'éducation de ses filles un Traité assez célèbre dont les deux imprimés
-sont véritablement introuvables et de plus assez défectueux; je
-donnerai, soit pour la Société des bibliophiles, soit pour mon propre
-compte si les autres publications entreprises par la société ne lui
-permettoient pas de s'occuper de celle-ci, une édition nouvelle de ce
-livre sur le plan et dans la forme de la présente édition du _Ménagier
-de Paris_, et j'ai déjà recueilli quelques renseignemens sur l'auteur,
-sa famille et les personnages qu'il cite.
-
-[51] Amsterdam, 1709, in-8º. Il prouve que ce traité ne peut avoir été
-écrit par _Marcus Apicius_, fameux gourmand vivant sous Tibère et dont a
-parlé Athénée (ce qui n'a pas empêché plusieurs auteurs modernes
-d'attribuer à M. Apicius ce traité qu'ils n'ont sûrement pas ouvert); et
-d'après certaines expressions employées dans l'ouvrage, il pense qu'il
-doit avoir été écrit par un affranchi africain. Le nom d'Apicius
-_Coelius_ peut, suivant lui, être un pseudonyme destiné à rappeler
-_Marcus_ Apicius.
-
-[52] Je ne prétends pas dire cependant qu'il n'y ait pas eu au XVIe
-siècle surtout quelques modifications au service, quelques introductions
-de plats nouveaux. On peut voir sur ce sujet Legrand d'Aussy et un
-passage de l'apologie pour Hérodote, d'Henri Estienne, non cité par
-Legrand, t. II, p. 16 de l'éd. de 1735. Au reste, Henri Estienne avance
-bien des choses démenties par le _Ménagier_. (Il dit par exemple qu'on
-jetoit autrefois les issues du veau et du mouton, et qu'on ne mangeoit
-pas de perdreaux.)
-
-[53] Boileau dans sa satyre III (1665), tourne en ridicule l'usage des
-épices.
-
-[54] Il avoit été pendant dix ans écuyer de cuisine de Louis Chaalon du
-Blé, marquis d'Uxelles, tué en 1658 au siége de Gravelines, père du
-maréchal, et ayant obtenu lui-même un brevet de maréchal de France. Il
-est dit dans la dédicace de ce livre, adressée à ce seigneur, que sa
-table avoit été _chérie_ à Paris et dans les armées par les princes, les
-maréchaux, etc.
-
-[55] Il faut au reste remarquer que Taillevent étoit réimprimé en 1602 à
-Lyon et non à Paris, et il se pourroit que Paris eût été plus _avancé_
-que Lyon en fait de cuisine.
-
-[56] On comprendroit bien mieux les ouvrages littéraires écrits au moyen
-âge si l'on pouvoit connoître tous les usages de la vie commune à cette
-époque, tous les noms techniques des objets qui frappoient journellement
-les regards des auteurs et de leurs contemporains. Penseroit-on qu'il
-pût être utile de consulter un _Viandier_ pour lire un Noël du XVIe
-siècle? Voici cependant un Noël tiré du recueil de _Lucas Le Moigne,
-curé de Notre-Dame du Puy la Garde en Poitou_ (volume unique appartenant
-à notre confrère M. Cigongne), dont la lecture est singulièrement
-éclaircie par celle du _Ménagier_. Ce Noël se chantoit sur l'air de
-l'hymne: _Conditor alme siderum_.
-
- _Conditor_ le jour de Nouel
- Fist ung bancquet le nompareil
- Que fut faict passé a longtemps
- Et si le fit à tous venans. Nouel.
-
- Il y avoit perdris, chappons,
- Oyseaulx saulvaiges, des hairons:
- Levraulx, congnilx, aussi faisans,
- Pour toutes manières de gens. Nouel.
-
- Une grant hure de sanglier,
- Ypocras, aussi le mestier,
- Vin Capary et faye Montjeau
- Pour enluminer leur musseau. Nouel.
-
- Biscuyt, pain d'orge et gasteaulx,
- Fouace, choysne, cassemuseaulx,
- pain de chappitre et eschauldez
- Mangerez si le demandez. Nouel.
-
- Aussi y avoit aulx, oignons,
- Et ung pasté de potirons
- Avec les choux-maistre-René
- Et des lymatz au chaudumé. Nouel.
-
- Il y vint ung bon bouteiller
- Qui ne cessa onc de verser,
- Tant que ung barault il aseicha
- _In sempiterna secula_.
-
- _Amen._ Nouel.
-
-
-[57] Il y a dans les _Mémoires pour servir à l'Histoire de France et de
-Bourgogne_, Paris, 1729, in-4º, IIe partie, p. 58, un article curieux
-sur le queux du duc de Bourgogne qui auroit été supérieur aux écuyers de
-cuisine; mais ce queux me paroît être un officier dans le genre du
-_grand queux de France_, non aussi important toutefois. Dans les
-ordonnances de 1386-7 et 1388-9 sur l'organisation de la maison du roi,
-les écuyers de cuisine sont nommés avant les simples queux. (Voir sur
-les grands queux de France l'_Histoire généalogique des grands officiers
-de la couronne_, t. VIII, p. 825, où se trouvent aussi des premiers
-queux et même de simples queux qui n'auroient pas dû y figurer, et entre
-autres Taillevent et Guillaume Lefèvre, dit Verjus. V. t. II, p. 81 du
-_Ménagier_.)
-
-[58] Je crois qu'il faut adopter la leçon du manuscrit B, II, 117, n. 4.
-
-[59] Vases contenant une quarte (deux pintes) de vin.
-
-[60] Voir cependant T. II, p. 114, n. 3.
-
-[61] Ici vases à _couler_, à _passer_, _passoires_, comme cela est bien
-expliqué dans du Cange à _Colum_, 3, et non _entonnoir_, comme cela est
-dit dans le même ouvrage à _Collum_ 3 et à _Coloeria_.
-
-[62] Il y avoit cependant alors un grand luxe d'argenterie. J'ai vu dans
-les registres du Parlement (_Matinées_, 9 avril 1396-7), que Guillaume
-des Baux, gentilhomme qui recevoit souvent le duc d'Anjou, avoit
-_vaisselle de cuisine_ d'argent. Sa fortune n'étoit cependant évaluée
-qu'à 6,000 liv., ce qui, en tenant compte de la diminution du poids et
-même de la dépréciation de la monnoie, ne peut représenter plus de
-240,000 fr. d'aujourd'hui.
-
-[63] V. T. II, p. 114, n. 1.
-
-[64] A cette époque le vin n'étoit pas mis en bouteilles: on prenoit
-directement au tonneau le vin nécessaire à la consommation journalière.
-
-[65] Ce mot a cependant quelquefois aussi la même signification
-qu'aujourd'hui (V. T. II, p. 99, n. 6), et il désigne une fois (T. II,
-p. 137) un mets solide, sec, par opposition à un mets liquide mis dans
-une écuelle.
-
-[66] Au XVIIe siècle c'étoit le maître d'hôtel qui remplissoit cet
-office, le chapeau sur la tête, le manteau sur le dos, la serviette sur
-l'épaule et l'épée au côté. Voir les _Délices de la campagne_, éd. de
-1673, figure de la page 145, et le _Maistre d'hostel_ de la Varenne, à
-la suite de son _Cuisinier françois_, éd. d'Amsterdam, Mortier, p. 318.
-
-[67] Placeur, poseur, d'_asseoir_, _poser_.
-
-[68] Ce mot désigne ordinairement dans les récits de festins princiers
-une espèce de représentation théâtrale. (Voir Legrand d'Aussy, t. III,
-p. 373, et les _Chroniques de Saint-Denis_, t. VI, p. 387), mais la
-signification que je lui donne ici résulte des menus X, XIII, XIV, et du
-chapitre des entremets du _Ménagier_. Dans le Ms. de Saint-Lô (V. p.
-XXXV, n. 1), il est dit que le _porc de mer_ doit être coupé par lesches
-et _détourné_ (_atourné_, dressé?) _par manière d'entremets sur un blanc
-doublier_ (nappe). Enfin la recette donnée dans le _Grand Cuisinier_
-pour dorer et orner un cigne (voir t. II, p. 184, note), est ainsi
-intitulée _Entremets d'un cigne doré_. L'usage de servir les paons,
-faisans, etc., avec cette recherche, paroît s'être prolongé jusque dans
-le XVIIe siècle. Le _Thrésor de santé_, imprimé en 1607, mais qui peut,
-il est vrai, avoir été écrit antérieurement, donne encore une recette de
-cigne doré. En France, sous la minorité de Louis XIV, le faisan étoit
-servi avec une aile non plumée, outre la tête et le col qu'on lui laisse
-encore aujourd'hui.
-
-[69] Je ne puis du moins comprendre autrement _l'entremets élevé_ dont
-il est parlé dans le Menu XIV.
-
-[70] On voit cependant T. II, p. 108, une _desserte_ composée de
-fromentée et de venaison, mais s'il n'y a pas erreur, c'est au moins une
-exception.
-
-[71] Ce mot se trouve encore dans l'_Instruction pour les festins_,
-insérée dans les _Délices de la campagne_, et avec la même signification
-de dessert supplémentaire. Il paroît s'être perdu peu de temps après,
-car il n'est plus employé dans la _Maison réglée_ d'Audiger, imprimée à
-Paris en 1692, in-12.
-
-[72] V. T. II, p. 99.
-
-[73] Cette consommation a été, en 1846, la population de Paris étant
-évaluée à un million d'habitans, de 104,329 boeufs, vaches ou taureaux,
-84,260 veaux, et 486,445 moutons. La consommation seroit donc à peu près
-triplée.
-
-[74] Je n'ai vu cette boucherie citée que dans une plaidoierie du
-Parlement de septembre 1388.
-
-[75] On pourroit cependant répondre qu'il considéroit Saint-Marcel comme
-un faubourg et non comme un quartier de Paris.
-
-[76] La dépense ordinaire de l'hôtel du duc de Berry, sans compter celle
-de sa garde-robe, des gages et pensions qu'il payoit, et surtout sans
-celle de ses bâtimens, s'éleva en juin 1373 à 1165 fr.; en juillet à
-1431 fr.; en août à 1535 fr.; en septembre à 1542 fr.; en octobre à 1430
-fr.; à 2054 fr. en novembre; à 1654 fr. en décembre. Il est dit dans le
-compte qui me fournit ces chiffres (Arch. du Roy. K. 250-1), que cette
-dépense comprenoit les gages _des gens de l'ostel qui ne s'étoient pas
-armés en la chevauchée de Poitou_. Ceux qui avoient fait l'expédition
-n'y étoient donc pas compris. La duchesse avoit sa maison à part et
-remboursoit au duc six francs par chaque jour qu'elle et ses gens
-vivoient à ses dépens. Il est probable que la dépense du duc de Berry
-s'augmenta quand, après la mort de Charles V, il put puiser largement
-dans le Trésor.
-
-[77] Ce seroit cependant faire tort à l'auteur que d'assimiler ses
-renseignemens à la ridicule statistique de Paris qui se trouve dans les
-_Rues et églises de Paris_. On lit dans cet ouvrage, imprimé au
-commencement du XVIe siècle, qu'on comptoit à Paris dès le règne de
-Charles VI, 872,000 _ménagers_ ou chefs de famille, sans les prêtres,
-écoliers et autres extravagans _qui sont sans nombre_. La consommation
-de cette multitude est fixée aux chiffres très-insuffisans de 73,000
-boeufs, 730,000 moutons, et 365,000 veaux.
-
-[78] Voir sur la diminution, depuis 1789, de la consommation de la
-viande par chaque individu, les _Recherches de Benoiston de
-Chasteauneuf_, 1821, in-8º, 1re partie, p. 67. Cette diminution
-relative, qui date de 1789, a toujours été en croissant depuis, et c'est
-là un fait bien remarquable et digne d'être médité.
-
-[79] Il falloit bien au reste que la consommation de Paris fût
-très-considérable. J'ai vu dans les registres du Parlement la preuve
-qu'en 1422 on amenoit même de Savoie des boeufs à Paris (14 juillet
-1422). Une ville pour laquelle des approvisionnemens arrivent de si loin
-est nécessairement très-peuplée. Au reste, il existe d'autres données
-qui permettent d'établir assez positivement le chiffre de la population
-parisienne à la fin du XIVe siècle. On peut, si l'on veut, négliger
-comme trop vague ce que dit Froissart (t. II, p. 259 de l'éd. du
-Panthéon) à l'occasion du retour de Flandres en 1383, de la partie de
-cette population capable de porter les armes, mais, comme Paris comptoit
-en 1328 61,098 feux que M. Géraud dans son _Paris sous Philippe le Bel_
-évalue par des calculs très-modérés, peut-être même trop modérés, à
-275,000 habitans, comme ce chiffre a dû s'élever pendant le règne de
-Charles V et les premières années de Charles VI, il semble qu'on ne peut
-guère évaluer la population de Paris à la fin du XIVe siècle à moins de
-3 ou 400,000 habitans. Voir pour plus de détails sur la population de la
-France au XIVe siècle, le mémoire de M. Dureau de La Malle (Acad. des
-inscr., T. XIV, 2e p. p. 36); pour Paris l'excellent travail de M.
-Géraud, p. 465 de _Paris sous Philippe le Bel_, et pour le XVIe siècle
-les _Relations des ambassadeurs vénitiens_.
-
-[80] T. I, p. 7. Ces demandes d'ébatement ou jeux semblent avoir donné
-lieu à une manière de parler proverbiale que je trouve consignée dans
-les plaidoieries civiles du Parlement à la date du 27 juin 1392. _Acarot
-dit que s'il s'en mesloit plus, qu'il lui trancheroit la teste, et dit
-que_ pour roy ne pour roc _il ne lairoit que il ne lui couppast la
-teste_.
-
-[81] L'ordonnance de Charles VI du 10 janvier 1396-7 ne défend la chasse
-qu'aux non-nobles laboureurs et autres non privilégiés, (les habitans
-d'un assez grand nombre de villages avoient droit de chasse) et non
-autorisés par des personnes ayant elles-mêmes droit de chasse. Cette
-ordonnance reconnoit de la manière la plus formelle le droit de chasse
-aux _bourgeois vivans de leurs possessions et rentes_.
-
-[82] _Modus_, feuillet 101.
-
-[83] Voir l'article sur lui, p. LXIX.
-
-[84] Ed. Vérard, feuillet X V.
-
-[85] _Ib._, feuillet X IV.
-
-[86] S'il a été aidé par quelque ouvrage antérieur, peut-être seroit-ce
-par un traité italien, attendu le nom de _faucon vilain_ qu'il donne au
-lanier, et qui lui étoit encore donné en Italie au XVIIe siècle. Voy.
-aussi T. II, p. 310, la note sur le vol du faisan par l'épervier.
-
-[87] La chasse à l'oiseau est encore actuellement pratiquée en Syrie.
-L'émir Beschir, prince des Druses, avoit des oiseaux dressés qui furent
-pillés en 1840, lorsque les événemens le contraignirent à quitter le
-pays, et rachetés depuis par M. Catafago, vice-consul d'Autriche à Saïda
-(près Beyrouth), qui les possède encore aujourd'hui. A Damas, Choudjà'
-Eddaouleh et Seïf Eddaouleh, neveux du schah actuel de Perse, retirés en
-Syrie, chassent aux perdrix avec des sacres (voy. T. II, p. 323). M.
-Schefer, second drogman du consulat général de Smyrne, a fait avec ces
-princes une chasse dans laquelle deux sacres prirent en une heure et
-demie quinze ou vingt perdrix. D'après le récit circonstancié qu'il a
-bien voulu me faire, ces oiseaux nommés _sacres_ dans le pays,
-originaires de Tartarie ou du Turkestan, certainement les _sacres_ de
-nos anciens fauconniers, et par conséquent oiseaux de haut vol
-(_rameurs_, selon Huber; voy. T. II, p. 318), sont cependant dressés
-comme l'étoient autrefois les oiseaux de poing (_voiliers_, selon
-Huber); ils partent du poing de leur maître quand le gibier se lève, et
-se perchent sur les buissons quand la perdrix s'y est remisée, pour la
-prendre plus facilement dès qu'elle en sort. C'est bien là la manière de
-l'autour et de l'épervier, mais l'identité d'origine septentrionale et
-de nom ne permet pas de douter que ces oiseaux ne soient bien nos
-sacres.
-
-M. d'Offémont, dont j'ai parlé dans une note de ma _Chace dou cerf_,
-1840, in-8º, comme ayant créé en 1838 une association destinée à faire
-renaître la fauconnerie (association dont le siége est en Hollande et
-qui continue à prospérer), frappé des difficultés qu'il a dû surmonter
-dans _l'affaitement_ des oiseaux, malgré les secours qu'il avoit
-rencontrés dans les anciens ouvrages de fauconnerie, a l'intention
-d'écrire sur ce sujet un traité assez détaillé pour suppléer aux
-omissions des anciens auteurs. Il m'a montré des notes et quelques
-dessins qui donnent l'idée la plus avantageuse de son travail.
-
-[88] Par suite de mon goût pour les livres de chasse, j'avois eu
-l'honneur de faire la connoissance de M. Huzard. Il m'a bien souvent
-admis avec une extrême complaisance dans sa précieuse bibliothèque, mais
-le hasard a fait qu'il ne m'avoit jamais montré son manuscrit du
-_Ménagier_. Son catalogue (Paris, 1842) forme 3 vol. in-8º. La vente a
-eu lieu en 1843.
-
-[89] Paris, 1830, in-4º. Voici les indications données par cet ouvrage:
-
-1º Inventaire de Bruges vers 1467.
-
-Nº 836. Ung autre livre en parchemin couvert d'ais jaunes, intitulé au
-dehors: _C'est le Mesnagier de Paris_; comançant au second feuillet,
-_Salvacion de l'âme_, et au dernier _n'est autrement_. (C'est le
-manuscrit A, voir ci-après p. LIV.)
-
-Nº 1202. Ung autre livre de cuir vermeille, appellé _le Mesnagier_, est
-escript partie en longue luigne et partie par deux coulombes;
-quemenchant ou second feuillet _Vous moismes_ et le dernier feuillet, _a
-dicta aqua_. (C'est le manuscrit B dans lequel se trouve le _Chemin de
-povreté_ en effet écrit à deux colonnes (coulombes). Voir ci-après p.
-LV.)
-
-2º Inventaire fait à Bruxelles le 15 novembre 1487.
-
-Nº 1758. Ung autre grant volume couvert de cuir, garni à tout deux
-cloans de léton, intitulé: _C'est le Mesnagier de Paris_; comenchant ou
-second feuillet, _Salvacion de l'âme_ et finissant ou derrenier, _et
-oster les entrailles, testes et qhues. Hic finit._ (A)
-
-Nº 1759. Ung autre grand volume couvert de cuir rouge, à tout deux
-cloans de léton, intitulé comme le dessus: _Le Mesnagier de Paris et
-autres choses de dévotion_; comenchant ou second feuillet, _Vous-mesmes
-vo_, et finissant ou derrenier, _et oster les entrailles, testes et
-qhues_. (B)
-
-[90] T. I, p. 9.
-
-[91] Les second et dernier feuillets commencent par les mêmes mots que
-ceux signalés comme initiaux de ces mêmes feuillets dans le manuscrit de
-Bourgogne. C'est ce même manuscrit qui est indiqué comme manquant
-ultérieurement dans les inventaires de Bruxelles. (Nº 2269 de la
-_Bibliothèque protypographique_.)
-
-[92] Cet article a donc paru peu de mois avant la vente de la première
-partie de la Bibliothèque Huzard. Il est singulier qu'un livre si
-longtemps inconnu soit remarqué et étudié, on pourroit dire exhumé, dans
-la même année, à Bruxelles et à Paris à la fois.
-
-[93] Si l'on entre dans le détail de l'histoire du règne de Charles VI,
-il semble (autant qu'on puisse en pareille matière déduire un principe
-général de faits particuliers même nombreux) qu'une partie notable de la
-haute bourgeoisie parisienne s'étoit attachée après la mort de Charles V
-au duc de Berry, prince toujours besogneux, et redoutable par ce motif
-aux provinces soumises à son autorité, mais affable et de moeurs faciles,
-qualités appréciées de tout temps et souvent au delà de leur valeur
-réelle par les classes moyennes et inférieures des villes. On verra
-encore que même dans les momens où les exigences de la politique
-amenoient ou forçoient le duc de Berry à se réunir aux Bourguignons, les
-bourgeois ou parlementaires ses conseillers et partisans, n'en étoient
-pas mieux vus du duc de Bourgogne à qui ils rendoient probablement les
-sentimens de défiance et de haine qu'ils lui inspiroient.
-
-[94] Les familles de Larivière en Guyenne, et de Bezu le Long, portent
-aussi de gueules au chevron d'hermines.
-
-[95] Champagne, Goussencourt, Hargicourt et Vivonne portent également
-d'hermines au chef de gueules.
-
-[96] Depuis le XVIe siècle, au lieu d'avoir ainsi un seul écusson parti
-(divisé en deux par une ligne verticale) les femmes portent deux écus
-dont le premier est celui de leurs maris. Les reines de France ont
-continué longtemps à partir leur écusson, et je crois que Marie
-Leczinska est la première qui ait porté deux écus accollés.
-
-[97] _L'Histoire généalogique des grands officiers de la couronne_, T.
-III, p. 726, l'appelle Jean, ce qui est une erreur.
-
-[98] Elle est enterrée dans l'église paroissiale de Roubais, chapelle de
-Sainte-Croix ou des Sept Douleurs. (Cabinet généalogique.)
-
-[99] Chambellan du roi de France, frère du connétable de Saint-Paul
-décapité en 1475: il mourut en 1487.
-
-[100] Mon ami M. Eugène Grésy qui s'occupe depuis longtemps de
-l'histoire et de la topographie de Melun, me signale un vitrail de la
-chapelle Saint-Antoine en l'église Saint-Aspais de Melun, dans lequel
-les armes d'Agnès de Savoie, femme, de 1466 à 1508, de François Ier
-d'Orléans, duc de Longueville, vicomte de Melun, sont placées dans un
-écusson parti, avant celles de son mari. Mais, je le répète, de telles
-erreurs sont très-rares, surtout à mesure qu'on s'éloigne des temps
-modernes. Si Isabelle de Roubais avoit épousé un Ghistelles en premières
-noces, je n'aurois pas hésité à voir en elle la propriétaire de mon
-manuscrit. Au reste, il est bien probable que ce manuscrit lui aura été
-donné par sa mère, et que les recettes de _Hotin_ auront été recueillies
-pour elle.
-
-[101] C'est lui qui prit par surprise, en 1465, la ville de Péronne et
-le comte d'Étampes qui s'y étoit renfermé, _Histoire de Bourgogne_, de
-dom Plancher, T. IV, p. 337.
-
-[102] Voy. T. II, p. 275.
-
-[103] Quand un ouvrage cité en abrégé dans un endroit du livre est
-indiqué ailleurs avec plus de détail, je ne l'ai pas compris dans cette
-liste. La table donnera le moyen de retrouver l'endroit où le titre est
-donné _in extenso_.
-
-[104] Rymer date ces pièces de 1363, mais c'est de 1363 nouveau style,
-c'est-à-dire en faisant commencer l'année au 1er janvier et non à
-Pâques. En effet, suivant la Chronique de Saint-Denis, dont l'exactitude
-chronologique est irrécusable, le roi Jean, qui étoit entré à Avignon le
-20 novembre 1362, s'embarqua à Boulogne le 3 janvier 1363 (1364 nouveau
-style) pour retourner en Angleterre, et y mourut le 8 avril suivant.
-
-[105] Il n'y en a que dix-huit.
-
-[106] Le second article relatif à la chasse de l'épervier est le seul
-qu'on trouve dans les trois manuscrits du _Ménagier_, encore est-il mal
-placé entre les troisième et quatrième articles de la seconde
-distinction. Cette circonstance pourroit faire croire que l'auteur n'a
-pas suivi jusqu'au bout de son livre le plan et la division établis
-ci-dessus, et qu'il a peut-être omis de traiter le sujet des premier et
-troisième articles de la troisième distinction.
-
-On comprend de quel genre pouvoient être les ébattemens du troisième
-article, et on a dans le _Dodechedron de fortune_ l'exemple de demandes
-_avérées et répondues par le sort des dés_. Mais que faut-il entendre
-par _rocs_ et par _rois_? On sait que le Roc a été remplacé par la Tour
-dans le jeu d'échecs, et n'existe plus que comme pièce héraldique dans
-les armoiries de quelques familles. Étoit-ce donc à l'aide des rocs et
-des rois d'échecs que ces demandes d'ébattemens étoient répondues?
-
-Il est parlé dans le _Chevalier de la Tour_ (chap. 124 du ms. du roi,
-7403) de chevaliers et dames jouant au _roy qui ne ment pour dire vérité
-du nom de s'amie_. C'est peut-être d'un jeu analogue que l'auteur du
-_Ménagier_ a parlé ou comptoit parler dans cet article.
-
-[107] _Chemise._ Ce mot avoit alors la même signification
-qu'aujourd'hui. Voir Du Cange au mot _Camisa_.--_Blanchet_, vêtement
-court, sorte de camisole de drap ou flanelle blanche qu'on mettoit
-par-dessus la chemise. Ce mot est encore cité dans cette acception par
-le dictionnaire de Trévoux. Blanchet signifioit par extension le drap
-blanc dont étoit fait le vêtement du même nom.--_Coste_, qui seroit
-mieux écrit cotte, comme au-dessous, signifie ici robe, voir Du Cange,
-citation de la Vie des Pères, à _Surcotium_.--_Surcot_, vêtement de
-dessus, mais en général moins chaud et plus habillé que la houppelande.
-J'ai vu dans les _Plaidoiries criminelles du parlement_ une bourgeoise
-_venant d'une noce pour laquelle elle avoit vestu un surcot_, à qui une
-de ses parentes dit _qu'il est tard_, qu'elle dépouille son surcot et
-que elle lui baillera _une houpelande et un chaperon_. (Avril 1404-5.)
-
-[108] La coiffe enveloppoit toute la tête et étoit placée immédiatement
-sur les cheveux. Le mot de _cueuvrechief_ paroît désigner ici une sorte
-de bonnet placé sous le chaperon. Les couvrechef et coiffes étoient
-d'étoffe légère. Un inventaire dressé en 1384 des biens meubles de
-Jacqueline de Charny, femme de Jehan Saugete, écuyer, mentionne _quinze
-quevrechiefs de soie et trois de lin pour atour et dix-neuf coiffes de
-soie jaune, de cendal et de toile ou fil_. (Reg. du P. Jugés XXXII. 94.)
-Quant au chaperon, dont la forme a varié, celui dont il s'agit ici me
-paroît devoir être la coiffure que porte la femme dans la planche de la
-page 9. L'auteur de la plaidoirie citée page 14 parle d'un amant qui
-coupa un morceau du chaperon de sa maîtresse pour avoir un souvenir
-d'elle. La forme du chaperon représenté dans la planche fait bien voir
-comment cela étoit possible.
-
-[109] Il sembleroit par ces mots qu'on n'avoit pas alors de bancs
-_réservés_ dans les églises. La mention la plus ancienne que j'aie vu de
-cette attribution individuelle des bancs aux paroissiens est dans une
-délibération du conseil de fabrique de Saint-André-des-Ars, en date du 2
-février 1577, qui parle des bancs affectés aux paroissiens, et de ceux
-qui d'_ancienneté_ ont coutume de s'y mettre. Les églises collégiales
-n'avoient de bancs qu'autant qu'elles étoient en même temps
-paroissiales, c'est-à-dire qu'il y avoit des fonts baptismaux, et qu'on
-y faisoit le prône. (_Traité des Droits honorifiques_, par Maréchal,
-1762, tom. I, p. 278 et 284). On m'a affirmé qu'avant la révolution il
-n'y avoit pas de bancs dans l'église cathédrale de Paris.
-
-[110] Var. B _Gréel_, Graduel.
-
-[111] _Estour_, secours, nourriture du corps, et généralement tout ce
-qui sert à la vie. (V. Du Cange, au mot _Estorium_); _lourgable_,
-susceptible d'être consommé, de _lurcare_, dévorer.
-
-[112] Avoir soin.
-
-[113] Je n'ai jamais vu ce mot: seroit-il ici pour _trahaigner_,
-traîner, tergiverser?
-
-[114] _Reverchier_ signifie retourner: je crois qu'_entreveschier_ veut
-dire _intervertir_.
-
-[115] Pour fixer votre idée, pour connoître.
-
-[116] Aussi, également.--Var. B _presque_.
-
-[117] Cette nomenclature des vices et des vertus contraires se retrouve
-dans plusieurs ouvrages du moyen âge. Elle est avec de grands
-développemens dans le _Calendrier des Bergers_, et elle a donné lieu à
-une sorte de roman allégorique curieux et bien écrit dans la suite
-mystique du Modus et Ratio, intitulée _le Songe de Pestilence_, et
-imprimée sous le titre de _Modus et Ratio de divine contemplacion_.
-
-[118] Vif désir.
-
-[119] Brûlent (de frire). V. ci-après _le Viandier_.
-
-[120] Poêle à frire.
-
-[121] Il paraît manquer quelque chose, comme _perte des âmes_.
-
-[122] Vrai.
-
-[123] Procès.
-
-[124] Manque _se comparer_.
-
-[125] _... d'icelui._
-
-[126] Mal erré, _male erravi_.
-
-[127] Sous son plus mauvais jour.
-
-[128] Loué.
-
-[129] Je ne me souciois pas.
-
-[130] En secret.
-
-[131] De la gloire auprès d'eux, pour qu'ils parlassent de moi.
-
-[132] Je pensois.
-
-[133] Il paroît manquer quelque chose comme: _Je disois mes péchés les
-moins grands_.
-
-[134] Parée.
-
-[135] Ce mot n'est que dans B. Faut-il lire _à parties_?
-
-[136] Gourmands et par extension débauchés.
-
-[137] Joyeux.
-
-[138] _Empêcher_ vaudroit mieux.
-
-[139] Défendu, refusé.
-
-[140] Croupit?
-
-[141] Sa fortune.
-
-[142] Antecrist fait les miracles en sa maison tout au contraire: sa
-maison est la taverne, et quant ceulx qui voyent bien clair y viennent,
-ils s'en partent tous aveugles.--_Modus et Racio_, édit. 1839, feuillet
-65 vº.
-
-[143] Chez les Romains, avant la première guerre punique, les jours se
-divisoient en quatre parties: 1º de 6 heures à 9 heures, c'était l'heure
-de _prime_; 2º de 9 heures à midi, c'est ce qu'on nommoit _tierce_; 3º
-de midi à trois heures, c'étoit l'heure de _sexte_; 4º _none_ commençoit
-à 3 heures et finissoit au coucher du soleil. Cette ancienne division du
-temps fut adoptée par la primitive église et les noms en sont restés aux
-offices.
-
-[144] Si chère qu'elle soit.
-
-[145] Pourtant, cependant.
-
-[146] De maintenant à un jour.
-
-[147] Thériaque: remède.
-
-[148] Prochain.
-
-[149] Ennui, désoeuvrement. V. Du Cange aux mots _Accidia_, _Acedia_.
-
-[150] Manquent quelques mots, comme: _qui y mettent_.
-
-[151] L'avare.
-
-[152] Peut-être manque-t-il quelques mots comme _ils auront_, _etc._
-
-[153] Il semble que le sens de la phrase exigeroit _gloutonnie_.
-
-[154] En desroi, égaré.
-
-[155] C'est l'ouvrage de Jacques de Voragine, archevêque de Gênes.
-
-[156] De saint Jérôme.
-
-[157] Donner envie, goût.
-
-[158] C'était Sédécias.
-
-[159] Captivité.
-
-[160] Helcias.
-
-[161] Huile.
-
-[162] Doucement, paisiblement.
-
-[163] Serviteurs, _servientes_.
-
-[164] Visage.
-
-[165] Cachées.
-
-[166] La Vulgate dit _sub prino_, c'est le chêne _ilex_, l'yeuse.
-
-[167] _Sub schino_, c'est le lentisque d'où découle dans l'Archipel et
-en Perse non le macis, mais le mastic ou encens de Perse, sorte de gomme
-aromatique avec laquelle les Perses enduisoient leurs outres, suivant
-Strabon. Le _macis_ dont parle ici l'auteur est aussi appelé _fleur de
-muscade_; c'est la seconde écorce de la noix muscade. Nous verrons le
-macis employé dans _le Viandier_.
-
-[168] Les juifs furent chassés par ordonnance du 17 septembre 1394, et
-cette ordonnance fut ponctuellement et promptement exécutée. On en a la
-preuve dans des lettres de rémission accordées en janvier 1394(5), à un
-certain Guiot Rousseau de Pertes, près Melun, pour avoir assommé et
-volé, entre Pont-sur-Yonne et Sens, au bois de Javel, une vieille juive
-qu'il s'étoit chargé de conduire sur son cheval, de Melun à Sens, _ne
-croyant autant mesfaire que s'elle eust esté chrestienne et se recordant
-que par les juifs qui ont demouré ou temps passé à Meleun il avoit esté
-destruit presque de toute sa chevance_. Il est dit dans ces lettres, qui
-m'ont été communiquées par M. de Stadler, que cette juive _alloit
-rejoindre aucuns juifs qui pour certaine ordenance sur ce faicte se
-partoient hors du royaume_. (J. Reg. 147, 36.) Ce passage prouve bien
-positivement que _le Ménagier_ a été écrit avant septembre 1394.
-
-[169] Philosophe chaldéen qui, suivant Jacques de Cessoles, auteur du
-_Jeu des échecs moralisé_, auroit inventé le jeu d'échecs. L'auteur du
-_Ménagier_ cite ici l'ouvrage de J. de Cessoles, dans lequel on trouve,
-au chapitre de la Reine, les histoires de Romilde, de Lucrèce, de
-Papirius, qu'il va raconter aussi, mais en les développant.
-
-[170] Oui.
-
-[171] De Bénévent.
-
-[172] S'en détournèrent, de _desmouvoir_.
-
-[173] Cette duchesse est Romilde, veuve de Gisulfe, duc de Frioul, tué
-en 611, dans une bataille contre les Abares. Après la mort de son mari
-dont elle avoit eu quatre fils et quatre filles, elle fut assiégée par
-le khan des Abares dans Forojulium, aujourd'hui _Civita di Friuli_.
-Éprise de la figure du khan, elle lui offrit (et non à un de ses
-chevaliers) la place et sa main; son offre fut acceptée, mais le khan,
-maître de la place, fit empaler Romilde et emmena ses enfans et les
-principaux citoyens en captivité. Les quatre princes s'échappèrent sur
-la route. Les deux aînés, Tason et Caccon, furent ducs de Frioul, de 621
-à 635. Le troisième, Rodoald, fut duc de Bénévent, de 642 à 647, et le
-dernier, Grimoald, fut duc de Bénévent après son frère, et roi des
-Lombards en 662; il mourut en 671. On a assez peu de renseignemens sur
-l'origine de plusieurs de nos reines de la première race. Je n'ai pas
-trouvé qu'aucune d'elles ait été soeur de Grimoald. La même histoire est
-racontée avec quelques-unes des inexactitudes de l'auteur du _Ménagier_,
-dans le LVIIIe chapitre du _Compendion historial_; Paris, Ant. Vérard,
-1509.--Elle est tirée de Paul Diacre.
-
-[174] L'auteur du _Jeu des Échecs moralisé_.
-
-[175] Invita, de _semondre_.
-
-[176] Par telle convention.
-
-[177] État, disposition d'esprit.
-
-[178] Les occupations que l'auteur donne ici aux Romaines étoient sans
-aucun doute celles des femmes de son temps, et ce passage est
-certainement un des plus curieux de son livre. Le _bric_, qui me paroît
-la même chose que la _briche_ ou _bricque_, est déjà cité au XIIIe
-siècle dans les oeuvres de Rutebeuf (_de Brichemer_), on y jouoit assis
-et à l'aide d'un petit bâton.--_Qui féry?_ me paroît évidemment notre
-_main chaude_.--Le jeu de _pince-merille_ est écrit _pince-morille_ dans
-les jeux de Gargantua (Rabelais, livre I, chapitre XXII), c'est tout ce
-que j'en connois.--Le _tiers_ étoit une sorte de colin-maillard dont il
-est parlé dans Rabelais, les Arrêts d'amour et des lettres de rémission
-de 1391, citées par Du Cange au mot _Tertium_.--La mention des cartes
-comme _jeu d'ébatement_, dans un ouvrage écrit sûrement en 1393, est
-fort importante, et nous paroît démontrer la réalité de la distinction
-établie par M. Duchesne entre les cartes jeux _d'ébatement_, jeux
-d'enfans, _naibi_, et les cartes devenues quelques années après jeu de
-hasard. En lisant ce passage du _Ménagier_ on comprend que les cartes
-aient pu être connues en 1369, et ne pas figurer cependant parmi les
-jeux de hasard défendus cette année par Charles V. (Voy. _Jeux de Cartes
-tarots_, publiés par la Société des Bibliophiles, 1844, in-folio, p. 4.)
-
-[179] Un peu loin, à une petite distance.
-
-[180] Le visage baissé.
-
-[181] Bleues, violettes.
-
-[182] Poudreux; ou faut-il lire _les gens, pouldres_ (poussière) _et
-fumées_, etc.?
-
-[183] Var. Br. _à peine_.
-
-[184] Evite, esquive.
-
-[185] Car le fait (l'adultère) n'est pas à craindre. Je n'ai vu ce
-curieux usage mentionné nulle part ailleurs.
-
-[186] Pierre le Mangeur, chancelier de l'Université de Paris, mort en
-1179. Voir les _Mss. françois_ de M. Paris, t. II, p. 2.
-
-[187] L'historien Flavius Josèphe.
-
-[188] S'attachera, _adhærebit_.
-
-[189] Prononciation parisienne du mot _mesnie_, suite, famille. Voir H.
-Estienne, _Précellence du Lang. françois_, p. 179.
-
-[190] Près, comme _Villers-Coste-Retz_.
-
-[191] Stérile. Encore employé pour les biches en terme de vénerie.
-
-[192] Élève.
-
-[193] Allusion à l'incarnation de N. S. J. C.
-
-[194] Outre ou petit baril, _boucellus_.
-
-[195] Bersabée.
-
-[196] Voyage.
-
-[197] Couché.
-
-[198] Voir sur cette plante et sur la _main de gloire_ les curieux
-articles du Dictionnaire de Trévoux.
-
-[199] Ouvrage qui est à la fois une grammaire, une rhétorique, et un
-dictionnaire, et qui fut écrit en 1286 par Jehan Balhi de Gênes,
-religieux dominicain.
-
-[200] Sauvages.
-
-[201] Sans doute _choucas_.
-
-[202] Var. A, _melles_, faute ou nom d'oiseau que je ne connois pas.
-Tiercelet, pris seul, est le nom du faucon mâle.
-
-[203] Domestiques.
-
-[204] Macaire étoit le nom de l'assassin. Aubri de Montdidier étoit le
-maître du chien. Bullet, dans une intéressante dissertation sur cette
-histoire (_Mythol. fr._, p. 64), remarque qu'elle figure pour la
-première fois dans la chronique romanesque d'Albéric de Trois-Fontaines,
-auteur du XIIIe siècle, qui la place à l'année 780. Il pense que cet
-auteur l'a prise dans quelqu'ancien roman ou chanson de geste.
-
-[205] C'est la portion de l'île Saint-Louis qui est entre la rue des
-Deux Ponts et le pont Louis-Philippe, et qui étoit séparée par un petit
-bras de la Seine ordinairement à sec en été, de l'autre portion appelée
-l'île aux Vaches. Quoique le chapitre de Paris eût des droits à la
-propriété de cette île et en fût en tout cas haut justicier, elle
-servoit de promenade et de lieu de réjouissance publique. Le 8 mars
-1400, le procureur du roi parlant pour les marchands de Paris et les
-droits de la navigation, contre le chapitre, et faisant peut-être
-allusion au prétendu combat de Macaire et du chien, disoit que _dès
-Charlemaine l'île dessus dite fut appliquée à la chose publique_ (Reg.
-du Parl., Plaid. civ.). Les lices qu'y voyoit à la fin du XIVe siècle
-l'auteur du _Ménagier_ pouvoient bien provenir de la grande fête
-(mystères, tournois d'enfans au-dessous de dix ans, etc.) qui y fut
-donnée à la Pentecôte de 1313, lorsque Philippe le Bel et ses trois
-fils, et le roi d'Angleterre prirent la croix (_Chron. métrique_ de God.
-de Paris, 1827, p. 188), ou peut-être aussi de quelque autre solennité
-plus récente.
-
-[206] Les ducs de Berry, de Bourgogne et de Bourbon et le connétable du
-Guesclin conquirent presque tout le Poitou sur les Anglois, en 1372: ils
-revinrent à Paris le 11 décembre, et le lendemain le duc de Berry fit
-hommage au roi son frère du comté de Poitiers (Reg. du Parl., Plaid.
-civ.).
-
-Mais Niort et quelques autres places étoient restées au pouvoir des
-Anglois. Du Guesclin ayant défait à Chisay les garnisons angloises
-réunies sous le commandement de messire Jehan d'Esvreux, fit, suivant
-Cuvelier, mettre à ses soldats les cottes d'armes des Anglois, et prit
-ainsi Niort par surprise.
-
-Froissart (t. I, p. 665 de l'édition du _Panth. litt._ donnée par M.
-Buchon) dit que le combat de Chisay eut lieu le 21 mars 1372 (1373, n.
-st.), et cette date se trouve en effet confirmée par les comptes du duc
-de Berry dans lesquels on voit figurer, à la date du 30 mars, un
-messager envoyé par le duc à la duchesse pour lui annoncer que _messire
-Jehan d'Esvreux a esté déconfit_. La prise de Niort dut suivre presque
-immédiatement le combat de Chisay, surtout si le stratagème raconté par
-Cuvelier fut en effet mis en oeuvre par du Guesclin. Niort étoit en tout
-cas pris au moins dès le 28 avril. Quoique l'occupation de cette ville
-ait eut lieu presque sans coup férir, c'est bien certainement en cette
-occasion qu'avoit péri le maître du chien dont parle notre auteur, soit
-que ce fût un soldat de l'armée françoise, soit qu'il fût un des hommes
-de la ville, bons François de coeur suivant tous les historiens.
-
-Le duc de Berry, qui après l'hommage du comté de Poitiers avoit été en
-Berry et en Auvergne réunir des hommes et de l'argent (il étoit, le 11
-janvier 1372-3, et encore le 22 mars, à Bourges), n'arriva en Poitou que
-dans les premiers jours d'avril. Il étoit les 28 et 30 mars et le 2
-avril à la Souterraine, petite ville de la Marche, sur la route de
-Clermont à Poitiers, attendant probablement ses troupes, et les 15, 18
-et 19 avril, à Poitiers. On voit bien dans ses comptes qu'il envoya un
-courrier de Niort le 28 avril, mais il partit aussi des courriers ce
-même jour de Poitiers, de Saint-Maixent et de Melle, et si le duc a été
-le même jour dans ces quatre villes, il a fait une journée de vingt-cinq
-lieues, ce qui, sans être impossible, est cependant difficile. Il étoit
-à Poitiers le 30 avril, et paroît y être resté tout mai, tout juin, et
-jusqu'au 11 ou 15 juillet, mais il étoit le 18 de ce mois à Niort et y
-séjourna au moins jusqu'au 23 (il y consomma six setiers de blé; fol.
-105 vº). Il étoit de retour à Poitiers le 26.
-
-Il me paroît bien probable que le fait raconté par notre auteur comme
-témoin oculaire, a dû se passer à Niort pendant le séjour que fit le duc
-dans cette ville _en juillet 1373_. On pourroit opposer qu'au 18 juillet
-il y avoit déjà plus de trois mois que Niort étoit pris et le maître du
-chien mort, mais cet animal pouvoit continuer depuis lors à vivre sur la
-tombe de son maître, et le fait n'en étoit que plus remarquable et plus
-digne d'être signalé au duc de Berry. Au reste, si le séjour de ce
-prince à Niort le 28 avril 1373 n'étoit pas douteux, il vaudroit
-certainement mieux reporter à cette date l'histoire qui a donné lieu à
-cette note.
-
-Guillaume de la Mousse, attaché à la maison du duc de Berry, étoit
-châtelain de Niort en novembre 1373, et Hugues de Vivonne, chevalier, en
-étoit capitaine le 25 juillet 1374.
-
-Le duc de Berry avoit certainement beaucoup de défauts, mais on ne peut
-lui refuser d'avoir été charitable. Les comptes qui nous restent de lui
-sont remplis de mentions d'aumônes. J'ai entre autres remarqué, à
-l'année 1370, beaucoup de dons faits à des chevaliers et écuyers pris
-par les Anglois à la belle défense de Limoges, et soixante sols donnés
-en août 1370 _à un povre enfant de village qui fu trouvés tout seul en
-l'oustel où mondit Sr. se lougha à Saint Denis du Chastel_ (Comptes du
-duc de Berry, Arch. du Roy., reg. K, 250, 1).
-
-[207] Sérieusement.
-
-[208] Plutôt.
-
-[209] Surtout.
-
-[210] Le Décret de Gratien, bénédictin du XIIe siècle.
-
-[211] Le trône, fauteuil.
-
-[212] A la fortune.
-
-[213] Écrite d'abord en italien par Boccace, la charmante histoire de
-Grisélidis fut ensuite paraphrasée et mise en latin par Pétrarque. Elle
-a été traduite plusieurs fois en françois, et même a fourni le sujet
-d'un Mystère composé en 1395 probablement par un Parisien, puisque
-l'auteur y parle du _beau gibet de Montfaucon_. Bibl. roy., Cangé, 7999,
-3. Il y a à la Bibl. Roy. plusieurs manuscrits de traductions anciennes
-de Grisélidis. J'en ai examiné quatre. La version du _Ménagier_, toute
-différente de celle du nº 7387, diffère légèrement de celles des nos
-7403 et 7568, mais est tout à fait la même que celle du nº 7999.
-
-[214] Le Mont Viso.
-
-[215] Comptoit, prisoit.
-
-[216] Volonté, pouvoir, de _potestas_; _femme de poste_, femme non
-libre, serve. V. DU CANGE, à _Posta_.
-
-[217] Pareillement.
-
-[218] Voler; chasser avec l'oiseau.
-
-[219] En grandes troupes.
-
-[220] A leur vouloir, à leurs volontés.
-
-[221] Portant doucement son cavalier, ayant le pas doux.
-
-[222] D'une même manière.
-
-[223] Avec la tête baissée.
-
-[224] Avec attrait.
-
-[225] Sincère, vraie.
-
-[226] Exécuter, accomplir.
-
-[227] Var. Mss. A, _quant est de celle de_.
-
-[228] Que fait.
-
-[229] Par bonne disposition, par zèle.
-
-[230] Transporté, placé.
-
-[231] Cette coutume de donner un objet quelconque en témoignage et comme
-preuve de stipulation remonte à une haute antiquité. Nos ancêtres
-l'avoient conservée des Romains. L'abbé Le Beuf raconte, d'après Étienne
-de Paris, un des plus curieux exemples de cet usage. Le roi Louis le
-Jeune ayant couché à Creteil qui appartenoit au chapitre de Paris, le
-chapitre lui ferma le lendemain les portes de l'église cathédrale: mais
-le roi consentit à payer la dépense qu'il avoit faite à Creteil et les
-portes lui furent ouvertes. Alors, pour marquer son intention par un
-acte extérieur, le roi mit de sa propre main une baguette sur l'autel,
-etc. (_Histoire du Diocèse de Paris_, XII, 12.) Voir aussi DU CANGE au
-mot _Signum_, 11.
-
-[232] Dissimulées.
-
-[233] Ici, _gâté_ plutôt que _méprisé_.
-
-[234] Pourvu que.
-
-[235] Il n'y a eu, ni sous la régence, ni sous le règne de Charles V, de
-révolte dont la punition ait présenté des circonstances semblables à
-celles qu'on remarque dans ce passage du _Ménagier de Paris_, mais il me
-paroît au contraire s'appliquer parfaitement aux exécutions qui eurent
-lieu en 1383, au retour de la campagne de Flandre, et je crois que par
-_une des plus grans cités de ce royaume_ il faut entendre Paris et non
-pas Rouen qui fut le théâtre de scènes analogues, mais non aussi
-sanglantes à beaucoup près. Cette expression aura été suggérée à
-l'auteur par sa prudence, afin de ne pas désigner trop clairement à ses
-contemporains les personnes dont il parloit.
-
-Suivant le Religieux de Saint-Denis (liv. III, chap. IV), Charles VI
-(encore presque enfant, et agissant sous l'influence de ses oncles)
-auroit _appris à Rouen_, où il auroit alors séjourné trois jours, la
-sédition des _maillotins_ de Paris. Il auroit à cette même époque,
-(qu'il faudroit placer dans les premiers jours de mars 1381-2, puisque
-la sédition des _maillotins_ commença le 1er de ce mois), puni de mort
-les chefs d'une sédition dite _la Harelle_ qui auroit eu lieu
-antérieurement à Rouen. Le Moine de Saint-Denis est dans l'erreur au
-moins quant à la date et à la durée du séjour de Charles VI dans cette
-ville. Il résulte de nombre de pièces du registre 120 du Trésor des
-Chartes, que le roi entra à Rouen pour la première fois depuis son sacre
-le 29 mars 1381-2 seulement, et qu'il y étoit encore au moins le 4
-avril. Il étoit le 1er mars à Vincennes. En tous cas ces exécutions
-paroissent avoir été trop peu nombreuses pour qu'on reconnoisse en elles
-celles dont parle notre auteur. (Le registre 120 ne contient la mention
-que de l'exécution d'un valet à Rouen.) Il en est de même des poursuites
-auxquelles donna lieu la même sédition, onze mois après, en mars 1382-3
-qui, suivant Farin (_Histoire de Rouen_, 1668, in-12, I, 527), ne
-coûtèrent la vie qu'à deux misérables. D'ailleurs le roi n'étoit pas
-présent, contrairement à ce que me semble indiquer le récit du
-_Ménagier_. Notre auteur paroît en outre avoir eu peu de relations avec
-Rouen qu'il ne nomme pas une fois dans son livre, et il résulte de son
-récit qu'il connoissoit la bourgeoise dont il parle. Il est donc plus
-naturel de supposer qu'elle étoit de la même ville que lui, c'est-à-dire
-de Paris.
-
-La sédition des _maillotins_ commença le 1er mars 1381-2. Le prévôt de
-Paris fit bien, peu de temps après, quelques exécutions, mais elles ne
-portèrent que sur des gens obscurs et furent peu nombreuses. Il n'en est
-pas de même de la sanglante punition que le roi infligea à la ville de
-Paris à son retour de Flandre à raison des mêmes événemens.
-
-Vainqueur à Rosebecque, le 27 novembre 1382, le roi entre à Paris le 11
-janvier 1382-3. Le 12 et les jours suivans trois cents riches bourgeois
-sont arrêtés: huit jours après on en conduit deux au supplice, et les
-exécutions se succèdent rapidement. On voit dans des lettres de
-rémission qu'Audouin Chauveron prévôt de Paris et des gens d'armes
-alloient nuit et jour prendre plusieurs bourgeois _dont des aucuns l'on
-faisoit hastives exécutions_, et que l'on _faisoit justice de jour en
-jour d'aucuns des habitans de Paris_. (Voir ci-après, p. 138. _Chascun
-jour._) Le 27 janvier, jour de la publication de l'ordonnance qui
-abolissoit la prévôté des marchands, douze notables habitans de Paris,
-parmi lesquels étoit le célèbre Jean Desmares, avocat général, victime
-innocente de la haine des ducs de Berry et de Bourgogne, périrent encore
-sur l'échafaud. Cent personnes furent ainsi exécutées du 19 ou 20 au 27
-ou 28 janvier: les autres prisonniers furent condamnés à des amendes
-pécuniaires souvent égales ou supérieures à la valeur de tous leurs
-biens.
-
-Il me paroît impossible de ne pas reconnoître dans ces événemens ceux
-auxquels fait allusion l'auteur du _Ménagier_, mais quel est ce seigneur
-et quelle est cette femme _de très grant nom en bourgeoisie_? Pour
-découvrir quelque trace de cette mystérieuse histoire, j'ai parcouru les
-registres 120 à 128 du Trésor des Chartes depuis mars 1381-2 jusqu'en
-avril 1385-6. Parmi les quarante-sept pièces relatives à ces événemens
-(sur lesquels je donnerai peut-être un jour un mémoire détaillé), j'ai
-remarqué trois et surtout deux lettres de rémission qui pourroient
-s'appliquer au mari dont notre auteur nous a transmis l'histoire.
-
-La première, en date d'août 1383, est accordée à Jehan Filleul, notaire
-au Châtelet, alors âgé de vingt-six ans, qui avouoit avoir pris part à
-toutes les délibérations hostiles au rétablissement des impôts, et avoir
-conseillé à Aubert de Dampierre, riche drapier, l'un des suppliciés, de
-faire soulever la ville pour empêcher son arrestation.
-
-Il n'est pas dit dans les lettres de rémission qu'il fut emprisonné mais
-qu'il s'enfuit de Paris. Cependant il est cité dans le Religieux de
-Saint-Denis (en qualité d'avocat au Châtelet, ce qui est une erreur)
-parmi les trois cents bourgeois arrêtés depuis le 12 janvier, et si,
-comme il y a lieu de le croire, cette assertion est exacte, pour qu'il
-ait pu s'absenter de Paris, il faut qu'il ait été relâché au moins
-provisoirement. Or, il eut besoin d'une bien forte protection pour
-échapper ainsi au châtiment que lui auroient certainement valu les faits
-dont il s'avouoit coupable. On mentionne dans la rémission qu'il avoit
-une _jeune femme_; son nom de famille n'est pas donné, mais la position
-du mari peut faire supposer qu'elle étoit d'une bonne famille
-bourgeoise. (R. 123, 83.)
-
-Colin Brun, drapier, étoit _jeunes homs, issu de bonnes gens et de bon
-lignage, fils d'Anthoine Brun homme ancien de l'aage de quatre-vingt
-seize ans lequel s'estoit bien porté envers les prédécesseurs du roi
-qu'il avoit servis en son mestier de draperie_. Il étoit marié depuis
-deux ans à une jeune femme qui en avril 1383 venoit d'accoucher de son
-premier enfant. Il avoit été condamné à deux mille francs d'amende et au
-bannissement. Le roi lui remit le bannissement et la moitié de l'amende.
-Il n'étoit coupable que d'avoir assisté aux réunions et aux prises
-d'armes. (R. 122, 217.)
-
-Giles Labat, procureur général au parlement, mari d'une femme de
-dix-huit ans, et père de deux enfans dont l'aîné n'avoit que trois ans,
-obtint, en juillet 1383, des lettres de rémission. Il étoit accusé
-d'avoir cherché dans les maisons, et fait conduire en prison, des hommes
-d'armes, et fut gracié à la requête du maréchal de Sancerre, mais je
-n'ai pas vu qu'il eût été emprisonné; il avoit pris la fuite lors du
-retour de Flandre, et de plus, le caractère du maréchal ne permet guère
-de lui attribuer cette aventure. (R. 123, 14.)
-
-J'ai bien encore vu des lettres de rémission accordées à des habitans de
-Paris mariés à de jeunes femmes, mais leur position ne m'a pas paru
-convenir au mari cité en cet endroit du _Ménagier_, et qui devoit
-appartenir à la haute bourgeoisie parisienne.
-
-Je suis au reste loin d'affirmer que le mari dont parle notre auteur
-soit un de trois Parisiens que je viens de nommer: je me borne seulement
-à signaler les rapports qui existent entre leur position (surtout celle
-de Jean Filleul) et la sienne.
-
-[236] On sait que cette ville, berceau de notre monarchie, cessa
-d'appartenir à la France seulement en 1521, qu'elle fut prise par le
-comte de Nassau général de Charles-Quint. Elle fut définitivement cédée
-à l'empereur par le traité de Cambray (1529). L'administration et la
-juridiction de Tournay ont souvent varié. En 1340, le roi Philippe de
-Valois avoit donné la justice aux prévôts et jurés, magistrats
-populaires, mais à la charge de ressortir du bailli de Vermandois. En
-1370 ils obtinrent le privilége de ressortir directement du parlement de
-Paris. Il y avoit alors un bailli de Tournesis officier royal, mais sans
-juridiction sur Tournay et sa banlieue. (Tassart de Monstreul l'étoit en
-1371, Jehan de Sottenghien en 1379 et Jehan Boutelier en 1380.) Mais, en
-1383, Charles VI institua un bailliage royal à Tournay. Les appels des
-prévôts et jurés étoient portés devant le bailli qui avoit la haute
-administration de la ville et du Tournesis. Tournay se soumit avec peine
-à cet état de choses, et les registres du parlement contiennent un grand
-nombre de difficultés suscitées au bailli par les prévôts et jurés dans
-l'exercice de sa juridiction. En 1389, les prévôts et jurés obtinrent de
-nouveau des lettres du roi portant que les appels de leurs jugemens
-seroient portés directement au parlement de Paris, mais le procureur du
-roi s'opposa formellement à l'entérinement de ces lettres qui n'étoient
-pas encore enregistrées en 1394. Toutefois ils avoient obtenu d'autres
-lettres du roi pour jouir provisoirement de ce privilége, malgré le
-défaut d'enregistrement.
-
-Il est assez difficile de savoir qui est le bailli de Tournay dont parle
-l'auteur du _Ménagier_: je ne pense pas qu'on puisse appliquer cette
-qualification à un des baillis de _Tournesis_; elle doit désigner un des
-baillis nommés de 1383 à 1393. Je n'ai trouvé que le nom de Henri Le
-Mazier qui fut reçu à la chambre des comptes comme bailli de Tournay, en
-1388. (Mém. E.--Voir sur le bailliage de Tournay, Reg. du Parl. Plaid.
-civiles, 25 nov. 1371.--20 nov. 1380.--17 janvier 1390-1.--7 déc. 1394.)
-
-[237] Dom Carpentier explique bourgage par _bienvenue_ (V. Gloss. de Du
-Cange au mot _Bourgagium_). Il sembleroit plutôt qu'on doive entendre
-par ce mot une partie de plaisir faite avec une somme composée de
-contributions individuelles, telle qu'une poule, par assimilation à
-l'impôt du même nom que payoient annuellement les bourgeois de quelques
-villes.
-
-[238] Glorieuse, qui se rengorge.
-
-[239] En premier, un.
-
-[240] D'esgarder, regarder; _voyons_.
-
-[241] Occasions.
-
-[242] S'engouent, raffolent.
-
-[243] Négligent. _Nonchalance_, indifférence, de _chaloir_, intéresser,
-soucier.
-
-[244] Ce _qui_ s'applique aux maris des femmes désobéissantes et
-négligées.
-
-[245] Retirer, contraire d'_acharner_.
-
-[246] Voy. ci-après, page 158.
-
-[247] La lumière.
-
-[248] Quand j'aurois dû.
-
-[249] Instrumens que je crois avoir été des petits vases, comme depuis
-les _gobelets_, dont les _bateleurs_ se servoient pour faire leurs
-tours, et dont ils ont pris leur nom. Voy. Du Cange aux mots _Bastaxius_
-et _Batus_.
-
-[250] Allusion à l'opinion suivant laquelle les sorcières alloient au
-sabat sur un balai.
-
-[251] Le château de Melun, et par suite la partie de la ville située du
-côté du Gâtinois, furent livrés aux Navarrois et Anglois par la reine
-Blanche le 4 août 1358, quatre jours après la mort d'Est. Marcel et la
-rentrée du Régent à Paris, mais la partie de la ville située en Brie
-resta françoise, et messire Jean d'Andresel étoit dès le même mois
-d'août capitaine pour le Régent (depuis Charles V) de Melun et de Brie
-(J. Reg. 86, 219.--Secousse, II, 89). Il paroît avoir d'abord partagé la
-défense de cette partie de la ville avec le premier maréchal Boucicaut
-qu'on voit (J. Reg. 86, 458) avoir fait abattre des maisons pour
-fortifier cette portion de Melun en août 1358. Il est probable que M.
-d'Andresel étoit sous ses ordres à cette époque.
-
-Les circonstances désastreuses où se trouvoit alors la France ne
-permirent pas au Régent d'assiéger, au moins immédiatement, le château
-de Melun, quoique sa garnison anglo-navarroise génât beaucoup
-l'approvisionnement de Paris. Jean d'Andresel dut se borner à garantir
-la partie de la ville restée françoise, et autant que possible le reste
-de la Brie, des attaques de cette garnison. En juin 1359, le régent
-ayant reçu des États assemblés à Paris les moyens de résister plus
-efficacement à l'ennemi, se rendit en personne à Melun (_Chron. de
-Saint-Denis_, CXII), et fit fortifier l'abbaye du Lys. C'est alors que,
-suivant le carme Jean de Venette continuateur de Nangis, Froissart,
-Cuvelier et Villani (cité par Secousse, I, 383), Melun auroit été
-assiégé dans les formes par le Régent. Le silence que garde sur ce
-_siége_ la Chronique de Saint-Denis rédigée pour cette époque par Pierre
-d'Orgemont avec une admirable précision, donne tout lieu de douter de
-l'exactitude du récit de Froissart, et surtout de la narration
-romanesque de Cuvelier. Il paroît bien probable que ce siége ne fut
-qu'une espèce de blocus levé peu de temps après, le Régent ayant quitté
-l'armée le 31 juillet par suite des propositions de paix du roi de
-Navarre, et le traité ayant été signé le 21 août. Au reste, malgré la
-conclusion de la paix, les Navarrois occupoient encore Melun en
-septembre 1359. Jean de Venette qui prétend que cette ville fut
-immédiatement évacuée ne peut balancer à cet égard le témoignage
-formellement contraire de Pierre d'Orgemont, mais on peut toujours
-induire de son assertion que cette prolongation d'occupation ne fut pas
-de longue durée.
-
-D'après ce qui précède, il faut placer la curieuse aventure racontée par
-l'auteur du _Ménagier_, entre août 1358 et septembre ou octobre 1359.
-Peut-être même pourroit-on remarquer qu'il est difficile de penser que
-le sire d'Andresel ait eu avant la cessation des hostilités le loisir ou
-le désoeuvrement qu'on lui attribue dans ce récit, et ait pu sans crainte
-abandonner son commandement pour aller dîner chez lui à quatre lieues de
-Melun. Il sembleroit alors qu'on devroit placer cette aventure entre le
-départ de Charles V et l'évacuation de Melun, c'est-à-dire du 1er août
-1359 à septembre ou octobre suivant.
-
-[252] Jean sire d'Andresel, chevalier, étoit issu d'une ancienne et
-illustre maison alliée, au XIIe siècle, à celle de Garlande. Il étoit
-fils aîné de Jean d'Andresel, chambellan très-aimé du roi Philippe de
-Valois, et fut, à cause de cette similitude de prénom, dit _le Jeune_,
-jusqu'à la mort de son père, arrivée entre mars 1344-5 et février
-1346-7a. Il fut chambellan du Dauphin, puis du roi Jeana, et ensuite de
-Charles V. Compris dans la première promotion des chevaliers de
-l'Etoileb en janvier 1351-2, il étoit en 1353 capitaine de l'un des
-châteaux de Vernon, et reçut du roi en 1354 deux mille quatre cents écus
-d'or comme indemnité de ce qu'il avoit dépensé pour la garde du château
-de Landal en Bretagne que le roi lui avoit donné à titre d'héritage et
-lui avoit ensuite reprisa. Il avoit épousé, au moins dès 1346, Jeanne
-d'Arrablay, fille d'un maître d'hôtel du roi et nièce d'un chancelier de
-Francec. En août 1358 il étoit capitaine de Melun et de Bried, en août
-1359 capitaine général de cette dernière provincee. Cette même année le
-régent lui donna, probablement pour récompense de ses services en Brie,
-les paroisses du Chastelier (le Châtelet?), Marchiau (Machault?), Firecy
-(Féricy?), Champagne et la Celle (sous Moret?), situées dans cette
-provincef, et lui accorda des lettres de rémission dont on n'a conservé
-qu'une simple mentiong pour tout ce que lui et ses complices (sans doute
-les gens d'armes sous ses ordres) avoient fait en Brie, dans les
-châtellenies de Melun et de Moret et au pont de Samois. Après le traité
-de Bretigny il fut, avec plusieurs princes du sang et quelques seigneurs
-des plus illustres de cette époque, au nombre des otages du roi Jean que
-le roi d'Angleterre emmena avec lui de Calais le 31 octobre 1360h. Il
-étoit de retour en France au moins au commencement de 1366, car étant en
-personnei à Yenville en Beauce, il y passa le 1er avril 1365-6 le
-contrat d'un nouveau mariage avec Jeanne de Maligny veuve avec enfans de
-Jean seigneur de Rochefort et du Puiset (elle l'avoit épousé en 1347j).
-Il prend dans cet acte les qualités de chambellan du roi et de _premier
-grand chambellan d'Orlenois et de Valois_. Jean d'Andresel mourut au
-commencement de 1368 laissant une succession obérée, malgré ses
-nombreuses terres, ses fonctions éminentes et les dons des rois qu'il
-avoit servis. Le 7 mars 1367-8 Jeanne de Maligny sa veuve se présenta
-devant le Parlement, et jetant sa ceinture dans le parc (espace qui
-séparoit les avocats et la cour), déclara renoncer aux meubles et aux
-dettes de sa successionk. Elle fut obligée, pour obtenir son douaire
-(Tournenfuye, etc.), de recourir à la protection de Charles Vk et de
-plaider contre messire Aubert et Guillaume d'Andresel ses
-beaux-frèreslm. Elle se remaria ensuite en troisièmes noces à Raoul de
-Montigny, chevalier. Jean d'Andresel laissa deux filles, Marguerite et
-Jeanne, _nées de deux mères différentes_l, et mariées toutes deux dans
-la maison de Montmorency. Six mois après sa mort, sa seconde fille
-encore mineure n'avoit pas encore de tuteur, et ses exécuteurs
-testamentaires n'avoient pas encore accepté la charge qu'il leur avoit
-laisséem.
-
-Quoiqu'on ignore la date de la mort de Jeanne d'Arrablay, il faudroit
-lui attribuer l'aventure qui donne lieu à cette note, s'il étoit certain
-que Jean d'Andresel n'eût été marié que deux fois. (Nous avons vu en
-effet qu'il n'épousa Jeanne de Maligny qu'en 1366.) Mais il faut
-remarquer que dans les nombreuses pièces relatives au douaire de Jeanne
-de Maligny il n'est dit nulle part que Jeanne d'Andresel, fille encore
-mineure de Jean en 1368, ait eu cette dame pour mère, et cependant elle
-est citée (mais non nommée) comme _héritière mineure_ de Jean (quorum
-unus _aut una_ adhuc minor ætatis) dans l'arrêt du 21 juillet 1368 rendu
-au profit de Jeanne de Maligny, et comme fille mineure de Jean dans la
-plaidoirie du 5 juin 1368. Si elle eût été fille de Jeanne de Maligny
-n'est-il pas naturel de supposer qu'on l'auroit mentionné dans la
-plaidoirie et dans l'arrêt? Faut-il donc croire que le sire d'Andresel
-eut une seconde femme après Jeanne d'Arrablay et avant Jeanne de
-Maligny, et que cette seconde femme, mère de Jeanne d'Andresel, a pu
-être en 1359 dame d'Andresel et héroïne de cette aventure? Dom Guillaume
-Morin qui a donné dans son _Histoire du Gâtinois_, etc. (Paris, 1630,
-in-4º, 461) une généalogie ridicule de la famille Viole dans laquelle il
-fait de notre Jean d'Andresel (enté par lui dans cette famille contre
-toute preuve et toute raison) deux personnages nommés l'un Pierre et
-l'autre Jean, marie le premier à Agnès de Chabannes et le second à Anne
-du Bellay. Je me suis demandé à cause de cette assertion si Jean
-d'Andresel n'auroit pas été marié en secondes noces à une Chabannes ou à
-une du Bellay, mais on ne voit rien de semblable ni dans la généalogie
-de Chabannes donnée dans La Chenaye des Bois, ni dans la généalogie
-manuscrite de du Bellay par Trinquant, appartenant à la bibliothèque
-publique d'Angers et que M. Grille a bien voulu consulter pour moi
-exprès sur ce point. Les choses étant ainsi, je crois que jusqu'à ce
-qu'on ait une preuve ou au moins un indice plus positif d'un mariage
-intermédiaire de M. d'Andresel, il ne faut pas s'arrêter au silence des
-plaidoirie et arrêt de 1368, qui est en définitive plutôt une absence de
-preuve qu'un argument contraire; on peut donc raisonnablement croire que
-Jean d'Andresel fut marié deux fois seulement, que Jeanne sa seconde
-fille étoit fille de Jeanne de Maligny, et que Jeanne d'Arrablay est
-l'héroïne de l'histoire du _Ménagier_. J'ajouterai en passant que les
-expressions réservées dont se sert notre auteur (_du surplus je me tais
-et pour cause_) donnent lieu de craindre pour la mémoire de Jean
-d'Andresel que cette plaisanterie n'ait été l'occasion d'une scène
-violente, si ce n'est tragique.
-
-Il y a au Cabinet généalogique une lettre de ce seigneur qui me semble
-présenter tous les caractères d'un autographe. Je crois devoir la donner
-ici comme propre à faire connoître avantageusement son éducation et son
-style épistolaire. Elle se rapporte à une avance qui lui fut faite le
-1er mars 1353-4 par le vicomte de Gisors pour servir à réparer les
-fortifications de Vernon. La voici:
-
-«Vicomte, cher ami, je vous envoie un mandement du roy de la somme de
-cent livres par. que vous me baillastes et dont vous avez mes lettres
-soubs mon scel faisans mention desdites cent livres, car le mandement du
-roy fait bien mention comment je les ay mises ès réparations de la ville
-de Vernon et comment vous me rendez ma dicte lettre. Si faictes que en
-ce par vous n'ait deffaut et je vous en prie, et se vous voulez chose
-que je puisse faire, faites-le moi savoir et je le ferai voulentiers et
-de cuer. Nostre Sire vous gart. Escript à Paris le mardi au soir VIIIe
-jour d'avril (1354).
-
-«J. D'ANDESEL, chambell. le roy.»
-
-Sceau: un lion chargé d'une bande.
-
- aTitres originaux du Cabinet généalogique.--
- bDu Cange au mot _Stella_.--
- cHist. des gr. of. de la Cour. VI, 307-8.--
- dJ. Reg. 86, 219.--
- eJ. Reg. 90, 326.--
- fTrésor de dom Villevieille.--
- gTable des Mém. de la Ch. des comptes.--
- hChr. de S. Denis, CXXXIV.--
- iJ. 158, nos 25 et 26.--
- jGénéalogie de Courtenay, in-fol. Pr. 366.--
- kReg. du Parl., conseil et plaid. à la date citée.--
- lDuchesne, Montmorency, Pr. 379, 380.--
- mArrêt du 21 juillet 1368, Jugés, XX, 337.
-
-
-[253] Des ciseaux.
-
-[254] Nager.
-
-[255] Roman dont le premier auteur est l'Indien Sendabad, et qui fut
-successivement traduit dans presque toutes les langues. Notre auteur me
-paroît avoir ajouté au texte qu'il avoit lu bien des détails qui donnent
-des notions curieuses sur les usages de son temps. On peut s'en assurer
-en comparant ce passage du _Ménagier_ à l'endroit correspondant d'une
-version françoise du même ouvrage écrite en vers au XIIIe siècle, et
-imprimée assez incorrectement à Tubingen, 1836, in-8º (V. p. 97). Cette
-édition est précédée d'une longue et savante dissertation sur le Roman
-des Sept Sages.
-
-[256] Jeune arbre fruitier _enté_, greffé.
-
-[257] Être, exister, _stare_, _je laisserai cela_.
-
-[258] Aujourd'hui courte-pointes, couvre-pieds.
-
-[259] Manteau doublé, ou peut-être aussi manteau _parti_, de draps de
-deux couleurs.--En juillet 1401 l'évêque de Paris réclamant comme clerc
-un prisonnier que le procureur du roi soutenoit être en habit laïque
-citoit à l'appui de son dire un arrêt qui avoit reconnu comme clerc un
-boulanger de Montmorency lequel étoit marié et avoit chaperon à cornette
-double _de deux divers draps_. (Plaid. criminelles du Parl.) Ces mots
-indiquent certainement deux couleurs différentes dans les draps du
-chaperon, mais il semble qu'ici (outre qu'il n'y a pas le mot _divers_),
-dans l'état où se trouvoit le seigneur rentrant mouillé de la chasse, il
-est plus naturel de croire qu'il s'agit d'un manteau doublé.
-
-[260] Grande chaise à dossier.
-
-[261] Coussin, _carreau_.
-
-[262] Escabeau.
-
-[263] Var. B. _roe_.
-
-[264] Piétiner, remuer les pattes.
-
-[265] Lessive.
-
-[266] Peut-être faudroit-il _bagues_, effets, joyaux.
-
-[267] Conseil.
-
-[268] Grande salle à manger, et par extension grand festin, cour
-plénière.
-
-[269] Service.
-
-[270] Var. A. _disposer_.
-
-[271] Bas montant très-haut et s'attachant aux _braies_, sorte de
-culotte.
-
-[272] Ici, bonnets de nuit.
-
-[273] Sorte de chemise d'homme. On voit dans un compte de la chambre de
-Philippe le Bel, en 1307, _des toiles pour draps_ (de lit) _et
-robelinges, c'est chemises_ (sic). Il est dit dans la grande ordonnance
-des métiers de Paris, rendue par le roi Jean en février 1350-1, que la
-façon d'une _robe-linge à homme, d'oeuvre commune_, devoit être payée 8
-deniers aux couturiers, celle d'une chemise à femme 4 deniers seulement.
-(Collect. Leber, XIX, 38, 316.)
-
-[274] Sorte de culotte ou caleçon.
-
-[275] Il est probable qu'au temps où notre auteur écrivoit il y avoit
-peu de gens assez éclairés pour avoir une pareille opinion sur les
-sorcelleries.
-
-[276] Morceaux de pain plats, _tartines_, qu'on mettoit au fond des
-plats et des assiettes de métal pour couper la viande sans les rayer.
-
-[277] Peut-être hérissé, frotté à rebrousse-poil, _estrusser_ signifiant
-frotter.--Var. A et C. _estou_.--Le drap _estru_ ou _estou_ me paroît
-devoir désigner en tout cas un drap à longs poils dans lesquels les
-puces pouvoient s'embarrasser. Les draps étoient d'abord faits à longs
-poils et ne devenoient ras qu'après avoir passé par les mains des
-_tondeurs de draps_. C'étoit un métier important et riche au moyen âge.
-
-[278] Voy. p. 13.
-
-[279] Paille, et je crois aussi feuillées ou herbes qu'on répandoit dans
-l'intérieur des maisons.
-
-[280] Fourrures; nous avons déjà vu p. 169 qu'on en mettoit sur les lits
-pour servir de couvertures. On portoit aussi beaucoup de vêtemens
-fourrés.
-
-[281] Petite mouche, _cousin_, moustique. On disoit aussi _cincenaude_.
-Var. B. _cincerelles_. Voy. DU CANGE à _Zinzala_.
-
-[282] Ou _cincenaudier_, _moustiquière_, grand rideau, sorte de cloche
-d'étoffe claire qui enveloppe exactement un lit et empêche les cousins
-ou moustiques d'approcher. Var. B. _cincenier_.
-
-[283] Petites touffes, _flocons_ de fougère. Var. A. _bloqueaulx de
-feuchelle_.
-
-[284] Fils, ficelles. Var. A. _et afilez_.
-
-[285] Franges, _effiloques_.
-
-[286] Le fiel.
-
-[287] Secouez.
-
-[288] Petites baguettes.
-
-[289] Quoique les vitres aient été connues dès le temps de Théodose le
-Grand, qui mourut en 395, elles furent bien longtemps réservées pour les
-églises et les palais des rois. Elles étoient ordinairement chargées de
-peintures. Les fenêtres vitrées que le duc de Berry fit mettre à son
-château de Bicêtre étoient d'assez haut prix pour que les Parisiens,
-avant de brûler ce bel édifice, en 1411, aient eu soin de les emporter
-_avec les beaux huis_ (peut-être au reste étoit-ce des vitraux
-peints.--Juv. des Ursins, in-fol., 230). On voit ici que l'auteur du
-_Ménagier_, quoique riche puisqu'il avoit, ainsi que nous le
-remarquerons plus tard, un train de maison considérable, n'avoit ses
-fenêtres fermées qu'à l'aide de toile ou de parchemin. J'ignore à quelle
-époque la fermeture des fenêtres par le moyen de vitres devint d'usage
-commun. Une dissertation sur ce sujet, insérée dans _le Mercure de
-France_ d'octobre 1738 et réimprimée dans la collection Leber (t. XVI,
-p. 410), avec notes et addition, ne traite que des vitres des églises et
-des palais, et ne dit rien de celles des particuliers. Le verre étoit
-encore d'un très-haut prix au XVe siècle. On voit dans un compte de la
-reine Marie d'Anjou de l'année 1454 la mention de deux mains de papier
-et _d'huille à l'oindre pour estre plus cler_, achetés pour garnir six
-châssis de bois que la reine avoit fait placer dans la chambre où logea
-le roi de Sicile à Chinon quand il vint l'y voir. (K. reg. 55, fol. 99
-et 102, indiqué par M. d'Arcq.) Sauval (III, 417) cite bien un compte du
-domaine de Paris pour 1474 où l'on remarque _deux panneaux de verre
-blanc neuf pour le comptouer_ de madame de Montglat (femme de Pierre
-Bureau, seigneur de Monglat, trésorier de France et concierge de
-Beauté), mais c'étoit une dépense faite aux frais de l'État et qui
-pouvoit être assez élevée.
-
-[290] Siéges sans dossier.
-
-[291] Sur le plancher.
-
-[292] Votre mari.
-
-[293] On leur donne du miel? (dans leur eau?) Je ne sais ce que veut
-dire ici _mis au bas_ (ordinairement _rabaissé_). Il paroîtroit par ce
-passage qu'on déferroit les chevaux quand ils revenoient de voyage.
-
-[294] Les maris, souverains (maîtres) de la maison.
-
-[295] Pénitenciers, ceux qui font pénitence.
-
-[296] Maîtriser, retenir.
-
-[297] Plaisanterie.
-
-[298] A propos? Var. B. _attrait_.
-
-[299] Premièrement.
-
-[300] Un mai à sa porte et de l'herbe verte dans les salles de sa
-maison.
-
-[301] Joyeusement. Var. B. _esclatéement_. C. _esbaudement_.
-
-[302] Difficulté.
-
-[303] Il manque le commencement de la phrase dont le sens devoit être:
-_Elle prit soin de la fille de son mari, puis quand elle fut en âge_,...
-
-[304] L'_Histoire de Mélibée et de Prudence_, écrite en latin en 1246,
-par Albertan, avocat de Brescia, a été traduite au moins trois fois en
-françois. (Voir les _Manuscrits français_ de M. Paris, t. V, p. 58.) La
-traduction donnée par l'auteur du _Ménagier_ est celle de frère Renaud
-de Louens à qui l'on doit une traduction de Boëce écrite en 1366. Ce
-passage du _Ménagier_ à été collationné sur le manuscrit du roi,
-7072^{3.3.}, qui donne une bonne leçon de _Mélibée et de Prudence_. J'ai
-mis entre crochets les passages qui, bien que paroissant devoir faire
-partie du texte, sont omis dans les trois manuscrits du _Ménagier_, et
-j'ai noté au bas des pages quelques variantes importantes.--L'_Histoire
-de Mélibée et de Prudence_ a eu un grand succès au moyen âge, et a été
-imprimée plusieurs fois (voy. le _Manuel du Libraire_, qui l'attribue à
-tort à Christine de Pisan, au mot _Mélibée_; elle se retrouve aussi à la
-suite du _Jeu des Échecs moralisés_, Paris, Michel Le Noir, 1505, in-4º.
-
-[305] Se contînt.
-
-[306] Var. M. du R. _selon ce que dit Jhésu-Syrac_. Cette sentence est
-dans les _Proverbes_, XV, 13, et non dans l'_Ecclésiastique_ ni dans
-Sénèque.
-
-[307] _Ecclesiast._ XXX, 25.
-
-[308] Vers, mites.
-
-[309] Alliés.
-
-[310] Soutenir une partie, un parti, contre son adversaire.
-
-[311] Espions.
-
-[312] Ordinairement _sentinelles_.
-
-[313] Var. _escharnirent_.
-
-[314] Le bon conseil (la bonne décision) manque quand on en a le plus
-besoin.
-
-[315] D'abord Rabbi Moïse Séphardi, né en 1062, à Huesca en Aragon, se
-fit chrétien en 1106. Il a composé la _Discipline de clergie_, publiée
-par la Société des Bibliophiles, en 1824, et à Berlin, en 1827, in-4.
-
-[316] Var. A. B. C. _Jhérémias_. Cette sentence est en effet dans
-l'Ecclésiastique (XXV, 30), livre de la Bible écrit par Jésus fils de
-Sirach.
-
-[317] Var. _propos_.
-
-[318] Le M. du Roi ajoute: _à femme que à homme, car il apparut
-premier_.
-
-[319] Var. _fumière_.
-
-[320] Var. M. du R. _A l'homme en adjutoire, mais en dommage et en
-nuisement_.
-
-[321] Avis, plan, projet.
-
-[322] Var. A. B. C. _Jhérémias_ (c'est l'Ecclésque, XIX, 8).
-
-[323] En parlant à ton conseiller.
-
-[324] Var. _Et de laquelle le prince se desjusne matin_. Le reste de
-cette phrase n'est pas dans le manuscrit 7072^{3.3}.
-
-[325] Var. _Lequel conseil je t'ay dit dessus que tu dois eschever et
-fuir_.
-
-[326] Var. _Tu l'aies essayé_.
-
-[327] _Le sage qui doubte eschiève tous maux._
-
-[328] Guivre, vipère. Variante mauvaise des manuscrits A. B. C. mure
-(souris).
-
-[329] A force de se défier des autres leur ont montré à les tromper.
-
-[330] Var. _d'eschaffaulx_.
-
-[331] Guérites, tourelles à mettre des sentinelles.
-
-[332] Frais.
-
-[333] C'est le secrétaire d'État de Théodoric, m. vers 562.
-
-[334] Combien.
-
-[335] Var. du M. du R.: _de tes ennemis; de la vengence se engendrera
-autre vengence, hayne, contens, guerre et dégustemens de tes biens_.
-
-[336] Var. (mauvaise) _David_.
-
-[337] Se retirent, se retiennent.
-
-[338] Négligeant de faire; en ne faisant pas.
-
-[339] Faire droit, rendre la justice.
-
-[340] Au moyen âge, quand les criminels n'étoient pas des gens de la
-basse classe, les juges se bornoient le plus souvent à les condamner à
-des amendes envers le roi et à des dommages et intérêts envers la partie
-lésée; mais ces amendes et dommages étoient souvent très-élevés et de
-nature à ruiner ceux à qui on les infligeoit. On voit dans les registres
-du Parlement et dans le _Trésor des Chartes_ de fréquens exemples de
-cette coutume, souvenir des anciennes lois barbares où l'on trouve le
-tarif et la taxe de chaque crime suivant la condition du criminel et
-celle de la victime.
-
-[341] Var. _ses péchiés lui semblent plus pesans, sa peine lui
-semble_....
-
-[342] Var. _attrempance_.
-
-[343] Sans doute l'auteur du _Liber de Amore_.
-
-[344] Le pape Innocent III, ou Innocent, moine anglois. L'un des deux
-est auteur de la _Moralisatio Scaccarii_, voy. Fabricius, 1754, in-4º,
-t. IV, p. 34.
-
-[345] Var. _assez légièrement fiert li glaives maintenant l'un, jà
-tantost l'autre_.
-
-[346] Transigiez, traitiez.
-
-[347] De longtemps.
-
-[348] Cautions.
-
-[349] Cautions.
-
-[350] C'étoit aussi l'usage le plus fréquent dans la jurisprudence du
-Parlement de Paris. On voit constamment dans les registres du Criminel,
-des accusés élargis sous caution, tantôt dans l'enceinte du Palais
-seulement, tantôt dans celle des bastides (portes) de Paris, à la charge
-de se représenter à une époque fixée, quelquefois en personne et
-quelquefois par procureur.
-
-[351] Irritation.
-
-[352] Difficilement.
-
-[353] Voy. ci-devant, p. 99.
-
-[354] Provision en général. Voy. Du Cange aux mots _Garnire_,
-_Garnisio_. L'ordonnance de l'hôtel du roi, faite au Louvre en janvier
-1386-7, défend que personne ne demande aucune chose _sur les garnisons
-faites pour la dépense de l'hostel, soit blés, avenes, foing, busche_,
-Taillevent (c'est Guill. Tirel, auteur du _Viandier_, et alors écuyer de
-cuisine du roi) est chargé par la même ordonnance de _gouverner les
-garnisons_ (Den. Godefroy, H. de Ch., VI, 712, 715). La reine avoit
-aussi un maître de ses garnisons. Bastin de Breban, revêtu de cet office
-en 1371, étoit alors poursuivi pour avoir pris, au nom de la reine (en
-vertu du droit de prise), des vins qu'il avoit payés à vil prix et
-vendus dans sa taverne à son profit (Plaid. civiles du Parlement, 4
-décembre 1371).
-
-[355] Rouet à filer.
-
-[356] D'une bonne famille.
-
-[357] Ce passage, joint à ceux des pages 160 et 169, nous fait bien
-connoître la manière dont on étoit couché au XIVe siècle.
-
-[358] Souliers.
-
-[359] L'histoire de Jeanne la Quentine a été reproduite dans les
-Nouvelles de la reine de Navarre qui l'attribue à une bourgeoise de
-Tours (38e Nouvelle ou 8e de la 4e journée). Mais l'auteur du _Ménagier_
-donnant les noms et disant qu'il la tenoit de son père, on ne peut
-douter qu'elle ne soit en effet arrivée à Paris. La reine de Navarre a
-pu entendre raconter cette histoire à quelqu'un qui l'avoit lue dans le
-_Ménagier_, et en placer la scène à Tours. Elle a donné également
-(Nouvelle 37e), en l'attribuant à une dame de Laval-Loué, et avec
-quelques variantes, un exemple analogue d'indulgence conjugale rapporté
-par le chevalier de La Tour comme positivement arrivé à la dame de
-L'Anguillier sa tante. Le chevalier de La Tour raconte (chap. XVII) que
-son oncle étoit «à merveilles luxurieux, tant qu'il en avoit tousjours
-une ou deux à son hostel, et bien souvent se levoit de delez sa femme et
-aloit à ses foles femmes; et quant il venoit de folie, il trouvoit la
-chandelle allumée, et l'eaue et le touaillon à laver ses mains: et elle
-lui prioit qu'il lavast ses mains; et il disoit qu'il venoit des
-chambres.--Et pour tant Monseigneur que vous venez des chambres,
-avez-vous plus grant besoin de vous laver.» C'est autant d'humilité que
-la bourgeoise, mais avec une délicatesse qui sent déjà la femme de
-qualité.
-
-J'avois espéré trouver le nom et par suite la profession de _Thomas
-Quentin_ dans le _Livre de la Taille_ en 1313 (Paris, 1827, in-8º), car
-le père de l'auteur du _Ménagier_ et Thomas Quentin qu'il connoissoit,
-ont pu vivre dès cette époque, mais son nom n'y figure pas. Je l'ai
-aussi cherché inutilement dans les comptes de la prévôté de Paris donnés
-par Sauval et dans le recueil manuscrit des _Épitaphes de Paris_.
-
-[360] Vous ne pouvez en cela être remplacée par personne.
-
-[361] Copeau, morceau.
-
-[362] Séparer du reste.
-
-[363] Var. Bryant.--C'est à l'auteur du _Ménagier_ que nous devons de
-connoître la profession de J. Bruyant, qui n'est indiquée dans aucun des
-deux manuscrits de son poëme qui sont à la Bibliothèque du Roi. Cette
-édition du _Chemin de Povreté_, outre qu'elle a été collationnée sur les
-trois manuscrits du _Ménagier_, a été revue sur le manuscrit du Roi, nº
-7201 (décrit T. VI, p. 240, des Manuscrits françois de M. Paris), qui a
-donné souvent d'utiles variantes. Il résulte de l'explicit du second
-manuscrit (S.-Victor, 275), cité par M. Paris, et que je n'ai pas pu
-voir, que ce poëme a été écrit en 1342.
-
-En 1500 le célèbre Pierre Gringore donna sous le titre de _Chasteau de
-Labour_ une imitation _paraphrasée_, mais une imitation très-positive de
-ce poëme. C'est le même plan, ce sont les mêmes personnages allégoriques
-et souvent les mêmes détails. Le _Chasteau de Labour_ vaut sans doute
-beaucoup mieux que le _Chemin de Povreté_, mais il est fâcheux que
-Gringore se soit approprié l'idée de Jean Bruyant sans faire part à ses
-lecteurs de l'obligation qu'il avoit au poëte de XIVe siècle.
-
-[364] Se garnir, assurer sa subsistance.
-
-[365] Garantir.
-
-[366] Fortune.
-
-[367] Féries, jours de fête.
-
-[368] Mauvais heur, malheur.
-
-[369] Se montra.
-
-[370] Reprirent, de r'avoir.
-
-[371] Tira.
-
-[372] Poussa.
-
-[373] S'attacha? Var. 7201, _destrouça_.
-
-[374] Vite.
-
-[375] Gris de fer. Plus ordinairement employé pour désigner la robe d'un
-cheval.
-
-[376] Sorcière.
-
-[377] Poitrine.
-
-[378] manier, pétrir?
-
-[379] Tourmenter.
-
-[380] Bûche.
-
-[381] Réjouit.
-
-[382] Sentive, du sens, maladie morale?
-
-[383] Diablerie.
-
-[384] A aucun prix, d'aucune manière.
-
-[385] Attristé, ému.
-
-[386] Qui doit être pendu ne sera pas noyé, il faut subir son sort.
-
-[387] Aller, marcher.
-
-[388] Faire mal, agir sottement.--Les richesses sont inutiles quand on
-les a seulement en sa vieillesse et qu'on n'en peut plus jouir.
-
-[389] Mauvaise, infâme.
-
-[390] Supporter.
-
-[391] Secoué, remué.
-
-[392] Profit.
-
-[393] En en recevant une récompense sur laquelle nul ne peut rien fonder
-de solide.
-
-[394] Domination.
-
-[395] Chiens mâtins.
-
-[396] A ton aide. Ce vers ne rime pas avec le précédent à moins qu'on ne
-prononce _ayé_.
-
-[397] Moitié, de son côté.
-
-[398] Capitaine.
-
-[399] Cours.
-
-[400] Il manque ici dans les manuscrits un vers qui cependant n'est pas
-nécessaire à l'intelligence de la phrase.
-
-[401] Tolérance.
-
-[402] Fermeté.
-
-[403] Retenue.
-
-[404] Murmure.
-
-[405] Mauvais vers mis là pour la rime, et dont le sens est _et de
-soi-même ne se modère_.
-
-[406] Mot auquel je ne connois pas de sens. Les manuscrits A, B, C,
-portent _ma seur mesure_, ce qui est un contre-sens; le sens exige
-_male_, mauvaise.
-
-[407] Les manuscrits A, B, C, portent _brouet_ (sauce). On trouve dans
-Roquefort, _brouvette_, tombereau dans lequel étoient conduits les
-criminels au supplice.
-
-[408] De bon nid, de bonne race, dont on a fait un seul mot,
-_débonnaire_. Voir Henry Estienne, _Précellence du langage françois_, p.
-93.
-
-[409] Fin, rusé.
-
-[410] Var. B, _en sa fiance est Couardie_.
-
-[411] Maltraité.
-
-[412] Pourtant.
-
-[413] Énervés; on disoit plus souvent _afétardis_.
-
-[414] Relevé.
-
-[415] Subtilité.
-
-[416] Suit.
-
-[417] Il fait faire mains maux.
-
-[418] L'éducation.
-
-[419] Affamé comme un loup.
-
-[420] Paroît.
-
-[421] Enchérissement sur la médisance.
-
-[422] Libertinage.
-
-[423] Se rebuter.
-
-[424] Horreur.
-
-[425] Gros trait d'arbalète.
-
-[426] Passage, position.
-
-[427] Var. 7201, _deuvier_ (dévier, périr?). En laissant _deviner_ il
-semble qu'on peut entendre ces deux vers ainsi: Regard qui fait rêver
-les amoureux insensés et dans lequel ils croient follement lire les
-sentiments qu'ils inspirent.
-
-[428] Plaît.
-
-[429] Matin.
-
-[430] Vraiment.
-
-[431] C'est la raison qui parle et qui appelle la mesure, la modération,
-sa soeur.
-
-[432] Réglée.
-
-[433] Var. B, _défeuillée_.
-
-[434] Var. B, C, _plus attrait_.
-
-[435] En poursuivant, dans la suite.
-
-[436] Escrime.
-
-[437] Bouclier.
-
-[438] Je crois que ce vers doit être écrit ainsi: _En qui veut à parler
-emprendre_.
-
-[439] Son.
-
-[440] Fleur de la farine.
-
-[441] Ce _qui_ se rapporte à _l'adresse_. Les vers entre crochets ne
-sont que dans 7201.
-
-[442] Var. A, B, C, _paré_.
-
-[443] Demeurer.
-
-[444] S'y soustraire.
-
-[445] Branche d'arbre tordue avec laquelle on lie les fagots.
-
-[446] Laïques.
-
-[447] Défait, en désordre. Var. 7201, _descarré_ (dérangé?) et
-_encarré_, au vers suivant.
-
-[448] Bourbiers.
-
-[449] Dedans.
-
-[450] Peut-être.
-
-[451] Acte nuisible.
-
-[452] C'est la raison qui parle.
-
-[453] Se rapporte à _maintient_ au vers précédent. _Il ment celui qui
-maintient que destinée, etc._
-
-[454] Détourné.
-
-[455] Déconfit.
-
-[456] Accroupi, retiré.
-
-[457] Conduit.
-
-[458] Var. 7201, _clèrement et apparcevoir_.
-
-[459] Les pans de ta robe.
-
-[460] Coupée en deux, différente. Var B. et 7201, _impartie_.
-
-[461] Excite.
-
-[462] Précipités.
-
-[463] Matés, lassés.
-
-[464] Naturels, naïfs.
-
-[465] En toute situation.
-
-[466] Critiquer.
-
-[467] Trouves.
-
-[468] Le Mes 7201 ajoute:
-
- La fait crainte à lui obéir:
- Tu le pues clèrement véir.
-
-
-[469] Moitié, portion.
-
-[470] Mérite son affection.
-
-[471] Fiel.
-
-[472] Aille, quoi qu'il en soit.
-
-[473] Tromperie.
-
-[474] Blâme.
-
-[475] Reproche.
-
-[476] Difficultueux.
-
-[477] De même, tu ne dois pas être difficile.
-
-[478] Si tu penses bien à ce qu'elle t'a dit.
-
-[479] Intelligence, compréhension.
-
-[480] Tromperie.
-
-[481] Chicane.
-
-[482] Droit, puissance.
-
-[483] En arrière: de rester.
-
-[484] Spécial, dévoué.
-
-[485] Sans dépenser ton avoir qu'il faut tenir serré.
-
-[486] Autant que tu le pourras.
-
-[487] Joyeux.
-
-[488] Tromper.
-
-[489] Satisfaire.
-
-[490] Prendre à crédit.
-
-[491] Compte mal (à ton avantage).
-
-[492] Assigner.
-
-[493] Convenablement.
-
-[494] Agréable.
-
-[495] Tromperie.
-
-[496] Observateur.
-
-[497] Mot dont j'ignore le sens ici.
-
-[498] Caresser.
-
-[499] Amasse.
-
-[500] Var. B. _je ment_.
-
-[501] Établir.
-
-[502] Moquerie.
-
-[503] Cacher.
-
-[504] Il me paroît impossible d'entendre par ces mots,
-très-distinctement écrits dans tous les manuscrits, _ceux qui habillent
-les rois_. Je crois que _rois_ doit désigner ici quelque étoffe
-grossière. L'auteur ne termine d'ailleurs que très-rarement deux vers de
-suite par le même mot pris dans la même acception.
-
-[505] Exciter, pousser.
-
-[506] Parvenir.
-
-[507] Prendre. (Cela n'est utile qu'à ceux dont la robe est déchirée,
-qui n'ont pas de quoi se vêtir?)
-
-[508] C'est le titre de l'ouvrage de Gringore; voy. la note 1, § 2, page
-4.
-
-[509] C'est le commencement qui décide de tout l'oeuvre. Voir sur ce
-très-ancien proverbe, _Livre des proverbes français_ de M. Le Roux de
-Lincy, II, 148.
-
-[510] Vers omis dans 7201 qui ajoute après le suivant: _Et, ne
-finast-il, détonner_.
-
-[511] Désireux.
-
-[512] Expression usitée jusqu'au XVIIe siècle et dont il est bien
-difficile de déterminer le sens précis. Si on adopte l'opinion de Nicod,
-ce mot représente quelquefois le [grec: môn] et d'autres fois le
-[grec: men] des Grecs; dans le second cas, ce passage signifieroit:
-_Il n'a certes pas_ (ce défaut).
-
-[513] Var. 7201.
-
- Lors regarday moult voulontiers
- De ces ouvriers la contenance.
-
-
-[514] C'étoit du gros pain qu'on apportoit de Corbeil à Paris, le plus
-ordinairement par la Seine. Voy. Le Grand d'Aussy, I, 105. Nous verrons
-dans le _Viandier_ qu'on s'en servoit pour faire des _tranchouers_.
-
-[515] De l'eau.
-
-[516] Petit pain fait pour une seule personne. Voy. Le Grand d'Aussy, I,
-116.
-
-[517] Var. B. _de Bourgongne et Angevin_.
-
-[518] Voir sur ce vin d'Auvergne si estimé au moyen âge, Le Grand
-d'Aussy, III, 5.
-
-[519] En passant.
-
-[520] Var. 7201:
-
- Ne qu'il pourroit sans autre vivre.
-
-
-[521] Briquet; _esca_, _esche_ signifiant l'amadou ou au moins une
-matière inflammable aux étincelles provenant du briquet.
-
-[522] De la lune.
-
-[523] Var. A. _Perrecin_.
-
-[524] Mettre de la terre par-dessus.
-
-[525] Cost, _costus_.
-
-[526] autrement _orvale_; _sclarea, horminum magnum_.
-
-[527] Panais? Var. B. _Pavot_.
-
-[528] C'est ce qu'on appelle _faire blanchir_ les épinards, les faire
-bouillir et changer l'eau.
-
-[529] Joubarbe.
-
-[530] Resserrer.
-
-[531] Var. B. _Violiers_.
-
-[532] La _Violette de caresme_ doit être la violette dite de _Mars_ dans
-la _Maison rustique_, etc., et dans le singulier livre intitulé le
-_Quadragésimal spirituel_, ch. VIII. C'est la violette commune. Quant à
-celle d'Arménie, je ne la vois citée que dans le _Ménagier_. Ce pourroit
-être la violette de Parme.
-
-[533] Basilic.
-
-[534] Semée l'année précédente.
-
-[535] Il y a de l'art à la cueillir.
-
-[536] Il ne monte pas.
-
-[537] C'est le fameux Bureau de La Rivière, favori de Charles V, mort le
-16 août 1400, et enterré dans l'abbaye de Saint-Denis. La laitue
-d'Avignon me paroît être sans doute la même que notre Romaine, seule
-espèce de laitue à graine blanche qu'on connût encore au XVIe siècle
-(voy. _Maison rustique_, 1570, ch. XIV). C'est donc à Bureau de La
-Rivière que nous devons cette salade devenue d'un usage si commun.
-Bureau de La Rivière a dû aller plusieurs fois à Avignon; mais il y
-passa notamment en mai 1389 avec Jeanne, comtesse de Boulogne et
-d'Auvergne, qu'il avoit été demander en mariage pour le duc de Berry à
-Gaston Phébus, comte de Foix, son tuteur. Cette princesse qui l'avoit
-prise en amitié, lui sauva la vie en 1392, quand ce grand homme faillit
-être sacrifié aux haines des oncles du roi. (Voir Froissart à l'année
-1392.) Est-ce donc ce voyage de 1389 qui nous a valu la Romaine?
-
-[538] C'est quatre pouces. La perche (mesure de longueur) des environs
-de Paris étoit de 18 pieds et le _dour_ ou quatre pouces. Je sais bien
-que Nicod donne au dour quatre doigts, ou la longueur d'un poing serré,
-ou enfin le _quart_ du pied-de-Roi, et le fait venir du grec [grec:
-dôron], et que Du Cange l'évalue aussi à _trois pouces_, mais la
-valeur de _quatre pouces_ est constamment attribuée au dour dans tous
-les anciens terriers des environs de Paris. Cette circonstance me semble
-devoir fixer la longueur du dour à quatre pouces. J'ajouterai que ce
-passage du _Ménagier_ me paroît confirmer cette évaluation, puisqu'il
-est plus naturel que l'auteur fasse varier la profondeur de la
-plantation de quatre à six pouces que de trois à six, ce qui
-constitueroit une différence de moitié.
-
-[539] Ou un morceau de drap (au lieu du fétu de paille) afin que l'eau
-en découle goutte à goutte sur le pied de la plante.
-
-[540] _Arroches_, plante potagère appelée aussi _Follete_ ou
-_Bonne-Dame_.
-
-[541] Aussi.
-
-[542] Du temps de Pâques (à manger à Pâques).
-
-[543] Couper les poirées montées à graine.
-
-[544] La Notre-Dame de septembre?
-
-[545] Var. B. _Dour_.
-
-[546] De la lune.
-
-[547] L'Annonciation, 25 mars.
-
-[548] De la grosseur.
-
-[549] Il semble qu'il faudroit _et_.
-
-[550] A. et C. ajoutent: _qu'elle soit si fort serrée_.
-
-[551] Nos ancêtres faisoient une grande consommation de roses et
-d'autres fleurs en général. Nous verrons tout à l'heure dans les menus
-de grands repas, l'acquisition de chapeaux ou couronnes de fleurs pour
-les convives. On voit dans les comptes du duc d'Anjou pour 1379, un don
-de dix francs fait par mandement de ce prince, en date du 8 juin, _à
-Yolent, jadis femme de feu Gillet Le Pelletier, en récompensation de ce
-que depuis que Monseigneur estoit venus en la ville de Paris_ (c'étoit
-en mai seulement) _elle l'avoit très-bien servi de roses et de flours_
-(K. 52, 3, fol. 93 vº et 101). L'auteur des _Rues et églises de Paris_,
-qui écrivoit tout au commencement du XVIe siècle, estimoit à quinze
-mille écus la dépense annuelle qui se faisoit à Paris, «en chapeau de
-fleurs, bouquets et may verds tant pour noces que confrairies, baptêmes,
-images des églises, audiences de Parlement.... le Trésor, Chastelet et
-aussi pour festins et banquets qui se font en l'Université en faisant
-les gradués et autrement.»
-
-[552] Ce doit être, sans aucun doute, une pièce de feutre ou un coussin
-bourré, que les porte-faix mettoient sur leur tête ou sur leur épaule
-afin que les fardeaux ne les blessassent pas. On disoit aussi _la
-feutreure_. Voy. Du Cange à _Feutrum_, où ce mot ne semble pas bien
-expliqué.--Il me paroît de même que dans les exemples cités dans Du
-Cange au mot _Feltrum_, _afeutrement_ signifie le coussin garnissant la
-selle, et qu'un cheval _désafeutré_, signifie un cheval privé de sa
-selle plutôt que de housse et de couverture. Il est parlé d'un _porteur
-d'afeutrure_ dans le mariage des quatre fils Aymon, t. I, pag. 369 des
-_Mystères du XVe siècle_, de M. Jubinal.
-
-[553] Maître-d'hôtel ou intendant: _Dispensator_; de là les Spencer en
-Angleterre. Froissart appelle toujours Hugues Spencer, _Hue le
-Despensier_.
-
-[554] Moqueurs.
-
-[555] Les trois manuscrits ajoutent ici la phrase suivante qui paroît
-singulièrement placée en cet endroit: _Et nota que qui veult faire
-chandelle de suif, il est neccessaire de très bien faire sécher son
-lumignon au feu_.
-
-[556] On trouve dans la grande ordonnance rendue par le roi Jean, en
-février 1350-1, pour remédier à l'augmentation de prix de toutes choses
-et surtout de la main-d'oeuvre, produite par la peste de 1348 et la
-disette, le montant des salaires exigibles par quelques domestiques. On
-y voit que les chambrières des bourgeois de Paris gagnoient 30 sols par
-an et leurs chaussures; un vacher gardant trente vaches, 50 sols; les
-meilleurs chartiers sept livres; les soyeurs (scieurs, moissonneurs) de
-grain, 2 sols 1/2 par jour. Les laboureurs ne pouvoient prendre que 24
-s. pour la façon d'un arpent à 4 labours, et les faucheurs de prés que 4
-s. par arpent, etc. (Le marc d'argent valoit alors 6 fr.: aujourd'hui 52
-fr.)
-
-[557] Sorte d'ordre ou association religieuse, tenant le milieu entre la
-vie laïque et la vie monastique (voy. _OEuvres de Rutebeuf_, t. I, pag.
-160). Nous verrons plus loin (p. 61) que cette dame Agnès la béguine,
-quoique sous les ordres de la jeune femme de l'auteur, étoit cependant
-pour elle une sorte de duègne ou gouvernante. Il résulte de cet article
-que l'auteur du _Ménagier_ avoit un grand nombre de domestiques.
-
-[558] Livre de dépense.
-
-[559] Ses répondans. Il y avoit dès lors et sans doute antérieurement
-des _recommanderesses_ ou femmes tenant des espèces _de bureaux de
-placemens_. L'ordonnance de 1351, déjà citée p. 56, leur assigne 18
-deniers pour leur salaire d'avoir placé une chambrière, et 2 sols pour
-une nourrice, _à prendre tant d'une partie comme d'autre_, et leur
-défend, _sous peine de pilori_, de louer ou recommander la même
-chambrière ou nourrice plus d'une fois dans la même année.
-
-[560] Se quereller.
-
-[561] L'auteur, se sert, en cet endroit, d'expressions qu'il étoit
-difficile de reproduire, et manque lui-même au précepte qu'il vient de
-donner à sa femme quelques lignes plus haut. Néanmoins la délicatesse
-qu'il témoigne ici, _au moins en intention_, est remarquable pour son
-époque. On étoit alors si peu scrupuleux que ces expressions étoient
-employées pour désigner certains mets de figure fort inconvenante. Voy.
-Legrand d'Aussy, t. II, pages 304, 305.
-
-[562] La gentille, la galante. Voir au ch. CXXII du chevalier de La
-Tour, la curieuse histoire d'une association amoureuse dite des Galois
-et Galoises.
-
- Par ce point-là je n'entends, quant à moi,
- Tours ni porteaux, mais gentilles Galoises.
- LA FONTAINE, _les Rémois_.
-
-
-[563] Tabourets de toute la longueur des bancs. Les banquiers et les
-formiers étoient des housses placées sur les bancs et les formes
-(escabelles). Un _banquier à_ (orné de figures d') _oiseaux_ est cité
-dans l'Inventaire de R. Picque, archevêque de Reims (1389) au ch. des
-_couvertoirs et tapis_. On voit dans la planche pag. 9 du t. I, l'auteur
-et sa femme assis sur un _banc_ recouvert d'un _banquier_; ils
-s'appuient sur des _coustes_ ou _oreillers_, et la femme a les pieds sur
-un _marchepié_ qui paroît à la droite de l'homme.
-
-[564] On verra dans les comptes d'Isabeau de Bavière pour les années
-1408 et 1409 (Archiv. du Roy. K., 268), dont notre collègue M. de Lincy
-donnera de longs et très-curieux extraits dans son appendice de la
-première partie des _Femmes célèbres de l'ancienne France_, actuellement
-sous presse, que cette princesse dépensoit des sommes considérables en
-_bêtes de chambre_, mais des gens de condition plus modeste mettoient
-aussi un assez haut prix à de certains oiseaux. En 1406, Augustin
-Isebarre, changeur de Paris, accusé d'avoir eu des acointances avec un
-certain Sansonet marchand d'oiseaux qui avoit, avec d'autres, volé pour
-4,000 liv. de vaisselle et joyaux dans le _retrait_ (cabinet) de la
-reine, disoit qu'il l'avoit connu parce qu'_un sien varlet lui dit que
-Sansonet avoit une très bonne linotte, et l'acheta 40 sols_. (La valeur
-de 2 ou 3 septiers de blé.) Nous verrons plus loin (à la fin du
-_Viandier_) l'auteur parler encore d'oiseaux, et notamment de ceux
-d'Hugues Aubriot.
-
-[565] _Recipe._
-
-[566] Voir l'art. V de cette distinction au chapitre des _Menues
-choses_.
-
-[567] Graisse. Var. A. _Sang_.
-
-[568] Mettre une bête morte là où il mettra ensuite son poison.
-
-[569] Mettre à l'air, sécher.
-
-[570] Provisions en général, voy. t. I, pag. 237.
-
-[571] Aisselles, petits ais, petites planches.
-
-[572] Aconit, en espagnol _rejagar_. (NICOT.)
-
-[573] L'auteur a voulu parler ici de l'_éponge_, car je ne vois pas que
-ce qu'il dit de l'_espurge_ puisse convenir en rien à l'herbe qui porte
-ce nom (_Cataputia._--Voy. Nicot et le _Grant herbier en françois_).
-Plus loin il emploie encore le mot _espurge_ évidemment pour désigner
-l'éponge.
-
-[574] La plus grande partie de la poussière.
-
-[575] Var. C. _vergettes_.
-
-[576] Sans doute _terre à foulons_, argile dont on se sert encore
-quelquefois pour enlever les taches de graisse, surtout sur le bois.
-
-[577] De couleur bleue.
-
-[578] Ces mots qui se trouvent dans les trois manuscrits me paroissent
-être une observation critique, un doute de l'auteur sur une recette
-qu'il transcrivoit. Nous trouverons encore de semblables remarques dans
-le cinquième article de cette distinction.
-
-[579] Le vêtement (auquel est joint la fourrure). On appelloit souvent
-_robe_ un habit complet, et _garnement_ chaque vêtement composant la
-_robe_; ainsi, dans ce cas, le surcot, le corset, la cotte, le manteau
-étoient dits _garnemens_. Voir la collection Le Ber, XIX, 156, 374, 383,
-etc.
-
-[580] Fleur de farine: nous verrons souvent dans le _Viandier_ le mot
-fleur employé seul dans ce sens.
-
-[581] Suppléez _tant qu'elle revienne_.
-
-[582] Gros tonneau qui contenoit, à la mesure de Paris, 54 setiers de 8
-pintes (la pinte 2 livres pesant d'eau, un peu plus qu'une bouteille
-ordinaire, 93 centilitres) ou 391 litres 76.
-
-[583] Nom parisien du raisin noir. Voir le Dict. de Nicot.--Var. B.
-_mourillons_.
-
-[584] Var. A. _la sente_.
-
-[585] _Sileos_ ou _siler montanum_ dans le _Grant herbier_.
-
-[586] _Cardamomon_, employé souvent dans le _Viandier_.
-
-[587] Var. B. _d'un_. Percer d'un greffoir ou d'un petit bâton aiguisé?
-
-[588] Vide.
-
-[589] Le setier contenoit 8 pintes.
-
-[590] Coussinet, emplâtre.--Les blancs frappés sous le règne de Charles
-VI, avoient 11 à 12 lignes de diamètre.
-
-[591] La quarte ou pot contenoit deux pintes.
-
-[592] Rez-de-chaussée.
-
-[593] Outre le temps convenable: trop longtemps.
-
-[594] S'accouder.
-
-[595] Coudes.
-
-[596] S'en voise, s'en aille, fuie.
-
-[597] Avec un large pied.
-
-[598] Instruire.
-
-[599] En jetant leur chemise dessus? On sait que nos pères couchoient
-sans aucun vêtement.
-
-[600] Suppléez: _et pendant que_.
-
-[601] En état d'empêchement.
-
-[602] Il y en a dix-huit. Ces conditions du bon cheval ont été souvent
-imprimées au XVIe siècle.
-
-[603] Les hanches. On appeloit en termes de vénerie un chien bien harpé
-celui qui avoit les hanches larges et grosses. Voy. Salnove.
-
-[604] Ou _coite_, de _quies_? S'il se tient bien en repos?
-
-[605] Fumier, litière.
-
-[606] Je n'ai pu trouver la signification de ce mot.
-
-[607] Uni.
-
-[608] Qu'il n'ait ni courbes ni fusées.
-
-[609] S'il a des durillons?
-
-[610] Il semble que ce doit être garrot.
-
-[611] Voir ci-après, p. 75, note 1.
-
-[612] De l'autre côté.
-
-[613] Le paturon.
-
-[614] Var. A. _subaudeure_, enflure?
-
-[615] Les manuscrits A et B, répètent ici textuellement ce qui précède
-depuis _tu dois aller au costé_ jusqu'à _Fourme sur couronnelle_; il n'y
-a de plus ici que les mots _malandre est_, etc., placés, p. 74, entre
-crochets.
-
-[616] Var. A. _stourcées_.
-
-[617] Sortir.
-
-[618] Grappe.
-
-[619] A la même hauteur.
-
-[620] Marchandé.
-
-[621] Assuré.
-
-[622] Son.
-
-[623] Pour vendre chèrement. Var. B. _prouvende_, ration.
-
-[624] Phrase obscure qui me paroît signifier que le remède des malandres
-sert aussi pour l'enflure des jambes de derrière.
-
-[625] Sorte de résine.
-
-[626] Blancs d'oeufs.
-
-[627] Tamisé.
-
-[628] Var. A. _du seing de sain_. J'ignore ce que peut signifier ici le
-mot _saing_.
-
-[629] Tuyau, chalumeau.
-
-[630] Avives, glandes derrière la mâchoire.
-
-[631] Cacher?
-
-[632] La valeur de deux setiers de blé environ, donnée au maréchal pour
-le traitement assez compliqué de cette maladie.
-
-Les manuscrits donnent ensuite un Traité de l'épervier que l'auteur
-avoit annoncé devoir faire le 2e article de la 3e distinction. J'ai
-pensé devoir rétablir la division indiquée par l'auteur et suivie
-jusqu'ici par lui, et j'ai renvoyé à la fin du livre le Traité de la
-chasse à l'épervier.
-
-[633] Le Ms. C porte avant ces mots, _Cy commence le Viandier_. C'est
-pourquoi j'ai renvoyé au _Viandier_ dans diverses notes de cet ouvrage.
-
-[634] On appeloit ainsi l'espace placé entre les rues Saint-Denis,
-Pierre-à-Poisson et la Grande-Boucherie, devant laquelle il se
-prolongeoit jusqu'à la rue Pied-de-Boeuf. (Voir Corrozet, éd. 1543, le
-Plan de Turgot, etc.) Cet espace est aujourd'hui compris dans la place
-du Châtelet. Mais l'auteur désigne ici sous ce nom, la grande boucherie
-de la Porte-Paris, connue sous le seul titre de _Grande-Boucherie_, sur
-l'emplacement de laquelle la grande maison de la place du Châtelet qui
-fait face au pont au Change, me semble avoir été construite.
-
-On peut voir dans du Breuil (éd. 1612, p. 1053), mais mieux dans Sauval
-(I, 623), les _Variétés historiques_ (I, 170), et surtout dans le
-_Traité de la Police_ de Lamarre, des détails sur l'origine de cet
-établissement dont l'existence signalée dès le commencement du XIIe
-siècle remontoit peut-être aux-temps de la domination Romaine. La
-propriété des étaux de cette boucherie, au nombre de trente-deux au XVe
-siècle, et plus tard de vingt-neuf, et le droit d'être reçu maître
-boucher (à sept ans et un jour), appartenoient exclusivement aux
-rejetons mâles d'un petit nombre de familles. A leur joyeux avénement
-seulement les rois de France pouvoient faire un nouveau maître boucher
-comme ils faisoient au reste un nouveau maître de chaque profession.
-(C'est ainsi qu'en 1436, Oudin de Ladehors tige d'une de ces familles
-dont il est parlé ci-dessus, parvint à la maîtrise par cession de
-Guillaume Lefèvre dit _Verjus_ queux du roi Charles VII, que ce prince
-avoit créé maître boucher à son joyeux avénement et confirmé à son
-entrée dans Paris). Mais plus tard ce droit paroît être tombé en
-désuétude, s'il ne fut pas racheté par les bouchers.
-
-Depuis 1358 au moins, la grande boucherie étoit le siége d'une
-importante juridiction devant laquelle les bouchers pouvoient évoquer
-toutes leurs causes, et dont les appels se relevoient devant le
-parlement. Cette juridiction se composoit: 1º d'un _maire_ ordinairement
-membre du Châtelet (avocat du roi, conseiller ou avocat au Châtelet),
-qui me semble avoir dû être nommé par le roi ou le prévôt de Paris
-encore en 1430, car dans le registre de la boucherie pour cette année,
-son nom est placé avant celui du _maître_, ce qui n'auroit pas eu lieu,
-je crois, s'il n'eût tenu ses pouvoirs que de la communauté. En 1461, il
-étoit élu par le _maître_ en présence, et je pense par les suffrages des
-quatre jurés, du procureur et du receveur de la communauté, de deux
-écorcheurs jurés et des maîtres bouchers; 2º _d'un maître de la grande
-boucherie_ (un des bouchers les plus riches) nommé à vie par douze
-électeurs désignés eux-mêmes par tous les maîtres bouchers. Le maire, et
-le maître ne siégeoient pas ordinairement tous les deux à la fois, et il
-n'est pas facile de définir les différences existant entre leurs
-attributions. La puissance du maire me semble au reste avoir été
-successivement restreinte; ainsi, tandis qu'en 1431 il désigne le
-_maître_ pour _tenir ses plais_, ce qui semble placer le pouvoir
-judiciaire dans la personne du _maire_, on voit la communauté décider,
-en 1470, que _le maître sera nommé et intitulé aux lettres et actes qui
-se feront en la justice de la boucherie, excepté quand on besognera
-contre le maître, sera nommé et intitulé le maire_ (les actes et
-jugemens seront rendus en son nom); 3º d'un procureur (au Châtelet); 4º
-d'un tabellion qui étoit aussi ordinairement procureur au Châtelet. Les
-quatre jurés nommés annuellement, le vendredi d'après la Saint-Jacques
-(25 juillet), par quatre électeurs désignés par la communauté,
-remplissoient l'office de ministère public devant ce tribunal, et
-pouvoient provisoirement et par eux-mêmes saisir des viandes suspectes,
-et comme aussi le _maire_ et le _maître_, envoyer préventivement en
-prison les malfaiteurs. Cette juridiction avoit le plus souvent à juger
-les violences des garçons bouchers, des malversations commerciales, des
-réclamations de dettes contractées par des bouchers, etc. La boucherie
-avoit en outre un _conseil de parlement_ et un _conseil de Châtelet_;
-c'étoient deux membres de ces juridictions chargés des intérêts de la
-communauté et rétribués par elle.--La mairie de la grande boucherie dura
-jusqu'en 1673, que Louis XIV la réunit au Châtelet.
-
-Les rejetons mâles des familles propriétaires de cet établissement
-étoient tenus d'exercer par eux-mêmes ou au moins _de leurs deniers_ la
-profession de leurs pères. On voit dans Lamarre (t. II, p. 560), qu'au
-XVIe siècle, beaucoup de descendans de ces anciennes familles occupoient
-des positions assez élevées, et avoient abandonné le commerce de la
-boucherie; mais il ne faut pas croire qu'aux XIVe et XVe siècle ces
-riches bouchers s'occupassent par eux-mêmes des _détails_ de leur
-profession. Beaucoup avoient pour tailler et vendre leurs chairs, des
-valets répondans du produit de la vente, et se bornoient à les
-surveiller et à traiter en grand et par des facteurs le commerce des
-bestiaux destinés à l'approvisionnement de Paris.
-
-Un arrêt rendu en 1383 (7 mars) pour Jehan Le Pontonnier et Louis
-Thibert héritiers, à cause de leurs femmes, de Guillaume de Saint-Yon,
-contre la veuve de ce dernier, établit d'une manière aussi curieuse que
-certaine, l'étendue et la nature des richesses très-diverses que
-possédoit ce boucher, le plus riche de la Porte-Paris, et la nature de
-ses occupations commerciales. Il est dit qu'il étoit propriétaire de
-trois étaux: qu'_il y faisoit vendre_ chaque semaine des viandes pour
-200 livres parisis, sur quoi il bénéficioit de 20 ou 30 livres; il avoit
-une rente de 600 livres, quatre maisons de campagne près Paris, bien
-fournies de meubles et d'instrumens aratoires: de grandes coupes, des
-hanaps, des aiguières, des tasses d'argent de grand prix, des coupes de
-madre avec des pieds d'argent d'une valeur de 100 fr. et plus; sa femme
-avoit pour plus de 1 000 fr. de joyaux, ceintures, bourses, épingliers;
-des robes longues et courtes bien fourrées, 3 manteaux fourrés de gris:
-de très-beau linge. Il possédoit en outre 300 cuirs de boeuf valant bien
-24 s. la pièce, 800 mesures de graisse valant 3 s. et demi, et 800
-moutons de 10 s.; 5 ou 600 florins d'argent comptant. On évaluoit ses
-biens meubles à 12 000 florins. Son sceau étoit d'argent; il avoit donné
-2 000 florins de dot à ses deux nièces, et avoit dépensé 3 000 florins à
-rebâtir sa maison de Paris (Jugés, XXX, 198 vº). Après cette énumération
-de richesses énormes pour le temps, peut-on s'étonner de l'influence si
-puissante de ces maîtres bouchers, signalée dans tous les historiens du
-XVe siècle?
-
-La famille de ce Guillaume de Saint-Yon, que Du Breuil et l'abbé Lebeuf
-ont cru, mais sans preuve, être issue de celle des anciens seigneurs de
-Saint-Yon près Montlhéry (Lebeuf, X, 260), étoit la plus puissante de la
-grande boucherie. Elle y exerçoit, comme aussi celle Thibert, la
-profession de boucher au moins dès 1260 (Reg. de la Boucherie). Au XVIIe
-siècle, ces deux familles restées seules des vingt existantes en 1260,
-étoient avec celles de Ladehors et Dauvergne, en possession exclusive
-des vingt-neuf étaux de la grande boucherie; elles furent réduites à
-trois en 1660, par l'extinction des Dauvergne. Plusieurs de leurs
-membres étoient sans doute sortis du commerce de la boucherie pour
-occuper des emplois plus importans, et étoient seulement propriétaires
-d'étaux qu'ils louoient, mais d'autres étoient restés dans ce commerce,
-et c'est assurément à un descendant de l'ancienne famille Thibert qu'il
-faut attribuer l'histoire singulière du boucher de ce nom chez le
-chevalier de Bragelongne, vers 1680. Sandras de Courtilz rapporte dans
-les _entretiens de Colbert avec Bouin_ (Bauyn, I, 67), que ce boucher,
-qui étoit gros joueur, couroit chez le chevalier dès qu'il avoit vendu
-sa viande, et là, avec son tablier et sa camisole rouge, jouoit 3 ou 400
-pistoles à la fois. Le duc de Roquelaure (Gaston-Jean-Baptiste, mort en
-1683), qui connoissoit cependant Thibert, voulant un jour le plaisanter
-sur sa mise, s'écria: _Masse à la camisole rouge!_ en mettant une
-poignée de louis sur la table. Le boucher, sans s'émouvoir, accepta le
-défi en répondant aussitôt: _Top et tingue au cordon bleu!_ et ayant eu
-les dés et les rieurs pour lui, releva gaiement l'argent du duc.
-
-(J'ai consulté pour cette note les 106 premières pages, années 1430 à
-1483, de l'extrait du registre de la grande boucherie, nº 290 du Cabinet
-généalogique, dont mon ami M. de Lincy m'a signalé l'existence.)
-
-[635] Var. C. _seize_.
-
-[636] Cette boucherie, située sur la Montagne Sainte-Geneviève, existoit
-au moins dès 1245, selon Sauval. Elle avoit été fondée par une
-émigration des bouchers de Saint-Marcel.--Suivant une plaidoirie du 30
-avril 1377 (Félibien, t. IV, p. 532), ces deux boucheries, que l'auteur
-du _Ménagier_ a peut-être confondues à dessein à cause de leur
-communauté d'origine, existoient de toute antiquité; elles auroient
-compté anciennement cent vingt bouchers, mais n'en avoient plus alors
-que trente-cinq. Au temps de Sauval, il n'y avoit plus que quatorze
-étaux. Les Le Gois, chefs des émeutiers parisiens au XVe siècle, étoient
-bouchers de Sainte-Geneviève.
-
-On croit que la boucherie du Parvis était la plus ancienne de Paris.
-Lamarre dit que Philippe Auguste en fit don à l'évêque de Paris quand
-les bouchers l'eurent abandonnée pour se fixer à la Porte-Paris. Suivant
-Sauval, ce prince n'auroit fait que les confirmer dans une possession
-antérieure. Caboche étoit écorcheur dans cette boucherie en 1411.
-
-On ignore l'époque du premier établissement de la boucherie de
-Saint-Germain; peut-être étoit-elle aussi ancienne que l'abbaye. Elle
-n'avoit d'abord que trois étaux, mais en 1274 l'abbé Gérard en fit bâtir
-seize autres dans l'endroit où est aujourd'hui la rue des Boucheries.
-(Félibien, I, 429.)
-
-La boucherie du Temple fut établie par les Templiers. Ils transigèrent à
-ce sujet avec les bouchers de la Porte-Paris en 1182, selon Félibien,
-mais seulement en 1282 selon Lamarre que je crois avoir été mieux
-informé. Elle étoit rue de Braque et se composoit de deux étaux
-seulement.
-
-La boucherie de Saint-Martin me paroît devoir être la même que celle
-dite de Saint-Nicolas-des-Champs, et qui étoit située rue Saint-Martin,
-au coin de la rue Aumaire. Sauval qui est à ma connoissance le seul
-auteur qui en parle, ne cite rien de plus ancien à son sujet que la
-réparation faite en 1426 de la maison où elle étoit située.
-
-Il est étonnant que l'auteur du _Ménagier_ n'ait pas parlé ici de la
-boucherie de Saint-Éloi établie rue Saint-Paul par le prieur de
-Saint-Éloi, en vertu des lettres du régent (depuis Charles V) en date du
-30 novembre 1358. (Trés. de Chartres, 90, 131.)
-
-[637] Var. A. _trente-deux_.
-
-[638] Var. A. _trente-deux_.
-
-[639] Cela fait 3130 moutons, 512 boeufs, 528 porcs (538 suivant A), et
-306 veaux (310 suivant A et 320 suivant C). Voir dans l'Introduction mes
-observations sur ces renseignemens statistiques.
-
-[640] Vendredi saint. C'est encore l'époque _de la foire aux jambons_.
-
-[641] Porcs salés. Voy. Du Cange au mot _Lardum_.
-
-[642] Le duc d'Orléans.
-
-[643] Suppléez: _c'est ainsi_.
-
-[644] Aujourd'hui _talon de collier_, chair levée sur les trois
-dernières côtes.
-
-[645] C'est-à-dire comme 20 est à 25 ou un cinquième en moins que le
-Roi. Ce devoit donc être par semaine 96 moutons, 12 ou 13 boeufs, autant
-de veaux, 9 ou 10 porcs, 160 lards par an, et par jour 480 volailles,
-160 paires de pigeons, 40 chevreaux, 40 oisons.
-
-[646] En marquant sur une taille la quantité prise chaque fois, comme
-cela se fait encore pour le pain.
-
-[647] _Gros bout_ de poitrine. Voir sur la longe, etc., p. 130.
-
-[648] Les blancs valoient 10 deniers, mais l'auteur doit entendre ici
-par ce mot le petit blanc, monnoie de compte de 5 deniers. C'est comme
-s'il disoit que le prix de cette pièce varie de 4 sols 2 deniers à 3
-sols. Le marc d'argent (52 fr. de notre monnoie) valoit 6 l. 5 s.
-
-[649] Ou trumeau, partie de la cuisse et aussi de la jambe de devant.
-
-[650] Bouillon.
-
-[651] Ligne laissée en blanc dans les manuscrits.
-
-[652] Je n'ai pas vu ce mot dans les anciens auteurs de vénerie; ce doit
-être le quoier ou cimier (croupe) du cerf.
-
-[653] Cuisine.
-
-[654] Liaisons.
-
-[655] Passer au tamis.
-
-[656] S'attachent au fond du pot, brûlent.
-
-[657] Les petits sont appelés _lancerons_: les moyens, _brochets_: les
-plus gros, _quarreaux_ (_Délices de la campagne_, ch. XVIII).
-
-[658] Plies.
-
-[659] _Oyeurs_, rôtisseurs.
-
-[660] Petite mangeoire portative.
-
-[661] Canards mâles, et ici canards en général.
-
-[662] D'abord lieu où on resserroit _la paille_, et par extension
-_basse-cour_.
-
-[663] Var. B. _crouste_.
-
-[664] Nuque.
-
-[665] Suivant l'empereur Frédéric II, chapitre L, les ailes des oiseaux
-se composent de vingt-six plumes: 1º quatre plus près du corps dites
-_corales_ ou les _coraux_; 2º les douze suivantes, qui sont les
-_vanneaux_; 3º dix autres extérieures (_forinsecæ_), dites les
-_couteaux_, à l'exception de la dernière qu'on appelle le _cerceau_
-(_saxellus_); les fauconniers postérieurs parlent bien du _cerceau_
-(seul des oiseaux de proie, l'autour avoit trois plumes portant ce nom),
-des _couteaux_ et des _vanneaux_ (d'Arcussia, éd. 1627, p. 248, dit que
-ce sont les plumes adhérentes au second os de l'aile, et cette
-définition concorde bien avec celle de l'empereur Frédéric II), mais non
-des _coraux_ ou plumes corales.
-
-[666] Ventre.
-
-[667] Espace laissé en blanc dans les manuscrits.
-
-[668] Saumonnées.
-
-[669] Jaune.
-
-[670] Recueillir.
-
-[671] Vin de Grenache. Voy. Legrand d'Aussy, t. III, p. 48.
-
-[672] Rôties.--On trouvera, en recourant à la table, les endroits du
-_Ménagier_ où sont décrits la plupart des plats qui vont figurer dans
-ces menus. Je me dispenserai donc le donner ici des explications qui
-feroient presque toujours double emploi.
-
-[673] Ces nombres en chiffres arabes, placés ici entre parenthèses,
-devoient renvoyer à des feuillets d'un manuscrit ou à des numéros de
-chapitres, et ne se rapportent à rien dans les trois manuscrits que j'ai
-sous les yeux.
-
-[674] Sorte d'oublie plus mince que la gaufre, faite de farine, d'eau,
-de vin blanc et de sucre, et cuite entre deux fers.
-
-[675] _Scilicet_, savoir.
-
-[676] Ce plat ne se retrouve ni dans _le Ménagier_, ni dans _le Grand
-cuisinier_, ni dans Taillevent. Il me semble résulter du menu VI qu'il
-pouvoit se faire avec des lamproies.
-
-[677] Ce plat est ainsi écrit dans le Ms. B. Cependant, dans _le Grand
-cuisinier de toutes cuisines_, il est écrit _ramolle_.
-
-[678] La phrase comme je l'ai ponctuée ne paroît pas naturelle, mais on
-ne peut lire _à la sausse chaude d'oiselets_; peut-être manque-t-il un
-mot (_gravé_ ou _pasté_) avant _d'oiselets_.
-
-[679] Sans doute une _tuile de chair_. Voir à l'art. V.
-
-[680] Les mots qui suivent jusqu'à la fin de ce menu ne sont pas dans le
-Ms. B.
-
-[681] B. ajoute, après un espace laissé en blanc, _de porc ut pa_ (_ut
-proxima?_).
-
-[682] Comme.
-
-[683] J'ignore le sens de cette abréviation, mais comme on trouve plus
-loin _un gravé d'aloés en couleur de fleur de peschier_ (voir
-l'_Appendice_ à l'art. V), ce doit être ici le même plat.
-
-[684] Var. B. _à sausse_, ce qui me paroît défectueux, à moins qu'on ne
-lise _à la sausse chaude_.
-
-[685] D'huîtres.
-
-[686] Croûtes ou crottes au lait, plat sucré.
-
-[687] Var. B. _leschefroies_.
-
-[688] Georgé.
-
-[689] Je ne pense pas que l'auteur parle ici du faisan présenté
-solennellement (comme le paon) aux convives pour faire un voeu, car s'il
-en étoit ainsi, il n'en auroit pas parlé au pluriel. Il me paroît
-seulement indiquer par ces mots que le faisan étoit un gibier recherché,
-réservé aux seigneurs (et auquel ne touchoient pas les _servans_ ou ceux
-qui dînoient ensuite?). Il ne faudroit cependant pas croire que le
-faisan fût autrefois plus rare qu'aujourd'hui. On trouve dans le _Modus_
-un chapitre qui enseigne à prendre cet oiseau, et dans un grand nombre
-d'aveux rendus par des seigneurs Angevins aux XIVe et XVe siècles, on
-voit figurer des garennes à perdrix et _à faisans_. Voir la note sur
-Jean de Craon, sieur de La Suze, dans mon édition du _Trésor de
-Vénerie_.
-
-[690] Voir l'Introduction.
-
-[691] Oublies.
-
-[692] Estriers, sortes d'oublies.
-
-[693] Clairet, sorte d'hypocras fait avec du miel au lieu de sucre, et
-du vin blanc au lieu de rouge.
-
-[694] Quoique ce menu se termine par un etc., il me paroît impossible de
-croire qu'il ait pu s'appliquer à un repas de 24 _services_, et je crois
-que _mets_, dans cet intitulé, signifie _plat_, comme dans ceux des
-menus I et II ci-dessus.
-
-[695] Merles.
-
-[696] Pâtisserie légère, et peut-être sorte d'oublies.
-
-[697] N'est que dans B.
-
-[698] Var. A. C. _au sucre_.
-
-[699] Gros poisson salé.
-
-[700] Aussi.
-
-[701] L'abbé de Lagny.
-
-[702] Les autres membres du conseil du Roi.
-
-Il y avoit, en 1379, un abbé de Lagny qui assistoit au parlement, soit
-qu'il en fût membre, soit qu'il fût du grand conseil du Roi (il résulte
-en effet d'une ordonnance de Charles VI, adressée le 21 janvier 1388-9
-aux présidens du parlement, que les abbés et prieurs membres du conseil
-du Roi avoient seuls le droit d'assister aux délibérations du parlement
-(_Ord. antiquæ_, A. 119 vº), et il est bien à croire que c'est de lui
-qu'il s'agit ici. Je l'ai vu pour la première fois nommé comme assistant
-au parlement le 1er mars 1378-9 (_Plaid. civiles_). Il y avoit sans
-doute peu de temps qu'il avoit droit d'y venir; il se pourroit donc que
-le dîner dont notre auteur nous donne le menu, fût un dîner de bienvenue
-qui auroit eu lieu à cette époque. Pâques tombant le 10 avril 1379, on
-étoit alors en Carême, et en effet le dîner est maigre.
-
-Si j'ai rencontré vrai dans cette conjecture, et si ce dîner a en effet
-eu lieu en 1379, M. de Paris est Aymery de Maignac, évêque de Paris, le
-persécuteur d'Hugues Aubriot, le protecteur persévérant de tous les
-soi-disant clercs que le prévôt de Paris faisoit arrêter comme accusés
-d'assassinat, de vol, etc., qui, dès 1381 (_Plaid. civ._, juillet),
-pendant qu'Hugues Aubriot étoit encore dans ses prisons, lançoit des
-monitoires contre Audouin Chauveron son successeur, et faisoit dire au
-procureur du Roi que si on laissoit faire l'évêque, _il vaudroit mieux
-au prévost aller glaner qu'estre prévost_. Le président (sans doute le
-premier président) est Arnault de Corbie, depuis chancelier de France,
-un des hommes d'État les plus illustres et les plus honorables du XIVe
-siècle, mort en 1413 à un âge fort avancé. Le procureur du Roi est
-Guillaume de Saint-Germain, d'abord avocat célèbre ou _solennel_ au
-Châtelet, puis procureur général au parlement ou procureur du Roi (ce
-qui étoit la même chose), depuis 1365 jusqu'à sa mort arrivée en février
-1383-4. (Il est du moins affirmé dans la plaidoirie citée plus bas,
-qu'il occupa ces fonctions dix-huit ou dix-neuf ans.) Il avoit en cette
-qualité 100 fr. de gages fixes et 500 fr. de don annuel. Il étoit au
-reste fort simple, car suivant les plaidoiries de ses héritiers, _il
-n'estoit que lui cinquiesme en son hostel, et n'avoit cheval ne asne, et
-n'y chaloit de quels draps il fust vestus, mais qu'il fust de couleur_.
-Sa femme Denisette Mignon ne savoit ni lire ni écrire. (_Plaid. civiles
-du Parlement_, mai 1386.) J'ai dit, t. I, p. 137, que Giles Labat étoit
-procureur général au parlement en 1381, _parceque cette qualité lui est
-donnée dans les lettres de rémission que j'ai citées_, mais à moins
-qu'on ne suppose qu'il y a eu interruption dans les fonctions de
-Guillaume de Saint-Germain, ce qui me paroît peu probable d'après les
-termes de la plaidoirie, il se pourroit que Giles Labat n'eût été que
-_procureur_ au parlement, et que _général_ eût été ajouté par erreur par
-l'écrivain de la chancellerie. En tout cas, Giles Labat étoit simplement
-_procureur au parlement_ en 1385.) Des deux avocats du Roi, l'un peut
-être Jean Pastourel, qui exerçoit cet emploi en 1364 et 73, mais l'autre
-étoit certainement le célèbre Jean Des Mares ou Des Marès, mort si
-malheureusement en 1382. (Voir t. I, p. 136.--_Arch. jud._, tables de
-Lenain, t. III, IV, VI, VII.)
-
-J'ai vu avec étonnement que le nom de famille de cet abbé de Lagny et sa
-position dans le conseil du Roi, ont été inconnus aux auteurs de la
-_Gallia Christiana_. Ils se bornent à citer, dans leur liste des abbés
-de Lagny, un Jean IV, vivant en 1357 et 1367, et ensuite Pierre II du
-nom, vivant en 1396 (VII, 503). Le nôtre peut être l'un des deux.
-
-[703] Le mot écuelle signifie ordinairement une assiette creuse, mais il
-est évident qu'il y a ici et dans d'autres passages de cet ouvrage, un
-rapport certain et connu du temps de l'auteur entre le nombre des
-écuelles et celui des convives. On sait qu'on mangeoit sur des
-_tranchoirs_ ou morceaux de pain plats, mais cet usage qu'on comprend
-quand il s'agit de viandes solides, ne pouvoit s'appliquer aux sauces et
-potages qui devoient évidemment se prendre à l'aide de cuillers dans des
-vases creux. Voici un repas montant à _huit_ écuelles, et qui est servi
-à _seize_ convives (voir p. 106, n. 2, et p. 107, n. 3). On pourroit
-donc supposer qu'on servoit une écuelle par deux convives, (dans tout
-l'Orient on place encore au milieu de la table un grand plat
-ordinairement de pilau, etc., dans lequel chacun prend avec les doigts;
-puis _entre deux convives_, un petit plat creux contenant des mets
-liquides qu'ils prennent tous deux avec des cuillers) que deux personnes
-mangeoient ainsi ensemble les mets liquides, et que par suite, un repas
-d'un certain _nombre d'écuelles_ signifioit un repas d'un nombre double
-de convives. On seroit même d'autant plus porté à penser qu'une écuelle
-servoit à deux convives au moins, que l'usage des assiettes creuses
-_personnelles_ étoit encore nouveau et peu général sous la minorité de
-Louis XIV. On en a la preuve dans les _Délices de la campagne_, ouvrage
-de Nicolas de Bonnefons, valet de chambre du Roi dont de la 1re édition
-est, je crois, de 1653, et dans lequel on lit (p. 250 de la 5e éd. de
-1673, article de l'_Instruction pour les festins_): «Les assiettes des
-conviés seront creuses aussi afin que l'on puisse se présenter du potage
-et s'en servir à soi-même ce que chacun en désirera manger, _sans
-prendre cuillerée à cuillerée dans le plat, à cause du dégoust que l'on
-peut avoir les uns des autres de la cueilliere qui au sortir de la
-bouche puisera dans le plat sans l'essuïer auparavant_.» Il me paroît
-bien résulter de l'instruction donnée en cet endroit par l'auteur sur
-l'utilité des assiettes creuses, qu'alors cet usage étoit encore bien
-nouveau. (Voir pour plus de détails la note 374 du _Palais Mazarin_, par
-M. le comte de Laborde.) Cela étant, il n'est guère possible de supposer
-qu'au XIVe siècle on servît une écuelle ou assiette creuse à chaque
-convive personnellement. Cependant, nous verrons plus loin, (article du
-_Houssebarre de chair_) l'auteur conseiller de mettre ordinairement deux
-_lesches_ ou languettes de chair _dans chaque écuelle_, mais quand on a
-_plus de convives et moins de chair_, de servir le brouet seul dans des
-écuelles, et dans un plat _cinq lesches_ pour _quatre_ personnes. Il
-sembleroit positif, d'après ce passage, que deux lesches dans chaque
-écuelle étoient un service plus abondant que cinq _lesches_ pour quatre
-personnes, et que par conséquent une écuelle de deux lesches étoit pour
-une seule personne en temps ordinaire. (Voir en outre p. 114, n. 3.) Il
-m'est impossible de faire concorder ces deux passages du _Ménagier_, et
-je les livre à l'examen éclairé de mes lecteurs.
-
-[704] Dans des plats couverts, servis seulement pour lui, comme c'étoit
-l'usage pour le roi, les ducs, etc.
-
-[705] La quarte contenoit deux pintes et la pinte deux chopines; il y
-avoit donc seize convives. Voy. p. 107, note 3.
-
-[706] Mot que je ne comprends pas.
-
-[707] L'abbaye de Lagny avoit droit de pêche dans la Marne.
-
-[708] Une pour chaque convive?
-
-[709] L'auteur veut dire que c'est trop de deux quartes d'hypocras,
-comme il a dit plus haut que c'étoit trop de deux quartes de vin de
-Grenache.
-
-[710] Sorte d'oublies.
-
-[711] B. ajoute: _et le vin_.
-
-[712] L'auteur du _Trésor de santé_ conseille de n'en user qu'au fort de
-l'hiver.
-
-[713] S. e. _dire_ ou _déclarer_.
-
-[714] Var. A. C. _payera_.
-
-[715] Le prix du setier de blé, à l'époque où l'auteur écrivoit, varioit
-de 13 à 20 sols. En prenant 16 s. pour prix moyen, et en appliquant à ce
-prix le règlement du prix du pain fait par Charles V en 1372, il en
-résulte qu'un pain d'un denier de la meilleure qualité pesoit tout cuit
-six onces. Cette quantité de pain et de provisions paroît bien
-considérable pour un diner de vingt écuelles (quarante personnes?), et
-un souper de dix (vingt personnes?), mais on peut supposer qu'elle
-servoit aussi à un grand nombre de domestiques, de _compagnons_, etc.
-
-[716] C'étoit du gros pain, et probablement bis. Voir ci-dessus, page
-38, note 2.
-
-[717] Nous avons déjà vu plus haut, p. 106, _et que les seconds en
-aient_. Je ne sais s'il faut entendre par là les serviteurs ou peut-être
-aussi des gens d'une position moins élevée qui dînoient après les
-premiers convives.
-
-[718] Nous verrons, pages 110 et 122, que les poulaillers vendoient
-aussi de la venaison.
-
-[719] Avec du fromage dedans. Voy. p. 121.
-
-[720] Je ne trouve nulle part ce mot qui paroît désigner une espèce
-d'oublies.
-
-[721] L'auteur n'a pas mis de prix aux grenades et aux oranges, sans
-doute parce que leur prix varioit. Legrand d'Aussy, I, 250, cite un
-compte du dauphin Humbert, de 1333, où il est parlé d'orangers, et passe
-ensuite de là au règne de Louis XIV. On voit par ce passage du
-_Ménagier_, que les oranges étoient fréquemment servies sur les tables
-parisiennes au XIVe siècle.
-
-[722] Var. B. _du teil_. On trouve dans Roquefort _teille_, grande
-terrine de bois; nous verrons dans l'Appendice, ce mot désigner un vase
-de terre.
-
-[723] Plus loin (chapitre des _Entremets_, _Fromentée_), l'auteur dit
-que ce froment mondé coûtoit un _blanc_ la livre chez les épiciers. Je
-crois avoir eu de bonnes raisons pour fixer la valeur du blanc à 5
-deniers (voir p. 86, n. 4), et en effet la livre de froment mondé, au
-prix de 5 d., mettroit déjà le setier au prix de 100 sols, somme assez
-supérieure au prix moyen de 16 s. du setier de blé ordinaire au XIVe
-siècle (voir p. 109), pour représenter les frais de mondage, le profit
-du détaillant, etc. Le prix de 8 deniers donné ici mettroit le setier à
-160 s. Au reste, cette différence peut s'expliquer par la qualité du
-froment mondé dont on prenoit sans doute le plus beau pour un repas de
-noces, et par les variations du prix du blé.
-
-[724] L'auteur, au chapitre des _Sauces non bouillies_, nous apprend que
-le _gingembre de mesche_ avoit l'écorce plus brune, étoit plus mou au
-couteau, plus blanc, meilleur et plus cher que le _colombin_; et en
-effet, on voit ici qu'il coûtoit 20 s. la livre et le _colombin_ 11,
-mais je n'ai rien pu trouver sur les différences d'origine ou d'espèce
-qui causoient sans doute celle des noms de ces deux gingembres.
-
-[725] Girofle. Je crois que la _graine_ en est aussi, et que l'auteur ne
-veut pas parler ici de la graine de paradis, _cardamomon_, qui ne devoit
-pas être vendue mêlée au girofle. Nous verrons souvent la graine de
-paradis désignée sous le seul nom de _graine_.
-
-[726] Racine de _galanga_, plante des Indes orientales. L'auteur,
-chapitre des _Sauces non bouillies_, dit que le meilleur est le plus
-dur, le plus pesant, et celui dont la couleur violette est la plus vive.
-Ces mots prouvent qu'il parloit du petit _galanga_ qui vient des Indes,
-et qui est en effet rougeâtre, tandis que le grand, qui croît en Chine,
-est de couleur blanchâtre on cendrée.
-
-[727] Fleur de muscade, deuxième écorce de la noix muscade ou
-_muguette_, comme on l'appeloit au temps de l'auteur. Toutes ces épices
-figurent dans les ordonnances de février 1349(50) et 3 mai 1351,
-relatives à des droits supportés par certaines denrées à l'entrée de
-Paris. On y voit que le poivre, le sucre, le gingembre, la cannelle, le
-ris, l'anis, le safran et le girofle venoient à Paris par balles, et que
-le cubèbe (employé aussi quelquefois dans la cuisine), le macis, la
-graine de paradis, le poivre long, les noix muguettes, l'espic (nard),
-le garingal, le citonal, les dattes, les pignons, etc., venoient sans
-doute par plus petites quantités, puisqu'ils sont taxés par livre (4
-deniers en 1350, et 6 en 1351).
-
-[728] C'est-à-dire que l'épicier reprenoit les bouts à raison de 2 s. 6
-d. la livre. On ne perdoit donc que 6 deniers par livre pour la façon.
-
-[729] Épices, _bonbons_, servis dans le salon ou _chambre de parement_.
-
-[730] Citron confit?
-
-[731] Sucre blanc clarifié et cuit dans de l'eau de rose.
-
-[732] En comptant seulement ce qu'on brûla de cire, le reste étant rendu
-à l'épicier.
-
-[733] Je ne sais comment l'auteur établit son compte, puisqu'il y avoit
-vingt écuelles au dîner, dix au souper, et qu'il en compte encore six au
-dîner des _servans_.
-
-[734] La Pierre-au-Lait, place où l'on vendoit le lait, auroit été
-située devant le portail de Saint-Jacques la Boucherie, et dans la
-partie de la rue des Écrivains située entre celles du Petit-Crucifix et
-des Arcis, suivant M. Géraud (_Paris sous Philippe le Bel_, p. 256);
-mais l'abbé Vilain, auteur d'une très-bonne histoire de Saint-Jacques la
-Boucherie, tout en reconnaissant que la grande porte de Saint-Jacques
-s'appeloit _la porte de la Pierre-au-Lait_, croit devoir, suivant les
-titres qu'il avoit consultés, donner le nom de _Pierre-au-Lait_
-seulement à la partie de la rue dite depuis des Écrivains, comprise
-entre celle du Petit-Crucifix et celle de la Vieille-Monnoie (ce qui est
-nommé _Lormerie_ sur le plan de M. Géraud). Suivant le même abbé Vilain,
-la rue dite depuis de _Saint-Jacques la Boucherie_ auroit encore été
-dite de la Vannerie au XIVe siècle. Il faudroit en conclure que la rue
-Saint-Jacques, nommée dans le rôle de la taille de 1292 comme attenant à
-_la Pierre-au-Lait_, seroit la rue du Crucifix, dite autrefois et encore
-au XVIe siècle, rue du Porche. Voir l'abbé Vilain, pages 17, 19, 58, 74,
-251, 252. L'auteur d'une nomenclature des rues de Paris par tenans et
-aboutissans, insérée dans une édition de Corrozet de 1543, confirme
-complétement l'assertion de l'abbé Vilain en ce qui touche la position
-de _la Pierre-au-Lait_, au moins au XVIe siècle. En effet, suivant cet
-auteur, la Pierre-au-Lait touchoit aux rues des Écrivains, de la
-Vieille-Monnoie, de la Savonnerie et de la Haulmerie; enfin, entre la
-rue de la Vieille-Monnoie et celle de la Savonnerie, il met: _la
-Pierre-au-Lait ainsi qu'elle se comporte_.
-
-[735] La place de Grève.
-
-[736] Voir ci-devant, p. 80.
-
-[737] Dans l'ordonnance de 1388 sur l'organisation de la maison du Roi,
-on voit figurer à la panneterie, des officiers dits porte-chapes; une de
-leurs attributions étoit d'acheter les blés nécessaires à la
-consommation du Roi. Leur nom pouvait venir de ce qu'ils portoient le
-coffre où l'on enfermoit le pain du Roi, de _capa_, dans le sens de
-_capsa_. (Voy. Du Cange à _Capiger_.) Mais ce passage du _Ménagier_
-pourroit faire croire qu'il viendroit plutôt d'un instrument à chapeler
-le pain qui auroit été dit _chape_ ou _chaple_; _capellare_, _capulare_,
-signifiant couper.
-
-[738] Les restes solides.
-
-[739] Il résulte de ce passage que les convives pouvoient avoir aussi
-des restes _liquides_ à ôter de devant eux. Cela ne se conçoit guère
-avec des écuelles communes à deux personnes, et nécessairement
-renouvelées avec chaque mets. Les assiettes _personnelles_ de métal
-étoient-elles donc déjà en usage? (Voy. p. 105, n. 1.)
-
-[740] Var. B. _petueil_, pilon.
-
-[741] Vases placés sur la table ou sur un dressoir, et dans lesquels on
-faisoit remettre une portion des mets qu'on avoit devant soi pour être
-ensuite donnée aux pauvres. C'étoit la même pensée éminemment charitable
-et chrétienne qui faisoit donner aux pauvres la première part du gâteau
-des Rois, dite pour ce motif _la part de Dieu_. Les pots à aumône
-étoient de grande dimension, car on en voit un en argent de 12 marcs 2
-onces 1/2 prisé 40 fr. d'or dans le compte d'exécution de la reine
-Jeanne d'Évreux en 1372 (Coll. Leber, XIX, 143), et un aussi d'argent du
-poids de 11 marcs, et prisé 60 livres parisis dans l'inventaire de
-Richard Picque, archevêque de Reims, mort en 1389 (Reims, 1842, in-8º,
-p. 9). On voit encore dans ce même document (p. 63), _une grande
-escuelle à aumosne_, et enfin, p. 53, un dressoir pour mettre _la
-corbeille à l'aumosne_. Dans l'apologie du duc de Bourgogne par Jean
-Petit (Monstrelet, éd. du _Panthéon_, p. 84, c. I), il est aussi parlé
-d'une viande prétendue empoisonnée qui fut enlevée de la table du Roi et
-mise dans _la corbeille de l'aumône_. (Une telle aumône auroit été peu
-charitable, mais il est bien probable que cette histoire étoit tout
-entière de l'invention de Jean sans Peur ou de Jean Petit.)
-
-[742] Pour _de_?
-
-[743] C'est l'hôtel de l'évêque de Beauvais, soit celui que paroît avoir
-possédé personnellement rue de la Verrerie, le célèbre Miles de Dormans,
-évêque de Beauvais, mort en 1387 (Sauval, II, 109), soit plutôt l'hôtel
-des évêques de Beauvais, _rue des Billettes_, qui appartenoit à leur
-évêché, et que Charles, cardinal de Bourbon, vendit 30 000 livres en
-1572 (Père Anselme, II, 303). Sauval n'a pas su où étoit situé cet
-hôtel.--On lit dans la relation de l'ambassade de Jérôme Lippomano en
-France, en 1577, que les concierges des maisons de Paris les louoient au
-jour ou au mois pendant les absences de leurs maîtres (_Amb. vénitiens_,
-1838, in-4º, II, 609); c'étoit déjà l'usage au XIVe siècle, car il est
-dit plus loin que Jean Duchesne paya les 4 francs mentionnés ici au
-_concierge de l'hôtel de Beauvais_, qui lui loua aussi des tables,
-tréteaux, etc. _La chapellerie_ signifie ici les chapeaux ou couronnes
-de fleurs.
-
-[744] Il y avoit en 1385 un Jehan Duchesne attaché au Châtelet,
-peut-être en qualité d'audiencier, qui, suivant toute apparence, est le
-même dont l'auteur du _Ménagier_ nous raconte les noces. Il est cité
-dans les registres des plaidoiries civiles du parlement de février 1384
-(5). Il y est dit qu'il y avoit alors _plusieurs meschans femmes
-diffamées d'estre maq......es_, et que le prévôt de Paris avoit ordonné
-qu'elles fussent enfermées au Châtelet. Un jour, une femme nommée
-Perrette Potarde (femme de J. Potard, chevaucheur de la reine Blanche),
-_petitement renommée_, passoit par la rue Simon-le-Franc. Là étoient
-Martin Double, avocat du roi au Châtelet, Jehan du Chesne et plusieurs
-autres, qui affirmèrent à un sergent qu'elle étoit du métier proscrit
-par le prévôt. Quelque temps après, elle vint au Châtelet, _en bas en
-l'auditoire des audienciers_; Jehan du Chesne l'ayant aperçue, la montra
-du doigt à Jehan Soudant examinateur au Châtelet, _si comme il voulsist
-dire: C'est elle, prenez-la_. Soudant l'ayant fait arrêter par un
-sergent, on la conduisoit dans les prisons du Châtelet, lorsqu'en
-arrivant au guichet elle cria qu'elle en appeloit, mais Martin Double
-passant là, dit au sergent: _Boutez hardiment puisqu'elle est si près_.
-Perrette plaidoit contre Soudant et le sergent, et les accusoit de
-l'avoir sacrifiée aux haines de Jean du Chesne et autres; en effet,
-Soudant fut condamné à 40 liv. de dommages et 60 liv. d'amende.
-
-[745] S. e. _renfermées_.
-
-[746] Passage bien curieux pour l'histoire du service de table. Il y
-avoit, outre le dressoir de salle où étoit la vaisselle, le vin, etc.,
-un dressoir de cuisine où l'on dressoit les plats, et d'où ils étoient
-apportés sur la table. Voir sur ce second dressoir, la p. 115, et
-l'apologie du duc de Bourgogne déjà citée, p. 115, note 2.
-
-[747] Var. C. _servans_.
-
-[748] Var. B. _laver_.
-
-[749] Pour faire asseoir, pour placer les convives.
-
-[750] Marchande de couronnes de fleurs.
-
-[751] Repas ou fête donnée (quelquefois rendue par les parents des
-mariés) le lendemain des noces ou quelques jours après. On disoit en
-Normandie _Racroc de noces_ (Voy. du Cange au mot _Receptum_) et à
-Troyes _Regaust_. (Parl. Criminel, XI, 5 déc. 1384.) Voy. sur le
-_regard_, pages 122 et 123.
-
-[752] On sait qu'autrefois le lit nuptial étoit béni; on voit même dans
-une miniature du _Chevalereux comte d'Artois_, reproduite dans l'édition
-curieuse qu'a donnée M. Barrois de ce joli roman (p. 27), un prêtre
-bénissant le lit dans lequel le comte d'Artois et sa nouvelle épouse
-sont déjà couchés.
-
-[753] Tresser, natter. Mais que tressoit-on, et pourquoi est-ce une
-lavandière?
-
-[754] Nous verrons plus loin (chapitre des _Menues choses_) ce
-Hautecourt nommé _maistre Jehan de Hautecourt_. Il me paroît bien que
-c'est le même qui transigea, le 3 juin 1385, avec l'abbesse d'Hyères,
-sur un procès que l'abbesse lui avoit intenté (elle concluoit contre
-lui, en janvier 1384 (5), à 1 000 fr. d'amende pour elle et 2 000 pour
-le Roi, etc., _Plaid. civ._). Sire Jean de Fleury, dernier prévôt des
-marchands en 1382, le fameux trésorier Bernard de Montlhéry cité dans
-_Christine de Pisan_, et Jehan de Longueil, conseiller au parlement,
-étoient ses amis; il y a donc lieu de croire qu'il étoit dans une
-position assez élevée pour pouvoir faire une noce aussi dispendieuse que
-celle dont nous avons ici le menu. Quant à sa qualité de _clerc_ qui
-ressort de la pièce suivante (_Colin Morant pour ce qu'il est lay_),
-elle ne doit pas empêcher de croire qu'il ait pu se marier, rien n'étant
-à cette époque plus fréquent que de voir des gens mariés, exerçant toute
-espèce de profession, et revêtus cependant de la qualité religieuse de
-clerc, qui les mettait à l'abri de beaucoup d'éventualités fâcheuses.
-
-Il est dit dans cet accord que maître Jehan de Hautecourt et ses consors
-iront le jour de la fête saint Pierre et saint Paul (29 juin) en
-l'abbaye d'Hyères, vers madame l'abbesse ayant en sa compagnie autant de
-ses religieuses qu'elle voudra et M. de Folleville (conseiller au
-parlement, devenu en 1389 prévôt de Paris), maître Jean de Fontaines et
-maître Raoul Drobille (son procureur); alors, continue l'accord,
-«maistre Jehan et ses consors salueront et feront la révérence à ladite
-Madame l'abbesse si comme à son estat appartient, et oultre ledit
-maistre Jehan dira pour lui, Aymery Comte, Odinet de Sens, Herlin des
-Mares et Colin Morant, teles paroles:
-
-«Madame, vous avez fait proposer contre nous en parlement comment nous
-venismes en l'esglise de céans, armés et garnis d'espées, de taloches et
-de longs cousteaux, environ demie lieue de nuit, et entrasmes en l'ostel
-du Four, tenant nos bastons et espées toutes nues, et je, Jehan de
-Hautecourt, demandoie où estoient Colin le Barbier et Jehannin Poitrine
-qui avoient batu mon varlet, et que se je les trouvoie, jamais ils ne
-mengeroient de pain: et que je feroie pendre ledit Colin le Barbier, et
-que vous, Madame, ne teniez avec vous que larrons et murtriers: et
-cerchasmes ledit hostel du Four, et frappasmes nos espées et cousteaux
-dedans les liz pour savoir se lesdis Colin le Barbier et Jehan Poitrine
-y estoient muciés. _Item_, que par la court de céans et jusques à la
-chambre de vous, Madame, nous chassasmes lesdis Colin le Barbier et
-Jehan Poitrine, en criant après eulx: _A mort! à mort!_ Et que ledit
-Poitrine à moy, et par espécial Perrenelle de Machaut, pour cuider
-appaisier la noise en disant que lesdites dames, leurs familiers et
-esglise, estoient en la sauve-garde du Roy et que je me gardasse de
-meffaire à eulx, que je deubs respondre que aussi estoie-je en la
-sauve-garde du Roy, et que de vous, Madame, je ne tenoie compte, ne
-desdites dames, ne leurs amis, et que vous en feissiez du mieulx que
-vous pouriez, et que se je tenoie lesdis Colin et Poitrine, que je les
-tueroie. Et pour ce avez fait conclure contre nous en amende honnorable
-et prouffitable. Madame, nous créons bien que vous avez esté informée
-contre nous, et pour ce vous estes tenue à malcontente de nous. Et en
-vérité, Madame, onques jour de nos vies nous ne fusmes en l'esglise de
-céans pour vous ne vos gens injurier en fait ne en parole, ne ne
-vourrions faire en aucune manière, ainçois nous vourrions et avons
-tousjours voulu faire à nos povoirs service et plaisir, et se par aucune
-manière vous nous avez sceu aucun mal gré et par ce avons esté hors de
-vostre bonne grâce, nous vous supplions qu'il vous plaise à le nous
-pardonner.»
-
-«Et après ces choses ainsi dictes, ladicte Madame respondra teles
-paroles ou en substance:
-
-«Maistre Jehan, nous avons esté informé des choses dessusdictes
-souffisamment, si comme il nous a semblé, et pour ce les avons-nous fait
-proposer contre vous en parlement pour garder le droit de nous et de
-nostre Esglise, mais nonobstant ce, pour l'amour de sire Jehan de Ruel,
-sire Jehan de Fleury, Bernart de Montleheri et de maistre Jehan de
-Longueil, vos amis, qui nous en ont escript et requis, et pour ce aussi
-que vous vous en excusez à nous, nous le vous pardonnons.»
-
-«_Item_, cedit jour et heure, Colin Morant pour ce qu'il est lay, après
-ces choses, le chapperon avalé et un genoul à terre, dira à Madame en
-substance les paroles dessus dites en tant qu'il touche l'accusation de
-Madame l'abbesse et du procureur du Roy et aussi son excusation, et puis
-dira:
-
-«Madame, se en aucune manière je vous ai meffait ne mesdit ès choses
-dessus dictes, je le vous amende à vostre pure volenté.»
-
-«En ploiant son gaige (_celui qui faisoit amende honorable plioit une
-baguette que lui remettoit l'huissier_): laquelle amende elle recevra et
-puis dira:
-
-«Pour l'amour de sire Jehan de Rueil, sire Jehan de Fleury, Bernart de
-Montleheri et maistre Jehan de Longueil qui m'en ont escript et requis,
-je te quitte l'amende.»fu attains et féru d'un estoc ou costé à sang, et
-à plaie ouverte d'une espée. _Item_, pour ce que les dames de céans
-furent moult effréées et vindrent
-
-[755] Ligne laissée en blanc dans les manuscrits.
-
-[756] Var. B. _joziers_. _Jugier_ est meilleur.
-
-[757] Du Cange cite, au mot _Manus_, un compte de 1334 imprimé parmi les
-preuves de l'_Histoire de Nîmes_, dans lequel on voit deux massepains,
-l'un de _manu-christi_, et l'autre de _confiegs_. Il semble que ces mots
-doivent désigner un fruit ou une amande, mais je n'ai pu découvrir
-lequel.
-
-[758] Var. A. _quatre_.
-
-[759] Les deux nouveaux mariés.--Il est si bien probable qu'alors on
-gardoit toute sa vie le deuil de son conjoint.--Les reines portoient
-ainsi tout le reste de leur vie le deuil du roi auquel elles
-survivoient, et elles le portoient en blanc. On les appeloit alors, pour
-les distinguer de la nouvelle reine, _reines blanches_: de là tant de
-maisons dites _de la reine Blanche_.
-
-[760] Et autres présens qu'on leur faisoit pendant le repas.
-
-[761] Ce mot doit conserver ici la même signification que ci-dessus,
-pages 118 et 122; l'auteur veut sans doute dire que pour ce prix ils
-joueront aussi le jour du regard.
-
-[762] Si ce mot ne désigne pas nos _acrobates_ d'aujourd'hui (les
-ménétriers étoient aussi danseurs de corde; voir une citation d'Albéric
-de Trois-Fontaines à l'année 1237, dans Du Cange, au mot _Ministellus_),
-il signifie soit histrions, soit farces ou récits plaisans. Voy. Du
-Cange aux mots _Acroama_ et _Acroamata_.
-
-[763] Fleur de farine.
-
-[764] Voir ci-dessus, p. 88.
-
-[765] Au contraire.
-
-[766] Au IVe article, ci-dessus, p. 111, mais ce n'est qu'une
-nomenclature incomplète.
-
-[767] J'écris ainsi ce mot à causé des deux _l_. Peut-être _entrecercle_
-est-il le vrai nom.
-
-[768] Échanger le linge c'est le mettre dans l'eau et le tordre avant de
-le mettre à la lessive.
-
-[769] L'humidité.
-
-[770] Var. B. _estandre_.
-
-[771] Pouliot, herbe odoriférante.
-
-[772] Cueillis.
-
-[773] Boyau.
-
-[774] Oie.
-
-[775] On demande.
-
-[776] Temps de Pâques.
-
-[777] De là le proverbe: _vilain comme lard jaune_.
-
-[778] Ratisser, gratter.
-
-[779] Paré; mais plutôt faute, pour _décolé_.
-
-[780] Cette phrase est évidemment défectueuse. Il semble que l'auteur
-veuille dire qu'il y a _la fresure_, puis _le sain_, _la haste-menue_ et
-_le chaudun_.
-
-[781] Sans doute deux blancs parisis.--Il y a eu une monnoie d'argent
-dite _parisis_, mais, suivant Le Blanc, elle n'a été en usage que sous
-Philippe de Valois, et elle avoit d'ailleurs trop de valeur pour que les
-issues du mouton aient pu valoir deux de ces pièces.
-
-[782] Cependant l'auteur distingue plus haut la panse de la fraise.
-
-[783] _On demande_, mais l'auteur n'en savoit pas la raison.
-
-[784] Il paroît manquer ici quelque mots comme: _avec de l'eau et_....
-Cette recette est répétée plus loin (chap. des _potages à espices_).
-Voir sur ce sujet le _Trésor de Vénerie_, p. 62, et note 56.
-
-[785] Mieux _cimier_, c'est la croupe ou quoier (de queue) du cerf;
-l'auteur en parle encore plus loin.
-
-[786] On trouve dans les _Délices de la campagne_ (voir pag. 105),
-quelques détails sur les différentes parties des boeufs, mais l'auteur
-écrivant pour des lecteurs qui connoissoient les noms qu'il emploie, ne
-définit pas nettement ces noms, et on ne peut tirer de ses paroles que
-des inductions.
-
-La manière de distribuer la chair des boeufs est complétement changée
-aujourd'hui, et il est bien difficile, pour ne pas dire impossible, de
-donner exactement les noms actuels et la définition des diverses parties
-que nomme ici l'auteur du _Ménagier_. Voici cependant le très-foible
-résultat de renseignemens soigneusement recueillis sur ce sujet.
-
-On appelle aujourd'hui _flanchet_ la membrane qui retient les intestins,
-le bas-ventre, et il semble que ce mot n'a jamais pu désigner en effet
-qu'une partie située sur les flancs de l'animal. Cependant, plus haut,
-l'auteur place le flanchet au quartier de devant d'un mouton. Le
-Dictionnaire de Trévoux définit le flanchet _partie qu'on coupe au
-bas-bout du boeuf, vers les cuisses, et qui fait partie de la surlonge_.
-
-La _surlonge_, nécessairement différente de ce qui porte aujourd'hui ce
-nom (chair des dernières basses côtes qui se trouve sous l'épaule après
-qu'elle est levée), doit être l'extrémité de la longe, c'est-à-dire une
-partie de la culotte (_Délices de la campagne_, p. 193).
-
-La longe, valant le double de la surlonge (pages 86, 87), comprenoit les
-aloyaux et le filet. Les Anglois ont conservé le mot _loin_ pour
-désigner le filet.
-
-Dom Carpentier pense que nomblet, _numbile_, désigne la _longe_,
-_l'eschinée_. Mais ce passage du _Ménagier_ prouve que cette opinion est
-erronée, puisque l'auteur distingue le nomblet de la longe, et qu'on ne
-peut supposer qu'à aucune époque la partie du boeuf dite aujourd'hui le
-filet ait été le profit de l'écorcheur et _de petite valeur_. Faisant
-ensuite allusion à la définition des veneurs, Dom Carpentier exprime
-l'idée que le mot nomblet, s'il ne signifie pas la longe, pourroit venir
-d'_umbilicus_, nombril, à raison de l'endroit où le nomblès est levé.
-Des anciens veneurs, l'auteur anonyme du _Roi Modus_, qui a été copié en
-cet endroit par Phébus, est le plus explicite. Les nomblès sont, suivant
-lui, _une char et une gresse avec les rognons, qui est par dedens,
-endroit les longes, près des deux cuisses_. Cette définition, de même
-que les expressions de l'auteur du _Ménagier_, concordent avec la
-position et la nature du morceau dit aujourd'hui _onglet_, peut-être par
-corruption de _nomblet_, dans la boucherie de Paris: c'est un morceau de
-viande de douze à quinze pouces de long (l'auteur donne la dimension de
-la longueur du morceau de viande qui forme l'onglet, mais quand il dit
-qu'il touche d'un bout au _col_ et de l'autre au rognon, il joint
-évidemment à l'onglet la membrane dite la _hampe_, car il est
-physiquement impossible qu'il n'y ait qu'un pied de distance entre le
-cou et le rognon d'un boeuf) qui forme l'extrémité de la _hampe_ ou
-membrane qui sépare le foie et la rate d'avec la panse et les intestins.
-L'onglet touche en effet la graisse qui enveloppe le rognon, et la
-hampe, continuation nerveuse de l'onglet, va se rattacher, non pas au
-cou, mais à la poitrine. Les côtes de l'animal commencent à la hauteur
-de l'onglet.
-
-[787] Ce mot n'est que dans le Ms. C, mais est cependant nécessaire au
-sens.
-
-[788] Var. A et C, _au dessus_.
-
-[789] A la Porte-Paris, à la grande boucherie.
-
-[790] La taille sur laquelle chaque bourgeois faisoit marquer la viande
-qu'il prenoit, sans la payer chaque jour. Voy. ci-dessus, page 88. Je
-pense que c'est ainsi qu'on doit entendre ce passage, plutôt que de
-croire qu'il s'agit ici d'une taille (impôt) levée sur la viande.
-
-[791] A cause du plus grand nombre de pièces et de l'augmentation de
-leur volume résultant de la plus forte dimension de l'animal. Il semble
-résulter de ce passage qu'on vendoit la viande au morceau et non au
-poids.
-
-[792] L'estomac.
-
-[793] Second estomac.
-
-[794] Le poumon.
-
-[795] 30 novembre.
-
-[796] Peau.
-
-[797] Dans le courant de cet article, _élire_ signifie _éplucher_ (ici
-_écosser_) et non choisir. Nous verrons (chap. du _gravé d'écrevices_)
-l'auteur dire d'_élire_ des écrevices; _comme si l'on vouloit les
-manger_.
-
-[798] Les Mss. ajoutent _et d'eaue de fontaine_; peut-être faudroit-il
-lire _et d'eaue de rivière_.
-
-[799] Béans, crevés? Nous verrons plus loin les fèves _bayennes_.
-
-[800] Purer signifie, dans cette partie du _Ménagier_, égoutter, séparer
-le liquide du solide, et la purée est la partie liquide. (Voy. p. 137,
-n. 4, et p. 139.)
-
-[801] Cuis à part, comme le lard aux jours de chair.
-
-[802] Suppléez, _ainsi_.
-
-[803] Coupés par tranches (morceaux minces).
-
-[804] Baleine salée; voir le chapitre des _poissons de mer ronds_.
-
-[805] Bluteau, grand tamis long composé de plusieurs cercles.
-
-[806] Tamis d'étoffe claire.
-
-[807] Sas, tamis de crin.
-
-[808] Dans la purée.
-
-[809] Tartines de pain.
-
-[810] Voy. le _civé d'huitres_ au chapitre _des Potages lians sans
-chair_.
-
-[811] Cette phrase, qui se trouve déjà p. 88, l. 5, paroît placée ici
-par une erreur commune aux trois manuscrits.
-
-[812] Var. B. _alaiez_, délayez. La purée étoit évidemment très-claire
-et une sorte de bouillon de légumes.
-
-[813] Les manuscrits répètent ici les §§ 1 et 2, p. 88, et §7, p. 87.
-
-[814] Jusqu'à ce qu'elles soient crevées? (béantes). Voy. p. 135, n. 1.
-
-[815] Chaque plat?
-
-[816] On voit page 142 que l'auteur appelle ainsi la réunion de
-plusieurs lardons fondans dans la poële.
-
-[817] D'épices. Sans doute poudre fine.
-
-[818] Tout le temps de l'année qui n'est pas le carême.
-
-[819] Donné, avec quelques notables différences cependant, sous le titre
-de _Porée de cresson_, dans le manuscrit de Taillevent conservé à la
-Bibliothèque Mazarine.
-
-[820] Suppléez _est_.
-
-[821] Ces quatre mots pourroient s'appliquer aux épinards. Il faudroit,
-dans ce cas, supprimer l'alinéa.
-
-[822] Voy. pages 48 et 143.
-
-[823] Délayer.
-
-[824] On sait que l'année commençoit alors à Pâques. Les années 1392,
-1393 et 1394, dans lesquelles on peut fixer l'époque de la composition
-du _Ménagier_ (ainsi que je crois l'avoir démontré dans l'Introduction),
-commencèrent toutes trois en Avril.
-
-[825] Les trois manuscrits portent _nommés_; je crois qu'il faut lire
-_pommés_ ou _pommes_.
-
-[826] Temps de Pâques.
-
-[827] Déchirer par pièces.
-
-[828] Cotons.
-
-[829] Écrasés.
-
-[830] _Et_ paroît être de trop.
-
-[831] Gruau. Var. A, _grumiau_.
-
-[832] Ces mots ne sont que dans le Ms. C.
-
-[833] Foulque, oiseau de rivière.
-
-[834] Gésiers. Var. mauvaise de B. _josiers_.
-
-[835] On trouve la même recette (_gramouse_), sauf plusieurs mots omis,
-dans _le Grand cuisinier de toutes cuisines_, Paris, Ve Jn Bonfons,
-in-16, s. d., fº 28. (Voir l'Introduction.)
-
-[836] Var. B. _fait_.
-
-[837] _Gr. Cuis._, fº 28 vº, identique.
-
-[838] Peut-être dans la partie maigre du bouillon, dans _du bouillon
-dégraissé_, par opposition avec l'eau grasse dont l'auteur va parler.
-
-[839] A bas, hors du feu.
-
-[840] Var. A. C. _ondée_. (Jeter un bouillon.)
-
-[841] La traduction en vers explique suffisamment le commencement de cet
-aphorisme culinaire. _Lazarus_ (ladre) paroît répondre à _teigneux_;
-_Martinus_ signifie dur, obstiné (_rebelle_) par allusion à Martin
-Grosia, professeur de droit à Bologne au XIIe siècle, dont la dureté et
-l'entêtement étoient passés en proverbe au dire du cardinal Baronius,
-cité par Du Cange au mot _Martinus_. Il semble donc que _respondens
-pontifici_ soit traduit par _pesant_. Est-ce par allusion à la
-solennité, à la _gravité_ pontificale? Christine de Pisan a employé le
-mot _pontifical_ dans le sens de solennel en parlant du duc d'Anjou.
-(_Hault et pontifical en son maintien._ Voy. Du Cange à _Pontifex_.)
-
-[842] Boeuf.
-
-[843] Cotte, vêtement, ici _enveloppe_, extérieur.
-
-[844] Suppléez _in_.
-
-[845] Ainsi, pour le dedans (_ce qui est dedans_). L'auteur, d'après le
-même principe, dit plus loin (_lamproie à l'étouffée_): _ce_ dessus
-dessous.
-
-[846] _G. C._, 9 vº.--On trouve une recette presque identique dans le
-manuscrit de Taillevent conservé à la Bibliothèque royale. (Celles du
-Taillevent de la B. Maz. et l'imprimé diffèrent).
-
-[847] Suppléez: _de mouton_. _G. C._, 21.
-
-[848] A la mode d'Ausoerre (d'Auxerre)? ou faut-il lire _au soerre_, au
-soir (à souper)?
-
-[849] _G. C._, 31 vº.
-
-[850] _G. C._, _ib._, quelques différences.
-
-[851] Morceau de la cuisse.
-
-[852] _G. C._, 31 vº, quelques différences.
-
-[853] Râpé.
-
-[854] _G. C._, 5.
-
-[855] L'auteur du _Grand Cuisinier_ a remplacé ce mot (article du
-blanc-manger de chapon, feuillet 9 vº) par _foie_; et, en effet, cette
-interprétation pourroit convenir aux passages du _Ménagier_ où se
-rencontre le mot _braon_. Roquefort l'explique par _gras des fesses_,
-mais on voit que ce ne peut être la signification de ce mot. Dans
-l'exemple cité par Roquefort, il s'agit d'un cerf que les chiens
-tiennent aux nerfs et aux _braons_. Je crois que dans cet exemple
-_braon_ est synonyme de _daintiers_, et par suite que le mot _braon_
-signifie _intestins_ en général.
-
-[856] _Pain_ dans le _G. C._ qui donne cette recette (feuillet 1 vº);
-mais _grain_ est répété plusieurs fois dans le _Ménagier_ pour désigner
-la partie solide d'un mets composé de solide et de liquide.
-
-[857] Que ce soit chapon ou veau aux herbes, il n'y faut que lard et
-safran.
-
-[858] _G. C._, 11 vº.
-
-[859] Sans les mettre dans l'eau chaude, comme on faisoit le plus
-souvent et comme on le fait encore en Orient.
-
-[860] Dans la poêle encore vide, sans beurre ou autre graisse mise
-préalablement?
-
-[861] _G. C._, 28, dit _graine_ d'oiselés. Cependant j'écris gravé,
-parce que ce mot est ainsi dans le Ms. B où les _u_ (ou _v_) sont bien
-distincts des _n_ dans les mots écrits en gros caractères, et je mets un
-accent sur l'_e_ parce que ce mot étant du masculin (voy. les menus VI
-et XII, etc., où il est dit _un_ gravé), il semble qu'on devoit plutôt
-dire un grav_é_ qu'un grav_e_.
-
-[862] On devoit prononcer ainsi, car on lit _semée_ dans Taillevent
-imprimé.
-
-[863] Délayées, mouillées.
-
-[864] Je crois que cette phrase signifie que la tuille d'écrevisses se
-fait comme le gravé, sauf qu'on met dessus les écailles, ou sauf qu'elle
-est dressée de manière à représenter des écailles d'écrevisse.
-
-[865] Var. de B, que je crois mauvaise, _broyer_. Il me semble que c'est
-une recette aphrodisiaque.
-
-[866] Nuque.
-
-[867] Couleur feuille-morte.
-
-[868] Du bouillon des lapins.
-
-[869] Observation de l'auteur. Voy. p. 162.
-
-[870] Mot de trop.
-
-[871] Seulement.
-
-[872] _G. C._, 17 vº.--Presque pareil mais abrégé dans Taillevent
-imprimé, feuille D 4 vº.
-
-[873] Voy. ci-devant p. 150, note 4.
-
-[874] La partie du lard qui ne fond pas à la poêle et se grille: les
-_grésillons_. Var. A, _les champs_.
-
-[875] Partie solide du mets. Voy. 150, n. 1.
-
-[876] Var. B, _sang_.
-
-[877] Cèdre rouge.
-
-[878] Bois. C'est sans doute ce cèdre que l'auteur a appelé ci-dessus
-_alixandre_ et qui donnoit la couleur au _rosé_.
-
-[879] Faon, très-jeune cerf.
-
-[880] Voy. ci-devant, p. 129.
-
-[881] Sausse ainsi nommée.
-
-[882] Faute. Ce doit être deux lèches ou morceaux.
-
-[883] Et ainsi on le mange au goût d'ours. Voy. ci-après, p. 179.
-
-[884] Ce mot paroît être de trop d'après la fin de ce paragraphe.
-
-[885] _G. C._, 17 vº. Voy. p. 158, §4.
-
-[886] Le 25.
-
-[887] On disoit autrefois: _My-Mai, my-teste: my-Juin, my-graisse.--A la
-Magdeleine, venaison pleine._
-
-[888] 3 mai; c'est de ce jour que tous les anciens auteurs font
-commencer la saison de chasser le cerf.
-
-[889] Le nom étoit dès lors _daintiers_, et _deytiés_ a toujours été une
-faute.
-
-[890] Chair placée entre le cou et les épaules.
-
-[891] Veine du coeur.--Ces différentes parties du cerf constituoient les
-menus droits ou morceaux recherchés, réservés au seigneur qui les
-mangeoit souvent après la chasse même.
-
-[892] Voir ci-dessus, p. 131. Les _lardés_ sont la longe.
-
-[893] Après la curée, deux veneurs placés à une certaine distance, et
-ayant chacun une portion des entrailles du cerf, appeloient
-successivement les chiens en criant, en _huant_, et leur donnoient à
-manger ces entrailles. Cette opération, dite le _hu_ ou _fort-hu_, avoit
-pour but d'accoutumer les chiens à revenir promptement et en toute
-circonstance à la voix des veneurs. Voir sur le _hu_, l'art de défaire
-un cerf, les noms de ses différentes parties et les droits des veneurs
-aux XIIIe et XIVe siècles, _la chace dou cerf_, 1840, in-8º, p. 23, et
-le glossaire, _Modus et ratio_, 1839, in-8º, feuillet 22 et suiv.; et le
-_Tresor de Venerie_, p. 53 et suiv., et note 51.
-
-[894] Var. A, _tardis_.
-
-[895] Même recette que celle du _chevrel_, p. 155.
-
-[896] Jusqu'à ce qu'ils soient écrasés et réduits en pâte à force de
-cuire.
-
-[897] Otez-les de l'eau. Voy. p. 135, n. 2.
-
-[898] On voit que cet usage n'est pas nouveau.
-
-[899] Versés doucement et de haut, de manière à faire filer la liqueur
-versée comme on le voit du sirop, etc.
-
-[900] On voit dans Lamarre, t. II, art. _de la Triperie_, que toutes les
-tripes de la grande boucherie étoient achetées en gros par des tripiers
-(appartenant à six familles seulement), préparées par eux pendant la
-nuit, et vendues dès le matin à de pauvres femmes qui les colportoient
-dans les rues dans des bassins de cuivre jaune. On rencontre encore
-aujourd'hui, au marché des Innocens et ailleurs, des femmes qui vendent
-ainsi des tripes cuisant sur un fourneau qu'elles portent sur un
-éventaire.
-
-[901] Cumin, écrit encore _comin_ dans le dictionnaire de Nicot. C'est
-cette plante qui donnoit le nom de _cominée_ au plat.
-
-[902] Ces deux alinéas sont des observations critiques de l'auteur sur
-des recettes qu'il copioit.--Nous avons déjà vu et nous verrons encore
-souvent de semblables réflexions.
-
-[903] Des amandes broyées.
-
-[904] Var. B, _hourdouil_.
-
-[905] Griller, sécher, de _sor_.
-
-[906] _G. C._, 29.
-
-[907] Remplacé par _rouelle de beuf_ dans le _G. C._, f. 29, où cette
-recette se trouve, mais avec des fautes.
-
-[908] _G. C._, 1 vº., fautif.
-
-[909] Écrit Georget dans le _G. C._, f. 2 (incomplet), et Taillevent
-imprimé. Taillevent fait deux articles distincts de ces deux brouets.
-
-[910] Gril.
-
-[911] Voir ci-dessus, p. 148. Il est probable que ce potage était
-sursemé de persil, comme les courges l'étoient de safran.
-
-[912] _G. C._, 2.
-
-[913] Ces deux mots ne sont pas dans la même recette donnée par le _G.
-C._, f. 29, et, en effet, leur présence rend inutile l'observation qui
-suit: _Brune_, etc.
-
-[914] Voy. p. 149, n. 7. Var. A (ici seulement), _bracon_.
-
-[915] Taillevent manuscrit dit cependant aussi que ce brouet doit être
-_sur le jaune_, et l'imprimé ordonne le safran pour lui _donner couleur_
-(a. IV, vº).
-
-[916] _G. C._, f. 2 vº, presque identique à Taillevent manuscrit.
-
-[917] Le _G. C._, qui donne cette recette (f. 2 vº), la termine ainsi:
-Nota _le persil fait le brouet vert et le saffren le fait jaune, par
-quoy il est de mauvaise couleur_.
-
-[918] A petit jet, à petit filet.
-
-[919] Var. A, _puis ostez et le dréciez et gettez_, etc.
-
-[920] _G. C._, 3 (fautes).
-
-[921] Le Taillevent, manuscrit (Mazarine), qui donne aussi une recette
-pour ce brouet, dit de plus de _le passer par la verdure pour estre
-vergay_. Ce potage devoit donc son nom à sa couleur _verd-gaie_.
-
-[922] Dans un linge.
-
-[923] _Sic_ peut-être pour _fait_.
-
-[924] Sup. _pour_.
-
-[925] Du Cange explique _carcasium_, _carcosium_, par _cadaver_,
-_intestinum_. Ici le mot _carquois_ signifie évidemment le haut du corps
-de l'écrevisse, _la carcasse_. Nous le retrouverons encore deux fois
-dans le cours de cet ouvrage, comme signifiant sûrement une fois _la
-carcasse_, le corps du poulet, dont on a enlevé les membres et _la
-chair_, et une autre fois (_Traité de l'épervier_) le même corps séparé
-seulement des membres.
-
-[926] Ce qui est _laissé_, ce qui reste dans l'étamine.
-
-[927] Peut-être faudroit-il écrire et prononçoit-on Houss_é_barr_é_:
-brouet _houssé_ (voy. ci-devant p. 163), et _barré_, traversé par
-_lesches_ ou languettes de chair. Cependant il n'est pas parlé de persil
-dans la recette de ce plat, et l'auteur nous dit qu'on ne disoit
-_houssé_ que d'un plat sursemé de persil. (Voir p. 164.)
-
-[928] Voy. p. 106.
-
-[929] Une once.
-
-[930] _G. C._, 5.
-
-[931] _Id est?_ c'est-à-dire.
-
-[932] D'après les nombreux passages du _Viandier_, où ce mot est
-employé, et surtout d'après celui-ci, je crois qu'il signifie:
-dépouiller l'anguille de sa peau (peut-être en l'exposant à la vapeur de
-l'eau, en _l'étuvant_). L'éditeur du _Grand Cuisinier_, qui a reproduit
-plusieurs recettes où se trouve ce mot, ne paroît pas l'avoir compris:
-tantôt il le supprime, tantôt il le remplace par _échauder_ ou
-_entamer_. _Échauder_ remplace également _estauver_ dans la recette de
-la _soringue d'anguilles_, donnée par Taillevent. (Voir ci-après, p.
-173.) Cependant, d'après l'article des lamproies que nous verrons plus
-loin, il est impossible de croire que ce mot soit tout à fait synonyme
-d'échauder.
-
-[933] _G. C._, f. 51 vº.
-
-[934] Il manque peut-être ici: _et defaites de vin et_. Ces mots sont en
-cet endroit de la même recette donnée f. 51 vº du _G. C._
-
-[935] Il manque sans doute ici: _Pochez oeufs en huile_.
-
-[936] En dernier lieu.
-
-[937] Taillevent manuscrit (Bibl. royale) donne une recette presque
-identique de ce plat.
-
-[938] Var. B, _refrisiez_.
-
-[939] Le?
-
-[940] Var. A, _purée_.
-
-[941] Var. B, _puis_.
-
-[942] Voy. p. 193, n. 3.
-
-[943] Peut-être faut-il transporter le point après _pochés_ et supposer
-que ce mot, qui paroît nécessaire à l'intitulé de la recette, étoit
-répété dans l'original. La recette du même plat (presque identique)
-commence ainsi dans le Taillevent manuscrit (Bib. Mazarine). L'éditeur
-du _Gr. Cuis._ qui donne cette même recette (f. 50 vº), l'intitule _Civé
-d'oeufs pochés à l'huile_ et commence par ces mots: _Prens des oeufs et
-les fris en bonne huile_.--Voir ci-après au chapitre des _sauces_
-bouillies.
-
-[944] Var. B, _eslire_.
-
-[945] _Lians de chair_, p. 159.
-
-[946] Je ne comprends pas ce mot.
-
-[947] Otez-le du feu.
-
-[948] Le Taillevent manuscrit (Bib. royale), qui donne cette recette,
-ajoute ici ces mots qui paroissent omis dans les manuscrits du
-_Ménagier_: _Puis le remettez sur le feu et un pou de saffran et mettez
-boullir tant_, etc.
-
-[949] S. e. de farine (voir ci-après chap. des _Crêpes_).
-
-[950] Remue.
-
-[951] Cette recette s'arrête ici dans le _G. C._, f. 15.
-
-[952] Jeune porc.
-
-[953] Redoublement du mot tuer qui précède, _acorer_ ou _acourer_
-signifiant percer ou ôter le coeur. Voy. Du Cange, au mot _Acorarius_. Le
-mot _décoré_ que j'ai cru (p. 128, n. 1) une faute pour _décolé_, doit
-avoir la même racine.
-
-[954] _G. C._, 16. Répétition du § 3 de la page 88.
-
-[955] Avoit coutume, _solebat_.--_G. C._, 15 vº.
-
-[956] _G. C_., 15 vº.
-
-[957] Voir ci-devant, p. 158.
-
-[958] Mariner?
-
-[959] Le _G. C._, qui donne cette recette, mais avec beaucoup de fautes,
-la termine en ajoutant après ces mots: _et le fait-on lyant de pain_.
-Voy. p. 155.
-
-[960] Il semble qu'il s'agit là d'une queue de sanglier véritable
-donnant au mets une saveur très-prononcée, et non plus de la sausse du
-même nom, comme j'avois cru devoir l'interpréter, p. 155, n. 3, à
-l'occasion d'une recette analogue de ce même plat.
-
-[961] Var., Ms. C, _char ou grain_. Voy. p. 150, n. 1.--_G. C._, 16.
-
-[962] Diminuer, perdre de leur graisse.
-
-[963] Ici l'auteur répète dans les mêmes termes ce qu'il a dit page 88,
-ligne dernière.
-
-[964] Ce mot se trouve dans tous les ouvrages de cuisine et d'économie
-rurale, mais il n'est nulle part clairement expliqué. Il signifie ou de
-très-jeunes chapons (Voir Nicot qui le traduit par _capus junior_), ou
-plutôt des poulets d'un an ou un peu plus, sur le point d'être chaponnés
-(_Maison rustique_, 1570, 28 vº). Le _G. C._ qui donne cette recette p.
-18, supprime les trois premiers mots: _Poucins gros comme_.
-
-[965] Voy. ci-devant p. 89--_G. C._, 18.
-
-[966] Amincie, réduite, comme le cuir se durcit et se condense par
-l'opération du tannage?
-
-[967] Répétition dans les mêmes termes du § 2 de la page 89.
-
-[968] Comme les oiseaux étoient souvent pris par le moyen de la
-fauconnerie, ils ne paroissoient sur la table que privés des portions
-qui constituoient les _droits_ de l'oiseau chasseur. La tête de la
-perdrix et du canard, la cuisse de la grue, etc., appartenoient à
-l'oiseau. Ce qui étoit d'abord le résultat des habitudes des fauconniers
-devint plus tard une règle d'étiquette culinaire. C'est pourquoi
-l'auteur dit: _Laissez à ceux_ (des oiseaux servis sur la table) _à qui
-il appartient_.--Ce qui précède est certain pour les têtes et les pieds,
-mais je ne me rappelle pas avoir vu que les queues des oiseaux pris à la
-chasse aient quelquefois été le sujet _d'un droit de fauconnerie_. Les
-seigneurs ont cependant pu se réserver la queue du héron ou d'autres
-oiseaux, mais peut-être aussi laissoit-on la queue simplement aux
-oiseaux dont les plumes étoient les plus brillantes et produisoient le
-meilleur effet sur la table.
-
-[969] Dressé.
-
-[970] Voy. ci-dessus, p. 89.
-
-[971] Deux sortes, deux espèces.
-
-[972] Je trouve ce même préjugé consigné dans le _Thrésor de santé_,
-Lyon, 1616, in-8º, p. 226. «On croit qu'il vit de l'air comme l'oiseau
-de paradis, en latin _manucodiata_, qu'on nous apporte des Moluques,
-parce qu'on ne luy treuve rien du monde dans le gisier. Il ne se doit
-éventrer.» _G. C._, 19.--Le premier alinéa est reproduit presque
-identiquement dans Taillevent manuscrit (Bibl. royale).
-
-[973] Voir ci-dessus, p. 90, lignes 6, 7, 8, 12, 13.
-
-[974] _G. C._, 14 vº.
-
-[975] Je crois que ce mot signifie ici attacher à la broche à l'aide de
-petites brochettes retenant le rôti comme les arçons d'une selle
-retiennent le cavalier. Le _G. C._ qui donne cette recette, f. 19, dit
-en effet: _Arçonnez de brochettes_.
-
-[976] Le _Grand Cuisinier_ donne (f. 27 vº) une recette bien plus
-détaillée d'un cygne ainsi apprêté. Je crois devoir la reproduire ici.
-
-«Prenez un cigne, et l'appareillez et le mettez rostir tant qu'il soit
-tout cuit, puis faictes de la paste aux oeufs, aussi claire que papel, et
-la coulez dessus ledict cigne en tournant en la broche tant que la paste
-se puisse cuire dessus, et gardez qu'il n'y ait rien rompu ne aisles ne
-cuisses, et mettez le col du cigne ainsi comme s'il nageoit en eau, et
-pour le faire tenir en ce poinct, il faut mettre une brochette en la
-teste qui vienne respondre entre les deux aisles, passant tout outre,
-tant qu'elle tienne le col ferme, et une autre broche au dessouz des
-aisles, et une autre parmy les cuisses, et une autre au plus près des
-pates et à chacun pied trois pour estendre les pieds: et quant il sera
-bien cuit et bien doré de paste, tirez hors les broches, excepté celle
-du col, puis faictes une terrasse de paste bise, qui soit espoisse et
-forte, et qu'elle soit d'un poulce d'espaisseur, faicte à beaux carneaux
-tout autour, et qu'elle soit de deux pieds de long, et d'un pied et demy
-de large, ou un peu plus, puis la faictes cuire sans bouillir, et la
-faictes peindre en verd comme un pré herbu, et faictes dorer vostre
-cigne de peau d'argent, excepté environ deux doigts près du col, lequel
-faut dorer, et le bee et les pieds, puis ayez un manteau volant, qui
-soit de sandal vermeil par dedans, et dessus ledict manteau armoyez de
-telles armes que vous voudrez, et autour du cigne hait (_ait_ ou
-_huit?_) banières, les bastons de deux pieds et demy de long à banières
-de sandal, armoyez de telles armes que dessus, et mettez tout en plat de
-la façon de la terrasse, et le présentez à qui vous voudrez.»
-
-[977] Blancs d'oeufs.
-
-[978] _G. C._, fº 22 vº.
-
-[979] Je n'ai pu trouver la signification de ce mot: il me semble devoir
-désigner une espèce de champignon. Il y a ci-après (_chapitre des
-entremets_) un article plus détaillé sur les _escheroys_.
-
-[980] Nous avons déjà vu, p. 154, que le cèdre ronge se vendoit _sur_
-(pour _chez_) les épiciers.
-
-[981] De service, à servir en grand repas?--Gaces de la Bugne, premier
-chapelain des rois Jean, Charles V et Charles VI, mort en 1383 ou 1384,
-a donné dans son _Livre des déduits_, commencé en 1359 et fini entre
-1373 et 1377, une recette de pâté assez détaillée pour figurer utilement
-ici.
-
- Si puis dire que grant profit
- Peut bien venir de tel déduit,
- Car on peut faire un tel pasté
- Qu'onques meilleur ne fut tasté;
- Et pour ce ne me vueil pas taire
- Qu'au jeune ne l'apreigne à faire.
- Trois perdriaulx gros et reffais
- Ou millieu du pasté me mets,
- Mais gardes bien que tu ne failles
- A moy prendre six grosses cailles
- De quoy tu les apuyeras:
- Et puis après tu me prendras
- Une douzaine d'alouetes
- Qu'environ les cailles me mettes.
- Et puis prendras de ces machès
- Et de ces petis oiselès:
- Selon ce que tu en auras,
- Le pasté m'en billeteras.
- Or te fault faire pourvéance
- D'un pou de lart, sans point de rance,
- Que tu tailleras comme dès:
- S'en sera le pasté pouldrés.
- Se tu le veulx de bonne guise,
- De verjus la grappe y soit mise,
- D'un bien poy de sel soit poudré,
- Si en sera plus sevouré.
- Se tu veulx que du pasté taste
- Fay mettre des oeufs en la paste;
- Les croutes, un poi rudement,
- Faictes de flour de pur froument,
- Et se veulx faire comme saige,
- N'y met espices ne fromaige:
- Ou four bien à point chaut le met,
- Qui de cendre ait l'atre bien net;
- Et quant sera bien à point cuit
- Il n'est si bon mengier, ce cuit.
-
-
-[982] Barbeau, _G. C._, 56, ainsi que la précédente recette et la
-suivante.
-
-[983] Écailler?
-
-[984] _G. C._, 68.
-
-[985] Latte. Var. A, _essaugle_. _G. C._, 70 (très-fautif).
-
-[986] _G. C._, 56.
-
-[987] Brochet, Voy. p. 88.
-
-[988] _Franche_ (faute?), ci-dessus, p. 88.
-
-[989] _G. C._, 55 vº.
-
-[990] Var. A, _fenes_.
-
-[991] Stérile.
-
-[992] Répétition du § 3 de la p. 90.
-
-[993] C'est l'endroit où cesse le gosier et commence l'oesophage.
-
-[994] Ici seulement commence la recette du _G. C._, fº 58 vº.
-
-[995] De vapeur?
-
-[996] _G. C._, 58 vº.
-
-[997] Répétition de la fin du § 4 de la p. 90.
-
-[998] _G. C._, 70 (sauf le paragraphe _leur saison_ qui est omis).
-
-[999] Répétition du § 5 de la p. 90.
-
-[1000] _G. C._, f. 52, s'arrête là.
-
-[1001] Retournée, voy. ci-après, p. 191.
-
-[1002] Gros sel gris?
-
-[1003] _G. C._, 52.
-
-[1004] Ciseaux.
-
-[1005] Une main un peu postérieure à celle du corps du volume a ajouté
-ici dans le Ms. C: _Quatre onces et trois los de vin pour quatre grosses
-anguilles_.
-
-[1006] _Ib._, _une pinte_.
-
-[1007] _Ib._, 3 (demie-) _pinte_.
-
-[1008] _G. C._, 52 vº.
-
-[1009] _G. C._, 67.--Il me semble résulter de ce passage du _Ménagier_
-que ce poisson dit par erreur _poisson de mer_ dans le dictionnaire de
-Trévoux, est une espèce d'anguille. Il est souvent nommé avec l'anguille
-dans les exemples cités par Du Cange au mot _Piprenella_. Ce poisson est
-encore cité dans un arrêt du 31 janvier 1365-6, rendu au sujet de la
-mort d'un receveur de l'impôt levé pour les fortifications de Mantes,
-qu'on disoit avoir été tué par des habitans de Tourny, près Vernon, et
-qui paroît être seulement mort d'une indigestion de _pimpreneaux_. (_In
-quo quidem prandio, pimprenellos male decoctos comederant; et illuc per
-longum tempus steterant, ac vinum de tanto ac tali ad tantum et tale, et
-postmodum de poto ad potum, more Normannorum, biberant, etc._)
-
-[1010] Ce mot signifie ici poudré de fleur de farine, ailleurs
-_enfleurer_. Le _G. C._ qui donne cette recette f. 63, remplace ces mots
-par: _Avant que la frisez, treffeuillez-la de farine_.
-
-[1011] _G. C._, 63.
-
-[1012] Boue, sausse épaisse.
-
-[1013] Dominant.
-
-[1014] _G. C._, 63 vº.
-
-[1015] Vin _uni_ (_planus_), doux, (à boire), par opposition à
-_vin-aigre_?
-
-[1016] _G. C._, 64.
-
-[1017] Voy. p. 148, n. 1.
-
-[1018] _G. C._, 64.
-
-[1019] Poisson qui tient de la brême et du gardon suivant Belon (p. 319
-de la _Nature des poissons_, 1555, in-8º obl.).
-
-[1020] _G. C._, 62.
-
-[1021] Var. A, _eschauder_.
-
-[1022] _G.C._, 72 vº.
-
-[1023] Belon, qui cite plusieurs espèces de chiens de mer, ne dit rien
-de la brette.
-
-[1024] Var. A, _mungon_. Le _G. C._ qui supprime _en Languedoc_, écrit
-_mugeon_ (66 vº). Belon dit qu'on le nomme _muge_ à Marseille.
-
-[1025] Cabillau. Cette distinction existe aujourd'hui aussi à Paris.
-Belon ne l'a pas connue et se borne à dire qu'on connoît mieux la morue
-salée que fraîche (p. 122).
-
-[1026] Stockfisch (_bâton de poisson_ en hollandois.--_Trévoux_).
-
-[1027] Var. B, _le lendemain_ (ce doit être un des plus anciens exemples
-de cette locution devenue depuis d'usage général au lieu de
-_l'endemain_. Voy. plus loin à la recette des _vingt plats de gelée_).
-
-[1028] Suppléez _sans cela_.
-
-[1029] _G. C._, 65 (fautif).
-
-[1030] Échalotte.
-
-[1031] _G. C._, 65 vº.
-
-[1032] _G. C._, 70 vº.
-
-[1033] Renversée. _G. C._, 64 vº.
-
-[1034] Le Ms. C ajoute: _Refroidier et_...
-
-[1035] _G. C._, 60 (très-fautif.)
-
-[1036] Suivant Belon, _tumbe_ est le nom rouennais du gournault. Ce
-dernier est une espèce de rouget, mais il est plus grand, de couleur
-plus sombre, et a les ailes bleuâtres et non rouges.
-
-[1037] _G. C._, 60 vº (très-fautif).
-
-[1038] Couleur de tan, feuille-morte.
-
-[1039] Tacheté.
-
-[1040] Fumé. Voy. Du Cange au mot _Baco_.
-
-[1041] Peut-être faut-il lire _pouldre_ en sous-entendant _avec_.
-
-[1042] _G. C._, 69.
-
-[1043] _G. C._, 72 vº.--Suivant Belon, ce poisson, lorsqu'il étoit salé,
-s'appeloit du _hadou_, en anglois _hadoch_.
-
-[1044] _G. C._, 72 vº, _arsin_.--Sans doute l'_orphie_, sorte d'anguille
-de mer qu'on pêche sur les côtes de Normandie.
-
-[1045] L'auteur semble dire que ces trois noms désignent un même
-poisson. Belon fait des deux premiers deux espèces différentes et ne
-parle pas du _pourpois_.
-
-[1046] On trouve dans Roquefort _brulliau_, sorte de poisson.
-
-[1047] _G. C._, 67 vº.
-
-[1048] _G. C._, 65 vº.--La merluche est au moins de la famille des
-morues, _aselli_ en latin.
-
-[1049] Var. B, _esbolera_.--Réduira à force de bouillir.
-
-[1050] _G. C._, 61 vº.
-
-[1051] _G. C._, 61 vº.--J'ignore ce que signifie _entrepelé_.
-
-[1052] Il est parlé du _craspois_ ou _graspois_ dans bien des auteurs du
-moyen âge, mais il n'y a à ma connoissance que l'auteur du _Ménagier_
-qui fasse connoître ce que c'étoit. Un procès qui dura plusieurs années
-au parlement de Paris et qui étoit relatif à _sept étaux_, dont cinq à
-sèches et deux à craspois que le roi possédoit aux halles de Paris, nous
-apprend que le craspois ne venoit à Paris qu'en carême: c'étoit le _lard
-de carême_, le poisson des pauvres; quarante mille personnes vivoient
-pendant le carême de craspois, de sèches et de harans. Ces poissons
-étoient vendus par environ mille pauvres marchandes, à qu'il étoit
-seulement défendu de se tenir sous _le couvert_ des halles où étoient
-les grands étaux (_Plaid. civiles_, 7, 12, 14 et 19 mars 1380-1, 1er
-mars 1383-4; _Jugés_, XXXII, p. 93).
-
-Belon ne nomme pas le _craspois_, mais il confirme cependant
-l'explication du _Ménagier_. «Ce poisson, dit-il en parlant de la
-baleine, est couvert de cuir noir dur et espez sous lequel y a du _lard_
-environ l'esposseur d'un grand pied, _qui est ce que l'on vend en
-quaresme_.»
-
-Legrand d'Aussy qui a parlé avec détail de la baleine salée comme
-nourriture maigre des pauvres, d'après Charles Estienne (II, 83), a
-ignoré que le _craspois_ fût le nom de cet aliment. Au reste, l'auteur
-du _Trésor de santé_ dit que la baleine salée, quoique cuite pendant
-_vingt-quatre heures_, étoit toujours _fort dure et indigestible_.
-
-[1053] Nageoire.
-
-[1054] _G. C._, 68 vº, dit _Cyros_ au lieu de _Tire_, et _naturelle_
-pour _notrée_, mais ce doit être une faute. _Notrée_ semble devoir
-désigner une espèce de raie comme la raie _bouclée_, _lisse_, etc. Je ne
-vois au reste aucune espèce de raie qui ait plus d'une queue.
-
-[1055] _G. C._, 62.
-
-[1056] Plies.
-
-[1057] Presque.
-
-[1058] Flot, _marée_ de mars (la grande marée de l'équinoxe vers le 21
-mars).
-
-[1059] De farine.
-
-[1060] _G. C._, 68 (très-fautif).
-
-[1061] Tirant sur le blanc, pâle.
-
-[1062] _G. C._, 65.
-
-[1063] Belon dit que la seule manière de distinguer ces deux espèces est
-de les mettre à plat, regardant _contremont_ (en haut, en l'air): dans
-cette position la bouche de la pole sera à gauche et celle de la sole à
-droite.
-
-[1064] Gril.
-
-[1065] _G. C._, 66, dit _molles_ et _solles_; mais la _molle_ est
-différente de la _pole_. Voir _Trésor de santé_, pages 249 et 250, et
-surtout Belon.
-
-[1066] Var. A et _G. C._ (70 vº), _au succre_. Je crois qu'on disoit
-_une soucie_ et _un soucié_ (voy. _sauces non bouillies_). Ront vient de
-_rhombus_, nom latin du turbot, en italien _rombo_.
-
-[1067] _G. C._, 56.
-
-[1068] Var. A, _Barte_. Je ne vois rien sur ce poisson dans Belon, qui
-parle de la _brême de mer_.
-
-[1069] _G. C._, 58 vº.
-
-[1070] Peut-être faut-il lire _tance_ pour tanche (de mer).
-
-[1071] Seroit-ce coupées par lanières, par morceaux? Voir t. I, p. 172.
-J'ignore ce que c'est que l'_ale_, à moins qu'on ne suppose que c'est
-l'anchois, _halecula_ en latin.
-
-[1072] _Flez_ ou flet, espèce de plie.
-
-[1073] Var. A, _quelrel_. Var. C, _quelboe_. Peut-être le quarrelet;
-l'auteur auroit-il voulu dire ici: _Quand le carrelet (qui vaut mieux)
-est très-commun, se trouve à chaque pas_? Cependant _quarrel_ signifie
-en général carreau, _pavé_, mais en prenant ce mot dans son acception
-ordinaire, je ne vois plus de sens à la pensée de l'auteur.
-
-[1074] Suivant Belon, c'est le nom rouennais du coquillage dit
-_pétoncle_.
-
-[1075] _G. C._, 62 vº, finit en ajoutant après oseille: _ou d'autre
-verdure_. La sanemonde est connue; _barbarin_ pourroit être synonyme de
-_berberis_, épine-vinette.
-
-[1076] Var. B, _mooles_.
-
-[1077] Sans doute Cayeux, bourg de Picardie situé sur le bord de la mer,
-à deux lieues de Saint-Valery. Legrand d'Aussy (t. II, p. 82) dit qu'il
-y a un poisson de ce nom différent du coquillage, mais il ne donne pas
-le motif de son opinion à cet égard, et je ne vois ce poisson mentionné
-nulle part. Il faut d'ailleurs remarquer qu'ici les moules viennent
-après les _hanons_, sorte de coquillage.
-
-[1078] Var. B, _nourrist_. Si l'on adopte ce mot qui me paroît beaucoup
-moins bon que _noircit_, il faudroit fermer la parenthèse après _non_.
-
-[1079] Préparée (voy. Du Cange au mot _Conredium_), ce doit être la
-sèche _confite avec la saulce aigre_ (marinée), comme Belon dit (p. 340)
-qu'on l'apprêtoit de son temps _pour la rendre plus facile á manger et à
-digérer_. On voit que l'auteur distingue ici la sèche _conrée_ de la
-fraîche.
-
-[1080] Plissé, froncé, racorni par la chaleur du feu, _grediller_ dans
-Nicot qui le dit synonyme de _grésiller_.
-
-[1081] Voy. p. 154.
-
-[1082] On voit que l'auteur ne fait pas grand cas de ce poisson. Du
-temps de Belon comme au XIVe siècle (voy. p. 200, n. 2), il n'étoit
-guère mangé que par les pauvres. Bruyère-Champier préfère à la sèche
-fraîche la salée qui, dit-il, est la consolation du carême: _jejunia
-verna egregie solantur_.
-
-[1083] C'est-à-dire moins d'une feuille ou pas du tout.
-
-[1084] Plante dite _Ténaisie_ dans la _Maison rustique_.--Ce plat aura
-été nommé _arboulaste_ à cause des herbes qui entroient dans sa
-composition. Les Italiens avoient aussi au XVIe siècle un plat tout à
-fait analogue dit _Herbolata_ (Bart. Scappi, cuisinier du pape Paul V,
-1570, in-4º, f. 360 vº).
-
-[1085] Aumelette. Le mot _alumelle_, qui vient de _lamella_, diminutif
-de _lamina_, signifie ordinairement la lame, le tranchant d'une épée,
-d'une hache, etc. (voy. Du Cange à _Alemella_). C'est sans doute à cause
-de leur forme aplatie, _laminée_, que les oeufs ainsi accommodés auront
-été dits _alumelle_, puis par corruption _alumette_ (p. 208, n. 1), et
-enfin _aumelette_.
-
-[1086] Râpé.
-
-[1087] Suppléez: _que_.
-
-[1088] Broyeroit.
-
-[1089] Var. A., _alumette_.
-
-[1090] _G. C._, 50 (_aumelette_ au lieu d'_allumelle_).
-
-[1091] _De_ vaudroit mieux, car le nombre de sept étant impair, je ne
-crois pas que l'auteur ait voulu dire d'ôter le blanc d'un oeuf sur deux.
-
-[1092] Suppléez _les_ (sur les moyeux des deux oeufs cassés d'abord).
-
-[1093] En faisant évaporer l'humidité, à l'étouffée?
-
-[1094] Uni, lisse.
-
-[1095] Voy. p. 207.
-
-[1096] Suppléez: _se_.
-
-[1097] Var. A, _Fourmentée_.
-
-[1098] Voy. p. 111, n. 2.
-
-[1099] On trouve des recettes de ce plat très-usité au moyen âge dans le
-Taillevent manuscrit et imprimé, dans le _Grand Cuisinier_ (ff. 41, 45),
-et dans le _Trésor de santé_, p. 24. Celle du _Ménagier_ est la plus
-complète. On mangeoit presque toujours la vénaison à la fromentée. On a
-pu le remarquer dans les _Menus_ qui précèdent (p. 93, etc.), et Hardoyn
-de Fontaines Guérin le dit positivement dans son _Trésor de vénerie_ (p.
-51 et note 56).
-
-[1100] Var. B, _jusiers_, plus conforme à _gésier_ qui a prévalu
-aujourd'hui quoique tout à fait dissemblable de _giger_, racine de ce
-mot employée par Festus et Lucilius. Le peuple dit _gigier_ avec
-beaucoup plus de raison.
-
-[1101] _G. C._, 30. Même recette que dans Taillevent imprimé et
-manuscrit.
-
-[1102] Épais à pouvoir le tailler (_à couper au couteau_). _G. C._, 74.
-La recette de Taillevent est presque la même.
-
-[1103] Sépare.
-
-[1104] Surjet.
-
-[1105] Obscur.
-
-[1106] Cailles, lait caillé. (_Brique de lait_, _maton_ signifiant
-proprement brique. Voy. Du Cange à _Matto_.)
-
-[1107] Lait de beurre.
-
-[1108] Les _carcasses_. Voy. p. 170, n. 1.
-
-[1109] Ce doit être l'estomac où est le grain mangé par l'animal:
-_granea_.
-
-[1110] Cette recette est dans Taillevent, imprimé et manuscrit, mais
-avec plusieurs différences dont l'une est que Taillevent défend de
-_refaire_ les volailles, contrairement à ce qui est dit ici.
-
-[1111] Il faudroit _les_ ou _la_ (la poule); Taillevent dit: _l'enflez,
-puis_ la _fendez_.
-
-[1112] Mot qui paroît de trop.
-
-[1113] Ce doit être le _col_ comme dans Taillevent.
-
-[1114] _Broyons_ dans Taillevent, manuscrit Bibl. Mazarine, et _blancs_
-dans le manuscrit de la Bibl. Royale.--Foies, intestins. Voy. p. 149, n.
-7.
-
-[1115] Je ne sais quel est ce fromage. Le dictionnaire de Trévoux cite
-bien un fromage dit d'_Anguin_, mais sa composition ne me paroît pas
-convenir à l'emploi fait ici du fromage de gain. Le Taillevent imprimé
-dit _fromage de guin_: le manuscrit de la Bibl. Royale, _de gain_, et le
-manuscrit de la Bibl. Mazarine, _fin fromage_.
-
-[1116] Ces deux mots ne sont que dans C.
-
-[1117] Il est dit dans la _Maison rustique_, éd. de 1570, p. 105, que
-quand on a exprimé au pressoir l'aquosité de la guède, on rédige le marc
-_par petites pastilles_ qu'on fait sécher au soleil, et que ces
-pastilles sont jetées dans les cuves où l'on met les laines à teindre.
-Ce sont ces _pastilles_ ou _pasteaux_, sans doute d'une grosseur fixée
-par l'usage et connue, que notre auteur prend ici pour terme de
-comparaison.--Cette phrase, depuis _soit recousu_ jusqu'à _et pour les
-dorer_, n'est pas dans Taillevent.
-
-[1118] Le manuscrit A ajoute _de boeuf_.
-
-[1119] Ce mot n'est que dans le Ms. C.
-
-[1120] C'est la même recette que celle de Taillevent. (Ms. Bibl.
-Royale.)
-
-[1121] Var. B, _pour couleur_, au lieu de _y coulent_.
-
-[1122] Le jarret de devant, ou la dernière, la plus courte articulation?
-
-[1123] Extrémité du pied?
-
-[1124] Ce mot n'est pas dans le manuscrit A.
-
-[1125] Var. C. _où la char aura cuit_.
-
-[1126] Ce mot doit être synonyme de _harlé_, hâlé, grillé.
-
-[1127] Mot qui est de trop, à moins qu'on ne lise _de deus_ (deux).
-
-[1128] Parce qu'il étoit ainsi divisé par une ligne verticale en deux
-portions de couleur différente, comme _un écusson parti_ en blason. Le
-potage écartelé dont il est question dans les _Menus_ devoit se faire
-d'une manière analogue, sauf qu'il étoit _écartelé_ (divisé en quatre
-portions par deux lignes en croix), au lieu d'être _parti_. Voy. p. 211
-un autre _faulx grenon_.
-
-[1129] Du gingembre.
-
-[1130] Voy. ci-dessus, p. 213.
-
-[1131] Sans doute queues.
-
-[1132] Ce doit être _boulez_, ou plutôt _broyez_.
-
-[1133] Piquez les pattes d'écrevisses dans la tarte.
-
-[1134] A part, séparément.
-
-[1135] Épinards. Voy. p. 141.
-
-[1136] Pressé?
-
-[1137] Râpé.
-
-[1138] Sans doute gingembre de mesche. Voy. p. 230.
-
-[1139] Racine d'arbre autrement dite _zedoaria_, suivant Jacques de
-Vitry cité par Du Cange au mot _Zedoaria_.
-
-[1140] C'est le poivre de cubèbe, employé aujourd'hui seulement dans la
-pharmacie.
-
-[1141] Le nard, _spica nardi_, dans le _Trésor de Santé_. Voy. aussi Du
-Cange à _Spicus_.
-
-[1142] Var. B, _toile_.
-
-[1143] Il semble qu'il faudroit _et la couler deux ou trois fois avant
-qu'elle_, etc.
-
-[1144] Peut-être ce mot désigne-t-il la _filicule_, plante astringente
-de l'espèce des fougères.
-
-[1145] Tournesol. Fruit de l'_heliotropium tricoccum_. Voy. Trévoux.
-
-[1146] Ce mot désigne ici le poisson du même nom qui semble avoir été
-ainsi vendu à la mesure, car nous allons voir (article des _vingt plats
-de gelée_) l'auteur parler d'une _chopine_ de loche qui, répartie entre
-vingt plats, donnoit six loches par plat. Si son calcul n'est pas erroné
-(comme celui qu'il fait des écrevisses), une chopine de loche auroit
-contenu cent vingt loches environ.
-
-[1147] Oter le veau.
-
-[1148] Il en faudroit cinq pour employer les cent écrevisses dans vingt
-plats.
-
-[1149] Ainsi dans les trois manuscrits. Voy. p. 196, n..
-
-[1150] Frappez, pressez de la paume de la main.--Var. fautive de A,
-_paronoyez_.
-
-[1151] Noisetier.
-
-[1152] Farine.
-
-[1153] Var. B, _demeurent_.
-
-[1154] Grenouilles.
-
-[1155] Appât, _esca_.
-
-[1156] _G. C._, 68 vº (tronqué).
-
-[1157] Sureaux, suivant Roquefort. (Voy. plus loin R. de la glux.) Le
-_G. C._, qui donne cette recette (f. 73 vº), dit _aux vignes et aux
-jardins_.
-
-[1158] On trouve a la fin du _Calendrier des Bergiers_ (Paris, 1493,
-in-fº, f. N vj) une pièce très-bizarre sur le limaçon, dans laquelle on
-lui dit: _Oncques Lombard ne te mangeat, A telle saulce que (nous)
-ferons, Si te mettront en ung grant plat, Au poyvre noir et aux
-ongnons_.
-
-[1159] Ainsi écrit dans les trois Manuscrits; mais ce doit être _jalet_,
-caillou rond (_galet_) ou balle de plomb qu'on lançoit avec une arbalète
-dite arc à jalet: de _jaculum_.
-
-[1160] Suppléez _que dessus_.
-
-[1161] Sans doute _la_ paste et non _le_ past_é_.
-
-[1162] Ce passage confirme l'explication donnée p. 150, n. 5.
-
-[1163] Pour les repas ordinaires?
-
-[1164] Liaison.
-
-[1165] 1er octobre.
-
-[1166] Ce doit être une faute pour _oyers_, rôtisseurs.
-
-[1167] Var. B, _roissoles_.
-
-[1168] Ce mot paroît de trop.
-
-[1169] Var. A, _mettez_.
-
-[1170] _G. C._, f. 74, s'arrête-là: un peu abrégé.
-
-[1171] Fuseau.
-
-[1172] Rouler, sausser. Var. A, _coulez_.
-
-[1173] Var. B, _arboulastre_.
-
-[1174] Service, mets.
-
-[1175] Sans doute faute pour _ou_.
-
-[1176] Voy. p. 129.
-
-[1177] Voy. p. 161.
-
-[1178] J'ai dit p. 185 que ce mot pouvoit signifier une sorte de
-champignons; mais je crois que ce sont plutôt les racines du _chervis_
-(_siser_) désignées et décrites sous le nom d'_eschervis_ dans le
-_Trésor de Santé_, p. 432.
-
-[1179] Enfariner.
-
-[1180] OEufs.
-
-[1181] Se préparer, se faire.
-
-[1182] Peut-être: _en esté_. Var. B, mais résultat d'une correction:
-_encores_.
-
-[1183] Rôti.
-
-[1184] Voy. p. 111. J'ai aussi vu du _gingembre vert_, mentionné dans
-les registres du parlement (_Plaid. civiles_, 29 avril 1392), à propos
-d'une affaire de droit maritime, et aussi dans Du Cange au mot
-_Arquinetta_.
-
-[1185] Voy. p. 112.
-
-[1186] Gâté.
-
-[1187] Var. A. C, _noir_. Je ne vois pas qu'il y ait eu du galanga noir.
-
-[1188] Gousse.
-
-[1189] B écrit ici: _raoulmarin_.
-
-[1190] Sans doute _sanemonde_.
-
-[1191] Toute-bonne? Voir ci-devant, p. 44, n. 2.
-
-[1192] Nous avons vu ci-dessus (_Menus_ 15 et 21) des turbots _à la_
-soucie. L'auteur faisant ici et ailleurs ce mot masculin, je pense qu'il
-faut lire en cet endroit _soucié_, et qu'on disoit _une soucie_ et _un
-soucié_, mais plus souvent le dernier.
-
-[1193] Sans doute _pousser_. Nous avons déjà vu, p. 213 (_pour faire
-perdriaulx de poucins_) qu'on _poussoit_ les cuisses du poucin _pour
-faire la char plus courte_.
-
-[1194] Var. A. C., _puis_.
-
-[1195] P. 230.
-
-[1196] Var. B, _le meigre d'eaue_.
-
-[1197] Voy. p. 223, n. 3.
-
-[1198] Ce mot n'est que dans C.
-
-[1199] Rôties.
-
-[1200] _G. C._, 74 vº.
-
-[1201] _Ib._, réuni avec la recette précédente en un seul article et
-fautif.--Cette recette paroît la même que la précédente, mais améliorée
-et complétée.
-
-[1202] Presque identique avec la recette de la _sauce poitevine_ dans le
-Taillevent manuscrit, défigurée dans l'imprimé.
-
-[1203] Écrasez.
-
-[1204] Cette épice est sans doute la même que l'_arquinetta_ citée dans
-des lettres du roi Richard II, en faveur de marchands de Gênes (1380);
-mais ce ne peut être un bois sudorifique comme le conjecture dom
-Carpentier (voir _Glossaire_ de Du Cange, au mot _Arquinetta_). Je ne
-vois pas au reste pourquoi l'auteur parle de cette épice à propos d'une
-recette où elle n'est pas employée.
-
-[1205] Var. B, _roux_, au lieu de _dessus_.
-
-[1206] Toujours.
-
-[1207] Gousse.
-
-[1208] Var. B, _ou_.
-
-[1209] Véritable (non aigri); comme nous avons vu p. 193, du vin
-_plain_?
-
-[1210] Bourbelier. Voy. p. 158 et 179.
-
-[1211] Var. B, _une_.
-
-[1212] L'auteur veut sans doute dire qu'alors cette sauce se sert avec
-du jambon, etc.
-
-[1213] Sans doute le setier de huit pintes plutôt que celui d'une
-demi-pinte (ou chopine).
-
-[1214] Il y avoit une petite monnoie d'argent de ce nom valant un denier
-un quart.
-
-[1215] Le manuscrit B fait orge masculin; mais c'est par suite de
-corrections un peu postérieures au corps du texte.
-
-[1216] En prenant les bases établies ci-dessus, p. 109, n. 2, un pain
-brun (ou _debrode_ ou _faitis_, bis,) d'un denier devoit peser tout cuit
-dix-huit onces.
-
-[1217] Var. B, _puis_.
-
-[1218] Se faire.
-
-[1219] Ordinairement _origine_ (_interdum urina_): mais ici, sans doute
-_globules_.
-
-[1220] A et B répètent _lors_.
-
-[1221] Sans doute levure de bière.
-
-[1222] Domestiques.
-
-[1223] Dans la même proportion.
-
-[1224] Plombé. Ce mot semble signifier ici étamé. Le Taillevent
-manuscrit qui donne une recette analogue de ce même plat, dit _plombé
-par dedans_. Il résulte de la recette de Taillevent qu'on mettoit dans
-ce pot la poule ou chapon sans eau.
-
-[1225] _A_ n'est que dans le manuscrit C.
-
-[1226] Le _G. C._, qui donne la même recette (f. 28 vº) mais avec
-quelques modifications, dit ici _avec du vin blanc les deux pars et le
-tiers d'eau_. Le vin est également mélangé d'eau dans la recette de
-Taillevent.
-
-[1227] En le faisant _filer_. Voy. p. 159, n. 4.
-
-[1228] Voy. p. 271.
-
-[1229] Crevée. Voy. p. 139.
-
-[1230] Le Taillevent manuscrit (Bibl. Roy.) donne cette recette avec
-cette différence qu'après _couler_ on lit: _Mettez boulir, et, qui
-veult, pouldre de succre pardessus et non pas trop liant_. Il est
-probable que ces mots ont été omis dans les manuscrits du _Ménagier_,
-car le manuscrit A termine ainsi cet alinéa: _coulez et mette_ (ici un
-espace vide) _et du succre_.
-
-[1231] Le manuscrit B ajoute _à fort_.
-
-[1232] Même recette que dans le Taillevent manuscrit.
-
-[1233] Bayen, crevé.
-
-[1234] Répétition du dernier paragraphe de la p. 214.
-
-[1235] Les trois manuscrits portent après cet intitulé: _Fault
-commencier à la Sainct Jehan_. Ces mots paroissent une répétition
-anticipée de ce qui suit.
-
-[1236] La phrase est obscure et probablement défectueuse. Peut-être
-faut-il lire _lez qu'elles_, en prenant l'adverbe _lez_ (_jaxta_,
-_secundum_, _ad_,) dans le sens de _jusque_; mais je ne l'ai jamais vu
-ainsi employé.
-
-[1237] Le psaume _Miserere_, comme l'auteur dit ailleurs, le temps de
-dire une patenôtre, etc.
-
-[1238] Var. B, _ou_.
-
-[1239] Sans doute _sas_.
-
-[1240] Var. B, _trois ou quatre_.
-
-[1241] Id. _quatre_.
-
-[1242] Suppl. _le_ (le miel d'où on a retiré les noix).
-
-[1243] Tonneau contenant une demi-queue. Mais peut-être ici est-ce un
-tonneau plus petit. Ce qui augmente mon doute, c'est que l'auteur dit
-plus loin, p. 249, qu'il faut deux livres de sauge pour faire un poinçon
-d'eau de sauge; il semble que cela ne suffiroit pas pour cent
-quatre-vingt-quinze litres d'eau. (_Tonnelet_ est donné comme synonyme
-de Poinçon, p. 260.)
-
-[1244] Carottes.
-
-[1245] 30 novembre.
-
-[1246] Ratissez.
-
-[1247] Graine du Carvi (_carvi officinarum_ ou _cuminum pratense_),
-plante originaire de la Carie en Asie Mineure.
-
-[1248] Peut-être est-ce le raifort, _raffanus_, _rafan_, dans Crescens
-qui dit qu'on _en use principalement à faire compote de navets_.
-
-[1249] Chez les herboristes.
-
-[1250] Gingembre de mesche. Voy. p. 111.
-
-[1251] Nom de lieu. On lit dans le _Dit des pays_ (impr. au XVIe
-siècle): _En Orte est le bon saffran_.
-
-[1252] Voir ci-devant, p. 154.
-
-[1253] Var. A, et C, _une livre_.
-
-[1254] Var. B (mais résultat d'une correction postérieure), _cotignac_:
-c'est le nom actuel.
-
-[1255] Sans doute le noeud qui est à l'extrémité du fruit, opposé à la
-queue.
-
-[1256] Je crois que ce signe, reproduit exactement ici d'après le Ms. B,
-est un 4. Il figure aussi dans les _Menus_ I, II, IV, VI. Voy. p. 91, n.
-5. Il est remplacé dans le Ms. A par [Illustration: un symbol] (un gros
-ou drachme). Voy. pour la _poudre de duc_, aussi estimée que celle-ci au
-XIVe siècle, p. 248.
-
-[1257] Au lieu de sauge.
-
-[1258] Goûtée, comme cela est dit p. 196, pour la morue?
-
-[1259] Un sixième d'once plutôt que six noix.
-
-[1260] Var. B, _quarton_.
-
-[1261] _Spicus nardi_, nard.
-
-[1262] En allant toujours en diminuant, c'est-à-dire qu'il y ait moins
-de graine de paradis que de girofle, moins de macis que de graine, etc.
-
-[1263] La livre en usage dans le Midi n'étoit que de treize onces;
-l'auteur ayant au commencement de ce paragraphe adopté la mesure de
-Béziers, prévient ici qu'il reprend les poids en usage à Paris.
-
-[1264] Dominer.
-
-[1265] Voy. p. 244, n. 4.
-
-[1266] Les cotons.
-
-[1267] Var. B, _le_ (saug_é_?)
-
-[1268] On voit par plusieurs passages du _Ménagier_ quelle consommation
-nos ancêtres faisoient de verjus. Cependant j'ai vu avec étonnement les
-paroles suivantes dans une plaidoirie du 9 avril 1385-6, prononcée pour
-Jean II de Neelle, seigneur d'Auffémont et de Mello qui plaidoit contre
-les religieux de Saint-Corneille de Compiègne pour conserver le droit de
-conduire, par eau et sans droits, de Mello à Auffémont, le vin
-nécessaire à sa consommation: _A Auffémont il ne croist pas chascun an
-huit queues de vin et n'y croist que pour avoir du vertjus pour l'ostel
-d'Auffémont_. L'avocat prétendoit-il donc qu'on usoit à l'hôtel
-d'Auffémont six ou sept queues de verjus par an (la queue de 391
-litres)? Quelque nombreuse maison qu'ait eue Jean de Neelle, très-grand
-seigneur à la vérité, il seroit difficile de croire à une semblable
-consommation de verjus.
-
-[1269] Voir la note sur lui, p. 118: et sur deux Hautecourt qui
-pouvoient être ses descendans vers 1500, Sauval, III, 605.
-
-[1270] Nous avons déjà vu plusieurs fois cet usage de semer des dragées,
-des grains de Grenade, etc. sur de certains mets.
-
-[1271] Je ne sais quelle est cette feuille; le manuscrit A dit _seur_,
-mais ce ne peut être la feuille de _sureau_ qui est petite.
-
-[1272] Voy. p. 214, n. 1.
-
-[1273] Dure, telle que l'eau de puits.
-
-[1274] Pétrir.
-
-[1275] M. de Lincy, t. I, p. 210 de ses _Proverbes françois_, cite le
-suivant: _On fait des godès à Beauvais et des poales à Villedieu_.
-J'ignore quelle étoit la qualité spéciale de la terre de Beauvais.
-
-[1276] Sera bu par les roses, disparoîtra.
-
-[1277] Bien fait, à point.
-
-[1278] Alambic de plomb.
-
-[1279] Au recto de ce feuillet, _schedula_ d'où nous avons fait
-_cédule_, (billet, petite feuille volante,) signifiant aussi feuillet.
-
-[1280] Teinture rose? Je n'ai rien trouvé sur ce mot.
-
-[1281] Var. A, _rousse_.
-
-[1282] Feuilles. Du Cange mentionne au mot _Pampa_ une redevance féodale
-en 1270, d'un _plain panier de penpes de roses à faire eaue-rose_. Voy.
-sur l'usage des roses et des fleurs la note 3 de la page 52, et Sauval,
-t. III, p. 517, 521, 526, 632.
-
-[1283] La volière du château d'Hesdin ville d'Artois où les ducs de
-Bourgogne de la dernière race résidoient souvent. La ville d'Hesdin,
-rasée en 1553 par Charles-Quint, est maintenant un bourg dit le
-_Vieil-Hesdin_ situé à une lieue environ du Hesdin actuel qui est
-l'ancien village du Mesnil agrandi et fortifié en 1554 par le duc de
-Savoie.
-
-[1284] L'hôtel Saint-Paul, rue Saint-Antoine, à Paris. Voy. sur les
-volières de cet hôtel et le goût de Charles V pour les oiseaux, Sauval,
-II, 282.
-
-[1285] C'est le célèbre prévôt de Paris. Il est fait allusion à son goût
-pour les oiseaux dans une curieuse chanson faite contre lui au moment de
-sa disgrâce et publiée pour la première fois dans l'édition des
-_Chroniques de Saint-Denis_, donnée par M. Paulin Paris (T. VI, p. 478).
-
- Courroucié es de tes oiseaux
- Qu'oïr ne pues chanter en caige,
- Mais bien pues faire les appeaulx
- Pour chanter en ton geolaige.
-
-Mais où étoit placée cette volière si remarquée au XIVe siècle? Étoit-ce
-dans cette maison de plaisir avec jardin qu'Aubriot auroit eue près des
-Célestins suivant Sauval? (II, 154.) Mais il semble peu probable,
-attendu l'extrême proximité des deux emplacemens, que ce jardin, dont
-Aubriot jouissoit en 1366 ou 1368 (S. III, 126) soit resté sa propriété
-en même temps que sa maison d'_habitation ordinaire_ aussi avec jardin.
-C'est là qu'étoit bien plutôt placée la volière dont parle l'auteur du
-_Ménagier_. Ce dernier hôtel est désigné seulement, dans les registres
-du Parlement, comme situé _près l'église Saint-Paul et dans la censive
-de l'abbé de Tiron_, et il y est dit qu'_Aubriot l'avoit acheté de
-Jacques de Pacy et ses frères_, mais c'est bien encore le même que celui
-dont il est parlé dans Félibien (T. I, p. 661), et qui est dit _avoir
-été donné à Aubriot par Charles V_. Aubriot l'acheta bien effectivement,
-mais le Roi le paya, on du moins donna en 1369 quinze cents francs d'or
-à son prévôt, afin qu'il l'achetât et vint demeurer plus près de lui
-(Sauval, II, 154). Cette apparente différence d'origine (je crois avoir
-démontré qu'elle n'est qu'apparente) ne pourroit en outre prévaloir
-contre la coïncidence des limites assignées à cet hôtel par Félibien
-(entre la rue de Jouy et la rue Percée) et celles de la censive de
-l'abbé de Tiron. En effet, parmi les localités soumises à cette censive,
-la plus rapprochée de l'église Saint-Paul étoit précisément placée entre
-la rue Percée, la rue de Jouy (dite postérieurement à 1543, des _Prêtres
-Saint-Paul_, et _Charlemagne_ depuis quelques mois, par suite de
-l'incompréhensible et odieuse persistance de l'édilité parisienne à
-anéantir les anciens noms des rues), diverses propriétés ayant leur
-façade sur la rue Saint-Antoine, et les anciens murs de Paris (_Atlas
-des plans de la censive de l'Archevêché_, f. 43.--Archives du roy.
-Seine, nº 64). Pierre de Giac, chancelier de France, grand accapareur de
-biens, se disposoit à acheter cet hôtel en février 1383-4, et se fit
-alors donner par le Roi, pour douze deniers de cens annuel, les anciens
-murs de Paris, avec les deux tours y comprises, auxquels joignoit le
-jardin. Giac le vendit en 1397 au duc d'Orléans pour 8,000 livres et
-deux autres maisons (Champollion, II, 11). Cet hôtel fut alors connu
-sous le nom du _Porc-Épic_, sans doute à cause de l'ordre de ce nom
-institué par le duc d'Orléans, et dont l'insigne devoit figurer sur la
-porte, les vitraux, etc. On peut voir dans les d'_Orléans_ de M. Aimé
-Champollion (II, 13) des détails bien curieux sur les vitraux de cette
-maison. En 1404, le duc de Berry l'ayant reçue du duc d'Orléans en
-échange de l'hôtel des Tournelles, la donna au célèbre et malheureux
-Jean de Montaigu (Sauval, II, 153). Après sa mort arrivée le 17 octobre
-1409, le roi (ou plutôt le duc de Bourgogne usant du pouvoir royal),
-donna l'hôtel du _Porc-Épic_ à Guillaume duc de Hollande et comte de
-Hainaut (Sauval, II, 81). Il en jouissoit en 1413 et 1417 (S. III, 281).
-En octobre 1418, après la surprise de Paris par les Bourguignons, une
-nouvelle donation en fut faite au duc et à la duchesse de Brabant,
-gendre et fille du duc Guillaume (J. reg. 170, n. 207). Je n'ai pas vu
-qu'il ait été rendu au fils de Jean de Montaigu comme le furent ses
-autres biens, mais il ne pouvoit appartenir au duc de Hollande en 1438,
-comme on pourroit le croire d'après un compte de cette année donné par
-Sauval (III, 655.--Le duc de Bourgogne étoit alors seul duc de
-Hollande). Cet hôtel appartint ensuite à l'illustre Arthur de Richemont
-connétable de France, dont la femme, Marguerite de Bourgogne, y mourut
-en 1441 (Sauval, II, 146). Il passa ensuite à Robert d'Estouteville,
-prévôt de Paris (mort en 1479), qui payoit les douze deniers de cens
-pour les murs en 1472 et 1476 (S. III, 403 et 425. Il avoit toutefois
-une autre maison _à sa vie_, rue de Galilée.--Ib., 338). C'est sans
-doute à cause de Robert d'Estouteville, et peut-être de son fils
-Jacques, prévôt de Paris après lui de 1479 à 1509, qui a pu posséder le
-même hôtel, que cet hôtel fut alors appelé et est désigné sur le plan de
-tapisserie (commencement du XVIe siècle), sous le titre d'_Hostel du
-Prévost de Paris_. Sauval dit bien qu'il appartenoit en 1533 à leur
-cousin Jean d'Estouteville, aussi prévôt de Paris, mais il n'en donne
-pas de preuve. Il n'en donne pas non plus au sujet de l'attribution
-qu'il fait (II, 152) de ce même hôtel à l'amiral de Graville, mais cela
-est très-probable. On sait en effet que l'amiral de Graville, petit-fils
-de la fille de Jean de Montaigu, jouit de tous ses biens, et l'on voit
-en outre dans Sauval (III, 629) que Pierre de Balsac son gendre, et Anne
-de Graville sa fille, cette femme célèbre comme poëte et comme
-bibliophile (voy. _les Femmes célèbres de l'ancienne France_, par M. de
-Lincy) avoient payé les douze deniers de cens pour les vieux murs de la
-ville, et par conséquent très-probablement possédé et habité cet hôtel.
-Ils en avoient transporté la jouissance à Guillaume le Gentilhomme,
-avocat en parlement, qui payoit le cens en 1573. Si Sauval ne s'est pas
-trompé quand il a dit (II, 152) que cet hôtel appartenoit en 1533 aux
-héritiers de l'amiral de Graville et à Jean d'Estouteville prévôt de
-Paris, il y auroit lieu de croire qu'il avoit alors été divisé.
-Aujourd'hui, si l'on entre dans le _Passage Charlemagne_ (rue
-Saint-Antoine, nº 102, et rue des Prêtres-Saint-Paul, nº 22), on arrive
-après avoir fait quelques pas dans une cour spacieuse, et l'on voit une
-belle maison bâtie (suivant toute apparence, par l'amiral de Graville)
-sur l'emplacement de l'hôtel du Porc-Épic. On y remarque une charmante
-tourelle, mais l'ensemble de cette élégante construction est défiguré
-par l'adjonction d'une quantité de replâtrages modernes. L'hôtel
-d'Aubriot, auquel succéda celui-ci, occupoit tout le coin de la rue des
-Prêtres Saint-Paul (depuis une poterne ouverte dans les vieux murs) et
-de la rue Percée, à peu près jusqu'à l'emplacement actuel du nº 8 de
-cette rue, où devoit finir la censive de Tiron (en 1418, jusqu'à l'hôtel
-de Galeran de Montigny, chevalier, de la maison du duc de Berry,
-massacré lors de l'entrée des Bourguignons). Son jardin, compris
-aujourd'hui en partie dans le collége Charlemagne (d'abord maison
-professe des jésuites), s'étendoit jusqu'aux anciens murs et les suivoit
-jusqu'à la rue Saint-Antoine, à la hauteur environ de la rue Culture
-Sainte-Catherine.
-
-[1286] C'est sans doute le nom d'un bourgeois de Paris, mais je ne
-connois rien sur ce nom.
-
-[1287] Var. B, _sont_.
-
-[1288] Dans le cas où les oiseaux ne couvent pas, comme cela étoit pour
-les volières du Roi et d'Aubriot.
-
-[1289] Nourris.
-
-[1290] Au moins de l'eau trop rarement renouvellée.
-
-[1291] Dans le cas où les oiseaux couvent, etc., comme cela avoit lieu
-dans la volière de Charlot.
-
-[1292] Var. A et B ajoutent ici _par le pié_, qui est une répétition.
-
-[1293] Tourterelles ou grives (_turdus_).
-
-[1294] Var. B, _chardonnereulx_.
-
-[1295] Ce mot nécessaire au sens n'est que dans le manuscrit C.
-
-[1296] Var. A, C, _tendres_.
-
-[1297] Sans doute: _gratteroit_. Var. B, mauvaise et résultant d'une
-correction: _laisseroit_.
-
-[1298] Je pense que ce mot doit signifier ici bouché, fermé (_arcile_,
-diminutif d'_arca_, signifie un coffret, voy. Du Cange), et seroit mieux
-écrit _arcilié_ qu'ar_s_ilié, ce qui sembleroit le faire dériver
-d'_arsé_, brûlé.
-
-[1299] Le pot sans couvercle.
-
-[1300] Mettez vos dents.
-
-[1301] Var. A, _à loges_; B, _alloges_. Il s'agit ici d'horloges à
-sablier, sans doute les seules que les particuliers pussent alors se
-procurer. Toutefois, on connoissoit les horloges à rouages avant
-l'époque où le _Ménagier_ a été écrit.
-
-[1302] L'usage d'empoisonner les flèches remonte aux Gaulois. Il en est
-parlé dans Pline et dans Aulugelle. Les Gaulois employoient à cet usage
-une plante dite _limeum_, autrement _thora_, que Linnée dit être la
-dixième espèce de renoncule (_ranunculus thora_) et aussi de l'ellébore.
-(Voy. la Bibl. des Théreuticographes, 1763, p. 168.) Les auteurs du
-dictionnaire de Trévoux disent qu'on se servoit encore, de leur temps,
-du _thora_, dans les Alpes, pour empoisonner les flèches.--On ne trouve
-de recettes semblables ni dans le _Modus_ ni dans _Phébus_; c'est une
-recette à l'usage des gens chassant _pour la cuisine_, pour le profit,
-et dénués d'équipages suffisans.
-
-La fleur du _thora_ est jaune, ce n'est donc pas de cette plante qu'il
-s'agit ici; mais ce peut être l'_aconitum napellus_, qui a la fleur d'un
-beau bleu. Quant à l'_ectoire de canarade_, cité p. 63 de ce volume, M.
-Adolphe Brongniart, mon cousin, pense que c'est l'_actea_ ou l'ellébore
-noire (vulgairement _Rose de Noël_, parce qu'elle fleurit à cette
-époque) qui a la fleur blanche et croît dans le midi de l'Europe, ou
-plutôt l'_actea spicata_, plus commune dans toute l'Europe, désignée
-aussi quelquefois sous le nom d'_ellébore noire_, et qui a de petites
-fleurs blanches. La racine de ces deux plantes est un poison violent;
-elle est de couleur noire.--Au reste, si les propriétés de ces plantes
-conviennent aux _ectoires_ ou _électoires_ (plantes à faire des
-électuaires?) dont parle l'auteur, il n'en est pas de même de leur nom,
-ce qui doit laisser des doutes sur leur identité avec celles citées dans
-le _Ménagier_.
-
-[1303] Tirer à l'arc.
-
-[1304] Les deux barbes ou arêtes du fer qui empêchent la flèche de
-sortir de la plaie.
-
-[1305] Dans le cuir.
-
-[1306] Var. B. _bestic_.
-
-[1307] Vérat, porc non coupé.
-
-[1308] Saison de chasser le sanglier qui succédoit aux _cervaisons_,
-c'est-à-dire qu'elle commençoit après le milieu de septembre et
-finissoit vers le printemps.
-
-[1309] Passer au feu.
-
-[1310] Var. A et C, _de navets, de chastaignes à la venaison_.
-
-[1311] Je pense que ces mots sont le commencement d'une troisième
-recette, _pour faire d'un ver bon sanglier_. J'avois d'abord cru qu'il
-falloit mettre un point après _chastaingnes_, et comprendre que la
-venaison véritable s'accommodoit de la même manière, mais alors le 3º
-n'a plus de sens. Avec la ponctuation que j'ai adoptée, venaison
-signifieroit ici la chair du prétendu sanglier.
-
-[1312] Son.
-
-[1313] Var. B, _limegnon_; C, _lumignon_. Voy. p. 56, note 1.
-
-[1314] Le Ms. B ajoute ici _foulé_ qui est mauvais, la mère goutte étant
-ce qui sort de la cuve avant que le raisin soit foulé. C'est le jus des
-raisins les plus mûrs qui s'écrasent en tombant dans la cuve.
-
-[1315] Il semble qu'il faudroit, au contraire, faire réduire plus le vin
-quand le raisin n'est pas bien mûr. Peut-être faut-il comprendre qu'on
-le fait revenir ou réduire d'_un tiers_ au lieu de _au tiers_, et d'_un
-quart_ au lieu de _au quart_.
-
-[1316] Si vous les achetez toutes cuites.
-
-[1317] Répétition du § 2 de la p. 149.
-
-[1318] Échauffent; c'est aussi le sens de ce mot, p. 152, ce qui ne
-contredit pas l'explication donnée en cet endroit du but de la recette.
-
-[1319] Râpe?
-
-[1320] Cette recette et la suivante sont dans le Taillevent manuscrit
-avec peu de différences.
-
-[1321] Marquer.
-
-[1322] Le mot _arramentum_ a dans la basse latinité plusieurs
-significations (_airain_, _arrangement_), mais dont aucune ne me paroît
-convenir au sens de cette phrase.
-
-[1323] Ainsi le linge se marquoit alors à l'aide d'une griffe ou d'un
-sceau.
-
-[1324] Matière inflammable sous les étincelles du briquet. Voy. p. 42 et
-Du Cange, au mot _Esca_.
-
-[1325] Écorce ou peut-être les fleurs du noyer. On ne voit pas pourquoi
-l'auteur ayant mis l'_écume_ au singulier, dit ensuite _qui sont
-surannées_ au pluriel. J'avois pensé que _noyer_ étoit une faute pour
-_noix_ et qu'il s'agissoit là de brou de noix; mais le brou de noix ne
-me paroît pas pouvoir se détacher entier, et il me semble difficile
-qu'on puisse le couper par _pièces de la largeur de deux_ doigts.
-
-[1326] Var. A, C, _les_.
-
-[1327] Mélange épais d'eau et de cendre qui reste au fond du cuvier
-quand on a coulé la lessive.
-
-[1328] Égouttes, presses.
-
-[1329] Éponge.
-
-[1330] Oiseau de rivière.
-
-[1331] Var. B, _i_ (_id est_); le cimier est la croupe du cerf. Voy. p.
-129.
-
-[1332] Ce mot et les huit précédens ne sont que dans le manuscrit B.
-
-[1333] C'est beaucoup mieux que _noix de galles_ comme on l'a dit
-depuis, puisque les galles ne sont pas un fruit mais une excroissance du
-chêne.
-
-[1334] Le Ms. C ajoute _arrabic_.
-
-[1335] Tranquille, stagnante, _quieta_.
-
-[1336] Ce seroit les premières côtes, les plus proches des hanches, si
-l'explication que j'ai donnée du filet ou nomblet est bonne.
-
-[1337] On ne trouve dans Belon ni la _bourbotte_ ni le _chavessot_;
-seulement cet auteur dit que la lote étoit dite barbotte à Paris. Mais
-il ne peut être question ici de la lote qui n'a pas d'écailles et ne
-pouvoit, par conséquent, se peler comme la perche.
-
-[1338] Corneilles.
-
-[1339] Plutôt choucas (corneille à dos gris) que chouette.
-
-[1340] Trait d'arbalète.
-
-[1341] Var. (que je crois mauvaise) des Mss. A et B, _ont_.
-
-[1342] Traits d'arbalète non aigus, avec lesquels on tiroit aux oiseaux.
-Voy. une citation de Wats dans Du Cange, au mot _Pilatus_.
-
-[1343] Var. B, _cornillaux_.
-
-[1344] Brouillards, temps humides.
-
-[1345] Voy. p. 166.
-
-[1346] Voy. p. 186, § 2.
-
-[1347] Voy. p. 213.
-
-[1348] Non pas, pas même. Ce passage est un de ceux qui établissent la
-position que l'auteur occupoit dans la société.
-
-[1349] Ce mot est fautif.
-
-[1350] _Debent._
-
-[1351] Prenez des amandes nouvelles et ôtez adroitement, au couteau,
-leur première écorce. Ensuite percez chaque amande d'un trou au milieu.
-Ce fait, lesdites amandes soient mises en eau douce et y restent cinq ou
-six jours, mais que l'eau soit changée une fois chaque jour. Ensuite,
-après cinq ou six jours, lesdites amandes soient tirées de l'eau et
-posées sur une (nappe?), où elles restent un jour naturel pour sécher et
-ôter l'humidité de l'eau. Ayez ensuite une quantité suffisante
-d'excellent miel, proportionnellement à celle desdites amandes;
-faites-le bouillir et cuire bien et suffisamment, et l'écumez, et, quant
-il sera cuit et réfroidi, mettez dans le trou de chaque amande un clou
-de girofle, et ayant replacé toutes les amandes dans un bon vase de
-terre, mettez dessus (_item_, pour confire des noix; mais elles doivent
-rester neuf jours dans de l'eau renouvelée chaque jour) ledit miel bien
-cuit et en quantité suffisante pour couvrir entièrement les amandes qui
-pourront être mangées après deux mois.
-
-[1352] Sans être mis dans l'eau chaude.
-
-[1353] Vidés.
-
-[1354] Ce sont évidemment des petites hardes de lard.
-
-[1355] En grain.
-
-[1356] Pétrir.
-
-[1357] Pilon.
-
-[1358] C'est ici que se terminent les deux manuscrits les plus anciens
-(A et B) du _Ménagier de Paris_. Cependant mon manuscrit (C) ajoute
-encore quelques recettes qui sont tellement analogues à celles qui
-précèdent, que je crois devoir les donner comme appendice. Elles
-paroissent avoir été écrites peu de temps après le corps du texte; elles
-sont dans le dialecte picard ou flamand, et ont évidemment été
-recueillies dans la maison de Madame de Roubais (Marguerite de
-Ghistelle). Voy. l'Introduction.
-
-[1359] Battu, écrasé.
-
-[1360] Sucre.
-
-[1361] Une chausse.
-
-[1362] Melons. Je ne sais ce que peut signifier _caordes_, peut-être
-est-ce _gourdes_, sorte de courge.
-
-[1363] Empans.
-
-[1364] D'un coup, à la fois.
-
-[1365] Rangs.
-
-[1366] Place.
-
-[1367] Ce.
-
-[1368] Jardiniers de Portugal. Il y avoit des Portugais à la cour de
-Bourgogne. Vasque Made de Villelobe, Portugais, traducteur du _Triomphe
-des Dames_ (imprimé à Paris, chez Pierre Sergent, in-4º, gothique),
-étoit écuyer d'écurie du duc de Bourgogne.
-
-[1369] Déface? arrache.
-
-[1370] Répétition presque textuelle, mais fautive, des §§ 4, 5, 6, 7, 8
-de la page 275 ci-après.
-
-[1371] Sucre rosat.
-
-[1372] _Et_ [Illustration: un symbol].
-
-[1373] Qu'il file entre deux doigts, si on en prend une goutte.
-
-[1374] Avant qu'on mette bouillir.
-
-[1375] OEuf.
-
-[1376] Laisser rasseoir en eau.
-
-[1377] De la fleur.
-
-[1378] Aussi.
-
-[1379] Esteuf, balle.
-
-[1380] Épande, répande?
-
-[1381] Démené, remué?
-
-[1382] Sucre fondu en eau-rose.
-
-[1383] _Hulle_ signifie en allemand enveloppe. Est-ce ici la gaine d'un
-couteau?
-
-[1384] Rayez.
-
-[1385] Une règle?
-
-[1386] Doigts.
-
-[1387] _Rostez-le._ Otez-le hors du bassin?
-
-[1388] Encre.
-
-[1389] Eau de pluie.
-
-[1390] Couperose.
-
-[1391] Et un scrupule?
-
-[1392] La moitié du temps nécessaire pour dire les sept psaumes de la
-pénitence, comme nous avons vu dans le _Ménagier_, un _Pater_, un
-_Miserere_, etc.
-
-[1393] Les matières qui ont servi à faire l'encre, le marc.
-
-[1394] Poivre.
-
-[1395] Clous de girofle.
-
-[1396] Menues-épices (_species_), moins (que de cannelle et gingembre).
-
-[1397] Teille, vase de terre. Suppl. _avec_.
-
-[1398] Vos poussins ou perdrix.
-
-[1399] Voy. p. 95.
-
-[1400] Tournesol. Voy. p. 220.
-
-[1401] Pêcher. Mettez assez de tournesol pour lui donner la couleur de
-fleur de pêcher.
-
-[1402] OEufs.
-
-[1403] Feu.
-
-[1404] Brûle.
-
-[1405] Il semble qu'il faudroit _ou_ puisque ce plat se faisoit avec du
-poisson, ou avec des oeufs à défaut de poisson.
-
-[1406] OEufs?
-
-[1407] Pochés?
-
-[1408] Hachez.
-
-[1409] Sécher.
-
-[1410] Le seul que contiennent les manuscrits. Voir l'Introduction et T.
-I, p. 7, note 1; voir aussi T. II, p. 79, n. 1.
-
-[1411] Augmente sa maison, son train, plutôt que _fatigue_, _use_. Gaces
-de La Bugne borne le train de l'épreveteur à quatre chiens et deux
-chevaux (Ed. Verard, X 5).
-
-[1412] Cette manière de voler semble bien devoir être celle que
-d'Arcussia (Ve partie, ch. XVI, et Confér. 30) appelle voler à _la
-toise_ (et aussi Sainte-Aulaire, p. 103) ou _source_, à _lève-cul_ ou à
-_la couverte_. C'est quand on lâchoit l'oiseau de poing tout près de sa
-proie, au moment où elle s'enlevoit, et qu'il l'empiétoit avant qu'elle
-eût eu le temps de se mettre en aile. Les oiseaux de poing prenoient
-presque toujours leur gibier de cette manière, soit à son premier
-départ, soit _à la remise_, c'est-à-dire au second vol. Dans ce dernier
-cas ils attendoient souvent sur un arbre ou sur une haie que les chiens
-fissent repartir l'oiseau chassé. Huber, dans ses _Observations sur le
-vol des oiseaux de proie_ (1784, in-4º, p. 36), a très-bien expliqué
-cette manière de voler qu'il appelle _le saut_ et qui est propre aux
-oiseaux de poing. Il dit que le saut résulte d'un élancement qui part de
-la plante des pieds puis d'une forte et brusque contraction des ailes.
-Il distingue le saut montant, le saut de niveau (tous deux ne portent
-que 6 ou 7 toises) et le saut plongeant, qui est le plus puissant.
-
-[1413] Jaillir, s'élancer. Je ne sais si ce mot s'applique ici à
-l'épervier ou au brusque départ de l'oiseau chassé. C'est presque la
-même expression que celle de _vol à la source_ employée par d'Arcussia:
-Le Ms. A porte _fouldre_, mot qui ne seroit pas ici sans signification,
-car Huber dit que le départ _au saut_ est aussi prompt que _l'éclair_.
-
-[1414] Éducation, de _duire_, dresser.
-
-[1415] Var. A, _espaingnos_. Chiens d'Espagne dits aujourd'hui
-_épagneuls_.
-
-[1416] A côté.
-
-[1417] Il faudroit _l'en_.
-
-[1418] Lier, en terme de fauconnerie, c'est quand l'oiseau a enserré sa
-proie. D'Arcussia veut qu'on réserve ce mot pour les oiseaux de leurre
-et qu'on dise _empiéter_ pour ceux de poing (p. 177).
-
-[1419] Qui s'éloignent trop.
-
-[1420] Cri, appel.
-
-[1421] Lassé, vaincu.
-
-[1422] Se précipiter avec entraînement, fondre, d'_immittere_.
-
-[1423] Poêle, poêlon.
-
-[1424] Var. A, _abéent_.
-
-[1425] Réclamer l'oiseau c'est le faire revenir sur son poing. On a dit
-quelquefois par extension un oiseau _réclamé_ pour un oiseau _dressé_.
-Les oiseaux de leurre étoient rappelés à l'aide du leurre: aussi
-disoit-on pour eux _leurrer_ et non _réclamer_.
-
-[1426] Var. A, _déchairent_.
-
-[1427] Var. A, _d'espreviers_.
-
-[1428] _Que_ est de trop à moins qu'il ne manque la fin de la phrase
-comme: _ne l'ait découvert_.
-
-[1429] Il faudroit: _qu'il_.
-
-[1430] C'est le mâle de l'épervier, beaucoup plus petit que la femelle,
-et que l'on employoit beaucoup moins. Gaces de La Bugne dit qu'il
-servoit aux apprentis fauconniers à faire leur éducation (Ed. Vérard, L
-v).
-
-[1431] Enfoncement, creux, de _claustrum_. Var. B, _crotet_, petite
-grotte, trou, de _crypta_.
-
-[1432] Fienter.
-
-[1433] Mince, délicat.
-
-[1434] Filet.
-
-[1435] Surtout.
-
-[1436] Digéré.
-
-[1437] Pour qui.
-
-[1438] Var. A, _fielet_.
-
-[1439] Repas. Sous-entendez _de ce filet de porc_.
-
-[1440] Var. B, _certainement_.
-
-[1441] Sainte-Aulaire dit la même chose (p. 45); il ajoute que ces
-_fautes_ ou _marques_ placées en travers des plumes les font rompre
-facilement aux premiers efforts de l'oiseau.
-
-[1442] Tirant sur le rond, un peu rond.
-
-[1443] Ces trois mots interrompent le sens et seroient mieux placés
-avant _tenir nettement_.
-
-[1444] Var. B, _le pennier_.
-
-[1445] L'auteur entend par ce mot une cage ou caisse de bois dont il
-nous donne ci-après les dimensions. Le même mot a été employé par
-d'Arcussia, mais sans explication, et par Sainte-Aulaire (p. 180 à 186)
-qui paroit en faire un terme général pour désigner un lieu fermé comme
-une chambre, etc., et semble dire indifféremment: mettre les oiseaux à
-la ferme ou à la mue.
-
-[1446] Treillage, grillage.
-
-[1447] Prendre de la force.
-
-[1448] Se soulèvera.
-
-[1449] Jointures, jarrets.
-
-[1450] Se tiendra debout.
-
-[1451] Large.
-
-[1452] Il y a, il est.
-
-[1453] Billot de bois sur lequel on plaçoit l'oiseau. Sainte-Aulaire dit
-qu'il doit avoir deux pieds de haut. Il est vrai qu'il parle de celui à
-l'usage des oiseaux parvenus à leur taille (p. 66 et 106). L'empereur
-Frédéric II conseille de le faire en forme de cône renversé et ferré, de
-manière qu'on puisse l'enfoncer facilement en terre. Il l'appelle
-_sedile_. Il dit que le faucon cillé est mieux sur le bloc que sur la
-perche, et qu'on ne doit mettre sur le bloc qu'un seul faucon (voy. ch.
-L et LI du second livre).
-
-[1454] Phrase qui paroît défectueuse.
-
-[1455] Repu.
-
-[1456] Var. A, _merts_. Je crois que ce sont ces barres ou marques
-noires qui traversent les plumes de la queue de l'épervier
-(Sainte-Aulaire, p. 25), et dont il est aussi parlé sons le nom de _mers
-de la queue_ dans le Modus (feuillet 77 vº). L'auteur veut donc dire ici
-qu'il faut pour mettre les jets à l'oiseau, attendre qu'il soit parvenu
-au moment de sa croissance où sa queue est assez longue pour qu'on y
-voie déjà deux barres noires. Voir ci-après p. 291.
-
-[1457] Petites lanières de cuir qui s'attachoient aux jambes de l'oiseau
-et auxquelles on ajoutoit les vervelles, et quand l'oiseau étoit sur la
-perche, la longe et le touret.
-
-[1458] Quand après s'être débattu, jeté en avant de sa perche il y est
-retenu et rappelé par sa longe.
-
-[1459] Queue des oiseaux de poing. Le mot de queue étoit réservé aux
-oiseaux de leurre.
-
-[1460] Var. A, C, _sur luy surviennent_.
-
-[1461] Impétueusement, de _tempête_.
-
-[1462] Depuis _esteuf_, balle de jeu de paume.
-
-[1463] Suppléez _non_.
-
-[1464] Suppléez _a_.
-
-[1465] Si en se débattant il tomboit de la perche et y restoit suspendu
-par sa longe.
-
-[1466] Ce passage confirme l'explication donnée précédemment, mais je
-n'ai rien trouvé dans les auteurs qui puisse déterminer où sont placés
-les sept _merqs_ dont parle l'auteur. Je vois sur un épervier qui est
-sous mes yeux 1º 4 barres (ou _merqs_) noires (dont une un peu cachée
-par les petites plumes du croupion) _sur_ le balai, 2º 4 id. en dessous;
-et enfin 6, mais assez mal marquées sur le dessous des grandes plumes de
-l'aile. Mais on sait combien l'âge change le plumage des oiseaux de
-proîe, et j'ignore si l'oiseau que j'ai sous les yeux cet un _niais_ ou
-un _mué_.
-
-[1467] Graisser, mouiller de sa salive.
-
-[1468] La seconde secousse, le second effort de l'oiseau. Voir
-d'Arcussia, Ve partie, ch. IX.
-
-[1469] Var. B, _espoventablement_.
-
-[1470] Paresse.
-
-[1471] Var. A, C, _bas_.
-
-[1472] Espaces laissés vides dans les manuscrits. Peut-être y avoit-il
-_marqué à travers de petits coeurs brun tendres ou roux_. La différence
-avec l'autre genre de plumage dont il va être parlé auroit donc consisté
-dans la dimension et la disposition des marques en forme de coeur;
-l'auteur du Modus dit également: _Les uns sont de menues plumes
-traversaines et blanches; autres sont de grosses plumes traversaines et
-grosses nouées; autres sont de plumes que nous appelons mauvisées_ (mal
-disposées, mal semées).
-
-[1473] Semés.
-
-[1474] Var. A, _boueil_. C'est le brayer, le bas-ventre, dit _brayeul_
-dans le roi Modus.
-
-[1475] Le manuscrit B ajoute ·_S_· (_scilicet?_).
-
-[1476] _L'espervier a communément l'estomac blanc émaillé de marques
-noires faites la plupart en coeur. Le dessus noir ou gris fort obscur
-èsquelles y a certaines mailles ou plumes blanchâtres sur les reins_
-(Sainte-Aulaire, p. 25). L'auteur a fait le mot _cueureté_ pour dire
-semé de coeurs, comme on dit _fleur-de-lise_, _étoilé_, etc.
-
-[1477] En changeant d'ordre, muablement.
-
-[1478] Charrient au couvert, dans un buisson, etc., pour s'en paître,
-l'oiseau qu'ils ont pris.
-
-[1479] Je crois que c'est l'oiseau dont les ailes sont bien disposées;
-bien jointes au corps et croisant bien sur la queue.
-
-[1480] Voy. sur les vanneaux, couteaux et cerceaux, la note 6 de la page
-89.
-
-[1481] Espace laissé vide dans les manuscrits. _Sans_ doit être
-défectueux ainsi que _a_: le balay signifiant la queue. L'auteur a dû
-écrire quelque chose comme _bonnes pennes, puissans balay et sain_, etc.
-
-[1482] Var. B, _paissonoir_. Ces différens noms des ongles de l'épervier
-ne sont à ma connoissance donnés qu'ici. D'Arcussia les désigne
-simplement sous la dénomination de premier, second, et troisième, en
-commençant par celui du premier doigt de devant: celui de derrière
-auroit été dit _avillon_. Ici les _sangles_ pourroient être les serres
-du grand doigt du milieu et du doigt de derrière: le _paissoir_, l'ongle
-du pouce, et le _charnier_ celui du quatrième doigt.
-
-[1483] Qu'il.
-
-[1484] Instrument de cuivre, quelquefois d'argent, destiné à empêcher la
-longe de s'embarrasser. Ce sont deux demi-anneaux en forme d'étriers
-réunis par une goupille qui traverse les deux côtés plats, lesquels
-tournent l'un sur l'autre. D'Arcussia l'appelle _tournet_ (131), et
-l'empereur Frédéric II _tornetum_ (II, 40). Il est représenté dans les
-planches de _l'Encyclopédie_ (XII, fig. 2). C'est certainement au touret
-qu'est relatif le passage cité dans Du Cange à _Coretum_, et il faut
-sans doute y lire _Toretum_.
-
-[1485] Bleu.
-
-[1486] Plus loin _recréance_, filière, longue ficelle attachée aux
-longes.
-
-[1487] Aux plaidoiries, au palais.
-
-[1488] Gaces de La Bugne conseille également de porter l'épervier
-
- Là ou les gens sont amassés,
- Soit en l'église ou autre part.
- (S v, vº, c. 1.)
-
-On voit, d'après ces deux témoignages, qu'il étoit permis à tous les
-laïques d'entrer dans l'église avec un oiseau sur le poing. Il en
-résulte donc que quand on a remarqué que les barons de La
-Ferté-Chauderon et les seigneurs de Chastellux entroient dans le choeur
-des églises cathédrales de Nevers et d'Auxerre en costume moitié
-militaire, moitié ecclésiastique, et avec un oiseau sur le poing, ce
-fait n'étoit (au moins _au commencement du_ XVe _siècle_) une
-particularité qu'à cause de leur costume, de la qualité de chanoines
-héréditaires de ces églises possédée par ces seigneurs, et peut-être
-aussi à cause de la place qu'ils occupoient dans le choeur par suite de
-leur dignité. (Voy. à ce sujet les _Mercures_ de juin 1732, p. 1248, de
-mars et d'avril 1733, p. 472 et 730, et l'_Histoire d'Auxerre_ de
-Lebeuf, T. I, p. 809.) On voit encore, dans une pièce de 1464 citée par
-l'abbé Lebeuf (T. II, pièce 241), que les trésoriers des églises
-d'Auxerre et de Nevers avoient le droit d'assister aux offices en habit
-non ecclésiastique et avec un épervier sur le poing; mais ce droit étoit
-dès lors contesté ou au moins remarqué. Il faut donc en conclure ou que
-l'usage avoit dès lors changé, ou qu'il étoit borné aux laïques.
-
-[1489] Petits ais, petites planches, lattes.
-
-[1490] On appeloit _plume_, et plus souvent depuis _cure_, une petite
-boulette de filasse, de coton, ou de plumes qu'on faisoit avaler à
-l'oiseau pour faire passer les parties grossières de sa nourriture qui
-seroient restées dans son estomac.
-
-[1491] Probablement les filamens ou nerfs de cette poche que d'Arcussia
-appelle la gorge ou sachet supérieur. C'est la partie qui suit
-immédiatement le gosier, et qu'on dit vulgairement _la gave_. Voir
-d'Arcussia, chap. 1 de la IVe partie, p. 233.
-
-[1492] _L'en_ n'est que dans le Ms. C.
-
-[1493] Préau.
-
-[1494] Aille.
-
-[1495] Sécher.
-
-[1496] Faire jaillir, mais j'ignore la racine de ce mot. Var. B,
-_ressortir_.
-
-[1497] Baguette.
-
-[1498] Tréteau.
-
-[1499] Savoir: _utrum_.
-
-[1500] Retiré, accroupi. Voy. p. 20.
-
-[1501] Sup.: _avancez_. V. p. 394.
-
-[1502] Moucheté, de _varius_, comme la fourrure de _vair_ et le _vairé_
-du blason.
-
-[1503] Tachetés.
-
-[1504] Jeunes pies.
-
-[1505] Tenailles.
-
-[1506] Peut-être faute, pour _moine_.
-
-[1507] Véritablement, sérieusement.--Var. A, _ensient_.
-
-[1508] Dans le lieu de sa demeure?
-
-[1509] Sans cette précaution.
-
-[1510] L'auteur ne donnoit donc pas tout à fait dans l'opinion erronée,
-et cependant générale, suivant laquelle la queue (ou balai, voy. p. 290,
-n. 3) servoit de gouvernail à l'oiseau. On a reconnu depuis qu'elle ne
-lui sert qu'à monter et à descendre. Voy. Huber, _Observ. sur le vol des
-oiseaux de proie_, p. 13.
-
-[1511] Se détourne, fait des crochets.
-
-[1512] Ciseaux.
-
-[1513] Quand elle part. Voy. p. 280, n. 3.
-
-[1514] Entièrement, vraiment _blanches_, comme l'émeut _fin blanc_
-ci-dessus, p. 298.
-
-[1515] C'est le moineau suivant Nicot.
-
-[1516] Répétition avec variantes du § 1, p. 300.
-
-[1517] Ce paragraphe, qui paroît hors de propos au milieu des
-instructions relatives aux premiers vols de l'épervier, est en outre une
-répétition, mais non textuelle, de ce qu'on a déjà vu page 290.
-
-[1518] Il paroît manquer ici _faire_.
-
-[1519] Embrouillez (ses longes dans les branches du buisson où il aura
-charrié sa proie).
-
-[1520] Var. B, _pendre_.
-
-[1521] Neuf heures. Voy. t. I, p. 48.
-
-[1522] S. d. faute pour _buisson_.
-
-[1523] A et C ajoutent _vous_.
-
-[1524] Au soir.
-
-[1525] Var. bonne du Ms. B, mais résultat d'une correction postérieure
-au corps du texte: _s'essorera_. Au reste, _s'efforcer_ est bon, quoique
-je ne l'aie pas vu employé par les autres auteurs dans le sens de
-s'essorer, prendre, son _essor_, _s'emporter_.
-
-[1526] Corps, carcasse. Voy. p. 170, n. 1, et p. 213.
-
-[1527] S.-e. l'épervier.
-
-[1528] S.-e. la chair du pigeon.
-
-[1529] Dévider. Ce mot exprime très-bien l'action du chien qui suit une
-trace.
-
-[1530] Au lieu remarqué, où les autres perdrix se sont remisées.
-
-[1531] Var. A, _gauchières_.
-
-[1532] Oiseau de proie ignoble (non susceptible d'être dressé), grand
-destructeur de perdrix, classé par Huber (p. 16) dans la classe des
-harpayes, avec la _Soubuse_, le _Jean-le-Blanc_ et l'_oiseau
-Saint-Martin_. Huber semble croire que ces quatre noms désignent le même
-oiseau (peut-être à différens âges). G. Bouchet (_Recueil des oiseaux de
-proie_) a consacré au _faux-perdrieu_ un article étendu, et on voit dans
-d'Arcussia (_Fauconnerie du Roi_, p. 399) que Louis XIII voloit cet
-oiseau avec des faucons dressés à voler la corneille.
-
-[1533] Pièces de terre cultivées en pois. _Pisaria._
-
-[1534] _Qui_ ou _et_ sont de trop. Si l'on supprime _et_, il faudroit
-une virgule après _remerquent_.
-
-[1535] Au saut. Voy. p. 280.
-
-[1536] Voy. p. 304.
-
-[1537] B ajoute _premier_, qui me paroît inutile et peut être une
-correction de _se l'épervier_, qui est dans le Ms. A et est tout à fait
-fautif.
-
-[1538] S'accouplèrent. D'Arcussia (1627, p. 209, 220) emploie le même
-mot, et dit aussi _le temps de l'adouée_; c'est pourquoi j'aime mieux
-lire _adouèrent_ qu'_adonnèrent_, comme l'écrit le Ms. B (_adoñerent_).
-
-[1539] Pour _cochier_ je lis: cochier, cocher.
-
-[1540] En état, à leur taille.
-
-[1541] Tuyaux des plumes pleins de sang comme les jeunes oiseaux.
-
-[1542] Le Ms. B seul ajoute: _et ne sont pas les plumes de leurs eles si
-roides comme leurs pères et leurs mères qui ont esté muées_. Ces mots
-paroissent être une bonne variante et non la suite du membre de phrase
-précédent.
-
-[1543] Il semble qu'il faudroit lire _et_, de manière à restreindre la
-possibilité de prendre, même au _voulon_, la perdrix ainsi forte, au cas
-où elle est déjà lassée d'un premier vol. Mais on peut aussi comprendre
-que l'auteur, en défendant plus bas d'essayer de la prendre, en plein
-champ, du premier vol, a seulement entendu défendre de la faire voler _à
-tire-d'aile_ (en _tirant après_) par l'épervier. Cette manière de voler
-(mouvement répété des ailes) est employée par l'oiseau de poing en ligne
-horizontale ou de haut en bas. Dans le premier cas, il n'entreprend
-ainsi que le gibier le plus faible, et cette attaque lui réussit bien
-moins que le _saut_ (ou _voulon_), qui est son plus grand moyen. (Voy.
-Huber, p. 37.)
-
-[1544] Gaces de La Bugne dit aussi (X v) que l'épervier peut prendre le
-faisan; mais au XVIIe siècle qu'on peut cependant regarder comme celui
-où la fauconnerie atteignit sa plus grande perfection, en France, on ne
-faisoit plus voler l'épervier aux faisandeaux: c'est du moins ce qui me
-semble résulter d'un passage de d'Arcussia (Ve partie, chap. XXV), dans
-lequel il remarque, comme une chose notable, que cette chasse avoit lieu
-en Lombardie, où, dit-il, les éperviers sont en plus de réputation qu'en
-autre pays.
-
-Quant au vol de l'outarde par l'épervier, il est plus étonnant, et on
-seroit tenté de penser ou qu'il y a erreur dans le nom de l'oiseau
-chassé ou que l'auteur a entendu parler ici de la chasse de l'outarde
-faite avec l'autour, oiseau tout à fait semblable de conformation (sauf
-la grosseur), de moeurs et de vol à l'épervier, puisque tous les auteurs
-les confondent dans les préceptes qu'ils donnent sur la manière de les
-dresser. L'autour, beaucoup plus fort que l'épervier, prenoit l'outarde
-ou du moins la retenoit jusqu'à ce que les chiens vinssent le secourir
-et la tuer; mais ce fait même étoit regardé avec raison comme
-surprenant, attendu la faiblesse relative de l'autour (Voy. Gaces de La
-Bugne, f. X 2 vº), et le récit d'une chasse à l'outarde faite par un
-faucon sauvage dans d'Arcussia (_Fauconnerie_, p. 227 et aussi là même
-_Convy_, p. 52). L'épervier qui est un assez petit oiseau, pouvoit-il
-donc égaler l'autour et le faucon dans cette chasse? La même réflexion
-se présente à l'esprit pour le vol aux lapereaux et aux levrauts, que je
-n'ai vu indiqué dans aucun autre auteur. Remarquons toutefois qu'il y
-avoit, suivant d'Arcussia, une espèce d'éperviers venant d'Esclavonie,
-et tellement courageux qu'ils entreprenoient _tout ce qu'on leur
-montroit_.
-
-[1545] Auj. de genêt.
-
-[1546] Monter à une hauteur telle qu'il perde son maître.
-
-[1547] Var. B, _toutesvoies_.
-
-[1548] Peut-être la marouette.
-
-[1549] Geais.
-
-[1550] Ou _bougon_, flèche à grosse tête, à bout obtus, _sagitta
-capitata_, suivant Nicot.
-
-[1551] Afin que.
-
-[1552] Var. A, _tirer_.
-
-[1553] D'Arcussia (Ve partie,, ch. XXV) dit la même chose; seulement il
-est question, dans son livre, d'un arc à jalet (arbalète lançant des
-balles de plomb) et non d'un arc.
-
-[1554] Avant qu'il ait eu le temps de chasser et de se paître.
-
-[1555] Le garder pendant le temps qu'il est en mue.
-
-[1556] B ajoute: _laquelle plume_.
-
-[1557] Pour le garantir, l'empêcher de se débattre.
-
-[1558] Espace laissé en blanc dans les trois manuscrits: peut-être
-est-ce le croupion ou le _brayer_ (ventre), afin d'attendrir la peau où
-tiennent les plumes de la queue.
-
-[1559] Gouttière, petit canal (mangeoire avec coulisse dessous).
-
-[1560] Voy. p. 297.
-
-[1561] L'empêcher de dormir.
-
-[1562] L'abaisser, le dompter en le nourrissant peu.
-
-[1563] Muées.
-
-[1564] Les autres auteurs distinguent le _branchier_ du _ramage_. Ce
-dernier nom désignoit l'oiseau qui avoit été assez longtemps libre et
-vivant de sa chasse: il tenoit le milieu entre le _branchier_ et le
-_sor_.
-
-[1565] S.-e. _avant_. C'est seulement quand il sera assez âgé pour avoir
-déjà pris des oiseaux qu'il descendra à la _meute des pans_. On appeloit
-meute un bâton fourchu auquel étoit attaché un oiseau vivant que
-l'oiseleur faisoit remuer pour attirer dans les _pans_, dans les filets,
-celui ou ceux qu'il désiroit prendre. (Voy. _Modus_, f. 127.) Plus tard
-on appela ainsi l'oiseau attaché au piquet fourchu (_Ruses innocentes_,
-1695, in-8, p. 144). Le filet dont il est ici question est certainement
-le _rets-saillant_ ou _nappe_.
-
-[1566] _Giesles_, dans le Modus, et plus tard _guide_ ou _guede_. Ce
-sont les bâtons qui terminent les pans du rets-saillant et auxquels
-s'attachent les cordes qui fixent les extrémités des pans à des piquets
-enfoncés en terre. La corde que tire l'oiseleur pour faire rabattre les
-pans est aussi attachée aux deux _guilles_ placées de son côté. (Voir le
-_Modus_ de 1839, f. 126. Les cages représentées dans la figure indiquent
-bien l'endroit où devoient être placés les mouchets dont parle l'auteur
-du _Ménagier_.)
-
-[1567] Les manuscrits ajoutent: _comment qu'il soit_. Ces mots me
-paroissent une répétition fautive des trois précédens.
-
-[1568] Passer un fil dans la première paupière des deux yeux de
-l'oiseau, puis réunir et tordre les deux bouts du fil sur son bec.
-L'épervier devait être cillé de manière à voir un peu derrière lui. On
-obtenoit ce résultat en lui perçant la paupière plus près du bec que du
-milieu de l'oeil. (Voy. _Modus_, f. 96, vº.)
-
-[1569] Grelots attachés aux jambes de l'oiseau.
-
-[1570] Peut-être faut-il lire _aasier_.
-
-[1571] On verra ci-après l'explication de ce terme. C'est sans doute ce
-que l'auteur du _Roi Modus_ appelle _mué du bois_ (f. 95, vº).
-
-[1572] Var. B, _affaitiés_.
-
-[1573] Il ne revient pas si facilement à son maître.
-
-[1574] L'oiseau de proie _sor_ est celui qui a atteint sa taille, mais
-n'a pas encore mué. Son nom lui vient de la couleur jaunâtre (ou
-_sorette_, comme dit Tardif, chap. XV) de ses plumes.
-
-[1575] Pondu.
-
-[1576] Les en a empêchés.
-
-[1577] Le Ms. C ajoute: _bons espreveteurs_.
-
-[1578] C. ajoute: _plumes et_.
-
-[1579] V. p. 288, n. 3.
-
-[1580] Les premiers, les meilleurs.
-
-[1581] Var. B, _hault_.
-
-[1582] D'Arcussia (p. 8 et 36) et Sainte-Aulaire (p. 12) disent aussi
-que le faucon _hagart_ (on mué des champs) est celui qui a déjà mué une
-fois. D'Arcussia fait dériver ce nom du mot hébreu _agar_, signifiant
-étranger. Il semble qu'il doit plutôt signifier _égaré_, _sauvage_, à
-moins qu'attendu l'explication qu'en donne ici notre auteur, on ne le
-fasse venir de _haga_, haie.
-
-[1583] Qu'il a deux ans.
-
-[1584] Var. B, _sores_.--Les plumes qui sont restées de son premier
-plumage, de son plumage sor.
-
-[1585] Peut-être l'auteur veut-il dire que cet oiseau se laissoit
-emporter par son ardeur et conduisoit le fauconnier à de trop grandes
-distances; mais cet inconvénient étoit propre à tous les oiseaux de
-haute volerie ou de leurre.
-
-[1586] On appelle _formé_, par opposition à _tiercelet_ (plus petit d'un
-tiers), la femelle des oiseaux de proie.
-
-[1587] Leurre, instrument en osier en forme de fer à cheval allongé
-qu'on recouvroit des ailes de l'oiseau ou de la peau du quadrupède
-(lièvre ou lapin), qu'on vouloit accoutumer l'oiseau de proie à voler.
-(Voy. les planches de l'_Encyclopédie_, pl. 12, fig. 4). On plaçoit la
-viande destinée à la nourriture de l'oiseau sur le leurre, et il s'y
-paissoit. Il en résultoit qu'il connoissoit le leurre et qu'il revenoit
-à son maître dès que celui-ci l'appeloit en tournant cet instrument:
-c'est ce qu'on appeloit _leurrer_. Les oiseaux, ainsi dressés (le
-faucon, le gerfaut, le lanier, le sacre, le hobereau et l'émerillon
-étoient seuls susceptibles d'être dressés au leurre), suivoient les
-chiens pendant la quete en volant et fondoient sur leur proie aussitôt
-qu'elle se levoit, à la différence des oiseaux de poing (autour et
-épervier), qui restoient sur le poing de leur maître jusqu'à ce que les
-chiens eussent fait lever le gibier. Les oiseaux de leurre ou de haute
-volerie étoient en outre seuls propres à certains vols, tels que ceux du
-héron, du milan, etc. Huber, dans son excellent ouvrage (malheureusement
-trop abrégé et sorte de prospectus d'un autre plus étendu qu'il comptoit
-composer) sur le vol des oiseaux de proie, a décrit d'une manière bien
-remarquable les différens moyens employés par ces deux espèces d'oiseaux
-en conséquence de la forme de leurs ailes, et partant de ce principe
-fondamental que les anciens fauconniers n'ont pas connu, il appelle les
-premiers _rameurs_ et les seconds _voiliers_. L'instruction de ces deux
-espèces d'oiseaux devoit donc différer, et en effet celle des premiers
-constituoit l'art de la fauconnerie et celle des autres l'autourserie;
-les langues de ces deux arts, comme leurs principes eux-mêmes,
-présentoient de notables différences qu'on peut voir dans d'Arcussia, p.
-176, et dans _le Veritable Fauconnier_ de Morais, p. 9 et 115. Une des
-principales étoit que les oiseaux de leurre étoient chaperonnés, tandis
-que ceux de poing ne l'étoient pas. Ces derniers mangeoient sur le poing
-de leurs maîtres, les premiers sur le leurre, etc.
-
-[1588] Hobereau.
-
-[1589] Plante bien connue, _ruta_.
-
-[1590] Tirailler, déchirer avec son bec. On donnoit ainsi à _tirer_ aux
-oiseaux des morceaux secs et nerveux, tels que pattes de lièvre ou de
-lapin et de volailles qu'on appeloit alors _tiroirs_.
-
-[1591] Étoffe ou fourrure. On se servoit ordinairement de peau de lièvre
-pour cet usage.
-
-[1592] Changer souvent l'étoffe ou feutre que l'oiseau a sous la patte
-et la remplacer par une autre échauffée dans son sein.
-
-[1593] La poitrine, le poitrail. Les oiseaux gras ont, en effet, la
-poitrine bombée et séparée au milieu par une petite fente.
-
-[1594] Nom d'un oiseau de proie ignoble (c'est-à-dire non susceptible
-d'être dressé); mais je n'ai pas vu qu'on se soit servi de cet oiseau
-comme du duc ou de la chouette pour attirer les oiseaux dans les filets;
-peut-être est-ce aussi le nom d'un filet ou autre engin, mais je ne le
-trouve nulle part avec cette signification.
-
-[1595] Il y a eu quelques exemples d'aigles dressés pour la chasse, mais
-on n'a jamais fait un emploi suivi de ces oiseaux. Gaces de La Bugne
-parle d'une espèce d'aigle qu'il appelle _milion_ (qui paroît être
-l'aigle fauve à marque blanche sur la tête), qui prenoit la grue et
-l'oie sauvage (f. X vj). Il dit que cet oiseau étoit rare en France, et
-le regardant comme une curiosité plutôt que comme un oiseau utile, il
-s'écrie que _ne desplaise au milion. Il n'est vol ne mès de faulcon_ (L.
-V). L'illustre connétable Olivier de Clisson avoit un _milion_ dressé
-qu'il légua au vicomte de Rohan, son gendre. (Voyez le mot _Milio_ dans
-Du Cange où ce mot est mal traduit par _milan_. Le milan n'a jamais pu
-être dressé et n'a jamais été redoutable aux faucons comme le dit
-l'empereur Frédéric II, l. II, ch. LXIX du _Milion_, associé par lui à
-l'aigle et au vautour.) Tardif qui compila un _Traité de fauconnerie_ à
-la fin du XVe siècle, s'est assez étendu sur le vol de l'aigle, mais on
-ne sauroit conclure de son ouvrage purement théorique et traduit en
-partie d'auteurs orientaux que l'aigle fût communément employé de son
-temps en France par les fauconniers. Guillaume Bouchet, qui écrivoit en
-1567, dit que le poids de l'aigle étoit cause que les fauconniers des
-princes en dressoient rarement, et d'Arcussia (_Convy_, p. 28 et XVe
-_lettre de Philoïerax_) raconte des essais faits de son temps pour
-dresser des aigles. L'aigle n'a donc jamais été employé habituellement
-dans la fauconnerie. Quant au _griffon_, ce mot désigne sans doute le
-_gerfaut_, ainsi nommé dans Marc-Paule et le plus gros des oiseaux de
-leurre; je serois au reste tenté de croire que l'auteur parle ici
-d'après des récits exagérés ou fabuleux de chasses faites en pays
-étrangers.
-
-[1596] Tardif est le seul écrivain qui dise que l'autour vole le
-chevreuil (_il fiert petit chevreul et l'empesche tant que les chiens le
-prennent plus faciment_), et je crois qu'il y a tout lieu de douter que
-cette chasse, qui s'est faite en Asie, ait jamais été pratiquée en
-France.
-
-[1597] Canards.
-
-[1598] Il graisse ses plumes.
-
-[1599] Petites branches d'arbre.
-
-[1600] Comme on a fait d'abord pour les dresser ou comme ci-dessus p.
-296.
-
-[1601] Baisser, abaisser signifient _maigrir_. Voy. p. 322.
-
-[1602] Baisser, abaisser signifient _maigrir_. Voy. p. 322.
-
-[1603] Cette qualification n'est pas donnée au lanier par les anciens
-fauconniers, et d'Arcussia nous apprend (_Conférence_, p. 7) que de son
-temps le lanier étoit appelé, seulement en Italie, _faucon vilain_, par
-opposition au _faucon gentil_. Au temps où Buffon écrivoit, on ne se
-servoit plus en France ni de laniers ni de sacres, et il n'a pu décrire
-ces deux espèces. Il est fâcheux qu'il n'ait pas consulté Sainte-Aulaire
-et d'Arcussia qui donnent de grands détails sur ces oiseaux (p. 16, 20,
-28, et d'A. 39, 48). Ces deux auteurs n'ont cependant pas su d'où le
-sacre était originaire. Franchières a dit (Liv. I, VI) qu'il venoit de
-Russie et de Tartarie, et Pedro Lopez de Ayala qui écrivoit à la fin du
-XIVe siècle un savant traité de fauconnerie resté inédit, confirme à peu
-près cette opinion, puisqu'il le dit originaire de Norwége. Il dit qu'il
-y a aussi des sacres en Roménie. Notre auteur dit que cet oiseau est
-originaire de Flandre, parce qu'il en voyoit sans doute apporter à Paris
-par les marchands venant de ce pays. Ayala nous apprend que ces
-marchands d'oiseaux parcouroient d'abord les cours d'Allemagne, puis
-venoient à Bruges; de là à Paris, puis en Brabant; de Brabant en
-Angleterre, et enfin en Espagne.
-
-[1604] Les mailles (Voy. p. 293) dessinées sur son plumage sont larges.
-
-[1605] C'est une erreur. Le sacre (comme le lanier et le gerfaut) a les
-jambes et les pieds bleus.
-
-[1606] C'est le faucon _tagarote_ des Espagnols (voy. d'Arcussia, p. 52)
-que du Guesclin rapporta d'Espagne à Charles V, comme on le voit dans
-Gaces de La Bugne (f. X iij). Cet auteur, ainsi qu'Ayala, le dit
-originaire d'Afrique.
-
-[1607] D'Arcussia s'est élevé le premier contre l'opinion suivant
-laquelle les différens noms du faucon (_gentil_, _pèlerin_, _passager_,
-etc.) constitueroient des espèces différentes. Il dit que le faucon
-_gentil_ est celui qu'on prend du 15 juin au 15 septembre, le _pèlerin_
-celui qui est pris du 15 septembre au mois de janvier, et que les
-variétés remarquées dans leur plumage proviennent des différences d'âge,
-de nourriture, etc. (Voy. p. 7 et 28.) Au reste notre auteur dit aussi
-que le faucon pèlerin est le même que le faucon gentil.
-
-[1608] Mais plutôt lanneret. C'est une répétition de ce que nous avons
-vu ci-dessus, p. 318 et 319.
-
-[1609] De suite.
-
-[1610] Mauvaise mine.
-
-[1611] Minéral qui se trouve dans les mines d'or et de cuivre et dont on
-tire l'arsenic. Le meilleur est celui qui se lève par écailles ou
-feuilles comme le talc. L'auteur veut parler de celui-là quand il dit
-plus bas que la feuille est meilleure, car il ne me paroît pas qu'il
-veuille désigner ici la plante dite _orpin_ ou _anacampseros_ vulgò
-_faba crassa_, suivant Bauhin, et _telephium_ ou _crassula major_, dans
-le dictionnaire de Nicot. L'auteur du _Roi Modus_ conseille de ne pas
-employer l'orpiment, comme trop dangereux (f. 92).
-
-[1612] Je n'ai noté que celles qui me paroissent certaines, mais il y a
-bien d'autres passages qui peuvent avoir été ajoutés par l'auteur.
-
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-LIABLE TO YOU FOR ACTUAL, DIRECT, INDIRECT, CONSEQUENTIAL, PUNITIVE OR
-INCIDENTAL DAMAGES EVEN IF YOU GIVE NOTICE OF THE POSSIBILITY OF SUCH
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-is also defective, you may demand a refund in writing without further
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-warranties or the exclusion or limitation of certain types of damages.
-If any disclaimer or limitation set forth in this agreement violates the
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-the applicable state law. The invalidity or unenforceability of any
-provision of this agreement shall not void the remaining provisions.
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-1.F.6. INDEMNITY - You agree to indemnify and hold the Foundation, the
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-with this agreement, and any volunteers associated with the production,
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-work, (b) alteration, modification, or additions or deletions to any
-Project Gutenberg-tm work, and (c) any Defect you cause.
-
-
-Section 2. Information about the Mission of Project Gutenberg-tm
-
-Project Gutenberg-tm is synonymous with the free distribution of
-electronic works in formats readable by the widest variety of computers
-including obsolete, old, middle-aged and new computers. It exists
-because of the efforts of hundreds of volunteers and donations from
-people in all walks of life.
-
-Volunteers and financial support to provide volunteers with the
-assistance they need, are critical to reaching Project Gutenberg-tm's
-goals and ensuring that the Project Gutenberg-tm collection will
-remain freely available for generations to come. In 2001, the Project
-Gutenberg Literary Archive Foundation was created to provide a secure
-and permanent future for Project Gutenberg-tm and future generations.
-To learn more about the Project Gutenberg Literary Archive Foundation
-and how your efforts and donations can help, see Sections 3 and 4
-and the Foundation web page at http://www.pglaf.org.
-
-
-Section 3. Information about the Project Gutenberg Literary Archive
-Foundation
-
-The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non profit
-501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the
-state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal
-Revenue Service. The Foundation's EIN or federal tax identification
-number is 64-6221541. Its 501(c)(3) letter is posted at
-http://pglaf.org/fundraising. Contributions to the Project Gutenberg
-Literary Archive Foundation are tax deductible to the full extent
-permitted by U.S. federal laws and your state's laws.
-
-The Foundation's principal office is located at 4557 Melan Dr. S.
-Fairbanks, AK, 99712., but its volunteers and employees are scattered
-throughout numerous locations. Its business office is located at
-809 North 1500 West, Salt Lake City, UT 84116, (801) 596-1887, email
-business@pglaf.org. Email contact links and up to date contact
-information can be found at the Foundation's web site and official
-page at http://pglaf.org
-
-For additional contact information:
- Dr. Gregory B. Newby
- Chief Executive and Director
- gbnewby@pglaf.org
-
-
-Section 4. Information about Donations to the Project Gutenberg
-Literary Archive Foundation
-
-Project Gutenberg-tm depends upon and cannot survive without wide
-spread public support and donations to carry out its mission of
-increasing the number of public domain and licensed works that can be
-freely distributed in machine readable form accessible by the widest
-array of equipment including outdated equipment. Many small donations
-($1 to $5,000) are particularly important to maintaining tax exempt
-status with the IRS.
-
-The Foundation is committed to complying with the laws regulating
-charities and charitable donations in all 50 states of the United
-States. Compliance requirements are not uniform and it takes a
-considerable effort, much paperwork and many fees to meet and keep up
-with these requirements. We do not solicit donations in locations
-where we have not received written confirmation of compliance. To
-SEND DONATIONS or determine the status of compliance for any
-particular state visit http://pglaf.org
-
-While we cannot and do not solicit contributions from states where we
-have not met the solicitation requirements, we know of no prohibition
-against accepting unsolicited donations from donors in such states who
-approach us with offers to donate.
-
-International donations are gratefully accepted, but we cannot make
-any statements concerning tax treatment of donations received from
-outside the United States. U.S. laws alone swamp our small staff.
-
-Please check the Project Gutenberg Web pages for current donation
-methods and addresses. Donations are accepted in a number of other
-ways including checks, online payments and credit card donations.
-To donate, please visit: http://pglaf.org/donate
-
-
-Section 5. General Information About Project Gutenberg-tm electronic
-works.
-
-Professor Michael S. Hart is the originator of the Project Gutenberg-tm
-concept of a library of electronic works that could be freely shared
-with anyone. For thirty years, he produced and distributed Project
-Gutenberg-tm eBooks with only a loose network of volunteer support.
-
-
-Project Gutenberg-tm eBooks are often created from several printed
-editions, all of which are confirmed as Public Domain in the U.S.
-unless a copyright notice is included. Thus, we do not necessarily
-keep eBooks in compliance with any particular paper edition.
-
-
-Most people start at our Web site which has the main PG search facility:
-
- http://www.gutenberg.org
-
-This Web site includes information about Project Gutenberg-tm,
-including how to make donations to the Project Gutenberg Literary
-Archive Foundation, how to help produce our new eBooks, and how to
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